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Full text of "Revue de Linguistique et de Philologie comparée"






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DE 

LINGUISTIQUE 

ET DE 

PHILOLOGIE COMPARÉE 



TOME XXXIV 



REVUE 



LINGUISTIQUE 

ET DE 

PHILOLOGIE COMPARÉE 

RECUEIL TRIMESTRIEL 



PUBI IF. PAB 



JULIEN VTNSON 

PROFESSEUR A L'ÉCOLE NATIONALE DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES 
Avec la collaboration de divers savants français et étrangers 



TOME TRENTE-QUATRIÈME 

.0: 









PARIS 

J. MAISONNEUVE, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

6, RUE DE MÉZIÈRES ET RUE MADAME, 20 
I 90 I 



LE LANGAGE MARTIEN 

(suite) 



CHAPITRE II 
Les Noms propres 

(26) Le roman martien met en scène un grand 
nombre de personnages, dont plusieurs portent un 
nom. Il y a même une petite fille qui en a deux : Anini 
Nikaïné. Comme rien n'est plus arbitraire qu'un nom 
propre, il semble que ce soit peine perdue que d'en 
scruter l'origine; et aussi ne l'essaiera-t-on pas pour 
les noms des comparses, Eupié, Pouzé^ Sika, Saziné, 
et tant d'autres. Tout au plus pourrait-on faire observer 
qu' Anini et Zitêni sont des appellations fort bien 
choisies pour des fillettes, et que Mâtêmi a tout l'air 
d'un féminin martien du magyar Maté « Mathieu » : 
particularité digne de remarque, en ce que Mathieu 
est précisément, dans nos langues, un des rares noms 
d'homme qui n'a pas formé de dérivation féminine'. 
Mais il y a quelques protagonistes qui se détachent en 
vigueur sur cette figuration monotone et terne : ils 
jouent un rôle important, sont ou paraissent des réin- 
carnations ou des doublures d'êtres qui ont vécu sur 
terre, et il n'était pas sans intérêt de savoir si leurs 
appellatifs signifient quelque chose, ou si, en parti- 

1. Paniné (P'I. 23) doit bien probablement son nom aru grand 
grammairien sanscrit Pnnini, 

1 



o 



cûlier, leurs noms martiens ne seraient pas, eux aussi, 
des doublets de leurs noms terrestres. J'ajoute que c'est 
cette recherche, par laquelle j'ai débuté, qui m'a fait 
pénétrer d'emblée parmi les procédés les plus com- 
plexes delà sémantique martienne (cf. n° 25). J'ai donc 
cru qu'il y avait à la fois avantage et loyauté de mé- 
thode à faire passer le lecteur par les chemins que 
j'avais suivis. Moins je chercherai à pallier mes témé- 
rités apparentes, plus il se trouvera à l'aise pour y 
adhérer ou s'insurger contre elles. 

(27) I. Ésenale. — On a vu que la traduction des 
phrases martiennes en français est censée l'œuvre d'un 
esprit réincarné en Mars, puis désincarné, qui vivait 
récemment encore sur notre terre. Il y portait le nom 
d'Alexis Mirbel. Mirbel est un pseudonyme (FI. 
p. 140) ; mais je me suis assuré^ par lettre particulière de 
M. Flournoy, qu'Alexis n'en est pas un. Le problème 
qui se pose est celui-ci : y a-t-il un pont à jeter entre 
les deuxnoms d'Alexis et d'Ésenale, que porte en deux 
mondes différents le même personnage? 

« Alexis » n'est pas, si Ton veut, un prénom fort 
rare ; mais il n'est pas commun non plus, et il n'y en 
a pas d'autre qui lui ressemble par la finale: il n'est 
donc pas étonnant que cette consonnance tant soit peu 
insolite ait fait travailler la pensée subconsciente de 
M"^ Smith. Remarquons dès l'abord qu'elle a eu pour 
cela tout le temps nécessaire : c'est en novembre 1894 
que nous apprenons l'existence d'Alexis dans la pla- 
nète Mars, en octobre 1896 seulement qu'on nous révèle 
son nom martien d'Ésenale (P^l. p. 156). Deux ans: 



.— 3 — 

grande mortalis aevi spattum, pour une élaboration, 
si compliquée soit-elle, dont le rêve eût pu brûler les 
étapes en moins d'une minute ! 

La consonnance des deux syllabes finales d'Alexis 
rappelle celle du mg. csacsi, surtout si on le prononce 
à la française. Or csacsi signifie « âne » : non pas terme 
générique, notons-le bien; mais espèce de diminutif 
de caresse, comme on en enseigne volontiers aux 
enfants. Le mot a pu jaillir des lèvres de M. Smith, 
dès la première fois qu'il a montré un âne à Hélène à 
peine sevrée. Traduisons maintenant en allemand, et 
nous obtenons Esel, c'est-à-dire presque exactement 
les deux premières syllabes du nom d'Ésenale. Et la 
finale? Eh bien, c'est l'initiale même du nom d'Alexis ; 
car, bien entendu, Ve final est muet. L'opération totale 
peut s'exprimer par une formule d'une rigueur mathé- 
matique, savoir al -j- csacsi = esel -\- al. Les deux 
noms sont identiques. 

Non pas tout à fait cependant : on devrait avoir 
'^Eselale-, mais je ne pense pas que personne attache la 
moindre importance à cette légère divergence, de 
quelque façon qu'on se l'explique. On peut songer 
tout simplement à une dissimilation d'un des deux /; 
ou à une formule de retraduction en français, soit 
àouQ, Esel {(.âne », dont la métathèse(cf. n" 14) donne 
exactement Ésenale ; ou bien à quelque vague inter- 
férence de la liaison de mots mg. ézen allât « cet ani- 
mal )). Mais, dût-on ne pas se l'expliquer du tout, on 
ne s'aheurtera point, je pense, à un aussi minime 
désaccord, en présence d'une concordance aussi par- 
faite de tout point par ailleurs. 



Pour concevable qu'elle soit, l'opération est évidem- 
ment trop complexe, pour qu'on puisse s'attendre à la 
rencontrer souvent dans la formation d'un vocabulaire 
qui n'excède pas 300 mots. Elle serait suspecte néan- 
moins, si elle constituait un cas isolé, et je crois que 
M'^e Smith l'a renouvelée au moins une fois, dans éré~ 
duté « solitaire », n" 245. Quant au principe en lui- 
même, c'est-à-dire à la création de formes du langage 
par addition d'éléments juxtaposés, il ne saurait faire 
l'objet d'un doute, puisque l'application en est visible 
à l'œil nu dans la conjugaison, soit ni -\- é, mé -j- /, 
machir -\- i, n°22, 2". 

(28) II. Astané, Ramié et consorts . — Dans ses 
pérégrinations à travers tous les cycles qu'elle parcourt, 
M"® Smith a un guide, un conseiller, un génie tuté- 
laire, qui rarement l'abandonne et intervient à temps 
pour l'éclairer de ses avis et de ses leçons : sur terre 
et à l'époque actuelle, c'est un désincarné nommé 
Léopold ; au siècle dernier, en tant qu'elle revit son 
existence passée de Marie-Antoinette, c'est Cagliostro; 
dans rinde, au XV" siècle, la princesse Simandini 
consulte le fakir Kanga; enfin, transportée dans la pla- 
nète Mars, elle a le bonheur d'y rencontrer deux 
sages, deux savants éminents, Astané et Ramié, qui 
s'intéressent à ses progrès en martien et, à vrai dire, 
lui promettent beaucoup plus d'informations qu'ils ne 
lui en donnent, mais à qui nous n'en sommes pas moins 
redevables d'une bonne part des textes précieux édités 
par M. Flournoy. Léopold et Cagliostro ne font qu'un; 
ce point est expressément révélé, ainsi que la rein- 



— 5 -- 

carnation du fakir Kanga en Astané; d'autre part, 
celui-ci et Ramié sont distincts entre eux et distincts 
de Léopold; mais Ramié n'est visiblement, en tant 
que fonction, qu'une doublure affaiblie d'Astané ; et 
enfin, — ce qui est l'essentiel, — ces cinq personnages 
répondent tous à un concept unique, celui de directeur 
spirituel. C'en est assez pour que M.Flournoy admette 
à bon droit leur identité virtuelle. Nous le suivrons 
dans cette voie, et nous nous demanderons si leurs 
noms, dès lors, ne seraient pas, comme leurs per- 
sonnes, apparentés entre eux, abstraits ou dérivés l'un 
de l'autre. A priori, l'hypothèse serait fort séduisante ; 
mais, après mûre discussion, je crois qu'il vaut mieux 
y renoncer, ou plutôt la restreindre. 

Léopold est apparu le premier, le 26 août 1892, et ce 
n'est que postérieurement qu'a été révélée son identité 
personnelle avec Cagliostro, mais dans des circons- 
tances telles que M. Flournoy (p. 91) n'exclut nulle- 
ment la possibilité qu'il ait eu la conscience nette d'être 
Cagliostro avant qu'on lui en eût suggéré l'idée. S'il 
en était ainsi, en d'autres termes si Cagliostro avait 
virtuellement précédé Léopold, — le nom de Cagliostro 
étant supposé prononcé a la française, c'est-à-dire le 
g et Yl articulés à part, — il y aurait un chemin pour 
passer de l'un à l'autre : détachant la syllabe initiale, 
qui servira plus tard à former le nom de Kanga, il 
reste un trisyllabe commençant par -lio-, qui p. pu 
fort bien suggérer les deux premières syllabes de 
Léopold, surtout si l'on considère que ce prénom est 
en mg. Lipôt. Certes, cette explication en vaut une 



— 6 - 

autre, et en tout cas elle l'emporte beaucoup sur l'éty- 
mologie illuministe (FI. ibid.), que Lëopold n'aurait 
jamais trouvée tout seul et qu'on lui a obligeamment 
soufflée. 

Mais encore tout cela n'est-il pas probable : la 
genèse du nom de Léopold, datant presque des débuts 
médiumiques de M'^" Smith, doit être plus simple. Cet 
esprit a supplanté celui de Victor Hugo dans la direc- 
tion de conscience du sujet, et tout porte à croire 
qu'une circonstance accidentelle a fait la transition de 
l'un des noms à l'autre. M''*^ Smith, qui doit être fami- 
lière avec les œuvres de V. Hugo pour l'avoir choisi 
comme premier inspirateur, a au moins entrevu un 
jour la dédicace des Voix intérieures à Joseph-Léopold-^ 
Sigisbert comte Hugo, et ce souvenir, si fugace qu'elle 
en a nécessairement per'du toute conscience, est resté 
empreint dans sa mémoire subliminale, qui, ayant un 
autre jour besoin d'un prénom pour désigner un nou- 
veau personnage, a tout naturellement fourni celui-là. 
Ou bien l'on avait raconté devant M^'*' Smith quelque 
anecdote sur V. Hugo, du temps de son exil en Bel- 
gique, où se mêlait le nom du roi Léopold P'";oubien 
le prénom du frère de Marie-Antoinette, échappé du 
cycle royal en voie de formation, a prématurément 
pris corps dans le personnage qui domine cet épisode 
des vies imaginaires de M"*" Smith. Que sait-on? 
Chacune de ces conjectures, tout au moins, y compris 
celle de Tétymologie purement verbale, cadre parfai- 
tement avec celte circonstance capitale, que Léopold, 
qui sait tant de choses, ne sait pas du tout d'où lui vient 



— 7 — 

son. propre nom : le hasard qui le lui a imposé est un 
Hl d'araignée trop ténu pour avoir laissé trace dans le 
réseau de ses souvenirs. 

Poursuivons. Si Cagliostro n'a pas engendré Léopold, 
a-t-il pu engendrer Kanga? Chronologiquement oui : le 
cycle hindou est postérieur au cycle royal, bien que 
plus tard ils évoluent parallèlement. Au point de vue 
verbal^ la première syllabe de Cagliostro, moyennant 
une nasalisation et Taddition d'une finale sanscritoïde, 
donne aisément Kanga. Mais ce n'est encore là qu'un 
simple possible, que n'étaie aucune preuve. Il est bien 
plus vraisemblable que le nom de Kanga ait été pris 
tout fait dans le roman pseudo-oriental qu'a dû un 
jour feuilleter M"« Smith (n"" 2 et 8), et dont elle ne se 
souvient non plus que de la dédicace des Voix inté- 
rieures. Quoi qu'il en soit, jusqu'à ce qu'un biblio- 
graphe nous déterre ce roman, la question demeure 
en suspens. 

Jusqu'ici le terrain a cédé sous nos pas ; mais il va 
s'affermir. Par quel procédé M"'' Smith a-t-elle extrait 
de cette syllabe Cag- le mot mg. âg, qui signifie 
« branche ))?La simple aphérèse est diflicilement con- 
cevable pour un mot aussi court; mais, de quelque 
manière qu'elle s'y soit prise, il est certain qu'elle l'a 
fait. Le grand sage de Mars s'appelle Ast-ané, c'est- 
à-dire, sans difficulté, al. ast a branche », suivi d'une 
suffixation martienne (n° 17, 4°). 

Et, si l'on voulait tenir pour fortuite cette coïnci 
dence si remarquable, je demanderais alors par quelle 
récidive du hasard la doublure d' Ast-ané se nomme 



— 8 — 

Ram-ié, soit exactement le radical du fr. rameau, qui 
à son tour est la traduction de l'ai, ast, également 
accompagné d'un autre suffixe martien? 

Il y aurait folie à expliquer tous les mots créés par- 
M"^ Smith, puérilité peut-être à le faire alors même 
qu'on le pourrait; mais, sur ce point particulier, je 
crois en avoir dit assez pour emporter la conviction . 



— 9 



CHAPITRE m 
Les petits mots 

(29) Il y a lieu, je pense, de commencer par éliminer 
ce que j'appelle les petits mots, articles, pronoms, 
menus adverbes, verbes auxiliaires, etc., qui ne sont 
d'aucune langue, pour ainsi dire, par la raison que 
dans toutes ils se présentent sous une forme semi- 
atone et de prononciation rapide qui ne permet guère 
à l'esprit d'y attacher son attention, en sorte que le 
sujet parlant qui y cherche des substituts se trouve 
tout naturellement amené à remplacer tel monosyl- 
labe, qu'il estime arbitraire, par un autre monosyl- 
labe également arbitraire, ou dont tout au moins le 
mode de création nous échappe. Ici donc notre étude 
se confinera presque dans la statistique, sans toutefois 
négliger les rapprochements assez clairs pour valoir 
la peine d'être relevés. 

§ 1^''. — LES ARTICLES 

(30) L'initiale de l'article défini est une sifflante, qui 
oscille entre la sourde et la sonore, mais avec une pré- 
férence marquée et définitivement victorieuse pour 
celle-ci: toujours x?é « le », 15 fois, plus une fois élidé 



— 10 - 

dans ^alùév Télément » (cf. n° 42) ; ci, une fois, et ^i, 
3 fois, « la » ; cée, une fois,^ée, 2 fois, et ^é, une fois, 
« les )). On a déjà vu que la répartition des genres est 
exactement celle du français. La syntaxe de l'article 
partitif n'est pas moins calquée sur la construction 
très spéciale de cette langue : ti jsâmé tensée[¥\. 30) 
« de meilleurs moments »; et jusqu'à ti ^/ masêté 
(FI. 27) « de la peine ». En présence de pareils faits, 
il est superflu de se demander où M''*' Smith a pris 
son article : c'est une déformation quelconque et de 
pur caprice des monosyllabes français à ce afïectés . 

(31) L'article indéfini est beaucoup plus intéressant, 
parce qu'il a une forme bien mieux caractérisée ; il en 
a même deux. La première fois que M"^ Smith l'a 
employé, elle a dit tivé (FI. 8) « d'un » : liaison où l'on 
ne peut savoir si « un » est vé ou ivé, puisque a de » 
se dit ti et pourrait être élidé. J'incline à croire qu'il 
faut suivre la seconde alternative, et couper fivé, où 
ivé représenterait mg. egyûvé, « en un, ensemble », 
cas factitif du numéral mg. ecjy « un », entendu jadis 
par le sujet dans quelque phrase usuelle et retenu 
comme tel sans aucun soupçon de sa valeur gramma- 
ticale. 

Quoi qu'il en soit, ce mot mort-né n'a paru qu'une 
seule fois, et a été aussitôt remplacé par mis 
« un », 9 fois, auquel il faut joindre misé « une », 
3 fois. J'ai suivi bien des pistes pour retrouver la filia- 
tion de ce monosyllabe, qui ferait penser au grec (xta 
« une », s'il nous était permis de supposer que M"' Smith 
sût un peu de^rec. Aucune n'étant satisfaisante, j'in- 



— 11 — 

dique en passant la moins invraisemblable. Une fois 
créé le mot tivé, il a pu être coupé et compris ti vê 
et la syllabe vé a évoqué l'idée de l'ai, weh « mal », 
lequel à son tour a évoqué l'idée du préfixe al. miss-, 
si souvent traduit par « mal », par exemple dans des 
juxtapositions telles que miss -handeln a mal-traiter ». 
Le chemin parait bien détourné; mais j'ai déjà dit 
(n" 25, 4°j, et l'on verra par la suite^ que la genèse 
des mots par voie de calembour est un procédé familier 
à notre sujet et justifié par le flottement de toutes les 
images dans le rêve ou même dans la rêverie. 

§ 2. — PRONOMS PERSONNELS ET POSSESSIFS 

(32) Nulle part plus qu'en ce domaine ne règne dans 
la grammaire de nos langues un beau désordre appa- 
rent. Le radical de chaque pronom varie au hasard : 
je, moi, mon, notre', il, le, son, leur, etc. ; sans qu'au- 
cune loi semble régir ces caprices. M"' Smith ne 
manque pas de transporter ce chaos dans la planète 
Mars, et même de l'y compliquer. 

l""" personne. — Cas-sujet: ce « je », 16 fois. — Cas- 
régime, sans distinction, non plus qu'en français, entre 
l'accusatif et le datif: si « moi », 6 fois; lé « me », 
8 fois. — Pluriel, sans distinction, non plus qu'en 
français, entre sujet et régime, nini a nous », 6 fois. 
— Possessifs : êd a mon », 14 fois ; ê:^é « ma », 3 fois ; 
ésiné a mes » 4 fois ; viche, une fois, et iche, 6 fois, 
(( notre ». — Le fr. je zézayé a suggéré se, qui 
apparaît à l'état pur dans le possessif, mais s'es^ 



— 12 — 

assourdi en sô (écrit ce) dans le pronom, ainsi que le 
prouverait au besoin, de surcroit, l'élision delà voyelle 
dans saline FI, 11, qu'il faut lire s'aliné- « j'oublie ». 
L'initiale de nous se reconnaît sans peine dans nini. 
La forme lé semble tirée de me par simple substitu- 
tion à la consonne de la consonne immédiatement pré- 
cédente dans l'alphabet (cf. n° 13, 5"). Les autres 
types sont peu clairs : iche rappelle l'ai, ich par la 
forme et l'ai, uns par le sens ; son doublet viche est 
considéré par M. Flournoy comme un simple lapsus; 
quant à si, il se rattache sans doute k se = ce « je ». 

2* personne. — Cas-sujet : dé « tu », 10 fois. — 
Cas-régime, comme plus haut: vi « toi », 14 fois; 
di « te », 19 fois. — Pluriel : sini « vous », une fois. 
— Possessif : ché « ton », 13 fois; chée « ta », 5 fois ; 
chi « tes », une fois; a votre » est inconnu. — Le 
changement de dentale dans dé et di a été suggéré, 
soit par l'ai, du et dich, soit aussi et principalement 
par la métathèse de sonore et sourde qui s'est produite 
dans la juxtaposition fr. de te (FI. 7) devenue mt. ti 
di. La forme vi emprunte assez étrangement son ini- 
tiale au fr. vous, de politesse sans doute, tandis que 
sini paraît être l'ai, sie « vous » de politesse, affublé 
d'une finale venue de nini, La chuintante du possessif 
est apparue tout au début du martien, à une époque 
où M*^" Smith manifestait une prédilection marquée 
pour cette consonne, et elle n'a sans doute pas d'autre 
raison d'être fn°^ 16 et 17, 1°). 

3^ personne. — Sujet : hed a il » et « ils », 7 fois ; 
le féminin n'apparaît pas. — Régime : .^é « le », 4 fois; 



— 13 — 

pi « lui », une fois; le féminin n'apparaît pas. — Pos- 
sessif : bi (( son », 2 fois; bê « sa », et bée « ses », 
.chacun une fois. Ici le désordre est à son comble : la 
rareté en martien de la consonne h accentue le carac- 
tère énigmatique de la forme hed, qui ne rappelle ({ue 
l'anglais A(% alors pourtant que l'auteur du martien ne 
parait pas savoir l'anglais; la labiale, sourde dans pi, 
sonore dans bé, etc., n'est pas moins déconcertante; 
en somme, il n'y a de clair que ^é « le », reproduction 
pure et simple de l'article défini, comme en français. 
4" Réfléchi : rès « se », 3 fois. — La première fois 
que le mot est apparu, c'est dans la juxtaposition rès 
pa;^ê FL 23, traduite « se retire » : l'initiale de ce 
dernier groupe est se/% dont la métathèse (n'' 14) est 
res. Une fois ce monosyllabe admis au sens de « se », 
il a été reproduit tel (juel deux fois ailleurs. 

§ 3. — DÉMONSTRATIFS ET RELATIFS 

(33) Cette catégorie est très pauvre. 

1" Trs « ce », et aussi a cette », en tout neuf fois ; 
tésée (( cette », une fois; têsé « ces », 2 fois; il ne faut 
pas être grand clerc pour dénoncer l'influence de 
l'ai, dies-et', etc. 

2" Dodé (( ceci », 2 fois : imitation allitérante du 
fr. ceci, rappelle le grec toOto, ou a pris sa consonne 
à l'ai, dies, ou bien a simplement remplacé une lettre 
française par sa voisine dans l'alphabet. Cf. n" 13, 5°. 

3° Kâ « qui », 4 fois, et ké « que », 6 fois, pour tous 
les genres et nombres, comme en français, ne dissi- 
mulent pas leur origine. 



— 14 — 



§ 4. — MENUS ADVERBES 

(34) 1° Ci (( là )), une fois, n'est pas sûr {FI. 4), mais 
probable, puisqu'on a aussi se et ^i « là », chacun 
une fois. En tout cas, le fr. ci {ici) et l'homophonie 
avec l'article les expliquent suffisamment. 

2° Le même élément se laisse discerner, joint à 
d'autres plus obscurs, dans : amni a alors », plus exac- 
tement « ensuite », FI. 17; et atrizi « là-bas », dont 
on rapprocherait le sk. dira a ici », si l'on pouvait 
croire que M''^ Smith en eût connaissance. 

3° Par contre, va « où » (4 fois) se réclamerait du 
sk. kvà (( où », qu'elle semble connaître et précisément 
altérer en va (FI. p. 295), si l'ai, wo ne fournissait un 
répondant moins éloigné et presque aussi exact. Peut- 
être est-ce une contamination de l'un et de l'autre. 

4° Éni (( ici » (3 fois) et anà (5 fois) « maintenant » 
ne répondent à rien de précis et ne sont que des 
créations démonstratives relevant du langage enfantin. 

§ 5. — MENUES PRÉPOSITIONS 

(351 1° (( De » se dit ti, cf. n° 32, 2°, mot qui revient 
41 fois. Comme en français, il se combine avec l'article 
défini masculin ou pluriel : ^é « du », 6 fois ; tiê « des », 
3 fois ; mais non avec l'article féminin, cf. n" 30. Ce 
décalque du français est la naïveté même ! 

2" « A » se dit c, 14 fois, dont une fois traduit par 
<( vers », FI. 11 : simple changement de voyelle. Com- 



— 15 — 

biné avec l'article défini, il devient assez étrangement 
itie (( au », 2 fois, pour lequel l'ai, in ne fournit qu'une 
analogie trop lointaine. 

3" « Par » s'est dit une fois li (FI. 28) et une fois 
uni (FI. 31). Il est oiseux d'insister sur un petit mot 
aussi rare et aussi peu fixé. 

4° Med « pour » (5 fois) a pu naître sous l'influence 
de l'ai, mit a avec ». Je ne .vois pas autre chose à en 
dire. On trouvera encore d'autres prépositions à leur 
rang alphabétique. 

§ 6. — MENUES CONJONCTIONS 

36 1" (( Et » s'est dit une fois se (FI. 12), qui est à 
peu près la métathèse du mg. es (n" 14). Partout ail- 
leurs il se dit ni (17 fois) : on en peut rapprocher le 
fr. ni, qui est un « et » négatif, ou l'exclamation 
mg. ni « vois donc », ou enfin, à raison de l'homophonie 
en français, les formes du verbe « être » (n° 37). 

2" La négation, calquée sur le fr. ne... pas, com- 
porte deux mots : à « ne » répond ké ou kic, respecti- 
vement 5 et 3 fois; à a pas », ani, 3 fois. Phonétique- 
ment, l'un rappelle l'ai, hein « aucun », et l'autre le 
fr. ne, le tout beaucoup trop ^vaguement pour qu'il y 
ait le moindre intérêt à s'y arrêter. 

3" La combinaison de « et » et de la négation res- 
semble aussi peu que possible à l'un ou à l'autre : 
c'est un mot bê^ « ni », qui au surplus n'apparaît qu'une 
seule fois. En vertu de la concordance /'> b, conjec- 
turée au n° 8, on en pourrait rapprocher, par voie de 



— 16 — 

calembour, le mg. fés^ek, qui précisément signifie 
«nid )). 

4° L'exclamation ké « que », soit au sens de 
(( comme » ou « combien », soit en tant qu'indice du 
subjonctif (en tout 5 fois), ne diffère pas plus qu'en 
français du pronom relatif. 

5°// « si [fait] », une fois, est l'al.ya « oui » avec 
transposition vocalique à l'aigu. 

6° C'est ici enfin, faute d'une meilleure place, qu'on 
rangera l'exclamation i « ô » (7 fois), qui est, comme 
l'a fait remarquer M. Flournoy, un bon exemple de la 
transposition à l'aigu que subit le vocalisme européen 
pour passer au vocalisme martien. 

D'autres conjonctions plus importantes viendront à 
leur rang alphabétique. 

§ 7. ^ LE VERBE (( ÊTRE » 

(37) Cette conjugaison est, comme on s'y doit atten- 
dre, formidable de complication, surtout eu égard au 
peu de formes qu'on en possède. Le mieux est de com- 
mencer par les plus simples : il en est une, mais fort 
peu usitée, qui reproduit exactement lefr., à savoir é 
« est » FI. 27 (une seule fois). 

1" Mais cet a^raÇ n'est probablement qu'un lap- 
sus; car, partout ailleurs, « est » se dit né, soit par 
homophonie partielle avec « et » (n" 36, 1**), soit sur- 
tout par influence de l'exclamation mg. ne « tiens » . 
Le mot revient 21 fois, auxquelles il en faut ajouter 
deux pour cméa c'est », qui recèle en outre une forme 



- 17 — 

de démonstratif a ou an- qu'on rapprochera des types 
ci-dessus du n" 33. 

2*- Le même consonnantisme apparaît au pi. oné 
« sont )){2 fois), avec une sorte de préfixation dont la 
genèsç est obscure. 

3" Mais, à la l''^ personne, on constate un radical êv)-, 
dont on ne saurait guère que dire, sinon que sa con- 
sonne peut avoir été suggérée par le magyar : la 
forme est êvé « suis » et revient 4 fois. 

4° Bien que le même mot soit traduit différemment, 
et conjugué pronominalement, il est reconnaissable 
dans êv)é de la phrase répétée deux fois identiquement, 
FI. 5 et 6, ké di êvê dé « ne te tiens-tu » ; car le sens 
revient à « n'es-tu ». Il n'en est pas moins remarquable, 
en tant que tout à fait contraire aux habitudes du 
sujet, que deux mots aussi différents que « suis » et 
(( es » aient le même répondant martien. 

5*^ En tout cas, le radical êv- est répété à satiété 
sous la forme de l'impératif: éoaï a sois », 11 fois. 

6° Enfin, on a une fois le participe nié « été », naïve- 
ment formé, comme le fr. ét-é, par l'adjonction d'un é 
au mt. ni « et » (observation déjà faite par M. FI.). 

§ 8 . — LE VERBE « AVOIR » 

i38) La conjugaison n'est pas moins étrange que 
celle du verbe « être » ; mais nous en possédons bien 
moins de formes. 

1° La plus usuelle est é « [il] a », 5 fois dont 2 
comme verbe auxiliaire : homophone évident de é « a » 
n" 35, 2®), comme en français a et à. 

2 



— 18 — 

2® En tant qu'auxiliaire, on a une fois mé « [tu] 
as », dont la nasale initiale m'est un mystère. Comme 
fr. aï rrz a -[- i graphiquement, M^'*^ Smith a tiré de ce 
mé, par le même procédé d'addition tout extérieure, 
une l*"' personne méi « [j'J ai », qui n'apparaît également 
qu'une fois. 

3° Est-ce l'homophonie de é « est » et é « a », est-ce 
le rapprochement sémantique des deux verbes, ou 
toute autre cause, qnia introduit dans le verbe « avoir » 
le radical év- « être » ci-dessus ? Quoi qu'il en soit, il 
semble bien émerger dans évenir « [tu] posséderas » 
(une fois), qui pourtant est susceptible d'une autre ex- 
plication (n» 274). 



— 19 — 



CHAPITRE IV 
Le Vocabulaire français 

(39) Le travail de déblai terminé, il ne reste plus 
qu'à suivre Tordre alphabétique, en rangeant chaque 
mot martien sous le vocabulaire auquel il paraît le 
plus vraisemblablement emprunté. Je répète ici que 
je ne me dissimule nullement le caractère hypothéti- 
que de beaucoup de mes rapprochements; mais, pour 
plus de sûreté, je les qualifierai moi-même, à l'occa- 
sion, de « douteux » et « très douteux ». Il en est que 
je n'indique que par acquit de conscience, pour si- 
gnaler une piste et permettre à d'autres chercheurs de 
trouver mieux. 

(40) 1° Abadâ « peu », une seule fois, dans la locu- 
tion mis abadà « un peu » : suggère, avec jargonne- 
ment enfantin, le fr. abondant, d'où il a pu en effet 
sortir par voie de contraste sémantique. Douteux. 

(41) 2° Acâmi a astronome », une fois: l'idée 
d' « astronome » suggère celle de «savant», et celle-ci 
celle d' «académie» ; on observera la longue médiaie, 
qui semble compensatoire de la chute de la pénultième. 

(42) 3° Alhé « élément », 2 fois: il s'agit d'un élé- 
ment subtil, dans le genre du fluide des sgirites : cette 



— 20 — 

idée suggère celle de « vent », et celle-ci le mot ali;?é 
qui, en sa qualité de mot non usuel et savant, demeure 
intact. 

(43) 4" Animinâ « existence », 2 fois: c'est le fr. 
animé « vivant », avec suffixation arbitraire. 

(44) 5° Ani^ié « envoie », une fois: pourrait être 
une métathèse avec changement de sourde en sonore, 
du fr. assigner^ lequel aurait été suggéré par consi- 
gner, terme qui en technique commerciale revêt 
couramment le sens d' « envoyer » ; or M'^" Smith a 
suivi la carrière commerciale et entend ce terme vingt 
fois par jour. Douteux pourtant ; cf. n" 65. 

(45) 6° Ankôné « réjouir » une seule fois, tout à la 
fin, FI. 40. Le texte porte lé godané ni ankôné a me 
aider et réjouir », et l'on est amené à se demander s'il 
n'y a pas eu interversion de sens entre les deux verbes, 
d'autant que, suivant les habitudes à peu près inva- 
riables de M"" Smith, le mot fr. aidei' commençant par 
une voyelle, le mot mt. corrélatif devrait aussi com- 
mencer par une voyelle et causer élision du pronom- 
régime. Cela posé, si godané signifiait « réjouir » et 
ankôné « aider », on reconnaîtrait dans ce dernier les 
deux premières syllabes du fr. encourager, avec suf- 
fixation arbitraire. Très douteux, mais sans aucune 
importance, vu l'isolement et la date tardive du mot. 
Cf. n°« 4 et 82. 

(46) 7° Aniéch « hier », 2 fois: c'est lefr. antique, 
ou plutôt les deux premières syllabes du fr. antérieur, 
avec suffixation du type adverbial, n° 17, 3". 



— 21 -- 

(47) 8*^ Aj^vâ « soleil », 4 fois. A sa première appa- 
rition, le mot a été traduit comme nom propre, FI. 14; 
mais, là aussi sans doute, il doit déjà désigner le soleil, 
car autrement la phrase n'aurait guère de sens : 
« Arvâ nous quitte, sois heureux jusqu'au retour du 
jour». L'idée de « quitter» a suggéré la salutation 
à revoir, usuelle entre gens qui se quittent (à ce point 
de vue il serait intéressant de savoir si à Genève on dit 
à revoir ou au revoir), et celle-ci, légèremefnt altérée, 
ayant pris le sens de « soleil » dans cette phrase inau- 
gurale, l'a conservé ailleurs. Douteux. 

(48) 9° Assilé « immense », 3 fois : semble une 
simple métathèse altérée de alizé, n° 43 ; l'idée d'(( élé- 
ment » peut aisément suggérer celle d'à immense». 

(49) 10° Badêni « vent », une fois, dans une scène 
maritime ou fluviale, FI. 27. On dit « le vent bat les 
flots », en sorte que, dans un langage métaphorique 
et enfantin, où l'épithète devient le nom commun, le 
vent peut fort bien être appelé «le battant ». Au ra- 
dical de ce participe présent s'ajoute ensuite une 
suffixation quelconque. Très douteux, et toutefois la 
supposition trouve un appui dans l'emploi parallèle 
depriâni au sens de « flot », à une ligne de distance. 

(50) 11" Bana « trois », 4 fois. Mot bien difficile : 
peut-être un vague ressouvenir d'une leçon de géo- 
graphie sur les Confins Militaires Hongrois, où il 
était dit qu'ils sont divisés en trois parties, Croatie, 
Slavonie et Banat. 

(51) 12° Basée « courte », une fois : fr. basse. Les 



deux concepts de « court » et de « bas » sont facile- 
ment associables, au point de vue tout à la fois ma- 
tériel et moral. 

(52)13" Bénèz « retrouver», une fois, et hénézée « re- 
trouvée », 2 fois, tout au début. Il y a un mot mg. 
henézni qui signifie a jeter un coup d'œil sur » ; mais 
le sens concorde trop peu. Il ne faut sans doute pas 
chercher si loin : une phrase française telle que « béni 
soit le jour où je te retroiwe ! » — tout à fait dans le 
ton des phrases où apparaît hénes-, — suffit ample- 
ment à expliquer l'emploi d'un de ces radicaux au 
sens de l'autre. Douteux pourtant. 

(53) 14° Bérimir « reviendra », une fois. Ce mot a 
comme un faux air de f r . revenir, et en fait il en est 
l'anagramme moyennant les substitutions très admis- 
sibles v> b et n> m. Il est vrai que, normalement, 
-//' étant finale de futur, le radical serait bérim- tout 
court ; mais on sait que M"^ Smith n'est pas fort con- 
séquente dans sa grammaire (n" 22, 9*^). La question 
serait sans importance, ce bérimir étant un otTra^, si 
primi (n« 285) n'en paraissait une répétition altérée. 
De toute façon, très douteux. 

(54) 15° Bisti « habitant », une fois : semble unç 
simple altération jargonnante de habitant. 

(55) 16° Brimai « paroles » une fois. En comparant 
ce mot à bîHmi a sagesse », brizi « sagesse », ébrinié 
« pense», 7'a6n? «pensées», qu'on retrouvera à leur 
rang alphabétique, il est impossible de ne pas songer 



à un radical -bri-, qui signifierait « penser, parler », 
et s'accompagnerait de suffixations et préfixations 
diverses. Or ce radical pourrait fort bien être abstrait 
du mot fr. esprit, soit au sens spirite, soit au sens 
d' « intelligence » ; il n'y faut qu'un passage de sourde 
à sonore. De plus^ comme dans la phrase FI. 17 il 
s'agit d'(( écrire » des «paroles », Ym suffixal de bri- 
mai peut avoir été suggéré par celui du fr. imprimer. 
Le tout bien indécis. 

(56) 17« Brimi {une fois, FI. 22) et 18» bri^i (une fois, 
FI. 28) (( sagesse » : sans importance; voir le n° 55. 

(57) 19" Bu^i « moyen », une fois. Le « moyen » 
suggère l'a issue »,et, s'il est bon, la suppose « bonne »: 
soit donc, métathèse de issue, avec changement de 
sourde en sonore, et préfixation de l'initiale de bonne. 
Très douteux, et cf. n° 287, 5°. 

(58) 20" CapjH « noir », une fois. La première fois 
(ju'enfant M^^"" Smith a vu des « câpres », elle a pu être 
frappée de la « noirceur » de ce condiment dans la sauce 
blanche, et associer les deux idées. Possible, mais 
douteux ; d'ailleurs insignifiant. 

(59)21" Carimi « fenêtre », une fois : fr. carreau, 
avec suffixation arbitraire. 

(60) 22" Chandêné « délicieux », une fois : suggéré 
par le radical du fr. en-chant-eur, avec passage de la 
sourde à la sonore et suffixation martienne. 

(61) 23" ChèkeTii papier », mot isolé : emploi arbi- 



— 24 — 

traire du mot chèque, suggéré par l'idée de « papier 
[commercial] )). 

(62) 24° Chiite « fils )), 5 fois : métathèse évidente du 
fr. chéri; le mot n'apparaît que dans des phrases de 
vive tendresse. 

(63i 25" Cliodê, mot non traduit, une fois. La scène 
est aquatique, FI. 27 : le mot pourrait donc signifier 
« jet d'eau », dont il serait la métathèse vocalique, 
avec changement en sourde de la sonore initiale. 

(64) 26" Dabé « maître », 2 fois. L'argot français a 
un mot dab, « père, patron » : la présence d'un terme 
d'argot dans le vocabulaire de M'^'' Smith n'a rien en 
soi de surprenant, en tant que résidu fortuit d'une 
lecture quelconque; cf. n" 138. 

(65) 27° Dassinié indicatif et daziné subjonctif « [il] 
garde », chacun une fois : extension de sens du verbe 
fr. assigner'. Cf. n° 44. 

(66) 28" Départir « répondra », une fois : futur mar- 
tien, formé sur un radical abstrait du verbe fr. dire' 
plus exactement du participe disant, cf. n°^ 49 et 125. 

(67) 29" Dimé « semblable », une fois : métathèse 
probable du fr. demi, puisque rien ne se ressemble 
plus que les deux moitiés d'un même objet. . 

(68) 30° Divine « heureux », et féminin divinée, en 
tout 10 fois : dérivation manifeste de fr. divin, sug- 
gérée par une locution telle que « [félicité] divine ». 



— 25 — 

69) 31*^ Dij^ênû « profondément », au sens de « re- 
cherche profonde », une fois, tout à la fin, FI. 40 : 
vague influence du verbe fr. discerner. Bien douteux, 
car la finale "ênâ parait suffixale ; cf. n° 17, 5°. 

(70) 32« Dorimé a sain )), une fois : métathèse pos- 
sible du fr. modéré, dont l'idée est connexe de celle 
de a bien portant ». 

11) 33" Dumêïné « ancienne », une fois, FI. 11. 
Alexis a dit à sa mère terrestre mode « mère » ; puis 
il se reprend, — car elle n'est plus sa mère, puisqu'il 
en a une autre, étant réincarné dans Mars, — et il lui 
dit du/néïné mode. Cette correction a pu amener l'idée 
de la conjonction du moins, qui l'accompagnerait 
presque inévitablement en français, et c'est celle-ci 
qui, avec une suffixation martienne, a assumé la fonc- 
tion de l'adjectif « ancienne ». 

(72) 34° Durée a terre », 2 fois. Une métathèse de 
l'ai, erde n'explique pas le vocalisme; cf. n" 245. 
Beaucoup plus probable est l'influence d'une locution 
fr. telle que « [la] dure [terre] » ou « [coucher sur la] 
dure », d'autant que, la première fois au moins que le 
mot a été prononcé (FI. 7), c'est par un habitant de 
Mars, avec un sentiment de profond mépris pour notre 
infortunée planète. 

(73j 35» Ébrinié « [il] pense », une fois, cf. n° 55. 
Comme la pensée ici est passionnément tendre, on 
peut aussi songer au fr. épris, qui expliquerait l'ini- 
tiale. 



— 26 — 

(74) 36" Épu'i « rose », adjectif, une fois : suggéré 
par l'association des mots rose et épine dans mainte 
phrase usuelle; puis apocope et suffixation arbitraire. 

(75) 37" Éspênié, nonl propre qui désigne le paradis 
martien, 2 fois : suggéré par les peintures enchante- 
resses de Y Espagne des romans et des romances. 

(76) 38° Èssat a vivant », une fois, et éssaté « vivre »^ 
deux fois : contient visiblement le radical du verbe 
(( être » ; comme ce radical n'apparaît nettement en 
fr. que dans le mot savant essence, peut-être vaut-il 
mieux recourir à l'ital. essere, qu'on peut connaître 
sans être polyglotte. 

(77) 39" Fîmes « [je] meurs », une fois : l'initiale 
rappelle fr. ^/in, et la médiale fr. mort. Douteux, 
mais sans importance : la phrase FI. 13, proférée en 
pleine extase, n'est qu'exclamations entrecoupées. 

(78) 40° Finaïmé « senteurs », une fois : suggéré 
par le fr. « [odeur] fine »-, avec une finale de suffixation 
assonante, cf. n°^ 16 et 239. 

(79) AV^ Forimé « marques [d'écriture] », une fois : 
le ir. forme est bien voisin ; mais le terme commercial 
firme, en tant que « marque commerciale », convient 
mieux au sens, et M"® Smith, employée de commerce, 
doit le posséder familièrement ; peut-être y à-t-il eu 
contamination de l'un et de l'autre. 

(80) 42" Fouminé « puissant », 3 fois : contamination 
possible des deux mots fr. fougueux et formidable. 
Douteux, quoique, dans la première phrase où le mot 



— 27 — 

est apparu (FI. 27), l'une et l'autre épithète soient 
parfaitement à leur place. 

(81) 43" Garnie « il pleure », une fois : peut sortir 
d'une métaphore facétieuse telle que « [chanter la] 
gamme ». Peu importe : le mot appartient à la phrase 
inintelligible FI. 33, où il y a presque autant d'énigmes 
que de mots, et dont le sens a été violemment brouillé 
par la volonté subliminale du sujet. 

(82) 44° Godané « aider », une fois, mais cf. n° 45: 
le sens « réjouir » s'apparierait à merveille au fr. [se] 
gaudir ou à l'ital. godere. Si l'on veut s'en tenir au 
sens « aider », je ne vois de ressource, bien détournée, 
que dans la locution anglaise God [lielp] a Dieu aide », 
dont le second mot aurait suggéré le premier. Douteux 
en tout cas. 

(83) 45° Grani « corps », une fois, dans la même 
phrase que valini a visage », FI. 18 : dérivation asse- 
nante, sur un radical gran-, qui parait abstrait du 
fr. grand. La personne dont il s'agit est « maigre » : 
par conséquent, elle doit être ou paraître « grande ». 
L'absence du d final, que le fr. ne prononce pas, ne 
fait guère difficulté, cf. n°« 49, 66, 125, etc. 

(84) 46° Grêm « larges», une fois: dérivé du fr. 
grève. L'idée de a largeur » peut suggérer naturelle- 
ment celle de « grève » , et l'on peut avoir vu des grèves 
très larges sans même avoir jamais quitté les rives 
du lac de Genève. Peu sûr. 

(85) 47° Hantiné « iidèle», 4 fois. L'A est fort rare 



— 28 — 

en mt., et, comme le fr. ne le prononce pas, on se 
trouve amené à l'assigner de préférence à un emprunt 
al. ou mg. : c'est pourquoi ma première pensée avait 
été pour l'ai, hund « chien », emblème de la fidélité ; 
mais le vocalisme est en défaut. Toute réflexion faite, 
le verbe fr, Jianter est plus proche, et la seule objec- 
tion qu'on y voie, c'est son caractère peu usuel ; mais 
il est fort littéraire, et les phrases qui contiennent 
/<o/i^mé ont précisément aussi un cachet de style un peu 
recherché. La suffixation -inê est des plus communes 
en martien . 

(86) iS'^Idé « on », 3 fois. « On », par contraste avec 
« il », etc., est un personnage qui ne se laisse pas voir 
en chair et en os, mais dont on a simplement Vidée. 
Je me hâte d'ajouter que cette explication idéologique 
me paraît à peu près désespérée. 

(87) 49^ Iminê « mince », une fois : soit une filière 
d'idées telle que « mince > aminci > diminué », et la 
contamination de ces divers mots, ou d'autres encore. 

(88) 50° Iné et inée, « adorée, bien-aimée », 4 fois : 
l'ai, innig a intime » convient peu ; plutôt terme de 
caresse enfantin, cf. fr. mignon, minet, etc., avec 
aphérèse. 

(89j 51° //•/ « souvent )), une fois : suggère le fr. 
réitéré, qui a dû nécessairement s'écourter beaucoup 
pour traduire un si petit adverbe. 

(90) 52° Kalâmé a accomplir » [un désir], une fois, 
tout à la fin, FI. 40: accomplir un désir, c'est l'apaiser, 
le calmer. Douteux, mais sans réelle importance. 



- 29 — 

(91 1 53" Kavivé « étranges », une fois : étant donné 
que kà signifie « qui », ka-vivé pourrait se décom- 
poser en « qui vive ! » exclamation qu'on pousse lors- 
qu'on entend ou voit un objet insolite. 

(92) 54° Kêmà « mâle », une fois : métathèse sylla- 
bique du fr. mâle, où la lettre / a été remplacée par 
sa voisine immédiate dans l'alphabet. Très douteux. 

(93) 55*^ Kin'fc.Jie « quatre », une fois à la toute 
première apparition du martien encore informe : alté- 
ration arbitraire et jargonnante du fr. quatre. 

(94) 56° Lé^iré « souffrance », une fois : dérivé évi- 
dent du fr. léser ou lésion. 

(95) 57" Luné « jour », 6 fois. Ici l'on a beaucoup de 
choix : ou fr. lune, astre de nuit, par contraste sé- 
mantique; ou fr. lundi, ital. lunedi, par lequel com- 
mence l'énumération des jours de la semaine ; ou, plus 
simplement, un radical lu-, abstrait de luir^e, lumière, 
etc., sur lequel s'applique une suffixation martienne. 

(96i 58° Mabûré « grossier )), une fois. L'idée sug- 
gère celle de « bure )), ou même de « [vêtement] en 
bure », juxtaposition qui pourrait aussi s'orthographier 
ambufe, dont mabûré est la métathèse exacte. 

^97) 59" Maprinié «entré », une fois: contamination 
grossière de entré et pénétré, â\ec\?b syllabe en- écrite 
am- puis métathésée comme ci-dessus ; le mot appar- 
tient à la phrase inintelligible FI. 83, ce qui pourrait 
légitimer cette explication contournée et bizarre, mais 
en même temps la rend inutile. 



— 30 — 

(98j 60" Ma:2êté « peine », 2 fois: le mot suggère 
l'idée d'une a masse » difficile à mouvoir ; suffixation 
arbitraire. 

(99) 61" Médacke « madame », une fois : jargon du 
début du martien, où la chuintante joue un rôle pré- 
pondérant. Cf. n"^ 93, 102 et 104. 

(100) 62" Médinié « entourent » , une fois : les deux 
premières syllabes viennent de médi-terranée, que 
toutes les géographies enfantines définissent a mer 
entourée de tous côtés par les terres ». 

(101) 63" Mervé « superbes », une fois : fr. meroeille, 
ou les deux premières syllabes de merveilleux. 

(102) 64" Métaganiclie « mademoiselle », une fois, 
le même jour que médache. 

(103) 65" Mété « tendre », une fois, dans la juxta- 
position allitérante mété mode « tendre mère ». L'idée 
de « mère » a suggéré a maternel », qui a été écourté 
et jargonné. 

(104) 66" Méticlie, « monsieur, homme », 5 fois, et 
métiché « hommes», une fois : seul mot du jargon de 
l'extrême début (cf. n"^ 17, 1", et 99) qui ait survécu, 
grâce à son adaptation postérieure au sens général 
d' « homme »^ phénomène que M. Flournoy a expliqué 
avec une élégance que je lui envie (p. 2411, 

(105) 67" Midée a laide », une fois: contamination 
probable des deux mots misère et hideux. 



{ 



— 31 — 

106) 68° iV/?7é, mot non traduit, une fois, FI. 19; 
mais, vu rimbitude de M^^" Smith de multiplier numé- 
ralement ses adieux, la phrase mile pivi inivâ ne peut 
guère signifier que « mille fois adieu ». On a donc ici 
le fr. ruille. La raison pour laquelle on n'a jamais pu 
obtenir d'Ésenale la traduction de mile piri, est peut- 
être précisément que mile, venu par lapsus, ressem- 
blait trop à son prototype français et aurait rendu le 
martien suspect. Par le même motifs quand M"*' Smith 
a voulu employer encore le mot a fois », elle n'a plus 
dit piri, et l'a remplacé par un zézaiement enfantin et 
jargonnant, ^i^a^^i, visiblement fabriqué pour la cir- 
constance : cf. n°^ 120 et 228. 

(107) 69° Mima « parents », une fois : réduplication 
enfantine et caressante du radical ma-, suggéré par 
fr. maman. 

(108)70° iV//^a, une fois, 'désigne une sorte de kiosque 
ou de pavillon roulant dans le rêve incohérent FI. 23: 
je suppose que c'est le fr. maison, avec transposi- 
tion vocalique enfantine ou martienne. 

(^109 71" Mùné « moment, instants », trois fois : 
déformation vocalique du fr. minute, avec chute de 
la finale. 

(110^ 72" Xipavê « crains », 2 fois, et mpunè:2é 
« craindre », une fois : l'association de l'idée de 
« crainte » et de celle de a punition » est tout à fait 
conforme à la psychologie infantile ; quant à la forma- 
tion du mot, j!inclinerais à croire que nipu est la 



métathèse exacte du fr. puni, et que la uu les syllabes 
finales sont de sufiixation. 

(111) 73° Nubé « curieux », une fois, FI. 35. Le 
jour où l'on montre à M^i" Smith ce tableau « curieux », 
elle ne le voit pas. Est-ce aller trop loin que de con- 
jecturer qu'en cet instant le mot nébuleux est venu 
interférer dans sa mémoire et a fourni par métathèse 

syllabique initiale la traduction de l'épithète? 

(112) 74" OîHé « frapper », au sens de « heurter », 
une fois: malgré la divergence apparente et purement 
graphique, c'est le fr. heurter, à peine altéré en pro- 
nonciation. 

(113) Ih'^ Palette a calme » impératif, une fois, tout 
au début, FI. 4 : abstrait du fr. palliatif {{ calmant », 
mot savant il est vrai, mais compris de toutes les per- 
sonnes instruites. Douteux pourtant. 

(114) 76° Pâlir « temps », une fois. Si l'on avait 
*padir, la métatlièse du fr. rapide, naturellement 
suggéré par l'idée de « temps », sauterait, je pense, 
aux yeux. En l'état, 1'/ est embarrassant, quoique son 
échange avec le d soit phonétiquement facile. Très dou- 
teux, mais sans aucune importance, d'autant que 1'/ 
peut venir de l'association du mg. repCd a il vole », 
également naturelle. 

(115) 77° Paré^ié a [il] laissé », une fois: l'idée de 
« laisser » suggère aisément celle de « négligence », 
et par suit^ le mot fr . paresse. 

(116) 78° Pastri « sang », une fois: que l'idée de 



— 33 — 

« sang », dans une scène médicale, où figure un ins- 
trument à trois tubes, amène sur les lèvres du sujet 
le nom de Pasteur, c'est la vraisemblance même ; la 
finale est martienne, assenante à bodri, cf. n"** 16 
et 251. 

(117) 79° Pavi a joie », 3 fois ; pavi « heureux », 
une fois, et pavinée « joyeuse », une fois : paraissent 
abstraits ou dérivés des mots fr. pavillon, paoier, 
pavoiser, etc., qui s'associent bien à une idée de 
« joie ». 

