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Full text of "Revue de linguistique et de philologie comparée"

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PROPERTY OP 




ARTES SCIENTIA VERITAS 




REVUE 



DB 



L I NGUISTIQUE 

KT DE 

PHILOLOGIE COMPARÉE 



TOME XXXI 



205- 



REVUE 



DE 



LINGUISTIQUE 



ET DE 



PHILOLOGIE COMPARÉE 



RECUEIL TRIMESTRIEL 



PUBLIÉ Ml 



JULIEN VINSON 

PROFESSEUR A L'ÉCOLB NATIONALE DBS LANGUES ORIENTALES VIVANTES 
Avec la colUboration de divers Mvauis français et étrangers 



TOME TRENTE ET UNIÈME 



PARIS 

J. MAISONNEUVE, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

6, RUE DE MÉZIÈRES ET RUE MADAiME, 20 

1898 



REVUE 



DE 



LINGUISTIQUE 



ET DE 



PHILOLOGIE COMPARÉE 



RECUEIL TRIMESTRIEL 



PUBLIÉ FAR 



JULIEN VINSON 

PROFESSEUR A L'ÉCOLE :CATIOXALE DES LANGUES ORIKNTALES VIVANTES 
Atcc la collaboration de divers savants franyais et étrangers 



TOME TRENTIi-ET-UNIHlME 

15 JANVIER 1898 



PARIS 

J. MAISONNEUVE, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

6, RUE DE MÉZIÊRES ET KUE MADAME, 20 

1898 



I i^ 



REVUE 



DE 



LINGUISTIQUE 



ET DE 



PHILOLOGIE GOMPARÉE 



RECUEIL TRIMESTRIEL 



PUBLlt PAR 



JULIEN VIN SON 

PROrESSBUR A L'ÂCOLB NATIONALB DBS LAMQUBS ORIENTALES VIYANTBS 
Avec ta collaboration de divers uvânts français et étrangers 



TOME TRENTE-ET-UNIÈME y . \ 

15 JANVIER 1898 



PARIS 

J. MAISONNEUVE, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

6, RUE DE MÉZIÈRES ET RUE MADAME, 20 

1898 



SOMMAIRE DU N« 1 



p. Regnaud. — Quelques observations de sémantique 

grecque 1 

De la Grasserie. — Du verbe concret 15 

E.-S. DoDGsoN. — The Biscayan Grammar, Vocabulary, 

and Bilingual Dialogues of Rafaël Micoleta 35 

A. Marre. — Histoire de la princesse Djouher-Manikain, 

roman malais (suite) 40 

Varia. — I. Appel aux bibliographes 73 

II. Les livres minuscules 7g 

BIBLIOGRAPHIE 

M. Bréal. — Essai de sémantique 60 

G. DE MoRTiLLET. — Formation de la nation française . 68 
P. RiCHENET. — Le patois du Petit-Noir, canton de Che- 
min (Jura) 73 

C. Lagache. — L'Alphabet rationnel 74 

P. W. Joyce. — A Grammar of the irish language . . . • 75 

B. Quaritch's Catalogue 76 



REVUE 



DE 



LINGUISTIQUE 



ET DE 



PHILOLOGIE COMPARÉE 



RECUEIL TRIMESTRIEL 



PUBLIÉ PAR 



JULIEN VIN SON 

PROFESSEUR A L^éCOLC NATIONALE DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES 
Atcc la collaboration de divers savants français et étrangers 



TOME TRENTiftMP: 



PARIS 

J. MAISONNEUVE, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

6, RUE DE MÉZIÈRES ET RUE MADAME, 20 

1897 



i^ii-s 



8^ 



3^ 



QUELQUES OBSERVATIONS 



DE 



SÉMANTIQUE GRECQUE 



Le nouveaa Dictionnaire grec-français de M. A. 
Bailly' réalise à beaucoup d'égards les progrès les 
plus évidents et les plus utiles sur tous ceux qui Tout 
précédé. On peut dire même qu'il approcherait de la 
perfection, si tout ce qui touche à l'origine et à Tordre 
de développements des significations était aussi satis- 
faisant que le reste. Il est vrai que la sémantique est 
une science toute nouvelle et à peine encore suscep- 
tible d'être vulgarisée*. Les notes suivantes n'en ont 
pas moins pour objet de montrer le parti que Tau- 
teur aurait pu en tirer, sans viser à rien de trans- 
cendant, ni s'exposer à des assertions prématurées 
et téméraires. Espérons que compte en sera tenu 
dans les prochains tirages d'un livre qui malgré 
cela a tant de titres à passer pour excellent. 

Paul Regnaud. 

1. Librairie Hachette et C'% Paris, 79, boulevard Saint-Ger- 
main. 

2. En ce qui regarde le caractère primitif et la fécondité évo- 
lutive de ridée de mouvement exprimée par les verbes pousser, 
séparer^ écarter, étendre, couvrir, etc., voir ma Grammaire com- 
parée du grec et du latin ^ II, p. 

1 



— 2 — 

cd^i^ (( 1) tempête, nuée orageuse, ouragan; 2) peau de 
chèvre ». 

Ce sens est le premier; al^iç est proprement ce qui vient 
de la chèvre. La tempête désignée par ce mot n'est qu'une 
variante de l'égide mythologique, image de la libation en- 
flammée comparée à du lait de chèvre dont Zeus, à qui elle 
est destinée, se sert en guise de foudre. 

«ryXii (( I) éclat du soleil ; 2) éclat, lueur ». 

C'est l'inverse qui est vrai : le sens général de lumière a 
précédé le sens particulier d'éclat du soleil. — M. Bailly 
compare le sanscrit agis ou agnis; agis n'est pas sanscrit. 

«xpo{, sens premier comme adjectif « extrême » ; rac. ax, 
(( être aigu » . 

Il fallait faire concorder ces deux indications en donnant 
comme sens premier, aigu, pointu (cf. lat. acer)^ d'où ce qui 
est à la pointe, extrême. En partant de là, on aurait com- 
plété ou rectifié la signification des composés suivants : 

ixpft-;^oXoç (( emporté, passionné », — proprement, dont la 
colère est aiguë, c*est-à dire vive, irritée. 

àxpo-poX^;; « lancé de loin », — plus exactement et étymo- 
logiquement, lancé sous forme d'arme pointue, de trait, de 
javelots, etc., et par conséquent lancé de loin (eminun); cf. 
ofu6eX){c, machine à lancer des traits. 

àxp<i-$puov (( fruits des arbres, particulièrement fruits à 
écailles (noix, châtaignes, etc.) », — proprement, fruits à 
pointes, c'est-à-dire dont Técorce est piquante ou rugueuse. 

àxp(5-xo[xo; (( qui relève ses cheveux sur le haut de la tête», 

— proprement, qui a la chevelure en pointe ou toupet. 

àxp<i-xofjioç (( abrupt, escarpé, d*où poli, lisse, uni»,— 

— plutôt (pour ce dernier sens), taillé à la surface, d'où poli. 

Le sens de l'expression axpxc vuxt^^ç, c au plus profond de la 



— 3 — 

nuit », et des analogues, devait s'expliquer par l'analogie de 
révolution significative des mots comme âx{x>! « pointe et 
point principal », àx|jiâ?;cu « ôtre dans toute sa force, etc. ». 

âXxnJ (( force agissante, d'où force, vigueur »• 
Proprement et primitivement, « ce qui écarte : «Xxiî xaxoû. 

liés., écart du mal. — cf. àXi^co, àXéxco, àXxXxeTv, àpxicu ; 
lat. arceo et urgeo, 

«.uSpoTia (( ambroisie, c'est-à-dire nourriture des dieux 
comme le nectar était leur boisson ». 

L'ambroisie est proprement la libation offerte au feu du 
sacrifice. C'était donc un liquide; on peut ajouter nourricier, 
puisque sous cette forme il était la seule nourriture des dieux, 
personnifications du feu sacré. 

àp^r) « ce qui est en avant, d'où commencement ». 

Il fallait rapprocher ce mot et le verbe correspondant «p^w, 
non pas directement du latin rego, mais de ep/ojjLai, venir, 
aller, d'où s'avancer, être en avant, le premier, etc. 

yXwwï « pointe, d'où langue ». 

Bien plutôt à rapprocher de xXtuîw, xXa^o), lat. glocio (ce 
dernier avec adoucissement de l'initiale comme dans yXww«); 
primitivement ce qui crie, émet un son, parle. 

Ypaou) « égratigner, écorcher » ; yXoço) « tailler, d'où sculp- 
ter ». 

Le sens primitif de ces deux verbes, dont les radicaux 
étaient identiques à l'origine, est séparer, diviser, couper, etc.; 
cf. lat. acalpo^ sculpo. 

^«i;, combat, est rapporté à tort à Sa(o>, allumer; ^v.U est 
primitivement, ce qui sépare, divise, coupe, blesse, tue; cf. 
oilu), diviser. 

oe^<ynic, étym. : t Sec- d'origine inconnue et*iîoir»)ç= irf5<T'.;». 



— 4 — 

C'était le cas de rapprocher le sanscrit dampati^ maître de 
maison, pour * dumspatL 

^TjjjLoç (( terre habitée par un peuple; proprement, la part 
de territoire appartenant à une communauté, contrée, pays, 
terre ». 

Plus précisément division, d'où district, contrée, etc. ; 
même famille que oaito, diviser. 

Si'xTi « règle, d'où usage, manière d'être ou d'agir ». 

Le radical Six signifie marquer. La ôîxtj est primitivement 
la marque, Tindication, la désignation, d*où la prescription, 
la règle indiquée, la loi, le droit, la justice, etc. Observations 
correspondantes sur Bsixvjixi dont le sens premier n'est pas 
montrer, mais marquer d'un trait, tracer, indiquer, etc. 

el'pYw (( enclore, enfermer; à ne pas confondre avec eî'pYw, 
écarter, repousser, d'où empêcher». 

Les deux verbes au contraire n'en sont qu'un pour le sens 
comme pour la forme. L'idée première commune est séparer, 
d'où enclore ou écarter, selon le point de vue auquel on se 
place; cf. lat. arceo et urgeo. 

èpoxw (( 1) retenir, d'où arrêter ; 2) par suite écarter, re- 
pousser ». 

L'idée première est séparer, écarter, d'où empêcher, rete- 
nir, arrêter ; cf. les articles tio^ic et tppiww. 

eu/ïi « vœu, souhait »; e-j/^oç « sujet d'orgueil, gloire ». 

On ne saurait séparer l'un de l'autre le sens premier de ces 
deux mots. Ils appartiennent à la même famille que le lat. 
vox et signifient avant tout parole. Pour le sens de vœu, cf. 
lat. vo{[/]'ceOy dérivé de vox: et pour celui de gloire, xXsoc, 
d'abord voix, parole, d'où renommée, gloire. 

CejYV'jjii (( mettre sous le joug, attacher au joug ». 
Le sens premier et général est attacher, joindre, unir, 
réunir. Le sens particulier mettre sous le joug est secondaire; 



5 



Tauteur Ta reconnu lui-même en donuant à la racine C^y ^^ 
sens de joindre. 

ÇÉw « bouillir > ; ^r,'koç « ébullition, d'où ardeur ». 
Sens premier : s'agiter, agitation. 

lr^n^.^ « 1) dommage, perte; 2) peine, châtiment)). 
Ce sens est le premier ; cf. oafjidîw, lat. domOy punir, châ- 
tier, d*oi] dompter. 

6iXs<r72 < mer >. 

Il fallait indiquer comme sens premier ce qui agite ou 
s'agite, et rapprocher étymologiquement ce mot. non pas de 
de "cps/^w, mais de TàpaîJdtD; cf. pour le sens «Xç auprès d'à'XXo- 

Ozp9o; (( confiance, résolution, assurance, hardiesse )). 

Sens premier : agitation, excitation, ardeur, hardiesse, au- 
dace. Il fallait comparer le rad. sanscrit dhrs, être excité, 
ardent, audacieux, et non pas un prétendu dharsas qui 
n'existe pas. 

Oiûjia « objet d'étonnement ou d'admiration ». 

11 eut été bon de faire précéder ce sens, à titre d antécédent 
nécessaire, de celui d'objet qui tombe sous les yeux, specta- 
cle. Pour l'évolution significative, cf. lat. miraculum auprès 
de miro et monstrum auprès de moneo. 

ôjfioî « souffle, d'où âme )) 6jfio<; « thym, plante odorifé- 
rante. )) 

On se rendra compte de la parenté de la signification de 
ces deux mots par les différentes acceptions de irvéw « 1) souf- 
fler; 2) respirer; 3) exhaler une odeur ». Le thym est ainsi 
appelé parce qu'il fleure. 

••^ « 1) muscle, nerf ; 2) force, vigueur ». 
Le sens général de force a précédé le sens particulier de 
muscle (chose forte) ; cf. lat. vis. 



— 6 — 

fcjoc « égal en nombre ou en force ». 

Même famille que Hww, rendre semblable et 6'.xa»v, image; 
proprement, ce qu'on voit, ce qu'on voit tel, — sens premier: 
semblable, pareil d'une manière générale. 

•^aX'jirco) (( 1) couvrir, envelopper, cacher; 2) étendre pour 
couvrir ». 

Ce second sens est le premier. Dans tous ces cas analogues, 
ridée d'étendre ou de s'étendre a précédé celle de couvrir. 

y^Xtvw (( 1) faire pencher, incliner; 2) coucher, étendre ». 

Le sens d'étendre est le premier en date. Pour l'évolution 
sémantique, cf. «rrpwvvufxi et lat. sierno; aussi rad. sanscrit 
çri^ s'approcher, s'étendre. 

xX'JÏib) (( battre de ses flots, baigner de ses flots ». 
Sens premier, s'agiter, couler (en parlant de l'eau) ; cf. 
xX'jSiov, agitation (des flots), vague, etc. 

xv(Çci), if(Minxi (*xvdtŒw), gratter. 

Sens premier, couper, piquer; cf. ^viS-n, ortie. 

xoiTTO) « 1) frapper à coups répétés ; 2) couper ». 
Ce second sens est en réalité le premier; cf. xô^zfjia, ce qui 
coupe ou est coupé, tranche. 

xoitt!; « proprement, qui décide, d'oii juge». 
Le sens premier de ce mot est qui distingue, d'où qui de 
termine, décide, juge. 

xTiïd) « bâtir (des maisons, des constructions) ; 2, par est. 
fonder ». 

Le sens premier est se fixer, s'arrêter, s'établir ; cf. rad. 
sanscrit ksl-ny même sens. 

xûjjia c A, littéralement ce qui s'enfle, d'où flot, vague. — 
B, toute production, fœtus, fruit, etc. ». 
Sens premier, ce qui s'agite, s'avance, se développe. 



— 7 — 

Kûpoc (( autorité souveraine, puissance de faire ou de ne pas 
faire ». 

Sens premier, production, action, pouvoir de faire, de 
produire ou d'agir; cf. lat. creOj sanscrit kar, faire. — 
xjpto;, ce ou celui qui possède ce pouvoir» d'oti maître. 

ÀiSpoc « violent, véhément, impétueux ». 

Sens premier, qui arrache, sépare, s'empare de; cf. 

AiuSavw et lat. rapîo. 

Ài^u) 1 1) rassembler ; 2) choisir ». 

Ce sens est le premier. L*idéc fondamentale est celle de 
séparer, tirer, distinguer; cf. lat. lego, choisir, d'où cueillir, 
et lego, -are^ envoyer au loin (séparer, écarter). 

)iYw « coucher ». 

Sens premier, séparer, étendre; cf. l'article xXt'vw. 

Às-fo) « dire, parler ». 

Même point de départ de l'idée : séparer, distinguer, indi- 
quer. Voir les articles Stxij et «pafvco. — Cf. lat. légère, lire, 
dire, et lex, ce qui indique, prescrit. 

Xe(icb) (( laisser, quitter, abandonner ». 

Sens premier, se séparer, s*écarter, s'éloigner. 

Àotroc «restant, qui reste ». 

Proprement et primitivement, séparé, mis de côté, écarté. 

laissé. 

ÀuïiTsAiJç c qui acquitte la rançon ou la dépense faite, d'où 
avantageux, utile ». 

Plus exactement, qui est dégagé de (toute) dépense, qui ne 
nécessite pas de frais. 

[U'pofiat (( obtenir par le sort, obtenir en partage ». 
L'idée première, au sens actif, est séparer, diviser, d*où 
partager. 

iJiiTpov (( mesure, c'est-à-dire instrument pour mesurer ». 



— 8 — 

Ce sens est postérieur à celui d'étendue en général, d*où 
une certaine étendue servant d'étalon. Cf. rad. sanscrit ma 
dans le sens de développer, étendre, édifier, puis mesurer. 

fXTixoç « longueur, par extension grandeur » . 
Même famille que K^fa<:. Le sens général de grandeur est 
le premier pour tous les mots de cette famille. 

fxriv'c « colère durable, ressentiment ». 
Sens premier, excitation, ardeur, passion. 

{aivto « gratter, d'où carder ». 

Sens premier : séparer, diviser, déchirer, d'où carder. 

ôpiii « 1) assaut, attaque; impulsion au sens moral ». 
Le sens premier est mouvement^ mouvement en avant, 
course vers, etc. 

opvu[jLt « 1) faire se lever; 2j au moyen s'élancer ». 
Le sens premier est mettre en mouvement, pousser, faire 
aller. 

ojpavôç, cf. védique varunas « firmament ». 

Varuna est un des noms du feu sacré en tant qu'il enve- 
loppe (rad. var, envelopper) les oblations. Le sens de ciel 
(plutôt que celui de firmament) est une conjecture de 
quelques mythologues. 

cicpeXoç (( 1) utilité, profit; 2) secours ». 

Le lat. opus indique ainsi l'évolution significative : 
1) peine, travail, d'où : 2) aide, secours (à soi-même ou à au- 
trui) ; d'où 3) ce dont on a besoin , ce qui aide ou sert, utilité, 
avantage. — De l'idée de besoin découle celle de devoir 
(ocpeîXw) : il est besoin de, d'où on doit, etc. 

•nax/io (( ùtre affecté de telle ou telle façon » ; 'Jtiîixa et TriOo; 
(( ce qu'on éprouve ». 

Sens premier, souffrir, souffrance; famille apparentée au 
rad. lat. sjoic, piquer, faire du mal, etc. 



— 9 — 

•KcXac t près, auprès ». 

Sens premier (adjectif), ce qui s'avance, s'étend, s'approche, 
d'où ireXa^u) s'approcher; aussi îtXàÔo), même sens. 

Tccxivvujii (( déployer ». 

Proprement, étendre, aussi bien ce qui est plié que ce 
qui ne Test pas. 

irr'YVjjit t fixer en enfonçant ». 

Plutôt percer, piquer, et par là fixer, planter; cf. \2X.Jigo, 

TTtxpôç (( rac. "ïTix être aigre, d'oii être acre ». 
Le sens premier et général de la rac. irtx est couper, pi- 
quer, d*où être acre, acide, elc, qui sont des variétés de l'idée 

de piquer. 

^otxt>.o; « varié, divers, d'où bizarre, tacheté ». 
Même famille que irixpô;; sens premier, piqué, d'où tacheté, 
moucheté, bigarré, varié, etc. 

irXaÇa) (i 1) faire vaciller; 2) écarter du droit chemin »• 
Le sens premier est séparer, étendre, écarter^ s'écarter. 

fzkvn\ (( errement, d'où course errante ». 

Même famille que nXaÇo) (rad. commun -ïrXavÇ, d'où it^aÇ et 

îiXav(a:, — cf. tùÀl surface large et plate, chose étendue). 

îrXiu^to « façonner, modeler ». 

Extension du sens de irpidju), exécuter, faire. 

irXî;Oo; « grande quantité, d'où foule, multitude ». 
Le sens premier est extension, étendue, d'où étendre dans 
l'acception du nombre, multiplicité, etc. 

-^cXot-ûiç « large et plat ». 

Même famille que itXTjOo;; sens premier, étendu, d'où 
étendu au point de vue de l'espace, large. 

TToiv-iJ « 1) propr. expiation d'un meurtre; 2) expiation d'un 
châtiment ». 

Le sens premier est peine, douleur, d'où châtiment ;. cf. 



- 10 - 

Tc^voc j[)eine, lïevoixat peiner, lat. punio, 

TToaww « 1) aller à travers, traverser, parcourir; 2) aller 
jusqu'au bout, achever, exécuter, etc. ». 

Le développement du sens est analogue à celui de (ttoXoc 
et TiXoc (voir les articles relatifs à ces mots) ; sens premier, 
s'avancer, se séparer, finir, terminer, achever, faire. 

irpâ^c « 1) action; 2) exécution, accomplissement ». 
Ce sens a précédé l'autre. 

(latpco (( balayer » ; Tjptù « 1) tirer (un filet, un vêtement) ; 
2) traîner de force; 3) charrier, entraîner ». 

Le sens primitif commun est séparer, écarter; cf. lat. 
(8)cerrOf traîner, entraîner, balayer, nettoyer, etc. 

(rofp^c (( habile ». 

Rapproché à juste titre du lat. sapere; et wîpïjç est donné 
non moins justement comme apparenté à l'un et à l'autre. 
Mais il eût été bon de dire que l'idée commune et première 
est celle de séparer, distinguer; cf. le rad. sap dans lat. 
sappa, sappe, et sap-inus, sapin, l'arbre aux feuilles piquantes, 
tranchantes. Voir aussi l'article xpiTiflc 

jTrao) « tirer particulièrement; l)tirer hors, retirer, attirer, 
extraire.... 4) déchirer, lacérer, déchiqueter ». 
Sens premier, séparer, déchirer, arracher. 

ffTceipo) « semer ». 

Sens premier, séparer, étendre, répandre. 

(HiapTo; (( 1) semé; 2) disséminé, dispersé». 

Ce sens est le premier; cf. ^icioTov, corde, ce qui est étendu ; 
(cf. l'article tôvoc); oirElpa, enroulement; mais primitivement 
et proprement enveloppement ; cf. l'article xxXjit'cw; cf. aussi 
lat. spargo, étendre (rad. commun sparx, d'où (rrapcnr, <n:2pp, 

TtZOLp], 

Tzolo; (( 1) action de s'équiper, de se préparer fpour la 



— 11 — 

lutte ; 2) action de se préparer pour la marche ; d'où action 
d'aller, trajet, voyage ». 

Ce sens est le premier ; Tidée fondamentale est celle de se 
séparer, s'en aller, partir, d*où se préparer pour partir, etc. ; 
cf. cnpiivvujxi, sanscrit star, séparer ; lat. aierno, séparer, 
étendre. 

T:pTt6^ (( armée ». 

Sens premier, ce qui est séparé, éloigné, expédié, d*où 
expédition militaire, armée. Voir l'article <xt(5Xoç. 

sTp39u) « tourner >. 

Le sens premier est écarter, briser, tordre, d'où tourner, 
etc ; cf. Toiicco et lat. iorqueo. 

<;^drXXb> (( faire glisser, d'où faire tomber ». 
Sens premier, mettre en mouvement, pousser, d'où faire 
glisser, choir, tomber, au physique et au moral. 

'iistù « mettre à une place fixe et appropriée ». 

"A-^^T. « 1) ce qui est mis en ordre, d'où corps de troupes; 
2) corps, compagnie ». 
Le sens premier du rad. commun est séparer, diviser (d'où 

division, c'est-à-dire corps de troupes) ranger, mettre en 
ordre, etc. ; cf. sanscrit taks, couper. 

TEîvw (c 1) tendre (un bouclier, etc.); 2) étendre, déployer». 
Ce sens est le premier ; cf. lat. teneo, tenir, c'est-à-dire, 
étendre, tirer à soi (en étendant), tenir ferme, arrêter. 

tstpw « user en frottant » ; -c^otiv t qui s'use vite par le 
frottement ». 

Sens premier, briser, broyer; cf. lat. iero; d'où pour "cipr^v, 
broyé, brisé, moulu, puis tendre, doux, frêle, etc. 

Tacjiap t borne pour servir de but ou de signe, d'où terme, 
fin )). 



— 12 — 

Le rad. xex signifie couper, séparer, termineri finir; l'idée 
de borne n'est que secondaire. 

Mômes remarques sur 'cipHia, but, mais auparavant, sépa- 
ration, fin, limite. 

«céXoç « 1) achèvement, accomplissement, réalisation; 2) 
résultat, suite; 3) fin, terme ». 

. Ce sens est le premier; cf. rad. sanscrit star et iar, sépa- 
rer ; d'où, dans la dérivation grecque, diviser, terminer, finir. 

•cépaç (aussi teipaç) « signe envoyé par les dieux, signe ex- 
traordinaire,... prodige. » 

Au point de vue du sens, xlpac est à TTQpito, voir, observer, 
comme 6aùfia est à OeioiJLai (voir l'article Baufia). 

-ripffw (( rac. Tape brûler ». 

Le sens de celte racine est surtout sécher, durcir. Où 
l'auteur a-t-il pris le sanscrit iarshas, soif, qu'il range dans 
celte famille de mots? 

Ti'v'jjjLt « propr., faire payer, d'où châtier, punir ». 

TÎvw « 1) payer, acquitter ; 2) faire payer, punir, venger ». 

Le sens premier est frapper, punir, châtier, d*où au moral 
faire payer, payer; cf. tiffiç, châtiment, punition, vengeance 
etTtjxr;, peine, châtiment, etc., d'où amende, indemnité, com- 
pensation évaluation, valeur, prix, estime, considération, 
dignité, honneur; cf. rad. sanscrit ci-n, séparer, couper, 
châtier. 

Tovoc c tout ligament tendu ou pouvant se tendre, particu- 
lièrement corde ». 

Il fallait dire tout ligament considéré comme étendu, 
allongé ; l'idée de tension a pour antécédent celle d'extension ; 

cf. Teîvw. 

up3t; « souris ; cf. sansc. scar, résonner, à cause du petit 
cri de la souris ». 
La véritable famille est celle à laquelle appartiennent 



— 13 — 

opS^Tw pour *ïopu<iJw, creuser, lat. sulc-us, sillon (creux), 
sarc'ulum, instrument pour creuser, etc., cf. aussi et surtout 
lat. sorex, souris. 

«patvoi « 1) faire briller; 2) faire connaître, indiquer ». 

Le parfait -îré^paY^a renvoie à un rad. r^çay^, çasc, séparer, 
diviser; cf. se. bhanj, bag, m. s., d'où l'indication d'une 
évolution significative semblable à celle qui a été étudiée 
à l'article oixr, ; diviser, distinguer, marquer, montrer, an- 
noncer, indiquer, faire briller, etc., d'où l'explication du 
sens de çwvr;, la parole, la voix en tant qu'indicatrice. 

opa^c» « primitivement, mettre dans l'esprit, d'où faire 
comprendre, expliquer, indiquer». 

Le rad. de çpiïw est apparenté à celui de cppaajo) et de <pp>{v 
(pour *o?ifivî). L'idée première est celle de séparer, distin- 
guer, marquer, d'où indiquer, exposer, expliquer; cf. l'ar- 
licle 3ixT,. 

opitntû {< serrer l'un contre l'autre, ensuite barricader. 

«027 (i« « clôture ». 

Le sens premier pour le radical de l'un et l'autre mot est 
celui deséparer, écarter, presser, serrer, enfermer, protéger; 
cf. ci-dessus les articles erp^w et ipjxu). 

opr^v, sens 3) « le cœur ou l'âme comme siège : 1° des sen- 
timents et des passions; 2) de l'intelligence ». — <p?^v, en ce 
sens ne désigne pas un organe particulier, mais bien, con- 
formément à sa signification étymologique de séparation, le 
sentiment ou la pensée en tant que séparant, distinguant, 
discernant (cf. lat. inteltigentia) les objets sensibles, et subsi- 
diairement les sentiments et les choses abstraites. 

çpovtîç (f soin, souci, préoccupation ». 
Sens premier, idée, pensée, c'est-à-dire faculié de distin- 
guer les objets ; cf. «ppovTi^uj auquel l'auteur attribue j ustement. 



— 14 — 

mais d'une façon peu conséquente avec lui-même, le sens 
premier de penser, méditer, et en second lieu celui de s'in- 
quiéter, se soucier. 

<?uyt! (( fuite )) ; rapporté à la rac «pu^, se courber pour fuir- 
Le sens premier est séparation, écart, d'où fuite, exil, etc.; 
cf. sanscrit bhuj, séparer, briser, d'où tordre, courber. 

yiioi c espace immense et ténébreux qui existait avant 
l'origine des choses ». 

Le sens pouvait et devait s'exprimer d'un mot : le vide 
(primitif) et antérieur à la manifestation des choses; cf. 

Sens 2) « Par suite d'une fausse dérivation de x^w (verser, 
répandre), masse confuse des éléments répandus dans l'es- 
pace, chaos ». 

yii^ n*a rien à faire avec ce sens dont le point de départ 
est aussi Tidée du vide primordial supposé rempli à Toriginc 
par les éléments confondus, par suite de l'impossibilité où se 
trouve l'esprit de se représenter la création exnihilo. 

y^oL^iei (( ce qui brille, d'où ce qui réjouit, grâce ». 

Le rad. de x<^P^? 6st inséparable de celui du sanscrit hars^ 
s'agiter, d'où être gai, vif, réjoui, et de celui du lat. horreo, 
s'agiter, trembler, frémir, d'où se hérisser. La '/à?^^ est donc 
uvant tout la joie, sens qui se retrouve jusque dans les ex- 
pressions comme x*?^'' Soûvat, proprement donner de la joie, 
d'où accorder une faveur, etc. 

X'nM' Ce mot est rapporté à bon droit à la même famille 
que ^(ai^tia ; mais alors pourquoi donner comme sens premier 
celui d'objet en forme de pince, d'où pied, serre ou pince de 
certains animaux? — x^^*^ signifie proprement griffe, ce qui 
sépare, déchire (cf. x^'?> main, d'abord griffe), d'où pied 
fourchu, etc. 



— 15 — 

y^^i et /.o).o; I bile, fiel, au figuré colère m, rapportés à tort 
à la rac. x«?» X*^> briller. 

Sens premier, ce qui est acide, aigre, ou amer, d'où au 
phj'sique, l'amer, la bile, et au moral, l'aigre ou l'aigreur, la 
colère, etc. Radical apparenté à celui de x**^?'^> séparément 
et •/r}.^ (voir cet article) ; xô).o; est avant tout ce qui sépare, 
tranche, coupe, pique. Pour l'évolution significative, cf. 
particulièrement lat. acer, d'où actdus, etc. 

oj/V, « souf&e » ; «p'^x^c (( souffle frais, fralcbeur, froid ». 

Le rad. est apparenté à celui de a^fj^b), s'agiter; cf. le 
rapport de O'jjaoc, souffle, âme et de celui de 6uw, s'élan- 
cer s'agiter. L'ordre de développement des significations, est . 
d'une part, l'agité, l'air, le souffle, l'âme ; de l'autre, l'agité, 
le vif, le frais, le froid. 

wpa, « toute division du temps, période de temps ». 

Le sens premier est celui de saison chaude, d'où saison 
en général, année, période de temps déterminée, "ûp» pour 
*9wp-a est de la même famille que le lat. sol; signification 
commune première, ce qui est chaud ou échauffé. Le latin 
tempus (rad. temp, sansc. iap, échauffer), a la même origine 
significative et l'idée y a subi une évolution analogue. 



DU VERBE CONCRET 



Nous appelons verbe concret celui qui ne peut ex- 
primer l'acte pur de cette action sans exprimer 
en même temps et indivisiblement le point d'appli- 
cation. Ce point d'application est d'ailleurs tantôt 
l'instrument nécessaire pour que l'action se produise, 
tantôt l'objet qu'elle vient affecter, tantôt enfin la 
qualité ou l'adverbe qui l'accompagne ; mais c'est l'ins- 
trument qui domine, et l'objet lui-même peut le plus 
souvent s'y ramener. Le concrétisme est alors à plu- 
sieurs degrés : au plus faible, l'action peut encore 
se traduire sous cet accompagnement nécessaire, quoi- 
que celui-ci soit très fréquent : au degré supérieur, il 
ne le peut et le conglomérat est indispensable, seule- 
ment le mot ajouté conserve son existence indépen- 
dante, et se retrouve employé en ce dernier état dans 
le discours ; au degré extrême, cet emploi séparé n'est 
plus possible ; ni le verbe ni son appendice ne peuvent 
plus apparaître isolés; bien plus, le déterminant, si son 
idée doit être exprimée ailleurs, doit adopter pour 
le faire une racine différente, la première s'étant ex- 
clusivement consacrée à accompagner le verbe. 

Le verbe concret n'existe pas dans beaucoup de 
langues, mais seulement dans quelques groupes où ce 



— 17 - 

phénomène doit être recueilli précieusement et étudié. 
Il est probable qu'il est d'une haute antiquité et qu'il 
fut autrefois bien plus fréquent, car le concrétisme est 
un des caractères du langage primitif. Le langage ne 
sépare pas dans les mots ce qui est visuellement insé- 
parable, il n'indétermine pas ce qui est surdéterminé. 
Ainsi, par exemple, le verbe : aller, a un sens indéter- 
miné, on peut aller à pied, en voiture, en barque, en 
rampant, en courant, au pas, etc., et lorsque le regard 
ou l'imagination voit cette action s'accomplir, il n'a- 
perçoit pas telle personne aller, sans aucune addition, 
mais il la voit aller à pied ou achevai ou en voiture, etc. 
il ne peut séparer l'action de son instrument. Voilà 
pour le verbe intransitif. De même en est-il du verbe 
transitif et à plus forte raison ; on ne voit pas toucher 
quelqu'un sans, le voir toucher avec la main, ou avec le 
visage ; bien plus, on aperçoit en même temps l'objet 
qu'il touche, et le tout ne fait qu'un dans la vision, il en 
doit être ainsi dans le langage ; si quelqu' un meurt, on 
ajoutera dans le même mot la cause de la mort ou son 
auteur. Ces exemples suffisent pour faire comprendre 
h processuspsychique.Vne telle exigence nous semble 
étonnante ; au contraire, c'est notre division de la pen- 
sée par le langage qui eût semblé surprenante et peu 
naturelle, car nous divisons l'indivisible, et si le besoin 
d'analyse nous y conduit et présente de nombreux 
avantages, il est certain qu'il a ici l'inconvénient de 
rendre la perception moins vive, moins frappante, de 
diminuer la force des images et de substituer trop 
complètement peut-être le langage du raisonnement i 
celui de la sensation. 



— 18 — 

A côté du verbe concret, objet de la présente étude, 
se trouve le verbe normal, celui qui est usité dans la 
plupart des langues, et uniquement dans celles civili- 
sées. 

Par exemple, dans les phrases ci-dessus, on dira sim- 
plement: je vois, ou je marche, sans ajouter : en voiture, 
à cheval, ou en canot ; ou, si Ton ajoute ces idées cons- 
tituantes, ce sera plus tard par un mot séparé, peut-être 
môme espacé ; pendant longtemps, Tesprit s'en tiendra 
avec le langage (du moins l'esprit de l'auditeur), à 
ridée de la marche, sans plus. En réalité, il y aura 
donc abstraction, mais cette abstraction est si fréquente 
qu'elle est devenue pour nous la situation d'esprit 
normale. 

De même, nous disons que quelqu'un a été frappé, 
sans ajouter immédiatement et indivisiblement qu'il 
l'a été avec le pied ou avec la main ou avec des armes ; 
ce n'est que plus tard, si nous en avons le temps, que 
dans une narration détaillée, nous raconterons ces dé- 
tails qui sont devenus de simples circonstances. De 
même, nous disons rye mange, sans nous croire obligé 
d'indiquer quel objet, et si nous exprimons celui-ci, ce 
sera après une pause, quand l'idée est déjà complète. 

Le verbe, après avoir été successivement concret, 
puis normal, parvient à un dernier stade, celui du 
verbe abstrait. 

Le latin et le grec contenaient un certain nombre de 
verbes abstraits, mais le français en possède beaucoup 
plus, et certaines langues, comme le basque, ont fini 
par faire un emploi continuel de ces verbes. Lorsqu'on 
français on dit : je guerroie, on emploie un verbe nor- 



- 19 — 

mal, il n'est pas concret, puisqu'il ne renferme plus 
l'indication du point de fixation^ du mode de l'action, 
pour le surdéterminer il faudrait dire dans un seul mot: 
je guerroie par terre ou par mer, ou à pied, ou à che- 
val, etc., mais cependant l'expression à la rigueur se 
suffit; que si je dis rje /a/s la guerre, je n'ai point 
dans le verbe ya/'s un verbe concret, ni mêrtie un verbe 
normal, car cette expression, si elle reste non suivie, 
est tout à fait indéterminée et peut être suivie de la paix 
aussi bien que de la guerre. C'est dire que le verbe 
faire est tout à fait abstrait, tout à fait indéterminé, 
tout à fait vague. Tel est le cas pour la plupart des 
verbes dits auxiliaires : être, avoir y vouloir ^ etc. 
Ils procurent l'avantage de dégager l'idée vraiment 
verbale de tous les indices de temps, de mode, de 
nombre, de personne, mais cette idée réside en réalité 
dans le radical. qui suit et qui est le verbe effectif. Les 
Anglais, dans la conjugaison négative ou l'interrogative, 
n'emploient que le verbe auxiliaire do, faire; cela 
leur permet d'avoir un verbe attributif invariable ; il 
n y a que le verbe apparent qui se conjugue, et comme 
il est toujours le même, les affixes y restent attachés, il 
n'y a plus besoin de les adapter à chaque instant. Tel 
est le verbe abstrait et son usage. 

Le verbe est donc, suivant les stades de civilisation et 
les pays, concret, normal ou abstrait. 

Nous verrons, plus loin, dans un appendice, qu'il en 
est de même de plusieurs parties du langage. 

On a beaucoup usé et quelquefois abusé de ces mots 
abstrait et concret, dont le sens est devenu souvent un 
peu vague ou mal compris, il importe de le préciser. Le 



— 20 — 

concret est le surdêterminé ; par exemple, entre l'indi- 
vidu et l'espèce, c'est l'individu qui est concret, c'est 
l'espèce qui est relavivement abstraite ; quand il s'agit 
du temps^ des verbes, celui qui situe exactement l'action 
sur les coordonnées du temps est concret, celui qui le 
situe seulement dans une direction est abstrait ; enfin 
l'être est abstrait relativement à l'une de ses qualités 
qui se rencontre dans d'autres êtres et qui est abstraite, 
n'étant plus cantonnée à un seul individu. 

C'est dans ce sens qu'existe le verbe concret, il n'ex- 
prime plus une action en général, mais cette action 
avec quelques-unes de ses circonstances particulières 
et principales, capables de l'individualiser. 

Mais ce concrétisme, pour exister, non pas seulement 
dans la pensée, mais aussi dans le langage, doit réunir 
en un seul mot l'action et sa circonstance particulariste, 
autrement il n'y aurait plus de concret linguistique. 
Il réussit mieux si les deux mots deviennent insépa- 
rables l'un de l'autre et ne peuvent plus s'employer 
seuls, c'est là le summum du concrétisme. 

Les langues les plus dérivées et devenues les plus 
abstraites emploient quelquefois le verbe concret. 
C'est ainsi qu'en français on dit à son gré \ frapper o\x 
tuer du poignard ou siva^Xement poignarder. On em- 
ploie alors un autre procédé, l'instrument est devenu 
verbe ; l'instrument est d'ailleurs imparfait, car ce mot 
n'indique pas si Ton a frappé ou si l'on a tué. C'est du 
concrétisme hystérogène qui n'a point la rigueur du 
procédé primitif. 

Il importe de ne pas confondre le verbe concret avec 
la conjugaison concrète. Il y a sans doute dts l'analogie 



— 21 - 

entre eux, mais le verbe concret est lexicologique, 
tandis que la conjugaison concrète est grammaticale ; 
en d'autres termes, le verbe concret n'est qu'un mot 
non encore employé dans la proposition, tandis que la 
conjugaison concrète prend le mot à l'état statique et 
le conduit à l'état dynamique par un agencement 
actuel qui varie à chaque instant suivant les besoins 
de la pensée. Cette conjugaison qui se rencontre un 
peu partout sporadiquement^ mais en masse dans les 
groupes américains, ouraliens et dans l'esquimau et 
sur laquelle nous avons écrit une monographie, est 
connue sous le nom de conjugaison objective. Elle con- 
siste essentiellement à englober, dans le conglomérat 
verbal, le pronom-sujet, le pronom-objet et môme le 
pronom-complément indirect ; le basque en offre un 
modèle très curieux ; quelquefois même, le substantif 
objet est incorporé. De là, le nom un peu impropre de 
conjugaison objective, donné non parce que cette con- 
jugaison répondrait à l'aspect objectif, mais parce qu'elle 
comprend l'objet aussi bien que le sujet. Voici comment 
elle est concrète. L'esprit dos peuples primitifs ne pou- 
vait concevoir le verbe sans son complément direct 
actuel, par exemple, aimer ^ sans exprimer en même 
temps l'objet aimé, tuer sans dire l'objet du meurtre. 
Il ne leur suffisait pas d'exprimer les deux successive- 
ment comme nous le faisons dans nos langues, car alors il 
existe un point d'arrêt, quelque bref qu'il soit, dans 
l'idée; il leur était nécessaire d'indiquer l'action et 
Tobjet d'une manière simultanée, or on ne le peut 
qu'en intercalant l'objet dans l'action, ce qui parait 
difficile au premier abord. Cependant ce procédé n'a 



- 22 — 

n'a point été rare, il a pu se réaliser en insérant le pro- 
nom-objet entre le pronom-sujet et le verbe en un 
même mot, et pour plus d'incorporation, en abrégeant 
l'unet l'autre au moyen d'une crase. Parfoisl'union a été 
plus énergique; en dacotah, par exemple la racine 
verbale s'entrouvre elle-même, et se referme en ren- 
fermant le pronom-sujet et le pronom-objet. 

Comme on le voit, le verbe concret et la conjugaison 
concrète ou objective partent du même principe ; ils 
sont concrets tous les deux par surdétermination, par 
l'expression dans un même mot tant de l'action que du 
point d'application qui la surdétermine, mais la diffé- 
rence consiste en ce que l'un des concrétismes est 
statique, tandis que l'autre est dynamique. Le verbe 
concret se forme une fois pour toutes, sans qu'il y ait 
lieu de le construire ou de le défaire à chaque fois, 
tandis que la conjugaison concrète, comme toute autre 
conjugaison, laisse et reprend à chaque instant ses élé- 
ments. 

A ce point de vue d'ailleurs, comme nous l'avons 
observé au commencement, le verbe concret lui-même 
est cependant plus ou moins indivisible. Dans sa véri- 
table formule, ce verbe et son déterminant ne peuvent 
se séparer d'aucune manière, les deux éléments déta- 
chés n'auraient plus aucun sens, mais il ne s'en tient 
pas toujours à cette pureté de constitution; quelquefois 
le verbe peut s'employer seul, mais le déterminant ne 
le pourrait, si l'on veut exprimer Tidée lexicologique 
et souvent nominale qu'il contient, il faut se servir 
d'une autre racine. Cette nécessité est encore très carac- 
téristique. Enfin lorsque les deux mots peuvent s'em- 



- 23 -T- 

ployer seuls^ le procédé ne diffère plus essentiellement 
de la composition ordinaire ; cependant il s'accompagne 
de crases ou se corrobore d'union habituelle des deux 
mots, ce qui diffère de l'état général des langues, d'au- 
tant plus que dans les nôtres, la composition est nomi- 
nale, mais rarement verbale. 

Ces principes exposés pour éclairer notre marche, 
nous allons observer successivement les langues peu 
nombreuses où le verbe concreta conservé son existence 
assez nette pour qu'il n'y ait pas d'erreur possible sur 
sa véritable nature. 

Une des plus curieuses sous ce rapport, c'est certai- 
nement Talgonquin, ou plutôt le groupe très riche des 
langues algonquines, qui d'ailleurs renferme à divers 
points de vue les phénomènes grammaticaux les plus 
singuliers. C'est là que se rencontre le type le plus pur 
du verbe concret. 



DU VERBE CONCRET ALGONQUIN 

Le verbe concret est à plusieurs degrés : tout d'abord 
le concrétisme absolu à la S*' puissance, puis ceux à 
la 2* et à la 1'" puissance. Nous commencerons par le 
degré le plus élevé. D'autre part, le concrétisme se fait 
jour par des moyens différents. L'idée accessoire indis- 
pensable au verbe peut être de plusieurs natures. 

Tantôt il s'agit de l'instrument par lequel l'action 
s'accomplit; c'est alors qus le concrétisme apparaît en 
général à son plus haut degré. Alors même il faut sous- 



— 24 — 

distinguer : Tinstrument peut être subjectif ou objectif. 
Il est subjectif quand il consiste en une des parties du 
corps humain, il est objectif ou ordinaire lorsqu'il est 
de toute autre sorte. 

Tantôt il s'agit, non plus de l'instrument de l'action, 
mais de son objet; ce cas se rattache au premier, 
car l'idée peut passer facilement de l'objet considéré 
comme instrument à l'objet lui-même. 

Tantôt il s'agit de la qualité ou du degré de l'action 
elle-même. 

A. — Verbe concret instrumental. 

Il faut distinguer l'instrument subjectif et l'instru- 
ment objectif. 

a) Instrument subjectif. 

Celui-ci a été certainement le point de départ et de 
type pour les autres. L'homme s'est d'abord servi de ses 
instruments naturels ou corporels. < 

Nous appelons ces instruments subjectifs, parce 
qu'ils sont essentiellement personnels d'abord, à la per- 
sonne qui parle ; ma tête^ ma main, puis à la personne 
à qui l'on parle et que leur emploi fréquent se rattache 
à cette idée primitive de la personnalité et du moi. 

Nous examinerons ce concrétisme aux trois puis- 
sances. 

/o Concrétisme à la 3* puissance ou absolu. 

Il y a en algonquin, dit Tabbé Cuoq dans sa Gram- 
maire de la langue algonquine, des verbes, pour ainsi 
dire, incomplets par eux-mêmes et ne pouvant subsister 
qu'à l'aide d'un secours étranger. « Les uns prennent 
leur appui par-devant et se nomment verbes prêfor- 






— 25 — 

més^ les autres le prennent par le côté opposé et se 
nomment verbes adformés. » 

En effet, l'élément joint, suivant la place qu'il 
occupe, forme une préformante ou une adformante. 
C'est la préformante qui est la plus usitée. Ce procédé, 
nous le verrons bientôt, finit par aboutir à des verbes 

prépositionnels. 

Ce qu'il faut noter, c'est qu'aucun des deux éléments 
ne peut exister séparément. 

Voici des exemples ; anim-osey s'en aller à pied ; 
animt-pato, s'en aller à la course, animi-se, s'en aller 
au YQÏ, anim-aiakaj s'en aller à la nage, anîm atakak, 
s'en aller en glissant sur la glace, dans tous ces cas la 
racine anim signifie aller ou plutôt en allant, mais ne 
s'emploiepasseule. D'ailleurs, ce ne sont pas les diverses 
parties du corps qui sont ici en action^ mais leurs 
divers mouvements ; nous verrons tout à l'heure l'ac- 
tion des différentes parties elles-mêmes. 

On s'étonne de voir considérer comme préformante 
le verbe anim, qui est cependant le verbe lui-même. 
Tandis que les éléments ose^ pato, se, ataka, forment 
les instruments de l'action, on serait donc tenté de 
renverser la classification du grammairien. 

Le verhepim passer, qui n'a pas d'existence séparée, 
ne peut aussi apparaitie qu'avec des adjuvants de la 
même manière. 

Pim-ose, passer à pied, pim-ote, passer en rampant^ 
pimi'pato, passer à la course, pîmi-se, passer au vol ; 
dans ces cas, il s'agit encore des divers mouvements 
du corps humain. On peut ajouter: pimi-pahik, passer 
achevai, car l'allure à cheval modifie le mouvement du 



1 



— 26 — 

corps ; et même pim-icka, passer en canot, car le mou- 
vement se trouve ainsi modifié. C'est d'ailleurs là le 
point de transition entre l'instrument subjectif etTins- 
trument objectif. 

Mais l'instrument peut être plus subjectif encore, en 
ce qu'il consiste non dans les divers mouvements du 
corps humain, mais dans ses membres mêmes. 

La racine nick signifie se fâcher ; de là les verbes 
suivants nicki-ma, irriter par la parole, nicki-na, irri- 
ter par l'action. 

Le mot na est une abréviation de nindj, la main, ou 
de nik, le bras, on touche ici la transition entre le 
mouvement et le membre. 

La racine tang exprime l'idée de toucher, de là les 
verbes inséparables: tangi-na, toucher avec la main, 
tangi-ck-am, toucher avec le pied, tangy-am-a^ toucher 
avec les dents. 

L'adformante ck, indique le pied, celle a/n, la bouche 
et na, comme nous l'avons déjà vu, la main. 

La formation concrète est encore plus curieuse avec 
la racine cing qui signifie haïr, être antipathique. 

Cing enimay hair par l'esprit, cingi-taica, haïr par 
l'oreille, ne pas aimer à entendre, cing-abama, haïr 
par la vue; ne pas aimer à voir, cinga marna, ne pas 
aimer par l'odorat, ni dnga-mania nasenia, je n'aime 
pas l'odeur du tabac, cingip-tca, ne pas aimer par le 
goût, ni cing-in-tca kikons, je n'aime pas le poisson . 

Quelques-uns dcces éléments joints ont une existence 
séparée, mais ont été abrégés dans le conglomérat ; 
d'autres n'ont aucune existence autonome ; c'est ainsi 
que le t, ta est une abréviation du mot tawak, oreille ; 



— 27 — 

ab une du mot tcab, voir, mais les autres adformantes 
rnam pour l'odorat, et p pour le palais n'ont aucune 
existence distincte. 

La racine iako, prendre, saisir, se combine aussi avec 
les adformantes pour former un verbe, 

Tako-ma^ prendre avec la main, tak-wama, prendre 
avec les dents, iak-werima, prendre avec la pensée, 
comprendre. 

La racine />a/2ï, échapper, perdre, produit les verbes 
suivants : 

Pani-na, perdre dçs mains, pani-cka-tca, perdre du 
pled^pana-ba-na, perdre de y\ie, pani-tawa, perdre 
de l'oreille, ne pas entendre, pana-ma, perdre de la 
bouche. 

La racine onia, signifie le dos> sur le dos, pini-oma, 
porter sur le dos^ pi t-o ma, appo rter sur le dos, /)a/i-oma, 
s'échapper de dessus le dos . 

La racine bin, indique le mouvement du bras, ou le 
bras lui-même en un mouvement vif, aje bina, reculer 
avec le bras, kiceki-bin, tourner en allongeant vite le 
bras. 

Ce qui est remarquable, c'est que toutes les parties 
du corps ne reçoiventpas cet emploi grammatical, mais 
seulement celles qui servent d'instrument à l'acti- 
vité. 

Les verbes concrets subjectifs sont donc de deux 

sortes: ceux qui joignent indivisiblement au verbe 

leiément d'une partie du corps, ceux qui y joignent 

celui de 1 action d'une de ces parties. Le tout, d'ailleurs, 

est considéré, non comme objet, mais comme instru- 
ment. 



— 28 — 

D'autre part^ on peut distinguer les préf armantes et 
les adformantes que nous avons d'abord confondues 
pour plus de clarté. Les différents mouvements, instru- 
ments de Taction, rentrent dans la classe des pré/or- 
mantes. Les organes mêmes du corps a|)paraissent 
comme adformantes. Le second point seul demande 
une explication, 

Dans les exemples ci-dessus cités^ anim-ose, aller à 
pied, anim- pato, aller à la course, animi-se, aller au 
vol, on peut considérer que c'est le second élément et 
non le premier, qui forme le verbe, et qu'on doit tra- 
duire ainsi : en allant marcher, en allant courir, en 
allant s'envoler. La préformante jouerait alors le rôle 
d'adverbe et le verbe serait prépositionnel. De même, 
/>{/n-ode passer à pied, se traduirait: en passant mar- 
cher, etc., l'exemple du véritable verbe prépositionnel 
algonquin serait dans ce sens : a-patOj courir à, à-pagis, 
se jeter à. 

2^ Concrétisme à la 2^ puissance 

Sans quitter encore cet ordre d'idées, il faut obser- 
ver que quelquefois le premier élément peut exister 
séparément, ce qui rend le concrétisme moins absolu, 
et en tout cas plus grammatical, en voici des exemples : 

Madgi-pato, partir à la course, kitoe-palo, s'en re- 
tourner à la course. 

D'autres fois, c'est le second élément qui peut exis- 
ter isolé ; mais alors, en prenant le premier élément, 
il modifie un peu sa signification. Anoki, travailler, 
ina-^inoki, travailler d'une certaine manière, mais il 
s'agit là d'éléments objectifs. 



— 29-^ 

5® Concrétisme à la i'* puissance 

Quelquefois les deux mots ont un emploi séparé aussi 
bien qu'un autre collectif, alors on touche aux verbes 
composés ; les grammaires n'en donnent pas d'exemple 
pour le subjectif. 

b) Instrument objectif . 

Ici nous ne distinguons plus les différents degrés de 
concrétisme. 

L'instrument objectif s'est formé, suivant nous, par 
imitation de l'instrument subjectif, car les armes habi- 
tuelles de l'homme, celles de son corps, ont été les 
premières. On distingue encore ici les instruments 
eux-mêmes et le mouvement fait pour s'en servir. Il 
faut distinguer aussi le cas de préformation et celui 
d'adformation. 

/•' cas : Préjormation 

Voici des exemples : anim-ac, aller à la voile, 
comme on disait au subjectif, anim-ose^ s'en aller à 
pied ; pimi-pahik, monter à cheval, comme on disait 
pimi'poto, passer à la course ; pim-ickas, passer en ca- 
not. On voit par là comment la transition s'est faite du 
subjectif à l'objectif. 

Racine ma, descendre, d'où, ma-am, descendre en 
canot, ma-ac, descendre à la voile, ma-atakak, des- 
cendre par la glace. 

Racine nis, descendre, d'où nis-adjiwe^ descendre 
par le côté, nis-andawe, descendre par l'escalier, nis^ 
ikn, descendre par un rapide. 



— 30 - 

Dans tous les cas précédents, aucun des deux éléments 
ne peut exister séparément. 

Voici maintenant des exemples où le premier élément 
peut avoir une existence séparée. 

Akim-ose, aller en raquettes, tibuk-ose, marcher de 
nuit, madji'patOy porter à la course, hisse-pato, s'en 
retourner à la course. 

Le verbe peut avoir deux préformantes, anim-akim' 
ose, s'en aller à la raquette, papam-akim-ose^ se pro- 
mener en raquette. 

Dans certains autres, les verbes complets par eux- 
mêmes peuvent prendre une préformante, mais 
alors celle-ci modifie un peu la signification. 

Ici encore l'interprétation de la préformation peut 
être double, cette préformante peut être considérée 
comme le verbe, et telle est la première impression, 
et alors le second élément est l'instrument ; ou bien la 
préformante doit être assimilée à un simple adverbe, 
et c'est le second élément qui est le verbe véritable. 
La grammaire prouve que c'est la seconde interpréta- 
tion qui doit prévaloir, car les exemples de préfixation 
de Tadverbesont dans ce sens : in-me, parler comme, 
in-atis, se conduire comme, 0^'P^» boire ainsi, iji-webat, 
il en est ainsi {animocing iji-pik, ils boivent à la ma- 
nière des chiens). Une nouvelle preuve est apportée 
dans ce sens, lorsque la préformante peut s'employer 
seule, puisque alors son sens distinct est bien connu, 
tibik-ose, marcher de nuit, gwaiak-ose^ marcher 
droit. 

Mais alors dans les verbes à adformaiites il se pré- 
sente un nouveau genre de concrétisme. Dans nis- 



— 31 — 

adjiwe, descendre une côte, ms-ï6on, descendre un 
rapide, nis-andavoe, descendre l'escalier, nis ne signi- 
fiant plus descendre, mais de haut ea bas, adjiwe, 
signifiera non pas par là côte, ni ibon, être sur le 
rapide, et le tout aura la traduction exacte suivante : 
de haut en bas être sur la côte, d'où les verbes con- 
crets : être sur la côte^ être sur le rapide substitués au 
verbe normal, être, se tenir^ on aurait un verbe, une 
racine de verbe différente pour chaque situation. Ce 
concrétisme consisterait non dans le point d'attache 
d'une action à un objet, à un instrument ou à un 
mouvement, mais bien dans l'emploi d'une racine dif- 
férente pour chaque action, comme on peut en em- 
ployer une pour chaque substance. Grammaticalement 
cela est bien le procédé, ainsi Tadformante et la pré- 
formante produiraient des concrétismes de nature dif- 
férente. 

Telle est la vérité grammaticale, mais celle psycho- 
logique est autre ; dans l'esprit, le mot adverbial qui 
précède est devenu un véritable verbe, toutes les fois 
surtout que le second élément correspond au mouve- 
ment d'un organe ou d'un instrument matériel, si bien 
qu'on pourrait interpréter dans le même sens, même 
lorsque le premier élément est une préposition véri- 
table : iji-pi, au lieu de boire comme, pourrait se ren- 
verser ainsi : imiter en buvant; a païwe, se réfugier 
au lieu de ifuir vers ; être vers en fuyant, etc. 

Ce qui est à noter, c^est qu'on peut trouver dans ce 
procédé primitif l'origine du verbe prépositionnel lui- 
même qui aurait exprimé le mouvement matériel, ou 
Torganeen mouvement, tandis que l'adverbe ou la prépo- 



— 32 — 

sition préfixées auraient exprimé la direction du mou- 
vement et Tacte proprement dit. 

Quoi qu'il en soit^ il existe une conciliation entre ces 
deux explications. Dans Temploi des préformautes, 
c'est bien quant à la forme et grammaticalement le se- 
cond élément qui est le verbe, mais psychiquement et 
virtuellement c'est le premier. 

b) Cas d'adformation. 

L'interprétation est simple, c'est bien le premier 
élément qui est le verbe, le second exprime l'instru- 
ment matériel de l'action ; on peut appeler ce verbe 
verbe instrumentaL 

Bi exprime que l'instrument est la boisson. 

C'est la dernière syllabe du mot ; nipi, eau: kiwakœe' 
bi, être étourdi par la boisson, être ivre ; kavi-bi, être 
abattu par la boisson, tomber d'ivresse, mino-bi, être 
bien par la boisson, mangi-bi, être méchant par la 
boisson. 

Abawe exprime que l'instrument est Veau. 

Miw-abawe, être chassé par la pluie, cabtc-abawe, 
avoir ses habits percés par la pluie, tewik-wei, avoir la 
migraine pour s'être mouillé, nis-abawe, être tué par 
l'eau, se noyer. 

Ac exprime que l'instrument est le vent. 

Tak-aé, être rafraîchi par le vent, nakoi-ac, être 
arrêté par le vent, web-ac, être emporté par le vent, 
kwa-nab-ac, chavirer par le vent. 

Ac devient asin, quand le verbe a pour sujet un nom 
de genre inanimé : web-asin-pingw, être emporté par 
le vent, la poussière. 

Ok, exprime que l'instrument est les vagues. 



— 33 — 

Kinda^oc, être englouti par les flots, tcat-canga-ok, 
éprouver le tangage^ kiwack-toeia-okt être étourdi par 
les flots. 

As : par le soleil. 

Cin-as, êtreébloui par le soleil, tewiktoei-ds , souffrir 
d'un coup de soleil, seg-as, être effrayé par le soleil, 
kivoakwei-as , êtreétourdi par le soleil. 

Awas : par la chaleur. 

Ab-awas, se réchauffer, cib-aœaSj supporter la 
chaleur, a?aAretr-atras, être sensibleau chaud, nagatavo- 
aiccts, être accoutumé à la chaleur. 

Akis : parleyèw. 

Aibakis, être dur à cuire, wisak-akis, souffrir d'une 
brûlure, tcag-akis, être consumé par le feu, mokw- 
akis, pleurer de douleur par l'effet du feu. 

Abas : par Isk Journée, 

Cibabas, pouvoirrésisterà la fumée, kiptcanam-abas , 
être étouffé par la fumée, wakwew-abas, être facile- 
ment incommodé par la fumée, kakipin-gwei-abas, 
être aveuglé par la fumée. 

Atc: par le froid. 

Tak-atc, être saisi par le froid, kik-atc, être raidi 
par le froid, nining-atc, trembler de froid, voakem-atc, 
être frileux. 

Tant : par le bruit. 

Miwi-tam, être chassé par le bruit, kitoack-we-tam , 
être étourdi par le bruit, tewikwe-tam , avoir le mal 
de tête à cause du bruit, wakewi-tam, être sensible au 
bruit. 

Ngumc : par le sommeil, 

SiW-wg'toac, être fatigué par le sommeil, kawi-gwacj 



— 34 — 

succomber au sommeil, wingi-ngwac, aimer à dormir, 
wani-ngwac, être somnambule. 

Akone : par la neige , 

Miw-akone, être chassé par la neige, cioia-akane. 
être ébloui par la neige, inden-akone, rester exposer à 
la neige, naka-akone, être arrêté par la neige. 

Ne : par la maladie. 

Moko-ne, pleurer par le mal, kawi-ne, succomber à 
la maladie, pimi-ne, être malade de la guerre, kakami- 
ne, périr vite de la maladie. 

Nos : par Vodeur, 

Nisa-nos^ être tué par Todeur, nigata-^nos, être habi- 
tué à l'odeur, wakewa-nos être sensible à l'odeur, 
miwa-nas, être chassé par l'odeur. 

Cin : par une chute. 

Kiwaue-cin, être étourdi par une chute, pikokitoane- 
cin, se casser le nez en tombant, kibilam-cin, saigner 
du nez en tombant. 

Kos : par le choc d'un objet. 

KawiC'kos, être abattu sous un fardeau, tc/saArc-A'os, 
être meurtri. 

Il faut remarquer soigneusement que ces éléments 
indiquant l'instrument n'ont pas, pour la plupart, 
d existence isolée et ne se rencontrent que dans cette 
composition, c'est ce qui leur donne le caractère et l'em- 
ploi concrets. 

{A suivre.) 



The Biacayan Grammar, Vocabulary, and Bilin- 
gual Dialogues of Rafaël Micoleta (Bilbao^ 
1653). 



A. The manuscript. On tbe back of the volume at 

the British Muséum containiDg the origîDal, thèse 

words are printed Italian \ & | Biscayan | Gramm \ 

Mm.\BriL \ Bihl. \ Hart. | 46/6 \63U \ PL. XX.E. \ 9. 

It contains the book plate of Owen Brigstocke at the 

begiDuing of Micoletas work. This shews bis coat of 

arms bearing three scallop shells (like those worn by 

the pilgrimsto Santiago de Galicia to the présent day), 

and a blackbird standing on the top of the helmet 

above theshield and holding a cherry in its righthand 

claw.The motto, in.capitals, beneath thèse arms is 

àç 6(fiç xal TueptaTEpà, like serpent and dove, recal- 

ling the words of the Lord ased by Cardinal Pôle, 

the last Catholic Archbishop of Canterbary, on bis 

escatcheon. In reply to a question by myself signed 

PALAMEDES, a writer named D. M. B. was good 

enoagh to publish in Notes and Queries, March 27, 

<897, London, page 257, some information shewing 

that « Owen Brigstocke was born 1680, matriculated 

a Jésus Collège, Oxford, 29 October, 1695, agedfif- 



- 36 — 

teeo, and was calledto the bar at the Hiddle Temple 
1705 », that he <(had literary tastes, and spent much 
time in Paris », thaï « He collected a library, a por- 
tion of wbich is still at Blaenpant » in Wales, in 
the house of bis descendants bis brotbers, So be 
was a contemporary of, if not acquainted witb, Pierre 
d'Urte, whose Biblical translation was publisbed in 
Oxford, Jnne 1" 1894\ bytbe Vice-Principal of Jésus 
Collège, tbe Rev^ Llewelyn Tbomas, Canon of S*Asaph, 
Wales.wbodiedprematurely on the 12th of May,1897, 
frominfluenza. Thewords«MVSEVM | BRTAN | NI- 
CVM » are stamped in red on the verso of tbe 47lh 
leaf, wbich is the last that bears any writing, and on 
tbe front of the 2»^ The mark « BRITISH | MU- 
SEUM » witb the royal crown occurs likewise in red 
on tbe verso of tbe 10^** and 15'** leaves. 

Tbe followingare tbe catchwords in the manuscript : 
f. 2. recto (y), f. 3. recto {y) verso /a/' imper f, f. 6. 
verso /reyr, f. 7. verso Mantetes. Folio 15 is followed 
by a blank and annumbered leaf. 

On the recto of f. 16 occurs, in a very différent 
bandwriting, perhaps that of Master 0. Brigstocke, at 
any rate someone indiffèrent to the niceties of Heus- 
karian writing, the following slovenly copy. 

Gure Aita ceructan aicena Pater noster qui es in eœlU 

Sanctiftca bedi hire icena sanctificetur nomen tuum 

1. I take this opportunity of requesting that 1876 be added 
after 1870, on p. 162 of that book, and London after 1881. 



- 37 — 



Ethor bedi ire Résuma 
Eguin bedi hire oorondatea 
ceruan beçala lurrean-ere 
Gurc eguneco oguia iguc egun 
Eta quUa ietzague gure çorrac 
nola guçere cordunèy 
quitiaten baitra-oegu, 
Eta ergaiUala aar eraei tenta- 
tionetan, baina delura gaitzac 
gaichtorie, 

Ecen hirea duc Résuma, eta 
puissança, eta gloria seculacotz 



Veniat regnum tuum, 

Fiat ûoluntastuaquemadmodum 

in cœlo sic etiam in terra Panem 

nostrum quotidianum da nobis 

ho die 

Et remitte nobis débita nostra 

sicut et nos remittimus debitori- 

bus nostris 

Et ne nos inducas in tentationem^ 

sed libéra nos a malo 

Quia tuum est Regnum et potentia 

et gloria in scecula Amen» 



Amen 
The Lords praycr inthe Cantabrian Visayna 
or présent Baccuensa (sic) Languadge oui ofPaulus 
Merula Cosmographie part 2 lib 2 
On tbe recto of folio 17 cornes la tbe same hand-writing : 



Sinhesten dut Jainco Aita bo- 
there gucitaco ceruaren, eta 
lurraren creaçalen baithan* eta 
Christ haren semé bakoitz gure 
Jauna baithan: ccin concebitu 
içan haita spiritu sunindaganie : 
sortu maria cirginaganic : pon- 
Uo pilateren passionatu, cruci* 
Ûatu, hil eta abortze: inantzi 
içan da inffernisuara^ , 
Hereneeo egunian resuscitatu 
canda hiliaric : igan de ceruete- 
ra: jarria da Sainco Aita : bo' 
there gueita coaren escunean : 
Handie ethorteco da oicien eta 
hiten ugeatzera sinhesten dut 
Spiritu saindua baith an : sin 
heêten dut elica sain duCathoU' 
eoa: saindun communionea: 
hekatuen barkamendua, hara- 
guiaren resurrectionea ; eicitze 



Credo in Deum pat rem omni- 
potentem 

creatorem cœli et terrœ : et in 
Jesum Christum Jllium eius uni' 
cum 

dominum nostrum: qui conceptus 
est de Spiritu sancto ese natus 
Maria oirgine ; passus subpontio 
pilato, cruxijiœus mortuus et se- 
pultus, descendit ad in/eros: tertio 
die reeurrexit de mortuis as- 
candit in coelum : sedet ad dex- 
teram dei patrie omnipotentis : 
inde oenturus ad iudicandum 
eiuos et mortuos. 
Credo in spiritum sanctum 
credo sanctam ecclesiam Catho- 
licam : sanctorum communio- 
nem, Remissionem peccatorum 
Garnis Resurrectionem : eitam 
œternam Amen. 



tUrnala, Amen, 
1 . Ou bien injfemisuara sans point sur le 2* i. 



— 38 — 

The Apostles creed in the same Languadge. 

P. Merula took this Gure Aitu from Leiçarragas 
version of S' Matthew. ch. 6. v. 9-13. There are va- 
riants in the différent éditions of his Cosmographiu, 
On p, 302 of that of Raphelengti M. D. C.V. oiie 
reads ceruan, çordunèy, trauegu, gatchtotic- It was 
repeated without change in the édition of Amsterdam, 
1621. Bat in that of 1636 and the same place p. 69 
70 c&ruan occurs as in this manuscript. Merula hasHe- 
gnum et Potentia, et Gloria in secula, in the latin and 
Résuma, Yorondated.ietsaguc, Résuma, eta Puissança, 
eta Gloria in the Basque. 

Afterthis there corne flve blank and unnumbered 
pages, (two leavesand ahalf) and then,on the verso 
of that marked in pencile as i8, there are eleveo 
lines with thèse words beneath them : The Lordt 
prayer in the présent languadge of Island. The iast 
three lines however constit of the numerals hup to 
tivtugu (20). It would be interesting to know 
whence came this Icelandic Pater and the above Heus- 
karian Credo. On the other side of the same leaf, tbe 
stamp « MUSEVM | BRITAN | NICVMin redrecurs. 
Then there are two blank folios. On the recto of the 
first bas been pencilled the foUowing note 4416 = 
29 fols 6SU=\S Exf^FmSept 1885. The first folio, or 
frontispice, is preceded by 22 blank folios] separating 
it from the end of the manuscript entitled Remarques 
tur La Langue Italienne, By Matthew Prior, Esq'"". 



— 39 — 

Tbe recto of tbe foarth of Ihese leaves bears tbe note 
i^^^-ifE. Tbe. 42. is in pencil. 

B. The édition published at mt expense in sevillà 
ON THE 25 tb OF JANUART, 1897. I mucb regret tbat I 
did not wait six months before publishing this book I 
a If you wish a tbing done well, do it your self » is a 
trite saying, but very true. M' G. F. Barwick, of tbe 
British Huseom, supplied me witb a copy of part of 
tbe text tbat was put into tbe printers bands, and 
revised tbe rest, wbicb I bad takeu from tbe very care- 
lessly made édition in tbe Revista de Ciendas Ht$tor%' 
c(u> Barcelona, 1881. To tbis my attention was first 
called in 1892, by Don R. M. Azkue Presbytero. 
I was aiso mucb obliged to bim for reading tbe proof- 
sheets; but bedid notperform tbis task quite to my 
satisfaction, and avowed tbat be feit no interestin tbe 
work. Yet, «if a tbing iswortbdoingat ail, it is wortb 
doingwelU. I bope tbat before long a pbotograpbic 
fâcsimile of tbe original will be available for continen- 
tal Bascologists . 

It isnecessary to say tbat in tbe manuscripttbe Dia- 
logues begin on tbe 1 2tb leaf , next after tbe verses. Tbe 
recto of folio 1 1 bas only tbe word Dialogos. Its otber 
side is blank. Tbe pages bearing tbese, interesting 
dialogues bave a separate numbering, up to 7, being 
theoDly part of tbe manuscript tbat bears any numbe- 
ring in ink, and are tbe last part of tbe book. Tbe recto 
of folio 10 contains tbe modo decontar entirely and 



- 40 — 

exclusively, ending/o^ àqui. Tbe introductory or pro- 
perly grammatical part of tbe work, down to page 10 
of tbe new édition, is too slight and too full of mistakes 
to be of any value. 

The Dictionario brève, however, and tbe Dialogot 
are a very important addition to tbe lexicological 
wealtb of Spanisb Basque, indeed second only in impor- 
tance to tbe (mostly Bizcayan) Befranet y Sentenciat 
printed at Pamplona by P. Porralis in 1596, men- 
tioned by Larramendi, wbo utilised an imperfect 
copy now missing, and reprinled at Geneva in 1896 
for M' W. J. Van Eys. It would be satisfactory to 
learn wbat is meantby a el son que llaman, las vacasi^, 
p. 33. To an Englisbman it recalls wbat is vaguely 
known as « tbe tune tbe old cow died of )> . I Ibink 
tbat Don Francisco Rodriguez y Marin, of Sevilla, 
wbo requested me to translate bis poems into Basque, 
and gave me a perfect copy of tbe édition printed in 
Tolosa, 1790, of tbe volume numbered 103 in the 
Bibliographie de la Langue Basque (1891), must be 
learned enougb to explain tbe expression. 

One wisbes aiso to flnd out wbo Ganaza mentioned 
at tbe beginning of tbe dialogues, was. He is there 
referred to as baving said tbat a mau sougbt for tbree 
tbings witb great care, namely a slitcb loose in bis stoc- 
kings, « una suciedad en la cama, y los cu^nos si su 

mugerse los poney>. 

Tbe saying ^ tan delicado como Judeo en viernes » 
(p. S5) aIso requires explanation. Delicado evidently 



— 41 — 

means scrapulous, and the scruples must be those 
aboateating and drinking on the eve ofthe Sabbath 
day . Doany previoas or later Spanish autbors use such a 
pbrase ? I hope to say sometbing in an otber article 
aboQt tbe language of tbe author in connection with 
that of other Bizcayan writers. It seenos likely that he 
knew Martin Ocboa de Capanaga (in tbe édition of 
whose Doclrinea publisbed at Yizeu, 1893, read on 
page CLXVII desde instead of de manera). I shali tben 
publisb a list of tbe many and vexations misprints in 
my édition, for tbe wbicb 1 beg pardon. 

Edward Spencer Dodgson . 



Cork, Ireland, 28 november 1897. 



HISTOIRE 

DE LA 

PRINCESSE DJOUHER-MANIRAM 

Roman traduit du Malais 

sur le Manuscrit de la Bibliothèque Nationale de Paris 
Par Aristide MARRE 

(Suite) 



Maka baginda poun meniourouh.kan segala man- 
tri dan houloubalang pe.kerdja.an akan meng. 
hantar.kan touan poutri dengan anakda baginda 
itou. Maka baginda poun membri perentab pada segala 
mantri demikian perentab baginda : « Hey segala ka- 
mou mantri . kou siapa kamou sakalian yang dapat 
kousourouh.kan meng. hantar.kan istri.kou dan 
anak.kou tiga orang ber.saoudara ini kapada nene^. 
nia radja Haroun er-Raschid di binoua Bagdad. » Ma- 
ka sakalian. nia poun tiada berani berdatang sembab 
melainkan ber.diam diri.nia djouga.Maka baginda 

Le roi Chah Djôhon confia donc son épouse et ses 
trois fils à ce ministre perfide, se reposant sur les pa- 
roles qu'il venait d'entendre. Une quarantaine de cha- 
meaux chargés des présents, quarante nourrices des 
enfants, cent suivantes de la princesse, mille hommes 
ouvraient la marche, mille cavaliers bien armés et 
bien équipés formaient Tescorte de la princesse et de 



— 43 — 

poun membri perentab kapada mantri yang ter.touah 
deripada yang Iaîn,maka kata baginda : a Hey mantri. 
kou angkau.lah kapada hati.kou yang dapat kou barap 
akan meng. hantar.kan istri kou dan anak.kou tiga 
orang bersaoudara ini karna pendapat.kou sakali-kali 
angkau tiada ber.bouat khianat pada kou, lagi poun 
angkau ter-touah deripada segala mantri.kou yang 
laîn, adalah angkau takout akan Allah soubhanah oua 
taaia dan kapada akou. » Maka sembah.nia mantri 
itou : (( iâ touankou chah alam sa.benar.nia.lah yang 
di.per.hamba men. djoundjoung perentah yang maha. 
moulia itou sa.harous.nia.Iah hamba mengerdja.kan 
perentah chah alam itou meng. hantar.kan Sri padou- 
ka adinda dan anakda itou kapada radja Haroun er- 

ses enfants. Cela fait, la princesse prit congé de son 
époux; celui-ci la tenant embrassée, la couvrit de bai- 
sers ainsi que ses trois enfants, en pleurant. Il lui re- 
commanda de présenter ses hommages à son père le 
sultan Haroun er-Raschid, ses salutations à son frère 
aine Minbah Châhas ; il la chargea de déposer aux 
pieds de Leurs Majestés mille et mille pardons et de 
taire ses excuses à son frère Minbah Châhaz. 

Alors le prince dit au ministre, félon : « mon mi- 
nistre, il faut que tu partes maintenant et que tu 
mènes le chameau de mon épouse, car j ai pleinement 
confiance en toi ; surtout aie bien soin delà protéger! » 
Mais le roi ne s'était point appuyé sur Dieu le très haut 
et digne de louanges, et pour ce motif Dieu le très 
haut l'en punit. Quand le prince eut fini de parler au 
ministre, celui-ci dit : a Monseigneur, roi du 



— 44 — 

Raschid. » Maka radja Chah Djohon poun menierah. 
kan istri nia dan anakda yang katiga orang itou kapa- 
da mantri khianat itou sah karna sebab menengar sem- 
bah mantri khianat itou^ dan segala per.kasih.an saki- 
ra.kira ampat pouloh éikor onta yang niembaoua dia, 
dan ampat pouloh orang pengasoh anakda itou^dan sa- 
ratous dayang-dayang meng.hantar.kan adinda itou 
dan sa.ribou orang yang meng. hantar.kan adinda 
itou, dan sa.ribou orang yang ber.kouda dengan alat 
sendjata.nia yangmeng.iring.kantouanpoutri Djouher 
Manikam dengan anakda baginda. Maka sakalian.nia 
ter.serah.lah kapada mantri itou, Satelah soudah 
makatouan poutri poun ber.mohon.Iah kapada souami- 
nia. Maka baginda pounmémelouk dan men.tchioum 

monde, votre serviteur porte vos ordres sur le sommet 
de sa tête. » 

Alors la troupe s'étant mise en marche, la princesse 
Djouher-Manikam monta sur son chameau avec ses 
trois enfants ; un garde du corps se tenait à la tète ; elle 
s'avança accompagnée par le misérable ministre et par 
toute son escorte, se dirigeant de halte en halte vers la 
ville de Bagdad. On était arrivé à une de ces haltes, 
quand le jour fit place à la nuit. Le ministre fit alors 
dresser une tente pour que la princesse y prit du repos, 
les gens dressèrent leurs tentes tout autour. La prin- 
cesse Djouher'Manrkam descendit de son chameau, 
puis entra dans sa tente avec ses trois enfants ; les 
tentes des nourrices et des suivantes entouraient en 
cercle la tente de la princesse. Au milieu de la nuit, 
une pluie violente vint à tomber ; alors le misérable 



— 45 - 

istri.nia dan ana^.nia yang katiga itou serta dengan 
tangis.niadan ber.pesan kapada istrinia akan sembah 
kabaouah douli ayahnda dan bounda Soultan Haroun 
er-Raschid, dan sembah baginda kapada padouka ka- 
kenda Minbah Chaha:s, baginda mohon.kan ampoun 
be.ribou.ribou ampoun kabaouah douli ayahnda dan 
bounda dan minta maaf kapada kakenda Minbah 
Chahcus; dan kapada mantri khianat poun baginda ber. 
kata: « Hey mantri. kou baîk-baik-lah angkau pergi 
ini membaoua onta istri.kou ini karna sangat.lah ha- 
rap. kou kapada mou; houbayà-houbaya baik angkau 
memelihara.kan dia ». Tetapi radja itou tiada ber. 
sandar kapada Âllah soubhanah oua taaia, sebab itou, 
lahmaka datang balas Âllah taala kapada radja itou. 

ministre agité par Satan, fut tenté dans son cœur. Il 
pensa : « L'épouse du roi est admirablement belle, 
belle comme son nom de Djouher-Manikam ; il faut 
que j aille auprès d'elle et que je lui déclare mon 
araour! » Et alors le ministre rebelle partit et entra 
dans la tente de la princesse. Il la trouva encore assise 
auprès de ses trois enfants, occupée à chasser les mous- 
tiques. 

La princesse le voyant entrer dans sa tente, lui de- 
manda : « mon ministre I quelle affaire t'amène au- 
près de moi, à cette heure, au milieu de la nuit ? )> Le 
ministre répondit : « Je viens ici parce que je vous dé- 
sire ! » La princesse dit alors : « Et c'est là l'affaire 
qui t'amène auprès de moi ! C'est à toi que le roi m'a 
confiée à cause de ton grand âge et comme si tu étais 
mon père. C'est en toi qu'il a mis toute sa confiance 



— 46 — 

Telah soudah habis titah baginda kapada mantri itou, 
maka sembah mantri : <( ià touankou chah alam atas 
batouk kapala hamba.Iah menanggong dia. » Maka 
segala rayât poun ber.djalan.lah iya dehouIou,maka 
touan poutri Djouher Manikam poun naïk ka.atas 
onta dengan anakda tiga orang itou dan sa'orang bi- 
douanda yang meng.apala.kan onta itou maka touan 
poutri ber.djalan.lah dî.iring.kan olîh mantri yang 
bédébah itou dengan rayât sakalian itou deripada 
souatou per.henti.an datang kapada souatou per.hen- 
ti.an menoudjou djalan ka nngri Bagdad. Hatta Ka- 
lakian maka datang. lah kapada souatou per.henti.an 
maka hari poun malam.lah, maka mantri itou poun 
men.diri.kan kheimah akan tampat touan poutri ber. 

pour que tu nous fasses arriver, moi et mes enfants, en 
la ville de Bagdad auprès de mon vénéré père, le roi 
Haroun ér-Raschtd. Quel est donc ton naturel, pour 
que tu veuilles commettre une action qUe condamne 
Dieu le très haut et digne de louanges? Pour moi, il 
m'est interdit de la commettre, parce que je suis la 
servante de Dieu le très haut et la fervente disciple de 
Mohammed l'envoyé de Dieu (que la bénédiction de 
Dieu soit sur lui et le salut!). Que seraîs-je donc si je 
me rendais coupable de cet acte que Dieu le très haut 
et digne de louanges défend : Et toi, tu n'as donc au- 
cune craintede Dieu le très haut et digne de louanges? 
Ne seras-tu pas couvert de honte en face de l'Envoyé 
de Dieu, au jour du jugement dernier ? Et tu veux 
commettre cette action défendue qui est un grand 
péché I v 



— 47 — 

adou itou.Maka segala orang yang bania]^ itoupoun 
men.diri akan kheimah djouga meng. oliling.i khei- 
mah touan poutri Djouher Manikam. Maka touan 

poutri poun touroun deri.atas onta.nia itou lalou 
masouk kadalam kheimah serta anakda baginda tiga 
orang dan segala yang mengasoh dan dayang- 
dayang poun ber.idar meng.oliling.i kheimah touan 
poutri Djouher Manikam itou^ maka datang kapada 
tengah malam, maka houdjan poun touroun terlalou 
lebat.maka mantri tchelaka itoupoun haroubirou oiih 
cheîtan mem.bri ouasouas pada hati.nia. Maka fikir. 
nia bhaoua istri radja ini terlalou amatelok roupa.nia 
dan nama.nia poun terlalou indah-indah touan poutri 
Djouher Manikam, balk.lah akou pergi kapada.nia 

Le misérable ministre dit : « Si tu ne veux pas, je 
tue tes enfants. » — « Jamais, dit la princesse, jamais 
je n'y consentirai, et si tu fais périr mes enfants, que 
puîs-je contre l'arrêt de Dieu, si ce n'est d'invoquer 
son nom ? » Le ministre tua un des enfants du roi. Cet 
enfant mort, pour la seconde fois il fit la même de- 
mande à la princesse, et celle-ci répondit : « Jamais 
je ne me résoudrai à commettre cet acte indigne de 
tout croyant et défendu par l'Envoyé de Dieu. Non^ je 
ne le ferai pas ! » Le ministre dit : « Si tu ne veux pas, 
je tue un autre de tes enfants. » La princesse Djouher- 
Manikam répondit : « Si tu tues mon enfant, c'est par 
l'arrêt de Dieu, et je me soumets à sa volonté. » Le 
ministre tua le second enfant. « Non, jamais, répéta 
la princesse, je ne consentirai à cet acte I En quel état 
paraltrais-je, au jour du jugement dernier, devant la 



— 48 — 

mengata.kan berahi akou kapada.nia. » maka mantri 
dourhakaitoupounpergi.lah iyaniasouk kadalam khei- 
mah touan poutri itou maka di.dapat.i.nia touan poutri 
itou lagi doudouk di sisi anakda yang tiga itou serta 
lagi mem. bourou-bourou niamol: maka touan poutri 
poun melihat mantri itou masouk kadalam kheimah. 
nia, makakata touan poutri itou : « Hey mantri. kou 
apa pekerdja.an mou datang kapada akou ini ouektou 
tengah malam ini ? » Maka kata mantri itou « ada- 
poun hamba datang ini hendak-kan touan pou tri. lab.» 
Maka kata touan poutri demikian. lah pe.kerdja. an 
mou datang ini kapada akou, karna akou di.serah. 
kan olih radja kapada mou, karnaangkau mantri yang 
ter.touah lagi ka.per.tchahaya.an radja, oupama ba- 

facede l'Envoyé de Dieu (que la bénédiction de Dieu 
et le salut soient sur lui !). » Le misérable ministre re- 
prit : (( Si tu ne veux pas de moi, je tue ton troi- 
sième enfant. » Et la princesse répondit : « Si tu le 
tues, quepuis-je faire, sinon mesoumettreà la volonté 
de Dieu et invoquer son nom ? » Le troisième fils du 
roi fut tué. Questionnée de nouveau, la princesse dit 
encore : « Jamais je n'y consentirai ; jamais je ne com- 
mettrai une telle action ! » Et ce ministre bâtard dit : 
« Si tu ne veux pas de moi, nécessairement je te tue, 
toi aussi I » 

Alors la princesse pensa dans son cœur : « Si je ne 
veux pas céder, sans nul doute il va me tuer ; il faut 
donc que j'use de ruse. » Alors elle dit : v Attends- 
moi ici, je veux d'abord laver mon vêtement, mon 
badjou et mon corps> car ils sont teints du sang de 



— 49 — 

pa.kou angkau lagi radja poun sangat.lah harap.nia 
akan dikau kapada meniampey. kan dakou dan anaV- 
kou ka aagri Bagdad kapada ayah.kou radja Haroun 
er-rachid.\maka betapa pekerti.mou yang demikian 
ini hendal^ ber.bouat pe kerdja. an yang tiada di.per. 
kenankan Allah soubhanah oua taala karna pe.kerdja. 
an itou boukan laik-kou meng.erdja.kan dia karna 
akou hamba Allah taala dan oummat bani Mohammed 
rasoul A\ldih( Salla Allah alay ht oua sallamal) bhaoua 
akou akan pekerdja.an yang di.larangkan Allah 
soubhanah oua taala betapa pri.kou ber.bouat dia Ber- 
monla angkau poun tiada.kah takout akan Allah sou- 
bhanah oua taala dan tiada.kah angkau malou akan 
rasoul Allah pada hari kiamat djamaah maka ang- 

mes enfants. » Le ministre maudit de Dieu le très 
haut répondit: « C'est bien, j'attends ici. » 

Alors la princesse DJouher-Manikam sortit de sa 
tente. La pluie tombait à torrents. La princesse, s'éloi- 
gnant précipitamment, marcha pendant toute la nuitsans 

savoir où elle allait. Elle marchait depuis plusieurs 
heures lorsque l'aurore parut ; la princesse arriva 
ainsi près d'un arbre au milieu de la plaine^ et après 
en avoir mesuré des yeux la hauteur, elle monta 
sur cet arbre. Le jour s'était levé; en ce moment passa 
sur le chemin un marchand qui venait de faire son 
commerce et s'en retournait en la ville de Bassrah : 
il se nommait Biyâpri\ En passant sous l'arbre, il 
leva les yeux et aperçut une femme assise sur cet arbre. 

1. CeDom de Biydpri signifie en malais : c marchand, commer- 
çant, négociant. » 

4 



— 50 — 

kauhendals pe.kerdja.an haram ini lagi dosa besar.' » 
Maka kata mantri bedebah itou « djika angkau 
tiada maou nistchaya kou.bounouh arlak.mou ini.» 
maka kata touan poutri Djouher Manikam <( bhaoua 
sakali.kali akou tiada redia akan pe.kerdja.an ini 
dan djika kau.bounouh anak.kou apatah dayah.kou lagi 
dengan faoukoum ÂUah djouga nama.nia? » Maka di. 
bounouh.nia olih mantri analj: radja itou sa'orang. 
Satelah soudah mati maka di.tania poula akan touan 
poutri itou, maka djaouab touan poutri demikian 
djouga sa.kali.kali akou tiada maou meng.erdja.kan 
pe.kerdja.an itou karna boukan orang islam meng. 
èrdjà.kan demikian, bhaoua pe.kerdja.an inidi.iarang. 
kan rasoul Allah, bhaoua akou tiada maou meng. 

« Qui êtes- vous, s'écria-t-il, êtes- vous femme ou 
djinn? — Je ne suis ni djinn^m démon, mais une 
descendante du prophète de Dieu Adam (que le salut 
soit sur lui !), une disciple du prophète Mohammed 
l'Envoyé de Dieu (que la bénédiction de Dieu et le salut 
soient sur lui !). » 

B/yajor/ grimpa sur l'arbre, prit la princesse, la fit 
monter sur son chameau, puis se mettant en route, 
la conduisit au pays de Bassrah, Arrivé dans sa mai- 
son, Biyâpri voulut s'approcher de la princesse, mais 
celle-ci lui dit : « Garde-toi de m'approcher tout d'a- 
bord, car j'ai fait à Dieu le très haut vœu de demeurer 
quarante jours sans voir la face d'un homme. Lorsque 
ce temps sera expiré, cela deviendra possible ; si ces 
quarante jonrs n'étaient pas encore écoulés, nécessai- 
rement je mourrais. » 



- 51 — 

erdja.kan dia.Maka kata mantri itou djikalau angkau 
tiadamaou nistchaya kou bounouh ana^ mou sa'orang 
lagi. Maka kata touan poutri Djouher Manikam 
« djika kaubounouh analj[.kou itou dengan houkoum 
Allah atas.nia redla.lah akou » maka.olih (mantri) 
îtoupoun di. bounouh. nia poula anak radja itou.maka 
djaouab touan poutri itou bhaoua sakali.kaiiakou tiada 
maou mengerdja-kan yang demikian itou, betapa hal 
akou memandang mouka rasoul ÂlIah {Salla Allah 
aleyhi oua sallama) pada hari kiamat djamaah. 
Maka kata mantri bedebah itou (( djika angkau tiada 
akan akou, nistchaya ka.tiga.nia ana|i:.mou kou.bou- 
nouh itou ». Maka kata touan poutri Djouher Manikam 
djika kau.bounouh sakalipoun apatah daya kou lagi 

Alors Biyâpri l'installa sur la terrasse grillagée de 
sa maison et lui prodigua ses soins et ses prévenances. 



QUATRIÈME RÉCIT 

Où IL EST ENCORE PARLÉ DU MINISTRE ASSASSIN 

DES ENFANTS DU ROI 

Aussitôt après que la princesse Djouher ^ Mani- 
kam fût partie en fuyant, le ministre ordonna à toute 
l'escorte de s'en retourner et de se présenter au roi 
Chah Djohon. Il dit à ses gens : « vous tous, servi- 
teurs de la reine, voyez quelle a été sa conduite! Ses 
trois enfants sont morts, et c'est elle qui les a tués ! Après 
quoi elle a disparu. En quel lieu a-t'-elle pu se réfu- 



- 62 - 

soudah.lah dengan houkoum Allah taala nama-nia. » 
Maka mati.lah ka.tiga.nia anak radja itoumaka di. 
tania.i poula akan touan poutri itou maka touan pou- 
tri : « tiada akou meng.erdja-kan pe.kerdja.an ini 
boukanpekerdja.ankou. » 

Maka kata mantri haramzadeh itou « djika angkau 
tiada maou akan akou nistchaya angkau kou bounouh 
poula '). Makafikir touan poutri dalam hati. nia djika 
akou tiada maou akan dia nistchaya akou poun di. 
bounouh. nia, baîk.lah akou ber.bouat honar, maka 
kata touan poutri : « nanti.lah akou di.sini dehoulou 
akou hendals mem.basouh kaîn.kou dan badjou.kou 
dan toubouh.kou karna ber.loumour darah anak. kou. » 
Maka mantri lanat allah taala : « Balklah, akou me- 

gier? Personne au monde ne le sait. Voilà ce qu'elle a 
fait I Pour vous, partez tous, emportez les cadavres de 
ses trois enfants au roi Chah Djohon, dites-lui toutes 
les circonstances. » Les gens chargés d'emporter les ca- 
davres s'en retournèrent tous ; arrivés en la présence 
du roi, ils rapportèrent les circonstances de la trahison 
du ministre envers la princesse et du meurtre de ses 
enfants, ajoutant qu'il était parti de son côté en disant 
qu'il voulait aller à la recherche de la princesse. Il 
emmenait avec lui ses trois fils, quarante laskars * et 
les trésors. 

Quand le prince eut entendu ces paroles, il demeura 
frappé de stupeur, mais son repentir d'avoir laissé 
partir la princesse sans lui était inutile. Il fit inhumer 

1. Laskar on Lachkar est an mot persan, fort usité en hin- 
doustani, qui signifie soldat on marin. 



— 53 — 

nanti di sini. ^ Maka touan poutri Djouher Manikam 
poun kalouar.lah deri.dalam kheimah.nia, maka tou- 
roun houdjan poun terlalou lebat.Maka touan poutri 
poun mem.bouang. kan dirinia berdjalan pada inalam 
itou tiada.Iah ber.ka. tabou. an pergi.nia lagi.kalakian 
adabebrapadjam lama.nia touan poutri itou ber.djalan 
maka hari poun pedjer.lah.Maka baginda sampey.lah 
kapada pohon kayou di tengah padang Siyoudjana. 
Mata menentang tinggi.nia ma^a lalou nalk touan 
poutri ka. atas kayou itou maka hari poun siyang.Iah^ 
maka pada tatkala itou ada sa'orang saudagar lalou 
pada djalan itou datang derlpada ber.niaga hendal^ 
poulang ka nagri Basrah ber.naraa Biyapri, maka 
iyapoun lalou di baouah pohon kayou itou . Maka iya 

les trois jeunes princes. Le roi versait des larmes et 
tous les gens de sa maison et du palais remplissaient 
Tair décris et de sanglots dont le bruit était semblable 
aux craquements du tonnerre, pendant qu'on procédait 
aux funérailles suivant les coutumes observées pour 
tes plus grands rois. 

Après cela, le prince descendit de son trône royal et 
se transforma en derviche pour mieux se livrer à la re- 
cherche, dans tous les pays, de son épouse bien-aimée. 
Il avait avec lui trois esclaves seulement, dont l'un 
se nommait Hestri. — « Pars, lui dit-il, va à la re- 
cherche de ta maîtresse en tous les pays ; » et il lui 
donna un cheval avec des provisions. Hestri dit : 
«Que votre Majesté soit heureuse ! ô Monseigneur, roi 
du monde, quels que soient vos commandements, votre 
serviteur les pose sur sa tête ! » Hestri se prosterna^ 



— 54 — 

me.lîhat ka. atas pohon kayou itou maka dî.lîbat.nîa 
sà'orang perampouan doudou^c di.atas pohon kayou 
itou maka kata.nia : « Hey perampouan siapa.kah 
ini manousia.kah atau djin.kah angkau îni? » maka kata 
touan poutri Djouher Manikam : « akou ini boukan 
djin dan boukan cheltan, bhaoua akou ini derîpada 
anak tchou-tchou nabi Allah Adam [cdeyki es'selam!), 
dan deripada oummat nabi Mohammed rasoul Allah 
{salla Allah aleyhi oua sallama!) » Maka Biyapri poun 
nalk ka.atas pohon kayou itou meng.ambil touan pou- 
tri itou, maka di naik.kan.nia ka'atas onta.nia lalou 
di.baoua.nia ber.djalan ka nagri Basrah. Satelah 
soudah sampey ka roumah Biyapri maka Biyapri poun 

puis monta sur son cheval^ il se mit en route se diri- 
geant vers la ville de Bassrah. 

Après quelque temps de marche, il arriva en la 
ville de Baasrah et passa devant la maison de Biya- 
pri. En ce moment môme, la princesse Djoaher-Ma- 
nikam était assise sur la terrasse de la maison de 

Biyapri ; elle regarda attentivement le visage de Hes- 
tri qui passait le long de la maison et l'appela en 
disant: « Hé Hestri ! d'où viens-tu jusqu'ici ? » Hes- 
tri, jetant ses regards vers le haut de la terrasse, 
aperçut la princesse Djouher-Manikam et lui dit : 
« J'ai été envoyé par votre frère aine pour vous cher- 
cher, Madame ! » La princesse dit : « Va-t'en, pro- 
mène-toi ; à la nuit tu reviendras ici , maintenant 
qu'il fait grand jour, je craindrais que Biyapri ne 
connût notre départ. » Hestri, en s'inclinant, répon- 
dit : « C'est bien, Madame I » 



— 55 — 

henda^ hampir kapada touan poutri. Maka kata touan 
poutri : « djangan.lah angkau bampir dehoulou karna 
akou lagi ber.nadzar kapada Âliah taala ampat pouloh 
hari tiada akoubolih me.lihat mouka laki.Iaki, apabila 
soudah sampey maka bolih dan djika belom sampey 
nistchay a akou mati. » Maka di tarob.nia olih Biyapri 
di.atas pendjour roumah.nia di.pelihara.kan balk, 
balk dengan saperti.nia. 



QUATRIÈME RÉCIT 

El Kitwah pri meniata.kan tcheritra yang kaMm- 
pcUakan mantri yang mem,bounouh anak radja itou! 

Satelah soudah touan poutri Djouher Manikam 
pergi mem.bouang.kan diri.nia maka mantri itoupoun 
meniourouh.kan sakalian rayât kombali mengadap 
radja C/ioA Djohon maka kata. ni a kapada segala orang 
itou : « Hey touan. touan sakalian lihat.lah olib hamba 
sakalian perangi touan poutri Djouher Manikam, anak. 

Il alla se promener çà et là, en attendant que la 
nuit fût arrivée. Quand le jour eut fait place à la 
nuit^ il revint au bas de la maison de Biyâpri et at- 
tendit quelques instants, puis il appela la princesse. 
« Attends, dit-elle, car Biyâpri veille encore. » Hestri 
s'assoupit, puis il s'endormit au bas de la maison de 
Biyâpri, après avoir tout d'abord noué la bride dé 
son cheval à sa ceinture. 



L 



-So- 
nia tiga orang ini telah mati di.bounouh.nia, maka 
iyapoun lenniap.lah deri sinî kamana gerangan ghaîb. 
nia boukan gerangan manousia itou. Maka demikian 
lakou.nia tetapi pergi.lah kamou sakalian baoua malt 
analj: radja tiga ini kapada rad ja Chah Djohon, kata . 
kanlahsegala haï ahoual.nia kapada radja itou. Maka 
segala orang yang membaoua malt anal: radja itou- 
poun kombaii.Iah sakalian. Sa telah soudah sampey 
kapada baginda maka di.per.sembah.kan.nia.lah hal 
ahoual mantri itou hendak ber.bouat khianat kapada 
touan poutri dan padouka anakda di.bounouh.nia! 
maka iyapoun pergi kata.nia hendaV men.tchahari 
padouka adinda dan segala harta itou di.baoua.nia 
dengan anak . nia tiga orang dan laskar touankou ampat 

CINQUIÈME RÉCIT 

La princesse Djouher-Manikam étant descendue de 
la terrasse, monta sur le cheval pendant que Hestri 
dormait encore. Elle s'assit sur le cheval, attendant 
que Hestri se réveillât. Mais un voleur éthiopien qui 
était venu près du magasin de Biyâpri pour voler, 
aperçut ce cheval dont la bride était attachée à la 
ceinture de Hestri ; il la détacha et tira le cheval jus- 
qu'au milieu de la plaine. Dans la pensée de la prin- 
cesse, c'était Hestri qui conduisait ainsi son cheval. 
Mais la lune s'étant levée, TÉthiopien vit assise sur le 
cheval ume femme d'une éclatante et merveilleuse 
beauté. 

Le cœur du voleur éthiopien fut rempli de joie. Il 



pouloh. Satelah baginda mendengar sembah rayât itou 
maka baginda poun heiran akan diri.nia dan.sesal 
baginda poun tiada ber.gounalagi karna sebab baginda 
meniourouh.kan touan poutri itou pergi tiada serta 
dengan baginda.Maka baginda poun meniourouh.kan 
orang menanam.kan padouka anakda tiga orang itou 
sorta dengan tangis.nia baginda dan segala isi rou- 
mah.nia dan astana.nia poun ramey bounyi tangis.nia 
goumourouh saperti tagar.Maka di.tanam.kan orang. 
lah saperti adat segala radja.radja yang besar-besar. 
Satelah soudah iya meniourouh.kan menanam.kan 
anakda itou, maka baginda pountouroun deriatas ka. 
radja.an.nia, baginda men djadi.kan diri.nia saperti 
derouis men.tchahari makin padouka adinda touan 

dit dans son cœur : « Voilà bien longtemps que je 
suis parti pour voler quelques richesses; certes^ j'ai 
acquis pas mal de joyaux, de perles, de pierres 
précieuses, de l'or, de l'argent^ de magnifiques vête- 
ments de toutes sortes, mais tout cela n'est rien en 
comparaison de la merveille que je viens de trouver 
et qui va devenir ma femme, la lumière de mes yeux, 
le fruit de mon cœur! Maintenant, je vais donc jouir 
en paix du bonheur de posséder cette épouse I )> 

La laaison du voleur éthiopien était située sur le 
sommet d'une colline ; il y conduisit la princesse 
Djouher-Manikam, lui montra tout ce qu'elle conte- 
nait et la lui livra en disant: « ma jeune sœur I c'est 
à vous qu'appartient tout ce que renferme ma maison, 
usez-en suivant votre bon plaisir. » La princesse 
dit ; « Demeure tranquille tout d'abord ! » Et elle 



— 58 — 

poutri Djouher Manikam itou pada segala nagri den- 
gan tiga orang sahaya baginda djouga pergi.Maka ada 
sa'orang sahaya baginda itou yang ber nama Hestri 
« pergi.lah angkau men.tchahari touan.mou pada se- 
gala nagri» niaka di.bri baginda sa.eikor kouda séria 
dengan bakal.nia.maka sembah Hestri « daulat iâ 
touankou Chah alam mana perentah touankou hamba 
djoundjong » maka Hestri poun meniembah serta naik 
ka.atas kouda lalou ber.djalan ka nagri Basrah Hatta 
bebrapa lama.nia di djalan itou maka sampey.lahiya 
ka nagri Basrah lalou iya ber.djalan di.hadap.an 
roumah Biyapri, maka koutika itou touan poutri 
Djouker-Manikam doudouk pada pendjourou rou- 
mah Biyapri, maka touan poutri Djouher Manikam 

pensa dans son cœur : « Voilà donc ma destinée : d'a- 
bord j'ai demeuré chez Biyapri, et maintenant me 
voici tombée entre les mains d'un voleur éthiopien ! 
C'est par la volonté de Dieu le Très-Haut que cela 
arrive à sa servante I » Le voleur éthiopien voulut 
approcher la princesse, mais celle-ci lui dit : « Garde- 
toi bien de m'approcher dès maintenant, car j'ai fait à 
Dieu le très haut le vœu de ne pas voir la face d'un 
homme avant trois jours révolus. » 

Le voleur éthiopien prit alors à boire et dit : 
« Allons, buvons d'abord I » — « A mon avis, observa 
la princesse, si nous commençons par boire tous les 
deux ensemble, toi tu t'enivreras et moi aussi ; des 
hommes m'enlèveront loin de toi, et ils te tueront. Il 
en serait ainsi sûrement. Allons ! j'emplirai ta coupe 
et tu boiras, toi, le premier ; quand tu auras assez bu. 



~ 59 - 

poun memandang moujtjLa Hastri lalou iya ka tepi 
roumah-Br^apn maka touan poutri Djouker-Manikam 
poun memanggil ^es^r/kata. nia : « Hey Hestri deri- 
mana angkau datang kamari ini ? » maka Hestri poun 
memandang ka.atas pendjourou roumah itou maka di. 
lihat nia touan poutri Djouher-Manikam maka sem- 
bah Hestri : « hamba.di.sourouh.kan olih padouka 
kakenda mentchahari touankou. » 

(A suivre,) 



alors je boirai à mon tour, et c'est toi qui empliras ma 
coupe. » Le voleur éthiopien fut très joyeux d'en- 
tendre ces paroles de la princesse. « C'est vrai, ce que. 
vous dites 1 » s'écria- t-il. 

Il reçut avec grand plaisir la coupe des mains de la 
princesse et but. Après avoir vidé plusieurs fois la 
coupe, il tomba ivre-mort, sans l'usage de ses sens et 
semblable à un cadavre. 

(A suivre,) 



BIBLIOGRAPHIE 



Euai de témantique par Michel Brëal. — Paris. 
1897. HachetUet C'\ éditeurs, io-So, 349 p. 

Ce nouvel ouvrage de réminent professeur du 
Collège de France est avant tout un recueil de curiosi- 
tés linguistiques et grammaticales. En l'envisageant à 
ce point de vue, et abstraction faite des étymologies 
dont beaucoup sont contestables, on ne saurait lui 
refuser les plus vifs éloges. L'auteur, qui s'est visible- 
ment inspiré, à propos du grec, du latin et des langues 
germaniques, de la méthode inaugurée en ce qui 
regarde le français par A . Darmesteter dans sa Vie 
des mots, a apporté à l'application qu'il en a faite les 
brillantes qualités de clarté et de finesse dont on 
peut dire qu'il a le monopole en matière de grammaire 
comparative et philosophique. Nul n'excelle comme lui 
à encadrer, quand il s'agit des phénomènes les plus 
délicats du langage, les détails techniques et d'éru- 
dition pure dans un style qui leur prête tout le charme 
des œuvres d'art et les dispose en tableaux qui font les 
délices du savant de profession autant que du simple 
amateur. Les livres de M. Bréal, et surtout celui-ci, 
sont comme la galerie pittoresque et amusante de la Un- 



-•61 -^ 

guistique, et rarement Vutile dulci n'a été réalisé plus 
heureusement par Talliage du savoir précis et de Tagré- 
ment littéraire. L Essai de sémantique iaM penser à la 
Pluralité des mondes mise au point, quant à la forme* 
par un émule de Renan, et c'est tout dire. 

Mais ces mérites si précieux et si rares en pareille 
matière seraient-ils incompatibles avec les larges syn- 
thèses dont le domaine si neuf de la science des signifi- 
cations nous laisse entrevoir la perspective 7 On serait 
tenté de le craindre, en constatant qu'ils s'appliquent 
ici plutôt à ce qu'on pourrait appeler les faits divers de 
cette science qu'aux traits d'ensemble qui la caractéri- 
saient. Aussi, à cet égard, V Essai de sémantique 
entraine-t-il des déceptions, dont je voudrais essayer 
de montrer la cause, en prenant pour exemple le 
contenu du chapitre X, intitulé : La restriction du sens. 

« Un fait que donne toute la matière (est-il dit en 
« tète de ce chapitre), c'est que nos langues, par une 
« nécessité dont on verra les raisons, sont condamnées 
<( à un éternel manque de proportion entre le mot et la 
« chose. L'expression est tantôt trop large, tantôt trop 
« étroite . » 

Un exemple où l'expression est trop étroite nous 
est fourni par le mot français toit, qui au point de vue 
de son étymologie (lat. tectum) devrait signifier tout ce 
qui est couvert, mais qui a été « assez resserré par 
« l'usage.. . pour convenir uniquement et spécialement 
« à la coBverture d'une maison ». 



— 62 - 

Ce que l'auteur appelle ici « manque de proportion 
entre le mot et la chose » résulte en réalité de Tabsence 
d'un mot indépendant ou propre à tout égard pour 
désigner l'objet du substantif toit. Pour lui, il en 
en voit la raison dans « ce que le verbe est la partie 
« essentielle et capitale de nos langues, céUequiserl à 
« faire des substantifs et des adjectifs. Or, ajoute-t-il, 
« le verbe, par nature, a une signification générale, 
« puisqu'il marque une action prise en elle-même, 
« sans autre détermination d'aucune sorte. En combi- 
« nant ce verbe avec un suffixe, on peut bien attacher 
a l'idée verbale à un être agissant, ou à un objet qui su- 
H bit l'action, ou à un objet qui est le produit ou Tins- 
« trumentde l'action, mais cette action gardant sa si- 
<( gnification générale, le substantif ou l'adjectif ainsi 
« formé sera lui-même de sens général. Il faudra que 
« par l'usage on le limite. ^ 

Nous remarquerons tout d'abord que rien n'est plus 
contraire à l'idée logique qu'on peut avoir du dévelop- 
pemenl du langage que de voir dans le verbe le fac- 
teur des substantifs et des adjectifs. L'action est une 
abslraction eu égard au sujet agissant, et les choses 
abstraites, nous n'avons pas à l'apprendre à 
M. Bréal, n'ont été revêtues des signes de langage qu'à 
la suite des objets concrets ; s'il est quelque chose 
de sûr en pareille matière, c'est que le nom de 
l'agent a précédé celui de l'acte qu'il accomplit. 

En d'autres termes, et par exemple, Tidée de cou- 



- 63 - 

vreur et de couvert, couverture (du toit), (c'est-à-dire 
ce qui couvre), est la mère et non la fille de celle qu'ex- 
priment les formes verbales je couvre, tu couvres, il cou- 
vre, elc, expressions qui reviennent du reste à celles 
de moi couvreur, toi couvreur, lui couvreur, etc. 

La raison cherchée de l'absence de propriété 
(n'oublions pas que c'est de cela qu'il s'agit) du mot 
toit ou, ce qui revient au même, de sa parenté avec tec- 
tum, dont le sens est plus large, réside donc ailleurs 
que dans le fait de la prétendue préexistence de tego, je 
couvre. Je m'empresse d'ajouter qu'en substituant 
un nom d'agent '^tex, celui ou ce qui couvre, à tego, 
comme signe initial de Fidée de couvrir, je laisse in- 
tacte qnant au fond l'explication de M. Bréal : dans 
Tune et l'aulre hypothèse, — que le nom d'agent 
impersonnel ait précédé ou non le verbe person- 
nel, — le mot primitif exprime une idée géné- 
rale qui se spécialise ultérieurement au sens de 
toit. Mais la véritable cause du phénomène est bien 
autrement intéressante et profonde; elle tient à la loi 
générale qui préside à l'histoire du langage et en 
vertu de laquelle les significations primordiales sont 
allées sans cesse du général au particulier, c'est-à- 
dire en se multipliant et se spécifiant grâce à la 
multiplication préalable des formes du langage issues 
de l'altération phonétique et de la dérivation. C'est 
ainsi qu'en latin l'idée de couverture en général, 
exprimée par les mots tectum, toga, tugurium, tegu*- 



— 64 ~ 

mentum, etc., s'est restreinte petit à petit après la créa- 
tion de ces mots au sens de toit, toge, tégument, etc. \ 

Voilà, à notre humble avis, ce qu'il importait de 
mettre en plein relief, surtout dans un livre consacré à 
la science des signiQcations. Cette science ne saurait 
en être que l'histoire fondée sur les principes qui 
viennent d'être rappelés. Il est vrai qu'au lieu d'un 
chapitre de dix pages à peine sur la question, elle eût 
demandé à elle seule la moitié du volume, et d'inci- 
dente qu'elle est dans ce volume, elle serait devenue 
le pivot sur lequel tout le reste aurait tourné. 

Il importait d'autant plus d'envisager les faits sous 
ce jour que la propriété des mots en général et celle 
du mot toit en particulier se rattachent au problème de 
l'imposition des noms et servent à le résoudre. Si les 
noms avaient été imposés aux choses d'une manière 
arbitraire, on ne verrait rien de pareil vraisemblable- 
ment aux restrictions significatives dont nous entre- 
tient M. Bréal: chaque objet aurait son nom particu- 
lier, et par là même adéquat et sans relation avec les 
dénominations des autres objets plus ou moins diffé- 
rents. Dès l'instant où il en est tout autrement et où 
les ;mots forment des familles dont les membres ont 
entre eux des liens visibles tant pour la forme que pour 
le sens, il y a tout lieu de croire à un développement 

1. Je me permets de renvoyer pour cette question si importante 
à ma note sur le déoeloppement phonétique et idéologique du 
langage (EboUs de linguistique éeolutionnistef p. 298). 



— 65 — 

coordonné et spontané de part et d'aulre, c'est-à-dire à 
une création naturelle des formes et à une attribution 
naturelle des sens qui sont en opposition formelle avec 
les idées de l'auteur sur l'intervention de l'esprit ou 
plutôt de la conscience sur le développement du langage. 
On voit le conflit des principes et la cause profonde du 
désaccord des méthodes entre celle que nous adopte- 
rions et celle de H. Bréal. 

Sous un autre égard, les rapports dont il vient d'être 
question qui régnent entre les mots d'une même 
langue et qui résultent d'un développement soli- 
des formes et des sens, constituent ce qu'on a 
appelé très justement Vorganisme du langage. A 
notre avis, M. Bréal a tort de contester l'exactitude du 
terme : si tout organisme est un ensemble de phé- 
Qomènes simultanés et successifs plus ou moins 
durables dont les mouvements et les changements 
sont le résultat d'une même impulsion centrale, le 
langage est éminemment susceptible d'être considéré 
comme un organisme, et le mot de vie appliqué à 
Timpulsion qui l'anime n'a rien de métaphorique. Le 
verbe humain ne serait inorganique et sans vie propre 
qu'à la condition de consister en faits indépendants 
et inertes. Est-ce le cas? La spécification inconsciente 
des sens généraux combinée avec la multiplication 
non moins inconsciente, chez le parleur des formes, 
par suite de Taltération phonétique et delà dérivation, 
sont les faits patents et constants qui répondent sans 



— 66 — 

ambages n la question. Que cette vie du langage 
humain soit le prolongement ou la manifestation par- 
tielle de la vie même de l'homme, nous ne le contes- 
terons pas; mais ce que nous maintiendrons, c'est 
que des faits du langage, tout en étant d'origine indivi- 
duelle, n'en sont pas moins instinctifs et irréfléchis 
à l'état initial comme les battements du cœur, le jeu 
de la respiration et tous les phénomènes de la vie 
physiologique; c§qui revient à dire que si la cons- 
cience s'en empare, ce n'est pas elle qui les produit 
et qu'ils résultent eux-mêmes de lois d'ordre surtout 
physiologique ; il en est ainsi des changements pho- 
nétiques à l'époqne où les sons sont encore fluides ; 
il en est ainsi des changements sémantiques quand, 
par exemple, la combinaison habituelle du mot toit 
avec le mot maison a restreint pour celui-là le sens 
général de œuvert ou couverture au sens spécial de 
couverture d'une maison ; ou par un phénomène 
inverse, quand la combinaison de l'adjectif perçant 
avec le mot esprit a développé chez l'adjectif le sens 
(moral) de subtil à côté du sens physique de perçant. 
Rien de prémédité ni de voulu dans l'un et l'autre 
cas; d'où l'hypothèse inévitable de causes fatales et 
par conséquent légales ou régulières qu'il importe de 
dégager et de connaître pour instituer d'une part la 
phonétique, de l'autre la sémantique. 

Loin de trouver la notion, le souci et la recherche 
de ces lois dans le livre de M. Bréal, nous y consta- 



— 67 — 

tons, au contraire, comme une tendance constante à 
ramener le général au particulier, à remplacer Tétude 
des séries par celle des faits isolés, à substituer le 
capricieux ou l'accidentel au régulier et au coordonné, 
à préférer en un mot les anecdotes aux explications 
d'ensemble et aux coups d'oeil généraux, le tout sous 
prétexte de sauvegarder l'autonomie de l'intelligence 
humaine et la propriété de ses œuvres. « £n ce long 
« travail (celui du développement grammatical) il n'y 
a arien, dit M. Bréal, qui ne vienne de la volonté. » 
Nous affirmerions volontiers tout le contraire : dans 
révolution linguistique rien ou presque rien n'est 
d'origine consciente et voulue ; et c'est parce qu'il en 
est ainsi que (sans^parler de la phonétique), la sé- 
mantique a des lois, qu'elle peut devenir l'objet dune 
science, et que le livre de M . Bréal, qui semble fait 
pour prouver le contraire, en appelle d'autres où ces 
bisseront exposées etdémontrées expérimentalement. 

Paul Regnaud. 



- 68 - 

Formation de la nation française, par Gabriel de 
MoRTiLLET, professeur à l'École d' Anthropologie 
(Bibliothèque scientifique internationale, t. LXXXVI). 
Paris, Félix Alcan, 1897, in-8^ VJ-.336 p., nombr. fig. 

Le vers si connu de Destouches, que tant de per- 
sonnes attribuent à Boileau, h*est point d'une applica- 
tion rigoureuse. En matière scientifique surtout, la 
critique est souvent plus difficile que l'art, et il est 
beaucoup moins pénible de faire un livre que de 
contrôler le travail d'autrui. Il y a d'ailleurs des 
sujets tellement spéciaux et des noms tellement auto- 
risés que, sans aller jusqu'à jurer absolument sur la 
parole d'un maître, on peut affirmer à priori que telle 
œuvre est aussi bien faite et aussi complètement 
traitée que possible. 

C'est précisément le cas du livre dont j'ai donné le 
titre ci-dessus. Seul peut-être en France, M. de Mor- 
tillet pouvait le faire ; seul il connaissait à fond tous 
les éléments ou du moins les éléments principaux de 
son sujet, et s'il y avait des défauts ou même des erreurs 
dans son ouvrage, elles ne pourraient porter que sur des 
points de détail qui disparaissent tout à fait dans l'en- 
semble. Au surplus, la qualité maîtresse de l'auteur, 
qui fait le plus grand mérite de son livre, c'est la 
méthode, cette méthode précise, rigoureusci sûre et 
si parfaitement logique. 



— 69 - 

M . de Mortillet examine d*âbord à quelles sources 
00 peut puiser pour résoudre le problème qu'il s'est 
posé : établir l'histoire préhistorique de la France. Il 
n'a pas de peine à montrer que ni la Bible, ce vieux 
fétiche, ni les légendes, ces gracieuses filles de l'ima- 
gination populaire travaillant sur des souvenirs confus, 
ne peuvent donner d'indications exactes; que les 
textes écrits doivent être consultés avec prudence ; 
que la linguistique et la science des religions don- 
nent quelques renseignements ; mais que c'est surtout 
l'anthropologie et la paléo-ethnologie qui permettent 
d'étudier la question aussi exactement que possible. 
Quelles sont donc les conclusions de cette étude 7 

La première apparition de Thommesurle territoire 
qui constitue aujourd'hui la France a eu lieu vrai- 
semblablement il y a quelque 230 à 240,000 ans. 
L'homme, dernier terme actuel de la série animale, 
issu par voie de progression des singes anthropoïdes, 
a dû se former dans les régions plus chaudes de 
FAsie méridionale, de l'Inde probablement. Les pre- 
miers <i Français » immigrants étaient des sauvages 
de petite taille, à la tête allongée, d'une intelligence 
rodimentaire, nus, laids et très vigoureux, uniquement 
armés de gros nœuds de pierre taillés à grands éclats : 
il faisait alors assez chaud dans nos régions , puis la 
température alla en se refroidissant, ce qui amena la 
grande époque glaciaire dont la durée ne peut être éva- 
laéeàmoinsde 150,000ans. Le besoin renditl'homme 



— 70 — 

industrieux ; il apprit à se vêtir, à se loger, à se 
chauffer, à perfectionner son outillage. La race se 
transforma : le cràne^ sans cesser d'être allongé, 
s'amincit et le cerveau put augmenter de volume ; 
Tart prit naissance et nos ancêtres de cette époque 
nous ont laissé quelques représentations d'eux- 
mêmes : leur beauté était toute relative. Doux et paci- 
Qques, pêcheurs et chasseurs, ils n'avaient aucun ani- 
mal domestique et ne cultivaient point la terré. Enfln, 
le climat s'adoucit, et il y eut de grands changements 
dans la vie et les habitudes. A ce moment, survinrent 
des envahisseurs brachycéphales, mentalement supé- 
rieurs aux premiers occupants de notre sot ; ils 
apportèrent un commencement de religion, le culte 
ou tout au moins le respect des morts, l'agriculture, 
la domestication des animaux, l'usage de l'arc et de 
la hache emmanchée, le polissage de la pierre : ils 
venaient sans doute de l'Asie antérieure, des régions 
dites plus tard éraniennes. D'autres immigrations 

suivirent : à l'époque de l'âge de bronze, arrivèrent 
encore de l'Asie, mais de contrées un peu plus 
septentrionales, des hommes qui faisaient de la métal- 
lurgie, qui brûlaient leurs morts au lieu de les enter- 
rer. Les nouveaux venus se mélangeant avec les 
vieux dolichocéphales ont peu à peu formé le fond de 
la population française actuelle. Nous arrivons ensuite 
à l'âge de fer et nous touchons à l'histoire. 
A-t-on quelques données sur le langage de ces 



— 71 — 

• * 

diverses races antiques? M. de Mortillet a eu grand 
soin de faire remarquer, après Hovelacque, qu'il n'y 
a aucune corrélation nécessaire, aucune solidarité, 
entre les langues, les races et les nationalités. Mais on 
peut, en s'aidant des résultats de l'observation linguis- 
tique, émettre quelques hypothèses admissibles. Les 
premières populations historiques de la France par- 
laient des dialectes celtiques, et le celte, plus proche 
parent du latin que du grec, paraît être la première 
langue aryenne qui soit venue en Europe. Mais, 
auparavant, que parlaient les Français de la préhis- 
toire ? A mon avis, chaque groupe régional devait 
avoir son idiome propre, d'origine spontanée, tout à 
fait différent des autres, essentiellement agglutinant, 
composant et polysynthétique, dont on peut retrouver 
quelques traces dans les mots français modernes, 
assez nombreux encore, d'origine inexpliquée. 

En fermant, sur ces réflexions, le livre admirable de 
M. de Mortillet, je ne puis m'empêcher de remarquer 
que l'auteur n'est ni membre de l'Institut, ni grand 
ofBcier ou commandeur de la Légion d'honneur, ni 

professeur au Collège de France, et pourtant combien 
peu, parmi ceux qui réunissent tous ces titres, lui 
sont supérieurs 1 En particulier, je ne cesserai jamais 
de m'étonner que le Collège de France, dont le rôle 
initiateur et rénovateur est la seule raison d'être, ait 
on enseignement aussi mal organisé. Beaucoup de 
chaires y sont inutiles, parce qu'elles font double 



— 78 — 

emploi avec celles de la Sorbonne ou d*ailleurs ; 
beaucoup sont à remanier, par exemple celles de 
philologie comparée et d'histoire des religions 
quisont à transformer en cours de linguistique géné- 
rale et de mythologie comparée; et il y aurait à créer, 

pour n'en citer que deux, des chaires d'anthropologie 
et de paléo-ethnologie. Quand verrofts-nous s'accom- 
plir ces réformes nécessaires ? Quand verrons-nous se 
produire l'œuvre de justice et de réparation ? Hélas I 
comme l'a dit le vieux poète, dans la page superbe 
que j'ai déjà citée ici, la vertu a disparu de la terre 
depuis les temps antérieurs à l'histoire, sous le 
règne hypothétique de Saturne : 

... Quum frigida parvas 
Prseberet spelunca domos, ignemque, laremque, 
Et pecus, et dominos communi clauderet umbra ; 
Sylvestrem montana torum cum sterneret uxor 
Frondibus et culmo, vicinarumque ferarum 
PeUibus, haud similis tibi, Cynthia, nec tibi,cujus 
Turbavit nitidos extinctas passer oceilos ; 
Sed potanda ferens infantibus ubera magnis. 
Et sa^pe horridior glandem ructante marito. 
Quippe aliter lune orbe novo, cœloquerecenti, 
Vivebant homines qui, rupto robore nati, 
Compositive luto, nuUos habuere parentes... 

Julien ViNSON. 



— 73 — 



Le Patois de Petit-Noir, canton de Chemin {Jura), 
par P. RicHBNET. — Dâle.L. Bernin ; Paris, Welter, 
4896, pet. in-8o. de (viij)-302 p. 

Je donnerais volontiers ce volume comme modèle à 
tous ceux qui voudraient étudier le langage spécial à 
certaines régions et surtout à certaines localités. Ces 
monographies sont d*une importance capitale pour 
rhlstoire complète du développement d'une langue» et 
il est extrêmement utile parfois qu'on ait pu recueillir 
un tout petit détail linguistique confiné à tel village ou 
à tel hameau. Mais pour augmenter la valeur de ces 
observations, encore est-il bon qu'elles soient faites 
par des personnes au courant des procédés et des 
méthodes de la science . 

Toutes ces conditions se trouvent réunies dans le 
présent volume. Après une dédicace à son père et à sa 
mère, émouvante dans sa simplicité, l'auteur rappelle 
avec la gratitude nécessaire les noms de ceux qui l'ont 
aidé à préciser les souvenirs de son enfance, des 
vieillards, car, là aussi la jeunesse, emportée par le 
mouvement moderne, méprise ou dédaigne la tra- 
dition et les usages des siècles précédents. Puis 
Tieunent de très intéressantes notices sur la pro- 
nonciation, l'orthographe phonétique adoptée, les 
principales modiQcations des mots, la formation du 
patois étudié, une rapide esquisse grammaticale, 



— 74 — 

un vocabulaire comparatif et enfin un certain 
nombre de spécimens comparés avec les autres 
patois congénères de la langue d'oiU du lorrain et 
du bourguignon. 

L'auteur et l'éditeur ont droit à toutes les félicita- 
tions. 

Julien ViNsoN 



L'Alphabet rationnel, étude sur Talpliabétisme et la 
graphie de la langue française, par Célestin Lagache, 
sénateur, ancien sténographe des Chambres. — Paris, 
Ch. Delagrave, 1897, (iv).x-128 p. in-8* et portrait 
de l'auteur. 

Cet ouvrage posthume, dû à la piété des amis et 
des enfants de M. Lagache, est fort intéressant, mais 
il témoigne d'une observation imparfaite et d'une 
inexpérience vraiment trop manifeste. Il s'y mêle 
aussi une préoccupation un peu puérile de la tran- 
scription exactement figurée de la parole, problème, 
hélas I à peu près aussi insoluble et aussi inutile 
que la quadrature du cercle. 

Faut-il entrer dans les détails? 

M. Lagache ne reconnaît a la langue française que 
seize voyelles : il fait figurer d^ns le tableau Vc rouet. 



— 75 — 

mais n'y trouve qu'on eu et n'y comprend ni Vé, ni l'i, 
ni Yû, ni Voû longs. Quant aux consonnes, il n'indique 
ni tch, ni dj ; distingue gu de g etqu de 9, etc. On 
remarque, çà et là, certaines assertions qui étonnent, 
la suivante, par exemple : « C'est précisément parce 
que Vh est une aspiration que pour nous l'A est une 
lettre et, en tant que lettre, une articulation ou une 
consonne. y> Ailleurs i de lien est identifié à // de 
famille ou à / de péril. Ailleurs encore la prononcia- 
tion / pour d est soigneusement notée dans grand 
homme et pied à terre, mais la raison de cette mutation 
n'est pas soupçonnée. J'en passe. 

Cet ouvrage est certainement et incontestablement 
un livre de bonne foi . 

J. V. 



À Grammar ofthe irish language, 6y P. W. Joyce, 
ll.d., t.c.d., m.r.i.a. — Dublin, M. H. Gill and 
Son,1897, pet. in-12, 136 p. 

Cette grammaire n'est ni meilleure ni pire que la 
plupart des livres de ce genre destinés à l'enseigne- 
ment dans les écoles. Elle n'a aucune prétention 
scientifiqoe, etil me]semble même que l'auteur s'en 
défend avec une insistance excessive, car je trouve 
tOQjoors absolument fausse cette opinion des péda- 



— 76 - 

gogues que l'étude des formes anciennes trouble et 
gêne rétudiant. Est-ce qu'au contraire la vraie 
méthode ne consisterait pas à rechercher les causes 
des différences qu'on observe entre les langues 
contemporaines et à montrer par l'histoire de le urs 
développements qu'elles proviennent d'un même pro- 
totype ou au contraire qu'elles n'ont aucune parenté 
originelle? Est-ce qu'une règle est autre chose qu'un 
effet, qu'un résultat, et ne la retient-on pas d'autant 
mieux qu'on en sait la cause et la raison d'être? Le 
livre de M. Joyce, la seule grammaire irlandaise à bon 
marché qui existe, est en tout cas fort recomman- 
dable. 

J. V. 



Bernard QuaritcKs Catalogue n« 775. MonumenU of 
Printing. —Londr^, 12 nov. 1897. xvj-30i p. in-8°. 

Ce n'est pas là un catalogue ordinaire de vente; 
c'est un véritable manuel bibliographique. On y 
trouve des descriptions très précises d'incunables 
extrêmement rares, sortis de 1455 à 1500 des presses 
allemandes, françaises, anglaises, espagnoles, ita- 
liennes et néerlandaises. Il y a aussi quelques xylo- 
graphes . 

Les deux joyaux de cette collection sont un exem- 



— 77 — 

plaire magniflque, sur vélin, du Psautier de 1459 
(29 août 1 459, Fust et Schœffer) dont on demande 
5,250 livres sterling (131,250 fr.) et une Bible de 
Gatenberg et Fust (la Bible Mazarine) estimée 5,000 

livres (125,000 fr.). 

Le volume commence par une notice très intéres- 
sante sur les origines de Timprimerie et des premiers 
imprimeurs connus ; il se termine par une table fort 
bien faite. 

J. V. 



VARIA 



I. — Appel aux Bibliographes 

Une édition de Virgile 

J'ai trouvé récemment chez un boaquiniste un exemplaire, 
malheureusement incomplet, d'une intéressante édition de Virgile 
qui est du XVII* siècle vraisemblablement. C'est un petit in-8*, 
signé aux cinq premiers feuillets de chaque feuille, de A à Q7 
(cette dernière est une demi-feuille de huit pages) . Les pages ont, 
titres courants et signature compris, 104 mm. sur 60. Le texte est 
imprimé en italique, mais il y a en marge des notes en romain 
(du corps 7). 

Le volume commence à la p. 1> signature Bz (il marque donc 
20 p. préliminaires n. ch. probablement), et est chiffré jusqu'à la 
p. 531, puis viennent 65 p. n. ch. On y trouve: 

p. 1-30, les Bucoliques;— p. 31-96, les Géorgiques;— p. 96-100, 
Argumenta in jEneid; — p. 101-394, l'Enéide; — 395-413, Ma- 
phœi Vegii laudensis liber; — 413, vers de C. Gallus, et de Sui- 
pice de Carthage de Vergilio, — 414, Incerti auctoris de 
Vergilio et Alcinous ; — 415-427, Culex; — 428-433, Dirœ; — 
433-452, ^ina; — 452-467, Ciris; - 468-471, Moretum;— 471- 
472, Copa; — 473-478, Elegia in Mecœnatis obitutn; — 478-499, 
Epigrammata; — 499-520, Priapeii lusus; — 521-528, Ca/aZec^a ; 
— 528-531, Dicersorum poëtarum in Vergilium Epitaphia; — 
521, ineclogam Solini; — (i)-(iv) prœfatiuncula in Gcorgica; — 
(vHxv) Annotatiuncula in Georgica ; — (xvi) page blanohe : — 



- 79 — 

(xvii) sign. Nn 4, à la fin : Reruni ac cerborum in hisce VcrgUii 
operibus obsertandorum index ; longues lignes de Aà V, complet. 
Je serais bien reconnaissant au lecteur qui pourrait me faire 
connaître le titre exact de cette édition et me dire ce que contien- 
nent les dix feuillets préliminaires qui manquent à cet exem- 
plaire. 

Julien ViNSON. 
Paris, 25 novembre 1897 

P. -S. — Je me suis laissé dire, il y a longtemps déjà, qu'un 
érndit des derniers siècles s'était évertué à terminer les vers ina- 
chevés de V Enéide ; ainsi le fameux Audenies fortuna jucat 
était par lui complété timidosquc repcUit, Quelqu'un pourrait-il 
me dire le nom de ce a poète ». la date et le lieu d'impression de 
son ouvrage f 

II. — Ijes livres minuscules 

Je reçois de MM. Salmin frères^ imprimeurs à Padoue, une série 
de documents fort intéressants. Ils comprennent d'abord une ré- 
eUmation, à propos de trois articles de M. Gaston Tissandier, 
dans la Nature SUT les impressions microscopiques ; MM. Salmin 
font observer que le Daniino de 1878 (de 500 pages à 31 lignes, 
% mm. sur 22, et comprenant toute la Dicine Comédie) est le livre 
imprimé dans les caractères les plus petits qui aient été employés 
jiuqa*à présent et qui ont un œil de deux points sur un corps de 
trois. MM. Salmin ajoutent que le libraire Ulrich Hœplide Milan 
avait acheté une centaine d'exemplaires de ce petit chef-d'œuvre 
et avait substitué un fronstipice portant son nom au titre original 
de Toavrage : je possède un exemplaire dans ces conditions. 

Mais MM. Salmin frères ont voulu montrer qu'ils pouvaient 
^remieux encore. Ils annoncent la publication d'un « volumetto» 
de 10 mm. sur 6, contenant dix lignes par page, y compris le 
chiffre de pagination, imprimé avec les mêmes caractères que le 



- 80 — 

Dante et formant 208 p. Le texte est une lettre encore inédite et 
écrite en 1628 par Galilée à Christine de Lorraine. Ce petit bi- 
jou typographique, grand, ditun journal italien, comme Tongledn 
pouoe d'une dame, se vend 4 fr. ; il en a été tiré cent exemplaires 
numérotés sur papier spécial « oeruleoo à dix francs Tun. Ce sera 
vraiment le plus petit livre du monde. 



J.V. 



Le Propriétaire-Gérant^ 

J. Maisonneuve. 



CHALON-SUR-SAÔNE, IMPRIMERIE DE L. MARCEAU 



REVUE 



DE 



LINGUISTIQ,UE 



ET DE 



PHILOLOGIE COMPARÉE 



RECUEIL TRIMESTRIEL 



PUBLIA PAR 



JULIEN VINSON 

PROFESSEUR A L'éCOLE NATIONALE DBS LANGUES ORIENTALES VIVANTES 
Avec U colUboratioQ de divers savants français et étrangers 



TOME TRENTE-ET-UNIÈME 

15 AVRIL 1898 



PARIS 

J. MAISONNEUVE, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

6, RUE DE MÉZIÈRES ET RUE MADAME, 20 

1898 



SOMMAIRE DU No 2 



Pag.-» 

V. Henry. — Antithèse védique 81 

R. DE LA Grasserib. — Le verbe concret (sai7e) 108 

E.-S. DoDGSoN. — Analytical synopsis of the basque 

verb in S. Mark translated by Liçarrague 126 

P. Regnaud. — Notes sur l'exégèse védique 157 

Varia. — I. Les squelettes de Voltaire et de Rousseau 187 

— IL Une étude des voyelles 188 

— IIL Le moi franc-maçon 190 

— IV. Coquilles typographiques 191 

— V. Folk-lore. Mariage 191 



BIBLIOGRAPHIE 



André Lefèvre. — LHisioire 16() 

A. Orain. — Le folk-lore de V Ille-et-Vilaine 165 

Ch. Letourneau. — L* évolution du commerce 167 

P. Regnaud. — Comment naissent les mythes 168 

P . Loti . — Ramuntcho 169 

H. Pernot. — Grammaire grecque moderne 179 

P. H ALLER. — Altspanische Sprichwôrter 181 

Mémoires de la Société finno-ougrienne. XI I8tj 

Kuhn's Zeitschrift, t. XXXV, 3« fasc 186 



L'ANTITHÈSE VÉDIQUE 

et les ressources qu'elle oftre à l'exégôte moderne 
pour rinterprétation du Véda. 



(La présente étade avait été préparée en vue du Congrès des 
Orientalistes de Paris. Mais, la section indienne de ce Congrès 
ayant reçu plus de communications qu'elle n*en a pu accueillir, 

— en fait elle n*est point parvenue à épuiser son ordre du jour, 

— i'ai cm qu'il était préférable de laisser la parole à nos con- 
frères venus de l'étranger, et je me suis réduit au rôle plus aisé 
de simple auditeur. Je publie aujourd'hui, en dehors des travaux 
du Congrès, les pages que je lui avais destinées.) 

V. Hugo avait-il feuilleté le Rig-Véda? En tout élatde 
cause, il n'aurait pu le connaître que fort tard, sous une 
forme peu fidèle et médiocrement engageante. Ce n'est 
donc pas à lui qu'il est redevable de l'antithèse caractéris- 
tique qui est, pour ainsi dire, sa marque d'ouvrier, d'autant 
plus précise et serrée, dans sa structure en quelque sorte 
mathématique, qu'on remonte davantage la série de ses 
écrits poétiques ; — antithèse dont la formule la plus com- 
plète tient en deux vers : 

L'homme aujourd'hui sème la cause ; 
Demain Dieu fait mûrir l'effet. 

Il en avait trouvé le type, sans doute, dans la littérature 
classique : Horace, dans ses poésies lyriques, aime et cons- 
truit à merveille ces oppositions multiples de mots et d'idées 
qu'an heureux chiasme sait mettre en valeur : 

Abstulit clarum cita mors Achillem> 
Longa Tithonum minuit senectus.... 

6 



— 82 — 

Mais, classique ou non, propagée d'âge en âge par l'imi- 
tation consciente, ou moule naturel de la pensée indo- 
européenne renouvelé de temps en temps par un atavisme 
psychique qui n'est autre que le génie, il est certain que 
cette figure fait le fond même de la poésie védique, que plus 
on y regarde de près, plus on l'y voit transparaître à travers 
les obscurités de la langue, du lexique et de la phraséologie, 
et que, dans l'incertitude où nous laissent le plus souvent les 
autres critères d'interprétation^ celui-ci est un des plus sûrs 
pour nous permettre de dégager, avec une approximation 
infinitésimale^ le sens précis qu'un poète a attaché à la 
stance qu'il composait. Car, si nous parvenons à y saisir 
une antithèse, il nous suflSra d'en avoir à peu près compris 
le premier terme pour que l'autre s'ensuive tout naturelle- 
ment ; et, à son tour, la connaissance du second nous affer- 
mira dans l'intelligenee que nous avions anticipée du premier. 

J'ai déjà donné de cette application du principe de l'anti- 
thèse védique plusieurs exemples isolés, dont Tun au moins 
a eu la bonne fortune de rencontrer l'entière adhésion d'un 
juge en qui ma conBance paraîtra hautement légitime. Au 
reçu de mon explication du bizarre et incompréhensible 
8aptâçîr^anctm\ M. Bloomfield a bien voulu m'écrire que le 
le sens en ressortait désormais de façon « absolutely con- 
clusive t. Ce succès m'a encouragé à publier aujourd'hui 
quelques autres résultats partiels, pour la plupart moins 
importants, mais surtout à réunir sous une seule rubrique 
et en un seul corps de doctrine, afin de mieux laisser juger 
de la méthode par la comparaison^ quelques-unes des prin- 
cipales difficultés d'interprétation qui m'ont semblé solubles 
par le procédé de « l'antithèse védique ». 

1. (R. V. III. 5. 5.) Vedlca, 4 = Mém, Soc. Ling., IX, p. 108; et, 
pour d'autres exemples de cette figure védique, cf. Vcdica, 11, 12, 
14. 2, 16 = Mém. Soe. Llng,, X, p. 86, 89, 95, 103, etc. 



~ 83 



1 

Je commencerai par. un cas très simple, où déjà le prin- 
cipe de Tanti thèse avait bien guidé Grassmann, tandis que 
M. Ludwig, faute de l'avoir suivi, n'a abouti qu'à un résultat 
manifestement insuflSsant. 

R. V. IV. 37. 3 c d, on lit ijuKvé manu^oàd ûparOsu vik^u 
yu$mé sàcâ brhâddioe^u sàmam. Le nœud de la phrase^ 
c'est, à n*en pas douter, l'acception réelle de la vague 
épithète ûpardsu^ qui impose l'option entre divers sens, et 
notamment celui de « inférieurs » et celui de « récents ». 
C'est en faveur de ce dernier que s'est décidé M. Ludwig, 
(qo 169, p. 179 dut. I) : « so opfere ich als mensch bei den 
jûngeren siàmmen ». Mais en vérité quelle nécessité y a-t-il 
pour le chantre de constater solennellement, qu'il fait liba- 
tion de sôma a parmi ses contemporains » ? et chez qui et 
avec qui la pourrait-il bien faire ? L'épithète ainsi entendue 
a du moins toutes les apparences d'une naïveté gratuite. 

Ce sens ainsi rendu suspect, n'existe-t-il aucun moyen de 
fixer avec une certitude relative l'acception danâ laquelle 
le poète a dû ici employer le mot ûparàau, qui est un locatif 
plariel ? Demandons-le au locatif pluriel corrélatif et anti- 
thétique de la proposition suivante : le composé àrkàd-dica 
ne peut signifier que « habitant les hauteurs sublimes du 
ciel ». Instantanément nous voici amenés à soupçonner que 
ûpara doit ici se traduire par « inférieur », ou, en d'autres 
termes, que nous avons affaire aux clças terrestres en tant 
qa*opposées à celles du ciel^ 

1. C'est ce qu'avait déjà fort bieu vu Bergaigne : ReL Véd,^ I, 
p. 210 ; mais il croit, à tort selon moi, que les brhdddicaa sont ici 
te lachficatears, i6., p. 319. 



— 84 -, 

Grassmann, toutefois, s*est trompé en traduisant le verbe 
juhoé par « ich kûnde », comme s'il se rattachait à la racine 
hoà, faute grave qu*il a postérieurement aperçue et corrigée 
dans son lexique. En réalité le paradoxe antithétique est 
encore beaucoup plus fort qu'il ne l'avait pressenti : le poète 
ne se borne pas à « annoncer » parmi les hommes le sôma 
destiné aux habitants du firmament, sens de datif commodi 
qui ne se concilie que bien diflScilement avec la tournure 
essentiellement locative yu^mé mcà^ etc. ; bien plus, le poète 
ter se le sôma parmi les hommes, et ce sôma versé sur terre 
se trouve par le fait, et nonobstant, et en môme temps, être 
versé au ciel, afin que les êtres célestes en puissent jouir. — 

Je traduis donc: 

« A l'exemple de Manus (qui fut le premier habitant de la 
terre] je répands le sôma parmi les tribus de la terre, [et en 
le répandant ainsi je le répands par là-même] parmi vous 
les habitants du plus haut des cieux. » 

Ainsi seulement nous découvrons dans les intentions de 
notre poète une pensée, je ne dis pas juste ni exquise, mais 
enfin une pensée qui dans sa phraséologie vaille en effet la 
peine d'être exprimée. 

II 

Personne ne méconnaît l'antithèse védique dans les cas 
o\x elle saute aux yeux, comme R. V. V. 83. 2 c d : « et l'in- 
nocent [même] tremble devant le fougueux [Parjanya], 
quand Parjanya le tonitruant frappe les coupables ». On 
vient de voir que, dès qu'elle se voile un tant soit peu, un 
critique même pénétrant et rompu aux subtilités du style 
védique est sujet à passer devant elle sans la voir. Que sera- 
ce, si elle se dissimule sous quelqu'une de ces formules 
d'invocation banale, comme il y en a tant dans le Véda^ qui 



— 85 — 

semblent tout à la fois ne signifier rien ou signifier tout ce 
que Ton voudra ? Raison de plus pour essayer d*en préciser 
le vrai sens au moyen de cet adjuvant intrinsèque. 

R. V. Vil. 15. 8. : kaàpa usrâç ca dîdihi svagnàyas 
toàyd oayâm | suoiras toâm asmayûh* 

Grassmann (1, p. 313): « Des Nachts und Morgens leuchte 
duy durch dich sind reich an Feuern wir, Du mânnerreicher 
unser Freund. » — A-t-il compris ? En tout cas il s'est bien 
donné garde de le laisser voir. 

M. Ludwig (I, p. 420, n^ 397) : « nâchte und morgen 
strale hindurch, durch dich sind wir gut mit feuer ver- 
sehen ; | du hast gute belden, bist der unsrige ». — C'est la 
platitude même ; or je ne dis pas que le poète védique ne 
puisse souvent être plat, mais j'estime qu'il ne l'est pas 
ici. 

Est-ce que la corrélation évidente de svagnàyas et suoiras 
ne devait pas éclairer tout interprète sur la corrélation symé- 
trique toàya et asmayûhi et montrer que ces quatre termes 
s'opposent mathématiquement deux à deux, encore que les 
deux derniers ne rentrent pas dans le même type de caté- 
gorie grammaticale ? Car il importe peu que l'un soit un 
pronom à Tinstrumental, l'autre un adjectif au nominatif, 
du moment que celui-ci peut signifier (( étant en notre com- 
pagnie » aussi légitimement que le premier signifie « avec 
toi B. Je traduis donc sans hésiter: « [0 Agni,] de par toi 
nous avons un bon Agni, et toi en notre compagnie tu as de 
bons héros ». C'est-à-dire : « Tu es un bon Dieu, et nous 
sommes de braves gens » ; et, par conséquent, « brille jour 
et nuit » ; car nous ne te laisserons jamais manquer de rien, 
nous ne t'exposerons jamais à t'éteindre ; à charge de re- 
vanche ; brûle perpétuellement pour notre service ; et enfin 
toutes les idées de réciprocité entre hommes et Dieux fami- 
lières à quiconque a feuilleté le Véda. 



- 86 - 

Ainsi, au lieu d*un verbiage puéril» on obtient une suite 
logique, un enchaînement satisfaisant de pensée. 

III 

Les morceaux de brillante facture, tels que l'hymne du 
joueur (X. 34), sont tout particulièrement sujets à revêtir cet 
ornement très recherché de Tantithèse. Car, pour le dire en 
passant, il ne me parait pas un instant douteux qu'il n'y ait, 
dans le Rig-Véda tout au moins, un certain nombre de mor- 
ceaux de facture et de pur dilettantisme. Telle ne parait pas 
être tout à fait la pensée de M. BloomBeld : dans la magis- 
trale étude qu'il a récemment consacrée à l'hymne des gre- 
nouilles (VII. 103) et où il a définitivement élucidé la 
nature intime de cette pièce en apparence unique, — en réa- 
lité simple incantation pour amener la pluie \ — il est allé 
jusqu'à dire qu'à son avis il n'y avait pas dans tout le Véda 
un seul passage qui n'eût répondu à quelque objet rituel. 
Et j'y souscris, à la seule condition de faire mes réserves 
expresses sur la manière dont il l'entend. Qu'on vienne, par 
exemple, à démontrer un jour que l'hymne du joueur était 
un charme pour gagner au jeu : je ne m'en étonnerai pas 
autrement, et je m'applaudirai^ tout au contraire, de cette 
heureuse circonstance qui nous a valu la conservation for- 
tuite, dans un recueil sacré, d'un morceau aussi criant de 
réalisme et de vie. Mais, de croire qu'il ait été composé 
tout exprès en vue d'un pareil usage, non, en vérité, je m'en 
sens incapable ; car il porte bien trop la marque d'une com- 
position indépendante de toute utilité extérieure, désinté- 
ressée, originale enfin, où la fantaisie d'un vrai poète s'est 
donné libre carrière Ou bien croirai-je que le Sir ha- 

1. Proeeedinga o/ the American Oriental Society, xvii, p. clxxiij- 
clxzix. 



— 87 -~ 

sirim symbolise en effet l'uDion de lahvéh avec rame fidèle ? 
Mais je pense qu'il est inutile d'insister : tout le monde 
admet qu'une compilation de livres religieux est sujette de 
sa nature aux plus étranges compromissions, dont il faut 
se louer puisque la littérature et l'érudition en tirent profit 
sans que jamais la vraie foi s'en scandalise. 

