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REVUE 



DE 



L'HISTOIRE DES RELIGIONS 



TOME QUARANTE-TROISIEME 



UP. ORlBirrAU A. BOBDIN R cl*, AlfOBBS. 



ANNALES DU MUSÉE GUIMET 



REVUE 



//'/.» 'j '/,._ 



UB 



l' 






PUBLIÉS BOUS LA DIBIGTION DB 

MM. JEAN RÉVILLE ET LÉON MARILLIER 



ATSC LB CONCOURS DB 



MM. B. AMÉUNBÂU, Ado. AUDOLLENT, A. BARTH, R. BASSET, A. BOUCHÉ- 
LECLERGQ, J.-B. CHABOT, E. GBAVANNES, P. DECHARME, L. FINOT^ 
I. 60LDZIHBR, L. KNAPPERT, L. LÉGER, Israbl LÉVI, Sylvadi LÉVI, 
6. MASPERO, P. PARIS, F. PIGAVET, G. P1EPENBRIN6, Albbrt RÉVILLB, 
a-P. TIELB, BTC. 



VINGT-DEUXIÈME ANNÉE 
TOME QUARANTE-TROISIÈME 




PARIS 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, RUB BONAPARTE (Yl*) 
1901 



t'f^ 



ISLAMISME ET PARSISME 

Mémoire lu en séance générale du Gongrèa international d'histoire des 
Religions, le 6 septembre 1900» à la Sorbonne. 



Mesdames, Messieurs, 

Il y a déjà beau temps que Ton se contentait de cetie affir- 
mation commode : L'islamisme a jailli d'un seul jet et « au 
plein jour». 

Plus nous avançons dans l'examen critique des anciens 
documents de l'islamisme tel qu'il s'est fait pendant ces der- 
nières années^ plus nous sommes convaincu que la tradition 
musulmane (Hadith) qui, chronologiquement, est après le 
Koran noire plus ancienne source de renseignements, ne 
nous fait remonter, que dans une très faible mesure, à la pre- 
mière enfance de l'islam ^ : elle nous ofTre plutôt l'image de 
tendances souvent opposées les unes aux autres, et qui n'ont 
pas encore revêtu la forme arrêtée que prendra l'orthodoxie 
musulmane dans l'immobilité actuelle du système et la cris- 
tallisation des rites. 

Cette conviction se généralise de plus en plus. En utilisant 
les riches matériaux de cette tradition, où les musulmans 
voient des documents corroborant leur livre sacré, nous dé- 
passons de beaucoup la méthode critique que l'école mu- 
sulmane a pratiquée d'une façon rationnelle depuis le ii* siè- 
cle de l'hégire. 

1) Snouck Hurgronje dans LitleraturbUiU fur orientalische Philologie, I (1884) , 
p. 417. 

1 



HEVUË DE L HlSTOl&Ë DES RELIGIONS 



Nous sommes devenus plus sévères et plus circonspects h 
l'égard de cette littérature. PersonDe, parmi ceux qui s*oc- 
cupeut sérieusement d^éludes islamiques, n'oserait puiser au 
hasard à la source des mmiiiniis attrîèuées à Mohammed et à 
aes compagnons pour en Urer un tableau de l'ancien état 
des choses et des doclrines primitives de riskmisme. La 
critique historique moderne nous met en garde contre cette 
façon antédiluvienne do considérer les choses. Les luttes des 
partis politiques et religieux nous ouvrent Unielligence de 
ces documents et nous révèlent les affirmations ou les aspi- 
rations que telle parole de Mohammed ou tel renseignement 
d'un « compagnon i> du Prophète devait servira étayerou 
à combattre. 

Les études critiques de la tradition musulmane nous aident 
à saisir les problèmes fondamentaux de Thistoire reli- 
gieuse dans le domaine de Tislamismc et à en préparer la so- 
lution. 

Mais elles représentent seulement une seule série des ob- 
servations dont la connaissance est de la haute importance 
scientifique pour nos travaux. 

Une autre série d'éléments doit compléter notre investiga- 
tion historique. Tandis que la première série s'occupe avant 
tout de révolution due à des forces interneH^ nous devons en 
même temps diriger notre attention sur les in/hiences étran- 
gères qui eurent une importance déterminante sur la forma- 
lion elle développement de Tislamisme. Et en parlant ainsi 
je ne songe pas seulement kV islamisme populaire tel qu'il se 
constitua dans les différentes provinces de la foi islamique, 
englobant partout des éléments anté-islamiques,maîs encore 
à sa formation univendle^ canonique, dès les temps les plus 
reculés de son existence. 

Tout manuel élémentaire de l'histoire du moyen âge nous 
apprend que l'islam fut soumis dès son origme à des influences 
juives et chrétiennes et que Mohammed lui-même travailla 
sur des données juives et chrétiennes. Ces influences conti- 
nuèrent à se faire sentir d'une façon positive ou négative, 



ISLAMISMIC ET FARSISMË 



3 



môme pendant les premières générations qui suivirent la 
mort du Prophète. On a toujours admis dans Tislam, sans 
TaTouer, rinlervention d'éléments juifs et chréliens*; mais, 
d'aulre part, tout en proclamant hautement ce poiut de fue, 
on rejetait les enseiguements et les usages du judaïsme et du 
christianisme; on les écartait, on réagissait contre eux. 
w Ckdlifûhûm » — ^ « Distinguez-vous d'eux» i> telle est la for- 
mule usitc6\ Cependant cette réaction doit èire considérée, 
elle aussi, comme symptôme d'ane relation spirituelle et 
d'une influence intime. 

Jusqu'à présent on a accordé moins d'attention à un des 
éléments les plus importants du développement religieux de 
rislamîsme» je veux dire l'élément /j<?n?a«. tl a exercé, sous 
les deux formes de ïempnmi et de la réaction^ une influence 
déterminât! le sur la formation du caractère de Tislara. L'in- 
Huence du parsisme sur rislamisme est une des premières 
questions qui s'imposent à quiconque s'occupe de nos 
éludes. Elle exige, pour être bien traitée, une connaissance 
également profonde des religions persane et musulmane; 
dans ce domaine, M. Blocket est le seul qui jusqu*à présent 
ait abordé la question dans quelques artîclfis publiés par la 
Ikvue de tHhioîre des Religmis^ et qui ait fourni, pour la 
solution du problème, des malériaux importants; je me per- 
mettrai de signaler tout particulièrement, tant au point de 
vue philologique qu'à celui de la science des religions, Tex- 
cellente étude, dans laquelle il a montré l'origine persane de 
la conception musulmane de Borak, le cheval aîlô, sur lequel 
le Prophète est censé avoir accompli son ascension*. 

Quoique je ne sois pas moi-môme un iranisant de profes- 
sion, je me propose, dans celte conférence, de donner uo 



1) Cp. Huhammçdmhnhe Studim^ i!, p. 382-400 ; Badiinund l^euûs Tes- 
tament. 

2) Hevue des Étude» juivei^ XXV II i, p, 73 Euiv, 

3) V. XXX Vrn et XL^û h Revue, 
k}H^U4,XL. p. 213. 



f nSVUE D£ L nîSTOlHE DES BELIG10I«S 

aperçu de Tétendue du problème et d'en exposer quelques 
données principales. 

Un des chapitres les plus captivants de Thistoire de la ci- 
vilisation est de rechercher les influences variées que la ci- 
vilisalion sassanide a exercées sur les différentes parties de 
rhutnanité, géographiqueraent séparées Tune de l'autre. 
Même dans la langue et dans les monuments artistiques de la 
nation à laquelle j^apparfiens, on peut observer des traces 
très remarquables de cette influence. Depuis le temps des 
migrations des anciens Hongrois, avant qu'ils pénétrassent 
dans le pays limité par les Karpalhes, nous continuons à em- 
ployer, de nos jours encore, pour nous borner à la nomen- 
clature religieuse, les mots empruntés au persan pour 
désigner Dieu : isien (pers. kd-dn); le diable, le mauvais 
principe : ordôg (pers. druga)\ de même dans le domaine 
profane, un reste des rfû/'^ra {dêvaj^ gaillard) s'est conservé. 
Nos archéologues et nos historiens de l'art découvrent de 
plus en plus dans les anciens monuments de notre art des 
vesliges et des résidus d'éléments persans. 

La constatation de pareilles influences sur l'arabisme est 
pour ainsi dire palpable. G*esl le contact immédiat et per- 
manent avec la civilisation sassanide qui donna aux Arabes, 
réduits k leur seule poésie, la première impulsion qui devait 
permettre à une vie intellectuelle plus profonde de s'épa- 
nouir. Je persiste, par exemple, dans ma thèse formulée 
jadis et acceptée par M. Brockelmann dans son « Histoire de 
la littérature arabe », que l'historiographie des Arabes a ^es 
racines dans la littérature des Annales royales des Persans^ 
qu'il n'y aurait pas d'historiographie arabe sans l'impulsion 
première que les littérateurs arabes ont reçue de la Perse et 
qui les a conduits à rechercher et à conserver les souvenirs 
historiques de leur nation*. Les Arabes antéislamiques 
n'avaient aucun sens historique. Leurs plus anciens sou- 
venirs remonteot à peine à une époque antérieure au vi' siè- 



1) Brockelmann, fîescAicA(e d^arahUthm LiUeraiur, 1, p. 134* 



UtlMfSVr ET PARSISHE 



i 



de après L-C, en faisant excepliou pour les traditions re- 
latives à la migration des tribus du sud de rArabiô vers le 
nord. Les événements du passé le plus rapproctié étaient 
voilés pour eux et flottaient dans le nuage du mythe. 

C*est le contact avec la culture persane — contact qui re- 
monte aux temps les plus reculés de rislam' — qui imprima 
sa direction et son but au développement de la vie iulellec- 
lueUe des Arabes. 

L'action de rélémenl persan sur la formalioa religieuse 
fut très profonde, aussitôt que Tislam se fut établi sur lô 
domaine géographique de t ancien parsisme et ont apporté 
aux adorateurs de Zoroasire, à Taide de Tépée» la foi au 
Prophète de La Mecque et de Médine, L'occupation de Ttrak 
par les musulmans est un des facteurs les plus décisifs de la 
formation religieuse de Tislam. 

Des théologiens persans introduisirent dans la religion 
nouvellement acceptée leurs pomts de vue traditionnels. Les 
conquérants enrichirent la pauvreté de leur propre fond re- 
ligieux par des éléments que leur procurait rexpéricnce 
d'une vie religieuse profonde^ comme celle des Persans qu'ils 
avaient vaincus. C'est pourquoi on ne saurait attacher trop 
d'importance pour la formation de Tislam au mouvement 
intellectuel qui naquit dans Tlrak et qui se rattache aux écoles 
de Basra et de Koufa. 11 n'y a pas lieu de s'étonner si ce 
développement local emporta dans son courant maint élé- 
ment persan'. 

Ces inlluences alLeignirent leur complet développement 
lors de la grande révolution que l'État musulman subit vers 
Tan 128 de son ère, à la chute des Omayyades auxquels 
succèdent les Abbasides* 

Ce ne fut pas seulement le renversement politique d'une 



1) Le calife 'Othmio invîLa à sa cour le *ihrétieû Abu Zubeid Hiirmaii b. 
Muadir qui avant J'iipp^intion du FropLète uvait < visita les roin porsiins et 
connaissait leurs mœurs » (cnin £uww4r al-muLûk wa-ch&ssaUin mulûk &I- 
•adjam ivakâan 'àlimaxi biaijarihim), Aghdnf, Xï, p, 24. 

2) Cp, Blochel» Reme de tHut. des Relujions, XXXVIll, p. 447. 



ti BKVUE DK L HlSTOlRB DES ttELlGlONS 

dynaslie, mais bien plutôt une révolation religieuse d'une 
1res grande portée. Au lieu du gouvernement mondain des 
Omayyades qui avaient conservé les traditions arabes dans 
leur résidence de Damas^ aux confins du désert, c'est dès 
lors le régime Ihéocratîque des Abbasides qui fondèrent l'Étal 
sur des principes à la fois politiques et ecclésiastiques. Ils 
établissent leur résidence à Anbar et à Bagdad^ centre du 
royaume des Sassanides que Tislam a renverâé. Ils en adop- 
tent les traditions. Leur titre n'est plus celui d'un cheikh 
arabe* mais celui d'un roi persan; ils font reposer leur au- 
torité sur la légitimité, entant que « Enfants du Prophète », 
absolument comme dans le royaume persan des Sassanides 
le pouvoir était fondé sur la légitimité. Comme eux, les Ab- 
basides veulent restaurer la vraie religion tombée en désar- 
roi sous leurs prédécesseurs. Leur royaume est un Étal ec- 
clésiastique; eux-mêmes ne sont plus des chefs profanes, 
mais des cliefs religieux. Ils se considèrent, pour ainsi dire, 
comme bâghi, « divins «, comme les Sassanides* ; c'est ainsi 
que ces derniers se représentent sur leurs monnaies. 

Dans leur en tourage, on est parfaitement conscient de cette 
relation delanouvelleinstitutiondes califes avec la conception 
de la royauté persane. Tandis que le calife omayyade *Abdal- 
malik reproche à son poète de cour d'employer les attributs 
d'un roi persan pour le glorifier' — et il ne s'agissait que 
d*un diadème [tàdjy — le prince et poète abbaside célèbre 



1) Journal asiatique^ t895, 1, p. 167J; ZeitûGhrift dei^ d, morymL Gûs,^ XXI 
(1867), p. 429, 458; James Darmesteter» Coup d*ml sur thistoira de ta Perse 
(Paris, 1885)^ p. AO; SacredBùoks oftheEmt, XXIV, p. 171, 

3) Aohiinî, IV, p. 158. 

3) Cp. Bratke, Etiîigîansgaprdch am Hofe tkr Saisanident p. 193, nota <. 
Aux ymx de l'Arabe le làdj (cp. Noeldeke, PUnf Mo*aliaqdl, I, p. 36 sur *Anir 
b. Kultbûm^v. 26) est l'aliribut caractéristique de la dignité royale persane. Ûd 
composa dea légendes sur le tddj du Khrosrûa (ibu Hisehàai, p, 42, 4), 
D*autre part ud chroniqueur syrien remarque expressément que Mu'ftwija ne 
portait pas h keltla (=t&dj). Cdais cela n'empêche pas que Ja légende moba- 
métaue ne considère le diadème comcne attribut du pouvoir d'un roitelet arabe 
(Ibïï Hischam, 441, 12). 



ISLAMISME ET PARSISNE 7 

le calife de celle façon dans un poème didactique historique : 
M il ressemble au Perse Ardeschir, lorsqu'il restaurait un 
royaume anéanti*, j* Celle restauration fut liée dès le début à 
ridée qu'on se faisait de la dignité des califes. Non seulement 
leur cour/leur organisation adminîstralive» le système des 
dignités de rÉlat et l'étiquette se conforment au modèle de 
la royauté persane ; mais la signification interne du califat 
est formulée d'après la conceplion persane : ils sont les 
^uvàiens AtV économie divine, L'Étal lui-môme devient une 
institution religieuse^ une église universelle, à la tête de la- 
quelle se trouve le successeur légitime du Prophète, le « ca- 
lîfal Allah \K Le gouvernement procure à la religion la plus 
haute considération. Un gouvernement vraiment digne de ce 
nom agit d'accord avec la religion; le gouvernement est 
apparenté à la religion, grâce a sa parfaite union avec 
elle; c'est pourquoi l'on peut dire que le gouvernement est 
iden[ique à la religion, que la religion est le gouvernement 
du peuple V Ce sont là des maximes entièrement musulmanes. 
Or le livre d'où elles sont extraites n*csl pas celui d'un légis- 
lateur musulman^ mais un livre pehlviJe Dinkardy dalant 
des derniers temps du parsisme productif. 

Vous voyez quelle influence profonde la conception sas- 
sanide de TÉtat a exercée sur la royauté abbaside et com^ 
ment elle en a fait valoir Tidée Ihéocratique, Vous voyez 
comment cette dernière est née dans Tatmosphèra persane* 
De même, dans son application et dans ses effets pratiques, 
00 sent passer un souffle de tradition persane. Au lieu de 
Tindifférence confessionnelle, qui domine sous les Omayya- 
des^ c'est le confessionnalisme qui devient principe dirigeant 
du gouvernement et prend place sur la scène de l'empire. 

i; Dîwdn â'Wbdallàh b^ dl-^tu'tazz, l, p, 128» 15; ce poème fut publié »é- 
parénient par M* Litng, Mu*tadi'l ah Prhiz und Régentée in historiâches ïlelden* 
ijedicht von thn al-Mu'ia^z, dans Zéiischr* d. dsuisch, morgant^ Ges,, XL 
(lë86), p. 563 et suiv, 

2) Justin Geschichte fkâ alkn Persiens (Berlin, 1879, Hist. uiiîv. d'Oncken}, 
p. 22L Quant aux doclrmes politiques persanes, cp, Wilhelm, Kômgthumund 
Priesterthum im alien Eran, daai ZDMG., 18^, p. 102-110. 



Ci ftEVCË DE L HISTOIRE DES RELIGIONS 

L'historien doit donc considérer comme un fruil de Tin- 
fluence persane le confessionnalisme qui règne officiellemeal 
dans Tislam depuis le ii* siècle. En cela le califat n*â fait que 
suivre la tradition du royaume bâghi persan. Tandis que les 
Omayyades regardaieat avec un souverain mépris les Ihéo- 
logiens qui les contrecarraient», le dogme constitue dès l'a- 
bord le souci principal des premiers Abbasides, Ils inaugu- 
rent leur empire CD s*efforçant de conserver la Sunna dans ie 
gouvernement, en formulant des dogmes sur des questions 
Iranscendentales, alors que des fanatiques comme Ma'mùn 
s'efforcent de les faire accepter; enfin, en persécutant les 
hérétiques el ceux qui pensent autrement qu'eux. Parmi 
leurs actes politiques, je me contenterai de signaler la persé- 
cution des AnLi-Mu'tazilites eiàe^Zindih*^ façon persane de 
désigner les hérétiques qui, bientôt après l'inslitution du 
califat abbaside, deviennent les victimes d'une sorte d"in- 
quisiiion musulmane*. 

M Dieu a ceint les Abbasides de deux glaives : l'un est 
appelé àdéfendre et à reculer les frontières deTÉtal; l'autre 
doit affermir la foi dans sa forme dogmatique et punir Fin- 
crédulité et l'hérésie*, n 

Les Abbasides héritent donc de leurs prédécesseurs sas- 
sanides la persécution religieuse, ainsi que le système du 
confessionnalisme et de l'intolérance* Comme eux, ils exercent 
aussi leur pouvoir sur les opinions religieuses de leurs su- 
jets*. De cette façon, la distinction persane de bih-din et 
àed-din, bon croyant et mauvais croyant» devient un principe 
vital de Tislam. Elle n'appartient pas au mouvement arabe 



1) Muhammedanische StudieUf It^ p, 32. 

2)C. Actes du XI* Congrès d$s OrientaliskÈ (P^ria, 1897), Troisièma section 
p» 70, note 3. 

3) Transactions ofthe lXihCongres$ofOrûntalist&lLmdoatimi),]Up, 104- 
i06. 

4) Wimer Zcitsf^hrifi fiir die Kmde des MorgenL, Xtîl (189^), p* 325, 
noie 3. 

5) Spiegel, Die traditioriîiik Litteratur der Parsen, II, p, 78. 



ISLAHtSMi] £T FAnStSMIâ 



originel, qui s'est coûtinué dans rindifférentisme confession- 
nel des Omayyades. 



II 

Sî rinfluence persane se manifeste dans la transformation 
de lout l'esprit public de Tislam, elle a aussi laissé des traces 
dans quelques particularités légales. 

Sans aller jusqu'à dire avec le grand maître de la philolo- 
gie persane, Frédéric Spiegel\ que la racine même de la 
tradition de l'islam, cette forme fondamentale de ses pré- 
ceptes religieux, plonge dans le parsisme, nous ne pouvons 
cependant pas, en étudiant le lladîlh, ne pas reconnaître Tin- 
fluence de rélément persan sur quelques particularités de 
son contenu* 

11 ne nous suffit pas de penser à Timportance qu'a eue 
rirak, la terre classique de rancienne culture persane, avec 
ses efforts théologiques couronnés de succès, dans le déve- 
loppement de la foi et de la loi dans Tislam ; il faudra égale- 
ment penser à la part que les populations de ce pays prirent 
dans le développement de Tesprit musulman^ alors que leurs 
pères étaient encore de fidèles adeptes de la religion de 
Zoroastreet quils introduisirent dans leur nouvelle confes- 
sion toute la piété du parsisme. 

Je ne pense pas que vous preniez grand intérêt à l'énumé- 
ralion d'une série d'analogies entre les particularités reli- 
gieuses et rituelles de la littérature traditionnelle musulmane 
et les prescriptions de la religion persane» Le chapitre con- 
cernant la pureté et Timpureté rituelle — autant qu'il ne 
s'agit pas des survivances des anciens taàous païens — a vu 
le jour sous Tinfluence de Tidée religieuse persane; la tradi- 
tion musulmane en garde des traces, quoique, au temps oii 
s'est développée cette législation rituelle, on éprouvât natu- 
rellement le besoin de ne pas calquer servilement la manière 
de voir persane sur la pureté et Timpureté. 

IJL.c, p.74. 




REVUE DE L mSTOIRE PBS HELtGfOXS 



Vous connaissez l'idée persane qui se trouve aussi dans 
le judaïsme, de la souillure attachée au cadavre. Je citerai 
simplement comme réaction musulmane le passage suivant 
du HadUh : 

a Un client de rAnsârien Abou Wahwah raconte : Nous 
avions lavé un mort. Puis nous voulions nous-mêmes nous 
purifier en nous lavant. Alors Abou Wahwah s'avança et dit r 
Par Dieu, nous ne sommes souillés ni comme vivants ni 
comme morts *. » 

Ce simple récit nous permet d'observer la trace d'une 
influence qui n'avait pas encore revêtu une forme définitive- 
C'est un signe de Topposilion contre l'infiltration des usages 
persans. 

Ce n*est pas le moment de faire aujourd'hui une exposition 
proprement dite de ces éléments; vous me permettrez cepen- 
dant de passer en revue d'une façon tout h fait aphoristique 
quelques données formelles et quelques points de vue delà 
pensée religieuse de Tislam^ qui semblent déjà témoigner 
d'une profonde influence parsie à Fépoque postérieure à 
Mohammed, 

4, — Dans rislamisme, la récitation seule des textes sacrés, 
particulièrement du Koran, passe, dès une époque très re- 
culée, pour un acte religieux méritoire. Il ne s'agit pas là de 
prières ou de formules religieuses, mais de la lecture, per- 
sonnelle ou faite par d'autres, du livre révélé ou de portions 
considérables de ce livre. Ceux qui sont au courant de la lit- 
térature musulmane ont assez souvent lu, à la fin des com- 
mentaires de chaque sourate, des notes sur le mérite et la 
récompense que procure la lecture d*un chapitre séparé ou 
du Koran tout entier', A mon avis, cette idée du mérite de 
la lecture du texte révélé est un écho de l'idée persane du 
mérite de la récitation du Vendidad. <t Un court Yaçna aussi 
bien que le plus long Vendidad-sade peut servir pour être In 



i] Uêdal-gMba^V, p, 320. 

2) Muhamm.Studitmt U»p. 156. 



I 
I 

I 



m LA MISAI K ET PABfïIiïMi: 



H 



dans rinlérêl de personnes parliculières^ soit pour des morU 
qui par là oblienaeni la rémission de leurs péchés, soil aussi 
pour des vivaols» par procuration el dans le même but ; car, 
puisque Thoname ne peut pas vivre sur la terre sans com- 
mettre de pécliés, il est nécessaire de se faire lire de temps 
en temps le Vendidad pour sedélivrer parla de ses péchés*. » 
La récitation de son livre sacré doit procurer au musulman 
le même résultat pour le salut de son âme, Comme chez les 
Persans, la récitation du livre saint est pratiquée che^ les 
musulmans plusieurs jours après le décès d'un membre de la 
famille ; de nos jours encore^ nous pouvons observer cette 
coutume [Icinlje, vulg, gràje) dans les familles musulmanes, 
lors des visites de condoléance. Pour montrer le lien persan 
de cet usage, je me bornerai à renvoyer à l'élude de M.Soder- 
Mom sur les Fravashis, pour ce qui concerne la récitation du 
Vendidad comme coutume persane de la fêle des morts*. 

Puisque nous sommes k un usage de deuil, vous me per- 
mettrez bien, en passant, de faire encore une observation. 
J'qI exposé une fois en détail combien rélhique musulmane 
condamne sévèrement certaines expressions de deuil pour un 
mort et je ne reproduirai pas les sentences du Prophète dans 
lesquelles cette idée est exprimée. J*eo ai clierché jadis la 
cause dans la soumission que Tislam exige de ses croyants*; 
je ne puis cependant pas m*empêcher de signaler la ressem- 
blance Frappante que le parsisme offre à ce point de vue : 
u La détresse de Tâme ne doit pas être augmentée par le 
deuil; les Fravashis des fidèles ne demandent ni lamentations 
ni pleurs aux cérémonies et aux bénédictions qu'on leur con- 
sacre. Ceux qui ont fait des lamentations sur un mort subis- 
sent en enfer la punition de crier avec la tête coupée *, » 

S. — La doctrine eschatologique de la balance (mizân) sur 

1) Spiegel, Eranische Atierthumskunde^ 111^ p. 577* 
2} RemedeVHUt, desReîig., XXIX, p, 211. 

3) Le cuUe des morts et di^s amélres cAes lu Arabei (ftevue, X, p, 356 el 
«uiv.), 

4) S^iderblom, Le,, p. 254. i 



m 



12 



HEVOE DB t'tfISTOIRK DES BELïGlONS 



laquelle les bonnes el les mauvaises aclions de Thomoie sont 
pesées après sa raoïi» esl empruntée au parsisœe el implique 
ooe évalualioû arkhmétique des acles éthiques et religieux, 
(M, Williams Jakson* a démontré l'origine aryenne de celte 
idée,) Comme datts les livres sacrés desParsis', la valeur des 
bonnes et des mauvaises aclions est calculée dans Fislam ' 
d'après des uni tés de poids.» On comptera un kîntârde bonnes 
œuvres à celui qui lira mille versets du Koran dans une nuit *. w 
Le Prophète dit : « Celui qui fait la prière (salât al-djinâza) 
auprès de la civière d'un mort, mérite un kîrât; mais celui 
qui assiste à la cérémonie jusqu'à ce que le mort soit enterré, 
mérite deux Içîrât, dont l'un est aussi lourd que le mont 
Ohod^ »> La petite purification (wudù', comme celle qu'on fait 
par exemple avant la prière) vaul un mudd (modius)^ la puri- 
ficalion complète (ghuel) vaut uu sa' *. *> 

« La prière en commun a vingt-cinq fois plus de valeur que 
la prière individuelle. *^ C'est pourquoi Al-Mouzanî, un élève 
marquant de l'imam Al-Schâm, une des principales aulo* 
rilés du a* siècle, avait l'habitude de dire vingt-cinq prières 
individuelles comme compensation, lorsque ie hasard lui 
faisait manquer la prière en commun'. 'Abdallah b. *Abbâa 
enseignait ceci à ses enfants : « Faites le pèlerinage à pied; 
car celui qui va à pied aux sanctuaires» gagne par chaque pas 
700 vertus méritoires de celles du sanctuaire ^ dont chacune 
séparément en vaut 100.000 autres*. » Les considérations 



I 

i 

■ 

I 



1) AcU$ eiu A^' CQmrèv de$ OrientutkU^ {Genève, 1894),^ Deuxième partie , 
I, p. 67 et suiv. 

2) Spiegel, TradiL UtL derParsen, lU p. S7. 

3) Cp. Blochet dans la Heme, XL, p. 232, note 2. 

4)Al-Dànmï, Sunan^ p. 440. — Al-Schejblnî, disciple d*Abu tïamfa, rapporte 
{Atfiâr^ éd. Lahore, p* 93) que la lecture de chaqu<) mot du Koran équivaut à 
dix bonnes Œuvres; la Tormule ALM, dout on évalue chaque lettre à un mot 
séparé, compLe die sente pour trente. 

5) Usd al-gMba, I, p, 172. 

6) /fric/.. V, p. 586. 

#) Iba Kbaliikdn, éd. de WaaLenfflld, n» 92. 
8) Al-ahazâlî, ihjd *ulûm al-dîn, l, p. 250. 




rSLAMT5Mf: ET PARSISMK 

praliquesquisontliéesàde telles mesures ne fonl pas dt^.faut. 
Si un homme pîeui émigré de La Mecque à Jérusalem, il sait 
que ses prières perdent les trois quarts de leur valeur. A La 
Mecque, une prière eu vaut cent mille ordinaires ; à Jéru- 
salem, elle n'en vaut que vingl-cinq mille '. 

Ajoutez à cela d'autres considérations arithmétiques. Par 
exemple, on peut perdre des quanlilés déterminées des 
sommes de mérites précédemment gagnées, n Celui qui a un 
chien dans sa maison» h moins que ce ne soit un chien de 
berger, diminue chaque jour ses èona operaàe deux kirât *. *> 

On reconnatt sans peine ici le calcul dès bonnes et des 
mauvaises actions fait d'après des mesures et des poids déter- 
minés, tel qu*on le rencontre k chaque ligne dans les livres 
religieux des Parsis. » Chaque pas fait pour accompagner un 
cadavre est une bonne œuvre d*uûe valeur de 300 sttr; cha- 
que slîr vaut quatre dîrhem; de sorte que 300 sttr font 
(,200 dirhem \ » Si» en des circonstances rituellement inad- 
missibles, on souille le feu sacré par son regard, on commet 
un péché de douze dirhem; on exprime exactement en 
chiffres la somme en poids du péché pour chaque contact 
plus intime; la progression peut monter jusqu'à quinze ta- 
nâvars*. » Faire un pas sans ceinture est un péché d'un far- 
mân, en faire quatre est un péché d'un tanâvar. » Un tanâ- 
var=L 200 dirhem*. 

3. — Sous un autre rapport aussi « le lladtth musulman a 
emprunté au système parsi les caractères formels des rela- 
tions numériques. Un coup d'oeil superficiel jeté sur les 
écrits sacrés des Parsis permet de voir le rôle que jouent les 
analogies de chiffres dans leurs données numériques, oii les 
mêmes nombres reviennent dans chaque ordre numérique 
(unités, dizaines, centaines, milliers). El ce sonl parfois des 



î) Miidjtr al-d!n, al^tn^ aUjaiil, p. 263, 

2) Ai-Damirî» ^ajdt al-hajwân, II, p, 101. 

3) Sad-der, XIl, 8. 

4) Ibid., chap. LXVIIÎ. 

5) Ibid,, LXXXII, 2. 



14 



REVUE DE L BISTOIRE DES RELIGIONS 



ehilTres très élevés. Le livre Maînôgi-Khipad (XLIX, 15) 
compte 99.999 esprits protecteurs des justes^ autant de dé- 
mons et de méchantâ ennemis qui sont en lutte contré lefl 
monde céleste et bon^ tandis que le Sad-der (XllI, 41, se con-^ 
tente de 9.999, On retrouve les mêmes relations numériques 
dans les actes rituels. Pour l'offrande dos morts, on ordonne 
« 33 haricots et 33 œufs » ; je renvoie, à celte occasion, à c6 
que James Darmesteler a exposé à propos de la significa- 
lion de ce nombre 33 chez les Iranien^', Comparez à cela la 
forme musulmane de pareilles données. Je citerai à dessein 
les plus anciens renseignements fournis par le Hadîth. 33 aa- 
ges portent au ciel les louanges des hommes. S'il est ques-M 
tion du mérite des litanies pieuses, on parle de 33 tasbjh, " 
33 talimîd, 33 lakbtr, etc. *, nombre qui de nos jours encore 
se trouve dans les litanies de maintes communautés mysti- 
ques*. La foi a 333 voies*. Quand le fidèle fait sa génuflexion 
pour la prière^ 333 os et 333 nerfs louent Dieu *. 

Vous voyez que les sentences attribuées au Prophète vont 
jusqu'aux centaines dans la formation de tels nombres. 

Cela nous conduirait trop loin si, à propos de ces éléments 
formels, nous voulions faire un exposé spécial des emprunts 
matériels que la loi et l'usage musulmans ont faits aux élé- h 
menls persans. D'autre part, je ne voudrais pas que ce cha- V 
pitre se terminât vide de faits, et vous me permettrez tout aa 
moins, pour indiquer rétendue du problème qui s'offre en- ■ 
core à l'étude historique de l'islam dans ce domaine^ de 
choisir deux exemples pris aux deux extrêmes : ce qu'il y a 
de plus grand et ce qu'il y a de moins important au point de 
vue religieux. 

Par ce qu'il y a de plus grand, j'entends Thistitution mu- 



1) Là Zmdaveita, I, p. 13, note 36. 

2) Muwa(ia\ I, p. 81; al-Buchârl, Fadà'il al-aihé^, n* 10. 

3) Dupont et Coppolani, Les confr&ies fetigieu$€srmtsulmancs (Aîger, 1897), 

p. 32a 

4) Ifdt ai-kulâb, I, p. 83. 

5)Àl'DÂr4iitnt apud aUBakwb Alif-Bà, 1, p, 371. 



ISLAMISME ET PARSISME 



fS 



sylmanc de la prière, cet hommage que Tesclave de Dieu 
rend en se prosternant dans la poussière devant le rabb el- 
'àlamti), le maître de tous les mondes. 11 faut certaiment faire 
remonter h une origine persane la détermination du ?20/;i- 
Are des répôlilious quotidiennes de ce rite qui est né sous 
rinfluence du judéo*christîanîsme, La prière însliluée par 
Mohammed hii-raênie était originairement fixée à deux mo- 
ments de lajuurnée : il s^y ajouta plus tard, encore dans le 
Koran, un troisième moment que Mohammed lui-même 
Domoia tû moyen (al-umski) : la prière du matia, la prière du 
soir et celle du milieu, correspondent bien au sehacharîth, 
min chah el 'arbîlh du judaïsme. 

Mais cela ne suffi l plus, lorsque les institutions religieuses 
parsies pénétrèrent de plus en plus dans le cercle des fonda- 
teurs du rite musulman. On ne voulait pas, quant à la quan- 
tité religieuse, rester en retard sur les adeptes de Zoroastre, 
On emprunta, comme du reste James Darmesteter l'a déjà 
Tu% les cinq gàhs (temps de prières) des Persans, et le nom- 
bre primitif de trois temps fixés pour la prière fut porté à 
cinq*. Vous voyez comment une vieille institution fondamen- 
tale de l'islam, dans ses déterminations essentielles, a dû 
subir l'influence persane pour revêtir sa forme définitive, 
encore en vigueur de nos jours. 

De Tacte le plus important à ce qui Test le moins, il n'y a 
qu'un pas. Sur ce point, je réclame votre indulgence; car il 
ne s'agira plus de la communauté pieuse se prosternant cinq 
fois par jour dans la poussière devant Allah, mais d'un objet 
tout petit et iusiguifiant de la vie journalière, le cure-dents. 
On a peine à croire quelle bénédiction religieuse est attri- 
buée dans la tradition musulmane à cet objet tout ordinaire. 
Le musulman le place si haut au point de vue religieux qu'il 
charge les pieux pèlerins de lui en rapporter comme souve- 



1) Chants popuiairtîs d€i Afghans, p. 261. 

2) Vûyas mes obaervaliooB rDite£daa& le comple readu sur le MakQméiismt 
de M. Carra deVaujt (ZDMG.. LUI, p* 385). 



16 



REVPE DE L'niSTOmE DES RELIGIONS 



I 



nirs sanctifianlB des lieux consacrés de rislam\ On n'a que 
rembarras du choix dans la quantité de vieilles sentences 
qui montrent la grande valeur que l'ancien islam altribue à 
ce miswâk (c*est son nom arabe); je me bornerai à en citer 
quelques-unes. | 

L*usage du miswâk passe pour une préparation à la prière 
comme le Adân canonique. U appartient aux « Sunan al- 
mursalîn i>, c'est-à-dire aux pratiques des prophètes même 
antérieurs à Mohammed'. Leurs privilèges sont proclamés 
par le Prophète dans des sentences significatives : fl 

« Une prière, — ainsi s'exprime Mohammed» — précédée de 
Tusapie du cure-dents^vaut mieux que 75 prières ordinaires. *» 

Ci Si ce n'était pas une charge trop grande pour mes tîdèles» 
je leur prescrirais de faire précéder chaque prière du sî- 
wâk ■ » . 

La vieille tradition place cet usage sî liant qu^elle fait dire 
au Prophète : u Dieu m'a ordonné le siwâk avec tant d'insis- 
tance que j'ai presque craint qu'il me le prescrive comme 
une loi révélée*. » D'une façon humoristique, on fait dire au 
Prophète que Gabrit^I lui a si souvent enjoint le sîwâk, qu'il 
craignait de perdre ses dents à force de les frotter. Un des 
dix effets du siwâk est de mettre Satan en colère; c'est agréa- 
ble à AUâh, haï par Satan (mardûl lil-rabb, muschita lil- 
scheylân) \ 

L'emploi du cure-dents a aussi cet avantage de faciliter au 
mourant» à ses derniers moments, sa profession de foi et 
d'abréger son agonie*. En efTet^à son heure dernière, le Pro- 

1) Sur les Ikiis qu'on employait pour découper des cure^dents on trouve des 
détails cheîal-Djfthiz, llajén, JI.p* 82. 

2) Al-Ja'tûbl, Annales iéd. Houisma^ II, p. 121. 
3)Bucb. Tamannî, n«9; Musnad Ahmed» IX, p. 116; al-Scbejbânt, Athâr^ 

p. 20. 

4) Musnad Ahmed, I, p. 339 (sajunzûl 'aUjja fihi) ; if^id., ÏII, p. 490 (an;ti*- 
tùba *alejja), 

5) Ibid.t 1, p. 3 (en bas). 

6) Ai-Mustatraf, I, p. 10; AI-BaUwî, Àlif-Bd, 1, p. 137-38, Selon une sen- 
tence rapportée par al-Scbâfl'î l'emploi du miswâk a auasi pour effet de fortifier 
rintelligence^ al-Damlrl, II, p. I45|5. v« 'u^fûr. 



ISLAMISME FT PARSISUS 



17 



phète se fait donner un miswâk, el un des assistants raconte 
que jamais dans sa vie il n'en Ht un usage aussi sérieux qu^à 
ses derniers moments*, La littérature poétique des musul- 
mans s'empara de l'objet sacré; il y a toute une poésie du 
miswâk. D'après le témoignage du savant ctiîîte Abou-1- 
Kâsim Murtadâ 'Alam al-tiudâ^ le plus beau poème à ce 
sujet est dû h la plume du poète Abou Hajja al-Numejri 
(époque de transition entre les Omayyades et les Âbbasides)\ 

Mesdames et Messieurs, je me bornerai a une simple in- 
dication. Le miswâk et la haute valeur qu'on lui attribue, et 
qu*on peut h peine expliquer d'après les données religieuses 
de Tislam, nous ramènent sur le terrain persan. Il provient 
d'une disposition rituelle qui ùlait affectée à cet objet dans 
Tosage religieux des parsis* et a reçu ensuite un libre déve- 
loppement dans les sentences musulmanes, dont quelques- 
unes nous sont connues comme sentences du Prophète*. 

Mais il nous faut aussi considérer le revers de la médaille 
dans les rapports do la tradition musulmane avec les in- 
fluences persanes. 

De temps en temps se manifestent des signes d'opposition, 
de réaction de Tislam contre les idées persanes. Comme 
preuve, rien de plus typique que le changement qui s'est 
produit dans les sentiments des musulmans h Tégard du 
chien, notre plus fidèle animal domestique. Vous savez que 
depuis les temps reculés de l'islam, il passe pour un animal 
méprisé. « Les anges n'entrent jamais dans une maison où il 
y a un chien ou une image. » Le Prophète aurait ordonné, 
dit-on, de tuer tous les chiens de Médine, spécialement ceux 



1) Buch, l/agWif, tï* 85, 

2) AirGhurar wat-durar {ÏMtntgf, de Téhéran)» p. 179. 
Z)Shdjç$itashâji^st, X, 20; XII, 13; Dâdi&t dinik, XL, 8. 

4) On a doQQèaa « cotopagnon j) ^AbdalliLh b. Mas'ûd i'épithèle : séhib al- 
tiwàki on ne semble pas connaître la raison de ce titre qui était une dislioclîon 
honorifique en loul cas (al-Nawawi% Tahdlbf p, 370, 13); aulieu d*al'$iwdk on 

»uTe te^ variante» : a£-^atodd, air^sirâr^ qui prourtnt qu'oa oublia vite le sens 
rêritabte de répitbète. 

2 



18 



ÉKVUB DK LniSTOÎR» DES HlSLtâlûFiS 



d'une certaine couleur roQcée<, Les théologiens musulmaDs 
sont embarrassés de donner la raison de celle mesure. On M 
rapporte que le calife Abu Dja far al-Man.^ûr (ce renseigne- 
ment est dû à Ibn Kutejba) aurait pris des informations 
à ce sujet auprès d'un savant important de son iempa, 
'Amrb. 'Obejd* Celui-ci ne put lui donner d'autre explica-^ 
tîon que ceci ; « C'est ce que raconte la tradition; je n*en " 
connais pas la raison. *» Le calife aurait exprimé cette idée : 
« parce que k chien aboie aux hôtes et eiîraye les men- ■ 
diantsV » ■ 

Quant à la réalité de la mesure prise par le Prophète, il y 
a Heu d'avoir des doutes, A l'époque du Prophète, le chien 
n^éiait pas encore méprisé; les fidèles avaient à son égard 
des sentiments beaucoup plus tendres que ne le fait supposer 
le mépris dans lequel il tomba durant les i^énéralions suivantes, fl 
Nous savons, par exemple, (^ue^ du temps du Prophète, des 
chiens circulaient dans la mosquée et qu'on ne voytiil dans 
ce fait aucune profanation du lieu sacré*. Même plus tard 
encore, nous voyons par des sentences qui nous ont été cou* 
servées, les dispositions amicales du musulman h Têtard do 
cet animal, dont le contact^ aux termes de la toi, produit une 
des pli^B grandes souillures. Le chien — d'après un Hadîlh 
— voit des choses qui sont invisibles pour nous, c^eat-à-; 
dire les démons. Si vous entendez voire chien aboyer pendant 
la nuit, demandez à Dieu son assistance contre Satan*. G'esl 
une pensée tout à fait persane : <i Aussi souvent que le chien 
aboie, les démoua et les mauvais ennemis s'enfuient. »> Le 
chien partage cette propriété avec le coq \ dont la tradition 
musulmane fait également dire h Mohammed qu*il est Peu- 



I 



1) On Lrouve toute une (Collection d«g traditions b» mpporlant & ee lujâtdani 
Ib AA7-Jîiîd'al-Balawr, !, p. 378 el autr. 

2) Ibïi al-*Abbftr, TaftmUa (éd. de Madrid, Bibl. arab, hiBp.)r p. S33. 

3) Musrmd Ahmei, II, p, 71. 

4) Apud al-Dacniri, II» p, 334; d'autres versions rapportent une choEe ana- 
logue deâ ânes, ihid,, T, p. 29B. 

5) Buwiahhch, XIV, 28; XIX, 3; Sad-dir, XXXI, 8. 



ISLAMISME ET PAnSlSATE 



i9 



il 



nemi de Satan et que son chant iadique qu'il a vu un ange^ 
Dans une sentence attribuée à ïlasan Basrî (mort en 110/ 
728)*, laquelle a passé avec quelques variantes dans la 
poésie persane s le Sûfï pratique (fakîr) est comparé au chien, 
d'une façon qui rappelle fortement une description bien 
connue du chien dans l'Avesta * r « Le chien a dix propriétés 
dignes dV4oges, qui toutes doivent exister chez le fakîr : 

tti. il a toujours faim — c'est la coutume des fidèles, — 
2. U n'a pas d'habitation constante — c'est la coutume de 
ceux qui se.confîent en Dieu (rautawakkilîn}*, — 3. La nuit, 
il dort très peu — c'est la coutume de ceux qui sont plongés 
dans l'amour de Dieu. — 4. S*il meurt, il ne laisse aucun 
héritage — c'est la coutume des ascètes. — ^5. Il n'abandonne 
pas son mallrcj même si celui-ci le chasse — c'est la coutume 
des adeptes (murîtlîn). — 6. Il se contente des plus petits 
biens terrestres — c'est la coutume des gens tempérants. — 
7. Si on le chasse d'un endroit, il s'éloigne et en cherche uu 
autre — c'est la coutume des humbles. — 8. Si on le frappe 
et le chasse, et qu'après on le rappelle, il obéit — c'est la 
coutume des modestes. — 9. S11 voit de la nourriture, il se 
lient debout éloigné — c'est la coutume de ceux qui sont 
consacrés à la pauvreté. — 10. S'il s'en va, il ne prend au- 
cune nourriture de route — c'est la coutume de ceux qui se 
sont retirés du monde, i* 

Ù'oh vient donc que cet animal supporté au temps de Mo- 
hammed, même dans les mosquées, et que plus tard on 
trouve encore digne^ par ses qualités, d'être comparé aux 



1) Al-Damtri, I, p.528. Ou lit auasî dans b Taltnud bdb., B, Kammd, 
fûK 60 hf que raboiemenl des ctiiâas est le signe de k présence du prophèla 
Éiie ûu de l'Ange de la mort; cela dépend de k nature joyeuse ou Iriate da 
rtbûiemerit. — Cf. aussi Ê. SLa?e, Ueber (kn Einfluss déi Parmmus auf da$ 
JudenthumiH^nrkm, 1898), p. 131. 

2) Al-MaH^arî, éd. de L«yde, I, p. 393. 

3) Chiifdin^ Voyages en Pcrae^éâ. Unglès (PariSj ISII), IX, p. 205 
A)Vendidud, Farg. XtU, 44-i8. 

5) Voyez mes Materialien zur MnlwkkdunfjsycschkfUe lUs ^u/tstnus^ dans 
Wiener Zdtschr, f. d, Kunde dis Morgmi,, Xlfl {lâ99j, p, 4d-i8. 



30 



BETUK DB LHISTOmi DÈS AEtKÏIOMS 



saints hommes, en arrive tout à coup à inspirer une horreur 
qu'on peut malaisément concilier avec la douceur que pres- 
crit l'islam pour les animaux domestiques? La réponse est 
vite trouvée, quand on pense à Testime dont cet animal 
jouissait chez les Parsis au milieu desquels les musulmans 
s'établirent. Pour eux, il est Tanimal qui chasse les démons'; 
H faut exposera son regard (seg-dîdehj le cadavre même des 
Parsis lors de leur dernier voyage au dachmeh (lieu d'expo- 
sition du cadavre); on faisait dans Tancien temps des fonda- 
tions pieuses pour rentretiea de cet animal, afin de s'assurer 
son assistance pour le moment où l'âme du défunt franchirait 
le pont Çinvat, ce qui décidait de la félicité éternelle ou de 
la damnation. 

La ti'adition musulmane, voulant faire opposition àTestime 
religieuse que Ton avait pour cet animal, fit remonter au 
Prophète la mesure de restermination des chiens et rendit 
méprisable pour des motifs religieux un animal domestique 
autrefois si estimé*. 



m 



L^influence qui se manifeste par l'emprunt ou le rejet 
d'éléments étrangers remonte jusqu'à l'époque la plus re- 
culée du mouvement tbéologique de l'islam et est aussi an- 
cienne que TelTort des légistes pour formuler les normes de 
la vie religieuse. 

1) Les Bulgares habitant aui bôrdfi da Wolga esLimaient que raboiemenl du 
chien est de bon augure {jatabarraMna bi-^uwâ al-kalb) et qu'il présage bon- 
heur et abondance des révoltes (Ibu Fadhlân upad ^^Ùi, 1, 769, i3). 

2) Je ne suis pas le premier qui énonce cette opinion. Voir p, e, G. Jacob, 
AUarabisches Beduinentebm (2« édiL), p. 84 (qui se réfère à Geiger, Oftliranische 
Cuitm\ p* 370), Ed. Habn, Die Hamlhiere und ihre Bez,iehujnj sur Wirth- 
schafidâs Menschen (Leipzig, i896). p. 65 : « L'estime exagérée dans îaquelle 
Ja religion zende des Perses le t«nait (i, e, le chien)^ a certainement contribua 
au mépris dont il est devenu Tobjel lors du Iriomphe de ristami&me; m^h il n'a 
pas èXé possible, naturellement, de le chasser complètement delà situation ac- 
quise, n 




ISLAMISME! ET PARSrSME 



Nous ne nouâ en tiendrons pas h l'époque où l'islam vic- 
torieux entra par ia conquête en relation avec la population 
persane et au contact permanent qui en fui la suite. 

Nous pouvons peut-êire (et nous tenons à souligner ce 
petii-éire) remonter beaucoup plus loin dans rhisloîre de 
Tiskm, pour reconnaître l'effet des éléments parsis sur la 
formation des idées de Alohammed. Gela m'amène à une 
hypothèse sur laquelle je voudrais fixer voire attention et 
celle de tous ceux qui s'intéressent k la recherche historique 
des principes qui ont exercé une intluencef non seulement 
sur le développement, mais sur Torigine môme de Tœuvre de 
Mohammed. 

Jusqu'à présent on a surtout considéré le judaïsme et le 
christianisme comme étant les sources des enseignements du 
Roran ; le mémoire couronné à^ Abraham Geiger (1833) a ou- 
vert la voie aux investigations qui depuis lors ont porté sur 
toute sorte de particularités. On a aussi recherché la part 
qui revient à la littérature apocryphe juive et chrétienne dans 
la formation de la religion koranique. Dans son ouvrage sur 
les apocryphes» notre collègue René Bamei a fourni dans ce 
sens maintes indications utiles qui peuvent stimuler Thisto- 
rien de l'islam primitif à pénétrer plus avant dans ce domaine'* 
On trouvera que Tidée de la « table bien gardée » (al-lauh-al- 
mahfûz), sur laquelle est noté le prototype de la révélation 
divine ainsi que les destinées de Thumanité, a sa source dans 
une idée courante du livre des Jubilés'; que la peinture du 
jugement dernier, telle qu'on la trouve dans le Koran, a son 
prototype dans le Livre d'Hénoch*. Les relations avec le chris- 
tianisme éthiopien dans lequel ces apocryphes jouaient un 
rôle impartant, ont fait pénétrer ces idées dans l'horizon du 
Prophète arabe, 

11 û*est pas impossible également quUl eût à sa disposition 



1) Les Apocryphes étMopiénSj par René Basset, IX, p, 12 et 22. 

Z) Jufcïi,.3,iû; 4, 32; 15, 25; 16, 28; 18, 19; 19, 9; 33, 10; 50, 13. 



^2 



BEVUE DK L RlSTOIRE DES BKLtGTONS 



rélément persan, qu'il n'avait qu'à prendre el à façonner. Ce 
n'est pas la première foisqu'on ledit, Oa reconnaît générale- 
ment que les éléments eschatniogiques du Korao, eu dehors 
môme des idées persanes qui s'étaient répandues par Tioter- 
médiaîre du judaïsme et du christianisnie, laissent percer 
des emprunts fails directement aux Persans. Les lieux où les 
idéespersanesct les occasions par lesquelles elles pouvaient 
pénétrer en Arabie, au temps de Mohammed, étaient très nom- 
breux. 

La culture persane était à la portée des habitants de rArû* 
bie centrale, à l'époque qui précède l'apparition de Moham- 
med. Le commerce des négociants mecquois qui s'étendait 
jusqu'au territoire persan*, aussi bien que les voyages des 
poètes ambulants les amenaient tout près du champ de civili- 
sation des Persans. Al-Â'schâ n*est pas le seul poète arabe qui 
ait poussé ses excursions jusque dans le royaume sassanide ; 
il n'est qu'un entre beaucoup d'autres. Enfin Hîra» la rési- 
dence fréquentée pas les poètes et les habitants de l'Arabie, 
offre, malgré sa cour arabe, un véritable tableau de la vie 
persane. De là, les éléments de la civilisation persane pou- 
vaient aisément pénétrer dans les villes du nord el du centre 
de l'Arabie; on les y reconnaît d'ailleurs, sans qu'il puisse y 
avoir de doute possible, dans les mots persans et les exprès* 
sions persanes qui se trouvent en grand nombre dans la lan- 
gue arabe ancienne. 

Les poètes antéîslamiques abondent en allusions à la vie 
persane, au costume persan, aux mœurs persanes, qu'ils 
écartent naturellement avec une morgue vraiment arabe, 
mais qui attestent hautement la connaissance que l'arabisme 
avait de ce qui lui était étranger*. Pour injurier son ennemi, 

i) Aghénî^ VI, p. 03, 12, Abu Sufjû.n envoyait ses carairaiies qui portaient 
les ciarchandises des Kurèjacbitea ild ar?/ a î-Mrf/flm Jusqu'au pays des Persaras, 
Quant aux tncursionabeîliquetistîsdans lesterritoirespersàTïSjVoirlbn Hi^hâm, 
p. 938, 2. 

2) Muhammed, Sludien, l, p, 102; G. Jacob, AUnrab, Bûduinçnlcben (2* éd.), 
p, 237, Je compte revenir une autre fois sur les fillusions persane» des poètes 
arabes autéislamiques. 



I 



4 



I 



1SLAMISMK KT PABSÏSMK 



23 



un poète antéislamique, Aus b. Hadjar, se sert précisément 
de respressioa/îim///«, c'est-Ji-dire mode persane, comme 
pour marquer d'une lare sa vie de familles 

Les Arabes n'avaient pas à franchir les limites de leur aire 
géographique pour pénétrer dans la sphère de l'élément 
persan. Dans plusieurs endroits de la péninsule, il y avait 
des commerçanls persans qui vivaient en commun. Déjà 
au commencement de noire ère, des Persans exploitaient 
les mines d'or, en différents points du paya'. Quant à l'in- 
fluence que ces Persans pouvaient exercer sur la population 
arabe, nous pouvons en juger par le fait qu'une partie d'une 
iribu arabe établie àBahrein, les Banou 1djl, passa complè- 
tement à la nationalité persane*, ce qui prouve combien l'élé- 
ment persan a pu être un facteur ethnographique en plein 
pays arabe. 

Au point de vue religieux, il faut aussi faire entrer en ligne 
da compte TArabie méridionale (Yémen) qui, h Fépoque de 
Mohammed, était une province soumise à rinfluence de Tempire 
sassanide. Nous connaissons par leurs noms les dignitaires 
persans qui exerçaient le pouvoir au nom des Sassanides 
dans r Arabie méridionale à l'époque du Prophète arabe. 
Le commerce du nord avec la province méridionale per- 
sico-arabe pouvait facilement apporter au nord, non seu^ 
iemeol les marchandises de l'Arabie du sud, mais aussi des 
idées. Nous sommes en droit de supposer que le commerce 
ne se bornait pas aux fines étoffc^s que tes marchands trans- 
portaient du sud où elles étaient lissées* vers le nord ; il ne 
se bornait pas non plus au vin importé de TYémen et de 
riladramaut, riches en raisin% dont les célèbres vignobles 
sont si fréquemment cités par les poètes lorsqu'ils chantent 

!]6d. Geyer, n^ 24, 2. Séries mariages entre proches partnls» y. E. Kuhn, 
iUns ZDMG.^XlUh p. 618, 
2) Cp. Otaser, Sftùse der GefcAicAeundG^tJgrapftie Arôèlen*, ÎI» p. lÔS, 
^^^ 3) Lti passages cités dans Muh. Stud., f« p. 103, note 4. 
^B^J) Ma»'ûdL fanbih, éd. de Goeje, p, 281, 16 el suîir, 
^^■Ip Miiller-MordUnanu, SUdarabiiche Dmkmâler (Vienna, 1883), p. 87; Ba* 



I 



I V1W« 



u 



RlVUll OK t HISTOIRE DSS RELir.tONS 



ce vin qui désaltérait les gosiers brûlants das habitants 
du désert, après les longues privations qu'ils avaient subies. 
Les gens qui venaient du sud auront bien prononcé (elle 
ou telle parole religieuse et auront bien eu quelque cort- 
tactj si superficiel qu'il fût, avec les idées du pays où ils pé- 
nétraient. On a du reste déjà émis Topinion (Jos,Ilâlévy)qu6 
mainte expression caractéristique de la terminologie chré- 
tienne acceptée par rislam lui était arrivée parle christianisme 
de l'Arabie méridionale. 

En tous cas, les occasions ne manquaient pas pour per- 
mettre à la religion de la Perse d'agir sur la pensée du fon- 
dateur de Tislam, En effet» le Prophète connaît les madjùs cl 
les place sur la même ligne que les « Juifs, les Sabéens et 
les Chrétiens « par opposition à ceux qui « pratiquent Fido- 
lâlrie w (sourate xxu, 17), 

Ce rapprochement est au moins une preuve que les Madjûs 
appartenaient à l'horizon religieux de Mohammed; puis que, 
au point de vue religieux, il ne voyait pas en eux un élément 
hétérogène comme dans les païens idolâtres de FArabie et 
des lointains pays étrangers. Assurément ils n'étaient pas si 
nombreux dans son entourage qu'il ait pu observer à fond 
leur système religieux comme celui des Juifs et des Chrétiens, 
dont les maîtres, llabretRuhbân^lui fournissaient des rensei- 
gnements directs. Pour cet homme dominé par l'idée du 
monothéisme absolu, Fidée de Dieu troublée par le dua- 
lisme des mages ne pouvait être une source de l'enseigne- 
ment religieux comme les systèmes religieux environnants 
qu'il tenait pour des formes dégénérées de la din-lbrâhhn 
(la religion d'Abraham) *. 

Néanmoins quelques parcelles d'idées qu'il s'appropria du 
cercle persan, sans s'en rendre compte, ne manquèrent paâ 

1) De raême !es Persans font remonter la vraie religion aux temps de Tanli- 
quité reculée; ils nommenl pmiryô dhaésha ja religioa primitive existant 
loDglemps avant Zaratusht, qui n'aurait fait que la rétablir [Sacred BooÂs, 
XXIV, Pé 87). C'est ceUe conception qui parait encore ch^z Firdaust : dini- 
kuhen. 



1 




ISLAMISME ET PAHSTSUE 



25 



d'exercer leur eflel sur le tempérament de Mohammed^ ou- 
vert à toutes les impulsions religieuses. — il n'avait pas 
appris àcoûnatlre le parsisme sous une forme vivante dans 
une communauté de pratiquants; il s'agit d'inQueaces la- 
tentes, complètement inconscientes^ qui se combinaient avec 
sa propre conception religieuse sans en faire partie orga- 
nique et qui n'ont modifié que légèrement quelques poiuls de 
son système fondé sur une base judéo-chrétienne. 

La persécution qui sévit plus tard contre rinciédulité et 
l'hérésie sous les Abbasides, à l'époque où la théocratie se 
développa sous rinlluence persane, se trouve déjà indiquée 
dans les paroles du Koran. Le M/ir du Koran n'est cependant 
pas la copie de Hncrédule et de Thérétique tel qu'il se pré- 
sente dans le judaïsme et le christianisme. Mohammed y a 
introduit Fidée persane de Vimpureié matérielle. Voici du 
vrai Parsi : u Un méchant bipède, par exemple un impie 
Ashemaogha, souille les créations du Bon Esprit par contact 
direct, les souille par contact indirect •* » Une conception 
de ce genre a dû planer sur le berceau de cette sentence du 
Koran (sourate ix, 28) : innamâ-l-mitschrikina nadjisun^ « en 
vérité, les polythéistes sont impurs ». A l'origine cotte 
maxime est prise au pied de la lettre dans la théorie seule- 
ment et la vieille exégèse {Ibn 'Abbâs fait autorité en la ma- 
tière) commente ea efiet mot à mot lasentence du Koran ; « la 
Substance des incrédules est impure, » et a On doit accom- 
phr la purification rituelle après avoir été en contact avec 
eux*. » 

11 est vrai que la loi des Sunnites a écarté du texte du Ko- 
ran par une interprétation scolaslique cette idée inhumaine 
et a expliqué au sens moral « l'impureté des infidèles (na- 
djasa) *>** Mais dans les cercles scbi'îtes où les traditions per- 
sanes n'ont pas cessé d'exercer une influence plus prononcée, 
on a conservé le sens littéral dans sa rigueur et dans chaque 

i) Vendidad, Farg. V, 37. 

2) Voyez les oiïinioiigei(>géiique5 anciennes, citées dans le Kasachdf^d locum, 

3) Pour plus ample iaXormalton cp. mes ZdfiiriUnt p. 01-63. 



m 



ftEVUE DE LMISTOTIiB DBS BI£LtaiO?ÎS 



code schi'îte (je renvoie, par exemple, au Compendiïim de 
Querry*) vous trouverez le « kâfîr i> cité comme une des dix 
causes de l'impureté rituelle (deh uedjàsât). Les consé- 
quences de cette manière de voir striclemenl lépale sont 
d'aulRol plus rigoureusement tirées que la communauté 
schille, divisée en de nombreuses branches, s'écarte davan- 
lago du dogme de Tislam orthodoxe. Plus une de ces sôcles 
est imprégnée de traditions non arabes, plus Texclusivisme et 
rintolérance à l'égard de ceux qu'elle tenait pour infidèles 
ont été violents \ 

De même les attributs qui, dans la phraséologie et la ter' 
minologie du Koran, se rapportent à Tincrédulité et aux 
non-croyants, trahissent mainte ressemblance avec le kugage 
religieux des Parsis et poun aient facilement conduire à Thy- 
polhèsô d'une iofiltration anlérieure qui proviendrait de 
celte source* Gardons-nous cependant d'aller trop loin et ne 
nous exposons pas, en voulant h tout prix trouver des analo- 
gies, an danger de dépasser le but. 

Dans ses sermons de réprimande, Mohammed applique 
souvent aux infidèles et aux pécheurs une épithète qui, prise 
dans son sens premier, n'appartient pas au domaine de la vie 
refif/ieme proprement dite, mais est empruntée aux relations 
de droit privé qui existent entre les hommes. L'infidèle esf 
nommé zf///m, c'est-à-dire «oppresseur, violent, tyran ». Ce 
terme est ensuite adapté au domaine religieux par ce pro- 
cédé : celui qui transgresse les commandements d'Allah 
zalamana/sahu, « commet injustice et violence à l'égard de «a 
propre âme. i> 

Nous ne céderons pas à la tentation de voir le prototype du 
zâlim dans le sdstarân (oppresseur) parsi, en songeant que le 
râschâ" biblique atteste le même passage de la notion juridique 
à la notion religieuse, et que le pécheur « qui fait violence à 
sa propre âme » a son original dans la sentence biblique « ve- 
chôt*î chômés nafschô » [Prov., viii, 36) : « Celui qui pèche 

1) ÙrmimmulmaUt ï, p. 17, arL 267 el suiv, 

2) ZUMG.. LIIÏ, p* 383, 



I 



I 



ISLAMISME ET PARSISMË 



ai 



C0Dlr6 moi, fait violence .^ son âme (cbâmâs^zulm) >» 

Vous êlea en droè*, Mesdames el Messieurs, de me de- 
mander si nous pouvons saisir dans les doctrines du Prophète 
de l'islam des traces de conceptioos particulières du par- 
sisme. Si je signalais reschalologie du Roran^ qui, comme 
je Tai déjà fait remarquer plus haut, porte les traces d'une 
inHuence parsie, je dépasserais en répétant des faits connu» 
de longue date, le temps qui m'a été accordé pour mon expo- 
sition. Je préférerais plutôt résumer une hypothèse que j'ai 
indiquée récemment dans un recueil consacré à la mémoire 
d'un ami prématurément enlevé à mon affection'. Elle met- 
trait en lumière, si je ne me suis pas trompé, les influences 
latentes que les idées persanes ont fait prévaloir dans la doc- 
trine de Mohammed. Celles-ci ne font que modifier, dans le 
cas spécial que j'ai en vue, une institution empruntée au 
judaïsme et au christianisme, en lui donnant une nuance qui 
à Forigine lui était étrangère, mais qui ne laisse pas d'avoir 
de Fimporlance, 

Vous savez que le vendredi des musulmans est une copie 
du sabbat biblique, 11 s'en distingue néanmoins sur le point 
essentiel de l'institution biblique du sabbaL Celui-ci est des- 
tiné à rappeler continuellement lœuvre divine de la création» 
comme achèvement de la création des six jours : c'est un 
jour de repos pour l'homme et aucun travail ne doit être 
accompli en ce jour-là, parce que ToEuvre de la création du 
monde fut achevée en ce jour, 

Mohammed, à la vérité» veut aussi maintenir parmi ses 
fidèles la foi « à Toeuvre de la création en six jours *>, mais 
son vendredi n'en est pas le jour commémoratif. Il n'cs^t ni 
le jour de repos du sabbat, ni le jour de préparation à ce 
sabbat. C'est un « jour de réunion » pour la célébration heb- 
domadaire du cuite; dès le début, îl n'a pas été considéré 
comme jour de repos : « croyants! dit Mohammed dans le 



i) Die SabbathinstiîuUon im Jjkm, d&as lâs Mélanges conseicrés à k mè* 
moire du feu Prof. D. K&tirm&nn. 



ÎS 



aEVUE DE l'hTSTOIBE des RgLtGIONS 



Koran {Lxp, 0,fO)j lorsqu'on vous appelle à la prière du jo 
de rassemblée, em pressez-vous de vous occuper de Dieu et 
et abandonnez le négoce,,. Lorsque la prière est finie, allez 
où vous voudrez et recherchez les dons de la faveur divine. » 

Mohammed repousse absolument Tidée que Dieu s*est re- 
posé de son œuvre de la création. Celte idée est tellement 
enracinée dans la conscience musulmane que de tout temps 
on a considéré comme une polémique directe dirigée contre 
le judaïsme ces paroles du Koran (l, 37) : « Nous avons créé 
le ciel et la terre et ce qui est entre eux en six jours, et la fa- 
tigue ne nous a pas atteint » {wa md mmmnd min lughùP^^), 

Je vous ai donné là un exemple de ce que j'appelle Tin- 
fluence persane latente. Diaprés la doctrine des Parsis, Tuni- 
vers a été créé en six périodes \ On institua des fêtes en 
souvenir de chacune de ces six périodes de la création, mais 
aucune en vue de célébrer Tachèvement de la création du 
monde ; ainsi aucune fête qui eût quelque ressemblance avec 
le sabbat des Juifs, Leurs théologiens combattaient la con- 
ception juive du sabbat et particulièrement Fidée que Dieu 
s'est reposé de l'œuvre de la création. Le document pâzend, 
que J. Darmesteter* a fait connaître et dans lequel la polé- 
mique des Parsis contre Tinslitulion du sabbat est devenue 
TexpressioD d*un dogme {chikund gûmdîiik viyar)^ date h la 
vérité du rx* siècle ; mais probablement il n'est que le retlel 
de vieilles discussions théologiques. 

Cette opposition contre l'histoire biblique de la création 
ne semble pas avoir échappé à la connaissance de Moham- 
med. L'esprit du Prophète arabe était puissamment pénétré 
de ridée de la toute-puissance de Dieu. C'était Tirf^e mkre qui 
remplissait son àme* Aussi saisit-il avec empressement Toc- 
casion, en s'emparant de Tinstitution du sabbat, de la diffé- 
rencier par une protestation énergique contre l'idée d'un 
dieu qui se repose. 



1) Le Zend-Âvesia^irikà, p%r J. DarmesteLer, ï, p. 37 et suiv.; 111» p. 57. 

2) tUvuedeiÊiudeSjuiWf, XVIll, p. 9, o« 102. 



I 
I 
I 




ISLAMISME ET PARSISME 29 

Mesdames et Messieurs I En me permettant d'attirer votre 
intérêt pendant cette heure sur cette esquisse rapide, je ne 
pouvais absolument pas avoir Tintention d'épuiser complète- 
ment une question si importante pour l'étude historique de 
Tislam. J'avais encore moins la prétention, en vous exposant 
mes idées particulières à ce sujet, d'avoir trouvé le dernier 
mot de la science. Bien plus, j'ai à cœur de répéter ici le 
mot par lequel j'ai abordé, comme vous vous en souvenez, 
l'exposition de ce dernier chapitre de ma conférence : peut- 
être. Ce que je viens de vous exposer dans ce chapitre, je ne 
le considère pas comme doctrine acquise ; je le considère 
comme hypothèse. — Valeat quantum valere potest. 

Cette docte assemblée m'a paru fournir une belle occasion 
d'attirer votre attention sur une série de phénomènes dont 
une étude minutieuse nous permettra de pénétrer davantage 
dans la connaissance des différents éléments qui ont concouru 
à la formation de l'islam primitif. Permettez-moi, Mesdames 
et Messieurs, en terminant^ de vous exprimer toute ma re- 
connaissance pour la bienveillance et la patience avec laquelle 
vous avez bien voulu me prêter une oreille attentive. 

I. GOLDZIHER. 



DES RAPPORTS HISTORIQUES 

ENTRE LA RELIGION ET LA MORALE 

Mémoire lu un séance générale au Congrt'ïî inlernaLional d'histoire des 
HeJigioQS, h 6 scptctubru 1900, 



Quand on veuldisculer le rapport cuire deux termes, 
premier soin doit être de préciser le sens qu'on leur donne. 
Je demanderai à définir la Religion comaie la façon dont 
l'homme réalise ses rapports avec la puissance surhumaine 
et mystérieuse de laquelle il croit dépendre; — la Morale, 
comme l'ensemble des règles qu'il se croit tenu d'observer, 
en dehors du plaisir ou delà peine qu'il y trouve. 

Les règles de la morale onE leur source dans la tradi- 
tion, le sentiment, ou le raisonnement; leur juslificalion, 
dans rinjonctîon d'un être supérieur on la notion abstraite 
du devoir ; leur riii, dans la satisfaction divine ou le bonheur 
d'autrui; elles peuvent varier de société à société, d*âge en 
âge. Mais le principe de la morale est partoui identique : c'est 
la distinction entre bien et mal, combinée avec la convic- 
tion qu*il faut faire le bien et éviter le mal. 

En tant qu'ellt; admet des interventions surhumaines dans 
son origine, son contenu» sa sanction ou sa fin, la morale 
rentre dans la sphère de la religion. Cette liaison a-t-ellc 
existé de tout temps ou n'est-elle qu'une étape transitoire 
dans l'évolution de la culture humaine? La morale est-elle 
sortie de la religion ou la religion de la morale? Si elles se 
sont constituées séparément^ quand a commencé leur 
alliance? — Les avis sont partagés sur toutes ces questions, 



DES HAPPORÏS HISTORIQUES ENTRE LA RÊLmtOÏÏ Ï5T LA MORALE M 

mais peut-être les divergences reposent-elles, en partie, sur 
des malentendus. 



Si par morale on entend robservation des règles qui favo* 
risenl Tadaplalion de 1 individu à son milieu social^ il faut 
bien admettre que la morale est antérieure k la religion, 
voire à l'humanîté, puisque l'allruisme se rencontre, du 
moins k l'état instinctif, jusque chez de;^ animaux inférieurs. 
Mais, dans cette hypothèse même, on peut affirmer que la 
religion, dès son apparition, a concouru k fortifier, sinon à 
engendrer, le sentiment du devoir. 

Prenons les peuples placés au dernier degré de réchelle 
sociale. L'individu s'y croît entouré de puissances surhu- 
maines, tour à tour hostiles et bienveillantes, qu'il s'efforce 
de se concilier par les procédés dont il a appris à se servir 
vi3~à<-vis des puissances humaines : la tlafteria, la menace^ 
les présents, les mauvais Irailements, la coaclion. Homme et 
dieu ne poursuivent, en somme, que leur propre bien. Toute- 
fois, même les observateurs qui ont le plus insisté sur le ca- 
ractère égoïste de cette religion rudimentaire, doivent recon- 
naître qu'elle tend à développer un élément essentiel de la 
morale : l'esprit de sacrifice, rhabilude d'éclianger un bien 
immédiat et direct contre un bien plus considérable, mais 
indirect et plus éloigné. U n'y a guère de peuples où la reli- 
gion n'inspire des mortifications volontaires ; il n*y en a pas 
où Tonne se prive du superflu et même du nécessaire pour 
faire des ofTrandes aux morts et aux dieux; les plus anciens 
rites de Tépoque préhistorique qui aienllaissé quelque trace, 
sont des oblations aui défunts. — Or, rabnégatiou ou plutôt 
le self tes trahit est la première condition de toute moralité. 

En second lieu, la religion fortifie le principe d'autorité. 
On n'a pas trouvé jusqu'ici de peuplades qui ne regardent 
certains individus comme spécialement aptes à entrer en re- 



REVL'E DE t HISTOIRE DES HEUGIONS 



latîons avec les puissances mystérieuses dont eUes croient 
dépendre. Qu'il s'agisse de chers, de sorciers ou de prêtres, 
une pareille croyance devait assurer à ces individus un 
ascendant considérable. Or, dans les sociétés inférieures, le 
principe d'autorité est indispensable pour empêcher le? 
agrégats naissants de se dissoudre sous la pression des îa* 
iérétsen conflit. Sans doute, les dépositaires de cette autorité 
peuvent n'en user que dans un but égoïste» et c*est même 
généralement le cas ; mais leur intérêt n'en est pas moins 
dans la consolidation et l'agrandissement d'une communauté 
sans laquelle ils ne sont rien. Herbert Spencer va jusqu'.^ 
dire que les groupes où il ne s'est pas formé d'institutions 
ecclésiasliques n'o»t pas'réussi à se développer'. La dispari- 
tion prématurée de ces institutions peut amener le relâche- 
ment du lien social. Ellis rapporte qu'en Polynésie les sacri- 
fices humains étaient un moyen de gouvernement. Celait le 
chef qui désignait les victimes, et son choix tombait naturel- 
lement sur ceux qui lui avaient manqué ou déplu, « Aussi ses 
sujets, ajoute le missionnaire, lui obéîssaient-ils sans réserve. 
Mais après la destruction de l'idolàlrie, ce moyen cessa 
d'opérer et les indigènes, délivrés du frein, en vinrent à refuser 
toute obéissance légitime, tout concours légal', >» — Ceci est 
un exemple extrême, mais c'est pour cela que je l'ai choisi, 
sans qu'on m'accuse, j'espère, plus qu*Ellis lui-même, de 
faire l'apologie du cannibalisme religieux ou du meurtre ri- 
tuel. 

En troisième lieu, ce n'est pas seulement entre les vivants 
que la religion établit un lien^ mais encore entre les vivants 
et les morts. Si on admet parmi ses manifestations les 
croyances aux revenants, il est certain qu'elle constitue un 
frein contre l'abus de la force. Dans l'Amérique méridionale, 
les Toupis Guaranis racontent que les morts reviennent sous 



< 



i)H. Sji^cet.Ecçlcsiasiical Institutions, Part VI oï the Principes ôfSùciùlogy, 
London, 1885, S 641, 
2) Rev, W. UWh.Polynesian Researches, London, 1839, t. Il, p, 378. 



DES RAPPORTS HTSTOHIQUES KMTBB Lk BKUV^lOn ET LA MORALE 33 

forme d'animaux pour punir ceux qui les ont mallrailés ', Chez 
les Dacotahs, rapporte Schootcrâl't, là crainte des vengeances 
posthumes suffit souvent à empêcher le meurire tt avec autant 
de force, ajoute-t-il, que, chez nous, la crainte de la po- 
tence ï» '. Les Chippeways slmagineat que leurs âmes seront 
persécutées dans Tautre monde par les âmes non seulement 
des hommes, mais encore des animaux et des objets dont ils 
ont mésusé*» Des idées analogues prévalent parmi les indi- 
gènes de nombreuses îles Polynésiennes*. Dans l'Inde, il 
arrive qu'un débiteur force un créancier récalcitrant à s'exé- 
cuter en le menaçant de se suicider, pour mieux le pour- 
suivre ensuite. 

En quatrième lieu, parmi les plus anciennes prescriptions 
religieuses, figure Tinterdiclion de toucher les choses qui 
appartiennent aux esprits ou de commettre les actes qui les 
offensent. C'est l'institution du iabou.qm a pris une si grande 
importance chez les Polynésiens, mais qui se rencontre, sous 
une forme plus ou moins développée, parmi tous les peuples 
connus. On distingue entre tabous de plein droit, qui concer- 
nent les choses prohibées à raison de leur caractère sacré ou 
împuFj et tabous artiliciels, qui sont le fait d*nne prohibition 
édictée par un sorcier ou un chef compétent. MM. Frazer et 
Mai'illier ont bien mis en lumière le caractère à la fois reli- 
gieux et social du tabou'. Celui-ci a fourni peut-être, en 
dehors de la violence, le premier moyen d'assurer le respect 
de la propriété privée, — soit que Ton mette l'objet sous la 
garde des êtres surhumains par l'apposition d'un signe parti- 
culier, comme chez les indigènes du Congo, ou par la célé- 
bration d'un rite symbolique, comme chez certains aborigènes 

i)A. l^évlUe^Beligions de§ peupiea non cimUsés, l, f, p, 371* 

2) Scbôolcran, IndianTribtsof ihe United Stutes, Phîladelphia, pp, 195-196. 

3) L, Mariîiier, La survivance de rdme ft l'idée ds justice cftczles peupim non 
dviliiés. Paria, 1394, pp. 44-45. 

4) CodriDgton, The MeianesianSi p. 274-283, 

h) Sur le caractère Teligiftti^ du tabou tnélané&ient par M. Léon M a ri II ter, 
dans le VU* vol. publié par la Section religieuBe de i'Éeole des Hautes-Éludes, 
Paris» 1896» p. 35, 

3 




u 



REVUE DE L HlSTCJtnK DK3 RELIÛIO^^S 



de rinde, —soit qu'on Toffre aux esprits, en s'en réservaol 
Fusage, comme c'est le cas en PolyEésîe, Appliqué aux per- 
sonrjês, le tabou peut devenir an mode de protection efficace 
pour les femmes, les enfants, les étrangers, les non- combat* 
lanls. Les lieux d*asile et les « trêves de Dieu » ne sont, en 
somme, que des tabous indirecls. Enfin, quand c'est au chef 
de l'instituer, il devient un paissant moyen de gouvernement, 
puisqu'il peut aboutir soit à ta confiscation de !a propriété 
désormais vouée aux dieux, soit h une véritable inlerdiclioo 
iffnis et iit/uae prononcée contre un délinquant. 

En cinquième lieu, la religion intervient généralement 
pour sanctionner, k côté des prohibitions sacrées, an certain 
nombre d'usages traditionnels qui s'appliquent aux circons- 
tances solennelles de la vie individuelle et sociale : la nais- 
sance, la puberté, le mariage, l'hospitalîté, la guerre, la 
chasse, les semailles, la moissonj les changements de saison. 
L'origine de ces coutumes est attribuée tantôt aux ancêtres^ 
tantôt à des divinités spéciales; dans un cas> comme dans 
l'autre, on ne peut s'y soustraire sans encourir la vindicte 
de leurs auteurs ou protecteurs snrbumaitïs Cette sanction 
divine n'exclut pas la sanction terrestre, mais si le coupable 
est alors Kobjet d'une repression sociale, c est que, par sa 
faute j il risque d'attirer, non pas seulement sur sa personne, 
mais encore sur le reste de la tribu, le ressentiment des 
dieux offensés. 

En sixième lieu^ la religion fournit à Thomme le moyen 
de se mettre dans l'impossibifité de travestir la vérité ou de 
manquer à sa parole. En général, les dieux des non-civilisés 
se soucient peu des mensonges que peuvent se faire leurs 
adorateurs. Mais il n'en est plus de môme, quand ils ont été 
pris à lômoiû de la vérité d'un récit ou de la sincérité d'une 
promesse. Désormais^ c'est à la divinité que le parjure aura 
affaire, ol les dieux ne pardonnent pas la violation des enga- 
gements qu'où a pris caveis e ils. Le sernienl apparaît avec 
ce ciiraclèrc cliex des peuples aussi arriérés que les iNègres, 
les CafreSj les Polynésiens^ les Sibériens, les aborigènes de 



I 
I 




DES RAPPOHTS RlSTOflîOUËS ENfftB tk BELlGÏOPf ÎT LA AlOHAtli: 35 

rindc, etc. —Lorsque les puissances surhumairres&ont ainii 
devenues los garaoteB de la tôrilé dans k*s circonslfiiicea 
solennelles, elles finissent par acquérir la réputation do faro- 
riser la véracité, de baïr et de réprimer le mensonge en 
toute occasion. 



If 



b 



Les considérations que je viens d'invoquer, démontrent 
surabondamment que, dès ses débats, la religion a agi comme 
force de consolidation morale. Vient mainlenaut le point de 
savoir si, tout au moins dans les limites de ses manifesta- 
lions observables, elle ne poursuit point dîrectejfl{*fit un but 
social; en d'autres termes, si, même chm les peuples les plus 
incultes oti Ton constate ^â présence, elle n'a pas toujours 
rangé un certain altruisme parmi les obligalions de se^ 
fidèles. Je ne sais s'il y a des faces chez lesquelles (a religion 
a conservé^ou assumé — an carac(èfe purement individael. 
Partout, à côté des rapports que l'homme noue avec le^ 
esprits et les dieux pour y chercher des armes dutts le com- 
bat de la vie, il ^lemble exister des relations entre le clan ou 
la iribu, pris comme unité sociale, et certaines divinités consi- 
dérées, soit comme les fondateurs, soit comme les ancêtres ou 
les membres adoptlfs de la communauté. Art-dessus de leurs 
fétiches privés, les Nègresont des fétichesdu village, qui sont 
tantôt les fétiches du chef, tantôt des dlvînîtés spécîalêaf. tl 
n*e8t pas jusqu'aux Holtentots, où chaque trîbn n'ait son es- 
prit protecteur. Le même phénoofène a été constaté chez les 
indigènes de FAnstraHe et des deux Amériques. Là, où domine 
le Culle des morts^ comme chez les Cafres, c^est souvent le 
premier ancêtre auquel on attribue ce rôle* Chez les Sémites 
de l'époque la plus reculée, suivant Roherison Smith', chaque 
tribu s*élail choisi, parmi tes esprits dont elle se croyait envi- 
ronnée, un être surhumain avec lequel elle concluait une sorte 

I) HobertsoD Smilb, The ÏUliywn of the Semiki^ Londrea, i894, cbap. lit. 



i 



38 iEVCE DE LnTSTOtllE DES BICLTGtÛPîS 

coutumes ont c^rtaiDement (iguié de bonii6 heura quelques 
obligations réciproques des membres de la communaiifé. Or. 
du jour où chacun croit pouvoir compter sur une prolnclion 
surhumaine dans l'exercice decerlains actes ou la possession 
de certaines choses, il doit bien admettre que ses voisins 
jouiront d'une protection identique contre ses propres 
agressions, Qt ainsi pénèlre dans Teâpril humain le germe de 
la masimô : Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas 
qu'on teftt*. 

C'est à ce courant d'idées que se rattache sans doute Tins- 
tjtulion des ordalies, qui font intervenir des êtres surhumains 
dans la découverte et évËiiluellement dans la punition des 
coupables. Les « jugemenlsde Dieu Jt serencoolrent sous des 
formes analogues à nos ordalies du moyen âge par l'eau, le 
feu, le poison, les sorts, chez les Nègres, les Madécasses, les 
PoauK-Rouges, les Âînos du Japon, les aborigènes de Tlnde, 
Peut-être Torigioe en remonte-t-elle à l*id6e que les puis- 
sances surhumaines sont mieux à même de découvrir les 
choses cachées. En tout cas, les dieq^ qu*on amène ainsi h 
dénoncer les auteurs des crimes, finissen l par se voir attribuer 
la haine des criminels et la passion de la justice. 



III 



Le caractère d'obligation permanente qui s'attache à 
l'ensemble des poulumes socjales, epgendre peu à peu Tidée 
d'ordre moral, de mÈn^e qpe la répétition invariable des 



i) Désireux d'éviter ries controvarses superflue&, j^ rae 9uis abstenu» dsna 
celte dissertation, de prendre parti entre ceux qui ari mettent et ceux qui con- 
leslent l'existence d'une morale religieuse ctieï les peuples au dernier degré 
de rècheile bumainp. Au fond» je penche vers rindépendance cnginaire de 
la religion et de la morale proprement dite. — La question se ramène au point 
de savoir si les religions cotlectivei n'ont pas été précédées de religions pure- 
metit individuelles. Dans ranirdiative, du jour au h horde primitive a pris 
eonecience de son unité sociale et s'est ehoiii det dieui qut personniiiaient k 
communauté, Taltruisme est entré dans la religion. 



DES RAPPORTS HISTOWQUBS INTBIÊ LA RËUGION ET LA MOR\LC: 39 



I 



I 



f 



actes riUicIs engendre Vidée d'ordre liturgique et la récur- 
rence régulière des grands phénomènes naturels, Fidéc 
d'ordre cosmique. Ces Irois applicalions de la notion de Loi 
sonl rapprocliées l'une de Pau Ire, et Ton y voit conmie la 
triple réalisalion de la volonié divine. Les phénomènes qui 
tendent à troubler le cours de la nature^ sonl regardés comme 
Tœuvre d esprits malveillants et, par analogie, les manque- 
menli aux obligations soil du culte, soit de la conduite, re- 
présentent des révoltes de Thomme contre la providence* II 
en résulte un dualisme qui fait de Thomme rallié de la divi- 
nité dans la lutte pour le triomphe de Tordre eldeTharmonie 
universelle. 

Cette conception de la morale, qui s'est dessinée de bonne 
heure chez les Egyptiens, les ludieos, les Perdes, les Grecs, 
les Juifs et les Chinois, constitue le principe essentiel des 
religions élhiquei. Celles-ci néanmoins ne franchissent pas 
d^emblée la démarcation qui sépare la morale nationale de 
la morale universaliste. Mais, quand on a reconnu le carac- 
tère universel de la divinité, il faut bien qu'on efface, au point 
de vue religieux^ la distinction entre les citoyens et les étran- 
gers ; seulement on exigera la conversion préalable de ceux-ci, 
comme nous le voyons chez les juifs et les musulmans. Seuls 
le bouddhisme et le christianisme en sont venus à admettre, 
dan$ une mesure sérieuse, Texistence d'obligations mo* 
raies qui dépassent les limilesdes cultes, aussi bien que des 
races. 

11 est impossible de dissimuler que cette alliance étroite de 
[a morale et de la reUgion, si elle présente de grands avan- 
tages, offre certains inconvénients. D'une part, la religion — 
ou plutôt la théologie — revendiquele droit de définir, aussi 
bien que de sanctionner, la morale. Celte prétention conduit 
à une lutte, d'abord sourde, puis ouverte, entre la conception 
théologique du devoir et les modificalions successives que 
révolution sociale a introdutles dans les éléments constitu- 
tifs de l'idéal humain. D'autre part, la juxtaposition de la 
rnoraïe et des rites permet d'attribuer bu culte une impor- 



40 



niVUE DE LBtSTOmE DES KELTGIOXS 



tance égale et même supérieure à celle de la conduite. Cer- 
taines sectesj appartenant aux religions les plus diverses, ont 
soutenu que tout était permis aux sainis^ c'est-à-dire à ceujt 
qui, par la rigide observalion des rites, sont entrés en com- 
munion avec la Divinité. D'autres^ sans aller aussi loin, onl 
proclamé, comme dans certains mystères du paganisme, que 
des cérémonies purificatrices pouvaient effacer les consé- 
quences du péché. D'autres enfin, comme le bouddhisme, 
onl établi deux morales : Tune^ inférieure, à Tusa^e des gens 
du monde; c'est la morale profane et, partant, la vraie; 
Fautrej supérieure, à Tusage du prêtre ou de Tascète* Ces 
distinctions qui placent la moralité par excellence, tantôt 
dans le formalisme du culte, tantôt dans les exagérations de 
Fascétisme, ont provoqné la réaction naturelle des esprits 
disposés à admettre que le sentiment moral se développe 
non seulementen dehors du sentiment religieux, mais encore 
dans une proportion inverse. 

Cependant Tobservalion des faits nous apprend que le sen- 
timent religieux finit toujours par secouer les eolraves de la 
tradition pour remettre son éthique en concordance avec les 
besoins du temps. La science est actuellement émancipée de 
la théologie. Il est probable qu'il en sera de même, un jour, 
pour l'éthique, qui est une branche de la science, en tant 
qu'elle s'applique à formuler nos rapports nécessaires avec 
nous-mêmes et avec nos semblables. D'un autre côté, si on 
en juge par les opinions qui se sont manifestées avec tant 
d*éclat dans le mémorable Parlement des Religions, à Chicago, 
la majorité des Églises contemporaines tend h faire passer au 
premier plan la pratique des vertus qui constituent la morale 
humaine. C'est, d'ailleurs, la conséquence forcée de révolu- 
tion qui s'est poursuivie depuis l'origine dans la conception 
qu'on s'est faite de la Divinité, Au commencement, comme 
je Tai fait observer plus haut, les dieux ne cherchent que 
leur propre bien ; l'acccûmplissement des rites est le premier, 
sinon le seul devoir des hommes. Plus tard la Divinité exige, 
avec non moins d'énergie que ses adorateurs se traitent réci- 



I 
* 



DES RAPPORTS HÏSTORIQUEIS ENTRR LA RELICTOS ET LA MÛR à LE 41 

proquemenl comme les enfants d'un mêmep^re. Enfin les idées 
qu'on se fait de la nature divine s'élèvent lellement au-dessus 
des limitations anlhropomorphîtiues qu'on supprime dans 
les préoccupalions de la puissance suprême tout vestige 
d'égoïsme et qu'on lui assigne désormais, pour unique but^ 
de (lavailler il la réalisation du Bien. C'est déjà le principe 
qui s'affirme chez les prophètes juifs : <c Qu'ai-je à faire de 
la multitude de vos sacrifices? Cessez de faire le mal; 
apprenez à faire le bien, recherchez la justice » (Isaïe, i, 
10-18}. 

La culture moderne ne fait que rentrer dans celle voie, 
quand elle revendique pour la raison le droit de formuler les 
principes de la morale. S'ensuit-il que celte morale, fondée 
sur l'immutabililé des lois naturelles, soit hostile ou même 
étrangère au sentiment religieux? J'ai peine à m'imaginer 
une synthèse éthique plus grandiose et plus profondément 
religieuse que la conception ultime de la philosophie con- 
lemporaine, quand celle-ci, s'appuyant sur le principe de 
Tunité universelle^ proclame Texistence d'une cosmo-société 
régie par une même Loi. L'homme, se prenant comme point 
de départ, voit aussitôt se dérouler, comme en autant de 
cercles concentriques dont le dernier s'ouvre sur Finfinir 
toute la série de ses rapports nécessaires avec ses proches, 
ses concitoyens, l'humanité, toutes les créatures terrestres, 
voire — pour emprunter les termes de Guyau — avec ses 
frères extra-terrestres, possibles et idéaux, nés ou à naître, 
enfin avec Dieu lui-même regardé « comme la réalisation 
lyslique de la société universelle am6 specîe aeieimi. » 



IV 



11 existe^ du reste, une sphère où il est impossible de con- 
tester les services que le sentiment religieux a rendus et rend 
encore à la morale. C'est quand il s'agit, non plus de définir 
ceUe-ci^ mais de la faire respecter. Du jour oïl la religion s'est 




43 



hEYVK DE J. IIISTOIBE DES EISUGIONS 



aIli6o h la morale — et nous venons de voir que cette alliance 
rû monte très haut flans le passé — l'acr.om plissera ont ilu 
devoir est devenu uu commandement surhumain dont la via- H 
lalion entraîne d'inévîLables pénalités. C'est d'abord dans sa ' 
perionne, ses biens, ses procbes, son avenir terrestre, sa vie 
inêuîe,quelecoupabIedoil s'attendre à rencontrer le chàliroeDl 
de sa révolte. — Capendanllesejïeiïiplesn'onljamaisété rares 
de crimes impunis et de erirainela triomphants qui meureqt 
chargés d'ans, de richesses et d'honneurs. Commeot concî-^ 
lier ces faits avec la foi croissante dans roniiiipotence divine? " 
Ici s'ouvre la large champ des conjectures sur la vie pos- 
thume : le besoin inné de justice n'a pas tardée y cher* 
cher ses apaisements. fl 

Au début, on se figure que les doubles des morts continuent " 
à errer aulour de leurs dépouilles ou k mener, dans quelque 
séjour mystérieux, une existence tantôt meilleure, lanlol 
pire, mais toujours vaguement calquée sur la vie terrestre. 
Je n'abuserai pas de vos instants pour vous expliquer rora^ 
menl cette iMorie de la conlimmîion s'est subordonnée fi la 
théorie delà réinàulion^ qui assure aux défunts des conditions 
plus ou moins favorables suivant la conduite qu'ils ont tenue 
pendant leur passage sur terre. Le plus souvent, ils seront 
répartis entre des sphères opposées, dont le Paradis et 
TEnfer nous offrent les types extrêmes- Comme le séjour 
le plus enyié e^t généralement celui des dieux^ ceux-ci y 
admatlpritles hommes qui onl cherché à leur plaire et qui ont 
obéi à leurs lois, La théorie de la rétribution se combine 
quelquefois avec H croyance à la métempsychose, pour 
constituer, en ce monde, l'échelle des expiations et des ré- 
compenses. Là où la conception de la vie posthume a été 
arrêtée dans sa croissance, comme chez les Juifs, on a la res- 
source d'admettre que le châtiment retombe sur la postérité 
des coupables ou sur l'ensemble de la nation. Encore cette 
rétribution vicariale p'a-t-elle pas suffi au génie religieux 
d'Israël, qui a placé h la fin des temps un jugement solennel 
des générations ressuscilées. 



DES BÂPPORTS HISTÛHIQUES BPSTBE hk REUGIOW WT LA MOHALK 43 

La croyance aux sanctions poslhumcs a inconleslablemeot 
contribué h ra(Ti3rmiî^scmeiil de la rnoraki. Touli fois, ell<^ a 
aui»si ses poiuli^ faiblô^. Elle ne met au jeu que la crainle oL 
rintérôt, c'est-à-dire les facteurs inférieurs du scotîment re- 
ligieux. Elle encourage trop souvent des £iyslème& de rachat 
ou de CDmpensalion,qui subgliluanl des pénilences mécani- 
ques à Tamendcmenl r6el du coupable, Eufiii ello risque de 
laisier la morale désemparée el dé^orietUôe, le jour où s af- 
faiblit la foi en la survivance de la perionnalité. 

Heureusement, la religion renferme des éléments psy- 
chiques qui offrent à la morale un concours, plus subtil peut- 
être, mais BUisi plus noble et plus durable. Il y a <l^ns la 
religion, quoi qu'en pense Lucrèce, autre chose que de la 
lerreur. La vénéralion renferme une certaine dose d'affec- 
tion pour celui qu'on adore. Or, le fidèle qui chérit ses dieux, 
en vient bientôt à leur oliôîr par pur désir de leur plaire, in- 
dépendamment de^ avantages qu'il peut eu retirer. L'amour 
divin devient ainsi un puissant auxiliaire de la morale; on 
lînîl, suivant réimpression de je ne sais plu« quel mystique, 
par aimer Uieu dans les hommes et les hommes en Dieu. 
Dans tous les cultes, la fraternité des fidèles a toujours 
été te corollaire de la paternité divine* Supposer une religion 
véritablement universaliste, c'est-à-dire dégagée de toutes 
limitations eonfesaiontielles aussi bien que nationales : cette 
fraternité s'étendra à tous les êtres de l'univers. 

lino autre caractéristique encore du sentiment religieux, 
c'est que l^homme ne se contente pas d'aimer ses dieux à 
distance ; il aspire à leur ressembler; il n'a de repos qu'après 
s'ftlrâ assimilé h eux, en vertu d'une loi psychologique définie 
par un auteur contemporain comme « la loi cosmique de Tas- 
cenâjon i* \ Il serait superflu de montrer ici cet instinct d'imi- 
lalion déjà h l'œuvre dans le^ rites symboliques ou corijura- 
toiresdes peuples sauvages*, C'est dans ce besoin de 

i) Raoul de h Orasserie, ûe& rtUgions compûréeÈ un point dtf vuesodoloQi- 
que, Paris, 1899, p. 59. 
2) Goblet d'Myl^lKLldée de DwM, p. 289. 



44 



REVUE DE L HISTOIRE DES fiELÎCIQSS 



communion — peut-être ne Ta-l-on pas assez nioolré an' 
cours des controverses sur Forî^îne de la mythologie — 
qu on doit chercher le principal mobile auquel a obéi 
l'homme en s eiïorçant de moraliser son idéal divin. Si la re*^^ 
lîgion forlifie la morale, la morale, à son lour, réagit sur la™ 
religion pour Tépurcr. Gomment se donner pour modèle des 
dieux que les mythes, parfois même les dogmes, chargent ^ 
d*exploits désormais regardés comme absurdes, grossiers,fl 
méprisables ou criminels? « Si les dieux, dit Euripide," 
commeftent des actions viles, il n'y a pas de dieux*, n Ou 
laissera donc tomber dans l'oubli, ou même Ton rejettera vio- l 
lemmont delathéodicée, ce qui choque les nouvelles donnée^H 
de la conscience. On ne laissera aux dieux que les passions 
dont rhomme n'a pas à rougir; finalement on ne leur sup- 
posera plus que les vertus qui, au dire de Platon, forment^ 
les attributs essentiels de la divinité : la justice et Tamour^ 
— Nulle part cette évolution n'a été plus marquée que chez 
les Grecs et chez les Juifs. On peut se demander si elle 
est achevée aujourd'hui, 

II arrive que Taspiration vers le diviu s'engage dans de 
voies sans issue. Tantôt ce sont des conjurations, comm 
celles que pratiquent les non-civilisés pour mettre le dieu 
non seulement a la portée, mais encore k la merci du (idèle; 
tantôt ce sont des tentatives pour absorber matériellement 
substance de la divinité, comme dans les sacrifices humaîn 
où les Aztèques dévoraient le cœur pantelant de la victîra 
assimilée à un dieu ou dans les banquets solennels dont Ro 
bertson Smith a établi la signification Ihéophagique chez les 
anciens Sémites* ; tantôt, enfin, ce sont des mortifications ex 
cessives, tendant, comme chez les brahmanes, à délivre 
Fhomme des liens de la chair, dans la conviction que Pâme, 
débarrassée de ses limitations, peut redevenir identique k^ 
Tabsolu. Mais à côté de ces tâtonnements et de ces déviationg 



i 

u 

1 



1) Beîîérophon, frog, XIX, v. 4, 

2) The Jîeligion of the SemUen, chap. vur. 



A 



DES HAt'PDHTS inSTOUtQUKS Ef^THS Là nBUGtON ET Là MORALE 45 

le besoin d'union avec la divînil<'î cherche des satisfactions 
plus fécondes dans la pratique du divin, dans Fassociation 
volontaire avec les formesles plus hautes de l'activité divine, 
en vue de faire régner sur terre un ptiu plus de paix, de jus- 
tice et de sympathie mutuelle. Quand le sentiment de cette 
union est complet, rhommc faille bien sans effort, sinon sans 
mérite. A la vérité, cette parfaite synthèse de la religion et 
de la morale a été rarement atteiole, même dans les cultes 
qui Tonl rendue possible par la largeur de leurs duclrines. 
Néanmoins, si on peut juger de Tavenir en s'appuyant sur la 
direction deThistoire, c'est dans cetle voie que se poursuit 
révolution normale du sentiment religieux, 

U n'est pas rare d'entendre prédire la rupture prochaine 
et définitive des liens entre la religion et la morale. Le sen- 
timent religieux se confinerait dans la contemplation méta- 
physique de rinconnaissable, qu'il continuerait à se repré- 
senter par des symboles dégagés de toute préoccupation 
éthique; la mnrale, de son côté, chercherait exclusivement 
ses préceptes et ses mobiles dans le désir de régler rationnel- 
lement les rapports entre les hommes. Sans doute il est à 
désirer que la religion reconnaisse les droits de la raison 
dans la fixation de ces rapports; mais je ne concevrais pas 
que, dans l'élaboration de son propre idéal, elle pût s'affran- 
chir ou même se désintéresser de l'objet poursuivi par la 
morale* D'autre part, si les faits démontrent autour de nous que 
le sentiment abstrait du devoir suffit pour maintenir dans la 
ligne droite les esprits d'élite et même nombre de consciences 
simples, il n'en est pas moins vrai que ce sentiment emprunte 
une force nouvelle, quand il se fonde sur le désir de marcher 
d'accord avec le pouvoir surhumain dont Tordre universel 
est à la fois la manifestation et le but : the Etermil Power, 
tmî ourseltm ihat maies for rigideomness. a La vraie mo- 
rale, a écrit Edouard Scherer', a besoin de Tabsolu, La con- 
science est comme le cœur : il lui faut un au-delà; le devoir 

l) Ed* Scherer, Études mr la iiiiératlkf^ canfemporoine, t. Vil!, p. 182-183. 




46 



ftEVDE DE miSTOIRE DES RBttCIOHS 



n'esl rien, s1l n'est pas Rublime, el la rie deyient cboie fri- 
vole, si elle nlmplique des rolationi élernellei, n 

Certains Ihéologiens seront peut-ôlre d'accord avecGnjau 
pour dire que c'est là de Virrélif/wn, mais peut-être ^'agil-îl 
d'un de ces malentendus! auxquels j'ai fait allusion efï com- 
mençanl el que rhistoire des religions contribue à dissiper. 
Si une conclusion ressort de la comparaison entra la morale fl 
des principaux colles conlemporaîns, c est qn'il y a actuel- " 
lement unité, voire solidarité, entre les religions et qoe celt6 
unilé réside, non dans leur? rites ni même dans leurs croyan- 
ces, mais dans leur élhique. Cette vérité n'est pins absolument 
nouvelle; Tessentiel, c'est qu'elle ait été proclamée par les 
représentants autorisés de ces religion», dans les mémorables 
assises où ils sont venus exposer, avec sincérité et tolérance, 
les principes caractéristiques de leurs confessions respec- 
tives. Le Parlement de Cbîcago a ainsi servi les intérêts à lafl 
fois de la religion et de la morale. Mais cette assemblée elle- ■ 
môme eût été impossible, si un siècle de recherches, conçues 
dans un esprit exclusivement scJentîfiqiie, n'avait appris anx , 
religions à se voir les unes les autres telles qu'elles sont éiffl 
réalité et n'avaftintrodait, ji/sqnedans les rapports des cultes^" 
entre eux, les méthodes impartiales de Thistoire. 



I 



OoBLET d'AlVIEIXA. 



LE ZEUS STRATIOS DE MITHRÏDATE 

Hémolra lu en séance de Sectîon &u Congrès ioternalional d'Iiîsloire des 



Eo l'an 8Î avant nohv fere, après avoir chassé les garni- 
sons roiïiainfîs de tonte la Cappadoce, Milhrîdalo» raconte 
Appîen', offrit à Zeus Stralios un sacrifice Iraditionnel sur 
une haute montagne : « On en surmonte le sommet d'une 
cime plus élevéo, faite d'un entassement de bois, que les rois 
sont les premiers à apporter. On entoure ce bûcher d*an 
autre plus bas, disposé en cercle. En haut on va placer du 
lait, du miel, du vin, de l'huile et des aromates de toute 
espèce; sur le sol on dépose du pain et des mets pour le ban- 
quet sacré de Tassistance. Ce genre de sacrifice est accompli 
aussi à Pasargades par les rois de Perse. On allume le bû- 
cher, il s'enflamme et ce grand foyer est visible en mer à 
une distance de plus de mille stades. On dit même que l'at- 
mosphère est si ardente qu'on ne peut s'approcher du lieu 
durant de longs jours. Voilà le sacrifice qu'offrit Mithridate 
selon le rite de ses aïeux. » 

Le môme historien nous apprend encore* qu'en Tan 73, 
au moment d'entrer eu Papblagonie, le roi renouvela « le 
sacrifice usuel à Zeus ^tratios » et qu'il immola en même 



1) Appien» Mithr., c. 65; cL Th. Reînacli, Mithridaie Eu^alm-, p, 2ki&, U 
marée d'App»ên parait élrâ Nieohd de Damts {ibid.f p, 445}.. 

2) IW,i., e, 70, 



48 



BBVUË im L HISTOIRE DBS flËUGtONS 



temps des victimes à Poséidon ; ud char attelé de chevaux 
blancs fut précipité d^ins la mer'. H 

Qutil otaii ce « Jupiter des armées >» (^paTéç) en rhonnetir™ 
duquel les souverains du Pont, àrimilafion de leurs aucêlres 
iraniens, avaient coutume de célébrer la cérémonie gran- 
diose décrite par Appien?Esl-il, comme on l'a cru, un simple 
substitut d'Ahoura-Mazda, défenseur des Achéménides? Pour 
déterminer sa véritable nature^ il importe tout d'abord d'éta- 
blir à qui s^applique dans la religion antique rappellalion 
que nous trouvons ici usitée. 

Un premier point est certain : le Zeus Stratios n'est pas à 
l'origine une divinité hellénique. Le souverain de TOlympe 
n'était point en Grèce le protecteur spécial des soldats'. Le 
métier des armes avait d'autres patrons^ Alhèna ou Ares' 
auxquels on donnait parfois l'épithète de otpûmoç, ^rporfa. Hé- 
rodote venant à mentionner le temple de Labranda, dont 
nous parlerons dans un instant, remarque que les Cariens 
sont, à sa connaissance, le seul peuple qui olTre des sacrifices 
au Zeus Stratios*; et eu effet dans aucune cité grecque on 
ne voit le dieu suprême invoqué sous ce nom'* fl 

Donc, à Tépoque d'Hérodote , le seul lieu où fùl adoré le Zeus " 
Stratios était Labranda eu Carie', et, malgré son titre hellé* 



I 



1) Sur ce BScrifice au Pont- Eux in, cf. m«6 Mystères de jtfifAra, L I, p. 105» 

2) Welokôr le remarque lièji {Grieeh, Qùttertehre^ H, 210 ; Au f dûs KHeifS- 
kandwerk wifd Zeus aûsssrst wmig bçzùgen), 

3) Les lémoig^nages sont, à la vérilÉ, assez tardifs. Arèa Stratios* PJul., 

'Apïi; xoi Zî'jç; Synes,, De regno^ p. 23 C : 6tàv iliv crrpaTtov; cf. Wenliel, 
tpikle$cis, II, 9; Alhèna ^Tpxda : Luc,, BîaL merHr,, 9, § 1 ; Plut.,Pmecep, 
g^r, reip.i 801 E, ; EuBtath., ad /lifld., B, 118 ; ISicetas, ofs. Sludemund, Anêcd, 
yraecaf I, ^^*^' — L'Aphrodite sTpaTta est une liivinité barbare (Pretler-Roberl, 
Gr. M]ftk„ i, 347, n. 3; 357). 

4} Ilérod,, V, 119 : Mo&voi hï lùyv yhèsTç îtZ\tiv, Kâpl; elm ot àà ^TpaTtu Qu^îac 

5) La dédicace d'Athènes, C, L A., lîl, 143, esLdae à des étrangers, comme 
le8ii*M4l, 201 (d,infra), 

6) Hérod., (. c; cf. Slrabop, XÎV, Z,% 23, 659 C; Êlien, Nat, anim., XII, 
30 : des poiseona apprivoisés se trouvent dans le temple de Zeus Labrandeus ; 



4 
I 



le: ZEtJS STRÀTiOS DE HlTïlIIJDÂTi: 



19 



nique, ce Jupiter élait resté tout à Tait barbare : les mona- 
meots qui nous ont conservé son image ne laissent à cet 
égard aucun douter Dans un sanctuaire, entouré d'un bois 
de platanesj se dressait son idole androgyne, barbue, mais la 
poitrine couverte de mamelles, tenant d'une main la lance 
et de l'autre la double hache, symbole de la foudre. C*est 
sous cet aspect étrange, qu'était encore représentée sous 
l'empire romain l'antique divinité nationale des tribus belli- 
queuses qui peuplaient les montagnes de la Carie. 

Le culte du Zeus militaire prit une extension nouvelle 
durant les luttes qui suivirent le partage de l'empire 
d'Alexandre. Eumène, livré par ses troupes h Antigone 
(310 av. J,-C.), s'adressa à elles, s1l faut en croire Plutarque, 
en invoquant Zeus Stralios et les dieux tutélaires des ser- 
ments". Eumène gouverna, comme on sait, la Cappadoce et 
la Papblagonie et c'est dans le nord de FAsie-Mineure que 
son Jupiter continua d'être vénéré. Suivant Arrien% on 
voyait à Nicomédie une statue admirable du sculpteur indi- 
gfene Dédale, celle de Zeus Stratios, et peut-être celuî-cî 
est-il figuré sur les monnaies des rois de Bithynie, appuyé 
sur une haste et tenant une couronne \ Sur la côte du Pont, 
non loin d'Héraclée, se dressaient, au dire de Pline*, des au- 
tels du Jupiter Stratios à côté de chênes séculaires qui pas- 



Tt(iaT»t xaXû^jfitvoi Kapiâc Tt xaY SïpiÎTioc ' içpÔTflt jnp ùl Kkpic kftipk^ iiftXi|jioi> 
Iir£v6r,tjav. — DédIcaces de Mylasa ia SrpaTfwt Lebas-Waddinffton, 342, 343; 
cf, MiltheiL Inst. Athen., XV, p, 208, n» 20 î *lip£Ùc àM STpaTsIoy îtK\ *Hpac. 

1) Cf. Foucart, Assomatims religieuses chez l§s Grecs, p, 105 ss. et HOfer 
dans Roacher, Lexikon, s. v, Labrand^m, 

2) Ptutarque, VU, Eumen.t 17 : llpîi; iib? STpa-Hov %m\ Utut Apjtituv. 

3) Arrîeû, apud Euatalh., Cùmm, in Dionys, Perieg,, v. 793 ^ F, //, G., II J, 
S94, fr. 41 : Ka\ Stjjitoupfov nva îffTOptî -acipà Bt&uvoîç xa^QViuvov, oi epY^^ tv Nî- 
««(tTjSeta y£vÉffOaï tûtUEi«ffTOV aYal|ia ÏTpaTifju Aiôc- — Nicoinédl^ & 6té fondée en 

264 iivant J,~C.p cb qui noua douue un terminus posi quem, 

4) C*e»l ce qu'a supposé Overbeck, Kumtmiithot,^ I, p. 60 sa.; cf. cependant 
Th. Reinach, Trois royaumes de VAsie Mineure, 1888, p. 104. 

5) Pline, NaL huL, XVI (89), 239 ; in Ponto cUra Heracteam arae sunt 
hm$ Stpatîûw œgnomine, ibi quercm duac ah lîercuh satae; cf. KamïOil, 
Beracleotica^ PJauen i. V., 1869, 

4 



80 



ftEVGB DB LHtSTDtflK OKS flEtieif>?ÎS 



saiertt pour ai?oir été plantéâ far Hercule. Une iiiscripiion 
découverte à Athènes est dédiée an même dieu par deux ci- 
ioyensde Gcrmanicopolis*, d'où l'on peut inférer qu'il avait 
aussi un temple dans ceUe ville, l'ancierine Gangres, EnQn 
à Afoaslriâ, qui fut fondée par nue nièce dn dernier roi de 
Perse, on trouve comme divinité poïiade un Zeus l^xpstTTtjàç^ qui 
semble apparenté de très près à notre Stpâtioç». 

VoiJà, je pense, tout ce que les textes anciens nous ap- 
prennent " sur le dieu auquel Mîthridate sacrifiait suivant les 
rites mazdéens. Du temps tf Hérodote, le Zeus Stratios n*est 
qu'un Jupiter barbare, adoré par les Cariens; après les con- 
quêtes d'Alexandre, son culte se répand dans l'Asie-Mineure 
septentrionale. Peut-être est-ce parfois, comme a Labranda, 
quelque déité Jndigèue h demi hellénisée, mais il a pris aussi 
un caraclère nouveau, très remarquable. Dès le règne d'Ea- 
oiène, ce protecteur céleste des armées est en même temps 
celui des rois qui ïeê commandent et par là même celui de 
rÉtat. ïl est l'ancêlre des diimiiitares révérés dans les camps 
romains; il est aussi le successeurnaturel d'Ahoura-Mazda, 
auqael, dans leurs inscriptions, les Achéménides rendent 
cORstammerït grftce de leurs rictotres, que sa volonté toute- 



4 
4 



1) C, l. A., llf. 141 : 'Ayateit T^/r, \ [àûj StpaTtùi | [lU\]i\i.uiv xa\ | tio|iiletta- 

2. Dédicace Au S-patTi^Yfp xai "llpx toIç Ttosxpfot; ftioiçnott TTposarwffiv tT|î itâX^uçj 
HifBcbfeld, Sitzbcr, Akad. Beriin, 1888, p. 876, a« 27. 7.éi £tp«t71yoc sur les 
monnaiôs d'Amastris, Head» //. JT., p« 433 ; Babelon, Inventa cùtiect. Wad- 
(Hngim, p. 9, n* W; Sttrart Poole, Greek coim Brithh Mm. Pontus^ Paphtag^, 
1889, p, 85. — II est prohablâ que &û Zeus SltâlegoseBl un substitut d'Afioum^ 
Maida. Un autre dieu coiffé d'un boanet pbrygien, qui est représenté sur tes 
monnaies d'Amastris, est peut-âtre Mithra (cf. mm Mystères de Mithra, U 11, 
p, 4il, n** 291), et la pièce d& Julîà Maeaa où Ton voit Zeus et Réra entouré» 
des signes du zodiaque tmhiL aussi J'iTiHueDce d'idées orientales. 

3) Les autres passages où k Zeus Stratios est nommé n'ajoutent rîen à nos 
connaissances. Le traité Dcmundo jittrtbué à Aristote, mais qui date du i*' siècle 
après J,-C.^ mentiorine (c, 7) parmi l'es épilhètea de Zeus celles de «rcpaTt»; xal 
TpoïcatoDxoc» ûe qu'Apulée, De mundo^ 37, traduit : Jtqnter est milUttris,.. Iro- 
poeophorus* Le pseudo-Arislûie est hi source de Poilu jc, Omnht 1, 24 ; (ûso\) 
çtpa'îiot Tpcucaitt^x^t* Cf. aussï Hesych. : Stpœtiûv. * . EntOeiov àiiç (d'après Hôro- 
dole) et Etym. magn. i S-pdÎTtûr ^^^fii na't Zçu;. 



LE ZEtlS STRAT103 ÙZ MlTnRÎDATE 



m 



poissante accorde ou refuse. Ce n'est certainement pas par 
an pur effet du hasard, que nous constatons la présence à'un 
cuUe du Zeus Sïratios à la fois à Fléraclée, longtemps le chef- 
lieu d'une principauté indépendante, à Nicomédîe, la capitale 
da la Bilhynie, à Cancres, celle de la Paphlagonie, et à Ama- 
3ie, celle du Pont. 

J'ai eu la bonne fortune, au cours d*un voyage récent dans 
le Pont, de faire des découvertes qui permettent de préciser 
certains traits de la physionomie, encore fort indécise^ de ce 
Zens tutélaire des dtadoques. Lorsque^ quittant la vtUe 
d'Amasie, on se dirige vers Test, en franchissant la mon- 
tagne escarpée qui borde la gorge de Tlris, on atteint en 
trois heures le village d'Ebimi, situé sur un plateau fertile, 
quoique fort élevé. A une demi-heure en deçà d'Ëbimi^ se 
dresse le sommet arrondi d'une éminence, qui attire immé- 
diatement l'attention^ car, dans ce pays dénudé^ elle est 
couronnée d'un bouquet de vieux pins, pour lesquels les 
habitants ont un respect superstitieux. Ce lieu est en efifet 
considéré par eux comme sacré, ils lui donnent le nom turc de 
BeHyuk-Edia^ « le grand saint », et prétendent qu'un saint 
musulman y est enseveli. Chaque année au mois de mai, ils 
se réunissent sur la hauteur déserte, y égorgent des poules 
et des moutons et y festoient joyeusement. C'est manifeste- 
ment une survivance du paganisme qui a laissé des vestiges 
nombreux dans la religion populaire de ces contrées. 

Cet endroit était singulièrement propice à rétablissemeflt 
d'un culte. Après une ascension aisée, on arrive an faîte d*un 
mamelon arrondi, d'où l'on jouit d'un panorama immense, 
embrassant tout le pays d'alentour, li atteint d'ailleurs 
1*350 mètres d* altitude* Le sommet, qui affecte la forme 
d'un cône aplati, était autrefois couronné d'un mur, dont on 
peut suivre les traces sur tout le pourtour et quî dessine une 
circouférence d*environ 200 mètres de diamètre. Ce mur 
d'enceinte est surtout bien conservé au sud-ouest, oii la pente 
plus rapide du terrain a otjligé à construire d^épaisses sub- 
structfons. Au centre du cercle, s'élève an tertre carré d'une 



84 



BEVTTE DE t'aiSTOIRE DES RELIGIONS 



Ainsi dans deux canfons diff^'îrenls de l'ancienne citéd'A- 
mairie, nous consUtODs la présence d'un cuUe du Zeus Strik 
tiûs, alors qti aucune trace n'en a été relevée dans le resl« 
du pays. La conclusion qui semble se dégager de ce fait, c'est 
que le Jupiter dos armées était la divinité prolectrîce de la 
capitale du Pont aussi bien que de ses rois. Cette manière de 
voir est confirmée par une inscription mise au jour à Athè- 
nes, dans laquelle on voit quatre citoyens d'Amasîe faire en 
commun une consécration au ZeusStratios '. Déplus certain t 
bronzes d'Amasie portent Timage d'un autel flamboyaot à 
côté duquel on distingue un ou deux arbres. Parfois Tantal 
eilsurmonté d'une aigle éployée ou d'un quadrige *, Cavedoni * 
a déjà mis ce type monétaire en rapport avec le sacrifice 
qu'Appien fait offrir h Mithridale. La découverte des ruines 
du Beuyok*Evlia me paraît donner à cette conjecture une 
vraisemblance nouvelle. Le grand autel figuré sur les mon- 
naies est celui qui se dressait au centre de Tenceinte sacréô; 
Tarbre est une représentation abrégée du bois sacré qui Pen- 
iûurait V Les pins, qui croissent encore sur la cime de la 
montagne, sont les derniers rejetons de ceux que vénéraient 
les anciens. L^aigle éployée est un emblème ordinaire de 
Zeus et la présence du quadrige me paraît devoir être expli" 
quée par ce mythe célèbre des mages, suivant lequel le dieu 
suprême conduit un char attelé de quatre chevaux, symbo- 
les des quatre éléments'. 

Quelle semble être en résumé l'histoire du Zeus Slratios 
révéré par îa dynastie des Mithridate? Peut-être était-il à 



1) C. L A,, m* 201 : *kyab%t Tu^rj ■ Ail STpaxif*^] âWpc, 'X^binpiTTiU Apé- 

2) Warwjclt Wîplîii Cqial^iguç QfQreek coins ^ PoniuSf Paphtagoniaf e^, ly 
Staart Poûîe, p* 8 ss., et pL II; cf, p, xvn, «s. 

3) Ç^vedqni, BuiL Corr. arch,, i840, p. 70. 

4) Il y ^Viitt piireiliexiiçiit des arbres sacrés près des aulela du Jupiter ï;TpaTiiic^ 
à Héracléi (iuprat p. 49, ii.5) et à LQbran<ia {Hérod., V, 110). 

6) Dioa Chrye., OriU., XXXVl, 5 9. Cf. mes Mystères de WifAra, t. ït, p. 60. 
L'eiplîcation de M. Warwîck Wroth qui voit dans l'iigle et le quadrige une 
allusion à l'apolbéoae (|*iia empereur qqub paraît hiea peu rruiseEiiUable, 



LE ZKOS STRATIOS DE BOTHRlOATE 



ss 



rorigine la divinité locale de quelque tribu indigène de la 
vallée de l'Iris, qui s'assemblait pour Tadorer sur le sommet 
d'une montagne voisine*. A leur arrivée dans le pays, les 
colons grecs auraient alors, suivant une coulunie constante, 
transformé cette divinité barbare en un Zeus guerrier. Puis 
quand une naaison d'origine iranienne fonda un royaume 
dans cette région, elle aurait prétendu reconnaitre, dans ce 
Zeus, son Ahoura-Mazda, et lui aurait offert de» sacrifices 
nouveaux imités de ceux qu'accomplissaient les monarques 
perses, La nature du dieu serait donc composite ; elle «erait 
formée d'une réunion des trojs éléments, pontique, grec et 
iranien» dont la combinaison caractérise la religion comme la 
cmlisation de ces contrées. Peut-être aussi le culte militaire 
du Zeus StratiûË fut-il fondé par les dynastes du Pont dans 
leur nouvelle capitale, Amasîe, en Thonneur du protecteur 
céleste qui avait assuré le succès de leurs armes? Certaine- 
ment à Tépoque romaine, rinfluencegreequeesl devenue pré- 
dominante dans ce culte, et les titres sacrés que mentionnent 
les inscriptions («p^t^neç, ve^kopot, kpUç ^li ^hi>)j comme les 
formules de celles-ci, ne distiugueut pas le temple du Beuyuk- 
Evlia de ceux de Flonio ou de l'HelIade. A la vérité, nous 
ignorons complètement quel rituel y était en usage, et si un 
jour on y retrouvait quelque règlement religieux de» sacri' 
fices ou des fêles, il montrerait, sans doute, une association 
aussi étrange d'éléments iraniens et hellénique» que le fait 
Tacte de fondation du temple élevé sur te Nemroud-Dagh 
par Antiochus de Commagène '. 

Certainement l'offrande pompeuse de Milhridate h Zeus 
Stratios présente avec les praliques ma^déennes d'indé- 
niables affinités. Ce foyer gigantesque, allumé par le roi, est 



t) La cuite des hauteurs remonte en Am Mineure â une 1res haute anliquîté 
(cf, Arrien, F, H. G., UI, 592, ii<* 30 - 'Avwvtcç iÎc ti aK^ji tô^v hpùv BiQvvo\ l^a- 
),ow Ilafïav tov ài% xsiV "ATttv xbv aÙTâv, 11 s'êM perpétué Jusqu'à nos jours dans 
les pratiques de la religion populaire ^ notammenl dane celleii de h fieete des 
Rizil-Bascb, 

2) Michel, Bee, wer. gr,^ ^° 735- 



m 



REVOE DE L^giSTOIBE DES RELIGIONS 



une sorte de grossissement des pyrées qui brûlaient perpé- 
tuellement dans les temples des sectateurs de Zoroastre\ 
L'habitude do sacrifier à Zeus sur le sommet des montagnes 
est déjà signalée chez les Perses par Hérodote*, et, comme 
les souverains du Pont, les mages de Cappadoce offraient à 
la divinité de l'huile, du lail et du miel \ Le vin, qui leur est 
adjoint, remplace en Occident le Haoma dont le jus enivrant 
joue un rôle capital dans la liturgie mazdéenne*. Si Ton 
prend en considération toutes^ces analogies, on sera disposé 
à admettre que la cérémonie accomplie par Mithridate est 
vraiment, comme Taffirme Appien, imitée de celle que pra- 
tiquaient les monarques perses àPasargades» Ce serait même 
Tun des plus anciens exemples certains du sacrifice non san- 
glant resté le seul usité dans le rituel avesiique*. 

Où ce sacriftcG a-t-il été offert par le prince victorieux t 
Il est bien tentant de reconnaître dans le Beuyuk-Evla la 
haute montagne dont nous parle Appien, dans l'autel cen- 
tral, le sommet oCi l'on entassait le bois destiné à être 
consumé, dans l'enceinte circulaire l'endroit marqué pour 
le second bûcher. Mais un mot du texte de l'historien grec 
paraît s'opposer à cette localisation. Le foyer, nous dit-il, i 
pouvait être aperçu des navigateurs à plus de mille stades. H 
Or Ebimi est séparé de la mer par toute l'épaisseur de la ^ 
chaîne côtiére. Il semble donc que ce pyrée grandiose n*ait 
point été allumé dans le temple même du Zeus Slratios, 



1) Voyez en général Rapp, Z, B. M, fî», XX, p. 86 sa. Cf. auBsi Dion Chrys., 
Or,^ XXXVI, I 40 : {Xwpod^pTtjv) ©t tllpaâtt Xk-f9\tfsv^ - ev ôpit nv\ Cr.v. r-neita açOîivmi 
%\ opoc -iïvpîiî «vu&cv TcoXXoC Ttaîa(ntTJ<[*!ïvTûC rjVEX^t te xdîs^ott' tqw aii» flixo-îlia ot^v 

2) Héfûd., I, 131 : NoM-iïouort ài\ trel tk ^Ki^draTa t&v ôplùiv àvaSafvovtï: Qwffkc 
£p&E(v- Cf. mes My&$êres de Mithra^ L I, p. 6. 

3) Slrabon, XV» 3, | Î4, p, 733 C : 'AitoffnliiSûVT£« tkm^v ybX«kh xa\ piliT 
xÊXpftijivûv. 

4) CL sur ce point mes Mystères de Mithra^ t, I, p* 147, 197. — Pour le repas 
sacré qui termine la cérémonie, cf. ibid^t p. 320, n. 8. ~~ Pour remploi des 
aromatea il suffira de renvoyer k Hérod., VI, 97 (XifiavùiToD ïptnxo<rts Ts^Avra, 

5) Cf. Darmeeleterj te Zend Âvesta, %, II), p. utvin. 



LE ZEUS STRATIOS DE MITHRIDATE 



57 



mais plus près du Pont-Euxin, sans doute à proximité du 
camp où était réunie l'armée '. 

Ce n'est là qu'une des moindres incertitudes donf est encore 
enveloppée l'histoire d'un culte qui au u* siècle avant notre 
ère parait avoir été pratiqué par les souverains d'au moins 
trois royaumes asiatiques. Seules des découvertes nouvelles 
pourront nous apprendre quelles furent son origine et ses 
destinées, et il est à souhaiter que des fouilles entreprises 
sur la montagne d'Ëbimi nous permettent d'étudier en 
détail le sanctuaire qui la couronnait, et nous fassent ainsi 
mieux connaître la religion officielle des dynastes du Pont et 
on particulier du grand adversaire de Rome^ 

Franz Cumont. 



1) Appien ne donne aucune indication précise, mais la phrase du c. 65 : yiw 
Tat ToTc «Xlouffi xataçaviic, aussi bien que le début du c. 70 : àic6iietpav toO vav- 
TtxoO icoii]«atifvoc lOus tû «rparî^ Ât\...xat IIoiTStSûvi &p(j.axa6e\; el; TÔicfXaYOc, iic\ 
IlafXarovûcc iiiniytxo, prouvent que la montagne dont il est question doit être 
cherchée dans le Pont et À proximité delà côte. Je croirais volontiers qu*il s*agit 
de l'Ak-Dagh (mont Blanc), le sommet le plus élevé du pays, qui séparait le 
territoire d'Amasie de celui de Laodicée (Ladik). 



U SITUATION ACTUELLE DE L'EmiONËMENT 

DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS 

Mémoire ]a en séance générale au Congrès international d'higtoîre dêâ 
Religions, le 4 scplembro l&OO. 



La science des religions est une discipline encore jeune 
U y a vingl-cînq ans on eût vainement cherché» non pas des 
savants occupés d'études religieuses historiques — il y en a 
toujours eu, notamment dans les Facultés théologie et parmi 
les oriealalistes, — mais des chaires publiques affeclécs à 
rhisloire des religions. Il s*en faut de beaucoup qu'aujour- 
d'hui encore elle ait conquis dans l'enseignement supérieur la 
place qui lui revient légitimement et d*où elle pourra fruc- 
tifier l'enseignement secoadaire et même renseignement 
moral de recule primaire. A mesure , en effet, que la théologie 
cesse d'être conçue comme le commentaire d'une révélation 
surnaturelle unique, à mesure que la théologie se séculariîîe 
et devient la science de la religion ou des phénomènes reli- 
gieux, parallèle à la science du langage ou la philologie, à 
la science des institutions et des lois ou le droit, etc.^ à 
mesure aussi elle doit prendre comme base de ses études 
Thistoire des religions de Thumanité dans son ensemble et 
la psychologie religieuse, largement humaine» soit Tobser- 
vation des phénomènes religieux dans le passé de l'huma- 
nité et robservation méthodique des phénomènes religieux 
dans le présent plus directement accessible. Et s*il est par- 
faitement légitime d'accorder une part tout à fait prépondé- 



60 



BfiVUK DE L BlâTOlltl DES BELIGIOMS 



cours «t d'histoire de l*idée de Dieu » et un coors « d'histoire 
comparée des religions en dehors de celle d'Israël et du 
Christianisme; » ces dernières sont,en ellet, l'objet de cours 
spéciaux. Celte réforme fut bien accueillie des églises comme 
des professeurs. L'esprit scientifique et la largeur qui carac- 
térisaient déjà la plupart des anciennes facultés, avaient en i 
quelque sorte anticipé sur la réforme légale. Les maîtres dn fl 
nouvel enseignement, C. P. Tiele, Chanlepie de la Saussaye, " 
Lamers,eLc*, continuèrent, sous ces dénominationsnouvelles, 
l'œuvre qu*iU accomplissaient déjà auparavant. Toutefois les 
hommes passent, les inslilulions durent* L'émancipation 
des Facultés de théologie à l'égard des confessions ecclésia^ 
tiques était désormais assurée pour l'avenir et mise fi Tabri 
des changements de tendance dans l'Église hollandaise. 