(118) 80° Pa^é (( retire », une fois, FI. 23: il s'agit 
de la main de Paniné, qui doit « se retirer », et par 
conséquent « repasser » par l'ouverture par laquelle 
elle est sortie ; les deux locutions susdites se conta- 
minent en (( se repasser », dont la métathèse absolu- 
ment exacte est rès pazé, cf. n" 32, 4". 

:119) 81" Pi « très i», une fois : paraît n'être que 
l'initiale altérée du fr. bien (superlatif). 

(120j 82" Piri, mot non traduit, cf. n" 106 : si l'on 
admet le sens « fois », on peut songec au fr. « [à millej 
reprises », avec semi-métathèse ou épenthèse voca- 
lique. 

(121) 83" Pit (( sans », 2 fois : petit mot bizarre qui 
semble une déformation violente du fr. vide, dont 
l'idée est connexe. 

(122)84° Plëva « chagrin » (adjectif), une fois. Mot 
difficile, il cause de />é/fc/ié et jjélésse (n° 249), auxquels 
il ressemble à la fois trop et trop peu. Pour moi, je 

3 



— 34 - 

l'en séparerais plutôt, pour le rattacher au ir. pleurer. 
Le V peut venir du fr. pleuvoir, suggéré par la quasi- 
homonymie et l'analogie de sens. 

(123) 85" Polluni « question », une fois : contami- 
nation possible des deux mots fr. problème et solution. 

(124) 86" Poviné et povini « arriver », chacun une 
fois : à rapprocher de vinâ, n° 143; c'est le ir. parvenir, 
à peine altéré par un adoucissement qui rappelle les 
inflexions créoles. 

(125) 87** Priâni « flot », une fois : cf. fr. brillant. 
Dans un vocabulaire par épithètes, où « le vent » est 
« le battant» (n° 49), il est fort admissible que « le flot» 
soit dit « le brillant » ; la finale est assonancée avec 
badéni. Mais tout cela est cruellement hypothétique. 

(126) 88" Rabril « pensées », une fois: voir n° 55; 
mais je ne m'explique pas la préfixation, à moins de 
quelque contamination des mots raison, réfléchir, etc. 

(127) 89° Ri^ « sur », 3 fois : fr. sur, avec méta- 
thèse et changement vocalique. 

(128) 90" Sandiné «longtemps», 2 fois: l'idée, en 
se précisant, peut se fixer à a cent ans », soit donc 
peut-être une adaptation martienne du fr. centenaire. 
Cf. un procédé similaire n" 189 . 

(129) 91° Sures « [tu] crois », une fois : ce que l'on 
(( croit », on en est volontiers « sûr »; dérivation évi- 
dente du fr, sûr, assurer, etc. 

(130) 92" Taméclie, une fois, nop traduit; mais, 



— 35 — 

comme il est question d'un arbuste en buisson, il est 
assez naturel de penser à l'initiale du fr. tamarix avec 
finale martienne. 

(131) 93° Taniré « prends » (impératif), une fois : 
transport pur et simple du verbe tenir, suggéré par 
l'exclamation française « tiens, prends » ; rien de plus 
naïf. 

(132) 94" Tapie, une fois, non traduit, désigne une 
vision étrange, qui se déroule sans doute comme un 
«tableau» ou une « tapisserie », FI. 32; contamination 
de ces deux mots. 

(133) 95" Ten « près », 12 fois : abstrait du radical du 
f r. at-ten-ant, at-ten-ir, etc, ; ces mots sont peu usuels, 
mais « tenir à » exprime la même idée; cf. le suivant. 

(134) 96* Ténassé « [je] voudrais », une fois: c'est 
le radical du verbe tenir [à] au sens de « vouloir » ; si 
la finale est empruntée à l'imparfait du subjonctif fr. 
de V^ conjugaison en vue d'exprimer le conditionnel^ 
ce cas est un des très rares où le sujet accuse quelques 
traces de sens grammatical. 

135) 97" Tensée «instant », 3 fois : c'est l'anagramme 
exact du fr. instant, où la voyelle nasale initiale est 
remplacée par une voyelle simple de finale martienne. 

136) 98° Tou^é « même »,une fois: soit la locution 
fr. toutainsi,'d\ec syncope intérieure et finale altérée; 
ou la première syllabe de tout de même, avec suffixa- 
tion arbitraire. Rien de tout cela n'est bien satisfaisant. 

(137) dQ'^Tranéi « passage », une fois : il est aisé de 



- 36 - 

reconnaitre la syllabe ^/'a-, abstraite de ira-Jet et autres 
mots; mais peut-être bien se complique-t-elle d'une 
contamination du fr. traînée, dont tranéi est la méta- 
thèse graphique lettre pour lettre. On observera que 
précisément ce texte est graphique. La connexité des 
idées est fort suffisante. 

(138)100** Trima^i « force », 2 fois: dérivé du verbe 
d'argot fr. trimer. C'est, avec dabé, le seul mot d'argot 
que paraisse connaître M''*' Smith : cette proportion 
n'a rien d'excessif, d'autant que trimer a passé dans 
la langue familière. Le suffixe vient, par assonance, 
de majsi qui précède. 

(139) 101° Triné o parler », 4 fois, et trinir « par- 
lera », 2 fois : comme tous les gens qui « parlent » 
martien parlent pour « enseigner » quelque chose à 
M"« Smithj la seconde syllabe du mot fr. doctrine se 
présente invinciblement à l'esprit ; mais, d'autre part, 
il semble difficile de séparer tout à fait triné de tar- 
viné « langage », n° 210. Douteux. 

(140) 102« Tu^é « malade », 2 fois. Mot bien diffi- 
cile : le [mg. dûhôsség « rage [du chien] » est bien 
éloigné à tous égards, et le fr. usé peu satisfaisant ; 
si l'on se décide pour ce dernier, le t initial peut pro- 
venir d'une liaison naïve, résultant de ce que le mot 
précédent est né, équivalent du fr, « est », dans la 
phrase FI. 29, où tu:;é fait sa première apparition; il 
n'a été répété que dans la phrase inintelligible FI. 33. 

(141) 103° Uri {( soir »j une fois: l'idée de « soir », 



— 37 — 

implique obsc-uri-té, mot trop long, par rapport à 
celui qu'il devait traduire, pour ne pas subir un violent 
écourtement. 

(142) 104" Véche « vu », véchêsia voyons », véchi 
« [tu] vois », véchir « verras », vétéche « voir», cha- 
cun une fois : altérations diverses d'un radical imité 
du verbe voir. Le mot est né au début du martien, 
dans la période de prépondérance de la chuintante. 

(143)105" Vinâ « retour », 2 fois, ci. poviné, n°124: 
constructions élémentaires sur la base du radical du 
verbe fr. venir. 

(144) 106° Vi^êné « distinguer », une fois : dériva- 
tion martienne du fr. vision, qui, en tant que mot 
savant, a pour M'^" Smith un sens plus technique que 
le simple sens de « voir » ; peut-être aussi viser. 

(145) 107° Zabiné « arriéré », une fois, FI. 35: 
peut-être, avec métathèse et suffixation martienne, 
fr. bas au sens de « dégradé » qui se dit des races 
sauvages. Très douteux : tous les mots commençant 
par ,? sont des à-Tia^ presque indéchilïrables ; heureu- 
sement il n'y en a pas beaucoup. 

(146) 108° Zati « souvenir », une fois : suggestion 
des deux dernières syllabes de myosotis (vergissmein- 
nicht), fleur du souvenir. 

(147) 109° Ziné « bleu », une fois : peut-être altéré 
etdérivé de Chine, à cause de la belle couleur bleue de 
certains vases chinois : au surplus, le mot fait partie 
de la phrase inintelligible FI. 33. 



— 38 — 

(148) En somme, déduisant même tous les cas dou- 
teux, il semble qu'un bon tiers du vocabulaire mar- 
tien vienne, par voie plus ou moins détournée, du 
français seul. 



— 39 



CHAPITRE V 
Le Vocabulaire allemand 

(149i 1° Andélir « apparaîtra », une fois, FI. 39. 
Le mot a ici le sens de « être en relation, avoir com- 
merce fréquent avec » : soit donc, avec semi-calem- 
bour, adaptation de l'ai, handeln a traiter, com- 
mercer », que M^i" Smith doit bien connaître. 

(150) 2° Bindié a [il] trouve », une fois : conjugué 
sur le radical de l'ai, finden « trouver », cf. n° 8. 
Presque sûr. 

(151) 3** Bounié « chercher, [il] cherche », chacun 
une fois : malgré ce qu'il peut y avoir de forcé à tirer 
deux mots martiens d'un seul mot allemand, le rapport 
étroit de signification des mots « trouver » et « cher- 
cher » ramène irrésistiblement la pensée au même 
\erhe finden, mais cette fois sous sa forme de parti- 
cipe passé gefunden, ou au substantif qui en est issu, 

fund (( trouvaille ». 

(152)4° Cen « beau » et cêné « belle », chacun une 
fois : al. schôn « beau ». Si l'on croyait nécessaire 
d'expliquer la mutation de la chuintante initiale en 
sifflante, la contamination par le mg. s^é/j « beau » ne 
soutïrirait aucune difficulté. Sûr, 



— 40 — 

(153) 5° C/n'nit a bague », mot isolé : al. schm'tt 
« taille, coupure », soit parce qu'une bague semble 
« couper » le doigt, soit à cause de la a taille » des 
pierres dont elle est ornée, etc. Douteux, mais sans 
aucune importance. 

(154) 6° Ébanâ « lentement », une fois, tout à la fin 
(FI. 40), sans importance : le sujet doit avoir songé à 
l'ai, eben « uni », qui ne concorde point exactement 
pour le sens; toutefois un pas « égal » est un pas 
plutôt « lent ». 

(155) 7" Gudé « bons »,une fois : malgré le d, il y a 
plus de probabilité pour l'ai, gut que pour l'anglais 
good, parce que la première de ces langues doit être de 
beaucoup la mieux présente à l'esprit du sujet, 
cf. n° 166; en tout cas, l'emprunt est manifeste. 

(156) 8° Haudan a maison », une fois, tout au début. 
M.Flournoy fait observer avec beaucoup de finesse que 
Jiaudap. est calqué, consonne pour consonne et voyelle 
pour voyelle, sur maison. Mais cela ne nous empê- 
chera pas de reconnaître dans la première syllabe 
l'ai. haus. Quant au d médial, il demeure énigmatique. 

(157) 9° Hêné « s'élever », une fois : al. hôhe 
« hauteur » et [sich er-]hôhen « s'élever » ; il est 
assez curieux qu'ici, contrairement aux habitudes de 
M"^ Smith, le pronom a se » soit sans équivalent. 

(158) 10° lé et iée « tout, toute », 3 fois; iéei 
« toutes », une fois : ce mot, qui a de bonne heure 
remplacé is (n° 188), a pu être abstrait de locutions 
al. très usuelles telles que werje « tous ceux qui », 



— 41 — 

wasje « tout ce qui )),etc.,oùye prend en effet le sens 
de « tout ». A peine douteux. 

• (159) 11" Ilinée « reconnue », une fois, a remplacé 
cévouitche (n° 182) : c'est l'ai, [sich] erinnern « se 
rappeler », très peu altéré ; car r>l est de phonétique 
courante. 

(160) 12° Imà « ciel », une fois : il est impossible de 
méconnaître l'ai, himmel. 

(161) 13" Kirimê « prudent», une fois, eici.pocrimé 
(( science », n" 167 : les deux sens se concilieraient 
admirablement par un rapport avec l'ai, hirn a cer- 
veau » ; mais le phonétisme serait ici trop altéré. 

(162) 14** Koumé « fondre », une fois. Il y a homo- 
phonie parfaite de l'ai, kummev « chagrin » ; or, préci- 
sément, la phrase (FI. 8) est « fondre tout ton chagrin » : 
la coïncidence est-elle fortuite? Il se peut que kummer, 
suggéré par l'idée de « chagrin », soit, si je puis ainsi 
m'exprimer, parti trop tôt à la manière d'un ressort 
qui s'affole, et que dès lors, utilisé pour exprimer 
« fondre », il n'ait pu l'être pour a chagrin». Douteux. 

(163) 15° Lassuné et lassunié « approche » (impé- 
ratif); lassuné « [il] approche »; ilassiiné « [je] m'ap- 
proche » : chacun une fois. Ce mot est cruellement 
embarrassant. On voit, d'abord, que la conjugaison 
n'obéit à aucune règle : cela est vrai surtout de la 
forme ilassuné, qui devrait être *lé-lassuné, n" 32, 1°; 
mais, à l'époque où elle est apparue (FI. 9), la gram- 
maire de IVI^^*^ Smith était encore tout à fait chaotique. 
Quoi qu'il en soit, prenant lass- comme radical du 



— 42 — 

verbe, on ne sait vraiment à quoi le rattacher. En 
désespoir de cause, j'ai songé à une image de piété, 
comme il en existe beaucoup, représentant la scène 
« laissez les enfants s'approcher de moi » : si l'inscrip- 
tion de celle que M"^ Smith a eue quelque jour sous 
les yeux était rédigée en allemand, elle commençait 
par lass-et [die kinder...], et ce radical a pu ainsi 
s'associer à l'idée de s'approcher ; mais, bien entendu, 
je ne donne la conjecture que pour ce qu'elle vaut. 

(164) lô** Mâche a [je] peux », 4 fois; machir « pour- 
ras » et machiri a pourrai » (pour Vi final, cf. le n** 38, 
2°), chacun une fois. Le premier de ces mots est sûre- 
ment l'ai, [ic/i] mag, peut-être contaminé de [ic/i] 
mâche, parce que « pouvoir » c'est généralement 
(( pouvoir faire ». Les deux autres sont des formes 
conjuguées, d'allure martienne très régulière. 

(165) 17° Mané a père », une fois : c'est l'ai, mann 
« homme, époux », peut-être avec une confusion par- 
tielle du radical de mima, n*^ 107. 

(166) 18" Mode a mère », 14 fois : toute la question 
n'est qu'entre l'ai, mutter et l'anglais mother, celui-ci 
mieux concordant au point de vue du phonétisme, 
celui-là sûrement mieux connu du sujet ; cf. n° 155. 
On observera que les mots qui reviennent le plus sou- 
vent sont aussi, en principe, les mieux explicables par 
un emprunt manifeste. 

(167) 19° Pocrimê « savoir », une fois : cf. kirimé, 
n° 161 ; mais, en tout cas, je ne vois absolument aucune 
clonnée qui rende compte de la préfixation apparente, 



— 43 — 

(168) 20« Poênê^é a quelques », une fois. Ici, la pré- 
fixation po- pourrait relever du procédé de l'allitéra- 
.tion, n° 16; car le mot (FI. 11) est immédiatement 
précédé du mot povini, cf. n" 124. Cette quantité 
déduite, il reste -énê^éj qui s'applique presque lettre 
pour lettre sur l'ai, einige « quelques ». 

il69) 21" Raddré « prononcer », une fois, FI. 15, 
dans une phrase où en fait l'emploi du verbe « parler » 
conviendrait beaucoup mieux : al. reden « parler », 
avec léger jargonnement et terminaison martienne; 
presque sûr. 

(170) 22° Réniv « portera », une fois, FI. 18, dans 
une phrase où le vrai sens est « apportera » : futur mar- 
tien sur un radical rên-, qui, sauf aphérèse initiale, 
rappelle de bien près celui deTaLôrm^-eAi «apporter». 

(171) 23° r/6m$ « besoins », une fois : cf. l'ai, trieb 
« instinct ». Les deux idées sont connexes, et la pho- 
nétique concorde à merveille, sauf une métathèse des 
plus simples. Douteux pourtant : le terme al. n'est pas 
de ceux que M^'« Smith a pu aisément connaître et 
familièrement retenir. 

(172) 24° Tournai « charmes », une fois: cf. al. tau- 
mel « vertige, ivresse, paroxysme de joie ». Le pho- 
nétisme va bien, comme le montre imâ venu de himmel, 
n° 160. Douteux pourtant : il est difficile que M"« Smith 
connaisse ce mot peu usuel. 

{A suivre) V. Henry. 



L'INSCRIPTION DÉCOUVERTE EN 1899 

SUR LE FORUM ROMAIN 



C'est peut-être une entreprise téméraire, en tout 
cas fort risquée, que de vouloir, après tant de tenta- 
tives diverses, ofîrir une nouvelle interprétation, no- 
tamment une qui rejette beaucoup de ce qui a été 
admis sans dicussion, presque comme hors de doute. 
Mais dans un cas tel que celui-ci, ce sont précisément 
les bases qu'on a crues inébranlables, qu'on a ac- 
ceptées avant même d'avoir obtenu une idée tant soit 
peu préalablement exacte des choses desquelles il 
s'agit, qui prêtent le plus au doute. Une interprétation, 
qui veut approfondir de plus en plus la matière, se 
trouve de plus en plus en face de difTicultés inéluc- 
tables, et ce n'est qu'après avoir essayé en vain tous 
les expédients que la méthode philologique nous four- 
nit, qu'on se résout en dernier lieu à revenir sur ses 
pas et à retourner à l'examen rigoureux des supposi- 
tions fondamentales. 

C'est du moins ce que l'expérience nous a fait voir 
dans un certain nombre de cas semblables, et s'il en 
était de même par rapport à l'inscription dont la 
découverte a, l'année passée, révolutionné le monde 



— 45 — 

savant, et même à un certain degré le monde cultivé, 
il n'y aurait pas lieu de s'étonner grandement. 
• Je veux donc offrir mes remarques, mes doutes, mes 
objections sur certains points qui, pour l'entendement 
de ces textes si mutilés, et par conséquent si obscurs, 
pourront être de quelque importance. 

En premier lieu, tout le monde à peu près semble 
être d'accord qu'il faut lire slakros esed, et que cela 
doit signifiera peu prèssacer estod, formule ailleurs très 
usitée. Or, il me semble impossible d'admettre que 
même au Vl'' siècle on ait dit sacros ; superflu de rien 
dire par rapport à esed. Je m'inclinerais devant l'opi- 
nion des savants célèbres (à juste titre), qui admettent 
cette interprétation, si le motso?vi... précédait; parce 
qu'on ne prononce rimprécation qu'après en avoir 
indiqué le motif qui la justifie. Ici, ce serait le con- 
traire. Parcelle raison, j'interprète les \eUres akro sesed 
comme signifiant : agru[m] seret « celui qui ensemen- 
cera ce champ». 11 s'agit évidemment d'un fonds sacré 
d'un T£(jL£voç, qu'on avait l'habitude de fermer. On 
pourrait donc combler les lacunes à peu près de la 
manière suivante : 

quoi hoi[ke loqoi 

seive keivis seive 

perekrinus] akrom[m] 

sesed — ou 

quoi hon[ke s. k. s. p.] akrofm] sesed 

sordes ne invehitod... 



— 46 — 

La première ligne du second pian reste inintelli- 
gible; la seconde ofl're selon l'interprétation recei; 
mais cela eneore est très douteux, parce qu'il serait 
infiniment ditïicile de se rendre compte du datif. Je 
crois donc que le c n'est autre chose qu'un V mis de 
travers, et je lis reveitor (revehitor) : re[x] vehitor. Les 
lettres evam se complètent par l'addition d'un d : devam 
{= divam); je ne dirais rien, s'il y avait une lacune 
après ce mot; mais tel que l'inscription nous l'oflre, 
il précède immédiatement quos et finit la phrase. Je 
complète donc a dextera ad laevam. Quos r[ex] 
quomque... manque un verbe : proficiscetur ; quos 
paraît être le prototype de us dans usquamj)rodibit. 

Pour le commencement du troisième plan, j'accepte 
la conjecture de M. Modestov (V. J. Modestov, Pamja- 
linki carskagn perioda i pervnëjmja iatinskaja nadpist 
na Rimskom i Porumë Skl-Peterburgi, 1900). 
sovo]m kalatorem hap... (habelod). 

La troisième ligne nous ofîre uod, donc je risque : 
makistratluod iouxmenta... 

Plus loin, il y a évidemment confusion; les lettres 
lod ont changé de direction, il faut lire ou captafod ou, 
ce qui vaut mieux, capitod ; le a a été répété fauti- 
vement. Au représente les premières lettres de au- 
ri(ja[m. 

. . .sovo] kalatorem hap[etod. . . 

macistrat] uod iouxmenta capitod au! rigam currum 
ite]m iteri [...ipso]m quoi. 



— 47 - 

havelod ne signitie rien, et facelod autant que cela. 
II y a ici encore transposition des lettres; je corrige 
■avehitod nef/u[e...]od iovestod (iusto). 
On pourrait conjecturer : 
neque in ea re plus morae esltod iovestod. 
Mais cela est entièrement incertain. 
Je donne l'inscription dans son entier, comme il 
me paraît qu'il faut la lire : 

quoi lioi |ke loquoi seive keivis seive perekrinusj 
akro[mj sesed | ou 

quoi hon [ke seive keivis seive perekrinus] akro[m| 
sesed | sord [es ne invehitod... (fin de la première 
inscription qui ne se rapporte pas à ce qui suit). 

reve[h]itor (probablement rea; vehilor)... 

|...a dextera ad lajevam | 

quos r[ex quomque... (quo rex quomque) [proficis- 
cetur 

...sovoJm kalatorem liap..* 

...makistratluod iouxmen 

ta kapitod au[rigam currum ite-] 

m iteri... 

...ipso^m quoi avehitod nequ[e in ea re plus morae 
est] od iovestod . 

L'inscription du premier plan n'a pas trait au con- 
tenu du reste de la stèle; on s'est simplement servi 
d'une pierre déjà employée, parce que les trois côtés 
suffisaient pour y graver la seconde inscription. 

On élèvera probablement des objections contre lac- 



— 48 — 

vam, au lieu de laivam ; mais devam est absolument 
impossible. Il ne reste donc guère que laevam;ae au 
lieu de ai se trouve déjà fort anciennement. 

A. F. BOJESLAV. 

P. -S. — Il est assez clair que le maçon qui a taillé 
l'inscription trouvée l'année dernière au forum, n'a pas 
été bien exercé à graver les lettres à la boustrophédon. 
Témoin les lettres kap{i1)atodou, où tod est gravé à 
l'envers; peut-être aussi il y a une espèce de dittogra- 
pbie kapiat kapilod, mais il est vrai qu'il aurait dû 
graver dot et non toda{i)pak; témoin encore les lettres 
havelod, si étrangement bousculées (ou ilia \ dotev). 

Plus d'une fois il a renversé les lettres, probablement 
parce qu'il s'élait placé faussement. 

Si nous tenons compte de ces faits, il se pourrait 
que la même chose fût arrivée par rapport à la pre- 
mière ligne du second plan, qui présente, à ce qu'il 
paraît, des difficultés insurmontables. D'après le der- 
nier facsimile de M. Comparetti, il faut lire (premier 
trait presque vertical incertain, pourrait être un i) laiFas 
(le F. étant tourné de l'autre côté): serait-ce laivas'^ 
Alors, il ne serait plus douteux que, malgré la diffé- 
rence d'orthographe, les lettres evam de la troisième 
ligne ne dussent se compléter par la{evam). Mais on 
pourrait aussi, sans faire un trop grand tort au maçon, 
lire amas /serait-ce la porte Naevia? Malheureusement 
nous en savons fort peu de chose. 



- 49 - 

Dans ce qui suit, nous n'avons que lo et (/nos sur 
quoi fonder des hypothèses. Si nous acceptons regei, 
il faut bien qu'il s'agisse ici d'un affermage de quelques 
terres, car lo exige un complément candi (fundi agri), 
à quoi se rapporterait quos dans la quatrième ligne. 
Mais pour cela, on s'attendrait plutôt à un praeco qu'à 
un calaior. Il serait donc nécessaire de séparer le 
contenu du 3' et du 4e plan de celui du 1<^'' et du t\ 
Le 2^ plan aurait trait à certaines terres, dont l'affer- 
mage entrait dans la sphère du rex sacrorum; ces terres 
devaient être situées près de la porte Naevia. 

A. F. B0JESLA.Y. 

2l*P.-S. — On pourrait lire sur le premier plan «akros 
seset », ce qui s'accorderait bien avec le « quos » du 
second plan. 

Au lieu de « magistratuod » (le Y se trouve très 
clairement sur le dernier facsimile) on pourrait sup- 
poser « senatuod », parce que « magislratus » serait 
trop indéfini. 

Pour AKPOS, je suppose que c'est la transcription 
de ACROS, en lettres grecques, peut-être même un 
archaïsme voulu. 

Prague. 

A. F. BOJESLAV. 



ÉTUDE DE LA LANGUE DES POULS 



SUITE 



LE SUBSTANTIF 



En poul, le substantif, on l'a dit, n'est générale* 
ment pas autre chose qu'un adjectif puis substantive- 
ment. 

Or, l'adjectif, de son côté, n'est leplus souvent qu'un 
participe plus ou moins défiguré d'un radical verbal 
plus ou moins tombé en désuétude : pour démontrer 
cette assertion et faire concevoir en même temps le 
mécanisme des tranformations successives, le meilleur 
moyen consistera à insister sur la genèse des trente- 
trois formes des participes en do, des noms verbaux 
en owo et en edjo, tout en montrant la corrélation ré- 
gulière qui existe entre ces deux catégories de mots 
et la précédente au point de vue des suffixes ; puis de 
faire connaître les adjectifs en o restés seuls en usage 
de leur famille, mais présentant encore une vitalité 
telle que, par un curieux phénomène de réversibilité, 
ils l'ont en quelque sorte perpétuée à leur tour, en 
donnant naissance à de nouveaux radicaux verbaux 
au moyen de la dérivation en di 



— 51 —, 

Enfin on passera à l'étude des substantifs eux- 
mêmes. 

Hâtons-nous de dire que bien des questions reste- 
ront sans réponses. 

Il nous suffira d'avoir montré d'une manière que 
nous croyons irréfutable, que les Pouls, non plus que 
bien d'autres peuples, ne font rien ni pour la rime ni 
pour l'harmonie. Ils se contentent de l'euphonie et 
font purement accorder substantifs, adjectifs, parti- 
cipes et pronoms en genre et en nombre. 

Dans le tableau qui suit, on donne les trente-trois 
formes : 

1° Des participes ou adjectifs prenant doau genre o, 
en tenant compte des modifications que peut subir le 
suffixe, selon que la forme qui le reçoit se termine par 
une des consonnes b, d,f, g/, y, dj, k, I, m, n, p, 
r, s, t, IV, tch, gn, ou par la voyelle sourde euphonique 
ou; 

2° Des adjectifs verbaux actifs en owo, passifs en 
édjo ; 

3" Des adjectifs prenant simplement o au môme 
genre. 

On peut dire que sauf ma"- (grand), dont les 
formes sont indiquées à la vingt-deuxième ligne du 
tableau, et qui n'est d'ailleurs irrégulier qu'en appa- 
rence, tous les adjectifs de la langue rentrent dans une 
de ces trois catégories. 



52 





RACINE 


SENS 


(■) 


BÉ 




Web- 


facile 


beb-do 


web-bé 




Wad- 


faisant 


bad-do 


wad-bé 




Yaf- 


mou 


djaf-do 


yaf-bé 




Dog- 


courant 


dog-do 


dog-bé 




Fa'- 


allant vers 


pa'-do 


fa'-bé 




May- 


mort 


may-do 


may-bé 




Tadj- 


coupant 


tag-do 


tag-bé 




Sek- 


déchirant 


tchek-do 


sek-bé 




Wel- 


plaisant 


bel -do 


wel-bé 




Bani- 


prenant 


bam-do 


bam-bé 




'An- 


embarrassé 


gan-do 


*an-bé 




Fap- 


pétant 


pap-do 


fap-bé 




'Ar- 


venant 


gar-do 


'ar-bé 




Was- 


s'abstenant de 


bas-do 


was-bé 




Hot- 


partant 


kot-dô 


hot-bé 




Waw- 


pouvant 


baw-do 


waw-bé 




'Ang- 


haïssant 


gagn-dô 


'agn-bé 




Wod-é 


rouge (originel"' ) 


bodé-djo 


wodé-bé 




Wod-djou- 


rouge (devenu) 


god-djou-do 


woddjou-bé 




Modj- 


bon 


modj-o 


modj-oubé 




Rim- 


libre 


dim-o 


rim-bé 




•Ma- 


grand 


maw-do 


maw-bé 




Hatch- 


hurlant 


kak-do 


hak-bé 




Sel- 


dissident 


tchebo-wo 


sel-o-bé 



— 53 — 



(«) NDOU 


DI 


(3) NGUÉ 


DI 


wem-dou 


beb-di 


weragué 


beb-di 


wandou 


bad-di 


wangué 


bad-di 


yaf-ndou 


djaf-di 


yaf-ngué 


djaf-di 


dog-ndou 


dog-di 


dog-ngué 


dog-di 


fa'-ndou 


pa'-di 


fa*-ngué 


pa'-di 


may-ndou 


may-di 


may-ngué 


may-di 


tag-ndou 


tag-di 


tagngué 


tag-di 


sek-ndou 


tchek-di 


sek-ngué 


tchek-di 


wel-ndou 


bel-di 


welngué 


bel-di 


bam-ndou 


bam-di 


bara-ngué 


bam-di 


*an-ndou 


gan-di 


'an-ngué 


gan-di 


fap-ndou 


pap-di 


fap-ngué 


pap-di 


'ar-ndou 


gar-di 


'ar-ngué 


gar-di 


was-ndou 


bas-di 


was-ngué 


bas-di 


ho-ndou 


kot-di 


hongué 


kot-di 


waw-ndou 


baw-di 


waw-ngué 


baw-di 


*agn-ndou 


gagn-di 


'agn-ngué 


gagn-di ^ 


wodé-rou 


bodéjdji 


wodé-wé 


bodé-dji 


woddjou-ndou 


goddjou-di 


woddjou-ngué 


goddjou-di 


modj-ourou 


raodj i 


modj-*é 


modj-i 


rim-rou 


dim-i 


rim-'é 


dim-i 


maw-ndou 


niaw-di 


ma* -n gué 


maw-di 


kak-ndou 


kak-di 


hak-ngué 


kak-di 


sel o-rou 


tchel-o-dji 


sel-o-wé 


tchel o-dji 



— 54 - 



(4) NGO 


DÉ 


(5) NDÉ 


DÉ 


wemgo 


beb-dé 


wemdé 


beb-dé 


wango 


bad-dé 


wandé 


bad-dé , 


yaf-ngo 


djaf-dé 


yof-ndé 


djaf-dé 


dog-ngo 


dog-dé 


dog-ndé 


dog-dé 


fa'-ngo 


pa'-dé 


fa'-ndé 


pa*-dè 


may-ngo 


may-dé 


may-ndé 


may-dé 


tagngo 


tag-dé 


tagndé 


tag-dé 


sek-ngo 


tchek-dé 


sek-ndé 


tchek-dé 


wel-ngo 


bel-dé 


wel ndé 


bel-dé 


bam- ngo 


bani-dé 


bam-ndé 


bam dé 


*an-ngo 


gan-dé 


*an-dé 


gan-dé 


fap-ngo 


pap-dé 


fap-ndé 


pap-dé 


*ar-ngo 


gar-dé 


'ar-ndé 


gar-dé 


was-ngo 


bas-dé 


was-ndé 


bas-dé 


hongo 


kot-dé 


hondé 


kot-dé 


waw-ngo 


baw-dé 


waw-ndé 


baw-dé 


'agn-ngo 


gagn-dé 


'agn-ndé 


gaga-dé 


wodé-wo 


bodé-djé 


wodé ré 


bodé djé 


woddjou ngo 


goddjou-dé 


woddjou-ndé 


goddjou-dé 


modj-'o 


modj-é 


modj-éré 


modj-é 


rim-*o 


dim-é 


rim-ré 


dim-é 


ina*-ngo 


maw-dé 


maw-ndé 


maw-dé 


hak-ngo 


kak-dé 


hak-ndé 


kak-dé 


pel-o-wo 


tchel-o-djé 


selo-rô 


tchel-o-djé 



55 — 



(G) KO 


DÉ 


(7) NGOU 


DI 


web-ko 


bed-dé 


bemgou 


bel-di 


wad-ko 


bad-dé 


bangou 


bad-di 


yaf-ko 


djaf-dé 


djaf-ngou 


djaf-di 


dog-ko 


dog-dé 


dog-ngou 


dog-di 


fa'-ko 


pa'-dé 


pa'-ngou 


pa*-di 


may-ko 


may-dé 


may-ngou 


may-di ■ 


tag ko 


tag-dé 


tagngou 


tag-di 


sek-ko 


tchek-dé 


tchek-ngou 


tchek-di 


wel-ko 


bel-dé 


bel-ngou 


bel-di 


bam-ko 


bam-dé 


bam-ngou 


bam-di 


*an-ko 


gan-dé 


gan-ngou 


gan-di 


fap-ko 


pap-dé 


pap-ngou 


pap-di 


'ar-ko 


gar-dé 


gar-ngou 


gar-di 


was-ko 


bag-dé 


bas-ngou 


bas-di 


hot-ko 


kot-dé 


kongou 


kot-di 


waw-ko 


baw-dé 


baw-ngou 


baw-di 


'agn ko 


gagn-dé 


gagn-ngou 


gagn-di 


wodé-ko 


bodé-djé 


bodé-wou 


bodé-dji 


woddjou-ko 


goddjou-dé 


woddjou-ngou 


goddjou-di 


modj-(h)o 


modj-é 


modj-'ou 


modj-i 


rim-(h)o 


dim-é 


dim-'ou 


dim-i 


maw-ko' 


maw-dé 


ma'-ngou 


maw-di 


hak-ko 


kak-dé 


kak-ngOLi 


kok-di 


sel-o-ho 


tchel-o-djé 


tchel-o-wou 


tchel-o-dji 



— 56 



(H) BA 


DI 


(O) NGOL 


DI 


beb-ba 


beb-di 


bemgol 


beb-di 


bad-ba 


bad-di 


bangol 


bad-di 


djaf-ba 


djaf-di 


djaf-ngol 


djaf-di 


dog-ba 


dog-di 


dog-ngol 


dog-di 


pa'-ba 


pa'-di 


pa'-ngol 


pa-'di 


may-ba 


may-di 


may-ngol 


may-di 


tag-ba 


tag-di 


tagngol 


tag-di 


tchek-ba 


tchek-di 


tchek-ngol 


tchek-di 


bel-ba 


bel-di 


bel-ngol 


bel-di 


bam-ba 


bam-di 


bam-ngol 


bam-di 


gan-ba 


gan-di 


gan-ngol 


gan-di 


pap-ba 


pap-di 


pap-ngol 


pap-di 


gar-ba 


gar-di 


gar-ngol 


gar-di 


bas-ba 


bas-di 


bas-ngol 


bas-di 


kot-ba 


kot-di 


kongol 


kot-di 


baw-ba 


baw-di 


baw-ngol 


baw-di 


gagn-ba 


gagn-di 


gagn-ngol 


gagn-di 


bodé-wa 


bodé-dji 


bodé-wol 


bodé-dji 


goddjou-ba 


goddjou-di 


goddjou-ngol 


goddjou-di 


modj-'à 


modj-i 


modj-'ol 


modj-i 


dim-*à 


dim-i 


dim-'ol 


dim-i 


maw-ba 


maw-di 


ma'-ngol 


maw-di 


kak-ba 


kak-di 


kak-ngol 


kak-di 


tcbel-o-wa 


tchel-o-dji 


tchel o-wol 


tchel-o-dji 



— 57 — 



(iO) NDI 


DÉ 


(11) Kl 


DÉ 


bemdi 


beb-dé 


beb-ki 


beb-dé 


bandi 


bad-dé 


bad-ki 


bad-dé 


djaf-ndi 


djaf-dé 


djaf-ki 


djaf-dé 


dog-ndi 


dog-dé 


dog-ki , 


dog-dé 


pa'-ndi 


pa'-dé 


pa-'ki 


pa-'dé 


may-ndi 


may-dé 


may-ki 


raay-dé 


tagndi 


tag-dé 


tag-ki 


tag-dé 


tchek-ndi 


tchek-dé 


tchek-ki 


tchek-dé 


bel-ndi 


bel -dé 


bel-ki 


bel- dé 


bam-ndi 


bam-dé 


bam-ki 


bam-dé 


gan-ndi 


gan-dé 


gan-ki 


gan-dé 


pap-ndi 


pap-dé 


pap-ki 


pap-dé 


gar-ndi 


gar-dé 


gar-ki 


gar-dé 


bas-ndi 


bas-dé 


bas-ki 


bas-dé 


kondi 


kot-dé 


kot-ki 


kot-dé 


baw-ndi 


baw-dé 


baw-ki 


baw-dé 


gagn-ndi 


gagn-dé 


gagn-ki 


gagn-dé 


bodé-ri 


bodé-djé 


bodé-ki 


bodé-djé 


goddjou-ndi 


goddjou-dé 


goddjou-ki 


goddjou-dé 


modj iri 


modj-é 


modj-(h)i 


modj-é 


dim-ri 


dim-é 


dim-(h)i 


dim-é 


raaw-ndi 


mow-dé 


maw-ki 


maw-dé 


kak-ndi 


kak-dé 


kak ki 


kak-dé 


tchel-o-ri 


tchel-o-djé 


tchel-o-hi 


tchel-o-djé 



(I«) KA 


DÉ 


(13) DAM 


DÉ 


beb-ka 


beb-dé 


beb-dam 


beb-dé 


bad-ka 


bad-dé 


bad-dam 


baddé 


djaf-ka 


djof-dé 


djaf-dam 


djaf-dé 


dog-ka 


dog-dé 


dog-dam 


dog-dé 


pa'-ka 


pa'-dé 


pa'-dam 


pa'-dé 


may-ka 


may-dé 


may-dam 


may dé 


tag-ka 


tag-dé 


tag-dam 


tag-dé 


tchek-ka 


tchek dé 


tchek-dam 


tchek-dé 


bel-ka 


bel-dé 


bel-dam 


bel-dé 


bam-ka 


bam dé 


bam-dam 


bam-dé 


gan-ka 


gan-dé 


gan-dam 


gan-dé 


pap-ka 


pap-dé 


pap-dam 


pap-dé 


gar-ka 


gar-dé 


gar-daru 


gar-dé 


bas-ka 


bas-dé 


bas-dam 


bas-dé 


kot-ka 


kot-dé 


kot-dam 


kot-dé 


baw-ka 


baw-dé 


baw-dam 


baw dé 


gagn-ka 


gagn- dé 


gagn-dam 


gagn-dé 


bodé-ha 


bodé-djé 


bodé-djam 


bodé-djé 


goddjou-ka 


goddjou-dé 


goddjou-dam 


goddjou-dé 


niodj-(h)a 


modj-é 


modj-am 


modj-é 


diin-(h)a 


dim-é 


dim-am 


dim-é 


maw-ka 


maw-dé 


maw-dam 


maw-dé 


kak-ka 


kak-dé 


kak-dam 


kak-dé 


tchel-o-ha 


tchel-o-djé 


tchel-o-djam 


tchel-o-djé 



— 59 — 



(14) NGAL 


DÉ 


(15) DÉ 


DÉ 


bemgal 


beb-dé 


beb-dé 


beb-dé 


bangal 


bad-dé 


bad-dé 


bad-dé 


djaf ngal 


djaf-dé 


djaf-dé 


djaf-dé 


dog-ngal 


dog-dé 


dog-dé 


dog-dé 


pa*-ngal 


pa'-dé 


pa'-dé 


pa'-dé 


may-ngal 


may-dé 


may-dé 


may-dé 


tagngal 


tag-dé 


tag-dé 


tag-dé 


tchek-ngal 


tchek-dé 


tchek-dé 


tchek-dé 


bel -ngal 


bel-dé 


bel-dé 


beldé 


bam-ngal 


bam-dé 


bam-dé 


bam-dé 


gan-ngal 


gan-dé 


gan-dé 


gan-dé 


pap ngal 


pap dé 


pap-dé 


pap-dé 


gar-ngal 


gardé 


gar-dé 


gar-dé 


bas-ngai 


bas -dé 


bas-dé 


bas-dé 


kongal 


kotdé 


kot-dé 


kot-dé 


baw-ngal 


baw-dé 


baw-dé 


baw-dé 


gagn-ngal 


gagn-dé 


gagn-dé 


gagn-dé 


bodé-wal 


bodé-djé 


bodé djé 


bodé-djé 


goddjou-ngal 


goddjou-dé 


goddjou-dé 


goddjou-dé 


modj-'al 


modj-é 


modj-é 


modj-é 


dim-'al 


dim-é 


dim-é 


dim-é 


ma* -ngal 


naw-dé 


maw-dé 


maw-dé 


kak-ngal 


kak-dé 


kak-dé 


kak-dé 


tchel-o-wal 


tchel-o-djé 


tchel-o-djé 


tchel-o-djé 



60 — 



(10)NGUEL 


KOGN 


(■7) DOUM 




bemguel 


beb-kogn 


beb-doum 




banguel 


bad-kogn 


bad-doum 




djaf-nguel 


djaf-kogn 


djaf-doum 




dog-nguel 


dog-kogn 


dog doum 




pa'-nguel 


pa'-kogn 


pa'-doum 




may-nguel 


may-kogn 


may-doum 




tagnguel 


tag-kogn 


tag-doum 




tchek-nguel 


tchek-kogn 


tchek-doum 




bel-nguel 


bel-kogn 


bel-doum 




bam-nguel 


bam-kogn 


bam-doum 




gan-nguel 


gan-kogn 


gan-doum 




pap-nguel 


pap-kogn 


pap-doum 




gar-nguel 


gar-kogn 


gar-doum 




bas-nguel 


bas-kogn 


bas-doum 




konguel 


kot-kogn 


kot-doum 




baw-nguel 


baw-kogn 


baw-doum 




gagn-nguel 


gagn-kogn 


gagn-doum 




bodé-wel 


bodé-kogn 


bodé-oum 




goddjou-nguel 


goddjou-kogn 


goddjou-doum 




modj-'el 


modj-(h)ogn 


modj-oum 




dim-'el 


dim-(h)ogn 


dim-oum 




ma'-nguel 


maw-kogn 


maw-doum 




kak-nguel 


kak-kogn 


kak-doum 




tchel-o-wel 


tchel-o-koga 


tchel-o-djoum 





— 61 — 

Il suffit de jeter les yeux sur le tableau qui précède 
pour se convaincre que les trente-trois formes de 
chacun des participes en do résultent de la simple 
suffixation à la forme verbale d'où ils émanent des 
trente-trois démonstratifs. 

Sauf toutefois en ce qui concerne le premier genre: ici 
le suffixe est do et non o. 

Les participes passés en nô-dose conduisent comme 
fjod-djou-do. 

Comme particularités, remarquons : 

a) Les formes des participes iveb-, wad-, et hot- 
aux genres dont les démonstratifs présentent un n 
initial. 

b) Les formes des participes tadj- eihatch. 

La finale de ces radicaux reparaît dans toute sa 
pureté lorsque les éléments à suffixer commencent 
par une voyelle. 

Exemple : 

mi tadj-at ho'' ré inodoum 

Je couperai sa tête 

Djamma kala di katch-onnô 

Chaque nuit ils hurlent 

c) Les formes prises par l'adjectif î/iaî<;-,?wa' «grand», 
qui prend le " comme consonne de fermeture, chaque 
fois que le suffixe commence par ng et le w dans tous 
les autres cas. 

En ce qui concerne les noms verbaux en owo et 



— 62 — 

edjo^ disons d'abord que pour toutes les formes 
en 

-edjo- -edji' -édjé- -edjam- 

-edjoum- -odji- -odjê- -odjoum- 

on emploie souvent des formes en 

-éwo- -éwi- -êwé- -éwam- -êwoum- 

-owi- ~owê- -owoum- 

Ainsi on dit presque aussi sou\ eni dé/te bod-éivé «des 
livres rouges » que défté bod-édje. 

Mais les formes du tableau sont plus usuelles. 

Quant aux autres désinences de ces adjectifs, il est 
intéressant de remarquer qu'elles ne diffèrent de 
celles des démonstratifs que par leur initiale; 

Que du reste cette consonne est toujours la première 
de la paire à laquelle appartient celle du démonstratif 
(abstration faite de 1'^ proclitique). 

Ainsi : 

à ndi correspond tchel-o-ri 

à ngoit correspond bod-ê-wou 

Ici encore tout est donc réglé, et cette transforma- 
tion vraiment grammaticale montre bien qu'en em- 
ployant les terminaisons que nous examinons, le Poul 
n'obéit pas à un besoin de son oreille, mais qu'à 
chaque moment de son discours, il veut déterminer 
chaque objet dont il parle, et rapprocher le plus pos- 
sible les limites entre lesquelles peut flotter l'indéci- 
sion de son interlocuteur ; lorsque celui-ci entendra : 



— 63 — 

icod-é-rou, il saura parfaitement qu'il ne s'agit pas 
d'un cheval (poutchou-ngou « ce cheval ») mais proba- 
blement d'un chien {raw'a-ndou ndou « ce chien ») ou 
de tout autre objet du genre ndou; — de même bod- 
éivoun'é\e\\]e dans son esprit que l'idée d'un objet du 
genre ngou, d'un cheval par exemple. 

Pour rendre aux terminaisons des adjectifs en o 
(modj, rim) leur véritable valeur, il ne faut pas perdre 
de vue les suffixes de ces adjectifs aux genres ndou^ 
ndé, ndi. 

Comment se produit-il qu'à ces trois genres la con- 
sonne du suffixe se soit conservée sous la forme d'un r? 

Pourquoi arrivera-t-il presque toujours que l'on 
dira : ley-di modj-irl « bonne terre « ; quelquefois 
ley-di modj-o (Wolofs-Soninkés parlant poul), mais 
jamais ley-di modj-i? 

Il y a là une probabilité énorme à priori pour que 
les autres suffixes n'aient pas plus perdu leur con- 
sonne initiale que les trois suffixes considérés. 

Matériellement le fait n'est pas impossible. La con- 
sonne g prend bien souvent la place de celte consonne 
le plus souvent presque insensible, absolument insen- 
sible dans le dialecte du Fouta, que nous avons notée 
par le signe '. 

On a établi une parenté étroite entre le b et le g. Le 
suffixe ha a très bien pu devenir 'a dans certaines cir- 
constances. 

La consonne k de ko, ki, ka, kogn peut très bien 



— 64 — 

disparaître pour faire place à un h, dont les mêmes gens 
du Fouta articulent presque aussi peu l'aspiration que 
celle du '. 

A l'Est, où les Pouls guerriers du Macina, de Sokoto, 
de Gando, hennissent leur langue presque comme les 
Arabes hennissent la leur, on entend toutes les finales 
précédées de leur aspiration gutturale ou palatale, ou 
encore d'une consonne appartenant à la môme paire 
que cette aspiration : là où le Foutanké dit houd-o ko 
« cette herbe», le Masinanké aspire foud-lio ko. 

Le Poul pasteur du Sénégal dit lel-a ha « cette 
gazelle » ; le marabout du Niger rétablit lel-wa ba. 

Ces exemples sont assez concluants. 

Et il est une raison qui prime toutes les autres : 
Quoique rimant ensemble, 7igou et ndou ne sont pas 
interchangeables à volonté. Jamais on ne dira : lana 
ba, mais lana ka« ce bateau » ; jamais on ne dira gniwa 
ka, mais gnnva ba « cet éléphant»; jamais on ne 
dira wouro ko, mais wouro ngo « ce village » ; jamais 
on ne dira lonro ngo, mais louro ko « ce trou ». 

Il y a là autre chose qu'une rime. On doit être 
certain que dans le principe, chaque genre a du em- 
brasser une catégorie bien déterminée d'individus ou 
d'objets jouissant de propriétés communes. 

L'étude qui va suivre mettra ces propriétés en lu- 
mière, tout au moins pour quelques-uns de ces genres. 

Il y aura de nombreuses lacunes. 

On a déjà fait pressentir que bien des questions 



— 05 — 

resteront sans réponse, mais celles qui seront résolues 
le seront d'une manière si décisive que l'on ne pourra 
attribuer l'incertitude qui plane sur les autres qu'aux 
dénaturations de sens, inévitables dans la langue qui 
n'a jamais été fixée par l'écriture. 

Chacun des genres sera étudié séparément. On ne 
suivra pas dans cet exposé l'ordre institué dans la 
\'^ partie : dans l'étude de la phonétique les genres 
ont été groupés de manière à rendre lucide l'exposition 
des lois de permutation des consonnes en poul, à un 
point de vue purement abstrait. 

Pour constituer le nouveau classement, on remar- 
quera que tous les démonstratifs ont pour consonne 
initiale : 

soit ' ou rien, g, b 
soit d 

soit k 

en faisant abstraction de la nasale proclitique parasite. 

On fera de ces particules trois classes, la première 
éonliendra : 

pluriel bé ou di 

nrjou di 

ha di 

nguê di 

nrjol di 

ngo dé 

tigal dé 
nguct pluriel liofin 



— 66- 

La seconde compreiidra : 

ndou di 

dé di ou dé 

ndé dé 

ndi dé 

dam dé 

doum doum 

La troisième comprendra les genres : 

ko di 

ka dé 

ki dé 

On se réserve de faire voir autre part que celle 
classification n'a rien d'arbitraire et que chacune de 
ces trois classes de genres correspond à une des trois 
racines : 

1° *a ou wa, ba ou ga 
2° y a dja 

3° ha ka 

chacune de ces trois racines ayant ou ayant eu dans 
l'origine le sens de « être », mais avec une nuance 
spéciale. 

L'exposé qui suit montrera que, sauf un petit 
nombre d'exceptions, tous les substantifs d'origine 
réellement poule peuvent être classés dans une des 
trois catégories que l'on a établies parmi les adjectifs 
et les participes. 



- 67 — 

C'est-à-dire en : 

1° Analogues des participes en do, 

%° Analogues des noms verbaux en wo et djo, 

%° Analogues des adjectifs en o. 

1"' GROUPE 
Genre 

Les noms appartenant au genre o peuvent être di- 
visés en deux sous-genres ^ 

Le 1®' sous-genre correspond exactement à ce que 
le général Faidherbe appelle le genre hominin. Il 
contient à peu d'exceptions près (diminutifs du genre 
nguel, augmentatifs du genre ngual, mots étrangers 
du 21' sous-genre), tous les substantifs exprimant une 
manière d'être spéciale à l'homme, sans distinction 
de sexe, d'âge ou de couleur. 

L'article adjectif démonstratif applicable à ces noms 
est 0, pluriel hé. 

Le â" sous-genre contient presque tous les noms 
d'origine étrangère, ou encore les noms d'origine 
poule qui, tout en ayant perdu leur suffixe générique, 
s'appliquent généralement à des êtres n'appartenant 
pas à l'espèce humaine. 

L'article adjectif démonstratif de ce deuxième sous- 
genre est 0, pluriel di. 



08 — 



h' Sous-Genrk 
(a) JNoms en do bé 

La plupart de ces noms sont des participes pris 
subslantiveinent, et leur nombre est aussi considérable 
que l'on veut, ou des noms exprimant une parenté, ou 
plus généralement une relation domestique, ou même 
simplement sociale, d'un ordre quelconque. 

Les premiers sont peu intéressants. 

La forme des derniers est remarquable : le plus 
souvent, l'élément suffixe n'est pas -do, -bé, mais 
-irado, -irabé. 

Exemples: 

Bad-irado Bad-irabé neveu 
Bad-irado wad-irabé cousin éloigné 
Band-irado Band-irabé cousin, parent, allié, fi'èrc 

(dans le sens général attaché à ce mot par les Noirs 

parlant français). 

Dend-irado Dend-irabé « cousin germain » 
Guend-irado Guend-irabé « époux » 
Djidjirado et Guidj-irado Yidj-irabé a camarade 
(du même âge) » 



Kes -irado Hes-irabê 

Keyn-irado Kcyti-irabé 

Djat-irado Djat-irabé 

Tann-irado Tann-irabé 



(( gendre, beau-père « 
(( beau-frère » 
(( bisaïeul » 
« petit-bis » 

D'autres substantifs, appartenant sous le rapport du 



C>\) 



sens à l;i môme catégorie, ne i»irni)ent juicnn sullixo 
an singulier, mais font cependant leur pluriel en irahé. 
lixemples: 



Baba 


Bab-irabé 


(( père )) 


Gog-o 


Gogu-irabé 


« tante » 


Kaw 

Youma 
Yoiimi 


C kaw-irabé 
l kuwm-irabé 

\ Youm-irabc 


« oncle )) 
« mèi'O » 


Djoin 


Djoin-irabê 


« maître, chef do famille. 


chef de 


case )) 




Marna 


mam-irabé 


(( aïeul » 


Né^iié 


ne^Ti-irabé 


• « mère »• 


Yinna 


Yinn-irabé a 


mère » (masina). 