Voilà un assez long préambule, — développement d'une 
idée générale qui me tient fort à cœur, — pour n'ajouter que 
bien peu de chose à l'interprétation proprement dite de la 
pièce visée; car M. Ludwig (n* 1027, II, p. 678, et V, 
p. 560) a parfaitement vu les jeux d'antithèse où s'est 
complu l'auteur de cet étrange et pittoresque morceau. Seu- 
lement, je ne suis pas bien sûr qu'il les ait vus tous, ou en 
tout cas qu'il les ait fait tous ressortir avec une égale netteté. 
Quand, par exemple, il traduit 10 d, anyés^am àsiam ûpa 
nàkiam eti, « geht er fur die nacht in andere hâuser », je 
crois qu'il est absolument dans le vrai, c*est-à-dire que le 
poète n'a pas eu l'intention de représenter le joueur s'intro- 
duisant dans les maisons la nuit pour y voler ; car enfin on 
a beau être malheureux au jeu, ce n'est pas à dire qu'on 
ait pour cela la vocation et l'adresse du cambriolage. Mais 
qui m'assure que Tauteur n'a pas commis cette faute de 
mesure et de goût ? L'expression même dont il s'est servi, 
malgré son laconisme, parce qu*elle contient une antithèse 
implicite qu'il sufHt de développer pour deviner sa pensée : 
àstam i signifie, pour les astres et les hommes, « aller se 
coucher )) ; et donc anyè^ûm âstam i, construction hardie 
de brièveté, mais dès lors très claire, doit signifier tout sim- 
plement (I découcher », et la stance ne fait plus qu'un tout 
[ienerae conjugis immemor a). 

Plus haut (2 c d), la demi-stance aktfàsydfiàm ekapa- 
ràsya hetor ànucratâm àpa jàyàm arodham appelle une 
observation de même ordre. Qu'est-ce que ekaparà? et que 



— 88 — 

vient ici faire cette épithète? 11 y a dix façons de la traduire, 
qui toutes, plus ou moins, s'accommodent de la nature du 
dé à jouer : « qui est autre qu'un », car ils sont plusieurs ; 
(( qui consiste essentiellement en un », car Kali est le roi 
des dés ; « der mir ûber ailes ging » (Ludwig); a qui 
triomphe par un » (P. W., Grassmann), car dans la majo- 
rité des coups tout au moins c'est un point de plus qui dé- 
cide de la victoire; « dont la pensée est entièrement absorbée 
en un seul [point] », par cette dernière raison même. Et il 
se peut bien que tous ces concepts à la fois se soient joués 
par voie de demi-calembour dans l'esprit du compositeur. 
Mais il en est un qui domine tous les autres, en tant qu'exigé 
et mis en relief par Tantithèse : Tépouse du joueur est ânu- 
Dratd, a dévouée, fidèle », ce qui revient à dire qu'elle aussi, 
à sa façon, mérite le titre d'ekaparà « qui ne songe qu'à un 
[son mari] seul » ; et ainsi les deux personnages entre les- 
quels le joueur fait un choix arbitraire reçoivent virtuelle- 
ment la même épithète, qui fait davantage ressortir leur 
opposition. 

La cascade d'antithèses de la stance 9 a été comprise sans 
difficulté : les dés roulent en bas, mais frappent en haut {sl, 
puisqu'ils font perdre le joueur qui les a lancés ; ils n'ont 
pas de mains, et triomphent du joueur, qui en a (b) ; ils sont 
froids, et ils brûlent le cœur (d) des joueurs palpitants. 
Mais que devient la symétrie de ce fragment, si l'on ne 
constate en c aucune antithèse pareille à celle des trois autres 
vers, ne fût-ce qu'à la faveur d'un jeu de mots ? Elle y est, 
et le jeu de mots aussi : irina a rainure » désigne tout en- 
semble un fossé, une rigole et la table où viennent tomber 
les dés ; ceux-ci sont des braises ardentes, ils tombent dans 
la « rigolo » où ils devraient s'éteindre, et ils n'en conti- 
nuent pas moins à ardre puisqu'ils (( brûlent le cœur » des 
joueurs. 



— 89 — 

Et enfiD, si le contexte nous oblige à chercher un artifice 
dans le second emploi du mot irina^ ce ne sera point raffi- 
nement condamnable, mais au contraire postulat logique, 
que d'en découvrir un aussi dans le premier, et de traduire 
1 b « nés en plein vent et se vautrant {oàrvriànàs intensif) 
dans la rigole », comme des fruits mûrs tombés de Tarbre 
que sont en effet les dés. 

IV 

L'application de notre principe pourra parfois nous aider à 
résoudre une petite difficulté grammaticale, dont la solution, 
à son tour, retentira sur Tinterprétation du texte. Soit la 
question de savoir jusqu'à quel point le thème 6^(ira- con- 
jugué à un mode personnel de la voix moyenne, peut 
prendre Tacception de voix passive : je n'en vois dans 
Grassmann que deux exemples (R. V. V. 73. 8, VIT. 24. 2), 
et ce chiffre infime, comparé à la masse énorme de ses em- 
plois au moyen avec sens actif, suffirait dès Tabord à nous 
mettre en garde. Or il se réduit encore, si Ton observe que, 
dans le premier passage, il n'y a absolument aucune raison 
de prendre pakvàfi pfk^o pour un nominatif plutôt que pour 
un accusatif : « O Âçvins, quand vous franchissez les 
océans, ils (les hommes, les sacrificateurs, les Dieux, peu 
importe) vous ont apporté les aliments cuits. » 11 n'y a rien 
à objecter là-contre, si ce n'est qu'on n'y retrouve pas la 
nuance de retour de Taotion sur le sujet qui d'ordinaire, — 
mais non pas nécessairement, — accompagne le sens actif 
du verbe moyen. Et encore: quand les Açvins franchissent 
les océans, ce n'est pas pour leur plaisir, mais pour le bien 
de leurs adorateurs ou des Dieux; et ainsi, quand ceux-ci 
les nourrissent, c'est en définitive à leur propre profit. 

Reste à un seul cas. Mais celui-là semble difficile à 



— 90 — 

écarter, et M. Delbrûek le déclare irréductible \ Exami- 
nons-le de plus près : visr^tadhena bharaie auvrktia. La 
traduction qui vient la première à l'esprit est (( l'offrande 
parsemée de vaches (c'est-à-dire arrosée de lait) est ap- 
portée », et Sàyana n'y manque point, qui glose suorktis par 
8iuti8 et bhavaie par sambhriyaie- Mais la suvrkii n'est ni 
l'offrande ni la louange : c'est, étymologiquement et dans 
l'usage, ainsi que l'a bien démontré Bergaigne, (( la bonne 
orientation » [de la jonchée], ou, par extension, « la jonchée 
sacrificatoire elle-même, en tant que bien disposée, rituelle- 
ment orientée », etc. Or, si Ton peut apporter une offrande 
ou une louange, on ne peut pas apporter une orientation; 
et, si l'on apporte les herbes destinées à la jonchée, on ne 
peut plus apporter la jonchée une fois qu'elle est disposée et 
orientée : le sens passif du verbe nous devient donc de plus 
en plus suspect. Que si nous nous tournons vers oiar^to.- 
dhenày nous sommes amenés à penser que cette épithète 
n'est peut-être pas de pur ornement et qu'elle a été mise là 
pour suggérer à Tesprit d'un Hindou une association anti* 
thétique d'idées familières : ne contiendrait-elle pas, par 
hasard, à l'état prégnant le complément de notre verbe 
moyen actif? ne serait-il point permis d'entendre, — à 
l'exemple de II. 24. 9 c yàd vàjani bharaie « lorsqu'il se 
procure le butin », et de maint autre passage, — visr^ta- 
dhenà [dhénas] bharaie suvrkiis, (( la jonchée, quand on 
l'arrose de vaches, rapparie des vaches » [à celui qui l'ap- 
prête et l'arrose] ce qui justifie du coup l'emploi du moyen 
au sens actif? En d'autres termes, plus on y jette de vaches 
(on y verse de lait), plus elle en fournit au sacrifiant : para- 
doxe anthétique où nul de ceux qui ont fréquenté le Véda ne 
méconnaîtra ses habitudes. 

Le contexte, malheureusement, n'appuie pas l'une de ces 

1. Altindieche SyntaXy p. 264. 



— 91 — 

interprétations plus que l'autre ; et même, à raison du pa- 
rallélisme des idées, « le sôma est pressuré, les liqueurs 
sont versées », il favoriserait peut-être plutôt celle par le 
sens passif « l'offrande est présentée », si grammaticalement 
elleetaitprobable.il faut pourtant remarquer que le corré* 
latif en a est grhhïtàrti te màna indra, « ton cœur est 
captivé, ô Indra », et que c'est la formule habituelle — ou 
toute autre analogue — dont se sert un conjurateur pour 
annoncer qu'il a maîtrisé le Dieu et va le forcer à répandre 
ses dons. Il n'y aurait donc rien que de logique à ce que la 
suite de la stance mentionnât, sous une forme discrète et par 
un artifice de style aimé des poètes, les plus importants des 
présents attendus d'Indra. 



V 



Voici maintenant un cas où, en précisant de môme le sens 
d'une forme et, par suite, d'un vers, notre critérium nous 
permettra d'expulser sans merci du lexique une forme déjà 
réputée douteuse. On sait que le soi-disant substantif fé- 
minin iâna « descendance » n'a que de bien faibles ga- 
rants: Grassmann ne l'admet que dans deux passages; Roth, 
dans un seul et, dubitativement, dans trois ou quatre autres; 
on ne l'a pas encore trouvé en dehors du R. V. Or, III. 25. 
1 b, il est aisé de voir que le génitif prthivyaJi dépend, non 
de tànSy mais de sanûr, au même titre que dioàli, et que 
l'instrumental iàna n'est qu'une locution adverbiale signi- 
fiant d en succession, en ligne directe » ; et ainsi l'a vu 
M. Ludwig (n*» 324), qui toutefois le traduit par « aussi ». 
J'aime mieux le sens étymologique d'un instrumental de 
iàn, et je remarque simplement que, si ce mot ne signifiait 
que « aussi », il serait surprenant qu'on le rencontrât cons- 
tamment dans des passages où il s'agit d'origine et de des- 



— 92 — 

cendance; cf. III. 27. 9. Ici M. Ludwig traduit dhiya 
cakre vàrenyo par « durch weisheit ward der treffliche ge- 
schaffen », et bhutàhàrti gàrbham à dadhe par « der wesen 
keim hab ich gewonoen ». Cela est grammaticalement 
irréprochable ; mais ne semble-t-il pas que, si cakre est une 
3^ personne, — et il Test indubitablement, car i*épithète 
vàrenyo ne peut s'appliquer qu'à Agni, et non au chantre (cf. 
10 a), — son corrélatif immédiat dadhe ne puisse être pris 
à la V^ ? Il est vrai que le même mot un peu plus bas est 
sûrement une V^ personne ; mais c'est dans la stance sui- 
vante, et, d'une stance à l'autre, le sens d'un même mot 
change d^autant plus aisément que ce peut être pur hasard 
si elles se suivent dans la compilation actuelle. C'est sou- 
vent un diascé vaste qui les a cousues arbitrairement en- 
semble parce qu'elles contenaient le même mot ; ou, en pre- 
nant les choses au mieux, le poète, après avoir versifié une 
stance oii il attribuait à Agni Taction exprimée par dadhe, 
a trouvé piquant d'en versifier une autre où il se l'attribue à 
lui-même. 

Je traduirais donc : « Agni est devenu précieux de par La 
pensée pieuse^ et il a déposé [dans les êtres] le germe des 
êtres, [qui est] en ligne directe le père de Vadrease pieuse » 
(dàk^asya pitârani tànà). J'ai souligné le rapport antiilté- 
tique entre dhi et dàk^a^ qui est le nœud de ce petit bouquet 
de fleurs védiques : les hommes pieux ont engendré Agni 
par la simple pensée, sans rites déterminés, et lui, à son 
tour, il leur a enseigné les meilleurs rites pour servir pieuse- 
ment les Dieux. Toujours l'idée de la réciprocité de bons 
offices entre la terre et le ciel ; toujours le balancement anti- 
thétique qui est comme la marque d'outil du chantre des 
divinités védiques. 

On dirait même, moyennant qu'on sous-entendepi^^iram 
en 10, que la stance suivante ne fait que répéter la même 



— 93 — 

idée sous une forme moins heureuse ; et alors dadhe peut 
rester, comme plus haut, à la 3^^ personne : « C'est Toblation, 
6 Agnijils de la force, qui t'a déposé, sacrificateur précieux 
et étincelant, en tant que père de Tadresse pieuse ^ » 

VI 

Comme d'une forme rare, ainsi d'un mot rare: notre 
principe nous mettra sur la voie du sens à choisir ; sans lui, 
l*option serait impossible. Le composé manyumi peut signi- 
fier « qui détruit la colère », ou « qui détruit avec colère, 
dans sa colère >, — acceptions usuellement adoptées, mais 
beertaines, en tout cas imprécises et, on en conviendra, 
assez banales, — ou bien « qui mugit en colère », mieux 
encore « qui mugit la colère », épithète expressive et forte, 
particulièrement appropriée si elle s'applique au Dieu-tau- 
reau Indra. 

Essayons successivement ces deux sens sur R. V. VII. 18. 
16 c d. Avec le premier, nous obtenons : « Il détruit la colère 
de celui qui détruit dans sa colère », — ici déjà la corréla- 
tion devient boiteuse* — « lui qui règne sur le chemin, il 
8*est emparé des chemins. » Ici elle fait entièrement défaut ; 
car, si en d le pàtyamàna est sûrement Indra, le balance- 
ment dQ la phrase semble exiger que le manyumi de c soit le 
même personnage. Comprenons donc — à quoi se plie sans 
difSculté le verbe mimaya — : (( Indra a mugi la colère de 

1. La traduction de M. Oldenberg {Sacred Books of ihe East, 
XLVI, p. 291 et 296) prête aux mêmes observations que ci-dessus : 
eo particulier, de ce que « le germe des êtres » est Agni, il ne s'en- 
sait pas que d dadhe soit 1'* personne (p. 298) ; car il se conçoit fort 
bien qu*AgQi se dépose soi-même en tant que germe des êtres, et 
c'est ce qu'exprime congrûment la voix moyenne du verbe. 

t. J'avoue ne pas comprendre autre chose que le mot à mot de la 
Teision de M. Ludwig (II, p. 655) : «Indra veruichtete den grimm 
^s vereiUers der kampfwut. » Qui est ce oereitler opposé k Indra t 



— U4 ~ 

qui mugit la colère, il a occupé les chemins, lui qui règne 
sur le chemin » ; ce qui revient à dire : « Le mugissant a 
mugi, le roi du chemin tient les chemins ». Il n'y a rien de 
plus cohérent ; et, comme les deux autres emplois de ma- 
nyumi (I. 100. 6, II. 23. 4) se rapportent sans conteste res- 
pectivement à Indra et à Bi'haspati et se prêtent sans difiS- 
culté au même sens\ il y a donc lieu, dans notre passage, 
d'appliquer aussi à Indra, et non à son adversaire, cette 
épithète évidemment louangeuse, dont la traduction me 
parait dès lors assurée. 

VII 

Les deux suggestions qu'on va lire étaient inscrites dans 
mes notes personnelles sur le Véda, bien avant la publica- 
tion de la récente traduction de M. H. Oldenberg, qui par 
le fait les a rendues inutiles. Si je les maintiens ici, c'est 
pour faire voir qu'on peut arriver au même résultat par des 
chemins très différents, et que le principe d'interprétation 
par l'antithèse est un bon guide, puisqu'à sa suite on marche 
à d'aussi heureuses rencontres. 

R. V. IV. 7. 11 a : tp^û yàd ànnà ir^drjLà vacâk^a. Grass- 
mann : « VoU Gier nach Speisen wachsend durch den 
gier'gen » ; à peine grammatical, et point du tout intelli- 
gible. M. Ludwig: « wenn trocken die speise, ist er rasch 
gewachsen»; inâ a deux sens différents, et vacâk^a est 
traduit comme s'il n'était pas accentué. La structure de la 
phrase appelle la correction tr^ur et l'interprétation d'ànnd 
par l'instrumental : « Lorsque l'altéré a grandi grâce à la 
nourriture altérée », c'est-à-dire « quand le dévorant Agni 

1. Dans cette derniôre stance, il est parfaitement superfin de 
faire dépendre brahmadcifjtas (génitif) de manyumf, puisqu'il se 
réclame déjà de tàpano. Que si Von y tient, j'admettrai que le poète 
a fait un calembour sur manyumt, mais ici seulement. 



— 95 — 

s'est fortifié aux dépens du combustible sec^ ». Pour 
M.Oldenberg (op. cit., p. 345), ànna est également un ins- 
inimental, mais tp^â peut demeurer : « When he thirstily 
bas grown strong by thirsty food ». Je n'y contredis pas : 
tout ce que je voulais établir, c*est que la raison qui m'a 
amené à construire comme lui ànna avec ir^ûnà et à bien 
comprendre la fonction de ce mot dans la phrase, c'est la 
mise en contraste visible des deux ir^à- qui se répondent. 

R. V. IV. 3. 9 c d : /rrç^ia êati ruçatà dhdsinai^à m- 
maryena pàyasd pîpàya. UépiihëiQ jàmaryetf>a ne veut rien 
dire, et les deux autres antithèses, âmà et pakvâm, kr^nà et 
ruçatà, qui développent le mystère (ptâ) de la vache, ne 
peuvent que difficilement, dans cette clausule de stance, 
rester sans corrélation : en d'autres termes, on attend ici 
deux mots aussi au lieu d'un, quelque chose comme /a(j?) 
àmartyenay dont la contraction, remarquons-le bien, ne 
donnera en effet qu'un acceot* Soit donc : « Noire, [elle 
regorge] de nourriture étincelante ; créature, elle regorge 
d'un lait immortel*. » Voici maintenant ce que je trouve 
dans le commentaire de M. Oldenberg (op, cit. y p. 329) : 
« The meaning of jàmarya (à'uaj XeyV^^o^) is unknown. 
Sâyana reads jà amaryend- — I should prefer jâ amar- 
iyena. M. M. )) L'accord est complet, d'autant qu'il ne s'est 
point effectué, de ma part au moins, par-devant Sâyana, 
Qui en lisantyâ l'explique par un pluriel accusatif. 

Tout n'est pas dit, malheureusement, avec cette conjec- 
ture, où je me rencontre avec une si imposante autorité. 
Il faut bien convenir que la critique de texte védique n'exis- 
tera jamais, si elle ne parvient pas à se plier aux règles que 

1. Comparez, 6'il est nécessaire, à titre de supplément de démons- 
tration, Texpression très claire àsadhibhir cacak^e R. V. m. 5. 8 a. 

2. La vache-aurore est une créature, puisqu'on la voit naître et 
moarir; elle est immortelle, puisqu'elle revient tous les jours: ce 
paradoxe antithétique est le lieu commun de la poésie primitive. 



— 9f; — 

s'est sagement imposées la critique de texte des auteurs 
classiques. Or, ici, elles sont outrageusement violées : on 
no voit pas comment une contraction jàmariyena^ si facile 
à résoudre, a pu cesser d'être comprise, être prise pour un 
seul mot, puis perdre son /, que défendait de surcroît Vn 
subséquent, devenu impossible et dès lors écrit rj^ après la 
chute du ^ ; il est trop clair que jàmaryena serait la lectio 
difficilior à maintenir ; d'autre part, les dépositaires du 
texte étaient au moins aussi au courant que nous des arti- 
fices de style aimés des poètes, et le principe de l'antithèse, 
qui nous amène à restituer jàmariyena^ devait le leur faire 
conserver, s'ils l'avaient lu, ou même restituer, si leur texte 
ne le portait plus. Que répondre à tout cela ? Rien, je 
l'avoue, sinon que )àmaryeijLa ne peut rien signifier. Il y a 
des moments, dans lexégèse védique, oii l'on se trouve 
acculé k une impossibilité : il faut, ou renoncer à s'en occu- 
per, ou admettre — ce que j'ai déjà souvent insinué ^ — que, 
dans bien des cas, les écoles védiques ont choisi la lectio 
difficilior précisément par la raison qu'elles n*y compre- 
naient rien, qu'un mot estropié par accident a été ensuite 
pieusement conservé dans le texte par une tradition qui Ta 
envisagé comme d'autant plus sacré qu'il était plus informe 
et partant plus mystérieux, en un mot, que le Véda est par 
endroits un bouillon de culture de fautes de texte. Aussi la 
plume tombe-t-elle souvent des mains à qui essaie de le 
commenter. Je ne m'étonne qu'à demi que MM. Pischelet 
Geldner aient renoncé à leur projet de dictionnaire. 

VIII 

Pour avoir méconnu la vertu de l'antithèse, on a parfois, 
non seulement failli à atteindre le vrai sens d'un mot, mais 

1. A. V., XIII (Rêhitas), p. 44 ; VII, p. vij; X-XII, p. 216; eto. 



— 97 — 

substitué un à peu» près banal à la traduction exacte d'un 
autre mot d-ailleurs parfaitement connu, et faussé ainsi le 
caractère de tout un passage. 

R V; VII. 20, 4 c d : n/ vàjram indro hàrivàn mlmih^an 
gàm àndhaaû mâde^u va vjooca. 

Grassmann (I, p. 319) : « Dass rossbegabt den Blitz er 
niederschmettre erlabte Indra sich beim Mahl am Soma. » 
— Sans contester en principe le sens d'aucun mot, observons 
toutefois que la première, proposition n'est nullement finale 
daus le texte : les deux propositions sont accolées paratacti- 
quement, ce qui fait présumer antithèse, ou du moins cor- 
rélation. 

M. Ludwig (n" 572=11, p, 156) : « hernider bringend den 
donnerkeil zum trank nam Indra, der herr der falen rosse, 
«einen aufenthalt bei den trinkgelagen. « — C'est, en tout 
ëcat de cause, un mince hommage à rendre à Indra que de 
constater de lui ces truismes, à la fin d'une stance où l'on 
a commencé par dire qu'il a empli de sa grandeur les deux 
univers. 

Demandons-nous cependant quels peuvent être les tenants 
et aboutissants du verbe uooca. Sans doute, la très rare 
racine uc, « être habitué, se plaire », mais aussi, au chan- 
gement près d'une seule lettre, la très commune racine rac. 
Dans cet ordre d'idées, Indra en ses ivresses aurait « con- 
versé avec le jus de la plante ». Et pourquoi donc pas ? 
L'ivrogne cause bien avec sa bouteille ; et nous possédons 
un hymne où, si Indra ne parle pas nominativement au s6ma, 
au moins monologue-t-il comme s'il battait les murs. D'ail- 
leurs, S6ma est un Dieu, au même titre qu'Indra; et, comme 
il y a toujours un rappel nécessaire de l'idée de S6ma dans 
àndhas ou tout autre mot similaire, on ne voit aucune im- 
possibilité à ce qu'Indra, au prix d'une légère correction au 
texte, s'entretienne avec le congénère dont il s'enivre. 



C'est le corrélatil de sâni ûvoca qui départagera la ques- 
tion. Or il y a bien longtemps que Bergai^he, et par une 
tout autre voie, a établi le sens probable de la raôine myak^ 
et des divers mots qui en procèdent^ : il assimile, en mor- 
phologie et en sémantique^ nimimik^an à Tadjectif nimiçla^ 
et nous permet d'y voir l'équivalent de l'expression « se 
mêler à, cohabiter avec, fréquenter », etc. Dès lors, les deux 
sens s'éclairent Tun l'autre, et nous ne courons pas grand 
risque de nous tromper en supposant que lastance s'achevait 
sur une gradation de paradoxes : le foudre et le s6ma sont 
les deux compagnons, les intimes amis d'Indra ; mais l'un, 
il n'en fait que sa société habituelle en compagnie de ses 
chevaux ; l'autre, il cause familièrement avec lui lorsqu'il 
est ivre. Mais je n*iusiste pas sur cette conjecture. 

R. V. IL 11. 19 a b: aàaema yé ta Uiiùhis tàranio oiçoà 
spfdha àrye/jLa dâsyan. — Grassmann (I, p. 18): «Es 
glûck' uns, dass durcb deine Gunst wir schlagen die Feinde 
air, durch Arjer die Barbaren. » — M. Ludwig (n^484 = 
II, p. 55) : (( die wir durch deine hilûeistungen ûbervin* 
dend bekâmpfen môchten mit dem Ârya aile feindlichen 
heere der Dasyu. m 

Le premier a fort bien vu que sànema est un verbe de 
proposition principale, accentué seulement parce qu'il com- 
mence la phrase, et ne saurait dépendre de yé. Le second a 
très correctement traduit apfdhaa.,. dàsyUn comme étant en 
construction paratactique et équivalant sans la moindre 
nuance à dàsyanâni spvdhas. Pour avoir toute la pensée du 
poète, il n'y a qu'à concilier ces deux vues exactes et com- 
pléter la seconde par l'introduction du balancement anti- 
thétique: alors on s'aperçoit que utibhis,., aryena doit né" 
cessairement équivaloir de même à aryasya utihhis^ et ie 
devient libre pour dépendre de yé. Aussitôt la phrase reprend 

1. Religion Védique, II, p. 261 i. n. 



~ 99 — 

toute son ampleur : « Nous qui sommes tiens, puissions- 
nous victorieux, de par les forces auxiliaires de l'Ârya» 
triompher des hostilités des.Dasyus! » 

R. V. III. 34. 1 a b: indrah pûrbhid àtirad dàsam arkair 
■vidàdrasur dàyamàno vi çàtrUn. Gra«smann admet un verbe 
ti day avec le sens de <c mettre en pièces » ; mais ce serait 
un emploi unique. M. Ludwig lui laisse le sens de « par- 
tager », et comprend qu'Indra a réparti les ennemis entre 
ses fidèles à titre de butin ; mais a priori la synonymie des 
deux accusatifs dàsam et çàirûn repousse cette conception 
quelque peu forcée et appelle la synonymie des verbes qui 
les régissent, soit donc simplement a atirat et ti [atirai]. 
Cela posé, puisque « les ennemis » figurent deux fois dans 
le membre de phrase qui leur est consacré, on s'attend à ce 
que, par antithèse, « les richesses » figurent deux fois, au 
moins implicitement, dans le membre de phrase qui lui fait 
équilibre: comme plus haut R. V. VII. 24. 2, on n*a qu'à 
rétablir comme régime à dàyamanas le mot càsu abstrait de 
tidâdcasus, et l'on obtient ainsi le balancement irrépro- 
chable: (( Indra le briseur de citadelles a triomphé de l'en- 
nemi, conquérant la richesse, partageant les richesses, il 
a dissipé les ennemis. » Il n'est pas jusqu'aux nuances de 
ridée qui ne s'opposent deux à deux. 

R. V. V. 58. 6 c (peinture de l'orage) : ksàdanta âpo rinaté 
vànânù — Grassmann(I, p. 210) : (( Dann sprudeln Wasser 
und die Fluten rinnen. » Je n'examinerai pas ici jusqu'à 
quel point vâna peut signifier a Flut ». Pour moi, je n'en 
crois rien ; mais je me contente d'observer qu'ici Sâyana le 
repousse, d'accord en cela avec le postulat de l'antithèse. — 
« Die Wàlder stiirzen » (Ludwig, II, p. 306) n'y satisfait 
pas davantage : on attend un objet qui soit autre chose que 
les àpas et qui fasse la même chose avec une nuance appro- 
priée, par exemple « les eaux coulent en bouillonnant, les 



— 100 — 

bois coulent doucement » sens respectif deâ racines k^ud et 
ri. Et c'est bien cela : «> Lès torrents se ruent, les forêts 
dégouttent. » Bis pluit in HiLeis\» . 

R. V. II. 10. 3 : uttânayàm ajanayan sû^Utam bhdvad 
agnih purupéçdsu gàrbhah \ çirinàyâm cid aktûnà mâho- 
hhir âpariopio casati pràcetah. Le sens de çirind est in- 
connu. M. Oldenberg (op, cit., p. 218), tout en constatant 
que la glose indigène par « nuit » est de pure divination, 
accorde qu'elle peut être exacte. Je ne le pense pas : il me 
semble trop manifeste que le sens de « dans la nuit » n'a 
été suggéré que par le voisinage de aktànà « de nuit », qui 
au contraire eût dû en détourner un scoliaste tant soit peu 
intelligent, puisqu'il impliquait un intolérable et plat pléo- 
nasme. M. Ludwig (I, p. 326, et IV, p. 292) ne traduit pas, 
mais suggère au commentaire qu'il pourrait bien s'agir du 
foyer de la forge. Avant lui, Roth et Grassmann avaient 
songé au sens de a réduit, cachette », qui, bien entendu 
avec référence métaphorique au creux de la vèdi dans lequel 
on allume Agni, est rendu vraisemblable par l'étymologie 
et entièrement confirmée par le balancement antithétique 
des deux expressions ultànàyam et çiriî^àyàm, si visible- 
ment disposées et opposées en assonance. Uuttànâ, «celle 
qui s'étend )) (comme une femme en vue de la fécondation*), 
celle où l'on engendre le bien enfanté, c'est la vêdi mère 
d'Agni ; et .la çirirjLa (( le réduit secret » (la vulve de cette 
femelle donc), c'est le creux de cette même vôdi oii Agni 
prend naissance. Observons que la fin de la stance contient 

1. Pour Bergaigne {Rel, Véd., 1, p. 257) les càndni seraient les 
vases de bois d^où les Maruts font couler la pluie. Je n'ai natu- 
rellement rien à objecter contre la donnée mythique de la cuve des 
Maruts ou du tonneau des Danaïdes (cf. Reoue des Études Grecques, 
V, p. 2d4) ; mais je crois l'interprétation descriptive infiniment plus 
plausible comme sens et mieux appropriée au contexte. 

2. Cf. Bei^aigne, Rel. Véd., II, p. 66, qui n'y voit qu'une méta- 
phore pour « la Terre ». 



— 101 — 

en outre une antithèse accessoire : « Aa sein de la cachette », 
qui est toute petite, ainsi qu'on va le voir, « il resplendit de 
par sa grandeur. » 

IX 

Il y a des cas où, par un raffinement de style plus savant 
quêtons ceux que nous avons relevés jusqu'à présent, une 
staDce tout entière est construite sur la formule antithétique 
et ressemble d'un bout à l'autre aux types plus modernes 
évoqués au début de cette étude. L'examen du sens de 
çiriQâ nous amène tout naturellement à nous occuper de la 
stance R. V. II. 2. 4, qui n'est autre chose qu'un dévelop- 
pement plus abondant de la même idée, et où M. Ludwig 
(IV, p. 287) avait déjà reconnu partiellement le chiasme 
pour un principe dMntcrprétation méconnu ici par Roth et 
Grassmann . 

11 suffit en effet d'y jeter un coup d'œil pour se convaincre 
que les quatre pàdas doivent s'y opposer deux à deux. L'en- 
semble du morceau s'adresse à Agni, c'est-à-dire, d'une 
manière générale, au feu terrestre ; d'autre part, certaines 
circonstances, et notamment la mention de Pfçni (la nuée 
d'orage), nous font irrésistiblement songer à l'éclair : ainsi 
l'antithèse que fait pressentir la structure de la stance 
doit reposer essentiellement sur le contraste constaté entre 
Agni-éclair et le feu de l'autel. Cela posé, tâchons de dé- 
gager une à une le sens des expressions choisies par l'au- 
teur. 

a] tâm uk^âmanam ràjasi svà à dame, « lui qui grandit » 
Grassraann> ou « qui répand de l'eau » Sàyana, et j'aime- 
rais mieux le premier sens, qui va rendre plus sensible 
lantithèse viàée, mais il se peut même qu'il y ait calembour 
intentionnel, « dans l'espace sombre qui est sa demeure 



— 102 — 

propre. » Aucune difficulté de texte ni de traduction. Ce 
sont bien là tous les caractères d'Agnî-éclair. Eh bien donc, 
cet Agni immense qui remplit Tespace, 

b) On le cache dans un petit trou (le creux de l'autel, la 
çiritiâ) : candrâm iva surûcarri hoârà à dadhuh- On ne 
peut guère équivoquer sur le sens de candrâm. et M, Lud- 
wig seul a eu l'idée d'y voir la lune ; M. Oldenberg, le 
dernier venu, ne Ta point suivi (op. cit., p. 193) et s'en est 
tenu au sens courant de candrà dans le Véda : « brillant, 
métal brillant, or ». P.lus douteux est hvârà, qu'il traduit 
avec Roth par « serpent » (Ldw. avec approximation bien 
meilleure par « Wôlbung »). Mais un mot qui étyraologi- 
quement signifie (( sinueux » peut aussi naturellement dé- 
signer le trou du serpent que le serpent lui-même, comme 
on voit que le latin lacerta signifie à la fois « lézard » et 
« trou de lézard ». Or, à supposer que le sens de « ser- 
pent» convint aux autres emplois connus de hvdrà, — ce que 
je n'ai point à examiner pour l'instant, — il est certain qu'il 
exige ici la correction arbitraire hoàràm, qui détruit la belle 
symétrie de la stance pour n'aboutir qu'à une triste banalité : 
(( Ils l'ont placé [dans sa demeure], le serpent qui brille 
comme de l'or » (Grassmann). Notons enfin que Sâyana 
glose heure vijane, ce qui est aussi proche que possible de 
notre sens postulé de (( réduit, cachette », et que, en com- 
prenant de la sorte, on justifie d'emblée la comparaison 
candrâm ica « comme de l'or », laquelle autrement n'est 
qu'une inepte cheville. Concluons qu'il faut traduire : 
c< Lui qui en grandissant séjourne dans le vaste espace, ou 
le cache, le resplendissant, comme un trésor, au fond d'un 
étroit terrier. » 

c) prçni/âh patarârfi citâijantam aksâbkifi. Le causatif de 
cil est amphibologique, en ce qu'il peut avoir à volonté le 
sens causatif ou le sens actif ; ce dernier même est plus frc- 



— 103 — 

quent;au surplus, c'est l'ensemble qui nous départagera. 
Quant au génitif pfçnt/âa, il est bien difficile de le faire dé- 
pendre de patàram (Grm., Ldw. ) : « le volant de Pfçni », 
pour « celui qui vole à travers Pfçni », cela n'est pas plus 
correct en sanscrit qu'en français; et, quand M. Olden- 
berg supplée, avec doute d'ailleurs, « le [fils] ailé de Pyçni », 
il a bien conscience de gloser au lieu de traduire. Mais 
voyons : ak^àhhis est là tout prêt et assez près pour fournir 
an objet possédé à ce génitif; qu'objecter contre « le volant 
qai regarde par les yeux multiples de Pfçni »? Qu'il n'est 
dit nulle part ailleurs que l'éclair soit aveugle? 11 est vrai : 
on lui fait même jouer le rôle d'espion, U. V. V. 59, 1 ; mais 
ce peut n'être qu*un paradoxe de plus. Quqj qu'il en soit, 
les veaux naissent parfois aveugles, et, eu égard à la courte 
durée de l'existence du veau nouveau-né Agni, à la perma- 
nence relative de sa mère Prçni, il doit sembler tout à fait 
licite de frapper le premier de cécité, surtout quand il s'agit 
d'obtenir un effet poétique. Et puis enfin, encore une fois, c'est 
d'après l'ensemble qu'il s'agit de juger ces difficultés dedétail: 
si Tensemble se tient, s'il s'en dégage une pensée cohérente, 
au lieu d'un galimatias informe, l'exactitude de chaque dé- 
tail sera par là même plus d'à demi démontrée. Eh bien donc, 
cet Agni qui n'a d'yeux que ceux de la nuée dont il émane, 
d) On en fait une sentinelle : pûthà nà pàyûrri jànanî iihhé 
ànu, « [on le place] comme un gardien du chemin entre les 
deux races » (divine et humaine). La correction de patho 
en paihà est trop simple pour nous arrêter un instant, et le 
rôle du feu, soit atmosphérique, soit terrestre, comme mes- 
sager délégué respectivement des Dieux aux hommes et des 
hommes aux Dieux, achève de nous fixer sur les personnages 
auxquels la stance fait tant d'allusions implicites et sur l'an- 
tithèse primordiale qui a présidé à sa composition ^ 

1. Il est presque superflu d'affirmer que cette discussion, elle 



— 104 — 



. X 



La méthode que je développe aura peut-être fait ses 
preuves définitives, si elle parvient à avoir raison de stances 
considérées comme désespérées soit au point de vue du 
sens ou de la situation, c'est-à-dire difficilement intelli- 
gibles en elles-mêmes, et, si à toute force on arrive à en 
extraire un sens, sans rapport apparent avec l'ensemble du 
contexte où elles figurent. A titre d'exemple, essayons-la 
donc sur une stance qui n'est rien moins que claire, à en 
juger par le double témoignage de Grassmann (I, p. 547), 
qui la bannit purement et simplement de l'hymne où la tra- 
dition l'a insérée, et de M. Ludwig (V, p. 120), qui l'accom- 
pagne d'un laborieux commentaire * : R. V. VI. 47, 19 
j/ujdnà hariia ràthe bhàri ioà^tehà rûjaii \ ko viçoàhà 
dviffatàh pàk^a àaata utàsînef^u sUri^u \\ 

Le fait est qu'il est fort difficile de concevoir que quel- 
qu'un puisse s'asseoir tout à la fois a du côté de l'ennemi » 
et (( parmi les généreux donateurs », lesquels au contraire 
doivent être les compatriotes, les alliés et les amis du 
chantre qui implore pour eux la victoire. Quant à attribuer 
à àsine^u un sens détourné, métaphorique, différent enfin 
de celui de àsate, il est impossible d'y songer ; car les deux 
termes sont en corrélation trop évidente. Et cette seule 

aussi, est dans mes notes manuscrites bien antérieure à la sugges- 
tion de M. Max Mûller « brilliaat like gold in a bidden place » 
(Oldenberg, oyo. cit., p. 195). qui n*en forme d'ailleurs qu'une mi- 
nime partie, mais avec laquelle je me rassure et m'honore de ni'étre 
rencontré. Quant à Hergaigne, il est revenu jusqu'il huit fois sur 
ce passage intentionnellement mystique (voir le précieux Indeœ de 
M. Hloomfleld); mais d'aucune de ses analyses do détail ne se dé- 
gage le sens général de la stance. 

1. Bergaigne n'en traduit que la première moitié : ReL Vcd.^ 
III, p. 51 i. n. 



— 105 — 

observation suggère Tidée qu'ils pourraient bien se trou Ver 
dans deux propositions diflFérentes. 

Il faut ici introduire une remarque : l'absence de ponctua- 
tien est, dans le texte du Véda, une source de grande per* 
plexité, et notamment Tusage d*un signe équivalent à notre 
parenthèse y serait le bienvenu. Quoi qu'il en soit, il y a fort 
longtemps qu'on a reconnu la nécessité de traduire certaines 
parties de stances comme grammaticalement et logiquement 
indépendantes du reste: peut-être môme a-ton parfois abusé 
de ce procédé, mais rien n*en dispense. II est des paren- 
thèses qui sautent aux yeux, comme R. V. X. 14. 5 c ou A. 
V. VII. 53. 3 b* ; il en est de latentes, comme celle que j'ai 
cru pouvoir admettre pour traduire R. V. 111.15. b, et sans 
laquelle la stance ne m'a guère paru offrir qu'un étrange 
fatras*. Or, ici, pour que les deux mots entre lesquels nous 
soupçonnons une corrélation antithétique appartiennent en 
effet à deux propositions distinctes, il faut précisément que 
la première, soit le pâda c, figure comme entre parenthèses. 
Traduisons-le donc en l'isolant, et, pour rendre la pensée 
plus claire en conformant la construction à nos habitudes 
occidentales, rejetons-le à la fin de la phrase au lieu de 
rinsérer au beau milieu. Que vient-il? Une antithèse de 
mots et de pensée, d'abord ; puis un sens parfaitement 
logique et suivi, qui ne laisse prise à aucune incertitude : 

« Attelant à son char ses deux chevaux bais, c'est de ce 
côté-ci, parmi les généreux donateurs assis [autour de moi 
ou de lui], que Tvastar resplendit d*un vif éclat. Et qui 
donc jamais pourrait s*asseoir du côté de celui qui [nous] 
haii»?» 

t- Bcrgaigne- Henry, Manuel Védique, p. 123 i. n. ; Henry, A. V., 
VII, p. 20 et 80. 

2. Henry, Vedica, HI, 11 = Mém. Soc. Linp., X, p. 86. 

3. H ne faut pas grande réflexion pour se rendre compte du rôle 
Que joue la parenthèse dans toute poésie sacerdotale, environnée 



— 106 — 

Ce qui revient simplement à dire : 

(( Nous avons le Dieu parmi nous qui lui rendons un 
culte riche d'offrandes ; c'est ici qu'il trône ; nos ennemis 
ne Tauront pas, ni aucun autre : nous sommes sûrs de la 
victoire. » 

Et, remarquons-le, ce n'est pas seulement, dans cet ordre 
d'idées, la stance elle-même qui s'explique, mais sa situa- 
tion et tout l'ensemble dont elle fait partie ; car dès lors il 
n'est plus nécessaire de l'isoler, de l'écarter, de l'envisager 
comme tardive, surajoutée, interpolée sans rime ni raison, 
dans un hymne qui n'est visiblement, d'un bout à l'autre, 
qu'une conjuration solennelle récitée à la veille ou à l'ins- 
tant décisif d'une bataille. 



XI 

Il n'est pas à prévoir que toutes les interprétations de 
détail proposées dans cette étude d'ensemble rencontrent 
l'assentiment général. Quelques-unes, sans doute, paraîtront 
forcées ou subtiles. Lorsqu'on croit avoir trouvé une bonne 

d'arcanes, destinée à n*ètre que Taguement comprise de tout autre 
que le récitant. Voici, à l'autre bout de Téchelle indo-europôeone, 
un exemple bien frappant du même procédé de style [Reçue Celtique^ 
VI, p. 69), une conjuration bretonne contre une dartre maligne : 
éiré nao môr ha nao mène» \ éma eur /eànteun a ilrugarei \ kéa dl 
da ôber da diégez. Le traducteur comprend : « Entre neuf mers et 
neuf montagnes est une fontaine de merci : vas-y faire ta demeure. » 
Cela est irréprochable comme mot à mot, ~ à cela près que éma peut 
aussi signifier « voici », — mais laisse à désirer comme idée : c^r 
pourquoi la dartre, chassée bien loin, — ceci est dans Tordre, « par 
delà nonantfl-ueuf rivières navigables », dirait l'Atharva-Véda. — 
s*en irait-elle dans une « source de merci », qu'elle souillerait, qui 
dès lors contaminerait d'autres hommes et cesserait d'être une source 
de merci ? Combien le sens est moins forcé si Ton sépare le vers 
intermédiaire, qui ne semble être que l'éloge du remède ou du 
charme apporté par le conjurateur! Soit donc : « Entre neuf mers et 
neuf montagnes (voici une source de merci !) va- t'en faire ta de- 
meure. » Cette interprétation est trop convaincante pour n'être pas 
sûre. 



— 107 — 

clef, on est naturellement tenté de l'essayer à toutes les ser- 
rure»; mais la maladresse de l'ouvrier ne prouve rien contre 
la valeur de la clef. Il me parait ressortir de cette série 
dexemples que- Tune des méthodes d'exégèse védique à 
recommander aux jeunes sanscritistes de l'avenir, — dan- 
gereuse peut être par l'excès, comme le serait toute méthode 
exclusive sur ce terrain fuyant, mais du moins d'application 
facile et à la portée de tous les esprits, — peut se résumer 
en cet aphorisme : 
a Après avoir établi le mot à mot rigoureux de la stance, 

CHERCHEZ L'ANTITHÈSE. » 

V. Henry, 

Paris, 3 jaavier 189& 



INDEX 



DES PASSAGES DU RIG-VEDA 





SUnces 


Pagss. 




Stances 


P»ges 


A • 


100. 


6 


94 


IV. 


37. 


3 .. 


83 




2. 


4 


101 


V. 


58. 


6 .. 


99 




10. 


3 


100 


V. 


59. 


1 .. 


... 103 




11. 


19 


98 


V. 


73. 


8 .. 


89 




23. 


4 


94 


V. 


83. 


2 .. 


84 




24. 


9 


90 


VI. 


47. 


19 .. 


... 104 




5. 


5 


• 82 


VII. 


15. 


8 .. 


85 




5. 


8 


95 


VII. 


18. 


16 .. 


93 




15. 


5 


105 


VII. 


20. 


4 .. 


97 


III. 


25. 


1 


91 


VII. 


24. 


2 .. 


...90, 99 




27. 


9 


92 


VII. 


103. 


• • 


86 




27. 


10 


92 


X. 


34. 


1 .. 


89 




34. 


1 


99 


X. 


34. 


2 .. 


87 


IV. 


3. 


î/ ■ • • ■ • 


95 


X. 


34. 


9 .. 


88 


IV. 


7. 


11 


94 


X. 


34. 


10 ., 


87 



LE VERBE CONCRET 

(Suite) 



b) Verbe concret quant à l'objet de r action. 

Il n'y a pas toujours une séparation très nette entre 
cette classe et la précédente ; en effet, l'objet peut se 
tourner en instrument, ainsi au lieu de tenir la mainj 
on peut dire tenir par la main. 

Ici encore il faut distinguer le verbe concret sub- 
jectif et le verbe concret objectif; c'est le premier qui 
semble avoir été le point de départ du second. 

a) Concret subjectif. 

Les noms de parties du corps donnent lieu à un 

grand nombre de verbes composés. En voici des 

exemples. 
On remarquera qu'alors l'élément indiquant la partie 

du corps ne se trouve plus sufBxé, mais infixé^ d'où 

l'amalgame ressort plus complet. 

noni'ingewe-nindigoy il se graisse le visage ; l'élément 
inywe ne signifie le visage que dans le conglo- 
mérat; makawadj-ingwe-watci, il a le visage gelé. 

otci-siti-punik, avoir la crampe au pied. C'est l'infixé 
site qui signifie pied, 

pitakosite-ciw , se heurter le pied en marchant. 



— 109 — 

ki'cacago^kate^kozOf il s'est écrasé la jambe; c'est 
kate qui est l'indice de la jambe. 

oka-kicki'kàte-jwat^an, ils lui coupent la jambe. 

saki'kwe-komo, il a la tête hors de l'eau; kwe est Tin- 
dice de la tète ; ki-kicki-kiue-htganiiui, il eut la tête 
tranchée. 

ni-kotiko-nike-ciu/e, je me disloque le bras en tom- 
bant; nike est l'indice du bras. 

songi'tehe-kawituin^ fortifie-moi le cœur ; tehe est Tin* 
dice du cœur. 

6) Concret objectif. 

Les exemples sont moins nombreux, mais nous en 
retrouverons tout à l'heure en cri. 

L'indice awcLS signifie enfant, mais il a cette parti- 
cularité qu'il ne peut s'employer que de la part de la 
mère. 

Ntki atoaSj accoucher ; non awas» allaiter ; takon 
atc(», tenir son enfant; pimom awaa, tenir son en- 
fant sur son dos ; wewil awas, bercer son enfant ; 
nikamo aa?a5, chanter pour endormir son enfant ; kijac 
awas, avoir soin de son enfant ; hini atoas, défendre 
son enfant. 

Les mots employés en composition concrète diffè- 
rent lexicologiquement de ceux employés séparément. 

c) Verbes concrets quant à la qualité de l'action 

a) Adformante 

La particule kas exprime que l'actioo n'est pas réelle, 
mais simulée. 



— 110 — 

Nind ojêino has, je fais semblant de fuir ; mawi 
kojso, il fait semblant de pleurer ; anwenin dëfo kaso 
ban, il faisait semblant de se repentir; anibot cenjikas^ 
faire Tenfant ; ici okinak we kcuo, elle veut faire la 
reine. 

Ici le mot qui modifie est suffixe; en môme temps, il 
se conjugue comme un verbe ; en réalité, c'est donc 
ce mot qui est une adformante. 

Mais le procédé inverse est suivi aussi. 

6) Préformante 

C'est alors la particule qui est préfixée et qui indique 
une individualité de Faction, un degré de cette action. 

En voici de nombreux exemples : 

Le préfixe ni signifie que l'on veut faire, qu'on a 
besoinou qu'on est sur le point de. . . ni toi ija Momiany, 
je veux aller à Montréal ; ni wi kitike^ je veux culti- 
ver ; ki wi wisin-na ? veux-tu manger? 

De même, le verbe venir s'exprime, non par le verbe, 
mais par la particule /)«': ni-pi-aiamia,}e viens prier; 
ki-pi-aiamia, tu viens prier. 

Le verbe a//er s'exprime par la particule awi: aïoi- 
kapacimota, allons nous baigner; waiotaminota, allons 
jouer. 

Il ne faut pas que la traduction française induise en 
erreur sur la véritable situation grammaticale. Dans 
le génie de la langue algonquine le véritable sens est 
alors: Quanta la colonie, manges-tu? volontaire- 
ment manges-tu? en allant pries-tu f En français, il 
y a deux verbes dont l'un à l'infinitif ; en algonquin, 



— 111 — 

plus proche de l'exactitude linguistique, il n'y a qu'un 
verbe, celui objectif marquant l'action; le premier élé- 
ment n'est, en réalité, qu'un nom d'instrument ou de 
qualité, ou de quantité, indiquant le degré de l'action. 
II en est de même dans les cas suivants : 
Nita, indique qu'on sait faire l'action ou qu'on en a 

l'habitude. 

Niiaajipiike, il sait écrire; niiapimose, il sait mar- 
cher ; niia nikamo, il sait chanter. 

Plus exactement, nita n'est qu'un indice de poten- 
tiel et ne doit pas se traduire par il doit, mais par en 
puissance; il écrit en puissance, il chante en puis- 
sance, etc. 

Pwa est l'indice du potentiel négatif: acaie ni pwa 
pimose, je ne puis plus marcher ; ni pwa nikani, je 
ne puis pas chanter ; ni pwa adjamu, nous ne pou- 
vons pas partir ; en réalité : je ne marche plus en puis- 
sance, je ne chante pas en puissance, etc. 

Madji, est l'indice du commencement, 
madji anamensike^ il commence la messe. 
madji nikamonaniwan, on commence à chanter, 
inexprimé que l'action continue à se faire. 

Nind aniskika, je me fais vieux. 

Kodj exprime l'action à l'état de tentative : kodj 
diamin^ efforce-toi de prier ; kodj ikwandaweta, faisons 
effort pour monter; en réalité, />/7e en tentative, etc. 

gwimawi, indique l'embarras. 
f^igwinatci totam, je ne sais comment faire ; 
nigwinawi ikity je ne sais que dire ; 
^i gwinatci inenindam^ je ne sais que penser; 

port indique Tinterruption. 



— 112 — 

pon puatisi, il a cessé de vivre ; ki-pon-animfsi, il a 

cessé de soufiErir ; 

ikwa indique la terminaison de l'action. 
ikwa anamensike, il a fini la ïnesse, il a dit la messe 

finalement. 

mamanda, indique l'excellence de l'action. 
mamanda nikamo, il excelle à chanter ; 
nanda indique qu'on cherche à faire l'action. 
nanda wisin, chercher à manger ; 
nanda wabam, cherche à le voir ; 
pwatami tagocin, il tarde à arriver ; 
matwe exprime qu'on entend l'action énoncée par le 

verbe. 
matwe piisan, on entend pleuvoir : 
matwe mawi, on l'entend pleurer; 
matwe akosi, on entend dire qu'il est malade. 

manadj exprime qu'on prend garde. 
manadj pangiciwin^ prends garde de tomber ; 
manadj minikucen, garde-toi de boire. 

Il faut traduire: il pleut, quanta l'ouïe, tu bois si tu 
ne prends garde, etc. 

/>rïcA« signifie, par méprise. 
pitcipinkike, il entre par méprise. 

pata exprime que l'action a été faite à tort : 
ki pata totam tu agis à tort, tu fais mal. 
' wani^ exprime l'erreur. 
wani tipayge, il se trompe en mesurant. 

Dans cette composition, le premier élément reste 
invariable, il exprime la modalité. Ce même phéno- 
mène se rencontre dans d'autres langues, où le poten- 
tiel, le factitif ne sont que des modalités, aussi ne s'ex- 



- 113 — 

priment-ils que par des particules, comme en osmanli. 
Tel est le verbe concret de l'algonquin. On voit qu'il 
revêt diverses modalités, ou plus exactement, qu'il 
est concret de plusieurs manières. Il est remarquable 
que les éléments qui créent ce concrétisme, s'ex- 
priment par une racine différente très souvent dans 
le conglomérat que celle employée à l'état d'isolation. 
Bien plus, cette racine n'est pas la même pour Tadfor- 
mante-instrument que pour Tadformante-objet, ou 

même que pour radformante adverbiale. C'est ainsi 
que ridée piedy à pied, s'exprime dans la préformante 
par ose, dans l'adformante-instrument par ck et dans 
radformante-objet, par site, tandis que pied, dans 
l'expression isolée, se rend par une racine différente 
encore . 

La distinction entre les préformantes et les adfor- 
mantes d'une part, entre le subjectif et l'objectif d'autre 
part, entre l'instrument, l'objet et la qualité d'autre 
part, doit être retenue. On est parti du subjectif de 
l'instrument, ainsi que de l'adformante. Il n'y en a pas 
de preuve certaine, il est vrai, mais tel semble le pro- 
cessus. 

II 
Du verbe concret cri 

Le cri fait partie du groupe algonquin, et si nous 
l'étudions après la langue algonquine proprement dite, 
c'est que le phénomène observé y a un grand dévelop- 
pement. 



\fi 



— 114 — 



Nous ne ferons pas ici les divisions et subdivisions 
qui précèdent et qui étaient nécessaires seulement 
pour éclairer notre route^ mais nous distinguerons 
cependant : 

1® Ce qui a rapport au corps humain. 2° Ce qui con- 
cerne les autres objets. 3** Ce qui concerne les degrés 
des verbes. 

Auparavant, nous donnons un exemple qui fera bien 

saisir Tensemble du système. 

La racine verbale nât, signifie aller chercher; voici 
la réunion sur elle d'éléments déterminatifs qui le 
surdéterminent : 

• 

nàta hwew, il va le chercher par eau. 

nâta hattew , \\ cherche ses traces. 

nâta kamekam, il gagne le rivage. 

nâta kani kasiw, il gagne le rivage à l'aide du vent. 

nâta kame yâsian, cela gagne le rivage à l'aide du 

vent. 
nâta kamepiten, il le tue à terre. 
nâta kwewy il va visiter ses pièges. 
nâta skew, il va chercher de la mousse. 
nâtàskusiwew, il va chercher du foin. 

nâta mamew, il va le lui chercher. 

nâta yapew, il va visiter ses filets. 

nâti pen, il va chercher de l'eau. 

nâti chinittew, il va chercher du bois de chauffage. 

nâti skutawew^ il va chercher du feu. 

nâti watew, il va chercher sur son dos. 

nât chinehamavoeœ , il va lui demander des médecines 

à acheter. 
nât ânâwa meut, il va chercher de quoi manger. 



- 115 — 

nako katew, il cherche où il demeure. 

Les adformantes employées n'ont pas la mdme ra- 
cine, quand on exprime leur idée isolément, sauf celles 
suivantes : o^ kiya^ mousse, qui se retrouve dans nâta 
skew, mas kusiy, foin, qui se retrouve dans nata skust 
new, ayaptWj filet, qui se retrouve dans nata yapeWy 
et iskuteto, feu, qui se retrouve dans nât iskuta tew ; 
mais le^ autres racines diffèrent totalement ; 
Eau, isolé, s'exprime par nipiy et dans le verbe par 

hwé. 
Trace^ isolé, s'exprime par ayetiskiw et dans le verbe 

par hattew. 

Rioage.isolé, s'exprime par tchikahâm&i dans le verbe 
"^xkamekam. 

Denif isolé, s'exprime par oitin, et dans le verbe par 
hasivo. 

Bois, s'exprime isolément par mistek et dans le verbe 

par chimitten, 
Piège, s'exprime isolément par wanihigan^ et dans 

le verbe par kwew . 
Dos s'exprime isolément par mispiskwan et dans le 

verbe par wato. 
Manger, s'exprime séparément par mitjisuw et dans 

le verbe par nâtoa. 
Demeurer, s'exprime isolément par ayaWj apiw 

et dans le verbe par katew. 

Dans tous ces cas, il y a verbe concret à la 2^ ou à la 
3* puissance; l'élément ajouté ne fait qu'un avec le 
verbe, de manière à n'avoir plus jamais une existence 
séparée . 

Quel a été le processus ? Les débris de mots ayant 



— 116 — 

conservé cette existence séparée qui se trouvent dans 
le conglomérat; permettent de le retracer. Les éléments 
incorporés dans le verbe pouvaient d'abord vivre 
isolés, puis, lorsque l'union eut duré longtemps, ils 
devinrent inséparables ; lorsqu'on voulut rendre l'idée 
isolément, il fallut bien se servir de nouvelles racines. 
Comment trouva-t-on ces dernières? Rien ne s'in- 
vente en linguistique. Il s'agissait d'idées très usuelles. 
Pour les exprimer dans presque toutes les langues, il 
existe les doublets, dont le sens est d'abord identique. 
Mais comme rien d'inutile ne se conserve, chaque dou- 
blet trouve son emploi. Tantôt chacun prend une 
nuance différente de sens, c'est ce qui arrive fréquem- 
ment en français ; tantôt chacun a un emploi gram- 
matical différent, tantôt enfin, et tel a été le cas ici, 
l'un a été employé à l'état isolé, l'autre dans le conglo- 
mérat. La racine isolée étant entrée dans celui-ci, c'est 
l'autre doublet qui a été seul employé désormais à 
rétat d'isolation. 

Voici maintenant des exemples des différents verbes 
concrets : 

V Membres ou actions du corps humcUn 

Verbes intransitifs 

n'aweiju, exprime Faction de manger. 
ut'à-nawew, il cherche à manger; polo-nawewy il rap- 
porte de quoi manger. 
abiw, désigne Taction des yeux . 
wissak abiWj il souffre des yeux ; tokk^âbiiy^ il ouvre 



— 117 — 

les yeux ^pissaka-ûbm, il ouvre les yeux; nâ^hâbiw, 

il voit bien . 
towew-awew, la voix, le son de la parole. 
miyot towew, il parle bien ; may owew, il parle mal ; 
na&pi towew^ il imite la voix de quelqu'un. 
yow, le vol des oiseaux. 
pimiyow, il va en volant ; kitoe yow, il s'en retourne 

en volant ; pâpi yow, il vient en volant. 
awevo, le poil d'un animal . 
miyw aœeta, il a beau poil ; iimist awew, il a le poil 

court. 
katew, le ventre. 

mite kattew, il a faim ; kisiwas kateto, il a mal au 

ventre. 
puw,YMte de manger. 

kihispuw, il est rassasié ; kimis puw, il mange en secret ; 
pitckipuw, il s'empoisonne. 
skoyuwj l'action de la nourriture. 
ru'pahi skoyuw, il se fait mourir en mangeant trop ; 
sàkeskine skoyuw^ il se remplit de nourriture , 
kâmowy l'embonpoint. 
miyo kâmoto, il est bien gras. 
khwamito, kkwasiw, le sommeil. 

maiine kkwamiw,x>n l'entend dormir; pikiskwekkwa- 

miw, il parle en dormant. 
notie kkwasiw, il a envie de dormir. 
huw, l'action de porter des habits. 
myo huw, il est bien habillé ; wâhiski huw, il est 

habillé en blanc. 
P^yihuw, fort mouvement du corps. 
namanù payihuw, il tremble de tout son corps; na- 



— 118 - 

waki payihuiu, il se prosterne fortement ; payiw, 

aller à à cheval, courir. 
maljihuw, état du corps, de la santé. 
miyo matjihuw, il se sent bien. 
atamow, la bouche, la parole. 
inisiwe ii-at-âmow, il parle beaucoup de langues; 

iskw-atâmoto, il expire ; ptsiteto-atâmoïc, il a l'écume 

à la bouche. 
inoio, toew, kweio-, action de la parole. 
iciyaki-moto , il blasphème; kiiskvoe-motc, ilparleavec 

folie, loigak-kioew , il dit de mauvaises paroles. 
'juo, tout mouvement du corps. 
nàmiskioe-i/iw, il incline la tète; oppiskwe yiw-, il 

lève la tête: yepiskioe-iyvo, il penche la tête ; soujï- 

niske-yiw, il étend le brag. 
kkwew, visage. 
kâasi-kktoew , il s'essuie le visage ; mikok-kweio, il a le 

visage rouge. 
idikuxw, boue. 

appinew, new, maladie, douleur. 
loam, wew, il est fou par le mal. 
i/aioew, le corps. 
sahki yawew, il a le corps robuste; yoskiyawew , il est 

faible. 
tckiwew, action de monter ou de descendre. 
à iimtchiweio, il monte une montagne. 
i^kuitew, aller sur la glace. 
pisiskuUeto, il passe sur la glace. 
itwato, façon, allure. 
/iiiyott waio, il agit bien. 
IJiioato, kkioeio, le sang. 



— 119 — 

pakinuhkktoew, il vomit du sang; toiki-kkwawy il aime 

à manger du sang. 
ham, action de chanter. 
sipwe-hamy il commence à chanter ; ponà-ham, il cesse 

de chanter. 
nom exprime la trace du pied, l'action de la vue et 
celle de la main. 
kayàse-nam, sa piste ancienne; oski-^nam, sa piste 

fraîche; mi yo-nam, il le trouve beau; nut/i-nam, 

il le tient dans la main. 
abâkvoevo, la soif. 

nipâcha-abakew, il meurt de soif. 
Attanij attamow, l'action de respirer. 
iskivet-attam, il pousse le dernier soupir. 
makkat-attanij il pousse un grand soupir. 
tatjimow, l'action de se traîner. 
pimit atjimow, il se traîne à terre. 
kikkaw, la vieillesse. 

kakebot::, kikkaw, il est insensé par la vieillesse. 
simow, action de danser, d'être couché. 
nitt a ssi simow, il danse bien. 
uitew, action de marcher. 
nest-utlew, il est lassé de marcher; must-uttevo, il 

va à pied. 
Pfmaw, action de fumer. 

nrnieppwaw, il manque de tabac. 

Verbe objectif ou transitif 

hew, l'action et mew, la parole. 
kaski'hevo, il en vient à bout en agissant; kaski-mew, 
il en vient à bout en parlant. 



'^f' 



— 120 — 

eyimew, action de la pensée . 

it-eyimexjo^ il le pense ainsi ; m/s ka-eyimew, il le trouve 

en y pensant. 
wokeyimew, croire. 

sokkitelu'Wokeyimew , il le pense courageux. 
neto, action de la main. 
oti-new, il le prend avec la main; mino-neto, il l'arrange 

bien. 
pitew, l'action du bras. 

mani-pitew, il Tarrache ; otchi-pitew, il le tire. 
skawew, faction des jambes et des pieds. 
takiskawevo, il le frappe du pied; piku-skaweto, il le 

brise en marchant dessus. 
spitew ou pwew, le goût, l'action des lèvres et du 

palais. 
nisst'Spitew , il en reconnaît le goût ; matchi-spitew, 

il en trouve le goût mauvais. 
mameçv, l'odorat. 
miyo mâme^^ il trouve Todeur agréable ; matchù 

mamew, il trouve l'odeur désagréable ; miy-àmeKV, 

il le sent. 
ttav^ew, l'action de l'ouie. 
tàpwettawew, il croit à sa parole ; kitim à kitawew, il 

l'écoute avec compassion. 
nawew, l'action de la vue. 
nissitawi nawew, il le reconnaît en le voyant ; kiti- 

mâki-nawew , il le regarde avec pitié. 
amew, l'action des dents. 
takkus-amew , il le mord; wissakameWy il lui fait mal 

en le mordant. 

atemew, l'action de la bouche. 



— 121 — 

webatemew^ il Taspire. 

tonâmeto, l'action de la bouche, de la parole. 

kusti tonâmew, il craint ses paroles. 

ganâwew^ action sur les eaux. 

way à wigânamew, il le frappe jusqu'aux os. 

Comme on le voit, l'élément objectif est dominant 
dans tous ces exemples ; l'idée ajoutée est celle d'un 
nombre ou d'une action du corps. 

2^ Autres objets. 
Verbe intransitif 

tchimeç^, l'action d'aller en canot, en vaisseau ou de 

ramer. 
pekiwe-tchimew y il s'en revient en canot. 
huw, l'action d'aller par eau. 
kiwe huw, il s'en va par eau; ajriva huw, il traverse 

une rivière. 
poyuw, l'action de descendre le courant. 
mhàpoyuw, il s'en va à la dérive. 
pew^ l'action faite par l'eau ou celle qu'on opère sur 

Teau. 

nàii'pew, il va chercher de l'eau; awati pew, il 

charroie de l'eau ; nipahipew, il meurt par l'eau ; 

kiiskiwe-pew , il est fou par l'eau, il est ivre. 
wQ^vLw, action du père ou de la mère . 
kiskinohamà-wasuw, il instruit ses enfants ; pasas- 

tehwa-wasuçv , elle fouille ses enfants. 
^«^, indique tout ce qui ressemble aux corde, ruban, 

fil, cheveux. 



■l >, 



1^ ' 



- 122 — 

mw-abew, il mange des cordes; amskot-abew, il 

attache des cordes. 
apiw, l'action d'être assis. 
towatew, un fardeau. 
kkâsu^j action de simuler. 
amo^v, action d'errer. 
skiwev^, un bourbier. 
skeiv, l'action de bâtir. 
attamwy l'action de marcher sur du bois. 
kkai^^ew, la chair du poisson. 
skewew, toute autre chair, 
an'ew'j les œufs : man dfve^, il ramasse des œufs. 
yàvvesWy la colère. 
attika'e^v, le bois. 
pakwe^v, les feuilles. 
skasUvew, le foin. 
abàwew^ l'action de l'eau. 
askçveçi'y médecine. 



Verbes transitifs 

pahi^vew, un coup violent. 
ahwew, une action sur l'eau. 
ahçveçv, piler, écraser. 

sfveiv, sawatew, marque du feu, du ciseau et du couteau. 
huyew, une action sur l'eau. 
abâwayeçv, action au moyen de l'eau. 
simeiv, action de secouer. 
astimeiv, action du vent. 

payew, action de la scie, de la lime, de la pierre à 
aiguiser. 



— 123 — 

tahevew, action de la hache ou du fusil. 

kkutew, action sur le bois. 

skateu/j action d'abandonner. 

ppiwcUew, natew, action de maltraiter. 

kwatewy action de l'aiguille, du collet, du lacet, du 

filet. 
skateiu, demeure, habitation. 
sàkkomew, adoption. 

Lorsque l'élément est objectif, il se rapproche du 
subjectif, comme on le voit par ces exemples, en ce 
qu'il exprime les instruments ou les mouvements qui 
imitent ceux du corps de l'homme. 

Il ne s'éloigne de cet ordre d'idées que pour exprimer 
des éléments très connus : l'eau, le feu, le vent, le bois. 

3® Degré des verbes 

Les particules sont alors tantôt des préfixes, tantôt 
des suffixes; elles sont bien concrètes en ce qu'elles sur- 
déterminent le verbe. On les rencontre d'ailleurs dans 
beaucoup de langues. 

Elles ont cette particularité qu'elles n'ont pas d'exis- 
tence isolée. Mais cependant le concrétisme est beau- 
coup moins accusé, parce que le verbe peut apparaître 
sans elles. 

Par exemple t pouvoir et vouloir suivis d'un infinitif 
rentrent dans cette catégorie; mais il faut bien com- 
prendre le sens exact. On ne dit pas vouloir prier, 
poucoir priery mais bien prier en volonté, prier en 
paissanee. C'est le subordonné chez nous grammatica- 
lement qui est le principal là-bas . 



— 124 — 

toi signifie la volonté. 

wi-ayamihaw , il veut prier, il prie on puissance. 

ki signifie le pouvoir, 

nama ki-totaw, il n'a pu le faire. 

ot ami^ être occupé à. 

otami-mitjisuw , il est à manger. 

notte, avoir envie de . 

notte-matuw , il a envie de pleurer. 

mâna, nitta, nekaya, avoir l'habitude. 

nitta, nimikkweuj , il a l'habitude de boire. 

kakwBy tâcher de. 

ati-mâtji, commencer à. 

powi, cesser de. 

vokkCy être sujet à. 

Tel est le verbe concret dans la langue cri. Notre 
observation a été assez étendue pour nous faire parvenir 
à trois conclusions. 

La première est que le procédé du verbe concret a 
dû être d'abord purement subjectif. Le grand nombre 
d'éléments relatifs aux diverses parties du corps 
humain, comme objet et surtout comme instrument, à 
des fonctions et des mouvements de ce corps, le prouve 
évidemment. L'homme primitif a rendu le verbe con- 
cret en lui donnant pour appui soi-même, tantôt ses 
yeux, tantôt sa bouche, tantôt sa main, tantôt sa vue, 
tantôt sa parole, tantôt son action. De là, il a passé 
aux instruments et aux mouvements qui imitent ceux 
du corps : le bâton, la flèche, etc. Il a fini par les élé- 
ments usuels et familiers, l'eau, le feu. 

Le second point est que l'élément employé a subi 



t 



— 125 — 

lexicologiquement une déformation dans le conglo- 
mérat, puisqu'il s'y est entièrement consacré, et n'a 
pu désormais s'employer isolément avec la même 
racine, effet hystérogène, mais qui a beaucoup renforcé 
le concrétisme verbal. 

Enfin, le troisième point qui ressortira davantage, 
lorsque dans un appendice nous aurons examiné ce qui 
eoncerne le concrétisme dans les substantifs des mômes 
langues, c'est que le langage a procédé par le moyen 
très antique de la classification pour arriver à ce 
résultat. Elle a créé de véritables familles de verbes 
reconnaissables par le second élément vide qui y est 
affilé. Par exemple, toutes les actions qui ont lieu par 
Teau ou sur l'eau, ou qui affectent l'eau, forment une 
classe spéciale ; de môme celles relatives à la main ou 
aux yeux, etc. 

(A suivre.) Raoul de la Grasserib. 



Analytical Synopsis of the 542 forms of the 
Verb in Si Marks Gospel as translated by 
Jean de Leiçarraga, 1671 . 

AC. 2. Impératif, singulier 2* personne^ régime sin- 
gulier, auxiliaire actif, adressée au masculin. 
5. 36...., siNHETsac solament. ..., croy seulement 
9. 47,.., ïDocac hura..., arrache-le : 

AÇVE. 6. Imp: pluriel, 2* personne, r. s. aux : act : 
11. 24..., siNHETsa(îae ecen ..., croyez que 
11. 29..., : eta iHARDESTapae, ..., & me respondez : 
11. 30... ? iHAKDESTaçue. ... ? respondez moy. 
14. 6..., WTzaçue hori, ..., Laissez-la : 

14. 44..., eta ERAMapaesegurqui. ...,& le menez seu- 
rement. 

15. 36...^ vTzaçue : ..., Laissez, 
ADI, 20. Imp : s. 2«. auxiliaire. 

1. 25..., icwLadi, eta ilkï adïhorrenganic. ..., Tais- 
toy & sors hors de luy. 

2. 9..., lAïQui adi, ..., eta ebil adi'i ..., Leue- 
toy, ..., & chemine ? 

2. 11..., lAïQUi adiy . • . , Leue-toy , 

3. 3. ..., lAïQUi adi artera. * ..., Leue-toy en place. 

1. Cf. le nom de maison et de famille Hiriarte^ milieu de 
ville f place de ville, si commun dans le pays basque. 



— 127 — 

4. 39..., ICHIL adi, eta gueldi adi. ..., Tais-toy, & 

te tien coye. 
5. 8..., iLKi arfï spirîtu satsuâ, guiçon horrenganic.) 
..., Vuide hors de cest homme, esprit immonde . ) 
5. 41..., Nescatchâ (...) iaiqui adi, ,.., Fille (...) 

Leue-toy. 
7.34..., iRKQui arfï..., Ouure-toy. 
8. 3..., GuiBELERAT acti oDeganic Satan: ..., Va 

arrière de moy Satan : 
9.25..., iLKï arf/ horrenganic, ..., Sors de luy, 
10. 49..., spoRÇA adi, iaiqùi adi\ ..., Pren courage, 

ieue toy, 
11. 23. ..^ KEN adi^ eta iraitz adi itsassora : ..., Oste 

toy, & te iette en la mer: 
12. 29..., BBXiadi Israël, ..., Escoute Israël, 
12.36..., iAR-a(//ene escuinean, ..., Sieds-toy à ma 

dextre^ 
15. 30. .., eta iautsi adi crutzetic . . . , & descen de 

la croix. 
ADILâ. 2. Id quod adi avec la terminaison conjonc- 
tive la. 

8. 26. .., Ezad//a burgura sar, ..., N'entre point au 
village^ 

9. 25...^ eta guehiagoric ez adila sar hori baithan. 
..., & que tu n'entres iamais plus en luy. 

ADIN. 7. Subjonctif, présent sing : 2« aux : 
5.53..., ethor arfm, ... que tu viennes^ 
9. 43...^ escu bakoitzdun^ vicitzean sar adin,,..: 

1. On pourrait à la riguear compter parmi les formes verbales 
cet adjectifs se terminant en dun^ parce que dun est la môme 
chose que duen avec n relatif =s qui l'a, ayant. 



- 128 — 

gehennara ioan adin, ... entrer manchot en la 

vie, ..., & aller en la géhenne, 
9. 45. . . , mainguric vicitzean sar adirij ecen ez . . . 

gehennara kgotz adin, . . . entrer boiteux en la 

vie, qu' . . . , & estre ietté en la géhenne, 
9.47..., begui bakoitzdun laincoaren resumàn 

SAR adirij ecen ez . . suco gehennara egotz adin .• . . . 

entrer auec vn œil au royaume de Dieu, qu' . . . , 

& estre ietté en la géhenne du feu : 
ezAGO. I. Indicatif prés: 2' verbe irrégulier e^^on, 

auxiliaire . 

12 . 14 ... : ecen czago guiçonén apparentiara 
BEHA, ... : car tu n'as point d'esgard à l'appa- 
rence des hommes, 

AGVC.l. Imp. s. 2«r.s.r.i. pi: l"pers:adr: masc: 
aux: act: 

13. 4. . . . , ERRA^'WC . . . , Di nous 

AICELA. 1. Ind: prés : s. 2«, i. q. au avec e eupho- 
nique avant la, verbe substantif. 
12. 14... ecen eguiati aicela, . . .que tu es véritable. 

AICÉN . 3 . l.q. au verbe subst : & aux : avec e eu- 
phonique avant n conjonctif . Avec l'accent il a le 
sens de l'impératif. 
1. 24. ... norAicEN, ... qui tu es: 
1 . 41 ... , atcén chahu, . . . , soit net, 
5 . 34 ... , eta atcén sendo ^ eure plagatic . . . . , & 
sois guarie de ton fléau . 

AICENÂ. 1. 1. q. ai>avec e euph: n rel: décline au 
vocatif. Verbe subst: na=- tu qui. 

1. Sendo dérive-t-il da oastillan sanadof 



— 129 — 

11. 10... : Hosanna leku gorenetan aicenà. (Hau- 
tin a mis aicend.) ... : Hosanna es très-hauts 
lieux. 

LlTZAITADAN. 1. Ind: prés: s. 2*. rég: ind: s. 

l'^pers: avec da euph: pour t avant n rel : génitif 

«elon ridiotisme Basque avec esca. 

6. 23. . . : ESCATUREN aitsaitadan gucia . . ., Tout 

ce que tu me demanderas . 
lIZ. 11. Ind: prés: s. 2*. verbe subst : & aux: 

1 . 11 . . ., Hi Aiz ene Semé maitea . . . , Tu es mon 
Fils bien-aimé, 

1 . 24. . . ? gure deseguitera ethorri ais ?, ..: ht 
Aiz.(Hautin a mis a/::).Iaincoaren saindua. . . es- 
tu venu pour nous destruire? . . . asçauoir, le 
sainct de Dieu . . . 

3. 11. . .,Hi Aiz laincoaren Semea. ..., Tu es le 
Fils de Dieu. 

8. 29. . ., Hi Aiz Christ Tu es le Christ. 

10. 21. .., Gauça baten peitu a/j, . . ., Tu as faute 

* 

d'vne chose : 

12. 34. .., EzAiz vrrun laincoaren resumatic. 
. . ..Tu n'es point loin du royaume de Dieu. 

14. 61..., Hi Aiz Christ /amco benedicatuaren 
Semea? ...,Es-tule Christ, le Fils de Dieu, bénit? 

14. 70 ..., Eguiazqui hetaric aiz, ecen Galileano 
Aiz, . . . , Vrayement tu es de ceux-là: car tu es 
Galileen, 

15. 2..., Hi AIZ luduen Reguea ? ..., Es-tu le 
Roy des luifs? 

9 



- 130 — 

ezALBEILEDI. 3. Adjuratif s.3« aux: 

13. 15..., ezalbeiledi iauts etcherât, eioi ezalben 

ledi SAR deusen bere etchetic eram aitera . • . . J 

ne descende point en la maison, & n'y entrai 

point pour emporter aucune chose de sa maison.! 

13. 16. . . ezalbeiledi guibelerat itzul, bere abilla-^ 
menduaren hartzera. . ., qu'il ne retourne point 
en arrière pour emporter son vestement. 

ALBEILEGVITE. 1. Adjuratif s. 2«. r. s. verbe irri 
actif egum. 

13. 14. . ., ihes alBEiLEGuiTE mendietar&t: . . . qui 

ceux. . . , fuyent aux montagnes. 

ALBEITZINARRATE. 1. Adjuratif pi: 2*. r. s, 
verbe irr: act: erran, 

13. 11 , hura ALBEITZINARRATE : . . . , dites celai 

ezALBEITZINEÇATE. 2. Adjuratif, pi: 2«. r. s. 
aux: act: 

13. 11..., eta Qzalbeitsineçate médita: ... & n'\ 
méditez point: 

13.21...,: Qzalbeitsineçate sinhets. ..., ne 1^ 
croyez point : 

AN. 1. Imp: s. 2*. r. s. adr: au féminin, aux: act: 

7. 27 .... VTza/2 behin . . ., Laisse premièrement 

AQVIGV. 1. Imp: s. 2*. régime indirect plurie 
1" personne, auxiliaire. 

9. 22. . ., HEL aquigu, guçaz compassione harturic 
• . . , secour^nous, çiy ant compassion de nous . 
AQVIO. 2. Imp: s. 2*. r. i. s. aux: 

1« 44..., eta eracuts aquio Sacrificadoreari 
... & te monstre au Sacrificateur^ 



— 131 — 

9. 24..., launa, hel aquio ene incredulitateari . 
... : subuien à mon incrédulité. 

AQVIT. 1. Imp : s. 2«, r. i. s. 2« pers: auxiliaire. 
6. 22. . ., EscA aquit cer-ere . . . Demande-moy ce 
que 
ARREIT. 2. Imp : s. 2*. verbe irrégulier intransitif 
iarveiqui. 
2. 14..., ARREIT niri. ..., Suy-moy. 

10. 21..., ARREIT niri, crutzea harturic 
... , suy-moy, ayant charge la croix . 

ATHOR. 1. Imp: s. 2*. verbe irr: intransitif e^/io)*. 

10. 21...: eta athor, ... : puis vien-t'en^ 
ATZA. 1. Indicatif prés. s. 2*. verbe irr: intr: et^an, 

auxiliaire. 

14. 37. . ., Simon," lo at::a? . . ., Simon, dors-tu? 
AV. 3. Ind: prés: s. 3*. r. s. 2« personne, aux: act: 

5. 34. . . , Alabâ, eure fedeac saluatu au, . . . , Fille, 
ta foy t'a sauuee^ 

10. 49. . . : DEiTZEN au. . . . , il t'appele. 

10. 52. . . Eta bertan recîebi ceran ikustka , . . . Et 
incontinent il recouura la veuë, 
AVC. 3. Imp: s. 2®. r. s. adr: masc: verbe possessif 
& aux : act : 

1 . 44. . . , BKGVinauc . . . , Garde que 
10. 47..., lesus Dauid-en semeà, auc pietate ni- 

çaz. . . ., lesus fils de Dauid^ aye pitic de moy. 
10.48...., Dauid-en semeà, auc pietate niçaz. 
. . . , Fils de Dauid> aye pitié de moy. 
AVÇVE. 9. Imp: pi: 2\ r. s. verbe poss: & aux: 
act: 
4. 24 . . * , GogoAUÇUE . . . , Regardez 



— 132 — 

8 . 15 ... , GogoAUçu E . . . . Aduisez 

9. 50...?AUÇUE ceurôc baithan gatz, eta baque 
AUÇUE elkarren artean. ... Ayez du sel envous- 
mesmes, & soyez en paix entre vous. 

11. 22..., AUÇUE laincoaren fedea. (à remarquer 
le génitif objectif) ..., Ayez la foy, de Dieu. 
[sic] . 

12. 38. . ., BEGmHauçue . . . , Don nez- vous garde 

13. 5. . ., BEGmnauçue , . . , Aduisez que 

13. 23 Baina çuec BEomnauçue. Mais donnez- 
vous garde : 

13. 33. BEGViRauçue, Gardez-vous, 

AVELA, 1. I. q. au avec e euph: avant /aconjonctif. 
5. 31... gendetzeac* hertsen auela,... que la 
foule t'enserre, 
AVT. 3. Ind: prés: s. l*. r. s. 2*. pers: aux: act: 
5. 7...? ADiURATZEN uut laincoarcu partez. .? 

ie t'adiure de par Dieu 
9. 25. . . , Spiritu mutuà eta gorrâ, nie aut manat- 
ZBN, ..., Esprit muet & sourd, ie te commande, 

14. 31. ..., ezaut vkaturen. ..., si ne te re- 
nieray-ie point. 

AVTE. 1. Ind: prés : pi: 3*. r. s. 2". pers: aux : act: 
3. 32. . . , hire amac eta hire anayéc lekorean* gald- 

1. Ce mot a la terminaison du nom infinitif Ue, Il y a certains 
nombres d'arbresque la portent aussi, e. g. Jicotjse, figuier. Il est 
aussi artificiel que le serait gentlfactio en latin. Y a-t-il d'autres 
auteurs basques qui Tont usité? 

2. Quelle est Torigine de lekorcanf Est-il Icku, endroit ^ avec 
la terminaison biscayenne rcartf synonyme de tic, rie; en sens de 
hors lieu? 



— 133 - 

KGuiTEN aute. . ,, Voila ta mère & tes frères que 

te demandent là dehors, 
BEÇA. 6. Imp: s. 3*. r. s. aux: act: 
4.9..., ENÇUN 6eca. ...,oye. 
4. 23. . .j ENçuN beça. .. ., qu'il oye. 
7. 16. . ., ENÇUN 6era. . . ., qu'il oye. 
8. 34. . ., RENUNTiA beça bere buruàz, eta har* beça 

bere crutzea, . . . , renonce à soy-mesme, & 

charge sur soy sa croix, 
13. 14.. . ADi beça) . . . l'entende). 
BEDI.2. Imp: s. 3^ aux: 

7. 10..., lieriez hil bedi. ..., qu'il meure de 
mort. 

15. 32. Christ Israeleco Reguea iauts bedi orain 
crutzetic, . . . Que Christ le Roy d'Israël descende 
maintenant de la croix^ 
BERRAIT. 1. Imp: s. 3'rég: ind: s. 1* pers: verbe 

irr: intr: iarreiqui, 

8. 34. . ., eta berrait niri. , . ., & me suyue, 
ÇABILALA. 4. Ind: imparfait s. 3* avec la participial 

causant Télisiondu n final, verbe irr : intr : ebiL 
1. 16. Eta Galileaco itsas bazterreançABiLALA... Et 

en cheminant auprès de la mer de Galilée, 
6. 48. . ., itsasgainez çabilala:... cheminant sur la 

mer, 
6. 49. Baina hec hura ikussiric itsas gainez 

ÇABILALA, . . . Mais quaud ils le virent cheminant 

sur la mer, 

1. Il n'est point impossible que hnr et charge proviennent de 
a même racine. 



l 



— 134 — 

11. 37. . : : eta templean çabilala, ... : & comme il 
cheminoit au temple, 
ÇABILAN. 2. Ind: impart: s. 3*. v. i. intr: ebt'L 

emploi absolu et aux : 

5. 42. . ., eta ba çabilan : . . ., & cheminoit: 

14. 11 ... : eta bilha cabilan ... : dont cerchoit 
ÇABILTZAN. 4. Ind: imp: pi : 3" v. i. intr: ebil. 

emploi absolu & auxiliaire. 

9. 30. Eta handic ilkiric, elharrequin çabiltzan 
Galilean gaindi : * Et estans partis de là ils che- 
minoyent par Galilée : 

11 . 18. . . , eta BiLHA ÇABILTZAN . . , cerchoyont 

14. 1. ... eta Scribàc çabiltzan bilha ... & Scri- 
bes cerchoyent ♦ 

14. 55. Eta Sacrificadore principalac,eta consistorio 
gucia lesusen contra testimoniage bilha ça- 
biltzan, .... Or les principaux Sacrificateurs, & 
tout le consistoire cerchoyent tesmoignage contre 
lesus. (en 16. 6. on voit que bilha ne gouverne 
point le radical, mais le génitif ou possessif.) 
ÇABILTZATE. 1. Ind: prés: pi: 2* v. i. intr: ebil, 

auxiliaire. 

16. 6... denaren bilha çabiltzate, ... vous cer- 
chez . . . qui a esté crucifié 
baÇADASSATEN. 1. Ind: imp: pi: 3«, v. i. act: 

erasten , [et . St-Jean: Ep : dadassala) . 

14. 5. . . Eta baçADASSATEN haren contra. . . Ainsi 
ils fremissoyent à rencontre d'elle. 

1 . A remarquer gaindi qui gouverne le locatif. 



— 135 — 

ÇADVCATEN. 1. Ind: imp: pi: 3*. r. s. verbe irr: 
act: eduqui. 
11 . 32 ... : ecen guciéc çaducaten . . . ^ Car tous 

tenoyent 
ÇAIC; 1. Ind : prés: s. 3*. r. i. s. 2* pers : adr: 
masc : aux : 
7. 11. . . PROBETCHATUREN çaic, .. ., viendra à ton 
profit, 

ÇAIÇVE. 5. Ind: prés: s. 3*. r. i. pi: 2« pers: 
auxil : 

4.11..., Çuey EMAN çaiçue laincoaren resumaco 

secretuaren. eçagutzea : , H vous est 

donné de cognoistre le secret du royaume de 
Dieu: 

4.24..., NEURTUREN paicae, eta emendaturen 
caiçue, . . . , il vous sera mesuré : & . . . il sera 
adiousté . 

11. 24...: eta eguinen çaiçue. ..., & il vous 

sera fait. 
14. 64...: cer irudi çaiçue? ...: que vous en 

semble ? 
ÇAITEZQVETE. 1. Potentiel prés: pi : 2*. aux: 
10. 38. . . BATHEYA AHAL çaitezquete? ... : 

pouuez-vous . . . , & estre baptizez ... ? 
ÇAlTEZTE. 7. Impératif pi : 2^ auxiliaire. (C'est l'in- 
dicatif employé comme impératif.) 
1. 15. . . : EMENDA çaitezte, ... : amendez-vous, 
6. 31 . . . , eta reposa çaitezte gutibat : . . . , & 

vous reposez vn petit : 
6. 50..., spoRÇA çaitezte, ..., Asseurez vous, 
8.15... eta beguira çaitezte Phariséeun altclia- 



— 136 — 

garritic, .. . . , & donnez- vous garde du leuain des 

Pharisiens, 
14. 32. . ., lAR çaitezte hemen, . . ., Seez-vous ici, 
14 . 41 ... , êta REPOSA çaitezte : . . . , & reposez : 
14. 42. lAïQui çaitezte, Leuez-vous, 
ÇAITEZTENEAN. 1. Indic: prés: pi 2'. nrelidécl: 
temporel, aux : {nean =z quand) 
11. 25. Baina othoitz eguiten iar çaiteztenean, 

Mais quand vous serez pour faire oraison, 
ÇAITVZTE. 2. Ind : prés: sing: et plur : 3«r. pi: 2* 
pers: aux: act: 
1. 8..., baina harc batheyaturen caiYwste Spi- 

ritu sainduaz ... : mais il vous baptizera du 

sainct Esprit. 
13. 9 : ecen liuraturen çaituzie consisto- 

rioetara ... : car ils vous liurerontaux consistoires, 
ÇAITVZTENEAN. 1. Ind.: prés: pi: 3* r. pi : 2* 
pers: avec n rel:décl: temporel, aux: act: 
13. 11. Eta HATZAMANIC ERAMANEN çaitustenean. 

m 

Quand donc ils vous mèneront pour vous liurer: 

(L. n'a pas traduit ces trois derniers mots). 
ÇAITVZTET. 4. Ind; prés: s. 1*. r. pi: 2* pers: 
aux : act : 
1. 8. ..., nie BATHEYATZEN çaituztet vrez, .,... 

ie vous ay baptizé d'eau: (L. le traduit au temps 

présent . ) 

1. 17..., eta EGuiNEN çaituztet guiça* 8 pesca- 

1. Da moi guiça on a formé guiron en ajoutant l'adjectif on, bon. 
Dante (Pwriy., 28,92) a dit; que Bien fecc ruant buono; Guiça 
ona eguin ccçan laincoac. Guiça provient-il de Tltalien guiso, 
ou de la môme racine que eguin, faire ^ V. Hugo a dit (Les Mise- 
râbles): y L'homme qui au fond est bon ». 



- 137 — 

dore. ..., & ie vous feray estre pescheurs 
d'hommes . 

9. 19..., noizdrano finean supportaturen çaitu::^ 
tetf.,., iusqu'à quand fim\lement vous suppor- 
teray-ie ? 

11. 29..., INTERROGATUREN çaitustet lïic-ere çuec 
gauça bâtez: ..., le vous interrogueray aussi 
d'vne chose, 

ÇAIZCALA. 1. I. q. çaiscan avec élision du n final 
devant la participial, v. subst : 

8. 11..., hari cembeit signoren cerulic gaidez çaiz- 
CALA, ..., demandons de luyg'tte/g'Me signe du ciel, 

ÇAIZCAN. 10, Ind : imp : pi: 3« r. i. s. aux : 

1. 18. Eta bertan vtziric bere sareac iarreiqui 

irançaucan. (Hautin a mis içâ- à la fin de la 

ligne.) Et soudain laissant leurs filets le suyuirent. 

1. 80... : eta bere aita Zebedeo vncian vtziric 

languilequin, iarreiqui içan çaizcan : & 

laissans leur père Zebedee en la nacelle auec les 
ouuriers^ le suyuirent; 

1. 30... : eta bertan minçatu içan çaizcan harçaz. 
... : & soudain ilsluy parlent d'elle. 

1. 36. Eta IARREIQUI içan çaizcan Simon eta 
harequin ciradenac. Et Simon le suyuit, & les 
autres qui estoyent auec luy . 

2.15... eta IARREIQUI içan çaizcan qui pareil- 
lement l'auoyent suyui. 

6.35..., ETHORRi içan çaizcan bere discipuluac, 
..., ses disciples vindrentà luy. 

10. Sommaire 13. Christi presentatu içan çaizcan 



— 138 — 

haourres. (ici le n final est le relatif qui, nom : 
plur :) 13 En/ans présente:: à Christ 

10. 32... ETHORRi BEHAR çaiscati gaucèn er- 
RAiTEN : ... à leur dire les choses qui luy deuoyent 
aduenir: 

11. 18...: ecen beldur çcdzcan, ... : car ils le 
craignoyent 

15. 41... lARREiQUi içançaiscan^..,, Tauoyent suiui, 
ÇAIZQVIC. 2. Ind: prés: pi: 3«. r. i. s. 2*. pers: 

adr : masc : aux : 

2. 5..., Semé, barkatu çàisquic eure bekatuac. 
,,,,Mon fils, tes péchez te sont remis. 

2. 9. ..., barkatu çaizquic bekatuac, ala er- 
RAiTEA, Tes péchez te sont remis : ou de dire^ 

ÇAIZTE. 2. Ind : prés : pi : 3* r. i. pi : aux : 
4. 11... : baina lekorean diradeney comparationez 
gauça guciac tractatzen çaizte : mais à ceux-là 
qui sont dehors, toutes choses se traittent en si- 
militudes. 

16. 17. Eta signe hauc... iarreiquiren çaisté: 
(Hautin a omis la ponctuation ici.) Et ces signes 
suyuront ceux 

ÇAIZTELA. 1. l. q. çai:j le eiwec la conjonctif comme 
supplément à! ecen. 

3. 28, ..., ecen bekatu guciac guiçonén seméy bar- 
KATUREN çaistela, ..., que toutes sortes de pé- 
chez seront pardonnez aux fils des hommes, 

ÇAQVIZQVIDATE. 1. Impér: pi : 2^ r. i. s. l'*' pers. 
aux : 

7. 14..., beha çaqui:squidate guciac, ..., Escou- 
tez moy tous, 



I 



[ — 139 — 

ÇAQVIZQVIOTE. 1. Imper : pi : 2*. r. i. s. aux : (cf. 
St Luc, IX, 35). 

9.7...: huni hehx çaquâquiote, ..., escoutez-le. 
baiCARA. 1. I. q. gara avec le préfixe 6aï superflu, 
aux : 

10. 35... cer-ere kscaturen baicara, (à remarquer 
que le régime de esca n'est point au génitif ici) 
ce que nous demanderons. 
ÇARETE. 11. Ind : prés : pi : 8% verbe subst : & aux: 

4. 40. ..., Cergatic çarete horrela icior? (L'origi- 
nal n'a pas de virgule.) . . ., Pourquoy estes vous 
ainsi craintifs? 

5. 39.. ., Cergatic tormentatzkn çarete, . • ., Pour- 
quoy vous tourmentez-vous...? 

7. 18. . ., Horrela çuec-ere adimendu'gabe çarete? 
. . . , Vous aussi estes vous ainsi sans entende- 
ment? 

10. 39. . . BATHEYATUREN h?Lçarete : . . . , vous serez 
baptizez : 

11. 5. . ., Cer ARI çarete, . . . , Que faites vous. • . t 

12. 27. . . : çuec beraz haguitz enganatzen çarete. 
... : vous vous fouruoyez donc grandement. 

13. 9. ... : AÇOTATUREN çarete, eta gobernado- 
rén eta reguén aitzinera eramanen çarete ene 
causaz, hœy testimoniagetan. ...: vous serez 
fouettez^ & serez menez deuant les Gouuerneurs 

& les Rois, â cause de moy, en tesmoignage à 
iceux. 

13. 13. Eta GAiTZETsiAC içanen çarete guciéz, ene 
icenagatic : Et serez hais de tous pour mon nom : 

14. 27..., Guciac scandalizaturen çarete nitan gau 



— 140 — 

hùnetan : , . . , Vous tous ceste nuict serez scan- 
dalisez enmoy: 
14. 48..., Gaichtaguin baten ondoan beçala ilki 
çarete., . ene hatzamaitkra?..., Vous estes venus 
comme après vn brigand..., pour me prendre. 
ÇARETEN. 2. I. q. çarete avec n conjonctif. 
. 9. 41..., ceren Christenac çareten. ..., pource que 
que vous estes à Christ, 
11. 2... : eta hartan sarthurkn çareten beçain 
sarri, .. . ., incontinent que vous y entrerez, 
ÇARETENAC. 1. I. q. mreteaux : avec n rel : déci: 

nom: pi : intr. nac = ceux vous qui). 
. 13. 11..- MiNço çaretenac,hdÀïi2L Spiritu saindua. 

... vous qui parlez» mais iesainct Esprit. 
baÇARREITZAN. 1. Ind. : imp : pi : 3«. r. i. s. verbe 
irr : intr : iarreiqui, 

6. 1..., eta baÇARREITZAN bere discipuluac, ..., & 
ses disciples le suyuoyent. 
ÇARREITZATE. 1. Imp: pi: 2* r. i. s. /az-raçw. 

14. 13... : ÇARREITZATE Iiari . ... : suyuez-le. 
ÇARREITZOLA. 1. I. q. farm^-s'an avec élision du 
n devant la participial . 

10. 32. . . , eta çarreitzola. . ., & en /e suyuant 
ÇARREYON. 1. Ind : imp : s. 3". r. i. s. iarreiqui. 
5. 24. . . , eta populu handi çarreyôn, . . . , & grand 
peuple le suyuoit, 
ÇATCHETZATE. 1. Imp: pi: 2\ t. i. s. verbe irr: 

ATCHIQUI. 

14. 44. . ., hari çatchetzate, ... : empoignez-le, 
ÇATEN. 1. Potentiel prés : s. 3*. aux : 
14.5. Ecen baur birur-ehun dinero baino guehiagolan 



— 141 — 

SALDU AH AL çatcn, eta eman paubr éy. Car il 

pouuoit estre vendu plus de trois cens deniers, & 

estre donné aux poures . 
ÇATOZTE. 3. Imp: pi : 2^ verbe irr : intr : eilwr. 
1. 17. . . . , CATOZTE eneondoau ..., Venez après moy, 
6. 31 ... , ÇATOZTE ceurôc appart leku desertu ba- 

telara, . . . , Venez vous-en à part en lieu reculé, 

12. 7. . . : ÇATOZTE ... : venez 
ÇAVNÇATELA. l.Ind : prés : pi : 2\ verbe irr. : int: 

eUan, auxiliaire, avec la participial. 

13. 36 . . ., Lo ÇAUNÇATELA . . . domiaus. 
ÇAYE. 1. Ind : prés : s. 3*r. i. pi: aux : 

10. 40 ..i, baina emanen çaye (Hautin a mis 
emanen çaye) ... : il sera donné à ceux 
ÇAYENEAN. 1. I. q. çaye avec n rei : décl : tempo- 
rel (nean = après que, quand). 

16. 19. Eta launa gauça hauçaz hœy minçatu 

içan çayenean, Et après que le Seigneur lesus 

eut parlé à eux, 
ÇAYENEC. 1. I. q. çaye, avec n rel : datif pluriel 
décliné au nom : pi: actif {nec= ceux à qui). 
10. 42 ... ecen nationén gainean seignoriatzea 

laket çayenéc, . . . que ceux qui tiennent en 

estime de dominer sur les nations, 
ÇAYENËY. 1. 1. q. caye avec/i rel : dat : pi : décliné 
audat : pi : {ney == à ceux pour qui). 
10. 40 ... PREPARATU içan çayeney. . . . ausquels 

il est préparé. 
ÇAYENIC. 1. I. q. çaye avec n rel : dat : pi : décliné 
au. partitif indéterminé en apposition avec le nomi- 
natif {nie = aucuns de ceux à qui). 



- 142 — 

14. 4. ... berac baithan gaitzi çayenic, . . . aucuns i 
.... despitez en eux-mesmes, 
ÇAYO. 4. Ind: prés : s. 3«. r. i. s. aux : 

4. 25. . . ., EMANENf ay() : . . . edequiren çayô. ...J 
il luy sera donné : . . . luy sera osté. ! 

10. 7 ..., eta luNCTATUREN çayô bere emaz- 
teari. . . .^ & s'adioindra à sa femme. 

11. 23 . . . EGUiNEN qayô, . . . luy sera fait. | 

ÇAYOLA. 1. I. q. çayo avec la conjonctif. j 

9. 21 ... haur heldu çayola? . . . que ceci luy estl 
aduenu ? 

ÇAYON. 3. I. q. çayo avec n conjonctif, et relatif! 
nominatif. 

5. 16 .,,y nola dkmoniatuari heldu rm/i rayo/i. 
eta vrdéz. ... comme il estoit aduenu à ce dé- 
moniaque^ (Est-il plutôt imparfait?) 

6. 2. . • . huni eman içan çayon sapientia haur, . . . 
ceste sagesse qui luy est donnée? 

12. 26. . . ., nola berroan liari minçatu içan çayon 
laincoa, (ici l'accent sur çayon pourrait être une 
faute d'impression) . . . comment Dieu parla à 
luy au buisson 

ÇAYON. 5. Indiimp :s. 3*. r. i. s. aux : 

5. 18 . . ., OTHOIZTEZ ÇAYON ... le prioît 

6. 19. Halacotz Herodias ayher ç^iyàn, Donl 
Herodias en auoit à luy, 

6. 20. Ecen Herodes beldur çayôn loannesi, Car 

Herode craignoit lean (à remarquer le datif avec 
beldur) 

10. 52. ...,eta iarreiquiten ra^wt lesusi bi- 



— 143 — 

dean. (Hautin a mis iairreiquiten.) ..., & 
suiuoit lesusparle chemin. 
14. 51. Eta guiçon gaztebat iarreiqui içan çayôn 
gorputz gorputz billuciaren gainean inguru mihisse 
bâtez ESTALiRic, ... Et quelque ieune homme le 
suiuoit, enueloppé d'vn linceul sur le corps nud : 

ÇAVDETE. 3. Indicatif prés : & impératif s. 2^ verbe 
irr : int : egon . 

5. 39 . . ., eta nigarrez çaudete ?. .. & plorez ? 

6. 10 ... , ÇAUDETE han handic ilki arterano. 
..., demeurez-y iusques à tant que vous partiez 

de là. 

14. 34 ... : ÇAUDETE hemen, ... : demeurez ici^ 
ÇAVDETEN. 1. I. q. çaudete indic : avec n conjonc- 

tif. 

10. 38 . . . ceren esquez çaudp:ten : . . . que vous 
demandez : 
baCEAQVIAN. 1. Ind : imp : s. 3* r. s. verbe irr: 
trans : iaquin. 

15. 10. (Ecen bacEAQUiAN nola . . . Car il sçauoit 
bien (ici ba traduit bien). 

baCEAQVIAT. 1. Ind : prés : s. 1- r. s. adr : masc: 
verbe irr : act : iaquin. 
1. 24 ... ? bacEAQUiAT ... ? ie sçay 

CEÇAN. 95. Ind : imp : s. 3*. r. s. aux : act : 

1. 12. Eta bertan Spirituac irion ceçan hura deser- 

tura. Et incontinent l'Esprit le poussa au désert. 
1. 25. Eta mehatcha ceçan hura lesusect ... Et 

lesus le tença, 
1. 28. Eta lo ceçan haren fam&c bertan Galileaingu- 



— 144 — 

ruco comarca gucia. Ainsi sa renommée alla sou- 
dain par toute la contrée d'alentour de Galilée. 

1. 31. Orduan hurbilduric goiti ceçan luira escutic 
HARTURic, eta bertan vtzi ceçan helgaitzac : . . . 
Adonc s'approchant la leua, en la prenant par 
la main, & soudain la fieure la laissa, 

1. 34. . . : eta anhitz deabru campora egotz ceçan, 
... : & iettoit plusieurs diables, 

1. 41. Orduan lesusec compassione harturic eta 
escua HEDATURic, HUNQui ceçan liura, ... Et 
lesus ayant compassion^ estendit sa main, & le 
toucha, 

1. 43. Eta hura mehatchaturic bertan igor ceçan 
camporât : ... Et l'aynnt menacé, soudain 
Tenuoya dehors. 

8. 14. .. ., iKus ceçan Leui Alpheoren semea péage 
lekuan iarrîric, (Hautin a mis une virgule 
après ceçan) . . ., il vid Leui lejils d'Alphee assis 
au lieu du Péage, 

3. 5. . . : Eta heda ceçan, ... Et il Testendit, 

4. 8 ..., eta eman ceçan fructu ..., eta ëkar 
ceçan 6/Af batac hoguey eta hamar, ..., & rendit 
du fruit, ... qu'vn grain en apporta trente, 

4. 39.... MEHATCHA ccçan haicea, ..., il tança le 
vent, 

5. 6..., laster eguin ceçan . . ., il accourut, 

5. 7. Eta oihuz voz goraz erran ceçan, .., Et criant 

à haute voix, dit, 
5. 9. Orduan interroga ceçan hura, ... ? Eta 

IHARDETS ceçan, . . . Adonc il Tinterroga, . . .? Et 

il respondit> 



— 145 — 

5. 22 .... EGOTZ cecan bere buruâ han^ti ôinetara. 

. . . , se ietta à ses pieds : 
5. 27 . . ., età HUNQUi ceçan haren arropâ. . . ., & 

luy toucha la robbe : 
5. 29 ... : eta sendî ceçan bere gorputzôan . ., & 

sentit en son corps, 
5. 30..., iTZULiRic gendetzean, erran ceçan, ...,se 

retourna en la foule, disant, 
5. 33..., eta egotz ceçan hevQ buruâ haren aitzî- 

nera, ..., & se ietta deuant luy, ' 

5. 43 ... : eta erran ceçan ..., puis dit ' 

6. 14. Eta ENÇUN ceçan regue Herodesec minçatzen 
(...)eta ERRAN ceçan, Ot\e roy Herode en ouit 
parler ;...) & disoit. 

6. 17. Ecen Herodes hunec gende iGioRRiRic iiar 
ceca^ï loannes, eta ESTECA ceçan presoindeguian, 
Car Herode ayant enuoyé ses gens, auoit fait 
prendre Iean,& l'auoit lié en prison. 

6. 24 ...? Ettt harc erran çecan, loannes Baptis- 

tarenburuiiren. ...? Et elle dit, La teste de lean 

Baptiste. 
6. 27. Età bertan Reguec, igorriric borreroa, 

MANAC^fa// ... Mais incontinent y enuoya le bour- 
. reau,& commanda 
6. 28. Eta EKAR ceçan haren buruîi platean, Et 

apporta la leste d'iceluy en vn plat, 
6. 34. Orduan ilkiric ikus ceçan gendetze handia 

lesusec, eta compassione har ceçan hegaz : Adonc 

lesus estant sorti, vid grande multitude, & en eut 

compassion : : 

6. 48. Eta IKUS ceçan ... Et vid 

10 



— 146 — 

7.25 ..., ETHORRiRic EGOTZ ceçcUihere buruà haren 
oinetara, ..., vint & se iettaàses pieds. 

7. 28. Eta harc ihardets ceçan, Elle respondit, 

7. 30 ..., eriden ceçan ..., elle trouua 

7. 33 ,..: eta thu eguinic, hunqui ceçan h^ren 
mihia. ... : & ayant craché, luy toucha la langue, 

7. 34. Guero cerurat beguiac altchaturic suspirio 
EGUiN ceçan, Puis en regardant au ciel, il souspira, 

8. 6, Orduan mana ceçan populua ... Adonc il 
commanda au peuple 

8. 7 ..., HRRAN ceçan ...» il commanda 

8. 12. Orduan barnadanic bere spirituan suspirio 
eguinic'erran ceçan, Luy souspirant profonde- 
ment en son esprit^ dit, 

8. 23. Orduan itsuaren escua harturic, sraman 
ceçan burgutic campora : eta haren beguietara thu 
fiGUiNic, eim wcuac haren gainean bçarriric, 
fNTBRROGA ceçan. Lors il print la main de Taueu- 
gle, & le mena hors du village : ayant craché es 
yeux d'iceluy, & mis les mains sur luy, il Tin- 
terroga 

8. 24. Eta harc beguiac altchaturic erran ceçan, 
Et l'homme ayant leué la veuë, dit, 

8. 26. Orduan lesusec igor cecan hura bere 

9 

etcherât, Puis il le renuoya en sa maison, 

8. 32. . . .Orduan apparta cecoji Pierrisec, . . . Lors 

Pierre le print 
8. 33. Eta harc itzuurig, eta bere discipulueta- 

Brat bhaturïc reprotcha ceçan Pierris, Mais luy 

se retournant, & regardant ees disciples, tanga 

Pierre, 



— 147 — 

9. 14. Eta discîpuluetara ethorriric, ikus ceçan 
gendetze.^ handibat hayén inguruân, Puis estant 
reuenu à ses disciples, vid vne grande multi- 
tude à Tentour d'eux, 

9. 17 ..., ERRAN ceçan, Magistruà, ... dit, Maistre, 

9. 19. . . . ERRAN ceçan, natione sinheste gàbea, 
. . . dit, nation incrédule, 

9. 20.. •, bertan Spirituac çathica ceçan hura, 
. . . , incontinent l'esprit le desrompit : 

9. 21. Orduan interroga ceca/i /esasecharen ai ta, 
Âdonc il interroga le père d'iceluy, 

9- 24. . . . nigarrequin erran ceçan, . . . auec 
larmes dit^ 

9.25..., MEHATCHA ccçan spiritu satsua, ...,il 
tança l'Esprit immonde, 

9. 27. Baina lesusec harén escua hartuRic 
CHUCHENT ceçan hura, Mais lesus l'ayant prins 
par la main le dressa^ 

9. 36. Etahaourtchobat HARTURic eçar ceran hay en 
artean. Et ayant prins vn petit enfant, il le mit 
au milieu d'eux : 

10. 3. . , . ERRAN, ceçan, . . . leur dit, 

10. 17 ... , norbeitec harengana laster eguinic, eta 
haren aitzinean belhauricaturic, interroga 
ceçan, .,,, quelqu'vn accourut qui s'agenouilla 
devant luy, Tinterrogant, 

1 . M. L. Diharassarry dans Mariaren Haurren Escu-Liburua 
(Bayonne, 1895), p. 359 emploie jendeUe dans le sens de gène- 
ration. \\ a tort en appelant othoitsa le Magnificat et le Credo 
et en écrivant errotor et aî*rosorio pour crretor et arrosario 
qui sont les formes anciennes et étymologiques. Pierre d*Urte 
a errotor^ lui aussi. Mais une erreur n'est jamais respectable. 



- 148 — 

10.. 21. Eta lesusec harenganat bkhaturic, onhets 
ceçan, Et lesus le regardant, Taima, 

10. 49. Orduan lesusec gueldituric, Mana C6ca/i, 
Et lesus s'estant arresté, dit 

12.1. ..., Mahastibàt landa cemn guicon-batec. 
eta iNGURA ceçan hessiz, eta eguin ceçan ho- 
bibat ^ lacotaco, eta edifica ceçan dorrebat, 
.,., Quelqv'un planta vne vigne, & l'enuîronna 
d'vne Imyè, & y creusa vne fosse pour vn pressoir, 
& y édifia vne tour: 

12. 2. Eta IGOR ceçan laborarietara sasoinean 

cerbitzaria. Or en la saison il enuoya-vn seruî- 

teur aux laboureurs, 
12. 4. Eta berriz igor ceçan hetara berce cerbitza- 

ribat . . . Derechef leur enuova vn autre serviteur: 
12. 28 . . ., Iiarc interroga ceçan, . . .^Tinlerroga, 
14. 3... : eta hausiric boeitâ, huts ceçan haren 

buru gainera. ... : & rompit la boite & Tes- 

pandit sur le chef d'iceluy . 
14. 22..., HAR ceçan lesusec oguia eta gratiâc 

rendaturic hauts ceçan: ..., lesus print du 

pain : & après auoir rendu grâces le, rompit : 
14. 35. Eta aitzinachiago ioanic, bere buruà lurrera 

EGOTZ ceçan, eta othoitz eguin ceçan, Quand il 

se fut vn peu eslongné, il se ietta en terre : 

& prioit 
14. 36. Eta erran ceçan, Abba, Aita, Et disoit, 

Abba, Père, 

1 . Hobi dérive probablement du latin focea, ou bien en est 
le cousin germain. 



— 149 — 

14. 39. Eta berriz ioanic othoitz egùin ceçan, 
eta propos bera erran ceçan. Et derechef s'en 
alla, & pria^ disant la mesme parole. 

14. 47. . . 10 ceçan Sacrificadore principalaren cer- 
bitzaria, . . ., & en frappa le seruiteur du prin- 
cipal Sacrificateur, 

14. 60. Orduan Sacrificadore subiranoac artera 
lAïQumic INTERROGA ceçan lesus, Lors le souue- 
rain Sacrificateur se leuant au milieu^ interroga 
lesus, 

14. 61... Berriz Samficadore subiranoac inter- 
ROGA ceçan hura, . . . Derechef le. souuerain 
Sacrificateur Tinterroga, 

14. 63. Orduan Sacrificadore subiranoac bere arro- 
pâc ERDiRATURic ËRRAN cccan, Lors le souuerain 
Sacrificateur deschira ses vestemens, (Scdit, 

14. 67..., hari beguira iarriric ekran ceçan^ 
. . . , elle le regarda, & dit, 

14.68. Beina harc vka ceçan, ..., eta oiilarrac lo 
ceçan. Mais il le nia, . . ., & le coq chanta. 

14. 70. Baina harc berriz vka ceçan. Mais il le 
nia encores. 

14. 72. Eta berriz oillarac lo ceçan :., . Eta camporat 
iLKiRic nigar euguin ceçan. Et le coq chanta 
pour la seconde fois : ... Et s'estant ietté hors 
il pleura, 

15. 2. Orduan interroga ceçan hura Pilatec, 
(Hautin a mis une virgule après ceçan) Et Piiate 
l'interroga: 

15. 4. Eta Pilatec berriz interroga ceçan, Donc 



- 150 — 

Pilate l'interrogue encore : (L. traduit Tinter- 

roga.) 
15. 34. Eta bedratzi oreDetan oihu eguin ceçan 

lesusec ocengui. Et à neuf heures lesus cria à 

haute voix, 
15. 36. Laster eguin ceçan bada batec> Et quel- 

qu'vn accourut, 

15. 37. Eta lesusec oihu handibat eguinig, spiri- 
tua RENDA ceçan. Et lesus ayant ietté vne haute 
voix, rendit l'esprit. 

15. 39. . . , ERRAN ceçan, ... : dit, 

15. 44... : eta Centenera deithuric. interhoga 
ceçan hura, ... : & ayant appelé le Centenier, 
rinterroga. 

15. 46. pta harc mibissebat erossiric, eta hura 
ERAUTSiRic ESTAL ccçan mihissoaz : eta eçar 
ceçan '" : eta itzulis eçar ceçan harribat mo- 
nument^borthân. Lequel ayant acheté vn linceul, 
le descendit de la croix, & l'enueloppa du linceul, 
& le mit ... : & roula vne pierre à l'huis du mo- 
nument. 

CEÇ ANEAN . 2 . I . q . ceçan avec n rel : décl : tempo- 
rel (nean= quand). 

10. 14. Eta hori ikus ceçanean lesusec, Ce que 

lesus voyant, 
15. 39. Eta IKUS ceçanean ... Centenerac^ Et le 

Centenier .. ., voyant 

CEÇAQUEEN. 2. Pot: imparf : s. 3\ r. s. aux: act : 
5.4...: eta nehorc ecin ceba ceçaqueen, . . . ; & 
personne ne le pouuoit domter« 



-^ 151 — 

6. 19. ..,, baîna kcin ceçaqueen, ..» : Mais elle 
ne pouuoit. 
CEÇAQVENEZ. 1. I. q. ceçaqueen avec e euph. & 
z mediatif en complément d'eya. 
11. 13. . . eya deus hartan eridbn ceçaquenes : 
... />ourroirs'iltrouueroit quelque chose : 
CEÇAQVEOTEN. 1 . Pot : imp: pi: 3^ r. s. r. i. s, 
aux : act : 
14.40... cer ihardets ceçaqueoten. ... qu'ils 
luy deuoyent respondre. 
CEÇATEN. 10. Ind : imp: pi: 3«. r. s. aux: act; 

2. 4..., AGVER ceçaten ... etche gaina, . . ., eta hura 
çuLHATURic, ERAUTS ceçateii,.., ils descôuuri- 
rent le toict du lieu ... : & l'ayant percé le des- 
cendirent 

3. 6, Orduan ilkiric Pharisduéc, bertan Hero- 
dianoequin conseillu eduqui cecaten haren con- 
tra, Adonc les Pharisiens estans sortis, sou- 
dain firent assemblée auec les Herodiens à ren- 
contre de luy 

4.4..., eta irets ceçaten hura. ...&ladeuorerent. 

4. 7..., eta itho ceçaten hura, ..., & l'estouf- 
ferent, 

4. 10. . . , INTERROGA ceçaten , . . , l'interroguerent 
4, 36. Eta populua vtziric har ceçaten hiira vncian.. . 

Et après auoirlaissé la multitude, ils le prindrent 

5. 14. ... ihes eguin ceçaten, . . , , s'enfuirent, 
6.29,.., eta eraman ceçaten haren gorputza, eta 

EÇAR ceçaten thumbân. . . ., & emportèrent son 
corps, & le mirent en vn sepulchre. (L. traduit 
dans la tombe.) 



— 152 - 

' iB. 33 . . . , t .eta eçagut cecaten hufa , ^i\hitzec : eta 
oinez hiri gucietaric laster eguin cecaten hara, 

...,,& plusieurs le recogneurent, &y coururent à 
pied de toutes les villes; 

6. 42. Eta lAN ceçate/igiicièc. Et tous en mangèrent, 

6. 43. Eta cecaten goiti çathietaric hamabi sasqui- 
tara, eta arrain-etaric cerbait. Et recueillirent des 
pièces de pain douzepanierspleinsi&^ae/çwe/'e^/e 

. des poissons . ... 

6. 49...: eta oihu eguin cecaten.,,: d^nt ils s'es- 
crierent. 

6. 51...., eta mirets cecaten. ..., & s'egmerueii- 
lerent. 

6. 53..., eta portu har cecaten. .., & prindrent 

port. 

6. 54.. ,,bertan eçagut reço/en hara. ...., ils le 

. cognurent incontinent. 

7. 17. . ., INTERROGA ccçatcn bere discipuluéc com- 
, . parationeaz . ..., ses disciples Tinterroguerent 

de la similitude. 
8.5,..? Eta hec erran cecaten, Çazpi ... ? Ils di- 
rent, Sept. 

8. 8. lAN cecaten bada, Us en mangèrent donc, 
. (L'original porte //). 

, 8, 28. Eta hec ihardets cecaten, Et ils respon- 
dirent, 
9.. 10. Eta hec erran haur euqui cecaten berac 
baithan, Ils retindrent donc ces te parole en çux- 
mesmes; 

9. 11. Guero interroga cecaten. Apres l'in terro- 
guerent, 



— 153 — 

9. 15..'. : etâ har'engàna laster eguinkz saluta 
ceçaten. . . ., & accourans cers luy le saluèrent. 

9. 20. Orduan ms.kK ceçaten haréiigana: Ils luy 
amenèrent donc: 

9. 28..., bere discipuluéc inthreoga ceçaten 
appart ses disciples Tinterroguerent à part, 

10. 2. Orduan ethorriric Phariseuéc intkrroga 
ceçaten ...,Adonc les Pharisiens vindrent, & 
rinterroguerent, 

10. 4. Eta heczKKMi ceçaten, Ils dirent, 
10, 10. Eta etchean berrîz discipuluéc gauçâ harçaz 
beraz interroga ceçaten. Derechef les disciples 
rinterroguerent de cela mesme en la itiaîson . 

10. 49. . . Eta DEi ceçaten itsua, ... et appelèrent 
l 'aueugle, 

11. 4..., eta ERiDEN ceçaten asto-vmea esteca- 
TURic, bortha aldean campotic bi bideren ar- 
tean: ' eta lâcha ceçaten hura. ... & trouuerent 
Tasnon qui estoit lié dehors- auprès de la porte 
entre deux chemins: '& le deslient. 

11. 7. Eta ÉKAR ceçaten asto-vmea lesusgana, Ils 
amenèrent donc Tasnon à lesus, 

11. 14... Eta haur ençun ceçaten haren discipu- 
luéc ... Et ses disciples Touirent. 

11. 18. Eta haur ençun ceçaten Scribéc . . . Ce que 
les Scribes. . . oyans, 

11. 20. ... IKUS ceçaten ficotzea erroetarano 
EYHARTUA. ... ils le virent séché iusques aux 
racines : 

♦ • ■ - 

12. 3 • Baioa hec hur» harturic çaurt ceçaten, 



— 134 — 

< eta IGOR ceçaten hutsic. Mais iceux Je prenans, 
le blessèrent & le renuoyerent vuide. 
12. 4 . . . , eta igor ceçaten desonestqui tractaturic 
TURIC. . . ., & le renuoyerent Tayans honteuse- 
ment traitté. 

.12. 5. . ., eta hura uiLceçaten : . . .., lequel ils oc- 
cirent : 

« 

/ 12. 7. Baina laborari hec erran ceçaten bere ar- 
tean, Mais ces laboureurs dirent entr'euy, 

12. 8. Eta HARTURic hura hil ceçaten, eta iraitz 
ceçaten mahastitic campora. Parquoy le prenans 
le tuèrent, &ietlerent hors de la vigne. 

12. 17..» Eta MiRETS ceçaten haren gainean. ... 
Et furent esmerueillez de luy. 

12. 18..., eta interroga ceçaten^ ..., & Tinter- 
roguerent, disans. 

13. 3..;, INTERROGA ccçaten appart Pierrisec eta 
lacquesec, ..., Pierre et laques, ... Tînterro- 
guerent à part. 

14. 16. . . : eta eriden ceçaten,, . ., eta appain ce- 
çaten Bazcoa. . . ., & trouuerent . . ., & appres- 
terent r agneau de Pasque . 

14. 23. . . : eta edan ceçaten hartaric guciéc. ... : 

& en beurent tous . 
14.46..., eta hatzaman ceçaten . ..., & Tem- 

poignerent. 
14. 51.. ., eta hatzaman ceçaten hura guiçon gazte 

batzuc. ...: & quelques iQunes hommes le sai- 

sirerent. 
14. 53. Orduan eraman ceçaten lesus Sacrifica- 

dore subiranoagana : De là ils amenèrent lesus 



— 155 — 

au souuerain Sacrificateur: (L. n^a pas traduit 
de là.) 
14. 57. Orduan batzuc iaiquiric falsuqui -çestiAca 
ceçaten haren contra, Adonc aucuns se leuerent^ 
& portèrent faux tesmoignage à rencontre de luy , 

14. 64. * . ? Eta hec guciéc haren contra iugea ceça- 
ten, ... ? Et eux tous le condamnèrent estre coul- 
pable de mort. 

15. 1» Eta bertan goicean conseillu eduquiric 

. . ., ESTECATURIC ICSUS ERAMAN Ceçuten, ... Et 

incontinent au matin . . . ayans tenu conseil, liè- 
rent lesus, 

15. 11. Eta Sacrificadore principaléc incita ceça- 
ten populua... Et les principaux Sacrificateurs es- 
meurent le peuple^ 

15. 13. Eta hec berriz oihu eguin cecaten, Etîceux 
derechef crièrent, 

15. 14. .••?Etahec hambat oihu guehiago eguin 
ceçaten, ... ? Et ils crièrent tant plus fort, 

15. 16. Orduan gendarmesec eraman ceçaten hu- 

ra sala barnera, ... eta dbi ceçaten banda gucia. 

Lors les gendarmes l'amenèrent dedans la salle, 
... : & appelèrent toute la bande. 

15. 17, Eta VETZi ceçaten hura escarlataz, Et le 
vestirent de pourpre, 

15. 20 j eta vetzi ceçaten bere abillamenduéz: 

eta[camporat ERAMAN ccfaten ...,&le vestirent 
de ses vestemens, & le menèrent hors pour le cru- 
cifier . 

15. 21. Eta BORTCHA ceçaten bideazco... bat. Et 
contreignirent vn certain passant 



— 156 — 

: 15. 22. Gaero. eraman cecaten Gôlgothaco lekura. 
Puis le menèrent en la place de Golgotha, 
16. 4. . ., iKus cecaten . . . elles voyent (L. traduit 
virent) . 

16, 5. Guero monumeutera sarthuric, ikus ceca- 
ten lagun gaztebat escuineco aldean iaRRïa, 
abillamendu churi luce bâtez veztitva : (à com- 
parer lagun à l'anglais felloto, a young Jel- 
loto. L'ange n'était pas leur compagnon . Ils ne 
l'avaient pas vu avant ce moment.) Puis .estans 
entrées dedans le monument, elles virent vn îou- 
uenceau assis au costé dextre, lequel estoit accous- 
tré d'vne longue robbe blanche, 
' 16. 8. Eta hec bertan partituric ihes eguin cecaten 
monumentetic: Et elles soudain se partans s'en- 
fuirent du monument: 
16.20. Hec-ere partituric predica cecaten leku 
gucietaîn, Eux aussi estans pairtis, prescherent par 
tput, 
ÇEÇATENEAN . 1 . 1 . q . cecaten : avec n rel : décl c tem- 
porel {nean = quand) 

(A suivre.) 



NOTE SUR UEXÉGÈSE VÉDIQUE 



Dans le numéro dé la Itevue critique du 21 décembre 
dernier ( p. 308), SI. V. Henry constatant à propos de 
rhymne XllIJ, deVAtharva-Véda, Tàccord fréquent 
contre la mienne {Le' Rig-Véda et tes Origine-^ delà 
Mijlhologie indo-européerine, p. 315 sqql) de la tradùc- 
Uon de M. hioomQeld {The sacred. booh of the East, 
xLii, p. 207 sqq.), et de la sienne propre {Les Hymnes 
Hohitas), expliqué le fait par la raison que « le Véda 
en dépit de ses faces multiples et changeantes, se pré- 
sentera toujours sous un aspect sensiblement iden- 

• 

tique* à deux interprètes dont le système fond:imental 
consiste à commencer par le passer au laminoir d\in 
fiiot'à-mot rigoureux ». 

Je doute fort, et nous allons voir pourquoi, que le 
laminoir du mot-à-mot soit aussi intéressé dans la 
question que Taffirme M. Henry. Le véritable discrimrn 
qui me met d'un côté alors que MM. Henry et 
Bloomtield sont de Tautre, résulte de Thypothèsc qui 
sert de base à notre interprétation réciproque; Natura- 

1. Saos vouloir épiloguer sar ce que cette assertion a d*exagéré, 
qu'il me soit permis cependant de faire remarquer, que dès le pre- 
mier vers, M. BloomÛeld a préféré mon interprétation du mot 
9finf(acai à celle de M* Henry. 



— 158 — 

liste et mystique pour ces Messieurs, liturgique et méta- 
phorique pour moi, elle rend compte à merveille, grâce 
à ce désacicorcl et sans aller plus loin que les vers \ et 4, 
ni faire intervenir en première ligne le mot-à-mot, des 
causes de la divergence en question. Selon qu'on verra 
le soleil rouge, ou le feu du sacrifice dans le Kohila 
auquel est consacré Thymne, on traduira vajin et vaja 
(vers 1 et 2) par coursier (BloomQeld) ou par récon- 
forté et réconfort (Regnaud), et ruhas (v. 4) par) «ram- 
pes ou hauteurs = espaces élevés du ciel (H. et B.» ou 
par « celles qui s'élèvent ou montent = les flammes 
sacrées (R.)». Or, la première interprétation résulte 
d'une méthode si impeccable, sinon d'un mot-à-mot si 
rigoureux, que, d'une part, elle aboutit à'identiQer pour 
^ les besoins du système vajin et vaja, et de l'autre à 
donner à l'adjectif verbal ruh un sens qui en exclut toute 
idée verbale ou de mouvement I La seconde, au con- 
traire, satisfait tout à la fois la théorie sur laquelle elle 
repose, l'étymologie et les exigences grammaticales. 
Voilà une triple Qlière dont le contrôle vaut bien, ce 
me semble, celui qu'on prétend tirer de traductions qui 
ne s'accordent entre elles qu'en rompant trop souvent 
l'une et l'autre avec les principes les plus essentiels 
de toute exégèse rationnelle. 

Il est clair comme le jour que si MM. Henry et 
Bloomfield rendent de concert ruhas par « hauteurs* », 

1. Même observation pourrait être faite à propos da mot con- 
cret rastra « directeur, ce qui dirige » et non « royaume ». 



— Î59 — 

c'est que le sens qu'imposait la grammaire jurait avec 
leur théorie mythologique ; c'est que sur ce point la 
théorie ou la grammaire sont en défaut, et qu'entre 
celle-ci et celle-là ces Messieurs ont donné la préfé- 
rence à la théorie : je n'avais pas autre chose a 
répondre et à démontrer. 

Paul Regnaud. 



BIBLIOGRAPHIE 



Bibliothèque des sciences contemporaines. Sl« série, 
tome I. — V Histoire, par André Lefèvre. — Paris, 
C. Reinwald, 1897, in-8% viij.693 p. 

Nous avons un grand nombre de livres d'histoire, 
les uns considérables, les autres très courts, mais il 
en est fort peu de bons. Aussi saluons-nous avec joie 
TouvragedeM. Lefèvre, qui prendra place au premier 
rang parmi les meilleurs. Il suffit, pour en montrer 
tout le mérite, de citer la définition même de Thistoire 
que donne Tauteur (p. 691): « L'histoire est le tissu 
indéfini des événements que déterminent l'expansion, 
les rencontres, les passions de groupes humains plus 
ou moins bien doués par la nature, plus ou moins 
favorisés par les milieux originels, transitoires et défi- 
nitifs »et (p. vj) : « c'est à partir de ces mouvements, 
de ces migrations aventureuses que, par degrés 
insensibles, l'histoire se détache de la zoologie... 
N*est-il pas bon de monter sur quelque colline aérée, 
pour regarder venir du fond des lointains horizons 
tout ce lacis de routes, de traverses coupées de san- 
glantes fondrières, qui ont fini par amener à la sphère 



— 161 — 

idéale des Shakespeare, des Voltaire, des Diderot, des 
Gœtiie, des Laplace et des Darwin quelques héritiers 
errants du Pithecanthropus erectus ? » El c'est pour- 
quoi, dans ce beau livre, les religions et les mœurs 
tiennent une aussi grande place que les faits histo- 
riques proprement dits. M. Lefèvre y a apporté tous 
ses soins; on y retrouve son style élégant, châtié, 
précis ; son esprit énergique et net ; sa méthode exacte 
et rigoureuse. Un seul chapitre apprend plus à ses 
lecteurs que maints ouvrages en vingt ou trente vo- 
lumes. 

Je cherche quels passages pourraient être particu- 
lièrement recommandés, et je me trouve extrêmement 
embarrassé : il faudrait tout citer. Les analyses des 
religions perse, musulmane, chrétienne, sont naturelle- 
ment excellentes. Ce qui est dit sur JeanChrysostôme, 
Charlemagne, Etienne Marcel, Jeanne d'Arc, entre 
autres, répond on ne peut mieux à la réalité des faits et 
aux préoccupations des lecteurs : Jean Chrysostôme, 
ce prêtre savant et austère, mais autoritaire et tracassier 
(p. 362) ; Charlemagne, ce dompteur des Germains 
barbares, cet administrateur « auquel le génie tient 
lieu de savoir » (p. 411-416) ; Etienne Marcel, ce pré- 
curseur incompris des grands révolutionnaires fran- 
çais (p. 527-528) ; Jeanne d'Arc, cette personnifica- 
tion de l'idée française encore indécise, à qui l'Église 
fait aujourd'hui l'injure de la canonisation (p. 538- 
539). C'est le cas de dire: j'en passe et des meilleurs. 

11 



- 162 — 

J'ai rarement lu une plus juste et pins saine apprécia- 
tion djB l'empereur Julien, dit TÀpostat, cet homme 
d'esprit dont le règne ne fut malheureusement qu'une 
espérance (322-323). 

Mais, pour bien montrer la haute valeur du travail 
de H. Lefëvre, je citerai deux passages de son der- 
nier chapitre : « Je n'insiste pas sur l'escamotage de 
la Révolution de Juillet par la branche cadette, et par 
la caste électorale. Cette déconvenue, très sensible à 
Paris, à peu près indifférente à la France, était la 
résultante des timidités et des ambitions du libéra- 
lisme tempéré par l'égoïsme censitaire. La monarchie 
constitutionnelle répondait parfaitement à l'opinion 
moyenne du pays légal, et il est certain qu'elle aurait 
duré plus de dix-huit ans sans l'obstination peu intel- 
ligente de Guizot à ne point élargir la base étroite de 
l'oligarchie bourgeoise. Sa carrière, d'ailleurs, et il 
faut savoir en dire autant de la Restauration, ne fut 
ni sans éclat ni sans honneur. L'indépendance de la 
Belgique, la conquête de l'Algérie, l'appui accordé 
en Espagne et en Portugal à un libéralisme relatif, 
l'avertissement donné à l'Autriche par l'occupation 
d'Ancône ont relevé l'influence extérieure de la 
France. Un recul, malheureusement nécessaire, dans 
la question d'Orient, et la médiocre humiliation de 
l'indemnité Pritchard ne doivent pas effacer le souve- 
nir des services rendus au pays par nos armes et notre 
diplomatie. Quant au développement intérieur, notre 



— 163 — 

histoire n'offre point de période plas féconde. L'his- 
toire renouvelée par les Augustin Thierry, les Miche- 
let; le moyen âge découvert par les chercheurs de 
notre École des chartes ; l'Inde et la Perse antique 
sortant de leurs ténèbres à la voix de Burnouf ; l'in- 
téressante lutte du romantisme contre les routines 
qui appauvrissaient la langue ; enfin cette immor- 
telle pléiade des poètes et des romanciers, des critiques, 
des professeurs, des orateurs et des artistes qui a 
égalé ce siècle aux plus grandes époques de l'histoire 
et maintenu la France au moins à la hauteur des puis- 
santes nations où parurent les Byron, les Shelley et 
les Walter Scott, les Goethe et les Schiller ; ce sont là 
des gloires qui ne procèdent pas sans doute du régime 
mesquin inauguré en juillet, mais dont l'éclat n'en 
rejaillit pas moins sur la France renaissante. En 
même temps, l'horizon scientifique s'élargissait de 
toutes parts. La vapeur, l'électricité dévoraient l'es- 
pace. La photographie domestiquait pour ainsi dire 
la lumière du soleil . Le calcul et le télescope appro- 
fondissaient le ciel, tandis que la chimie organique 
pénétrait dans l'intimité de la substance. Enfin la phi- 
losophie scientifique inaugurée par Auguste Comte et 
par Littré commençait, malgré ses réticences, à miner 
l'édifice inconsistant de la métaphysique. » N'est-ce 
pas là un excellent résumé du règne de Louis-Phi- 
lippe ? 
Je trouve meilleure encore, s'il est possible, cette ap- 



— 164 — 

préciatioD da second Empire : « En quatre mois, les 
réactions appuyées sarrinstinctive défiance des masses 
rurales avaient confisqué la République et le suffrage 
universel. On sait avec quelle joie sournoise elles 
ont coopéré, par l'expédition de Rome, à la répres- 
sion des mouvements populaires issus de la révolu- 
tion parisienne, et comment ce triste désavea de 
l'esprit français, del'influence française dans le monde, 
a permis au parjure d'adosser à la Bourse et à la 
sacristie un trône ensanglanté. J'ai vu ces choses 
immortalisées par les Châtiments, et l'adhésion servile 
de tout un peuple, et la proscription des âmes ûères, 
et le ralliement successif de quelques sceptiques, dont 
le talent et la renommée ont fait cortège au pseudo- 
César, et les éphémères prospérités et l'écroulement 
lugubre. Sans doute, réveillée par la mutilation, 
retrempée dans la défaite, la France républicaine a 
marché vaillamment sous le fardeau sans cesse accru 
de dettes fatales et de dépenses nécessaires; mais il 
ne me semble pas inutile de mettre en garde les 
générations nouvelles contre l'indifférence, la fri- 
volité, l'énervement, et je ne sais quelle mysta- 
gogie dilettante, germes morbides peut-être insinués 
en nous par le désarroi moral du second Em- 
pire. » 

Je ne fais au livre de M. Lefèvre qu'un reproche : 
Il y manque un index alphabétique détaillé des noms 
et des choses; au moins aurait-il fallu réunir et 



— 165 — 



répéter à la table, à la fin du volame, les résumés 
substantiels qui sont en tête de chaque chapitre. 

Julien YiNSON . 



Folk'lore de Tllk-eUVilaine. De la vie à la mort, par 
A. Orain. — Pariz, Maisonneuve, 1897, in-8*, 
(viij)-ij-298 p. 

Cet intéressant volume est le trente-troisième de 
la collection des « littératures populaires )> fondée en 
1881 parle regretté Ch. Leclerc. M. Orain y a réuni, 
en quatre chapitres, le résultat de ses longues et 
patientes observations sur les coutumes, les habi- 
tudes, les traditions de son pays en ce qui concerne 
la naissance, le mariage et les principales cérémonies 
de la vie. Un second volume nous parlera delà famille, 
de la mort, etc. On trouve dans le présent recueil, 
à côté de choses nouvelles, de curieuses variantes de 
chansons, de formulettes, de devinettes, déjà connues 
et courantes dans d'autres régions de la France. On y 
trouve aussi des anecdotes locales et des faits person- 
nels qui donnent au livre une saveur toute particu- 
lière. La manière dont est mené ce premier volume 
fait ardemment désirer l'apparition du second. 

J. V. 



— 166 — 

« 

L'Évolution du commerce dam les diverses races hu- 
maines (Bibliothèque anthropologique, tome XVIII). 
parCh. Letourneau. — Paris, Vigot frères, 10, 
rue Monsieur-le-Prince, 1897, in-8% xxiij-581 p. 

Je ne sais plus qui a défini le commerce « le vol 
organisé » ; mais cette boutade, pour ceux qui liront 
le livre de M. Letourneau, ne paraît point du tout 
contraire à la réalité des faits. Le commerce a pour 
but en etfet l'acquisition d'un objet qu'on n'a pas et 
dont on a besoin ou envie, mais qui appartient à un 
autre. Or, le moyen le plus simple de se procurer 
l'objet désiré est évidemment de le prendre. 

Il est impossible d'analyser ici en détail le livre, si 
intéressant, si nourri de faits, si bien conduit, de 
M. Letourneau, qui commence par une table des ma- 
tières et qui finit par un index alphabétique, fort bien 
faits l'un etTautre. Il y parle d'abord des origines du 
commerce ; on chercherait en vain quelque chose 
d'analogue chez les animaux ; ils razzient, mais ne 
commercent pas ; ils échangent des services, mais 
jamais des objets. Beaucoup de sauvages ne connais- 
sent que les cadeaux ou le vol. D'autres en sont arrivés 
à comprendre les échanges en nature. Plus tard, à ces 
échanges généraux se sont substitués des échanges, 
dans des proportions déterminées, de certains objets 
qui prenaient ainsiune valeur, toute relative d'ailleurs. 
L'emploi des monnaies vient évidemment de l'usage 



— 167 — 

de payer certains achats au moyen d'objets toujours de 
même nature, par exemple au moyen de coquillages, 
de peaux de bêtes, d'armes, de femmes surtout. Et 
M. Letourneau suit le développement du commerce 
chez les Nègres des races inférieures ; chez les Nègres 
supérieurs ; dans la zone industrielle de l'Afrique ; en 
Polynésie; dans l'Amérique sauvage ; chez les Mongols 
ooniades et les Mongoloïdes ; en Chine et au Japon ; 
chez les « Périégyptiens >> (les Berbères, les Kabyles, 
les Hovas, etc.)» les Éthiopiens et les Égyptiens; 
chez les Arabes et chez les Juifs. Puis il étudie l'orga- 
nisation du négoce et du trafic, l'invention des mon- 
naies fiduciaires, la création des bourses et des 
banques, l'usage du crédit, du prêt à intérêt, etc., en 
Mésopotamie, en Phénicie, en Asie-Mineure, en Grèce, 
à Rome, dans l'Europe barbare et médiévale, aux 
temps modernes, et il se demande en terminant ce que 
sera le commerce dans l'avenir. Quandle monde civilisé 
sera devenu, — mais quand? — la simple fédération 
des États républicains ; quand la société sera organi- 
sée de telle façon qu'il n'y aura plus ni exploiteurs ni 
exploités et que chacun devra donner volontairement 
son maximum de travail utile, le commerce redevien- 
dra l'échange naturel et nécessaire de produits spé- 
ciaux de chaque industrie locale et de chaque sol dif- 
férent. Si c'est là une utopie, elle est noble, grande et 
généreuse ; et ce que nous aurions de mieux a faire, 
ce serait de travailler tous, de toutes nos forces, à la 



— 168 — 

faire entrer le plus tôt possible dans le domaine des 

choses possibles et réalisables . 

Julien ViNSON. 



Comment naissent les Mythes, par Paul Regnaud. — 
Pans, Félix Alcan. 1897, in-8^ (iv)-xx-251 p. 

Ce qu'il y a de plus intéressant dans cette savante 
et remarquable brochure, c'est la préface où M. Re- 
gnaud expose l'état actuel des études mythologiques. 
Il démontre péremptoirement l'erreur des folk-loristes 
absolus. Pour ceux-ci, il y a, dans l'humanité, un fonds 
commun de légendes qu'on retrouve chez toutes les 
nations, et ce fonds commun est une sorte de fan- 
taisie plus ou moins Imaginative, de pathologie men- 
tale, de rêveries spontanées. A celte école qui prend 
pour base des observations recueillies au hasard et 
rapprochées à l'aventure, M. Regnaud expose la théo- 
rie plus ancienne et plus scientifique de la méta- 
phore, de l'interprétation des mots; et il appuie cette 
théorie d'exemples significatifs : le conte du Petit-Pou- 
cet, la légende hindoue du Déluge, et l'histoire véri- 
dique de Purûravas et Urvacî. 

L'analyse minutieuse du conte du Petit-Poucet est 
particulièrement instructive. Tous les traits essentiels 
de ce conte sont facilement ramenés à des formules 
védiques. Ainsi le nom même de Poucet, remplacé 
dans des versions étrangères par celui de Grain-d'Orge, 



— les — 



de Noisette, de Moitié-de-Pois, est fort bien expliqué 
par la Kathâ-upani^ad et par d'autres testes antiques 
où le mot « pouce » est employé avec le sens très net 
de diminution, de réduction de l'être ou de l'activité. 

J. V. 



Ramuntcho, par Pierre Loti, de l'Académie française. 
Paris, 1897, in-18 de viij-3o1 p. 

« Quarante et unième édition y> porte le volume que 
j'ai sous les yeux ; ainsi, voilà déjà plus de quarante 
mille ou au moins plus de vingt mille exemplaires qui 
ont circulé et qui ont eu sans doute quelque cent mille 
lecteurs. La presse a loué ce livre presque à l'unani- 
mité et, pourtant, c'estsans aucune hésitation qu'après 
avoir lu, relu, analysé la plume à la main, je le déclare 
nettement mauvais, à tous les points de vue : forme et 
style, sujet, et couleur locale enfin. 

Le sujet du roman est parfaitement dépourvu d'in- 
térêt ; l'invention est médiocre. Une jeune paysanne, 
séduite par un riche étranger de passage, Ta suivi dans 
la grande ville. Là, il l'a installée dans un faubourg 
où il lut rend des visites discrètes et où elle met au 
monde un fils ; arrive la période du ralentissement de 
l'affection : les visites de l'amant sont de plus en plus 
espacées, et Franchita s'enfuit un jour, rompant brus- 
quement avec le père de son fils ; elle revient hardi- 



— 170 — 

ment s'installer dans son village natal. Elle y élëye 
son Raymond (Ramuntcho), moitié en bourgeois, moi- 
tié en paysan, et il se trouve que cet enfant réunit les 
qualités ou plulôt les défauts des deux races paternelle 
et maternelle. Il se fait contrebandier pour occuper 
ses loisirs ; il se fait soldat par fierté, alors qu'il lui 
serait facile d'éviter le service militaire en se décla- 
rant Espagnol, car sa mère est originaire d'Espagne ; et 
il s'en va pour trois ans dans le Nord triste et froid, 
laissant là ses amis, ses parties de « pelote » et sa 
a petite amie » avec qui il passait toutes ses soirées 
en causeries d'amour à peu près platonique. Mais 
quand il revient, pour recevoir le dernier soupir de 
sa mère, la morale et la société ont pris leur revanche : 
plulôt que de lui voir épouser un bâtard^ on a fait de 
Gracieuse une nonne. Ramuntcho, sur les conseils du 
sacristain, combine un enlèvement audacieux, mais 
ses ardeurs tombent devant la froideur de la jeune 
religieuse et devant la majesté simple et noble du cou- 
vent. Il part alors, lassé de tout, pour <c les Amé- 
riques ». Est-il canevas plus pauvre, plus banal et 
plus faux? 

Je n'insiste que sur un point, le caractère de Ra- 
muntcho «créé par la fantaisie triste d'un des raffinés 
de nos temps de vertige » (p. 6), « retenu y> dans le 
pays basque « pendant quelques saisons » par « cette 
admiration d'artiste » qui a lui avait donné le caprice 
de s'allier avec une fille de ces montagnes pour en 



— 171 — 

obtenir une descendance basque » (p. SI9). Ce gali- 
matias sonore a pour bat de nous préparer aux excen- 
tricités de la vie de Ramuntcho dont le caractère est 
un mélange du vieux conservatisme basque, avec ses 
enthousiasmes naïfs, et de l'impudence artistement 
délicate du Parisien. Que l'auteur Tait ou non voulu, 
ce récit est au fond une tentative pour réhabiliter 
l'araour libre, pour réagir contre les préjugés bour- 
geois, pour protester contre les convenances établies. 
L'impression quj en reste, quand on a tourné la der- 
nière page, est exactement celle que laissaient jadis 
les romans les plus célèbres d'Octave Feuillet : préten- 
tieux et immoral. 

Mais ce qui choque et ce qui étonne aussi, car l'au- 
teur est de l'Académie française, c'est le style. On est 
vraiment surpris des néologismes de iM. Loti : les 
<( courlis, annonciateurs de l'automne », les « rivières 
méridionales» aux «eaux déjà /roidies » (p. 1) ; la 
^^nouillure des herbes » (p. 3) ; la maîtresse qui devient 
«gênante et quémandeuse » (p. 10) ; la nuit qui « em- 
brume» les groupes (p. 176); les amoureux qui se 
promènent « au soleil ^aman/» (p. 209) sur «les berges 
du chemin » (p. 318) ; les costumes « dissimulateurs» 
(p. 327) ne me paraissent point devoir figurer dans la 
prochaine édition du Dictionnaire de l'Académie. 
D'autres fois, ce sont des constructions irrégulières ou 
des emplois de mots qu'on ne pardonnerait pas à des 
collégiens : <( la saison des pluies qui revient avec son 



— 172 — 

<i même air d'amener répuisement des sèves » (p. 3) ; 
« Ramuntcho sentait au fond de zoi-mème » (p . 4) ; 
« elle repassait du linge pour le$ personnes d'Etché- 
zar » (p. 3) ; il « s'élevait» (même p. 3) pour « il mon- 
tait » ; « tous l'avaient pardo/irkSe » (p. 10); « il fait un 
temps déchaîné » (p. 96) ; la verdure qui coavre a de- 
puis des millénaires une géologie tourmentée » (p. 325) . 
D'autres fois encore, ce sont de bizarres réminis- 
cences scientifiques ; passe à la rigueur pour « ce 
vastesoulèvementqui s'appelle Pyrénées» (p. 8), mais 
que dire de « son vieux père, aujourd'hui décomposé 
dans la terre profonde o (p. 17)? Il faut relever aussi 
des comparaisons ou des descriptions comme celle des 
Parques assimilées à de « tranquilles personnes 
blanches » (p. 247) et du marin qui pousse du fond 
« avec de beaux gestes plastiques ))(p.27). Enfin, je 
ne puis admettre le sens spécial que Tauteur donne 
à certains mots, au mot raffiné par exemple (p. 6, 
16, etc.) ; je trouve agaçant Tabus des formules inter- 
jectives, « oh! le... oh I les... », et je ne crois pas 
qu'il soit d'un très bon goûtde répéter sans cesse « les 
petites » pour « les jeunes filles ». Quant au a phos- 
phore » pour « les allumettes » (p. 126), c'est du pur 
Chàteaiibriand . 