La Suisse, de son côté, avec l'esprit d'initiative qui la ca- 
ractérise, ne larda pas à accueillir le nouvel enseignement. Ce 
fut rUniversîté de Genève qui donna le signal. Dès Tannée 
1868-^869 mon vénéré maître. M, le professeur Bouvier, 
avait introduit dans le cycle de ses cours à la Faculté de 
théologie l'histoire des religions. En 1873, une chaire spé^ 
cîale fut affectée à la nouvelle discipline, qui a eu successi- 
vement pour titulaires, MxM. Droz et Ernest S troehlin. Suppri- 
mée en 1894, elle fut rétablie, à la demande delà Faculté j 
de théologie, en 1895, mais de nouveau dans la Faculté desfl 
lettres. Elle est occupée actuellement par notre collègue, 
M. Paul Ollramare. L'exemple donné par l'Université de 
Genève fut suivi par d'autres. A Lausanne ce fut la Faculté 
de théologie qui s'enrichit d'un cours dliistoire des reli- 
gions professé actuellement par M. Fornérod ; de même, fl 
sensiblement plus lard, en 1889, à Zurich, la Faculté de théo- " 
logie fut dotée d'une chaire^ assez bizarrement dénommée : 
« Histoire des religions et géographie biblique. » Il n'est que 
juste de rappeler ici l'initiative prise à Bâle dès 1834 parle 
professeur Joh, Georg Millier, dans ses cours surl'w Histoire 
des religions polythéistes >* qu'il continua jusqu'au terme de 
son enseignement universitaire. C'est à Bâle également qu'en- 






tk SITÎJàTION ACTUELLE DE L «NSEIGNEMENT 



6t 



seigiie eDcore âctuellemeiiL le professeur vori Orelli, Fauteur 
d'ua récent Manuel d'histoire des religions en Allemagne, A 
la Faculté de théologie de rUnlversité de Berne, rHîsloire 
générale des religions figure au programme des malières 
obligatoires pour la dernière année d'études des candidats 
au mioislère évangélique. Elle figure aussi au programme 
des examens auxquels sont soumis ces candidats dans la plu- 
part des cantons de la Suisse allemande (notamment Bâle, 
Zurich, Glaris, Saint- Gall, etc.). 

En Belgique, notre infatigable confrère, le comte Goblet 
d'Alviellâ, a mené vigoureusement campagne pour la science 
dont il est devenu Tun des plus éminents et des plus sympa- 
thique^ représeutants. Prêchant d'exemple il inaugurait, de 
la manière la plus désintéressée, lepremicr cours public d'his- 
toire des religions institué dans ce pays, à l'Université libre 
de Bruxelles, le 9 décembre 1884. Actuellement ce cours y est 
obligatoire pour les aspirants au doctorat en philosophie. Il 
est facultatif pour les élèves de TÉcole des sciences sociales 
récemment organisée. Je ne sache pas quHl y ait de cours 
du môme genre dans les trois autres universités belges. Mais 
M. Eugène Monseur a fait avec succès un cours élémentaire 
d'histoire des religions sous les auspices de TExlension de 
rUniversilé de Bruxelles. 

En France, le promoteur le plus influent de l'enseignement 
public de Thistoire des religions fut Paul Bert, La grande et 
glorieuse École qui, depuis la Renaissance, a été chez, nous 
le foyer de toutes les études nouvelles et libres, le Collège 
de France, était désignée pour abriter la chaire proposée. 
Elle s'y prêta sans enthousiasme. L'administrateur du Col- 
lège, JVL de Lahoulaye, combattit même le projet au Sénat, 
mais la fermeté du rénovateur de notre instruction publique, 
Jules Ferry, triompha de toutes les résistances. En décembre 
1879 une chaire d'histoire des religions était créée au Collège 
de France et M. Albert Ré ville en était nommé titulaire. Au 
même moment M* Maurice Veriies,avec le concours d'un de 
nos compatriotes auquel la science des religions doit le plus 



62 



BKVUfi DE L HlâTDlRE DES RELIGIONS 



de reconnaissance, M. Emile Guimcl, de Lyon, erôail la 
Hevne de f Histoire des Religîom, le premier organe pério- 
dique de nos études, el y commençail, avec k collaboration 
de quelques-nns des savants les pins autorisés de notre pays, 
une propagande en faveur de Thistoire religieuse générale, 
d'une part en montrant l'intérêt^ la variélé, la solidité des 
travaux qu'elle pouvait dès lors inspirer, dautre part en plai- 
dant, avec une infatigable persévérante» la cause de sa 
diffusion dans les Facultés et dans les écoles. 

Les idées soutenues par M, Vernes ne se réalisèrent pas 
sous la forme même où il les avait présentées, mais sa vigou* 
reuse campage conirihaa assurément au succès derorgam- 
salion un peu différente qui a prévala. Lorsqu'aprèa la sup- 
pression, qui nous semble regrettable, des Facultés de 
théologie catholiques^ la nécesailé parut urgente de créer 
en France un enseignement où Tétude scientifique des idéea 
el des institutions religieuses put être cultivée. M, Liard^ 
Téminent directeur de renseignemenl supérieur rtu Ministère 
de l'Inalruclion publique, conçut le projet de créer une cin- 
quième section à l'École pratique des Hautes Études, ce foyer 
de haute culture fondé par Victor Durpy et qui a pris place k 
côté du Collège de France, comme laboratoire des méthodes 
perfectionnées et des initiatives fécondes. Ainsi fut fondée 
en 1886 par M, iGoblet, ministre de rinstruction publique, 
la Section des Sciences religieuses de FÉcole des Hautes- 
Études qui comprend aujourd'hui seize conférences distinctes 
(sans compter les cours libres) consacrées àTétude spéciale 
d*aulant de religions ou de sections d'histoire religieuse, IcJ 
pas d'enseignement de l'histoire générale des religions ; il est 
au Collège de France. L'École des Haules-Études n'est pas 
non plus une Faculté, faisant passer des examens ou confé- 
rant des litres universitaires. Les diplômes qu'elle peut ac- 
corder à ceux de ses élèves qui se sont distingués par des 
travaux personnels, sont purement honoriiiques. Son ensei- 
gnement est technique, surtout analytique, destiné à fami- 
liariser les jeunes gens avec les bonnes méthodes de travail 



I 



ti 

I 



LA SITUATION ACTUELLE M L ICNSEÏGNKMENT 



63 



et, par le fait mêtne, il ne s*adresse qu'à un pelil nombtê 
d'élèves. Aujourd'hui, après quatorze ans d'existence, la StiC- 
lion des Sciences religieuses a le droit d'affirmer qu'elle a 
justifié sa création» L'armée dernière, elle a eu 328 inscrip- 
tion, dont une bonne moitié est consliluée par des audi- 
teurs très réguliers. Son action s'étend au dehors par la 
publication de travaux scientifiques qui constituent la Biblio- 
thèque de la Section des Sciences religieuses (!4 volumes 
in-8**, plus les rapports annuels). 

L'enseignement de l'histoire des religions, soit au Collèj][e 
de France, soit à la Sorbonne, dans l'École des rtautes- 
Études, n'a jamais provoqué le moindre incident fâchetix. 
L'expérience a infligé le démenti le plus complet aux appré- 
hensions des timorés qui jugeaient impossible de traiteÉ* de 
pareils sujets sans causer du scandale. Cet heureux réstillat 
provient de ce que les maîtres se tiennent au point de vue 
slrictement scientifique. 

D'ailleurs, dès 1884, M, l'abbé de Broglîe întroduîsaît 
rhistoire des religions h Tlnslitut catholique. En 1889, 
Irt, Tabbé Peisson fondait la Iferue des Relitjions. En 1896 un 
groupe d'ecclésiastiques catholiques, dont la valeur théolo- 
pque fait le plus grand honneur à leur Église, fondait la lie- 
vue d'hisiotre et de lUléraiurc refiffiem€.s\ Bien loin d'excofn- 
munier la science des religions, ceux dont les timorés 
redoutaient les attaques ont été les premiers à en reconnaî(re 
la \aleur et à réclamer leur pari dans le travail général. Ëntîh, 
tout récemment, la Faculté de théologie protestante de Mon* 
tauban a demandé et obtenu la transformation d'un cours 
complémentaire de théologie biblique en chaire magistrale 
d'histoire des religions et de Ihéotogie biblique, donnant 
ainsi aux antres Facultés mi exemple qu'elles devraient bien 
suivre. La Section d'histoire du Congrès international de 
renseignement supérieur qui vient de se réunir à Paris a 
émis, le i*' aoiU, un vœu formel en faveur de la créatron de 
châtres d'histoire comparée des religions dansles Universités. 

Nous n'avons garde d'oublier que dans nos Facultés des 



R£Vt7E DE LfitSTOIKE DES KELIGtOFÎS 



leltros, au Collège de France, à la Section des Sciences hîs* 
toriques et philologiques de TÉcole des Haales-Éludes, les 
professeurs chargés de renseigiiemenl des langues anciennes 
ou de rhîsloire traitent souvent les parties spéciales de Thia- 
loire religieuse qui sont de leur ressort. Tout le monde con- 
naît les beaux travaux de cet ordre dus à M. Bouché-Leclercq 
ou à M. Victor Hetiry, de la Faculté des lettres de Paris» 
MM. Maspero, Oppert, Michel Bréal, du CoUègede France, 
M. Paul Regnaud, à Lyon, M. Basset, à Alger, pour ne men- , 
tionner que les plus connus. L'intérêt que nous portons à M 
l'histoire générale des religions ne nous fait pas méconnaître 
la part capitale qui revient, dans nos études, aux spéciaHsles 
qui consacrent une notable portion de leurs leçons et de leurs 
publications, à des enquêtes laborieuses d'où sortent les ma- 
tériaux dont sera faite l'histoire des religions. Si nous ne les 
mentionnons pas tous dans ce rapport, pas plus en France 
que dans les autres pays^ c'est que notre travail prendrait des 
proportions trop considérables, ce n'est pas que nous n'atta* f 
chions la plus grande valeur à leur enseignement et aux fruits 
de leurs études. Il importe que cette observation soit faite 
une fois pour toutes. 

Elle s'applique aussi aux cours de TÉcole du Louvre ou à 
ceux de 1 École d'anthropologie, aux travaux des Écoles 
françaises d'Athènes, de Rome et du Caire, autant de labo- 
ratoires auxquels nous devons tant d'excellentes productions 
sans lesquelles rhistoire générale des religions ne serait pas 
possible. L'orientation spontanée de tous ces foyers d'études 
vers les problèmes de l'histoire religieuse est d'ailleurs bien 
propre à nous confirmer dans la conviction que nous cher- 
chons à propager, que Thistoire de l'humanité ne peut être 
faite qu'à la condition d'accorder une très large part à Fôtude 
des religions de Thumanilé, 

U est enfin une institution dont notre pays a le droit de ti- 
rer quelque fierté, parce que jusqu'ci présent elle est unique 
au monde, c'est le Musée des lieligiom ou Mmée Guimei, 
fondé par M. Emile Guimet, à Lyon, en 1879, transférée 



Là ftlTCATtOW ACTLËLLE DK L CNSOS 





en 1888, après que M. Guimel eut fait àmàVUU\^ i 
ses collections et fait conslruire à ses frais, sar iî7*^f«ii**i 
cédé à cet effet par la Ville de Paris sur la placer 
immeuble plus important que celui de L- 
fondateur-directeur vous en fera les hooueài 
pourrez tous apprécier les trésors qu'dren 
fiqae installation. Une bibliothèque, qui ci 
ment 24.126 volumes, lui est adjointe, Voor 
rément au8si les publications qui s\ nill«flhBftl,-^«fT^ 
collection des Annales du 31usée Guijmi, 
Blhliothèque (ï études et la Bibliothèque de m 
lis que la Revue de t Histoire des Betigimu, 
par M. Guimel et répandue gratoiUHMiit 
300 exemplaires^ sert d'organe aux 
moindre étendue et tient aulanL que 
courant de toutes les publications it 
■études, A renseignement par le mu^- 
^Tectioo ajoute depuis quelques 
la parole vivante, en conviant le 
conférences dominicales gratuites, 
vulgarisation scientifique. 
^ En Angleterre les recherche» 
H religions sont très répandues el 
BcalionSj générales ou particuljèfév 
samment ou développement de 
ordre d'études. N'est-ce pag de 
l'appel du grand savant el da 
noQça ses célèbres coiiféremiai 
toire des religions? Et n'esUcû 
■a révélé au grand public 1 
^logie comparée et de ï\à 

peaux (ftm atelier alkmmiâf^ 
I individualiste de la race anx 
HTée plutôt qu'à raclion du 
" que sont dues les créeî 

'enseignement les u&iii,,.w mjfl^Hte»:^:^ i soit dau: 






a la 

i autres 

1« il faut 

mise des 



m 



RKVUE DE L HÏSTOlHS DES RELIGIONS 



d'abord les admiEistraleura de la fondation Hibberl qui, de 
1878 à 1894, font donner chaque année à Londres et à 
Oxford, par les savants les plus distingués d'Angleterre et du 
eonlinenif une série de conférences, publiées ensuite el 
maintes fois traduites en plusieurs langues, sur les sujets les 
plus importants de l'histoire religieuse. Plus tard, en !887, 
c'est lord CUfford qui lègue 80,000 livres aux quatre Univer- 
sités d'Ecosse, à charge pour elles d'instituer des cours el 
des conférences sur la théologie naturelle, soit en fait sur 
rhistoire et la philosophie de la religion. En 1888, c'est à 
South Place Instilute^ à Londres, que commencent des cou- 
férences dominicales destinées à la fois à l'instruction popu- 
laire et à la propagation d'un esprit religieux plus large et 
plus universalisle; ces conférences ont été publiées sous le 
titre de Religiom systeim ùf the world et de Free lectures on 
centres of spiritual aetimiy anéphanea of religiom deveiopmeni. 
Un peu plus tard Uuiversity Hall, à Londres, accueille diffé- 
rents cours d'histoire religieuse. 

Ajoutons à ces fondations, temporaires ou permanentes, 
les nombreux cours consacrés aux religions de Tantique 
Orient dans les Universités anglaises par les professeurs char- 
gés d'un enseignement philologique, les conférences et les 
publications subventionnées par la Society for biblical ar- 
chaeology, TEgypt exploration fund^ le Palestine exploration 
fund; ajoutous-y les travaux relatifs à l'histoire religieuse 
provoqués par la Folklore Society et tout le grand mouve- 
ment des éludes de folklore qui, nulle part plus qu'en Angle- 
terre, n*a produit des fruits savoureux pour l'historien des 
religions, les manuels destinés à vulgariser les connaissances 
de hiérographie, tels que ceux de Gonld, de Menzies, de Ge- 
den, renseignement régulier donné actuellement au Collège 
unitaire d'Oxford, Manchester Collège, par notre vice-prési- 
dent M. Estlin Carpenter, une presse scientifique faisant une 
large part aux études d'histoire religieuse et enfin, — last 
not least, — l'admirable collection des Sacred Books of the 
Easi qui est pour l'historien des religions uniûstrumeot de tra* 



L4 SITUATION ACTUELLE D£ L ENSEIGNEMENT 



67 



vail iucomparable, — et nous pourrons nous faire une idée du 
développement immense que nos études ont pris en Angle- 
terre en cette un de siècle, sans cesser de regretter qu'il ne 
lui soit pas encore fait^ dans les Universités en dehors de 
rÉcosse, la place à laquelle elle a droit. 

Aux Étal-Unis, le tableau qui se déroule sous nos yeux est 
singulièrement réjouissant. La ville qui se pique d*ôtre lapins 
lettrée du Nouveau Monde, Boston, a de beaucoup devancé les 
autres. Dès l'an 1874 la théologie comparée, soit Thistoire 
et la philosophie de la riiligion, est enseignée dans son Uni- 
versilé par M* Warren. A l'Université de Harvard le profes- 
seur Charles Everett adonné pendant plus de trente ans des 
cours dUlistoire comparée dos religions. Une section relative 
à TtHude comparée des religions est organisée depuis 1890 
dans les sections des Antiquités orientales et américaines du 
Musée National des Étals-Unis, En général plus tard venus 
à rhistoire des religions, les Américains ont déployé une 
ardeur el une générosité peu communes. On reconnaît aisé- 
ment deux tendances motrices parmi les initiateurs de ce 
mouvement; d*une part, les orientalistes, pénétrés de l'im- 
portance capitale de Thistoire des religions dans le monde 
oriental antique et moderne, s'efforcent de constituer des 
foyers d'étude el des organes de diffusion ; d'autre part» les 
partisans d'une religion universaliste, les promoteurs d'une 
fraternité religieuse qui groupe sur une large base humaine 
les adeptes des nombreuses églises constituées aux États- 
Unis, cherchent à répandre la connaissance des muliipltis 
religions du passé et du présent pour apprendre à en appré- 
cier la valeur relative et en dégager une sorte de substralum 
qui leur soit commun à toutes. Dans le premier groupe se 
dislingue l'Université de Pennsylvanie, à Philadelphie, où 
rhistoire des religions compte un avocat iïjfatigable en la 
personne de M. Morris Jastrow ; d'accord avec d'autres 
orientalistes animés du même esprit, parmi lesquels il faut 
citer M, Toy, de TUniversilé de Harvard, il organise des 
séries de conférences» soit à Philadelphie même, soit dans 



68 



RKVÙE J>E h HISTOIRE lîES BELÏGlOSS 



plusieurs autres villes imporlanles des Élats-Unis, où des 
maîtres d'Amérique et même d'Europe sont appelés à traiter 
des sujets de leur compétence spéciale* Il crée une collec- 
tion de Manuels d'histoire des religions historiques (^cnrfAoofe 
on ihe hi$lory of religions ; Boston, Ginn et O'). Une section 
spéciale, vouée l'histoire des religions, est organisée au 
seiQ de la Société orientale américaine ; elle se réunit 
chaque année âu cours de la semaine de Pâques et aspire à 
servir do lien entre tous ceux qui slnléressent à cet ordre 
d'études, qulls soient orientalistes ou non ; il est fait à 
l'usage de ses membres un tirage spécial des publications 
de la Société qui les concernent. Sous Tinspi ration de ce 
groupe la part faîte à Thistoire religieuse par les professeurs 
de langues orientales et d'histoire ancienne devient de plus 
en plus considérable dans plusieurs des Universités les plus 
importantes. Il reste à compléter ce mouvement par la 
création de quelques chaires spécialement affectées à THis- 
toire comparée des religions el peut-être aussi par la créa- 
tion d'un doctorat es sciences religieuses. 

Dans le second groupe nous signalerons tout d'abord 
M, Félix Adler qui a eu Tidée originale d'organiser depuis 
1891, sous le nom de School for applied etkin\ des séries 
de conférences annuelles sur l'économie politique, l'histoire 
des religions et la morale» dans des places de bain fréquen- 
tées par la société américaine, exemple qui semble avoir 
inspiré Torganisation, en 1896, de la Monsalvat Sckool of 
comparative religion, cours de vacances professés par un 
choix d'hommes distingués; — puis l'iniliative si intéres- 
sante qui a produit le Parlement défi Religions de Chicago 
présidé par J. H. Barrows en 1893 et qui s'est perpétuée soit 
dans la Religimis Parliameni Extension^ soit par la fonda- 
tion d'une chaire permanente de religion comparée à TUni- 
versité de Chicago, autour de laquelle se groupent des 
enseignements auxihaires à mesure que les ressources le per- 
mettent, et qui est dès à présent dotée de quelques bourses 
pour les étudiants et d'un Musée orientaL L'Association uni- 



I 



U SITDATION ACTOELLE DE L RMSEIGNEUBNT 



69 



: 



versilaire, de Chicago, à son lour, qui a pour but de déve- 
lopper l'intérêt pour les études supérieures par la diffusion 
de cours imprimés, a fait une large part h l'étude gôoérale 
des religions, parce que, dit-elle, de tous les ordres de 
sujets auxquels s'intéresse l'humanité, il n'y en a pas de 
plus avidement recherché que les éludes portant sur la 
religion. 

Ailleurs, à l'Université de Cornell, nous rencontrons la 
grandiose fondation intitulée Suzann Linn Sage Sc/tooi o/ 
philosopha (1891), transformation de Fancienne chaire de 
philosophie en un organisme consacré à la Logique, la 
Psychologie, l'Éthique, la Pédagogie, la Métaphysique, lllis- 
toîre de la Religion et la Philosophie de la Religion* Chaque 
année de nouvelles créations assurent la représentation de 
plus en plus étendue de nos études dans renseignement des 
Universiiés américaines. 

Que ae pouvons-nous en dire autant de TAllemagne I On 
s'étonnera peut-être que nous n'ayons pas encore parlé de 
ce sol classique des Universités. C'est qu*hélâs ! nous nV 
vons presque rien à dire de renseignement de Thistoire des 
religions dans les Universités allemandes pour la très simple 
raison qu'il n'y existe pas. Bien loin de nous, assurément, 
Tintention de méconnaître tout ce que nos éludes doivent 
aux travaux des orientalistes, des théologiens et des philo- 
logues allemands. Ici comme sur tous les autres champs de 
la science^ l'apport des savants allemands est de premier 
ordre* Mais c'est à titre individuel, sans que rien dans l'or- 
ganisation de renseignement corresponde à cette produc- 
tion. La place de l'histoire des religions serait, semble-l-il» 
dans ces Facultés de théologie qui ont si puissamment con- 
tribué à la reconstitution d'une histoire plus fidèle par Tap- 
plication de la critique historique aux textes sacrés. Or, les 
Facultés de théologie limitent leur enseignement au Ju- 
daïsme et au Christianisme , les autres religions n'existent 
pas pour elles. Et quant aux Facultés de ptiilosophie, qui 
correspondent à nos Facultés françaises des lettres et des 



70 



nEVUE DE l'fTISTOIRE Ï)KS HEUr.lOKS 



sciences, il semble qu'elles s*en désînléresseni sous pré- 
texte que cela regarde la théologie. On a beau fouiller les 
programmes des Universités allemandes, on y trouve des 
cours sur toutes choses» excepté sur rhistoire des religious, 
A ma connaissance il n'y a eu de cours régulier sur ces 
matières qu'à Fribourg en Breisgau où M. Kdm, Hardy 
(actuellement à Wurabourg) professait l'histoire des religions. 
Nous trouvons bien dans certaines Facnllés de théologie des 
cours de dogmatique nu de théologie systématique et de 
philosophie de la religion ; mais cette association même 
prouve qu*il s'agît ici de spéculation sur l'histoire plutôt que 
d'un enseignement proprement historique. Quelquefois nous 
avons relevé des cours de privatdozenien portant sur la 
« vergleichende Religionsgeschichte », notamment à TUnî- 
versîté de Leipzig, maïs leur initiative n'a pas provoqué des 
créations de chaires régulières. Cependant il y a des collée- 
lions de monographies sur les religions ; dans la série si 
remarquable des Theologi$çhe Lehrburker publiée par l'édi- 
teur Mohr, il y a un Manuel d'histoire des religions ; 
dans le Theoiogheher Jahresherirhi , cette excellente revue 
annuelle de toutes les publications relatives à la théologie 
scientifique publiée par Tédifeur Schwetschke, il y a un 
fascicule spécial pour l'histoire des religions ; la Société 
de Missions la plus éclairée et la plus libérale d'Allemagne 
a reconnu la nécessité de répandre la connaissance des reli- 
gions non bibliques en créant dès 1886 hk Zeitschrifl fur 
Misshnshmâe und Relighnsum!iensrhaft\ si la remarquable 
revue de Lazarus et Steinlbal, la Zeitsekrift fur Vëlkerp^y- 
chologie nnd Betigiomwissênscha/t a disparu après la mort 
de Tun de ses directeurs, elle a repris une nouvelle vie en 
1891 dans la ZeiiKckrift des Vereim fur VùUcskunde, oti les 
études de folklore et d'histoire religieuse se complètent 
réciproquement. Enfin depuis 1898 M, Achelîs, de Bremen, 
avec le concours de collaborateurs de premier ordre, fait 
paraître VArchw filr Religmnaumsen^rha fL 

Ce n'est donc pas que les Allemands méconnaissent Tim- 




LA SITlTâTlOPf ACTrRLLi! DE L ENSEIGNEMENT 



Tl 



Pporlance ni la valeur deTliistoire générale des religions. Plus 
portés autrefoîâ h faire de la « Religionsphilosophie m que de 
la n Religionsgeschichte )», les plus distingués des maîtres 
en philosophie delà religion, tels que Pneiderer^Gloatz, etc, 
sont les premiers aujourd'hui h fonder leur philosophie de 
la religion sur une large base historique. A quoi faut-il donc 
attribuer Tindifférence que les Universités allemandes té- 
moignent à renseignement de Thistoire des religions, à tel 
point que le Manuel en usage en Allemagne a dû être 
demandé à un Hollandais, M. Chantepie de la Saussaye, et 
que la revue annuelle des publications d'histoire générale 
des religions, dans le Theologisikês Jahresberieht , a été con- 
fiée successivement à un Suisse, M. FDrrer» de Zurich, à un 
Hollandais, M, Tiele^ de Leyde, et à un professeur libre de 
l'Université de Copenhague, M, Lehmann? Très vraisembla- 
blement à la puîsîiance même du type établi des Facultés de 
théologie. Organisées depuis longtemps en vue de Tétude 
des religions de la Bible et de Thistoire de l'Église chré- 
tienne, elles ne portent leur ailenlion sur d'autres religions 
que dans la mesure où elles admettent que celles-ci ont 
exercé une action sur le Judaïsme et sur le Christianisme et 
les traitent alors comme « Hiilfswissenschaft ». C'est cette 
conception même qu'il faut dépasser comme — pour em- 
ployer une expression goûtée en Allemagne — ein ueberwun- 
dener Standpunkl », pour en arriver à fonder la théologie 
sur l'élude historique des phénomènes religieux dans toutes 
les religions. 

Pour achever notre revue il nous reste encore à signaler 
Texistence d'un enseignement de Thistoire des religions en 
Italie, à rUniversité de Rome, en Hongrie, à TAcadémie 
Ihéologîque réformée de Presburg et dans les deux instituts 
théologiques d'Eperies et d'Oldenburg; en Danemark, à 
l'Université de Gopeohagen, M. E. Lehmann enseigne l'his- 
toire des religions eti qualité de privat-docent^ mais l'on 
considère comme probable qu*une chaire de professeur titu* 
taire sera créée dans cette Université. A Christiania, c'est 



te 



72 



lïEVUE DE L fllSTOlRE DES RELTGIONS 



M. Brede Krislensen qui a inlroduit aotre discipline, sans 
qu'il y ait de chaire ofiicielle. AUpsala, la Faculté de Ihéolo- 
gie comprend uoe chaire intitulée : Encyclopaedia theologka 
et pramotiones theolùykae\ créée en 1872, elle est actuel- 
lement vacante, mais le dernier titulaire, aujourd'hui arche- 
vêque d'Upsala, donnait une place Irèâ importante, dans son 
enseignement j à Thisloire des religions. A Lund et à Hel- 
singfors (Finlande) « il n'y a pas de chaires spécialemenl 
affectées à nos études mais un des professeurs des Facultés 
de théologie donne généralement un cours élémentaire 
d'histoire des religions, 

Plusieurs organes de renseignement qui nous occupe ont 
dû nous échapper assurément et nous serons très reconnais- 
sants à tous ceux de nos confrères qui voudront bien complé- 
ter ce tableau, notamment en ce qui concerne lesleçons d'his- 
toire des religions dans l'enseignement secondaire, dans les 
lycées, gymnases, écoles réales^ etc. Un tel enseignement 
existe, par exemple, à Genève (au Collège et k l'École secon- 
daire des jeunes filles), dans certaines villes de Hollande, où 
il est donné sous forme de cours libres complémentaires par 
des pasleursp Mais les renseignements nous manquent pour 
donner un tableau des institutions analogues dans d'autres 
pays» 

Limité k renseignement universitaire et aux cours pour les 
adultes, le tableau que nous venons de dérouler sous vos 
yeux est suffisamment fourni pour nous autoriser à nous ré- 
jouir des progrès immenses de nos études pendant les vingt* 
cinq dernières années et pour nous encourager h continuer 
sans relâche les efforts qui aboutiront à la reconnaissance de 
rhistoire des religions comme discipline indispensable dans 
toute Université bien organisée. 

Assurément, partout où il existe des Facultés de théologie 
universitaires, la place de renseignement de l'histoire des 
religions paraît marquée dans ces Facultés^ à mesure surtout 
qu'elles se dépouillent du caractère confessionnel qui doit 
nécessairement être subordonné au caractère scientifique. 



LA SITUATION ACTUEttE DR I- ENSEIGNEMENT 



73 



le seul qui soit universitaire. Dans les pays où il n'y a pa» de 
Facultés de théologie ou bien lorsque celles-ci sonl inféodées 
à un esprit seclaîre, c'est dans les FacuUés des lettres ou de 
philosophie qu'il faut le placer, Les types très variés d'organi- 
sation que nous avons passés en revue sont plus ou moins 
recommandables, suivant que Ton recherche, dans l'élude de 
rhîstoire religieuse générale, une instruction exclusivement 
historique» uo élargissement de connaissances et une intelli- 
gence plus complète de l'évolution humaine, — une instruc- 
tion à la fois historique et psychologique, une intelligence 
plus complète de l'esprit humain et un moyen dapprofondir 
les problèmes métaphysiques de Tordre religieux, — ou un 
enseignement à la fois historique et moraL 

Dans le premier cas, le seul dont nous ayons à nous occu- 
per ici, où nous restons sur le terrain strictement historique, 
il nous semble que rorganisation qui a prévalu en France est 
la plus recommandable : d'une part, un cours général d'his- 
toires des religions; d'autre part, une série de conférences 
spéciales qui sont autant de laboratoires pour lY^tude de 
chaque religion déterminée. Une organisation aussi com- 
plète n'est possible que dans les très grands centres univer- 
sitaires; mais il est très facile de s'en approcher dans les Uni- 
versités bien outillées où les cours de philologie orientale 
et classique, d'ethnographie, d'histoire ou d'exégèse du Ju- 
daïsme et du Christianisme peuvent faire roffice des confé- 
rences sur les religions spéciales et où un cours général 
d'histoire des religions aura pour mission Tétude comparée 
des religions et la synthèse. En pareil cas il semble bien que 
ta place soit à la Faculté des lettres ou de philosophie. 

S'agit-il» au contraire, d'enseigner Thisloire des religions 
de manière à instruire des jeunes gens qui aspirent à faire de 
la métaphysique religieuse ou à devenir les instructeurs re- 
ligieux et moraux de leurs semblables, c'est-à-dire des théo- 
logiens et de futurs ministres du culte, alors il semble que la 
place de cet enseignement soît plutôt dans les Facultés de 
théologie. 



76 



BEVUE DE LEISTOIRE DES REUGIONS 



signalions telles que Saint-Denis, Sa î ni- Germa in. Saint- Etienne, Saidt- 
AfTriqiie et cent autres de même nature nous renseignent sur le saint 
dont ces cités invoquaient le patronage. 

M. von Gall a adopté la très simple division par tribus, après avoir 
touterois fait %urer en lète de son ouvrage dix lieux de culte étrangers 
au pays de Ctianaan et appartenant à la presqu'île Sinaïtique, à savoir 
le Sinaï-Horeb, Rephîdîm, Qadèah, Beèr lakhaî roï^ etc. Le territoire 
de Siinéon n*esl représenlé que par fiersabée ; Juda compte quinze nonas ; 
Jérusalem et sa banlieue à eux seuls (l'écrivain a voulu leur consacrer 
une division spéciale), huif noms: Benjamitij quinze; Ephraîm, quatre; 
Manassé [occidentai] , six; Zabuton^ quatre; Issachar, cinq; Nephtalî, 
six ; Âser, trois ; Dan, cinq pour son premier territoire» trois pour son 
second et déQnitif emplacement. Le territoire transjordanique (Galand) 
offre, enfin, trois noms pour le demi-Manassé oriental, un pour Ruhen^ 
dix -sept pour Gad, Ce qui fait, sauf erreur, un total de cent six aa- 
ciens lieux de culte* Non seulement je tiens cette liste pour dressée saos 
aucune exagération, mais je crois qu'elle est susceptible de s'augmenter 
dans des proportions sensibles et j'estime que des additions plausibles 
pourront la porter aux environs de cent cinquante. 

Nous ne saunons entrer dans ta discussion des nombreuses questions 
de détail soulevées par M. von GalL Un examen attentif nous Ta mon- 
tré très informé, très précis; son livre, débarrassé, nous lavons dit, de 
toute vue théorique prétiminaire, donne un cadre très satisfaisant et 
devra désormais servir debaseaux études portant sur le même sujet II 
suffira de compléter et de rectifierf les solutions proposées ne pouvant 
pas, on le comprendj prélendre d'emblée à un assentiment qui est in- 
compatible avec la liberté scientillque. Je veux signaler seuiemeni 
quelques points qui se dégagent ^ notamment Ti m portante proportion 
des sanctuaires placés sous le vocable de Baal^ soit qu'on veuille voir 
dans ce nom la mention d*une divinité distincte de Yahvéh» soit qu'on 
l'envisage comme une désignation générique, t le Maître », applicable à 
Yabvéh comme à n'importe quel autre dieu; la présence de plusieurs 
lieux de culte dits simplement Qadèsh, c'eat-à-dire sanctuaire de,,., 
consacré à.,,; la triple série des rochers, fontaines, arbres sacrés qui 
procure une abondante moisson ; les tombeaux ; les collines ou tertres» 
particulièrement favorable à rinstallalion des bamot ou hauts-lieux. A 
signaler à quatre reprises le nom du Soleil (Shémesh) et deux fois celui 
de Dagon, à savoir dans le territoire de Juda et sur celui d'Aser, ce qui 
s'accorde mal avec Thypothèse d'une origine philistîne. 



1 



i 
I 



AÏVALTSES m COHPTES REÏ^DtJS 



77 



M. von Galî a très justement attiré raUention sur l'importaDce don- 
née aui sanctuaires de la péninsule Stnaïtique, notamment au Sinaï** 
Boreb, auquel est consacrée une discussion très serrée, dont les conclu* 
sioDs méritent d'être prises en grande considération, et à Qadèsh Barnéa, 
qui donne lieu à d'intéressantes remarques. Il se poee ici un curieux 
problème. Pourquoi les livres sacrés du judaïsme ont- ils tenu à conser- 
ver le souvenir de sanctuaires situés en dehors de leur territoire? On 
ne s'étonnera point que Sichem, qui a joué un réle si considérable aux 
tenrips anciens, soit traitée avec détail ainsi que Silo; mais je n'ai pas 
saisi, en revancfae, les motifs du silence ^ardé sur le Temple de Jérusa- 
lem, les faits relatifs à ce sanctuaire ne pouvant que gagner à être mis 
en lumière avec les procédés de minutieuse eiactitude suivis par l'au- 
teur; n^y avaît'il pas lieu d'indiquer les transformations subies au cours 
des siècles par cet édifice et» entre autres, de faire remarquer que les 
livres juifs attribuent à David une double foudation : 1' rérectiou dans 
c la cité de David i d'une tente où fut installée Tarche sacrée originaire 
de Kiryat-Yarim (Il Samuêi, vi, 12-17); 2" l'érection d'un autel dans 
l'aire du Jébuséen Aranna (II Samuel, xxiv, 16-25)? Il est visible qu'il 
s'agit ta d'emplacements dinérents. 

Un ouvrage comme celui dont nous rendons compte un peu tardive- 
ment (mais son très réel mérite lui permet d'attendre) est appelé à 
rendre de grands services ; il complète très heureusement Teslimable 
publication de Baethgen et peut lui servir de contrepartie. Bien que 
M, von Gall ait su se maintenir sur le terrain de l'érudition la plus ait- 
jecîim en évitant jusqu'à la plus lointaine allusion à fa question si dé- 
battue des origines religieuses d'Israël ^ monothéisme ou polythéisme, 
il est visible par son seul titre que ses sympathies sont du coté de ceux 
qui soutiennent que la religion juive plonge dans les pratiques du poly* 
théisme et offre, tout au moins» des allures extérieures qui la rap- 
prochent de la façon d'agir tant des nations voisines que des peuples de 
Tantiquité en général. 

Cependant les partisans de l'hypothèse monothéiste n'ont aucun re- 
proche à adresser à Tauleur» qui s'est borné à grouper des faits eraprun- 
lés âui livres bibliques. Il leur est loisible de reprendre ces faits et d'en 
tirer, s'ils le peuvent, des conclusions différentes, par exemple de mettre 
sur le compte des cultes indigènes les noms du Soleil, de Dagon et 
autres encore. 

Pour notre pari/ nous saisissons volontiers l'occasion qui nous est 
offerte par le compte-rendu de ce travail — travail du plus haut mérite^ 



78 



REVUE 0£ L'HlSTOmE CES RCUGlOfiS 



nous tenons à le dire et qui fait si favorableaient augurer de la carrière 
scientifique dont il marque le premier pas — pour dire où ^ après avoir 
repris laqueâtiauà plusieurs reprises dans notre enseignemeDt de T École 
dei Hautes-Études, nous en sommes sur la question des origines reli- 
gieuses d'Israi^l. Nous avons jadis' fait ri^^âorlir ce qu'il y avait, à notre 
sens, d'excessif dans J a démonstration prétendue qui nous ramenait au 
polydéniouisme ou aoimii^me initial en passant par le polythéisme pro^ 
prement dit; nous continuons à penser que les textes bibliqut^â sont fort, 
ijisuftisants pour rétubtir à leur aide ce processus* D'autre part, oes 
textes nous permettent de restituer en très suffisante connaissance de 
cause les caractères de la religion dans Tancien Israël, c'est-à-dire dans 
l'époque qui va du ondème au sixième siècle avant notre ère. Les sanc- 
tuaires à cette époque sont nombreux, de variable importance^ dispersés 
sur le territoire occupé par les Israélites; leurs accessoires, leurs sym- 
boles ont un caractère non contestable de matérialisme religieux, que 
les époques ultérieures se sont eSTorcêes de dissimuler^ mais inutilement. 
Néanmoins la mythologie proprement dite est peu développée; les vo- 
cables divins sont peu nombreux et plusieurs^ tels que Baal ou Mélek 
sig^nifiant le Maître, le Roi, ont un caractère vag-ue qui peut s'appliquer 
aussi bien à telle divinité qu'à telle autre. Toutefois, et de bonne heure, 
le nom de Yahvéh apparaît et tend à éclipser, notamment dans la com- 
position des noms dits théophorea, les autres désignations ^ en sorte que 
les prophètes qui ont donné la théorie du monothéisme éthique (voir )e 
Deuté'onome) nont pas dû rencontrer j^^rande résistance à cet ég-ard; 
tout au contraire, Pabolition des pratiques matérialistes^ 1 établissement 
du monopole du Temple de Jérusalem se heurtaient aux plus sérieuse 
obstacles et n'en auraient sans doute pas triomphé si complètement 
sans la double crise de la déportation à Babylone et de la Restauration 
du judaïsme à Jérusalem par les soins d^Esdras et de Néhémie. 

Nullement enclin aux spéculations de la mythologie, insensible aux 
anthropomorphismes divins et à la divinisation des grandes forces natu- 
relles ou des astres, Israël ne paraît pas avoir attaché grande importance 
à cette question : La force divine dont je viens solliciter la communica- 
tion dans les lieux où elle s*est manifestée d'une façon exceptionnelle, 
porte-t-elle un nom ou plusieurs? mais il s'est demandé : Comment 
m'en assurerai-je la possession ? Pendant plusieurs siècles, il semble 
qu^lsraël ait fréquenté avec une même confiance tous les sanctuaires 



4 



t) ï}u prétendu poluthéisme dei Hëbrtux^ P4ris, 18dt. 



ANALYSES ET COMPTES RENDUS 



79 



qui se dressaient sur aon territoire et ne se soit pas même interdit de 
TÎaîter tes lietix de culte voisins, ouvrant, en retour, les siens pro- 
pres à Kétranger, Là où Tusage ou de vénérables traditions lui attes- 
taient la préâeûce du divin, du dieu, il allait, il sacrifiait, il prenait des 
engagements religieux. En fiomme, c'était un syncrétisme de fait^ un 
âyncrétifime pratique, susceptible d'aboutir aisément au monothéisme 
proprement dit, comme ce devait être plus fard et une seconde fois le 
cas en Arabie pour Tlslam, tandis que le christiauisme, au contraire» 
avait de nouveau jeté un pont entre Thomme et le dieu par sa théorie 
de U rédemption et de la pluralité des personnes divines, 

Maurice Vernes. 



Davies (T. Witton). ^ Magic, divination and demonology 
among the Hebreiw^s and their neighhours. — Londres» 
James Clarke, s, d. ; pet. in-S^ de 3tvi-130 p* 

Le présent travail est une thèse de doctorat soutenue devant l'Uni- 
tersité de Leipzig; on s'en aperçoit sans peine. L'auteur n*a pas craint 
d'embraseer l'étude de la magie, de la divination et de îa démonologie 
che? les Hébreux, dès les temps les plus anciens^ jusqu^à l'époque tal- 
mndiqiie (et même au delà), dans le Nouveau Testament, chez les 
ÂrabeSj chef les Assyriens, chez les Égyptiens ! Et tout le livre n'a que 
130 pages de petit format! A la vérité, cette étude est plutôt une table 
des matières, agrémentée de considérations philosophiques et philolo- 
giques et même de notes destinées seulement à faire nombre, 

L'uuvrage n'est pas cependant dépourvu d'Intérêt ; Tauteur a beau- 
coup lu et connaît les bons travaux consacrés à la question qu'il étudie : 
c*est» évidemment, la préface d'une série de monographies ou d'un ma- 
nuel complet^ et nous devons encourager M. D. à poursuivre son entre- 
prise. Nous lui demanderons de se délier â Tavenir des hypothèses qui 
ne sont que spécieuses. Ainsi, pour lui» le verbe n^D c faire un acte de 
magie > est apparenté au substantif ^U2 « argent » : ce serait la magie 
blanche. A celle-ci s'oppose !a magie noire, qui a fourni le verbe ^nWt 
emptoxé dans Isaïe, xlviï, 11, et dont la racine est mil? « être noir », Le 
malheur est que la leçon même de ^nx? en ce passage n'est pas assu- 
rée ; presque tous les commentateurs sont d'accord pour corriger ce 
mot en imo^ synonyme exact de i^3, avec lequel il est mis en parallé* 



80 



REVUE DE h BISTOIHË DfiS BELIGIONS 



I 



lisme et si^QÎfjant c payer la rançon >. Ce n'est pas taut, à supposer 
même qu'il faille conserver le texte massorétique et le traduire par 

« coDJurer par la magie », cette magie noire serait juBiemeot de la magie 
blanche^ attendu que, d'après le contexte^ elle doit détourner le mal- 
heur. Eu eûel, le verset porte : ï Et il viendra sur toi un malheur que 
lu ue sauras pas coujurer • (dans Thypothèse où le verbe doit avoir ce 
sens). Et de même que c'est la magie noire qui produit des effets bien- 
faisants, ce sont ceux qui s'adonnent à la magie blanche que la loi or- 
donne de mettre à mort ! On voit le danger qu'il y a à vouloir per fat 
elfi(r/a* attribuer aux anciens des notions relativement récentes et à s'en 
fier à de simples apparences. 

Il y a même danger à s'aventurer sur des terrains inconnus ou encore 
mal défrichés, et le Talmud est certainement pour l'auteur une terra 
incognilaj même après les travaux de Brecher, de Kohut, de Schorr et 
de Joël, qu'il a parcourus. Voici ce qu'il a dit à ce propos, en résumé, 
au chapitre de la magie: c Comme la magie juive â cette époque est 
pour la plus grande part associée à l'existence et au pouvoir des démous» 
on trouvera Tessentiel au chapitre de la démonolo^ie. D'après l'opinion 
de Joël, il y a peu de renseignements sur la magie dans la Mischna, et 
M. D, explique doctement laraison de ce silence». Or, si la Miachnaest 
SI sobre de renseignements, il n'en est pas de même des écrits composés 
dans le même temps et le même pays, tels que le Sifré et la Tosefta. 
L'auteur passe ensuite au Talmud, c^est -à-dire aux deux traités qui ont 
vu le jour en Palestine au iv^ siècle et en Bahylonie à ta Un du v*^. Ici, 
nous attendons des détails topiques^ car le Talmud babylonien a été écrit 
à une époque où la théologie populaire reparaît à la surface: M. />< s&M 
contente de dire qui! y a des preuves de l'existence chez les Juifs de 
Paleiîtine et de Bahylonie de superstitioûs magiques ; et c'est tout. Puis, 
il juge nécessaire de gourmander loel, qui a voulu décharger ses coreli'-fl 
gionnaires d'an tau de ces croyances : le moindre grain de mil aurait 
mieux fait notre affaire. Et après quelques considérations sur l'usagô 
du tétragramme, T auteur nous quitte pour aborder un nouveau eha* 
pitre. M 

Venons à la démonologie et voyons si cette fois nous serons plus heu* 
reux. Nouvelle déception. Ce sont d'abord des considérations sur le mot 
mauvais œil, qui^ encore dans la Mischna, stgntûe emie et dans le TaU 
mud est employé avec son acception ordinaire. Qu'est-ce que cela 
prouve? M. Ù, suppose-t-il que la croyance au mauvais œil est née seu- 
lement chez les Juifs à Tépoque du Talmud? D'ailieurSr iciencorei Tau- 



AI?ÎALYSES ET COMPTES HENDCS 



Bi 



teur se contente de renvoyer le lecteur aur travaux de Joël et de Brecher. 
Puis, s'înspirant de Kohut et de Weber, il aborde enfin la question de 
la démonologie, c Les mauvais esprits sont appelés mazzikin^ lesquels 
se divisent en deux classes ». Autant de mots^ autant d^'erreurs ou, ce qui 
est la même cboî^e, d'approximations superficielles '. les mauvais esprits 
partent plusieurs noms et là où ils sont distinguêâ les uns des autres 
ils forment trois classes^ qui, d'ailleurs, ne sont pas toujours les mêmes. 
Ce sont tan tût les mazzikin, les schédim et les Hlin, tantôt les rouhhn 
les sçhédim et les reschafim* Sans compter que les deux premiers noms 
«^'écbaa^ent très souvent, « Leur chef est Satan. » Nouvelle erreur ; 
c{uand H est parlé du chef des schédim — et jamais il ii*e$t question du 
ctief des autres — ^ c'est toujours Asmodée qui joue ce r6le. Le reste, qui 
:n*est pas lon^ d'ailleurs, est à l'avenant. Mais M. i). se réserve pour la 
discussion des opinions de Kohut sur l'origine de la ma^e chez les 
Juifs. C'est combattre contre des mouUns à vent. Kohut, qui avait Tido- 
lâtrie du persan, pour en avoir quelques noUons, a vu le parsisrae par- 
tout, et M. />. lui oppose gravement Lenormant,.. Avant de se livrer à 
ces problèmes difficiles, le premier devoir est de dresser la statistique 
des croyances et pratiques de cette théologie populaire. C'est la tûehe 
^ont vient de s'acquitter avec une grande compétence M. Blau (Dos 
Qlfjûdische Zauàencesen^ Budapest, 1898). Par ces exemples, le lecteur 
peut se former une idée de I^ouvra^e de M. Z>. : il y trouvera un essai 
méritoire, des indications bibliographiques utiles, des promesses à enre- 
gistrer. 

Israël LÉvr, 



Paulin Ladeuze. — Ëtuda sur le eénobîtisme pakhomlen 
pendant le I V"" siècle et la première moitié du V"". — Dis< 

sertation présentée à la Faculté de théologie de T Université de Lou- 
vain pour l'obtention du grade de docteur. — Louvain, J. van Lin- 
thout, 1898, In-8% ix-390 p. 



M. Tabbé Ladeuze a choisi comme sujet de la thèse, qu'il a présentée 
à la Faculté de théologie de Louvain pour obtenir le grade du doctorat, 
l'étude du cénobtUsme pakbomien pendant le iv* siècle et la première 
moitié du v*, c'^t^à-dire pendant une période comprise entre la con- 
version de Constantin et le coacile de Cbalcédoine. 

6 



82 



tmVnU DE L HISTOIRE DES RELIGIONS 



Le titre de Touvrage a Tavantage d'être très précis. L'auteur ne ?eiil 
nullement faire une étude d'ensemble du monachîsme égyptien. Il limite 
son champ dinveatigations : 1© cénobitîsme pakhomien. On entend gé- 
néralemeût par cénohiLes des moineg vivant en comnitin sûuâ la direo 
tioQ d'un supérieur. M. L. Laissera donc intentionnellement de côté les 
autres catégories de moines, qui peuplèrent TOrient et TOccident k l'é- 
poque dont il s'occupe. 

Le fondateur de notre cénobitisme fut Pakbâme. Le chapitre premier 
est consacré à l'étude de Tbistoire du cénobitisme sous Pakhôme et aas 
successeurs. Il y a diverses recensious de la Vie du saint fondateur; les 
unes sont en arabe^ d'autres en syriaque, en copte, en grec. Avant 
M. /--, des savants s'étaient occupés de ces moines ; tels MM. Amélineau 
et Grûtimacber. Le premier surtout, ayant à choisir entre ces diverses 
sources, accorde T antériorité aux versions coptes et arabes. M. L, dé- 
clare que la Vie grecque est l'originale* Son principal argument semble 
être: M» ÂJiiélineau s'exprime et pense ainsi ; je penserai et m'expri- 
merai dans un sens tout opposé. Là où M. AméSineau penche pour attri- 
buer l'antériorité à une Vie copte^ M, L, établit que « le professeur de 
Paris ^ n'y a rien vu et que ses arguments n'ont aucune valeur. J'aurais 
trop de phrases désobligeantes de la part de M. L. à citer à Fégard de 
MM. Améllneau et Gi ùlzmacber. Le iecteur qui tiendrait à se persua- 
der de la chose fera mieux de se reportera louvrage lui-même. 

Cette première partie, de beaucoup la plus importante de l'ouvrage, 
a une apparence d'appareil scientifique^ ne correspondant malheureu- 
sement pas à la réalité. On éprouve Je ne sais quel désenchantement, 
quelle peine, à voir percer à chaque paragraphe, k chaque idée nouveUe, 
un a priori indéniable qui ne convient nullement en la matière. 

La deuxième partie traite de l'histoire externe du cénobitisme pakho* 
mien au iv^ siècle et dans la première moitié du "v^. La question est bien 
ôatposée ; la question chronologique est traitée avec le soin qu'elle mérite ; 
les conclusioas concernant les dates de la naissance et de la mort de 
Théodore et de Pakhôme ne s'imposent néanmoins pas à l'esprit du 
lecteur non prévenu. La partialité de rauteur perce à chaque instant. 

Dans la troisième prlie, M, Ladeuze expose Torganisation des mo- 
nastères de Pakhôme et de Sclmoudi. Il passe en revue, en entrant dans 
des détails très intéressants, T habit monastique, les conditions d'admis- 
sion dans la communauté, etc. 

T/ouvra^ se termine par un appendice sur la chasteté des moines 
pakhomienâ. Cest un document très important pour comprendre Tétat 



I 



■ 
■ 



A!(ALTSii& ET COMPTES KENDUS 



83 



k 



d'Âme de l*âuteur. Il part à fond de train contre M.Amélineau ; je citerai 
quelques phrases de M. L, au hasard, en parcourant cet appendice. 
f M, Âmélineau a crié assez haut pour que noua entendissions sa voir, 
mais nous n'y avons pas recoimu la voix de la vérité. Nous ne nions 
pas que, parmi ce nombre si considérahle d*a3cètes et durant une m lon- 
gue période, il y ait eu^ de temps à autre, des chutes charnelles ». 
(p* 329), i Telles sont les raisons a priori de M, Amélineau > {p. 331)* 
f Ceci est une pure glose de M, Amélineau » (p. 33t, note 1). « De 
pluSj M. Amélineau hase sa démonstralion sur la version arabe, la der- 
mère de toutes et celle qui a le moins de valeur. Enfin, il emploie le 
procédé peu scienliûque de la généralisation des cas particuliers » 
(p. 338). 

il est bien évident que tous les cénobites n'avaient pas une conduite 
irréprochable. Beaucoup étaient des moines pieux et sincères. Les 
moines voyageaient de couvent en couvent; de ^ascétisme ils passaient 
volontiers au cénobitisme et emportaient partout avec eux leur manière 
de vivre. Tel moine, qui se déplaisait dans un endroit, entrait dans une 
èonîséne^ et nul ne savait a priori quelles étaient ses mœurs. Dom 
J, Beese, dans son excellent article sur les diverses sortes de moines en 
Orient, s'êïprime ainsi : « On vît des moines qui imposaient à tous le 
respect, souvent même l'admiration, par la sainteté de leurs œuvres; 
il y en eut aussi qui menaient une existence bien vulgaire : d'autres 
scandalisaient les fidèles par Tindignité de leur conduites et Timmora- 
lité de leur doctrine*. » 

Peut-être, M, Amélineau est-il allé trop loin en formulant certain ju- 
gement à l'endroit des moines égyptiens. Je crois que M. Ladeuza 
quitte le terrain scientîGque et ne fait que de la mauvaise polémique 
pereannelle, en s'en prenant toujours aux théories et aux hypothèses 
du « professeur de Paris », Il eût été plus scientifique, plus loyal et plus 
logique d*étudier les faits en eux-mêmes, à la lumière des textes fournis 
par les difiTérentes recensions. L'ouvrage y eût gagné en indépendance 
critique. Va priori eût été forcément banni avec toute la polémique 
qu'il nécessite et qui le conditionne. Il y a beaucoup de bon dans le 
Evre de M. Ladeuze, L'auteur sait beaucoup, tl paraît être très bien 
renseigné au point de vue bibliographique. Il pourrait faire mieux 
si^ laissant décidément de côté te point de vue subjectif et a priorif 



i) Henut 'k Vtiiêtûire 4es MighnSt l, XL, n* 2, 1399, p. 160, 



84 



tl£VU£ DB9 LEISTOIIŒ niSS KELmiONS 



il s'en remettait à l'étude consciencieuse, objective et indépendante 
des textes et des documents. 



F. Macler. 



Ulysse Ciievvlier. —Étude critique sur rorlgiae du Saint 
Suaire de Lirey-Ctiambéry-Turio. — Paria, Alph. Picard, 
1900, in-8*, 59-uc p. 






I 



LeR reliques les plus vénérables sont assurément les objets qui ont 
touché à la personne de Jésus. Le prix qu'on y a attaché est te! que, pour 

complaire au désir infini d'en posséder ne fût-ce qu^une parcelle, de 
mauvais plriisants ont renouvelé le miracle de ta multiplication des pains. 
Si l'on admetlail l'authenlicité de tous les morceaux de la Sainte-Croiï 
qui existent dans le monde^ il faudrait attribuer à l'instniment de sup- 
plice de Jésus des dîmensions si exagérées qu'aucun homme n'aurait pu 
aider le Christ à porter son fardeau et que l'aulhenticité de l'évangile 
de Matthieu recevrait du coup une grave atteinte. Que dire aussi de ces 
reliques qui, comme la tunique sans couture, sont, par essence, uniques 
et qui néanmoins se trouvent en des endroits divers? Que dire surtout 
du Sain t'Suaire dont beaucoup d'églises possèdent des fragments et qui 
st* retï'ouve tout entier dans nombre de villes? Ainsi des morceaux du 
Saint-Suaire étaient anciennement conservés à Clermont, Corbeil, Hal- 
beistadtj Vézelay, Heims, Troyes, Zanle» Clairvaux, Narbonne, Soiâsons, 
Tolède. Mais Besançon avant Î794» Cadouin, Cahors, Carcassonne, 
Corapiègne» Paris, Turin, Rome ont eu ou ont encore des suaires en- ^ 
tiers, € Plusieurs, écrit M. CA., ne peuvent être que des suaires bénits, H 
que les pèlerins rapportaient d'Orient, après leur avoir fait toucher le 
Saint- Sépulcre et qui étaient répuléfi avoir acquis parce contact la vertu 
de faire des miracles, t Quant à celui de Rome, < on voit dans le Voyage 
de Marco Polo que c'était une ceinture de poil de salamandre (d'amiante) 
que le Grand Khan avait envoyée au pape, » Mais quelques-uns ont été 
donnés pour le Suaire authentique, le seul vrai, celui qui avait couvert 
Je visage du Christ : ceux de Compiègne et de Besançon aujourd'hui 
perdus, ceux de la Sainte-Chapelle et de Turin, B 

Saint Jean rapporte qu'il vit dans le tombeau après la résurrection le ^ 
BUaire qu'on avait mis sur la tête de Jésus et qui^ d'après les évangélistes 
synoptiques, fut acheté par Joseph d'Arimathie. Au vir siècle, un évêque fl 
de France, Arculphe, vit en Terre Sainte la précieuse étoffe, authentique 
ou non, qui fut conservée ensuite à Gonstantinople où nous la trouvons 



ANALYSES £T COMPTES RENDUS 



85 



sîgaalée du XJi* au xiii"^ siècle ^ Lors de la pme de cetle ville par les 
LatinSi Robert de Clary la vit et il nous dit « que on i pooit bien veïr 
le ÛgureNostre Seigneur », mab qu'on ne sut pas ce qu'elle de¥Înt alors. 
Toutefois on dut la retrouver peu après, puisque l'empereur Baudouin H 
donne en 1247 à saint Louis « partem sudarii quo invotutum fuit corpus 
ejus [N,-S. J.-C] in sepukhro >, Cette partie du Saint-Suaire était encore 
dans le trésor de la Sainte-Gliapelle en 1451. Or, entre 1353 et 1350, 
Geoffroy I de Charny aurait donné à la collégiale de Lîrey qu'il venait 
de fonder le 20 juin 1353 un suaire dont l^ostenaion attira bientôt de 
partout les foules et les aumônes. Mais les documents auihenliques de 
la fondation et de la dotation de la collégiale par Geoffroy I*"^ ne partent 
pas de celte précieuse relique. Quoiqu'il en aoit, Texhibition du suaire de 
iirey donna lieu à de Iod^ démêlés entre 1 êvêque de Troyea et les cha- 
noines possesseurs de la relique : c L'évéque de Troyes... tint conseil à 
«ê sujet : des tbéologiens lui ûrent remarquer que les évangélistes n au- 
raient paâ manqué de mentionner l'empreinle du Sauveur, si elle s*élait 
-produite (ce qui est un argument contre raulhenticité du fragment de 
la Sainte-Gbapelle)... ; tout ce mouvement devait être attribué à la 
cupidité du doyen, qui, pour accroître l'empressement des fidèles, avait 
fait colporter le récit de faux miracles» soi-disant obtenus^ par des gens 
soudoyés ; on finit d'ailleurs par obtenir ta confession du peintre qui 
avait artistement confectionné le Suaire. » Le pape Clément VII déclare 
que celte image ne peut pas être le vrai Suaire de N.-S. J.-C., qu'elle 
est une peinture qui le ûgure. Néanmoins la fausse relique a triomphé 
des sentences rendues contre elle, M. CL expose comment le Saint- 
Suaire de Lire y passa à Chambéry et à Turin» et quel regain de popu- 
larité il eut dans ses nouvelles résidences. 

C'est ce suaire, reconnu faux au Xï\' siècle, dont des prêtres^ desévê- 
ques» des archevêques, des cardinaux et même un ancien élève de l*Écûle 
des Chartes osent soutenir rauthenticité. On se souvient certainement du 
bruit fait autour de cette relique par les journaux catholiques et autres 
{la Vérité, L'Univers^ L* Eclair, etc), à l'occasion de la brochure de 
M. Ârlhur Loth qui prétendait tirer de la photographie des arguments en 
£iveur de ce faux avéré. M. Ch. ne laisse rien subsister des plaidoyers 
aaûB valeur de ses contradicteurs. El si, pour emp'oyer Tex pression 
désobligeante de l'un deux à Tégard du savant chanoine^ c Tintelligence 



1) Ce qui n'empêche pas que dès le «• s,, Charles h Chauve Taurait don née 
à Compiègne. (Frugm. histùtiae Frtmciae, Bouquet, H* P., t. VII, p. 225.) 



ë6 



BBVUË DF LHlSTOniE DES fiKLlûIONS 



de la vraie science n fait défaut à quelqu'un, c^st à coup sûr à tous ceux 
qui, dansFétude dûâ dDcuments^ ne savent pas faire abâtracUon d'opi- 
nions arrêiées et le plus souvent préconçues, 

M. le chanoine Ulysse Chevalier a écrit de bien belles pensées sur 
la tendance chaque jour plus accentuée du clergé catholique à recourir 
aux miracles, aux vertus des saints les moins recommandables, au culte 
de reliques fort contestables. C'est presque de l'audace aujourd'hui 
d'exprimer ce que Guiberl de Notent disait en termes excellents au 
XII' siècle, lorsqu'il s'élevait contre les inventeurs de reliques ridicules 
ou indécentes qui vivaient de la crédulité populaire. Et c'est à ce bon 
abbé de Nogent-sous-Coucy que je pensais en lisant le courageux opus- 
cule de M* Ch. bien plus qu'à Rabelais ou à Calviu dont le témoignage 
est ici invoqué. 

V Etude critique sur r origine du Saint- Suaire de Ltrey-Chamùéry- 
Turin est un bon livre dont on ne saurait trop recommander la lecture; 
il est écrit par un savant qui sait être parfois amu^nt et qui manie l'iro- 
nie de façon redoutable pour ses adversaires. 

Léon Levillaîn. 



I 



I 



Emile Robertt. — Auguste Bouvier, théologies protestanti 
— Paris, Alcan^ 1 vol. in*! 2 de 365 pages. 



Certes, s'il y a un spectacle intéressant pour tous les curieux de psy- 
chologie religieuse^ c'est bien celui de la Suisse au xix* siècle. Nulle 
part un foyer plus ardent que dans ce petit monde un peu clos. Sainte- 
Beuve, qui fit un assez long séjour à Lausanne pour y donner des confé- 
rences, garda longtemps la séduction de cette piété austère, intérieure et 
joyeuse, Si son génie payen et libertin resta réfracta ire, du* moins son 
imagination littéraire, justement en train de reconstruire Port-Royaî, 
se laissa docilement pénétrer, fl 

Le livre de M, Roberty sur Auguste Bouvier a le mérite de noua' 
initier à la vie religieuse de la Suisse romande depuis 1851. C'est que 
M. Roberty ne s'est pas contenté de dresser une biographie de Bouvier 
qui fut TuD des pasteurs de Genève les plus cousidérables par sa piété. 



son enseignement et sa position ofQcielle de professeur de théologie. 




ANALYSES ET COMPTES RISNDUB 



91 



Avec UQ grand sens d'histoirien et de critique il élargit son sujet, et 
BOUS raconte à grands traits l'histoire religieuse de !& vieiile dté calvî- 
mîste. Notons en passant quelques événements qui nous montrent ce 
ebristianisme ai vivant aux prises avec Jes agitations intellectuelles qui 
âe poursuivent au dehors. 

En 1851. quand le jeune Bouvier, retour d'Allemagne, passa m tbèse, 
trois communautés constituaient la Genève religieuse : TÉglis^ protes- 
tante nationale, rÉglise évaugélique libre, fille de ce qu*oa a appelé le 
Réveil, d'une piété plus active» plus littérale et plus dévote (les < mo- 
miers, » comme on dit encore autour du lac) ; enfin rÊglise catholique, 
surtout recruta parmi les immigrés. 

Justement un scandale venait de secouer profondément les deux com- 
munautés protestanles : la brusque profession d'hérésie du théologien 
lé plus émineot de relise libre. Edmond Scherer se séparait de ses coU 
l%ues parce qu'il ne se trouvait plus d'accord avec eux sur Tinspiration 
des Saintes Écritures* G^étalt la première étape de cette évotution, si 
finemenl et lidèlement décrite par M. Gréard, qui devait conduire le 
célèbre colique à une philosophie déterministe, positiviste et triste, assez 
analogue à celle de Taine. Mais c'était aussi et surtout T inauguration du 
Protestantisme libéral qui allait se développer dans les pays de langue fran- 
çmm^ et le protestantisme libéral, c'est-à-dire un théisme évangélique 
fondé, non plus sur la révélation mais sur le sentiment et la raison^ était 
hiétï une étape nécessaire dans l'évolution du protestantisme. 

Ce mouvement, apr^s le dépari de Scherer, resta quelque temps 
extérieur à Genève. Il y pénétra vers 1864, tandis que Bouvier était 
devenu un des maîtres de la Faculté de théologie. Il y fut importé par 
des visiteurs français, dont il est curieux de retenir quelques noms. Ce 
furent, entre autres, Albert Réville qui se vit refuser la chaire par le 
consistoire^ Ferdinand Buisson qui vint donner des contérences sur les 
iriapports de Tbistoire sainte et de renseignement primaire, le pasteur 
ï'ontanêâ, etc* 

Désormais l'école libérale était implantée à Genève; elle y avait ses 
pasteur*, ses Gdèles. En 1874^ le peuple votait une révision de la consti- 
tution de rÉglise, qui permettait à tout étudiant en théologie, muni des 
grades de la Faculté, d'exercer la charge pastorale^ Plus de confession 
ile foi imposée^ ni de formulaire liturgique, liberté de prédication : 
i esprit du protestantisme a emporté tous les crans d*arrét. 

Vers la même époque, nous voyons sourdre à Genève une tout autre 
igitatioD, destinée à un bien moindre développement, ei qui n'eut 



88 



BEVITE DE LHrSTUlRE DKS BEtlGîONS 



guère quelqrie succès qu'en Suisse : c'est le catholicisme libéral^ provo- 
qué par le Père Hyacinthe et qui est plus connu dans les paya de langue 
allemande sous le nom de Vie us -Catholicisme - 

Yoict comment Auguste Bouvier rendait compte à ses étudiants de 
l'extraordinaire événement : 

c En quelques mois, les conférences du Père Hyacinthe proclament une 
conception du catholicisme à la fois ancienne et nouvelle et créent une 
opinion libre et puissante qui devient la force motrice de tout le mouve- 
ment. Autour du drapeau qu! s^élève, un parti se groupe, recruté de 
quelques Iransfups de ruUr&monlanisrae et de gens qui se disaient 
libre- penseurs» mais qui, en réalité, voulaient une religion vraiment 
humaÎDe^ compatible avec la liberté, te siècle et la patrie, car l'importance 
et le prix de la i"eligion ne leur échappaient pas. Un culte s'ouvre dans 
le vénérable collège de Calvin et Ton y entend pour la première fois la 
liturgie traditionnelle de la messe en français. Enfin une église est 
établie par la volonté du Conseil et par le vote populaire. La loi consti- 
tutionnelle, qui s eft'orce de ramener TÊ^lise catholique à la démocratie 
pnmilive, en rendant au peuple rélection de ses curés et de ses conseils 
de paroisse, est votée à une majorité considérable. La loi organique, 
qui implique ce principe vainqueur» est débattue, corrigée et promul- 
guée; six semaines après, la majorité des citoyens catholiques de 
Genève, qui accepte le nouvel ordre de choses, nomme ses trois curés, et 
hier on les installait à Saint-Germain 3> (1873). 

Le pasteur Auguste Bouvier, tout le long de cette histoire religieuse 
si traversée de mouvements divers, resta plutôt un conciliateur, un par- 
tisan d'apaisement. Non certes par mollesse de caractère, car le vieux 
huguenot ne cherchait pas à s'épargner les sacrificea que coûte la sin- 
cérité intellectuelle. Il le ût bien voir en refusant, en 1870, à ses meilleurs 
amis, de signer une Déclaration de principe destinée à fixer la foi 
chrétienne. Mais il se rattachait, par nature d^espritj â cette lignée si 
intéressante de prolestants suisses, dont le plus merveilleux représentant 
est Vinet, et qui est eu réalité, parmi nous, la prolongation la plus 
authentique de la pensée mystique, U y a une c expérience religieuse ». 
La a vie divioe » est donnée dans Texpérience. D*où une certaine indif- 
férence à regard de la logique de l'entendement et des j'ésultats de la 
critique historique^ sur lesquels disputent orthodoxes et libéraux; d*où 
ridée quels piété est ressenliel, le dogme l'accessoire; d'où, même, le 
prix attaché aux œuvres sociales, qui manifestent la piété et mettent 
d'accord ceux que les dogmes divisent. Ceux qui s'intéressent à cette 




AlfALTSBS ET COMPTES RENDUS 89 

pensée mystique, encore très vivante dans le protestantisme français^ 
liront avec fruit le résumé de la < dogmatique :», enseignée par Bouvier 
à la Faculté de théologie de Grenève, et de sa polémique avec Edmond 
de Pressensé. M. Roberty l'expose, la dépouille, la critique avec autant 
de clarté que de souci d'exactitude. 

P.-F. PÉCAUT. 



NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES 



D. Bassi. — Mîtologîa Babilonese-Assira. ^ U. HoepU, Milan, 1899, 

22t) p. in-16. 

Le pelit manuel de M. fiagfli n*est qu'une couipilalîon sans valeur et qut 
vient quinze ans trop tard. Jô ne snis si un pareil ouvrage pourra rendre des 
serriees au publie Halien, aaifl il ne mérite certainement pas de francbir les 
Alpes» 

C. FOSSKY. 



I 




D* Paul Wjlhelm Schmidt, ord. Prûfessor der Théologie aus der Universi 
Basel. — Die 0escMchte Jean. —2" édition, Freiburg i, B.» Leipzig et 
Tûbiugen, J. C. B. Mûbr (Paul SiebeckJ, 1899. 



I 



Ce petit livre de 175 pages raconte rhisloire de Jésus d'une manière qui^ & 
bien des égards, mérite d'être remarquée. Le récit est bref et concis et cepen- 
dant ii*oinet rien d'essentiel; il n'est accompagné d'aucun appareil 'scientifique, 
n'es! inlerrompu nî alourdi par aucune discussion critîquet el cependant met à 
profit leâ résultais dea tra?aui les plus solides sur la matière; il est écrit dans 
un style simple et clair^ coloré de reflets de la langue des propbète» et des 
évangiles, et merveilleusement adapté au sujet. Les ibéologiens le liront avec 
fruit et les lecteurs moins initiés à ces études, mais ayant quelque culture et 
s*intéressant aux questions religieuses, auront le plaisir d'y trouver mises ea 
lumière bien des choses dont ils n'avaient qu'une idée vague et confuse. 

L'auteur décrit d'abord, au point de vue économique, politique, moral et re- 
ligieux, Le milieu dans lequel Jésus est né, a grandi, a congu et accompli son 
œuvre; il dépeint la misère du peuple, venant^ non de la pauvreté du sol, mais 
des charges accablantes qui pesaient sur lui : impôts, contributions aux be- 
soins du culte, usure ; les maladies dont il souffrait et Tabandon dans lequel 
Étaient laissés ceux qui en étaient atteints j les idées religkuses régnantes^ lea M 
divisions et les rivalités des partis. 1 

Le tableau est passablement sombre. Soulager cette misère, la changer en 
félicité, c'est l'œuvre que Jéaua a voulu accomplir. 

M, Schmidt n'a pas cberché k pénétrer le mystère qui envâloppâ la plui 



I 




NOTICES BrBLlOQRARH[QllË:& 



91 



grande partie et la vie de Jésus. \i montre ee quil était vers l'ige detrenta ani, 
partageante sur le monde et runivers, les idées de son peuple; connai&SEiQt les 
ËcriiureSp non comme un scribe on un dooLeur» mais comme une Urne pieuse 
ouverte au souffle de Fesp ri l ; voyant partout autôuf de lui, dans ta uature 8t 
d&Dfi la Tte, des images et des symboles des choses spiniuelles et religieuses, 
déjà pénétré des pensées dominantes qui ^inspireront jusqu'à la fin, et prêt 
pour Tœuvfe à Jaquaile il allait se consacrer sans réserve. 

Les priocipaux événements racontés dans les évangiles, depuis la prédica- 
tion de Jean^Baptiste dans le désert jusqu'à la mort de Jésus et aux appari- 
tions qui la suivirent, apparaissent successivement dans le réeil dans l'ordre le 
plus naturel et le plus logique. Il semble qu'ils viennent se pkoer d'eujc-méines 
& rendroit qu'ils occupent et qu'ils ne pourraient pas se trouver ailleursj tant 
le rê{;it a de vraisembltince et tant les faits &*y enchaînent sans peine et sans 
âfToft* 

L'auteur a apporté un soin tout particulier à reproduire l'enseignement de 
Jésus. La manière habile dont il groupe les idées, les rapprocbemenls beU' 
retis qu'il fait, font souvent jaillir des lumières inattendues. Telle parole qui, 
dans les évangiles, se présente d'une manière un peu abrupte et inattendue, 
reçoit une signification frappante de la place où elle est mise et de rentourage 
où elle se trouve. Actes et paroles s'éclairent ainsi et s'expliquent mutuelle^ 
ment. Tout ce travail, qui trabit une connaissance approfondie et une méditA- 
tion persévérante du sujet, et dont le résultat est présentéjsimplement et dai- 
rement, est d'un grand intérêt. L'image de Jésus se dégage insensiblement du 
récit et apparaît finalement dsat toute sa grandeur, non comme une image k 
demi enveloppée du uimbe de la légende^ mais comme une ûgure réelle et 
historique^ dont tous les traits appartienne ut bien à sou temps, et n'ont pas 
été, d'une manière appréciable, du moins, modifiés ou déformés par les idées 
et les Qoncepliona modernes. 

L'ouvrage ne touche à aucun des problèmes insolubles que peut susciiflr 
une VU de Jésus imm$ en se bornant à ce que nous pouvons savoir et légiti- 
mement présumer, il jette une vive lumière sur la personne et l'œuvre du 
Maître» et ce n'est pas là un mtnce mérite, 

Eug> Picard. 



H« JoLY. -- Saint I^naco de Loyola. — Paris, Lecoffre, 1Ô9^. 

Cette biographie fait partie de la coiiection des « Saints i» que publie la 11- 
brairie LecotTre, sous la direction de M. Joly lui-même. Dire ceUf c^est déji 
indiquer i'espnt de cette biographie. Cependant ce n'est point une bagiogra- 
phie» o'est une véritable biographie. 

La tâche de M. /. était assez dilBeile, car Ignace de Loyola est un perton- 



92 



REVUE DE L^HISTOIBE DES RELIGIONS 



4 



aaga fort discuté. II apparaît à beaucoup comme un élre téaébreux, uq& 
manière de trallr« de mélodrame, une incarnation de l'esprit de duptidtéi 
et de toutes les puissancÉs de réaction dans tous les domaines. Pour les catho- 
liques au contraire^ c'est un des grands hommes de l'Eglise^ un de ceux qui 
l'ont fait ce qu'elle est. M« J. s'est efforcé d'être vrai et t m partie. 11 a fait une 
{Buvrâ intéressante, dont nous voudrions noter les caraclé^res e&sentiels. Celte 
étude nous permeltrade voir en taémelempf jusqu'à quel point les mètbodes de 
la critique moderne s'imposent même à des cnthotiques écrimnt une m de saint. 

Tout d'abord c'est une biographie psychologique, telle qu'on pouvait Tat- 
tendre de M^ J« connu par d'importants travaux dans cet ordre. Il démêle avec 
sûreté les éléments qui composent i'â,me dlgnace. En particulier il faut lire ied 
pages de fine observation qu'il consacre à la conversion d*Ignace, à cet événô- 
ment capital qui Ûi d' Ignace une âme religieuse vivante, au contlit entre les an- 
ciens dèairs de gloire militaire et les nouveaux désirs de vie de renoncement, à la 
conciliation quÛl fit de ses diverses tendances sous Taclion des idées delà che- 
valerie, M. /, mot)tre bien qu'îgnace n^a paa été un penseur, et que chez lui la 
volonté est Hurlout la qualité éminente. Il a conquis tout ce qu'il a été. Mais 
nous regrettons que M. J. ait négligé certains traite, en particulier son ardente 
et violente bostilitâ contre la Réforme, que les documenta de M. Gottheio dans 
Ignatius von Loyùia \und dis Gegen- Reformations ont mis en lumière. M. J. 
e'élève contre Texpression de Quinet faisatit d'Ignace un Machiavel et s'efforce 
de donner aux diverses instructions de son héros à ses disciples qu'il enverra 
en mission, un sens tout à fait bénin. Cependant il est difQcile de contester* 
en particulier pour les instructions, au concile de Trente, qu*il y ait là plus 
que de la prudence, c'est si l'on veut une » sainte habileté n, mais qui peut 
et qui a dû mener loin. Les ordres reflètent toujours le caractère de leur fon- 
dateur, au moins dans les premiers temps. Or, ai Ton juge de Thomme par 
ToBuvre on ne peut refuser la ruse à Ignace. C'était tout à. tait dans le carac- A 
tére de l'Espagnol quUgnace est resté malgré tout. Noua avons des scrupules ™ 
qu^il n'avait pas, La notion de ce qui est défendu n*était pa3 la même que pour 
nous. Nous sommes étonné que M. J* n*ait pas consacré quelques pages i 
Tétude de ce qui constituait uue âme espagnole vers îa 6n du xv' et au com- 
mencement du %n* si^cie. 11 y a là une lacune assez grave^ et qui enlève un 
peu à la biographie de son caractère historique. 

Cependant M. J. fait preuve d'un sérieux effort pour reconstituer tes nailieur 
historiques qu'Ignace a traversés, mais il ne nous donne pas k un autâsatit 
degré l'impression de la grande bataille qui se livrait alors contre TÉglise et les 
tendances réformatrices et qui devait faire tressaillir TAmed^Ignace, qui était de- 
meuré, sous l'habit du pénitent^ un soldat, fait pour la lutte. Les pages particu* 
lièrement frappantes sont celles que M. /. a consacrées aux rapports d'Ignace et 
de rinquîsition en Espagne. Soupçonné d'hérésie, Ignace a été plusieurs fois 
emprisonné, et a en somme dû quitter lEspagne pour fuir une hostilité qui en- 
travait le libre développement de son génie. 



I 




NOTICES SIBLIOGRAPHIQUES 



93 



Le Lrdfiième irait qui noua ffappa c'est que cette biographie n'eitpas en- 
combrée de récits de miracles, comme le plus grand oombre des vies de sainte. 
Il fisl rraî qu'Ignace lui-môme conféssail en avoir peu fait. La Vie d'Ignace de 
M. J. »e fait remarquer par sa aobriélé à ce sujet. Sans doute les viaiona, les 
apparitions, lea connaissances surnaturelles sont notées et acfîeptées, mais cela 
n'empêche point M* Joly d'écrire au sujet de Topinion de cerlainB historiens 
qui Tdudraient qu'Ignace eût été muni dès Manrèïe de toutes les forces et de 
toutes les conndssances nécessaireo poar alimenlef sa vie et aoîi oeuvre : 
« c'est là simplifier Hingulièrement ta lâche si pénible de ces héros ». 

Et ceci nous conduit à relever un autre trait et non le moins important de 
r<Buvre de M. J., c'est qu'elle fait une place très grande à Tidée d'un dévelop- 
pement dans la vie d'îgnace. Il ne nous montre pas Ignace formé tout d'un 
coup; noUf c'est un homme qui a eu, lui aussi, son évolution. Il s*est formé et 
Don «ans difûcuUé, conformément à sa loi propre^ mais aussi soub certaines 
tnûuences que M* J. note soigueusement. On avait jusqu'ici surtout insisté sur 
rofiginalité d'Ignace. C'était une manière d'autodidacte^ qui n'aurait rien dû, 
ni i ses lectures, ni à ses prédécesseurs, ou presque rien, qui aurait par un 
miracie reconstitué toute Ja mystique. On glissait légèrement sur ce qu'il de- 
vait aux autres et Ja polémique souvent vive entre les Bénédictins et les Jé- 
suites montrait ceux-ci très sensibles au sujet de l'originalité de leur fonda- 
teur. L'histoire a fait cesser ces résistances et une vue plus juste des choses 
s'impose. Ainsi M. J., suivant les traces du P, Watrigaut, fait voir par exemple 
kg rapports qu'il y a entre les Exercices d'Ignace et les Exercice» de Bernard 
de Gisoeros, les emprunts faits à la Vie du Christ par Ludolphe le ChartreuJCt 
aux règles de la mystique fixées par saint Eeruard, M. J. nous montre que les 
£xtreices n*onl point reçu de suite leur forme définitive, qu*îgnaee a continuel- 
lement enrichi son premier jet de toutes ses expériences^ L'originalité dlgnace 
n'est pas diminuée pour cela. Elle' est autr«, car il a donné aux Exercices un 
caractère plus pratique. Ils ne sont plus pour de purs conleDoplatifs, ils sont 
pour des imes qui veulent se préparera Taction par une méditation appeo^ 
foDdie. 

On roit donc que cette biographie est digne d'être consultée» même par des 
fatstoriene^ Cependant, en terminant, il nous sera permis de regretter que M. /, 
n^ait pas marqué la place d'Ignace dans la série des grands fondateurs d'ordre, 
sujet qui a été magistralement traité par A. Harnack dans sa brochure 
Ikti Mônchtum* Il nous paraît aussi que si M. J. avait davanlage consulté le 
lirre de ûothein déjà indiqué, il nous aurait donné une élude d'Ignace comme 
eontre-réformateur, qui aurait complété la physionomie de son héros. Enfin 
nous aurions aimé que M. J. eût insisté sur rinfluence qu'Ignace a exercée sur 
rÉgllse catholique et sur ta piété cathofique. C'est certainement lut qui a déve- 
loppé dans l'Ëghâe l'idée de résistance à la Bi^forme et même à la Benaissance, 
snalgré les emprunts qu^il a faits à cette dernière de quelques-unes db ses mé* 
:es d'instruction. En même temps il lui a donné une conscience plus nette 



94 REVUE DE l'histoire DES RELIGIONS 

de ses principes. Ensuite et nous aTons pour oela le témoignage de cathoUqnes 
(voir la plainte d'un capucin, rapportée par M.Joly, p. 52), Ignace a contribué à 
diminuer dans la vie chrétienne la part de la contemplation au profit de la médi- 
tation ; il a également contribué à matérialiser la piété par la place qu*il donne à 
l'imagination et à la représentation sensible des mystères de la foi« et par là il 
est bien le père de cette déTOtion qui Ta du Sacré-Cœur aux pèlerinages de 
Lourdes. 

M. Malsac. 



REVUE DES PÉRIODWUES 

RELATIFS AUX RELIGIONS DE LA GRÈCE 

(Années 1898 el 1899) 



I 



BoUetin de Correspondance belléni^ine. 

T. XXII (1898). P. 1-200. G, Cotti, JVoks de chronologie delphiqu<;. — Cette 
étude pom sur 121 texles inédits d'acleB d'affranchi s»6ment, qui dalenl predqtie 
tous du 1*' siècle avant J.-C, et du j*' sièele de Tère cbrélieDoe. L'auteur les 
oommente Burtout &u point de vue de la chroaologie des fonctionnaires delphj- 
quei» Quant à la nature de ces aciea, qui se ressemblent, M. Colin renroiQ au 
Mém&iH tur ^affranchissement des esQUiveâ par forme de vente à une divinité ^ 
de M. Foucart (PiiriB, i867)« Il n'y a guère à relever dans ces textes de date 
assez basse que des variaDtes de détail ; on y reconnaît un formalisme plus 
étroit; les gsranties jugées néceseaires sont derenueE plus nombreuses et plus 
sirictea qu'auparavant ; Euais la condition des esclaves ne semble pas avoir ét4 
améliorée. 

P, 24U260, P. PsBDRtzET, Jnsûripiims d^Acraephiae* — L'un des textes pu- 
bliit dans cet article est une dédicace à PtotoB^ le dieu du mont Ptoon, qui 
plus tard sa eonfondit avec Apollon. t< La vieille divinité locale B*elfaç& peu à peu 
de?ant le dieu de Tûlympe* » 

P. 303-328. E, BouRouET, Inscripiions de Detpkes : comptes des naopes som 
UsûTûhQntes Barnoxéno^, Archon et CUon» — Les deux inscriptions qui font 
l'objet de cet article sont des plus intéressaotes pour Tbistoire du budget du 
sanctuaire de Delphes ; elles nous fournissent un état des sommes remues el 
des sommes payées pour divers travaux exécutés dans le sanctuaire. 

P. 335-353. P. PiRDRiiKT, Voxfage dans ia Macédoine première. -^ Parmi 
les textes» que publie M* Perdriiet, nous citerons ; 1* Une dédicace faite par 
une prêtresse d'Artémis GaEoria, ou Artémis de Gazoros, vîUe de Macédoine 
située & l'ouest de Philippes. Cette Artémis était sans doute une Artémis thrace» 
« la déesse chasseresse et guerrière des Edones et des Odoraantes. » 2» Une 
dédicace au dieu Totoès, trouvée â. Amphipolis ; cette dédicace est ornée d^un 
eurîeux bas-relief* qui représente un âne sur fécbine duquel est greffëo une 
léte fêmiotQe;deux serpents s'enroulent l'un aux pieds de devant, l'autre autour 



96 



K£VU£ DE L HtSTOlBE DES RELIGIONS 



du ventre de la béte, et la queue du monstre bbL un serpenl; au-dessous^ à 
terre, âODt représentés des poignards et des scorpions qui semblent menacer 
J'âne, » Le dieu Totoès est mconnu; c'était sans doute une divinité inférieure, 
sans culte organisé» un démon, comme le dit d'ailleurs la dédicace Tutér/a Aiâ 

P. 361-402, G, Cousuf, Voyage en Carie, — Plusieurs inicrîptiona copiée» 
par M. Cousin sont intéressa ni es pour la mythologie et la religion grecque. 
N* 25 : relatiï^e au lemple d'Apollon k Chalcelor en Carie; — u* 2i, qui men- 
tionne un Zeufi Osogos. Quelques autres textes renferment de ci de là une indi* 
cation ou une alluaiorï soit mythologique, soit religieuie. 

T. XXIII (1899J. P. 6-55. G. Colik, [mcriptiQns de Delphes. — A propos 
d'un sénatus-consulte de Tan 112/111 avant J -C, Tauleur donne des délaib 
intéreasants sur les collèges de technite», sur leur caractère religieai(p. 37-38); 
il traite en particulier du collège des Techniles Dionysiaques de l'Isthûie et de 
Némée. 

P» 56-85. P, JououBT, Fouilles du port de Dëios. — Ces fouilles ont amené 
la découverte de deui inscriptions qui mentionnent un collège d'Hermalstes, ou 
adorateurs d'Hermès et de Maîa^ — et un collège de Compétaliasles, adorateurs 
des Lares Corapilales. Ces documents^ sans se rapporter spécialement à la re- 
ligion grecque, nous montrent néanmoins comment la religion el tes culte» 
romains s'étaient introduits dès le i" aiècle avant X.-C, dans lea sanctuaires 
même les plus vénérés de la Grèce. 

P. 85-89, G. CoLiif, La dodécade détimne. — Il faut entendre par là un sa- 
crifice de douse animaux, ofTert probablement au nom delà ville d'Athènes dans 
le sanctuaire de Délos. L'auteur cite trois inscription s> qui datent de l'époque 
d'tfadrîen, 

P. 370-373, J. DeMAïïûfti, Une nouvelle inscription du Pirée relative à Bindii. 
— La découverte en un mâme endroit de ce texte et de plueieurs autres égale- 
ment relatifs a Bendis donne à penser que le Bendideion se trouvait non pas 
sur la colline de Munychie, comme on le croit d'habitude, mais au sud du Pa- 
ehUimani et à une centaine de mètres plus haut. On voit précisément en cet 
endroit les soubassements d*ua édifice qui pourrait bien être te temple lui-même 
de ta diviuité. 



RsTUd archéologique* 

Ann. 1898, t, XXXII. P. 34-49, P. PiRoa^KT, Syriaca. — Le § 2 de ces 
études est consacré k la déesse syrienne Siméa, que les Grecs assimilèrent à 
leur Héra. On retrouve peut-ètre le nom de Sîméa dans la première partie du 
nom de Symiamira ou Symiamyra, ta mère d*Héiiogabale d'après Lampride. 

P. 56-61, S. REtifACH, Les Cabires et Mélicerte, — Les Pélasges de Samo- 
tbrace adoraient des dieux anonymes, qu'ils appelaient tes Grands Dieux; les 
navigateurs phéniciens traduisirent ce nom (Miy^Xoi aeot) par Kabirim^ qui si- 



Revus DKS PÉBIODIQUES 



97 



gnîBe en phénicien les Grands (dieui) ; puis les Grecs réempruntèrent ce nom 
aux Phéniciens, De là vint le mot KH65tpot» Cabires. C'est de k même manière, 
Buirant M. S, Reinach.quele nom phènkieti é& Meikarth nnmt élétranipoeé en 
grec sous U forme Méiicerte, et Tauteur conclut que « pour établir l'origine 
sémiLtque de la mythologie grecque, la présence de noms sémitiques dans le 
panthëoQ grec ne suHBt pas* 9 

Ann. 1S99^ t. XXXIV. P. 256-281. Isin. Mvy, Dieux sicîltmf, I. Les 
ûlÀl^oi et Îi9 n«Xtitoî. —Contrairement à l'opinion soutenue par Michaëlis et 
Freeman, l'auteur pefïse quÊ [es Delloi et les Paliqnes forment en Siciîe deux 
groupes de divinités bien di^incts. Le sanctuaire des prenoters se troufait près 
d'Êrykèi celui des Paliques dans te voiainage de Patikè* M, îsid. Lévy s'efforce 
de déterminer remplacement eiract de ces deux villes. Le sanctuaire des Pali- 
ques doit être cherché, dit^l, non loin de TEtna, puisqu'il renfermait de» cra- 
tères; î'auleur le place sur le flanc occidental de la montagne» à Paterne, dani 
la vallée supérieure du Si met 0. Quant aux Detloi, le siège de leur culte aurait 
élé !e lac Fittija, ^ Jusqu'à, présent Ton avait cherché rorigtae des Faltques et 
rétjmoiogie de leur nom soit eu Grèce, soit en Italie. M> laid* Lévy cite un dieu 
syrien Palik» mentionné dans le traité de Ramsps II avec les Hîltites et dont le 
Dom complet était sans doute Baal-Palik, Mais te nom seul des Paliques serait 
d'origine sémitique; leur culte serait sicule. — Tï. Radranoi, C'était un dieu 
sicilien, parfois représenté comme te père des Paliques, assimilé à, Zeus et à 
Hêphaiâtos. Sûq nom est sémitique : on connaît Uadran ou Hadaran^ dieu 
d^Hiérapotis, parèdre de la déesse Atergatis. — IIL PêdMrtités, Ce dieu sici- 
iieu, que mentionnent Dtodore et Xénagoras» est souvent rattaché par les Grecs 
au mythe d'Héraclès ; il n occupait pas un rang important parmi les dieux sici- 
liens ; c'était probablement un génie agraire. 

Ano, 1899, t. XXXV. P. 210-217. S. RKisACHt Ztiyreus, k serpent cornu, — 
L*auteur donne ici une explication critique de la légende de Zagreua, le serpent 
cornu, qui lait le fond de l'orphiâme. 11 montre que des traces ou des fragments 
de cette légende se retrouvent dans ce que Ton sait de la religion des Celtes, 
en particulier dans le fameux Ovum anguinum, dont les Druides faisaient tant 
àt cas. Ce serait là le résidu dénaturé d'un mythe religieux très ancien, qui re- 
monte à l'époque préhistorique. 

P. S^-412. Th. RsiMAcUf Un document nonvettusur la chrûnolûgie ariUtique 
ei littcraire du v* siècle avant J.-C. — Dans le second volume des papyrus 
d'OiyrrbincuSj que viennent de publier MM* Grenfell et Hunt, 5e trouve un 
fragment de fastes des jeui olympiques, qui donne pour chaque olympiade les 
noms des vainqueurs des treize concours réglementciires. Ce fragment concerne 
li période comprise entre les années 480 et 448 avant J.-C, ; il est doue d'un 
ti^s grand intérêt. 



98 



REVUE DK h IIISTOIBE DES BEUr.lOSS 



Bévue de Philologie. 

T. XXn (ann. 1890). P. i63-lG9. B. HaussoulueîIj JVûfM ^pîgr(îpAîg»«s. -- 
Er-TQto à Apoiloa tirateanos; prôyenanl d'Asie-Mineurô, des environs d<* Cyxi- 
que Qu de 9iLhï^nie. — Ei*voto à Zeus Kersoullos, dont le nom peal être rap- 
proché du mot KerduloBj signalé par Tietîès comme épithète de Z'ius. — Mon- 
naie qui i)0U9 apprend Texis^erice du culte de Zeus Epicarploa à Zéla^ dans l& 
Poat. 

F* 267-273. B. HAtissouLuiER, Voracîe iTApothn à Claros, — Étude de 
cinq înaçfîplioûs d^ji connues, dont Futie date de la seconde moitié du i"" siê- 
de avant J.'C«, &l les quatre autres du second fiiède de Vête chrètiennâ (entre 
(32 et 150). Le sanctuaire de Claros, situé stir le territoire de Colophon, était 
le piège d'un orecle très renommé. Le personnel du temple eotnprenaît un 
prêtre, un kleidopboros ou porle-defs: le personnel, qui s'occupait spécialement 
de l^oracle, était composé d'un propliète, d'un thespiode ou poète pour meUre 
en vers les réponses de l'oracle, de émx greffiers qui rédigeaient la copie de 
l'oracle, enfin d'un hymnographe ou corapoaiteur d'hymnes que les client» de 
roracle devaient faire cbanler en si^ne de gratitude avant de quitter le sanc- 
tuaire. Ces hymnes étaient chantés par un chtBur colophonienj que formait et 
que dirigeait on paedoûome» 

T, XXIU (aqn. 189D), P, 126-189. P. T*nnert, Qrphica, ft, 208 AheL — 
L'auteur essaie d'eipiiqi^er ce fragment, et surtout la K^sii iïpoy£v«i»v aU^l- 
QTUiV) que les hommes pourront ot)tenir en sacrifiant à chaque saison de 
Tannée des hécatombea et en céîétïrftnt des raystêrea. D'aprèg M, Tannery, 
o'est Tabsolutiou des péohèa commis par les ancêtres. » L*orphisme admettait 
uii péché originel, . Lorsque les Titans eurent traîtreusement immolé Zagreus,. 
Zeus les frappa de la foudre et ils furent consumés. Mais de leurs cendres' 
naquirent les hommes. Ceur-ci sont dûoc chargés non seulement des crimea 
que leurs ancêtres ont pu cotnmetlre, mais avant tout de celui des Titans aux- 
quels remonte leur origine. » C'est à ce mythe très ancien que M. Taonery 
rapporte la ^^vEn« dont il est ici question. 

P* 228-231. S* RsiNAcn^ A'j<îiî Ttpf»y4'*»v «SÊjiiffîoji* * — M» Heinach pense 
qu'il s'agit de prières pour les morts, demandant l'absolution des ancêtres cou* 
pablea. Cette conception existait à Torigine chgï les chrétiens; or ils ne pou- 
vaient pas l'avoir empruntée aux Juifs qui ne la connaissaient pas; d'autre part, 
les chrétiens ont souvent représeoté Orphée dans les Catacombes, 

P. 274-*i92. B. HAOSSOUtUEni ImcriptiQnsd'Héraclée du Latmos. — Signalons : 
n» 2 B, inscription mentionnant des prêtres d'Athêna; le culte de cette déesse 
est attesté à Héraclée par de nombreuses monnaies ; — n© 3^ dédicace d'uq 
autel & Aphrodite; — n- 4 : dédicace à Apollon î 

P. 313-320* B* Haussoulukr, NûUs d'épigraphie mUëiimne^ — Explication 
des mots frjopt-ït 0E»pfa* flespiot, employés dans plusieurs inscriptions récem* 
ment découvertes : c'étaient des spectacles offerts g^ratuitemenl au peuple. 



*■ 



REVUE DES PéBiaDlQUKS 



m 



Revue dei Études grecques. 

T. XIÎ (flnn, i899), P. 53-115. Tu. Runach, Un temple éievé par les femmes 
fie fanogra. — Dans cet arlicle, Tauteur étudie une slèle» entrée récemmenl 
au Mt/sé© da Louvre, el couverte Bur ses deux faces de deuï ioacripliona» 

Ce sont devi décrets du peuple de Tanagra» rendus le même jour, sur k pti.- 
posjlioa d*UTi mémo citoyen, Télésias, 51s dô Thrasymaque, 

Le premier décret est précédé iVnxx eiposé des raatifs, qui nous raconte 
comment la cité a consutté j'oracle d'ApolIofi — sans doute celui du Ptoïon — 
pour savoir quel parti elle devait prendre ou sujet du temple de Démèter et de 
Ptorséphone. Ce temple kipparemment tombait en ruines. Fallait-il le laisser en 
pJ9G«i extra muvos^ ou le traTiBférer au lieu dit Euhameria, ou enfin le rebâtir 
dans i'eneeinte des mura? L'oracle ordonne ou semble ordonner le trans- 
fert daus la ville. C'est k ta suite de cette dèctsîon qu'est rédigé le décret pro- 
prement dit> Aux termes de ce décret, le peuple élira pour trois ans une com- 
million de trois membres quif de concert avec les magistrals ordinaires de la 
cité, choisira rempkeejnent Ju nouTeau sanctuaire, provoquera les expropria- 
tions nécessaires, dirigera et paiera le» travaux de construction et d'acuéuage- 
tnent Comme Bans doute Têtat des H nances m unlci pales commande une rig^oureuse 
éooDomie, une souscription est ouverte, pour couvrir les frais des iravaus:, enlre 
les femmes de la rille; le maximum de la coiiâaOon est fixé 4 5 drachmes par 
lêle; les noms des souscrivantes seront inscrits sur une slèle dressée dans le 
lanctuaire. Si la aouscriplion laitse un reliquat non employé, Usera versé dans 
Qtie caisse spéci&le, où Ton puisera 4 l'aveuir pour les travaux da réparation et 
4*enireLien du lemple. 

Ce premier décret est suivi de la lista des trois commissaires ëtus, en tête 
de laquelle Ogure Tauteur de la propoeition. 

Le second décret répéta et complète uue disposition du premier i il ordonne 
de graver sur la slèle le reste des décisions prises par le peuple et la Uste des 
femnaïas qui ont souscrit, avec le monianl de leurs souscripliocs. — Suit cette 
liste. — Sur la secûniie face, est gravé le catalogua des oÛ^randes en nature 
présentées par des femmes de la ville à la garde-robe des déesses. Ce catalogue 
egt féparli entre trois années. Les articles oîlerls sont des vêtements, des 
objets de parure — on indique leurs noms tecbniquesj souvent l'étoffe, la cou- 
JflUr du vétemeol, le^ accessoires dont il est oraé^ etc. ^- Parmi les bijoux en 
Ofi il y n des bagues, des chaînettes, des boucles d'oreilles, un petit amonr, 

M. Th. Reinach publie le texte et un long commentaire de cett» inscription 
importante qui atteste formellement Teiisteuce du culte de Dèmèter et Fersé- 
phone â Tanagra; coiome date, il propose la seconde moitié du m" siècle avant 
J,-C. (entre 230 et 200). Enfin, en appendice, il donne une liste alphabétique 
dea noms propres contenus dans rinscription, 

P, 169-173, Al^-Euic. CoNTotéo», La déesse Ma sur des inscriptiQm de 



100 



REVUE DE LHISTOIHE DES BEUGI0X3 



Macédoine, — Celte déesse, d'offgirie cappadocîeîjne, assimilée par lea anciens 
solL à Bdlope, €ml pîus rare [tient à Artémis, à Sélè^èj à Cybète, fuL probable- 
ment transportée en Tbrace et en Macédoine par des esclaves venua du Pont 
el de la Cappadoce^ Les consècraLtons à celle déesse équivalaient à de véri- 
tables affrancbiBsemeiits. Les textes publiés el éludiez ici datent du m* siècle 
après J«'C« ; ils ont Été Irouvés à Thessabnique. 

P. 3fl2-391. Al.-Emw. Costoléon, Inscriptions d'Ask-Mineure et de Scf/lhie. 
^~ N* 6, dédicace à Zeua Auleithèftj trouvée dans la plaine du Cayslre. 



AroJiiy fur Religion 9 wisienieh&f t. 

Tome I (ann* 1898), P. 942, E. IUroy, Was ist BeUgiùnswiisen&chaft ; 
ein Beitrag zur Methodih dm' historisi^hen Religions torschung. — La science 
des religions est d*abord une science historique. M faut étudier chaque religion 
comme un ensemble de Tails historiques^ sans la séparer de la civilisation géné- 
rale du peuple qui Ta proresâéei sans Tiaoler non plus des religions des peuples 
voisins, qui ont exercé Ou pu exercer sur elle une inQuence véritable. Mtîa, 
suivant l'auteur^ ta méthode historique ne sufTit pas. On y doit ajouter la com- 
paraison des diverses religions et les observations psychologiques. L'on pourra 
ainsi à rexpresBion « Histoire des religions i subslitiier le terme « Science 
des religions ^, qui désignera k Tensemble des études traitant des religions et 
de la religion, v 

L'objet de la science des religions est un ensemble de faits d>ipérience. 
Ces failSf que nous a transmis la tradition, doivenl être non seulement recher- 
chés, mais soumis à une critique rigoareuse, puis mis en ordre. Dans ]« tra- 
vail de clasSÊCient, il faut se métier des constructions arbitraires, purement 
subjectives; toutefois l'on est en droit d'utiliser les analogies fournies par 
l'histoire des religions et par ranlbropologie comparée. Cette méthode peut 
permettre de reu^onter jusqu'à Torigine commune de plusieurs faits reli- 
gieux analogues, origine que Ton ne réusEiraii pas à atteindre par la seule 
étude isolée des faits. — Les faits, qu'éludie ta science des religions, forment 
deux groupes principaux : !« les concepts et les usag-eg religieux, en un mot 
l'hieioire de la vie religieuse et de ses former ; 2« Thistoire des grandes person- 
nalilés créatrices, de teur enseignement et de leurs œuvres. — Le but princi- 
pal de la science des religions doit être de rechercher, dans le développement 
historique des faits religieux, à la fois l'influepce de la tradition et révolution 
progressive, 

P. 43-90. RoscMEA, Uel^er den gegmwârtigen stand der Porschung auf dem 
GtbiiU der grieshisdien Mythologie und die Bedeutung dcr Pan^ ^- Après avoir 
indiqué qu*il est fiècessairej pour bien comprendre La mythologie grecque, d*ea 
rapprocher cooelammeot ies mœurs, les idôes, les conception a des Hellènes, 
M. RoBcher applique cette naêlhode & l'étude du dieu Fan. Pan était le dieu 
des pasteurs Irana humants de TÂrcadle, ainsi que des bergers- pécheurs qui 



RËVtlE DES FÉRlOMQUEâ lOL 

faftbiUient ks côtes du Péloponnèse et Ie« pelites Iles Toisînes. Il ét&il le pro» 
lecttar de« chasieurs» parce que les bergers grecs avaient besoin d'être nrméa 
et af aïeul des chiens pour défendre leurs troupeaux contre tet animaui sau- 
vage*. Il était le dieu des sources; il aimait à pourGuivre les nymphes et à 
danser avec elles, parce que Teau des sources était indispenisbîe aux bergerg, 
et parce que c'était autour des fontaines qu'ils sa réunissaient pour se distraire 
et s'ébattre ensemble. Enfin 11 était le protecteur et l'ami des arbres, parce que 
sous le ciel toujours clairet le soleil brûlant de la Grèce rombre des arbres est 
plus que partout nécessaire aux bergers. 

P, i52-i82. Otto Wasba, Çharon, — La croyance à une autre ?îe après la 
tnort est générale, CVsl pour expliquer le pa^s^ge de la vie terrestre à une 
autre vie qu'ont été îmapinèa Ips dieui ou prénies psyd^opompes (Puehan ou 
Savitâr dans le Big-Ved&, Hermès chei les Grecs, etc.), les légendes du pont 
CîQvst dans fÂTPsta, du pont Sirât che« les Arabes; enfin cbei les peuples 
voisins des mers, des grands fleuves et des grands lacs, ta navigation des 
morts « On retrouve la trace de cette dernière conception (vaisseau des morts, 
nautofiier d*^s morts) dans les cotjtumes funéraires d'un très grand nombre d« 
peuples. C'està elle que se rattache la légende deCharon, — Les fleuv**s infer- 
naux apparaissent de très bonne beure dans la mythologie grecque : le Styx 
esl cUédans Vîtiade^ TAchéron et le Cocyte dans VO^îyssëe, D'après Diodore 
de Sicile (I, 92 et 96), le nom et le mythe du nochar Charon seraient d'origine 
égyptienne. En réalité Tétymolofiric du nom est inconnue. On y retrouve peut- 
^tre la même racine que dans radjectîf -^aponi; et le verbe ^rai^tù l le nom de 
Charon s'expliquerait par une antiphrase snalog^ue k celles qui ont été si sou- 
vent relevées dans le nom des Eum<^nides et dans celui du Pont Huiin. Nous 
savons que Cbaron Bgurait diins la Nekuta de Polyrff^ote. peinte sur les murs 
de la Lesebè des Cnidiens, à Delphes; il y était représenta sous les traits d*un 
vieillard lenatit les rames avec deux passagers dans sa barque. Parmi I^-s écri- 
vains, Eschyle, Euripide» Aristophane partent de Charon; mais c'est Lucien 
qui le cite ou le met en scène le plus souvent» Le nom de Charon revient fré< 
quemment aussi dans VAnthôU.gie. La langue populaire Dl de ce nom le sy- 
DûDyme tantôt de la vieillesaei tantôt de la mort. L'expression latine Ùreinî 
libertit était traduite en grec par Xotpui^lTixt ou Xsp<âvtiût à3ciX«i^es|ïou Plusieurs 
monuments figurés d'archéologie nous ont conservé Timagede Charon : ce sont 
des lécythes blancs attiques, quelques gemmes et quelques bas-reliefs. Le 
nocher inrernal y apparat! sous ki traits d'un vieillard barbu, coiiïe du kUqç 
(bonnet des matelots), révolue de r^laïM-^î» tenant une rame et debout dans sa 
barque. Sur les lécythes attiques, la scène le plus souvent représentée est Tar- 
rivée des morts sur les bords du ileuve infernal et leur preotière rencontre 
av?e CharoB. Parfois cette sc^'^ne se combine et se relie avec le groupe des 
parents du déTuntqui se lamentant près du tombeau. 

Les Grecs croyaient quil était nécessaire de payer à Charon le prix du pas- 
fag« dans sa baitiue. Des textes littéraires uoœbreux et deux moouiiienle Dgu^ 



104 



BEVDK CE L'mSTOiRE DES BELIGIOMS 



Mîttboiliingftn des kaît. deutsch. ar cliaeolo g îflcheû Institut», Atlift- 
nitcàe Abtheilung. 

T. XXIII (ann. 189S). P. 24-37. Eb. Ziebarth, înschriftf^n aus Athen, — 
Le texte publié 60us le n^ 1 est un A-agment important d*un cdeodHé? reli- 
gieux, où ionl indii^ués les safififices qui doTTent être offerts k telle ou telle 
date. On lit sur ce fragment les noms d^Athena Polias el d'Hermès mv^Etotç: 
les Pythaîstes (TIu6a;7iat) y loct mealtonnâs. EnfiQ le mot uiiroYV^tiiuv Y figure 
en touteg lettres, <* Anatoptiane de Byzance rapporte (Euslathius ad Odyi&,^ 
p. 1404), dit M. Ziebartb, que dans 1& fatigue rituelle de TAttique on em- 
pSoyoît le mot lt.i-n6xyé\iMyi pour désigner une TÎctimet donl la dent de kit, le 
yvf0|£<ïiVf était déjà tombée, par eoQ$équent une viclime adtilte, Nûtre fr&gmeni 
est le premier document qui confirme cette (radUion, » 

P. 409-440. A P. WiLHim, Die sogenaunte Hetaerenimchrift au s Paro*. ~ 
A rencontre de Maas et de Pemice, l'auteur soutient que les femmes de Paroi, 
nommées sur celtp inscription, et qui ont souserit lîc ImoTteyiiv t^c «pi^vn; i«i\ 
Tao ^utAou %it\ ttifï ftalsfiûir d*une dMnitê dont te nom a disparu, n'étaient pas 
des hétaïres, et ne faisaient pas partie d'un collège de femmes rendant un culte 
à Aphrodite. La liste de Paros e^t analogue à la liste des femmi^s d'Oropos 
{Buli de Correspondanee helténique, 1891 1 p. 490. — Hermès, 1892, p. 6i3). 
ou encore à la liste des Tanagréeanes récemment publiée et étudiée par M. Th, 
Reinach (r. plus haut), 

P. 441-46I. R, Hëbîoo, Rti&eh^icki am Km. — L'auteur est aîïé à Cas pour 
essayer d'y retrouver remplacement de l'Asclépéion, mentionné par plusieurs 
écrivains antiques (Strat>on, XtV, 2, S^ 19; Aristide le Rhéteur, VIL éd. Din- 
dorf, î, p. 76) et déjà recherché par quelques savants modernes, entre autres 
par Paîon {ïmcTipHms ùf Cos), par M. Dubois {De Co insula\ par Rayêt 
{Mëmmff; sur Vite de Cas). Mais le jrouvernemenl turc ne l*autorisa h fouiller 
que pendant un jbur, et cfttle fotiille trop brève n'eut point de résultat. Du 
moins, pendant son séjour d^ns Tlle, M. Herzog' recueillit quelques inscriptions. 
dont deux intéressent les antiquités religieuses : n* 1, Inscription qui mentionne 
l*enTûi d'un© déléfçation par Ptolémée, sans doute Ptoîémée II Philadetphet 
pour offrir un sacrifice à Ascli^pios. — N* 2. Règlement relatif aux sacrifices 
que l'on offrait dans le temple d'Adrasleia et de Némési», divinités qui pa- 
raissent originaires de t^Asie-Mineure et qui furent dans Tlle l'objet d*un culte 
important. 

T. XXrV(ann. 1899), P. 97-240* Conïk et ScHOCHHAftDT, Die Arheiîen zu 
Pêrgamùn^ 1896-1S9S, — De cette élude très importante, dont il sera parlé dans 
le prochain Bulletin archéologique de la religion jrrecque. nous retenons seule- 
ment ici quelques dédicaces inédttt^s, à Zeus Megistos^ i Hermès, à Asclépios« 
trouvées fl. Porgame même, une dédicace à Artémis découverte aux environs de 
la ville, un texte qui mentionne des jeux nommés xi tirfâX* 'AuxX^iïua, enfin 
UD6 insofiplion où il est question d'un groupe appelé Ot %i^\ tov ^B^mlh* 



fttVUE DGa PCntODlQUCS 



108 



P, E4 1-266, H. VQn Pbûtt, ffiji u p û < v b (aoc fier EUusinUn. — Celle étudt fort 
in lé res santé §6 composa de deux parLies^ A, La première partie eel cons&crée 
& Texamen ti vx commeDUire de riDScrîplion 0. I. Atticarumt I, 5, trouvée à 
Eleusis. L'auteur moûlre qu'il y esl question d'un tacriflce pfépar&totre appelé 
npaxiltta; il explique ce mot, et s'efforce de prouver que c'est ta -n^aTl^tta d«i 
Eleusinies proprement dlles. Fuit, comparant la liste des divinités man- 
lionnéea dane cette inscription avec eelle des diviniléadea Thesmophoriei alhé' 
niennes, il en conclut que les Éleusinie^, sous leur Torme la plus ancienne, 
la plus Btmpte et la moins myslique, sont les Thesmophonea d^Éteusis. 
Sous cette forme, elteg représentent beaucoup mieux t'aiilique culte d^Ëleu* 
sis que les mystères. £lles ne Turent pas modifiées par la grande révolution 
religieuse, qui Ql d'îacchoa le roi d'Eleusis. B* Dans la seconde partie de sou 
article, M, H. von Prott soutient qu'il y eut à Eleusis deux triades différentes : 
Tune composée de Dèmèter, Corè et Trtptolémos, Tautre de trois dieux qu'il 
appelle lètùç, Biâf Eubouleus. Tbéos et Tbéa sont les mêmes divinités que 
PloutÔn et Corè ; mais soua C€s deux noms» elles sont plutôt conftidéréf s 
comme les divinités du royaume des morts, tandis que PI où Ion et Côté repré- 
sentent plus spécialement les Toroes productrices de ta terre. L'auteur croit quo 
culte de Tbéos et de Théa est plus ancien, que la légende de Corè est plut 
réûente, et que le culte des deux grandes déesses d'Eleusis a peu à peu fait 
reculer le culte du couple infernal, tl s'est néanmoins produit entre les deux 
groupes une aorte d'assimilation, et suivant les ctrconsUnces les divinité! 
d'Eleusis saot associées de façons diltérentes, La «pftxiltia 'EïivQ-iviwv est célé- 
brée en l'bûaneur de ta triade Plout^n, Démèter et Corè; c'est à la même triade 
que l'adressent les prières pour la prospérité des semeDces, Quand la mois- 
son est récoltée et que l'on veut en remercier les dieux, c'est Oéméter, Corè et 
Triptolémos que l'on invoque; on ferme alors le Ploutonion. Enfin, quand on 
a exprimé aux dispensateurs de la récolte la reconnaissance qu'où leur doit, on 
86 tourne vers les puissances infernales Théos, Théa, Eubouleus, et i'on con- 
jure leur bostilit^« << L'histoire des divinilés est en même temps Thisloire de 
la religion, Tout combat mythique entre des puissances célestes est l'image 
d*un combat entre des conceptions religieuses ditTé rentes. ■ 

P, 367-274. L. ZrBUBN.B Ostôv. « Cet article apporte une eiplication du moi 
grectuoT^v. Ce moïse trouve dans deux textes èpigraphiques déjà connus: um 
règlement sacré de Miïet publié par Rayet (Revue archéQtùgique^ ann, 1S74, 
t. XX Vin, p, 106) et après luiparDitlenberger(S^W6je%n.376),et un fragment 
d'inscription publié par Pittakis dans V^Efi^pti àfin^lQytwri de 18&5. M, L, 
Ziebei) montre que ce fragment doit être rapproché de l'inscription C. ï. AUiç*, 
H, 632, De ce rapproche liienl, il conclut que le terme tv^àv désigne une 
victime dont la peau était entièrement brûlée, et qu'il s'appliquait 4 toutes les 
variétés de la race porcine (/ûT^o;, xi^pnu ^^îi «^c^Xac). 

P. 398-450, A. KoaaTE, KieinasiaiUche SiudUn, V ; ïnsckrifim aut BUhy* 
nim* ^ N* 21 : dédicace à Sabaitos U^^fi^x'^v^ç* L'épithéte est sans doute ua 



106 



KBVtll DE L âlfilOIRË DEλ iiËUGIO^S 



ftlhnique. — N» 22 : dédicA06 à Zetis ûlympios, sous Tempereur B^dneo^ -«i 
N<^ 23 i inacriplion nommant un personna^ge» Ckudîiis Julianus Âsd«piodoiiis|| 
prêtre et agonotbèle de Zeus Olympio^f agonothèle d'AsclépLos boter. » 
N«» 35, 36* 37, 38 et 44 : dédicaces à Zaui ppovTâv, — N' 40 ; dédicace âZeui 
Sotâr« H 

P* 455-457. St. Dragoûmîb, "EfH-atov. — ■ L'épithèle Poiojiêio* allribuéi 
à Hermèit sur un ei-volo eit 5ynon|iue de ico^'^uf £^r,ï ; elle gigniâe que IW 
inroque Taide toule-puis santé du diau« 



PMlologus* Suppldmdntband VII, 



4 



P, 135-223^ WasKAKct, Die poUtUche und sociale Sêdeutung der attischeh 
Geschiachter mr Solon, — Cet a ri ici© n'intëresse que partie llem eut el indirec- 
tement les antiquités religieuses de U Grèce, it nous a p&ru cependatit utile 
d'en signaler le § 1 {Zeu» Herkeioa el Apollon Patt ûos), qui montre k rûle im- 
portant joué par ces dieux et parleur culte dans la constitution priiiiitiTe de 
TÊtat athénien ; et surtout les §§ 4 et 5, consacrés aux Orgéons el aux Ttilases, 
IVaprès M. Wilbrandt les associations d*Orgéons eïistûieûl avant Dracon et 
participaient» i côté des yivï] eupatrides^ au double culte de Zeus Herkeios ti^Ê 
il*ApolIon Patrons; àlaméme époque, les habîtaoLs de rAtlique qui ne poasé-™ 
daient pas le droit de cité étaient groupes en thiases pojrcèlébrer leurs cultes. 
Plus tard, probablement à Tépoque de Clislbèce, ces Ibiases obtiurenl eux 
ausai le droit de rendre uu culte à Zeus Herkeios et à Apollon Patryos; dèa 
lois la diirérence entre Orgèona et Thiases alla en s'effaçaiit. 



Rheini&ches ntuieum. 






T. LU (ann. 1898). P. 189-204, Rûbch«r, fHe Hmdekrmhheit (xûwv) der 
Pândâreosiùckîer Utiâ anden mylhisehe Kratikheiten, — Le point do départ d# 
lartide est im texte du scboliaste d'Homère ^ad ùd,, XX, 66 et suiv,) qui 
raconte comme suïl la légende de Pandareu» el de ses filles : * ,.. Pandareua 
s'enfuit de Milel avec sa femme et B€B QUeB; il fcfe rend à Albônea, puis d*A'fl 
Ihènes en Siciléf mais Zeus le Tait périr ainsi que sa remoip; quant & ses filles» 
il lîitice conlre elles lee HarpyeSj qui en font les esclaves des Furies; Zeus leur 
envuie une maladie, qui s'appelle wOwv (lafefïianthrûpie). » — RnscberafÛrme, 
contre l'opinion d'un autre savant aifemand, W. Kroll,que ce dernier trait 
n'est pas rinvention tardive et artificielle d'un poète alexandrin, mais l'expres- 
sion d'un mythe fort ancien el d'incontestable authenticité. L'auteur appui6^ 
Bon opinion sur d'assêi nombreux exemples du même genre» pour lesquels il n'y 
a point de doule à avoir, ^i il montre que d*une manière générale tou» les reo- 
seignements que nous possédons sur des maladies de personnages mytbtquei 
reposent sur des traditions aussi ancienne» que dignes de fois. La mnladie ht- 
ïligée par Zeus aux Olles de Pandareua est la kyuaniLropie; k& niûlbtjureiises 
se croient transformées en chiennes et elles aboîeut. 



r 



ftEVUU D£S FÉElODlQUSft 



W 



î, ^29-37ï)* H. UeiNKRi Gmtliche Stjmnyme. — Ce long article est destiné fc 

cûoçlèler l'ûufrtge de Tauteur intituiè Die GlHt^rnamen, En voici Jes poinU 

es^ï^Vîeb. Chacun des grands dieux de l'ûiympe i^rec n'ft acquis boû nom 

\>w^rtt qu*a5«eï lard. Ce nom osL d'ailleurs sîmpiemenl Vtin des termts multi- 

çWs que l'éspril humain avait créés pouf ejpriiii*<r te numcn (Begtiïï) de It 

ivmité. Or il a gardé , surtout dans les légendes locales» de nombrcuï syno* 

njQie». Amiî le» héros sont souveoi représenlès comme a^aut deux pères, un 

im et un bomme. M. Usener monlre que dans la plupart de» eus le nocn du 

pàf&-hôiame ûW t|u*un gynonme du hoio du père-dieu. tJelleri est il!» de 

Un tî de Deycaiion ; Zms et Deucaiic^a soal équivalents. — Hér&clùs est flla 

ileZeuaet d'Amphitryon; daprèa Usener, àmpliitrjctOt ' Ap^upiStuv , est celui 

qui CTtvoie la foudre à l'est et à l'ouest {a^it et ta racine 'tpv*)^ doue est ê|?al à 

Zeui. ^ Castor et Poilux sont fils de Zeus et de Tpffafe; le nom de Tyndare, 

T'jvSa'jttuf, rapproehé de TvScuc, pruvîent d'une racine sanscrite twi qui a donaè 

ïe latin iundere; Tyridure est encore le dieu de IVcIairi de la foudre; pur 

eoQséqueDt il est rèquivaienl de Zeus. ^ Amphtou et Zelboa sont fils de Z^ua 

et d'Ëpopeus ; tnma Épopeus, 'H-Rânrr]:, 'Eic^toç^ c'est le dieu qui embrasse 

^mnn de son regard ; les poètes alexandrins ont employé ce nom comme 

Wètffde. Zeus, — Pirithoos est fils de Zeus et d'Ixion : maU, selon la forme 

pFiiailife Ûè k légeu^ie, Ulon est surtout le tnatlre du rayoa solaire; dieu du 

^^^«inioeia, i) âe confoûd avec Zeus, 

W «Il est de Poséidon comme de Zeus, Idas et Lvntiée, \ià3 rîvaiit des Dlos* 

**''»» sont fil» d'Aphareus, mais Mas est dit aussi fllb de Poseldori. Apharéus 

•iwt qu'une forme primitive du Poséidon belléîiïque. — BeUérophon est ûlsde 

^►ttiicos M de Poséidon :iei, suivant M. Usener, il n'y a aucun doute sur l'idett- 

l"Eé d«s deux noms. Une fois au tooiDs, Hésiode désigne la mer par le mùl 

"*iCxïi, — Tyro est l'épouse h la fois de KreiheUs et de Poséidon, KretheuB 

*ït laynonytne de Poseidoiii -- Thésée est flb d^Èfée et de Poséidon; ÉgAe et 

'^oaeictoTi sont idenliquej, — Megareus est flla de Poséidon et d'Hippomenèft ; 

^"PpOioen<?a rappeUe trop lé nom de Poséidon Hippio* pour n**tre pa« syilo* 

">iroa« de Poséidon , 

^- U&ener commente ensuite longuemeiiUis diverses formes du mythe double, 
^^ riuroute la lutte de rbi ver contre l'été, puis do rélé cûulre l'hiver. L'hiver est 
^'^sentépar un héros noir, M»'?Union^ Mélanthos, Mêlas, etc.; —l'été par un 
iiero®l>tood, XaQthos, Pyrrhos, Pyrrhantos, ou encore Lycos, Lycomènèa (le lu- 
iûinevij.Taïitût le héros blond est vaincu (à ta Rn de i'élé)^ tantôt il l'emporte (au 
prvut«mp3). Tous les noms des héros qui perionmflent l'été sont» d'après l*auteur, 
^** ^*|ujvaleiilsdi* Zeua ; tous eeui des héros qui pereonnHknl l'hiver, des équl* 
**^^ntsde Poséidon, Ces nombreux synonymes ont l'ail rmître des persoanalilla 
^r*^hûlogiques plus ou motus distiacles* auivunl que dans la langage courant 
^ Oui conservé ou non leur sens d'épitbète. 

"totiifl LIV (atin, 1399). P. 9AS. E. F. Bischofp, Kauf Mud Verhauf Vùn 
^^ikHhûfncrn bei dên Grmfu'n^ — Les document» qui nous apprennent que 




408 HEVDE DE l'histoire DBS MUGIQXS 

eerUina Bactrdoces s'«chelaient (Denf s d'HnlieaniLBse, II, 21 « et d tnscrîpUoni' 
16 rapporlenl tous aux villes ri'Asie-Minfure ou aux Iles de la mer Ë^L^e, sauf 

tine înscriplïOn de Tooiee, colonie de Milel^ce qui confimie l*^iiiemble; vti outre 
ils vont tous poitérieurs & Alexandre, Après rexpédilion d'Alexandre eteurtoul 
aprèB rioTaBion des Gauloiff, les vîliei d*Asie-Mmeure fte trouvéreoti au poinl 
de vue (rnancier, dans une eitualion difficile. La vente des sacerdocet fut 
alors instituée ; elle leur rournit des revenus Eûrs« Mais des conditions très 
strictes furent imposées aux candidats, a6a qu6 la dignité du aa€«nloce n'eûl 
en rien à souffrir de ce changement. En terminant, Tauteur étudie quelques-uns 
des termes, inti^vLïfj^oiu Im-KiaXtlatsiit c?TQ(ropotC£iv, co nie nus dans l'un des docii- 
ments relatifs à ce sujet, Tinscription d'Érythrées publiée par Rayet, Rûpuû 
arehéotoQiqiid^ 1877, t. XXXUI, p. 107 et euiv, et par Ditlenberger, Su 
log€\ n, 370. 



I 



1 



SItBimgibericlite der kœnîg, Preusaiseben Akademieder WIm6ïi- 
schAflea zu Berlin, 

Add. tSQêf t n, p. 635-644. M. FaAMK&aL, Mine In^hrift atts Argot, — 
Celte inscription, coBnua depuis longtemps, date de la première moitié du IV* sièda 
avant J.«C» En 364 avarit J.-G., un combat sacrilège avait eu lieu dans Teuceinle 
sacrée d'Olympie, pendant la célébration méioe des jeux, enlre Arcadiens et Éléen» 
Les Arcadieus avaient pillé les sanctuaires et emporté les trésoris accumulés dai 
TAltisparla piélé des fidèles. Plus lard ces trésors furent restitués à Olympie, 
h ville argianne de Cléones tut chargée de fixer ce que la ligue arcadteoae (xeiv 
'Ajîxffl£wv) et la vitle de Slymphale devaient payer l'une at lautre comme resti- 
tution et comrae amende. Notre inscription donne précisément la lisle des 
aoœmes qui doivent être versées aux diCTèrents trésors ou sanctuaires d'Olym- 
pie. Celte inscription était pour la cité de Cléûnes, choisie comme arbitre, un 
vrai titre de gloire Ctéones faisant partie de TArgolide, il n'est pas Étonnant 
qu'un exemplaire de ce document ait été trouvé à Argos même. 

Clasaical Reriew. ^ 

T, XII (ano. 1898). P. 343-346. Fab?*ell, Arçheological mleg m BacQhy- 
litUs^ — En ce qui concerne ta mythologie grecque, Bacchyltdès est surtout 
intéressant par les nombreuses épithèles nouvelles qu*il donne aux divinités; 
mais souvent ces èpitbèles sool plut6t décoratives et pittoresques qu'elles ne 
correspondent à quelque mythe ou à quelque rite religieux. — Le poète nous 
a fait connaUre une forme inédite de la légende da Crêsus, aeîon laquelle Cré- 
suB serait monté de lui-même sur le biïcher, aurait été sauvé par Zeus, 
transporté par Apollon dans le pays des Hyperboréens* 



REVUE DES PÉniOtlIOUÊS 



1Û9 



Journal ol Hellenîc StudJea . 

J. XVIII (ann. 1898). P. 1-14. A. W. Verall, Death and the harse. — Il 
**! 4 pas lieu de croire, stiivant M. Verall, que dans les légendes religieuses 
*^ Grecs, Je dieu de la mort, Hadês, Tût mis en reiation spêûiale avec les 
^^Unt. L'épilhèle xXut^irtiiXftc, attribuée à Hadèsdanales poèmes homériques, 
^^nii pas à celle Époque le «ens q<i*elle eut plus lard de ; fameux pour ses 
<^^eraiii. Car ici le terme n&Xoc doit être rapproché, non du aubstantir «wloe, 
podain, cheval^ mais du radical fitoX-, qu'où retrouve dans iï(ii>io[ias, err^r^ 
*^er de côté et d'autre. 

P, 81-12S. J* G, C. ÂWDIÎÏ130N, A sumtncr in Phrygia, — Parmi les ins- 
crfptioos recueillies par M/Andersonj le n» 36 est un teite mutilé d'Apollonia- 
Soîopolis, où se lit le nom de Zeus Eup^jSdiJLi^vQc. 

P* 161-181. Imboof-Blumer, CQin-t^jpes ofmme KiUkîan dtie$. -^ Les revers 
ée ces iDonnaies portent souvent de» représentations de diTinilés, qui peuvent 
feurairdeBreoseignementa précieux pour le» culte» locaux. 

P. 302*305. G. F. Hill, A dedication lo Artemiu — Statère de Sioyone, 
du rw* siècle avant J,'G,, qui porte ou revers une inscriptioti circulaire que 
iWeuriil : Ta; 'AjïTâtLiTo; x&i î(X) A{a^i^al)ii.ùM. 

P* 306-33Î. W. yoRna, îmcripHom from Eaaiern Asia Mimr. ~ N® 7, 
dédicace itw ôe&v £kù {AÊYi-Tîtfï ; — n«* 8, dédicace à Aihéna; — n" Î3, dédicace 
^^^ «TîTjx^.** i — n* 14, fragment d'inacrîption, trouvé à Samosale, qui sembla 
^tre iing réplique de ta fameuse inscription mithriaque de Nimroud-Dagh ; — 
^*^» dédicace 6t| îwrto-rvi t^ç x*^p*c, t Gomana de Cappadoce. 

T"- ^IX (ann. iB99). P. 52-134. J. G. G* ANaER&ûN, Exploration m Gakttia 
^ ffuiym* — Parmi les îtiBcriptions, o**' 40 et 41, dédicaces à Zeus NapTjvéc, 
e'tsUà-dife de Nara ; — n*" 43 et 44, dédicaces à "Oawc ' AitUXt^v, qui est ici 
iûerit^qyg au dieu Mèri; — n* 76, dédicace & Mén 'Av5^(ijvt;ii6î. 