Naw-la 


nawl-irabê 


« co -épouse d'un même 


homme 


)) 




Seul 


seyi-irabé 


« ami » 


Soiiha 


soitk-ourabé 


« amant » iiar onoosition 



â souka fioukabé jeune homme. De même : 
miijnoii « frère cadet » fait au pluriel nih/n-irabé, et 
maw-do « frère aîné » fait au pluriel maœ-nirabé par 
opposition à maw-do « grand, vieux, vieillaid » qui 
fait maccbé. 

Tous ces noms de parenté et de relations intimes 
perdent au singulier les deuK dernières syllabes de 
leur suffixe (lorsqu'ils en ont un) devant le nom ou le 
déierminatif de la personne avec laquelle ils expriment 
une alliance. 

Bad-am « mon neveu » 



- 70 — 

wadi-ma « ton cousin » 

migni-ko ) 

\ « son frère cadet » 
mign-oum ) 

youmi-Samba « la mère de Samba » 

maw-ni-Coumba « le frère aîné de Coumba » 

naw-li-Fatou « la rivale de Fatou » 

hés-am « mon beau-père » 

Font exception les mots : 
Tannado Tannabé « descendant » 
Djid'^nado DJidnabé V 

Djiknado Djiknabê\ « aïeux, descendants » 
Djinnado Djinnabê ) 
Ponnnado founnabé «jumeau » 
Tchouddido Souddibé « épouse » 
Mousid-do Mousid-bé « parent, allié 
J5?c^o Bibé « fils » 

Qui ne prennent, comme on le voit, que le suffixe 
participial ordinaire. 

Une remarque extrêmement importante est la sui- 
vante. La plupart des noms de parenté que l'on vient 
d'examiner se présentent sous forme de participes 
aoristes passifs de verbes instrumentaux, ainsi : 

Tdnirado paraîtdevoir être traduit: « employé à faire 
l'action de tan », qui lui-même peut être pris pour 
tag-n [tag-dé « créer »); l'aïeul tanirado pour tagnirado 
est donc « celui qui a pour mission de faire procréer ». 

Ces mots sont donc des noms d'agents. On se 
réserve d'étudier autre part les fonctions qu'ils attri- 
buent à chaque membre de la famille. 



— 71 - 

Il ne faut pas oublier que la même remarque s'ap- 
plique aux idiomes indo-européens. . 
• Les noms en owo sont des noms verbaux actifs, — 
tout verbe conjugable donne naissance à un nom 
verbal en oivo. 

Tout nom en otvo est issu d'uu verbe conjugué 
encore actuellement. 

Exemples : 

Kor-owo plur. Hor-obé « espion » {Hor-dé « es- 
pionner ))); Bnr-owo plur. war-obé a assassin» {war-dé 
« tuer ))), etc. 

Comme on le voit, le pluriel se forme par simple 
substitution de obé à owo. 

Les noms verbaux en édjo sont plus rares. Voici 
ceux qui ont pu être relevés sur un total d'environ 
1.200 substantifs : 
Bal-édjo Bal-ébé « homme noir » 
Bod-i'djo wod-ébé « homme rouge » (poul) 
Dan-êdjo ran ébé « homme blanc » 
Nay-édjo nay-ébé a homme vieux » 
Bil-êdjo wil-ebû « grand sorcier » 

On a déjà montré en traitant des verbes dérivés en 
wou que ces substantifs doivent être considérés comme 
des noms verbaux passifs de certains verbes, les uns 
encore usités, les autres disparus, mais en laissant 
des traces. 

On doit joindre à ces noms verbaux passifs en édjo 
ébé les noms en djo bé qui suivent. 



1" r.e nom en adjo 
Rour-nadjo Dour-nabé « potier » 

2" Les noms de tribus 

Bissi-nadjo Bissi-nahé 
Pampi-nadjo Pampi-nabé 
Dasar-nadjo Dasar-nabé 



Giiirladjo 
Kalay-djo 
Bosseya-djo 
Boda-djo 



' irla-bé 
Halay-bé 
Bosseya-bé 
woda-bé 



S"* Les noms de famille [djetiodé) 

4" Enfin beaucoup de noms en a, prénoms de per- 
sonnes ijndé) ou noms communs, qui prennent facul- 
tativement le suffixe en djo au singulier. 

(Bari) Bari-nadjo Bari-nabé 
(Ba) Baba-djo Baba-bé 

(Si) Sisi-djo sisi-bé, etc. 

Dembadjo ou Demba Dembabé « Uemba » (prénom) 
Tcliambadjo ou Samba Sambabé « Samba (prénom) 
Tchoukadjo ou Souka, Souka-bé « jeune iiomme » 
Barka-djo ou Barka, Barkabé « esclave » 
Gada-djo ou Gada, Gadabé a masseur » 
Kalifa-djo ou Kalifa, Kalifabé « maître » 
Solimadjo ou Solima, Solimabé a jeune homme 

encore incirconcis » 
Tchoufadjo ou Soufa, Soufabé « page, écuyer « 

etc., etc. 



Abslraclion t'ai le de celle tiernière variété de mots, 
qui paraissent être, sauf les quatre premiers, d'origine 
•étrangère, on voit que les mots affectés du sufTixc djo 
expriment généralement un état, une manière d'être 
involontaire, ou tout au moins inerte et inactive, à la 
différence des noms en owo qui sont des substantifs 
verbaux d'action. 

Il y a lieu de remarquer la forme du suffixe nadjo, 
nal)(',qu\ termine un certairi nombre des mots signalés. 
Son sens paraît équivaloir à « originellement». 

Par exemple Bari-nadjo signitie originaire de la 
famille des Bari. 

En somme, ces mots en nadjo expriment tous une 
qualité qui se transmet dans la famille. 

Le mol bour-nadjo ne constitue pas une exception. 
En Afrique, on ne devient pas potier, on naît potier. 

Les potiers constituent une partie de la caste infé- 
rieure des griots tisserands {màbhonhé). 

Quant aux affinités de la partie pleine du mot, elles 
sont transparentes : 

Woud-dé signifie « rôtir, enfumer», 

Bour-na-djo n'est autre chose que le nom verbal 
passif du verbe bour-nnu-dé pour wnud-noudé « rendre 
cuiseur». 

NO.\JS EN 

Ces noms peuvent être : 

r Ou bien de véritables substantifs qui, dans le 



— 74 — 

passage du singulier au pluriel, remplacent simple- 
ment le suffixe par le suffixe bé (ou oubé si l'euphonie 
l'exige), sans qu'il soit porté préjudice d'ailleurs à 
l'application des règles de permutation des consonnes. 
Exemples : 

Diw-o Diw-bé a femme veuve ou divorcée » 

Poul-o Foul-bé (( Poul » 

Kod-o Hod-bé « hôte » (qui donne ou qui 

reçoit l'hospitalité) 

Lab-o Law-bê a tribu de Pouls noirs » 

Netar-o rietar-bé « vaurien » 

Gnamagnamal-o Gnamagnamal-bê « créancier » 

Gnegno Gnêgn-bé a individu de basse classe » 

(captif, forgeron, cordonnier, tisserand, griot, po- 
tier, etc). 

•^ ,. ( 'ouy-bê ) - 

Gouaj-o { , . , > « voleur » 

( oudj-oubé ) 

Derer-o ?'erer-bé « égoïste, avare » 

Deb-o vew-bé « femme » 

Don-o ron-bè a héritier » 

Tchoubal-o soubal-bé « pécheur » 

Mabb-o mabb-oubê a griot, tisserand » 

Gawl-o ^awl-oubé a griot, chanteur, men- 
diant )), etc., etc. 

Auxquels il faut joindre un certain nombre d'ad- 
jectifs pris substantivement, formant leur pluriel 
par le même procédé, tels que : 

Moum-o moum-bé « muet » 

Koug-no hougn-bé « gourmand » 

Etc., etc. 



— 75 — 

2° Ou bien des adjectifs pris substantivement, qui 
dans le passage au pluriel remplacent leur suffixe -o, 
par le suffixe -doubé ou -idbé, absolument comme s'ils 
étaient les participes aoristes actifs de verbes dérives 
en d de leur radical. 

Du reste, la plupart du temps, ces verbes dérivés 
d'adjectifs existent, ainsi qu'on l'a fait observer lors de 
l'étude des verbes dérivés. 

Exemples : 

Gal-o ^al-doubé « riche » 

Pa-o fa^doubé «sourd » 

Bofo wof-doubé « impotent», etc., etc. 

Il s'est produit ici un curieux phénomène de réver- 
sibilité : 

La racine ^al-, gai-, par exemple, a donné dans le 
principe le verbe al-dé avoir. Il n'y a pas à en douter, 
puisque de ce verbe subsistent encore les temps né- 
gatifs : 

*ald « non » (il n'a pas..., je n'ai pas...), min ga'ld 
gawri « nous n'avons pas de mil » ; a 'alâtd téwo « tu 
n'auras pas de viande». Les temps positifs sont perdus. 

L'adjectif galo «riche, possédant », s'est conservé, a 
donné naissance au verbe dérivé al-dou-dé : mais en 
revanche, il a perdu son pluriel al-bé,eiGn fin de compte 
a emprunté au participe aoriste du nouveau verbe 
la nouvelle forme al-dou-bé. 



Trois noms se compoiieiit (l'une f;içon particulière : 

Gor-ko wor-bé « homme » 

Gay-iia-liO '■cnj-na-hé « berger » 

„ , ^ i Safalbé ) 
Icliapato ) ^'' , > «maure» 
} Safar-bé ^ 

Les deux premiers ne se distinguent des substantifs 
en dn que par la substitution de ko à do. On y re- 
viendra. 

Le troisième est intéressant en ce que de concert 
avec d'autres mots, tels que tcliaparodji «les choses des 
Maures» son pluriel safarbé (dialecte du masina et 
des Irlabés) permet de reconnaître que le singulier et 
le pluriel issus d'une racine commune se sont modifiés 
parallèlement, mais indépendamment l'un de l'autre. 

Le mot sa/ara signifie en woloff : « feu » et en poul : 
« remède». La connexité entre ces deux idées est 
évidente, si on considère que les indigènes ne con- 
naissent guère d'autre moyen curatifquele feu, moyen 
du reste très employé. — Si on remarque que le même 
mot nar signifie cà la fois « feu » dans l'idiome des 
Maures du Sénégal et «maure » en langue woloff, on 
restera convaincu que les mots mfarbè et safara sont 
très proches parents. 

D'autre part, on est forcé de reconnaître au poul 
safara, « médicament», une parenté peu équivoque 
avec le verbe safroudé, soigné (un malade). 

Ce verbe n'est autre chose qu'un dérivé en rou du 
verbe simple sqf-dé, dont l'un des sens est : « être 



liabilemcnt préparé » (en parlant d'un mets, et proba- 
blement aussi d'un médicament) . 

Un autre mot de la même famille," tchakowo, signifie 
« oculiste» {k pour /;). 

Ne doit-on pas admettre que les Pouls ont donné 
aux \Iaurcs(iui, les premiers, leur ont apporté les pro- 
cédés scientifiques de médication et en particulier la 
cautérisation par le feu, le nom de « médecins» ? 

Tchapato viendrait directement de saf-dé. Les Maures 
ne se désignent pas eux-mêmes par le nom de fchapato. 

Au sous-genre o, hé, que l'on vient d'étudier, il faut 
rattacher les mots étrangers anthropiques passés en 
poul sans modification organique. 

Ces mots prennent l'article o, bé; au pluriel, ils 
prennent le suffixe bé. 

Exemples : 

Sahaba Sahababé « ange » 

Tallba Talibabé « guerrier de la guerre sainte » 

• Exceptons toutefois les mots procédant du malinké 
et formés dans cette langue au moyen du sulFixe nké 
qui signifie « homme ». 4u pluriel nké est remplacé 
en poul par nkobé. 

Malinké Malinkobé 

Tougnaranké Tour/narankobé « étranger » 

FoiUaiiké FoiUankobê (diommedu Fouta » 
Etc.. etc. 



78 



2" Sous-Genre 

Les mots appartenant au sous-genre p di forment 
leur pluriel par simple suffixation de dji, sans modifi- 
cation de la consonne initiale. 

Comme on l'a-dit, ou bien ces mots sont d'origine 
étrangère, ou bien, s'ils sont d'origine poule, ils ont 
perdu leur suffixe générique. 

Du reste, il arrive souvent que l'article o-di dé- 
termine un mot d'un autre genre que le premier, sans 
donner lieu à des critiques. 

En particulier, il est facultatif de faire rentrer dans 
ce sous-genre les substantifs anthropiques venus de 
l'étranger sans modifications importantes. 

Exemples : 

Sahaba « ange » fait Sahahabé et Sahabadjl 

Taliba « guerrier musulman » Salibabé Talibadji 
Solima « jeune homme encore incirconcis » Solimabé 

SoUmadji 
Gada « masseur >) Gadabê Gadadji 

(A suivre.) E. Gibert. 



EXPLICATION 



M. A. Gampion, la langue basque et moi 



Dans le numéro de juillet dernier de la présente 
Revue (t. XXX III, p. 292), j'ai relevé comme il conve- 
nait une affirmation de M.Campionqui me concernait. 
M. Campion réclame aujourd'hui : il m'écrit que la 
citation qu'il me prétait est exacte et qu'elle figure 
dans un article publié par moi, en espagnol, d.ins la 
Revista Euskara de Pampelune, 2° année (1879), 
p. 145, lignes 39 et ss., reproduit à la p. 21 G, 1. t2^ 
et ss., des Mélanges de linguistique et d'anthropologie, 
par A. Hovelacque, Kmile Picot et Julien Vinson 
{Paris, E. Leroux, 1880, pet. in-8«). 

Il suffît de se reporter à ce passage pour voir que 
M. Campion n'a pas compris et ne comprend pas 
encore ma pensée, ou ne veut pas la comprendre. 
L'article dont il s'agit est intitulé : lil método cientifico 
y la lenijua euskara; il était adressé précisément à 
M. A. Campion, alors secrétaire de la rédaction de la 
Revista Euskara, et avait pour but de répondre à un 
compte rendu de ma traduction de V Essai de M. Hi- 



— 83 — 

bary ; ce coinple rendu, rédigé par un certain M. M. 
Goroslidi de Saint-Sébaslieri, m'accusait formellement 
de« bascophobie » et prétendait que je ne me préoc- 
cupais que de « rabaisser les Basques etieur incompa- 
rable idiome ». 

Je répondis, naturellement, que je n'avais jamais 
nourri d'aussi noiis desseins, mais que la linguistique 
est une science positive et que l'enthousiasme des 
« Bascophiles » était aussi lidicule qu'irraisonné. Kt 
j'ajoutais: « Esta admiracion lodavia es natural en las 
personas que no han estudiado màs que las lenguas 
clàsicas, y â quienes no han sido ensenados los datos 
y el.método de la ciencia moderna. Comparando el 
vascuence cou el latin, el griego, el h*ancés y otros 
semejantes idiomas, queda alurdido el escritor y le 
parece contemplar un hermoso gigante al lado de un 
diforme enano ; pero disminuye la alucinacion si le 
compara con el hebreo, y desaparce por completo 
cuandoenlran en la estera de la comparacion el hun- 
garo, el japonés, las lenguas de la America, de la 
Africa, y de las [ndias Orientales, y tambien si al 
mismo tempo se examina el origen del lenguaje, su 
pasado, su historia, su porvenir y su objelo. » 

Ceci est net et précis, et je le l'écrirais encore au- 
jourd'hui; le passage rapporté par M. Campion ne 
devait pas être détaché de ce qui le précède et de ce 
qui le suit; je n'y donnais pas mon opinion person- 
nelle, je faisais voir à (luelle hallucination |»ouv;iit èti'e 



— 81 — 

exposé l'écrivain non linguiste qui parlait de la langue 
basque. Il y a loin de cette indication au prétendu 
aveu, au soi-disant témoignage que la vérité m'aurait 
arraché. 

En réclamant aujourd'hui contre ma protestation et 
en prétendant nVopposer ma propre affirmation, 
M. Campion a donc plutôt aggravé son cas. L'article 
qu'il cite avait surtout pour but de démontrer la sottise 
des gens qui vous qualifient d'ennemis parce que vous 
ne partagez pas leurs préjugés ou leurs admirations. 
M. Campion se range hautement parmi ces gens-là; 
au surplus, on ne voit pas bien pour quelle raison il 
m'a pris à partie, dans son exorde, lorsqu'il a eu à écrire 
un article sur la langue basque. Ce qui est d'ailleurs 
absolument inadmissible dans le travail reproduit i)ar 
le volume de la Tradition basque, c'est cette pré- 
tention de se poser en représentant de la linguistique 
moderne entre les Basques et moi. 

Je devais être d'autant plus froissé de cette altitude 
et de ces allégations que le volume en question est 
l'œuvre d'une coterie parfaitement organisée, dont le 
but est très défini, pour qui la science n'est qu'un 
prétexte, et qui a manifestement atîecté de me tenir à 
l'écart et de ne pas me connaître. Passe pour cette 
inconvenance, mais qu'on ne travestisse pas ma pensée 
et qu'on ne prétende pas h l'infaillibilité. Les aveugles 
n'ont pas encore été autorisés à juger souverainement 
des couleurs. Julien Vinson. 



MAX MULLER 



La philologie indo-européenne vient de perdre un de 
ses plus illustres représentants dans la personne de 
M. MaxMûller. Ce grand promoteurde nos études réu- 
nissait en lui les dons si rarement combinés du savant 
méthodique et précis et du vulgarisateur aux brillantes 
amplilications. Considérable est le nombre des ou- 
vrages sortis de sa plume qui relèvent les uns de la 
science pure et dont les spécialistes ont surtout à tirer 
profit, les autres de la science élucidée et mise avec 
un rare talent à la portée du grand public. De la 
première catégorie dépendent avant tout V Histoire de 
l'ancienne littérature sanscrite, l'édition du Rig-Véda 
accompagnée du commentaire de Sâyana, la traduction 
d'un grand nombre d'hymnes de ce recueille mémoire 
célèbre sur la Stratification du langage, etc., etc. La 
seconde consiste particulièrement dans ses premières 
et nouvelles Leçons sur la science du langage, si bien 
mises à la portée du public français par la traduction 
de MM. Harris et Perrot. 

Quelques-uns de ces ouvrages, et particulièrement les 
éditions de textes, doivent aux soins qui les ont en- 
tourés ainsi qu'à leur objet même une utilité dont ils 



— 83 — 

bénéficieront longtemps et à juste titre. On ne saurait 
en dire autant delà traduction partielle du Rig-Védael, 
en. général, des ouvrages de linguistique et de mytho- 
logie du célèbre professeur d'Oxford. Le talent litté- 
raire auquel est due la meilleure partie de leur succès 
ne saurait l'emporter longtemps encore sur le caractère 
essentiellement transitoire et précaire des théories dont 
ils relèvent. D'une incontestable valeur, à l'époque où 
ils ont paru, pour éveiller chez le lecteur le goût des 
sciences qu'ils concernent, ils ont à l'heure actuelle le 
grand tort de n'être plus au point; c'est un défaut ra- 
dical et dont rien désormais ne saurait les guérir. 

La linguistique et la mythologie de M . Max Mûller 
datent d'avant les progrès delà méthode évolutionniste, 
et jamais il ne s'est douté, à ce qu'il semble, que Dar- 
win avait posé des principes destinés à agir sur toutes 
les sciences, sans excepter celles à l'étude desquelles 
son existence a été consacrée. De là, non seulement 
une persistance extraordinaire de sa part à s'en tenir aux 
doctrines les plus contestables et les plus arriérées 
de Bopp en matière de linguistique, non seulement 
l'adhésion à une théorie sur l'origine du langage 
qu'aucun linguiste autre que lui ne saurait admettre, 
non seulement une explication des mythes indo-euro 
péens qui remonte en droite ligne à celle des brah- 
manes de l'Inde ancienne, mais encore et à son grand 
dam l'exposé dans ses derniers ouvrages d'une philo- 
sophie fondée sur la linguistique dont il n'y a mallieu- 



— 84 — 

reuseinentrieii à retenir. Ici encore l'évolutionnisme, 
qui aurait pu servir de Sésame ouvre-toi I a été tenu 
pour nul et non avenu, et cette tare de la méthode 
lait que l'exposé, d'un si grand intérêt, des rapports 
réels de la logique et de la science du langage est à 
reprendre à piedd'œuvre. 

Cette part faite à la critique, il serait injuste de 
terminer sans rappeler que c'est à l'initiative ar- 
dente et au concours laborieux de M. Max Mûller que 
sont dus l'entreprise et le. succès de l'inappréciable 
collection des Sacred Books of the Easl. 

L'illustre mort n'aurait-il que cette tâche à son actif, 
qu'il aurait droit à la reconnaissance et aux regrets de 
tous les orientalistes pour qui cette collection est un 
inséparable et incomparable instrument de travail. 

Paul Regnaud. 

A l'article si impartial, si exact et si juste de notre savant 
collaborateur, il me paraît utile d'ajouter un mot pour bien 
marquer le caractère néfaste de l'œuvre scientifique de Max 
Mûller. Au point de vue philosophique, c'était un dévot, un 
pieux anglican, à l'esprit étroit et absolu. A un autre point 
de vue, il était demeuré un parfait Allemand, et lors de l'inau- 
guration, en 1872, de l'Université allemande de Strasbourg, 
il donna une preuve de mauvais goût qui fut relevée dans 
cette Revue comme elle le méritait par A. Hovelacque. Le 
Gouvernement français ne le nomma pas moins comman- 
deur de la Légion d'honneur en 1895. 

J. V. 



QUELQUES MANUSCRITS BASQUES BISCAYENS 



Au couvent des Franciscains de Zarauz (Guipuz- 
coa), on m'a permis de voir, le 20 septembre 1900, 
quelques manuscrits basques qui y sont conservés : 

I. L'original autographe du livre classique de la 
Biscaye, El Doctor Peru Abarka, par Don Juan 
Antonio de Moguel. Au commencement, au-dessous 
du titre, on lit : a Este manuscrito esta donado por 
D" Juan José de Moguel al Colegio de Misioneros 
de la Villa de Zarauz y se entregara en mi falta inde- 
fectiblemente. Unzueta. » Unzueta habitait ledit 
couvent, et fut auteur de quelques sermons en bis- 
cayen, qui ont été publiés par le curé d'Ochandiano. 
Juan José de Moguel, mort en 1849, neveu et suc- 
cesseur à Markina de Juan Antonio, fut lui-même 
aussi auteur. Au revers de cette feuille Juan Antonio 
a écrit : « Rusticus abnonnis sapiens crassaque Mi- 
nerba. Horacio. El Rustico excelente savio, y la savia 
Minerba mui estupida. » Bien des personnes, en 
Biscaye, ont conservé des copies de ce manuscrit, 
faites avant la publication de la première édition 
(Durango, 1881). J'en ai vu quatre chez Don J. M. 
Bernaola, prêtre à Durango. Ils offrent des variantes 
du texte et de l'orthographe très intéressantes. La 
deuxième édition de ce livre, qui mérite d'être mieux 



— 86 — 

connu et étudié, publiée par Don R, M. Azkue, à 
Bilbao, en 1899, avec une traduction assez peu 
exacte, indique que l'éditeur n'en a pas examiné criti- 
quementle texte. Il s'est cru aussi permis de changer 
Torthographe d'une manière que l'auteur n'aurait cer- 
tainement pas approuvée. Le tilde a été inventé au 
moyen âge pour indiquer l'omission d'une lettre, 
comme en mùdu pour mundu, afio pour anno, Gui- 
mardes pour Guimaraens . Mais M. Azkue l'emploie 
avec s pour exprimer l'addition d'un son, pour faire 
de s l'équivalent de sh ou ch. Tout le monde sait pro- 
noncer sh. Il est inutile de mettre un signe inconnu 
dans sa place . Qui peut gagner à cette innovation ? 
A la page 15, M. Azkue répète le mot iaraozak que 
Don Arturo Gampion, dans sa Grammaire, a rejeté 
comme intraduisible. Le manuscrit de l'auteur le 
porte bien : mais, dans certaines copies, on l'a changé 
en jatorzak = me viennent, supposant que l'interlo- 
cuteur parlait à lui-même en tutoyant. J'avais annoncé 
cette correction, il y a trois ou quatre ans, dans un 
journal du pays, et j'ai appelé là-dessus l'attention de 
M. Azkue, lui-même. Il est vrai que, plus bas, p. 29, 
on trouve iaraok que la note de M. Azkue explique 
comme une variante de iagok. Le changement de g 
en r est connu en basque, comme celui de /' en g. 
Le moine biscayen qui m'a montré le manuscrit 
défend la leçon iaraozak comme appartenant au verbe 
egon. Dans ce cas, les paradigmes connus de ce verbe 
sont défectueux. Peut-être est-ce une variante locale 
de yadagozak ou de yoatazac. Des variantes de cette 



espèce sont toujours à noter, mais non pas à repro- 
duire dans le style littéraire. 

II. L'original autographe de l'ouvrage précieux 
intitulé : El Verbo régulai' vascongado del dialecto 
vizcaitio, por Fr. Juan Mateo de Zavala (San Sébas- 
tian, 1848). Cet auteur mourut dans ce couvent. 

m. Trois manuscrits de l'écriture de P'rai Pedro 
de Anibarro, qui naquit à Villaro (Biscaye) le 5 dé- 
cembre 1748, et mourut dans ce couvent (alors col- 
lège) en 1830. 11 a pu connaître Larramendi. Dans 
son petit livre, Escu Liburua (Tolosa, 1827), duquel 
Don Raimundo Abaroa m'a donné un exemplaire, il 
confirme ce que le grand lexicographe d'Anduain a 
dit sur la prononciation de la lettreyen basque espa- 
gnol, c'est-à-dire qu'elle devrait être y comme elle 
l'est toujours en labourdin. Les Basques d'Espagne 
d'aujourd'hui lui donnent pour la plupart le son 
guttural de la jota castillane moderne. 

(A) Bici bedi Jésus ! Misionari Euscalduiia Cristi- 
nau-Dotrina, ta sermôiaç Bizcai-errietan iracasten. 
11 faut corriger Euscaldunak, nominatif du verbe 
actif qu'on sous-entend avec iracasten, et traduire : 
(( Vive Jésus! Le missionnaire basque enseigne dans 
les pays de Biscaye, la Doctrine chrétienne et les 
sermons. » Après ce titre, il y a une note ainsi 
conçue : « Todas estas Doctrinas se trasiadaron, y se 
pusieron en limpio en otro libro. A. Fr. Pedro Anto- 
nio Anibarro, Zarauzco Colegio A. San Franciscoren 
Ordecaco Misionisteac ateréac, tapredicatûac.Lenengo 
Zatia, Bear dan léguez » c'est-à-dire : « Toutes ces 



— 88- — 

instructions ont été transférées^^t mises en ordre 
dans un autre livre. Extraites et prêchées par le 
Père Frère [sic] Pierre A. Anibarro^ missionnaire du 
collège de Zarauz (il faut lire Colegioco eta), et de 
l'Ordre de Saint-François. » Il consiste en six pages 
sans numéros, suivies de 420 p. chiffrées. La dernière 
porte la signature de Fauteur, qui a ajouté cette 
note : « Esta obra del Misionero Bascongado comencé 
en 5 de Die*' de 1808, dia' en que naci y compli 
60 aïlos malempleados. Conozcoque nolapodré con~ 
cluir, y suplico à algun individuo de este Colegio la 
continue, trasladando àeste manuscrito misDotrinasy 
sermones de Misiones que los tengo enquadernados 
en otro lil)ro tomo P. Dios sera su galardon. En un 
tomo se pondran seguidas las Doctrinas, yen otro los 
Sermones haciendo dos de uno, pues son largos. » 
La cote de ce volume est Tabula XXVI. On en a 
publié des extraits, avec force fautes d'impression, 
chez Florentino Elosu à Durango. Le style d'Aflibarro 
est bon ; son dialecte est celui d'Arratia. 

(B) Sous la cote « Bibliotheca S. Joannis Baptistae, 
Zarauz. Euskaldunak. Tabula NT », 464 pages inti- 
tulées : « Voces Bascongadas diferenciales de 
Biscaya, Guipuzcoa, y Navarra con la distincion que 
las usa cada nacion, anotadas con sus letras iniciales 
B. G. N.; y quando es comun à todas, précède una 
G. Por Fr. Pedro Antonio de Anibarro, Misionero 
Apostolico del Colegio de Zarauz de Menores Obser- 
vantes, para el uso, y alivio de Parrocos, Predica- 
dores bascongados. » La « Diputacion Provincial » 



— 89 — 

de Guipuzcoa a subventionné Timpres^sion de plu- 
sieurs ouvrages qui méritèrent beaucoup moins la 
■publication que celui-ci. Ce serait un Dictionnaire de 
poche fort utile pour tous ceux qui voyagent dans 
le pays basque-espagnol. 

(C) Vici bedi Jésus! JESU CHRISTOREN lau evan- 
GELiÔAC halerd alcarturic, D. Beniardo Lamyc da- 
cavtzaii erara, ta A. Felipe Scioc erderatu cituan 
léguez. A. Fr. Pedro Afiibavro, Zarauzco Colegio 
A. S. Franciscoreii Ordeaco Misionisteàc eusqueratu 
ditu. Azquenedii ifinten da Uvte guztico Jaietaco 
Evaiigeliôen Idorogarri bat; ta bestebat jaquiteco 
Bizcaico icéiieii adierantza Guipuzcoa^ ta Nafarroa- 
raco oiiela libru santu veneragavriau guztien oiieraco 
izaii dedin. C'est-à-dire : « Vive Jésus ! Les quatre 
Evangiles de Jésus-Christ mis en rapport Tun avec 
l'autre, à la manière dont D. B. Lamy les porte, et 
comme le Père Philippe Scio les mit en castillan. Le 
Père Frère [sic] P. Anibarro, le missionnaire du 
Collège de Zarauz (il faut lire Colegioco eta), et de 
l'ordre de Sainl-Francois, les a mis en Heuskara. A 
la fin, se trouve un index des Evangiles des fêtes 
de l'année entière, et un autre pour savoir la 
signification des noms biscayens en guipuzcoan et en 
navarrais (afin) que ainsi ce vénérable saint livre 
soit pour le bien de tous. » Le tout consiste en 
351 pages, dont la dernière porte la signature « Fr. 
Pedro de Aflibarro ». Aux pages 338 à 343 inclus^ 
on lit le Glossaire qui suit : 

« Bizcaico Iceiien adierantsa Guipuzcoan ta Nafar^ 



— 90 — 

7'oan G. ta N. gaz adierazoric^ » c'est-à-dire : « La 
signification des noms de la Biscaye en Guipuzcoan 
et Navarrais, signalée par G. et N. » 
Aguea, abea, viga. 

aguindu : n. manatii : mandar. 

aizta : g. n. aizpa : hermana de la liermana. 

alboa, aldea : g. n. aldamena : lado. 

alogiiera, bearsaria : jonial {bear=^ work; et saria 
= the salary.) 

amatau : g. itzali : apagar. (Liçarrague bas aina- 
tigUy perhaps from mitiga in Latin). 

aracatu, aratu : rastrear. 

arbintasLina : ira. 

ardura : arrêta : cuidado (Dans quelques dialectes 
ardura signifie souvent). 

area : g. ondarra : n. legarra : arena (Le latin 
harena est-il parent du basque aie., are =: grain, 
ou bien de arin = léger ?). 

arerioa : g. n. etsaia : enemigo. 

arrasteguia, arratsaldea : la tarde. 

arraundu : remar. 
■ arteztu, zucendu : enderezar. 

asco : n. anitz : mucho. 

asmau : n. sumatu : adivinar, discurrir. 

asquea : g. estrabia : n. gambela : pesehre [Gam- 
hela is from the Latin camara. In the Guipuzcoan 
farm-houses the cattle occupy the ukuliiba (from 
cubiculum ?), a véritable chamber adjoining the 
dining-room of the family, into whose présence 
they thrust their heads through oval holes eut 



— 91 — 

in a wooden partition called tresahia. This word 

is probably a perversion of Gastilian presebe. 

Askea is the trougji^ holding the fodder for the 

oxen or cows]. 
astima : n. aidurra : pesado. 
atartea, ataria : pointai. 
atzea : n. giiibela : tras, atras [Atze dans certains 

dialectes, signifie étranger. Quelques Basques 

veulent mettre l'étranger ostean). 
aubea : g. n. amaguiarraba : suegra. 
aurrea : n. aitzinea : delante, delantera. 
auspaz jarri : /?o5^/"«r5e. 
autu, autatu : elegir (du latin optatum). 
aztu : n. atzendu : olvidar. 
azuria, bildotza : cordero. 
aror : g. orra : ve liai (sic pour alii) [aror = arra 

hor). 
Bala, balea : ballena (pez). 
barrua : g. n. barrena : interior, dentro. 
bassen : g. n. baicic : tan. 
basoa : n. oyana : monte. 

batzarra : bilcimtza : congreso^ sinagoga, concilio. 
bedarlucea : Ae/io, yerba larga [Bedar est une 

variante de belar formé de be = bas & ar = ha- 
bitant), 
belu, berandu : tarde. 
bertati, laster : n. sarri, fite : luego. 
biguna : n. beracha : blando. 
biguirea, g. gaubela : veladuria (From latin 

vigilia. Gau-bela = night-watch, not night- 

crow or black night). 



— 92 — 

biraldu, bidaldu : n. igorri : enviar, 

biurtii : n. itzuli : volver. 

boscocha : i^uda {yerba). (Diminutif du castillan 
bosco"^). 
Gelan : g. n. nola : como. 

cemaitu, cematu : n. meachatu : amenazar, repre- 
heiider. 

centurion : euntaria {Sic. L'auteur aurait dû mettre 
euntaria, centurion, à la lettre E). 

cenzuna ijuicio, entendimiento . 

ciapea : mostaza. 

cizpurua : 5M5/?/ro'(Métathèse du castillan). 

chanchadurea, levadura. 

copaua : g. n . mocadua : bocado [bocaua = cobaua) . 
Deunguea, donguea : g. n. gaiztoa : malo. 

dendatu : esforzarse, aplicarse (du latin tentare). 

domequea : n. igandea : domingo (Dommica). 
Ecandua : g. n. oitura : costumbre (On a bifFé g. n.). 

ecer, cerbait : n. deus : algo. 

echaguntza : g. baserria : n. borda : cuserio. 

echun, g. n. echin, etzin, recostarse. 

edena, edendu : g. n. pozoia : veneno [vedeno ?). 

edolabere : n. badere : a lo menos. 

emparau : sobrar. 

enzun : g. aditu : oyr (Du latin intonare). 

erago : diardu : insistir, darle a ello. 

eragotzi : g. n. debecatu : prohivir. 

erbestea, deserria : destierro (de erri, pays, et 
bestea, l'autre, i. e. alienus, ausland). 

erdu, g. atoz, n. zato : ven tu (Variante de eldu). 



— 93 - 

eriegmûa, evreixl cirarvA : real de plata. 

erraz, facil. 

ernia : g. n. culpa. 

erruquitu : g. n. urricaritu : apiadarse. 

esan : n. erran : decir. 
Escrivac ciran legueco jaquintsu letradûiiac [C'esl- 

à-dire : Les scribes étaient les savants lettrés de 

la Loi (de Moïse)]. 

escLidatu : defender (Latin sciitum, ou basque 
esku= main), 

estutu : n. ertsitu : apretar, y estu \alar. 

ezaina, ichusia: cosa fea. 

eztegua : g. n. eztaia : boda. 
Fariseôac cirian azalezco sanlutasuna eracusten 

ebeii guizonbatzuc, bana biotz cliarrecôac ta gaiS' 

tôac [C'est-à-dire : Les Pharisiens étaient des 

hommes qui étalaient la sainteté de croûte (super- 
ficielle), mais de cœur mauvais et méchants]. 
Garaua: g. aléa, n. picorra, bia: grano. 

garbitu: n. chaulu : limpiar. 

goiartu, goitu : g, n. gallendu', garaitu : vencer. 

gorrotoa: g. gaistzerizcoa, n. etsaigoa : odio. 

goxuetan : g. ardazquetan egon : hilar. 

gueitu ; n. berretu : aumentar. 

gueratu, guelditu : quedar. 

gura izan : g. n. nai izan : querer. 

guiarraba : g. n. aitaguiarraba : suegro. 
Hortua : g. ti. baratza : huerto. 

1. Probablement une manière d'écrire ^a^e«rfa. ya\v\xBallona 
pour Botjona. 



— 94 — 

hipocrita, virliite fingitzallen {Sic. L'auteur aurait 

dû le mettre au V et le castillan après). 
Ichi : g. n. utzi, ichi : dejar\ y cerrar. 

icoa^ : g. n. picoa : igo^ iguera [Sic, en omettant le 

h initial, du latin ficus). 
idunà ; g. n. lepoa : pescuezo. 
idumbaguetu : g. n. lepobaguetu : degollar. 
imilauna : g. lacaria : 16" parte de unafaiiega : algo 

nienos que celemin. 
inarrea : g. erratza : escoba. 
iraindu : agriarse^ enojarse. 
irazarri : g. ernatu : despertar . 
irme', irrime ; sendo : fuertemente. 
istanda : n . lerre eguin : reventar. 
itandu : g. n. galdetu : preguntar . 
itundu : convenir en palabra. 

iustura, inustura, oneztua : g. chimista : relampago 
izarea : g. n. mandira : sabana (d'où Samana). 
Jagon', jaon, zaindu ; g. n. zaitu : cuslodiar. 
jagui : g. jaiqui : levantarse. 
jaramon ez : no hacer caso. 
jarri : g. eseri : sentarse (On prononce esheri à 

Tolosa et San Sébastian), 
jausi : g, erori ; caer (J'ai entendu dire jausi dans 

le sens de sauter). 

jazo, guertatu : acaecer^ suceder. 
Lagunquidea : légion (Il se trompe : lagun et guide 

1. Du \dLi\r\ firme. 

2. Probablement une variante de ichadon, ichagoiu icharon 
a=ï attendre, aguardar . 



— 95 — 

(de ki, kin = avec) sont des synonymes, signifiant 
compagnon^ copain^ camarade. Lagunquidea signi- 
fierait donc « le compagnon (de) compagnon ». 
Adizkidea =^ \e cdLiVidiVSiàe d'esprit, i. e, Tami. Aur- 
hide ou aurkide = compagnon (comme) enfant, i. e. 
frère ou sœur. Kide^ hide n'est usité que comme 
adjectif postpositif. Laguii est un nom substantif), 
lapicoguillea : g. n. eltzeguillea : ollero. 
laquetu : pennitir (Du latin placet. Dans une épi- 

taphe du XIIP siècle au Musée municipal d'An- 

gouléme, on trouve placet et plaqet dans la 

même ligne), 
larga : n. utzi : dejarlo. 
laumarai : un quarto^moneda (i. e. 4 marais = ma- 

ravedis). 
lauonecoa\ charria : g. ganaubeltza: marrano. 
léguez : g. n. becela : como. (i. e. par règle de), 
lolloa . bedar charra : zizafia. 
lotsa, lolsatu : n. alquea, alquetu : avergonzarse. 
lucurerua: logrero, usurero. 
lupetza : g. loia : lodo. 
Maraia : maravedi. 

mastia : n. ardantza: vina [Valmaseda in Biscaya 

= Valley of villes. The name still describes the 

place. Matzeta ou malz-dia = quantité de 

vignes), 
miesea, euna ; lienzo. 



1. Litt. : celui de 4 pieds, le (luadrupcdc. 

2. Le latin lolliuni. 



— 96 — 

muwR '. collado (Talvez aqiii tengamos el etymon 

de Mun[d)aka en Biscaya. Cf. : ale-k(i). 
magiiina : vaina (Du Latin vagina par v z=z b = m). 
Nebea: hermano de la hermana. 
Obetandiia : /?e//êc/o (i. e. better-ed, best-ed). 
opa : g. n. esqiieni : ofrecer. 
oratu : g. n. ichasi : asir {cÂ. orain solvere). 
osatii : g. n. sendatu : saiiar [seiida vient-il de 
saiiare ? a Biseayen = e en Giiipu/.coan idaiis 
maints mots), 
ostean, atzean, n. giiibelean : tilras. 
ostii : n. ebatsi : Jiurtai'. 
otseiïa : g. n. mirabea: criado^ sirvieiile. 
otzarea : otarra : ceslo. 
Publicanôac cirian errendatzalleac, edo liicurerûac, 
edo becatari aguiriac. C'est-à-dire : « Les Publi- 
cains étaient les collectionneurs de revenus, ouïes 
usuriers, ou les pécheurs manifestes. » 
Salatu: «c«5«/', delatar. 

satza ; g. cimaurra : n. ongarria : fieino, estiercol. 

seina : g. n. aurra : n. seia : iiiTio. 

soindun: g. n. aurdun : e/n ba ta zada {Litl. : qui 

tient enfant, 'cliild-holder) . 
seinguea : g. n. aurbaguea : esierii [gea est le rac- 
courcissement de bagea =le sans. Cf. don-gea). 
sartaldea: occidente (literally the enlry-side). 
sortaldea : oriente (literally tlie exit-side). 
sustraia: n. zana : raiz (métathèse de zur-tzana). 
La Décima-Tercia edi(ùôn deL Diccionario de la 
Lengua Gaslellana por la Real ;Vcademia Espa- 



- 97 - 

iiola (Madrid, 1899) dice que « Zanahoria viene 
de «j«/io/7'«y significa iina ralz amarilla » y que 
azaiioria se dériva de izfeneria, palabre Arabe. 
Los Alemanes traducen esta palabra, que se pro- 
nuncia muy à menudo zanoria^ por Mohr-riibe 
= nabo de Moros, perô si tambien por gelbe-riibe 
= nabo-amarillo. Este Diccionario no es infa- 
lible. Dice por exemplo que agur 6 abur se dé- 
riva del Turco en vez del Vascuence agur ô del 
Latin augurium^ y que cuidar se dériva de 
^urare^ aunque cada cura podria saber que es 
una contracciôn de cogitare. Propongo el Vas- 
cuence zuTi, zaifi = raiz y oria = la amarilla 
como etymon del nombre Gastellano de esta 
legumbre. Zairl oria ■= la raiz amarilla. \. 
Pallet en ^n Diccionario (Paris, 1604) dice a Car- 
rote ^ zanahoria ». 
Taldea: rebafio. 
Verbea:g. itzarn. mintza, mintzoa : palabra [mini- 

zoa pour mintzura). 
Ugazaba : g. n . nagusia : amo. 

uguerra : g. erdoia : rofia. 

ulertu : comprehender, advenir. 

ur, urrean, urreratu: g. n. urbil, urbildu : acerca^ 
acercarse , 

urrin : g. n. urruti : lejos. 

uriola, urjola: g. ugoldea: diluvio. 

urten: g. n. irten : n. atera: salir. 
Zaina, zaindu : g. n. zaia, zaitu : custodiar (La ra- 
cine garde la vie de la plante). 
Beste icen batzuC dira berez ezagùnac (c'est-à-dire 

7 



- 98 — 

il y a quelques autres mots que l'on reconnaît par 
eux-mêmes): alcar, elcar: bardin, berdin: azurra, 
ezurra : ebagui, ebaqui : emon, eman : idigui, idi- 
qui : gâcha, gaitza : acha, aitza: jagui, jaiquî: 
baltza, beltza : narrua, larrua : soloa, soroa: 
ucatu\ icutu : uUea, illea. 

Les Pères Jésuites de Durango ont le manuscrit 
anonyme d'une grammaire basque inédite. 

« Reader. But who is he that hath thy books repard, 

And added moe, whereby thou art more graced? 

Chaucer. The sclfc same man who hath no labor spard. 
To helpc what time and writers had defaced : 
Ande made old words, which were unknown of many, 
So plaine that now they may bc known of any. » 

(Speghts Chaucer, 1598). 

Edward Spencer Dodgson, 
Paris, 23 octobre 1900. 

P. -S. The Biscayan Grammar, Vocabulary, and 
BiLiNGUAL Dialogue of Rafaël Nicoleta 

Since my article upon this work was published 
in the Sl***^ volume of La Revue de Linguistique, some 
newfacts concerning its origin hâve beendiscovered. 
Doctor Richard Garnett, who was then Librarian of 
the British Muséum, wrote to me in February 1899, 
enclosing a copy of a letter addressed to Sir Tho- 
mas Browne of Norwich in March 1661 by Samuel 
St Hill. This letter, numbered « Sloane 4062. 
f. 147 » in the British Muséum, was discovered by 
M' Scott, who is assistant librarian there. The let- 

1. Veut-il dire ukitu f ukatti signifie nier. 



— 9d - 

ter was published bj me in Notes and Queries, Lon- 
don, on the 18"^ of Maioh 1899. It Pefers to our 
author by the name of N/coleta, as I was myself iii- 
clined to read it when I first saw the manuscript in 
1897. A few months ago I saw a récent manuscript in 
Biscaya in which an initial N had a great resem- 
blance to an M. Sainthiil says that the MS had been 
lying at Exeter since aboiit 1654, that thé author was 
the only poet in Biscaya, that his « Dialogues (though 
only the first of them has survived). . . are the same 
n'ith those in Minshewes Dictionary ». In ail copies 
ofthe 3 prinled éditions of the Modo Brève, and in 
ail catalogues in which it is mentioned, the authors 
name must perhaps, therefore, be written Nicoleta 
hence forward. Some mention of him may be found 
in the archives of the City or Ghurches of Bilbao. 
Don J. M. Bernaola, a priest dweliing at Durango, 
wrote to me as follows : « En el libro de la Gofradia 
de la Piedad de la parroquia de Santiago en el aflo 
1631 aparece como cofrade el Licenciado Micoleta. » 
So it is dou])lful therefore if he is M or N. It may 
be that Saint Hill in his letter was writing from me- 
mory, & at the end of some years made a mistake 
about the initial letter of the poets name. Some part 
of the Modo Brève is in Saint Hills writing. Ile himself 
States that he perfected it. Further on he speaks of 
dialogue in the singular number. The Spanish text 
ofthe Dialogo Primero, which the author evidently 
meant to hâve successors. as he introduces it with 
the leading dialogos in the original, is to be found 
at the beginning of the « Pleasant and Delightful 



- lÛÛ - 

Dialogues in Spanish and English etc. by John Miii- 
sheu Professer of Languages in Londoti, Printed 
at London by lohn Haviland for Edward Blount. 
1623». This work will be found at the end of « A 
Dictionary in Spanish and English: London, 1623 » 
by the same author. Of this volume a copy may be 
seen in the Bibliothèque Nationale, Paris, with the 
cote « Inventaire Réserve X 258 ». It would be a 
good exercise for some Biscayan clergyman to 
translate the rest of Minsheus dialogues as well as, if 
not better than, Nicoleta did the first. But the Bis- 
cayans hâve not yet translated the only good poet 
that Biscaya lias produced, Ercilla, who wrote in 
Castillan, as D. ArturoCampionhas remindedtherea- 
ders of the latest volume of Biscayan poetry entitled 
« Felipe Arrese ta Beitiak Eginiko Ama Euskeriaren 
LiburuKantaria.Bilbon. José Astuy-ron Moldetegian 
1900 an », published in October. In this the author, 
besides committing a few grammatical blunders, (^i: 
placing his grief for his wifes death in his stomach 
[sabelan)V states that Basque is an 'unaccented lan- 
guage! An inspection of Nicoletas manuscript^ or of 
many of the old printed books in Basque, would 

1 . From Basquish Sabcl = hellfi cornes the name of a big 
belliet fish that fréquents the coasts of Portugal and Spain, 
peroaps also, sabela = una especie de gusano, rechrded in the 
Dictionary of José Cabs^llero. 

2. Since described this manuscript in the R. de L. it has been 
■ honoured by being placed in a separate binding. M. Owen Brig- 
stocke, whose book-plate it contains, was the son-in-Ia^ of Sir 
T. Browne, the well-known author, to whom M. S. S' Hill sent 
it* From the coat of arms on the seal of this gentlemans letter 



— 101 - 

convince the best living Biscayan bard that he wsa 
niistaken. It appears that the Barcelona édition of 
the Modo Brève is biitthe 2"^ I foundthere last siim- 
mer a brochure of 91 pages, produced (as a note at 
the foot of p. 2 imbooks), at the « Imp. yLibreria de 
Y. Dorca. Gerona, 1880 ». Page 1 bears the title. 
Modo Brève, para (sic) aprender la lengua Viscayna. 
In this publication, which may be seen at the British 
Muséum, Nicoletas work occupies, pages 1-37. P. 38 
is blank. There foUowtwo pages of Erratas y E.vpli- 
caciones. Pages 41 to 91 contain a Suplementos al 
Diccionario trilingiie del P. Larramendi, escritos 
en 1746 por el P. Fr. José de Maria Carmelita Des- 
calzo ». P. 41 bears this heading & a brief introduc- 
tion signed Fidel Fita. The same signature closes 
the book on p. 91. Fromthe manuscriptofFriar José 
de Maria, better known by his secular name Ara- 
quistain, still existing in the Library of the Royal 
Academyof History at Madrid, a useful supplément 
to the Dictionary of Anibarro might be compiled. It 
has been published, with some inaccuracies, by 
Don R. M. Azkue, in his review Euskalzale which 
was suppressed owing to the opposition of the civil 

Governor of Biscaya. 

Edward Spencer Dodgson. 
Paris, 23 November 1900. 

to Sir Tboraas it may be possible to identify his family. By 
« Heyling » M. S' Hill referred not to Hayling iland, but to Peter 
Heylyns Mixpô/.orr[jio; (Oxford, 1625, etc.) and Cosinoc/rapliic 
(London, 1652, etc. in which there is a curions description of 
Biscaya, Guipuscoa and Navarre. 



BIBLIOGRAPHIE 



D' Alfred Mercier. Étude sur la langue[créole en 
Louisiane {S. t. 1. ni d.), 19 p., pet. in-8°. 

Cette petite notice, qui doit être fort rare et fort peu 
connue, est extrêmement instructive. L'auteur y 
expose d'abord comment se sont formés les patois 
créoles. Le Nègre d'Afrique, débarqué dans nos vieilles 
colonies françaises, s'est trouvé en présence de gens 
dont il lui fallait impérieusement exécuter les ordres: 
il a donc mis toute son attention à écouter, à deviner, 
à comprendre le langage de ses maîtres, et pour leur 
répondre, il a fabriqué, autant que le lui permettaient 
ses facultés natives, un idiome artificiel que les maîtres 
apprirent aussi pour plus de commodité. Les enfants 
de la maison, nourris et soignés par les Négresses, 
parlèrent créole avant de parler français. Le créole 
franc.o-louisianais se parle encore à la Nouvelle-Orléans 
et dans les campagnes environnantes où l'anglais 
cependant commence à l'attaquer vivement. Mais, par 
parenthèse, quelle preuve nouvelle de la puissance 
colonisatrice de la France! 

Le Nègre, comme cela est naturel, simplifie la gram- 



— 103 — 

maire. Il supprime le verbe être et dit mo contan « moi 
content », pour «je suis content » : il évite également 
avoir: H pa peur « lui pas peur », pour « il n'a pas 
peur » ; il n'a pas besoin de prépositions ou de con- 
jonctions : ma lé di Madam vou la « moi aller dire 
Madame vous là, » pour « Je vais dire à Madame que 
vous êtes là »; il assimile fort logiquement le génitif à 
l'adjectif, et dit mézon docter pour « la maison du 
docteur ». M. Mercier signale le fait bien connu de 
l'article incorporé dans le nom ain larue « une rue », 
mo labouche « ma bouche », et il rappelle fort à pro- 
pos nos lendemain, lierre, luette; les Algonquins 
avaient ainsi pris le mot mon chapeau pour désigner 
un couvre-chef quelconque et, dans le basque vulgaire 
de Saint-Jean-de-Luz, on dit couramment maseurak 
« les ma-sœurs, les religieuses ». M. Mercier signale 
aussi, au point de vue phonétique, d'intéressantes 
métathèses : dromi « dormir », garli « galerie »; il 
note la chute du r: apé « après », la simplification de 
UQW i : torti « tortue », de eu en è, et de / en z après a, 
oUy é: manzé « manger », zalon « jalon », etc. Les 
mots de plus de trois syllabes sont réduits : baracé 
pour « embarrassé », blîé pour « oublier ». La pos- 
session est indiquée le plus souvent, non plus par 
l'adjectif possessif ou par le génitif, mais par le datif: 
ziés à moin « mes yeux ». 