Que de choses j'aurais à signaler, si je m'arrêtais 
non plus aux mots, mais aux phrases, si j'analysais 
certains passages où se manifestent en apparence des 
théorie philosophiques ou humanitaires I Plus de dix 



— 173 — 

fois, par exemple, H. Loti parle du vieil esprit, des 
refrains qui s'échappent de la nuit des siècles, des 
habitudes traditionnelles, de Tâme des ancêtres qui 
parfois sort de la terre et plane sur le pays. Qu'est-ce 
que cela veut dire ? « Faire les mêmes choses que 
depuis des âges sans nombre ont faites les ancêtres et 
redire aveuglément les mêmes paroles de foi, est une 
suprême sagesse, une suprême force » (p. 35). Est-ce 
bien sûr? Est-ce bien exact? Hélas! même dans le 
pays basque, la loi du progrès suit son cours inflexible: 
depuis trente années seulement, j'ai vu y changer 
bien des choses ; ce jeu de paume que M. Loti décrit 
plusieurs fois œn amore, n'est plus que le jeu vulgaire 
du blaid, de la balle au mur, tandis qu'il y a vingt ans 
encore le seul jeu honorable, le seul cultivé, était le 
rebot. Le rebot lui-même n'a rien de basque ; c'est le 
vieux jeu de paume à la française, tel qu'on le prati- 
quait dans la salle historique du W juin 1789 avec ses 
à deux de jeu, ses quinze et ses chasses. Est-ce à un 
membre de l'Académie, à un des régisseurs officiels de 
la littérature, de prêcher ce ridicule conservatisme 
dans un style à l'excès révolutionnaire? Les Indiens 
étaient plus logiques ; ils mettaient dans une vieille 
grammaire tamoule ce précepte caractéristique : « Sur 
quels sujets, avec quelles paroles, de quelle façon, les 
illustres ont parlé, — parler ainsi, c'est la convenance 
du style. » 
J'ai retrouvé ces théories incolores, fades et vagues. 



— 174 — 

dans plusieurs articles da Ft^aro dont il a du reste été 
question dans V Avenir, à propos d'une visite à Ronce- 
vaux, à propos des fêtes soi-disant de la tradition 
basque organisée à Saint-Jean-de-Luz par une muni- 
cipalité réactionnaire. Et j'y remarque la même pré- 
tention, la même observation maladroite et impar- 
faite. 
On a dit pourtant que la couleur locale était Tun 

des principaux mérites de Ramuntcho. La couleur 
locale y est au contraire presque toujours fausse. 
M. Loti, élu sous ce nom membre de l'Académie, a 
commandé pendant plusieurs années, sous son nom 
vulgaire de Julien Viaud, le bateau stationnaire de la 
Bidassoa ; il est manifeste qu'il n'a jamais habité , qu'il 
n'a jamais parcouru, qu'il n'a jamais étudié le pays 
basque. Il a dtné dans quelques « bonnes » maisons, 
il a fait quelques excursions en voiture, il a assisté à 
quelques fêtes locales ; il a griffonné à la hâte des notes 
incomplètes sur son carnet de poche, il a demandé 
à quelque hôte complaisant des indications rapides. Le 
village principal de son roman est en France, non loin 
de la Bidassoa, près de la mer, à peu de distance de Saint- 
Jean-de-Luz, dans les montagnes pourtant, quelque 
chose comme Urrugne, — dont Théophile Gauthier a 
immortalisé le nom en recueillant l'inscription de son 
horloge : Vulnerant omnes^ ultima necai; — mais un 
Urrugne à une altitude supérieure. Pourquoi donc 
M. Loti donne-il aux gens, aux choses, aux localités, 



— 175 — 

des noms, des mœors et des habitades entièrement 
espagnols? Florentine, Ignacio, José-Marîa, Dolorès, 
Marcos, Joachin, Pilar, Damasa, Ramuntcho même, 
ne sont point les noms habituels de cette région. Je 
n*apprécie pas très bien au surplus la différence qu*il y 
aurait entre Franchita et Pantchika; ce sont deux 
Duances diminutives de l'espagnol Paquita. Les noms 
de famille sont plus admissibles, malgré certaines 
irrégularités d'orthographe : Iraola (et non Iragola), 
Bidégaray (et non Bidegarray), Gorostéguy, sont bien 
des noms du pays. Les villages, les « lieux dits», sont 
au contraire remarquablement bien nommés et ils ont 
certainement été indiqués à l'auteur par une personne 
intelligente : Mendiazpi, Amezqueta, Errebiague, Buru- 
zabal, Gaztelugaïn, sont charmants et je ne vois guère 
d'inadmissible que le nom du village principal Etcbé- 
zar : d'abord, il faudrait dire, en France, Etcbezahar ; 
puis ce n'est là tout au plus qu'un nom de maison : 
Vieîlleville, Cazauvieilh, etc. 

Si j'entre dans l'examen minutieux des détails de la 
vie basque, telle qu'elle nous est dépeinte dans Ra- 
muntcho, je ne trouve qu'erreurs à chaque pas. Je 
n'ai jamais vu sur les iQurs des maisons des images de 
saints ou de saintes avec des légendes basques ; on ne 
connaît dans ce pays ni la Vierge du Pilier (pourquoi 
« dn Pilar »?), ni celle des Angoisses, ni les mille 
autres espagnoles ; on n'a point une vénération spé- 
ciale pour les litanies de la Sainte-Face: d'ailleurs les 



— 176 — 

Basques ne jurent ni par les sacrements, ni par les 
cornes du Diable. Qu'est-ce que ce costume des 
hommes d'autrefois : «large ceinture, blouse noire très 
courte à mille plis » (p. 144)? Où M. Loti a-t-il vu des 
maisons basques entourées de chênes-lièges (p. SS6)? 
Je ne crois pas qu'il y ail des lièges au sud de rAdour. 
Où a-t-il vu des hommes qui s'embrassent (p. S31)? 
Quant aux « devises » des maisons, M. Loti les 
commente et les arrange à sa guise ; c'est joli, mais ce 
n'est pas vrai. Et ce repas de fête I « avec des poissons 
de la Nivelle, du jambon, des lapins» (p. 43) et du 
cidre, bien entendu, car, à en croire M. Loti, on ne 
boirait que du cidre dans le pays basque français où, 
au contraire, le mot « cidrerie », dont il abuse, est 

tout à fait inconnu. 

Dans un livre de ce genre, la langue basque ne pou- 
vait être oubliée. L'auteur nous en donne de très rares 
échantillons : itchoua « l'aveugle » (p . 21 ) ; gaou- 
one{p. 217) « bonne nuit» et non « l'antique bon- 
soir »; l'inscription du mur des jeux Ae^diumeblatdka 
harilzea debakatua (p. 65), qu'il faut corriger debe- 
katua da bleka harilzea a il est défendu de se mettre 
(à jouer) au blaid » ; la chanson iru damacho (pourquoi 
u et non ou?), la seule que paraisse connaître M. Loti 
et qu'il met à toutes sauces jusqu'à en faire un air 
d'improvisation (p. 51); et plusieurs mentions de l'tr- 
rintzina dont il est fait, aux pages 1 04-1 05, une des- 
cription véritablement fantastique. Ailleurs, M. Loti se 



— 177 — • 

contente de répéter certaines banalités courantes sur 
les « mots compliqués et longs qui pour des yeux de 
Français ne ressemblent à rien de connu » (p. 113), 
sur « la mystérieuse langue des ancêtres » (p. 86), « si 
fermée aux étrangers de France » (p. 84), « d'origine si 
inconnue, qui, aux hommes des autres pays d'Europe, 
semble plus lointaine que du mongolien ou du sans- 
crit» (p. 47) et « dont l'âge semble incalculable » 
(p. 7). Ce qui serait pardonnable à d'autres ne peut 
1 être à un écrivain qui a fait le tour|du monde et qui 
a longtemps entendu parler des langues à peu près 
aussi originales que le basque: le japonais et les 
idiomes de TOcéanie. Du reste, les observations lin- 
guistiques de M. Loti dénotent une légèreté et une 
inexpérience rares : il déclare la langue basque « alerte 
et sonore, malgré son incalculable antiquité » (p. 248); 
il affirme que, dans la haute montagne, « la langue se 
conserve plus nettement articulée, plus incisive, plus 
pure peut-être qu'à la côte » (p. 146), ce qui est sim- 
plement inintelligible. Ailleurs, il trouve, ce qui est à 
peu près le contraire de la vérité, que les jeunes Bas- 
quaises ont un « accent chanté, avec leurs finales en 
rra ou en rrik, faisant rouler si alertement les r qu'on 
eût dît à chaque instant des bruits d'ailes de moineaux 
dans leurs bouches » (p. 136). Ailleurs encore, nous 
voyons des jeunes filles se pâmer toutes sur « un rien, 
un demi-mot de leur vieille langue basque » (p. 134). 
En passant, je remarque cette note de la page 3 : 

18 



.— 178 — 

« Raymond, Ramon, Ramuntcho : le même nom »qm 
devient ailleurs Ramunlchito ; suffisait-il de dire que 
ce sont quatre formes du même nom? Raymond est 
français, Ramon espagnol, Ramuntcho un diminutif 
basque et Ramoncito (non Ramunkhito) le diminutif 
espagnol. 

Et il s'est trouvé des gens pour écrire que ce livre 
médiocre est un poème admirable, que Tauteur a — 
enfin! — annexé la Biscaye à la littérature et qu'il a 
déployé tout son talent des beaux jours, pour décrire 
ce pays si peu connu, qu'il a si bien et si longuement 
observé. C'est à peu près ainsi que s'exprime un écri- 
vain de mérite, un normalien, le critique patenté du 
Tempa. Peut-être, après tout, M. Gaston Deschamps 
a-t-il voulu rire et faut-il prendre le contre-pied de son 
article pour sainement juger de Ramuntcho. 

Certes, il y a dans ce livre de jolies pages, des des- 
criptions intéressantes ; mais elles ne suffisent pas à 
faire oublier tous les défauts que je viens de signaler. 
Pourquoi donc a-t-il eu tant de succès, même en 
dehors de ce que j'appellerai l'entraînement, le respect 
humain, le convenu? C'est qu'aujourd'hui on nelitplus, 
on ne sait plus lire, comme me le disait naguère un 
homme de goût, un fin critique, Laurent Pichat; nos 
pères, quand ils recevaient un ouvrage nouveau, ne 

se contentaient pas de le parcourir en tournant rapi- 
dement les pages ; ils le lisaient d'un bout à l'autre, 
h'gne par ligne et mot par mot. Rien ne leur échap- 



— 179 - 

paitet la conoaissaDce du détail ne nuisait pointa 
l'appréciation de Tensenible. Aussi les écrivains s'ap- 
pelaient alors Lamartine, Victor Hugo, Théophile 
Gauthier, Mérimée, George Sand; aujourd'hui nous 
n'avons plus que des Ohnet, des Coppée, des Octave 
Feuillet, des Anatole France et des Loti. C'est pourquoi 
je suis volontiers de l'avis d'Alceste, et quand un 
Oronte me dit de « ce style Qguré dont on fait vanité », 
je me reporte à mes lectures passées et je réponds 
simplement aux éloges des Philinte : « J'aime mieux 
ma mie, ô gué ! j'aime mieux ma mie! » 

{UAtsenir des Pyrénées, mardi 18 et jeudi 20 janvier 1898.) 

Julien ViNSON. 



Grammaire grecque moderne, par Hubert Pernot, 
répétiteur à l'École des Langues orientales vivantes. 
— Paris, Garnier frères, s. d. (1897), in-8^ xxxi- 
262 p. 

J'ai lu ce livre avec le plus grand plaisir et j'ai hâte 
de le recommander aux étudiants et aux linguistes. Ce 
qui m'y frappe surtout, c'est la clarté, la précision et 
la méthode. Il faut louer notamment, à ce point de vue, 
les chapitres consacrés à la prononciation, à l'accen- 
tuation, à la phonétique. L'auteur a fait précéder son 
livre d'une très substantielle préface où est fort bien 
expliqué le caractère très particulier de la langue 



— 180 — 

grecque actuelle qu'on appelle à tort vulgaire, sa déri- 
vation parfaitement logique du grec ancien, les pré- 
tentions au purisme de beaucoup de ses écrivains: 
nous retrouvons ces choses d'ailleurs dans un grand 
nombre d'autres idiomes. Il faut particulièrement féli- 
citer M. Pernot d'avoir, à chaque instant, rappelé la 
forme originelle ancienne. 

La Grammaire de M . Pernot est divisée en cinq 
parties : phonétique, morphologie, mots invariables, 
dérivation et composition, syntaxe (qui a trois subdi- 
visions : accord, compléments, propositions subor- 
données). Je ne sais si la troisième partie était vraiment 
nécessaire et j'ai peur que la syntaxe ne soit un peu 
compliquée. J'aurais au surplus quelques observations, 
je n'ose dire quelques critiques, à présenter sur cer- 
tains points de détail. Par exemple, je pourrais (p. 55) 
discuter la question de l'article indéQni un. Quelle est 
la distinction essentielle et fondamentale entre l'article 
et le pronom ou plutôt l'adjectif? Je crois qu'il est sage 
et plus conforme, non pas à la logique de la grammaire 
générale, mais à l'usage traditionnel de réserver le nom 
d'article à l'article défini le, la, les. 

A la p. 128, je remarque que les verbes grecs mo- 
dernes ont perdu la voix moyenne et qu'ils ont tous» 
le plus souvent au passif, quelquefois à l'actif» une 
double signification passive ou active et réfléchie. Je 
ne suis pas assez grand clerc en grec, et surtout en 
grec moderne, pour prononcer catégoriquement ; mais 



- 181 

il me semble qae ces doubles significations, rendues 
en français par le verbe ordinaire ou par le verbe pro- 
nominal (ils ont été connus ou ils se sont connus, 
j'éveille ou je m'éveille), correspondent aux (2 tman^/^o- 
dam et parmmâipadam du sanscrit et représentent les 
deux formes, objective et subjective, transitive et intran- 
sitive du verbe (j'éclaire, c'esl-à-dire je donne de la 
lumière à quelque chose; j'éclaire, c'est-à-dire je suis 
lumineux; — je sors, c'est-à-dire je vais dehors; je 
sors, c'est-à-dire je tire de, je fais sortir, etc.). 

P. 104, j'aurais voulu qu'on m'expliquât l'origine 
de ce pronom respectueux périphrastique toO Xéyou 
avec le génitif du pronom personnel ordinaire. 

J'arrête ici ces remarques qui n'auront fait, je l'es- 
père, qu'accentuer encore le très réel mérite de cet 
excellent ouvrage. 

Julien ViNsoN. 



Altipanische Sprichwôrter und sprichwôrtliche Redens- 
arten ausden Zeiten von Cervantes... von Pr. Joseph 
HÀLLER,kônigl. bayerische Hofralhe. — Regensburg, 
G. I. Manz, 1883, 2 vol. très gr. in-8° à 2 col. — 
I.xxxij-652p-;II, xvj.304p. 

Je ne me propose de ne relever dans ce livre que ce 
qui regarde la langue basque. Elle y tient une place 
assez importante, et il convient de citer en premier 



— 182 - 

lieu la notice qui occupe les dernières pages (S7S-287) 
du second volume. Cette notice est faite avec une cer- 
taine négligence, ou du moins l'auteur n'a consulté ni 
les meilleurs ouvrages ni les plus récents. Chemin fai- 
sant, il mentionne cette boutade d'un Espagnol que je 
ne connaissais pas : « Les Basques écrivent Salomon 
et prononcent Nabuchodonosor ». Au point de vue spé- 
cial des proverbes, M. Haller ne parait avoir connu le 
livre d'Oihénart que par Leroux de Lincy et par les 
citations de Weslermann dans son MonaUschri/t 
(Brunzwig, 1858, t. IV, p. 587), ce qui est insuffisant. 
L'unique ouvrage qu'il parait avoir eu sous les yeux 
est le Compendio d'Isasti. 

Or, sur les 86 proverbes que donne Isasti, p. 171- 
175, M. Haller n'en reproduit (très exactement, avec 
les fautes typographiques) que 28, savoir : 

A la p. 46ienM7, à la p. 70 le n^ 45, à la p. 12i 
le n« 19, à la p. 142 le n^ 35. à la p. 222 le n- 78, 
à la p. 227 le n« 7, à la p. 268 le no 5, à la p. 310 les 
n^- 52 et 44, à la p. 324 le n^ 25, 5 la p. 330 le n» 21 , 
à la p. 333 le n^ 17, à la p. 336 le n«> 11, à la p. 359 
le n« 40, à la p. 380 le n^ 71 , à la p. 395 le n^ 8, à 
la p. 408 le n^ 23, à la p. 443 les n«* 4 et 20, à la 
p. 511 le no 62. à la p. 561 les no«59, 60, 61 ] 62, 28 
et 52. On voit que les n»' 52 et 62 sont cités deux fois. 

En dehors de ces 28 citations, on trouve encore, 
dans le livre de M. Haller dix autres phrases basques 
rapportées comme références à des proverbes : 



— 183 — 

P. 65 : « goaia gorao goaiaz ^oiïi (goaia, goaiaz= 
corrienleen losrios; gorà, goiti= arriba), den Strom 
hinaut stromaufwaerts » , avec une note de dix lignes 
sur l'ablatif basque en z. 

P. 66 : « goaia {goaya) beau {béera, beett), stromab- 
waerts (die Stromung hinab) » . 

P. 104 : « AUzatù [alchatu gandorra-a {cucuzasta- 
a)], den kamm erheben (hoch tragen) ». 

P. 105 : a Altzatu {alchatu) ainguara-ac {angura- 
oc), Die anker emporheben ». 

P. 125: <( Aima por sal (explicacion falta), parece ser 
QDâ expresion familiar que se aplica à la persona 
muy injeniosa, en contraposicion à la otra : aima de 
cantaro, la que signiQca la persona muy necia o 
tonta.Los Vascones la W^itndin: guiza-tontoa ». 

P. 128 : « Aima de canlaro.. . Les Vascones llaman 
ta! persona : guiza-tontoa . » 

P. 319 : « A perdon herido... Los Vascones dicen 
lasterca [lasterka] ta guzioc, lo que signiflca al pié de 
la letra en castellano : à toda prisa ». 

P. 349 : « Arratos perdidos. Se debe leer : a ratos 
perdidos. Los Vascones dicen asimismo : eraldi ut 
uian (in verlorenen (mûssigen) Augenblicken ) ». 

P. 451 : « A vanderas desplegadas... Los Vascones : 
bandera destolestuaz , mit entfalteter Fahne », avec 
une note sur le mot bandera qui serait basque d'ori- 
gine, banda-era « modo de animar », ou baldera « el 
que Ileva à un lado la gente ». 



— 184 — 

P. 581 : « A los anos mil buelue el agua por do 
solia yr... Este refran se halla tambien en el Bascuense. 
El cantar antiguo dice : Milla urte igarota : ura hère 
bidean.. Nach taiisend Jahren kehrt das Wasi^r îd 
sein Bettzarûck. )>. 

EnQn M. Haller donne à la p. 83, comme références 
à ce proverbe : « A la muger y a la picaça lo que vieres 
(dieras) en la plaça » les traductions suivantes de deux 
proverbes basques dont le texte n'est pas indiqué : 
(( 1. Ein Geheimniss, auch hinter dem Busch gelegt, 
wird bald offentlich ; — 2. Hinter dem Busch ist oft ein 
Ohr. (Reinsberg, III, 78). » Cette citation se rapporte- 
t-elle à Touvrage mentionné à la p. 140 « Reinsberg, 
III : Das Sprichwort als Praktikus, von Ida von 
Dûringsfeld. Leipzig, 1863 » ? Probablement, mais 
quels sont les textes basques? Je ne retrouve pas le 
premier ; quant au second, c'est le n° 403 d'Oihé- 
nart: supar-ondoc behar-ondo n derrière le buisson il 
y asouvent quelque oreille (qui écoute ce qu'on dit 
en secret) ». Mais M . Haller ne connaît que fort impar- 
faitement le recueil d'Oihénart, car il parle, comme 
d'un ouvrage distinct, de la collection Fr. Michel; il en 
cile dix-sept proverbes (n^' 6. 28, 66, 117. 180, 262. 
263,295, 372, 373. 46. 49, 58. 134. 139, 152. 171). 
Il y a, même entre autres, une erreur assez plaisante de 
l'auteur à propos du nM80 : Garaziren gaiza Behor- 
leguic derossa. M. Haller a emprunté ce proverbe, 
comme les seize autres, à Leroux de Lincy qui traduit 



— 185 — 

<i Beborleguy porte la peine de la faute commise par 
Garacy », et explique que Garacy est le nom d'un 
pays et Behorleguy celui d'un village. Là-dessus, 
M. Haller prend feu et flamme, et écrit une note de 
plos d'une colonne de long pour démontrer que Leroux 
de Lincy est un profond ignorant, car il n'y a dans le 
pays basque ni pays de Garaci ni village de Beborleguy. 
H. Haller n'aurait eu qu*à jeter les yeux sur une carte 
pour trouver Beborleguy; et quant à Garaci, le Dic- 
tionnaire de M. Van £ys, qu'il connaît, lui aurait appris 
que c'est ce qu'on appelle en français le pays de Cize. 
Au surplus, la note si malencontreusement critiquée 
n'est point de Leroux de Lincy. mais d'Oibénart lui- 
même qui traduit : « Un cbétif village porte la peine 
de la faute de tout un pays » et qui ajoute : « Le mot 
Garacy, au texte, est le nom propre d'une province en 
Basque; et le mot Behorleguy. le nom d'un village de 
la même province. » 

Je ne sais quel Espagnol a indiqué à M. Haller les 
pbrases basques que j'ai rapportées plus baut, et dont 
l'intérêt est assez médiocre. 

Ce livre n'est d'ailleurs qu'un commencement, car 

les proverbes espagnols, quoique formant 555 numéros 

(avec des notes et des références dans un grand nombre 

de langues d'Europe), n'épuisent pas même la lettre 

a et ne vont que de a à Antonia. Ce travail formidable 

sera-t-il jamais achevé? 

Julien YiNSON. 



— 186 — 

Stéomalais-ugrilaism $euran tomituhia. XL Mé- 
moires de la Société Finno-Ougrienne. XI. — Hel- 
singfors, 1898, gr. in-8'* de vij-iao p. 

Ce volume est consacré à un très intéressant tra- 
vail du D'. Berthold Laufer : « Ein Beitrag sur 
Kenntniss der tibetischer Volksreligion ; Einleitung, 
Text, Uebersetzung und Glossar». La base de ce travail 
est l'ouvrage tibétain Klu.bum bsdus pat snin po 
« Eine verkûrzle Version des Werkes von der Hundert- 

tausend Nâga's ». 

J. \. 



ZeiUchrifl fur vergleichende Spraehforschung auf dem 
Gebiete der Indogermanischen Sprachen, bgg. von 
E. Kdhn und J. Schmidt. T. XXXV. 3" fasc. 
Gutersloh. 

Contient : p. 345-344, die Aspiration in Irischen^ 

par Holger Petersen, de Copenhague; p. 445-464. die 

sogenannte participium necessitalis der Irischen, par 

E. Zupitza ; p. 462, etymology qf àToXiç, alicubi 

und verwandt^n, par W. H. D. Rouse et Th. Âufrecht, 

et Berichtigung mr Paul Horn. 

J. V. 



VARIA 



I. — Les squelettes de Voltaire et de Rousseau. 

Dans une lettré adressée au doctear Cabanes, dit la Chronique 
médicale, M. Charles Monod, le chirurgien bien connu, membra 
de l'Académie de médecine de Paris, relate les chiffres des rapides 
mensurations des diverses pièces des squelettes de Voltaire et de 
Rousseau auxquelles il lui a été donné de procéder lors de l'ouver- 
ture des cercueils de ces grands hommes au Panthéon. 

Il rappelle qu'il avait été d'ailleurs entendu que les cercueils 
provisoirement refermés, mis sous scellés, seraient rouverts plus 
tard pour Tezamen qui s'imposait. 

M. Monod avait donné le conseil que, pour cela, il fût fait appel 
à des hommes compétents, tels que M. Labordeou M. Manouvrier 
devant lesquels il pensait s'effacer complètement ; son assistance 
an Panthéon n'ayant été d'ailleurs réclamée que pour' vérifier 
l'hypothèse de la mort de Rousseau par coup de feu. 

U a eu soin cependant, en l'absence de collègues plus autorisés, 
de prendre, séance tenante, avec le docteur Louis Monod, quelques 
mesures, & l'aide des moyens très imparfaits dont il disposait. 

S'il n'a pas publié ces chiffres, c'est qu'il pensait qu'ils devaient 
être vérifiés par des procédés plus précis. 

Mais aujourd'hui que, -^ comme l'apprend le docteur Laborde 
dans la Tribune médicale y—\^ Ministre de l'Instruction publique 
s'oppose & l'examen anthropologique des squelettes de Voltaire et 
de Rousseau, il lui semble que ces mensurations méritent d'être 
connues, telles quelles, et faute de mieux. 



— 188 — 

En Toioi le relevé : 

VOLTAIRE 

Centimèlrea 
Crâne. Diamètre antéro-postérieur 16 

— transversal 13 

Fèniur 43 

Tibia 35 

Humérus - , 32 

ROUSSEAU 

Crâne. Diamètre antéro-postérieur 17 

— transversal » 14, 5 

Fémur 41 

Tibta ; 34 

Humérus 29 

La mensuration des orànes a été faite an niveau d'une section 
horizontale qui passait à la hauteur de la protubérance occipitale. 
(Le Temps —Supplément au numéro du dimanche 20 février 1898.) 

Ainsi, Rousseau était plus petit que Voltaire, mais avait la 
tête plus grosse. L'indice céphalique de Voltaire aurait été 0,81 
et celui de Rousseau 0,84. 

II. — Académie de médecine. 

4 

Une étude des voyelles, — M. Marey développe longuement 
devant l'Académie un travail paraissant peut-être à priori 
quelque peu abstrait^ mais néanmoins plein d'intérêt à la fois 
pour les hommes de science proprement dits, comme pour les 
chanteurs, orateurs, acteurs, etc.^ pour tous ceux, en un mot, qui 
ont à tenir compte du mécanisme de la voix et de la prononcia- 
tion. 

Il s'agit d'une (x étude des voyelles par la photographie des 
flammes manométriques » à laquelle se livre un de ses élèves, un 
jeune clinicien bien connu, M. Marage, docteur ès-^cienoes et 
docteur en médecine. 



— 189 — 

M. Marage a employé une méthode très élégante que tons ceux, 
poar pea qu'Us aient quelques notions de physique et aient en- 
tendu parler des travaux du physicien Kœnig, trouveront d'une 
simplicité extrême : une bande de papier sensible passait, d'un 
mouvement uniforme (1 m. 50 à la seconde), devant un objectif 
photographique et recevait Timage négative d'une flamme d'acé- 
tylène, vibrant au moyen d'une capsule manométrîque, sous Tin- 
floenoe de la parole ; une deuxième flamme, vibrant an 1/54 de 
seconde, était photographiée en même temps et servait de chro- 
nomètre... C'est tout... 

Il a ainsi étudié sept voyelles I, U, OU, É, EU, O, A. 

Les résultats qu'il a obtenus graphiquement, et que par consé- 
quent tout le monde peut contrôler, sont les suivants : 

1* Il faut distinguer les voyelles parlées et les voyelles chantées; 
il existe entre ces deux classes de voyelles des di£Férencea très 
grandes : les premières sont formées par les cavités bucco-naso- 
pharyngiennes et accessoirement par les cordes vocales ; dans la 
formation des voyelles chantées, les cordes vocales ont une in- 
fluence prépondérante. 

2* Chaque voyelle parlée est toujours caractérisée par un même 
groupe de flammes, et on a — les voyelles à une flamme : l, U, OU : 
& deux flammes : É, EU, O ; à trois flammes : Â. Ce qu'il y a de 
curieux, c'est que cette claasiflcation corresponde àcelles de Grass- 
mann (1858), de Helmholtz (1863) et aux tracés obtenus par 
L. Hermann. 

^£n parlant, chaque voyelle devant la capsule, on obtient un 
certain nombre de flammes ; chacune correspond à une vibration 
double : on peut donc compter leur nombre, ce qui donne la vocable 
de chaque voyelle. La vocable est flxe pour chaque voyelle et pour 
chaque expérimentateur si la façon de prononcer reste la môme; 
elle change dans le cas contraire. Chaque voyelle est donc carac- 
térisée plus par son tracé qui ne change pas et qui lui est propre, 
que par sa vocable qui varie entre certaines limites ; si, jusqu'ici 
on a donné une si grande importance k la vocable, c'est que les 
expérimentateurs se servaient surtout de l'oreille comme moyen 
d'obtenratiou. 



— 190 — 

4* On peut, en combinant la voyelle A avec I, U, OU^ obtenir 
les tracés caractéristiques des voyelles à deux flammes Ë, EU, O ; 
il n'y aurait donc que trois voyelles fondamentales I, U^OU, 
avec une flamme, Â avec trois flammes ; pour les autres on a : 

A+(-I) = É 
A + (-U) = EU 
A + (-OU) = O 

Ces équations sont également vraies quand on remplace les 
voyelles par leurs vocables ; cette expérience vérifie la théorie de 
Grassmann. On pourrait expliquer ainsi pourquoi les paroles 
sont mal entendues dans les chœurs ; deux voyelles se superpo- 
sant peuvent donner naissance à une troisième. 

5* Les voyelles chantées n'ont aucune ressemblance aveo les 
voyelles parlées ; dans la voix d'homme, les voyelles passent 
constamment de l'une & l'autre, sans que Toreille puisse noter 
cette transformation, c'est le tracé seul qui Tindique d'une façon 
très nette. 

Dans la voix de femme, la flamme caractéristique, et par con- 
séquent la vocable disparaît, et il n'y a aucune différence entre les 
vibrations d'un diapason et celles de la voix : toutes les flammes 
sont égales entre elles et également distantes ; ceci s'explique par 
ce fait que ce sont les cordes vocales qui chantent; 

On comprend alors pourquoi on a cherché en vain la vocable 
dans la voyelle chantée, puisque, ou la voyelle se transforme, ou 
la vocable n'est plus perceptible. 

Ceci explique, non seulement les désaccords entre les divers 
expérimentateurs, mais encore pourquoi la voix chantée est moins 
bien comprise que la voix parlée : parce que le chanteur conserve 
la note et Iftche la vocable, c'est-à-dire la voyelle, tandis que 
l'orateur conserve la vocable et l&che la note. {Le Temps — 25 no- 
vembre 1897.) 

III. — Le mot Aranc-maçon. 

J'ai trouvé^ dans un lot de vieux papiers, la note suivante sur 
une étymologie fantastique du mot franc-maçon: a A writer in 



— 191 — 

the Hehrew Leader finds tbe dérivation of the word Free-mason 
in the Egyptian and Coptic langaages : Ra, Egyptian forsun ; PA, 
a coptic pre&x ; Mes^ the coptic word to « regenerate n ; Sn the 
prenomina tfaird person plural. Hence Phre-mes-sn o the san 
régénérâtes them », symbolically a the sons of light ». We need 
hardly comment, we think, on the patent absnrdity and inoom- 
patibility of any such a dérivation, and may well remember, 
withoot incivility, old Carlyle's terse formula of « bottled 
moonahine» (The Freemason, saturday, Jane 4, 1881). 

IV. — Coquilles tjrpographiques. 

On eite les vers suivants composés par un Américain de bonne 
humeur : 

The typo stood in front of bis case, 
Ând a fiendish smile crept over bis face 
As he butchered bis take, nor left a trace 
Of meanîng nor sensé in any place. 

And tbe éditer wrote of the calm, sbrewd head, 
That the orator had; but in type he read 
That the orator had a a calf-sbaped head » — 
When the orator called, the éditer fled. 

Of an actress wrote he : « She can't be beat, 
a And to watch ber face is quite a treat » ; 
a As an actress », said typo» « she is a beat, 
» And to wash her face is quite a treat ». 

And the editor wrote of « her soul-lit eyes, 
That shine like stars from out the skies », 
Bat the typo fixed it « Her sore-lid eyes 
That stone-like stare from out of the styes » 

V. — Folk-lore. Mariage. 

J'ai en dernièrement occasion d'assister & un mariage sur la 
limite du Gâtinais et de la Beauce, et j'ai observé, là, un usage 



— 192 — 

qu'on m'a dit dtre général dans le diocèse d^Orléans. Après la oété- 
monie religieuse et lorsque le prêtre s'est retiré à la sacristie, le 
père de la mariée vient offrir le bras à sa ûlle, et il monte avec 
elle, lentement^ les degrés qui mènent à l'autel. Il redescend alors 
seul, laissant la nouvelle épouse debout en face de l'autel. Puis, 
le père du marié monte & son tour, offre le bras & sa bru et re- 
descend avec elle pour U remettre au marié qui l'attend debout 
au pied des degrés. 

Cet usage est évidemment une survivance de quelque contume 
ancienne, n'ayant sans doute rien de reiigieiix à son origine. 
Est-elle pratiquée ailleurs en France et de la même façon ? 

J. V. 



Le Propriétaire-Gérant, 

J. Maisonnbuve. 



Chalon-sur-Saône.— Imp. L. Marceau 



REVUE 



DE 



LINGUISTIQUE 



ET DE 



PHILOLOGIE COMPARÉE 



RECUEIL TRIMESTRIEL 



fUBLli MK 



JULIEN VTNSON 

PROFESSEUR JL L'écOLB NATIONALE DBS LANGUES ORIENTALES VIVANTES 
Avec la colUboration de divers savants français et étrangers 



TOME TRENTE-ET-UNIÈME 

15 JUILLET 1898 



PARIS 

J. MAISONNEUVE, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

6, RUE DB MÉZIÈRES ET RUE MADAME, 20 

1898 



SOMMAIRE DU No 3 

Paf«« 

J. ViNSON. — Fête de TAssociation basque à Sare 

en 1897 193 

A. Marre.— Histoire delà princesse Djouher Manîkam, 

traduit du malais (suite) 224 

R. DE LA Grasserie. — Du verbc concret (suite et fin). 241 
E.-S. DoDGSON. — Analytical synopsis of Saint Mark's 

Gospel in Basque 272 

Corrigenda 296 

Varia. — I. Le langage des plantes 316 

II. Le langage oratoire 317 



BIBLIOGRAPHIE 

K. Bruchmann. — Naturlehre der Dichtung 301 

C. Tagliabue. — Manuale e glossario délia lingua 

urdu 306 

J. Regnaud. — Précis de logique éoolutionniste 309 

. ?• SÉBiLLOT. — Littérature orale deV Auvergne 312 

N. QuELLiEN . — Breiz 313 



FÊTE DE L'ASSOCIATION BASQUE 

A Sare en 1897 V 



L'Association Basque, qui compte déjà plusieurs années 
d'existence, a célébré lundi dernier, 13 septembre, sa fête 
annuelle à Sare. 

Dans la matinée, les membres de l'Association, présents, 
se sont rendus en pèlerinage au cimetière de la commune, 
où repose de son dernier sommeil le regretté poète basque 
Elissamburu. On peut dire sans crainte d'amoindir la gloire 
de l'auteur du Vieux Sergent^ qu'Ëlissamburu fut le Dé- 
ranger basque et que, comme lui, il a charmé bien des 
oreilles. 

Aussi l'Association a-t elle eu l'heureuse idée de lui 
ériger à la façade de la Mairie de Sare, sa ville natale, une 
plaque oommémorative en vue de perpétuer son souvenir à 
travers les générations futures. 

A midi, dans une des salles de l'Hôtel de Ville, mise gra- 
cieusement à la disposition de l'Association Basque par la 
municipalité de Sare, a eu lieu le banquet annuel des 
membres de la Société. Le repas a été gai et bien servi, et 
les quatorze Basquisants, qui étaient autour de la table, 
se sont séparés après plusieurs toasts, a à la prospérité de 
l'Association » et « aux membres absents », en se donnant 
rendez- vous l'an prochain. 

A trois heures et demie, l'estrade, établie pour la circons- 

l. Nous êmpruntoas ce compte reudu à VAocnir des Pyrénées de 
BayoDoe du 18 septembre 1897, en y ajoutaur le texte intégral des 
discours. 

13 



— 194 - 

tance est envahie par les membres de l'Association, auxquels 
se joignent plusieurs notabilités du pays, et quelques parents 
du poète Élissamburu venus tout exprès pour la cérémonie* 
MM. Ansorena adjoint au maire de Sare, le député Har- 
riague, 0. Lacroix, Labrouche, Aguirre du Val Carlos, 
plusieurs maires du canton et le juge de paix d*Espelette, 
etc., prennent place à côté des délégués, et rehaussent par 
leur présence l'éclat de la fête. 

Devant un auditoire immense, massé sur la grande place 
de Sare, et occupant toutes les fenêtres des maisons environ- 
nantes, le président de FAssociation Basque^ l'honorable 
M. Guilbeau, ouvre la séance et lit le rapport du jury sur le 
concours littéraire de Sare. 

Dix-sept compositions écrites ont été adressées au jury, 
et un second prix a été décerné au poète Barbier de Saint- 
Jean-Pied-de-Port, pour sa poésie Jtaasoko Arraintzalea 
« le Pécheur de la mer )). Trois mentions honorables sont 
accordées à : 

V^ Duhaldebère, de Sare, pour sa composition Haur 
niainaz galdua a l'Enfant dorloté ». 

2° Aizpuru-Azubia, de Saint- Sébastien, pour son Gaurko 
Umantak « les Héros modernes ». 

3<> Dibarrart, de Baïgorry, pour son Baratse-Zain baten 
zoriona t le bonheur d'un Jardinier ». 

Le jury a constaté avec une certaine tristesse que le niveau 
du concours de poésie basque baisse sensiblement; que les 
poètes basques ne s'attachent pas assez à traiter le sujetprin- 
cipal, s'en écartent beaucoup trop, et que les idées poétiques 
font souvent défaut, au milieu de phrases bien alignées et 
rimées... 

Après le chant de la poésie couronnnée, qui est très 
applaudie, le président se lève et prononce le discours sui- 
vant : 



— 195 — 



« ESKUÀLDUN HeRRITAR MàITEÂK, 

» EgQn Sarako lierria bozkariotan da. Herriko bes- 
arekiD batean, orhoitzapenezko eginbide bat beietzen 
duelâkotz. 

» Izan dire dembora guzian, herri eder huntan, 
gizon hautuak. Herriari darraïo^ gisa guziez, Semé 
aipatuak eta jakintsunak izaitjBa. 

» Nabi nukeegun, gubaino leben emen bizi izan 
direneri, orhoilzapen bategorri, lurrean zirelarik bere 
antzea, jakilatea, eta izaite guzia, E3kual Herriaren- 
tzatemandutelakotz. Hek egiazko Ëskualdun Semeak 
ziren, eta hekien izenak eta omenak iraunen du £s- 
kual-Herriak, Eskuarak, eta Eskualdunek dirauteno. 
Bai Sarako Herriak ohorc handia du, horrelako gizon 
hautuak izan dituelakotz. 

» Orai nabi dautzuet zerbeit erran, Eiissamburu 
Ëskualdun neurlilziariaz. Hainitz emen zaretene, 
ezaguiu duzue Eiissamburu, eta badakizue nor 
zen. 

)> Bertzek ère on da, jakin dezaten hura nor zen, 
zembat haren bibotza Eskualduna zen, eta zembat 
roaite zuen gure Eskual-Herri maitea. 

» Eiissamburu Saran sortu zen Agorrilaren 14" 
1828*°, eta goan zen gazterik Larresorroko Semcna- 
riorat. Dembora hartan eskoia handi guti zen leku 
baatan. Han Elissamburuk hartu zuen gero bizi gu- 



— 196 — 

zian baliatuko zaïon jakitate azkar, eta balios hura. 
Hogoi urte izan zezaken hartu zuenean chedea sol- 
dadu goateko, cta Franziari bere odola emaiteko. 

» Soldadu choil sartu zen armadan, eta 30 urtez 
ibili ondoan Afrikan eta Franziako zoko gebienetan, 
Italiako eta Franziako azken gerla, oûciale gisa egin 
ondoan, etorri zen Sara bere berri maiterat, azken 
egunak bakean iragaiterat. Emen bil izan zen, icbilta- 
sunean, urtarrilaren 2" 1892" guziez oboralua, mai- 
tatua, bere azkeneko urteak emaiten zituelarik, Ezpe- 
letako bakezko jujekoan, Gobernamenduak ezogutu 
zuelakotz, gai zela eginbide horren betelzeko. 

» Bere ibiitze guzietan, eta non nabi gerla zadien, 
Ëlissamburu orboitzen zen beti bere Sara maiteaz, eta 
EskualHerriaz. Zembat aidiz urrunParisen,etaberlze 
lekutan zeiarik ez zuen erraiten obi bere adlchkideri : 
« Bigauza ditut eskas lurrean zorion osoa izaileko, 
» Emazte balEskual-Herriko alaba, eta gero Larrungo 
)) mendiaren gerizean Elcbolatlo bat aidapa baten gai- 
» nean ». Eta bala gertatu zitzaion. 

» Errana da, gizon bautuek badituztela batzuetan 
gogoeta eta asmu berak. Bertze neurtitziari Eskaal- 
duu batek nombeitgauza bora erran du, zioenean. 

« Jaunak emaiten badaut niri osasuna, 

)) Oraindik izanen dut, andre-gaî batona, 

» Nabi delà Franzesa, interesa-duna, 

)) Bainan ez nahiago dut Utsik Eskualduna. » 

» Horra nola mintzalu zen demboraz Iparraguirre 



— 197 — 

handia, zoinari zor baitiogu Gernikako arbola Kskual- 
Herri guzian, orok kantatzen duguna. 

» Elissamburuk egin du eta izkjribatu neurtitz 
saerte guzietarik, bihotza ilungarri bezala irri-egtteko 
gaî direnak. 

» Nork ez dakii eta nork ez du aditu kantatzen Es- 
kaal-Herrietan Lan Andren Besia zointan Chachatto 
ampatu hul sahetsean gordea, iMari-Martinek egiten 
baitu lauarekin hiruaren keinua?Zembatirri ez dugu 
egin, eta ez da oraino egiten kantu hori aditzean II 

» Gisa berean Churiko edo iJehelegiko chakurra 
guziekbadakigu. Badakiguere, zer testament celebrea 
egin zuen chakur gaizo harek II 

» Orobat ère Zapaiaina edo Gùon zuhurra zer 
lorreko gauzen ezagulza osoa horren ungi errai- 
tekoll 

» Elissanf)bururen obretarik zembeit bakarrik, emen 
izendatzen ditut, eta gogorat eidu zaizkidan bezala. 
Egun bâtez, izan daiteke haren Semeak, argilaratuko 
dituen, zorzaioten bezala aitak egin dituenobra-eder- 
rak. 

» fil itz oraino erran bebar ditut, bertze zembeit 
Elissamburuk egin dituen izpirituko lanez. Eta bertze 
hainitzen artean izendatuko ditut : Maria. Apecha eta 

Lorea, Chori Berriketaria, Eskuara-Eskualduna 

Zer itz sarkorrak I Zer sentimendu eztiak eta guziz 
bihotzerat doazinak ezin aski-on erranezko neurtitz 
eder borietan I ! I 



— 198 — 

» Iduri du zentzua eta Gizonaren izaite-guzia, eta 
gizonak dituen gogoetarik hoberenak eta gozoenak bor 
direla. Ibiii zen, lekuetan Elissamburuk bilbatu du 
jakitea, zerzen mundua, zer zen egiazko gizontasuna, 
eta zubur baten pare, mintzatu da ungi pisatuz, ungi 
ikusiz zer zenegia, zer ziren lurreko itzulbideak, ela- 
guzieu gainetik noiakoa zen bihotzaren mintzaira eta 
hitzketa. 

» Eta hortan da Elissamburu guzientzat nausi, ja- 
kinduelakotz erraiten»bihotzeanzaukana, beti zuzen, 
zuburki eta itzulbiderik gabe. 

» Eta hortako ère, Elissamburuk egin dituen obrek 
iraunen dute beti eta eidu diren leinuek, gusturekin 
beti irakurturen dituzte harek neurtitzetan errao 
dituen gauza ederrak. 

» Eta orai mintza gaiten emen Elissamburuk egin 
dituen obra-nausiez Guziek ezagutzen dugu eta kan- 
tatu ère dugu Nere Etchea. Neurtitz horiek aski 
litazke gizon baten omena egiteko. 

» Iparragirrek egin badu Gernikakoarbola, Elissam- 
kuruk egin du, bertze gisa batean, bere Mendiko etche 
ttipia zointan laboraria, doliatzu, bizi baita zorion- 
osoan munduko nahasmendutarik urrun. 

» Ex daïteke hobeki erran lurreko zoriona : 

Ikusten duzu goizean, 

Argia asten denean, 

Menditto baten gainean, 

Etche ttiki aintzin churibat, lau haitz handiren 

[artean. 



— 199 — 

Iturritto bat aldean, 
Chakur churi bat atean^ 
Han bizi naiz bakean. 

Nahiz ez den Gaztelua, 
Maite dut nik sor lekua, 
Âiten aitek hautatua, 

Etchetik urrua zait iduritzen, nonbait naizela 

fgaldua, 
Nola han banaiz sortua, 

Han utziko dut munduà^ 
Galtzen ez badut zentzua. 

» Gero argitaratu zituen, Biba Fransia, Lehen eta 
orai, Maiiéjaiiut eta Àingeru bâti. 
)> Itzbataskeneko hunengainean. 
» Aingeru bat egin zuen bere emazte beharra Urru- 
ûan lehen aldikotz ikusi ondoan. Ezkontgaïak ziren 
biak. Elissamburuk nahi zuen emaztelzat Eskualdun 
bat. Urrunako alaba bat hartu zuen errailen ziola- 
rik: 

Maite dut eta ezin erran 

Aingeru bâti maite dudala, 

Zeru garbiak arratsean, 

Izarra maite duen bezala, 

Zer ez dabada zorigaitza! 

Mintzatu nabi ezin mintza! 

Non nahi naizen gogoan dut, 

Gaûaz egunaz aingeru hori, 

Urrundik frango chede badut, 

Bainan urbildik^ ezin atrebi, 

Urbîldu eta ez naiteke atrebi. 



— 200 — 

» Balilake hainitz erraiteko Elissamburuk egin 
dituen obren gainean. Liburutto bat egin liteke er- 
recliki. Ez dut emen luzatu nalii sobera ela aknbatzen 
dut Piarres Adames zembeit ilz erran eta. .. 

» Zer da nor da Piarres Adame?.,. Hura da norbeit 
eta nehor ez. Itzkiribatzailek hartzen dute izen bat, 
obra bat nakidutenean egin. Orobal; egin du EUssam- 
buruk. Egia da Sarako herrian, izanomen dela,gizon 
bat, Piarres Adame izena zuena, eta Elissamburuk 
bertze hainilzek bezalaezagutzen zuena. Bainanberriz 
ère diot Piarres Adame delà Alegiazko gizon bat. 
zoina mintzobaita minlzaraztaileak nalii duen bezaia, 

» Piarres Adame deitzen den iiburuttoa gutik 
daukate. Berrogoi liburu baizik ez dire izan moldizte- 
giluak. Bazuen cbedea haren segida egileko. 

» Ezen Piarres Adame obra batenpasarle batbezala 
zaukan Elissamburuk. 

)> Zer Eskuara garbia? Iduri du arrokatik jausteu 
den uraren cburcburka ezti paregabea, liburutto har- 
tan den mintzairak . Sarako semé batek ^ zezakeu 
hobeki erran. Axularrek Sarako lurrean eragin duen 
hazi onak fruitu ona ekarri du... 

» Zer aisiatasuna? zerarraizia? zerhitz ungi aur- 
kiluak ungi hautatuak, eta ungi erranak? Zer erakus- 
pen bandiak liburuk tlipi hortan ? Elissamburuk gure 
mintzaira edo itzkera ederra, gure Eskuara maitea, 
ezagutzen zuen nihork ez bezala. Bazakien zer zor 
zuen bere Eskualdun Herritareri eta emaiten zioz- 



4^MW - 



— 201 — 

katen beti bere bailan zauzkan bezala erakuspenik 
zohurrenak, ela oberenak. 

» Holako gizonek luzez bebar lukete bizi lurrean 
Bainan horiek ère iikor dire betzeak bezala. 

» Chede bandi bat bazuen il aintzinean : nabiko 
zoen gare Eskuara ederra, guziek gisa berean itz 
kîribatzen ikusi. Ez da oraino egungo egunean, bala- 
san hori egin. Agian Eskuara maite duten gizonek, 
eginen dule zerbeit Elissamburuk gogoan zuenaren 
beletzeko. 

Gure mintzaira zaharrari bori zor ginioke. Ez 
dezagun sobera luzamen eman. Gero ez da menturaz 
demborarik izanen Axularrek erraiten duen bezala, 
bere obra, ederrean. Elissamburu il bada orbolt gai- 
ten baren erranez, orboit gaiten hark bere zuhurtzian 
itzkiribatu dituen obra ederrez. . . 

» Emen emaiten dugu egun Sarako kargudanen 
baimenarekin Arri bat, azkarra Larrun mendiko 
erraietarik ebakia, eta zoinaren gainean eman baiti- 
tugu itz hauk : 

ELISSAMBURU NËURT-ITZL4RUR1 

ESKUALDUN BATZARRAREN 

ORHOITZAPENA 

» Elorkisunean jakin dadien, noia aintzinekoek 
zakiten bere mendeko gizonen antzea, jakitatea, eta 
zuhurtzia, ezagutzen eta ohoratzen. 

)> Sarako jende orai bizi, eta gero etorkisunean et- 
orriko zaretenak ? 



— 202 — 

» Orboit zaizte egun, gizon ospe batek zer egin duen. 
Noia Sarako Semé bauta bat oboratu duen. 

» Arta zazue, arrokatik ateratua izan den Arrihori, 
zeren erranen baiteraulzue izan deia Sarako herrian 
gizon bat, zeruko dobainez berregindua, chede onez 
gainditua lurreko gauzak, eta gizonaren bibotza ungi 
ezagutzen zituena.etabeti bertutearen bidean, Eskual- 
herriaren eta Eskuararen amodioan, Inrrean bizi izan 
dena. Haren izena Eskual Herrian, izar baten pare 
izanen da. Beti distiatuko du etorkîsunean gizon 
bautuen orboitzapenak egiten duen bezala munduan, 
zeren ibili eta egin dituen urrats guzietan Eskual- 
Herri maitea, eta Eskuara gure minlzaira ederra, bait- 
zituen beti gogoan, ezpainetan, etabibotzean. 

» Bizi bedibetil Eskual Herriaren izena I 

» Bizil Sarako berri ederraren aipamena ! 

» Eta bizi bedi beti ! Elissambururen Orboitzapena I » 

Voici la traduction française de ce discours : 

« Chers Compatriotes Basques, 

» Le pays de Sare est en joie aujourd'hui, parce 
que, en ce jour de fête locale, il remplit aussi un 
devoir de reconnaissance. Il y a eu de tout temps, 
dans ce beau pays, des bommes distingués. De toute 
façon, il lui est dû d'avoir des fils instruits et 
renommés. 

» Je voudrais aujourd'hui envoyer un souvenir à 



-. *203 — 

ceux qui ont vécu avant nous, et qui ont donné pour 
le pays basque, pendant qu1ls étaient sur la terre, 
leur talent, leur science et leur vie entière. C'étaient 
de vrais fils basques : leurs noms et leur réputation 
dureront tant que dureront le pays basque, la langue 
basque et les Basques. Oui, le pays de Sare a le grand 
honneur d'avoir eu des hommes distingués. 

y> Je veux vous dire maintenant quelque chose 
d'Élissamburu, le poète basque. Vous tous qui êtes 
ici, vous avez connu Élissamburu, vous savez ce qu'il 
était. Il est bon que d'autres le sachent aussi et qu'ils 
apprennent combien son cœur était basque et combien 
il aimait notre cher pays basque. 

» Élissamburu naquit à Sare le 14 août 1838 et alla 
étudier, tout jeune encore, au séminaire de Lanessore. 
A cette époque, il y avait peu de grandes écoles dans 
cette région. Élissamburu prit là cette science solide 
et étendue dont il profita ensuite toute sa vie. Il avait 
vingt ans quand il se fit soldat et fit le sacrifice de son 
sang à la France. 

» Il entra dans l'armée comme simple soldat. Ce 
De fat qu'au bout de trente ans, après avoir couru 
dans tous les coins de la France et en Afrique, et 
avoir pris part comme officier aux dernières guerres 
en Italie et en France, qu'il revint à Sare, son cher 
pays, pour y couler en paix ses derniers jours. Il y 
est mort modestement le 2 janvier 1892, entouré de 
Testime et de l'affection universelles, ayant consacré 



— 204 — 

ses dernières années aux fonctions de juge de paix 
d'Espeletle que le Gouvernement lui avait conQées, 
parce qu'il l*avait reconnu digne de les remplir. 

» Pendant toute sa carrière, et partout où il se 
trouva, Elissamburu se souvint toujours de son cher 
Sare et du parys basque. Que de fois, loin, à Paris ou 
ailleurs, il disait à ses amis : « Il me manque deux 
choses pour' être parfaitement heureux sur cette 
terre, une femme fille du pays basque, et une petite 
maisonnette sur une colline àTabri de la Rhune. » Et 
il lui en arriva ainsi. 

» On a dit que les hommes d*élite ont souvent 
les mêmes idées et les mêmes aspirations. Un autre 
poète basque a dit la même chose que lui, en ces 

termes: « Si Dieu me donne lassante, je trouverai 
encore une bonne flancée, Française et même riche, 
mais je préférerais une Basquaise sans fortune.» Ainsi 
parlait il y a longtemps le grand Iparraguirre, auquel 
nous devons le chant de L'Arbre de Guernica que nous 
chantons tous dans le pays basque. 

» Élissamburu a écrit des poésies de toutes sor- 
tes, gaies, satiriques et mélancoliques. Qui ne 
sait et qui n'a entendu chanter, dans nos villages, 
La Fête des quatre dames, où Marie-Martine, cachant 
sur son flanc une petite outre gonflée, fait pour quatre 
le signe de trois? Combien n'en avons- nous pas ri et 
combien ne rit-on pas encore en Tentendant? Nous 
connaissons de même Le Chien de Mehetegia, nous 



— 205 — 

savons aussi quel célèbre testament fit ce pauvre ani- 
mal. De même, Le Cordonnier ou F Homme sage; quel 
talent I quelle connaissance exacte des choses terrestres 
pour si bien dire 1 

» Je nomme seulement ici quelques-unes des 
œuvres d'Élissamburn, telles qu'elles me viennent 
a Tesprit. Il se peut qu'un jour son flls mette 
au jour les belles œuvres de son père. Je 
dois encore cependant dire deux mots de quelques 
autres œuvres d'esprit qu'a faites Élisamburu. Je 
nommerai parmi beaucoup d'autres. Marie, L'Abeille 
et la fleur, LOiseau messager, La Langue basque 
et le Basque... Quelles paroles pénétrantes I quels 
sentiments doux et surtout allant au cœur, dans ces 
beaux vers qu'on ne saurait trop louer ! Il semble que 
le bon sens, toute laviehumaine^ ainsi que les pensées 
les meilleures et les plus agréables de l'homme y 
soient exprimés. Partout où est allé Élissamburu, il a 
cherché à apprendre ce qu'était le monde, ce qu'est 
la véritable humanité, et, semblableau sage, il a parlé, 
aprèsavoirbien étudié, après avoir bien vu, ce qu'est 
la vérité, ce que sont les vicissitudes terrestres, et 
par-dessus tout comment sont le langage et la pa- 
role du cœur. 

» Là aussi^ Élissamburu peut être considéré comme 
un maître pour tout, parce qu'il sait dire ce qu'il a 
dans le cœur, toujours droit, toujours prudemment et 
sans détours. C'est aussi pour cela que les œuvres 



— 206 — 

dÉ'lissamburu dureront toujours et que les générations 
à venir liront toujours avec plaisir les belles choses 
qu'il a mises dans ses vers. 

» Et maintenant, parlons ici des chefs-d'œuvre qu'a 
faits Élissamburu. Nous connaissons tous, et nous 
avons tous chanté Ma maison. Ces vers suffiraient à 
immortaliser un homme. Si Iparraguirre a fait L'Arbre 
de Guernica, Élissamburu a fait d'une autre façon sa 
Petite Maison de la montagne^ où le cultivateur vit 
heureux dans la prospérité complète, loin des agita- 
tions du monde. On ne saurait mieux exprimer le 
bonheur terrestre : 

» Voyez-vous le matin — quand lalumière commence 
— sur une petite montagne, — une petite maison à la 
façade blanche, au milieu de quatre chênes, — une 
petite fontaine sur le côté, — un chien blanc à la 
porte ? — C'est là que je vis en paix, 

» Quoique ce ne soit pas un château, — j'aime ma 
maison natale, — choisie par les ancêtres de nos 
ancêtres ; — loin de chez moi, il me semble que je 
suis partout perdu ; — comme je suis né là, c'sbt là 
que je laisserai le monde, — si je ne perds pas l'in- 
telligence. » 

» Il publia ensuite Vive la France, Jadis et mainte- 
nant. Je vous ameel A un ange. Un mot sur celte der- 
nière chanson. Il la composa après avoir vu pour la 
première fois à Urrugne celle qui devait être sa femme. 
Ils se fiancèrent. Ëlissambnru voulait pour femme 



— 207 — 

uDe Basquaise ; il prit une allé d'Urragne, en lui 
disant : 

« Je l'aime, et je ne puis dire — à un ange que je 
Fainie, — comme le ciel pur le soir — aime l'étoile. 
— N'est-ce point un malheur de vouloir et de ne pou- 
voir parler? — Partout où je suis, j'ai dans l'esprit, 
—jour el nuil, cet ange ; — de loin j'ai beaucoup de 
résolution, — mais de près je n'ose plus ; — une fois 
rapproché, je ne puis plus oser. » 

» Il y aurait beaucoup à dire sur les ouvrages qu'a 
composés Élissamburu ; on ferait aisément un livre. Je 
ne veux pas allonger celte note, et je finis en disant 
quelques mots de Piarres Adame. 

» Qu'est-ce, qui est-ce que Piarres Adame ? C'est 
quelqu'un et ce n'est personne. Les écrivains prennent 
un pseudonyme quand ils veulent faire une œuvre ; 
c'est ce que fit Élissamburu. Il est vrai qu'àSare, si 
l'on en croit les on-dit, il y a eu un homme du nom 
lie Piarres Adame qu'Élissamburu, comme beaucoup 
d'autres a connu. Mais je n'en répète pas moins que 
Piarres Adame est un nom allégorique, qui parle 
comme le veut celui qui le fait parler. 

» Peu de personnes possèdent le petit livre qui s'ap- 
pelle Piarres Adame ; il n'en a été imprimé que 
quarante exemplaires. Il avait l'ihtention d'en faire la 
suite. Car Élissamburu considérait Piarres Adame 
comme un fragment de ses œuvres. 

y^ Quel basque pur ! Le langage de ce livre semble 



— 208 — 

uDe douce et incomparable source jaillissant da 
rocher. Un fils de Sare ne pouvait mieux dire. La 
semence pétrie dans le sol de Sare par Axular a 
porté un bon fruit... 

» Quelle aisance! quelle vivacité ! quelle prudence! 
quels mots bien trouvés, bien choisis, bien employés! 
quels grands tableaux dans ce petit livre I Élissam- 
buru savait mieux que personne, et personne ne le 
saura mieux notre bel idiome, notre basque chéri. Il 
savait ce qu'il devait à ses compatriotes basques, et il 
leur donnait sans détour les conseils les plus sages. 

» De pareils hommes devraient vivre longtemps sur 
la terre. Mais ils sont mortels, eux aussi, comme les 
autres. Il avait un grand souci, avant de mourir : il 
aurait voulu voir tout le monde écrire notre beau 
basque de la même façon. Cet accord ne s'est pas 
encoreréalisé au jour d'aujourd'hui. Plaise à Dieu que 
tous ceux qui aiment le basque fassent quelque chose 
pour remplir les intentions d'ÉlissamburuI Nous le 
devons à notre vieille langue ; n'y tardons pas trop ; 
peut-être n'en aurons-nous plus ensuite le temps, 
comme Ta dit Axular dans son bel ouvrage. Si Élis- 
samburu est mort, souvenons-nous de ses paroles, sou- 
venons-nous des belles œuvres qu'il a écrites dans sa 
sagesse... 

» Nous posons ici aujourd'hui, avec le consentement 
des autorités de Sare, une forte pierre, arrachée aux 
entrailles de la Rhune et sur laquelle nous avons mis 



— 209 — 

ces mois: « Au poète Élissamburu, — souvenir — de 
TAssocialion Basque, » Pour qu'on sache dans Tavc- 
nir comment les prédécesseurs savaient reconnaître 
et honorer le talent, le savoir, la sagesse des contem- 
porains. 

)) Gens de Sare qui vivez à présent et qui viendrez 
dans l'avenir, — souvenez-vous de ce qu'ont fait 
aujourd'hui une affluence d'hommes, comment ils ont 
honoré un fils distingué de Sare. Prenez soin de celte 
pierre extraite du rocher, parce qu elle vous dira qu'il 
) a eu à Sare un homme doué des dons du ciel, plein 
de bonnes intentions, connaissant bien les choses de 
la terre et le cœur de l'homme, et qui a toujours vécu 
sur la route de la vertu, dans l'amour du pays et de 
ia langue basque . 

» Son nom demeurera dans le pays basque comme 
UD astre sans pareil. Il resplendira toujours dans 
Tavenir, comme le fait le souvenir des gens distingués, 
parce qu'il avait toujours dans l'esprit, sur les lèvres et 
dans le cœur, partout où il allait et à chacun de ses pas, 
notre cher pays basque et le basque notre belle langue. 

H Vive toujours le nom du pays basque I Vive la 
réputation du beau pays de Sarel et vive toujours le 
souvenir d'Élissamburu I » 

Les applaudissements couvrent les dernières paroles de 
l'orateur. 

Ensuite un délégué lit le discours de M. Darricarrère, 
tnembre de T Association, qui n'a pu, à son grand regret, 
assister à la cérémonie. 

14 



— 210 — 



« Jàunak età Andrbâk, 

» Eskuarazaleak Saran ongi-ethorriak garela ikhusi- 
eta galdelzen baleraukute zergatik, berehala ihardets 
gindiozoketehala galdetzaileeri ongi-elhorriak garela 
zercn aspaldi aspaldi-danik herri haa eskuarazale 
toki izatubaila. 

» Gureerran horren aide huna zer argitaral athera- 
tzen ahai dugun: 

» Mila sei ehun eta hogoila hamabortzean Juanes 
Harambiiru predikatzaiicak, Saratarra zelakolz naski 
Sarako niinlzaijean egin izatu zuen elizaraleko libu- 

rutobat: Debozino eskxiarra mirailla eta orazinoie- 
yia deilzen diUena ; liburu hau izatu da zazpi aldiz 
bederen arra-imprimalurik. Francisque-Michel Bor- 
deleko Eskola-Haiidiko nausi batek dijo huntaz bere 
Eskual-Herriko iciilorioan : 

» Haramhuruk egin liburua ezin aurkitu bezain ba- 
» liosa da, zeren ungi izkirib.itua baita Sarako Eskua- 
» raederrenean. » 

» iMila sei ehun eta berrogoita bigan, Saran Sarako 
Jaun erretor batek, Axular jakintsunak eta hiztun 
aiphatuak, egin izatu zuen Gero, ala Geroko gero 
daritzoten liburu ospe handitakoa. 

» Badakizue Axular, eskualdun izkiribatzaile 
lehenagokoen eta oraikoen artean, delà lehena eta 
nagusia bezala agerlzen zaukuna ; gure aintzineko es- 



- 211 — 

kuarazaieek agûr egin zioten; guk ere gorarik, ela 
baruhasturik, agur egiten diogu; gehiagoiik errai- 
tenahal dugu, guk eskuarazaleek, badadukagula ha- 
ren libara eskuara ederrekoak iraunen duela eskua- 
rak diraueino; ondikoz haren lan-egina haichturka 
darabilate oraiko izkiribatzaile balzuek. 

» Hizkuntzaz bertzalde, liburu hauta haren ma- 
miaz aiphamen dagiguntzat, badijogo eziela nebor 
izâtQ eskaallierriko girichtinoari eskuaraz bereegim- 
bideez bain chuchen eta bain zorrozki eta garbiki 
mJDtzatu zaijoenik. » 

» Mila sei ebun eta berrogoila bemezortzian Hariz- 
mendi, Sarako jaun bikarioak, Euskararat biiiurlu iza- 
lu zuen Saran: » A ma birjinaren ofizioa ». IJburii 
chume hortan badirehilz-nourtntako saimo eta hymno 
batzu hain mintzaija lainoan eta iirainean eginak, eta 
bain ongi burutan parekatuak non, iduri batzaiku, 
bitz-neurtzaileek, hitz-pikolariek, edo kanlore-lionlzai- 
loek erakhatspen on baten ekaitzat harlzekoak direla, 
ondikoz, ordean, ezla izalu eskual-herrian liburu hitz 
pikotan hurren guzia eginikako hori, bir-berrilurik, 
eta behar bezala aphaindurik, berriz imprimarazi 
darokunik. 

» Hila zazpi ebun eta bemezortzian, Juanes Etche- 
berri, Jaun mirikuak, eskaini ziotzan, orduko La- 
phurdiko batzahnrrari, eskualdunentzat, eskuaraz 
bertze hizkuntzarik etzakitenenlzat latin-erdarareu 
ikhasteko baitezpadakodiren liburutto batzu. 



— 212 — 

» Haren eskaintza, edo Gomendiozko karta, Bayo- 
nan imprimarazi zuen Mateo Roquemaurel Imprima- 
tzaillea ela liburu saltzaillea baithan. 

» Eskualherria eta eskualdunak biholz bihotzetik 
mailbe izanez lothu zitzaijon lan luze eta ez erretch 
hari; huna berak zer dijoen bere lan-egileko hartii 
zuen chedearen eta bari ziarraizkon nekeen gai- 
nean : 

» Baldin bertze hizkuntzetan bezala, izan baiira 
lehenagotik liburuak Eskuaraz izkiribatuak, hetan 
begiratuak eta allchatuak egonen ziren gauzen izenak 
eta mintzatzeko hitz eta manera eskuarazkoak. Bai- 
nan noia izan bailira bain aphurrak eta gutiak eskua- 
raz argitarat ilit^iii diren liburuak, bargatik bitzak 

eta gauzen izenak... joan izan dira aphurbana emeki- 
emeki bertze gauza guziak bezala trukatuz, eroriz 
eta ahantziz. 

» Lehenago Espainia guzian eta Franlziako bainitz 
herritan Eskuaraz bertze mintzorik etzelarikan, egun 
dakhusagu zein herri gutitan mintzo garen Eskuaraz ; 
eta oraino mintzo garenei-ere eskas zaizkigu bainitz 
hitz eta izen lehenagokoetarik ; zeren hekien lekhuan 
bartu baititugu bertze balzuek bitzkuntza arrotzeta- 
rifc, eta bek-ere ez gisa berekoak guztlak, zeren batek 
bartu baitu kitzkuntza batetik, eta bertzeak bertze- 
tik. 

» Hala ezin nagoke erran gabe zein achola guti eta 
artba aphurra izatu duten Eskuaidunek bere eskuaraz.. 



— 213 - 

)^ Habkotz bada Ëskualdunen neke hau ikhusirik 
hasinîDlzen Eskuaraz, Latinez, Frantsesez eta Espai- 
nolez hilztegi baten moldalzen ; bide harlaz Eskual- 
ilun guzick eta bereziki ene lierritar Laphurtarrek 
zembait.... laguntza izan lezaten gatik; beré herritik 
kamporat, ikhi gabe zembail hitzk.untzaren parte be- 
deren ikhasteko. Ordeanoiz eta ère usle bainuen ain- 
Izina neramala nenre obra, gogora zitzaitan deusguli 
balio zoela ene trabailiiak eta zimciidu gabeko obra- 
ren pare izanen zela, baldin iehembizirik ezbanituen 
moldatzen Eskuarazko lehembiziko hatsapenak latin 

ikhasteko, zeren hank baitira zein nabi hitzkuntzaren 
zimenduak, zainak eta erroak. » 

y^ Horrengatik bada, Jaunak, orai hemen dakbarlz- 
ketzoet, halako maneran moldatuak eta eginak, non 
haukien bidez estudiatu nabi duenak Eskuaraz Eskual- 
herritik jlkhi gabe ikhas baitetzake latinezko Decli" 
nazionak, bai balaber Conjvga^inoak eta lehembiziko 
hatsapen guztiak. 

y> Zorigaitzez Etcheberri mirikuak eginikako lan 
bandi horiek gaidu izatu dire; zorigaitzez dijogu zeren 
holako langile artecha, khartsu eta Eskuarazaie baten 
ian-eginak iraun bebar bailzuketeen gure eta edozein 
harrotz-herrietako jakintsunen erakhats-garritzat 

» Gaizki errandugu bada aldebat gaIdu izatu dire- 
la Etcheberri mirikuaren aiphatiidilugun lan-eginak ; 
huna zertan egiaren mugarria iragan dugun : aita Lar- 
ramendi gipuzkoarrak bere hitztegi mila zazpi ehun eta 



— 214 — 

berrogoita bortzean imprimatuan erraiten daroku 
xxxvj plaman : 

» £1 doctor Juan de Etcheberria, natural de Sara en 
Labort, oy Medico de la villa de Azkoïtia, rouy docto 
y amante de su Lengoa, tiene aûos ha compuesto au 
Diccionario quadrilingue de Bascuence, castellâoo, 
Francés, y Latin, que impresso pudiera servir para 
enlenderlos pocos libros que ay en Bascuence, aunque 
no con toda extension. Avrà diez o doce aûos» que 
estando de passo en Azkoitia, me lo flo por dos dias, 
y entresaquë muchas voces deldialecto Labortano, pa- 
ra ponerlas despues en las correspondientes dei castel- 
lano.Harto mehuvieraalegrado,que huviera precedido 
la impression deste Diccionario para valerme del tra- 

vajo ageno, sin orension de su autor, en quanlo di- 

« 

xesse bien con la idea del mio. 

» Beraz ageri da, espainiako erdaran Larramendik 
errnn daukunetik. Etcheberri mirikuaren hilztegitik 
hitz asko bildu zituela eta bere hiztegian kokatu. 

» Agian noizpait norbaitek bildukodilu Jakintsun 
lehezkoen bozgarri, gure eskuarazko bilzzahar oraino 
hor-hemenka doi-doia bizirik gordeak eta banatuak 
daudezenak! 

» Horra bada nor eta noiakoak izatu diren, gure 
jakineko eta iduriko, aspaldi duela bere burua era- 
khutsi duten Sarako Eskuarazaleak. 

)) Gure mendeko eskuarazaleetan bertze batzu oral- 
no aipliatzeko badilugu : 



— 215 — 

«Gehienek ezagutu duzue Ithurbide zena, miriku 
eta Sarako hauzapheza : Eskualdun ikhiislalez belhe- 
rikako harrek bere Ëskuarazaletasunaren lekhuko 
utzi daroku Sarako minUaija ederrean imprimaturik : 
khtorio $aindua laburzki galde^ eta errcpustuz ; Jaun 
hura ère Sarako semé on bezain eskuarazale ona izatù 
delaezladukaga ahantzirik. » 

Ce qui signifie : 

« Mesdames et Messieurs, 

» En voyant qu'amateurs de la langue basque nous 
sommes les bienvenus à Sare, si Ton nous demandait 
pourquoi, nous pourrions répondre que nous sommes 
ainsi les bienvenus parce que ce pays de Sare, est 
depuis très longtemps, cet endroit où le basque a été 
cultivé. 

» A l'appui de ce dire, voici ce que nous pouvons 
publiquement Taire connaître : 

»En 1635, Jean de Haramboure, prédicateur, a com- 
posé dans ce langage de Sare, sans doute parce qu'il 
était de Sare, son petit livre d'église intitulé : Mûoir 
et Oratoire de dévotion manuelle; ce livre a été réim- 
prtmé sept fois au moins. M. Francisque Michel, pro- 
fesseur à la Faculté de Lettres de Bordeaux, a dit, 
dans son livre sur le Pays Basque ; « Le livre de J. Ha- 
ramboure est aussi précieux qu'introuvable, car il est 
fort bien écrit dans le beau basque de Sare. » 



— 216 — 

» £ii 16iâ, un curé deSare, le savant et Tiliustre 
écrivain Axular, a composé à Sare son Après on Après 
après, ce livre dont la réputation est si grande. Vous 
savez qu'Axular, parmi les écrivains basques anciens 
ou modernes est le premier et apparaît comme le 
maître. Nos prédécesseurs dans Tétude du basque l'ont 
salué ainsi; nous le saluons à notre tour plus encore et 
la tête découverte; et de plus nous pouvons dire, nous 
basquisanls, que nous tenons pour certain que ce 
magnifique livrebasquedurera tant que durera la langue 
basque ; malheureusement quelques écrivains d'au- 
jourd'hui traitent ce chef-d'œuvre à coups de ciseaux. 
En dehors du langage d'ailleurs, si nous examinons 
la substance de ce livre, nous dirons que personne 
n'a jamais parlé aux chrétiens du pays basque de 
leurs devoirs d'une façon aussi précise et aussi nette. 

» En 1658, Harismendi, vicaire de Sare, a traduit 
en basque à Sare, ÏOffice de la Vierge Mère. Dans ce 
petit livre on trouve quelques psaumes et hymnes ren- 
dus dans un langage si naturel et si coulant et répon- 
dant si bien à son but, qu'il nous semble que les 
poètes, les érudits ou les chanteurs y trouveraient 
d'excellents modèles ; cependant il ne s'est encore 
trouvé personne dans le pays basque pour faire réim- 
primer en le renouvelant et en le traitant comnie il 
convient, ce livre à peu près inimitable par la préci- 
sion de son style. 

» En 1718, Jean Etcheberri, médecin, offrit h l'as- 



— 217 — 

semblée d'alors de Labourd, quelques petits ouvrages 
qui avaient pour but d'enseigner le l.itiri aux Basques, à 
ceux qui ne savaient d'autres langues que le basque. 
Son offre ou sa Lettre de recommandation, il la lit 
imprimer h Rayonne, chez Mathieu Roquemaurel, 
imprimeur et libraire. Comme il aimait le pays basque 
et les Basques» il s'appliqua à ce travail long et pas 
facile. Voici ce quMI dit lui-même de la peine qu'il lui 
avait causée et des ennuis qui en furent la suite : 

» Si, comme dans les autres langues, il y avait eu 
des livres anciennement écrits en basque, on y trou- 
verait notés et signalés les noms de choses ainsi que 
les tournures de phrases basques. Mais comme il y a 
très peu et de très peu d'importants ouvrages publiés 
jusqu'ici en basque,... les mots elles noms de choses 
se sont peu à peu et insensiblement, comme toutes 
les autres choses, modifiés, perdus et oubliés. 

» Bien que jadis, dans toute l'Espagne et dans une 
grande partie de ia France, il n'y avait pas d'autres 
langues que le basque, nous voyons dans combien peu 
de villages, nous parlons basque, et encore, même à 
nous qui le parlons, il nous manque beaucoup d'an- 
ciens mots et d'anciens noms, parce que, à leur place, 
nous avons pris des mots aux langues étrangères, 
et encore ne sont-ce pas toujours les mêmes, parce 
que Tun les a pris dans un idiome et l'autre dans un 
antre. 

» Ainsi et je ne puis m'empécher de dire quel peu 



n 



— 218 — 

de souci et quel manque de soin ont en les Basques 
de leur basque. 

» C'est pourquoi voyant cette négligence des 
Basques, je me suis mis à rédiger un Dictionnaire 
basque, latin, français et espagnol ; par ce moyen 
tous les Basques, et surtout mes compatriotes du L«i- 
bourd, puissent y trouver quelque assistance pour, 
sans sortir de leur pays, apprendre au moins quelque 
partie d'un langage. Mais, cependant, comme je pen- 
sais à avancer mon œuvre, il me vint à l'esprit que mon 
travail vaudrait peu et qu'il ressemblerait à un ouvrage 
mal assis, si auparavant je ne rédigeais en basque 
les premiers éléments de la grammaire pour apprendre 
le latin, car ce sont là les fondations, les bases et les 
racines de n'importe quel idiome. 

» C'est pourquoi donc. Messieurs, je vous les 
apporte rédigés de telle façon que, par leur moyen, 
celui qui veut étudier en basque, sans sortir du pays 
basque, puisse apprendre les déclinaisons aussi bien 
que les œnjugaisonshlmes, ainsi que tous les premiers 
éléments ». 

» Par malheur, ces travaux qu'avait faits le doc- 
teur Elcheberri ont été perdus ; nous disons par 
malheur, parce que les œuvres d'un travailleur si soi- 
gneux, si ardent, si amateur de basque auraient dû 
durer comme exemple pour les savants de notre pays 
et de tous les autres pays étrangers. 

» Mais nous avons mal dit en constatant que les 



— 219 — 

travaux mentionnés par nous du docteur Etcheberri se 
sont entièrement perdus : voici en quoi nous avons 
dépassé les bornes de la vérité. Le Père guipuzcoan 
de Larramendi nous dit à la p. xxxvj de son Diction- 
naire, imprimé en 1745 : « Le docteur Jean de Etche- 
berri, originaire de Sare en Labourd, aujourd'hui , 
médecin de la ville d'Azcoitia, très savant et très amant 
de sa langue, a composé depuis de longues années un 
Dictionnaire en quatre langues: basque, espagnol, 
français et latin, qui, s'il était imprimé, pourrait servir 
pour faire entendre, quoique d'une façon pas absolu- 
ment complète, le peu de livres qu'il y a en basque. Il 
doit y avoir de dix à douze ans que, me trouvant de 
passage à Azcoitia, il me le confia pour deux jours et 
j'en tirai beaucoup de mots du dialecte labourdin pour 
les intercaler ensuite parmi mes traductions de l'espa- 
gnol. J'aurais été de beaucoup plus satisfait que l'im- 
pression de ce Dictionnaire ait déjà eu lieu, afin de 
pouvoir me servir du travail d'autrui sans faire aucune 
espèce de tort à son auteur... 

» Il parait donc de ce que nous dit Larramendi dans 
le langage d'Espagne qu'il a pris beaucoup de mots du 
Dictionnaire du docteur Etcheberri et qu'il les a mis 
dans le sien\ 

l.Poavreau, dans son Dictionnaire basque français manusorit, 
conservé à la Bibliothèque Nationale à Paris, cite plusieurs fois le 
Diction naired' Etcheberri. Mais cet Etcheberri ne pouvait être celui 
de 1718, car Oihenart qui parait avoir eu le manuscrit sous les 
yeax écrit à Pouvreau en 1661 : «feu M. d'Etcheberri.w Pouvreau 
De cite chaque fois que le mot basque et sa traduction latine (J.V.). 



— 220 — 

» Plaise au cielqa^nn jour quelqu^un recueille, a ia 
grande joie des savants véritables, les vieux mots de 
notre langue basque à peine vivants cà et là, qui se 
cachent et sont comme inutilisés I 

» Voilà donc quels ont clé et ce qu'ont été, autant 
que nous pouvons le voir et le connaître, les basqui- 
sants de Sare qui ont vécu dans les siècles passés. 

» Nous avons encore à mentionner quelques per- 
sonnes parmi les basquisants de notre siècle. 

» La plupart d'entre vous ont connu feu M. Dilhur- 
bide, médecin et maire de Sare. Ce Basque émînenl 
nous a laissé comme témoignage de sa compétence en 
basque un livre imprimé dans le beau basque de Sare 
V Histoire sainie abrégée par demandes et par réponses. 

Nous ne saurions oublier que ce Monsieur était aussi 
bon basquisant que bon fils de Sare. » 

Le travail de M. Darricarrère, attendu avec une certaine 
curiosité, a pleinement satisfait l'auditoire. M. Darricarrère 
a dû se livrera beaucoup de recherches pour compléter son 
étude biographique. Il s^est acquittéde son mandat en philo- 
logue consommé. Nous sommes heureux de rendre ici un 
hommage très mérité àce vaillant bascophile, que l'Association 
Basque est Bère de posséder dans son sein. 

Enfin, un autre délégué lit le remarquable discours du sa- 
vant professeur à TÉcole des langues orientales vivantes' 
M.Julien Vinson, membre de l'Association, retenu au Con- 
grès des Orientalistes qui a lieu en ce moment à Paris : 

« On parle beaucoup de « ia tradition » depuis 
quelque temps dans notre cher pays basque ; et puisque 



ce mot parait à la mode, je demande la permis- 
sion de remployer à mon tour. Seulement je le pren- 
drais dans une acception plus large et plus exacte, je 
crois, que ceux qui en abusent, si j*ose m'exprimer 
ainsi. Pour eux « la tradition » n'est qu'une expres- 
sion respectable à Tabri de laquelle ils pensent dissi- 
muler la conservation des préjugés, le culte des rou- 
tines surannées et la perpétuité des abus. 

» Pour nous, la tradition, c'est 1 étude attentive et 
prudeirte du passé, non pas pour y voir tout en beau 
ou en grand, mais pour y chercher la raison d'être des 
choses actuelles et les lois générales du développement 
de rhumanité. 

^ C'est ainsi que, dans cette commune de Sare. 
qui est depuis longtemps comme le cœur du pays, où 
se sont alimentés tant d'écrivains et de basquisants 
illustres, depuis Malterre il y a près de trois siècles 
jusqu'au professeur Schuchardt il y a dix ans à peine; 
c'est ainsi que dans cette commune nous avons voulu 
élever un monument visible, un monument durable, 
à la mémoire d'un des plus vaillants citoyens, d'un des 
cœurs les plus généreux du pays, à la mémoire d'Élis- 
samburu. 

» Vous n'attendez pas de moi une biographie com- 
plète de notre ami regretté. Qu'importeraient des faits 
et des dates? Ce qui importe, c'est l'homme lui-même, 
son caractère, sa haute valeur morale. Ce qui importe 
aussi et ce qu'il convient de signaler avant tout, c'est 



— 222 — 

qu'Élissamburu étaiUa représention aussi exacte que 
possible du type et de Tesprit basques où se fondent 
si harmonieusement un mysticisme élevé, une fran- 
chise modeste, une haute dignité personnelle et un 
amour invincible de Tindépendance. Ajoutez-y le culte 
de la famille, le respect des souvenirs et le patrio- 
tisme dans son sens le plus noble et le plus complet. 

» Élisssamburu peut être envisagé à deux points de 
vue, comme homme public et comme homme privé. 

» Homme public, c'est-à-dire soldat, puis fonction- 
naire civil, nous Tavons toujours vu aimable et bon, 
juste et sévère, indulgent aux faiblesses, implacable 
au mal ; et toujours il adonné l'exemple de la disci- 
pline, de Tamour de Tordre, sans aller jamais jusqu'au 
sacrifice de ses idées personnelles. Il voulait con- 
vaincre et non contraindre. Avant de commander, il 
avait su apprendre à obéir. 

)) Quant à Thomme privé, c'est surtout dans l'écri- 
vain que nous l'apprécierons. Je ne vous rappellerai 
pas le charme de ses compositions poétiques où la fraî- 
cheur du sentiment s'alKe si bien à la pureté de la 
forme. Élissamburu était un des partisans acharnés, 
— qu'on me passe le mot, — de la conservation du 
basque; non qu'il espérât en faire jamais un idiome 
local exclusif, mais parce que cette belle langue est 
presque le seul témoin de Tantiquilédu peuplebasque, 
et que c'est une force de plus pour un peuple, qui doit 
jouer son rôle dans le mouvement démocratique mo- 



— 223 — 

derne, que d'apporter à la masse des efforts réunis 
une originalité propre et des qualités particulières. 

y^ Aimons et cultivons à son exemple la langue 
basque; aimons ce pays si favorisé de la nature et 
conservons avec un soin jaloux l'exemple et les le- 
çons de ceux qui y ont vécu avant nous, non pour les 
copier servilement, mais pour les continuer, les déve- 
lopper et contribuer par là au progrès général de 
Tesprit humain. » 

Ce discours a été très goutté et a soulevé des applaudisse- 
ments répétés. 

On procède ensuite au concours d'improvisations. Peu de 
champions, mais joute assez réussie; les ripostes toujours 
railleuses des concurrents ont beaucoup fait rire le public. 
Trois prix ont été décernés à : !<> Zubilibia, de Sare ; 2" Duhal- 
deborde, de Sare: 3oLastiry,d*Ascain. 

Ensuite a lieu le concours des chirola et tambourinaires 
venus de la Navarre. 

Après avoir joué ensemble le Gernikako Arhola^ les mor- 
ceaux imposés sont exécutés avec brio^ à la satisfaction 
générale, et trois prix alloués à : V Aguirre, de Vera; 
2^ Verges, de Vera; 3*" Aldabe, de Vera. 

Enfin et pour terminer la fête, on passe au Concours des 
Danses Basques. Le Comité, faute de danseurs du tradition- 
nel Saut Basque, décide d*ouvrirun concours de fandango, 
auquel prennent part plusieurs groupes. Quatre prix sont 
accordés : 1*> Aramendy, de Ciboure; 2° Goyty, de Ciboure; 
3* Durio, de Ciboure; 4** Lasserre, de Ciboure. 

11 était six heures et demie quand le président a levé la 
iîéance. 



HISTOIRE 

DE LA 

PRINCESSE DJOUHER-MANIKAM 

Roman traduit du Malais 

sur le Manuscrit de la Bibliothëqae Nationale de Paris 
Par Aristide MARRE 

(Snite) 



Maka kata touan poutri Djouher Manikam : « per- 
gi.lah angkau ber.djaian dehoulou sakarang inalam 
angkau datang.lah kamari^ djangan tiada angkau da- 
tang karna ini hari siyang hendak ber.djaian takout 
di.ka.tahou.i olih Biyapri ». Maka sembah Hastri 
« baïk.lah touankou ! » Maka. Hastri poun ber.- 
djalan.djalan.lah kasana kamari, me. nanti. kan hari 
malam. Satelah soudah hari malam, maka Hastri 
poun datang kabaouah roumah Biyapri me.nanti.- 
kan ouektou malam, maka di.serou.lah olih Hastri 

Aussitôt la princesse Djouher- Manikam sortit un 
magnifique costume d'homme, s'en revêtiten y ajoutant 
une arme semblable à un kandjar et descendit de la 
maison. Ensuite, montant sur son cheval et le pous- 
sant vivement, elle arriva au bas de la colline. Elle se 
dirigea vers le pays de Boum et^ continuant son che- 
min de forêt en forêt, de plaine en plaine, elle parvint 



- 225 — 

akan touan poutri Djouher Manikam. Maka kata 
touan poutri : a menant! dehoulou karna Biyapri itou 
lagi djaga ». Maka Hastri poun soudah mengantouk 
lalou iya tidor dibaouah roumah Biyapri bermoula 
tali kouda.nia poun di.tambat.kan.nia pada pinggang- 
nia. 

CINQUIÈME RÉCIT 

El kissahjon mengata.kan tcheritra yang kalima 
akan hal poutri Djouher Manikam touroun deri.atas 
pend jour roumah gedong itou lalou touan poutri naïk 
ka. atas kouda.nia Hastri itou lagi tidor djouga. 
Maka touan poutri Djouher Manikam poun doudouk 
di.atas koudania menanti.kan Hastri djaga. Hatta 
maka zanggi pentchouri itoupoun ka baouah roumah 

à la porte du fort de la ville de Roum\ au moment 
où le roi de ce pays venait de mourir. 

SIXIÈME RÉCIT 

Où IL EST RACONTÉ COMMENT LA PRINCESSE DjOUHER- 
MaNIKAM monta sur LE TRÔNE AU PAYS DE ROUM. 

Lorsque la princesse Djouher-Manikam fut arrivée 
à rextérieur du fort deRoum, elle s'assit dans le baley 

1. Dans la pièce historique, imprimée à Paris en 1615, intitu- 
lée: c Articles du traicté faict en l'année mil six cens quatre, 
entre Henri- le- Grand, roy de France et de Navarre, et Sultan 
A.mat, empereur des Turcs », on lit dans Ténumération des pays 
possédés par le sultan : Alep, Damas, Bassrah et Rom{sic). Dans 
leMakota râdja-râdja (Couronne des rois), on cite, d'après le 
KUàb adàb es-Selathin, trois rois célèbres par leur générosité : 
le roi de Roum^ le roi de Syrie et le roi à'Yémen, 

15 



— 226 — 

Biyapri kendat: mentchouri maka iya me.lihat sa' 
eikor kouda tali.nia ter.tambat pada pinggang Hastri 
itou.maka olih zanggi pentchouri itoupoun di.poutous. 
kan.nia.lah kapada pinggang Hastri itou.maka di. 
hela.nia olih zanggi pentchouri itou ka.tengah pa- 
dang.maka pada sangka touan poutri Hastri djouga 
yang menarik kouda ini. Hatta maka boulan poun 
terbit maka di.lihat.nia olih zanggi itou sa'orang per 
ampouan doudouk di.atas kouda terlalou baïk roupa. 
nia dan tchahaya.nia poun terang ter.lebih indah- 
indah.Maka ^ra/z^'z/r pentchouri itoupoun terlalou amat 
souka.tchita hati.nia.maka kata ^an^^r itou didalam 
hati.nia: « telah laraa.lah akou pergi mentchouri be- 
brapa arta akou dapat deripada ratna moutiyama- 
nikam kou per. olih dan ber.bagaî-bagai emas dan 
perak dan lagi ouarna kain deripada kaïn souf sakelat 
aln el banat kou per. olih souatou poun tiada gouna. 
nia Adapoun sakarang ini baharou.Iah akou mendapat 
yang indah-indah ini sakarang kou per.oiih sa'orang 

en dehors du fort. Elle était merveilleusement belle 
et ses vêtements tout brillants d'or étaient garnis de 
pierreries, de perles et de rubis. Un homme venante 
passer par là, l'aperçut et demeura saisi d'étonnement 
et d'admiration, car dans le pays de RoumW n'y avait 
personne qui pût être comparé à ce jeune homme si beau 
et si magnifiquement vêtu. Il lui demanda : « D'où ve- 
nez-vous et pourquoi étes-vous venu ici ?» La prin- 
cesse répondit : « Je ne connais pas le lieu où je me 
trouve en cemoment, et je viens de la ville de Damas."» 
Cet homme de Roum prit congé et s'en alla se présen- 



-^ 227 - 

akan istri-kou dan tchahaya inata.kou dan bouah hati. 
kou baharou.lah senang rasa hati.kou sebab kou per, 
olih istri ini. Adapoun akan roumah zanggi pent- 
cbouri itou di.atas kamountcha^ boukit maka touan 
poutri Djouher Manikam poun di.baoua.nia.lah ka 
roumah. nia. maka di.toundjouk.kan.nia.Iah segala isi 
roumah-nia dan di.serah.kan.nia kapada touan poutri 
Djouher Manikam, maka kata zanggi itou kapada 
touan poutri Djouher Manikam : « Hey adinda touan 
hamba. lah yang ampounia isi roumah hamba ini ba- 
rang kn.hendak hati touanhamba . lah ». Maka kata 
touan poutri Djouher Manikam : « diam.lah angkau 
dehoulou ». Maka touan poutri poun fikir dalam hati. 
nia: soudab.lah ountong.kou ini dehoulou soudah.lah 
akou doudouk kapada Biyapri sakarang ini djatoh 
poula kapada tangan zanggi pentchouri ini poula 
iioupoun.soudah.lahdengan eradat Allah taala djouga 
yang ber.lakou atas hamba.nia ». Maka Zanggi peut- 

ter au mangkouboumi^ ; il lui rapporta tout ce qu'il 
avait vu. 

Le mangkouboumi, après Tavoir entendu, sortit 
promptement pour aller trouver le jeune homme. Dès 
qu'il se fut approché de lui et qu'il eut vu sa beauté 
remarquable et les splendides vêtements garnis depier- 
reries, de perles etde rubis dont il était paré, le mang- 
kouboumi s'assit auprès de lui et dit: « Jeune homme! 

\.ljbmangkouhoumie&i le premier ministre, le grand vizir, 
chez les peuples malais et javanais. Ce titre, cette dignité signifie 
& la lettre: « qui tient le pays dans son giron, c'est-à-dire en tu- 
telle ou sous sa garde. » 



- 228 - 

chouri itou hendajj: meng.hampir.kan touan poutri 
Djouher Manikam; maka kata touan poutri itou : 
Djangan.lah angkau hampir dehoulou karna akou lagi 
ber.nadzar kapada Allah taala tiga hari lagi tiada 
bolih melihat mouka Iaki-laki yang lain ». Maka 
zanggi pentchouri itoupoun meng-ambil minoum.an. 
nia.makà kata ^anggi pentchouri itou : « mari.lah kita 
minoum dehoulou I » Maka kata touan poutri Djouher 
Manikam : tetapi pada bitchara akou djika kita mi- 
noum dehoulou ber.doua, angkau poun mabok akou 
poun mabolj: nistchaya akou di.ainbil orang deripada 
mou dan angkau poun di.bounouh.nia. Djika demikian 
mari.lah akou meng.isi.kan piyalà itou angkau mi- 
noum dehoulou itou, apabila soudah angkau pouasa 
minoum^ maka akou poula minoum angkau meng.isi 
piyala itou », maka zanggi pentchouri itoupoun ter- 
lalouamat soukatchita hati.niamen.dengar kata touan 
poutri demikian itou maka kata.nia : (( benar.lahkata 

d'où venez- vous? Pourquoi êtes- vous venu dans ce 
pays ? » La princesse répondit : « Je veux parcourir le 
monde pour mon agrément, telle est ma volonté ! »> Le 
mangkouboumi reprit: « Voulez-vous que nous vous 
fassions roi dans ce pays-ci ?» La princesse répliqua : 
« Pour quel motif voudrais- je être fait roi dans ce 
pays î Par quel moyen d'ailleurs ? » Le mangkou- 
boumi répondit: « Notre roi est mort! » — Est-ce 
qu'il n'a pas d'enfant ? dit la princesse. — Le roi a 
laissé un enfant, répondit le mangkouboumi^ mais il 
est encore bien petit et incapable de gouverner ses 
sujets ; c'est pour cela que nous vous ferions roi dans 



— 229 — 

touankou itou m, lalou iya mem.bri.kan tampat itou 
kapada tangan tauan poutri Djouher Manikam den- 
gan souka.tchita.nia kapada tangan zanggi itoupoun 
minoum.Iah i satelah bebrapa poula gelas iya minoum. 
Hatta maka sanggi itoupoun mabok.lah ter.hantar 
saperti bangkei tiada khabar akan diri.nia, | maka 
touan poutri Djouher Manikam poun mengalouar. 
kan pakeyan yang indah-indah lalou iya memakei 
tchara Iaki.laki dan memakei sendjata saperti kand- 
jar. Maka touan poutri poun touroun deri roumah itou 
lalou naik iya ka.atas kouda.nia maka di.gertak-kan. 
nia kouda.nia touroun ka.boukit itou lalou iya me- 
noudjou djalan ka binoua Boum deripada souatou 
riraba datang kapada. 3QUatou rimba dan deripada 
souatou padang datang kapada souatou padang.maka 
sampey.lah baginda di.Iouar kota binoua Roum. 
Adaponn radja. didalam binoua Roum baharou iya 
mati. 

ce pays. » La princesse Djouher-Manikam reprit: 
«Pourquoi non? qu'est-ce qui s'y opposerait ? Si vous 
tous, vous voulez suivre mes conseils, j'accepterai la 
royauté dans ce pays . » Le ministre dit : « Et pour- 
quoi nous tous ne voudrions-nous pas suivre les com- 
mandements de mon seigneur ? » 

Le mangkouboumi la conduisit au palais; tous les 
mantri et les houloubalang s'assemblèrent pour pro- 
clamer roi la princesse DJouher-Manikam. Cela fait, 
la princesse prit le nom de Radja Chah Djohon. Après 
quelque temps de règne, son esprit de justice et sa 
parfaite équité dans. le gouvernement de ses sujets 



— 230 — 



SIXIÈME RÉCIT 

El tlsaah pri mengata.kan tcheritra yang ka. 
anam tatkala touan poutri Djouher Manikam mend- 
jadi radja di binoua Roum, Hatta kalakian satelah 
sampey.lah touan poutri Djouher Manikam di louar 
kota nagri Roum maka doudouk.lah touan poutri 
Djouher Manikam pada balei di louar kota itou roupa. 
nia terlalou indah-indah dan pakeyan.nia poun serba 
ka.emas.àn yang ber.tatah.kan ratna moutia mani- 
kam, makaada sa.orang.orang laki-Iaki lalou di louar 
kota itou iani di louar kota nagri Roum itou, maka 
di.lihat.ria roupa orang mouda itou, maka itoupoun 
heiran.lah dan ter . tchengang . tchengang me.Uhat 
roupa baginda itou tiada.lah ada banding.ari.nia di- 
dalam nagri Roum itou serta dengan pakeyan.nia 
patout sakali yang demikian itou | maka orang itou- 

avaient rendu son nom célèbre dans tous les pays étran- 
gers. RadjaChâh Djohon dit à son ministre : « O mi- 
nistre ! fais-moi construire un baley en dehors du fort ; » 
et aussitôt les mantri et les houloubalaag ordonnèrent 
aux habitants de construire ce baley . 

Dès que la construction fut achevée, on vint l'an- 
noncer au roi. Celui-ci dit alors : « mangkouboumi ! y 
a-t-il dans mon royaume un homme qui sache peindre? 
— «Oui, Monseigneur, Roi du monde, il y a ici un 
peintre habile. » — «Qu'on fasse venir ce peintrel » — 
«Immédiatement, Monseigneur», dit le mangkouboumi, 
et il ordonna à un esclave d'aller mander le peintre. 



— 231 — 

poun ber.tania kapada orang mouda itou kata.nia 
« bendal^ kamana touanhamba dan derimaoa touan- 
bamba datang ini? | » Maka kata touan poutri Djouher 
Manikam adapoun hamba ini tiadaber.ka. tabou. an 
tampat bamba doudouk akan sakarang ini hamba da- 
tang deri nagri Damsik maka orang itoupoun ber. 
mohon.lah kapada orang mouda itou lalou iya pergi 
meng.adap mangkouboumibe.per.sembah.kan saperti 
yang di.libat.nia itou samoua.nia di.kata.kan.nia ka- 
pada mangkouboumi | di.dengar olib mangkouboumi 
sembab orang Roum itou. maka mangkouboumi poun 
sigra-lab iya ka louar men.dapat.kan orang mouda 
itou. Satelab hampirlah mangkouboumi kapada orang 
moudaitoumakadi.lihat.niaolihmangkouboumiroupa. 
nia poun terlalou indah-indah dan pakeyan. nia poun 
ber.tatab.kan ratna moutia manikam, maka mangkou- 
boumi poun doudouk dekat orang mouda itou seraya 
ber.tania kata.nia: a Hey orang mouda derimana 

Le peintre vint en toute hâte et entra en la présence 
de Radja Chah Djohon, en se prosternant le front 
jusqu'à terre. Le prince lui dit : « peintre I est-ce 
que tu as une fille sachant peindre ? » Le peintre ré- 
pondit: « Oui, Monseigneur, Roi du monde, j'ai une 
fille très habile dans Tart de la peinture ». — « Dis à 
ton enfant de venir ici. » — Le peintre se prosterna de 

nouveau, puis il alla chercher sa fille. « mon enfant! 
lui dit-il, le fruit de mon cœur, viens, le roi t'appelle! » 
Alors la fille du peintre, promptement se mit en route, 
accompagnée par son père. 
Ils entrèrent ensemble en la présence du roi^ qui se 



— 232 — 

touanhamba datang ini niaka touanhamba datang ka 
nagri ini ». Maka kata touan poutri itou adapoun 
hamba ini hendak ber. main. main sa.genap nagri orang 
itoulah ka.hendak liamba». Maka kata mangkouboumi : 
cr maou.kah touanhamba kami djadi.kan radja dalam 
nagri ini ? » Maka kata touan poutri Djouher Mani- 
kam itou : (capa sebab.nia maka hamba hendak touan- 
hamba djadi.kan radja dalam nagri ini kamana pergi. 
nia ». Maka sahout mangkouboumi a adapoun radja 
kami soudah mati » ; maka kata touan poutri itou 
(c tiadakah radja beranak?» maka kata mangkouboumi 
« ada djouga radja ber. anak itou tetapi iya masih ket- 
chil, belom tahou iya memerentah. kan segala rayât 
itoulah sebab.nia maka touanhamba kami djadi.kan 
radja didalam nagri ni ». maka sahout touan poutri 
Djouher Manikam: <x apatah salah.nia djika touan- 
hamba sakalian maou menourout bitchara hamba maka 
hamba poun maou ka.radja.an didalam nagri ini ». 

trouvait encore au milieu de ses manirî et de ses hou- 
loubalang. Le peintre etsa fille se prosternèrent le front 
contre terre. Le prince dit : « Peintre, est-ce là ta 
fille ?» — « Monseigneur, Roi du monde, oui, c'est 
là mon enfant ! » — « Eh bien 1 dit le roi, venez 1 en- 
trez avec moi dans l'intérieur du palais ! » Et en même 

temps le prince partit et rentra dans ses appartements, 
suivi de la fille du peintre. Il se dirigea vers un endroit 
retiré, et là il dit : « Ma sœur, faites, je vous prie, 
mon portrait, et tâchez de le faire bien ressemblant ». 
Alors la princesse DJouher-Manikam se revêtit d'un 
habillement de femme^ et sous ce costume elle était 



- 233 ' 

Maka kata mantri itou : mengapa.tah maka kami sa- 
kalian tiâda maou menourout perentah touankou 
itou ? » maka di.baoua olih mangkouboumi ka astana 
itou, maka segala mantri dan houloubalang poun ber. 
himpoun akan me.naîk.kan touan poutri Djouher 
Manikam itou radja. Satelah soudah itou maka touan 
poutri Djouher Manikam poun me.nama.ï diri.nia 
radja Chah Djohon. Satelah bebrapa lama.nia dalam 
ka.radja.an itou terlalou sakali adil.nîa baginda pada 
meng.koukoum.kan dengan sa.benar.nia dan nama. 
nia poun machour.lah pada segala nagri yang laln. 
Maka kata radja Chah Djohon kapada mantri : « Hey 
mantri per.bouat.kan akou sa.bouah balei di.louar 
kota int.maka segala mantri dan houloubalang poun 
meniourouh segala rayât itou ber.bouat souatou balei 
di.louar kota itou. Satelah soudah balei itou maka di. 
sembah.kan.nia kapada baginda itou maka kata ba- 
ginda : (( Hey mangkouboumi ada.kah orang yang 

ravissante. Cela fait, elle ordonna de la peindre ainsi ; 
lartiste réussit parfaitement et le portrait était tout 
à fait ressemblant, car la fille du peintre était très 
habile. Quand son œuvre fut achevée, elle reçut en don 
un keti d'or\ Le prince lui dit: «0 ma sœur I que 
ceci demeure tout à fait secret ; gardez -vous de le ré- 
véler à qui que ce soit au monde; si vous le disiez, je 
vous ferais périr, vous avec votre père et votre mère» . 
La Slle du peintre répondit : « Monseigneur ! Roi 
du monde ! de quel front votre servante oserait-elle 

1. Le keti est un poids qui fait la centième partie d*an pikoul; 
il eorrespond à 6d3 grammes^ 177 milligrammes. 



— 234 — 

tahou menoulis dalam nagri.kou inif » maka sembah 
mangkôboumi : a iâ touankou chah alain ada orang 
yang pandei menoulis touankou ini.uiaba bagindaber- 
kata : « panggil.han akou si.penouiis itou», maka 
sembah mangkouboumi « demi iâ touankou » maka 
mangkouboumi poun meniourouh.kan sahaya.nia mo- 
manggîl penoulis itou. Maka si.penouiis poun sigra 
datang lalou masouk mengadap radja Chah Djohon, 
maka iyapoun meniembah lalou ka tanah kapala.nia. 
maka kata baginda kapada si.penouiis itou : « Hey 
penoulis adakab ber.anak perampouan yang tahou 
menoulis?» Maka sembah. nia si.penouiis itou: « iâ 
touankou chah alam ada anak hamba i)erampouan 
touankou terlalou pandei menoulis iya ». Berkata 
radja Chah Djohon: «panggil.kan akou akan anak. 
mou itou kamari ». Maka penoulis itoupoun meniem- 
bah lalou iya pergi memanggil anak. nia kata.nia ka- 
pada anak. nia : « Hey anak.kou bouah hati.kou mari 

enfreindre les commandements de Votre Majesté ? » 
Elle se prosterna et demanda la permission de s'en 
retourner dans sa maison. . 

Radja Chah Djohon en présence de ses ministres et 
de ses sujets, dit au mangkouboumi : a O mangkou- 
boumi ! dépose ce portrait dans le baley qui est en 
dehors du fort. Quand tu l'auras suspendu au baley. 
fais-le garder par quarante hommes. Si quelqu'un, en 
venant à ce portrait, se met à pleurer ou à l'embrasser, 
saisis-le et amène-le-moi î » Le portrait fut suspendu 
au baley et le mangkouboumi ordonna à un officier de 
le garder avec quarante soldats. 



— 235 -- 

angkau di.panggil olih radja! » maka anak penouils 
itoupouD sigra.iah iya ber.djalan denhan di.iring.kan 
olib bapa.nia masouk mengadap radja itou. maka ba* 
gindapoun lagi semayan di.hadap olih segala nmntri 
dan houloubalang.maka si.penoulis poun datang den- 
gan anak. nia. nfaka iyapoun soudjoud kapala.nialalou 
ka.tanah.maka kata baginda » Hey penoulis ini.kah 
anak. mou? » maka. sembah penoulis itou : a ià tou- 
ankou Chah alam ini.lah anak hamba, iâ touankou », 
maka kata baginda: «hey penoulis mari, lah angkau 
masouk kadalam astana Seraya baginda berangkat 
masouk. maka anal: penoulis poun masouk-lah iya 
meng.ikout baginda itou. maka baginda pouû pergi- 
lah kapada tampat yang sounyi.satelah itou maka 
kata baginda : « Saoudara.kou toulis.kan apalah roupa. 
kou ini, djangan ber.salag.an lagi )), maka touan pou- 
tri Djouher Manikam poun memakey pakey .an tchara 
perampouan roupa.nia. baginda poun terlalou amat 

SEPTIÈME RÉCIT 

Ou l'on fait CONNAITRE TOUTES LES CIRCONSTANCES 
DE l'arrivée au pays DE ROUM DU VOLEUR ÉTHIO- 
PIEN, DE BlYAPRI ET DU ROI ChaH DjOHON. 

Quand le voleur éthiopien sortant de son ivresse se 
fut réveillé, il vit que la princesse Djonher-Manikam 
n'était plus dans son logis. Alors il descendit de sa 
maison en pleurant, il la quitta et se mit en route, 
allant de pays en pays jusqu'à ce qu'il fût arrivé dans 
la ville de Roum, Là il vit un baley et appendu à ce 
baley un portrait qui ressemblait parfaitement à la 



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— 236 — 

elok. Satelah soudah maka di.sourouh.nia toulis sa- 
perti roupa baginda itou. maka di. toulis. nia. lah olih 
penoulis itou tiada lagi ber.salah.an roupa. nia itou 
dengan gambar.nia itou terlalou sakali bidjatcsana 
anak penoutis itou. Satelah soudah di. toulis. nia maka 
di.anougraha.i.sa.kati emas kapada si. penoulis itou. 
Maka kata kaginda : « Hey saoudara.kou adapoun 
rahasia.kou ini sa.kali-kali djangan kau kata.kan sa' 
orang kapada sa'orang djoua poun dan djika kau kata. 
kan nistcbaya kou bounouh dengan ibou bapa.niaitou)). 
Maka sembah anak penoulis itou : « ià touankou Chah 
alam brapa.kah besarbatôk kapalabamba makahamba 
berani me.lalou.l perentah touankou chah alam itou, 
maka iyapoun mendjoundjoung douli. Satelah soudah 
itou maka iyapoun bermohon poulang ka roumah.nia 
maka radja Chah Djohon poun di.hadap olih mantri 
rayat.nia. Maka kata baginda kapada mangkôboumi : 
(( Hey mangkôboumi taroh.kan olih mou gambar ini 

princesse Djouher-Manikam ; vite il monta au baley 
et tenant le portrait dans ses bras, il le couvrit de 
baisers tout en pleurant. « malheureux que je suis, 
s'écria-t-il, voici le portrait de ma bien-aimée que je 
cherche ! Où peut-elle être? » Les gardes du baley 
ayant vu Tacte de TEthiopien, se saisirent de lui et 
l'amenèrent devant le roi. Ils racontèrent le fait. Le 
prince dit : « Voleur éthiopien ! pourquoi t'es-tu con- 
duit ainsi à l'égard de ce tableau ? » L'Éthi opien répon- 
dit: « mon Seigneur, Roi du monde, je vous demande 
mille et mille fois pardon. Votre serviteur va dire la 
vérité. Si Ton me tue^ je mourrai ; si l'on me pend 



- 237 - 

pada balei yang di louar kota ini. Satelah soudah 
angkau gantong.kan pada balei itou maka angkau 
sûurouh lounggouh.i kapada ampat poulob orang. 
Adapoun djikalau ada orang datang kapada gambar 
itou menangis atau memelou^ dan men.tchioum gam- 
bar itou, maka langkap olih mou baoua kamari kapada 
kou». Satelah soudab maka gambar itoupoun di. gan- 
tong.kan orang.lab kapada balei itou maka di.sourouh. 
kaa tounggou.i olih mangkoboumi pada sa'orang pen- 
ghoulou dengan ampat pouloh orang rayât itou. 

SEPTIÈME RÉCIT 

El kissah maka datang. lah tcheritra yang ka. 
toudjouh pada meniata.kan pri hal ahoual sanggi 
dan Biyapri dan radja Chah Djohon sakalian itou 
datang.lah ka binoua jRoum. Hatta maka zanggi 
pentchouri itou poun ingat.lah iya deripada mabo^j:. 

je serai élevé bien haut ; si Ton me vend, je serai 
emmené bien loin ! Roi du monde ! écoutez les pa- 
roles de votre humble esclave I Une certaine nuit que 
j'étais parti pour voler, je trouvai un cheval, et sur 
ce cheval il y avait une femme de la plus merveilleuse 

beauté. Je l'emmenai dans ma maison, je pris de la 
boisson et je bus plus que de coutume, je m'enivrai et 
m'endormis. Ma bien-aimée avait disparu, je devins 
fou, et c'est ainsi, ô Roi du monde! que votre esclave 
est arrivé près du fort et qu'il a vu le portrait sus- 
pendu au baley. Ce portrait est l'image fidèle de ma 
bien-aimée ; et voilà pourquoi je pleure ! » Le prince 



— 238 — 

nia itou maka iyapoun bangoun deripada tidor.nia, 
maka di.lihat.nia touan poutri Djouher Manikam 
tiada lagi di roumah nia. Maka sanggi pentchouri 
poun touroun.iah iya deripada roumah. nia seraya 
dengan tangis.nia lalou iya meninggal.kan roumah 
tangga.nia, maka iya ber.djalan deripada souatou 
nagri datang kapada souatou nagri hingga datang iya 
ka binoua Roum. Maka iya poun me.lihat sa.bouah 
balei itou maka di.lihat.nia ada souatou gambarter- 
gantong pada balei itou roupa.nia sa.roupa dengan 
touan poutri Djouher Manikam itou. maka sigra iya 
naïk ka.atas balei itou lalou iva memelouk dan men. 
tchioum gambar itou dengan tangis.nia.maka kata 
zariQiji itou : « Ouéli tchelaka.kou saperti ini.lah 
roupa.nia kakasih.kou yang kou.tchahari ini di.raana 
gerangan iya ». Maka sanggi itou poun di.lihat olih 
penounggouh balei lalou di.tangkap.niadi.baoua.nia 
kapada radja serta di.per.sembah-kan.nia barang la- 
dit : « mon Mangkouboumi, que cet homme soit 
gardé soigneusement, qu'il soit bien traité et qu'on lui 
donne à manger ! » 

D'autre part Biyâpri, les quarante jours écoulés, 
étant monté sur la terrasse, vit que la princesse Djoti- 
her-Manikani n'y était plus ; il devint fou, abandonna 
sa maison et toutes ses richesses, et se faisant derviche, 
il s'en alla de pays en pays cherchant la princesse 
Djouher- Manikam^ sans jamais pouvoir la rencontrer. 
Passant au pays de Roum^ il vit le baley situé en de- 
hors du fort et s'y arrêta. Alors il aperçut le portrait 
et l'observant avec la plus grande attention, il se prit 



— 239 — 

kou.nia.Maka kata baginda itou: « Hey :ianggi pent- 
chouri mengapa.tah maka pekerti.mou demikian itou 
kapada gambar.kou itou maka sembah zanggi itou : 
ft ià touankou Chah alam hamba memohon . kan am- 
poun beribou-ribou ampoun, berkata benar.lah hamba. 
mou ini, djika di.bounouh hamba mati, dan djika di. 
gantong hamba tinggi, dan djika di.djoual hamba 
djaouh, ià Chah alam dengar.lah sembah hamba 
yang di.per.hamba ini. Maka pada souatou malam 
hamba. mou pergi mentchouri^ maka hamba. mou dapat 
sa.eikor kouda dan di.atas kouda itou ada sa'orang 
perampouan terlalou elok roupa.nia.maka hamba.mou 
baoua ka roumah hamba, ialou hamba ambil minoum. 
aD, maka hamba minoum. lah terlalou baniak deripada 
dehoulou, maka hamba tidorTlah deri sangat hamba 
mabok, maka hilang.lah kakasih hamba itou, maka 
djadi gila.lah hamba mentchahari dia itou deripada 
souatou nagri datang kapada souatou nagri, demikian. 

à pleurer, puis le serrant dans ses bras il le couvrit de 
baisers. « Hélas! mabien-aiméel s'écria-t-il, voilà bien 
ton image, mais où peux-tu te trouver? Il fut saisi 
aussitôt par les gardes du baley et amené devant le 
roi de Rouin, « Biyàpri^ dit le prince, d'où viens-tu 
et pourquoi t'es-tu ainsi comporté ? » Biyâpri répon- 
dit: « Monseigneur! Roi du monde! votre esclave 
vous demande mille et mille fois pardon. Je vais par- 
ler en toute vérité: si Ton me tue, je mourrai ; si l'on 
me pend, je serai élevé bien haut; si Ton me vend, 
je serai emmené bien loin ! Dans le temps que je reve- 
nais de faire mon commerce, je passai sous un arbre 









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- 240 — 

lah iâ chah alam.maka tatkala sampey.lah bamba* 

mou di louar kota ini maka hamba.mou lihat gambar 

touankou Chah alain ter.gantong di balei itou, maka 

pada penghhat hamba tiada.lah ber.salah.an roupa. 

nia itou deogan gambar touankou, inilah sebab.nia 

maka hamba menangis ». 

(A suivre.) 



et je vis que, sur cet arbre, il y avait une femme de'la 
plus merveilleuse beauté. Je la pris et Temmenai dans 
la ville de Bassrah, je l'installai sur la terrasse de 
mon magasin. Une certaine nuit, elle disparut sans 
que je pusse savoir où elle était allée. Alors, ô Roi du 
monde ! je devins comme un homme fou et je m'expa- 
triai. Étant arrivé au pays de Roum, je vis un baley 
en dehors du fort et je vins m'y assseoir. Alors, Mon- 
seigneur, j'aperçus un portrait suspendu àcebaley; 
il ressemblait tout à fait à ma bien-aimée que j'ai per- 
due. Je la pressai dans mes bras, je la couvris de 
baisers. Telle est la vérité, ô Roi du monde! » 

(^4 suivre,) 



DU VERBE CONCRET 



(Suite et Fin) 



III 



En Dacotah, le concrétisme est moins complet, 
mais, dans sa limitation, il est très instructif, parce 
qu'il nous enseigne le point de départ du processus; 
d'ailleurs, il est à la troisième puissance, ce qu'il 
faut retenir, c'est-à-dire que le verbe ne peut s'em- 
ployer isolément, ni l'autre élément non plus. 

Stephen Riggs, dans sa Grammaire du Dacotah, 
donne la liste limitative des verbes : 



baza 


lisser, aplanir. 


ga.gan.gapa 


ouvrir. 


gata^ guka 


répandre. 


hinia 


enlever avec la brosse. 


hunin 


tresser. 


huva 


dégraisser. 


huayan 


tromper. 


huguza 


secouer. 


hca 


ouvrir, répandre i 


Kci 


s'écrouler. 


lidata 


gratter. 


hu 


peler, piller. 


hugo 


écraser. 



16 



(■ 



? 



ka»a 


ouvrir. 


k'co 


embarrasser. 


hinc'a 


gratter, effacer. 


kiaza 


craquer. 


konta 


entaiiler. 


ksa 


séparer. 


ks'a, klan 


courber. 


ludaza 


répandre. 


m (la iza 


éclater. 


nul II 


mettre en poussière 


mua 


déchirer. 


m ni 


disperser. 


polu 


user. 


psaka 


se briser en deux. 


psan 


répandre. 


ps'un 


disloquer. 


pta 


couper. 


planyan 


renverser. 


ptuza 


fendre. 


sba 


embrouiller. 


sbu 


pendiller. 


sdéca 


fendre. 


s'ciça 


presser. 


s III in 


effacer. 


sua 


. sonner. 


Slli 


cold, gone out. 


sota 


éclaircir. 


saka 


comprimer. 


ska 


lier. 



— 243 — 



sna 

s'pa 

s'pi 

s'pu 

s'uza 

tàka 

tan 

tepa 

tic'a 

tipa 

titan 

tkuga 

tpi 

tpu 

wega 

winz'a 

zamni 

za 

z'az^a 

z m 

z'ipa 

z'un 

z'uz'n 



manquer. 

s'arrêter, se désister, 
trier, cueillir, 
tomber. 

mush. 

toucher, rendre solide. 

se joindre. 

s'user. 

gratter. 

resserrer. 

arracher, cueillir. 

interrompre. 

craquer. 

émietter. 

fracturer. 

soumettre, courber. 

ouvrir. 

remuer. 

effacer. 

se raidir. 

pincer, serrer. 

déraciner. 

être en pièces. 



Voici maintenant les particules qui viennent com- 
pléter ces verbes : 

ba exprime que l'action est faite, en coupant ou 
en sciant au moyen d'un couteau ou d'une scie. 

bo signifie que l'action se fait en tirant d'une 
arme à feu ou d'un arc, ou avec un bâton ou autre 
instrument ayant un bout. Il exprime aussi l'action 






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— 244 — 

de souffler avec la bouche, et enfin celle de la pluie 
et de la grêle. 

ka indique que Faction se fait en frappant comme 
avec une hache ou une, massue, ou en rasant, il 
signifie aussi l'action du vent ou de Teau courante. 

^a indique que Taction est faite par le pied ou en 
foulant, il exprime aussi toute action involontaire 
des objets, Téclat d'un fusil, le craquement du bois 
d'œuvre, le bruit de Teau qui bout. 

pa signifie que l'action se fait en poussant ou en 
frottant avec la main. 

ya signifie que l'action se fait avec la bouche. 

yu exprime simplement que l'action est faite par 
un autre, il produit le verbe factitif, l'autre personne 
est considérée comme Tinstrument; il convertit 
aussi le verbe intransitif en verbe transitif. 

Voici des exemples : 

pa-ksUj rompre avec la main ; na-ksa^ rompre 
avec le pied; ya-ksa, rompre avec la bouche; ba- 
ksUj rompre avec un couteau ou une scie ; bo-ksa, 
rompre en perçant ou en tirant; ka-ksa^ rompre avec- 
un bâton ou une hache. 

pa-ktariy courber avec la main, na-ktariy courber 
avec le pied; ya-ktan^ courber avec la bouche, 
ba-ktan^ courber en coupant, bo-ktan^ courber en 
perçant; ka-ktan^ courber en frappant. 

pa-sica^ détériorer avec la main ; na-sica, dété- 
riorer avec le pied ; ya-sica^ dété.riorer avec la 
bouche, maudire; ba^sica^ détériorer en coupant; 
na-pluza, se fondre sous l'influence de la chaleur 



— 245 — 

ou du froid; na-liba, tomber f ka-diiza^ couler, 
comme Teaii; ka-gariy passer au travers, comme le 
vent; bo-hinta, écarter en soufflant. 

11 y a lieu de faire plusieurs observations inté- 
ressantes : 

he processus est essentiellement le même qu'en 
Algonquin, c'est-à-dire que le point de départ est 
subjectif; l'instrument est la main, le pied, ou dès* 

membres du corps humain; puis de Tinstrumeiit 
naturel on passe à l'instrument artificiel : la hache, 
la flèche, etc., et enfin aux agents naturels, le vent, 
l'eau. D'autre part, ce n'est pas toujours l'organe ou 
l'instrument qui est en jeu, mais aussi son action, 
le bruit de son action. Il y a des transitions très 
logiques d'un sens à l'autre : na exprime l'action 
du pied, puis le bruit que fait le pied en foulant, 
enfin tout objet qui éclate, comme s'il était foulé par 
lui. 

L'ensemble de ces préfixes indique les trois instru- 
ments naturels ; la main, le pied, la bouclie el les 
dents, et les trois artificiels primitifs : le tomahawk 
du sauvage, la flèche, le couteau. Les derniers sont 
comme le prolongement du premier; le concrétisme 
subjectif persiste donc dans les premiers mots 
objectifs. Le concrétisme réside en l'application 
du verbe à l'instrument par une représentation indi- 
visible . 

Enfin, la racine des préfixes ne se rencontre que 
dans le conglomérat. C'est ainsi que la main, napey 
n'a aucun rapport avec pa, ni le pied, sika^ avec na^ 
ni le couteau, isan, miatia avec 6a, ni la flèche. 



StM^Vv 






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— 246 — 

Uazapa avec bo ; la bouche / et les dents hi pré- 
sentent seules une certaine analogie avec ya. Nous 
croyons que sous ce rapport l'évolution a été la 
même qu'en Algonquin. 

Ce procédé ne règne pas seulement en Dacotah, 
mais aussi dans les langues apparentées, le Cegiha, 
le Kwapa, le Kansah, l'Osage, le Teiwere le Winria- 
baga, le Mandou, THidatsa, le Tutelo, le Biloxi et 
les autres langues Siouxes. 

ESQUIMAU 

* 

Le verbe concret, dans le sens que nous avons 
indiqué, se retrouve en esquimau et en groënlandais. 
Là n'apparaît plus, il est vrai, la différence entre 
l'objectif et le subjectif, ni le caractère général 
d'instrument. Mais l'adformante n'a, dans l'état 
d'isolement, aucune signification. 

Voici quelques-uns de ces éléments indicatifs de 
concrétisme : 

qaxpoq indique l'existence de l'objet; scuclwe- 

qaxpoq^ il y a de la morue. 
sai^C'^qaxpunga, j'ai un couteau ; ino-qcLvpoq , il y a 

des hommes. 
uwoq signifie dexemr; gishaq-Uit^'oq, devenir du bois. 
tam^*oq si gniGe qu'on souffre Taction; toqupa/û le 

tue; ioqU'tauivoq, il est tué. 
xsharm*oq est une particule de potentiel ; takux- 

shawoq^ il peut être. 
ngO'Xpoq signifie devenir; inuk ngoxpoq^ il devient 

homme. 



~ 247 - 

sin'oq signifie obtenir; numa-sm^ogy il aperçoit le 

rivage. 
siojcpoqy rechercher; sioluk-sioxpak^ il cherche la 

pluie. 
unna xsioxpoq^ il voyage pendant la nuit. 
luucpoqy rechercher pour en faire usage ; mani- 

liuxpoq^ il cherche des œufs; quisla caxpoq^ il 

cherche du bois. 
ipoqj manquer de; aja xtoq-ipok, il est sans péché. 
kipog est un diminutif; ishe-kipok^ il a de petits yeux. 
tuwoq^ suwoq sont des augmentatifs; ishi'tmyoq^ il 

a de grands yeux. 
tixpoq indique un certain usage du substantif /i«^/. 
toxpoq^ il mange de la chair. 
kalaxpoq, se trouver mal ; tupa-kataxpoqy il se 

trouve mal du tabac. 
xnipoq^ avoir goût de; taxago-xnipoqj il a goût de 

sel. 

Comme on le voit, si Tadformante esquimaude 
ne dijlere pas morphologiquement de celle algon- 
quine, elle s'en écarte beaucoup au point de vue 
sémantique. Ici il ne s'agit ni du membre du corps, 
comme instrument, ni d'un autre instrument pra- 
tique, mais plutôt de ce qu'on appelle généralement 
la voix dans les verbes ou le degré plus ou moins 
avancé de Faction. 

Ces nuances se trouvent encore marquées par 
les adformantes suivantes : 

riarpoq indiquant que l'action est en voie de pro- 
duction, en devenir. 









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— 248 — 

lerp'oky que raclion commence. 
niar-pok. la tentative. 

umav'Ok^ la volonté; de même, uminarpok. 
tarawok^ aravok^ la coutume. 
naviarpoky la facilité. 

rusugpok, le désir; de même, lerssap-ok. 
larpok est un diminutif et tdlarpok un augmen- 
tatif, de même ngarpok, 
r-ka-ok. 

ngil'Ok est un négatif. 
mwoky un peu. 

dhàrpok signifie bien, et nerawoky davantage, très. 

rkigpokj davantage. 

inarp'Oky seulement. 

dhimorpok, tout à fait. 

vigpoky en vérité. 

nfarigpoky complètement. 

v-atdlarpok, trop. 

tuinarpok, d'une manière continue. 

tarpok marque la répétition. 

torpok signifie peu à peu. 

rkajarpoky presque. 

giifoky giok, aussi. 

galuarpok, à la vérité. 

rkorpok, probablement. 

nugnarpok, vraisemblablement. 

iassarpoky d'une manière apparente. 

rkarpok, d'avance. 

jarpok, de bonne heure. 

rssuarpok, violemment. 



— 249 — 

nguarpok, un peu. 

tsiorpok, passablement. 

ngazapok^ presque, de même kaverpok. 

narpok^ ou. 

jujpok^ jamais. 

gujukpok, avoir du penchant. 

tailivh, empêcher que. 

nerarpày dire que. 

upà, agir pour soi. 

toràj penser que. 

rkuràf ordonner que. 

i^ipày faire en sorte que. 

Il ne s'agit phis ici de substantif objet, ni d'ins- 
trument objectif ou subjectif, ni de mouvement 
d'action, mais bien du mode lui-même par lequel 

Faction s'accomplit, de la manière ; cependant, il ne 
faut pas confondre ces éléments avec des adverbes: 
ils ne s'emploient pas isolément; d'autre part, il sont 
simplement des modificateurs. Ce système ne semble 
pas se retrouver dans les autres langues de la même 
famille. 

V TARASQUE 

On nous signale le même procédé dans le Déné, 
langue de la famille Athapaske et dans la langue 
Polynésienne; nous ne possédons pas les éléments 
nécessaires pour vérifier sérieusement. 

Dans une langue américaine du Mexique, le 
Tarasque, il règne un principe analogue, quoique 
non identique. 11 importe de l'interpréter avec soin. 

11 est tout d'abord remarquable que l'élément 












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— 250 — 

surdéterminantest, comme en Algonquin, tantôt sub- 
jectif, tantôt objectif: il est subjectif quand il se 
réfère à Tune des parties du corps et il semble bien 
que ce soit ici aussi le point de départ. 

D'autre part, Télément ne s'emploie pas ^à Tétat 
d'isolement, mais seulement dans le conglomérat 

verbal. 

Enfin, comme en Algonquin, l'indice subjectif 
devient peu à peu, et par une longue évolution 
sémantique, un indice objectif. 

La seule différence consiste en ce que la racine 
verbale peut s'employer seule, mais cet emploi n'est 
pas habituel, et la surdétermination reste nécessaire, 
sinon en droit, du moins en fait. 

D'autre part, tandis que l'élément déterminant est 
ailleurs préfixé ou sullixé, il est ici le plus souvent 
infixé, ce qui corrobore le caractère concret. 

a) Concrétisiue subjectif 

Les Tarasques surdélerminent l'action verbale 
en la mettant en relation avec une des parties du 
corps de Thomme, que cette partie soit Tobjet de 
l'action, ou qu'elle en soit Tinstrument, et ils font 
intervenir ce procédé bien plus souvent que de rai- 
son, ce mot n'est pas le môme que celui qui est 
employé isolément. 

Ce qui est curieux, c'est que pour former la phrase 
cet élément inséré dans le verbe ne suffit pas; il faul 
le répéter isolément par une autre racine. 

Hopon-di-ni, signifie laver les oreilles ; di élanl 
l'indice des oreilles, infixé dans le verbe hopo-ni, 



— 251 - 

laver; mais pour dire laver les oreilles, il faudra 
l'expression suivante : hopon-di-ni cutzique^ le mot 
cutzique étant la racine pour les oreilles exprimées 
séparément. 

L'idée d'oreilles se trouve ainsi répétée deux fois. 
C'est comme si Ton disait : laver (il s'agit des 
oreilles) les oreilles. 

Voici les divers indices subjectifs, il s'agit plus 
souvent de l'objet que de l'instrument : 

eu = les mains ; hopo-cu-ni, laver les mains, 
phame-cu-ni, être malade delà main; phame-cu-ru- 
ni^ être malade des doigts [ru est l'indice du pluriel). 

cha^ la gorge; hopon-cha-ni^ laver la gorge; eu- 
can-cha-ni, briser le cou; cha, de la gorge finit par 
s'étendre à tout le corps ; hamen-cha-ni^ être malade 
partout; cAw, partie inférieure du corps: chu-cu-di, 
placer en bas; eu est l'indice du réfléchi; hopah- 
chu-eu-ni, se laver en bas; di^ les oreilles, devient 
le coin; passant du subjectif à l'objectif. 

gari^ le visage ; kopon-gari^nij se laver le visage. 

Par une singulière extension gari passe de la 
figure à la main et au tibia : phamen-gari-cu-ni, 
souffrir du tibia. 

gue^ la poitrine. 

De la poitrine, le sens passe au dedans, au creux, 
hopon-gue^eU'Cuehi-ni, laver la cruche en dedans. 

mu, la bouche; hopo-mu^ni^ se laver la bouche. 

L*infixe du sens de bouehe, passe d'un côté au sens 
de rive et d'autre au sens de porte. 

para, le dos ; hopo^para-ni, se laver le dos. 



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— 252 — 

ruy le front; hopo-ru-niy laverie front. 

Cet infixe du sens de front passe à celui de che- 
min, et d'extrémité des doigts ; vcura^ru-ni, s'asseoir 
dans le chemin, et môme à celui de narine, phame- 
ru-taniy être malade des narines. 

ta, la cuisse; hopo-ta-nl, laver la cuisse. 

chaia, le mollet ; cet infixe s'étend ensuite à tout 
le côté. 

tsi, la tête; hopoh^tsi^ni^ laver la tête. 

xUy les bras. 

Ce suffixe s'applique ensuite à l'idée de lit et de 
canot, le lit est comme des bras étendus pour rece- 
voir, de même le canot, le ventre et par extension 
le dedans ; 

ca, gasca^ le visage. 

me, la barbe ; hapu-me^ni, avoir la barbe blanche. 

On voit le grand nombre d'infixés subjectifs et 
leur tendance par sémantisme à former des infixes 
objectifs. 

b) Concrétisme objectif 

Les infixes désignent : 1° les objets compléments 
du verbe, 2** le degré de la qualité de l'action, 3** les 
voix du verbe. 

1** Objets compléments du verbe 

carah, la maison, amba-cara-ni, être propre quant 

à la maison. 
cazca^ le sol, vaxa^cazca, -ni, faire l'action dans 

le sol. 
chêne, draps, colliers, choses enfilées. 
cutu, les sacs ou les bourses. 



— 253 — 

échu^ choses larges comme le papier. 

ma^ le chemin, l'eau ; /îrc-mà-wi, manger en chemin. 

pa-ri-ma-ni, étouffer dansTeau. 

mo, en chemin. 

mû, une cour ; çaxâ-ma^niy s'asseoir dans la cour. 

/?fl, le feu, le marché ; erû-pa-nij voir le marché. 

pe, le feu, veca-pa-ni, jeter au feu. 

pcy la place, la chose plane, anga-pe-ni, être sur 

la place. 
scu, une chose large; scara-scu-nij écrire sur une 

table. 
tgire, la nuit. 

vina, le jour; cara^çina-ni, écrire tout le jour. 
yra, quirha^ choses rondes. 
ycha, choses larges. 

2® Degré et qualité de l'action 

bez, pour rire ; tembûn-bez-père'-nij se marier pour 

rire. 
cayea^ séparation. 
chapan^ pour rire. 
chatay assez. 

che, dommage, ou profit, en haut. 
cuxa, sérieusement, tristement ; vecho-cuxa-ni, 

regarder tristement. 
guo^ mais, ensuite. 
gue, faire l'action totalement. 
guiy en s'inclinant. 
mUy moj contre. 
no, faire l'action pour rester, caudaize^no^ti, il 

descendit à terre pour rester. 









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— 254 - 



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Orin^ de haut en bas. 

piquare, sentir une action, pâme^chan-piquare ni, se 

sentir malade. 
po^ venir en faisant l'action ; piré-po^ni, venir en 

chantant. 
quathà^ faire Faction en bas. 
reh, approcher, éloigner. 
sira-singa, commencement de l'action. 
tza, faire Faction en hâte ; mi-tza^ta-ni, ouvrir en 

h&te. 
tze, en bas; que tze-ni, baisser. 
tzca, aller, faire et revenir; tire'tzca-nica'Singa.jie 

vais manger et je reviens. 
va, de loin. 
xara, pour rire. 
xu, ici. 

yara, aller dans un but. 
yaca, venir pour s'en retourner. 
Ae, henUy signe du réitératif. 

II faut noter que dans le génie de la langue il n'y 
a point dans tous ces cas un verbe suivi d'un infi- 
nitif, mais un verbe modifié par un indice adver- 
bial. 

3** Voix du verbe 

betaoperUy réciprocité. 

cha, la possession. 

eu et gu^ indices d'un complément au singulier. 

va, indice d'un complément au pluriel. • 

dira, signe de pluralité. 

ga^ particule du passif ou du déposant. 

marin, marhi, signe de pluralité. 



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— 255 - 

me, particule du possessif. 

mUy mOy pour ou contre quelqu'un, petu, mu-ni, 

parler contre. 
pera, réciprocité; vanda-pera-ni^ parler ensemble. 
quare, faire l'action pour soi. 
ra, ta, rata, causatif. 
xarak, c'est un autre qui parle. 
ruzca, causatif. 

Ici, comme en Algonquin, le procédé n'est point 
grammatical, mais lexicologique, il affecte le mot 
avant son emploi dans la proposition, il se distingue 
par là essentiellement de la conjugaison objective ; 
cette dernière infixe ordinairement d'ailleurs un 
pronom, tandis que le verbe concret, est un* repré- 
sentant du substantif. 

Souvent ces indices se superposent les uns aux 
autres et on peut décomposer les verbes en beau- 
coup de particules ne pouvant vivre séparément. 

Langues Polynésiennes 

Le mot qui attache concrètement le verbe à un point 
d'appui matériel n'est pas toujours celui d'un instru- 
ment ou d'un objet, ou même d'une modification du 
degré de la qualité de l'action, il peut être aussi un mot 
exprimant l'idée d'un lieu ou d'une direction, de telle 
sorte que l'action ne puisse être représentée qu'avec 
un mouvement matériel, non plus celui qui consiste 
à frapper, à hisser, à lancer^ mais celui qui se dirige 
en haut ou en bas, ou par le développement de la 
même idée, vers celui qui* parle ou vers l'interlo- 
cuteur. 



r,^^#^m \ , ^ 



miS-:: 



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— 256 - 

Ce phénomène peut être observé dans les langues 
Polynésiennes. La particule de lieu ou de direction 
suit le verbe qui apparaît rarement sans elle. 

Il y a une double correspondance de ces parti- 
cules, la première avec les différentes personnes, 
et la seconde avec les diverses directions. Il n'y a 
pas, du reste, une grande distance entre les deux; 
la première personne se confond avec le lieu le plus 
proche, la seconde avec le lieu le plus éloigné, la 
troisième avec un lieu très éloigné. Au point de vue 
des personnes, mai s'applique à la première dans 
toutes ces langues ; atu, à la seconde dans toutes 
et aussi à la troisième en Haïtien, Havaïen, Mar- 
quesan, Maori; ange à la troisième en Samvan et 
dans Tîle de Tonga; hifo indique le réciproque. 

Au point de vue de la direction, ake indique Fac- 
tion se dirigeant au-dessus, hifo celle se dirigeant 
au-dessous ; mai, signifie ici, vers ici, et atu^ là. Enfin 
quant au lieu lui-même, mai signifie ici et na là-bas. 

Ces particules sont postposées au verbe qu'elles 
affectent et qui s'emploie rarement sans elles, elles 
lui donnent une base matérielle et concrète. 

Elles sont la reproduction linguistique du geste. 

CHINOIS ET JAPONAIS 

Ces deux langues de l'Extrême-Orient, le Japo- 
nais sous l'influence du Chinois, sont parvenues à 
avoir les avantages d'un verbe concret par un autre 
moyen, en appuyant deux verbes l'un sur l'autre, 
l'un d'eux étant plus général, plus usité. 



~ 257 - 

11 y a là un procédé qui se rapproche de celui de 
remploi des auxiliaires, mais sans se confondre 
avec lui. L'auxiliaire, en effet, joue un rôle gramma- 
tical, tandis qu'ici le rôle joué par le second verbe 
est purement lexicologique. Il y a pourtant entre 
les deux processus, le même rapport que celui que 
nous avons signalé entre le verbe concret par 
fixation à son objet et la conjugaison dite objective. 
Ce verbe, est en réalité un verbe composé. 

En Chinois, ces verbes sont kiù^ et lai qui indique 
en outre, que le verbe a un objet; /«, dont la signifi- 
cation propre est frapper^ et qui s'ajoute à une foule 
de verbes, à peu près comme l'anglais to do; hiing, 
travail; ta kung, frapper le travail, travailler; ta- 
snen, frapper un compte, régler un compte; tchut^ 
qui signifie germer, sortir du germe, et qui sert à 
marquer le mouvement; tshok, faire, quia dans la 
composition une force intensive, mais souvent n'est 
qu'explétif; tchUy demeurer, qui est intensif aussi; 
h'hi^ lever; tao^ attendre, tous verbes de direction; 
/flo, tomber; mâi^ dont le sens isolé est cacher, 
s'approcher. 

Ici sans doute, il n'y a plus un mot vide, n'ayant pas 
conservé un emploi isolé, mais il existe une union 
trrs fréquente et unité de sens; en outre, l'auxiliaire 
t'xprime originairement le mouvement et même l'ins- 
Inunent. il faut noter ta qui signifie proprement 
frapper et qui forme un grand nombre de verbes 
actifs, et le comparer au système du Dacotah. 11 
marque aussi la percussion, le mouvementderaction, 
1 instrument, et est joint à beaucoup de verbes. 

17 



— 258 — 

Le Japonais coiuiait aussi des verbes auxiliaires 
dans le même sens lexicologique, c'est-à-dire à 
coté de ceux ayant une fonction grammaticale, ceux 
n'ayant qu'une fonction lexicologique et servant de 
point d'appui à un autre verbe ; ce sont des verbe.^ 
composés et la grammaire japonaise les distinguo 
nettement des auxiliaires proprement dits. Le pre- 
mier verbe demeure invariable, le second seul est 
fléchi; c'est d'ailleurs le second qui exprime l'idée 
principale, uti horossiy frapper-tuer, tuer en frap- 
pant ; ici nous trouvons encore l'instrument ou le 
mouvement de l'action. 

Voici quelques exemples : 

fiu/cl, souffler; harahi, chasser; huki-harahi, 
chasser en soufflant; huki-kessi^{siire sortir en souf- 
flant, souffler hors de; humi^ marcher, faire marcher; 
korossi, tuer; humi^korossi; hassiri^ courir: kaheri, 
revenir en arrière ; hassiri-kaheri, courir en ar- 
rière ; huri^ secouer; kisi^ couper en deux; huri- 
kisi^ secouer en deux; kakiy écrire; tori, prendre: 
kaki-toriy copier ; kiri, couper ; ake^ ouvrir ; kiri- 
ake, ouvrir en coupant; omohi, penser ; ssage, hu- 
milier; omohi'Ssage, mépriser; tobiy s'envoler: 
agariy monter ; tobi-agari^ voler en haut. 

On arrive ainsi au même résultat que celui qu*on 
obtient ailleurs au moyen du verbe prépositionnel. 

Tel est le verbe concret. Nous en avons tracé le 
domaine propre et les limites^ ne le signalant que 
là où nous croyons son caractère non douteux: 
c'est un verbe surdéterminé, soit par son mouvez 



— 259 — 

ment, soit par son instrument, soit par sa situation, 
soit par un autre verbe, et cela avant d'entrer dans 
le domaine de l'emploi actuel et de la grammaire. 
On ne le rencontre encore que dans un nombre 
limité de langues, il n'en est pas de plus remar-- 
quable. Il se place vers le commencement de l'évo- 
lution. 

Ce caractère de coricrétisme n'affecte pas le verbe 
seul, nous allons le rechercher maintenant dans le 
substantif et dans le mot de nombre et le pronom, 
où il apparaît aussi net, mais où il est devenu plus 
rare encore. 

Du Substantif concret 

Nous ne rencontrons le substantif concret que 
dans deux langues, le groupe Algonquin, le groupe 
Esquimau^ où nous allons l'étudier. On en trouve 
aussi Tamorce dans le groupe Bantou. 

a) Groupe Algonquin 

'C'est dans le Cri que l'on découvre le substantif 
concret en plus grand nombre. Il consiste dans 
l'addition au substantif principal d'un autre substan-^ 
tif n'existant plus isolément dans le discours, et se 
confondant indivisiblement avec le premier. Par 
exemple ubuy signifie eau, mais ne s'emploie pas 
en dehors de la composition; de là uskuten abuy, 
eau de ïe\x,siw'abug, vinaigre; ayami-hen^ahuy , eau 
bénite. Ce procédé ne se distinguerait pas de celui 
de la composition si l'un des mots n'était pas devenu 
un mot vide. 



— 260 — 

En voici des exemples. Il faut noter qu'ici le pro- 
cédé n'est plus subjonctif et que le substantif déler-. 
miné ne se lie point aux parties du corps ni à leurs 
mouvements. 

Khan signifie une chose artificielle ; pisim^ soleil, 
pisim-khan^ wne montre ; a^'o-sisy enfant; awâsissi- 
kkatiy poupée. 

Kkavin, exprime Tadoption; nottàmg^ mon père; 
n'ottawikkavin ^ mon père adoptif. 

gan^ l'instrument ; masi nahike\Vy il écrit, masi- 
na/u'gan^ le livre. 

yan^ le poil de Tanimal; mustus-we^yan^ peau de 
l^œuf. 

egin^ le drap, Tétoffe, mikkwaw^ rouge, mikke- 
vegin, drap rouge. 

abuy, liquide ; colos-abuy, liquide des mamelles» 
lait. 

attik, le bois ; wask{^*ay^ bouleau, {\*askwa^yatiik, 
bois de bouleau. 

abiskj le fer, la pierre ; paskisigan^abisk^ fer du 
fusil. 

kamik^ habitation ; ayamihewi-kamik, maison de 
prière, église. 

b) Groupe Esquimau 

mtV, habitant, sila^ la terre ; sila-miut, habitant 
de la terre; kat, compagnon ; igdlo^katu. compagnon 
de maison; kupak^ fente, kupa-kut^ la hache qu'on 
met dans une fente ; mineky un morceau, kissa- 
minek^ un morceau de bois ; igalak^ fenêtre, igala^ 
minek, morceau de verre; lok, grandeur, nintok, à 



— 261 — 

longues jambes ; ussuk^ semblable, inu-ssukj manne- 
quin; ^cf/eA', Textrème en rang; kingu-^dtek, le der- 
nier, sagdlek, le premier. 

c) Groupe Bantou 

Ce système est bien connu ; tous les substantifs 
sont répartis en classes, ils sont précédés d'un 
mot qui les range en un certain nombre de caté- 
gories : objets ronds, êtres animés, végétaux, 
objets doubles, instruments, animaux, noms propres 
d'hommes, le temps, la mesure, les noms abstraits. 

Ces préfixes sont classifiants; ils comprennent les 
groupes suivants : 1" ka^ A:, ki, ko^ ku ; 2® t, tu, iin^ 
zin ; 3*" rf, Z, di, li, la\ 4"* /i ; 5** /?, />«, pi ; 6^ 6, ho, 
hu\ 7® /w, ma^ mi, mu, mù, mo; ces préfixes, sont 
des pronohis, maiâ probablement d'origine sub- 
stantive et en tous cas, chacun a son sens classi- 
fiant, distinct. Ce qui est remarquable, c'est qu'au 
moins dans certaines langues, aucun substantif ne 
peut s'employer sans ces déterminants. 

11 y a donc encore concrétisme par surdétermina- 
tion. 

d) Groupe Caucasique 

Le groupe Caucasique présente le môme phéno- 
mène, mais plus effacé ; le principe est identique, 
mais n'a qu'un emploi grammatical, les substantifs 
se répartissent en sept ou huit classes^ mais le mot 
indiquant la classe ne se préfixe pas au substantif 
lui-même, mais aux autres mots en dépendant. 

Par exemple, en Thusch, on distingue les êtres 
masculins anthropiques, les êtres féminins, et les 



^-\v 






ri 



11 



— 262 — 

êtres irrationnels au singulier et au pluriel, et cha- 
cun se marque par un préfixe différent ; le substantif 
ne pourrait pas s'employer grammaticalement, s'il 
en était dépourvu. 

Ce procédé du substantif concret est, comme 
nous Tavons dit, tout lexicologique, il affecte le 
mot avant son entrée dans la grammaire ; après 
cette entrée, il faut signaler un concrétisme ana- 
logue, cette fois grammatical, que nous avons 
décrit ailleurs; le substantif souvent ne peut s'em- 
ployer sans un possessif qui s'y agglutine, phéno- 
mène très curieux en Nahuati, où on peut l'étudier 
complètement. 

Chinpis 

Les déterminants sont nombreux, et différents du 
déterminant numéral dont il sera question ci-après. 
En v')îci des exemples : téou, chose ronde, solide, 
unie : mou teoû , le bois; che-teou, la langue; je 
léou^ le soleil \jen^ l'homme ; hia^ la secte; ya,, les 
poissons; chou, les plantes; fAe les minéraux. Ils 
sont postposés: 

Annamite 

L'annamite prépose, au contraire, les détermi- 
nants. Nous renvoyons à (*otte langue au déterminant 
numéral ci-dessus, 

Birman 

Nous nous bornons au nu*'me renvoi. 