^* 205-251* Jake HARHraox, Delphika. — Au début de cet article, l'auteur a 
ritUEti^ 56» conclusions essentielles, que voici* A Detphe», comme partout 
a'UcilJB^ les Érînnyes étaient primitivement les esprits des ancêtres, La coa- 
^'Ption homérique, qui fut aussi ceile de» grands poètes tragiques» el d'après 
Muçlif tes Érînnyes étaient le» ministres de» vengeances divines, est une 
<^^c^ption relativement récente ; elle appartient p!ut6t à la littérature qu'à la 
*^^ pcpulaire. ^ Les esprits des granda personnages passaient pour exercer 
^^ influence considérable sur les lieux où ils avaient vécu ; on leur attribuait 
^^^ntde puissance pour le bien que pour Le mal: sous cet aapect neutre, pour 
*'**si dire, on les appelait Kî^pt;, Mûïpaij T^xai. — H est probable que dès les 
^**i|j8 les plue anciens ce caractère neutre a été envisagé aoua sa double phy- 
^^^domie: c*e»t pourquoi les esprits étaient satisfaits ou irrités» blattes ou noirs; 
^ liaient tantôt les Ëuménides, tantôt les Érinayes. Il est vraisemblable que 
lôu| d'abord on les considéra plutôt comme des être» boitiles à Thomme. «-> 
Ghei un peuple qui inhume ses morta, de tels esprits 3ont forcément conçus 



ilO 



REVUE DE LmSTÛIRE DES BELIGlONS 



comme des démons ohthonienB^ qui b^t^itent nom la terre, n'app&r&issenl &u^ 
hommes que He temps en temps^ et jouent un gr&nd rOle dans tous tes pbénû-^^ 
îïïtnes qui se rattachent à la fertilité ou à la stérilité du boL C'est pourquoi d f 
avait i^entit'^ dans la pratique entre Irs rites des funérailles et les cérémonie« 
qui se fièlébraienl en l'honneur des divinités chlhoniennea, — Dès la première 
apparition de ranlhropomorphism^, h terre fut conçue comme la Mère, et les 
génie» de îa terre comme ses filles. Ainsi s'eipliq^e le sexe des Érinuyea, qui 
aérait une anomalia monslruéuse, «i cea dîvmltfs avaient toujours été des diri- 
nités veng<*rBases du sang; répandu ♦ — Les premiers habilants de ritalie et de 
la Grèce donnèrent d'abord à cea démons chthoniens, à ces esprits des ancêtre», 
la forme dw serpents, — L'Erinuye, soua celle forme^ est inlimement liée ai^ec 
la légende d^Iphique du serpent Python; ailleurs, cette conception survécut 
dans le culte de certaines déesses, comme Athëimet Ûémèter; elle contrîbut â 
répandre le culte du serpent, qui traversa toute rantiquité et dont la derniè 
apparition doit être retrouvée dans la naissance de ta secte hérétique d 
Ophiles, — Le séjour primitif et le sanctuaire des Édnnves ftit l'omphaîos 
L*omphalos fut primitivement un tombeau surmonté d*uue pierre fétiche; ce fui 
le centre du ciiUe des esprits et deîi génies souterrain Sj culte qui plus tard 
l'époque de ranthropomorphtsmef devînt le euEte de Gaia, de Kronos et des 
autres divimlés similaires. -^ Aux tempe homériques, ce vieui culte des 
esprits et des fétiches fut détrûnè par le culte de Zeus et d'Apollon; la vraie 
gignification des Krinnyes aelTaça peu à peu» sans cependant disparaître com- 
plètement ] c'est à partir d© ce moment qu'elle» ne furent plus représentées 
sous la forme de serpents, et que leurs relations avec la tombe^omphalos lurent 
oubliées. 

L'article qui développe cea idées essenlielles est divisé en deut parties. L L 
Érinnyea. — II, L'omphalos. U est eitrômement nourri et documenté. 

P* 280-318, J, G. C. AN0EHS05, E:sphmtiQn in Galatia ci$ Haium* — In 
criplions nouvelles, parmi lesqueltea ; n» 163, dédicace M ^tp\ le wv ZtÇiy4Mîv^j 

— n* 165, dédicace Au Zv3(ipQWTï)v£i ; 2n\ipùvvf\vhç semble être un ethnique j — 
n* 220* dédicace My)vi Satu^vlâl; Safiti^vi&ç semble de même être un ethnique; 

— n* 237, dédicace Ur^pi TExpanf^o Jff(iitii> ; la Mère aux quatre visages ei 
sans doute Cybèle considérée comme la déesse des quatre Saisons. 



L â 

i 






Aj&erfcan Journal qî arcliaeology. 

Ann. 1899. P. 44-53. G. Dana Lonn, An Aitic Lease Inscripiion. — L'au*" 
teur étudie et commente une inscnplion qui mentionoe un contrat de location 
entre les Orgéons et un personnage nommé Diognélos, Ois d'Arcésiîas, du 
dème de Mélitè, Les Org^on» louent à Diognétoa le sanctuaire d'Égretès avec 
tous les bâtiments qu'il renferme. Le texte énumère toutes les c^ondltions du 
contrat. Ce dieu Égrêlés, auquel les Orgéons offraient un sacrifice au commen- 
cement du mais de Boédromion, n^est autre qu'Apollont qui est appelé Apot.. 



ïlEVtrB D15S PÉniODlQUKS 



fff 



B» Agretos o« Agretatis dant tine inacriptiôn de Chbs {Butî, de Côrresp. fiel- 
^r^#^txe. 1S79, p. 322), La date du contrat est l'année 306-305 avant J,-C. Le 
leicle ne nous apporta aucun renBeignemeDl nouveau sur les Orgêona. 

RiTÎ8tâ di âlolo^a e dlstruzione claseica. 



T. yXVl (ann. 1898). P, 266-293, A. OLtviïSi, Sut miiù di OresU nellaMe- 
fatrtr^î dassim {in parheolare grem)* — L'auteur, aprèa avoir passé en revue 
et étudié successivement toutes les formea revêtues par la lègendô d'Oresle, t) 
^ftns ta poésie épique 2) dans la poésie lynque, 3) daos la tragédie» 4) dans la 
eoTïiédie^5) cheï Jes poètes alexandrins. 6) dans la poésie dramatique latine, 1) 
A*na la littérature latine en général, 8) enfin dans !a littérature moderne, pré- 
««Tiie les conclusions suivantes sur le dévetoppentenl historique du mythe : les 
pommes homériques, qui n'jg'îïoreîit pas Teipiation d'Oreste, ne racontent ce- 
Pendant que les deux premiers actes du drame, le meurtre d'Agameanon et la 
Tftïiçe&Dcc qu'Oresle en tire. C'est seulement dans la trilogie d'Eschyle que le 
raylVie atteint son complet développement. 11 faut attribuer à une époque pos- 
térieure les légendes qui racontent le voyage d^Oreste en Tau ride, Tamitié 
d'Oresu «l de Pylade, les amours d'O reste et' d*Hermîone. 

Aon. 1893. P. 24^^-271. BiBiLsro» Leonardos, AuMffoiipa: v$|ia« tepèç. -^ 
li s*agil d'un règlement qui concerne le sanctuaire et le culte de la déesse Des- 
pôioa à Lycosoura, Ce règlement rappelle par beaucoup de points un autre rè- 
glement du même genre, trouvé u Audanîa. L'auteur publie le texte de ce do- 
cument, et le commente ligne par ligne. Il y est surtout question des conditions 
qui «ont imposées aux fidèles qui entrent dans le temple de la déesse, des of- 
Trandes qu'ils doivântlut présenter, des objets qu'au contraire il leur est interdit 
d'apporter sur eux ou avec eux^ et€« 

Les Tascicules du Dkttonytftire des Antiquités grecques et romaines de Da- 
remberg et Sagïio, parus en 1898 et 1899, renferment, en ce qui concerne la 
religion et la mythologie grecr^ues, les articles suivants : Inachia (L, Couve), 
Injùubatiù (H. Leebat), fa/Vrî (F, Durrbach), Ino Leucothea (Decharme), lo 
(Durrbach), îotaeia (Couve), Iphigenia (Decharme), Iris (Hitd), his (Laraye)^ 
is^daitès (Lenormanl), hthmîay UhoTnaiai Uhonia (Couve), iùson (Durrbach), 
Jurtû (Hikl), /upil^r {Perd riz et). 

La 2* partie du lome lit dg Pauly-WJî?5owa, îicaî Encyclopasdîef a paru en 
1899. Nûu* y relevons les articles Chalktia (v. SchelTer), Chaos (Waser), 
ChiwUes (Escher), Charon (Waser), Chimûera (BetheJ, ^Airon (Ëacher), Chthùn 
(Waser)» §tc. 



112 RBVUE DE l'hISTOIRI DBS RBUGI0N8 

Du Lexikon de Roseher ODt para pendant les années 1898 et 1899 les lifrai- 
sons 37-40. Les articles les plus importants y sont : Nemesis (Rossbach), 
Nereiden (Weiszftcker), Nereus (Bloch), Nikê (Bulle), Niobe et Us Niobida 
(Sauer), Nymphen (Bloch), et Odysseus, 

J. TouTArjf. 



CHRONIQUE 



FRANCE 

Nécrologie, — Le 9 fémer est mort dan» ta 79* année, l'un des hommes 
qui oQl porté au cours de ce siècle rintérât le plus passionné et je dirais presque 
le pEus personnel aux études religiei^ees, M. Louis Ménard. Sa curiosité s'éten- 
dait à toutes choses et n'avait d'autres Uoiites que celles de l'uni vers : il fut 
tour à tour et sourent t la fois hiâtorieo et philosophe, chimiste el peintre, 
pubEiciste et poète, meus les croyances et les cultes de rhumantié d'hier et les 
formes plastiques où tls s'étaient incarnés étaient tes objets préférés de ses 
recherches et de ses méditations. Il était accueillant 4 toutes les pensées, à 
toui les dojçmes» h tous les symboles; U lui aemblait qu'il n'était pas d'erreur 
où ne palpitât une âme de Térlté. mais îi éprouvait pour fa pensée religieuse 
de la Grèce une prédilection qui allait toujours s'accusant el l'espèce de poly- 
théisme s^Dcrétique qu'il professait était chei lui tout autre chose qu'une atti- 
tude littéraire. Il afait admis te Christ dans son panthéon, c'était pour lui le 
dernier-né des dieux et le plus grand de tous» le plus digne d'être aimèf mats 
dans le aanetuaire intérieur de son âme les dtrina recteurs du Cosmos, Zeus 
«t Béra et» rincarnation de la sagesse hellénique, la très pure Athéné, trou- 
varent place à odtè de Jésus, Il sintéressait moins à rhistoire en « natura- 
liste 9 qu'en philosophe et en arListu; la légende lui paraissait plus vraie que 
]a réalité, si elle était plus belle, et les actions des hommes lui importaient 
surtout par les leçons qu'on en pouvait tirer pour enseigner a bien vivre* Épris 
de la vérité, il ne sut jamais s'astreindre cependant à en poursuivre la conquête 
Avec les méthodes précises et rigoureuses que la science moderne met aux 
maÎDS dâs chercheurs. Prodigieusement instruit, il tenait en une sorte de dédain 
rérudition exacte et minutieuse. Les éditions critiques des auteurs grecs et 
latins, publiées au cours de ce siècle en Allemagne et en France, lui déplaisaient ; 
les notes qui encombrent le bas des pages lui semblaient enlever au livre quelque 
ehoie de aa grâce et de sa beauté et il relisait Homère et Virgile, Lucrèce et 
Héaiode, dans les feuillets jaunis sortis des presses des Eliévirs et des Aide, Il 
avait à un degré très rare le sentiment de l'antiquité et rintuition de la mytho* 
logie, mais sa critique n^était pas exigeante et sa méthode éuit trop souvent peu 
aùre. Il alîégorisait tous les vieux mythe» dont le sens littéral trop grossier n'eût 
f»as satisfait son instinct de beauté et cherchait uoe signiflcation profonde en des 
lèg«Ddea enfantines. Aussi est-ce plus encore comme poète et comme moraliste 

3 



\\ï 



REVUE DE L iJISTOlRK DKS nELlGlONS 



que comme historien qu'il mérite de survivre, elsoii meilleur titre au p&rsîstafil 
ËQuvenir â&s amis des lettres antiques, ce sont encore sans doute ces exquises 
héveries d'un païen mj/Hiquè, qA il t su èxf^fînier eu un* langue si élégante^ 
si spirituelle et si forte en sa sobriété tout TeBsentiel de la pensée française du 
xvm* siècle, incarnée dan3 les symboles, les Bottons et lei mythes où se semit 
complu un Grec d'Alexandrie^ disciple de Porphyre et familier avec les croyanees 
des cbrélienft de son temps» 11 serait cependant vraiment injuste de méconnattre 
les réels services qu'ont rendus à leur heure les livres de moins libre allure et 
decarajdtère plus seientiBque qti*il a consacrés à la philosophie et à la religion 
grecque : La morale avant ks philosophes (ce fut sa thèse de doctorat es lettres) 
et Le polythéisme hellénique. Sa coonaissance approfondie des textes^ son 
sentiment v'if et délicat de la vie religieuse, son intuition des symboles, son 
merveilleux talent d'écrivain donnent une valeur durable & ceux mémeâ de ses 
écrits dont lea coûcl usions accusent une préparation critique trop insufB&ante, 
un dédain trop prononcé des méthodes scienliflques ou une trop systématique 
ignorance des travaux des érudits contemporains. Il convient de rappeler éga- 
lement la part très importante que Louis Ménard a prise à la diltusion de h 
connaissance de l'antiquité et par ses livres élémentaires, consacréB à Thistoire 
de la Grèce et de l'Orient, et par son enseignement à rÉcole des Arts déco- 
ratifs où il avait remplacé son frère René, et aurtout par son enseignement à 
rH6tel de Ville. Chargé d'un cours d'histoire universelle» il Tavalt transformé 
en un enseignement d'histoire de la civilisation^ de Tart et des rÊligtond» el îl 
avait fait de Téttide de la Grloe, considérée sous ses multiples aspects, Tobjet 
habituel de ses leçons, où îl s'efforçait plus encore de donner à ses auditeurs 
le sentiment de la vie antique el l'intelligence de l'évolution mythique que de 
meubler leur esprit d'abondantes et précises notioDS sur les cuîtes grecs et la 
constitution des cités heJléniquesi. Nous avons d'ailleurs donné rcî-raêm^ 
{L XXXÎV, p. 174-201, Sjpnbotiqm des Religions) un spécimen de ce que fut 

non tnseigaement de t'Histoire des Religions, 

L. M» 

La bouvello coUeétîan d'aroiiéaloeie byzantine à t' Écolo dtos 
Haute B«*Étaddt* — Nous avons dg^a'fé déjà fa création d*UTie conférence 
{consacrée à l'étude du Christianisme bymntin dans la Section de« Soienocs 
religieuses de TÉcote des Haules-Etades, à la Sorbonve. Le jeane et ardeM 
maître de ccmfêrenceft, M^ 0. MiDet, a en rheureuse idée de joindre 4 ^a oonfé- 
ffitncé ont cofleelion aTchéoTogiqoe qtri rendra de grands services «ox étudiaiïts 
et ïe Conseil de la Seelion Ta autorisé k utitiser la place disponible dans les 
salles de coure poof y suspendre on y déposer ]«s Œuvres d'art ou lee doc«i> 
ment 8 qu'il pourra te procurer. 

Le noyau de la collection naisatint^ est constitué |>ar ies piècos réunies au 
cours des récentes misiions : copies de fresques ou de mosaïques exécutées 
en 1896 à Mistra par M. Ypetman et en 1398 à Illîflr2^ au Mont-Athos, h Salo« 



I 



< 



I 
1 



I 




CBBOmuLlE 



113 



nique, à Daphni, par M. Romain; rele7és du PétopOiièie, par M- Cbesn^y ; 
copies à rhuile, aquar€ile&, dessins au trait el esquisses de M, Ronsia et du 
peintre grec, M. Roumbos; clichés <?t estampages de rÉcole d*Athèties; 
albums exécutés pour 1 ExpoEÎtron; moulages, dessins, photographies et livres. 
Grâce au coucou rs de beaucoup de bonnes v'olonlè», gr4ce 4 l'appui d© la 
Direciioa des Beauï-AilÊ, de celle de rEuseignenqent supérieur, grâce à, la 
gènèfositô de rAcaduiiiie des Insoriptious et de plusieurs donaleurs, tels que 
MM, Schlumberger, Leroux, Laurent et Perdrizet^ la coîlectiou prend fort 
tounc tournure. M. le Directeur des Beaux- Arts a promis d'y joindre les acqui- 
sitions de même nature qui seront faites ultérieure meot, ee qui f 'applique 
probublement aux relevés de Mistm par U, Eusliichc, dont une partie a figuré 
à rEipositiûti et ilout l*etisemble figurera au Salon de 1902. Enfin noua appre- 
nons que rAcadéinie des Inscriptions a eouflé à M. Millel um mission à Teiïet 
de compléter ses documents en Italie, 

Dans la pensée de rorgani^ateur la nouvelle collection t^oît être un instru- 
mmi de Ir&vail pour les jeunes érudits qui veulent se consacrer aux études 
bysantines et un dépôt de documents inédits pqur les hommes d'études. Voici 
en quels termes il décrit luî-méme Tcsuvre qu'il a l'ambition de réaliser : 

« Nous nous elTorcerons ni^me d'en faire une sorte d*organe internatîonaJ; 
nous pourrons faumir des albums diaprés nos clichés et faire des échanges. 
Un camionne imprimé et des suppléments réguliers, en indiquant et nos propres 
rf)5sources et celles dei savants om des corps avec lesquels nous serons en rela- 
tion, constituera un utile bulletin d'informations* Le cas échéant noue serrirons 
d'intermédiaire» 

m Cette collection aura pour premier résultat fîe faciliter et d'enrichir la pu- 
blication des MùnuîMnt$ ds l'art byzantin et d'établir, ^r&ce au3f relations dont 
nous espérons qu'elle deviendra le centre, entre nos Monujnenis et les publi- 
cations similaires de l'étrangeri une sorte d*harmonie et de coUaboration 
nécessaires au progrès rationnel des études d'archéologie b/xantîne. 

«t Notre œuvre est encouragée par le Ministère de rinstruction publique et 
par TAcadémie. Mais nos ressourcée régulières «e trouvant encoje très minimes^ 
nous osons faire appel à la bonne volonté des personnes ou des établissemenls 
qui en apprécieront Tulilité et voudront bien B*f asgocier par des dons d© 
aiouU|fes, eâtatnpa^es» dessins ou pbotogE'tipbiej9| par Tea^oi de livres et sur- 
tout de tirages à part, 

u La collection occupera les trois salies de rÊo^le des Hautes-Ètudea 
^Sciences religieuses). Les aquarelles encadrées décorent déjà les mura ; une 
graude armoire vitrée que l'on prépare, enfermera lea autres documents. Dès 
que tout sera réuni, après Pâques 1901, le maître de conférences se tiendra, 
chaque semaine, le samedi de 9 heures et demie à 10 heures et demie t )& dis- 
position de ceux qui désirant la consulter, et, lorsqu'une étude plus longue sera 
Déoetsaire. il fliera, < raccord avec eux» les ^oura et heures m 1£e documeuts 
jiûurrotkt leur ém eommuniquèf* 



Ii6 



fIBVDE DE L*H1ST0IR£ C£S RELIGIONS 



« Lei communications el enTOÎs aerost adreisès à M. G. Millet, École da« 
Hautes-Études ^ & la Sorbùnne, Pari*, V» « 



4 



i 



— M. G. Doïfin a publié dans la Reme Celtique (t XXI) une tr4s îotéfes* 
santé contribution aux traditions apocalyptiques sur Ëlie etHénocb, le lê^te 
irlandais a Dâbrôn flaîha nime ■, Le^ deux chagrins du rrtyuume du deL Le com- 
manlaire qu'il en donne est surtout philologique, mais la traduction permettra 
aui profane» qui ne peuvent paa aborder dea telles irlandais» de se rendre 
compte du contenu de ce curieur morceau. M. Dûllîo en a rapproché d'autres 
textes irlandais relatifs au mftme sujet. La légende irlandaisa nous repré- 
sente Élie et Hénoch dans le Paradis terrestre; les âmea des justes voltigent 
autour d'eux pures et aériennes et Elle et Hénoch ne peuvent se consoler d*élr« 
alourdis par leur corps d'argile. ÈVm ouvre l'évangile» prêche aux Ames tas- 
aeiublées autour de lui sur le jour du jugement, raconte tes tourmenls que su- 
biront les âmeg el les fleuves de feu autour de Sion. Il décrit comment le 
Christ viendra peser le bien et le mal de chacun en présence de la troupe de 
démons et des neuf ordres des anges qui accueillent après le jugement tes 
méchanta et lea bons^ Chaque âme ayant à sa droite Tange gardien, à aa 
gauche le démon gardien, \rerra ses fautes dévoilées, Les damnés^ entraînée en 
enfer par le diable, pousseront un cri terribiei c'est un dea trois cris du monde, 
les deux autres étant le en des laraélitea dans la mer Rouga et le cri des âmes m 
f^ui échappent aux démons et des démons qui les poursuivent. Ensuite Elîe et 
Hénoch iront combattre l'Antéchrist & ta lin du monde el seront tués par Luî« 
L'Antéchrist n'est auir« que le diable sous forme humaine. Il Qailra d*tiii ■ 
évêque et de la Bile de celui-ci. Il fera tous les miracles du Christ, mais ne 
respuacitera pas tes morts; il aura trente-trois ans et demi comme le Christ, il 
portera son signe au front, tuera tous ceux qui ne croiront pas en lui, se fera 
passer pour le Fils de Dieu, mais il sera tué par l'archange MicheL 

Pourquoi M. ûottin semble-t-il laisser de côté toute la littérature scientinque 
sur rAniechrist postérieure au De AtUichristo de Malvenda ou â k dissertutton 
de dom Calmet?Sans voutoir diminuer en rien le mérite de ces docles travaux, 
on ne saurart contester qu'ils ont été singulièrement compiètés et enrichis par 
les recherches modernes. On regrettera aussi qu'il n'ait pas adopté le terme 
« Antiçhrisl » au lieu de la fâcheuse dénomination traditionnelle » Antechrial *• 
Cooïaient peut-on justîQer cette traduction d'un fragment du Livre de Liamore r 
« car de tout ce que le Christ a fait de bien, il fera le contraire, lui, et c'est 
pour cela qu*il est appelé Ao^hristt c'eat-à-dîre contraire au Christ «? 



I 



— M. l. ^faritlier a inséré dans le recueil publié sou» le litre Entre Cama- 
rades par la Société des anciens élêres de la Faculté des Lettres de TUni- 
rer»itéde Paria» des PiQtnt sur la mutumi;^ k tabQM et Vottigation mQrakf{m repro* 



CHHONIOUB 



ii7 



: 



duiaenl quelques-unes des idées exposées par lui dana un cours sur les Formes 
]>rimiliT€B de h mofaîe, à TÉcole de Morale de la riîe Dantoa (du 23 jnnvier 
tu 5 avril 1900). Ces Nolee porlenl sur les conditions dans lesquelles se 
rormenli ipédalement chez IfS non- civilisés, les coutumes avec le caraclère 
d'oblipaUon tnerale qu*eltes revoient. Le (abou n'est un impératif catégorique 
4|ue dans la mesure où il esl une coutume; il l'eal au même titre èi pour tes 
mimes raisons que les autres coutumes, v II semble donc que ce soit faire 
fnutse route que de voufoîr rattacher à ce» interdiction» rituelles et à elles 
seutes Torigine de toute moralité obtigatoire et de rechercher dans quelque 
éléiBent spéciAque^ qui se trouve itupliquA en ces pratiques^ la notion par 
exemple du sacré, la forme pnmîtire d'une éthique impérative et incondition- 
nelle »*, M, Marillier cherche ensuite i montrer commerjl l'éthique» en se déve- 
loppantinouB alTranchit des obtigationg qui s'imposent à uous de rextèrleur comme 
des ordres, en nous les rendant iolellig'lbles et claires. Les maximes morales 
deviennent aîorg des cDOseils qu*il est bettu, utile et raisonnable de suivre ; 
•i eiles sollicitant la voloTité au lieu de s'imposer k elEe », 

Celle courte étude est bîen propre à établir combien l'étude de l'évolution 
des idées morales peut contribuer à la saine intelligence des notions morales. 
L^iJthique comme la psychologie ont beaucoup de proQt à tirer de rbistolr« des 
reli|pons et des croyances morales. 



La librairie Armand Colin (5, rue de M ^xi^ree) commence la publication d*un 
grand ouvrage de six volumes 10-8"^ en 96 livraisons de 32 pa^es : l>s Missions 
caihùliqtteji franraiaes au itx* stêcle. Le P. J.-B. Pioîet. i^siiite, dirige celle 
OÈUTre à laquelle toutes les Sociétés de missions collaborent p^r Torg-ane de 
leurs membres les plus autorisés. L'introduction g'énérale a été demandée à 
M. Eugène Lamy et la conclusion & M. Ferdinand Brunetière. Chaque mission, 
avant de raconter sa propre histoire, s'eflTorce de tracer une hiFloire vivante du 
milieu où elle s'est développée, de ses habitants arec leurs mœura, leurs qua- 
lités^ leurs défauts, leurs croyances. L'ouvrage est illustré avec beaucoup de 
sotrt, Les Uvraisons parnissent par semaine depuis te 15 janvier. Jusqu'au 
30 avril 1901 U librairie Cotin acceptera des souscriptions à l'ouvrage complet, 
au prix de 50 francs. Chaque volume séparément coûte 12 francs. Ce prix sera 
porté à 15 francs quand Touvrage sera terminé. 



Mi P* Buisson Tient de publier rbei Fi scb bâcher* les belles conférences 
quM a données le printemps dernier i l'Aula de rtJnJversité de Genève, Son 



i) La ReUgiùn, le Marvit et h Science : leur eon/Ht dans fÉdu€uii(fn con- 
Umporuinn^ 1 **>!, m-12 de vii'2Sê puges. 



i^8 



REVUE DE L lifôTUlnK DKS BKtlGIO^tS 



livre ft uà câract^fe essâtilielbmejit pr&tjque et a.ctuêl et cûmma tel il ast bon 
du cadre de la Revtéc ik l*Histoir^ d*$ Heligiom, Il convient cependant de ri- 
lever m la conception que l'éminent proregseur se fait de la fonction de ta re- 
ligvoa et de son rôle fuluf, parce que cette conception > il la fonde essentielie- 
ni^nt, sur rimag« qu'il s'est formée de son évolution antérieure, il lemble qu'à 
ses yeux : 1^ toutes les activités humaines aient revêtu à Vongiti^ un caractère 
religieux, qui réfullaît de la vie à demi consciente et «Je TuniverseUe anima* 
tiOQ qu'attribuaient aux multiples objets qui constituent l'univers et nux être* 
qui le peuplent les oroyanees qui régnaient durant Tenfanc^ de lliumanité ; 
2« que peu à peu le domaine propre de la religion se soit délimité et cirôou- 
Bcrit «t qu'un monde iumaturel se soit eréé par opposition h U nature^ où. les 
constructions mj'thiques et les pre tiques rituelles ont conquis une originalité 
et une signiHcation qu'elles ne possédaient pas jusque-là, alors que la ^éparAtton 
ne s^était pas faite encore entre la science et plus tard la morale, d'une parti la 
théologie, k piété et le cutta d'autre part ; 3" qu'avec les progrès de In civili- 
stition le sentiment religieux perde graduellement les moyens d^eipreesion qui 
lui sont propres et qui assurent à ta religion son eiistence indépendant© et 
son originalité^ de telle sori« que dans l'avenir il en viendrait h ne plus se mani- 
fester que par la recherche du vrai, de la beauté et du bien et ne constituerai! 
plus qu'une sorte d'émotion synthétique, engendrée par la coeïiMence dans 
une même ftroe de h pensée scientifique et des aspirations morales et eslhé^ 
thiques. Il nous paraît que cette évolution devrait êire présentée d'une manière 
quelque peu dilTérente, Le lieu est moins intime qu'il ne parait t rorigîne 
entre Tari et la religion, h morale sooitUe eu demeure tout à f^it )ndép#udant« 
et si les connexions sont étroites entre la religion et la science, cela tient â 
l'état embryonnaire et confus oii elles se trouvent toutes deux et I l'aspeet 
siftholûgique que néoeasai rement» en raieon de la structure de l'esprit deà 
Qon«oiviltsés et des lots du langage, elles doivent revêtir Tune et raulre. Dès la 
début, la religion, si entachée qu'elle toit encore de magie, a pour esaence le dé* 
sir d'entrer en communication, en contact personnel avec les dieux et plus tard d« 
s'unir à eux* Ni la morale, ni rart> ni la science ne peuvent procurer ceUt 
union mystiquâ et tint que lea hommes n'en seront pas venus à Être conv&in- 
cu$f à tort ou à raiaon, de m radicale impossibilité, il y aura place dam 
l'j^me hummne pour le lentimeni religieuje eu tant que sentiment original «t 
distinct et aussi longtemps qu'il subsistera, il engendrera les organes quiftiul» 
lui peuvent permettre de s'exprimer et en quelque sorte de se réaliser : de» 
dogmes, des mythes, des symboles, des prières et des actes rituels. — La 
question d'ailleurs est de haute importance et nous comptons bien la traiter m 
quelque jour aveo lea développements qu'elle c^raporle. Mais nous nous serions 
reprochés de ne pas signaler dès aujourd'hui le livre de M. Buifisou à tous 
ceux que pféoçeupent les probll^mes religieux et qui aiment les pensées probes 
et sincâfes, ciairemeot et éloquetncnent exprimées, 

Iji Mé 



9 



CBROKIOUe 



lit 



h: 



AKGLETERRS 

Le CaofeU de VAnthropûhgical înstUute of Great Èrxîain and Jretand, a dé- 
cidé de faire paraître un compte-reTïdu Tnensuel Hos IraTauît les jilus important» 
qui ee rapportenL k Tanthropologie physique, ft retbnogripbie, à l& psycholo- 
gie Ethnique^ à ta linguistique, aux formes primitîvét de la civilisation, de 
l'induitrie et de l'arl, el à l'histoire des liistitulioDs flûciale» et des idées reli* 
giêtises et morales. Dans ce recutil, qui est pubîié sou* le litre de Man et qui 
constituera auQuellement on Tolume de 13 Teuilles de 16 pAges^ la pari sera 
fttile xrèB large à ces dîicrplhes scientinques, qui n'^onlpas à leur se rrlee d'or- 
ganes spéciaux, ou qui ne trouveni place que dans des recueils dont le« fasci- 
cules paraissent tous les trois mois ou tous les six mois seulement. 

Le prix de Tabonnement est pour les membres de rinalilul anthropologique 
de 7 fr. 50, pour Ut autres personnes de i2 fr. 50. 

Mon publiera : t^ des articles originaux el des notea sur tes questions qui 
sont Tobjel de controverses et de discussions (uo Aipaoe considérable sera ré- 
servé auï enquêtes et à la correspondance); 2* des comptes-rendus des publî-- 
cilions récenlea el des réFumés cnliques des principales monographies parues 
dans les tt Journaux w et tes « TransacLions » des Soeîélés; 3* des comptes-rendue 
des séances des diverses sociétés savantes anglaises et étrangères ; 4* des no- 
tices descriptives et critiques sur lesacqulsitioas des priuoipaui Musées ethno- 
graphiques et des principales collections particulières; 5* des bibliographtes» 
aussi complètes que possible, avec de courts résumés critiques, des dÎTerses 
branches des éludes anlhropologiques- 

Le nouveau périodique ne fait donc pas concurrence aui Journaux et Revues 
ttû paraissent à l'heure actuelle des mémoires de longue haleine ; il i pour objet 
de tenir les travailleurs au courant de ce qu» se fait dans les divers départe- 
ments de ce vaste domaine de Tétude de rhomme et surtout de porter & leur 
croyance ces informations dans te plus court délai possible. 

Les Sociétés qui n'ont pas de Bulletin mensuel pourraient ainsi donner un 
itperçu des travaux de leurs membres avant la publication m esctenêo des mé* 
lïîôires dans leurs Proceedinga* 

H est bien entendu par conséquent que le lùumal of Anikropotogictil Initi- 
|u/ff continue k paraître dans les mêmes conditions que précédemment. 

Voici les sommaires des deux premiers numéros de If an ; rien ne saurait 
donner de l'objet de ce nouveau périodique une idée plus exacte, 

N* ï. Articles originauœ: 1«N. W, Thouab. Sur une représen talion picturale de 
la Roue de la vie au Japon (avec une plauche); 2» H, BALfoua* Sur un fragment 
d« poterie étrusque à ornemeatt guitiocbés; 3* I. EDOs-PAKTifrnTOH , Sur Tori* 
gin? des figures de pierre et des lablelles gravées de l'Ile de Pâques; 
4* H. BikLfoufi. Pipes i fumer du Matai ; 5* J. Rhys. Sur eertaines sources en 
Irlande. Çomptes-renc^ts : 1» Evjims et Hoû^btu. Rapport sur les fouillis en 



130 



REVtB DK tHISTOIHB DES RELIGIONS 



Cfèle; 2* A. Lkm. Tbe lïïftking of Religion; 3* N. W. Thomas. Sur la \ 
dei insectes {Otntreado de gritios]\ 4*RoBiNao«. Nigeria ; 5* Ch. ÙAPiis» La con- 
ftanguipilé comme facteur étiologique de là tuberculose; 6» R* C, Thompson* j 
Tbâ Reporta of ihe Mâgicians and As t roi o géra oF Nînereh and Babyloo; ■ 
7* J. Mac Carthy, Surreying and Eiploring in Siam ; 8* Rapporta ofïloieia sur ^ 
les tribu» de la frontière birmano-cbi noise: 9» W. E. B. Du Bois. The Phi- i 
ladelphia N«gro ; 10* Iisadsl Eato.^. Spécial Report on ÛomeEtic S^rrice. fl 

N» IL AriicieM originaux i t» C. H. Rsad» Mobilier funéraire chinois; 
2* 0. M. Dalto.m. Note sur un apécimen de vannerie californienne; 3» A, L. La- 
wia. Sur les dégâts survenus récemment à Sloneb«nge; 4*^ S Habtlakd. Sur 
certaine! aourcea en Irlande; 5*> S. Kartland. Sur la contribution fournie I la 
Bolution de quelque» problème» de religion primitive par le folk-lore de TATrique 
australe j 6* A, Kklth, Sur îa chiromancie. Comptes-rendus : !• J* Rhyb. The 
Welsh people; 2* Th. Bent et M" Bêkt. Soutbem Arabia; 3* K. Sktus. 
SesoBtria ; 4- A. K. Savck. Babylonlana aod Aaayrians^ Ufe and cuatoro»; 
5* J. G. R. FoftLOKQ. Short Sludies in Ib© Science of comparative religion, 
embracing ail the Religion a of A^ta. 

Noua ne aauriona MSêt chaudement recommander Man k tou» ceui qui s'in 
téresaent au progrès dea études anthropologiques et ethnographiques et eo 
particulier & la adenoe des religionâ. 




Trois nouveaux fascicules des Fopular Studies in Mythùtogy^ Romance and 
Fofk-lùfi : 1» E, S. HAnTLAND, Mythology and Folktales ; 2« A. Nutt. Cuchu- 
laînn, the Irtah AcbiUes; 3^ E. Wiunon Ahnoli). The Rig^Véda, viennent de pa- 
raître. Noua coosacrerons des notices à ces monographies dans une ,prochatDe 
livraiâOïi. 

L. M. 

ALLEMAGNE 

M. Adolf /acùby a pubtié chez Trubner, à Strasbourg, Ein neue$ Evangelîm- 
fragmmt (55 p. in-8*, avec 4 pi, photolypiques ; i marks) qui contient le teite 
et la traduction de fragments coptes cooaervés i ta Bibliolbëque de TUniv^ersité 
de Strasbourg. Le plus important de ces fragmente est un morceau de ptus de 
cent lignes dans lequel i*éditeur croit reconnaître une partie de l'Évangile 
égyptien. M« J.-B. Chabot qui mentionne celte édition dans la Revue Çritiqtiet 
suggère Thypothèse asseï vraisemblable que nous aurions ici des fragments 
d'une dea nombreuaes compositions qui renfermaient tes entretiens de Jésus 
avec sea diaciples sur le Mont des Olivier» après la résurrection. Ce genre de 
littérature se prèlait admirablement à rftnregîalremenl de toute espèce de doc- 
trines gnostiques présentées comme une révélation d'ordre supéritur réservée 
par le Christ pour la période intermédiaire entre sa résurrection et son aeceoBion. 



i 



I 



eHllOKlQITI 



121 



ITALIE 



^ 
p 



I 



Naui &Toiif reçu h première lirr&tsoB de la noufelle revus des acleaces relt- 
gieuitis dont nous avons anDoncê la création dam une précédente Chronique 
{L XLll. p. 33i) : Siudi religiosif rivisla critica e storim promotrice délia 
eultura reUgiosa in Itatia (Florence, Bibjioteoa sdentUlco-religio&a, Via Kit^* 
soli, 21; Rome, Librena PonltÛcia di F, Pustel» Piaita Fontana di Trev'u 
61-85). La Re?ue paraîtra tous les deui mois en fa&dcules gr. inS* d'environ 
100 pages. Le prii de r&boaneaieot est de 10 francs pour t'IUlie» 12 tr. 50 
pour ï'élranger. 

La première livraiBOQ contient un article du Lrés iiroabte et sfcupalhique 
S» liinoechi fiur les raisons pour lesquelles tes études religieuses ont été si 
dépbrâblement néglig^^es en Ilalie pendant le tix* Biècfe; — la première partit^ 
d'une élude de M. U, Fractasini sur la Critique desévangtles au ïix* siècle; — 
un oompt^rendu du Congrès scientifique international des catholiques tenu à, 
Munich : — une étude de M. Pûîmleri : La tombe do la Sainte Vierge est-elle à 
Ëpbèse ou à Jérusalem? *^ H une Chronique. On nous promet duns les pra- 
chaînes livraisons des arlicles de MM. Semeria sur les Paraboles de Jésus» 
Te Ion t sur la création et le paradis terrestre d'après la Bible et les textes baby- 
loniens, Mercati sur la descente de Jésus aux enrers, GabrieUi sur U Religion 
de Tolstoï, Minocchi sur le Con^^rés international d'histoire des religions d% 
Paris. 

Lei éditeurs ont soin de nous apprendre que leurs opinions seront toujours 
d'accord avec les doctrines de notre sainte mère l'Église. Voilà de quoi rassurer 
tes timorés, mais de quoi mqutèter les historiens qui no comprendront jamais 
que Ton puisse s'engager d'avance à ne jamais être amené par ses études à des 
eoQciusions difîérenles de celles d'une autorité eïtérîeure. Quand donc serons- 
nous unanimes à penser qu'une étude historique ne peut avoir sa pleine valeur 
qu^â la condition d'être absolument libre? 

Les Studi feUgiosi pourront néanmoins rendre des services en vulgarisant 
un certain nombre de résultats des éludes historiques qu'il n'est vraiment plus 
permis aujourd'hui d'ignorer, quoiqu*ea matière religieuse rignorance jouisse 
de privilèges là même où il ne semblerait pas qu'on ddt lui en accorder. Puisse 
donc h succès répondre à TiniLiative courageuse de nos coiirrères ilaliensl 




FINX^NBE 

M. S, Frftnke a publié dans le dernier volume des k Mémoires de la Société 
f)nno-ouKï''snûfl d'Helsingfors » une étude sur la religion tibétaine avant Tintro- 
duc lion du Bouddhisnifl : ber FrMingsmythus drr Ksmrmge, C'est le texte 
tibétain, avec traduction, de la légende du héros Kesar (Skyegs&r), dieu du 
printempi. M. Frauke est misiioanaire à L&dakbt 




122 



REVUE DE IHISTOTAË DES AfiUGlONS 



PORTUGAL 

Conve^-sâo de um rei du înd'm <\o chmlianUmo (Lisboime, 1900] est la Ira- 
ducLioQ portugaise, par M. K Pereira, de la version éthiopienne d'une homélie 
grecque de Séyère, patriarche d'Atilioch© au vie siècle, li 8*agÎL de îa converBÎoa ■ 
du roi indien Kesanthos el du riche marchand Kelsôn opérée par un évéque 
by^finlin. Il exbte aussi des traductions copie et arabe de ce récit. L'identifi- 
cation des nome a donné lieu à d'intéressantes rechercboai auiquelîes M, Pe- 
reira ajoute des observations originales. 



AMËEIQUE 

Lô D' Chmrkt CurroU Bverm, décédé à la (in de 1900, était aui Élals-Unîs 
un des promoteurs les plus éclairéa et les plus convaincus des études sur rhii- 
toire des religions. Jl élaît doyen de la Faculté de théologie de rtJniversité de 
Harvird^ où il enseignait depuis 1869. Ses cours portaient surlout sur la pbi- 
JoBophie rehgîeuse, mais il avait Tbabitude de consacrer aux grandes religions 
orientales une autre série de conférences qui étaient en connexion étroite a?ec 1« 
coura principal el oQ il s'attachait de préférence aux principes philosophiques 
de ces religions amatîques plutôt qu'à leurs reahsatiotis populaires. H avait 
donné ce complément h son enseignement universitaire dès Tan 1872, h an^ 
époque où Fhtstoire des relig-jons ne figurait encore que sur un bien petit 
nombre de programmes. On lui doit un livre de vulgaiisalion intitulé Bj?%iOH« 
hçfovt christianity^ publié eu 18S3, qui a joui d'une réelle popularité nit^me en 
dehors des Éiats-UniSj puisqu'il a été traduit en hollandais pour servir aux 
élèves de renseignement secondaire. Le D*' Everelt a surtout exercé de Tîn- 
fluence par son noble caractère. Nul n'a, mieusc que lui, concilié une pi&t4 très 
élevée et très sincèremenl chrétienne à une pleine reconnaissance des hîenraits 
moraux et religieux de la science moderne. Les très nombreux étudtanta qui 
ont subi son action dans h grande université des États-Unis attestent Timpres- 
si on profonde produite par son enseignement. 

M* Everell était le m^^mhre le plus influent du Conseil de direction d'une 
revue eïoellenle» la New World, qui vulgarise depuis neuf ans aux Étals-Unis i 
les études critiques en matière île théologie morale et hisloriquet La dernière ■ 
livraison, celle de décembre 1900, nous apporte fa fâcheuse nouvelle que cette T 
publication cessera de paraître» 11 semble bien que sa disparition soit en partie 
la conséquence de la mort de l*homnie qui en avait été l'un des plus zélés in* 
spirateurs. Nous espérons que ce ne sera qu'une éclipse de courte durée et que 
les disciples et amis du regrelté maître trouveront les moyens, soit de reprendre 
TcBuvre interrompue, soit de créer un nouvel orgase qui puisse rendre drs 
services du même genre. 




m 



BEVFE DE L^HISTOIRE DES HEI-!GIO?»S 



qu'on ne petit p&rt«r d'un caractère spédfîquo des dieux chthoniens. EcGn 
étudie k nature du culte qui teur est rendu et conclut également quHI n'y a 
de type cultuel spécialement affecté k ce genre de divinUés, 

"• Noufi avons reçu la seconde livrai son du XX* volume du /<>umaf of f 
American Cfrièntal SùciHy qui contient, entre aulres articleB, un mémoire 
M, CA, C, Torrey sur le Prototype égyptien du « Roi Jean et i'Abbé » et 
ftutre da même auteur sur tes Lettres de Siméon le Stylite^ — une étude 
M. L, H, MiU$ sur ta personnification d^Asha (dans l'Avesta), — un travaî 
de M. WojJièiirn Ropkim à J'efTet de montrer que le» seules divinités qui puis- 
sent se conserver à travers les migrations des peuples sont celles du ciel, tani 
dis que les autres disparaissent ou se modiBent k mesure que changent c 
dtsparaisseaL les phénomènes beaux qui leur ont donné naissance. — M. C 
C. Evereit »*occupe de la psychologie Vedanta et Sankhya ; — M. Morris loê 
trow de l'étude historique des religions dans les universités et dans les collèges 
— M . Crawford Toy de la relation entre la magie et la religion* 

On voit que la part faite, dans C3 volume, à Thistoire des religions est con^^ 
dérable, 

— Le X« volume des Hoivard Étudies in çlassiml phitohgy (Boston, Gin a! 
contient divers travaux intéressants relatifs à rhistoire religieuse: des < Mot 
on tbe symboHsm of the apple in classical anttquity f> de M, B, 0. Forster^ oH 
il étudie le rdîe de la pomme dans les attributs d'Aphrodite, de Dionvsos et de 
la Terre, dans les coutumes des cérémonies nuptialestetc,, mais sans conclure |J 
autre chose qu'à un rapprochemenl fortuit entre le culte d*Apbrodiie et le sym- 
bole de la pomme; — « The Altic Prometheus s, par M. C, B. Gutk-ki surlea 
vv. 439 à 506 du Vroméihée d'Esehyle; — « A study of Ihe Daphnis mylh vj 
par M. H. W, PrescQH ; — The religious condition of the Greeks at the limé" 
of Ihe New Comedy, par M, /, B. Greenough, mais en réalité il 3*oceupe au 
moine autant des comiques latins que des grecs. 



Le Gérant : Ernest Leboux, 



LE DIEU Dr SOL 

BANS L'AMaENNE RELiaiON CHINOISE 

Mémoire lu au Congrès International d'Histoire des Religions, dans la section 
des religions de i'Eztrôme-Orient, le 5 septembre 1900. 



Oans les travaux déjà nombreux qui ont été publiés sur 
l'^i^cienne religion chinoise, il ne nous semble pas qu'on ait 
'^it. une place assez importante à la divinité connue sous le 

^^^ixi de dieu du sol tfi. C'est cette lacune que nous nous 
P^^^ posons de combler. 

I 

SL..e dieu du sol était une divinité essentiellement locale. Au 
^*^ ^t au V* siècles avant notre ère, il y avait un dieu du sol pour 
^*^ ^^que groupe de vingt-cinq familles*. Au jour initial du 

^ i Se-ma Tj'ien, trad. fr., tome IV, p. 75 (517 av. J.-G.) : « (Le duc de) Ts'i 
^^^^ \ûi loi donner un apanage de mille dieux du soi. » j^ hK VX "l )|UL 



^ . Cf. 7*so ith/Mia^ 25* année du duc TthaQ\ Legge» C. C.» vol. V, p. 711, 
**• De mdme, Tio tchoan, 15* année du duc Ngai (480 av. J.-C); Legge, 

^' ^^.t vol. V, p. 843 : « Il lui donna par écrit cinq cents dieux du sol » 9 

^ ^ — -4* H . — Les commentateurs expliquent que, dans ces phrases, chaque 
°*^ *^da sol représente un groupe de vingt-cinq familles; ils s'appuient sur le 
^^ *-e du chapitre Kiao Vo sing du Li ki (Legge, S, B, E., vol. XXVII, p. 426) 

^''^s lequel il est dit quMl y avait un dieu du sol dans chaque canton Si. ; or 
'® ^^Atiton était formé par un ensemble de vingt-cinq familles. 



126 



RfiVUB DE tHTSTOIRE OES BEUGIONS 



cycle dans le second mois, le peuple recevait l'ordre de leur 
offrir des sacrifices' ; Tch'en P'ing, qui mourut en 178 avant 
J.-C, s'était fait une fenommée de justice parce que, lors 
du sacrifice au dieu du sol dans le canton^ il avait, étant dé- 
coupeur, partagé la viande des victimes très également'. On 
voit donc qu'il y avait un dieu du sol dans chaque canton et 
que c'étaient des gens de toutes conditions qui lui faisaient 
les offrandes rituelles, 

D*aprèsle chapitre Ta (a du Li ki\ le roi avait un dieu du 
sol pour son peuple et un pour son usage personnel ; il en 
élait de même des seigneurs féodaux ; enfin, au-dessous du 
rang de grand officier^ lout groupe de familles avait un dieu 
du soL 

Les dieux du sol étanl fort nombreux, chaque dynastie 
prétendait avoir le sien. Lorsque, dans les époques lointaines 
où toute chronologie cesse d'être possible, Tanff eut vaincu 
le dernier souverain de la dynastie Hia, i] voulut changer son 
dieu du sol, mais ne put y parvenir; on composa à cette 
occasion le chapitre, aujourd'hui perdu, du CAou king qui 
élait intitulé « Le dieu du sol des Hia^. v* Dans le pays 
de Lou^ au vn' et au m" siècles avant notre ère, on avait con- 
servé, à côté du dieu du sol des Tckeou^ celui de la dynastie 
éteinte des YnK 






1) Li ki, ch&p. Yue ling; Legge, S. B. 

2) TsHen Han chou, chap, XL, p. 5 f° 

3J Legge, S. fl, £., vol. XXVUl, p, 206. 

4) Préface nu Chùu king; Legge, C. C, vol. UI, p. 4, — Cf. l'anecdote ro- 
TnfiiTi© du dieu Terme que Tarquin le Superbe ne put déplacer, 

5) no tchoan, 2* année du duc Mm (660 av. J»-C.) ; Legge, C. C., vol. V, p. 129 
at a l\ aura «a p!acs t draîledu due; il se tiendra entre les deux dieux du soi »> 

TO J m BEt . _ r^o tchoan, 6" année du duc Ting (504 av. J .-G.) ; Legge, 
€. C, vol. V, p. 763 6 : « Yang Hou iit prêter serment au duc et auï trois {fa- 
milles issues du duc) Itotm auprès du dieu du &ol dee Tchcou\ il Ql prêter ser- 
ment aux gens du royaume auprèa du dieu du sot de Po. » Le dieu du sol de 
Fù était celui de ta dynastie Yn. 



I 

1 
I 



LE DIEtT DU SOL DÂKS L ANCIENNE REUGION CHINOISE 



127 



l^e dieu du sol était une divinité redoutable qui présidait 
au3c châtiments et par suile à la guerre conçue comme la pu- 
nition qu*on infligeait h un coupable. Lorsque, dans le xi' ou 
lo :7cti* siècle avant noire ère, le roi Ou eut triomphé de TcheoUy 
de raier souverain delà dynastie Yn, il se transporta en grande 
poro pe auprès de Tautel du dieu du sol, le frotta du sang de 
ja victime qui, par sa vertu vitale animait la divinité, et lui 
dêolara quels avaient été les crimes du vaincu '. 

En 671 et en 549 avant J,-C., nous voyons deux princes du 
pays de Ts'i profiter de ce que le sacrifice au dieu du sol 
co 1X1 portait un certain appareil guerrier pour passer en revue 
une armée considérable qui inspirait la crainte aux envoyés 
des seigneurs voisins*. 

A. ce dieu terrible, on sacrifiait parfois des victimes hu- 
Dd aines. En 640 avant J.-C.^ un duc de Tckott fit ainsi périr 
dev3.nt Fautel du dieu du sol un prince qui lui avait désobéi > ; 
ea ^32; on immola un captif près de Tautel du dieu du sol à 
^^ * , Dans ces deux cas, des sages condamnèrent cette pra- 
**<liae barbare, mais il est hors de doule qu'elle était conforme 
^ *^' esprit des anciens temps. 

L-^ dieu du sol paraît avoir été figuré autrefois par une 
P*fece de bois; sous la dynastie Hia^ il aurait été fait en bois 
^^ pîn ; sous les Yn^ en bois de cyprès ; sous les Tcheou^ en 

^^is de châtaignier. Le nom même du châtaignier (/î, ^) 

^^ppelait que les hommes devaient craindre (t^j ce dieu 
^^rigeor. Cependant, dès le vi" siècle avant notre ère, cette 
**"ftdjttoû était tenue pour surannée et Confucius déclarait 
Ç^'îï valait mieux n'en pas parler*. 

^> S€-mà Tsim\ trad. fr., tome 1» p, 235^236 et tome IV, p. 88. 

^\ Tso tchoan, 23* année du duc Tchnang (67i ar, J.-C*) et 24« anoée du duc 






ng (549 av. J.-C); Legge, C C, vol V» p, 105 u eL 6 et p, 508 a. 



Cf, 



'^f* yu, section Lau yUy chap. i^ p. 2 r** 
^) Tst) tchoan, 19« année du <luc lli (64 i av, J.'C); Legge, €. l\, poI. V, 
P* 176 h el 177 a, 

*) Tsù fcAoan, 10- année du duc Tchao (532 av. J.-C); LeggeJiC* C, toI, V, 

5) huen, yu, chap. m, § 2l;"4.egge, C. C, vol, I, p. 26, 



428 



REVUE DE l'hISTOIHE DES RELIGIONS 



On altribuait au dieu du sol une certaine influence sur les 
phénomènes extraordinaires de la nature. Lorsqu'une éclipse 
de soleil se produisait, le Fils du Ciel faisait battre des tam- 
bours auprès du dieu du sol ; les seigneurs, qui n'osaient pas 
le traiter si rudement, se contentaient de lui offrir des pièces 
de soie pour se le rendre favorable*. Peut-être est-ce la par- 
ticipation que le dieu du sol était censé avoir dans les cala- 
mités physiques qui a conduit les Chinois à le considérer 
comme un dieu qui châtie les hommes. 



A un auli e point de vue cependant, le sd est un pouvoir 
bienfaisant qui supporte et nourrit tous les êtres, Ou Thono- 
rera donc, non pas par cratnle seulement, mais pour lui 
demander la fertilité au printemps et pour le remercier de 
ses dons en automne. Sous cet aspecl, le dieu du sol est 
associé à une autre divinité, le dieu des moissons, avec 
lequel il est uni d'une manière indissoluble dans Tespression 

« les dieux du sol et des moissons )> Jpl ^ . 

D'après une tradition qui nous a été conservée dans le Tso 
icAoan^^ la divinité à laquelle les souverains sacrifiaient sur 

l'autel du dieu du sol était le Prince Tewe^Heou t*ou i ; 
on nommait ainsi Keou'long^ fils de Kong-kong^\ c'est vrai- 
semblablement ce personnage que Tanff n'avait pas pu sup- 
primer quand il avait voulu déplacer le dieu du sol des Hia, 



1) T$ù ichoan, 25* année du dac TthQang (669 av, J.-C.) j i6» année du duc 
Wen (613 av. J.-GO; iî* année du duc Tc/iao (525 aï* J.-C.); Leggê, C. C,, 
ToL V, p, 109 a, 271 d, 667 a. 

2) Tinîclmm^ 29» année du duc Ttihao (513 av. J.-C); Legge, C, C. vol. V, 
p. 731 h. Ce texte parle des dleui des cinq éléments : KenU'mftng préside au 
métal; Jùti-cheoUf ati bois; îliuenming, k Teau ; Tûhou-yfingf au feu ; Ifeoti-fou, 
à la terre. Mais, en raêrae temps, HcouA'oa est le dieu du sd et, à ce titre» U 
est associé au dieu des mol&aons. 

3) a Lt Al, cbap. 7:^1 fa, Le^rp^. 5. Jî* E., toi XXVIII, p, 208. 




LE i>îru DIT SOL haîis lancirttnk beugion ciimoisi: 



129 



• 



I 



Ouant au dieu des moissons» c'était le Directeur de l'agricul- 
ture, Tien-icheng EQîEf nom sous lequel on adorait 
Tckotif BU de Lie-ckan, k Tépoque de la première dynastie 
el dans les temps antérieurs ; à partir de la dynastie Càang, 
ce fut ICï ou Heou'hi^ ancêtre des Tchmu^ qui lui fut subs- 
titué*. 

Comme on le voit par ce dernier exf^mple, les dieu v du sol 
et des moissons pouvaient êlre changés; ils n'étaient pas 
perpéluelsV Aussi lorsque Kao-tsou fonda la dynastie des 
Han, sou premier soin fut-il, dès la seconde année de son 
règne (205 av. J,-C.), d'ordonner au peuple de supprimer 
les dieux du solel des moissons des Ts'mei d'établir à leur 
place les dieux du sol et des moissons des Han*. 

Ces divinités étaient comme la personnification surnatu- 
relle du territoire d'un souverain. D'innombrables expres- 
sions de la langue chinoise en font foi: régner^ c'est « pré* 
sîder aux dieux du sol et des moissons* »; un prince en 
fuite « ne veille plus aux dieux du sol et des moissons^ n ; 
s'il reprend le pouvoir, « il s'acquitte de nouveau des sacri- 
fices à ses dieux du sol et des moissons* » ; s'il rend le pays 

1) Cf, T&ien Han chm, ch»p* iiv, a, p. 1 v* et 2 r* : « Tan^ voulut déplacer 
le dieu du sol des Hiûf mais ne (« put pas; oa composa {VécTÏi JiUitiiJè) h Lo 
dieu du sal des Hia ». Il enleva du moins TchoUf fîls de iif-cA<m, et le remplaça 
par K'i (ancêtre) des Tcheou^ à qui on sacrifia comme au dieu dtit moissons. » 

2) Tso tcfioan, 32* année du duc Tchao (510 av, J,-C.); Legge, C, C., vol V, 

3) Txlen Han cAo«, chap. r, a, p. 10 r' 

«Itf. 

4) ± )|tt ^ , Un prince est îe f|tt ^ ^^ , Jso tchoan, 3* année 
du duc Yîit i^* année;dii duc Siangt 7« et 13" années du duc Tchao «i U* annùe 
du duc Ting\ Legge, C. C, vol. V, p. 13 6, 479 a, 619 b, 650 a, 145 a. 

5) ^ fliii ^. ou encore :^ ^ î|tt ® , T$ùtchmn, ii» annéoda 
duo Smnj, 20* année du duc Tchaù^ i« année du duc Tiny; Legge, C. C-, 
TOJ. V, p. 465 i, 682 a, 757 b. 

6) W ^ S |fX ^ . T»o khmftt 11* année du duc yn; Legge, C. C», 
vol. V, p. 33 i*. 



^s^^mmm± 



no 



RBVUK DB L*ni9T01llE fiES RKUGIÔÎÎS 



prospère^ « il assure le calme aux dieux du sol et des mois- 
sons* » ; quand U agit pour le bien de Télat, il déclare qu'il 
« lient compte des dieux du sol et des moissons * « ; vienl-il 
a subir un affront, <i il a déshonoré ses dieux du sol et des 
moissons* » ; s'il recherche une alliance, il dit qu' « il ne 
peut h lui seul remplir ses devoirs envers les dieux du sol et 
des moissons* », et le souverain qui lui donne son appui 
H protège et rassure ses dieux du sol et des moissons ^ » Un 
ministre loyal est « le protecteur des dieux du sol et des 
moissons'^ n ; un homme éminent est leur rempart \ Si « les 
dieux du sol et des moissons n'ont plus de sang (à boire et de ■ 
viande) à manger* w, c'est-à-dire si on ne leur offre plus de 
sacritîces, c'esl que Tétai est anéanti. A l'époque des pre- 
miers Han^ lorsque le fondateur de la dynastie voulut ré- 



Tso fcfcoon, !!• année du duc Yn; L«gge, C. t*., i?o[. V, 



p. 33 b, 

2) Kl J|tt S -21 K* Tso ichoan^ 25* année du duc Tchaùi Legge, 
6V C, voL V, p, 711 b. 

3) ^ (X W . Tso Hhoan, 8» année du duc Tin^; L^g«« C. C,^ vol, V^ 

4) ^ BE W fi S )ft S. Tso tûhmn, 3* année du duc Tchaoi 
Legge, C. C, foU V, p, 588 h* 

5) W w S )|tt S . Tso tchoati^ 3% 1* et 15' années du duc Tchao ; 
Ugge. C. C, vol. V, p. 588 6, 615 6, 659 fr. 

6) |t S ^ fiiï, Tsr> fcAortfi, 12' année du due Siuen; Legge, C. C, 

?ol V, p. 321 b. 

7) it^^ 

vol. V, j>, 491 a, 

8) W W W -nr M.^ - Tïo fcAoan, 7* nunée du duc Tthoang ; Legge, 

C. C, vol. V, p. 79 t. — Cf. n'wrt HaficAaiï» chap. t, 6, p. 2 v» ; K S ft 

fR -T* f^ lUL «^ » Il a fait que e«8 dieux du sol et des moissons nVuasetit 
plus de aang (i boir« et à» mnde) à aiang«r »^ e^Ast-ànliri U s supprimé ce 
fi>yauia«. 






Tsù reAoftn, 21* année du duc Siang; Legge, C. C, 



LE DIED DU SOL DA?iS L ANCIEN ?ÏB aeUGlÔCf CHl^îOISE 



13! 



compenser ses pareats et aes serviteurs en leur conférant 
des fiefs, il leur « permît d*iostituer des dieux du sol et des 



moissons ^ » 



II 



m 

Le dieu du sol et son acolyte le dieu des moissons ne 
représentent cependant pas tl eux seuls tout Tétai. Le 
royaume n'est pas constitué seulement par le sol national, 
il Test aussi par les ancêtres morts qui continuent à veiller 
sur son sort ; la capitale est la ville dans laquelle se trouve le 
temple ancestral *. C'est doDcl'union des dieux du sol et des 
moissons avec le temple ancestral qui sera l'image de la 
patrie. Un des morceaux les plus anciens du Chou king, la 
harangue à Kan^ nous en fournit déjà un témoignage. Le roi, 
étant parti en guerre, avait emmené avec lui dans les « cliars 
du respect ' î» le symbole matériel du dieu du sol et celui 
de Tancé tre ; il se faisait ainsi accompagner par les deux 
forces primordiales qui soutenaient son autorité; c'était au 
nom du dieu du sol, divinité juste et sévère qu*il punissait; 
c'était au nom de Tancêtre, divinité bienfaisante^ qu*il ré- 
compensait; il termine donc sa harangue en énonçant la 
formule rituelle : « Ceux qui observeront mes ordres, je les 
récompenserai devant Tancètre ; — ceux qui n'observeront 
pas mes ordres, je les mettrai à mort devant le dieu du 
sol *. w Ce texte, à cause de son antiquité môme, est d'une 

K W -U- Jftt ® , n*ien Ran chm, chtp. l, b, p. Z f», 

2) A Ê ^ 5ÏÏ M Tu «* ^ i W . Bo tchoan, 28' aoDéô 
du duc Tchmng; Legge» C, C vol, V, p. 115 a. 

3) WtW-, Li Aï, chap. Tseng ise wm ; l-egge, S. B. E„ toI. XX Vit, p. 324, 
Un ptBMge du Tso tchoan (4* antiée du duc Ting; Leg-ge, C. C* vol. V, p. 754 
a) atleiteaasflî que le prbcet lorsqu'il ee mettait en personne à la lète de ses 
Iroupes, emportait avec lui son rli**ii du sol, 

4) ffl W M X iâ * '^ ffl W ^ X' BfX . Chûw king, chap. 
Smehe^Lèggt, €, C, toK IU, p. 155; Se-rna Ts^ien, Irad. fr,^ tome I» p. 1G&. 



ia2 



BEVDE DE L HISTOIRE DES nËLIGlOUS 



singulière importance ; dès l aube encore obscure de la civi- 
lisation chinoise, nous voyons se dresser le dieu du sol et 
Tancêlre comme les deux colonnes frusles et simples qui 
soutiênoent loul rédifice religieux. 

Le même rôle de sévérilô d'une part^ de bonlé de Taulre, 
est allribué au dieu du sol et à l'ancèire dans une anecdote 
que nous raconte le Tso tchoan à la date de raïuiée 488 avaiiL 
J.-C. Au moment où un royaume était près de périr par ses 
propres fautes, un homme eut un songe dans lequel il vit que 
la ruine de cette principauté allait être décidée par des per- 
sonnages surnaturels réunis auprès du dieu du sol; mats 
Tancêtre de la dynastie inlervint en sa faveur et obtint ua 
sursis*. 

D'autres textes prouvent surabondamment Tinfluence pré- 
dominante de ces divinités dans les destinées de Tétat. Sur 
le point de partir pour une expédition militaire, celui qui était 
à la tète des troupes se rendait dans le temple ancestral 
pour y recevoir Tordre d'entrer en campagne, et auprès des 
dieux du sol et des moissons pour y prendre une portion de 
la viande crue offerte en sacrifice' ; par cette double dé- 
marche, il associait à son entreprise les deux pouvoirs luté- 
làîres du royaume, — Un prince, dont la capitale vient 

1) Tm tchQans 7* annén du duc Ngm\ Leggt, V. C-, voL V, p. 814 ô, 

âfioée du dac Min (660 av, J.-C.) ; Legge, C, C, toI, V, p. 130 h, — Le mot. nm 

dâstgoail ]& viande crue oFTert© au dieu du aol, par opposition m mol PM qui 
désignait la viande m\it présentée au temple ancestral. Dictionnaire CAoïio weft : 

Hw ~ ^f\ j^ /v^ Pg, Commentaire de Kou-\emg au TcÂVen- 

ts'koa, 14» année du duc Ting : Œ H n^ ^ Wi H .flff . — Cf, cet autre 
lextu du Tso tchQan^ 13* année du duc Tch^eng {578 av. J,*C.); Legge, C, Ç,, 
vol. Vf p. 383 a : n Les grandes affaires del'éUt sont les sacrifices (au temple 
ancestral) et (les sacriiicesau dieu qui pr^^side h.) la guerre (c'est-à-dire an dieu 
du sol). Dans les sacrifices (an temple ancestml), on prend la viande cuite; dans 
(les s^acriBces au dieu qui préside à) la guerre, on reçoit la 7iande crue. Ce sont 
là les grands de voira envers les dieux, n 



LE DIKD DU SOL DANS L \NaKNNE «ELTGIOS CHINOISE 



133 






N 



d*êlre prise, attend ses vainqueurs en habils de deuil, tenant 
dans ses bras son dieu du sol et faisant présenter par un de 
§es hauts dignitaires les ustensiles du temple ancestral' , il 
olTre ainsi son pays laut entier au triomphateur etjuemi.— 
Un grand incendie à Song est annoncé d'avance par une 
voix prophétique dans le temple ancestral et par un oiseau 
qui crie sur l'autel du dieu du sol% car c'est en ces deux 
endroits sacrés qu*il est des larmes pour les événements né- 
fastes à la pairie, suni lacrymœ rerum, 

A la capitale, le palais du souverain avait à sa droite Tautel 
des dieux du sol et des moissons et à sa gauche le temple 
ancestral'; c'étaient comme ses deux soutiens impéris- 
sables. — * Le prince devait présider aux dieux du sol et des 
moissons et assister aux sacrifices aux ancêtres* ; s*il accom- 
pUssait ce double devoir, il s'acquittait bien de son métier de 
roi'.^ — Des ministres qui craignent pour leur pays enTab- 
sence de son chef, disent; h Nous ne pouvons supporter 
ridée de ce qui va arriver aux dieux du soi et des moissons 
et au temple ancestral \ » — A une époque plus récente, nous 

i) Tso Ichoan, 25* année du due 5ianif (548av* J.-C.); Legge, C. C, vol, V, 
p, 515 K 

2) TsQ iehoanf 30* année du duc Siang (543 a?. J*-C.); Legge.C- C, vol. V, 
p, 55€fc. 

3) tï **; chap, Tsi i; Leggt, S, È. E., vol. XXVllIp p. 235 : iS H -^ 

i) Tm tckmn, 7* annâe du duc TeAao; Legge^ C. C, voJ. V, p»6J9 b i ^ 
5) Taq tdiQan, 27* année du duc Tchao[ Legge, C. C, ?ol, V, p< 722 a : ^5 

J^»''7 ti ^ tûo. « Si les princes nùs ûncélres ne manquent pa9 det 
tacrificis (qui leur sont dus) et bi le peuple ne manque paa d'un souverain, H 
te» dieux du sol et tks mnissom reçoivent tes offrandes (présente») et si l'étal na 
va pAi à sa ruine, il est mon prince (celui qui veille à cela). » 

6J -7 S» Si W ^ M e . Tso ichoan, 7» année du duc Siung (566 a?* 
J-C.îî tegge. C 6\, vol, V, p. 432 6, 



134 



REVUE DE L OISTOlttB DfiS RELIGIOWS 



voyons, en 167 avant J.-C*, Tempereur Wen rapporter la 
prospérité de son règne « à l'appui surnaturel que lui a prêté 
le lenaple ancestralel au bonheur que lui col envoyé les dieux 
du sol et des moissons*. « En il7 avant J-X., de hauts 
fonctionnaires représentent à Tempereur Ou que les anciens 
Fils du Ciel avaient l'habitude de créer des seigneurs a afin 
d'honorer leur temple ancestral et de raffermir leurs dieux 
de la terre et des rooissons ', » 

L'union des dieux du sol et des moissons avec le temple 
ancestral nous est encore attestée indirectement par les 
phrases très nombreuses dans lesquelles on trouve associés 
les fonctionnaires qui leur étaient respectivement affectés, 

le ichùu Jil et le isong 53^. Le /îon jetait, comme son nom 
même rindique, le préposé au temple ancestral; quant au 
(chou, on prieur, sa fonction spéciale était de s'occuper des 
dieux du sol et des moissons; il devait toujours rester au- 
près d'eux et ne sortait du territoire de Tétat que dans les 
grandes expéditions militaires oîi le prince emmenait avec 
lui ces divinités*. L'expression Uong et îchou ou tchou et 
tmntj^ qui est si fréquente dans les textes historiques*, dé- 






i) ^^rrM^Mit^^ ^. S'î-maTs'iiTi, trad.fr., tome lU» 

p. 454-455. 

2) )^ir 1^ ^ ^ ® S it ^ Ifc . Se-im Ts'kn, chap. lï, p. 1 r>. 

3) Ijfo tchoan^ 4* année du duc Ting (506 aT. J.-Ç.) ■ Legg^, C. C, vol. V, 
p. 754 b : « D'ailleurs le prieur eat un foDcdonnaire atlachô au service de» 
dieux du soi et des moissous ; tant que les dieux du boI et des moissous ne 
sont pas déplacés, le prieur ne sort pas du territoire; telle est k règle de ses 
foQctions officielles. S» le prince se met en marcbe avec son armée, on puriQe 
le dieu du soi, on frotte de sang les tambours et le prieur suit (le prioce) en les 
emportant avec lui; c*esl dans ce« occasions qu'il aort du territoire. » 

4) Tso tchoan, 32* année du duc Tchoang (662 av, J.-C.) ; Legge, (7, C, vol, V, 
p, 120 5 : Un être surnaturel étant descendu à $in^ le prince de Kquo charge 



«% 



id^ 



son prieur "W- , Yng, son préposé au temple ancestral ^f? , Kïu» et son clerc 

X , Yn, de lui faire des offrandes, — Tso tch&an^ 4* année du duo Ting (500 
4V, J.-C.)î Legge, €. C, vol, V, p. 754 a : Les ducs de Uu oQlle droit d'aroir 



LE 0IE1T DU BOL DAPÎS l' ANCIENNE BEimiOM CB1N01SE 135 



^ 



noie la simullanéité des cérémonies qtron célébrait au temple 
ancesfral et auprès des autels des dieux du sol et des mois- 
sons. 



IV 



Le dualisme primitif d'un élément naturiste, le dieu du 
sol et d'un élément animiste, l'ancêtre^ que nous trouvons à 
la base de la religion chinoise, nous le découvrirons encore 

dans ces concepts du Ciel {tien, ^ ) et de l'Empereur d'en 

haut ( Jt W) qui ont déjà soulevé tant de controverses parmi 
les sinologues. Un texte fort curieux de Se-ma Ts'ien rap- 
proche en effet le Ciel et le dieu des moissons, tandis qu'il 
met en relations l'Empereur d'en haut avec Tancêtre. Le duc 
de Tcàêou^ lisons-nous, « fil I0 sacrifice kiao à Heou tsi pour 
. rassocier au Ciel et le sacrifice ancestral au roi Wen dans le 
[ Mhig-tang pour l'associer à TEmperetir d'en haut*. » Ceci 



Jt±^ 



défi pneurs ^^ » des préposés au temple ancestral "^ , des devms \* , des 

clercs -W , — 7**0 tçhoan^ !?• année du duc TcKeng et 25* année du due Tchm ; 
L€gge, C. C, vol. V, p. i03 a et 711 h i En 574 el en 517 avant J.-C.» le 
même cae se présente d*un grand dignitaire qui fuit demander aui dieux par 

•on prieur et son préposé au temple ancestral Wt ^C que ta faveur de mourir 
lui soit accordée, — Tsu tchoan, 14* année du duc Siang (559 av. J.-C); Legge, 
€* C., vol. V, p. 465 6 : Un duc en fuite fait annoncer aux dieux par son 

prieur et son préposé au temple ancestral Wt ^IC (par inadvertance, Legge 
Iraduit < Ibe direcior of prayers ») qu'il a dû s'enfuir el qu'il est innocent, — 
Tm Uhwtn^ 14» année du duù figai {iS2 a?. J,-C,); I-eg^e» C> C, vol, V, 

p« 832 6 : i Le prieur et l& prëpo&é au temple aneesiral WL ^? diront..., » 
— Se-ffm Ts'ien, trad, fr, tome I* p. 238 (texte très ancien tiré du fckcou 
chou) : a (Le roi Oit) ordonna au préposé au temple ancestral et au prieur de 
faire dans le camp des ofTrandes et un sacriQce d'acllona de grâces aux ancô- 



k: 



morts. « ^ ^ Ift ? 0Ï T 5 , 

i) Se-ma n'ien, trad. fr., tome Ilf, p. 419: ^ SE jS S iM BE ^5 
^ï&i^ïl^^M^MX^.QB texte se retrouve dans 



436 



KETUE DE L FlTâTOIH^ DEft HELIGIONS 



ne prouve-l-il pas péremptoirement que l'Empereur d'en 
haut el le Ciel sont distincts, puisque Tuii est mis eu rapport 
avec le dieu des moissons, Heou-tsi^ et Tautre avec l'ancêtre 
par excellence, le roi Wen"^ m 

Le Cke king confirme d'ailleurs que Heou-isi élait associé" 
au Giel^ tandis qu'il nous montre <t le roi Wen montant el 
descendant à la gauche el k la droite de l'Empereur (d'en 
haut) * M . 

Le Ciel et le dieu des moissons, l'Empereur d*en haul et 
l'ancêtre ont donc respectivement quelque analogie. Le Ciel, 
comme le dieu des moissons, préside aux phénomènes de la 
nature; l'Empereur d'en haut, comme Tancêtre, préside aux 
choses humaines. 



\ 



Dans plusieurs textes historiques, le caractère antbropo- 
morphique de l'Empereur d'en haut est très apparent; ce 
sont des récits de songes dans lesquels Thomme croit avoir I 
été mis en relations directes avec la divinité et trahit par 
conséquent l'idée qu'il s'en fait. En 659 avant J.-C, le duc 
Moulât r^'m, reste cinq jours dans un l^tat comateux; à son 
réveil, il dit qu'il a vu l'Empereur d'en haut et qu'il a reçu | 
de lui Tordre de châtier le pays de Tsin ^ — Vers Tan 
500 avant J.-C, la même aventure arrive à Tchao Kiejt-ise, 
qui exerçait l'autorité suprême dans le pays de Tsin\ quand 
il sort de sa léthargie qui avait duré sept jours, il raconte 
qu'il a été dans la demeure de TEmpereur (d'en haut} et qu^il 
s'y est beaucoup plu ; un léopard avait voulu l'étreindre; sur 

la Him king ou clMsique de la Pitié Hlîald. Legge n'a pas manqué da le slgnater I 
à TaUentiû» du lecteur (S. B. £., toL IÎI, p. 47â, Ttotâ) et il se demande : 
« Since « Hearen » And « God « bave the sa me référence, why are they uaed 
hère as if there were some oppoaition belween liiem? >i La réponse qulî donna, 
d'après îin commentateur cbinotF, n'est guère salisfaisaate. 

songt V* décade^ ode 10: 



5c« Bt W Z^ , Che king, section Tcheou 
Legge, C. C, vol. IV, p. 580. 

1" décade, ode i ; Legge, C, C vol IV. p. 428, 
3) Sf-ma rs'îen, trad, fr*, lome lU, p. 423, 



€he king, section Ta ya^ 



LE DIEU DU SOL DàXS L àNCIESHE RELIGION CHINOISE 



137 



l'ordre de rEmpereur, il Tavait tué; il avait aussi frappé h 
mort un ours qui marchai L contre lui et rEmpereur s'en était 
montré fort content; enfin l'Empereur lui avait révélé les évé- 
nements qui devaient avoir lleo dans son pays\ — En 649 
avant J,'C., un revenant apparaît sur la terre pour annoncer 
qu'il a demandé à rEmpereur d'en haut, et obtenu de lui, la 
destruction de l'état de T.sin\ — Dans un récit de l'année 541 
avant J<-C., nous lisons que, lorsque l-kiang, femme du roi 
Ou^ était enceinte de Tai-chou^ elle rêva que l'Empereur (d'en 
haut] décernait un nom à son futur enfant et lui promettait 
uu royaume'. 

On peut rapprocher de ces textes une ode du Cke kintf qui 
parait être fort ancienne et remonter aux premiers temps de 
la dynastie Teheou; elle célèbre la naissance merveilleuse de 
Heou'tâ que sa mère, Kiang-yuen^ conçut en marchant sur 
la trace laissée par l'orteil de l'Empereur (d'en haut)*. Ce dé- 
tail matériel a fort scandalisé les commentateurs lorsque 
la réflexion philosopliique eut épuré en Chine l'idée de la 
divinité; rhîstorien y voit au contraire un souvenir précieux 
de l'ancienne croyance en un Empereur d'en haut qui n'était 
qu'un homme divinisé. 

Le Ciel n'apparaît jamais sous un tel aspect; comme toutes 
les forces de la nature, c'est une puissance mystérieuse et 
sombre qui n'a pas de forme précise, Si Ton remonte aux ori- 
gines^ le Ciel souverain et l'Empereur d'en haut ne sont pas 
des termes interchangeables : ce sont deux divinités qui ont 
leurs attributs distincts. 

kl L'expression H m tien ckang ti, ^% Jl^ , renferme 
^donc une dualité ; elle signifie <* le Ciel auguste et TEmpereur 
d'en haut », et non, comme le traduit Legge : « Dieu demeu- 
rant dans les grands cieux. » Cette opinion se trouve confir- 

1) Se-ma TsVen, chap, luir, p. 3 v* et ehfip, nv, p. I v#, 

2) Tsû tchoaUf 10* anitèe du Hue Ui; Legge, €. C, voL V, p. 157 a, 

3) Tso îchoant V* année du duc T«:Arto ; Legge, C. C,^ toU V, p. 5^0 a, 

4) fTAf* kinf), seetîtjn Tn f/a, 2* décarlct ode l; f>*tî^e, C, C foL IV, p* 465. 




138 



REVUE DK L HISTOIHE DIS RBLIGlONS 



mée par une ode du Che kingqm date du ix* ou du viii* siècle 
avant notre ère* j dans une strophe on lit les vers suivants : 




m ^ it '^ n ^ n m 

:3il # ^ «a ^ ^ 'M. ^ 

a Les nombreux priuceb et les miriislres de ranliquilé ne 
me donnent aucun secours; ô mes parents et mes ancêtres, 
comment pouvez-vous supporter de nous voir dans cet état? »* 

La strophe suivante' se termine ainsi : 

m et % ^ m n :^ ^ 
^ ^ _h •$• ^ # a îL« 

« Les nombreux princes et les ministres de rantiquilé ne 
m'écoutent pas ; ô Ciel auguste et Empereur d'en hauU il 
vaudrait mieux me laisser me retirer, >' f 

Dans ces phrases où le parallélisme est évident, Texpres- 
sîon « les nombreux princes et les ministres de l'antiquité » 
est symétrique de Texpression « mes parents et mes ancê- 
tres»; par conséquent, dans la seconde strophe, le terme j 
correspondant hao fien ckang ii doit oécessai rement ren-fl 
fermer une dualité « le Ciel auguste et TEmpereur d'en ' 
haut. M 

11 faut reconnaître maintenant que les Chinois n'ont pas j 
tardé à perdre la conscience nette de cette dualité; à force ■ 
d'invoquer simultanément le Ciel et TEmpereur, ils en sont 
venus à les confondre et Texpression hoang (ou hao) tien 
chang îi a flni par former un tout indivisible. Mais la critique 
historique permet de voir que l'unité est ici toule factice. 
Hoang-fien (le Ciel souverain) et Chang-li (l'Empereur d'en 
haut)» ce sont deux termes en apposition qui vont de compa- 
gnie comme cfiolsi (les dieux du sol et des moissons) et i^ong 
tniao (le (emple ancestral), mais qui ont en réalité des carac- 
tères fort différents. Hoang-tien chang-ii^ c'est le Janus à 



! 



l)CA«fcifig, Bôclioii Taya, 3« décade, ode4; Legge, C C^vol, IV, pp. 531-532. 



LS DIBO t>n SOL DANS L AI^CÎENNB RBLIGlON CHlNOtSE 



(39 



double visage qui se trouve au faite des religions aryennes ; 

c'est, dans les Védas, Dyaus et c'est Varuna que la Grèce prend 

i'un pour Faulie, au point que Zeuç est Varuna, taudis que 

Dyeus devient Oùpavoç; c'est, à Rome, Jupiter, Jus-piter\ le 

ph t*e des hommes et des dieux, qui conserve encore dans les 

al 1: m-ibuts naturistes de Jus quelques-uns de ceux de l'antique 

Dy^^us; c'est le Ciel et c^est le Père *, 



IV 

Si le progrès de la pensée occidentale a fait prédominer 
rfeléuicnf aDimiste sur l'élément naturiste et si la divinité 
siA ^rême est devenue le Père par eicellence alors que les 
ci^ux n'étaient plus conçus que comme sa demeure, c'est 
usrft.« évolution inverse à laquelle nous assistons en Chine. 
T^a^ndis que, dans les odes du Cke king, TEmpereur d'en haut 
^î^ t tm dieu si moral et si bon que de nombreux mission- 
o^i^ires chrétiens n'ont pas hésité k Tidentitier avec le Dieu de 
1^- Bible, les textes moins anciens nous montrent au con- 
Ir^^irele Ciel prenant une place de plus en plus grande au 
^^ triment deTEmpereur d'en haut qui finit par perdre toute 
p^ rsonnalité. Dans cette transformation du mythe, le dieu du 
^^^1 joue un rôle qu'il importe de préciser. 

Acôté de l'expression cAo-^iî/jon^-TTiîûo, fltt ^ sqrc ^ ,qui 
^ *^ît les dieux du sol et des moissons au temple ancestral, la 

" •- iérature chinoise présente souvent TexpressiônAiflOc^o, ^ 

'wt! , qui met en relations les offrandes au dieu du sol [cho) avec 
cérémonie qu'on célèbre dans la banlieue de la ville [kiao). 



*^^as le texte de Se-ma Ts^ien que nous avons déjà cité, nous 

^"voïis vu que le duc de Tcheou fit le sacrifice kiao à Bemi-tsi 

pour l'associer au Ciel ; le sacrifice kiao s'adressait donc au 

^iel dont Heou-tsi^h dieu des moissons, n'était que l'associé. 

Un chapitre du Chou kinç qui paraît remonter au début 

^) Cr. Darmesteter, le diffu suprême des Aryens^ dans Eaais orimtaws. 



140 



REVtJË DE l. HISTOIRE DtS EELl&tOlfS 



de la dynastie TcAeou,Me&ie l'anliquilé des sacrifices kiaoei 
eho. « Trois jours plus tard, lisons-nous dans le C/mo km, au 
jour tinf^-se^ le duc de Trkeou offrit en viclimes deux bœufs 
dans la banlieue [hiao)\ le lendemain, au jour oî^-ôï/, il sa- 
crifia au dieu du sol [cho] dans la nouvelle ville un bœuf, un 
mouton et un porc** » 

Ce texte a donné lieu h deux interprétations différentes. 
En effet, à partir de l'époque des Han, le sacrifice dans la 
banlieue [kiao) est double; dans la banlieue du Sud, il est 
célébré en l'honneur du Ciel ; dans la banlieue du Nord, en 
l'honneur de la Terre. Certains exégètes ont donc voulu voir 
dans les deux bœufs la double offrande faite d'une part au 
Ciel, d'autre part à la Terre. Dans cette explication, le sacri- 
fice au dieu du sol ne se confondrait pas avec le sacrifice à la 
Terre, Mais d'autres commentateurs ont fait remarquer, avec 
raison à mon avis, que, lors de la cérémonie dans la banlieue, 
on ne s'adressait prîmilivement qu'au Ciel ; c'est le sacrifice 
au dieu du sol qui, dans le texte du Ckaokao^ correspond au 
sacrifice à la Terre. La difficulté reste de savoir pourquoi on 
mentionne deux bœufs pour le sacrifice kiao, alors qu'on 
n'offrait au Ciel qu'une seule victime. Un critique européen 
serait disposé à admettre une faute de texte et à lire un au 
lieu de deux^ Les Chinois qui n'ont pas de telles hardiesses 
lorsqu'il s'agit de ces écrits vénérés, tentent une explication 
en disant que les deux boeufs étaient sacrifiés l'un au Ciel, 
l'autre à Heau-tsi qui lui était associé. 

Quoi qu'il en soit, c'est le chapitre Kiao fo rheng du Li ki 
qui expose la doctrine orthodose relative aux sacrifices kiao 
et cho* Au sacrifice kiao, en l'honneur du Ciel, on offrait un 
bœuf» victime unique; aux dieux du sol et des moissons, on 
présentait le groupe de trois viclimes formé par les trois anî- 

Chno knt,; LeKge, C. C, vol. 1(1, p. 1:\i, 



I 
I 



1 



LE DIEU DU SOL DàN9 L AI>CC1EÎINE HELIGtQN CBINÛISE 



m 



maux domestiques par excellence, le bœuf, le moutoa et le 
porc \ les Tpt-tt5^ de la Grèce» les suovetaurilia de Rome. 

Dans les sacrifices kiao el ckû^ le dieu céleste était opposé à 
un dieu terrestre. Ce dieu terrestre ne tarde pas à sorlîr des 
étroites limites où il élait enfermé quand il n*était qu'un dieu 
du sol local; étant le corrélatif du Ciel, il devient aussi vaste 
que lui; il finit par englober dans son vaste sein la terre tout 
entière. On se rappelle* que le dieu du sol royal s'appelait 
Beou-fouM prince Terre, elqu*il est d*abord identifié avecun 
personnage masculin, Keou-iomj, fils de Kong-kong. Or nous 
voyons cet ancien dieu du sol se transformer graduellement en 
ane divinité féminine qui n'estautre que la Terre elle-même. 
Dès Tannée 645 avant J,-C., on prend à témoin le Ciel majes- 
tueux et la Terre souveraine : w Votre Altesse marche sur la 
Terre souveraine [Heou-t'ou) et a au-dessus d'elle le Ciel 
majestueux {Hoang-(Hen). Le Ciel majestueux et la Terre 
souveraine ont entendu vos paroles *. >? Un peu plus loîn, le 
prince, qui a prêté ce serment, dit : « Le Ciel et la Terre me 
tiennent engagé \ » Heou-fou est ici le synonyme de (i « la 
Terre » opposée à fien « le Ciel. » 

Dans les dix-neuf byranes qui furent composés sous le 
règne de l'empereur Ou (140-87 av, J.-C.) pour être chantés 
lors des sacrifices dans la banlieue (Aiao), le second est con- 
sacré à la Terre comme le premier l'était au Ciel ; on y in- 
voque « la Souveraine Terre {ffeou-fou) qui est Topulente 
mère** » 

Seou-fou n'est donc plus le petit dieu d'un terri loire borné ; 

1) ^ ##;îra ii ® :^ ^ . Legge.S, B.£„voL XXVII, p. 416, 
%) Cf. p, 128, ligne 20. 

"^ W ^. T^ùlchûan, 15' année du duc lli\ L&gge, C, C., vol. V, p. 168 a. 
4) ^ *ft iSl M ^ ., îhid. 

h) IS jt. S 3iiu ù, TsHm Han ch^Uj cbap. ixrr, p. 8 ?•; cf, Sû-ma T»*ien, 
^"'Ad. fr,. tome lli, p. 614, 

10 



142 



REVUE DE L HISTOIRE DES HËUGïOTfS 



il est devenu la grande mère de tous les êtres ; il est la Terre 
diviaisée. Autrefois, comme le prouvent deux odes du Cke 
^«^^ lorsqu'on sacrifiait au dieu du sol, on faisait en même 
temps des offrandes aux dieux des quatre points cardinaux*, 
car le dieu du sol n'étendait pas au loin son pouvoir. Mais» 
lorsqu^en 113 avant J,-C., on réglementa le sacrifice à la Sou- 
veraine Terre, on éleva cinq autels* correspondant aux quatre 
points cardinaux et au centre et symbolisant Tétendue in- 
finie delà déesse. De même^en 117 avant J.-C, l'investiture 
fut conférée à des seigneurs de la manière suivante : sur 
Tautel de la divinité du sol impérial se trouvaient des terres 
de cinq couleurs correspondant aux quatre points cardinaux 
et au centre ; on prenait une motte de terre de la couleur 
appropriée à la situation du lerritoire érigé en iief ; le nou- 
veau roi la recevait et en faisait son dieu du sol*. La divinité 
du sol impérial renfermait donc en elle toutes les puissances 
de la terre, elle était la Terre personnifiée. 

Cette transformation du dieu terrestre entraîna celle du 
dieu céleste. Dans le sacrifice iiao, le Tien et le Ckany-ti ne 
tardèrent pas à être assimilés l'un à l'autre ^;mais il est facile 
de s'apercevoir qu'ici les attributs naturels du Ciel l'em- 
portent toujours davantage sur les attributs moraux de TEm- 
pereur d'en haut. Bien plus, sous Tinfluence de la doctrine 
des cinq éléments, la personnalité du Chang-li se trouve 



*) 



J5Î $t K( ^ . a*ï king, Swo ya, 6* décade, ode l,—^W^ 



^ . CkÈ hing, Taya, 3» déc&de, ode 4. Legge» C. C, vol. IV, p, 377 @t p, 532. 
3) Se-ma Ts'i>n, Irad* fr,, tome ÎII, p. 475. 

3) Se-rnaTs'ien^ (:hap. lx, et tes ad Jilioîia do Tch'ou CAao-*wen à ce cbapitre. 

4) Le chapitre kiao était propreinent Je sacrifiée au Ciel, coaime le prouve te 
texte de Se-ma Ts'im, (cf, p, 135, n. i) qui l'oppose au sacrifice offert dans le 
Ming fang I TEmpereur d*en haut. Mais, ai noua retrouvons quelques vestiges 
de Tanmenne distinction entre le Ciel et J'Eoapereur d'en haut, il n'en est pas 
moins certam que ces demc divinités ont été très ptomptement confondues l'une 
avec l'autre* Les teitea disent donc mdiiïéremmeûl que t© sacrifice kiao s'adresse 
au Ciel oa qu'il s'adreaie à TEoipereur d'en haut; cf. le chapitre kiao t'o chsnff 
du £.1* AL 



i^^^M 



I 



143 

subdivisée en cinq divinités secondaires* ; les cinq Empereurs 
d'en haut de l'époque des flfl?î remplacent TEmpere tir unique 
de l'antiquité; comme la Terre comprend en elle les quatre 
points cardinaux et le centre, de même le Ciel renferme cinq 
régions à chacune desquelles préside un Empereur d'en 
haut; ces Empereurs d'en haut ne sont que des gardiens de 
l'espace céleste; leur rôle est tout physique; leur personna- 
lité même n'est qu'illusoire et ils sont subordonnés à l'entité 
suprême qui les contienl tous, le Ciel* Ainsi le dualisme na- 
turiste du Ciel et de la Terre devient l'objet du culte suprême 
de l'tUat, Quand Se-ma Ts'ien parle de la religion, il appelle 
ce chapitre le « traité sur les sacrifices fongei chan » parce 
que le sacrifice /ong au Ciel et le sacrifice chan à la Terre lui 
paraissent dominer toutes les autres manireslatîons reli- 
gieuses. La même idée se retrouve dans le chapitre de This- 
loire des Haîi antérieurs qui est intitulé « traité sur les sa* 
crifices /ciao*t>^ car les deux sacrifices MaOj l'un dans la ban- 
lieue duSud^Fautre dans la banlieue du Nord, sont les sa- 
crifices suprêmes au Ciel et à la Terre. Enfin, dans Fencyclo- 

i) Dans Tétat de Win ^FF, qui était autrefois un étal non cbînoia, Jesacri- 
âee kiao Tut célébré dès l'année 756 avant 3.-C., «n Tbona^ur de TEm^ 
pereur blaoc qui était une divinité céleste, d'ordre naturiBle (Se-ma T$*ien^ 
iradp Tr.» tome UI, p. 420); c'est grâce k rinflutipcedepltia en plus grande prise 
paf k royaume de Ts*in dans lesaflaires chinnises que «'élabore révolutic}n qui 
défait subslltuer à rEmper^ur d'an haut, dieu unique, personnel et moral, 
quatre Empereurs d'en baut, divinités du cie] phy&ique (lea Empereurs d^en haut 
des quatre lieux saints de Yong; Se*fr*a Xi*îen, trad. fr,, tome lll, p. 446), Les 
JSbmi qui béritêrenl de Tempire de Ts'iit, systématisèrent cette pluralité de 
dieux en ajoutant tin cinquième Empereur d'en haut (Se-ma Ts*ien, trad. fr., 
lôme lU, p. 440) qui permît de rattacher cette doetrine religieuse a la théorie 
det cinq éléments. 

3) ^F Wu >& , Le Hîctioûnsira de Kang-hi déÛnit le mot XH de la manière 
BUÏVdwUi t fl Au Bolfilice d^hiver, on sacrifie au Ciel dana la banlieue {kiaùj roé- 
ndionaie; au solstice d^été^ on sacrifie à ta Terre dans la banlieue [kiao) septen- 
tnonale; c'est donc pourquoi les aaerificea au Ciel et à la Terre sont appelés 

«ao *kil»iE^«slSsP.„ 



lU 



REVUE DE l'hISTOIRK DES RELIGIONS 



pédie de Ma Toan-lm, les chapitres sur « le sacrifice kiao et 
le sacrifice au dieu du sol' » ont conservé dans leur litre même 
le souvenir que le sacrifice dans la banlieue [kiaô)nB s'adres- 
sait priinitiYement qu*au Ciel, tandis que le sacrifice au dieu 
du sol est celui dont est issu le sacrifice à la Terre. Ces Irois 
titres différents ont un seul ei même sens. 



En résumé^ le dieu du sol nous est apparu comme formani 
l'un des deux termes dans deux couples distincts qui sont : d' une 
pari, le dieu du sol (ou les dieux du sol et des moissons) et Tan- 
cêtre(ou le temple anceslral), cho-isi (mng-mim ; d'autre part, 
le Ciel ou l'Empereur d'en haut, et le dieu du sol, kiao cho. Le 
premier de ces couples est le plus ancien et le plus univer- 
sel ; il n'esl pas de principauté qui ne fonde son existence 
sur ses ancêtres et sur son dieu du sol, et cela est vrai dès les 
temps les plus reculés auxquels nous puissions remonter 
dans l'histoire chinoise, dès cette harangue à Kan qui paraît 
bien nous reporter à une époque antérieure au premier mil- 
lénaire avant notre ère. Au contraire, le sacrifice au dieu du 
sol n'est accouplé au sacrifice au Ciel qu'à partir de la dy- 

1) $%P flti. Wen hien fong k'ao, chap, Linii et buÎv, 
n ne me semble pas qu'il y ail lieu de faire étal du texte du Tchong yong 
dans lequel il est dit que w le sacrifice kiaù et le fiacriflce cho sont ce par quoi 

on honore l'Empereur d'en haut ^.^tt^Mj^rJ^^-t^'tfc. 
PfîBe au pied de la lettre, celte phrase doonerail à entendre que l'auteur du 
Tchong yong aurait cône idéré le eacriflce au dieu céleste et le sacrifice au dieu 
terrestre comme tes manirestations d'un culte suprême adressé k l'Empereur d'en 
bauti Mms cette conception d'un dieu unique, maître du ciel et de la terre, est 
entièrement étrangère aux idées cbinoises antiques; je suis de Tavifl de Tcheng 

K'<ing*tch''eng et de Tchou Hi qui soutiennenl que, après les mute -t *W , 

il faut ajouter les mots /B 31 ; avec cotte addition» le teite devient intelli- 
gible : « Le saertflce kittQ (au dieu céleste) et le sacrifice c/lK>(au dieu terrestre) 
sont ce par quoi on honore Chang-ti (rEmpereur d'en haut) et Hea«-É'ou(la 
Bouferaine Terre) »♦ Cf. Legge^ C. C, vol. I, p. 368, 



LE DÏGU DD SOL ùkm L A?«CIE?rNE REUâlOFf CHmOlSC 



145 



nantie des Tckeou^ k l'usage spécial des souveraiiis de celle 
dynastie qui n'ont consenti à partager ce privilège qu'avec 
les seuls princes de Lon^ 

Entre ces deux couples différenls par leur âge et par leur 
extension, il semble qu*on puisse établir un rapport de filia- 
tion et que le second ne soit que le dérivé du premier. Dans 
le sacrifice kiao^ on confondait en une naêine divinité le Ciel 
et TEmpereur d'en haut, celui-ci ayant autrefois tous les ca- 
ractères d'un hommCf d'un ancêtre ; au débuts le sacrifice 
au Ciel n'était donc que le sacrifice du roi. Fils du Ciel, à 
son ancêtre suprême ; ce sacrifice était l'apanage de la mai- 
son royale parce que le roi seul avait le droit de se dire Fils 
du Ciel, mais au fond ce n'était qu'un hommage à rancôtre 
conçu sous une forme particulière; le sacrifice au Ciel et au 
dieu du sol n'était donc pas différent spécifiquement du sa- 
crifice k Tancêtre et au dieu du sol qui était pratiqué par 
loua les seigneurs, 

iMais, avec les progrès du pouvoir royal, ce culte spécial 
prend peu à peu une importance prédominante ; la religion 
évolue parallèlement à la politique ; le dieu du sol royal, qui 
ii*était d'abord que le premier entre les innombrables dieux 
du sol, étend par degrés son domaine et finit par symboliser 
le territoire entier de l'empire ; c'est ainsi qu'un dieu du sol 
local, Heon-tou.m transrorme et devient la Souveraine Terre. 
D'une manière analogue, le dieu du Ciel perd de plus en plus 
les qualités anthropomorphiques qui permettaient de le con- 
âidôrer comme un Empereur d'en haut, ancêtre lointain des 
souverains d'ici-bas ; il s'élargit à l'égal de la voûte azurée ; 
il se confond avec le CieK Le Ciel et l'Empereur d'en haut, 
qui étaient vraisemblablement autrefois des divinités dis- 
tinctes, se sont combinés l'un avec Tautre, et, dans celle 
union mal assortie, les attributs du Ciel ont empiété toujours 
davantage sur ceux de l'Empereur d'en haut. Le Ciel ma- 
jestueux et la Souveraine Terre, tels sont en fin de compte 
les deux objets du culte royal, puis impérial; un dualisme 
naturiste qui embrasse tout l'univers s'affirme ainsi au mo- 



146 



BEVUIS DE L'EI$TOtK£ DES EHLIGIÛNS 



ment où le Souverain lui-même se prétend le maître du 
monde. 

Cependant, h côlé de ces divinités colossales qui éclipsent 
toutes les autres par leur éclat, continuent à subsister les 
antiques dieux du sol et des moissons et le temple aricestral% 
témoins des croyances les plus invétérées de la race. Us re- 
présentent les sentiments primitifs du laboureur chinois qui» 
dans sa rude lâche journalière, comptait sur l'appui surna- 
turel que pouvaient lui prêter ses ancêtres, comme un en- 
fant se confie en son père, et qui implorait la clémence du 
sol natal pour que des cataclysmes imprévus ne vinssent pas 
ruiner l'espoir de ses jeunes moissons. Ce culte local et fa- 
milial est le substratum le plus profond de la pensée reli- 
gieuse en Chine; rien n'est plus près des origines que le 
dieu du sol et le temple ancesiral. 

Ed. Cn A VANNES. 



1) Bom la dynastie aoluelle» tous les évéoèmenU importants qui cooeernenl 
la famille impériale sont annoncés au Giel, à la Terre, au temple anceatral et 

aux dieux du sûl et des moiBSons ^ flB IK m W 1S8 (cf, Ga^Utî de 
Péking, traduction anglaise» 1872, p. 123; Hoang tch'ao wen Men t*ong A'ao, 
cbap. cïïvt. p, 16 r» ; Hoang tcfi'aQ t'ong (cAe, chap, xlut, p. 10 v», etc.). On 
voit Ja réunia les deui couples kiao cho et eko tsî tsong mîao parce que la fa- 
mille ippèriale se rattache, d'une part, en tant qu'impériale, au Ciel et à la 
Terre, et d'autre part, en tant que famille, h ses ancêtres et à ses dieux beaux. 



COUP D'ŒIL 



SIR L'HISTOIRE Dll ROIIDDHISME kl m^ 

us Nin DE iii K u reiLosoruiE de l'BismitE 

Mémoire lu ea séance de section au Congrès loternaLionat dHJiâtoire 
ûtà% Religions, le 5 septembre i900. 



L'histoire du Bouddhisme au Japon date de Tan 551 après 
J.-C, Elle coniprend donc une période de 1349 ans. 

L^ôlude de Thisloire des doctrines et des temples boud- 
dhistes est très étendue, et est très intéressante pour ceux qui 
s'occupent de l'étude des religions. 

L'influence du Bouddhisme sur la morale et sur la société 
du Japon est très grande; notre littérature et nos beaux-arts 
en fournissent destémoignagesnombreux. On peut comparer 
le Bouddhisme au Christianisme qui a eu beaucoup d^influence 
sur les sociétés et les arts en Europe. 

Nos historiens sont unanimes à reconnaître qu'on ne peut 
guère comprendre que les deux tiers de Thistoire de la civi- 
lisation du Japon si Ton n'étudie pas au préalable l'histoire du 
Bouddhisme. 

Il y a quarante ans déjà que le Japon ouvrit ses ports au 
commerce étranger, mais il est à croire que si nous ne nous 
étions pas occupés de la culture spirituelle^ nous n'aurions 
probablement pas pu comprendre la civilisation européenne. 
Si celte idée est juste, il faut dire que nous le devons au 
Bouddhisme. 

11 est impossible de détailler toute l'histoire du Bouddhisme 
japonais dans ce discours, et ce n*esl pas non plus mon in- 
tenlion. Cependant, si nous jetons un coup d œil au point de 



14R 



BEVIIÈ DE L HISTOIRE DES RFXIGIOSS 



Yue philosophique sur Thistoire du Bouddhisme japonais qui 
dure depuis si loDgtemps^ nous voyons que celle religion ne 
manque ni de goût ni d'unité, maisqu*au contraire elle forme 
un même tout uni comme les veines du corps ôu les anneaux 
d'une chaîne. En un mot, mon intention est d'expliquer ici 
que r histoire du Bouddhisme du Japon est une histoire vi- 
vante, une véritable évolution et une manifestation psycho- 
logique de Tidée religieuse dans le monde. 

Je ne m'occuperai pas maintenant de savoir si la philoso- 
phie de rbistoire existe ou non, mais permettez-moi cepen- 
dant de présumer Texistence de cette théorie, afin de pouvoir 
avancer mon argument. 

Je crois, en principe, que l'univers et Tindividu sont iden- 
tiques, et que leur seule différence n'est qu*une relation de 
macrocosmes et de microcosmes, parce que l'histoire de 
la longue durée de l'univers et celle de la vie courte de Tin- 
dividu présentent les mômes phénomènes dans leurs dévelop- 
pements* 

C'est ainsi que la grande aiguille d'une horloge se meut de 
la même façon que la petite aiguille, mais qu*il faut plusieurs 
tours de celle-là pour produire un seul tour de celle ci* 

La même raison nous permet de comparer toute une pé- 
riode de l'histoire de Funivers avec la vie d'un individu. 

Herder compare quelque part l'époque de l'Orient ancien à 
la naissance, celle de l'Egypte à l'enfance, celle delà Grèce 
à la jeunesse, celle de Rome k la virilité, et celle de la Chré- 
tienté à la vieillesse. Bien que cette comparaison soit un peu 
arbitraire et contournée, je la trouve très convenable pour 
bien faire voir l'esprit à toute époque de l'univers. 

Je classerai les différentes époques de rhistoire du Boud- 
dhisme japonais comme il suit, et pour chacune d*elles, je 
donnerai les divers changements et les singularités qui la 
caractérisent : 



Époque de Tenfance = Époque de Nara. 
Époque de la jeunesse = Époque de Heian 




COUP O'CEIL SUR LHISTOtRE DU BOUDDHISME âO J4P0N i57 

^goonou Commandeur en chef héréditaire j il reconnut absolu- 
leiit que la religion est une chose nécessaire à radministra* 
tîon d*un pays; il affermi l alors les fondements des temples, 
compléta le système des paroisses en leur donnant sa protec- 
iion^ et on peut à ce point de vue le comparer très Justenaeol 
à Cbarlemagne qui établit solidement les bases dti Christia- 
nisme en Europe. 

léyasou et ses sucesseurs firent comme Charlemagne qui 
I respectait la religion et mit toute son énergie à ia propager 
et qui, pour les protéger, plaça tous les temples sous sa puis- 
sance pûlilique. 

Les Shogouns protégèrent généreusement les temples, les 
placèrent sous leur puissance politique et s'attachèrent à 
faire aimer les prêtres de la nation. 

Le résultat fut celui-ci : c'est qu'il fut impossible de trouver 
Il un seul endroit dépourvu de temple et de trouver un homme 

I n'appartenant pas à une secte quelconque de la religion. 
K Le Bouddhisme de cette époque eut alors beaucoup de rcs> 
^uemblance avec le système paroissial de l'fiuropc au moyen 
Vnige dont l'organisation des ordres était si remarquable. Lais- 

II sez-moi citer à présent quelques exemples frappants deTétat 
du Bouddhisme à cette époque. 

' Il était de règle, pour les prêtres, de prêter chaque année 

devant leurs paroissiens, un serment religieux (contre les 
religions étrangères); un prêtre émettant une opinion étran- 
gère à la religion ou ayant eu une mauvaise conduite était 

! puni parla loi, 

I Chaque secte possédait un séminaire pour Tinstruclion 

des jeunes prêtres* 

Quand une chose est organisée d'une façon complète au 
point de vue matériel, elle reste d'abord stalîonnaire, perd 
ensuite un peu de sa force et toute activité cesse bientôt en- 
tièrement. Pendant que les prêtres qui habitaient tranquille- 
ment leurs temples s'occupaient à étudier et à conserver leurs 
livres sacrés, les paroissiens perdaient peu h peu la foi vive 
et n'assistèrent plus qu'aux cérémonies. 

11 



150 



REVOE DE LBISTOIBE DES RELIGIOT^S 



se fait très rapidemenL; dô même^ dès TintroduclioD du 
Bouddhisme dans noire pays, on vit plusieurs temples im- 
menses, qui sont le corps de la religion, se conslruire dans 
la ville de Nara, et Ton vit également un grand nombre de 
personnes se faire prêtres et religieuses et obtenir raulori- 
salion d'habiter dans ces temples dont dépendaient tous les 
antres temples bouddhistes du Japon. | 

Mais comme nous ne pouvons nous-mêmes concevoir nos 
idées pendant notre enfance, nos bouddhistes de cette épo- 
que primitive reçurent, eux aussi, les doctrines religieuses de 
plusieurs prêtres étrangers zélés, et érudits, Yéikwan, Oôshô, 
Kanjin^ qui vinrent de la Corée et de la Chine en courant 
beaucoup de risques. 

Comme Tenfant est iraitatif, nos premiers bouddhistes 
adoptèrent les théories des sectes étrangères sans aucune 
espèce de modification, de sorte qu'il n*y eut aucune origi- 
nalité à cette époque-là. 

Comme Fenfant est d'un caractère volage et que son atten- 
tion ne reste pas fixe, nos bouddhistes primitifs n*adhérè- 
rent pas à une secte en particulier; ils introduisirent libre- 1 
ment plusieurs nouvelles sectes de la Chine, de sorte que 
dès le début il y en eut six différentes : celles de Hosso, 
Sanron, Kusha, Jojitsou, Ritsou, et Régon. 

11 est à remarquer que, dans l'enfance, on considère comme 
plus important le développement des cinq sens que celui de 
la réflexion mentale ; de même, les bouddhistes de Tépoque 
primitive furent plus respectueux des prières et du rituel que 
de la méditation et de la solitude, et c'est pourquoi, dès cette 
époque, les charités publique et privée sont déjà bien déve- 
loppées au Japon. 

On peut donner un bon exemple de ce phénomème en 
citant rhistoire du vaste temple de Shi-ten-no-dji (littérale- 
ment temple des quatre régents) que le Prince Shotokou 
établit l'an 587 après J.-C* 

Ce temple n'était pas seulement un grand édifice; en effet, 
il se composait de quatre sections : orphelinat, hôpital, phar- 



COUP D*(EIL SUS L'ttlSTOtRE DD BODDDHtSMB AU JAPON 15! 

macie gratuite et chapelle , et lout ce grand système fut créé 
par le Prince Sholokou, Il est donc plutôt étonnant de trouver 
un femple aussi complet à une époque aussi ancienne, 

Lfo peu plus tard, Tempereur Shomou, qui était un fervent 
du Bouddhisme, établit un temple h la lête de chaque pro- 
viaco de son royaume et introduisit ainsi l'origine du système 
paroissial du Bouddhisme. La reine Komyo était également 
une grande dévote du Bouddha el une personne très chari- 
table , On dit que pour remercier le Bouddha des faveurs qu'il 
lui a^^vail accordées, elle donnait gratuitement tous les jours 
un t>«iin à un grand nombre de pauvres et qu'elle nettoyait 
eile— x^ième leurs corps avec l'aide de ses subordonnées. 

f>«3£ celte façon la fondation du Bouddhisme japonais fut 
fait^ par des mains impériales» el ses doctrines se propa- 
gera :Kit rapidement dans tout l'Empire. 



n 

ÉPOQUE DE LA JEUNESSE 

Ê/jogue (i'Hekm (798-1178 après J.-C.)- 

•^cour impériale de Nara avait laissé se développer plu- 
sieva^rs espèces de pratiques corrompues, el en même temps 
1^ ^iouddhisme de Nara était également altéré, car il y avait 
be^^^jeoup de gens se conduisant contrairement au principe 
^^ la religion. 

Iw'empereur Kammou proposa la réforme de la cour impé- 

•^i^ie et avec son grand talent^ l'an 794 après J,-C., il trans- 

P^^ï^tailsa capitale à Kyoto (Heian), L'Empereur, qui prenait 

ioia JQurg figg décisions excellentes , voulut que le Bouddhisme 

tûl- réformé el semblable, en théorie, à celui professé à la 

te* Ur impériale. Un prêtre d'un grand talent el d*une science 

çï'ofoQfje^ nommé Dengio^ opéra la réforme des temples 

bouddhistes et fut aidé par rEmpereur dans celle œuvre de 



im 



HEVITE DE L HISTOIRE DES RELIGIONS 



réforme. Après un séjour en Chine où il était allé étudier la 
religion de Bouddha, il revint au Japon, fit reconnaître la i 
secte de Tendai et fonda le temple d'Enrîakouji au sommet 
de la montagne de Hiei, Tan 798 après J ,-C. , et en fit le centre j 
de tous les temples bouddhistes du Japon, 1 

11 y eut aussi un autre prêlre nommé Koukai(Kôbô-daishij 
aussi cultivé et aussi intelligent que Dengio. Pendant sa jeu- 
nesse, il avait parcouru tout le Japon ; plus tard, il était allé 
en Chine pour compléter ses études et, quand en il en revint, _ 
il fit à son tour reconnaîlre la secte de Shingon. ■ 

Il fonda le temple de Rongoji, sur la montagne de Koya, 
Tan 816 et il en fit le centre de tous les autres temples du 
Japon. Ce temple fut construit dans les mômes proportions 
et les mêmes dimensions que celui d*Enriakoujî et les rela- 
tions de Koukai avec l'Empereur Saga furent aussi intimes 
que celles de Dengio avec Tempereur Kammou, 

De cette façon^ le Bouddhisme japonais dont le centre était 
Nara, subit une tranformation complète, et il y eut dès lors 
deux grands sectes, Tendai et Shîngon, dont les temples 
situés sur les monts Hieî et Koya devinrent les métropoles 
chargées de contrôler tous les autres temples du Japon. 

Laissez-moi à présent expliquer pourquoi nous comparons 
le Bouddhisme de cette époque à la jeunesse et citer quelques 
singularités. 

Quand nous arrivons à Vàge de la jeunesse» notre esprit 
devient vigoureux et est capable d'acquérir des connais- 
sances. 

H en fut ainsi des bouddhistes d'alors. Par exemple, ils ne 
se contentèrent pas de suivre les leçons des prêtres coréens 
ou chinois comme à Tépoque de Nara, mais voyagèrent tout 
de suite à travers le Japon ; quelques-uns d*entre eux allèrent ■ 
même jusqu'en Chine pour compléter leurs connaissances, 1 
et à cette époque, ce voyage ne se faisait qu'avec beaucoup 
de dangers. j 

Le prince impérial Shînnio, lui aussi, fit le voyage de Chine 
pour y rechercher certains documents inconnus au Japon, 







COUP D'œIL sur LillSTOlRE DU BOUDûnîSHE AU JAPON !5T 

^goun ou Commandeur en chef héréditaire, ilreconnut absolu- 
ment que la religion est une chose nécessaire à l'administra- 
Ilion d'un pays; il affermit alors les fondements des temples^ 
compléta le système des paroisses ea leur donnant sa protec- 
lion, et on peut à ce point de vue le comparer très justement 
à Charlemagne qui établit solidement les bases du Christia- 
nisme en Europe, 
léyasou et ses sucesseurs firent comme Charlemagne qui 
respectait la religion et mit toute son énergie à la propager 
elquî, pour les protéger, plaça tous les temples sous sa puis- 
sance politique. 

Les Shogouns protégèrent généreusement les temples, les 
placèrent sous leur puissance politique et s'attachèrent à 
faire aimer les prêtres de la nation. 

Le résultat fut celui-ci : c'est qu'il fui impossible de trouver 
nn seul endroit dépourvu de temple et de trourerun homme 
n'appartenant pas à une secte quelconque de la religion. 
H Le Bouddhisme de cette époque eut alors beaucoup de res- 
1^ semblance avec le système paroissial de TEurope au moyen 
âge dont l'organisation des ordres était si remarquable. Lais- 
^est-moi citer à présent quelques exemples frappants deTétat 
du Bouddhisme à cette époque, 
^ H était de règle, pour les prêtres, de prêter chaque année 
^devant leurs paroissiens, un serment religieux (contre les 
religions étrangères); un prêtre émettant une opinion étran- 
gère à la religion ou ayant eu une mauvaise conduite était 
puni parla loi. 

Chaque secte possédait un séminaire pour Tinslruction 
L des jeunes prêtres. 

B Quand une chose est organisée d'une façon complète aa 
point de vue matériel, elle reste d'abord slatîonnaîre, perd 
ensuite un peu de sa Torce et toute activité cesse bientôt en- 
tièremenL Pendant que les prêtres qui habitaient tranquille- 
ment leurs temples s'occupaient à étudier et à conserver leurs 
livres sacrés, les paroissiens perdaient peu à peu la foi vive 
et n'assistèrent plus qu'aux cérémonies. 

11 



154 



REVUS DE L niSTOltlË DES RELIGIONS 



Tout guerrier appartenait h l'un ou à TaulrG. Les deux fa- 
milles lullèreut en se mainlenaul debout face à face, et pen- 
dant que l*une, toute paissante à la cour impériale, occu- 
pait le pouvoir, Taulre était poursuivie, et obligée ainsi à 
continuer la lutte. 

Aussi la vie devint-elle dure et triste ; dans Tatmosphère 
régnait un esprit de pessimisme, et Fod peut comparer 
cette époque avec celle qui précéda la Réforme delà religion 
en Europe et pendant laquelle Ton vil la j^uerre, la peste et 
autres calamités se répandre. Comme en Europe le pessi- 
misme inspira « La Danse macabre » (ce nom, paraît-il, ve- 
nant de ce que les artistes représentaient des images deA 
squelettes dansant), de même aussi^ la littérature japonaise 
de ce temps fui absolument pessimiste. J 

Dans une époque aussi troublée il était nécessaire del 
guérir le pessimisme par la force de la religion, mais la reli- 
gion elle-même était assimilée à l'esprit de Tépoque, el 
parmi les prêtres des temples de Hieizan et de Koya, il y en 
eut qui composésenl une troupe militaire et qui prirent part 
aux guerres civiles. Tout le monde tomba de plus en plus 
profondément dans la dépression, et il devenait indispen- 
sable, pour se sauver^ de découvrir une nouvelle lumière^ 
religieuse. " 

Depuis les temps les plus anciens, on remarque que loul 
religieux, avant de trouver le salut dans la religion, subit 
une dépression mentale- Bouddha accomplit de rigoureuses 
pénitences pendant douze ans, et quand il fit sa dernière 
méditation sous l'arbre de Bodhi (le Fkm religiom, arbre 
sacré des Bouddhistes)^ il ftit assailli par un démon ; Jésus- 
Christ pendant longtemps erra dans un désert conduit par 
Satan, et Mahomet eut le cœur si troublé qu'il devint presque 
fou. La société du Japon se trouvait alors dans la dépres- 
sion, mais^ à partir du jour où Minamoto Yorilomo fonda le 
Shogounat, dans la ville de Ramakoura, Tan 1 186 après J.-C, 
cet étal de dépression disparut et fut remplacé par une nou- 
?elle religion d'une grande perfection et s appropriant bien 



I 



COUP dWl SDR L*niSTOIBB DU BOUDDHISMÏ kV JAPON 1S5 

tux sociétés. C'est pourquoi nous appelons cette époque, 
Tépoque de la virilité. 

C'est à Tâ^e de virilité, c'est-à-dire de trente à quarante 
ans que notre âme est le plus forte et le plus exempte de 
doutes \ CVst à trente ans que Gautamâ Bouddha arriva à la 
dignité de Bouddtia ; J6sus-Christ commença sa prédication 
à l'âge de trente ans ; Luther, Calvin et Loyola avaient éga- 
lement de trente à quarante ans quand ils commencèrent à 
propager leurs doctrines *. 

Notre Bouddhisme arrivait justement à Tépoquc de sa viri- 
lité, âge où notre intellect, notre sentiment et notre volonté 
sont parfaitement développés et où nous pouvons découvrir 
le secret du cœur humain V 



'^ 



i) La secte de Hlnzai Fondée par Yetsai (1191) et Ea secte de Sodo, fondée 
par Doghin (1227) nous sont une preuve que l'intellect est déjà aussi parfaite- 
meuLmûrque possible et qu'il est arrivé à la hauteur de TiotuitioD* 

2} La eecte de Jodo, fondée par Gbinkoii (1174} et. la secte de Shin, fondée 
par Shinran (1220) nous sont une preuve que le B«ntimenl est déjà mûr tï par- 
faitetnent, qu'on a confiance dans la miséncorde du Bouddha, tout comme les 
chrétien» ont l'amour de leur Dieu. 11 est à remarquer que Shinran abolit la 
distinction qui existait entr6 ies laïques et les ecclésiastiques^ et permit aui 
prêtres de se marier et de faire usage de viande , afin d'enrayer la tendance 
qu'on avait alors pour risolament. C'est d'ailleurs ce que fit Luther lors de &a 
réforaie. 

3J La secte de Nitcbiren fondée par Nitchiren (1261) nous est une preuve que 
la volonté était arrivée à la hauLeur de la force et du courage. On ne peut pas, 
en eîTet, trouver dans les sectes du Bouddhisme une autre secte cotDine celle-là 
<|ui résista à plusieurs persêculions et qui ne consentit à se soucnetlreà aucune 
oppression. Depuis, nous eûmes à enregistrer le nom d'un grand nombre de 
martyrs, dont la plupart provinrent de cette secte. 

Le Bouddhisme japonais était donc complet à cette époque : il possédait Tin- 
t«lle«tt le lentiment et la volonté parvenus à leur maturité. Je n 'hésite pas à 
dire très catégoriquement que notre Bouddhisme était alors la plus complète de 
toutes les religions du monde, et je serais bien heureui de voir cette question 
étudiée par ceux qui s'intéressent à l'étude des religions. 




136 



REVUE DE LnlSTOIRE DES RELIGIONS 



I 



IV 

éPOQDË DE LA MATURITÉ 

Èpor/ue des guerres civiles 
(1332-1602). 

Depuis l'époque de Kamakoura il ne se forma daus ii 
Bouddhisme aucune autre nouvelle secte. Mais de même qu'à 
l'âge de la maturité (de 40 à 50 ans) Ton essaie de conserver 
les forces que Ton a acquises, dos bouddhistes s'occupèrent 
de propager et de développer les doctrines fondées et établies 
et de solidifier les bases de leurs temples. Donc, à cette épo- 
que, nous avions un grand nombre de prêtres excellents 
dans chaque secte établie h Tépoque de lleian et de Kama- 
koura, et ceux-ci se distinguèrent par leur mode de propa- 
gande. 

Nous pouvons citer quelques prêtres qui eurent un grand 
renom, tels que Shinjo dans la secte de Tendais Bouzan dans 
celle de Shingon, Ikkyou dans ceile de Rinzai et Rennio 
dans celle de Shin. Ce dernier (Rennio) surtout était un pro- 
pagateur zélé sans rival qui fonda le temple de Hongwanji qui 
est certainement de tous les temples bouddhistes le plus fa- ^ 
meux et le plus prospère, H 

Ce fut grâce aux prêtres que, pendant les troubles des" 
guerres civiles, la littérature ne fut pas perdue, et ce fut par 
leur courage el leurtravail que Téducation put être complétée. 
On peut dire qu'à cette époque l'esprit religieux travaillait et 
se faisait sentir très vivement dans toute la société du Japon, 



I 



ÉPOQUE DE LA VIEILLESSE 

Epoque (fe Tokotigawa 

(1602-1867). 

L*an i6O0 après J.-C, quand Tokougawa léyasou soumit 
tous les daimios ou princes du Japon et prit le titre de Sho- 



COUP D ŒIL Sun L HTSTOIRB DU BOUDDHISME AU JAPON 



15Ï 



fgounou CommaDdeur en chef héréditaire^ il reconnut absolu- 
lent que la religion est une chose nécessaire à radministra- 
lîon d'un pays; il affermit alors les fondements des temples, 
compléta le système des paroisses en leur donnant sa protec- 
tion, et on peut à ce point de vue le comparer très justement 
h Cbarlemagne qui établit solidement les bases du Christia* 
Luisme en Europe. 

H léyason et ses sucesseurs firent comme Cbarlemagne qui 
Hraspectait la religion et mit toute son énergie à la propager 
^ et qui, pour les protéger, plaça tous les temples sous sa puis* 
j sance politique. 

Les Shogouns protégèrent généreusement les temples, les 
placèrent sous leur puissance politique et s'atlacbèrent à 
Il faire aimer les prêtres de la nation. 

Le résultat fut celui-ci : c'est qu'il fut impossible de trouver 
UQ seul endroit dépourvu de temple et de trouver un homme 
^ n'appartenant pas à une secte quelconque de la religion, 
H Le Bouddhisme de cette époque eut alors beaucoup de rcs- 
^uemblance avec le système paroissial de l'Europe au moyen 
"ige dont l'organisation des ordres était si remarquable, Lais- 
I âez-mot citer à présent quelques exemples frappants deTétat 
I du Bouddhisme à cette époque. 

i 11 élail de règle, pour les prêtres, de prêter chaque année 

devant leurs paroissiens, un serment religieux (contre les 
religions étrangères); un prêtre émettant une opinion étran- 
gère à la religion ou ayant eu une mauvaise conduite était 
puni par la loi. 
I Chaque secte possédait un séminaire pour rinstruction 

L des jeunes prêtres. 

H Quand une chose est organisée d'une façon complète au 
H point de vue matériel, elle reste d'abord stationnaire, perd 
' ensuite un peu de sa force et toute activité cesse bientôt en- 
tièrement. Pendant que les prêtres qui habitaient tranquille- 
ment leurs temples s'occupaient à étudier et à conserver leurs 
livres sacrés, les paroissiens perdaient peu à peu la foi vive 
et n'assistèrent plus qu'aux cérémonies, 

11 



158 



REVUE DE L BISTCMhË DES RRLtatOHS 



L'élat du Bouddhisme ressemble étrangement alors à l'étal 
religieux de TEurope pendant le moyen âge, et c'est pour- 
quoi nous appelions l'époque de Tokougawa l'époque de la 
vieillesse. 



VI 



L£ BOUDDHISME DEPUIS 



LA RESTAURATION 
AVEN m. 



DE 1868 ET SON 



Un grand mouvement se produisit lors de la Restauration 
de 1868 ; toutes les sociétés du Japon se réveillëreut de leur 
sommeil léthargique; Pair stagnant qui régnait fut renou- 
velé et la religion sortit comme d'un long rêve. Il faut remar- 
quer que la Restauration de 1868 fut critiquée en politique 
par ceux qui n'étaient pas partisans du mouvement étranger; 
elle était cependant le résultat d'une bonne politique qui 
voulait ouvrir le Japon au commerce international, et se 
lancer dans la voie de la civilisation. 

Le même résultai se produisit en ce qui concerne notre 
religion. 

Au commencement de la Restauralion, le Bouddhisme eut 
à soutenir la lutte contre le principe anti-étranger (car le 
Bouddhisme est d'origine étrangère), mai s aujourd'hui règne 
un grand esprit de rénovation du Bouddhisme, 

Quelques détails sur celte question ne seront pas inutiles. 
Au moment de la Restauration, le Bouddhisme fut, pour ainsi 
dire, renversé parle Shintoïsme et il semblait que cette der- 
nière religion fût devenue la maîtresse. Mais, en 1875, le 
Bouddhisme sortait de Tétat précaire où il se trouvait et dé- 
veloppait de plus en plus sa puissance et son indépendance. 

Depuis la Restauration, divers missionnaires chrétiens 
vinrent pour propager le Christianisme > mais leur influence 
fut plutôt faible, n'eut que peu de succès et leurs efforts ne 
servirent guère qu'à activer davantage la renaissance du 
Bouddhisme. 






I 



COUP ÙŒtL SOR L^mBTOÎRE DU BOUDDHfSME AU JAPON 159 

En 1883, Tassociation des bouddhistes deviul autonome ; 
en 1889, notre gouvernement par la Constitution nous ga- 
nantit la liberté de la foi religieuse; 1& même année (188^), 
le gouvernement présenta à la Chambre des Pairs une loi 
coneernaat la religion pour fixer la position légale des sectes 
et des tenaples, mais maltieureusement cette loi, par suite de 
son imperfection^ ne put pas passer. Depuis la Restauration 
les études du sanscrit, du Bouddhisme^ de Thistoire du 
Bouddhisme, de la science et de la philosophie des religions 
et des lois sacrées, deviennent très en faveur, et nous voyons 
aujourd'hui une tendance très accentuée à revivifier la 
croyance et la foi. L'Association des Jeunes Bouddhistes du 
Japon projette de réunir les jeunes gens pour faciliter leurs 
études, TAlliance des Bouddhistes japonais projette elle 
aussi la réunion des paroissiens des difTérentes sectes, et 
nous avons commencé enfin à faire de la propagande k Té- 
tranger ; nous sommes encouragés de plus en plus chaque jour 
dan^s cette poursuite charitable en même temps que sociale. 

Telle est la situation actuelle de notre Bouddhisme. 

L'histoire suit toujours la même route. 

Quand un aïeul termine sa vie^ son petit-fils la commence; 
de même, l'époque de Tokougawa ou époque de la vieillesse 
du Bouddhisme se termine au moment où la seconde phase, 
autrement dit, la deuxième enfance de cette religion recom- 
mence. Le XX' siècle sera sûrement l'époque de la renais- 
sance du Bouddhisme japonais; mais il faut que notre 
nouvelle enfance se Joue sur le théâtre international ou 
universel, 

I Je crois que ce coup d'œil jeté sur les changements du 
Bouddhisme dans notre histoire nationale aura une heureuse 
influence dans l'avenir. Nous voyons prospérer avec plaisir, 
en Europe, l'étude des religions, Tétude du sanscrit et celle 
du Bouddhisme. Nous sommes très reconnaissants de cons- 
tater le résultat de ces études, mais nous avons encore 
quelque chose à demander aux personnes que ces études 
intéressent. 




im 



KBVUE BE L HISTOIRE DES EfiLIGlOIfS 



Toutes les sectes du Bouddhismo japonais furent fondées 
sur la doctrine du Mahâyâna (doclrine qui consiste à arriver 
au but en considérant la non-existence de chaque chose) ; 
cette religion demande une croyance très vive ; c'est une 
religion pratique ; elle répond au caractère de noire nation 
depuis 1350 anS| et aujourd'hui elle est répandue dans une 
population de quarante millions d'habitants, 

La philosophie qu'elle enseigne, le dévouement qui la 
caractérise et le grand nombre de ses adhérents démontrent 
son importance. 

Nous croyons, qu'il est de notre devoir d'attirer l'attention 
du public sur cette religion et nous prions ceux qui s*inlé- 
ressent aux sciences religieuses de ne point en négliger 
l'élude. 

N'étudiez pas notre Bouddhisme comme une ancienne 
religion et dans le seul but de satisfaire votre curiosité ; 
mais éludiez-le comme une religion vivante, comme une 
religion d'aujourd^hui même et, puisque nous sommes dans 
la seconde enfance de cette religion universelle du xx* siècle, 
aimez-la comme on aime un si jeune enfant, nous vous en 
serons reconnaissants, pour le bonheur de rhumanité et la 
manifestation de la vérité. 

J, TcUfCADZOMl', 



1) Nok d€ la Réiiacimn: M. Tchicadzumi est directeur de I'As^ocîaLîoii des 
Jaunes Bouddhistes du jApon. II repré^GoUit au Congrès le letnple de Higashi 
Hongwanji. 