M. Mercier a plus particulièrement étudié le verbe ; 
mais il émet cette assertion trop souvent répétée et 



— 104 — 

inexacte qu'à proprement parler il n'y a qu'un seul 
verbe, être. Ce n'est pas le lieu de montrer que cette 
conception est absolument fausse. Mais, il faut retenir 
que le Nègre, supprimant et réduisant les formes 
grammaticales, employant l'infinitif comme thème ver- 
bal unique, le prend nécessairement pour indiquer le 
passé, qui est le temps le mieux défini, et compose le 
présent et le futur. Pour le présent, il procède à la 
façon de l'anglais, mais use d'une préposition au lieu 
du participe présent : je suis après dîner {après ayant 
le sens de à même, occupé à) pour « je dîne » ; pour 
le futur, il prend l'auxiliaire aller : « je chanterai » 
s'exprime par « je vais chanter ». De sorte que les 
trois temps seraient : mo apé dinin « je dîne » , mo vint 
« je suis venu, je vins » et mo va chanté « je chan- 
terai » ; mais, pour plus de facilité, les formes se 
contractent et l'on a mapé dinin, mo vint, ma chanté. 
C'est très suffisant. Pour la première personne plu- 
rielle de l'impératif, il emploie un auxiliaire spécial, 
anon « allons » : anon hoi « allons boire, buvons ». 

La brochure se termine par un conte en créole, 
suivi d'une traduction française littérale : le mariage 
de la tortue qui a vaincu le chevreuil à la course. J'y 
relève quelques mots intéressants: tchor «cœur »,cila 
« celui-là », chivreil « chevreuil», nouite « nuit », son^ 
g lé, jonglé, «réfléchir» popa «papa, père», ow^oie «vous, 
vous autres », cocodri « crocodile », zavoca « avocat », 
kichoje « chose, quelque chose », nizote « nous, nous 



— 105 — 

autres », ki poti fé « quoi pour faire, ce qu'il y a à 
faire », mékié « métier », dolo «l'eau », diyor 
«dehors », aïen « rien », etc. Je remarque aussi le cri 
go « allez ». 

Dans le curieux recueil de proverbes créoles, Gombo 
zhéhes publié à New-York en 1885, M. Lafcadio Hentz 
recommande le roman créole de M. le D' A. Mercier, 
lea Saiiil-lbars ; j'ai le regret de ne pas connaître cet 
ouvrajjfe. Julien Vinson. 



G. F. Abbott, B. A., Songs of modem Greece, with 
introductions, translations and notes.. . Cambridge: 
al the IJniversity Press. 1900, xii-308 p., in-8°. 
Prix : 5 sh. 

M. Abbott otïre au public, en un volume élégant et 
joliment imprimé, une série de chansons populaires 
grecques, traduites et commentées, qu'il a lui-même 
recueillies, dans un récent voyage en Orient. Sa prin- 
cipale source paraît avoir été un certain Barba Stèrios, 
vivant à Salonique. Le Père Stèrios, nous dit M. A., 
était aveugle et vieux, tout comme Démodocus. Mais, 
moins heureux que son prédécesseur de l'Odyssée, ce 
barde n'était pas l'hôte des rois ; c'était seulement 
devant des gens de basse condition, qu'il chantait 
les xXéa àvâpwv, en s'accompagnant d'un instru- 
ment, qui rappelait la XOpa classique, par sa forme 
et par son nom. Cette lyre n'était sans doute qu'un 
vulgaire bouzoùki, et le nouveau Démodocus ne 



— 106 — 

différait pas, j'imagine, des innombrables musiciens 
ambulants, qu'on rencontre en Grèce et ailleurs. Pen- 
dant que, toutentier à ses souvenirs homériques, M. A. 
s'efforçait de recueillir les vers qui tombaient de la 
bouche de cet aède, le Père Stèrios songeait: « Un 
Xépâoç! Bonne affaire! Il faudra que j'augmente mon 
répertoire. » 

Le soir, en rentrant chez lui, le Père Stèrios s'em- 
pressa de chercher ou de faire chercher, dans des 
livres, les chansons qui pourraient plaire au Xôpôoç, 
et, comme le Père Stèrios avait du goût, il lui ap- 
porta, entre autres choses, un fragment de Valaoritis\ 
ks Deux Fleurs de J. Typaldos' et Nnconnue de Solo- 
mos', que M. Abbott eut le tort de ne pas reconnaîlre. 
L'extrait de Valaoritis lui arrache même ce cri d'admi- 
ration : «Il y a, dans cette pièce, une profondeur et une 
sincérité de sentiment, qui en font une composition 
remarquable; sa pureté etsaïraîche simplicité dénotent 
un produit authentique de la muse populaire non 
sophistiquée (unsophisticated). » 

Où le Père Stèrios a-t-il trouvé ces quelques poésies? 
Assurément pas dans les ouvrages mêmes des auteurs. 
Les œuvres de Solomos, de Valaoritis et de Typaldos 

1. Abbott, p. 164-167; 'Apiux. BaXatopÎTou Hoiï^fJ^aTa, Athènes, 
1891, t. 1, p. 211-212. 

2. Abbott, p. 116-119; Uoi-^^azot. oiaçopa 'louXîou TuTrâXoou, 
Zante, 1856, p. 107-111. 

3. Abbott, p. 128-131 ; "A-rrotvTa Atovuaîou SoXiojjioù, Zante, 1880, 
p. 128-129. 



— 107 — 

ne courent malheureusement ni les salons, ni les cam- 
pagnes; le Ka^afjitaç (Almanach) de l'année, l"Ov£i- 
poxptT7)ç (Clé des songes), T'EpcoTÔxpiToç et quelques 
anthologies, plus ou moins bien faites, constituent à 
peu près toute la nourriture IntelieclueMe des gens du 
peuple, en Grèce. Remarquons, d'autre part, que, dans 
le livre de M. Abbott, nnconnue de Solomos est re- 
produite avec des fautes: v. 10, t' cbpata xàXXT), au 
lieu de Ta (bpata tou xàXXr) ; v. 18, )(tiXioi, au lieu de 
yeika rimant avec (pùXXa; v. 20, poôaviôtç, au lieu de 
poôaptâç; v. 24, utéXvei, au lieu de aTépvst; v. 25, 
(xaXXicov = (jLaXXicbv, au lieu de pLaXXtwvs; enfin, deux 
vers ont été supprimés dans la dernière strophe, ce qui 
la rend incompréhensible. Or, je trouve la même 
pièce, avec les mêmes fautes, dans une anthologie po- 
pulaire, publiée en 1898, à Athènes'. Nous sommes 
sur la voie. Si ce n'est pas cette anthologie, qui a servi 
de type, c'est du moins sa proche parente. 

Prenons maintenant les autres chansons recueillies 
par M. A. Le n** 1 (p. 18) se retrouve, depuis le 
titre jusqu'au dernier mot, dans cette même anthologie, 
p. 124; le n° 2 aussi, et dans les mêmes condi- 
tions (Abbott, p. 22; Nicolaïdis, p. 123); le n° 3 
aussi (Abbott, p. 26; Nicolaïdis, p. 122); le n° 5 



1. 'itoâvvo'j NixoXaioou 'EXÀtqvixtj àvOoXoYia tJtoi SuXXoyf, zio^ 
iXXTfjvtxôJv âafjLâxwv, èv 'AOv/atî. TuTzo'(Çia.^z~.ow xal ^lêXiOTOoXsïov 
'Iwivvo'j NixoXaîooo, 42, ôoô; Upa^ixÉXoo;, 1898, 8-500 p. in-8". Sur 
e titre est le portrait du général Smolenski. 



~ 108 — 

aussi (Abbott, p. 34; iNicolaïclis, p. 120). De même 
pour le n" 6 (Abbott, p. 38 ; Nicolaïdis, p. 123); 
pour le n°8 (Abbott, p. 48; Nicolaïdis, p. 117, 
avec un nom d'auteur: G. Kastriotis Skenderbey); 
pour le n" 9 (Abbott, p. 34; iNicolaïdis, p. 84). 
Et non seulement les titres et le texte sont identiques, 
mais l'ordre des chansons a été à peine interverti. Je 
pourrais poursuivre cette énumération, mais j'aurai 
plus vite fait d'indiquer quelles pièces ne sont pas 
communes aux deux ouvrages. Ce sont, pour la pre- 
mière partie, les n°' 4, 7, 11, 12, 13, 14, et, 
pour la seconde partie, 4, 7, 11, 16 (deuxième pièce), 
19, 20, 22, 25 à 35. Les cent distiques, qui forment le 
n" 36, sont tous, mot pour mot, dans ladite antho- 
logie. De ces numéros il convient de retrancher 11 et 
12, puis 7, 11, 19, 20 et 22, que je retrouve, intégra- 
lement aussi, dans un autre recueil similaire', aux 
pages 178, 190, 509, 336, 498, 501 et 507. Restent 
donc les n°" 4, 7, 13, 14, puis 4, 16 (deuxième 
pièce ; en langue savante!) et 25 à 35, dont les livres 
que je possède ne me permettent pas de préciser l'ori- 
gine. 

La plupart de ces chansons ont été reproduites avec 
une telle exactitude par M. A., qu'elles ne peuvent pas 
avoir été récitées. Non seulement tous les mots sont 
pareils, mais, lorsqu'il y a. dans l'original, une faute 

1. 'AvOoXoY'a TTOiYjtix-fi -^'toi SuXXoyrj exXexTwv âaijLâ'tWv ûizo N ■ 
MtyaXoTTOjXou, Athènes, 1888, '.ç'-544 p. in-8". 



— 109 — 

contre la phonéliqne du grec vulgaire, ce qui arrive à 
chaque instant, cette faute est scrupuleusement répétée 
dans le volume de .M. A.: Nicolaïdis, p. 12â, 1. 1, 
xal (7Tà jBouvà ^= Abbott, p. 34, 1. 12, xat 'ç xà jBouvâ; 
mais Nicolaidis, p. 123, 1.10, x' sic Ta (3ouvà = Abbott, 
p. 38, 1. 10, x'sîç Ta j3ouvà. Les faits de ce genre sont 
innombrables. Voici les deux premiers distiques de 
M. A. et les distiques correspondants de Nicolaidis : 

Nicolaidis, p. 443 : 

'AyâiTT,(ja -'àTtôÀauaa ! xovte'jw v' aTToOivco, 

Kaî aj 6à t,<j' Tj àtpopjJiTj, ttoù xr^v ^wrj jjlou J(^âva). 

Abbott, p. 212: 

'AyâTnrjffa t' àjrôXauaa ; xovtîuw v' àTToOâvoj, 

Kat ffù 6à fja' •/] àœopiJiTj 'tco'j ir^v Çw/j jxou yi^Ko. 

Nicolaidis, p. 444 : 

"AyY^^^'J^ ^■'^' "^o'J? oùpavo'j; porjOàTÉ. [jie x' £[xiva, 
Hou avai^a xal •/,atoi>]JLat y^^ ^Évr^^ ;j.àvaî 'Yévva. 

Abbott, p. 212 : 

"A^YÊ^ot aTr' 'zo'jç oùpavo'ji; por)Oâxc [jl£ vC £[jt.£(va), 
'Hoù avai^^a xxl xaiou[j.at 'là $£vr,ç {Jiâvaî ^(hvoi'. 

Dire de mémoire des chansons grecques, avec une 
précision aussi mathématique, constituerait un tour de 
force, qu'aucun Grec n'est capable d'exécuter. Chan- 
sons et distiques ont été copiés. 



— 110 — 

Je ne suspecte pas la bonne foi de M. A. S'il avait 
lui-niême emprunté ces chansons aux anthologies dont 
j'ai parlé, il eût, j'en suis convaincu, indiqué ses 
sources, et, en tout cas, il n'aurait pas considéré le 
Ii7){ji,avTpov de Valaoritis comme un chef-d'œuvre de 
poésie populaire, puisque, dans les deux anthologies ci- 
tées, cette pièce de vers est précédée du nom de l'auteur. 
D'autres détails, delangue principalement, sur lesquels 
je n'insite pas, me confirment dans cette opinion. Ce 
serait donc le pseudo-Démodocus, qui aurait induit en 
erreur M. A., en lui offrant de lui faire transcrire, pour 
plus de commodité, les morceaux de son répertoire. 

Pouvons-nous le lui imputer à crime? Je ne. pense 
pas. Le Père Stèrios n'entendait rien à nos finesses 
scientifiques. On lui demandait des chansons, il en a 
donné. C'était pour lui une question de commerce; 
en bon marchand, il n'a pas été assez sot pour dire 
d'où il tenait sa marchandise. Son admirateur a-t-il 
même songé à le lui demander? Il est heureux que 
M. A. n'ait pas entrepris de recueillir des contes popu- 
laires. On lui aurait servi, avec les meilleures inten- 
tions du monde, toutes les Mille et une Nuits; car elles 
aussi, sous le nom de t] XaXtpLa, courent les villes et 
les villages, en éditions à bon marché. 

Dans cette affaire, le client a péché par naïveté et 
par inexpérience. Il n'est pas besoin d'être grand clerc 
en grec moderne, pour distinguer une chanson po- 
pulaire d'une autre, qui ne l'est pas; la langue, à dé- 



— 111 — 

faut du sujet, est un excellent critérium. Une strophe 
comme la suivante (Abbott, p. 108): 

'\ï navayta [Jiou, xa(jL£ xo Oa'j;jt.a 

Kaî va <i£ xdtjjLU) sva àpvt, 
"OX' àoTrjfxévto' va lo >cp£|aâ(TW 

E?ç TTjv £'.y.ôva crou ttj asTiiï^, 

ne peut être qu'un pastiche, puisque GaOfjia, sva âpvî, 
siçTYjv, sediraient, en grec vulgaire, Gâfjia, ëv' âpvî, (jtyjv, 
et que ceuTT) n'est populaire ni au point de vue pho- 
nétique, ni au point de vue lexicologique. Quand un 
paysan vous récite une strophe semblable, il est cer- 
tain qu'il n'a pas compris ce que vous réclamez de 
lui. Si vous n'êtes pas à même de le lui faire immé- 
diatement observer, vous vous exposez à des mé- 
comptes. 

Malheureusement pour lui, l'auteur ne possède que 
des idées nébuleuses sur la grammaire du grec actuel. 
Son orthographe se ressent de celte insuffisance de 
connaissances précises, etpasn'étaitbesoin, pourédifier 
le lecteur, d'étymologies, du genre de celles-ci : 
(jiaXXcbvco^ se quereller, de (xaXXov, plus; ■Kou'ki, oiseau, 
de l'italien «polio », poulet; yàïâapoç, âne, de àyav 
ôépco, frapper trop. 

Les chansons, qui composent ce volume, m'ont paru 
traduites avec élégance et précision, autant du moins 
que j'en puis juger. J'ai cru cependant y relever 
quelques contre-sens : x^P<^ (P* ^^' ^'- ^) = ^*^'<^» ^t 
non plaine; aîôepa (p. 48, v. 4) =^ fer en général, et 



— 112 — 

non mors; ^uy^oyiôç (p. 76, \. Il) = fils adoplifel 
non lieutenant; vepôêpacToç (p. 120, v. 12) = cuit à 
leau, ei non à demi mil; uaXafjLt^co (p. 148, v. 13) 
= es pal mer, caréner, to careen, et non gréer ; -Kcn-zepô 
(p. 1 70, V. 12) = poutre, solive, et non pétrin; uxpoOyya, 
(p. 178, V. 10) = enclos. Corriger: p. 136, v. 15, 
aaÔTïCùGBç en crxÔTwas;; p. !224, v. 1 , [xè en aè; p. 234, 

V. 13, ^UV£piaTOÛ(Jl£ en ^£(Tl»V£ptaTOÛ(J.£. 

Hubert Pernot. 

La Chi/lrocryplographie à transmutations numériques 
variables, par Emile Delage. Paris, McM,pel. in-12 
de 64 p . 

Vers 1856, mon père, Conseiller auditeur à la Cour 
de Pondichéry et en même temps Conservateur de la 
Bibliothèque publique et des anciennes archives de 
l'Inde française, me montra deux ou trois alphabets 
singuliers formés de chiffres, de lettres et de signes 
divers qui constituaient ce qu'on appelle, en diploma- 
tique, un chiffre. Cet alphabet avait servi à la corres- 
pondance secrète de Bussy avec Sufîren et avec les 
commandants des divers détachements envoyés dans 
le pays. Je pris là le goût de la cryptographie que 
développa peu après la lecture du Scarabée d'or d'Ed- 
gard Poë. Mais, depuis, d'autres études ont absorbé 
mon attention, et j'avais un peu oublié l'art de cacher 
la pensée sous des symboles conventionnels et l'art, 
plus intéressant encore, de déchiffrer les écritures se- 



— 113 — 

crêtes. Il y a cependant une certaine analogie entre ce 
déchiffrement et la lecture des inscriptions en langues 
inconnues. Dans l'un et l'autre cas, il faut avant tout 
découvrir ou retrouver la base, la clé du système. 

J'ai longtemps cru que le procédé du tableau de 
Vigenère, celui qui consiste à transcrire les mots 
lettre par lettre à l'aide d'un mot conventionnel inscrit 
et répété au-dessus de la phrase à cryptographier, en 
procédant comme pour la recherche d'un produit dans 
la table de Pythagore, donnait un résultat absolument 
indéchiffrable. Mais voici que j'apprends, par la très 
intéressante brochure de M. Delage, qu'il n'en est 
rien et qu'on arrive parfaitement à lire cette écriture- 
là. Il fallait donc trouver mieux. M. Delage l'a cherché, 
et il me semble qu'il y a réussi. 

Ce qui plaît tout d'abord dans cette brochure, c'est 
son caractère méthodique. L'exactitude des faits et la 
sûreté du procédé sont garanties par la netteté des dé- 
finitions et la précision des appellations. L'auteur dis- 
tingue d'abord, comme il convient, la littérocryptogra- 
phie et la chif/rocryptographie, celle-ci étant à ses yeux 
bien supérieure à l'autre à tous les points de vue. Son 
système consiste dans l'emploi des cent premiers 
nombres, écrits de 01 à 00, et correspondant aux 
lettres de l'alphabet ainsi qu'à un certain nombre de 
Syllabes et de petits mots d'usage courant {an, ble, et, 
oui, lion, vous, etc.) : la correspondance des chiffres et 
des lettres ou syllabes forme un tableau que M. Delage 



— 114 — 

nomme le transmutographe, et dont chacun peut à 
sa convenance personnelle, intervertir les éléments. 
Avec une clé conventionnelle aussi longue et aussi 
fantaisiste qu'on voudra, avec un transmutographe 
ainsi variable, on peut défier les curieux les plus 
obstinés. Au surplus, on peut compliquer la corres- 
pondance, en employant une orthographe simplifiée, 
phonétique, irrégulière. 

Quand on a transmuté sa clé en chiffres, on l'ins- 
crit au-dessous de la phrase secrète également trans- 
mutée, puis on fait la soustraction, en négligeant le 
dernier report à gauche ; c'est la différence qui est ex- 
pédiée au correspondant. On pourrait aussi bien faire 
le produit, le total ou le quotient, mais c'est moins 
commode. On pourrait aussi répéter deux ou trois lois 
successivement, avec la même clé, ces opérations. On 
peut intercaler çà et là des nombres de fantaisie. Bien 
entendu, les chiffres se suivent sans aucun espace entre 
eux. M. Delage indique aussi, comme moyen nouveau, 
celui qui consiste à extraire, des nombres obtenus, leur 
racine carrée ou leur racine cubique, en faisant con- 
naître au correspondant le reste; s'il y a lieu. Les com- 
binaisons et les conventions sont d'ailleurs infiniment 
variables. 

Le système de M. Delage a encore un autre 
avantage qui sera fort apprécié, c'est de diminuer en 
définitive la longueur des mots et de faciliter par suite 
les correspondances télégraphiques. Mais nous [en 



— 115 — 

arrivons là à un ordre d'idées où je ne veux pas entrer; 
il me suffira de dire que M. Delage a attaché son nom 
à une œuvre dont l'importance est capitale au point 
de vue commercial : la rapidité, la simplification et 
réconomie d'argent dans les communications télégra- 
phiques internationales. Il y a des pays pour lesquels 
on paye dix ou douze francs par mot., et il y a des mai- 
sons de commerce qui dépensent chaque année en 
télégrammes plus de cent mille francs I 

Julien ViNSON. 



Us Gaulois, origines et croyances, par André Le- 
FÈVRE, P^im, libr. G. Reinwald, 1900, 1 vol. pet. 
in-8», 203 p. 

Ce nouveau livre d'André Lefèvre est de tous points 
digne de ses devanciers : c'est une monographie aussi 
complète que possible et d'autant meilleure que l'au- 
teur ne se cantonne pas dans le domaine ordinaire de 
l'histoire : il appelle à la rescousse l'archéologie préhis- 
torique, la mythologie et la linguistique. La question 
y est complètement et magistralement traitée. 

Mais le sujet appelle notre attention une fois de plus 
sur le problème fondamental des races primitives, ou 
du moins des races préceltiques de l'Europe occiden- 
tale. Il est indéniable que les Indo-Européens ont 
trouvé sur le sol qu'ils envahissaient des habitants 
qui y étaient établis depuis longtemps déjà. La pa- 
léontologie conflrme le fait et montre qu'il y a eu au 



— 116 - 

moins deux types humains successifs dans les régions 
qui ont formé la Gaule, l'Ibérie, l'Italie, etc. Les écri- 
vains anciens nous ont transmis des noms : Sicanes, 
Ligures, Ausones, Turrhènes, Aquitains, etc., dont 
la signification précise nous est inconnue. Je me suis 
toujours demandé, pour ma part, ce que cachent ces 
appellations variées et à quelles distinctions réelles 
elles correspondent: race, tribu, peuplade, d'origine 
commune ou d'origine différente? La linguistique n'a 
pas assez de documents pour se prononcer. C'est 
comme la phrase bien connue que rappelle notre 
collaborateur- Tu cellice, velsimavis, gallice loquere. 
S'agit-il de deux langues différentes, de deux patois, 
de deux accents seulement? La dernière hypothèse est 
la plus probable, car il est difificile d'admettre qu'on 
parlât, à côté du latin, deux idiomes originaux dans 
la même localité ; l'orateur, d'ailleurs, s'était excusé 
préalablement de la rusticité de son latin. Nulle part 
et jamais, les mots n'ont eu un sens absolu. 

Ce qui me préoccupe dans l'identification de ces 
noms ethnographiques, c'est la relation qu'elle pré- 
sente avec le problème basque. Et plus je vais, plus 
je demeure convaincu que la langue basque est tout à 
fait isolée; c'est une précieuse épave des innombrables 
langages nés spontanément aux temps préhistoriques 
sur toute la surface du globe, partout où se produi- 
sirent des groupes humains. Beaucoup de ces 
groupes ont fusionné sans doute et leurs langues ont 



117 — 



été mises en contact, se sont confondues, se sont pé- 
Iruites on supplantées. Qui nous donnera la clé de ces 
diflicultés en apparence insolubles ? 

J. VlNSON. 



Virgilo Limouzi, poème inédit de 1 748 envers limou- 
sins burlesques. Paris, Ém. Bouillon, 1899 (iv)- 
xxxvii-338 p. 

Le 26 mars 1703, naissait à Limoges un futur poète 
patois, J.-B. Roby, qui, entré dans la Congrégation de 
l'Oratoire, devint plus tard curé de Saint-Pierre-du- 
Queyrois; il mourut en 176â, après avoir été précep- 
teur de Vergniaud. D'humeur gaie et enjouée, il com- 
posa, paraît-il, de fort jolies chansons patoises et tra- 
duisit en limousin, en imitant le genre burlesque de 
Scarron. les deux premiers livres de V Enéide. Cette 
traduction, faite en 1748, et conservée jusqu'en ces 
derniers temps par plusieurs copies manuscrites, est 
aujourd'hui publiée en un fort élégant volume, par les 
soins de M. Hubert Texier, avocat. 

Le livre doit être recommandé comme un intéressant 
spécimen linguistique; mais il m'est impossible de 
partager l'enthousiasme de l'éditeur. Le burlesque 
tombe souvent dans le grossier et, en tout cas, le poème 
qu'on nous met sous les yeux est si long que la lecture 
en devient fatigante et fastidieuse. 

M. Texier a joint au texte patois une traduction 
française littérale. Il cherche, à la fin de la préface, à 



— 118 — 

donner quelques indications sur la prononciation li- 
mousine, et ses indications sont quelquefois véritable- 
ment naïves, comme par exemple lorsqu'il nous dit que 
tch et dj sont inconnus au français'. Il paraît qu'en li- 
mousin ces articulations passent à ts etd^s. M. Texier, 
pour indiquer la prononciation de ces deux consonnes 
composées, emprunte le passage suivant au Dictionnaire 
de Béronie : « Il n'est pas de jeune homme qui, pour 
s'amuser sur le bord d'une rivière, n'ait lancé en l'air 
une petite pierre plate, qui, tombant dans l'eau, rend 
le son de tse : c'est exactement le son de notre ts. » 
C'est aussi compliqué qu'inintelligible. 

Julien ViNsoN. 



Traité de Prononciation française, théorique et pra- 
tique, par Albert Liet, professeur au collège d'Autun. 
Paris, Boyveau et Chevillet, 1900, gr. in-8°, (vj)- 
141 p. 

La préoccupation de M. Liet est évidemment d'en- 
seigner la manière de lire exactement; il devait donc 
établir les synonymies d'écriture, si cette expression 
nous est permise. Il devait aussi, et, à mon avis préa- 
lablement à toute autre étude, donner le tableau gé- 
néral des sons et des articulations de la langue fran- 
çaise. 

Dans ce tableau, ou si Ton veut dans cette liste, 
M. Liet a commis de graves erreurs ou du moins a 
méconnu des élénicuts phonétiques essentiels. De soq 



U9 - 

travail ne ressortent pas le nombre et la nature exacte 
de ces éléments; on n'y jipprend pa-s, par exemple, 
qu'il y a trois é et trois eu en français. 

Certaines assimilations sont d'ailleurs discutables: 
e = œ = œu = eu,gti= ni, ill = iy (pas général en tout 
cas); d'autre part, il n'est pas vrai que ta ou oua soit 
une diphtongue : dans ces groupes, i et ou sont pro- 
prement y et w, c'est-à-dire semi-voyelles, jouant ab- 
solument le rôle de consonnes. 

J. V. 



The 96^^ report of the British and Foreign Bible 
Society. London, 146, Queen Victoria Street, 1900. — 
In-8, xvj-408-232 p., avec cartes géographiques et 
linguistiques. 

Volume aussi intéressant que les précédents et qui 
montre une fois de plus ce que peuvent la conviction 
et l'énergie. I.e budget de l'exercice qui a expiré le 
31 mars 1900, s'élève au chiffre de 299.276 livres 
16sh.6d. (7.481.920 fr. 60). Le nombre des idiomes 
dans lesquels ont été traduits soit la Bible, soit le 
Nouveau-Testament, soit des portions de l'un ou de 
l'autre, est aujourd'hui de 373 (dont 68 par d'autres 
Sociétés); depuis l'an dernier, il en a paru en huit 
langues jusqu'ici non représentées sur la liste : Mau- 
resque, Pahouin, Tigrinya, Joro, Galwa, Lenakel, 
Nyoroet Ulawa. Une innovation à louer, c'est l'index 
alphabétique qui fait suite à la table historique des 



— 120 — 



langues et qui manquait jusqu'ici. Parmi les publica- 
tions intéressantes, j'en signale 27 en caractères en 
relief pour les aveugles, dont une dans la langue de 
l'Uganda I J. V. 



Bulletin trimestriel de la Société des Lettres, Sciences 
etArtsde Pau. IP série, tome fS\ l'Mivraison, 1898- 
1899, gr. in-8% (iv)-160p. 

Livraison remplie tout entière par le commence- 
ment d'un très intéressant travail de M. A. Dufau de 
Maluquer : « Le pays de Foix sous Gaston Phœbus. — 
Rôle des feux du Comté de Foix en 1390. » 

J.V. 



VARIA 



I . — La question de l'E muet 

J'ai reçu, au sujet de l'une de mes récentes causeries, une lettre 
qui m'a fait grand plaisir, et qui n'en fera pas moins à mes lec- 
teurs. La voici : 

« Cher confrère et ami, 

» Il faut que je vous parle de vos derniers « Menus Propos ». 

» Comme vous avez raison, avec Gréard, contre G. Paris! 
L'e muet est une des richesses de notre poésie, soit à la fin des 
vers, soit au dedans de l'alexandrin. En l'accentuant, on donne 
parfois une force singulière à un mot. Vous rappelez-vous cet 
hémistiche du Misanthrope, au cinquième acte, dans la bouche 
d'Alceste : 

Allez, je vous refuse... 

» Supprimez l'e muet, c'est plat, sec et grossier. Mettez-le en 
relief... Quelle grandeur! 

» Je me rappelle qu'un jour, causant avec M"' Rachel dans sa 
loge, après le premier acte de Phèdre, je lui dis : « Quelle faute 
vous avez faite dans ces deux admirables vers : 

Ariane, ma sœur, de quel amour blessée 

Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ! 

» — Comment! me répondit-elle.Mais je lésai dits avec émotion 
et vérité! — Oui, mais sans poésie, sans mélancolie! Pourquoi? 
Parce que vous avez mis blessé et laissé au masculin. 

» La prolongation de ces deux e muets ouvre à nos yeux des 
horizons infinis de solitude et de douleur. — Vous avez raison, 
me répondit-elle, je dirai ces vers comme vous les dites... » 

» Bien des amitiés ». 

»E. Legouvé. » {Le Temps). 



122 — 



II . — La théorie de la formation des voyelles 

M. Marage, docteur en médecine et docteur es sciences, com- 
munique au Congrès des Sociétés savantes (section des sciences) 
un intéressant travail sur cette question, accompagné de nom- 
breux graphiques et du schéma de multiples expériences pour- 
suivies la plupart dans le laboratoire du Collège de France. 

L'auteur traite successivement dans son étude : de la disposition 
de l'appareil vocal, des théories de Helmholtz, de Hermann et de 
Guillemin, des expériences sur la méthode graphique, de la syn- 
thèse des voyelles, de la théorie de leur formation ainsi que de la 
concordance de cette théorie avec la disposition anatomique du 
larynx et de l'oreille. 

Il termine par Ténumération d'une série d'applications dont 
plusieurs revêtent le plus haut intérêt à la fois scientifique et 
pratique. 

Suivant M. Marage : 

1° On pourrait modifier les sirènes des navires, suivant un 
procédé qu'il indique^ et l'on obtiendrait des signaux différents, 
ce qui permettrait un alphabet international ; 

2° On pourrait former un acoumètra type avec une sirène 
construite dans des conditions déterminées; 

3° Les cornets acoustiques ordinaires fatiguent l'oreille, parce 
qu'ils modifient les groupements que l'oreille est destinée norma- 
lement à recevoir ; 

4° D'après Lefort, on peut chanter n'importe quelle voyelle sur 
n'importe quelle note comprise dans le registre de la voix, à la 
condition de bien émettre la voyelle, c'est-à-dire de donner à la 
cavité buccale la forme voulue. On a vu en effet que pour A il 
faut que la cavité renforce le troisième harmonique supérieur de 
la note ; pour E et O, le deuxième harmonique supérieur; pour I 
et OU, il faut que la cavité buccale soit à l'unisson avec la note. 
S'il n'en est pas ainsi, la cavité buccale transforme le tracé de la 
voyelle, et l'impression qu'elle produit sur l'oreille : on chante 
mal, parce que la voyelle est mal éniise ; on chante faux, lorsque 



— 123 — 

les périodes laryngiennes ne se suivent pas régulièrement; par 
exemple, pour A, lorsque de n en n périodes il y a une vibration 
simple. Il est très facile de faire chanter faux la sirène, en bou- 
chant un ou deux trous d'un groupe du plateau mobile. 

De tuotes les méthodes de chant, celle de ce professeur semble 
la plus scientifique, et Lefort a eu le mérite de découvrir, il y a 
quinze ans, par la pratique, une vérité que les expériences scien- 
tifiques ont vérifiée plus tard. 

5° Les sourds-muets, au début de leur éducation, prononcent 
chaque voyelle sur une note différente, très grave pour OU, de 
plus en plus aiguë pour les voyelles suivantes : O, A, Ë, 1. Ceci 
tient simplement à la façon dont on leur apprend à parler. 

Ainsi, pour 1, leur résonateur buccal renforce une note aiguë; 
alors ils émettent I sur une note aiguë. 

6° Il arrive souvent que l'on est pris d'une aphonie subite; il 
n'y a aucune lésion apparente, sauf un peu de rougeur au niveau 
de la l'égion interaryténoïdienne ; ceci s'explique, si l'on se rap- 
pelle que les muscles interaryténoïdiens sont des adducteurs; par 
conséquent, l'adduction se faisant mal, la phonation n'existe 

plus, etc. 

(Le Temps, 5 septembre 1900). 

III. — Prononciation du basque 

Dans certaines régions du pay^ basque, on fait dire aux étran- 
gers la phrase suivante : akherrak adarrak okherrak ditu « le 
bouc a les cornes tordues » ; ailleurs, on leur fait prononcer sosa 
« le sou », où se trouve le chuintement spécial aux indigènes, 
véritable ehiboleth de reconnaissance. 

J. V. 



Le Propriétaire-Gérant, 

J. Maisonneuve. 



Chalon-sur-Saône. — Imprimerie Franjaise et Orientale de E. Bertrand. 



LE LANGAGE MARTIEN 

(suite) 



CHAPITRE VI 
Le Vocabulaire mag^yar 

(173) Avant d'énumérer les mots martiens qui peu- 
vent être ramenés immédiatement aux vagues sou- 
venirs de magyar que le subconscient de M^'* Smith 
a dû retenir de propos tenus en sa présence par son 
père, il convient de rappeler brièvement les règles de 
prononciation, d'ailleurs très aisées, de cette langue 
souple, sonore et mélodieuse. 

Les voyelles se prononcent à peu de chose près 
comme en fr. ou en al. : Vu, comme al. u, et Vil comme 
fr. u ; les voyelles accentuées sont les longues ; niais 
l'a non accentué, bref par conséquent, prend un timbre 
plus sombre, à peu près intermédiaire entre a et o 
ouvert. Enfin, il faut noter que, dans certains dialectes, 
les voyelles longues subissent, du fait seul de leur lon- 
gueur, une légère modification de timbre qui les fait 
presque confondre, savoir respectivement: Va avec là 
diplitongue ua (fr. oua ou oi), et Vé, avec un i long. 
Naturellement, je ne suis pas en mesure de décider 
si et dans quelle mesure la prononciation mg. de 
M"" Smith a subi, de par l'origine de son père, l'in- 
fluence de ces dialectes ; mais certains indices ten- 
draient à le faire supposer, cf. n»* 181, 210 et 223. 

Parmi les consonnes, il n'y a de vraiment remar- 
quable que les consonnes mouillées, c'est-à-dire suivies 

9 



— 126 — 

d'un y, semi-voyelle qui a la valeur générale de Vy du 
mot fr. yeux ou duy" al, ; et, parmi celles-ci, il faut 
noter spécialement les deux groupes dj et gy, qui 
sont absolument équivalents : la consonne qu'ils repré- 
sentent est une palatale mouillée, c'est-à-dire une ar- 
ticulation qui n'est exactement ni un g ni un d, mais 
tient de l'un et de l'autre, et confine un peu, quoique 
plus fuyante, au g italien de oggi. Lorsqu'elle s'efface 
davantage encore, ce qui n'est pas rare en pronon- 
ciation rapide, elle se réduit presque à un simple y, et 
les deux syllabes qu'elle sépare semblent n'en plus 
faire qu'une, un peu allongée, en sorte que des liaisons 
telles que igy et même egy ont pu fort bien ne 
laisser à l'oreille et surtout à la mémoire auditive de 
M"® Smith que l'impression d'un simple i. A plus forte 
raison en faut-il dire autant de ly et Ij, c'est-à-dire de 
1'/ mouillé, qui en fr. courant même ne se distingue 
plus de la semi- voyelle r/. 

Les sifflantes et chuintantes sont nombreuses et va- 
riées ; mais la distinction n'en a guère d'importance 
pour le parler deMi^** Smith, dont l'oreille, la mémoire 
ou l'organe parait les confondre entièrement entre 
elles, soit par zézaiement enfantin, soit par changement 
de sourde en sonore, ou réciproquement, ainsi qu'on 
va le voir. J'en rappelle toutefois la valeur aux lecteurs 
qui seraient désireux de prononcer correctement les 
mots mg. cités: s, comme ch fr. ou scA al. ; s^, comme 
s fr., toujours sourd en toute position; :^, comme ^ fr., 
sonore de l'articulation précédente ; -«s, comme combi- 
naison de * et s mg., c'est-à-dire avec la sonorité du 



— 127 - 

premier et le chuintement du second, soit donc comme 
j fr. ; c, comme ts fr. ou ^ al., en toute position; es 
enfin, comme combinaison de c et s mg., c'est-à-dire 
à peu près comme tch fr. dans les transcriptions de 
mots slaves. 

Ces notions sommaires suffiront amplement pour se 
rendre compte des équivalences phonétiques admises 
par la linguistique subliminale de M^^" Smith. 

(174) 1° Adi et add « bien » (adverbe), chacun une 
fois : abstrait de locutions mg. très usuelles, telles que 
adja Isten « plaise à Dieu », adjon Isten « bonne 
chance » (souhait), qui contiennent le verbe adni 
(( donner » ; le groupe mg. dj explique très bien l'alter- 
nance de d^ et d tout court dans le mot emprunté; 
la locution ne faisant par sa fréquence qu'un mot 
pour ainsi dire, Isten « Dieu » est tombé, comme 
seraient tombées les deux dernières syllabes d'un 
tétrasyllabe quelconque. Me paraît sûr. 

'176) 2" Ame a venu », 2 fois; améir « viendras », 
une fois; amès «viens » (impératif), 8 fois; ainès « [je} 
viens », 2 fois; ami « [il] va », une fois: en tout 14 
fois. Ce mot, des plus usuels, se recouvre, par le radical, 
et même par certaines de ses formes, avec le mg., 
meiini « aller »: il suffit de comparer ami avec mg. 
mcgy « il va », et amès avec mg. megyes^ ou mes:; 
« tu vas », en tenant compte de ce qui a été dit de 
la prononciation du groupe egy, n° 173. Quant à 
améir, c'est une forme normale de futur martien. Le 
préfixe peut n'être qu'une addition arbitraire; mais, 



— 128 — 

plus probablement, il y faut voir un souvenir du verbe 
mg. à préfixe àtmenni a passer, traverser », ce qui 
explique l'emploi du verbe mt. à la fois dans le double 
sens d' « aller » et de « venir ». 

(176) 3" Asfiète, mot isolé, désigne une espèce de 
paravent: peut se rattacher à un vague souvenir du 
mg. hâsnemû {il long) a mobilier » ; au surplus, sans 
aucune importance. 

(177) 4" Avé (( vieil », 2 fois: à la rigueur, ce pourrait 
être le mot fr. déformé; mais il ressemble davantage 
au mg. vén « vieux »; quant à l'initiale a-, on peut 
songer, si l'on veut, à une contamination par l'ai. 
ait. 

(178) 5° AMni « mal » (adverbe), une fois: le mg. 
a alacsony « de mauvaise qualité, bas», etc. Rappro- 
chement douteux; mais le mot n'apparait que dans la 
phrase FI. 33. 

(179) 6° Bibê a capable », une fois. Mot très cu- 
rieux: le mg. a bihe « petite blessure, bobo, point dé- 
licat », qu'il emploie dans des locutions telles que 
eltalâltad a bibeje « tu as mis le doigt dessus », donc 
« tu es très malin » ou « très débrouillarde », etc.; 
c'est une phrase de ce genre, happée par M"^ Smitli, 
peut-être dans un petit compliment que lui adressait 
son père à la suite de quelque preuve précoce d'intelli- 
gence enfantine, qui lui a fourni très naturellement la 
traduction du mot « capable ». 

(180) 7° Bigâ a enfant » de l'un et de l'autre sexe, 



- 129 — 

5 fois. Lemg. ?ijîa « son fils, son petit », mot extrême- 
ment usuel, par exemple dans des locutions comme 
torony fia a l'enfant du clocher », désignant « un 
petit clocher » par opposition à son jumeau plus grand» 
Le g médial, assez surprenant, peut procéder de la 
contamination du ^ initial de mg. g y erinek a enhnt ». 
Quant au b initial, voir n^S in fine. Douteux pourtant; 
mais je ne vois pas mieux. 

(181) 8° Boua a frère », une fois: c'est l'initiale du 
mg. bàtya « frère aine »,avec la prononciation signalée 
au n° 173, qui se développe plus aisément après con- 
sonne labiale que partout ailleurs ; toutefois le timbre 
vocalique fait aussi songer à l'ai, brader « frère », et 
peut-être y a-t-il eu contamination légère du fait de 
ce dernier. 

(182) 9° Cévouitche « [je] reconnais », au sens de 
(( reconnaître avec afïection, vive tendresse » (d'un fils 
à sa mère). Ce mot n'est apparu qu'une fois, tout au 
début; puis il a été remplacé par ilinée, cf. n° 159: il 
faut donc qu'il ait été formé assez artificiellement et 
n'ait occupé qu'une place d'arrière-plan dans le sub- 
conscient de M'i" Smith. Par toutes ces raisons, la 
pensée se reporte à quelque mot mg. qui, sans être 
inusité, n'appartienne pas cependant au langage de tous 
les instants, à un dérivé du mg. ss:w « cœur », et plus 
particulièrement à s^ioessêg «tendresse de cœur», 
dont le consonnantisme serait assez fidèlement repro- 
duit. Cf. n° 262. 

(183) 10° Cri^r « oiseau », 2 fois. Le mg. Ixirics dé- 



— 130 — 

signe une sorte d'hirondelle de mer: le mot n'est pas 
fort répandu, et il est douteux que M''® Smith ait eu 
occasion de l'entendre ; toutefois son père a pu lui dé- 
signer une fois sous ce nom un oiseau fluviatile ren- 
contré au long des berges du Léman. 

(184) 11° Danda « silence », une fois: dans le mg. 
csendes « silencieux », la vraie initiale, ne l'oublions 
pas, est un t, n° 173 ; soit donc changement initial de 
sourde en sonore, par assimilation de l'initiale à la 
médiale, mais le rejet del's suivant est embarrassant. 
Douteux, mais c'est un àua^. 

(185) 12° Érté ((. âme », 2 fois: parait construit, par 
changement de liquide (cf. n° 13, 2°, et 159), sur le ra- 
dical du verbe mg. él-ni « vivre », mais plus précisé- 
ment sur la forme de beaucoup la plus usuelle de ce 
verbe à savoir l'exclamation êlj'en... « vive. . . ! » qui 
apparaît surtout avec netteté dans le suivant. 

(186) 13" Érinê « satisfait », une fois: soit une déri- 
vation martienne sur éljen ; cf. le précédent et le verbe 
éljenezni « pousser des vivats ». 

[Étéche « toujours » : voir n° 189.) 

(187) 14"/? « si» devant un adjectif (lat. tam), 3 fois. 
Le mg. a igy, igyen, a ainsi, de cette manière », et 
ilyen « tel » : de part et d'autre le phonétisme est irré- 
prochable, cf. n° 173. L'origine mg. paraît donc infini- 
ment plus probable qu'un rattachement à ii « si fait », 
que nous avons ramené à l'ai, ja, n" 36, 5°. Mais iln'est 
pas douteux que l'homophonie des deux si en fr., déjà 



— 131 — 

observée par M. Flournoy, n'en ait entraîné l'homo- 
phonie en martien, par contamination réciproque des 
mots mg, et al. qui leur ont servi de base. 

(188) 15° /s (( tout », une fois, FI. 4. Ce mot n'a pas 
vécu: il a été remplacé par ié, n° 158; mais, bien que 
mort-né, il paraît avoir déposé en martien le germe 
d'une postérité adverbiale, cf. n°^ 276-277. Il se ramène 
sans peine au mg. egés^, dont le sens répond, non à 
celui de l'ai, ail, mais à celui de l'ai. gan:^\ or on re- 
marquera que c'est plutôt dans le sens de ganz qu'il 
a été employé. 

(189 16° Itèche et êtéche a toujours », chacun deux 
fois : il n'y a donc aucune raison extérieure de préférer 
l'une des deux formes à l'autre, en tant que correcte- 
ment martienne; il n'y en a pas non plus de raison in- 
trinsèque, bien que étéche soit apparu le premier; car, 
évidemment, itèche peut tout aussi bien être une cor- 
rection qu'une corruption de étéclie. Je crois que la 
première de ces deux hypothèses est la bonne, et que 
itèche reproduit plus fidèlement le vocalisme de l'em- 
prunt au mg. idôs « âgé » ; le phonétisme final est bien 
concordant, et le changement médial de sonore en 
sourde ne fait pas difficulté. Quant au passage d'un ad- 
jectif d âge au sens d'un adverbe de temps, on com- 
parera sandiné, n° 128; et l'on prendra garde, en outre, 
que le mg. idô signifie a temps », et a pu à lui seul 
suggérer le sens « longtemps », qui est tout connexe 
à celui de « toujours ». 

(190) 17" Ivre « sacré », une fois. Ce mot, en tant 



— 132 — 

qu'il ne figure que dans la phrase inintelligible FI. 33, 
pourrait fort bien se passer d'explication. Mais la con- 
cordance phonétique avec le mg. ivrét « in-folio » est 
trop parfaite pour qu'il soit permis de l'omettre. On 
remarquera que les livres « sacrés » affectent de préfé- 
rence un format élevé. Douteux pourtant : où M^'" Smith 
aurait-elle appris le nom magyar d'un in-folio? 

(191) 18° Kiné « petit », une fois, tout au début : 
mg. kicsiny « petit », avec syncope de la médiale, 
peut-être par une contamination du mg. kônnyû 
(( léger », et sous une vague influence de l'ai. kJein 
« petit ». Voir aussi nikê, n" 200. 

(192) 1^" Kfainù a panier », une fois. Le mg. garabô 
(( panier » n'est que dialectal et d'ailleurs diffère sen- 
siblement. On ne le cite que pour être complet; car le 
mot fait partie de la phrase inintelligible FI. 33. 

(193) 20** Lâmi « voici », 3 fois : transport presque 
pur et simple de l'exclamation mg. lâm « vois donc » ; 
c'est l'évidence même. 

(194)21'' Maniké a attentive » [à regarder], une fois: 
transport, avec légères altérations vocaliques, du mg. 
megnéz-ni, ou peut-être, à cause de la gutturale de la 
syllabe finale, megné^gêl-ni, « considérer, examiner », 
entendu un jour sous la forme de l'impératif. 

(195) 22° Afamrw écriture», une foisrmg. ivomâny 
« écriture »; en métathèse, l'articulation ny s'est con- 
tractée avec \'i initial ; il ne manque à l'appel que Vo 
médiat dont l'accentuation est très faible. Nous avons 



— 183 - 

ici un exemple frappant de la manière toute mécanique 
dont M^'*^ Smitli forme ses mots: mg. -mciny, qui n'est 
qu'un suffixe sans signification, occupe ici la place 
d'honneur, et l'élément significatif ir- est presque dis- 
simulé. Cf. aussi le n'' 255. 

(196) 23« Afa.r/ « avec », 2 fois: l'idée de « avec 
[quelqu'un] » évoque naturellement cellede « un autre»; 
mg. màs {( autre » ou même màsik « autre », avec 
changement de chuintante sourde en sifflante sonore. 

(197) 24" Mess a grand », 4 fois, et messe « grande», 
une fois. Un radical commençant par un m et signifiant 
« grand » ne peut que satisfaire un indogermaniste; 
mais, comme il est peu probable que M^'" Smith con- 
naisse le sk. mahât, ou le gr. h^éyxç^ ou l'ai, michel, 
ou même le lat. magnus, mieux vaut encore recourir 
au mg. magas a haut ». Le vocalisme, il est vrai, et la 
disparition de la médiale font difficulté ; mais, en re- 
vanche, le sens est excellent; car mess s'est dit d'abord 
et de prédilection du « grand homme Astané », et le 
mg. emploie aussi, usuellement, son mot magas au 
sens moral. En somme, ce point, qui semblerait devoir 
être un des plus clairs, reste fâcheusement indécis. 

(198) 25° Nâmi « beaucoup », 2 fois : mg. némi 
« maint » ; on peut, si l'on veut, pour expliquer le 
timbre à, invoquer une contamination de l'ai, mannig 
qui présente les deux nasales dans l'ordre inverse. 

(199) 26° Nébé « vert », une fois : cf. mg. levél 
« feuille »: il est question d'un « rameau ». Les con- 



— 134 — 

sonnes ne concordent pas, mais sont fort voisines ; et 
il ne faut pas se montrer trop sévère sur le phoné- 
tisme d'un mot de la phrase inintelligible. 

(200) 27° Niké « petit », 2 fois : par métathèse de 
/cmé, cf.n"« 14 et 191. 

(201)28° Oï<s^n( bateau )), une fois: cf. mg. usstatni 
« faire flotter », us^tatds, etc., « flottage par radeau », 
etc. Emprunt sur. 

« 

(202) 29°Pédriné « quitter» et(( [il] quitte », chacun 
une fois, et pédrinié « [il] quitte », une fois. Le mg. 
a un \erhe peder «il tourne)) , peder^ed ni « se tourner », 
qui, à la vérité, n'a pas le sens de « se tourner pour 
quitter quelqu'un avec qui on vient de causer ou de 
s'arrêter » ; maisl'homophonie ici nous interdit de nous 
montrer trop difficiles sur la sémantique. IVI'^" Smith, 
qui ne sait pas le hongrois^ a pu entendre une forme 
du verbe peder employée au sens de « se tourner », et 
l'employer elle-même légèrement à contre-sens. 

(203) 30° Réch a tard », 2 fois, mais seulement dans 
la locution ^ou rêch, voir n° 229. 

(204) 31" Sadri « chanta », une fois. Il s'agit du 
chant d'un oiseau. Le corps du mot fait immédiate- 
ment songer au mg. madcir « oiseau ». L'initiale est 
peut-être transportée de la syllabe finale de maddrssô 
« chant d'oiseau », ou contaminée de l'initiale du verbe 
csatinà^ni, qui désigne le chant du rossignol. Tous ces 
mots sont très usuels ; mais le résultat laisse à dé- 
sirer. 



— 135 — 

(205) 32" Sidiné a maigre », une fois, FI. 18, La 
finale seule est claire, en ce qu'elle rime richement 
avec iminé, n" 87, et cf. n" 16. Le radical peut être 
celui du mg. :2siclô « juif », si quelque souvenir d'en- 
fance, de nous inconnu, a associé dans l'esprit de 
M'^" Smith cette idée à celle de « maigreur » ; elles ne 
sont pas incompatibles. Très douteux. 

(206) SS** Sirima(( rameau », une fois : quoique ap- 
partenant à la phrase inintelligible FI. 33, ce mot 
paraît s'expliquer d'une façon assez satisfaisante par 
le mg. sjsirom « pétale » : ce sont toujours des parties 
de plantes, et, si le « rameau » en question est « vert », 
d'autre part le mg. smrmanyult signifie « cresson de 
roche ». 

(207) 34° Somé « admirer », 2 fois: rappelle de loin 
une dérivation du mg. s:2em « œil », soit sternes « at- 
tentif » ou plutôt s^emôk (ô long) « qui a de grands 
yeux » ; M. Smith a pu en riant appeler sa fillette 
s^emôk, un jour qu'elle ouvrait des yeux béants d'ad- 
miration ou de stupeur. Douteux : le vocalisme ne 
concorde pas. 

(208) 35° Soumini « riant », une fois : métathèse 
probable du mg. mosojogni a sourire », quia, en mg. 
même, une variante métathétique dialectale somo- 
jogni. 