— 263 — 

Égyptien 

Les déterminants pour classer sont aussi très 
nombreux dans le vieil Egyptien. 

Du mot de nombre concret 

Le déterminant numéral est un des phénomènes 
les plus curieux de la grammaire, il vaudrait mieux 
dire de la lexicologie. Il est impossible à beaucoup 
de peuples primitifs de nombrer d'une manière 
abstraite, de dire : un, deux, trois, etc. Quoi de plus 
abstrait que le nombre, lorsqu'il ne se rapporte pas 
à quelque objet? D'autre part, si le nombre s'ajoute 
à un substantif actuel, il réveille en lui l'instinct 
concret, et ce substantif devra se doubler d'un autre 
plus général qui le classifie. 

Le nombre dans beaucoup de langues doit donc 
toujours s^unir à un classifiant substantif, ce dernier 
est devenu un mot vide, ne peut s'employer isolé- 
ment, c'est là sa caractéristique. 

Le déterminant numéral existe en Chinois, en 
Japonais, dans la langue de Nicobar. 

Chinois 

* 

Les principaux déterminants numéraux sont : 
1" kôy pour une personne dont on n'indique pas le 
rang ; 2® tchik, pour les oiseaux, les quadrupèdes, 
les navires, les parties du corps ; 3" tui, pour les 
objets par paires ; 4** shwang^ id.; 5** pà = prendre, 
pour les objets qu'on peut tenir avec la main, cuiller. 



— 264 — 

etc.; G® tchang, pour les choses étendues; 7° tchi^ 
pour les branches, pinceaux; 8^ thiao^ pour les^ 
objets longs et]minces; 9" kieUy espace, pour les cons^- 
tructions; 10^ tio, siège, pour les temples, elr. ; 
11" /o, passer, pour les portes, les ponts; 12" w//?, pour 
(les grains, blé, sable; 13" /ir/, pour les groupes ; 
14" kuan, pour les troupeaux ; 15" kliuai, pour les 
morceaux; 16" i/n^^an, pour les choses rondes, etc. 
Ces classificateurs sont au nombre de 78. 

Voici leur emploi ; on les prépose au substantif 
garni du mot de nombre. Ji khou zhin, une bouche 
homme, pour un homme ; ji wei jù, une queue 
poisson, pour un poisson ; jïmjau pà khi, un visage 
blanc, drapeau, pour un drapeau blanc. 

Japonais 

C'est au Chinois que le Japonais a emprunté ce 
procédé. On sait qu'il a une double série de mots 
de nombre. C'est seulement lorsqu'il emploie celle 
empruntée au Chinois qu'il se sert du déterminant, 
jamais lorsqu'il emploie la sienne propre. 

Voici quelques-uns de ces déterminants : 1" ha, 
pour les oiseaux ; iti^ un, hibarij alouette ; hibari 
iti'ha^ une alouette ; 2" haï, pour les tasses et autres 
cécipients ; 3** kiki^ pour les animaux et les choses 
allant par paires ; iima iti pikiy un cheval ; 4" hoiu 
objet long et fin ; 5" haku, portraits ; 6" hiice, lettres; 
7" A'fl, divisions du temps et de Tespace ; san go 
niti, trois jours ; 8" kai^ pour les chapeaux et couver- 
tures; 9" keriy pour les maisons; 10" mal, pour les 



— 265 — 

oI)jets minces ; 11** nin^ pour les personnes ; 12® ssou^ 
pour les navires, etc. 

Nicobar 

Yoang est le déterminant numéral des personnes; 
tjouag^ celui des végétaux ishom yoang^payu^ 
hommes cent personnes); woûAîg^, des animaux do- 
mestiques et des ustensiles de ménage; aniohy des 
récipients ; donoe^ des embarcations ; lamiun^ des 
morceaux de tabac; tah\ des pièces de monnaie, 
étoffes, plaques ; /ow, des touffes de cocos ou de ver- 
dure. 

Voici un exemple de Temploi : shom yoang payii, 
dix personnes hommes; lue noang nôt, trois pièces 
porcs. 

A if tu 

Cette langue ne possède qu'une amorce de ce 
processus. Le mot de nombre, lorsqu'il est enlployé, 
non comme adjectif, mais comme substantif, se 
sullixe un n, s'il s'agit de personnes, et un /?, s'il 
s agit de choses: 1* shinc-n ou shine-p ; 2^ iu-n, ou 
tU'p; 3" re-n ou re-p, 

Samoan 

Ici le procédé est plus développé ; les détermi- 
nants numéraux sont: pour les poissons, /a//, feuille; 
pour les cocos, ngat^a, pierre, pour les Tharos , 
mala^ œil^ pour l'arbre à pain, fua^ fruit. 
. Voici des applications : laU angafalu o ia = dix 
feuilles de poissons ; dix poissons ; ùa lima ngava 



— 260 -. 

niik, ici cinq pierres cocos ; ici sont cinq noix de 

cocos ; mata ngafulu o talo, dix yeux de tare ; dix 

taros. 

Viti 

Dans la langue mélanésienne de Viti, le système 
est le même ; le mot {\*aga signifie pirogue et toln 
trois, le déterminant numéral est sagai^ générique 
pour toutes les embarcations, d'où waga sagaitolu. 
trois pirogues. 

C'est dans cette langue que se produit, à côté do 
ce phénomène do concrétisme, le phénomène do 
syncrétisme si curieux qui consiste à exprimer en 

un seul mot et par une seule racine le nombre et 
Tobjet nombre. C'est ainsi que buru signifie dix 
cocos et tara, dix arbres à fruits, tandis que koro 
signifie cent cocos et selavo mille cocos. 

Annamite 

Les déterminants numéraux les plus usités sont 
cai, pour les choses, et con pour les êtres animés, 
mais il y en a beaucoup d'autres. 

Cette particule se place entre le mot de nombre et 
l'objet nombre, ba câi bat, trois écuelles ; bôn-con- 
c/V, quatre poissons ; hal tàm vàn, deux tables; sàn 
ngôi sao, six étoiles. 

Mais ici le procédé a une autre signification qui 
nous fait peut-être toucher du doigt la véritable 
origine du déterminant numéral. 

Il n'est pas besoin qu'un mot de nombre inter- 
vienne pour que le substantif se garnisse d'un dé- 
terminant. 



- 267 — 

Ces déterminants sont très nombreux et forment 
apposition. On joint au nom individuel un nom plus 
générique qui le classifie. Aux noms de personnes 
et d'animaux on ajouic kon^ enfant, ex. kon trâiy fils, 
kon gai, fille, kon khjo^ chien ; kon-mao^ chat; kon 
khjim^ oiseau, kon-ka^ poisson. Aux noms d'arbres 
on ajoute //«/, arbre ; à ceux de fruits, irai^ fruit, 

11 est permis de supposer que le déterminant 
numéral aurait existé en dehors du mot de nombre, 
et qu'il aurait été un procédé de concrétisme ap- 
pliqué au substantif; de nombreux exemples semblent 
l'établir dans les langues de l'Extrême-Orient. Plus 
lard, ce phénomène se serait affaibli, et n'aurait plus 
existé qu'en présence d'un mot de nombre, parce 
que ce mot, étant abstrait, a besoin davantage d'un 
point d'appui. 

Birman 

Le même phénomène avec le môme processus se 
produit en Birman. Le déterminant numéral s'y em- 
ploie,- même en dehors de tout mot de nombre, ce 
qui revient à dire qu'il s'agit au fond d'un substantif 
concret. Au lieu de dire un chien^ on dit chien-un- 
animaly h lnveh-ta-cia. De môme : homme-un-corps; 
lii'ta-haj; laung un animal, krah-ta-kaung ; oiseau- 
iin-animal, nhah-ta-kaung. 

(]e déterminant est pour les objets ronds ou cylin- 
driques lôh; pour les livres, les lettres, traung; 
pour les objets composés de choses pareilles/;^; pour 
l»^s arbres, pang; pour les objets pointus, phjak ; 
pour les objets en faisceau, thop. 



268 



Siamois 



Ici le phénomène n'existe qu'en présence des 
mois de nombre. Au* lieu de dire trois pr^tres^ on 
dit : prêtres trois personnes bra-sàm^ông ; au lieu 
de six poissons: poissons-six-queues, /?W hokhân. 

Les déterminants numéraux les plus communs 
sont : ông^ personne, pour les rois et les prêtres, 
gol^ homme pour les autres, ^«'rt, corps pour les 
animaux et le bois, han^ queue pour les poissons, 
kon, morceau pour les pierres, etc. 

Que le déterminant numéral puisse ou non se 
ramener au substantif concret, il est certain que 
dans plusieurs langues ce procédé a été favorisé par 
le système d'écriture, et aussi par les homonymies 
résultant du monosyllabisme. Il a bien fallu, pour 
distinguer des racines qui avaient les significations 
les plus diverses, employer un moyen diacritique* 
consistant à adjoindre un second substantif par 
apposition. 

Mais cette cause ne peut être qu'adjuvante, car 
les langues de TOcéanie qui emploient le procédé 
y sont soustraites. 

Du Pronom concret 

Ce phénomène très curieux n'existe que dans la 
langue des Andamans et n'affecte que le pronom 
possessif; en voici la description : 

Le pronom est préfixé au substantif qu'il déter- 
mine et consiste dans un conglomérat qui comprend 
les racines du pronom personnel, rf, ng^ /, au plu- 



— 269 — 

riel, m, ng^ Z, suivant les personnes, plus au sin- 
gulier le suffixe ia^ au pluriel, le suffixe état pour 
les deux premières personnes, et ùntat pour la troi- 
sième ; par exemple, l""* pers. rf-i-â, 2* ng^ia^ 3" l- 
la; au pluriel; l*"* m-ètat^ 2" g/a/, 3® l-Ontat. 

Mais, s'il s'agit des parties du corps humain ou 
des degrés de parenté, on emploie d'autres formes 
qui varient, suivant chaque partie du corps, sui- 
vant chaque parenté. 

En ce qui concerne d'abord les parties du corps 
humain, il existe sept classes : 

!'• classe, ab, pi. at, elle s'applique au corps en 
général, le dos, le coude, Testomac, le foie, etc. 

2* classe, a/% pi. arat, elle s'applique à la jambe, 
aux testicules, à la vessie, etc. 

3* classe, à ka, pi. àcat; elle s'applique à la 
bouche, aux lèvres, à la langue. 

4* classe, ig, pi. itîg; elle s'applique aux yeux, aux 
oreilles, au visage. 

5* classe, ông-, pi. orot ; elle s'applique à la main, 
aux ongles, au pied, etc. 

6* classe, â/, pi. ôtot ; elle s'applique à la tôte, au 
cerveau, à la nuque, au cœur. 

7* classe, ôtô, elle s'applique h la taille, etc. 

De même pour les noms de parenté .: 

l'« classe, ab, pi. at; elle s'applique au père et à 
la mère. 

2« classe, ar\ pLaràt: elle s'applique au fils. 

3® classe^ // Arfl, pi. akat ; elle s'applique au frère 
cadet. 






I 



"t I 






— 270 — 

4" classe, 0^ pi. étal ; elle s'applique au filsadoplif. 

5** classe, r//, pi. état; elle s'applique à Tépouse. 

6* classe, ë6, pi. ebet ; elle s'applique au beau-fi*ls. 

7* classe, sing. « et«, pi. ê/«^ ôntàt ; elle s'applique 
au mari. 

8*' classe, e/iy pi. a-et : elle s'applique au frère el 
à la sœur aînés. 

L'emploi est 1res simple, on joint à ces divers 
déterminants l'indice de chaque classe, d'où les pro- 
noms suivants : 

1" personne suivant les classes des parties du 
corps ; d>ab, d-ar, d-àka, d-tig, do-ong, d-ôt, d-ôto, 
et au pluriel : 

m^at^ m-arat, m-akat, ni-itfg, moiot ; m-ôtot. moi. 

Il ne s'agit donc pas de formes différentes du |)ro- 
nom qui reste partout rfau singulier et m au pluriel 
de la l""" personne, par exemple, mais d'un déter- 
minant ajouté qui s'intercale entre le pronom et le 
substantif. 

Ce qu'il faut remarquer aussi, c'est le caractère 
subjectif que prend le procédé en se restreignan! 

aux parties du corps humain et aux degrés de pa- 
renté, idées subjectives par excellence. Ce caractère 
s'approche de ce que nous avons observé en Dacotah 
et en Algonquin pour le verbe concret. 

Ainsi le concrétisme que nous avons trouvé dans 
le verbe n'est pas particulier à cette partie du dis- 
cours ; on le rencontre aussi dans le substantif, dans 
le mot de nombre, dans le pronom lui-même, se 
constituant de la même façon par l'addition d'un 



— 271 — 

déterminant qui lui sert de point d'appui et qui le 
surdéterniine. Partout on retrouve en même temps 
les vestiges du caractère subjectif qui accompagnait 
le caractère concret. Enfin partout le phénomène 
est lexicologique et non grammatical proprement 
dit ; il afl'ecte le mot du discours, avant que celui-ci 
n'entre dans le discours. Partout aussi, Tindice ajouté 
est devenu un mot vide, n'étant plus ou prescpie 
plus employé isolément, et il se l'orme pour Temploi 
isolé un mot nouveau, ou plus exactement il se fait 
un triage entre les doublets pour Tune ou Tautre 
fonction. Dans Tadjectif seul nous n'avons pas 
trouvé ce mode de concrétisme, mais l'adjectif est 
une partie du discours détachée du verbe. 

11 est à penser que les verbes concrets, comme les 
autres mots du discours concrets, sont de formes 
très anciennes, ou du moins, primitives. En tout 
eas, ils constituent un des plus curieux phéno- 
mènes du langage, et indiquent un état psycholo- 
gique particulier, inconnu à nos langues modernes, 
et même à toute la famille indo-européenne. 

Raoul de la Grasserie. 



Analytical Synopsis of the 542 forms of the 
Verb in Si Mark's Gospel as translated by 
Jean de Leiçarraga, 1571 {suite), 

16. 11. Ella hec ençun cerateuean eccu... Iceux 

ayans oiiy qu'il 
CEDIN. 107. Ind: imp : s. 3* aux. 

1. 9. Eta GUERTHA cecUii egun helan, El aduinlen 

ces iours-la 
1. 11. Eta voz-bat EGUiN cedin ceruëtaric, Adonc il 

y eut vne voix des cieux, 
1. 13. Ela EGON cedin han desertuan berrogu(\v 

egun. Et fut là au désert quarante iours 
1. 14.... ETHOR cerfm lesus Galileara,. . ., lesus 

vint en Galilée, 
1. 23. . ., eta oihuz iar cediuy. . ., lequel s'escria. 
1. 26. Eta spiritu satsua hura çathitlric, ela 

ocengui oihuz iarriric, ilki rerf//z harenganio. El 

Tesprit immonde le desrompant, & s'escrianl à 

haute voix, s'en sortit. 
1. 35... lAïQUiRic iLKi cedin, eta ioan cedin leku 

desertu balelara,. . ., s'estant leué, il sorlit, c^ 
s'en alla en vn lieu désert (llautin a omis le trail 
après iai, à la (in de la ligne. 

1. 40. Eta ETHOR cedin harengana sorhayobal. Et 
vn lépreux vient à luy (L. traduit vint , 

1. 42. . ., bertan ioan cedin harenganic sorhayolas- 
suna, ela cuahu cedin , . ., la lèpre se parlil sou- 
dain de luv, & fut nettové. 



- 273 — 

1. 45. Baina hura iLKimcHks cedin anhitz gaiicàren 
PUBLiCATZEN, cta beharquiarcn manifestatzen, 

Mais iceluy parti commença à publier maintes 
choses, & diuulguer Taffaire : 

2. 1. Eta berriz sar cedin Capernaumen cembeit 
egunen buruan, Quelques iours après il entra 
derechef en Capernaum : (H. a mis Caperna à la 
fin de la ligne.) 

2. 12. Eta bertan iaiqui cedin, eta ohea harturic, 
iLKi cedin gucién presentian : Et iceluy soudain 
se leua, & ayant chargé son lict, il sortit en la 
présence de tous : 

2. 13. Eta iLKi cedin berriz itsas aiderai : Adonc il 

s'en alla derechef vers la mer : 
2. 15. Eta GUERTHA cedin, Et aduint 

2. 23. Eta GUERTHA cedin, . . Et aduint 

3. 1. Guero sar cedin berriz synâgogân, Puis il 
entra derechef en la synagogue, 

3. 5., eta haren escua bercea beçain senda cedin. 

(H. a mis escua,) & la niain luy fut rendue saine 

comme Tautre. 
3. 7. Baina lesus bere discipuluequin retira cedin 

itsas alderàt : Mais lesus auec ses disciples se 

retira vers la mer : 
3. 13. Guero igan cedin mendi batetara. Puis monta 

en vne montagne, 

3. 20... : eta berriz gendetze handibat bil cedin,,.. : 
& derechef vne multitude s'assembla, 

4. 1. Guero berriz has cedin iracasten itsas 
bazterrean : eta bil cedin harengana gendetze 
handi, Puis il commença derechef à enseigner 

18 



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- 2r\ - 

auprès de la mer, v^t grande niullitude s'assembla 
vers liiv : 

4. l\. . ., ereillebat ilki cec/în kkeitkra. . ., vu se- 
meur s en alla pour semer : 11. a mis ereitara. 

4. 4. Eta GLEiiTHA cedin khkitean, Et aduint qn en 
Semant, 

4. 5. EVàhevce jjartebat khou cedin leku harriruet- 
ara,. . . : eta hertan ilki cedin. L'autre clieul en 
lieux pierreux,. .. , & soudain elle se leua, 

4.6..., EHHE cedin : . . . , eyhah cedin . . . , elle fut 
haslee :, elle deuint sèche. 

4. 7. Eta berce parlebat euoh cedin elhorri arlera, 
Et r autre cheut entre les espines : 

4. S. Eta bereea eror cedin lur-onera, Et l'autre 
cheut en bonne terre^ 

4. 37. Orduan altcha cedin\và\Ci} buhumba handi- 
bat. Lors vn grand tourbillon de vent se leiie, 
(L. traduit 56^ leud], 

■\. 3î). . . Orduan cessa cedin haicea, eta Iranqni- 
litate handi e(;iin cedin. , . .Lors le vent cessa, & 
fut faite grande tranquillité. 

5. 13..., etaoLDAR rer///M'rdaldea gainetic hehera 
itsassora llautin a mis, elaol-)...: & le troupeau 
se rua du haut en bas en la mer, 

5. 20. lOAN cedin bàda, (»ta iias cedin predicat/kn 
Decapolisen ... Il s'en alla donc, & coniniencn 
à prescher en Decapolis 

5. 21 . . ., populu handi ril cedin harengana, 

5. 22. Eta hunâ, v.twow cedin ... bat. 
Lors voici vn . . ., vint : 

5. 24. Eta lOAN cedin lesus harequin, 



M 



2fO — 



lésas donc s'en alla auec luy, 
5. 27. Hura lesusez minçatzkn* ençumc, KXHort 
cedin gendetzean guibelctic, Icelle ayant oiiy 
parler de lesus, vint en la foule par derrière, 

4. 29. Ela bertan vgor ce(/in harenodol ithurria : 
Et incontinent le flux de son sang s'estancha, 

5. 3iî. Eta einaztea bklduhiuc eta ikarahic, ..., 
hiTHOH cediii, Et la femme craignant & tremblant, 
. . . , vint, 

T). viS.Gucro ETHOH cedin ... Et vint 

5. 42. Eta bertan faïqh cedin nescatchà, Et in- 
continent la fillelte se leua, 

6. 1. Guero parti cedin liandic, eta ethor cedin 
bere herrira, Apres il se partit de là, & vint en 
son païSj 

Cy, 2..., HAS cedin synagogân iracastkn, . . ., il 

commença à enseigner en la synagogue : 
6. 7. . . ., eta has cedin havén igorten birâ : . . ., 

& commença de lesenuoyer deux à deux, 
6.46..., mendira w\y cedin othoilz eouîtkra. 

..., il s'en alla en la montagne pour prier. 
6. 48 ... etagauiirenlaurgarren veilla irian ethor 

cedin hetara, ... : &enuiron la quatrième veille 

de la nuictil vint à eux 

6. 51. Orduan igan cedin hetara vncira: eta sos- 

SEGA cedin haicea : A Jonc il monta en la nasselle 
vers eux, & le vent cessa : 

7. 24. Eta handic iaiquiric ioan cedin Tyreco eta 
Sidongo comarquetarât : Et se leuant delà, s'en 
alla aux marches de Tyr et de Sidon : 

7.31. Guero partituric Tyreco eta Sidongo 



-276 - 

(jiioarteretaric, ethor cedin Galileaco ilsassora. 
Decapolisco comarquén arteaz. Et estant départi 
derechef des quartiers de Tyr & de Sidon, il 
vint à la mer de Gatilé par le milieu des quar- 
tiers de Decapolis. 

7. 35..,, eta lâcha <■«//« liaren mihico etchequi- 
dura. . . . , & le lien de sa langue fut de^iiié, 

8. 10. Etaberlan vnciraSARTHURicbere discipulue- 
quin, ETHOR cedin Dalmanutha bazierretara. El 
incontinent il monta en vue nasselle avec ses 
disciples, & vint es quartiers de Dalmanutha. 

8. 13. Eta hec vtzihic, vncian berriz sabthuhic 
iHAGAN cedin berce aidera . Et quand il les eut lais- 
sez, il rentra en la nasselle, '& passa à l'antre 
riue . 

8. 22. Eta ËTHOH cedin Bethsaidara : De là vint 
en Beth — salda, 

8. 25. . . : eta senda cedin, ... : & fut restitué: 

8. 31. Eta tt.Ks cedin hayén iracasten. Et se print 
à les enseigner 

9.2, , . ,, eta THAXSFiGLBA cedin. hayén aitzinean. 
. . . , & fut transfiguré deuant eux , 

9. 7. Ela KGUix cedin hodeybat. , . : etaETH0Bcc(/(" 
vozbat hodeyetic, Et vne nuée vint ... : puis de 
nuée vint vne voix. 

9, 15. Ela bertan gendetze gucia, hura iklssihic. 

si'ANTA cef///ï.- Et incontinent toute la multitudo 

le voyant fust estonnee, 
9. 26. Eta spiritiin oihu ecuimc ela bura gaizqui 

ÇATHiCATUBiCj iLKi ccdiii: ela kaourra hila beça- 

LACA cedin , Et Tesprit en s'escrîant & le des- 



- 277 — 

rompant bien fort, sortit : & Venfant deuint 
comme mort, 
9. 27..., eta iKiqvi cediu. ...,. &il seleua. 

9. 33. Eta ETHOR cedin Gapernaumera : Apres il 
vint en Capernaum : 

10. 1. Guero handicPARTiTURic, ^iwo^cedin ludeaco 
aldirietara lordanaren berce aideaz : eta berriz 
gendetze mi. cedin harengana: Puis estant parti 
de là, il vint es quartiers de ludee par \q chemin 
delà le lordain : & de rechef multitude de gens 
s^assembla vers luy, 

10. 14. . ., FASGHA cedin . . . , il se fascha, 

10. 22. Eta hura faschaturic hitz hunez, ioan 

cedin tristeric: Luy contristé pour re mot, s'en 

alla marri : 
10. 28. Orduan Pierris h as cedin hari erraitkn, 

Hunà, Adonc Pierre luy commença à dire, voici, 
10. 47..., HAS cedin oihu eguitkn eta erraitkn, 

. . . , commença à crier, & dire, 

10. 50 , lAïQUiRic ETHOR cedin lesusgaua. . . . , il 

se leua, & s'en vint à lesus. 

11. 7. . . ., eta lAR cedin haren gainean. . . ., & il 
s'assit dessus. 

11. 11. EtasAR cedin lerusalemen lesus, eta temp- 
lean:... ilki cedin Bethaniaràt hamabiequin. 
Ainsi lesus entra en lerusalem, & au temple:..., 
il sortit /?0M/' aileron Bethanie auec les douze. 

11. 12. . .^ GOSSE cedin. .... il eut faim. 

11. 13. Eta vrrundanic ikussiric ficotze hosto- 
dunbat, ethor cedin eya ... Et voyant de loin vn 
figuier qui auoitdes fueilles,il y 2\\dL pour voir ^^\\ 






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— 27R — 

11. 15...: ela lesus teinpleaii sahthuric. iivs 
cerfm . . . campora egoizten, ... : & quand lesus 
fut entré au temple, il se print à ietterhors 

11 . 19. . . , iLKi cedin lesus hiritic. . . . , lesus sor- 
tit de la ville. 

12. 1..., eta camporat ioA?i cedin, ..., & s\mi 
alla dehors. 

12. 28. Eta ETHon cedin Scribetaric cembeil, her 
DISPUTATZEN ENÇUNic , Et quelqu'vn des Scribes 
estant venu là, qui les ayant ouy disputer 
ensemble, 

13. 5. Eta lesus, ..., h.vs rcr/m erraitex, lesus 
leur respondant commença à dire, 

14. 3...,ETHOH cedf/i emaztebat ..., arriua vno 
femme 

14. 10. Orduan ludas Iscariot hamabielaric bat 

ETHOR cedin . . . Adonc ludas Iscariot, vn des 

douze, s'en alla. 
14 . 17. . . , ETHOR cedin hamabie(|uin. . . . , il vint 

auec les douze. 
14. 33 ..., eta nx^ cedin icitze?^, eta guciz kki- 

CHATZEN. . . ., adonc il commença à s'espouuan- 

ter, & estre en extrême angoisse. 
14. 37. Guero ethor cedin. Puis il vint, 
14. 41. Eta ETHOR cedin herén aldian. Puis il vint 

pour la troisième fois 

14. 43 ETHOR cedin ludas, . . . , Iudas( . . . )vint, 

14. 66. . ., ETHOR cedin . . . nescatoetaric bat: .... 

vne des chambrières . . . vint. 
14. 68. . . Eta iLKi cedin (H)rralerat, . . . I.ors sorlit 

hors au portail. 






t 



— 270 — 

14. 69. Eta nosratoa berriz hura ikussiric, has 

cedin . . . erraitkn, Et quand la chambrière Teut 

veu derechef, elle se print à dire 
14. 71. Orduan hura has cedin maradicatzen eta 

AR>*KGATZEN, Lors il comiueiica à se maudire, & 

à iurer, 

14. 72...: eta orhoit cedin Pierris ... hitzaz, 
. . .': & il souuint à Pierre de la parole 

15. 8. Eta oihuz iarriric populua has cedin 
ESCATZEN ... Et le peuple s'escriant se print à 
demander 

15. 28. Eta coMPLi cedin Scriptura... Ainsi fut 
accomplie TEscrilure 

15. .*W..., ilhunibe eguin cedin lur giiciaren gai- 
nean bedratzi orcnelarano. (llautiu a omis ce 
point.)..., il y eut ténèbres faites sur tout le pais 
iusqu'à neuf heures. 

15. 38. Eta templeco velâ erdiua cedin bi çalhitara 
garait ic behererano . Et le voile du temple se 
fendit en deux, depuis pn haut iusqu'au bas. 

15. 43..., AUSART cedin Pilatgana sartzera, ..., s'en- 
hardit de venir à Pilate, 

10.19. ..., goiti cerurât altcha cedin^ eta ixixcedin 
laincoaren escuinean. ..., il fut esleué en haut 
au ciel : & s'assit à la dextre de Dieu. 
CEG0ELA.8. I. q. cegoen avecélision du n avant la 

participial, parfois auxiliaire. 

2. 15...,Iesus haren etchean mahaineaii iarriric 
CEGOELA, ... lesus estsut assis à table en la mai- 
son d'iceluv, 

5.5... oihuz CECiOELA, ..., criant. 



i 



— 280 — 

9. 24, Eta bertaii' liaour aitâ<- oihuz cBGOELA...Et 
iiicoiitinoiit le père de l'enfant s'esrriant. 

12. 41. Eta lesusec triincoaren aiirkân lARHiHit: 
rEr;oKL\, Aussi lesus estant assis vis à vis An 
tronc, 

13. 3. Eta lAiiRiDic cGGOELA Oliitat/.rtaoo mi'mliaii 
te 111 j) le are II aurkàn. Et comme il [estoit assis an 
mont des Oliiiiers vis à vis du temple, 

14. 3. . . eta mahainean i.^itHtKic ceuoela, ... romin<; 
..,, & estoit assis .i table, 

14. 06. Eta Pierris hcliereeo salàn cegoew. Et 

comme Pierre esfoit en la cour en bas, 
14. 67... Pierris behotze?; cegoei.a. ... Pierre »iiii 

se chaiitfoit, 
CEGOEiX. 6. Ind; imp: s. .3* v. i. int : egon, parfois 
aux: 
3. 32. Eta lAnHinic cegoes haren ingiiruàn gendet- 

zea. Et la multitude estoit assise à l'entour de 

luy : 
6. 6. Eta inii-az cegoén hayén incredulitateagatic. 

Et s'esnienieilloil de leur incrédulité, 

10. 46.... iJartimeo Timeoren semé îtsua cegoe> 
lAKRiRic, bide bazterrean, esquez: .,., vnaueiigU' 
dit Bar-timée, c'esià dire, fils de Timee, estoil 
assis auprès du chemin, mendïoit. 

14,54...: eta ckguen iarriric cerbitzariequin 

& estoit assis auecr les sei-uiteurs, 
14. 61. Baina hura ichilic cecoen. Mais il se taisoil. 
15.39. ... haren aurkaii CEGOES Centeiierac. (ici il' 



— 281 - 

n final joue le rôle du relatif nominatif çz/^) Et le 
Centenier qui estoit là vis à vis de luy, 
GEGOENA, 1. I. q. c€goen;n rel : dérl. : nom: 
intr : aux : 

15. 43. ETHORRiRic loseph Arimatheacoa, con- 
seiller OHORATUA, hura-ere laincoaren resumaren 
BEGUiRA CKGOENA, loscph d'Arimalhee honneste 
conseiller, lequel aussi estoit attendant le règne 
de Dieu, 
CEGVIOTEN. 1. Ind: imp: pi : 3- r. s. r.i. s. v. ir: 
act : eguin, 

8. 22 ...,eta othoitz CEGUioTEN, ..., & le pria-on 
CEGVITÉN. 1. Ind : imp : pi: 3» r. s. eguin. 

14. 50. Orduan hura vtziric haren discipulu gu- 
ciéc ihes ceguitén. Adonc ses disciples le delais- 
sans^ s'enfuirent tous. 
CELA. 31. I.q. cen avec élision du n devant la par- 
ticipial et conjonctif. 

1. 10. Eta bertan ilkiten cela vretic. Et soudain 

comme il montoit hors de l'eau, 
1. 13. ..., TENTATZEN ceZfl Sataucz i ... estant tenté 

de Satan : 

1, 35. ..., Guero^ goicean oraino ilhun handia cela 
Et au matin qu'il estoit encore fort nuict, 

2, 1. ... ecen etchean cela. ... qu'il estoit en la 
maison. 

2j 14. Eta vrruti iragaiten cela^ Et en passant 
outre, 

3, 21 ..., çoRATU cela . ..., qu'il estoit hors du sens. 

1. Taadis que daas ce verset L. traduit guero par et, il reud sou- 
vent />ui« par eta au lieu de guero, Ë. g. plus haut, 14,41. 



- 282 — 

4, 10. Ela bera CKLA, Or quand il fut à part soy, 

5. 29. ... SENDATU cela plaga harlaric. 
... qu elle esloit giiario de ee (leau. 

5. .']5. Orairio luira mincu) re/rt ... Liiy eiieoro par- 
lant, 

6. (). .*.., iHACASTKN Alu celû . ... enseignant. 

(). 20. ..., KÇAGiTURic ecen hwTdiceLa guiçon iustoa 
eta saindua, (L'original a cela).,,, seachant qu'il 
estoit homme iuste c^ sainct: 

G. 49 ... fantosmabat cela ; . . . que ce fust vn fan- 
tosnie : 

6. ."iS ..., non CKLA hura ..., hara , ..., là où ... qu'il 
esloit. 

7. .'50 ... deabrua ilki re//ï, ... le diable eslre sorti. 

8. 31 ..., (»cen RKiiAii cela ... qu'il ialloit (llaulin a 
mis ce à la fin de la lignei. 

9. 25. Ela iKUssiuic lesusec» ecen populua lasterca. 
ELKARGANAT/KN ccUi , Ht quand lesus vid que le 
peuple s'amassoit ensemble, 

9. 26 ... ecen HiL cela, ..., 11 est mort. 

10. 17. Eta luira ilkiten cela,, ., Et connue il sor- 
toit 

10. 47. : eta hura lericotic ilkiten cela ,,,:&, Inv 
se partant de lericho 

10. 40. Eta KNçtNic ecen lesus Nazareno cela, 
Et ayant ouyque c\stoit lesus de Nazareth. 

11. Il ... : eta gauca gucietara inguru «EiiATiHic, 
eta ia beranuia^ cela ... : & quand il eut 

1. Il est probable qu<» ce mot soit proche parent de bchererano 
que nous avons vu plus haut. H est tard (casiillan tar(h) qusLtid le 
soleil arrive en bas du ricl. Cf. lifraiimn (P. d'Urte, Htàrlday c. 30, 
V, 42). 



— 283 — 

tout regardé de tous coslez,& que desia il estoit 
tard, 

11. 32. . . loannes cguiazco Propheta içan cela. 
. . . lean auoir esté vray Prophète. 

12. 35. . ,, teniplean iracastkn ari cela, 
. . . enseignant au temple 

13. 1. Eta ILKITEN cela teinpletic, Et comme il se 
partoit du temple, 

14. 3. Eta lesits Bethaniàn Simon sorhayoaren et- 
chean cela. . . Et comme il estoit en Bethanie 
en la maison de Simon le lépreux, 

14. 43. Eta bertan, hura oraino minço cela, Et sou- 
dain comme il parloit ejicores, 

14. .54. . ., BKROTZEN Cela su bazterrean. . . ., & se 
chaufToit au feu. 

15.21 ..., landetaric heldv cela^ ... (lequel ve- 
noit des champs 

15. 44. . . HiL cela qu'il estoit mort. 

16. 4... harria aldaratia cela: la pierre estre 
roiilee: ) 

16. 11... ecen vici cela, ... qu'il viuoit, 
CEM bat. 4. I. q.^'e/j, aux: avec // rel : nom: devenu 
m avantTarticle indéfini bal, 
5.22. ... synagogaco principal lairus deitzen 

cc/;/bat, . . . vn des priilcipaux de la synagogue 

quiauoit nom lairus, 
1. 32. , . gor nequez mixço cemhsit, , . . vn sourd 

begueyant : 
15. 7. . . Barabbas deitzen r^///bat . . . vn dit Barab- 

bas, 
15, 21, . , bideazco Simo!i (]vreniano deitzen cem- 



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— 284 — 

bat, (Hautin a mis deitzen) . . . vn certain pas- 
sant, nommé Simon Cyrenien 
CEN. 45. Ind: imp : s. 3® verbe p'oss : et aux: (Le 

n finalise fond parfois dans le n rel : ou conj: ) 

1. 4. BATHEYATZEN ARi ceii loannes desertuan, lean 
estoit baptizant au désert, 

1. 5. Eta lOAiTEN cen harengana ludeaco herri 
gucia eta lerusalemecoac: Et tout le païs de ludee, 
& ceux de lerusalem alloyent vers luy, 

1.6. Eta CEN loannes veztitua camelu biloz, eta 
larruzco guerrico bâtez bere guerruncean inguru, 
Or lean estoit vestu de poils de chameau, & 
d'vne ceinture de cuir au tour de ses reins: 

1. 13. . . : eta cen bassa bestiequin, ... : & estoit 
auec les (l'original a le) bestes sauuages, 

1. 21... eta bertan Sabbath e^w/iea/i sarthuric 
synagogàn, iracasten ari cen. . . : & tost après 
au iour du Sabbath estant entré en la syna- 
gogue, il enseignoit. 

1. 23. Eta CEN hayén synagogàn guiçombat^.. 
Or en leur synagogue estoit vn homme 

1. 33. Eta iri gucia borthara bildua cen. Et estoit 
toute la ville assemblée à la porte. 

1. 45..., baina lekorean leku desertuetan cen. 
. . ., mais estoit dehors es lieux déserts : 

2. 3... laurez eramaiten cen paralyticobat.... vn 
paralytique qui estoit porté à quatre. (L'original 
^ovie porte), 

1. Pour le cbaogement de n âual en m qui arrive souvent chez 
Leiçarraga, comparez le latin in qui devient im en composition, et 
TO{jL TixTÉpa dans l'inscription grecque de Karatasch en KiAtxîa. Cf : 
cembat; orcmbaiy &c, dans cet Évangile. 



— 285 — 

2. 4... lesus CEN etche gaina, (n final ici devient * 
le n relatif signifiant où, dans laquelle), . . le 
toict du lieu où estoit lesus 

2. 13... : eta populu gucia ethorten cen haren- 
gana, ... : & tout le peuple venoit à luy, 

2. 26. Nola sarthu içan cen launaren etchean 
Abiathar Sacrificadore principalaren demboran: 
Comme il entra en la maison de Dieu, au temps 
d'Abiathar principal Sacrificateur, 

3. l,.., eta CEN han guicombat..., & là estoit vn 
homme 

4. 1... : eta pop-ulu gucia ilsas costan leihorrean 
CEN..., Se tout le peuple estoit a terre auprès 
de la mer. 

4. 15. . . hayen biholzetan erein cen hitza. {n final 
jouant le rôle du rel: nom: qui) ... la parole 
semée en leurs cœurs. 

4. 36... CEN beçala: ... ainsi qu'il estoit 

5. Sommaire 25 Odol lariatzez eri cen eniaztea, 
(ici le // final devient le // rel: nom:) 25 La 
femme ayant le flux de sang. 

5. 5. Eta bethiere egun eta gau mendietan eta 
thumbetan cen... Et estoit tousiours de nuict 
et de iour es montagnes et es sepulchres, 

5. 11. Eta CEN han mendi aldean.. . Or y auoit- 
il vers les montagnes 

5. 14. ... iKUSTERA cer eguin içan cen, ... pour 
voir ce qui estoit aduenu. 

5. 21. . . , eta cen itsas bazterrean. . . & estoit près 
de la mer. 

5. 25. Eta emaztebat cen . . . Ory auoit-il une femme. 






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M' 



— 286 — 

5. 26. . ., baina (;aizcoatuago icafi cen. ... ; ains 
plustot estoit allée en empirant : 

5. 30. Eta bertan lesusec bere baithan eçacu- 
TLRic harenganic ilki Içan cen verthutea, n 
final = n rel : nom:) Et soudain lesus cognois- 
sant en soy-mesme la vertu qui estoit sortie 
de soy, (L'original porte sorli). 

5. 36. . . .EHUAiTEN cen hilz haur (/? rel : nom :). . . 
ceste parole qui se disoit, 

5. 42. . . : ecen bamabi vrthetacoa cen : 
... : car elle estoit aagee de douze ans. 

6. 14... (ecen haren icena cen famatua! ... (car 
son nom estoit fort renommé). 

6. 47..., vncia cen itassoaren erdian, eta hura 
bera leihorrean. ..., la nasselle estoit au mi- 
lieu de la mer, & il estoit seul sur la terre. 

7. 26. (Eta emaztea cen Grec, nationez Syropln*- 
nissiana). . . (Or ceste femme estoit Grecque, Ho 
nation Syrophenissienne:) 

7. 35..., eta minço cen claroqui. ..., & parloit 
droitement. 

8. 1. Egun hetan, gucizco gendetze handia ce>' 
beçala, [n conj : avec beçalà). En ces iours-la 
comme il y auoit fort grande multitude, 

8. 32. Eta claroqui propos hunez minçatzen ^r/^ 
Et disoit cela ouuertement. (L. ne traduit point 
cela). 

9. 6. Eta cer MINÇO cc/^.. Or ... qu'il disoit: 

9. 20..., eta lurrera eroriric iî^aulzcatzen cen 
* . . : & estant cheut à terre, se tournoit W» 
&là 



. I 



— 2S1 — 

0. .*Î4..., cein ckn berceac baino liandiagoa. 
Ilautin a mis ccn), . .. I(H|ueI estoitlv plus grand. 
(L. traduit le plus-grand que les autres, 

10. IV2... : e»la hayéii ailzinean ioitkn cen losus, 
. . . , & lesus alloit deuaiit eux : 

11. 17. Eta iHACASTKN ARi ceu. Et (Miseignoit, 
11.30. loan esen baptismoa ccMulic ckn, ala gui- 

roiuîlaric? Le Haplesinc de lean estoit - il du 
ciel, ou des hommes ?f|[. amis ijuieo à la fia de 
la ligne.) 

14. 1. CKN bada Ba/.coaren eta ogui altchagarri 
gabeeoen bestâ bi eguuen buruitn : Or dciw 
iours après estoit la feste de Pasque & des pains 
sans leuain : 

15. 7. Eta CKN ... pri^sonér seditionero lagune- 
quin, Et y en auoil . . . lequel estoit prisonnier 
aucc ses complices de «édition, 

15. 26. Eta CKN harencausaren inscriptionea A////e7rt 
scKiBATi A, ivDVKN HKCiVKA. Et Tescriteau de son 
crime estoit ainsi escrit, Lk Roy dks Ivifs. 

15. 39..., Eguiazqui guiçon haur laincoaren 
Semea ckn. . . ., Véritablement cest homme es- 
toit Fils de Dieu. 

15. 46... arroca batetan kbaquia jckn monumen- 
tean : ici le // final es le rel: nom:) . .. dedans 
vn monument qui estoit taillé en vu roc : 

15. 47. . . non kçartkn cen, . . . où on le mettoit. 

16. 4. . . : ecen guciz handia cen. . . . i car elle es- 
toit fort grande. 

CEXA. (). I. q. cen^ avec // rel: décl: nom: intr: 
& ace : {na = lequel). 



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— 288 - 

5. 15... DEMONiATu îcan cena iauriric eta vezti- 
TURic eta CENÇATURic, . . . ccluy qui auoit esté 
tormenlé du diable, assis & vestu, & de bon sens: 

5. 18... DKMO^iKTV içan cena. , . le démoniaque 

5. 33. . . hura baitlinn eguin œa/i cena, 
ce qui cstoit fait en elle, 

6. 14. . ., loannes batheyatzex ari cena, 
. . ., Ce lean-la qui baptizoit, 

6. 52. . . oguiéz eguin içan cena: (L'original porte 
eguin içan cena:) . , , le faict des pains : 

7. sommaire 32 Gor eta inotftel cena sendatu. 
32 Le sourd et bègue guari, 

CENAZ. i, I. q: ceîi verbe subst: avec /« rel : déd: 
médiatif défini, complétant le sens de ^//e/or.//r. 
[naz = par le temps que). 
15. 41. Eta hec, Galilean CENAZ gueroztic. ... Les- 
quelles dés lors qu'il estoit en Galilée, 
GEXDVTEN. 1. Ind : impipl: 2° r. s. aux: act: 
9. 33..., Cer bidean ihardlquiten cenduten 
elkarren artean ? ..., Que disputiez vous par le 
chemin entre vous ? 
CENE AN. 25. Id quod cen, aux: avec n ve\: e euph: 
décl. : déf: (nean =^ quand,) 

1. 14. Eta loannes hatzaman içan cenean. Or 
après que Jean fut mis en prison. 

2. 25..., eta gossetl cenean bera eta harequin 
ciRADENAC ? ... quaud ..., & qu'il eut faim liiy 
& ceux qui estoyent auec luy? 

4. 6. Baina iguzquia goratu cenean^ Et quand le 

soleil fut leué, 
4. 35...,ARRASTt' ceAtefl'/î, ... quand le vespre fut venu, 



— 289 — 

4. 39. Eta iRATZARRi cenean, ... Quand il fut 
esueillé, 

5.2. Eta iLKi cenean vncitic, Et quand il fut sorti 

de la nasselle, 
5.4. Ceren anhitzetan cepoz eta cadcnaz estecatl 

içan cenean^ ... (Hautin a omis cette virgule.) 

Pource que souuent quand il auoit esté lié de 

ceps et de chaines, 

5. 18. Eta hura sarthu cenean vncira, Et quand 
il fut entré en la nasselle, 

5. 21. Eta IRAGAN cenean lesus vncian berriz berce 
aidera, Et quand lesus fut derechef passé à 
l'autre riue en vne nasselle, 

6. 2. Eta ETHORRi cenean Sabbathoa, Et quand le 
Sabbalh fut venu, 

6. 21. Bada egun carazcoa ethorri cenean, Mais 

vn ioar opportun estant venu, 
6. 22. Eta sARTHLRic Merodiasen alabâ dançati 

cenean^ Et que la fille d'Herodias fut entrée, & 

eut dansé, 

6. 47. Eta ARRASTU cenean. Et le soir venu, 

7. 17. Guero etchean sarthu cenean populutic 
RETiRATLRic, (L'original porte retiraturic,) Et 
quand il fut entré en la maison, s'estanl retiré 
du peuple, 

7. 30. Eta lOAN œan cenean bere etchera, Et quand 

elle s'en fut allée en sa maison, 
0. 28. Eta etchean sarthu cenean. Mais après 

qu'il fut entré en la maison, 
9. 33. ... : eta etchera cenean, ... : & quand il 

fut venu en la maison. 

19 



— 290 ~ 

9. 35. Eta lARRi cenean. Et quand il fut assis, 
11, 19. Eta arratsa ethorri cenean^ Et le soir fut 

venu, (on a omis quand , 
14. 17. Eta ÀRRASTU ceneafiy Et le soir venu, 

14. 45. Eta EtiioRRi cenean^ Quand donc il fut venu, 

15. 42. (Hautin a mis 24) Eta arrastu ccNean (El 
le soir estant venu 

16. 1. Eta Sabbathoa ira(;an ceneati. Quand le 
Sabbath fut passé, 

16. 2. . . ., iguzquia ia ilki cenean, (Hautin a omis 
ce point.) . . ., le soleil estant ia leué 

16. 9. Eta lesus reslscitatu cenean. Or quand 
lesus fut ressuscité. 
CENIC. 2. I. q. cen aux: n rel : décl: partitif en 
apposition avec le nominatif et Taccusatif. 

4. 8. . . fructu GORATZEN eta handitzen ceniv^ (ace. 
du fruit, montant croissant 

5. 11... vrdalde handibat alha cenie. (nom: ... 
vn grand troupeau de pourceaux qui paissoit. 

CENTVZTEN. '2. Ind : imp: pi: 2- r. pi: aux: ad: 
8. 19... cembat sasqui çathiz beteric altchatv 
centuzten .^ . . . , combien recueillistes- vous de 
paniers pleins du résidu ? 
8. 20... cembat sasqui cathiz betheric altchati 
centuzten ? . . ., combien auez-vous recueilli de 
corbeilles pleines du résidu des pièces de 
pain?^[L, ne traduit pas ni résidu ni de pain* 
mais seulement de pièces), 

ll.es citations françaises dans cet ouvrage se trouvent dans la 
Sainctc Biblo, Lyon.M.D.LVI. L'exemplaire du Musée Hrttanoique 
porte la cote r. Q3. cl. 8.) 



— 291 — 

Revue de Linguisiiciue tome XXX (1807) 

P. 314. 1. 22. encuadernador;!. 26 Aurresquitu. 

P. 315. 1. 5. Asmazailia. 1. 20. Ërelixinoia. 

P. 316. 1. 12. Arazauba 1. 23. abarrasca. 1. 25. Babi- 
jaquia. 

P. 317. 1. 10. Lo mesmo es. I. 14, Comunidad. 1. 15. 
Escano. h 32 bascuenze es enfatica. 

P. 318. 1. 1. peut-ôtre casla 1. 7. Allimarra 1. 9. 
Begiiitaunia. 1. 28 Jaiozaarra. 

P. 319. 1. 17. llamado 08colonxa(?08cotonoa). 1. 27. 
peut-être V^radaguana. 

P. 321. 1. 22. peut-ôtre Failia. 1. 32. Curso. 

P. 322. 1. 5. Propio^ 1. 25. Duda, 1. 28. mismo. 

P. 323. 1. 18. Partizaguia. 1. 24 Ajoutez « Sicosa de 
carne, ô semejante^ Jaquija. 1. 29 Caloquia. 

P. 324. 1. 4. Epistola, 

P. 325. 1. 5. de Mots Basques 1. 6. Salaherry ^ publi- 
cation de 1. 8, seinte 1. 13. p. 145 de. 

Reme de Linguistique tome XXXI (1898) 

P- 35. I. 13. blackberry plutôt que cherry, p. 36. 

I. 5 his brothers descendants, 
P. 37. 1. 15. Bascuenza 1. 22 : cein 1. 26 ahortze : 

iautzi 1. 29 hilitaric : igan içan da 1. 30 Jainco 

'• 31. gucitacoaren escuinean 1, 33. iugeatzera 

1.34. baithan : 1. 35 saiiidu 1. 36 : sainduen 1. 37. 

bekaturen 1. 40. inffernisuara p. 39. 1. 24 thèse 

interesting. 
P' 41. 1. 9. de manera, M. le D*^ Arthur Farinelli, 

dinnsbruck, le savant auteur de « (luillaume de 



— 292 — 

Humboldt et TEspagne « (Paris, 1898), m*a écrit an 
sujet de Ganaza mentionné dans les dialogues de 
Micoleta (1. 3. 98) « Ganaza non poivebhe essere il 
famoso comico Italiano che fu verso la meta del 
1500 in Ispagna ? Era a^ suoi tempi popolarissimo » : 
et 21. 3. 98 « Ganassa n'a rien écrit. Ce n était 
qu'un employé d'une compagnie théâtrale très 
célèbre. » 

P. 126. 1. 7. hura, 

P. 127. 1. 8. 8. 33..., ly 27. 5. 23. 1. 28. Les deux 
points : sont une faute de P. Hautin. Voyez les 
versets 45 et 47 du même chapitre. ' 

P. 128. 1. 20 véritable. 

P. 129. 1. 8. demanderas, 1. 13. avant es-insérez ? 
1. 15. Dieu. 1. 24, bénit? 

P. 130. 1. 8. arrière : 1. 11. ALBEILEGUITE. 

P. 131. 1. 4. aquiL 

P. 133. 1. 24. séparer itsas et gainez. 

P. 134. 1. 5. ba ÇABILAN : 1. 9. elkarrequin. 

P. 135. 1. 12. secretuaren sans virgule. 1. 31. BEGl'I- 
RA çaitezte Pharisenén. 

P. 31. 1. 11. Galilée : BEGUIRA çaitezte Phariseuén. 

P. 136. 1. 13 sainduaz. 1. 19. çaituztenearij (Hautin a 
omis cette virgule). 1. 27. après 17 insérez 'Hautin 
a mis 27). Supprimez 8. 

P. 137. 1. 3. avant noizdrano insérez? 1. 15. sépare/ 
ican et caizcan. 

P. 138. 1. 3. gaucén 1.12. demandans. L 30. PUE- 
SENTATU. 

P. 139. 1. 20. Ajoutez « L'emploi de cer quoi 9iu lieu 
de certan avec le verbe intransitif est notable. 



— 293 — 

Log^iquement ari est actif. On pourrait dire que cer 
est Yaccusativus respectûs, » 1. 29. guciéz, 1. 14. tor- 
mentez- 

P. 140. 1. 7. ÇARETEN, I. 12 [nac I. 17. discipulu- 
ac. 1. 24. CARRE YON. Il faut accentuer Fô. 

P. 141. 1. 1. paubrey. I. 5. ÇATOZTE. 

P. 142. 1. 19. çayôn 1. 23 ÇA YON, 1. 24. Après 
ÇA YON insérez (Hautin a oublié d'accentuer Pô.) 
1. 24. ajoutez « Cf. : çaizcan, 11, 18. et temor à la 
escuadra Espafiola [La Epoca, 15 de Myo^ 1898) 
et les Sermons de P. Astarloa^ (Bilbon, 1818), 
tome 2, p. 164. *Mundu onetan pobre izatiari 
deutse bildur, eta ezteutse bildurric betico infer- 
nubetan pobre, villox, eta ecerbere bagaegotiari*. 
= They are afraid of being poor in this world, 
and they hâve no fear of remaining without 
anything, at ail, and naked and poor in hell for 
ever. 

P. 143. 1. 3. guiçon 1. 4. au lieudegorputz gorputz 
Visez gorputz 1. '24. ajouter (Hautin a omis le trait 
après ba à la fin de la ligne). 

P. 144. 1. '21 après ceçan insérez (Hautin a omis le 
trait après ce à la fin de la ligne). 

P. 145.1. 26. teste. 1. 6. pasde virgule. 1. 18. prison 
sans point 

P. 146. 1. 13. EGUINIC, 1. 29 rat BEHATURIG 

P. 147. 1. 8. spirituac 1. 12 après nigarrequin insérez 
(Hautin a omis le trait après nigar à la fin d'une 

1. Fraacisco Mugerza, éditeur de Tolosa, a fait imprimer quelques 
parties d'une nouveUe édition de ces beaux sermous. Il ferait bien 
<1« la terminer. 



(/3 VW 



ir. 



il 
. ■ ^* 



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^ 



— 294 — 

ligne). 1. 15. Tesprii. 1. 16. HARTURIG, 1. 22... 

ERRAN ceçan,... 
P. 148. 1. 13. ajoutez (L. traduit le seruiteur), l. 15. 

serviteur: 1. 17. HAUTSIRIC 1. 22. grâces, le &. 
1. 23. burua. avec • au-dessus du a. 
P. 149. 1. 23. oillarrac 1. 24. EGUIN. 1. 19. Baina. 
P. 150. 1. 17. ITZULIZ. 1. 14 pas de point. 
P. 151. I. 4 médiatif. Ajoutez nez=z autour de, c'esl- 

à-dire pour voir. Si se rend par eya,) 1. 26. avoir 

laissé. 
P. 152.1. 6. Eta GOITI ceçaten 1.7. arratnetarir. 
P. 153, 1. 17. après bideren insérez (Hautin a omis 

le trait après bi à la fin de la ligne). 1. 24. luéc. 
P. 154. 1. 1. HUTSIC. 1. 3. TRACTATURIC. I. 4. 

bifTez TURIC. 1. 6. séparez HIL et ceçaten : 
P. 155.1. 21..., eta 1. 24et26 VEZTI 
P. 156. Ajoutez à la fin 16. 11. Eta hec ENÇIJN ceça- 

tenean eeen... Iceuxayans ouy qu'il. 



Messieurs les Étudiants feraient bien de se procurer 
le volume qui porte la cole 3. b. dans la Bibliographie 
de la Langue Bas(fue (Paris, Maisonneuve, 1891), c'est- 
à-dire ï Evangile de mini Marc extrait du Nouveau- 
Testament Basque. Nos citations françaises se trouvent 
dans le volume qui porte la cote c. 33. d. 8. au musée 
Britannique, c'est-à-dire La Saincfe Bible, A Lyon, par 

« 

Sébastian Honorait. M. D. LXVI. Ce volume appar- 
tenait à la Reine Élizabeth d'Angleterre. La reliure qui 
est ma^^nifique porte son portrait entouré des mots 



i / 



— 295 — 

Elizabbth DeiGratia Ang. Fra.n. et Hib. Hegina, 
et sar l'autre côté son écossson avec les mots Dibt et 
MON DROIT, entouré de la citation Biblique POSYI 
DEVH ADIVTOREM MEVM et portant la date M. D. 
LXVIII an fond. Ceux qui ne connaissent pas biep 
le Français de Calvin n'ont qu'à consulter le Diction- 
naire de t Ancienne Langue Française par Frédéric 
Godefroy, Paris, 1884. 

L'imprimeur Pierre Hautin a omis les traits à la fln 
d'une ligne dans les versets de cet f^^angile que 
voici : 

I. 24 ba â7 bai 30 bel 35 iai 11 . 1 . Caperna, 3ekar 
Hbai 18dis19gen.31 ga 36 Abiâ7 guiçonaga 111.8 
han 33 voron IV. 8 ce 13 receM bon 20 du .32 ha V. 2, 
ber VIII. 31 ne 31 ce,prin34di 33 gai IX. 2 men 16 
di 18 cam 42 lu 43 di 49 sacri 30 an X. Sommaire te 
X. 1 ber 14 enga 17 9ere 20 ma 23 | a XI. 1 men 4 
bi 12 B 14 secu 13ero27 Sa 30 guiço XIV. 63 arro 4 
hi 12-24 erpaitaquiz XV. 1 prin. Scri 1 2 ci 29 bu 34 le 
leo magda 44 hu XVI sommaire min 1 aroma 2 etbor 
7 ga8 ci 9 ma 19 ci 14 a 16 salua 20 gu. 



'.; 






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*'*■ 












r . 



-1 



PIÈCES HISTORIQUES 

DE LA PÉRIODE RÉVOLUTIONNAIRE 



EN FRANÇAIS ET EN BASQIE 






J'ai publié dans celle Reme (tome XXX, p. 147- 
177 et p. 196-215), un document basque formant 
une sorte de catéchisme, qui est devenu infinimenl 
rare, et qui remonte à l'époque du concordat. Sans 
titre, lieu, ni date, la brochure, comme indicatioD 
d'origine, porte seulement la signature Beaumont. 

J'ai découvert, depuis, une brochure française qui, 
sans être le prototype complet de la plaquette basque, 
est évidemment un extrait ou une réduction de ce 
prototype. Elle a 12 p. rognées et mesure 133 mm. 
sur 112 (les pages ont 129 sur 80) ; elle porte au bas 
de la dernière page cette note : « A Pau, chez Véro- 
NÈSE, Imprimeur-Libraire ». En haut de la première 
page est une vignette religieuse, puis vient ce titre : 
(( Instruction | de la jeunesse, | par demandes et par 
réponses, | ou précis | des connaissances nécessaires ». 
A la p. 10, après un double ûlet, on trouve une 
partie séparée : « Questions sur l'utilité et l'avantage 
qu'un État peut retirer de l'exacte observation de la 
Religion », composée de huit questions et réponses 
terminées p. 12, lignes 4 et 5, par le mot « Fin » et 




— 297 — 

In signature «par Andrey». Puis, au-dessous d*un filet 
double, on lit : « Approbation des Docteurs. — Nous 
soussignés, Docteurs en Théologie, de la Faculté de 
Paris, certifions avoir lu ce petit Livre, dans lequel 
nous n'avons rien trouvé de Contraire à la religion et 
aux bonnes mœurs. — Donné à Paris, le 21 sep- 
tembre 1802. — Signes (sic), Cantal, Fleury, Beau- 
mont ». Au-dessous, vient un fleuron formé d'em- 
blèmes religieux et au-dessous encore ta rubrique de 
rimprimeur. 

Quel peut être ce Beaumont? 

Quoiqu'il en soit, si nous comparons la brochure 
française et la brochure basque, nous constaterons que 

les deux dernières pages de la première ne se trouvent 
pas dans la seconde ; qu'en revanche la seconde partie 
du basque. (haurren instruccionea « l'instruction des 
enfants ») n'a pas son correspondant en français où le 
petit préambule relatif à l'empereur Adrien manque 
également. Ceci fixé, de la p. là la p. 10, la bro- 
chure française contient soixante-deux demandes et 
réponses qui forment, avec treize autres intercalées, 
toute la première partie basque. 

En comparant le texte de ces soixante-deux de- 
mandes avec ma traduction des correspondantes 
basques, je relève les principaux corrigenda sui- 
vants : 

P. loi, I. 13 : comment s'est fait. 

P. 153, 1. 1 : comment peut-on entendre. 



— 298 — 

Là: soit un seul. 

1. â!4 : abstenons-nous du travail. 

1. Sd : le samedi. 
P. 155, 1. 213-24 : où il ne pleut jamais ou rare- 
ment. 
P. 157, L2 : la moindre chose. 

!• 7 : leur désir. 

I. 8 : bienheureux. 

I. 9-11 : heureux, mais bienheureux ceux 
à qui Dieu ne laisse faire leur volonté 
en ce monde et qu'il corrige par l'ad- 
versité. 

1. 27 : son arche. 
P. 159, 1,22: sept. 
P. 161, 1. 5 : (il n'y a pas de huitième raison). 

1.8: choses les plus agréables. 

1. 9-10 : et l'abstinence du péché. 

1. 14: larron. 

1. 16 : le premier 

1.20: a bâti la 

\. 22-25 : ruines, ruine. 
P. 163, 1. 6 : formé. 

1. 7 : formé du limon de la 

1. 8 : formée. 

1. 15 : l'affaire la plus importante. 

L 22 : vivre conformément à ce qu'elle 
prescrit. 

1. 25 : un Rédempteur. 




— 299 — 



P. 165, 



P. 167, 



P. 169. 



P. 171, 



P. 173, 



. 1 : terre l'espace de quatre. 

. 5 : 5815 ans. 

. 13 : immoler son fils. 

. 18 : les vies. 

.19: que Tinsensé qui dit dans son 

cœur qu'il. 
.2 : exterminer. 
. 8 : quelle famille. 
. 10 : dix écus. 
. 23-24 : n'avait jamais eu . 
. 26 : sur le bord. 
. 1-2 : où... relui, reluira. 
, 5 : depuis la création. 
. 9-10 : les ténèbres étaient répandues. 
. 11 : soleil, loin d'être couché. 
. 19 : supportée. 
. 22 : le succès de cette . 
. 24 : telle qu'il se trouva à Jérusalem 

des mères qui- 
. 4 : et c'est dès lors que. 
. 13 : le nombre des. 
. 23-24 : qui se Qt baptiser. 
. 2 : été suscitée par. 
. 1 : du temps même des . 
. 3 : voulait se faire passer. 
. 5 : il fut terrassé par saint Pierre à 

Kome. 



On aura pu remarquer que quelques-unes de ces 









;m* 



V. 



: 



il 



. ] 

z r 



— 300 — 

variantes répondent à des erreurs de traduclion que 
j'ai commises ou à desimpies coquilles typographiques. 
Voici d'autres smlah\escorrtgenda : 

P. 151, 1. 4 : cet enfant, qui n'avait que dix ans, 

était appelé. 

P. 153, I. 8-9 : car il avait créé le monde. 

P. 161, 1. 1 : ce même jour-là. 

P. 163, I. 21 : savoir la religion. 

P. 177, 1. 2 : toucher. Le corps est 

P. 201 ,17: quand ils n'eurent pas pu activer. 

P. 303, 1. 5 : un engrais qui le met dans la con- 
dition de porter. 
I. 21 : l'eau fait se séparer l'air et tombe. 

J. V. 



i# 



' I >' 



BIBLIOGRAPHIE 



Pœlik. Naturlehre der Dichtung. Von Kurt Bruch- 
MANN. — Berlin, Hertz, 1898. In-8% vj-406 p. 

Cet ouvrage ne rentre que fort indirectement dans 
le cadre de notre lievue, puisque, — nous en devons 
la remarque à Tauleur même (p. 372), qui se ren- 
contre ici avec une des obser\^alions de mes Ànti- 
nomies, — la perfection intrinsèque d'une littérature 
ne parait pas dépendre du caractère grammatical de la 
langue qui lui sert d'instrument. Et toutefois elle ne 
saurait s'en désintéresser; car, pour quiconque s'est 
pénétré une fois du principe de l'évolution, la litté- 
rature n'est an fond qu'un stade plus élevé de la 
parole parlée; et, du cri-réflexe, qui a exprimé les pre- 
mières sensations de l'humanité, à la poésie la plus 
raffinée d'un Heine ou d'un Shelley, il n'y a qu'une 
différence de degré, non de nature. C'est pourquoi 
M. K. Bruchmann, qui n'en est pas à ses débuts 
dans ce domaine, a pu écrire un livre de critique lit- 
léraire longuement médité et supérieurement informé, 
et le faire précéder des considérations les plus natura- 
listes sur les origines du rythme, de l'assonance, 
deraliitération, de la rime, des figures de mois et de 



K 



pensées, de tout ce qu'on se représente ordinaire- 
Tiietit comme le vêlement sonore cl chatoyant de la 
poésie et qui est en réalité la poésie elle-même, cd 
l;int que la poésie n'est qu'utie manifestation du lan- 
g:i!,'e et que le langage ne peut non plus se passer de 
rythme et de métaphore. . . que dis-je? que le langage 
humain tout entier, depuis ses plus humbles origines 
jusqu'à son plus splendidc épanouissement, n'est 
d'un bout à l'autre de son évolution que métaphore 
eu ses acceptions et rythme dans ses sons. 

Une partie générale, où il analyse finement ces élé- 
ments primordiaux ; une partie spéciale, où il en con- 
Juit l'application à travers lesdivers genres, lyrique, 
épigue etdramatique : tel est l'ensemble de l'ouvrage 
de M. K. B., agrémenté de citations de poésies, soit 
allemandes, soit exotiques, dont quelques-unes sont 
vraiment exquises et font honneur â son goût; voir 
notamment le petit poème de huit ou seize vers de la 
|i. 70. Une telle œuvre ne se résume pas. Je la ferai 
mieux connaître en notant, au hasard de la lecture, 
l<?s Impressions qu'elle m'a suggérées. 

P. 13 : parmi les origines de la danse, il ne faudrait 
pas oublier la mimique de l'amour sexuel, encore si 
visible, malgré les déguisements que lui a imposés 
la pudeur, dans les pas dansés par couples en vis-à- 
vis que conservent, entre autres, l'Auvergne et la 
Bretagne. 

P. 26 et 28 : la loi des X II Tables elle-même, au 



- 303 — 

dire de Cîcéron, était un carmen, c'est-à-dire tout au 
moins une prose rythmée, parfois allitérée ou asso- 
nancée, et je me trompe forl s'il n'en est des Bràh- 
manas de l'Inde antique comme du Cursus pontifical 
actuel ; la conservation par tradition orale d'un aussi 
formidable corps d'ouvrages ne s'explique que par 
on adjuvant mnémotechnique. 

P. 38 : le vers français décasyllabe à césure après 
la 6"" syllabe est aussi ancien que le même vers à 
césure après la 4% et il y a longtemps que j'ai 
expliqué l'un et l'autre, respectivement et dans cette 
Revue même, par l'hephthémimère et la penthéml- 

mère. 

P. 59 : je ne sais s'il nous faut tant déplorer de ne 
point posséder tout l'œuvre de Sapho; elle vit, ei 
vivra éternellement, dans les quelques purs dia- 
mants qu'elle nous a laissés, et surtout dans les trois 
stances 7rotxtX66pov'... qui sont peut-être ce que l'an- 
tiquité a réalisé de plus parfait ; c'est assez pour sa 
gloire, et, si nous en avions davantage, qui peut dire 
que notre impression n'en serait point gâtée? 

P. 74 : la citation de Musset par tome et page de 
ses œuvres n'est pas suflTisanle ; tout le monde n'a 
pas cette édition sous la main, et il faudrait ajouter 
le titre de la pièce pour le lecteur soucieux de se 
reporter aux sources. 

P. 90 : le « Nous l'avons tous vu » de V. Hugo 
(dans 4814) ne mérite pas un point d'exclamation ; 



* I < - 






n 






— 304 — 

tout ce que le poète veut dire, c'est qu'à la naissance 
du roi de Rome on a tiré le canon des Invalides, et 
que tous les Parisiens d'alors, — y compris lui. qui 
avait neuf ans, — en ont été témoins; et rien n'est 
plus simple que cette idée. 

P. 176: les caractères essentiels de l'épopée sont 
parfaitement définis; mais il en est un sur rorigine 
duquel on ne saurait trop insister. L'épopée esl née 
du mythe naturaliste : elle n'est autre chose qu'une 
série inconsciente de mythes célesles transportés sur 
la terre : de là son cachet d'impersonnalité. Car, si 
l'on conçoit que le poète raconte impersonnellement 
des aventures qui lui sont fournies par une tradition 
immuable et précise, à bien plus forte raison en est-il 
de même de faits naturels auxquels aucune volonté 
ni imagination humaine ne saurait rien changer. En 
somme, dire qu'Ulysse, après mille dangers, retrouva 
Pénélope, cela revient à dire que le soleil, la nuit 
écoulée, vient s'unir à l'aurore; et il ne se peut pas 
de constatation plus impersonnelle. Naturellement il 
en faut dire autant du héros qui tue le dragon (la unit 
ou l'orage), qui retrouve l'eau de Jouvence (la rosée', 
et de tous les thèmes épiques en un mot (p. ISIl 
Pas un incident des vraies épopées ni des vrais conle^ 
n'a été invmté. 

P. 246 et 237: en parlant séparément du théâtre 
osque et du théâtre populaire italien, il faut ajouter 
que l'un procède de l'autre et que la commedia delï 



— 305 — 

arte laisse encore reconnaître les types grotesques 
de l'antique atellane. 

P. 279, I. 14: P. Gringoire n'a pu écrire que 
^ rimes françoises », non «françaises ». 

P. 285 : Marivaux est plarcé sensiblement trop bas ; 
à mes yeux, c'est notre premier comique après 
Molière, et en tout cas il laisse bien loin derrière lui 
Regnard, qui n'est qu'un amuseur, et Lesage, qui 
n'a écrit qu'une comédie sérieuse. 

Et, comme après lui je placerais Beaumarchais, je 
veux avouer que j'ai été déçu de ne pas lire (p. 360), 
la spirituelle citation de sa préface qui eut été tout à 
fait en situation : « Et si le hasard n'eut pas conduit 
ce jour-là le barbier Figaro dans cet endroit (sous 
le balcon de Rosine où se morfondait Almaviva), que 
devenait la pièce?... Alors, il n'y aurait point eu de 
pièce, ou, s'il yen avait eu, elle aurait été ditTé- 
renle. » Et vraiment c'eût été grand dommage. 

Mais M. Bruchmann n'a que faire d'autorités pour 
établir les thèses qu'il sait partout énoncer et 
défendre avec un égal bonheur. 

V. Henry. 



20 






Mailual c dtossario deila liiujua indoslana o urdii, 
|ier Cititiillo Tauliabue, professore di lingu» indos- 
iwwà del U. Istituto OrientuI in Napoli. fîoma, tif). 
ilella Acad. dei l.iricei, 1898, iii-8°.(v)-288-(ij) (>■ 
(loirie t de la collection scolaire de l'Institut Oriental 
di! iNaples). 

Je ne veux pas examiner ici si ce livre est bon ou 
mauvais, s'il répond ù son but ou non, si les phrases 
sont bien ou mal choisies, si les traductions sont mé- 
diocres ou excellentes. Je ne me préoccupe que de 
siivoir si, dans l'état actuel de la science du langage, 
un pareil livre est nécessaire ou même seulement 
utile cl, â cette question, je réponds : non, sans 
hésiter. Ce n'est plus ainsi que l'on doit enseigner 
iitu' langue. 

£n linguistique, et même en linguistique pratique, 
comme, hélas! .en philosophie, en politique et en tout 
c(< qui concerne l'humanité, — car tout se tient, ou, 
comme disait Jacolot, tout est dans tout, — nous 
constatons laluttede deux conceptions diamétralement 
iipiiosées.l'ancienneet la nouvelle, qui procèdent l'une 
ilii principe d'autorité, l'autre du principe de liberté. 
Pour l'une, il convient d'aller de haut en bas. d'or- 
ilotmer, de prescrire, de conduire fermement; pour 
l'autre, ii faut seulement faire rélléchir. aider, guider 
doucement. Et pour en revenir à l'enseignement des 
langues, pendant de longs siècles, on s'est imaginé 
qui' II! meilleur moyen de faire apprendre à quelqu'un 



— 307 — 

m 

une langue étrangère était de lui mettre en mains une 
grammaire pleine de règles et de préceptes compli- 
qués, présentés dans un ordre conventionnel et factice, 
sans lien entre eu\ et dont on ne donnait point la 
raison d'être, puis un cours de thèmes « gradués » 
avec un vocabulaire spécial. La version n'était consi- 
dérée que comme un exercice accessoire ayant pour 
principal résultat de faire écrire en bon français. Ce 
procédé avait le grand inconvénient d'ennuyer l'élève 
et de fatiguer le maître; les progrès de l'étudiant 
étaient fort longs jusqu'au jour où, étant parvenu à 
force de travail à savoir assez de mots pour déchiffrer 
seul un texte^il pouvait aller de l'avant sans s'embar- 
rasser de l'empirisme grammatical. 

Aujourd'hui, nous partons de cette idée qu'il faut 
avant tout laisser à l'étudiant la plus grande somme 
possible d'initiative, j'allais dire de responsabilité. Il 
faut le laisser marcher à peu près seul, en se contentant 
de le guider et de lui donner les conseils de l'expé- 
rience. iVous lui mettons entre les mains une gram- 
maire réduite à son minimum, c'est-à-dire exposant 
uniquement les éléments simples du langage métho- 
diquement classés suivant leur nature originelle ou 
leur fonction, et une série de textes que nous lui 
faisons lire, que nous lui apprenons à analyser et 
d'où il doit déduire lui-même les fameuses règles. 
La version, ou plutôt la lecture des textes, devient la 
base de tout le travail, et le thème, texte purement 



-308 - 
imitatif, n'est plus que l'application de la théonequ'on 
s'est formée, que la justîflcation de la science acquise. 
L'étude devient relalivement agréable, intéressante, 
aisée et rapide. 

Pour apprendre n'importe quelle langue, il n'est 
besoin que de deux ou trois tableau:^ des formes grani- 
malicales, un dictionnaire de celle langue, enfin et 
surtout un texte; et l'idéal serait d'y ajouter une 
bonne traduction française de ce texte. En 1876, 
j'ai voulu traduire en français VEuai tur la lariyuc 
hasifue écrit en hongrois par M. Fr. Kibary, profes- 
seurs à l'Université de Buda-Pesl. Qu'ai-je fail pour 
y arriver en peu de temps? Je me suis procuré un 
petit dictionnaire magyare français et une grammaire ' 
in;igyare quelconque; j'ai commencé par lire cette 
ij'rnmmaire, la plume à la main, et j'en ai résumé la 
partie essentielle (déclinaisons et conjugaisons) et\ 
deux ou trois tableaux. Puis, je me sais attaqué au 
texte, Le commencement a été pénible ; Je sens général 
se détachait difficilement des mots rapprochés ; dè.« 
la dixième page, tout était plus clair; à la cinquan- 
tième, le travail devenait facile; a la un, je traduisais 
presque à livre ouvert. 

Tant il est vrai qu'il n'y a qu'une méthode et que lu 
méthode, c'est tout. 1 

Julien ViHsoN. 



— 309 — 

Précis de Logique évoluttonniste, l'entendement dans 
ses rapports avec le langage, par Paul Regnàud. — 
Paris, F. Alcan. 1897, pet. in-8^(ivHv-2i5 p. 

Après avoir longtemps cherché, j*ai dû renoncera 
analyser cet ouvrage qui forme un bloc compact et 
qu'on ne pourrait résumer sans lui ôter une partie de 
sa valeur. La logique ou Tart de penser n'est pas 
autre chose en effet que l'histoire du développement 
du langage ; et il ne faut pas oublier que le mot logique 
est un dérivé du mot logos. (Vestpar le langage et par 
lui seul qu'on peut comprendre les conditions intel- 
lectuelles diverses de Thomme. On ne peut pas 
séparer le langage de la pensée; l'entendement et les 
signes vocaux par lesquels il se manifeste sont sou- 
mis aux mêmes lois dont la logique est le tableau 
général. 

Ces idées ne sont pas nouvelles ; elles ont été plus 
ou moins clairement émises par plusieurs philo- 
sophes ; je ne citerai ici que Condillac, dont l'admi- 
rable langue des calculs commence par ces mots: 
<( Toute langue est une méthode analytique, et toute 
méthode analytique est une langue. Ces deux vérités, 
aussi simples que neuves, ont été démontrées, la 
première dans ma grammaire et la seconde dans ma 
logique; et on a pu se convaincre de la lumière qu'elles 
répandent sur l'art de parler et sur l'art de raisonner, 
qu'elles réduisent à un seul et même art. » 






m- 









• , 



— 310 — 

Le livre comprend cinq parties : les conditions du 
raisonnement, les catégories logiques, le raisonnement : 
SCS auxiliaires et ses jn-inci pales formes, amphiholofjies 
et erreurs verbales, les erreurs logiques et les sophisines . 
La première s'occupe surtout des signes du langage, 
de la nomenclature, de la classiflcation et de la pro- 
position. Voici comment M. Regnaud définit la logique: 
« la science qui traite d'une manière générale de l'ori- 
gine, de la valeur et de l'usage des signes vocaux ou 
du langage ». On sait que M. Regnaud donne au lan- 
gage articulé, sinon comme origine, du moins 
comme antécédent, le cri qui, « en tant que signe, 
est devenu tacitement conventionnel par Tétroilesse 
et la constance de sa relation avec la sensation dont il 
résulte »; d'ailleurs « la diversité des sensations amena 
nécessairement des vaiiations du langage, des modi- 
fications du cri naturel inconscient ». Les premiers 
mots, si l'on peut s'exprimer ainsi, furent des 
espèces de substantifs signifiant ta qualité ou l'atlribiU 
par lequel était alîecté l'être vivant. Puis, l'éveil de 
la conscience individuelle amena le développement 
ultérieur du langage, qui a procédé du genre uni- 
versel au genre général, puis au genre particulier et 
enfin au nom commun. 

A VA\ propos, M. Regnaud cite un passage de 
BulTon où l'illustre naturaliste expose que les hommes 
ont dû nommer indistinctement arbre un chêne, un 
hêtre, un tilleul, un sapin, un pin, un if; qu'on aura 



.i: 



— 311 — 

ensuite inventé deux mots, un pour les trois premiers et 
un pour les trois derniers. Comment se fait-il donc 
que, dans beaucoup dn langues, les termes généraux 
manquent ? En basque, par exemple le mot arftrc n'existe 
pas. M. Regnaud répondraitpeut-êtrequele mot arbre a 
pu prendre un sens particulier; Tinverse ne se pro- 
duit-il pas dans le langage courant en France où beau- 
coup de personnes appellent par exemple sapins tous 
les résineux ? 

Dans la quatrième partie, à propos de l'homonymie 
et de la synonymie, M. Regnaud donne une fois de 
plus d'intéressants exemples des oscillations signifi- 
catives des mots à sens vague : le latin ienuis appa- 
renté à lener et à tenax. yariant de «ténu, délié à 
<( étendu )).et le grec coxù; allant de u aigu » à « vio- 
lent )^ Dans celte mémo partie, iM. Regnaud traite 
des i< mythes », c'est-à-dire de désaccords primitifs 
entre le mot-signe et la perception ou l'idée signifi- 
cative, d'erreurs verbales érigées en traditions. J'aime 
â rappeler à ce propos une remarque intéressante de 
M. Louis Ménard : « C'est comme si on disait que 
Toxygène est un débauché, parce qu'il s'unit à tous 
les corps » . 

La dernière partie est uniquement consacrée à 
réfuter la récente brochure de M. V. Henry dont j'ai 
rendu compte ici même (t. XXX, 1897, p. 185-195). 
M. Regnaud résume ainsi qu'il suit l'ouvrage de 
M. Henry: « Thèse : La linguistique est une science. 



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— 312 — 

Antithèse : Mais une science qui ne peut rien nous 
apprendre. Synthèse: C'est apprendre quelque chose 
que d'apprendre, qu on ne sait rien ». 

Pour conclure, je crois avec M. Regnaud à la sûreté 
de la méthode positive et de la doctrine évolutionniste. 

J. ViNSON. 



Littérature orale de l'Auvergne, par Paul Séôillot. 
— Paris, J. Maisonneuve, libraire-éditeur, 1897. 
In-8^ de (viij)-xj-343 p. 

Ce volume qui forme le trente-cinquième de la 
Collection des Littératures populaires, est un recueil 
f fait de seconde main (et je prends ce mot dans son 

acception naturelle, sans qu'il implique dans ma pen- 
sée ni blâme, ni critiqne, ni méQance) par notre colla- 
borateur P. Sébillot, qui est un maître enTespèce. Il 
a mis en ordre les divers morceaux authentiques qui 
ont été publiés à diverses époques et les a fait suivre 
d'excellentes notes el d'observations intéressantes. Le 
volume est divisé en deux parties, qui se terminent 
par un index alphabétique très soigné. 

La première (p. 1-238) comprend cinquante-quatre 
« conleset récils», la plupart courts, classésà peu près 
dans l'ordre suivant : contes religieux, histoires de re- 
venants, récits relatifs au diable, au drac, aux lutins, 
aux fées, aux impies, aux loups-garous. Parmi les 
références, M. Sébillot aurait pu rappeler certains 



- 313 — 

contes basques que Webster, Cerquand ou moi avons 
publiés; mais il est évident qu'on ne peut pas tout 
dire. — Le drac est évidemment « le dragon, le ser- 
pent, le heren suge des Basques ». • 

La seconde partie (p. 239-329) comprend les chan- 
sons (douze, y compris des « bourrées ») avec la mu- 
sique notée, les devinettes au nombre de quarante- 
sept et où j*ai retrouvé entre autres celle du lacet de 
corset que j*avai$ recueillie dans le pays basque, et 
enfln le « blason populaire», expression que je n'aime 
point du tout parce qu'on ne la comprend pas sans ex- 
pllcation. Passe pour « littérature orale » si Ton ré- 
pu^rne à l'anglais fotk-lore, mais le « blason populaire 1 
M. Sébillot entend par là les dictons qui caractérisent 
plus ou moins malicieusement les gens de certains 
pays ou de certains villages : « Gascon larron, 
» Clermont le riche, Riom le beau, » etc. Est-il exact 
de comparer ces formules, plus ou moins justes et ra- 
rement admises par ceux auxquels on les applique, à 
des armoiries et à des devises héraldiques? Je ne le 
pense pas. J. V. 



>. OuELLiEN, Breiz, poésies bretonnes. — Pay^s, 
i. Maisonneuve, 1898, pet. in-8^ iv-161 p. 

Ces poésies sont charmantes et elles ont été écrites 
avec un art infini. Mais ce qui m'a le plus frappé dans 
(•e livre, c'est la lettre-dédicace, véritable préface, où 
Fauteur atlirme d'abord loriginalité de l'esprit breton 







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— 314 — 

et écrit ensuite celte proposition que « le paliiolisme 
sort des mêmes hauteurs que le culte de hi fomme». 

Sur le premier point je serais volontiers sceptique. 
Le mirage de la langue toute spéciale du pays,— ell^s 
Basques peuvent en tirer argument mieux encore que 
les Bretons, — entraîne facilement à cette conceplion 
d'une race à part, de mœurs particulières, decon- 
tumesindépendantes. Or, lorsqu'on serre les choses d(^ 
près, on s'aperçoit vite que cette prétendue originalité 
repose sur des détails de peu d'importance et que tous 
les paysans de France : Bretons, Basques, Gascons. 
Berrichons, Picards ou Lorrains, ont «des âmes d'en- 
fants », une naïveté qui n'est en somme que de l'igno- 
rance, une pudeur tout extérieure et qui passe vile, 
une religion essentiellement ininleiligente et gros- 
sière. Ce qu'il y a de vrai, c'est que l'isolement des 
paysans dans le labeur quotidien, dans la grande paix 
delà nature, mène fatalement à ce mysticisme vague 
qu'on prend volontiers pour du sentiment et qui nesl 
au fond qu'un simple état de stupeur, de demi-som- 
meil, de rêve éveillé. 

Quant au patriotisme étroitement lié au culte de la 
femme, on se rappelle la vieille formule : Mon dieu, 
mon roi, ma dame. iMais qu'est-ce que cela prouve? 
Le respect de la femme est le résultat d'une évolution 
logique d'idées conduisant de la brutalité libidineuse 
à la pitié, à la reconnaissance, à l'admiration de la 
maternité. Que de peuples, même relativement supê- 



i^ 



— 315 — 

rieurs, chez qui la femme n'est encore considérée que 
comme un instrument de plaisir, comme une ma- 
nœuvre commode, comme un être secondaire à l*égal 
duhœuf ou de la vache! Le christianisme, qui pré- 
tend avoir relevé h femme par le culle de la Vierge, 
Ta considérée en réalité beaucoup moins bien queTan- 
liquilé païenne : c'est un être inférieur et imparfait, 
un instrument de perdition, une cause perpétuelle de 
péché. Je n'insiste pas. 

Mais qu'il est donc agréable dé faire et surtout de 
lire de jolis vers ! 

J. ViNSON. 



VARIA 



I. —Le Langage des Plantes 

C'est aujourd'hui le jour où les Parisiens souhaitent la fèk à 
toutes les personnes aimées qui s'appellent Marie. 

Nous n'avons pas de prédilection pour ce prénom qui nous vient 
du christianisme. 

Beaucoup de femmes le portent à Paris et autres lieux. 

Mais ce prénom n'est pas le seul qui charme. Et il serait facile 
de le remplacer par beaucoup d'autres, ~ aussi agréables à entendre. 
—et qui ne sentiraient pas la sacristie. 

Nous n'en voulons que les quelques preuves suivante : 

France^ Francia, Franclne^ qui sont des noms français ; 

Dina, Lia< Sarah, Rachel, qui sont des noms bibliques; 

Yelva, Nadèje, Lividia, Ziéna, qui sont des noms russes; 

Fatma, qui est un nom turc. 

Et tous ces noms qui plaisent autant à l'oreille que ceux de 
Pétronille ou de Cunégonde, — célèbres de par le calendrier gré- 
gorien, lequel les traite de saintes, ~ n'ont guère cours chezoons, 
pendant que le nom de Marie y est très répandu, grâce aux efforts 
cléricaux. • 

En attendant que cette tendance disparaisse, il nous faat bien 
sacrifier au nom que portent tant de nos lectrices vierges comm^ 
leur patronne ou bien mères de famille. 

-- Nous croyons donc bien faire en donnant quelques conseils^ 
ceux qui ont aujourd'hui des fleurs à offrir, car il faut faire son 
choix et approprier la plante à la personne. 

Si vous ète^ absent, envoyez de l'absinthe. 

Si vous êtes constant* c'est l'amarante qu'il faut offrir. 

Avez-vous contiance? C'est l'anémone qui convient. 




— 317 — 

Voaiez-vous vous marier? Un oranger en fleurs. 

A votre belle-mère^ vous ne pouvez offrir qu'un oranger en 
fruits. 

Le bouton de rose s'offre sans prétention à une jeune fille, ainsi 
que le lis blanc et la p&querette. 

La capucine est le feu d'amour, ainsi qcie le dahlia orange. La 
fougère, sincérité. La gentiane tout ce qu'il y a de plus brûlant : 
elle oe le cède même pas sur ce terrain à l'héliotrope. 

La giroflée ne veut pas dire grand'chose. L'hortensia est le sym- 
bole de l'indifférence. 

L'iris blanc, symbolise l'ardeur, et le jasmin blanc la passion. 

Voulez-vous reprocher sa perfidie à quelqu'un? Offrez-lui du 
iaarierou du mancenillier. 

Les mousses sont l'amour maternel et le mûrier blanc est 
la sagesse. 

Nous n'avons pas btîsoin de parler du myrte, ce symbole des 
feux les plus ardents. 

Le nénuphar est l'inverse du myrte. 

L'œillet signifie un tas de choses, toutes bonnes, à part le vio- 
let, qui marque l'aversion. 

Quant aux roses, on en a abusé. Selon leur nuance, elles 
peuvent signifier depuis amour jusqu'à infidélité. Offrez-en donc 
tant que vous voudrez sans vous préoccuper de ce qu'elles veulent 
dire. (La Lanterne, 15 août 1880.) 

II. —- Le Langage oratoire 

Un observateur anglais, qui avait la plus vive admiration 
pour le talent de M. Gladstone et qui l'a beaucoup écouté, afiSrme 
<iue le grand orateur, au commencement de ses discours, parlait 
toujour en mi, mais qu'il terminait en sL Se non è rero..» 

J. V. 



Le Propriétaire- Gérant y 

J. Maisonneuve. 

* ■ I > I I 

CbaloD-surSaÔDe. — Imprimerie de L. Marcean^ E. Bertrand, sacc' 



REVUE 



DE 



LINGUISTKIUE 



BT DE 



PHILOLOGIE COMPARÉE 

RECUEIL TRIMESTRIEL 

PUBLli FAI 

JULIEN VINSON 

PROFESSEUR A L'ÉCOLE NATIONALE DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES 
Avec la collaboration de divers aavAtiti français et étrangers 



TOME TRENTE ET UNIÈME 

15 OCTOBRE 1898 



PARIS 

J. MAISONNEUVE, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

6, RUE DE MÉZIËRES ET RUE MADAME, 26 

1898 



SOMMAIRE DU No 4 



H.deCharencey. — Quelques étymologieseuskariennes 319 

P. Regnaud. — Un paradoxe védique 344 

P, Regnaud. — Une règle importante de sémantique. 34fi 
A. Marre.— Histoire delà princesse Djouher Manikam, 

roman malais (nuite) 349 

E. W. Fay. — Latin «bilere, arbiier», Umbrian « ver- 

fale » 375 

Varia. — Les coupes sombres 392 

BIBLIOGRAPHIE 

M. Grammont. — La Dissimilation consonarUique 

dans les langues indo-européennes et dans les langues 
romanes 380 

G. Hempl. — A Manual of German orthography and 
phonology with a word-list 385 

E. Drakoules. — Neohellenic Language and Litté- 
rature 386 

Oriental Studies 387 

E.-S. DoDGSON. — The Construction of a eya » with 
the conjunctive cerb in old Basque, , 390 



QUELQUES ÉTYMOLOGIES EUSKARIENNES 



1<» ZURI, A, « blanc ». L'étymologie de ce mot 
semble, à première vue, assez obscure. Toutefois, ce 
D*est guère un de ceux auxquels on pourrait être tenté 
d'attribuer une origine fort ancienne. Il ne faut pas 
songer à le rapprocher du Fr. « souris », qui, comme 
nom de teinte, désigne spécialement sorte, chez les 
chevaux, indique un animal avec des marbrures, 
écuyères et une croix de mulet. 

La ressemblance avec le Turk Sire^ << jaune», — 
Khirghise, Sar, « jaune », Koïbale, Saryq, m.s. — 
Mongol, Stru, — Bouryete, Shura, m.s. — Yourake, 
Sirr, «blanc », — Wogoule, Saïrang, m.s. — Japo- 
nais, Stm, — Ostyak (dialecte Surgule), Sour, «gris», 
— Magyar, Szi^rke, m.s. — Accadien, Serka, 
«éclat», Shir, « lumière » eiSur, «splendeur», nous 
semble purement fortuite. Il en est de même de l'affinité 
que l'on pourrait être tenté d'établir avec certaines 
expressions d'origine Indo-Européenne, telles que 
l'Arménien Shar, « blanc, jaune, rougeâtre », d'une 
racine Svar, Saw, Su, « briller », d'où Sanskrit Svar, 
« ciel », et Suryas, « soleil ». 

Le plus simple serait d'y voir le Béarnais Seu, 
« suif », — Espagnol et Portugais Sebo « suif », — 

21 



— 320 — 

italien, Sevo. Sego^ en Latin Sébum, Semm, m. s., mais 
avec la finale ri {(arfois ajoutée aux noms de couleur, 
Cf. GORRI. La valeur propre de Zuri est donc lill. 
« Ce qui est de la couleur du suif» et, par suite, 
« blanc ». 

2° GORRI, A, « rouge ». Nous nous étions d'abord 
demandé s'il ne conviendrait pas de rapprocher le 
mot du vieux provençal, Gorrier, «élégant, recherché 
dans sa mise » . — Languedocien moderne Gourrié, 
m. s. Les idées de beautés et de couleur rouge peu- 
vent ici se trouver unies comme elles le sont dans le 
Russe Krasnoï, lequel s'emploie aussi bien dans Tud 
que dans l'autre de ces deux sens. Un examen plus ap- 
profondi nous a démontré ce qu'une telle explication 
offrait de peu acceptable. Dans le mot basque en ques- 
tion, nous reconnaîtrons tout d'abord la flnale ri. 
Voy. Zw précédé de la racine Cor, laquelle ne cons- 
titue qu'une abrév. de l'Espagnol Colorado, litt. « co- 
loré », mais qui se prend dans lesensspécialderouge, 
cf. d'ailleurs le portugais Côr qui a la même valeur. 
Y aurait-il à constater ici une influencedirecte du Portu- 
gais sur le Basque comme dans Za6a/, « plaine >s ou 
Chanket, «boiteux », déjà étudiés dans un précédent 
travail ? 

Que le rouge ait été considéré comme la couleur 
par excellence, rien d'élonnantà cela ; c'est celle qui 
frappe le plus l'œil par son éclat, précisément parce 
quelle occupe le centre de la gamme chromatique, à 



— 321 — 

égale distance de la teinte claire qui est le jaune et de 
la teinte sombre, laquelle est le bleu. 

3^ BELZ, A ; « noir ». Le /pourrait bien être ici 
purement euphonique comme dans Atzeir, « acier y>, 
— Moldesi, « modestie ». Nous aurions donc tout lieu 
de rapprocher ce mot deTEspagnol Bazo, a brun i^, d'où 
Pan bazo, « pain bis ». — Vieux Provençal Bis, «bis, 
de couleur sombre ». — Italien Bigio. 

Deux étymologies, d'ailleurs, ont été proposées 
pour expliquer ces termes. Vossius, d'après Ménage, 
les rattache a une forme du Bas-Latin Byssem, litt. 
<i couleur de coton », de Bysstis, « coton ». De là vien- 
drait encore le portugais Bugia, a guenon » et le Bas- 
Latin BusiuSy «fauve ». 

Diez préfère voir dans les mots en question, une apo- 
cope du Latin Bombycinus, « cotonneux, couleur de 
colon ». En toatcas, le mot est assez ancien en Basque, 
puisqu'on le voit apparaître comme nom ou surnom 
dans un texte du XI P siècle. 

La première de ces étymologies, bien que n'étant 
pas à Tabri de toute critique, nous semble encore la 
plus acceptable. 

En tout cas, ni Belz ni Baso, ni même le Français bis 
n'ont certainement rien à faire avec notre expression 
Balzan qui désigne un cheval noir ou roux, mais taché 
de blanc aux pieds, d'où « Balzane», tache blanche 
au pied d'un cheval. C*est évidemment à tort qu'on a 
voulu attribuer à ces derniers mots une origine Gel- 



y — 322 - 

tique. M. De vie a fort bien démontré qu'ils vienûent 
de Tarabe Batqa, féminin de Ablaq et signifiant Albo 
nigroque colore variegatm. 

Personne ne consentira à voir autre chose qu une 
coïncidence fortuite entre le Belz du Basque et le Tcher- 
Itesse ou Adighé, Pizza, « bleu » . — Arine Biz^ m.s. 

On remarque que les formes Bazcho, Baztazun 
données par Larramendi ne possèdent pas le/ médiat, 
nouvelle preuve qu'il doit être regardé comme adven-' 
tice. 

i** HORI, A; «jaune ». Nous avons cherché tout 
d abord s il n*y aurait pas quelque affinité à établir 
entre cet adjectif et Urhe, « or ». Il aurait donc signi- 
fié lill. « color aureus ». Cela irait assez pour leseos, 
mais au point de vue phonétique soulèverait certaines 
difficultés. Nous aurions d'un autre côté, peine à y 
voirie Béarnais Haubri, « blanchâtre », du Latin i/- 
binus, dérivé lui-même de Albus, « blanc », cf. Om- 
brien A [fus, m.s. et Grec aktfôç (d'après Hésychius) et 
qui n'est resté en usage que comme terme da méde- 
cine. 

II vaut mieux, ce nous semble, le rattacher au La- 
tin aurum, mais par l'intermédiaire du Béarnais 
Lauret.Wil. « doré », du latin Auratus. C'est un nom 
souvent donné aux bœufs qui ont le pelage bai-clair. 
En Poitou, on se sert de l'expression Doret. Ne disons- 
nous pas en Français, des « cheveux dorés » pour des 
cheveux d'un blond vif? Le / initial Béarnais est ici 



— 323 — 

adventice comme dans leFrançais iierrcpour «Illa he- 
dera », Tltalien Lordura pour a la ordura )>. Le 
Basque l'aura laissé tomber ici comme dans Aderallu, 
(( brique », derEspagnolI(u2n7/o. Quant à la diph- 
tongue au devenue o, cf. Yaun, «seigneur», de l'Es- 
pagnol Don, — Hanta, « choisir », du latin optare. 

5MZ, IZ4N,(( être, été». C'est le verbe substantif 
en Basque et il peut servir d'auxiliaire comme dans 
DOS dialectes romans. 

Le prince L.-L. Bonaparte voulait y retrouver une 
altération de Hitz, « parole, verbe », et rendait Niz, 
« sum>> para meum verbum » pour Ni hitz. Une telle 
conception semble bien abstraite, bien philosophique, 
surtout chez un peuple de laboureurs et de bergers, 
comme sont aujourd'hui encore les Eskualdunaks. 

D'autre part, nous avons du reconnaître peu soute- 
oable rhypolhèse par nous émise jadis que cette 
racine Iz, iza, n'était autre chose que la finale média- 
tive z précédée d'une voyelle euphonique et qu'il con- 
vient, en conséquence, de voir dans le même Niz, 
H sum >►. — Hiz, « es », l'équivalent des termes, 
per me. per te. Il serait, en effet, assez difficile de com- 
prendre comment une simple désinence a pu se trans- 
former en verbe substantif. 

Somme toute. Fopinion la plus soutenable consiste 
à admettre l'emprunt fait par les Basques de celte ra- 
cine Iz aux peuples Aryens, probablement même aux 
Celtes. iNous avons en Gaulois Esti, «il est», à rap- 



procher du grec éaTt, cf. Latin, « est. esse». — Al- 
lemand, ht, « il esl », — Gallois et Irlandais h, m. s. 
— Sanskrit As, «esse », etc., etc. 

L'analogie formelle qu'offre le Basque avec certains 
dialectes de l'Amérique du Nord c'est que, priroitive- 
menl, dépourvu comme eux de verbe substantif et de 
pronom relatif, il a emprunté ces parties du discours à 
des peuples de souche indo-européenne. 

Ce qui serait, d'ailleurs, bien de nature à nous con- 
firmer dans cette manière de voir, c'est qu'en Basque, 
l'on emploie les verbes « être » et « avoir » en guise 
d'auxiliaires. Iza, par exemple, sera employé pour 
former des passifs tout comme le verbe substantif en 
Français, en Espagnol, en Provençal, et Ion aura par 
exemple, Maithatu da, « il est aimé », de Maiihatzt, 
« Amatun », et da, «est ». 

L'on découvre là, un exemple frappant de Tinfluence 
exercée par les idiomes plus développés au point de vue 
organique sur ceux qui leur sont inférieurs à cet égard. 

Ne peut-on pas conclure delà, sans excès de témé- 
rité que, depuis les temps historiques, tout le système 
de la conjugaison euskarienne a dû être remanié dans 
une bien large mesure? 

Si donc, cet idiome, au point de vue du lexique, est 
un des plus chargés d'éléments étrangers que l'on 
puisse citer, on ne saurait non plus le considérer 
comme absolument originel et primitif, même sous le 
rapport morphologique . 



— 325 — 

On a, et non sans raison, suivant nous, admis que 
les peuples Aryens eux-mêmes ont bien pu, à l'origine, 
être également dépourvus de verbe substantif. La 
racine As D*aurait-elle pas, par exemple signiQé sim- 
plement d'abord « respirer »? Elle offre, en tout cas. 
bien de l'affinité avec le sanskrit i^u, « souffle, respi- 
ration ». L'on citera bien des cas de transformations 
de sens analogues. Est-ce que le Latin Sfare, « être 
debout, s'arrêter », n'a pas donné naissanee au Stare, 
« être », de l'Italien, pris comme auxiliaire, par 
exemple dans E stato, « ifuit », à VEstar, « être » de 
l'Espagnol et du Portugais ? 

Précisément, en Basque, le verbe Egon,i( demeurer », 
« rester », se prend volontiers comme synonyme de 
Dotre verbe substantif. Ex. : Barfioa otez ihaurri dago, 
«la cour est couverte d'ajoncs »,litt. « reste, demeure 
couverte, etc. » — Ihaurri dago bide guziaostoz eta 
adarrez, « tout le cliemin est couvert de feuilles et de 
branches ». Cette dernière façon de s'exprimer pour- 
raitbicn ne pas remonter très haut en Basque, etnous 
y verrions volontiers une preuve nouvelle de l'action 
exercée sur lui par les dialectes néo-latins. 

Ajoutons d'ailleurs qu'en ce qui concerne le verbe 
être, bien d'autres peuples semblent ne s'être guère 
montrés moins imitateurs que les Basques. Nous ne 
savons plus -quelle peuplade indienne des États-Unis, 
citée par Bancroft s'est forgé un verbe auxiliaire à 
l'exemple de l'Anglais. Le Maya ou Yucatèque moderne 



— 326 — 

a calqué l'Espagnol sur ce point et s'est créé un para- 
digme de verbe auxiliaire totalement inconnu à la 
langue ancienne du pays. Enfin, n'a-t-on pas cru re- 
trouver le Werden germanique dans le Var, « il est », 
de rOsmanli? 

6^ HODEI, A; ODEI, A ; a nuage ». L'étymologie 
de ce terme est assez obscure et nous n'osons la don- 
ner que comme probable, non comme absolument 
certaine. 

On ne saurait, bien entendu, admettre qu'une res- 
semblance purement fortuite entre le terme Basque 
et rOstyak (dialecte Irtyche), Péteng, m. s. (dial. 
Surgute), Pêtyegn. La forme primitive de ce terme 
devait certainement avoir une liquide, non une den- 
tale muette, comme l'établissent le Suomi Pilwi 
« nuage », — Magyar, Felhœ, m. s., — Tcheremisse 
PU, — Wotyèque, Pilhem, etc. 

D'autre part, nous n'oserions affirmer la parenté, 
malgré une grande ressemblance et pour le sens et 
pour la forme, entre Hodei et le Bas- Breton Hudenn, 
hurenn «nuage », sans doute pour un archaïque 
Suden, ou Surenn. Le mot est isolé au sein de la 
famille celtique et on' ne sait guère d'où il vient. 

Il convient, croyons-nous, d'aller chercher beau- 
coup moins loin l'explication de Hodei. Ne serail-ce 
pas simplement une altération de Ur-tegi ou Vr-degi, 
ug-degi, litt. « demeure des eaux, qui contient 
de l'eau »? Cette dénomination conviendrait ou ne 



- 327 — 

peut mieux au nuage. D'ailleurs, on sait que le r de 
Ur, <i eau », tombe volontiers en composition pour 
être remplacé par un 9; cf. Ug-atza, « mamelon», 
liu. « moyeu, cylindre humide» de IV, « aqua », 
eti(^a,« moyeu d'une roue, corps allongé», — Ugot- 
cho, << brochet loup d'eau », pour UretOtcho, Oxo, 
H lupus », — Ugalde, lill. « près les eaux », de Aide, 
i< proche, endroit rapproché », nom de famille d'une 
cantatrice célèbre, etc., etc. Par suite d'un affaiblisse- 
ment assez fréquent du u initial en i nous obtenons 
enfin Igeri, «en trempe », litt.«dans Teau, ce qui est 
dans l'eau >>, pour Urert et avec la suffixe allative et 
partitive Ka, — Igertka, « nager », litt. ajacere per hu- 
midum », pour Urerika, — IgeL « grenouille », litt. 
<i l'aquatique », — Igelsu, « plâtre », lilt. « qui prend 
beaucoup l'eau, l'humidité )) ( cf. la particule de ren- 
forcement Su ou Zu). 

D'ailleurs, le g médial entre deux voyelles est sujet 
à tomber. Cf. par exemple. Nagusi « maître «, qui 
dialectalement devient Nausi ou même Nabuni. — 
Sagutei, (i souricière », litt. « maison de souris», 
pour Sagutegi; cf. Sagu, « sorex», et Tegi, « do- 
mus ». 

Ce qu'il y aurait ici toutefois d'un peu anormal peut- 
être, ce serait ce r remplacé pour un g devant une 
consonne. Dans les exemples précités, le cas ne se 
présente guère que pour le rentre deux voyelles. 

Quant au / de Tei ou TV^i devenante, au u primitif 



— 328 — 

transformé en o, enfin au h initial euphonique, ce sont 
des faits trop fréquents en Basque^pour que nous ayons 
à nous y arrêter ici. 

7'KÀTABUT, Â, « cercueil, bière » dans ledîal. 
d'Irun et synonyme du Bas-Navarrais Hilhutcha qui 
veut dire litt. « boite de mort ». 

Le prince L.-L. Bonaparte pensait qu'il n'y a 
sans doute que les deux première syllabes de commun 
entre ce mot et Kataburu, qu\ a le même sens dans le 
dialecte de Lezo, et que les finales But et Bur pouvaient 
fort bien avoir chacune une origine différente. 

D'ailleurs, il admettait une affinité tout au moins 
possible, sinon même assez probable, entre ces deux 
termes et l'Italien Catalello qui possède un sens iden- 
tique et se trouverait formé de Letto, « couche, lit », 
précédé du même dissyllabe Caia ou Kata. 

D'autre part, le savant basquisant penchait à voir 
dans ce dernier, l'Espagnol Calar, « voir, regarder », 
du Latin Calare, m. s., mais il ne croyait pas qu'il y 
eût le moindre rapprochement à faire entre Katabuta et 
l'Arabe Tabut, m. s., d'où dérive visiblement l'Espa- 
gnol Aiaud, ce qui supposerait une forme intermé- 
diaire Alabul, Adtabu. 

Nous ne saurions nous ranger à cette opinion et 
voici pourquoi : 

D'abord, rien ne prouve, et cest ce que nous allons 
tout à l'heure essayer de démontrer, que le dissyllabe 
Kafa de Katabuta ait quoi que ce soit à faire avec le 



— 329 — 

Cata de Cataletto. Ce dernier se retrouve dans diverses 
expressions des dialectes néo-latins. Cf. par exemple, 
Italien Cato/a/co« catafalque, échafaud »,à rapprocher 
des formes Basses-Latines Catufaltus, Catafaldm, Ca- 
daffale, Cadapallus, Cadaphallus, Chafallus. 

Nous pouvons également regarder comme un dou- 
blet de ce mot le vieux Provençal, Cadufale, « écha- 
faud», — vieux Catalan, Cadafal, — Portugais, Ca- 
dalso. C'est ce que prouve l'exemple de l'Italien et du 
Bas-Latin où le même mot désigne l'échafaud et le ca- 
tafalque. 

Ducange dérive ce dissyllabe Cata du latin Catus, 
Caltus, qui avait d'abord voulu dire« prudent, avisé », 
de C au tu8,Cavere, A' oix encore le nom de famille, CWon. 
De là, on passe au sens de « chat », cet animal se fai- 
sant remarquer à la fois par son astuce et sa circons- 
pection. 

Enfln, à une époque plus rapprochée de nous, 
Cattus, Catus flnit par désigner une machine de guerre 
à laquelle on avait trouvé nous ne savons quelle res- 
semblance avec un félin. 

Dans celte hypothèse, Cataletto, de Letto, « lit », et 
CatUÈ, se rendrait litt., par «couche ayant la forme de 
la machine de guerre appelée chat». Catafalco, par 
contre, équivaudrait à a poutre offrant l'apparence du 
même instrument. En effet, on ne saurait méconnaître 
dans le Falco italien, l'Allemand Balkea « poutre», — 
moyen haut Allemand, Balke, — vieux haut Allemand, 



- 330 — 

Balcha; — Anglo-Saxon, Balca. ~ Anglais et Hollan- 
dais, Balk, — Suédois, Bjelke, — vieux Norraia, 
Batkr, « enclos, ligne de séparation », d'une racine 
proethnique Aryenne, Bhalg. que nous retrouvons 
encore dans le Grec 4>àXaY^, «rouleau, phalange, lé- 
gion ». 

Mais alors, on devrait s'attendre à rencontrer des 
formes telles que Catofatœ, Catoletto, non Catafalco 
et Cataletto. 

Diez, au contraire, veut retrouver l'origine de ce dis- 
syllabe Cata dans l'espagnol et Portugais Catar «re- 
garder, épier, rechercher, examiner», du Bas-Latin Ta- 
tare, m. s. C'est l'opinion reprise plus tard par le 
prince Bonaparte. 

Lillré nous fait observer d'ailleurs que les deux ex- 
plications diffèrent plus en apparence qu'en réalité, 
puisque après tout. Catare dérive de Catm ef signifie 
litt. « imiter le chat qui guette la souris». T/hypothèse 
ima{)[inée par Diez, plus satisfaisante peut-être au point 
de vue phonétique que la précédente, ne semble guère 
acceptable sous le rapport de la sémantique. Quel 
rapport trouvera-t-on entre un cercueil ou un cata- 
falque et un lieu d'observation ? 

Le fait est qu'il nous parait difficile, au point de vue 
étymologique, di^ séparer le dissyllabe initial de Cata- 
falco, Cataletto de celui qu'offrent des substantifs tels 
que « catachrèse, catalogue, catéchisme, catastrophe» 
etc., etc. Or, à n'en pas douter, c'est le Katà. « contre. 



— 831 — 

en détail, en bas, avec mouvement de haut en bas » 
que l'on y retrouve. 

Toutefois, dans les deux exemples précédemment 
cités, la préposition grecque semble avoir revêtu un 
caractère spécialement péjoratif. Nous rendrons donc 
litt. Cataletto, par « mauvais lit, couche funèbre », 
et Caïajalco par « mauvais échafaudage, échafaudage 
fanèbre » . 

Tout au contraire, si nous voulons (et c'est bien le 
parti le plus sage de notre avis) nous en tenir aux 
données fournies par la phonétique Euskarienne, 
reconnaissons dans la 1'* syllabe de Katabuta, la péjo- 
rative initiale bien connue G, Ga ou^a, qu'offrent 
également Gahamu, « petit hameçon », cf. I.atin 
Hamiu, — Garrathoin, « rat», de l'espagnol Raton, 
— Katalo, « en suspens », etc., d'origine sans doute 
romane. (Voyez les préfixes Cha ou Ca du ifrançais, 
par exemple, dans Cahutte, litt. mauvaise hutte); 
Chavirer, litt. mal virer, mal tourner). A cette préfixe 
vient s'ajouter l'Arabe TabUt « cercueil », peut-être 
en passant par une forme archaïque hypothétique de 
Tespagnoi, car il n'existe guère de termes Basques 
dont on puisse dire avec certitude qu'ils ont été em- 
pruntés directement à l'Arabe. 

Si le t de la syllabe finale est devenu r, dans le 
dialecte de f.ezo (Kataburua pour Katabulua cette 
transformation, pour rare^qu'elle soit, offre-l-elle rien 
de plus étrange que celle du d en gutturale liquide 



— 332 — 

dans Desperi, expédier (cf. Espagnol Despedir, « jeter, 
lancer, congédier) » ? 

Quant au u Qnal euphonique, on en citerait bien 
des exemples. Cf. entre autres le Basque Chukhu 

« sec», et le Béarnais Eschuc « sans suc », du latin 
Ex et Succus. 

S"^ KâTALO, 4, « pendant, pendu, suspendu ». 
Étymologie assez obscure. Nous serions tenté, pour 
notre part, de voir dans ce mot une abréviation du 
vieux Béarnais, vieux Provençal et vieux Catalan 
Alongat ^< allongé », Béarnais Alaungat, du Latin 
Longus, mais avec la préQxe péjorative Ka (voy. 
Katabuta) et un t intercalé qui est ici euphonique, 
comme dans Katarde « écureuil », et Zerutarri « sa- 
phir », litt. <i pierre céleste, bleu de ciel », de Zeru 
« cœlum » et Harri, « pierre ». 

En effet, tout objet suspendu en raison de la loi 
d'attraction éprouve comme une tendance à s'allonger, 
à se rapprocher de terre. 

9** KATARDE, A, « écureuil ». Nous avions cru 
d'abord y retrouver l'Ostyak (dial. de Tlrtysche) 
Kouthyar, Koudhyar, « polatouche, écureuil volant», 
avec te, partie augmentative, lilt. << grand polatouche », 
mais outre que notre écureuil n'est pas plus grand 
que celui de Sibérie, il ne faut pas abuser de TOugro- 
Finnois, quand on veut faire de Tétymologle Basque. 
D'ailleurs, le mot s'explique suffisamment par l'Espa- 
gnol Ardilla « écureuil » (en Portugais Harda), mais 



— 333 — 

avec Ka péjoratif et / euphonique intercalé, cf. le 
précédent. 

■ 

lOo ISKINASSO, A, « geai », litt. a qui fait beau- 
coup de bruit», ou « très enroué, qui crie d'une 
voix enrouée ». Effectivement, nous trouvons dans le 
mot, outre la finale aiigmentative So, une partie radi- 
cale Iskin, Iskina, qui rappelle beaucoup l'Espagnol 
Esquila «sonnaille», — Béarnais. Eiquire, Eiquère 
«clochette» — Italien, Squilla, — vieux Français, 
Esckelk, Esquilk « petite cloche », qui n'a rien à faire 
au point de vue étymologique avec Esquille « petit 
fragment d'os », du Grec £x^^^- ^^ ^^^^* Esquila, Es- 
quire, Squilla nous sembleraient plutôt d'origine ger- 
manique. Cf. l'Allemand Schellai sonnette, clochette, , 
grelot », — vieux haut Allemand, Schella, — Allemand 
et moyen haut Allemand, Schellm, « sonner la 
cloche », — vieux haut Allemand, Skaellàn, m. s., — 
Suédois, Skal « retentissement, bruit, son d, et 
Skalla « résonner, retentir». 

Toutefois, nous jugeons préférable de voir dans les 
trois premières syllabes d'Iskinasso, une abréviation 
de TEspagnol et vieux Provençal Esquinancia, Esqui- 
nemia, — Portugais, Ësquineacia, Squinencia, — 
Béarnais, Esquinance, — Italien, Squinanzia, — 
vieux Français, Esquinance, Squinance, Squir^ancie, du 
Grec K'jvàyxT), litt. « étranglement de chien », de 
Kucov, « canis » et "Ayxetv, « étrangler ». Effective- 
meut, l'esquinancie fait tirer la langue au patient, à la 



— 934 — 

façon du chien qui s'étrangle ou qui étouffe de cha- 
leur. Remarquons d'ailleurs que le cri du geai a 
quelque chose de rauque, rappelant la voix d'une 
personne souffrante de la gorge. 

11 • OKHILO. A, a pic-vert». Ne paraît pas devoir 
être rapproché de l'Espagnol Esguilon « sonaille, son- 
nette», — vieux Provençal, Enquelha, Esqnelle « clo- 
chette » ; nous préférons y voir notre vieux terme fran- 
çais « Roquillon ». Rien déplus naturel que cette com- 
paraison du pic-vert qui frappe les arbres de son bec 
pour en faire sortir les vers ou les creuse pour cons- 
truire son nid dans leur intérieur, avec le bûcheron 
qui les abat. 

La chute de la labiale n'est pas d'ailleurs un fait 
rare en Basque, non plus que la chute] du n floal ; 
cf. Alo « ajlons », de l'Espagnol Ahn, — Gerenno 

« étalon », de l'Espagnol Garanon, mot probablement 
d'origine germanique. 

i2o AHUNTZ, A, « chèvre ». Désignait peut-être 
plutôt à l'origine la brebis, on sait d'ailleurs, au point 
de vue de l'histoire naturelle, que la chèvre et la brebis 
se rapprochent beaucoup l'une de l'autre. Le mot sem- 
blerait d'origine celtique, cf. Gallois, Oe/ii< agneau»,— 
Bas-Breton Oan et (dial. de Vannes) Oen, — Comique, 
On, sans doute d'un vieux thème Ogne. Le a initial 

serait ici euphonique, comme par exemple dans Athun 
a thon », — Athamenda « demander ». Quant au tz 

final, ne serait-il pas pour Tze, finale infinitive qui in- 



— 335 - 

dique parfois production, apport : cf. Sagartzea pom- 
mier », de Sagar, ra « gomme », — Arhantze « pru- 
nier », de Arhana « prune »? 

AhwiUsa serait donc l'animal qui produit des 
chèvres ou des agneaux . Remarquons que la même 
racine Ahun apparaît dans Ahunno « chevreau », 
mais accompagnée de la finale diminutive no. 

WB<> SAGÛ, A, « souris ». Ce mot ne saurait s'ex- 
pliquer, que nous sachions, par aucune langue indo- 
européenne. En revanche, il offre bien de l'analogie 
avec le Géorgien Thagm, m. s. Nous admettrions vo- 
lontiers qu'ils peuvent avoir, l'un et l'autre, la même 
origine, mais sans décider de quel idiome ils dérivent 
primitivement. 

13^ SUGE, A, « serpent ». Encore un de ces raris- 
simes noms d'animaux qui nous rappellent les idiomes 
de l'Europe Orientale : cf. Esthonien (dial. de Dorpat) 
Siug. Ce mot est d'ailleurs bien isolé au sein de la 
famille Ougro-Finnoise, et nous ne savons d'où le 
faire venir. Peut-être faut-il en rapprocher l'Ostyak- 
lénisséien, Thieg, m. s. 

U* IXU, A, « aveugle ». Nous avions d'abord 
songé à rapprocher ce mot du Béarnais Pichous, 
Pixous, litt. « pisseux», pris parfois comme injure. 
Le p initiai aurait disparu comme dans Ollo « poule », 
Lanno « franc, sincère, loyal », du Latin Planus, etc. 
Mais alors il faudrait supposer les montagnards pyré- 

22 



~ 336 — 

néeusbien discourtois à l'égard des malheureux privés 
de la vue. 

Somme toute, Ixu pourrait bien n'être qu'un dou- 
blet d'un archaïque Uxu, employé encore dans cer- 
tains cantons et qui, d'ailleurs, possède, le même 
sens. 

On sait avec quelle facilité le u devient t en Basque; 
cf. Okhilu ou Okhiti « cassé, vieilli, usé », — hvtegu 
ou Inxegi « ennui ». 

Tous les deux, sans aucun doute, se rattachent au 
Latin Luscus « borgne », ~ vieux Français, busqué 
« louche », — Catalan, Llusco, — vieux Provençal. 
Losc, — Béarnais, Luscou, Lusque, mais avec chute 
du / initial' cf. Hori « jaune ». Remarquons toute- 
fois que nous n'avons pas d'autre exemple du a: basque 
répondant à $c, sk primitif, mais on peut admettre ici 
une chute pure et simple de la gutturale finale. 

Par égard pour les aveugles et pour ne pas leur 
rappeler ce que leur état offrait de désespéré, le Basque 
se contente de les traiter de <c louches » . 

15*» HIRI, A, (( ville, cité ». Pas moyen, comme nous 
avions cru d'abord pouvoir le faire, de rapprocher ce mol 
de l'hébreu */r, hir, m. s. La forme Ibérienne antique 
était certainement Ut ou Eli. Le / primitif sera devenu 
r entre deux voyelles, comme dans Zeru « ciel », 
du latin Cœlum, — Soro « sol », — Ainguru 
« ange », de Angelûs, etc. 

C'est ce que démontrent plusieurs noms d'anciens 



— 337 — 

centres de populations, tant en Espagne qu'en Aqui- 
taine. Citons par exemple llibem ou Illiberh, litt. 
« Villeneuve» (cf. Berri, neuf, nouveau), sur la rive 
gauche du Tech (Tichis), à deux lieues environ de Per- 
pignan. Cette localité fut plus tard appelée £/ena, d'où 
son nom moderne d'Elne. Elle avait jadis été le siège 
d'un évêché, transporté, par la suite, à Perpignan. — 
Eliberis^ m. s., actuellement Ehira ou Elvire, près de 
Grenade, en Andalousie. Un concile s'y tint en 305. 
Il y a, aux environs, une montagne appelée Sierra 
Elbira ou Elvira. — lliberis ou Cocolliberi^, Cocoliberù, 
litt. tf ville neuve des Cauconesot/ Cocones », aujour- 
d'bui CoUiourOt dans le Roussillon, aux pieds des 
Pyrénées, à 6 lieues S.-E. de Perpignan et à 2 lieues 
S.d'Elne. Nous ne saurions guère hésiter non plus à 
voir une corruption de ce même Eliberris, Elimberris, 
dans le préten du Climberris, Çliumberrum, Elimberrim 
de Pomponius Mêla et de la carte de Pentinger. Elle 
reçut, par suite, le nom d'Augmta Àusdorum ou Aus- 
coruM. C'est la ville d'Auch, jadis capitale de l'Ar- 
magnac et aujourd'hui chef-lieu du département du 
Gers. 

Sans doute, l'existence de ces vieilles formes Ibé- 
ricnnes Iliberis, Eliberris, a été contestée. On s'est sur- 
tout étayé pour révoquer en doute ur authenticité 
sur les monnaies des habitants de l'antique cité d'El- 
vire. Leur nom y a été lu llurir, litt. « de ceux 
d'i/tin », des <c habitants dllurû On sait que le r ûnal 



— 338 — 

est géDéralement considéré comme indice du génitif 
pluriel composé dans le dialecte du sud de THispanie. 
Or, lluri, dit-on, ne ressemble pas du tout à lliberri 

Faisons tout d'abord observer combien il serait ris- 
qué de soutenir que tous les écrivains de Tantiquité 
ont entendu de travers et qu'ils se sont, pour ainsi 
dire, donné le mot pour se tromper à peu près de la 
même façon. Évidemment, ces auteurs durent trans- 
crire de la manière dont ils avaient entendu. Se 
rejeter sur une erreur des copistes semblerait vérita- 
blement encore moins soutenable. 

Du reste, il y a, croyons-nous, moyen d'expliquer 
cette étrangeté d'orthographe d7/urtr. On peutsupposer 
tout d'abord que le signe rendu par u {ou) répondait 
plutôt à une syllabe qu'à un son simple. M. Huebner 
reconnaît l'existence de plusieurs signes syllabiques 
dans l'alphabet Ibérique. Il en cite un répondant à 
notre syllabe Ka (ka), un autre exprimant le groupe 
Ce ou Ke. Un troisième enfin serait l'équivalent du 
groupe Du ou Dou. Dans cette hypothèse, le prétendu 
caractère n, ou aurait bien pu se lire Ve ou Be. Nous 
obtiendrions ainsi une forme Ilberir ou7/ocrtr assez 
rapprochée û'Iliberris. 

Une autre hypothèse serait encore possible. Serait- 
il donc si téméraire de supposer que ledit signe u 
avait comme en Latin, suivant les cas, une double va- 
leur, soit de voyelle, soit de consonne, qu'elle pouvait, 
en un mot, se prononcer soit u soit t?? Au lieu de 



— 339 — 

Ilwrir, Dous obtiendrions dé la sorte Ilvrir, ou Ilbrir, 
ou même Ilverir, il verir, en rétablissant la voyelle 
brève souvent supprimée en Ibérien, tout comme dans 
Talphabet Phénicien dont il dérive. Nous voici bien 
près d'Iliberis. 

Nous chicanera-t-on sur ce que les monnaies don- 
neraient un V au lieu d'un b? Mais on sait combien 
ces deux lettres sont souvent confondues tant en Es- 
pagnol qu'en Béarnais. Le Basque actuel ne les dis- 
tingue même pas, et il est vraisemblable que cette con- 
fusion remonte à une haute antiquité. Rappelons à 
ce propos le mol de Scaliger : Felices Vascones quihus 
civereestbibere, et la répartie moins connue de l'am- 
bassadeur d'Espagne au roi des Belges : « Sire, je suis 
entré dans la diplomatie l'année même où mon r^ati- 
frère est devenu bœuf. » 

Ajoutons par parenthèse que les termes Hiri ou IK 
se retrouvent peut-être dans les noms suivants de 
villes antiques : 

1"^ llerda, aujourd'hui Lérida en Catalogne, sur la 
rive droite de la Sègre (jadis Sicoris), à 18 lieues N.- 
0. deTarragone et 31 N.-O. de Barcelone. Un con- 
cile s'y tint en 5M. Elle faisait partie autrefois du 
territoire de Illergètes. 

2» Uicis ou Ilicum, actuellement Elche, célèbre par 
sa forêt de palmiers. Cette ville est située sur la 
la Segara, à 4 lieues 0. d'Alicante (royaume de Va- 
lence. 



— 340 — 

3"" Ilipa, assimilée par Danville à Alcoka. Ne serait- 
ce la même localité que Vosgien indique sous le nom 
AeHienipa et qu'il identifie d'ailleurs à Alcala de Gua- 
daira, sur la rivière de ce nom, à M lieues S.-E. de 
Séville (Andalousie) ? 

4** llijula ou Elepha, aujourd'hui Nitbla, sur les 
rives du Rio-Tinlo, à 16 lieues 0. de Séville. 

3** Ililurgis ou Illiturgis, près d'Andujar ou An- 
duxar, si ce n'est juste sur le même emplacement. Il 
n'en reste plus guère, assure-t-on, que des ruines. 
Elle se trouve à 10 lieues E. de Cordoue et 9 lieues 
0. de Jaën. 

6® llorcis on Eliocrata, aujourd'hui Lorca, baignée 
par la Guadalentin, à 14 lieues S.-O. de Murcie et 
12 lieues 0. de Carlhagène. 

7 Illunum ou Bigerra, actuellement Villena, à 
22 lieues N.-E. de Murcie et 22 S.-O. de Valence. 

9* Illuro ou llluro, aujourd'hui Mataro, en Cata- 
logne, à 14 lieues S.-O. de Gironne et 6 lieues ?î.-E. 
de Barcelone. 

10^ Uuro, qui n'est autre chose qu'Oloron, sous- 
préfecture du département des Basses-Pyrénées, à 
4 lieues S.-O. de Pau. 

Nous ne saurions du reste nous empêcher de recon- 
naître encore le terme lit, « cité, ville », dans le nom 
de deux peuples de l'antique Ibérie, à savoir, les lier- 
caons, dont Tune des cités principales était Dertosa, 
aujourd'hui Tortosa, sur la rive gauche et non loin de 



— 341 — 

l'embouchare de ]'Èbre, et les Ilergétes, dont il vient 
d'être question à propos de la cité d'Ilerda. 

Il semble reparaître encore dans le nom de l'antique 
Elusa, principale ville des Eltisates, qui avaient tiré 
d'elle leur nom et vivaient au N.-O. des Ausci. 

Si, enfin, Ton admet (hypothèse qui n'offre rien de 
téméraire), que le durcissement du / en r avait déjà 
pu se produire dans quelques anciens dialectes Ibé- 
riques, rien n'empêchera de reconnaître le mot //t dans 
Iria flavia, Jitt. « ville de Flavius », aujourd'hui 
Padron, en Galice, sur l'Ulla, à 4 lieues S. de Com- 
postelle. L'assimilation en serait peut-être beaucoup 
moins acceptable avec le dissyllabe Qnal du nom de 
Gracchuris, litt. « ville de Tibérius Gracchus», parce 
que le célèbre personnage en fut le fondateur. Dan- 
ville l'assimile à la localité actuelle d'Alfaro, et Yosgien 
à celle d'Âgréda, dans la Vieille-Castille, à 3 lieues 
S.-O de Tarragona. Ce fut, on le sait, la patrie de 
sainte Marie d'Agt'éda. 

Inutile de parler ici d'une ville ù'Agreda ou Nmva 
Malaga, en Amérique, dans le royaume de Quito, à 
45 lieues S.-O. de la ville de ce nom. Peut-être aura- 
t-elle été ainsi désignée en souvenir de sainte Marie 
d'Agréda. 

Nous ne pouvons, en terminant, nous empêcher de 
protester contre l'hypothèse d'Ampère, qui traduit le 
nom du mont Esquilin, à Rome [Exquiliœ, Esquiliœ, 
Esquilinus),p2iT « Cité des Basques», de Eiiski, litt. 



— 342 — 

^ Les parlants», terme à rapprocher de celui à'Eu^ 
kara « langue Basque », litt. « langue des parlants)^, 
de Eusi « parler à haute voix », d*où Eskalherria 
« pays Basque », litt. « pays de la langue Basque », el 
Euskaldun « Basque » , possesseur de V Eskalherria, 
du pays où Ton parle TEuskara, et enfui de //t, 
« ville». A Texemple de beaucoup d'autres peuples, 
les Basques se considéraient comnne étant les seuls à 
parler une langue compréhensible. Aussi, donnent-ils 
aux autres idiomes le nom û'Erdiara ou demi-langage. 
C est ainsi que les Chinois, qui se regardent comme 
seuls véritablement raisonnables et civilisés, accordent 
cependant aux Barbares de TOccident une demi-intel- 
ligence, qui leur permet de réussir dans les sciences. 
Du reste, ce mot Evski ne reparaît-il pas dans le nom 
des anciens Ausci, à peu près équivalent à celui 
d'Euskuldun, puisqu'il est formé, lui aussi, du verbe 
Eusi, mais joint à la finale partitive Ki, litt. « portio 
loquentium » ? 

Le docte historien partait de là pour soutenir l'exis- 
tence d'anciennes populations d'origine Ibérienne, 
jusque dans l'Italie Centrale. La chose n'est pas, sans 
doute, impossible, mais, à coup sûr, les arguments 
invoqués par Ampère ne nous semblent guère con- 
cluants. Qui nous dit qu'il soit le moins du monde 
question de Basques dans le nom de rËsquilin?i\e 

pourrait-il pas se rattacher au latin jEsculus « chêne 
à glands doux et comestibles », de la racine Edere 



— 343 — 

« manger »? L'Esquilin aurait donc simplement été 
« la montagne couverte de chênes à glands doux ». 

Pour nous résumer, le terme lit pourrait bien être 
primitif en Basque, et nous ne voyons guère à quoi le 
rattacher. Sans doute, la ressemblance avec leTchéré- 
missBiito « urbs», — Suomi, Kyllae, — Turk-Tar- 
lare, Kula, — Turk-Osmanli, Kaleh « château », mérite 
de passer pour purement fortuite. 

C^ DE Charencey. 



UN PARADOXE VÉDIQUE 



Il ne faut jamais se lasser de le dire, car les intérêts 
de la vérité et de la science en dépendent, Bergaigne 
est le premier qui ait mis le doigt sur le vrai sens des 
y édas quand il en a affirmé le caractère essentielle- 
ment liturgique. Il n'avait qu'à généraliser davantage 
encore Tobservalion, à dire que les hymnes étaient 
abiolument et exclusioement liturgiques pour tracer le 
programme exact et définitif de Texégèse védique. 

Il n*a pas été moins bien inspiréet pénétrant pour 
certaines questions de détail et particulièrement pour 
celle des énigmes et des paradoxes védiques. Il a su 
voir toute Timportance de la rhétorique spéciale des 
Kishis et il s'est efforcé d'en montrer le caractère avec 
une insistance en rapport avec l'attention qu*exige le 
procédé de la part de quiconque veut pénétrer le 
sens de leurs antiques compositions. 

Cette attention doit être tenue en baleine si Ion 
veut arriver au déchiffrement complet et coordonné des 
formules, obscures h dessein, que les textes védiques 
soumettent à chaque pas à la perspicacité des savants 
qui les étudient. 

C'est pour maintenir ces intéressantes questions à 
Tordre du jour de l'indianisme que j'indiquerai en 
essayant de le résoudre un des plus caractéristiques 



— 345 — 

de cesparadoxes dont peu d'hymnes sont exempts 
et que plusieurs présentent à foison. 

DansThymnedu Rig-Véda, VI, 13, vers 2.1e poète 
dit à Àgni: « Tu résides, tu as une habitation (/r^a^o^r) 
comme le voyageur qui circule {parijmeva). » Cette 
comparaison si paradoxale s'expliquerait difficilement 
si nous n'avions que ce texte pour nous tirer d'affaire, 
fort heureusement, un autre texte (R.V., VI, 2, 8) 
nous indique le mot de l'énigme en comparant celte 
fols la demeure d'Agni igaya) au même voyageur. 
Or, la demeure d'Agni est la libation où s'alimen- 
tent et résident ses flammes ; mais en même temps 
on peut dire qu'il voyage autour d'elle qu'il circule 
pour l'envelopper et Kétreindre. De là Tanlithèse ou 
le paradoxe du voyageur sédentaire présentée sous sa 
forme la plus énigmatique dans la formule parijmeva... 
kàar/asi. «tu as un domicile comme le voyageur», 
c'est-à-dire « quoique voyageur». 

Ces étranges combinaisons de mots et d'idées ne 
sont pas du reste propres aux seuls hymnes védiques. 
Il serait facile de montrer que les œuvres des anciens 
lyriques grecs, en y comprenant les chœurs des tra- 
giques, en sont remplies. On y verra l'indice que le 
lyrisme hellénique et le lyrisme des Hindous védiques 
ont la même origine et reposent à la fois sur les mêmes 
conceptions liturgiques et sur les mêmes artiflces de 
style. P. Regnaud. 



UNE RÈGLE IMPORTANTE DE SÉMANTIQUE 



Un point sur lequel tous les linguistes, je crois, 
sont d'accord, c'est que d'une manière générale les 
adjectifs ont précédé les substantifs. Ceci revient à 
à dire que les objets ont été nommés d'après leur qua- 
lité principale; Tétymologie le fait voir, par exemple, à 
propos des mots latins terra la sèche, d'où la terre, 
de sol le brillant, d'où le soleil, serpens le rampant, 
d'où le serpent, etc. xVIaissi le fait est évident, la ma- 
nière dont il s'est produit requiert une explication. 
Comment l'adjectif a-t-il pu perdre la signification gé- 
nérale qui le rendait apte à désigner une qualité 
donnée dans Ums les objets qui la possèdent, pour se 
restreindre à ne «ig'm/îer cette même qualité qu'en tant 
qu'elle caractérise un seul genre d'objets? Exemple : 
serpent s'appliquant primitivement ou étymologique- 
ment à tout animal rampant, mais ne désignant plus 
dans l'usage actuel que le (rampant)-serpent. 

Selon toute vraisemblance, cette spécification s'est 
produite par l'intermédiaire d'une formule complexe 
déterminant d'abord le serpent au moyen de qualifi- 
catifs combinés : « le serpent (c'est-à-dire, le rampant) 
mordant, d'où le « serpent » tout court. C'est exac- 
tement le même procédé qui a donné naissance aux 



— 347 — 

noms propres comme Pyrrhus = << l'homme roux ■ , 
puis « le Roux ». Daus les deux cas et dans tous les 
cas analogues, l'expression est devenue propre, après 
avoir été commune, par Tadjonction d*une qualiflcalion 
secondaire qui en a limité Tapplication soit à un seul 
homme de couleur rousse, soit à la seule catégorie 
d'animaux qui sont à la fois mordants et rampants. 

La part du langage dans le procédé comprend deux 
phases : 1o vulgarisation de la formule « le serpent 
mordant » pour désigner le (futur) serpent proprement 
dit; ^ réduction de cette formule au terme « serpent » 
(comme la formule &v7]p uu^^ciç s'est réduite à 116^- 

Mais tout n'est pas là : le phénomène grammatical 
a été accompagné d'un phénomène mental, à savoir le 
reflet sur l'esprit de l'appropriation du mot erpent 
à ranima] ainsi désigné, et U transformation pour 
Tenlendement de l'appellation significative (le serpent 
= le rampant) en pure étiquette phonétique. Il s'en- 
suit que le mot serpent n'évoque plus dans notre intel- 
ligence l'idée d'un objet qui rampe, mais seulement 
et spécialement celle de Tanimal caractérisé par tous 
les attributs du serpent. 

Arrivé là, le mot ne désigne plus la chose en 
la qualifiant, mais c'est la chose qui donne au mot sa 
valeur spécifique et précise, ou, ce qui revient au 
même, qui le Qxe dans sa signification secondaire et 
acquise . 



— 348 - 

Cette répercussion de Tobjet dénommé sur la signi- 
fication du nom de l'objet, rend compte aussi des ac- 
ceptions sensiblement différentes les unes des autres 
qui se sont attachées à certains adjectifs comme le latio 

axxT « piquant », mais aussi « ardent » et « rapide ». 
Dire à ce propos que « piquant » est le sens propre, et 
« ardent», le sens métaphorique n'explique rien, si 
l'on ne montre pas la liaison des deux idées. Or, cette 
liaison apparaîtra, par exemple, dans l'expression i^n\% 
acernL le feu piquant, cuisant », mais aussi « ardent» 
vif. agité, rapide». Tous ces attributs constants du feu 
se sont groupés naturellement sous l'expression qui 
exprimait l'un d'entre eux et qui ainsi enrichie est 
restée prête pour d'autres alliances de mots, comme 
equus acer « le cheval ardent, rapide ». 

Une explication analogue convient au double sens 
du latin fragor « cassure» et « bruit (qui accompagne 
la cassure) », et à tous les faits du même genre. 

De là une règle de sémantique dont la prise en con- 
sidération est d'un grand secours pour la détermina- 
tion des rapports parfois si embrouillés des différentes 
significations d'un même vocable. 

P. Regnaud. 



HISTOIRE 

DE LA 

PRINCESSE DJOUHER-MANIRAM 

Roman traduit du Malais 

sur le Mannscrit de la Bibliothècpe Nationale de Paris 
Par Aristide MARRE 

(Suite) 



Maka kata baginda : « Hey perdana niantri taroh . 
kan.lah orang ini baîk.baïk pelihara.kan bri makan 
Hatta kalakian maka Biyapri satelah genap.lah 
ampat pouloh hari, maka iyapoun naik ka.atas pen- 
djourou roumah.nia, maka di.lihat.nia touan poutri 
Djouher Manikam tiada.lah lagi, maka Biyapri 
poun gilah.lah, maka iyapoun meninggal.kan roumah 
tangga.nia dan segala harta.nia me.lakou-kan diri. 
nia saperti derouis, ber.djalan deripada souatou nagri 

Le prince alors dit à son mangkouboumi : a mang- 
kouboumi! que cet hoinme soit gardé soigneusement ; 
qu'on lui donne de la nourriture et des vêtements I » 

Le roi de Damas, après ôtre descendu de son trône, 
avait quitté son royaume et sous le costume d'un der- 
viche, il s'était mis à parcourir les différents pays. 
Arrivé à Boum, le roi Chah Djohon vit un baley situé 
en dehors du fort et alla s'y asseoir. Le prince, regar- 



— 350 — 

datang Kapada souatou nagri men . tchahari touan 
poutri DJouher Manikam, tiadadjouga iyaber.temou, 
maka iyapoun lalou ka nagri Boum; maka Biyapri 
poun melibat sa.bouah balei di louar kola, maka iya 
ber.hôiiti kapada balei itou maka J^^^a^W poun me. 
libat kapada gambar itou maka di.per . amatî. nia 
roupa touan poutri DJouher Manikam, maka iyapoun 
menangis seraya iya memelou^ dan men.tchiûum 
gambar itou maka kata.nia « ouéb kakasih.kou demi- 
kian.lah roupa.nia kamana gerang.an pergi.nia! » 
maka iyapoun lalou di tangkap olih orang yang me- 
nounggou balei itou, maka di.baoua.nia kapada radja 
Roum. Maka olih radja itou ber . titah : « Hey 
Biyapri derimana angkau ini datang maka demikian 
pekerti.mou. » Maka sembah Biyapri : « ift touankou 
chah alam bhaoua hamba memohon.kan ampomi be. 

dant avec attention le portrait qui ressemblait absolu- 
ment à la princesse Djou/ier-Manikam, versa d'abon- 
dantes larmes et s'écria: « Hélas ! fruit de mon cœur! 
ma bien-airoée ! lumière de mes yeux ! c'est bien là 
ton image! Mais toi-même, toi que je cherche, où donc 
es-tu? » Et en parlant ainsi, le prince tenait le por- 
trait entre ses bras et le couvrait de baisers. Ce que 
voyant, les gardes du baley le saisirent et l'amenèrent 
au roi. 

Le roi lui dit : « Monseigneur, d'où venez- vous? 
Comment vous êtes-vous égaré dans ce pays ? Et pour- 
quoi vous ètes-vx)us comporté ainsi que vous l'avez 
fait à l'égard de mon portrait ? » Le roi Chàh-Djohon 
répondit: « Sachez que mon épouse, qui se nomme la 



— 351 — 

ribou.ribou amjDoun hamba ber.datang sembah dengan 
sa . benar . nia ; djikalau di.bounouh hamba mati, dan 
djikalau di.gantong hamba tinggi, djikalau di.djoual 
hamba djaouh. Adapoun tatkala hamba kombali 
deripada ber.niaga maka hamba lalou di.baouah pohon 
kayou itou, maka hamba lihat di.atas pohon kayou 
itou ada sa'orang perampouan terlalou elo)j: roupa.nia : 
maka hamba ambil lalou hamba baoua kombali ka 
nagri Basrah, maka hamba taroh.kan di.atas pen- 
djour gedong . hamba. Hatta pada souatou malam 
maka iya hilang.lah kakasih hamba itou, tiada ber. 
ka.tahou.an lagi pergi.nia itou, iâ. chah alam! maka 
hamba poun mendjadi saperti oranggila mem.bouang. 
kan diri hamba.maka hamba poun datang . lah ka 

binoua Rouni ini, maka hamba lihat souatou balei 
di louar kota, maka hamba pouu doudouk kapada balei 

princesse Djouker-Manikam, a disparu loin de moi. 
C'est pour cela que j'ai quitté mon royaume, et que, 
me faisant derviche, j'ai marché de pays en pays, de 
plaines en plaines, de villages en villages, à la re- 
cherche de celle qu'il ne m'a jamais été possible de 
rencontrer. Mais, étant arrivé dans le pays de Votre 
Majesté, j'ai vu suspendu au baley ce portrait qui est 
d'une ressemblance frappante avec mon épouse. C'est 
pour ce motif que j'ai pleuré en contempjant cette 
image. » 

La princesse sourit, et en même temps son cœur était 
attendri en voyant la conduite de son époux ; elle dit à 
son premier ministre : « mon ministre, je 70us confie 
cette personne, traitez-la dignement, donnez-lui des 

23 



- 352 — 

touankou itou; maka hamba libat souatou gambar ter, 
gantong kapada balei itou sa.roupa dengan kakasih. 
kou yang hilang itou tiada lagi ber.salah.an roupa.nia. 
Maka pelouk dan hamba tchioum serta hamba me- 
nangis.demikian.lah, iâ Chah alam. » Makakataba- 
ginda kapada perdana mantri : « Hey mantri.kou 
taroh.kan.lah orang ini baîk.baîk dan bri makandan 
bri pakey iya. » Saberxnoula maka radja Cliah 
Djohon Damsik itoupoun touroun.lah iya me.ninggal. 
kan ka.radja.an kaginda me.laçou.kan saperti lakou 
derouis berdjalan.Iah baginda deripada souatou nagri 
datang kapada souatou nagri . Maka radja Chah Djohon 
poun lalou iya ka binoua Roum. Maka radja Chah 
Djohon poun melihat sa.bouah balei di louar kota 
itou, maka iyapoun doudoulj: kapada balei itou. Maka 
baginda poun terpandang kapada gambar itou sa. 

vivres en abondance, donnez-lui aussi quatre femmes 
pour le soigner convenablement : c'est le roi de Damas h 
Le ministre alors, sur Tordre de la princesse, partit et 
conduisit le roi de Damas dans une maison de belle 
apparence et pourvue d'un ameublement conforme aux 
ameublements des rois. 

HUITIÈME RÉCIT 

Ou l'on raconte les actes du ministre du pays de 
Damas, le meurtrier des enfants du roi Chah 
Djohon . 

Le ministre prit toutes les richesses qui avaient été 
envoyées en présent au roi Haroun er-Raschid. Lin- 



— 353 — 

roupa sakali dengan touan pou tri Djouher Manikam^ 
Maka baginda poun menangis seraya berkata : « Ouéh 
bouah hati.kou dan kakasih.kou dan tchahaya mata, 
kou demikiaji.Iah roupa.nia^ dimana.kah gerangan iya 
sakarangini kou.tchahari; seraya baginda memelou^ 
dan mentchioum gambar itou. Maka dilihat olih orang 
yang menounggouh balei itou lalou di.tangkap.nia di. 
per.sembah.niakapada radja CAaA Djohon. Makakata 
baginda : « Hey touankou derynana touhamba ini da- 
tang maka sesatkanagri ini, dan apa sebab makapekerti 
mou ini yang demikian itou dengan gambar hamba. » 
Maka sembah radja Chah Djohon alim bhaoua istri 
hamba yaugber.nama touan poutri Djouher Manikam 
telah lenniap.lah deripada hamba, sebab itou.lah hamba 
meninggal.kan ka.radja.an hamba, maka hamba me- 
lakou.kandiri hamba ini saperti lokou derouis, maka 

gots d'or, lingots d'argent^ riches habillements en 
fines étoffes de la 'contrée de Bouzoungga, ainsi que 
les vêtements de la princesse Djouher-Manikam et 
ceux de ses trois enfants, tout fut transporté et vendu 
en la ville de Badgad. Mais le roi Haroun er-Raschid 
ayant vu que son nom et celui de sa fille la princesse 
Djouher-Manikam étaient gravés sur les lingots d'or 
et d'argent, s'empara de toutes ces richesses. 

Le minisire du pays de Damas disait : « Ces ri- 
chesses sont à moi ; » de son côté, le roi Haroun er- 
Raschid disait ; « Ces richesses sont à moi, car mon 
nom et celui de mon enfant sont gravés sur ces lingots 
d'or et d'argent. » Le ministre dit: « Puisque Sa 
Majesté déclare que ces trésors sont à Elle, il faut. 



— 364 — 

hamba berdjatfui deripada souatou nagri datang ka- 
pada souatou nagri dan deripada souatou padang da- 
tang kapaâa souatou padang dan deripada souatou 
dousoun datang kapada souatou dousoun, mentcha- 
hari diya, tiada djouga hamba bertemou dengan diva; 
maka hamba sampey.lah ka nagri Chah alam ini, 
maka lihat gambar chah alam tergantong kapada baiei 
itou> sa.roupa dengan istri hamba tiada lagi ber.salah. 
an roupa.nia; sebab itou.lah hamba menangis akan 
gambar itou. 9 Maka baginda poun tersinnioum se* 
rava belas hati.nia melihat ka.lakou.an.nia souami. 
nia itou, maka kata baginda kapada perdana mantri : 
(( Hey mantri.kou taroh.kan balk.baîk akan orang ini 
pelibara.kan iya dan bri makan.makan.an dan bri 
perampouan ampat orang memelihara.kan diya radja 
Damsik ini. » Maka mantri yang disourbuh.kan olih 

Monseigneur, que ce différend soit vidé en justice. » 
Le roi de Badgad répondit: « C'est bien. Nous irons 
où tu voudras me conduire! — C'est bien, dit le 
ministre, nous irons alors devant le roi du pays de 
Roum ; ce prince a la réputation d'être extrêmement 
juste: chacun de nous lui exposera sa plainte. » Le 
prince répondit: « C'est bien 1 » Le ministre reprit: 
« roi du monde, il est bon que nous partions sans 
retard! » 

Alors le roi Haroun er-Raschid se mit en route 
avec son fils Minbah-Châhaz, ses houloubalang et 
des soldats. Le Kâdhi accompagnait le prince. De son 
côté, le mini&tre du pays de Damas se mit en route, 
accompagné de ses trois fils et des quarante lascars du 



- 355 — 

bagindft itoaponn pergi.lah iyà membaona radja Dam- 
si'k itou kapada sa.bouah gedong dengan segala 
alat.nia itou saperti alat segala radja. radja itou. 