L'ETAT ACTUEL 

DU BOUDDHISME JAPONAIS 



Mémoire lu en séance do section au Congrès intemalioiiat d'Histoire 
des Religions, le 4 septembre 1900. 




simple nol6 n'a poor but que de présenter les points 
essentiels de l'état actuel du Bouddhisme japonais. 

On divise l'histoire de notre religion depuis son introduc- 
tion de Corée au Japon en l'an 551 de l'ère chrétieone jusqu^à 
DOS jours en cinq périodes, et c'est de cette cinquième pé- 
riode commençaût avec noire ère de Meijî^ c*est-à-dire avec 
nolrerestauration que je désire, Messieurs, vous dire quelques 
mots. Cette période n'embrasse encore qu'un espace de 
trente-trois ans. A la fin du règne de Tokougawa, des parti- 
sans du Shinloïsme et du Confucéisme mirent en avant l'idée 
du relèvement de la souveraineté impériale, alors que l'amiral 
américain Perry venait nous demander d'entrer en relations 
commerciales. Ce fut là le motif du renversement du gouver- 
nement Shogounal et Tempereur recouvrait ainsi sa souve- 
raineté dont depuis trois cents ans l'avait dépouillé la famille 
Tokouga^va, Une grande révolution s'accomplit alors chez 
nous : tout est changé et le Bouddhisme lui aussi est fortement 
atteint. 

Au temps des Shogouns le Bouddhisme exerçait pour 
ainsi dire le monopole de la religion : toute autre était 
prohibée; shintoïstes et confucéisles sans aucune excep- 
tion de personnes^ étaient sous la dépendance et à la 
merci des bouddhistes. Les prêtres bouddhiques alors 
s'habillent bien, se nourrissent et se logent de même; le 



162 



BlYm m t HISTOIBB DUS HELIGIONS 



i 



monde les reçoit avec respect, leurs sectes rivaliseDl les 
unes avec les autres pour les dignités el la magnificence de i 
leurs temples^ mais ils ne fenf guère rien pour la propagation ■ 
de leur doctrine. Jaloux de la position prépondérante et du 
luxe des prêtres bouddhiques et prévoyant le relèvement de 
la souveraineté du Mikado^ les shintoïstes et les confucéistes 
ouvrirent la lutte contre le Bouddhisme, Le respect envers la 
maison impériale el le mépris de IMtranger firent attaquer lefl 
Bouddhisme et même le Confucéisme comme étant des dogmes 
étrangers. Dès que notre empereur eut ressaisi le pouvoir en J 
1867, il rendait un arrêt qui séparait et affranchissait le Shin-B 
toïsme du Bouddhisme et il interdisait aux prêtres bouddhi- 
ques le ministère shintoïque qu'ils pouvaient avant exercer 
concurremment, leur ordonnant, s'ils voulaient se consacrer 
au culte de Shinto, de se faire laïqueS| et il faisait égalemenl 
reprendre l'habit laïque aux princes devenus prêtres. Le gou 
vernement de Meiji établissait en même temps au-dessus des 
huit ministères un bureau appelé Shingui Rwan ou bureau du 
Shintoïsme; après quoi il créait des missionnaires officiels j 
chargés de propager le Shintoïsme. L'an 3 de Tère du Meijîfl 
(1870), le Mikado décrétait un nouveau régime sur la religion 
el la politique: la nouvelle église prenait le nom de Grande 
Doctrine et les missionnaires officiels recevaient le titre de 
docteur el étaient répartis en cinq classes, les préfets et secré- 
taires des départements étant pris parmi eux. Un laïque 
désirail-il propager le dogme de Shinto suivant ses facultés, 
il se voyait aussitôt nommé secrétaire ou sou s-secré taire, ce^ 
qui était parfaitement déraisonnable, V 

En 1871,1e Shingui ou bureau de Dieu est élevé au rang 
de ministère et les relations entre le Bouddhisme et te gou-fl 
vernement sont entièrement rompues : le sanctuaire de la™ 
maison impériale est fermé, la fête bouddhique de l'empe- 
reur supprimée et la statue de Bouddha de Téglise impériale 
transportée dans un autre temple hors de la résidence sou- 
veraine. Non seulement alors tous les litres honorifiques 
appartenant aux temples bouddhiques sont prohibés, mais 



l'tTAT ACTCEL DD BOUDDHISME JAPONAIS 



163 



! 



I 



aussi Us voient leurs biens fonciers confisqués par le gouver- 
nement. Chose assez curieuse à noter, tous les bonzes s'in- 
clinèrent sans une velléité de résistance devant ces ordres, 
et pourtant quelle juste raison pouvait-on invoquer pour 
mettre ainsi la main sur ces propriétés foncières? Aucune 
assurément. 

En 1872, le gouvernement retirait aux prêtres bouddhistes 
lotis leurs litres hiérarchiques et pour les mieux faire rentrer 
dans les rangs de la société, ils durent abandonner leurs 
noms de religion et reprendre celui de leur famille. Le dé- 
cret abolissait aussi la prescription religieuse établie dans 
toutes les sectes, excepté celle de Shin Shù, interdisant aux 
prêtres de se marier et de manger du poisson et de la 
viande. On ferme tous les temples sans Odèles ni prêtre ti- 
tulaire, sauf les métropolitains, et l'on défend aux bonzes 
formellement de quêter. 

En 1874, la crémation qui depuis l'introduction du Boud- 
dhisme au Japon était entrée dans les habitudes , est sup- 
primée et dans tous les départements un grand nombre de 
temples sont détruits sans motif par les partis anti-boud- 
dhistes. Comme raison de Tinterdiction de la crémation, on 
invoquait Thumanité ; un prêtre répondit courageusement 
qu'en se plaçant à ce point de vue, l'inhumation était tout 
mussi inhumaine. En Europe, quand reparut la crémation, 
réglise allégua qne c'était détruire des corps qui devaient 
ressusciter au jour du Jugement Dernier, 

A la même époque les bonzes et leurs égUses se virent 
placés sous raulorilé du bureau des temples ressorlîssant au 
ministère du peuple où ne se rencontrait aucune influence 
bouddhique. Toutefois la propagation de la Grande Doctrine 
n'avançait pas et Tintenlion de composer des livres saints 
échouait également. Dans le but de donner un essor à celte 
propagation sans s'occuper des cérémonies, le bureau de 
Dieu fut alors remplacé parle ministère du Culte, qui rédigea 
comme programme de renseignement de la foi que devait 
suivre le peuple les trois articles suivants : 



164 



KEVOK DE L HISTOIRE DES HELIGIQTTS 



!• Développer Tidée du respect des dieux et celU du pa- 
triotisme ; 

2* Expliquer la lui de la nature et la morale; 

3° Servir Tempereur et obéir à ses ordres. 

Le gouvernement nommait un chef des missionnaires orfi- 
ciels dang chaque sactc du Bouddhisme et du Shintoïsme et 
cetle môme année les diverses sectes bouddhiques lui deman- 
daient de fonder un établissement d'enseignement où le Shin- 
toïsme et le Bouddhisme pussent l'un et l'autre propager les 
trois articles gouvernementaux et où chaque secte pût former 
ses ministres ; le gouvernement acquiesça à cette demande. 
A condition de ne pas contrevenir aux trois articles précités, 
toutes les sectes bouddhiques purent répandre leur doctrine 
librement* U arriva que des gens sans aucune connaissance 
du Bouddhisme ou du Shintoïsme furent faits missionnaires 
officiels; on vil les prêtres bouddhistes eux-mêmes prendre 
des vêtements laïques et ne propager parfois que les trois 
articles ofriciels. Alors, la doctrine propre du Bouddhisme 
tomba. 

II y a quelques années la secte du Nishi-Hongwanji envoya 
quelques personnes en Europe où elles se rendirent compte 
de Télat des religions dans la société, A leur retour au Ja- 
pon, un prêtre du nom de Shimaxt proposa de séparer le 
Bouddhisme du Shintoïsme et s'éleva contre la politique reli- 
gieuse du gouvernemenl. Celui-ci ferma alors rétablissement 
de l'enseignement des trois articles^ le ministère des Cultes 
était en môme temps supprimé et les affaires ecclésiasliqueâ 
étaient remises au bureau bouddhique et shintoïste du minis- 
tère de l'Intérieur. 

En 1884, le gouvernement supprimait l'institution des 
missionnaires officiels bouddhiques et shintoïstes et il con- 
fiait aux chefs des sectes des deux cultes remplissant les 
conditions requises la nomination et la direction des mis- 
sionnaires particuliers. 

En 1889, un article de la nouvelle constitution proclamait 
la tolérance religieuse ; alors le Christianisme prit de Tessor 



l'état actuel du bouddhisme japonais 



165 



dans la société japonaise, les trois cultes bouddhique, shin- 
toïste et chrétien, sans avoir à lutter comtne autrefois les 
uns contre les autres, travaillèrent pacifiquement chacun 
dans son domaine elle Bouddhisme en particulier, profitant 
de cette occasion^ affermissait sa base* 

En 1899, le gouvernement présentait à la Chambre des 
pairs une loi ecclésiastique régissant toutes les sectes du 
Bouddhisme, du Shintoïsme et du Chrislianisme, mais après 
une longue et vive discussion cette loi ne passa pas. Elle a 
soulevé deux opinions : les uns désirent redonner au Boud- 
dhisme une puissance privilégiée, les autres laisser libres 
toutes les religions sans intervention aucune de la part des 
pouvoirs publics. I.e motif du rejet de cette loi était son 
obscurité et ses imperfections. Un certain partisan du Boud- 
dhisme s'opposa vigoureusement au vote de cette loi, et par 
des insinuations et des intrigues amena les pairs à voler 
contre. 

C'est aujourd'hui au Japon une grande question que de 
savoir si notre gouvernement doit faire passer une telle loi 
0urles rapports futurs des religions et de FÉtat ou bien s*il 
doit admettre la liberté entière comme en Amérique. 

Dans le Bouddhisme japonais la secte de Shin Shft est de 
beaucoup plus Qorissante que toutes les autres. Les deux Hong- 
wanji de cette secte envoient des missionnaires à San Fran- 
cisco, en Chine, à Singapour» h Formose et en Corée, De 
plus, ils font venir de temps en temps des élèves en Europe 
pour y apprendre ou rechercher ce que Ton juge nécessaire. 
A l'exception de notre secte du Shin Shù^ depuis la première 
année du Meiji par suite de la confiscation des biens fonciers 
ecclésiastiques^ toutes les sectes bouddhiques tombent de 
jour en jour. 

En terminaîit, messieurs, permettez-moi de renvoyer à 
mon livre sur le Bouddhisme japonais ceux d'entre vous qui 
voudraient avoir de plus amples informations sur notre reli- 
gion au Japon. 

Ryavon FujrsniMA. 



LE FOLK-LORE 

ET LA SCIENCE DES RELIGIONS 

Dbconrs prononcé en séance générale au Congrès internalional d'Histoire 
des RelïgîoBs. le 6 septembre 1900. 



Mesdames, Messieurs» 

Ce n*est point sans quelque appréhension que Je prends 
aujourd'hui la parole : la tâche qui m'incombe est singulière- _ 
ment lourde et je redoute fort de m'y trouver inégal. Le | 
plus illustre représentant des études d'ethnographie reli- 
gieuse, rinîtîateur de celte méthode anthropologique qni 
nous a permis d'apercevoir sous un jour si nouveau et si inal- 
tendules cultes et les mythes des peuples de Tantiquité, M, 
E, B. Tylor nous avait laissé espérer qu'il consentirait à venir 
exposer ici même ses vues sur les services que peuvent ren- 
dre à la science générale des religions les recherches sur les 
croyances et les pratiques des peuples non civilisés. Mais 
pour notre malheur la session annuelle de la « British Asso- 
ciation ï> s'ouvrait à Bradford au moment même ofi se réunis- 
sait ici notre Congrès; M. Tylor» retenu à Bradford par ses 
fondions présidentielles^ s'est donc vu obligé de ne pas don- 
ner suile au projet qu'il avait formé et de manquer très invo- 
lontairement à la promesse qu'il avait bien voulu nous faire 
et dont nous avions escompté l'exécution. Je tiens à exprimer 
au nom du Bureau, notre vif regret de ce contre-temps et 
j'estime qu'à vrai dire, c'est du Congrès tout entier que je 
suis en ce moment l'interprète. Nous avons d'ailleurs en ce^ 



I 
I 



LB FOIK-LORK ET LA SCIENCE DES HELIGIOWS 



167 



i» 



domaine vraiment joué de malheur : Tua des plus éminents 
folk-lorîste» du Royaume-Uni et qui a droit à la reconnais- 
sance de tous les amis des traditions populaires en sa double 
qualité d'érudil et pénétrant écrivain et dlmpeccable et libé- 
ral éditeur, M. Alfred Nuit, avait très aimablement accepté 
d'entretenir du précieux secours que pouvait apporter àTin- 
terprétation des rites religieux et des légendes divines ou 
héroïques Télude des coutumes encore en usage parmi Itjs 
paysans d*Europe et des contes merveilleux que l'on se répète 
à la nuit close depuis tant de siècles d'un bout du monde à 
l'autre. Son nom figurait à notre programme et noua étions 
assurés qoe par ki la cause du folk-lore serait éloquemmenl 
et habilement plaidée. Mais voici qu'il y a quelques jours une 
lettre nous est arrivée» messagère de mauvaises nouvelles, 
qui nous à appris que ses affaires exigeaient impérieusement 
la présence de M, Nutt à Londres pendant toute cette semaine ; 
il a donc été contraint de nous demander de le relever de 
l'engagement qu'il avait pris envers nous et il nous a bien 
fallu, encore que fort à contre-cœur, nous résigner à ne 
Tentendre point. 

Devant cette double défection, où les circonstances les 
avaient amenés en dépit d'eux*mêmcs, de deux d'entre les 
meilleurs tenants de l'école anthropologique, le parti le plus 
simple et peut-être le meilleur, eût été, semble-t-il, de rayer 
du programme des séances générales la questiou qu'avait 
si gracieusement accepté de traiter M. Nutt, comme en avait 
déjà disparu la conférence que M. Tylor nous avait fait un 
instant espérer. Le Bureau du Congrès n'en a pas jugé ainsi 
et m'a imposé la périlleuse mission — à laquelle j'aurais aimé 
à pouvoir me dérober — d'élre pour quelques instants parmi 
vous le porte-parole des ethnographes el des folk-loristes. 
Il a estimé que le fotk-Iore et les recherches sur les croyances 
et les institutions religieuses des non*civilisés avaient leur 
place marquée en ce premier Congrès d'Histoire des Religions 
— et il ne m*appartenait pas de m' inscrire eu faux contre 
one opinion qui était un hommage rendu à la haute im- 



168 



n EVITE DE L HJSTOmS DE3 HEUGIONS 



porlance d'études auxquelles j'ai consacré la meilleure pari 
de mon temps et de mes forces* Nous étions pris de court et 
il nous eût été impossible de nous assurer en ces quelques 
heures le concours d'un savant dont le nom aurait plus d'éclat 
et la parole d'autorité que n*en peuvent apporter aux miens 
mes très modestes travaux. Au risque donc de sembler man- 
quer à ce devoir primordial de se bien connaître soi-même 
et d'avoir une nette conscience de sa propre insuffisance, 
j^ai déféré à l'invitation presque impérative qui m'était 
adressée: je compte. Messieurs, sur votre indulgence et j*ose 
espérer que vous accueillerez avec bienveillance et Bans les 
soumettre à une trop rigoureuse critique ces quelques paro- 
les improvisées, que je n'étais qu*à demi le maître de ne 
prononcer point. 

On a appelé le xix' siècle le siècle de Thisloire ; et ce nom lui 
sied à tous égards. On a compris au cours de ces cent dernières 
années que le seul moyen de rendre compte d*une institution, 
d'une coutume, d'une opinion, d'une manière de sentir ou de 
penser, c'était de rechercher comment elles étaient nées, 
comment elles s'étaient lentement et graduellement formées, 
quelles transformations elles avaient subies et sous quelles 
influences. Il n'en va pas différemment des croyances et des 
pratiques religieuses que de toutes les autres et, en une large 
miisure, l'histoire des religions s*est substituée comme mé- 
thode d'herméneutique aux anciennes dogmatiques; elle ne 
saurait prétendre sans doute à les remplacer de toutes pièces, 
mais elle a du moins restreint leur domaine en de plus étroites 
limites, elle l'a circonscrit entre des frontières plus exacte- 
ment tracées. 

Parmi les recherches relatives aux transformations que 
subissent au cours de l'évolution et les manières de com- 
prendre, de sentir et d'imaginer des hommes et les actes 
qu'ils accomplissent en conformité avec ces pensées et ces 
émotions incessamment changeantes, il n*en est pas qui 
présentent un plus haut intérêt que celles qui se rapportent 
aux premières périodes du développement social. Les manî- 



Ll FOLK-LOBE ET LA SCIENCE D&S RBLJGIONS 



169 



restations de raclivité humaine sont, en ces sociétés encore 
relativement peu complexes, plus aisées à rattacher aux con- 
ditions psychologiques qui permettent d'en rendre raison; 
elles s'expliqueul par le jeu de quelques lois économiques, 
mentales et sociologiques qui se vérifient en tous les coins 
du monde,^ elles ne sont pas sous la dépendance de circons- 
tances historiques^ qui ua se retrouvent pas deux fois pa* 
reîUes à elles-mêmes au cours des temps. Plus voisines des 
origines, elles n'ont pas subi h un même degré ces déforma- 
tions que révèlent à un si haut point les coutumes, les rîtes, 
les dogmes et les légendes dont sont tissées les grandes reli- 
gions historiques : les mythes ne sont point encore devenus des 
allégories à cette phase lointaine de la vie de l'humanité, ni 
les rites des symboles; toutes les croyances doivent être» en 
ces âges reculés^naïvemeul acceptées comme elles sont expri- 
mées naïvement et les pratiques doivent être envisagées du 
point de vue bien souvent le plus immédiatement et, je dirais 
presque le plus cnfantinement utilitaire ; le grand danger ici, 
c'est d'interpréter et de raffiner trop. Les diverses manières 
de se représenter Tunivers et les dieux, la condition des âmes 
après la mort, et les relations de la morale et des pratiques 
rituelles n'ont pas revêtu en un même groupe social cette 
uniformité, cette sorte de rigidité et de netteté dans les con- 
tours que seules leur confèrent les formules dogmatiques en 
les isolanij si j'ose dire, des esprits qui les pensent ; elles 
restent Texpression immédiate des conceptions et des senti- 
ments du plus grand nombre, elles demeurent transparenteâ 
et ne sont point obscurcies par Tombre de ce long passé que 
traînent derrière elles les traditions des nations d'aujour- 
d'hui. 

Et ces formes relativement primitives de la reli^OD» nous 
avons ce rare privilègs de pouvoir encore à l'heure présente 
les observer directement ; il nous est donné en bien des cas 
d'assister aux cérémonies de cultes qui sont demeurés en leur 
forme assez, voisins du type qu'ils affectaient aux plu» anciens 
âges de Thumanité, de voir fonctionner les institutions reli- 



170 



REVCE DE L ïlISTOIRK DES BELmiONS 



gieuses que Teiistence de ces cultes cooditiocne et néces- 
site, de recueillir des mythes et des légendes sur les lèvres 
mêmes de ceux qui n'ont pas cessé d'en admettre rentière et M 
littérale vérité. Bien des a espèces » ont péri dans la grande 
famille des religions; nous ne les connaissons plus que par 
les monuments qu'elles ont laissés derrière elles, parles do- 
cuments où elles sont décrites, par les dogmes où elles sa ■ 
sont cristallisées, par les coutumes où parfois elles se sonl 
survécu à elles-mêmes. Mais les religions qui ont péri avaient 
toutes atteint un degré relativement élevé de complexîlé et 
de raffinement : la vieille magie naturiste, les vieux cultes f 
funéraires et l'antique animisme sont demeurés vivants et il 
nous est loisible, si nous consentons à passer les mers, de par- 
ticiper à des cérémonies qui nous ramènent à un état de civi 
lisatîoo, depuis de bien longs siècles, disparu sur le sol où 
nous habitons. 

Ce serait à coup sûr une grave erreur que de simaginer 
que l'étude» si pénétrante et si complète qu'on la suppose, 
des religions des non-civilisés peut nous permettre d'antici- 
per en quelque sorte sur l'avenir, de prévoir le développe- 
ment des grandes religions hisloriques et nous dispenser 
ainsi en une certaine mesure de l'examen minutieux des mo- 
numents et des textes par où elles nous sont connues. L'étude 
de l'embryologie ne saurait suppléer à l'ignorance ou môme 
à la connaissance incomplète de la siruclure et des fonctions 
de l'être individuel ou collectif qui est parvenu k un haut 
degré d'organisation, mais seule, elle rend possible rinlelli- 
gence parfaite de cette structure et de ces fonctions, seule 
elle fournit quelques-uns des éléments essentiels de leur 
explication. Elle ne suffit pas sans doute, mais elle est néces- 
saire et le grand mérite de Tylor et de ceux qui Tout précédé 
et suivi dans celte voie esl de l'avoir rendu sensible, non pas 
par une argumentation logique^ dont» en ces matières, on 
croit parfois aisé et légitime de mettre 



I 



queslii 



dite, mais par les faits^ 



Par l'étude méthodique des religions des peuples non-ci- 



LE F0LR-L01IE ET LA SCISNCE DES RELIGIONS 



171 



a 



k 



^ 



Tïtisés, de leurs coutumes, de leurs institutions sociales, de 
leurs contes et de leurs traditions, ils ont réussi à rattacher 
d'une manière plus immédiateTbistoire générale des religions 
à la psychologie, cette histoire naturelle de l'esprit humain, 
t à mettre en plus vive lumière ce caractère de toutes les ré- 
gions, qui ne se transforment point en philosophies^ leur 
caractère social et collectif. Et il devenait évident, ce que la 
forte originalité des grandes religions historiques, des reli- 
gions éthiques surtout, avait en quelque mesure dissimulé, 
que dans son développement religieux, comme dans son dé- 
veloppement économique ou moral, l'humaaité obéissait à 
es lois uniformes, qu'il y avait une religion commune de 
rhumanité, 

1 Les liens de la religion apparaissaient plus nets et plus 
étroits avec cette science et cette technique primitives, la 
magie, et Ton comprenait mieux en quelle relative iudépen- 
ance elle s'était longtemps trouvée à Tégard de la morale 
et combien les dieux s'étaient autrefois désintéressés de la 
façon dont les hommes se comportaient entre eux. 

Si tous les problèmes ne recevaient pas de la connaissance 
de ces données nouvelles une solution plus satisfaisante^ il 
n'en était du moins aucun dont la position même ne fût en 
quelque mesure modifiée et heureusement modifiée ; bon 
nombre de questions factices étaient désormais écartées. On 
s'accoutuma de plus en plus, et ce fut peut-être là le meilleur 
service que rendirent les travaux de l'école anthropologique^ 
à ne plus théoriser à perte de vue sur les origines religieuses 
de l'humanité, à réduire aulant que possible le nombre des 
hypothèses et h raconter au lieu de supposer. 

Le danger sans doute, c'était de méconnaître en quelque 
mesure roriginalilé des grandes religions historiques el ce 
qu'elles doivent à la personne même de leurs fondateurs el 
au milieu où elles sont nées et où elles ont grandi, c'était de 
regarder la mythologie de Tlnde ou de la Grèce à la lumière 
des légendes polynésiennes et d'interpréter les rites religieux 
du christianisme par analogie avec les pratiques cérémo- 



C72 



REVUE DE L niSTdlRE DES RELIGIONS 



I 



nielles des nègres d'Afrique, sans leiiir compte du sens trîs 
différent qui, en des états de civilisation aussi divers, peut 
s'attacher à des cérémonies ou à des croyances en apparence 
fort semblables; les origines peuvent être pareilles, mais le | 
chéneaprès tout n'est pointidentiqueau gland dont il estsorti. 
Ce danger-Iàtouteroisn'eslpoint fort à redouter: théologiens, 
orientalistes, archéologues et mythologues sont en posses- 
sion d'état^ et il n'y a pas lieu de craindre qu'ils se laissent 
déloger des positions qu'ils occupent, lis sauront opposer 
aux tentatives d'empiétement des ethnographes et des so- 
ciologues, à supposer qu'il s'en produise, une très vigou- 
reuse résistance et Ton serait fondé plutôt à appréhender 
qu'ils se refusent à imiter le bel exemple qui a été donné, 
entre plusieurs, par A. Lang, J. G. Frazer et L. Farnell, de 
faire servir à l'explication des mythes grossiers ou absurdes 
et des rites magiques, qui figurent dans bon nombre des plus 
nobles d'entre les religions^ ce que nous savons des pratiques 
cérémonielles des sauvages et de leur en fa ti Une théorie des 
événements de la nature. 

Et la raison que sont tout prêts à invoquer pour justifier 
leur refus d'admettre aucune comparaison entre les religions^ 
de l'antiquité aryenne ou sémitique et celle des non-civiliséM 
d'aujourd'hui, bon nombre de philologues et d'historiens,™ 
c'est que les sauvages actuels appartiennent à des races fort 
différentes de celles auTcquelles appartenaient nos ancêtres etj 
que nous n'avons pas de preuves directes que les Germains^fl 
les Celtes, les Grecs, les Aryens de l'Inde ou les Hébreux aîenl^ 
jamais passé par un état social analogue à celui des Baotous 
de l'Afrique australe, des Esquimaux ou des Australiens et 
partagé des croyances pareilles aux leurs ou pratiqué des 
rîtes de même signification et de même portée. Ils estiment 
que cette notion de runîté de l'esprit humain, qui semble à la 
plupart des ethnographes leur être imposée par les faits, est 
une hypothèse gratuite et sans fondements, et ils exprimant 
une entière défiance envers toutes les comparaisons faites 
entre des populations qui ne font pas partie de la même famille 



LB FOLK-tOBE BT Là SCÎESCE DES RELIGIONS 



173 



Imgujâiiqae. On pourrait objecter & celte argumentatîoQ^ 
d'uïie part que les sauvages actuels apparlîennent à des races 
exirêmemeûl différentes les unes des autres el qu'ils présen- 
teiil cependant» à un même stade de civilisation, une frappante 
uniformité de croyances el de coutumes, et, d'autre part, que la 
cotomunaulé de langue n'implique pas la communauté de 
race ni même de mœurs, d'usages ou de manières de penser* 
Mais surtout, c'est ici qu'interviennent rarchéologie pré- 
hisiorique et le folk-Iore. Les recherches archéologiques ont 
é(abli que la civilisation matérielle et le genre de vie des 
aficiens habitants de l'Europe el de l'Asie, qui sont bien, 
seoible-t'il, 1^^ ancêtres de leurs habitants actuels, étaient à 
peu de chose près identiques à ceux des sauvages d'aujour- 
d^Hui. Il serait étrange qu'en des conditions économiques et 
sociales pareilles, des conceptions religieuses se fussent déve- 
loppées, qui n'auraient eu entre elles aucune analogie^ et que 
Ifts pratiques rituelles se fussent aHranchies de toute dépen- 
*J^.xice envers des croyances que révèlent et le mobilier funé- 
raîre et les objets lalismaniques que Ton retrouve dans quel- 
î<^ es-unes des plus anciennes stations occupées par des 
^^^inmes. Et d'ailleurs, il n'est pas besoin de recourir en ce 
*^^^aiaine à des hypothèses. Tylor, Mannhardt et Frazer ont 
'*^<)titré que dans les coutumes agraires et familiales des 
f^ ^ysans d'Europe ont survécu des pratiques qui rappellent de 
^*- manière la plus évidente les rites, et surtout les rites ma- 
^îques^ en usage chez les noirs d'Afrique ou les Indiens 
^^ «§ deux Amériques et, depuis qu'oui été publiés les clas- 
^^îques travaux des frères Grimm sur les contes populaires, 
^^^D a chaque jour réuni de nouvelles preuves de l'identité des 
^^royances, qui ont trouvé dans ces récits merveilleux leur 
expression presque partout semblable à elle-même , des lies de 
^a Société aux rives de l'Elbe et du Bornou h cellesde la Volga. 
Expliquer loules ces ressemblances par des coïncidences 
Torluites ou par des empruols^ c'est faire vraiment au hasard, 
aux chances heureuses et à Tinstinct d'imitation une part 
im peu large, et celle explication semble moins acceptable 

12 



174 



nEVU£ DE L BISTOmE I>£S RELIGIONS 



encore en matière de coutumes et de pratiques qu'en ma 
tière de légendes, de contes à rire ou même da mythes. 
Un conte^ un mythe, cela a des ailes et vole de bouche eu 
bouche ; les dogmes aux contours arrêtés sont une invention 
récente que ne connaissait pas la haute antiquité et qu'igno- 
rent encore aujourd'hui les nOD-civilisés, Chaque sauvage, s 
j'ose ainsi parler, se fait une théologie h sa mesure et, si elles 
sont étrangement pareilles, c'est que les esprits de tous cea 
tbéologiens amateurs sont taillés sur le même patron^ et qui 
les matériaux dont ils disposent ne sont pas fort variés. Il 
n'ont nul scrupule au reste à enrichir leur encyclopédie scie 
tidque et religieuse de notions venues d'ailleurs^ qu'ils com- 
binent le plus ingéuuement du monde avec les tradition 
qu'ils ont reçues en héritage de leurs ancêtres, et» si le récil 
merveilleux qu'ils ont entendu conter est ou émouvant oia 
grandiose ou gracieux ou comique, ils satisfont en même 
temps qu'à leur ardent désir de savoir davantage — tout leur 
est au même titre vérité — à ce besoin de beauté, de Ira 
gique et d'amusement qu'ils ont au cœur comme nous 
mêmes. Mais pour une coutume, pour un rite, il en va tout 
autrement : ils sont partie intégrante de la vie d'une tribu 
De Tobservation stricte de la coulumejde la lidétité à celé 
brer le rite et à le célébrer exactement, sans rien modifier 
sans rien omettre^ ni rieu ajouter, dépend sa prospérité et 
parfois son salut même. Ce ne sont point choses que l'on em 
prunte à autrui sans y prendre garde et une tribu ou une 
cité ne renonce qu'à bon escient à ses manières tradition- 
nelles d'agir et de se comporter avecles dieux. Ce n'est qu'en 
des conditions très spéciales qu'elle renonce aux cérémonies 
qui sont en usage chez elle pour adopter les cérémonies 
de l'étranger. On change de dieux, à vrai dire, plus aisément 
que Ton ne change de culte. 

Et d'ailleurs les dieux que Ton emprunte aux autres 
peuples, ce sont les grands dieux, les dieux qui reçoivent un 
culte officiel etpubUc et qui président aux destinées du corps 
social tout entier. Ces divinités secondaires, qui rendent la 



LE FOLII'bOHK Kt hh SCISKCE DRâ RELmiO?iS 



175 



terre fertile et font se multiplier les troupeaux, ces divinités, 
4]ui tiabitent dans lïjpaiâseur des forêts ou au creux desfoo- 
taiiies, ces dieux a|i;raires, pastoraux ou silvestresqui tieunent 
dans la vie de chaque jour la place prépondérante, s'ils n'appa- 
raissent pas avec le même éclat dans les cérémonie» publiques 
^ue les Immortels qui siègent au plus haut de^ cieux parmi 
Jes étoiles, tous ces êtres surnaturels, en un mot, collabora- 
leurs infatigables dm hommes dans leur lourde tâche de 
laboureurs et de bergers^ sonl comme enracinés au sol. lia 
3ont attachés à tel lieu, à tel arbre, k telle source, à tel rocher ; 
^l ne dépend de personne de transporter ailleurs leur culte. 
Si on leur apportait des offrandes et des prières là oà ils ne 
Sont point, co seraient des offrandes et des prières vaineSi 
©lies ne parviendraient pas à leur adresse. Et il en est de 
lïièiDe du culte que ronrendàses morts^ au génie protecteur 
«lu foyer, aux esprits familiers qui hantent la maison : il n'est 
C^as de coutumes auxquelles une race demeure plus fidèle 
«jue ses coutumes domestiques^ il n'est pas de cultes qui sub- 
s îstant plus longtemps identiques à eux-mêmes, en leur forme 
^l jusqu'en leur esprit, que les cultes familiaux. Si donc 
i^ous retrouvons chez les paysans d'Allemagne ou de Russie 
des coutumes agraires et des superstitions domestiques 
{Pareilles à celles qui existent à T heure actuelle chez les indi- 
gènes d'Océanie ou d'Afrique, il nous faudra bien admeltrc 
«jumelles sont nées indépendamment les unes des autres, 
qu'elles tiennent les unes et les autres à ce qu'il y a de plus 
intime et de plus profond dans la structure mentale des popu- 
lations qui y sont demeurées fidèles. On ne voit guère, d'aii- 
leurs, comment eUes auraient pu être importées parmi les 
sauvages et par qui; on voit moins encore comment elles 
«luraieut pu être apportées dans nos campagnes d'Eu- 
xope, el k quelle date et dans quelle intention. Nul au 
Teste n*a jamais cherché à établir directement et dogma- 
tiquement qu'il en a bien été ainsi ; on a fait maints rai- 
sonnements qui impliquaient le bien fondé d'une hypo- 
thèse de cette espèce, on ne l'a jamais émise avec assu- 




176 



REVUE 0E l'hISTOIRB DES ftELÎfilÔKS 



rance, on De lui a jamais donné quelque précision* 
Mais ces coutumes, ces rites ^ ces usages sont en conlra- 
diction chaque jour plus évidente avec l'ensemble des con- 
ceptions des paysans d'Europe, ils ne s'accordaient déjà point, 
il y a bien des siècles, avec bon nombre de leurs croyances 
et de leurs manières de penser. Ils semblent déraisonnables 
et puérils et parfois choquants, si on les met en regard de 
toutes nos habitudes d'esprit et ne se rendent acceptables h 
notre raison et à nos sentiments qu'en se couvrant d*un vête- 
ment d'emprunt, qui déguise leur véritable caractère, leur 
caractère magique. Pour s'accommoder à notre conscience 
chrétienne, les génies et les esprits se griment en saints et 
en saintes et les pratiques de sorcellerie prennent de faux airs 
de prières et d'offrandes. 

Ces usages et ces traditions s'éclairent tout au contraire 
de la plus franche lumière dès qu'on les replace dans leur 
cadre naturel et la signification en devient dès lors évidente : 
ce cadre, c'est celui de la vie sauvage. Ils ne s'expliquent 
que par Tétai mental des non-civilisés et par les conditions 
d'existence qui engendrent cet état mental^ les émotions 
et les images qui le constituent, les conceptions où il se 
définit, les actes qu'il détermine. Les rites accomplis par le 
sauvage, les cérémonies qu'il célèbre, les explications qu'il 
se donne à lui-même des phénomènes naturels, les idées qu'il 
se fait de l'âme et de sa destinée, les coutumes sociales aux- 
quelles il obéit, les pratiques auxquelles il a recours pour as- 
surer son bon succès à la chasse ou à la guerre, la fertilité du 
sol qu'il cultive et la fécondité de ses troupeaux, les incao- 
tations magiques qu'il emploie pour guérir les maladies ou 
pour mettre à mal ses ennemis, tout cela constitue un en- 
semble homogène et cohérent où des matériaux de môme 
nature sont partout mis en œuvre. 

La conséquence à laquelle on ne saurait que très malaisé- 
ment se soustraire, c'est que ces mille superstitions que la pas- 
sion fervente des ft tradilionnistes » a recueillies au cours de 
ce siècle parmi les paysans d'Europe et d'Asie et qui persistent 



LE FOLK'LORK ET LA SCIENCE DES RELTGÏOr*fS 



(77 



jusque dans les usages des ouvriers urbains, là où la diffu- 
sion de rinstruction élémentaire est encore iocomplëte et 
récente, ne son tque les débris d'un vaste ensemble de croyances 
et de pratiques, qui ont pris naissance et se sont développées 
alors que nos ancêtres étaient dans un état de civilisation 
analogue à celui des sauvages actuels et se faisaient du monde 
et de ceux qui l'habitent des représentations pareilles à celles 
que s*en formait naguère un Maori ou un Indien. 

Le folk-lore nous fournit le « missinfj link » qui nous per- 
met de raLtacher à leurs lointaines origines les grands sys- 
tèmes religieux qu*ont lentement élaborés en des âges qu'at- 
teint à peine notre regard la pensée et la conscience des 
peuples de langue aryenne ou sémitique, les institutions sa- 
Cierdolales qu'ils ont engendrées, les symboles et les mythes 
<3ù ont trouvé leur expression les conceptions et les senti- 
:Eneitts qui leur ont servi de matériaux. Les faits que découvre 
^ l'heure préseule la patiente observation du folk-loriste ne 
sont que des survivances éparses d'un état de choses dès 
longtemps disparu. Isolés, ils demeureraient inintelligibles; 
«e ne seraient que des bizarreries sans portée, des étrangelés 
auxquelles seule se pourrait attacher la fantaisie paradoxale 
«l'nn collectionneur. Mais^ rapprochés les uns dès autres, 
disposés en groupes et en séries, ils revêtent une significa- 
'tion toute différente : ce sont des témoins qui évoquent à nos 
^eU3C la vie de nos ancêtres, cette vie à tant d^égards pareille 
à celle que vivent les Bantous pasteurs de l'Afrique australe 
ou les Mélanésiens, cullîvaleurs de taros et d'ignames, qui 
fouillent de leurs houes le sol fertile des îles océaniennes. 
Les usages des paysans, lorsque nous les comparons aux pra- 
tiques magiques auxquelles ont recours les sauvages d'au- 
jourd'hui, cessent de paraître absurdes et les procédés thé- 
rapeutiques du sorcier noir, dont il comprend encore les 
raisons, viennent fournir une justification à ceux du rebou- 
teux de nos campagnes^ qui fait ce qu'il a vu faire à ses an- 
ciens^ sans savoir pourquoi et sans avoir d^ailleurs le plus 
souvent la curiosité de se le demander. Les recetlesfpour la 



178 



REVUE D£ L HISTOIRE 0KS RSUaiONS 



guérisOQ des verrues nous mettent eu présence des concep- 
tions fondamentales de la philosophie des non-civilisés : pour 
faire disparaître une verrue, on la frotte avec un coorceau 
de lard qu'on enterre ensuite en un tag de fumier oh on le 
laisse pourrir. Toute la « magie sympathique u est là an 
raccourci. Et les doctrines relatives au transfert des mala- 
dies et des maux survivent encore dans la coutume de sus- 
pendre aux buissons les chemises des enfanta malades de la 
fièvre. L^habilude des amoureux d'échanger une mèche de 
leurs cheveux devient le plus claire du monde si Fon songe à 
la terreur éprouvée par le sauvage h la pensée qu'un de ses 
ennemis a pu s'emparer des rogoures de ses ongles ou d*uo 
poil de sa barbe. La connaissance des multiples tabous aux- 
quels sont astreints les noti-civilisés fait apparaître en une 
claire lumière les raisons de Tinterdiction dont les supersti- 
tions populaires frappent certains actes et certaines paroles 
et, lorsqu'on songe k rinstitution du totémisme* on ne s'étonne 
plus de voir les destinées d'une famille étroitement associées 
à celles de telle ou telle espèce animale. Los travaux de Frazer 
et de Uartland sur l'àme extérieure nous permettent de com- 
prendre aisément par quels liens le sort d'un homme peut 
être uni à la vigueur et à la verdoyante santé d'un arbre et 
les cérémonies des semaiBes et de la moisson cessent pour 
nous d*être mystérieuses lorsque nous reviennent à la pensée 
les sacrifices agraires accomplis par les Khands ou les Paw- 
nis, Il n est point jusqu'aux étranges pratiques auxquelles se 
livre le « Sin^eater n au pays de Galles qui ne s'éclairent 
d'un jour nouveau lorsqu'on les rapproche de ces rites d'an- 
thropophagie familiale, si largement répandus dans TAmé- 
rique du Sud et en Australie. 

Les études de folk-lore ont été longtemps fort peu métlio- 
diques; on recueillait des légendes et des traditions pour le 
plaisir de les recueillir, on notait des coutumes, parce 
qu'elles semblaient amusantes et singulières * ou parce qu'en 
elles survivait la mémoire du vieuK temps, de ce vieux temps 
qui apparaissait, en cette lumière atténuée que font les siècles 






I 




LE FOLK-LOaE KT LA SCIË?CCË DI^S RELtGÏÔNS 



n9 



écoulés, paré de grâce naïve et de je ne sais quel charme 
d'eofaniinô et fraîche poésie. 11 n'en est plus de même au» 
jotird'hui : les folk-loristes ont une claire conscience du but 
où ils tendent et de Fœuvre à laquelle ils collaborent* Ils 
écrivent avec des faits l'un des chapitres les plus importants 
delà psychologie sociale Jls fouroiasent à la connaissance 
du développement des institutions familiales et des diverses 
techniques les plus précieux matériaux, ils rendent légitimes 
enfin par leurs recherches ces rapprochements entre les 
aiythes et les rites des grandes religions aryennes ou sémi- 
tiques et les croyances et les pratiques religieuses des non- 
civilisés qui seuls permettent de déterminer le sens originel 
de ces mythes et de ces rites avec quelque eïcaclitude et 
quelque précision. 

On garait peut-être en droit de faire grief aux adeptes de 
la méthode antliropologique de se risquer à interpréter un 
rite de la Grèce antique par une coutume australienne 
ou un mythe de Tlnde par une légende polynésienne, tant 
semblent au premier abord différentes ces sociétés àlacivi- 
liaation encore rudimentaire et ces peuples de rantiquité 
auprès desquels nous allons chercher encore de» leçons de 
beauté et qui semblent avoir percé d'un sî clair regard les 
plus mystérieux replis de Fâme humaine. Lorsqu'une céré- 
monie semble choquante ou grossière, un mythe absurde, 
la tentation toute naturelle et qui paraît au premier abord 
lort légitime, c'est de faire des rites autant de symboles, de 
transformer le mythe en allégorie et de chercher sous la rude 
et brillante enveloppe que font aux doctrines métaphysiques 
et religieuses les aventures des dieux et des déesses un sens 
noble et profond, tour à tour cosmique ou moral. Mais dans 
las cultes locaux, dans les habitudes sociales, dans les cou- 
tumes familiales, dans les usages domestiques, dans les pra- 
tiques agraires ou pastorales, dans la médecine empirique 
et la magie populaire des peuples de Fantiquité» comme dans 
les traditions des paysans de nos contrées, mille traits ont 
survécu qui ont chez les sauvages actuels d'exacts parallèles 



!80 



REYCE DE L HISTOIBE DES ftSLIGtONS 



et donl le sens nous est rendu plus accessible et plus clair 
par notre connaissance du folk-lore roman, germanique et 
celtique. Dès lors la conclusion s'impose qu'ils ont passé par 
ce stade de civilisation oij s'attardent les Peaux-Rouges 
d'Amérique ou les nègres de Guinée, qu'à une cerlaine pé- 
riode de leur histoire leur état mental a dû être analogue à 
celui des non-civilisés, et que dès lors, c'est dans cet état 
mental qu'il nous faut aller chercher les lointaines origines 
de ces pratiques cérémonieiles et de ces légendes cosmolo- 
giques ou divines dont la coexistence nous semblait si singu- 
lière avec de hautes conceptions métaphysiques ou de très 
purs senliments de piété religieuse et d'abnégation morale. 

Si, comme j'en ai Fimpression» la mythologie comparée et 
la science des religions sont redevables à la méthode an- 
thropologique de quelques-uns de leurs plus sérieux progrès, 
il est équitable que les historiens de la religion réservent aux 
travaux des folk-lorîstes une large part de leur gratitude. Ce 
sont des hommes comme les l'rères Grimm et tous ces infa- 
tigables collecteurs de contes, de légendes et de coutumes 
populaires dont se peut enorgueillir l'Allemagne, qui seuls 
ont rendu possible et acceptable une tentative comme celle 
d'A. Lang et le maître incontesté dans celte province des 
cultes agraires, J. G. Frazer, est le disciple de Mannhardl 
aussi bien que de E. B. Tylor et de Robertson Smith. 

Est-ce à dire, messieurs, que la méthode anthropologique 
puisse légitimement prétendre k une domination exclusive 
dans ce vaste domaine des éludes religieuses et qu'elle mette 
aux mains de ses adeptes la clef magique qui ouvre toutes 
les serrures? 11 faudrait avoir l'esprit singulièrement étroit 
pour se laisser entraîner à le soutenir et abonder eu son 
propre sens^ un peu plus vraiment que ne rautoriseot de 
saines habitudes de critique. Comme je le disais il y a quel- 
ques instants, les comparaisons des mythes, des dogmes et 
des rites des grandes religions historiques avec les croyances 
et les pratiques des sauvages illuminent d'une clarté neuve et 
féconde les origines religieuses de l'humanité, mais cette lu- 



4 



LB FOLK-LOBE ET LA SCIENCE DES HKLtGlONS 



481 



mîère, elles no la projettent que sur les origines. Le déve- 
loppement de ces conceptions, de ces cultes, de ces înslilu- 
tions sacerdoJales, l'histoire seule pourra nous l'enseigner, 
rhisloire fondée sur des documents écrits, sur des monu- 
ments figurés, sur des matériaux datés et de provenance 
nettement déterminée. Et ce développement ne sera pas 
uniforme et différera d'une race à l'autre, d'un peuple à 
l'autre, il sera modifié ici ou là par mille circonstances con- 
tingentes et fortuites. Qui contesterait d'ailleurs FinflueDce 
exercée par le langage sur la pensée religieuse comme sur 
toute autre pensée? Qui mettrait en doute les transformations 
que la réflexion personnelle et les exigences de la conscience 
morale ont fait subir aux antiques pratiques rituelles et aux 
vieux mythes naturistes? Qui pourrait se refuser à apercevoir 
les changements que déterminent dans la structure même 
des dogmes et dans la signîflcatîon des cérémonies du culte 
l'apport d^éléments étrangers dans une religion nationale? 
Qui pourrait enfin se risquer à vouloir faire plus petite la part 
de ces grands créateurs d'idéal, de ces grands éveilleurs 
de consciences, de ces hommes à l'âme pieuse et humaine- 
ment Fraternelle que nous retrouvons penchés sur le berceau 
de toutes les religions où Télément éthique a conquis décidé- 
ment la souveraineté? 

Il semble d'ailleurs que l'heure soll bien près de sonner où 
Ton se passionnera moins que l'on ne faisait récemment pour 
toutes ces questions de méthode et toutes ces querelles d'école. 
Recueillir des faits, contrôler leur authenticité, les grouper 
d'après leurs ressemblances internes et leurs relations avec 
les autres phénomènes psychologiques et sociaux, chercher 
à en déterminer la signification» indiquer quels parallèles on 
leur peut trouver dans les religions historiques, telle doit être, 
semble-t-il, la lâche essentielle que folk-lorisles et historiens 
des religions des non-civilisés se doivent assigner; c'est là 
une plus féconde besogne que de s^engager en dlntermioables 
polémiques» Seuls les faits entraînent la conviction; c'est 
un grossier procédé de démonstration sans doute que celui 



REVUE DES LIVRES 



ANALYSES ET COMPTES RENDUS 



Franz Gumont. —Textes et Monuments figurée relatifs aux 
Mystères de Mithra, publiés avec une Introduction 
critique, — 2 voL gr. in-4 de xxvui-377 et de 554 pag^, publiés 
en Bîx fascicules de 1894 à 1899. — Bruxelles. Lamertin. J 



Fkaîïz Gumont. — Les Mystères de Mitlira. — i toL gr. iii-4 
de vmet84 p, — Bruxelles. Lamertin. 1900. 

Ces deux public^lious sont solidaires. La seconde n*est que le tirage 
à part des conclusions de la première. Il était, en effet, désirable que 
les résultats du travail magistral de M. Franz Cumoût fusseul rendus 
accessibles, facilement et à bas prix, pour tous ceux qui ne peuvent pas 
suivre Tauteur à travers les deux forts volumes de son enquête et pour 
lesquels la moisson abondante, récoltée par lui sur le champ de Thistoire 
religieuse du monde antique^ u^en sera pas moins exceptionnellement 
savoureuse. 

L^œuvre du jeune professeur de TUniversité de Gand mérite d'être 
étudiée en entier et jusque dans ses moindres détails par les historiens 
qui s'occupent de ranliquitégréco-romame, Elleoffre une richesse d'in- 
formation, une précision de méthode, une exactitude dans l'exécution et 
une clarté d'exposition, qui la mettent au premier rang des travaux 
historiques consacra, durant la fin du Xïx^ siècle, à l'histoire morale et 
religieuse de la société gréco-romaine et elle apporte un complément 
très précieux à nos connaissances encore si insufGsantes sur Thistoire 
religieuse de TÂsie Mineure. Assurément tous ceux d'entre nous qui 
se sont Cïccupés de ce sujet captivant par excellence : la transformation 
de la société païenne gréco-romaine en société chrétienne, la 6n du 
monde antique et là genèse du monde chrétien^ ont reconnu Timportance 



< 



I 




dOMPTES REPîDIîS 



inscisme dans le syncrétisme religieux auquel aboutit le paga- 
nisme antique et par lequel il se prépare en quelque sorte à devenir 
chrétien. Mais il manquait, pour en apprécier toute la valeur et pour ea 
saisir la nature exacte, une monographie complète qui groupât et mit à 
îa disposition des travailleurs les documents extraordinairement dispersés 
relatifs à la religion mithrîaqtie. Le Mitbriacisme» en efîet, comme tant 
d^autres religions orientales répandues dans l^Empire romain et comme 
tant d'institutions sociales, n'est que très pauvrement documenté par 
les témoignages littéraires, chrétiens ou païens. Ce sont les découvertes 
archéologiques et les inscriptions qui, seules^ permettent de se rendre 
compte de sa propagation et de sa vérttal>1e nature. Aussi nVt-il pu être 
apprécié à sa juste valeur que depuis le grand essor des fouilles et des 
recherches érudites sur une grand partie de Tancien Empire romain. 
Ces fouilles et ces recherches sont bien loin d^èlre achevées, Dans cer- 
taines régions» comme l'Asie Mineure, elles sont à peine commencées. 
Ailleurs, par suite de la déplorable dispersion des trouvailles archéolo- 
giques dans des retues locales ou dans des musées minuscules detouspays^ 
il est extrêmement diflicile de se procurer les renseignements indispen- 
sables. Depuis la publication de FAllasdeLajard^ en 1841 {Introduction 
à Cétude du culte public et des tmjHères de Mithra en Orient et en Occi- 
dent, Paris in-folio), aucun ouvrage d'ensemble n^avait été publié où 
Ton piH trouver la totalité des monuments mithriaques. Cependant le 
nombre s'en est accru dans des proportions très considérables. Tandis 
que Lajard n'a pu faire graver qu'une cinquantaine de statues et de bas- 
reliefs mithriaques et ne possédait le plan que de deux Milhraea, 
M. Cumont a réuni près de quatre cents représentations mithriaques et 
ajouté la description de dix-sept sanctuaires ans deux de son prédéces- 
seur. Il en est de même des inscriptions. Le besoin d'un nouveau recueil 
Sé faisait donc sentir très vivement. De plus, sans manquer de respect à 
la mémoire de Lajard^ on peut dire qu'il ne brillait pas par une bonne 
méthode scientifique. LHmagination remplaçait chez lui le sens critique 
et il semble avoir été à peu près totalement dépourvu de sens historique. 
M. Ctimont, au contraire, a été formé aux meilleures écoles de la cri- 
tique historique moderne. Le premier volume, dans lequel il commente 
les documents étudiés un par tin d*u ne façon minutieuse dans le second, 
témoigne d*une érudition très riche et, pour autant que nous avons pu 
contrôler, très sûre. Il a su profiter de toutes les sources d'informations 
si variées pour une histoire aussi complexe, mettre en œuvre les résul* 
tats acquis par un très grand nombre d*études de détails publiées dans 



186 



BSVCtS DB LHfSTOlRK DÈS llELIGl(>?i5 



I 
I 



toute sorte de recueils ou de mémoires peu ccnntts; il a en à sa diepo- 
sitioD les ouvrages multiples qui ont éclairife les divera compartiments 
de rbîstoire religieu&e sou» l'Empire romain; enfin il a pu profiler des 
travaux, encore însufGaantB, mais de beaucoup supérieur» à ceux que con- 
nalâsait Lajard, sur rhistoire du Mazdéisme. Et celte immeiise quantité 
de renseignements de toute provenance, il a su les grouper, les uliliser 
chacun à la bonne place, de la façon la plus claire, sans leur faire vio- 
lence, sans les subordonner à un a priori quelconque» de telle sorte que 
cet ouvragé de haule érudition se lit sans aucune fatigue. Il a multiplié 
les renvois^ accumulé les Index, de manière à faciliter constamment la 
tâcbe du lecteur. Bref, il a eu le grand talent de ne passe laisser déborder 
par ses documents, mais de les tenir constamment en mains. Quiconque 
a quelque expérience des travaux de ce ce genre reconnaîtra assurément 
que c est là un mérite d'autant plus digne d éloges qu'il devient plus rare 
parmi nos historiens érudits, trop enclins à confondre un fouillia de 
documents avecdeThistoire. Cette maîtrise des documents est la marque 
du véritable historien. Tout le monde peut, avec de la patience et à con- 
dition de disposer d'un temps sufâsant, accumuler des documents. Le 
vrai Ulentj c'est de savoir les employer, chacun à sa place, sans l«« 
déformer, mais aussi en ne leur accordant que la place qui leur revient. 
Le second volume a paru avant le premier. Il contient les textes litté- 
raires relatifs au culte de Mitbra, textes orienlaui, grecs et latins, la liste 
des noms théopbores mithriaques, les textes épi graphiques orientaux, 
grecs et latins, disposés par ordre de provinces en Asie, en Europe et en 
Afrique, enfin les monuments figurés disposés dans le même ordre. Ce 
volume ne contient pas moins de 493 figures et IX planches en héliogra* 
vure. Un supplément donne les textes et monuments qui avaient échappé 
à Fauteur, ceux qui ont été découverts après l'impression des premiers , 
fascicules (notamment les monuments importants de Sarrebourg et de H 
Carnuntum), puis une série d'Index (L alphabétique desauteurs; L chro- ^ 
notogique des auteurs; — Index épigraphiqu es pour les Noms de Mithra^ 
les Noms des dieux solaires, ceux de» autres divinités, les Titres sacrés 
des fidèles, les Temples et le mobilier sacré, les Fonctions et qualités des 
fidèles, Varia, les Dates des inscriptions; — enfin les Index des monu- 
ments figurés : Lieux de provenance des monuments; Lieux où ils sont „, 
conservés; Collections par lesquelles ils ont passé ; Tables de concordance mk 
avec d'autres recueils). ™ 

Dans le premier volume Fauteur expose ©t discute les renseignements 
historiques fournis par les textes littéraires, établit Tusage que Fon peut 



A>NAL¥SES ET COMPTES RlûftDDS 



481 



faire deâ iûâcriptions, commente les monuments. Il éludie successive* 
ment les temples, les représentations des dieux et les légendes qu'elles 
impliquent, Tastrotoprie mithriaque, le rôle du Soleil et delà Lune, l'as- 
semblée des dieux dans le panthéon mitbrîaquet k légende de Mithra. 
L ouvrage se termine par six chapitres de Conclusions qui donnent à 
proprement parler Thistoire du Mithriacisme et dont voici les titres : les 
Origines, la Propi^ation dans l'Empire romain ; Mithra et te pouvoir 
impérial ; ta Doctrine des mystères; la Liturgie, le clergé et les fidèles ; 
Mithra et les religions de l'erapire. Quelques notes complémentaires, 
des additions et corrections et un Index spécial terminent le volume. 

Je ne saurais, dans ce compte rendu, suivre Tauteur à travers le» nom- 
breuses diacueions archéologiques ou mythologiques dans lesquelles il a 
dû s'enpger et oii il y a naturellement, malgré la très grande valeur de 
l'ouvrage, par suite d© la nature même des sujets insuffisamment connus, 
dee assertions hypothétiques parfois contestables. Je voudrais, après avoir 
signalé rimportânce de r ouvrage et insisté sur le fait à mon sens indis» 
eutable qu'il ne saurait manquer dans aucune MbUotbèque bien organisée, 
essayer de faire ressortir quelle en est, non plug seulement le mérite, 
mais tUBsi la portée historique. 

Les deux thèses fondamentales qui me paraissent constituer les pier- 
res angulaires de l'édifice élevé par M. Cumont sont : 1" le caractère 
très nettement iranien du Mithriacisme dans TErapire romain; 2* Tim- 
portance prépondérante du Mithriacisme, comme centre du syncrétisme 
païen au m* et au iv« siècle et comme élément de résistance au Christia- 
nisme, dételle sorte qu'en forçant la note, pour donner à sa pensée une 
forme paradoxale plus saisissante, on pourrait traduire sa pensée ainsi : 
La conquête du monde antique par le Christianisme s'est terminée par 
une lutte entre la religion ii^nienne transportée en Occident et la reli* 
gion chrétienne hellénisée. Cette dernière thèse n^est pas nouvelle. On 
connaît la célèbre boutade de Renan : c Si le Christianisme eût été ar- 
rêté dauâ aa croissance par quelque maladie mortelle, le monde eiU été 
mithriaste i. M, Cumont ne la prend pas nettement à son compte, mais il 
donne à l'appui beaucoup plus de témoignages positifs que ne pouvait le 
faire Fauteur des Origines du Christianisme. Il me parait cependant 
qu'il a, sur ce point, un peu trop cédé â la disposition très naturelle à 
exagérer l'importance du sujet auquel on a consacré de longues études. 
Ce qu'il attribue au Mithriacisme, au détriment des autres cuîfe^ orien- 
taux, est en réalité le fait de toutes cfô religions orientales qui se ren- 
contraient avec ta philosophie néoplatonicienne dans un monothéisme 




188 



fUCVOe DB L HÎSTOlflE DES BBLIGIONS 



syncrétîste solaire. M. Cumont noua avertit lui-même qu'il ne faut pas 
rapporter directement à Miihra toutes les inscriptiona à Sol invictus qui 
abondent dana le Corpus. II ne faut pas davantage transformer en mi- 
Lhriastes, tout courte les adhérents même los plus ardents du culte solaire 
au III* et au îv* siècle. Ni Porphyre, ni Aurélien^ ni Dioclétien, ni 
Ck)n&lance Chlore, ni même l'empereur Julien ne sont plus spécialemeat 
inUhriastes qu'ils ne sont adorateurs de toutes les autres formes, grec- 
ques ou orientales, du divin Soleil, Cea gens-là sont syncrélistes jusqu'au 
fond de Tâme. Le principal ^rief de Porphyre contre le Christianisme, 
c*est rintransigeance de ses adeptes à T égard des autres religions. Rien ne 
répugnait plus aux païens éc[air<!'S, che^ lesquels le particularisme des 
cultes nationaux ou municipaux avait depuis longtemps disparu et qui 
ramenaient toutes les traditions rituelles et religieuses à ne plus être que 
des formes symboliques. Dans les Mystères de Mithra le syncrétisme 
régnait aussi en maître. Ce qui prouve bien que l'opposition au Chris- 
tianisme envahissant ne se concentra pas dans le Mithriacisme au point 
où le pense M. Cutnont, c'est le fait que les apologèles et les polémistes 
chrétiens ne s'occupent, en somme^ que fort peu de lui. Leur polémi- 
que vise tous les cultes païens en général ; ils les englobent tous dans 
une même condamnation, parce que, pour eux aussi, ce ne sont que des 
formes variées d'une même erreur commune. 

11 me semble qu'il y a de même quelque exagération à présenter 
la propagation des croyances mîthriaques dans Tempire romain comme 
l'une des principales causes de la rapide extension du Manichéisme. 
Celui-ci, assurément, de par son origine mazdéenne» est étroitement 
apparenté au Mithriacisme oriental. On peut dire — et l'observation est 
ingénieuse — que la vieille religion de l'Iran, après avoir une pre- 
mière fols envahi le monde romain sous ta forme du Mithriacisme, tenta 
une nouvelle attaque sous la forme du Manichéisme. Mais je ne vois au- 
cune preuve que cette seconde invasion ait été favorisée par les souvenirs 
de la première. Le Manichéisme se répandit surtout en Afrique où les 
fidèles de Mithra ne semblent pas avoir été particulièrement nombreux, 
tandis que dans les pays d'élection du Mithriacisme, dans les provinces 
le long du Danube et du Rhin, il n'y eut guère de Manichéens, 

Ces observations, toutefois, ne portent que sur d^ points secondaires 
de l'œuvre de M. Cumont. La thèse soutenue par l'auteur ne me parait 
pas fausse, mais simplement entachée d'exagération. Ce qui est autrement 
important dans son œuvre et ce qui a une portée historique autrement 
nouvelle, c'est la manière dont il a dégagé le caractère nettement iranien 



< 



APTALYSBS ET COMPTES RENDUS 



189 



des Mystères mlthriaquês de ï'Empire romain et situé en quelque sorte 
le Mithnacisme dans l'hiatoire religieuse de Tantique Orient Tout le 
monde sait que Mithra est l'un des plus vieux dieuat du panthéon aryen» 
invoqué par les Aryaa de l'Inde et par ceux de Flran, donc vraisembla- 
blement antérieur à leur séparation. On sait également que dansTAvesta 
Mithra occupe une position subordonnée. Il est un des Yazatas» glorifié 
parfois comme le premier d'entre eux, mais, maigre tout, un simple 
génie^ une créature d'Ahoura-Mazda, inférieur aux Amschaspands. 
Gomment ce même Mithra est-il devenu dans les Mystères mithriaques, 
le personnage central du culte, non pas, il est vrai, le dieu suprême, 
mais lagent de ce dieu^ avec un réle si bien prépondérant que le dieu 
suprême est relégué dans sa dignité et n'occupe guère Tattention des 
fidèles? C'était là le problème dont il n'avait pas, à ma connaissance, été 
donné d*expticalion satisfaisante, car ce n'en était pas une que de pré- 
senter le Mithriacisme comme une dégénérescence naturaliste du Maz- 
déisme de TAvesta. 

M. Cumont observe avec beaucoup de raison que la religion de 
Mithra, au moins dans ses éléments essentiels, était une religion déjà 
complètement formée, dont les dog^meset les rites étaient fixés par une 
tradition solidement établie, lorsqu'elle se répandit dans la partie occi- 
dentale de l'Empire romain. Les découvertes archéologiques prouvent, 
en effet, que la disposition des temples^ les représentations tlgurées, les 
objets de culte étaient les mêmes dans toutes les parties de l'Empire où 
il y avait des communautés mithriaques, et Ton sait qu'elles furent dis- 
séminées à toutes les frontières du monde romain. Donc le Mithriacisme 
a dû avoir une histoire en Asie- Mineure, antérieure à sa propagation 
sous les empereurs. Il s en faut cependant qu'il soit unesimple réplique 
du Mazdéisme de l'Avesta. Il est essentiellement de souche iranienne, 
mais il n'est pas avestéen, La religion de TAvesta est spiritualiate, léga- 
liste, oBuvre de théologiens; le Milbriacisrae, malgré ses spéculations 
transcendantes, e^st une religion demeurée naturiste et mythologique. Il 
porte très nettement la marque de t'influence babylonienne, non seule- 
ment dans la part faite au culte planétaire et aujt croyances astronomi- 
ques, mais aussi jusque dans la personnalité de ses principales divini*» 
tés. Enfin, chose curieuse^ la religion des Perses telle que la font connaître 
les inscriptions des Achéménides et les renseignements fournis par les 
écrivains grecs, semble s'accorder beaucoup mieux avec celle que repré- 
sentent plus tard les Mystères mithriaques qu'avec celle de TAvesta. 
M. Cumont est amené ainsi à ces déclarations capitales t « Le Mithria- 

13 



i90 



HEVUH DE L HISTOIRE DES RHLIGlO^iS 



dsme n'est donc pas, comme on Ta eni à tort, une altération du soroas- 
trisme avestique. Il s'est développé à côté de lui et indépendammeDt de 
lui ; ils sont l'un et Tautre une transformation de TanUque religion 
des tribus iraniennes >i (I, p* 11), et : « Le Mazdéisme des Perses en 
s'unissant à l'astrolog^ie chaldéenne a produit le Mîthriacîsrae* (L p. 8), 

C'est ici que j ai particulièrement reg^retté que M. Cumout ne nous 
ait pas donné une description complète du rôle de MiLfara dans le 
Mazdéisme de l'Avesta et qu'il n^ait pas pu aborder la question même 
de Tépoque et de la nature de la Réfonne avestéenne, II ne nous a pro- 
mis, assurément, qu'une étude sur les Textes et les Monuments figurés 
relatifs au3t Mystères de Mithra. Mais forcément son ouvrage a pris les 
proportion 3 d*une histoire du Mithriâcisme et c'est cela même qui en 
fait la valeur. Car la persévérance avec laquelle il a dégagé la significa- 
tion originellement iranienne et babylonienne des rites, emblèmes^ re- 
présentations et spéculations mithriaquesdans l'Empire romain^ ne tend 
pas à autre chose qu'à établir Teiistence, de beaucoup antérieure, d'une 
religion spéciale, le Mazdéisme mithriaque ou le Mitbriacisme qui appa- 
raît ainsi comme Tune des plus importantes formations religieuses de l'Asie 
occidentale. Dès lors la question de S€s rapporta avec le Mazdéisme aves- 
iéen se pose nécessairement, car toute la construction de M. Gumont serait 
ébranlée, si la conception traditionnelle sur Forigine iïès ancienne de 
TAvesta, ou tout au moins de ses éléments caractéristiques, est fondée, le 
comprends fort bien qu'il ait bêsité à s'aventurer sur un domaine où il 
ne disposait pas de la compétence philologique nécessaire pour traiter au- 
trement que de seconde main des questions de critique littéraire. Pas 
plus que lui, je ne m'y risquerai. Mais il me parait indispensable que 
soit M. Gumont lui-même, en se familiarisant avec le zend, soit un 
iranisant familiarisé avec les travaux de M, Cumont^ aborde le problème 
si hardiment posé par James Barmesleler, en tenant compte de l'exis- 
tence désormais attestée d'une forme occidentale du Mazdéisme que nous 
appelons le Mitbriacisme et qui, d'après toutes les analogies de This- 
toire des religions^ semble beaucoup moins éloignée du Mazdéisme 
antique que la religion légaliste et théologique de l'Avesta. C'est en cela 
que consiste, à mon avis, la portée générale de Fœuvre remarquable ac- 
complie par M. Gumont. 

Ceci posé, j'ai l'impression que l'auteur n'a pas accordé asses d'im- 
portance à la part qui revient aux religions indigènes de l'Asie Mineure 
dans la formation de la religion mithriaque, telle qu'elle apparaît dans 
les Mystères de r£mpire romain. D'après lui Tinfluence des cultes de la 



I 



ANALirSES ET COMPTES RENDUS 



191 



Cappadoce et du Pont fut assez fail>îe et pour ainsi dire extérieure (II, 
p. 8 et p, 236), Divers indices semblent» au contraire^ autoriser Topinion 
que Je séjour pi'oloiigé des mages en Asie Mineure, le Yoisina^^e durable 
de leur culte avec celui des populations indigènes contrîliuèrent puis- 
samment à donner au Milhriacisme sa forme défini live. L'na des ré- 
sultats, en effet, les plus intéressants des recherches de M* Curaont, 
Tenant après celles de M. Théodore Reinach sur Mitliridate Eupator, 
roi de Pont, c'est d'avoir fourni la preuve que les ma^es, introduits par 
la conquête perse, se maintinrent en Arménie, dans la Gappadoce, dans 
le Pont» en Gilicie, en Phrygîe et jusqu'en Lydie. Or, le Mithra glorifié 
par les inscriptions achéménides et adoré en Gappadoce est étroitement 
associé avec la déesse Anahitd, en qui l'on reconnaît bien Tlshtar i>aby- 
lonienne, mais qui, dans le culte d'Asie Mineure, a été assimilée par les 
populations cappadociennes avec leur grande déesse, rArtemia de Co- 
mane que les Romains appelèrent plus lard Bellone. Mitbra luî-raéme 
dans le type essentiel du dieu tauroctone, se présente toujours sous lea 
traits et avec Taccou trament d'un jeune Phrygien. Sur les monnaies de 
Trébizonde le Mithra cavalier (qui se retrouve en Occident sur un bas- 
relief d'Osterburken, t. I, p, 174) semble bien provenir d'une combi- 
naison avec le Mèn phrygien (t II, p. 424). M. Cumont nous dit que 
la lumière jaillissant du ciel, conçu comme une voûte solide, était 
devenue, dans la mythologie des ma^es, Mithra naissant d'un rocher 
(I^ p. 304); mais quand la légende mithrîaque nous apprend que le dieu 
naquit d*une pierre, au bord d'un fleuve, coiffé d*un bonnet phrygien, 
quand nous retrouvons de fréquentes représentations de cette scène 
considérée comme importante par les initiés et que souvent la pierre y 
est entourée d'un serpent, symbolisant la terre, o'eat-il pas plus vrai- 
semblable d*y voir un emprunt à la légende phrygienne de la naissance 
d' Agdistis, alors surtout que d'après les documents arméniens la légende 
de la naissance de Mithra était tout autre {I, p. 161) ? Les relations entre 
les sanctuaires de la Grande Mère et cens de Mithra furent très étroites 
en Occident. N*est-i! pas vraisemblable que ce rapprochement remonte 
jusqu'à la vie commune séculaire des deux cultes en Asie Mineure? 
D'autant que la pratique mîthriaque du taurobole semble bien être, 
elle aussi, un emprunt au culte phrygfien. Ajoutons encore que le 
Natalh hivicti {25 décembre), la grande fête mithriaque, tombe juste 
neuf mois après les Hilaria^ la fête de la Grande Mère phrygienne 
(25 mars), La grotte même dans laquelle se célèbre le culte de Mithra 
et dont on ne saisit pas Porigine iranienne, ne serait-elle pas un emprunt 



im 



hgVUS DE L HISTOIRE DES RKLI&IONS 



à ce même culte de la Cybèle phrygienne ? Athénée (ÛeipnmopkUtes, 
X, 45J eite deux téfnoigfnages de Clésias et de Douris, attestant qu'à Tuiie 
des deux grandes fêles ea T honneur de Mîthra cheï les Perses, le roi 
doit s'enivrer et danser une danse nationale. N'y a-t-il pas dans ce fait, 
doublement attesté, nne preuve que les pratiques phrygienne et syrienne 
des danses sacrées avaient pénétré jusque dans le milhriacisme antique? 
Ce ne sont là que des suggestions, mais elles sont trop nombreuses 
pour pouvoir être écartées par une làn de non recevoir. Une analyse 
détaillée des représentations figurées en fournirait encore d'autres. 

Le malheur est que nous connaissons fort mal les cultes indigènes de 
TAsie Mineure. Peut-être des fouilles régulièrement organisées dans ce 
pays apporteront-elles au déhat des documents nouveaux. C'est de ce 
eôté-là qu*il faut porter les recherches. M* Cumont lui-même en est 
bien convaincu, puisque cet hiver même il est parti en mission afin 
d'explorer certaines parties de TAsie Mineure. 

Dès à présent ît me semble que le Mithdacisme oriental ou d'Asie 
Mineure se présente comme une religion iranienne, n'ayant pas été 
aûectée par la réforme avestéenne» mais dotée de cette disposition» gé- 
nérale dans les cultes polythéistes dépourvus de livres sacrés et de 
théolc^îe arrêtée, à fusionner avec les religions des peuples chez lesquels 
ils pénètrent. Profondément influencée par la civilisation ehaldéenne 
qui lui était de beaucoup supérieure, elle se chargea tout d'abord d'élé- 
ments babyloniens et sémitiques, puis à mesure qu'elle s'établit en 
Asie Mineure, en Arménie, dans les deu3t Cappadoces, en Phrygie, elle 
s'assimila également des légendes et des pratiques populaires de ces 
pays et finalement» Tinfluence hellénique venant brocher sur le tout» 
pendant la période de pénétration réciproque de l 'Orient et de la Grèce 
qui suivit les conquêtes d'Alexandre, elle se constitua sous la forme où 
nous lu voyons se répandre dans TEmpire romain. Le Mithriacisme, en 
Occident j n'eut pas à changer de nature pour être syncrétiste* C'est là 
justement ce qui le distingue absolument du Mazdéisme avestéen qui» 
tout comme le JudaVsme, fut intransigeant. 

M, Cumont a ouvert un chapitre nouveau de Thistoire des religions, 
H est mieux qualifié que personne pour en écrire les paragraphes suc- 
cessifs, à mesure que les documents permettront de décider si les obser* 
vations que m'a suggérées la lecture de son bel ouvrage sont fondées ou 
non. Dès maintenant nous lui devons tous une grande reconnaissance 
pour le précieux instrument de travail qu'il nous a procuré, 

Jean Réville. 



4NALYSËS ET COMPTES RENDUS 



i93 



W. Brigst.— Some aspects of primitive Ghurch Life.^ 
Longmans^ Green et C\ Londres^ 1898,268 pa^e^. 

W. ShNDA-i, — Différent conceptions of Priesthood and 

Sacrifice. ^Longmang, Green et G*, Londres, 1900 

{xix-174 pages). 

Llntérèt de ces deux volumes consisle à nous renseigner sur le ri- 
luaiisme anglicant ses principes, Tapologétique qu'il prétend tirer de 
Fhi&tûire^ les discussions qu'il soulève. En nous faisant mieux connaître 
les tendances de la haute Ëglise» ils nous révèlent ces profonds change- 
naents qui se produiieni chez nos voisins, aussi bien dans le domaine 
religieux que dans le domaine politique et qui paraissent devoir trans- 
former radicalement l'Angleterre, 

L'ouvrage de M. Bright se donne pour une étude historique. C'est, en 
réalité, un plaidoyer chaleureuï en faveur des vues ecclésiaa tiques de la 
High Church. L'auteur a l>eâuçoup d'érudition; il connaît les textes. 
Mais au lieu de s'efforcer d'en retrouver le sens primitif et de replacer 
le lecteur dans le? circonstances qui ont donné naissance à ces textes, il 
les interprète de manière à y retrouver les idées qui lui sont chères. C'eat 
ainsi qu*i! fait remonter sa notion de l'Église à Jésua-Christ, qu'il dé- 
couvre le sacerdoce tel qu'il le comprend dès l'âge apostolique et qu'il 
soulieot que les chrétiens des deux premiers siècles entend aient les sacre- 
ments comme lui. Il n*est pas possible d*avoir moins de sens historique 
que M. Bright, Son livre n a d'autre intérêt que de montrer comment on 
s*y prend pour exploiter l'histoire dans le parti dont il est une des lu- 
mières^ L'une des prétentions des ritualistes ^t évidemment d'invoquer 
le droit historique. 

Le nom du savant commentateur de VÉpître aux Homains recommande 
à lui seul le volume de M. W. Sanday. Il raconte lui-même comment il 
conçut le projet de réunir, en une conférence fratemellej quelques-uns 
des Ihéotogiens les plus en vue des différentes églises pour discuter les 
questions qui passionnent en ce moment Topinion religieusje en Grande- 
Bretagne, Il estimait que l'échange loyal des idées ne pourrait que rap- 
procher les cœurs. On comprend tout ce qu*il y avait de délicat dans la 
réalisation de ce généreux dessein. M, S. réussit à force de tact et de lar- 
geur d^esprit, et la conférence se réunit à Oxford en décembre de l'année 
1899, Elle consacra trois séances admirablement préparées et conduiles 
avec une rigoureuse méthode à discuter le programme tracé d'avance par 



ÎU 



REVm DE L HISTOERE DES RËLIGtO^S 



M.Sanday, Le livre qu*il vient de publier en est le fidèle compte- rendu. 

La discussion s est concentrée sur les trois points suivants ; ridée du 
sacrifice, l'idée du Btcerdoce et Tidée de rÉglise. il s'agissait de d^ager 
la vraie doctrine chrétienne sur ces trois points. On ne saurait trop louer 
la franchise en même temps que la courtoisie qui ne œbsèrent de pré- 
sider à l'échange des opinions. On constate, tout d'abord, que ces théo- 
logiens d'écoles et d'églises si différentes s'accordent plus qu'on ne Vau- 
rait supposé sur le fond des choses. Quand il s'agit de l'idée du sacrifice 
ou de celle du sacerdoce appliquée au Christ, ils parviennent à s'en- 
tendre dans une mesure surprenante. Là où ils diffèrent, c'est lorsqu*il 
s'agit de déterminer le sens dans lequel II convient d'appliquer ces 
mêmes idées à l'Église, à ses ministres, à son principul sacrement A ce 
point de vue, trois tendances se font jour parmi les membres de la con- 
férence. Il y a ceux qui, comme le D' Moberly, les chanoines Gore et 
Scott Hollande voudraient, tout eu maintenant le caractère unique du sa- 
erîfice et du sacerdoce du Christ, transporter une part considérable de 
ces deux fonctions à l'Égltse et en particulier à son clei^é* Ce n'est pas 
ridée catholique du Sacerdoce et de TÉ^Iise mais c'est une conception 
qui en est la proche parente. Il y a» d*autre part, ceux qui, comme Tar- 
chidîacre Witson, le chanoine Bernard, D^ Fairbairn, D^ Salmond, etc.» 
n'entendent attribuer, en aucune façon, au clergé et à l'Église le caractère 
que revendiquent pour eux les ritualistes. Ils n'admettent les idées de 
sacritice et de nacerdooe que dans un sens spirituel dès qu'il ne s'agît 
plus du Christ lui-même. 

Entre ces deux eitrémes se placent des hommes comme M, Sanday 
et, jusqu'à un certain point, son ancien collaborateur, M. Headlarn* 
Ei^prits critiques, rompus aux études historiques^ fis ne savent être 
dogmatiques ; ils aperçoivent trop bien les aspects opposés des questions. 
Aussi portent-ils tantôt d'un cAté, tantôt de Tautre le poids de leur auto- 
rité et de leur science. 

Au premier abord, on est tenté de ne voir dans ces discussions qu'af*- 
faires confessionnelles. Elles ont, cependant, une portée plus haute* Il 
s'y reflète, avec une singulière élévaticn de pensée et de langage, le 
conflit qui divise à l'heure actuelle la conscience religieuse du peuple 
anglais. Deux conceptions rivales du Christianisme sont en présence. FI 
y a, d'un côté, celle qui est issue de la Réforme du xvi« siècle* Son carac- 
tère est d'être tout ensemble individuelle et démocratique. En face d'elle, 
s'affirme avec la plus grande énergie une conception du Christianisme 
qui prétend remonter au delà du xvi» siècle. C'est celle du v* siècle sous 



'T'AîfALTSES 



S RENDUS 



pas à décider quel était le vrai pape), alors son élu Martin V est un usur- 
pateur et toule la série des papes ses successeurs esl entachée de ce vice 
originel. Car les cardinaux sont choisis par les papes, ce sont eux ensuite 
qui les nomment^ et un pape usurpateur ne peut ni confirmer ni nom- 
mer de légitimes cardinaux en possessioo des pouvoirs surnaturels qui 
assurent aux élections des pontifes l'inspiration et la coopération du 
Saint Esprit, II faut donc que le concile général ou œcuménique soit 
dans l'Église supérieur à la papauté. C'est au fond et avec la limitation 
en France de T ingérence du Saint-Siège dans les affaires nationales tout 
*^ «jtie le gallicanisme demande. 

Mais ce n'est pas à nous de trancher cette grosse question. Nous la 

''appelons seulement pour faire observer que dans le livre soumis à notre 

*I>préciation nous avons en vain cherché une réponse à cette objection 

g^^Lllicane qui nous paraît dominer de haut le débat tout entier. Car elle 

est posée» non pas au nom d'une théorie abstraite sur les origines et 

*^s pouvoirs de la papauté, mais par des faits patents^ accomplis, acquis 

^ 1*1:1 iatoire. Ce n*est pas que, par fidélité à ses convictions. M, Salem- 

***^i* n'ait cherché soigneusement à dégager et à démontrer la légitimité 

^-*^<^l^sivedes papes resté» en possession de leur titre sur la liste ofJicjellê 

d ^s pontifes de Rome. Si nous devons nous en rapporter à lui, Urbain VI 

(^ 3*78-1389} fut certainement â Rome le pape légitime et Clément VII 

** -A^vignon (1378-1394) le pape usurpateur ou le faux pape; Grégoire XIl^ 

^^E»« de Rome depuis 1406, fut déposé illégalement par le concile de 

"*^^ en 1409 en même temps que son opiniâtre rival Renolt XIII, pape 

*^ -^-^gnon depuis 1394^ et quand le concile de Constance arracha la 

^ '^-ï:*^ à la fois à Benoît XIIÏ condamné à Pise, mais obstinément partisan 

^^ Xui-même, ce qui prouve du caractère, à Grégoire XII qui se décida 

^'^Cî.n à abdiquer en 1415^ et à Jean XXIII qui en dut faire autant et 

J*^^^virut en 1419, le concile de Constance affirma sa souveraineté. Mais 

^* *^«ssort du système soutenu par M. Salembier que Grégoire XII n avait 

ï^^-^ cessé d'être le pape légitime et qu'en le déposant avec les deux 

^^-*^^*es, le concile de Constance commit une iniquité. Alors que devient 

*^ l^g^itimité de Martin V nommé par les cardinaux sur rintimation du 

«^c^Xicile? 

Encore une fois nous nous refusons à discuter la question qui ne nous 

^^^arde pas. Et c'est ici que nous tenons à féliciter M* Salembier de sa 

®****^rîté, de sa probité historiques. Trop d'historiens appartenant à son 

^*^*^Ie théolûgique s'imaginent qu'il est de leur devoir de laver les papes 

^ 1^ liste officielle des reproches que leurs contemporains ont formulés 



198 



HEVUE DE l'histoire; DES RELlGtOPIS 



contre leur incapacité, leurs fautes, leur cupidité, leur népotisme, leur 
ambition, eo un mot leur indi^rnité. M. Salembier est plus honnête et 
plus véridique. Sa conscience d^tiîstorien ne lut permet pas de cacher 
ce que d'autres s'évertuent à taire ou bien à atténuer au point qu'on n*en 
voit plus trace. Personne ne dénonce plus vigoureusement que lui les 
défauts des papes de cette période, où la papauté ne compte pas un seul 
homme de g^rande envergure, en état de comprendre la situation, c«M 
qu'elle exigeait, ce que son devoir de pontife de la catholicité était 
d'exécuter courageusement et énergique ment. Il n^est pas moins franc 
quand il s'agit des papes de Rome que lorsqu'il censure les papes 
d'âvi^on. Si quelque chose avait pu sauver la papaulé d'Avignon, c'eût 
été qu un de ses représentants eût travaiUé et réussi à guérir TËglise 
des plaies rongeantes qui la dévoraient. Alors on aurait pu dire : C'est 
le pape d'Avignon qui a fait ce que les papes de Rome dominés par des 
antécédents traditionnels, écrasés sous le poids d'un entourage îrréfor* 
mable, ne pouvaient faire et refusaient de faire. Au contraire, sauf une 
exception qui n'eut pas grande portée, les papes d'Avignon^ 1^ incon- 
testés comme les contestés^ n'eurent qu'une idée, celle de maintenir les 
prétentions de leurs prédécesseurs de Borne et la situation qui s*était^ 
constituée sous leur direction. Ils aspirèrent surtout à bien montrer uw^ 
monde que rien n'était chaogé parce que le Saint-Siège s'était trans- 
porté des bords du Tibre sur ceux du Rhône pour mettre enfin sa 
liberté à Pabri des turbulences de la noblesse et du peuple de Rome. 
La papauté d'Avignon, puisqu'elle voulait durer^ aurait dû être réfor- 
matrice, et c'est parce qu'elle ne le fut pas qu'elle tomba. Car, toutes 
choses égales, Rome aux yeux de la catholicité était en possession d'uû^ 
prestige séculaire auquel Avignon ne pouvait prétendre. ^Ê 

Les concurrents romains des papes d'Avignon ne furent ni plus clair- 
voyants, ni plus â 1â hauteur de leur position. C'est pour cela qu'à leur 
tour ils tombèrent bous le verdict de deux conciles successifs. Après 
eux et grâce à eux la papauté se releva. Il ne fut plus possible de la 
concevoir autrement que résidant ordinairement à Rome, mais deux papes 
romains furent frappés comme indignes. C'est ce que M. Saleral>ier a 
très bien mis en lumière. Il ne veut pas que la papauté puisse en être 
devenue caduque, mais cela ne le m pèche pas d'être sévère pour les pap^ 
qui, de 1378 à partir d'Urbain VI, jusqu'à la déposition de Jean XXUl 
en 1414, occupèrent le Saint Siège romain. H 

C'est au poiût qu'il ne serait pas étonnant que des adversaires, atta^ 
ehés au même principe que lui, mais moins pénétrés du premier de-j 



ANALYSES ET COMPTES RENDUS 



199 



voir de rhîstoTieni lui en voulussent d'avoir dénoncé à des lecieurs, qui 
sans lui n'en auraient rien su, les défauts et les tares de papes dont il 
faut croire que Je Saint Esprit avait déterminé l'électioni N'étaient -Us 
pas dès lors dans leur droit, ceux qui réclamaient a grands cris que Ton 
frmppât â la tête, si Ton voulait guérir les membres? Mais si Ton frappe 
à la Lète, c'est donc que cette tête n'est ni intangible, ni inviolable. 

Je croîs savoir ce que M. Salembier pourrait répondre aux adver^ 
saîres de sa loyauté. Il mettrait en avant le principe auquel, depuis 
qu'elle s*est constituée sur une base sacerdotale-sacramentelle, rËglise 
dans sa prudence a toujours tenu, savoir que Tindignité du prêtre n'ôte 
rien à la validité des pouvoirs qu'il e:terce en vertu de sa consécration 
jusqu'à ce qu'il en soit dépossédé par Fautorité compétente. Ce qui se 
dit du prêtre doit se dire aussi du pape^ qui est le premier des prêtres. 
fjés torts des papes ne peuvent donc être allégués contre Finstitution 
divine de la papauté ni contre les indispensables grâces dont elle est la 
source unique sur la terre, U est vrai qu'à l'autre extrémité du monde 
religieux d'autres malcontents pourraient demander s'il est admissible 
que le Saint Esprit ait pour canal de i^es grâces des individus Immoraux 
et personnellement en dehors de son action sanctifiante, si, parexemple^ 
on peut réparer rinfaillibilité de rimpeccabilitê. Car enfln, à quoi sert- 
il d'être le dépositaire de la vérité» si par défaut de raoralité on est ca- 
pable de la cacher^ de Taltérer, de la trahir? Mais voici que nous allons 
rentrer dans k controverse tbéologique, et nous voulons nous en abs- 
tenir. 

Prenons seulement un exemple de rapplicdtion faite par M. Salem- 
bier à la question primordiale qui s'impose dès qu*on veut â son point 
de vue apprécier l'origine et la nature du schisme. 

A ce point de vue, il s'agit de savoir si Urbain VI élu à Rome au 
lendemain de la mort de Grégoire XI en 137§f était pape légitime, ou 
bien si cette qualité revenait à Clément VU, élu quelques mois après, 
n est clair qnesi Urbain VI est le pape légitime» ceux qui lui succède- 
ront, canonîquement élus par le conclave des cardinaux romains, Sé^ 
ront aussi les vrais papes. Par conséquent, Clément VU d'Avignon, 
nommé par les cardinaux de 1378 en opposition à Urbain VI, est faux 
pape, ses cardinaux ne seront pas plus légitimes que lui, son successeur 
Benoît XIII, nommé par eux en 1394, ne le sera pas davantage^ et ces 
deux derniers papes d'Avignon ne seront que des intrus, sans aucun droit 
ponUdcaL La réciproque doit être vraie contre les papes de Rome de 
1378 à 1409 (concile de Pise),si Clément VII a été dûment nommé pape. 



200 



REVUE DG L HISTOIRE DES RELIGIONS 



4 

i 



M. Salembier se prononce carrément avec la tradition rotnaîne en 
faveur d'Urbain VI contre Clément VIL II a seulement la prcbité de 
reconnaître qu*ûn pouvait s'y tromper et quMl y eut, lors de réleciion 
d'Urbain VI, des circonstances fâcheuses de nature à jeter le doute dans 
beaucoup d'esprits. Pour nouB^ à qui la salution du problème est abso- 
lument indifférente, nous allons un peu plus loin sans sortirdu domaine 
de rhistoire, et nous pencherions à conclure que ni Tun ni Tau re ne fut 
nommé comme un vrai pape doit Têtre. Nous ne chercherons pas ail- 
leurs que chez M. Salembier les raisons qui nous déterminent. 

La première condition de l'élection d'un vrai pape, c'est que le con- 
clave appelé à rélire soit à Tabri de toute pression capable de peser sur 
ses votes. Or, le lendemain de ta mort de Grégoire XI, dernier pape in- 
contesté d'Avignon, le 27 mars 1378 % les cardinaux se réunirent à Rome 
pour procéder le plus tôt possible à Télection de son successeur. La ville 
était très agitée. Le sentiment italien et surtout le sentiment romain 
était qu'il fallait en fîntr avec cette manie de nommer toujours des papes 
étrangers qui ne se souciaient pas métne d'honorer de leur présence 
ordinaire Tilluslre cité dont ils étaient avant tout lesévêques. Les Trans- 
lévérins particulièrement s'attroupaient au pied du Vatican où le con- 
clave devait se réunir. <c Depuis 70 ans, disaient-ils, la France se gorge 
de Tor romain; à nous maintenant Tor français* ». L'opinion s'était 
répandue que le peuple romain avait le droit de prendre part à l'élection 
du pape, ce qui avait pu être vrai quand on remontait haut dans le passé, 
mais ce qui ne Tétait plus du tout depuis longtemps. Les montagnards 
de la Sabine étaient descendus dans la ville et carapaient bruyamment 
dans les rues. En vertu d'une coutume bizarre, il parait que la demeure 
du nouveau pape et même celles des cardinaux électeurs» a*ils habitaient 
Rome, étaient livrées au pillage dès ta proclamation du nouvel élu. Les 
montagnards se promettaient bien de faire leur main, et en attendant 
ils avaient forcé un cellier du palais pontiQcal pour en boire le vin. On 
prit bien quelques mesui^s d ordre pour protéger la liberté du conclave» 
et même le bourreau s'installa sur la place de Saint-Pierre au milieu 

1) M. Salembier le fait mourir à Bome (p, 30}. Je crois que c'est une erreur, 
d'ailleurs sans importance. Grégoire XI avait quitté Rome 1res chag-riné d« 
o^avoir pu gag^ner raETection du peupie romain et désireux de retourner à Avi- 
gnon. C'est dans ce voyage de retour, qu'il faisait à petites journées, que U ^ 
maladie, puis la mort le surprirent à Anagni, H 

2) C'était une complète erreur, Avignon n'était pas terre française et si us ^^ 
papes tiraient beaucoup d'argent dllalie comme de France, d'Allemagne, d'Es- 
pagne et de partout, cet argent n^étaît nullement destiné & gorger la France. 



4 



ANALYSES ET COMPTES RENDDS 



201 



e ses instruments de supplice pour intimider eeuit qui oseraient trou- 
bler l'opération du Saint Esprit. On affirme que c'était aussi de tradi- 
tion. Mais ces mesures furent sans doute inefficaces ou mal appliquées. 

Le 7 avril 1378, après vêpres, les cardinaux se rendirent au palais du 
Vatican, mais pour cela durent traverser une foule compacte^ armée, 
massée sur la place de Saint-Pierre, et qui leur criait d'un ton mena- 
çant : Homano lo volemo o, al manco, italiano, € Nous voulons un pape 
romain, ou du moins italien ». 

Les cardinaux italiens étaient en minorlLé^ mais les étrangers à Hta* 
lie^ Français, Espagnols et Limousins (ceuK-ci faisaient bande à part] 
étaient divisés. On comptait quatre carrlinaux italiens^ cinq français ou 
similaires et sept limousins, en tout seiiie votants. Six cardinaux étaient 
demeurés à Avignon et ne purent prendre part à cette élection. Il semble 
qm^on aurait dû et pu leur accorder le délai nécessaire pour sa rendre à 
temps à Rome, mais où croyait devoir se hâter* 

Bien qu'on eût muré plusieurs escaliers du palais pour empêcher la 
foule d'y pénétrer, il y eut des intrus qui parvinrent à s'y introduire et 
à vociférer aux portes mém^ des cellules occupées par les conclavistes. 
Des caporioni ou chefs de quartier vinrent aussi sommer les cardinaux 
de nommer un Ilalien. On eut de la peine à les faire sortir. La multi- 
luile stationnant toujours devant le palais passa la nuit sur pied, tua le 
temps en pillant d'autres celliers et en se distrayant par de copieuses 
libations. Toute la nuit retentit d*en bas aux oreilles des cardinaux le 
naot d^ordre adopté liomano, al mancù liaiiano. 

Le lendemain matin, le tocsin sonne dans Home. Le tumulte s'ac- 
crott d'heure en heure. Le « gardien * du conclave, évèque de Mar- 
seille, s'épouvante et vient crier aux électeurs qu'il leur faut se dépëçheri 
que le peuple veut à tout prix un pape romain ou italien, que, s'ils re- 
fusent de lui donner satisfaction^ ils courent grand risque d*ètre massa- 
crés. En vain le cardinal Orsini essaye de calmer la foule. Il n'y réussit pas. 

Cest donc au bruit du tumulte extérieur et dans Témotion qu'il leur 
cause que les cardinaux font choix d^un prélat étranger au Sacré (^llège^ 
Barthélémy Prignano, celui qui prit le nom d'Urbain VI, archevêque 
de Bari» un Napolitain, qui jouissait d'une bonne réputation comme 
caractère et comme capacité, non sans craindre pourtant que ce choix 
d'un Napolitain ne contente pas tout à fait les hurleurs qui voudraient 
l un Romain'. Il faut faire venir l'élu qui nest pas là. 11 est mandé au 

^P 1} Pfignano était Italien, mais le royaume de Naples était alors à peine coa- 
^ sidéré comme faisant partie de l'Italie proprement dite. 



¥. 



âos 



BBVPE DE l'hISTOIHB DK8 RELIGIONS 



palais et on Tengage à prendre des précautions peur y entrer. Tral 
voix sur seize ont confirmé pour la seconde fots Je choix fait (e mati 
Oraini, sans prononcer le nom de Télu* crie à la foule : Vous avez 
pape! Mais on a^imagine qu'il s'agit d'un Limousin. Le tuttiuile redi 
vient plus violent, on lance des pierres contre les fenêtres, on brise d 
portes, les clameurs sinistres redoublent, le paUis est envahi, des co 
clavistes sont blessés, et Ton commence à piller. 

Alors se passe une scène qui à distauce parait presque incroyable, 
r instigation d*un clerc inconnu^ les cardinaux se prêtent à une connéd 
drolatique. Il s*af it de donner le change à la foule. On hisse dans 
chaire papale un vieux cardinal impotent, du nom de Tebaldeschl. C 
pose sur sa tête une mitre blanche, on Taffuble d'une chape rouge 
on entonne le Te Deum au milieu du tapage. Le pauvre homme proi 
tait, mais on ne l'entendait pas. Gomme on le connaissait dans Hom 
on crut que le conclave avait déféré au vœu du peuple et rapaiseme 
commença. Mais quand Prignano entra dans le palais, les cardinaux, 
la fois effrayés et honteux, l'avaient quitté pour se mettre en lieux i 
stïreté. 

Il faut avouer que jamais élection ne présenta moins que celle- 
Tapparence d'une élection libre. Que des pourparlers antérieurs, comn 
l'affirme M* Salenibier, eussent déjà préparé cette élection qui à certaii 
égards pouvait passer pour un compromis entre Français et Italien 
c'est possible* II n'en reste pas moins qu'elle s'opéra sous les auspia 
dune véritable et menaçante émeute; et quand M. Salembier nous d 
qu^Urbain VI < fut élu dans la crainte, mais non par la crainte » (p. 43| 
nous nous permettrons de lui faire observer que c'est là un disimg 
qui fait honneur à sa finesse d'esprit, mais qui ne saurait dissiper l'oh 
jection principale qui fut opposée plus tard à la validité de l'élection 
ruse grotesque à laquelle recoururent les cardinaux, et les cris d^al&rm 
du gardien du conclave lancés au moment ofi Ton allait passer à la d 
si g nation de Prii^nanOj encadrent toute Topération et projettent sur elli 
Je jour le plusfâcheui. Lorsqn*un peu plus tard les mêmes cardJnau 
électeurs qui avaient nommé l'archevêque de Bari crurent avoir àk 
raisons majeures pour regretter leur vote et revenir, s'il était possibl 
sur une élection accomplie dans de pareilles conditions, il est de fait 
qu'ils ne manquèrent pas d'arguments pour soutenir leur thèse qu'ell 
avait eu lieu sous une pression qui Tin validait moralement et canoni- 
quement. 
Voyons maÎBtenant dans quelles circonstances eut lieu Télection Ûê 



A]YALTSES ET COMPTES REÏiDUS 



203 



Clément Vïl qui installa de nouveau la papauté c en Avignon i> 

Ce qo'il y a de plus spécieux dans la défense entreprise par M. Salem- 

bi^rde la lêgîtîmîté de rélection d'Urbain VI Prignano, c'est que les 

jo^jrs suivants les cardinaux, au moins pour la plupart et parmi eux 

c^-mnx qui devaient bientôt après lui faim ToppositiDn la plus déclarée, 

s* ^ ^pressèrent autour du nouveau pape, lui témoignèrent tous leurs 

respects et lui adressèrent de nombreuses soHicitâtîons. Il fut intronisé 

s^Eon L'usage à Saint-Jean de Latran le 18 avril 1378, et couronné par 

l^s eardinauît à Saint-Pierre. Cela suppose donc qu'ils ratifiaient dans 

\3k j^ix la décision qu1h avaient prise dans le trouble. Ils dirent plus 

tsàx'd pour expliquer leur revirement qu'ils n'avaient nommé Bartbé- 

l^xuy Prignano qne pour conjurer un danger imminent et parce que, 

coïïûants dans son expérience et son caractère connu, ils n'avaient pas 

dcMité que lui-même reconnaîtrait Pirrégularité de son élection et qiï^il 

tte l'acceptait que temporairement pour délivrer les cardinaux menacés 

par une foule furieuse. Ils s'attendaient par conséquent à sa prompte 

alxlication. Il est très difficile de contr6ler ces dires qui dans tous les 

*=«s ne font pas au Sacré Collège de 1378 une réputation d'intrépidité 

héroïque. En les admettant^ il n^y aurait pas Heu de s'étonner de ce 

*ÏUe^ dans le court espace de temps qu'ils assignaient au pontificat d'Ur- 

**^^ii VI, beaucoup d'entre eux l'aient traité «n pape légitimement élu 

t*^Ur obtenir de lui des faveurs qu'il avait momentanément le droit de 

^^f accorder. Cela non plus n'a rien de très magnanime, mais c'est 

^^tïiain et les cardinaux étaient des hommes. 

Cîe qui tendrait à confirmer Texplication qu'ils donnent de leur 

^*»^i3gement d'attitude, c*est que, peu de jours après rélection, leurs 

'^^gues restés à Avignon et les souverains à qui notification en avait 

^ Caite et qui croyaient que tout s'était passé selon les règles, reçurent 

^ t>iusieurs cardinaux des avis secretscontre les récits officietât Un bruit 

J^viM*d de révolte se faisait entendre. Il alla en grossissant. Les délégué» 

"fbain auprès des souverains semaient eux-mêmes les doutes et évetl- 

^^ut les défiances. Celu ressemble beaucoup à un commencement de 

^^illusion sur les intentions qu'on avait, peut-être un peu légèrement, 

*-«*! buées au pape élu en un jour de décision précipitée. Que les rap- 

^'^ï'ts entre le nouveau pape et les cardinaux s*aîgrissenl, et ceux-ci 

^*^ont bien tentés de déclarer que la no.ninalion d'Urbain VI a été 

^^ï^achée à leurs hésitations par une violence qui la viciait essentielle- 

Oependant, si Urbain VI une fois installé eût répondu aux espérances 



204 



R£VnE DE LQ1ST0m£ DES RKLIGÏOffS 



que pouvait autoriser sa réputation de sagesse et d'attachement seriipu- 
leux aui devoirs de sa charge, il est certain qu'il eût été plus avantageux 
à rËglise de se rallier à son pontificat et de seconder ses vues de pacifi- 
cation et de réforme plutôt que d'exposer la catliolicité à de nouvelles 
tempêtes. En définitive sa situation pouvait passer pour régulière. Il avait 
eu las voix de la majorité du conclave. Les scènes qui avaient accompa- 
gné son élection étaient ou i^orées ou ramenées à des incidents qui 
ii*en compromettaient pas essentiellement la validité. Pourquoi donc 
cette levée de boucliers qui finit en peu de temps par enrôler la plupart 
des cardinaux qui Tavaient élu et par les changer en adversaires résolus 
de son pontiftcat? Cela fait penser qu^iIs savaient mieux que personne 
combien cette élection avait été incorrecte, qu'elle était éminemment 
attaquable, et que, les motifs de regret allant en grandissant, il y avait 
lieu de faire sortir du fourreau l'arme qui y était cachée et de provoquer 
un nouveau conclave qui réparerait la faute imposée au précédent parfl 
les forcenés du peuple romain. 

Ce fut Urbain VI lui-même qui ralluma le feu qu'on aurait pu laisser 
dormir sous la cendre. Ici nous laissons la parole à M. Salembier (p. 55) ; 

< A peine éluj Urbain Vï parut changer de caractère. On Tavait con- 
sidéré jusque-là comme un ennemi du vice, de la simonie et du faste, 
comme un ami des mortiûcatianB corporelles, de mœurs exemplaires^ 
de rigide intégrité^ protecteur éclairé des lettres et des arts. ^ Tout son 
passé plaidait en sa faveur. En un mot, « Barthélémy Prignano avait été 
irréprochable; Urbain VI fut loin de Tètre, si l'on s'en rapporte aux 
documents contemporains » . 

€ Il est trop certain que le nouveau pontife, à peine élevé sur le siège 
de saint Pierre, se montra inflexible dans ses volontés, précipité et Fan 
tasque dans ses projets de réforme, plus rude que prudent et plus pas- 
sionné que sage, n Catheriae de Sienne elle-même, qui lui est dévoué e^ 
en est inquiète pour l'Église;, le conjure respectueusement d'adoucir les 
mouvements subits de son caractère et de « réprimer son naturel ». 

(t Peut-être rimpression des événements dramatiques qui avaient 
marqué le commencement de son règne déséquilibra-t-elle son intelli- 
gence à certains moments de sa vie. Dès le lendemain de son couronne- 
ment le pape rudoie les prélats étrangers venus au Vatican pour lui pré- 
senter leurs hommages. Ne va-t-il pas jusqu'à les traiter de parjures, 
parce qu'ils ont quitté pour un temps leurs églises et parce qu*ils rési- 
dent momentanément à Rome? >? — Quinze jours plus tard, il prêche en 
consistoire public sur ce texte : Je suis le bon Pasteur, et c û*â8t dans 



I 
I 



ANALYSES JET COMPTES RENDUS 205 

'^^« termes les plus viruients qu'il attaque les mœurs des cardinaux et des 

F> Prélats... Toujours courroucé, menaçant et rude,.,. Il adresse en public 

^fc- %^x princes de relise les plus dures invectives. Le prélat qui Ta cou- 

^r^^Duné, Orsini, est traite de fou, et Robert de Genève^ le futur Clé- 

lent VU, s'entend infliger Tépithète de riband. Les princes et les sei- 

neurs sont gourmandes parfois avec une âpreté voisine de l'insulte. •! 

Tout cela était de la démence. Quand il existe quelque part une arme 

«:3ont les coups pourraient être mortels, il est pour le moins insensé 

^^i 'exaspérer ceux qui l'ont entre les iTiâins au point de leur donner une 

:^C^urieuse envie de s'en servir. Ce qui devait arriver arriva. Sans entrer 

^^^ans lesdétailâ du soulèvement graduel des cardinaux et d'aulres pré- 

^K^ats, on peut trouver naturel que, rougissant de la pusillanimité dont ils 

^^^vaient fait preuve devant Torage populaire eu voyant qu'ils avaient 

^^cniâà la tête de rÉglise, non pas Thomme qu'ils tenaient pour circonspect 

^^et avisé, mais un énergumène et un t déséquilibré^ » ils aient chercbé 

ZMe mo|en de réparer leur bévue et qu'ils l'aient trouvé dans la dénoncia- 

^on du scandale qui avait vicié son élection. Assurément la conduite du 

Sacré (Collège en toute cette atTaire est moins qu^édifiante^ mais cela ne 

détruit pas les faits qui Texpliquent et qui ont paru à d'excellents esprits 

jtîslifîer leur conduite ultérieure, Saint Vincent Ferrier lui-mùme leur 

'^onna raison quant au fond. 

Ait mois de mai (rélection avait eu lieu en avril) la majorité des car- 

^ttaux se retirent à Anagai et de là treize d'entre eux. écrivent au pape 

urbain une lettre comminatoire, couetestant vivement la légitimité de 

^a élection et lui décIaranL qu'ils ne Tout intronisé que sous le coup 

^Q la terreur, ils le dénoncent comme apostat et le somment d'abdiquer. 

i^ 2 août ils lancent la Decîaratio publique oii ils racontent à leur point 

*ie vue les circonstances de l'élection. Le 9 du même mois ils publient 

^ne encyclique à ladrease de tous tes Gdèles, où ils anatbématisent le 

l^^pe Urbain comme intrus. Le 27 août, ne se sentant pas suffisamment 

l^rotégés à Anagni, ils se rendent à Fondi sous la protection de Jeanne 

^ e Naptes dont Urbain avait grièvement froissé le quatrième mari, Otboa 

^^ Brunswick. Ils y sont rejoints par trois cardinaux italiens, jusqu alors 

^^meurés près d'Urbain. Une lettre de Charles V» roi de France, doit 

1^3 avoir encouragés à persévérer dans leur ligne de conduite. Bref Ro- 

l:k«rt de G-enévefut éluàrunanimitémoins une voi3c(était-ce la sienne?), 

^^s trois cardinaux italiens, sans participer au vote, regardèrent Téiec- 

t ion comme canonique et elle reçut radhésiondes six cardinaux demeurés 

^ Avignon, De la sorte on est en droit de dire que Robert de Genève ou 



206 



REVUE DE L HISTOIIIIE DES RELIGIONS 



Clément VII eut le droit de se considérer comme l*élti à nne forte majo- 
rité des cardinaux composant le Sacré Collège du moment. Après un 
court séjour dans le royaume de Napîes, il préféra rega^mer Avignon. 

Quelle conclusiofi tirer de cette iragi -comédie où les intérêts vitaux de 
toute la chrétienté occidentale étaient en jeu? 

Pour nous, il est évident qu aucun des deux papeâ ne fut ré^^ulièrement 
élu. La terreur qui avait pesé sur le conclave de Rome viciait réleclion 
d'Urbain, Celle de Clément Vil était irrégulière en présence d*uii pape 
vivant, dVbord reconnu et intronisé par ceux qui Tavaient élu. La seule ■ 
manière franche et pacifique de redresser les torts de tons, électeurs et 
élus, eût été que d'un commun accord, dans Tiiitérèt supérieur de l'Église, i 
et a^aût de pousser les choses au point où le schisme était pour ainsi ■ 
dire inévitable, Urbain VI et le conclave eussent reconnu qu'il était in- ' 
dis pensable de procéder a une élection nouvelle qui, cette fois, n'eût pu 
donner prise à aucun reproche. Urbain VI eût-il été réélu? C*est possible 
et même probable. Ses emportements» son manque de convenance et de 
tact, son refus de reconnaître que son élection n'avait pas réuni les con- 
ditions normales de validité firent qu'on n'y put penser* Ses électeurs, 
qui pouvaient se croire autorisés à Fannu 1er, allaient- ils les bras eroi^ 
laisser TÉgliee pâtir des excentricités dangereuses de cet komo furioius'î 
Il me paraît bien difficile de soutenir qu'ils devaient le faire quand ils se 
croyaient en droit de faire autrement. Avec tout cela ils étaient acculés à 
la nécessité de commettre un acte des plus insolites en désignant an 
autre pape que celui que « dans la crainte * ils avaient élu. 11 y avait 
donc à dire pour et contre les deux élections. Ni lune ni l'autre n'était 
k l'abri des objections, et comme chaque pays catholique^ forcé de 
choisir, se décida conformément à ses précédents, à ses intérêts politi- 
ques OTi à ses tendances nationales, le schisme, le g^rand schisme fut inè* 
vilable et la catholicité pendant trente-quatre ans fut scindée en deux 
obédiences papales dont la rivalité accrut encore les maux dont elle 
souffrait déjà. 

Nous n'avons ni le temps ni l'espace de suivre les complications de 
toute sorte qui sortirent d*un état de choses aussi anormal et qui furent 
aggravées par la résistance opiniâtre que les papes des deux séries parai* 
lèles opposèrent à tous les plans proposés pour ramener l'unité. Quel- 
ques diiTérences de forme mises à part, les papes de Rome comme ceux 
d'Avignon se cantonDèrent dans le droit que cliacun croyait tirer de son 
élection, c est-à-dire à ses yeux de sa mission divine. On n'abandonne 
^^as un poste à la garde duquel on est couunis par Dieu^ le pape n'est j 



ye 

'M 



ATfàLTSeS ET COMPTES RENDUS 



207 



justiciable d'âucun pouvoir humain^ telles furent toujours leurs maximes. 
C*€»st avec bien de la peine qu'on leur arracha la promesse d'abiiquer 
sîi»^\jltané oient pour que le retour de la paix fût possible, ou bien qu'Us 
coia.ff"érassent ensemble pour aviser aui moyeDS de la rétablir. Ni fuo ni 
l*a litre de ces plans n'aboutit. Ils ne furent pas moins revùches à l'idée de 
cori moquer un concile général qui imposerait à Tun et à Taulre i'autorité 
de l'Église qu'il aurait représentée souverainement. Il n'y avait donc pas 
^^ raison pour que cela finit, et il fallut que les cardinaux des deux pa- 
P^i^ lés, effrayés de la prolongation indéfinie d'un tel élat de choses, 
P^^^sentsureux» et malgré leur pape respectif» de convoquer le concile 
qiii gç réunit à Pise en 1409. Les deux papes rivaux, Gr^oire XII de Rome 
^^ Benoit XIII d*ÂvJgnon protestèrent contre sa légitimité, parce qu'aux 
'^^^x points de vue îl n'était pas coovoq^ué par le seul pouvoir qui tut en 
****oii de le faire. Us oubliaient, et on oublie encore souvent aujourd'hui 
^n certain côté, que les premiers concile» généraux de la cbrétienté 
^^ent été convoqués par les empereurij chrétiens, et non par lesévéques 
^ Rome. C'est pourquoi aucun des deux compétiteurs ne consentît à 
*ticUner devant le concile de Pise qui les frappa tous deux de déchéance 
^ fît nommer Alexandre V, Mais comme Ciréj^oire XII et Benoît Xllt 
**^aiii tinrent ce que cbacun considérait comme son droit absolu» au lieu 
^^ deux papes, il y en eut trois* Le concile de Constance de 1414, pour 
*^ convocation duquel, avec l'approbation de toute la catholicité, Tempe- 
^^ur Sigismond obtint enfin l'assentiment du pape rêg:nant alors à Rome, 
'**eftn XXIÏI, sortit donc comme un remède m extremis de la nécessité 
^**>&ssentie partout de ne pas laisser mourir l'Église dans un état ausai 
Piteux, Ce concile aussi déclara déchus les trois papes compétiteurs. 
î.»es deux Romains» Grégoire XII et Jean XXI II, api-ès ré«i«tance, finirent 
par se rallier. Seul, le vieux Benoît XIII persista jusqu'à la fin de sa 
Ickng^ue vie» inébranlable comme le rocher de Peniscola sur lequel per- 
ciliaU le château de sa famille, à se proclamer le seul vrai pape et à ex- 
communier à peu près tout le monde. Mais il étiit depuis vingt ans passé 
h VéiBi de quantité nêgligeahle. 

M. Salembier a raconté en détail tous ces incidents, toutes ces négocia- 
t-îons, toutes ces comédies entremêlées de tragédies, et son récit est inté- 
tressant, même pour ceux qui ne partagent nullement son point de vue. 
1.1 Va rédigé avec une complaisance très marquée à partir d'Urbain VI, 
A ses jeux et malgré ses torts seul pape légitime, pour ses trois succes- 
seurs et notamment pour Grégoii^ XU, tout en leur disant franchement 
«quelques vérités que sa coTiscience d'historien ne lui permettait pas de 



208 



RmUE DE l'hISTÛIKË des HSUGIOrfS 



Uire, Mais, avec le principe dont iî part pour étudier Tliistoirede T Église, 
il faut bien que la série tradUionnelle des papes sorte toujours intacte 
des crises où d'autres pourraient croire que la chaîne fut plus d'une 
fob briâée dans quelques-uns de ses anneaux. En particulier il m'est 
impossible de voir comment il s'en tire avec Grégoire XII, qui résiste à 
Pîse,qui proteste contre Constance et qui pourtant unit par se soumettre, 
donnant ainsi raison au décret qui Ta déclaré déchu de la papauté, par 
conséquent au principe de la supériorité du concile général sur le pape. 
Mais ce ne sont pas nos affaires. 

Nous aurions quantité de critiques à émettre sur quantité de points 
de délai I. M. Salembier ne nous semble pas toujours juste à Tégard 
des catholiques excellents qu'étaient Pierre d'Ailly et Jean Gerson. Il 
retombe, à son insu je croîs, dans celte manière trop habituelle aux 
controversistes de son école de présenter les choses déplaisantes sous un 
jour quij sans être tout à fait faux, ne permet pas de les saisir dans leur 
réalité vraie. Pour lui comme pour eux, quand un auteur dont les tendances 
ou les conclusions ne leur ag^nt paa^ a écrit une phrase» admis un 
fait, dont ils pensent pouvoir tirer parti, cet auteur avoue^ comme on 
dit dun coupable qui se trahit. Locution de séminaire qu'il faudrait 
éviter dans les livres d^bistoîre sérieuse et qui provient delà peine qu'on ■ 
éprouve à slraaginer qu'on puisse différer d opinion tout en restant sin- 
cère et de bonne foi. Nous le trouvons décidément injuste pour le pauvre 
Jean H us, la victime du concile de Constance et de la lâcheté deTempereur 
Sigismund. Quelle escorbarderîe que rêveuse allég^uée en faveur de ce m 
dernier qu'il n'avait accordé de sauf-conduit au prédicateur de Bohème 
que pour lui garantir sa sécurité pendant le voyî^ge qu'il devait faire pour 
se rendre à Constance, mais qu*il ne répondait pas du reste I Comme si, 
quand on accorde un sauf-conduit pour un pareil voyage, cela n'équiva- 
lait pas k un billet d'aller et retour I Et à quoi bon s'efforcer d'innocenter 
le concile en expliquant la barbarie de sa décision finale par la législa- 
lion de 1* époque et les atrocités qu'elle sanctionnait? Cette excuse est 
valable pour des assemblées ou des hommes faillibles, elle ne l'est pas 
pour une assemblée qui a la prétention de décréter et d'agir au nom du 
Saint Esprit de Dieu ; car c'est reconnaître — nous allions dire avouer — 
qu'elle n'était pas au-dessus des préjugés et des erreurs de son temps. 

Nous craignons donc que le livre de M. Salembier, aux mérites rela- 
tifs duquel nous avons eu le plaisir de rendre hommage, ne réalise pas 
encore la pensée de Léon XIII en présentant l'histoire d'une période im- 
portante de l'histoire ecclésiastique t mise au point des progrès de la 



I 



ANALYSES ET COMPTES RÉNttîS 



209 



^ 



critique de notre temps », Ce n'est pas à nous de décider si le projet 
de Léon XIII pourra jamais dépasser la nature d'un pium votum, It n'y 
âdans ce doute rien de blessant pour la science catholique. Le catho- 
licisme est à DOS yeux une très grande tn&titulion religieuse, et il est 
naturel que tant qu'il compte ses ûdèles par millions, il ait des défen- 
seurs et des historiens animés du désir de le défendre. Les c progrès de la 
critique i nous ont précisément appris qu'on se trompait grandement 
quand on voulait expliquer ses origines par Tambition^ les calculs et les 
supercheries de ses fondateurs. Il est le résultat séculaire, Tabou tis?e- 
ment naturel d'une direction qui entraîna de bonne heure la chrétienté 
et que la chrétienté en majorité accepta volontiers. On peut le re^etter, 
trouver qu'elle déviait de l'individualisme évangélique, que, systémati- 
quement poursuivie, elle devait mener à Tenrégimentation collectiviste 
des consciences, mais il n'en faut pas contester le droit historique^ je 
ireux dire l'évolutioa naturelle, ni la puissaDce, ni la très grande place 
place qu^elle tient dans l'histoire de Thumanité. 

Cette direction fut celle qui résulta de rintroduction du principe 
aaoerdotal-sacramentel dans la chrétienté» soutenu lui-même par le 
dèstr de l'uni ié à tout prix. Ce n'est ni par des brocards j ni par des 
critiques de détail, encore moins par des injures, que ses adversaires 
en viendront à bout, D^autre pari, ses défenseurs devraient se dire que 
les {wtits artifices de rhétorique et les triturations de l'histoire ne pré- 
vaudront pas contre la direction opposée qui, depuis le xm* si^le, tend 
â ramener la conscience religieuse vers Tautonomie individuelle. Elle 
aussi remonte loin et haut, si haut qu'elle est la première en date. Tout 
ce que Je veux dire, c'est que le catholicisme doitétre étudiédans le senti- 
ment de ce que j'appelle le« respect scientifique »» 

Ce qui ne détruit pas toulefois Timpression que j*aî plus d'une fois 
éprouvée à la lecture de l'œuvre de M* Salembier et qui revient à ceci : 
Qu'ouest donc heureux de pouvoir étudier et penser librement I 

Albert KÉviLLS. 



NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES 



AnTHOR FAtftBAires.— A Study of the greek PaftftQ. — N«w-York, 

Macmillan Compaoy, t900. in-8*, 166 p, 

La découTérle de trots hymnes à Apollon et d'un hymne à Baccbus, faite 
dans Im fouilles de Delphes par rÉeoie française d'Athènes, a rameDé l'atten* 
lion sur la questîori délicate et compleie du péan hellénique. Le sujet a^aîl été 
traité jadis, dane un programme de Magde bourg (1847), par Schwalbe S mais 
d*une façon insuffisante, M. A. Fairhanks a jugé, non cans raison, quil étaît 
utile de le reprendra aujourd'hui, en y appliquant une mètbode plus précise, 
une analyse plu« pénétrante, et en lui donnant tous les développemônls qu'il 
comporte, 

11 étudie donc Bucces&ivement, dans sept chapitres : 4^ la nature du vieux 
dieu PaiAn, qui a donné son nom au chant qui l'invoquait ; S» et 3* l'emploi de 
ce chant, comme moyen de détourner le mal, et af ^nt des entreprises dange- 
reuses, telles qu'un voyagei et surtout une bataille; 4« Tusage du péan dans le 
culte d'Apollon & Delphes^ à Dèjos, ailleurs encore, et dans celui de Dionysos ; 
5* U forme de cet hymne, c'est-à-dire sa structure, son refrain, son mètre, la 
musique qui raccompagnait; enfiiif 6^ le péan des banquets, et 7*^ le péan de 
ficloire. 

Ces courtes indications suffisent à montrer l'importance relative des diverses 
questions étudiées par M. F., qui essaie de les ramener toutes À une idé« 
mattresse: le péan, d'abord simple invocation au dieu Paiâ.n, a passé dans le 
culte d'Apollon, quand celui-ci a Qni par absorber les attributions du premier» 
quand »i est devenu uaiàv, n guérisseur >i et «Xc^iStaxoç, « celui qui détourne le 
mai ti. Cette conception paraît en effet rendre un compte exact des nombreux 
uiages du péan, que l'auteur, dans sa conclusion, distingue par des traits 
très nets des autres espèces d'hymnes. Le tableau qu'il nous donne, à la page 
68, du processus historique du péan» n'a, il en convient lui-môme, qu'une 
valeur hypothétique; mais cette bypothèie est^ à notre sens, fort rraisem- 
blable. On lira avec intérêt, grâce à la lucidité parfaite de rexposîtion, les 
développements qui précèdent et que ce tableau résume: toute cette étude est 
excellente. 

L*ouvrage se termine par deux Appendices. Dans le premier, l'auteur publie à 
nouveau, en iu Ivan t Tordre des temps, les péan s ou fragments de péan s que It 

1) Veber dit BétktUung des Pâam^ als Gesmg im apoUinischen CuUus, 



« 



NOTICES BIBLIOGnàPHIQUES 



211 



littérature ou les monuments épigraphîques nou» ont conFerrês. Û&ns le 
fécond, il reproduit le texte des hymnes découverts à Delphea, en raccompa- 
gnant d'un commentaire critique et explicatif asseï étenda (p. 112-153). C'est 
â une revue philologique qu'il apparliendrail dlndiquer, dans un détail où noua 
ne pouvons enlrer ici, ce que M. F. ajoute aui observations de MM. Weil, 
Théodore Reinach, Crusius, et autres savants qui se ionl déjà occupés de cea 
hymnes, et en quoi il &e sépare de ses prédécesseurs. Je dois me borner à 
signaler sa méthode prudente, justement ennemie de toute diTinalion, 

Le livre de M, Fairbanks forme la douiième fascicule des Êtwhs de F/a/o- 
lûgie classique publiées par rUniirersiLè Gornell dlthaka (Kew-York). Les per- 
•OQiies quHntéreBSe Tbistoire religieuse de la Grèce trouveront dans cette 
m^me collection, sous le n* 3(1894), un travail de Mise Alice Walton sur U 
Culte d'Àsklépios *, , 

^R p. ÛECHARMB. 

IAp Gasqijst, — EesM sur le culte et les Mystères de Mithra. — Paria, 
I Armand Gollio, 1899, i vol. m-12, de 143 pages. 

» C'est une disgrâce fâcheuse pour cet humble et modeste essai, écrit 
M, Oasquet, recteur de T Académie de Nancy, de paraître juste au moment où 
iê publie Tadmirable et magnifique ouvrage de M. Frani Cumont, ^ Assu- 
rément, on ne saurait mettre sur te même rang tes deux ouvrages. Le petit vo* 
lutne deM.Gasquet est un essai, dépourvu de tout attirail scientifique, & peine 
muni de quelques notés et sans aucune reproduelion de monuments, U faut 
néanmoins remercier l'auteur de ne pas l'avoir gardé dans ses cartons. En ces 
matières encore in suffisamment élucidées, il est iotèreasant d'avoir le jugement 
d'un homme éclairé, d'esprit libre et judicieux. Dans un premier chapitre 
M* Gasquel décrit les conditions morales et religieuses de la société romaine» 
lorsque les Mystères de Mithra s'y propagent. Le second chapitre traité des 
origines du Mithriaciamef iraniennes, cha'déennes, phrygiennes» Le troi- 
siëme eipose tes doctrines, à Taide de beaucoup de comparal^ïons empruntées 
aui enseignements d'autres mystères ou d'autres religions orientales. C'est ici 
que la méthode plus précise et l'analyse plus serrée des représentations 6gu- 

trées assurent aux interprétations de M. Cumont une valeur plus grande. Dans 
le quatrième chapitre, consacré aux épreuves et aux grades. M, Gasquei a 
eonaervô Popinîon traditionnelle que tes compartiments latéraux des bas-reliefs 
saitbriaques représentent des épreuves imposées aux néophytes, tandis que 
M. Cumont y voit, à juste titra ce me semble, des épisodes de la légende du 
dieu, qui devenaient dans l'enseignement des Mystères autant de symboles de 
1) Remarquons, en passant, la part prise par des femmes aux publieatioiii 
de rUniversitè Corneîl. Le n" XI est un Indeie des Mémorables de Xtînophon, 
composé par deux jeunes Ûtles. 



ait 



RBVUE DE LHISTOÎRI; DES REWGTOSS 



la destinée promise aux fidèles. Que les épreuves auxquelles on soumeiUii 
les îniliéB aient été mainte fois inspirées par Je désir de les faire passer par les 
méines péripéties que leur dieu, cela paraU TraUembtable. Mais but les bas- 
reliers, e*est bien du dieu qu'il s'agit et non des Ûdèles, Sur la sîgfniGc&lîon des 
divers grades on ne peut émeltre que des hypothèses. Parroiâ il vaut cDieux 
avouer son ignorance que de recourir à des suppositioni tout à fail gratuîtet. 
Le cinquième chapitre est Texposé des causes du succès et de la décadeni^e du 
Mithriaçieiï)©, M. Gasquet y fait ressortir la valeur morale du Mazdéisme. Il 
est peuL-étre quelque peu osé de se fonder sur les enseignements mon^ax de 
TAveela pour reconstituer la morale des Mystères mitliriaques, surtoul lors- 
qu'on le considère comme une œuvre compilée et arrêtée sous la dynastie dee 
Sassajtides. Mais il reste assez de témoignages du caractère moral des Mys- 
tères pour n'avoir pas besoin de recourir à l'Âvesla. Le Mithriacisme fut une 
religion d'action et. de vie« où l'existence était conçue comme une lutte devant 
roener le lîdèle à une vie bienheureuse. C*eo érait assez pour lui assurer sa 
part de popularité à une époque où l*on recherchait de bonnea raisons pouf 
assigner i k vie un sens et où le besoin d'une dtret^tion morale s'était 
généralisé. 

Si M. Gasquet pouvait se décider & donner une nouvelle éditioQ de son 
livre en partant des recherches faites par M. Cumont et en discuUnt lea loter* 
prêta lions sur tesqu elles les deux auteurs ne sont pas d^accord» il acconapltraît 
une œuvre utile. 

Jean Ré ville. 



René Dussaup et Frédéric Maclbr. — Voyagfe archéologique an Safâ et 
dant le Djebel ed-Brûs, avec 1 itinéraire, 17 planches et 12 Sgur^s, 
Paria» E, Leroui, éditeur, 190 1 224 p. io-8. 

La région volcanique du SafA, au S.-O. de Daoïas, n'avait été explorée par 
aucun épi graphiste depuis le voyage de MM, Wsddingtoa et de Vogué ^ en 
18Ô2, Ceux-ci en avaient rapporté un grand nombre d'inscriptions, du Irpe déjà 
connu par les fae-simtle de Wclzstein et avaient aind fourni une base solide 
au déchiffrement, qu'achevait ving ans plus tard M. Halévy. Il restait à coui- 
pléler leurs recherches, à découvrir les textes qui avaient pu leur échapper^ à 
réviser des copies, faites dans des condilions défavorables, de textes très mtâ 
gravt*^. Ce fut l'un des objets du voyage entrepris en avril -mai 1899 par 
MM, Dussaud et M acier, et dont îls viennent de publier les résultats, fis aous 
donnent 4Î2 inscriptions Bafaîtiques en partie inédites. Ces textes, d'une mono- 
tonie désespéranle, sont peu intéressaniflcneux-akêmea, mais ilssout précieux 
par la lumière qu'ils jetl#*nt sur quelques questions d'histoire très obscures, et 
MM. Dussaud et Maeler on ont fort habilement tiré parti pour rectiûer en plu- 
sieurs points les idées courantes sur révolution des écritures sémitiques» les 



NOTICiES BIBLfOGKAPRIQDES 



âJ3 



lîgrttions àes tribus ambê^, et l'hitloire de la province romaine d'Arabie, Il 
'paratt déOnitirement acquis que les inscriptions safaïliques ne sont pas posté* 
rieurea au I7* siècle, et que le peuple qui les a graréee n'a rien de commun 
ito|Airee les Ghassanldea. 

^m LVxploralion du Djebbel ed-DrÛ2 formait la seconde partie du programme 
^B^e MM. Dussaud et Macler. Ils en ont rapporté 1D4 inscriptions, grecques pour 
^^ la plupart, quelques-unes nabatéeonea. L'une de celles-ci (n* 30» p, 161), dédi- 
cace (à un dieu dont le nom a malheureusement disparu) conservée dans une 
église consacrée & saint Georges et construite sur les ruines de l'ancien sanc- 
tuaire sémitique^ fournit un exemple curieux de la survivance des cultes païens 
sous des noms chrétiens. Une autre (n** 35), nous donne le nom d'une nouvelle 
divinité nabatéenne A>a (ou A'da) et peut-être celui d'un nouveau roi, Rabel U. 
A Deir e!-Kabf, les auteurs ont découvert un camp romain qui leur a fourni 
plusieurB inscriptions importantes. Leur recueil sera donc indispensable àlous 
ceux qu'intéresse le passé de la Syrie, Ajoutons que de nombreuses tables en 
^—fendent remploi facile et rapide. 
H C. FosiEY. 

W. WiLLiAiisoN. — The Great Lâw, a stady of reHgiout Orîgîna and of 
th« Uaity underlybi^ them. — 1 vol in-8^, de iX'331 pages. Londres^ 

^— Loogmans, 1890. 