(209) 36" Takâ « pouvoir » (substantif), une fois : il 
est question d'un très grand pouvoir ; or le mg. tdgas 
signifie « vaste, spacieux, étendu » ; l'homophonie et la 
sémantique sont approximativement satisfaites. 



— 136 — 

(210) 37" Tarviné et tai^vini « langage », 4 fois en 
tout. Le mg. tôrmny signifie « loi, droit, justice », 
au sens de « comparaître en justice » : de celui-ci au 
sens de « plaidoyer », le pas est aisément. franchi, et 
« plaidoyer » pour a langage » n'est que l'espèce pour 
le genre. L'homopbonie consonnantique est ici frap- 
pante. Cf. aussi n° 261. 

- (211) 38° Tatinêe « chérie », 3 fois, adressé à une 
mère: cf. mg. tàta « père », terme de caresse enfantin; 
la finale est une suffixation martienne, ou bien le terme 
est contaminé de son synonyme inée, n" 88. 

(212) 39° Ta^ié « [il] lance », une fois: lancer avec 
une fronde est un jeu d'enfant^ et « fronder » se dit 
en mg. paiHUycc^ni-, M^^® Smith a-t-elle entendu ce 
mot? l'a-t-elle retenu en en laissant tomber les deux 
premières syllabes? Bien douteux; mais en tout cas la 
chute de Y y, qui ne fait que mouiller le t précédent, 
ne ferait pas difficulté. 

(213) 40° Téassé a entier », une fois: c'est le mg. 
teljes « complet » ; l'articulation de 1'/ mouillé est assez 
fugace pour que la chute totale se justifie; finale mar- 
tienne. 

(214) 41° Téri « comme », 4 fois. Le verbe mg. 
terjedni « s'étendre » commande au dictionnaire une 
série d'exemples, parmi lesquels je relève hiteîe 10000 
^ovintra terjed « son crédit s'étend jusqu'à 10000 
florins », c'est-à-dire en somme a équivaut à, est égal 
à », d'où peut procéder le sens de « comme » dans 
la pensée du sujet. Bien douteux pourtant: ce n'est 



— 137 — 

pas devant une enfant qu'on prononce des phrases de 
ce genre ; ou, si on ne les lui adresse pas, elle ne les 
•comprend point. Il est fâcheux de ne pouvoir trouver 
mieux pour un mot relativement usuel. 

(215) 42" Tiche et tis « bientôt », chacun une fois: 
c'est le mg. tà^es a enflammé > zélé > ardemment 
> vivement » ; la filière sémantique est des plus 
satisfaisantes. 

(216) 43° Toué « dans », 2 fois : faute d'aucune 
donnée qui permette de soupçonner que M^'' Smith 
ait pu utiliser le breton étouez a parmi », force est 
bien de recourir à une forme déclinée quelconque du 
mg, tô (o long), « tronc, racine », soit l'accusatif tôiiiet 
(o bref), ou toute autre; le mot a pu être entendu dans 
une phrase où il impliquait une notion d' « intérieur », 
de « partie interne », en opposition aux organes ex- 
ternes delà plante. Douteux. 

(217)44" Tiihré a seul )), une fois: cf. la locution 
mg. tëhhre {mennï\(( [pousser] plus avant », etc. Celui 
qui « prend de l'avance» se trouve nécessairement 
« seul » tout le temps que dure son avance: cela était 
peut-être arrivé àM''° Smith dans une promenade avec 
son père . 

(218) 45« VdàniX « songes », une fois, FI. 20: le 
mg. a aludni « dormir » ; l'aphérèse syllabique, ainsi 
que le timbre initial il au lieu de u (.^ fr. ou), parait 
due à l'allitération avec uinèz, qui précède, n° 16. 

(219) 46" Umèz « [tu] fais » et umêzô « faire Wj 



— 138 - 

chacun une fois: métathèse évidente du mg. û^em 
« exploitation ». 

(220) 47° Vadâsà\, mot non traduit, ime fois, FI. 
31. Le mg. vàdds^a signifie « son chasseur »: le mot 
avait été entendu par M^^*' Smith sans qu'elle en apprît 
jamais le sens, et elle Ta répété tel quel, au hasard, un 
jour qu'il lui est revenu, et sous une forme presque 
irréprochable. 

(221) 48° Vâmé « triste », une fois: soit une méta- 
thèse possible du mg. viddm « gai », cf. n° 24, 5°; mais 
comme le d et le sens tout à la fois font difficulté, il 
n'est pas hors de propos de rappeler que le mot ne 
figure que dans la phrase inintelligible. 

{222) 49° Vêtiche «cependant», une fois: le mg. a 
pedig a mais», dont la finale a pu se contaminer de 
celle du mg. is «cependant». Sans importance. 

(223)50° Viiîiâ «nom», 6 fois: le radical vin-, suivi 
d'un suffixe martien, est presque sûrement l'ana- 
gramme du mg. néo « nom » ; cf. n" 173. 

(224) 51° Vi^é «descend», une fois: cf. mg. tv'j 
«eau» ; l'idée de «descendre [à travers les espaces] » 
FI. 6, évoque celle de « couler» ou plutôt de «se ré- 
pandre en pluie». Pas bien sûr: a été traduit le jour 
même. 

(225)52° Vj^aïni «désir», 3 fois: mot très difficile, 
d'autant plus qu'il se complique de ivraïni, n° 267. 
La pensée va tout droit au mg. vârni «attendre»; 
mais --m est un suffixe d'infinitif , qui n'a aucune raison 



— 139 — 

d'être reproduit dans le substantif. S'y est-il confondu 
avec une suffixation martienne ? Ou bien avons-nous 
afïaire à une métaphore poétique, ihg. vù'dny «flo- 
raison»? Tout cela est bien recherché pour une langue 
enfantine. Rien de moins clair, 

(226) 53° Zaki «animal )), une fois, dans la phrase 
inintelligible, et pourtant explicable sans trop d'efïort 
par une métathèse approximative du mg. csiga «es- 
cargot» : on a montré un jour un escargot à Hélène, 
en lui disant, comme aux enfants, cjuelque chose 
comme « vois-tu la bèbéte?», et en même temps on le 
lui a nommé en hongrois, en sorte que la consonnance 
de ces deux syllabes s'est associée dans son moi sub- 
conscient au concept d' « animal » . 

(227) 54° Zâmé « meilleurs », une fois : cf. mg. cse- 
mege, « friandise, dessert » ; Hélène enfant a dû cons- 
tater par expérience que le « dessert » était « meilleur » 
que le repas. Douteux pourtant: le phonétisme ne 
concorde pas suffisamment. 

(228) 55° Z/^a^/ «fois », une fois, tout à la lin: 
bien que le principe de la formation de ce mot bizarre 
ne semble être qu'un jargonnement arbitraire (cf. 
n°106i , il n'est pas interdit de reconnaître, à la l)ase 
du processus réduplicatif d'où il est issu, la sifflante 
sonore du mg. t^rom « fois». 

(229) 56" Zow «plus», 2 fois, mais seulement dans 
la locution ^ou réch «plus tard». On peut, dès lors, se 
demander si cette locution n'est pas coupée en deux 
mots miiquement parce qu'elle en forme deux en fran- 



— 140 — 

çais, et si l'ortliographe correcte ne serait pas zouvéch 
en un seul. Dans ce cas, Ton conjecturerait une altéra- 
tion, d'ailleurs assez grossière, du mg. sokàra, « long- 
temps, longtemps après». Cette dernière-identification 
est incertaine; mais ce qu'il y a de sûr, c'est xju'on ne 
saurait identifier mot pour mot ^ou à «plus« et vêch 
à « tard », d'autant que « plus tard» en ce sens est un 
idiotisme français que les Martiens n'ont guère pu 
emprunter. 

(230) Tout compte fait, le magyar se trouve avoir 
fourni directement au martien deux à trois fois plus 
de mots que l'allemand, deux fois moins que le français. 
Cette proportion resterait à peu de chose près la même si 
on défalquait de part et d'autre les cas que nous avons 
qualifiés de douteux. Elle est tout à fait conforme à ce 
que la théorie nous mettait en droit d'attendre (cf. 
n"*5^7) : l'auteur du martien est une enfant bien douée, 
(jui sait à fond le français et a entendu un bon nombre 
de mots magyars très usuels ; comme c'est aussi dans 
un cercle d'idées très usuelles que se meuvent les phra- 
ses martiennes, ceux-ci lui reviennent avec une abon- 
dance relative ; mais, malgré l'avantage inappréciable 
qu'ils offriraient au point de vue du déguisement des 
origines du martien, ils restent en minorité, parce 
qu'elle n'en a à son service qu'une quantité fort limitée; 
quant .à l'allemand, appris plus tard et sans doute 
moins fidèlement retenu, il n'apporte qu'un faible ap- 
point, bien supérieur toutefois à celui des autres do- 
maines linguistiques à peine effleurés par M'^" Smith. 



141 — 



CHAPITRE VII 
Le Vocabulaire anglais 

(231) Tenant compte au vocabulaire anglais de 
l'apport possible de hed (n^ 32, 3°), de l'influence qu'il 
a pu exercer sur l'adoption ou l'altération de mode et 
cjudé in^^ 155 et 166), et de l'explication subsidiaire, 
éminemment problématique, de godané (n° 82), il ne 
reste plus à son actif immédiat que trois mots, dont 
deux fort usuels, que M''" Smith a pu fort bien con- 
naître sans savoir l'anglais. 

(232) 1° Kida « faveur », une fois, FI. 28 : semble 
être un transport, avec suffixation martienne, du radi- 
cal de klnd «aimable )),/t"mo?-;iess «obligeance)), etc., 
mais prononcé à la française et dépouillé de sa nasale. 

(233) 2° Méch « crayon )), une fois, FI. 17 : ressemble 
trop à match « allumette )) pour qu'on ne suppose 
pas entre les deux mots un lien suggestif ; la forme 
des deux objets a servi de transition. Sans importance: 
texte graphique, mais traduit dans la même séance 
où il a été dicté. 

(234) 3° Novi « jamais )), une fois, FI. 24 : rappelle 
de façon irrésistible la locution anglaise nor yet « ni 
jusqu'à présent ». Sans importance au surplus : le mot 
est isolé de tout autre contexte. 



10 

• 



— 142 — 



CHAPITRE VIII 
Le Vocabulaire oriental 

(235) Le cycle martien a débuté le 25 novembre 
1892, pour se dérouler, avec des interruptions plus 
ou moins prolongées, jusqu'au 4 juin 1899. On peut 
dater l'apparition du cycle hindou du 2 septembre 1894 
(FI. p. 261) , et les prodromes de cet ensemble de 
visions remontent beaucoup plus haut. On doit donc 
considérer les développements respectifs de ces deux 
cycles comme chronologiquement parallèles, et il serait 
fort surprenant que l'on ne constatât point de mélange 
entre eux, d'influence de l'un sur l'autre. En fait,, il y 
a des rêves mixtes, ne fût-ce que celui de la séance du 
23 mai 1897, où les visions orientales et martiennes 
interfèrent au point de se gêner réciproquement, de 
même qu'en physique deux sources de lumière se ré- 
solvent en obscurité ; et, ce jour-là, parmi beaucoup 
de bavardages indistincts, on recueille un texte hybride 
(FI. 13), contenant deux mots dont le truchement 
martien ne sait que faire. La présomption de quelques 
emprunts du martien au vocabulaire oriental est donc 
en soi parfaitement légitime : il s'agit jde savoir si elle 
se justifie dans le détail, c'est-à-dire, si la concordance 
est assez frappante pour emporter la conviction, et si 



— 143 — 

M"e Smith connaît ou peut être censée connaître le 
terme oriental qu'on croit retrouver en martien. 

(236) 1° Attanâic monde », une fois, et « mondes», 
une fois : 2 novembre et 5 décembre 1898. M'i" Smith 
connaît le mot pseudo-sanscrit attamana, qu'elle a 
prononcé en cycle hindou le l""" mars 1898 (FI. p. 299): 
c'est le sanscrit â^md, ou plutôt son accusatif â«!md/2am, 
auquel elle paraît donner le sens de « âme » ; mais ce 
dernier ne se dégage pas assez nettement de sa phrase, 
pour qu'on n'y puisse substituer celui de « vie, être, 
existence », etc., dont la signification du sk. âtmà s'ac- 
commoderait également bien. En somme, tout porte à 
croire que, dans sa pensée, c'est un mot à sens vague 
et élastique, comme par exemple le sk. védique bhû- 
vanam, qui signifie à la fois « être » et amende»; et 
au surplus l'acception plus abstraite « être » réap- 
paraîtra, si je ne me trompe, dans le composé atèv, 
n° 270: il ne paraît donc guère douteux que le mt. at- 
tanâ ne soit une syncope du sanscritoïde attamana. 

(237) 2" Davié « cœurs », une fois, et « cœur », une 
fois. Ce mot nous servira à interpréter un mot sans- 
critoïde autrement inintelligible, et en même temps il 
s'expliquera par lui. Dans une de ses effusions hin- 
doues (FI. p. 295), M^'*^ Smith a dit vadisivou, que 
Léopold traduit tant bien que mal par quelque chose 
comme « bien-aimé Sivrouka ». Or, si sîdoll est une 
abréviation caressante du nom de Sivrouka, radi-sicoa 
peut en elïet avoir le sens esquissé par Léopold, mais 
plus exactement celui de « Sivrouka de [mon] cœur»: 
en tant que, d'une part, le mt. da/'ic, (jui signilio 



— 144 — 

« cœur », est la métathèse exacte de rmdi-, plus une 
suffixation martienne; en tant que, d'autre part, radi- 
est la reproduction approximative de hrdi ou la méta- 
thèse de hrdà (usuellement iprononcé hridd) , respecti- 
vement locatif et instrumental du mot sk . hrd « cœur ». 
Il n'y manque que l'aspirée initiale, assez difficile à 
prononcer dans cette position, et généralement omise 
par les sanscritistes français. On sait d'ailleurs que 
M^'® Smith, fidèle aux usages de la prononciation 
française, laisse volontiers tomber les aspirées: n°^160, 
176, etc. 

(238) 3" Mira « adieu », 12 fois. Ce mot, répété à 
satiété, ne ressemble à rien de connu. En désespoir de 
cause, j'ai pensé au malgache miavahaba a salue », 
qui expliquerait même la longue finale constante par la 
contraction des deux a séparés par TA. A l'époque des 
séances de M'^^ Smith, les affaires de Madagascar 
battaient leur plein, les journaux fourmillaient 
d'anecdotes malgaches, et il n'y aurait rien d'impos- 
sible à ce que l'un d'eux lui eût mis accidentellement 
sous les yeux le texte d'une salutation telle que i:^aho 
miarahaba anao « je vous salue ». Mais il va de soi 
que cette hypothèse demeure en l'air. 

(239) 4° Misaïmé(( fleur » et « fleurs », chacun une 
fois. Je transcris ici textuellement un passage de 
M. Flournoy (p. 300). « Les spécimens [de sanscrit] 
les plus remarquables sont les deux mots sumanas et 
smayamana, qui ont particulièrement frappé M . de 
Saussure. Le premier est la reproduction graphique- 
ment irréprochable du sk* sumanas « bienveillant », 



— 145 — 

cité un peu dans toutes les grammaires et servant 
même çà et là de paradigme de déclinaison: il faut 
toutefois noter que, pour toutes les grammaires égale- 
ment, ce mot se prononce soumanas, tandis qu'Hélène 
Ta nettement articulé sunianas et qu'il paraissait dé- 
signer une plante dans sa phrase : C'étaient les plus 
belles sumanas de notre jardin. » Ce qui semble avoir 
échappé à M. de Saussure, c'est que le sk. sumanas 
signifie aussi « fleur » : il est évident, dès lors, qu'elle 
ne le connaît que comme tel. Il est entendu, de plus, 
qu'elle le prononce avec un u français, en sorte que, si 
en martien elle appelait les « fleurs » *musaïmô, per- 
sonne n'hésiterait guère à reconnaître dans ce dernier 
mot une métathèse des deux premières syllabes de 
sumanas, accessoirement affublée d'une suffixation 
martienne: cf. n° 17, 4". La différence de timbre 
de Vu et de Vi est-elle suffisante pour infirmer une 
conjecture en elle-même aussi plausible ? C'est 
ce que je laisserai de bon cœur à l'appréciation du 
lecteur. 

(240) b° Ponde « savant», une fois, vers la fin. 
M"' Smith ne connaît sûrement pas le sk. panditàs 
« savant » ; mais, si elle a, comme tout l'indique, jeté 
les yeux sur quelque roman de mœurs orientales, 
elle ne peut pas manquer d'y avoir rencontré le mot 
pandit, qui en est la francisation. Beaucoup de per- 
sonnes le connaissent, qui ne sont pas orientalistes, 
et qui naturellement le prononcent sans faire sonner 
le t. Cq rapprochement, irréprochable quant aux 
consonnes, me paraît donc presque sûr, quoique les 



— 446 — 



deux mutations vocaliques se soient effectuées en sens 
précisément inverse des tendances phonétiques rele- 
vées en martien, cf. n" 12, 1"; mais c'est un mot de 
date tardive, 



— 147 - 



CHAPITRE IX 
Les contaminations ^ 

(241) I. Franco-allemand et réciproquement. — 
1» Aline « oublie » , mot im peu douteux, en ce qu'il 
n'apparaît qu'une fois, et sous la forme non décomposée 
saline « j'oublie » , cf. n° 32, 1". Cependant la quasi- 
homophonie avec ilinée « reconnue » (n*^ 159) condui- 
rait à penser que aliné est issu de îlinô et qu'il en est 
en quelque façon la négation : s'il en était ainsi, Va- 
initial serait un a- privatif, dont il n'est pas besoin 
d'avoir appris le grec pour avoir pleine conscience par 
nombre de mots français, soit acotylédone, apétale, — 
toutes les jeunes filles apprennent un peu de botanique, 
— anormal, athée, etc. Tout cela pourtant demeure 
fort indécis, soit à cause de la disparition de 1'?" initial, 
soit surtout parce que ilinée n'est apparu que posté- 
rieurement à saline. Peu important. 

(242) 2° Ainêré a réunir » , une fois. Ici la préfixa- 
tion française est beaucoup plus claire : le mot a été 
tiré de l'ai, mehrere « plusieurs » , dont il conserve 
intacts le vocalisme et jusqu'à la quantité, par le même 

1. Il s'agit ici des contaminations polyglottes, telles qu'on les 
a définies et expliquées au n° 25, 



— 148 — 

procédé qui a formé en français a-moncel-er de mon- 
ceau, et tant d'autres. 

(243) 3° Bétiné « regarder » et « [je] regarde'», et 
bétinié « regarde » , chacun une fois. Le fr. « regarder » 
se dit aussi dans la langue courante « fixer » , et d'autre 
part « fixer » , surtout dans le sens commercial, de 
«convenir [d'un prix, etc.] » , — qui est précisément 
celui que M^^'^ Smith, à raison de sa profession, a été 
le mieux en mesure d'apprendre, — se dit en al. be- 
dingen. Le rapport parle assez de lui-même. 

(244) 4° Dastrée « paisible», une fois. Soit une lo- 
cution fr. « de repos » , analogue à la locution « de 
pouvoir » employée un jour au sens de « puissant » 
(n° 23, 1°) ,et pouvant parfaitement signifier « paisible » : 
contaminée d'al., elle devient *c/e rasi, dont la méta- 
thèse exacte est *dastre, puis avec une suffixation mt, 
dastrée. Le procédé est curieux et me paraît sûr. 

(245)5° Érédutéa solitaire » , une fois : cf. la forma- 
tion à'Ésenale, n° 27. Dans le mot fr. soli-taire, iso- 
lons d'abord la seconde moitié, soit terre, qui se tra- 
duit en al. erde. Voilà, avec une légère métathèse ou 
une petite insertion vocalique, de quoi fournir la pre- 
mière moitié du mot martien. Reste après cela soli-, 
c'est-à-dire le nom d'une note de musique, plus une 
voyelle, qu'on remplacera par le nom d'une autre note 
de musique, plus une voyelle de même timbre (cf. n°12, 
2°) . La formule est mathématique : sol-\-i-\-taire=éréd 
■\-ut^é. Ce dernier peut aussi être un suffixe martien. 

(246) 6° Firêd « certainement », une fois. Le fr. 



— 149 — 

vrai n'aurait pas pu donner aisément Jii'é-, -^i étant 
une suffixation martienne : d'abord, il est peu probable 
que M"® Smith change un v en /; puis, l'insertion 
vocalique reste inexpliquée; enfin, le sens ne concorde 
pas tout à fait. Cependant je crois que vrai se retrouve 
ici tout au moins dans la voyelle médiale du mot :, 
/r;*<^-4;'r serait une imitation de vrai-ment. D'autre part, 
le sens concorde mieux avec l'ai, freilich « certaine- 
ment », et VBl.fi'œwahr « vraiment )) expliquerait, 
s'il en était besoin, l'insertion vocalique. L'anglais 
vertly est sans doute hors de cause. 

(247) 7° Furimir « aimera », une fois. Le verbe 
« aimer » évoque le radical am- deam-our, am-i, etc., 
et celui-ci, la syllabe initiale de l'ai, am-eise « fourmi » : 
dejbwmiâ furimir, la distance est courte. Je ne 
doute pas de l'étymologie ; mais elle est sans impor- 
tance, le mot ne faisant partie d'aucun contexte 
suivi (FI. 24). 

(248) 8" Nazère « [je] trompe », une fois. Le verbe 
tromper évoque le substantif trompe, qui suggère 
l'idée de « nez », al. nase. Reste la finale -er, qui 
fournit la syllabe -ère. Me paraît sûr. 

(249) 9*^ Pélésse « chagrin » et péliché « souci », 
une fois chacun : il est difficile d'échapper à la pensée 
que ces deux mots n'en font qu'un ; mais l'explication 
en serait plus aisée si le second n'était apparu le 
premier. De la traduction « souci », en effet, on ne 
saurait rien tirer, tandis que la traduction « chagrin » 
suggère le jeu de mots a sorte de joeaw préparée », puis 



— 150 — 

la traduction al. peh, dont pélésse est la reproduction 
presque littéraire. Il est vrai que peh ne signifie point 
« éuir », mais « fourrure »; mais les équivalences sé- 
mantiques du martienne sont pas à cela près. La seule 
objection grave est celle que j'ai formulée au début. 
Je ne crois pas qu'elle soit péremptoire : M"*' Smith a 
pu traduire « souci )), tout en ayant « chagrin » dans 
la pensée quand elle a créé le mot. 

(250) 10° Sanâ « tant », une fois. Une dérivation 
mt. de tant, le t final ne se prononçant pas, donnerait 
*tanâ. La substitution de Y s au t peut provenir de leur 
voisinage dans l'alphabet (n° 13, 5°) ; mais il est plus 
méthodique de supposer une contamination très aisée 
par l'ai. so. 

(251) II. Franco-hongrois, et réciproquement. — 
1° Bodri « os », une fois : mot très difficile. La mé- 
tathèse de os est so, qui, entre autres sens, donne en 
fr. celui de « sot » ; or, celui-ci peut se traduire en 
mg. botor, qui, moyennant une mutation de sourde 
en sonore, une syncope et une suffixation martienne, 
donne bodri. Je ne me dissimule pas le caractère 
aléatoire de cette restitution ; cependant je fais observer 
que M'i^ Smith paraît bien en effet avoir songé, pour 
le traduire en martien, à un mot commençant par une 
consonne [so], et non par une voyelle [os] ; car autre- 
ment il est probable qu'elle aurait créé en martien 
aussi un mot commençant par une voyelle devant 
laquelle l'article se serait élidé. Tant, en général, son 
imitation est servile ! Cf. -s'alùé « l'élément », n°^ 30 
et 42. Aussi Ésenale, appelé à interpréter ce texte, 



— 151 — 

traduit-il séparément et sans élision « le os », FI. 29. 
En dehors de cette présomption, il n'y a aucune ana- 
logie que celle de l'ai, ou anglais butter, que je ne 
vois aucun moyen de concilier avec le sens de « os » . 

(252) 2" Ladê « vers » (préposition), une fois ; 
une autre fois, le sujet a employé le mot plus simple 
é, n" 35, 2°. Le mg. a lât-ni « voir », qui n'est guère 
compatible au point de vue du sens ; mais le rapport 
a dû s'établir à la faveur de la consonnance presque 
identique des deux mots fr. vers et voir. 

(253) 3° Linéi a debout », une fois. Le mg. allant 
« se tenir debout » est phonétiquement trop éloigné 
pour être seul en cause ; mais les sens très voisins du 
fr. ligne [droite] ou aligné expliquent sans difficulté 
l'altération qu'il a subie. A peu près sûr. 

(254) 4° Men « ami », 6 fois, et mené « amie », 
4 fois, total 10 : le second est apparu le premier ; mais 
il importe peu que mené soit dérivé de men, ou men 
abstrait de mené, cf. n° 19, 2«. La consonnance fr. 
ami est identique à la consonnance mt. ami, que 
M"* Smith devait plus tard employer au sens de « il 
va », cf. n" 175 ; or l'infinitif mg. du verbe d'où procède 
ce dernier est menni, qui a été en conséquence trans- 
porté presque textuellement au sens d' « ami » ou 
« amie ». L'homophonie est frappante, et pourtant 
l'hypothèse très douteuse, en ce que le mt. amès et 
surtout ciwï n'est apparu que bien postérieurement au 
mt. mené. Peut-être vaudrait-il mieux partir tout 
simplement de l'ai, meine, « ma, mienne », etc. 



— 152 — 

(255) 5" Mirivé « tracer » [des caractères d'écriture], 
2 fois. Il n'est pas difficile de reconnaître dans ce mot 
lefr. écrire, ou plutôt un barbarisme fr. *écriver, in- 
finitif créé sur l'analogie des formes écrivons, écrivez, 
écrivais, etc. Le procédé est remarquablement en- 
fantin. Mais la syllabe -ir- me paraît due à une con- 
tamination par le verbe mg. ir-ni a écrire », que 
M^'*' Smith connaît, cf. n° 195. Quant à Vm initial, je 
n'en aperçois pas la raison d'être, à moins qu'elle ne 
connaisse que iromâny, dont elle aurait transporté la 
médiale au début. Cf. pourtant n° 16. 

(256) 6" Neura « danger », une fois. L'idée de 
(( danger » appelle celle de « risque », et celle ci, 
surtout dans l'esprit d'une personne vouée à la carrière 
commerciale, se lie aisément à celle de « spéculation». 
Or le mot spéculateur a pour équivalent le mg. nije- 
rész. Douteux : le phonétisme est en défaut. 

(257) 7'' Ouradé « [se] souvenir )), une fois : tout à 
fait différent de zati « souvenir », n" 146. Le mg. a 
plusieurs mots très semblables de forme, notamment 
uradalom « seigneurie », et surtout ûrhadi a nobi- 
liaire », mais très différents par le sens. Le rapport a 
pu s'établir par la double signification, à la fois ma- 
térielle et intellectuelle, du fr. posséder, étant donné 
qu'en Hongrie la noblesse est encore aujourd'hui es- 
sentiellement la caste propriétaire . 

(258) 8° Patrinèz « alors », une fois, FI. 17. Le 
mot « alors » a dans cette phrase le sens très net de 
(( donc , c'est pour^«o? ». Ce dernier mot se dit en mg. 



— 153 — 

melly, et melly, retraduit en fr. dans un autre de ses 
sens, àonne poitrine, dont patrinèz' Q^iwii jargonne- 
ment à peine déguisé avec finale martienne. 

(259) Séïmiré « comprendre », deux fois, « [je] 
comprends » et «comprendras », une fois chacun: 
total, 4 fois, cf. n" 22, 9°. Une chose que l'on « com- 
prend » est une chose qui a va de soi d, et l'homonyme 
fr. de soi est soie qui se traduit en mg. selyem. On voit 
que la prononciation fuyante de Yl mouillé (n° 173 
donne exactement un radical verbal sêïm-, qui se com) 
plète par une suffixation martienne. 

(260) 10" Ti^iné «demain», deux fois. Un calembour 
très simple sur fr. demain donne fr. deux mains, qui 
font « dix doigts », et « dix » se dit en mg. ti:^ ; la finale 
est une suffixation fort commune. 

(261) 11" U^ir (( dira», une fois. Le mg. à une excla- 
mation ûgyef « n'est-ce-pas ?» dont une traduction en 
fr. usuel serait aussi notre (.(dis donc» : c'est ainsi que 
ce radical a pu prendre le sens du verbe «dire». Mais 
peut-être vaudrait-il mieux s'en tenir au mg. ùgyés^ 
«avocat»: en ce cas, il n'y aurait pas de contamination 
par le fr., et la seule remarque à faire serait celle de 
la curieuse prédilection de M"" Smith pour les termes 
juridiques, en tant qu'il s'agit de rendre l'idée de 
«parole»; cf. n° 210. M. Smith père aurait-il eu à 
soutenir un procès en Hongrie? 

(262) 12° Zivênié « étudie », une fois. L'idée d' « étu- 
dier» évoque facilement, surtout chez un enfant, celle 
d' « apprendre par cœur », et ce dernier mot, à son tour. 



— 154 — 

évoque sa traduction mg. sj^iv, qui au surplus n'est 
jamais employée dans le sens spécial au français ; mais 
peu importe, il s'agit ici d'un calembour bilingue, et 
non d'une équivalence. Avec mutation de sourde à 
sonore, on a un radical siu-, sur lequel s'applique une 
suffixation martienne. Me paraît tout à fait sûr. 

(263) III. HONGRO- ALLEMAND ET RÉCIPROQUEMENT. 

—1° Borêsé «pleines)), une fois. Le fr. «plein» se 
traduit en al. voll, lequel signifie aussi «ivre», et ce 
dernier sens a suggéré la traduction en mg., soit boros 
« ivre » ou borisza « ivrogne » ; l'homophonie est pres- 
que absolue. Cf. le suivant. 

(264) 2" Châmi «parfum», une fois, dans la même 
phrase que le précédent. L'ai. a schmecken n sentir)) 
[à l'odorat] et geschmack «goût»; mais je crois que, 
pour expliquer la voyelle insérée entre s et m, il est 
presque indispensable de faire intervenir le mg. zamat 
« bouquet du vin » ; d'autant que le radical de bon's^a 
est 6or« vin». Il devient évident, dès lors, que le 
concept de «vin» se jouait dans l'arrière-pensée de 
M^^« Smitli lorsqu'elle a prononcé cette phrase. 

(265) 3° Gr-ini «soulever», une fois, FI. 23. L'idée 
de «soulever» évoque celle de «sol», qui se traduit en 
â\. grand et en mg. gerend, celui-ci plus proche par 
le vocalisme, celui-là par la double consonne initiale. 
Ce mot est d'ailleurs tout à fait négligeable, parce que 
la traduction en est des plus équivoques : d'abord hi 
phrase « le miza va soulever » n'est pas française, il fau- 
drait «se soulever»; puis, dans la vision qui la suit, 



— 155 — 

l'objet ne se soulève pas, mais «prend un mouvement 
de balancement qui fait un bruit de tic- tac, puis glisse 
comme un train sur des rails». 

(266) 4:° Ujsénir « attendra » , 2 fois. Le mot « attendre» 
se traduit en dl.wai^ten, qui signifie aussi «s'occuper 
de, prendre soin de»; sa traduction dans ce dernier 
sens est mg. ûgyelni. Pour la concordance mg. gy > 
mt. 4?, voir n°« 173 et 174. 

(267) IV. Franco-hongro- ALLEMAND. — VIvraïnt 
« aujourd'hui », une fois, FI. 27. Vraïnï «désir» (FI. 14, 
cf. n" 225) est chronologiquement antérieur à ivraïni, 
en sorte que rien ne s'oppose à la filière assez complexe 
que je vais restituer. La finale de «aujourd'Awn) ou 
simplement son sens amène l'ai, heute, dont le pho- 
nétisme suggère très facilement le mg. ohajtâs « désir » ; 
celui-ci, à son tour, suggère son équivalent mt.vvaïni', 
et, comme une sorte de doigt indicateur qui nous 
guide dans ce dédale, l'initiale de ohajtâs demeure 
encore figée en tète de ivraïni, sous le bénéfice de 
la mutation o >• /, qui nous est déjà connue, cf. 
n" 36, 6°. 

(268) 2° Valini « visage », une fois. Tout d'abord, 
les idées très voisines « visage, aspect, regard » se sont 
évoquées l'une l'autre ; puis, regard traduit en al. a 
donné blick, dont la traduction mg. exacte serait 
pillanat. Mais blick signifie aussi « reflet lumineux », 
et dans ce cas sa traduction mg., peu différente, est 
villanat, avec le verbe villanni « lancer des éclairs », 



— 156 — 

etc. Il n'échappera à personne que valini en est la 
métathèse rigoureuse. Cette cascade de doubles sens 
est douteuse cependant, parce qu'il n'est pas probable 
que M^^*^ Smith connaisse tous ces mots-et toutes leurs 
nuances; mais peut-être, précisément parce qu'elle 
ignore les nuances, elle emploie les mots un peu à tort 
et à travers. 

(269) V. Autres contaminations. — 1° Ainiché 
« mains » et éinéclie « main », une fois chacun. Que le 
vocabulaire oriental puisse intervenir dans les conta- 
minations, c'est ce que démontrera l'exemple suivant ; 
mais celle que je vais analyser est au premier abord 
si invraisemblable, que je n'aurais jamais osé l'im- 
primer, si la vraisemblance était un critérium appli- 
cable à un rêve. Si, ainsi que nous l'avons constamment 
supposé, M^^" Smith a feuilleté quelque roman pseudo- 
oriental, il est difficile qu'elle n'y ait pas rencontré le 
nom des « Ameshaspands », ces demi- dieux tutélaires 
en grande vénération dans la religion persane : il n'im- 
porte que le mot ait été retenu ; il suffit qu'il ait été 
vu, pour que la mémoire subliminale puisse l'utiliser 
sous l'influence de quelque excitation accidentelle. Re- 
venons à présent au fr. « main »: l'équivalent est al. 
ou anglais hand, dont la consonnance évoque la finale 
de amesaspand, et celle-ci le mot tout entier; enfin, 
les deux premières syllabes détachées fournissent un 
radical amis-, ou éinés-, où l'alternance vocalique elle- 
même semble trahir une origine exotique et bizarre, un 
mot non familier au sujet, et par conséquent mal 
retenu. Tout cela me semble jx peine douteux. 



— 157^ — 

(270) 2° Atév, (( être, êtres », 7 fois: contamination 
évidente de l'initiale à'attanâ avec le radical mt. du 
verbe « être » ; cf. n°« 37 et 236. 

(Éméche « main » : voir n° 269.) 



11 



158 — 



CHAPITRE X 
Les dérivations ultérieures 

(271) 1" Atimi « bonheur », 3 fois: paraît dérivé, 
par suffixation martienne, de adi a bien » (n° 174), qui 
toutefois n'est apparu que plus tard. J'ai déjà dit que 
je considère cette objection comme sérieuse, mais non 
comme décisive : un mot peut avoir été élaboré dans 
le subconscient du sujet, sans avoir encore nécessaire- 
ment vu le jour. 

(272) 2° Datrinié « caché )), une fois, dans la phrase 
inintelligible. Si l'on peut attribuer à da- un sens pré- 
fixai, soit inversif ou négatif, pareil à celui du préfixe 
fr. dé- dans dé-lié, etc., on voit que le mot entier peut 
signifier « dont on ne parle pas » (cf. triné « parler », 
n° 139), par conséquent « secret, caché ». Douteux, 
mais sans importance. 

(273) 3" EJi « choses » , une fois : il est probable que 
la forme plus correcte serait *évi (cf. n" 8), et que le 
mot se rattache par dérivation au radical éi?-, du verbe 
m t qui signifie a être » ; voir n°* 37 et 274. 

(274) 4° É venir « posséderas », une fois: dérivatioil 
possible du radical év- au sens de « chose », par con- 



^ 159 — 

séquent « objet qu'on peut posséder, bien » ; cf. n"^ 38, 
3«, et 273. 

(275) 5° Imi;2i « sous », une fois, dans la phrase 
inintelligible : dérivé possible de imâ a ciel » (n» 160), 
par l'intermédiaire de Tidée que « tout est sous le 
ciel ». . 

(276) 6° Izâ « mais », 2 fois: dérivé de is « tout » 
(n° 188), de par la transition fournie par le synonyme 
fr. « touteioiB », 

(177)7° /^é (( enfin », 3 fois : dérivé de is (cf. n° 276), 
à la faveur de la transition fournie par la locution sy- 
nonyme « après tout ». 

(278) S*' Kêmisi « femelle », 2 fois : dérivé fort in-' 
solite de kêmâ « mâle », n° 92. 

(279) 9° Kévi et kêvi » quand », en tout 3 fois : 
dérivé du thème interrogatif et relatif k-, dont on a vu 
l'origine, n» 33, 3^ 

f280) lO'' Kiché « pourquoi », 3 fois : autre dérivé 
jargonnant du même thème. 

(281) 11° Xr^ « quel », 4 fois, et kizé « quelle »,- 
2 fois : autre dérivé du même thème. 

(282) 12" Meta a pourtant », une fois: étant donné 
que med signifie « pour », c'est une formation calquée 
sur le fr. pour-tant, soit *med-ta, où la syllabe -ta 
représente la syllabe fr. -tant. Noter toutefois que 
med est postérieur à meta. 

(283) 13° Najsina a nouveau », une fois: comparer 



---160^-- 

œsini (i ensuite », d'où le sens « postérieur, récent » 
cf. n°34, 2° ',Vn initial vient de contamination par le 
inot fr. nouveau. 

' (284) 14° Néûmi « mystérieux », une fois. Le mot 
lui-même est assez mystérieux et semble de formation 
mystique : par l'initiale, il rappelle le fr. né-ant ; l'élé- 
ment subséquent doit se rattacher au verbe mt. umez- 
« faire » (n° 219), ensorte que l'ensemble aboutirait au 
sens de « infaisable » ou « incréé ». 

(285) 15° Primi « revoir » substantif, une fois, 
FI. 23: ce « revoir » s'effectue par un ((retour », en. 
sorte qu'il est difficile de ne pas soupçonner un rap- 
port étymologique avec bérimir qu'on a vu au n° 53. 
Peu clair. 

. (286) 16° Triménêni (( comprenions », une fois, 
FI. 15. M. Flournoy fait observer que la traduction est 
suspecte, puisque (( comprendre » se dit tout autre- 
ment (n<'259), et qu'il vaudrait mieux (( entretenions » 
pris dans le sens de (( converser, causer » : dans ces 
conditions, et puisque taroini et triné apparaissent 
dans la même phrase^ le rapport à établir entre ces 
trois mots n'est pas niable, cf. n°^ 139 et 210. Ce qui 
demeure obscur, c'est le mode spécial de dérivation 
de «'nméAiem." Peut-être n'est-ce qu'un jargonnement 
arbitraire, vaguement imitatif du fr. entretenions. 



161 _- 



CHAPITRE XI 
Le résidu 

(287) Il n'est guère d'analyse linguistique, si pa- 
tiemment conduite qu'on la suppose, qui ne laisse au 
fond de la cornue un caput mortuum irréductible. 
Celle du martien pouvait moins que toute autre 
échapper à cette infirmité. Il me reste donc àénumérer 
les quelques mots dont je renonce à trouver Texplica- 
tion, et à souhaiter à mes lecteurs, s'ils m'ont suivi 
jusqu'ici, plus de pénétration. On tiendra compte, en 
outre, des petits mots dont la genèse demeure obscure, 
et des incertitudes dont je n'ai pas fait mystère au 
cours de ma trop longue exposition. 

1" Estotiné « ma dernière », FI. 15 : ce n'est pas la 
seule anomalie de ce texte ; mais c'est la seule dont il 
soit absolument impossible de venir à bout ; car, 
puisqu'on ne peut, dans ce prétendu composé, isoler 
un mot qui ait le sens de « ma » (cf. n® 32, 1°), à plus 
forte raison n'y reconnaît-on pas le mot « dernière », 
et à plus forte raison encore ne saurait-on le rap- 
procher de rien. 

2^" lanlné « [il] enveloppe », FI. 14 et 28. La diffi- 
culté de ce mot étrange se complique de ce que, la 
première fois qu'il apparaît, c'est sous la forme 



— 162 — 

m-ianiné, qui est censée signifier « t'enveloppe » et 
où pourtant l'élément m- ne peut que par lapsus évi- 
dent représenter le pronom « te ». Le mg. a un mot 
hiàny « lacune », d'où le composé hiânyjel « signe 
de lacune », qui désigne le petit symbole que nous 
appelons « apostrophe ». On sait, d'autre part, que 
l'apostrophe est souvent employée, dans certains ou- 
vrages, comme le seraient les guillemets, et qu'enfin 
les guillemets « enveloppent » une partie déterminée 
d'un texte. Toutes ces idées sont donc plus ou moins 
connexes, et il n'était pas difficile de passer de l'une 
à l'autre. Mais il n'est pas croyable que W^^ Smith 
connaisse, même pour en fausser le sens, un terme 
grammatical aussi technique en langue magyare. 

3° Lâmêe « jusque » , une fois. Le fr. là même se 
suggère tout naturellement ; mais il faut se défier des 
explications trop faciles. 

4° Povê « rester » , une fois : je ne trouve à citer 
que l'ai, bewohnen « habiter » , et vraiment il est trop 
éloigné à tous points de vue. 

5° Rusd « milieu », FI. 24. On est frappé tout d'abord 
de l'homophonie avec busi « moyen » : le rapport 
aurait pu s'établir par l'intermédiaire de l'ai, mittel, 
qui signifie à la fois l'un et l'autre. Mais busi, qu'on a 
expliqué tant bien que mal au n° 57, n'apparaît que 
tout à fait à la fin, FI. 40 : il est difficile, dès lors, de 
croire que ru:sd en soit issu ; et, si l'on suppose que ce 
dernier, au contraire, est l'ancêtre, c'est bien pis en- 
core, car il n'y en a pas d'étymologie visible. Rien non 
plus ne justifie le passage de 6 à /' ou réciproquement. 



— 163 - 

Mieux vaut donc laisser rui^d parmi les mots inex- 
pliqués, et peut-être, parla même occasion, y reléguer 
6w^ï avec lui. Mais avec ces deux derniers mots nous 
avons épuisé la totalité du vocabulaire martien. 



164 



CONCLUSION 

(288) Dans mes Antinomies linguistiques, — aux- 
quelles je m'excuse de renvoyer si souvent, mais il le 
faut bien, le présent livre n'étant au fond qu'une véri- 
fication expérimentale des principes spéculatifs que j'y 
avais exposés, — je me suis trouvé tout naturellement 
amené à examiner l'irritant problème de la conformité 
originaire du langage et de la pensée, postulat logique 
inéluctable, mais jusqu'à présent rebelle à tout essai de 
démonstration, puisque le langage primitif de l'huma- 
nité nous est lettre close. « Peut-être, ajoutais-je (p. 41, 
n. 1) , n'est-il pas téméraire de fonder à cet égard 
quelques espérances sur l'avenir des récentes recherches 
qui ont si fortement modifié et ébranlé l'antique no- 
tion de l'unité du moi. Qui sait si le sens élémentaire 
du langage ne se dégagera pas brusquement ou pièce 
à pièce de quelque moi sous-jacent, mis à découvert 
dans un de ces états seconds que provoquent les expé- 
riences d'hypnotisme? Si étonnants que paraissent 
certains de leurs résultats^ il est clair que les expéri- 
mentateurs n'en sont encore qu'aux premiers rudi- 
ments de la psychologie qu'ils nous préparent et n'ont 
pas encore ébauchée. » 

Tandis que j'exprimais ce timide espoir, d'éminents 
expérimentateurs, à mon insu, assistaient à l'éclosion 



~ 165 — 

^d'ime langue telle que je la souhaitais, mais telle aussi 
qu'elle m'apprêtait une déception. M"° Hélène Smith 
.est évidemment beaucoup trop instruite et trop cul- 
tivée, pour être restée l'intuitive que requerrait la re- 
. construction d'un langage primitif et spontané; son 
subconscient est encombré de- trop de souvenirs con- 
scients, linguistiques, littéraires, scolaires, pour laisser 
transparaître encore sous ce voile factice le confus et 
lointain souvenir des concordances mystérieuses du 
son et du sens qui créèrent la langue de nos premiers 
ancêtres. Il y faudrait, sinon un sujet qui n'eût jamais 
appris à parler, du moins une nature plus fruste, un 
cerveau beaucoup moins affiné. N'en désespérons pas ; 
ces conditions peuvent se rencontrer demain ; mais 
dans le cas présent elles nous font défaut. En fait, on 
l'a Vu, M^'*' Smith ne parle qu'avec ses propres souve- 
nirs, immédiats (conscients) ou médiats (inconscients), 
jamais d'après ceux qui, remontant par atavisme les 
générations disparues, iraient rejoindre les premiers 
anneaux de l'humanité parlante. Elle a beau se dire 
reine de France, princesse arabe par la naissance et 
Tnndoue par le mariage^ exploratrice de la planète 
Mars: elle n'a vécu toutes ces vies que sur le papier des 
livres qu'elle a lus : à plus forte raison n'en revit-elle 
point d'autres, plus réelles, mais plus abstruses, ense- 
velies qu'elles sont à jamais dans un passé sans histoire. 
Ne lui demandons pas plus qu'elle ne nous peut 
donner, et remercions M. Flournoy de l'avoir si fidè- 
lement recueilli : de la documentation martienne, où 
il a eu l'heureuse pensée de ne pas essayer de faire uu 



— 166 — 

choix, qu'il nous a transmise complète et rigoureuse- 
ment authentique, quelles conclusions se dégagent au 
■point de vue delà psychologie du langage? 
' l** Presque tous les mots du martien ont une étymo- 
logie assurée, puisée dans des langues réelles, connues 
■plus ou moins, mais certainement connues, de 
M"^ Smith. En admettant que quelques-unes de mes 
explications doivent être tenues pour forcées ou très 
contestables, il en reste encore un assez grand nombre 
de probables ou de sûres, pour que le résidu inexpli- 
cable ne constitue qu'une infime minorité: il est donc 
à présumer que ce résidu lui-même deviendrait ré- 
ductible, si nous disposions de moyens plus puissants 
ou plus sagaces pour pénétrer les secrets de l'élaboration 
subconsciente à laquelle elle s'est livrée, et qu'il appa- 
raîtrait dès lors qu'elle n'a point créé un seul mot 
qui n'appartînt d'ores et déjà à sa mémoire sous- 
jacente. — L'homme, quand il le voudrait, n'inventerait 
pas une langue : il ne peut parler, il ne parle qu'avec 
ses souvenirs, immédiats, médiats ou ataviques. 

2" L'inconscience du procédé linguistique chez le 
sujet parlant est une notion d'ordre élémentaire, qui 
pourtant a bien de la peine à s'imposer à certains es- 
prits. On l'accorde généralement pour le processus 
phonétique, qui ne saurait en effet s'expliquer ni se 
produire, si le sujet qui opère une mutation ne croyait 
articuler ce qu'en fait il n'articule point. On l'admet 
aussi, en principe, pour la morphologie; sauf à retirer 
parfois en détail ce qu'on a accordé dans l'ensemble, 
ou à laisser échapper encore quelqu'une de ces mons- 



— 167 — 

trueuses explications grammaticales, qui supposent 
que le sujet opère sciemment un certkin métaplasme 
et- prévoit dans l'avenir une certaine confusion qui ne 
manquerait pas de se produire s'il ne l'opérait pas. 
Quant à la syntaxe et à la sémantique, il semble 
qu'elles demeurent, dans le langage, le domaine réservé 
à la conscience et à la volonté. Oui, pour le professeur 
qui cherche à se faire parfaitement entendre, et qui 
peine à trouver un tour clair, une image représentative ; 
oui, peut-être, — car ceux-là sont déjà dans une large 
mesure des spontanés lorsqu'ils sont sincères^ — pour 
l'orateur et le poète, qui songent à frapper les esprits 
par un tour nouveau, une métaphore brillante; oui, 
enfin, pour qui s'écoute parler, mais on conviendra 
que tel n'est point le cas des millions de propos oiseux 
qui s'échangent chaque jour. Et ceux-là, c'est le 
langage, le langage réel et vivant; le reste n'en est que 
l'apparence élégante et figée. Or M"*' Smith, — in- 
consciente par définition, — employant la syntaxe 
française parce qu'elle n'a pas la plus mince idée d'une 
autre, mais connaissant partiellement quelques vocabu- 
laires différents de celui du français, s'est créé un vo- 
cabulaire spécial à l'aide de ces matériaux, retravaillés 
parles mêmes procédés sémantiques, métonymies, asso- 
ciations, suggestions et contaminations (n"» 24-25), que 
l'on constate dans les langues ordinaires. Le résultat 
étant le même, il faut bien que le principe de formation 
soit le même chez elle et chez le sujet parlant éveillé. — 
Le langage est la consciente mise en œuvre d'un 
système complexe de forces inconscientes, et ses anti- 



- 168 - 

nomiesse résolvent par la considération de la conscience 
de l'acte unie à l'inconscience du procédé \ 

3" Discutant la ' formule de Darmesteter, suivant 
laquelle le sujet parlant à ses débuts aurait « plus d'idées 
que de mots », je proposais d'y substituer la formule 
inverse « plus de mots que d'idées », et j'enseignais 
que l'usage de la parole commence par un inconscient 
bavardage, vaguement intelligible peut-être pour le 
sujet parlant, mais à coup sûr intraduisible par lui et 
pour les autres*. Et voici que le prodrome de l'appa- 
rition du langage martien (FI. p. 149) a été une véri- 
table explosion de syllabes étranges et de sons barbares, 
, jaillissant « avec une volubilité croissante», « jargon 
incompréhensible », presque impossible à reproduire, 
qui — cela va sans dire r- n'a jamais été traduit ni 
même répété dans la suite, mais qui présente déjà, 
tout au moins, à un très haut degré, les caractères de 
l'allitération et de l'assonance, distinctifs de la langue 
postérieure qui en devait sortir. — Ainsi, en ce qui 
concerne la genèse individuelle du langage, les con- 
clusions qui se dégagent du martien ou de l'observa- 
tion des jargons enfantins sont identiquement les 
mêmes : tout langage commence par un gargouillis de 
mots, entre lesquels et sous lesquels le sujet n'apprend 
que plus tard à faire un choix et à mettre un sens 
précis. 

4° Et maintenant, s'il est vrai ce qu'on enseigne 
couramment et ce que du moins la raison ne désavoue 

1. Antinomies linguistiques, pp. 23 et 64 sq. 

2. Antinomies linguistiques, ipp . 50 et 55. 



— 169 — 

pas, que l'ontogenèse est la reproduction exacte de la 
phylogénèse, il ne nous est pas interdit de nous former 
une représentation très vague des premiers débuts du 
langage humain. Le cri animal, avant d'être un appel, 
ne fut qu'un réflexe inconscient, et le langage en 
procède, mais par une voie détournée : seul le cri 
d'appel, l'interjection, chez l'homme, est la survivance 
d'une animalité antérieure ; le langage proprement dit 
a une autre origine, non moins mécanique, au surplus, 
ni moins foncièrement étrangère au mécanisme de la 
pensée. Bref, ce que nous nommons « le langage suivi », 
par opposition, à la simple exclamation, a dû débuter 
par une éjaculation de sons quelconques, appropriés 
naturellement à l'organe qui les émettait, mélopée 
très probablement allitérante et assenante, gymnas- 
tique pulmonaire et labiale, sous laquelle le sujet ne 
mettait sans doute, et sûrement ne cherchait encore à 
faire comprendre à ses semblables aucun rudiment 
d'idée. Avant d'être l'expression d'une pensée, le 
langage a été un exutoire: pour les muscles pectoraux? 
pour les cellules de la troisième circonvolution? C'est 
aux physiologistes d'en décider^ . 

V. Henry. 

1. En dehors de ces considérations génétiques, le fait capital qui 
se dégage, pour le linguiste, des observations de M. Flournoy, 
c'est que tout fait linguistique, en tant qu'il a été une fois perçu, 
DEMEURE dans la mémoire au moins subconsciente du sujet. Cette 
donnée, pour n'être pas absolument nouvelle, est trop importante 
pour qu'on ne tienne point compte, dans toutes les inductions 
ultérieures, de la preuve éclatante que M"° Smith nous en a 
fournie. 