HUITIÈME RÉCIT 

El kiBsa datang kapada tcheritra yang Ara. 
dqulapanpada mengaia.kan pri hal mantridi binoua 
Danm'k yang mem.bounouh anak radja chah Djohon 
itou, 

Maka segala arta yang di.sourouh per.sembah.kan 
kapada radja Haroum er.rachid itoupoun samoua.nia 
di.ambil.nia olih mantri itou saperti tangga emas dan 
tangga pera^c dan segala kaïn saperti souf sa.khelat 
aln et.banat beled Roujoungga dan saperti kaîn touan 
poutri Djouher Manikam dan pakeyan anakda ba- 

pays de Damas, Après quelque temps de marche, ils 
arrivèrent en la ville de Roum et entrèrent dans le 
fort. Ils se présentèrent de part et d'autre devant le roi 
de Roum et chacun d'eux exposa sa plainte. 

Le roi Haroun er-Raschid s'exprima ainsi: « O Roi 
(lu monde! je me présente devant Votre Majesté pour 
lui demander son jugement impartial. Le ministre du 
pays de Damas a apporté à Badgad^ entre autres ob- 
jets précieux, des lingots d'or et des lingots d'argent 
sur lesquels sont gravés mon nom et celui de ma fille 
la princesse Djouher- Manikam. Je m'en suis emparé, 
et me voici venu en présence de Votre Majesté. » Le 
roi de Roum dit: « S'il plaît à Dieu le Très-Haut, roi 
de Badgad! l'afifaire va être jugée suivant la mesure 



— 356 — 

ginda yang ka.tiga itou samoua.nia di.baoua.nia ka 
nagri Bagdad di.per.niaga.kan.nia di.sana.maka di. 
lihat.nia olih radja Haroum eiwachid nama baginda 
dan nama anakda touan poutri Djouher Manikam 
tersourat kapada tangga itou; maka segala harta itou 
samoua.nia olih radja Haroun erxachid itou di. 
ambil.nia. Maka kata mantri nagri Damsik « ada- 
poun harta itou harta hamba » maka kata radja 
Haroun-er ,rachid « adapoun harta ini harta hamba, 
karnanama.kou^dan nama anak.kou tersourat dalam 
tangga emas dan tangga perak itou. » Maka sahout 
mantri itou « djik^ Chah alam mengakou harta ini, 
balk.lah touankou kita ber.houkoum ». Maka saout 
radja Bagdad <( baïk.lah kita pergi kamana angkau 
hendak membaoua akou ». Maka sembah mantri itou 
(( balk.lah kita meng.adap radja binoua Roum karna 

de nos forces. » Le roi de Roum reprit : « Mon mang- 
kouboumi, et vous, mes mantri et mes houloubalang, 
recherchez toute l'inspiration divine pour trancher le 
différend existant entre le roi de Badgad et le ministre 
de Damas, » Les ma/i^n s'inclinèrent et dirent: « 
Monseigneur, Roi du monde, quels qu'ils soient, nous 
élevons les ordres de Votre Majesté au-dessus de nos 
tètes I )) 

Et ils délibérèrent sur la nature du différend. Le roi 
de Badgad déclare : « Ces objets précieux sont à moi, 
car ils portent gravés les noms de moi et de mon enfant. » 
D'autre part et en môme temps, le ministre de Damas 
déclare : « Ces objets précieux sont à moi ! » 

Les mantri et les houloubalang demeurèrent fort 



— 357 — 

baginda itou khabar.nia térialou sangat adil, baîklah 
kita masing-masing mengatakan daoua kita kapada 
baginda itou ». Maka sahout baginda : «baik.lah.))Maka 
kata mantri itou : « là chah alam balk.lah kita sigra 
pergî. » Maka racfja Haroun-er . Rachid poun ber. 
djalan.Iah dengan anakda Minbah Chahaz dan hou- 
loubalang baginda dan rayat.nia^ dan \^\v poun 
adalah serta dengan baginda, dan mantri binoua 
Dam^ik poun ber.djalan.lah dengan anakda.nia tig^ 
orang rayât Dam^ik poun ampat pouloh orang serta. 
nia^ Satelah bebrapa lama.nia di djalam, maka sampey . 
lab iya ka binoua Roum, lalou masouk kota deripada 
ka.doua pihak itou meng.adap radja Roum masing- 
masing menienbah.kan daoua. nia kapada radja /?ou/^. 
Maka radja Haroun er.rachid poun berdatang 
sembab : a ià Chah alam! Adapoun hamba meng. 

embarrassés : ils dirent au roi : « Roi du monde ! 
nous tous, nous ne pouvons nous-mêmes juger ce dif- 
férend; il est trop difficile pour nous; c'est le juge- 
ment impartial de Votre Majesté qui peut seul en dé- 
cider, j) Le prince dit: « C'est bien! je prononcerai la 
sentence, s'il plait à Dieu le Très-Haut, pourvu que 
vous consentiez à l'accepter. » Le roi de Bagdad ré- 
pondit : « Roi du monde, jugez entre nous deux sui- 
vant votre impartiale justice. » Le roi de Roum dit 
alors : « ministre de Damas, et vous, roi de Bagdad, 
voulez- vous l'un et Tautre que Nous jugions selon le 
jugement de Dieu le Très-Haut? » Et ils répondirent 
des deux côtés: « Cest là ce que nous demandons: 
le jugement de Dieu! » Le prince reprit: « Si vous y 



— 358 - 

adap Chah alam ini henda|j[ meinohon.kan houkonm 
yang.sa.benar.nia ka.baouah touankou Chah alam 
karna mantri di binoua Dam^ih: ini mem-baoua harta 
ka nagri Bagdad^ maka dalam harta itou ter.sourat 
nama hamba dan nama ana^ hamba toiian poutri 
Djouher Manikam, pada tangga emas dan tangga 
peralj: itou ; maka hamba ambil.lah, maka hamba 
datang meng adap touankou Chah alam ini ». Maka 
sahout radja Roum : « In chà Allah taala, hey radja 
Bagdad! sakedaa sa.kouasa kami mem.bitchara.kan 
diya. » Maka kata radja Roum pada mangkouboumi 
dan segala mantri akou dan houloubalang.kou saka- 
liam periksÂ.i ilham akan hal radja Bagdad dan 
mantri Damsik itou. | maka segala mantri Roum 
itoupoun meniembah maka sembah.nia: a i& touan- 
kou chah alam ini mana.lah parentah touankou hamba 

consentez de part et d'autre, c'est bien !» — « J'y con- 
sens, dit le ministre de Damas, » — « Et moi égale- 
ment, » dit le roi de Bagdad. 

Le roi de Roum alors parla en ces termes: « Con- 
formément à la loi de Dieu le Très-Haut, j'adresse cette 
question au roi de Bagdad: « Avez- vous une fille? » 
Le roi de Bagdad répondit: « Oui, Roi du monde, j'ai 
une fille et un fils. » — « Et, dit le Roum, est-ce que 
vous avez présentement ces deux enfants ? » Le roi de 
Bagdad répondit : a J'ai mon fils, mais ma fille, je l'ai 
perdue! » Le roi de Roum^ continuant, dit: «Quelle 
est la cause de la perte de votre fille? » Le roi de 
Bagdad répondit: « Roi du monde! écoutez mon 
récit. Pendant que j'étais parti pour le pèlerinage avec 



— 359 — 

djoundjonng. y> Maka segala màntri Roum itoupoun 
ber.bitchara.lah akan Jtial kata daoua.nia itou karna 
radja Bagdad daoua nia « segala harta ini harta.kou 
karna nama analic hamba yang tersourat kapada harta 
itou »; maka kata mantri Damsik : « harta ini harta 
hamba n.Maka segala mantri dan houloubalang itou 
sakat. an. nia. Maka segala marika iiou poun berda- 
tangsembah demikian sembah.nia: « ià Chah alam I 
tiada.Iah ter.bitchara.kan olih hamba sakalian karna 
bitchara ini terlalou amat soukar kapada hamba saka- 
lian, melaînkan houkoum ini adil Chah alan djouga 
yang dapat meng.houkoum.kan diya ». Maka kata 
baginda : « baïk.lah akou meng.houkoum.kan in cha' 
Allah taala djika iyamaou menourout houkoum. kou.» 
Maka sahout radja Bagdad: « iâChah alam houkoum. 
kan.lah antara kami kadoua dengan houkoum yang 

mon épouse et mon fils qui se nomme Mtnbah Châhaz, 
j'avais laissé ma fille pour garder mon palais. Arrivé 
au but de mon pèlerinage, j'envoyai une lettre au Kâdhi. 
Elle était ainsi conçue : « Que la paix soit avec le 
» Kâdhi. J attendrai encore pour le grand pèlerinage 
» environ une année. Pour ce qui regarde mon 
» royaume, mon palais et ma fille, la princesse Dj'ou- 
9 her-Manikam, veille avec le plus grand soin, garde- 
» toi de toute négligence dans la protection de mon 
» royaume et de mon enfant! » — Quelque temps 
après, le Kàdhi m'envoya une lettre à la Mecque; elle 
était ainsi conçue : « Roi du monde ! votre servi- 
» teur a reçu Tordre de veiller sur le palais de laprin- 
» cesse votre fille ; or, une certaine nuit, votre fille est 



— 3eo — 

sa.benar.nia. )) Maka kata radja Chah Djohon : « Hey 
m^niTÏ Dam^ik dans radja ^Sa^o^ac/ maou.kah touan- 
kou kadoua piha^c kami houkoum.kan dengan hou- 
koum Allah taala ». Maka senibah ka.doua pihal: : 
« itou.lah yang hamba pohon.kan houkoum Allah 
itou ». Maka kata baginda: « baîk.lah djikalau ridla 
yang ka.doua pihak ». Maka sembah mantri Damsik : 
« ridla. lah hamba demikian lagi kata raja Bagdad, o 
Maka kata radja Roum a tetapi hamba bertania 
dongan ha|s Allah taàla kapada radja Bagdad: « ada. 
lah touanhamba beranak perampouan? » Maka sahout 
radja Cagdad : « ada^ iâ Chah alam 1 hamba beranak 
perampouan sn'orang dan laki-laki sa'orang. » Maka 
kata radja Roum : « ada.kah sakarang.ini kadoua 
anak itou ? » Maka sahout radja Cagdad : a Chah 
alam anak hamba yang laki-laki ada, dan yang pe~ 

» venue auprès de moi et elle m'a dit : « K&dhi ! tu 
» es Tobjet de mes désirs ! » — Après avoir entendu 
cette lettre du Kâdhi, j'appelai mon fils Mtnbah Châ- 
ha:s et lui dis : « Pars pour Bagdad, va tuer ta sœur, 
» parce qu'elle est notre honte. » Mon fils Mtnbah 
Châhaz partit aussitôt pour Bagdad et tua sa sœur. 
Puis il revint me trouver à la Mecque. Son coutelas 
était encore teintdesang. Alors je m'écriai : « Louanges 
à Dieu, le Seigneur de l'univers! Notre honte est 
effacée ! » Tel est mon récit! ô Roi du monde! » 

Le roi de Roum dit: « C'est bien I maintenant je 
prononcerai le jugement! » Et, «'adressant au ministre 
de Damas, il lui dit: « ministre de Damas, dis-moi 
la vérité, si tu veux qu'au jour du jugement dernier 



— 361 — 

rampouan itou telah hilang.lah. » Maka kata radja 
Roum apa moula. nia maka anak radja yang peram- 
pouan itou hilang?» Maka sahout radja Cagdad: 
f< ià, chah alam ! dengar.kan.Iah tcheritra hamba, 
tatkala hamba pergi nalk hadji serta istri hamba dan 
anak hamba yang ber.nama Minbah Chahcus itou 
adapoun anak hamba yang perampouan itou hamba 
tinggal.kan mensunggou.ïastana hamba. satelah soudah 
hamba nalk hadji maka berkirim sourat kapada (cadli 
demikian bounyi.nia : « Salam doa hamba dataug 
kapada kadli adapoun hamba lagi menanti hadji 
akbar barang satahoun lagi berxnoula akan nagri 
hamba dan astana hamba dan anak hamba perampouan 
yang ber.nama poutri Djouher Manikam itou peli- 
hara.kan baïk-balk, djangan taksir kaldi kapada me~ 
melihara.kan nagri hamba dan anak hamba. » Hatta 

• 

intercède pour toi le prophète Mohammed (que la 
paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui !). Parle et 
dis la vérité : d'où te viennent ces richesses ? afin que 
je prononce mon jugement entre vous. » 

Le ministre du roi de Damas dit avec crainte : « 
Monseigneur, Roi du monde I je vais déposer au pied 
du trône de Votre Sublime Majesté le récit complet 
depuis le commencement. Je reçus une mission du roi 

Chah Djohon, « mon ministre, me dit-il, pars, je 
t'envoie dans la ville de Badgad; mène mes trois en- 
fants à leur aïeul, et mon épouse la princesse -D/oMAe/'- 
Manikam à sa mère et à son père le roi Haroun er- 
Raschid. » Je me mis donc en route avec l'escorte qui 
accompagnait la princesse Djouher Manikam, et nous 



— 368 — 

brapa lanm.nia maka ^adli poun ber.kirim sourat 
kapada hamba ka Mekah demikian bounyi.nia : « Hl 
chah alam ! hamba.mou di.sourouh.kan chah alam 
meng.aoual astana padouka anakda baginda itou; 
maka ada pada souatou malam anàkda dating kapada 
hamba demikian kata.nia : « Hey kaldi ! akoa hendak 
akau dikau I » satelap hamba menengar sourat deripada 
kadli demikian itou, maka hamba sourouh.kan.lah 
anak hamba Minbah Chaas itou, maka kata hamba : 
pergi.lah angkau ka binoua Bagdad, bounouh olih 
mau saoudara.mou itou, karna iya membri kita malou; 
maka anak hamba Minbah C hahojs xXom^qm pergi.lah 
iya ka Bagdad, maka di.bounouh.nia saoudara.nia 
itou. Maka iyapoun kombali.lah mendapat.kan hamba 
ka Makah, Sekin.nia poun masih ber.loumour darah, 
maka kata hamba el hamd lilah rabbi et alamin, 

arrivâmes à notre premier lieu de halte. Le jour ayant 
fait place à la nuit, je dressai une tente et les gens de 
l'escorte dressèrent tous des tentes autour de celle de 
la princesse. Mais Satan survint qui souffla dans mon 
cœur une tentation ; cette pensée me vint : « l'épouse 
du roi est admirablement belle, elle a aussi un très 
beau nom: il faut que j'aille lui demander si elle veut 
de moi. » Alors j'entrai dans la tente de la princesse; 
dans ce moment-là, elle était assise à côté de ses en- 
fants qui dormaient, occupée à chasser loin d'eux les 
moustiques. La princesse me demanda : c( mon mi- 
nistre, pourquoi viens-tu ici? » Et je répondis: « Je 
viens ici pour vous demander si vous voulez de moi ! » 
La princesse dit: « N'as-tu donc nulle crainte de Dieu 



— 363 -^ 

hilang.lah malou deripada kita! demikian.lah tche- 
ritra.nia, i& Chah alam ! » Maka kata radja Roum : 
« baHc.lah sakarang hamba sourouh.kan houkoum 
ini. Maka kata radja Roum poulapadamantri Damsik: 
(( Hey mantri Damsik berkata benar.lah angkau 
kapada kou djika angkau hendalj: chefaat nabi Mo^ 
hammed rasoul Allah (Salla allah aiey,hi oua fal- 
lama! ), pada hari kiamat djamaah, kata.kan.lah olih 
mou dengan kata yang sa.benar.nia; derimana angkau 
ber.olib bartà ini soupaya sigra akou poutous.kan 
hiHikoum kamou itou. » Maka kata mantri Damsik 
itou denhan takout.nia : « iâ touankou Chah alam ! 
hamba per.sembah.kan.lah ka baouah douli yang 
mabamoulia tcheritra nia deripada^per.moula.an.nia 
segala peristeoua hamba di sourouh.olih radja Chah 
Djohon maka baginda itou ber.kata kapada hamba, 

le Très-Haut et digne de louanges? Je ne veux pas, car 
cette action est défendue par Dieu le Très-Haut et 
digne de louanges, elle est défendue par l'Envoyé de 
Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur 
lui!). Non, je ne commettrai pas cet acte que tu veux, ce 
n'est pas l'acte d'un croyant. Que serais-je, si je con- 
sentais à le commettre? » Alors je lui dis: « Si tu ne 
veux pas, je tue un de tes enfants! » La princesse ré- 
pondit: « Si tu tues mon enfant, ce sera par le juge- 
ment de Dieu ; et que pourrai-je faire, sinon invoquer 
son nom ? » Alors je tuai un de ses enfants. Lui mort, 
je demandai de nouveau si elle voulait de moi, et je 
tuai encore un autre des enfants. Celui-là mort, j'adres- 
sai la mèroe question, et la princesse répondit : « Je 



■- 364 -^ 

demikîan katabaginda itou : « Hey mantri.kou pergi. 
lah angkau kou.sourouh.kan ka nagri Cagdad, pergi 
nieng, hantar.kan anak.kou tiga orang ini kapnda 
nene^.nia dan istri.kou touan pou tri Djouher Mani- 
kam kapada haya bounda.nia radja Haroun er. 
rachid. Hatta maka gamba poun bcr.djalan.lah 
dengan segala rayât y angmeng.i ring. kan touan poutri 
Djouher Manikam itou. maka datang . lah pada 
souatou tampat per. moula an. nia maka hari poun 
malum.lali, maka hamba poun men.diri.kan rounah. 
maka segala rayât itou masing-masing men.diri.kan 
roumah ber.koliling roumah touan poutri itou. 
Maka datang. lah cheïtan membri ouasous kadalam 
hati hamba bhaoua datang pikir hamba adapoon 
istri radja ini terlalou q\o\ roupa.nia dan nama.nia 
poun terlalou indah-indah baîk akou pergi her.tania 

ne veux pas commettre une action qui est défendue 
par Dieu et détestée par l'Envoyé de Dieu (que la paix 
et la bénédiction de Dieu soient sur lui !) ; cette action 
est interdite, et c'est un grand péché devant Dieu le 
Très-Haut et digne de louanges. » Je luis dis : « Si tu 

ne veux pas, nécessairement je tue le troisième de tes 
enfants. » Laprinôesse Djouher- Manikam répondit: 
« Si tu tues mon troisième enfant, ce sera par le juge- 
ment de Dieu, et que pourrai-je faire sinon invoquer 
son nom, car je ne suis qu'une femme? » Alors je tuai 
encore un enfant. Après la mort de ce troisième en- 
fant du roi, je posai de nouveau ma question à la prin- 
cesse; elle ne voulut pas y consentir. Je lui dis: « Si 
tu ne veux pas, jeté tue! » Elle me répondit: « Situ 



— 365 — 

kapada.nia kalau-kalau iya maou akan dakou. Maka 
hamba poun masouljc.lah kadalam l^ceimah touan poutri 
itou, tatkala itou touan poutri lagi doudoulj: di sisi 
anak.nia tidor îtou, iya lagi mem.bourou-bourou 
niamo]^. Maka hamba di.tania.î olih touan poutri, 
maka kata.nia: « Hey mantri.kou hendak kamana 
angkau ini ? » Maka sahout hamba « adapoun 
hamba ini datang ini hendak ber.tania kapada touan 
hamba kalau-kalau touanhamba maou akan hamba » . 
Maka kata touan poutri : (( tiada.kah angkau takout 
akan Allah soubhanah oua taaia bhaoua akou tiada 
maou karna pe.kerdja.ân ini di.Iarang.kan Allah 
soubhanah oua taala dan di.Iarang.kan rasoul Allah 
[salla Allah aley.hi oua sallama !) boukan pe.herdja. 
an.kou dan boukan pe.kerdja.ân islam yang hendak 
kau . kerdjakan ini, maka betapa pri.kau mengerdja. 

me tues, c'est que Dieu aura prononcé son arrêt sur sa 
servante; mais attends-moi ici, car je veux laver mes 
vêtements et mon corps tachés des traces du sang de 
mes enfants. » Je dis: « C'est bien! j'attends ici. » Elle 
sortit de la tente, la pluie tombait à torrents. Il me 
fut impossible de savoir où elle était allée. Tel est mon 
récit, ô Roi du monde ! » 

Le roi dit: Ministre du pays de Damas, as-tu des 
fils? » Il répondit: « Oui, Monseigneur, Roi du monde, 
j'ai trois fils. » Le prince dit: « Fais venir tes trois fils 
ici, afin que promptement je juge suivant la loi insti- 
tuée par le Prophète (que la bénédiction de Dieu et la 
paix soient sur lui I). Voici ce que prescrit cette loi : 
« Le ministre a tué les enfants de la princesse Djouher- 



— 366 *— • 

kan diya.maka kata hamba » djika angkau tîada 
maou, raistchaya kou.bounouh anak.mou sa'orang. » 
Maka sahout touan poutri « djika kau bounouh pouQ 
anak.kou soudah dengan lioukoum Allah djouga, 
nama.nia apatah oupaya.kou lagi ? » maka bamba 
bounouh sa'orang; telah soudah mati maka hamba 
ber.tania poula itoupoua tiada djouga iya maou akan 
hamba. maka hambah bounouh poula sa'orang lagi 
anak.nia; lagi satelah mati maka bamba ber.tania 
poula, maka sahoiit touan poutri itou : « tiada akou 
maou meng.ordja . kan pe.kerdja.an yang di.Iarang. 
kan Allah dan di.bentchi.kan ragoul Allah {salla 
Allah aley.hi oua sallama !) karna per.bouat.an 
haram itou ber.dossa.nîa terlalou kapada Allah sou- 
bhanah oua taala. Betapa pri.kau meng.erdja.kan 
diya? » Maka kata hamba « djika tiada angkau maou 

Manikam, ce n'est pas le ministre qui doit être mis à 
mort^ ce sont les enfants du ministre qui doivent être 
tués. L'exécution de ce jugement sera la juste applica- 
tion de la peine du talion entre le ministre et la prin- 
cesse. » 

Le ministre appela ses trois fils; dès qu'ils furent 
venus, il les présenta au roi de Roum, Celui-<îi dit à 
son ministre :« mon ministre! où est TÉthiopienî 
qu'on l'amène icil » Le voleur éthiopien vint et 
se prosterna devant le roi de Roum. Le roi de Roum 
lui dit : « Éthiopien ! retourne dans ton pays et change 
de conduite. Celle que tu cherches^ tu ne la reverras 
plus ! » Et le prince lui fit don d'un keti d'or. Puis le 
prince dit: i< mon ministre, où est Biyâpri f qu'on 



-3W- 

nistcbaya kou bounouh aDa]j:.mou katiga.nia » maka 
sahout touan poutri Djouher Manikam : a Djika kau. 
bounouh poun anak.kou yang katiga.nia soudah.lah 
dengan boukoum Allah taala, nama.nia apatah ou- 
paya.kou lagi, karna hakou perampouan. » Maka 
bamba bounouh saorang lagi. Satelab soudah mati 
katiga.nia anak radja itou, maka bamba ber.tania 
poula kapada touan poutri itoupoun, tiada djouga iya 
maou, maka kata bamba « djika angkau tiada maou 
maka angkau poun kou bounouh ». maka saout.nia 

aken bamba : « djika akou poun kau. bounouh soudah. 
lah dengan houkoum Âllah djouga ber.lakou atas 
hamba.nia; tetapi manti.lah akou di.sini karna akou 
bendak mem.basouh kain.kou dan toubah.kou bekas 
ber.loumour darah anak.kou. Maka kata bamba: 
« baîk.lab bamba nanti di.sini. » Maka iyapoun ka- 

ramène ici I » On amena donc Biyâpri. Lorsque celui- 
ci fut arrivé, il se prosterna devant le prince. Le prince 
dit: « Biyâpri^ pars pour ton pays et change désor- 
mais de conduite. Celle que tu cherches, tu ne la re- 
verras plus ! » Et le prince lui fit don de deux keti 
d'or. 

Le roi de Roum dit alors aux mantri: « Que tous 
soient assemblés I Je veux rendre le jugement entre le 
roi de Bagdad et le ministre de Damas. » Les mantri 
et les houloubalang se rassemblèrent donc en présence 
du roi, en même temps que ses sujets. Le roi de Roum 
dit: « mon mangkouboumi ! que les enfants du mi- 
nistre de Damas soient misa mort tous les trois. Telle 
est l'inspiration divine. Alors les enfants du ministre 

24 



— 368 — 

louar.lah deridalam roumah.nia itou hari poun houd- 
jan.lah terlalou amat lebat; maka tiada.lah ber.ka. 
ahou.an lagi kamana pergi.nia. Demikian.lab tche- 
ritra.di& Chah alam ! » Maka kata radja : « Hey mantri 
binoua Dam^ik » ada.kah angkau ber.anak Iaki-laki?» 
maka sembah.nia : ià touankou Chah alatn ada anak 
hamba tiga orang Iaki-laki. Maka kata baginda baoua 
anal:.mou itou katiga. nia kamari, soupaya sigra kou 
houkoum.kan dengan houkoum cheriat nabi (Salla 
allah aley.hioua!) demikian.lah houkoum. nia: mantri 
itou bounouh anah: poutri Djouher Manikam itou 
a bounouh mantri itou, tiada patout bounouh anak 
mantri itou satelah soudah di.kerdja itou doua-doua 
bounouh mantri dan poutri itou doua-doua kissas ». 
Maka mantri itoupoun memanggil anak.nia tiga 
orang itou.satelah datang maka di.per.sembah.kan. 

de Damas furent tués tous les trois. Après qu'ils 
eurent été mis à mort, le prince dit: « Ministre, 
retourne au pays de Damas, avec un haillon pour cein- 
ture et dans tes derniers jours change de conduite! Si 
tu ne le sais pas, c'est moi qui suis la princesse Djou- 
her-Manikam, la fille du sultan de Bagdad, Tépouse 
de Chah" DJohon, mon seigneur^ et la sœur de Mtnbah 
Châhajg, Dieu a frappé tes yeux d'aveuglement, à 
cause de ta félonie envers moi. Il en est de même du 
Kâdhi de la ville de Bagdad. » Le ministre de Damas, 
saisi de frayeur trembla de tous ses membres; il se jeta 
aux pieds de la princesse DJouher-Manikam et, ainsi 
prosterné, il demanda mille et mille fois pardon, puis 
il s'en retourna à Damas tout en larmes et accablé de 



— 369 — 

nia kapada radja Roum, maka kata radja Roum 
kapada mantri.nia : « Hey mantri.kou mana sanggi 
itou baoua kamari.maka zanggi pentchouri poun 
datang lalou roeniembah kapada radja Roum, maka 
kata radja Roum : « Hey sanggi kombali.lah angkau 
ka nagri.mou dan djangan lagi pekerti.mou' yang 
demikian itou bhaoua yang ankau ichahari itou 
tiada. lah angkau per.olih lagi I » maka baginda 
poun mem. bri anougraha emas akan sanggi sa. 
kati. Maka kata baginda poule : « Hey mantri kou 
mâna Biyapri itou baoua kamari ; » maka Biyapri 

poun di. baoua orang . lab iya. Satelah Biyapri itou 
datang lalou iya meniembah kapada baginda : maka 
kata baginda « Hey Biyapri ! pergi.la hangkau 
ka nagri.mou, djangan. lah lagi pekerti.mou de- 
mikian, bhaoua yang kau tchahari itou tiada. lah 

douleur à cause de la mort de ses trois fils. Le Kàdhi, 
couvert de honte à cause de sa trahison envers le sul- 
tan de Bagdadj s'enfuit et s'expatria. Le roi de Roum 
ordonna. d'amener le roi Chah Djohon et dé lui donner 
un habillement tout brillant d'or, et il l'envoya demeu- 
rer en la cotnpagnie de son père le sultan de Badgad 
et de son frère le prince Minbah Châhaz. 

Alors la princesse Djouher-Manikam se retira ; elle 
entra dans le palais et en revint revêtue d'habits de 
femme. Elle sortit alors accompagnée de ses suivantes, 
et alla se présenter à son père le sultan de Badgad. 
Elle se prosterna devant son père, devant son frère le 
prince Mînbah Châhas, et devant son époux le roi 
Chah Djohon. 



kau per.olih lagi. » Maka baginda poun meng. anou- 
graha.i doua kati emas. Maka kata radja Roum 
kapada segala mantri.nia: a ber.himpoun.lah kamou 
sakalian bhaoua akou hendak meng.houkoum.kan 
radja Bagdad dengan mantri Damsik; )> maka segala 
mantri dan houloubalang poun ber . himpoun . lah 
meng.adap baginda serta segala rayât sakalian. nia. 
Maka kata radja Roum : « Hey mantri. kou I adapoun 
anak mantri Damsik itou bounouh ilham katiga.nia. b 
Maka anal^ mantri DamsUs itou di. bounouh orang.lah 
katiga.nia. Satelah soudah mati. maka kata baginda : 
« Hey mantri. kou ! kombali.lah angkau ka nagri 
Damsik dengan sa.heley sa.koupang kemoudi.an hari. 
nia, maka djangan.lah pekerti.mou demikian itou 
lagi, dan djikalau angkau tiada tabou akou. lah poutri 
Djouher Manikam anat Solthan Bagdad dan souami. 

La princesse dit : « vous tous, seigneurs et guer- 
riers du pays de Roum, apprenez que je suis une femme 
et non un homme. Voici mon père le sultan Haroun 
er-Raschidj roi de Bagdad ! Voici mon frère qui se 
nomme Mînbah Châha2, et voici mon époux le roi 
Chah Djohon qui règne sur le pays de Damas ! Depuis 
le temps où vous m'avez fait monter sur le trône de 
Roum, si j'ai commis quelque faute par erreur ou par 
ignorance, il faut que vous tous vous m'excusiez, car 
habituellement les serviteurs de Dieu commettent de 
nombreuses fautes par erreur ou ignorance; il n'y 
a que Dieu seul qui ne commette ni oubli ni négligence, 
et soit à l'abri de l'erreur ou de l'ignorance 1 » 

Le mangkouboumi du pays de Roum dit - « Jamais 



— 371 — 

kou radja Chah Djohon iya.Iah touan.kou dan saou- 
dara.kou Minbah Chcthœs, karna mata.mou di. bouta. 
kan Allah sebab l^ianat kamou akan dakou dan demi- 
kian lagi ^adli nagri Bagdad. Maka mantri Dam^ik 
itoupoun gemetar.lah segala anggota.nia serta dengan 
takout.ûia lalou iya soudjoud di hadiirat touan poutri 
JDjouher Manikam seraya memohon.kan ampoun 
beribou.ribou ampoun menienbah lalou iya ka nagri 
Dam^ik dengan tangis.nia, terlalou doukatchita iya 
akan anal:.nia tiga orang itou mati. Satelah itou 
maka kadli poun terlalou amat malou.nia sebab iya 
ber.bouat pitnah kapada Solthan Bagdad; maka lari. 
lah membouang.kan diri.nia. Maka radja Roum me- 
niourouh membaoua radja Chah Djohon serta di.bri. 

Votre Majesté n'a commis la moindre faute, soit par 
erreur, soit par ignorance, pendant le temps qu'elle a 
régné sur le pays de Roum. Il y a eu pourtant Une 
faute commise par Votre glorieuse Majesté parmi les 
jugements qu'elle a rendus. Le ministre a tué, la prin- 
cesse a tué; tous deux l'ont fait volontairement. C'est 
une faute pour la princesse Djoaher-Manikam d'avoir 
tué les enfants du ministre, comme le ministre a com- 
mis une faute en tuant les enfants de la princesse. Il y 
a eu là similitude ; néanmoins, s'il plaisait à Sa Majesté 
de demeurer sur le trône de Roum^ tous nous en se- 
rions extrêmement contents. » 

La princesse Djouher-Manikam dit : « Je vais 
prendre congé de vous tous, seigneurs ! il est bon que 
nous fassions roi le jeung prince et qu'il me remplace 
sur le trône ! » 



— 372 — 

nia roeimakey pakeyan yang ka.emas.an; maka di. 
sourouh baginda doudoulj: ber . saroa-sama dengan 
ayahnda baginda Solthan Bagdad dengan kakenda 
baginda Minbah Chahaz. Maka touan poutri DJouher 
Manikam ber.angkat.lah baginda masouk kadalam 
astana, maka kombali.Iah baginda memakey pakey. 
an perampouan.maka touan poutri DJouher Manikani 
poun kalouar.lah iya di.iring.kan olih segala dayang- 
dayang meng.adap ayahnda baginda Solthan Bagdad. 

(A auiore.) 



Les mantri et les houloubalang de Roum répon- 
dirent : (( Quels que soient les commandements de 
Votre Majesté, nous les élevons au-dessus de nos 
tètes. » 

Alors la princesse fit Tenfant royal son successeur, 
et mantri^ houloubalang et sujets, tous, en se proster- 
nant, élevèrent leurs mains au-dessus de leurs têtes et 
le proclamèrent roi. 

(A suivre.) 



LATIN BITERE, ARBITER, UMBRIAN VERFALE 



Ail of the carrent explanations of bitere are bighiy 
problematic. Scbolars do notneed tobave poîDted out 
tothem tbe difficulties in the way of comparing bitere 
with (poiTàco, and witb -^TjTéco. The least plausible 
ofall tbe explanations is that wbich makes Ose. bai- 
ki$, wbich is in ail probability,a proper name, an 
excuse for *6a«/cr«, and compares Lettic gaita 'course'. 
This is as bad as wben I myself got per <b>it al out of 
périt al atCaptivi 690, wbich I explained from ^per- 
fit, passive to perdit 'destroys' *. If I could bave* es- 
tablished the proverbial nature of that verse, my 
theory would bave bad a basis. There may be a germ 
of truth in it after ail as perbitere is the only form of 
the verb that can muster many citations. 

Ail our study of &i/ere must note its rareness, and it 
is almost safe to say that it is limited to Plautus and 
bis immédiate imitators, or to archaizers. Terence does 
not ose it. There is no reasonable doubt but that bîtere 
is the correct orthography for the word, while bètereis 
a manuscript variant. 

I propose to explain tbe word from *dwi + eitere 
•to go apart'. Tbe relation oC^dwi- to dt-di-s is tbe 

1. Cf. Am. gr. PhiL, 16, 12. 



— 374 - 

same we hâve in Gothic «w;/>-alongside of 0. H. G. zir-. 
4ccording to this explanation bitere meaot originaily 
'togoaway'. 

This explanation suits perfectiy Ihe explanation of 
Umbr. ebetrafe hebetafe \\n exitus', if Buecheler is righl 
incomparing -bet- yf Hh bitere, for bel- would sland for 
*Aci7- as well as for *6ae<-. 

We mighloperale however wilh a]bilere am^itere, 
and compare com-buro, if it be true thaï -buro cornes 
from the misdivision of am]b'Uro. 

The -te- suffîx ot ei- seems to be preserved in oiior 
wtorif that verb is really cognale withEi- 'go". 

In the study of Latin arbtter let us flrst exclude the 
dialects. There can be no doubt but that the word 
means *umpire, judge, arbitrator'. Pott saw in arbtter 
the sensé *zu dem zweiten' and compared with -biter 
Grk. 8eÙT£poc 'second', while ar- was a préposition 
Uo'*. In later days aréUer has been explainedas from 
ad' + hiterey but the différence in quantily bas to be 
laken into account hère. 

It seems to me that arbtter may go baclc to ardho- 
TEKO-, and in that case the following words may be ils 
cognâtes: Sk. ardA-a *hair, drdha-'side, part, placé', 
ardhàyaii 'satisfles, appeases'. Greek àp^-^iôç *bond, 
league', àp9-pov 'joint', àpt9-(x6ç 'sum, number' might 
aiso be compared, making àr-dh- an extension of ar- 

1. Cf. Danieisson in Pauli's Altilal. Stud., iii, 198 ff. 

2. Not dorived from ad. 



-^ 8!Z5 — 

*join\ In that case Âptô- mast be explained to contain 
an anaptyptîc i, or we might compare -api- in àp- 
apt-axo) and suggest a dissyllabic root. 

As to thesulBx in drbiter, if we note that Sk. ardhà, 
bas pronominal inflection we might compare it with 
Lat. al'ter 'second, other', t^-/6r* 'which of Iwo*. It 
may be merely imitated. [A propos of u-ter, I protest 
against Aryan u- Uwo' set up by Bragmann-UaUhau- 
sen Mhe 'bothness' of Sk. u-bhau lies in the -bhau, 
and as for u-ter, we can no more infer u- Hwo' from 
it than we can infer a/- 'two' from aller,] from 
magis'ter, the name of another oificer. The word 
arbiter 'witness' does in fact approach the meaning 
of 'second', as Pott' saw. It is interesting tonote that 
Latin tesiin 'witness' meant originally 'third', accor- 
dingto a récent probable explanation\ while testor, 
the derivative verb, is in ail respects lilce arW/ror in in- 
flection. We must also note seguester *umpire, arbi- 
Irator' which Plautus uses as a subslilute for arbiter*. 

Let us pass now lo Umbr. afputrati 'arbitratu*. So 
far as ils r ofTers testimony it seems to stand for ad-, 
but we can not exclude the possibility that f is a bad 
spelling, or an analogical spelling, for r, cf. armanu 
for armamu. As -rp- is certainly for -rô- the question 

1. Known tomefrom Brugmann'aOrundriss,!!, §683, p. 1042. 

2. Bnigmanns* Grundriss P, p. 1094. 

Oa Ltm C» 

4. Skutsch in B. B. 23, 100 fE. 

5. Cf. Rudens 1004 : nisl das seqaestrum aut arbitrum, etc. 



- 376 — 

arises whether-r6- can bederived from -boH-, Inas- 
much as Umbrian -mb- cornes from -mbh- this ques- 
tion can notbe rejected without considération, evenif 
in alfU' '-If- corresponds to Lat. -/A- in atbtis. Suppos- 
ing Ihat àrdho- 'half came into primitive Italie, il 
maybave had in preprim. Italie, as in Sanskrit, two 
accents '^ardhô- and '^drdho-, and the one bave been 
syllabîfled ^ar-dho- and tbe otber "^arâh-o-. We do not 
know that -rdh- would bave bad tbe same pbonetic 
treatment for botb syllabiflcations. I am not of those 
wbo believe tbat we can operate by algebraic substila- 
tion in pbonetic matters : because -dh- yields Ital. -f- 
{-b'?) I am not willing to say tbat -rdh- yields Ital. -rf-. 
Tbe analogy of Umbr. alfu, Lat. alba (: àX(p6ç) may 
incline us to tbe supposition tbat as -lbh- yields Umbr. 
-If-, so -RDH- would yield Umbr. -rf-, but analogy is 
not proof. 

Tbe only word tbat may be cited as proof in Um- 
brian \sverfale Uemplum' wbicb is explained as Lat. 
^verbale '[place of] words''. Tbis seems to me very 
questionable. I prefer to explain verfale by Lat. *ter- 
.^afe 'place marked by Unes' : versus Mine, row, mea- 
sure-of-land'. Tbe single occurrence of ver/aie is as 
foUows: verfale pufe arsferlur trebeit 'templum ubi 
flamen versatur'\ wbere versatur seems to make for 
my explanation. Lucre tins calls tbe sky 'versatile 

1. Bréal rendors eerfale by 'carmen*. 

2. fiaecbeler*s translation, lab. Ig. VI a 8. 



— 377 — 

templum'. Weknow that a templum was a space 
marked out by the augur for observations \ Itthere- 
fore seems to me that we do well to explain verfale as 
*lhe place of Unes', cf. templum *^é[uvoç : Tépst 
'marks, cots*. 

In Vmhmn afputrati 'arbitratu', if we bave a ge- 
nuine descendant from the primitive speech, we must 
suppose that ar- was confounded with ihe prefix af-, 
and -u- in the second syllableis a weakened in the 
post-tonic syllable. It is'on the whole discreeter fo 
regard afputrati as borrowed from Latin. An arbiter 
is of ail officiais the one most likely to be imported 
from abroad. The Oscans bave aidil and kvaisstur as 
names of officiais imported from abroad, and the Um- 
brians bave kvestur with a derivative kvestretie that 
was unknown to the Romans. There is nothing to for- 
bid our supposing that arbiter and arhitratus were 
both bowowed by the Umbrians, and perhaps at a time 
when ARDHOTERO-was spoken *aréwïcrby the Romans. 

In addition to the suggestion that af- for ar- is 
due to a gênerai analogy we may even find a spécifie 
analogon in arsmahamo\ but armanu corrected to 
afmamu* 'ordinamini' . 

Hère let me sum up the propositions advanced 
above : Lat. bîtere comes from *dM?t-, a by form of di- 

1. Cf. Livy, 1, 18, 7-8. 

2. VI b 56. 
3.1b 19. 



— -wa - 

•aparl, away'+i(ere, a -te- présent lo the root ei 'go'. 
Lai, arbiter 'ainpire' is cognate with Sk. ardhà 

'haïr, àrdhor 'side, part'. 

Umbr. afputrati 'arbitratu' is probably borrowed 
from Latin. 

Umbr. verfale means the 'place marked out by 
lines* and is cognate with Lat. versus Mine' . 

Edwin W. Fay. 

Aprih 28, 1898. Lexington. 

Va. 

PosTCRiPT. — That -LBH- yields Umbr. -If- is not a 
certain inference from alfu 'alba', for the stem alf(h 
*white' may well be in rhyme with rufth 'red*. Sabine 
aipus is doubtiess only a way of writing albw, and the 
same thing seems to be true of Paelignian Alpis 'AI- 
bius', alongside of A la fis 'Albius'. 

Umbr. urfeta which is usually rendered 'orbitarrC 
seems to me best rendered 'orditam (se. telam)\ and 
belongs to ôrditur 'spins a thread'. There can belittle 
doubt but urfeta is not certainly the producl of -hdh-; 
I suggest rather that ôrdior îs derived from a complex 
of the locative ori 'in the mouth' with the root dhk-, 
inflected, as in Ubriam, dhe-io- (cf. Lat. condio). The 
sensé of this compiex was 'puts in the mouth' Rho- 
tacism took place in Ubrian before the complex be- 
came a compound. The rôle of the mouth in spinning 
is well known (cf. Catullus, LXIV, 317-8). The plau- 
sibility of this explanation of ordior is borne out by 



— 379 — 

Ihe lexical citations of that verb, as well as by the 
compound exàrdior : barring a very few citations for 
the so calied literal sensé of 'spin', the other citations 
do hardly more than ring the changes on the/typical 
example ônm est loqui, -to such an extent that ordior 
might almost be classed among the verbs of saying. 

Oct.,22, *98. 



BIBLIOGRAPHIE 



LaDisximilation comonanlique dam les tangues indo- 
européennes et dans les langues romanes, par H. Gràm- 
MONT. — Dijon, 1895. 

Le livre de M. Grammoni a pour objet de formuler 
une kyrielle de nouvelles lois phonétiques se ratta- 
chant au phénomène de la dissimilation. et que j'écar- 
terais volontiers toutes par une fln de non recevoir fon- 
dée sur les raisons suivantes : 1° la plus importante et 
la plus sûre des lois phonétiques est Tassîmilation; 
SM'évolution phonétique du langage ne comporte pas 
de lois contradictoires ; 3"" la prétendue dissimilation 
est toujours fondée sur de fausses explications, ou les 
cas qu'on en cite wsont des exemples à peu près isolés 
qui dépendent de corruptions ou de confusions dans 
lesquelles les lois phonétiques véritables n'ont généra- 
lement rien à voir, 

A cette dernière catégorie appartiennent la plupart des 
altérations que Tauteur a relevées dans les idiomes 
romans (patois et langues littéraires), tel par exemple le 
prétendu français populaire chamoine pour chanoine. 

Quant aux fausses explications, elles pullulent. Je 
me bornerai à relever les suivantes: 

N'est-ce pas abuser du sens du mot que d'appeler 



— 381 — 

dissimilatioD, et non pas désaspiration, le phénomène 
que présente le grecT£ÔYj|jLt en ce qui concerne la repré- 
sentation par un t, à la syllabe redoublée, du ô radical? 
La preuve qu'il s'agit bien d'un affaiblissement pho- 
nélique pur et simple nous est fournie par le vocalisme 
des formes redoublées du sanscrit tisthâmi, bModa, 
etc., qui accuse toujours un état faible correspondant 
à celui du substitut de l'aspirée redoublée. Il est im- 
possible de disjoindre les deux faits et de ne pas les 
attribuer à une seule et même cause, à savoir la loi 
de compensation en vertu de laquelle toute forme qui 
se développe est susceptible par la même d'abaisser 
le diapason phonétique de l'une ou l'autre des parties 
qui la composent. 

Le changement du r en /, ou le lambdacisme, ré- 
clame la même observation. Il est absolument sûr qu'à 
une époque qui n'est pas fort ancienne, les langues 
indo-européennes ne possédaient pas de /. Graduelle- 
ment, une bonne partie des r ont été atteints par le 
lambdacisme, et le fait a eu lieu si souvent, sans qu'il 
y ait lieu de faire intervenir la dissimilation, qu'en 
bonne logique il convient d'expliquer tous ces change- 
ments de la même manière. 

La prétendue dissimilation grecque de (jl en ^ 
(\i£\i£pàç — pe(x5pàç) est due à un double processus 
phonétique des plus intéressants et des plus sûrs, 
mis en pleine lumière par le rapprochement de [luekôç 
moelle (chair molle, le mou), (x&Xuç mou, |xaX-ax6ç, 



1 



— 388 — 

môme sens, p'X-àÇ, m. s., à-(xpX-6ç, m. S; Le radi- 
cal (lueX a donné très régulièrement [xJ=8X et par assi- 
milation [xSeX d'où par contraction [^ dans àfiSXuç, 
et par chnte du [x (imprononçable à Tinitiale dans un 
groupe (x6) P'X-àÇ. De son côté, (xaX-ax6ç est pour 
(xJ=aX-axoç : chute du f (non assimilé en j3). Quant à 
(xcôXuç (cf. lat. mollis) pour *(x(oeX-uç, comme ce mot a 
conservé la voyelle (co) qui, en s^affaiblissant graduel- 
lement a donné ailleurs J= et |3, il n*a subi à l'initiale 
aucune modiflcalion ni suppression*. 

En voilà assez, je crois, pour justifier le scepticisme 
que j'éprouve d*une manière générale pour toutes les 
explications qui cherchent à rendre compte de certains 
faits phonétiques par une tendance du langage à 
changer un son pour la différencier d'un son voisin. 

M. Grammont fait à propos des lois qu'il propose, 
l'observation suivante : « Ces lois sont des possibilités; 
elles sont la formule suivant laquelle la dissimilatioa 
se fera, si elle se fait. » 

Comment concilier ce rôle facultatif des lois en 
question avec le caractère de nécessité qu'on prétend 

1. Si Ton me demande comment il se fait que le procédé n'ait 
pas été partout le môme, je répondrai que les modifications pho- 
nétiques sont d'origine individuelle, et les langues d*usage com- 
mun. Il en résulte que, dans une même langue, toutes les possibi- 
lités phonétiques individuelles peuvent s'établir et coexister les 
unesà côtédes autres.S'ii en était autrement, le verbe humain, en 
tant que son, aurait été stérile et ne se serait jamais enrichi d*un 
second mot à la suite d'un premier. 



— 888 — 

attribuer aux lois phonétiques en général ? Si la dissi- 
milation obéit à des règles impératives et fatales, on 
ne saurait admettre qu'elle se fera ou ne se fera pas. 
Elle se fera toujours, ou qu'on ne nous parle plus de 
ces processus phonétiques inflexibles dont la conQrma- 
tion sur un terrain particulier de la science des sons 
a été le but de l'auteur qui le déclare en ces termes : 
a Si la dissimilation, elle aussi, obéit à des lois, tout 
se tient dans l'édifice... c'est pourquoi nous avons 
pensé qu'il valait la peine d'étudier séparément le 
domaine de la dissimilation \.. » 

Cette élude fausse et manquée, comme elle devait 
l'être eu égard à l'objet que l'auteur avait en vue, a 
pourtant abouti à un résultat que j'apprécie fort et 
qu'il a constaté ainsi qu'il suit : « Notre intention était 
primitivement d'étudier la dissimilation seulement 
dans les ancijennes langues indo-européennes. Nous 
commençâmes par le grec... Mais nous reconnûmes 
bien vite que le grec ne possédait guère de dissimilation 
qu'à la basse époque... Nous passâmes au vieux slave, 
qui ne nous apprilrien, si ce n'est que la dissimilation 
lui est presque totalement étrangère. Le vieux latin et 
le latin «classique n'offrent que peu de faits et tous 
entachés de l'obscurité qui règne généralement dans 
cette langue. iMais le latin de la basse époque et surtout 

1. Notons encore cet aveu dépouillé d'artifice: « Les mots rédu- 
-pliquéa en général et ceux qui font onomatopée en particulier ont 
un vocalisme spécial. » Nous voilà rejetés en plein dans le do- 
maine de la fantaisie et de Tarbitraire. 

25 



— 384 — 

le latin vulgaire nous apportèrent des cas de dissimila- 
tion absolument certains. . . » 

Ainsi point de dissimilation . sûre dans les états • 
anciens du langage. Le phénomène n'apparail qu'au 
moment de confusion et d'ignorance, et surtout de 
rupture de la tradition, où s'est produite la transfor- 
mation du latin en roman. J'y vois la preuveévidente 
qu'il s'agit en réalité de corruptions qui ne relèvent 
d'aucune loi et qui ne sont par conséquent d'aucun 
secours pour l'explication des règles phonétiques qui 
président à l'évolution normale du langage, là où cette 
évolution n'a pas subi de révolution violente comme 
dans le sanscrit, le grec ancien, le latin classique, les 
langues slaves et germaniques. 

Je manquerais à tous mes devoirs si je n'ajoutais, à 
la suite des critiques que le souci des intérêts de la 
science et de la vérité m'ont obligé à soumettre à 
l'auteur, l'expression de toute l'estime que m'inspi- 
rent l'étendue et la précision de son savoir dans le 
domaine linguistique si vaste qu'embrasse son étude. 

Quel utile parti il pourrait en tirer, si, secouant 
avec la poussière de ses chaussures de voyage, les 
vaines, les stériles méthodes de lalinguisliqae d'outre- 
Rhin, il substituait hardiment aux formules d'écoles 
l'initiative féconde qui jaillirait de la source si abon- 
dante, ce semble, de ses observations personnelles 1 
Dans la science, comme ailleurs, le succès suit l'au- 
dace. Ëst-il besoin de le rappeler à la jeunesse 



— 385 — 

française qui sMntéresse à celle du langage? Atten- 
dra-t-elle pour rompre les liens qui la paralysent et 
rhumilient que des idées nées chez nous lui reviennent 
avec l'estampille de Berlin el le laissez-passer alle- 
mand? Paul Uegnaud. 

P.-S. — J'allais oablier de donner an bon point à M. Gram- 
mont pour l'hésitation qu'il éprouve à admettre l'équation /rre/i- 
dus == (pEpô{ievoc. En France, le sens commun, môme en matière 
de phonétique, ne perd jamais absolument ses droits. 



A Maniml of Gerinan orlhography and phonology^ 
mth a word'lisi, by George Hëmpl, professer in the 
University of Michigan. — Boston and London, Ginn 
and C% 1897, petit in-8% xxxij-(ij)-298 p. 

La liste des mots, avec l'indication de la pronon- 
ciation exacte et des références au texte du volume, 
n'a pas encore paru; M. Hempl ne nous en donne 
aujourd'hui qu'un spécimen en quatre pages. 

Cette liste formera la quatrième partie de l'ouvrage ; 
les trois autres sont : T lorthographe, 2* la phono- 
logie, 3* l'accent. 

Vorthographe est traitée en cinq chapitres: l'al- 
phabet» l'épellation (spelling), la division des mots 
d'une ligne à l'autre, l'emploi des capitales et la ponc- 
tuation. Rien d'intéressant comme les deux premiers 
chapitres surtout : le premier nous donne la série 
très complète des types d'impression et des caractères 
d'écriture qui ont été en usage en Allemagne depuis 
les runes jusqu'à nos jours. Au deuxième chapitre. 



- 386 — 

l'auteur expose Tincertitude qui régnait en Allemagne 
il y a trois cents ans sur l'orthographe usuelle, mais 
il ne s'occupe pas du mouvement réformateur con- 
temporain. 

La phonologie se subdivise en phonétique générale, 
matériel phonique de la tangue allemande et pronoo- 
ciation. Il y aurait évidemment beaucoup d'observa- 
tions à faire, particulièrement sur le système de trans- 
cription adopté, qui me parait un peu compliqué: c'est 
toujours le résultat auquel on arrive en voulant être 
trop précis et représenter avec une minutieuse exacti- 
tude jusqu'aux moindres nuances de sons et de bruits. 
La prononciation^ à ce point de vue, est étroitement 
examinée, et je ne puis que recommander la lecture de 
ces pages on ne peut mieux travaillées. 

Tout ce qui touche à l'accent est également traité 
de main de maître : intonations, efforts variés, état 
d'esprit de celui qui parle, tout ce qui touche au sujet 
est passé en revue, et je ne pense pas qu'il existe au- 
cun livre mieux fait et plus complet à ce point de vae. 
Tous les linguistes voudront l'avoir dans leurs biblio- 
thèques. Julien Vinson. 



Neohellmk Language and Littérature, three lectures 
delivered at Oxford in June 1897, by Platon E. Dra- 
KOULES. — Oxford, B. H. Blackv^ell. i897.viij-70 p. 
in-8°. 

Les trois conférences de M. Drakouli ont pour sujets: 



— 387 — 

les origines de la langue néo-grecque, les origines de 
la littérature néo-grecque et les activités modernes. 
L'auteur fait correspondre successivement ces trois 
sujets aux trois grandes périodes: chute de Rome ou 
époque byzantine, chutede Constantinople ou époque 
turque, Révolution française ou époque néo-hellénique. 
H. Drakouli y explique fort bien les rapports du grec 
moderne au grec ancien, les tentatives des* puristes, 
le mouvement littéraire contemporain, et expose fort 
nettement les questions complexes qui se groupent 
autour du problème grec. J. Y. 



Orientai S tudies ;a^ sélection of the papers read be- 
fore the Oriental Club of Philadelphia (1888-1894). 
Boston, Ginn & Company, 1894. 

Le 30 avril 1888,11 y a juste dix ans, dix-neuf 
savants et travailleurs américains se réunirent pour 
fondera Philadelphie une Société, le Club Oriental; ils 
se proposaient d'échanger leurs idées et de provoquer 
autour d'eux le développement des études orientales. 
Le nombre des membres était, cinq années après, de 
trente-deux, dont une dame (Mrss Cornélius Stevenson, 
curateur honoraire de la section égyptienne du Musée 
d*archéologie de l'Université de Pennsylvanie) et un 
Français (M. Louis Vossion, consul à Philadelphie); 
quatre membres étaient morts; un avait donné sa 
démission. Les statuts Qxaient au chiffre maximum de 
trente le nombre des membres et décidaient que la co- 



— 388 - 

tisation annuelle serait de un dollar seulement. Jus- 
qu'au 10 mai 1894, le club tint quarante séances. Le 
présent volume est en quelque sorte le résumé de 
ces quarante séances, en ce sens qu'il contient les prin- 
cipales des communications quijont été faites par les 
membres de la Société. Ces articles sont au nombre de 
treize ; tous sont d'un très grand intérêt, et ils em- 
brassent l'ensemble des études orientales. 

M. H. Collitz traite du nom aryen de la lan^^me 
(p. 177-201); M. Morton W. Easton, de la géogra- 
phie physique de l'Inde (p. 17-34) ; M. Edward Wash- 
burn Hopkins. des nombres sacrés du Rig-Véda 
(p. 141-159); M. George A. Barton, des divinités 
originales israéliles (p. 86-115) ; M. W. Max Mûller, 
des anciens Éthiopiens (p. 73-85); M. Paul Hanpt, 
du livre de VEcclésiasle (p. 2i2-278) ; M. Marcus 
Jastrow, des psaumes 73 et 90 (p. 35-51), et d'un do- 
cument judiciaire de Babylone (p. 116-136); M. H.V. 
Hilprecht, d'un fragment numérique de Nippur 
(p. 137-140); M. J). G. Brinton, des alphabets des 
Berbères (p. 63-71); M. Benjamin Smith Lyman. 
du changement des sourdes en sonnantes dans les 
composés japonais (p. 160-176) ; M. Slewart Culin, de 
la littérature des travailleurs chinois (aux États-Unis, 
p. 52-62); enfin M°'* Stevenson, de la plume et de 
l'aile dans l'ancienne mythologie (p. 202-241). 

Tous ces articles sont à recommander, et je ne 
saurais vraimentdire s'il y en a un qui soit meilleur que 



— 389 — 

les antres. J'ai particulièrement remarqué ceux sur 
rinde, sur le nom de la langue, sur les dieux d'Is- 
raël, sur la phonétique japonaise et sur les alphabets 
berbères. 

Ce dernier travail, dû à la plume habile de H. Brin- 
ton, le savant linguiste, est plutôt un progranome 
d'études ; mais il ouvre un champ vaste et fécond à 
Tactivité des chercheurs. Notre éminent collègue rap- 
pelle que récriture berbère, essentiellement conso- 
nantique, est évidemment d'origine sémitique, mais 
que si plusieurs de ses caractères peuvent être ratta- 
chés à l'alphabet punique, d'autres sont d'une autre 
origine; que les premiers d'ailleurs peuvent avoir été 
empruntés au punique ou provenir d'une^ source com- 
mune. Mais beaucoup d'inscriptions paraissent anté- 
rieures à la fondation de Carthage; on en trouve de- 
puis les Canaries jusqu'aux frontières de la Libye. 
Ces inscriptions antiques présentent des caractères 
qu'on ne retrouve plus dans l'écriture moderne. Il est 
probable que l'alphabet primitif se rattache à l'écriture 
égyptienne, prototype commun de tout le sémitisme; 
or, on a signalé de remarquables analogies avec les 
alphabets cel.tibères. D'autre port, notre ami }J. le 
D' Letourneau a montré des analogies du même genre 
avec certains signes alphabétiformes tracés sur les dol- 
mens et les menhirs du nord de l'Espagne et de l'ouest 
delaFrance. Ces faits seraient extrêmement importants, 

car ils prouveraient une identité de race ou une com- 



— 390- 

manautp d'origine entre les vieux Gaulois, les Ibères 
et les indigènes du nord de l'Afrique, hypothèse à la- 
quelle j'ai, pour ma part, plus d'une fois songé en étu- 
diant la langue basque, et en croyant y découvrir cer- 
tains vestiges d'influences sémitiques. L'avenir nous 
éclairera. Julien Vinson. 



The Comtruction ofeyi\ with the œnjunctive verh in 
old Basque, hyE. S. Dodgson (extrait des Transactiom 
of the philohgical Society). — Londres, 1898, il p. 
in-8\ 

On retrouve dans cette brochure, à un moindre de- 
gré que d'habitude peut-être, Tincohérence et le 
manque de mt'thode qui caractérisent les publications 
de l'auteur. Il y a mis de tout, et même des choses 
intéressantes, car M. D. est fort instruit et très au 
courant de tout ce qui concerne le basque. Il rapporte 
entre autres un mot de M. Antoine d'Àbbadie qui est 
parfaitement absurde: « Basque grammar bas still to 
te written, and it should be written in english » ; celle 
boutade, si elle est authentique, prouverait seulement 
une fois de plus que M. d'Abbadie, excellent mathé- 
maticien et astronome de mérite, était un linguiste des 
plus médiocres. 

La question principalement étudiée par M. D. est 
la suivante : d'où vient la flnale enetz, enez, ou enz des 
phrases basques interrogatives avec yea.ea, hea «si^ 
précédent, comme dans: ega lainconganic diradem- 



— 391 — 

« (je demande) s'ils sontdeDieu»?Le prînceL.-L. Bo- 
naparte voyait, parait-il, dans ces formules la forme 
conjonctive du verbe en n avec la négation ez et pro- 
posait de traduire, par exemple : « s'ils sont de Dieu 
ou non ». M. Dodgson combat cette opinion, mais sa 
discussion est un peu confuse. Évidemment, si le 
prince L.-L. Bonaparte voit dans diradenez une con- 
traction de diradenedo ez (qu'ils soient ou non), il se 
trompe ; mais s'il suppose que la finale en z est four- 
nie par la négation mise là pour ampliQer, si j'ose 
m'exprimer ainsi, le caractère dubitatif de la question, 
pour en faire prévoir la solution négative, pour jouer 
en 4iuelque sorte le rôle de notre « n'est-ce pas? » 
lopinion est parfaitement soutenable. Les objections 
de M. Dodgson sur la réduction euphonique de ez 
à z, sur la présence dans certains cas du ba positif, 
ne portent pas ; ce qui est plus sérieux, ce sont les 
exemples en ez sans eya (si> utrum, v^hether) ou au 
contraire les exemples de eya avec le conjonctif simple 
sanse^. Pour M. D., le 2 est tout simplement le suffixe 
instrumental de la forme conjonctive déclinée. La 
question est intéressante et mérite qu'on la discute de 
très près; je ne serais pas éloigné de croire que M. D. 
est dans le vrai. 

Julien ViNSON. 



VARIA 



Les Coupes sombres 

« Je m'étais, dans un article, servi de cette location qaî est 
courante dans la langue de la conversation et du journalisme : 
une coupe sombre. J'avais dit, si je me rappelle bien, qu'il fau- 
drait faire dans les grandei administrations une coupe sombre 
d'employés. 

Un de mes anciens élèves, qui 'est devenu garde général des 
forets, me vient un jour demander à déjeuner, et au cours de 
Tentretien : 

— Savez- vous au juste, me dit-il, vous qui vous piquez de 
savoir le français, vous qui êtes un puriste, savez-vous ce que 
c'est qu'une coupe sombre? 

La question me surprit, je n'y avais jamais songé. 

^— Dame! lui dis~je, il est très vrai que, si le terme a dans le 
langage forestier une signification particulière, je l'ignore. Je le 
prends dans le sens où tout le monde l'accepte dans l'entretien 
familier. Une coupe sombre, c'est pour nous un furieux abatis, 
après lequel il ne reste plus rien sur le sol. Ainsi quand nous 
disons qu'il faut faire dans les abus des coupes sombres, nous enten- 
dons par là qu'il faut en détruire le plus qu'on peut. La métaphore 
est d'un emploi très fréquent dans le style du parlementarisme 
et de la presse, et je n'ai jamais vu qu'on y attachât aucune 
autre ac(*eption. 

Mais j'avoue que je n'ai jamais réfléchi sur ce petit problème 
d« linguistique. J'écris « une coupe sombre » en ce sens, parce 
que cela se dit et s'écrit ainsi partout. Jamais je ne me suis avisé 
de remonter à la signification précise, au sens étymologique et 
vrai. Si c'est une sottise, mon excuse est que nous la faisons 
tous ; je suis couvert par le peuple^ 

QuBm pênes arbitriurn est et jus et norma loquenJi^ 

par le peuple qui est notre grand, qui doit être notre seul maître 
de langue. 



— 393 — 

— Eh bien ! mon cher maître, permettez-moi, à moi qui fna 
votre éièye en rhétorique, de vous afiQrmer qu'en oe cas-là le 
peuple se trompe et que coupe sombre pris en ce sens est, comme 
voas avez dit vous-même, une sottise; on^ comme vous disiez 
jadis, quand vous étiez professeur, un gros contresens. 

— En tout cas, je ne suis pas seul à le faire. 

— Oh! non, tenez, pas plus tard qu*avant-hier, un de vos col- 
laborateurs du Temps^ M. Marcel Mon nier, écrivait que « les 
lapins pratiquent des coupes sombres dans les carrés de choux *. 

— Eh bien ! en parlant ainsi, il était compris de tout le 
monde. 

— Soit; mais nous, hommes de la forêt, nous sourions tout 
bas. 

La coupe sombre est^ par opposition à la coupe claire^ une 
coupe qui laisse la forêt sombre. Elle suppose donc un abatis 
sans grande importance; tandis que la coupe claire (celle qui 
rend la forêt claire) indique un furieux abatis. 

Si j'ai besoin d'argent, je fais une coupe claire. 

— Oui, i'nterrompis-je, une coupe qui vous permet d'éclairer. 

— Ohl s'écria- 1- il... à votre âge!... Si je ne veux que désen- 
combrer la forêt, je fais une coupe sombre. 

Il vit bien à mon air inquiet que j'étais plus étonné que con- 
vaincu. 

— Vous ne me croyez pas? me dit-il. Eh bien! vous con- 
naissez M. Tournus, aujourd'hui trésorier général à Versailles, 
et qui fut longtemps inspecteur des finances. Il a en cette qualité 
surveillé bien des coupes sombres et bien des coupes claires. Il 
vous renseignera exactement sur le sens exact de la locution. 

Je ne répondis rien; j'étais collé. Mais, mon ancien élève 
parti, je courus au Dictionnaire de Littré. C'est la loi et les 
prophètes. 

a Coupe sombre, dit l'illustre lexicographe, opération qui 
consiste à enlever dans un massif, une partie des arbres qui le 
composent, de manière à permettre à ceux qu'on laisse sur pied 
d'ensemencer le sol au moyen des graines qu'ils disséminent 
naturellement. 

8 Coupe claircy opération qui consiste à abattre une partie des 
arbres précédemment conservés, afin d'habituer peu à peu les 
jeunes recrues à la lumière... » 

C'est mon forestier qui avait raison : où nous usons de la 



— 394 — 

location coupe sombre^ nous devrions nous servir du terme: 
coupe claire...^ ou plutôt il y a une opération définitive que les 
forestiers appellent « coupe de nettoiement » ; c'est celle qai 
consiste à tout abattre, afin de nettoyer complètement le sol; 
voilà la vraie métaphore. 

Je le sais maintenant et nous n'en continuerons pas moins à 
écrire à contresens une coupe sombre. Le pli est pris. 

Ne voyez-vous pas tous les jours des humanistes écrire : le 
tulgum pecus f 

Vulgumpecus! Quelle horreur! — Soanarelle. » 

Cet article du Temps (n"* du 30 mars 1898) appellerait quelques 
réflexions. Tout d'abord^ si M. Sarcey avait fait attention aux 
mots eux-mêmes, il lui eût été facile de comprendre, sans con- 
sulter Littré, que le jeune forestier avait raison. Une coupe 
sombre est ainsi appelée parce qu'elle laisse la forêt sombre, 
tandis qu'une coupe claire fait tomber un assez grand nombre 
d'arbres pour que la forêt devienne claire. 

Quant aux coupes, de nettoiement, ce n'est pas du tput ce que 
M. Sarcey s'imagine. C'est une opération sans importance qui 
consiste à nettoyer la forêt, c'est-à-dire à en enlever les ronces, 
les végétations secondaires, les sous-bois sans avenir, etc. 

La question a été déjà discutée sous Louis-Philippe, à propos 
d'un discours parlementaire. 

J. V, 



TABLE GÉNÉRALE DU TOME XXXI 



Pages 

Quelques observations de sémantique grecque, par P. Reg- 

naud 1 

Du verbe concret, par R. de la Graâserie 15, 108, 241 

Tbe Biscayan Grammar^ Vocabulary and Bilingual Dia- 
logues of Rafaël Micoleta, par E.-S. Dodgson 35 

Histoire de la princesse Djouher-Manikam, roman malais» 

par A. Marre (suite) 42, 224, 349 

Antithèse védique, par V. Henry 81 

Analytical synopsis of tbe basque verb in S. Mark trans- 

lated by Liçarrague, par E. S. Dodgson 126, 272 

Notes sur l'exégèse védique, par P. Regnaud 157 

Fête de l'Association basque à Sarre en 1897 193 

Quelques étymologies euskariennes, par H. Âe Charencey . . 319 

Un paradoxe védique, par P. Regnaud 344 

Une règle importante de sémantique, par P. Regnaud 346 

Latin « bitere, arbiter i), Umbrian a verfale », par Ëdwin 

W. Fay 373 

Corrigenda 296 

Varia. Appel aux bibliographes 78 

— Les livres minuscules 79 

— Les squelettes de Voltaire et de Rousseau 187 

— Une étude des voyelles 188 

— Le mot franc-maçon 190 

— Coquilles typographiques 191 

— Folk-lore. Mariage 191 

— Le langage des plantes 316 

— Le langage oratoire 317 

— Les coupes sombres 394 

BIBLIOGRAPHIE 



M. Bréal. Essai de sémantique, par Paul Regnaud 60 

G. de Mortillet. Formation de la nation française, par 
J. Vinson 68 



— 396 — 

Pag« 

P. Richenet. Le patois da Petit-Noir, canton de Chemin 

(Jara), par J. Vînson T3 

C. Lagache. Ualphabet rationnel, par J. Vinson *4 

P.-M. Joyce. Â. Grammar of tbe irish langaage, par 

J. Vinson Î5 

B. Qaaritch. Catalogue n* 175, by J. Vinson "^ 

A. Lefèvre. L'histoire, par J. Vinson 160 

A. Orain. Le Folklore de l'I Ile-et-Vilaine, par J. Vinson. 165 

Ch. Latourneau. L'évolution du commerce, par J. Vinson.. 166 

P. Regnaud. Comment naissent les mythes, par J. Vinson. 168 

F. Loti. Ram un tcho, par J. Vinson 169 

H. Pernot. Grammaire grecque moderne, par J. Vinson 179 

J. Haller. Altspanische Spricbwôrter, par J. Vinson ISl 

Mémoires de la Société Finno-Ougrienne, par J. Vinson... 1^ 

Kuhn's Zeitschrift, par J. Vinson 186 

K. Bruchmann. Naturlehre der Dichtung, par V. Henry.. ^1 

C. Tagliabue. Manuale e glossario délia lingua urdu, par 

J . Vinson 306 

P. Regnaud. Précis de logique évolutionniste, parJ. Vin- 
son 309 

P. Sébiilot. Littérature orale de r Auvergne, parJ. Vinson. 312 

N . Quellien. Brei/., par J. Vinson • 313 

M. Grammont. La dissimilation consonantique dans les 
langues indo-européennes et dans les langues romanes, par 
Paul Regnaud 380 

G. Hem pi. A Manual of German orthography and phono- 
logy with a word-list, par J . Vinson 385 

E. Drakoules. Neohelienic Language and Littérature, par 

J. Vinson 386 

Oriental Studies, par J. Vinson 387 

E. S. Dodgson. The construction of eya with the conjunc- 
tive verb in old Basque, par J. Vinson 390 

LANGUES ÉTUDIÉES 

Linguistique générale, 15, 60, 74, 108, 241, 81, 157, 168, 186, 

188,301,309,346. 
Allemand, 385. 
Basque, 35, 126, 193, 169, 181, 272, 319. 



-•397 — 



Breton, 313. 
Espagnol, 181. 
Finno-Ougrien, 186. 
Français, 68, 73, 165, 312, 394. 
Grec, 1, 179, 386. 
Hindoustani, 306. 
Indo-Ëuropéen, 380. 
Irlandais, 75. 
Latin, 373. 

Malais, 42, 224, 349, 380. 
Ombrien, 373. 



AUTEURS 



H. de Chareneey, 319. 
E.-S. Dodgson, p. 35, 126, 272. 
Edwin W. Fay, 373. 
R. de la Grasserie. p. 15, 108, 241. 
M. Gailbeau, p. 193. 
V. Henry, p. 81, 301. 
A. Marre, p. 42, 224, 349, 380. 
P. Regnaud, p. 1, 157, 60, 344, 346. 

J. Vinson, 68, 73, 74, 75, 76, 160, 165, 167, 168*, 169, 179, 
181, 193, 306, 309, 312, 313, 385, 386, 387, 390. 



Le Propriétaire-Gérant, 

J. Maisonneuve. 



Ghalon-sar-Saône. — Imprimerie de L. Marceaa, E. Bertrand, saco' 



REVUE 

DE 

LINGUISTIQUE 

ET DE 

PHILOLOGIE COMPARÉE 



TOME XXXIl 



REVUE 

DE 

LINGUISTIQUE 

ET DE 

PHILOLOGIE COMPARÉE 



TOME XXXII 



REVUE 



DE 



LINGUISTIQUE 



ET DE 



PHILOLOGIE COMPARÉE 



RECUEIL TRIMESTRIEL 



tVMi.lt »AR 



JULIEN VINSON 

PROFESSEUR A L'écOLE NATIONALE DBS LANGUES ORIENTALES VIVANTES 
Avec !« collaborAtion de divers savants français et étrangers 



TOME TRENTE-DEUXIÈME 



PARIS 

J. MAISONNEUVE, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

6, RUE DE MÉZIÈRES ET RUE MADAME, 20 

1899 



REVUE 



DE 



LINGUISTIQUE 



ET DE 



PHILOLOGIE COMPARÉE 



RECUEIL TRIMESTRIEL 



PUBLli PAR 



JULIEN VINSON 

PROFESSEUR k L^éCOLB NATIONALE DBS LANGUES ORIENTALES VIVANTES 
A^ec la collaboration de divers savants français et étrangers 



TOME TRENTE-DEUXIÈME 

15 JANVIER 1899 



PARIS 

J. MAISONNEUVE, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

6, RUE DE MÉZIÈRES ET RUE MADAME, 26 

1899 



SOMMAIRE DU No 1 



Tables du Madras Journal qf Literature and Sciences, 

m 

par Julien Vinson 1 

The Verb in S. Mark*s Gospel from Liçarrague, par 

E. S. DoDGsoN 23 

Nécrologie (Ch. Schefer, Fr. Mûller, G. de Mortillet, 

M»"* H. Chavée 94 

Varia. Prononciation française 95 



BIBLIOGRilPHIE 

Emile SoLDi. La Langue sacrée 82 

Max Mûller. Nouvelles études de Mythologie 84 

D' Letourneau. Uécolution de Véducation 86 

Anatole Loquin. Molière à Bordeaux 88 

N. QuELLiEN. Contes et Noucellès du Pays-de-Tréguier 91 

A. Orain. Le Folk-lore de Ville et Vilaine (t. II j 92 

Michel Klimo. Contes et Légendes de Hongrie 92 

Kuhn's. Zeitschrift (XXXVI, 1) 93 






TABLES 

DU 

Madras Journal of Littérature and Science 



J'ai eu dernièrement à faire une recherche dans 
le très intéressant et très estimé recueil dont je 
viens d'écrire le titre, et j'ai eu beaucoup de peine 

à trouver ce que je cherchais, vu Tinsuffisance des 
tables annuelles et Tabsence d'une table générale. 
Aussi m'est-il venu l'idée de rédiger cette table, et, 
en la publiant ici, je ne crois pas sortir du pro- 
gramme de la Revue j car c'est un travail qui intéresse 
la linguistique, la philologie, le folk-lore et l'histoire 
(le l'humanité. J'ai dii, naturellement, rédiger cette 
lable en anglaiii et je l'ai faite double, par ordre 
alphabétique de matières et par noms d'auteurs. 

Le journal porte exactement le titre suivant: 
The Madras Journal of literature and science pu- 
blished under the auspices of the Madras Literary 
Society and Auxiliary ofthe Royal Asiatic Society, 
Le tome premier porte seulement : The Journal, 
Pour être complète, la collection doit comprendre 
23 volumes in-8°, répartis en 3 séries savoir : Série I, 
1833-1851, 17 vol.; Série II, 1856-1861, 6 vol.; Sé- 
rie m, 1864-1866, 1 vol. Le volume XVII est double : 
il comprend trois parties dont la première appartient 
à la première série et les deux autres à la seconde . 

1 



Voici la consistance de chaque volume : 

1. Oct. 1833-déc. 1834, Madras^ Vepery Mission 
Press, 1834, vij-iij- 369 p. et 6 pi. ; — II. 1835. Ma- 
dras AthenaDum press, ix-398p., 7 pi. ; — III. Janvier- 
avril 1836, (iv).vij.l59-(ij) p., 2 pi. ; — IV. Juillet 1836, 
(iv)-ij-240 p., 5 pi. ; — V. Janvier-juin 1837, (iv)-ij 
437 p., 21 pi.; — VI. Juillet- décembre 1837. 
(vj)-477 p., 8 pi. dont une en couleur; — Vil. Jan- 
vier-juin 1838, (iv)-2-483 p., 10 pi. ; — Vlll. 
Juillet-décembre 1838, (v)-402 p., sans pi.; — IX. 
Janvier-juin 1839, (vj)-458p., sans pi.; — X. Juillet- 
décembre 1839, (iv)-ij-447 p., 7 pi. dont une en 
couleur; — XI. Janvier-juin 1840, (iv)-ij-401-ij p., 
6 pi.; plus un appendice de (ij) p.et p. 45-78 con- 
tenant un titre et des textes télingas. — XII. 
Juillet-décembre 1840, (iv)-ij-381-ij p., 8 pi. ; — 
XIII. Parts I et II. 1844-5, (vij)-244-(v)-195 p., 
14 pi.; — XIV. Parts I et II. 1847, (ix>220- 
(iij)-196 p., 17 pi.; — XV. 1848, (v)-218 p.; 1849, 
(iij)-p. p. 219à394-(v)-p.p.,395à588, 27 pi. —XVI. 
1850, (iij)-513 p., 2 pi.; — XVII. 1851. (iij)-159p.. 
3 pi. ; XVII anc. série ou Inouv. série, octobre 1856- 
mars 1857, (ij)-iv-xiv-130-v, p. 131-293, (iv)p., 17 pi.; 

— XVIII ou II nouv. série, avril-septembre 1857, ;ij - 

■ 

ij-v-325 p., 8 pi. dont trois en couleur; — XIX ou 
III nouv. série, octobre-décembre 1857, (v)-(ij)-ij-i52- 
(ix)-p., p. 163 à 289, 11 pi.; — XX ou IV nouv. série, 
avril-septembre 1858, (v)-178-(v)-p., p. 179 à 382, 8 pi.; 

— XXI ou V nouv. série, avril-septembre 1859, (v;- 
234-(ix)-p., p. 235 à 388, 4 pi.; — XXII ou VI nouv. 



— 3 — 

série, mai-décembre 1861, (iv)-ij-204-(v)-p., p. 205 à 
348-xiij.ij p., 5 pi.; — (XXIII) I" de la troisième 
série, juillet 1864, (v)-182 p., 5 pi., 6 p. musique 
lith.; 2« partie, octobre 1866, (iv)-178 p., 15 pi. 

Les vol. 1 à IV sont « édités» par J.-C. Morris, 
secrétaire de la Société littéraire de Madras; les 
vol. V a Vlll par Rob. Cole ; les vol. IX à XII par 
Rob. Cole et G.-P. Brown ; les vol. XIII à XXII par 
le Comité de la Société, et le vol. XXIII par le Se- 
crétaire honoraire. La première série (tomes I à XVII, 
première partie) forme 39 numéros ; la seconde 
(XVII à XXII) 12 numéros, et la troisième 2 parts. 

II n'a rien été publié de 1841 à 1843, de 1852 à 
1856, de 1862 à 1863, et rien ne correspond aux 

années 1846 et 1860. 

Julien ViNsoN. 



Acclimating extra-tropical 
plants within the Tropics, 
by Rob. Wight, V, 39-43, 
290-300. 

m 

Achin (Mahomniedan kings 
of),by Lieut. Newbold, 111, 
54-57; IV, 117-120. 

Aden (an ancient réservoir 
at),byR.L.PIayfair, XVIII, 
25-42. 

Aerolitli in atree (supposed), 
XVII b, 242-254. 

Afghanistan, vid, Persia. 

Africa (instructions for the 



expédition into central), II, 
167-176; — notice on an 
expédition into South- 
Africa, XlVa, 181-183; — 
capt. Harris on the animais 
of S.-Africa, VII, 271. 

Agriculture, vid, Nepaul. 

Agri-horticullural Society of 
Madras, report for 1848, 
XV, 190-194;— vid. Pro- 
ceedings, Transactions. 

Air, vid. Spécifie. 

Airs (six south-indian) with 
music. XXIV, 137-139. 



— 4 — 



Aliflaila wa laila, X, 439. 
Altitude, vid, Kater s. 
Araber, vid. Ava. 
Anatomy : proportions of hu- 

raan body, I, 273-274. 
Aneroid, vid, Barometers. 
Angustura, vid, Strychnos. 
Animal and plant (relation- 
ship between), byG.Bidie, 
XVIII, 175-182. 
Animais (directions for raa- 
king and preserving), V, 
184-195. 
Animais, vid. Africa. 
Ant (on preserving timber, 
etc. from the attack of the 
>vhite), XI, 313-314. 
^n/c/opc (Indian),by M. Ben- 

nett, V, 406-410. 
Antimony (Mines of), XVlII 

b, 254-257. 
Antiquarian and mythical 
notes, by M. J. Walhouse, 
XX, 53-G6. 
Antiquities^t'tW. Druidic, Neil- 

gherries. 
Ants (Catalogue of a species 
of) found in S. India, by 
T. C. Jerdon, XVII a, 103- 

127. 
Appearance (a remarkable) in 
the Indian seas, by Lt. 
Dawson, IX, 148-150. 



Architectural remains (an- 
cienl) in the Madras Presi- 
dency, by capt. E. H. Ha- 
rington, XXU, 103-127. 

Archipelago (Hindu remarks 
in the Eastern), XIV b, 171- 

172. 

— Journal of the Indian Ar- 
chipelago, XIW h, 170-171. 

Aristarchus (Observations of 
the li^nar spot), by T. G. 
Taylor, V, 313-314. 

Arraenia (A copper coin of 
Léo, kingof),XVIIa, 151- 

155. 

Artesian well (Attempt of an 
al Tuticorin, XV, 167-172. 

Artificial crystals and mine- 
rais, V, 424-425. 

Asclepiad^se (a new genus of 
by R. Wighl, Vil, 142- 

143. 

Asia, vid. Planet. 

Aska sugar factoi^, XVllI, 
276-282. 

Assyria and Babylonia (Exca- 
vation in) by col. Rawlin- 
son, XVII b, 251-254. 

Astronomical observations, by 
J. Herschell and M. Cac- 
ciatore, V, 412;— astro- 
nomical tables and obser- 
vations, by Goday Venkat 



— 5 — 



Juggarow, II, 92-97; — on 
the hindu astronomical ta- 
bles, IV, 230-231. 

Astronomy at Madras, IV, 
47-56; VII, 387-399. 

Auriferous deposits of India, 
by Fr. Bure, XII, 30-37. 

Aurungabad (statistics of the 
city of), by D'. A. Walker, 
XVI, 1-33. 

Austraiia (Account of a new 
Colony in West), by W. 
Milligan, VI, 304-336. 

As sa m, vid. A va. 

Ava (Route Journal from) to 
the Arober Mines of Assatn, 
by capt. S. F. Hannay, 
abstracted by capt. R. Boi- 
leau Pemberton, VI, 390- 
422. 

Aviary (Amethod of conslruc- 
ting a portable), by Lieut. 
H. P. Hawkes, XXI, 60-61. 

Aviary, vid. Feeding, 

Azimuth, vid, Kater^s. 

Babylonia, vtd. Assyria. 

Backwater (an excursion a- 
long the Travancore), by 
capt. H. Drury, XIX, 203- 

220. 
Balance for délicate weighing, 

II, 86-92, 



w 

Banaganpilly jaghire (aglance 
at) by T. J. Newbold, III, 
117-122. 

Bangalore, vid, Geology. 

Bark-tree, vid. Cinchona. 

Barometer (Marine); theory 
of storn^s, I, 169-179. 

Barometers (construction of), 
by W. Gilchrist, G. Under- 
v^rood, T. G. Taylor, V, 26- 
31, 31-32, 306-308; VI, 
60-68, 69-70, 337-338; VII, 
123-125; XII, 261-270; — 
powers of the Aneroid, by 
L* G*i Cullen, XVII a, 155- 
157. 

Barometrical levelling in the 
Madras Presidency, XIV, 
200-201. 

Barrel (Aselfperforming),by 
lieut. J. Braddock, 11,343- 
354; III, 48-53. 

Barytes (discovery of sulphate 
of) in the E. Ghauts, by 
capt. Newbold, XIII, 218- 
219. 

Basava puran (Accdunt of 
the), byC. P. Brown, XII, 
271-291. 

Battas of Sumatra (Language 
oftlie), by lieut. T. J. New- 
bold and Rev, W. Taylor, 
IV, 139-145. 



— 8 — 



— Wilson's Sanscrit and 
English Dictionary, éd. by 
Goldstûcker,XVlII,272. 

— J. K. Wilson's Botanical 
features in W. India, XVII, 
277. 

■î— Mrss Young's the Mos- 
lem nobles, XVIII, 313. 

— Varions arabie books, 

XVII, 269-271. 

— Varions books on natural 
history, XVIII, 312. 

— Books on british India, 

XVIII, 313, 315.] 
Boring (A new method of), 

V, 406; — in Fort William, 
by capt. Taylor, VII, 470- 
476; — on tbe sea-bench 
at Madras, by T. G. Taylor, 
XIV a, 183-186. 

Botany of S. India (Contri- 
butions to)y by lient. R. H. 
Beddone, XXII, 70-76; 
XXIII, 37-59. 

Botany (Contributions to in- 
dian), byR.Wight,V,l-15, 
309-313 ; — Dr. Wight's 
illustrations, VII, 269,478; 
XI, 372, 386 ; — Dr. 
Wight's proposed work, 

VI, 469-473. 

Botany and natural history of 
thchimalayan mountain. by 



C. J. Forbes Boyle, XI. 

306. 
DE BouRZB*s Dictionnaire u- 

mou! français, XXIII, 111- 

115. 
Brahmanism (the origin of}. 

by maj. H. Congreve, XXII, 

274-294. 
Brain (On the] of the Negro 

compared wilh that of the 

Europaean and Orang-Ou- 

tang, by Dr. Fr, Tiede- 

mann, VII, 187-192. 
Bridges (comparative cheap- 

nes of large and small}, IX. 

146-148. 
Bridges (On the construction 

of suspension], bycapt. G. 

Underwood, VII, 117-122 : 

VIII, 347; — by Lieut. 

C. C. Johnston, VIII, 329- 

333. 
Bridges, vid, Sivamundrani. 
Brine spings of Cheohire, by 

A. B. Northcote, XX, 104- 

116. 
Buddhism, vid. Ordination. 

Siamese. 
Buddhists (Traditions concer- 

ning the migrations of), by. 

Rev. B. Schmid, V, 229- 

231. 
Buddhist sculptures at Masu- 



— 9 - 



lipatam, by maj. II. Con- 
gre ve, XXII, 44-45. 

Burmese coins (on) ,XIX, 268. 

Burmese, vid. Ordination. 

Cairns (the) of Tinnevelly, 

by Rev. J. T. Kearns, XXI, 

27-30, 
CalotropUy vid, Mudar. 
Caps for musketry (percus- 
sion), III, 154. 
Carboniferous sti^atunis at 

Baypour near Calicut, by 

Lient. Newbold, XI, 239- 

243. 
Cassia ^i/rma/ini (Notice of), 

by R. Wight, VI, 71-74. 
Cassia lanceolata (notes on), 

by N. Wallich and R. 

Wight, V, 352-362. 
Cast ironin China (Early use 

of), XIII, 217-218. 
Castes (An historical account 

ofthe), VII, 478. 
Catholic books, i^id, Telugu. 
Ceded districts (account of 

the), by Lient. Newbold, 

X, 109-131. 
Celtic or Scythian vestiges 

in the Carnatic (supposed), 

by the Rev. W. Taylor, 

XIV b, 78-97. 
Cemetery (An ancient) at 



about 11 m. N. W. of Ma- 
dras, VIII, 346-347. 

Ceylon, vid, Entomology, 
Garaboge tree. 

Channel, vid, Pamban. 

Chantry, i^irf. Munro. 

Chemical tests, by Lt. Brad- 
dock,X, 270-359. 

Cheohire, c/rf. Brine. 

China, vid. Cast iron. 

Chinese feast to disembodied 
spirits, by Lieut. T. J. 
Newbold, VI, 255-263. 

Chintamani (The tamil epic), 
by the Rev. P. Percival, 
XVIII, 43-49. 

Christians, vid. Malabar, Sy- 
rian. 

Chromate of iron (Trade in), 
V, 421-422. 

C/iunan (Solidifying or indu- 
ration of), by Lieut. Brad- 
dock, III, 97-100. 

Clnchona or Bark-tree, XVII 
b, 208-242. 

Cinghalese plants (New), 
XVIII, 102-110,273-276. 

Cipher. Time of moon, by 
Goday Vencat Juggarow, 
II, 369-380. 

Coal and Minerai resources 
of India (Report of a Com- 
mitee forinvestigaling the). 



— 10 



VIII, 153-197; XI, 355- 

371. 
Coal at Kotah, XVII b, 261- 

265; by Ph. W. V^all, 

XVIII, 256-209 ; — at Nel- 

lore, XVIII, 291-293; — in 

Scinde, XIX. 142. 
Coal, vid, Carboniferous. 
Cobra, vid. Naga, Venom. 
Coin and currency in ancient 

and modem times, by H. 

King, XXI, 62-117. 
Coin, vid, Burmese, Greek, 

Roman. 
Coleoptera, vid, Entomology. 
Colony, vid, Africa. 
Colours, vid. Dark, Red. 
Comet, vid, Halley. 
Communication (on impro- 

ving internai) inthe Carna- 

tic, IX, 78-89. 
CongUj vid, Kongu. 
Convolvulaceœ of India, by 

G. Walter - Arnott, and 
observ. by Wight, V, 15-23. 

Cooling the air of rooms in 
tropical climates, by prof. 
P. Smith, XXI 309-327. 

Coorroo (the), the migratory 
races of India, by E. Bal- 
four, XVII. a, 4-9. 

Copper, vid, Vellore, Ores, 
Syrian. 



Correspondence, V. 428-432. 

Corundum pits, vid. Gold. 

Cotton (cultivation and labor 
of), byR. Wight, VI, 79- 
111 ; — by J. M. Healh, 
XI, 178-184;— XV1II,110- 
130, 294-295. Vid. O'il 

Courtellum (flora of), by R. 
Wight, II, 380-391; III, 
64-96 ; IV, 57-66. 

Cows (Unprimitiveness of ihe 
Hindu vénération of),XXlII, 
140-141. 

Crombech (A remarkable) 
near Pullicondah, by capt. 
Congreve, XllI, 47-51. 

Crystals, vid. Artificial. 

Crystalline limestone (Occur- 
rence of) in the district of 
Coimbatore, byH. F. Blan- 
ford, XIX, 60-64 ; — in the 
vicinity of Trichinopoly, 
by W. King, XX, 272-273. 

Cucurbitacea ( Fru it of the) , by 
R. Wight, XIl, 43-54. 

Cumbaucum droog near Ma- 
dras (A visit to), by col. 
Monteith, IV, 134-138 ; — 
on the table land of, a letter 
from. capt. J. F. Smith, 
IX, 311-312. 

Currency, vid. Coins and 
Currency. 



— 11 — 



Cyclone (A)atNellore, 2 nov. 
1857, by Lieut. J. Mallins, 
XIX, 65-70, — at Cuddapah, 
by Lieut. E. Heraery, XIX, 
70-71. 

Dsemia extensa (the), as an 

antidote for snakebite, XIX, 

267. 
Dark races of mankind (on 

ihe fonction ofthe colouring 

matter of the skin in the), 

byR. M. Glover, XII, 175- 

181. 
Dent du Midi (Fall of a part 

of), V. 420-421. 
Dcvotees, vid, Maun Bhows. 
Diamonds, vid. Gold. 
Dip, vid, Needle. 
Distances (Estimating of) at 

sea, II, 338-343; III, 57- 

59, 141-142. 
Districts, vid. Ceded Districts. 
Dowlatabad (Statistics of the 

Circar of), by W. H. Brad- 

dley, XV, 481-551. 
Ch. DnEW (obituary), XIX 

146-147. 
Drugs„ vid. Mishme, Pucha. 
Druidic antiquities of the S.- 

India, by maj. H. Congreve, 

XXII, 205-212. 
Dukhan (On a portion of), by 



Lieut. Col. W. H. Sykes, 
VI, 344-374; — Statisti- 
cals ofthe four coUector^tes 
of Dukhun, IX, 150-193, 
391-450. 
Dunes (Notice of river) on 
the banks ofthe Hogri and 
Pennaur, by lieut. Newbold, 
IX, 309-310. 

Earthquake at Ganjam, VI, 
246 ; — in Guntoor, July 
1859, by J . W. B. Dykes, 

XXI, 165-166; — at Nan- 
digama, XXII, 295; — in 
Salem, by H. G. Smith, 

XXII, 139-142 ; —in S.- 
India, by T. J. Knox, XXI 
340-342 ; — in Travancore, 
11 aug. 1856, by J. A. 
Brown, XVII b, 109-113 ; 
by Theroo Canacasaby Moo- 
delliar, XVII b, 113-114. 

Earthquakes , by B. W. 
Wright, I, 104-111. 

Education of natives in India, 
byA. D. Campbell, E. Bal- 
four and olhers, I, 350- 
359; III, 101-115; XVI, 
380-400. 

Elanus melanopterus (Struc- 
ture and habits of the}, by 
B. H.Dodgson, VI,75-78. 



— 12 — 



Electric fluid at Palaveram 

on the 1*^' nov. 1840, by T. 

G. Taylor, XI, 393-394. 
Electro-magnetic motors,VII, 

181-186. 
Eléphants (Method adopted in 

the Coimbatore district for 

catching wild), by capt. D. 

Hamilton, XIX, 58-60. 
Entomological cabinet (an), 

by lient. H. P. Hawkes, 

XIX, 249-251. 
Entomological papers, by J. 

Nîetmer,XVII b, 171-202; 

-^Ceylon coleopteraf XVIII, 

50-63. 
Entomology of the Himalayas 

andof India, byRev. F. W. 

Hope,XII, 105. 
Ethnography of Bellary, by 

E. Balfour, XVII, 10-20. 
Europaean, i^id, Brain. 
Europe, i^id. Buddhists. 
Evaporation (Observations 

on) at the Red-Hills near 

Madras in 1844, by lient. 

Ludlow, XIII b, 87-94. 
Exhibitions (Provincial), by 

J. Forbes Boyle, XVIII, 

64-79. 
Expédition, vid. Africa. 

Famine (Notes on the duty of 



Government in periods of), 
by J. F. Thomas, IX, 206- 
220. 

Famine of 1833 (Effects of 
the), by capt. Best, XIII, 
186-195. 

Feast, vid. Chinese. 

Feeding-apparatus (A self) 
for an aviary, by lieiil. 
H.P.Hawkes,XXl,61-G2. 

Festivals, vid, Holidays, Mu- 
hurrum. 

Fishes (Fresh waterj of S.- 
India, by T. G. Jerdon, 
XV, 139-149, 302-346. 

Fishes, vid. Ichthyology. 

Flint, i^id. Gold. 

Flora, vid. Himalaya. 

FoRBES Boyle (J.) (Obil.), 
XX, 145-146. 

Fossil remains of mollusks, 
etc., V, 403-405. 

Fossils at Hingolee, by capt. 
G.W. Gray,VlI, 477-478. 

Fossil-wood sandstones at 
Trevicary near Pondicherry 
(Geological âge of),byH.F. 
Blanford, XX, 47-52; — 
Fossiliferous beds near 
Pondicherry and in South- 
Arcot, by G. T. Kate, XII, 
37-42 ;Xni, 147-153; 211- 
211?. 



— 13 — 



Fossils, vid. Sevalik, Sivathe- 
rium, Monkey. 

Fossils of ihe Eastern portion 
of the great basaltic district 
of India, by John G. Mal- 
colrnson. XII, 58-104. 

Fund, vid. Oriental. 

Galvanism (On the change in 
ihe chemical characler of 
minerais induced by), by 
R. W. Fox, V, 423-424. 

Ganiboge tree (the) of Geylon 
by R. Graham, V.300; VI, 
236-245; VII, 467-470. 

Gang robbers, vid. Phausi- 
gars. 

Garcixdk Ta.ssy. Discours de 
1861, XXII, p. 46-48. 

Gardens, vid, Government. 

Geography (A sketch of tho 
progress of), VII, 442-467. 

Geological desiderata, by 
Lient. Col. T. J. Newbold, 
XI, 245-250; — geological 
papers in the Madras Jour- 
nal of />. and Se, by ¥,. 
G. Balfour, XXI, 158-164; 
— advancement of geolo- 
gical science in India, by 
capt. J. Campbell, XI, 78- 
86. 

Geology through the N. Cir- 



cars in the year 1835, by 
P. M. Benza, V, 43-70; — 
of the Hiroalayan moun- 
tains, XI, 323-343; — of 
Cutch, by C. W. Grant, 
XII, 309-371; — of the 
Bombay islands, by R. D, 
Thomson, V, 159-178; — 
of Bangalore and some olher 
portions of Mysore, by John 
Clark, IX, 89-121 ; — bet- 
ween Ilayderabad andXag- 
pur, by J. G. Malcolmson, 
IV, 194-218;— ofMaduca, 
Trichinopoly, Tanjore and 
Porthacota, by Rev. D. 
Muzzy, XVII b, 90-102; 
— between Madras and the 
Neilgherry Hills, by P. M. 
Benza,IV, 1-27; — ofNeil- 
gherry Hills, XXII, 226- 
259; — of S.-lndia, by J. 
Malcolmson, I, 329-342; by 
lietit. Newbold, XI, 126- 
143; by lient. R. Baird 
Smith, XI, 315-323; — of 
Thayet Myo, by J . Ban- 
king, XXI, 55-59; — in the 
province of Auckland , 
New. Zealand, l)v Dr. F. 
Hochstetter, XXI, 113-153. 
Gingy Fort (a description of 
the buildings in the), by 



— 14 — 



capl. E. A. Foord, XXI, 
348-354. 
Gold, Manganèse, Flint, Go- 
rundumpits,and Dîamonds 
Mines, by J. Newbold, XI, 
42-51 ; — Gold mines in 
ihe province of Malabar, 
XIV a, 154-181. 

Gold, vid, Auriferous. 
Gonds (LangiKLge of the), XIII 

a, 216-217; XVI, 33-54. 
Good Hope (Hints regarding 

the cape of), III, 127-140. 
pQsawees or Gosaeens{Oï\ the 

customs of), by J. War- 

den, XIV a, 67-76. 

Governement garden at Oo- 
tacamund, XVIII, 297- 
303. 

Grafting (Suggestions for a 
new application of), by R. 
Wight, III, 26-32. 

Grains, vid. Priées. 

Grants, vid. Inscriptions. 

Graphite in Tinnevelly and 
Travancore, XIII a, 215- 
217; — in Kumaon and 
Travancore, by of Forbes 
Boyle, XVII b, 257-264, 
295-297. 

Greek pottery (a fragment of), 
from the Afghanistan, XIII 
a, 154-156. 



Griffith (Biogr. of W.), XIV 

a, 187-197. 
Gunpowder (Analysis oflhe 

residuum of fired), by J. 

Braddock, III, 1-8. 
Gutta(Remarks on Camhogia), 
. byR.Wight, IX, 121136. 

Rob. Hall (obits), XVIII, 

164-165. 
Hallky's cornet, by T. G. 

Taylor, 1,164-165; 111,59- 

64; — by J. F. W. Her- 

schell, III, 437-439. 
Hamadryas ophiop/tagus, XI, 

391-393. 
Health oftroops in India, XV, 

201. 
Heaven (South) Survey al 

Madras, by N. Pogson, 

XXIII, 85-95. 
Heights, vid, Himalaya, Neil- 

gherries. 
HimalayaandCashmere Flora, 

(rev.) by J. F. Boyle, l, 
316, 329. 

Himalayas (Heights of the), 
XVII, 304; — snowypeaks 
hitherto measured, by R* 
Schlagintweit and coI.Wal- 
ker, XXIII b, 140-152. 

Himalayas , vid. Entonjo- 



— 15 — 



Hindustani dictionary (Pro- 

posedenglishand),VI, 247. 
Hogri, j'/rf. Dunes. 
Holes inglass (Drilling), III, 

154. 
Holidays and festivals (Hin- 

du),byVenkelrow, 1,15-24. 
llorticultural Society, vid. 

Transactions. 
Human body, vid, Anatomy. 
HuMDOLDT (Report on a letter 

from M. A. de), VI, 224- 

236. 
Hurriallee grass (Cultivation 

of), byCol. Reid, XV,477. 

481. 
Hydrabad(N. and £.), statis- 

tical report, by Dr. Walker, 

XVI, 182-235. 

Ichtbyological gleanings in 
Madras, by T. G. Jerdon, 
XVII a, 128-151. 
Impatiens (The Genus) from 
Anamallay Hills, by iieut. 
H. Beddome, XX, 66-75; 
XXI, 50-60. 
Imphi^ vid. Sorgho. 
Indexes, III, 160-161; XVII b, 
289-293; XVIII, 322-325; 
XIX, 283-289; XXI, 158- 
164, 385-388; XXII, i-ii; 
vid. Geological. 



Indigo (Gullivation and ma- 
nufactures of) by Macfadyen, 
VIII, 197-202. 

Infusoria (Fossil) by prof. 
Ehrenberg, VII, 148-162. 

Inscriptions (Hindu), by W. 
EUiolt, VII, 193-232; — 
note on an ancien hindu 
granl, by \V. Elliott, XI, 
302-306; Xril a, 115-146; 
XIII b, 1-16; — ncar ihe 
Varaha temple at the seven 
pagodas, XIII b, 36-47; — 
vid. Syrian. 

Instructions and questions, I, 
44-53. 

Instruments, wW. Kater's,Me- 
teorological. 

Irish emigrants, poetry, engl. 
and lat., by A. J. A., XV, 
552-553. 

Iron and steel (on Indian), by 
J. M. Heath, XI, 184-192. 

Iron, vid. Gasl, Ghromale, 
Latérite, Ruet, Sweden. 

Island, vid. Laccadive, Siva- 
mundram. 

Jains (Note on the state of 
the statues of the), by lient. 
T. J. Newbold, XI, 306- 
310. 

Jangams (Essayon the crced, 



— 16 — 



customs, and littérature of 
the), by G. P. Brown, XI, 
143-177; XII, 271-291. 

Java, vid. Sumatra. 

Jetty (proposed) over the surf 
at Madras, XVill, 133-135. 

Jews and Syrian Ghristians 
of the Malabar coast (An- 
cient copper documents of 
the), by H. Gundert,XIII a, 
115-140. 

Jews of Gochin (Analysis of 
the grant in possession of 
the), by F. W. Ellis and 
H. Gundert, XIII b, 1-17. 

Jcypore, vid. Parvatipore. 

Journal, wV£. Archipelago, Pe- 
riodics, Transactions. 

Jupiter Planet, by T. G. 
Taylor, II, 165-166; — its 
mass, IV, 131-133. 

Karcns (Yoon-tha-lin), note 
on, by capt. W. G. Stoll, 
XXII, 52, 67. 

Katei^s (Gapt.) altitude and 
azimuth instruments, by 
lient. J. Campbell, VI, 137- 

142. 
Kerala Mahatniya, by the rev. 

H. Gundert, XIII b, 97- 

105. 
Khoonds(Language, Manners 



and Rites of the), by MM. 
J. A. R. Stevenson, \V. G. 
Maxwell, and Rev. W. 
Taylor, V, 17-46; VII, 89- 
103. 
Kistnab (Unsurveyed country 
on the), by capt. Nelson, 

XXIII b, 128-139. 
Kongudifrariijiikkal^ transi, by 

W. Taylor, XIV, 1-66. 
Kolies, vid, Mhadeo. 
Kota vocabulary, by Rev. F. 

Metz, XX, 1-46. 
Kummemmet iStatistical re- 

port on the sircar of), by 

Dr. Walker, XVI, 179-181. 
Kurkhi (The site of, VU, 

379-381. 

Laccadive islands (description 
of the), by W. Rohinson. 
XIV b, 1-46 ; — manage- 
ment during Fusli 1268 of 
fîve laccadive islands, by 
E. G. Thomas, XXI, 248- 
264. 

Languages (Original and deri- 
ved) by Rev. B. Schroid, 
IV, 121-127; — an essayof 
the relationship of lan- 
guages and nations,by Rev. 
B. Schmid, V, 133-158; - 
the study of living lan- 



17 — 



guages, by Col. A. Cotton, 
XVIII, 214-253. 

Languages, vid, Batta, de 
Bourzes, Gonds, Hindus- 
tani, Khoonds, Kotas, Lin- 
guals, Malayan, Mylay, 
Payanur, Persian, Tamil, 
Telugu, Tersai, Toda, 
Transcription, Vemana. 

Latérite (the) or îron clay in 
India, by R. Cole, IV, 
100-116; —in Beder, by 
T. J. Newbold, XI, 244- 
245 ; — on the latérite for- 
mation, byJ. Clark, VIII, 
334-346. 

Laurus Cassia, by R. Wight, 
IX, 121-135. 

Law (native) in the Courts of 
the Madras Presidency, by 
J. Dawson Morync, XXIII, 

1-36. 

Laws of Siam, ms. in Madras, 
XXIII, 105-111. 

Lead Ores in Cuddapah dis- 
trict, by P. W. Wall, XX, 
279-304. 

Léo, vid, Armenia. 

Lepidoptera (A method for 
preserving duplicates of), 
by Lient. H. P. Hawkes, 
XIX, 251-252. 

Light(VelocityoO.II,290-297. 



Lighthouse of Madras (Mir- 
rors in the), by capt. J. F. 
Sraith, IX, 273-286. 

Lightning (Effects of), XV, 
351-352. 

Limestone, vid, Crystalline. 

Linguals (Origin of the sans- 
krit), by G. Bûhler,XXIII, 
116-136. 

Loonar (Natron lake of), by 
G. Smith, XVII b, 21-56. 

Mackemsie(CoL) (biogr.), Il» 
262-290, 354369. 

Mackensib mss. (Reports on 
the), by W. Taylor, Vil, 
151, 277-378; VllI, 1-80, 
215-305; IX, 152, 313- 
376, 452; X, 1-42,388-432; 
XI, 80-125; Xllla, 57-115; 
XIV b, 112-159; XV, 173- 
190; XVI, 55-101; XVII, 
277: 

Magnesite (note on the), IV, 

232-234. 
Magnetic Dip and Intensity 
at Madras, by T. G. Tay- 
lor, (rev.) VI, 220-224; — 
magnetic force in S. -India 
(Direction and Intensity), 
by Thomas Gl. Taylor and 
John Caldecott, IX, 221- 
272. 

2 



— 18 



Magnetic survey (Progress 
of), by R. and H, Schla- 
gintweit, XX, 332-356. 

Mahommedan, (^eW. Achin,Mo- 
hurrum. 

Mahratta Bramines (Macken- 
sie mss.), by G. P. Brown, 
XIII, 94-97. 

Malabar country (Sketch of 
the Southern), byA. Turn- 
bull Ghristie, IV, 185-193. 

Malabar coast christians, by 
ven. arch. Robinson, 1,7- 
13, 94-104, 257-269, 342- 
350. 

Malacca (Lient. Newbold on 

the straitsof), VII, 269-271. 
Malay tapir (the), VI, 247. 
Malayan mss. and books(Note 

on), by Lient. Ne\vbold,VII, 

78-88. 
Malayan Peninsula (Sketch 

of), by lient. Newbold, VII, 

52. 
J. Malcolm (Sir) (biogr.), I, 

167-169. 

Mamrnalia in the southern 

Mahratta country, by W. 

Elliot, X, 92-108, 207-233. 
Mammalogy of the Hinialayas, 

by W. Ogilby, XII, 139- 

171. 
Manar, vid. Pamban. 



Manganèse, vid, Gold. 

Manuscripts (Oriental) in Eng- 
land, XII, 291-292 ; - 
report of a committee ap- 
pointed to examine some 
native mss. , XIV b, 97-111. 
— vid, Mackensie, Malayan, 
Sanskrit. 

Mariners of the Cororaandel 
Coast (Native), by Capt. 
H. Congreve, XVI, 101- 
104. 

Marrîages (early) of the Hin- 

dus, XXIII, 139-140. 
Masulipatam, vid. Buddhist 

sculptures. 
Matter(colouring),.«V/. Dark, 

Red. 
Maun Bhoi\'s{xïie) on thebiack- 

clothed mendicant devolees, 

by capt. A. Mackintosh, 

III, 9-26. 
Measures, vid, Weights. 
Médical school (the Madrasi, 

VII, 265-269. 
Mendicant, vid, MaunBhows. 

Métamorphoses, vid, Musqui- 

toes. 
Meteor at Madras, XIII, 165; 

XIV b, 159-169. 
Meteoric showers of nov. 

1836, by D. Olmsted, VII, 

163-177. 



— 19 — 



Meteoric stones, XIII b, 164- 
165; XVIII, 130-133. 

Meteorological instruments 
and instructions, by A. Turn- 
bull Christie, 11,41-70; — 
instructions for marking 
and régis te ring meteorolo- 
gical observations, V, 196- 
210 ; — meteorological cur- 
ves, by maj. Jacob, XVII 
1», 267-268. 

Meteorological observations 
at Bangalore, 1860, XXII, 
296-322; at Merkara in 
Goorg, by R. Baikie, VI, 
342-343 ; — in the Ghâts 
of S.-India, by col. Sykes, 
XII, 371-374; — on the 
Goomsoor mountains, by 
lient. J. Campbell, VI, 295- 
299 ; — at Hoonsoor, in My- 
sore, VI, 159, 340-341; 
VII, 146-147, 416-417 ; — 
at Madras, I, 39, 119- 127, 
199-205,277-281,363-369; 
II, 98-104, 180-190, 303- 
313, 392-398; III, 65-71, 
147-153; IV, 235-240; V, 
214-217, 315-318, 434-437; 

VI, 158,251-254,474-477; 

VII, 144, 273-276, 413, 
480-482; VIII, 211-214, 
397-402; IX, 198,202-205, 



453, 455-458 ; X, 201, 203- 
206, 442, 444-447; XI, 201- 
205,395,398-401;XIl,187, 
189-192, 376, 378-381; XV, 
195-196, 394; XVII a, 
158-159 ; XVII b, 127-130, 
287-288; XVIII, 173-174, 
318-320; XIX, 160-162, 
280-282; XX, 177-178,379- 
380; XXI, 233-234, 381- 
382; XXII, 199-204, vij- 
xiij; XXIII, 158-182 ;XXin 
b, 153-178 ; — at Manan- 
toddy, I, 38; — at Moul- 
mein, by J. Dalmehoy, 
VI, 47-55; — at Roya- 
cottah, by Lieut. Camp- 
bell, VII, 418-424; — at 
Trivandrum, by J. Calde- 
cott, VI, 56-59, 159; VII, 
145, 414-415; IX, 199- 
201, 454; X, 202, 442; 
XI, 396-397; XII, 188, 
377. 

Meteorology of Bombay, by 
col. Sabine, XIII b, 106- 
116 ; — of the plains and 
mountains of N.-W.-India, 
XI, 343-355; — of S.-In- 
dia, IX, 451; — ofS.-Afri- 
ca, V, 393-399. 

Mhadeo Kolies (An account 
of the Tribe of) by capt, A. 



-20- 



Mackintosh, V, 71-112,238. 

279. 
Microscopic objects (Photo- 
graphie delineation oO,by 
lieut. J.Mitchell, XXI, 10- 

16. 

Migration, vid. Goorroo. 

Mineralogy of Neilgherry 
hills, XXII, 226-259. 

Minerais of Geylon, XV, 202- 
203; — from S. India, XII, 
16-30; — sfid, Artificial. 

Mines, t^irf. Amber, Antimony, 
Ava, Béryl, Gold. 

Mirrors, vid. Lighlhouses. 

Miscellanea, lU, 154-159. 

Mishme Teeta and Pacha pal 
(Notes on the drugs called), 
by N. Wallich and W. Tin- 
ning, V, 347-352. 

Mohurrum (Origin and Gere- 
monies ofthe), by Mahomet 
Tippoo, II, 315-335. 

Mollusca (Pelagian) collecled 
in a Voyage from England 
to Madras, by W. Traill, 
XVII b, 147-165; — i^id- 
Fossils. 

Monkey (A fossil) from the 
tertiary strata of the Seva- 
lik hills by P. T. Gautley 
and H. Falconer,Xll,304- 
309. 



Monogram (Gompany's),XlX. 

267. 
Moon, piW. Arisurchus, Ci- 

pher. 
Mortar (Induration of), ^• 

36-39. 
Moths and Bées, XIX, 110- 

116. 
Mulberry tree (the) and ihe 

silk, XVIIl, 305-306. 
Mounds (Note on ceruinjofa 
scoriaceous characterfound 
near Bellary, by R. Cole, 
VII, 130-133. 
Mud, vid. Narrikal. 
Mudar {Calotropis procera), 

by R. Wight, II, 70-86. 
MuNRO (Gol. Th.) (Biogr.), 1. 
166-167 ; — Ghantry's sU- 
tue of him, XIII a, 174- 
177. 
Music, vid. Airs. 
Musketry, vid, Gaps. 
Musquilo (Metomorphosesof 
the), by W. Gilchrisl, IV, 
128-130. 
Musquitoes (How lo getrid 

of), XVIII, 304-305. 
Mijlay (Meaning ot theword). 

XIX, 267. 
Myrtacea, vid. Pomegranate. 
Mythical notes, vid. Antiqua- 



rian. 



— 21 — 



Naga or Cobra capello (On a 
new species of), by W. 
EUiot, XI, 39-41,390. 

Nagpore, vid. Bhonsla. 

Narrikal, or mud bank, by 
Fr. Day and lieut. T. Mit- 
chell, XXII, 260-271. 

Natron lake of Loonar, by G. 
Smith, XVll b, 1-21. 

Needle (the dip of the) in 
S.-India, by-lieut. S. O. E. 
Ludlow, XIII a, 195-210. 

Negro, vid, Brain. 

Xeîlgherries topography, by 
de Burghe Borch, VIII, 86- 
127 ; — Geology and Mi- 
neralogy, XXII, 226-259; 
— heighls, by capt. G. Un- 
derwood, VI, 303 ; — al- 
tered rocks, by maj. H. 
Gongreve, XXII, 49-51 ; — 
Végétation, by capt. J. Al- 
lardice, IV, 67-73 ;—Sur- 

vey, by capt. J. Ouchter- 
long, XV, 1-138 ; — lists 
of ferras and raosses by 
Rev. B. Schmid, XIX, 79- 
88; — antiquities, inclu- 
ding an inquiry into the 
descent of the Todas, by 
capt. H. Gongreve, XIV a, 
77-146. 
Nelgoondah(Statistical report 



on the Siccar of), by Dr. 

Walker, XVI, 173-178. 
Nellore Gopper ores (Analy- 

sis ofthe), byJ. Prinsep, 

III, 154-155. 
Nepaul agriculture and rural 

economy, by A. Campbell, 

VI, 445-460; — M. Hodg- 

son's zoology, VII, 271- 

272 ; — vid, Scolopacidae . 
Night, by Rev. Th. Halls, 

XV, 195-198. 
Nights, vid. Thousand. 
Notes and Queries, XIX, 266- 

268; XX. 141-145. 
Novara (Scientific expédition 

of the Austrian frégate), 

XIX, 264-265. 
NuUamuUays (An account of 

parts of), by W. King, 

XXIII b, 63-106. 
Numismatic gleanings, by W. 

ElHot, XIX, 220-249; XX, 

75-99. 
Nuth grass in the ceded dis- 
tricts, by R. Wight, II, 

138-146. 

Occultation at Madras, II, 
297-308. 

Oil of collon seed, by M. 
Wayne, XX, 121-122 ; — 
prospectus of wood-oil, by 



— 22 - 



M. Guibourt, XX, 116-121; 
by V..., XVIII, 233-290. 

Oils of S.-India (the), by 
lieut, Hawkes, XIX, 1-57. 

Omar KHAVYâM^s quatrains 
(two mss. of), by J. H. 
Branson, XXIII, 97-105. 

Orang-outang, vid. Brain. 

Ordination of aburmesepriest 
of Buddha, by George Knox, 
I, 25-38. 

Orembourgto Bokhara (Jour- 
nal of the russian mission 
from), transi, by Col. Mon- 
teith, X, 132-168; XI, 52- 
78. 

Ores, vid, Copper, Lead, Nel- 
lore. 

Oriental translation fund, X, 

198-200. 
Ornithology (Jerdon*s), rev., 

XIII, 220-222. 
Oyster, vid, Pearl. 

Pagodas, vid, Seven. 
Palmyra trees (Some) in the 

northern sircars, by Col. 

Bowler, I, 13-15; — note, 

1,114-116. 
Pamban passage in the Gulf 

Manar (opérations for wi- 

dening the channel of), VI. 

111-136, 246; — a machine 



for droping it, by lieut. Con- 
greve, VIII, 328-329. 

Pandya (The Kingdom of), by 
H. Wilson and W. Taylor, 
VI, 142-157, 176-209. 

Parliamentary sanction (Cost 
of), m, 154. 

Parvatipore and Jeypore (Ge- 
neral description of the 
country between), by lieut. 
J. Vertue, XXI, 264-294. 

Passage, vid, Pamban. 

Payanur (legend of) transi, 
from the Malayalim, by 
H.Gundert, XIII b, 11-17. 

Peaks, vid, Himalaya. 

Pearl oyster (on the), by E. 
F. Kelaart, XIX, 89-116. 

Pennaur, vid. Dunes. 

Periodics and Journals, IV, 
185-232 ; V, 159-210, 363- 
427; VII, 148-232, 424- 
476. 

Persia, Tartary and Afghanis- 
tan (Notes on), by Col. 
Monteith, IV, 28-46. 

Persianmetrical composition, 
by lieut. T. J. Newbold, 
V, 113-132; — A brief no- 
tice of some persian poets, 
by ensign. ^nd afterw. lieut. 
Newbold, II, 247-254; III, 
35-47; IV, 74-84; V, 113- 



— 23 — 



132, 232-237; VI, 264- 

279. 
Phausigars or gang robbers, 

by J. A. R. Stevenson, II, 

255-262. 
Phosphorescence of the sea, 

XV, 352. 
Photographie printiiïg pro- 

cess, by capt. Tripe, XVII 

b, 166-170. 
Photography (on a plain or 

waxed paperprocess in), by 

J. Mitchell, XVII b, 71-80; 

— oxymel process in pho- 
lography, by J. Tawse, 
XVIII, 270-272 ; — wV£.Mi- 
croscopic. 

Pier at Madras (Construction 
ofa), XIII b, 52-86 ;XVI1I, 
135-158. 

Planaria (A new species of 
terrestrial), by W. Eiliot, 
XV, 162-167. 

Planet (Dîscovery of a new) 
« Asia », by N. R. Pogson, 
XXII, 100-102 ; — vid. Ju- 
piter, 

Plants (The growths of) wi- 
thoutopen exposure to air, 
by N. B. Ward, Gh. Mal- 
lard, J. Traill, V, 340-346; 

— vid, Acclimating, Ani- 
mai, Botany, Cinghalese. 



Poets, vid, Persian. 

Poison (the) of the Upas an- 

tiar, by prof A. Kœiliker, 

XX, 99-104. 
Poisoning with the seeds of 

Thevetia meriifolia, XIX, 

140-142. 
Pôles (on the pretended fixity 

ofthe),byW.Taylor,XXII, 

67-70. 
Poligars (Outbreak of the S.), 

by G. A. Hughes, XIII b,. 

17-35. 
Pomegranate (the) tobe sépa- 

red from the myrtacea^ by 

R. Wight, XII, 254-261. 

Pondicherry, vid, Fossils. 

Portraits, vid, Stereoscopic. 

Pottery, vid, Greek. 

Preserving, vid. Animal, Ant, 
Lepidoptera, Timber. 

Priées of Indian Grains, XV, 
198-201. 

Priest, vid, Buddhism. 

Proceedings of the Royal So- 
ciety, Vin, 209-214 ; XIX, 
252-256; — of the London 
Geological Society, VII, 
259-263; Vlli, 203-209; — 
of the London Zoological 
Society, VII, 263-264;— of 
the Royal Asiatic Society, 
I, 40-42, 359-362 ; II, 176- 



— 24 — 



178 ; IV, 168-184 ; VI, 461- 
468; VII, 251-259; VIII, 
370-396 ; — of the Asiatic 
Society of Bengal, VII, 236- 
250;-of the Madras Literary 
Society, I, 42-43, 116-118, 
192-198; II, 178-179; III, 
142-148 ; V, 319-330 ; VII, 
233-235 ; IX, 194-197 ; XI, 
192-199, 387-390 ; XII, 181- 
186,374-374; XI» a, 222- 
244 ; XIII b, 166-195 ; XIV 
a, 201-220; XIV b, 173- 
196; XV, 204-218, 352- 
393, 569-588; XVI, 147- 
172, 401-513 ; XVII b, 116- 
122, 277-286; XVIII, 166- 
172, 315-317; XIX, 154- 
159, 274-278; XX, 149- 
159, 359-366; XXI, 166- 
174, 362-370; XXII, 149- 
161, i-vi; — of the Agri- 
horticultural Society of In- 
dia, XIX, 268-271; XX, 
159-163, 366-374; XXI, 
203-231, 370-380; XXII, 
162-190 ; — of the Madras 
photographie Society, XX, 
163-176, 374-378; XXI, 174- 
202, 355-362 ; XXII, 191- 
198 ; — of the Bombay geo- 
graphical Society, XIX, 
256-263; — Ph;)'sikalisch 



Œkonomische Gesellschaft 
zu Kônigsberg, XXII, 271- 
274. 

Prop (The best position of a., 
II, 335-338 ; — on an încli- 
ned place, III, 122-126. 

Proportion (Relative) belween 

circulars bodies and their 
squares, by capt. G. Tay- 
lor, VI, 301-302 ; — vid. 
Anatomy. 
Pucha pal^ vid. Mishme. 

Pulney Hills (Vegetable pro- 
ducts of), by lient. R. H. 

Beddome, XIX, 163-202; 

— p/rf. Varreghe. 
Purana^ vid. Basa va, Vishnu. 
PuRDiE (Obit.), XIX, 142. 
Pytun (Statistical report of 

the sircar of), by Dr. Brad- 

ley, XVI, 235-379. 

Queries and notes, XIX, 266- 
268 ; XX, 141-145. 

R'a (on the power of the tamil 

letter),by Rev. T. Foiilkes, 

XXI, 1-10. 
Races, vîd. Coorroo, Dark, 

Negro, Saxon. 
Radiata, order, XX, 122-140. 
Raft for saving shipwrecked 

persons, VIII, 327-328. 



— 25 — 



Railway (Line selected for the 
Madras), by Col. T. T. 
Pears, XIX, 71-79. 

Rain Guages and Registry of 
river frabes. by capt. Best, 
XIII a, 178-185 ;-- for Ihe 
province of Madura, by W. 
H. Bayley, XVII b, 203- 
208. 

Rain in oct. 1861, XXII, 323- 
324. 

Râmnâd (Account of the pro- 
vince of), from the Macken- 
sie Collection, V, 371-393. 

Ramoossies (History of the) in 
the Sattarah ttîrritory and 
in Poonaand Ahroednuggar, 
bycapt.Alex.Mackintosh, I, 
126-159, 206-243, 282-316 ; 
II, 1-40, 105-137, 191-246. 

Rasorial birds (on two new 
gênera of), by B. H. Hodg- 
son, V, 300-306. 

Red Colouring matter of the 
sea round the shores of the 
. Island of Bombay, XXI, 
153-158. 

Réservoir, i^id. Aden. 

Rhinocéros (A supposed new 
species of), XIV a, 181-183 ; 
— rhinocéros Oswelli, XIV 
b, 169-170. 

Rise (An extraordinar)') in the 



Kistnain July 1859, by W. 

Knox, XXI, 164-165. 
Robbers, vid, Phausigars. 
Roman coins discovered in 

the Coimbatore District, 

XIII a, 212-215;— roman 

gold coins discovered at 

Madura, by R. D. Parker, 

XVII b, 114. 
Roofs, vid, Syrian. 
RoTTLER, Dr. (Biogr.), by 

Rev. T. Foulkes, XXII, 1- 

17. 
Rust (tron preserved from), 

by J. Prinsep, I, 270-273. 
iîyo^M'ar (notes on), by John 

F. Thomas, IX, 53-78. 

Sails, vid. Steams. 

Saltpetre, 1, 182-189, 190-191. 

Sand-Binding plants of the 
Madras Beach, by Hugh 
Cleghorn,XVIIb, 85-90. 

Sanskrit mss. in Madras, by 

G. Bûhler, XXIIl, 72-85. 
Sarawack (Extract from M. 

H. Low's work on), XIV b, 

172-173. 
ScHLAGiNTWEiT (Last Joumcy 

anddeathof Ad.),XX, 304- 

332. 
ScHMiD, Dr. B. (Obit.), XIX, 

143-146. 



— 26 — 



Science (Brilish association 
for the advancement of), 
iîsst meeting, V, 423; — en- 
couragement to science, by 
the East India Company, 
V, 400-401; — report on the 
State of science, X, 432 ; — 
research in sciences, X, 
433-437. 

Scientifîc Mission to India 
XIX, 137-140. 

Scolopacidœ of Népal, by B.H. 
Hodgson, V, 410412. 

Scoria, vid, Mounds. 

Scythic, vid. Gellic. 

Scorpions (Eflect of the sting 
of), XVIII, 304. 

Sculptures, vid. Buddhist. 

Sea (Report upon the run of 
the), by T. G. Taylor, IX, 
135-146 ; — vid. Appea- 
rance. Distance, MoIIusca, 
Phosphorescence, Red. 

Sects, vid, Tengala. 

SeIections,VI, 344-460. 

Seringapatam climate, I, 269- 

270. 
Serpent, vid. Naga. 
Sevâlik hills (Structure and 

Fossils of), by P. T. Caut- 

ley, XII, 292-309 ; — i^iVf. 

Monkey. 
Seven Pagodas (A Guide to 



the), by lient. J. Braddock, 
Rev. W. Taylor, and W. 
G. Mahon, XIII a, 1-56; 

XIII b, 36-47. 
Shipwrecks, vid. Raft. 
Ships, vid, Steam. 

Siamese(Code,Historicalmss. 
and the progress ofBud- 
dhism among the),by lieot. 
T. J. Newbold, VI, 1-16; 
— vid, Laws. 

Signatures in the grantof the 
Syrian Christians, byprof. 
Lee and major Rawlinson, 

XIV a, 197-198. 

Silk worm (New species oï\, 
XVII, 268-269. 

Silk, vid. Mulberry. 

Silver (On assaying), bylieul. 

Braddock, III, 72-84. 
Sinai (A visit to) and a geolo- 

gical sketch of it, by capt. 

Newbold, XIV b, 47-73. 
Sivasamudram (Island and 

bridge of) in the Caveri, 

by Râmâswâmimûdaliar, I, 

83-94. 
Swatherium giganteum^ a new 

fossil, by Hugh Falcon and 

capt. P. T. Gautley, IV, 

219-229. 
Skin, çid. Dark. 



- -?? - 



Slavery in S.-India by A. D. 

Carnpbell, I, 243-255. 
Sraell (Delightful) on approa- 

ching tropical lands from 

sea, V, 422. 
Snake, wW. Daemia, Naga. 
Societies, ^id. Proceedings. 
Solar System (motion of thc) 

in space, VU, 387-399. 
Soldierâ discharged from the 

Madras army (Number of), 

by E. Balfour, XV, 554- 

568; — wrf. Health. 
Sondur (the Valley of), by 

lieut. Newbold, VIII, 128- 

152. 
Sorgho and Impin (On the 

culture of),byM. Perrottet, 

XXI, 298-308. 
Spécifie gra\ities of aqueous 

vapour, dry air, and satu- 

rated air, by lieut. Camp- 
bell, VII, 126. 
Spells, vid, Telugu . 
Spirits, vid. Ghinese. 
Springs (Thermal) of Galwa 

and Mahanandi in the Kur- 

nool province, by capt. 

Newbold, XV, 160-162 ; — 

vid, Brine. 
Stalagmitis gambogioides y by 

R. Wight, IX, 121-135. 
Stars (On the height, motion 



and nature of shooting), by 
M. Quetclet, VII, 177-181; 
— discovery of two new 
variable stars by N . R . Pog- 
son, XXIÏI, 95-96. 

Statistical and geological me- 
moir (A) of the country 
from Punah to Kiltor, by 
J.Bird, VI, 375-389. 

Statistics, vid. Aurungabad. 
Dowlatabad , Hydrabad , 
Kummemmett , Dukhun , 
Nelgoondah, Pylun, Varra- 
gherrhies, Yelgunthal. 

Statues, vid. Jaîns. 

Steam power (Application of 
low) to ail vessels instead 
of sails, XII, 227-254. 

Stereoscopic portraits, by 
lieut. L. Paxton, XVIII, 
253-256. 

Stocks (Dr.), (Obit.), XIX, 
271-274. 

Stone implements in Madras 
and N. Arcot, by R. Bance- 
Foote, XXIII b, 1-42. 

Storms (Theory ofj, Marine 
barometer, I, 169-179 ; — 

the law of storms, by T. G. 
ïaylor, IX, 376-390 ; — on 
bail storms in Gochin and 
Travancore, by lieut. gen. 
GuUen, XXI, 328-339; — 



— 28 — 



storm of the 30 oct. 1836 
(observations at Madras du- 
ring the), by T. G. Taylor, 
V, 211-213; — at Madras, 
the 20 oct. and 25 nov. 
1846,by J.J. Franklin,XlV 
a. 146-151 ; — at Bombay, 
the 5 april 1848, by Col. 
Sykes, XV, 201-202 ; — of 
the 20 nov. 1856, by major 
Jacob, XVII b, 115; by H. 
Cleghorn,XVIIb, 123-125; 
— at Chicacole,3aug. 1858, 
by M' Thornhill, XX, 356; 
— at Tranquebar^ 23 april 
1859, byM.W^.Cadell, XX, 

357. 
Strigine family (A new genus 

in the), byBr. H. Hodgson, 

V, 23-25. 
Strychnos (the), nux vomica^ 

and the false Angustura, by 

W. 0. Shanghnessey, V, 

365-367. 
Sugar, vid, Aska. 
Sumach (The american), by 

W. Hamilton, V, 363-365. 
Sumatra and Java (Relation 

of Continental India with), 

by W. Taylor, XVI, 104- 

146. 
Surf (Theory of the Madras), 

fropi 8 observations of20 



groynes, by rapt. J. Ker- 
kennic, XXI, 342-348;- 

vid. Jetty. 

Surveys (Origin,progressand 
présent state of the) in In- 
dia, by capt. Th. B. Jervis, 
VII, 424-441. 

Sweden (New iron mines 
in), III, 154. 

Sympiesometer as a marine 
instrument, by lieut. R. B. 
Smith, VIII, 305-326. 

Syrian Roofs, by M..., Ill, 
115-116; — by G. Un- 
derwood, VII, 381-387. 

Syrian and Jewish copper pla- 
tes of Malabar, by H. Gun- 
dert, XIII a, 115-146; by 
Kookel Keloo Nair, XXI, 
30-35; — vid. Signatures. 

Syrian church in China^ XIH, 
219. 

Tamil, pid, Beschi, de Bour- 

zes, Chintaroani. 
Taming, vid. Horse. 
Tamoul, vid, Tamil. 
Tapir, QÎd, Malay. 
Tartary, vid. Persia. 
Taxidermy, XXII, 335-348. 
Tea (Cultivation of), by H 

Cleghorn, XXII, 142-148; 

— tea-plant in Assaro, by 



— 29 — 



A. de Candolle, V, 413-416; 
by J. Mac-Clelland, VI, 
423-444; by W. GrifiBth, 
VIII, 348-369; — Report 
on tbe manufacture of tea 
in Assam. by C. A. Bruce, 
X, 169-198. 

Teak forest over the Anamul- 
lay mountains,.by capt. F. 
C. Cotton, XVIII, 80-102 ; 
— a concrétion in teak 
trees: query, XIX, 268; 
reply, XX, 142-145. 

Telugu language and littéra- 
ture (Essay on the), by C. 
P. Brown, X, 43-59, 360- 
387; XI, append., 43-78;— 
telugu spells, by G. P. 
Brown, XXIII, 60-71; — 
roman catholic books in the 
telugu language, by C. P. 
Brown, XII, 54-58. 

Température of the Ëarth at 
Travancore, XIV a, 199-200. 

Tengala and Va^agala (Note 
on the sects), by C. P. 
Brown, XI, 300-302. 

Tersai (The word), by S. Mar- 
car, XV, 347-351. 

T/ieveiia, vid, Poisoning. 

Thompson's Mineralogy (An 
errorin),by capt. J. Camp- 
bell, XI, 310-313. 



Thousand and one nights, X, 
439. 

Thugs (An account of the cus- 
toms and practises of the 
murderers called), by lieut. 
P. A. Reynolds, IV, 85-99. 

Tides at Madras, by lieut. 
col. du Havillard, I,"l79- 
182 ; — set of the tides at 
Madras during the N.-E. 
Monsoon, by T. G. Taylor, 
IX, 135-146; — sugges- 
tions for observation of the, 
tides, by prof. Whewell, 
VI, 248-250 ; — An appa- 
ratus for registering the 
tides, by lieut. J. Camp- 
bell, VI, 300. 

Tiger (A post-mortem exa- 
mination of a), by Dr. Ben- 
za. V, 419-420. 

Timber (Préservation of), 

XVII I, 303-304; — pro- 
tecting timber from lire, 

XIX, 116-137; — timber 
in the neighbourhood of 
Cuddapah, by capt. J. H. 
M. Stewart, XXI, 295-297; 
— vid, Ant. 

Tinnevelly, oid, Cairns. 
Tobacco (The curingof), XIX, 

268. 
Todas (Vocabulary of the), by 



— 30 — 



Rev. F. Metz, XVII b, 
103-108, 131-146; XVIII, 
1-24. 

Tohfet al akhar^ transi, by 
Geo. Norton, I, 166-169. 

Topes of Bhilsa and Sanchi 
by rev. W. Taylor, XXII, 
94-100. 

Transactions of the agricultu- 
rai and liorticulturalSocïeXy 
of India, vol. 3, rev., by 
R. W., V, 330-339 ; VI, 
163-175. 

Transcription, writing of In- 
dian words in roman cha- 
racters, by. MM. W. Elliot, 
W. H. Bayley, M. Nor- 
man and R. Caldwell, XX, 
179-271; XXI, 235-247. 

Translation, piW. Oriental. 

Trap Dykes (On the cristal- 
line structure of the); in 
the Sienite of Amboor, by 
R. B. Smyth, IX, 287-309. 

Travancore hill tribe,by lieut. 
Gonner, I, 1-7, 54-83; — 
public work in Travancore, 
XXII, 127-138 ; ~ p/rf. 
Backwater. 

Tree, vid. Aerolith, Teak, 
Timber. 

Trees /^influence of) on cli- 
mate, XV, 400-476. 



Tropics , vid. Acclimating, 

Smell. 
Troops, uid. Health. 
TsuraMoung Bo,aulobiogr., 

by capt. A. Mac-GuHey, 

11, 146-164. 
TuRNBULL Christie (Scicnli- 

fic labours of),XV,150-i59. 
Tuticorin, vid, Well. 

Upas, vid. Poison. 

Vadagala, vid, Tengala. 

Van Diemen land (Report of 
the Gliraate and Diseases 
oO, by W. Milligan, V, 
416-419. 

m 

Vapour, vid. Spécifie. 

Varragherries or Pulney- 
mountains (Statistical obser- 
vations on the), by Rob. 
Wight and capt. Ward, V, 
280-289, 433; VI, 280-294. 

Vegetables, vid. Pulney. 

Vellore (Fort and Hindu 
temple at), by Lieut. H. P. 
Hawkes, XX, 274-278. 

Vemana, by maj. R. M 
Mac-Donald, XXIII, b, 43- 
62. 

Venoraof the Gobra on ihe 
Mungoose (Effect of the), 
XIX, 267. 



— 31 — 



Vessels, vid, Steam. 

Vishnu Purana(l^ook\\, chap. 
2),by E. B. Powell, XVII 
a, 1-3. 

Volvox globator (ihe), XVIII, 
306-310. 

Van Hammer (Obit.), XVIII, 
159-161 . 

Walker, h. (Obit.), XIX, 
147-149. 

Warungal (Slaliclical report 
on the sircar of), by A. 
Walker and maj . gen. Fra- 
zer, XV, 219-301. 

Waler supply to tanks, I, 
111-114 ; — water raising, 
I, 160-166; — water of 
the seven wells{in Madras), 
by J. E. Mayer, XXIII b, 
107-127. 

Weighing, vid. Balance. 

Weights and measures (In- 
dian), V, 33-36; by J. W. 
Breeks, XXI, 16-27; — a 
uniform System of weights 
and measures ihroughout 
India, by W. H. Bayley, 
XVIII, 183-213. 

Well, vid, Artesian, Seven, 
Zem-zem. 

Wheat (Cukivationof) dinthe 



Madras presidency, XV, 
395-399. 

Widening, vid, Pamban. 

WindsofCoromandei {On the 
cause of land), by R. 
Wight, III, 32-35 ; — a 
mean-result fromanumeri- 
cal register of wind, by 
J. Dalmahoy, VII, 104- 
107. 

Wodiahghurand the adjacent 
part of Gumsoor (Gursory 
notes on), by W. G. Max- 
well, VIL 134-142. 

Wood oil, XVIII, 283-290; 
— vid, Timber. 

Wooden pendulum (On the 
rate of a clock with a) and 
on the longitudinal expan- 
sion and contraction of 
wood, by lieut. Braddock, 
VI, 108-117. 

Yelgunthul (Statislics of the 
sircar of), by T. L. Bell, 
XVII a, 20-102. 

Yoon-th a-lin, vid, Karens. 

Zanguebar (Notes on), by M. 

Ed. Loarer, XXII, 76-93. 
Zemindaries (Report on the 

Goomsur, Duspallah, and 



— 32 

Boad), by lieul. G. Mac- 
Pherson, VII, 400-412. 

Zemindary (Report on the 
Bustar), by capt. Gh. El- 
liot, XXII, 18-43. 



ZeiD-zem well, at Mecca ; ii< 

water, 111,159. 
Zodiac [The names used in 

the Indian), by C. P. 

Brown, XIV. a, 151-154. 



II. — Table par Noms d'auteurs 



A. J. A, XV 552-553. 

Capt. J. AUardice, IV, 67-73. 

R. Baikie, VI, 342-343. 

R. Baird Smilh, XI, 315-323. 

E. Balfour, XV, 554-568; 
XVI, 380-400 ; XVII a, 
4-9, 10-20 ; XXI, 158-164. 

W. H. Bayley,XVlIb, 203- 
208; XVIII, 183-213; XX, 
179-271 ; XXI, 235-247. 

Lieut. R. H. Beddonie, XIX, 
163-202; XX, 66-75; XXI, 
59-60 ; XXII, 70-75 ;XXII1, 
37-59. 

J. L. Bell, XVII a, 20-102. 

M. Bennett, V, 406-410. 

Dr. P. M.Benza, IV, 1-27; 
V, 43-70, 419-420. 

Capt. Best, XIII a, 278-185, 

186-195. 
G. Bidie, XVIIl, 175-182. 
J. Bird, VI, 375-389. 
H. F. Blanford, XIX, 60-64, 

272-273. 
Col. Bowler, 1, 13-15, 



De Bourzes, XXIII, 111-113 

J. Forbes Boyle, I, 316-329: 
XI, 306; XVII b, 257-264, 
295-297 ; XVIII, 64-79. 

Lieut. J. Braddock, II, 343- 
354; III, 1-8, 48-53, 72- 
84, 97-100; VII, 108-117: 
X, 270-359 ; XIII a, 1-5(3; 
XIII b, 36-47. 

W. II. Bradley, XV, 481-550 : 
XVI, 235-379. 

J.H.Branson, XXIIl, 07-105. 

J. W. Bieeks, XXI, 16-27, 

C. P. Brown, X, 43-59, 300- 
387; XI, 143-177,300-302, 
app. 43-78 ; XII, 54-.j8, 
271-291 ; XIII, 94-97 ; XIV 
a, 151-154 ; XXIII, 60-71. 

J. A. Brown, XVII b, 109- 
113.- 

C. A. Bruce, X, 169-198. 

R. Bruce-Foote, XXIII b, 1- 
42. 

G.Bùhler,XXIII, 72-85,116- 
136. 



- 33 - 



Pr. Bure, Xtll, 30-37. 

De BurghBorch,Vni, 86-127. 

C , 11,338-342; 111,57- 

59, 141-142. 
M. Cacciatore, V, 412. 



51, 2(ï5-2'i2, 226-269, 274- 

294. 
Lieut. Gonner, I, 1-7, 54-83. 
Col. A. Gotton, XVin, 214- 

253. 



J. CaldecoU, VI, 56-59, 159; Gapt. F. G. Gotlon, XVIII, 



VII, 145, 414-415; IX, 
199-201,221-272,454; X, 
202,442; XI, 396-397; XII, 

188, 377. 
R. Caldwell, XX, 179-271 ; 
XXI, 235-247. 



80-102. 
Lieut. gen. Gulien, XVII a, 

155-157; XXI, 328-339. 
J. Dalmehoy, VI, 47-55 ; VII, 

104-107. 
Lieut. Dawson, IX, 148-150. 



xV. D. Garapbell, I, 243-255, J. Dawson Mayne, XXII, 1- 

350-359 î VI, 445-460. 
Lieut. capt. J. Ganipbell, VI, 

137-142,295-299, 300; VII, 

126-127, 418-424; XI, 78- 

86, 310-313. 
A. de Gandolle, V, 413-416. 



36. 
B. H. Dodgson. VI, 75-78. 
Gapt. H. Drury, XIX, 203- 

220. 
J. W^ B. Dykes, XXI, 165- 

166. 



Capt. P. T.Gaulley, IV, 219- Prof. Khrenberg, VII, 148- 
229; V, 401-402; XII, 292- 162. 



304, 304-309. 
J. Clark, VIIÏ, 334-346; IX, 

89-121. ' 
H. Cleghopn, XVII b, 123- 

125,85-90; XXII, 142-148. 
R. Cole, IV, 100-116; VII, 

130-133. 
Lieut. capt. maj. H. Gon- 

greve, VI, 111-136, 246; 

VIII, 328-329; XIII, 47- 

51; XIV a, 77-146; XVI, 

101-104; XXII, 44-45, 49- 



Capt. Gh.Elliot, XXII, 18-43. 
Hev.W. EUiot, VII, 103.232; 

X, 92-108, 207-233 ; XI, 

39-41, 302-306, 390; XV, 

162-167 ; X!X, 220-249 ; 

XX, 75-99, 179-271 ; XXI, 

235-247. 
F. W^. Ellis, XIII b, 1-17. 
H. Falconer, IV, 219-229; 

XII, 304-309. 
Gapt. E. A. Foord, XX!, 348- 

354. 

3 



— 34 - 



Rev. T. Foulkes, XXI, 1-10. 

R. W. Fox, V, 423-424. 

J. J. Franklin, XIV a, 146- 

151. 
Maj. gen. Frazer, XV, 219- 

301. 
Prof. Garcin de Tassy, XXII, 

46-48. 
W. Gilchrist, IV, 128-130; 

V, 26-31; VI, 60-68. 
R. M. Glover, XII, 175-181. 
Goday Venkat Juggaro\v, 11^ 

92-97, 369-380. 
J. Graham, V, 178-184, 367- 

370, 430-431. 
R. Graham, V, 300 ; VI, 236- 

245 ; VII, 467-470. 
C.W. Grant, XII, 309-37 J. 
Capt. G. W. Gray, Vil, 477- 

4V8. 
W. GrifiBth, VIII, 348-369. 
M. Guibourt, XX, 116-121. 
Rev. H. Gundert, XIII, a, 

115-146; XlIIb, 1-17,97- 

105. 
Th. Halls, XV, 197-198. 
Capt. D. Hamilton, XIX, 58- 

68. 
W. Hamilton, V, 363-365. 
Capt. S.E. Hannay, VI, 390- 

422. 
E. H. Harington, XXII, 103- 

127. 



Lient, col. de Havillard, I, 

179-182. 
Lient. P. Hawkes, XIX, i- 

57,249-251, 251-252 ; XX, 

274-278; XXI, 60-61, 61- 

62. 
Arth. Hay, XIII b, 145-164; 

XIV b, 74-77. 
J. M. Heath, XI, 178-184, 

184-192. 
Lient. E. Hemery, XIX, 65- 

71. 
J. F. W. Herschell, V, 412; 

X, 437-439. 
Dr. Fr. Hochstetter, XXI, 

113-153. 
Br. H. Hodgson, V, 23-25. 

300-306, 410-412. 
Rev. F. W. Hope, XII, 105. 
G. A. Hnghes, XIII b. 17- 

35. 
Maj. Jacob, XVII b, 115, 267- 

?68. 
T. C. Jerdon, X, 60-91, 198. 

234-269; XI, 1-76, 207- 
; 392; XII, 1-15,193-227 ;Xni 

a, 156-174; XIII b, 116- 

145 ; XV, 139-149, 302-346; 

XVII a, 103-127, 128-151. 
Capt. Th. B. Jervis, VII, 

424-441. 
Lient. C. C. Johnston, VIII, 

329-333. . 



— 35 



C. T. Kate,XlI, 37-42; XIII 

a, 147-153, ail-212. 
Rev. J. T. Kearas, XXI, 27- 

30. 
Ë. F. Kebari, XIX, 89-116. 
Capt. J. l(erkennic, XXI, 

342-34a. 
H. King, XX, 272-273 ; XXI, 

62-117; XXIII b, 63-106. 
G. Knox, 2-25. 
T. J. Knox, XXI, 340-3 42 
W. Knox, XXI, 164-165. 
Prof. A. KôUiker, XX, 99- 

104. 
Kookel Keloo Nair, XXI, 30- 

00. 

Prof. Lee, XIV a, 197-199. 
Ed. Loarer, XXII, 76-93. 
Lieut. S.O.E. Ludlow, XIII, 

a, 195-210; XIII b, 87- 

94. 

J. Mac-CIelIand, VI, 423- 
444. 

Capt. A. Mac-CuUy, II, 146- 

164. 
Maj. R. M. Mac-Donald, 

XXIII b, 43-62. 
Mac-Fadyen, M ! I , ll»7-202. 
Capt. A. Mac-Kintosh, I, 126- 

159, 206-243,282-316; III, 

9-26 ; V, 71-112, 273-279. 
Lieut. C. Mac-Pherson, VII, 

400-412. 



W. G. Mahon, XIII a, 1-56; 

XIII b, 36-49. 
Mahomet Tippoo, 11,315-335. 
J. G.Malcolmson, I, 329-342; 

IV, 194-218; XII, 58-104. 
Ch. Mallard, V, 340-346. 
Lieut. J. Mallias, XIX, 65-71. 
S. Marcar, XV, 347-351. 
W. G. Maxwell, V, 17-46; 

VII, 89-103, 134-142. 
J. E. Mayer, XXIII b, 107- 

127. 
Rev. F. Metz, XVII b, 103- 

108, 131-146. XVIII, 1-24; 

XX, 1-46. 
W. Milligan, V, 415-419; VI, 

304-336. 
Lieut, J. Mitchell, XVII b, 

71-80; XXI, 10-16. 

Lieut. T. Mitchell, XXII, 260- 

271. 
Col. Monteith, IV, 28-46, 134- 

138; X, 132-168; XI, 52- 

78. 
A. Muttusanii-pillay,XI,250- 

300. 

Rev. D. Muzzy, XVII b. 90- 

102. 
Capt. Nelson, XXIII b, 128- 

139. 