^" Les illusions ont la vie dure. Voici un gros volume de plus de 350 pages, 
imprimé et cartonné avec un luxe tout anglais ; mieux encore, présentant une 
érudition sérieuse qui ne dédaigne ni la clarté ni m^me l'élégance du style — 
le tout depenai^ pour essayer, une fois de plus, d'établir que la religion est née, 
à un moment donné, che£ un peuple privilégié; '—qu'elle a débuté par du pur 
symbolisme, voilant, soue des images accessibles aux masses, dei vérîtéi encore 
conformes aujourd'hui aux plus hauts enseignements de la philosophie et de la 
morale ; «^ qu'elle s'est déformée et différenciée au cours des âges, ses symboles 
étant pris pour des réalités; — enfin que les ressemblances de mythes et de 
rites, si fréquentes dans tous les cultes connus» s'expliquent uniquement pat 
leur unité d'origine, — Cette religion aurait tu le jour parmi les Adeptes de la 
« Quatrième race n, »ur le continent aujourd'hui submergé de l'Atlantide. Les 
Atlantes, prévoyant leur Eubmersion, auraient envoyé des colonies propager 
leurs idées, d'abord dans l'Inde où elles furent recueillies plus tard par la 
«t Cinquième race « (les Aryens); puis, d'une part, cheï les Égyptiens et les 
Cbaldéens, d'autre part che^ les Mexicaine et les Péruviens. (QuetiacoatI était 
un Atlante qui émigra au Mexique dans les derniers joura de TÛe Poséidon^ 
suprême vestige du continent disparu). Tout ceci se passait il y a plus de sept 
mille ans. quand le printemps commençait dans le signe du Taureau. 

La religion en question reposait sur fadmisaion d'une Cause première sym- 




^K^ 



214 



REVDE DE L HISTOIRE DES RELIGIONS 



boliiéi par un cercle; cet Être absolu se dédoublant tû un prmcipe aelîf reprè- 
letité par le solett Bi un principe païaîf représenté par la lune. Les fûrceâ doot 
on avait congttté tes manifeataiîûni dans l'univers élaienl objectivées sous Ift 
forme de trois pouvoirs» le Créateur, le CoosefTateuf et !e Destructeur, type 
primitir de toutes les Trmités subséquentes. Le culte consistait surtout en des 
cérémomes d'initiation, qui symbolisaient la mort et la renaissanee de Tindî- 
vldu. 

On comprend que nous De BuiTions pas Pauteur dans les développements de 
€6 roman bièrographîque. Il invoque lour t tour tes découvertes de l'ethnoi^a- 
phie, de Tarcbéolo^ie, de la philologie et même de la numismatique. Nous 
ne lui chercherons pas querelle sur les noms, les cara<^tères et les mîgratfons ds 
ses *< sept races », détails où sa fantaisie a pu se donner libre carrière; mais voici 
un spÉcimen de sa linguistique : il s'agit du moi lum, le monosyllabe mystique 
des brahmanes et des bouddhistes : a Amp om ou um signifie dans la plupart des 
langues qui ont quelque arBnitê avec le sanscrit : cercle, cycle ou disque 
solaire, Hom ou hama che% les Perses signifiait le soIeiL D'où Torigine du mot 
Amon (Am — le soleil ; On — les pouvoirs créateurs de la nature). Bacchus 
était appelé Omestes [le Dévorateur) et Oma Deus(le saint Om), Cet Om-estes 
trouve son parallèle dans le perse Om-esta; esta étant simplement le TÎeîI 
afflrmalif sanscrit d'où sont sortis Hestia et Vesta >' î — Ailleurs il prétend établir 
Téqui valence du Baal sémitique avec le Bel celtique, le Baldur Scandinave et 
le Bail hindou. Nous pensions que de pareilles étymologîes n'étaient plus pos- 
sibles aujourd'hui. — En archéologie, il appartient à l'école — également recrutée 
parmi les adversaires et les partisans de christianisme -^ qui voit la croix par- 
tout: Osirist HoruSt Promélbée, QuetzalcoatI sont représentés, paraît-il, 
oruciâés, les bras étendus. — Le culte phallique est te une expression avilie 
de la fréquente révérence pour la croi^ », — En numismatique, il noua déclare 
gravement qu^on a découvert, dans les deux Amériques^ des monnaies ou mé- 
dailles (cornjî), portant, comme certaines pièces de Tyr « on arbre «acre ayec 
le serpent qui lui sert de gardien »1 Voilà qui va faire venir l'eau à Ja bouche 
de bien des eollectionneurs. Peut-être les Atlantes sont-ils les inventeura delà 
monnaie 1 

Et la Grande Loi? Pour autant que noue Tayons bien comprise, c'est la loi 
de sacrifice ou d'amour^ qui se trouve au fond de toutes les religions^ Le pre- 
mier et suprême sacrîBce a été celui de TËtre absolu, qui s'est manifesté 
comme Logos en se limitant; ensuite celui du Logos, qui s'est fractionné en 
systèmes solaires, sources de toute vie dans Tunivers. Cette manifestation de la 
divinité dans le temps et l'espace a été une œuvre d'amour, que Tbomine doit 
imiter, en se dévouant pour les autres êtres. Recevoir de Dieu et donner i 
autrui, telle est la vraie religion. Dans la proportion où l'homme s'y soumetr 
il s affranchit de resclavage du Karma* 

La formule ne manque pas de grandeur et nous nous abstiendrons de la dis> 
cuterici. MalSrSi elle peut être le dernier mot de la religion, elle n'en est pas et 



i 
i 

I 
■ 



NOTICBS BIBUOGRAPHIQABS 215 

premier ; et, chose étrange, Tauteur lui-même semble le reconnaître, lorsque, 
dans son dernier chapitre, il retrace Thistoire du sacriQce en des termes que 
ne désavouerait pas un évolutionniste. Il nous le représente en effet comme 
ayant successivement franchi les ètl^>es suivantes : 1* donner des choses maté- 
rielles pour obtenir des biens matériels ; 2* sacrifier des biens matériels pour 
s*assurer des avantages posthumes ; 3» faire le bien, par sentiment du devoir et 
amour de Thumanité ; ifi (surtout pour Tavenir), réaliser un état où l'âme, 
ayant dépassé le sentiment de ses limitations, se sent une avec la vie divine 
qui circule dans l'univers . 

G. D'A. 




REVUE DES PERIODIQUES 



RELISIONS DES PEUPLES NON CIVILISÉS ET FOLKLORE 

(1896-1900) 



I&tornationalet AveMy fûr Etlmograpldd. 

TouE IX (1890). 

J. S. Krausi, Bojagiè Alitas Giûck und Grab^ zvoei mcslimmke 6u»krenl«^ 

der, p. 6-45. ^ A propos de ces dmx datmom, M.Krauasfati la cHliqoede k 
théorie de M.Comparelti sur l'origmede TÈpopée. D'après t'opiDJon de M.Krauia, 
û*esl le haflard seul qui a Tait nallra le cjcle homérique 6t toulea les épopèMt 
un rédtateur a trouvé deux chanson a (coDniies peut- être aoua d*autrea formel 
aussi) qu'il a pu réunir à cause d'une ressemblaEice Ibrluita; de ce raj^proehd* 
ment de deux chansoDs compléuieiitaims et iudêpeadantea^ résulte uue épopée, 
pourvu qu'it se trouve un rédacteur qui sache faire pour tes parties eacor« mal 
soudées entre elles ce qu'a fait Hotnère pour Tèpopée grecque, 

Begrâbni&çebrâuche in Japan^ p. 48 (Extrait du Ostasiasiichen Llûyd d'oc- 
tobre 1898). «- Les Japonais enterrent les morts dans une cu?e de boîs^ où It 
cadavre est agenouillé. On a aussi Thahitude de brdler les morts; on enlem 
ensuite les urnes Tunèbres dans le sol. 

Schiangen in der Volksmedizinf p. 48 (E«tr. du Berl. Tageblatt^ 10 nor.), — 
Emploi des vipères en médeetoe; il faut les attraper au printemps avant que 
le coucou se soit fait entendre. 

Bas Ànspucken eniverdienten GeldeTf p. 48. —On n^aurajtpas rhabiludi la 
Hollande de cracher sur la première pièce qu'on reçoit, ce qui est ssseï invrai- 
semblable. 

M. C. ScHADDË, fîijdroge fût de Hennis van de Ethnographie der Wttteraftkt- 
iing van Bornéo, p. 62-80^ tl se trouve dans eetle collection ethnographique des 
objets dont la signification est religieuse ou magique : un talisman (p. 71) formé 
de malériaui assez variés, de» cordes {p, 65) qui servent à prédire raTenir, 
deux petites poupées auxquelles il faut donner à manger (p. 81) et qu'on offre 
aux divinités mauvaises pendant les épidémies, 

Hunde und NaturvOtàer, p. 92, 176. — Benseignements complément 
relatifs à l'article de M. LangUavel (t. VIII), Légende totémique de Java. 

SMxien am west Bornéo ^ p. 137 (£xtr. du B}}dr, iot de Taal-lande en V&lkK 
tan lied, Indié^ VI, H* Deel, p. 63), — Cérémonie de purification de la fiUt 



aiVDE Dits PËRIODIQU&S 



2i7 



•toée ; mëtliode pour s« f&ke payer p&r un homme en s'&ssur&nt r&mitîé de Tes- 
prit des arbreflt 

P« 138. Ein Fisch ais Aphrodisiacum. — Dana les Indes néerlandatses, on 
croit que le mari d'une femme stérile doit manger un certain poisson^ pris dans 
la « Mer d«s eofants i^>, qui se trouve au sudde Jara* 

S. K. KussEiow, Ueber dkn Giauhen vom JemeUs und den TQdtenkuttus 
der Tncheranissen (euile), III, p. 153-161, — In?itation de» parents à faire 
le cercueil; trois Taçons d'enterrer : dans un cercueil fait de piaDcheSi dans 
un arbre eretii ou dans une sépulture faite avec des planches ou des masses 
de pierre : lavage du corps ; oiïrandes jetées dans le feu ou exposées à k 
fumàe; liste des objets qu'il faut mettre dans le cercueil — couteau^ pipe, flacon 
d'eau-de-TÎe, etc. dont la nature varie suivant le sexe du décédé ; ies ungles 
qu^'on lui a coupés pendaiitia rie, se trouvent aussi dans le cercueil pour que le 
mort soit à même de traverser les montag-nes escarpées de Tautre monde; il y 
a aussi un fll de soie poor l'enfant afîn qu'il croisse à la roôrae longueur, pour 
Tadulle &5n qu'il puisse traverser k pot de soufre. Il fallait que le cadavre ne 
fût pas emporté par la porte; on avait une petite fenStre au côté nord de la 
maison pour le faire enlever, la tête eu avant; on cherchait à retenir le 
boûheur en touchant trois fois le corps du décédé; après avoir déposé le corpâ 
tut le cbariot, on coupe la tète à une poule qu'on jetle sous le a piedi des chevaux. 
Il n'est pas permî» aux femmes d'accompagner le cadavrâ d'un homme. On a 
peur encore du tombeau, des objets qui ont servi k faire le cercueil, etc. . 

S» K. KusîïEiow, Peter ûten Glauben,., des T$cheremis$m, IV, t, X, p. 41-5^ 
{y. suprà). — On invite au repas du mort célébré le ?• jour; les convives 
apportent des cadeaui ; ili viennent Je soir^ parce que les &mes n'ont la 
permission de venir sur la terre que la nuit; un parent va Inviter le décédé et 
a«« amis dans t^ autre vie. Le bain de Tàme* Lq repas : bougies en cire allu- 
mées en rhonneur du mort* des dieux de la vie d'outre-tombe, etc. ; plainte des 
morts; viande^ vin, etc. ofTerts aui âmes; repas des vivants; le vurgèm'àiiy 
(porteur des habits) ou représentant du défunt exécute la chanson favorite du 
mort d'une façon plaintive et puis une danse animée pour exprimer que Tâme 
est conleote de ce qu'on lui a ojTert, Le but du repas est de maintenir le lien 
d^amitié entre le défunt et les vivants, auxquels il fait savoir par fa bouche du 
vurgem-CUy s'il est content ou noo. Il faut que le vurgèm-^Uy reste toute la 
nuit sans dorinir. Au point du jour, on accompagne i'&me au lieu de l'enterre- 
menl. Tout ce qu'a louché Tâme du mort devient impur; c'est pourquoi on jette 
aux chiens te contenu du panier dans tequel se trouvent le» rafralcbi^semenls 
pour les âmes. Le cimâtière se trouve toujours à l'ouest du village ; on dépose 
ici la planche sur laquelle ont brûlé les bougies en l'honneur des Ames, puis on 
oiTre une Ubution; après que le vurgêm-ùiêy a cdté les habits du défunt on 
s'enfuit. Le 40« jour après Tenlf rrement on célèbre l« nyttyf qui est encore 
plus solennel que le i}/myl du 1* jour. Un proche parent du mort va à ehe* 
val ftu lieu d'enterrement ; i son retour on sacrifie le cheval ou un animât quel- 



218 



REVUS DE L HISTOIHE BKS RELIGIONS 



conque; le ^urgèm-èiSy reparaît el h cérémoïiio stiit îe même cours qu'au 
7* jour ^ Oa expose ea plêia atr tûus les objets dont on s'est serrî (tendant csi 
céfémotiiea pour les rfludre purs. 

Pin welU and UaghujiheSf p, 177. (Eilr. des MUth^ des dmt$fihen gês, fur 
Natur und ViUkerkwide Ostasiens), En Japon il ne fftutpas se débarrasser tout 
slmpleroent d'un crayon usé, il faut roCWr au dieu de l*Êeriture; on en fait des 
amas près des temples et on en use de tsème avec les aiguilles. 

G. ScHLEOKL, La fête defoulej' /e feu, p. 193-95, — On cêïébr© pendant 7 jours 
en Chine et ailleurs une fèie prinlauière qui, t\ l'opinion de M. SchJegel, a été 
remplacée dans l'Hindoustan par la fôle du solstice d'été. Au milieu d'un grand 
vacarme un prêtre jette au feu du sel et du th pour obtenir une année abon^ 
danle : puis des paysans portent un magicien au iravers d'un brasier larg« de 
20 pieds, dont on mêle plus tard les cendres à la nourriture des bestiaux. 

Ein lieinigungsopfer in Pahang,^. 212. — Cérémonie de purificatinn de la 
fille du sultan qu*un voisin avait enlevée. 

TrausTCt^rtmonie^ p. 212. — C'était l'usag^e à Makassar de distribuer des 
morceaux du vêtement funèbre en annonçant le décès. 

VehûT dû Negritûs vm Mindanm, p. 251. — Coutumes desMamanuasî 
l'enfant nommé d'après le lîeu de naissance', à la cérémonie du mariage od 
exécute des danses, les deux sexes k part; les fiancés se donnent à mangOir 
l'un & l'autre et sn cette pratique consiste la cérémonie du mariage proprement 
dite. On croit que le pigeon sauvage porte bonheur quand son erî retentit der- 
rière un homme et vice versd^ 

P. 253. — JJçber Memchenopfer in Serbien. 



Supplément au tome IX. 

E, B. Ttlor, On American lotgames as evidituié of Asiatic intert^urse 

betore the timê of Columbus^ p. 55, — Comparaison détaillée des jeux pachisi 
et putoUi. Pour la discussion les questions de transmission, M. Tylor trouve 
utile de résoudre en leurs éléments primitirs les objets ou les récits dont 11 
s'agit ; il regarde les jeux qu'il examine ici comme des faits du dixième ordre de 
complication et conclut à la communication précolombienne entre F Asie et 
TAmérique. 
H. Kanif, Menschenfleîsch ak ArzenH (p. 39-40). 

ToMK X, 1897. 

Th. AcHiLts, Dcr GoU Tane, p. 1-7. — Ce dieu est au nombre des dÎTi- 
lîités primitives de la Polynésie, il semble être une divinité solaire et joue un 
asseï grand rôle comme créateur; il réussit par eiemple à séparer la terre el le 
ciel \ loin de devenir une divinité oisive après avoir rempli ses fonctions créatrices, 
il se mêle aussi à ta vie journalière ; il est béros civilisateur et mattre de la 
mer et des tempêtes. 

Uie FedsrkdsU in Wanhsbruchei p. 20 (Extrait é*Ueber Land und Me«f). — 



« 




UVUE DBS PËHIODIQUES 



S19 



P 



sage d« la province de Posen. De septembre jusqu'à Noël un tue les oies et on leur 

rrache le« plumes. Enire Noël èi Je Nouvel An, toules les remmea en village 

rassemblent; après des rafrulchissenients on jette une poignée de plumée 

;Cl*oiesur la table et on danse autour de façon que les plumes sautent dan^ Tair. 

Fuie les hûoïtnes paraissent^ suivis an bout de quelque temps, des jeunes gens. 

H. Kkhn, Eene zùndvh^dsaye i)an de Pilippijne/it p. 68 [Elirait de VArchwo 

i BibUàfilo filipino {Madrid)], — Fragment d'un poème par un habitant de 
Bikol, qui se rapporte à une légende locale d'un déluge. 

R, pAfsti^sojf, Zur Ethnographie dsr Ongtony Java und Tasman îmelnf 
p, 105-118 (cf. plus bas p, 222), ^ Renseigneraenl» 8ur les habitants d'uo 
petit groupe dlles dans le voisinage des Iles ëalomon. Légende d'origine ; au 
commencement sont venus sur la mer deuz dîeui avec trois femmes ; un dei 
dieui frappe Teau d'une canne, d'une grande boule d'eau sort un troisième 
dieu et au même moment une Ite sablonneuse; plus tard 11 vient un autre 
dieu eto* ; des particularités de cette légende M, Parkinson croit conclure & 
l'arrirée de plusieurs bandes colonisalriees. Détails sur tes magiciens, les 
temples, les cimetières ; âur une tle on lave tous les ans les crftnes de pla^ 
sieurs prêtres et chers d'autrefois 

L. C. VAN Pakhuts, Farbm dsA Kârpen der Eingebomen Centrai Amnikas, 
p. 118, — Il s'agit de la question à savoir si les indig&nes se peignent le corps 
pour des raisons hygièniqueB on non, M. Panhuys incline à supposer que ce 
procédé D*est pas cérémoniel dans son origine. 

P. 245. — A. Bassblkr, Marae und Âhu aufden Gçseîlsckafh-lnsctn, 



ToiiE XI (1898). 

W, V. BuLOw, Die Geêchichte der Slammvaters der Samoaner, p. 6-18. — 
Indication des précautions néceasaires pour «^assurer de laulhenticilè de la 
légende; traduction littérale d'un texte samoan avec des notes. Le chef Loa 
est le père d'un Ris, Pili (le lézard), et d une ûlle, Sina, qui se marie avec Tui- 
Stî.roi de Vitij son père devient amoureux d'elle ;i] veut partir peur Viti, Sina 
ne veut pas. Pili devient assez petit pour qu'elle le mette dans son sac â elle ; 
elle part pour Viti avec son mari et Pili. Pendant le voyage se lèvent des Tents 
coûtraires; Tuîflti veut manger Sina plutôt que souffrir de faim: Pila dit tout 
bas qu'il raui chercher dans la cavité du canot; on trouve là des vicluaillest Les 
eompagriont de TaiQtî se disent que Sina est probablement un ÀUu (Âme d'une 
personne morte) parce qu'on avait vu une chose cioire près des maison » de sa 
^ffiiUe (c'est-à-dire le lézard); elle devient honteuse, lève sa robe et laisse 
tomber dans la mer Pili qui se cache dans sa poche. Sun père ordonne à ses 
deux frères de le chercher; ils le trouvent sur la surface de la mer, ils (e mènent 
au pays de Pua. Deux chefs viennent dans un canot; Pili voyage avec eux 
jusqu'à Vit) ; Pili reste dans Tlle, et les deux autres continuent leur voyage, 
Pili demande &U£ autres quitrouverd Sina; le patai (yam) promet de la trouver. 
Il jour Sina cherchait de la nourriture; elle gratte dans la terre et trouve une 



f 



22Û 



rtfiVUK DE L%lSTOiit& DES KKLlGtONS 



< 



raciDG du paiaî ; à la fin elle arrif© au lieu où m trouve Piïi i TtitRli rient aussi 
chercher des vicluailles, etc. Pili Ta dana le ciej et tombe à Maona après aroir 
pris la forme d'un homme. 

A ce point la légende^ aiaeî claire jusqu'ici, derient moins intelligible. Les 
habitants de Manna importunent Pili pour qu'il leur communique Tusage des 
outils, connus bous le nom Fakiiga, dont on se sert au four, etc. ; Pili s'ennuie 
et s'en va. Il voyage maintenant arec le fila d'un chef d'Aletpata; de TuDion de 
ce jeune homme avec uae femme naît un fils, Tauleamanga, qui commet adul- 
tère avec h fetmne d'un chef. Après d'autres incîdentSj Pili se marie avec Sina 
de Tavae; suivant le récit publié dans le Globus, LXVllI, 13y, seuls îb sur- 
vécurent au déluge. Plus tard, il engendre des enfants, auxquels il assigne dès 
qu'il Be serU devenir faible, des occupationa différentes qu'ils suîfenl encore. 

Il semble que oous ayons ici eu partie au moins une légende de migrations et 
(t*origine des tribus; il n*est paa sans importance de noter que Pilt a d*abofdla 
forme d'un lézard; d^aprës un article récent de M. Tylor tl n^exisLe pas de 
preuve que le tolémiame ait existé à Samoa (cf. Glohm^ t* LXVlIl^ 139). 

J. D* E. ScHKBLTZ, Dm Plugfestin China, p. 12-80* — Description détaillée 
de la fêle du Labourage* L'empereur et les autres assistants jeûnent trois jours; 
on fait un sacrifice; on conserve h moisson du terrain labouré par l'empereur 
pour s'en servir dans les grands sacrifices. Comme vie lime on se sert maintenant 
d'une vache d'argile ou de papier, qu'un enfant bat toujours avec une canne ; 
arrivé à l'autel, on sort du corps de l'animal un grand nombre de petites vacbes 
d'argile, qu'on casse avec la grande vache pour en jeter les fragments sur lea 
champs. En d'autres provinces on envoie en dehors deJa ville un garçon vStu 
de vert qui représente Tesprit de la végétation ; il revient au bout de quelque 
temps ï on va en procession à aa rencontre. La cérémonie avait Ueu^ en lâ96, 
le 13 mars. 

D'après le récit de ta Cète publié dans le V* tome de VArckiv, p. 240, li 
semble qu'à Shanghai h vacbe et le garçun y figuraient tous les deux. 

W. V, BoLow, Einâ Samoaniscke Flutstige, p , 80-82, Légende d'un dél uge 
ou plutôt de k terre pi^i^hée. 

G. ScHLEOBL, Der Totenvogel bei dan Chineâerif p. 86. -~ Le« Chinois croient 
que Ta tue se transforme en oiseau quelques jours après la mort* M. Schlegel 
elle k cet égard ta croyance des Égyptiens, chez qui un faucon représentait 
Tâme ; il prétend qu'on se la représentait ainsi parce que^ croyait-on, Vkme 
s'en va vers les dieujc, qu'on concevait comme doués d'ailes. 

Gbeï les Betaileo de Madagascar on croît que l'Ame se transforme en lézard 
ou en serpent; faul-il dire qu'ils ont conçu les dieux sous la forma d*un Jézard? ■ 
n est certain qu'on trouve la croyance à TAme volante dans beaucoup de pays, 
où les dieux n'ont pas d'ailes. 

W. T, BuLOW» Der Stammbaum der Kûnigs von Satma^ p, 101-iES. Gé- ■ 

néalogie samoanne avec une histoire de la famille des rois qui est en p&rtîe 
une légende explicative des noms locaux* 



4 



hËVUË DES PÊhtODIQCKS 



221 



L, FnoBBirtUfl, Ceb^r Oûeanische Masken ((V), p, 130-132. — DélaiJs eut les 
ibus tot^miques de la Nouvelle-Irlande; les totems soiit loujourB des oiseaux. 
Dans l« Nouveau-Hanovre le mariage est taboue entre ceux dont tes Signes pal- 
. maireit sont tes méoies* 

P* 132, L'eau comme frontière entre les paya des morts et dea m atila. 
L. FftOBotus, Ueber Oceaniscke Masken (V), p, 132*i64, — Sur les masques 
en forme de crâne ; détails 3ur intention et Tusage de ces mas<i^ies et sur 
l'étendue dans laquelle on les trou Te. 

P« 164. Sur les tirelires en forme de porcs, qu'on trouve en Cbine aussi bien 
qu'en Éoosse, Allemagne, etc. 
j R. Paarinsoft, Nachtrâgt lur Ethnographie tkSf Ongiong-Java^lmeln^ p. 194- 
209. — Légende d'origine. Les prêtres. Culte des ancêtres, les esprits^ les 
dieux» Le mariage ; règles eïogamtques des castes. La mort. Fâle annuelle en 
Thûnneur des ancêtres. Le bateau des esprits qui apporte les maladies. 

E. L, M. KuHR, Skizzen ûm West Bomeo, p, 2t0 (Extr. des Bijdr, toL de T, L* 

m V. K. van, iV",, î], — L© sacrifice humain. Les ordalies et les serments^ L'Ame ^ 

, la façon dont il faut s'adresser à elle, îl semble qu'on la conçoive sous la forme 

d'une fioute; paniers pour les Ames, Les maladies. La vie future. Les cheveux 

et leurs relations avec rame. 

I K. KuKMM . 1*5 Nagas de CAisamt p. 216 (Eitr. de VAllg . Zeii.}, — L^t hommes 

j tigres. 

Supplément au tome XL 

R, Mahler, Sideiungmebret unâ Sidelungslage in Océan nîîi. — Dans les pa- 
ges 57*59 est étudiée Tintluence exercée dans ce domaine par la religion et en 
I p articulier par le culte des ancêtres, 

H ToHi XII iîmf). 

^m Bii Mmdragora, p. 21-23 (Eitr. de A'aiure). — Sur la mandragore en 

L. A. WAOûKLt, The Lt^pchm or Rongi ami their Songw^ p. 40-57. — Rensei- 
gnements sur la religion^ les dieux, les esprits bons et méchants, 1« culte des 
ancêtres* les prêtres. Chansons d'amour, etc. 

W. von BoLow, Bie Sûmoaniêche Schôpfungssage^ p. 5&-60. — Tngaloa et 
iOQ fils pèchent la terre à la ligne. Ëxplicalion des particularités naturelles des 
ties par les combats qui ont eu tien sur la terre entre les rochers. 

f*. KocH, Die Anthropophagie der SUdamerikanisf^hen Indianer^ p, ?â-tlÛ, — 
Autres usages reposant sur une base psychologique analogue; acquisition des 
qualités d*une bête qu'on mange. L*àme se trouve dans les os. L'usage de boire 
les 08 des ancêtres réduits en poudre, 

L'end^atmibalisme. L'exocannibalisme : i) par vengeance, 2J pour gagner 
lêi qualités du mort, 3) pour se mettre àTabri de ses attaques. Le cannibalisme 
tel qne nous le trouvons dans les récits historiques; le cannihiLlisme de nos 

5 



223 



REVUE DE L HISTOIHË J>ES RELimoNB 



IL H. JuYNBOLL, bi€ VÉybrtUung der « timah ?> ft^itsin ïndommn^ p, 149.^ 
Sur rélendue de Taire mH se r&trouve cette Hénominatron fie la fiHe des morts. 

Lymnihtûpit^ p* 149. — Les hommes lions dans rêst d'Afrique. 

N. Melnikûw* Ihe Uurjaien des Jrkulski$chen Gùnnentements (p, 19,'ï-223), 
— Détails sur le Chamaniame, 

S* P* SuiTH, Note on somt Maori 70/te, p. 223. ~~ Sur quelques idoles Maoris^ 
d&QS lesquelles demeurent parfois des dieux. 




ToMK XllI (1900). 

V. TiTELBACH, Dos hêitige Feuer beî den Baikûnslavent p, 1-4. ~ Le foyer 
eâi sacré et il faut qu'il y ait toujours du hu ; il ne faut paa BoufSeï* le feu avec 
la bouche. Le chenet a h forme d'un serpent d*un côté, d'un coq de Titutre, 
Bûches de No$U qu'on arrose de vin, de miel, et d'huife d'ollre. Méthodea 
pour allumer îe feu « vivant « ; il est alluma parfois par un garçon et une fille 
qui aient Jeurs habita et ne disent rien, Le « feu nouveau n pour se met 
TabrS de malheur. 

R. Parkimsok, Die Berlin-hafcn Bektim, Kùiser-Withetmslûud (Ethnoh 
p. 40-48. Comme cérémonie de mariage, la femme donne à manger à rhomcne 
Séparation de la femme à Toccasion de la naiisance. La mort; les funérailles; 
transformation en porc ou eu poiison; exhumation des os du mort par une 
personne désignée par l'usage ; prières aui morla. La magie. Le Mohs comme 
origine des maladies. La sorcellerie; pierres perforéeSi Les gens de Tamara 
racontent qu^une foïs, un village des Saeh étant détruit, l'esprit M^krakun du 
sexe féminin se sauva dans une pièee de bois, que les ondes jetèrent à la côte 
de Tamara; les femmes de Tamara Tayant trouvée tamirentdans un lieu des- 
tiné à la réception des reuille» de cacao ; les hommes ayant appris ceh lui bâtirent 
une maison appelée parak; l'esprit donna naissance à plusieurs enfants^ 
dont on fit pré&ent aui divers villages; ils en devinrent lea esprits tulélaire» 
et furent appdt^s *opui?t culte de ces bons esprits, La vie future; rûoae du 
mort s'appelle Môbs [serait-c« le même que le Môhs qui est la cause des mala- 
dies?] ; iî lui faut traverser une grande pièce d'eau souterraine, près de laquelle 
demeure un esprit; elle lui paye un tribut; c'est pourquoi on enterre avec les 
morts des bracelets, etc.; plus loin se troufent tes trois villes des mon «. ■ 

P. 58, W. V. BuLOw. Beitrâgê zur Ethnographie der Samm^Inseln^ }\lt Zur 
Besiediunrj der fnsd Savmi, — Eiplication historique de cinq mythes* 

F. KuHZB, Der BirhenbeseUt ein Symboi des Donar, p, 81-97, 125-161. — Le 
bouleau était Tarbre sacré de Donar ; il n'y en a pas de preuves certaines» mais 
il est permis de le conclure de différents faits. La branche de bouleau au service 
de Donar L 1) Tarbre sacré en général, 2) le bouleau: il vaut t a) contre des 
esprits malins en général ; 6j contre des esprits locaux ; c) comme taliatnan. Le 
balai de bouleau comme symbole de Donar i 1) sert contre les êtres malins pour 
en débarrasser i a) la maison; b) les champs et Jes personnes; c) on s'en sert 



I 



HEVUE des rêRîODlQLîES 



sas 



Hi Ire les esprits des tempêtes ; d) contre les esprits des loaladies. Le balai 
ïotnme Ulisman. Le balai détruit porte malheur. 

0, SiERicK, Samoanische Mtïrchen (1-3), p. 2E3-237, ^ Ces « contes popu- 
laires j) de M. St«rich ne setnbtent p&s se distîtiguer beaucoup dcB « légendes 
bistoriques » de M. deBûlow; elles s^appellent n le combat de Zcmaluosamoa * 
(arec les lloLles du roi de Fijit etc. ; « la rondation d*un royaume magique » ; 
«t lê9 albinos et leur sœur Sina »* 

Supplément au tome XJÎL 

P. KocH, Zum AnimUmm éer Sudamerikanischen Indianer, p* 1-135* — 
Vtnie des vivanU et des morU. Ce que les ladiens comprennent soua le nom 
«Time»; séparation de rame du corps; Tâme comme spiritusi T&me comme 
ooibre^ Uâ,ma entrant dans le corps d'un animal après lamort, etc.; les animaux 
psychopompes. Les iVmes des morts comme esprits ; on craint l'âme du magicien, 
«t le tombeau. L'âme comme cause des maladies et de la mort ; eipulston de Tes- 
prit mairaisant; abandon des malades; les vieujt et les malades asgommés* 
Mesures de précaution contre l'esprit du mortf on veut lui persuader de ne 
pas revenir en lui donnant tout ce qu'il veut, en lut faisant des sacrifices, eLc« ; 
mutilations ; feu entretenu sur tombeau : on cherche à Fempôcher de revenir en 
imriâant la hutte, en la quittant, etc.; on Te n terre à une grande distance du tïI- 
laft,etc,; on feil du bruit; on enchaîne le cadavre; on éTlte de se servir du nom 
du mort. Lamentation pour les morts ; parfois c'est k fonction des femmes ou des 
étrangers; elle est commencée avant la morl. La vie future i a) sur la terre» 
près du tombeau, dans le ?oÎ9tnage, loin des lieux où l'on a vécu; 6) sous la 
terre; c) dans le ciel; foçon û% vivre : a) comme sur la terre; fr) toutes les Ames 
ensemble; c) vie plus agréable. Plus tard apparaît la théorie de la rétribution; 
le sort des personnages distingués est meilleur que la destinée des autres; 
les forts et les courageux mènent une belle exislance : passage à la vie d'outre- 
tombe; le magicien aide fàme. M. Koch croit que les rêves ont amené les 
Indie*ni à cr<»ire rexiatence de l'Ame, et de la vie future qui ressemble à la rie 
terrestre; ces âmes sont toujours en communication avec tes vivants, surtout 
avec les magiciens; des efTorls accomplis pour détourner la colère des morts 
nilt et se développe un culle des ancêtres, qui mène au culte des dieux. 



Zeîtschfifi fur Etlmologte, « Verh^ndtuwjen tkr Bertimr ÛmU&çhaft 

fur ànthrùpohgie^ Ethnoiogie und Urgesohichte, 

ToK* XXVIII (1896). 

W. Scbwabt;s, Volh3tùmti€h«i aiw Lauterberg am Har^t p. 149-162, — 

Benseigîiemtinls sur les croyances et lês uBagi's de celte région qu'il faut dé* 
mêler des opinions assez counues de M. Schwdrtz. Les fruperiliLous de celta 
région ont un intérêt tout à fuit epceial puisqu'on peut tracer ici à leur aide la 



224 



BEVUE DE L*mSTOîa£ DES REUGÎ0N5 



ligne de tiémarcation entre Allemandâ du nord et du sud. M, Scbw&fls dwiDt 
des détails sur les labous de la saison du solstit^e d'hiver, sur tes ffiut dt 
PAques et de h Sdnt-Jean, sur les « dèfsees v Fr&u Hotte, Frau Godé, m. 

H. V. SiiPHErts, MiUriiungen auB dem Frauinkben der ùrang BékndoidtP 
Orang Bjâkun undderOrang Ldui., p. 163-202. — Renseignement» fur lit 
femmei de plusieurs tribus de la péninsule de Matacca. Il n'est pas permii I un 
homme d'entrer chez raecoueheuae, dont la hutte a une forme dlstinctive eloe 
s'élève pas au-dis3sus du sol ; cette parlieularité de eonslructîon est destinée pro- 
bablement à empêcher qu'on |>asse par^dessous, et non comme dit M. Bartelt,! 
qui on a confié le manuscrit, à la distinguer des autres maisons, ou àempêebs' 
les âmes de se celer sous le parquet, comme disaient tes abotij^ènes. 11 n'est pu 
permis partout à l& femme de manger avec son mari; elle peut posséder defitif^ 
rains jusqu'à Cfj qu'elle se marie, et des arbres même après. Il y a des t«lxras 
pour îes femmes pendant la menâtruation ; elles n'ont pas de demeure spédile 
à cette période comme pour la parturition. 

Les Orang-Lâuts pratiquaient Teiogaraie locale, c'est-à-dire sans chercher uni 
femme tout à fait au dehors de la tribu» il fallait toujours prendre une feDamt 
dont la famille demeurait le plus loin possible de celui <|ui se mariait avec ttli; 
on achetait toujours la femme; le mariage par capture n'existait pas; le /m 
primae noclù non plus. Il n*y a pas de tabou sur les noms des morts. La béUt- 
mère se tient le plus élotj^nâe possible du beau*OISf sans qu^un tabou rentable 
détermine leurs rapporta. Il y a des procédés connus aux femmes pour s'assurtr 
l'amour fidèle du mari. Le mari doit rester auprès de sa femme enceint«; la 
Gouvade est inconnue^ Les femmes cherchent à deriner le sexe de reofaol, 
av&nt qu'il ne soit né, au moyen des cris d'un oiseau » etc. Uu lézard foluit, 
dit-ûn, apporte les âmes aux nouveau-nés; on ne tue pas cette petite bête qui 
aurait le pouvoir de se transformer en serpent, en crocodile, etc. Après k nui- 
sance les assistants font du vacarme pour faite fuir les mauvais esprits. On jettt 
le placenta dans un arbre quand renfant est du sexe masculin, pftrca qu'ti 
faut que les hommes aillent dans la forêt» 

G. OppBRT, Uebsr die Toda und Kota in den Mîagiri odet den bl&uen Bir^m 
(p. 2i3-221J* — Détails sur tes sacriflces à la déesse de la Terre. i 

Vkrhandlungen (lS9ê). 

Bartïls, Die Koma und Boschagvbrâtiche der Bawenda in ^ordtranmmt^ p. 35 
(cf. plus bas, p, 225). — Cérémonies d'initiation pratiquées sur les deux seies; 
ces pratiques auront été introduites de Tètrangier, A la » koma ^ on se sert 
d'un crocodile en bols qu'on appelle koma. 

V. ScHuufiMDURG, VQlkskundtich^ MîUtilungm dus der Mark, p. 187*190. * 
Renseignements sur la Frau Harke, le pain bènit, au moyen de rimpressinn é» 
doigts, et les cadeaux faits aux arbres pour No€L 

Dos Oiterspiei mit £tem, p. 266. — Quelques noms des jeui où Ton joue atec 
des (Ëufs. 



« 



I 




REVUE DLS PÉRIODIQUES 



928 



Diê KommuUeft p, 267, — Figure m pierr^B placée daas le» champi et ap- 

iiée « mère des grains », 

Die gy^ùssâ lehe Hus^en und b^issen^ p. 367, — Près de Pellow et ailleurs il 
lut baiser le grand orteil du graod-père mort* Au carnaval les Qlles mordent 
!es orteils des jeunes ^ens et vice versa. 

M* Bart«ls, BoinUche Volk^kunde, p, 279-284. — Répûases à un queslioîi- 
aaire sur la femme et l'enfant. Procédé pour assurer la naissance d'un ûls. Oa 
protège U mère et le nouveau^né en les lavant avec de l'eau dans laquelle oa a 
préalablement mis des cendres. Cérérnooie en usage quand on coupe tes cbe» 
?eu3E pour la première fois. Il ne faut pas passer par dessus un cadavre, sous peine 
de Taire revenir le décédé ; si on Ta fait, il faut lui mettre une épine d'aubépine 
sous la langue^ 

W* V. ScHULKRfiURGp Sackwerk aus Nkderrhein den Palmstock und der Sato^ 
monsknoient p, 340-344. — HenseignemeDts $ut des gâteaux populaireSi en 
forme d'oiseau, que Ton fait pour le dimanche des Bameaui — on les appelle 
tf moineau n, « oie m, etc. ; il y a aussi des oiseaux sur 1% « Palmstock » ou 
palme bénite « 

Wenerzauber mit Steinbeilm und den GoU Perkmas^ p. 362. — PûUTOir 
magique des haches de pierre. 

M, Bahtels, Reife-UjïsiUen bd dm Batjpenda, p. 363 (et sup., p, 224). — 
Cérémonies d'initiation des deux sexes. Il semble que les jeunes hommes aient 
des droits sexuels sur les jeunes filles dès te moment de puberté. 

A. TREiCEiELj Hochz£it in der €<imihei, p. 366. -^ Le mariage dans l'est de 
l'Allemagne, On se marie le plus souvent en noTembre, et surtout les mardis. 

Giebei'VÊrzierungen am WejtpreKS5 en, p. 368-373* — Nombre d'illustrations 
reproduisant les petites Ëgurea placées sur les faftages, qu'on trouve presque 
partout dans le nord- ouest de l'Allemagne. 

P, STAODiwoen, Todienbestattung ftet den Haussa^ p. 402-405. — Réponse à 
la critique de M. Passarge. Lieu oil cette race enterre les morts : daos la 
hutte ou dans la eour. 

Veuhakdlukoeh, t, XXIX (1897). 

J, W. K. MûLLER, Anmerkungm m BarteU-Flois : « D(is Wnb â, p* 88-91. 
Liste des mots taboues au Japon pendant la nuit des noces. 

Ed. Krausk, Bagen, wekhe an mrgeschichUiche Graber anknupfen, und ûber 
andi^i Aberglauben, p. 117-119, — Contes locaux sur des anneaux d'or trou* 
vés dans les lombes prébi s toriques, sur des ranlùmes qu'on voit dans le ?oisi- 
nage des tombes, etc. A Bebenstorf, il faut qu'on mette sous le toit, la nuit do 
NoeJ, tous les outils^ etc,# de la ferme- 

brachen^Sage von iSeddin, in der WeU'FriegnU^t p. 119. — Dragon qui porlô 
bonheur et rend riobe. 

Sagen der Umgcgend von Trebickow, p. 120. — Cheval blanc qui porte bon- 
heur et fait le travail dans tes champs de minuit à une heure. Une fois le paysan 




226 



REVUE Bfi l'uISTÛIIIE DES KELIGIOt^S 



oubik dâ le dégager de Ta liér«e et le cheval disparut urée i& kane dans le lac 
yolsip. Homme à cheval que craignaient les paysans; on le f^lL disparatire en 
lui ilemandanL du seL Dri^^ou qui vient porter bonheur, très Bouveat bous la> 
forme d'uoe poul© noira, qu'il faut mettre dans un tonn«au sur le sol età Uquelle 
on doïl iiûiJDi^r à manger et à boire. 

S. WjîtssËNuEHo, Sûdrusmchû Amutelte, p. 307-369* — Brève description 
de 23 amuletl&s, 

A, Nbumno, Ueher RerberstairCs Angaben heire/fs dis SamogUent p.379-389^ 
— Contient quelques citations sur Tadoration des serpents cbei les SamogttÎBDft 

W. V, ScrttiLENBUBG, Mdrkîsche AltertUmer und Gebràuclns^ pp. 433-44^» ^, 
Quelques renEeigDemeDts sor le Chasseur Nocturne, et » Fraii Karkâ », 

Knùtenzi'khen , p. 493^ — Spécimens des nœuds qu'emploient lea sorcièrei 
pourenchamer le venl* elleB font se lever une tempête eti frappant un ruisseau 
avec un balai. Croyances commune! des torcières et des tsiganes. 

Der Feuersprung zu Johannif p. 494. — Sur l'usage de sauter par-dessua le 
feu de la Saint-Jeani on regardait comme fiancés la jeune ÛUe et le jeune 
homme qui sautaient ensemble. 

JDt« Howûtfei, p. 496. — G&teau à forme animale fait la nuH du nouvel an ; 
on lui aitriburiii des pouvoirs protecteurs contre les maladies du bétail et coq Ire 
réclair. 

E. LEuas, Giebfsl- Verzi&rungen in ôstpreus^ent p. 498* — Renseignements 
et illustrations des petite» figures qu'on trouve sur les maisons. 



* 



I 



ZaïTscHRtrT, t. XXX. 

P. Saktori, Ueber dos hauopfer, p. 1-54. — Étude très documentée du sa* 
criûce accompli à la ton dation d'un bâtiment. M. Sartori Jait remarquer tout 
d'abord que c'est presque toujours chez les peuples sédentaires qu'on trouve en 
usage ce sacrifice; chez )ei nomades, U y a cependant des rites k observer 
et des augures à cbercber et parfois chei les civilisés aussi appamit celte né- 
cessité de consulter (es présages. Puis il recherche quelle est la diâtributioa 
de cet usage et quel est le caractère des Tictimes; on pratique ce rite dans 
toutes les régions habitées par des peuples sédentaires; on le trouve en Afrique^ 
en Asie, en Polynésie, moins souvent en Amérique ; il y en a partout des traces 
en Europe. Asscï souvent on sacrifie des criminels ou des esclaves; sur la liste 
des victimes se trouvent aussi des enfants, surtout dans leâ fondations des di^ 
gués; dans ce cas il ne faut pas enlever par la force la petite victime; parfoia 
on choidil des vierges* De même que nous trouvons dans les coutumes popu- j 
laires des traces apparentes ou réelles de Tusage de tuer le fermier comme re^^^f 
présentant de Tesprit du blé; on relève aussi des traces de m sacrifice de con- 
struction : on croît très souvent qu'un memhre de la famille mourra quand elle 
va habiter une maison neuve; ailleurs on croit que le premier qui entre daoi 
une maison neuve doit mourir; Tarchitecte, ou sa famille, ou le premier qui 
passe sont aussi parfois les victitaes. Àssex souvent on se contente de nos jours 



Kfe^VUË 0ËS P£illODlQU^ 



227 



des 00 d*atiâ personne morte ou de sang : oa âe sert aussi d'animaui ; parmi 
les victimes se trouvent le cbeval, le bœuf, b chat, te coq, et d'aytres animaui ; 
enfin on enlerre descBufa, du pain, des graine, etc. Dan« la 3" «ection, se trouve 
la discussion du but auquel on ns% en Taisant ce Eacrinoa. Ce n'ost pas toujours 
un saarifice propremeut dit, c'estrà-dire une o£rr«.ndeà un esprit quelconque; on 
cherche aussi à se créer une divinité tutélaire; à cette cati'gorie appartiennent 
surtout les vicliŒQs enranlines : en d'autres cas lesacriQce a ptutût le caractère 
d'un procédé magique et relève soit de la pagie proprement diL&f soit de la 
Oiâgie mimétique, La dernière section traite de la substitution pour le sacrifice, 
le) que l'usage de bitir sur l'ooibre de ia victime choiiîie. 

S, E, PsiKLt Ein Amfiug nac/t BauparUt mU Einltitung van KuH KiantJij 
p, 281-371, — Ces renieignements sur la tribu Nagâ ont déjà paru dans le 
Imimal ûf the Âsiatic Society of Bengalf t XLr, Dans les appendices ae 
LrouveQt quelques légendes des Nagâs : Torigine des NagS.s, des bétes sau- 
vages, et du i^hùii du sanglier; ila fin de l'article se trouve une bibliographie 
des travaux relatirs aux Nagâs. 

VaniTANDLUrtaKM (t898). 

ti. WiNCitLSAp Polyandrie bei Semittnf p. 29, ^ Cbes Strabon se trouve un 
texte bien connu sur le mariage polyandrique chex les Arabes du Sud. D'après 
Je texte minéen cité par M. Wincklef; ii sembla que dans une famille du Dbam- 
rAn il était permis au fita de prendre pour épouse la femme de son père pen- 
dant 1a vie de ce dernier et quMl existait un vrai mariage polyandrique. 

W. v> ScHuta^euRo, Volk&kundiiche HUteitungûrif p. 76-SQ. — a) De la 
croyance que certaines personnes sont condamnées^ pour un méfait qu'elles ont 
commis, à porter une corde au cou ou un anneau de fer au poigne l. t) Sur des 
gâteaux populaires, e) Sur les trous pratiqués dans les portes pour écarter la 
peste» 

Zkjf Vtrbrmnm de^ Niklaus^ p, 101. — Dans le voisinage de Baden-Baden on 
brûlait, le Û décembre^ en criant la plus tort possible, uue image, qui s'appelait 
Nikiaus. Petznkkel, etc. 

A. TnEtcMEL, Dm Gabâck Bubesûhenkel wn Kreu^nach, p. 162, —Sur un gâteau 
populaire qu'on distribuait aux enfants à la Saint-Jean quand on célébrait la 
fête de la Source. 

W, V, ScHUi^KNËuno, GêbiiGk in Badeji-Btident p. 383*390. — Description 
illuatrée de 19 gilteiiux populaires; entre autres le tièvre de Pâques» 

H. C. Anoos, Tke « Chen&amwati •, p, 479-182, — Cérémonie dlnitiation des 
filles Asimba, célébrée au commencement de la puberté. Apres i'aeeompiisse' 
sèment de ee rite il faut qu'un homme di!'flo(^ la jeune vierge. M. Angua croit 
a l'existence d'un culte pballique chei les A^imba, 

ToMK XXX! (1899), 
B. FwKoLAEPtDih, NfMzcn ùber Sammt^ p. 1-55. — Contient des renseigDt- 



228 



HBVUË DE L HlSTûme DES RELIGIONS 



ments sur h façon d'enterrer les chefs (p. 49), la figure tournée à TËsl, ks pieds 
dans la direction de la mer. 

H, Zachb, SiUen und Gebrduche der Suaheli, p. 61»86. — Tabou après la cir- 
coDcmion, Après rînitialloa de ta QHef elle donne la main à chaque homme 
qu'elle rentonlre en ratournaQl chez elle et reçoit de lui une pièce d'argeoL. 
Mariage ; pendant les cérémonies te mari a'assied sur le lit^ habillé en femme; 
tout homme qui se met à cdtê de Jut doit lui payer une somaie dVg«nl;l&cion' 
iommation du mariage a lieu le 3« jour; le 2^ jour uoe des dames d'honneur 
représente le mari et va en procession chez les parents de U femme ; le mari les 
attend assis sur le lit. 

K, T, Pheuss, Die Zauber-Muster des Orang-Sémang in Maldhaj p. 137-197. 
— Explication détinillée des dessins magiques faits sur les peignes pour détour- 
ner Les maladies. 

Verhakdlu«orn (1899). 

W. V. ScHULlîNauHo, Voiksiumliche Gebràuchf, p. 200-208. — Pr&s du Tidaèt 
an lanee dea disques enQammés le soir de carnaval, Enterrement du carnaval. 
Croyances des blanchisseuses; Tamant reste Adèle quand il fait du soleil; il 
faut crier dans les pantalons d'un homme» si Ton en lave, pour assurer le beau 
temps, 

Karutîj Vdkstûmlicher ans den baskischen Provinzen, p. 292-295. — 
Quelques renseignements sur les croyances basques, coutumes relatives au tna- 
riage^ à la grossesse, à la naissanoe, aux premières années de l'enfant, aux fu« 
nérailles, etc.; les enfants connaissent la crécelle, 

N, MELMitow, Die Burjàten des Irkutskiscken Gouvernements^ p, 439-448, ^- 
Contient des renseignements sur le cbamsnisme, 

% Jackshath, Beschwôrungsiiucht p. 459-472, — Copie d*un livre contenant 
des charmes el des remèdes magiques. 

E, LEKRf, Neujahrs-Geback in Ost-preussen, p. 652-655. — Gâteaux popu- 
laires dent plusieurs de forme animale; ces derniers sont destinas aux animaux 
domestiques. 

ZaïTBCHflirr, tome XXXII (1900). 

M, Bautelb, Istândisch^r Brauch und Voiksgùaube in Beiug aufdie NoûK- 
kommenschaft^ p. 52-86, — Imprégnation magique, La femme phoque* Événe- 
ments qui présagent des enfants illégitimes. Procédés magiques pour se faire 
aimer. Puissance magique des cheveux d'une vierge, au moyen desquels on 
peut prendre un animal fabuleux (Flutmaus) ;si Ton met une pièce d'argent sous 
cette bète, on en trouve tous les jours une pièce, qu'il est permis d'enlever. Au- 
gures pour Is mariage. Procédés magiques pour a assurer la naissance d'un fils. 
Augure pour découvrir le sexe avant la naissance* Tabous auxquels la mère est 
soumise, entre autres interdiction de manger de la ohaîr de phoque. Pierras 
pour faciliter et pour empêcher la naissance. 



I 



< 



RSVUE DES PÉHÎODÎQDKS 



2S9 



I 



* 



C* W118B, BeUfûgt zur GuchichU der Zutu im Norden der Zambesi^ 
namentlich der Angoni^ p, 181-202. — Renseignements sur ta sorcellerie» rini- 
liAtion des QltflB, le mariage, i'aduUère ; croyanci bq Mulurtga ; ia fascî nation ; 
le eulie des Aocêtres ; kb Ames pa^eul parfois dans le corpa des antmajx; tes 
Borciers dans celui des byèaes ; quand il a'&git do ebang^er la demeure de la tribu 
on coup© une jambe à une vache vivante qui couri dans la direction à suivre, 

VsnBAHtïLVHaiN, tome XXXiï. 

W. T, ScHCLKKBURo, Spruch gtgsn Ueberhebung und Verbrechenf p. 74-76. 
— Formule» magiques d'un type connu. M, v, Schulenburg prétend qu'on y a 
substitué aux noms des dieui païens h$ nom» du Christ et des apôlree, 

H* F«ûw8. Aitindianûcke Medîdn der Quiûfié^ p, 352, — Interprétation 
d*un passage du Popot VuA (Brasseur de Bourbourg, p. 72-74) comme descrip- 
tion des maladies indiennes, 

ScHNKB, Einige» ûb^-r Sitten und Gebràuche der Eingebornen Ntm-Guineas, 
p, 413-416. Renseignements sur le mariage. La danse ; imilatioo d'oiseauxi 
ïnterdiÊtion au:s: femmes de Bongu de manger du porc. Hsprit malin, Idole ame* 
née à terre ; les habitants cberchenl à rempficher ; on !a dépose dans ia butte 
dee jeunes hommes. La mort; la veuve demeure au-dessus de ta tombe; emploi 
de Ift m&choire inférieure dans la sorcellerie . 



Olûbus. 
Tom LXIX (1896), 



^M H, V. ScH*UBBBTj Boch.titsgsbrnU€he der Ktij^dîschen Chatdaer, p* 15-16» -^ 
^H Description de coutumes nuptiales chez les Chatdéens de Kurdistan, 
^B P^ i9. Die Neger&ekic der Nanigos au/ Cuba. — Secte païenne, soupçonnée 
' de faire des aacriâces humains. 

1^ loucHj, Japanische Màrchen, p. 46-48. — 1) Conte du soleil-homme et de la 

^P lune'femnie qui voyagent en été; le tonnerre les accompagne sous lacondi- 

'' Uon qui! ne Tasse pas de bruit ; celui-ci ne tient pas sa promesse et les autres le 

^^ quittent» 2) Un prêtre dit au novice en partant qu'il ne faut pas toucher ce qu'on 

^P.luf apporte pendant son absence; le novice mange cependant les g&teaux et 

~ barbouille des restes la bouche d'une idole; le prêtre bat l'idole d'une canne 

pour s'assurer de ta vérité, et l'idole répond « kwan » (je n'ai pas mangé) ; le 

novice la met dans Teau chaude et Tidole fait entendre ti guta » (j'ai mangé), 

3} L'homme slupide envoyé par ia femme pour vendra des poissons vague 

^ dans les bois; elle lui dit d'aller où se trouvent beaucoup de gens ; il va à un 

^■Incendie où Ton Je bat ; il verse de Teau sur le foyer d'un forgeron; il se mâle 

^^dans la querelle d'un mari et sa femme; il ohercbe à paoider deui bœufs qui 

le laent. 

R. F, Kaikdl» Neue Beitrége iur Ethnologie und yolfiskunde der Huzulênf 
p, 69-74. — Médecine magique; se faire loucher par le pied d'un ours contre le 



330 



REVUE Di: h HlSTOtHl^ DES RICUGIONS 



Qal au dot, Interdbtiûa de tuer la belette et la grenouille. Le seq}«at porte 
malheur, les animam noirs porleot boubeur, 

H. 7. STÉE^u&i^â, Dcr Cholci'aZaubcr b€i<ieti Teimid aufdtr Halbinsd MtUdka^ 
p, 117-119, 137-142 {çf, p. 264). — Sur lei croyances des Orang Temîa. Le* 
èsprîLâJ^B inagicîenSpîes dieux, le cit?l, les esprits malins, U création, Receitei 
magiques contre le choléra; on meUait i*i masque totémique» ou se peignait 
des lignes blanches tur la poitrine, etc. ; explication des eërémoaies. Il semble 
exister des rapports entre ces pratiques et le mythe de la création* 

M. PnzYBORSKi, Totengçhrûmhe beim rumanischm Lanâvathin Sûdungom^ 
p. 197-199. On met des bougies dans )ea mains du mourant H on ritabilte, 
parfois en double, pour le corps el pour l'âme; après la mort, on lui met ud« 
pièce d'or dans la îDaîn. Lamentation. La procession funèbre reste quelques mo- 
menls demat les maisons des proches parents. Repas après le retour de la cé- 
rétno nie. Pendant six semaines arrosage du monticule édifié sur la tomber pen- 
dant ce tempSf on laisse nager sur l'eau d'un ruisseau des croOtes surmontées 
de bougies; depuis ce moment le mort a de Feauà boire. Repas périodiquement 
répété. 

P. Sauto&i, Bei SUte des Nûmensîméerung^ p. 224-227» 242-245. — Chan- 
gement de nom ; a} pour se mettre à j'abri d'influences démoniaques; è) 4 Fe*- 
piralion d'une période de vie naturelle : puberté, mariage, naissance d'un en- 
fant, mort du père, changement de nom d'un mort. Changement de nom à 
cause d'une circonstance personnelle ; nom d'honneur, sobriquets, échange de 

noms, etc. 

Gp V. BocHWALu, Atebar und ïïhu in gm^intiUckm EUmeniargedaukin^ 
p. 255-257, 270-272. — Atebar — at-bero (porteur de l'Ume), La cigogni 
apporte lame parce tju'on la regardait comme mangeuse d'âmes ; sa nourrilun 
se compose de « seelentiere t^ (bétes regardées comme âmes bumaiDes)^ vipèi^ 
souris, grenouille, crapaud; elle ae trouvait aussi ea rapport avec Téclttir, à « 
juger par le fait qu'on se servait du symbole de réclaîr à la cérémonie di 
mariage. Augures tirés de la cigogne. La chouette emporte lei âmes. Elle 
trouvait dans la suite de Donar. Elle porte aussi bonheur. 

H. Sêïdbl, Ethnographiackes ous Nordosl-Kamerun, p, 273*278. Les Baloogi 
croient que chaque homme a plusieurs Ames, dont la première reste dans 1 
corps; les malheurs des âmes errantes portent malheur à la personne. Entep 
rement de» ebefs, on les fait sécher sur un échafaud. Pour rmitiation d^un Qli 
dans une société secrète il faut qu'il reconnaisse le corps dasun pèreftprto Oftti 
dessiocation. Le « mangeur des âmes § occasionne les morts. Moyens magiqui 
de le rendre impuissant, 

W, V, BuLOW, Siimùanhche Sagm p. 322-327. — 1) Voyage de Tuilitt; pa 
nitions pour ceux qui le traitent mal, récompenses pour, ceux qui le traîtêûtb) 
en lui ofîratit de Teau, 2) Le pêcheur Tun; explication de la souveraineté éi 
Hanua sur Tutuila et de Tau sur Nunuli qui résulte de Taide accordée par Tun^ 
bomiae de Tau au chef de Nu nuit» etc. 3) Le secret de Lagon a. Conte d'un 



REVUE DES PÉRIODIQUES 



231 



I 



I 



femme qui quitte son mari et donne naistancd à nu flis avec qui elk demeure 
dane les rochers ; Lagona, h fils, cherche les jeuaes filles^ qui le reliennenl 
après le poiot du jour de façon que aa mère voit son aecrel révélé. 3) Tuulea- 
wuiana et Âpi, ceim-ïi chef d'Asau, celle-ci femme de Lîavaa^ cbef d'Aopo, 
s'aiment et a& rencontrenL tous leâ jours au bord de la mer; pénitence de Tuu- 
leamaana, qui dit à Api qu'il ne veut pas la revoir; il part pour revenir à c^uee 
d'une tempête; on raconte des petites histoires dans la hutte où restent les 
amoureux et la suite d^Apî ; Liavaa renvoie sa femme à son retour et fait des 
préparatifâ pour la guerre; on lui dît que ses soupçons soûl Sans fondement et 
une fllle de la tribu de Tau »'offre en échange; Tua époue» Api. 

E, SïLRft, Gôlzéndienerei unter den heuHgen Indianern Me^cos, p. 367-370, 
— Renseignements sur des idoles auxquelles on rend encore de nos Jours un 
Êulte. 

C. M* PLiYTjtjiXe Kwakwabank der Buêchneget ^tir*mimSjp.37û, — Descrip- 
tion d*ati objet dont on se sert pendant les danses nocturnes. 

R, Anofiii, Dos Kreiselspielen und sdru Verbreitungt 371-3T3. — Distribu- 
tion de la Toupie ^ Chine, Japon, Malacûà» Queensland, Polynésie, etc, 

G, A. Khausk, Merkwûrdige SiUen der Haussa, p. 373-376, — Le DOUvelaQ; 
fêta du feu et combat entre les quartiers de la ville; tribut payé par un clan & 
l'aulre^par une familleànoe autre, par une personneàune autre d'après Tu sage 
traditionnel; quatre groupes qui ne paient pas et entre qui existe la relation de 
ia taquinerie {toba^taka) : 1) la femme du frère aîné et le frère cadet ; 2) le mari 
de la scBur aînée et la soeur cadette; 3) entre la femme du mâme nom que la 
femme du frère aîné et le frère cadet ; 4) entre l'homme du même nom que le 
mari de la sœur aînée et la sœur cadette ; il existe la relation de la bonta 
{kmija) -. 1) entre la femme de la sœur cadette et le frère aîné ; 2) entre la femme 
du fits et la belle-mère; 3) entre le fils de ia femme et la heUe-mère; ils ne se 
parlent pas et retournent la télé en se voyant: il existe une relation modifiée de 
la bonté : i) entre le père de la femme et son beau-fils; 2) entre la mère de la 
femme et le frère cadet du mari; 3) entre le mari et le frère cadet ou la sœur 
cadette de la femme; une troisième relation, ceUe de la querelle^ existe entre 
les sœurs cadetl.es du mari et de la femme et entre les deux mères. 

G, KAMPrvMEYïBj^m aller Buvichl ûber LitauUcfit Tofen^ebrôMcAe, p. 375. — 
Renseignements sur le culte des Ames, etc,, au rvr siècle . Bepas funèbre; dis- 
cours au mort; procession au lieu de la sépulture avec dea épées nues pour faire 
fuir les esprits. Lamentalioo pour les morts. Hepas pour les fttoes. 

R» F. Kaiwdl, Viehzauber in den Oatkarpaten^ p. 385-389. — Les augures 
lires des animaux domestiques ; ia fascination et la mugie protectrice ; les fêtes 
en rhonnetir des animaux sauvage» pour les tenir éloignés du bêtaiL 



ToHi LXX ^1896). 

P, 35 » UmbengA n. Cérémonie magique célébrée à llnitiatiOQ des jeunes 
guerriers ches les Swaiis. 



232 



RBVIIB DE L HISTOIRE DGS REUGIO^S 



P^ ^. H. SimEL, La crécelle dans la Prusse occidentale. 

P. 84, Crainte des nègres i rûccasion d'une éclipse de la luDe. 

K . TAkiti, SiUen und Gehrâmhe der Tschinwan, p. 95-97. — Le Latou&ge ; le 
mariag'ej les funérailleB, Dans chaque maison se Lrûuvent des crânes des Ghi* 
nois; tant que l'on n^a pas apporté une tête, on n'a pas le droit de se tatouer. 

G* M, Pleytk, Ein Arakanesischer HausgôtzBy pp. 113, 148, — idole d'Aracan 
servant au cuite des aocêtrea, 

L, jACOHOwsKt, Dos Weib m dcr Poésie der Hotientùlicnf p. 173-176. — 
Eiemple» du respect dor>t jouit la femme cbes lea Hotteotols. 

H. Sabitisr, Noch einmat die Plejaderif p, 176*117. — Sur les noms des 
Pléiadea chea plusieurs peuples et le rôle que jouaient ce» astres dans la 
croyance populaire. 

H. SgiûBLj Ein Wahr&agegçràt aus Kamerun, p,177, — Sur on objet serval 
à ta divination. 

F, Figura, La crécelle en Galide, p. 226, 

P. 227, La cérémonie de ta coupe des cheveui chet les Slaves et les GermainB. 
L GoLDzîHKR, Ueber Eannibalhtmits am orientatmhen Quetlmt p. 240-241* 
^ L'anthropophagie chez les Arahes. 

G, LàMPRKcuT, Bie Schaukel des TocHter PoHHtanaSf p. 2fiô. — Traduction 
d*une chanson de Rarotonga. 

A, VteftK ANnT, Dis Wirthschaft&formen und die Pormen des Famiiie, p. 267-269. 
— Critique du livre de Grosse publié sur cette question. 

J. Tetzweh» Die Kaschuhen aus Lebasee^ p. 269. — Sur la littérature et les 
cro^ancea populaifes d'un peuple de ta Poméranie, Chansons, formulettea ttû- 
fantines, 

J. 6, ÂMâBOsiTTi, Jaguar été' Aba^ p. 272. — La croyance au loup-garou 
chei les Sudamérieains. 

P. 340-358. La crécelte dans la Poméranie et le Hanovre, 

E, T* Ph£Uss, Die Toienklage im ait en Amurika, p' 341-344, — La lamen- 
tation pour tes morts en Amérique ; tabous^ deuil» elc« 

K H. L. KwAtjSB, Sur Tarbre de J^oIîI, p. 368* 

ToKB LXXI (1897) 

F. Bi*u«KNTRiTr, Gûhrâuehe^ etc, bèi den Manobos, p, 19. — CroyancôS âS 
habitants de Mindanao, Dîeujc: magiciens; sacnfices; loup^garou; céfémonies 
en usage à la mort d'un chef. 

A. G, VoRDïRMAW, AnimiBtische Ausckauujigtn der Javanen betreff cmiger 
Pflan^erif p. 29-3L (Eitr, de Teysmannia^ L Vlî). — Riz> symbole de la 
riobeese ; traité comme une femme enceinte. Il faut imiter des animaui en déra- 
otnant certaines plantes nuisibles pour les hommes. Pour communiquer une 
înQuence soporiûque au Dotera, il faut ronfler en cueillant les fruits. En cueil- 
lant une plante dont il veut se servir comme poison pour les bêtes seules, un 
homme va sur Ses quatre pattes. 




REVUE DES PÉftCODIQUES 



233 



A^ Krabmkr, Béricht ûber nêu samoanUche Ueberlieferungenj p, 76-78. 
W. Grube, Dos Sckamanmium hei den Golden, p. 89-93, — Origine de la 
mort et des Chamans. La route qui conduit à l'autre monde ; laririère qu'il faut 
passer; dîfiFèrentes routes pour dÎTerses tribus. Origine du diable^ des moU' 
ches, etc. 

L. Hi-:î»îfîî*a, Religion uni Volkerkun'If, p. 125-129. — Origine de la reli- 
gion, critique deB ihèoriea; Thotnaie primitif honorait 1«b bienfaileurs de la 
tribu» ce qui est devenu plus tard le culte des ancêtres. 

R. F* KAifiDLf Httusund tîofhei den Kwsnaften, p, 1S3-142. — Description du 
Racrifice pratiqué lors de la construction de la maison (Bauopfer)^ p, 137-38, 

l« GoLDEiHBn^ Aus dem Mohammedanischen Hdligenkultus in A^gypien^ 
p. 233-240. ^ Les tombes des saints; au temps de sécheresse on met le saint 
A. Tair; survivance de cultes antérieurs sous la forme du culte des saints; ap- 
fk^dlion du saint au lieu a acre; plusieurs saints enterrés ensemble. 

N, T. Stenibn, Die ?ûrmier\ p. 349*352 d 371-74. — Le mariage ; trace d'un 
«communisme primitif; rites en usage i la naissance; croyances relatives à l'autre 
^îe; ntês funéraires; sacrifices d'animaux dans les églises chrétiennes; esprits 
des eaux et des bois, médecine surnaturelle. 

W, V- BuLow^ Samùanmhe Schêpfungssaget p, 375-379. — Tag&loa; les 
^mHus \ les idoles ; origine du nom de la famille W ; le lézard comme ancêtre ; 
m^ées coamographiques. 

E, Frohbj Strohrede und Totenbusck, p. 394. — Le mariage dans le Brisgaii ; 
^::i!Scours prononcé après la cérémonie de L'église : fleurs mises au chapeau aux 
funérailles d'un enfant, 

To«E LXXIT (1897). 

H. Stmau Krankheil, Tod und Begràbnis 6e t den Togonegerut p. 2t-25 et 
41-45. — Les maladies et la magie. Ame et esprit tutélaire dans chaque homme 
(cf. GhbuBf Lxiï'273); état de cet esprit après la mort ; entre parfois dans une 
bète. L«s âmes errantes; let reuves; tabous sur les haricots, etc. ; conditions 
d'entrée dans le pays des âmes. Talismans contre les maladies et charmes 
pour les causer; expulsion des maux ; crapaud comme bouc émissaire. 

H, SKLiR, Bie Mamaltispiel und Seine Verbreitung, p, 31-32. — Quelques 
additions aux renseignements de Culin. 

K. TamaIj Drei Japanische Fûftdn, p. 192, 1). Jeune tigre adopté par un 
chien; l'ourse devient envieuse; le ti^re quitte le cbien; Tourse met le tigre à 
Tair parce qu'il est faible; le chten ne veut pas recevoir Tingrat qui est tué 
par un autre chien. Z) En Japon, cycle de dou^e ans dont chacun reçoit le 
nom d'une bête ; dans Tan des singes un singe se déguise en général et va au 
palais; la cheval devient envieux, jette le singe de son dos; on découvre la su- 
percherie et on tue le singe« 3) Le crabe va chez Zuigu, déesse de la mer, où 
il fait bonne chère ; au lieu de manger dans sa propre asiiettei il met toujours 
les pattes dans les plats de ses voisins ; sa punition. 






234 



HËVUE DE LRfSTOiaE DES RELIGIONS 



R, Karutï, Das Ohr im Volkêglauben^ p. 244-219. — Recueil dea croyances 
populaires Bur Toreilîe. 

K. Bhamm^ Tscheckische Hansgùlter, p, 323-225. -^ Petites idoles des di«ui 
dom^aliques tchèques. 

A, Barsil^r, TakitUche Legendenf p. 225-226, — 1) Origine des nobLe«i 
2) Combat à eauB« d'une beauté m nt traitée. 3) ËchaDgede femmes; laref&Qche 
de Tuilerai, 

G. A, Kraubi, Beitrûgeium MârchenHdhatzdes AfHhanert p. 229-233. — Siï 
contre dc5 AschÎTigini : 1> Une aœur et un frère s'aiment ; ili s'eoiparent de totjte 
Teau ; leliè^fe découvre où l'eau se trouve; le roi permet au frêra de se tnarier 
avec t» aceur, 2) Le lièvre tue le bélier du roi, qui fait convoquer la peuple ; 
rhyèn^ n'a pas de peau pour s^ v^iir ; le lièvre lui donne celle du bélier; le roi 
s'en aperçoit; l'hyène s'enfuit et vit mamtenant dans le« forêta. 3) Les sorcières 
qui mangent des Ames* 4] Le lièvre est tombé dans Teau'en chercbant de k po* 
iehîai tes espnla de l'eau le tiennent prisonnier; pour se libérer il promet de 
décorer des Œufis de crocodile^ se fait une butte muni d'ua petit trou et mange 
les œufs, etc. ;il s'échappe et va pltis loin; les termites renferment; ea réponse 
à sea cris le buffle Taide et se voit dupé par le lièvre ; le lièvre dupe un autre 
lièvre qui en revatiche lui donne le conseil de boire toute l'eau de la rivière pour 
prendre des poissons ; le lif^vre en meurt. 5) Le lièvre et son ami sèment du blé; 
le lièvre dupe son ami et moissonne de son blé; Tarnî se fait préparer comme 
plat et se laisse envoyer au lièvre qui le mange et en souffre beaucoup ; la 
femme du lièvre p<}rte le bEècbez l'ami qui sort du corps du lièvre ; le lièvre veuf 
se faire bouillir, s'enfuit à la vue du feu, se laisse transporter chez son ami sur 
une assiette avec de la sauce, etc» ; l'ami veut le découper en disant que les mor- 
ceaux sont trop grands; le lièvre s^enfult dans la forêt. 6} Rivalité du lièvre et 
de l'byène. 

F. C^/iBo\vsKY,Bebrâuche dur Dajaken ^ûdost-Bomeos bel d&r Gfhurt, p. 26Ô- 
273. — Lee esprits lualinfl el Tenfant; tabous du père et de la mère ; dieux pro* 
lecteurs des femmes enceintes ; offrandes. La fête du 10" jour ; on lève l'enfant 
eu lair; sacrifice, Le nom. Talismans pour Tenfant. Cbarmes pour assurer la 
fertilité du mariage ; tes femmes stériles* L'eau de la vie. Baptême; sacrifice. 

P. 276. Le pigeon dans ta médecine populaire. 

K. GANtïBR, Volkskundtkher ausdem Bereich der Viehzuchi^ p, 351-354. — 
Magie ; les sorcières ; la fascination ; formule magique : te Pholil und Wodaii j*, etc^ 

P. 373. E. Hammarstedt, Die Nordischen Peslgehâckformen (Eitr. du Sam- 
fundet for NordUka MuêepU frâmjandi:). — Les gâteaux populaire® en Scan- 
dinavie el en particulier les gâteaux de Noël, 



I 



I 



ToMB LXXm (t898> 
A. KHAKMÊft, Der Phnllmbcrg von Molokai (Havaii-Inseln), p, 8-10* 



;an' ■ 



A. NsHumo, Dk Anbetung des Ringdnattfr bei denalien Litaucrn Samotigen 
und Freussen, p. 65-67, — Sur la culte du serpent, etc. (?» plus bas). 



ntVWt DES PÉRIODÎQUSS 



235 



F. TEtfNÉR, Âlts GebtAuchs dn litauei\ p. 110-116. — Le mariage. L© bap- 
fme, L'entertemenl. L'astre troué. 

E. FÔHSTEMAifftif Die Tageffêttir des Mayas, p, 137-140, 162-164. — Reiiseî- 
lements sur les dicui det Mayas qui présidaient aui jours du tools. 
KuAHUBR, Bas Feat Stnsja und das Feld-Gebet um R^gen und Emle bei dm 

Tschuwaschm, p. 165. — Prières pour ta fôrliiité du sol. Tabou sur le travail, 
lacrificé — bcÉiif offert au dieu, a^eau à la déeaae, etc. 

W. r. Bi*Low, Di> Ekcgesetze der Smnoaner, p. 185-186. — Renseigtieiïifnla 
sur le mariage, le dirorûe, rhéritage. 

FfliEDERici, Skûlpieren in Nm^d-AmeriM, p, 201-207 et 222-228. 

R. F. Kaïsdl, Volksûberlieferungm der Pidhireme, p. 242-245, 248-252. — 
Le diable chei les Rutliènea ; esprit familier qui sort du premier (ou dernier) œuf 
d'une poule, iî faut le porter neuf jours ioua raîssefle; les «orciert; les vam- 
pires; la divinalloîi, Les remèdes magiques; ta magie des amoureux; les rites 
agricoles, 

F, TaTîNtB, Reste und Spiele des litauer, p. 317-323 — Les feux de la 
Saint-Jean; la divination; les mariage»; ies funérailles; les jeui (sans des- 
cription détaillée pour la plupart). Croyances populaires ; les dieux et déesï^esr 
les sorcières; Tesprit tutélaire. Les augure»; pendant que le chien aboie le ma- 
lade ne meurt pas. Les tabous. 

H* Seidri., System der Fetischterbote in Togo, p. 340-344, 355-359. — L Les 
Itbouf relatifs aux Européens. IL Les tabous relatifs aux animaoi [ les fétiches ne 
pertnettenl pas que certains animaux viennent dans leur voisinage . Les tabous 
sur certaines viandes» etc., la chaîf des crocodiles, des sîng'es, etc. Les tabous 
sur tes objets inanimés. 

A. S, GATSctfST, Die Osâgeindianeri p, 349-355. — Deux légBndea : ta mon- 
tagne qui dévore les hommes; comment les bétes font la cour. 

F, GftABowaitt, Spiek und Spietzeuge bei den Dajaken SUdùstbùrnem, p. 376- 
378, ^ Pedaki on frappe deux fruits dura l*un contre raulre, le joueur perd, 
dont le fruit se caste; cerfs-volants ; jeux de hasard ; tours de force. 

A* BAKssLefl, Tahiîische Legmdiin, p. 390-392. — 1) Taia, sœur de Tau, est 
la femme de Vainaa^ on dit à celui- d que son beau -frère Fa msutté ; il se rend I 
ton Ht, te tue et ramène son corps; la femme découvre le sort de son frère, qui 
fftfte inconnu à sou peuple; elle !e leur dit; Vaînaa quitte son pays. 2) Niuhi 
laisse tuer les fils de Tetohu; c«tui-cî va au Marae où se trouvent leurs corps ^ 

tffiuhi te lue aussi ; revanche de la Qlte de Tetohu. 
ToMË LXXIV (1898). 
H. SxtoKL, A us der FetUchstadt îaiele am unisten Niger, p, 6-9. — Posilîoii 
sociale^ etc. des jumeaux. Les vieilles femmes assommée» gênantes des esprit» 
roaline. Les fétiche»; bœufs, léopards, figures humaines» diable, serpent; inter- 
diction de tueries léopards; origine de k mort; interdictioadetuerlesserpâllta; 
culte des lézarda (;u/u). 




2a6 



RBVL'E DE L HISTOIRE DES RELIGIONS 



Die Singkaîesiscken Tmftlstànzer (tuf CÊyhn, p, 9-10. — L& cause des ma- 
ladies ; danse^ masquéee pûtir e^tpalser les démons^ dont on cdnn&tt yingt- 
qualre espèces; le démon quille le corps du malade pour se réfugier dans une 
poule qu'on bat juBqu*& ce qu^elle tombe presque morte à terre; co rèsull&i uEe ■ 
fois atteifît, on bat encore la poule; si elle meurt on croit que l^eaprit maliti en 
est la cause ; c'est là un signe qu'on a réusai ; on jette la poule morte dans le 
neuve. 

Bertrands Rêise îns Land der Barôhe, p. 39-44. — Lee [umeaux mis à mort 
autrefois^ Culte d«s morts ; il ne faut pas enlever let objeta déposés au tom- 
beau ; honneurs rendus au tombeau d'un chef, 

E. Seler, ÀUmemihanûcke Knochenrasselnt p, 85-93, — Renseignements 
sur la fête des morts; on leur donnait de Teau, des victuailles, des talismans 
qui les aidaient à passer les endroits dangereux de la route, à se condlier uu 
chien roux qui jouait le r6lé Cbaron, ete> ; puis BQ jours après la mort on faisait 
aux défunts des cadeaux pour qu'ils les offrissent au prince des espfils. Rôla 
des grelots dans ces fêtes, 

N, P. IvANowsKi, Uelfer Sîenschenopfsr, p* lOt (Eitr. des Arbeiten dei 
atUhropoîogùchen Geseltschaft der Kaiserl. Mititàr-Medizin. Almdetnie, 1895)* 
— Il s'agit d'un meurtre qu'auraient commb des Wotyakes païens comme sacri- 
fice au dieu Kurbon; cou dam nation des accusés. 

A. KnAiMKRf Naum^ p. 153-158. — Renseigneraents sur un quasi-culte de la 
frégate dans cette île ; tabous imposés aux chasseurs de cet oiseau, Ëxogamie. 

E, Wkrth, Tumbatu (Ile voisine de Zanzibar), p. 169-173- — Les prêtres, 
les danses, etc. chez les Watumbatus; cloches e\ grelots i l'us&^e des dan- 
seurs; sacrifice d*un bouc, dont Tesprit malin boit le sang. 

J. B, AifBttosBTTi, Bit Kaingang in Argentinicnf p. 244-246. — Façon d'en- 
terrer les morts — avec outils, etc., fa face tournée à rOrienl; tumulus à forme 
animale sur la tombe, à côté de laquelle se trouve un trou pour le Qambé&u à 
l'usage du défunt dans la m d'outre-tombe, Tupén règne au pays des morta qui 
vont à la ctiasset etc« Légende d'un déluge : tes eaux aUeignirenl les somioets 
des montagnes r des membres de trois tribus allèrent à la nage, des flambeaux 
dans la bouche, vers ces montagnes; les Kaïngangs seuls y parvinrent; les 
â^mes des autres vécurent dans l'intérieur. Les Kaïngangs étaient au point de 
succomber quand des oiseaux aquatiques apportèrent de la Lerre dans des pa- 
niers j on jeta de la terre sur les eaux qui commencèrent à se retirer; les Kaïn- 
gangs qui s'étaient réfugiés sur le sommet des montagnes demeurent encore au 
pi»d ; ceux qui se sont réfugiés dans les astres sont devenus des singes; les 
tribus qui se sont réfugiées à Tintérieur de la montagne sont revenus à la vie ; 
les Kaméssont venus par une route pierreuse, ils ont de granrîs pieds^ ïCadju> 
runkré (héros de la tribu du môme nom) créa le tapir, le jaguar, les abtîïllea et 
d'autres animaux; Ramé créa d'autres bêtes plus nuisibles; chex les Kaîngangi 
existe le culte du fourmilier qui leur a appris à danser ; augures à tiPftr de sa 
rançon tre. 



I 



1 



H&VUE DKÊ» PÉK10D1QU£S 



237 



^^, V, BoLOw» Bie Eidechse im Vôlksgtauben der Samoanert p* 256-259. — 

^-^s IroïB fila de Loa et Sina Pili, Tuia Lao^ Maomao» ont tous les troi» la fôrnae 

^Qinjale : Pili celle d^un lézard, les deux autres, celle d'oiaeaui, La puîsBance 

^^ Pili; on le dU parfoiB flb de Tagaloa ; le lézard comme incaraalioD de Taga- 

'^^^ ; jj est dieu de la pèche, etc., Il apparaît pour do;iiier des augures. Les pre- 

***i«rs degcendants de Pilî avaient des queues. 

SchimkjewUsûh's Hmen hei den Amurvôlkem^ p. 251-256 et 267''273. — 
*^- 253, Saint Nicolas comme divinité bouddhiste. Petite image «ous le toit chess 
^^5 Goldes, qui représenle l'esprit tulêlaire de la maison; un autre esprit de-> 
^^«ure dans la poutre qui porte le toit; oa lui fait des offrandes pour s'assurer 
*3% la chance à la chasse, etc» 

La naissance; la remme arale secrètement rœil d*uii ours, pour que renfant 
^oit beau; il ne faut pas Taire osciller ie berceau vide. Changement de nom. 
I^*àme vît au oiel, avant la naissance ^ sous forme d'oiseau sur le grand arbre 
8^cré; on suspend le cercLieil d'un enTant à un arbre, où Ton fait un petit aid 
lïour que rame se repose. L'enterremonlf on met sous la tête dans le cercueil des 
Q.g'ures d'animaux en papter et une pierre sous les pieds; autrecuenl TiLaie ne 
v^a pas dans le pays des Imes; hutte bAlie sur la tombe; avec les outils, etc. du 
i^ziart , on tue un chien auprès de U tombe, on le pend à un arbre et on le couff e 
d^iine peau de cerf. Les assistants se lavetil tes mains et la &giir«> au bout de 
quelques mois le chaman conduit Tâme au pays des morts; jusqu'à cette épo- 
que rame reste dans le Fanja, petit couisin qu'on fait tout exprès et qu'on 
«couvre parfois des habits du mort. Plus tard ou déchire le coussin après que 
l'Âme est arrivée au pays des morts. 

P. Kaastin, Safiadû^iis Wahrsagebuch^ p. 281-287, — La divination chei les 
TTamuls^ 

Fedohow et KoKDaÀTOWiTSCtt, Eine Ot-expeditiQn wâhrend derSommsrs (89$^ 
^i, 287-201 (Extrait des Arbeiten des anthr. Ces. des k, mii fned, Ahad^iie zu 
^i'p€ier$burg]. — Les Osiiaqucs; serment par fours dont on baise le pied. Le 
^nariage ; dans les danses pendant la Tète on imite le vol d'un oiseau» elc» Lé- 
gendes chrétiennes. L'&me m dans le ciel; on enlerre les morts dans des ba- 
teaux; trou dans le toit de la tombe pour laisser sortir u l'esprit malin », comme 
disent ies Ostiaques, Fête des morts, 

G. THiLgitius, Nordwest Polynêsier^ p. 313-315, — Renseignements sur 
Stewart IslandfSikaiana), Légende d'origtne, etc, 

A. WiNTiB, Taarahuit und KUegundent p. 365-368. — Études sur les au- 
clen&es divinités des Erthes et des Lives. 

ToMï LXXV (1899). 

HuTTiR» BèT Àhschluss von Btuisfreundschaft und Verlràgen bei dcn Negem 
des Croslûjuies in NorUhamerun^ p. 1-4. — L'amitié par le sang; rites magiques 
thm les Bafrens et les Bamundas ; enterrement de fétiches. Hôle des poules 
diiîs le culte des nègres. 

m 



23B 



REVUE DE LHIâTOmi DES RELIGtOl4S 



R, Andrée, AHe Trommdn der Indianer Medhin-mânner , p. U-i6, — R«n- 
seigoements sur l^s tambours à i'uaage de« sorciers; le« objets petQls mr U 
peau «ervaient comme moyens œn^moniques pour îei (ihants» 

P, 19, L œuf à fera à cheval etoployé à Tunis comme moyeti prophylactique 
Dontre la fascination, 

R. Lasch, Religiôser Selhatmord und sçine Beûehvng zum MemcHtwîpftr, 
p. 60-74, — Le suicide chez les Grecs et les Romains comme aaûriSce pouf If 
pafS; culU des suiddéa, en Allemagne, en Chint, en Huspe, dams ITndé, su 
Congo, au Mexique, etc, Leeuicide iticulqaèparla religiûn, comme résuJlstd'Ba 
TŒu, pour B'aBSurer la félicité dans la vie d'outre*tombe ; ciuq laçons de sa Uïif 
en Tnde: le suicide de» reuïes, des ascètes. 

K, Sappïr, Dis Payas in Honduras, p. 80-83. — L'importance dear^Tts; n- 
mèdes magiques contre les maladies. Le mariage* 

P. 111, Les petites 6 gares deâ fattages dans la Prusse occidentale. 

M. MaLNîKow, Die Ehemaiigen l^enschenopfer vnd der Schamanismus hd 
dcn Burjaten, p. 132-134, — Les esprits Taœpires s'appellent Ada: il y en adcûi 
ordres, les bons ne mangent pas les nouTeau-nés ; les mauvais les mangent 
excluBirement. Les Étrangers n'entrent pas dans la maison» de peur que Tes- 
prit n'entre k la même lois. Il y a d'autres esprits malins qui mangent les 
adultes après les a\oir assommés de leur grand bee rouge; on ofïrait aulrertni 
aux Sajânes des être humains. Les chamans noirs sont les intennédiairef di 
ces démons, tla mangent eux-mêmes de la chair humaine, 

F, IiîTiftER, Die Kenen in Osipreusseny p, 143-146. — Le mariage, l'ent^- 
remenl, ies remèdes magiques contre les maladies, les feux de la Saint^esv, 
croyances populaires sur la chance; tabous des chasseurs et pécheurs. 

L. SîrEDA, Die Anbelttng der RingelnatuTf p, 160-163. — Renseîgneiûefitl 
lur le culte de la ïipère en appendics à l'article de M. Nehring (sup,, p. ^1. 
n s'agit de rautheotîeitè des renseignements de Lasicxki (cf. p* 295). 

p, 199, — Sur les rites magiques chinois célébrés â Toccasion do la naissance. 

P. 230. — Sur les rites d*initialion cbei las Cafres, 

H , Frahki, Zum Ladaker Volk^lied, — Études sur la chanson populaire èhst 
les Thibetains. 

P. 268-271. MiddlebrooJa Ph<ytùgraphien au$ dem Lebm der Xulukagern* — 
Le mariage, rites magiques ; la femme coupe la qileue h un Imut pour la 
pendre au collier, ce qui empêchera ta stérilité. 

Ed, Hau.n, Zut Theûrie der MnUtehung des Ackatbaueif p. 261-2S7. — Ré- 
ponse aux critiques faites de Demeter und Bauba, La dèesic lunaire A m a influé 
sur la ferliîitè de la femme, dans Tidèe de l'homme primitif, parce que la période 
de la lune est la même que celte de la menstruation; le résultat logique de cetK 
croyance est qu'on attribuait à cette déesse une influence sur la croiasanee ds 
végétation, etc.; de là il résulte qu'on la croyait déesse de ragriculture, 

W. T. Bm.ow, f» dm Wanderungen und der Abfmnft der Polynesier, p. 
339. — Sur les sagas de Samoa, etc. 



i 



nmm des pêbiodiquks 



239 



K, T. PuxuflSj ÎHe ZauterhUâânschriften der Ntgrito fn Mataka, p, 345-348, 
14-369. — Études sur tes matériaux rçcueilhs par de Stephens(fup.» p. 221 et 230), 



II 



ToMB LXXVl. 

H. SiNOERf Die Karoiinen^ p. 3d»52. — Petite monognphte. ReaseignemeaU 
sur TétiLt MoQÏMit 1«B prèlres, l'anarchie après la mort d'un chef^ le mariage^ 
renterreroent, etc* 

H. Lasch» Die Behandiung der Leiché des Sdbstmordefit p. 63-66. ^ Le ca- 
davre d«s fluîcidés est enterré à part ou ne VeAt pa£ du tout; en Norwège quand 
un hotnme s^esL pendu, on ne coupe la corde qu'après le coucher du soleil; ail- 
leurs on ne veut pae le toucher ^ lea plies de pierres sur le heu où un suicide a 
été commis. Moyen magique» de ttnir à Técart Tàme du suicidé. Pouvoirs ùia- 
giques du cadavre du suicidé. 

P. Ehrekheicb, Ein Aus/lug nach Tusayan^ p. 53, 54, 74-7B, 9Ud5, 138-142, 
i&t-159^ 172-1T4. — Les Moquis et leurs fêtes d'été. — dansa du serpent, du 
cerf, cérémonie de la Qûte; prêtres; hisLoire de Tiyo, héros des Moquis. Danse 
àtê serpents, antïoncee pour Iftô août iOraibi; neuf jours de préparai ions. Les 
«I ahaseeurs de serpents s'en allèrent le 16 août, après s'être préparés ati 
moyen de fêtes, etc. La Katskina, poupée qui représente un être surnaturel, 
en partie demi^dieu» en partie ancêtre; tes poupées représenLent les danseurs ; 
les idoles; description des cérémonies; initiation d'un gar^n. On attache des 
aigles au printemps i des piquets sur les toits ; au solstice d'été on les tue pour 
se servir de leurs plumes pour des ohjets rituels ; on les enterra daus un cime** 
tîère à part ; leurs âmes vont vers les esprits des aigles paiit revenir plus tard 
sous la forme d'aigles, 

P. 13@. Danse des flûtes à Wslpi ; description de Tau tel ; une croix est axée 
au toit; on jette de la farine sur Tautel; chant aecompagné par la buUroarer* 
Course à pied. Procession : la elle du mais. 

P. 154. La danse des serpents à Oraibi, « Corn dance * ; les prêtres cerfs. 
Course. Lavage des serpents. La danse des serpents. 

P. HZ, Fête des cavaliers chas les Msvahos — variante du jeu du coq, bien 
Qoniiu en Europe et sans doute d'origine européenne chex lei Indiens aussi, 

M. Q. OLDSomtoT, Mdrçhen und Knahtungm der SuaheH, p. 160-162. — 
Étude sur leurs contes populaires. 

P, V. Stikih, Jothels&n Fon^hungen untçr 4«n Jukàgirmy p. 166-172. — 
Chaque bête a un esprit tu télatre qui n« permet qu'on la tue que pour apaiser la faim. 

F. Tktiner^ Die PkiUiponen in O&tprtm^senf p* 181-t92. — Le mariage; Ten- 
rrement. Légende de la terre pôcbee. 

G. V. HkBUtReligiOse Auschttuungin und Totmgedâchtnisfeîer der Ckemitrmt 
p. 208-212, — Reoseigoemeuls sur Le mélange du Christianisme avec les 
eroyaoees païennes. L*â.uit! va dsns le pays des &mes à travers ïe pont de che* 
veux ; les médiants ne peuvent pas passer le pont ; ils tombent dans un lleuve 



S42 



HEVtJE DE t'fîTSTOIftE DES BELIGIOPTS 



G, L. Clevi, ZîDei Zmgen lîersunhefur Bantukuiturt p. 193-195. — U nfll 
Mulungu (=:= dieu) ; sur l'antiquité de l'idée d'an dieu suprême chei bsBftutttS. 

F, Tetznkr, Die Poiaàen im hannùvenehen Wendtand^ p. 220*224, — Le 
mari&ge; rites magiques. La naissance, le b&ptëme. Le u tuâi n dans leriri&gt 
à k Saint- Jean* 

A, C, WisTKîi, Die Vermihlung de$ KamînSf p. 240-243. — Rôat#« â*ancéU 
du feu; il se retrouve aujourd'hui &ous la fûroae d'une célébration du commea* 
cernent de la saison oà les domestiques se lèvent plus tût pour se mettre àu tmnit. 

F. W. KonTiJu, Dis Ecktemacker Springprocession, p. 297-301. — Dtof 
celle procession printanière l'auteur voit les restes d'une eêrémonîê dont tekt 
était de guérir les maladies. Atijoard'but devenue r^îigiease, cette procesiido 
du lundi de Pèntecdte semble plutôt avoir été en i-appott avec le 6ult« éè U 
végétation ; on saute Encessammenif ce qu'on appelle k danser *, comme il arrifn 
dans beaucoup de ces Têtes. 

S* Wessenbero, Jiidische Sptichwërter, p. 339-341. — Proverbes mngfs 
d'après la classification suivante : 1) La vie journalière; 2) caractère, bienteil- 
lance^ quaUtés psychiques; 3j qualités inlellecLuelles ; 4) éducation, acieaeii 
vocations; 5] le mariage, la parenté : ô) la vie des Juifs. 

ToMK LXXVm(l900). 

P. C. S cRLtîiEB MACHER, ReUglôse Au&chauungm und Qebrduche detBtwûlmtr 
vùti Berllnkafen, p. 4*7. ^ Les habitants de Tumléo (Tamara) croient à detit 
esprits, dont Tnn est bon et Tautre mauvais, connus sous le nom de Môs. La mi- 
gîe, LecuUedes aocétres ; on déterre le cadavre pour faire un festin; on met ta 
crâne dans l'Atol (maison commune); les parents portent des os comme lalifr- 
man; on dépose les restes dans k forêt; il n'est pas permis à la reuve d'assister 
â ces cérémonieSï où règne un silence plus ou moins coaaplet. 

Les habitants de Yàlman (Lemin) croient aussi à deui esprits qui a^appeUetit 
MÉsln ; le bon Mésin voyageait sur la mer dans un vaisseau qui contenait lei 
montagnes, les arbres^ les bâtes, elc; il déposa tout à sa place. L'homme ooo- 
siste en un corps, une Ame et un quelque chose qu'ils appellent Att-N&gÛ&l il 
qui lors de la mort, se rend dans 1© cr4ne pour y être adoré : e*©st pourquoi on 
déterre les crânes aU bout de 20 mois; TAu-nagoal desfemtnea et des eofacita 
reste toujours dans la tombe et ne se repose qu'après la mort de tous leurs pa- 
rents. L'èdatr est un incendie lointain, qu'a aïlnmé une tribu voisine. 

Une Temme vit un jour un grand poisson qui nageait vers la terre; elle cria i 
son mari de le regarder-, il ne put pas le voir tout d'abord; puis il réussit à le 
découvrir; il défendit â sa famille de prendre le poisson à la ligne et de le mta* 
ger; mais d'autres te Ûrent; il fait monter les arbres aux bétes et à sa famille; 
à peine les mauvaises gens eurent-ils mangé le poisson qu'un jet d^eau Jaillit 
de la terre ; l'bomme et sa famille restèrentseuls en vie. 

Le dieu tutèlaire du village jouit d'un culte particulier; il est venu de Tlk di 
Tamdra (cf. p. 222). 



CHRONIQTJE 



FRANCE 



Nécrologie. — Le 12 aTril s'est éteint au milieu des siens, sprèi une doift- 
ioureuse matadie, notre émtnenl <;oJJ&borateur, Auguste Sabatjbb, doyen de Ifl 
Faculté de Ibéoiogie pmlestante de Paris, directeur-adjoint à rÉcûle des Haules- 
Études^ H était le plus célèbre d*eiitre les tbéologiens français de ce temps ef 
cette illustration, il la méritait par l'éteadue et la sûreté de son savoir, par li 
rigoureuse probité de ea critique, par Tadinirable pulBBance construetivê de n 
pensée philosophique. Nul n'avait un sentiment plus profond et plus personnel 
de la vie religieuse, un gens plus immédiat du divin; en ce très libre esprit, 
qui ajustait loulef choses au niveau de sa raison, qui montrait pour les sévères 
méthodes de la science et de l'histoire un respect que Ton ne retrouve pas tou- 
jours chei des hommes, affranchis cependant de toute préoccupation théobgique, 
qui ajmait la vérité d'un amour passionné et jaloux, vivait la plus bumblCp la 
plus ardente piété ; elle s*épanchait hors de lui sans qu'il j eherebât et péné- 
trait de son parlum tous ses actes et toutes ses pensées, La conscience de Sa- 
batier avait une hauteur, une pureté, une noblesse qui imposaient à tous ceux 
qui rapprochaient une sorte de vénération, mais il n'y avait en lui ni morgue^ 
ni raideur; il avait le sentiment trèg net que ta plus certaine révélation du divin, 
c'est la bonté, et il était bon naturellement, sans effort, et trouvait à aimer une 
joie aussi vive qu'à observer et t réfléchir. 

Son œuvre historique est considérable i ses travaux sur les sources de la Vie 
de Jésus, sur l'Apûtre Paul, sur TApocalypse demeureronl; son livre magistrat 
sur la philosophie de la Religion a donné pour de longues années à la pens^ 
religieuse indépendante sa formule; dans ses articles de critique du Journal ds 
Genève^ iî s'est montré Témute de Scherer ; au Teinp$ il a combattu pendant 
vin^t ans le bon combat pour les idéet de justice et de liberté. 

Mais c*e9t dans son enseignement qu'il a donné le meilleur de lui-même. 
C'était un m attr© incomparable : il a appris à penser à tous ceuï qui ont passé 
par ses mains; il leur a donné le sens et le goût de l'histoire, il leur a enseigné 
à regarder en eux-mêmes et à démêler les aspirations confuses de leurs conB- 
ciences i il a fait pieux ceux qui jusque-là n'avaient pas entendu Dieu parler en 
leur ccQur et se révéler à leurs prières. C'était un éveilleur d'àmea; Il menait 



I 




248 



^*^ il lui plaifl&tt fies élâTêi^ parce que pûur eux il se dépensait sans compter; 
* ^^ donDait tout entier en chacune de aee leçons. La chaleur de sa parole, 
^^** counction ardente qu'on sentait TÎbrer dans sa voii, la singulière pénétra' 
■*^ ^i>ii de son exégèse, sou inlime familiarité avec les teilea, eon expérience pro- 
^^^^de de h vie morale lui asauraient sur Vâme de ses auditeurs une prise en- 
^^^re; sans les y contraindre jamais, sans rien entreprendre sur leur libertéj 
*^^ les obligeait à penser comme lui, El avait la gravité forte, la hauteur et la sim- 
"ï^ltcité d'âme des vieux huguenot» et la verve, réloquence familière et en- 
'O.aœmée d'un homme du Midi; il était ne à Vallon, dan» l'Ardèche et avait 
^^dé l'empreinte profonde de son pays d'origine, de ce pays auquel le ralta- 
«^haient toutes ses impressions d'enfance et de jêunefise. Son enseignement Hait 
«-in apoetolat et c'était aussi une amitié, une communion d'âmes. On ne sortait 
^^s de Tune de i^es leçons sans valoir mieux, pour quelques heures du moins, 
Et comme il avait une nelle conscience de celte action bienfaisanle que son 
exemple exerçait comme sa parole^ il se refusait i mettre on peu moios de 
lui-même en celte œuvre essentielle de sa vie, en sa besogne de professeur. U 
s'est usé en ces multiples tâches qu'il a voulu mener de front; nul homme n'eClt 
suffi à oe rude faheur, 1) e£t mort à 61 ans, dans toute la force, toute ta matu- 
TÏté de son fécond et puissant esprit. En 1868, à 29 ans, il avsit été nommé 
professeur à la Faculté de théologie de Strasbourg^ et au contact des Heuss et 
deaSchmidt, son esprit avait conquis cette souplesse, cette largeur, ct^lte tolé- 
rance, cette objectivité toutes germaniques, qui frappaient tous ceux qui Tabor* 
daient pour la première fois, dés qu*ïl se laissait aller à causer familièremenl 
avec eux et sortait de ce rêve intérieur où souvent il semblait absorbé. Il avait 
une singulière aptitude à sortir de tut-métne, à se placer aux points de vue tes 
plus opposés aux siens, à penser les pensées depuis longtemps efTacées de la 
conscience humaine, à vibrer À toutes les émotions des âges disparus: c'était là 
ee qui lui conrêrati dans fe domaine de Texégèse une si indéniable supériorité. 
Haïs nulle pensée ne fut plus personnelle que la sienne et en un sens plus ori- 
ginale. Elle ne fut jamais un miroir paisible, oii se venaient reQe ter l'univers et 
Je» multiples actions des hommes. En lui toute opinion était un acte, une créa- 
Uoo volontaire et rélléchiei une conquête sur les choses. Il n^avait pas un tem- 
péraisent de polémiste^ mais il était en perpétuelle discussion avec lui*même: 
%usst éloigné du sommeil dogmatique que de la légèreté indifférente du scepti* 
Gîsiïie. Et c'est cette belle attitude d'esprit, militante et paci6que à la fois, cette 
«Sonlîance en la vérité et cette défiance de ses propres forces, cette liberté phi- 
losophique et cette rigueur en matière de critique, qu'il apprenait à pratiquer 
^ «es élèves de TËcole des Hautes^ Études comme aux étudiants de la Faculté 
tSe tbéolûgie. Auguste Sabatier laisse derrière lui un vide que nul ne saurait 
Combler, Et bien longtemps son absence sera cruelle k ceux qui Taimaient 
t^omme au jour où il les a quittés. 11 est de ceux dont k mort diminue pour un 
l^mpa ia richesse morale d'une nation. 



246 



REVUE D£ LUISTOIftË DES aELIÛIO»$ 



Publicationa récentes. -— M, E. DmitÊ a fait pàrallré dans le lûtse iV 
de Ja Hevue africaine une in té ressente étude sur les Minarets et VApptl â là 
priête» Il donne de curieux détails sur le naqoû (ctéûêlle ou claquôtr) et foa 
emploi dans rArabie auléislamique, sur î'bosliîité des mohamélans contre 
l'usage des cloches^ sur l'emploi des trompettes (ïi/!r> au Maroc pendant le Bi- 
madhan et sur les relations enlre les tours de guet, les clochers elles mmareta. 

Le même auteur a fait paraître cbeï Martin frères à Châlons-sur-Marïîê qdi 
imporLante monographie sur les Atsmouâ de TUmeem (1900, 1 broch, in -8 di 
30 pages); elle renfûrtne une description d*une de leurs processions à laquelle 
M. Doutté a assisté et où il convient de noter rimitation par quelques- iiiîsd«s 
kbouans des mouremenls de divers animaux et en partietili«r du ehaosetu^ 
et de l'une de ces séances {h*adhra) où les membres de la confrérie sesoaiiiel- 
tent, alors qu'ils sont arrivés à un état analogue aux états hypnotiques, aux 
ëpreuTes en apparence les plus douloureuses et les plus cruelles. Il signale h 
très intéressante coutume du dépeçage avec les dents des animaux doiïné$ eo 
offrande aux Âïssâouas, dépeçage qui rappelle certains rites du culte de Dioûy- 
SOS Zagreus, L*auteur rapport© des descriptions parallèles de» mêmes ceréuxK 
nieâ prises au Maroc et dans la province d'Alger par deux observateurs : il 
cODvienl surtout de relever les très intéressantes notes sur la danse des femjaes 
& Boghari que lui a communiquées M. Chambige. Les dernières pa^es deeittl 
notice contiennent d'intéressants détails sur le fondateur de la confrérie^ $\éi 
Mb'acamed ben Âissa, sur tes catégories sociales où elle se recrute, et sur les 
autres associations analogues. 



If. Pfrdinand Lot a entrepris dans les Annales de Bretagne (1900) la publl- 
catioïi d*uae série d'études sur Merlin : la première de ces monographies eit 
consacrée aux sources de ta Vi^a Hertitiiûe Gaufrei de Mon moût b (Bennes, iinpr« 
Oberthur, io-S, 1 faso. de 55 pages). Elle est fondée, d'après l'auteur, sur d'an- 
ciens poèmes gallois aujourd'hui perdus et qui se rapportaient au barde Hyrddtn, 
déformés sous llnûuence de la premièro Vie de saint Kentigern. il établit que 
Tauleur en est bien Gaufrei de Monmoutb, qu'elle est antérieure & 1188 et qull 
y a identité entre les deux Meriina, le Meriin Ambtùêius et le Merlin SilvesUr : 
il montre, à la suite de M. Ward, que Merlin a hérité des aventures attribuées 
au fou Lailokeii dans la VUa Kentigernû Le § V (294-415) (histoire du fimi 
mendiant et des soulier») est d'origine orientale. Les §| VI^ VlII, IX, X (732- 
1385) XII (1458-1524) sont un libre jeu de la fantaisie de Qaufrei. Les poèmes 
gallois où apparaît le nom de Merhn et que nous avons conservés sont, sauf 
«n seul [Le diahgue de Myrddin et de Talie&in) postérieur» à la VUa Meriini 
et semblent s'en âtre inspirés partiellement* 

Dans la Romania (t. XXIX» p. 380-402). M. Lot a pubhé une njonographie 



CBRONIQUE 247 

sur le roi Hoel de Kerohèi, Ohès le Vieil Barbé» les « Chetnioa d^Âhès y» et la Tille 

de Carhaix. Il a monlré qu'il fallail voir dans Carhaii (Caer-Ohès) la tranBRrip- 

ibn bretonne de Cimtas Osf jm» or um* La conséquence, c*efll que ce nom n'a rien 

À faire ongifiaîrement^non plus, d'ailleurs, que le vieux roi Obêâ lui-même, avec 

ilaistoîre de la princesse Ahès, qu'il considère, comme M. G. Paris, comme 

QOê iég-ende d'origine orientale^de la même famille que celle de saint Josaphat, 

n élablit que primitive m eut Ohès de Carbavjt n'avait nulle place dans les récita 

&rthu riena ni dans la légende de Tristan, L'inlroducUon du roi Hoel (Ohès) 

dsQs ce cycîe montre Tinfluence d*une tradition populaire bretonne tout à fait 

indépendanle. C'est une nouvelle preuve que les sources de la légende de Trts> 

t,mn sont troubles, de provenances di perses et, dit M, Lot, « que la fantaisie 

^persûnaeLle des auteurs qui nous Tout transmise^ y a joué un rôle peut-être plus 

£ m portant qu'on ne le croirait i^. 

Dans le t. XXX du môme recueil, il a continué ses études sur la provenance 

«3u cycle arthurien, tl a établi en se fondant sur un passage de la Vita Sancti 

^Darantod l'existence de Iraditiona ariburiennes en Gornwall vers Tan 1100 au 

^alus lard; il s'appuie sur l'eiisteoce des noms de Cador, du^ Çornubis^^ qu'il 

identifie avec le Cato de la Vita SancH Carantod, et de Gorlois, dux Comwftfse, 

^ians VBistoria ^'(onum, pour soutenir que Gaufrei de Monmouth a puisé une 

^ïartie de ses matériaux dans des sources cornouai II aises; il identifie Kellewic^ 

:»^sidenee d'Artbur, avec Bodrain, capitale du Cornwall et situe la légendaire 

liataille de Camlan sur les rives de la Camel de Cornouailles. 

Dans une note sur la Baniel du Siricker^ il indique la provenance presque 
^ertainemetil celtique de Tépisode de la bêle dont le cri fait mourir. 

AKOLETERHE 

En souvenir de Miss Mary Kingsley un certain nombre do ses amis, parmi 
lesquels nous relevons les noms de Mmes Green, Toulmin Smitb, Humphry 
Ward^ du comte de Cardi, d© MM. Estlin Carpeuter, J. G. Froïer, Haddonj Sid- 
ney Harltand, Taubman Goldie, Huit, îm Thurn, Johnson, é?éque de Lagos, 
Alfred Lyall, Mac Gregor, gouverneur de Lagos, John Morley, Fred, Pollock, Ling 
Roth^Tylor» etc, ont formé le projet de constituer une Société ayant pour objet 
l'étude des coutumes et des lois indigènes dans rAfrique occidentale. La So- 
ciété s'assurerait la collaboration d'un ethnographe expérimenté qui aurait pour 
double tâche d'une part, de rêmitr et de disposer en un ordre méthodique les 
renseignements que peuvent fournir les matériaux déjà publiés et d*autre part 
d*organiaer de nouvelles enq^oôles où serait mise à profit la bonne volonté 
des fonctîonnaireSj des négociants, des missionnaires, des voyageurs et surtout 
du petit nombre d'indigfenesqui ont déjà reçu la culture européenne, La Société 
publierait trimestriellement un Bulletin, La souscription annuelle serait de 
1 guinée (26 fr. 25). 

Les adhésions doivent être envoyées à M. G* MacmiUan, tréBorier^ Saint- 



248 



EEfUE DE LBISTOme ÙSB RELIGIOMS 



Mârtiii Street. Leicester Square, ou à Mrs J. R. Green, 14,Kensington Square^ 
Londres, L«s fondabeurs de cette nouvelle Société d'ethnographie désireraient 
Tivemini qu'elle ne demeur&t pas excluglréGiiejil angtaise «t ad'ectât un ^rao- 
Ura interoalional. 



BELOIQUE 



4 



M. J. Gapabt, conservateur- adjoint aux Muâées royaux dee Arts dêcofatifo 
6t indu stfî sis. a publié sou a lo litre de : « Pourquoi les Égyptiens faisaient 
des momies? >^ le sommaire d'un cours qu'il a professé à l*Ë:£teasioQ de rUnl- 
fêreité libre de Bruxelles sur les Hites et les Coutumes funéraires des anctens 
Égyplieris, En voîci les priocipateg divisions : La vie. La mort. Les âmet. 
Destinées de l'âtiie, L L'âme dans la tombe, IL L'âme au ciel. IIL L'âme dans 
les champs d'ialou. IV, L'âme dans le Duat (la contrée lugubre où tea âmes 
vivent dans Tobscurlté). Confusion et mélange des diverses conceptions. 

Le même auteur a commencé à publier dans les Annales de la Société d'Ar- 
chéologie de Bruxelles (t. XIV) une série de notices sur les mooumeTits égyp- 
tiens du musée de Bruxelles. Cette publicattûn est très richement illustrée de 
gr&vuies et de photo ty pies 

SUISSE 

M, Hoffmann- Krayer a fait paraître dans la Schwetzeri$ches Arçkm 
Voikskunde, sous le litre de Luzemer Aktçn zum Htfxen und Zauberwrsen, les 
pièces de procès de sorcellerie qui s'échelonnent du milieu du ïv« aiècla ju»- 
qu'en 1551. Les originaux «ont déposés aux archives de Lucerne. Les inteiTo- 
gatoires des accusée et des témoins j sont reproduits m exiemo: 



1 




Le BérarU : Erwest Leropx. 



LA FÊTE DE FRAPPER LES ANOU 



Le temple de ffiémconpolis est inconleslablemenl le plus 
ancien de ceux qui ont été conservés sur le sol de rÉgypte. 
j^l semble avoir été le lieu de couronnement des rois anté- 
nr-ieurs à la soumission de TÉgyple du Nord. C'est dire l'îm- 
X>ortance extrême des divers objets qui ont été découverts 
«dans cet archaïque monument pendant les fouilles de 
M* Quibell en 1898. Nous sommes à même déjà d'en con- 
^lattr© les principaux grâce h rexcellente publication faite 
par M- Quibell d'un certain nombre de planches accompa- 
gnées de notices sommaires par le professeur Pétrie *, 

La pièce la plus remarquable mise au jour par ces fouilles h 
Miéraconpolis est connue des égyptologues depuis un certain 
temps déjà : c'est la grande palette en schiste ardoiseux 
décorée de scènes sculptées au nom du roi Nar-Ûfer. 

Peu de temps après sa découverte, désirant soumettre 
immédiatement aux hommes de science les problèmes divers 
qu'elle soulevait, M. Quibell publia la grande palette dans 
la Zeilschrifl fur mpjpiuche Spracke \ L'inventeur la décri- 
vant sommairement nous indique qu'elle a été trouvée avec 
dautres objets dans la coucha inférieure sous le temple de 
Biéraconpoiù, « Le nombre et la nature des objets trouvés, 
ajoute-t-il, seraient de nature à faire penser qu'ils pro- 



1) Egyptian BMsearch Account, Fourlh Memoir, UieracmpotiiSt Part I. Pkites 
Of discoveries in 1898, by J, E, Quibell, wîtîi noies by W, M, F(lmder8) PCelrie). 
London» Quaritch, 1900, m-4, 12 p. el XUX plancbes. 

2) Zeitschrift fur aeg^pîischs Spradte und AUerthumshun<kj Band XXX VI ^ 
Effies Hea, p- 81-84 et pi. XII-XIU. 

i7 



\ 



250 



REVUE D£ L HISTOIRE DES REILIGIONS 



viennent d'une sépulture royale ; mais malgré de minutieuses 
recherches on ne découvrit ni murs de brique, ni ossements' 
humains, » Les planches annexées au mémoire donnent les 
deux faces de la palette dessinées au trait avec grande pré- 
cision. 

Une des faces fut peu après publiée eu photographie par 
M, Heuzey dans les Comptes rendus des séances de t Académie 
des Imcripiions et Belles-LeUres. L'auteur ne s'attache qu'à] 
l'explication du groupe des deux grands félins» comme nous 
aurons l'occasion de le dire tantôt \ 

Une troisième édition des deux faces en photographie sa 
trouve dans le volume sur Hiéracmipolu cité plus haut, avec 
un commentaire très bref du professeur Pétrie '. 

Enfin récemment M, Legge nous a donné à son tour une 
reproduction du monument dans un article des Proceeding^ 
of the Society 0} Biblkal Archaeology, vol. XXll oh il étudie 
tous les monuments analogues connus jusqu'à présent '. ■ 

Plusieurs auteurs, outre les éditeurs successifs^ se sont" 
attachés à élucider l'une ou l'autre question relative à notre 
monument. Je les cite rapidement : M. Max Mtiller dans la 
Orientalktische Litteratur'Zmtunq ^ première année^ n* 7, juil- 
let 1898 s le professeur Spiegelberg dans le numéro suivant 
de la même Revue ^; le professeur Naville dans le tome XXI 
du Recueil de travaux relatifs à la philologie et à t archéologie 
égyptiennes et m'igriennes*; et enfin le professeur Piehl dans 
le Sphinx^ volume 111^ fascicule 3 \ mt 

1) Académie des ImcriptiQns et Bdks-Lettres, Complu nndm des séances <ie ' 
ramée 1899, Quatrième série. L XX Vil, p. 60-67; 4 pi. 

2) PI. XIX et page 10, 

3) Leg^e {¥,], Tke Carved Slates from Eierûûonpatis mtd eUewhere, p. 12$- 
139, W planches. 

4) Coîoimes 219-220 : Die teizten Entdeckungm in Hieraûùnp<ilis , 

5) Colûnaes 233-238 ; Zu den Sîein f}on HieraconpQiis, 

6) P* 118*121 : Les plus anciens THonumenis égyptiens* 

7) P, 184-185 : MiHanges. — Une deacrîplion delà palme se trouve aussi 
le Catalogue QfAntîquUks from ifi€ e^svamtions ofthe Egypi Exploration Funà 
al Dt:ndereh^ and the Egyptiun Research Accvunt at HkraconpQli»^,^ ut Univer^ 
HîuC&licget Gowerstrcei Loném^ Juny Ath la lul^ 30tk 1898* p. 11*12. 



4 




L\ Ftrt; D£ rHAPPËB les ahoc 



251 



U pourra sembler hardi de vouloir revenir encore une fois 
sur le sujet après des maîtres aussi autorisés^ ce qui reste à 
dire me semblant bien peu de chose. Cependant j*ai cru qu'il 
ne sérail pas inutile, à roccasion du Congrès d'Histoire des 
Religions, d'essayer de réunir en un faisceau les diverses 
opinions, de les discuter autant que la chose est possible el 
de rechercher enfin si le monument n'apporte pas quelque 
lumière sur les origines des Égyptiens pharaoniques. 

Commençons, si vous le voulez bien, par examiner ensemble 
la palette en cherchant à grouper autour de chaque détail les 
opinions des divers savants. 

Quelques mots au sujet de la forme. Beaucoup d'idées ont 
été émises à ce sujet. Je crois que nous pouvons laisser de 
c6té l'opinion formulée par M, Legge d'après laquelle nous 
aurions à considérer la palette à l'instar des andlia des 
Romains, comme un bouclier rituel; dans ce cas la cavité du 
centre du verso serait bien plutôt, à son avis, une représen- 
tation du disque solaire '. Je me rallie au contraire entière- 
ment à Topinion exprimée par MM. Pétrie et Quibell : les 
grandes palettes sont clairement la continuation de l'usage 
constant des petites palettes d'ardoise. Pendant plus de 
deux mille ans, toute la durée des temps préhistoriques, 
chaque bonne tombe contient une palette ayant servi à broyer 
la malachite employée dans la préparation du fard. Une des 
formes les plus fréquentes est celle de Toiseau à deux tôles 
qui par diverses transitions arrive à la forme qui nous oc- 
cupe '. En même temps que ces palettes, on a trouvé à 
Hiéraconpolu des têtes de massues décorées de la même 
manière, ce qui nous montre avec évidence que les objets 
les plus ordinaires, les plus vulgaires, se sont développés en 



h 



1) i*, L, p. 137-138, Voir Arthur J. Egaras, %certûfian Tree and PUiar Cuit 
and Us M€di(erranean RHaiions, dans Thû Joum^ ofHeUemc Siudks^ vol. XXÏt 
part. 1, p. 122, où Ton pourrait peut-être trouver un arguraent eti faveur de 

i'opiQÎQQ de M. Legge, 

2) BiérmonpoUs, p, 10. — Voir Pelrie, Naqada aMMUas, London, 1896, 
pL XLtX, nneS, 69, 72,73, 




252 



HKVIJE OK LHISTOIBG DES BELIGIONS 



pièces d'apparat employées peut-être !daas les cérémonies 
religieuses ', M. Naville se demande si la cavité du centre ne 
contenait pas « quelque sobstance sacrée ou précieuse, ou 
encore, ne servait-elle pas à fixer une statuette ou une figu- 
rine tournée de manière à regarder la procession » *. Ajou-B 
tons encore qu'on pourrait comparer là forme à celle du 
bucrâue^ ornement des deux extrémités des poulres des 
maisons, ce qui^ comme le remarque le professeur Petriei 
expliquerait peut-être la découverte à Hou d'une grande 
masse de crânes d'animaux décorés de peintures et qui au- 
raient été employés de la sorte par les envahisseurs libyens 
{Pan-Grmms) après la douïeième dynastie \ Le bucrâne nous 
apparaît comme décoration d'édifices sur un ivoire archaïque 
de ffiéracanpolu \ M. Maspero me rappelait à ce sujet le 



signe hiéroglyphique j| qui pourrait bien indiquer le bu- 
crâne également employé dans la décoration des tombes \ 
L'âge de la grande palette nous est fourni par le nom 
royal inscrit au sommet. 11 est composé de deux signes; le 
premier représente un poisson, d'après M. Quibell le Hetero- 






brmi€km anguUlaris qui doit se lire ^ & ^^ rtar* : il n'y^ 

a pas de doute à ce sujet. Le second signe représente un 
outil que M* Max Mùller lit wir^ et M. Spiegelberg mn^*. 
M. Pétrie lit le nom : Narmer comme M. Max Muller. Le 
nom était connu déjà antérieurement aux fouilles de ffiêror- 

1) Fî'oceedmgs ofthe Society of Biblkat Archaeûlog}/, tûL XXI 1, 1900, p, 141. 

Z] Ikmeit de travaux... ^ vol. XXI, p. 120. 

Z)BiéfmmpQlis, p. 7. — Voir Arthur J. Efan«, RepùH ùftfœ Ki^per of ike 
Ashmolean ta the Visittm for Ihe ijear 1899, p. 10 ■ « Amoûg Lbe otber typicsl 
relies are bucranla, the facial bones of which &r« deoorated witli bJack Aod 
whltespotaii. ^ 

4J méraconpotu, pJ, XIV. ■ 

5) Bëcueil de travauaî,.,^ toL XI, p, 93, note 2* Voir au sujet de ce sîgn@, ^ 
Brugach, H,, der Mùris-See, dans la Zeitschrîft,.,^ vol XXXI, pp, 26-30* 

6)Zeitschrift..,, ¥oU XXXVI, p, 82 et la note. 

7) Orientalistisckë Litteratur-Zeitungt vol. I, colonne 218* 

8) Idem, voî. I, coloime 236. 



LA FÊTE DE FRAPPER LES iNOtl 



SS3 



»nom Tù] 
d'Abt/do 



mpoiù par un monument découvert par M. Améliaeau à 
èifdos et publié par M. de Morgan *. M. Pétrie, dans ses 
•écentes et brillantes fouilles d'Aùf/dos^ découvrit ôgalemcnl 
un morceau d'un grand cylindre d'albâtre portant le môme 
nom. Le style de l'épervier qui surmonte l'encadrement du 
nom est le même d'après cet auteur que celui des monu- 
ments de Aha et différent de celui des autres rois de la pre- 
mière dynastie* Pétrie en conclut que JSarmpr aurait été 
prédécesseur ou successeur immédiat de Menés \ Faisons 
encore remarquer avec M. Naville la ressemblance frappante 
qu'a rinslrument... avec celui qui sert de déterminatif au 

fyal de ( J i ^ f 1 '^ neuvième sur la liste 

à'Abtjdos^ et que Hougé place en tête de la deuxième dynas- 

lîe'. Je pense donc en résumé qu'il faut mettre Narmer 

dans la première dynastie, peut-être même avant. 

Les deux côtés de la palette sont décorés aux sommets de 

^deux têtes d'Hathor avec les cornes et les oreilles de vache, 

B H« Legge les regarde comme des ornements placés aux 

deux extrémités d*une poutre et dans le cas présent comme 

indiquant que la scène se passe dans le temple d'Hathor \ 

Au point de vue du style on doit les comparer avec les têtes 

sculptées sur un ivoire découvert par Pétrie à Abydos », 

ICes points communs aux deux faces élucidés étudions les 
1) De Morgan, fU^hsrtàm me i$$ iiiriffims de VÊgtjpte. Ethnographie préhis- 
Uffiqut et tombeau royai de Negadah, Parit, JUroui, 1897; p. 241, Ûg". 811; 
Orientah&tische hiUefatuT-ZeUung^ voL J, colonne 218, note 2; Aaiâlineau, 
Let muvelles fouiiks d' Àbydos,pKnSf Leroui, 1^9, pî. XLU. 

2) Pétrie» The Rayât Tomba ûf ilie firsl dtjnasty, ParL. I. London, 1900, 
pi. IV, 2 et p. 18-19. — Les fouillea de M, Pelrie à Ahydm cet hiver tai ont 
Tait découvrir encore plusieurs raonumenls porLalil le même nom. Voir Max 
Muller^ Fttrk'$ nem Band€ bù A6ydos, dans la Orimiaiisiischt liUaratur* 
Zeiiung^ toL ÏV, colonne 160. 

3) Recueil de travaux^ voK XXt, p. 118. 

4) Proceeding$ of the Society ofBîbtkai Ârchaeohgij, fol. XXII, 1900, p. 126, 
noie 2. — Voir & ce sujet les reniorquea curieoBes de Wiedemann dans la Ori«n- 
talutuche lUietûtur-Zeitung, vol* II, col, 18&1&4. 

5} Pétrie, The hoyal Tomhs of the lirst dynasty. Part U pJ- XXVII, n* 71. 



2ni 



EEVUE DE LfiîSTaiRE DES RELI6I0KS 



détails dû l'une et dé Fautre. A l'opposé de plusieurs, je 
pense qu'il faut considérer comme le recto la face où nous 
voyons le roi frappant de sa massue son ennemi abattu : c'est 
là» me semble-t-il, la scène capitale. L'autre face est divisée 
en deux registres ; sous le dernier commence une scène qui 
se continue àla place restée vide du recto. 

Recto. Le Roi porte la couronne de la Haute-Egypte 
(couronne blanche) et la barbe postiche habituelle. Son 
vêtement consiste en une sorte de tablier en étoffe couTrant 
le bas du corps jusqu'au-dessus du genou et ta poitrine 
jusqu'au dessous des seins. Ce tablier est soutenu par une 
bretelle qui passant au-dessus de l'épaule gauche vient 
s'attacher sur la poitrine par une boucle de ceinture sem* 
blable à celle en usage soos l'Ancien Empire. Le tablier 
est, de plus, resserré à la taille par une magnifique ceinture 
d'où se détachent quatre têtes d'Hathor en métal ou en ivoire 
terminées par des floches *, Derrière^ pend une longue queue. 
La massue brandie parle roi est à tête de pierre, le manche 
en bois semble garni à la base de cercles de métah 

Derrière le roi sur un plan plus élevé, son serviteur porte 
ses sandales et un seau ci libations ; il a au cou un ornement 
qui n*est pas très rsconnaissable. M, Legge y voit un objet 
semblable au joug ou collier au moyen duquel les esclaves 
sont attachés, ou bien une forme ancienne de Tamulette 
appelée tai ou boucle ^ N'est-ce pas plutôt une sorte de pec- 
toral *? son vêtement est assez singulier et je ne puis reipli- 
quer. Pour M. Legge c'est un tablier triangulaire avec des 
pendants flottants semblables à ceux des Libyens à Karnac, 
Le serviteur doit être comparé, comme Ta fait M. Naville*, 
à ceux représentés dans Lepsius, Denkmàîer^ II, 4 et 63. 

1) Le naême ornement, mais ftimple se retrouve porté au cou d*un pereonaage 
dans îa tombe n" 2 à EUBenheh, Voir Newbarry. El-Bersheh, Part l, pi. XXXriî. 
— Voir ausfli Grifïith, Bsni Hasm. Pari lll, pL V, d* 8i et p. 26, 

2) Pro€eèdings ofthe Sockli/ of Biblkal Archaeologyf Tol.XXlI, 1900, p. 12fi. 

3) P«uL-ëtre quelque chose d'anatogue à ce que nous trouvons repréflontè 
dans Newberry, Et^Bershehf Part I, fronlispioe. 

'i) Recueil de travaux. ,, vol. XXÎ, p. 119, 



i 



I 



,A FÊTE DE FHAPPER tBS kSOX^ 



âH5 






eux signes hiéroglyphiques donnent le nom ou le titre du 

ryîleur, ils sont lus par M, Piehl ^^ Ç ** dévoiler la 

re »* et par M. Pétrie « serviteur du roi », ce qui me 

parait assez admissible ^ Le même serviteur avec les mêmes 

êtements et ustensiles est représenté sur une des massues 

ulptées découvertes à Hiéraconpolis où le nom est écrit 
d'une façon a peu près identique '. 

i Le roi, d'un geste bien connu par les monuments d'autres 
époques, a saisi par ]a chevelure son ennemi abattu et s'ap- 
prête à le frapper de sa massue. L'ennemi est nu à l'excep- 
tion d'une ceinture d'où pendent quelques bandelettes tlot- 
tantes. Le mérite d'avoir identifié ce costume revient tout 
entier au professeur Spiegelberg * ; il y a reconnu le vêtement 
caractéristique du bas peuple sous TAncien Empire'. Cecos- 
tume, dit-il, est surtout fréquent chez les bateliers, pêcheurs, 
chasseurs d'oiseaux, par conséquent chez les gens qui ont 
quelque chose à faire avec Teau. De là, la représentation du 
dieu KiXHapi^sez le vêtement de ces gens*. Le roî remporte 
donc la victoire sur un habitant du Delta. Les signes hiéro- 
glyphiques inscrits derrière sa tête sont le harpon et le lac 

ou la mer, ce que M. Pétrie lit : mm\ ua-she « Tunique ou 
dominateur du lac », peut-être le Fat/oum\ M- Legge lit 



shea-she « serviteur du lac ». 



1) U Bphdm, vol fil, p. (84. 

2) SîéMcùnpoUsy p. 9 : « That this «e?en*leaTeri roselle reads âs u Kingf 
m » «fident from ils as as applied to the royal s^rfant, here and in pJ. XXIX, 
and by its bmng prefixed to Ihe scoq>ion in ifae royal name^ pi. XXX VI c, 4* 
The resemblance lo the eighl-poinkd fiar UMd for King in Babylonia ha» been 
ùh^erveâ », 

3) Ri^racenpolk, pi. XXVI L 

4) OrkniAliâtische LHtcraînT'Ztîtungt voh h colonne 234. 

5) Lepwtii, Dtnkmaeler^ II, 9, 24, 28, 69, 97» etc. —Voir Erman, Àeg^Un 
Kit otgyfdiMeheâ Leben im AU^rtum^ p* 50 et 583. 

6) Voir paf eitmple Lepsius, Uenkmaetêt, IH, 67. 

1} Frooeidingâ of the Society tffBmica! Àfchaiùlog^^ roi. XXII» p* 129. 