NOTES ADDITIONNELLES 



Au n° 2, vers la fin. — J'entends « positiviste » au 
sens d'adepte d'une méthode scientifique qui rejette 
tout jug'ement préconçu et, à ce titre, s'impose à tout 
enquêteur sincère, quelles que puissent être ses con- 
victions philosophiques ou religieuses; car, du positi- 
visme érigé lui-même en doctrine philosophique^ j'ai 
grand'peur^ pour ma part, qu'il ne ressemble à la 
grenouille émule du bœuf. 

Au n° 6, alinéa 2. — M. Flournoy n'avait pas 
oublié de dire (p. 306, 1. 6) à quel âge M^^® Smith 
avait appris l'allemand : c'est en effet, entre douze et 
quinze ans ; mais ce point m'avait échappé, ou du moins 
n'avait laissé trace que dans ma mémoire subcon- 
sciente. 

Au n° 19, 1°. — Ce décalque va aussi loin que pos- 
sible. Quel est, par exemple, le genre du mot érié 
«âme »? Il doit être féminin. Il est vrai qu'il ne se 
construit (FI. 6 et 20) qu'avec le pronom possessif 
masculin e^î « mon » ; mais c'est qu'en français on dit 
(cmon âme »! Plus tard (FI. 31), lorsque la gram- 
maire de M}^^ Smith- a acquis un peu plus d'indépen- 
dance, elle dit bé animinâ « sa existence »* 



-r- 171 --. 

Au n" 27. — A ce sujet M. Flournoy a ^611 
voulu m'écrire (16 juin 1900) : « La déduction d'Ése- 
nale- Alexis, de solitaire-éréduté, detîziné-demain, etc., 
etc., me semble absolument satisfaisante par sa par- 
faite conformité aux processus coutumiers du rêve. » 
On estimera peut-être que l'autorité qui me fàit:dé- 
faut en matière psychologique est amplement suppléée 
par cette précieuse approbation. 

Au n° 31. -^ Ce qui complique la question, c'est 
que mis est apparu le même jour que tivê, et même 
quelques secondes auparavant, dans la phrase FI. '8 : 
il n'en pourrait donc être dérivé qu'au prix d'un travail 
préalable, subconscient et entièrement latent. En 
somme, mieux vaut reléguer mis dans le résidu inex- 
pliqué; mais on remarquera qu'il est le seul mot très 
usuel qyni rentre dans cette catégorie. ' 

Au n° 47. — D'une obligeante communication de 
M. Flournoy il semble ressortir qu'on dit, à Genève 
comme chez nous, « au revoir » lorsqu'on soigne son 
langage, [et a à revoir » lorsqu'on le néglige. Les 
patois savoyards des environs disent ar^vi. 

Au n" 106. -^ Ce mot est, pour mon essai, une grave 
pierre d'achoppement, qui a failli, après coup, m'em- 
pêcher absolument de le publier. On a; vu, en effet, 
à.la préface, que M''"' Smith a donné plus tard la tra- 
duction des deux mots mile piri, et que cette traduc- 
tion n'est point « mille fois », mais « vite encore ». Je 
suis convaincu que, sur ce point, Ésenale se trompe 
ou nous trompe; mais je n'ai aucun moyen direct; de 
le convaincre d'erreur ou de supercherie, puisque 



jamais en aucune autre circonstance M'^® Smith n'a 
proféré le inot martien qui équivaudrait à « vite », ni- 
celui qui équivaudrait à « encore ». Cependant, à 
défaut de preuve catégorique contre cette traduction, ' 
de sérieuses présomptions en font suspecter la sincé- 
rité : si mile piri, lorsqu'il a été prononcé, avait dû 
réellement signifier « vite encore », quelle raison 
aurait eue Ésenale de ne pas le traduire sur-le-champ 
avec le reste de la phrase, et de tenir si longtemps en 
suspens un sens aussi simple? Il me parait évident 
qu'il — c'est-à-dire le subconscient de M"*' Smith — 
a passé ce temps à chercher un sens supplétoire qu'il 
pût sans inconvénient substituer à la signification pri- 
mitive, afin de ne point encourir le reproche de parler 
français en martien. M. Flournoy, qui partage ma 
conviction, a bien essayé une contre-épreuve; mais 
Ésenale était sur ses gardes et ne s'est point laissé 
surprendre (21 juin 1900). « Dimanche, dans une séance 
où il y a eu de l'ultra-martien, après la scène habi- 
tuelle de traduction, j'ai vivement insisté pour qu'Ése- 
nale'me traduisît le texte 19: je le lui ai répété soit 
entier, soit par fragments plusieurs fois ; à force de 
questionner, et au milieu de mouvements d'impa- 
tience, après de longs silences, comme si Ésenale 
cherchait à se souvenir péniblement, il a murmuré : 
« ami, je ne puis te... vite encore adieu. » Tous mes 
efforts pour obtenir le sens des autres mots, triné, 
sandiné, etc., sont restés vains. Il en résulte pour 
moi: 1" que des mots qui ont cependant paru plu- 
sieurs fois en martien sont oubliés^ ainsi que le sens 



— 173 — 

total de ce texte qui remonte à près de trois ans; 
2° que, si M^^* Smith a traduit les premiers mots, ce 
kié mâche dé, c'est qu'ils comptent parmi les plus fré- 
quents de la littérature martienne, ce qui fait qu'elle 
ne les a pas oubliés; 3° que, si elle a aussi traduit 
mile piri, qui ne se sont présentés que dans ce seul 
texte, c'est qu'une circonstance spéciale a gravé 
ces aua? dans sa mémoire ; cette circonstance spéciale, 
c'est évidemment que ces mots lui ont déjà été rede- 
mandés le 4 juin 1899, — où elle n'a pas pu les tra-, 
duire, — et le 10 septembre 1899, où elle les a 
traduits par « vite encore ». Elle s'est souvenue, 
dimanche dernier, du sens fourni le 10 septembre; 
mais rien ne prouve que ce soit le sens primitif ; au 
contraire. Et je ne vois aucun moyen de faire re- 
trouver ou avouer à Ésenale ce sens primitif. . . •» La 
question en demeure là : je crois ma traduction meil- 
leure; mais je ne me dissimule pas qu'il y a outrecui- 
dance de ma part à prétendre donner à M"* Smith 
une leçon de martien. 

Au n" 110. — Le sk. nipuna est plus voisin; mais- 
il signifie a habile ». Quelqu'un m'a suggéré depuis 
le fr. répugner^ qui en elîet a pu interférer. ■ 

Au n° 134. — Il me paraît plus probable que 
ténassé a été suggéré tout entier, tel quel, par le fr. 
tenace, qui est une épithète souvent associée à l'idée 
de « volonté ». 

Au n° 163. — L'explication cadrerait également, 
mais moins bien, avec le fr. laisser, non seulement à 
cause du vocalisme, mais surtout parce que l'infinitif 

12 



- 174 — 

al. lassen permet de rendre compte de 1'^ pénultième 
du martien. 

Au n° 173. — Quelques informations sur des ques- 
tions d'usage familier de la langue magyare m'ont été 
fournies par mon collègue de Graz, M. H. Schuchardt, 
que je remercie ici de son amicale obligeance. 

Au n** 212. — Tout bien considéré, la personne qui 
est ainsi « lancée )), l'étant dans une disposition en- 
thousiaste qui ressemble fort à l'extase, a fort bien pu 
tirer son verbe « lance » du h. -extasiée. Et cette voie 
me parait plus simple et plus sûre. 

Au n° 236. — Le prâcrit a des mots beaucoup plus 
voisins encore du jargonnement sanscritoïde attamana, 
soit p. ex. pk. atthamana = sk. astamayana, ou 
pk. attamana = sk. âvartamdna. Mais le sens ne con- 
corde point du tout ; et puis nous n'avons pas le droit 
de supposer que le sujet ait entendu des spécimens de 
toutes les langues de l'Inde. 

Au n" 238. — Sans insister sur cette question inso- 
luble, j'observe que M"*' Smith emploie son mot mira 
dans des phrases (cf. FI. 18 et 31) où le sens « salut » 
serait mieux à sa place que celui d' « adieu ». 

Au n° 254. — Toute cette pénible déduction est à 
supprimer et à remplacer par la suggestion portée à 
la fin : mené « amie » est l'ai, meine, et men « ami » en 
est abstrait par suppression de la finale féminine. 

Au n** 287. — Tenant compte des modifications 
apportées aux statistiques spéciales des chapitres IV- 
XI par les additions ci-dessus aux n°» 212 et 254, on 
voit que le lexique total de la langue martienne, non 



— 175 — 

compris les noms propres et les petits mots, se décom- 
pose de la manière suivante : 

1" Mots hypothétiquement réductibles au français seul. 110 

2» — — — à l'allemand seul. 25 

3° — — — au magyar seul . . 55 

4» — — — à l'anglais seul . . 3 

5° — — ^ à une source orientale. 5 

6° Contaminations diverses 29 

7" Dérivations des précédents. 16 

8" Résidu irréductible 5 

Total 248 



INDEX 

[N. B. — On n'a pas dressé d'index martien: les chapitres 
IV-XI, 011 les mots martiens sont rangés par ordre alpha- 
bétique, en tiendront lieu. — On n'a pas non plus relevé les 
petits mots qui font l'objet du chapitre III. — Les chiffres 
renvoient aux n»** entre parenthèses en caractères gras.]. 

I. Allemand 



ail 177 

ameise 247 

ast 28 

bedingen 243 

bewohnen ..;.,. 287 

blick 268 

bringea 170 

bruder 181 

butter 251 

ebeu 154 

eiaig« 12, lUS 

efde ....72, 245 

erinaeru. 159 



esel 27 

flndea....8, 150, 151 

freilich 246 

fund 151 

fûrwahr 246 

geschmack 264 

gruud 265 

gut 155 

handeln 12, 149 

haus ,,12, 156 

heuie 267 

himmel 160 

birn 161 



hohe 157 

hund 85 

innig 88 

je 158 

klein 191 

kummer ........ 162 

lassen 163 

machen 164 

mag 164 

raaiin 165 

mannig 2â, 198 

mehrere 242 

meiuc, < 254 



176 — 



raichel.. . .. . — 197 

mittel 287 

matter 17, 166 

nase 248 

pelz..' 249 

butter 251 

good .s 155 

kind, kindness.. 232 

-a..... 241, 242 

abondaut 40 

académie 41 

Alexis 27 

aligné 253 

alizé....; 42 

ami, etc 247 

aminci 87 

âne 27 

animé 43 

antérieur 46 

antique 46 

à revoir 47 

assigner 44, 65 

assurer 129 

attenant 133 

Banat 50 

battant 49 

bas 51, 145 

béni 52 

bien 119 

brillant 125 

bure 96 

calmer 90 

câpre .... i ..... i 58 



i-ast 244 

reden 169 

schmecken 264 

schnilt 153 

schôu. 152 

II. Anglais 

match 23o verily 

mother 17, 166 

uor yet 234 



so... ............ -250. 

taumel........ .. 172 

trieb 171 

voll 26a 

warten 266 



III. Français 

carreau 59 

centenaire 128 

chagrin 249 

chèque 61 

chéri ;...24, 62 

Chine 147 

cœur 237, 262 

consigner 44 

dab 64 

demain 260 

demi 67 

diminué 87 

disant 66 

discerner 69 

divine 68 

doctrine 139 

du moins 71 

dure 72 

écrire 255 

enchanteur... 15,60 

encourager 45 

entré 97 

entretenir 286 

épine 24, 74 

épris 73 



246 



Espagne 17, 75 

esprit 55 

essence 76 

extasié 212 

fin 77 

fine 78 

firme 79 

forme 79 

formidable 80 

fougueux 80 

fourrai 247 

gamme 81 

gaudir 82 

grand 83 

grève 84 

habitant 54 

hanter 85 

heurter 112 

hideux 105 

idée 86 

imprimer 55 

instant 135 

issue 57 

jet d'eau 63 

laisser 163 



— "177 — 



Léopold -28 

léser, lésion 94 

ligne 253 

luire, lumière. . . 95 

luudi, lune 95 

madame 99 

mademoiselle. . . 102 

maison 108, 156 

mâle 92 

maman 107 

masse 98 

maternel 103 

médiierranée 100 

merveilleu.x. 15, 101 

mignon 88 

raille 106 

mince 87 

minet 88 

minute 109 

misère 105 

modéré 70 

monsieur 104 

mort 77 

myosotis 146 

néant 284 



nébuleux 111 

obscurité 141 

os .!!^..;.^..... 251 

palliatif 113 

pandit.... ...... 240 

paresse 115 

parvenir .'.'. 124 

Pasteur...'.... .. 116 

pavillon, etc 117 

pénétré 97 

pleurer '. 122 

pleuvoir 122 

poitrine 258 

problème 123 

puni 110 

quatre 03 

qui vive 91 

raison 126 

rameau 28, 206 

rapide 114 

réfléchir 126 

réitéré 89 

repasser 118 

reprise 120 

répugner 110 



revenir , 54 

si...;::..!....... 187 

soie ,. 259 

solitaire 245 

solution.::::.::: 123 

sur:...::.:::.:. 127 

sûr::.:::.:.:.... 129 

tableau.:: 132 

tamarix 130 

tant 250 

tapisserie 132 

tenir... 131, 133, 133 

tout ainsi 136 

traînée 137 

trajet 137 

trimer 138 

trompe 243 

usé 140 

venir 143 

vers 252 

vide 121 

vieil 177 

viser, vision 144 

voir 142, 252 

vraiment 246 



essere 



IV. Italien 

76 godere 82 lunedi 95 



adja (Isten) 174 

adui 174 

âg 28 

alacsony 178 

âllani 253 

aludni 218 

âtmenni 175 



V. Magyar 

bàtya 181 

benézni 52 

bibe 24, 179 

bor 264 

borisza 263, 264 

botor 251 

csacsi 27 



csatinâzni 204 

csemege 227 

csendes 184 

csiga 226 

dûhôsség 140 

egész 188 

éljen 185 



178 



éljeneznl 186 

élni 185 

ézen allât 27 

fia 180 

garabô 192 

gerend 265 

gyermek 180 

hâznemû 176 

hiânyjel 287 

idô, idôs 189 

igy^ igyen 187 

ilyen 187 

irni 195, 255 

iromâny 195, 255 

is... 222 

Ivrét 190 

izrom 228 

kicsiny 15, 191 

kirics 183 

kônnyû 191 

lâm 193 

lâtni 252 

levé! 199 

Lipôt 28 

madâr 204 

magas 197 



mâs, mâsik 196 

Maté.- 26 

megnézgélni 194 

megy.. 175 

melly 258 

menni 175 

mész 175 

mosojogni 208 

uémi 25, 198 

név 223 

nyerész 256 

ohajtâs 267 

parittyâzni 212 

pederedni 202 

pedig 222 

pillanat 268 

repûl 114 

selyem 259 

sokâra 229 

somojogui 208 

szem, szemôk. . . 207 

szép 152 

szirmanyult 206 

szirom 206 

sziv 182, 262 

szivesség 182 



tâgas 209 

tata. 211 

teljes 213 

terjedili 214 

tiz.. 260 

tôbbre 217 

tôrvény. 210 

tôvet 216 

tûzes 215 

iigye 261 

ûgyelni 266 

ùgyész 261 

uradalom 257 

ùrhadi 257 

usztatâs 201 

usztatni 201 

ùzem 219 

vadâsza 220 

vârni 225 

vén 177 

vidâm 221 

villanat 268 

virâny ; . . . 225 

viz 224 

zamat 264 

zsidô 205 



VI. Sanscrit 



adhyâya 8 nipuna 110 mahât 197 

àtmànam 25, 236 panditâ 240 simantinï 8 

ganapati 8 Pànini 26 sumanas 239 

dvandva 8 bhûvana 236 h/d , hrdà, hrdi. . 237 



LA RAZA VASGA 



Y SUS 
RELACIONES CON LA LINGÛiSTICA Y LA ETNOLOGiA ^ 



Seintoras y Seistores : 

La cuestion de la raza vasca tiene, como todas las 
otras cuestiones, variedad de aspectos ô puntos de 
vista, que es menester no confundir : el primer punto 
a estudiar era 6 por mejor decir, debia haber sido el 
precisar los caractères antropolôgicos de los Euskal- 
dunak actuales, seilalar loque constituye su persona- 
lidad fisica si la tienen; solamente despues de haber 
bien definido el verdadero tipo yasco mediante una 
amplia base cientifica se podria estudiar con provecho 
la cuestion de las analogias que pueda tener con las 
otras razas, que â su vez debian haber sido bien estu- 
diadas con anterioridad; solamente despues de haber 
establecido analogias con una base antropolôgica sin 
prejuicios procedentes de supuestas analogias lingûis- 
ticas ô de otra clase, se podria abordar la cuestion de 
las origenes. Pues bien, le que se ha hecho es precisa- 
mente todo lo contrario; se han emitido hipôtesis sobre 
las origenes antes de estudiar ni los Vascos ni los otros 

1. Communication faite au Congrès International des Études 
basques . 



— 180 — 

pueblos con quienes se les compara, y cuando, por 
ùltimo, han venido los antropôlogos à estudiar la pri- 
mera cuestiôn, se han visto influidos por ideas precon- 
cebidas, por teorias que se queria demostrar ô que se 
querria rechazar. 

Esta ya establecido por mis descripciones y las de 
M. Collignon, que hay verdaderamente un tipo antro- 
polôgico vasco bien definido; no es ocasiôn de insistir 
sobre esto, pudiendo referirme à mis ùltimos articules 
publicados en Euskal-erria (XXV, 1896, p. 577-580), 
Euskalduna (III, 1898, n** 84), y Lecciones de antro- 
pologia (T, 4", Etnografia, razas negras, amarillas y 
blancas; Madrid, 1900) : pero no dejaré de hacer notar 
la ningunaatenciônque presta M. Collignon al carâcter, 
que habia hecho notar yo y estaba ya indicado en las 
publicaciones de autores anteriores, referente al ângulo 
occipital de Daubenton ô, lo que viene â ser lo mismo^ 
la posiciôn de la cabeza sobre la columna vertébral, 
carâcter que con el de la nariz colocan à la raza vasca 
â la cabeza de la humanidad, pudiendo considerarla 
como una de las mâs> aristocrâticas, de las mâs pro- 
piamente blancas ô europeas, de las mas lejanas de la 
animalidad. 

Pero lo mâs extrano en Collignon son sus contradic- 
ciones évidentes que reducen â la nada sus conclusiones 
y que no han llamado la atenciôn de los que, mâs 
hambrientos de conclusiones que de hechos ciertos, 
admiten aquellas como verdades : estudia bastantes 
Vascos franceses y algunos Vasco-Espanoles que le pre- 
sentan en San Sébastian con ocasiôn de una râpida visita 



- 181 — 

que hace â esta ciudad; deduce la escasez del tipo en la 
parte espanola, influida por las gentes dolicocéfals» 
de Castilla; crée hallar la mayor freciiencia del tipo en 
los valles mas braquicéfalos del pais basco francés; 
déclara este tipo braquicéfalo y muy diferente de los 
tipos del Norte de Africa. Bien, pues despues de todo 
esto y para forzar un poco las analogias con el Norte 
9,fricano que crée demostradas porlalinguistica, lo que 
por ahora al menos esta lejos de ser verdad, dice que 
la braquicefalia de los Vascos es una braquicefalia 
artijicial, facticia, accidentai [\), que explica con teo- 
rlas craneoscôpicas trasnochadas; no le llama la aten- 
ciiin el que los cantones mâs braquicéfalos son los que 
estan mâs en contacto con los cantones braquicéfalos 
bearneses de Navarrenx, Monein y Lescar; no com- 
prende que puede haber influencia de los braquicéfalos 
franceses como de los dolicocéfalos espanoles; no ve 
que ciertos rasgos de la fisoaomia vasca podrân pare- 
cerle mâs manifiestos en una cabeza braquicéfala, sin 
que por esto sean menos existentes en las cabezas doli- 
cocéfalas de los Vasco-Espanoles y podria senalaros un 
ejemplo hoy mismo en algùn Vasco-Francés, asi como 
puedo aseguraros que lo he visto muy frecuente en 
Vizcaya y en el Goyerri guipuzcoano, regiones las 
mâs visitadas por mi. Compara tambien M. CoUignon 
el torso vasco y el egipcio, torsos de agricul tores; pero 
si es verdad que los Vascos tienen espaldas anchas, no 
lo es tanto que las caderas sean estrechas ; séria menester 
demostrarlo por medidas y no lo hace : ademâs, basta 
comparar los Vascos â los otros Espanoles, principal- 



— 182 — 

rhëiite los Andaluces, para que se distingan los pri- 
mêros, no solo por la anchura de los liombros, sino 
tambien de las caderas y de los pies; son pues mâs 
europeos, menos bereberes que los otros Espaïloles. 

Por lo dicho podeis deducir que para mi el verda- 
dero tipo basco no hay porque admitir que sea tan 
braquicéfalo como los cantones vecinos del Béarn ; mâs 
equitativo me parece que, pues hay en la parte espa- 
nolados mâximos de frecuencia, uno subdolicocéfalo y 
otro mesocéfalo, y en la parte francesa tambien dos, 
uno mesocéfalo y otro subbraquicéfalo, el mesocéfalo 
nos representaria mâs propiamente â la raza basca. Los 
antropôlogos creen hoy en el dogma de la incompatibi- 
lidad de la mesocefalia con la caracteristica de una 
raza original ô primitiva; creen que es imposible que 
una raza primitiva tenga unas proporciones de anchura 
y largura en la cabeza que no sean ô menos de 3/4 ô 
mâs de 5/6; se forman al mismo tiempo un concepto 
de raza primitiva tan especial, tan petrificado, rigide y 
esclusivista, que parece imposible cômo informe las 
elucubraciones de darwinistas y crey entes â la vez. En 
tanto, pasemos provisionalmente porque el tipo meso- 
céfalo basco sea de origen mestizo; siempre sera un 
mestizaje muy antiguo y producido de una manera 
espontânea ô independiente^ si vale la frase, ântes de 
la época de la formaciôn de los rasgos caracterlsticos de 
la cara vasca, rasgos de pueblo de vida agricola y de 
alimentaciôn cocinada, mâs bien cocida que cruda, de 
un pueblo que no tiene carâcter agresivo, que no es 
precisamiente conquistador, pero al mismo tiempo de 



— 183 — 

un pueblo que ha sabido tener personalidad propi^; 
por oscura é insighificante que pueda parecer â los 
idolâtras de las mentiras escHtas por los représentantes 
de los pueblos agresivos y esclusivistas. 

Existia ya constituido el euskera ântes de este 
supuesto mestizaje? En todo caso, en el estado actual 
de los datos antropolôgicos no vemos motivo suficiente 
para orientar las analogias solamente hacia el Sud", 
séria de proponer â los lingùistas tuviesen en cuenta la 
posibilidad de hallar quizâs algunas analogias estur 
diando â ser posible el etrusco, el ligur y los residuos 
de lenguas precélticas en el Occidente de Europa, 
indicaciôn esta ùltima digna principalmente de tenerse 
en cuenta^ por lo que haee â la numeraciôn, no solo por 
su carâcter vigesimal, sino también por la colocaciôn 
de las decenas ântes de las uriidades en consonancia 
con la sintaxis del sustantivo, adjetivo y articule y en 
perfecta antitesis con el orden de unidades y decenas 
en latin y aleinân. 

Y no solo los datos antropolôgicos, sino tambien los 
etnogrâficos podrian quizâs ayudarnos â considerar 
como probable que el euskaldûn se ha hecho raza y 
se ha hecho pueblo en el pais que habita al présente, 
sin que veamos razôn ninguna para suponer otra cosa-; 
asi pues el euskaldûn séria hijo legitimo de Euskal- 
erria, â quien permanece unido con la intensidad de 
carino propia de los pueblos agricultores dândola el 
sello étnico propio de la raza. 

Cierto que algunos terribles etimologistas del pré- 
sente quieren encontrar mâs de 80 "/• de importaciôn 



— 184 - 

en las palabras que indican cultura y hasta en las ideas 
mâs elementales y naturales; pero es bien seguro que 
taies afirmaciones no encontrarian eco, sino se tratase 
de ideas que consciente 6 inconscientemente halagan 
un prejuicio al mismo tiempo que brotan de él; pre- 
juicio muy arraigado en los pueblos agresivos, absor- 
bentes y vanidosos con literatura escrita y relaciones 
exteriores y con la mordaza, la difamaciôn y la arbitra- 
riedad para lo que les estorba en sus miras esclusivas ; 
prejuicio cuya espresiôn hiperbôlica pero muy grâfica 
vimos en ocasiôn que no queremos recordar, cuando 
alguien decia que â los indigenas de cierto pais se les 
habia ensenado hasta â andar en dos pies. 

En ùltinio termine, ningùn pueblo es inventor, los 
inventores son los individuos, el mérite en los pueblos 
esta en saber adoptar y aprovechar los inventes, sean 
de individuos propios ô agenos, dândoles la verdadera 
existencia permanente y las posibilidades para su evo- 
luciôn; y en este sentido es menester reconocer que, 
si cada hombre tiene sus cinco dedos en cada mano. 
cada pueblo tiene sus aptitudes para desarrollar toilo 
lo que verdaderamente sea necesario para la evoluciôn 
de su vida en lo que las circunstancias topogrâficas é 
histôricas se lo permitan. 

Terminaré senalando â los etnôlogos en sus diversas 
especialidades la utilidad que para el conocimiento de 
la cuestiôn reportaria el estudio de la mûsica vasca, 
por ejemplo no solo en el ritmo de las canciones tradi- 
cionales y en su modulaciôn, sino también en el ritmo 
y medida de sus danzas, el aurresku, los diverses 



— 185 - 

tierapos del espata-dantza y el zortziko, que de tiempo 
de danza ha pasado hoy a ser una de las formas de la 
canciôn, y que ofrece la particularidad de ser su 
medida cinco por ocho, medida que Fetis asigna à los 
Finlandeses, pero no he conseguido ver en ninguna 
canciôn de aquel pais; medidas todas estas que hacian 
la desesperaciôn y provocaban los denuestos de los 
maestros ciruela de la estrecha escuela musical de no 
hace un siglo. Tiene la mùsica popular la ventaja de 
que de todas las artes, industrias y demâs manifesta- 
ciones de la vida de un pueblo, es ella lo mâs espon- 
tâneo, lo mâs libre, lo menos sujeto à rigideces 
escolàsticas, à tiranias politicas, â supersticiones y à 
influencias antiartisticas; por esto y por ser el arte 
mâs moderne es el que àcaba de dar el sello personal à 
los pueblos actuales. 

Paris, 5 setiembre 1900. 

Prof. D''Telesforo De Aranzadi, 



NOTE 

SUR L'ORIGINE DES PARFAITS FAIBLES 

DANS LES IDIOMES GERMANIQUES 



i . -- Les parfaits des verbes germaniques faibles 
ont pris naissance dans la série des formes anormales 
goth. ma^', kann. etc., qui, employées comme pré^ 
sents, ont nécessilé des substituts avec fonction spé- 
ciale de parfaits. 

2. — Ces substituts ont été obtenus par la combi- 
naison instinctive du rad. du plur. mag, kunn avec le 
t {th ou d) caractéristique des part, passés correspon- 
dants, comme rna/ifs (cf. \al. mactus, qui en garantit le 
caractère primitif) et la finale {a, pour la 1'* pers. du 
sing., etc.)des formes correspondantes du présent au 
singulier et celles des parfaits forts au duel et au plu- 
riel. 

Exemples : 

Sing. — l^e perg. rnah-i-a, kun-th-a 

— 2® pers. màh-t-es, kun-th-es 

— 3' pers. mah-t-a, kun-th-a 

(Désinence de la 3" pers. semblable à -celle de la 
1" par analogie avec l'identité des formes corres- 
pondantes des parfaits forts {lag, lag). 



— 187 — 

Duel, qui, ainsi que le plur., se développe, avec les 
mêmes éléments finaux, sur les1'% 3® pers. du singu- 
lier, avec affaiblissement de la finale ta en de (cf. la 
finale es pour as de la T pers.) : 

l''«pers. mngte-d-u, kunthe-d-u 
2» pers. magte-d-uts, kunihe-d-uts 
Plur. — 1"^ pers. magte-d-um, kunthe-d-um 

— 2® pers. magte-d-uth^ kunthe-d-uth 

— 3" pers. magte-d-un, kunthe-d-un 

L'objection à laquelle semble pouvoir donner lieu 

la valeur passive du suffixe du part, passé tombe, si 

l'on admet que ces formations ont eu pour point dé 

départ des participes à sens neutre, comme celui" de 

mag, « être fort, pouvoir, grandir ». Cf. d'ailleurs lé 

sens neutre ou actif des part, passés des déponents 

latins. 

Paul Regnàud. 



BIBLIOGRAPHIE 



Légendes bouddhistes et djainas, traduites du tamoul 
par Julien Vinson. — Paris, Maisonneuve, 1900, 
21 voL in-12, I (viij)-xxviij-230 p., II (viij)-274 p. 

L'Inde ancienne est le pays d'origine de la fable et 
du conte. Du moins, les recueils tels que le Panca- 
ianira^ VHitopadeça^ le Kathâsaritsâgara, que la litté- 
rature sanscrite nous a conservés et qui sont la source 
de tant de récits devenus populaires en Occident 
même, ont tous les caractères de l'originalité; la plupart 
de nos apologues classiques viennent de là et ceux 
qui constituent ces recueils portent avec eux, pour- 
rait-on dire, leur extrait de naissance. Mais si de bonne 
heure ils sont venus chez nous par des voies que la 
science moderne a réussi à retracer, à plus forte raison 
se sont-ils répandus et conservés dans l'Inde même à 
Taide des littératures dont le développement est dû 
aux idiomes d'origine secondaire qui ont succédé au 
sanscrit d'autrefois. Le tamoul, par exemple, a rempli 
ce rôle à l'égard des récits bouddhiques et djainas 
dont M» J. Vinson nous donne un résumé si curieux 



— 189 — 

dans l'intéressante et élégante collection des « Con- 
teurs et poètes de tous pays » que publie la librairie 
Maîsonneuve. 

L'analyse des romans (car ce sont de véritables 
romans dont il s'agit) que nous font connaître les 
fidèles traductions de M. Vinson ne serait que le sec 
résumé de récits qui valent surtout par les détails 
dont ils sont ornés et la couleur locale que ces détails 
leur prêtent. Aussi n'entreprendrons-nous pas la 
tâche ingrate de priver de leurs agréments, sans grand 
profit pour le lecteur, des œuvres que les soins déli- 
cats et diligents du traducteur ont déjà resserrées dans 
les limites qu'indiquaient le goût européen et les conve- 
nances littéraires auxquelles nous sommes habitués. 
Ceux qui voudront connaître les Légendes bouddhistes 
ne sauraient mieux faire que de recourir à la traduc- 
tion même que nous annonçons, et nous nous portons 
garant qu'ils n'auront pas à le regretter. 

Deux mots, pour terminer, sur les côtés scienti- 
fiques de l'ouvrage. Si, comme nous l'indiquions plus 
haut, les contes auxquels nous avons affaire ont 
été créés dans l'Inile même, il serait extrêmement 
intéressant de déterminer quelle est, en ce qui les 
concerne, la part de l'imagination et celle de la tra- 
dition. En d'autres termes, sommes-nous en présence 
d'œuvres personnelles, même au point de vue des traits 
généraux de ces contes, ou simplement de dévelop- 
pements et d'arrangements reposant sur des ouvrages 

13 



— 190 — 

antérieurs où se trouvaient déjà les motifs principaux 
des légendes postérieures? 

Pour nous, nous avons la ferme persuasion de l'im- 
portance capitale en pareille matière de la tradition 
sous ses formes les plus anciennes, c'est-à-dire et 
quoiqu'il s'agisse du bouddhisme, celles qu'elle pré- 
sente dans les hymnes védiques et les Brdhmanas. 
C'est là qu'est le principe et la source de toute l'expan- 
sion religieuse et littéraire de l'Inde ancienne. On en 
retrouve la filièrechaque fois qu'on prend la peine de la 
rechercher, et certainement M. Vinson la rétablirait sur 
ce terrain des légendes bouddhiques et djainistes, s'il 
lui plaisait de doubler d'un travail d'érudition l'œuvre 
plutôt littéraire dont il s'est si bien acquitté. 

P. R. 

I . Leiçarragà^ Baskische Bûcher von 1371 in genauen 
Abdruck herausgegeben von Th. Linschmann und 
H. ScHUCHARDT... Stmsbourg, K. J. Trûbner, 1900, 
cxx-(xl)p.-439fLs-tij)-(îxiv)-(cxi)-(xvj)-(lj) p. in-8». 

On sait quelle est l'importance des œuvres de Li- 
çarrague pour l'étude de ce que le pr. L.-L. Bonaparte 
appelait le basque moyen, expression un peu préten- 
tieuse peut-être, car il n'y a pas entre le basque du 
XVP siècle et la langue contemporaine une différence 
aussi marquée qu'entre le moyen allemand et l'alle- 
mand moderne; les formes et les tournures du Nouveau 
Testament de 1571 se retrouvent d'ailleurs dans les 



— 191 — 

auteurs labourdins du XVIP siècle, mais leurs ouvrages 
sont bien moins volumineux que celui du ministre de 
Briscous et ce dernier a l'avantage d'être presque tou- 
jours la traduction d'un texte facile et connu . 

Malheureusement, les exemplaires en sont fort 
rares. Des deux livres de Liçarrague, l'un, — le 
Calendrier et ïAbc, avec les prières, — n'a été con- 
servé qu'à quatre exemplaires dont deux sont dans 
des Bibliothèques publiques (à l'Arsenal et à la Maza- 
rine); de l'autre, le Nouveau Testament et ses annexes, 
on connaît vingt-six exemplaires, et il doit en exister 
quelques autres encore'. Aussi doit-on féliciter vive- 
ment MM. Schuchardt et Linschmann, ainsi que 
l'Académie des sciences de Vienne, du service consi- 
dérable qu'ils viennent de rendre à la science en faisant 
réimprimer avec la plus scrupuleuse exactitude ces 
précieux textes. 

La reproduction a été faite en effet page pour page, 
ligne pour ligne, mot pour mot et signe pour signe, 
mais il est regrettable que l'on n'ait pas poussé plus 



1. Quinze dans des Bibliothèques publiques: cinq en France 
(à la Bibliothèque Nationale, à l'Arsenal, à Bayonne, à Oloron, 
et chez les Bénédictins delà Bastide-Clairence), trois en An.çle- 
terre (au British Muséum, à la Bodleyenne, à la Société Biblique), 
un à Leyde, un à Hambourg, un à Leipzig, un à Stuttgart, un à 
Berne, un à Rome, un à Madrid; et onze chez des particuliers : 
six en France, trois en Angleterre, un en Esjîagne, Un en Italie. 
Dans ce nombre ne sont pas compris des exemplaires qui ont 
figuré dans plusieurs ventes publiques depuis le milieu du 
dernier siècle. 



— 192 — 

loin la ressemblance en employant des caractères elzé- 
viriens. Il en résulte que les dimensions des pages sont 
plus grandes que dans l'original; dans le Calendrier et 
VAbc, les pages ont 110 mm. et demi au lieu de 105 et 
63 mm. au lieu de 53. Les s longs, les tilde ne font 
pas typographiquement un très heureux effet au milieu 
du romain ordinaire allemand. Du reste, les fleurons 
et les lettres ornées ne sont pas exactement pareils, 
les en-tête des mois dans le Calendrier ont les signes 
du zodiaque beaucoup plus petits, les c et « ne sont 
pas liés, les s et les ï sont séparés, etc. Enfln, l'im- 
pression, quels que soient le soin et l'attention avec les- 
quels elle a été faite, n'offre pas le goût parfait et l'élé- 
gance que nous prétendons réaliser en France : on le 
remarquera surtout dans l'introduction. J'ai colla- 
tionné quelques pages et je les ai trouvées tout à fait 
conformes à celles de l'édition originale. Les savants 
éditeurs indiquent eux-mêmes quelques corrigcnda ; 
M. Dodgson en a trouvé deux ou trois de plus. Mais, 
en définitive, on peut dire que la publication de 
MM. Schuchardt et Linschmann remplace parfaite- 
ment les éditions de 157r. Je regrette cependant 
beaucoup pour ma part que, par des raisons d'éco- 
nomie sans doute, on n'ait pas intégralement réim- 



1 . Le titre du Nouveau Testament est reproduit phototypogra- 
phicjuement. Pourquoi n'en a-t-on pas fait de même pour le Ca- 
lendrier et VAhc, dont les titres ont été composés en caractères 
beaucoup plus gros que sur l'original? 



J 



— 193 — 

primé tout le petit volume de VAbc; les parties de ce 
volume qui lui sont communes avec le Nouveau 
Testament offrent des différences intéressantes que 
M. Schuchardt s'est borné à indiquer dans l'introduc- 
tion. J'aurais voulu aussi qu'on mit en tête du livre une 
notice bibliographique complète. On aurait été ainsi 
obligé de faire deux volumes, ce qui aurait mieux 
valu, car ce bloc de 132! p. est vraiment un peu dis- 
gracieux. 

Après le titre, en rouge et en noir, vient l'avant- 
propos où nous apprenons que la réimpression du 
■N. T a été faite à l'aide des trois exemplaires de Stutt- 
gart, de Leipzig et de Berne, aux frais de l'Académie 
des sciences de Vienne. Dirigée simultanément par 
MM. Schuchardt et Linschmann, dont le dernier a 
corrigé au commencement deux épreuves et à la fin 
une seulement, mais dont le second a toujours corrigé 
la dernière épreuve, l'impression a commencé à l'au- 
tomne de 1897 et a été terminée trois années après, 
M. Schuchardt seul a surveillé la réimpression du 
Calendrier et de VAbc, il ne nous dit pas d'après quel 
exemplaire. Le travail a été fait dans l'excellente 
imprimerie Frommannà léna. Vient ensuite, en 109 p., 
une très intéressante étude de M. Schuchardt sur la 
manière dont a été menée la réimpression, ainsi 
que sur « les fautes d'impression et les variantes 
de Liçarrague ». 

M. Schuchardt commence par une rapide revue des 



— 194 — 

réimpressions partielles qui avaient été faites avant lui ; 
il me semble qu'il se montre un peu trop sévère. En 
ce qui concerne le Saint-Marc que j'ai publié à 
Bayonne en 1874, j'accepte volontiers la plupart de 
ces critiques, mais je plaide non coupable ou plutôt je 
demande les circonstances atténuantes. Mon excuse 
sera dans la manière dont cette publication a été faite. 
Le vénérable M. Nogaret, le regretté pasteur de 
Bayonne, m'avait donné un manuscrit qu'il avait 
trouvé parmi les papiers de ses prédécesseurs et qui 
était une copie faite en Angleterre du Saint-Marc de 
Liçarrague. Fort peu de temps après, le directeur 
d'une imprimerie que nous avions fondée à Bayonne 
pour y publier un journal politique quotidien, se 
trouva dans un grand embarras; par suite de la 
fusion de ce journal avec un autre journal républi- 
cain, son matériel se trouvait inutilisé, et il cherchait 
partout du travail pour alimenter son imprimerie. 
C'est ainsi que je fus amené à faire réimprimer De- 
chepare et à publier le Saint-Marc. Un de mes amis, qui 
habitait Paris, m'avait promis son concours pour le 
collationnement des épreuves avec les originaux, mais 
une conjonctivite vint mal à propos l'empêcher de me 
continuer son aide; personne ne pouvait le remplacer, 
et il fallait aller vite. Je ne connaissais alors aucun 
exemplaire de Liçarrague dans le pays et celui d'Olo- 
ron, où la bibliothèque, dont le conservateur était un 
prêtre, n'était ouverte qu'un jour par semaine, était 



— 195 — 

à peu près inaccessible. Je n'ai pas conservé les man- 
chettes, parce que c'était une grande difficalté pour la 
composition typographique et qu'elles ne sont d'au- 
cune utilité au point de vue linguistique. Pourquoi 
n'ai-je pas reproduit les s longs et pourquoi ai-je 
gardé les tilde? parce que je me suis conformé à mon 
manuscrit. D'ailleurs, ces détails, comme les trémas, 
les accents, etc., n'ont guère d'importance scienti- 
fique. En définitive, mon petit volume, malgré ses 
imperfections, a donné aux linguistes un spécimen 
sérieux du langage de Liçarrague. M. Schuchardt ne 
comprend pas pourquoi j'ai évité de diviser les mots à 
la fin des lignes : j'ai eu pour cela deux raisons, d'abord 
pour faîre une petite curiosité typographique, puis 
parce que, au point de vue de l'étymologie, de la 
grammaire, de la dérivation, les mois coupés en deux 
peuvent quelquefois être mal lus et mal interprétés. 
J'ai dit que le Testament de 1828 était une retouche 
de Liçarrague; c'est que je sais, de source certaine, 
que cette publication a été faite d'après une copie du 
Testament de 1571 prise à Londres et remaniée à 
Bayonne par un Basque originaire de la Basse-Navarre. 
Quant au Testament français de Hautin, 1577, il ne 
fallait pas prendre au pied de la lettre mon afTirmation 
que les caractères des deux volumes sont les mêmes ; je 
voulais dire seulenrent, et la chose est indéniable, que, 
quoique plus petits, les caractères de 1577 sont du 
même type que ceux de 1571 et proviennent du même 



— 196 — 

fondeur et de la même imprimerie. En ce qui concerne 
le collationnement des parties communes au Nouveau 
Testament et à VAbc, je n'ai relevé ni les différences 
attribuables à des coquilles manifestes, ni celles 
purement orthographiques ; j'ai pu d'ailleurs en 
oublier d'importantes. Enfin, M. Schuchardt me 
reproche à bon droit quelques traductions inexactes, 
notamment Catech. Cviii r° 1 ecin ekar dirogu « nous 
ne pourrions le supporter » pour « nous ne pouvons 
l'apporter ». 

Mais c'est que j'avais traduit ces deux passages en 
eux-mêmes, sans me reporter au contexte; il n'y a pas 
là d'ailleurs de contresens proprement dits. 

M. Schuchardt trouve que M. Van Eys et moi 
avons beaucoup exagéré en louant la correction du 
Nouveau Testament de 1571 ; il est cependant certain 
que c'est peut-être le livre basque dont l'impression a 
été le plus soignée; les épreuves en ont été lues et cor- 
rigées avec attention et, en définitive, il offre peu de 
fautes, surtout si on le compare aux autres livres 
basques du temps où il n'y a presque pas une ligne 
irréprochable. Ce résultat est dû évidemment à la pré- 
sence à la Rochelle du traducteur qui dirigea lui- 
même l'impression, à ce que nous apprend de Thou. 
Les nouveaux éditeurs, dans leur sévérité, n'ignorent 
pourtant pas qu'il n'est pas un seul livre parfait, et ils 
se rappelleront l'anecdote de Robert Etienne effrayé 
du nombre des coquilles que lui signalaient dans ses 



— lo- 
pins beaux ouvrages les écoliers auxquels il avait 
promis une pièce de monnaie par faute découverte. 

. Après avoir ainsi critiqué les tentatives de ses pré- 
décesseurs, M. Schuchardt examine et classe les 
coquilles, les fautes, les variantes de Liçarrague ; elles 
sont trop nombreuses pour que j'essaye môme d'en 
donner une idée. L'étude de M. Schuchardt est admi- 
rable de méthode et de patience, mais il ne me semble 
pas qu'il ait suffisamment mis en relief ce qui est une 
faute ou ce qui est une variante phonétique : chilki- 
ratu ^ chikiratu, iaharom ^^ iharrosi, amorz = ha- 
maborZy diaoCz=zdiagoc, urte = urthe, reprochu =re- 
protchu, compania = compainia, battassun = batas- 
sun, muthillén =:muihilén, gauherdi ■= gauerdi, etc., 
sont dans la seconde catégorie. Il est évident que 
Liçarrague n'a pas toujours écrit le même mot de la 
même façon et que cependant il a voulu représenter la 
prononciation qui lui était habituelle. Il y avait là de 
jcuri^ses remarques à faire. — Une intéressante obser- 
vation de M. Linschmann sur ene, hire et neuve, 
heure, nous est communiquée à la p. lxvii: le second 
serait employé dans le sens réfléchi et le premier dans 
le sens simple ordinaire. 

VAbc ofïre, on le sait, l'intéressante particularité 
que les formes grammaticales y sont souletines ou 
plutôt bas-navarraises. J'y voyais une preuve déplus 
que ce petit, volume était spécialement destiné à la 
Basse-Navarre et à la Soûle. M. Schuchardt met le fait 



— 198 - 

en doute; il me paraît a bsolument certain cependant: 
i'épîtie, qui est en tête, est adressée « à ceux qui ont 
charge d'enseigner et aux supérieurs » ; ce livre était 
donc, pour ainsi dire officiellement, destiné aux 
écoles publiques, et il ne pouvait évidemment être 
employé ainsi que dans les pays soumis à l'autorité 
de Jeanne d'Albret, c'est-à-dire en Soûle et en Basse- 
Navarre. 

On aura remarqué que j'appelle toujours « Liçar- 
rague » le traducteur des documents publiés à La 
Rochelle en 1571; MM. Schuchardt et Linschmann 
lui donnent le nom de « Leiçarraga », sous pré- 
texte sans doute qu'il écrit lui-même ainsi son nom 
dans ses épîtres dédicatoires basques. L'argument me 
paraît faible et fort peu probant. Le véritable nom d'une 
personne est celui qu'elle porte dans la langue officielle 
de son pays, dans les actes publics qui la concernent : 
or, quelle que soit la forme basque de son nom, il 
est certain que le savant ministre de la Bastide a 
toujours été appelé « Jean de Liçarrague »: son nom 
n'est autrement écrit ni par de Thou (1582), ni par 
Bordenave (fin du XVI" siècle, avec ss pour ç), ni dans 
les registres de la Chambre ecclésiastique de Béarn (à 
la date de 1573), ni dans tous les anciens documents 
où il est parlé de lui ; tous les écrivains postérieurs, y 
comprislesBasques(Pouvreau,Haraneder, Larramendi, 
Hiribarren, etc.), lui ont conservé le nom de « Liçar- 
rague ». A Briscous même, le nom existe encore sous 



— 199 — 

cette forme parmi les «lieux-dits», et j'ai eu plusieurs 
fois affaire, comme Garde Général des Forêts, avec un 
charpentier, descendant peut-être du iVlinistre de 
Jeanned'Albret, qui s'appelait et signait « Liçarrague». 
Écrire Leiçarraga, c'est donc faire, à mon avis, du 
pédantisme. Pourquoi ne pas écrire aussi Bescoitze (ou 
plutôt Berazcoilze) pour « Briscous » ? 

Les observations ci-dessus n'enlèvent rien à Tim- 
portance et à la valeur du livre de MM.Schuchardt et 
Linschmann qui a sa place marquée dans toutes les 
bibliothèques publiques et dont aucun amateur de 
basque ne saurait se passer désormais. 

Julien ViNSON. 

N.B. — M. E.-S.Dodgsona répondu, en septpages(p. 37 
à 43, à la suite d'un article sur le verbe dans le Catéchisme 
guipuzcoan de 1713), aux critiques que M. Schuchardt a 
faites de ses publications relatives à Liçarrague. Il intitule 
cette réponse venoms antidote. Il prétend que beaucoup des 
fautes signalées sont de mon fait, parce que je ne lui ai pas 
envoyé un assez grand nombre d'épreuves, parce que j'ai 
écourté ses corrigenda, etc., etc. Je ne m'attarderai pas à 
me justifier, mais M. Dodgson devrait savoir qu'un journal 
ne se fait pas comme un livre. Quant au fond de son anti- 
dote, il est vraiment étrange que M. Dodgson se plaigne si 
vivement, lui qui s'est érigé de son chef le censeur général 
des études basques, qui a fait de longs voyages tout exprès 
pour découvrir une inexactitude ou une coquille, qui a attaqué 
sans aucune mesure et sans rien considérer depuis le premier 
des basquisants jusqu'au dernier! Qui pourrait s'émouvoir 
aujourd'hui de ses récriminations? Qais tulerit Gracchos die 
seditionequer entes? J. V. 



— 200 — 

Zeitschrift zûr vergleidende Spradi/orschung . . . von 
E.KuHN und J. Smmm.GûtersIoh, 1901, t. XXXVII 
(nouv. série, l. XVII), 2^ livraison, p. 157-276. 

Contient : Eine Worlgruppe bei Verrius FI accus, par 

0. Làgercrantz, p. 157-177; Lateinische Worterklaer- 

ungen, par le même, p. 177-189; Zur den lykischen 

Inschri/ten, par Holger Pedersen, p. 189-207 ; Rig- 

Vêda, vii-33, par Edward V. Arnold, p. 207-219 ; Zur 

Lehre von den Aktionsarlen, par H. Pedersen, p. 219- 

250; Hibernica, par Whitley Stokes, p. 250-261 ; 

Wackernagels Gesetz im Slavischen, par Elof Nilsson 

p. 261-264; Slavische Miscellen, par P. Lorentz, 

p. 264-274 ; Zum lateinischen Wandel von ov in av, 

par PaulKretschmer, p. 274-296. 

J. V. 

Grammaire cantabrique basque, par Pierre d'URTE 
(1712)... publiée... par le Kev. W. Webster, de 
%2iXQ. — Bagnères-de-Bigorre/\m^v. D. Bérot, 1900, 
gr. in-8", 4-viij-5 à 568 p. 

Tiré à cent exemplaires. Extrait du Bulletin de la 
Société Ramond (1896-1900). Publié en grande partie 
aux frais de M. Antoine d'Abbadie. 

Je n'ai pas besoin d'insister sur l'utilité de cette 
publication due au zèle éclairé de notre éminent col- 
laborateur M. W. Webster. Nous avons déjà plusieurs 
fois parlé de Pierre d'Urte dans cette Revue, et nous 
avons donné des spécimens de ses œuvres oubliées en 



— 201 — 

manuscrit pendant près de deux siècles, découvertes 
accidentellement par M. J. Rliys, le célèbre ceitisant, 
et signalées par lui au prince L.-L. Bonaparte. 

Pierre d'Urte était un assez pauvre grammairien et, 
quoiqu'il ait appris le latin, son éducation littéraire 
laissaitbeaucoup à désirer. Son français est assez bar- 
bare et porte trop souvent l'empreinte de sa langue 
maternelle: (p. 475) combien d'heures sont-elles? 
(p. 484) ton nom m'est oublié, (p. 499) je meurs à 
force de chaud, etc. L'orthographe est quelquefois fan- 
taisiste ; ainsi, sans la traduction basque oray « main- 
tenant » (lat. Iiorœ), on aurait quelque peine à lire à 
celle heure dans asteure. Quelques mots anglais indi- 
queraient, si l'on n'en était certain, que la grammaire à 
été écrite en Angleterre : (p. 453) ardit« liard » traduit 
par fardings « farthing », (p. ItQt) arralsaldêan par 
« afternoon », etc. Une phrase (p. 445) répond 
plutôt aux pensées immédiates de l'auteur qu'à ses 
préoccupations grammaticales : « J'aurois besoin de 
44 livres sterlings. » 

En parcourant un peu rapidement les pages de ce 
volume, j'ai relevé quelques indications intéressantes 
sur la phonétique et la prononciation basque. D'Urte 
fait bien voir (p. 6) la triple prononciation duj ; / fr. 
en Basse-Navarre (il confond avec la Soûle), Jota en 
Espagne et y en Labourd. 11 dit (p. 6, 9 et 12) que i 
avec / ou n cause une liquéfaction à Saint-Jean-de-Luz 
età Sare, que Uy représente un / mouillé; par exemple 



— 202 — 

que oillarra « coq» s'y prononce à la française, tandis 
qu'ailleurs on dit oïtarra sans mouillement : il y a là 
une erreur manifeste en ce qui concerne Sare, où les 
n, les t, les / ne sont pas mouillés, et ne l'étaient 
certainement pas au XVIP siècle : le mouillement est 
caractéristique des variétés de la côte. Certaines or- 
thographes de d'Urte viennent d'une observation fort 
exacte: eisse^wr (p. 414) est bien la prononciation nor- 
male de ez segur « non assurément, nullement ». 
Quelques expressions sont remarquables : (p. 412 et 
416) doidoya « naguère » ou plutôt « à peine », spé- 
cial à la côte. (p. 412) gaur « aujourd'hui », qui est 
proprement « ce soir, cette nuit » pour *gauz, etc. 
Quelques mots mériteraient une discussion : hobe et 
hobeago, urlia « un tel », etc. Il est remarquable que 
d'Urte ait, comme Pouvreau d'ailleurs, absolument 
méconnu l'article basque et le sens spécial du suffixe 
k. Il a résolu d'une façon ingénieuse la question de 
la seconde personne : pour lui hi est « toi », en tu- 
toyant, zu « loi », sans tutoyer, et çuec « vous ». Ses 
étymologies sont naturellement extravagantes : escual- 
duna « basque » est pour lui « un homme tout bras 
et tout main, c'est à-dire très agissant»; dans Saint- 
Jean-de-Luz, il voit l'espagnol luz \< lumière » et y 
soupçonne « quelque superstition de l'Église romaine» ! 
La plus grande partie de l'ouvrage est formée par 
un exposé abondant, mais un peu confus, de la conju- 
gaison, avec les tutoiements, les régimes indirects, 



— 203 — 

les conjonctions. D'Urte conjugue successivement les 
verbes intransitifs naiz «je suis », nago « je demeure », 
natça « je suis couché », nathor « je viens », noha 
« je vais », nabilla « je marche », narrayte «je suis, 
sequor » ; et les verbes transitifs dut^< je Tai », acquit 
«je le sais », daidiquet « je peux le faire », daguit «je 
le fais », diot « je le dis », dakhart « je l'apporte », 
daramat « je l'emporte», diraquii « je bous », dirurit 
« je parais », daritçat « il me semble, je m'appelle », 
darauntçat «je ne cesse pas de », darit « il me coule », 
darassat « je. bavarde ». Il y a beaucoup à apprendre 
dans ces longues listes. 