Ënsign. lieut. capt.T.J.New- 
pold, II, 247-254; III, 35- 
47,54-57, 117-122; IV, 74- 



- SÔ - 



84, 117-120, 139-145 ; V- 
113-132, 232-237; VI, 1- 
16, 255-263,264-279; VII, 
52-75, 78-88, 269-271 ; 
VIII, 128-152; IX, 309- 
310; X, 109-131; XI, 42-51, 
126-143, 239-243, 244-245, 
245-250, 306-310; XII, 171- 
175, XIll, 218-219; XIV 
b, 47-73; XV, 160- 162. 

J.Nietmer, XVII b, 171-202, 
XVIII, 50-63. 

M. Norman XX, 179-271; 
XXI, 235-247. 

A. B. Northcote, XX, 104- 
116. 

Geo. Norton, I, 166-169. 

W. Ogilby, XII, 139-171. 

D.Olmsled, VII, 163-277. 

W. 0*Sgamghnessey, V,.365- 
367. 

Capt. J. Ouchlerlony, XV, 1- 
138. 

R. D. Parker, XVII b, 114. 

Lieut.L. Paxton, XVIII, 253- 
256. 

Col. T. C.Pears, XIX, 71-79. 

Capt. D. Boileau Pemberton, 
VI, 390-422. 

Rev. P. Percival, XVIII, 43- 
49. 

Perrottet, XXI, 298-308. 

R. L. Playfair, XVIII, 25-42. 



N. R.Pogson,XXÎI, 100-102: 

XXIII, 85-95, 95-96. 
E. B. Powell, XVII a, 1-3 
J. Princep, I, 270-273; III. 

154-155. 
Quételet, VIII, 177-181. 
RâmâswAmi-niudaliar, I, 81^- 

94. 
J. Ranking, XXI, 55-59. 
Maj. Rawlinson, XIV a, 107- 

199; XVII b, 251-254. 
Col. Reid, XV, 477-481. 
Lieut. P. A. Reynolds, IV, 85- 

99. 
Archd. Robinson, 1,7-13, 04 

104, 257-269, 342-350. 
W^. Robinson, XIV b, 1-40. 
Col. Sabine, XIII b, 106-110. 
H. Schiagintweit, XX, 332-, 

356. 
R. Schiagintweit, XX, 332- 

356; XXIII, 140-152, 221)- 

231; XIX, 79-88. 
Rev. B. Schmid, IV, 121-127: 

V, 133-158. 
Capt. J. F. Smith, IX, 373- 

286, 311-312. 
G. Smith, XVII. 1-21, 21-56, 

81-84. 
Prof. P. Smith, XXI, 309-327. 
H. G. Smith, XXII, 139-142. 
Lieut. R.B. Smith, VIII, 305- 

326. 



- 37 - 



R. B. Smyth, IX, 287-309. 

J. A.R. Stevenson, II, 255- 

262; V, 17-46; VII, 89-103. 

J. H. M. Stewarl, XXI, 295- 

297. 
Capt. W G. Stoll, XXII, 52- 

67. 
Lieut. col., col. W. H. Sykes, 

VI, 344-374; XII, 371-374; 

XV, 201-202. 
J. Tawse, XVIII, 270-272. 
Capt. C. Taylor, VI, 301-302; 

Vil, 470-476. 
T. G. Taylor, I, 164-165; II, 

165-166; III, 59-61; IV, 47- 

56; V, 212-213, 306-308, 
313-314; VI, 60-68, 220- 
224; IX, 135-146, 221-272, 
376-390 ; X, 437-439 ; XI, 
393-394 ; XIV a, 183-186. 

Rev.W. Taylor, VI, 142-157, 
176-220; VII, 1-51, 277- 
378; VIII, 1-86, 215-305; 
IX, 1-52, 313-376. 452; X, 
1-42,388-432; XI, 86-125; 
XIII a, 1-56, 57-115 ;XI11 
b, 36-47; XIV a, 1-66; XIV 
b, 78-97, 112-159, XV, 173- 
190;XVI, 55-101, 104-146 
XXII, 67-70. 94-100, 325- 
336. 

Tlieroo Canacasaby mudalliar 
XVII b, 113-114, 



E. G. Thomas, XXI, 248-264. 
J . F. Thomas, IX, 53-78, 206- 

220. 
R. D. Thomson, V, 157-178. 
Dr. Fr.Tiedemann, VII, 187- 

192. 
W. Tinning, V, 347-352. 
J. Traitl, V, 340-346. 
W. Traill, XVII b, 166-170. 
A. Turnbull Christie, II, 41- 

70; IV, 185-193. 
Capt. G. Underwood, V, 31- 

32.306-308, 432; VI, 303; 

VII, 381-387, 117-122 ; 

VIII, 347. 

V...., XVIII, 283-290. 

Venketrow, I, 15-24. 

Lieut. J. Venue, XXI, 264- 

294. 
R. W...., V. 330-339; VI, 

163-175. 
J. Walhouse, XX, 53-66. 
Col. A. Walker, XV. 219-301; 

XVI, 1-33, 173-178, 179- 

181, 182-235; XXIII b, 

149-152. 
Ph. W. Wall, XX, 279-304; 

XVIII, 256-269. 
N. Wallich, V, 347-352, 352- 

362. 
Capt. Ward; V;280-289,433 ; 

VI, 280-294: 
J. VS'arden,XlVa.67-70, 



— 38 — 

M. Wayne, XX, 121-122. 280-294, 469-473 ; VII, 142- 

Prof. Wheweli, VI, 248-250. 143, 269, 478; VII. 142-143. 

Rob. Wright, 11,70-86,138- 269,478; VIIÏ, 210; XI. 

146, 380-391; III, 26-32, 372-386 ; IX, 121-135 ;XiI, 

32-35, 64-96; IV, 57-66; 43-54,254-261. 

V, 1-15, 15-23, 39-43, 290- H. Wilson, VI, 142-157, ITtu 

300, 309-313, 340-346, 352- 220 . 

362; VI, 71-74, 79-111, B. W. Wright, 1,104-111 



Aatlytical Synoimis of the 542 forma of the 
Yerb ia Si Marks Gospel as translated by 
Jaaa de Leiçarraga,- 1571. 

{Suite) 

ba CEQVIAGV. 1. Ind: prés: pi: r. s. adr: masc: 
V. i. iT2Lnsii\{ iaquin. 

12. 14..., ba CKQUiAGV.,., nous sçauons 
CEQVIÉN. 9. Ind : imp.: S. 3« r. i. pi. aux : 

(cf. : Zayen Luc. 1. 55. et Dartayet (Ma/ïMtf/, 1876, 

p. 27 & 74). 

6. 34. . . : eta has cequién anhitz gauçaren iracas- 
TEN. . . : & commença à leur enseigner plusieurs 
choses. 

6. 50. . . : baina bertan minça cequién^ ... : mais in- 
continent il parla à eux, 

8. 14. Eta ogui hart/.era discipuluey ahanz ce- 
quién : Or il {sic) auoyent oublié à prendre des 
pains, 

9. 4. Guero aguer cequién Elias Moysesequin, 
(L. rend ils par discipuluey . Hautina mis Elies) 
Puis ils virent Elie auec Moyse 

10. 32... Eta HARTURic berriz hamabiac^ has ce- 
quién. . . ERRAiTEN : ..., & Jesus ayant derechef 
prins les douze, commença à leur dire 

12. 1. Guero has ce^^tV/i compara tionez erraiten. 

Puis il commença à leur dire par similitudes, 
14. 52. Baina hura, vtziric mihissea, billuzgor- 



- 40 — 

RiRiG ITZUR cequién. Mais iceluy laissant son lin- 
ceul s'enfuit, d'eux tout nud. 
16. 12. . . AGUEfi cequién berce formatan, . . ., il se 

« 

monstra en autre formes, à deux 

16. 14. . . hamequey aguer cequién, ... il se mons- 
tra aux onze, 
CEQUIO'N. 9. Ind: imp: s. 3% r. i. s. aux : 

2.14... Eta lAïQUiRiG lARREiQUi ce^i/ed// . . . Lequel 
se l^ua & le suyuit. 

3. 7... : eta iarrgiqui cequiôn gendetze handia 
Galileatic eta ludeatic, (Hautin a imprimé iarre- 
qui). . . : & grande multitude lesuiuitde Galilée 
& de ludee, 

5. 2..., bertan aitzinera etho^ cequiôn thumbeta- 
rie. . . , incontinent vint au deuant de luy des 
monumens (Hautin a mis ber à la fin de la 
ligne). 

5. 6... eta gur cequiôn :.. y & s'enclina deuant 
luy ; 

6. 25... Eta bertan sarthuric affection atl qui 
Reguegana, esga cequiôn, Et incontinent estant 
entrée auec grande affection le Roy, luy fit re- 
queste, 

8. 32. . ., eta has cequiôn^ reprotchatzen. ...,& le 
commença à tancer. 

14. 54. Eta Pierris vrrundanîc i.vrreiqui cequiôn. 
Sacrificadore subiranoaren sala Larnerano : Et 
Pierre le suiuoit de loin iusques dedans, en la 
cour du souuerain Sacrificateur, 

15. 43..., eta esca cequiôn lesuscn gorputza- 
ren, . ., <Sc luy demanda le corps de Iesus4 



— 41 — 

16, 9..., AGUER cequiôn lehenic Maria Magdale- 
nari, ... il s'apparut premièrement à Marie Mag- 
daleine, 
CEQVIZQVIO'N. 1. Ind: imp: pi: 3% r. i. s. 
aux : 

5. 17. Ovàxidin hec Hks cequizquiôn oXhoïiz eguiten 
... Âdonc ils commencèrent à le prier 

GEQVISÏEN. 1. Ind. : imp : pi : 3« r. i. pi. : aux : 

6. 33..., eta aitzin cequizten haey...-, & y vindrent 
deuant qu'eux, 

CERAUCALA. 1. 1. q. ceraucan slycc élision du n 

devant la participial. 

1. 40..., othoitz EGUITEN ceraucala^.,. & luy di- 
sant, 
CERAUCAN. 7. Ind : imp: s. 3*. r. s. r. i. s. aux : 

act: 

5. 8. (Ecen erraiten ceraucan, (Car il luy disoit, 

5. 10. Eta othoitz handi eguiten çeraucan, {sic. Le 
p devant ^et ine se trouve qu'ici, je crois, dans 
Testamentu Berria.) Et le prioit fort 

5. 23. Eta othoitz handi eguiten ceraucariy Elle 

prioit fort, 

6. 18. Ecen erraiten ceraucan loannesec Herodesi, 
Car lean disoit à Herode, 

6.20... , eta ohore ekk^tk^ ceraucan : ... & Tauoit 
en reuerence : 

7. 26...) eta othoitz eguiten ceraucan,,,) & elle 
prioit 

14.72... Pierris lesusec erban ceraucan hitzaz, 
... à Pierre de la parole que lesus luy auoit 
dite, 



— 42 — 

CERAUCATELA. 1. I. ql ceraucaten avec la par- 
ticipial et élision du n final. 
9. 10..., elkarri galde eguitbn ceraucatela^ . . , : 

s'enqiierans entre eux. 
CERAUCATEN. 5. Ind : imp : pi : 3* r. s. r. i. s. 
aux : act : (en 9, 13, le n final est le pronom 
reÏMitque) 
6. 56. . . , eta othoitz eguitkn ceraucaten , . . : & le 

prioyent 
9. 13..., eta hari kguin nahi ceraucaten gucia, 

(/.' rel : ace :) . . . (& luy. . . tout ce que ils ont 

voulu) 

14. 65. . . Eta oflicieréc cihor vkaldi SMAiTEN cerau- 
caten, . . Et les officiers luy bailloyent des coups 
de leurs verges. 

15. 19..., eta belhauricaturic reuerentia eguiten 
ceraucaten ... : & se mettans à genoux, lui faî- 
soyent la reuerence. 

15. 31. Halaber Sacrificadore principalec-ere es- 
carnioz elkarri erraiten ceraucaten Scribequin, 
Semblablement aussi les principaux Sacrifica- 
teurs se moquant disoyent les vns aux autres 
auec les Scribes, 
CERAVELA. 2, I. q : cerauen avec la participial 

& conjonctif et élision du n, 

12. 28. . ., eta iKUssiRic ecen vngui ihardetsi ce- 
rauela^ . . . , &sçachant qu'il leur auoit bien res- 
pondu (L. ivdiAmi voyant)^ 

13. 5..., iHARDESTEN ceraueta... leurrespondanl 
CERAUEN. 16. Ind : imp: s. 3» r. s. r. i, pi: 

aux : act : 



— 43 — 

2. 2. . . : eta degl\r\tzen cerauen hitza. . . : & il 
leur annonçoit la parole. 

2. 26. . . ciradeney-ere EMAN cerauén?. . . en donna 
aussi à ceux qui estoyent 

4 . 2. Eta iRAGASTEN cerauefi comparationez anhitz 
gauça, eta erraiten cerauen bere doctrin&n, Et 
leur enseignoit beaucoup de choses par simili- 
tudes, & leur disoit en sa doctrine. 

4. 33. Eta anhitz hunelaco comparationez trac- 
TATZEN cerauen hitza, Ainsi par plusieurs telles 
similitudes il leur traittoit de la parole, 

6. 4. Eta ERRAITEN cerauen lesusec, Adonc'Iesus 
leur disoit, 

6. 10. Eta ERRAITEN ce'aue\y 11 leur disoit aussi, 

7. 9. ERRAITEN ceraueuhalahev^ Il leur dit aussi, 
9.1. ERRAITEN cerauen halaber, Il leur disoit aussi, 
12. 38. Eta ERRAITEN cerauen bere doctrinàn, 

Dauantage il leur disoit en sa doctrine, 
14. 16. . . ERRANcerrtwe/i beçala. [n conjonctif fondu 
avec le n final ordinaire). . . comme il leur auoit 
dit, 

14, 44. Eta EMAN cerauen, . . elkarren artean (Hau- 
tin a mis une virgule après cerauen) Or celuy . . . , 
leur auoit baillé signe entr'eux, 

15. 6. Eta bestanLARGATZENOHi cerauen presoner- 
bat, ... Or leur relaschoit-il à la feste vn pri- 
sonnier, 

15. 8. . ., bethiere eguin vkan cerauen beçala. {n 
conj :) . . . comme il auoit tousiours fait 

15. 9. Eta Pilatec ihardetsi cerauen^ Pilate leur 
respondit. 



— 44 — 

15. 14. Eta Pilatec erraiten cerave/iy Adonc Pi- 

late leur dit, 
GERA VEXE AN. 2. I. q. cerauen, a rel : déci : 
temporel, e euph : {nean = quand). 
6. 21..., Herodesec bere soreguneco banqueta 

EGUiTEN cerauenean princiey eta capitainey eta 

Galileaco prlncipaley : qu'Herode faisoit le fes- 
tin du iour de sa natiuité aux princes capitaines 

& principaux de Galilée : 
6. 22 CEUDENEY atseguin egun cerauenean, ,. & 

qu'elle eut pieu à Herode, & aussi à ceux qui 

estovent 
CERAVNSALA. 1. Ind: imp: s. 3* r. s. r. i. s. 
avec la participial et élision du n final, v. i. act: 
erauntsiy 
5. 5. . ., eta bere buruâri harriz geraunsala ..., & 

se frappant de pierres. 
baCERAVNSATEN. 1. Ind: imp: pi: 3* r. s. r. i. 
s. V. i. act: eraunlsi, 
15. 19. Eta bacERAUNSATEN haren buruâri cana- 

bera bâtez, eta. . . Et frappoyent son chef d'vn 

roseau, & 
CERAVTZAN. 1. Ind: imp : s. 3\ r. pi. r. i. s. 
aux : act : 
5. 20. . . cein gauça handiac eguin cerautzan lesu- 

sec: ... combien grandes choses lesus luy 

auoit faites: 
GERAVÏZATEN. 1. Ind: imp: pi: 3« r. pi: r. i.s. 
aux: act: 
1. 32. Eta arratsean, iguzqui sartzean, ekarten 

çerautzaten , . . guciac eta demoniatuac. Le soir 



- 45 — 

Venu, comme le soleil se couchoit, on liiy 
amena tous... & les démoniaques. 
CERAVZTEN. 1. Ind: imp: s. 3* r. pi: aux: ad: 

4. 34. . . : baina appartean bére discipuluey 
DECLARATZEN cerauzteu gauça guciac. . . : mais à part 

il declaroit tout à ses disciples. 
CETZALA. 1. I.q. cc^za/i avec chute du /i avant /a 
participial, ou conjonctif. 

7. 30...,eta alabà ohe gainean getzala..., & sa 
fille couchée sur le lict. 
CETZAN. 4. Ind: imp: s. 3* v. i. intr : etzan. En 2, 
4 & 5, 401e /i final devient le pronom relatif = où, 

1. 30. Eta Simonen ama-guinharreba getzan hel- 
gaitzarequin : (Hautin a séparé hel & gartza- 
requin:) Or la belle mère de Simon estoit 
couchée ayant la fleure: 

2. 4... paralyticoa CETZANohea (/irelz^aw^TMe/. . .) 
le lict auquel le paralitique estoit couché. 

4. 38. Eta hura vnciaren guibeleco aldean cetzan 
Lo bururdi baten gainean : (ici cetzan sert 
d'auxiliaire avec lo) Or estoit-il en la poupe, 
dormant sur vn oreillier : 

5.40. . nescatchâ cetzan lekura. (n rel=o/), dans 
lequel) où la fillette gisoit. 
CEVDELA. 4. 1 q. ceuden avec la participial & 

chute du n. 

3. 31. . . :eta lekorean geudela. . . : & estans dehors 
14. 18. Eta hec mahainean iarririg ceudela^ Et 

comme ils estoyent assis à table, 
15.40.;. vrrundanic beha geudela,... qui re- 
gardoyentde loin: 



— 46 — 

16. 14. Azquenic, elkarreqiiin iarriric ceudela 
Finalement. . ., estans ensemble, 
CEVDEN. 6. Ind: imp: pi: 3*verbeirr: intr. egon 

(En 1, 32 & 3, 34 le n final est le relatif jw^'.) 

1. 22. Eta sPANTATURic ceuden haren dootrinâz, Et 
s'estonnovent de sa doctrine: 

1. 32... gueizqiii ceuden guciac {n rel : nomi- 
natif)... tous ceux qui auoyent quelque mal 

3.4... baina hec ighilig cEUDEif...? Mais ils se 
taisoyent. 

3. 34... haren inguruàn iarriric ceuden disoipu- 
luetara, {n rel: nom:)... à Tenuiron les dis- 
ciples qui estoyent assis à Tentour de luy: 

5.40 Eta irriz ceuden harçaz: Et ils se rioyent de 
luy: 

15.47. Eta Maria Magdalena eta Maria losefen 
amaj reha ceuden... Et Marie Magdaleine & 
Marie mère de loses regardoyent 
GEVDENAC. 1.1. q . ceuden, n rel: décl: acc: régime 

de citzan . (nac = ceux qui) 

5.38. .. , eta nigarrez ceudenac, . . . , & ceux qui 
ploroyent 

CEVDENACGATIC. 1. 1. q. cei^rfe/iac avec gatic = 
pour^ 

6. 26. Eta Reguec haguitz tristeturic, cinagalir 
eta harequin mahainean iarriric ceudenacgatic, 
Et le Roy estant fort marri, ...» à cause du 

iurement & de ceux qui estoyent assis à table 
auec luy. 
CEVDENETARlC.l. l.q. ceuden, n rel: décl: part: 
défini [netaric = de ceux qui) 



— 47 — 

11.5. Eta han cbudenetaric batzuc... Et aucuns 
de ceux qui estoyent là 
CEVDENEY. 1. I. q. ceuden, rcl: nom: décl: dat: 
{ney = à ceux qui,) 

6. 22..., eta Herodesi eta harequin mahainean 
lARRiRiG CEUDENEY..., & qu'elle... à Herode, 
& aussi à ceux qui estoyent assis ensemble 
à table, 
CEVNÇALA. 2. Ind: imp: pi: 3* avec chute de n 
final devant la participial accusatif, v. i. passif 
etzariy auxiliaire de lo. 
14.37. . . Lo CEVNÇALA : . . . dormans 
14.40... berriz lo cevnçala: ... derechef dor- 
mans. 
CIEÇA'N. 2. Ind: imp: s. 3* r. s. adr:masc: aux: 
act: 
12. 20. . . : eta lehenac har cieçàn emazte, ... : dont 

le premier print femme, 
12. 21. Eta bigarrenac har cieçàn hura, Et le 
second la print, 
CIEÇATEAN. 1. Ind: imp: pi: 3«r. s. adr: masc : 
aux: act: 

12. 22. Eta HAR cieçatedn hura cazpiéc, Les sept 
donc le prindrent, 
CIECEN . 4. Ind : imp : pi : 3« r. s. r. i. pi : aux : 
act: 
2 . 16. . . , ERRAN ciecén haren discipuluey, . . . , 

disoyent à ses disciples, 
5. 16... ERRAN ciecén haey, ..., leur racontèrent 
11. 5. . . ERRAN ciecén^, . . leur dirent 
11. 6. Eta bec erran ciecén^ Ils dirent 



- 4g - 

Ici nous voyons les deux ciecén saris même une 
différence d'accent pour les distinguer. Basque is 
not the only language that has awkward homonyras. 
In the gospel ofS. Luke we find 17of them. Il y en a 
plusieurs en Basque moderne. Voyez Dartayet 
{Manuel, 1893. ) Does not airit in vulgar English raean 
am noti is not, are not, hâve not, has not ? Est and 
sis in Latin hâve each a double meanrag, namely 
is & eats, thou mayest be & if thou wilt, respec- 
tively. 
CIECÉN. 59. Ind: imp: s. 3* r. s. r. i. pi : aux: 

act. 

1. 17. (Hautin a mis 27) Eta erran ciecen lesu- 
sec, Adonc lesus leur dit, 

2. 8. . . , ERRAN ciecén haren, . . . , leur dit, 

2. 25. Eta harc ERRAN ciecén^ Mais il leur dit, 

2. 27. Guero erran ciecén: Puis il leur disoit, 

3. 9. Eta ERRAN c/ecc/^ bere discipuluey... Et ildil 
à ses disciples 

3. 17... fêta hicv icen eman ciecén Boaners^es, 
. . . (ausquels il donna nom Boanerges, 

3. 23. Eta hec beregana deithuric, Ennk^ ciecén 
comparationez, (Hautin a mis com à la fin de la 
ligne.) Mais luy ayant appelez à soy, leur dit par 
similitudes, 

3. 33. Orduan ihardets ciecén, Adonc il leur 
respondit, 

4. 9. Orduan erran ciecén, Adonc il leur dit, 
' 4. 11. Eta ERRAN ciecén^ Et il leur dit, 

4. 13. Ela ERRAN ciecén, Puis il leur dît, 

4. 21. ERRAN ciecén halaber, Il leur disoit aussi. 



- 49 - 

4. 24. Guehiago erran ciecén, D*auantage il leur 

dit, 
4. 35. Eta ERRAN ciecén egun hartan, Ce iour-la 
. . ., il leur dit, 

4. 40. Eta ERREN ciecén, (Hautin a omis la virgule.) 
Puis il leur dit, 

5. 13. Eta PKRMKTTi ciecén bertan lesusec. Et 
lesus incontinent leur permît: 

6.7...: eta eman ciecén bothere spiritu satsuén 
gainean..., & leur donna* puissance sur les 
esprits immondes. 

G.31. Eta ERRAN ciecén^ Et il leur dit, 

6. 37. . .ERRAN ciecén^, . . leur dit. 
6.50. . ., ERRAN ciecén,. . .^ & leur dit, 

7. .6. . . ERRAN ciecén,, . . leur dit, 

7. 14. Guero deithuric populu gucia beregana, 
ERRAN ciecén. Puis ayant appelé à soy tout le 
peuple, 

8. 1 . . . , eta ERRAN ciecén, . . . , & leur dit, 
8.9..., guero eman ciecén congit...: pui» les 

renuoya . 
8. 17. . .,. ERRAN ciecén. . . leur dit, 
8.21. Eta ERRAN ciecén, Dont il leur dit, 

8. 34, Guero populua beregana dkithuric bere 
discipuluequin, erran ciecén. Puis ayant appelé 
le peuple à soy auec ses disciples, leur dit, 
(Hautin a mis di à la fin de la ligne.) 

9. 12. . . ERRAN ciecén,, . . leur dit, 
9. 29. Eta ERRAN ciecén. Il leur dit, 

9. 35, . . , eta erran ciecén^ . . . , & leur dit, 
9. 36..., eta hura bessoetara harturic, erran cie^ 

4 



~ 50 - 

ce/2,. ...: & après Faucir prins entre ses bras. 

leur dit. 
10. 5. . . . ERRAN ciecén,. . . leur dit, 
10. 11. Eta ArtrcKRRAN, ciecen, Et il leur dit, 
10. 14. . . eta ERRAN ciecén, . . . , & leur dit» 
10. 24. . . ERRAi« ciecén^ Haourrâc, . . . leur diU 

Enfans 
10. 36. Eta harc erran ciecén^ Et il leur dit, 

10. 38. Eta lesusec erran ciecén^ Et lesus leur 
dit, 

10.. 39. . . Eta lesusec erran ciecén, ... Et lesus 
leur dit, 

11. 2. Eta ERRAN ciecén, Et leur dit, 
11. 22. . . ERRAN ciecén,. . . leur dit, 

11. 29. . . ERRAN ciecén,. . . leur dit, 

12. 1 . . . , eta ALOCA ciecén laborariey , ... : après la 
loa à des laboureurs, 

12. 5. Eta berriz bercebat igoh ciecén, Etencores 

en enuoya vn autre, 
12. 15. Eta harc eçaguturic hayén hypocrisie, 

ERRAN ciecén, Iceluy scachant leur hypocrisie. 

leur dit, 
12. 17... ERRAN ctecew,. . . leur dit, 
12. 24. . . ERRAN ciecén,. . . leur dit, 
12. 43. Orduan bere discipuluac beregana dei- 

THURic ERRAN ciccén, Lors appelant à soy ses 

disciples, leur dit, 
14. 13. . ., eta erran ciecén,. . & leur dit, 
14. 20. . . ERRAN ciecén, leur dit; 
14. 22...: eta eman ciecén,...: puis leur en 

donna, 



- 51 — 

14.23. . ., gratiàc rbndaturic, eman ciecén :. . . il 
rendit grâces, & la leur donna : 

14. 48. . . ERRAN ciecén, . . . , & leur dit, 

15. 12. . . , berriz erran ciecén, . . . leur dit dere- 
chef (Hautin a mis ci à la fin de la ligne). 

15 . 15. Pilatec bada populuaren gogara eguin nahiz. 
LARGAr/ecew Barabbas, eta lesus açotaturic liura 
ciecén. Pilate donc voulant contenter le peuple, 
leur relascha Barrabas : & après auoir fouetté 
lesus il lé leur liura, 

16. 10. Harc lOANic CONTA ciecén, Et elle se part- 
tit, & l'annonça à ceux 

16. 13. . . coiiTA ciecén bercéy :. . ., l'annoncèrent 
aux autres : 

16. 14. . ., eta rep^otcha ciecén hayén incredulita- 
tea, eta bihotz gogortassuna :. . ., & leur repro- 
cha leur incrédulité, & dureté de cœur : (H. a 
mis ha à la fin d^une ligne . ) 

16. 15. Eta erran ciecén. Et leur dit, 
CIEÇO'N. 40. Ind : imp : s. 3® r. s. r. i. s. aux : act : 

1. 41..., eta ERRAN cieçôn,,,, & luy dit, 

1. 44. Eta ERRAN cieçôn, Et luy dit, 

2. 5. Orduan lesuscc hayén fedea ikussiric, erran 
cieçôn paralyticoari, Et lesus ayant veu leur foy 
dit au paralitique 

2. f4. . . , eta erran cieçôn. . . ., & luy dit, 
4.39..., eta erran cieçôn^ itsassoari..., & dit à la 
mer, 

5. 19. . . , aitzitic «ERRAN cieçôn, . . . , ains luy dit, 

5. 33..., eta erran cieçôn eguia gucia.... & luy 

dit toute la vérité. 



- 52 - 

5. 34. Eta harc erran cieçôn, Et il luy dit, 

6. 23. Eta cin eguin çieçôn : Et luy iura^ 

6. 64 Eta harc ilkirig erran ciepôn bere amari. 
Elle estant sortie dit à sa mère, 

6. 27... : harc bada ioanic edequi cieçôn biiruii 
presoindeguian..., lequel s'y en alla, & le déca- 
pita en la prison. 

6. 28..., eta emaj^ cieçôn hura nescatchari, eta 
nescachàc eman cieçôn bere amari. ..., & la 
donna à la fille,^ & la fille la donna à sa mère. 

7. 27. Eta lesusec erran cieçôn. Mais lesus luy 
. dit, 

7. 28..., eta erran cieçôn,..^ & luy dit, 

7. 29., Orduan erran cieçôn^ Alors il luy dit, 

7. 34. . . , eta erran cieçôn Ephphata, . . .& luy dit, 
Hephphathah, 

8. 25. . . , Eta berris goiti beha eraci cieçôn ;...,& 
luy fit derechef leuer la veuë : 

9. 23. Eta lesusec erran cieçôn^ Et lesus luy dit, 

9. 38. Eta iHARDETs* cieçôn loannesec, Adonc lean 
print la parole, & dit, 

10. 18. Eta lesusec erran cieçôn . lesus luy dit, 
10. 20 ERRAN cieçôn, Magistruà, . . . luy dit, 

Maistre, (Hautin n'a pas mis la virgule après cie- 
çôn.) 
10. 21..., eta ERRAN cieçôn^... y & luy dit, 
10. 51. . . ERRAN cieçôn lesusec,. . . luy dit, 

10. 52. Eta lesusec erran cieçôn^ Et lesus luy 
dit, 

11. 14... erran cieçôn ficotzeari, Ilemendic harét 

luy dit, Que plus à iamais 



— 53 — 

11. 21. Orduaii ORHOiTURicPierrisec erran ciççôn. 
Alors Pierre s'estantsouuenuluy dit, 

12. 29. Eta lesusec ihardets cieçôn, lesus luy 
respondit, 

12. 34. . ., erran cUçôn^ . . . , luy dit, 

12. 32. Orduan erran cieçôn Scriba harc, ... Et le 
Scribe luy dit : 

13. 1..., ERRAN ctecdn bere discipuluetaric batec, 
. . , , vn de ses disciples luy dit, 

13. 2. . ., ERRAN cieçôn, . ..luy dit, 

14. 29. Eta Pierrisec erran cieçôn. Et Pierre luy 
dit, 

14. 45. . . , eta pot eguin cieçôn. . . : & le baisa. 
14 . 47 ... , eta edequi cieçôn beharria . . . , & luy 

couppa Taureille. 
14. 61. . ., eta erran cieçôn^ ..., & luy dit, 

14. 62. Eta lesusec erran cieçôn. Et lesus luy 
dit, 

15. 2.. . ERRAN cieçôn, . . . luy dit, 

15. 36. . ., eta spongiabat betherig vinagrez, eta 
EGCARRiRic canabcra baten inguruan, eman ctVcdn 
EDATERA. . ., & emplit vne esponge de vin-aigre, 
& la mit à j'entour d'vn roseau, & luy en bailla 
à boire : 

15. 45. Eta gauçâ eçaguturic Centeneraganic, 

EMAN cieçôn gorputza losephi. Ce qu'ayant co- 

gnu du Centenier, il donna le corps à loseph. 

CIEÇOTEN, 23. Ind : imp : pi: 3« r. s. r. i. s. 

aux : act : 

1. 37..,, ERRAN cieçoten, ...^ ils luy disent, 



— 54 — 

2. 24. Eta Phariseuéc erran cieçoten^ Horri\ 
Donc les Pharisiens luy dirent, Regarde, 

3. 32..., eta hec erran cieçoten^ Hunâ\... : on 
luy dit donques, Voila 

5. 12. Eta othoitz eguin cieçotenàedhr\ihec gnciéc^ 
Et tous ces diables le prioyent, 

5. 31. Eta ERRAn cieçoten bere discipuluec, Ses 
disciples luy dirent, 

6. 30..., eta conta cieçoten... gucia.., & luy racon- 
tèrent tout 

8. 4. Eta iHARDETs cieçoten bere discipuluéc, El 

ses disciples lui respôndirent, 
8. 20. . . ? Eta hec erran cieçoten ^ Çazpi. . . ? Ils luy 

dirent, Sept. 
8. 22... : eta présenta cieçoten itsubat,... & là 

on luy présenta vn aueugle, 

10. 37. Eta hec erran cieçoten^ Ils dirent, 

10. 39. Eta hec erran cieçoten^ Bay. Ils luy 
dirent, nous le pouuons. (L. traduit Si.) 

11. 28. Eta ERRAN cieçoten , Et luy dirent, 

11 . 33. . . ERRAN cieçoten lesusi, . . . , dirent à lesus, 

12. 4... eta harri vkaldiz hauts cieçoten burua. 
...&luy iettans des pierres, luy froissèrent la 
teste, 

12. 16. Eta hec présenta cieçoten: ...? Eta hec 
ERRAN cieçoten^ Cesarena. Et ils luy présen- 
tèrent : , . . ? Us luy dirent, De César. 

1. Les exclamations horra et huna ne sont probablement qae 
les pronoms démonstratifs cela et ceci. Les anciens Basques ont 
été, je crois très laconiques^ indiquant souvent leurs pensées à 
l'aide des mains par des gestes. 



— 55 — 

14. 11. . . , eta PROMETTA cieçoien diru emaitera • . , 

& luy promirent donner argent : 
14. 12. . . , ERRAN cieçoten bere discipuluéc,, . . , ses 

disciples luy. dirent, 

14. 70... ERRAN cieçoten Pierrisi, ..., dirent à 
Pierre, 

15. l...,eta LiuRA cieçoten Pilati. ..., & le li- 
urerent à Pilate. 

15. 17, eta inguru eçar cieçoten buruan elhorri 
PLEGATUZCO^ coroabat, . . . , & luy mirent à Ten- 
tour de la teste vne couronne d'espines qu'ils 
auoyent pliee. 

15. 20...,ERAUNZ c/eco/en escarlalazcoa,. . ., ilsle 
deuestirent de la pourpre, 

15. 23. Guero eman cieçoten edatera mahatsarno 
myrrharequin nahasteca, Puis luy donnèrent à 
boire du vin auec myrrhe : (L. traduit meslé,) 

GIEDIA'N. 2. Ind. imp : s. 3® adr: masc : aux : 
cf. saint Luc ; XX, 32. Inchauspe dit a ciedian 
est la forme particulière de Liçarrague pour 
rendre le parfait de l'indicatif ». 

12. 21. . ., eta hil ciedidn^, . . & mourut, 

12. 22. . .: gucietaco azquenenic hil ciediàn emaz- 
tea-ere. . . La femme aussi mourut la dernière 
de tous. 

CIETZEN. 3. Ind : imp : s. 3* r. pi : r. i. pi: 
aux: act : 

1. A temsLTqïxer pleffatusco . Cf. 3 lignes plus bas escarlatas- 
coa, et saint Luc 5. 29 ccudene;sco = de gens qui estoyent, et 16. 
17 diseipulusco -= de (ses) disciples, sco est la terminaison ad- 
jectivale indiquant la consistance. 



— 56 - 

6. 41. . . : eta eman cietzén bere discipuluey, . . . 
eta bi arrainac parti cietzén guciey.... & les 
bailla à ses disciples,... : & départit les deux 
poissons à tous. 

8. 6. . ., eta eman cietzén bere discipuluey, . . . , &les 
bailla à ses disciples, 

CIETZOTEN. 2. Ind : imp : pi : 3« r. pi. : r. i. s. 

aux : act : 
10. 13. Orduan présenta cietzoten haourtcho batzu. 

Alors on luy présenta des petits enfans 
11. 7..., eta EÇAR cietzoten berén abillamenduac 

gainean..., & mirent leurs vestemens sur ice- 

CIHARDVCATELA. 2. I. q. ciharducaten avec 
chute du n avant la participial & conjonctif. 
2. 8. Eta bertan eçaguturic lesusec bere spirituaz, 
eccn hala ciharducatela berac baithan. Et incon- 
tinent lesus ayant cognu de son Esprit, qu'ils 
disputoyent ainsi en eux-mesmes 

9. 14.. ., eta Scribéc hequin ciharducatela. & des 

Scribes debatans auec eux. 
baCIHARDVGATEN. 2. Ind : pi: 3« r. s v. i. a. 
ikarduki. 
8. 16. Eta baciHARDUGATEN elkarren contra. Dont 

ils eurent propos entr'eux, 
11. 31. Eta baciHARDUGATEN elkarren artean, Or ils 
disputoyent entr'eux, 
GIOAGELA. 1. I, q. cioacen avec chute du n avant 
la participial. 

2.23... haren discipuluac bidean cioacela 

ses discipler: en cheminant 



— 57 — 

CIOACENEC. 1. I. g. cioacen avec n rel : décl : 
nom : pi : actif; ind : imp ; pi : 3*verbe irr: int : 
ioan, 

11. 9. Ëta aitzinean cioacënéc, Et ceux qui al- 
loyent deuant, 

CIOC. 1. Ind : prés s. 3* r. s. adr : masc: verbe 
irr : tr : erran, M. Tabbé Inchauspe dans une 
note du 19 octobre 1897 me dit que cioc est « sy- 
nonyme de dioc môme aujourd'hui... en Soûle. » 
14. 14... : Magistruac cioc, ..., Le maistre dit, 

CIOELA. 24. I. q. cioen avec chute du w avant la 
participial. 

1. 7..., CIOELA, ..., disant, 
1.11..., cioELA, ..., disant, 
1. 15. Eta CIOELA, Et disant, 
1. 24. CIOELA, Ah, Disant 
1. 25..., CIOELA, disant, 
3. 33..., CIOELA, ... disant, 
5. 9..., gioela, ..., disant, 

5. 23. .., CIOELA, ..., disant, 

6. 25..., CIOELA, ..., disant, 

8. 15..., CIOELA, ..., disant^ 

8. 26..., CIOELA..., disant, 
8.33,.., CIOELA, disant^ 

9. 7..., CIOELA, ... qui disoit 

9. 38. .., CIOELA..., & dit, 

10. 33. CIOELA, (Hautin a mis Cioela,) Disant, 

12. 6. . ., CIOELA, . . . disant, 
12. 26..., CIOELA, ..., disant, 
14. 44. . ., CIOELA, . . ., disant, 
14, 60.,,, CIOELA, .,.,, disant, 



- 58 — 

14. t>8. . . , ciOELA, . . . , disant, 

14. 71..., ciOELA..., ..,, disant, 

15 . 4 . . . , cioELA, ... : disant, 
15. 9..., ciOELA, ..., disant, 
15. 36..., ciOELA^ ... : disant, 

CIOEX. 1. Ind : imp : s. 3* r. s. v. i. tr : erran. 

4. 30. Guero cioen, ... Puis il disoit, 
CIOITELA. 15. 1. q. cioiten avec la participial 

causant la chute du n, 

I . 27 ... , CIOITELA, . . . , disans, 
3. 11..., CIOITELA, , . , disans, 

5 . 12 ... , CIOITELA, . . . , disans, 

5. 35. . ., CIOITELA, . . . , disans, 

6. 2..., CIOITELA, Nondic huni gauça hauc? 

disans, D'où viennent ces choses à cestuî-ci ? 

.7. 37, et 8. 16. . ., cioitela, . . ., disans, 

10. 26. . .,bere artean cioitela,. . .: disant entr'eux, 

II. 9..., cioitela, ...: disans 

11. 31..., cioitela, disans, (H. a mis cioite à la 
fin de la ligne.) 

12. 18..., cioitela, ..., disans, 

13. 4. CIOITELA, Disans (llautin a mis cioitela.) 

14. 57. . . , CIOITELA, . . . , disans, 

15. 18..., CIOITELA (Hautin a mis cioitela) ..,,fw 
disant^ 

15. 29. . . , eta cioitela, . . . , & disans, 
CIOITEN. 4. Ind : imp : pi : 3® r. s. v, i. irem: erran. 
6. 15. Bercée cioiten, ... : eta bercée c/o//e/?,... 

Les autres disoyent, ... Et les autres disovent, 
14. 2. Eta cioiten y ez bestân. Et disoyent, Non point 

duraut la feste, 






— 59 — 

15. 35. . ., cioiten, . . ., disoyent, 
CLOSTELA. 2. I.q. ciosten avec chute du n avant 
la participial . 

8. 27. . . , ciostela , . . . leurs disant, 
11. 17. . ., ciostela . . ., en leur disant, 

CIOSTEN. 2. Ind : imp : 8.3* r. s. r. i. pi : v. i. 
act : erran, 
7. 20. Ciosten bada, Il leur disoit donc, 

9. 31. .., eta CIOSTEN, ..., & leur disoit, 
CIOTELA. 1. I. q. cioitela. C'est peut-être une 

faute de l'impression. 
9. 11. .., CIOTELA, disans, 
ClOTSALA. 2. Ind : imp : s. 3« r. s. r. i. s. avec 
chute du n avant la participial, v. i. tr : erran, 

I. 40..., eta hari BEtHAumcATUiuc ciotsala, . . . à 
genoux, & luy disant, 

9. 25. . ., CIOTSALA, . . ., luy disant, 

CIOTSATELA. 1. Ind : imp : pl : 3' r. s. r. i. s. 

avec chute du n avant la participial v. i. transitif 
erran. 

10. 49. . . , CIOTSATELA. . . . , luy disant, (pour 
disans^) 

CIRADELA. 6. I. q. ciraden avec chute du n devant 
la participial, auxil : 
9.9. Eta hec menditic iausten ciradela. Et comme 

ils descendoyent de la montagne, 
10.32... iGAiTEN ciradela lerusalemera : ..., 

montans en lerusalem, 

II. 20. Eta goicean aldetic ihagaiten ciradela Et le 
matin comme ils passoyent auprès du figuier, 




— 60 — 

14. 18..., eta alha ciradela. Et comme..., i 
mangeoyent, 

14. 22. Ela hec alha ciradela. Et comme ils man- 
geoyent, 

16. 12. . . , camporat partitzen ciradela. . . ., qui 
estoyent en chemin pour aller aux champs. 
CIRADEN. 32. Ind: imp : pi : 3« verbe subst : & 

aux : (Dans 5 cas le // final est le pronom relatif 

qui^ nom : pi :) 

1, 5. ... : eta batheyatzen ctrarfe/i guciac haren- 
ganic lordaneco fluuioan, . . ., & estoyent tous 
baptizez par luy au fleuue de lordain, 

1. 16..., (ecen pescadore giraden)... (car ils es- 
toyent pescheurs) 

1. 34.... erharçun diuersez eri ciraden guciac: 
(n rel : nomin :) . . . tous ceux qui estoyent 
malades de diuerses maladies: 

1 . 45. . . , ela ethorten ciraden harengana aide gu- 
cietaric. ... : & de toutes parts on venoit à luy. 

2. 6. Eta Scribetaricbatzu CIRADEN han iarriac, Or 
aucuns des Scribes estoyent là assis, 

2 . 15 ... , ecén anhitz ciraden ... : car il y en auoil 
beaucoup 

3. 10... afllictionetan giraden guciac [n rel: 
nom :) tous ceux qui estoyent affligez 

3. 22. Eta lerusalemetic iautsi içan ciraden Scribêc 
{n rel : nom :) Et les Scribes qui estoyent descendus 

de lerusalem, 

4. 36... : baina berce vncitchoac-ere baciRAOES 
harequin. ... ! Or y auoit-il aussi d'autres pe- 
tites nasselles auecluy* 









— 61 - 

4. 37..., eta bagàc sartzen ciraden vncîra, ..., 
tellement que les ondes se iettoyent en la 
nasselle, 

5. 13 (eta baciRADEN bi millaren inguruà) ... 

(or il y en auoit-il enuiron deux mille,) . 

6. 3...? Eta SGANDALIZATZEN ciradeu hartan. ...? 
Et estoyent scandalizez de luy. 

6. 31... : ecen anhitz ciraden... : car il y auoit 

beaucoup 
6. 34. . . : ecen ardi artzain gabeac beçala ciraden : 

... : car ils estoyent comme brebis n'ayans 

point de berger : 
6. 44... CIRADEN borz milla guiçonen inguruà. 

. . . estoyent enuiron cinq mille hommes. 

6. 56.,.. guciac sendatzen ciraden, ... tous... 
estoyent guaris. 

7. 1. eta Icrusalemetic ethorri ican ciraden Scriba 
batzu. (n rel : nom :) . . . & aucuns des Scribes 
qui estoyent venus de lérusalem, 

8.9... CIRADEN laur^ millarem inguruà, ... es- 
toyent enuiron quatre mille : 

9. 4. . ., eta minço ciraden Iesuse(|uin. . . . parlans 
auec lesus. 

9. 6. . . : ecen icituac ciraden. ... : car ils estoyent 
espouuantez. 

9. 32. . ., eta beldur ciraden haren interrogatzera. 
. . ., & craignoyent de l'interroguer. 

10. 32. Eta CIRADEN bidean. . ., eta spantatzen c/- 

1. On prononce toujours le r ûnal de laur à Itaassou, mais on 
écrit lau. 



— 62 — 

raden^ eta... ciraden beldur. Or estoyenl-ils 
en chemin, , . . : & s'estonnoyent, & . . . crai. 
gnoyent, 

12. 12. Ayher ciraden h^àdi\i9iven hatzamaitera. 
..., baina populiiaren beldur c/r/7fif^/i : Dont ils 
tascherent à Tempoigner, mais ils craignirent le 
peuple : 

14. 4. Eta CIRADEN hatzu... Dont aucnns furent 

14. 40. . . : ecen b»yén beguiac cargatuac cirade:?, 
... : car l«# yeux estoyent chargei^^ 

15. 2&. CIRADEN bada hirur orenac. . . Or estoit-il 
trois heures 

15. 40. Eta baciRADEN emazteac-ere. . . Il y auoil 
aussi des femmes 

16. 8...: ecen beldur ciraden, ... : car elles 
craignoyent. 

16. 20... lARREiQUiTEN ciradcn signoéz. (w rel : 
nom :) par les signes qui s'ensuyuoyent. 
GIRADENAG. 4. I. q. ciraden avec n rel: décl : 
nom : passif et ace : pi : {nac = ceux qui) 

1 . 36. . . ela harequin ciradenac. . . . , & les autres 
qui estoyent auecluy.(L. omet les autres.) 

2. 25... eta harequin ciradenac? ... & ceux qui 
estoyent auec luy? 

5. 40. . ., eta harequin ciradenac, . . ., & ceux qui 

estoyent auec luy, 

6. 31 . . . ETHORTEN eta lOAiTEN ciradcnac : ... 
d'allans & de venans, 

GIRADENEAN. 7.1. q. ciraden, n rel : décl : temp : 

(nean= quand) 



— 63 — 

6. 53. Eta berce aidera iragan ciradenean^ Et 
quand ils furent passez outre, 

6. 54. Eta vncitic ilki ciradenean, Et comme ils 
furent sortis de la nasselle, 

11. i. Eta lerusalemera, Bethphage eta Bethania 
Oliuatzetaco mendi aldecoetara hurbiltzen cira- 
denean j [H, a mis men à la fin de la ligne.) Et 
comme ils s'approchoyent de lerusalem, enuiron 
Bethphage & Bethanic vers le mont des oliuiers, 

11. 12. Eta biharamunean ilki içan ciradenean 
Bethaniatic, (H. a mis Be à la fin d'une ligne.) 
Et le lendemain quand ils furent partis de Be- 
thanie, 

15. 20. Guero harçaz trupfatu ciradenean, Apres 
qu'ils se furent moquez de luy, 

15. 33. Baina sey orenac ciradenean, Mais quand 
il fut six heures, 

16. 13. Eta hec itzuli ciradenean,.. Lesquels 
estans retournez, 

CIRADENEG. 5. I. q. ciradenac mais nom : pi: 

actif, {nec = ceiux qui) 

4. 10... haren inguruân hamabiequin giradenég^ 
comparationeaz. ... qui estoyent entour luy 
auec les douze, ... de la similitude. 

11. 9. . ., eta IARREIQUITEN ciradcnéCy . . ., & ceux 
qui suiuoyent, 

14. 70. Eta appurbaten buruân berriz han cira- 
DENÉc. .'. Et derechef vn peu après, ceux qui es- 
tovent là 

15. 29. Eta iRAGAiTEN ciradenéc... Et ceux qui 
passoyent 



— 64 — 

15. 32. . . Harequin crucificatu içan ciradenec-ere 
. . . Et ceux, qui estoyent crucifiez auec luy, 

CIRADENÉN. 1. C'est le géniiit de ciradenac, aux: 
(né/i = de ceux qui) 
11. 15. . . . SALTZKN eta EROSTEW ARi cîi'adenén cam- 

pora EGOizTEN, (H. a mis ero à la fin de la ligne. 

... à ietter hors ceux qui vendoyent & achetoyent 

au temple, 

CIRADENETARIC. 3. C'est le partitif défini de ci- 

radenac [netaric = d'entre ceux qui) . 

3.8...: eta Tyreco eta Sydoneco inguructan ha- 
BiTATZEN ciradenetaric gendetze handi, (H. a mis 
han à la fin d'une ligne.) ... Et grande multitude 
de ceux qui habitoyent à Tenuiron de Tyr tk de 
Sidon 

14. 47. Eta han ciradenetaric cembeitec, ezpata 
iDOQUiRic..., Et quelqu'vn de ceux qui estoyenl 
là, tira son glaiue, 

15. 35. Eta han ciradenetaric batzuc. . . Et aucuns 
de ceux qui estoyent là 

CIRA DENEY. 3. C'est le datif déterminé de ciradenac 
{^ney = à ceux qui) 
2. 26..., eta nola harequin ciRADENEY-ere. . . 

aussi à ceux qui estoyent auec luy? 
14. 69. . . han cjradeney erraiten, . : . à dire à ceux 

qui estoyent là, 

16. 10. . ., lesusequin içan ciradeney^ (H. a mis ci 
à la fin de la ligne.) ... à ceux qui auoyent esté 
auec luy: 

CIRADENl. 1. C'est le datif indéterminé de cira- 



dmac, aux : [ni = à [deux) qui, sans déterminef 
qui étaient les deux.) 

16. 12. Guero gauça hauén ondoan hetaric bi 
\Okvtis.^ciradeni. , . Puis après ces choses, ... , à 
deux d'entr'eux, qui estoyent en chemin 
IRADEiVIC. 1. C'est le partitif indéterminé de 
ciradenaCy aux : Ici le partitif a la force d'un par- 
ticipe et ciradenic signifie ayant été, qualifiant 
le nom : 

15. 41... : eta anhitz berce emazte harequin ba- 
tean lerusalemera igan ican ciradenic. ... : & 
plusieurs autres lesquelles estoyent montées 
ensemble auec luy en lerusalem. 

IROËN. 1. Pot: imp: s. 3* r. s. aux : act : 

5. 3..., eta cadenaz-ere nehorc ecin esteca ci- 
roen. ..., & nul ne le pouuoit lier, nos pjM 
mesme de chaines : 

IROITENAREN. 1. Pot: imp: pi: 3\ r. s. aux: 

act: n rel : accusatif décl : au génitif déterminé 

dépendant de araura = à la mesure de. [narcn 

rz de celui 71/c) 

4. 33. . ., ENÇUN AHAL ciroilcuaren araura. ..., selon 
qu'ils pouuoyent ouyr. 

ITECEN. 52. Ind : imp : pi : 3* aux : 

1. 27. Eta SPANTA ciiecen guciac. Et tous s'en es- 
tonnerent. 

1. 29. Eta bertan synagogatic ilkihic, ethor ciie- 
cen Simonen eta Andriuen etchev*a lacquese- 
quin eta loannesequin. Et lantost se parlaiis de 
.la synagogue, ils vindrent auec laques & lean 
en la maison de Simon & d'André. 



--66 — 

2^ 3. Ordiian ethor citecen batzu harengana, 
(Hatitina mis herengana.) hàowc aucuns \iïiàmr^\^ 
à luy,' 

2. 23.- . . ,'eta has citecen haren discipuluac. . . b«- 
ruca iDOQUiTEN. ..,, ses disciples en cheiui- 
nant se prindrent à arracher des espics. 

3. 8. . , ., ETHOR citecen harengana. "... vindrent 
à luy, 

3. 13. . . : eta ethor ct/ece/i harengana. ... : &ils 

vindrent à hiy, 
3. 20. Eta ETHOR citecen etchera : . . . Puis vindrent 

en la maison: 

3. 21. , . iLKi citecen . . ., ils sortirent 

4. 4. . .. eta ethor citecen ceruco choriac^ . . ., v\ 
les oiseaux du ciel vindrent 

4. 7. . ., eta elhorriac handi citecen, ... : & les es- 
pines montèrent, (L. traduit g^ra/irf/ren/.) 

4. 41. Eta ICI citecen icidura handiz : Et ils crai- 
gnirent de grande crainte, 

5. 1. Eta ethor citecen itsassoaren berce aidera. 
Et arriuerent de la la mer 

5 4 13... Eta iLKiRic spiritu satsuac sar citecen 
vrdetara,...)eta itho cê/ece/i itsassoan . ... : adonc 
ces esprits immondes estans sortis, entrèrent 
es pourceaux : 

5. 14. . . : Orduan ilki citecen ... : lors sortirent 

5. 15. . . : eta ici citecen, ... : & eurent crainte. 

5. 35... ETHOR citecen batzu synagogaco princi- 
palarenetic, . . . , aucuns viennent de chez le 
principal de ta synagogue, 

Ici arenetic est analysable ainsi tic =eXye liaison 



— 67 — 

euphonique, aren = illius avec casâ^ domo^ 
domu sous-entendu. On sait, que du possessif 
en on a formé un nom indépendant signifiant le 
cheZy la casa de, e. g. Echeberri-en = de Maison- 
neuve ; Echeberri-ena = (la maison) de Maison- 
neuve. Et en certains dialectes, peut-être par 
Tinfluence de enea := le mien, la mienne, ena est 
devenu enea = illa casa de, 

5. 42. . . : eta spantamendu handiz spanta citecen. 
(H. a mis spanta à la fin de la ligne.) . . . Dont 
ils furent estonnez dVn grand estonnement. 

G. 29. Eta hori ençunic haren discipuluac ethor 
citecen^ Ses disciples ayans ouy le faict, vindrent. 

6. 30. Eta BiL citecen Apostoluac lesusgana, Apres 
les Apostres se rassemblèrent vers lesus, 

6. 32. loAN citecen bada lekii desertu batetara vn- 
cian appart: . . . Ainsi ils s'en allèrent en vn lieu 
reculé à part en vne nasselle. 

6. 33. . . , eta bil citecen harcngana . . . . , & s'amas- 
sèrent versluy. 

6. 40. Eta lAR citecen arencaz, ehunà, eta berro- 
guey eta hamarni. Et il s'assirent par rangées, 
par centeines & cinquanteines. 

6. 42..., eta ressasia ct/cce/i . ..., & furent rassa 
siez. 

&. 50. . . , eta TRUBLA citecen : . . . , et furent troublez: 

6. 53 , ETHOR citecen Genesarethco lurrera, 

. . ,, ils vindrent en la contrée de Gennezareth, 

6. 55. .., HAS citecen ohetan erién ekarten, . . ., & 
se prindrent à luy apporter c;à & là.en des licts 
ceux qui auoyent mal, (L. omet çà & là.) 



-6Ô- 

7. 1. Orduan bil citecen harengana Phariseuac, 

Or les Pharisiens & . . . , s'assemblèrent vers 
luy. 
7. 2. ..., ARRA.NGURA citecen. . . .) ils en firent 
complainte . 

7. 35. Eta bertan irequi citecen haren beharriac, 
Et incontinent ses aureilles furent oiiuertes, 

8. 8. . ., eta ressasia citecen : . . ., & furent ras- 
sasiez: 

8. 11. Eta ETHOR citecen Phariseuac, eta bas cite- 
cen harequin iharduquitkn, Et les Pharisiens 
vindrent, & se prindrent à disputer auec luy, 

8. 27. Eta lesus eta haren discipuluac, handic 
ILKIRIG ETHOR citcccn ... Et Icsus & SCS dis- 
ciples estans partis de là, vindrent 

9.3. Eta haren abillamenduac argui citecen, eta 
haguitz CHiTRiT elhurra beçala. Et ses veste- 
ments deuindrent reluisans& fort blancs comme 
neige, 

9. 34, Eta hec ichil citecen : Et ils se teurent: 

10. 24. Eta discîpuluac SPANTA c//cc«/i hitz hauçaz. 
Et les disciples s'estonnerent de ces paroles. 

10. 26. Baina hec are spantago citecen^ Dont iceux 
s'estonnerent encore plus: 

10. 41 . Eta hori ençunic hamarrac has citecen fas- 
CHATZEN lacquesezeta loannesez. Quoy oyansies 
dix autres^ ils commencèrent à se courroucer de 
laques et de lean. 

11. 4. PARTI citecen bada, Us se partirent donc 
M. 27. . • . , ETHOR citecen harengana Sacrificadore 

principalac, eta scribâc, {sic) eta Ancianoac« 



— 69 - 

(Hautin a omis ce point. Il a mis Sa à la fin de 
la ligne.) ..., les principaux Sacrificateurs, & 
les Scribes & les Anciens vindrent à luy, 

12. 12. ... : eta hura vt/iric ioan citecen. ... : 
parquoyle laissans, s'en allèrent. 

12. 18. Orduan ETHOR cf7ece/z harengana Sadduce-> 
iiac, Adonc les Sadduciens (...) vindrent à luy, 

14. 11. Eta hec hori ençunic aleguera citecen^ Les- 
quels l'ayans ouy, s'esiouirent, 

14. 16. Parti citecen bada haren discipuluac, eta 
ETHOR citecen hirira: Ainsi ses disciples se par- 
tirent, & vindrent en la ville, 

14. 19. Eta hec has citecen tristetzen : eta hari 
ERRAiTEN bâta bercearen ondoan, Lors ils se 
prindrentàse contrister, & luy dirent Tvn après 
l'autre, 

14. 26. Eta canticoa erranig ioan citecen Oliuat- 
zetaco mendirât. Et après qu'ils eurent dit le 
cantique, il [sic) s'en allèrent en la montagne 
des Oliuiers. 

14. 53... : eta bil citecen harequin Sacrificadore 
principal guciac, ... : auec lequel tous les prin- 
cipaux Sacrificateurs,. . . s'assemblèrent. 

14. 65. Eta HAS citecen batzu haren contra thu 
egviten: eta haren beguithartearen estaltzen, 
eta haren buffetatzen : eta hari erraiten, Et 
aucuns se prindrent à cracher contre luy, et 
couurir sa face, & luy bailler des buffes : & lui 
disoyent, 

15. 1.8. Eta HAS citecen haren salutatzen, Et se 
prindrent à le saluer, 



- 70 - 

16. 5. ... : eta ici citecen. (Hautin a omis ce point.) 

. . ., & s'espouuanterent. 
GITIAGV. 1. Ind: prés: pi: 1«. r. s. adr : masc : 
aux : acl : 

10. 28. . . , guc VTzi citiagu gauça guciac, . . , voici, 
nous auons tout délaissé. 
CITIAT. 1. Ind: prés: s. 1® r. pi : adr: masc: 
aux : act : 
10. 20..., horiac guciac beguiratu citiat neure 

gaztetassunetic. ..., i'ay gardé toutes ces 

choses dés ma ieunesse. 
CITVA'N. l.Ind:imp: s. 3'. r. pi: adr : masc: 
verbe poss : 
12. 20. CituAn bada çazpi anaye: (i) Or il y auoit 

sept frères : ( A remarquer que L. n'écrit pas 

baciradtn ici. Il pense en erdara.) 
CITVELA. 1. I. q. c^'^Mew aux : act : avec chute du w 
avant /a conjonctif. 
3. 22. . . , eta deabruén princearen partez deabruac 

campora egoizten cituela. . . ., & iette hors les 

diables de par le prince des diables. (L. traduit 

qu'il iettoit.) 
CITVEN. 14. Ind: imp : s. 3*. r. pi: verbe po$s:& 
aux: act : (En 11, 61e n final est conjonctif gou- 
verné par beçala), 
1. 22. . ., ecen iracasten cituen. car il les ense- 

gnoit. 

1. 39. . . : eta deabruac campora egoizten cituen. 
... : & iettoit hors les diables. 

2. 13 , eta iragastbn cituen hec. ...,&les 

enseignoit. 



— 71 — 

2. 26. . . : eta proposilioneco oguiac iàn* vkan cir- 
tuen, ..., & mangea les pains de proposition, 

3. 8. . ., ENÇUNiGcein gauça handiac eguiten cituen 
. . . , ayans oiiy les grandes choses qu'il faisoit.. 

3. 12. Baina harc haguitz mehatchatzen cituen, 

. . . Mais il les tançoit fort, 
6. 6. . ., eta inguratzen cituen burguàc inguru, . .., 

& tournoyoit à Tentour des villages 
6. 48. . . : eta nahi cituen hec iragan. (de ce mot 

vient iragaitza comme emaitsa de eman,) ..., 

& les vouloit passer. 

8. 25. . ., eta ikusten cituen vrriindanic-ere claro- 
qui guciac. ...: alors il voyoit tous de loin 
clairement. 

9. 31. Ecen iracasten cituen bere discipuluac, Car 
il enseignoit ses disciples, 

10. 1 ... : eta ohi beçala berriz iracasten cituen. (H. 
a mis ber à la fin de la ligne.) . . ., & derechef 
les enseignoit comme il auoit accoustumé. 

10. 6. Baina creatione hatsetic, arra eta emea 
EGUiN cituen laincoac. Mais du commencement 
de la création, Dieu les fitmasle & femelle. 

10.22...: ecen on handiac cituen. ... : car il 
auoit beaucoup de biens. 

11. 6..., lesusec manatu cituen beçala: {n conj : 
devant beçala.) . . . comme lesus leur auoit com- 
mandé : 

1. En dialecte Aezcoan ian devient shan, en Guipuzcoan ^r//i 
aspiré. 



— 72 — 

CITVENAC. I. q. citueriy aux: act : n rel : accus: 
décl : accus : régime de citzan {nac=: ceux que. 
3. 13. .. NÀHi cituenac : ... ceux qu'il voulut : 
CITVENEAN. 2. I. q. cituen^ aux: act : avec /irel: 
décl : temporel, {nean = quand,) 
6. 41. Eta borz oguiac eta bi arrainac hartu citue- 
nean, Et quand il eut prins les cinq pains & les 
deux poissons, 
6. 46. Eta hec igorri cituenean^ Et quand il les 
eut renuoyez, (L'original porte ils.) 

CITVENIC. 2. I. q. cituen aux: act : n rel: décl: 
partitif indéterminé en apposition avec le nominatif 
& l'accusatif. 
9. 7... hodeybat hec estali cituenic : (nom:) 

Et vne nuée vint qui les encombra : 
9. 38... ceqibeit hire icenean deabruac campora 

EGOizTEN cituenic^ (ace.).., quelqu'vn qui iettoil 

les diables hors 
CITVZTELA. 5. I. q. cituzten aux: act: avec chute 
du n devant la participial : qualifiant Taccusatif et 
le nominatif. 
1. 5 ..., bere bekatuac gonfessatzen cituztela. 

. . ., confessans leurs péchez. 
1. 16 ..., sareac itsassora egoizten cituztela 

... iettans leurs filez en la mer : 
1. 19 ..., hec-ere vncian bere sar.^ac adobatzkn 

cituztela, ,.., qui racoustroynt leurs filez en la 

nacelle. 
12. 5. ... : eta anhitz berceric, batzu cehatzen eta 

berceaç hiltz^en cituzfela. ».. , & plusieurs autres 



\ 



— 73 — 

desquels ils blessèrent les vns, & occirent les 
autres. 

15. 29... bere buruac higuitzen ciluzlela^ (H. a 

mis bu à la fin d'une ligne.) ..., hochans leurs 

testes, 
GITVZTEN. 8. Ind : imp : pi 3" r. pi : verbe poss : & 
aux : act : (en 9, 9 le n final traduit le pronom que 
ace : pi :) 
3. 11 ..., haren aitzinera bere buruac egoizten ci- 

tuztérij ..., se prosternoyent contre luy, 
6. 13 ..,, eta sendatzen cituzten. ..., & les gua- 

rissoyent. 
6. 56 ..., placetan eçarten cituzten eriac, 

. . . , ils mettoyent les malades es marchez : 
8. 6 ... : eta presentatu cituzten populuaren aitzi- 

nean. ... : & ils les présentèrent deuant le 

peuple. 

8. 7. BaciTUZTEN halaber arrain guti batzu, Ils 
auoyent aussi quelque peu de petits poissons : 
(L. omiX. petits.) 

9. 9 ... iKussi cituzten gauçac, (ici le n final de 
cituzte/z joue le rôle du pronom relatif que ac- 
cusatif pluriel.) 

... ce qu'ils auoyent veu, 

10. 13 ... : baina discipuluéc mehatghatzen cituz' 
ten^ 

... : mais les disciples tançoyent ceux 

11. 8... : eta bercée adarrac ebaquiten cituzten 
arboretaric eta bidean hedatzen. ... : les autres 
couppoyent des rameaux des arbres, & les espan- 
doyent par le çhemiq. 



— 74 — 

CITVZTENAC. 1. I. q. cituzten, n rel : nom : déel: 
accus: pi : régime de cituzten. (nac = ceux qui.) 

10. 13..., heC PRESENTATZEN ciVaz/e/iflc. 

. . . ceux qui les amenoyent. 
CITVZTENÉC, l/l. q. citutzen, n. rel : décl: nom : 

pi : act . (née = ceux^ qui.) 

5. 14. Eta vrdeac bazcatzen cituztenéc 
Et ceux qui paissoyent les pourceaux, 
CITZAN. 40. Ind : imp : s. 3*. pi : aux : act : 

1 . 10. . . . , iKUs citzan ceruac erdiràtzen, eta Spi- 
ritu saindua vsso columbabat beçala haren gai- 
nera lAUSTEN. . . ., il vid les cieux se fendre, & 
le sainct Esprit comme vne colombe descendant 
sur luy. 

1. 16 ... iKus citzan Simon eta Andriu haren ana- 
yea, . . . , il vid Simon & André son frère 

1. 19. Eta handic aitzinachiago lOANiG, iKUs citzan 
lacques Zebedeoren semea eta loannes haren 
anayea, Et de la passant vn peu plus outre, il 
vid laques fils de Zebedee, & lean son frère, 

1. 20. Eta bertan dei citzan hec : ... Et inconti- 
nent les appela : 

1. 13 ... ; eta harc cerbitza citzan. . .., & elle les 
seruit. 

1. 34. eta senda citzan. .. guciac: ... Et il guarit 
tous 

3. 13 ..., eta dei citzan beregana nahi rài/e/^âic: 

. . . , & appel à soy ceux qu'il voulut : 
3. 14. Eta ORDENA citzan hamabi harrequin iça- 

TECO, eta PREDIGATZERA IGORTEGO I . . . Et Cn Of- 



— 75 — 

donna douze pour estre aucc luy, & pour les 
enuoyer prescher, 
5. 38 .., eta ikus citzan tumultoa, eta nigarrez 
CEUDENAC, ..., & void le tumulte^ & ceux qui 
ploroyent 

5. 40 ... : baina harc guciac idoquiric campora, 
HAR citzan nescatcharen aità eta amâ, ... : mais 
les ayant iettez tous dehors, il prend le père & 
la mère de la fillette, 

6. 7. Orduan dei citzan hamabiac, Adonc il ap- 
pela les douze, 

6. 8. Eta MANA citzan ... Et leur commanda 

6. 33. Baina ikus citzan populuac ioaiten, Mais le 
peuple les vid en aller, 

6. 39. Orduan mana citzan^ Adonc il leur com- 
manda 

G. 41 ..., beguiac cerurat altchaturic, gratiac 
RENDA citzan^ eta hauts citzan oguiac: 
..., regardant vers le ciel, il rendit grâces, & 
rompit les pains, 

6. 45. Guero bertan bere discipuluac sar eraci 
citzan vncira, eta aitzinean ioan eraci itassoa-- 
ren berce aidera Bethsaida alderat. Incontinent 
après cela il fit monter ses disciples en la nas- 
selle, & aller deuant luy outre la mer vers Beth- 
saida, 

7. 33. Eta hura gendetzetic appart harturig, ecar 
citzan bere erhiac haren beharrietan : . . . Et 
Tayant tiré à part de la multitude, il mit ses doits 
es aureilles d'iceluy : 

7. 36. Eta MAKA citzan, ,, y Et il leur commanda 



— 76 — 

8. l..., DEi cilzan beregana lesiisec bere disci- 

puluac, . . ., lesus appela à soy ses disciples, 
8. 5. Eta iNTERROGA c^7za/2, Lors il leur demanda, 
8. 6... : eta, harturic çazpi oguiac, gratiâc ren- 
DATU eta, HAUTS citzan^ ... : & print les sept 
pains, & après auoir rendu grâces, il les 
rompit, 

8. 15. Eta MANA citzany Et il leur commanda, 

8. 25. Guero berriz eçar citzan escuac haren be- 

guién gainean, Et après il mit derechef les mains 

sur les yeux d'iceluy, 
8. 27. . . : eta bidean imterroga citzan bere disci- 

puluac, 

... : & sur le chemin il interroga ses disciples 

8. 30. Orduan debeta citzan mehatchurequin. . . Et 
il leur défendit auec menaces 

9. 2. Eta sey egunen buruan har citzan Pierris. 
eta lacques eta loannes, eta eraman citzan mendi 
gora batetara appart bec berac\ (H. a mis men 
à la fin de la ligne.) Et le sixième iour après, 
lesus print Pierre, & laques & lean, et les 
mena seuls à part sur vne haute montagne, 

9. 9 . . . , MANA citzan y . . . , il leur commanda 
9. 16. Orduan interroga citzan Scriba hec. 

Lors il interroga les Scribes, (L. traduit ces. 
9. 33..., INTERROGA citzan.,,, il les interroga, 
9. 35..., DEi citzan hamabiac, . . . il appela les 

douze, 

1. Bera en Basque exprime et solus et ipse. Vous entendra «j* 
la bouche d'un Basque qui n'est pas très fort en Français «je 
il'irai pas moi-même », Majs il veut dire seul^ sans compognon. 



iO. 16. Ëta hec bessoetara hàrturig, escuac hayén 
gainean eçarririg, BEfiEDick citzan. Et après les 
auoîr prins entre ses bras^ mettant ses mains 
sur eux, il les bénit. 

11. 1..., IGOR c^'/za/ibere discipuluetaric biga,..., 
il enuoya deux de ses disciples, 

11. 15..., eta cambiadoren mahainac, eta vsso 
columba satzalen cadiràc itzul citzan,. ., & re- 
nuersa les tables des changeurs : & les selles de 
ceux qui vendoyent des pigeons. 

12. 42. Eta ETHORRiRic eniazte alhargun paubre 

batec ËMAN citzan bi peça chipi, Et vne poure 
vefue vint, laquelle y mit deux fort petites 
pièces, 

14. 13. Orduan igor citzan hère discipuluetaric 
biga, Adonc il enuoya deux de ses disciples, 

14. 37. . ., eta eriden citzan, . ., & lestrouua dor- 
mans : 

14.40. Guero itzvliric eriden citzan berriz. . . Et 
estant retourné, il les trouua derechef 

16. 8. . .• : ecen ikarac eta iciapenec hm\ citzan : 
(H. a mis ci à la fin de la ligne.) ... : car trem- 
blement & frayeur les auoit saisies f 
CITZATEN. 10. Ind : imp : pi : 3« r. pi : aux : 

act: 

3. 31... IGOR citzaten batzu harengana, haren 
DEITZERA... enuoyerent aucuns vers luy pour 
l'appeler. 

5. 14. . ., eta ekar citzaten berriac hirira eta cam- 
pocoetara :...,& en portèrent lesnouuelles.en 
la ville & par les villages : 



-79- 

8. 8... : eta altcha citzalen cathi soberatuetaric 
çazpi sasqiiitara. . . & emportèrent du résidu des 
pièces de pain sept eorbeillees. 

11. 6. . ., eta lOAiTEUA vtzi citzalen. . . : ii ceux-là 
les laissèrent aller. 

il. 8. Eta anhitzec berén abillametuluac heda 
citzalen bidcan : Et plusieurs estendoyent leurs 
vestemens par le chemin : 

12. 13. Guero igor citzalen harengaoa Hiarise- 
uetaric eta Herodianoetaric batzu, Apres ils luy 
enuoyont aucuns des Pharisiens <S: des Hero- 
diens, 

14. 46. Orduan bec Ecxn citznleii bere escuacha- 
ren gainean, Adonc ils mirent les mains sur 

15. 24..., p/lRTI citzalen haren abillamenduac,... 
ils départirent ses vestemens, 

15. 27. Eta harequin crucifica citzalen bi gaich- 
taguin: Ils crucifièrent aussi auec luy deux bri- 
gands: 

16.1..., Maria Magdelenac eta Maria lacquesen 
amàc, eta Salomec eros citzalen vnguentu aro- 
maticoac, (H. a mis aroma à la fin de la ligne.' 
..., Marie Magdaleine, & Marie mère de 
laques, & Salomé, achetèrent des onguens 
aromatiques, 
ÇOAZTE. 5. Impératif pi: 2'v. i. int: ioan. 

6 . 38 ... ? ÇOAZTE ... ? allez 

11.2..., ÇOAZTE... burgura:. .. .Allez en ce vil- 
lage 

14.13. . ., ÇOAZTE hirira, . . ., Allez en la ville, 



— 79 — 

16.7. BainaçoAZTE. Mais allez, 

16.15..., çoAZTE miindii orolara, ... , Allez par 

tout le monde, 
ÇVE. 7. Imp: pi: 2* r. s. aux: act: 

9.19.,.? EKKRçue hura enegana...? Amenez-le 

moy. 
11.3...? ERRAci/e ecen . . . ? dites que 
13.18. Othoitz EGUipuebada. . . Priez doncques 

13. 29. . ., iKqviçue, . ., sçachez 

13.33. . . eta othoitz EGUiçue, . . . , & priez : 

14. 38. . . , eta othoitz EGviçue^ . . ,& priez, 

14. 41 .., Lo ECMViçue gaurguero*, ... Dormez 
d^ici en auant. 

1. Gaut' qai rend ici dans le sens de ce moment, signifie dans 
quelques dialectes cette nuit, dans les autres ce jour d'hui. 
Ça fait penser qu'il ne soit qu'une ancienne forme de /mur, 
haii = ceci, Gaur signifiant cette nuit pourrait être une contrac- 
tion de gau-haur = nuit-cette, Gau = nuit devient ffab quand il 
est suivi de Tarticle défini. Il est peut-être le même mot que 
gabc = 3ans. La nuit est le temps san^ soleil. Le mot egun 
= jour paraît être parent de ekia, cguskia ssle soleil, cf. garren 
garerC^ la terminaison ordinale des numéros, et gon pour hon 
en Navarrais. 



CORRIGENDA DANS LE TOME XXXI 



p. 274, 4* ligne d'en bas ajoutez après harengana,,.., 

grand peuple s'assembla à luy, 
p. 276, 3« ligne d'en bas EGUINIC 
p. 281, 4® ligne, après aux : ajoutez (na = lequel), 

!'• ligne de la note lisez et par guero^ 
p. 282, lignes 7* et 10« lisez CELA,1. 17. Supprimez 

la ponctuation après lasterca 1. 20, ajoutez (L. 

traduit « qu'il estoit mort »). 1. 26, lisez c'estoit 
p. 283, 1. 19 mettez... avant la pierre 

p. 287, 1. 7 lisez loannesen 1. 7 d'en bas lisez est le 
p. 289, 1. 13, ajoutez (L. traduit la nasselle,) 
p. 290, 1. 14 après partitif insérez participial (nîc = 
un y quelque, ou quelqu'un qui) 1. 17 après montant 
insérez & 
p. 291, 1. 15 après Jaquija, insérez » 
p. 292, 1. 13, supprimez Je point après véritable 
1. 15, lisez bénit? 1. 18, lisez séparez 1. 19, lisez 
baÇABILAN : & après elkarrequin insérez 1. 11 
Galilée : 1. 21, lisez Phariseuén sans point. 1. 22, 
biffez tout. 1. 27, ajoutez 1, 12 demandans 1. 30 
PRESENTATU, 1. 28 biffez 1. 12 demandans et ce 
qui suit 1. 29 biffez sentatu. 
p. 293, 1. 9 lisez 1. 29, 1. 10, lisez Mayo 1. 14 séparez 
baga et egotiaril. 17 lisez anything atall, and naked 
(and) I. 19 mettez l'accent aigu sur Vo en guirôn 
1. 20, lisez 1. 24. ajoutez 



- 81 — 

p. 294, 1. 4 lisez seruiteur 1. 9 lisez auoir 

p. 295 1. 2 lisez écusson. La note finale sur cette 

page est tellement pleine de fautes d^impression 

qu'il faut la répéter. 

Pierre Hautin, en imprimant l'Evangile de saint 
Marc, a omis le trait, à la fin d'une ligne, dans les 
versets suivants, après les fragments de mots que 

voici : 

Ch. I. v. 24 ba 27 bai 30 bel 35 iai 

II. 1 Caperna 3 ekar 17 bai 18 dis 19 gen 21 
ga 26 Abi 27gui<;onaga 

III. 8 han 23 com 35 voron 

IV. 8 ce 15 rect 17 ber 20 du 32 ha 
V. 2 ber 42 spanta 

VIII. 30 ne 31 ce & prin 34 di 35 gai 
IX. 2 men 16 di 18 cam 42 lu 43 di 49 sacri 

50 Au 
X. Sommaire se 1 ber 14 enega 17 hère 20 

Ma 23 la 
XL 1 men 4 bi 12 Be 14 secu 15 ero 27 Sa 30 

guiço 31 cioite 
XII. 24 ezpaitaquiz 

XIV. 63arro 

XV. 1 prin & Scri 4 hi 12 ci 29 bu 34 le 40 

Magda 44 hu 
XVI. Sommaire min 1 aroma 2 ethor 7 Ga 8 ci 
9 Ma 10 ci 14 ha 16 salua 20 gu 

E, S. DODGSON. 



fitBLiO&RAPHIË 



Emile SoLDi. La Langue sact^ée, la cosmoglyphie, le 
mystère de la création. — Paris, A. Heymann, 1897. 
Gr. in.-8% (vj)-xvi-677 p., nombreuses figures. 

Ce magninque volume s'annonce comme le premier 
d'une série qui doit en comprendre huit autres traitant 
successivement de « Voyage dans Tautre monde ; la 
céramique», «l'architecture», «l'architecture: tom- 
beaux et temples » ; « armes et costumes : le culte, 
transformation des signes sacrés en ornements », « l'an- 
thropomorphisme: sculpture ei polychromie », — ces 
cinq divisions comprenant les 500 signes de la langue 
sacrée, — puis « l'écriture : transformation des signes 
sacrés en signes déterminatifs, syllabiques et alpha- 
bétiques », « langues, gestes, traditions », « ethno- 
graphie : origine de la première famille humaine, 
dates, conclusions, lois », « préface, appendice, dic- 
tionnaire de la langue sacrée ». 

Dans ce premier traité, il n'est parlé que de la vie: 
constitution des êtres vivants par l'attraction, énergie 
et intelligence, corps, âme, feu, soleil. Pour l'auteur 
tout est symbole, depuis le moindre ornement du 
costume des paysans jusqu'aux dessins les plus coni- 



— 83 — 

pliqués des plus grands artistes ; et tous ces symboles 

révèlent une langue sacrée dont les signes, observables 
sur toute la terre, enseignent irréfutablement l'unité 
de Tespèce humaine, unité d'origine, d'intelligence, 
de science, de religion, d'écriture. Les hiéroglyphes 
ne sont qu une transformation secondaire de cette 
langue sacrée. Le signe pour ainsi dire fondamental 
serait la croix en T, simplification du signe de l'instru- 
ment qui produit le feu, c'est-à-dire le foret avec sa 

corde. 

Je ne puis suivre l'auteur dans le développement ni 
même dans l'exposé, un peu nuageux et subtil, de sa 
théorie. iNul doute que l'écriture n'ait son origine 
dans le dessin, mais la convention y intervient aussi- 
tôt, et nous constatons que si le dessin primitif était le 
même, la forme abrégée et sa valeur syllabiqne ou lit- 
térale ont été très variées. De ce qu'un Australien s'il 
savait dessiner, un Chinois, un Mexicain, représente- 
raient le soleil ou la lune par un cercle avec un point 
central ou avec des rayons, s'ensuivrait-il que leur 
mentalité, leurs mœurs, leurs croyances, leurs lan- 
gages seraient les mêmes? Pas du tout; cela prouverait 
uniquement que les uns et les autres voientet observent 
avec exactitude. D'aifleurs, pour m'exprimer d'une 
façon plus précise, le dessin est un langage subjectif, 
tandis que l'écriture est un langage objectiL 

Quant à l'unité de l'espèce humaine, c'est une pure 
hypothèse, une chimère que rien ne justifie et ne né- 



— 84 - 

cessite. Elle est même absolument improbable. De 
ce que, comme disent IMotin et les Bouddhistes, le> 
âmes individuelles sortent de lame universelle, est-ce 
que cela prouve que le Français ou TÂrabeont un an* 
cêtre commun? Non, cela veut dire que la substance 
une a formé des corps différents, et que les races hu- 
maines sont aussi variées que les objets fabriquer 
avec la même matière : l'Anglais est à TEsquimau ce 
qu'une lance est à un bouclier, ce qu'une lampe est :< 
un éteignoir, ce qu'une plume de fer est à une aiguille 
à coudre. Il n'y a guère plus d'unité dans Tespèce 
humaine. Julien Vi.nson. 



NouveHesÉtudes demylhologie.p^vH^x Mûller, trad. 
par M. L. Job, professeur au lycée de Nancy. — Parh, 
F. Alcan. 1898, in-8% x-651 p. 

On peut appliquer à certains hommes de science le 
mot célèbre: a Ils n'ont rien oublié, ni rien appris ^ 
non que leurs études ne se soient logiquement dévc* 
loppées et que leur instruction personnelle n'ait rien 
gagné, mais parce qu'ils demeurent immobiles au 
milieu du mouvement général et qu'ils s'obstinent 
dans leurs préjugés et leurs routines. Tel nous avons 
toujours connu M. Max Mûller, piétisle et dévot, sou- 
teneur convaincu des convenances et des théories n 
priori, tel nous le retrouvons dans ce nouveau livre. 
Il y affirme plus que jamais la thèse de Vhofiw sapiens, 
totalement isolé du reste des êtres; il y proclame udc 



— 85 — 

fois de plus que Thomme ne saurait avoir « émergé 
d'une brutalité bestiale » ; il y défend à nouveau la 
théorie de Lautcerschîebung, théorie* spécieuse s'il en 
fut, comme Ta magistralement démontré Hovelacque. 
il y a trente ans déjà. Veut-on une preuve de l'état 
d'esprit de M. Mûller? Il suffira de rapporter ce qu'il 
dit du rapprochement 6e6ç = déca (p. 291-292) : la 
parenté de ces deux mots est phonétiquement impos- 
sible, mais il faut l'accepter à cause de« la logique des 
faits », quitte à soupçonner que c'est un mot « excep- 
tionnel, en raison de sa haute antiquité ». Dans 
d'autres langues, les mots signifiant « Dieu » pré- 
sentent ainsi des irrégularités. La forte aspiration serait 
une« prononciation révérencieuse » et «nous n'avons 
qu'à entendre la physionomie extraordinaire que 
prend parfois le mot God dans la bouche des ministres 
du culte ! »... 

Aujourd'hui, M. Mûller n'est pas seul en lice; il a 
appelé à la rescousse ses disciples et les disciples de 
ses disciples; et tous de foncer avec entrain contre 
l'anthropologie et les anthropologistes, ces gens qui, 
«parce qu'ils mesurent des crânes et des tibias », se 
permettent de ne pasjurare in verba magistri. Ce qui 
m'étonnera toujours, c'est quêtant de Français fassent 
sifacilement cortège à cet Allemand anglicanisé. Il est 
vrai qu'en 1895, à l'occasion du centenaire de l'École 
normale, on l'a nommé « Commandeur de la Légion 
d'honneur », oubliant une certaine conférence qu'il 



— 86 - 

fit et qu*il publia, pour rinauguration de TUnîTersit^ 
— allemande— de Strasbourg, le 23 mai 1872. et 
dont Hoveiacque disait ici-même: « Nous tenions au 
moins M. Max Mûller pour un homme de tact et de 

goût, il nous en faut bien revenir. » (Revue, V, p. 31 1j 

J. V. 

L'Évolution de tÉducation dans les diverses races 
humaines par le D' Ch. Letournead. — Paris, Vigoi 
frères. 1898. in-8^ (vij)-xviij.617 p. (T. XIX de la 
Bibliothèque anthropologique.) 

Personne, je crois, ne méconnaît i Importance de 
réducalion au point de vue social et humanitaire; 
mais, parmi ceux qui se préoccupent de Tavenir. com- 
bien peu ont étudié le problème qui est double, une 
partie étant purement documentaire, historique, d'ob- 
servation et Tautre étant d'application, d'utilité essen- 
tiellement pratique ! Le livre de M Letourneau est 
un recueil méthodique de faits, empruntés à l'histoire 
naturelle, depuis Tanimal d'ordre assez inférieur 
jusqu'à l'homme le premier de tous. L'éducation a été 
longtemps un acte spontané, un fait vital, résultat 
de l'imitation d'une part et de l'intérêt de l'autre. Puis 
le second point de vue l'a emporté sur le premier, et 
on a dirigé l'éducation, non dans l'intérêt actuel et 
immédiat, mais dans un intérêt futur général, supé- 
rieur aux besoins étroits et passagers. Il s'agit aujour- 
d'hui de déterminer exactement cet intérêt et la façon 



— 87 - 

de le mieux servir. Le D' Lelourneau n'a pas de peine 
à montrer que la seule bonne éducation, la vraie, est 
celle qui permettra de développer normalement et 
librement les facultés mentales deThomme, en lui per- 
mettant d'utiliser au maximum ses forces et ses apti- 
tudes physiques. 

Est-ce à dire que tout soit parfait dans cet ouvrage ? 
Les citations y sont malheureusement quelquefois em- 
pruntées â des écrivains d'une autorité secondaire, 
soit qu'ils aient mal observé, soit qne leurs observa- 
tions, déjà anciennes, aient été plus tard contrôlées 
et corrigées. En ce qui concerne l'Inde par exemple, 
Tabbé Dubois et Sonnerat sont des témoins fort dis- 
cutables; la traduction du Rîg-Vêda, par Langlois, 
n'a presque aucune valeur, et l'on ne s'attendait 
guère à voir Strabon cité à côté de Dalton ou de 
H. Spencer. Le fait allégué par le géographe grec, l'in- 
fanticide légal et voulu dans l'intérêt de la tribu dont 
les ressources matérielles étaient ainsi ménagées, exis- 
tait naguère chez les Todas des Nîlagiris. La présence 
(les Anglais a amené la suppression de cet usage tra- 
ditionnel, et il en est résulté une situation remarquable 
au point de vue de l'organisation familiale. La règle 
était naguère de n'avoir qu une femme par maison, 
quel que fût le nombre des hommes. Aujourd'hui que 
les femmes sont moins rares, il peut y en avoir plu- 
sieurs dans chaque habitation, mais des habitudes 
anciennes il restececi que les femmes sont communes 



— 88 — 

h tous les hommes de la maison, de sorte que la ma- 
ternité de renfant, si j*ose m'exprimer ainsi, est seule 

certaine. 

J'aurais un reproche plus grave à adresser à notre 
vaillant secrétaire général. Pourquoi se refuse-t-il à 
admettre Forigine malaise des Hovas? Certainement 
la langue des Hovas ne diffère pas sensiblement des 
autres langues de Madagascar, mais toutes ces langues 
sont incontestablement du vieux malais, quel que soit 
le type de ceux qui les parlent. Et qu'est-ce que c'est 
que cette allégation de ressemblances malaises appor- 
tées par les Arabes? Cela me choque, sous la plume 
de Letourneau, peut-être plus encore que sa double 
affirmation : « Le préfixe ra qui a une tournure égyp- 
tienne. . . » et « que nous avons vu employer de la même 
manière chez les « Cafres ». Relisez la Linguistique 
d'Hovelacque, mon savant ami, et vous corrigerez ce 
passage dans votre prochaine édition. Ceci, d'ailleurs, 
n'enlève rien au mérite, à l'intérêt et à la haute valeur 

de votre beau livre. 

Julien ViNSON. 



Molière à Bordeaux..., avec des considérations nou- 
velles sur ses fins dernières, par Anatole Loqdin... 
— Paris, Bordeaux et Orléans, 1 898, 2 vol. in-8'* : l(iv)- 
640p.;II, (iv).62op. 

Est-il vraiment possible de parler de Molière dans 
la Revue de linguistique? Et pourquoi non? Outre que 



— 89 — 

la comédie touche au folk-lore et s'en inspire souvent, 
Molière aurait droit au titre de linguiste pour les spé- 
cimens de patois populaires, de sabir et de b'ngua 
franca qu'il donne passim, et mieux encore par la 
leçon de grammaire du Bourgeois gentilhomme. 

L'ouvrage de M. Loquin est considérable ; ces deux 
volumes» à l'apparence ordinaire et modeste, repré- 
sentent un travail énorme et contiennent la matière 
de plusieurs grands in-quarto. Et ici, il faut louer 
l'imprimeur, le maître bordelais bien connu, M. Gou- 
nouilhou, digne successeur des Morpain et des Mi- 
langes : il y a telle page, contenant quatre ou cinq 
caractères différents, dont la composition a dû être 
fort laborieuse. 

Le point de départ est en apparence minime (les 
petites causes ont de grands effets) : la découverte 
contestée d'un document prouvant le passage de 
Molière à Bordeaux en 1656, et une allusion railleuse 
à une thèse proposée par un Bordelais que le fameux 
Masque de fer aurait pu être Molière. Là-dessus, 
M . Loquin a bâti un édifice admirablement complet : 
biographie minutieuse de Molière, bibliographie on ne 
peut mieux détaillée, analyse et histoire de chaque 
pièce, enfin étude rigoureuse de l'histoire ou, si Ton 
veut, de la légende du Masque de fer. 

Je ne puis suivre M. Loquin à la piste, et je dois 
me borner à recommander la lecture de son livre. Il 
faut signaler surtout les études sur Don Juan ou te 



- 90 - 

Feslin de pierre et sur Tartuffe, où nous apprenons 
quelles persécutions, c'est le vrai mot, ces deux pièces 
attirèrent à leur auteur, ainsi que les altérations et 
les corrections qu'on lui imposa, les fureurs et les 
haines qu'elles soulevèrent dans le monde des dévoL^ 
et des jésuites : on attaqua Molière de toutes les façons. 
On calomnia sa vie privée, et on affirma qu'il avait 
épousé sa propre fllle, fille de sa maîtresse, Madeleine 
Béjart, alors que, la preuve en est faite, Armande Béjnrl 
n'était que la très jeune sœur et la filleule de Made- 
leine. C'est en constatant cet acharnement clérical, en 
remarquant d'autre part le peu de précision des détails 
donnés sur la mort de Molière en 1673, que M. Loquin 
et d'autres ont supposé que Molière pouvait être le 
Masque de fer qui, après avoir été enfermé à Pignerol, 
à Exiles, aux lies Sainte-Marguerite, mourut à la 
Bastille le 19 novembre 1703. 

J'avoue que, malgré toute la puissance de démons- 
tration et tout le talent de M. Loquin, je ne suis pas 
convaincu. Il y a bien des incertitudes et encore plus 
d'improbabilités. Et justement comme j'écris ces lignes, 
m'arrive le Temps du 16 décembre 1898 avec un 
article de M. Albert Sorel, où je lis que M. Funck- 
Brenlano, dans un travail sur la Bastille, aurait défi- 
nitivement (?) résolu le problème et démontré, comme 
lavait proposé Marins Topin il y a trente ans, que le 
mystérieux prisonnier n'était autre que Mathioli, 
l'agent du duc (]e ftfantoue, enlevé par Catinat le 



à 



— 91 — 

2 mai 1 679. Je vais me procurer Touvrage de M. Funck- 
Rrentano. 

En attendant, il Tant féliciter M. Loquin de son bel 
ouvrage, riche mine de renseignements qu'on aurait 
une peine infinie à réunir : étymologies des noms 
propres, origine du nom de Molière, emplacement 
exact du théâtre où il jouait à Bordeaux, etc., etc.; on 
n'en finirait pas si Ton voulait tout citer. 

C'est là véritablement un livre de foi et de bonne 
fol. Julien Vjnson. 



Contes et Nouvelles du Pays-de-Tréguier, par 
N. QuELLiEN (Conteurs et poètes de tous pays, tome 
premier). — Paris, i. Maisonneuve, 1898, pet. in-8% 
(vilj)-iij-263 p. 

L'idée qui a inspiré la publication de cette nou- 
velle collection est de tous points excellente; il ne 
s'agit pas de romans de pure imagination ou de simple 
fantaisie; il s'agit, si je ne me trompe, découles et de 
poèmes ayant un fonds populaire, mais dont la forme 
seule est littéraire et artificielle, artistique si Ton veut. 

Les compositions de M. Quellien sont toutes pleines 
d'un parfum local, qui leur donne un cachet d'origi- 
nalité remarquable ; mais le fonds de ces récits n'est 
pas autrement intéressant. 

J. V. 



— 92 — 

Le Folk'lore de nile-et-Vilaùie. De la vie à la mort 
(suite), par A. Orain. — Pam, J. Maisonneuve. 1898, 
pet.in-8^ (viij)-38«p. 

Continuation d'un volume dont il a déjà été parlé 
ici (t. XXXI, p. 163) ; celui-ci traite des croyances et 
superstitions (sorts, cantiques, dictons, pronostics), 
du monde fantastique (sorciers, loups-garous, lutins, 
diables), du monde religieux (prêtres, sœurs, tiers- 
ordre) et enfin de la mort (malades, remèdes, reve- 
nants). Très intéressant et très précis. J'y remarque 
les avènements (apparitions ou visions annonçant une 
mort prochaine). J. V. 

Contes et Légendes de Hongrie, par Michel Klimo 
(Coll. des Littératures Populaires, tome XXXVI). — 
Paris, J. Maisonneuve, 1898, peU in-8\ (viij)-307 p. 

Très intéressant recueil, où nous trouverions une 
grande quantité de références à signaler. Décidément 
le fonds des contes européens ne varie pas ; les dé- 
tails seuls sont différents. Ainsi, le dernier conte, TEn- 
fant âgé desept ans, rappelle tout à fait le conte basque 
de la Tabatière, mais il s'agit d'un cadenas magique 
d'où sortent trois cents soldats. .. Que de remarques à 
faire sur ces variantes d'un èonte primitif commun? 
Quelle en est la cause et quelle est d'ailleurs rorigine 
du prototype? ^ J. V. 



— 93 — 

Zeilschrifl fiir Vergleichende Sprachforschung auf 
liera Gebiete der indo-germanisclien Sprachen. begrun- 
det von A. Kuiin, herausgegeben £. Kiihn und 
J. Schmidt. Band XXXVl (i\eue Folge, Band XVI). 
Erster Hefl. — Gûterbh, C. Berlelsman, 1898, in-8% 
162 p. 

Ce nouveau fascicule comprend: 1* Die indo-ger- 
manischen Liquiden zu Liquiden im Âltindisch, 
von F. Fortunalov, p. 1-37; — 2"* Ueber dieschwache 
Stufe der uridg. V vocale, von F. Fortunatov, p. 38- 
54 ; — 3° trnt und trnt, von F. Zupilzat, p. 54-74; 

— 4*" Wie viel laute gab es im Indo-germanischen? 
von Holger Pelersen, p. 74-110; — 5^ Griech. 
haizôvriç von Oswald Richter, p. 111-123; — 
6* Vedische-Beitraege (suite) von Willy Foy ; — 7"* Go- 
lische Wortdeutungen, von Willhelm Luft, p. 143-149; 

— 8* An Aveslan Word- Arrangement, by A. V. Wil- 
liams Jackson, p. 149-152! J. Y. 



NÉCROLOGIE 



ta Revus de Linguistique doit saluer, en attendant 
qu'elle puisse leur consacrer des articles, les travail- 
leurs morts dans le courant de cette année» hommes 
de bien, dont la science ressentira la perte de plus en 
plus: 

M. Charles Schefer, ancien diplomate, professeur 
de persan, administrateur de l'École des Languesorien- 
tales vivantes, mort le 3 mars 1898, à Tâge de 7? ans 
et demi. 

M. Friedrich Mûller, réminent linguiste mort à 
Vienne, le 23 mai 1898, dans sa 66* année. 

M. Gabriel de Mortiliet, Tillustre paléo-ethnologue, 

mort à Saint-Germain^en-Laye, le 23 septembre 1898, 
à 78 ans. 

M. E.-G. Lambrechti le vaillant secrétaire de 
rÉcole des Langues orientales, enlevé prématuré- 
ment par une cruelle maladie, le 30 septembre 1898, 
à la Croix-Saint-Alban (Savoie). 

A ces noms, il convient d'ajouter celui de M"*' H. 
Chavée, la digne veuve du fondateur de cette Revue, 
qui a c-vpiré après de longues souffrances, le 19 sep- 
tembre 1898, à rage de 79 ans et 3 jours. 

31 décembre 1898. 

J. V. 



VARIA 



Prononciation française 

Un de nos lecteurs nous adresse Tarticle suivant qui a paru dans 
le Petit Journal du 18 juillet 1896 et qu'il nous semble en effet 
intéressant de reproduire : 

Un Parisien, descendant du train à six ou sept heures de 
chemin de fer dans la direction de Genève, voit des abricots ap- 
pétissants et demande à acheter de ces abricots, — en mettant un 
accent circonflexe parisien sur Vo de la dernière syllabe. — » Des 
abrif/nf'tt, monsieur? voilà! » — dit la marchande avec un 
aimable sourire... A deux heures de là. dans la direction de Lyon, 
un petit décrotteur lui proposa de cirer ses sout/crs. — « Mais, 
dites-moi, pourquoi un attroupement devant cette maison? — Ah! 
Monsieur, c'est une pauvre verVve, dont le propriétaire fait vendre 
les mobies. » 

Ailleuis. — dans le Nord, — il entendra des gens s'inviter à 
boire une bout<>le. Ailleurs encore, vers le Midi, on le dissuadera 
de prendre tel sentier de montagne parce qu'il estdangt'reux (avec 
un c fermé). Mais, plus près de Paris, on lui vendra un objet 
quelconque, garanti sans défaut (avec un c muet). 

Il entendra, dans la Brie, appeler un lièvre un limwe ou 
même un i/ritce. Ailleurs, vers l'Ouest, ce sera la loi qu'il entendra 
appeler la loè; ailleurs, vers le Sud-Ouest, on lui proposera de 
boire du vin d'une bonne rt/i-née, en faisant sonner à part la diph- 
tongue nasale an. 

Etc., etc.. S'il descend tout à fait dans le Midi, aux vrais pays 
d'a^-.'ïent où l'on voit « des lur se promener sur le courss », ce 
sera bien autre chose: et il lui arrivera de s'exclamer, novice 
voyageur : « Que drôle de prononciation ont ces gens-là! » sans 



— 96 — 

prendre garde que son que pourrait sembler drôle aux indigènes... 
Il remarquera aussi avec ces diversités de prononciations pro- 
vinciales, des variétés, des modulations non moins cnrîeataes 
d'intonation. Nombreux sont les pays où le dialogue de deux 
personnes est une sorte de chant psalmodié. Pas bien loin de 
Paris, en Beauce, il y a un chantonnement particulier. A partir 
de Beaune et de Chalon-sur-Saône, ce ramage s'acceotae, et, 
dans les salons lyonnais, il présente un caractère déjà méridional 
avec une prosodie toute spéciale. 

Notez, je vous prie, qu'il n'est point question de ces « parler 
français », de ces dialectes et sous-dialectes régionaux dont on 
a entretenu ici même le lecteur il y a quelque temps. C'est de 
français qu'il s'agit, de français que les gens prononcent plus oa 
moins autrement que les Parisiens et aocen tuent à la guise de leut 
pays. Ce qui n'est pas, d'ailleurs, pour les empêcher de s'en servir 
correctement ni même de façon littéraire et éloquente. Orateur 
de premier ordre au barreau et à la tribune, le Lyonnais Jnle^ 
Favre ne se dépouilla jamais complètement de son accent de terroir. 
H prononçait : l'opposition, un pople libre, des idées new%'es, 
on des harangues d'un pur et vigoureux français, sans un accroc 
de grammaire, sans une déviation de syntaxe, parlant toujours, 
disaient ses rivaux eux-mêmes, « comme un livre parfaitement 
écrit ». 

Mais où se trouve donc le sanctuaire et le centre d'oracle de 
la vraie bonne prononciation du français? Est-ce â Paris? Oui 
et non. Il y a un très mauvais accent parisien, en prenant le mot 
accent au double sens de prononciation et d'intonation. Cet accent 
est au maximum exécrable avec ce que Nestor Roqueplan (arcbi- 
parisien natif de Marseille) a appelé le « tour de bouche écui^ p 
des rôdeurs des faubourgs et le glapissement déchiré de leurs 
femelles, qu on dirait s'être gargarisées de l'eau nauséeusement 
corrosive des ruisseaux. Plus tolérable, mais nullement recom- 
mandable est le parler de la Parisienne qui « a mis aujord'bui 
des b^'^tttines neuves » et à qui «on n'a pas daigné faire l'aumonoe 



- 97 — 

de l'offre d'un foteail» ( deux o fautivement brefs) dans la mai- 
son où elle est allée en visite. 

A Paris, on abase des abréviations et des contractions. Victor 
Hugo, dans les Misérables, a tiré un plaisant parti du a Qu'est- 
ce que c'est que ça ? » de Gavroche, prononcé kèkseksa. Un de nos 
réformateurs de l'orthographe (dépèchons-nous de dire en passant 
que l'orthographe et la prononciation françaises semblent destinées 
à demeurer sempiternellement deux sœurs ennemies) a raconté 
que son père, volontiers puriste, s'impatientait è. une leçon de 
prononciation que ses deux fils donnaient à un étranger. Il ne 
faut pas, lui enseignaient-ils, faire entendre 1'/ finale du pronom 
il devant une consonne. On prononce t. Sur quoi le papa, outré, 
s'écria avec véhémence, en se tournant vers leur hôte: « N'en 
croyez rien ? Inn saf pa skidiz! » (ils ne savent pas ce qu'ils 
disent ! » 

Le cher homme ne s'apercevait pas que ce démenti énergique 
confirmait énergiquement ce qu'il voulait nier. 

A Londres aussi, les abréviations et contractions sont portées 
â l'excès^ ce qui déroute fort, dans les premiers temps, l'étranger 
qui se croit en suffisante possession de la langue de Shakespeare. 

lit « 

Il y a beau temps que les Parisiens ont été querellés au sujet 
de leur prononciation. Dès 1530, Tory reprochait aux dames 
parisiennes de trop faire la petite bouche en articulant Péris et 
mon mèri. Une vieille parisiennerie consistait à sub.^tituer. au 
contraire, Va à Vé et de prononcer Piarre, la guarre, la place 
Maubart. Robert Estienne, en 1549, a relevé cette prononciation 
fautive, dont il est resté quelque chose. On disait aile pour ellei 
et cette substitution a persisté dans le langage faubooried, surtout 
par la contraction de aile en a devant une consonne (analogue 'à 
celle de il) : « A m'a dit qu'il faut qu'a parte. » Et il n'y a pas 
que les très petites gens pour se servir, eu langage familier, de 
cette vieille contraction parisienne. ' 

Le langage p&risien défectueux prononce iabe, abominabe% 
doube, pour table, abominable, double. Tout cela, c'est ce qu'on 

7 



— 98 — 

appelle du pantinoisy adjectif non académique mais argotique, 
qui a passé dans la langue familière du théâtre, d'où le mauTaif 
accent parisien est soigneusement banni. 

Certaines prononciations ou façons de parler mauvaises, soit 
parisiennes, soit provinciales, sont plutôt arriérées, démodées. 
Elles furent correctes autrefois et s'imposèrent sons l'autorité de 
l'usage, avec l'approbation d'auteurs en crédit. Utjène, Ustachc, 
hureux étaient de bonne prononciation à ia ville et à la cour 
dans le Grand Siècle. Ménage appuyait alors de son autorité 
d'académicien que l'on prononçât dang<^reux avec un è fermé et 
défaut avec un e muet. Plus près de nous, au siècle dernier, 
l'Académie promulguait la suppression de Vr finale des motseo !> 
devant une consonne : « Le repente d'un enfant, un souveoi 
pénible. » On supprimait aussi Vr des mots en our : Velou pour 
velours^ toujo/< au lieu de toujours. On enlevait Vu dans les mots 
pourceau (porceau) et aujourd'hui (aujord*hui). Ce dernier a cours 
encore, à Paris et même cours bourgeois. 

On supprimait Vr des mots en eur. Le Traité de l'art de birn 
prononcer., de Hendret (1687) recommande de dire voyageitx, 
tromp6'Mx,.ramonr»Ma:, balay^?^^, etc., si l'on veut parler comme 
le beau monde. Dans les manuscrits du fameux auteur des 
MaximeSy La Rochefoucauld, [eux est partout mis pour leur. Ce 
leux est resté dans le vocabulaire faubourien de Paris. Dans le 
langage de tout le monde, les mots monsieur, messieurs, ont con- 
servé la prononciation ancienne en eu. Dans celui du port cyné- 
gétique^ piqueur est resté piqwcux» 

Mais, encore une fois, où trouver le critérium de la bonne 
prononciation du français? L'Académie française a écrit ceci 
dans la préface de son premier dictionnaire: a Comme la peinture 
qui représente les corps ne peut pas peindre le mouvement 
des corps, de môme récriture qui peint à sa manière le corps de 
la parole, ne saurait peindre entièrement la pronopciation, qui 
est le mouvement de la parole ». Plus rèoemment, elle a dit: 
«On n'apprend pas la prononciation dans un dictionnaire; on ne 



— 99 — 

l'y apprendrait qae mal. . . C'est dans la compagnie des gens bien 
élevés, des honmHes (jenSy comme on disait autrefois^ qu'il faut 
s'y façonner et 8*en faire une habitude. 

1) Mais cette règle n'est guère sûre. Où la trouver cette, réunion 
de gens distingués, d'honnêtes (jcns en possession des oracles de 
la prononciation? Serait-ce TÂcadéraie? Mais Vaugelas, Tim- 
peccable grammairien, y avait apporté son accent savoyard ; Jules 
Favre quelque chose de l'accent canut de la Croix- Rousse; et 
M. Cherbuliez, à cette heure, n'est pas tout à fait libéré de ses 
inflexions genevoises. . . » 

Ne parlons pas de la Chambre ni du Sénat, deux grands réser- 
voirs d'éloquence^sansdoute, mais deux superbes Babels d'accents 
et de prononciations (sans parler de la politique). Alors quoi ? Le 
Conservatoire de déclamation du faubourg Poissonnière. 

Mais oui vraiment. C'est lui le dépositaire attitré de la tradi- 
tion, en ce qui concerne Ifi prononciation, la diction de la langue 
française; de même que c'est lui le contrôleur, sous la haute juri- 
dietloQ de TÂcadémie, des variations que l'usage (maître anonyme 
4i souverain) introduit dans l'articulation des mots. Car les va^ 
riatioirs de la prononciation ne sont pas finies, ne le seront proba- 
blement jamais; à preuve que, dans ces derniers temps, les mots 
dfsîr^ pétiller, s^'ve, oolMge... sont devenus officiellement; désir, 
pétiller, sève, collège, etc. 

En dépit de quelques divergences entre professeurs, le dogma- 
tisme de l'enseignement du Conservatoire fait autorité, fait loi, 
et ses missionnaires de la bonne parole ^ qui sont les artistes dra- 
matiques édnqués par lui, de première main ou de seconde (oar 
il a engendré quelques bons Conservatoires en province), ré- 
pandent l'évangile de la prononciation correcte. Partout où une 
scène leur est ouverte, le mérite de leur bien dire est apprécié. 

£t dans les pays même à accent de terroir violentr on les goùte^ 
on les savoure. .Quelquefois il arrive que des rôles de minime 
importance y sont confié», à côté d'eux, à des comparses du cru, 
lesquels se font honnir par les spectateurs congénères, sur qui 
cette cacophonie d'accent et de prononciation fait l'impression, 
par contraste, d'une impatiente caricature du parler local. 



— 100 — 

La facilité des voyages, en multipliant les contacts des divers 
Français entre eux, a déjà notablement atténué les disparates de 
prononciation et les dissonances d'accent. Ces dernières, toutefois, 
ne disparaîtront vraisemblablement jamais; et c^est heureox. U 
y a, dans la résonance des instruments de musique qai plaisent 
le plus à Toreille^ des vibrations dissonantes atténuées, voilées 
qui leur donnent du mordant, de la couleur et la personnalité da 
timbre. Semblablement, dans la diction séduisante ou entraî- 
nante de tel comédien, de tel orateur, il y a souvent la vibration 
intime d'un accent provincial primitif qui lui fournit on mysté- 
rieux appoint d'originalité, de charme, de puissance. 

Il me semble^ sauf erreur, que l'enseignement de la bonne pro- 
nonciation, de la diction correcte du français ne tient pas, dans 
notre pays, la place à laquelle il a droit, non pas même dans 
beaucoup de grandes villes. Dans les localités de petite impo^ 
tance, on n'attache aucune importance à ces vétiiles-lâ. On a 
tort. Dans les écoles normales d'instituteurs des deux sexes, on 
devrait apprendre Vortholalie, Tart de bien prononcer et bieo 
articuler. 

La prononciation est le mouvement de la parole, » disait U 
préface du premier Dictionnaire de TÂcadémie. Mais mainte- 
nant, la photographie reproduit le mouvement (cinématograpbie), 
et une autre invention merveilleuse, le. phonographe, emmaga- 
sine, conserve, reproduit et peut reproduire indéfiniment les 
vibrations sonores quelles qu'elles puissent être. 

Pourquoi ne point recourir à Taide du phonographe^ fîdMe 
transmetteur de bon langage, .de bonne prononciation, de bon 
accent, pour en mettre les exemples  la portée des enfants, — et 
d'abord de leurs maîtres^ — dans les provinces de notre France 
où Ton est excellemment français, sans nul doute, mais de 
cœur et d's\me plus que de bouche? 

Le Propriétaire-Gérant y 

J. Maisonnbuvb. 

Chalon-sur-Saône. — Imprimerie de L. Marceau, E. Bertrand, suce' 




REVUE 



DE 



LINGUISTIQUE 



ET DE 



PHILOLOGIE COMPARÉE 



RECUEIL TRIMESTRIEL 



f UBUi PàM. 



JULIEN VINSON 

PROFESSEUR A L^ACOLB HATIONALB DBS LAROUBS ORtBNTALBS TIVAHTBS 
Avtc U coIUbondon de dlven MVflnts fimB(aU et Atrtiigen 



TOME TRENTE-DEUXIÈME 

15 AVRIL 1899 



PARIS 

J. MAISONNEUVE, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

6, RUB OB MÉZIÈRBS ET RUB MADAMB, 36 

1899 



SOMMAIRE DU No 2 



J. ViNSON. — Notice sar quelques missionnaires jésuites 
qui ont écrit en taïuoul et sur le tamoul au dernier 
siècle 101 

A. BÉNAZET. — Quelques mots sur l'étude comparée des 
littératures 147 

A. Marrb. — Histoire delà princesse Djouher Manikam, 
roman malais (suite etjin) 165 

Varia. — I. La Sibérie d'Amérique. 190 

— II. Les Pirates de la Littérature 193 



BIBLIOGRAPHIE 

Annales du Musée GuimeL Lés Parsis, par D. Menant. 153 

A study in philology, by E. Pearson 184 

94^^ Report of the British and Foreign Bible Society 185 

Lucrèce, trad. par A. Lepèvre 186 

Bulletin de la Société des Sciences^ Lettres et Arts 

de Pau 188 

Zeitschri/t fur vergleichende Sprach/orschung» • . • . 188 



NOTICE SUR QUELQUES MISSIONNAIRES 

JÉSUITES 

^Vl ONT ÉCRIT EN TAMOUL ET SUR LE TAMOUL AU DERNIER SIÈCLE 



I. — Le Père P. de La Lane 

La Bibliothèque Nationale possède une collection 
de mss. tamouls relativement importante, puisqu'elle 
comprend actuellement près de mille numéros. Ces 
manuscrits proviennent de plusieurs sources fort inté- 
ressantes : Tancien fonds formé des mss. entrés à la 
Bibliothèque avant l'impression du grand catalogue de 
M39 {Catalogus librorum manuscriptorum Btbiiothecœ 
regiœ, Paris, 4 vol. gr. in-fol.); dejs mss. arrivés 
isolément à diverses époques : des dons ou legs 
de divers orientalistes, Anquetil; Ducler, Burnouf, 
Ariel, Haas. Parmi les premiers, on peut remar- 
quer (no 189 du fonds tamoul, anc. fonds n** CCVII, 
p. 444, col. 2 du catalogue de 1739), un ms. de 92 p. 
petit in-4'', mesurant 240 mm. sur 183 et portant le 
titre suivant : « Grammaire pour apprendre la langue 
Tamoul vulgairement appelée le Malabar. A la plus 
grande gloire de Dieu. Faite, à Ponlichéry et achevée 
le 18* novembre 1728 par un Missionnaire de la Com- 
pagnie de Jésus de la Mission du Carnale ». Anquetil 

8 




— 102 — 

Dous apprend que ce Missionnaire est le P. Pierre de 
La Lane« 

On trouve dans les Lettref édifiantes deux lettres do 
P« de La Lane, la première de Tarcolan» en TaDoée 
1705 (t. X, p. 397-405); la seconde, plus longue, de 
Pondichéry, le 30 janvier 1709 (t. X, p. 1-46). Dans 
la première, il dit qu'il est dans la Mission du Car- 
nate depuis sept mois. 

La Bibliographie du P. Sommervogel nous apprend 
que le P. Pierre de La Lane* né à Toulouse le 
6 août 1669, devenu novice le 8 septembre 1686, 
fut envoyé en 1704 en Perse, d'où il passa dans Tlnde; 
il y mourut en 1746. 

Le P. Sommervogel dit que le P. de La Lane com- 
posa un Dictionnaire télinga; je n'en ai trouvé aucane 
trace, mais la Bibliothèque possède un ms. in^*" de 
90p., mesurant 183 mm. sur SI40 mm. et intitulé: 
« Grammaire pour apprendre la langue Talenga, dite 
vulgairement le Badega, faite à Pontichéry l'an 1729, 
par un Missionnaire de la Compagnie de Jésus de la 
Mission française du Carnate. A la plus grande gloire 
de Dieu » (n^ 40 du fonds télinga, anc. fonds n* ccnii, 
Catalogue de 1739, p. 444), qui est du P. de La Lane. 

Ces deux mss. sont tout à fait inédits; 4nquetil en 
avait pris une copie qui est aussi à la Bibliothèque 
Nationale, n"" 18 du fonds télinga). 



— 108 — 



II. — Le Père L.-N. de Bourzee 

Le P. de Bourzes a laissé un Dictionnaire tamoul 
français dont la Bibliothèque Nationale possède une 
copie complète (n^^ 213-214 du fonds tamoul) faite à 
Pondichéry en 1849 sur un ancien exemplaire appar- 
tenant à la Mission; ce mss. forme deux volumes, le 
premier ayant xvj-367 p. et le second 537 p. Les 
pages sont à deux colonnes; le t. P^* va de a à takcha- 
namurtti, le second de tdgam à kchombalam. Le seul 
titre qu'on y lise est le suivant : « Dictionnaire tamoul 
et françois ». L'ouvrage commence par une préface et 
quelques notes sur l'alphabet et sur l'euphonie, ainsi 
que par l'alphabet grantham. La préface, sous forme de 
lettre adressée « aux RR. PP. », commence ainsi qu'il 
suit (je corrige les fautes d'orthographe et autres 
dues certainement à la négligence des copistes) : 

Ce dictionnaire contient en premier lieu les termes qui se 
trouvent dans le dictionnaire portugais-tamul, à la réserve 
de quelques uns, que j'ay cru devoir rejeter comme fautifs ou 
de très bas usage, et de quelques autres qu*il est aisé de sup- 
pléer en les formant par les règles. Il se pourra faire que 
j'en aie encore omis quelques-uns par megarde ; il sera aisé 
de les ajouter. En dernier lieu, on trouvera dans ce diction- 
naire la plupart des termes contenus dans les cinq diction- 
naires de ce pays-cy. Ces cinq dictionnaires sont : V le iicâ- 
garam, qui est le plus ancien de tous; 2"" le nigandu, qui est 
le plus fameux ; 3** le uriichoU qwi est le plus court ; 4° le pin- 
galam, qui est le plus étendu, et 6^ le agarâdU qui est le 
moins exact. 



— 104 — 

De ces sources vient lo grand nombre de termes dont ce 
dictionnaire est composé, nombre qui paroit encore plus 
grand qu'il n'est en effet par les variations d^orthographequi 
obligent souvent à placer un même terme en trois ou quatre 
endroits différents. Cotte multitude de mots ne doit pas plus 
nous effrayer que nous ne nous effrayons du grand nombre 
des mots latins qui sont dans Calepin. On n'est pas obligé de 
les sçavoir tous, raai^ il est avantageux d'avoir un livre où 
1 on puisse trouver la signification de ceux qu'on ne sçait 
pas encore, quand on les trouve, soit dans le discours, soit 
dans les livres. C'est pourquoy je suis persuadé qu'il y aura 
plus à ajouter à ce livre qu'à y retrancher. Le R. P. Antoine 
de Provence, auteur du Dictionnaire portugais-tamoul, a 
rejette les termes poétiques parce qu'ils sont de peu d'usage; 
il devoit donc, ce me semble, rejetter par la même raison 
quantité de termes samouscroutam ou granthoniques, qui 
sont d'aussy peu d'usage que les poétiques, ou s'il a retenu 
ceux-cy, parce qu'ils sont nécessaires pour entendre les ou- 
vrages du R. P. Robert Nobili, il semble qu'il devoit re- 
tenir les poétiques qui ne sont pas moins nécessaires pour 
entendre les livres poétiques du pays qui sont presque tous 
en ver?... 

Le P. de Bourzes parle ensuite du sanscrit qui ne 
peut s'écrire exactement en tamoul ; — de Te et de Vo 
brefs, qu'on ne saurait distinguer de Vé et de V6 longs; 
— de la confusion qui peut résulter du « manque de 
Qgure pour a bref » : le P. de Bourzes marque « sou- 
vent )) cet a par « un chevron » sur la consonne qui 
doit se lire avec a; — des abréviations : us. usité, 
r«f. ou ernd. d'usage parmi les savants seulement; 
ign. ou inc. inconnu « à moi et à ceux que j'ay con- 
sultés», Mad., Mar., Trav., Com., Malab., termes 



— 105 — 

« d'usage au Maduré, au Marrava, à Travancor, vers 
le cap Commorin, au Malabar»... 

Un terme est souvent connu, usité, de bon usage, honnête, 
dans un paîs qui, à quinze lieues de là, sera inconnu, inu- 
sité, de bas étage et malhonnête. Autant qu'il m'a été possible, 
je m'en suis tenu à l'usage du Madurey . Dans la Mission du 
Carnate, il y aura sans doute bien des termes particuliers 
qu'il faudra ajouter et qualifier autrement. 

Regardez donc cet ouvrage comme une ébauche où il y a 
beaucoup à retoucher. Dans le cours de ce Dictionnaire, vous 
trouverez quantité de fautes contre la langue françoise. Ceux 
qui sçauront qu'il y a plus de trente ans que je ne parle guère 
que portugais ou tamoul, me pardonneront aisément. Vous 
trouverez aussi qu'il y a quelques mots latins; quelques-uns 
me sont échappés par l'habitude où j'étois de composer le 
tamoul en latin. J'en ay mis d'autres parce que le mot fran- 
Qois ne me venoit pas, d'autres par modestie, pour ne pas 
user de certaines expressions françoises peu honnêtes, d'autres 
parce qu elles m'ont paru plus précises et plus courtes. 

Le P. de Bourzes dit que, pour le sens donné aux 
termes, il a suivi ordinairement le « Dictionnaire por- 
tugais », c'esl-à dire le Vocabulaire du P. de Proenza 
(1679). Plus loin, il parle « des règles de Torthographe 
sçavamment expliquées dans la Grammaire du R. P. 
Constance-Joseph Besqui (sic) », 

Le P. de Bourzes distingue « comme trois dialectes 
eu tamoul » : 1° le tamoul-sanscrit, très mêlé de mots 
sanscrits et dans lequel a écrit en partie le P. Robert 
de Nobili; 2** le tamoul rigide ou poétique, où Ton 
affecte de ne pas employer de mots sanscrits; 3° le 
tamoul vulgaire, courant parmi ceux qui parlent bien 



. — 106 — 

a comme les Yellales qui portent le nom de vdrlleit' 
tojil6r^y>. 
La préface se termine ainsi : 

Quelque long que soit cet ouvrage, ce n'est cependant que 
l'abrégé d'un autre plus long, où je marquois les synonymes, 
et certaines énumérations qu'on trouve dans les Dictionnaires 
du paîs. Comme le R. P. Besqui les rapporte dans son Dic- 
tionnaire poétique, je renvoyé souvent à ce Dictionnaire et 
s'il arrive que ce que je rapporte ne s'accorde pas à ce que 
dit ce H. P., je consens volontiers qu'on s'en tienne plutôt à 
luy qu'à moy. 

Voilà, mes RR. PP., de quoy j'ai crû devoir vous avertir 
au commencement de ce Dictionnaire. Il ne me reste qu'à 
vous l'offrir, comme je le fais très humblement, vous priant 
de vouloir bien me donner un peu de part dans vos prières 
et dans vos travaux apostoliques. 

Le Dictionnaire commence au mot agarddi et fînit 
au mot kchombalam. 

En voici quelques extraits qui permettront d'iden- 
tifier des copies manuscrites : 

Agastiyanmalei^ la montagne où l'on dit qu'il vit encore 

peu loin du cap de Comor(in). 
ahirandjikkâsuy monnoye d'or comme sequin. 
irCéCanimei ou Md'anumei, lit. paroit être l'habillement 

d'une nouvelle accouchée. Poêt. il se prend pour mun* 

dicrum immoditer. 

1 . Ce mot remarquable signifie proprement a ceux qui ont pour 
fonction la parole, ceux qui parlent bien » et, comme on ne le 
donne qu'aux Vellàjas, généralement propriétaires ruraux^ il a 
pris le sens d'« agriculteurs ». Le Dictionnaire de la Mission de 
Pondichéry et celui de "Winslow le font venir de cârttei « agri- 
culture » (Winslow dit : du skt. cartha « agriculture • (?); mais 
cette étyraologie est inexacte, et a été inspirée par cet emploi 
spécial du composé càrUeittojildr . 



— 107 — 

kètteit la déesse mûdei, poêt. et certaine constellation, 

iaru, arbre. Voy. ainiaru, poêt. 

nedumei, longueur et poêt. cheveux de femme. 

parambar ou selon d'autres par^ambar^ courroyeurs. 

pi, les plus grossiers excromens, terme baa^ dites /racA^am. 

majei, pluie, eau, o^, nue, froid poêt, 

layanij corruption, item perte. 

r*ondeij infection. 

kcfiombalam, bassesse, inconnu. 

La Bibliothèque Nationale possède deux fragments 
de deux autres copies du Dictionnaire du P. de 
Bourzes. Le premier volume (n"" 208 du Catalogue) 
va de lentamij à kchombalam; le second (n"" 209) de 
agarddi à nâvtJar; les deux volumes se complètent 
donc l'un par Taulre. Ces deux copies, faites au der- 
nier siècle et écrites sur deux colonnes, sont plus cor- 
rectes que celle d'Ariel, et par conséquent que son 
prototype. Elles présentent quelques variantes inté- 
ressantes; je relève entre autres le mot suivant : 

în'd'animei, in'd'anumei, Vestitus puerperae. p. ordure de 
de fem. 

Ces deux volumes ne contiennent ni la préface ni 
les appendices. Une copie tout à fait complète se 
trouve à la Bibliothèque de la Société littéraire de 
Madras. La préface y est signée : a Louis Natal de 
Bourzes. T. »• Le volume, qui compte x-770 p. de 
46 lignes chacune, forme un grand in-folio et porte 
le titre suivant : « Dictionnaire Tamoul-Français, par 

le R. P. Louis Natal de Bourzes, Missionnaire du Ma- 
duré ». D'après ce volume, la préface a été publiée 



— 108 — 

dans le Madras Journal qf Littérature and Science 
(t. XXÏII, 1864, p. 111-115). L'éditeur dit qu'il Ta 
reproduite avec toutes ses fautes d'orthographe ; mais 
il n'a pas pris garde que ces fautes devaient être 
surtout le fait du copiste. 

Nous ne savons que peu de choses sur le P. de 
Bourzes. Il prie les lecteurs, dans sa lettre-préface, 
d'excuser ses incorrections et ses fautes de français, 
parce qu'il y a plus de trente ans qu'il ne parle que le 
portugais et le tamoul. Dans les Lettres édifiantesy on 
trouve quatre lettres du P. de Bourzes (t. IX, p. 339. 
vers 1708; t. XII, p. 56, du 21 sept. 1713; t. XVI, 
p. 448, du 5 févr. 1715 et p. 467, du 25 nov. 1718). 

Il me semble utile de publier ici, pour la première 
fois, une lettre que le P. de Bourzes adressait à M"°' de 
Soudé en 1710. Il y donne d'intéressants détails per- 
sonnels. Par d'autres lettres, qu'il écrivit plus tard 
au P. Souciet, nous apprenons qu'il était d'une famille 
nombreuse, qu'il avait un frère Jésuite en France (à 
Perpignan, en 1726; à Manriac, ou Toulouse, eu 
1732), qu'il perdit sa mère en 1718; que M°« de 
Soudé (( sa bienfaitrice » mourut en 1719; qu'en 1714 
on le nomma supérieur de la Mission du Naduré; 
qu'en 1725 il était adjoint au provincial de Malabar; 
qu'en 1726, le Général de la Compagnie le nomma 
Supérieur général de la Mission française en rempla- 
cement du P. Barbier, mais qu'il refusa cet emploi, 
préférant re;ster au Malabar, où il desservait alors 



— 109 — 

une des petites cures établies parmi les pêcheurs de la 
côte de Travancore. 

Voici la lettre de 1710 : 

Copie de la lettre du R. P. de Bourzes, Jésuite mission 
naire de Maduré à M^ la comtesse de Soudé, sa bienfaitrice, à 
Chaalons-sur-Marne. 

Au Maduré, le 24 août 1710. 

La paix de N.-S . soit avec yous ! 
Madame, 

Comme la côte de Travancor est assez éloignée de celle 
de Choromandel où nos vaisseaux viennent d'aborder, la 
cassette où estoient renfermés les beaux présens et les lettres 
que vous avez eu la bonté de m*envoyer, arrivèrent trop 
tard pour pouvoir vous répondre par les mêmes vaisseaux, 
ainsy je suppose que vous recevrez tout à la fois deux de mes 
lettres, celle de Tan passé où je tache de vous témoigner ma 
reconnoissance au sujet de ce nouveau bienfait et celle-cy où 
je vais vous raconter au détail comme vous le souhaitez ce qui 
m'est arrivé depuis ma dernière lettre. Quelque temps après 
que je Teus écrite arrivèrent de Goa en cette province de 
Malabarplusieurs missionnaires, venuspar la voyede Portu- 
gal; parmi eux quelques-uns n'avoient pas encore fini leurs 
études de théologie et on songea à leur donner des maîtres. 
On me fît l'honneur de me nommer pour cet employ ; quelque 
peu decapacitéque j'eusse pour m'en bien acquitter et quelque 
répugnance que j'eusseàquitterlesoin deschrétiensdontjeme 
trouvais alors chargé, Tordre fut si précis qu'on me déclara 
qu'on n'accepteroit aucune excuse, mais comme les supérieurs 
sçavoient que j'avois des prétentions bien différentes, ils me 
promirent pour me consoler qu'au bout de deux ans que 
devoit durer ce reste de cours de théologie j'obtiendrois in- 
failliblement ce que je prétendois, et on ajoutoit quantité 



— 110 — 

d autres choses très capables d'adoucir la peine que me pou- 
voit causer cette nouvelle disposition car je suis obli^ de 
dire en passant que les supérieurs Portugais en ont en 
toutes rencontres très bien usé à mon égard, me témoignant 
àtoute occasion avoir pour moy plus de considération que je ne 
mérite et que je ne pourrois attendre si j*étois portugais d'ori- 
gine. 

Je n'eus point d'autre party à prendre que d'accepter cet 
employ; mais faisant réflexion combien ces deux ans 
m'alloient reculer dans la langue du pays que je ne faisois 
que commencer à parler et que d'ailleurs au bout de cette 
carrière je me trouverois avoir près de quarante ans sur la 
tète, je perdis presque toute espérance d'estre jamais mis- 
sionnaire de Maduré. Cependant il semble que j'eus une 
espèce de pressentiment de ce qui devoit m'arriver dans la 
suite, car répondant à la lettre du R. Père provincial je luy 
marquois entr'autre chose que je voiois bien qu'aller ensei- 
gner la théologie estoit un aussi droit chemin pour le Ma- 
duré. que Tavoit esté le voyage d'Europe pour venir au 
Malabar, mais que j'avois éprouvé plusieurs fois que la 
Providence prenoit plaisir à me conduire à mon terme par 
les routes qui paroissoient m'en éloigner le plus et en effet 
les choses arrivèrent ainsy comme vous verrez dans la suite* 
le P. Provincial me consola par une seconde lettre et je me 
mis en devoir d'obéir. 

Ambalacate est le lieu où je devais enseigner : c'est un 
collège ou plutost une maison mal bâtie au milieu d'un bois 
à quelques lieues du bord de la mer et éloignée de quatre ou 
cinq journées de l'endroit où je me trouvois. Je m*embarquay 
sur mer et monté sur une barque de pécheur rangeant la 
côte, en une nuit je me rendis à Coulaon, lieu célèbre dans 
la vie de saint François Xavier qui y ressuscita un mon 
pour vaincre l'osbtination des habitants qui refusoient d'em- 



— 111 — 

brasser la foy ; les Portugais y avoient autrefois une for- 
teresse, les Hollandois en sont aujourd'hui les maîtres; c'est 
là que finit la côte de Travancor et que commencé celle de 
Malabar s'étendant vers le Nord jusqu'à Calecut; le Mala- 
bar depuis Coulaon jusqu'à Ambalacate est coupé de quan- 
tité de rivières et canaux qui fertilisent le pais et forment 
une infinité d'isles charmantes par leurs verdures éternelles. 
Je m'embarquay une seconde fois à Coulaon, sur un petit 
esquif fait d'un seul arbre et aprè^ avoir navigué cinq ou six 
heures de mer nous entrasmes par l'embouchure d'une de ces 
rivières et je fis tout ce voyage par eau. Si le terme eût eu plus 
d'agrément pour moy, j'aurois eu du plaisir à voir tant de 
beaux paisages couronnés de palmiers, mais outre cette 
peine j'en avois une autre qui ne laissoit pas de me causer 
quelques émotions. Les Hollandois sont fort puissants dans 
le Malabar, ils venoient même d'avoir de grands avantages 
contre le samorin (c'est un nom commun à tous les Roys de 
Calecut) ; ils l'avoient défait en plusieurs rencontres et tous 
les petits roys ou princes de Malabar avoient reçu la 
loy. Il me faloit traverser la rivière de Cochin qui est une 
des plus belles du monde, c'est-à-dire qu'il me faloit passer 
à la vue de Cochin, place très importante des Hollandois, en 
suite fort près de Chanenor. autre forteresse du mesme 
domaine. Dans ce dernier endroit toutes les chaloupes qui 
passent sont reconnues, je me souvenois de ce qui étoit 
arrivé à quelques-uns de nos missionnaires, que les Hollan- 
dois renvoyèrent il y quelques années de Batavie en 
Hollande. Comme j'avois esté renvoyé moy mesme de Goa à 
Lisbonne, un second voyage d'Europe ne m'auroit pas 
accômodé, mais comme l'obéissance estoit mon guide je me 
rassurois et en effet je passay sans estre reconnu pour 
François, ny interogé sur mon pays et sans aucune autre 
fâcheuse rencontre. Arrivé à Ambalacate, j*y trouvoisleschoses 



— 112 — 

dans une disposition tout autre que ne croyoient mes supé- 
rieurs, car ils se persuadoient que le gouverneur de Cochin 
qui quelque temps auparavant avoit reçu avec beaucoup 
d'honèteté le P. Recteur d'Ambalacate, et fait de grands 
honneurs à Tarchevôque de Crangenore, jadis de notre com- 
pagnie, étoit fort bien intentioné pour nous et qu'il ne se 
metroit pas fort en peine qu'il y eut un Jésuite françois 

dans ce désert quand même il viendroit à le sçavoir, mais 
nos pères me déclarèrent d'abord que depuis le Gouverneur 
leur avoitdonné à eux &à l'archevêque des marques du peu 
defondqu'ilyavoità faire sur ces démonstrations extérieures 
d'amitié; qu'il avoit donné des ordres très peu avantageux 
à nos missionnaires ; qu'il y avoità Cochin des déflences po- 
sitives de souffrir sur les terres de la compagnie d'Hollande 
dans le Malabar aucun Jésuite françois; que lorsque cette 
troupe de jeunes missionnaires avoit débarqué à Cochin 
quelques mois auparavant ils s'estoient informez s'il y avoit 
quelques Jésuites françois & quantité de choses semblables. 
Je proposay d'abord de retourner sur mes pas & quoy que 
par honéteté on eût de la peine à me laisser partir, on jugea 
toutefois que c'étoitle party le plus sage. Ainsy après sept ou 
huit jours de séjour dans cette maison mon cours plutost 
achevé que commencé je me rembarquay, je repassai encore 
plus près des murailles de Cochin. & avec le même bonheur 
je revins à la coste de Travancor. Comme le poste que 
j'occupois avant ce voyage se trou voit remply par un plus 
digne successeur, je me trou vois sans aucun engagement & 
naturellement disposé pour entrer dans la mission, je trouvay 
du côté des supérieurs toute la facilité que je pouvois sou- 
haittor quoique dans un temps où plusieurs autres deman- 
doient la mission sans pouvoir l'obtenir, celte même facilité 
joinie avec cette petite révolutiond'Ambalacatemepajrutestre 
une marque que cetoil la volonté de Dieu, que j'entrasse dans la 



— 113 - 

mission dont je m'étois presque rendu indice pour avoir trop 
balancé ; ce fut le mercredy saint que je pris Thabit de mis- 
sionnaire de Maduré;ilestbien différent de ce que je me sou- 
viensauoirleu dans une relation oùTonraporteque nousallons 
demy nus couverts d'un méchant morceau de toille, l'auteur 
n'étoit pas bien informé, nous portons une espèce de soutane 
de toille fort honôte sur un autre linge que nous ceignons 
sur les reins à Ti ndienne ; en voyage un espècede turban en tête 
et sur le turbanun voile, à la maison seullementi la chaussure 
est ce qu'il y a déplus incommode, c'est comme une soquede 
recolet, avec cette différence qu au lieu de courroyes qui serrent 
à la chausse nos soques n*ont qu*une cheville de bois à grosse 
tête : cette cheville s'insère entre l'orteil et lesegonddoitdu pied 
et rien d*avantage, cette chaussure ne peut servir quand on va 
à cheval, il faut aller alors le pied nu sur l'étrier ce qui n'a 
guère bonne grâce, et c'est ainsy que je suis venu; quelques- 
uns usent cependant de souliers turquesques, cella 'est réputé 
pour un peu malpropre et ceux qui se picquent d'être plus 
exact observateurs des usages indiens n'en veulent pas. 

C^est danscetéquipage que je partis àdix heures du soir, car 
comme nous dissimulons le plus qu'il nous est possible que 
nous soyons Européans, on ne peut aller ou venir à la côte 
qu'avec de grandes précautions et de nuit. Vous sçavez déjà 

Madame, la raison qui nous oblige à déguiser notre pais, les 
lettres des missionnaires la répètent à chaque pas, mais 
quelque chose qu'on puisse dire, on ne comprendra jamais 
en Europe ny môme sur la côte jusqu'où va l'horreur que 
les Indiens ont pour nos coutumes. Puisque vous voulez sça- 
voir jusqu'au moindre détail, je vous diray que je trouvay 
des chemins et très étroits et pleins d*arbres épineux dont 
j'auois toutes les peines du monde à me garantir: des bottes 
auroieiit été fort de saison et je n'auois n'y bas ny souliers, 
voulant éviter un buisson, le bat du cheval mal sanglé, et le 



— 114 — 

cavaliertombe, non par terre, mais dans un autre buisson épi- 
neux, j'en fusquittepour quelques légères égratigneares. Je ne 
vous écris cecy, Madame, que pour rire et uniquement pour 
vous et pour vos amys, on se moqueroit de moy et avec 
raison, si on sçauoit icy que j'écris sérieusement de sem- 
blables bagatelles en Europe, mais il faut bien &iire une 
longue lettre pour vous contenter. Je continue donc dans le 
même stille. Le jour fut aussi cruel que la nuit, la chaleur 
fut très modérée pour ce pais-cy, le soleil étoit couvert de 
nuages et il fesoit du vent, toutefois le hâle me fît peler le 
visage et enfler les pieds, enfieure qui me dura plus d*un 
mois. Les voyages sont ici très pénibles, on ne sçait ce que 
c'est qu'hotelerie, souvent on ne trouve n*y où passer la 
nuit et le fort de la chaleur à couvert, n'y rien même à ache- 
ter, il faut porter avec soy une petite batterie de cuisine 
sous peine d'estre exposé à ne pouvoir faire cuire un peu de 
riz. Le pauvre homme, direz-vous, mais qu'est-ce que toui 
cela et tout le reste qu'on peut souffrir au service d*un maître 
qui sçait si bien récompenser, si on le compare avec ce que 
souffrent les gens de guerre au service des princes qui, tan- 
tost par ingratitude, tantost par impuissance, récompensent 

si mal I 

J'arrivay sur le soir à la plus prochaine résidence où je fus 
reçu avec beaucoup d'amitié par le F. Bernard, un des plus 
anciens missionnaires de Maduré et qui a eu la gloire d'estre 
confesseur de Jésus-Christ. Vous aurez lu, Madame, dans 
les lettres impriméesde nos missionnaires ce qu'il souffritiiy a 
quelques années pour la foy, on le chargea d'outrages, on le 
battit cruellement jusqu*à luy faire sauter les dents de la 
bouche, c'est luy qui a été mon instructeur dans les usages 
et coutumes de la mission. Dieu veuille que j'aye bien 
apris d'un si grand exemple à souffrir constamment pour 
Jésus-Christ I Au bout de deux mois et demi, j*ay esté chargé 



— 116 — 

de cette mesme )*ésidence, elle eut l'an passé le sort de toutes 
les autres et de tout le pais, la famine y fit de grands ravages 
parmy les chrétiens comme parmy les idolastres, plusieurs 
sont morts de faim, plusieurs ont été vendus en esclavage, 
plusieurs ont fuy dans d'autres contrées, si bien que le 
troupeau est diminué de près de la moitié; ceux qui restent, 
endebtés et pauvres pour la plupart, ne peuvent qu'à peine 
subsister, la cherté des vivres n'est que médiocrement dimi- 
nuée, la cruauté des tributs continue toujours ; les chrétiens 
qui nous regardent comme leurs pères, viennent sans cesse 
nous conter leurs misères, et c'est un cruel crève-cœur de 
voir une nécessité si pressante sans pouvoir les soulager, le 
salaire déterminé pour les catéchistes ne leur suffisant pas 
pour subsister, ils ne peuvent faire leurs employs comme il 
faut, ce sont comme des sangsues qui ne nous donnent pas 
de relâche ; vous voyez donc, Madame, que jamais secours 
ne m'est venu plus à propos que celuy que vous avez eu la 
bonté de m'envoyer, je vous en rends de très humbles actions 
de grâces, priant la bonté divine qu'elle vous récompense 
au centuple en ce monde et dans l'autre. Cette misère des 
chrétiens jointe à une guerre ci ville qui depuis longtemps 
désole la meilleure partie de cette résidence, les empêche de 
venir à l'église si souvent qu'ils auoient coutume, plusieurs 
n'ont pas de quoy acheter une petite provision de riz pour 
trois ou quatre jours, ny de quoy se fournir de quelques aunes 
de toille pour se couvrir un peu honnêtement ou plutost pour 
paroistre à l'église sans la dernière honte, par là le travail 
des confessions n'est que trop modéré, et le nombre des bap- 
têmes est beaucoup moindre ; dans ces deux mois-cy je n'ay 
baptisé que 23 adultes et une trentaines d'enfants, c'est bien 
peu comparé aux fruitsqui sefaisoientende lïieilleurs temps, 
mais c'en est assez pour ne pas me repentir d'être venu. 
Outre cella j'ay icy une très grande consolation, c'est l'inno- 



— 116 — 

cence admirable des chrétiens, il faut auoûer à la honte de 
notre Europe, qu'il y a icy au Maduré (car le Malabar est 
autre chose), qu'il y a, dis-je, moins de vices grossiers même 
parmy les Gentils qu'en Europe, et pour les Chrétiens sou- 
vent le plus grand embarras du confesseur est de trouver 
matière d'absolution, en particulier pour l'y dol le ou chose 
qui en approche, elle est bien rare parmy les Chrétiens qui 
fréquentent l'église, je ne me lasse pas d'admirer que des 
gens qui viennent de quitter l'infidélité, qui ont sans cesse 
devant les yeux les mauvais exemples des Gentils, les solli- 
citations et reproches de leurs parents idolâtres à essuyer, 
soient si constants dans la foy et ayent tant d'oreur des idoles 
auxquelles ils ont tant de fois sacrifié, je ne prétents pas dire 
cependant qu'aucun ne retourne au vomissement ny les ca- 
noniser tous, je parle en général. Je n*ay eu jusqu'à présent 
aucune persécution du côté des Gentils, mais seulement une 
ou deux alarmes auxquelles nous sommes exposés à chaque 
instant, car placé au milieu des idolâtres et sous le domaine 
des princes infidèles et de leurs gouverneurs et officiers qui, 
pour la haine pour la foy et l'espérance du pillage, ont tou- 
jours les yeux ouverts sur nous. Nous devons estre toujours 
prestsàce que la providence voudra ordonner de nous. Il 
y a si peu de sçureté, que nous ne pouvons faire porter ny 
coffre ny cassette d'un lieu à un autre, ils s*imagineroient 
qu'ils contiennent des richesses immenses et c'en seroit 
assez pour s'exposer infailliblement au pillage, pour vous 
faire bien entendre cet article, il faut vous dire un mot de 
la forme du gouvernement. La plupart des roys deTInde ont 
une faim insatiable d'amasser, non pour avoir de quoy 
fovirnir aux dépenses nécessaires de l'Etat ou àleurs plaisirs 
ny pour laisser à leurs successeurs, mais pour enterrer et 
enterrer de sorte que jamais on ne puisse tirer ces trésors et 
c'est pour cella qu'ils emploient les noirs secrets de la magie 



— 117 - 

afin que le démon prenne possession de ces trésors et en soit 
le garde, on assure qu'il les garde si bien, qu'il tue ceux qui 
tentent de les déterrer et s*il enseigne quelque fois à d'autres 
magiciens la manière de les tirer, ce n'est qu'en demandant 
qu'on luy immole certains nombres de victimes humaines ; 
cette folle et abominable passion d'accumuler des trézors pour 
un si mauvais usage oblige les roys de livrer les provinces et 
gouvernements à ceux qui en offrent le plus, sans se mettre 
en peine si pour se dédommager ils feront des injustices, ou 
des vexations aux peuples : si le prince châtie leurs excès ce 
n'estque par le même principe d'avarice et pour leur tirer plus 
qu'ils n'avoient promis, dans ces occasions il les fait tour- 
menter quelque fois jusqu'à leur ôter la vie; il est ayzé de 
juger par là ce que feront les gouverneurs ou intendants de 
province, ils donnent mille tortures à leur esprit pour voir 
comment ils pourront tirer de l'argent pour payer ce qu'ils 
ont promis, pour se rédimer des vexations qui les attendent et 
pour rester eux-mêmes à leur ayze : on vend la justice, on 
pille le laboureur, on emploie toutes sortes de calomnies 
pour avoir prétexte de mettre à l'amende, en un mot c'est 
une oppression insupportable et comme nous sommes obligés 
malgré que nous en ayons de faire assez de dépenses en caté- 
chistes, domestiques, et autres choses semblables, ils s'ima- 
ginent que nous avons le secret de faire de l'or et cella joint 
à la haine que plusieurs ont pour notre sainte foy est une 
cause continuelle et permanente de persécutions qu'ils nous 
font à chaque pas. 

C'est ce qui nous oblige à éviter avec soin de laisser pa- 
roitre le peu que nous avons ; la plupart de mes petits meubles 
sont encore sur la côte, je ne peux les faire venir que peu à 
peu et avec de grandes précautions, la crainte de Tembarras 
qu'il y a, quand il faut transporter son bagage d'un endroit 
à un autre me fait quelque fois souhaiter de n'avoir rien du 

9 



— 118 - 

tout. C'est ainsi que ce que nous avons nous coûte qaelque- 
fois plus de peine que ce qui nous manque, une bonne pro* 
vision de présents de piété est le meilleur de tous les meubles 
parce que en peu de temps ilsdisparoissent entre nos mains, 
quoique on ne les donne qu'avec discrétion. Aussi pour le 
présent je ne désire rien autre chose que ce que j'eus l'hon- 
neur de vous marquer dans ma lettre de l'an passé, chapelets 
de quelque matière un peu solide, médailles, relicaires, agnus 
dei, grains de jay et d'ambre jaune, ou au moins grains jaunes 
façon d'ambre, les plus gros et les plus façonnés sont les 
meilleurs. Je ne marque cecy que parce que vous souhaitez 
que je vous dise avec confiance ce qui peut m'estre utile, car 
à proprement parler je n*ai besoin que de la grâce du Sei- 
gneur, et je ne vous demande que la continuation de Taffec- 
tion maternelle que vous avez pour moy et pour mes frères 
et un peu de part dans vos bonnes œuvres et saintes prières. 
Je suis avec beaucoup de reconuoissance, 
Madame, 
votre très humble serviteur. 

De Bourzbs, 
Missionnaire de la Compagoie de Jésus. 



A la Bibliothèque de la maison des Jésuites de la 
rue Lhomondse trouvent les copies de deux lettres du 
P. de Bourzes adressées à M"» la comtesse de Soudé 
(datées des 24 août 1710 et 28 janvier 1715), une lettre 
adressée à son frère le 9 novembre 1 733 et vingt-et-une 
lettres adressées au P. Etienne Souciet, professeur au 
collège Louis-le-Grand (de 1713 à 1734); on vient 
de lire la première. Nous y voyons qu'en 1710 
on voulut faire faire au P. de Bourzes un cours 



— 119 — 

de théologie au séminaire d'Ambalacate, qu'il s'y 
rendit, mais ne put y rester pour ne pas porter 
ombrage, en sa qnalité de Français, aux Hollandais, 
maîtres du pays; qu'en 171 4, il vint àPondichéry pour 
raison de santé; qu'en 1715, il était à Vadugarpati ; 
en 1721 , à Colupati ; en 1724 sur la côte de Pêcherie, 
à partir de 1726 à Manapar. 