256 



REVUE DE L HISTOIRE DES RELIÛIOÏ^S 



Au-dessus du barbare se trouve un groupe singulier com- 
posé d'une tête humaine, d'un bouquet de plantes et d'an 
oiseau. L'oiseau^ on épervîer, représente peut-être Horm 
comme le veulent la plupart ; Max MùUer y voit un vautour 
représentant la déesse Ne/jbêi *, Posé sur un groupe de six 
ileors, il saisit d'une de ses pattes terminée en main humaine 
une corde attachée à la tôle humaine'. Beaucoup ont expli- 
qué le groupe en Usant les six Heurs : u sis mille » identifiant 

chacune des fleurs avec l'hiéroglyphe |. Horus ou Nebbel 
aurait ainsi vaincu ou saisi six mille ennemis. Mais si nous 
comparons les fleurs à celles exprimanl réeUement les mil- 
liers sur la deuxième grande massue de Hiéramnpolu^ nous 
les trouvons très différentes et se rapprochani beaucoup plus 
de l'hiéroglyphe de Tépoque classique'. Les fleurs de la 
grande palette au contraire ressemblent tout à Tait à celles de 
la troisième massue où elles représentent tout simplement 
un groupe de plantes*. L'explication est donc autre et je 
crois que la véritable réponse est donnée par le proteâseur . 
PiehL U panse que le signe en question représente une forme J 



de ^ la plante du Nord*. Ce serait donc la victoire sur le 
peuple du Nord et ce qui parait assex bien confirmer celle 
hypothèse, ce sont les inscriplions des vases de granit el 

d'albâtre au nom de T trouvés également à Hiéraconpoits . 

Les signes qui y sont gravés ont été traduits par Pelrie :^ 
(( Année de la défaite des ennemis du Nord *. » 
Avant de quitter la groupe je tiens à remarquer Textrême 



d 



1) Orientalistùtche Litteratur'Zeitungf voL 1, colon ne 220, 

2) -! Une corde passée aux Jêvrea, selon une habitude commune alors par 
tout le monde et qui persiste plus tard en Chsildâe >>. Maspero» Cooipte rendu 
de Hiérûconpoliê, dans U Revue ctitique, 20 mat 1901, p, 386. 

3) HiéraçonpGih^ pi, XXVI h. 

4) Idem, pi XXVI c, 2 et 3. 

5) LeSpAmTpVOI. III, p. 184, 

6) Hiéraconpolis, pi. XXX Vil êl XXXVIIÏ, 



LA FÊTE DE FRAPPER LES AN OC 



257 



liDessG de travail des plumes de 1* oiseau qui font songer aux 
merveilleux fragmenis d*ailes en ivoire découverts par Pelrie 
dans les tombeaux royaux HAbydos, 

Les deux personnages placés au bas de la palelle seront 

traités avec le verso. Résumons cette face : un roi, Nar-Meî\ 

remporte la victoire sur les peuples du Nord^ diaprés Piehl, 

sur les peuples Am Delta ou du Fayoïtm d'après Spïegelberg 

et Pelrie. 

Voyons si le verso ne nous fournira pas une détermina- 
l^ion plus précise encore ? 

La description du verso est grandement aidée par Tadmi- 
^srablc travail que lui a consacré le professeur Naville ; cela 
mne permettra d'être bref, surtout au point de vue des expli- 
«^atîons empruntées à la célèbre inscription de PalermeV 

Le roi Nar-Mer portant la couronne rouge, ce qui nous 
Indique qu'il s'agit d'une fête indiquée dans le calendrier de 

Palerme par i^ q « le lever — ou la couronne du Nord ou 
Tïïiôrae Tapparitioii en roi du Nord », s'avance vers la droite 
^fttu de même qu'au recto, à part la ceinture qui diffère. Le 
Toi porte la massue et le foueL 

Il est suivi du porteur de sandales comme sur le recto, 
seul ici Tamulctte attaché au collier n'est pas le même. Au- 
dessus du serviteur un rectangle qui est^ d'après M, Naville, 
le signe Q auquel manque le carré d'angle» comme on peut 
lé voir fréquemment dans les textes archaïques découverts à 
Aài/dosei dans le Calendrier de Palerme. Le même savant lit 
le signe inscrit comme dans L. Z>.» U, 62, qui donnerait d'a- 
près Legge le nom du temple ou de la ville à travers laquelle 
passe la procession. M, le professeur Piehl propose une 

autre explication : le signe serait /% « à l'aide duquel s'écrit 



1) Naville, les plus anciens monumenu égyptiens^ datiB le Recueil de (ra- 
b<tiiaî.,., ToL XXIj p, 106-123. — Voir PeHegrini» fifoîa sopra un' iscrizwneEgtzia 
dUl Mu$e<t di Paiermo. Eatratto dall* Archivio Storico Siùlianoli. S,, t. XX, 
fasc. ÏII-IV. Paleme, 1896, in-8, 2Z p. et lil pL 



258 



BEVUE DE L'HlSTOtBE DES ftKLlGTONS 



souvent le mot tebt a coffre )) qui est mentionné par les 
textes comme renfermant le ka du roi. Exemple ; 

^r -y- f rfl ^ À S »'■ 

Je ne sais vraiment pour quelle raison personne n'a encore 

proposé la lecture A J ® Ed/oul le roi part de la ml\e 
à'Edfou pour aller combattre rennemi du Nord^ comme 
Ilorus le fit lui-même dans sa guerre légendaire contre Set, 
Devant le roi est une autre figure, à la longue chevelure, 
vêtue d'une peau de panthère retenue par des pendants de 
forme à peu près semi-ciculaire. Ces bretelles terminées par 
des poids sont assez fréquemment représentées; je citerai 
par exemple la statue archaïque de Leide publiée par 
M. le professeur Wiedemann, où Ton peut voir la peau de 
panthère retenue par des espèces d'épauletles sur lesquelles 
sont inscrits le nom et le litre du personnage*. M. QuibeU, 
remarquant le soin extrême avec lequel cette figure est 
sculptée sur la palette comme aussi sur la tète de massue 
trouvée en même temps^ croit qu'elle représente Tauleur de 
la palette*, M. Naville y voit une femme, la reine, repré- 
sentée plus petite que le roi, mais néanmoins plus grande 
que le serviteur et les porte-étendards. Je me suis demandé 
s1l n'y avait pas une troisième explication. Quel est le per- 
sonnage qui dans certaines cérémonies marche devant le roi 
et dont le costume se rapproche le plus du personnage de la 
palette. Une inspection rapide des Denkmùhr de Lepsius 
m'a permis de réunir quelques exemples de scènes assez 
semblables appartenant toutes au début de la XVIIP dynastie 
où Farchaïsme à Texlrême semblait à la mode, comme Fa si 



1) Le SpAtmc, toI. HI, p. 18i. Le texte cité est eilr&it dô Lepsius, Benkmùe'^ 

2) Wiedemnnu, Zmû aegyptUdie Siatuen (tes Muséums -w LeideUf dans 
Orientalistische Litteratur-Z^tungf voL U cobDnes 269-273, 2 planches» U 
e'agilde la&talue de Leiden, D. 93- — La. même dtspûsitîon est parUculièrecnéiii 
bien visible sur une alatue accroupie de la salle funéraire au Muâée du Louvre. 

3) Quibel], Slatepaletk frûm Hieracmpolis^ dans la Zcitschrift^,., toI. XXXVÎ, 
p. 82, 




LA FÊTB DE FRAPPER LSS ANOU 



2S9 



I 
I 



bien démoniré M. Naville : L. />,, III, 36 A, Toulhmos m 
portant un costume qui rappelle celui du roi de la palette 

est précédé du prêtre | _^ ^^^ vêtu d'une peau de pan- 
thère et coiffé d'une perruque à longue boucle ; devant eux 
marchent les étendards; L. D,^ III, 53, le costume du prêtre 

m ^1^ ,^^ est la peau de panthère; le pendant du collier 
rappelle ici les pendants de la palette ; L. />*, Ul, 19 sont éga- 
lement représentés deux prêtres | ^J) ^^_ vôtus de la 
peau de panthère. Je citerai enfin L, O.; Uï, 85 i où à 
l'inauguration du temple de Soleù le roi portant la couronne 
du Nord, vêtu d'une longue robe^ s'avance précédé d'un 
petit personnage à longue perruque dont la position penchée 
rappelle étonnamment celle du prêtre de la palette do Ilié* 
raconpolh. Devant eux marchent de môme les étendards. Je 
crois donc que la figure qui précède le roi est celle de Van* 
miit-f et je suis heureux de voir que le professeur Pîehl est 
du même avis\ ^ 

Peut-être est-ce aussi le prêtre | ^^ ^ nem qui, lui aussi, 
marche parfois devant le roi et porte également la peau de 
panthère'- C'est ainsi que rinlerprèle Max Miillertoutau moins 
pour un des personnages de la célèbre tablette dite de Menes^ 
dans une cérémonie qui pourrait bien présenter de l'analogie 
avec celle qui nous occupe*. Quant aux signes *=^ traduits 
par Piehl « s'acheminer », je pense qu'ils représentent tout 
simplement le nom propre du prêtre, Deui stèles privéet 
découvertes par Pétrie à Abydos portent les noms analogue» 



I 



de J et 



de ^ 



t) hâ sphinx, tqU IJU p. 484, 

^ Prêtre tenu. Têtu de la peau de pàDttièr« retenu» pv dif brel«]I«« 
ft^wbeffjt Bmi Battm, F&ri I, pJ XVD (regittro iiipéri«iir, à droitaK ^^^^ 
HflKEn. Part IV, pt. KIV. 

3) Hax Mûlletp Zur Efkl&ftung 4er MmmUtfd, d&ni 1* lUmeil fie tfavmÊÊmt^ 
foï, XXI, p. 104. 

4} Cc« deux itètes tout &eUieU«ai#nt au tfasèa et Bruirelltff . Bka 



260 



REVUE DE t HISTOIRE DBS HËLIGTONS 



Marchaût en ligne devant le prêtre s'avancent quatre por- 
teurs d*élendards surmontés d'emblèmes divins : les deux 
premiers, deux éperviers, représentent Horus et ThotA ou 
Hormei Sei d'après M, NaviUe* La première hypothèse serait 
d'accord avec les emblèmes d'époques postérieures, comme 
on peut le voir par exemple à Deir-el-Bahari, tome 111^ plan- 
che 64^ dans la cérémonie du couronnement ou daos L, Z).» 
lUj 8H C, lors de la fondation du temple de Soleb. D'autre part, 
les Ilorus représentent évidemment à cette époque^ comme 
aussi plus lard d'ailleurs, Horus et Set. Le troisième éten- 
dard est celui A'Aîiubis, le quatrième celui de Khonsou re- 
présentant selon les uns un morceau de chair*, selon d'autres 
et cela paraît plus vraisemblable, la boucle de cheveux*. 

Ces quatre étendards représentent-ils ceux des légions qui 
ont pris part aux opérations militaires ayant abouti à la dé- 
faite des ennemis^ ou bien les enseignes des nomes? les nomes 
n'ont-ils pas reçu leurs enseignes de la bande des envahisseurs 
qui s'y établirent ou de la légion qui les conquit? je ne sais. 
Notons cependant qu'ils sont assez souvent représentés dès 



I 



la plus ancienne époque, par exemple pour le roi *^«vv« Den- 
ffesepîisuT la palette de M. Mac-Gregor*,Fétendard d'Anubis, 
Celui de TAofh se voit au Sinaï Bur le bas-relief triomphal de 
Khou/ou \ On les voit tous réunis de nouveau quoique dans un 
ordre différent sur la deuxièmemassue de Hiéraconpolis * , Les 



I 



I 



dans l'ûuvrage de Pétrie, T/te lioijat Tombs of the /îrsf dynasty, Purl I, les n«*32 
et 44 {pL XXXI, XXXV et XXXVI), —M. Maspero Ihles deux signes en y re- 



trouvant le mot O [ ^ ^ tt scribe, grammate w. Voir BrugBcb, Dictionnaire, 
p. 1576 ; Maspero, Coin pie rendu de HiéraconpoliSt dans la Hetjuc CriHquef 
20 mai 1901 , p« 385. 

i) Pleyte, Sur la valeur phonétique de quelques signes hiérûglyphtque$»\ 
dans la ZeitschrifL..^ vol. lll^ p. 16-17, 

2) Voir les variantes de Lepsius^ Denkmader^ Ul, 36 a et 48 fr. 

3) Spiegelbergi Einneues Denkmat ans der Fruèitzçit dçr aegifptischen Kun&t^\ 
dans la Zeiischrift.,,, vol. XXXV, p, 7-11. 

4] Lepgius^ Dmikmaeler^ U^ 2 l^, 
5) Hiéracon^ûtis, pi. XXVI h. 



LÀ FÊTE DE FAÀPPIB LES ATIOU 



261 



deux étendards d'Horm sur la palette dont les fragments sont 
au Musée Britannique et au Louvre, On en rencontre plu* 
sieurs sur an autre fragment du Louvre où nous les voyons 
lermînés par des mains qui saisissent une corde; sur un frag- 
ment d'Oxford, ce sont eux qui, armés de bras, s'emparent 
des prisonniers*; enfin sur la troisième massue de IlJé" 
raconpoiù ^ ih mni fiehés en terre et du sommet de chacun 
d'eux descend une corde ou une chaîne à laquelle est pendu 
IJQ oiseau r^Mç// V 

Les porteurs méritent de nous arrêter un instant* Pour 
IM, Pétrie se sont les quatre chefs de nomes', M. Naville les 
<lécril comme suit : « Le quatrième porteur est un adolescent 
^êtu d'uD pagne. Le troisième est un homme barbu, vôtu de 
imême que la reine (que le prêtre, à mon avis), d'une chemise 
qui descend seulement jusqu'au dessus du genou, elle s'at- 
tache par des cordons noués au cou» qui pendent sur 
fépaule et se terminent par des mouchets. Le vêtement du 
porteur est d'étoffe lisse, tandis que celui de la reine (du 
prêtre) est plus épais, plus laineux, ou bien c'est une peau ; 
les deux autres personnages ont une chevelure terminée par 
des boucles qui leur donne une certaine ressemblance avec 
les habitants du pays de Pouni^ sans parler du type de physio- 
nomie qui n'est pas sans rapports avec celui de ce peuple*. >j 
La deuxième massue de Hiêraconpolis reproduit les 
mêmes personnages de façon absolument identique, quoique 
dans un ordre différent'. 

Nous arrivons maintenant à la scène la plus importante de 
la palette, celle qui nous expliquera peut-être quelle est la 
fête représentée. 



1) Oq trouvera d'excelletiles reproductions de toue ces fragments dans ie 
I<mmal of ihê AnthropologiGoi InstiluU, 1900. 

2) Hiêraconpotis^ pi XXVI c. 

3) Idem, p. 10, 

4) Recueil de travaux,,,, vol» XXI, p. 119. — Voir une bonne représentation 
d'un habitant de Pount dan» Duemichen, DU Flotte einer ûegyplUchen Kooni- 
ffin»„, Leipzig, Hlnrichi, 1868, planche LXIX^ 

5) HlérticQnpotis, pL XXVI 6. 



262 



BEVim DE L HISTOIRE DES flELI610>S 



Sur le sol côte à côle sonl élendus dix cadavres d'enoemiâ 
décapités, les bras foriement serrés par des liens; les têtes^ 
barbues, placées entre les jambes sont toutes» à rexception 
d'une, enveloppées d'après M. Pétrie dans une peau de bœuf 
à laquelle adhèrent encore les cornes*. M. Quibell et Legge 
pensent qu'elles sont coiffées d'un casque ou bonnet à deux 
pointes. Remarquons encore que les pieds ont leurs pointes 
opposées sauf pour les deux premiers corps où ils sont dans 
la position ordinaire de la marche. 

IVL Legge se demande si ce n'est pas un sacrifice humain 
et rappelle les bœufs liés et décapités étendus aux pieds du 
roi comme offrande à Isis dans le temple de Kalabsche* 
L'hypothèse de M. Pétrie d'après laquelle les têtes seraient 
enveloppées dans des peaux de bœuf confirmerait cette 
explication. M. NaviUe préfère y voir une représentation 
symbolique analogue à celle du roi tenant par les cheveux 
un ou plusieurs prisonniers qu'il frappe de sa massue ; « cou- 
per la tôle aux rebelles, ajoute-t-il^ est une expression qui 
indique une victoire complète sur des révoltés qui ne peuvent 
plus se relever » el l'auteur cite deux textes dans lesquels 
il est question de couper la tête aux Anou de Nubie*. 

Où se trouvent les décapités? Probablement dans une salle 
vers laquelle se dirige le cortège comme l'indique rinscrîp- 
tîon. 

Elle se compose d*abord de deux signes | ^^ lus par 
tous ïf la grande porte m. Cette grande porte se retrouve 
sur le Calendrier de Palerme dans une légende que M, Na- 
ville traduit : « Saftkhabui étend la corde blanche (?) de la 
grande porte du palais des trônes divins*. » Le groupe qui 
suit a été diversement interprété. M. Pétrie croit que Ton 
arrivait par eau à la salle, puisque, comme il le dit, le 
« Hor-Ua^ seul Horus — ce qui est le nom royal à Aèi/dos — 



1) UiéraconpoliSt p. 10, 

2) Retueiidetravam..., vol. XXT, p. Ii9-120. 

3) Iderrii p. H6. 



LÀ FÊTE Û£ rhAPPl£R LE» A?iOU 



263 



est placé sur un bateau'. » L'explicatiou do M. Naville est 
ptus séduisante et parall d'ailleurs plus plausible : les signes 

sont lus par lui ^ M. sckes hor détermiaôs par une barque. 
Le même groupe est fréquent sur le Calendrier de Palerrae 
comme <i iadicatiou d'une date, d*une fête, d'un anniversaire, 
d'un jour spécial ». 

Il est difficile en présence de cet ensemble de faits de ne 
pas reconnaître que la scène représentée est celle appelée 
)ar le calendrier de Palerme a la destruction des Anou 

\^^ I ^ n H »ï- La môme fête est aussi probablement 
représentée sur la petite tablette d'ivoire dite tablette de 
Menés, trois personnages du second registre ôtanl^ de l'avis 
de MM. Borchardt^et Naville, des étrangers, et le signe delà 
barque de Skes-Hor se distinguant au sommet de la tablette. 
Nous avons du reste déjà reconnu tantôt sur le même monu- 
ment la présence du An-mut-f, 

Le registre supérieur du verso représenterait donc la 
célébration de La jHe de frapper les Anov. 

Le registre du milieu du verso est occupé par une scène 
vraiment curieuse. Deux personnages barbus vêtus d'un 

pagne et portant le ^ ^ i V ^ j 1 » i , selon 
ringénieuse explication de M* Naville % tiennent au moyen 
d'une corde deux animaux dont les cous démesurément longs 
s'enchevêtrent de manière à former au milieu de la palette 
une cavité circulaire. M, Heuzey appelle les animaux des 
« lions à cou de serpent » *. M. Naville préfère y reconnaître 
une représentation stylisée d'une partie de ia procession, 

1) EtérmmpQlu, p. 10* 

2} Eimsii de îravm:^.,u vol. XXI, p, 116, 

3) Borcbardt, Ehmeusr KoenigsuaTm tierersten Dynastie ^ daOB les SiUungabe- 
rkhU dût Koenigtich freu^suchen Akademie der Wissenscfiafien ^u Berlin, 
1897, XLVIïIj p. 1055 (p. 2 du tirage à pari). 

4) Naville» Pigurinei égyptmines tk l'époque arcMiquCj II, âms le Recueil 
de travaux.,., ?ûL XXÎI, p. 68-71. 

5) Heuiey, Egypte ou Chatdée, dans les Compies rendus de l'Académie des In- 
$criptions et Bettes- UHr es , 1899, p. 66 (p, 7 du tirage à part). 



264 



HSVUE OE L }{]&TûmË DES BËUGIOEfS 



deux paulhères ou deux léopards que liennent par le cou 
deux habitants du pays d*0Èi ces animaux sont amenés; ils 

corespondentj dit-il, aux deuxpanthères vivantes Tj H S ^^^ 

y ^ amenées parmi les merveilles du pays (de Pouni) et qui 
sont dans la suite de Sa Majesté la reine Halscliepsou, Chose 
très curieuse à Deir elBahari, ces panthères sont placées, 
comme ici, h la suite d'un porteur de sandales'. Je pense 
bien que c'est le même animal qui se retrouve avec son cou 
tortueux sur un certain nombre d'ivoires gravés de la Xll* 
dynastie *. 

Ce qu'il y a de plus étonnant c'est que la manière toute 
caractéristique dont les animaux fantastiques enchevêtrent 
leur cou se retrouve^ comme Ta démontré M. Heuzey, sur 
un cylindre chaldécn du Loyvre». 

Enfin, au bas du verso, un taureau détruit de ses cornes 
une enceinte fortifiée et foule aux pieds un ennemi qui 
cherche à fuir; deux autres fuyards sculptés au bas du recto 
forment la continuation de cette scène. Auprès de chacun le 
nom est indiqué par un signe hiéroglyphique. Ces signes 
n'ont pas, h ma connaissance, été expliqués jusqu'à présent 
C'est là une représentation du roi « taureau victorieux » 
détruisant les ennemis; un fragment de palette archaïque au 
Louvre nous montre le même symbolisme que nous trouvons 
également employé par les Égyptiens de Tépoque classique 
comme on peut le voir par exemple dans L, Z>. Jll, il a. 

Nous sommes arrivés à la fin de la description de la palette ; 
bien des points restent encore obscurs, cependant il semble 
que deux choses soient suffisamment prouvées : le recto 
représente, comme Ta montré M. Spiegelberg, la victoire de 
Nar-Mer sur les habitants du Deliaf du Nord ou du Fm/onm, 
tandis qu*au verso nous voyons célébrer d'après M. Na ville 



I 



1) Hecueit de travaux.,., foK XXI, p. 121. 

2) Voir entre autres : Louvre, n*3614; Qutbellj THe Bamesseumi pLlII, 2, etc. 

3) L. L^ p. 67 et 68 et planche (p, 7 et 8 du tirage À part). 



S66 



RETÎÎl 01 LHtSTOmi DES RELIGIONS 



Le nom desAnott s*est conservé dans un cerlain nombre 
de noms de villes; citons : Denderah 1 ci©, Hermonihu 






© ^ ®, TAmzj peut-êlre ffl e o t ^ ©, LatopoUs 

1 1 f] S, FfeUopoiù i © $ ® et i n "f" n v'Ue 
de la Basse-Égyple vers l'orient avant d'arriver à 
I ® Zar\ Plusieurs noms géographiques en Asie sonl 
égalemenl formés avec A/i; | ' je citerai : 

i s 1 <! ^, I T T "", É TT. T & et 

Le culte de la colonne An | peut être reconnu à Tépo* 
que historique. H existait une fête de dresser le An repro- 
duile dans L, />., 111, 147 ^, où nous voyons Ramsès 11 dres- 
sant le An au moyen d*une corde. C*est évidemmenl une 
fête analogue à celle de dresser le Didou. La colonne était 
personnifiée et les Égyptiens adressaient leurs adorations 

au dieu An [| al forme dOsirh. Dans un texte cité par 

M, Pleyte, Isis pleurant Osirk s'exprime ainsi : ç ^ 

i ^ I Q T ***^ I ' I f^ ^'est moi qui surs Ant^ sœur d'An w. 
Le même auteur dit que la <( colonne nommée An, symbole 
d'Osim et du dieu suprême et sous la forme femelle Ani^ 
surnom d'his, lui paraît être en rapport avec VAn et VAntdB 
la Chdldée, le dieu suprême^ le feu et la foudre». Celle 
colonne, objet de l'adoration des Ano^i était en bois, comme 
l'indique le dôlerminalif va-^ qui accompagne fréquemment 
ce mot. On saisît immédiatement le rapport de celte colonne 

1) Voir Brugach, Ùicticnnaire géographique ^ $* u, 

Z) Je liene â remarquer cepeDdant que dans la plupart de CAïaMit Ifi i 
peut trèB bien n'avoir plus qu'uae ralêur purement atpbabélique. 



LÀ FÊTE 0K PHAPPfiJt LES 4HO0 



267 



I 
I 
I 



avec Ojfrt* eo se rappelant, comme le fait M. Pleyle, le rôle 
de la colonne dans la légende du dieu : n La colonne du 
temple (de ^y^/aï) reofermant le cadavre à'Osiris^ étant cou- 
pée, le corps llolta vers TÉgjple et fui trouvé par 7^î*. Le 
bloc mystérieux du temple d7m à Sais dont Plularque fait 
mention n'est lui non plus, autre que notre colonne, ce bloc 
avail la forme d'un %im^ d'une colonne V » Le rôle joué par 
Bybîos dans la légende pourrait bien indiquer le lieu origi- 
naire du culte de la colonne et les localités dont le nom est 

composé de An | indiquent Taire de son extension depuis 
rextrémité orientale du Delta jusqu'à Hermonthu dans la 
Haute-Egypte 1. 

Il y aurait donc eu à un moment donné de la période pré- 
historique une population du nom d*Ai?ot^ établie en Egypte, 
mêlée à la population primitive négro-libyenne- D'où ve- 
naient-ils? c'est là chose difficile à dire. Serait-ce parles 
routes de l'isthme ou bien en traversant la mer Rouge? 
M. Deniker, dans son récent ouvrage sur les races et les 
peuples de la terre, admet que dès l'époque néolithique 
égyptienne les Sémites méridionaux se transportaient de 
l'autre côté delà mer Bouge \ Ces Anou seraient alors, 
comme nous le verrons, les frères des Égyptiens pharaoniques» 
ce qui rappelle à finstant la lutte fraticîde d'Osiris et de Sel 
pour la possession de TÉgypte. 

M. Pétrie a bien voulu me dire que dans le courant de la 
période préhistorique il avait remarqué rintroduction parmi 
tes Libyens d'une autre population dont la civilisation, sans 
présenter des différences radicales, se distinguait cependant 
entre autres choses par une grande abondance d'amulettes* 



1) Voir Ptayte, Le culte des solonnes et le dieu An, diQff lefl Chupitres jup* 
pUmeniaires du livre dea MortA, 164-174, p. 155470. 

2) On peut rapproeber da ces f&ili, les réBultats des reeherches de M. Arthur 
J, Brans, publiées dans hJffurnûl af H^iknic Siudieê, toI. XXÏ> part. I, I90f ; 

n Jlyeffuuon Tree and Pillar Catt and H» MediUrranean ÏUtatiùfU, pp- 09-204 , 
^L 3) DeTiiker, Us racei et les peupte» de la terr«, Btêmenti d'anthropologie ?l 
H 4*êthnQgrqphic, Paris, Scbleider» 1900, p. 4ti5. 




268 



REVUE BK L HISTO[ftE DES RELIGIONS 



Il semble actuellement prouvé par les recherches des 
deruières années que les envahisseurs égyptiens pénétrèreat 
en Egypte en empruntant la voie de YOuady Hammamat^ de 
Coceyr k Copias *. D'où venaient-ils? beaucoup dîsenl de 
l'Arabie, quelques-uns ajoutent en faisant escale à Pouni, Je 
pense qu'on peut soutenir sans trop de difficultés cette 
dernière opinion en comparant les types ethnographiques 
de Poani et de l^Égyplet, en se rappelant en outre que le 
Bom de Pouîii lui-même, écrit sans le signe déterminalif des 
pays étrangers^ est fréquemment employé comme synonyme 

de I e.£iû' '^ ierre divine selon la remarque de M. Na- 
ville V Rappelons-nous à ce propos le type des porteurs 
d'étendards de la grande palette ! L'opinion d'après laquelle 
les Égyptiens viendraient de Poani est singulièrement fortifiée 
par les éludes intéressantes et définitives, à mon avis^ de 
M. Glaser sur ce pays *. 

Lorsque les envahisseurs débouchèrent dans la vallée du 
Nil quel ennemi eurent-ils à combattre? 

Je réponds; les Anoii et les préhistoriques Libyens sur 
lesquels ils dominaient, comme plus tard les Hycsos le firent 
sur les Égyptiens. Le dieu Min de Copias est nommé dans 
une inscription du Ouady Hammmnat : seigneur des étran- 

gers, chef des AnoH. 5j ^ ®S 1 1 î !'• 

L'iovasion pharaonique se produisant au milieu de la 



I 



!) Voir oolammeni Wiedemann, daos de Morg-an, h^Qherches aur kê originet 
de VÊgypte, L II, Parii, Uroui, 18U7. p. 223-228, 

2) Voir par exemple Maspero, Histoire des peuples fk rOritnt dmsitiue, 
tome 1, p. 397 et tome II, p. tiB. 

3j Naville, The tetnpte of Deir tt-Bahan Part HI, London, 1898, p. 11. 

4) GUser Eduard, Punî und die sùdarabiithe Meichc {MUthdtungen der 
vorderasialischeH Ge^etLschaft, 1898, 2), 

5) L., D. H, 149 d. — Je me permets d'attirer l'aUenlion des lecteurs, sao^ 
vouloir en tirer de coaclusionB quelconques^ sur les otirîeux l'ai ta oités par Pétrie^ 
Eùptost p. 7-9 (et Naqada, p. 64) et par Randalt-Mac-lver dans : A Prthisforic 
Cemetery ai El-Amrah inEgypt, dans la nouYelle Revue an thropologi4|ue anglaise, 
Jfan, Qtiiuéro d'avril ISOli p. 52^ 



DI FRAPPER LES AN< 



269 



I 

! 

I 
1 



vallée du Nîl devait partager en deux groupes les habitants 
du pays et refouler, pour être victorieuse, ces deux groupes 
de part et d'autre. 
Ainsii se constituèrent sur le Haut Nil les Anou de Nubie 

A (E ^ J t^cs^ ^) fréquemment cités dans les inscriptions. 
Le flot des envahisseurs remonla vraisemblablement le Nil 

éUblissant la première capitale aux environs de | © "^|® 
UD des centres des Anou^ à Hiéraconpolu où nous trouvons 
les plus anciens monuments. La moderne El-Kab^ NeMebt^ 
située en face de Hiémronpolh^ est connue depuis^ long- 
temps comme la capitale de TÉgypte du sud plus ancienne 
certainement que FÉgypte du nord. 

EdfùUf la ville prochaine, joue également. semble-t-il« 
un rôle important à cette époque» car c'est du temple 

à'Edfoti que part le roi Nar-Ster^ si la lecture A Jl ® ®** 
correcte : c*est de là aussi, comme je le rappelais il y a 
quelques instants, que, d'après la légende, le dieu Horus 
serait parti pour conquérir l'Egypte du nord. 

Il était nécessaire pour les envahisseurs de s'établir d'une 
manière ferme dans celle partie de l'Egypte, d'abord con* 
qoise, puisque les fouilles de MM* Pétrie, Quibell et de 
Morgan nous onl démontré que c*e«l vers Negadak que la 
cinlisation des préhistoriques avait atteint le plus haut 
de^fré de développement ', 

La possessinn delà Haute-Égyple assnrée/tes envahisseurs 
durent songer à la conquête du Fntfoum et du Ùella, I^es 
étapes sucees^iives sont peut-#tre conterfées dans la légende 
d'Horai avec plus ou moins de préciiion. Notons que le dieu 
qui avait établi une forge Mmnit «a&n à Edfou mAme, la 

^ O i» f^^^^ deux aatret 3teinfi à l/erftelt>o/*ù/is Mtif^na 

a rentrée du Fa^mtm : la *** f q et ia ^*^ î •'• 

««r kê Ori§imê df fiff^, tov* It, p, 7. 
K Ui ^r^enm ^Bewm «I !• U§mit éi f JiMw €tâfm. 




270 



REVTTI DE L HISTOIRE DKS RKLIGIOIIS 



poraine d'un des rois antérieurs à 



Voici la légende 



Celle conquête dut se faire de bonne heure, puisque le 
Calendrier de Palerme cite Heravleopolu comme contem- 

fT 

fnrfîm 

qui s'y rapporte, M 1 -jâ '^^ dernier signe qui se re- 
trouve sur une oc© statue en diorite de Mycerinus 
à&i^Msousune j^ T' r^ forme à peu près semblable, 
nous montre le F*1 t^-. fâ bélier sacré Hanafitmi dans 
son temple* ' ' ^^ ' 

Une autre palette archaïque était peut-être consacrée h la 
conquête du Fayoum et du Delta : c'est le fragment apparte- 
nant au Musée de Giztk et publié par MM. Steindorfi ' et de 
Morgan ', commenté par MM. Sayce* et Legge* et enfin par 
Pétrie qui identifie les villes représentées avec des localités 
du Fayoum et de la Basse-Egypte*. 

Les dernières possessions des Anou durent être dans le 
Delta où la plaine marécageuse rendait la lutte plus difficile 
que dans l'étroite vallée. Aussi dans celte partie de TÉgypte 
peut-on rencontrer sous TAncien Empire des traces des 
habitants primitifs. Ce sont ces pêcheurs de marais, bou- 
viers, représentés si souvent sur les monuments, avec leurs 
costumes caractéristiques, leur barbe inculte et leur coupe 
de cheveux toute spéciale que M. Spiegelberg a reconnus sur 
le recto de la palelte de Hiéraeonpolis. 



Études de Mythologie et d^ArchéoiogU êgypiknnes, dan» la Bibliothèque égyptù- 
logique^ tome II, p. 323. 

1) Borchirdt, Veber dos Atter der Chtfiremlatuen^ Anhmgt dans la Zdt- 
schrift fur Aeg^fpUsche Spraùhe.,*^ vol. XXX VI, p. 17. 

2) Sleindorffj Eine nmeArt aegyptiscJier KunsS, dan» Aegyptiaca^ Péxischrift 
fûrGeorg Ebers. Leipiig, Eagelmann, (897, p, 123 et Ja plaîiche. 

3) Dft Morgan, Riûherches mr tesortgine'i <k V Egypte ^ i, II» p[. Î[I. 

4) Sayce, Tk€ Beginninga af ihe Egyplian Monarckg^ dans les Ffocetâings of 
thi Soekty ùf Bihtkal Archaçologjf, voL XX, 1^96, p. ^-100, 

5) l, t, 

6) Patrie, Noifs on shte pakttes^ daas les Procudings ùf tke Sùcietg of Bt- 
blical Archaeohgy, toI XXII, 1900, p, 141 et 143. 



Là FiT£ DE FftAFFflll LES A^TOI} 



271 



Le$ pêcheurs modernea du lac Menzaleh, chez lesquels à 
diverses reprises on a voulu retrouver des traits des Hycsoa, 
ne sonUils pas tout simplement les derniers survivants de 
ces Anou. Le nom d^Anou ne se rencoulre pas appliqué à ces 
individus sur les monumeots aune exceptian près peut-être : 
dans L. />., II, 07, h côté de la ligure d'un persotiuage barbu 

d*un type spécial se lisent les signes Ji^ j^l* 

Si la conquête du Délia a été accomplie antérieurement à 
Menés et si le roi Nar-Mer se place historiquement avant lui, 
la palette pourrait bien rappeler cet événement ; si Nar-Mer 
au contraire est successeur de Menés et que la tradition qui 
lui attribue la réunion des deux Egypte est exacte, la palette 
ne rappellerait que la répression d'une des révoltes partielles 
qui ne manquèrent pas de se produire, et la célébration de 
la fête de frapper les Anou à Toccasion de cette victoire. 

Quel que fût le roi qui un jour peut-être sera connu comme 
le « réunisseur des deux Egypte j», ce qui est certain c'est 
que pendant longtemps on célébra une fête destinée à rap- 
peler la défaite des Anou, de même que dans le langage 
officiel on employa comme formule courante pour célébrer 
la gloire du roi des phrases indiquant que le souverain a 
terrorisé ou vaincu les Anoa ou bien qu'il leur a coupé la 
tète, etc. Par exemple L. />., III, 53 : 

Donnons rapidement quelques indications sur la mention 
de la Tête ; la plus ancienne se trouve sur le Calendrier de 

Palerme où il est question de y ^ — ^ | nââ î ^^^^^ 
ensuite, si ce que je pense est exact, la représentation de la 
palette de Hiéracùnpùlh et peut-être de la tablette de 
Negadak dite tablette de Menés. A l'époque historique il sem- 
ble que Omirtmen III la célébra, puisque Tkouihmès III re- 
construisant le templede Semnek fait d'importantes donations 
pour célébrer la fête de frapper les Anou. L. D, III, 55. 



H 



272 



REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS 



Uq des principaux rôles de la fête était ceHainemeat 

joué par le prêtre | ^^ ^^^ dont les fonctions ne 
sont pas encore clairement expliquées; son nom lui-même 

est composé de | sans que je puisse en proposer une tra- 
duction satisfaisante. J'ajouterai seulement que le Liv^e des 

morts donne au chapitre cxui, 7, à Osiris le nom de jj ' J^ 

it^ fX * — '"^^ 5^, litre que je retrouve exactement inscrit 
au-dessus du prêtre An-mut-fdansle L. />., Hl, 19, i net 2a, 
Pîerret dans son DicHonnaire arrhéohgîque donne la note 
suivante: « VAnmautfê^i très souvent appelé Hor-am^maut- 
f; il a comme llorus la coiffure de Tenfance et dans les déco*j 
rations du tombeau de Ramsès I"" il figure sur le trône même 
àOsirh, » 

Voilà encore des points obscurs qui seront h élucider un 
jour. 

L'expulsion des Anou était donc un événement si impor- 
tant pour les Égyptiens qu'il a été célébré pendant toute la 
durée de leur histoiri^. 

La conquête du Delta fut dans la légende terminée par 
llorus, par rétablissement d'une quatrième et dernière 

forcée ou masnit h Zalou à la frontière de l'isthme : c'est la 



Cette ville forte était nécessaire, car les Anau refoulés au 
Sinaï ne se firent pas faute de chercher à reconquérir leur 
ancien domaine. Les textes mythologiques ont conservé le 
souvenir de leurs incursions : <k lorsque Ra eut établi son au- 
torité sur toute la terre, raconte M. Maspero, seuls les en- 
fants du serpent Apopi, les impies qui hantent les solitudes 
et les déserts méconnaissaient son autorité. Gomme plus tard 
les Bédouins, ils débouchaient à l'improviste par les routes 
de Fisthme, montaient en Egypte sous le couvert de la nuit, 
tuaient ou pillaient, puis regagnaient leurs repaires à la 
Mte avec le bulîn qu'ils avaient enlevé» Ra avait fortifi é 



LA FÊTE DE FRAPPER LES ANOD 



273 



eoDtre eux la frontière orîenlale entre les deux mers'. » 
D'oil la nécessité pour les Pharaons, dès que leur puis- 
sance l'ut assez solidement établie sur l'Egypte, d'aller dans 

le Sinaï même combattre les | | | . L'avantage qu'ils en 
retiraient élail surtout la possession des mines de cuivre^ 
mais ce devaitêtie pour eux une grande satisfaction d'amour- 
propre d*aller graver sur les rochers du Ouady Magarali 
une slèle triomphale montrant leur victoire sur le redoutable 
adversaire de leurs ancêtres. La comparaison du type des 
barbares gravés au Sinaï avec celui du vaincu de la grande 
palette ne laisse pas d'être intéressante à cet égard'. 

Ces expéditions au Sinaï commencèrent de très bonne 
heure. Je rappellerai seulement la plaque d'ivoire de la col- 
lection Mac-Gregor représentant le roi Z>eiî-5e/î/! remportant 
la victoire sur un barbare dont la pose est identique à celle 
qui se voit sur les monuments â^Ouadif Magarah^, Cela pour- 
rait bien confirmer la lecture de .M. Griftilh* qui reconnaît 
I sur un des ivoires découverts k Abydos lindication de la 

^Brîse des forts de .Sa* ^ ^Z!^^^ jQ mentionnés dans la 

^célèbre iDscriplion d'f/wa*. 

Quelques mots et j'ai fini. De Rongé nous montre que les 
Égyptiens n'avaient pas oublié les rapports inlimes de pa- 
renté qui existaient entre les races syro-araméennes elles 
habitants de la Basse-Egypte. Il emprunte sa démonstration 
aux légendes du célèbre tableau des quatre races sculpté 
dans le tombeau de Seli I*^ Je cite ses paroles : » Si la géné- 
ration des égyptiens, des Rut est attribuée au dieu Ra^ le 



t ) Maspero^ Histoire dê& peupkB tie l'Orient ctassiqits, t, l» p. 170. 

2) Mûspero, id., t. fï, p. 39; Lepsius, nmkmaeîer, TU p). 2 a et 2 e, 

3) SpieR^elberR-, Ein neues rimkm^il nus drr fruthzHl (hr Aegypfw/^A-en Kun%i, 
dans la Zeit%chrifi far etegyptùchs Sprach^,^ vol. XXXV, p* 7-tt, 

A) Pelrie, Tkc Royal Tombs of iht ^rsi dynnsty^ Part. I, p. 41. 
5) ImcripHon ffOnUt ligne 24. — Voîf les remarques de Masp^ro, Uistoirf 
des peuples de fOrimt clmsi^et t. t, p. 430, note 3, 




274 



HtYin DE L HISTOIRE Df3 RfUlîlOïlS 



Soleil^ ceUe des AmaUt Dom générique des races s}frù*ara' 
méennes dans les hiéroglyphes, est attribuée à la déesse P«ur/, 
fille du SoleiL Or, quoique l'on trouve le cilte de Paxi dans 
différentes localités, il n'en est pas moins vrai que son rôte 
principal est à Memphis, où elle porlait le tilre de « la grande 
ansante de Piah ». Sous le nom de Bast, qui désignait sa 
forme gracieuse, pacifique, elle était adorée à Bubastis, à qui 
elle a donné son nom* En constatant que les Égyptiens la 
reconnaissent comjïe la mère commune des Amou, on est 
entraîné bien naturellement à penser qu'ils voulaient rappeler 
par cette filiation une parenté originelle entre ces peuples et 
ceux de la Basse -Egypte, chez lesquels le culte de PcLJctéïmX 
plus parliculiërement en honneur. On arrive, ajoute-t-il, à 
une conséquence toute semblable en fixant son attention sur 
le culte du dieu 5e/ ou Typhon \ » 

Quant au culte des envahisseurs égyptiens nouseo savons 
encore peu de chose. Ce qui est néanmoins prouvé déjà c'est 
le grand rôle qu'y jouait la déesse Hathor : nous avons vu sa 
tête décorer le sommet de la grande palette, orner de même 
la ceinture de Nar-Mf^r; enfin, ce qui assez particulier, son 
culte a été prépondérant à Tépoque historique dans la plupartfl 
des villes dont le nom rappelle le souvenir des Anou, à Ùên- 
derah, à Latopolu^ à Heliopoiis, à Hermonihis, Les pharaons^ 
imposent le culte de leur divinité apportée avec eux de Pomti% 
dans tous les foyers de résistance à leur autorité en Egypte 
et leur premier soin au Sinaï après y avoir conduit leur&J 
armées victorieuses est encore de fonder un temple à la™ 
grande déesse. 

Jean Câpaht. ■ 

1) Rougé» Recherches sur loi monuments qu'on peut attribuer aux six premiè- 
res dynasties de Manéihon, p. 8 et 9 du tirage à pari. 



OBSBRVi^XIONB 



SUR LA RELIGION DES BABYLONIENS 



2000 ANS AVANT JÉSUS-CHRIST 



La publication d'un grand nombre de nouvelles tableiled 
du temps de la dynastie de tJammurabi nous a fourni beau- 
coup de matériaux pour reconstruire rhisloîre intime de la 
Babylonie à cette époque reculée; et parmi ces documents 
autlientiques et importants, qui nou» révèlent tant de détails 
âur la vie privée des Uabîtants de ce pays^ plus de 2000 ans 
avant J.-C*, quelques faits touchant leurs idées religieuses 
méritent d^ètre cités^ quand même iU laissent beaucoup à 
désirer à cause des lacunes nombreuses qui s*y trouvent. 

Même k cette époque primitive^ comme nous rapprenons 
par les tabletles des siècles précédentâf les Babyloniens 
possédaient une religion bien développée, qui avait déjà 
subi beaucoup de changements. Les divinités des villes el 
des petits royaumes dont elles étaient les capitales ayant été 
favorisées ou abandonnées suivant la fortune de leurs adora- 
teurs conquérants ou opprimé», les dieux principaux des 
Babyloniens ont été parle fait les dieux des Étals les plus 
florissants de ce groupe humain* 

Comme beaucoup de nations de rOrtent k toute époque, 
les Babyloniens étaient très religieux, et chaque ville adorait 
ses divinités particulières auxquelles on consacrait des ser- 
viteurs spéciaux. La plupart des tablettes que nous possé- 



1) h%i ctraetèroa élrangers «mplayéi dans cel trliele ont 4té préièi pir 
rimpriiaerîe Nition^Io. 



276 



BEVUE OK LHTSTOTRB DES RfLIGlONS 



donsju8qu*à présent proviennent de la ville de Sîppar, où 
l'on adorait surtout le dieu Soleil, et nous y rencontrons 
constamnienl des êtres consacrés à ce dieu (plus souvent 
des femmes que des hommes). Les adorateurs spéciaux con*| 
sacrés au dieu Marduk ou Mérodach élaient plus rares dans 
cette province, ce qui indique la popularité respective des 
deux divinilés, Tune, le dieu Soleil, indigène de la provînco 
de la ville de Sippar, et Fautre, Mérodach, le dieu de la ville 
de Babylone. ■ 

Comme on doit s'y attendre, là où le culte du soleîl prédo ™ 
minait, les noms composés avec celui de Samaè sont plus 
nombreux que ceux de presque tout autre dieu, et dans tous 
les autres districts (si on avait les noms propres des habi- 
tants), on verrait probablement que le dieu de l'endroit était 
le favori, Sama.s, le dieu du Soleil, par conséquent, se pré- - 
sente sans contredit comme le premier ; il est suivi de près ^ 
par son frère (pour ainsi dire) le dieu do la lune, sous les 
noms de Sin et Nannara. Annunitum, la Dame de Sippara, 
était aussi très aîmée, ainsi qu'Aa (souvent lu Malik ou Mal- 
kalu), la déesse de la lune, la compagne et épouse du dieu 
du soleil. On a beaucoup parlé de triades de divinités daus 
les grands centres de culte en Babylonie; le dieu du soleil, 
là déesse de la lune, Aa» et la divinité mystérieuse Bounéné, 
pourraient facilement être regardés comme la triade de 
Sippara. Les tablettes de date plus récente confirment les . 
indications des noms qui se trouvent sur les contrats de Vé^Ê 
poque de la dynastie de Babylone, en donnant toute une 
série de dieux comme étant adorés à Sippar, Outre les 
trois divinités mentionnées plus haut, les divinités particu- 
lières de cette ville étaient certainement les suivantes: La 
déesse appelée « la dame de Sippar » ; la déesse Goula î lefl 
dieu Bammanou ou Addou (Rimmon ou Hadad) ; sa compagne™ 
Sala; Anou, le dieu du ciel, et sa dame Anatou ; Misarou et 
Dâanou, les deux suivants du dieu du soleil èamas; sans 
oublier a les divines filles de É-babbara ». Il est inutile de 
dire qu*il y a ici bien plus d'une triade de divinités. En outre, 



OBSERVATIOÎSS SU» Là HELIOlO^f DIS BJLBTLONIEKS 

en rendait les honneurs divins au temple {zikkonrai) qui 
s^élevait vers les cieux comme la tour de Babel, ainsi qu'au 
ehaf du dieu du soleil, ce qui rappelle rallusion faite aux 
chars du soleil, dans le second livre des Hois, xxiit, 11, 
comme ayant été brûlés par Josias, lorsqu'il détruisit toutes 
les statues et les emblèmes idolâtres de son pays. 

Ceci nous reporte vers un aulre trait du caractère babylo- 
nien, notamment la véuéralion des monuments cl des villes 
comme s'ils étaient des dieux. lî-babbara, la grande « zig- 
gourat M à Sippara, était ainsi honorée, de même que (selon 
toute apparence) le temple semblable appelé Ë-sagila à Ba- 
bylone. Ceci est indiqué par les noms tels que H-sagilali^si, 
a Qu'Ê*8agila accepte « ou « enlève «, È-sagila-sarra-ou- 
çour, « É-sagila protège le roi », et plusieurs autres. D'autres 
temples auxquels on attribuait une puissance divine sont 
É-zida\ Ê'Oulmas, et É-edin-anna. 

L'invocation de la ville de Sippara — ou, plutôt, de l'es- 
prit de la ville, ce qui revient au même — contenue dans les 
serments joints aui anciens contrats babyloniens, démontre 
que non seulement le temple, mais la ville ellc*même, avaient 
le caractère d*une personnalité divine. On en trouve la con- 
firmation dans plusieurs noms propres, par exemple: Sip/mr- 
iadij Siifpap-mdouni^ a Sîppar est ma (notre) montagne pro- 
tectrice >>; iS?;>/iar-/iWirj LUir'Sippaf\ n Que Sippar fasse pros- 
pérer » ; Lirbi-Sippar^ « (Jue Sippar donne le repos )> [Urbiàe 
rabû m, un synonyme de ndhu, etc.). On trouve fréquem- 
ment la ville d'Oupê ou Opis formant un composé de noms 
propres, par exemple Idin-Oupé, « Donne, ô Opis » ; Oupê- 
inmi^ « Écoute, ôOpis m ; Oupé-nasir^ « Opis protège w ; Sili- 
Oupê^ « Ma protection est Opis » ; Oupéidinnum, « Opis a 
donné »; ainsi de suite*. On peut comparer à ces exemples 
fdb-Otirou^ a Excellent est Our >* ; Toubqou-nasir^ « Le dis- 
trict protège >K Ce dernier exemple jette considérablement 



l)Cf. W-A. 1., IV, 59^38. 

2) Pour un eadroil où Pou parle de Babylofie, voir W. A. /., IV, 59, 38, 



978 



REVUK Dl L mSTOinf J»ES IIBLI«fO?rS 



de lumière sur ces noms, car il u'y a aucun doote quêça 
soit le dieu du i>ap dont on yeui parler. Comparez U Hêù^ 
xvUf 26-27, où Ton se rérère au dieu du pays, dont îlélad 
nécessaire d^apprendre la maDière. 

Les rivières, aussi, étaient quelquefois, peut-être soovenl, 
revêtues de la même manière d'une personnaUté divine. Aii»! 
nous avons Our-ida-Edina^ a L^homme delà rÎTÎère d'Edeo» 
(exemple remarquable); lèhu^Idiçna, lhkou-Ara3f^oum,*\Â 
Tigre a donné Tabondance », « TArattou a donné Taboa- 
dance{?) » ; Oummi-Araf^toum, « Ma mère est l'ArabtOQ »'. 
Évidemment ces cours d*eaij étaient considérés coiniiie d« 
divinités parce qu'ils avaient été engendrés par Éa, le dîêo 
de la mer el de toutes les rivières, dont le nom, sous li 
forme d'Ida, se trouve dans le nom Ida-rabL « Ida ^ 
grand »> (Meissner, AUbabylonisches Privai recài^ 5, i3)* 

Mais il est très probable que la vénération des chos^ 
inanimées s'étendait encore plus loin. Toul le monde sait 
qu'il existait des arbres sacrés — « le cèdre bieD-aîmé 
grands dieux », « le kiskanà (probablement la vigne 
poussait dans Tablme kt, et portait des grappes de couletif 
foncée, et probablement il y en avait beaucoup d'autres. 
une des divinités est appelée JSin-gistin'mina^ a Seigneur 
la vigne divine » ; une autre (apparemment) Inouboum, évi- 
demment le même qu'inboum, c< fruit >». Un des noms M 
Ninîp est Souloumma^^ Soulouppou^ « datte », ou frtiii m 
général, et Nergal porte aussi le nom de Afeéiam-ia-éa, orii- 
nairement transcrit Jiiiiam-îa-ùuddou^ n (Le dieu qui) sort de 
Tarbre meiiam w. A la pensée de beaucoup de mes auditeurs 
se présentera également le nom de JAtgal'già-a^tou*galh6i^ 
a roi de l'arbre saràaiou w ou « hulotippùu m, noms qui o'oiii 
pas encore été identifiés, et pour lesquels il nous faudrait 
avoir de nouveaux documents traitant de ce sujet^ et venAoC 
de la Babylonie et de TAssyrie. 




* 






1) Comparez aussi, Oummi-Icft^na, « Ma mère ttt te Tigre i (Su, 
30, 3). 



OBSBAYITIONS SVR LA RlLlfilOff DIS lABTLOMfSNS 



219 



Avec Tadoration des diewï, se développa une vénération 
4es lieuK qui se rappûrtatent à eux, quelque chose du même 
genre que la vénération des reliques, tout cela tendant à 
montrer combien le sentiment religieux était profond et réel 
parmi les Babyloniens. 

Les noms des divinités qui forment Im noms d*hoinmes 
dans les contrats publiés jusqu'ici montent à environ 90. 
Comme on peut le comprendre, ils sont d'une grande valeur 
pour l'étude de la religion des habitants non moins que pour 
celle de la littérature qui a rapport aux choses religieuses. 
Us nous renseignent sur la popularité comparative des divers 
dieux ; on obtient des exemples (rares partou t ailleurs) de noms 
divins, et, parmi les petites phrases dont chaque nom de 
personne est ordinairement composé, on découvre quelles 
étaient les opinions populaires concernant les divinités en 
question. 

Comme nous l^avons déjà fait remarquer, Samaè étant 
le principal dieu de l'endroif d'ofi provient le plus grand 
nombre des tablettes-contrats qui contiennent ces noms, il 
n'est que naturel que son nom se rencontre plus souvent que 
tout autre, et Finformation concernant cette divinité recueillie 
diaprés les noms de personnes peut être résumée de la ma- 
nière suivante : 

En lui on avait toute confiance [Ana-Samas-taklakou^ « Je 
me fie au dieu du soleil »>), il était le père [Samaé-abonm^ 
« Samas est le père »>, Abi-Samaé^ « Mon père est Samas »). 
11 était serviteur (Samai-dàdi^ « Samas est mon serviteur ï>^), 
mais il était aussi le seigneur des dieux (Samai-àémi)^ le 
grand dieu {^SamaS-radi}, le chef {Hié-Samas, Samaà-Hs), 
sans égal [Samui-ld-ianan), guerrier {Samai-qarrad), et le 
pramier-né des dieux {Samaé-asarid4li)^ quoique d'autres 
dieux portent ce titre, ainsi que d'autres énumérés plus loin j 
comme appartenant à Samas. 



1) M. 8B-6-12, 244, 3L Le dernier caraotèfe est peQt-àtr« douteux, et, dam 

ce cas, oomment pourrait-OQ te tire? 



2ga 



KËVtlJg DE L ffISTOIRIG DES R&LIfîlOBTS 



On exhortai l le fidèle (adorateur consacré) à suivre son 
commandement {Ousour-awat-Sama/}, et à se tourner nnm 
lui {Ana-SamoA^-iér), Le fidèle invoquait le dieu de suppléera ^ 
ses besoÎQs {Samaé-idnanni^ « Samaé, donae-inoî »), de le 
proléger (Samai'Oi/fimnmf a Samas, protège-moî *>), eldele . 
sûuyer {Samai-sourièannii « Samas, sauve-moi »). Laproiec-M 
lion (fombre) du dieu Soleil était bonne {TàésîH'Satnai}, il " 
était la lumière (Samm-nourij « Samas est ma lumière M)de 
son adorateur, et la lumière et T œil du pays (Samas-mur- 
mdiim, Samas-m-mâtm)^ Tabondance de la terre (Sarms' 
ôc*rt^«/at « le dieu Soleil est l'abondance a), et le juge de 
ses habitants {Samai-dayan^ a Hamas est juge >•}. M était pro- 
tecteur (Samâiw^fl.^fO', Samas est protecteur »), et plus que 
protecteur, car il dirigeait {èttmai-mouàieêîr), perfeclionnail 
[Èamaé-gamU) et donnait la paix [Samas mouiaiim). ■ 

Il était créateur (Sa/«<7i-/j'«ni), elselon toute apparence, son ■ 
adorateur avait été fait de sa main (Ina-çai- Samas ^ tt de k 
main de Samas >»), — il était pour lui comme son dieu (Soffiâi- 
kima-ili-iaf « Samas est comme mon dieu » ), 

Un père> en donnant un nom à son fils, pouvait regarder 
ce fîls comme étant produit par le dieu Soleil^ et en ce cas, il 
lui donnait un nom conforme à cetle idée {Samaà-ouàlum, 
« le dieu Soleil a produit w) — ou bien il Tappelait, selon ce 
qu*il désirait que cet enfant devînt, un soleil pour sa ville 
{Samsi'âli'iou)^ et même ou trouve « Soleil est (son) nom * 
{Samas-soamoumf Bu, 91-5-9, 701, 1, 4). 

L'homme pieux désirait aller vers lui {Ana-Samai-Ii^, 
« Que j'aille vers le dieu Soleil ))),ei le voir {Samai'loummtr^ 
n Que je voie le dieu Soleil »), car, quoiqu'il fût juge, selon 
toute apparence il ne condamnait pas, mais donnait la m 
aux morts {Samai-mùam-oubaHï), qu'il prenait pour lui (Sa- 
maikaJid)^ 

Le dieu Lune Sin, souvent appelé Nannara, vient immédii* 






1) Bu, 91-5-9, 236, tenlQ, od. lll, l 16. U UbtoUe 2490, L 24, t a*aïm 



OBSERVATIONS SDH tl RIUÔIOW DES BABTLONTESS 



281 



lemenl aj>rès le dieu solaire comme élémenl cooslIluUf de^ 
noms, et presque toutes les épithèlf^s jointes au nom du 
dieu Soleil sont atissi attachées au sien. Cependant il semble 
avoir été un dieu bien plus sympathique et plus accessible 
que le dieu Samas» puisque les noms le mentionnent très 
souvent comme celui qui écoule (les prières) (Ismé-Sin, « Sin 
a entendu »; Sin-iêmêanni^ « Sin m'a entendu »; Sin-semé^ 
« O Sin, écoute »), comme celui qui donne (Nannara-man' 
ioum, Sin-idinnasèou a Sin Ta donné »* ; Sin~idinnam, « Sin 
a donné m), comme celui qui est bienveillant envers les 
hommes (Sin-maffir, « Sin est bienveillant «; Im-ffOur-Sin^ 
« Sin a favorisé »; Sin-rêmanni^ tt Sin, sois-moi propice »; 
Naram-Sin, a Aimé de Sin »; Sin-nm-Ouri, m Sin, la 
grâce d'Our »), etc» Tous ces exemples démontrent de 
quelle autorité il jouissait, même dans un district où le culte 
du soleil était prédominant. 

D'autres noms remarquablement descriptifs relatifs à la 
disposition du dieu de la lune sont : Nanmira-azaga^ Azaga- 
NannuTQ^ « Le dieu Lune est éclatant » ; Sinnawtr^ <* Le dieu 
Lune donne la lumière » : Sin'ina'mtHim, « Sin est l*œil (les 
yeux — on se sert du duel) de la terre » ; Sin-imiitr, u Le dieu 
Lune est ma main droite •»; Eikar-ku-Sin ^ « Ton héros est 
Sin », Nannara-ka-gina^ « Le dieu Lune est la fidèle parole « 
(ceci rappelle la description de la lune dans le Psaume lxxxix, 
V, :n, comme « un témoin certain dans les cicux i>, la lune 
étant chez les anciens Juifs un emblème de constance). 

Des expressions telles que Sm-nadin-ioumi « Le dieu Lune 
donne un nom »>, Sin-abia-idinnam {Nannara-ibitarnanéoum)^ 
« Le dieu Lune a donné un (ils », Awe/'Nannari, AôihSin^ 
Arad'Sin, Nemei-Sm, Nour-Sin^ Ka-i\annara {Amai-Sm}^ 
c'est-à-dire : « homme w, « fils »^ « serviteur w, « récom- 
pense tî, « lumière «s et « parole du dieu Lune »» se trouvent 
souvent, ainsi que le nom Bour-Sin^ (* Le Jeune Bœuf de 
Sin " . 

11 y a naturellement nue grande similitude dans les épi- 
Ihètes des dieux contenues dans les noms» due au fait que^ 

19 



2Èi 



REVOE DE L^HlàtotÂE DES BfiLÎGÎONS 



pour chaque fidèle» le dieu qu'il adoraîL était le dieu par 
excellence, qui lui do audit tout, subvenant à ses besoins. 
Ainsi arrive*t-il qu*êa, dieu de la mer et des rivières, est 
très rarement nienlioniié dans les noms, excepté quand le 
bienfait qu'on allendatl de lui était invoqué pour son ado- 
rateur^ qu'il crée, protège, et rètid heureux — dont U 
entend les prières et à qui il donne conseil. Cependant, ou 
trouve des noms dans lesquels sou rôle de bienfaiteur du 
monde est reconnu. 

Comme le soleil, il était « lii fertilité » [Éa deriffola); sem- 
blable à beaucoup d*aulres divinités, il était a prince de la 
parole )> [Ètel-puÊa), et rétraiïge nom lîti-Èâ, « avec Êa » 
n'est probablement qu'une abréviation à'Ilii-Êa-bafafou 
« avec Éa est la vie ». Un nom d*ua intérél spécial concer- 
nant cette divinité est Jîapa^-sUi-Êa « Vaste est la protection 
(l'ombre) d'Êa », très probablement se rapportant au vasïe 
arbre kiêkanù. (apparemment une espèce de vigne), qui ombra- 
geait rapproche de la sublime maison, demeure de Tarn- 
muz de Tabime, et Thabitation d'Éa, qui donnait la ferti- 
lité. 

Une dîvînilé fort honorée était Mérodacb^ le patron 
de Babylone, et le chef du panthéon babylonien. Comme 
pour les autres « grands dieux », qui étaient ses îùfêrieur?i 
en réalité, les titres qu'on lut donnait montrent Une grande 
uniformité. On le nommait le père {Mardôuk-âài^ <t Mérodach 
est mOn père >*), dieu [Mardouk-Uoii " Alérodach est dieu i>), 
le seigneur de la parole [Élel-pî-Mardùitk), U sage [Mardûuk- 
è'Osisj^ etc. Il protégeai! {3Tardouk'nasir)y il récompensail 
[Mardoiik-tayar]^ il rendait heureux [Damiq-Mardouk)^ et 
donnait la vie [Mardoùk mouàalif). Ses fidèles lilàient ses 
serviteurs [Arad-Mardouk], et ses bienfaits (KfM-Maj^douk^ 
(4 t)0D de Mérodach >*) ; ils souhaitaient aller vers lui (Lu*aU' 
Mardoukj u Laisse-moi aller, ô ftférodâcll, a t*iï « Lalsâé-moi 
aller (vers loi), Mérodach »). 

il est difficile de séparer fllérodach dn dieu Bel, le sèi- 
|neur par excellence des dieux et des hommes, et Fdn 



4 
4 



OB£ftVAttONS SUH LA RELlGIOÏt DES BAbTLONlEMS 



2B'è 



*ouve, couime on pouvait s'y attendre, beaucoup de tiom^ 
jocpposés avec celui de Bel, lui allribuant différentes vertus 
tet un pouvoir souverain. Ainsi on le décrit comiûe élaot le 
cHaieur [îbniBêl, « Bel a créé »), le dieu redoutable ou 
courroucé {BH-f'zzu)^ le dieu dont le braâest long, (Arik4tii- 
Bel). Il était le grand dieu (Bèi-raôam)^ et un de se» ndms 
sans contredit défie toute comparaison avec touteèlesautt-eB 
puissances de Vamver?>(Aàa'Eiliid'àimê, « Qui est àemblablé 
à Bel? »), (Son nom est souvent écrit Eflila, l'équivalent 
accadien). Il y a un nom qui suggère que ce n'eât pa^t 
Mérodacb, mais Anou^ dieu du ciel, quon veut désigner 
(>— ^ J^>^TT ]ff ►^ tC^» Bêl-anoum, probablemeht est 
« Bel Anou ►>). 

Dans trois noms Mérod^ch porte celui de Tùutm^ qili est 
son nom^ selon la tablette K, 2107, cotomè créateur et 
régénérateur des dieux (mûaliid ilani, mûddiê Hani)^ — 
fait difficile à concilier avec Thistoire bien connue de là 
création (le récit du combat de Bel et du Dragon)» dans 
laquelle les divinités sont appelées les pères de Mérodach — 
qui, dans ce cas, ne les a pas engendrées. Dans les trots 
noms qui contiennent le nom Toutou il n'y a aucune réfé- 
rence soit à Tune ou à Tautre de cei citations, et ils sont du 
même genre que ceux que j*ai déjà menlionnéSt tels que 
« Parole de Toutou >>, « Toulon protège »>, « Toutou est 
dieu » {Pi-iu-Touioii^ Touiou-nam\ Touiou-Uu), 

Ensuite vient le dieu Oura (► > J ►-'Vj E ^^J ), aussi ap* 
peléNergal, dieu de la guerre, de la peste, de la mort et de la 
tombe. Néanmoins on l'appelai l protecteur (Owrû-/iG:iir), pt*é- 
servateiir(OMr«*^(i/>u/), celui qui donne la vie (Oura-mouôaliij^ 
collecteur (Oara-ljasir), — probablement c'était lui, comme 
dieu de la mort, qui rassemblait tous ceuK qui avaient palsé 
les redoutables portails. Les autres attrîbutionâ de ce dieu 
étaient le donateur {/i/m-0*^r«, (t Donne, ù Oura »), créateur 
lànU'Oum, « Oura a créé >0, et, comme plusieurs des autres 
divinités, « Seigneur de la parole » (Étel-pi-Oura)» t*armi ses 
fidèles on voyait utiturellemenl ses « serviteurs » et ses 



â8i 



REVUE DE t rtfSTOlHË DES Bï^ttGlOMS 



" héros w (Arad'Oura, Êdil-Oiira)^ quoique ceui-ci mmni 
comparativement peu nombreux. 

Uq dieu Irèà aimé était Nébo (Nabou ou Naèioupn), Tins- 
Iructeur, le dieu de la sagesse el de la liltérature. Il était 
lu conseiller {Nalfionm-muli/c'), le préservateur {Nahioum- 
muMim)^ et le seigneur de la parole [pJel-pf-NabfOum), 
Comme Bel, il était incomparable {Mannoum-kima-Na- 
imum), probablement parce qu*il était le dieu de la sa- 
gesse et de la science, et bien des Babyloniens devaient sentir 
que w le savoir était le pouvoir »s quoiqu'ils n'aient peut-être 
jamais entendu de dicton à cet elTet. 

Parmi les divinités de second ordre Nin-sab» aussi ap- 
pelé Pap-sukal, un des messagers du dieu Anou, la person- 
nilication du ciel, était un des préférés du peuple. Lui aussi 
est décrit comme créateur^ donateur, etc. Son adorateur 
était appelé « l'homme deNinsab w « la lumière de Niasalj », 
etc. 

Anou, dieu du ciel, se présente sous la l'orme d'Annoum 
(►^»-^- *!^ tr ^^T^ K cependant on trouve aussi les formes 
Anou m et Ani {Jf ly^ tC^ ^^ Tf ^^)' ^^ *® nomme a le 
père » (Annoum-âbi, Ani-âbi)^ le créateur (Ani-èani-iou^ 
«Ani est son créateur »), le véritable frère {Afii-faitmi), el 
enfin le dieu (^âi:. ^sè^ Tf ^^ t^ ^^J Ilt-anoum). Dans un 
cas, comme on la vu, il semble porlerle litre de seigneur, 
empiétant sur les droits de Bel ou Mérodacb, quoique tous 
les dieux fussent seigneurs par leur puissance divine. 

11 y avait encore : 

Ninip. Oubar-Ninip, « L'ami de Ninip » ; Ninip-/l(at'Zou, 
«( Ninip est sa défense « ; Ninip-moubalii^ «Ninip donne la 
vie ». 

Zagâga. Zagaga'mÀniùumy « Zagagaa donné»; Oubar-Za- 



i) Cepeodatil, le eecood élément ayant le préfiiede la divioîlé dans une des 
inscriptions (6ti, 91^5-9,585, ). 11), il est possible que le DOtn doive êlr© 
traduit ^t Nabou est Malik » (Moloch). 



IBSEUVATÎOSS SUH la RBUCIO» DE3 BABTLO?tlKWS 



2g5 



ffaga^ « L'ami de Zagaga » ; IdhuZagitfia^ « Donne, Ô Zagaga «, 

Bounéné ou BouDini« ArmUfiounénè^ « Serviteur de 
Bouoéné » ; Idin-Bounêné^ « Donne, ô Bouiiéné » ; Lidiê- 
Bounéné, <* Puisse Bounéné renouveler » ; Boimmifnuiiy 
w Bûunéûë, combien de temps (souffrirai-je?). » 

Bilgi^ le dieu du feu. Ibni-Bilgi, « Bilgi a créé »; RU- 
BUgi^ « Bilgi est le chef *> ; Nour-BUgi, <i La lumière de 
Bîlgi » ; Pi-sa-BUgi, u La parole de Bilgi ». 

Isoum, le sacrificateur sublime. Isoum-nasir, u Isoum 
protège n ; làoumgamil, <t Isoum épargne m ; Idin- Isoum, 
« Donne, ô tsoum »> ; Aweî'Uoum, ^t Homme dlsoum «, 

Sakkout, uti des noms de îNinip» identifié avec le Sikkout 
d'Amos, V. 26» se trouve dans plusieurs inscriptions, (On 
ne peut s empêcher de penser qu*il faudrait avoir d'autres 
confirmations de la lecture du nom de ce dieu, le second 
élément — le caractère transcrit kout — ayant tant de 
valeurs dilTérenles.) Il donnait la vie {Sakkout-moubalit)^ et 
il était créateur {IbnlSakkoul). 

Doun-sig-êa, apparemment le nom de Jupiter comme pla- 
nète qui brille le soir* « Doun-sig-êa est grand »> [Doun-sig- 
êa-rabi). 

Igi-gOLiba, un des noms de Nergal et d*autres divinités, 
évidemment comme « celles qui allaieDl devant »> (est-ce 
que cela pourrait vouloir dire qu*ils étaient des dieux 
primordiaux?). Jgi'gtntùa-tiiai'zou^ a Igi-gouba est sa dé- 
fense». 

Kalliala (>-►-[- ^"^f ^^f)? 'sciure douteuse, Kalkala- 
motibalU^ <i Ralkala donne la vie ». 

Kîtkit [>-»-y- ^ ^7 TVTl^ lecture très douteuse. Kilkk- 
nash\ ti Kilkit protège »*. 

Noumousda (i ^ i ^f- ^ ^^y< *tI7) ' '® ^"^" ^^ Téloile 
des êtres vivants, identifié avec Hadad ou Riramon. Ifn- 
Noumousda, « Proclame, Ô Noumousda » ; 1dm- Noumousda, 
« Donne, ô Noumousda, »> 

Zizana i*^H ff *-t:])- Quoiqu'il n*y ail pas de préfixe de 



2^^ RHyUK DE l'histoire des BELIOTONS 

divinité, il est à supposer qu*il s'agit ici d'un t^opE^ tiivip, pro- 
bablepieul le Zkanou de 1^^ A, L, \\\, 57, L 41 cet 68, 
I. ^5 0, d'otinoii^^pprepQps que c'était le nom de Ninip dans 
le pays de Sou (probablement §u rjopfi de TAssyrie). /Ai- 
zhana, « Proc]amf\ ô Zjif:tiny »'■ 

Qira» N^rgal comme le dipu dpschappfi et de la plajpe. 
^rad-Qim^ Awel'Çtira^ Nour-Gira, -« Le serviteur «, 
« L'homme », « La luRijèrp de Gira >»; Ihi-Gira^ « Procl^mf;, 
ôQir^". 

èouèifl^ï Sousilla» Souboula (la lecture est douteuse), 
dieu d^ 1^ ville Soudpula. Sotmr/a-aài^ « Sousirla est mon 
pèr^»; SçuUrh-na^ir^ « Sousirla protège »>: PHa-SaH^irhi , 
« La parple ie Sousirla. » 

Lff^jgal-banda^ signifiant probablement u le roi puissant ». 
Sî| femme semble ayoir été Nin-gotil. Our-Lotu/al-handa, 
ti L'homme de Lougal-banda ». 

Nin-gira, une divinité idpntifiée avec Lougalgira, et qui 
portait aussi le nom sémitique flAl^op. Nm-ffira-aài^ w Nin- 
gjpa est mon p^r^, ^> 

Aousar (*-t^ - Vf J^ ^3 ?^P> M présence de ce nom 
est intéressante et importante» ayant une portée historique. 
C'e^t une des former dq noqadudieix Assopr, le c^ie^ national 
d^^ Assyriens. Jj'appa^ritjon de ce nom pourrait-il ifidiquer 
Tépoque à laquelle c^ pays coinmençe^ k devenir piqs impor- 
tant? L^ nom dans lequel il se présente est Anumf'îénnnm^ 
fl Aousar a donné, » 

L^s noms préqédenU «ont pour la plupart akkadiens. 
Presque tous ceux qui suiyent sont certainement sémitiques* 

Aipourro^ (>-*-|— ^7^p- ^^^P' apparemipen| le dieu 
des Amorrhéens, introduit vers cet)e époqne dans le p^^- 
ihéon des babyloniens, 11 correspond à l'akkadien Martou, et 
peut avoir ^té introduit pendant le pouvoir delà dynastie pré- 
cèdent^, h moinsque Martou, qu'on appelait aussi le dieu ^u 
déluge, ne fût un dieu originaire de Babylone avec lequel 
plqs lard op identifia Amourroii. On le qualifie de créateur 
{Amourrou-bani, Ibni-Amourrmt, « Amourrou a créé »), 



OBSBBVATtONS SUR Là REU&ION DES BABTLONTE?lS 



287 



protecteur (Ain<^^^^oii-nasir)^ et donateur (Idin-Amùun'ou^ 
« Donne^ ô ^mourrou »), Son adorateur était appelé àu' 
Amourri, « Celui qui est h Amourrou » , ainsi que « Homme ?> 
ou <* Serviteur d'Amourrou » {Awel-Amourrl, Arad-Amotirrî). 

Malik (*-^— "^I ît~T)' ^® conseiller Qi| roi, est ^videpi' 
meut le pt^éMJcieu Alp^och, à moins q^ê ce ne sqit un des 
titres deNébo, avec lequel le nom matik est souvent combiné. 
Un dps noms qui conliept le sien est Oufour-Malik , « Pré- 
serve, ô Malik. » 

Ibarou est apparemment le pqm d'un dieu çoutéeD, et^e 
trouve dans, Arad-lbari « Serviteur d*lbarou ». 

Abâ. Afad-Ab4, « Serviteur d'Abâ ». 

Miëaroum ({^ !HT^ ^ t^^T)* ^^ ^^^ serviteurs du 
dieu Soleil. Miiarottm-na$ir, « Mièarou pfolège }>, 

San (►--•-1^^^- ^eJ^ If ^"^ ~)î probablement le nom qui se 
trouve dans le biblique Bethse|:|. Ihi-Sân, « Proclame, ô 

Seroum est apparemment une forme sémitisée de |*ak- 

k^dîen Sera, un c|es noms du dieu Lune. Il se Iroove 

d^ns Seroum-bam, n éeroupri est créateur »; éeroum-Uu, 

^« Seroum est dieu »; et Seroum-rtawir^ « èeroum donpe la 

lumière *>, 

flalou. Pt-êai^ali, a Parole de ÏJalou >k 

Mourra. Moît^ra-gamU^ « Moubra épargnp >». 

Élalî. Êl^ali baniy « Élali est créateur «, Arad-Êlali^ « Le 
serviteur d'Êlali », 

Hani (^^— f<f< p^).jEif<ï??'-^^*^«lîani estgfaïKÎ. >» ^^^\ 
estmenlionné dans W. A. /., IV., 59, 5, parmi les divinités 
invoquées pour délivrer du péchés ou de ses conséquences, 
ou des enchantements. Le nom ffam-raii rappelle la région 
géographi(jue appelée tjani-rabbe ou Hauî-rabbat. 

Nounou (py^ ►y^), une fojs écrit avec Ip préfixe de divi- 
njlé. Kii-nounou, « Plantation (?) de Nouqou >i : Tfounou-erf^^ 
(* Nounou a planté » ; PUia^nounoit^ a Parole de ISounou » ; 
Idin-nounou^ « Donne, ô Nounou » ; Ibik-nounon^ (% Nounou 



2S8 



REVUE DE h HISTOIHE DES AEUGIONS 



a produit l'abondance » ; Nour-nounoUj « Lumière de Nou- 
nou » ; Inib-nounou, « Fruit de Nounou » ; Nounia, « Mon 
Nounou M, etc. 

Kapla, Nour-Kapta^ « Lumière de Kapla >* ; Arad-Kapla^ 
« Serviteur de Kapta ». 

Sa|ian(i-H-J— ^0 |^f< m-|— )^/i/-Sa6û«i «Proclame, 
ô Saljan». 

Milkou, probablement une variante de Mel€ch,Molech (voir 
Malik). Itii-Mil/ci, « Avec Milkou ». (Mais peut-être fau- 
drait-il ajouler-ôrt/a/ow, et traduire « Avec Milkou est la 
vîe n). Malikou dans le nom tlumaliki est apparemment un 
substantif commun, le tout signifiant « Dieu est mon con- 
seiller >». 

Dagan. Naboum-Dagan^ ^f Le repos (?) de Dagon w. 

Vaoum (^tjf t^ t^J), rhébreu'jah. ^ÈJ! t^ 
fcr ^^l *-»-y -, Ymum-ilou, « Jah est dieu » = Joël. 

Uadou, une autre forme d^Addou» se trouve dans Dadia^ 
u Mon Dadou f>, elc. 

Aboum se trouve dans le nom AboumbanL Comme 
il n'y a pas de préfixe de divinité, il est très probable 
qa' Aboum dans ce nom n'est pas le nom d'un dieu. La signi- 
fication est certainement « Le père crée », ou w forme », ou 
« est créateur «. Est-ce que c'était un père terrestre? ou 
bien le Père céleste? 

Raboutoum (gén. Ituboutim). Apparemment ce mol est 
le pluriel de rabou, « grand », et indique les graods 
dieux en général. Arad-Baboutim^ « Serviteur des grands 
(dieux) ». 

DÉESSES NOMMÉES DANS CES TEXTES 



Comme on peut s'y attendre dans un paysoil» même de 
nos jours, les femmes sont fort peu estimées, les déesses 
n*ont pas tout à fait la même position importante que les 

1) PeuMlr8 un9 autre forme de édn, qui» dans ce cas, doit être praaoacé 



ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, RUE BONAPA.RTE 28, 



Vient de pax*aîtx*e : 

NOS ORIGINES 



m 
LA 



RELIGION DES GAULOIS 

LES DRUIDES ET LE DRUIDISME 

LEÇONS PnOFKSSÉKS A l/ É C O L K DU LOUVRE EN 1896 



PAR 



Alexandre BERTRAND 



MEMBRE DE 1. INSTITUT 



Prix : 10 francs 



H a déjà paru dans la même série : 

VOLUME d'introduction 

ARCHÉOLOGIE CELTIQUE ET GAULOISE, par A. Bertrand de llnslitut. In-8, 
avec dessins, planches et cartes en couleur 10 fr. » 

I 

LA GAULE AVANT LES GAULOIS, d'après les monuments et les textes, par 
A. Bertrand, de l'Institut. Nouvelle édition, refondue et augmentée. In-8, nom- 
breuses illustrations et cartes 10 fr. w 

II 

LES CELTES DANS LES VALLÉES DU PÎ) ET DU DANUBE, par A. Bertrand et 
S. Reinach, membres de Tlnstitat. In-8, nombreuses illustrations. . 7 fr. 50 



TABLE DES MATIERES 



Pages. 
Préface vii-xi 

INTRODUCTION 
l'c Leçon. — Leçon d'ouverture • 1-15 

La religion des Gaulois a traversé trois pbascs ou périodes distiuc- 
tes, correspondant à troia groupes sociaux bien caractérisés : le 
mégalithique^ p. 3; — le cellique^ P> B ; — le galalique ou kim- 
riquCt p* 11 ; — avant de siihir l'intl leoce gréco-romaine à la 
suite de la conquôtc. — A chacune de ces périodes la religion a 
varié, p. 13. 

11» Leçon. — Les sources, la méthode 16-24 

Difficuité du sujet, p. 16 ; — insuffisance des textes pour résoudre le 
problème, p. 17. — Nouvelles sources d'information : le Musée 
des Antiquités nationales et les monuments figurés, p. 18; — la 
Revue des traditions populaires et les légendes, p. 19; — les sur- 
vivances, p. 20. — Questions ù résoudre, p. 24. 



PREMIÈRE PARTIE 

LA GAULE AVANT LES DRUIDES 

llh Leçon. — Lk ohoupb méijAlithique 27-41 

La distribution des monuments mégalithiques indique un mouve- 
ment de migration dunord-c^tau sud-ouest; probabilité d'un con- 
tact de nos populations primitives avec les nations touranieones. 
La civilisation louranienne. Son uuité linguistique et religieuse. 
La magie et les sorciers, p. 28-36. — Les Finnois et les Scythes, 
p. 38. — Los Hyperbon*ens, p. 39. — Ouvrages à consulter, p. 41. 

1V« Leçon. — Lf ci i.tk ni-;s pikrubs 42-54 

Minéraux précieux déposés dans les chambres sépulcrales méga- 
lithiques, p. 45 ; —traces de cérémonies magiques pratiquées dans 
ces sépultures, p. 45.- L<\ tiimuhis de (javr'Inis et la chiromancie, 
p. 46. — Le Manri Lud, p 49. — Le Maué er-H occk, p. 52. 



TABLE DES HATIËRES 3 

Pages. 

1V« LBÇOff. — SOPBR8TITION8 REIATITBS AUX PIBRRE8 PnéciEU?ES. — PIER- 
RES A BABSINS. — Pierres TROUÉES 53-67 

La croyance aux vertus des pierres est une très ancienne tradition. 
Le Pseudo-Orphée et Pline, p. 57. — Survivances de ces supers- 
titions. Les pierres de foudre, p. 62. — Pierres à cupules, à bas- 
sins et à cercles avec fusées ; pierres trouées, eu Gaule, en Ir- 
lande, en Ecosse, en Angleterre et en Scandinavie, p. 63; — dans 
rtnde; les Mahadeos,j>. 64-66. 

VI« LbÇON. — LbS SACRIPICBS UUMAINB 

Ces pratiques ne sont poiut d'origine druidique, mais une survi- 
vance du culte chamanique, p. 70. — Les sacriûces humains en 
Grèce et à Rome, p. 73; — témoignages de Platon et de Théo- 
phraste p. 76. — L'origine doit en être cherchée chez les Toura- 
niens, p. 80. 

VII* Leçon. — Superstitions et grotances des populations du nord dr 
l'Europe et de l'Asie en rapport avec les superstitions kt croyancrs 
DBS Gaulois 82-95 

Populations de l'Empire russe. — Enquête de 1776, p. 83. —Persis- 
tance de rites païens chez ces populations, même après leur 
conversion au christianisme. — Les keremet^ p. 86 ; — croyances 
à un Dieu suprême et à l'immortalité de Tâme, p. 87 ; — rappro- 
chements avec les croyances des Gaulois, p. 88-89. — Les chamans 
finnois et sibériens ; un sacriûce humain chez des Tschouktas, 
p. 91 ; — Le chamanisme chez les Tartares d'après le P. lluc, 
p. 92 ; un lama médecin et magicien, p. 93. 

VIII" Leçon. — Les influences aryennes 95-108 

Les influences aryennes succèdent aux intluences chamaniqiies, 
p. 97 ; — les feux de la Saint-Jean, survivances des vieilles céré- 
monies solsticiales. — Ovide et les Palilies, p. 98 ; — Ovido igno- 
rait déjà l'origine et le sens de ces cérémonies auxquelles il 
avait pris part dans son enfance, p. 100. — Importance sociale des 
fêtes religieuses dans l'antiquité, p. 103. — Le feu sacré en Irlande 
eten Ecosse, p. 105 ; — comment on pro luisait le feu sacré, p. 107. 

IX» Leçon. — Le feu DE LA Saint- Jean . 109-121 

Exemples remarquables de survivances. — La roue eu flammée, la 
bâche de Noël, bénédiction du feu, p. 111. — L'Eglise amenée 
à tolérer, puis & christianiser les cérémonies après les avoir in- 
terdites comme diaboliques, p. 112. —Institution de lu fête de la 
Saint-Jean. — Bossuet et le feu ecclésiastique, p. 115. — Les 
feux de la Saint-Jean dans nos diverses provinces, p. 116 et suiv. 

X» Leçon. — Les herbes de la Saint-Jean 127-139 

La croyance à leurs vertus se lie aux pratiques de la magie et re- 
monte à la plus haute antiquité ; témoignage de Pline, p. 123 ; — 



() TABLE DES MATIÈRES 

Piget. 

Ces lois nous donnent une idée saffisamment juste de Tanoien état 
social du pays, p. 284. — De la prépondérance des druides dans 
la société irlandaise à l'époque celtique. Des connaissances 
exigées des membres d'un rang élevé dans la corporation, p. 28?. 

— Les druides de haut rang avaient le pas sur les rois, exemple 
tiré de Tépopée irlandaise, p. 290. — Communautés analogues aux 
communautés druidiques signalées chez les Gètes, p. 294. — Les 
lamaseries du Thibet peuvent donner une idée assex exacte de ce 
qu'étaient les communautés druidiques, p. 296. 

XXV* Lkçon. — Les lamasbriics 297-312 

Les collegia ou communautés religieuses dans Tantiquité, p. 298. 

— La cité religieuse de Comana (Cappadoce) avec ses dix mille 
hiérodules, p. 299. — Les lamaseries du Thibet peuvent être con- 
sidérées comme une survivance de ces antiques institutions, p. 300. 

— Description des lamaseries de la Mongolie et du Thibet, par 
le P. Hue, p. 302-309; — rapprochements avec les communautés 
druidiques, p. 310. 

XXII* Leçon. — La nsi.toiON apr^s lks invasions oalatiqcbs kt la con- 

QDÉTI ROMAINE 313-340 

Représentations figurées étrangères aux types classiques et dont 
les textes ne parlent pa-«, p. 314 ; — le dieu cornu, le dragon à 
tête de bélier, p. 3ir»; — les tricépbales, p. 316; — le dlen au 
maillet, p. 318; — le dieu à la roue, p. 319; — les divinités assi- 
milées, p. 320 ; — Mercure, p. 322; — Apollon, p. 321 ; — Mars, 
p. 329; — Jupiter et Minerve, p. 331, sont des divinités gréco- 
romaines, non des divinités celtiques ou gauloises. — Divinités 
topiques, p. 332. -^ Divinités lîimro-belges, p. 335. — Rôle des 
druides vis-à-vis des divinités étrangères importées, p. 338. 

XXlll" Leçon. — Le$ triades et les divinitAs a symboles .... 341-362 

La triade deTautel de Reims, p. 341-344;— symboles des triades, 
p. 345; — origine de la triade, p. 347; — la Triade de Lucain, 
p. 350; — l'autel de Paris : Ësus, Cernunnos et le Tarvos Triga- 
rauos, p. 351 ; — lautel de Trêves aux trois grues et le dieu bû- 
cherou, p. 253 ; — le Dt^^a/er gaulois de César représenté sous la 
figure de Jupiter Sérapis, p. 354. — Le comput du temps par 
nuits et non par jours, p. 355. 

XXIV' Leçon. — Le chaudron de Guni»estrup 363-380 

Découvert dans le Jutland (presqu'île cimbrique). Couvert de 
bas-reliefs où se retrouvt^nt les principaux symboles de la triade 
kimriquc; parait l'œuvre d'un collège de prêtres cimbres; — du 
rAIe des conmiuuautés comme propagatrices des langues et de la 
civilisatiou indo-européenne (voir Annexe I). — Opinions de So- 
phus Muller sur les bas-reliefs du vase, p. 365. — Le chaudron n'est 
une œuvre ni gauloise, ni Scandinave, elle appartient à un pays 
intermédiaire; p. 372; — ■ et à une p/lriode voisiue de l'ère chré- 



TABLE DES MATIÈRES 5 

Pages. 
XV« Lbçor. — Le coltb dbs Eàox 191-212 

Le culte des rootuinea est uae survivance du l'époque ceitique, 
p. 192; — les divinités des sources thermales; Greppo, Chabouillet 
et Charles Robert, p. 193. — Les fontaines saintes, p. 197 ; — dans 
le département d'Eure-et-Loir, p. 198; — dans l'Aisne, p. 203; 
— dans le pays Eduen, p. 205 ; — en Armorique, p. 208, etc. — Le 
calte des fontaines semble avoir été régularisé par les druides. Les 
abbés des grandes abbayes ont continué la tradition, p. 210-213. 



DEUXIÈME PARTIE 

LA GAULE APRÈS LES DRUIDES 

XVI* LbçON. — RÉSUMÉ DB LA PRBMlàRB PARTIR 215-227 

XVU* Leçon. — Lbs symbolks rbugibux sur les moniNaies gauloises 228-244 

L'influence des druides commence à se faire sentir. — Valeur des 
symboles gravés sur les médailles armoricaines, trop méconnue 
aujourd'hui. Duchalaift, Lambert, Hucher avaient vu plus juste. 
11 faut reprendre leur tradition, sans tenir compte des exagéra- 
tions de Fillioux, p. 230 et suiv. — Symboles ayant une signifi- 
cation certaine : le swastika, p. 23t; — le tri!>kèle, p. 239; — 
le foudre, p. 241 ; — le signe de Vesse §, p. 242 . — Les druides 
ont dû présider à ce monnayage, p. 243-244. 

XVllie Leçon. — Les m oppida » du type d'Avariclim 245-251 

Caractère de ces oppida construits tous sur un môme modèle, p. 246; 
— oppidum de Murceus, p. 248; — sttatistiquc avec carte des 
oppida de ce type, p. 249. — Une école d'architectes devait 
exister à cette époque dans les commuuRutéi< druidiques, p. 250. 

X1X« Leçon. — Les druides 232-276 

Les druides d'après les textes. Du peu de valeur des rensei- 
gnements donnés par César touchant les dieux gaulois, p. 255. — 
Origine et organisation deb druides, p. 256; — leur enseigne- 
ment, p. 262; — leur doctrine, p. 265. — Dis pHler et Ésus, 
p. 267. — L'éternité des âmes, p. 270. — Rôle politique des 
druides, 273; — leur disparition de Gaule, p. 274. 

XX« Leçon. — L'Irlande druidique 277-296 

L'Irlande est restée en grande partie druidique, même après sou 
entière conversion au christianisme, p. 178; — la constitution 
politique et les lois civiles, œuvre des druides, n'ont reçu que des 
modificatious légères, p. 280. — Le Senchus-mor^ les lois de» 
Brehons (OUamhs, c'est-à-dire druides de second rang), est resté 
la loi du pays jusqu'au xiii<^ siècle, à côté des lois anglaises. 



TABLR DES PLANCHES 



J, p. 49. ~ Cellule monaRtiquo à Inishmurray (Irlande). 
11, p. 63. — Formes diverses de cercles accompagnant les cupules, 
m, p. 64. — Pierre à cupules du tumulus de Renongart en Plovan (Finis- 
tère). 
IV, p. 65. — Cupules d'un rocher de la chaîne de Camaon (Inde). 
V, p. 67. — Mahavedos des rochers de Cbaudeshwar (Inde). 
VI, p. 140. — Le swastika et aes transformations. 

VU, p. 144. — Plaque de ceinture en feuille de bronze au repoussé. Tu- 
mulus de la forêt de liaguenau. 
VllI, p. 452. — Pierre de Robernier (Var). 
IX, p. IGO. — Inscription funéraire des catacombes avec croix gammée. 
X, p. i6i. — Diogeues fossor. 
XI, p. 162. - Le Bon Pasteur. 

XII, p. 162. — Stèle oghamique irlandaise avec swastika. 
Xin, p. 163. — Stèles irlandaises des premiers temps du christianisme ir- 

landais avec croix et swastika. 
XI V^ p. 164. — Swastika sur les fusaîoles d'Hissarlik. 
XV, p. 165. — Swastika et signes connexes découverts à Hissarlik et à 

Mycènes. 
XVI, p. 166. — Détails d'un vase du Dipylou (Athènes). 
XVIl, p. 167. — Coffret eu terre découvert à Thèbes. 
XVIII, p. 169. — Fresques d'une tombe de Capoue avec swastika. 
XIX, p. 171. — Vases grecs à personnages avec swastika. 
XX, p. 176. — r^e swastika sur divers monuments de l'Inde. 
XXI, p. 177. — La roue solaire sur divers monuments de Tlnde. 
XXII, p. 185. — Amulettes gauloises représentant la roue du soleil. 

XXIII, p. 186. — Signes solaires cruciformes. 

XXIV, p. 249. — Oppida du type d'Avaricum (carte). 
XXV, p. 314. — L'uutel de Reims. 

XXVI, p. 317. - Le dieu Cernunnos. 
XXVII, p. 319. — La statuette dite d'Autun. 
XXVIII, — Le Jupiter à la roue. 
XXIX, p. 366. — Sacrifice humaiu. — Défilé do troupes {vase de Gundesirup). 
XXX, p. 368. — Le Dieu cornu à attitude buddhique. — Le serpent à tète 

de bélier {vase de Gundeslrup), 
X.\XI. p. 377. -— Deniers de la République romaiue frappés en souvenir de 
la défaite des Cimbres. 



AHUBRS, IIIPKIMERIE DB A. UUROIN, 4, KUS OARNIBR. 



OBSÏRVATTOKS SUR U RELlfitON nBS BABYLOPHISS 



289 



dieux. Néanmoins, on trouve un nombre considérable de 
noms d© personoes composés des appellations de déesses. La 
plupart sont des noois de femmes. 

Aa, la femme du dieu Soleil, se trouve le plus soovenl. 
Elle est décrite « Âa, la dame des hommes » [Aa-bêlit- 
ni^i), équivalant à « la reine des hommes », On l'appelle 
aussi « Reine » (Aa-^arral), « Suprême déesse >j (Aa- 
riéai)^ et « La gloire du pays » (Aa-kouzoub-mâtim) K Comme 
Sin, le dieu Lune, dont elle était la contre- partie, elle 
était appelée « La parole fidèle » {Aa-ka-gina). On appe- 
lait ses adoratrices ou fidèles « La lumière d'Aa » (Nour- 
Aa), « La parole d'Aa i» {Amai-Aa), et pour des hommes 
on a lrou¥é le nom de « Jeune Bœuf d'Aa w (Bour-Aa) 
— comparez le nom parallèle Bour-Sin, On donne aussi 
les noms suivants : Aa-ialM, « Aas'avance » lAa-ouzni^ a Aa 
est mon oreille » ; Aaéiti, Aa-iitti, « Aa est ma dame >* (si 
cette traduction est correcte, cela ferait supposer une époque 
fort reculée pour la forme arabe jïV/, « darnoO^ Èa-Aa, « Celle 
qui appartient à Aa «, « La dévote d'Aa, » aussi, peut-être, 
exprimé par le nom Aû/owwï (comparez les noms Outtatoum, 
«Le dévot du dieu Soleil»; Sinnaioimi^ Le dévot du dieu 
Lune M, etc.}; Aa-azaga^ « Aa est éclataDle ^s etc. 

Ular^ l'équivalent bien connu de Vénus, suivait de près Aa 
dans la faveur du peuple. Son aom akkadien était înnanna^ 
lequel, au moins à une époque plus moderne, a été em- 
prunté par les Sémites de la Babylonie sous la forme 
iïfnninnu. Voici quelques noms qu'on trouve se rappor- 
tant à Istar : Utar-oummiy Innanna-ama-mou, « Istar est 
ma mère » ; Jètar-Samêi^ « Istar est mon soleil w ; ^Ui-làiar^ 
<t Ma protection est Istar. » Ses fidèles se nommaient Pir- 
litar^ probablement « Progéniture divine d'fstar »: Libit- 
IMaî\ « La brique fondamentale d' Istar; » Mâr-iitar, Mdrat- 
lÉtar\ « Le fils » ou u La fille dlstar ». D'autres noms 
contenant le sien sont : OuÉGur-bi-Uiar, « Garde le comman- 



1} Au-'Àlat-méH & probûblâmetït v^m sigoiflcalion semblable. 



S90 



EpVDE DE L HISTÛlRt DKS RELIGIONS 



dément dlèlar »> ; Tabni-litar, « Istar ti créé » ; likoun-j^ 
« Istara foripé, » etc. Istara doit être ud6 forme occidentale 
de ce nom. Elle se trouve dans Abdou-Iitaray tt Le serviteur 
4'|st^r » [Bu, 9i-5-?, 361, L 9). f 

ApnQunjioum, Véfius comme étoile dû matin et comme 
^Iqîlj^ dn ^pir, IftHarêii-Armoanitot/m^ « AnQOunilou est 
avec la progéniture » ; Ibik-AnnQiimfoum, « Annoupîtou 
donne Tabo^danc^. n h 

Oulo^asâitoum, la déesse d^^-oulmas, le temple d'Annou- 
nilpum. Arad-Otilmaêéiioum, <' Serviteur de Toulmassili 
(dresse), w 

lè^^ra. un des noms de Islar. Oummi-Hf^ara, « Marne 
e^t I^^ara » ; /èi/c-isijara^ <i Istara a donné rabondance w 
Sa-H/jara, « Celle gqi apparljpnt à Isbara » (c'esl-^-dire, 1 
fjflèle dlèti^rah 

Ai^a^quiil, Fépouse d'Anou, dieu du ciel, Ibkou-Amtaum 
i< Analou a produit Tabondançe. « 

Ningal, la grand'dame, la reine^ probablement un de 
riptfis d'Aiinouniloum. Bour-Ningal, « Jpupe ^cpuf de ISm^ 
ffal « ; Aniat-lSingal, « Servante de Niqgal »* 

Nipgoyl, appîiremmetil la femme de Loujjal-banda. Gim,U 
Nmgoiil^ (i Récompense dq Ningoul ». 

Dapiou, un des noms de la déesstî Baou. Awpl-Danmu] 
<• Homme de Damoq »; Damù^-nasir, u pamou pfolïïge *>; 
f>amQU-galzoi£, nom c|flnt la signification es( incertaine. 
(Ep suivan| TexQinple donné pour le nom Jiouri g^lzou, 
que Ion rend, dans la liste bilingue des noms des rois, par 
Ri'i-bisi, « Sois mon pa^ff ||r, >» DaiïjQi4-gç)lzou voudrait dire 
« Jq], ^oîs Damot). ») 

N^|ia^, <|éesse appelée « la grande priqcpsse [r^in f^ouial 
pfobablenieiit la nfôme que Ge^la ou B^oj^. Otr^ii-Nançu^l 
it La récompeiisp de Ni^nap. » j l^kou-P^anac^, « tNaqaa ^ prq^ 
duit ra(3ondai]ce >> . ^| 

I^intoufa, Ti^n des 49 np||iâ d^ Bélit-tti, <4 1^ dame des 
dieux ». Ptiu-Nmtoura, « La parole de Nintoura »; Mâr- 
Nintoura, « fils de Nintoura «. 



1 



I 



OBSEftVATtONS SUK LA BEqGT>N DES ^àBTLONTENS 



â9i 



Niotoii, peut-èfre le flflftm^ noiq ^^p 1^ précédent PUa- 
Nintou^ w Parole de Nintou », 

Sala, déps^e des montagp^s, feiqme dp Sa-zo^ (M^ro- 
dach). UAvii-Sdla, « Sî^laa produîf rabondance, » 

NinKarrak (ailleurs écrit Niii-R^rï*aiva), la dame de Kçr- 
rak, ou Isin. Çili-lSin-KarraA^ « Maprolec^ion est Ifi dame 
de Karra|<, » PiéwISm-Karrak, « La parole de la dame de 
Kanak, ^> $ir-Nm-Karra/i, nom douteux peut-être une eprei^r 
du scrib^ pour SUrNin-Kfirrak. 

Mamou, gép. Mami. Ce pp[p est évifiemmenf assyrianisé 
çjer^kkadien Map%i, ou, peut-être, 3famay qui doit ^ii être 
une yarianfe. Les npms qui renferment ce divin élément 
sont Oiiioid'Mami^ « Pasteur de Mamou » \ Amaf*Mamou^ 
H Servante de Mamou » et Idin'Mamou, « Donne, ô 
Afampu. » 

Nin-Nisinna^Nin-lsinna, équivalent à Nin-Karrpk. Asr^jT^- 
Nin-lmma, <t Éclatante est la dame d7sin. « 

Nin-dara-na = Nin-si-anna. Celte dernière forme est ap- 
imremmenl due à une orthographe défectueusep dur étant 
si ayec plus de clous (si-gompu). En tout cas cesdepx ijoms 
indiquent Istar considérée comme la planète Vénus. Atvel- 
Nin'dfira'nff, Awel-Nin-^i-anna, « L'hopme c(e Nin-dara- 
n^, » ou « NJn*si"anna ». 

P!io-HOU*^ûna, problableqaent le ^(\v^ dlsfar cpminp « La 
daqie f}e pabylone »> {SmMnna)^ ^wel-Nm-ion-anna^ 
M Homme de Niu'Souanna». 

Mab^ '** daqie des djeux {voir jyinionra), éyidetnmentigtar 
(comparez |e rjScif du déjuge» cpL !([, |, 7, 8}, Awff-Êfaf}^ 
n Hpmme de Mat)* *' 

I^in-(b)oursagga, n L^ dame ^e la morjt^gne. n iMâr-Nm' 
fiQursagga, « Fils de Nin-(b)f>iirsagga. *? 

?er-paaiioum, la femme de If^roclaclu Zer-pamtoum- 
fï^mmi^ '1 Zer-panitou est ma pière >k 

OurMtoum, la déesse ^e l^ végétafion. SUi-OurkUoum, 
(t Ma prolecliot^ est Ourfcitou. w 

S^ltou (gén. Mtim), .. 1| (j^iflfi » (déesse), gén^rjij|^efil 



292 



«SVDE DE l'ïîISTOïRE DES ftÊLTÛIO^S 



I 



la femme de Bel, ATm-bélii-kouliâmà^ « A la dame (appar- 
tient) tout. » 1 

IJarbitoum. Onàar-ffarbitoum^ « L'ami de Harbitou, »> ■ 

Bêlilim, peut-être le pluriel de bêltou, « dame ». Arad-Be^ 
Htimj u Serviteur des dames » (déesses), 

Kititoum. Kitifoum-iiazirai, « Kititou rassemble. » 

Celte liste renferme un assez ^rand nombre de dieut 
de déesses, cependant les tablettes elles listes mythologiques 
en donnent encore bien plus d'exemples, ce qui montre 
qu'elle n'est pas du tout romplële* Néanmoins le nombre en 
est suffisamment grand, surtout lorsque Ton considère que 
ces noms divins ne se Irouvenl que dans les noms d'un com- 
parativement petit nombre des habitants d'une seule pro- 
vince. M 

Le fait qui frappera probablement l'étudiant, c'est que 
Tétat de la religion de la Babylonîe deux mille ans avant 
J.-C, n'est que le reflel de celle de toute TAsie occidentale à 
cette époque. f 

Selon les apparences, le peuple était plongé dans la plus 
profonde superstition du polythéisme de la pire espèce. Il est 
vrai qu'en plus des noms émumérés ici, il y en avait on 
assez grand nombre qui contenaient l'élément ilou, « dieu, *> 
mais que dans celle expression ils aient eu Tiûlenlion d'indi- 
quer le grand et incomparable gouverneur de Tunivers, ou 
simplement une de leurs divinités protectrices, qu'ils n^ 
désiraient pas nommer, nous l'ignorons % 

Religieux comme relaient les Babyloniens (quelques-uns 
probablement préféreraient se servir ici du mot supersti- 
tieux), il est fort douteux qu'ils fussent très fixés sur la divi- 
nité qu'ils adoraient, si on peut s'en rapporter aux exemples 
suivants. Ba^ms-stH-ae, nom d'itomme dont une des parties 
contient celui de la divinité Ae, et qui signifie a Vaste est la 
protection ou l'abri de Ae, » a le titre de « chef des lidëlea du 
soleil » ; (on s'attendrait à le voir plutôt « chef des dévols 
d'Êa ii),PHa-Sama^, « Parole du dieu Soleil, *> est le nom 
du prêtre — non pas du temple du soleil, mais du temple de 



OBSERVATIONS SUR LA RELlGlOH DES BABlfLONlEl«S 



293 



Mérodach et de SouUat fondé par Nour-îli-sou. Ceci étant le 
eas, 00 est peu étonné de trouver Sin-poutram sur la tablette 
iîw. 88-5-12, 225, changé en SamaJ-pofitram sur Tenveloppe 
(Bu, 88-5-12, 7061). Cependant il nous faudrait plus d'un 
exemple pour rendre cette variante dune valeur réelle. Les 
tablettes de Tell Sifr éelaircissenl un peu ce point, ayant 
d'excellentes impressions de sceaux cylindriques, Elles nous 
donnent les informations suivantes : SAUks-lisîr, fils de 
Samoum, était adorateur de iiou-Amourrou, ainsi que St'p- 
SîN fils de Idin-nounou, tandis que Izkour-ht, fils de Pirboum 
était l'adorateur de Ifou-Amourrou et de Nin-Son-anna. 
D'un autre côté, InonnÈA^ fils de Gimil-bani, s'appelle l'ado- 
rateur d'Êa et d'Outouki (Samas) ; Outould-àenii, Ris de Apia- 
toum, était l'adorateur d l'^a et à'Ouiouki; et Risli-Onra, fils 
de Sin-oublam, était Tadorateur de Nergal, qui était lemAme 
dieu qu'Oura. Ceci démontre que les uns, plus stricts dans 
leurs idées religieuses, s'en tenaient à leur dieu particulier, 
tandis que les autres devenaient, par préférence, adorateurs 
d'autres divinités. II est très clair^ cependant, que, dans ce 
derniercas, les adorateurs n'avaient aucune crainte d'encourir 
la colère de leur dieu particulier en devenant l'adorateur 
d'un autre ou d'autres divinités. La véritable explication de 
ceproblèmeest que problablement toutes les divinités étaient 
regardées comme les émanations d'un grand dieu, ce dieu 
étant regardé, à l'époque dont nous parlons, comme le chef 
du panthéon babylonien. 

C'est en vertu de cette croyance sans nul doute qu'une 
tablette (imparfaite) au xMusée Britannique identifie avec 
Mérodach, le chef et le patron delà ville de Babylone, treize 
des grandes divinités du panlhéoD babylonien. Ces divinités 
sont un dieu de l'agriculture (le nom est cassé)^ un dieu de 
l'abîme (ia nnçài), probablement Éa (Aê), Ninip, Nergal, 
Zagaga, Bel, Nébo, Sin, Samas, Addou, ou Hammânou^ 
Tisbou (décrit comme Mardouksa oummani, désignant sans 
doute le Mérodach (— le dieu principal) des pays environ- 
ûants), Sig (?) (décrit comme étant Mardouk ia kinizi)^ et 



m 



29i 



HtVtK ur. L mSTOtRE DES RBtïGIO^S 



Èouqamouna, « Mérodach du cours d'eslu. »» La partie 
sée de celte *ableUe renfermait peul-èlre encore beaucoup 
plus dldeQLiHcations. fl 

Une autre tablette de celte même espèce est celle pbbliS^ 
dans W. A. /,, U, pL 58, n*' 3, sur laquelle on donije un 
grand nombre d'épithètes du dieu Éa. Beaucoup sont plus ou 
moins reconnaiâsableà cottlme appartenait! au dieu comme 
« le Seigneur de tout, » « Maître du ciel et de la terre », 
« Maître de l'abîme» ^^ « Créateur, w élc, etc. La dernière 
ligne non publiée du verso se trouve consijt-vée sur un double 
babylonien de la tablette. CëUe ligne contient un nom assez 
instructif : iV/>i-a^fl-Aoe/rfrfou^ qu'on traduit par « Éa(dieu du) 
jardinier, » 

Puisqu'on mentionne très souventNin-aha-kouddoa comme 
étant la fille du dieu Êa, il est clair qu'elle était regardée 
comme Une de èes manifestations, et dans cet aspect elle le 
représentait sous sa forme la plus ordinaire, c'est-à-dire l'eau, 
mais elle ne symbolisait que l'eau provenanl des rîviferes, 
coulanl dahs les étroits canaux creusés pour Tirrigation des 
plantations et des vergers du pays; elle fértifîsaiL la terte et 
aiusl nourrissait ses habitants. Pour les anciens Babyloniens^ 
l'eau nécessaire à la fertilisation da leurs cliamps était une 
Nécessité absolue (comme, du reste, c'est le cas partout)* 
ïl n'y a donc pas Heu d'être étonné des honneurs qui étaient 
rendus au dieu Éa, mais ce qu'il y a de surprenant, c'est que 
dans Tesprit du peuple Mérodach soit devenu à sa place le 
roi des dieui, 

iTn autre point itlust^é par les tablettes du temps de ta 
dynastie de Babylone est la question de la croyance d^l 
Babyloniens en une vie future. Cette croyance semble êtr™ 
indiquée dans les noms, tels que *< Samas-iâmur, « Que je 
?oie le dieu Soleil » ; SamdS'mUam-ouèaitil^ « LedieuSoleil a 
donné la vie au baOM; »» lili-Êâ-èalatou, « Avec Éaest la ?ie id 
LouméUr-ijimil'Samai , « Ouë je puisse voir la récompense 
du dieu Soleil » ; Appant-Marmlouk, <* En présence de> Méro- 
dach I*; Ana-panUli^ u En présence de dieu »; Sanmi- 



OBSKfiVâTEONS SUR LA nELiaiON ££9 BABYLONiSNâ 



29S 



huzibanni, « dieu Soleil, sauve-moi, w el bien d'autrea 
ixpressioQs i^emblables, non seulement à celte époque, mais 
i&me plus tard. Il a'est pas improbable que le uom Abi- 
[ioumour^ « Que je voie moti père », soil de la même espèce, 

A ce propos il sérail bien de mentionner le nom du héros 
du déluge babylonien, Pir-napistim, qui apparemment signifie 
** Pir est (ma) vie. *> La tablette d )uble babylonienne de W, 
A.l.Alt 5S, no 3, nous apprend que Pir est un des noms d'Ëa, 
dieu des eaux, comme divinité qui veillait sur le pêcheur (Êa 
sa èa'iri)etle coupeur ou barbier [Èa iaguUubi). Pir était donc 
un des nombreux noms d'Éa, le dieu spécialement adoré par 
le Noé babylonien, qui donna au peuple comme motif de U 
construction du vaisseau qui devait le sauver du déluge que : 
« le dieu Bel me hait, je ne puis demeurer dans (ce pays), 
et (dans) le territoire de Bel je ne puis montrer ma figure. 
Je vais descendre dans Pabtme demeurer avec (Êa) mon 
dieu. )) Que le nom à restaurer soit celui du dieu Ëa, cela 
est indiqué non seulement par les traces du premier ca- 
ractère ^ mais aussi par le fait que ce dieu demeurait dan^ 
rabîme,et que c'était aussi cette divinité qui avait annoncé à 
Pir-napistim l'approche du fatal cataclysme. 

Dans la plupart des inscriptions qui parlent de la mort, ou 
bien une forme du verbe mâlu « mourir n est employée, ou 
bien Ton dit de la personne morte qu^elle a allait n ou 
V. devait aller à son destin >», Ces exposés sont naturel- 
lement très vagues^ et ne donnent aucune ioformatioa sur 
Tautre monde. 

D'autres inscriptions bien connues — celle de la descente 
de k déesse Istar aux enfers^ et ta tablette de la légende de 
Gilgames^ qui pailo de la mort d'Êa-banî — font du sombre 
empire la demeure des morts, et de cette région ^ qui était le 
royaume d*Eres-ki-gaIa, il n'y avait pas de retour. On le 
nomme <( le pays d'où Ton ne revient pas n. Cependant 
selon les légendes citées plus haut, Istar, qui y desoeudit 
chercher son mari, et Éa-bani, qui avait été séparé de son ami 
Gilgameb, sont revenus au royaume de la béatitude, où le 



2m 



KEVUC DE LHISTOIBI DES RELIGIONS 



héro8, mort en combatlaut^ vécut au milieu de lous les 
plaisirs dont il avaîl joui dans ce monde, avec sa femme (ou 
ses femmes) et ses enfants^ embrassant ceux qu*il aimait, et 
punissant la femme et renfant qu'il haïssait. On ne peut 
s'empêcher de regarder ce monde de béatitude comme bien 
matériel, et guère satisfaisant pour un esprit ayant des idées 
plus élevées — et il devait y en avoir au moins quelques-uns 
en Babylonie. 

Selon toute probabilité, parmi une grande partie des 
habitants de la Babylonie» le désir ardent de tout croyant 
était de retourner à son dieu et de demeurer avec lui (ainsi 
que le Noé babylonien annonça son intention de le faire) 
dans l'endroit que ce dieu avait choisi pour sa demeure dans 
le royaume des dieux ses frères. Les mots de Pir-napiétini, 
déjà cités, et les noms exprimant le désir de ceux qui les 
portaient d'aller à leur dieu et d'être avec la divinité qu'ils 
servaient, confirment ce fait, qui est, pour ainsi dire, 
prouvé par le texte de la tablette Bu. 91-5-9, 2460, où après 
la mort d'A^alani, Sin-imgouranni, a à remplir un devoir 
envers ses parents. Ce passage est ainsi conçu : IstouA/jatani 
Uoit-sû îklerou-si^Sm-imgQurranni sa ramanî4ou-{ma)^ << Après 
que le dieu d'Abatani Fa prise à /wt\ ce sera à Sin-iragourrani 
d'elle-même, » c'est-à-dire « Sin-imgourranni gardera les 
choses qu'elle avait à donner annuellement, » 

El que « le fils de son dieu », c'est-à-dire l'homme pieux, 
aille demeurer avec le dieu qu'il avait servi si fidèlement, 
lorsque le travail terrestre aura élé accompli, ce n*eât que 
ce que Ton peut appeler une récompense raisonnable à sa 
droiture et à sa fidélité pendant sa vie. Même maintenant il 
y a des milliers d'êtres humains qui demeurent dans cette 
croyance. 

Qu'il y eût des gens dans Tancienne Babylonie qui 
croyaient ditTéremment et qu'il y ait eu des périodes où 
d'autres croyances concernant la destination de l'âme après 
la mort prévalurent, ce n'est pas seulement probable^ mais 
peut-être prouvé, et je n'ignore pas qu*on a écrit des choses 



OBSERVATIONS SUR LA RJËLIGION D£S BABYLONIENS 297 

contraires à celles que j'avance dans ce mémoire. Je pense 
cependant que bien des gens admettront que les tablettes 
examinées montrent clairement que beaucoup d'anciens 
Babyloniens avaient une haute idée de la vie au-delà de la 
tombe, c'est-à-dire la pensée de demeurer à jamais près de 
leur dieu, soit dans les cieux, soit dans quelque autre endroit 
où se trouvait leur divinité. 

Theophilus-G. Pinches. 



20 




LE PANTHÉO> DE GOUDÉA 



Mémoire envoyé au Congrès InLcrDalioaal de l'Histoire des ReligioQf 
(Paris » ££|>Unibre, 1900). 



Le temps n est pas encore venu où il sera possible de faire 
rhistoire complète du système religieux babylonien, Pournoos 
mettra en état d'en retracer les origines, le développemoat 
et l'extension il faudra disposer de matériaux beaucoup plus 
complets que ceux dont nous pouvons faire usage actuelle- 
ment. Dans la phase actuelle de la science, tout ce que nous 
pouvons ambitionner, c'est de présenter d'une façon aussi ri- 
goureuse que possible les résultats des recherches concer- 
nant chaque période pour laquelle nous pouvons disposer de 
documents autorisés plus ou moins abondants. Ces études 
partielles seront autant de contributious à rintelligence du 
système religieux dans son ensemble et fourniront des esquis^ 
ses de la religion babylonienne dans telle ou telle période de 
son histoire complexe, 

La période pendant laquelle Goudéap le paied de Lagash, 
exerça le pouvoir, constitue une de ces époques bien délioû- 
tées pour lesquelles nous disposons de documents solides et 
suffisamment abondants. Nous voudrions retracer ici, en an 
tableau nécessairement sommaire, ce qu'ils nous apprennent. 

Nos sources sont principalement les documents découverlf 
par rinfatigable archéologue M* E. de Sarzec» à Telloh, €t 
publiés sous la direction de M. Léon Heuzey^ dans le magni- 
fique volume intitulé : DécoumrlesenChaidée, LUnîliateurdi 
déchiffremeni de ces antiquités reculées a été le regretté 
Amiaud, dont les œuvres et les enseignements ont gardé Que 



LE PANTaéOIi 0E frOUDÉ^ 



2m 



grande valeur scientifique. En commençant par les décou- 
vertes d'Amiaud' et en nous appuyant sur les travaux qui s'y 
rattachent*, nous avons une base documentaire solide pour 
traiter de ceriaines divinités babyloniennes. La tâche que 
nous nous sommes proposée est de dresser la liste des di- 
vinités de la période de Gondéa, ainsi que leurs relations res- 
pectives et leurs attributions, pour autant que les documents 
publiés le permettent. Des recherches antérieures ont établi 
la priorité de certains dieux, leurs rapports généalogiques et 
leur caractère. La longue liste des dix-huit divinités trouvée 
sur la statue B^ servira de thème h notre étude. 

— 1. Anna ou Anu, le dieu des cieux, ne figure pas fré- 
quemment dans le Panthéon de Goudéa. Néanmoins le fait 
que son nom paraît en tète de cette longue liste^ dénote la 
vénération dont il était l'objet de la part de ses fidèles. Ses 
fonctions de dieu du firmament et des mystères célestes lui 
assuraient la prééminence parmi les dieux de celte époque. 
Des temples lui étaient dédiés (Cylindre B^ XVI, {8); un 
culte lui était rendu. 11 était le père de la déesse Bau (Stat, 
D, m, 15; G, II, 4, 5; B, VUl, 58, 59), la divinité patronale 
d'Uru-azagga, l'un des districts civils de Lagash. 

— 2. En4ii ou Bel occupe la seconde place sur la liste de 
Goudéa. Il était le « Seigneur du monde », en face d'Anna 
« le dieu des eieux »* La large extension de son autorité 
lui donnait pouvoir sur tout le domaine de Goudéa, La prin- 
cipal dieu de Lagash, Ningirsu, était le fils bien-aimé, le 
héros fils de Bel (Cylindre A, X, 4 et ailleurs). Un culte lui 
était consacré dans le temple de Ninnu (50) et il était adoré 
comme le père de toute la Babylonie. 

— 3. Nin-khar-mg^ tf dame de la grande montagne »s est 
la troisième sur la liste. Le fait qu'elle est nommée immédia- 



1) ïittQTd^Qfthe Pmtt nouvelle térie, toI, I, p. &T 6l miv, 

2) J. D. D^vis. Prfkéedings Qf tht^ Amerkanûritntal Society, vol. XVJ (1895), 
p. ccxm et ïttiv.; Morm kilrûw, jun,, R^Ugion af 0ahylonia and Aifu^ia, 
1898, 

3) DécQUvefUi mChaldéey pi XVI-XIXelu Partie Épigrophique », p. XIV, 



aoo 



REVIlt^ Ùti: L UibTOlKfe; Db3 HËLlrUONS 



lemenl après Ea-Iil tendrait à faire supposer qa'elle était sa 
paièdre. C'est ce qui ressort aussi de rinscriplion d'Urbaù 
(cal. III, 8). Noos apprenons encore qu'un temple Tut construit 
en sou lionneur à Girsù (coL IV, 1 , 2). Goudéa n'a pas grand' 
chose à dire d'elle parmi les divinités populaires de son temps 
(cfr. Cylindre S, Xlll, 2). 

— 4, En-/d ou Ea^ le dieu de la profondeur ou des eaux, 
paraît dans l'inFcription d'Orbau (col, ÏV, !!, 12) comme le 
roî d'Eridu, 11 y avait un lemple construit en son lionneur à 
Girsu, l'un des districts civil? deLagash. L'autorité d'Enki 
comme dieu des profondeurs s'étendait, sans aucun doute, 
au delà des limites d'Eridu, tout au moins sur la côte basse 
qui borde le golfe Persique* Sur le cylindre A, dans un pas- 
sage contenant un nom qui n'a pas encore été identifié, il est 
nommé en connexion avec Nannar. Un autre passage men- 
tionne un temple dédié à celte divinité. 

— 5. Eri'zu « le Seigneur de la Sagesse » était le dieu lu- 
naire Sin. Il était le fils premîer-né d'En-lil, L'identification 
de cette divivinilé, du moins en tant que personnification de 
la sagesse, arec Nannar' est significative* Dans les documents 
de Goudéa, Enzu occupe une place très subordonnée. Il est 
mentionné en connexion avec le temple Nînnu (Cylindre B^ 
m, H). S'il reçoit les hommages àmpatesis^ c'est assurément 
comme un dieu qui ne fait pas partie du groupe immédiat des 
seigneurs divins actifs de Lagash, 

— 6. Nin-gir-su, le « Seigneur de Girsu u est de toutes les 
divinités nommées dans les documents de Goudéa, celle qui 
est mentionnée le plus fréquemment. Rien que sur les cylin- 
dres A q{ B son nom est cité plus de 75 fois, La cité de Girsu 
sur laquelle il régnait élail la plus importante des quatre 
sections civiles du domaine de Lagash. Le temple qui lui 
était consacré à Girsu et où ses adorateurs lui apportaient 
leurs ofi'randes était Ninnu. La plupart des inscriptions de 
Goudéa lui sont dédiées, non pas seulement comme patron de 



1) lasirow, Bsligion of Babytonia and A^yria^ p. 78. 



LE PANTirfON DK GODDÉA 



301 



Girsu, mais en Laulque la plus importcinte divinilé parmi ceiles 
qui régnaient sur le domaine entier de Lagasfa. C'est à lui que 
les paiesh devaient leurs fonctions et l'autorité dont ils jouis- 
saient. Sa tiaute origine divine lui assurait un prestige con- 
sidérable. En maint endroit il se désigne comme « le fils du 
dieu Enlil n (Cylindre il, Vil, 5; VIll, 21, etc.), « le héros 
d'Enlil » (Cylindre A, X, 4; 5, II, 19), « le guerrier qui livre 
ses batailles *> (A, XVII, 20)j « le roi des armes !» (Stat, D^ 
Vni, 51). Cette étroite relation avec Bel lui confère une sorte 
d'autorité suprême sur tous les dieux de Lagash. La parèdre 
de Ningirsu était la déesse Bau (Stat. D, III, 13, 14; G, II, 4 
à 6; cylindre B^ XI, 11, 12), la protectrice de Uru-azagga 
(Stal. />, IV, 1 passim)* Les inscriptions de Goudéa mention- 
nent aussi deux fils par excellence du « Seigneur de Girsu », 
savoir Gal-alim et Dun sfaagga, dont la généalogie n'est pas 
mentionnée surlaStat* 5, Nous mentionnerons plus tard une 
liste de sept autres fils du même dieu. 

— 7, Nina, citée ensuite sur la StaL B^ était la patronne 
de Ninâ-ki, c'est-à-dire de la troisième section du domaine 
de Lagash. Ce nom signifie ^ maison du poisson » ; la forme 
du caractère est la môme que celle employée plus tard pour 
désigner Ninive, Sur la Slat. B (Vlll, 53) elle est appelée u la 
dcme des Interprétations « (Amiaudj, Elle occupe une place 
importante aussi bien dans les inscriptions d'Entemena (de 
Sarzec^ Déc^ pi- VI, n** 4, IL 6 et 7) que dans celles d'Urbaù 
(col. I, 9). Elle était une « enfant d'Ëridu » (Cylindre A, XX, 
16), la ville dont Enki (Ea) était roi. Ceci est conforme aux 
données fournies par d^anciennes inscriptions babyloniennes 
où elle est appelée « fille d'Ea ». Sa fille aînée était Ninmar 
(StaLiî, IX, 1). 

— 8. Nm-dara\ le guerrier royal (StaL B, Vlll, 55) ne 
figure que rarement sur les documents de Goudéa {Urbaù, V, 
2), Un temple lui était dédié dans la ville d'Urbaù et Nindara 
se présente, dans le domaine moral, comme un dieu dont la 



1] Jtne€ii lit : Win-$i-a [di. KeiL HiKn vol. t1(, p. 34). 



302 



REVUE DE L HISTOIRE DES 1lEUr,IOI4S 



tâche est de maiatenir la paix. Il est nommé deux fois en 
connexioD avec ue temple et une fois avec le gouvernemeEl 
muûicipal d'Eridu. 

— 9p Ga-ium-dug était « la mère de Shirpûla » {Stat. iî, 
VIII, 56j 57; Cylindre A, XX, 17) oii de toute la principauté 
de Lagash. Dans la section de Lagasli son trône était placé 
sous la protection de la déesse Bau {Dec, pL XIV, m, 6). Ces 
faits ne suffisent pas à prouver l'identité des deux déesses 
Gatumdug et Bau, La mention des deux noms sur une même 
liste de Slal, B semble indiquer, au contraire, qïi*à cette 
époque c'étaient deux divinités distinctes et séparées. Goudéa 
se considère comme le fils de Gatumdug (Cylindre A, XVlï, 
12, 13) ; il lui élève et lui dédie une demeure. 

— tO. Bau a la dame, la fille aînée d'Anna» (Stat. B, VIII, 
58, 59) était la déesse de Uru-azagga, la seconde section 
civile de Lagash. Elle tient un rang élevé parmi les divi- 
nités locales de Goudéa, tant par son parentage divin que 
par le prestige dont elle Jouit, En sa qualité d'épouse du dieu 
principal, Ningirsu (Stat. G, III, 3 à 6; i>, II, 13 à Ul, 2), elle 
est associée au seigneur le plus considérable de Lagash . 
L'union de Ningirsu et de Bau, les deux divinités souve- 
raines de Girsu et d'Uru-azagga, peut avoir eu une portée 
plus grande que ne le comportent les documents publiés de 
cette période. Les fruits de cette uDion^ sans aucun doute 
visés par Amiaud\ sont indiqués tout au long sur le cylindre 
fi (XI, 4 à 12) sous cette forme : « dingir Za-za-ru, dingir 
Im-pa-ud*du , Ur-e-nun-ta-ud-du-a , d . Khe-gir-nun-na, 
d. Khe-shag-ga, d. Gu-ur-mu, d. Za-ar-mu^ sept enfanta 
mâles de la déesse Bau, fils du dieu Ningirsu ». Les noms de 
six d^enire eux sont précédés du déterminatif désignant 
« dieu »; on ne s'explique pas pourquoi il n'en est pas de 
même du septième. Peut-être est-ce simplement une erreur 
du scribe? 

— 11. Ninni^ Innanna ou Nand, « la dame des batailles » 



1) Records ûf the p^t^ iiou?eUô aâf ie, vol. I, p. 5Û. 



LE PâMT!l£Oïf DS Q0rDÉ4 



303 



(Slat. fi, VIII, 60, 6i) est la divinité qui règne sur la qua- 
trième section civile de Lagaah, Gishgalla-ki, Sur une 
tablette votive elle est appelée « la maîtresse du monde ». 
Un texle archaïque d'Arad-Sin^ la désigne comme la fille 
d^Enzu (Sin), Des temples sont consacrés à son service (cfr. 
Cylindre A, XXVfl). Elle était grandement honorée par les 
patesis; Tun d*eux, E-dingir-ra-na-gin', se considère comme 
investi du pouvoir par elle. Lldenlification entre elle et Anu- 
nit ne rentre pas dans notre sujet 

— 12, Babbm\ Utu ou Shamash, était le nom du dieu du 
soleil qui occupe une place si prééminente dans l'histoire 
ultérieure de l'Assyro-Babylonie» Le fait qu'il n'est pas men- 
tionné plus lot sur la liste de Goudéa semble indiquer quUl 
n'occupail encon.^ qu*une position subordonnée dans cette 
période reculée. La signification de son nom « celui qui 
brille d*une façon éclatante* correspond au caractère qu'il 
présentera plus tard, 

— 1 3. Pa-sag tt le conducteur du pays » (Jensen) est men- 
tionné sur Stat. B (VUl, 64) immédiatement après Babbar 
(Utu). Le nom lui-même peut être traduit ainsi : « le prînci- 
pal sceptre ». D'après Brtinnow (n*^ 5609) les mêmes carac- 
tères avec un complément phonétique se lisent « Ishum ?», 
une autre divinité solaire. L'identité de Pasag et d'Ishum 
n'est cependant pas prouvée pour l'époque de Goudéa. 

^14. Gal-alim^ quoique rarement cité dans les docu- 
ments de Goudéa, n'en est pas moins grandement exalté par 
ce patesi. Celui-ci estime qu'il lui doit la souveraineté et le 
sceptre royal (Stat. B, II» 18, 10). Un temple lui avait été 
consacré, semble-t-il (Cylindre A, XVllI, 14), Toutefois nous 
ne sommes pas encore au clair sur ses pouvoirs et ses fonc- 
tions particulières. Dun-shagga et lui sont représentés 
comme (ils de Ningirsu. 



1) JVoc, Sôc, BibL Arcfuml., toU XIIl, p, 158, 159» col I, t, 2. 

2) KeiL Bibl., roL Ilî. p* iô: col. Il en hautt 

3) Iftflirow^ M. BûhyL Asfyr.t p. 72, 



rîn4 



ftEVTÎK tjfi L HISTOIRE DES REUâlOIVS 



— 15. Dun-shagga ne paraîl qu'un pelit nombre de \m 
dans les iDscriptions de Goudéa* Son nom signifie : « le prin- 
cipal héros », Sur Slat, B il figure en deux endroits immé- 
diatement après Gal-alim (10, i, 2; VIH, 67), Pour GoudéaQ 
semble être le dispensateur d'un grand pouvoir; sur le cy- 
lindre B (VII, fO) iî est mentionné à ce même propos aree 
Ningirsu. Comme celui-ci il est un dieu guerrier» mais dan^ 
celle période il n'y a pas de raison suffisante pour lui refaser 
une individualité distincte. 