M. Webster, si bien connu déjà par ses belles 
études sur le pays basque, a donc rendu un grand 
service aux linguistes par cette intéressante publica- 
tion ; il faut également savoir gré à la Société Ramond 
d'avoir bien voulu l'entreprendre. Malheureusement 
l'exécution ne répond pas tout à fait à ce qu'on aurai 
désiré ; i'imprimeur de Bagnères-de-Bigorre a eu plus 
de bonne volonté que d'expérience, et le livre n'est pas 
composé avec le soin et le goût qui auraient été né- 
cessaires. La disposition typographique n'est pas tou- 
jours heureuse et la correction est parfois insuffisante. 
Je signalerai quelques cnrrigenda dans les prélimi- 
naires : p. V, I. ^oet 27, il faut lire « page 395 » et 
« p. 410 », p. 6,1. 27, gaua, etc. 

M. Webster n'a eu entre les mains qu'une copie ma- 
nuscrite toute récente. Un de ses amis. M, A. Glarke, 



— 204 — 

a pu collationner l'édition imprimée avec le manuscrit 
original que la propriétaire, M"" la comtesse de Mac- 
clesfield, a bien voulu confier pour quelques jours au 
département des manuscrits du Britisli Muséum. Il a 
pu consacrer à ce travail les journées du 22 au 26 oc- 
tobre dernier ; il n'a p» collationner que les p. 77 à 
364, 397 à 522, 536-538 et 543-550. C'est le résultat 
de ce travail qui va être publié ci-après. 

Toutefois, nous avons réduit les corrections à ce qui 
nous a paru le plus important. Nous n'avons pas relevé 
les omissions ou les abus de cédilles faciles à corriger; 
ni les erreurs sur les indices m ou /"des formes allo- 
cutives de tutoiement qu'un peu d'habitude fait aisé- 
ment reconnaître; ni les erreurs dans les correspon- 
dances des mots basques aux mots français marqués 
par les lettres a, b, c, etc., suscrites. Les lignes sont 
comptées soit sur l'ensemble des pages, soit sur l'une 
ou l'autre des deux colonnes. 

En ce qui concerne le c, M. Clarke a fait remarquer 
que d'Urte paraît n'avoir mis les cédilles qu'après 
coup, et avec une certaine insouciance. Le premier 
copiste a pu fort bien d'ailleurs en omettre de très 
bonne foi un certain nombre qui sont à peine marquées 
sur l'original. 

Quant à l'accentuation, M. Clarke dit que c'est peut- 
être le point où le texte imprimé diffère le plus du 
manuscrit; cela tient surtout à des difficultés typogra- 
phiques. Je n'ai, pour ma part, attaché aucune impor- 



-— 205 — 

tance à ces différences et aux' corrections indiquées^ 
car, en labourdin, l'accent est à peu près sans aucune 
utilité pratique : M. Clarke fait remarquer au surplus 
que d'Urle le place presque toujours sur la voyelle de 
l'avant-dernière syllabe de chaque forme verbale. 



pages 


lignes 


u 


, 


6 


27 


gaua 


. GIM-U 


10 


11 


latin se lit 


•; 1. 1 


80 


6. 13, 


14, 32 &c. (au lieu de de) 




83 


3 


çaitçun, vt supra. Ici 






9, 19 &c. 






26 


ou içan 






29 


daquizquéôn 




85 


2 


natçaitçuen 






17 


nintçailQun&c. 




86 


18 


içatu 






19 


&c. vt supra 






32 


natçaïtçularic 




87 


22 


çaizquitealaric 




88 


7 


çitçaicularic 




89 


15 


çaïcunéan 




90 


12 


çitçaïcunéan 




96 




demboran et arteragno deoraient être mis 
derrière une accolade comme n'appliquant 
à toutes les personnes du temps 


100 




mèmie observation pour beçain 
gâtic, etc. 


sarri, icana- 


100 


2 


guintezquéla 


. / ,' ■ . 


104 


2 


baninduan 




105 


13-14 


Il m'... içaten... balitçait-içan... 


baléquit \ , 


106 


26-27 


quoyque je sois 


106 




arren, en apposition 




107 


28-29 


banatçaïc 


14 

% 



— 206 — 

pages lignes 



110 


5 


banindâgo 




15 


baçignaûdete 


112 


18-19 bitartean ou bizquitartean, en apposition 




27 


gueroz ou guerostic, en apposition 


114 


2-4 


ni baldin banâgo 
hi... baldin baçaude 




19 


moy étant ... ni 


114-115 


i 


arren en apposition 


116 




passim oz [pour or) 




24 


baciathoztenan 


117 


7 


moy étant ...ni 


119 


34 


gueroz 


130 


19 


supprimez nind'uân 


131 


5 


Tu pouuois 


132 


5 


caizquizque- 


133 


22 


Si. 


142 


18 


Nous le... ' 


145 


10 


aussi Th en 




27 


baciarraïzquiquéten 


147 


6 


baharraïqueotec 




9 


Tu nous... 


150 


13 


banintçarrajoqueténan 




24 


baçignarraïzquiqueôten 


152 


2 


baguignarraïzquiquéân 


155 


5 


etçuân 




7-9 


ezguignen 
ezguintûân 


157 


dre 


nâucu 


158 


13 


Il a. harc ... du 


160 


24 


Vous m' ...me 


163 


13 


vën 


167 




içan en apposition 


170 


26 


vous à supprimer 







- 207 - 


pages 


lignes 




172 


22 


d. Il me 


181 


22 


Ils te les... 




27 


Laroquéten 


182 


12 


J'auois 


183 


23 


darocuçun 




25 


darocuàn 


190 




çeren ou en apposition 


192 


11 


d. me ... darotaçuna 




17 


darocuçuna 


193 


2-3 


dudâna... ditudana... vt si 




28 


que j'aurois 


195 


1 


banitu 


196 


13-15 balarotçu. balaùtçu 






balaroc 




23 


II nous les... balarozquigu 


200 


16-17 


-çuëgu 


202 


17 


Ils me 


203 


1 


bietçâtet 




8 


ochola... bada 




27 


biotçâte 




30 


Les... betçâte 


204 


12 


baçigneçât 




23 


baçignôça 




26 


baçignôlço, baçignotça 


209 


10 


baniquec 




19 


baguinduzquéen 


210 


18 


çiëçaat 


211 


4-5 


çiotçoqueteât 


212 


22 


dioçaquéçu 


213 


1 


çietçaquéguc 




11 


diëçaçûe 


217 


13 


nieçaquetec 







^ 208 — 


pages 


lignes 




217 


16 


Ils... te... (P à siippr.) 


218 


av-'d""" 


ciotçaquéten 


221 


1 


de la sec. col. à supprimer 


226 


9 


cietçadatéan 


227 


26 


dut... &c. 




28 


çaitut... &c. 


228 


5 


hors qu'on y 




19 


àuquet 

-f 




d'-c 


I 

duques 


229 


1 


Tu... nous... 


231 


21 


ciquenagu 




dre 


ditizquenagu 


233 


23 


daroqueçute 


236 


32 


banaçâte 


237 


4 


badietçatet 


241 


10 


daquizquignan 




22 


nie... naquien 


m 

245 entre 6 et 7 baçeaquizquiquetéân 


247 


21 


badaidizquédat 


249 


18 


-quetçute 


251 


8 


bahaiguizqueoan 


252 


21 


Ecin... daidîquet 


256 


2 


baçaidiquean 


258 


5 


Ils... les... 


263 


4 


balaguiote 




9 


baguignagui 


277 


12 


baniakharqueoten 


278 


13 


bacakharzquéen 


279 


3 


baguignakharquegun 


284 


10 


balakharqueoqueten 


285 


6 


les. On y 



- 209 - 

pages lignes 

293 14 badaramozcotçu 

294 8 çatçuë : 
14 badaramoco ; 

295 5,8,10 -moco- « ; 
13 -motçoguc 

297 11-13 -moco- 

298 27 -mocoQun 

299 2 -moco- 
12 -mozcoan 

301 8 baçiaramocoténan 

302 2 -motçocoan i 

304 26 baçiaramategun - v, 

306 8 bacindaramaquétçu . - 

307 17 Tu luy... bacignaramoco- 
19 -coque 

28 bacindaramagutçuque 

29 bacignaramadazquegûtçu , , 

310 8 baliaramazqueo 

17 -queguc 

18 -guquec 

19 -guquec 

311 2 -tçaquec 
25, d^" -quec 

330 16-17 ajoutez baharamazquiguquéan ou baharatça- 

guquéan 
18-19 ajoutez baharamazquiguquénan ou bahara- 

matçaguquénan 
332 25 çaquéan 

336 33 Vous à supprimer 

338 14-15 ou baçiaramazquedatenan 

350 4 II sort à moy. niri bada- 

353 \Q2den en apposition 

354-355 \qai,n en apposition ,,,^ 



— 210 — 

pages lignes 

355 15-16 ajoutez eztiotçonala 

356 içan en apposition 

362 13 egon. egotu 

363 8 jautssi 

9 hurbill. hurbildu 

13 aurkhitçeâ. aurkhi... incuntratcea 

22 Egarri içatea. egarri. egarritu 

di"* sassiatu ! asse içatea. 

364 3 errepaussatu. 

7 jaiqui çhutic. 

8 leué çhutic ou 
395 14, 21 j'aime. 

397 fin ayoM^ez Choisir, bereztea. berez. bereçi : hau- 

tatcea. hauta. hautâtu. 

398 entre 27 et 28 intercalez Deuenir. asmatçea. asma. 

asmatu . 
entre 31 et 32 intercalez Durer. Irautea. iraun 

399 11 bessarcaraztéa 

n° 58 Irakhatassaraztea 

400 n" 74 othoitç 

no 82 Ethentçéa 

407 5-7 Si je suis aimé. ni., maitatua... banaïz... ou 

baldin... banaïz.. &c. Si tu es aimé, çu hi 
maitatua... baçare. ba haïz ou baldin ba- 
çare.. &c. 

408 13 et suiv. Rectifiez ainsi 

Vouloir, nahi içatea. 
le veux., nahi... dut .. &c. 
l'ay voulu., nahi... içatu dut.. &c. 
le voudray... nahico. dut... &c. 
le voudroig.. nahi... nuque... &c. 
l'aurais voulu., nahi... nuquen... &c. 
Veuilles, duçun.. nahi. 
Voulant, nahia. borondatéa. 
De vouloir. Nahiz... nahizco... nabi içateaz. 
&c. vt suprà d'estre. d'auoir... partout. 

409 10 Erraguzquiguc 



211 



pages 


lignes 




410 


1 


Errotçue. Errozquitçue. Errotçuete. 




2 


Errozquitçuete. Dites les leur 


412 


5-6 


lekhora. De la en hors 




7 


par derrière 




7 


guibeletic. en arrière, guibelera. 




16 


supprimez tard 




17 


tantôt aurkhico. 




18 


Etci. tard, berandu. berandua. 




19 


haguitçaldiz 


413 


1 


subauditur. tempus. dembora 




3 


guerostic. après ondoan. deuant. aitcignean. 
rarement, gutitan.noiçean behign. bakhan. 




4 


bethierétic. aftevnoon 




7 


hiruraldiz 




26 


çertaco 


414 


4 


you... y ou woman 




5 


woman 




14 


bay'ta ère. 




17 


plusieurs 


415 


8 


a b 

ez. hura. ez !.• 




11 


tropelan. l'un sur l'autre, elkhargaànca. 


416 


4 


gu ez 




5 


beregainqui 


417 


4 


alferric. sagem^ 




8 


auec esprit 




9 


à l'aise, aïsse 




10 


si vite. si. hunen. horren. hagn. Quantitatis. 




16 


largoqui 




dr« 


hagnitç 


418 


2 


le moment 


420 


1 


contra, id est 


4?1 


5 


lekhora ou landais 







— 212 — . 


pages 


lignes 




421 


15 


hareragno 




19 


launaren guibelean 


425 


4 


fa 

Optantis 
Ay bada. 
Vocantis 
Ori. oriçu. 
Laudantis 




10 


oyeneri 


426 


11 


naïz.sum attingens 


429 


11 


de la maison, etcheco' ontassuna 
le bien de la maison, atçocoa. 


430 


9 


legueac 


431 


3 


Ils m'ont 


432 


16 


aïtareneco 


434 


6 


b 

naturel 




7 


e 

noueauté 




8 


b 

affamé 




12 


a 

futuri 




12 


hesterni 




15 


nouitatis 




17-18 


hetaz iaquintssun 




18 


orhoitçen 


435 


3 


a a 

Luy. celuy la 




13 


mil 




16 ' 


Ô 


436 


9 


Quhurrena 



d^' hambat da gaçhto. 

437 1 supprimer gaçhto. 

3 hagnitz 

19 comune 



— 213 — 



438 


ligne» 

3 


ou bâta 






11 
17 


suppr. Vaccusatif 
betheâ 




439 


1 
5 


appauris 
-sunetic 




441 


1 


on le met 




443 

444 
445 


9-12 

8 

8 

16 


à la fin. Aberatss aguertu nahidu 

lutssuac. Nahiago dut. . . 
Gazteëy 

Duçun nitaz pietate* 
iduritcen 


vrguil- 


446 

447 


11 
1 


dietçaquihutçu 
ueulent 




448 
450 


2-3 
14 
• 4 
3 


dut eguitecoâ. 
çor' çarotanaz 
Beguirauc 
loannissi 




452 


9 


bertceren 




453 
454 

455 
456 


5 
8 
13 
2 
3 


suhjicitur 
pressond- 
suppr. locoan 
propioz 
docte 




457 


7 
7 


ajquum 
Ene obra 




458 


4 


arratssean 




460 
461 


7 
9 


munduguciaz 
emazte 




463 
464 


10-11 
1 


moy je viens. 

An 


• r 


465 
469 


12 
3-4 
14 


aïtagana 
aïzpa baithara 
Erromeess? 


"^ 



— 214 



pages 
470 


lignes 

8 


Harc hori 


476 
475 


8 
10 

(Jre 
11 


gorphutç' hilla 
jâten 
Obra hori 
cer ordu 




16 


erauntssi 


476 


7 


Ene semeà 


477 


12 

7 


Sees toy 
haraco 


478 


9 

7 


hegal' 
Orratç 


481 


5 


t'entens 




13 


Adiiu 


483 


15 

21 


cer dioçun 
Eztitut 


486 
489 


6 
17 


lehenago 
soleil par 


493 


16 


candela 


494 


6 


hari da 




14 

20 


Baduçuc 
Dembor' 


495 
496 


20 

3 

17 


agueri 
Egunac 
iragan da. 


497 


8 


dembor' 


498 


14 

8 


Baratçean 
afal 




19 


balu 


499 


9 


Beroaren' fortssaz 




19 


iragan da 


500 


15 


handibat 


501 
503 


12 

7 


hagnitç 

launa ! Egun on' 



1 







— 215 — 


pages 

504 


lignes 

9-11 


esquer' 


511 
512 


7 
7 
9 


cure' 

Baratçera... passaiatuco 

ikhusteco 


514 


19 


bortç 


515 
516 


4,7 
3 


ô 

Bizquitarteao 




7 
11 


gauçec 
asmatua 




13 


e^iaquigna 


517 


14 

4 
16 


ezpaïtaquizquite 

duçu 

berbo' 


518 


16 


Hirur 




20 


rric 


519 


3 


adin* 


520 


10 
17 
10 
16 


gabetanic 
on' gau' 
jauna 
dembora harida? 


521 


7 


eguitenda 
cure 


536 


9 


arno' 


547 
549 


5 

6 

11 

18 


baïnuque 
baïnituzque 
baçiacussaat 
badacussac 


555 


2 
11 


Guc baditçula 

Ils les ont. badidutéla. 




15 


bahituëla 




20 


Que etc. 


556 


Note 
15 


italiques sont coupées par le relieur 
bacioteat. baciotenat. 



- 216 



pages 

556 


lignes 

17 


mihi. da 




18 


H arc badarocu 




21 


badarotan 


557 


2-3 


habet illi. ille dat. 



Suomalais-ugrilaisen senran aikakauskirja. Jour- 
nal de la Société Finno-Ougrienne, XVIII. — Helsing- 
fors,\900, in-8% 20, 10, 9 et 49 p. 

Contient: ]" Études ethnographiques cliez les Os- 
tiaques, par K. F. Karjalainen ; %" Sur les Ostiaques 
et les Vogoules, par U. T. Sirelius; 3° Ein weilerer 
Beitrag zum Tônniscultus der Esten, par Max Buch et 
Erwin Jûrgens; 4° Chants populaires mordvines, par 
H. Paasonen ; 5* Discours prononcé à la séance annuelle 
du 2 décembre 1899, par 0. Donner (sur les progrès 
du Bouddhisme), 6" et 7° Rapport annuel en finnois et 
en français. 

CORRIGENDA 

pages lignes 

3 16 Astete the Jesuit 
15 4 d'en bas pi . nac = those who 

26 22 1741 
43 3 et 7 usaya et usanza 



VARIA 



L'Argot des Marins 

J'ai trouvé, dans les papiers de mon père la copie ci-jointc d'un 
extrait du « livre de bord du trois-màts le Souvenir, capitaine 
G. Odin » relatif à une tempête à Pondichéry. Je crois intéres- 
sant de le reproduire comme un échantillon remarquable de ce 
qu'on peut appeler « l'argot des marins » : 

« Le lundis décembre i856,vers deuxheures après midi, on signala 
au mât du pavillon du port de se tenir prêt à appareiller. Le vent 
était nord, un peu vei's l'ouest, les grains violents, la mer très grosse 
et venant du large, le baromètre à 70,7 et baissant toujours depuis 
le matin. «Les dispositions prises depuis deux jours ne furent pas 
longues: tout avait été envoyé en bas, les mâts de perroquet et tous 
les boute-hors de bonnettes, les panneaux condamnés, drômes, 
embarcations, ancres, tout était solidement serré. A quatre heures 
(ordre de sauver les équipages des navires hors d'état d'appareiller): 
le Souvenir, comme un des plus rapprochés, devait envoyer abord du 
Charles Damergue mouillé dans le N.-E. i/4 E. Or, il y avait danger 
à exécuter cet ordre (que beaucoup ont dû éluder). Quoique le 
tempsfùt très mauvais, les grains de plus en plus violents et fréquents, 
la merde plus en plus grosse, et que la chute du jour approchât^ des 
défenses, espares, amarres, etc., furent mises en dehors pour 
garantir l'embarcation des pitons et des chaînes d'artimon qui 
l'auraient infailliblement crevée avant d'être mise à l'eau, tant le 
roulis était effrayant. Une baleinière fut donc immédiatement 
amarrée et armée de six hommes. Elle alla au secours du navire en 
question. Le coup de canon d'appareillage tire à quatre heures i/A- 
Tous les bâtiments, ou à peu près tous, mettent sous voile, excepté 



— 218 — 

le Souvenir et la Sidonie qui attendent leurs embarcations. La ba- 
leinière arrive à bord avec onze personnes qui sont immédiatement 
embarquées avec des bouts de corde. Il est 5 heures 1/3 et la 
nuit vient à grands pas. L'horizon se charge de plus en plus. Mais 
il reste cinq hommes à sauver. A peine le dernier Indien était-il 
embarqué que, malgré la mer, les grains, malgré la tempête qui 
approche, quoique l'embarcation trop chargée ait failli chavirer 
en accostant et soit à moitié remplie d'eau, personne n'hésite à 
repartir. Le canot part donc et revient heureusement avec le reste 
de l'équipage du navire anglais. Ces hommes sont hissés comme 
les premiers. La baleinière est crochée et hissée, non sans avaries. 
Un coup de mer la jette sous l'arcade et écrase le côté de bâbord. 
Les hommes se rattrapent aux bancs et aux garants. Aussitôt le 
canot hissé est saisi ; tout le monde à la manœuvre. 

« Les huniers aux bas-ris sont établis, moins le perroquet de 
fougue. A 6 heures 5o, je démaille et hisse un feu à la corne qu'^ 
n'a pas dû apercevoir de terre, car je distinguais à peine le feu de 
Pondichéry à la même heure. La route à l'Est ; à 7 heures le ba- 
romètre à 70,/». Grains furieux de 7 heures à 8 heures, tangage 
de plus en plus dur. A 9 heures, le boutc-hors de foc casse au ras 
de la draille du grand foc qui reste seule en place dans la moitié 
de son clou. Serré le grand hunier. Aussitôt fait route du S.-E. 
sous le petit hunier aux bas-ris, et le petit foc. Sauvé tout le gré- 
ment du boute-hors, haubans, barbejouc . . . Ouragan déchaîné à 
II heures. La mer démontée roule sur le pont, les drômes sont 
soulevées. Le navire fatigue considérablement. Vers minuit, le 
petit hunier se défonce ; on ramasse les lambeaux avec beaucoup 
■de peine. Mis à la cape à sec de toile ; le vent au N.-E., tournant 
à l'Est, parfois le S.-E. i/4 E. Le grand foc qui, jusque-là, bien 
serré sur son bâton et sur sa draille, avait tenu bon, commence à 
se déferler. La draille en filant avait cassé le hâle-bas et donné du 
mou dans les tours de raban de la tète. A i heure, dans le fort de 
l'oui^agan, le foc part fouettant au vent, tenu par ses amarres et 
ses écoutes; les bagues de la têtière partent les unes après les 
autres et le foc se déploie dans toute sa longueur, ébranle la inà^ 
ture en fouettant, fait partir le boutc-hors qui \ient en travers 



— 219 — 

sur le beaupré on tordant le chouquc. Enfin à 3 heures, il ne reste 
plus que les ralingues et quelques lambeaux de toile. Pendant tout 
ce temps, on essaye inutilement de s'en rendre maître en envoyant 
en' bas la drisse dépassée du mât de hune et par-dessus les étais 
du mât de hune. Impossible dehaler la têtière au vent des drailles: 
tout part, tout se brise, poulies, bagues, drisses, hâle-bas, etc. Il 
n'y avait pas à envoyer d'hommes sur ces tronçons de mât, ni 
aussi à laisser porter au Sud ou au S.-O. A minuit, le baromètre 
était à 74,8, à 4 heures à 74,2. Le grand hunier étala jusqu'à 
4 heures 1/2. A cette heure, la barre de bon deT casse au ras du 
bossoir, dévente le grand hunier qui est enlevé dans une mi- 
nute. Il se déchire d'abord du haut en bas, puis d'un travers à 
l'autre en arrachant le côté de tribord, ne laissant qu'un bout 
de raUngue et des lambeaux sur l'écoute de bâbord, l'autre 
ayant décroché en battant. On hâle tout dedans en filant cette 
écoute. 

A 6 heures, l'ouragan mollit. Accalmie de G heures i/4 à 
7 heures 4o ; profité de ce répit pour ramener le petit foc déjà 
à moitié dévergué. Souqué les rabans des autres voiles. Envoyé 
en bas les lambeaux des deux huniers, les ralingues hachées du 
grand foc. La mer affreuse, le navire roulant horiiblcment, la 
mer sur le pont passant par-dessus les panneaux, etc. A 7heures 1/12, 
jc vent dans un grain saute à l'Ouest en furie, et l'ouragan recom- 
mence comme de plus belle de 8 heui'es à 3 heures de l'après-midi. 
11 était temps que le vent changeât. A la première heure du jour, 
en regardant la mer, je vis (comme je m'en doutais bien) que nous 
étions très près de la côte. La mer était couleur jaune sable. Grâce 
à Dieu, je n'eus pas besoin de préparer une ligne de sonde pour 
compter les minutes que nous avions à courir. 

« L'ouragan passé à l'Ouest, O.-S.-O., se déchaîne donc sur 
nous; les mâts et les vergues sans voiles (il n'y en avait que 
deux et deux bien serrées) fouettaient comme des roseaux; 
les embarcations frémissaient sur les bossoirs tremblants. Les 
murailles, môme celles au-dessous du pont, les parois, éprou- 
vaient aussi luie sorte de convulsion fort sensible au toucher j 
et le navire sans voiles à la cape, les dalets dans l'eau, tenait le vent 



— '220 — 

sans essuyer de coups de mer, gouvernant jusqu'à lo heures au N., 
puis auN.-0. 1/4 N.,N.-0.,N.-0. i/4 0.; le vent halait toujours le 
Sud. Pendant ce temps (c'est-à-dire depuis 8 heures du matin jus- 
qu'à 4 heures du soir), le baromètre monte toujours même pen- 
dant le plus fort de l'ouragan du matin successivement de. 74,1 à 
74,3 — 3 — 5 — 9, 75,3, 75,5. Novis fûmes bientôt dans une mer plus 
bleue; nous étions parés. A 4 heures 1/2, largué la misaine avec 
un ris, le petit foc envergué, et établi la benjamine. A 6 heures, le 
perroquet de fougue, labrigantine ; fait route au N.-O. Le lendemain 
10 décembre, envergué les huniers dès la pointe du jour ; puis, 
gréé le grand perroquet; à midi 1/3, relevé Tranquebar à l'O.-N.-O. 
distant de 8 milles. Suivi la côte sous une voilure maniable, mouillé 
sur la rade de Pondichéry le 1 1 décembre à 4 heures du soir. 

« F. LoMEux, 2" Capitaine Commandant. » 



Le Propriétaire-Gérant, 

J. Maisonneuve, 



Chalon-sur-Saône. — Imprimerie L. Marceau, E. BERTHAND, successeur. 



■ TIE LIFE AND LEGEHDS OF SDKDARA-iRTTI 

The Çaiva devotee, adapted from the Periya Purânam. 



§ 1. — Sundavar's origin. 

The great Sages ofthe Çaiva sect in the Soulh of Indiaare 
four in nuraber. Of thèse Mânikka-Vâçagar is the oldest and 
incomparably the greatest. Atan interval of probably a een- 
tury arose Nâna Sambandhar, Sundarar and Appamùrtli. 
Thèse three lived in the time of the great struggle between 
theJains and the Çaivites, which ended in favour of the 
latter. There was a great dissimilarity between the three sages 
of this later period ; Sambandhar beingayouth, almost a 
child, full of enthusiasm, gifted with a truly poeiic faculty, 
and passing away in his earliest manhood, innocent and 
uncorrupted He beams upon us in the legends as a lovely 
character. Thenext, Sundarar, was of a very différent type. 
He seemsto hâve been remarkable forbeautyof pcrson, — his 
very name, which is also one of the names, or epilhets of 
Çivan, meaning the 'beautiful'. He was addicted topleasure, 
— an acconiplished courtier, and man of the world. There 
scems indeed nothing whatever of the ascetic about hini 
from fîrst to last. His hymns, 100 in number, are not it 
seems to me of any peculiar value. Like ihose of Sambandhar 
and Appamûrtti they are decads of verses in houour of the 
idol worshipped at each shrine visited by the sage, as a 
sacred bard. Wemaysay,once for ail, that the circumstances 
and traditions connected with the great collection called the 

15 



— 222 — 

Dêvâram do not impress us wilh any conviclion of the 
genuineness of the great majority of thèse songs. About a 
score of Ihem are striking hymns. 

The story of Sundarar begins before his appearance in 
South India. He wasone of the host of ÇivainKailâsam, — 
(on the silver hill) — his name being Hâlâla-Sundara (an 
epithet of Çiva; Tiru-Vâçagam, xii, 9), and was one of the 
especial favourites of Çiva. One day as hewas walking in the 
flower garden belonging tothegoddess, hesaw twomaidens, 
attendants upon Pârvathi, or Uniâ, who were plucking 
flowers for her garland. He imraediately became enam- 
oured of the lovely damsels, and in a state of great bewild- 
erment presented himself before his master, who atonce 
recognised the fact that evil desires and passions were alive 
, in his servant's soûl. He accordingly told him tliat, because 
it was so. he must descend to earth and be born a man in 
the southern land, where he can in due lime marry the 
girls with whom he is in love, they having also been sent 
down to sojourn on earth. Sundarar adores his master and 
says, 'our Lord, since I hâve yielded to evil impulses that 
must for a timé separate me from Thy sacred feet, when 
I am on earth deign at times to appear to me, and make 
me and keep me ever Thy faithful servant and devotee'. 

This Çivan promises todo, — andso Sundarar quits for a 
tiraethe bliss of Paradise, to expiate (very strangely) his sin. 

§ 2. — Hisbirth andcarly hisiory. 

There is a district in tlie Southern Tamil country named 
Tirnmunai-pâdi, and a town in it called Nâval-ûr. In this 
village lived a Çaiva devotee whose name was Çadai-yanâr, 
and his wife, a most virtuous and saintly woman, was called 
Içai-nâniyâr. He was born as the son of this worthy pair. 



— 223 — 

When buta child he attracted by his beauty the attention of 
the king of the district, who begged him from his father 
and brought him up as his own son. This did not however 
prevent him from observing ail Brâhmanical usages, and 
from reading the sacred Vedas. He thus grew up both an 
accomplished courtier and a learned sage. When the time 
came for his marriage his parents arranged for his union 
with an unexceptionable bride, and on the appointed day in 
great state he repaired to the lady's liouse for the performance 
of the marriage cérémonies. At thattime Çivan, ever mindful 
of his servant, and cognizant of ail deeds and of ail events, 
came down from Kailâsam to fulfil his promise, and pre- 
senting himself in the marriage-hall disguised as a poor 
Çaiva mendicant, addresscd the brâhman ministrant with 
the words: 'This marriage cannot proceed, for 1 hâve a 
coraplaint to make, and a claim to urge. The bridegroom 
is my SLAVE, and was sold to me by his grandsires. 
The deed of sale with signature is hère.' To this Sundarar 
naturally replied 'Was it ever known tbat a brâhman was 
sold as a slave to another brâhman? Go, madman.' The dis- 
guised god replies: 'Whetherl be a madman or a démon 
matters not. Abuse metothy heart's content; but the suit is 
not so settled, nor ray claim refuted.' It may be observed 
that 'Madman' is the phrase continually applied to Çivan as 
the wandering mendicant. This occurs frequently in the 
Sacred Songs of the ascetics (Cf. note I to Tiru-Vâçagam 
and 5). A great dispute hereupon arose, in thecourseof which 
the unknown mendicant exhibiled a document purporling 
lobe a deed executedby Sundarar'sgrandfather raaking over 
himself with his entire clan to the Brâhman as his absolute 
slaves. This deed Sundarar indignantly pronounces to be an 
absurd forgery, for '^no Brâhman can ever he a slare'; and 
tears up the document. The claimant now appeals to the 



— 224 - 

village counciI,and Sundarar is compelled to accompanythc 
disguisedgod thither to défend the suit. After much talk, the 
original document is produeed, and Ihe signature of the 
grandfather verified! The bond ran thus 'I, Arûrân, a 
Çaivite of the original stock dwelling in Tiru-Nâvalîir, niake 
this agreement withthe "Madman", who résides mVennai- 
Na llû r : myse\( and my posterity agrée to give ourselves up 
to him, inwardly andoutwardly, ashis hereditary bondsmen'. 
Uponthe exhibition of this bond Ihe question arises whether 
the claiinant was really a householder in ihe village, for no 
one seemed to know either him or his dwelling place. 
When the question was propounded to him hebadethem 
foUow him, and conducted them to the celebrated Ci va 
temple in the neighbourhood, entering which he was finally 
lost to view. The astounded brâhmans now^ perceive that 
the claimant was their god, and that the document simply 
asserted whatevery true Çaivite would gladly acknowledge, 
that oulwardly and inwardly he and ail his race belong to 
Çiva, the Suprême Blessedness ! It is in very deed Sun 
darar's divine master who has come down from Kailàçam, 
has assumed this form, and resorted to this stratagem to 
assert and make manifest his eternal sovereignty over his 
servant. 

Sundarar now understands it ail, and rushes into the 
temple where stands the image of Çiva with Pârvathi his 
bride conjoined. Addressing this he says ' I recognise Thee, 
and acknowledge Thy claim, o my Master.' The god replies: 
'Before, whilst thou wert my servant on thesilver hill, Ihou 
didst permit thy soûl to swerve from its fidelity to me, and 
1 sent thee down to earth to rid thee of the stain. 1 hâve now 
interfered to prevent thee from entering into bonds which 
woudl entangle thy souI, and make thee more and more of the 
earth earthly.'The extatic rapture of Sundarar hère fînds ex- 



— 225 - 

pression in the poet'sflowing verses, vvhich are more copions 
than interesting, or (to us) edifying. Çivan replies, ' in the 
dispute thou ha&t used migbty words against me, even 
calling me 'Madman' and 'Deceiver'; thou shalt hence- 
forth be called '^the mighttj deootee\ and shalt mightily praise 
and serve me in thèse Tamil lands. Go forth therefore, and 
singmy praises in everloving and lovely song. Song shall 
be thy worship.' Thus commissioned, the sage goes forth to 
be one of ihe four great Çaiva psalmists. We humbly con- 
fess after long study an utter inability to admire his poetry, 
the contrast between which and the powerful and palhetic 
verses of Mânikka Vâçagar is striking. 

§ 3. — Sundarar's PUgrimar/es. 

It would be tedious and unprofitable to trace ail the various 
pilgrimages which henceforwardoccupied the time of our sage. 
He visited every Çiva shrine from Çithambaram to Sheally, 
and it is mentioned that he refrained from entering the latter 
town because it was the birlhplace of the renowned Nâna 
Sambandhar. This certainly isanodd reason for avoidingit, 
and seems to indicate a fear of being considered a rival of 
Sambandhar. I infer too that his date was some litile time 
after the two other saints, Sambandhar and Appa Mcwlti. 
Some of his expériences are sufficiently grotesque : for 
example, he once came to a place called Tivu- Vathigai, 
wherc he laid himself down to sleep in the adjoining nionas- 
tery porch. Soon an old bràhman came in and stretched him- 
self by Sundarar's side. Some time afterwards the sage was 
aroused from slumber by feeling this old brâhman's feet 
pressing his head. He accordingly arose, rearranged his 
pallette, and again resigned himself to slumber ; but again 
was roused by feeling the feet of his pertinacious old neigh- 



— 226 — 

bourresting on his head! He now again arose and planted 
himself at right angles to the restless stranger and resigned 
himself once more to repose. Still however, whatever position 
he took up, in a little while his slumbers were surely 
disturbed by the intrusive feet. On risingat length to expos- 
tulate, hehearda voice say 'Sundarar ! knowest thou me not?' 
But Ihe old bràhman had disappeared, and the sage knew 
now that his Master was fulfilling the promise he made to 
him on his quitting Kailâçam. 

§ 4. — His first marriage. 

Meanwhile one of the two damsels with whom he had been 
enamouredin Çivan's paradise,and whose name was A'âma- 
lini,, was sent down by Çivan to ÀrCir, where she was born 
as a dancing girl, and received the name of Paravaiyâr. She 
there grew up tobe a young maiden of exceeding beauty and 
accomplishments, and was in the habit of visiting tlie temple 
daily with her companions, there to sing the praises of the 
god. On one of thèse occasions she was seen by Sundarar, and 
although they did not recognise one another, the 'ancieni 
flame' was felt by bo'th of tliem. In order to arrange for 
their union, it is said that Çivan himself came down and 
negoliated the marriage, such as it was. 

Thisisnot a very edifying épisode in the l^eriya Purânam! 

At this period Sundarar settled do^^ n to a quiet do- 
mestic life with Paravaiyâr, and obtained great renow n 
in ail the neighbourliood as a devotec whose prayers and 
bénédiction were of exceeding value. Some of tlie neigh- 
bouring villagers werein the habit of fillingParavaiyâr's sto- 
rehouses with paddy and puise of every description, and she 
was evidently a thrifty housewife. But famine came. The 
chief patron, if we may call him so, of Sundarar was apetty 



— 227 — 

chieftainof Gundai, who on the failureof the crops appcaled 
to Çiva especially on belialf of the Saint to whom he could no 
longer send the accustomed largesses. In a dream the god 
proniised relief, and next morning the town and adjacent 
haralets were filledwith piles of grain rising mountain-high. 
The difiîculty now was how to convey them to Àrûr where 
Sundarar lived. When information reached him of the vast 
heaps of grain ready for him in Gundaihe went tothe temple 
and sang one of his celebrated decads, the refrain of which 
is: 
' Bid thèse be lavishly poured forth for us'. — 
Çivan accordingly sent his hosts at nightfall frcminding 
one of Robin Goodfellow!) who soon brought grain enough 
to fin the granaries not of the sage only but of ail the people 
of Àrûr; and Paravaiyâr made the distribution with great 
éclat. 

§ 5. — Golden gifis. 

A devotee of his is celebrated under the nome of Kol-puli- 
Nâyanâr. At his earnest request Sundarar visited him and 
was received with extraordinary pomp, the chieftain brin- 
ging out his two daughters, whom he présents to him to be 
his slaves. The saint receives them with the words'They shall 
bemy daughters', and in thekindliest manner conversed with- 
thcm and gave them présents. Tlie incident throws light 
upon the habits and feelings of the time. From thcnce Sun- 
darar returned home, and foundthat Paravaiyâr was, as usual, 
in want of supplies, and the more so as a great feast was at 
hand. Accordingly he set out to the town of Pugal-ûr and 
going to the temple implored the assistance of tne god, and 
afterwards retiring to the neighbouring monastery (or choul- 
tnj), gathered together some bricks which had been brough 
in for repairs, and piled them up as a kind of pillow, spread 



— 228 — 

ing over themhis upper garment. He thus went lo sleep, and 
when he awoke, behold ! the bricks were gold, a woiiderful 
circumstance which he commemoraled in a suitable ode. 
After this he made a circuit through the towns in theneigh- 
bOurhood of the Kâvêri. During this circuit the king of Ur- 
raitjïu' losta very precious breastplate iulaid with gems; but 
in answer to the prayer of the saint it was restored, and put 
into a vessel of water used for bathing the idol. Thus, when 
the servant poured water upon the image the precious jewel 
fell out, and arrangeditselfaround the neckof the idol, plainly 
indicating the god's agency in its restoration. Sometime 
after this he again supplicated the god (perhaps at the insti- 
gation of Paravaiyâr) for another gift of money, and received 
what the history calls 'a pile of gold', but its nature and value 
are not further specified Ile then went on tovisit iheKonka- 
nâd, and after a great round came to Çithambaram. One 
night when trying to find his way to Vriddâçalara he met an 
aged brâhman from whom he asked directions for ihe way. 

The brâhman, really Çivan himself, showedit,and disap 
peared. Thus was the master the ever ready guide and com- 
panion of his servant. At that time the god spake to him in 
a voice w hich he heard, but saw no form, bidding him casl 
the gold thathe was carrying about with him iîito the Mani- 
muttam river, assuring him that when he required it he 
shouid find it in a certain spot in the tank in the temple of 
Àrûr, 

Accordingly our sage returning home told his spouse that 
there was money given him by the god, now lying on the 
western side of the tank in the temple enclosure. She laughed 
him to seorn, but he replied 'by the grâce of our god I will 
give it to thee' and led her to the place ; where having per- 
formed ail reverential cérémonies he went down into the tank 
to seek the gold; but the god desirous to try him, and make 



— 229 — 

the circumstance the occasion of Ihe production of the sacred 
hymn, withdrew the gold from the tank ; sothe sage was'di- 
sappointed, yet he sang a song to be found in the Dêvâram. 
Instantly the gold was restored, but on examining it it was 
found lo be of inferior quality. This also was a trial, and after 
hehad devoutly sung anothersong, he receivedthe gold in ail 
its purity, Paravaiyâr's mouth was stopped, and her 
inordinate désire of money satisfîed. After this the sage and 
his wife livcd together for sometime in great comfort and 
poace. 

§ 6. — At oarious shrines. 

He now set out on a new circuit, in the course of which 
he came to Çirkâri where he veneratedthe feet of NânaSam- 
bandhar, but whether this means that he there met that sage, 
or paid vénération to some image of him, is not quite clear. 
In the course of thisjourney aremarkable circumstance hap- 
poned : the sage worn out with fatigue and sufïering frora 
hunger and thirst was fainting by the way when his ever 
watchful master in the shape of a brâhraan appeared to him 
undera pavilion in which everything necessary for the sage's 
refreshment was provided. He and ail his retinue proba- 
bly nurabering some hundreds were fed, and after that reti- 
red to rest; but when they awoke the brâhman and the pavi- 
lion had both disappeared. This is commemorated in the 
Dêvâram. lie then w eut on to Çithambaram and there wor- 
shippedÇivaVAe head of tlœ aasemhh/. Afterwards hiswan- 
derings led him to a place called Tiru-Kachùr, which is a 
few miles from Chingleput. There again nighlfall found him 
under the outer wall of the town exhausted and famished. 
Çivan, the Suprême, however appears and with his mendi- 
cant bowl in his hand says, 'Remain hère, and dismiss ail 
anxiety. I will go andask alms for you and speedilyreturn. ' 



— 230 — 

Accordingly thedisguised god went to ail thebràhman houses 
round and begged for curry and rice, and bringing thèse back 
to the famished sage placed tliem before liim. So Sundarar 
praised the unknown brâhman's love, while he and his re- 
tinue ate and were refreshed. Fortliwith the brâhraan disap-r 
peared. Another hymn commémorâtes this. 

His next journey was to Kâhji^ wliere lie worshipped the 
god under the name of Egambarar'. 

Hère he remained for some time,and tlien wentontoTiru- 
Kalatti, the mountain where Kanappa-Nâyanàv^^^ image 
stands and there he oflfered his adoration and sang his hymn 
(Dêvâram, p. 1044). 

§ 7. — His enianglement witJi Çahgili(jâr. 

Afterthis hereturned to Tiru-Olti-ûr. 

We now come to what is the most curious épisode in the 
sage's (?) history. At the outsetofthe story we find Sundarar 
in relation to two of the ladies of Kailâçam. One of thèse 
under the name of Paracaiyâr lias been born onearth, and, 
has become his wife; the other Aninthithai (= the Irre- 
proachable) also was now born upon earth, in a family of the 
yeoman class (Velâ|ar) under the nameof Çangiliyâr ('She of 
the chain'). On earth she grew up Ihoroughly devoted lo the 
worsliipof lier mistressUmâ. In duc lime hec parents prepa- 
red to give lier in marriage lo a suitable person of Ihc tribe ; 
but she stoadily refused, saying that she was destined to 
belong to none but a de votée of Ci va. At lengtli after 
much suffering, she finds horself installed in the temple 
of Tiru otti-ûr in a suitable dwelling as a nun, or pledged 
devotee of the goddess, lier mistress. In this retirement three 

1. TiruVâçagam, IX, 15; XIV, 4. 

2. For this legend see Tiru-Vàçagam, X, 13, and XV, 9-12. 



— 231 — 

times every day she visited the temple to behold tbe deity ; 
and, behind a veil in an appropriate recess, she employed 
herself in weaving garlands of flowers to adorn the sacred 
images. Thusit happenedone day that when Sundara-Mûrthi 
came to the temple and looked round uponthe varions wor- 
shippers he went into the recess where the garlands were 
prepared. There, led by the hand of fate he beheld Çangiliijâr, 
fell in love with lier, and going forth enquired her name and 
learnt that she was a devotee in the service of the temple. 
He straightway ofïered bis pétition to bis master, wbo in 
things good and bad is represented hère as being the unscru- 
pulous friendandcobfidantratberthan the lord of bis devotee. 
The god replied to the sage' s prayer, 'She whom you ask 
for is the most ardently devoted ascetic of the temple; but 
fearnot, I will give lier to thee. ' Accordingly at midnight 
when she was asleep in her cell the god appearedto her in a 
dream. This appearance threw her into ecstasies, andfalling 
athisfeetshecried 'Lord, what meritorious deeds bave I donc 
in former embodiments that for my salvation Ihou shouldst 
thus appear ? ' To this Çivan the suprême replies, ' AU in 
TiruVenney-nallûr know liow 1 made a certain bard my ser- 
vant and my companion. Itis he, my friend, that prays that 
thou mayest be given to him as bis wife. Joyously consent 
thou to bis request! ' Shereplies'Thy servant, o lord, will 
obey thy command, and become thewife of this thy devoted 
servant; but lie now livesin Arûrin grcat joy and prosperity. 
Cause him to swear anoath that he will never désert me after 
our marriage.' Accordingly it was arranged that the sage 
should swear unalterable fidelty, wiiich considering that 
Paravaiyâr wasstill alive,seemed a dilficult matter ; and, in 
fact both be and bis master knew that the oath would not 
and could not be kcpt; but, since Çangiliyâr w^ould listen to 
no compromise, it was agreedat the suggestion of the god that 



— 232 — 

Ihe oath should be sworn, not in Ihe shrine before ihe 
sacred image, in M'hich case it would be binding, but under a 
tree in the precincts, in which case it would not be a binding 
oath! The god himself having suggested this, she acoepted 
it, and accordingly the pretended oath was sworn. The 
next day the god appeared to the devotees of the temple in a 
dream, andcommanded them to give Çangiliyâr in marriage 
to his servant S undarar, which was done accordingly. 

Thus a new life begins for the sage, who is now in fact 
attached to Çithambaram, of which Tiru-votli-ûr isasuburb; 
yet he hasnotforgotten the lord of Àrûr; and to hini he ad- 
dresses a song which is celebrated ; and after that, breaking 
his oath, leaves Tiru-votti-ûr to return to his first loves, 
both spiritual and earthly. But it is saidthat his eyesbecame 
blinded as a punishment for breaking his oath, and thus 
blind, but still singing with dévotion the praises of the raas- 
ter who had, as it would seeni, bctrayed him into this sin of 
perjury, he raakes his way towards Àrùr. On the road he 
visited several shrines specially, âlamkàdu, where he saw 
the temple of 'the Lady of Kârikâl''. Hethen went to Kâùji 
where in answerto his fervent supplications his left eye was 
restored. After this he went onwards from village to village, 
but it seems that as a further punishment he was afilicted 
with what would appear to hâve been a kind of leprosy co- 
vering the whole of his body. This however was removed in 
answer to his prayers, at the village of Tiru àvadu-turr-ai, 
where he was directedby the god to bathe in the tank on the 
north side of the temple. This was the occasion for further 
hymns of thanksgiving. Still he was afïlicted by the loss of 
his right eye, especially because the glory of his master in 
each shrine could scarcebe beheld even by both eyes, and 

1. See her legend iu Tiru-viK^Uj^am, VII, ver XV. 



— 233 — 

one was obviously insufficient. However, in ans\\ 'îr to his 
prayers, this also was granted him, and in transports of joy, 
perfectly restored to himself, he reenters Àrûr. Meanwhile 
Paravaiyâr, his first wife had heard of his infidelities, and 
mock-raarriage, and was of course exceedingly indignant, so 
that when our devotee wished to return to his dwelling she 
refusedto permit any messengers of histo enter Ihe dwelling. 
In vain was the help of varions mediators sought. She de- 
clared that she would die rather than be reunited to him. In 
this extremity the sage has recourse to his master, whom he 
sought again to employ in what certainly seems to us to be 
a most undignified occupation. It is difRcult indeed to fancy 
*Çiva Perumân' acting in the capacity of Sir Pandarus of 
Troy ! However tiere seems to hâve been in this case no limit 
to the kindly indulgence of the master who treated the de- 
votee invariably as a spoiled child. He accordingly paidtvvo 
visits to the lady, oue in the guise of a devotee, and again in 
his own glorious form ; and she is at lenglli appeased, Sun- 
darar being readmitted to his home. So thoroughly has the 
god performed his task that when Sundarar arrives he finds 
his dwelling in festive array, lighls gleaming and beautiful 
flowers shedding light and beauty, and difïusing a heavenly 
radiance around. 

After this, for a long period he and Paravaiyâr lived in 
ail the luxury of amplest wealth : the sanctity being appa- 
rently in abeyance! 

§ 8. — Healimj of Eyar-Kôn. 

At this time a distinguishod devotee of Çivan, called 
l'Jyar-Kôn Kali-Kâma-Nâyanâr, hearing that Sundarar had 
actually dared to employ his Master as a vile pandar; was 
naturally very angry and gave expression to his wrath in 



— 234 — 

words of contemptuous indignation againstboth the servant 
and the Master ! 

Çivan, the suprême, hearing of this, sent a dreadful colic 
as a punishment to the presumptuous devotee, and when the 
sufferer appealed to his compassion said to him « Only. by 
the hand of my servant Sundarar can'st thou be healed ». 
The impetuous devotee indignantly refused the services of 
one whose conduct he had so loudly condemned^ declaring 
that he would rather he branded with the three-pronged 
spear of Çivan made red hot, than allow one who had em- 
ployed the god on such an unworlhy errand toapproach him. 

However, the sage came, and was denied access to the sick 
raan ; but forcing his way in, declared that he had come to 
heal. The patient, in a t'ury drew his sword and slewhimself, 
rather than be healed by unworthy hands. The sage horri- 
fied took the sword, and was about to kill himself, when 
Çivan restored the dead man to life, and filled his mind with 
heavenly light, the resuit of which was that he sprang up 
and wrested the weapon from Sundarar's hand. A full expia- 
nation and reconciliation took place and from that time 
Éyar-kôn became the attached friend of the sage, who paid 
him a long visit and then returned to Àrûr. 

§ 9. — His friend Çêraman Perumal. 

After this a new friend cornes into the life of the sage. 
This person is called Çêramân-Perumâl-Nâyanâr, who was 
the chieftain of Kodunkôl. This petty king was a very remark- 
able devotee, and his history is related at great length. We 
shall only note the particulars connected with his intimacy 
wilh our sage. The first place of importance which they 
visited together was Vêdâraniyam, celebrated in the history 
of Nâna Sambandhar. This chief seems to hâve been himself 



— 235 — 

a poet. They tlien went to Maclura, and travelled round the 
Pândiyan kingdora, while the sage composed and sang lyrics 
at ev.ery sacred shrine. After many days spent in Àrûr, the 
tvvofriends took a journey westward, and having to cross the 
Kâvëri, which was swollen by the rains, the sage sang one 
of his celebrated songs, the conséquence of which was that 
the river divided, and standing on eitlier side like walls of 
crystal permitted them to pass over dryshod. After they had 
sung praises to the god, the river quietly returned to 
its usual ehannel; After this Sundara-Mûrtti accompanied 
his friend to Kodunkol where he was received with 
royal pomp, and made a splendid progress round tlie little 
State, singinghis sacred lyrics everywhere. After some time 
hefelt an irrésistible impulse to returnto Arûr, but his friend 
and patron resisted liis departure, and only consented on the 
understanding that immense piles of gold, jewels, costly 
garments and perfuraes should be sent with the sage, carried 
by a little army of porters. When Ihey were on the way the 
hosts of Çivan disguised as robbers came and carried ofï ail 
the treasure: but the sage went to the nearest temple, and 
sang a lyric which had such an efïect that the robbers brought 
back the whole of their spoil and piled it up at the gâte 
of the temple; so the wealth reached Àrûr in safety, no 
doubt to the great satisfaction of Paravaiyâr, who was of an 
avaricious disposition it may be inferred. On a later occasion 
when Sundarar returned to visit his friend, itis said that in 
a certain village he heard sounds of rejoicing proceeding 
from one liouse and of raourning from the opposite one. On 
cnquiring the reason he was told that in the house of mour- 
ning a boy of fîve years of âge had gone to bathe in the tank 
with another boy about his own âge; and that one of thèse 
boys had been swallowed by an alligator, while the other had 
escaped. The mourning in the one house was for the child 



- 236 — 

carried away in such a terrible manner; while the rejoicing 
in theother house was for the childthat had returned safe, 
whom they wereinvesting withthe sacred thread! The saint 
was fiUed with compassion for the mourners, who came 
crowding to worshipat his feet, imploring him to accepttheir 
hospitality and feeling that his présence was more than a 
compensation for their bereavement, and sang one of his 
sacred lyrics,praying that the child might berestored. Accord- 
ingly the dreaded king of death brought back tlie spirit of 
the child, reunited it to the body, and caused the alligator to 
bring the child thus rescued to the bank. This wonderful 
résurrection filled the whole countryside with wonder, and 
rich présents poured in, while the land rang with the praises 
of the illustrions visiter. 