Dans la Bibliographie du P. Sommervogel, nous 
apprenons que le P. Louis iNoël de Bourzes, né à 
Sabrières (Ardèche) le 19 octobre 1673. entré dans 
la Compagnie de Jésus le 8 septembre 1689, arriva 
en 1704 dans l'Inde où il mourut, à Manapar, le 
25 février 1735. Il faisait partie de la mission portu- 
gaise et dit, dans une de ses lettres, que les Por- 
tugais l'appellent le P. Natal. Dans ses lettres au 
P. Souciet, il parle ainsi qu'il suit de son Diction- 
naire : « Il s'en faut bien que je sois toujours en 
contemplation. J'ai fait un dictionnaire françois-tamul 
pour nos PP. nouveaux venus de France. J'en ai fait 
un autre latin-tamul pourmoy-même. Et je suis après 
un autre tamoul-latin fort ample où j'ay taché de 
mettre tous les mots que je trouve dans les diction- 
naires du pays. Cette nation, quelque barbare qu'elle 
soit dans le reste, a fait dos réflexions sur sa langue, 
sur la poésie et sur l'arithmétique. C'est là presque 
tout ce qu'il y a de sciences aux Indes » (lettre reçue 
à Paris le 1*' septembre 1731). — « Je suis bien obligé 
à V. R*' de la trop bonne idée qu'elle s'est formée de 



— 120 — 

moD ouvrage. Il est encore fort imparfait, et nullement 
en estât d'eslre décrit. Comme j'écris aussi mal que 
vous le voyez, et d'ailleurs en latin, les naturels du 
pays ne peuvent le décrire. Je prélens seulement, si 
Dieu m'en donne le temps, en envoyer un exemplaire 
à Pontichéri et en laisser un autre dans cette Pro- 
vince. Sijestois plus jeune, je m'offriroisà vous eu 
transcrire un ; mais je ne désire pas mesme de rester 
si longtemps sur la terre d'où il est temps de partir. Ce 
livre seroit assez inutile dans votre bibliothèque , il 
sera peut-être de quelque utilité dans ce païs-cy . Les 
ministres luthériens danois ont une imprimerie, mais 
outre qu'ils n'ont pas les caractères grandons, ils y 
mettroient peut estre quelque hérésie, et d'ailleurs ce 
seroit peut-estre les mettre en estât de nous faire plus 
de mal. Peu s'en faut que je ne considère cet ouvrage 
comme les P. du désert les paniers (?) qu'ils faisaient 
pour s'occuper et pour brûler au bout de Tannée h 
(lettredu 9 septembre i 732, de la côte de Travancor). Le 
9 novembre 1733, il disait à son frère : « Après avoir 
satisfait à ce que je dois à mes Xens, je lis, j'écris 
et prie Dieu: ainsi je ne m'ennuie jamais et n'ai jamais 
du temps de reste. Vous sçavez que j'ai composé 
deux dictionnaires, un françois-tamul, l'autre tamul- 
latin, tous ouvrages imparfaits. 3. Parlerîez-vous 
tamul aussy aisément que vous parleriez françois? 
R. Et que je parlerois françois à présent que j'ai oublié 
notre langue ou à peu près ; que je parlois autrefois. 



- 121 - 

non. D'ailleurs c'est suivant les matières. En matière 
de choses spirituelles dont nous avons plus à parler, 
je fais une exhortation à peu près avec la même facilité, 
et aussy correctement que je la faisois en latin après 
cinq ans de régence, pas d'avantage. Et moins que 
cela dans les affaires et choses prophanes {sic), dont 
nous avons moins besoin déparier. Toutes les langues 
s'apprennentmieux en parlant avec ceuxquiparlentbien 
qu'en composant des dictionnaires. Depuis que je suis 
sorti de la mission de Madurey, je ne parle qu'avec 
des pescheurs, parmi lesquels il y en a peu qui parlent 
passablement' ». 

Le P. Cœurdoux écrivait de Darmavaram au P. Sou- 
ciât le 13 septembre 1735: « Vous avez apparem- 
ment appris la mort du P. Noël de Bourzes. Il y avoit 
longtemps qu'il n*étoit plus dans ce qu'on appelle la 
mission; ildesservoit une des cures que les Pères por- 
tugais ont sur les cotes. Les missions du pais tamoul 
lui sont redevables d'un grand dictionnaire qu'il a 
composé en cette langue ». La mort du P. de Bourzes 



1. Cette lettre conclut ainsi : « Dans les exercices que je viens 
de faire je me suis senti extrêmement porté à regarder cette année 
comme la dernière de ma vie, et à servir Dieu au moins cette 
année comme j'aurois dû le servir toute ma vie. Priez le Seigneur 
qu'il m'en fasse la grâce et comme vous devez naturellement me 
survivre, en apprenant ma mort n'oubliez pas celui qui vous 
aime tendrement en N.-S. Faites mieux, comme la nouvelle de 
ma mort ne vous viendra que longtemps après mon trépas, dès à 
présent supposant que ma dernière heure est venue, priez le Sei- 
gneur qu'il m*accorde la grâce des gr&ces qui est une sainte mort. » 



— 122 — 

est racontée ainsi qu'il suit dans une lettre du P. Gar- 
gam au P. Souciet, datée de a Pedda Aricarla, ce 
8 décembre 1735 : Si les Pères Le Gac, le Père 
Cœurdoux et le Père de Bourzes vous ont appris de 
mes nouvelles, il faut que je vous en dise des leurs, en 
commençant parle dernier, que le Seigneur nous a 
enlevé, pour le mieux placer dans le ciel qu'il rfestoit 
sur la terre. Vous le connoissiez et vous sçaviez aussi 
bien que moy que c'estoit un saint jésuite et un saint 
missionnaire. J'ay eu le bonheur d'en estre le témoin 
par moy mesme à Ëlacouritchi, quelque temps avant 
sa mort. Il m'avoit écrit comme une personne qui 
s'attend à mourir dans peu et encore plus tosl qu'il 
n'a fait. Vous verrez sans doute la lettre circulaire que 
Ion enverra en France et que je n'ay pas vue. Je ne 
vous en dis que les deux mots que m'écrivit le Père Le 
Gac lorsque je lui en demanday les particularitez: voicy 
ses paroles : Voicy ce que je sçais de la mort de notre 
cher Père de Bourzes. Le T' vendredi de caresme, il 
dit la sainte messe et il s*estoit confessé auparavant. 
Il dina à son ordinaire. Sur les quatre heures du soir, 
il lui prit un éblouissement, et il fit entendre qu'il 
sentait un grand mal à l'estomac ; on le porta sur son 
lit. Depuis ce moment il perdit toute connoissance. Il 
demeura dans cet estât trente heures, après quoy il 
expira. Il y avoit deux de nos Pères. Il rendit après la 
mort beaucoup de sang et de pourriture par la bouche, 
ce qui fait croire que c'est un abcez qui Ta suffoqué, h 



— 123 — 



III. - Le P. G.-J. B68ohi 

Le P. Bescbi a joué \m rôle fort important dans 
l'histoire des études tamoules, mais ce rôle a été sin- 
gulièrement exagéré. Ses ouvrages d'enseignement, . 
supérieurs à tous ceux qui ont été faitsjusqu'à ces der- 
nières années, resteront et lui conserveront une répu- 
tation honorable ; ses ouvrages tamouls, en prose ou 
en vers, n*ont qu'un intérêt fort secondaire et leur 
célébrité ne dépassera jamais le cercle étroit des chré- 
tiens du pays tamonl. La biographie du P. Bescbi a 
été écrite par plusieurs personnes, notamment par le 
P. Bertrand, dans son important ouvrage sur la Mû- 
sion du Vaduré{?ms, 1847-1856, t. IV, p. 342-375), 
et par le P. Cahour dans son travail anonyme « Les J^- 
suiie$Y> par un jésuite (Paris, 1843-1844, t. II, p. 169- 
177ef36o-371). Le P. Cahour dit qu'il a surtout con- 
sulté une biographie écrite en tamoul et traduite par 
le P. du Banquet. C'est à la même source que s'était 
inspiré M. Eugène Sicé dans son Mémctire sur ta vie, 
les ouvrages et les travaux apostoliques du P. Constant 
Beschi (Paris, 1841, in-8% 18 p.. extrait des Annales 
de Philosophie Chrétienne, n^ 19, juillet 1841, 12* an- 
née, 3' série, t. IV). Plus tard, M. l'abbé Dupuis, édi- 
teur de nombreuses œuvres tamoules de Beschi, 
publia, sans chercher d'autres renseignements, sa 
Notice sur la poésie tamoule, le rév. P. Beschi et le 
r^wMcam(Pondichéry, impr. des Miss., 1851, in-8^ 



' 



— 124 — 

81 p.). Le document tamoul qui avait servi de ba 
ces diverses hotices avait été écrit à la tin du dern 
siècletèn 1797, dit-on, par un poète chrétien Sâmi 
dappoulié, originaire de Pondictiéry, qui devint pi 
tard, à Madras, le professeur de tamoul de Sf . F. 
Ellis. M. Ëllis, qui devint un tamuliste remarqua 
et qui était, avec un groupe d'hommes distingué 
à la tête du collège de Madras, mourut mdlheureu 
ment, à Râmnàd, pendant un voyage scientiflque. 1^ 
9 mars 1819, empoisonné par suite d'une erreur d^ 
son cuisinier indien. En 1816, il avait envoyé Tun des 
professeurs natifs du Collège, A. Mouttoussamippoullê 
rechercher, dans les localités où Beschi avait vécu, les 
souvenirs et peut-être des ouvrages inédits de ce 
célèbre missionnaire, déjà fort oublié cependant. [1 
est par exemple fort étonnant que Ton ne rencontre 
pas son nom dans le livre de M. Perrin {Voyage dam 
Nndoslan, Paris, 1807, 2 vol. in-8); arrivé dans 
rinde en 1778, M. Perrin avait habité pendant de 
longues années le pays tamoul dont il avait fort bien 
appris la langue. 

L'abbé Dubois, qui a séjourné dans le pays dravidien 
de 1792 à 1823, parle bien du P. Beschi, mais outre 
qu'il écrit son nom « Beschie», il semble n'avoir su que 
fort peu de chose sur lui : « les huit contes (de Para- 
mârta), dit-il, furent compilés et écrits en langue 
tamoule par le P. Beschie, ancien missionnaire jésuite 
dans le Carnatique ; quelques personnes ont même 



— 125 — 

prriir.pposé qu'il en était l'auteur. .. mais... j'ai tout lieu 

io JL ; croire qu'il n'en fut que le compilateur; j'ai reconnu 

!j' \ fond de ces contes dans des pays où ni le nom, ni 

i;^ s écrits du P. Beschie n'étaient jamais parvenus » 

e jf ^e Pantcha-tantra, etc., Paris, 1826, in-8°, p. xiv-xv). 

ro eci est d'ailleurs fort exagéré, car l'ensemble du 

h aramârta est incontestablement d'inspiration euro- 

léenne : cf. les épisodes de l'âne chargé de sel et du 

. bien qui lâche sa proie pour l'ombre (conte premier), 

le l'œuf de jument (conte deuxième), de l'odeur du 

/ôti payée par le son de l'argent (conte troisième), de 

1 .'impôt sur l'urine (conlé cinquième), de la branche 

i'arbre coupée entre le tronc et le coupeur assis à 

> Tenvers sur la branche (conte sixième), et beaucoup 

d'autres encore. 

Quoi qu'il en soit^ en 1 81 6, MouttoussamippouUé, qui 
était chrétien, s'acquitta avec zèle et intelligence de la 
mission qu'on lui avait confiée. Il eut l'occasion de 
trouver plusieurs ouvra ges inédits et inconnus de 
Beschi. Il rencontra même, à Kariyenpatti, village 
entre Taniaour et Trichénapally,deux frères, Dairiam- 
poullé et Âmirdapoullé, fils de Savêrimouttouppoullé, 
qui avait été l'un des catéchistes de Beschi. Je fais 
observer que. de 1746, date 5 laquelle Beschi avait 
quitté le pays, à 1816, il s'est écoulé soixante-dix ans; 
il est difficile d'admettre que les deux hommes en 
question aient été vraiment les fils d'un catéchiste de 
Beschi ; c'étaient peut-être ses petits-fils. Ils affirmaient 



— 126 - 

d'ailleurs avoir été eux-mêmes les catéchistes du 
P.Jules-César Potensa, successeur immédiat de Bcschi 
à Porthacoudy, ce qui est encore bien improbable. 
Quoi qu'il en soit, ils remirent à Mouttoussamippoullê 
ou lui firent obtenir un certain nombre de manuscrits 
sur papier ou sur aies (feuilles de palmier), qui pro- 
venaient évidemment de l'entourage immédiat do 
du P. Beschi, et notamment plusieurs petits poèmes 
tamouls et divers morceaux en prose, qui furent 

publiés à Madras en 1843. Mouttoussamippoullé. 
en effet, reprenant la notice de Sâminâdappoullé, 
avait rédigé une biographie de Beschi qui circula 
longtemps manuscrite et ne fut imprimée qu'après 
sa mort, par les soins de ses disciples, Appavou- 
poulie et Gnânadicappoullé. Le volume a pour titre 
Viramûinunivar çanttirarn ; il parut à Madras en 18i3 
et se compose de 6-30-26-1 3-(iv) p. in-8. La notice 
biographique est suivie de ce qu'on pourrait appeler 
les petites œuvres de Beschi et accompagnée d'un por- 
trait colorié hautement fantaisiste. L'auteur avait du 
reste refait son travail en anglais et l'avait publié 
ainsi dans le Madras Journal for littérature and science 
(t. XI. 1840. p. 250-300). 

La plupart des détails donnés par ces notices sont 
a priori inadmissibles, tant on y reconnaît l'esprit in- 
ventif et l'imagination aventureuse des Indiens. Ainsi, 
on y raconte que Beschi, élève du Collège romain, 
fut distingué par le Pape et envoyé par celui-ci dans 



-^ 127 — 

FInde, avec son compagnon d'études, le père Arnold, 
en 1700. On afTirme qu'il savait alors ritalien, le por- 
tugais, l'hébreu et le latin; qu'il apprit en cinq ans, 
dans rinde, le sanskrit, le tamoul et le télinga. Vers 
1736, il ne lui fallut que trois mois pour apprendre le 
persan et Thindoustani dont il avait besoin pour aller 
demander, en faveur des chrétiens du pays, la protection 
de Tchandâ-çàhib. Ce prince, gendre du Nabâb d'Ar- 
cate, et qui de 1736 à 1741 fut le véritable souverain 
du Naduré et du Carnatique, aurait, dit-on, tellement 
admiré le talent et les vertus du savant jésuite qu'il 
l'aurait pris pour son dît(7(îw, c'est-à-dire pour son 
premier ministre. Il aurait même donné à Beschi le 
nom de Hsmati sannyâsl, qui serait une simple 
traduction de son nom k Constant'», mais il n'est 
pas vraisemblable que le prince indien, qui parlait 
surtout persan, ait employé de pareilles expressions. 
Je doute encore plus qu'il ait choisi un jésuite 
français pour son ministre; et je suis fort aise d'ap- 
puyer mon opinion sur Tautorité de M. l'abbé Ber- 

1 . Beschi porta successivement les noms tamouls de Dàiriya- 
nûdasuoâmi (sk. Dhàiranàthaçvâmin) « le Seigneur de la fer- 
meté », et de Viramâmuni (et sk. Vlramahâmuni) « le grand pé- 
nitent héroïque »; ces deux mots ont la prétention de traduire 
le nom de a Constant ». C'est ainsi que les missionnaires ont fait 
de Jean « le seigneur ou le père de la grâce » Aruldnanda ou 
Arulappa, de Pierre a le père royal » Ràyappa, de Paul « le 
petit père» Sinnappa, d'Hilaire « le bienheureux» Muttii/udeiya, 
de Marguerite a la dame à la perle » Muttammâl, de saint Louis 
de Gonzague « la lumière de la sagesse» Gnânappragàça [sk. 
DjAânaprak&ça], etc. 



— 128 — 

• 

trand. La légende ajoute d'ailleurs à ces aflSrmatioDs 
étonnantes des détails encore plus invraisemblables. 
On assure que le Nabâb lui î\ssigna en toute propriété 
un territoire immense dont le revenu était considé- 
rable, que Beschi mena dès lors un train de prince et 
ne sortait qu'avec un apparat extraordinaire; on ajoute 
qu'après la chute de Tchandâ-çàhib, il se retira, vieilli 
et fatigué, au village de Manat'pàdu, où il mourut en 
174S. Cette date était déjà contestée, car, dans son 
Classîfied catalogue, M. Murdoch nous apprend que le 
Rév. Kennett n'a pu trouver, sur place, aucune in- 
dication précise. M. Burnell, dans sa Palœography 
(2* édition, 1878, p. 159), donne hypothétiquemeot les 
chiffres 1704-1744, comme durée de la vie indienne 
de Beschi. 

Nous avons heureusement des documents plus po- 
sitifs; le très savant père Sommervogel m'a commu- 

« 

nique, comme venant de sources absolument sures et 
autorisées, te curricutum'vitœ de Beschi que précisent 
et complètent des renseignements déjà publiés par le 
P. Bertrand et d'autres auteurs sérieux. 

Beschi (Constantin-Joseph), né à Castiglione (pro- 
vince de Venise*) le 8 novembre 1680, entra au novi- 
ciat des Jésuites le 21 octobre 1698 et y passa deux 
ans. De septembre 1700 à 1701, il professa la gram- 

1 . 11 s'agit probablement de Castiglione délie Straniere, petite 
ville de 5,251 habitants, dans la province administrative de Man- 
toae. 



— 129 - 

maire (classe de cinquième) à RaTenne. £d 1701, il 
fut envoyé à Bologne où il resta jusqu'en 1710. De 

1701 à 1702, il fit sa deuxième année de philosophie, 
ayant fait sa pi;e;nière avant son entrée au noviciat. De 

1702 à 1703, il (fit sa troisième année de philosophie, 
puis il recommença à enseigner la grammaire : qua- 
trième de 1703 à 1704, troisième de 1704 à 1705. 
De 1705 à 1706, il enseigna les humanités. En 1701, 
il avait été adjoint au directeur de la grande Congré- 
gation des élèves du collège de Bologne; en 1705- 
1706,11 dirigeait la Congégation de TAssociation. De 
1706 à 1709, il fit ses trois années de théologie et fut 
ordonné prêtre, probablement en septembre 1709. De 
1709 à 1710, il fit sa quatrième année de théologie et 
se prépara pour les missions. Il partit seul (unîcm) 
pour rinde en 1710 et y arriva en 1711, par Lisbonne 
et Goa probablement. Il fut affecté aux missions du 
Malabar et envoyé dans le Maduré. La première indi- 
cation précise que Ton trouve sur sa présence dans le 
pays est dans la relation des années 1714, 1715 et 
1716 (rédigée à Lisbonne par le P. Brandolini) : en 
1714, Beschi avait la direction spirituelle du district 
de Kâmanàyakkenpatti, mais résidait à Cajetaru'. 



1. Cajctaruest sans doute le village indiqué sous le nom de 
Careicr^fe dans le « Calalogus promnciarum^ domorum^ colle- 
giorum, residentiarum^ seminariorum et missionum Societatis 
Jesu, Anno MDCCXVIl. Romœ, typis Georgii Flachi», in-18* 
de 96 p. Kâmanàyakkenpatti y est appelé Camenanayquen- 
paiti. 



— 130 — 

Le 28 octobre 1714, il flt sa profession solennelle dans 
réglise de la Sainte-Vierge à Gurukkalpatti. 

Le P. Cahour, dans son ouvrage anonyme Les Jé- 
suites (par un jésuite, Paris, 1 843-1 84i, 2 vol. in-lâ), 
reproduit (p. 365-377 du t. II) une lettre du P. de 
Bourzes, supérieur, depuis 1714, de la missioQ de 
Maduré, où il raconte une « persécution » que^ Beschi 
venait de subir à Gurukkalpatti. La lettre, adressée à 
M"ede Soudé, est datée « de Varugapatti, 28 janvier 
1715». Cette lettre n*a pas été publiée dans les Lettre 
édifiantes, maison y trouve le nom du P. Beschi dans 
une lettre du P. Saignes à M"'* de Saint-Hyacinthe, 
écrite d'Attipâkam, le 3 juin 1736 (XXIX. p. 226; 
n. éd., t. XIV, p. 38). Parlant d'une persécution 
ordonnée par le roi de Tanjaour et qui fut apaisée par 
un «général maure», le P. Saignes ajoute : « Le 
P. Beski(^tc),qui se trouva alors le plus près de Tarmée 
alla Ten remercier, et il en fut reçu avec les plus 
grandes m^H-ques de distinction ». Une lettre du 
P. Cœurdoux, écrite de Pondichéry au P. Souciel. le 
6 janvier 1739, annonce que Tchandâçâhib a fait son 
entrée à Trichenapally le mois précédent et il ajoute : 
«Trois missionnaires assemblés y célébrèrent, avec 
pompe, la fête de NoëL Aussi, ce nabab est fort favo- 
rable à la religion et attaché particulièrement au 
P. Beschi, jésuite italien de beaucoup de mérite et 
qui est joint aux autres pères portugais de ta mission 
du Maduré ». Il faut citer encore une lettre du P. Gé- 



— 131 — 

néral en date du 29 octobre 1739; elle annonce que 
Beschi rendit visite à Dost-Ali-Ehan à Velour et que, 
pour témoigner au nabab sa reconnaissance de l'ami- 
tié dont il l'avait honoré, il demandait des curiosités 
d'Europe pour lui en faire présent, ainsi qu'une lettre 
de remerciement signée du P. Général. Voilà tout ce 
qui concerne les rapports de Beschi avec les princes 
indiens. 

De 1714 à 1746, il avait d'ailleurs passé par beau- 
coup de résidences. Ainsi, il parait qu'en 1716 il 
était à Maduré; en 1720, à Vadugarpatti; en 1729, à 
Avour; en 1730, à Gunampatti, dans le Tanjâour; en 
1730 à Tanjâour; en 1734, encore à Gunampatti; en 
1740, à Trichenapalli ; en 1742, à Tuticorin; en 1744, 
àj Manaparei. Il est facile de retrouver la position 
de ces diverses localités en consultant les deux cartes 
publiées dans les Lettres édifiantes (ancien recueil, 
XV, 1 et ' ; nouveau, XIII, 90 et XV, 1). 

En 1737, les forces du vaillant missionnaire com- 
mencèrent à s'altérer. En 1740, pourtant, sa santé 
était meilleure. Mais en 1744, il dit lui-même, dans 
la préface de son Dictionnaire tamoul-latin, qu'il 
est « senex ac laboribus fractus » et qu'il a passé 
trente années entières dans les missions du Maduré. 

En 1746, nous le retrouvons directeur, pour les 
élèves ilu rite syriaque, du séminaire d'Ambalakkàdu : 
On dit qu'il est « fractis viribus » et il y mourut le 
4 février 1747. 



— 132 — 

Voici ce que disent des notes conservées sar son 
compte : 

Operarius eximius, sed non valebat ad res temporales ad- 
ministrandas, ingenium optimum: praefectus studiorum 
optimus ; sed judicium non asqao passa ibat cum ingénie ; 
constitutionis sanguine». — Ërat ita peritus lingu» tamulics 
ut in pago Elacurrici prises faetit constitutus litterarum 
ludi, in quo catechistse informarentur bac Ùngua. Tanta 
alacritate atque diligentia peregerunt hoc studium caté- 
chiste, ut brevi artem littérature hujus ediscerant. Pater 
Bescfaius eos bene excultos et exercitiis spiritualibus formatos 
dimisit. 

C'est à ce village d'Éiakkur'itchi que Beschi donna 
le nom de Tirukkâvalûr ; ce village faisait partie du 
district de Pârûr et dépendait de Kônânkûppam- 
Aryanûr. Le chef du pays, un certain Rangappa^ 
majavarâya, avait donné le terrain nécessaire ' à la 
construction d'une église, comme en témoigne une 
inscription datée du 26 Adi de Tannée Îë57 de Sali- 
vâhana (5 août 1734), gravée sur une pierre, au bord 
de l'étang qui est derrière l'église. Pour cette église, 
Beschi composa des vers tamouls qui, parait-il, y 
étaient encore chantés il y a quatre-vingts ans. Il y 
avait placé solennellement, ajoute-t-on, une statue de 
la Sain te- Vierge, habillée à l'indienne, avec T Enfant- 
Jésus dans ses bras, qu'il avait fait faire sur ses propres 
dessins à Manille par l'intermédiaire de l'évêque de 
Saint-Thomé. 

Nous avons cité plus haut une lettre du P. de 
Bourzes parlant de Beschi. La première mention 



— Ï33 — 

que nous renÉontrions des études tamoaies de Beschi 
est dans une autre lettre du P. de Bourzes (au P. Sou- 
ciet, de Colupatti, le 13 janvier 1721) : «Je viens 
d'apprendre que le cher P . Gargam est avec le P. Bes- 
chi; c'est-à-dire avec le P. aux fleurs. Le P. Gargam 
ne pouvoit trouver de meilleur maître de la langue; 
car ce P. la possède en perfection, jusque là qu'il fait 
de beaux vers en cette langue, ce que nul autre mis- 
sionnaire n'avoit encore fait ». Les mots a le père aux 
fleurs » s'expliquent par ce passage d'une lettre du 
10 janvier 1721 : « Pour les fleurs, le Seigneur sera 
votre récompense du soin et de la peine que vous 
avez prise de les bien marchander, empaqueter, etc. 
Le P. pour qui je les ai fait venir les a trouvées trop 
obères, et le fâcheux est que la plupart de vos semences 
ont perdu toute leur force en chemin. C'est tout ce 
que je peux vous écrire maintenant sur l'article, car 
depuis qu'elles sont venues, ces fleurs, je n'ai pu me 
rencontrer avec le P. pour qui elles sont venues. Je 
garde votre lettre pour la lui montrer. Je ne doute pas 
qu'il n'entende raison, car il est fort raisonnable. En 
tout cas, ce sera une preuve qu'il vaut bien mieux 
servir Dieu que les hommes. Dieu se passe toujours 
de notre bonne volonté, et les hommes pas toujours ». 

Je réimprime ci-après la lettre du R. P. de Bourzes 
de 1715 que le Père Cahour n'avait d'ailleurs pas 
donnée en entier : 



10 



— 134' — 

Lettre da R. P» de Bourzes à Madame la Comtesse de 
Soudé prpoiie Chaalons en Champagnes. 

De Varugapatti dans ia mÛRion de Madnrey, 
le28ia^vie^l715. 

La paix de notre Seigneur. 
Madame, 

Au mois d'octobre 1714 j'eus l'honneur de vous écrire 
par la voye du R. P. Martin qui partît alors pour France 
pour aller traiter les affaires de nos missions françoises. Je 
pris la liberté de vous envoyer par cette voye un reliquaire 
de S. François Xavier à la place de celui qui s'est malheu- 
reusement perdu. Dieu veuille que celui-cy ayt un meilleur 
sort. J'ajoutai a cette relique plusieurs pierres quarrées qui 
sont fort estimées icy pour faciliter les couches, contre la 

pierre &' autres maladies Ce fut de Pontichéri que je 

vous écrivis vous priant d'avoir pour le père Martin la même 
confiance que vous auriez en moy, et de luy parler & écrire 
avec la même ouverture que vous feriez avec moy. Ce père 
étoit icy dans la même mission que moy, & nous vivions 
ensemble avec une union et une amitié qui me fait extrême- 
ment regretter son absence; et me met fort en peine sur le 
succès de son voyage» à cause de plusieurs incommodités 
dont il est attaqué & malgré lesquelles il s'est exposé a tant 
de dangers inséparables de tel voyage. Le P. Martin me 
promit qu'il tacheroit de vous aller voir, car il sait fort bien 
toutes les obligations que je Vous ay. 

Pour ce qui me regarde depuis ce tems la> c'est-à-dire de- 
puis le 14 d*octobre que le père Martin partit, il ne m*est 
arrivé rien de fort singulier, si ce n'est que lorsque je m'y 
attendois le moins, on m*a nommé supérieur de cette mission. 
Jay écrit fortement pour m'excuser de cet employ plus pé- 
nible qu'honorable, mais on n'a point eu d'égard à mes raisons 
et jay été obligé à baisser la teste sous le joug et parce que 



- 135 — 

j'estois à Textrémité de la mission, il m'a falu m'ap^rocher 
du centre pour être plus à portée des affaires qui ne laissent pas 
d'être en assez grand nombre à cause de divers embarras que 
cause la grande multitude des catéchistes que nous entre- 
tenons et des chrestiens dont nous avons soin. Depuis que je 
suis en charge un de nos missionnaires a eu une terrible per- 
sécution dans la résidence de Gurugalpatti que je lui laissé 
sur la fin de 1713. • Un catéchiste de cette résidence, ayant 
trouvé un malheureux paria qui quoiqu'il eût apostasie 
pour se faire Turo pour un vil interest, débitoit de fausses 
reliques» le saisit et le maltraita fort imprudemment. Le 
P. Constance Beschi Tayant scû, promit à ce malheureux 
de luy faire justice et de lui faire rendre ce qu'on luy 
avoit pris, et lui donna en même tems les avis conve- 
nables. Le paria parut content et se prosternant plusieurs 
fois devant le père lui demanda pardon. Le père crut que 
cestoit une affaire presque finie, lorsque peu de jours après 
la feste de saint Thomas premier apôtre des Indes, sur le 
soir, l'église fut investie par plus de deux cents soldats, 
le missionnaire fut arrêté avec quelques catéchistes et autres 
domestiques. Le P. Beschi eutla présenced'espritetl'adresse 
de faire échapper deux jeunes garçons dont on pouvoit 
craindre que par la force des coups, ils ne disent plus qu'il 
qu'il n'en falloit; le père et ses catéchistes furent menés à 
une peuplade voisine nommée Alancoulam. Un soldat qui 
connoissoit le père ]ui apprit quelle étoit la cause de sa prison 
et que cet infâme apostat sestoit venu plaindre qu'on luy 
avoit enlevé je ne sais combien de choses prétieuses ; peu 
après le brame qui a la teste de deux cenis soldats avoit 
saisi le père, le chargea de mil injures effroyables et fit ga- 
rotter d'une manière barbare le catéchiste, le père entendant 
les cris du catéchiste se leva promptement et protesta que le 
catéchiste ne méritoit pas ces mauvais traitemens, que c'es- 



— 136 — 

toit lui missionnaire qui étoit coupable, si quelqu'an étoit 
coupable, que c'estoit lui-même qui devoiten porter la peine. 
Il dit ces paroles d'un air si résolu et d'un ton si ferme que 
le barbare cessa de tourmenter le catéchiste, mais on ue 
cessa pas de charger d'injures et d'outrages le missionnaire; 
pour vous parler, m'écrit-il, avec la confiance que me per- 
met notre amitié, je vous avouerai que je n'aurois jamais 
cru qu'il fut si doux d*ètre injurié pour Jésus-Christ, je ne 
crois pas jamais avoir ouy mes louanges avec tant de goût 
que j'entendis alors les plus sanglants outrages et les 
plus piquantes railleries. Cependant le brame amenant avec 
soy l'exécuteur déclara au Père qu'il étoit condamné à la 
mort et lui demanda s'il vouloit que la sentence s'exécutât 
sur le champ ou le lendemain matin. Qu'elle s'exécute quand 
il vous plaira, repartit le Père. Alors se tournant vers le bou- 
reau,il luy demanda quand est-ce qu'il feroit cette exécution, 
le boureau qui selon toutes les apparences avoit le mot remit 
la chose au lendemain sous prétexte qu'il faisoit alors obscur. 
Non, non, répartit le Père Beschi, il fait un fort beau clair 
de lune et je souhaite que ce soit tout à l'heure. Le brame 
voyant sa résolution, se retira et luy fit mettre des doubles 
fers aux pieds. H étoit environ minuit, et le père passa dans 
cet état le reste de la nuit. Celui à qui l'apostat dont jay 
parlé avoit porté ses plaintes et par les ordres de qui le Père 
fut arrêté, était le général d'un camp volant que le Roy de 
Madurey avoit envoyé pour obliger les princes ses vassaux 
à payer le tribut ordinaire. Il se nomme Elamarajapen, celui- 
oy fit venir le Père devant luy dès le matin du jour suivant 
qui étoit un samedy et luy fit diverses questions. — Quelle 
loy il preschoit, quelle langue il parloit, de quel pays il 
étoit et autres semblables, auxquelles le Père répondit avec 
beaucoup de sagesse. Il luy demanda ensuite pourquoi il 
étoit venu en ces pays ci. Pour souffrir les affronts que vous 



— 137 — 

me faites, répondit le Père, n'y ayant rien de plus glorieux 
pour moi que d'être injurié pour la vertu, Pour quelle vertu, 
répliqua l'officier, pour la vertu répartit le Père, qui nous 
enseigne et qui m'a obligé à quitter volontairement ma pa- 
trie, parents et amis, ou j'aurois fort bien pu faire mon salut; 
uniquement pour ne pas aller au ciel tout seul, mais accom- 
pagné d'un grand nombre d'âmes après leur auoir fait 
connoitre, adorer et servir le vray Dieu et non les fausses 
divinités quon adore injustement dans ces pays cy. L'officier 
ordonna aussitost qu'on luy esta les fers des pieds, etqu*on 
le dépouillât. Le Père se dépouilla lui-même quittant une 
espèce de soutanne de toille jaunâtre ou couleur de feuille 
morte que nous portons et resta avec quelques aulnes de 
toille que nous ceignons sur les reins dessous la soutanne ; 
vous ne scauriez croire. Madame, combien cela devoit être 
sensible à ce Père, non seulement par principe de modestie, 
mais encore à cause de notre couleur blanche, qui est pour 
nous aussi humiliante au milieu de ces noirs, que le seroit 
la couleur noire au milieu des Européans^ à cause que cette 
couleur blanche est un indice que nous sommes Européans. Et 
qu*en ce pays cy estre tenu pour Européan est la même chose 
qu'être tenu pour le plus infâme des hommes, les Européans 
qui vivent icy siir les costes de la mer ne peuvent se le per- 
suader ets'en mocquent, mais nous qui connaissons mieux le 
terrain et qui sommes à la merci de ces barbares ne l'ap- 
prenons que trop à nos dépens. Après avoir fait ainsi dé- 
pouiller le Père, on Bt apporter des cordes pour le lier et le 
fouéter et une espèce de colier ou chaîne pour lui mettre au 
col, on fit même battre le tambour pour le conduire au sup- 
plice. Ne croyez pas, dit alors le missionnaire, m'effrayer 
pas cet instrument de supplice, sçachez au contraire que 
vous ne scauriez me faire de plus grand plaisir, et que 
c'est uniquement pour obtenir une si bonne fortune que je 



— 138 — 

suis venu de six mille lieues de loin. Cependant un soldat 
gentil y mais amy du Père s*estant approché de TofiScier 
lui dit deux roots à Toreille et aussitost l'officier fit rhabiller 
le Père ei le prenant par la main le fit conduire dans Ii 
maison d'un brame, inconséquence ridicule, après aroir 
traitté le Père comme le dernier des hommes, il le fi: 
conduire dans une maison de brames, ou ne peuv^t 
entrer que des personnes de distinction. La nouvelle de la 
prison du Père s'estant répandue, quelques chrestîens de:" 
plus fervents vinrent le trouver. Là-dessus on dit à Elama- 
rajapen (c'est le nom de l'officier) que cinq ou six rajas 
étoient arrivés déterminez à mourir, si on ne relâchoit k 
docteur étranger. Les rajas sont une caste fort noble et qui 
se pique de bravoure ; ils menacent quelquefois qu*ils se tue- 
ront eux-mêmes ou qu'ils mouront lesarmes à la main si on ne 
fait pas ce qu'ils prétendent. Cette nouvelle ne laissa pas d'inti- 
mider Eiamarajapen et il arriva en même tems d'autres parti- 
cularités qu'il seroit trop long de rapporter qui l'obligèrent à ve- 
nir au piutost à proposer capitulation. La capitulation ordinaire 
en ces rencontres est une bonne somme d'argent, il la demanda 
et selon les apparences cen'étoit que pour cela qu'ilavoittant 
fait le méchant. Le P. Beschi repartit que s'il avoit de lar 
gent il le donneroit plutôt s'il étoit permis pour obtenir une 

mort glorieuse que pour s en délivrer. Eiamarajapen fit exa- 
miner le peu de bardes qu'on avoit saisi dans le même 
tems que Ion arrêta le père, mais voyant que c'étoit très peu 
de chose, il les fît rendre au Père, et enfin voyant qu'il 
ny avoit rien à espérer, il fit relâcher le Père, au bout de 
24 heures de prison. Le Père selon la coutume du pays alla se 
laver comme pour se purifier d'avoir été entre les mains de 
cette canaille, et prit le chemin de son église .Le Gentil 
dont jay parlé qui prit les interests du Père avec autant de 
zèle qu'auroit pu faire le plus fervent chrestien proposa que 



— 139 — 

le Père pour réparation d'honneur fut reconduit à' sa maisoh 
sur un éléphant, mais le brame répondit judicieusement 
que cela n'étoit convenable ny pour luy ny pour le Père, 
pour lui parce s'il faisoit cet honneur au Père on croiroit 
qu'il en auroit reçu une grosse somme dont on lui deman- 
derait compte, ny au missionnaire parce qu'on croiroit 
qu'il auroit donné la même somme et qu'il seroit exposé 
tous les jours à semblables avanies, si on se persuadoit 
qu'il fut si riche; on se contenta donc de donner au Père 
une pièce de toile qu'on nomme Toupaiti et à ses disciples 
le pacon et Betle^ le pacon est un fruit que les Indiens 
mâchent avec quelques feuilles nommées Vettilei ou comme 
les Européans le nomment Betle ou Bétal, le Père de son 
côté donna au brame un petit coffret de vernis et un perroquet 
de fayence de Chine, l'un et lautre de très médiocre valeur, 
et s'en retourna à son église triomphant, s'il faut en juger 
selon les maximes du monde, mais en effet lé cœur pénétré 
de douleur et les yeux baignés de larmes d'avoir touché si 
près à la palme du martyre sans achever d'y atteindre. La 
raison pourquoi ce calagam [c'est ainsi que nous appelons 
les petites persécutions que nous souffrons), la raison dis-je 
pourquoi ce calagam fut terminé en si peu de tems fut parce 
queElamaràjapenétoit pressé de partiravec son camp volant, 
ce fut aussi par une spéciale providence de Dieu afin que le 
Père put prendre des mesures pour éteindre le feu delà 
persécution qui gagna bientôt en divers endroits, car le 
bruit s'estant répandu qu'on avoit fait mourir le mission- 
naire, Maniagarren, c'est-à-dire le gouverneur ou intendant 
de la ville de Tencacnhi peu éloignée de Gurucalpaiti crut 
que c'étoit une belle occasion pour persécuter les chrétiens. 
Il y a de l'apparence qu'il y fut sollicité par le beau-frère 
d'un marchand chrétien et son ennemi juré aussi bien que 
de notre S^<^ religion, le maniagar fit prendre les chré- 



— 140 — 

tieii$ ,et piller la maison de ce marchand où Ton troura 
pour environ cent écus de marchandise et fit mettre aassi le 
sceau à toutes les maisons des chrétiens de la ville, et les 
Badagas dans le quartier desquels nous avons une petite 
église, conspirèrent entre eux pour la détruire. Le P. Constance 
Joseph Beschi reçut cette affligeante nouvelle le dimanche au 
soir, c'est-à-dire peu après avoir été élargi; il prit aussitôt les 
mesures nécessaires pour appaiser ce nouveau calagam et 
il le fit heureusement p^^r le moîen d*un seigneur gentil, 
commandant des gardes constituées pour empêcher les vols 
ou les restituer. Ce seigneur nommé Chinnananjadeven a été 
autrefois grand ennemi des chrétiens et aujourd'hui surtout 
en cette occasion est notre défenseur déclaré; nous avons 
gagné son amitié par quelques petites curiosités, tant il est 
nécessaire & important de faire cette dépense. Le P. Beschi 
n'étoit pas encore sorti de cet embarras lorsqu'il apprit la 
veille de Noël ce qui se passoit à Cajetarrou autre ville où 
nous avons une église appartenant à la même résidence, 
Ouganadapulley maniagar supérieur de cette ville se trouva 
à Alanculam lorsque le P. y fut arrêté et traitté comme 
nous avons dit cy-dessus, et écrivit aussitôt au maniagar 
inférieur de persécuter les chrétiens, celui-cy se saisit 
. aussitost de quatre chrétiens et pilla leurs maisons. Il vou- 
lut faire prendre quatre autres qui sont de caste Vellales, et en 
efet les menoist desjà prisonniers lorsque tout le quartier des 
Vellales quoique gentils sopposèrent à cette entreprise, en 
partie pour l'affection qu'ils ont pour notre S^"^ religion 
et pour les missionaires, et en partie parce qu'ils prétendent 
que leur quartier est un azile qu'ils ne souffrent pas aisé- 
ment que l'on viole, et c'est pour cela que nous considérions 
cette église comme la plus sûre de notre mission. La suitte 
fera voir que les endroits les plus sûrs de notre mission au 
fond ne le sont guère; les soldats qui emmenoient les chré- 



— 141 — 

tiens voyant qu'on les leur arrachoitdes mains, protestèrent 
de la violence qu'on leur faisoit en leur tirant des mains une 
proye qui pou voit rendre au maniagar plus de deux mille 
écus. Si c'eçt pour cela, répondirent les gentils, que vous les 
arrêtez nous en donnerons non seulement deux mille, mais 
quatre mille s'il le faut, et en disant ces parolles, ils les obli- 
gèrent à relâcher les prisonniers. Le P. Beschi rapporte que 
dans cette occasion et plusieurs autres, ces Vellales se sont 
cooiportés avec une générosité européanne. Dieu sçait et 
et vous pouvez juger, Madame, quelle fut l'affliction du mis- 
sionnaire se voyant lui & ses chrétiens persécutés de tous 
côtés. Le Père envoya un catéchiste à OugadanapuUey 
pour ne pas faire de mal aux disciples d un missionnaire 
qu'il venoit de protéger à Alamculam, et luy fit écrire par 
diverses personnes de considération, mais ce fut en vain. 
Cet Ouganadapulley est Vellale de ceux de Cajetarou, mais 
avec je sais quel mélange qui pour lui est une tache, son 
père étoit fort pauvre et faisoit l'office de M*' D'EcoUe. Ouga- 
naden ou Ouganadapulley (car c'est au fond le même nom) 
ne sçacbant où donner de la tète alla àTutucurin, ville mari- 
lime proche de Cajetarou et où les Hollandois ont une mé- 
chante forteresse, nous y auons aussi des églises. Les habi- 
tants paravas qui est une caste peu considérée des gentils, 
mais que Dieu a choisie pour être la première de ces quartiers 
qui ait embrassé la foy, et que S' François Xavier a con- 
vertie et cultivée avec tant de travaux, depuis ce tems la la 
religion s*est conservée dans cette caste qui habite le long de 
la côte de la pêcherie, et les pères de notre compagnie ont 
continué à la cultiver jusqu'à nos jours. Ils l'ont cultivée 
au reste sans s*accommoder aux coutumes du pays, mais 
vivant à l'européenne et c'est ce qui a rendu notre S<» loy 
et ceux qui la prêchent si méprisables dans l'Inde. Ouga- 
nadapulley fit l'emploi d'écrivain chez un chrétien parava 



— 142 — 

qui l'adopta pour' frère, jusqu^à manger avec lui les restes 
de la mère d'Ouganaden et Taida à faire fortune ; il en fit uih 
si grande qu'enSn il est parvenu à être grand maniagar, le 
séjour qu'a fait Ouganaden à la cote lui a donné une pleine 
connoissance et par conséquent un souverain mépris pour 
les Européens et une médiocre connaissance et un ni^iris 
et haine mal fondée pour notre S^ religion qu'il ne peut 
ignorer être la même que nous prêchons dans les terres et 
que nos frères prêchent à la côte, et que par conséquent que 
quelqu'effort que nous fassions pour dissimuler notre patrie 
nous sommes en effet ceâ Européans si odieux et si mépri 
sables aux Indes sous l'odieux & infâme nom de Parangiiis, 
et qu*une telle loy toute S^^ qu'elle est prêchée par de tels 
gens ne convient point à la noblesse de sa caste. Ougana- 
dapulley respirant comme un autre la vengeance et la haine 
contre le troupeau de J.-C, vint en personne à Caje- 
tarrou; c'est icy dit le P. Beschi que la douleur ne me per- 
met qu'à peine d'écrire ce qui se passa. Cet ennemi juré de 
notre religion assembla le dimanche toutes les castes. Brames, 
Vellales, marchands, et même les pallas ou parias qui sont 
les plus infâmes. Inspiré du démon, il leur fit une harangue 
composée d'autant de blasphèmes que de paroUes, tournant 
en ridicule nos plus saintes cérémonies, vomissant mille 
horreurs contre le sacrement de confession qu'il traduisoit 
en mystère d'iniquité, et publiant tout ce qu'il auoit vu à 
la côte qu'il crut pouvoir nous rendre plus odieux et exé- 
crable, il conclut en animant le peuple à aller sur le champ 
détruire l'égliseque nous avions dans le quartier des Vellalles 
et il ne fut que trop éloquent : tout le peuple en fureur et 
jusqu'aux plus basses castes vint fondre sur notre église 
et sur notre maison et après avoir tiré le peu qu'il y trouva 
qui fut mis en dépost« il détruisit l'un et l'autre jusqu'aux 
fondemens. Il y avoit longtemps qu'Ouganadapuiley conser- 



— 143 — 

voit cette haine dans son cœur, mais ce qui le détermina 
alors à en venir à cette extrémité a été le grand nombre de 
conversions qu'il y aeu Tannée passée à Cajetarrou, où plus 
de quatre-vingt et dix personnes ont reçu le S^ batème 
et parmi elles, deux qui étoient des principaux, ce qui a 
achevé de l'irriter est une parole de ces deux néophytes. 
C'est la coutume en ces pays-cy que certains Brames ou 
autres aillent de ville en ville et de bourgade en bourgade 
faire la lecture d'un poème qui contient les avantures plus 
que romanesques d'un de leurs dieux et après que cette 
lecture est faite on a coutume de faire un présent au lecteur. 
Un de nos chrétiens de Cajetarrou fut invité à assister à 
cette lecture, celui-cy répondit : Pourquoi aller entendre les 
contes d'un Dieu prétendu à qui on a enlevé sa femme? 
Cette raillerie piquante fut rapportée au maniagar et nous a 
coûté bien cher. Au milieu de ces vexations les Chrétiens 
quoique consternés sont restés constans, cependant deux 
baptisés depuis peu, par un long silence ont trahi leur foi 
car, interrogés s*ils renonçoient à la foy, leurs parents 
crièrent qu*ils la renonçoient et eux par une lâche timidité 
se turent croyant peut-être qu'ils n'étoient point obligés 
à dédire leurs parents et qu'il sufRsoit de ne pas renoncer 
en termes exprès. Ce n'est pas ainsi qu'en a usé un chrétien 
deTencacchi: les soldats qui ne le connoissoient pas le pre- 
nant pour un gentille renvoioient disant qu'ils n'en vouloient 
qu'aux chrétiens. Si c'est aux chrétiens que vous en voulez, 
reprit celui-cy, je suis Xtien aussi bien que ces autres, 
traitez-moi comme eux. et en effet il fut arrêté. Telle a été 
l'issue de ce fatal calagam de Cajetarrou sans que jusqu'à 
présent on ait pu raccomoder les choses; au contraire le 
maniagar est plus obstiné que jamais et prétend tirer de 
grosses amendes non seulement des chrétiens qui ont em- 
brassé la foy, mais encore des Gentils Vellalesqui nous ont 



— 144 — 

soufferts si longtemps dans leur peuplade, ce qui sans doute 
sera un grand obstacle à la conversion de ces pauvres gentils 
qui étoient assez portés à embrasser la foy de la vérité de 
laquelle ils sont très convaincus et Dieu veuille que cela 
ne fasse pas rétrocéder ces nouveaux chrétiens. 

Cependant les persécutions ne sont pas terminées. Aux 
trois que je viens de rapporter, Dieu, pour éprouver la cons- 
tance des chrétiens et donner plus d'occasions de mérites. 
permitqu'il survint unequatrième bourasquele jour de Noël. 
Lorsque le P. Beschi disoit la troisième messe et étant sur 
le point de consacrer, entendit un bruit confus parmi les 
chrétiens qui assistoient au saint sacrifice. S'étant informé de 
quoi il s'agissoit, on lui répondit que cinq ou six Turcs à che- 
val étoient arrivés de Tirouneloeli, ville capitale de toute la 
province, dont le seul nom est formidable aux missionnaires 
qui y ont été plusieurs fois menés prisoniiiers, et souffert 
bien des avanies. Il est aisé de juger quelle peine ce fut pour 
le P. Beschi de se trouver dans un si grand péril, et au mi- 
lieu du S^ sacrifice. Il acheva cependant la messe le mieux 
qu'il lui fut possible, il en eut le tems, parce que les Turcs 
s'arestèrent dans un petit bois proche du village, la messe 
finie, un Turc, un Brame, et le maniagar demandèrent à 
parler au P. et lui dirent que le Turc, Seigneur de la peuplade, 
les auoit envoyé pour s'informer si Elamarajapen auoit tout 
restitué, pour l'obliger à restituer s'il manquoit encore quelque 
chose; le P. leur répondit que tout avoit été fidèlement 
rendu, le reste de l'entretien se passa en civilités réciproques 
après quoi ils se retirèrent. L'expérienee nous enseigne que 
ces sortes de visites de gens inconnus sont ordinairement des 
pronostiques de Calagam: ainsi le P. plia bagage sans rien 
laisser dans cette Église et dans la maison et se retira à une 
autre. Ce fut une providence de Dieu toute particulière, car 
à peine le P. s'étoit-il retiré que l'ennemi reuint^ et enrageant 



— 145 — 

de ne rien trouver ny le père ny les catéohtôtest ils enme- 
nèrent trois ou quatre habitans chrétiens qu'ils conduisirent 
à une peuplade voisine et le jour suivant les renvoyèrent à 
l'instance du Brame, mais aussitost après eux reuinrent ces 
furieux et enfonçant la petite fenêtre de la chambre du Père 
cherchèrent à piller, ne trouvant rien, ils se retirèrent hon - 
teux, mais toujours résolus à ne pas désister de leur entre- 
prise* En efet, quelques jours après ils prirent cinq bœufs des 
habitans outre six autres qu'ils avoient déjà saisi et emme- 
nèrent prisonniers k Tirounelveli deux habitans Tun des- 
quels est un bon vieillard d'une grande piété, le Turc princi- 
pal qui a ses droits sur Gurugalpatti les retint trois jours et 
se fâcha fort contre le maniagar qui lui avoit fait espérer 
qu'il pouvoit tirer de grosses sommes du missionnaire; au 
bout de trois jours il les renvoya en leur donnant par écrit 
une promesse qu'on ne feroit aucun mal aux habitans et qu'ils 
pouuoient revenir en toute sûreté, car ils s'étoient retirés. 
Le maniagar rappella en effet les habitans, mais il leur de- 
manda d'abord quatorze écus pour les frais de la venue des 
Turcs, il se retrancha ensuiteà cinq, les habitans refusèrent de 
les payer, le maniagar les chargea sur le catéchiste dont l'im- 
prudence a été la cause de tant de tumulte. Cependant le 
P. Beschi d'épuisement causé du travail et beaucoup plus de 
l'affliction extrême que lui a causé tant de trouble, et l'état 
misérable de sa résidence, est tombé malade, Dieu veuille lui 
rendre la santé nécessaire pour consoler & raffermir les chré- 
tiens que ces sortes de troubles intimident extrêmement, car 
vous n'ignorez pas, Madame, de nature qu'ils sont naturel- 
lement extrêmement timides, prions le Seigneur qu'il fortifie 
par sa grâce notre foiblesse naturelle. 

Je vous ay fait tout ce détail. Madame, parceque j'ai cru 
que rien ne pouvoit vous donner une idée plus juste de notre 
mission où nous sommes continuellement exposés à mille 



— 148 — 

avanies, où le dernier des hommes peut nous causer les plus 
fâcheuses affaires, où dans les endroits mêmes les plus sûrs 
nous sommes dans de continuelles craintes ou nous ne pou- 
vons pas encore nous assurer d^achever tranquillement 
l'auguste sacrifice de nos autels ou dans Tim possibilité où 
nous sommes de donner de l'argent aux Gentils, ce qui ne 
feroit qu'irriter leur cupidité, et nous attirer persécution sur 
persécution ; nous n'auons point d'autre moyen de nous faire 
des protecteurs que quelques curiosités données à propos» ou 
enfin nous auous bien besoin des prières de nos amis pour 
obtenir du ciel la prudence & la constance nécessaire pour nous 
bien conduire nous et notre petit troupeau, sur tout dans les 
occasions périlleuses des persécutions. Je vous demande très 
particulièrement les vôtres et suis avec un très profond respect 
et beaucoup de reconnaissance, 

Madame, 

Votre très humble et très obéissant serviteur, 

De Bourzbs, 

Missionnaii'e de la Compagnie de Jésus. 

Ayez la bonté de pardonner les fautes qui sont contre la 
propriété de la langue que j'oublie de plus en plus faute 
d'exercice; permettez moy, Madame, de saluer très parti 
culièrement toutes les personnes de votre illustre famille. 

Dans un prochain article, nous passerons en revue 
les ouvrages du P. Beschi. 

Julien ViNsoN. 

(A suicre). 



QUELQUES MOTS 

SUR 

LtTUDE COMPARÉE DES LinÉRATURES 



f/histoire de rhomme est dominée par un fait posi- 
tif : l'unité de Tesprit humain dans la pluralité des 
races * 

Or, une science née récemment» et déjà contestée, 
la <( Mythologie indo-européenne », repose sur l'his- 
toire incertaine d'une migration des Aryas, issus des 
hauts plateaux de TAsie à une époque indéterminée. 
Cette théorie constate, à l'origine^ une communauté 
de langue et de religion entre les peuples « aryens», 
mais elle écarte comme « harbares » les peuples 
« anaryens ». A la vérité, la linguistique et l'exégèse 
révèlent une étroite parenté intellectuelle entre les 
groupes ethniques de souche aryenne, qui ont em- 
porté dans leur dispersion les éléments primordiaux 
de la civilisation indo-européenne. De même que le 
pieux Énée sortant de Troie, ils ont quitté leur pri- 
mitif séjour 

Cum aociia nataque^ Penaiibus ac magnis Dis. 

Et c'est pourquoi l'école linguistique a rapproché 
avec fruit des idiomes divers, pour saisir leur affinité 



— 148 — 

OU leur dissemblance originelles, pour marquer le 
point où ils se séparent d'un troiic commun, pour 
reconnaître enOn dans l'histoire des mots l'histoire 
même des races humaines. En effet, les travaux de 
Bopp, de Burnouf, de Schleicber, de Michel Bréal, 
ont élucidé le problème de l'origine des langues et 
établi assez nettement la filiation des idiomes indo- 
européens. 

L'étude comparée des mythes, entrée avec Max 
Mullèr, Tylor et Andrew Lang dans une période 
vraiment scientifique, a porté plus loin le champ de 
ses investigations. Ces savants n'ont pas rapproché 
seulement les traditions des peuples apparentés par la 
langue; ils ont aussi comparé la mythologie de toutes 
les nations connues, soit aryennes, soit anaryennes. A 
leurs yeux, nul groupe d'hommes ne forme d'îlot soli- 
taire, nul océan infranchissable ne sépare les peuples. 
Ils se rejoignent tous par de secrets chemins, et c'est 
seulement par une fiction de l'esprit que nous pou- 
vons les isoler dans u l'ample sein de la nature y>. Mille 
observations, en effet, révèlent la ressemblance, 
souvent même Tidentité des symboles, des cou- 
tumes, des croyances, chez des peuples séparés par 
la langue, par l'histoire et par la race. 

Nous n'invoquerons pas ici l'universalité souvent 
constatée d'usages ou de fables, qui répondent aux 
besoins physiques ou aux aspirations morales de Thu- 
maine nature, et, à ce litre, se rencontrent dans la 



— 149 — 

plupart des pays, aussi bien parmi les Gafres, les Aos- 
traliens et les Peaux-Rouges» que parmi les Aryas, 
les Sémites et les Chinois \ Ces manifestations primK 
tives de Tactivité sont d'ordre naturel; elles n'im- 
pliquent pas l'existence de relations historiques ou 
préhistoriques. Mais nous relèverons parfiiis, chez les 
peuples les plus divers, une correspondance minu- 
tieuse dans les mœurs, dans les légendes, dans les 
usages, et, — fait caractéristique, — dans les rites*. 

M. Gaidoz observe, dans l'histoire des religions, si 
fertile en rapprochements, des analogies frappantes 
entre le « Qchement du clou » à Rome et chez les 
nègres bantous du Congo*. Les « roues de fortune )> 
renfermées dans certaines églises de la Basse-Bre- 
tagne et que les fidèles font tourner à la main ou avec 
une corde pour obtenir la protection d'unsaint, existent 
aussi dans les temples bouddhiques du Japon. Ces 

1. C'est ainsi que les contes renfermés dans le recueil bond- 
dhiqae le Panichatantra ont circulé parmi les peuples de l'anti- 
quité avant qu'ils fussent reproduits en arabe, en bébreu, en 
grec, etc. Le conte japonais de V Homme à la Zou/><? est bien connu 
en Occident. Il figure sous différents noms, et avec des variantes 
dont la principale est le changement des loupes en bosses, parmi 
les récits populaires bretons, picards , allemands^ irlandais, cata- 
lans (V.Japanese Fairy Taies Séries (Tôkiô, Kobunsha, éd.)» 
1895. 

2. Les chaityas bouddhiques^ par exemple^ creusés dans le roc 
plus de deux siècles avant notre ère, offrent les dispositions inté- 
rieures de nos ^lises. V. Fbrgusson, Cave Temples of India, 
Londres, 1880. 

3. Rome et Congo : Un parallèle f dans la Reçue de P histoire 
des religions^ v. VIL 

11 



— 150 — 

roues sont analogues aux disques magiques utilisés 
par les Grecs dans les mystères sous le nom de ^6(i5oi 
ou de xuxXoi, et empruntés, suivant Clément 
d'Alexandrie, aux Égyptiens'. En dehors des analo- 
gies doctrinales entre le bouddhisme et le christia- 
nisme, les bonzes pratiquent les circumambnlations 
processionnelles, la bénédiction avec la main droite, 
la récitation deâ litanies, la confession, l'ascétisme 
monacal. 

M. Goblet d'Alviella^ étudiant Tarbre céleste sous 
son triple aspect d^arbre cosmogonique, d'arbre de 
vie et d'arbre de science, démontre que celle concep- 
tion n'est pas seulement aryenne ou sémitique ; elle se 
rencontre chez les peuples les plus variés. De même, 
l'arbre entre deux personnages affrontés, d'origine 
mésopotamienne, existe à Java et dans l' Amérique 
Centrale*. Parmi les emblèmes, la croix équilatérale, 
très antérieure au bouddhisme et au christianisme, 
n'est-elle pas un objet de vénération chez presque 

1. V. Les Roues liturgiques de l'ancienne Égyptey dsois les 
Bulletins de l'Académie royale de Belgique (nov. 189B, p. 4d9 

sqq.). 

2. La Migration des symboles, Paris, 1891. • 

3. Voilà pâut-être un nouvel indice des relations très anciennes 
qu'A, de Humboldt soupçonnait entre l'Asie Orientale et ie 
^ord-ouest de TAmérique précolombienne. La comparaison des 
masques en usage dans ces deux régions nous fournira aussi une 
présomption favorable à lexistenoe de ces relations. V.E. Schnkl- 
LENBACH : Sur les immigrations d'un ancien culte asiatique en 
Amérique (Vlli'oongrès international des American isles). Paris 
(cet. 1890^. 



tous les peuples de r ancien et du iVonve^iirMonde? 
La présence de la croix gammée n'a-l-elle pas été 
signalée dans toiit TOrient, en Afrique, dans les dei^x 
Amériques, jusqu'en Patagonie, et sur des botj^ts 
que les Indiens Pueblos agitent dans leurs danses 
religieuses'? Enfin le bouddhisme de l'Ëxlrême- 
Orient ne connait-il pas le foudre de la mythologie 
classique {vajra sanscrit et dordj l'^bétain), quî sert à 
bénir les fidèles et à exorciser les démons, le rosaire, 
appelé dans 1- Inde « guirlande à prières )^ japa-^mAlây 
le létrascèle, le disque solaire des Komains et des 
Celtes, et même Timagedu Bon-Pasteur sous les traits 
de la divifiité Kouan-Yin*? 

L'auteur de la Migration dex Symboles rapporte, 
parmi de nombreux témoignages, un singulier exemple 
d'identité de croyance : 

La lutte de la lumière contre les ténèbres, du soleil 
contre le nuage, est fréquemment représentée, dans 
l'antiquité classique, par Timage d'un combat entre 
un aigle et un serpent. On trouve ce symbole en Grèce 



1. E.-T. Hamt, Le Svastika et la Roue solaire en Amérique^ 
dans la Reçue d'Ethnographie, 1885. — Relation du voyage, de 
M. de la Vaulx en Patagonie, 1899. 

2. Le Mercure criophore avait déjà fourni aux premiers chré- 
tiens le type do Bon-Pasteur, que Ton a retrouvé, suivant 
MM. Grunwedel et Â. Foucher^ sur une image du Gandhàra. 
V. sur ces rapprochements : Das Etangelium von Jesu in seinen 
Verhàltnissen su Buddha-Saga und Buddha-Lehre, par R. Sky- 
DEL, et The Neœ Testament and Buddhism, dans la Contbmpo- 
RART Rbvibw (déo. 1880). 



— 152 — 

dès répoqoe homérique. Dans la description d'un 
combat entre Grecs et Troyens, VIHdde rapporte l'im- 
pression produite sur les troupes de Prium par l'appa- 
rition soudaine d'un aigle tenant un serpent entre les 
serres. « Mais le rei^tile palpitant n'oublie pas de lutter, 
» car il se redresse et déchire la poitrine et le cou de 
» son ravisseur. L'aigle, vaincu par la soufifrance, le 
)> laisse enfin échapper*. » Au regard des Troyens, la 
victoire du serpent présageait leur propre défaite, et 
le découragement fit tomber leur ardeur : 

V espoir changea de camp^ le combat changea tfâme^ 

devant le signe du dieu gui porte Tégide, Atdç xépoç 
alyi6)(pio. 

Or. cet emblème reparaît dans la symbolique des 
Aztèques. Les manuscrits originaux rapportent que 
les premiers conquérants du Mexique furent déter- 
minés à fonder leur capitale par Tapparition, sur un 
nopal, au soleil levant, d'un aigle tenant un serpent 
entre les serres\ Ce motif figure encore dans les armes 
de Mexico. Il était regardé par les Aztèques» ainsi que 
par les contemporains d'Ulysse, comme un gage de 
victoire et de puissance. Et cependant, ajoute non 
sans ironie M. Goblet d'Alviella, il est peu probable 
que les Aztèques aient jamais lu Homère. 

1. HoMÂRE, Iliade, XJl, vers 200 sqq. 

2. Albert Réville, Les Religions du Mexique, Paris, 18fô. 
V. aussi Le Mythe de Votan, étude sur les origines asiatiques de 
la oivilisatioo américaine par H. db CHARENCEY(AleDÇon,1871). 



— 153 — 

« 

Les œuvres littéraires des peuples les plus diffé- 
rents abondent aussi en ressemblances qui franchissent 
les bornes des pays unis par des relations et brisent 
les barrières de l'histoire. 

Max Mûller a signalé des expressions communes à 
r Edda et à Homère. D'après la mythologie Scandinave 
la moins contestée, Thomme fut tiré d'un frêne. Dans 
Hésiode, Jupiter fait sortir des frênes la troisième 
race des hommes, et nous voyons par un discours 
de Pénélope à Ulysse que cette tradition n'est pas 
inconnue aux Homérides: «Dis-moi quel est ton pays, 
d'où es-tu? car tu n es pas sorti de l'arbre antique '. » 

Tel est encore le mythe si poétique d'Endymion 
s*endormant sous les baisers de Séléné, que Max 

Mûller a retrouvé dans la littérature africaine, en dia- 
lecte béchouana, pour traduire la disparition du So- 
leil devant la douce clarté de la Lune. La comparaison 
de r Évangile de rbinfance avec le Lalita Vistara 
permet de reconnaître dans les écritures bouddhiques 
les paraboles de la Samaritaine et de l'Enfant pro- 
digue*. M. Léon Feer n'a-t-il pas découvert chez les 

1 . Max Mûller, Essais de Mt/ihologie comparée. Trad. Per- 
rot. V. aussi l'article de M. d'Arbois de Jubainvillb, Les 
Nombres 3 et 9, 7 et 50 dans la littérature homérique et ches 
les Celtes (Revue des Traditions populaires, 1898, p. 289). 

2. V. G. Brunet, Les Étangiles apocryphes. Paris, 1849. — 
Lalita Vistara (trad. Foucaux dans les Annales du Musée 
Guim£t)tet S. Bzal^ .Buddhist Scriptures from the Chinese. 
Londres, 18'/1. On trouve aussi dans les annales de tous les 
peuples, sauf peut-être chez les Africains, le récit d'un déloge 



— f 54 — 

Mongols le thème de la légende c^tique de Tristan et 
Yseuit, ainsi que l'histoire classique de Midas ^ re- 
tracée avec une étonnante exactitude'?» Enfin la 
légende de Persée, entre beaucoup d'autres, n*est-elle 
pas vraiment universeHe? 

Observons maintenant la littérature dramatique 
d'un pays resté, pendant des siècles, rigoureuse- 
ment fermé aux influences occidentales, le Japon. 
Ei\ dehors des lois esthétiques qui ne font point 
partie du patrimoine intellectuel d'un peuple dé- 
terminé, nous constatons que le théâtre, au Pays du 
Soleil levant, a suivi la voie commune au drame grec 
et au mystère français. Ainsi se confirme Tuniversa- 
lité des pi*océdés qui appartiennent à la poétique gé- 
nérale de l'humanité. Gomme les <( miracles» krish- 
haïtes, qui furent représentés dans l'Inde, suivant 
M. Bartb, dès le II* siècle avant notre ère*, le 
nô japonais fg est issu de cérémonies liturgiques 
nommées kagura JFT ^ Ife*; il possède le chœur 
de la tragédie antique, à la fois confident et inter- 

universel. Les Bràhmanas montrent Mânoa s^embarquant, comme 
Noé^ dans une nef qui s'échoue, après rinondation, sur la mon- 
tagne du Nord (V. Sylvain Lévi. La Doctrine du sacrifirt* 
dans les Bràhmanas. Paris, 1898). {Bihlioth. de l'École drs 
Hautes-Études, vol. XI). 

1. Les Contes Mongols, 

2. Les Religions de l'Inde. 

3. Les Kagura existaient déjà au III* siècle; mais elles furent 
surtout en honneur à IVpoque de l'empereur Kammu, il y a 
1100 ans environ. 



— 155 — 

prête du sentiment populaire, sous ie nom de/i Ht, 
le drame satyrique ou kîogen ^ 3*, et jusqu'aux 
personnages essentiels de la comédie gréco*latine^ 
On peut encore signaler au Japon l'usage des masques, 
rrrnportance des mimes/Femploi des hommes pour les 
rôles féminins, l'adaptation à la scène de légendes 
héroïques et religieuses, enfin plusieurs traits com- 
nnuns au théâtre d*£xtréme-Orient et au drame de 
notre antiquité classique'. 

Comment donc expliquer ces concordances? 

Hormis le cas de ressemblances constatées entre 
des peuples unis par la communauté de la descen- 
dance, de la tradition ou de l'éducation, deux solu- 
tions seulement s'offrent à notre jugement: ou bien 

1. (( lis représentent l'amoar d'an vieillard sévère, le caractère 
tt d*un valet foarbe et malicieax, ou d'une courtisane qui n'omet 
» rien pour plumer son galant, ou enfin un jeune homme qui se 
ï) plonge dans les débauches. » Ambassades mémorables de la 
Compagnie des Indes Orientales (Amsterdam, 1680). 

2. V. Ëmilf. Guimet, Le Théâtre au Japon (Paris, 1886); 
Lequeux, Le Théâtre japonais (Paris, 1889); Léon de Rosny: 
adaptation à la scène française d'une pièce japonaise. Le Cou- 
cent du Dragon tcrt (Paris, 1890). Parmi les articles de revue et 
les traductions, nous signalerons : The Bloodstone, A Japancse 
It/rical drama translated into english (Belgravia); Bousquet, 
Le Théâtre au Japon (Rerue des Deux-Mondes, 15 août 1874); 
Le Japon, Théâtre, acteurs, actrices (Reçue de Géographie in- 
ternationale, 1884); Ck)MTE Meyners d'Estrey, L*Art drama- 
tique en Extrême-Orient (Annales de l* Extrême-Orient et de 
l'Afrique, vol VIII, p. 225); Japancse Lgric Drama (Cornhill 
Magasine, vol . XXXIV, p. 419) ; Wingfielo, Plaggoing in Japan 
(Murrag's Magasine, aiotii ISSl y Lonâon); Pfizmaier^ Traduc- 
tions; The Far East (suites d'articles, 1898-99,) etc., etc. 



— iso- 
les conceptions identiques ont passé d'un pays a 
l'autre par voie d'emprunt, — ou bien elles se sont 
produites isolément, spontanément, en vertu d'ane loi 
générale et permanente de l'esprit humain ^ 

Ce dernier cas, à notre avis le plus fréquent, sup- 
pose, chez tous les peuples, dés centres de création 

1. Ainsi le genre dramatique japonais Sarugaku no nô, 
^ fH lË nons parait sorti d'une évolution naturelle, plutôt 
que transplanté des contrées occidentales. On s'est demandé si les 
procédés scéniques de Tart grec n'auraient point pénétré de l'Inde, 
dans la Chine et le Japon avec le bouddhisme. Le Nihon-gi 
signale en effet 1' « indo-gaku » parmi les représentations 
scéniques d'origine occidentale. Mais le théâtre indien lai- 
môme a-t-il subi l'influence de la civilisation grecque? Rien 
n'est moins démontré. M. Sylvain Lévi a expliqué les carac- 
tères du théâtre indien comme le développement spontané du 
passé littéraire et religieux de l'Inde et en a défendu l'origina- 
lité contre Weber, Bran dès etWindisch (v. le Théâtre Indien, 
Paris, 1890, et Quid de Grœcis ceterum Indorum monumenia 
iradiderlnt). D'autre part, les pèlerins bouddhistes qui, du IV* au 
X* siècle, allèrent puiser à sa source la loi du Maître et rappor- 
tèrent en Extrême-Orient les livres sacrés de l'Inde, ne semblent 
pas avoir révélé la technique du théâtre indien aux lettrés chi- 
nois et japonais. Ces spectacles les étonnaient sans les intéresser, 
et^ autant que nous en pouvons juger, étaient peu ou mal com- 
pris (V. Ed. Chavannbs^ Mémoires sur les religieux èniinents 
qui allèrent chercher la loi dans les pays d'Occident, par l'tsing, 
et la traduction anglaise de Takarusu). Quant à l'expansion 
gréco-bactrienne au delà du Pamir, elle reste & l'état de pure 
hypothèse: les monnaies bilingues rapportées récemment du 
Kashgar et attestant le contact des civilisations grecque et chi- 
noise, sont en caractères kharoshthi-chinois et non gréco-chinois. 
L'écriture kharoshthi n'a rien de grec, et ses prototypes existent 
dans un alphabet sémitique, probablement araméen (V. Bulletin 
Académie Inscr, et Belles-Lettres, juillet 1898, et Halévt^ 
Revue sémitique de juillet 1895). 



— 187 — 

iodépendanls et autonomes, qui semblent démontrer 
qae te fonds primitif des races est partout le même. Il 
u'est point aryen ou anaryen, il est humain. Dans 
tous les pays, l'âme des hommes renferme, avec les 
premiers principes, des tendances originelles, néces- 
saires, vers une évolution déterminée'. Partout elle 
obéit à une logique infaillible, qui trouve sa loi secrète 
dans la nature même de Tentendement. C'est ainsi 
que dans tout pays, la poésie est la première forme du 
sentiment littéraire et que le genre dramatique, sui- 
vant la remarque de M. Faguet, se subdivise jusqu'à 
rémiettement dans le cours des âges'. Or, si a le 
» point de départ est commun à toutes les races, 
» toutes ne marchent pas du même pas dans le dé- 
» veloppement intellectuel ». Ainsi Tart du théâtre, 
en Grèce et dans Tfnde, formé d'éléments identiques 
chez ces deux peuples, a cependant produit deux 
genres dramatiques divergents : la tragédie, — le nâ- 
takck*. L'architecture romane, en parfaite harmonie 
avec la littérature, revêt en France, au XP siècle, 
des formes variables suivant les régions : le même 
thème artistique, interprété diversement, atteste Tin- 
dividualilé, le génie particulier de nos provinces. En 
Normandie, une race jeune et sortant à peine de la 
barbarie élève des monuments à son image; ils sont 



1. Cf. la Prakrti da système philosophique indien Sàmkhya. 

2. Drame ancien. Drame moderne, 

3. Sylvain Lévi^ Le Théâtre indien. 



— 158 — 

vlgonrèux et frustes. Les sombres églises (TÀuvergoCt 
bâties en laves, ne parient point le même langage qoe 
les frêles chapelles du Poitou, ouvragées comme des 
coffrets d'ivoire ou de métal. Dans le Midi» les 6g:anes 
du cloitre de Saint-Tropbime, à Arles, et du portail de 
Saint-Gilles, les pilastres cannelés à la romaine de 
Notre-Dame d'Avignon et les fines coionnettes du cou- 
vent de Moissac sont conformes à la tradition de la 
sculpture antique. Il semble que l'art de cette époque 
s'exprime par des dialectes divers. Et ces formes ar- 
chitecturales nont p.is été adoptées en vain; elles 
expriment hautement l'instinct des races; ce sont des 
manifestations distinctes, mais étroitement apparentées 
du génie français : 

Faciès^ non omnibus una^ 

Nec diversa tamen; qualem decet esse sororum. 

Cette adaptation nécessaire entre le milieu et 
rètre vivant nous explique encore que la civilisation 
soit si inégalement répartie sur le globe. Les N'javi 
mènent toujours la vie errante et misérable de leurs fa- 
buleux ancêtres, les Pygmées, et leur langue est si 
pauvre qu'elle n'exprime pas même l'idée de la divinité. 
Comment pourrait-il en être autrement dans des soli- 
tudes stériles? Néanmoins, lorsque plusieurs groupes 
d'hommes se trouvent dans les mêmes circonstances, 
ils tendent à croire, à sentir, à agir de la même façon. 
Et c'est pourquoi le Bouddha rédempteur, comme Pro- 
méthée cloué sur son rocher pour l'amour des hommes, 



— 189 — 

« 

ne diflëre pas essentiellement du Cfirist, -^ taoihi 
conception du rachat des fautes s'impose avec force à 
Inhumanité*. 

Le groupe des peuples aryens ne nous para!t donc 
pas former une famille isolée, un monde fermé aux 
populations étrangères à son inspiration et à sa cul- 
ture. Sans doute, le génie indo-européen a trouvé 
dans l'antiquité gréco-latine l'expression parfaite de 
la beauté classique. Mais la Grèce et Koine, ces deux 
foyers d'intense lumière, n'ont pas brillé isolément, 
sans reflet sur le monde. Leur éclat ne doit pas nous 
empêcher de voir le long passé de la funéraire Egypte, 
ni l'histoire millénaire de la vénérable Asie, « déjà 
vieille, dit Michelet, cinq cents ans avant Jésus- 
Christ ». Et si l'Asie est le berceau de l'humanité, lés 
peuples qui ont évolué du « nœud du monde » vers 
l'Occident méritent-ils seuls de nous occuper'? 

« On connaît rhistoiro de quelques nations; on 
ignore le genre humain. » Cette belle parole de Bos- 

1. Il y a aussi du Messianisme dans le rôle du Bouddha. Avant 
Çakya-Mouni, l'Inde semble avoir vécu dans Tattente d'un 
Messie: le Cakravartin (V. E. Sèk art ^ Essnis sur la légende du 
Buddka, 1882). Pareille observation s'applique à la Chine an- 
cienne: M. Maurice Courant observe que le caractère Jou expri- 
mait, suivant le P. de Prémare, l'attente d'une rédemption. 

2. Un axiome reçu au nombre des vérités banales assure que 
(( la civilisation suit le cours du soleil en se dirigeant de l'Orient 
vers l'Occident ». Cette proposition, fort contestable, paraîtra 
moins surprenante si nous l'entendons cum (jrano salis, en nous 
rappelant qu'elle fut formulée pour la première fois au delà du 
Rhin, par Herder, et reprise par Hegel et son école. -^ 



— ieo~ 

suet sera moins vraie lorsque la science comparée des 
traditions, des mœurs, des littératures, nous aura fait 
connaître tous les peuples, soit qu'ils parcourent une 
carrière brillante, soit qu'ils paraissent « endormis, 
comme dit le Moïse d'Alfred de Vigny, du sommeil de 
la terre ». Telle peuplade océanienne» humble et bar- 
bare, perdue dans le vaste système de l'univers, se 
présente à nous comme un document scientifique 
précieux, si elle marque un « moment » dans l'histoire 
progressive de l'homme. Elle est comme un anneau de 
la chaîne ininterrompue des sociétés ; et si elle met 
sous nos yeux l'enfance de l'humanité, le prologue 
du drame éternel qui se joue sur la scène du monde, 
« nous saisirons les débris de ces époques reculées 
» avec l'empressement d'un biographe qui trouve 
» quelques griffonnages tracés par son héros encore 
» enfant, alors qu'il était bien lui-même*... v> Entre 
le passé et l'avenir, — on l'a souvent remarqué, — 
la transition s'accomplit comme tout ici-bas, par une 
succession de mouvements inaperçus, parfois contra- 
dictoires, dont le résultat général est identique et 
concourt à l'évolution universelle. Ne retrouvons-nous 
pas encore aujourd'hui sur les visages basques les 
grands traits originels de la famille ibérique ; en Nor- 
mandie, les yeux couleur d'océan des anciens marins 
Scandinaves ; et en Provence, des physionomies la- 

1. Max Mûller, Essais de Mythologie comparée (Trad. 
Perrot). 



- 161 - 

Unes, qui ne diffèrent guère des bustes de nos musées? 
Les costumes eux-mêmes sont, dans nos campagnes, 
vénérables et expressifs. Les] paysans de Bethmale 
n'ont pas abandonné l'habit charmant et suranné de 
leurs ancêtres, et les femmes du Centre portent tou- 
jours ces longs manteaux de deuil que nous voyons 
aux pleureuses des tombeaux du XIV* siècle. Enfin la 
coiffure artésienne montrerait, a défaut de la littérature 
provençale, que le pur goût classique est toujours 
vivant dans le pays de Camargue, qui eut jadis sur 
ses promontoires des temples d'Apollon et de Vénus 
Astarté. 

I.e principe fécond de la continuité naturelle, for- 
mulé dès l'époque des philosophes éléates, s'applique 
donc au développement graduel de l'esprit humain 
dans sa marche régulière, incessante, à peine troublée 
par les orages et les révolutions. L'histoire a conservé 
le souvenir de crises sociales, d'invasions soudaines 
qui devaient frapper de stérilité le sol foulé par les 
Barbares. Elles ont pu ruiner la puissance matérielle 
d€s nations ; jamais elles n'ont entièrement détourné 
leur vie intellectuelle de son cours naturel. Durant ces 
jours sombres, la conscience nationale sembla s'éva- 
nouir dans la poussière des galops, dans la fumée 
des incendies ; les ténèbres se firent, et les peuples 
tremblèrent, écoutant passer l'épouvantable trombe. 
Puis, la tourmente prit fin. Des hommes se levèrent, 
qui renouèrent la tradition interrompue, et souvent 



vatnqqears de leur farouche oppresseur, transmirent 
à leurs descendants le trésor lentement accru de leur 
âme collective : Régna ex infimo coorta $upra impe- 
rantes constiterunt\ 

Ainsi rame humaine a sa vie propre et continue. 11 
importe de la découvrir sous les formes transitoires de 
Tart et des littératures. Elle reflète la civilisation dans 
sa marche et en dessine la courbe par sa propre his- 
toire. Elle anime même les paysages. Pourquoi la 
Bretagne, cette pauvre terre de granit, exerce-t-elle 
sur nos cœurs une si grande puissance de séduction? 
Elle possède en vérité un charme profond |>ar ses 
tristes landes, par ses fougères et ses chemins creux. 
Mais elle nous touche surtout par sa mystérieuse his- 
toire, par ses douces légendes, par ses gracieuses fées 
des lacs, légères comme une vapeur et couronnées de 
fleurs, par ses chevaliers mystiques, idéales figures 
d'immaculée perfection, pareilles à de claires et sèches 
images de missel. La Bretagne nous émeut par sa mé- 
lancolie, mais c'est l'âme de la race celtique que nous 
aimons en elle. Sur les routes armoricaines, les che- 
valiers de la Table-Ronde sont toujours en quête du 
Graal, et dans la forêt de Brocéliande, Merlin l'en- 
chanteur est toujours prisonnier. 

C*esl donc l'histoire de l'âme, sans cesse modifiée 
par le mouvement des idées, par l'évolution de l'orga- 
nisme social, par le contact des races étrangères, qui 

1. Sânèque, Quœst, natur., III^ Prœfatio, 



— 163 — 

constitue l'histoire même de rhommc. C'est en effet 
autour d'une idée morale que se groupe une nation, 
par la communauté des souvenirs et des aspirations, 
non point par les fatalités de la géographie. Quel lien 
maintient la forte unité du peuple d'Israël? Un livre, 
l'Ancien-Testament, qui, depuis Nabuchodonosor et 
Titus, sert aux Israélites épars de foyer d'exaltation 
nationale et patriotique. L'Allemagne, comme la Grèce 
de nos jours, s'est formée volontairement autour de 
quelques noms, et la statue « Germania » exprime une 
conception abstraite. Dans nos contemporains revivent 
d'innombrables générations. La connaissance compa- 
rative du long passé des esprits nous fera donc con- 
naître rétendue du patrimoine commun à tous les 
peuples, vérifiera leurs origines et leur succession, 
éclairera leurs rapports passagers ou permanents. 
Aussi convient-il de placer les différents foyers de 
culture intellectuelle à leur véritable plan, dans la 
perspective des âges, et de rechercher les relations 
internationales qui expliquent la pénétration mutuelle 
des races. Nous verrons l'esprit humain évoluer par- 
tout conformément à des principes certains, suivant 

• 

des lois d'ordre général. Cette étude, qui nous reporte 
dans le passé profond, nous rendra attentifs aux essais 
maladroits, timides, barbares, aux bégayements de 
l'être conscient de son effort, à l'obscur travail d'où 
sortent les sociétés. La continuité du progrès intellec- 
tuel nous apparaîtra surtout dans l'histoire littéraire 



- 164 — 

des Chinois et des Japonais, si fidèles gardiens de 
leurs traditions'. Car la réalité des choses est dans le 
passé, image véritable d'une existence qui éclaire 
et dirige la vie contemporaine. Et renseignement des 
temps écoulés nous sera infiniment salutaire. Un 
peuple qui aurait la pleine conscience de lui-même, 
qui se connaîtrait comme un être doué de raison, com- 
prenant la loi de son développement, renoncerait 
pour jamais à toutes les violences. Efforçons-nous donc 
de retrouver, sous la trame des faits et des idées, 
l'âme héréditaire de l'humanité . 

A. Bénizet.. 

1. Suivant li^ remarque de M. de Rosny, le Japon est peut-être 
le seul pays qui n'ait jamais été conquis, le seul qui possède, 
depuis vingt-six siècles, la même dynastie de princes (La Civi- 
lisation japonaise ^ Paris, 1886). 



HISTOIRE 

DE LA 

PRINCESSE DJOUHER-MANIKAM 

Roman- traduit du Malais 

sur le Manoscrit de la Bibliofhèqoe Nationale de Paris 
Par Aristide MARRE 

(Suite et fin) 



Maka touan poutri Djouher Manikam poun soudjoud. 
lah iya kapada ayahnda baginda dan kapada saoudara 
baginda Minbah Chahaz dan kapada souami.nia 
radja Chah Djohon. Maka kata touan ^onin Djouher 
Manikam: « Hey segala touan-touan dan pahlawan 
binoua Roum ka.tahou.î olib touan-touan sakalian 
adapoun bhaoua bamba ini perampouan boukan 
hamba ini laki-laki; ini. lah ayah bamba yang ber. 
nama Solthan Haroun er.rachid dan yang ka. radja. 
an dalam binoua Bagdad, dan saoudara hamba yang 
ber. nama Minbah Chahœs, dan souami hamba radja 

La princesse Djouher- Manikam dit : a mon en- 
fant! voici les dernières recommandations que vous 
adresse votre mère : il faut que vous pratiquiez la jus- 
tice, afin que Dieu rende votre royauté durable. A 
vous, mantri et houloubalang de Roum, je confie 
mon enfant. S'il commettait quelques fautes par né- 
gligence ou par ignorance, je vous en prie, ne les 

12 



— 166 ^ 

*Chah Djohon yang ka.radîa.an di binons Damsifc ; 
dan sa.lamahambadi.naïk.kan ka. radja.an olih touan- 
touan sakalian di binoua Roum ini, djikalau ada 
barang salah l^ilap bebal hamba itou, hendak.Iah di. 
maaf.kan olih touan-touan sakalian akan hamba» 
karna adat hamba Allah itou melainkan penouh 
dengan l^ilap dan bebal djouga hania Allah sou- 
bhanah oua taala djouga yang tiada kadatangan loupa 
dan laley dan tiada ber.nama kilap dan bebal. Maka 
sembah mantri binoua Roum : « iâ touankou Chah 
alam ! maka souatoupoun tiada salah dan kilap touan- 
kou Chah alam. Chahadan sa.lama touankou men. 
djadi radja di binoua Roum ini, karna ada djouga 
souatoupoun salah houkoum touankou yang maha- 
moulia akan segala yang di. houkoum. kan touankou 
Chah alam itou yani hendak.nia itou doua-doua bou- 
nouh mantri itou bounouh dan poutri itou bounouh 

prenez pas trop à cœur^ car mon enfant est jeune et il 
n'a pas encore atteint toute la maturité de sa raison. » 

ïoQs mantri et les houloubalang répondirent: « O 
Majesté I que votre prospérité aille toujours en gran- 
dissant! Comment nous serait-il possible de trans- 
gresser vos commandements? » 

La princesse reprit : « mon enfant! par-dessus tout 
il faut que vous observiez la justice et que vous soyez 
patient et libéral à l'égard des mantri et des houlou- 
balang et de tous vos sujets, pour que les faveurs de 
Dieu s'accroissent sur votre personne et que votre 
royaume soit protégé par Dieu le Très-Haut et digne 
de louanges, avec la grâce de l'intercession du pro> 



- 167 — 

ada salah.nia poutri Djouher Manikarn mem.hou* 
nouh anak maniri dan mantri itoupoun lagi salah 
mem,bounouh anak poutri Djouher Manikarn demi 
kianJah oupama.nia touankou akan tetapi djikalau 
maou djouga kira.nia touankou Chah alam nalk radja 
di sini, bhaoua terlalou lebih sotikatchita hamba sa- 
kalian akan touankou Chah alam. » Maka kata touan 
poutri Djouher Manikarn « adapoun bahoua hamba 
memohon.lah kapada touan-touan sakalian, baîk.lah 
anak radja ini kita naîk.kan radja akan ganti hamba 
ka. radja. an. » Maka sembah segala mantri dan hou- 
loubalang Roum : « mana perentah touankou hamba 
djoundjoung; )) maka anak radja itoupoun di. ganti. 
kan olih touan poutri Djouher Manikarn. Maka segala 
mantri dan houloubalang rayât sakalian poun men. 
djoundjoung douli meng.ata. kan Chah alam itou. Maka 
kata touan poutri Djouher Manikarn : « Hey anak-kou 1 

phète Mohammed, l'Envoyé de Dieu (que la paix et la 
bénédiction de Dieu soient sur lui I). mon enfant! 
il faut que vous gouverniez tous vos sujets avec un es- 
prit de justice, car dans ce monde, jusqu'à la mort, 
nous devons rechercher la vérité. mon enfant ! sur- 
tout n'oubliez jamais mes dernières recommandations, n 
Alors, prenant dans ses bras l'enfant royal, elle le 
baisa. Telle est l'histoire de la princesse Djouher-Ma- 
nikam. 

Ainsi qu'il est dit en arabe : 

« L✠kânat id-dounyâ tedoumo li èhlihâ 

» Le-kâna résout Oullâh hayyân baqyân. » 

Ce qui signifie littéralement : 



— 168 — 

adapoun pesan bounda kapada touanhamba : hendak 
lah touan berbouat adil soupaya touan di kakal-kan 
Allah didalam ka-radja-an touan dan lagi menaroh 
pada segala mantridan houloubalang Roum akananak 
hamba ini, dan djikalau ada barang salah l:ilap bebal- 
nia, djangan apalah touan sakalian, ambil pada hati 
touan sakalian karna ana|: hamba ini lagi mouda 
belom lagi sampey al:al-nia. » Maka sembah sogala 
mantri dan houloubalang: « là touankou Chah alam! 
ber-tambah tambah daulat masakan hamba melalou-l 
perentah touankou itou ; » sabagailagi kata touan 
poutri Djouher-Manikam : « Hey anak-kou hou- 
baya-houbaya hendak-lah touan sangat-sangat ber- 
bouat adil serta çabar dan mourah akan segala mantri 
dan houloubalang rayat-rayat touan sakalian soupaya 
ber-tambah-tambah anougraha Allah akan touan dan 
nagri touan poun di-pelihara-kan Allah soubhanah 

« Si le monde restait à ceux qui l'habitent, 
9 L'apôtre de Dieu y serait demeuré vivant. » 

NEUVIÈME RÉCIT 

Ou l'on fait CONNAITRE COMMENT LE ROI HaROUN 

er-Raschid s'en retourna au pays DE Bagdad 

AVEC SA FILLE LA PRINCESSE DjOUHER-MaNIKAM, 
SON GENDRE LE ROI ChAH DjOHON ET SON FÏLS LK 
PRINCE MiNBAH ChaHAZ. 

Le sultan Haroun er-Raschid ayant fait dire au sul- 
tan de Roum qu'il voulait retourner au pays de Bag- 
dad, le sultan de Roum donna ordre à son ministre de 



— 169 — 

oua taala dengan berkat chefaat nabi Mohammed 
rasoul Allah {Salla Allah aley-hi oua sallama!) hey 
anak.kou ! hendak.lah touan meng.houkoum.kan segala 
rayai touan itou dengan houkoum yang sa.benar.nia 
karna hendak kitadidalam dounia ini lagi matidjouga 
yang sa.benar.benar. nia. Heyanak-kou houbaya-hou- 
baya hendak.lah pesan.kou ini djangan touan laley » 
roakadi.pelouk di.tchioum baginda anak radja itou. 
Ini lah tcheritra.nia touan poutri Djouher Manikam 
saperti kata char$ el.hilm dengan behasa parsi : inraloa- 
kan tetal moula eital moula halha waloukan 
rasoul Allah heyyal mobaka yani djikalau ada 
dounia ini kakal bagai isi.nia nistchaya rasoul Allah 
hidoup sa-lama-lamania; dan sabailagi kata arab: 

« Law kànat id-dounyâ tedoumo li ehlihâ. 

Le.kâna resoul Oullâh hayyân baqyân. 

rassembler les mantri^ les houloubalang et ses soldats, 
avec des éléphants, des chevaux et les instruments de 
nmsique. Tous arrivèrent avec des présents, car le 
sultan de i2oi^m voulait accompagner le sultan Haroun 
er-Raschid jusqu'à Bagdad et lui porter ses présents. 

Le moment favorable étant arrivé, le sultan Haroun 
er-Raschid partit de Roum se dirigeant vers le pays 
de Bagdad, de plaine en plaine et d'étape en étape. 
Après quelque temps démarche, tout en se réjouissant 
le long du chemin, on arriva au pays de Bagdad, Les 
mantri, les houloubalang et les soldats sortirent du 
fort pour se porter à la rencontre du sultan Haroun 
er-Raschid, et ils entrèrent dans le palais. 

Alors la reine sortit promplement pour trouver le 



— 170 — 

NEUVIÈME RÉCIT 

El kissah niaka datang.Iah kapada tcheritra yang 
ka sambilan pada meniata.kan hikayat rad ja Haroun 
«r.mcA/rfhendak kombali kabinoua Bagdad dengan 
anaj^da baginda touan poutri Djouher Manikam serta 
menantou baginda radja Chah Djohon dan ana|:da 
baginda Minbah Chahas. Maka Solthan Haroun er, 
rachid poun meniourouh.kan mengata.kan dîri ba- 
ginda kapada solthan Roum henda^ kombali ka 
nàgri Bagdad; maka Solthan Roum poun mem.bri 
perentah kapada segala mantri baginda itou meniou- 
rouh.kan meng.himpoun.kan segala mantri dan hou- 
loubalang rayât sakalian dengan gadjah dan kouda 
dan segala bounyi-bounyi.an. Maka segala marika 
itou poun datang.Iah masing-masing mem. baoua 
per.sembah.an karna Solthan Roum hendak meng. 
hantar. kan solthan Haroun er. rachid ka binoua 

sultan et sa fille la princesse Djouher-Manikam, 
S'étant rencontré avec sa fille, elle la serra dans ses 
bras et la couvrit de baisers. Elle dit en pleurant: 
« Hélas I mon enfant, le fruit de mon cœur, ta mère 
avait pensé qu'elle ne te reverrait plus jamais! » Et elle 
iîouvrait son corps de larmes et de baisers en répétant: 
« Hélas! mon enfant, je te croyais perdue pour tou- 
jours ! )) Ensuite la reine se prosterna devant le sultan 
Haroun er-Raschid, Son fils Mtnbah Châhaz vint 
alors se prosterner aux pieds de sa mère, mais celle- 
ci le serra dans ses bras et l'embrassa. Alors son gendre 
le roi Chah Djohon s'avança et se prosterna à son tour 



— 171 — 

Bagdad, maka/segalapersembah itou poun di.sourouh 
solthanf Roum hantar. kan kapada soltban Haroun er. 
rachid. Maka datang. lah tatkala koutika yang balk 
maka solthan Haroun er.rachid poun kombali deri 
binoua Roum datang ka binoua Bagdad deripada 
souatou padang datang kapada souatou padang dan 
deripada souatou per. benti.an datang kapada souatou 

per.benti.an. Hatta kalakian maka brapa lama di 
djalan itou dengan ber.souka.souka.an sa.pandang 
djalan itou, makasolthan Haroun er.rachid poun sam- 
pey.lah ka binoua Bagdad. Maka segala mantri dan 
houloubalang poun kalouar.Iah dan rayat-rayat saka- 
lian deridalam ko ta mengalou.ngalou.kanbagindalalou 
masou^ kadalam astana ; maka perinaisouri poun sigra 
kalouarmen.dapat.kan baginda dananakdatouanpoutri 
Djouher Manikam serta baginda ber. temou lalou ba- 
ginda memelouk dan mentchioum anak datouan poutri 
Djouher Manikam serta dengan tangis.nia baginda: ma- 

aux pieds de la reine, qui le serra dans ses bras et 
l'embrassa. Tous étaient en larrfies. 

Le sultan Haroun er-Raschid partit pour le lieu des 
audiences et donna l'ordre à Tun de sesbantara (héraut) 
de faire rassembler ses ministres, ses guerriers et ses 
sujets. Quand ils furent rassemblés, le sultan dit : 
« Maintenant je veux fêter les mantri, les pahlatoan 
(officiers), les houloubalang et tous les soldats de Roum 
qui nous ont amenés jusqu'ici. » Lorsque le sultan //a- 
roun er-Ra^chid eut achevé de les fêter, ils voulurent 
prendre congé pour s'en retourner au pays de Roum. 
Le sultan Haroun €r-Raschid]eur fît don de vêtements 



— 172 — 

kakata.niabaginda:((OuéhaDak.koudanbouahhati.kouI 
akou sangka tiada lagi bounda ber .temou dengan tpuan d 
makadi.tchioum poula sa.lourah tôubouh anaL:da itou 
dengan tangis.nia : « Ouéh anak.kou kou sangka hilaog 
sounggouk kemoudian.»Maka baginda poun soudjoud 
padapadouka kakenda soMhv^n Haroun er.rachid maka 
anak.da Minbah Chahas poun datang meniembah ka- 
dam bounda baginda lalou di.pelouk di.tchioum olih 
baginda. Maka mantou baginda radja Chah Djohon 
poun datang. lah soudjoud kapada kadam bounda ba- 
ginda itoupoun di.pelouk di.tchioum baginda djouga. 
Kalakian satelah soudah ber.tangis.tangis.an maka 
solthan Haroun er.rachid poun ber.angkat.lah ba- 
ginda ka peng.adap.an mem.bri perentah kapada 
sa'orang bantara-nia meniourouh meng.himpoun.kan 
ouazir.nia danpahiaouan.niadan segala rayât sakalian. 
Sat^Iah badlir.lah segala marika itou sakalian, maka 

d'honneur, à chacun suivant son rang; ils se proster- 
nèrent aux pieds de Sa Majesté puis s'en retournèrent 
paisiblement au pays de Roum. 

Ensuite de cela, .le sultan Haroun er-Raschid or- 
donna à l'un de ses bantara de faire assembler ses 
mantri, ses houloubalang et ses sujets. Une fois assem- 
blés, le prince dit: « vous tous, mes mantri et mes 
houloubalang, il faut que vous me construisiez une 
maison de bains de sept étages sur la place de la ville 
de Bagdad. » Tous répondirent: « Monseigneur, 
Roi du monde I quels que soient vos commandements, 
vos serviteurs les placent au-dessus de leurs tôtes> » Et 
tous, mantri, houloubalang et sujets, se mirent à 



— 173 - 

kata soUhan kapada mantri baginda. « Satelah saka-^ 
rang akou hendak ber.djamou segala mantri dan pah- 
laouan houloubalang rayât Rourn sakalian yang meng. 
hantar.kan kita itou. «Maka tatkala selesey.lahsolthan 
Haroun er.raçhid deripada ber.djamou itou, maka 
sakalian marika.itou poun hendak ber.mohon henda|^ 
poulang ka nagri Roum. Maka solthan Haroun er, 
rachid poim mengarounia.I persalin akan marika itou 
masing-masing dengan lalk.nia martabat.nia. Maka 
marika itou poun men.djoundjoung douli touankou 
koinbali ka binoua i2oam dengan sadjahtra.nia; maka 
kemoudian deri itou maka solthan Haroun er,rax:hid 
poun menitah.kan sa'orang bantara.nia meniourouh 
meng.himpoun.kan segala ouazir. nia dan houloubalang 
dan rayai. nia sakalian ; satelah soudah berhimpoun sa- 
kalian marika itou, maka kata baginda kapada sakalian 
marika itou : « Hey touan-touan sakalian mantri-kou 

l'œuvre, chacun d'eux exécutant ce qui était prescrit 
par l'architecte. 

Après quelque temps, la palais des bains fut fini ; il 
était somptueusement orné de rideaux de soie, de dais, 
de tapisseries tramées d'or et frangées de perles; des 
tapis brodés d'or étaientétendus aux différents étages, 
et il y avait quantité de flambeaux et de lanternes. 

Les constructeurs entrèrent alors en présence du roi 
et dirent: «0 Monseigneur, Roi du monde ! vos esclaves 
ont complètement achevé leur travail conformément aux 
ordres de Votre Majesté. » 

Le roi Haroun er-Raschid rendit grâces à Dieu le 
Très-Haut et digne de louanges, le véritable Seigneur 



— 174 — 

dan houloubalang. kou henda^.lah touan-touaa sakalian 
per.bouat.kan akou souatou PaDtcha.persadatoudjouh 
pangkat di meidan hinout^ Bagdad ini. » Makasemb^ 
marika.itou sakalian : « ià touankou Chah alam mana 
perentah hamba djoundjoung » maka sakalian maniri 
dan houloubalang rayât poun be.kerdja.lah masing- 
masing ber.bouat diya barang yang di.sourouh.kan 
olih toukang.nia. Hatta bebrapa lama.nia maka pant- 
cha.persada poun soudah.lah dengan per.hiyas.an.nia 
deripada tirai dewangga dan langit-langit katifat bepà- 
kan. kan emas dan be.roumbei-roumbei.kan moutiara 
dan ter. hampar.Iah deripada permadani yang ka.emas. 
an pada segala pangkat pantcha-persada itou dan be- 
brapa deripada diyan dan tanglong, Maka segala marika 
itou poun masoul^.lah mengadap ber.datang sembah 
demikian sembah. nia: ce là touankou Chah alam telah 
soudah.lah hambakerdja.kan saperti perentah touankoa 

qui accorde à ses serviteurs ce dont ils ont besoin. Puis 
les fêtes commencèrent: pendant quarante jours et qua- 
rante nuits, les musiques ne cessèrent de retentir; il y 
eut des jeux, des festins, des divertissements de toutes 
sortes; on se livrait bruyamment à la joie, parce que 
le sultan devait procéder à la cérémonie du bain des 
deux époux, ses enfants. Quand les veilles furent 
finies et que le moment favorable fut venu, le sultan 
revêtit d'un magnifique habillement brodé d'or le roi 
Chah Dj'ohon, tandis que la princesse /)/*owAer Mani- 
kam était parée par sa mère de voiles et de vêtements 
superbes garnis de joyaux, de perles et de pierres pré- 
cieuses d'une richesse incomparable. 



— 175 — 

Chah alam itou dengan sampourna.nia. » Maka radja 
Haroun er j^achid poun meng.outchap choukour kapada 
Allah soubhana oua taaia dengan sa.benar.nia touhan 
yang meniampey. kan segala hadjat hamba.nîa. Maka 
Solthan poun memoula.ï pe.kerdja.an ber.djaga-djaga 
ampat pouloh hari dan , ampat pouloh malam dengan 
segala bounyi-bounyi. an dan pelbagai permain. an den- 
gan TTifikan dan minoum ber.souka-souka.an gagap 
gempita bounyi.nia, karna baginda hendak memandi. 
kan anakda kadoua Iaki istri itou. Satelah selesey.lab 
deripada ber djaga-djaga itou maka padakoutikayang 
baïk maka baginda poun mengena. kan pakey.an akan 
radja Chah Djohon yang ka.emas.an, dan pakeyan 
yang moulia-moulia. Maka touan poutri Djouher Ma- 
nikam poun di.hiâs.I olih bounda baginda deripada 
bebrapa tirai pakeyan yang terlebih moulia-moulia 
yangber.tatah. kan ratna moutia manikam yang tiada 

Les deux époux étant ainsi parés, le sultan les fit 
monter sur un palanquin. Son fils Minbah Châha2 
était vêtu d'un splendide costume. Le sultan monta son 
cheval semberâni \ sellé d'une selle d'or ciselé. En- 
touré des jeunes princes et seigneurs, des officiers de 
sa cour et des étendards, Haroun er-Raschid marchait 
en tête. U s'avançait suivi des princes^ des mantri et 

1. En javanais, le cheval semberâni signifie cheval calant; et 
en effet, dans le Sadjarah malayou, le cheval semberâni est un 
cheval fabuleux qui traverse la profondeur des mers et vole dans 
les airs. D'autre part, si ce mot dérive, comme le dit Klinkert 
en son dictionnaire malais-hollandais^ de la racine &<?ra/it, il 
signifie simplement ardent^ brate, fringant. 



— 176 — 

ter.hingga. Satelah soudah meng.hias.Iana^dakadoua 
laki istri itoumaka di. naîk.kan olih baginda akan 
anakda kadoua laki istri itou ka.atas djampana dau 
anakda Minbah Chahaz poun langkap dengan pake- 
yan.nia. Maka baginda pounmeng-andarai.ikoudasem- 
beraniber.pelana . kan emas dipahat. Maka baginda ber. 
djalanlab dehoulou dengan ratoù-ratou adinda dan den- 
gan segala pegaouai danpandji-pandji. Maka baginda 
poun ber aralj:lah meng.iring.kan ratou-ratou anaL:da 
dengan segala mantri dan houloubalang dan segala istri 
orangbesar-besar poun meng.iring.kan sertapermaisou- 
ri dengan segala dayang-dayang praouansakalian. Ma- 
ka segala bounyi-bounyi. an poun ber.bounyi. lahterla 
lousakali merdou. Maka di.ara^.lah toudjoiih kali ber. 
kolilingnagrisatelahsampey.lahana]<:dabaginda kadoua 
pada pantcha-persada itou maka di. naîk.kan baginda 
ka.atas pantcha persada itou ; maka datang.lah segala 

des houloubalang. Les épouses des Grands accompa- 
gnaient la reine avec ses filles d'honneur, et tous les 
instruments de musique faisaient entendre leurs sons 
harmonieux. Sept fois Ton fit le tour de la ville. Quand 
les deux époux furent arrivés au pied du palais des 
bains, le sultan les fît monter. Alors vinrent les épouses 
des Grands avec la reine, qui les saupoudrèrent de 
poudre de riz mêlée d'ambre et de musc, et répandirent 
sur leurs tôtes du nard et du curcuma. Tous deux furent 
plongés dans un bain d'eau de roses et de toutes sortes 
de fleurs aromatiques, avec de Teau de la fontaine 
Zemzem ' . 

1. La famease fontaine d'Agar, près de la Meoque. 



— 177 — 

istri orang besar-besar serta permaisouri mem.bedak.i 
dengan ambar kastouri dan me. lângir.l dengan na- 
rouastou dan koumkouma; maka di.mandi.kan olih 
baginda kadoua.nia dengan ayer. bounga rampey dan 
ayer maouar di.soudah.i dengan ay er zamzam . Satelah 
selesey*lah deripada mandi itou maka kombali.lah ma- 
sou^ kaastana ayahnda baginda. Satelah sampey.lah 
kadoua.nia ka astana^ maka hidang.an poun di.angkat 
orang.Iab ka.hadap.an baginda dan ka.hadap.an segala 
ouléma dan fa^ih lebai dan segala mantri dan houlou- 
balang rayât sakalian bina dina laki-laki dan peram- 
pouan besar ketchil, sakalian. nia poun makan.lah 
masing-masing dengan hidangan.nia. | Satelah sou- 
dah makan maka fakih poun membatcha doa salamat 
sampourna lepas deripada behaya dounia dan akhi- 
rat, lalou memakey segala baou-baou.an yang amat 
haroum baou.nia. Satelah soudah pekerdja.an itou 

La cérémonie du bain terminée, les deux époux sor- 
tirent du palais des bains et entrèrent dans le palais 
du roi leur père. A leur arrivée, on servit un repas 
aux princes^ aux oulémas, aux docteurs de la loi, aux 
prêtres, aux mantri, aux houloubalang , aux gens du 
peuple, hommes et femmes. Tous, sans exception, 
grands ou petits, eurent part au repas. Quand il fut 
terminé, l'un des docteurs de la loi récita la prière pour 
demander à Dieu un bonheur parfait, à l'abri de tout 
danger dans cette vie et dans l'autre, puis il répandit à 
flots les parfums les plus odoriférants. 

Après cela, le roi Chah Djohon vint trouver le sultan 
et lui parla ainsi : « Monseigneur, Roi du monde, j'ai 



— 178 — 

maka radja Chah Djohon poun ber.datang sembah de- 
mikian bounyi.nia: « ià, touaQkou Chah alam! hatnba 
hendak memohonkan ampoun dan karounia kabaouah 
douli touankou Chah alam hambn hendak memohon. 
kan kombali ka nagri Damsik touankou. Adapoun 
nagri Damsik itou sounyi.lah ià touankou! » Maka 
kata baginda « balk.lah touankou, karna nagri tiada 
be.radja.nia, dan djikalau karna tiada sebab nagri 
touankou tiada. lah ayahnda maou ber.tcherey dengan 
touan> tetapi penaroh ayahnda akan anat:da^ djikalau 
adasalah bebal.nia, djangan.lah touan tourout ». Maka 
sembah radja Chah Djohon : ià touankou Chah alam ! 
adapoun padouka ana|cda itou kapada hamba adalah 
saperti niaoua hamba dengan bebrapa badaa hamba 
demikian.lah rasa. nia kapada hamba^ melainkan am- 
poun Chah alam djouga baniak-baniak akan hamba in 
cha 'Allah taala atas batou^ kapala hamba menanggong 

à solliciter de Votre Majesté une grâce et mon pardon : 
je voudrais prendre congé de Votre Majesté et m'en 
retourner au pays de Damas^ car le pays de Damas est 
délaissé, ô Monseigneur I » 

Le sultan dit: «C'est bien. Monseigneur; votre pays 
en effet, est séparé de son roi, et si ce n'était à cause de 
votre royaume, je ne voudrais plus être séparé de vous, 
maintenant que le père a le dépôt et la garde de son 
enfant ; pourtant si je devais commettre une faute, 
il ne faudrait pas y condescendre. » 

Radja Chah Djohon répondit: « Monseigneur, 
Roi du monde. Votre fille est comme une âme qui se- 
rait unie à mon corps. Voilà ce que je sens ! Mais les 



— 179 — 

diya. Satelah itou maka kata baginda kapada perdana 
mantri : « Hey perdana mantri ! hendak.lah aiigkau 
ber.langkapsegala rayât kira-kira tiga ribou dansegala 
houloubalang tiga ratous yang mengandaral kouda 
semberanidangadjahkoudadenganperkakas.niameng. 
hantar.kan anak.kou doua Iaki istri itou. » Satelah 
sondah langkap segala yang meng.iring.kan baginda 
itou maka sol than meniouroub mem.bouka per.bende- 

hara.an kira-kira ampatpouloh ampat on ta yang mem- 
baoua diya segala harta dan pakeyan yang ka'emas.an 
dan segala perkakas isi astana yang karadja.an. Satelah 
soudah Jt^adlir maka radja CAaA Djohon poun ber.mô- 
hon.lahkapadaayahndadanboundadankapadakakenda 
baginda Af//z6a/t Chahas, Maka di pelouk di tchioum 
olili baginda ayahnda dan bounda dan kakenda akan 
anakda touan poutri Djouher Manikam, dan anakda 
radja Chah Djohon serta dengan tangis.nia, ayahnda 

nombreuses faveurs de Votre Majesté envers moi, sll 
plaît à Dieu le Très-Haut, je les porte au-dessus de ma 
tète. » 

Le sultan Haroun er-Rascliid dit alors à son pre- 
mier ministre : «O mon ministre, il faut que tu tiennes 
prêts à partir trois mille soldats et trois cents houlou- 
balang montés sur des chevaux semberâni; il faut que 
des éléphants ou des chevaux bien équipés transportent 
mes deux enfants, mari et femme. » 

Lorsque l'escorte fut prête, alors le sultan ordonna 
qu'on ouvrit le lieu où étaient renfermés ses trésors, et 
quarante-quatre chameaux furent chargés de richesses, 
de vêtements tissus d'or et d'objets précieux, de ceux- 



. — 180 — 

dan bounda, kakenda Minbah Chafuis poun berdakap 
berpelouk dan ber.tchîoumdengan radja Chah Djohon 
serta dengan tangisniakadoua bersaoudara itou; maka 
segala isi astana poun menangis goumourouh bounyi. 
niasapertiomba^^meng.ampas.ampasdipanteybounyi. 
nia. Maka touan poutri Djouher Manikam dengaa 
radja Chah Djohon poun meniembah ayahnda dan 
bounda dan kakenda baginda Minbah Chahaz . Maka 
baginda poun ber.djalan menoudjou djalan ka nagri 
Dam^ih: dengan segala bounyi-bounyi.an terlalou atla- 
mat bounyi. nia. Maka solthan Haroun er-rachid dan 
anakda Minbah Chahajs poan meng.hantar.kan kalouar 
kota. Satelah soudah djaouh baginda ber.djalan maka 

solthan Haroun er.racA/e/ poun kombali.lah kadalam 
kota lalou masou^ di astana dengan bimbang.nia ba- 
ginda ber.djalan dengan anakda Minbah Chahaz serta 

là qui se trouvent seulement dans le palais des rois. 
Tous les préparatifs achevés, Radja Chah Djohon prit 
congé de son père, de sa mère et de son frère aine 
Minbah Chahaz, Ceux-ci tenaient dans leurs bras et 
couvraient de baisers et de larmes la princesse i)/oaAer- 
Manikam, ainsi que Radja Chah Djohon. Lui et son 
frère Minbah Châhœs pleuraient en s'embrassant, et 
tous les gens du palais éclataient en sanglots avec un 
bruit semblable à celui des vagues qui se brisent sur le 
rivage de la mer. A la fin, la princesse Djouher Ma- 
nikam et le roi Chah Djohon, après s'être prosternés 
devant leur père, leur mère et leur frère Minbah Châ- 
hojSy partirent se dirigeant vers le pays de Damas, au 
son imposant de tous les instruments de musique . Le 



~ 181 — 

rneminta doa akan ana^da baginda salamat sampourna 
di.bri Allah karounia limpab.nia. Satelah itou maka 
bebrapa lama. nia baginda ber.djalan itou, maka sam- 
pey.Iah baginda ka nagri Damçik. Maka segala hou- 
loubalang dan rayât poun kalouar. lah deridalam kota 
Uamsik itou meng.alou.ngalou.kan baginda itou lalou 
segala mantri dan houloubalang poun soudjoud.lah 
kapada baginda, sakalian itou dengan souka-tchita.nia 
akan radja.nia soudah kombali itou dengan salamat 

sampouma.nia kadoua laki istri itou. Maka baginda 
poun masou^.lah kadalam astana doudouli: b^r.kasih- 
kasihan. doua laki istri. 

Ghahadan maka tiada.lah hamba pandjang.kan 
hikayat touan poutri Djouher Manikam ini yang telah 
machour.lah pada segala nagri di.atas angin sampey. 
lah ka.baouah angin. Tammat hikayat touan poutri 

sultan Haroun er-Raschid et son fils Mînbah Châhaz 
les reconduisirent en dehors du fort ; quand ils furent 
loin, le sultan revint vers le fort et rentra dans son pa- 
lais, marchant tristement avec son fils Mînbah Châhaz 
et adressant à Dieu sa prière pour qu'il accordât ses 
gr&ces abondantes et un bonheur parfait à ses enfants. 
Après quelque temps de marche, le roi Chah Djohon 
arriva au pays de Damas. Les houloubalang et les 
soldats sortirent du fort de Damas et allèrent à la ren- 
contre du prince. Les mantri et les houloubalang se 
prosternèrent à ses pieds, tous se réjouissant de l'heu- 
reux retour en parfaite santé du roi et de la reine. Le 
prince rentra dans son palais, et les deux époux vécurent 
pleins de tendresse l'un pour l'autre . 

13 



— 182 — 

Djouher Manikam ini. Sftlamatsampournasegalayang 

membatcha diya atau menengar diya istimeoua yang 

meniourat akan diya pouD deafikian djouga di pelihara. 

kan Allah soubhanah oua taala, apalah ^ira.nia iman 

dan amal.nia djouga, hamba.mou yang moumin dan 

yang islam I 

Tammat . 

Je n'allongerai pas cette histoire de la princesse 
Djouher Manikam, qui est devenue célèbre dans tous 
les pays sur le vent et sous le vent. Je la termine ici, 
en faisant* des vœux de parfait bonheur pour ceux qui 
la liront ou l'écouteront, et particulièrement pour ceux 
qui la copieront. 



BIBLIOGRAPHIE 



Annales du Musée Guimet: Bibliothèque d'études. 
Tome septième. Les Parsis, par D. Kenant. Paris, 
Ernest Leroux, 4898, in-8*, xxiv-480 p. (Première 
partie). 

Les trois collections qui forment les Annales du 
Musée Guimet sont composées d'ouvrages d'une va- 
leur fort inégale et d'un intérêt souvent capital, sou- 
vent médiocre. Le présent volume est certainement 
l'un des meilleurs de ce qu'on pourrait appeler la 
seconde série, la Bibliothèque d'études: à vrai dire, je 
l'aurais plutôt mis, quant à moi, dans la Bibliothèque 
de vulgarisation. C'est en effet un simple recueil de 
documents, écrit sans la moindre prétention, avec 
une conviction profonde et après une étude aussi 
consciencieuse que possible du sujet. Mais ce n'est 
point un livre de science, et il me paraît destiné plu- 
tôt aux gens du monde qu'aux travailleurs. 

Il y aurait sans doute quelques observations à pré- 
senter, quelques appréciations à discuter et quelques 
petites erreurs à relever. Je réserve ces critiques, de 
détail, pour un examen d'ensemble, quand le second 
volume aura paru. En attendant, je recommande fort 
la lecture de celui-ci . J ulien Yinson . 



— 184 — 

A study in philology. . . by Ernest PfiARSON. London, 
Trûbner & C% pet. in-8*, xîj-HS p. 

Que dire de ce petit livre sinon qu'il ne vaut ni plus 
ni moins que les autres ouvrages du même genre où 
Ton prétend, par la comparaison de mots pris au 
hasard dans toutes les langues, démontrer Tunité pri- 
mitive du langage humain, et même retrouver ridiome 
unique divisé et détruit à l'époque de la tour de Babel ? 
Il y a des choses qu'on ne saurait discuter... Hais ce 
qu'on peut relever dans ces listes de mots, c'est l'in- 
croyable insouciance avec laquelle elles sont faites : 
les linguistes improvisés ouvrent un dictionnaire quel- 
conque et y prennent des mots sans se préoccuper de 
savoir si ces mots sont simples ou composés, s'ils sont 
primitifs ou secondaires, s'ils sont originaux ou em- 
pruntés à d'autres idiomes. Ainsi, M. Pearson donne, 
comme hindoustanis, beaucoup de mots persans ou 
arabes, et comme basques des mots latins ou espa- 
gnols. Quant au fonds de l'ouvrage, le procédé est 
extrêmement simple; c'est toujours Vequmet Valfana. 
A la p. 69, par exemple, est une salade de mots arabes, 
hindous, tamouls, nicobarais, mongols, italiens, etc., 
où l'auteur prétend trouver une racine primitive en 
F, B, W, H initial et L final, ayant le sens de a sei- 
gneur, père, produit, enfant»; le système est commode, 
mais suffit-il pour prouver leur parenté, de rappro- 
cher l'arabe walî « père », le tamoul palam a fruit », 
ledravidien dl « homme», l'italien ftaiTb « magis- 



— 185 — 



trat »? Et puis les distinctions sont parfois inat- 
tendues : l'urdû, l*hindi et l'hindustani sont traités 
notamment comme des langues différentes. ..Non rctgio- 
nam di loro, ma guarda e passa. S. \. 



The 94lh report of the British and Foreign Bible 
Society. London JS9S, in-8%xliv-424-219 p.> 12 cartes 
en noir et 6 en couleurs. 

La Société Biblique, fondée en 1798, a publié oU' 
distribué des Bibles ou des portions de la Bible en 
351 langues différentes, dont 286 ont été directement 
éditées par elle; en 1897,douze idiomes nouveaux ont 
pris place sur ces listes. Quand je dis « langues », 
j'entends dialectes, patois ou variétés; ainsi l'Inde 
seule comprend 56 spécimensdifférents qu'on pourrait 
porter à 109 si l'on distinguait les révisions et les édi- 
tions spéciales; pour le pays basque, je compte quatre 
dialectes et une douzaine de volumes. En 1897, la 
Société a vendu ou donné 310,598 volumes ou bro- 
chures. Son budget s'est élevé du 1^' avril 1897 
au 31 mars 1898 à la somme de 311,132 livres 1 sh. 
(7.778.301 fr. 25), dont 231.938 livres 11 sh. 10 d. 
(5.763.474 fr. 75) en recettes nettes et 222.330 liv. 
15 sh. 10 d. (5.558.763 fr. 75) en dépenses nettes. 
De 1804 à 1898 (31 mars), le nombre total des vo- 
lumes sortis des dépôts de la Société s'est élevé à 

155.529.954; les Sociétés a£Sliées ont en plus dis- 
tribué 94.181 .426 volumes. 



— 186 — 

Outre ces renseignements statistiques qui sont fort 
intéressants, le présent rapport contient de très belles 
cartes linguistiques, de curieux détails sur les opéra- 
tions des agents de la Société, sur l'accueil fait à ses 
colporteurs dans les différents pays. Nous constatons 
là, une fois de plus,la sottise de beaucoup de membres 
du clergé catholique, quelque réserve que nous fas- 
sions d*aillei;rs sur l'œuvre et le but de la Société, 
et sur certaines appréciations de ses agents ou de ses 
membres. Julien Vinson. 



Lucrèce. De la Nature des choses, traduction com- 
plète en vers français, par André Lefèvre. Nouvelle 
édition. Part*, Société d'éditions littéraires, 1899, 
pet. in-8%(vj)-xi-323p. 

L'éloge de cette traduction n'est plus à faire et, à ce 
point de vue, on ne peut qu'être frappé de l'unanimité 
des appréciations qui la saluèrent à son apparition, 
il y a vingl-trois ans. Comme Lefèvre a bien fait de 
rappeler, à la Qn de son beau volume, ces jugements 
de critiques d'opinions philosophiques différentes, mais 
tous des maîtres et des maîtres supérieurs 1 Lucrèce 
n'a jamais été classique, dans le sens étroit du mot, 
et pourtant tous les humanistes, tous les hommes 
instruits des générations qui nous ont précédés, lisaient 
Lucrèce, l'aimaient et l'admiraient. Je n'en donnerai, 
pour ma part, qu'une preuve : mon premier, je dirai 
presque mon seul précepteur, car les autres n'out 



— 187 — 

guère été que des pédagogues, celui auquel je dois tout 
le peu de bien qu'il y a eu moi, mon père» qui me 
manque chaque jour de plus en plus, me mit Lucrèce 
entre les mains dès ma quinzième année, dans l'Inde, 
dans ce pays où la nature est si belle et si puissante ; 
et c'est dans le pays du Bouddhisme, cette admirable 
religion matérialiste, au bord de la mer immense et sous 
un soleil jamais obscurci, que j'ai lu pour la première 
fois VyEneadum gmitrix, le tantum relligio et le suave 
mari magno du grand poète. Avec quel plaisir je viens 
de les relire dans la magnifique traduction de Lefèvre I 

Certes, si j'avais à donner mon avis dans la ques- 
tion si discutée des traductions en vers, aurais-je 
quelque droit de dire que la poésie appelle la poésie, 
à condition que la traduction soit un calque exact du 
texte. Fils d'un homme qui a consacré de longues 
années à traduire Dante en terza rinia française repro- 
duisant jusqu'à l'harmonie extérieure de son modèle, 
comment ne préférerais-je pas les vers puissants de 
Lefèvre à la prose banale de tel autre adaptateur ou à 
la paraphrase poétique d'un Pongerville ?... 

Et c'est avec émotion que j'ai parcouru les lignes, 
si éloquentes dans leur simplicité, que notre ami a 
inscrites en tête de cette nouvelle édition. Oui, depuis 
vingt-trois ans, le niveau moral a certainement baissé, 
les^ convictions se sont effacées, les illusions ont dis- 
paru, et il n'y a plus d'hommes de foi : je ne parle 
pas de la foi religieuse, bien entendu. Consolons-nous 



- 188 — 

en nous disant que la génération actuelle est le produit 
des tristes années du second Empire, en remarquant 
que les leçons du passé nous permettent d'avoir 
encore conQance en Tavenir, et en lisant une fois de 
plus les vers énergiques de Lucrèce ou de son fidèle 
traducteur 

Sur les calmes hauteurs de la Philologie 
Dans rimpassible fort de la sérénité. 

Julien ViNsoN. . 



Bulletin de la Société des Sciences , Lettres et Arts de 
Paris, IP série, tome 26, 1896-1897, l'* et 2* livrai- 
son. Paris, l. Ribaut, 1898, gr. in-8% (ijH46 p. et 
16flg. 

Cette livraison est tout entière occupée par le 
remarquable et très intéressant travail de M. E. Mon- 
dez sur la météorologie générale : température des 
vents, tourbillons, nuages, brouillards, pluie, grêle et 
neige, bourrasques, tempêtes. C'est une étude très 
complète et très instructive. 

J. V. 

Zeitschrift fur vergleichende Sprachforschung, etc., 
par E. Kuhn et G. Schmidt, vol. XXXV (nouvelle 
série, vol. XV), 4« liv. &ûterloK 1898. 

Contient de fort intéressants articles : Etymologien, 
par Félix Solmens, p. 463; Uhujyu, ein Schûtzling 
der Açvin, par Th. Baunach, p. 485; Der Accent im 



- 189 - 

Mitklindischen, par H. Jacobi, p. 563 ; Ueber da$ 
periphrctstische Perfekt im Sanskrit, par H. Jacobi, 
p. 578; Hibernica, par Whitley Stokes, p. 587; 
Stavîsche Miscellen, par Franz Prusik, p. 596; Zur 
griechischen Lautlehre, par Paul Kretschmer, p. 603 ; 
Silbendiêêimilalionen im Germanischen, par Richard 
Lœwe, p. 609 ; An indo-germanic toord-arrangement, 
par I. Stracban, p. 61 SI; Noch einmal àLiakàç par 

A. Zimmermanu, p. 613-614. 

J. V. 



VARIA 



I. — La Sibérie d'Amérique 

Dimanche, 4 septembre. — N'est-œ pas une eioix qui tond ses 
bras à l'horizon? On dirait anssi nne école, par derrière, et cette 
tache yert sombre sur le vert pins pâle des prairies, ce doit être 
an jardin potager. Tenez, voilà denz cornettes blanches qui y 
arrivent. Parions qne c'est la France et que la mission (Holy 
cross mission) se soutient avec l'argent de France! 

— Ce n*est pas probable ! Je tiens le pari, s^écrie nn Pomëra- 
nien, à côté de moi. L'entourage nons regarde tons les deux, 
hésite, ne sait que croire. On aborde, nons descendons, nous voilà 
à la porte d'une grande isba. Je frappe, nous entrons. . . et nous 
tombons en pleine jésnitière. Songez-y, sept Pères venus de toutes 
les missions d'Alaska pour recevoir leur nouveau supérieur! Et 
ils sont français, et ils vivent avec leurs sauvages de l'argent de 
nos bébés de France, Sainte-E^nfaoce et Propagation de la foi ! 
Quant aux cornettes, ce sont de petites sœurs canadiennes, ainsi 
qu'à Dawson. Deux Frances pour une, ï'alnée et la cadette, celle 
d'Europe et celle d'Âmériqae, en voilà trop pour mon Poméranien 
qui s'en va, grommelant : « Mais à quoi diable ces missions 
peuvent-elles leur servir en France? n 

 quoi? parbleu, à relever la tète à quatre mille lieues et plus 
du pays, pour délicieusement écouter la voix qui redit au fond 
de chaque àme française : a Non, tout n'est pas perdu au pays de 
Jeanne d'Arc! » 

C'est à Holy-Cross que j'ai eu la bonne fortune de rencontrer un 
Père dont le long séjour sur le Yonkon, joint aune véritable 



— 191 — 

passion ethnologique, ont fait une autorité en Alaska. Nouravons 
navigaé ensemble jusqu'à Saint-Michaêl ; c'est & loi que je dois 
les détails de mœurs et de langue indigènes qui, sans doute, inté- 
resseront les lecteurs du Temps, Le R. P. Monroe, d'une famille 
bien connue & Lyon, me permettra donc, malgré sa modestie, de 
lui en faire ici mes remerciements très sincères. 

L'origine des tribus du Youkon, et plus généralement de 
l'Alaska, a donné lieu à bien des controverses. De grande taille, 
aux pieds du Chilkoot, avec une force athlétique, la race dégénère 
à mesure qu'on s'enfonce dans l'intérieur, où, malheureusement, 
la farine et le levain chimique des Américains tend, de plus en 
plus, à remplacer le poisson, riche nourriture huileuse, indispen- 
sable pour résister aux hivers polaires. Le nombre des enfants y 
est fort restreint, et la consomption décime chaque année les 
adultes, groupés par trois ou quatre familles dans les mêmes 
isbas, mais toujours dans la plus grande individualité. Ils n'ont 
pas de chefs ; leur république n'admet pas même les petits ser- 
vices de voisin à voisin, ce qui les empêche de créer quelque 
chose de durable, et la seule influence qui se fasse relativement 
sentir parmi eux est celle des riches. Ceux-là se permettept le 
luxe de deux ou trois femmes. Quant à leur religion, elle est des 
plus primitives et se réduit à leurs sorciers et à un culte parti- 
culier des morts, sur les tombes desquels on dépose les armes, les 
canots des défunts, et des provisions pour la route. . . 

Mieux sustentés par la pêche, les autochtones du bas du fleuve 
sont plus forts, moins dégénérés que ceux des environs de Circle- 
City ;de petite taille, quoique bien proportionnés, ils sont bien les 
descendants des Esquimaux qu'on retrouve sur les côtes de la 
mer de Behring. La petitesse de leurs mains, de leurs pieds^ 
leurs cheveux noirs (les Esquimaux les taillent en couronne, à la 
dominicaine), leur teint olivâtre, leurs yeux presque en* triangle 
et leur patience d'imitation ou de sculpture sur ivoire offrent plus 
d'un point de ressemblance avec les Japonais. Le détroit de -Beh- ' 
ring ne mesure que 77 kilomètres de large, avec au milieu, lestles 
du Petit et (lu Gros-Diomède, à 3 kiloinètBes de distance. . . (Voir 
cap Prince-of-Wales, sur la carte.) 



— 192 — 

Rien pourtant dans leur langage n'indique une parenté avec la 
Chine ou le Japon; il change, du reste, sur plusieurs points da 
fleuve. Quelques exemples de celui des Tinneh, à Nubato^ que 
parlent environ 2,000 individus, permettront de se rendre compte 
de ses difficultés linguistiques. 

Ko (cette) nen/koka (terre/en surface) ten/oro/to (notre/À tous/ 
père Dieu) tlotsudiife/ta (nous n'écoutons pas/si), oro/ta (poor 
cela/plus tard), totseltlon/ta (nous mourrons/ quand) yo/yît (ciel/ 
dans l'intérieur du) to/tena/totltala (en haut/nous/il ne recevra 
pas). 

C'est-À-dire : Si nous n'écoutons pas Dieu, notre père à tous aor 
la terre/ à cause de cela, il ne nous recevra pas plus tard dans le 
ciel, en haut, quand nous mourrons. 

Voulez-vous quelques éléments de la redoutable grammaire que 
pourrait publier le Père? Oyez et ne désespérez point. 

1* Les verbes changent suivant Tacception de leurs complé- 
ments. £z. le verbe porter change 44 fois, suivant qu'on porte 
un objet ou un autre. 

2* Chacune de ces formes change suivant que Ton porte dans 
une des quatre directions qui remplace, pour les Indiens du 
pays, les quatre points cardinaux. (La hauteur du soleil en été^ 
sa disparition en hiver expliquent cette curieuse ignorance.) 
Soit : 1* en avant de la rivière; 2" en aval ; 3* du côté de la mon- 
tagne; 4* du côté de la vallée. 

3* Chacune de ces nouvelles formes change encore suivant que 
vous portez cet objet pour la première, pour la deuxième, pour la 
troisième ou un nombre indéfini de fois. 

Or, comme 44x4X3=528, il faut apprendre 528 verbes au lieu 
d'un seul. Oufl 

Exemple (J'arrive portant un enfant) : 

1* En bas de la rivière : 

1^ fois, nitsé etlaîch ; 

2* fois, nitsé no egetaîch ; 

3* fois, comme la seconde, au présent. 

2* En haut de la rivière : 



— 193 — 

1" fois^ yonnan netltalob ; 

2* fois^ yoanou nongetaïob^ 

3* En bas de la montagne : 

1** fois, to detltoïch ; 

2* fois^ to nodegetaïch. 

4* £n haut de la montagne: 

1" fois^ rô letlaïch ; 

2* fois, rô nolgetalch. 

Ajoutez à cela que tont verbe a trois présents. 

Ainsi : je vois (un canot) : 1* A son départ : neskaïob ; 

2* Pendant son trajet : raskal ; 

3* Â son arrivée: 

Du baut de la rivière : nitsé eskaîcb ; 

Au baot de la rivière : younou eskaîcb ; 

Rencontrant quelqu'un : adé leskaïcb ; 

Venant on ne sait d'où : kônô deskaïob. 

Lecteur, comme le Gouvernement ne m'a pas encore proposé une 
cbaire de tinneb^ ainsi que je le mérite, si vous vonies en appro- 
fondir tous les mystères, je vous réfère au R. P. Monroe, à Nu- 
lato, Alaska. Courrier tous les ans. Lui seul est capable d'inter- 
préter^ aux jours de confession, les inextricables gargouillements 
de ses pécbeurs. Moi, je préfère le volapuk de la nature, où bon- 
Jour se traduit par un grand sourire et de petits yeux d'amis ; 
j'aifaim^ par j'ouvre la boucbe; c'est bon, je me frotte l'estomac ; 
je t'aime^ une flatterie de la main (en Europe, des lèvres; en 
Océanie, du nez) ; tu m'ennuies, je te tape ; je veux m'en <Uler^ 
je m'en vais ! 

{Le Temps. — 26 décembre 1898.) 



IL — Les Pirates de la Littérature 

FRANÇOIS COFPÉE 

M. Coppée a besoin de mettre en rors une tempête. Son ima- 
gination est en détresse. Que faire? 



— 194 — 

Vite^ il prend le Comte de Monte-Ckristù^ d'Alexanâi« Da- 
mas (page 294 de Tédition Roaff), et il y trouve ce qaisait : 

Le capitaine s'approche de moi (il faat voas dire qae )*6tais aa 
gouvernail ), et me dit : 

— Que pens3z-voas des nuages qui s'élèoent là-haa f... 

■" Je pense qu'ils montent un peu plus cite qu'ils n'en ont le droit 
et qu'ils sont plus noirs ... 

— Hola! Hé! Range à serrer les cacatois et à haler bas le clin- 
foc! 

Cest une belle et bonne tempête,,, 

. . . Nous avions encore trop de toile. 

On cargue la brigantine. Nous carguons les /iifniers , 

— Je m'en vais, dit le capitaine, prendre mes précautions. 
Le bâtiment était bien oieuœ. 

Nous étions ballotés que le diable en aurait pris les armes . 

On se mit à l'ouvrage... 

Je descends d la cale; il y avait dôjâ trois pieds d'&acc. Mainte- 
nant, il faut tâcher de sauver les hommes. 

A la chaloupe! Le pont crèoe aoec un bruit qu'on aurait dit la bor- 
dée d'un oeUsseau! 

Le bateau se mit à tourner sur lui-même,. . 

Et voioi le parti que tire aossititt le a poète » François Coppée, 
de cette description pittoresque et animée : 

Notre vieux capitaine,,. 

Fit une étrange moue et dit au timonier : 

« Vois donc ce grain Id-bas, . . la drôle de visite! » 

L'autre répond : « 11 est bien noir et vient bien cite! » 

Hola! Hé! Tu vas voir comment je les reçois! 

Haie bas le cUn-fœ! Serre les cacatois! 

Bah I c*étaU la tempête et toujours trop de toile. 

On serre les huniers^ on cargue la grand' voile; 

Enfin le loup de mer prend ses précautions. 

Mais le naoire était trop oieua, et nous dansions, 

Mes enfants^ que le diable en aurait pris les armes ! 

On travaillait, malgré l'orage et ses vacarmes. 

Mais quand on eut de Veau plein la cale, il fallut 

S'occuper promptement des moyens^e salut. 

Harassés, aveuglés, trempés comme une soupe. 

Pour la mettre â la mer nous parons la chaloupe. 

Quand tout à coup, et sans nous demander conseil. 

Voilà le pont qui crèoe aoec un 6rtt(< pareil - 



— 195 -- 

Au fracas cTun vaisseau qui lâche sa borctée t 
Moi, pendant la minute où le bateau ooula^ 
En tournant sur lui-même,.. 

Ce n'est pas plus difficile que ça I 

La supercherie a été dévoilée pour la première fois^ il y a 
quelques années, par notre excellent collaborateur Jean Jullien, 
datas son journal Art et Critique, 

M. de Ricaudy Ta signalée récemment dans le Bulletin de la 
Presse. Nous en faisons part A nos lecteurs d'après ce journal. 

J. P. 

(L'Aurore. —Jeudi, 9 mars 1899.) 



Le Propriétcdre-Géranty 

J. Maisonnbuvb. 



01ialoii-iar-S«0iie. — Imprimerie L. Mareeaa, B. BBRTHAND, taeeesseor. 



REVUE 



DE 



LINGUISTIQUE 



ET DE 



PHILOLOGIE COMPARÉE 



RECUEIL TRIMESTRIEL 



PUBLIÉ PAB 



JULIEN VINSON 

PROFESSEUR k L*éCOLB NATIONALE DBS LANGUES ORIENTALES VIVANTES 
Avec la collaboration de divers savants français et étrangers 



TOME TRENTE-DEUXIÈME 

15 JUILLET 1899 



PARIS 

J. MAISONNEUVE, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

6, RUE OB MÉZIËRES ET RUE MADAME, 20 

1899 



SOMMAIRE DU N» 3 



J . ViNSON. — Sic eo8 non vobis 197 

P. Regnaud. — La question de Torigine du langage 

et la linguistique évolutionniste 201 

S. Devèze. — Traduclion de la Prabôdhacandrôdaya 

sanskrite 231 

E. DoDGSON. — Synopsis of the verbal /orms in the 

Basque S\ T. ofloTl 247 

H. DE Charencey. — Origine étrangère de quelques 

noms d'animaux dans les idiomes nord-asiatiques. . 261 
Varia. — I. Quelle est cette langue? 

— IL Le pays basque et les journalistes. 



BIBLIOGRAPHIE 

M. de Charencey. — L'historien Sahagun, par J. Vin- 
son 264 

Paul Sébillot. — Légendes locales de la Haute-Bre- 
tagne, par J . ViNSON 265 

Bulletin de la Société de Pau, t. XXVI, par J. Vinson. 265 

J. de Jaurgain. — La Vasconie, par J. Vinson 267 

Proceedings of the Canadian Institute^ t. II 269 

Kuhn's Zeitschrift, vol. XXXVI 269 

Divers outrages de M. de la Grasserie^ par J. Vinson. 269 



SIC vos NON VOBIS... 



Mon excellent et respectable ami, le modeste et 
savant W. Webster, me signalait dernièrement un 
ouvrage qui venait de paraître en Espagne, qu'il ne 
connaissait que par une annonce dans un Catalogue 
et qui avait pour titre : « Catalogo de obras eus- 
karas por G. de Sovarrain. » Il ajoutait : « Is this 
work of Sovarrain a translation or a réchauffé of 
your Bibliographie? » Je me suis naturellement 
procuré le volume ; Webster avait soupçonné la 
vérité : c'est un plagiat, ou, si Ton veut, un « démar- 
quage », partiel et peut-être inconscient, de mon 
« Essai de Bibliographie de la langue basque d ; 
M. de Sorarrain, — c'est là son véritable nom, — y a 
intercalé des articles pris au livre d'Allende Salazar 
(Biblioteca del Bascôfilo, Madrid y 1887) ou à 
d'autres ouvrages. Il m'a emprunté ma date (car 
l'ouvrage, publié en 1898, est daté de 1891), mon 
ordre chronologique, mon système de numérotage 
(chiffres en normandes accompagnés des lettres a, b, 
c, etc., pour les diverses éditions ou réimpressions) 
qu'il a d'ailleurs irrégulièrement suivi, mes titres 
avec les fautes qui m'avaient échappé et auxquelles 
il en a ajouté de nouvelles, mes notes qu'il a sou- 
vent abrégées et toujours littéralement traduites. Il 
a d'ailleurs supprimé l'indication de la division des 

14 



— 198 — 

lignes et n'a, comme pagination, relevé que le 
nombre des pages principales, chiffrées. Il a même 
copié ma disposition typographique, sauf qu'il a 
imprimé les notes en rouge. Le livre est d'ailleurs 
gros, grand, sur papier fort, et publié avec cette élé- 
gance de mauvais goût qu'on rencontre trop sou- 
vent de l'autre côté des Pyrénées. Paraîtra-t-il suf- 
flsant, pour excuser le plagiat, d avoir couvert mon 
livre d'éloges et d'avoir dit (p. 471) : « On peut dire 
que c'est le travail qui a servi de base pour la for- 
mation du présent catalogue ? » C'est de l'impu- 
dence ou de la naïveté, car, il y a, dans mes notes, 
beaucoup de choses qui sont ma propriété exclusive, 
beaucoup de renseignements que de patientes 
recherches m'ont fait découvrir ou que des circons- 
tances heureuses m'ont permis, à moi seul, de con- 
naître. Et voilà un amateur qui s'en empare, sans 
plus de cérémonie, comme s'il s'agissait de choses 
tombées dans le domaine public! Circonstance ag- 
gravante : il reproduit exactement mes indications : 
« renseignement donné par le prince L.-L. Bonaparte, 
renseignement de M. le d*" Larrieu, etc., » comme 
si c'était à lui que ces renseignements avaient été 
fournis! Que n'a-t-il suivi l'exemple d'AIIende Sala- 
zar qui, à chaque article, indique ses sources d'in- 
formation? 

En tc^te du volume est une dédicace à M. J.-V. de 
Araquistain. Ce M. de Araquistain est un des quatre 
ou cinq Espagnols qui ont cru rendre service aux 
études basques en prenant un conte populaire ou 



— 199 - 

une légende plus ou moins authentique, et en la 
dénaturant dans une amplification de rhétorique 
généralement médiocre^ Il n'est d'ailleurs pas plus 
bibliophile ou bibliographe que M. de Sorarrain; 
pour ces Messieurs, un livre est évidemment un 
article de commerce ou un bibelot d'étagère, et rien 
de plus. Le susdit Araquistain écrit à son compère 
une longue lettre, dans ce style emphatique et 
solennel auquel se prête si bien la langue espagnole, 
pour lui démontrer qu'il a parfaitement le droit de 
copier les autres et de faire siens leurs ouvrages. 
Il commence par admirer ce Catalogue, « véritable 
œuvre de Bénédictin, dit-il, qui épouvante par le 
travail, la patience et la force de volonté qu'il révèle, 
sans parler des grands sacrifices d'une autre sorte, 
que peuvent seuls se permettre les favorisés de 
Plutus ! )) Mon Dieu ! que ces choses-là sont donc 
mises en termes galants ! Le travail de Bénédictin 
a été fait à coups de ciseaux, et quant aux sacrifices 
d'argent, c'est peut-être ceux qui ne sont pas riches 
qui ont quelque mérite à en faire. Un détail qui 
m'a amusé dans la correspondance de MM. de Sorar- 
rain et de Araquistain : les deux « bascophiles » se 
félicitent de ce que leur livre, de simple index qu'il 
était primitivement, soit devenu un Catalogue ! 

Le livre est en effet intitulé : « Gatalogo de obras 
euskaras. Catalogo gênerai cronologico de las obras 
impresas referentes â las provincias de Alava, Gui- 
puzcoa, Biscaya, Navarra, à sus hijos y à su lingua 
euskara o escritos en ella, formado en vista de los 



— 200 — 

trabajos de los Srs. D. Antonio Gallardo, Brunet, 
Muûoz y Romero, Allende Salazar, J. Vinson y 
otros, con un indice de autores, por orden alfabético 
y notas correspondientes, arreglado para uso exclu- 
sivo de su autor G. de Sorarrain: Barcelona, 1891. » 
On lit au verso de ce titre : « Barcelona, Imprenta 
de Luis Tasso, Arco del Teatro, 21 y 23, 1898. » 
C'est un grand in-8* ou plutôt un in-4* de xviij-493 p. ; 
cartonné. Il est malheureux que M. Sorarrain n'ait 
pas attendu quelques mois... il aurait eu encore 
beaucoup à copier dans mon Supplément , .. 

Julien ViNsoN . 

P.-S. — La convention de Berne, du 9 septembre 
1886, complétant celle du 16 juin 1881, garantit la 
propriété littéraire des Français en Espagne. Je ré- 
serve tous mes droits, bien entendu. . . 

2* P.-S. — On m'écrit de Barcelone que M. de 
Sorarrain (Genaro) est mort depuis quelques années; 
que son fils, peu habitué d'ailleurs aux choses litté- 
raires, ayant trouvé le manuscrit du Catàlogo l'a fait 
imprimer sans la moindre arrière-pensée et par un 
simple sentiment de piété fîliale; que le livre a été 
tiré seulement à 500 exemplaires qui ont été presque 
tous distribués à des amis, à des basquisants et à des 
journalistes... On ajoute que certainement M. de 
Sorarrain père ne destinait pas cet ouvrage à l'im- 
pression, etc., etc. Que signifient alors les lettres- 
préfaces et la manière même dont l'ouvrage est rédigé ? 
Ce n'est pas là un livre que l'on fait pour son usage 
exclusif. . . les lecteurs apprécieront. 



LA QUESTION DE L'ORIGINE DU LANGAGE 



ET LA 



LINGUISTIQUE ËVOLUTIONNISTE 



Les commencements du langage considérés au 
double point de vue des sons et des sens, ont donné 
lieu depuis Platon jusqu'à Renan à tant d'hypothèses 
contradictoires et fragiles que, pour beaucoup de bons 
esprits, la question est presque à mettre sur le même 
pied que celles de la quadrature du cercle ou du mou- 
vement perpétuel. La crainte de la chimère, le soupçon 
de l'utopie, ont suscité en pareille matière des préven- 
tions défavorables, même à l'égard des recherches les 
plus sagement conduites. Une circonstance bien carac- 
téristique, c'est que la Société de Linguistique de Paris, 
qui compte au nombre de ses fondateurs les savants 
français les plus compétents de l'époque, a inscrit dans 
ses statuts l'exclusion de toute controverse sur l'ori- 
gine du langage'. On ne pouvait déclarer plus nette- 
ment que la question semble insoluble, ou tout au 
moins prématurée. Cette mise à l'index remonte, il 

1. ART. U. La Société n'admet aucune communication con- 
cernant soit Torigine du langage, soit la création d'une langue 
universelle. 



— 202 — 

est vrai, â plus de trente ans il86o>; nuis rien n'in- 
dique que les linguistes dont elle émane aient changé 
sensiblement d*avis. Loin delà. Tan des plus éminents 
d'entre enx n'hésitait pas à souscrire tout récemment 
dans le Joètrnal de$ Savanis* à Tavis d'un confrère 
étranger affirmant que ^ les diverses théories surTori- 
gine du langage n'ont jamais contenté que leurs au- 
teurs » . 