— 1 6. Nin'mariyi), « la fille aînée de la déesse Nina » (Stat. 
B^ Vlll, 68 à IX, i) figure presque à la fin de la liste des 
divinités auxquelles Goudéa rend hommage. D*aprè$ rins- 
cription d'Urbaù (coL V, 8 à 12) il construit pour h la gra- 
cieuse dame un temple Ish-gu-lur » (Jensen). CoiDiae son 
nom êst suivi du signe locatif Ai, il semble qu'elle jouissait 
d'un pouvoir local. Nous lisons, en effet, dans une des ins- 
criptions de Dungi* qu'il construisit k Girsu pour sa dame 
Ninmar un temple, E-sal-gil-sa. 

— f7. Dumuzi-zuaèj « Tenfant fidèle des eaui profondes » 
figure dans rinscrîplion d'Urbaù {col, II, 3) o£i ledit Urbaû 
se glorifie d'être un favori de cette déesse. Cepatesi^ d autre 
part, construit pour cette divinité une maison à Girsu et la 
qualifie de n Seigneur de Kinunir t) (VI, y-12). Cette localité 
parait à llommel*, d'après une lecture de BalP, une forme 
antique de Borsippa. Il ressort avec évidence d*uu passage 
des Imcriptiom de Rawlinson (vol. Il, 56, 33» 38) que Du- 
mozizuah était un fils d'Éa. Si Ton met en rapport la signifi* 
cation de son nom avec la nature et la situation d'Éa, on 
sera confirmé dans cette opinion. 

— iH,Nm-gisk'zi-da est la dernière divinité mentionoéa 
sur la longue liste de Goudéa (Stat. B, VIII, IX). Nous n y 
trouvons aucune indication sur sa nature ou ses fonction»* 



1) Jensen, KdL Bibl., voU TIÎ, p. 80. 81, 

2^ Proc, Suc. Bibi Archaeol., vol XV, p, 103 el auiT, 

3) lUdefTij p, 51 el fiuiv, 



LE PANTHÉOfi DE GOCDÉA 



305 



Nous constatons cependant que c^est une divinilé asssez im- 
portante pour Goudéa pour que Slat. C (coL I, 1) commence 
par son nom. De même sur les cylindres A et B il est célébré 
par Goudéa et d'après des dédicaces' il est honoré d'un 
temple à Girsu. Ceci semblerait prouver qu'il doit être rangé 
parmi le grand nombre de divinités déjà rattachées aux 
temples des divers districts civils du domaine de Lagash. 

De renseignements épars dans les documents laissés par 
Goudéa on peut encore extraire les noms d'autres divinités 
de cette même époque. Plusieurs de ces noms toutefois ne 
sont que des lectures provisoires des signes employés, 

— 19. Nannar, d'après Tanalogie de Babbar, la forme 
ancienne de Shamash, le dieu du soleil, peut être considéré 
comme un équivalent ou un nom ancien de Sin, le dieu 
lunaîreV Goudéa fait mention de Nannar dans deux passages 
obscurs du cylindre A. Sous la première dynastie dX'r il 
occupait une place de premier rang. C'est sous ce nom que 
Sin fut la divinité patronale de Tancienne Ur. Urgtir se vante 
d'avoir construit le temple de Nannar (Rawlinson, vol. l, 1, 
n° i, 1}* Plus loin (n' 4) Nannar est qualifié de puissant tau- 
reau d'Anu, fils de Bel, en Thonncur duquel Urgur construi- 
sit le temple de Ti-im-la, D'après d'autres documents de 
cette époque son origine concorde avec celle d'Enzu (Sin). 

— 20, Kadi est le nom d'une divinité mentionnée une 
fois sur le cylindre A (X, 26), mais nous n'y trouvons aucun 
renseignement de quelque valeur sur sa nature. On suppose 
que c'était un dieu de provenance étrangère, probablement 
èlamite^ qui aurait été introduite» Babylonie. Le même nom 
est confirmé, en tant que nom de divinité, par Zimmern 
dans Shurpuiafeln (VIII, 6» p. 60). 

— 21. Mush (Siru) se trouve, comme nom de divinilé, 
une foi» sur le Cylindre A (XXVU, 4} et dans les Shurpuia- 
feln de Zimmern (Vlll, 6). 



I] De S&rtec, DétQuv^tu, pi. XXXVII, n* 5. 
2) Uilrow, M^U 9f. BabyL md Attsyr,, p, 75< 



â06 



REVUE DR L HTSTOIHE 0ES AKLIGIOKS 



— 22. Nin-mak/i est Qommée sur le Cyliudre B (XIX, 15) 
immédiatement après Enlil et, dans les Shur/mia/eln de Zim- 
mern (IV^ 42), elle figure sur une liste de divinités entre Éa 
et Ramman. Le nom correspond à « grande dame » et d'a- 
près ses atlribuls il n'est pas douteux que ce soil la forme 
plus ancienne dHshtar ', 

— 23, Nin-tu est mentionnée Cylindre A {XVI, 26) et le 
contexte prouve qu'il avait un prêtre spécialement attaché à 
son service. Parmi les demeures divines de Lagash, d'après 
la liste récemment publiée par M. Scheil-, il y avait un 
temple qui lui était consacré. 

— 24. Im-mi'khu se Ut plusieurs fois sur les cylindres A 
et B et le contexte semble indiquer qu'il s*agit du nom d*ane 
divinité plutôt que d'une partie du mot désignant un temple, 
comme dans Tinscription d'Urbaù (col, III, 6> 7). 

— 25. Nin-fful u e*, « la dame destructrice » n'est nommée 
qu'une fois sur le Cylindre B {XXllI, 6). Singashid', de ta 
dynastie d'Érech, se qualifie de fils de Ningul. Dans Rawlîn- 
son {voL H, 59, 25) nous voyons que celte déesse était la 
compagne de Lugal-banda. D'autre part, Singasbid, roi d'É- 
rech^ construisit et dédia un temple, une demeure, « à Lu- 
gal-banda, son dieu, et à Ningul, sa mère » (RawL, IV, 
35, 2). 

En sus des vingt-cinq divinités mentionnées cî-dessus (les 
dix-huit premières d'après l'ordre de la liste de Goudéa sur 
Stat. fi) il y avait les sept fils de Nin-gir-su et de Bau, dont 
les noms ont été cités plus haut sous le n° 10. Il y a pour 
cette même période d'autres noms de divinités, mais pour 
plusieurs les signes qui les représentent n'ont pas encore été 
identifiés ou ne sont pas susceptibles encore d'une lecture 
assurée. Nous en savons asser cependant pour nous per- 
mettre de déterminer un bon nombre de divinités de cette 
époque et pour reconnaître leurs équivalents dans le pan- 

1) lastrow, ReL of. BahyL and Astyr** p. 242* 
2> Beûueit des «ratîaiw?. vol, XVlî, p. 39* 
3) Rawlinson, vol. I, 2, n* 8, i. 



LE PANTHÉON DB GOUDÉA 307 

théon des systèmes religieux ultérieurs de la Babylonie 
et de TAssyrie. Nous avons pu également établir plus 
exactement la généalogie et les parentés de beaucoup de 
ces divinités, de manière à mieux fixer leur caractère. 
Nous sommes ainsi autorisés à signaler les trois grandes 
divinités Anu, Bel et Éa comme la source et l'origine de 
tout le panthéon de cette époque, alors même que nous 
ne pouvons pas encore reconnaître pour quelques divini- 
tés leurs relations précises. La détermination de ces re- 
lations et les identifications de ces dii minores avec ceux 
d'une époque ultérieure permettront de mieux comprendre 
les rites et les cérémonies religieuses dont ils sont honorés. 

Chicago, 25 août 1900. 

Ira Maurice Pricb^ 

Professeur de laogues et de littératures sémitiques 
à rUniversité de Chicago. 



iiÂi^iiES m is ir MAiiu De m-iM 



Mémotre présenté au Coagrës IntematîoQal de rHistoire des Eetigiona* 




ËQ faisanl hommage au Congrès de mon récent ouvrage 
iniiiulé Le liiff-Véda, texte et traduction. — Neuvième man- 
dala^ — le culte védique du Soma^ je voudrais en accompa- 
gner la présentaLion de quelques remarques sur la contribu- 
tion qu'il peut apporter à certaiiis égards à Fétu de de 
révolution religieuse indo-européenne. 



I 



Rapport chronologique des Mantras védiques et des Brâh- 
mafias, — La question qu'on peut poser en ces termes est 
d'une grande importance et je Tai traitée partiellement au 
§ t des Notes préliminaires de mon ouvrage sous le titre de 
a Développement de la liturgie brahmanique du Soma d'après fl 
les formules védiques correspondantes». Selon que cette 
question sera résolue dans un sens ou dans l'autre, la méthode 
d'interprétation védique variera du tout au tout : si les Man- 
tras, ou les hymnes dont ils sont les éléments, se rapportant 
à une période religieuse antérieure à celle des Brâhmanas et 
de la liturgie qu'ils supposent, il y a lieu d'admettre de 
ceux-là à ceux-ci un progrès dont Tétude formera une des j 
branches les plus fécondes et les plus intéressantes de la ■ 
transition du védisme proprement dit au brahmanisme 
ultérieur; si, au contraire, les deux séries de documents doi* 
vent être mises sur le même pied eu égard aux idées et aux 
coutumes qu'ils reflètent, — si leur différence tient plutôt à 



KBMAAOIIES SUn LE tS* MANDELA DU fttG-VÉPA 



a09 



des raisons de style et de deslmation qu'à des écarts dogma- 
tiques Tondes sur des écarts chronologiques,^ — si, en un mot, 
les uns ne sont que les compléments des autres, le profil à 
en tirer changera de forme : il ne s'agira plus d'en tirer une 
histoire» mais un exposé d'ensemble, autrement dit une 
coordination et les éléments analogues d'une interprétation 
réciproque. 

Cette dernière méthode est celle à laquelle on a eu le plus 
souvent recours jusqulci ; l'autre est, j*ose le dire, la mienne* 
Je Tai exposée et je l'ai mise en ceuvre dans différents 
ouvrages qui ont précédé celte traduction, et ici môme jeraî 
reprise au point particulier que J*ai indiqué plus haut. Je 
serais heureux que les nouvelles preuves invoquées à son 
appui fassent Tobjet de Texamen des exégètes actuels du 
Véda. Nous ne cherchons tous que la vérité. Sa mise en 
lumière est ici d'une importance capitale, et je suis persuadé 
que, dans Tétat actuel de la science et des moyens dont elle 
dispose, un sérieux eSbrt aurait raison des difficultés de la 
question et se traduirait prochainement par une solution qui 
s'imposerait à tous tes bons esprits. 



II 



Dans Thypothèse au point de vue de laquelle je me suis 
placée les auteurs des Brâhmanas, très postérieurs à ceux des 
Mantras, avaient perdu le sens de ceux-ci, malgré tous leurs 
efforts pour le pénétrer et Tinterpréter, et toute leur confiance 
dans les résultats de cette tâche difficile. De là, entre leurs 
mains^ la déformation fréquente de Tancien culte et rintro- 
duction non moins fréquente, parmi ses pratiques, de rites 
nouveaux forcés au gré d^une fausse compréhension des textes 
sacrés. Pour qui reconnaît la possibilité, on peut dire même 
la fatalité de ces erreurs, k chaque pas te brahmanisme est 
surpris en flagrant délit d'altération du védisme; le brahma- 
nisme n'est même que le védisme altéré de la manière et 
pour les causes qui viennent d'âtre rappelées. 



3tO 



REVUE BE LHlSTOm? DB5 RELIGIOIfS 



Au paragraphe 4 de mes Notes préliminaires et sous ce 
(itr6 « Preuves du peu de valeur de la tradition brahmanique 
eu ce qui regarde le sens des textes du Rig-Véda *>, j*apporte 
à la charge des brahmanes une série d'exemples absolument 
évidents de ces erreurs d'interprétation auxquels sont sujets 
les mal inl^ormés de tous les temps et qui consistent, selon le 
type devenu proverbial dès Tantiquité» à prendre le Pirée 
pour un homme. 

J'y fais voir qu'en général l'altribulion brahmanique d'un 
nom d'auteur aux hymnes du Rig-Véda est le résultat d*une 
grossière méprise diaprés laquelle tel ou tel mot d'un hymne 
donné a été pria, quoique signifiant tout autre chose, pour la 
désignation du rédacteur inspiré de cet hymne. 

Des fautes si voyantes et commises dans des circonstances 
qu! les rendent si peu excusables autorisent à en supposer 
d'autres qui frappent moins les yeux et que les antiquités des 
textes qui s'y sont prêtés faciUtaient singuhèrement. Aussi 
n'hésiterai je pas à en tirer des conclusions générales que je 
formulerai ainsi : 

1** Les interprétations erronées des textes védiques dont la 
tradition brahmanique pullule ne peuvent s'expliquer que par 
le caractère très postérieur de celle-ci eu égard à ceux-là ; 

2" Parle fait de ces erreurs, la liturgie primitive du védisme 
a subi des modifications profondes d*où la complexité ei la 
nature si souvent peu pratique des prescriptions des rituels 
brahmaniques, mises en parallèle avec reilrème simplicité 
du culte védique tel qu'il ressort du texte des hymnes inter- 
prétés à l'aide des règles de la critique moderne. 

m 

La véritable nature du Soma, — Toute Tinter pré talion 
brahmanique du neuvième mandala dujRig-Yéda est fondée 
sur le fait que le Soma consistait en une liqueur enivrante 
destinée surtout au breuvage des dieux mystiques. 

Toute r interprétation proposée dans cet ouvrage repose 



4 



I 




REMARQOEâ SDIt LE 1X« MANDALA DO RIG-VÉPA 



311 



sur ridée que le soma était avant toul^ soos une forme 
liquide, la nourriture oléagineuse, spiri tueuse ou aromatique 
du feu sacré ou des dieux-flammes. 

Celle-là résulte, à mon avis, d'une erreur dans le genre 
des méprises où sont tombés si souvent les brahmanes soit 
en prenant à la lettre les métaphores des textes védiques, 
soit en se trompant même sur le sens littéral de ces textes, 
comme ils l'ont fait, par exemple, à propos du nom des 
auteurs des hymnes. 

Celle-ci s'appuie, d'une part, sur ces mômes textes qui ne 
cessent de nous représenter les somas comme hrillanU %i 
brûlants^ et, d'autre pari, sur la raison d'ôtre utile des 
libations sacrificatoires qui seraient allées contre leur but 
s'il ne s'agissait pas de liquides inflammables et propres à 
alimenter le feu de Tautel, au lieu de Téteindre, 

Les savants impartiaux auront h choisir entre ces deux 
eiplications que le présent ouvrage a surtout pour but de 
leur soumettre. 



IV 

Conditions d'origine des mythes divins. — Le système sur 
lequel s*appuie ma traduction implique l'hypothèse du sacri- 
fice utilitaire au feu domestique comme le principe d'où 
découle toute la religion indo-européenne. C'est faire abstrac- 
tion, je le reconnais, des indications qui semblent fournies 
parles cultes des sauvages dans lesquels une école nombreuse 
est disposée à voir Tindice des conditions initiales de tout 
développement religieux. Mais il importe de remarquer, et 
une partie de ma préface a pour objet de le faire, que les 
partisans de cette théorie négligent le côté logique de la 
question dont l'importance est pourtant de premier ordre. 
Par nécessité conditionnelle el intime, toute religion est 
abstraite, c'est-à-dire repose sur des conceptions dont les 
données échappent à rexpérience. Or, l'abstraction religieuse 
n'est et ne saurait être que secondaire; elle procède néces- 



312 



ftEVUË De: L histoire DES RKUGIQNS 



sairement et dans tous les cas de notions concrètes d*où la 
religion est sortie par une voie dont il est facile de retracer 
les étapes. Je me suis efforcé de les mettre en relief et de 
montrer qu'il y a là une condition préalable et^m^ qua non 
de la conception ultérieure du divin et du mystique, lequel 
en raison de la nature même des choses et des procédés 
constitutifs de Tesprit humain, ne saurait être le fruit spon- 
tané et direct de rintelligence et de la raison. 

C'est dire que toute étude méthodique et rationnelle de 
l'origine des religions a pour basela détermination du concret 
dont Tabslrait est sorti. Dans le domaine indo-européen, le 
moyen de dégager en pareille matière le concret de rabstraît 
est tout indiqué* et c'est Tétymologie qui le fournit. Dilesmoî 
ce que désignait primitivement le mot Dieu et je vous dirai 
ce qu'était à son stage originel et matériel la religion de nos 
lointains ancêtres. 

Le même procédé esta employer pour restituer ce qu'on 
peut appeler la préface positive du mysticisme des peuples 
sauvages. La désignation, — le nom» — de tout ce qui se 
rapporte à ce qu'on appelle l'animisme, qu'il s'agisse de 
totems, de fétiches, ou d'objet quelconque des croyances 
irrationnelles, comporte en soi Tindication des causes qui 
ont présidé aux développements des formes de ce culte : l'on 
en aura ainsi le moi, soit qu*il faille y voir une éclosion 
autochthone due aux conditions particulières de la mentalité 
des sauvages, soit et plutôt qu'il convienne de faire une large 
part à des emprunts aux superstitions de Tancien monde 
civilisé ainsi qu'aux idées répandues k la suite de la découverte 
des terres nouvelles par les conquérants, les voyageurs et les 
missionnaires de l'Europe moderne. 

Dans tous les cas, j'oserai indiquer au Congrès comme 
programme relatif à Tune des parties les plus importautes du 
domaine scientifique qui l'intéresse, l'étude logique et étymo- 
logique des termes qui chez les sauvages s'appliquent à 
l'abstrait mythique ou religieux, — animal fantastique, 
fétiche quelconque, âme des choses, divinité proprement 



REMARQUES SDR LE IX* MANDALÂ DU RIG-VÉDA 313 

dite, sans oublier d*y joindre le sorcier ou le prêtre qui sert 
d'intermédiaire entre Thomme et le Dieu. 

Loin qu'il y ait là matière à « fausses ou vagues généralités » , 
j*7 vois plutôt Tobjet de constatations précises et seules 
propres à substituer sur ce terrain, le raisonné et le documenté 
aux conceptions arbitraires ou superficielles. 

P. Regnaud. 



21 



BOUDDHISME ET POSITIVISME 



Mémoire présenlé au Conik'rè^^ Internalmiial de rHisloirc des Retîgîons, 
Je luodi, 3 Bâptcmbre 1901, 



Le bouddhisme compte en Occident des admirateurs, des 
fervents, et jusqu*à des adeptes. Peu de doctrines religieuses 
ont joui d'une plus grande faveur et éveillé plus d'activés 
curiosités. Il n'en est guère pourtant de moins connue* La 
faute n'en est pas au bouddhisme seul : sans doute* la pure 
tradition s'en est perdue sur beaucoup de points^ et qui Ta 
étudié, non sans peine, dans telle civilisation jaune où il 
n'est que placage, ne connaît sous ce nom qu'un ascétiâme 
formaliste, servant de support à une vulgaire dévotion, qui 
tourne parfois à Tanthropolâtrie grotesque; sans doute, là 
même où cette tradition passe pour s'être exactement main- 
tenue, celui qui cherche à la définir se voit incessamment 
rebuté par la complexité au moins apparente des théories^ 
par le verbiage puéril et redondant qui les enveloppe, par 
reffrayantc aridité d'une littérature sacrée d*où ne se dé- 
gagent que bien rarement ratlendrissemenl et Fonclion, in- 
séparables, semblerait-il, d'une prédication de pitié univer- 
selle* Mais le pire malheur peut-être du bouddhisme, — et 
dont il n'est point responsable, — c'est d'avoir formulé 
quelques conclusions assez simplistes, accessibles à la bonne 
moyenne des intelligences, en tout cas familières chacune à 
telle ou telle de nos religions ou de nos phîlosophies> et d'y 
être arrivé par des chemins qui n'appartiennent qu'à lui, des 
chemins détournés et vagues, dont ses itinéraires, hérissés 
de chevaux de frise, gardent jalousement le secret. Comme 



lOUPDBISIfl ET POSITIVISME 



3» 



rexposîlÎQn élMl longue, difficile à suivre, encombrée et en- 
combrante, on a couru d'enabJôe aux conclusions, par où est 
apparue ranalogie évidente du bouddhisme avec le stoï- 
cisme , ou le christianisme, ou le darwinisme, ou tout autre 
urne avec lequel on s'avisera de le comparer, Celait le coa- 
Iraire qu'il fallait faire, si roriginalité d'un système consiste 
en ce qui le différencie de tous les autres^ proposition peu 
contestable; c'était le contraire, surtout, s'il est vrai que ce 
qui importo en philosophie, ce n'est pas ce que nous pen- 
sons, mais commeot nous sommes arrivés k le penser. Ce 
que la connaissance du bouddhisme gagnerait en intérêt et 
en clarté à remploi de cette méthode vraiment objective, je 
voudrais essayer de le montrer rapidement par application 
à l'un des points soi-dii^ant essentiels de son enseignement ; 
le posipvisma qu'il affiche si prétentieusement en t6te de 
son programme, pour le démentir avec tant d'aisaqce à la 



P^fmî les identificalJQps superfiçiellea ou de fantaisie aux- 
quelles le boudcfhisme a dû chez nous bod gré mal gré se 
plier» celle-ci^ que je sache^ n'a pas élé souvent proposée, 
et peut-être ne laissem-t-^He pas de surprendre, tant elle a 
le^ allpfes d'yn paradoxe, sinon d'une gageure. Quel rapport, 
en effet, eptre (es spéculations mystiques sur la mort et les 
renaissancps, et les saches éliminations qui s'évoquent au 
seul sDuvenir du nom d* Auguste Comte? Elle u'est pourtant 
pas p|d8 paradoxale qu'une autre, — mais non pas moins, 



1) Oa n'a admis dans ta documeDtatmn de celte esquisse pbiloBopbîque qm 
lea lextea sidclement caacmiqueB de TÉglise bouddhiste du Sud, sévère gar- 
dienne de la pureté primitiTe, Elle a donc toutes les chances de refléter, sinon 
la pensée du Bouddha Itii-méme, qu'il nous e^t nature lie ment impossible d'at- 
teiodre, tout au moins le mouvement d'idées qui, entre le v* et te m* aiècle 
avant notre ère, s'esl asBOCîé danslTadeàson nom et à sa légende; et c'est )| 
tout ce qui noua importe. De plus» comme il p'y intervient qu'un capoa 
unitaire, oa ne saurait allribuer à de simples divergencep de sectes \p$ poa- 
tradiâtioaa qui j seront relevées. 



3f6 



RSVtJIÇ DE LBISTOIKE DES HKUIjIOEÏS 



nous nous eo convaincrons. — Oui» le bouddhisme est, si 
Toa veut, un posilivisme : Tun a « ses indéterminés n [atyflJcr- 
tant), comme laulre a son « inconnaissable » ouy si on le 
préfère, ses « hypothèses invérifiables » ; et, tenant compte 
de la différence radicale de langage des deux philosophies, 
les données qu'elles s'accordent à écarter du domaine de la 
connaisï^ance se recouvrent et coïncident rigoureusement. 
Cest Torigine ou l'élernité de la matière, l'infini et le fini, 
l'existence d'un principe directeur spirituel et immortel, 
âme de Thomme et de Funivers ; ce sont, en un mot, tous les 
grands problèmes métaphysiques, dont l'Inde a connu, bien 
avant Tapparition du Bouddha, la douloureuse attirance, et 
dont la solution resplendit par éclairs à travers la prose né- 
buleuse et tourmentée de ses Upanishads. Le bouddhisme 
n*hésit6 pas à les proscrire : il débute par là; il les ignore, 
veut les ignorer, leur tourne le dos ; et avec quel dédain ! On 
en jugera par le dialogue du maître et d'un disciple dont la 
confiance s'est un instant ébranlée, mais qui rentrera dans 
le devoir^ un nommé Mrdunkyaputta\ 

« Si le Bienheureux daigne m'expliquer, — soit que le 
monde est éternel, ou qu'il n'est pas éternel, — soit que le 
monde est fini, ouquil est infini, — soit que Tâme et le 
corps sont identiques, ou que Tâme est une substance et le 
corps une autre, — soit que l'homme qui s*est sanctifié 
existe après sa mort, ou qu'il nexîste pas après sa mort, ou 
que tout à la fois il existe et n'existe pas après sa mort^ ou 
qu'il n'est vrai ni qu'il existe ni qii^il n'existe pas après sa 
mort", — alors je mènerai la vie religieuse sous la direction 
du Bienheureux. Mais, s'il se refuse à m'enseigner tout cela, 



1) Majjhifm-Nifsïïya, sutta 63, tn H. C. Warj-en, Buddhism in TmmlaUGns 
(Hîirv&rd University, 1896}, p. il7, — Je Iraduis litlèrstement d'aprèi e«tle 
i^ourÊ^f tne bornant à atlÈnuer ks inlolérables redites. 

2) Et loules ces prapositiooB Ûlandreuses, cotitradicloires bI anllnotniques 
ont déjà èlé répétées à satiéléj dans le môme ordre et les inêmee t firmes, depui» 
le commencement au chapitre, et Je seront ainsi jusqu'à k fin 1 T«l est l'art de 
la composttioa bouddhique. 



BOUDDHISME ET POSITIVISME 



Ml 



je suis déterminé à rabaudonner et à reprendre la ^ie 
laïque. 

" Si le Bienheureux sait que le monde est éternel, qu'il me 
déclare donc que le monde est éternel. S'il sait que le monde 
n*est pas éternel, qu'il me déclare donc que le monde n'esl 
pas éternel. S'il ne sait de science certaine, ni que le monde 
est éternel, ni que le monde n'est pas éternel, qu'il ait dotic 
là franchise alla loyauté de me déclarer qu'il ne le sait point 
et que son intuition ne perce point jusque-là... » 



— <i Mrtluûkyriputta, dites-mol, vous ai-je jamais engagé 
à mener en ma compagnie la vie religieuse en vous promettant 
de vous éclaircir de toutes ces choses? » 

— <ï Non, j*en conviens. Révérend Maîlre, *> 

— « Et» lorsque vous êtes venu h moi pour embrasser la 
YÎe religieuse, m'avez-vousposé comme condilion essentielle 
que je m'engagerais à voua éclaircir de tout cela? » 

— « Non, j'en conviens. Révérend Maître. » 

— « ...Eh bien donc, s'il en est ainsi, qu'avez-voua h vous 
plaindre et h m'entretenir de pareilles vanilés? 

« Mriïuiikyâputlai quiconque dirait ne pas vouloir mener 
la vie religieuse à moins que le Bienheureux ne l'eût éclaire! 
de Tun quelconque de ces points^ il mourrait bien avant que 
le Bienheureux l'en eût éclairci* 

w Et ce serait, ô Mâlunkyripulta, comme si un homme avait 
été blessé d'une flèche toute dégouttante de venin, et que ses 
compagnons, ses amis et ses parents s'empressassent à lui 
amener un médecin et un chirurgien; — mais que lui^ il dé- 
clarât ne pas vouloir qu'on touchât h sa blessure, avant qu'il 
ne sût si celui qui l'avait blessé était un brahmane, un prince, 
un paysan ou un artisan; — oti avant de savoir le nom de 
celui qui l'avait blessé, et le nom de son clan; — ou avant 
de savoir s'il était grand, ou petit, ou de laiUe moyenne; — 
ou avant de savoir s'il était de teint noir, ou jaune, ou ba- 
sané; — ou avant de, savoir de quel boîs était Tare, ou de 
quelle matière la corde de Tare, ou si les plumes qui garnis- 



348 



mWt DE L*mSTOtnE HEB HkLlGtONS 



âaietit la fléché ôtaledt dfes plildies de tautour, de héroti, de 
paon ou de faucon,.. ^> 

Ellescomtïâraisonsdédaigoeuses continuent, g'aectlEiltilent 
et se renforbent, tdutesitupliquant que le disciple a arrêté sa 
vue sur des objets indignes, ou du m6ius oiseui^ )]d'oa tié 
Ini réfiondrâ nùû plus qu*ati fou qui, enveloppe ftat* tiii inceii- 
die, s'amuserait à spéculer sur la nalute dtl feu% el t^Ue le 
Bouddha enfld ilè^'altarde point h ensfeigtieh^at^eiUËâfchb^eâ; 
parce que.,, unum est néteamrium. 

« Oii'^st"^^ donc, ô MrilunkyâpuUa, que je suis venu ex- 
pliquer? J'ai expliqué la misère et l'origine de la misère, et 
annoncé lacessalion de la misère^ et etiâeigné le cheitiiH qui 
mène à la cessation de la misère. Et pourquoi ai-je ènèeigilë 
tout cela? Parce que Celle doctrine est utile, qu*ellé touche 
au fondement delà religion, qu'elle aitlÈfle k sa suite la répu- 
gnance universelle, Tabsence de désir, le hepos, la %%téxi\iê^ 
la connaissance, la sagesse suprême el le birvàna. C'é^l pouN 
quoi je l'ai enseignée « ^ 



Voilà le grand mot proféré, le drapeau noir du bouddhisme 
déployé, et en même temps, dé par sa mystique vertu; nous 
voilà d'un seul coup transportés bien loin du positivisme. Mais 
en réalité nous en étions déjà^ et de|)Uis fort longtemps^ 9ô- 



1) C'est par un tout aulre motif, — puisqu'il n'esl point pessimiste» — mais 
c*eit, somme toute^ exactetnent danels même esprit que NieUsebe écrit [Hu- 
main^ ir&p Humain^ triid. Desrouaseatii, l^p. 27) : u 11 est vrai qu'il p<)îifrtlt 
y avoir un monde métaphysique i la posaibilité absolue s'en peut k peine coft- 
tester... Maie, [de cette poseibîlité] on n^en peut rien tirer, bien loia qu'on puisse 
faire dépendre le bonheur, le salut et la rie, des 61s d'araignée d'une pareille 
possibilité. Car on ne pourrait enfin Ben énûricèr dû monde métaphysique, 
sinon (Ju'il fcst diîfét-ent de nous, dilïïtenbe qui rtous fest Inaccessible, incompré- 
hensible; c« serait ude chose à allributs négatifs. L'existence d'un pareil monde 
fQt-elle des mieux prouvées, il serait encore établi que sa connaissance est d« 
toutes les connaissances la plus indifférente; oui, plus indifférente encore que 
ne doit l'être du n dti gâte iir dans là teiàpêté lit cohnaiâsaiikéde Tàiialysê diliiii* 
qua de Teau, u 



bocddbiswf; kt posmviSMB 



319 



I 
I 



parés par un abîme de spéculation pure, et le lecteur n'a pas 
attendu mon coijamentaire pour s'en apercevoir. Tant se yé- 
rifie, toujours et pattout, cette constatation irréfragable^ que 
le bouddhisme n'a de commun arec les divers systèmes aux- 
quels oil serait tenté da le ramener, que ses conclusions su- 
pôrfibielles et apparentes. 

Envisageons en effet la situation respective du maître ota* 
niscient et du disciple en velléité d'hérésie. Celui-ci demande 
que le Bouddha le satisfasse sUr les problèmes irrésolus ou lui 
fasse Taveu de son ignorance. Dans ce dernier cas, que ferait 
le questionneur indiscret? renoncerai l-il k la vie religieuse f 
ou se tiendraii-il pour satisfait d'avoir touché le tréfond delà 
science de son maître, et n'en demanderait-il pas davahtage? 
S'il en était ainsi, ce serait lui le véritable positiviste, tournant 
résolument le dos à rinconnaissable. Il est difficile de croire 
qu'il en soit venu à ce degré de détachement dfe lé métaphy- 
sique ; et pourtant Ton ne peut s'empêcher de remarquer que ^ 
dans ce prolixe et minutieux déTeloppemènt où toutes les 
alternatives sont prévues et ressassées» le disciple semble ré- 
server sa décision, nb déclare pas expressément qu'il se reti- 
rera si le diaître répond : « Que sais-je? » Mais le maître n'a 
pas même celte suprême ressource : il est le Bouddha; H he 
serait pas le Bouddha, s'il ignorait linéique chhse, lui qui -^ 
nousleverronsàTinstant — passe en savoir toutesles divinités. 
Et ce renfermé, qui en dit si long pdur affirmer qu'il ue dira 
rien» l'appellèl'rtns-nous un sceptique raffiné qui doute dé sa 
propre ignorance* ou un dogmatique convaincu qui fait mys- 
tère dé ses dogmes? Ni l'un ni l'autre, sans doute; mais un 
médecin sur de son art, qui ne veut pas perdre son temps en 
vains propos devant le lit d'agonie dfe son malade j tout ce que 
Ton voudra^ enfin, excepté un stoïque positiviste, écartant 
du geste le problème qu'il a conscience de ne jamais pouvoir 
résoudre. 

Car, chez celui-ci, rôlimination de Tinconnaissafale est 
une méthode scientifique et peut être un superbe effort de 
résignation : il il'est pas impossible, il doit arriver parfois 



320 



BEVÏJE DE LH1ST01KE DES BELmiONS 



qu'elle s'allie à uo désir iotime et profond de le pénétrer, 
qu'alors elle tiendrait en respect. Pour le bouddhiste^ ces 
choses-là, connaissables ou non, ne valent pas qu*on s'en 
occupe, puisqu'elles sont sans intérêt pour le salut et ladéli- 
vranee Rnale;la renonciation à la métaphysique n'est pas 
une règle imposée à rinlelligence par la limitation de la 
nature humaine, mais tout au plus affaire d'hygiène morale 
bien entendue, sa/^esse pratique qui redoute le temps perdu. 

En veut-on une preuve déplus? On verra Jusque dans l'en- 
seignement exotérîque du Bouddha, une certaine méthode 
de dialectique, partout identique k elle-même, tantôt choyée, 
tantôt honnie, suivant qu*elle s*accommode ou non aux fins 
de sa doctrine. 

« Jadis % au temps où Brahmadatta régnait k Bénarès^ le 
Bôdhisattva naquit dans la famille d'un brahmane de ce 
royaume, A l'âge requis, il quitta le monde et se mit k vivre 
dans la retraite, au milieu du flimâlaya; puis il redescendit 
dans la vallée du Gange, où il habila une hutte de feuillage* 
non loin d'un bourg important. Or un certain ascète errant, 
qui n'avait encore trouvé dans toute Tlnde personne pour lui 
tenir tète dans la dispute, passa par ce bourg et s'enquit s'il 
y trouverait quelqu'un à qui parler, et, informé de la pré- 
sence du Bôdhisattva, il se rendit k sa demeure, entouré 
d'un grand concours de peuple, le salua et s'assit devanf 
lui. n Voulez-vous, lui dit le Bôdhisattva, goûter de cette eau 
du Gange^ parfumée des senteurs de la forêt? — Qu*est'Ce 
que le Gange? répondit l'ascète, parlant avec volubilité 
dans sa fièvre d'argumenter. Le sable, est-ce le Gange? 
L'eau, est-ce le Gange? Cette rive-ci, est-ce le Gange? L'au- 
tre rive, est-ce le Gange? — Mon révérend, interrompit le 
Bôdhisattva, si vous supprimez le sable, et l'eau, et celle rive, 
et cette autre rive, comment y aurait-il un Gange? » L'as- 
cète fut quinaud; il se leva et quitta la place. Et, après son 



1) J&taka 244 — Warren, op. ciL, p. 1&3. Ici du moins 1« récit se départ de 
k diffusion habituelle, et l'on y peut même louer une oerUiine vivacité. 




BOUDDFITSME ET l»OSTTIVfS«E 



331 



dépari, son vainqueur — victoire peu chèrement achetée — 
ne manque pas de faire aux assistants une homélie sur sa 
sotUse^ son aveuglement et son infatuation. 

Ou'a-l-il donc fait, ce pauvre ascète? Rien que d'assez 
banal, en vérité ; rien, en tout cas, que le Bouddha ne 3*ar- 
roge le droit de faire constamment, et avec la prolixité la 
plus complaisante, à tout coup quHls*agit pour lui d'asseoir sa 
doctrine fondamentale. « Tes cheveux, dit-il à l'adepte, sont- 
ils ton moi? — Non. — Et tes sourcils? — Non », etc. Suit 
une interminable énuméralion de tous les organes du corps 
humain, recensés du haut en bas... « Tous ces organes, dont 
aucun à part n'est ton moi, peuvent-ils, réunis ensemble et 
totalisés, constituer ton moi?^ — Non. — La forme est-elle ton 
moi? — Non. — El la sensation? — Non. » Suit une énumé- 
ralion également fastidieuse de ce que lapsycholi>gie écossaise 
appelle les facultés de Tume humaine. « Toutes ces facultés, 

I dont aucune à part n'est ton moi, » etc., comme plus haut. 

[ « Donc tu n'as point de moi. » En quoi l'ascète mérile-t-il 
d'élre repris et humilié, qui n'argumente pas avec moins de 

1 correction ni d*élégance? 

I Ahl voici : Tascète n*argumenie point k faux, sans doute» 
mais hors de propos. Gela est oiseux, encore une fois : il 
importe inCniment à l'homme, pour son salut, d'être con* 
vaincu qu*il n'a point de moi ; il lui est tout à fait indifférentp 

, dans celle vue, de savoir s'il y a ou s'il n'y a pas un Gange, 

; L'utilité pratique au regard de la grande et définitive libéra- 
iloUf telle est la vraie et Tunique mesure de la légitimité de 
nos raisonnements, de nos recherches eldenosconnaissances. 

b 

■ C'est à cette banqueroute intellectuelle qu'aboutit ta doc- 
^Irine qui avait débuté par proclamer la souveraineté de la 
science : tous nos maux, disail-elle, procèdent de la seule 
^ignorance; savoir, c'est se libérer ; savoir, c'est être heureux; 
Bel, parce qu'elle a fait de la science^ non le pur et austère 



» »•• 




322 



RBVne DE L'ittSTOTRÊ Dfcs REttGio?rs 



apparemment inulilë ou nuisible! — inâislelpanâcéëducdiif 
souffrant du mal de vivte, la science mécotinae s'ëkl nn^k 
en se dérobant et ne lui laissant d'elle tju'un taiil fantSme; 
liîoti, lui aussi, s*était bru aimé de I^ ^eîrie des dlèOt et 
nVait étfëiiUt|ile la nuée. 

On ne fait point à la seîetice sa part. On dé dît pas, Aé&ïH- 
réniettt 61 d'etnblée : « J'apprendfai ceti, parte que eeeî ^ 
utilÊ; jô veux ignorer cela, parce qlie cela ûë ûëH à rièti >;i 
Là acièhce ^*t une : ce n'est jamais impunément qii'dnU 
miitile. 

Ce n'est pas înipunéoient non plus qu'on s'en exagère 1 
vertu, qu'on la croit capable de rendre les hômndes taèJflèmi; 
ou plds hëtjreu^. Science et bonhëlll- sobl^înon deut lé 
incompatibles, du moins deu:fe quatttitéâ d'ordre dîfrérent ^ 
parraitemfeïit insuperposablés. Qui croît ainst T^xaller la rs- 
baisse encore, car il n'en comprend pas là vraie grandeur. 

El c'est le châtimehl d'une doctrine qui recherché laréri! 
non pout- elle-même, mais pbur a*en faire Un ioatrumentdi] 
règne ou urle voie de salut, — feoitd'ëchouertr<i§éràblé*Deflt 
dans cette partie au moins de son prb^raiïiaie, — sotl ié 
mentir à ses prémisses, en flnissa*ll par implorer h timbleineiit 
ie secours de ces métaphysiques surannées qu'elle ârait 
tées et prétendu remplacer. 

Le bouddhisme d ja pûÈ failli. 11 n'y poUTajl faillir. Il liA| 
fallait tôt ou tard, ou périr, ou satisfaire de son mieux l«i 
nobles cut^iosités de ràd-delà qu'ayail suscitées, satis ga fortt^; 
dernière et la plus parfaite, la sagesse àb^Cods^e des 
brahmaniques. Après donc avoir proscrit de Irèi haul lespro^ 
blêmes ardus où elle se complaisait, le voici qui y revient dé 
lui-même^ par un cheoiin à peine détourné, et, à vrai dut, 
n*ergote plbs que sur ce que nous appellerions eh Jargon 
lemëntaire <i le position de la question ». 

il adrint un jour' qu'un prêtre de ta ékcbèe coa 
se posa cette question : n Où ^t-ce donc qti*Q y a cëtsé! 



« 



I) Digha^imSirti, Xi, 67 (K«t^!lta-ÂM((a] = W'airtn, tf. tU^ 30B. 



i:- -W 



ilÔUB&HlSIfl £T POSITIVISME 



3âà 



complète des quatre éléments qui nous sont perceptibles, 
terre, eau, feu et venl? i>. U est presque superflu de faire ob- 
server que la formule revient à celles de la continuité, de l'é- 
ternité et de rinriDÎté de la matière, qui ont été sans réserye 
éliminéesdudomaioe de la spéculation bouddhique. Ce prêtre 
aventureux n'en est pas moins suivi avec sympathie, dans les 
pérégrinations étranges et lointaines qu'il entreprend à tra- 
vers l'immensité des mondes célestes, à la recherche d'une 
solution de ses doutes. U la demande successivement, — et 
toujours, cela va sans dire^ dans les mûmes termes infatiga- 
blement répétés, — à tous les dieux^ à toutes les classes de 
dieux, jusqu'à ceux de la Cour de Brahma^ qui le renvoient à 
Brahma lui-même, non sans lui avouer, au surplus^ qu'ils ne 
savent otiest Brahma ni de quoi il est présentement occupé. 
Lorsque enfin il Ta trouvé et lui a posé sa question, Brahma 
lui répond : « Je suis Brahma, le Grand Brahma, l'Être Su- 
prême, rinsurpassé, Celui qui voit tout^ le Directeur, le Sei- 
gneur de l'Univers, le Fabricateur, le Créateur, le Chef, le 
Vainqueur, le Régulateur, le Père de tous les êtres qui ont 
été et qui seront*. » 

a Je ne vous demande pas, mon ami, si vous êtes Brahma^ 
le Grand Brahma », etc., objecte le tenace religieux, et il re^ 
vient à sa question, « prêtre, répond cette fois le dieu* 
les dieux qui composent ma cour sont convaincus que 
Brahma sait toutes choses, voit toutes choses, a pénétré 
toutes choses : c'est pourquoi je ne t'ai point répondu en leur 
présence* Mais Je ne sais pas du tout^ ô prêtre, en quel lieu 
il y a cessation complète des quatre éléments perceptibles, 
terre, eau, feu et vent. Tu as forfait et péché, à prêtre, en 
quittant le Bienheureux et cherchant ailleurs la solution de 
la question. Retourne-t'en auprès de Lui, pose-Lui ta qufes- 



1) Ici la nalvel* recherchée de lacoœposiliuïi tourne au coq-à-rAne, elkré- 
poos« du quealionneur, a,vec son séneui burlesque, ne lerait pas déplacée 
dans uîie comédie. Tout cela, en efîet, ne va p&s aanâ quelque malice : il s'agit 
de mettfe en relief règoîâtique ignorance de» (li«u$ du brahmanisme que 600- 
fondra le laTûir universel du Bouddha. 



REVUK DE L HISTOIRE DES REtlGIONS 



tion^ et, comme le Bienheureux le répondra, ainsi crois î 

Voilà donc la science brahmanique mise à quia, et son 
dieu lui-même en fait paisiblement Taveu. Mais le Bienheu- 
reux, à son leur, que va-t-il répondre? Se récuse ra-t-il, ainsi 
qu'il l'a fait toul-à-rheure, non sur ce qu'il est incompétent, 
mais sur ce que la question n'a pas de raison d'être? Poin! 
du tout : il Taccepte, il est en mesure de la résoudre, il la ml 
résoudra; il se borne à faire observer qu'elle était mal posée, ^ 
et il la rétablit. Il fallait demander (en vers) ; « Où est-ce que 
Teau, où est-ce que la terre, — et le feu, et le vent ne trou- ■ 
vent plus aucune assise? — Où est-ce que long, où est-ce que ^ 
court, — et fin et gros, et bien et mal, — et où est-ce que 
nom et forme cessent — et s'abîment dans la nihilîté abso- 
lue? ». 

Réponse : « Dans la conscience invisible e\ infinie ». 
En vérité, était-ce bien la peine de fermer si bruyamment 
la porte h la métaphysique, pour la lui rouvrir ensuite sî 
large? En la proscrivant, par une réaction probablement hai- 
neuse contre les abstractions de quinlessence de la philoso- 
phie orthodoxe, le bouddhisme s'était cru éminemment logi- 
que et pratique. On voit, tout au contraire, combien, en lui 
faisant de prime abord sa place, il se serait épargné d'incohé- 
rences, de témérités et de faux départs. 



En somme, le bouddhisme est incoutestablement une ten- 
tative de * table rase » positiviste contre la spéculation mé- 
taphysique des écoles brahmaniques qu*il a combatlues. 
Mais, ni dans son principe, ni dans sa méthode, ni à plus 
forte raison dans son ultime aboutissant, cette construction 
artificielle ne ressemble à aucun dessyst^.mes plus ou moins 
nuancés de positivisme qu'a édifiés rOccident grec, latin ou 
moderne. 



i 



■ 



BetàMX {Seines ^ janTier i90f 



V* Henky. 



SUR LKS SÀLAGRÂMAS 

PIERRES sucRlis m mmtMi DE riNDE umm mitm m mu tishnod 

Mémoire présenté au Coogrès fntematlonal d'Histoire des Heligiouâ 
le 7 Sflpletnbrc 1900. 



Le sujel sur lequel j*auraî Thonneur d'entreleinr rassem- 
blée, a trait au SrUagrâma, c'est-à-dire h Tespèce de pierres 
qui ODlété adorées anciennement parles Aborigènes de l'Inde 
comme les symboles de l'énergie féminine et qui, dans les 
temps plus récents, sont devenues l'emblème du dieu Vish- 
noa représentant alors le même principe. 

Le curieux extérieur du Salagrâma avec son trou percé 
(ckidra ou dvâra)^ sa conformation spîroïde (cakra)^ ses dîHé- 
rentes coule urs(t^mi^) et ses autres marques caractéristiques 
donnent libre carrière à rétonnement et à la surprise du 
spectateur superstitieux d'esprit indiscipliné, et comme la 
pierre possède une force magnétique considérable, il n*est 
pas surprenant que des propriétés divines ou surnaturelles 
lui aient été attribuées et qu'elle soit regardée comme une 
manifestation de la divinité. Ces particularités ont sans doute 
frappé les habitants de Tlnde longtemps amnt que les Ariens 
reussent envahie et ensuite, à une époque plus avaDcée, elles 
ont attiré aussi Taltention de la race conquérante. Les Abo- 
rigènes de rinde regardaient le Sâlagrama comme représen- 
tant leur divinité suprême, l'énergie féminine, la Prakriti^qui 
est introduite par Kapila dans son système philosophique, 
nommé le Sânkhya^ uneassertion, que je crois avoir prouvée 
dans mon œuvre sur les Aborigènes de Tlnde, Il existe aC' 
tuellement encore des traces de ce culte, car plusieurs sortes 



^ 



326 



REVUS DE l'histoire DES RELIGION» 



de Sâlagrâma sont dédiées au principe de la Sakii, quand elle 
représente le^ déesses Bliavanî et Kunfjalinî, ]l p»f même ad- 
mis que la grande déesse Mahildevï demeure dans le Sâla- 
grâma, 

Le dieu arien Vishnou est vénéré sous la forme d'images 
[vigraf^a]^ paais les piepx Vais}înavas préfèrent Tadorer sous 
la forme de la pierre de Sâlagrâma, quoiqu'il soit représenté 
quelquefois aussi par des bijoux, des peintures, ou par des 
monceaux de grain. L'adoration des idoles est toujours diffi- 
cile et demande une grande attention; parce que la moindre 
erreur ou la plus légère omission exposera Tadorateur à la 
colère de la divinité offensée, qui par exemple sous la forme 
deNarasimha se fâchera pt se vpngera fac|lepent de Fim- 
prudenl adorateur. 

n est très difficile d'affirmer quatid et de quelle manière le 
Sfilagrfima est devenu l'emblème de Vishnou, vu les change- 
ments que Vishnou a subis dans Testime de la population 
arienne de linde. Depuis le moment où il s'offrit aux senti- 
ments reltgieox des Ariens comme un Aditya védique^ plq- 
sieurs fluctuations considérables du dogme religieuse ont eu 
lieu. Sans doute Vishnou représentait dans la trinilé indienne 
la Trimûrtîj le principe conservateur, et la conservation doit 
être regardée comme une des principales qualités du principe 
féminin. Néanmoins il y a un grand abtqae entre l'admission 
de ce principe et l'identification de Vishnou avec l'énergie 
féminine qneles Smârta Brahmanes révèrent en lui. 11 p*est 
pas nécessaire d'insister sur les légendes d^i^s lesquelles 
Vishnou figure sous l'aspect de la belle Mohinî. 

En conséquence du caractère sacré du texte, laplus grande 
importance doit être attribuée à un mantra du fjigvèda (X, 
1844)i (]ui est répété à la fin du rjtuel nuptial, commençant 
par le? mots: « Vishnou formera Tutérus ». Il f^ut noter 
aussi le mantraprasna du Krishna Vajurvéda, p'est-à-dire 
le 5* vers du %x\f chapitre de rSpastâmbasiUra. Vishnou y 
est mentionné avec forgane fémmin. Ce mantra remonte à 
une époque bien lointaine el en conséquence est très impor- 






StJB IM& SALitiRAM^S 



zm 



iani» parce qu'il préparait l^esprît aux modifications plus radi- 
cales de la conceplîou de Vishnou. La teneur particulière du 
texte védique n'implique pas nécessairement que Vishnou y 
soit regardé comme celui qui façonna la Yom, parce que le 
mot sanskrit i5r(ï//?^//am peut exprimer aussi une autre notion. 
Dans le Rudrabrdayopani^ad cependant Vislinou est iden- 
tifié avecl'Uma, Tépouse de Siva, qui est ailleurs expliquée 
comme Targane féminin. Le mantra est répété et adressé la 
nuit de la cérémonie nuptiale aux fiancés, quand ils sont 
mnh sur le Ut nuptial. Mentionnons seulement que dans le 
Yedikaliàga la b^se immédiatement sous le linga est assignée 
^ Visbnou et que Brahma réside au-dessous de Vishnou. 

Cependant qqelle que soit la période dans laquelle l'adop- 
tion du Sâlagrâma comme emblème de Vishnou a eu lieu, il 
eit certain qu'il fut adopté à une date plus récente que le 
liùga, qui probablement était déjà connu des anciens Ariens 
de rinde comme une représentation divine. Le culte du 
lîùga est répandu sur le monde entier^ tandis que le Sa- 
Ugrâm^dpit être originairement confiné dans Ilnde, même 
quand il est trouvé hors de l'Inde, parce que la pierre de Sâ- 
Iftgrâma est un produit particulier k l'Indè. Comme le culte 
de Si va n'était pas toujours lié avec le )i6ga, ainsi la repré- 
sentslion de Visbriou par le Sâlagrâma doit être attribuée à 
une période plus moderne. Je crois que radoptionde la pierre 
de S^lagrâma par les Vaishnavas a été faile pour marquer 
li^ur opposition contre le culte du linga et $i cette hypothèse 
est réelle, remblème des Vaishnavas a dû être adopté plus 
récemment que le liûga ne fut adopté par les âaivas. 

La pierre du Sâlagrâma est dans ses formes (murli) diffé- 
rentes dédiée h des divinités diverses et ces formes portent 
différepts noms. Ces dinérentes formations sont considé- 
rées comme les représentations de diverses divinités, mais 
les Ariens regardent le Sâlagrâma principalement comme 
remblfcme de Vishnou, qui est en effet la seule divinité hin- 
doue actuellement invoquée sous sa forme et qui soit aenséa 
y demeurer. 



328 



lUEVUE Uh LU|8T0IRe DES RELlGtOïtS 



Les Bainigis, ou moines ambulants, font des différenles 
espèces du Sûlagrâmarobjel de leur occupation parlîculière; 
en conséquence ils sont regardés comme des autorités eo ceKe 
matière. Excepté une miuorité insignifiante toutes ces ror- 
mations sont dédiées k Visbnou, et en plusieurs cas plus 
qu'une variété estattribuée à la même divinité. Ainsi il existe 
16 variétés du Sâlagrama consacrées à Krishna, 13 à Nri- 
simha, 12 h Rama, 9 à Narâyana, 6 à Gopâla, 4 respective- 
ment à Karma, Varâha et Sudarsana, 3 à Balarùma, 2 à Vâ- 
mana, Parasurama, Damodara et Vâsudeva. Six et parfois 
plus d'espèces sont attribuées à Si va, 5 à Brahma, 2 an même 
temps à Siva et Vishnou, et une à la Trimûrti» Nara, Sésha, 
Sûrya» Guha, KârtavTryarjuna, Daltatreya, Dharmarâja, 
Ganesa, Laksbmî, Kundalinl et aux cinq diviaités domesti- 
ques, les Pahalyatana murtayalt^ ^ditya» Ambîkâ, Vishnou, 
Ganesa et Mahesvara. Kundalinî ou Sakti est la même que 
Bhavânî, à laquelle sonl attribuées deux variétés du Sâla- 
grama nommées Srîvidyu et MahàkallV 

Le Sâlagrama est trouvé au Népal dans le cours supérieur 
delaGandaki, tributaire septentrional du Gange ^ qui porte 
aussi le nom de rivière du Sâlagrama. La région delà rivière 
où sont trouvées les pierres les plus précieuses et les plus 
elTicaces est nommée CaAranadi et est située 12 yojanas au 
nord de la Gantjakî inférieure. Tout le voisinage est estimé 
et est célèbre pour sa sainteté^ en sorte qu'une visite au Sâ- 
lagrâmatîrtba est grosse d*honneurs. Cependant le puissant 
rûiBharata était désappointé parce qu'il n'avait pas obtenu 
la félicité désirée pendant son séjour dans cette place* La 
GanHakî était connue des anciens sous le nom de Kondo- 
chates, Des légendes variées sont racontées sur laGanijakî qiii 
apparaît sons les multiples formes d'une déesse, d'une Apsanis 
dans te ciel de Krishna, ou de Vishnou^ comme femme d*uii 
Asura, comme rivière, comme idcDtiqueavecTuIasî ou Vrindâ* 
Le Sridevïbhâgavata contient ces légendes dans des places 
différentes. 

1) Voyfti: Original inhabitmU (LoiidoQfCon9UbleoiC%i893)»pp. 34i-35Q« 



I 



SUh us SAXAOnAMAS 



320 



La dérivalioix du mot Sâlagrrinia ou Sitlagrâma est incer- 
laine.Otielques-unsle font venir de Tarbre Sà/ou &Vï/{Shorea 
robu^taouValerîarobusla)et prétendent qu'il signifie une col- 
lection(jmnflf)des arbres, qui croissent en abondance dans le 
voisinage du Sâlagrâmalîrtha. D'autres disent qui! signifie 
Sâragrâva^ la pierre meilleure. Selon une autre dérivation 
Sfda ou Sâra est composé de deux mots sa (avec) et ala ou ara 
(rayon de roue ou spirale) qui sont identiques parce qu'il n'y 
a pas en sanskrit une différence entre r et / : Sâragrâma ou Su- 
lagrâma en conséquence signifierait ators : une collection de 
spirales* D'autres auteurs le rapportent à Tabeille Vajraitîta, 
qui selon une légende a fait le trou et le nomment Sâligrâma 
de ail abeille, possédant un grand nombre de trous. 

L*existence des différents spécimens du Sâlagrama s*eipli- 
que facilement^ quand on sait que la pierre est une concrétion 
beaucoup usée par l'eau contenant des Ammonites el d'autres 
coquilles* Elle est représentée par trois dilTérentes formations, 
par nn caillou non brisé, ou par un caillou brisé de manière 
que le fossile peut être vu à Teilérieur, ou elle est seulement 
un fragment extérieur de caillou^ qui montre dans son inté- 
rieur l'impression de la surface de la coquille qu'elle environ- 
nait auparavant. 

En conséquence de celte différence fondamentale il existe^ 
comme je Tai déjà dit, un grand nombre de variétés, qui sont 
arrangées en diverses classes selon la couleur [vama)^ îa spi- 
rale {mkra)^ le trou {bila ou ckidra)^ la forme (mûrii), la gran- 
deur (sthîilasïihhmavibkeda), la circonférence {parimâna\ et 
la mesure [pramâna\ la base [nsana)^ la ligne {mudrâ), diffé- 
rentes portions {amyava)^ etc. du Sâlagrama. Une autre divi- 
sion est faite d'après leur habitat ou la place de leur origine, 
soit quils appartiennent à l'eau ou à la terre [jalaja ou stha- 
laja), et leurs qualités changent avec cette différence. 

Les principales marques sont les spirales, trous» couleurs 
et formes* Les volutes sont d'une importance extrême; elles 
sont divisées en cellules (mafka) et filaments (kêéara). Les 
derniers possèdent un mérite supérieur, qui est attribué à 

22 



330 



RKVUI DE L HISTOIRE DES RELIGIONS 



Tean à rinlérieurJe la pierre où demeure le fabuleux insecte 
VajrakUa, h \\\x\ est fittribuée la production des trou»\ Il y a 
un© variété considénible de spiralea qui ont la vertu de pro- 
duire des effets variés sur la fortune de ceux qui adorent les 
pierres marquées de cette manière. Un Sâlagrâma peut pos- 
séder depuis une jusqu'à douze spirales. La Cakranadi est la 
rivière qui abonde en spirale» du Sâlagrâma et, selon la lé- 
gende, dee spirales sont aussi gravées sur les têtes, les dos, 
les os des créalures qui y viveut, sur les tiommes aussi bien 
que sur les animaux. Le Salagrama peut être plat, long, petit, 
ovale ou rond, d'une surface rude ou molle* Celui qui e&t 
aussi petit que le fruit d'Amalakï {Emblic Myrobalom] est es- 
timé le plus. Quoique la couleur du Sâlagrâma soit générale- 
ment noire, on trouve aussi des Sâlagramas bleus, violels, 
verts, jaunes, bruns, rouges et blancs, Quant aux trous on 
apprécie le plus les pierres ayant une ouverture dont la lar- 
geur ne dépasse pas un l/8de la circonférence. Un Sâlagrâma 
sans marques n'est pas estimé^ tandis que chaque bon Sâla- 
grâma est respecté comme une place sacrée ou ksketram. Des 
qualiléâ bonnes ou mauvaises sont attachées mystérieusemetit 
aux différents Sâlagrâmas; la môme pierre peut causer la fé- 
licité à un individu et la ruine d'un autre. Ainsi un Sâlagrâma 
doux accomplit les vœux de Tadoraleur, un petit garantit 
une rétiompense céleste, un frais donne du plaisir, un noir de 
la gloire, un rouge une couronne; un Sâlagrâma avec un trou 
large détruit une famille, un autre avec une spirale tortueuse 
inspire de la crainte, celui dont les spirales sont arrangées 
d'une manière inégale cause de la misère, celui d*une couleur 
de fumée rendslupide, tin brun lue la femme de son proprié- 
taire, celui qui a beaucoup de trous rapporte beaucoup. Ce- 
pendant les mêmes vertus ou les mêmes maléfices ne sont 
pas toujours attribués aux mômes pierres. 

Un Sâlagrâma et une plante de Tulasî doivent être adorés 
dans chaque maison^ autrement cette maison est comme une 



t) Voyez: AhùHginalinhaUUinU^ p. 341, 345, 34$. 



S0n LES SAtAGRAMAft 



331 



place de crémation; mais deux Sâlagrâinas ne doivent pas 
èlre révéréB danslaméme maison. Une loi simikireest aussi 
appliquée an lioga. Le Sâlagrâma ne doit être ni acheté 
ni veodu pour un certain prix fixé; ceux qui n'obéissent pas 
à cet ordre vont en enfer. Celui qui fait le présent d*un Sâla- 
grâma passe pour avoir dooné la meilleure part. Il ne doit 
pas être touché ni par un Sûdra, ni par un Pariah^ ni par une 
femme. La pierre sacrée doit être mise k part avec soio dans 
une ctiAsse entre des feuilles de Tulasî et enveloppée dans un 
linge pur. Elle doit être parfumée et lavée souvent; Teau usî- 
lée à cette occasion devient sacrée et peut être bue comme 
telle. Le Sâlagnlma doit être fourni amplement de lait, de 
riz et d'autres ingrédients. On fait cela aussi pour témoigner 
de ses qualités et choisir une pierre propre. 

Le maître de la maison doit offrir au moins une fois par 
jour ses dévotions au Sâlagrftma, soit par ses ablutions ma- 
tinales soit après le commencement du soir. Fermant ses 
yeux, il sonne la cloche pour annoncer l'approche de Vishnou 
et pour avertir les hommes de s*éloigner, parce que le dieu 
va apparaître hors du Sâlagrâma, qui est placé sur un petit 
plat figurant un trône [simhmana]. Il pourvoit de camphre 
les lampes allumées, s'asperge d'eau, l'aspire aussi sur la 
pierre et offre au dieu ses adorations {mantra, arg/u/a.pâdya, 
ûcamanïya^ swînlya, pânîya et annâdikam). Il va trois fois du 
côté droit autour du Sâlagrâma, répète les mille noms de 
Vishnou cl après avoir fini ses prières, il prend sa nour- 
riture. 

L'efficacité delà pierre assure aux pieux Hindous la félicité 
dans ce monde aussi bien que dans l'autre. En conséquence 
le Sâlagrâma est montré aux mourants et Teau versée sur la 
Tulasî est aspergée sur eux à travers le trou de la pierre pour 
assurer aux mourants le bénéfice de mourir à Kàsi. Les pé- 
cheurs mêmes quand ils reçoivent cette bénédiction ont leurs 
péchés remis. Cette cérémonie donne aussi du plaisir aux 
mânes des trépassés. 

Je crois avoir montré dans cet exposé que les pierres nom- 



332 REVUE DE l'histoire DES RBLIGIONS 

mées Sâlagrâma ont depuis un temps immémorial été répu- 
tées sacrées, aussi bien par les antiques Aborigènes que par 
leurs descendants actuels et parles Brahmanes d'aujourd'hui. 

G. Oppert. 



LE BÂBISME EN PERSE 



Mémoire présenté au Congrès international de i'Hisloire de» Religiona 
dans fa séance du 5 septembre 1900, 



Le rapport sur le Bàbisnie en Pêne, que j'ai l'honneur de 
soumellre à votre bienveillante attention, était destiné i 
être lu au Congrès des Orientalistes qui eut lieu Vannée 
passée à Rome et dont j'étais menabre. Ne pouvant pas, à la 
suite de certaines circonstances, me rendre de Téhéran h 
Rome, j*ai peusé qu'il ne serait peut-être pas inopportun de 
donner un résumé de celte élude au Congrès actuel, d'autant 
que la Commission d'org&Tiisation a précisément recom- 
mandé dans son programme Tétude du Bàbisme* Ce rapport 
est le résultat d'une étude personnelle que j'ai faite en Perse, 
en me mettant en relation directe avec les chefs éminents des 
Bâbis, en fréquentant leurs assemblées religieuses et en exa- 
minant leurs livres saints. Comme vous le savez très bien, il 
y a toute unelittéralure sur le Bâbismeet des personnes plus 
compétentes que moi ont publié de très beaux travaux sur cette 
nouvelle religion. Mais, sans vouloir d'aucune fagoii diminuer 
leur valeur réelle, je tiens à déclarer que mon travail est basé 
.sur des faits que j'ai moi-même contrôlés et des renseigne- 
ments que j'aj recueillis personnellement; je tiens à déclarer 
seulement que le secrétaire delà Légation Impériale de Russie 
à Téhéran, M. Batouchkof, à qui je m'étais adressé, en le 
priant de me montrer le seul dossier officiel qui existe à cette 
Légation concernant Texécution du Bàb, en i8o0, m'a fourni 
quelques renseignements* Ce rapport sera peut-être publit^ 



334 



nEVV'E OE L HISTDIHE DKS RKLlGlOHS 



inlégralemenl, c'est pourquoi je me borne à vous en donner 
seulement un résumé. 

Vous savez, Messieurs, que la Perse actuelle, ce débris 
déplorable de Tancien royaume Iran-Touran, jadis si glo- 
rieux, confesse la religiou musulmane chiite. Le Chiisme qui 
prêche qu*aprè8 les douze imams la porte (ùdùj de la science et 
delà vérité a été fermée aux hommes, a engendré plusieurs 
âactês et hérésies, dont plusîieurs, par exemple, les sectes des 
Soufis^des Dawudis, des Dâhris.des Ali-Allahis,continuent jus- 
qu'à aujourd'hui leur existence ; mais aucune d'elles n*a atteint 
un si grand développement, n'a eu un aussi ^rand nombre 
d'adhérents et d'affiliés que le Bâbisme.ou le Béhaïsme, carie 
nombre des Bâbis est calculé actuellement h 3.000.000 eu 
Perse et à 2.000,000 au Caucase, dans les pays transcaspiens^ 
à Boukhara, en Asie Centrale et en Asie Minetire parmi les 
musulmans de ces contrées, qui sont au nombre dea.OO(».000 
environ. Comme la population totale de la Perse est évaluée 
à 7.000.000, il en résulte que la moitié de la population de 
la Perse confesse, quoique en secret, le Bâbisme et il n*y a 
aucun doute pour ceux qui ont visité la Perse ^ qui se sont mis 
en contact avec la population persane, que le Bâbisme est la 
future religion de la Perse, carte Bàliisme est la réaction, la 
protestation contre le régime aaservissant, contre l'oppres- 
sion morale que Tlslam a exercée et exerce sur l'esprit du 
pauvre peuple persan, d'ailleurs si intelligent, si pacifique 
et si capable de culture humaine, comme peuple de la race 
arienne. L'islam chiite par ses idées antihumûines, rétrogra- 
dea, par son principe « que la porte de la science et de la 
vérité est fermée pour toujours aux hommes depuis les douze 
imams *» , par son dédain et son mépris des autres nations et des 
sciences profanes, est parvenu à jeter la Perse el le peuple per- 
san dans un état d'appauvrissement économique, moral et 
intellectuel vraiment déplorable. Le joug de l'Islam a été tel* 
lement écrasant, qu'il est devenu insupportable et voilà le BA- 
bismô qui s*élève avec véhémence contre ce joug, en dres- 
sant contre lui deux principes — * Ihtihade et Utifak (Unité et 



4 
I 

I 

a 

i 




.E BABISME B?l PEHSE 



335 



Solidarité) — car, en ces deux principes consiâteat les doc- 
trmes essentielles du Bàbisme, principeâ qui sont diamétra- 
lement opposés auK principes de riBlam* 

Le Bâbisme a pris naissance en 1844. Son fondateur a été 
un jeune homme, Mirza-Ali-Mouhamjnède, né à Chiraz eti 
I819et exécuté en 1850, à l'âge de trente-un ans^ par l'ordre 
dureuNâssrëdiDe-Cbah.IleslsurnomméBâb, parce qu'un jour, 
quand les théologiens chiites^ les seïds et oulémas afhrmtiienl 
que la porle de la science et de la vérité est fermée^ le jeune 
M(r7.a-Ali s^écria : (< Non, la porte (Bâb) de la science et de la 
mérité est ouverte et c'est moi qui suis cette porte^ ce Bâb ». 
Ce mémorable jour, le 5 djémadi ewél 1260 de rilégire (12 
mai 1844), est le jour de la révélation ou de Torigine du 
Bâbisme, ou le Zouhout\ comme rappellent les Bâbis, qui le 
fêtent chaque année. Dès ce jour, le jeune fondateur fut re- 
connu comme Bâb^ porte, par laquelle Dieu révélait aux 
hommes la vraie science et la vérité, méconnues jusqu'alors. 
Bâb était âgé alors de vingt'-cinq ans. Tous les malheureux 
opprimés par Timmoral clergé chiite, tous ceux qui avaient 
soif de la vérité, de la lumière^ accoururent de tous les coins 
de la Persévéra le nouveau Mahdi,vers le Bâb, pour entendre de 
sa bouche la vérité que Dieu voulait enfin révéler aux hommes. 
Le mouvement prit une si grande extension, que le clergé 
chiite se crut ébranlé et fil appel à Mahmède-Chah pour mettre 
fin à Thérésie et punir sévèrement rhérésiarque. La Chah eut 
recours tout d'abord aux moyens paeitiques; il délégua à Chi- 
raz le grand moue htaide (pontife) de Téhéran, le chef delà hié- 
rarchie chiite, réputé grand théologien et savant, le Seid 
labya Darabi, avec une grande âuite d'éminents docteurs en 
théologie^ pour une discussion religieuse. Darabi était aûr 
que dans la première séance même il parviendrait à démon- 
tn;r au peuple que Bâb était un faux Mabdi^ un charlatan et 
un violateur des dogmes saints de risl&m, digne d^ètre lapidé. 
Mais quelle fut la stupéfaction de Mahmède-Chah, de ses 
vifirs et des mullas, quand après quelques séances Darabi 
déclara que Bâb était le vrai Mahdi, attendu par les fidèles 



336 



REVUE DE L HISTOfRE DBS RELI6I0MS 



et l'onvoyé du toat-puîssant Allah pour prêcher la vérité. Da- 
rabi non seuleine?il se démit de ses fonctions sacerdotales» 
mais en vrai et zélé apôtre commença à parcourir la Perse 
el à prêcher les commandements de Bàb. Le scandale pour 
rislam el le clergé chiite était immense ; le clergé lança les fou- 
dres de ranathème contre tout chiite qui donnerait son adhé- 
sion & la nouvelle hérésie ; le gouvernement déclara que tous 
les biens d*un musulman suspect d'être favorable aux idées 
bûbîstes, seraient confisqués ; le clergé alla plus loin : il prêcha 
que tuer un Bâbi, c'est commettre un acte agréable à Allah 
et le meurlrier en récompense jouirait de toutes les délices 
réservées aux vrais moslims dans le paradis. Mais la persécu- 
tion comme toujours donna des résultats tout à fait contraires 
h ce que l'on attendait; le nombre des prosélytes augmentait 
chaque jour, chaque minute; après Darabi, le mouchtaïde 
de la ville de Zendjan, Molla-Mamed-Ali, un des célèbres 
oulémas de Perse, se déclara disciple du Bâb, ainsi que 
d'autres émioents mullas à Khorassan, h ArdébiL Mais un 
cas qui fil la plus gnmde sensation et donna une impulsion à 
la propagande du Bâbisme parmi les femmes persanes, ce fut 
le cas de la jeune fille du célèbre moucbtaide de Kazvine, ville 
ofi sont concentrées les écoles Ihéologiques chiites, très 
vénérées des musulmans. La jeune héroïne, nommée Kour* 
mi-ei-ai/né (lumière des yeux), fut la première femme per- 
sane musulmane qui se révolta contre le joug de Tlslam el 
défendit les droits de la femme; elle rejeta le voile ou le Ichar- 
chave traditionnel, parut devant le public le visage découvert, 
chose inouïe jusqu'alors, el lut des vers, des chants composés 
par elle-même en Thonneur de la liberté et de Tégalilé de la 
femme et de l'homme. Ses chants et ses vers, d'une facture 
littéraire très soignée, sont lus el admirés jusqu'à aujourd'hui. 
Son éloquence, le zèle et l'ardeur profonde qu'elle mettait à 
prêcher dans les rues de Kazvtne la nouvelle doctrine et sur- 
tout sa merveilleuse beauté lui attirèrent des multitudes de 
prosélytes, et quand son oncle, sucesseur de son père dans le 
rang de mouchtaïde de Razvine, la maudit et Texcommunia, 



LE nABISME EN PERSE 



337 



Kourrat-el-ayné fut obligée de quitter la ville; mais un Bâbi 
trop zélé et admirateur de son talent et de sa beauté la vengea 
en tuant son oncle, qui fut élevé par les chiites au rang de 
martyr. Kourrat-el-ayué fut emprisonnée à Téhéran et lors 
des grandes persécutions des Bâbis en 1852, décapitée par 
l'ordre de Nassrédine-Chah et son corps jeté dans an puits. 
Ses œuvres littéraires, des chants religieux, des vers d'une 
allure ciystique*philosophique, sont imprimés et font l'admi- 
ration des Bâbis, même des musulmans. 

Comme le mouvement prenait un caractère dangereux, le 
gouvernement persandonnaFordre d'arrêter Bâb;il fut envoyé 
à Tauris, emprisonné dans la citadelle Tchehrik* Bientôt, le 
directeur de la citadelle et les gardes se déclarèrent aussi 
bâbisles. Alors Bâb fut envoyé cl Makou, un khanat limitro- 
phe de la Transcaucasie ou de l'Arménie russe. En prison 
Bâb ne cessait d'écrire et d'envoyer à ses disciples ses com- 
mandemeuls, ses révélations et ses commentaires sur la 
Bible, rÉvangile et le Koran. C'est en prison qu'il écrivît les 
livres saints — le Baytm, V Ahmn-Qul Kassassié^ le Kitahe- 
Hûtjakil et d'autres, en arabe et en persan. 

L'emprisonnement du Bâb irrita ses adhérents qui de tous 
côtés de la Perse se rendaient en foule à sa prison pour le 
visiter; il y eut des troubles à Khorassan, à Hazandaran, à 
Chiraze, à Zendjan ; les Bàbis furent obligés de se protéger les 
armes à la main et de lutter contre les soldais; à Zendjan, la 
lutte entre les Bâbis, assiégés dans un quartier, et les trou- 
pes du gouvernement dura neuf mois. Un grand nombre des 
révoltés fut tué. A la fin, le gouvernement» croyant que les 
troubles et la révolte seraient apaisés si le chef des Bàbis dis- 
paraissait, donna l'ordre de Texécuter. Bâb fut exécuté avec 
un de ses disciples à Tauris, le 27 juin 1850, au début du 
règne de Nassrédine-Chali, Mais la mort du fondateur de la 
secte n*amena pas l'apaiseraenl désiré: l'idée faisait de plus 
en plus de grands progrès et trois Bâbis poussèrent le zèle et le 
fanatisme jusqu*^ tenter de tuer le nouveau Chah, Nassrédine, 
pour venger par là la mort de leur maltrt> et faire cesser 



338 



REVUE DE L HISTOIRE DES Rt^LlGlOPSS 



les persécutions, L'aUentat na réussit pas; une persécution 
générale commença contre les Bâbis, doot plusieurs furent 
martyrisés en des supplices affreux. Nous devons dire que 
Nassrédine Cti&h fut un persécuteur des plus cruels des Bàbis 
et c*esl seulement pendant les dûrnières années de son règne 
que cette répression sanglante cetssa, grâce aux démarches 
eutrepriseâ par les légations russe et britannique. Le Chah 
actuel» Mouzaffereddine, ne suit pas l'esemple de son père et 
le Bâbisme» quoique ioterdit officiellement, est toléré et les 
persécutions ont tout k fail cessé. 

Après la mort de Bâb, sa doctrine commença à se propager, 
mais sur la question qui devait être son successeur il y eut un 
dissenliment et les Bâbis se partagèrent en deux partis. 
Imtnédiatement après la mort du Bàb, Jes Bâbis reconnurent 
comme son successeur son premier disciple, le jeune Aga* 
Seïd-lahyat trèi^ aimé par Bâb» et auquel il avait donné le 
suruom de SuMe-Ezél {Ib matin derÉternité)\ mais le frère 
alrié d'Ezél, Minza-Houssein-Ali^ surnommé ultérieurement 
Béha, fit prévaloir ses droits à la succession du Bàb, en décla- 
rant que Bâb lui-même l'avait sif^nalé spécialement comme 
son successeur^ et que Thomme indiqué par Bâb dans une de 
ses expressions MemQnzhf-rouh-lmuiiûh (rhomnie à qui Dieu 
révélera) c'était lui-même. Par conséquent, les Bdbisse parta- 
gèrent en ffehâùeiEzalis; il s'engagea une vive polémique 
entre Béha et Ezél, qui acusait Béha d'avoir modifié biS doc- 
trines et le^ commandements du maître Bâb, tandis qu'il 
tenait à conserver et h exécuter strictement les principes 
prêches pai' Bâb, Maïs peu à peu Béha réus^sit à prendre 
la prépondérance, en évoluant, modifiant» réformant la 
doctrine du Bâb, et aujourd'hui c'est le Béhaïsuie qui est 
considéré comme le vrai BAbisme et confessé presque par 
tous les Bâbis, puisque le nombre des Ezélis est tellement 
diminué, qu'il n'atteint pas m^me le chiffre de 10,000, Je 
dois dire que Béha, réfugié à Bagdad lors des grandes persé- 



1) Eîél était né en 1830. 



Le BABISME EK PERSE 



339 



culinnsj fut exilé par le gouvernement ottoman, sur la de- 
mande dugouvertiement persan, k Akka (Sairtt-Jiiftn-d'Acre), 
d*oti il gouverna pendant quarante-deux ans les Bâbis, comme 
vrai fondateur et ctief de la nouvelle religion, puisqu'il démon- 
trait même que Bâb était seulement son précurseur, comme 
Jean-Baptiste celui de Jésus et même il prétendait dans ses épi- 
Ires adiesséBsaui fidèles, qu llétaille Père, dont il êst ques- 
tion dans rÉvangile, quand Jé^us dit : »Le Père qui est au ciel 
viendra ** « C*esl moi, dil-il, la Vérité qui est attendue par le 
genre liumain. » 

Béha mourut en 1892 en désignant comme successeur son 
fllôainé Abbas-Efeddî, surnommé Komne-Azem (la grande 
branche), qui gouverne aujourd'hui satis rivât les Bâbis, 
puisque Ezél, exilé aussi parle gouvernement ottoman dans 
l'Ile de Chypre, à Famftgou3ta,oti il vît encore, âgé de soixante- 
diiuns, a abandonné toutes ses prétentions. Lesépttres que 
Abbas-Kfendi envoie périodiquement aux Bàbis, appelées 
mssaféî'simm (épllres sur la politique) démontrent qu'il suit 
strictement tes principes de son père. 

Voilà, Messieurs, l'histoire de l'origine et du développe- 
ment du Bâbisme. 

Il me resle encore à parler des doctrines du Bâbisme, mais 
pour montrer quel était le Bâbisme à rorigine, quelles varia- 
tions il a subies et quel estle Bâbisme actU6l, ou Béhaïsme, je 
dois dire que le fondateur BâtJ n a pas pu se dégager de plu- 
sieurs traditions de Tlslaln. La révolution effectuée par lui 
dans la religion musulmane sait ménager certains principes 
fondamentaux de la religion de Mohammed. Ainsi : 1) Bàb 
donnait la préférence à la langue arabe, daùs hiquelle est 
écrit le Koran et qui est considérée comme sacrée par les 
musulmans; S) Bâb prêchait qu il faut conquérir aussi le 
royaume de ce monde, qu'il faut propager la nouvelle reli- 
gion par la force; en cela il ne faisait que suivre l'exemple de 
Mohammed; 3) il recommandait le Aârf/V-pèleriiiage ; 4) 11 
défendait sévèrement Tétude des langues étrangères, surtout 
des langues mortes ; dans le Bédane il recommande de brûler 



âio 



mVVZ DE L Hli^TOmï: DKS REUfilOMS 



les livres profanes et de oe paséludier les sciences profanes : 
5) il manifestait le désir de ne tolérer aucun individu de reli- 
gion différente dans le fui tir royaume des Bâbis. En résumé, U 
tendait non pas A substituer à Tlslamune nouvelle religion, 
mais seulement à réformer la religion prêchée par Mohana- 
medp 

Mais Tœuvre de son successeur Béliafut toute une révolu- 
tion qui renversales fondements de l'Islam, Il dota le Bâbîsme 
d'un caractère cosmopolite, d'un esprit très libéral, humani- 
taire et philanthrope. 11 tendit à modifier le Bâbisrae, en sorte 
qu'il pût ôtre Ib terme de l'évolution de toutes les religions 
et s*il n'a pas réussi en cela complètement (puisqu'il lui man- 
quait l'étude de Thisloire des religions et qu'il ne connaissait 
que les religions de Moïse, de Jésus et de Mohammed), du 
moins la doctrine prêchée par lui, le Bébaïame, est-elle une 
des doctrines les plus altruistes. D'ailleurs, vous allez juger 
vous-mêmes. Voici l'essence des dogmes du Bàbisme, tels 
qu'ils sont développés dans les livres saints ou " Kitabe-Ag- 
desse », écrits par Béha» ainsi que dans ses autres instruc- 
tions, I/can, Kitabe-Mouinné, une épltre adressée aux rois. 
Citons aussi les livres saints, écrits par ^Ah^X^ Beyanne.VAh- 
san-onl-KaMûse el le KUabe-HeyakU. 

DeuK principes constituent la base du Bàbîsme, Ikîihade el 
luifak, Solidarité el Unité (du genre humain). Le but du Bâ- 
bismc est le <t règne des coeurs >»; par conséquent, aucune 
conquête, aucune domination el aucune adhésion aux idées 
politiques. Tous les hommes sont égauî et frères; il n'y a ni 
grands, ni petits, ni nobles, ni plèbe. Tous les hommes sont 
enfants d'une même grande patrie, la Terre; il n'y a pas de 
patrie spéciale {par conséquent l'idée de patriotisme n'existe 
pas chesfles Bâbisetc'esll'idée de cosmopolitisme qui domine 
chez eux), A ce propos Béha dit qu'il vaudrait mieux que 
toutes les nations, tout le genre humain eussent une languo 
el une écriture universelles. Toutes les nations sont bonnes 
devant Dieu ; il n'y a pas d'éliles, il n'y a pas de peuples élus, 
comme prétendent les juifs et les musulmans; il n'y a aucune 



LE BARISME ES FEHSE 



m 



différence erUreles races humaines; blanche, nègre, jaune, 
toutes sont égales. La femme est respectée ei jouit de ses 
droits; le mariage ne peut être contracté sans le consente- 
ment des jeunes gens. La monogamie est recommandée; 
seulement en cas de la stérilité de la femme, l'époux peut 
prendre une deuxième femme, sans répudier la première; le 
siga^ ou le concubinage est interdit. Si Tépoux veut voyager 
ou s'absenter de la maison, il doit avoir le consentement de 
sa femme, autrement celle-ci, après avoir attendu neufmois, 
est libre et peut se marier avec un autre homme. Le divorce 
â lieu en cas d'adultère. La femme peut avoir une propriété 
individuelle. La succession est divisée en 2.520 lots et parta- 
gée en 7 parts; la première part, composée de 540 lots, re- 
vient aux enfants du défunt, sans aucune diflïrence entre gar- 
çons et filles; la seconde, composée de 480 lots (60 lots de 
moins que la première)» à la veuve; la troisième, composée 
de 420 lots, au père; la quatrième, 360 lots, à la mère; la cin- 
quième, 30 J lots, aux frères; la sixième, 240 lots, aux sœurs 
et la septième, 180 lots» aux professeurs des enfants* Si un de 
ces successeurs n'eiistepas, un tiersdeleurpartestdonnéaux 
enfants, et les deux tiers à la« maison de justice » ou « Belle- 
Adlié ». C'est une institution ou une commission, composée 
de 10-20 membres, élus parmi les plus vénérées personnes de 
la communauté, pour prononcer la justice, pour gérer les 
affaires de la communauté, pour avoir soin de Téducation 
des orphelins et des enfants pauvres, puisque les parents sont 
tenus de donner une instruction soignée à leurs enfants. S'ils 
sont trop pauvres^ c'est le Beite qui s'en charge. 

Selon la prescription de Béha, qui dit aux Oâbis : <( 11 n^y a 
pas de patrie pour vous, tout l'univers est votre patrie, puisque 
vous êtes les fruits et les branches d'un même arbre », le ma- 
riage entre Bâbis et gens d'autre nationalité est permis. L'es- 
clavage et la traite d'esclaves sont sévèrement interdits. 
L'élude des sciences profanes et des langues étrangères est re- 
connue indispensable. La foi au fatalisme n'existe pas dans le 
sens que comprennent les musulmans ; tout ce qui est naturel 



344 



REVUK DE L UISTOIRE DES EELlGlOffS 



venir et connaît ce monde seulement après sa naissance^ de 
même l^homme connaîtra la vie future après sa mort. Quand 
un homme meurt, on lave le cadavre, on l'enveloppe dans six 
morceaux de toile ou de soie (la soie est préférable) et le 
mel dans un cercueil de crîslal ou de pierre, ou de bois^ 
mais le cristal est surtout recommandé. Au lien du baptême, 
les Bâbis n'ont qu'une courte prière qu'ils disent à roreille 
do nouveau-né, six ou sept jours après la naissance et par la- 
quelle ils implorent la bénédiction de Dieu sur le nouveau 
venu* 

Certes, il y a bien des légendes^ inventées par la malveil* 
lance, le fanatisme des musulmans, sur les Bàbis^ sur Bâb et 
Béha, mais Télude approfondie des livres saints met à néant 
toutes ces légendes, et déjà de ce rapport que vous avez eu 
la patience et la bienveillance d*écouier, vous concluerez avec 
moi, que le Bâbismet se basant sur des idées altruistes, huma- 
nitaires et pacttiques, n*a rien de commun avec Tlslam et, 
selon mon opinion, répond mieux au caractère et aux aspi- 
rations des Perses ariens. Le Bâbisme est regardé comme la 
future religion de la Perse et ce sera, à mon opinion, un grand 
bonheur pour ce pays. 



Il* AnAicÉUAPf. 



Ik LÉGENDE D'ALEXANDRE-LE-GRAND 

CHEZ LES ARMÉNIENS 



Communicalions railes au Congri^s International d'Histoire des Religioas 
les 3 et 5 septembre 1900 



Le programme de la GooiiiiissioE d'organisation recom- 
mande à la Section de Fhîsloire des religions dites sémiti- 
ques, Téttide de la légende d'Alexandre-le-Grand chez les 
Arabes. 

i'ai recueilli la légende du conquérant macédonien sur les 
lèvres et dans la presse ethnographique de mes compatriotes 
arméniens, dont le pays, traversé jadis par ses phalanges» 
n'est pas éloigné de celai des Arabes. 

Un Arménien illettré, qui ne connaît pas Tarabe et qui est 
aujourd'hui octogénaire, m*a raconté, à Constantinople, ce 
qu'il avait appris de son grand-père, né à Eguin {Arménie 
Mineure), au sujet du héros macédonien et de sa fille, car 
Alexandre-le-Grand ou plutôt Iskender ou Iskandar a une 
fille dans la version arménienne de sa légende. Je ne crois 
pas inutile de donner une traduction littérale de cet intéres- 
sant récit : 

Le roi Iskender avait conquis la terre et rendu tributaire la 
mer. Le tribut que lui paya celle-ci consistait en buffles, 
qu'elle poussa de ses entrailles sur ses rivages ; c'est pourquoi 
les buffles nagent encore si bien dans Teau et s'y plaisent tant. 

Gtiaque fois que le roi Iskender avait à livrer une bataille^ il 
buvait de Feau d*immortalité, tirée de la graine de Taih 

23 



3W 



llgV0£ DE LSISTôlRE DES HEL4GI0KS 



Il ordonne un jour à sa fille de lai apporter le flacon qui 
contenait ce liquide. Elle eut la curiosité de le goûter et but 
même tout le coatenu, L& roi Iskender, qui habitait alors sa 
maison d*élé, située au bord de la mer, entre daus la chambre 
de sa fille et est saisi d*une grande colère à la vue du flacon 
vide. 11 tire son épée et court à sa Hlle^ qui, frappée de ter- 
reur, se précipite de la fenêtre dans la mer, où la moilîé de 
son corps fut transformée en poisson, et où elle vit encore et 
vivra éternellement (depuis ce jour, l'ail a perdu sa graine, 
et on le fait pousser en plantant sa gousse}. 

La fille du roi Iskender se marie avec les poissons ; de là 
les êtres moitié homme et moitié poisson. Pourtant, elle pré- 
fère la société des hommes et cherche à les attirer. La belle 
enfant s'assied la nuit sur un rocher et peigne en silence sa 
chevelure d'or; eUe porte en général une robe bleue. EUe 
poursuit les vaisseaux et les nageurs, et lorsqu'on descend 
dans la mer un seau pour y puiser Teau, elle le saisit et le 
tire à elle, afin d'attraper la personne qui en tient la corde ; 
mais elle s'enfuit en tremblant si on lui crie : » Voici le roi 
Iskender qui arrive! »> 

M. Ë. Lalayan, professeur au séminaire Nersissîan de Ti- 
fiis, est le plus éminent folk-loriste que l'Arménie ait encore 
produit. Il publie dans cette ville une revue ethnographique, 
VAzgat/racan Bondés^ qui ne pâlirait pas auprès des meil- 
leures publications analogues de TEurope. J'en traduis dent: 
légendes sur Alexandre-le-Grand, recueillies par les Armé- 
niens du district de Zanguézour, en Arménie russe. 

Voici la première, qui ofTre une variante de la légende du 
roi Midas et qui est également répandue parmi les Turcs du 
district : 

Alexandre-le-Grand avait une corae k la tête. Atin de ca- 
cher au public cette difformité, il faisait décapiter immédiate- 
ment les coiffeurs qui lui taillaient les cbeveui. Un coiffeur 
échappe à la mort, en jurant de ne révéler à personne ce se- 
cret. Mais il ne tarde pas à comprendre qu'il lui serait impos- 
sible de se taire ; il a mal au ventre et commence à gonfler. 



LA LÂGKSDË d'aLEXA^IIJRE-LË-GRAND 



341 



N'ayant plus la force de résisLerf il se reod dans une pialae, 
se peoche au-dessus d'un puits et murmure ces mots : a Is- 
kandar a une corne à la tête ». La colique cesse aussitôt, en 
même temps que le gonflement. Pourtaot, un roseau sort 
bientôt du fond du puits et parvient à une hauteur nAseï con- 
sidérable. Un pâtre coupe ce roseau et en fait un sifflet. Dès 
qu'il se met à s'en servir^ le siftlet répète simplement et clai- 
rement ces mots ; « Iskandara une corne à la tête. » 11 arrive 
qu'AJexandre-le-Grand passe par là, en allant à la chasse, et 
entend ces paroles du sifflet. Il fait mander aussitôt le coif- 
feur parjure ei lui reproche avec colère d'avoir si peu gardé 
son secret que les pâtres mêmes le chantaient sur les toits. 
Le coiffeur jure qu'il n'en a parlé qu'au puits, mais Alexandre 
ne veut pas le croire et ordonne de lui trancher la lête. 

Voici la seconde légende : 

La mère d'Alexandre-le-Grand s*amourache d'un roi que 
les siens avaient fait prisonnier et qui était un grand sorcier* 
Celui-ci se transformait en dragon chaque foisquUl se rendait 
chez la reine, afin de cacher leur amour. C'est de ce sorcier- 
dragon qu*e3t né Alexandre, Pourtant, le roi finit par conce- 
voir des soupçons, ce qui oblige le sorcier de s'enfuir en Ar- 
ménie, où il vit dans la retraite^ au pied du mont Ararat* Sa 
réputation de sorcier se répand bientôt dans beaucoup de 
pays, et lorsque AIexandre-le*Grand arrive en Arménie, sa 
renommée vient jusqu'à lui, et il désire le consulter sur Tissue 
de ses expéditions. Mais, avant de lui poser cette question, il 
veut mettre sa science à l'épreuve. 11 lui demande de quelle 
main il recevra la mort, lui sorcier, ^ Je succomberai à Tépée 
de mon propre fds >*, répond le sorcier d'un ton assuré. Indi- 
gné de ce ton, Alexandre tire son épée et lue le sorcier. Ce- 
lui-ci déclare, au moment d'expirer^ que sa prévision s'est 
réalisée, puisque Alexandre est son propre fils. 



Le lendemain même de notre première réunion, où nos 
distingués collègues MM- Senart, de Gubernatis, Oppert et 



348 



RI^IJE DE LHiSTOIRK DBS HELIGtO.SS 



Arakéliaa me recommaudaienide poursuivre mes recherches 
sur la légende d'Âlexandrele-Grandcher les Arméniens, j'ai 
eu la bonne fortune de recevoir une lettre de M. Lalayan, 
réminenl folk-Iorisle cité dans ma précédente communica- 
tion, M, Lalayan m'annonce qu'il vient de découvrir chez les 
Arméniens du district de Lori, quil parcourt depuis trois mois 
pour recueillir des matériaux de folk-lore, de nouvelles lé- 
gendessur le héros macédonien. 11 me communique ces lé- 
gendes, qui me paraissent beaucoup plus intéressantes que 
celles que j'ai eu Thonneurde soumettre à votre appréciation. 
Aussi, me suis-je empressé de traduire fidèlement le texte 
arménien, afin de me conformer aux vtEui exprimés dans 
notre séance d'avant-hier. Voici ces légendes inédites : 

Alexandre Makédanos conquit le monde de la lumièrei et 
ordonna de mettre à mort tous les vieillards* Peu après ^ il se 
proposa de faire la conquête du monde des ténèbres, et se re* 
procha amèrement d'avoir exterminé les vieillards, dont les 
conseils auraient pu lui être utiles pour mener abonne fin sa 
périlleuse entreprise. Convaincu de la sincérité de son repen- 
tir, un jeune homme lui déclare qu'il a caché dans un puits 
son vieux père, afin de le soustraire au massacre. Alexandre 
fait mander le vieillard et lui demande un conseiL « Vous et 
vos soldats, lui dit celui-ci^ vous devez pénétrer dans le monde 
des ténèbres, montés sur desjuments. Au moment d'y entrer, 
vous devez laisser les poulains dans le monde de la lumière. 
Les juments viendront chercher leurs petits, et vous ramène- 
ront ainsi parmi nous. » Alexandre suit cet avis et réussit a 
faire la conquête du monde des ténèbres. 

Ce même vieillard conseille à Alexandre de répandre du 
goudron à la surface de la mer et d'y mettre le feu, afin de 
forcer les poissons à lui payer tribut. Ceux-ci sortent de la 
mer une pâte et la donnent à Alexandre, le priant de la faire 
cuire et de la manger. Alexandre remet la pâte à un boulan- 
ger, et lui ordonne de la cuire bien soigneusement et de ta 
lui rapporter au plus vite. Le boulanger se met à Tœuvre 
avec mille précautions^ mais k pâte est brûlée, carie diable 



tk LÈfiFNDÊ D*ALeXÂ^ÎDnË•Lr*GBA^D 



349 



aime à déjouer les précautions de rhomme. Le boulanger en 
esl désolé ; il offre la pâle à un pauvre qui lui demandait 
laumône» et fait cuire une autre pâle^ qu'il se hâte de porter 
à Alexandre. Dès que le mendiant mange la pâle brûlée, il 
se sent comblé de sagesse et comprend le langage des herbes 
et des tleurs. C'est lui qui est devenu le célèbre Lokmau. 



Quant Alexandre vînt au monde, il se leva aussitôt et se 
mit k courir dans ta chambre, pour en saisir les murs. Il aaî* 
sit les trois murs et se dirigea vers le quatrième ; mais Dieu 
envoya un ange, qui frappa aux pieds du nouveau-né et Tem- 
péeha d^atteindre son but. Plus lard, quand il fut majeur et 
devint roi, il conquit facilement les trois parties du monde, 
mais ne put s'emparer de la quatrième. 

Alexandre rendit tributaires la terre et la mer. 11 fit ré- 
pandre du goudron à la surface de la mer et y mit le feu à 
l'aide de la cire. Les poissons» terrifiés, lui apportèrent^ en 
guise de tribut, une immense quanlitéde pierres précieuses; 
mais Alexandre exigeait toujours davantage, et ne cessa pas 
de persécuter la mer. C'est pourquoi une main sortit du sein 
de Teau et resta déployée au-dessus des flots, les doigts déta- 
chés. Alexandre demanda à ses quarantes sages ce que signi- 
fiait cette main; il fit jeter en prison les trente-neuf, qui 
n'avaient pu fournir aucune explication. Le quarantième lui 
conseilla de s'adresser à un sage laid et grotesque qui s'appe- 
lait Pridon. Alexandre fait mander ce dernier, qui promet 
d'expliquer le miracle, si le roi s'engage à lui laisser la vie 
sauve. Alexandre le promet, et Pridon lui dit : <c Celte main 
est celle de la reine de la mer. Elle veut dire que les persé- 
cutions que tu diriges contre la mer ne le serviront à rien, 
puisque tu ne vivras qu'autant de jours que ces doigts déta- 
chés : cinq. — Si je ne meurs pas au bout de cinq jours, lui 
répondit le roi, je te ferai décapiter. Si je meurs, je t'aurai 
légué une riche donation. En attendant, fais que cette main 
disparaisse. » Pridon s'approcha de la main. Il ouvrit sa propre 



3M 



FEVtTE DE L HISTOIRE DES HKLlGlONS 



main et ferma ensuite un de ses doigts, pour dire qu*un des 
cinq jours s*était déjà écoulé. Là-dessus, la reine de la mer 
ferme aussi un de ses doigts. Pridon ferme ensuite un autre 
de ses doigts, pour faire comprendre qu'un autre jour se 
serait écoulé le lendemain. La reine de la mer en fit autant. 
Pridon ferma successivement ses autres doigts et retira sa 
main, pour dire qu'Alexandre disparaîtrait au bout de cinq 
jours. La reine de la mer en fit autant, et sa main disparut 
dans r«au. Alexandre crul alors à la science de Pridon, 
et prépara son testamenL 11 ordonna d'inhumer son corps 
dans son pays natal et fixa Tordre de la procession* Ses 
troupes devaient ouvrir la marche ; elles seraient succes- 
sivement suivies du clergé, des pleureuses, des domes- 
tiques portant les trésors royaux, après lesquels viendrai! 
son corpH. II ordonna aussi de ne pas permettre aux aftligés 
de participer au repas funéraire. Au bout de cinq jours, 
Alexandre mourut en effet, et Ton (ratisporta son corps dans 
sa patrie, dans Tordre indiqué. Sa mère vint au-devant de la 
procession et demanda à Pridon le sens de cet étrange convoi. 
Le sage lui répondit que le défun! avait voulu dire à sa mère : 
« S*il était possible d'échapper par force à la mort, mon in- 
nombrable armée aurait pu me sauver. Si les prières pou- 
vaient écarter le danger de la mort, tous ces prêfres auraient 
pu faire entendre à Dieu leur voix. Si les larmes pouvaient an- 
nuler Târrêl de la mort, tant de pleureuses suffiraient à la 
lâche. Si l'opulence pouvait racheter la vie, ces trésors au- 
raient suffi amplement. Il est donc évident que la mort est un 
mal inévitable, auquel on doit se résigner sans murmure. '» 
En apprenant cette explication, la mère d'Alexandre retint 
ses larmes et s'inclina devant la destinée. On servit alors le 
repas funéraire, en rappelant aux assistants que le défunt 
avait défendu aux aftligés d'y participer. Comme chaque con- 
vive avait à pleurer la mort d'un parent ou d*un ami, le repas 
resta intact. La mère d'Alexandre se retira dans une chambre, 
avec la bière oîi Ton avait renfermé le corps de son fils, et là 
pleura pendant trente-neuf jours, sans boire ni manger. An 



LA LÉGENDE d'aLCSAMORE-LB-GRÀND 351 

quarantième jour, ne pouvant plus résistera la faim, elle 
sortit du cercueil et plaça dans un coin le cadavre d'Alexandre, 
dressa le cercueil contre le mur et s'en servit comme d'une 
échelle, pour atteindre le pain qui était suspendu au plafond 
et en manger, car ventre aJETamé n'a pas d'oreilles. 



Minas Tchéraz. 



NOTES 



euB us 



SANCTUAIRES DE LA RÉGION CHANANÉENNE 

QUI FURENT FRÉQUEPCTÊS CONCURREMMENT PAR LES 
ISRAÉLITES ET LES NATIONS VOISINES 

Hésumé d'uae communication tâile au Congrès lalernatlona) d'Histolrti dei 
Reiigioos^ le 3 septembre 1900. 



On peut Doter dans les livres sacrés du judaïsme plusieurs 
faits, qui tendent à faire admettre qu'ilrégnait, aux temps au- 
ciens, aniérieurement à l'époque où le prestigeatiaché au tem- 
ple de Jérusalem porta à considérer une rencontre commune 
d'Israël et de l'étranger dans des sanctuaires situés à Tinté- 
rieur nu au voisinage de la Palestine comme une pratique 
condamnable, un syncrétisme analogue à celui qui fut en vi- 
gueur cliez les peuples de Tantiquité, Les exemples qui vont 
être rappelés pourront être complétés et développés. 

I. Dans la première moilié du ix* siècle avant notre ère, le 
roi d'Israël ou des Dix-tribus, Ochosîaa, à la suite d'une 
chute qui met ses jours en péril, sollicite une consultation du 
dieu adoré dans la cité philisUne d'Ekron (Accaron), L'oracle 
de ce dieu, dénommé BaaUZeboub, jouissait donc, ce fait eu 
témoigne» d'une réputation qui avait franchi la frontière. 
Pourquoi aurait-il refusé l'assistance de sa pénétration mer- 
veilleuse à un consultant qui venait à lui les mains pleines de 
présents, d'autant plus digne d'être accueilli qu'il avait pensé 
trouver près de Baal ce que les sanctuaires plus rapprochés de 
sa résidence, Samarîe, étaient incapables de lui apprendre? 



NOTES SUR LtS SàNCTlTAlRES DE LA EÉÔIÔN CHANANÉtPrpiE 353 

L'acte d*Ochosias est hautemenlblâmé parle prophète Elisée, 
ou, si Ton préfère, par Técnvain qui lui prêle son propre 
poiot de yue, celui du privilège constitué en faveur du dieu 
d'Israël, Yahvéh; mais^ éclairé par tant de faits qu*a réunis 
rhîsloire comparée des religions anciennes, il est des plus 
naturels. —Textes : Il Bois, i, 2-17, 

II. Un sanctuaire antique, celui de Bersabée, situé à l'ex- 
trôme sud du territoire d'Israël, devait, dit-on, son nom 
(puits du Serment) à une alliance jadis conclue en ce lieu entre 
Isaac, ancêtre légendaire du peuple d'Israël» et les Philistins* 
Au cours d'un festin solennel d*un caractère religieux, les 
représentants des deux peuples se lient mutuellement par 
serment. C'est donc un sanctuaire d'un caractère internatio- 
nal, où nous devrons supposer que se rencontrent Hébreux 
et Philistins, qulls offrent concurremment sacrifices et vœux . 
Il est à noter que le « dieu d'Isaac « est dénommé « laTerreur 
d'Isaac)>, titre attaché sans doute au sanctuaire de Bersabée. 
Une autre version, moins digne de foi, place ces faits au 
temps d'Abraham, père d'Isaac, — Textes : Genèse^ xJtvi, 
23-33; XXXI, 42, 53; xxi, 22-34. 

m. Dans la cité de Bethsémès, voisine de la frontière phi- 
lîstine, le clergé signalait la présence d'offrandes, dues à la 
piété des Philistins, notamment à'ex-voto en or. L'écrivain 
juif y voit des objets offerts en expiation pour détourner le 
courroux du dieu d'Israël j nous pouvons, à notre tour, les 
tenir pour des offrandes simplement propitiatoires, présen- 
tées à une divinité dont on reconnaissait la puissance. Il est 
à noter encore que ce sanctuaire, situé sur le territoire d*Is- 
raël, est placé sous le vocable du « Soleil » (shômesh). — 
Textes : I Samuel, chap. vr, 

IV. Un des pères légendaires d'Israël, Jacob, au moment 
de se séparer de son beau-père Laban, TAraméen ou Syrien, 
construit avec son concours un tumulus^ sur lequel a lieu un 
banquet sacré. Ainsi est expliquée la fondation d'un sanctuaire 
international, qui marquera la limite que les populations voi- 
sines ne doivent point franchir; ce sanctuaire reçoit une 



354 



BEVUE DE l'histoire DES KELIGIONS 



double désîgnalion , signifiant le « monceau du témoignai 
en hébreu et en araméen. Il met le respect de la fronlièrt^ 
sous le patronage des divinités des deux peuples, dont lefl 
représentants engagent solennellement non seuleineol le pré- 
sent, mais l'avenir . — Textes ; Genèse, xxxi, 44-54. 

V. On relaie que les Israélites^ au momeDl de franchir le 
Jourdain pour s'établir en Chanaan, acceptèrent de participer 
aux cérémonies religieuses des Moabites dans le sanctuaire 
placé sous le vocable de Baal-Péor. Plutôt que d'admettre 
incident ÏBolé, on supposera plus volontiers une fréquantatH 
commune en cette localité voisine, de la frontière d'israèl 
Tejttes : Nombres, xxv, f-5. 

Sanctuaires internationaux, sanctuaires d'Israël visités 
les voisins, sanctuaires des peuples les plus rapprochés viii^ 
tés, à leur tour, par les gens dIsracVl, voilà une série de fait» 
qui durent être la règle — ou, tout au moins, la pratiqtif 
habiluelle — avant que Jérusalem n'eût, au prix d'effortf 
persévérants et grâce à la ruine de TindépendaDce nationale, 
établi définitivement son monopole. 

On peut constituer une nouvelle série, non moins intérti* 
santé, en notant le soin que les livres juifs mettent k relater 
les circonslaoces merveilleuses auxquelles de» sanclutirii 
sis au sud du pays de Cbanaan, dans le déïiert iduméeti-arab^, J 
doivent leurs origines et leur réputation, le pi^ieus viventU tiW 
videniis {Genèse ^ xvi, 7-14, le sanctuaire de Kadès-Barnéa 
(En-Mishpat, Massa et Meribah)', enfin et surtout celui du 
Sinaï-Horeb*. Ce sont des lieux, ds en terre étrangère, où li 
divinité a attaché pour toujours sa présence et dont Israël 
loin de le contester, revendique pour lui-même te prasiifr. 

Maueice Verwes. 

1) Nombres^ jeï, 1 tuiT.; Dmtéfùmmt, i, 19; rs, 23; Genèse^ xiv, 7» etc. 

2) E3sodet m, 1 9uiv. ; iviu, 5 aulv. ; xtx, 1 sutr.; ixnr, 4 suif,, tU. —A 
Bij^naler eiicore le sanctuaire de Uaphidim, qui commit more ïe SQUVfiiit d*a9f 
victoire rempçrtée aur les Amaléciles [ExQde^ ivii, 8-16). 



SUR LES VARIATIONS 
DE CERTAINS DOGMES DE LISLAMISME 

AUX TROIS PREMIERS SIÈCLES DE L'HÉGIRE 

Mémoire présenté au Congrëfl International de THistotre des Religions 

Ië 3 septembre ]900 



Dans la première moitié du iv* siècle de l'hégire, Abou1- 
Hasan el-Acirart avait publiquement renoncé, dans la grande 
mosquée de Baçra, au rationalisme des Mo'tazéliles et s'était 
rapproché des orlhodoxes, auxquels il venait apporter Tappui 
de sa dialectique puissante étudiée à Técoie du célèbre doc- 
leur El-Djobbâ*l\ A parlir de ce moment, Tintluence de la 
philosophie grecque diminue considérablement, Torthodoxie, 
aidée par le brasséculierdeMotawakkil et de ses successeurs, 
triotnphe de plus en plus et finit par voir les sectes dissiden- 
tes se réduire à Tétat de poussière sporadique, ne réussissant 
k se maintenir que là où elles se faisaient oubUer, Mais quelle 
était celte orthodoxie dont la conversion du docteur mo'tazé- 
Hte préparait le triomphe définitif? Formait-elle un corps de 
doctrines unique, institué une fois pour toutes, imposé par 
1 autorité de grands savants, admis par l'universalité de la 
nation musulmane? 

Au milieu du iv* siècle de Thégîre^ x* de l'ère chrétienne, 
nous n*en sommes pas encore là. Un document de celte épo* 
que, le Livre de la Création et de r/mtoired'\bou-jLé\d Ahmed 
ben Sahl el-Balkht*, nous donne des renseignements sur 

1) Doïy, Histoire de l* islamisme , Irad. Cbauvin, p. 254; Dugal, Hisloîre itet 
philosophes et fleif théologiens ummtmanji, p, Hi, 

2} T. I, leitH arabe et Iraductioa fmnçajiej pw M. CI. Huarl, dans tes Pu- 
bticutions de f École de$ Langues &rientalesi vivûnte$, 1899. Le I* It a pAru en 
1901. Il a été rieeoimeDt dèmonlré que cet ouvragée n'est p^int, comme on 
Tanit cru, d'Abou-Zéïd, maie d'un autre auteur^ cette dèmonitralion paril- 
trt inceiBamment dans le Journal Asiatique. 



356 



REVLK DE L HISTOIRE DES BELIGtONS 



l'état vague, indécis, dans lequel se trouvait encore une par- 
tie des dogmes musulmaûs qui depuis, chez les Sunnites, oui 
pris un caractère plus marqué, plus ferme, plus cristallisé, 
si je puis m'exprimer ainsi. Le Livre delà Création est de l'an 
355 (966 de J.-C,); c'est un résumé encyclopédique de l'état 
des connaissances musulmanes à cette époque^ composé à la 
demande du ministre d'un prince Samanide. Il contient, enlre 
autres, un exposé de la cosmogonie selon les idées des philo- 
sophes grecs et d'après les traditions des Juifs, des Chrétiens 
et des Musulmans; et à propos de la description du monde de 
la vie future ainsi que des événements qui marquent la fin de 
ce monde dMci-bas. il entre dans des détails qui nous sem- 
blent montrer Tétat d'indécision où se trouvaient alors plu- 
sieurs dogmes delà foi musulmane orthodoxe, autrement dit 
sunnite, sans qu'on puisse le confondre avec les interpréta- 
tions des sectes dissidentes ou hérétiques^ qui sont toujours 
indiquées h part. 

Par exemple^ sur la question desavoîrcommenlDieo parle 
et agit^ a les Musulmans, dit Abou-Zéid el-Bdlkht\ ne sont 
point unanimes à ce sujet. Certains d*entre eux prétendent 
que la parole de Dieu est un acte qu'il accomplit; c'est par 
cet acte qu'il parle, et il en est de même de son intention, sa 
volonté, son amour et sa haine. Quand il a dit : <( Sois, et cela 
u futw, c'est, de sa part, la manière de faire exister un être^ et 
la parole est en surcroît. .. Le commun d*entre eux disent 
que lacté, chez Dieu, est l'action de créer et de produire, 
sans avoir recours à des organes,.. D'autres ont prétendu 
que sa parole n'est point un de ses actes, et ils distinguent 
entre la parole et l'acte, f» 

Sur l'utilité de la création, voici ce que dit notre auteur; 
*< Les Unitaires sont d'opinions diverses sur la signification de 
la création du monde , car Dieu Ta créé, non pour attirer un 
avantage ni pour repousser un mal; et quiconque agit sans 
utilité, ni à titre de défense contre un dommage, est un in- 



1 



t) T. ï. p, 105. 



sua LES VàRUTIOXS DE CIÊRTAK^S DOGUES DE l'i&LAMISME 3S7 

sensé, non un sage. Les Musulmans disent : Cela est bien si 
l'auteur de l'acte est exposé à être atteint parles avantages 
ou les inconvénients de celui-ci; mais puisque Dieu n'a pas 
besoin de se mettre en garde contre le bien ou le mal, il n'est 
pas insensé, ni agissant inutilement. La démonstration a 
établi que Dieu est sage et non insensé; ûi\ il est impossi- 
ble qu'un sage fasse quelque chose d'inutile. Sa création 
n'est donc pas dépourvue de sagesse, bien que nous ne la sai- 
sissions pas clairement^ parce que nous savons quelesage ne 

I fait que ce qui est sage* ». 

H En ce qui concerne le début de la créalionj les opinions 
sont bien partagées* Les traditions qui dérivent dlbn-'Abbâs 
disent les unes que Dieu créa d'abord la plume qui sert à 
écrire les décrets divins*, puis le poisson qui soutient le 
monde'; les autres que ce furent le trône et le siège; d'autres 
encore la lumière et les ténèbres. Une version entièrement 
différente nous a été conservée sur l'autorité d'Kl-Hasan et 
dit que ce fut la raison* ; une autre version dit : les âmes; 
d'après Modjàhid, qui était pourtant élève dlbn-'Abbâs et 

rd Abdallah, fils du Khalife 'Omar^ le commencement de la 
création se serait manifesté parle trône, Teau et l'air ;la terre 
aurait été créée de l'eau. 
Une question qui s'est de bonne heure posée à Tesprit des 
1 musulmans, c'est le véritable sens à attribuer aux mots 'Arck 
et fiorn qui» dans le Qorân, servent à désigner le trône de 
Dieu. Pour nous, nous sommes arrivés à penser que, dans 
l'esprit de Mohammed et de ses contemporains, le mot ^Arch 
désigne Tensemble du trône du souverain, à savoir une es- 
trade de quelques degrés surmontée d'un baldaquin, telle 
queles Bédouins avaient pu en voir au Tâq-kisrâ,àGtésiphont 
les jours d'audience solennelle des monarques sassanides, et 



l)T.I,p. 107. 

t) Devenu dogme plus t&rd, Cf, Hugues, î^tiomry ùf ihe, Islam^ p. 478, 
V* Qalem^ d'après le Michkât. 

3) Livre delà création, t. !, p. 136. 
IjRop,, t. I, p. 137; cf. p. 145. 



338 



REVCE DE L H1ST01BE DES HELlGlONS 



que le mot komi indique plu9 spécialement le fauleuil pi 
surlVstrade, Mais au iv Blëcle on était embarrassé pour expU- i 
quer ces lermea. et le texte d'Abou-Zéïd el-Balkht le prouve* ■ 
« Les uûs^ en effet, diseut que le trône ressemble à un sanr >^^ ^ 



que 

mot qui ne peut signifier ici que le trône à la persane, ot le 
souverain s'accroupit sur une sorte de plateau allongé sup- 
porté par des pieds; tes autres le comparent à un siège sur 
lequel la divinité est assise, opinion fortement entachée d^ an- 
thropomorphisme. Les traditionnisles prétendaient que le 
koni est uu tabouret sur lequel on pose les deux pieds quand 
on est assis sur le trône, etdout ils s'étaient peutêtre formé 
une idée par les sculptures de Persépolis représentant les rois 
Achéménides sur leur trône; mais déjà des interprétations al- 
légoriques, admises comme orthodoxes par notre auteur, 
s'étaient glissées chez certains exégètes, et Ton voit que pour 
certains commentateurs^ le trône n'était plus qu'une figure 
destinée à jouer dans le ciel le rôle de k Ka'ba sur la terre^ 
c'est-à-dire que les anges lui adresseraient leurs prières en 
tournant autour d'elle, et que le fioni signifierait simple- 
ment la science de Dieu parce que le (Jor*ân dit (II, 256) qu*il 
est aussi large que les cieux et la terre. 

On s'est disputé sur l'endroit où pouvait être situé le paradis 
céleste « : les uns ont dit qu1l est dansFautre monde, qui est 
déjà créé; les autres qu'il estdansun monde à part» différent 
de ce monde d'ici-bas et decelui de la vie future ; quelques-uni 
le placent dans le septième ciel, dont le toit est formé par le 
trône de Dieu; entin d'autres, pour conclure, admettent qit il 
est créé» mais qu'on ne sait pas où il est. 

Abou-Zéid el-Balkht reconnaît que de son temps il circu- 
lait H des descriptions du paradis et de l'enfer qui ne repo- 
sent sur aucune tradifion'' » ; mais il justifie la parole du Pro* 
phète ; ^ Dites du paradis ce que vous voudrez, votrediscours 

i)T.I,p, 177. 

2] Compurer, sur le rate des conteurs {qâçç) dans ta format! ûa de certaîiiefl 
Iradilions, les inléressantes recherche» d« M. Gotdxïharr Muhamtnetiamêehû 
StudUn^ U II, p^ 161 et suiv. 



I 



SUR LES VAEtUTIONS DE CÉBTÂlNS DQGHËS DE l'iSLâMISME 359 



'a toujours inrérieur à ce qa'il est en réalité n en ajoutant 
que les auteurs de ces descriptions fantaisistes, «quand même 
ils se livreraient à une débauche dlmaginalion, ne sauraient 
dépasser les limites de leur propre esprit ni les bornes de leurs 
connaissances; ils ne peuvent se flatter d'atteindre le Tond de 
ce qui s'y trouve, ni môme une partie quelconque, parce que 
les délices et la vengeance promises par Dieu sont au-dessus 
de toute énumération, étant infinies et sans terme. » 

Bien que le Qor'àn dise explicitement (V, 41) que Tenfer 
est un châtiment éternel \ il s'est trouvé des docteurs ortho- 
doxes pour soutenir qu'il aurait une fin. Ibn-Mas'oùd a dit : 
« Il viendra pour la géhenne un temps où ses portes battront 
parce qu'il n'y aura plus personne au dedans; cela aura lieu 
bien des années après que les damnés y seront restés, » Ecb- 
Cha'bî, Tundes premiers ascètes musulmans, qui mourut en 
Tan 104 hég., aurait dit : <* La géhenne est^des deux demeu- 
reSj celle qui tombera en ruines la première ». Le Khalife 
'Omar aurait dit : « Si les réprouvés attendaient le nombre 
des grains de sable contenu dans un monceau, ils pourraient 
espérer*. « 

On parait être d'accord sur la balance qui doit servir à pe- 
ser les actions des hommes; on la dépeint comme ayant deux 
plateaux et un fût; chaque plateau est de la grandeur de la 
surface de la terre, f un est fait de ténèbres et Tautre de 
lumière ; son fùl est aussi grand que l'espace entre TOrient 
et l'Occident; elle est suspendue au trône, elle a une langue 
[et un cri « qui lui servent à appeler les élus et les réprouvés ». 
Mais quelle est la nature de Tobjet peséi? a Les uns disent : 
Ce qu'on pèse, c'est Tacte lui-même; les mauvaises actions 
sont légères, parce que l'homme les commet par légèreté et 
vivacité; les bonnes sont lourdes, parce que l'homme les 
produit avec attention et peine. » Ibn-'Abbàset Abdallah ben 
'Omar, le fils du Khalife, citent au contraire une tradition qui 
indique qu'on ne pèsera que les feuilles sur lesquelles les actes 

i) Cf. d*0bs8ûn, Tableau de VEmpire ûUoman, t, I, p, liO (de i'éd. in-S), 
2) Livre de la Créatim, l. I, p. 188, 




360 



REVUS DB L'hISTOIRB DES BELlGlOfiS 



sonl écrits, au nombre de quatre-viDgt-dix-neuf rouleaux, cl 
cun deTélendue du regard, pour chaque coupable; on mettra 
daus Tautre plateau un papier sur lequel sera écrite la Tormule 
du tau/ndou profession de foi en l'unité de Dieu, el ce plateau 
l'emportera'. Celte explication ayant déplu à certaines per- 
sonnes, celles-ci ont prétendu qu'on pèserait la récompense 
des acteSf et quand on leur demanda en quoi cela consiste- 
rail, elles répondirent : << Dieu fera voir cette récompense 
sous une certaine forme et créera^ au moment de Topéralion, 
une pesanteur du côté de la pîélé et une légèreté du côté du 
péclié >>; et cette interprétation était admise comme possi- 
ble par un esprit aussi éclairé que celui d'Abou-Zéïd\ 

Et la trompette du jugement dernier? Pour les uns, c'est 
une sarbacane en forme de corne, dans laquelle on rassem- 
blera lésâmes pour les lancer, au moment de la résurrection » 
dans les corps auxquels elles avaient appartenu. Pour les 
autres, il n'y a pas à s'en préoccuper, puisqu'elle n'est pas 
encore créée et ne le sera qu'au moment de s'en servir*. 

Le bassin [Haud) est représenté habituellement comme 
rond et avec une étendue de trente journées de marche; son 
eau est plus blanche que le lait, son odeur plus agréable que 
le musc; les coupes qui sont tout autour égalent en nombre les 
étoiles du (irmamentS Abou-Zéïd n'est pas aussi affirmatif : 
<i Le bassin est mentionné dans les traditions du Prophète, 
mais de façons passablement divergentes. Bien des commen- 
tateurs disant que le nom de Kauther désigne le bassin du 
Prophète. On rapporte cet apophtegme : f* L'espace entre 
« les deux bords de mon bassin est comme l'espace entre 
<% Çan'à et Aïla(comme qui dirait la longueur de laMer Rooge); 



1) C'e&t ropinîon qui a prévalu* CL Hugues, iKciionary, p. 353, v» Â/j^nn, 
où il faut lire, 2" col,, 1, 9, "Abdallah ibn 'Omar ati iieti de Abdu1lâhiba-*Amr. 
Cf. également le MoKhtaçar ei-Ttàkkirsi d-QQrlohiyya^ éd. du Caire, 1303, 
p. 60. 

2) T. I,pp. 193*194. 

3) Id. op., p. 195, 
4J D'Obison, ouvrage dW, l, I, p. 140, 



I 



I 

I 

I 



SUR LES VARIATIONS DE CERTAINS DOGBfES DE L ISLABfiSMB 361 

(( les vases quiTentourent sont aussi nombreux que les étoiles 
n du firmament ; son eau est plus douce que lemiel,plus fraîche 
« que la neige, plus blanche que le lait : qui en boit seulement 
« une gorgée n'a jamais plus soif. )» Mais d'autres disent, pour 
interpréter ce mot de bassin, que le Prophète entendait par 
là ses œuvres^ sa religion et sa doctrine, explication qui devint 
plus tard hérétique, car on sait que Tinterprétation par un 
sens figuré et métaphorique est prohibée par le catéchisme 
musulmane 

Il est clair que sur tous ces points Topinion des Sunnites 
n'était pas encore fixée; le catéchisme se constituait lente- 
menty il n'était pas encore arrivé à sa forme complète, défi- 
nitive. Le livre d'Âbou-Zéïd Balkhl, étant un document daté, 
a l'avantage de nous offrir des renseignements exacts sur 
l'état des croyances dans le monde musulman à la fin d'une 
période où la philosophie grecque avait brillé d'un grand 
éclat dans les écoles de l'Orient et de l'Occident, sans déran- 
ger la marche lente et progressive du développement du 
dogmatisme islamique. 

Cl. Hoart. 

1) D'Obsson, op. laud., t. I, p. 325. 



2i 



:î(i4 



RËVUË DE L UÏSTOIKË DKS HËLIGlO?iif 



laisse subsister une équivoque fondamentale. Le Bouddhisme, en fin de 
compte, a cruellement expié c^tle confusion initiale. Établi à Tori^ine 
sur des définitions disparates, improvisées au hasard des rencontres, et 
sans aulre unité que les tendances toujours un peu contradictoires du ^ 
même sentiment, le Bouddhisme n'a pu s^organiser eu système qu'au H 
prix de divisions et de schismes qui raffaîblissaient. Au lieu d'opposer à ' 
la souptêsse amorphe du brahmanisme un bloc compact et irréductible. 
il restait à demi engagé dans les formules traditionnelles où il devait 
revenir s'absorber un jour. fl 

Il serait puéril de vanter Texactilude et la science du traducteur; il 
suffit de constater que Fœuvre est digne du nom de M, Rhys Davids. 
Chacun des Suttas est précédé d'une introduction spéciale qui en dégage H 
neltement le sujet et l'éclaire par des passages parallèles des Écritures 
pâlies; des notes particulières signalent et discutent loptemeul toutes 
les difficultés et les obscurités du texte; la lexicographie pâlie y trouve 
à gianer une abondante moisson. Quelques-unes de ces notes^ par 
exemple sur la doctrine Lokâyata, sur les appellations personnelles, sur 
feipression r Sambodhi-parâyano > sont de véritables dissertations* A. 
propos de celte dernière expression, M. Rhys Davids pose hardiment H 
la question de doctrine que soulève Temploi du root sambodhi dans les 
inscriptions de Piyadasi : Faut-il reconnaître à ce trait rempreintedu 
Grand Véhicule? Naturellement M. Rhys Davids ne le pense pas. La 
question reste ouverte, 

M. Rhys Davids, qui attache avec raison tant de valeur aux explica- 
tions du commentateur Buddhaghosa, a malheureusement dû laisser de 
côté et semble même avoir ignoré un témoignage contemporain de Bud- 
dhâghosa, et d'une importance égale. Le Ûigha-nikâya^ eu le texte cor- 
respondant du Bouddhisme indien, a été traduit en chinois sous le titre 
de c Tchang 0-han ^ Dîrgha-àgama * par Buddhayaças et Tchou Fo- 
nieneu413de l'ère chrétienne. Je n*ai pu songer à établir une com- 
paraison en règle; les quelques détails que j'ai contrôlés donnent des 
résultats intéressants, qui promettent largement à une recherche minu- 
tieuse. Sur le titre du Kevaddha Sutta, que la tradition des manuscrits 
laisse flottant, le chinois élimine la lecture * Kevatta ;— pêcheur », car 
il traduit « Kien<kou ^ ferme, soltde >. Le mot n paham » de la stance 
p. Ï283 est traduit par < tzeu-ieou-koang^^svaUhàva-prabha *, conlir- 
mant Tinterpr état ion de d'AIwis et écartant les interprétations de 
MM« Rhys Davids et Neumann» 

La liste de r^is du Tevijja sutta S 10| p. 3Û3 est remplacée par réou* 



I 



I 



ANALTSBS ET COMPTES ftKNDttS 



3on 



mération suivante : A-tcha-pa» Po-ma-ti-po, Pi-po-mîto, ï-nî-lo-s^e, 
Che (=^ ya)-po-tî-po, Po-po-si» Kiache» A-lou-na, Kiu-tan, c*est-à<dire 
Atharva, Vâmadeva. Viçvâmilra, Angiras, Yavadeva ?, (Va) Vaeiatha^ 
Kâçyapa, Aruna, Gotama, qui correspond en grande partie à l'ènwmé- 
ralion de l^Ambattha sulta|8, p. 129 (et cf. note)* La U^te elle-même 
derAmhatthasuUa devient en chinois : A-tcha-mo, Po-mo» Po-mo-ti-po, 
Pi-po-mi, I (?)-teou-lan-si, Ye-po-ti-kia, Po-po«po-si-tcha, Kia-che, A- 
lou-na, KJu-tan, Cheou-i-po, Siun~to-lo ^ Athama, Vâma, Vàmadevâ, 
Viçvâmitra, Aiipras (î), Javalika?* Vava Vasistha, Kâçyapa, Aruna, 
Dotama, Çu.., iva?, Sumkra, La traduction du tnème sùtra, donnée par 
Tchi-k'ien (du paya des Yue*tchi) dès le ni* siècle, entre 222 et 253, 
donne, an lieu dea 10 noms du pâli et des 12 du Tchang 0*han, une 
liste de 23 tao-cheu (maîtres de la Voie) : Kî-tou, Liou<hao, Tsin-io, 
Kia-i, A-jeou, Kta-chenn» Ing (?)-i, 0-tch'ao, Yen-mao,Seu (^ Pa)-mi, 
Kien-ho, A-loun, Kieon-tan, Ki-aong, Ing (t)-1ei,Kia'Cbe,Po-rou, A-pan 
(=:pfti)* Hi-li» Yeûu-tcli'a, Po-îi, Kiao-kinjî, Pî-kia, où sont des trans- 
criptions peu transparentes on reconnaît ou on devine plusieurs des 
rsis de la li^te précédente : Angiras, Janna(dagni) ou Yama?, fVijçvii- 
milra, Aruna, Gûlama, Bha(rad)vâja, A(thar)van. 

Dans une préface développée, M« Btiys Davids affirme une fois déplus, 
et avec une conviction toujours croissante, fa haute antiquilé des Buttas 
Pâlis, FOUS leur forme présente, qu'il tient à peu près pour Texpression 
authentique des enseignements du Bouddha. Il n'énonce pas positi- 
vement cette conclusion, il se contente de Tamorcer par des assertions 
de détail fondées sur des enchaînements de raisons; Fimpulsion acquise 
oblige en quelque sorte le lecteur à faire le dernier bond. Et voilà un 
préjugé de plus introduit dans la circulation sous le couvert d'un nom 
respecté* M, Rhya Davids, malgré sa sûreté philologique, n*a pas pu 
dépouiller le vieil liomme; il a conservé les pratiques du barreau, La 
valeur des raiions le préoccupe raoins que la valeur du raisonnement; 
il pose avec assurance des principes douteux, qui mènent ensuite avec 
complaisance aux résultats voulus. Grâce à une remarquable dextérité 
de main, grâce aussi à sa science solide^ M. Rhys Davids ne va janiais 
jusqu'il se compromettre à fond sur les points délicats ; le spécialiste 
averti devine à un mot, à une nuance, les réserves de la pensée, mais îe 
public qui ne s'accommode pas des subtilités et qui réclame des formules 
brutales enregistre de son côté comme des faits acquis des hypothèses 
contestables et des opinions personnelles. Le livre entier souffre de ce 
défaut, qui parait s'accuser plus gravement à chacune des nouvelles pu- 



36e 



BFA^tTB HE l HISTOIKE DES lllXimONS 



blicationsde M, Ehys Davidii. M. Rhyâ David» aime poutlant trop m& 
étuéee auxquelles î! a consacré tant d'eflforte et de veilles laborieuses pour 
vouloir «n paralyser ou en retarder les pro^rèi ultérieurs par des ^nè- 
raliaitioDs hàtîve*; et fM^ affîrmationii prématurées. 



I 



Lie* Paul Wrrnlr, — Die Aâfànge uûâerer Religion . — 
bingen und Leipzig, J. C, B. Mohr, 1901. 7 marks. 

M. Wernle, professeur à rUniversité deBAIe, nom pr^eote ï& counc 
qti'il adonné dans leaeniestre d^été 1900, soui ta forme d*un volume 
compact dp 410 pages, «erré malgré son étendue, et auquel on ne pour- 
rait guère reprocher que l:i surabondance de ses richesses. En tous cap, 
il ne faut pas songer ici à en faire un inventaire tant soit peu complet, 
et nous devrons nous borner à relever quelques fait<^ saillants, en ren* 
voyant au livre lui-même le lecteur curieux de connattre les principales 
modifications subies par TÉvangile avant la formation du oatho1icism«'. 

Nous apprécioufi les qualités d'historien et de psychologue de Pauteur 
dès leB premières pages où il nous parle de Jésus «^t de son Ëvangil''. 
Jésus lui-même a-t-il partagé la conviction de la première commu- 
nauté chrétienne qui le regardait sans hésitation comme le Meask T 
A-t-il pu accepter une idée aussi étroite et aussi partieulariste que celtp 
du Messie juif? A cette question, les faits répondent affirmativement, 
sans que nous puiBsion» préciser quand et comment cette conscience 
messianique est née en luî. Toutefois son génie religieux si pur a rejeté 
instinctivement tout ce qu'il y avait de national, de politique, de maté- 
riel dans la conception messianique de son époque. Il nVi été ni le 
MesBie do^ aéloles, ni celui des rabbins, ni le sauveur politique attendu 
par le peuple, ni l'être surnaturel ^t qui tout est possible, ni le roi de cftÊt 
monde, ni le tils de David, mais un Messie qui devait souft'rir et mourir. ™ 
De même pour le Royaume de Dîeu: fout en se croyant Fincëremeot le 
véritable interprète des idêas de son temps et de son pays, il modtÛe 
inconsciemmeiU dans un mm spirituatiste le lieu, la date, le caractère 
du Royaume, fi le bénéficiaire qui n*est plus exclusivement kraëL Qu'il 
ait cm revenir sur les nuages du ciel et réapparaître à sa propre géné- 
ration, nous en soramea moins certain que Tau leur, parce que nous 
sommes moins sûr que Tidée de la Parousie qui revient souvent en elfet 



i 



âïfJLTSl» ET COMPTES BIKÇmS 



a87 



4m$ les paroles de Jésus, ne soit pas le fait des disciples qui, sur ce 
potnl comme sur d'jiulras, ont bieo pu se méprendre sur de^ idées que 
Dous avons quelques raisons de croire lout à fait en d&hors de Ipnvft 
conceptions traditioDti elles. 

UÉvaDiîilé du Christ enire d'abord en lutte avec le judaïsme, et datl&t 
cette première polémique, ni d'un côlé ni (Je Tautre on ne pose ta vraie 
queition ; ce quVtail Jéi^us et ce qu'il voufait. Au lieu de c«la, on dis- 
cute sur sa messianitéj d'autant plus difficile à prouver du càté chrétien 
que Jé£U» «n avait éliminé le plupart des éléments juda^qu^. Cet 
antagonisme contre le judaïsme n'empêcha pw d'ailleurs l'ipûltralion 
dans I Église chrétienne de Teschalologie juive, de la croyance m% 
anges, du Dieu irrité ou inaccessible qu'on retrouve chez Paul et Jean. 
De même, pendant qu'on discutait de la valeur ^t de l'aboUiion de )a loi 
juive. le fond même de l'éthique judaïque s introdui>ait dans le Chris- 
tianisme* Enfin, grâce à Pidée paulinienne de TÉ^Iise conçue comme le 
véritable Israël, la nouvelle communauté s appropria l'idée juive d'E- 
glise avec ses éiroitesses et son intolérance. Paul et surtout Jean en 
sont pénétrés. 

Une infiltration analogue du paganisme est la conséquence du contact 
avecrhellénî^me, que les chréitens combattent d'abord en parlant des 
vieilles conceplions judaïques des idoles, des démons, etc. Mciis bientôt 
les affinités se révèlent entre la nouvelle religion et le paganisme, tout 
prêt par exemple à ajouter une nouvelle divinité au nombre illimité de 
ses dieux, tandis que la divinité du Christ répu(Tnait profondément à la 
conscience juive. Le Clirîstianisme s'appropria donc facilement la cri* 
tique du polythéisme déjà faite par la philosophie grecque et tant 
d'autres conceptions delà philosophie populaire sur Dieu, h matière, la 
création. L'eschatologie hellénique se retrouvedi^jâd^ins Lue, e( envahit 
de plu« en plus l'É^^lise, surtout dans ses descriplions de Tenfer. L'in- 
fluence des mystères grecs se fftii aussi sentir dans la formation des 
sacrements au sein du Christianisme, réduite Tétai de secte par la per- 
sécution juive et pitîenne. Il est vrai que cette secte aspire en même temps 
àèfre une religion univen:elle. Cette double tendancedu Chrislianisme, â 
relever d'un côté les liens de parenté qui Tunissent à tout ce qui n'est pas 
chrétien, et d*yn autre côté à s'en distinguer et à taire ressortir sa supé- 
riorité, se monlred'une manière frappante dans lÉvan^ile de Jean, qui est 
d'une part <t un vrai document du caractère fanatique t^t sectaire de l'an- 
den Christianisme >>, et d'au Ire part nous offre Fantithèse absolue de cette 
étroitesse dans la conception si universali^te du tegos de son Prologue. 




368 



niYXJE DE L mSTOTRE DES BStl&lONS 



Ici et aiDêiirs* ra«tettr bous présenle des idées fort întéressantea et 
originales sur saint JeRn. Quant à saint Paul, nous oserons risquer une 
critique qui est plutôt une impresioD personnelle, et qui d'aillenra s'a- 
dresse moins à Tauteur qu'à la théoYo{7te en ir^néral, d'autant plus 
portée à admirer sans réserve Te système paulînien qu'elle s'y mire 
comme dans un miroir. Au ïieu d'une nouvelle exposition, si excelleote 
solt-elle, de la théolofrîe paulinienne. après tant d'autres, et si copieuse 
que ce gui concerne Pa»il occupe presque îe tiers de l'ouvrage, noua 
eussions préféré une étude historique des sources de cette tbAobgrîe, des 
éléments judaïques et helléniques dans Téducalion et dans la pensée de 
Paul, une sortede psychologrie del'apôlre, M. W., mieux que tout autre, 
avec son talent et sa conscience d'historien, était à même de se lirtr de 
cette tâche ardue, mais intéressante. 

CiKORGKS Dupont; 



G. Bonet-Mauby, — Histoire de la liberté de consoietice en 
France depuis Fédtt de Nantes jusqu'à juillet 1870* — 
Paris. Alcan, 1900, 1 voK iu-8» (de la Bibliùth. d'hisL contempot^) 
devi-^3p. 

Le beau livre de M, G. Bonet-Maury ne mérite peut-être qii'A demi 
pon tilre d'hisloîre de la liberté de eouscience en France pendant trois 
siècles. Un tel BBJet ne pouvait être traité à fond dans un at court 
espace, et Tauteur a dû trop souvent se borner à Tindication sommaire 
des faits, accompagnée de réflexions personnelles. 

Toute la première partie» de l'Édit â la Révolution, est écrite avec une 
hauteur de vu^' et une impartialité à laquelle chacun rendra hommage. 
Peut-être le ^rand fait de la Révocation n*y apparaît4I p?is avec un relief 
suffisant. Plusieurs parties du sujet : causes de la suppression de la 
liberté de conscience, adversaires et apoloeristes de la tolérance^ etc.fl 
sont examinées en hloc pour la période 1661-1715, comme si cette 
période était une. M. BonetMaury dé^afre avec soin les influences qui 
préparent Fédil de 1787, Il cite les sages paroles de Claude Fleury, le 
confesseur de Louis XV (p. 67) et la déclaration de Bomillî dans Taj^- 



1) Uae phrase l&is5«rail croire que, sous Richdteti, les colonies étaient ou^j 
ferles aux protestants (p. 32) . 



ANALYSES ET COMPTBS ftB.HDCS 



369 



Il de 7*oiérance de V Enct/clopédiê i c Le droit du souverain eipire où 
règne celui de la conscience »; Napoléon, plagiaire de génie, en lirert 
réclalante formule dont M* B.-M, a fait l'épigraphe de son livre. Tout 
ce mouvement aboutit à Rabaut Saint-Étrenne et à Mirabeau, qui pro- 
nonce enfin les paroles définitives : «r La liberté la plus illimitée de reli- 
gion esl iellemenl à mes yeux un droit sacré, que le mol de tolérance 
qui essaie de l'e^prinner me paraît en quelque sorte tyrannique lui-même, 
puisque l'existence de Tautoriié qui a le pouvoir de tolérer attente à la 
liberté de penser, par cela même qu'elle tolère et qu'ainsi elle pourrait 
me pas tolérer ». 

C'est surtout la période postérieure à 1787 qui intéresse M, B,-M. Il 
y consacre ptus de 160 pages sur 250, Il montre le caractère incomplet 
des fiéfinitions révolutionnaires de la liberté de conscience (p. &1), et 
les coupables inconséquences de la pratique révolutionnaire. Son juge- 
ment sur l'œuvre napoléonienne rappelle celui de M, Debidour (p. 117- 
118) ^ Il poursuit son enquête à travers le xnc* siècle, montrant discrè- 
tement combien rinfolérance a la vie dure (voy. p, 273, la circulaire de 
Mffp Parisis, en 1856, sur les élèves protestants dans les écoles mixtes). 
A ce point de vue, il pst fâcheux que M. B.-M, se soiî arrêté à 1870; les 
périodes de TOrdre Moral et du Seize-Mai lui eussent fourni une riche 
moisson. 

Quand il traite de faits aussi récents, îl est bien difficile à Thistorien 
de ne pas exprimer, au sujet de ces faits, une opinion personnelle; 
M. B.-M. dans son légitime respect de la liberté et dans son désir de 
rendre éfralement justice à tous les partis, en arrive à une certaine 
coquetterie de l'impartialité absolue. Il blâme (p, 136) les gallicans de 
1825, et trouve leurs opinions contraires à la liberté de conscience, 
parce qu' t iU soutinrent que le droit d'autoriser une congrégation était 
un acte du pouvoir léglslalif et non pas seulement du pouvoir exécutif *- 
De même, p. 163, il traite de « diclature •% contraire à « la liberté de 
conscience absolue )>, cette doctrine de Guizot, oui, de Guizot lui-même : 
* L'État seul a le droit de faire élever ceux que n'élèvent pas leurs 
propres parents el nul ne peut, sans Tautorisation de TÉtat, prendre 
lui-même^ ni recevoir des parents eux-^mémes cette mission'* » Et pour- 

1) Sur Napoléon et les Juifs (p. it8-lt9), comme sur les Juifs et la Rérolu- 
lioo, voy. les articles» que M. B.-M. n'a pu connaître, de M. Ph. Sagnac, 
dant Ift Kerme d*hisL moderne et cùtempûratne. 

2) De même (p* 1^3}, les opinions de Guizot sur les Jéauiten* 




nnVVK DK LR1ST0II1E DES BtUAtONR 

I^Qt M. B.-M trouve, â bcwi droH, prophéliquee (p. 185) ces ligne* que 
iitleç $im«n écrivait rD 1343, : « Si U liberté de rensei^DêmÊni dhouUt 
à la création decollt^ges eatboliqties, prolealauls, israétitÊS, qu'y gagnera 
ruùité nutiatialâ? Qçla pourrait aboutir à ïi révocaUûQ de Fédil de 
Nantis n. 

Dans uDe tr^s nobte coacltisîon M. B,-M« essaie de démêler les cauBes 
qui obscurcisBent, en France, la oolion de îa lilierté de coriECÎeDce. One 
éducation séculaire nous fait voir dan» la croyance une dépendance 
directe et exclusive du vouloir, el sen bl© lé^ilîmer à doë propres yeux 
t appel au bras séculier et larelif^on d'État; la mémeéducatioo a dépoaé 
en chacun de nous, quelle que soit sa croyance individuelle, l'idée 
théplo^que de Tunilé et de l'indivisibilité de la vérité, le désir de runilé 
confessionnelle, et, plus ou tnoin^, la conviction ^ne u. hors de noire 
Ë^^lise }>, hors de notre croyance personnelle, u il n'y a point dé Sâlut *^ 
m\ï dans ce monde, aoii dans Tautr^. Le bonheur des hommes, au ci^ 
QU sur la terre, ne vaut-i) pas qu'on leur inilige h une «ai nie vioTencfi nt 

Ç'esl d^ns le progrès de la science, dans upe plus proronde connaît* 
sance des lois de la pensée el du caractère relatif et évolutif de la vérité 
que M. B.-M. entrevoit le remède. Le premier eÛel de ce remède pera 
la dîspantipn d'ui^ systèma politico-reUirieui, le système u^poléQnî^, 
qui " ne salisfait phm les amis de la liberté religieuse,... ré^^me 4t bon 
plaUif, p)utôl que de vraie liberté ^* 

Henri P^uscin. 



i 



* 



Journal of the Ajnericaa Oriental Society. XKI* volume 
2* partie, 234 p, — New Haven, Connecticut, 1901. 

Ial prerajère moitié du XXI* volume du Joumai de Iq Sùdé(4 Ori&n- 
taie Amérieaim doit consifiter dans un jndex général aui^-ingl premiers 
volumes. Cel index n>st pas encore pi^l; auesi la Société s'est-elle 
décidée à publier dès maintenant la seconde moitié du volume XX). Le 
d^^rdre n'est qu^apprent et ne risque point d'entraîner de complica- 
tions fâcheuses. Le nouveau volume atteste une fois de plus la vigueur 
et la vitalité des études ortentales en Amérique. Si T Extrême-Orient 
paraît être délaissé, l'Inde, l'Iran et les Sémites y sont Tobjet d'études 
solides et consciencieuses. G'eqt un ^peçtacl^ psez piquant dç voir, dans 
un pays où les cQRRidération^ d'int^^rêt pratique passent pour diri|er la 



ib 



ééI 



ANALTS15 KT COMPTES KEîWDrS 



371 



vie sociale, les savants appliquer leur «tlention à des dvilisations mortes 
ou somnol^Qlef , et ta détourner des régions où sont engagées les pliiB 
iravea questions de h politique et de t'éccap mie actuelles. 

LÂssyrie est représentée par un mémoire de M. Dyneley Prince sur 
les Inscriptions Unilinguea K. 138 et K. 3232 (en Bumérien; ont trait à 
dearitea analogues au bouc émissaire). M. Darton étudie le panthéon 
sémitique: (Ishtar comme diviniléaDrlrogynejGenèsedudieu Ëshmun). 
M. laslrow analyse, en particulier du point de vue hébraïque, la coutume 
de déchirer î;es vêtements en signe de deuil; il prétend illustrer par un 
nouvel exemple une thèse qui lui est chère; c'est que les rîtes religieux 
montrent en général une inclination marquée à reproduire en les tran;^- 
posant les modes primitives et le^s façons de vivre antérienres ; la coutume 
Bêrait un rappel du temps où Ton se dévêtait pour parMoiper à une opé- 
ration religieuse (enterrement, elc ). M« Gottheil traduit sept inscriptions 
palmyréfiiennes inédites et eani grand intérêt. Tout le reste du volume 
pst occupé par Tlnde et Tir an. M. Bloomfield revient avec une logique 
pressante à la Chronologie relative des hymnes védiques^ et montra» 
qu'en dehors des admirables travaux de Bergtiigne les crilères propoi^éf^ 
reposent tous sur des conceplions arbitraires ^ les récentes conquêtes de 
la grammaire comparée ont en particulier fait justice de!!; prétendus 
arguments lin^fuiâtiques. Il donne ensuite une explication lr^R ingénieuse 
de Tépilbête rcïsama donnée au dieu Indm (roi-sÂma devient rcisama en 
vertu d'une loi rythmique de la langue védique). M. Jackson poursuit 
sott analyse minutieuse des drames sanscrils au point de vue du temps. 
M. Hnpkins recherche les antécédents, et spécialement dans Tépopée, de 
la pratique hindoue universellement connue sous le nom de dhama. 
M. A. H. Allen traite longuement d'un rite assez iDsigniHant (le vata- 
sAvitrt vrata) d'après deux compilations hni hmaniques. Enfin, sur le do- 
maine iranien, nous retrouvons Pinfatipahle M, Jackson^avec une étude 
iur If religion des rois Achéménides, complétée par des remarques in- 
téressantes de M. Gray; une contribution de M. Oray ii la Syntaxe aves- 
tique (tes prélérits de l'indicaUI];et un mémoire de M. Mills, qui classe 
lei^ sens et les nnance^î de Yohumiaab dans les G;tlhas, 



Sylvain Ltvi 



372 



PSYirK J>E T-mSTOlBK DES BEUGÏOSS 



James Hastings. A dictionary ol the Bible» 3* yoI, {Htr- Pleiada). 
Edimbourg, Clark ; io-4 de xy et 896 p. Prix : 28 sh. 

Lé beau dictionnaire delà Bible publié par M, James Hastîngis avêcîe 
concours de MM. J. A. Setbie, k. B. Davidson, S. R, Driver et H, B, 
Swete^ paraît chez Clark^ à Edimbourg, avec une remarquable régu- 
lante. Le troisième volume date de 1900. Le quatrième est annoncé 
comme prochain. Nous avons déjà caraçlérisé cette œuvre considérable 
en annonçant les deux premiers volumes (t. XXXIX« p. 156 et L XLI, 
Pi 119)» Nous ne pourrions que répéter, à propos du troisième, les obser- 
vations suggérées parles deux premiers, La solidité des articles se main- 
tient, mais la timidilé et les- compromissions de la critique biblique con- 
cernant le Nouveau Testament sont toujours aussi sensibles. Cest surtout 
comme répertoire des r^a/ta de la Bible que ce Dictionnaire est appelé 
à rendre de grands services. 

Parmi les principaux articles de ce troisième volume nous avons 
noté : Lan^a^e de L'Ancien Testament, par M. Margoltoutb; Anciennes 
versions latines, par M. H. A. Kennedy ; la Loi dans l'A* T., par M* Driver, 
dans le Nouveau Testament, par M.Denney; Luc, par M. Bebb; Mairie, 
par M. Oweïi G. Whilehouse; Évangile de Marc, par M. Salmond; 
Mariage^ par M, W. P, Paierson; Marie, par MJ. B. Mayor; Évangile, 
de Matthieu, par M, L Yernon Barllet ; Médecine, par M. Macalister; 
Miracle» par M.J- H, Bernard {article de pure apologétique) ; Moïse, par 
M. W* H* Bennett; Musique, par M. James Millar; N* T. (Canon). pM 
M. V, H. Stanton, A. T., par M. F. H. Woods ; Palestine, par M, C. R. 
Conder; l'apôtre Paul, par M, G. Findlay ; T'apùtre Pierre, par M. F. H. 
Chase (malgré les principes conservateurs delà publication, la IPÉpîlre 
de Pierre est déclarée apocryphe); Phrygte, par M. W. H. Eamsay. 

Le volume contient diverses illuslralions, notamment une planche où 
sont reproduits des types de monnaie datant de bOO av. J.-G. à 135 apr, 
J .-G. ©t une carte des voyages de rapèlre PauL 

Une lacune particulière ment regrettable dans ce volume — et qui est 
en m^me temps caractéristique — c'est Tabsence d'un article sur Philon 
et la philosophie judéo-alexandrine. Il est vrai qull y a un article Logas^ 
où il est parlé assez rapidement de cette philosophie et ou l'auteur repousse 
ridée qu'elle soit un élément constitutif de la théologie johannique. 
Mais il est dit aussi que TapAtre Jean aurait adopté « la phraséologie du 



ANALYSES ET COîiU'TES REWCUS 



:i73 



Logôs », parce que ce terme était familier à la fois âux Juifs et aux Gen- 
tils comme synonyme de c révélation i. Même en se plaçant à ce point 
devue, qui me parait superficiel, il aurait fallu insérer dans ce Diction- 
naire de la Bible un exposé complet et approfondi de la philosophie qui 
avait donné à la doctrine judéo*grecque son expression classique. Ce 
n*est pas seulement la littérature johannique, c'est aussi TEpître aux 
Hébreux et la littérature paulinienne qui exigent, pour être comprimes, 
UQe connaissance sérieuse de la philosophie judéo^alexandrine. Ne pas 
s en rendre compte, c'est le fait d'historiens et de critiques sur lesquels 
pèse encore la servitude d'une conception non historique du Nouveau 
Testament. 

UEncyclopaedia Biblicâ, publiée simultanément sous la direction de 
M. Ghey ne, d'Oxford, fait bien plus librement droit aux résultats acquis 
de la critique du N. T, Le Dictionnaire publié par M. flastings n'en 
rendra pas moins de g^rands services, par la masse de renseignements 
techniques qui y sont condensés sous une forme claire et par des auteurs 
d'une compétence reconnue. 

Jean Rêville* 



Bulletin de TËcole Française d'Exigé me-Oiient. Bevuf 

phihiogique paraissanl (ous tes trois mois. — Première année, t. I, 
n*l. — Hanoi, Schneider; 1901, p. 80. 

LTÏoole Française d'Extrême-d'Orieut est née sous d'heureux auspices; 
elle compte à peine deux ans d'existence et déjà elle est entrée dans une 
période d'activité féconde. La clairvoyance et la pondération de son di~ 
recteur, M. Fi not, lui ont épargné les tâtonnements et les incertitudes du 
début ; la bienveillance perspicace du Gouverneur général lui a assuré 
sans parcimonie les ressources nécessaires. Un inventaire archéotogique 
de rindo Chine^ des missions fructueuses rayonnant jusqu'à Pékin, un 
volume sur la numismatique annamite ont déjà justifié pleinement la 
création de Técole^ Le Bulletin qu'elle vient de fonder est destiné à la 
relier plus intimement, par une communication régulière et périodique, 
avec le monde savant et les travailleurs locaux. M. Finot a tenu ù en 
marquer le caractère rigoureusement scientifique par un sous-titre 
expressif. C'est une c Revue philologique », qui se propose d'étudier 
par les méthodes exactes et scrupuleuses des sciences philologiques^ 



3T4 



niVUe DE L ÉI^tÔItlE OES ndUGlONS 



i'ilîtioire des iastitutioiiA, dm reltpoDK, des littérature!» rarcbéolôgic, 
U linguiatique) retbiDographiê de l'Indo Chine proprement dite «l dea 
peuples qui ont concoum à la civiliser. Son domaine à dire vrai, 
couvre t'Ëxtrémê-Ûrient lout eDlier» des pays brahmaniques jusqu^à ta 
Chine et au Japon. Le premier numéro porte l'empreinte de l'esprit 
lucide et réfléchi qui dirige T École; il est à la fote substantiel, solide el 
modeste. En manière de pré lace, trois lettres de baptême, dues à trois 
dcâ purrains de 1 École, MM. Barlb, Brè^l et Senart, 

Puis une eicei lente monographie; la Heligion des Chams d'après les 
monuments^ par M. Fînot. Çivaisme, Vichnouisme, Bouddhisme appa* 
raissenl côte à côte dans le panthéon accommodant des Chams. Ci va, le 
linga, leâ Çaktis, les eous^ordres Ganeça, Skanda, Nandiâ sont te« plus 
popul&iret; Visnu compte surtout grâce à Laksm! son épuux et à Garuda 
M monture. Le Bouddhisme est à ràrrière-plan, et ses divinités annt 
peu déterminées. Un imentaire dee monuments chams de l'Ânnatti suit 
ce mémoire. 

Les livres imprimés en Indo-Chiiie arrivent peu en France, moin«à 
l'étranger. En Indo-Chine, même à Saigon ûu à Hanoï, les livres et les 
Journaux sa\anEs sont rares. La bibliographie doit donc être un éiément 
essentiel du Bulletin, M. Finot ne Ta pas négligée. Ses lecteurs seront 
inexcusables, s'ils ignorent le mouvement général des études indiennes 
et chinoises ; il est impossible d*èlre infornié plus clairemeot et plus com- 
plètement qu*ib le sont. Une série de documents adminiâtralira inté- 
ressant l'École termine le fascicule, 11 serait injuste de ne pas attribuer 
aussi une part de télicitalions k l'imprimeur, M. Schneider, de Hanoi ; 
les condiiions matérielles de la publication lui font vraiment honneur. 

Le Ëuttetin est trimeslriel. Le prix de Tabonnement est fixé à ^ fr. 
pour la France et les pays de T Union postale. 

SïtvikJN LÉvi. 



REVUE DES PÉRIODIQUES 



RELIGIONS DES PEUPLES NON QVILISÉS ET FOLK-LOftE 



ZeiiêùhTih de t T«r^£AB tfït VôlUkiindo 
Tom VI (LS66), HêJl, i. 

F. KtjKîi, Volk&kundiicheg vom Thuringer Watd, p, 15-34» 175-134. — Re- 
ûuiil d€ mcKUfB popolairei du alliage de Wiedersbaeh, écrit ûmt l'an 1643 par 
le curé de la paroisse (Pfarr&f Mùbius}, On fait des g:Ue4ui h 1& rigilê du 
DOU?et AD. Le jour de Pentecôte oa place deuii tQuIe&iix devant h mt\*ou d« 
k bien-aiiDèe. Le lundi après le 6 décembre «i Klauamarkt * à Ei^retd ; oa ae 
masque, on i€ revêt de paille^ de plumes, etc., cérëmonfes de ooceË. Lçi fuuè- 
raill«a : oo serre le cou des m&rU pour qti'iU ne tombant pas ta pulréfaciion « 
dans la chapelle ardente, petits pains pour lecoDvoi futièbre;&prèsksobâ6quei» 
repas pouf une panie des assistants. 

S. pRATO, Sonne, Sàùnd^ und Sterne ois Scfi^nheiUsymbolt m Vùik^mitrcken 
unti- LiiUem {suite et Bn)^ p« 34-52. — Grand recueil de doouro&tîls où les oorps 
eélestes symbuliaent la beaulù dans les cooles el cbansous poputairss, qui 
•.cependant une importance plutdt titt«^raîre que To kiorique. 

M. HàPLERp Der W^châelbai^, p, 52^58. — DeQniUoivs dti «hangelîn autfaal 
ropiniûQ populaire; quftlr« espèces : la première tire son origine de l'inÛueaee 
de 11 lune, ia deuxième de Tintârvenlioa d'êtres surnaturels^ la troisième d un 
parent démonique, et la quatrième de quelque procédé magique : caractéri- 
lation médicale des chan^lins: propbytacliquê populàirt. 

R. Kûntffi, Eu fkn vôn Laura Goti^nbach gesàmmeilvfi Sîciliénischën Mér* 
ektht p, 5S-T8, 191-175* — M. 6ôlt« publie sou* ce lilrft uti gnnd recueil dfe 
aoles compilées par fea R. Kôhler, t\ Irourèeli Jiftiiie sur les marges da« IS" 
vresi partie sur des Teutlles séparées. Elles se rattaclient assez souvent i dès 
incideoti seuhment des 93 eonies auiquels elles tè r&pporUnt. 

h, RstcHHAHDT, Dté Orosiifi mn Haf^rungeA^ p. 78-^. — HÉcuèil dé lé- 
gtn^es qui se miLacliaisQt k an peraoï^na^ hisloriqti^ : elle âppiraissàU s^tis 
ta forme d'ujse chatte, d'une sorcière, d*uue jeuae fille; elle afail Tliibiludo de 



376 



PEVTJE DE LHISTOlftE DES BHUGTONS 



larer ses écus sur h gazon ; un garçon qui veut en avoir une poignée les 
trouve changés en feuilles mortes, fie. 

F, N. FI^CK, Fier Neuinschs Zauberjtprûchê, p, 88-92; — Formules magi- 
ques irlandaises contre les tnalftdieE : M. Finck prétend qu'elles BOnt du lype 
germanique et de provenance épique (commentaire de M. Pedersen, p. 192). 



I 



1 



Hefl, 2, 

G. Amalfi, Die Kranichê der Ibykus in der Saget p* 115-129, — Conte po- 
pulaire salemitain de Thomme, qu*un pigeon voil au moment ou il commet un 
meurtre; des eipressiona imprudentes te conduisent plus tard à Téchalaud. IJ 
sembla que l'incident des gru6SBoit une addition légendaire à rbistoire d'fb^kus 
(cf, p. 346 du même Iod3<>], 

K. HiiTïRF, Votkssprûchc aus den Ennslhalt p. 129-140. — Vers populaires 
pour diverses occagions — p* ei, pour b jeune fille qui apporte le eadeau 
pendant l'érection delà ferme, pour les garçons du village qui visitent les filles 
la nuiti pour les quêteurs du jour d«s rois, pour la fille qui veut un mari, êtc.^ 
enfin les vers inscrits au-dessus des portes. M 

B. RùMiGSBSRûtR, Am dem Eciche der atljil4isûken Fahfit^ p. 140-l6i. — " 
Les Td^bliaur de la Bible et du Talmud. M. Kûnigsberger prétend que les fa- 
bliaux des livres des Juges et des Rois sont de beaucoup les plus anciens que 
nous eon naissions; par suite de cette opinion il maintient que les fables rela- 
tives aux animaux sont antérieures à celles qui se râtiacbent aux ptantes. 

T^ U^GïR, Ausdemd^utschen Voiks-und R^çhtskbenin AlUSteiermark^ p. 181- 
188, 284^289, 424-429. — La coutume de Faire bénir du vin !e 27 décembre, 
de faire boire du vîn au nouveaui-mariés» etc. On y voit les traces d*uîie of- 
frande aui dieux païens. 

G. KûssiNNA, Foikloretp. 188-192,— Sur Torigine et ïa signification de ce rool . 

E, BoiBscHKL, AlîtihtreimÊ aus dem Pûsenschenj p. 196-199. — Formulettes en- 
fantines d*éliminationt dont beaucoup se trouvent presque partout en Allemagne. 

M, KoscB. Die adeiichen Bauern von Taropot^ p, 199-204, — Le mariage chez 
les noi&btes paysans de la Croatie. Le convoi funèbre se compose de femmes. 

i. BoLTE, Sett de\ntn Fuss auf Meinen^ p, 204-208. — La croyance qu'on 
gagne d^s pouvoirs magiques en mettant le pied sur le pied gauched'uo initié, 

Kleine Mittheilungei). 

K. Li£tiiiA?iif^ p> 208. — Recherche de Tassasiin devant la bière. 

E. Bernheim, Verwunderungslied^ p, 209. — Rimes enfatitioca; il s^agit d*u|j 
pays désert où les animaux se comportent d'une manière étrange; M* Bera* 
beîm croit que c*êst une création commune aux nations teutoniques (cf. p. 354 
du même tome). 

K. WiiNBOLD, Beschu^ëTUng des AipSt p. 213, ^ Formules magiques contre 
Je cauchemar, 

0. HAaTUNG, Zur Vêlkshundu im Anhûtif p. 215-217. — Formules magiques 
contra les maladiei; 




REVTE DES PÉRIÔDlQtES 



377 



Heft, 3. 

F. P. PiGEfl, Geburt, Hochieit und Tùd in der ïg faner Sprachinsel in Mâhreiif 
p, 251-264, 407'412, — Procpdés magiques contre les esprlia malini. La 
r&iffe porle-bonheur. Pour éviter qu'on ne change i'ênTant il ne faut Je sortir 
qu*iprèa six temainea ; de même pour (a mère. Il n'est pas permis à la mère 
H^atler puiser de i'eau; s'il le faut absolument, etle en puisera trois fois et la 
reversera au puits avant d'en prendre. Il faut mordre les ongles de l'enfant* 
L'accouchée a des pouvoirs magiques; un meendie cesse dés qu'elle en a fait 
le lotir. 

Le mariage. Substitution d'une vieille femme à la fiancé e, 

La mort (p. 407), Augures. Ûo ouvre les fenAlres pour laisser sortir l'ftme. 

M, Hahtmann, Aus di'm Vulkstum der Berber, p. 265-276. — Revue et élude 
comparée des contes, etc. publiés par M. Stumm«. 

j. TscHtEDEL, Itaiienische Vûikgrâlsel, p. 278-283. — 87 devinettes ita- 
liennes avec tradticlioQ aHumande. 

M. Reiîsrhkr, Bas Leben in der Auffâsmng der Gommas&ei-f p< 304-31&, 
396407. — Description delà vie journalière avec des traits populaires. A la 
Cite da la Toussatot les parrains donnent des gâteaux en iorme de poules aux 
enfants. Devînettes^ jeux enfantins. 

KlaineMiuheilungen. 

K, W[imHOLD], Mârchen vom Htifinreiter, p. 320-322, —Variant* du conte 
coanu en anglais sous ie nom d^ » tran&rocmaiion light • "* 

Stdrischt Sagan vom Sckratd, p. 322-324, -^Contes slyriensôur un lulinqui 

|tt devenu de nos jour» le diable de ta croyance populaire, 

H. F. HîLBERo, Ein Pakt mit liem Teufeî, p, 326-328. — Récit du ivii* siècle 
concernant un individu qui avait fait un pacte avec le dtable> 

R, Akdiieb, Voifiskundlkhes am dem BoUlecker und Knsselecker lAinde, 
p. 354-363. -^ ReuBeignements sur les jeux. Les tètes de cbeval sur les faîtes 
(cf. dans tome Vii, 104). La jeu de « Breitmaul » : il faut jeter un grand cou- 
teau de poche de façon à U faire rester debout dans le sol ; il est connu sous le 
nom de Messerstek (slich) • en Scbleswig-Hoistein où Ton se sert de beaucoup 
d'&utr«s méthodes de jeter le couteau. — La douche d*eau pour le» Slles le dr- 
manche de Judtca, Les mariages; les femmes mariées mangent seules avec ta 
mariée le dernier jour des noces* Le» fôtes : Noël, Pâques, etc. Homme revêtu 
de vert h ta Pentecôte. Le» derniers épis s'appellent « Vergoudendêi ». 

LtitMANN-FiLHéSt KutturgesçhkkUickes aus hland, p» 381 -'388. — Les 
croyances populaires. Les fées. La tnagie. Les génies a forme animale. Le diable, 

H, C ABSTENU, Vothêrûtsel besonders aus Schicswig'Hotsldn, p, 412-423. — 
Collection de devinettes populaires avec indication de la littérature. 

T* Unger» Aus dem dcuiscktn Volks- und fieciiOiteben m A lUiiicfmttrkt 
p. 424-429, — i) La course de Toie à Pâques {M, Unger cite à ce propos le jeu 
qui f 'appelle en Allemagne « Letzte» Paar herbei » qui n'a rien de commun 

25 



378 HISVÎTE 01 L'omTOIRK DES llKLlGtONS 

«.ree la coune ; cella-ci d'après Mannhardt est ea rapport arec ks rites prinla- 
niera), 2) La fermeture des serrures pour eiicbaiil6r les nouveaux mariés. 

0* Hartu.'^û, Zur Voikskutiie am AnkaU, p. 429-438. — A Noël et lenourtl 
in» la cigoiçTie et TourB Tiennent faire une quâte ; aillsurs on trouve le cb«rd 
blftnc. lolerdJctiouB et prescriptions dans les diFeraes saisons ; à Noël il faut 
mang^er du chou sous peine de se voir altltgà d^oreitles d'Aae. CttanBon du dou- 
yelan^ Le carnaval. 

Kleitje Mittheilongen. 

H. EUfp, SpukgeBchkhlen a«5 Sayeritt p. 439-441^ — Récits populaires ao 
tujel de revenants, etc. 

BiTHAM?, Bei Gentt^meme ztt KStn^p. 44 î.— Revenanls qui célèbrent la messe. 

K. Maures, Die beiitimmt*tn PumUicn 'ugesckriebene btiiondcrn Heîfkrafî^ 
p, 443. — Un roi d'Islande choisît une fois pour soigner les blessés plusieurs 
hommes dont la po stérile posBède encore des pouvoirs raajfrîques. Même 
croyance en Irlande à propos de certains noms de famille (fif. tome VU, 150; 
VIII, 212. 

Ton» VU (iS97), 

Heft, 1. 

W. ScïîWfcRTï, Mine Geunitermmchauung imn Faub mit atterhand mythU' 
chen Anatogién^ p. 1-il* — M. Scbwarti voit dans l'usage de jeter des disques 
brûlants (Scheibenschiagen) une cérémonie qui est en rapport avec la tempête. 

H. F. Feil&erg, Zwieselbûume nebsi vensandtem Aberglaaben in Shandina- 
viin^ p. 42«53. — Sur Tusage de faire passer tes enfants à (rnvera un arbre 
ou un autre objet fendu par le milieu» 

K. E. HMsst Volhmedizin in der Grafschaft Ruppin^ p. 53-74, 162-172, 
287-292, 405-412 î t* VUÏ, 56-62, 197-205. 304-309, 189-394. — Remèdes et. 
formuteâ magiques contre tes maladies assez mal classés sous les noms des 
maladies au lieu de ceux des remèdes. 

0, Hartuno, Zur Volfiskunde am Anhalt^ p. 75-93. — Le mercredi saint. 
Pâques ; les œufs de Pâques* Pentecôte; choix des Qllea pour la danse; procès- 
sîon avec des animaux pour faire la qn^te: les jeux; f< fes fiancés en vert »; 
douche des Qlles. 

J. BoLTB, Der Bckwank von Esei ah BârgermfMcr, bn Tk^maB Murncr^ 
p» 93-96. — Version européenne du ivi" siècle d'un couIê indien» 

Hert. 2. 

P. SàftTORt, Giôckmsagen und GtaQh^rmberglauhÊn^ p. 113-129, 270-286, 
358-370; t, Vlll, 29^38, — Grand recueil de contes sur les cloches. Les cloche» 
fious Teau ; les cloches qui sortent de l'eau pour se faire entendre ; les cbahes 
soulerraineB, etc. 

R. Amdaes^ Sagm dut dem Boidecker und Kmsebecker Lande, p* 130-1 3&« 
-^ Loups-garous, vampires, revenants ; légendes locales^ 



iltVfîK DES PKRIuDtliLlIlS 



379 



iJ. iUtîTu^r,, hn Votiskunde am An/ui(^ |>, 147>1&5» — t» âaint Je&n; la 
eovronne sur les fatlas, elû>, la moisson; tt le \ïhYt& ta s'enfuir m. 

K. Kr,sHiff Torf umi B^^l^^iwng é:^ armm Sperlinrjtveibfihens, p. i55-i&9, — 
Conle lodiea d'après Vtndian Aniiquary^ XU 109, av^ec noi&B par K. Weinholil 
»ur les parallèles eu râpée as. 

A, WiJtTÈHt Jifein Bruder fréi um mkh, p. 172^184. — lolerpréUtion d'iiriu 
ehanion celtique coramti raylhe naturisie^ M* Winter y voit un parallèle euro- 
péen aux cootes sauvages du soleil-rrère et de la lune-sœtir. 

F, iLwor. Hp.iiemve$m unà Àh^giaubm in Etmrmmk, — Ekêdem undjeUi, 
p. 134-196, 244-254. — RenseigaânienU sur les sorcières du moyen Age, 
sur leur» pouvoir» magiqoei^ les procès, eU. 

Kleine Mitlheilungen, 

J. Boi^TE, Dk dreî Aiten^ p. 205-207. » Sur le cûnte populaire du vleillarfl 
pUDi par son père parce qu'il a laissé tomber son f^tià père (cr, p, 327 du 
itn^mp tome). 

C. DiRRàRN, Def Schneider im Himmei, p, 207. — Note aur un conte popu- 
laire (Grimm, K.-und fî. M, 35), Schneckensprn^ht p* 209. — FormuleLte eu- 
fan tme qu'on dil à TeBcargot pour lui faire sortir les cornes. 

Heft* 3. 

N. ScKWARTz^ Ikf SchimrmtriUer und dk weiêse Frait, p. 215-244. —Étude 
sur les divinités gennaniques des nuages et de la tempête, 

J* R, BUNKKn, Hmnzmke bc/iicûtnAe, Sagen und MiirrMn^ p. 307-315, 396- 
404; tome Vtll, 82^91,198-197, 291-301, 415-438. — Quinîse contes populaires 
en patois, fecueillis dans l'ouest de la Hongrie, Cr, Zis, fût ôsL Vûlkskimde^ où 
ont paru treiie contes de Theresienfetd. 

VoL VII, 307-315. L Conte drolatique; un homme demande de largeut k une 
femme pour que son mari ait utiB Gbaiee dans le ciel. Cf. Grimm, A", ti, H. 
Mtirchen^ n" 104, — M. Conte drôlàlique; variante de rhistoire du prôlre et de 
la paysanne que punit le garçon de ferme. — tU, Conte drdiatique; variante de 
riïiftoire du sol envoyé par sa mère au marché pour vendre quelque chose. Les 
guépeSf les chiens, etc. le mangent; il jette du linge dans une chapelle; il dit à sa 
mère qu'on va payer dans huit jours. Il îatt un procès aux mouches; le magistral 
lui dit de frapper là où il voit une mouche; il Trappe n\tT le nez dtijuge; il reçoit 
rargtnt demandé de la caisse. 11 casse une statue paroe qu'elle ne lui donne 
pas l'argent ; il y trouve un trésor. Cf. Cosquîn, Conics pojfifdaires de ta JUw- 

396*404, IV. Conte drolatique. Variante du tailleur vaillant* V, Un homme 
fait la cour à une sorcière; il retourne ses habits et la voit partir par la chemi- 
nie; il répète la rormule magique et ta suit. Sacrifice ei repae de chair hurn^ûne. 
VI. Variante du ûont« de ta belle-Rîîa à qui sa belle-mère fait faire une tâche 
dangereuse; eHeraccomplit; sa sœur périt on easayant de faire de môme. 



380 



H£VUE De LGrSTOlIlË DES RËL^rOîtS 



Vol, Vin, p. 82-90. V[i. Variante da conte bieo connu de Gevater Tûd {Gfitaco, 
Kinder- und Haus Màrcken, n* 44). VIII. Les orphelins, ?ariantâ du conte df 
ia Untergeschobenc Braut; la Tauese fiancée fail tomber la fiancée dans Teau M 
ta Lran^forme en canard. IK* La Ûaacéa du prince; conte apparlenantà la mêine 
famille; le prince se cou,pe le dotg-t^ demande à son père une fiancée dont le 
teint est coEnme la neige et lea gouttes de sang; il cherche une flile qui corres- 
ponde à ce signalement et la trouve; ils fuient ensemble; les trois fruits qu^elIe 
lui fait acheter; elle se transforme en colombe par suite de la piqûre d'une 
aiguille quil faut retirer pour lui donner la forme humaine. 

188-197. X. Conte du meunier qui cherche *< l'heure heureuse ». XL Le roi 
marqué au fer rôuge, CL Le Princ* et son cbevaL Cosquin, ÇonUs pQfutmre& 
de Lorraine. Le Prince et son cheval^ p. 133 et seq, 

P. 29i'30O.XLL Le Bis delà proBtituèt! ; variante de rhisioiredu fils cadet qui 
réussît où les aînés échouent, et que ceux-ci cherchent à mettre à mort. XIIL Le 
hh riche du marchand royage, trouve une petite maison dans le désert, où il 
lui faut accomplir des Lâches difficiles; une des trois tilles tes fait à sa place ; il 
lyi faut la distinguer de ses sŒurs; il réussit; ils fuient ensemble; les objets qui 
sont dans sa chambre répondent pour lui; on découvre la fuite; ifs se transfor- 
ment pour échapper à lasurvreill&nce. Ils vont ohBt son père à lut, et demandent 
s'il n'a pas besoin d'un commis et d'une servante; on les prend; elle se moutre 
en possession d'un pouvoir magique; on leur demande leurs noms, etc. 

P, 415-423. XIV. Le roi deBosenberg. Un soldat qui & perdu l'argent de Vm- 
dlnaire, va dormir dans un château enchanté, délivre une princesse après avoir 
subi diverses épreuves; il devient roi de Roaonberg et épouse la princesse. îl v* 
chercher son père; Thàtesse le fait mordre à son père qui est devenu garçon 
d'hôtel. Son père meurt; il revient &la vie. Plus tard il retourne chez lui sur la 
dos d'un aigle* Il va encore une fois dans la foréti mange des pommas et se 
trouve orné d'une queue; en mangeant une poire il la perd et retourne ches lut 
avec des pommes et des poires, La reine en mange; une queue lui pousse, 
qu'elle perd de la même façon que son mari. Ils vont chei la sfirciére, et la 
forcent de rappeler le père à la vie, XV. Variante du conte du « Zauberlehrling i* 
^rapprenti magicien), 

J- vo> Meoeu, OslpreusMsche VolkiQ€brâuch«f p. 315-318. — Petit recueil d^a 
usages populaires. Noél, Carnaval, Pâques (la coutume des œufs de Pâques 
existe, mais le hèvre de Pàejues est inconnu), la Saint-Jean. 

£, Hoffmai^n-Keiayrb, BUtue Kteidung der Ht^tif p. 327. — Note sur les 
habits bleuB portés à Lucerne par les sorcières. 

0, Hëilig, Coutumes populaires du Brisgau, p. 328. — Feux de la Pentecôte 
et de la Saint Jean, 

lleft. 4, 

K. WsiNHOLD, Ikr Wiidemânnleslanz wi* Oberstdùrft p. 427-437, — Dirar^ 
tîsiement poputairSi où paraissent des faunes, etc ., qui semblent être dAi 
esprits dëi arbres. 



flEVUB DES PâRTODIQUlS 



381 



Kbme HiUheilungfên. 

k WeiîtHOLD^ St:htûsisch€ Sagm, p, 443-447, - Conles populaires. Eaprils 
des f&uz; te p^tit homme en ^ris (cF. OrîmcD^ K,«u.-H> M., 55), 

J, GoLDziHBa, Dk vefweigerte Kniibevgung, p, 44Î, — Sur le conte de 
rhomme qui ne veut pas Qéchir les genoui, et qu'on -^ force sans qu'il le sache. 

To»t Vllî (1898), 

H, F. FsiLBiiito, Ufr Kohùhi in nordhcher Uebrrlieferting, p, 1-21, 130-147, 
264-278. — Le golK-lin dans Irs traditions du Nord. Le nhs est un petit ^Ire 
qui n'a pas de pouces; demeure du niis, on leToit rarement dans une maison, 
ta nuit de No@r, elc. Le nîss comme Rerfiteur de Thomme; il faut l'tnviter ou 
lui donner des ga^es. Ce que peut le nm; il soigne surtout les snimaux. 
Il faut lui donner de la bouillie comme récompetjse (c'eai une offrande au 
dieu tulèlaire de la maison). Disparition, etc., du niss quand on lui donne 
des vêtements, etc. Le ni&s dans la maison ; il taquine les hommes. Le niss 
d'église Orij^inede la croyance; les noms du njss, danois, suédois, norwéfçien»» 
et en Schleswîiar; ffiss = Niels, Nicolaus. M. Feilberfr en citant à l'appui de 
chaque généralisation un ou plusieurs contes Scandinaves r«nd un gr^nd aer- 
vice i tous oeua qui ont de Sa freine à lire ces langues. 

J. BoLTB, ZumMârchen vùm Bavem und TfuftU p* 31-25, — Variante du 
conte bien connu seîon lequel le diable reçoit de la moisson d'une année tout ce 
qui se trouve au-dessus de ta terre (les feuilles des pommes déterre), l'année 
suivante tout ce qui se trouve au-dessous de la terre (les racines du blé), 

G. PoLivKA, Set( wtkher zeit wi'rden die Orme nfcAl mehr getôtet. p. 25-29. 
— Traditions et contes slaves^ d'où semble ressortir qu'on i autrefois tué les 
fieillardsen Bussie. 

A, F, D6RI.1R, Die Tienvetî in der sympathetUchen Tirdler VQtksmedhin^ 
p. 38-48, 168-180, — Étude de médecine magique. Entre autres, les animaux 
suivants figurent sur la îîst© de ceux qui jouent un rôle dans les pratiques 
médicales ; chat, cbien, loup, belette, ours, blaireau, chauv^-souris^ taupe» 
écureuiU lièvre, ^^heval, âne, bœuf, mouton, chevreau, chamois, cerf, porc, 
«ngtier; (p, lôO), aigle, chouette» coucou, huppe, merle, hirondelle, serin, cor- 
beau, pie, pigeon, poutet, oie-, î^zard^ serpent, crapaud, grenouille; sbeLlle, 
fourmi, scorpion, araignée, vers. 

H. ScHURowiTz, Eausgerâtinschriften ans Nieder-Ôesterreich, p, 48-56, 147- 
154. — Collection dlnpcriptions relevées sur les ustensiles domestiques, 

R . Reickharpt, BusiloserHine am der Provinz SocAsen, p, 62-66, — Formu- 
lattes enfantines pour détacher Técorce d'une branche, etc, 

A. L. Stikfil, Zut Sùhwankdhhtnng des Hans Sachs, p. 73-82, l6£-i€8, 
278*28^1, Sur les sources de quelques poèmes de H, Sachs, 1) La femme 
dupée; elle reçoit de son mari déguisé te conseil de lui faire bonne chère alln 
de te rendre aveugle; elle le lait; il fait semblent de Tètre pour tuer l'smoureux 
de s* femme, Panlachalantra, Ilï, 16 (cf. U VIll, p, 225), ^ 2) Le tnari trompé; 



9S2 



REVUE DE LHfSTnîRK DFS BlfLTfilONS 



il trouvé sa femme avet son ^îaqL^ on lui fait croire qu'à cette heure on voit 

toqjours double et qu'il n'y & <qu^une personne là (Jacquei de Vitry). — 
3) Ubùmme qui m&nge des habita qu'on (ai sert ioue forme de vietuaïllei ; 
M. Stiefel trouve le même inciderU dam k Novdte di Genliie Serminii la Oiise 
ed Bcènd n'est cepeudant pas la même; rbypoibk>ae de tr&nsmiasion n'est guère 
souLenable* — A) Ui femme iiiijc neuf peaux: critiqui* de la théorie de Wûnscbe, 
qui voit dans un poèm^ il^ Simonide Ton^'ine de ce coûte; M. Stierel et pour 
t:auBe, rejette cette h y potliése t-u faveur de celle qui veulvusr l'origine «îu cooie 
dan& le& Proverbes d*Agricola (414). — 5) Le choix de la leuime — veuve ou 
pucelle; critique de la critiqua de M Landau; vetBions secoudaireB dérivées d« 
Saebs chvz Erasint!. — 6) La réponse de Mohammed à detjx questions; source 
probable : un commentaire sur le Koran. 

Kleine Mitlhf*ilunjç^en. • 

M. Eï«N. Am lier HautisM p. 91-93. — CroyaniieB populaires. Des homtûea 
îoasquéSr ;t la (in de décembre, font la n course de Ferchta ï>. 

Heft. 2. 

M. LîHiiAif«-Fît.ttfes, VûthliUînMiche& aus Isl&nd, p. 154-162, 285-291. — Ci- 
tatiûna de ta collection d'Arnason {isletiukar Pjùdsdgur oyaefintyri). Augures : 
aernuer, bailler, avoir te hoquet, etc* La viande ; taboui, etc. ; augures. la- 
lerdiction de se couper les ongles au lit^ etc. Lea faabiU; la nudité dans U 
magie. Parùcuiarilés du corps. Médecine populaire. Augures de la morL 

M. EïiiN, Tnittnbreittî nus Saktiurg, p* 205-209. — Dialrihution et variétés 
de Tusa^e de mettre le CELdavre^ jusqu'à l'heure des runèr.iille@, sur une planche 
qu'on attache pluB tard au grenier* etc. (cf. VIIÏ, 3-16). 

K* Weikhold, ^a« Hurke in Dithrunnchen, 210-213* — Conte populaire re- 
f^ardé par M. \V . comme une preuve que ta eroyaoce h Frau Hurke n'est pas 
limitée aux Allemands du Sud. 

H, Beck, Aus d&n bdueHkhen Leben in Nord^leimket p* 213-217. — Jeux; 
comment oa 61e à Tenvi aprèa que ks Qleuse» ont gaspillé le temps. Augures 
la veille de Saiut-MatbiaB, 

P. 428, — La noce. Les tuiiérailles> Pentecôte (procefisiou de la jeuoeftie). 

J. jAvvoRStiU, Sand Stdlprian, p. 217-32iï. — Parallèles slaves au 69 Fas- 
Inachtsspiel de JJans Sachs (v. auprà^ La femme dupée). M. •!. prétend que This- 
toire était connue de H, S. par un intermédiaire russe. 
Kleine Mittheilungen* 

C. Dm&iîss?(^ Marienkindt p. 222. — Commentaire sur Griiatït, KimUf-und 
Hammarchm, n" 3. 

0. Hëilio, Sufjen aus dêm Simonsmâid&rttuUf p. 227 « — Contes populaires 
en patois ; sorcière^ fondation d'une église. 

P. 228. — Remède magique contre le mal de dents. 

P. 230, Formule magique pour la protection des poule». 

Hea. 3. 

K.-L. LuBKCR, Die KrankfuntsMmonen der fialhanvùlkrr, p. 2-51-24*^, 379- 



REVUE DES PÉRIODIQUES 383 

389; t. IX, 58-68, 194-204, 295-305. — Les démons des m&ladies chet les 
peuples du Balkan. Forme, sexe et nombre des démons. Moyens de les expul- 
ser, écarter ou éviter : le nom de la personne dans la magie ; les talismans, les 
formules magiques; vénération des démons et les jours consacrés & ce culte. 
Chansons sur la peste. Les kaluschares — corporation qui cherche à guérir 
des maladies par des moyens magiques ; initiation ; nombre des membres ; in- 
signes; les danses, qui ont pour but la guérison des maladies; effets de ces 
danses sur les danseurs et les malades. Herbes magiques. 

M. Rehsenbr, Goss'!nsa8ser Jugend, 117-129, 249-263. — Description de 
mœurs populaires. Noël, Carnaval, P&ques. 

E, SxLK Bûschelznig aus Tirol, p. 323-330. — Expulsion des serpents; 
expulsions des fantômes; augures. 

J. Jaworsrij, Sudrussische Vampyre^ p. 331-336. — Origine des vampires, 
leurs pouvoirs; moyen de les subjuguer, contes. 
Kleine Mittbeilungen. 
K. Weimhold, Hirten&prûche, p. 336-339. — Formules à dire par les ber- 
gers, etc. quand ils donnent au fermier une verge de bouleau, dont on se sert 
pour mener paître le bétail Tannée suivante. 

M. Eysn, Dos Autlassei im Salzburgischen, p. 339. — Pouvoirs magiques 
de TcBuf pondu le mercredi saint. 

W. Drsxlbr, Sancta KakukaHlla-CutubiUa, p. 341. — Appendice à t. I, 
p. 321, etc.; la Sainte qui expulse les souris. 

E. MBNciK,£merpro5<er. Peuersegen, p. 345. —Formule magiqaecontre l'in- 
cendie. 

Heft. 4. 

H. Rafp, Aberylauben in Bayem, p. 394-420. — Croyanes populaires; 

pouvoirs magiques dans diverses plantes, etc. ; la Toussaint; la magie ; branches 

de cerisier mises dans l'eau le 4 décembre ; le mariage ; le foyer ; la divination. 

Hûstiengeschichten aus Bayertij p. 400-402. — Légendes relatives à la pro- 

Camation de Thostie, etc. 

K. Wkinhold, Aus Steiermark, p. 439-448. — La Saint-Barthélémy, Per- 
cbta, Berschtl (chien qui vient chercher des victuailles à Noël), broyage du 
lin, Carnaval, chasse nocturne, vaches sacrées, divination, palmes, Pentecôte, 
personnages masqués à Noël, danses, « Tatermann » (figure qu*on brûle au 
printemps). La veillée des morts. 

LEUMAnN-FiLuÈs, hlàndischer Aberglaube, p. 448-452. (Ext. de Hvld, 
Heft. VI). — Croyances populaires d^slande; magie. Les Jeunes hommes ne 
tuent les moutons qu'après avoir été confirmés ; tabou interdisant de tuer des 
pluviers ; sang de sept frères pour éteindre un incendie. 
Kleine Mittbeilungen. 
K. Maurer, JJeber die Hôlle auf Islande p. 452-454. — Appendice à t. IV, 
256, sur Tenfer islandais. 
K. Maorer, Elbenkieuz, p. 454. — Cioix données par les fées. 



mi 



BEVUK ÛB t HISTOIRE DBS RELIGfO?vS 



M. ErsN^ RHsichthaufung in Hùder Oe&terrficht p* 455, Sur une pile rte 

petîiea branches efil&asées sur !a scène d'un meurtre. 



Tous IX (1899). 

W* ScHWARTZ, Hddniscké Ueàerrfsie in iUr Vùiksûherliifcrung der nord' 
dêutschm Tiefehene, p. 148, f23*!3ô, 305-3iK Réponse à U criUrfue de 
M. Knoop H an 8 le Zeitschrift far Volftskundç. — M. Schwartst afArme de 
nôU?eaQ qtill B*ftgit d'un cycle mythique dont ta tempêté est Tidée centrale. 
Pub il cite des Taits qui semhtent établir une croyance & des dtres mythiques 
^- Frau Harkft, Holle, Bercht«, etc. — dont M. Knoop a nié l'eiisfence. Par 
suite de la mort de M, Sctiwartz nous n'avons dans le trobième article qu^uo 
framnent qui se compose de notes destrnés i lui serrir dt canerat. Si l'expli- 
cation que donne M. Schwarti n'est pas juste, il semble certain que M* Knoop 
a ptolût essayé de faire la critique d&i croyaocas étudiées que de les faire con- 
naître telles quelles sont Les croyances populaires de nos jours — en Grèoe^ 
par exemple — sont un reflet des croyances anciennes, en ce qui concerne les 
divinités inr^rieures. Il est assez Traigembtable que des croyances du même 
ordre aient subsisté en Allemagne, Ceta ne veut pas dire cependant que nous 
soyons i même dp reconstituer le système de culte doDl ©Iks dérivent. 

S. Amalfi, Quellen und PatûlUien sum n Nfwetlmù m der Salemitaners Masue- 
cio, p^ 33-41, 136-154. Notes sur ci nquaii te nouvelles de Masuccio. M. Amalô 
qui n'est pas A mdme a^fC? EOuvent de citer les sources, croit que M« a puis 
plutôt daris la tradition populaire que chez les écrivains, 

A. TniiTKiir, KulturQ^^tchichtlit^hes aus den Mdr5€hen am rechten Ufsr der 
Uniffiotnêr, p. 45-55, 157-111» 258-293. Le mariagei Ja mort, la moisson (coq» 
danses populaires, etc.), 

A- l AND AU, îJoUkreischf p. 72-77, Cérémonie hébraïque qui consiste à élever 
l'enfant trois fois en Talr en lux donnant le nom de bapldme. Parallèles dans 
les formulertes enrnntines. 

K. BArr, Geschichten au3 dem Etschland^ etc., p. 77-80. — Contes popu- 
laires ; diable, le payaan qui cherche de Tor sous te chardon ; la ûile 5ancèe 
au bandit qtti s'égare et emporte de ches Jui le doigt d'une personne 
volée, 

J, BûLTE, àumûnische Mârchen (Stautes Sammîung), p. Ô4-88, 179-181. — 
Notes sur une collêclîoR, de 48 contes ms. de la m Hofbïbliolhek ** de 
Vienne. Analyse. Textes : ir Que faut-il craindre le plus : Je vent, le froid OQ la 
chaleur? n Conte cumulatif du porc qui perd la cloche, 

K, Wtixrtoto. Satly Waier^ p, 89-90. — Critique des théories de M»» Gomme 
sur rurigine de ce jeu. L^eau dans les cérémonies de mariage. 

Hea. 2. 

\V. Hsia, Das Hudt^iaufen, p. 109-123, ^ Sur la course du * Hudler • 
pendant le carnaval 4 Hatt ; autrefois il y avait une souris ou scarabée sur le 



REVt'E DES PÉBTODigiïFS 



maeque; il cbifisait les personnes qii*i1 ToyaU pour les fouetter et puifl leur 
doanftit i tningpr H à boire. Aujourd'hui procPBSîon He personnes masquées, 
auiel* avec d«s plutne» de coq et de paon» etc. M, Hein, croit que cette pra- 
Uqu« Ttse à la fertilité des champs et se trouve en rapport avec le a Schmeck* 
osterQ j», etc,, et en rapproche une description des rites des Tusayans par 
M. Fewkes, dans le Joum, of Am. Etknologif, I, 39, et ioam. Âmitiçan 
mMiore, 1893. 

M, Eysn, OaB Frautrûifen im Sahhurgischm^ p* 154*157, — Description de 
Tu sage de port^^r en procession le tableau de la Vierge pour te l&lflser quelques 
heures chei chaque fermier- 

M. Bartels, Ein paar merkwundige Crmiuren^ p. 171-179, 245-256. — 
Croyances populaires rpfalÎTPs à la taupe et h la chauve-souris (cf. p, 207). 

S- Prato, Vcrgtfirkmdfl Mitheilunqen su Ham Saehs Fa$tnachtsmei^ Der 
Ttufti mU dan alten Weib, p. 189-191, 3H-322, — Paratlèlea au conle de la 
vieille femme i laquelle le diable donne un cadeau si elle peut brouiller un 
boninie el sa femme* 

Hefl. 3. 

R, RaTCHiiArtDT. Volkêmirûnùmie und VotksmûieùrotoQie in ffordthûringên, 
p. 229-236. — Le aoîeiL la lune, Tarc-en-ciel, la tempet*», ta pluie, etc, 

A. F, DôRi,tR, lYrofer TêufeUglaube^ p* 256-273, 361-3n. — Coniea du 
dîtbie; formules mag-îques; les aDimaux diaboliques — belette, coucou, etc. ; 
lalismans. 

Kleine Mittheilungen, 

W. Hkipï, p. 324*328, Sur les imn^ps votives d'animaui domestiques, 

M, V. Wknoseïm, Diê Siecknadel, p. 330*333. -^ L'épingle dans les croyances 
populaires. 

R» Aîïnaaiï, Lnuberpuppen^ p, 333-335. — Petites fig-ures magiquea dont te 
râle reste incerUln^ 

Wie im lUfteburgt^chen Pferdecotik geheilt wind^ p. 335. — Une S lie qu'on 
oiet tout de suite après sa naissance sur Je dos d*un cheval a le pouvoir de 
le guérir de coliques. 

0, ScatlTTR, Eim brafimûhweîgmhe Fasinachtftuer uor fûnfïig îahren, 
p. 338-40. — Enterrement du carnaval, 

Hefl. 4. 

FF, ProKfl, Eme Primiz m Tirol, p. 306-399. ^- Le prêtre qui vient de dire 
ia tni*5fe pour la première fois, célèbre une fête aasea réaltâle de sou mariage 
avec rËglise- 

B. F. Kaijïdl, Rutheinhche Màrchm und Mythen, p* 401-420. — Oouie 
contes populaires sans intérêt pour Tbistotre religieuse. 

Tome X (1900). Heft. 1. 

K, MùLLï^THOP, Ztir Qesûhichle dêi Btertenvicht in Deutsckîand^ 16-26. — 
Croyiuees populaires, usages, etc. relatifs à des abeilles. Quand m veut qu« 



386 



BEVUE DÉ L HISTOIRE MS EKUfilONS 



rêaaaim sa pose sur un objet quelconque, on frappe Bur des faucitfes» etc. 
(M, Miillanhorprèlenij que Tabi^lUe aime la musique ; c'est ptytût du bruit qu*il 
faut faire). ÛéLailB philologiques âur les noms des abeilles; lea contiaissances 
qu'ont eues lea auteurs germanîqueB bu sujet des abeilles surpassent celles des 
auteurs clitssiquec^. Les lois au sujet des abeilles; rabeille eomme aaimul do- 
mestr^ue» Des abeilles foreatières. 

27-37* Lettres écrites par Mttunbardt, Schwarlï et Miilletthof: 1) sur les 
Bnlreprites de Matinhardt ; 2) sur son i* Antike Wald-und Feldkulte n ; 3) sur 
les théories naturistes de Schwart«. 

0. ScHELL, Bergûche HQchzeitsgfbràuche , 37-48- Comment on fait la i^Oiir ; 
enchères des ûlfes nubiles; les augures tirés des plantes; le rendez- vous doc- 
tunie(Kiîlgang); les punitions populaires : I) pour les jeu nés gens qui recherchent 
trop toi les niles ; 2) pour les maris cruels ou infidèles ; les Uanç^îllee* 

162-180, La veille de» noces. Le mariage; les jours propices; lea invitalîotii; 
comment on va chercher la fiancée; rentrée de la fiancée et les usages qui s'y 
rapportent; costumes; le repas; l'en lève ment de la fiancée t les cadeaux. La 
cérémonie ecclésiastique du mariage. Les proverbes relalifs au mariage. 

M. RKUSEifKA, Von den Titren und ihrem Nutzt^n nach Gos$ensasser Mdnung^ 
48-62. — L'araignée qui sauve un homme en faisant sa toile devant sa eaehetl© ; 
les croyances populaires au sujet des animaux domestiques. La sorcellerie pour 
attirer le lait, etc, \ le cheval ; te mouton ; le bœuf; le chien ; le chat^ les poulets. 
Lti renard qui fait une course avec l'escargol» Les animaui sauvages, 

0, ScaûTTij Braumckweigische Segen^ 63-65, — Formules magiques pour 
écarter les maladies et !e cauchemar.. Les formules magiques pour faire 
croître les arbres; Tabondance du fruit se trouve en rapport, dans les 
croyances populaires^ avec ia naissance d'un enfant, 

F. P. PioEft, p. 80-85. — Coutumes et rites populaires de rOberinnthal. Le 
mariage de Tbomme et la femme sauvages — transportés à travers le village 
sur un tronc d'arbre ou un chariot garni de mousse — où montent des gars 
déguisés en vieilles QUes ; on les fait parfois passer par la (< meule qui rajeu- 
nit. ^ 

0, Hartung, Zut Vûlkskunde aus ÀnhaUt 85-90. — La moisson; les chaû- 
sotis au sujet de la guirlande de moisson. Lea chansons pour la Saint-Marlui 
(où Ton tue les porcs). Hemèdes contre les maladies du bétaiL Hepàs rituel (?} 
à la Chandeleur. Augures sur le prit du blé. 

Kleine Mittbeiiungen. 

M- Eys«, Pr^ngcs* odtr Reifstangen im Herz, Sahtung, 90, — Verges dé- 
corées de rubanSf etc. qu'on met autour des champs pour procurer TaboQ- 
dance de la moisson. 

M. HOruSH, SaU oder Bt^rgwerkef 93* — Consécration des machinés, etc. qui 
servent â monter Teau salée, 

K. WsiNHotn» 99-100. — Les poupées destinées à des pratiques magiques. 



4 



HEVOI OÏS PïtlUODlOCJES 



387 



T. ZjiCciJABùkB, Sidki Kûr XVt lOO-lOS. — Contes arabei et indiens, où 
quatre Sjribea jouent un r&le împort&oU 

M. BAjtTius, Wui kfmen die Toten t 117-i42« — Les croy&nee» populaires 
au sujet deïï cadavres* Augures qui kisseat deriner qu'un autre membre de k 
famille va bientôt mourir. Les objets qu'on met dans te cercueiL Les mortà qui 
reviennenl visiter Tépoux, etc« ; ce ne sont que les morts enterrés selon les 
ii&age« traditionnels qui sont libres de suivre leurs caprices à cet égard , le 
mort ne peut sortir du tombeau si une femme y jette une pelote. Parfois les 
cheveujc et les onglei^ des cadavres croiasenl. Les oËTrandes qu'on fait &ux 
morts. Les sain^ et les ^uémons qu'ils opèrent. Les morts qui causent dans 
le tombeau. Les maladies causées par les maris. Le» punitions du vol fait aux 
morts. Les suicidés. Les morts qui aident tes vivants. 

A. Pfit^ÊOLD, Pfingstguaas^ 142>150. — Aperru historique sur l'usage de 
dansée À k Penteaûte. 

B. Kahlë, Ans schicedisdtens Volk^glaubeni 194-302. Lai* Wilde Jag-d», Les 
Elfes et les géants ont peur du tonnerre* La verge où poussent des feuilles. Le a 
çbangelins. Les Elfes dupés. Vadantes du conte du Gyclope* Les ûlTrandes 
aux Elfes. Comment on fait parler le^ morts. 

H. BtiCHAnDT, Volkmu$€fiauungt;ft Ûb«r Titre und Pftanzen m Nùrdthûringen, 
208-2ti, — Comment il faut se conduire k l'égard des animaux domeatiques. 
Croyances populsireB au sujet des animaux; ï%b augures; les bêtes qui portent 
bonheur, etc., les plantes ; les arbres fruitiers; comment on les greffe; la magie 
des plantes ; explications des marques qui se trouvent sur les feuilles. 
Kieine Millheilun^ftu, 

214*216. Lettre de MasDhardt à Kuhn qu'il invite h fiifô la critique de ses 
Watdkûtie. 

2£1. Ce que disent les bêtes dans le ductié de Brunswick. 

223. Les cérémonies de baptême et de mariage dans le duché de Brunswick. 

225. Les lois au sujet des abeilles dans le xv*" siècle. 

226. Le cr&ae de cheval dans k magie, 

227*8, Das Hahomenen, Comment on cherche des auf^ures au moyen de Therbe, 

228. Dictons populaires, 

229. Les croyances et les Formules magiques dans k Bass e Luffac«. 

Heft. 3. 

P. DnscK&Lfin, SchksUche PlingstQeltràucfu, 245-254 . ^ On se moque du der- 
nier qui mène paître le bétail; les feux de la Pentecôte; les *f mais i* ; les rois de 
k Pentecôte; le tir au géant ; les jeux; ta vente de Ogures d'animaux tn argile. 

Q. PoLîVKA, Tom TU Tot^ 254-272 {cf. p. 325), ... — Enquête sur le lieu 
d'origine de ce conte. M, P. prétend» en contradiction a^^^ec un assez grand 
nombre de foikiortstes ang-kîs, que la seule existence d'un conte populaire che^ 
un peuple ne fournit pas de preuve que ce peuple croyait aux idées fondamen- 
tales du conte ; avant do s'en servir pour cet usage il faudra qu'on ail établi 



390 



REVUE DE lhtstoihe des religions 



« 



ressort dans ta Revue. La confusion enlr« Tunîté extérieure, biérarchi(|iie, M 
l'umlé morale, intérieure, qui s*acconQmode de ia variélé des formes doctrinales, 
des inatitutions ou des pratiques ecclésiastiques, y règne d*un bout à l'autre . 
Mais je me hâte d'ajouter que sur ce terrain nelleuïeiit catholique les coltabo- 
r&teurs se sontelTorcés do témoigner Je plus possible d'impartialité àTégard de 
ceux qui ne partngenl pas leurs principes, à tel poittt que pour quelques-tins 
on serait presque porté à se demander s'il a les partagent eux-mêmes, 

M. de Vogiié le déclare en commençant r m Le trop près fait ces recherches 
incertaines; bien impertinente serait la prétention de porter à cette heure, en 
quelques pages, le jugement réservé aux hislonens qui assureront leur regard 
dans le lointain de la perspeelive n (p. ix]. La lentatitre n'en est pas moins in- 
téressante. Certaines observations se dégagent avec plus de force que d^autres» 
Ainsi danB la troisième partie consacrée au mouFement religieux, (e P. jésuite 
René-Marîe de la Broise rend bien sensible le fait que la critique kantienne et 
la philosophie évolutionniste qui en est sortie dominent Thistoire de ïa pentée 
religieuse dans ta première moitié du siècle» mats que dans la seconâe moitié 
c'est rarànement de t'bisloire des religions qai exerce une influence prépondé- 
rante. 

Le chapitre consacré par M. Carra de Vaux aux religions non chrétientics est 
en réalité un abrégé d'histoire des religions, plutôt qu'une étude sur les desti- 
nèe$ de ces religions pendant le xix^ siècle. Il est bien délicat de condenser un 
sujet aussi vaste etaossi multiple sans faire des généralisations hâtives. L'auteur 
y joint des hypothèses aventureuses qui n'étaient pas indispensables, comme 
lorsqu'il attribue la doctrine brahmanique et bouddhique du ^armai une înQuetlcfl 
grecque (p. 705), Le chapitre sur l'Expansion de l'Église catholique» par le 
P. Sertillanges, des Frères Prêcheurs, est intéressant à consulter; il en ressort 
clairement que nulle pari les conditions de la propagande catholique ne sont 
meilleures que dans les pays ang)o*saxons ou dans leurs colonies, c'est-&-dire 
dans des pays où le pouvoir appartient aux protestants, Le grand développe- 
ment des missions chrétiennes est un des phénomènes les plus caractéristiques da 
l'histoire religieuse du xix^ siècle. Quant à rapprécration des résultats QhtenuSt 
on fera bien de contrôler les données du P. Sertiltnn^es par celles de la StaUs- 
tique des Religions présentée par M, Fournier de Klaix au Congrès intema- 
lional de THistoiro des Religions el publiée au tome 1<" des Actes qui paraîtra 
incessamment. 

Pour l'historien Timpression la plus instructi\*e qui se dégage de ce volume^ 
auquel le concours de tant d^hommes marquants doit assurer quelque autorité» 
c^est que d'une façon générale les collaborateurs s^accordent à reconnaître quo 
la situation de l'Église catholique en 1900 est beaucoup meilleure qu'en 1800* 
M, Tévêque d'Orléans, dans le dernier chapitre sur la Vie intime de l'Église, le^ 
déclare très nettement: « Mous avons lieu d*âtre contenta de notre bilan dt Ûi^M 
de siècle. Depuis 1850, nottaiment, notre action de salut est en progrès oon-^^ 
staiit » (p* 881). 



4 



4 




cÊmoNionB 



394 



L'édtUur LecûfTre (90, ru« Bonaparte) nw% a fait parvenir le troisiâmâ vo- 
lume de VAnnés de l'Ègli&e, ($00. A deui repriees déjà nous avons padèdans 
i& Revue de cetLe uLile publication^ à propos dea volumea relatifs aux années 
189S at 1899, Le présent vol uma rendra les mêmes aemctïs que les précédent?. 
Vm 1300 a été Tannée du Jubilé, l'année sainte. Les rédacteurs de rAnnuaîre 
du ponde catholique ont penaô que ce caractère spécial devait dominer et péntî- 
Irer le rapide récit des phénomènes de la m de l'Église en celle année i900, 
îfous y retrouvons le mètne souffle de conQance en Tavenir et d'assurance 
qu'une ère de succès s'ourre pour rÉglise, qui nous a frappé dans le grand ou- 
■wmgé signalé plu5 haut. Ici encore ce sont les pages sur les missions q«i sont 
les plu* inléressanteB. Il y a 14 une masse de renseigneroenis très instructifs. 
On appréciera aussi sous tes rubriques des divers pays d^Europeet d'Amérique 
les informations relatives àractidté sociale de rÉgliae. Par contre il est regret- 
table que dans la revue des incidents ecclésiastiques dans certains pays, notam- 
ment en FraocOi on ne fasse aucune mention d'événements au moins aussi în- 
té ressaut s que les mille détails des cérêmontes de l'année sainte 4 Home, par 
eïempte les démêlés de certains évêques avec les congrégations existant dans 
leur diocèse. Si l'on veut que ces annuaires aient de l'autorité, il ne faut pas y 
passer sous silence bs événemeats qui gênent ou qui déplaisent. Que l'on se 
borne à rapporter les faits sans tes apprécier, si Ton ne veut pas se compromettre, 
mais quon ne les supprime pas. Autrement la publication perdra toute son uti- 
lité pour ne ploa devenir qu'un© apologie trop intéressée pour être intéressante. 



Puisque nous avons été amenés à nous occuper de rhiitoire des misslont 
chrétiennes, il faut dire un mot aussi d'un livre récent qui traite du rôîe des 
miasions eu Chine, à la veille de i'intervention européenne dans ce pays, el de 
l^ftituation qui leur est faite par l'occupation mîtiiaire de Pékin el d'une partie 
de la nbine. M, Raoul Ailier dans Les ir&itbles de Chine et tes mîsiions chrc^ 
iiefmes {i vol, in-12 de 281 p., Paris, Fischbacher) a réuni et commenté un 
grand nombre de doctiments qui éclairent d'une vive lumière le rôle des missions 
catholiques et protestantes dans le redoutable conflit qui a mis aux prises la 
Chine avec l'Europe coalisée. Cette question a été ardemment discutée dans la 
presse, mais le plus souvent d'apn^s des renaeigneoients incomplets et »ous 
rinilueaçe de passions politiques. Ceux qui tiennent à se faire une opinion 
raison née et contrôlée, sur la part de responsabilité qui incombe aux mission- 
nairefl dans ces événements qui marquent une date de Thistoire de rhtimanïté, 
liront avec proQt le petit livre, très clair et bien écrit, de M, Allier, 

Nous &vona déjà signalé Tétude sur la tiouluoie, le tabou et robligatioQ morale, 




392 



REVL'E DE h HISTOIBE B£S ReLIGIOfTS 



publiée par M, L» Marillier dans le folume de Mélanges que rAswciation de» 
ancieni élèves de [& Faculté des îetlres de Paris a publié chez Aïcan, flous k 
litre : Entre Camaradts {io-8 de ii'46& p.), Deui de noe collftboraieurs vont 
égalemenl inséré des travaux que no\is avouR plaisir à signaler, M. Atidôîîeot. 
dans ie CuUe de CapUstis à Rùme, a décrit les vicîasitudea de ce c\i\\e iiDporté à 
Borne, en suivant par ordre chronologique les telles qui nous renseignent k son 
sujet (Serviua, Ad Àm.^ XII, ?. 811 ; Hérodien, V, 6, 4-5 el tï, 1, 3; Lampride, 
E/ag., 3, 4-5 et diverses inscriptions). M. F. Picaveta if êcè L^ coracténstique 
îhéfytûgiqm ec phUost^hico^sctentifUjut des limiits chronologiques du moyené§9^ 
A noter aussi un mémoire de M. H. fiérenger sur YHéténe Aomérigue. 




M. P.AIphandéry, élève dipïôtEéde l'École des Haiïtes Études* a publié 
le « Moyen Age » de 190Û une étude sur Le procès de Louis de Poitiers, 
dti Langres (1320-1322). De pareils procès entre un évéque et son ebapitrt 
n'étaient pas rares au moyen âg-e. Celui-ci offre pour ]*bistorten un intérêt 
particulier, parce qu1l est connu en détails grâce iila conservation de plusieurs 
documents : le réquisitoire du piocureur du chapitre devant les enquêteurs en- 
voyésà Langres par le pape Jean XXII; des arrêts du Parlement et un poème 
contemporain. Le chapitre de Saml-Mammèa était, ainsi que ses vassaux et set 
bien s, placé depuis longtemps soui ta sauvegarde royale; il manilestaît une grande 
indépendance vis & \is des évoques de Langree» Louis de Poitiers essaya d'abord 
des voies pacîfiquei pour obtenir la garde du chspitre et de ses biens; comme 
il ne parvenait à rien de celte façon, il commença à s'approprier ce qu'il réclamait 
et à traiter les chanoines en rebelles* La cause fut portée par ceux*cî devant 
k justice royale et plainte Tut portée auprès de Jean XXlt. M. Alphandêry décriti 
avec k seruputeuie eiaclitude documentaire qui donne à ses travaux une sé^ 
rieuse valeur, les péripéties de &e double procès. Battu devant la juridiction 
royale, l'évëque entra en accommodements avec le pape. En 1325 il fut nommé 
évêque de Met£, où il se montra beaucoup moins exigeant qu'à Langres. Il n'y 
resta guère et se retira à Monlélimar où il mourut en 1327. ^ 



Archives de CkUioire religieuse de France. Un comité dans lequel figurent 
MM. Imbart de la Tour, BatifFoFi Baudriltart, Cb^Lelain, Ulysse Cbêvalier, 
Qoyau, Valois, etc., s'est formé a Parts, à Tetret de publier dans une coJIectiûD 
d'ensemble les documents rektifs à Thistoire religieuse de la France moderne» 
qui sont conservés dans nos bibliothèques publiques ou privées, aux Archives 
du Vatican ou dans les dépôts étrangers* Cette publication commencera en 
190i et comprendra les séries suivantes : 1** documents ecclésiastiques ; 2* dO' 
cuments administratifs; 3* documents judiciaires; 4^ documents non catho- 
liques; 5° documente privés, C*est ainsi que M. J. Lemoine, bibliothécaire au 
iQimsiëre de la guerre, publiera la u Consultaiiou des évéques de Franeâ 



CHROKlttUE 



3P3 



I 

I 
I 

I 



la eoaduile à Unir à Vég&rà de« rérorméa « (1698); MM, Châtelain et DeniQt 
ks « Procès verbaux de la FaeuUé de théologie dt Paris » (1505-1533), etc. 

Oo peut s'associer à la publication en versant 500 francs, à litre de fonda- 
teur, ou en s*abonnant & la coHeetion cocLme souscripteur* Les volumes in<8* 
paraîtront cfaex Atphon&e Picard, 82, rue Bonaparte. Le prix det volumes 
parus dans une année ne pourra dépasser 20 fr. pour les aboniiCs. 

— Le Comité centra) de rMliance Israélite a dèeidé la création d'une revue 
spéciale pour les écoles qu'il entretient surtout dans les pays tnuÂulmans. 
Nous avons sous tes yeux la première livraison de la Revue dës Ecoles de f Al- 
liance Israélite^ publjcatioîi trittieslnelle, cbei Durlacher» éditeur, 83 6î^, rue 
Lafayette» Paris (S fr, par an). Cette revue doit être tout d'abord pédagogique, 
professionnelJe, mai» elle accueillera aussi des ariicles sur Tbistoire des com- 
munautés Israélites, des variétés traitant des coutumes, des superstitions et 
des légendes répandues parmi les Juifs. C'est ainsi que ta première livraison 
conlient des articles de M, Moïse Nabon sur la toi juive et resprit scieoliGque, 
de M, Fratsco sur la Communauté israèlite de Safed et des Légendes et Supers- 
titions par M. J. Bigart, le gérant. Adresser tout ce qui eoncerne la rédaction 
à l'Alliance laraéble, 'àb^ rue de Trévi^e, Paris. 

L'Histoire relig'ieuae à rAcadémle des Inacrlptiûna et Bellôa- 
JLdttres. — Héance du 1*' févner : Une inscription votive trouvée par M. Lex 
à ïâainl-Marcel-lei'Cbalon (Saône-et-Loire) fait connaitre le nom d'une nouvelle 
divinité locale : Dvas Temmioni, 

Une inscription grecque de basse f'poque, trouvée à Myndos, en Carie, par 
M. Paton atteste l'existence d^unecommuoauLéjuive dans cette ville et conGime 
ainsi un témoignage du premier livre des Macohabées. 

M. Thureait'Danyin lit un essai de traduction d'une îuscrtption de Gmdéa 
où le patesi rend compte d'un songe dans lequel les dieux lui enjoignent de 
construire un temple. 

— Seuitee du 8 février : M, Smirnolî écrit de Pélersbourg à M. Omont que 
L'on a trouvé au musée du gymnase de Marioupol, au nord de ta mâr d'Azov, 
un feuillet isolé du tuanuacrit pourpre en lettres ouciales d'or de \^E%iangUs de 
Sfiini Âiatlhku qui fut découvert à Sinope et acquis par la bibliothèque Na^ 
tionale. Il contient cb. xvii, vv* 9 à 16, 

— Le P» Hoozevalle a découvert une inscription latine qui permet do 
reconnaître la triade divine adorée à Baalbek, l^lle comprenait Jupiter^ Vénus 
et Mercure. M. Perdriitet qui (ait connaUre celte découverte à rAcadémie» 
rappelle que Taigle ligure sur la porte d'eotrêe d'un temple de Baalbek tient, 
en ellett un caducée au lieu de la foudre. 

— M, Chavanne$ bt un rapport sur les résultats archéologiques de la mis- 
sion Bon m en Asie centrale. A noter particulièrement une stèle de l'an 1346» 
trouvée dans les grottes des mille Bouddbas, au sud-est de Cbii-tcbeou ; die 
porte une fôrmuk bouddhique an six écritures diférentes dont on retrouve des 
«pécinieos sur la porte de Ki a-yong KoaD, près de Pékin* 

2e 



iu 



RKVUK DE t'niSTOIRB mS KttUGIONS 



— SétJlfi lia iâ fci>rier : M. Su/ofiîon ft^macA pense que ke X»foge«res ont 
été pfi.ûiii^ô aa-*if ^^'-^ U*CiUU**r*, mus des Mit^mt. des houiuiea-cygaes 

Diiu Id» i^iàafta 4o t-tiîgJtamo au ils Baul r^jprôaeiHea deacdHa^ai da ciel, leuri 
cbovtiux «a «^at pt* «ilôi eu o arf le «oui les Pdijasea, C'est àjasle titre que la 
iègâud« lis r&U QdUrtf de Ledti et «Vun cyi^ne, 

— ti^îawiî liti à mtirt i M. «./«c/ié- Lei;ti;rt^î iiûîiàve la lecture d'un savant 
mematre wr U fustratii/» ou u s'occupe pu ucuJiertiuieftt du « sauwmenluiû u 
et du <i Iïly»i«^rm(u » 

— M. êiaiwiii'>« iittuacA présente un« pbolograpKie du premier buste autliaa* 
tiqi*o du i*e(uper*:ur Jwiitw, niubi*j p^ une juB*;ripuua. Pai uue ^*iqmâuic ttuuie 
Q« buste, ûouoia i« * l4*ii ct;ujiue c«iui ae ^ma Uamo, t>rua ucpuis tieuf 
Biecla» La çtikiUtidr»te d'Aot^iéUZd Uaai la l^ounie. 

— Séance Ua 22 mata ^ Al* Uui/nul iiut tsijuiittlire Ti^giampage d*ane inscrip- 
tion grecque de Fuuïi^ies» mU Ueuh^tlrce ju^^qa a pretreai, a 'âpre s Inclue iie un 
neii&iu biym lurail nppurie {wr mer le aieu Heiw$ d'Arcida {t} a Fvuuokfi, 
!g tt Aricmisiua Z\f% *i& Tyi% pour ubtiir à uu urare de ce awu. M. ClËTiu^Dt* 
Uauutsuu «atiiiio 4u'U l&ui iire: « Tueostibiiia :ï4LiepieiJU& » tt noa » Taeos 
Hi*uoâ », L'in«^ipuiiu flippe iJef ait simplement je vtiyui^e d'un Tynea ongitiufe 
d« darepU pour aCuuuipKr uu vuaii. 

-^ ÀcuMct; Ji4 .¥ jpujrï : ^u, ila»|Jcro enfoîe d'%ypt« la laile inaltié d'iua 
tnionpUgu ^tira^ue Uau» La^^ueUt» uu iUAri#j-ier Uuiuma Ni^er, au i^ uecàe oe 
iiuiN t^Ttt» f«ud gf&oa a cwrLttJus dMux u'a? uir pu ibai«v«r jn»|im«uittiii mïs ua- 
vauji. 

•^ jféaacf (lii 3 uvni (rtpioduit d'aprèa U « Bévue mUque d'Histoira «i de 
UUératur» ») ; M. Ct«r«HMU-(iumi«ait laJt use commun tcau^ïo itir éeux àm 
taacnpyous «a careaiéii» semiuque^ qui couvèrent les r\»&û«ft du â«AaL La 
pramara ^ui remonte a Tan xOai-^UD ipres i*'C,, se i«nnine pv uoa 
t«M «a i^iM^uuaor oes troi» Cèaari Au^uMa», c'est-4-dira rawjwfaaf 
Savêfa at Maaaui tl^s camc^a^ et UcU, asMicies par 4iu a TeOfira» ii 
aai OsImM 4a IW «i^r^i i.«U, » auirn daià» taquade iai paiitiw ani m te 
4« laif« lA p UK^ x tt q aw dauaâ », li â'ai^t «l'uu us«^6 tdui a ^u aaaà^M « 
lloattUMiiKi joiva da i'auitao a«UM4k|u«, \m. pfascnrau 4' 
patiYtiot >»««• l«* s«fi «os, l« pfviMiA d«a nooéMi 
na jouf h ia > i« » H i e«r tea l a a Ul a Ua iia rangmàaea at 
fttaie 4*i>it|«l pnacifat 4t oat «kbian d lUfir^laou 
plu^aitéa to«nn» aa ia ne^ww mih pnyiw* cèt«l T 
dt ii^iÉiarii M>ilifiJ«fci *>*■* laa lin^nn^ m. ^ iiif^ni ^ 
Siaaàt draiia 4|tti a« iroa 
par mm m C^àmvm éa 
yilijfaiiyfcftitwa 
(cavaat MT lai MM» «raaa laipM éa Sfoa atiM niaa Mia 4a ià, te 





CliBOWH^tfE 



395 



— M. C. E. Sùnirit vice-rt^sident en Indo^bine^ fait une communtcalion 
sur IfiB grottes dea mille Bouddhas ^ près de Ch&>tcheou (KAnaou}i ciyptea 
bouddhiques ornées de fresques de style hindou» qui peuvent être coasidérèes 
CûDime le plus ancien spécimen de l'art hmdi>bouddhique en Chine. 

« Séance du 19 avril : M. Munît annonce la rondaliûn d'one Société ioler- 
ualionale pour les études d'iconographie religieuse ou profane. 

M* iteuzetf communique le résultat provisoire du déahifTrement que M. Thu* 
reau-Dangin a leniè surTeâlamp^ge d'une inseripiion cbaldéenna de 36 lignes, 
gravée sur une pierre de seuil découverte par M. de Sarzec. C'est une dédicacé 
Faite par Arad-Nannaft *» ministre suprême, patesi î^ serviteur du roi d'Oar, en 
Tbonneur de Ghimil*5in, roi de la ville d'Our^ roi des quatre régions, auquel il 
consacre uo temple. Le Dooi du roi est précédé du signe divin de Tctoile. Il y 
a h une tentative de déiBcutioa dea rois analogue à celle de Naram-sin, mais il ne 
semble pas que ees apothéoses des rois soient jamais devenues populaires chex 
les Cbaldéo-Assy riens» 

M. Ci^^mont-Ganneau lit uae note sur la destruction de l'église du Saint- 
Sépukrep&r le sultan Hakem, à Jérusalem. 

^ Séance du 10 mai : M. B, GuimH présente et commente des miroirs funé- 
raires en bronze de Tépoque des Hsin C202av. à230apr« JV-C). Les plus anektiB 
portent dea caractères mystiques et une o m e nie n talion symbolique chinoise. 
Sous les Han postérieurs leur ornementation trahît manire^tement des inOuen- 
ces grecques, On j voit notamment des raisins. Us datent, en effet, de l'époque 
où la vigne fut introduite en Chine et où des relations s'établirent, au témoi- 
gnage des historiens grecs et chinois, soit antre Alexandrie et Canton, soit 
entre la Perse et Sin^gnaa-fou. 



BELGIQUE 

Jf. Gobteî d'AlvieUa a publié dans la x Revue de T Université de Bruxelles v 
(L Vi, 1900-1901) un article intîlîilé Nouveaux documents reiatifs à t^CQmgra- 
phie du Boùddhisim indien, m ïi dégage les renseignements que nous appor- 
tent sur l'histoire du Bouddhisme dans l'iude les beaux travaux iconogr^ipbiques 
de M. Foucber et les Études €t Matériaux de M. Louis de la Vallée Poussin. A 
condition de ne pas oublier qu'il y a nécessairement encore une bonne part 
d'hypothèse dans de semblables esquisses générales d'une histoire insuffisam- 
ment documentée et surtout tnsuîQsamment datée^ on trouvera dans cet article 
u a exposé trèa clair de l'évolution du Bouddhisme. 



SUISSE 

M. Alfred Wettawii\ ancien élève de MM, P. Foucart et Haussoullier, a pré- 



3Tit] 



HEVUe nE LHISTOIBIË DES Ri:Lti>10NS 



tenté en 181*^ à rUnîrersitè de Lausanne une Ihèse de doctorat ès-leUres eur 
les Panalb6ne«B> quM a publiée depuis ; Étuie mr la fête dçs Panfithênéts 
^nra l'ancienne Athènes (Lausanne, in-S" de i26 p.). El se sépare aur plusieurs 
points des optnlons exprimées par M. Aug. Mommseii dans les «* Fetle dêr 
Stadt Atbea im AUertuiii i», qui sont une refonte de son « Keorlologie ti. 

— M. A. Briichner a publié chez Reiahardt, & Blle^ une excelle nie élude sur 
le grand docteur manichéen d^Afriqiie contre lequel saint Augustin a tant pole- 
tïiise ; Fauittis von Mikm (in-8o de vm et 82 p.). I) a rëunitout ce qu« Von 
peut r^canstiluer de sa vie et de sa doctrine et raet en lumière de la façon la 
plus interess&nle lea mérites de !a critique biblique de Faust e. 

— L'éditeur Schvvetscbke qui ?ienl de terminer dans le Cûrpm Hefonnutùrnm 
la publication monUEiientalft des u Opéra Calvini »» après celle des csurres de 
Melancbtboîif entreprend mainlenaot Tédilion des (Euvres de Zwingli, Le Zwiti- 
glivereinde Zurîcii prête son concours,. Oeux érudits bien connus de tous Jes 
bisloriea.s de la Rêforoie suisse^ le professeur Ei^li, de Ziirbb, el l'aumônier 
du gymnase de Bàle, Finsler, sont chargés de l'édition. Le Béeond s'occupera des 
œuvres principaleâ el dea notices bibliographiqueB, le premier de ta Correspon- 
duûce et des natices historiques. La Correspondance el les écrits e^ègé tiques 
formcrout deui sections spéciales. L'ensemble comportera environ 120 livrai- 
sons de & feuilles, du prix de 3 francs. Les éditeurs ont renoncé au format iti-4* 
pour adopter le type ta-S*, Les prix des volumes seront majorés pour lt& non- 
EOit suri pleurs* 

HOLLANDE 



M. C, F^ Tiêkt atteint par la limite d'â.ge, a professé le 6 juin son dernier 

cours à. rOniversité de Leyde. Nous sommes heureux de pouvoir ajouter que 
l'état de santé de réminenl professeur ue justice nullement cette retraite, impo- 
sée par les reniements universitaires hollandais» M* Tiele s'est complètement 
remis delà maladie qui T empêcha, l'année deruiére, de prendre part au Congrès 
îniemational d'histoire des religions. Il a pu achever sa dernière année de 
professorat et assumer une seconde fois les charges du rectorat de rUntversité 
qui lui incombaient par suite du décès du recteur en exercice cette année. 

La chaire occupée par M. Tiele a été confiée par le gouvernement hoU&ndaTs 
i un jeune savant norwègien, M. Bretk KrisUmmj privat-docent d'histoire 
des religions à t'Uoiversilé de Chrisliania, M. Brede Krislensen, neveu du cé- 
lèbre ecn vain Bjûrsterne Bjôroson, a été élève de Lieblem, puis de Ttele lui- 
mêioe auprès duqatl il a passé deux ans. Il a continué ses études à TÉwIe 
des Hautes Étujes^ à Paris, et à Londres. Sa plus importante publication est 
un remarquable mémoire intitulé * Âcaypl^rms fûttsUtlinger om Hvet efter dô ien 
(Des représentations des Égyptiens sur la vie après la mort). Partout ou if a 
passé, il a laissé le meilleur souvenir comme bomme non moins que comme 
lavaat* La succession de Tiele esi entre de bonnes m&ms. 



CHflOl^lQUE 

Nous atODS dyà dît que M. Tîels conservera sei tonetionfl d« professeur au 
séminaire Renionitranl de Lf'yde. Le 3 juin ses élèves onl acdamé sa jeuneSBe 
dV»prit el la TÎgofur, non al le in le par l'a^e de «on esprit, Toys sea Aiaia et 
tdtnirat^iirfi de Tétrangerse joignent A ses dificiples holtandaiB pour allendre 
de aa studieuie retraite encore de nombreuses contributioas à la acience des 
religion? dont il eat Thonneur. 



ALLEMAGNE. 



t 



I 



Nous avons reçu de M, le professeur Hardy, à Wûrjtiuf^, té tirage à part de 
deui artictes qu'il a publiés dans « rArchtv fur Religionswissenschafl • bous 
le titre ZurGeschkkU der vergkichenden HeUgxùnifùrscHuriq, Il rappelle d'a- 
bord ce que l'antiquilé classique a fait pour l'histoire religieuse^ c'est peu de 
chose. Le moyen âge est encore plus pauvre. C'est ta Heoaissancef ce sont les 
grands voyages de découverte de la dn du ït* et du ivt* siècle qui éveillèreiîl 
ratfenlion sur les religions étrangères. Puis vient la phîlosopbie du xvtit* si»''- 
cli et 11 philosophie de la relig-ion en Alleajagne. Dans un second cbapllre 
M, Hardy patee en revue la découTerte et la première interprétation des textes 
sacrés des religions asiatiques, les sources nouvelles devenues accefisiblea pour 
rétuds des religinni de Tantiquilé et celles de TEurope centraîe et septentrion 
n&te anlérieures au chnstianisme, les ressoarces nouvelles dont nous disposons 
pour l'élude des religions de l'Amérique, pour celle du Judaïsme et du Christia- 
nisme. Assurément, conclut Tauteur, Tbistoire comparée des religions n'a pas 
encore tous les maiériaus à ta disposition qu'elle pourra posséder plus lard et 
elle n*a pas encore seheTÉ le dépouillement de ceux qu'elle connaît. Maïs eile 
en a suffisamment pour pouvoir entreprendre des œuvre» de comparaison et de 
synthèse, sujettes à révision, comme toutes les œuvres se entiQques, à mesure 
que de nouvelles découvertes seront faites. 



Parmi les conférences scientifiques publiées en 1900 par l'Éditeur Mohr tt 
eOD vient de signaler les deux suivantes : 1^ celle de M. TroellBCh, !)i€ wissen* 
schûfttiùhe Lûg^ und dk Anforderungen an die Théologie (58 p.), destinée à 
montrer quelle transformation la Réforme du xn* siècle et ravènemenl de fa 
science moderne imposent & la théologie. L^auteur réclame à juste litre que , 
l*h)Stoire du christianisme soit étudiée d&ns le cadre de l'histoire générale d**s 
religions. Mais il entend aussi que la théologie dogmatique s'adapte aux con- 
ditions nouvelles de Tespril moderne. A cet effet il demande qu*elle utilise le» 
données fournies par ta science pour élaborer une doctrine religieuse qui s"fn8> 
pire du théisme biblique et qu'elle proroque ainsi une épuration et un élargis- 
sement du sentimeDl religieux* — 2* celle de M* Voelter, J)tr Urspriittg des 
3I9nchtuTnê (53 p.) qui attribue l*origîne du monacbitme en Egypte, d'une part 




398 REVUE DE L*HISTOIRE DBS RELIGIONS 

àTextension de Tascétisme au sein de la société chrélienne» d'autre part à la 
misérable condition économique de la population égyptienne aux abords du 
IV* siècle. Il y aurait encore plusieurs autres causes à faire valoir. La tendance 
vers le monachisme est un phénomène général au iv* siècle, qui se rattache 
probablement aussi à Tidée traditionnelle de l'opposition irréductible entre le 
Royaume de Dieu et le monde. En devenant chrétien le monde ne cessait pas 
d'être (c le monde », c'est-à-dire une puissance malfaisante à laquelle il fallait 
se soustraire. 

J. R. 



TABLE DES MATIÈRES 

DU TOME QUARAxNTE-TROISIÈME 



ARTICLES DE FOND 

/. Gnldziher. Islamisme et Parpïsme 1 

Gohlet fCA 'viella. D^s rapports historiques entre la religion et la morale. 30 

Fr. Cumont. Zeus Stralios 47 

E. Ch'tvannes. Le dieu du sol dans rancienne religion chinoise . . . 125 

Jean Capart La fête de frapper les Anou 249 

Theophilus Pinches, Ob8er?ations sur la religion des Babyloniens deux 

mille ans avant Jésus-Christ 275 

Ira Maurice Price, Le panthéon de Goudéa. 298 



MÉLANGES ET DOCUMENTS 

Jean RévWe. La situation actuelle de renseignement de l'histoire des 

religions 58 

J. Tchicadzumi, Coup d'œil sur Thistuire du Bouddhisme au Japon au 

point de vue de la philosophie de l'histoire 147 

Hyavon Pujishima, L*état actuel du Bouddhisme japonais . 161 

L. MarUlier, Le folk-lore et la science des religions 166 

Paul Rf*gnaud. Remarques sur le IX* man^ala du Rig-Véda .... 308 

V.Henry. Bouddhisme et positivisme 3U 

G. Oppert. Sur les Sâlagrftmas, pierres sacrées de rinde 325 

H. Arakelian, Le Bftbisme en Perse 333 

Minas Tchéraz. La légende d'Alexandre- le- Grand chez les Arméniens . 345 
Maurice Vernes. Notes sur les sanctuaires de la région chananéenne 
qui furent fréquentés conçu rrem oient par les Israélites et les nations 

voisines 352 

CL BuarL Sur les variations de certains dogmes de Tlslamisme aux 

trois pi emiers siècles de l'hégire 355 



400 



KEVUK nK L mSTOHI OIS RELIGtOPïS 



BKVUE DES LIVRES 

À. v*m GaîL AUîffi^HH»cHe Ka1fsUtl«T» (M Yemes) 7S 

r. WUton Ihvie$. Mr^îc, «1îvTn«tînTi and demonolofy among' the Hebrews 

P, Laftmie. Étuffe sur îeMnohiHsm*» ïMikhomiftii pendant le iv* tiède et 

la pr^mî^fe mnîlî^ du v* (F, Uficîer) .,.,...-•., 81 

tf. ChftntiêT. È\nt\(i cHiifîii* sor Toriinne da S«ÎDt^Siisïre de Ii»«7* 

Chafpb*r7-Timn (t, J>rt/fflf»»l .,,,...».,,*, SI 

B, J. Rtft^fv. Atjpn«ti» RoiïTiftr^ lh*oïnffi«n pmlêstftnt (F, Pëmiif^ * * ^ 

D Mn$m MUftlnrin biihîloTiPîte-ii^stra fC. PnjîJî#nf> .-...*.. W 

F. /o^. Siînl Irnacefte Lovolà{lf. Ifii/MO - » 91 

l¥. Cummt, Teil«3 el QQontimirDt^ rçlalifs tox toT^lères de Mîtbra 

i^n JiéiriUe), . . ..,.,.... 1»! 

W Brighi, S^îîïiê «speets or r>rimiliv^ ehureWîfe {B. dé Faife) ... |fl3 

t, Snfemhwt, tf" grand schiftne d*^Occident (Atbert H/vHU) .... 196 

A. FotrftanJU A «tady of lh# prp^k Pofltii fP. Der^mt€> .... 210 

A. GtL^qu^t^ Ess«i BUT le cutte et les TDfst^res de Milhoi Untn BAriM, 211 
H Djmmtâ et f . Jf^^fer Voyage trehéolofique au Safa el dtns te 

Dj^bp'-Al-Drtî fC. F(v-*.çrv'l , . fît 

W Wt7/i*rwtion The ir*esl lâw (G^AW if Afriétfd^ .....-, 21 â 
f . W. Myf Iksm^. Di&loi^es of the Baddha, Irmnslated hùm tÏM PAli 

p. WrenJit^. Dîe AnHiict an s#rer Rettei on (6 Diip^l) , * , , . . 305 
û. Btin^t-V^mry . Histoire de la liberté 4e eonsdence en France depoît 

l*fidH '^e Nantes ift, Hawt€r\ , . . , MB 

Journal of tha Ameriôto oripntt] Soeiet» (Sjfh^in L^tl, * . , - 'SÎÙ 

J<tme« Tfosfifi'ïf. Diction try of tbe Bible^ t TU (Je^n Héviîle) .... 37S 

Bulletin de J^Eeole française de rExtrème-Orient (Sy/r/ttn Lévi} . 3?3 



REVUE DES PÉRIODIQUES 

«SLâUPS A0X nnJGitnis nt la Qfiàcs (1898 et lâ09] tailpés 
par M* h Témêmm, 



Pfot«i de ehroiiolod« detpbiqœ (G. Calia). 

loacHpIioil» d*Aen«pliiae (P. Pkrdriiel) ,.,.,- 
Compfiei 4e ntooes, luerifltMiiis As Delpbei (g. Boofi^iiel) 
Vofaiçe dtns la lfi«é4olM pfvaière (P. Perdmet^ 

Vofagfl «o Cirk (G. Cootm) 

Fomllof da port du DéCM (P. Jâttguei} 
UdodêMddiliMBerO, Cdlt«>. ...,.., 
1ii9wtplk« d« Pîrét relaiite à Biiiii (J. Deaifgn») . 



95 fl 



9Si 

95 
90 



TABLIS DKS NATrÈRKS 401 

PigM. 

La déesse Siméa (P. Perdrizel) 06 

Les C&bires et Mélicerte fS. Reînach) 96 

Deux Siciliens (Isidore Léyy) 97 

Zsarreas. le serpent cornu (S. Reinacb) 97 

Pestes des jeux olympiques de 480 à 448 av. J.-C. (Th. Reinach). . . 97 

Notes épirraphiques (B. Haussouilier) 97 

L^oracle d^ApoUon à Claros (B. Haussoullier et S. Reînach) 98 

Orphîca fP. Tannery) 98 

Inscriptions d'HéracIée du Latmos et Notes d^épif^phie milésienne 

fB. Haussoulh'er) 98 

Un temple ^levA par les femmes de Tana^ra (Th. Reinach) 99 

La dresse Ma sur des inscriptions de Macédoine (A. E. Contoléon). . . 99 

Dédicace à Zeus Auleithès (du même) 100 

Qu'est-ce que la science des religions (E. Hardy) 100 

Le dieu Pan (Roscher) 100 

Caron (0. Waser) 101 

Le mythe de Polyphème fPolioka) 102 

Danaus et les Danaïdes (0 Waser) 102 

Thésée et Méléa^re chez Bacchylide (C. Robert) 103 

Les cultes d*Hiérapolis de Phry^ie 103 

Fragment de calendrier religieux d'Athènes fE. Ziebarth) 104 

L'inscription dite des hétaïres de Paros (A. Willem) 104 

Inscriptions trouvées à Cos (R. Herzo<?) 104 

Inscriptions de Perf^amp (Conze et Schuchardt) 104 

Les Eleusinîes (H. von Prott) 105 

Le mot « Eufiton » (L. Ziehen) 105 

Dédicaces à Zeus en Bithynie (A. Koerte) 105 

L'épithète « Poloneios * (Drafroumis) 106 

Ornons et thias^s avant Dracon, à Athènes (Wilbrandt) 106 

La kynanthropie des fliles de Pandareus (Roscher) 106 

Noms synonymes de dieux (Usener) 107 

Vente et achat de sacerdoces chez les Grecs (BischofT) 107 

Inscription d'Argos (Fraenkel) 108 

Notes sur Bacchylidès (Farnell) 108 

La mort et le cheval dans les léf^^ndes grecques (Verall) 109 

Inscription à Zeus Eurudamaenos (Anderson) 109 

Monnaies de Gilicie (Imhoof-Blumer) 109 

Dédicace à Artémis (Hill) 109 

Inscriptions de TAsie Mineure orientale (Yorke) 109 

Inscriptions de Galatie (Anderson) 109 et 110 

Les esprits des ancêtres et les Erinnyes i Delphes 109 

Location faite par un Orgéon attique (Dana Lord) 110 

La légende d'Oreste (Olivieri) 111 

Règlement du sanctuaire de la déesse Despoina (B. Leonardos). . . . 111 



402 



HEVGE DE LtJlSTOÏUi: UES RELIGIÛKS 



II. PinrotïtQUEs arl^tifs aux pecjplis itroN^crriLisés it m rOLK-tOAif 
anaSyséa par M. N. W, Thomas, 

Théore ffô M. Krauas fur It formation *^e l'^pop^e 2t6 

Usages fun*^fâires . . . . , 216, 218, 225, 2.30, 231, 235, 230, 241» 243 
Les serpents dans la jDÉ^ecine populaire. ...«...,. ^ 216 
L'usage de cractier sur le premier afg^nt gAgrtè ....*,.. 216 
Elbnograpbie de Touest de Bomëo (Scbadde, Kûhr, ûrabowsky), 210, 221, 

234, 235 

Légende totémique de Java ...» 216 

Un poisson comme apbrodifliaque , , . * . « 217 

Les croyances à l'au-detà et le culte d#s morts cbet les Tehérémisses 

(Kusnezow) . 217 

CrayoDfl usés oflferu au dktx de l'écriture au JapOE . 218 

Le fête rie fouler le feu (Seblegel) ....... 218 

Cérémonies de puriûcalioo . , , . 218 

Lee NpgriloB de Miodanao ..•,..,. 21S 

Sacrif] ces h umaiuf et suicida religbui 213, 229, 238, 239» 24i 

Jeuï dénotant une communication prècolitnbtenne enlre Vhûe et l'Amé- 
rique (Tylor) , , . . . 218 

La chair bumaine comme médicament ^ . . » . 218 

Le dieu Tutie en Polynésie (Acbells) «.....«. ^ . * , 218 

Dansea autour de plumes d'oie . , . , , , , . 218 

Légendes de déluges • . 219,220^ 

Ethnographie d*un groupe d îles près des lies Salomon f Parkinson). 219» 23ifl 
Peinture des corps dans TAmérique centrale .......,,. 2l9^| 

Légeodee de Samoa (von Bulow, Siericb, Friedlaender). 219, 220, 221, 222,^ 

223, 227, 230, 233, 235, 237, 238 

La fête du labourage en Cbioe (Schmella). 220 

L'oiseau des morte en Chine (Seblegel) * 220 

Masques océaniens (Frobenius) 221 

Les Lepchas ou Rroogs (Waddell). ,.,,.., 221 

Données sur îa religion des Indipos de TAmérique du Sud (Kocb), 231, 223 
Chamanisme des Burjales {Melnikow), chez le» Goldes (Grube) 222,228^ 

233, m, 238 

Idoles maories (Smilh) .._.., 323j 

Le feu sa.cré chez les Slaves des Balkans (Tîtelbacb) 22! 

Ethnologie de KaiBer-Wilhelmstand (Parkinion) ..... 2-2] 

Le bouleau consacré à Douar (Kunze), **,*...*,, •' '^ 

Folklore de Lauterberg, dans le Hari (Schwartz) .......* 

RenBeigneraenlssur les femmes de Malacca (Stephena) . ..... 2î 

Sacrifices à la déesse Terre dans les Montagnes Bleues (G, Oppert). . 

Cérémonies dnniliation 224, 225, 227, 23i 

Notes de folklore par M. Schulenburg- . . 224, 22â, 226, 227, 228, 2i 

Folklore bosniaque [Bartels) . 225 

Légendes rattachées à des tombes préhistoriques (Krause) 225 




TABLE DES MATIERES 403 

PaffM. 

Légendes des environs de Trebtebow • . ^^ 

Sacrifice pour la fondation d'un bâtiment (Sartori), pour la constmetion 

(Kaindl) 226,233 

La polyandrie chez les Sémites (Winckier) 227 

Usages et coutumes des Suabélis (Zache) 228, 229 

Croyances basques (Karutz) 228 

Charmes et remèdes magiques (Jaekshath et Stephens) .... 228, 229 
Usages islandais magiques relatifs à la progéniture (Bartele) .... 228 

Croyances et pratiques magiques ehes les Zoulous (Wiese) 229 

Pratiques des indigènes de la Nouvelle-Guinée (Sehnee) 229 

Cérémonies nuptiales au Japon, chez les Fermions 229, 233 

Contes japonais (Igucht, Tamaï) 229, 233 

Ethnologie des Houzoules (Kaindl) 229,240 

La pratique du changement de nom (Sartori) 230 

Atebar et Uhu dans les croyances germaniques (Buchwald) 230 

Ethnographie du nord-est de Cameroun (Seidel, Hutter) . . . 230, 237 
Idoles actuelles des Indiens du Mexique. Fêtes des morts. Magie (Seler). 231, 

236,243 

Mœurs des Haussas (Krause) 231 

Magie relative aux animaux domestiques (Kaindl, Gander) . . . 231, 234 

Usages des Tscbinwan (Tamaï) 232 

Idole d'Aracan (Pleyle) 232 

L*anthropophagie chez les Arabes (I. Goldziher) 232 

Lamentations pour les morts en Amérique (Preuss) 232 

Usages des Manobos (Blumentritt) 232 

L'animisme végétal chez les Javanais (Vorderman) 232 

Origines de la religion (Henning) 233 

Le culte des saints dans TÉgypte musulmane (Goldziher) 233 

Maladie, mort et funérailles chez les nègres du Togo (Seidel) . . 233, 235 

L'oreille dans les croyances populaires (Karutz) 234 

Idoles tchèques (Rhamm) 234 

Légendes de Taïti (Baessler) 234, 235 

Contes des Aschingini (Krause) 234 

Les dieux du Jour des Mayas (FOrstemano) 235 

Légendes des Ruthènes (Kaindl) 235 

Usages et jeux des Lithuaniens (Tetzner) 235 

La ville fétiche Issele sur le bas Niger (Seidel) 235 

Danses magiques & Ceylan 236 

Usages et cro3^ncesdes Kaingangs dans la République argentine (Am- 

brosetti) 236 

Divination chez les Tamouls 237 

Anciennes divinités en Esthonie et Livonie (VVinter) 237 

Hommes-médecines des anciens Indiens (Andrée) . 238 

Folklore de la Prusse orientale (Tetzner) 238,239 

Les origines de l'agriculture (Hahn) 238 

Les inscriptions magiques de Malacca (Preuss) 239 



W4 



BEVUE riR l'iU^TOIHE DBS riEflGm>îS 



Folklore d© Tuf ayan (Ehrenreicb) » . . , , 239 

Jeui des InHiens fKarsten) 240 

Contes dês Ladaques {Franck e] . ... ^ ..»..,., * 240 

Goultimea dft mariai© 241,242,243 

Lm Guatu^oa dp T Amérique centrale (Sappêr) ..*.,,.,. 2il 
La procession ff'Rsternach iKortum) .... ^ ,*«... , 342 

Proverbes juifs (Weissenberf) .......,,.♦... 242 

Groyancfg «t pratiques relfg'ieuses de Berlinhafen (Scbleiermaehef) * . 243 

Polkîore de Thuringfl {KiiTiie, Reichhardt) . 375,385,387 

Lêttcorps c^fpMefi dans les conles populairta (Prato). ...... 375 

Le chflti^elîn (Hôfier) . 375 

Conlea âicîîîens (Kohler) ................ 375 

La dame de Hafemngen (RmchbardlJ , . . , 375 

Formules tnfl^îquea, ...,,.,....,•,..., 376 
Les irnieB d^Ibycus (AthqIRJ , ...,.<...,..** 376 
Dictons populaires ..,,..,,,,,,...,«. 376 
Les fnbliaux de la Bibte et du Talmud (K5nigsb6rf!;er] . . . ^ . , 376 

CoututneB populaires de Styrie 376, 377, 379, 383 

Coutumes de mariag'e, ».,..,,...., « 376» 386^ 388 
Croyances magiques relatives aux nouT&au-nés. .,,..... 376 

DevinetteB , . 377, 379, 381 

Folklore de Boïdech et dft Kneaftbcck {And 1er) 377 

Croyance» populaires de l'Islande . 377,3^2,383 

Folklore de Anhalt. 377 379, 386 

Réctis de revenanlsp ..«..,,,... ..«..* 378 

PuÎBsancea magiques de guérison 378,31^1,382 

L'usage de jeter des disques brûlatiU (Schwartï) 378 

Superstilîons de Scandinavie. , * , . 378 

Conter a tir les clocbes (Sarlorî) . .*....*.,*,.. 378 

Contes hongrois (Btinker). , , 379 

Usages populairea de la Prusse orientale (Medem). ..«..., 3S0M 

La danse de Tbomme aauvage à Ober^tdorf (Waioholdj 3âoV 

Légendes ailé&ienrïes 381 ■ 

Le gobelm dans les iradilions du nord (Heilberg)* ...... 381 

La diabte et le paysan (Boite) ,.,....,..,., , 381 

Le meurtre des vieiliards en Russie (Polivka) ,,.,,.... 38t fl 

Sur les 80*irces de quelques poùmes de Hana Sachs (Stierel el Jarorsky) " 

38 1, 382,385 

Usages funéraires et croyances relatives aai morts. 382, 387 

Crapnces populaires et usages de Bavière (RiÊf; HôflerJ. , , . 383, 388 
Surn?ance3 païannea dans le nord de la Basse Allemagne (Sehwarli) . ^| 

Sources des nouvelles de Maauocio (Amalfi). . 384 

Folklore de la rive droite du Bas* Weser (Tien ken) .,..,.. 384 
Pratique hébraïque (Landau) .,,....,..,.., 384 

Contes populaires d'Esthonie (Raiï) 3^1 

Contes Roumains (Boite) a§43 



TABLfc: DES MAT]ÈEli:*3 405 

course du Hudler (Hcîd) 384 

*rocôssîôn de la Vierge à Salzbourg (Eyn) .•*..-*!.. 385 

t-a Uupe et la chauî*e*souriB (Bartels). .,,.,,,.,.. 3â5 

Croyance» tyroliennes au diable (Dôrier). ...,,,,,,. 385 

CroyaQces populaires relaLives aux abeilles (Mailenhof) 385 

Folklore du Brunswick (Schuile) ,,,♦., 386 

usages delà Penteeùte (Pelïotd; DfechslerJ. ,,.,*,«,, 387 

Croyances populaires de Suède (Kahie) * » , . 387 

Tom Til Tôt (Polivka) . . , , ,.,..., 387 



îttRopnguRf, par MM. Jean Rémik et Léon MariUier i 

I^écrotogie : Lauis Méoard, p, f 13; Ch.C Everett, p, 122 ; Auguste Sa- 
batier, p. 244. 

Enseignement ;d<: i%î3iùirû tUs religions i GoUoction d*archéotogie by- 
zanline à TEcole des Hautes Études, Paria, p. 114; Retraite de M, Tiele» 
Dotnination de M.. Brede KrLaleiiseii,p. 396. 

^inéraliUs : L. Marillteri Noies sur la coutume, le tabou et J'obligaiion 
moralei p. 116; Buisson, La religion^ la morale et la science, p, 117; 
Mon, compte rendu mensuel publié par Tlostitut a utbrupo logique de 
Graude-Bretagne et d'Irlande, p. 11^; Nouveaux fascicules des Po* 
pularstudieâ in mythology, romance aud folklore, p. 120; Studi relî- 
gtosif Qouvelie revue italienne^ p. 121 ; Journal of Lbe Âmericau orieu- 
Ul Society, t. XX, 2, p. 1^4; Mouvement du monde de 1800 à 1900, 
p, 339; L'Année de rÉglise, p. 391; Entre camarades, publicatioa des 
anciens élères de la Faculté des Lettres de PanSt p. 392; Société d'i- 
conographie, p. 395; Hardy» Historique de rHistoire des religions, 
p, 397, Troeltsch, La tâche de la théologie moderne^p. 397. 

Christianisme ancien : Pereira, Coairersùa de um vèi da India ao ehrls- 
tiaiiismOf p> VZ2; Manuscrit de rérangiie de S^int Matthieu, p. 393; 
Brijckaer, Fauste de Milère, p. 3^; Voelter, Ongmes du loona- 
chisme, p- 397, 

Christianisme du moyen'dge : Dot tin, Les deui chagrin a du Boyau me 
du ciel, p. i 16 ; Lotli, Vita MerJini, p. 246, Le roi Hoel de Kerohès et 
k ville de Carhaix, p. 247, La provenaoce ûu cycle arthunen, p« 247; 
HoQTisann-Krayer, Procès de sorcellerie à Lucerne, p, 248; Alphan- 
déryi Le procès de Louis de Poitiers» p. 392 i Destruction de l'église 
du Saiot-Sépulcrer p. 395. 

Chri&îianis me moderne t Les missions catholiques françaises au xix* siècle, 
p, 117 ; Atlieri Les troubles en Chine et les missions, p, 391; Archives 
de rbi s loi re religieuse de France, p. 39^; Œuvres de Zwiugii, p, 396. 

Judaïsme : The Jewjsh Encyclopedia, p, 123,* Hevue des Ecoles de 
rAlUanee îsraétite, p. 393; Synagogue à Myndos, p, 393. 

htamûmû : Ûoutté, Lbs minarets et Tappel à la prière, p, 246. 

Autres retigians sémitiques i loseripLionB du 5inat, p. MS , Triade de 
Baaibek, p* 393; Inscriplions de PouMoles, p. 3yi. 



406 BEvn£ DE l'histoire des religions 

Religions de V Egypte : Gapart, Pourquoi les Égyptiens faisaient des mo- 
mies, p. 2tô ; Notices sur les monuments égyptiens, p. 248. 

Keligion. assyrO'Chaldéerme : Inscription de Qoudéa, p. 393; Dédicace à 
Gbimil-Sin, p. 395. 

Religions de la Grèce et de Rome : A. Fairbanks, Dieux cbtboniens dans 

la religion grecque, p. 123; Harvard studies in classical mylhology» 

p. 124; Les Dioscures, p. 394 ; Boucbè-Leclercq, Lustratio, p. 394; 

Buste de l'empereur Julien, p. 394; Inscription égyptienne, p. 394; 

Wellauer, Les Panatbénées, p. 395. 

Religion gauloise : Temusio, p. 393. 

Religions de VInde: Formule bouddbique, p. 393; Grottes des mille 
Bouddhas, p. 395; Goblet d'Akiella, Iconographie Bouddhique, p. 395. 

Religions de VAsie centrale : Franke, Der Frûhlingsmythus der Kesar- 
sage, p. 121. 

Religions des non-civilisés : Société pour Tétude des coutumes et des lois 
indigènes dans l'Afrique occidentale, p. 247. 



Le Gérant : ërnest Leroux. 



AROBRS. — IMPRUIBRIB ORIKNTALE A. BURDIN Ht C^*, RUS OARMIR 4. 



ANNALES DU MUSÉE GUIMET 



REVUE 



ni 




l<eiit4tK SOU» LA UmiIGTiq» 0« 

MM. JEAN RÉVILLE ET LÉON MARILLIER 



A TIC S.K conoûtjns ds 

[M. E. AMÉUNËàU, Acft. AUJ>OLLENT, A. BARTH , R. BASëËT, A. BOUCdË- 
LECtERCQ, 2,n. CHABOT, E, CtlAVANNES, P. DECHARME, L. FINOT, 
I. (iOLDZmEft, L. KNAPPERT, L. L£6EJI, Ibuail LËVl, S^lval^ LËVl, 
G. MASPERO, P. PARIS, F. PICAVBT, C* PiEPENBRlNG, AwitHT RÉViLLE, 
C-P. TIELE, ETC, 



VINGT-DEUXIÈME ANNÉE 

TOME XLUl. N^ 3. — MAI-JDÎN 



iMMtilIffiailL 



PARIS 

ERNEST LEROUX, EDITEUR 

28, ftUIÎ BONAPAHTiS (\>) 



SOMMAIRE 

jrA:^ «Lak Mi' , t,& Ute de ffapper les Abou. 

Ttt Pr*NCiits, ObserTatioDir sur la religion des BabyloniôiiB d*ax mille an» 

avant Jévns-Chriit. 
Ira Maurîck Phice* L© Panthéon d© Qoudéa. 
Falx REi»s*ULi* Remarqnes sur 1© TT' maBdala do Rig-Vèd». 
V. Henmy, Bouddhisme et positivisme. 
G. Oppk»i. Sur les Sâlag^râmas , pierres sacrées de l'Inde. 
H, AhAKiuA^. Le Bâbitme en Peria. 

MtNAfi TuiiinAz. La Légende d'Alexandrê-le-Gtànd obii lu ArmèDleni. 
MAUnirft Viitt^tâ. Kotet sur left sanotUAirei de ta région chaaanéenne qui 

furent fréquentés conçu rra m ment par les Israélites et les oatLona 

Toîsines. 
Cl. Ktjart, Snr les TàrlaHom dé oortalns dogines de l'Islamisme atet 

trois premiers siéoles de rhëgire. 

REVUE DES LIVRES 
% Anabj&è& cl compt€$- rendus. 
!« Dialogoeg oï the Buddha, Lrandaterî from tbi Pâli by T, W. Hh rs 0*vïds ( Srtf aiîï 

2« ?. Wir.BPtLR. Die Anfïinge uîjaçfer Retiglorï (G. Dufoht.) 
3" 0, Bo.MtT-MAURT. Hblblre de la libtné de consûleijce en Fmtiôc depuis rfclit de 
Nantes (H. HjtufER). 

IL Notices bibliographiques, 

l" Journal of the American Dnenlal Society (Suvajn Ltn), -^ 2*" James tlASTi^tofr. 
Dietionary of Ibe Bible {Jsah BAville). -- 3* Bulleûn de l'École française ô'Et- 
tTême Orient (Sylitaiî* Ltn). 

BEVUE DES PERIODIQUES 

K. W. TuoMAs. Religions des peupbs non^dviliséB etIolJc lore- 

CHRONIQUE 



La REVUE DE L'HtSTOlRE DES HÊLIOIOWS pai%ll Vous 1«4 Jeu* oiûiSi pif 
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Ijii Revue est purement tilstoric|ue|; elle lïxislut tout travail 
présentant uti earaetére polétnl^ae vu dosoia tique. 



Prière d'adresser tous les ouvrages desltnés à la Revue à M. Jsam Rivnj.i, ou i 
U. L. Mariluer, directeurs ds ta Rfvm rf« CM$t9ir« des ReiigiQns, chez M. Leroux, 
édileuf, 28, rue Bonaparte, à Paris^ Vï*. 



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DaTTiN (G.J, La religion des OùMÏoh, 

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DOOTTt (EldiDoud). Notes lur rîtlilui 

ïuagiirihio.Le&iiiaratjoutîS.Iij-8.îîf-5^ 
DUMCKJTIKH (G.K L*?.SM')i^tîkti et ta 

rone solaire il 'i* et les 

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FQUKNIER (A.J. i.^.^. :liûu par 

^. JérôtDQ Jua passage de Joaas. 

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GAJDOZ (iJeuri). La reÛgloQ g^iïioHe, 

et le fui de ch^n»*. \n-n , , î fr. afl 

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EIINKST LKaonX. ilDITEUR 

28, RUE BÛNAPAHTe, 28 



HISTOIRE DES RELIGIONS 
PHILOSOPHIE 



Srt^DEJIULbM (N»thaii]. La vie future, étude comparative àeB formei «tel 
Mo;^iqnes, dcptiia le mazdéisme. ïn-8, , 7 tt. 

— Lç^ Pravasliia, éludes sur tes Ir&ces dans Je miudélâme dVine ancteni 
conception sur la survivance des morts. fo*S ...... »l fr. 

SOUBIIADUA liHIKSHOLT. Caléchifime bouddhique. In-lS 
SOURY (itile*), Eesab do critique roJifieuse. Iû-t8 . 
SUMMEH (Mjiry). Lt:9 rdti^^ieusea bouddliiste?. In-lS. 

— Histoire du Bouddlia Sakya'Mouni. In-IB 5 fr, 
SYFFKKT(l4iii.)- l-emal^tialismcln-IK. , . | fr. 
TAOISME. Voy. Uarleis. Imbaiirt-Huart, L. de Rosoy, el à rg:xlv«nafM)ri«il 
TIELE {C,*P.), pfofesswur à runiver^tté de Leyde Manuel de 11 ' 

relij^'ionîi. Traduit du hollandais par Maune»* V>rne«, Qniûr, 

revue et augmetilie. In-fS, (Sous pressr.). ir 

— Le Mythe de Kronos. In-S ,.,,.., . -i fr< 
TOUCHAR» (Georges). La morale de Descarles. ln-8. 4 f^J 
VATTIE» (V.). JûJm Wyeiyff. sa vie, ses oeuvres, «a doclrîDc, iaS, 

Irait iO fr, 

VËDISMË. Voy* Bergaiguti, Chavée, Milloué^ Nèvts, Re^n&ud, et i Tlnde. 
VËRNES (Maurice), profûsseur  l*École des Hautus^Éludefl. I i 

religioQSt son «^pril, sa niÉtliode el ses divisions, son enacs^ i 

France et à rétran^cr, ln-18 * , , . 3 fr, 

^ Quelques observations ^uv la place qull convient de faire h rbÎAloire d*»j 

religions, aux différents degrés de Pensdguenitml public, ln-8. l Ir. 

— Utic nouvelle hypothèse sur fc lJ«uléronope. lii-8 , . . . i fr, &0j 

— Les résultats de roïégèse bibiiquo. L'hî^tnirw fa religion^ In (i(lt*^ralun?jj 
Iû-t8* .,..*..,. . :> Ir. i^* 

— Essais bibliqtios. In-lS. 3 fr. 50i 

La quuBiioa du iieutéronowe. ^ La cuétbodc «q littérature bilitiqtie. -*j 
tu dnto de h Bible* — La raleatlao primitive. — Japhlé, le droit da» 
«t tes tribu» d'Isra^L — Le FcûLaleuque de Lyou, etc. 

— Ellt^meiits dlijstoire juive, lu- 18, cartonné, avec deux oarlee. 2 ft-, 

— Du prctcnrlu polylheismR dm (U*brcux. Kssai critique sur la reliL'km du' 
peuple d'israitl, suivi d'un i^xanien de fauthenticité de« «crits ; 
tiquai. 2 voL ln-8. . . ir, 

vmiEUX (Eug4. Le Bouddiia» sa vie el sa doctrine. Io-8 . . 4 fr* 



Imp. tfrienUlB A. BuHlii> Qt C*\ AUfrer*. 



■ 


^^1 




1 


THE UNIVERSITY OF MiCHrCAN 
DATE DUE 




SEP 2 2 2004 




1 


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