Faut-il s'en tenir à cette note décourageante? Ya-t-il 
vraiment lieu de croire que ce dernier quart de siècle, 
si fécond pourtant en savants travaux sur toutes les 
parties de la Linguistique, n*a rien apporté d'utile aux 
idées qu'on peut avoir sur Tétat primitif et l'économie 
initiale des éléments du langage ? On nous permettra 
d'en douter et d'essayer de faire valoir les différentes 
raisons qui sont de nature, sinon à trancher déOniti- 
vement une question aussi ardue, du moins à laisser 
entrevoir des lueurs qui dissiperont peut-être dans un 
avenir prochain les obscurités qui l'entourent. Aussi 
bien, rien n'autorise à la ranger à priori parmi celles 
dont l'esprit humain doit se résigner à ne jamais avoir 
le mot. Les considérations qui vont suivre nous 
donnent en tous cas lieu de l'espérer. 

l 

Le langage considéré comme l'ensemble des expres- 
sions significatives qui servent à Thomme pour com- 

1. Année 1896, p. 464 : article de M. M. Bréal. 



— 803 — 

m 

muniquer ses idées au moyen delà parole oa des sons 
vocaux est, on peut le poser en fait, un organisme 
essentiellement susceptible de modiPications et de dé- 
veloppements. Il suffit pour s'en rendre compte de 
comparer l'extrême pauvreté du vocabulaire des sau- 
vages à l'opulence toujours croissante de celui des 
peuple? civilisés. Chez ceux-ci même, quelle énorme 
différence entre les quelques centaines de vocables dont 
se contente la pratique verbale du paysan dépourvu 
d'instruction et le magnifique déploiement de moyens 
d'expression qu'a su mettre à son service le luxe d'un 
Théophile Gautier, par exemple; et sans cependant qu'il 
soit possible de nier que l'excédent des instruments de 
l'un sur ceux de l'autre résulte d'un accroissement 
graduel qui suppose une période initiale commune 
d'éclosion ou d'origine I 

Ces faits généraux indiquant que les langues ayant 
visiblement un développement ont eu probablement un 
commencement, nous serviront d'introduction à des 
remarques particulières tendant à la même conclu- 
sion. Nous les emprunterons naturellement au do- 
maine indo-européen, c'est-à-dire à la famille de 
langues dont dépendent presque toutes celles de 
l'Europe actuelle par l'intermédiaire du grec, du 
latin et des anciens idiomes slaves, germaniques 
et celtes. 

Dans ces langues, une immense série de mots est 
à mettre à part avant tout dans l'opération qui cousis- 



r 



*■ 
^ 



— 204 - 

tenait à. séparer les dérivés des primitifs en vu( 
remonter par degrés aux formes originelles. Nous 
Ions parler de ceux qui résultent de la combina 
I des termes simples avec les préposilions-préfî 

^ tels que, pour prendre un exemple dans le français 

îl verbe composé /?ar/aîra(/?ar /aire). Non seulemer 

[ procédé de composition qui consiste à créer de par 

ï mots est évident, mais la langue des poèmes ho 

^ riques, que nous pouvons considérer à certains cgi 

et dans une certaine mesure comme Tantécédeiit 
torique du français, puisqu'il s'agit d'une mêmefami 
nous reporte à un moment de la vie de nos idior 
où cette composition n'était pas faite, etoùpréposil 
et verbe jouissaient encore d'une indépendance r 
tuelle. A cet égard d'ailleurs, le grec des premiè 
épopées est en parfait accord avec un autre idio 
de même souche, le sanscrit archaïque, ou celui < 
recueils de chants sacrés appelés Védas, qui, lui n 
plus, n'a pas encore opéré la fusion des prépositioi 
préfixes avec les formes verbales dont elles deviendn 
une partie intégrante dans l'étal postérieur de 
langue. 

On se rendra compte de la quantité considérable 
termes dont l'existence est due à la soudure des p 
fixes aux verbes voisins, si l'on remarque qu'en fn 
çb\s constituer, destituer, instituer, prostituer, restiiu 
substituer, — abstenir, contenir, maintenir, obtenir, 
tenir, soutenir, etc., et tous les mots de la famille 



i 
l 



— 205 — 

chacun d'eux, comme œnstitution, constitutif, consti- 
iutiannely constitutionnellement, etc., remontent par la 
voie du latin à une semblable origine. 

Nous pouvons donc considérer comme établi d'une 
manière absolument certaine, le fait que tous les mots 
à préfixes de nos langues sont de création relativement 
récente. 

Il en est de même des mots à mffi^xe^. Il faut en- 
tendre par là tous ceux dont la fonction grammaticale 
est indiquée par un élément final composé d'une ou 
de plusieurs syllabes caractéristiques et communes à 
tous les vocables de même fonction. Telles sont les 
finales leur dans notre mol foc-leur , iure dans^c-lwrc, 
lion dans /ac-tion, etc. Grâce à ces syllabes suffixées, 
facteur se range dans la catégorie des noms d'agents 
masculins, facture et faction dans celles des noms 
féminins d'action, et ainsi de suite pour tous les 
vocables qui correspondent aux formes déclinées et 
conjuguées des langues synthétiques. Les suffixes com- 
prennent, en effet, non seulement ceux dont il vient 
d'être fourni des exemples et qu'on peut considérer 
comme les étiquettes des substantifs et des adjectifs de 
différentes sortes, non seulement aussi les désinences 
diverses qui distinguent les personnes et les nombres 
des verbes, telles que c, e^, e, ons.ez, ent dans/'ame, 
tu aimes, il aime, novs aimons, vous aimez, ils aiment, 
mais de plus les finales spécifiques des cas dans les 
langues à flexions ; exemples: us, i, o dans les formes 



— 206 — 

latines bon-us (nomioalif mascolin singalier), bon-i 
(génitif ), bon-o (datif-ablatif), etc. 

Abstraction faite des préfixes, les suffixes embras- 
sent donc tous les éléments phonétiques qui s'ajoutent 
aux primitifs pour donner naissance aux dérivés quels 
qu'ils soient. C'est dire qu'eu égard aux exemples cités, 
les primitifs dégagés par l'analyse seront fac dans /àc- 
/etir, etc., aim dans faitrie, etc., bon dans le latin 
bonus, etc. Mais il importe d'ajouter que les primitifs- 
radicaux ou racines, ce qui est tout un, ne se pré- 
sentent pas toujours comme enchâssés dans la gangue 
qui les unifie aux suffixes. Souvent encore le langage les 
a conservés sous l'aspect isolé qu'ils offraient avant 
le développement auquel ils ont servi de base. On 
peut en citer pour exemple le latin rex à côté du 
cortège de sesdérivés reg-erc, reg-ina, reg-ius, reg-num, 
rec-tor\ etc., sans oublier les formes verbales rejy-o, 
reg-h, reg-it, etc., et les cas de la déclinaison reg-is, 
reg-em^reg-i, m/-e, etc.; comparer le français rot, auprès 
duquel se rangent les dérivés roy-al, roy-aulé roy-al 

ùte, etc. 

Si l'on joint à l'examen de ces faits la constatation 
qu'au latin rex correspond en sanscrit l'identique râj\ 
mais que les dérivés respectifs dans les deux langues 
sont différents, on en conclura en toute certitude qu a 
l'époque de la vie commune de ces langues, le pri- 
mitif râ/-rea; était seul existant et que l'ensemble de 
la dérivation connexeestlerésultald'undéveloppemenl 



- 207 — 

qui s'est effectué dans chacun des deux idiomes a la 
suite de leur séparation. Le même raisonnement 
serait applicable à beaucoup d'autres primitifs restés 
à rétat simple» comme rex, ou pourvus de suffixe, 
comme fac-tio, et tout concourt à prouver qu'il 
fut un temps dans l'histoire de nos langues où les 
radicaux suffisaient à l'expression de la pensée et 
constituaient tout le vocabulaire, à condition toutefois 
d'admettre que les préfixes et les suffixes sont eux- 
mêmes d'anciens radicaux. Or, en ce qui concerne les 
premiers, Taflirmalive ne saurait laisser de doute : il 
est certain que le latin per, antécédent du français /?c/r, 
dans parfaire (comparer le lat. perficcre), est un ancien 
nom d'agent signifiant « qui s'avance, qui va au delà », 
à ranger dans la même catégorie grammaticale que 
rex, primitivement « celui qui dirige », d'où « roi ». 

Pour les suffixes, le cas est moins clair. L'hypothèse 
la plus vraisemblable est qu'ils résultent d'emprunts 
faitsaux finales des primitifs-radicaux; exemple, ea?dans 
r-ex servant à des formations secondaires comme cod-ex; 
et s'il en est ainsi, ils se classent par là même au 
rang des éléments secondaires du langage. Mais 
dussent-ils être considérés comme d'anciens radicaux 
indépendants, ultérieurement ag^gf/i^/mc^ (selon le terme 
consacré) à d'autres radicaux, qu'il n'en resterait pas 
moins acquis que tous les éléments de nos langues se 
ramènent à des noms d'agents monosyllabiques dans 
le genre de rex et de per, à l'aide desquels s'est déve- 



- 208 — 

loppée soil la composition avec préfixes (parfaire, per- 
ficere), soit la dérivation avec suffixes (rex, reg-fus — 
roi, roy-af), c'est-à-dire et en somme tout ce qui 
constitue les familles de mots considérées comme 
l'ensemble des formes secondaires groupées autour 
des primitifs dont elles dépendent. 

Par suite de cette simplification delà question, le pro- 
blème de l'accroissement du langage se trouve resserré 
dans les termes suivants : Peut-on assigner une origine 
aux primitifs-radicaux ou racines, et dans l'affirmative, 
quelle est-elle? C'est en l'envisageant ainsi que nous 
en poursuivrons Tétude. 

II 

Avant d'examiner les rapports que les parties simples 
du langage appelées racines peuvent avoir entre elles, 
il convient d'essayer d'en bien déterminer la nature, 
surtoutau point de vue fonctionnel. Jusqu'ici, nous les 
avons identifiées aux noms d'agents monosyllabiques 
sur le type de rcar, c'e3t-à-dire que nous y avons vu 
des éléments, en quelque sorte pratiques et déterminés 
du langage, Nous ne devons pas dissimuler cependant 
que l'opinion courante diffère de la nôtre à cet égard. 
On admet généralement qu'un mot comme rex (pour 
regs) est une forme déjà complexe qui comprend, en 
outre d'une partie radicale reg, un suffixe s ayant pour 
fonction de caractériser le nominatif masculin singu- 
lier. La racine ainsi considérée serait une abstraction 



— 209 — 

à tous les points de vue : jamais elle n'apparaîtrait à 
rétat isolé ou indépendant, et le sens qu'elle exprime- 
rait en soi échapperait à toute détermination précise. 
Ce dernier point surtout rend l'hypothèse invraisenâ- 
blable. Non seulement il est logiquement difficile 
d'imaginer un état du langage, quelque primitif qu'il 
soit, où les fonctions grammaticales des vocables au- 
raient été vagues, mais les noms d'agents et d'actions 
(à côté de ceux de choses) s'indiquent comme les 
instruments nécessaires des plus anciens modes 
d'expression de la pensée. D'autre part, l'analyse de 
rex en reg-s n'a rien qui s'impose, loin de là, étant 
donné que le x est l'antécédent naturel du g, comme 
la phonétique le fait voir. 

Mais que les racines comprennent ou non le s dit 
désinentiel des monosyllabes déclinables comme rex, 
'fex, 'dex, etc., que ces monosyllabes aient été em- 
ployés ou non dès l'origine avec leurs fonctions de 
noms d'agents, la question de savoir s'ils sont ou non 
apparentés entre eux se présente sensiblement dans les 
mêmes conditions, et rien ne nous empêche de la 
traiter en faisant abstraction de ces points litigieux. 

Constatons pourtant encore avant de l'aborder que, 
malgré son importance capitale, elle a été laissée abso- 
lument de côté par Bopp, le fondateur de la grammaire 
comparée des langues indo-européennes, et par la 
plupart de ses disciples. C'est que celui-là et ceux-ci 
ont fait généralement bon marché de la logique, 



— 210 — 

et par là de toutes les circonstances sî impor- 
tantes qui solidarisent à tant d'égards la logique et la 
grammaire. Il est resté tacitement convenu dnns recule 
qu'il en était des racines de nos langues comme dos 
espèces animales et végétales, et que, pour les unes 
comme pour les antres, la tâche de la science ne com- 
portait pas de recherches plus profondes que de 
constater le caractère particulier de chacune d'elles 
et de s'arrêter là, sans souci du quod antea. 

On sait ce qu'il est advenu aux mains de Danvin 
de ce « Tu n'iras pas plus loin » imposé par l'igno- 
rance voulue et tyrannique des vieilles méthodes, en 
ce qui regarde la botanique et la zoologie. La gram- 
maire s'est montrée plus docile à l'injonction desprw- 
denls: en dépit du succès sur d'autres domaines des 
théories évolutionnistes, elle en est restée en général au 
dogme irraisonné et irrationnel de l'indépendance a 
principio des racines linguistiques les unes à l'égard 
des autres. 

A peine est-il besoin de signaler les tentatives d'ex- 
plications plus ou moins conformes à cette doctrine, 
présentées à quelques années d'intervalle par Renan 
et par M. Max Mûller. Le premier, dans son livre sur 
l'origine du langage, u plaidé, en ces termes, la cause 
de l'innéilé ou de l'intuilivité des racines: << La seule 
chose qui me semble incontestable, c'est que l'inven- 
tion du langage ne fut point le résultat d'un lonjr 
tâtonnement, mais d'une intuition primitive qui révéla 



— 211 — 

il cliaque race la coupe générale de son discours et le 
grand compromis qu'elle dut prendre une fois pour 
toutes avec sa pensée. » 

Quant à M. Max Mûller, il na cru pouvoir mieux 
faire, quoique linguiste et des plus éminents, que 
d'adopter rhypothèse d'un philosophe allemand, M. L. 
Noire, qui est bien parmi les plus étranges qu'on 
puisse imaginer. Esquissons-la en quelques mots. Au 
début de la civilisation et de rétablissement des so- 
ciétés, les hommes se réunissaient pour accomplir cer- 
tains travaux, certains actes, auxquels ils s'excitaient 
à Taide de cris dont les intonations variaient selon la 
nature de la tâche entreprise ou de l'amusement goûté 
en commun. Ces cris spéciaux sont devenus les appel- 
lations-racines des faits et gestes qui les avaient pro- 
voqués; et voilà du même coup Texplicalion de 
l'origine du langage et de l'imposition des vocables 
aux objets qu'ils désignent. 

Nous n'insisterons pas plus qu'il ne convient sur la 
gratuité absolue des deux hypothèses. Nous nous bor- 
nerons à remarquer pour toute critique que la théorie 
de l'innéité accorde trop à l'homme primitif qu'elle 
suppose nécessairement parlant parce qu'il est homme, 
alors que celle de l'invention en commun lui accorde 
trop peu, en supposant l'antériorité de la société, eu 
égard à la faculté de parler. Le développement linguis- 
tique, nous ne saurions trop le redire en réponse à 
Benan, implique commencement; et ce commence- 



— 212 — 

ment qui a suivi sous nos yeux un cours si spontané 
et si naturel, ne saurait avoir la cause arlincielle et 
d'occasion que lui assignent MM. JNoiré et Max 
Mûller. 

On peut ranger d'ailleurs auprès de ces vaines con- 
jectures celle que les demi-savants et les linguistes 
amateurs sont assez disposés à admettre, et qui consiste 
à attribuer l'origine des racines à l'onomatopée. Mais 
quelque spécieuse qu'elle soit, on en sentira l'insuffi- 
sance aussi bien en constatant combien peu de noms 
d'agents et d'actions peuvent remonter à rimitation 
des bruits naturels et des cris des animaux» qu'en se 
rendant compte que cette imitation suppose une apti- 
tude des organes de la voix que le langage seul aurait 
pu développer, — autrement dit que l'onomatopée 
n'est en étal de contribuer au langage qu'une fois le 
langage établi. 

iNous pouvons maintenant considérer le terrain 
. comme déblayé et laisser l'examen des hypothèses 
aventureuses pour celui des faits positifs. 

Parmi ceux qui sont de nature à éclairer la question, 
il n'en est pas de plus importants que les doublets ra- 
dicaux. Il faut entendre par là lés primitifs, développés 
ou non par la dérivation, dont le sens est identique et 
la forme voisine. Tels sont en latin flect dans flect-o et 
ptect dans com-plect-or avec la signification commune 
de plier, tordre, tourner, dont on peut rapprocher à 
titre de radicaux restés à l'état simple, plex dans du-plex 



— 213 — 

et plus (pour *plux) dans du^plus « double >>, c'.est-à- 
dire « deux fois plié ». 

La différence phonétique entre ftect et plect ne porte 
que sur les initiales f-p, à propos desquelles il convient 
de remarquer que Tune et l'autre appartiennent au 
point de vue de leur classement physiologique à la 
catégorie des labiales fortes. C'est dire qu'elles sont 
étroitement apparentées, et qu'étant donné l'échange 
fréquent des deux consonnes, ou plutôt le passage 
souvent attesté de l'une à l'autre, il parait sûr que tel 
a été le cas dans l'exemple qui nous occupe, et que 
les racines flecl el plect doivent la ressemblance de leur 
sens à leur commune origine au point de vue des sons. 
Une remarque analogue peut être faite d'ailleurs en ce 
qui regarde flect et plect, d'une part, etplex de l'autre, 
le groupe et étant, comme on le démontre en phoné- 
tique, une variante fréquente ùex. 

On aperçoit sans peine toute la portée que peut 
prendre, à propos de l'origine des racines, une pareille 
observation, s'il y avait lieu de la généraliser. iMais 
avant d'en décider et de conclure, il est bon que nous 
nous rendions compte des conditions dans lesquelles 
se produisent les variations phonétiques du langage et 
quelles en sont les conséquences. 

III 

le langage humain se compose de sons, et ces sons 
résultent naturellement du jeu des organes qui con- 

15 



— 214 — 

courent à les émettre. Mais les organes vocaux n*ébiDt 
jamais absolument semblables d'homme à bomme, 
comme le prouve le simple fait qu'on se reconnailà la 
voix, il s'ensuit que, d'homme à homme Jes sons cor- 
respondants qui composent le langage diffèrent entre 
eux, même quand l'imitation tend à les rendre 
identiques. Souvent l'identité traditionnelle ou initia- 
tive l'a emporté sur la différence fatale ou physiologique, 
et dans ce cas les mêmes signes ont pu rester affectés à 
la représentation du son approximativement identique 
émis par différents individus d'après une norme com- 
mune. Il en est ainsi du /"de la racine flect. 

Mais souvent aussi, dans les mêmes circonstances, 
la différence a pris le pas sur l'identité, et c'est alors 
qu'une variante 'pleci a pu apparaître auprès de l'anté- 
cédent traditionnel flect. Les changements de ce genre 
se produiront surtout chez les individus atteints d'un 
vice de prononciation plus ou moins caractérisé, comme 
celui qui se traduit par le lambdacisme ou l'altération 
de r en /, ou bien aussi comme le dentalisme qui a 
pour effet de substituer le / auc; exemple entore pour 
encore. 

Malgré la fréquence et l'on peut dire la généralité 
des conditions physiologiques individuelles dont le 
résultat est d'altérer les sons traditionnels du langage, 
ces altérations ne parviennent à acquérir à leur tour 
un caractère permanent et traditionnel, comme 
plect obtenant droit de cité dans le latin auprès du 



— 216 — 

préoccupant flect, que dans des circonstances particu- 
lièrement favorables. A Theure actuelle, il est presque 
impossible qu'une variante phonétique prenne pied 
dans le langage, parce qu'elle ne saurait le faire qu'en 
mettant la tradition en échec, et que celle-ci, soutenue 
par un enseignement général et uniforme, contrainte 
au ne varieiur paf la lettre écrite ou l'orthographe, a 
acquis une telle consistance et une telle fi&ité qu'elle 
étouffe infailliblement toute tentative d'indépendance, 
c'est-à-dire d'altération des sons consacrés par l'usage. 
Dans le domaine purement phonétique du langage, la 
tradition est désormais souveraine, et elle devient 
de plus en plus puissante à mesure que l'instruction 
générale se développe ; mais il n'en a pas toujours été 
ainsi. 

Avant de devenir ethnique ou nationale, comme celle 
qui s'applique au français actuel, la tradition phoné- 
tique a été provinciale, locale et même familiale ou 
patriarcale ; et plus était étroit le cercle politique ou 
social dans lequel elle s'exerçait, plus elle était exposée 
à se modifier au gré des circonstances capables d'agir 
sur elle. Aux temps primitifs, dans une famille, une 
tribu, un clan, une variante phonétique émanant du 
père ou du chef, par exemple, avait d'autant plus de 
chancesde s'implanter dans le dialecte commun auprès 
de l'antécédent dont elle provenait, que son auteur 
était mieux écouté et que les principaux auxiliaires de 
la conservation exacte des anciennes formes man- 



— 216 — 



quaient davantage. Sans l'écriture, sans la lecture, sans 
la littérature, sans renseignement commun, sans la 
grammaire, sans rimprimerie, sans tous les secoars 
qu'a reçus successivement des progrès de la civilisation 
la transmission régulière du mot sous une forme au- 
thentique et identique, rien de plus facile, rien de plus 
naturel et sans doute rien de plus fréquent, que l'intro- 
duction constante dans la langue publique de variantes 
privées enrichissant sans cesse le vocabulaire commun 
et venant prendre place à côté des formes déjà acquises 

et admises. 

Un exemple d'ordre pratique nous est fourni, auprès 
d'une infinité d'autres où la filiation radicale par voie 
de variantes phonétiques est aussi évidente, par le tercet 
des racines latines flect.-plect.-plex. En théorie, on 
peut aller plus loin et admettre, si Ton lient compte de 
la parenté des sons mêmes qui les composent, la 
parenté phonétique possible de toutes les racines entre 
elles. Nous abordons par là, il convient de le recon- 
naître, un terrain bien technique; mais il nous suffira 
de justifier succinctement la remarque qui précède en 
indiquant au lecteur que des trois ordres entre lesquels 
se répartissent les consonnes dites explosives, à savoir : 

les gutturales c,q,g, h, x; 
les dentales t,d, z; 
les labiales ^ p, b, v\ 

le premier seul est primitif et que les sons qui com- 
posent les deux autres en dérivent par voie d'altération 



- 217 — 

phonétique ; que dans Tordre même des gutturales le 
son fort X peut être considéré comme l'antécédent des 
autres; que parmi les autres consonnes (qui sont 5, r, 
/) s vient de x, r de * et / de r ; qu'enfin toutes les 
voyelles procèdent de â et de ô. En résumé, les sons 
premiers du langage se ramènent à ces deux voyelles 
et pour ce qui est des consonnes, à a: et aux nasales 
m, n qui se fondent elles-mêmes dans un antécédent 
commun auteur des variantes actuelles'. 

Ces indications, quelque cursives qu'elles soient, 
montrent comment on peut dire que l'échange de sons 
qui s'est produit entre flect, pied et p/ex permet de faire 
remonter à une forme antérieure commune, non seu- 
lement ces trois racines et les analogues, mais toute$ 
les racines de nos langues. 

I.a conclusion à laquelle on aboutit ainsi et qui 
tranche la question en faveur de l'hypothèse d'un déve- 
loppement graduel des formes ou des sons du langage, 
ne suffit pourtant pas àlasolutioncomplète du problème. 

N'oublions pas, en effet, que le verbe humain est 
composé d'une manière indissoluble de sons et de sens, 
nous dirions volontiers de corps et d'âme, et qu'il ne 
servirait à rien de montrer que ceux-là peuvent sortir 
d'une même souche, comme la frondaison d'un grand 

1 . Devant une labiale, la nasale primitive est devenue m ; de- 
vant les autres consonnes explosives, elle est restée /t, du moins en 
latin et de là en français. Pour tous ces détails, voir mes 
Éléments de grammaire comparée du grec et du latin et mon 
Précis de phonétique germanique. 



— 218 — 

chêne, si Ton n'établit pas la possibilité de TévoIatioD 
parallèle et coordonnée de ceux-ci. C'est le point qoe 
nous allons maintenant essayer d'éclairer. 

IV 

Les mutations signiflcatives des formes du langage 
peuvent être examinées à deux points de vue et selon 
quelles concernent la signification proprement dite des 
vocables, ou leur fonction logique ou grammaticale. 
Nous nous occuperons d'abord de celle-ci. 

En linguistique, rien n'est plus sûr que le mouve- 
ment logique en vertu duquel les parties du discours 
ont évolué les unes des autres. L'élymologie, toutes 
les fois qu'elle est possible, nous fait voir que le nom 
commun est invariablement issu d'un adjectif employé 
substantivement. C'est ainsi que le roi {rex) est celui 
qui dirige ou le conducteur, la terre (terra) la sèche, 
le soleil [sol) le brillant, etc. On est donc tout à fait au- 
torisé à croire que les langues ont passé par un stage où 
les choses étaient dénommées par leurs qualités et où, 
par conséquent, l'adjectif et le substantif ne formaient 
qu'une seule et même catégorie. 

Cette observation concerne tout particulièrement les 
mots concrets, mais il est facile de voir que les noms 
abstraits ont la. même origine et que la blancheur, la 
grandeur, la beauté, etc., ne sont' autre chose que le 
blanc, le grand, le beau, etc., c'est-à-dire les noms 
(adjectifs) de telles ou telles qualités considérées abs- 



— 219 — 

traction faite de celles qui peuvent se rencontrer à côté 
d'elles dans une même substance. Les noms propres 
eux-mêmes ne font pas exception à cette règle, attendu 
que Pyrrhus est le roux, Philippe celui qui aime les 
chevaux, Ptolémée le guerrier, etc. 

Cet état du langage où toutes les appellations étaient 
qualificatives nous est indiqué d'ailleurs par le double 
fait que les noms communs ne désignent que les genres : 
homme, cheval, arbre, etc. , etqu'il est besoin pour les 
dénominations individuelles de la combinaison d'un 
nom commun et d'un adjectif: un homme brun. Il va 
de soi, en effet, que si les premières désignations avaient 
été nominales, ou propres à la chose désignée, cette 
combinaison aurait été inutile. 

Mais l'adjectif même, en tant que chargé de la 
fonction de désigner les qualités des choses, et par 
suite les choses elles-mêmes par leur qualité distinc- 
tive (la terre = là sèche), peut-il être considéré comme 
primitif? f^'affirmative est difficile, en présence de la 
question, insoluble, à ce qu'il semble, dans cette hypo- 
thèse, de l'imposition 7ia/t<re//e des désignations adjec- 
tives aux qualités qui en sont l'objet. Pourquoi le mot 
sec, par exemple, a-t-il été appliqué, de préférence à 
tout autre, à la désignation des choses sèches, — le 
mot brillant, à la désignation des choses brillantes, et 
ainsi de suite? La seule réponse qui paraisse satisfai- 
sante est d'admettre, surtout par raison logique, qu'il 
faut remonter chronologiquement des adjectifs aux 



— 220 — 

pronoms démonstratifs, et que ceux-là sont des va- 
riantes de ceux-ci dont les formes et les signiGcations 
vagues et générales se sont, grâce aux circonstances 
qui seront indiquées tout à l'Iieure, spécifiées et appro- 
priéesy petit à petit, à la désignation de telle ou telle 
qualité déterminée. Nous n'insisterons pas sur celte 
partie si nettement préhistorique de la science du 
langage; nous ne voulions qu'indiquer la solution la 
plus vraisemblable du problème de l'imposition des 
noms, à supposer le phénomène d'origine naturelle, 
et tout en montrant comment cette solution peut s'ac- 
corder avec le caractère évolutif, et certain d'ailleurs, 

des parties du discours. 

Nous terminerons ces remarques en constatant que 
le verbe n'était autre à l'origine qu'un adjectif-nom 
d'agent, comme le montre encore en sanscrit la double 
fonction des formes comme ddiâ « donneur » et « il 
donnera ». 



Les catégories significatives d'ordre grammatical et 
logique, — entendons celles des principales parties du 
discours, pronom, adjectif, substantif, verbe, — pro- 
cèdent donc les unes des autres et nous mettent en 
présence d'une extension ou d'une croissance que 
nous allons constater encore, si nous passons à l'exa- 
men des significations propres aux vocables considérés 
isolément et abstraction faite de leur rôle syntaxique. 



i. 



— 221 — 

L'exemple qui nous a servi pour donner une idée 
de la manière dont s'effectue révolution des sons peut 
montrer comment s!y joint l'évolution sémantique ou 
significative. De même, en effet, que flect, plex, plie 
s'expliquent par un antécédent commun flex qu'on 
retrouve encore d'ailleurs dans les mots comme flex-us , 
le sens de flect « courber » et celui de plex, plie « plier », 
rentrent l'un et l'autre, à titre de nuances, dans la signi- 
fication antérieure et commune de « briser, tordre ». 
Nous avons là un phénomène tangible de mutation signi- 
ficative, marchant de concert avec une mutation phoné- 
tique, dont les exemples pourraient être multipliés à l'in- 
fini, même en ce qui regarde les formes dérivées, telles 
que les doublets latins tennis « ténu » et tener « tendre », 
reposant sur l'antécédent commun hypothétique *temm 
« étendu, mince ». iMais si nous connaissons la cause 
habituelle du changement des sons vocaux, à savoir 
l'état particulier des organes de l'initiateur du chan- 
gement, à quoi il convient d'ajouter l'influence exercée 
par la dérivation et qui a pour effet régulier d'affaiblir 
la tonalité des éléments phonétiques du primitif, ne 
nous serait-il pas possible de dégager celle des muta- 
tions sémantiques correspondantes? 

Nous ne croyons pas nous tromper en les attribuant 
pour la plupart à ce que nous appellerons les locutions 
ou les formules discursives, c'est-à-dire les affecta- 
tions habituelles de telle variante phonétique donnée 
à telle variante significative correspondante. Fixons 



les idées en prenant pour exemple les expressioi 
françaises « ployer une branche » et a plier od^ 
serviette ». Ployer et plier (lat. plicare) sont deui 
verbes de même origine phonétique et de même sigoi- 
fication première, et pourtant une nuance significative 
sensible a fini par scinder le sens origine! commun â 
la suite , non seulement de la scission phonétique déji 
acquise et à la faveur de cette scission même, mais aussi 
de rhabitudequi s'est établie de se servir de la forme 
ployer quand il s'agit du fait de courber un objet résis- 
tant, alors qu^on a recours à la forme plier s'il est 
question du même acte appliqué à un objet inerte et 

sans ressort. 

Il est infiniment probable qu'ici, comme en ce qui 
regarde les altérations phonétiques, l'altération oa 
plutôt la spécification sémantique, qui ne pouvait 
naturellement se produire qu'en second lieu, est dueà 
la manière de dire, — à la locution, ou à la formule, 
— d'un initiateur auquel les circonstances ont permis 
de faire autorité ou de servir d'exemple. Rappelons- 
nous d'ailleurs que c'est ainsi, et ainsi seulement, 
que peuvent s'expliquer les attributions primitives de 
telle ou telle forme ou variante du pronom démons- 
tratif à la désignation de telle ou telle qualité spéciale 
des choses, et par là, la transition même du pronom à 
l'adjectif. 

Les exemples auxquels nous avons eu recours jus- 
qu'ici ne portent que sur des transitions significatives, 



— 223 — 

légères. Il en est ainsi, en effet, des nuances qui dis- 
tinguent courber de tordre ou de plier, — plier de 
ployer, — ténu de tendre ; mais, à côté de ceux-là, on 
peut citer de nombreux cas où la disjonction significa- 
tive des doublets phonétiques va en s élargissant jus- 
qu'au point d'aboutir a une antithèse formelle. Nous en 
avons des exemples dans le radical indo-européen tan 
iA étendre » passant au sens de « serrer, réduire » dans 
« ténu, ténuité », par Tintermédiaire de celui de mince; 
dans le latin prîvus, primitivement « séparé » (com- 
parer notre verbe priver), d.'où « propre, attaché à, 
spécial » par l'intermédiaire de « mis à part, réservé, 
approprié », dans les expressions « en privé, une chose 
privée « propre », — opposé à « commun, public) »; 
dans le latin meniior, étymologiquement « penser, se 
représenter (une chose réelle) », arrivant à signifier 
« mentir, tromper», en passant par l'idée d'i< ima- 
giner », etc. 

Ces modifications, qui, au cours de la vie des mots, 
en transportent graduellement le sens du contraire au 
contraire, nous démontrent d'une manière irrécusable, 
que tout Tentre-deux peut être rempli à plus forte 
raison par des vocables apparentés, et par conséquent 
que l'ensemble des termes d'une langue de pre- 
mière formation se prête à être comparé à un 
immense réseau dont toutes les mailles, solidaires les 
unes des autres au point de vue de la forme, le sont 
également eu ce qui regarde les sens. C'est ce que 



— 224 — 

nous avions pris à tâche de faire voir, et noas pou- 
rions nous en tenir à cette conclusion si noas D'avior> 
pas à tenir compte, avant de terminer, d'une sorte i* 
rappel à la question préalable, que quelques linguistr 
ont pour habitude d'adresser à quiconque raisonneur 
les racines, pour établir les bases d'une théorie gcn^ 
raie du langage. 

VI 

Tous les progrès qu'ont accomplis depuis les com- 
mencements du siècle les sciences historiques e: 
naturelles sont venus à Tappui de l'hypothèse que I: 
terre est bien autrement ancienne qu'on ne le croyaiî 
en s'appuyant sur la chronologie biblique plus ou 
moins bien interprétée. 1/âge du monde que nous habi- 
tons a été reporté de six à sept mille ans à plusieurs cert- 
tainesde siècles, et la race humaine a été vieillie en 
conséquence. Bien que les données paléontologiqnes 
qui la concernent ne paraissent pas déterminées jus- 
qu'ici d'une manière bien précise et bien sûre, on ik 
risque guère de dépasser le minimum en lui attribuant 
une cinquantaine de mille ans d'existence. C'est en 
partant d'approximations de ce genre que certains lin- 
guistes ont contesté la validité des conclusions que 
d'autres se croient en droit de tirer de l'examen des 
racines indo-européennes, et qu'ils en dénient le cane- 
1ère primitif. Il y a si longtemps, disent-ils, querhomm*' 
doit user du langage, et les plus anciens documents qui 



— 225 — 

nous font connaître ces racines, tels que les Védas de 
rinde ou les poésies homériques en ce qui regarde la 
Grèce, sonl d'une antiquité relative si peu considérable 
(trois mille ans, au plus), qu'il y a lieu de croire à des 
refontes multiples qui en ont complètement altéré les 
traits primitifs et qui interdisent d'en tirer parti comme 
si Ton avait quelque droit d'y retrouver l'image des 
origines. 

On en donne d'ailleurs pour exemple ce qui s'est 
passé dans la transition du latin aux langues romanes 
et la création dans celles-ci de racines apparentes qui 
n'ont rien de primitif, mais qui seraient mises sur le 
même pied que les autres, si l'étymologie n'en décelait 
pas la formation secondaire. Telle est, entre autres, la 
racine roui, qu'indiquent les mots français rouler, 
rouleau, roulement, etc. Sans les mots latins rot-a, 
rot'Ula, etc., qui nous y font voir clairement le résultat 
de la combinaison d'un radical plus ancien rot et des 
suffixes qui l'accompagnent dans rotula, nous n'hési-. 
terions pas à considérer roui comme une racine pri- 
mordiale età raisonner très faussementen conséquence. 

Or, ce qui a eu lieu à cet égard entre le français et 
le latin a dû se produire à plus forte raison entre 
l'indo-européen, dont nous connaissons les racines par 
les idiomes qui en sont issus (sanscrit, grec, latin, etc.), 
et les états du langage de la race qui l'ont précédé 
durant les longs siècles antédocumentaires dont la 
durée s'est étendue, au point de vue régressif, depuis- 



— 226 — 

répoquedesVédas et des poèmes homériques, jnsqo^ 
celles des premiers essais chez nos âocétres du langâ^ 
articulé. 

Voilà l'objection dans toute sa force, et nous ne dis- 
simulons pas qu'elle nous place dans l'alternative, m 
de la réfuter, ou de reconnaître que la prudence scien- 
tifique impose le devoir de s'en tenir au scepticisme 
passif de la Société de Linguistique de Paris. Fort heu- 
reusement pour ceux à qui cet aveu d'impuissance 
parait humiliant, excessif et de nature à stériliser tout le 
champ de la linguistique indo-européenne en la privant 
à jamais de principes., les arguments sur lesquels on 
peut s'appuyer pour passer outre sont nombreux et 
concluants. Nous indiquerons les principaux en les 
classant par ordre d'importance. 

I"" Les fausses racines, eu égard aux origines latines 
du français, telles que ro<i/ dans roul-er, etc., sont 
très peu nombreuses ; dans la grande majorité des cas, 
le français a conservé les racines latines qui sont pour 
la plupart des racines indo-européennes. Il en est ainsi, 
entre une infinité d'autres, de /^ dans souf-fr-ir qui re- 
monte par l'intermédiaire du latin fer, du grec ^ep, du 
sanscrit bhar, etc., jusqu'à l'époque d'unité Indo-euro- 
péenne. Il est hautement invraisemblable que les racines 
qui se sont conservées à peu près intactes à travers les. 
vicissitudes qu'a subies la langue mère pour arriver au 
français actuel, n'aient pas bénéficié d'un avantage ana- 
logue dans la langue mère elle-même. 



— 227 — 

S"" La transition du latin au français et aux langues 
romanes en général, s*est effectuée dans des conditions 
toutes spéciales de trouble et d'irrégularité. Sans la 
brusque révolution causée par Tinvasion des Barbares, 
dont Teffet a été de suspendre pendant des siècles toute 
l'ancienne culture, le latin serait resté le laUn et l'en- 
chainement historique des formes de la langue n'aurait 
pas abouti à la confusion dont la fausse racine roui 
nous fournit un ei^emple. Rien au contraire n'autorise 
à croire que le développement linguistique à l'époque 
d'unité indo-européenne ne se soit pas poursuivi dans 
des conditions à la fois traditionnelles et naturelles 
exemptes des risques d'un trouble profond parce que la 
tradition en était sans doute familiale et orale. La fra- 
gilité de la tradition àvilisée de l'antiquité classique 
tient à son caractère littéraire et scolaire qui la 
rendait éminemment susceptible de disparaître avec 
la littérature et l'enseignement public dont elle dé- 
pendait. 

3"* L'ancien égyptien nous fournit l'exemple d'une 
langue qui, dans le cours des quatre ou cinq mille ans 
pendant lesquels nous pouvons en suivre l'histoire, n'a 
pas modifié sensiblement ses racines. Pourquoi en au- 
rait-il été autrement de la langue mère indo-euro- 
péenne, une fols pourvue de ses instruments néces- 
saires? Elle n'a jamais complètement cessé d'accroître 
le nombre de ses radicaux au moyen de l'évolution 
phonétique, mais elle les a conservés tels ou à peu près 



— 228 - 

qa1ls sont nés. à C4)lé de leurs antécédents, et c>s( 
de là que vient sa richesse. 

io Les formes radicales restées simples, comme le 
latin dtx dans tn-dex^ ju-dtx) ou rex^ et qui présentent 
le plus grand nombre des termes communs aux diffé^elll^ 
idiomes indo-européens de première formation, d*où la 
preuve qu*elles remontent à la langue mère, décèlent 
leur caractère primordial autant en ce qu'elles sont 
monosyllabiques qu'en raison de leur fonction gram- 
maticale d'adjectifs-noms d'agents, k ce double point 
de vue, elles portent le cachet des éléments initiaux do 
langage, et aucun fait n'autorise à supposer qu'elles ont 
subi des altérations du genre de celles qui ont abouti à 
la fausse racine roui du français. 

Il nous semble que la cause est entendue. 

Le langage, comme la société à laquelle il sert de lien, 
comme la civilisation dont il est le principal auxiliaire, 
a eu d'humbles commencements et sa richesse actuelle 
est le fruit de la lente capitalisation de ses gains suc- 
cessifs. A la façon de tout ce qui a vie, il jouit de la fa- 
coltéde s'accroître, et son histoire n'est que letableaude 
l'extension constante des moyens qui lui sont propres 
pour.«jHi^er la pensée humaine. Envisagéesousce jour, 
la question de son origine devient singulièrement 
simple et claire dans les deux parties qu'elle comporte. 
La première, qui concerne le cri animal et qui survit 
encore dans le langage actuel sous la forme de Tinter- 
jection, est toute du ressort de la physiologie. C'est «î 



— 229 — 

cette branche de la science qu'il appartient snrtoutd*en 
montrer les rapports nécessaires, et d'ailleurs évidents, 
avec les causes subjectives et extérieures qui provoquent 
rémission de la voix d'une manière spontanée et irréflé- 
chie, on pourrait dire naturelle et fatale, chez tous les 
êtres qui possèdent les organes requis à cet effet. 

Avec l'intervention psychologique de la conscience 
et le secours de l'articulation modulant le son pro- 
prement dit, le cri animal est devenu le langage 
humain, et c'est alors que l'étude en relève du lin- 
guiste ou du grammairien dont la tâche consistera, 
si tout ce qui précède est juste, à remonter des effets 
aux causes ou des phénomènes secondaires à ceux qui 
les ont précédés. 

Par là, la linguistique rentre dans le cadre des 
sciences historiques et leur emprunte sa méthode; 
parla, la question d'origine cède le pas à celle de 
développement et d'enchaînement. A vrai dire, — et 
c'est ce qui excuse dans une certaine mesure l'interdit 
de la Société de Linguistique, — ici comme ailleurs, le 
commencement absolu n'est nulle part, et l'œuvre du 
savant est circonscrite en conséquence. 

Paul Këgnàud. 



16 



LE 

LEVER DE LA LUNE DE LA CONNAISSANCE 

(PRABÔDHACANDRÔDAYA ) 

Drame en 6 aotes, traduit pour la première fois en français 

du sanskrit et du pràkrit 



Ce drame est une composition allégorique, qui res- 
semble à nos vieilles moralités par la personnificatiou 
de Quiétude, de Dévotion à Vishnu, de Sentiment de 
la personnalité, de Compassion, etc. 

Les opinions tbéologiques ou philosophiques, qui 
sont énoncées ou auxquelles il est fait allusion dans ce 
drame, le sont parfois avec une telle obscurité qu'il 
faudrait bien des notes pour en élucider les difficultés : 
nous ne tenterons même pas ici d'effleui'er un sujet 
aussi intéressant, mais plein de périls, auquel seuls des 
philosophes pourraient appliquer la finesse ou la péné- 
tration de leur esprit. 

L'auteur de ce drame veut établir les principes du 
Védanta, et il met en scène les autres doctrines, en 
ayant soin de souligner avec malice leurs erreurs ou 
leurs absurdités, et il est certain qu'il agit trop souvent 
comme ceux qui, ayant une idée fixe, ne peuvent s'em- 
pêcher, même avec la meilleure foi du monde, de 
représenter sous un faux jour les sectes rivales. Il faut 



— 231 - 

avouer que cette passion exclusive donne parfois au 
drame une allure des plus franches et des plus vives, 
et Ton ne peut que souscrire aux invectives, aux saillies 
spirituelles qui émaillent la pièce hindoue. 

Dans ce drame, l'âme {Purucha) épouse Illusion 
(Maya), et de cette union naît le monde entier, Manas 
(le pouvoir imaginatif). Manas épouse d'un côté Ac- 
tivité {Pravrtti), et de l'autre Inaction [Nwrtti), Avec 
la première sont engendrés Grand Aveuglement 
(Mahamoha) et tous les autres vices, Hypocrisie, 
Amour, Volupté. Hérésie, Colère, Avarice, Sentiment 
de la personnalité, etc. De la seconde épouse naissent 
Discernement {Vioeka) et toutes les autres vertus, 
Contentement de peu, Compassion, Quiétude, etc. 

Discernement a pour épouse Pensée {Mati)\ il doit 
se marier, grâce à l'entremise de Dévotion à Vichnu, 
avec Révélation (Upanishad), d'où doit sortir la déli- 
vrance de l'âme par l'engendrement de Prabodha, 
c'est-à-dire l'Idée que je suis Vichnu, et de Science 
{Vidya), sa sœur. 

Nous pensons qu'il est pour le moins inutile de faire 
remarquer à ceux qui voudront bien lire cette traduc- 
tion (que nous avons faite sur le texte de Brockhaus, 
Leipzig, 18350 la quantité assez grande d épisodes qui 
font honneur à la féconde imagination de Krchnaraiçra. 
Les lecteurs sauront faire eux-mêmes le départ de ce 
qu'il y a de vraiment neuf et piquant dans cette mora- 
lité hindoue, et ils seront assez justes pour ne pas trop 

1. Dans les passages difficiles, qui ne manquent pas dans oe 
drame, nous avons consulté parfois avec fruit le Commentaire de 
Sédition de Calcutta^ 1838. 



— 232 — 

nous en vouloir d'avoir scrupuleusement conservé les 
passages audacieux et parfois pleins d'une licence phi- 
losophique. Car nous suivons, élève respectueux et 
reconnaissant, le système de traduction exacte, qu'ont 
bien voulu nous enseigner nos maîtres, MM. J. Vinson 
et A. Bergaigne. 



• Personnages du Drame 

L'ame (Puracha) épouse d'Illusion (Maya). 

Illusion (Maya) épouse du mâle ou de l'Être Suprême, et de 

Purucha. 

Manas, fils de Maya. 

Activité (Pravrtti)) -, . j %# 

\^,. .X i Les deux épouses de Manas. 
Inaction (Nivrttt) ; 

Discernement 



Passion 



I Les deux fils de Manas. 



^ , i Les deux épouses de Discernement. 
Pensée ) 

( Enfants de Discernement et de Révélation. 
Science ^ 

Foi, mère de Quiétude (Dans ce drame, il y a une seconde 
Foi selon les incrédules, et une troisième Foi, fille de Pas- 
sion. La première est blanche, la deuxième noire, fille de 
ténèbres, et la troisième rouge). 

Quiétude, fille de Foi. 

Compassion, amie de Quiétude. 

Grand Aveuglement, et tous les vices, fils d'Activité et de 

Manas. 
Discernement, et toutes les vertus, fils d'Inaction et de 

Manas. 
Sentiment de la pbrsonnauté. 



— 283 — 

AviDmi, fils de celui-<;i. 

Cupidité, épouse d'Avidité. 

Hypocrisie, fils d'Avidité et de Cupidité. 

Faux-Semblant, fils d*Hypocrisie. 

Amour. 

Volupté, épouse d'Amour. 

Matérialistes 

) Sectes hérétiques et auxiliaires de Passion. 
Mendiant 

Kapalika 
Irréligion, ministre de Passion. 

Nous ne mentionnons pas ici d'autres personnages secon- 
daires, plus ou moins mêlés à l'action, et qui grossiraient 
inutilement cette liste. 



PRABODHACANDRODAYA 
PREMIER ACTE 

BÉNÉDICTION 

a Nous vénérons cette splendeur \ immense, sans tache, 
consistant uniquement dans la conscience de soi-même ; à 
celui qui ignore cette splendeur, lenserable des trois mondes, 
l'éther, l'air, le feu. Peau et la terre, apparaît comme un 
étang dans le mirage du soleil de midi ; mais pour ceux qui 
en connaissent l'essence, l'ensemble des trois mondes dis- 
paraît de nouveau, semblable au corps du serpent cou- 
ronne*. » 

Et aassi 

1. Brahma neutre. 

2. Les passages mis entre guillemets sont en vers dans Tori- 
ginal. 



— 234 — 

« Vive cette lumière particulière, qui fraachit le trou de 
Brahma au moyen du vent enfermé dans l'artère intérieure, 

et qui, l'organe interne étant disposé à l'apaisennent, est 
pleine d'une joie qui commence 1 celte lumière pénètre le 
monde, manifestée en quelque sorte sous l'apparence sensible 
du pénitent qui porte sur sa tête une demi-lune (Çiva). » 

FIN DE LA BÉNÉDICTION 

Le Directeur. — N'en disons pas plus long. J'ai reçu un 
ordre de Gôpala, dont les pieds de lotus sont éclairés par les 
couronnes de rayons lancés par les pierres précieuses des 
diadèmes de tous les vassaux ; de Gôpala qui, sous la forme 
de l'homme-lion. s'est manifesté en fendant comme des 
portes la poitrine de la multitude des ennemis forts, et qui. 
sous la forme d'un grand sanglier, a relevé la terre hors du 
déluge, — qui n'était autre qu'une famille de rois très puis- 
sants ; — de Gôpala, dont la gloire, sous forme de boutons 
de liane, pend aux oreilles des courtisanes qui senties quatre 
points cardinaux ; de Gôpala, qui a le feu de sa splendeur 
mis en branle (attisé) par la secousse du vent très lourd 
produit par les oreilles des éléphants de tous les points car- 
dinaux. 

— Vraiment, nous a dit le vénérable Gôpala, quand j'étais 
occupé à conquérir le monde pour mon ami d'enfance, le roi 
Çrîkîrtivarman, j'ai vu disparaître le suc heureux de Brahma 
suprême, et mes jours se sont passés, souillés en quelque 
sorte par le contact du suc des diverses voluptés, mais main- 
tenant j'ai accompli ma tâche, car 

« Les princes, ennemis du roi, ont été détruits, la terre en 
possède la garde, et sa souveraineté, grlce à des ministres 
illustres, ornée d'une guirlande de têtes de vassaux, a été 
établie sur la terre ayant pour ceinture l'océan. » 

Je désire donc me divertir par l'exécution d'un spectacle 



- 285 — 

ayant en abondance le suc de l'apaisement ; aussi vous devez 
aujourd'hui, en présence du roi Çrîklrtivarman, représenter 
cette pièce, nommée le lever de la lune de la connaissance 
(Prabôdbacandrôdaya), autrefois donnée pour vous par son 
auteur, le seigneur Krchnamiçra. Le roi brûle du désir de 
contempler avec sa cour ce spectacle. — Bien. Je vais dans 
la coulisse appeler ma femme et je vais exécuter le diver- 
tissement. 

(Ayant fait quelques pas et ayant regardé dn côté de la coulisse) 

Madame, venez ici. 

L'Actrice. — Me voici, mon époux. Quel ordre voulez- 
vous que j'exécute ? 

Le Directeur. — Madame, vous le savez parfaitement : 

« Il existe un prince, nommé Gôpala : la tlamme du feu de 
sa majesté, en lécbant le fossé des trois mondes, grandit dans 
une forêt qui est la puissante armée des rois ses adversaires ; 
sa gloire se répand dans le monde entier, et, par ses victoires 
sur les rois, dues à un seul ami qui n'est autre que la liane 
de son épée, il a rétabli dans son autorité royale Tomement 
des rois, .Klrtivarman ; » 

Et aussi 

« Maintenant encore la gloire de Gôpala est chantée sur les 
champs de bataille par les bruits prolongés que font les fentes 
du sommet des bosses des éléphants qu'agite un vent impé- 
tueux, par les danses des femmes des Piçâcas et par le bruit 
des femmes ivres des Yâtudhànas, dont les cymbales, qui 

ê 

sont des crânes d'hommes, résonnent par le battement de 
leurs mains qui bondissent. » 

Du roi, qui est entré dans le sentier de l'apaisement, je 
viens de recevoir l'ordre de représenter, pour son plaisir, une 
pièce nommée Prabôdhacandrôdaya ; les acteurs doivent 
donc recevoir l'ordre de prendre leurs costumes. 

L'Actrice (avec ôionnement,. — Mon époux, c'est surpre- 



~ 236 — 

nantt c'est surprenant. Ce Gôpala a obtenu autrefois la vic- 
toire en menaçant tous les rois uniquement par l'héroïsme et 
la force de son bras, en barattant, comme la mer de lait qui 
fut barattée par Madhumattana, la mer composée par farraée 
de Karna, mer dont les guirlandes de vagues sont des che- 
vaux bouillonnants à cause de la multitude de Qèches qui, 
lancées par son arc tiré jusqu'à l'oreille, pleuvent abondant^^; 
mer dont les milliers de grandes montagnes sont les hauts 
éléphants renversés par des milliers de javelots aigus tombant 
sans interruption; mer dont les flots innombrables sont les 
fantassins roulant par le choc du mont Mandara mis en 
branle, qui est son bras agité. Comment donc un si grand 
apaisement a-t-il pu se produire chez ce guerrier dont la 
conduite héroïque doit être louée maintenant par tous les 
solitaires? 

Le Directeur. — Mon épouse, la splendeur de Brahma, 
douce uniquement par essence, malgré quelques modifica- 
tions, revient à sa propre nature, car sa colère a éclaté pour 
raffermir sur la terre la souveraineté des rois de la dynastie 
de la lune qui avait été déracinée par le maître de Gèdi (Sisu- 
pâla), aussi terrible que le feu du dernier jour pour la des- 
truction de toutes les races de rois. 

Vois comme • 

« L'immobilité, le calme et les limites sont les mêmes pour 
l'Océan qui, bouleversé par le vent de la fin d'un Kalpa, a 
submergé toutes les montagnes. » 

Des héros, comme Gôpala, étant devenus des parties du 
bienheureux Nârâyana (Vichnu), sont descendus sur la terre 
pour le bien des êtres, et, une fois leur œuvre accomplie, 
parviennent à la sérénité absolue; par exemple, que Ma- 
dame considère Paraçurâma lui-même, 

(( Dont le sacre a été accompli vingt et une fois dans le lit, 
débordant de sang, des rivières ayant pour rives une abon- 



— 237 — 

dante boue faite de graisse, de chair et dç cervelles de rois, 
et dont la hache, si renommée dans la destruction, limitée 
aux femmes, aux enfants et aux vieillards, est habile à fendre 
de son tranchant, dans un retentissement horrible, les épaules 
élevées des Kchatriyas. » 

(( Celui même qui avait soulagé la terre en déracinant la 
race des princes qui pesaient sur elle comme un fardeau, le 
vénérable muni, fils de Jâmadagni, après avoir par ses austé- 
rités apaisé le feu de sa colère, est entré dans Tapaisement. » 

Do même celui-ci aussi (Gôpala), ayant atteint son but, est 
parvenu maintenant à un état d'apaisement extrême, lui qui 
« ayant vaincu, avec Tappui de Discernement, Karna et le 
puissant Aveuglement, a fait, comme le lever de la connais- 
sance, le lever de la gloire du roi Çrlkirtivarman ». 

(Dans la coulisse). Ah ! méchant! le dernier des acteurs! 
Comment, nous vivants, peux-tu dire la défaite de notre maître 
Grand Aveuglement causée par Discernement? 

Le Directeur (avec tressaillement (regardant). — Oh ! 

« Embrassé par Volupté, qui le presse tendrement de ses 
seins élevés et gros, c'est Amour qui vient, le vénérable, 
enivrant tous les êtres, charmant tous les regards, et dont les 
yeux de lotus sont remplis d'ivresse. » 

Mes paroles viennent, comme il me semble, d'exciter la 
colère d'Amour; donc il vaut mieux nous éloigner tous deux 
d'ici. (Tous les deux sortent). 

FIN DU PROLOGUE 

(Alors Amour, comme il a été décrit plus haut, et Volupté arrivent).' 

Amour (avec colère).— Ayant redit : Ah 1 méchant ! le der- 
nier des acteurs ! comment, nous vivants, peux-tu dire la 
défaite de notre maître Grand Aveuglement, causée par Discer- 
nement 1 

N'est-il pas vrai, 6 le dernier des comédiens ! que 



— 238 — 

(( Discernement, ayant pour origine les Castras, règne 
dans Tesprit de ceux qui savent, tant que ne tombent pas sur 
eux les flèches des regards des belles aux yeux de lotus ? : 

a La terrasse agréable d'un palais, les femmes, les lianes 
aux abeilles bourdonnantes, les jasmins venant de s'épanouir, 
les vents parfumés, les nuits accompagnées de leurs luoes. 
certes, si cesarmes, qui sont à moi, triomphent de toutes parts 
irrésistibles, oh I quelle sera' cette puissance de Discerne- 
ment ? Quel sera le lever de la connaissance ? » 

Volupté. — O mon époux I je pense que Discernement 
est vraiment un grave ennemi du grand roi Grand Aveu- 
glement. 

Amour. — Ma chère, d'où vient dans ton cœur cette crainte, 
certes, naturelle aux femmes, pour Discernement? Vois, vois. 

u Bien que ces flèches ou ce carquois soient faits de fleur?, 
cependant, femme aux belles hanches ! tout ce monde, en y 
comprenant les Dieux et les Asuras, ne va pas même un instant 
vers la tranquillité en transgressant mes ordres.)) En effet : 

(( Le roi des Dieux (Indra) a été amoureux d*Ahalyâ ; le 
maître des créatures a été vers sa propre fille ; le Sôma a 
aimé la femme de songuru (Brhaspati). Ainsi, qui n'a pas été 
dirigé souvent par moi dans un sentier trompeur ? Et quelle 
est la fatigue de mes flèches dans l'œuvre de l'affolement du 
monde ? )) 

Volupté. — Mon époux, c'est vrai; cependant il faut 
craindre un ennemi, quand il est accompagné de grands amis; 
en effet, ses conseillers, Empire sur soi-même et Vœu de 
pratiques pieuses passent pour être très puissants. 

Amour. — Ma chère, tu vois ces conseillers puissants du 
roi Discernement, Empire sur soi-même, etc. Eh bien ! ceux-là 
rapidement et nécessairement seront dispersés rien que par 
le fait d'être attaqués par nous. En effet : 

« Qu'est-ce que Pitié pour Colère ? Qu'est-ce que Chasteté 



— 239 — 

et les autres pour moi ? Devant Cupidité, quels sont ceux-ci : 
Vérité, Probité, Incorruptibilité. » Mais comme Empire sur 
soi-même, Vœu de pratiques pieuses, Manière de s'asseoir, 
Effort dans Tacte de la respiration, Renoncement aux objets 
de jouissance, Exercice de la Contemplation, Répétition men- 
tale de la leçon apprise, Concentration de la pensée, doivent 
être réalisés par une pensée unique, sans altération, leur 
déracinement sera tout à fait facile ; et leurs femmes sont 
aussi leurs mauvais génies; et par là ils sont tout à fait à 
notre portée. En eflfet : 

(( Sans parler du regard, des paroles, des coquetteries, des 
rires, du jeu, des embrassements des amantes, leur souvenir 
seul est suffisant pour Témotion passionnée du cœur. » 
Et surtout quand ils seront attaqués par les favoris de notre 
maître, Égoïsme, Hypocrisie et les autres, ils se réfugieront 
vers le mal, qui est le conseiller du roi (Grand Aveuglement). 
Volupté. - Mon époux, voici ce que j'ai entendu dire : le 
lieu de naissance de Modération, de Tempérance, de Discer- 
nement, etc., est unique. 

Amour. — Ah 1 ma chère ! pourquoi parler d*un lieu de 
naissance unique ? Notre père lui-même n'est-il pas unique? 
En effet : 

(( Dans les premiers temps du monde, ici (dans ce monde 
illusoire) de l'union du souverain (Purucha) avec Illusion 
[Mdyâ) est né un fils connu sous le nom de I^fanan; et par 
celui-ci, qui avait émis à son tour tout cet univers, l'ensemble 
des trois mondes, une double famille, la nôtre, a été engen- 
drée. » 

D'Activité est sortie la première famille de Grand Aveu- 
glement et des autres ; d'Inaction la seconde famille de Discer- 
nement et des autres est sortie. 

Volupté. — S'il en est ainsi, mon époux, pourquoi une 
lutte si ardente existe-t-elle entre vous qui êtes frères ? 



— 240 — 

Amour. — Ma ehère. * on sait qoe dans le inonde étiîav 
une lattp arant pour origine précisément le m^me désir d^ ^ 
frères. Ainsi poor la conquête de la terre, nne bostili:** 
ardente, cause de la destruction dn monde, s'est élevée enire 
les descendants de Kum ei de Panda ». 

Tout ce monde absolument a été acquis par notre père, e:, 
comme nous étions ses favoris, ce imème monde) noas e>t 
échu par héritage; mais eux ont tenu nnecondaîte tout oppos*^^ 
fà la nAtre . Aussi ces méchants sont-ils maintenant résolus à 
déraciner nous et notre père. 

Volupté. — Que ce malheur se détoame de nous ! que ce 
malheur se détourne de nous! Mon époux, est-ce la haioe 
seule qui les a poussés à ce crime, et n*j a-t-il pas ici 
quelque ruse projetée? 

Amour. — 11 y a ici quelque mystère. 

Volupté. — Mon époux, pourquoi ne déconvre-t-on pas 
cette cause cachée? 

Amour. — Comme Madame, grâce à sa nature de femme, 
est timide, on n a pas annoncé ce crime redoutable. 

Volupté (avec crainte). — Mon époux, qu'est-ce que cela? 

Amour. — Ma chère, soyez sans crainte, soyez sans crainte : 
cela ne convient qu'aux désespérés. Certes, d après le bruit 
qui court, il naîtra dans notre famille une Râkchasî, nommët^ 
Science, semblable à la nuit de la fin du monde.* 

VoLiPTÉ laveccraiiiie;. — Ah ! malheur ! malheur ! Com- 
ment ! dans notre famille il y aura une Ràkchasî ! à cette 
pensée mon cœur frissonne. 

Amour. — Ma chère, soyez sans crainte, soyez sans crainte. 
C'est seulement un bruit. 

Volupté. — El que doit faire cette Râkchasl ? 

Amour. — Ma chère, il y a en vérité à ce sujet une sen- 
tence de Brahma : « Mâyâ a été la femme du mâle, détaché 
de tout commerce avec le monde, et celle-là, même non touchée 



— 241 — 

par lui, ayant engendré un fils, Manas, engendra graduel- 
lement les mondes, et de ce même Manas sera engendrée à 
son tour cette fille, Science, qui doit dévorer le père (iManas) 
les frères, la mère et toute la famille.» 

Volupté (avec un tremblement de crainte). — Mon époux, 
sauve-moi 1 sauve-moi I (Kn disant cela.elle embrasse son époux). 

Amour (ayant exprimé par ses gestes le plaisir qu'il éprouve de 
ce contact), (A part). — « H cause Tépanouissement des poils qui 
se hérissent, il fait dans les yeux trembler la prunelle, il 
engendre la joie et fascine, cet embrassement de la femme 
avec la liane de ces bras couverts de bracelets qui bruissent 
et Tunion heureuse des deux seins lourds et élevés par le 
tremblement de la crainte. » 

(L*ayant embrassée fortement). (Haut). — Ma chère, soyez sans 
crainte! soyez sans crainte! Nous, vivants, comment la 
naissance de Science pourrait-elle s'accomplir ? 

Volupté. — Mais la naissance de cette Râkchast est-elle 
regardée comme précieuse pour vos ennemis ? 

Amour. — Oui, vraiment Science doit être engendrée, avec 
son frère la lune Prabôdha, par Discernement et son épouse 
la déesse Révélation ; et c'est, pour amener cette naissance, 
que tous ceux-ci. Apaisement, Pouvoir de se dompter soi- 
même et les autres font tous leurs efforts. 

Volupté. — Mon époux, comment la naissance de Science, 
qui doit causer leur propre destruction, est-elle vantée par 
ces méchants ? 

Amour. — Des méchants faisant le mal et s'appliquant à la 
destruction de la famille peuvent-ils songer aux dommages 
à subir ? Vois : 

« La naissance des êtres, qui ont reçu en partage une 
nature noire et tortueuse, cause la mort de ceux dont ils 
tirent leur origine et d'eux-mêmes : la fumée, étant devenue 
nuage, après la mort du feu, va elle-même vers la mort. » 



— 242 — 

Dans la Coulisse. — Ah ! méchant ! Comment peux-tu 
en notre absence nous gronder, en disant que nous-mêmes 
nous faisons le mal? Ne sais-tu pas, malheureux I 

« Que les rois prescrivent l'abandon même d'un guru 
impur, s'il ne connaît pointée qui est à faire ou à ne pas faire 
et s'il est sorti hors de la droite voie ? » 

C'est là un vers purânique, que disent ceux qui connais- 
sent les Purânas.Le père même, qui n'est autre que le maître 
du monde, a été lié par notre père (Purucha) qui avait suivi 
Sentiment de la personnalité: et ce même lien s'est fortifié 
par Aveuglement et les autres. 

Amour. — Ma chère, c'est notre aîné, Discernement, qui 
s'approche d'ici avec la déesse Pensée (Mati). Le voici : 

« Ayant son éclat reçu de Passion et autres, qui vont vers 
leur plaisir, amaigri comme un orgueilleux, il paraît, par sa 
beauté devenue très obscure avec Pensée, comme la lune 
voilée par un épais nuage. » 

Pour nous, il n'est pas convenable de demeurer ici 

(En disant cela, tous deux sortent). 
(Alors rentrent le roi (Discernement) et Pensée (Mali). 

Le Roi (ayant médité) . — Ma chère, tu as entendu les 
propos orgueilleux de ce garçon mal élevé, qui ose nous 
repousser, en disant : Ils font le mal. 

Pensée. — Mon époux, quelle faute le monde nous repro- 
che-t-il ? 

Le Roi.— Ma chère^ vois : 

« Il a été lié avec cent chaînes par ces méchants, Passion 
et les autres, commandés par Sentiment de la personnalité, 
et il a été entraîné depuis longtemps dans une situation mal- 
heureuse, lui, le maître du monde, le pur fait de pensée et de 

bonheur. » 
Ceux-là sont d'honnêtes gens, et nous, qui nous appliquons 



— 243 — 

à la délivrance de celui-ci, nous faisons le mal, disent triom- 
phalement ces méchants. 

Pensée. — Mon époux, puisque colui-là, d*une nature belle 
et joyeuse, ayant un éclat éternel et son action qui se manifeste 
dans les trois mondes, est connu comme le Souverain Sei- 
gneur, comment par ces méchants a-t-il été lié et poussé dans 
rOcéan d'Aveuglement? 

Le Roi. — Ma chère, 

« L'homme dont Ténergie ne se lasse point, dont le cœur 
est entièrement apaisé, qui a obtenu la souveraineté, acquis 
Texpérience de la vie et qui, maître de lui-môme, élève tou- 
jours sa pensée, oui, cet homme lui-même, quand son cœur 
sera trompé par les femmes, abandonnera sa fermeté natu- 
relle, puisque ce mâle* s*est oublié ici lui-même par suite de 
son union avec Illusion (Mâyâ). » 

Pensée. — Mon époux, il n'y a pas en vérité obscurcisse- 
ment du soleil par une traînée d'ombre, pour qu'il y ait eu 
triomphe par Illusion sur le Dieu Océan, dont le grand éclat 
se manifeste. 

Le Roi. — Ma chère» cette Illusion est incompréhensible, 
comme une courtisane, car elle abuse le Purucha suprême, 
en lui exprimant des sentiments faux. Vois : 

« Grâce à cette déesse très indigne, le Dieu, brillant comme 
le cristal de roche qui est une pierre précieuse, a éprouvé 
une altération, mais non un changement; certes, dans cet 
embrassement sa splendeur ne périt pas du tout, et cependant 
Illusion est capable de produire la non-fermeté (de ce 
cristal) ». 

Pensée. — Mais pour quelle raison cette coquine trompe- 
t-elle ainsi un être d'une condition si noble ? 

Le Roi. — En vérité. Illusion agit sans raison et sans 

1. PuNs, autre nom de Purucba. 



— 244 — 

utilité pour elle; car telle est la nature des démons-femmes. 
Vois : 

« Elles trompent, elles ravissent, elles abusent, elles me- 
nacent, elles enivrent, elles désespèrent; quand elles entrent 
dans le cœur tendre des hommes, quelle puissance n*ont pas 
les femmes aux beaux yeux ? » Il y a aussi une autre raison. 

Pensée. — Mon époux, quelle est-elle ? 

Le Roi. — Voici ce qu*a pensé cette méchante : Quant à 
moi, ma jeunesse est passée, je suis assez vieille, et ce mâle 
ancien, par sa nature même (de vieillard) est détourné du 
plaisir des objets; je vais donc faire entrer mon Bis lui-même 
dans la place du Souverain Seigneur. — Manas ayant exécuté 
cette intention de sa mère et ayant pris en quelque sorte la 
forme du Souverain Seigneur, grâce à un voisinage immé- 
diat, fît les villes aux neuf portes les corps\et dans ces corps 
il introduisit le Souverain Seigneur, quoique unique, et après 
ravoir divisé en quelque sorte en beaucoup de parts : alors 
en lui, comme dans un cristal, il fait ses propres mouve- 
ments. 

Pensée (ayant réfléchi). — Mon époux, le fils est tel que la 

mère. 

Le Roi. — Aussi il a été circonvenu par son petit-fils, le 
fils aîné de Manas, Sentiment de la personnalité. Et alors ce 
Seigneur Suprême (l'ilme) <( savant, suivant la formation 
des agitations de la pensée, ayant une marche incertaine et 
plongé dans un sommeil fait d'ignorance, voit ces différents 
rêves et se dit t Moi, je suis né ; celui-ci est mon père, celle-là 
ma mère; voilà mon champ, mon épouse, ma famille, mon 
fils, mon ami, mes ennemis, ma richesse, ma force, ma 
science, mes parents ». 

Pensée. — Mon époux, dans le Souverain Seigneur (rame) i 
privé de la connaissance par un sommeil long, très long, 
comment la naissance de Prabôdha s'opère-t-elle ? 



— 245 — 

Le Roi. (Il se tient, le visage baissé par oonfusioD|. 

Pensée. — Mon époux, pourquoi es-tu si silencieux, la 
tête courbée sous le poids très lourd de la honte ? 

Le Roi. — Ma chère, d'ordinaire le cœur des femmes est 
plein de jalousie ; je crains donc de te faire en quelque sorte 
une offense. 

Pensée. — Mon époux, elles sont loin de me ressembler, 
les femmes qui entravent le désir né dans le cœur de .leur 
époux, quand celui-ci s'occupe de l'agréable ou s'engage sur 
la route du devoir ou de l'utilité. 

Le Roi . — Ma chère, 

(c Si, par l'entremise d*Apaisement et des autres, il y a 
union entre moi et la déesse Révélation, troublée par la 
jalousie d'une longue séparation et irritée, et si Madame, 
repoussant un instant les objets des sens, demeure en silence, 
alors, grâce à l'absence de ces trois états : la veille, le sommeil 
et le profond sommeil, sera obtenu le lever de Prabôdha 
(de la connaissance). » 

Pensée. — Mon époux, si le chef de notre famille peut à 
ce prix se délivrer de ses liens, bien qu'ils soient puissants, 
que mon époux ait même avec elle une union éternelle : voilà 
ce qu'il y a pour moi de plus cher. 

Le Roi. — Ma chère, si tu es ainsi indulgente, alors sont 
accomplis les souhaits que nous formions depuis longtemps. 
En effet : 

« L'âme, unique, — le premier des êtres, le maître éternel 
— reprend la qualité d'être uniquement Brabma, grâce à moi 
qui, avec Science et selon la règle, ai fait cette mortification 
mettant fin à la vie de ces partageurs de Brahma qui, ayant 
lié, divisé de diverses manières et jeté dans les villes (les 
corps) cette âme, l'avaient conduite vers le lieu suprême de 
la mort. » 

17 



— 246 — 

Soit : pour la naissance de Prabôdha, qui est l'objet qne 

nous nous proposons, nous allons employer Apaisement, 

Action de se dompter soi-même et les autres. (Sar ces paioies 
tous deux sortent). 



Fin du premier Acte. 



Gérard Dbtèzs. 



Analytical Synopsis of the 542 forms ot the 
Verb in Si Marks Grospel as trans^ated by 
Jean de Leiçarraga, 1571. 

(Suite) 

ÇVELA. 32. I. q. çuen avec chute du n avant la 
conjonctif & participial. 

1. 14.. ., PREDiGATZEN pz^e^a laincoaren reçumaren 
Euangfelioa : . . . , preschant TEuangile du royaume 
de Dieu*, 

2. 16. Eta Scribéc eta Phariseuéc ikussiric publi- 
canoequin eta gende vicitze gaichtotacoequin 

lATEN çuela, Et les Scribes & Pharisiens voyans 
qu'il mangeoit auec les peagers & gens de 
mauuaise vie, 

3. 22..., ecenBeelzebubÇUELA...,Il a Beelzebub, 
6. 37. Eta harc ihardesten çuela . . . Luy respon- 

dant 
7.6. Baina harc ihardesten çuela ... Et luy res- 

pondant 
9. 12. Eta harc ihardesten çuela . . . Luy respon- 

dant 
9» 17. Eta ihardesten fMcte gendetzecoetaric batec, 

1. Lc8 citations françaises se trouvent dans « Le second tome 
de la Saincée Bible^ a lion, par Sebastien honorati, m.d.lxvf » 
(Bibliothèque Nationale, Paris, cote : Inventaire A n* 322). 



— 248 — 

Et vn de la multitude respondant (L. traduit de 

ceux de la m.) 

9. 19. Eta harc ihardesten çuela ... Et lesus luy 
respondant 

10. 3. Baîna harc IHARDESTEN fuete . . . Luy respon- 
dant 

10. 5. Eta IHARDESTEN çuela lesusec (Hautin a mis 
ihardiesten) ... Et lesus respondant 

10. 20. Eta harc ihardesten fae^ ... L'autre res- 
pondant 

10. 24... Baina lesusec berriz ihardesten çuela. . . 
Mais lesus derechef respondant 

10. 51. Eta ihardesten çuela ... Alors lesus pre- 
nant la parole 

11. 14. Orduan ihardesten pacte lesusec ... Lors 

lesus respondant 
11. 22. Eta IHARDESTEN çucla lesusec ... Et lesus 

respondant 

11. 29. Eta lesusec ihardesten çuela ... Et lesus 

respondant 

12. 12... hayén contra comparatione haur erran 
çuela : . . . qu'il auoit dit ceste similitude contre 
eux : 

12. 17. Eta ihardesten çuela lesusec ... Et lesus 

respondant 
12. 24. Orduan ihardesten çuela lesusec ... Lors 

lesus respondant 
12. 34... ecen harc çuhurqui ihardetsi çueln^ ... 

qu'il auoit respondu prudemment, 
12. 35. Eta IHARDESTEN çuela lesusec ... Et lesus 

... leur respondoit (L. ne traduit par leur) 



— 249 — 

13. 2. Orduan lesusec ihardesten çuela .,.Lors 
lesus respondant 

14.3. ... aspic garbizco vnguentu precio han- 
ditaco boeitabat çuela: ... qui auoit vne boite 
d'oignement d'aspic précieux : 

14. 20. Eta harc ihardesten çuela ... Et luy res- 
pondant 

14. 48. Eta ihardesten çuela lesusec... Lors lesus 

parla à eux, 

14. 64..., HiL uETLECi çuela . ... estre coulpable de 
mort. 

15. 2. . . ? Eta harc ihardesten çuela ... ? lesus res- 
pondant luy dit, 

15. 12. Eta Pilatec ihardesten çuela, Et Pilate 
respondant 

15. 39..., ecen hala oihu eguinic spiritua rendatu 
çuela.,., qu'il auoit rendu l'esprit en criant ainsi: 

16. 11..., eta harc ikussi çuela, ..., & qu'elle 
l'auoit veu, 

16. 20. . ., launac hequin obratzen çuela, eta hitza 
confirmatzen çuela . .., le Seigneur ouurant auec 
eux, & confermant la parole 
ÇUEN. 29. Ind: imp: s. 3®. r. s. v. poss : & aux : 

act : 

1. 4..., eta PREDICATZEN çuen emendamendutaco 
baptismoa bekatuén barkamendutan ..., & pres- 
chant le Baptesme de repentance, en remission 
des péchez. 

1. 6. . ., eta othi eta bassezti iaten çuen. . . . : & 
mangeoit des sauterelles, & du miel saunage. 

1. 7. Eta PREDICATZEN çueu, Et preschoit, 



— 250 — 

1. 35.. », eta han othoitz egviteh çuen^ ..., & 
prioit là. 

1. 39. Eta PREDiCATZEN çucH hayén synagoguetan, 
Il preschoit donc en leurs synagogues, 

2. 25. .., cer EGUiN cwen Dauid-ec. .. ? . . . ce que 
fit Dauid 

3. 10. Ecen anhitz sendatu vkan çuen^ Car il en 
auoit guari beaucoup, 

4. 26. Guehiago erraiten çuen^ D'^uantage il dit, 

5. 2. ,.. spiritu satsua çuen guiçombat: (w rel: 
nom:} . . . vn homme qui auoit vn esprit im- 
monde, 

5. 26. Eta anhitz suffritu vkan çuen anhitz medi- 
cutaric, eta bereaguciaDESPENDATUfi/e/i, Laquelle 
auoit beaucoup souifert de plusieurs médecins, 
& auoit despendu tout le sien, 
5. 28. Ecen erraiten çuen. Car elle disoit, 
5. 32. Eta inguru behatzen' çuen^ Mais il regar- 
doit tout à Tentour 

5. 36. Èta lesusec . . . hitz haur ençun çuen beçain 
sarri, [n conj : régi par beçain.) Et incontinent 
que lesus eut ouy ceste parole 

6. 5. Eta ECiN EGUiN cwe/ihan verthuteric batre. Et 
ne peut là faire aucune vertu, 

6. 19..., eta HiL ERACi NAHi faew, . .., & desiroit le 

faire mourir : 
6. 20... : eta hura ençunic anhitz gauça eguiten 

çuen^ eta gogotic hura ençuten çuen. ... : & 

l'ayant ouy faisoit beaucoup de choses, & Toyoit 

volontiers. 



- 251 -^ 

9. 10..., cer erran nahi çueriy hiletarîc, resusci- 
TATZE harc. ... que c'estoit à dire cela, Res* 
susciter des morts. 

10.48 ... : baina harc vnguiz oihu guehiago egui- 
TEN çuen^ ... : mais il crioit beaucoup plus fort, 

12. Sommaire 42 Truncora emaiten çuen alargu- 
naz. (ici le n final est le prou: rél : nomin :) 
42 La vefue mettant au tronc. 

12. 35 ... ERRAiTEN çuen^ ..., disant, (vide çuela) 

12. 37...? Ëta gendetze anhitzec ençuten çuen 
hura gogotic. ...? Et grande multitude de gens 
prenoyent plaisir à Touir. 

12. 41..., GOGOATZEN çuen nola populuac diru 
emaiten p2/e/i truncora,..., prenoit garde com- 
ment le peuple mettoit argentan tronc : 

12. 44 ... ÇUEN gucia, bayeta bere sustantia gucia. 
(Hautin a mis une virgule avant bere) Ici le n 
final c'est le relatif que..,, tout ce qu'elle 
auoit, voire toute sa substance. (Dans l'original 
« auoit voire », et «gucia bayeta ». L. a souvent 
reproduit les fautes du texte de Calvin.) 

14. Sommaire 30 Pierrisi aitzinetic erraiten 
nola UKATUREN çuen.,.. 30 Reniement prédit à 
Pierre. 

14. 31. Baina harc vnguiz haguitzago erraiten 
çuen^ Mais il disoit encore plus fort, 

15. 44. Eta Pilatec miresten çuen..,. Et Pilate 
s'esmerueilla 

ÇVENA. 2. I. q. çuen^ aux : act : ^i rel : nom : 
décl : ace : [na = celle ou celui qui) 



-^ 252 — 

5 . 15 ... , legîonea ukan çuenci : celuy, . , . , qui 

auoit eu la légion : (régime de diot). 
5. 32 ... , haur eguin çuena . . . celle qui auoit fait 

cela (régime de leçançat.) 
ÇVENAC. 2. I, q. çuen^ n rel : décl: nom: act: 
[nac = celui ou celle qui) 
1 . 22 . . . authoritate çuenac beçala, eta ez Scribéc 

beçala. . . , comme ayant authorité^ & non point 

comme les Scribes. 

14. 44 ... , hura traditzen çuenac. , . Or celuy qui 
le trahissoit, 

ÇVENARI. 1. I. q. çuen, v. posa : n rel : nom : 
décl : dat : (nari = à celui qui) 
3. 3. . . . guiçon escu eyhartua çuenari, ... à 

rhomme qui auoit la main sèche, 
(Cf. çuenic, 3. 1, où le Français est identique, mais 
où escu porte l'article de sorte que eyhartua est 
plus prédicatif, et duçue, 8. 17, gogortua.) 
ÇVENEAN. 11. I. q. çuen, n rel : décl: temp : 
{nean = quand) 

1. 42. Eta hori erran çuenean^ Et quand il Teut 
dit, , 

2. 25 ... necessitate çuenean, . . . quand il eut 
nécessité, 

3. 34. Eta inguru behatu çuenean ... Et en regar- 
dant de tous costez 

5. 6. Eta iKussi çuenean lesus vrrundanic, Quand 

donc il vid lesus de loin, 
5. 22..., etaiKUSSi çuenean hura, ... : & rayantveu, 
8. 17. Eta hori eçagutu çuenean lesusec, Et lesus, 

cognoissant cela. 






— 253 — 

9. 20 ... : eta ikussi çuenean^ ... : & quand il Teut^ 
veu, 

10. 50. Eta hura, bere mantoa egotzi çuenean. Et 
iettant bas son manteau, 

12. 34. Eta lesusec ikussi çuenean... Et lesus 

voyant 
14. 23. Eta copà hartu çuenean, Et ayant prins 

la coupe, 

14. 67. Eta IKUSSI. çuenean Pierris... Et quand 
elle eut apperceu Pierre 

baÇVENEZ. 2. I. q. çuen^ n conj : avec e euph : 
devant z médiatif comme complément à.^ eya. 

[nez = sur la question si, about if.) 
3.2... eya Sabbathoan sendaturen çuenez\,.. s'il 

le guariroit au Sabbath, 

15. 44..., eya baçuENEz* heuraguiric ... s'il y 
auoit long temps 

ÇVENIC. 4. I. q. çuen, n rel : nom : décl : indéter- 
miné partitif en apposition avec le nominatif (/lîc 
zzzçuelqu^un qui,) 
1. 23. . . . spiritu satsua çuenic, ... ayant vn esprit 

immonde, (L. traduit l'immonde esprit,) 
3. 1 ... escua eyhartua çuenic. ... qui auoit la main 

sèche. 
5. 25... odol iariatzeà hamabi urthe Ae/âtn çuenic : 



1. Voyez ma brochure (11 pages) « The Construction of e^a 
with the conjunctive verb in old Basque» (Hertford, 1898), 
100 exemplaires en tirage à part des Transactions of the Philo- 
logical Society^ de Londres. Il y a un appendix de 3 pages publié 
en 18d9 (onse exemplaires en t. A p.). 



— 2M — 

• . . vne femme qui auoit vn flux de sang depuis 

douze ans: 
15, 7..., HERioTZE mutinationez BGunc çuenic 

& qui auoit commis homicide par mutinerie. 
ÇVQVEEN. 1. Cond: passé : s. 3*. r. s. verbe pos- 
sessif. 
14. 21 ... : on çuQt ke:^ guiçon harc . . . , il eust 

esté bon à cest homme-la 
ÇVTELA. 8. I. q. çuten aux : act : avec chute du n 
devant la participial & conj : 
2. 3. ..., EKARTEN çutela.., paralyticobat. ..., ame- 

nans vn paralytique (H. mit ekar à la fin de la 

ligne.) 
2. 12..., ERRAiTEN çutela^ ..., disans, 
6. 35..., ERRAiTEN çuielaj ..., disans, 

6. 48... penac2/^e/a AtJRTHiQUiTEN : ... qu'ils auoyent 
peine à tirer : (H. a mis çutela,) 

7. 2..., haren discipuluetaric batzuc escu corn- 
munez(« . .)iaten çutela oguia, ... aucuns de ses 
disciples prendre leur repas auec les mains 
communes, 

8. 11 ..., hura tentatzen çutela. . . ., le tentans. 

10. 2... TENTATZEN çutelo^ ..., le tentans, 

11. 33. Eta iHARDESTEN çutela . . . Ainsi pour res- 
ponse 

ÇVTEX. 35. Ind : imp : pi : 3^. r. s. aux: act: 

2. 6..., eta iharduquiten çuten bere bihotzetan, 

hunelay ,.., & disputoyent en leurs cœurs, 
2. 18. Eta loannesen eta Phariseuén discipuliiéc 

barur eguiten çutén : ... Or les disciples de 

lean & des Pharisiens iusnoyent : 



— 265 - 

7. 36 .. ., vnguiz guehiago publicatzen çutén. ...: 

de tant plus ils le publioyent 
7. 37. Eta giiciz miraculu esten* çutén, Et s'eston- 

noyent tresfort, 

14. 56. Ecen anhitzec falsuqui testificatzen çutén 
haren contra : . . . Car plusieurs disoyent faux 
tesmoignage contre luy : 

15. 3. Eta anhitz gauçaz accusatzen çutén hura 
Sacrifîcadore principaléc. Et les principaux 
Sacrificateurs Taccusoyent de plusieurs choses. 

15. 19..., eta thu eguiten çuten haren contra,..., 
& crachoyent contre luy: 

15. 29. . . iNiURiATZEN * çutcn, . . ., luy disoyent ou- 
trages, 

14.31 Eta halaber guciec-ere ERRAiTEN çutén, 

... Et tous aussi disoyent de mesme. 

15. 10... nola hura inuidiaz liuratu çutén Sacrifi- 
cadore principaléc)... que les principaux Sacri- 
ficateurs lauoyent liuré par enuie. 

15. 32... INIURIATZEN çutén, ..., luy disoyent ou- 
trages. 

15. 41... eta cerbitzatu vkan çuten: ....& luy 
auoyent subuenu: 

16. 3. Eta erraiten cuten elkarren artean, Et di- 
soyent entr'elles, 

1 . Ce mot se retrouve en onhesten = tenir pour bon, aimer^gaitz- 
esten = tenir pour mauvais, haïr. Entre-t-il en mirestenf II est 
possible que ejsku = mdAn^ dérive de la racine hes, het::. Cf. Latin 
prae/i^nc^ere et l'Anglais hand. 

2. On trouve le verbe iniurij avec ce même sens dans l'Anglais 
du XVI* siècle, e- g. dans le Prodromus de Gabriel Powel(Oxford, 
1602), p. 30 et 31. Voyez The Century Dictionary. 



— 256 - 

16. 6..., hunà lekua non rçarri ^kan çutén. ..., 

voici le lieu où on Tauoit mis. 
1.13..., eta Aingueruëc gerbitzatzen çuUn 

& les Anges le seruoyent. 
3. 2. Eta GOGOATZEN çutén eya... Et prenoyent 

garde sur luy s'il 
3. 11. ..., eta oihu EGUiTEN çuten,..., & crioyent, 
3. 21. ... : ecen erraiven çuten,... : car ils disoyent 
3. 22... Scribéc erraiten cutén^ (Hautin a mis 

çutén) avec Ve cassé) Et les Scribes.. . , disoyent. 

3. 30. Ecen erraiten p a/en, Pource qu'ils disoyent, 

4. 41... : eta erraiten çuten elkarren artean, 

disans Tvn à l'autre, 

5. 20...: eta guciéc miresten çuten. ...: & tous 
s'en esmerueilloyent. 

5. 24..., eta hertsen çuten..,., tellement qu'ils 
Tenserroyent. 

6. 2... anhitzec miresten çuten^. . . : & beaucoup..., 
s'estonovent, 

6. 12. Eta hec partituric predicatzen çuten 
Eux donc partis preschoyent 

5. 13. Eta deabru anhitz campora egoïzten çutén: 
eta UNCTATZEN fai^« olioz anhitz eri,... Et iel- 
toyent hors beaucoup de diables, & oignoyent 
d'huile plusieurs malades, 

6. 48. ...: (ecen haice — contra çutén)...: car le 
vent leur estoit contraire : 

6. 49. ..., usTE çuten..., ils cuiderent 
6. 50. Ecen guciéc ikusten pw/e/i hura. Car ils le 
voyoyenttous, 



— 257 — 

6. 56...: eta hunquitzen çutén guciac (ici le n final 
est le relatif nominatif)...: & tous ceux qui le 
touchoyent 

9. 34...: ecen elkarren contra iharduqui çutén 
bidean,... : car ilsauoyent disputé les vns contre 
les autres en chemin, 

10. 48. Eta MEHATCH\TZEN çuteti anhitzec 
Et plusieurs le tançoyent 

11. 9..., oihu EGUiTEN ftt/tf /?,... crioyent: 

12. 12. . . : ecen eçagutu çuten,.. : car ils cognurent 
12. 41..., eta anhitz abratsec emaiten cutén anhitz. 

... : or plusieurs riches y mettoyent beaucoup. 
ÇVTENAC. 4. I. q. çuten^ nveX: nom : décl : ace: & 
nom : (jiac = ceux qui) 

5. 38..., eta dolu handi ekarteiT çutenac. ceux 
qui.. . &menoyent gros dueil. 

6. 44. Eta lAN çutenac. Or ceux qui auoyent 
mangé 

8. 9. Eta lAN çutenac, . . Or ceux qui auoyent mangé 
16. 14...: ceren hura resuscitaturic ikussi vkan 

çutenac. : pourtant. .. à ceux qui Tauoyent veu 

ressuscité . 

ÇVTENEAN. 10. I. q. çuten, n rsl: décl: temp: 

{nean = quand) 

1. 37. Eta ERiDEN çuteneany... Et quand ils l'eu- 
rent trouué, 

3. 11. Eta spiritu satsuéc hura ikusten çutenean. 
Et les esprits immondes quand ils le voyoyent, 

3. 21. Eta haur ençun çutenean haren ahaideac. . . 
Et quand les siens eurent ouy cela, 



— 258 — 

6. 55. Eta laster eguin çutenean inguruco comarca 
hura gucia,... Et coururent çà & là par toute 
la contrée d'alentour, 

7. 2. Eta hec wmssi çutenean,., lE^X voyans 

14. 12. . .., Bazcoa s\crifigatu behar çutenean. . . . 
qu'on deuoit sacrifier F agneau de Pasque, 

15. 24. Eta CRUGiFicATU çutenean^,... Et quand 
ils l'eurent crucifié, 

15. 25... hura crucificatu cw^e/itfan. ,.. quand ils 
le crucifièrent. 

15. 35.., ENÇUN çutenean,, .. quand ils Fouirent, 

16. 4. Eta MiRATU çutenean,,,, ÇEt regardans 
ÇVTENEC. 1, I. q. çuten aux: act: n rel: décl : 

nom : act {nec = ceux qui) 

5. 16. Eta haur ikussi çutenec ... Et ceux qui 
auoyent veu ceci, 

ÇVTENETARIC. 1. I. q. préc: décl: part: déter- 
miné [netaric = de ceux qui) 

6. 2..., eta ençuten çutenetaric anhitzec ...:& 
beaucoup de ceux qui Toyoyent, 

ÇVTENETIC. 1. I. q. çuten, v. p./i rel: ace: décl: 
part : indéterminé . [netic = de ce que) 
12. 44. Ecen guciéc soberaturicçutenetic. 
Car tous ... de ce qu'ils auoyent d'abondant: 

ÇVTENIC. 1. I.q. çuten, aux: act: n rel: nom: décl: 
part : indéterminé participial, en apposition avec 
le nom :) de ciraden 

14. 4..., eta erraiten çutenic^ [nie = quelques 
' uns qui) , . . aucuns. . ., & disoyent, 

DA. 101. Ind : prés: s, 3". verbe subst : & aux : 



J 



— 259 — 

1 . 3. . . voza DA, (Hautin a mis da^) La voix . . . , 

est^ 
1. 7..., ETHORTKNrfa ..., vient 
1.8. Eguia DA, Vray est 
1. 15..., coMPLiTU da demborà^ eta nvviBiLda lain- 

coaren résuma: ..., Le temps est accompli, 

& le royaume de Dieu est prochain : 
1. 24..., Cer DA hire eta gure artean [esus Naza- 

renoa? ..., Qui a-il entre toy & nous lesus 

Nazarien ? 

1. 27. . ., Cer da haur? cer doctrina berri da haur? 
..., Qu'est-ce ci? Quelle doctrine nouuelle est- 
ce ci? 

2. 1. . ., eta ENÇUN ican da ... : & le bruit fut 

2. 7. Cergatic haur hunela blasphemio erraiten 
ARi da? Pourquoy cestui-ci prononce-il ainsi des 
blasphèmes ? 

2. 9. Cein da erratchago, erraitea paralyticoari^ 
. Lequel est plus aise de dire^au paralytique, 

2. 21..., eta gaizgoatzenago ^ da ethendurà. . . ., & 
la rompure en est pire. (H. a mis ga à la fin de 
la ligne.) 

2. 22. . . eta mahatsarnoa issurten da^ . . . baina 
mahatsarno berria çahagui berrietan eçarri 
BEHAR da. . . . , & le vin s'espand, ... : mais le 
vin nouueau doit estre mis en vaisseaux neufs . 

2. 27...: Sabbathoa guiçonagatic eguin ican da, 

1 . Notez la terminaison comparative ajoutée au nom infinitif 
duquel le sens exact devient o plus en empirant », gaiscoa-Uen- 
ago. Cl : spantago sous baitxitecen. 



— 260 — 

ez guiçona Sabbathoagatic. ..., Le Sabbath est 
faict pour rhomme, & non point Thomme pour 
le Sabbath: (H. a mis ga à la iïn de la ligne.) 

2. 28. Bada guiçonaren Semea Sabbathoaren-ere 
iabe DA. Par ainsi le Fils de Thomine est Sei- 
gneur aussi du Sabbath. 

3. 4. ..., Sabbathoan vngui eguitba da sori, ala 
gaizqui eguitea ? persona baten emparatzea, ala 
HiLTZEA : {sic) ...^Est-il loisible de bien faire es 
Sabbaths, ou de mal-faire? sauuer vne per- 
sonne^ ou la tuer ? L'original porte personue,) 

3 24. Ëcen baldiu resumabat^ bere conixa parti- 
TUA baDA, Car si vn royaume est diuisé contre 
soy-mesme, 

3. 25. Eta baldin etchebat bere contra partitua 
baoA, Et si vne maison est diuisee encontre soy- 
mesme, 

3. 26 ... eta partitua ba^A bere contra, . .. contre 
soy-mesme, & est diuisé, 

3. 29. . ., baina içanfn da condemnatione eternala- 
ren hoguendun. ..., mais sera tenu coulpable 
de condamnation éternelle. 

1. On a dit qu'il n'y a pas de mot basque commençant en r. 
11 est vrai que ces mots sont tous la plupart forains et qu'on les 
écrit à présent avec err au lieu de r, par exemple erresuma chez 
Bernard Gastelugar. 

[A suivre), E. S. Dodgson. 



ORIGINE ÉTRANGÈRE 

DE QUELQUES NOMS D'ANIMAUX 

DANS LBS IDIOMES NORD-ASIATIQUES 



La présence dans les dialectes de la Sibérie et pays 
avoisinants d'un certain nonibre de noms d'animaux, 
certainement empruntés à d'autres souches de langues, 
mérite d'être signalée à l'attention des ethnographes. 
Elle établit l'existence d'antiques rapports entre les 
habitants actuels du nord de l'Asie et des populations 
de régions fort éloignées. Voici les exemples de ce 
phénomène que l'on peut citer : 

L Pictet avait déjà cités comme apparentés à l'Ar- 
ménien Eln, «cerf» — Vieux Slavon Yeleni, Yelenu 

— Russe Olon — Polonais Jelen — Gallois Eilen, 
« cerf» et Elmn, «biche, faon » — Lithuanien Elnn, 
«élan», les termes suivants en vigueur chez les 
nomades delà Haute-Asie, Mandjour/r6yi,Oro/i, «cerf» 

— Tongouse (suivant les dialectes), Oron, Orol, Iriani, 
«renne». 

L'on pourrait, croyons-nous, sans trop de témérité, 
attribuer la même origine au Tschouktschi nomade 
Xoranna (d'après Uaukin); Xaraan (d'après Reitsky) ; 
Koron (suivant Romberg), l'aspirée initiale semblant 
parfois purement euphonique dans cet idiome. 

18 



\ 



— 262 — 

Pas de doute sur l'origine aryenne de tons ces mots. 
Elle se rencontre dans la vieille racine indo-européenne 
ar. Sanskrit r, grec 'EXacb, «chasser, pousser)^ — Alle- 
mand Eilen, « feslinare » — Irlandais Eilim, « aller, se 
mouvoir». Le cerf est donc l'animal agile, qui se meut 
avec vivacité. 

II. Le nom du renard en Samoyède-Oslyak, dont 
les divers dialectes se parlant dans la région comprise 
entre le cours supérieur de l'Obi et le cours moyen de 
riénissei nous fait assez l'efTet, lui aussi, d'être em- 
prunté. Ce qui tendrait à le prouver, c'est que l'animal 
en question est appelé dans les autres idiomes de 
souche Samoyède, de noms absolument dissemblables 
et ne rappelant en rien l'indo-européen. 

Quoi qu'il en soit, le mot qui désigne le renard est 
Lokâ en dial. du Tas — Lokka en dial. Karassine et 
enfln Loga dans celui du Narym. Serait-ce de là que les 
Bongrois jadis fixés dans la Sibérie occidentale ont 
pris leur terme de Rokus pour signifier « renard» ? 

Jugera-t-on trop fort de rapprocher ces vocables du 
nom indiquant le' lynx dans beaucoup de langues euro- 
péennes? Cf. Grec, AûyÇ — Gothique, Lauho — 
Suédois, Lô — Vieux Saxon, Lœx — Anglo-Saxon, 
Lox — Hollandais, Losch — Vieux haut Allemand, 
Luhs — Allemand Luchs — Lithuanien, Lwzis, de la 
racine qui se retrouve dans le Latin Lux, l'Allemand 
Licht, r Anglo-Saxon Lixan. Le lynx aurait donc été par 
excellence, pour nos aïeux, le quadrupède au regard 
brillant ou à la vue perçante. 



— 263 — 

III. L'on sait que d'autre part, en Ostyak (dialecte 
Surgute), le renard se dit Wahhar ou Vakchar. Ce 
vocable ne rappelle-t-il pas singulièrement le nom d'un 
animal très voisin chez les habitants de la vallée du 
iNil? iNous avons p. ex. : en Kopte (dial . Baschmourique) 
&«.09«.p (Baschar) — ii«.ig(op {Baschôr) en dial. Memphi- 
tique et Thébain pour « chacal». Le même mot se 
retrouve sons une forme assez rapprochée en vieux 
Libyen, à savoir Bmsaria Bàaaapta, xà àXcoiréxta ol 
AlSueç Xéyouat, nous dit Hésychius. Enfin M. L. Rei- 

nisch, le docte Chamitisant, nous donne pour chacal 
Wakari en A far et Wakdri en Saho. Ce sont, on le sait, 
deux dialectes nilotiques. Ajoutons que le renard qui 
fait défaut dans ces régions du Nord-Est de l'Afrique, 
s'y trouve en quelque sorte remplacé par le chacal. 

Serait-ce le seul hasard qui aurait amené une telle 
coïncidence entre dialectes sibériens et nilotiques? 
Nous aurions peine à le croire, mais quand et comment 
ont-ils pu exercer une influence quelconque les uns sur 
les autres ? 

Particularité bizarre, les trois termes ici étudiés se 
retrouvent en Basque. Cet idiome dit, en effet, Oreina 
pour «cerf», d'où notre mot Orignal ou « grand cerf 
duCanada» et icAcn (dial. Guipuscoan)pouru renard». 
Enfin, ce même animal est appelé Lukia en dial. Bis- 
cayen. Comte de Charenget. 



BIBLIOGRAPHIE 



H. DE Charencey. L'historien Sahagunet les Migra- 
tions Mexicaines. Alençon, typ. etlith. A. Herpin, 1898, 
95 p. gr. in-8**. 

Résumer un pareil travail, qui est lui-même un 
résumé analytique, me semble vraiment impossible ; 
il me suffira de le signaler aux amateurs. Le P. Saha- 
gun, arrivé au Mexique fort peu de temps après la 
conquête, eut l'idée, rare et louable chez un mission- 
naire chrétien, de se renseigner sur les coutumes, les 
mœurs et les traditions du pays. Il a laissé plusieurs 
copies d'un ouvrage qu'il écrivit là-dessus, en espa- 
gnol et en nahuatK mais, conflsqués par le despotisme 
royal et par Tinquisilion, ces manuscrits, traduits 
récemment en français par MM. Rémi Siméonet Jour- 
danet, n'ont vu le jour qu'en 1829 et 1830. Que de 
choses précieuses ne trouverait-on pas dans les biblio- 
thèques de la Péninsule I Ainsi, on affirme Texistence 
en Portugal d'un texte en langue guanche, l'idiome 
original des Canaries. Qui voudra et pourra le recher- 
cher, le retrouver et le publier ? Ce serait rendre à la 
science un bien grand service. J. V, 



— 265 — 

Paul Sëbillot. Légendes locales de la Haute-Bretagne. 
Première partie. Le monde physique. Nantes, 1899, 
petit in-8%(iv).xi-1 87 p. 

Est-il possible de rendre compte en quelques lignes 
de ce petit volume qui contient une masse imposante 
de faits et qu'on peut indiquer comme modèle à tous 
les travailleurs, à tous les amateurs au folk-lore? Ce 
recueil est un complément aux légendes religieuses 
catholiques et par suite il est, à mon avis du moins, 
beaucoup plus intéressant; c'est en somme le résumé 
de la mythologie locale de la Haute-Bretagne. M . Se- 
billot y rapporte toutes lescroyances, toutes les supersti- 
tions populaires relatives aux serpents, aux monstres, 
aux eaux, a la terre et à la mer : sirènes, fées, gnomes, 
lutins; — villes englouties, trésors cachés, crimes mys- 
térieusement punis; — revenants, apparitions, etc., 
rien n'y manque. 

C'est un précieux document de plus apporté à l'his- 
toire de la pensée humaine et qui jette un jour nouveau 
sur l'origine, le développement et l'évolution des reli- 
gions dans le monde. 

J.ViNSON. 

Bulletin de la Société des sciences, lettres et arts de 
Pau. IP série, t. XXVI (1896-1897), 3« et 4« livr. Pau, 
veuve L. Ribaut, 1897, gr. in-8^ p. 249-599. 

A part les procès-verbaux des séances, les listes 
ordinaires et les tables (p. 573-599), le présent volume 



• '\ - 266 - 



est occupé tout entier par une nouvelle série de 
delabaronuedeCrouseilhesàson fils, publicatioi 
comme la précédente dont j'ai rendu compte ici-c 
aux soins intelligents et éclairés d*un ancien mag 
M. Adrien Planté. Je ne puis que confirmer me 
mières appréciations: cette correspondante est 
mante et tout à fait de nature à inspirer le regret d 
vieux temps. Dans ce siècle de vapeur, de télêgr 
de téléphone, que sais-je encore? on n'écrit pi 
lettres et Ton ne sait plus en écrire. On griffonn 
i I hâte des billets sommaires, sans style, ni souven 

orthographe, jetés à la poste au hasard, ordinairt 
sans date et toujours sans numéros comme desp<j 
sans inlérét destinés à être détruits I . . . 

M. Planté a ajouté d^excellentes notes; il 
donne de plus deux portraits de M^^'deCrouseilhe 
a bien le type fin des Béarnaises, et un de son fil 
est quelconque. 

Mais ce qui me gale cette publication, ce son 
états de services du fils de M™*' de Crouseilhes, ce 
qui elle adressait ces lettres si vivantes et si vc 
d*oà la mièvrerie et la pose religieuse sont tolalei 
absentes. M. de Crouseilhes fils, né en 1792 et mo 
1861, fut nommé avocat général à Pau, à vingt-qi 
ans, au fort de Tabominable réaction royaliste, el, s 
avoir passé par le Conseil d^Élat, il devint, à In 
cinq ans, conseiller à la Cour de Cassation. Pa 
France sous Louis-Philippe, député réactionnain 



— 267 — 

1849, miDistre en 1851 et sénateur en 1852 ; grand 
officier de la Légion d'honneur et de Grégoire le Grand, 
il parait avoir été le type du fonctionnaire solennel, 
clérical et parfaitement inutile. J. Y. 



La Vasconie. . . par J. de Jaurgain. Première par- 
tie. Pau, imp. Garet, 1898, in-8% xx-453p. 

C'est un livre d'histoire ou plus exactement une 
série de discussions sur des documents et sur des faits 
historiques. Le livre est extrêmement intéressant avec 
ses appendices, ses tableaux généalogiques, ses docu- 
ments reproduits; le malheur est que rien n'est sûr 
dans ce moyen âge bas-latin. Comment distinguer le 
fait réel de la légende, alors surtout que les chartes et 
lescédules faussessont constamment mêlées aux vraies? 

Un des passages les plus intéressants est celui qui 
est relatif à l'évêché de Bayonne, dont M. de Jaurgain 
ne saurait placer la fondation avant le XIP siècle. 
Cette thèse, qui est infiniment probable, porte un coup 
sérieux à la légende de saint Léon qui, venu de Rouen 
pour convertir les Basques, aurait été le premier évêque 
de Bayonne et aurait été martyrisé aux portes de cette 
ville au IX.® siècle. On sait qu'à la façon de saint 
Denis, sainteSotange et autres, le susdit Léon auraitfait 
environ deux kilomètres autour des remparts de la ville 
en portant sa tête entre ses mains. M. de Jaurgain a 
beau nous dire qu'il est bon catholique et qu'il croit, 



— 268 — 

sauf l'épiscopat local, à cette légeode, les esprits iodé- 
pendants auront un peu plus ledroîtde n'y voirqu^ooe 
fable n'ayant peut-être aucun fondement historiqae. 
Au commencement de ronvrageselrooTent des affir- 
mations très contestables qui prouvent que M. de Jaur- 
gain n*est pas du tout au courant des études lioguis- 
tiques basques. Il n'est pas prouvé que le nom basque 
de Pampelune — Iruna — signiQe h la bonne ville h ; 
j'y verrai plutôt un dérivé de Iru a trois». On a dit en 
effet que Pampelune était la réunion de trois agglomé- 
rations distinctes; je ne retrouve pas cependant la note 
que j'avais prise. Il n'est pas plus exact de dire que 
les Vandales, les Vascons, les Caristes, les Lestrigons, 
lesCanlabres,etc., étaient Basques; rien ue le prouve, 
pas plus que l'identité de la langue ibérienne avec le 
basque primitif. Je crois avoir très catégoriquement 
démontré au contraire que les monuments écrits de Ih 
langue ibérienne qui sont parvenus jusqu'à nous ne 
sont aucunement explicables par le basque. 

Julien ViNsoN. 

Au moment où je termine cet article, on m'apporte 
une nouvelle brochure de M. de Jaurgain : Quelques 
Légendes poétiques du pays de Sou le. C'est une attachante 
et remarquable étude sur six chansons basques et sur 
les faits historiques qui leuront donné naissance. L'his- 
toire sert ici à la correction du texte; j'y reviendrai. 



— 269 — 

Proceedings of îhe Canadian Institute. Toronto, febr. 
1899, vol. II, part I, n° 7, gr. in-8*. 

Contient: Président B.E. Walker's Address (p. 1-10), 
Prehistoric Vonumenisof BrittanyhyiproLX.B. Macal- 
lum (p. 11-1 4), Corwwdt/mtVi Ontariohy ArchibaldBlue 
(p. 1 5-22), A^o/c« on prospecting for Corundum by Willet 
G. Miller, M. A. (p. 23-26), et The international scien- 
ti^ Catalogue by James Bain (p. 27-29). 



Zeitschrift jûr verg leichende Sprachforschung . . , von 
E. KuHN und J. Schmidt. Vol. XXXVI, 2'fasc. Gû- 
tersloh, 1899. 

Contient : H. Hûbschmann, Zur persischen Laut- 
lehre(p. 153-179);A. Thumb,Etymologien (179-202); 
E. Zupitza. UeberDoppeliionsonanzim Irischen (202- 
245);Th.Baunack,UeberdasVedischeWort/?aîiraf245- 
253) ; Th. Baunack,Zu R. V. X. 40, 3 (253-254) ; Th. 
Baunack (254-257), W. Liift, Wulflla oder Ulphila 
(257-264); P. Kretschmer,Etymologisches (264-270); 
P. Kretschmer, Aphârese îm Griechischen (270-273); 
W. Stokes, Hibernica (270-273). J. V. 



De la Catégorie des voix, par R. de la Grasserie. 
Paris, J. Maisonneuve, 1899, gr. in-8*>, 273 p. 

Langue Auca ; grammaire, dictionnaire, textes, par 
R. de la Grasserie. Paris, J. Maisonneuve, gr. in-8'*, 
1898, (iv)-372p. 



— 270 — 

Langue Zoque et langue Mixe; grammaire, diction- 
naire, textes, par R. de la Grasserie. Paris^ J. Mai- 
sonneuve, gr. in-8^ 1899, 384 p. 

Critica de la Lengua Auca del seflor R. de la Grasse- 
rie, por Rodoifo Lenz. Santiago del Chile, imprenta 
Cervantes, 1898, gr. in-8^ 21 p. 

[| m'a paru qu'au lieu d'examiner ces quatre publi- 
cations séparément, il valait bien mieux les réunir, 
comparativement, dans une seule et même étude. C'est 
surtout en effet une question de méthode qu'il convient 
de traiter ici . 

M. de la Grasserie a déjà publié un très grand nombre 
d'ouvrages qui forment deux groupes distincts. Le 
moins important se compose d'une série de monogra- 
phies toutes consacrées à des idiomes peu connus 
de l'Amérique ; le plus considérable est une série 
de mémoires traitant divers points de linguistique 
générale. 

En reprenant les sept ou huit brochures de M. delà 
Grasserie relatives à des langues américaines, je suis 
frappé tout d'abord de ce fait qu'elles ne sont point 
rédigées sur un plan uniforme. Tantôt ce sont des gram- 
maires composées de toute pièce sur des textes plus 
ou moins étendus ; tantôt ce sont des traductions ou 
des adaptations de vieux ouvrages, comme c'est le cas 
pour l'idiome awca; tantôt ce sont de simples traduc- 
tions d'anciens livres espagnols. Or, même dans les 



— 271 — 

grammaires directement écrites par M. de la Grasserie, 
je ne trouve pas l*anité de composition, la simplicité, 
la clarté désirables, et je remarque avec surprise le peu 
de place qu'y occupe la phonétique, Ta peu près trop 
fréquent des traductions et l'incorrection évidente des 
textes. Je sais bien que la correction parfaite est impos- 
sible à obtenir pour des volumes de ce genre, mais il 
est manifeste que nulle part les révisions n'ont été 
faites avec tout le soin et toute l'attention qui eussent 
été nécessaires. Vent-on quelques exemples? Dans la 
brochure sur les voix, le mot tamoul tshèr est traduit 
« lier, être lié » ; ce sens est inexact, car ce radical, 
qu'il aurait fallu d'ailleurs écrire çêr ou sér (avec 
l'une ou l'autre des deux premières sifflantessanscrites), 
signifie « joindre, être joint». Dans la même page, à 
sdgu est opposé sdtsa pour sdlsu ; ces deux mots d'ail- 
leurs sont lélingas (ou telugus) et non point tamouls. 
Le brahvi (écrit aussi dans la même page brahvi: à ce 
propos pourquoi tulu est-il écrit M/m?) est donné sans 
la moindre hésitation comme une langue dravidienne ; 
Quelques pages plus loin, le caractère passif du verbe 
transitif basque est affirmé comme si c'était un fait in- 
contestable et universellement admis. Partould'ailleurs, 
la plus grande négligence est apportée à la transcrip- 
tion des mots, et il n'est tenu aucun compte des signes 
diacritiques qui différencient les divers ordres de con- 
sonnes, les cérébrales et les dentales notamment. 
M. de la Gr. adopte, sans les contrôler ni les vérifier, 



- 272 - 

les propositions de tous les grammairieDS,etil se trouve 
ainsi conduit à donner comme certaines des choses 
fort discutables: je n'admets point par exemple que le 
signe du présent en tamoul soit kidru ou gidru ; 
d*autre part, les transcriptions tara tamoul et idlu 
canara, sans points souscrits, ne montrent pas assez 
ridentilé de ces deux mots. Dans l'anglais même, on 
lit plusieurs fois: Jam loved au lieu de / amloved. Àa 
surplus, le même son n'est pas toujours représenté de 
la même façon ; ainsi l'explosive palatale forte est 
écrite tch, tsh ou tsch. M. de la Gr. use beaucoup du 
A comme signe distinctif: il dit quelque part que ce 
signe convient parfaitement pour marquer un renfor- 
cement ; cette affirmation, un peu enfantine, est 
tout à fait fausse, et elle n'est pas acceptable sous la 
plume d'un linguiste. Dans cetle même brochure je 
pourrais signaler encore bien des défectuosités : les 
nombreuses langues qui y sont successivement citées 
sont présentées dans un ordre vraiment un peu trop 
fantaisiste; ainsi le kolh et le singalais viennent après 
les langues dravidiennes, comme s'ils faisaient partie 
de la même famille; ainsi encore le « groupe assyrien » 
est placé entre les langues ouraliennes et le samoyède. 
Il semble qu'on sente partout comme une hâte, une 
précipitation maladroite, un besoin irrésistible de faire 
vite : pourquoi ? 

En parcourant cette brochure, j'ai noté d'autres 
erreurs plus ou moins importantes. Qu'est-ce que 



— 273 — 

c'est (p. 197-198) que Vhiniui gaiwaù «devenir», 
rhindustani (aussi pendjabi et mahratte) dyâna, et 
l'hindi gana, etc. (p. 230), l'hindustani et. le ma- 
rathe {sic) dgdvia, hindi goua? 

Qu'est-ce que c'est (p. 177) que ces formes verbales 
indiennes en tf{^'' pers. duel et pluriel), à côté de w 
(1'« pers. duel) ? Pourquoi, lorsqu'on expose si bien le 
verbe sémitique (p. 1 73), embrouille-t-on cet exposé en 
parlant (p. 151) de formes phal, niphal, shaphel, paët 
(sic), qui ne sont expliquées nulle part? Pourquoi con- 
fondre (p. 178) le persan et le vieux perse? Où M. de 
la Gr. a-t-il vu que le basque possède deux conjugai- 
sons périphrastiques entières : l'une avec l'auxiliaire 
être, Tintransitive ; l'autre avec l'auxiliaire avoir, la 
transitive (p. 231)? Il est vrai que, pour lui, « le point 
le plus inté.ressantdelalanguebasque.c'est la réaction 
du concept transitif et Ae Vintransitif sur le substan- 
tif sujet réel » (p. 256) : cela veut dire que dans gizo- 
nak yan du« l'homme l'a mangé» (et non pas « l'homme 
mange») gizonak est un instrumental, ce que je n'ad- 
mets pas du tout, et qu'il faudrait traduire littéralement 
« par l'homme est mangé », ce que je nie de la façon la 
plus absolue. 

Je ne voudrais pas avoir l'air de chercher partout a 
reprendre, mais je ne puis m'empécher de faire une 
remarque qui se rattache d'ailleurs aux principes mêmes 
de la science : il me semble que tous ceux qui ont 
fait ou qui font avec fruit de la linguistique ont com- 



- 274 — 

mencé par Tétude attentive et minutieuse d*une langue 
particulière ou d*un groupe de langues; puis, ils se 
sont élevés à la science générale par une série de com- 
paraisons: instinctivement pour ainsi dire, ils ont pro- 
cédé du simple au complexe, du connu à TinconDu, de 
l'analyse à la synthèse, suivant la bonne méthode de 
l'observation et de l'expérience. Et, alors, ils ont pu, 
si j'ose m'exprimer ainsi, redescendre, avec une sûreté 
de travail incontestable, aux monographies et aux 
études spéciales. Il ne semble pas que telle ait été la 
façon de faire de M. de la Grasserie; je ne crois pas 
qu'il ait eu ou qu'il ait une « spécialité » linguistique 
quelconque, et c'est vraiment une chose fâcheuse parce 
qu'il se trouve ainsi moins bien armé pour répondre à 

la critique exigeante et minutieuse. 

A ce propos, il arrive à M. de la Gr. en ce moment 
même une cruelle mésaventure. L'un de ses derniers 
ouvrages, celui sur la langue auca qui est annoncé ci- 
dessus, vient d'être couronné par l'Institut. Ce livre 
m'intéressait tout particulièrement,parce qu'il est con- 
sacré à l'idiome indigène du Chili, au langage de ces 
caciques intrépides dont la résistance aux soldais 
espagnols a été si longuementchantée par Ercilla. C'est 
dans ce poème singulier que j'ai appris le peu d'espa- 
gnol que je sais; je l'ai traduit tout entier la plume à 
la main etquandje lis ces mots « Araucan, Araucanie», 
je ne puis m'empêcher de songer au robuste Caupoli- 
CBu, au téméraire Tucapel, au brave Lautaro, au sage 



— 275 — 

* 

Colocolo» à la belle Glaura et à la tendre Guacolda. 
Aussi avais-je accueilli avec plaisir un livre qui pouvait 
m'apprendre la langue de ces amis de ma jeunesse ; 
mais il parait que le tableau de M. de la Gr. est loin 
d'être exact. Un savant allemand établi au Chili, M. le 
D' R. Lenz, en fait du moins une critique sévère, et il 
se propose d*cn publier une autre plus détaillée et 
plus irréfutable encore. 

Irréfutable, ai-je dit? C'est que les observations de 
M. Lenz portent surtout sur des points de fait. M. Lenz 
démontre d'abord que le nom auca est impropre ; 
araucan serait meilleur, mais encore géographiquement 
inexact ; le seul nom possible est mapuche, msis il vaut 
mieux dire simplement « langue du Chili». La gram- 
maire de M. de la Gr.,loin d'être un résumé des 
ouvrages de ses précurseurs, n'est qu'un décalque 
du plus vieux, du plus mauvais et du plus imparfait 
de ces ouvrages; la transcription des mots indigènes 
y est rendue encore plus mauvaise, soit par l'emploi 
fâcheux d'un h additionnel, soit par la conservation 
des défauts de la vieilleorthographe espagnole {y pour 
i, b pour u, etc.) ; M. de la Gr. a même conservé la 
terminologie extravagante du missionnaire de 1606 qui 
a suivi le schéma de la grammaire classique latine et a 
trouvé au Chili des a supins » et des «ablatifs de gé- 
rondifs ». Le dictionnaire n'est qu'un recueilde nomen- 
clatures et de vocabulaires où les mêmes mots sont 
souvent répétés avecdes orthographes etdes traductions 



— 276 - 

différeDtes;sur560mots(lesvocabulaireseDCODlieDneDt 
environ 3^500), M. Lenz en a trouvé 81 incorrects, 
47 mal traduits, et 14 sans traductions. Parmi ces der- 
niers, M. de la Gr. n'a pu reconnaître sessos (sesos) 
«cervelle », hya (coquille pour htja) « fille )>, ado- 
quiera a n'importe où, dans un endroit quelconque y^, 
silvar « siffler » par exemple. Les mauvaises traductions 
ci-après, entre autres, sonlévidentes : suegro «gendre » 
au lieu de «beau-père», hiernode tasuegraa\e gendre 
de la femme » pour « gendre de la belle-mère », 
gâchas de mayz « déchets de riz )> pour « galettes de 
maïs », ceja « cil » pour « sourcil », infiel « un chré- 
tien » pour « païen, infidèle », manana (cras) « le 
matin » pour « demain », bahas « fève » pour « bave » ; 
j'excuserais monte «montagne» pour c< forêt », mais 
n'est' il pas impardonnable de rendre rascarse loscabal- 
los par « s'arracher les cheveux », en lisant cabellos.aiu 
lieu de «se gratter, se frotter (les chevaux) »? Quant 
à l'orthographe des mots indigènes, M. Lenz a relevé 
24 fautes dans la seule p. 32 I II fait voir que M. de 
laGr. accentue à contresens le nom d'un des auteurs 
qu'il a consultés, Fèbres pour Febrés. La troisième 
partie du volume n'est pas meilleure : les mots y sont 
criblés de fautes et les traductions analytiques trop 
souvent inexactes ou vaguement approximatives. Je ne 
vois pas quelles réponses on pourrait faire à ces cri- 
tiques. 
Un ouvrage composé dans le silence du cabinet, 



— 277 — 

sans autres secours que de vieux livres mal faits, doit 
nécessairemenl être fort défectueux : d'ailleurs les 
choses les plus simples échappent souvent. Des co- 
quilles ont déshonoré mon édition de la grammaire 
timucunna de Pareja \ surtout dans les notes, et j'ai 
moi-même mal compris cette phrase du titre: denuevo 
sacddo a luz où de nuevo ne signiQe pas «de nouveau, 
une seconde fois» mais « récemment» ; j'avais été un 
peu harcelé et bousculé par mon éditeur. Mais ce qui 
importe surtout à mes yeux, c'est le plan général, le 
raisonnement, la méthode. Examinons à ce point de 
vue le travail de M. de la Grasserie sur la catégorie 
des voix. 

Tout d'abord, je n'aime pas beaucoup ce mot « caté- 
gorie »qui sent la métaphysique et qui ne signifie rien. 
Il n'y a pas, en linguistique, de catégories ; il y a seu- 
lement des racines qu'on peut assimiler à des variables 
mathématiques et dont les fonctions sont les significa- 
tions diverses. A la première page, je trouve une énor- 
mité scientifique: le langage est comparé à la nature ; 
la nature renfermerait la matière, le monvemenl et le 
moteur, et le langage se composerait du substantif 
(matière), du verbe (mouvement) et des particules 
(moteurs). Une pareille théorie est antiscientifiqu^ au 
premier chef; elle comporte une méconnaissance abso- 

1 . Arte de la Lengua Timucuana compueslo en 1614 porel P. Fr. 
Pareja, y pablicado conforme al ejemplar original unico por 
L. Adam y J. Vinson. Pam, Maison neuve, 1886, gr. in-8*,xxxij- 
132 p. 

19 



— 278 — 

lae (le la loi du mouvement et de l'inertie. Mais, quand 
même elle serait exacte, la comparaison de M. de h 
Grasserie n'en est pas moins tout à fait fausse. Les 
particules n'ont pas d'existence indépendante, ce sont 
des mots formels, substantifs ou verbes, altérés dans 
leurs significations et dans leurs formes. Le verbe et 
le nom ne sont pas non plus des mots différents ; c^ 
sont leurs fonctions qui sont différentes. Le nom et le 
verbe peuvent également exprimer les relations d'es- 
pace; le verbe seul exprime de plus les relations de 
temps. Quant aux voix, elles ne correspondent point, 
pour employer un langage familier à M. de la Grasse- 
rie, à des relations objectives, mais seulement à des 
U[}3nce.s subjectives de la signification d'un même verbe. 
Or, un radical verbal ne peut ainsi varier que de deux 
façons, selon que l'idée significative est limitée dans 
l'espace ou qu'elle s'extériorise ; en d'autres termes, 
selon qu'elle est intransitive ou transitive. Il n'y a 
donc et il ne peut y avoir que deux voix simples fon- 
damentales ; toutes les autres sont secondaires, déri- 
vées, factices, artificielles ; elles expriment, non plus 
des nuances de la signification, mais des diversités 
dans ses manifestations. Et, au point de vue de la 
forme grammaticale, on peut dire que la voix intran- 
sitive et la voix transitive diffèrent, dans beaucoup de 
langues du moins, phonétiquement, tandis que les 
voix secondaires sont dérivées par des procédés pure- 
ment morphologiques. Ledravidien par exemple dérive 



— 279 — 

son causatif du futur, mais il forme son transitif par 
renforcement ; le tulu et le gond, si remarquables par 
le nombre de leurs voix dérivées.et ce détail a échappé 
à M. de la Grasserie, les forment toutes par dérivation ; 
dans la plupart des langues dravidiennes, on les rem- 
place par des péri phrases. Je ne parle pas du basque où 
la distinction de rintransitif et du transitif est fort 
obscure, où cependant le potentiel et le conditionnel 
ont un sufTixe spécial ke. Mais est-il rien de plus ins- 
tructif à cet égard que le tableau du verbe sémitique 
emprunté à Fr. Mûller par M. delà Gr., avec ses 
deux séries parallèles et symétriques? Que reste-t-il 
alors du vaste échafaudage si laborieusement construit 
par M. de la Grasserie, avec ses passifs hystérogènes, 
ses volitifs, permissifs, ambulatifs, responsifs (voix 
représentée en français par les particules « oui » et 
« non ») et surobviatifs d'une part, ses concepts, ses 
processus et ses fongibilités de Tautre? De la méta- 
physique, des mots, une grande complication, où la 
science du langage ne gagne rien ni au point de vue 
théorique, ni au point de vue pratique. En parcourant 
ces longues dissertations, je ne puis m'empêcher de 
songer au discours de la fameuse Reine qui se nourrissait 
de catégories, abstractions, antithèses, transcendantes 
prolepsies, elc. : « facilement me persuade le cœur 
voslre ne pâlir vice aucun n'aucune stérilité desçavoir 
libéral et hautain, ains abonder en plusieurs peregrines 
et rares disciplines. » Julien Vinson. 



VARIA 



I. Quelle est cette Langue ? 

J'ai reça la lettre sai vante : 

« Paris, V février 1899 
« Monsieur, 

» Un de mes anciens élèves, professeur à TUniversitë de 
» Columbia (Missouri), me prie de soumettre à un basquisant les 
)) quatre gloses suivantes d'un ancien manuscrit de Prudence, qui 
)) ne sont ni romanes, ni celtiques, ni germaniques : 

» ifa = mel silvestris 

» mesio = coagulo 

I) ahleriohebas = locustas 

» clintint = vestis scutulata 

» D. Thomas, 
» Directeur honoraire des Annales du Midi, » 

J'ai répondu, naturellement, que ce n'était pas là du basque. 

Mais qu'est-ce ? 

J. V. 

II. Le Pays Basque et les Journalistes 

Connaissez-vous la Revue du Palais? \X semble à priori que 
ce doive être un journal exclusivement juridique ; aussi, lorsqu'un 
de mes amis m'avertit dernièrement qu'il y avait lu un article 
sur le pays basque, ai-je cru tout d'abord qu'il s'agissait d'une 
étude sur le droit de famille, sur les coutumes, sur les fueros. Il 
n'en était rien; l'article, publié dans le numéro du 1" novembre 
1897 (I" année, n* 9, 3* vol., 3* livr.), intitulé : En pays basque 



— 281 — 

et signé « Georges Beau me », est simplement le récit d'une villé- 
giature de trois ou quatre semaines à Itxassou. 

La première réflexion que m'a inspirée la lecture dr ces 
28 pages est que les journalistes sont toujours les mêmes : obser- 
vateurs hâtifs et insufflsantSi insoucieux de ce que d'autres ont 
pu écrire avant eux, découvrant toujours des choses connues et 
ne faisant aucun effort pour chercher des renseignements exacts. 
M. Georges Beaume n'a pas manqué à la tradition. Il appelle 
bravement « Biscaye » le pays basque français; il y a vu de 
a hautes fougères », des « noyers gigantesques » et des a chênes 
rabougris » ce qui montre qu'il est aussi médiocre forestier 
qu'agriculteur peu expérimenté; il y a vu les jeunes gens et les 
jeunes fllles (au lieu de « jeunes filles », il dit tout le temps 
« demoiselles », ce que je trouve d'un français douteux) danser 
ensemble deux par deux à la sortie de la messe; il y a assisté à 
des parties de a rabot » (sic) où il n'a naturellement rien compris; 
il a causé avec des douaniers faisant de la contrebande et avec 
des contrebandiers dépourvus de tout enthousiasme pour leur 
marchandise; il a entendu trop souvent le tambourin et la chi- 
choula (lisez chiroula) : à cette mauvaise orthographe, j'ai 
reconnu l'oreille maladroite d'un Gascon qui, du reste, qualifie le 
basque de langage a rocailleux ». Enfin, il trouve que Virrincina 
est un cri de bâte heureuse, ce qui est absolument faux, car rien 
dans Virrincina ne rappelle la bote et ne marque la satisfaction 
passagère des animaux : c'est un cri d'appel auquel les Basques 
comparent traditionnellement le hennissement du cheval. 

. Mais on peut relever, dans l'article de M. Beaume, des choses 
plus graves. A la p. 657, il affirme qu'au pays basque, on pro- 
nonce de bonne heure les fiançailles des jeunes gens « comme 
dans toutes les campagnes, en obéissant surtout aux goûls des 
deux familles, à des considérations d'intérêt ». Heureusement 
pour les Basques, il n'en est pas du tout ainsi; ils se fiancent 
le plus souvent eux-mêmes et ne se préoccupent que de leur goût 
personnel. Le peu qu'il dit des sorciers (p. 655) est absolument 
inexact, et il n'est pas vrai que, quelques années avant la Révo- 
lution, on ait brûlé un sorcier basque à Saint-Esprit, faubourg 



— 282 — 

(c qui, ajoute sentencieusement Técrivain, était réseryé aax 
Juifs ». On ne voit pSiS bien ce que les Juifs viennent faire là... 

Je ne trouve pas plus vrai ce qui est dit des Cagota aux p. 658- 
660. Les cac/ots sont tout simplement, comme je Tai démontré 
avec beaucoup d'autres, des descendants de lépreux. 

Mais que dire de ce qui a rapport aux vases saccés d'Itxassoa 
(p. 654-655)? J'ai peine à croire que le curé actuel, originaire du 
pays môme, paralt-il, ait si mal renseigné le journaliste parisien. 
D'après ce dernier, les trots vases en question (deux candélabres 
et un saint-sacrement) qui sont en argent doré, auraient été 
fabriqués à Bayonne et porteraient le nom du donateur, de sa 
femme et de ses enfants. Ils auraient été donnés à l'église d'Itxas- 
sou par un émigrant originaire du village qui, en revenant 
d'Amérique, après y avoir fait fortune, aurait perdu sa femme 
et ses enfants pendant la traversée. Cela se passait au dix-hui- 
tième siècle; pendant la Révolution, des bandits espagnols 
seraient venus piller la contrée, auraient essayé d'intimider le 
curé pour se faire livrer les précieux vases, puis, plus audacieux, 
auraient en vain « chauffé » les pieds du sacristain, cordonnier 
de son métier, dont ils auraient commencé par tuer le jeune fils. 
Le sacristain resta inébranlable et ne dit point où avait été caché 
le trésor si convoité. 

Dans ce récita il y a presque autant d'erreurs que de mots. Je 
profite de l'occasion pour signaler une petite plaquette qui a dû 
devenir excessivement rare et qui fut imprimée à Paris en 1859. 
Elle est signée : «Guérin deTencin, fondateur et président d'hon- 
neur de plusieurs Sociétés de sauveteurs, médaillé du Gouver- 
nement, 342, rue Saint-Honoré. » Elle forme sept pages in-4* et 
porte à la première le titre suivant : « Notice historique des 
vases sacrés de l'église d'Itxassou, près Bayonne (Basses- Pyrénées), 
du donateur et de celui qui les conserva pendant la Révolution de 
1789. w L'auteur y raconte d'abord comment les quatre vases 
sacrés, en urgent doré ornés de pierres précieuses, furent légués à 
l'église d'Itxassou par un «Américain», Pierre d'Etchégaray, qui, 
de retour d'Amérique, avait dû s'arrêter à Séville où il tomba ma- 
lade, et où il mourut le 15 août 1645. H y avait juste cinq ans 



— 283 — 

qu'il avait quitté Itxassou, avec onze de se» camarades, pour 
aller chercher fortune au Mexique; il était d*une santé débile, 
par suite d'une chute qu'il avait faite dans la n)ontagne. En 
partant, il avait fait vœu, s'il vivait cinq ans et s'il devenait 
riche, d'employer sa fortune à témoigner sa reconnaissance à la 
Vierge d'Itxa,ssou. Cependant la Vierge fit des miracles et la ré- 
putation des vases sacrés s'étendit au loin. Plusieurs fois des 
brigands firent irruption dans la paroisse pour s'en emparer, 
mais ils ne purent les découvrir, tant le sacristain, à qui on 
ei) avait confié la garde, avait su mystérieusement les cacher. Ce 
sacristain mourut aux premiers jours de la Révolution et trans- 
mit à son fils ((Pierre Jhavour » (5/c), le précieux dépôt que 
celui-ci transporta dans sa maison, toute voisine du Pas de 
Roland, et qu'on nomme encore aujourd'hui Krrîpntnonia. Ce 
Ce fut là que, le 22 décembre 1792. des « forcenés » vinrent 
encore une fois essayer de dérober les riches joyaux dont ils ne 
purent découvrir la cachette. Ils chauffèrent » inutilement le 
sacristain, et unirent par se retirer, après avoir saccagé sa 
maison, mais sans avoir tué personne. Pierre n Jhavour » mit 
six mois à guérir; sa sœur devint folle et sa mère ne tarda pas 
à mourir de la frayeur qu'elle avait éprouvée. Le courageux sa- 
cristain vécut jusqu'au 13 octobre 1844; il s'était marié, avait eq 
deux enfants et recevait de la commune une pension viagère de 
100 fr. par an. 

Dans la seconde partie de sa brochure, M. Guérin de Tencin 
expose qu'il fut envoyé à Cambo en 1858 par un médecin spécia- 
liste pour les maladies de poitrine, qu'il s'en trouva fort bien, 
qu'il faisait de longues excursions, et que c'est ainsi qu'il fut 
conduit à Itxassou. II. constata que plusieurs des rubis et éme- 
raudes qui ornaient les quatre instruments sacrés étaient tombés 
et demanda la faveur de les faire rétablir à ses frais. Pour célé> 
brer cette réparation^ un Te Dcum solennel devait être chanté 
à Itxassou le jeudi 24 février 1859, à dix heures dp matin, et le 
même jour, à dix heures et demie, devait avoir lieu à Saint-Roch 
une messe d'action de grâce à laquelle M. Guérin de Tencin con- 
voquait tous ses amis. 



— 284 — 

La véritable histoire des vases sacrés d'Itxassou est raooDtée 
par M. Tabhé Haristoy dans son étude sur les paroisses da pays 
basque pendant la période révolutionnaire. Ces vases consistent 
en une croix, un ostensoir, un calice et un ciboire, en argent 
massif, « richement dorés et émaillés de pierres de couleur ». La 
croix a un mètre de hauteur et m. 58 « de pourtour au nœud »>. 
L'ostensoir, absolument de même forme que celui de la cathé- 
drale de Tolède, quoique moins élevé, mesure aussi près d'un 
mètre de hauteur, r^e donateur s'appelait Pierre d'Etchegaray, 
négociant à Séville, et il était natif d'Itxassou, maison Orcasberro. 
Outre les vases sacrés, il fit don à sa commune natale par an 
acte passé en l'étude d'un notaire de Bayonne, d'une somme de 
19,550 livres pour diverses fondations pieuses (messes, école 
pour les garçons, dots à des orphelines, secours aux nécessiteux); 
cet acte est du 21 juillet 1645. Divers actes postérieurs font sup- 
poser qu'il mourut peu après cette date; il avait donné procura- 
tion à un ami, négociant à Cadix, et à un autre ami habitant 
Bayonne. Les vases ne furent cachés que lorsque le curé et les 
vicaires quittèrent la paroisse en 1791 ; Pierre d'Yharour, auquel 
ils en avaient confié le secret, était simplement instituteur. C'est 
en 1795 qu'il fut» chauffé». Pour le récompenser, la commune loi 
donna une gratification et le nomma sacristain à vie. 

Ajoutons que l'église d'Itxassou possède aussi de très intéres- 
sants tableaux, dont M. Georges Beaume ne dit pas un mot, 
mais qui sont fort bien décrits par M. Ch. Bernadou dans sa 
brochure Zazpiah bat (Bayonne, 1895, pet. in-8% p. 163-166). 

Et voilà comment on écrit l'histoire I 

Julien ViNsoN. 

(L' Avenir des Pyrénées et des Landes, Bayonne, 23 mai 1899). 



Le Propriétaire-Gérant, 

J. Maisonneuvb. 



UCP. FRAMCA.I8B ET ORIENTALE L. MABCEAU, E. BERTBAMD SUC'. 



REVUE 



DE 



LINGUISTIQ.UE 



ET DB 



PHILOLOGIE COMPARÉE 



RECUEIL TRIMESTRIEL 



VUBLIÉ VAR 



JULIEN VIN SON 

PROFESSEUR A L*ÉCOLB NATIONALE DBS LANGUES ORIENTALES VIVANTES 
Avec U collaboration de divers savants français et étranger! 



TOME TRENTE-DEUXIÈME 

15 OCTOBRE 1899 



PARIS 

J. MAISONNEUVE, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

6, RUB DB MÉZIÈRBS ET RUE MADAME, 20 

1899 



SOMMAIRE DU N^ 4 



Page» 

E. GiBERT. — Étude de la Langue des Pouls 285 

P. Regnaud. — A propos d'exégèse védique 305 

J. V1N8ON. — Transcription hollandaise du tamoul.. . • 309 

Comte DE Charbncey. — Questions celtibériennes . . . 332 

Migrations caraïbes 336 

Varia. — I. Le Langage de l'électricité 358 

— IL Prédictions, Pressentiments, etc 362 



BIBLIOGRAPHIE 

R. B. Swinton. — An Indian taie or iwo 353 

J.-A. Dubois. — Mœurs, Institutions et Cérémonies des 

peuples de VInde 354 

Léon BoUack. — La Langue bleue (Bolak), langue 

internationale pratique 357 



ÉTUDE DE LA LANGUE DES POULS 



PREMIBRE PARTIE 



X^£2S SOXTS 



VOYELLES 

Les sons voyelles employés dans la langue poule 
peuvent se représenter comme il suit : 

a é è i o ou an on 
â ê i ô où ô 

On doit en prononçant les voyelles on et an faire 
légèrement sonner Vn final. 

La voyelle que nous représentons par le signe ô est 
intermédiaire entre o et on nasal. 

CONSONNES 

Les consonnes rangées dans Tordre de notre alpha- 
bet usuel sont : 

bdfghdjklmngnnprs 
t tch w y ('). 

Toutes ces consonnes se prononcent comme elles 
sont écrites, aux différences suivantes près : 

r La consonne française d n'existe pas telle 

20 



— 286 - 

quelle en poul. La consonne représentée ici par ce 
signe participe à la fois du d et de 17, mais beaucoup 
plus du premier que du second. 

â^" Il ne faudrait pas prononcer les consonnes 
figurées par dj et tch comme en français. La première 
participe à la fois du di, du dj et du dz, de même que 
la seconde participe à la fois du ti, du tch et du ts. 

Toutefois, lorsque le dj se trouvera devant une con- 
sonne, il devra se prononcer comme g. De même 
lorsque tch se trouvera devant une consonne il devra 
se prononcer comme k. 

Exemple : nadj-dé, admirer, doit se prononcer nag- 
dé. Nous adoptons cette manière de figurer, afin de 
conserver autant que possible aux mots une ortho- 
graphe rationnelle et de ne pas rendre les radicaux 
trop méconnaissables. Du reste, on serait parfaitement 
compris en prononçant le mot nadj-dé comme il est 
écrit. 

3* La consonne représentée par gn se prononce exac- 
tement comme le gn français dans bagne. 

4» La consonne figurée ici par le signe n est une 
nasale gutturale intermédiaire entre n etg, qu'il faut 
avoir entendue pour s'en faire une idée exacte et dont 
aucun signe orthographique français ne peut indiquer 
la valeur, même d'une manière lointaine : elle répond 
assez bien au n de tète ou ri cérébral sanskrit. 

S* Le w est intermédiaire entre le t; français et 
le w anglais, ainsi : 



— 287 — 

Weldé, plaire, ne se prononcera ni vel-dé ni oueldé, 
mais presque vueldé, en atténuant le v. 

G"" La consonance que nous avons représentée 
par un esprit rude (*) parait à une personne peu exer- 
cée n'être qu'une absence de consonne. 

Si cependant on prête bien i'oreille lorsqu'un Pou! 
dira mi ^am-i, je danse, on remarquera qu'il appuie 
sur la voyelle a une très légère aspiration rappelant 
assez bien un aïn arabe presque insensible. 

L'ordre dans lequel nous avons présenté les con- 
sonnes est absolument arbitraire. Une analyse de leurs 
affinités respectives conduit à les grouper comme il suit : 



10 _ «,_(.)^ g; 




^ — 


w. 


b; 


3" — h. k; 




40 _ 


/> 


p: 


5* — s, tch; 




6° — 


y. 


dj; 


r - r, d; 




8» 


l: 




9° — m. n, an. 


n. 









Voici cette analyse. On citera ici à l'appui du 
groupement en question un certain nombre de faits 
grammaticaux, qui sans cette circonstance trouveraient 
mieux leur place dans ce qui suivra. 

L'énumération de ces faits fera l'objet de deux para- 
graphes distincts. 

Le premier contiendra l'énoncé d'une partie des 
règles qui régissent le passage du singulier au pluriel 
dans le substantif et dans le verbe. Ces règles étant 
absolues, les conséquences qu'on en tirera présente- 
ront une certitude du même ordre. 



— 288 — 

Le second sera consacré à la mise en lumière d'an 
certain nombre de permutations, toujours les mêmes, 
se reproduisant accidentellement, il est vrai, mais 
fréquemment entre des consonnes déterminées, soit 
dans un même dialecte, soit de dialecte à dialecte. 

On pourra apprécier si les conclusions de ce para- 
graphe ne présentent pas le même degré de certitude 
que celles du précédent. 

FORMATION DU PLURIEL POUR LES SUBS- 
TANTIFS ET LES ADJECTIFS OU PARTICIPES 

Il existe en poul dix-sept classes de noms, autrement 
dit dix-sept genres correspondant aux dix-sept adjec- 
tifs démonstratifs, pronoms, articles déûnis suivants : 

1®' groupe: O. 

2® groupe: ndou, ngué, ngo, ndé, ko, 
3* groupe: ngou, ba, ngol, ndi, ki, ka^ dam, 

dé, ngal, nguel, doum. 

Comme on le voit, ces dix-sept genres sont ici 
divisés en trois groupes. 

Tous les substantifs appartenant aux différents 
genres qui composent chacun de ces groupes jouissent 
de propriétés communes au point de vue de la forma- 
tion de leur pluriel ; et c'est Texamen de ces propriétés 
qui fait l'objet de Texposé qui suit. 

Il est du reste entendu que nous écartons de cette 
analyse les mots d'origine étrangère, tels que les mots 



-289 — 

arabes introdaits avec rislamisme, et les mots d'origine 
européenne introduits avec notre domination. 



PREMIER GROUPE 

Règle I. — Sauf quelques exceptions dont on n'a 
pas à tenir compte ici, il n'existe pas de substantif 
singulier du premier groupe dont la consonne initiale 
soit une des premières consonnes des sept premières 
paires. 

Règle II. — Si un substantif du premier groupe 
commence par une des secondes consonnes des sept 
premières paires, cette consonne est généralement 
remplacée dans le passage au pluriel par la première 
de sa paire. 

Exemples : 



gor-ko 


homme 


toor-bé 


hommes 


gayna-ko 


berger 


^ayna-bé 


bergers 


bayl-o 


forgeron (caste) 


wayl-oubé 


forgerons 


kod'do 


hôte 


hod'bé 


hôtes 


pouna-do 


jumeau 


Jbuna-bé 


jumeaux, etc. 


Règle III. — 


• Si un substantif siuRulier du c 



ordre commence par une des consonnes classées sous 



- 290 - 



la rubrique 9" ou 9% celte consonne n'est pas changée 
dans le passage an pluriel. 



Exemples : 
lam-do 
lam-bé 
mabb'O 
mabb-oubé 



chef, roi 
chefs, rois 
tisserand (caste) 
tisserands, etc. 



DEUXIÈME GROUPE 



KftGLE I. — On peut dire, d'une façon générale, 
que les substantifs singuliers du deuxième groupe 
commençant par une des secondes consonnes des 
sept premières paires sont des exceptions. 

Hëgle II. — Si un substantif singulier du second 
groupe commence par une des premières consonnes 
des sept premières paires, cette consonne est toujours 
remplacée au pluriel par la deuxième de sa paire. 



xempies : 
wour-o 


village 


gour-é 


villages 


houd'O 


herbe 


koud'éli 


herbes 


sammou-ndé 


hérisson 


tchammou-lé 


hérissons 


i^awa-ndou 


chien 


dawa-di 


chiens 


Jb-ndou 


pigeon 


po-li 


pigeons 


wa^-ndou 


singe 


bà^-di 


singes, etc. 



— 291 — 

Règle III. — Comme la règle III pour le premier 
groupe. 

TROISIÈBIE GROUPE 

Règle I. — Aucun substantif appartenant au troi- 
sième groupe ne commence par une des premières 
consonnes des sept premières paires. 

Règle II. — La consonne initiale des substantifs 
du troisième groupe n'est jamais modifiée dans le 
passage du singulier au pluriel. 

Exemples : 

tchew-ngou panthère 

tcheW'di panthères 

guelo-ba chameau 

guelo'dî chameaux 

baro-di lion 

baro'dé lions, etc. 

REMARQUE RELATIVE AUX TROIS GROUPES ET PLUS 
PARTICULIÈREMENT AUX DEUX DERNIERS 

Il arrive fréquemment que dans le corps d'un sub- 
stantif entre comme consonne destinée à fermer la 
syllabe radicale' une des premières consonnes des 
sept premières paires. Elle est souvent remplacée par 
la seconde de sa paire dans le passage au pluriel. 

1. On verra plus loin que presque toutes les racines de la langue 
poule sont des monosyllabes fermés, de la forme : consonne, 
voyelle, consonne. 



— 292 — 



Exemples : 

fow-rou 

pob-i 

nqf-rou 

nop-i 

hay-ré 

kadj'é 

niw-ré 

nib-é 

gniw-a 

gntb'i 



hyène 

hyènes 

oreille 

oreilles 

pierre 

pierres 

brume^ temps couvert 
brumes 
éléphant 
éléphants, etc. 



FORMATION DU PLURIEL POUR LE VERBE 

AUX TEMPS CONJUGABLES 

Il se passe poiir le verbe quelque chose d'analogue 
à ce que Ton vient d'énoncer. 

Les trois règles suivantes sont applicables à celte 
partie du discours. 

Règle I. — Les racines verbales (telles que les 
présentent les formes infinitives) peuvent avoir pour 
initiales toutes les consonnes. 

Règle II. — Si une racine verbale a pour initiale 
une des premières consonnes des sept premières paires, 
elle conserve cette initiale aux personnes du singulier 
(pourvu toutefois que le sujet précède le verbe) et la 
remplace par la seconde consonne de la même paire aux 
personnes du pluriel. 





— 293 — 


Exemples : 




wcu*-de 


tuer 


mi war-i 


je tue 


a war-inô 


tu as tué 


o waranoma 


il a été tué 



rawa-ndoundouwar-étakê ce chien ne sera pas tué 

min bar-i nous tuons 

on bar-inô vous avez tué 

hé bar-anoma ils ont été tués 

dawa-di di bar-étaké ces chiens ne seront pas tués 

Règle III. — Si une racine verbale a pour initiale 
une des consonnes non visées à [a règle précédente, 
cette initiale ne sera jamais modiQée dans le cours 
<le la conjugaison. . 

CONCLUSIONS 

Il résulte nécessairement de l'exposé qui précède 
qu'il existe en poul une parenté réelle entre les deux 
consonnes de chacune des sept paires qui flgurent en 
tête du groupement que nous avons proposé. 

On peut donc considérer ce groupement comme 
suffisamment justifié. 

Dans ce qui va suivre, on va établir qu'il y a des 
affinités considérables entre les con^sonnes des deux 
premières paires, qu'il en est de môme pour celles 
des deux suivantes, de même pour celles de la cin- 
quième et de la sixième, et qu'enfin la même parenté 



— 294 — 

eiiste entre les consonnes de la septième paire et la 
liquide / laissée seule en huitième lieu. 

Enfin, on dira quelques mots des consonnes que 
Ton a classées en neuvième lieu et des propriétés dont 
elles paraissent jouir. 

PREMIÈRE ET DEUXIÈME PAIRES 

On re