Many days after this the sage, while hishost had gone to 
bathe, went to the temple of Tiruvaûjaikalam, and having 
performedhis worship with due dévotion, prostrated himself 
before the image in an ecstasy of mystic ferveur, praying in 
language, that might hâve been adapted from the song of 
Simeon, that lie might at length be released from the bonds of 
earthly life andpermittedagain to worshipat the sacred feet 
on the holy hill. No sooner had he ofïered this prayer than 
Çiva-Perumân, addressing ail the gods, bade them in glad 
procession proceed toearth, and placing Sundarar on a white 
éléphant conduct him to Paradise. This was accordingly 
donc. AU the heavenly hosts surrounded him. He was 
mounted upon an éléphant; and with the sound of ail kinds 
of music, amid the praises of ail the gods, and showers of 
flowers from the sky, he was conducted alongthe celestial way 
to Kailàçam. Meanwhile the chief his friend returning saw 
the wondrous procession making its way through the sky, 
and immediately mounting his royal charger breathed into 



— 237 — 

itsear, the *mystic five syllables''. Forthwith the charger 
sprang into the skies overtook the éléphant on which the 
saint was riding, and led the way to the *silver hill'. Ail the 
choicewarriorsofthe kingdom seeing their master taken f rom 
their sight fell upon their swords, and leaving their earthly 
bodies at once received the heavenly shapesof heroes,and so 
preceding their master waited at the gâte of Paradise to wel- 
come him and do him service. So the whole company went 
on, the saint stili chanting his inspired song. At length at 
the sacred gâtes the sage was admitted, but his friend and 
attendants remained outside. Çivan received his faithful 
devoteeand friend with warm welcome. The sage, bowing 
athisfeet, said "The fault which banished me from hence 
and consigned me to an embodied existence is forgiven, and 
once more Ihou dost admit me to share thy joy with thee !" 
He then representedthecaseof theNâyanârwho was waiting 
without the gâte. The order was given at once for his ad- 
mission, and our sage under the old title of Halâla-sundarar 
was made the chief of Çivan's hosts, with his friend as his 
second in command. 

Afterwards, Paravaiyâr and Çangiliyâr, restored to their 
old names and positions, were galhcred with the servants of 
Pârvathi. So they alJ entered into the joy of an eternal rest. 
To the king of the sea it was moreover given in charge that 
he should carry down to the Southern land the hymn which 
the sage had -sung on the way. Thus ends the legend of tlie 
third of the Çaiva saints, or if we include Mànikka-Vâçagar, 
lliefourth. It will be seen that they were very diverse in 
'liaracter and history. 

By the readers of the four historiés of Mânikka-Vâçagar, 
Sambandhar, Nâvukkaraçar and Sundara-Mùrtti, who closes 

1. See Tiru-Vàçagam p. XXXIX, note II. 

16 



— 238 - 

the séries, it will be seen that thèse " saints " liad many 
peculiarities and even vices which to the western mind seem 
most répulsive, and unsaintly. For example Sundarar in his 
poems uses the most unseernly familiarity in his addresses 
to his master. Before coming down from Kailâça he had 
earnestly implored thegod not to forsakehimin his new po- 
sition ; and we hâve seen that Çivan was continually 
wilh hisfaithlul devotee, who calls him ' Madman' ' Decei- 
ver ', ' Companion' and even ' Servant'. Something of this 
is seen in Mânikka-Vâçagar' s verse, but Sundara avails 
himself of the liberty of aspoiled child in a strange way. We 
raay notice too an inconsistency in the history of this devotee 
not discernible in the others. Sundara was sent down to earth 
to rid himself of the dominion of the sensés and tomakeatone- 
raent for the indulgence of undisciplined thoughts and de- 
sires. The god also appears to break ofï Sundara's marriage 
by claiming the young bridegroom as liis slave; and the de- 
sign of this is to prevent him from becoming a drudge to the 
world. Yet afterwards, the selfsame Sundarar is actually 
permitted to employ his master to arrange for liis union with 
Paravaiyâr, and afterwards to bring abbut a reconciliation 
when she was justly offended. 

Moreover Çivan was employed to arrange a second and 
clandestine marriage with Aninthaiyâr (or Çangiliyâr) ; and 
this was accomplished by a gross déception, Sundarar swe- 
aring never lo désert her, which he however did soon, with 
the connivance of Çiva! He swore what seemed to her a 
binding oath, but was not really so, bécause not sworn in the 
temple, but merely under tlie shade of a consecrated tree. 
We note thèse things, because the tone hère is decidedly 
lowerthan that of thetwo former historiés. Mânikka-Vâçagar 
laraents bitterly his imperfections and falls, but gives the 
idea of a devout-minded man struggling towards purity and 



— 239 — 

light. Sambandhar présents an exquisite picture of youthful 
dévotion, reminding us of what we are familiar with in 
connection with the names of Samuel, Daniel and S. Johnthe 
Apostle. We say this, because the character of their saints 
must, one would suppose, affect the conductof the votariesof 
the System. 

Rev. G. U. Pope, M. A., D. D. 
Bailliol Collège, Oxford. 

Note de la Rédaction. — La légende de la sainte de Kârikàl, dont 
il est question ci-dessus, p. 232, a été traduite en français par 
M. Julien Vinson et publiée dans la Reoue orientale (année 1880, 
p. 117-136), d'après le Périya Purânam. 



LE 

LEVER DE LA LUNE DE LA CONNAISSANCE 

( prabôdhacandrôdaya) 

Drame en 6 actes, traduit pour la première fois en français 
du sanskrit et du prâkrit 

(suite)' 

quatrième acte 

(Alors entre Amitié) 

Amitié. — J'ai entendu dire à Joie que ma chère compagne, 
Foi, est protégée par la vénérable Dévotion à Vishnu contre 
l'ardeur d'engloutissement de la femme de Çiva. Quand 
verrai-je ma chère amie? mon cœur le désire ardemment. 
(Elle fait quelques pas sur la scène). 

(Alors entre Foi). 

Foi. ' — (Elle dit à haute voix avec un tremblement de crainte) : 
Maintenant encore mon cœur tremble comme celui d'une 
antilope: je vois la redoutable femme de Çiva, ayant des 
crânes d'homme en guise de pendants d'oreille, lançant par 
ses regards une multitude d'éclairs, dont l'aspect est terrible 
par des cheveux rougescomme des flammes et dont la langue 
s'agite entre les dents qui sont des bourgeons et des croissants 
de lune. 

Amitié. — Ah! voici ma chère compagne, Foi, dont le 
cœur est agité par la crainte et qui tremble de tous ses 
membres comme une antilope: elle délibère sur quelque sujet 

1. Voy. t. XXXIl, numéro de juillet (1899), p. 230-246, et t. XXXllI, 
numéro de janvier (1900), p. 67-86; numéro de juillet, p. 223-239. 



— 241 — 

et ne me voit pas, bien que je sois allée au-devant d'elle. Eh 
bien ! je vais lui parler. 

(Haut). Foi, ma très chère amie ! Pourquoi, au milieu des 
tortures de ton cœur, ne pas même me voir ? 

Foi. — (La regardant avec un soupir): Ah! ma très chère com- 
pagne, Amitié! 

(( Pendant que je me trouvais entre les dents de la bouche 
grande ouverte de la nuit de la mort, je t'ai vue, ô amie! et 
toi-même tu es de nouveau dans cette même naissance'. » 

Viens donc, embrasse-moi. 

Amitié. — (Elle fait ainsi) : Amie, comment tes membres 
peuvent-ils, maintenant encore, trembler à cause de la femme 
de Çiva, dont le pouvoir magique est menacé par Dévotion à 
Vishnu? 

Foi. — (Elle redit à voix haute): « Maintenant encore, mon 
cœur tremble comme celui d'une antilope: je revois la redou- 
table femme de Çiva, ayant des crânes d'hommes en guise de 
pendants d'oreille, lançant par ses regards une multitude 
d'éclairs, dont l'aspect est terrible par des cheveux rouges 
comme des flammes, et dont la langue s'agite entre les dents 
qui sont des bourgeons et des croissants de lune. » 

Amitié. — (Avec crainte): Ah! la misérable, à l'aspect redou- 
table! Etqu'a-t-elle fait à son arrivée? 

Foi. — a Elle est descendue comme un faucon, et, d'une de 
ses mains, in'ayant saisie par les pieds et de l'autre main 
ayant pris Devoir, elle s'est envolée avec impétuosité dans les 
airs, pareille à la femelle du vautourqui tient dans ses serres 
deux morceaux de chair tremblante. » 

Amitié. — Ah! malheur 1 Ah! malheur! (Elle s'évanouit). 

Foi. — Amie, reviens à toi, reviens à toi. 

Amitié. — (Revenant à elle). Ensuite, ensuite. 

1. C'est-à-dire, tu vis encore. 



— 242 — 

Alors la déesse, en entendant, notre cri lamentable, a les 
yeux en larmes et la pitié se glisse dans son cœur. 

(f.Avec un froncement de sourcil redoutable, elle lance à 
la cruelle un regardenflamraé par unecolèrequifaitrecourber 
son corps d'une manière puissante; et la cruelle est tombée 
sur la terre, comme une montagne frappée de la foudre, ou 
comme un crâne qui tombe en ruine et se brise. » 

Amitié. — bonheur! En un instant ma chère amie est 
rendue à la vie, comme une gazelle qui tombe de la gueule 
d'un tigre. Ensuite, ensuite. 

Foi. — Alors la Déesse, après avoir réfléchi, s'est écriée: 
Je détruirai jusqu'à la racine Grand Aveuglement, ce maudit, 
ce méchant qui me méprise. Puis la Déesse m'a chargée 
d'une mission. — Va, m'a-t-elle dit, ô Foi ! parle à Discer- 
nement et dis-lui de faire tous ses efforts pour la défaite 
d'Amour, de Colère et des autres. Alors se manifestera l'absence 
des passions, et moi, choisissant ce moment favorable je pro- 
tégerai votre armée en la secourant par l'Acte de retenir son 
souffle et les autres; la déesse Ritambharâ' et les autres, grâce 
àl'habileté d'Apaisementet des autres, produiront lanaissance 
de Prabôdha pour le bienheureux (Discernement) uni àladéesse 
Révélation. — Jesuisdonc partie à la recherche de Discerne- 
ment; mais toi, à quoi passes-tu tes jours? 

Amitié. — Nous aussi, les quatre sœurs', par l'ordre de 
Dévotion à Vishnu, nous sommes estimées des gens de bien 
pour le perfectionement de Discernement; car ces (gens de 
bien) 

(( Songent à moi pour l'heureux et pour le malheureux; ils 
songent aussi à Pitié, joyeuse aux bons et n'ayant que du 
mépris pour les méchants; et par ce moyen cette âme, même 

1. Ritambharâ. Personnage allé<?orique qui ne parait pas dans le 
courant de la pièce. Il en est fait seulement ici mention. 

2. Ces quatre sœurs sont : Amitié, Pitié, -Joie, Douleur. 



— 243 — 

souillée par les vices, tels que Passion, Cupidité, Haine etles 
autres, gagne la sérénité. » 

Ainsi nous toutes, les quatre sœurs, nous passons nos jours 
à nous occuper uniquement du bonheur de Discernement. 
Maintenant où ma chère amie voit-elle le grand roi ? 

Foi. — Voici ce que m'a dit la Déesse; il y a une contrée 
que l'on nomme Râdha: là, dans Cakralîrtha, qui fait l'orne- 
ment des bords du Gange, Discernement, pour sa (prochaine) 
union avec la déesse Révélation, s'adonne à la pénitence en 
soutenante peine son souffle, et d'un cœur plein de componc- 
tion, appliquant son esprit à l'étude de la Mîmànsâ'. 

Amitié. — Que ma chère amie s'en aille; moi, de mon côté, 
je vais accomplir ma mission. 

Foi. — Qu'il en soit ainsi. 

FIN DU PROLOGUE 



(Alors entrent le roi' et le concierge du palais). 

Discernement. — Ah ! méchant, maudit Grand Aveugle- 
ment ! De toute façon par toi les honnêtes gens sont tués. En 
effet 

(( L'insensé, quoique plongé dans elle, ne boit pas dans 
l'eau de l'océan de l'immortalité', pure, d'une grandeur in- 
finie, sans vagues, ayant le bonheur et la pensée' sans tache; 
mais l'insensé, au prix de bien des fatigues, boit dans l'eau 

1. Philosophie védantique. 

2. C'estDiscernement(Vivêka). C'est cette appellation que nous adop- 
tons ici à la place de ra/a qui se trouve dans le texte, afin d'éviter 
toute obscurité. 

.3. C'est-à-dire Brahmâ. 

4. Cidânanda. On voit souvent Saictcfârtanrfa, qui est l'expression 
complète. C'est une formule propre au système védantique, et qui 
veut dire: l'être qui est l'existence, pensée et bonheur. 



— 244 — 

insipide de l'océan (du monde) qui n'est qu'un mirage: il boit, 
il se baigne et se réjouit, il plonge et remonte. )) 

Ce qui est cause de tout cela, c'est l'ignorance (où l'on est) 
de Grand Aveuglement, qui met en mouvement la roue de la 
transmigration du monde, et la cessation (de son pouvoir) ne 
peut venir que de la connaissance delà vérité. Car, 

(( Pour le renversement et le déracinement de cet arbre du 
monde qui est la racine de l'ignorance, il n'y a pas d'autre 
moyen que la connaissance de la vérité, née de l'adoration 
pour le Souverain roi (Visnu). » 

D'ordinaire, quand les gens de bien ont décidé l'accomplis- 
sement d'un projet, les dieux deviennent leurs alliés: voilà 
ce que disent les gens qui savent la vérité. Aussi voici les 
prescriptions de la déesse Dévotion à Visnu : — Que l'on 
fasse des efforts pour la défaite d'Amour et des autres. Pour 
moi, mon parti est pris en votre faveur; or, parce moyen. 
Amour est tout à fait vaincu par le premier héros, Esprit 
Critique^ — Soit. Eh bien! je vais lui donner mes ordres 
pour la victoire. 

Védavati M appelez Esprit Critique. 

Le Portier. — Comme le roi l'ordonne. 

(Il sort et revient avec Esprit Critique). 

Esprit Critique. — Ah! le monde est renversé par ce 
maudit Kâma, qui ne cesse de grandir par l'idée que l'absence 
de réflexion est une beauté, ou plutôt c'est ce méchant Grand 
Aveuglement lui-même (qui cause cette ruine) En effet, 

« Quand il voit la femme, qui n'est qu'une véritable poupée 
impure, le sage lui-même se réjouit, plein d'enivrement, et, 
dans son bonheur, il la loue, en disant: Elle est belle, elle a 
des yeux de lotus, ses hanches sont énormes, ses deux seins 
se dressent élevés et gros, sa bouche est un beau lotus, ses 

1. En sauskr. castuoicâra. 

2. Nom du portier. 



— 245 - 

sourcils sont pleins de beauté. — Ah ! c'est le crime d'Aveu- 
glement. » 

En outre, il n'y a pas même de repos pour les gens intelli- 
gents qui réfléchissent selon la réalité et qui se disent : La 
femme est faite d'une cage d'os revêtue d'une fange de chair, 
elle a une mauvaise odeur qui lui vient de sa nature, et son 
extérieur est repoussant. Il est donc bien évident que l'on a 
toujours attribué à la femme des qualités qu'elle ne possède 
point. En effet, 

Un collier de perles, liane faite de perles résonnantes, 
des nûpurâs d'or, des guirlandes merveilleuses de fleurs odo- 
rantes, un vêtement splendide de lin blanc, oh! tout cela, 
pour les gens inintelligents, devient autant de qualités chez 
la femme; mais, pour ceux qui regardent de l'extérieur au 
dedans, la femme est un enfer: c'est le nom qu'ils lui 
donnent, m 

(En l'air'). Ah! méchant Amour, le dernier des êtres! Pour- 
quoi, lorsque tu te manifestes, le monde est-il troublé et sans 
appui? En effet, voici ce qui se passe dans l'imagination de 
l'homme : il se dit : 

« Elle me désire, cette jeune fille au visage de lune; elle 
me regarde avec plaisir, cette belle aux yeux de lotus bleu, 
elle désire l'embrassement de ses larges seins . » 

Fi! ô insensé! 

« Quelle est celle qui te désire? quelle est celle qui te re- 
garde? brute ! la femme, formée d'os et de chair, n'y voit 
rien du tout; l'âme incorporelle ' à son tour te regarde. » 

Lf, Portier. — Par ici venez, Auguste! (Tous deux font 
quelques pas sur la scène). 

1. On a vu plus haut que cette expression scénique était employée 
quand le personnage ou scèue ne s'adressait à aucune personne pré- 
sente. 

2. L'ànie unique, puhs. 



— 246 — 

Le Portier. — Voici le grand roi qui est assis. Que votre 
seigneurie s'approche. 

Esprit Critique. — (S'étant approché.) roi! triomphe! 
triomphe ! Voici Esprit Critique qui devant toi s'incline. 

Discernement. — Assieds-toi là. 

Esprit Critique. — (S'étant assis.) roi! le voici, ton ser- 
viteur, il est arrivé: favorise-le de tes ordres. 

Discernement. — Notre combat avec Grand Aveuglement 
est commencé. Amour en est le premier héros, et par nous 
vous êtes désigné pour être son adversaire. 

Esprit Critique. — Je suis heureux d'être ainsi honoré par 
mon maître. 

Discernement. — Et par quelle science des armes vaincrez- 
vous Amour? 

Esprit Critique. — Ah ! déjà, en pensant qu'il faut vaincre 
Amour aux cinq flèches et à l'arc de fleurs, on a considéré le 
choix des armes. Vois: 

« Je désarmerai Amour, (d'abord) en fermant très forte- 
ment, mais avec peine, la porte (des neuf sens) pour empêcher 
tout retour vers le souvenir des femmes et le charme de leur 
présence, (puis) en faisant réfléchir à plusieurs reprises sur 
leur déplaisante maturité et leurs corps repoussants. » 

Discernement. — Bien, bien. 

Esprit Critique. — Et aussi , 

(( S'il y a des fleuves aux grandes îles, s'il y a des mon- 
tagnes dont les rochers sont polis par les eaux qui ne cessent 
pas d'y tomber, s'il y a des rangées de forêts aux arbres 
énormes, s'il y a des paroles d'apaisement venant de Vyâsa et 
le commerce avec les sages, que peuvent faire les femmes 
faites de chair et de graisse et que peut faire le dieu de 
l'Amour? » 

Ce qui s'appelle la femme, voilà l'arme principale d'Amour 
aussi, quand elle aura été vaincue, l'activité de tous les autres 



— 247 — 

compagnons d'Amour, deviendra stérile et ils n'y trouveront 
que leur ruine. En effet, 

(( La lune, le sandal, les forêts de plaisance, blanches par 
l'éclat de la lune et qui résonnent du sourd bourdonnement 
des abeilles, les levers du printemps, les levers de nuages 
aux agréables murmures, les jours de longue durée que par- 
fument les vents qui ont passé sur l'arbre Kadamba, les poudres 
odorantes... etc., qui sont tous les compagnons d'Amour, sont 
vaincus par la ruine de la femme. » 

Mais c'est tarder beaucoup trop, que mon maître ordonne. 

« Moi, en détruisant l'armée des ennemis par les Réflexions 
se précipitant de toute part, comme par des flèches, pareil à 
celui qui a pour arc Gândîva (Arjuna), je renverserai Amour, 
comme l'armée des Kurus abattit Sindhurâja. » 

Discernement. — (Avec bienveillance.) Que votre seigneurie 
s'apprête donc pour la défaite des ennemis. 

Esprit Critique. — Comme l'ordonne le roi. 
(Alors il s'incline et sort). 

Discernement. — Vêdavati I qu'on appelle Patience pour la 
défaite de Colère. 

Le Portier. — Comme l'ordonne le roi. 

(11 ."ort, puis il rentre avec Patience). 

Patience. — « Les sages, héros profonds comme l'océan 
immobile et sans tache, supportent les méchants propos et les 
cris d'un ennemi redoutable par les vagues du froncement de 
ses sourcils, assombris des ténèbres de la colère, et par ses 

yeux terribles et rouges comme les rayons du crépuscule. » 
(Se regardant elle-même avec complaisance). 
(( Ce n'est pas la fatigue des paroles qu'il faudrait estimer, 
ni la douleur aiguë de la tête, ni la torture de l'esprit, ni la 
lassitude du corps, pas plus que Nuisance et les autres, dont 
l'emploi serait stérile, mais c'est moi seule, au contraire, que 
l'on doit estimer pour remporter la victoire sur Colère. » 
(Tous deux fout quelques pas sur la scène). 



^ — 248 — 

Le Portier. — Voici le roi! Que ma chère amie s'ap- 
proche. 

Patience. — (S'étant approchée) Triomphe, triomphe pour 
le roi ! 

Voici la servante du roi, Patience, qui s'incline parlepros- 
terneraent des huit membres. 

Discernement. — Asseyez-vous ici. 

Patience. — (S'étant assise). Que le roi me donne ses ordres. 
Pour quelle cause avez-vous appelé votre servante? 

Discernement. — Dans ce combat la méchante Colère doit 
être par toi vaincue. 

Patience. — Grâce à la protection du roi, je serai ca- 
pable de vaincre Grand Aveuglement lui-même, à plus forte 
raison Colère, qui n'est que sa servante. Aussi moi-même 
.bientôt 

« Je renverserai ce méchant, Colère, dont les yeux vo- 
missent des étincelles, qui entrave sans raison les œuvres de 
la lecture des Vôdas, du sacrifice aux dieux et aux mânes et 
de mortification, comme Mahisha a renversé la déesse 
Durjâ. » 

Discernement. — Patience! nous écoutons. Eh bien! 
comment se fera la défaite de Colère? 

Patience. — O roi ! Je vais vous le faire connaître. 

« Oià est le lever de Colère pour ceux dont le cœur est hu- 
mide du suc de la compassion et qui se disent : Devant un 
homme en colère, on doit n'avoir qu'un visage souriant, et Ion 
doit se conduire avec sérénité ; à l'outrage on doit répondre 
par des paroles de prospérité ; quand on est frappé, on doit 
éprouverlajoie de la destruction des péchés de l'âme. Malheur 
à l'homme dont l'âme n'a pu se vaincre ! Il sera difficile à 
écarter, le malheur qui s'est approché de lui par un fatal 
destin. » 

Discernement. — Bien, bien. 



— 249 — 

Patience. — O roi! par la défaite de Colère seront en- 
tièrement vaincus Nuisance, Fureur, Orgueil, Jalousie et 
les autres. 

Discernement. — Que votre seigneurerie aille donc se 
mettre dans une position forte pour s'assurer la victoire. 

Patience. — Comme l'ordonne le roi (Elle sort). 

Discernement. — (Au portier). Dêvavati ! Qu'on appelle 
Contentement, victorieux du désir. < 

Le Portier. — Comme le roi l'ordonne. 

(Il sort et rentre avec Couteutemeat). 

Contentement. — (Réfléchissant — avec pitié). 

« On peut prendre, si on le désire, le fruit des arbres dans 
toute forêt sans fatigue ; en tout lieu on peut prendre l'eau 
froide et.douce des rivières pures; on peut prendre un lit, 
doux au toucher, que l'on a formé de bourgeons et de lianes 
très douces : cependant, à la porte des gens riches, les misé- 
rables subissent tous les tourments. » 

(En l'air). Ohl folie de l'homme avide ! Il est certes bien dif- 
ficile d'arracher (à ton cœur) cet aveuglement. En effet, 

(( Combien de tes entreprises ont été brisées et combien de 
fois n'ont-elles pas été anéanties! brute, qui désirerais boire 
dans cette eau vile des océans des richesses, qui n'est qu'un 
mirage! Cependant l'espérance ne cesse pas (de régner) en toi, 
insensé ! puisque ta tête, faite certainement de foudre et de 
rochers, n'est pas brisée cent fois. » 

Cette conduite, rendue aveugle par Cupidité, étonne mon 
esprit. En effet, 

« Insensé ! tu penses toujours aux richesses, en te disant : 
Cette chose, que je devais avoir, elle a été acquise; mais il y 
en a une autre qu'il faut en plus acquérir, car celle-ci dérive 
de celle-là, et cette autre chose est obtenue. — Tu ne sais 
pas qu'en revanche ce démon, Espérance, en peu de temps 



— 250 — 

t'avalera de force tout entier, toi qu'enveloppe l'obscurité de 
ta cupidité sans bornes! » 

De plus, 

(( La richesse, eh bien! soit; elle a été acquise avec peine : 
cependant, lorsque survient la perte de cette richesse ou ta 
perte, ta mort, la séparation n'en existe pas moins de deux 
manières. Est-ce que la non-acquisition des richesses est 
meilleure, dis-moi, ou bien la perte est-elle bonne? La perte 
du gain nous cause un grand trouble, mais non l'absence de 
ce gain lui-même. » 

Bien plus, 

(( La mort se réjouit sur ta tête; constamment ce serpent 
redoutable, la vieillesse, te dévore; le monde est dévoré par 
des vautours faits de richesses. Celui qui est plongé un peu 
dans l'eau de l'ambroisie du Contentement, après avoir lavé 
par les eaux de la science cette poussière qui, née de Cupi- 
dité, s'était accrue par l'ignorance, celui-là trouve le bon- 
heur. » 

Le Portier. — ■ Voici le maître. Que l'Auguste s'approche 
donc. 

Contentement. — (Ayant ainsi fait). Que le maître triomphe, 
triomphe! Voici Contentement qui s'incline devant lui. 

Discernement. — Asseyez -vous ici. 

(En parlant ainsi, il le fait asseoir près de lui). 

Contentement. — (S'étant assis avec modestie). Voici votre 
esclave "• que le roi me donne ses ordres. 

Discernement. — Votre seigneurie a une puissance des 
plus renommées : trêve de discours sur ce sujet. Votre sei- 
gneurie doit partir pour Bénarès afin de vaincre Cupidité. 

Contentement. — Comme l'ordonne le roi. 

(( Comme le fils de Daçaratha (Râma) a vaincu le souve- 
rain des râkchasas (Ràvana), aux visages divers, vainqueur 
des trois mondes et qui doit son accroissement à l'empri- 



— 251 — 

sonnement el au meurtre des dieux et des brahmanes, ainsi 
je vaincrai Cupidité nécessairement et très vite » (il sort). 

(L'âme ^ entre avec une apparence modeste). 

L'ÂME. — roi ! on a obtenu d'heureux présages pour 
la victoire et pour le départ. Elle est proche, l'époque du 
départ que nous avait fait connaître l'astrologue. 

Discernement. — S'il en est ainsi, que les chefs reçoivent 
l'ordre de partir avec l'armée. 

L'ÂME. — Comme l'ordonne le roi (Elle sort). 

(Dans la coulisse). 

« Qu'on équipe les éléphants qui, par le vin du mada 
tombé de leurs fentes et de leurs bosses (attirent) les bourdons 
enivrés; qu'on attelle aux chars les chevaux qui, dans leur 
rapidité, l'emportent de beaucoup sur les vents impétueux.- 
Que les fantassins se présentent avec leurs lances qui, dans 
tout l'espace du ciel, font jaillir comme une forêt de lotus 
bleus ; (qu'ils fassent de même) les cavaliers, dont les mains 
puissantes jouent avec les épées. » 

Discernement. — Soit. Partons, puisque nous avons 
obtenu d'heureux présages. 

(A son serviteur). Ordonnez à mon cocher de préparer et 
d'amener mon char de guerre. 

Le Serviteur. — Comme l'ordonne le roi (H sort). 

(Alors entre le cocher menant avec lui le char). 

Le Cocher. — roi ! Voici le char tout apprêté. Que votre 
seigneurie veuille y monter. 

Discernement. — (.\yant fait les dispositions des présages 
heureux, il indique par ses gestes qu'il monte sur le char). 

Le Cocher. — (Montrant la rapidité du char). O seigneur! 
vois, vois : 

« Ces chevaux, dont on n'infère la succession des bonds 
que par la masse de poussièreagitée,et dont Textrémité seule 

1. Skr. : purusa. 



— 252 — 

des .sabots dans leur élan touche à peine la terre, ces che- 
vaux traînent dans les airs le char, dont le bruit redoutable 
est celui de l'Océan baratté. » 

Voici la ville de Bénarès, purificatrice des trois mondes, 
que nous apercevons non loin d'ici. 

« Voici les sommets des palais, plus éclatants que les rayons 
de la lune : ils apparaissent nombreux et retentissent du 
bruit de l'eau qui tombe en gouttelettes des machines. Sur 
ces sommets cetle rangée d'étendards est aussi belle qu'une 
rangée d'éclairs, qui diversement resplendissent aux bords 
des nuages sans tache de l'automne. » 

Et voici non loin, à l'extrémité de la ville, les parcs, où 
retentit le bruit des abeilles s'attachant à chaque bourgeon, 
où tombent en abondance les pluies du suc de l'épanouisse- 
ment dès plantes, où les fleurs embaument, où les arbres ont 
des feuilles si denses qu'ils en deviennent noirs. Dans ce lieu 
(à Bénarès), les vents ressemblent à des religieux sectateurs 
de Ci va. En effet', 

« Les vents sont humides de l'eau du Gange et blanchis 
par le pollen; ils honorent, pour ainsi dire, par les fleurs 
qu'ils font tomber sur leur passage, celui qui a pour diadème 
la lune (Çiva); ils chantent un éloge deÇiva (eu retentissant) 
comme un bourdonnement d'abeilles; enfin ils dansent en 
agitant les lianes tremblantes comme des bras. » 

Discernement. — (Regardant avec joie). 

(( Voici cette Bénarès, qui attire mon cœur en lui donnant 
l'éclat du bonheur suprême par la dispersion des ténèbres : 
c'est la ville de celui qui a pour diadème la lune; comme la 
science (qui délivre), c'est pour nous le lieu de la délivrance. 

1. Le roi va donner l'explication de ce qu'il avance, quand il dit 
que les vents à Bénarès ressemblent à des religieux. On peut remar- 
quer dans la stance suivante combien l'écrivain a eu soin de main- 
tenir la comparaison entre les vents et les religieux. 



— 253 - 

Là, sinueux comme un collier de perles qui descend du cou 
de la terre, le Gange, par ses masses d'écume, l'emporte sur 
le mince croissant de la lune. » 

Le Cocher (ayant fait quelques pas sur la scène). — O Sei- 
gneur ! vois, vois: voici l'ornement des bords du Gange, le 
temple pur deVishnule bienheureux, le Kêçava primitif. 

Discernement (avec joie). — Ah! 

« Le dieu est chanté par ceux qui connaissent le passé 
comme étant l'âme de ce lieu ; et c'est ici que s'absorbent en 
Vishnu ceux qui meurent en ayant la vertu en partage. » 

Le Cocher. — O Seigneur! vois, vois: voici justement 
Amour, Colère, Cupidité et les autres qui, en nous aper- 
cevant, fuient bien loin de ces lieux. 

Discernement. — C'est ainsi. Soit. (Etant entré). Triomphe, 
triomphe pour le bienheureux! Nous honorons le bien- 
heureux pour la réussite de nos désirs. 

(Etant descendu de son char, il entre et regarde). 

Triomphe, triomphe pour le bienheureux! toi dont le 
siège d'or est parsemé de vers luisants qui sont les rayons de 
tes ongles brillants sur le lotus de tes pieds, qu'éclairent, 
rangés en cercle, les diadèmes de tous les immortels; toi qui es 
seul habile dans l'enlèvement de ce songe qu'est le monde 
pour les dévots tourmentés par la succession de cette illusion 
qui est la dualité apparente; toi qui as supporté le cercle 
étincelant des montagnes à l'extrémité de tes défenses pour 
sauver la terre (submergée sous les eaux) , toi qui à tour de 
rôle as gravi les trois mondes ; toi qui as plongé dans l'éton- 
nement l'univers entier en secourant le peuple de Gôkula, 
qu'effrayait la quantité énorme de pluie tombée àl'improviste 
d'un terrible nuage qu'avait soulevé la colère d'Indra: ce 
péril, tu l'avais écarté en soulevant de tes bras puissants le 
mont Gôvardhana en guise de parapluie ; ô maître! Souve- 
rain d'une splendeur immense par l'effacement du minium 

17 



— 254 — 

— rouge comme les rayons du crépuscule — du front de la 
foule des femmes Dâilyas ^ ; toi qui as plongé les trois mondes 
dans un vaste océan de sang qui coulait de tes deux mains 
aux ongles brillants et invincibles par le déchirement de la 
poitrine du roi des démons; toi qui élèves tes bras insignes, 
éclairés par l'éclat resplendissant de ton merveilleux disque, 
aiguisé et rendu clair sur l'amas des os du cou élevé de l'asura 
Kaitabha, objet de frayeur pour les trois mondes ; toi qui es 
cher à celui dont le diadème est le croissant de la lune(Çiva) ; 
toi qui as le cou'resplendissantdel'éclat d'un collier superbe 
de grosses perles sur ta poitrine, où sont marqués les signes 
de la courbure des seins gros de Laksmî, unie à toi par 
l'embrassement de ses bras pareils à des lianes, et qui était 
sortie de l'océan de lait baratté par la montagne-pilon que 
faisaient mouvoir tes bras forts ; ô fils de Vikunthâ ! accorde 
le lever de l'intelligence qui, pour les dévots, brise le trouble 
qu'est le monde ; ô dieu ! respect pour toi ! 

(Simulant une sortie et regardant) : 

Cet endroit est tout à fait convenable: il est propre à nous 
servir de demeure. Donc ici-même nous établissons lequartier 
général. 

(Tous deux sortent). 

Fin du quatrième acte- 

Gérard Devèze . 

1. Pour dire tont simplement que le dieu a rendu veuves les 
femmes des Daityas, en tuant tous leurs maris. Dans tout ce qui 
précède, il est fait allusion au 3« avatar de Vishnu sous la forme d'un 
sanglier, et au 5» sous la forme d'un nain. 



L ARGOT DE SAINT-CYR 



Nous devons le vocabulaire suivant b l'amabilité d'un 
officier, ancien élève de l'École spéciale militaire. 

Affoler (s'), se presser. 

Aller, sortir; — chez Paria, sortir à Paris; — chez 

/amille, sortir dans la famille. 
Ainphi, amphithéâtre, et par extension rassemblement, 

attroupement d'élèves. 
Au hasard, expression qui signifie tout le contraire. 
Azimiiter, repérer, remarquer quelqu'un qui est en 

défaut. 
Baktl {le), l'École de Saint-Cyr. 
Baliuté, chic, élégant, important; — note balmtée, 

bonne note* — élève tricule baliuté, qui est entré 

dans un bon rang. 
Bahuter un képy, l'aplatir. 
Balancer, renvoyer, se débarrasser de, etc. 
Baraguey, lavabo d'hiver, qui est à côté de la statue 

du maréchal Baraguey d'Hilliers. 
Barbette, règle de bois mise dans une case pour faire 

tenir un effet bien régulièrement plié; épingle qui 

maintient en place un bouton décousu; sens le plus 

général ; tout ce qui dépasse; — la barbette, le 



— 256 — 

génie; un oljicier de barbette, un ofiicier du génie; 
coîirs de barbette, cours de fortifications; — avoir le 
ponce en barbette, à l'exercice, quand il n'est pas 
réuni aux autres doigts ; — avoir la haiisseen barbette, 
quand elle est relevée et non rabattue sur l'arrière, 
comme il est prescrit. 

Barder, être affolé, avoir tout le temps des punitions 
ou du travail à faire. 

Basane (le), le cheval. 

Bétons, fortifications, par suite mauvaise garnison. 

Bois {le petit) , le petit bois. 

Bronze [le), l'artillerie. 

Brute {la) pompière, le bûcheur de pompe, c'est-à-diro 
celui qui travaille ardemment aux choses non mili- 
taires. 

Cafarder, avoir du goût : cafarder le dessin fumiste, 
avoir du goût pour le dessin de paysage; — pro- 
téger : un ancien protège un homme auprès d'autres 
anciens pour que ceux-ci ne le balancent pas; — 
cafarder à blanc, protéger en tout et pour tout. 

Calot {faire), lancer son képy vers le ciel en signe de 
joie. 

Capit, capitaine, officier de service à l'i'xole. 

Carotter, imiter; carotter la brute, faire la brute, faire 
semblant de ne pas comprendre; — carotter le père, 
être paternel ; — carotter le pieu, rester au lit après 
la diane. 

Case en champignon {mettre une), défaire In case et 



— 257 — 

suspendre tous les effets à l'unique portemanteau 
dont on dispose (punition). 

Chambre [corvées dé), punition. 

Chapeau! lancer son képy vers le ciel en signe de joie. 

Chez, à, dans; — alkr chez famille, aller chez Paris, 
sortir dans sa famille, sortir dans Paris. 

Chichi, synonyme de cornard. 

Chien, sergent-major. 

Chien jaune, cours de législation; — vert, cours d'ad- 
ministration; — être couché en chien de fusil, être 
couché les jambes repliées et formant un triangle au- 
dessus du lit. 

Co {un petit), un ami intime, un camarade de collège, 
un camarade de promotion. 

Colle, interrogation d'examen. 

Cornard, ce qui est de trop, supplément; — confu- 
sion, trouble (d'effets ou desoldatsà l'exercice; syn. 
chichi); — poussière, résidu laissé dans le creux des 
armes ou dans les coins de la chambre ; — bouc, 
le cornard de Saint-Cyr est bien connu ; — chocolat 
vendu à quatre heures de l'après-midi par les sœurs; 
— pain grillé au beurre, donné aux gradés par le 
caporal aux vivres et rabioté par lui ; — avoir du 
cornard, avoir des galons sur la manche ; — 
boite à cornard, boîte à ordures pour la chambre. 

Cornarder, se tromper à l'exercice ou ailleurs. 

Cosaque, maladroit à tous les exercices. 



— 258 — 

Crampton, chemin de fer; — officier crampon, tout 

employé de chemin de fer. 
('rapilm, fort, intelligent, transcendant. 
Croco, élève à titre étranger. 
Crête {jaillir sur), prendre quelqu'un en flagrant 

délit. 
Creux {mettre dans le), faire barder; — toucher une 

remise de creux, barder (voy. ce mot). 
Déculasser un pieu, défaire 'la culasse, c'est-à-dire 

défaire les couvertures arrangées en carré au pied 

du lit. 
Défiler (punition), faire tirer la case et le pieu, c'est- 

dire faire mettre le matériel en action — punir : 

défiler de case, de pieu; — cacher quelque chose. 
Dé/iloir, endroit où l'on cache «luelque- objet qui n'est 

pas réglementaire. 
Dégager [se), chanter ou parler sur un sujet quel- 
conque. 
Démuseler [se), parler ou chanter. 
Embusqué, rusé, habile. 
Enfilé, sot, maladroit, 
fe'/iorwe, original. 
Évasé, original. 

Exposer sa bayonnette ou son pétoir (punition). 
Facétie, travail actif autre que l'exercice (escrime, 

équitation, pète-sec, etc.). 
Fana, fanatique. 
Fines, les derniers. 



— 259 — 

Fumiste y civil. 

Gabarit, type, modèle. 

Gabion {être foutu comme un), être mal équipé ou mal 

habillé pour l'exercice. 
Galette [sortie), sortie générale même pour les punis. 
Godillot, soulier; — godillots de fixe, souliers mis au 

pied du lit et retournés la semelle en haut. 
Gogo, cours de géographie. 
Goguenot, shako. 
Gradaille, l'ensemble des gradés. 
Grand'pendu, professeur, le commandant. 
Grand'pompe, officier directeur des études. 
Graviter, monter. 
Hanspessoire, premier soldat. 
Hommes, les nouveaux. 
Huileux, élève reçu dans un bon rang. 
Idoine, civil. 
Insulte {toucher /'), être réprimandé ; — voir l'insulte, 

même sens. 
Insulter, réprimander. 
Jaillir sur la crête, prendre quelqu'un en flagrant 

délit. 
Jus {avoir un), avoir de l'audace, du toupet; — «ces 

hommes ont tous les jus ». 
Loup, transcendant. 
Loils (loups), petits bonshommes mobiles pour le tir 

réduit, instructeurs sévères faisant barder leurs 

hommes et astucieux pour tirer des carottes. 



— 260 - 

Marchfeld, champ de manœuvres. 

Malvina, voy. Tartelette. 

Maxi (maximum), très bonne noie. 

}Jili {art), cours d'histoire militaire; — lemili, l'exer- 
cice. 

Mini (minimum), très mauvaise note. 

Museler (se), se taire . 

Nu (être), avoir un bouton non boutonné, ou un vête- 
ment déchiré. 

Olficier, élève de seconde année, ancien ; — oflicier de 
première année, élève de première année qui recom- 
mence ses études. 

Ours (/'), salle de police. 

Paradis, infirmerie. 

Parent {être), avoir pour parent un personnage influent 
ou connu à la boite [Vtco\^). 

Pékin, le jour de la sortie de la seconde année ; — être 
pékin de. . . ., cesser de faire quelque chose ; — être 
pékin de melon, avoir lini la seconde année. 

Pékin do, f. 1 sou la ligne, le dernier jour de janvier. 
Les mois de la première année sont dits otficiers; et 
le 1"' février est un officier qui entre en ligne en ce 
moment. 

Pelote, consigne. 

Pète-sec, gymnastique. 

Pétoir, fusil. 

Pendu, professeur, interrogateur; — grand pendu {le), 
le commandant. 



— 261 — 

Père-système, le dernier de la promotion. 

Pied de banc, sergent d'infanterie. 

Pieu, lit. 

Pique, escrime, — sergent. 

Piquer l'étrangère, ne pas faire attention. 

Poireau, général. 

trompe, travail non militaire; — la grande pompe, 

l'officier directeur des études; — voir la pompe, 

préparer le travail. 
Pompier, celui qui travaille, qui pompe. 
Ramasser, obtenir. 
Ramener, obtenir. 

Répéter, remarquer quelqu'un qui est en défaut. 
Repiquer, recommencer. 
Restaurant, réfectoire. 
Rostos, becs électriques. 
Sac, sergent-fourrier; — qui n'est pas dans son sac à 

linge, qui est de taille dans son sens leplus général. 
Saumdtre, jeune sous-lieutenant sorti depuis peu de 

temps de l'Hcole. 
Séraphin [être habillé en), être habillé de blanc; c'est 

au paradis qu'on est habillé en séraphin. 
Tapir, cours de topographie. 
Tartelette et Mahina, femmes qui venderit des gâteaux 

ou des petits pains les jours de service en campagne. 
Toucher tartelette, manger des gâteaux. 
Toucher une remise de creux, barder (voy. ce mot). 
Tout-cuit, commandant de bataillon. 



— 262 — 

Tricule, nutnéro matricule, chiffre, numéro, note de 

Colle. — voy. Bahuté. 
Voleuse, débitante de tabac. 
Foracer, prendre quelqu'un en flagrant délit. 
Zèbre, cheval; aller à zèbre, faire du zèbre. 
Zingot, préau de la cour. 



Analyse des formes verbales de l'Évangile de 
S. Marc, traduit en basque par Jean de 
Liçarrague (1571). 



SUITE 



DIOT. 2. Ind : prés. s. 1" r. s. v. i. act: erran, 

4. 18. . . . , DioT, (Haiitin a mis diot ,)..., di-ie, 

5. 15. ... DIOT : (Hautin a mi^ diot:) . . ., di-ie^ 
DIOTSA. y. Ind; prés: s. 3' r. s. r. i. s. v. i. 

act: erran. 

2. 10... (diotsa paralyticoari) ..,, (il dit au para- 
litique,) 

3. 3. Eta diotsa. guiron escu eyhartua çuenarî, 
Lors il dit à l'homme qui auoit la main sèche, 
(à comparer escii eyhartua aux mots escua ey- 
hartua sous çuenic, 3. 1. Là seng est the hatid 
ivithered. Ici c'est the withered hand. A nice 
distinction ! But the French is quite the same in 
both places. Cï. gogortua sous duçue 8. 17; et 
chez J. Ochoa de Arin, p. 139 « izango Hzatean 
confessioa gaitza » = the confession would be 
the bad. 

3. 5. Eta hetaràt inguru behatukic asserrerequin, 
eta hayén bihotzeco obstinalioneaz contris- 
tatuiuc, diotsa guiçonari, Et adonc les regardant 
à Tenuiron auec indignation, & pareillement 



— 264 — 

marri de rendurcissement de leur cœur, dit au 
personnage, 
5. 36. ..., DioTSA synagogaco principalari, ..., 
il dit au principal de la synagogue, 

5. 41, Ela HARTURic nescatcharen escua, diotsa, 
Talitha-cumi : ... Et ayans {sic) prins la main 
de la fillette, luy dit, 

6. 22. ..., Reguec diotsa nescatchari, ..., le 
Roy dit à la fille 

8. 29. ... Pierrisec diotsa, ... ? Pierre. . . , luy dit, 

9. 5. Orduan Pierrisec hitza harturic diotsa lesusi, 
Magistruâ. Adonc Pierre prenant la parole dit à 
lesus, Maistre, 

9. 21. ... ? Etaharc diotsa, Ilaourra-danic. ... ? 

Lequel dit. Dès son enfance. 

10. 51. ... ? Eta itsuac diotsa, ... ? L'aueugle dit, 
14. 30. Orduan diotsa Isuesec, Lors lesus luy 

dit, 

14. 37. ... : eta diotsa Pierrisi, ... : & dit à Pierre, 

14. 45. . . ., bertan harengana hurbilduric diotsa, 

. . . . , incontinent s'approchant de luy dit 

DIOTSATE. 5. Ind: prés: pi : 3«. r. s. r. i. s. v. 

i. a. erran. 

2. 18. ... eta diotsate, ,..,&luy dirent^, 
4.38. ..., eta DIOTSATE, ...& luy disent, 
6. 37... Orduan diotsate, ... Ils luy dirent', 
8. 19. ... ? DIOTSATE, Hamabi. ...? ils luy dirent', 

Douze. 



1. L. traduit disent, le présent historique donnant plus de vie 
à la narration. 



— 265 — 

12. 14. Ela hec ethorririg diotsate, Magistriiâ, 
ïceux estans venus, liiy disent, Maistre, 
DIOTSUET. 6. Ind : prés : s. 1" r. s. r. i. pi : 2= pers. 
V. i, a. erran. 
6. 11. 8, 12. 9, 41. 10, 29. 12, 43. 14, 25. Eguiaz 
DiOTsuKT, En vérité ie vous di (ou) le vous di 
en vérité 
DÏRADE. 42. Ind: prés: pi: 3« Verbe subst : & 
aux: 

1. 21. Guero sartzen G?im«?e Capernaum-en, Puis 
entrèrent en Capernaum : (Avec sarlzen on at- 
tendrait Capernaumera, Voyez plus bas 10. 46; 
11. 15 ; 11. 27, mais cf : diraden, 10. 23 ; et /e» 
sumân sar ditecen) 

2. 22. Eta bertan anhitz hildu içan dirade ... Et 
soudain plusieurs s'y assemblèrent, 

2. 18. ... : eta hec ethorthen dirade ...-. lesquels 

vindrent à luy, 
2. 20.Baina ETHORRiREN d'i/vz^/e egunac... Mais les 

iours viendront 

2. 22. ..., eta çahaguiac galtzen dirade^ (H. a 
omis la dernière virgule.) 

..., & les vaisseaux se perdent : 

3. 31, Ethorten diradehada haren anayeac eta ha- 
ren ama : ... Ses frères donc & sa mère vien- 
nent : 

4. 15. Bada hauc dirade ... Et voici, ceux 

4. 1(). Eta hauc dirade ... Et voici semblablement 

ceux 
4. 17. ..>, baina iraute gutilaco dirade : ...,• bertan 



— 266 — 

SCANDALIZATZEN fUrade. (H . a mis ber à la fin 
de la ligne.) ..., mais sont de petite durée :..., 
ils sont incontinent scandalizez. 
4. 18. Eta hanc dirade .,., hauc dirade, ... Aussi 
ceux..., ceux-ci,... sont 

4. 20. Eta hauc dirade... Mais voici ceux 

5. 15. Eta ethorten dirade lesusgana, et 
viennent à lesus, 

6 Sommaire 3 Balna harçaz dirade scandali- 
ZATZEN. 2... Scandalizer 

7. 4. ..,, iKuciAG ezpaDiRADE, ..., s'ils ne sont 
lauez, 

7. 15. ... DIRADE, ..., ce sont 

7. 21. Ecen barnetic, guiçonén bihotzetic ilkiten 
dirade pensamendn gaichtoac, adulterioac, pail- 
lardiçâc, hiltzecac, (H. a mis liiltzecacj 22, .. ., 
gaitzERRAiTEA, Car du dedans, c'est à dire, du 
cœur des hommes, sortent mauuaises pensées, 
adultères, paillardises, meurtres,... 22..., 
blasme,... (St-Matt. : XV, v, 19, hiltzecac,..., 
gaitzerraitecâc.) 

7. 23. Gaichtaqueria hauc guciac barnetic ilkiten 
dirade^ Tous ces maux sortent du dedans, 

8, 3. ... ., flacaturejs dirade bidean: ecen horie- 
taric batzu vrrundanic ethorri içaii dirade. ..., 
ils defaudront en chemin : car aucuns d'eux 
sont venus de loin. (En Anglais far-come.) 

10. 8. Eta biac içanen dirade haraguibat. Et deux 

seront comme vne chair: (L. ivdiàmt les deux .) 

10. 27... : ecen gauça guciac possible dirade lain- 



— 267 — 

coa ^ baithan. . . . : car toutes choses sont pos- 
sibles quant à Dieu. 
10.31. ..., içANEN dirade azquen*: eta azquenac 
lehen. 

... seront derniers: & les derniers seront 
premiers. 
10. 35. Orduan ethorten dirade harengana ... 

semeac, 
Adonc ... Fils... viennent à luy, 

10. 46. Orduan ethorten û?//'arfe lericora : ... Apres 
ils arriuerent en lericho : 

11. 15. Eta ETHORTEN dirade lerusalemera : ... 
Ils vindrent donc en lerusalem : 

11. 27, Orduan ethorten <ifV-«c?e berriz lerusale- 
mera : Puis derechef ils vindrent en lerusa- 
lem: 

12. 6. ..., AHALQUE içanen dirade ene semearen. 
..., Ils auront reuerence à mon fils. 

12.25. ... : baina içanen dirade ceruetaco Ain- 

gueruàcbeçala. 

... : mais on sera comme les Anges qui 

sont es cieux . 
'13. 6. Ecen anhitz ethorriren dirade ene icenean, 

Car plusieurs viendront en mon nom, 

13. 7. ... : ecen gaiiça hauc eguin behar dirade: 
(H. a misbehardirade) . . ., car il faut que ces 
choses se facent : 



1. L. traduit « dans Dieu, chez Dieu ». 

2. Dans J. Ochoa de Arin on trouve ahquen, e. g. pp. 50, 
129. 



— 268 — 

13. 8. ... : eta içanen dirade lur ikaratzeag lekytic 
lekura, eta gosseteac eta nahastecamenduac : 
dolorén hatseac, hauc. ..., & y aura tremble- 
ment de terre de lieu en lieu, «S: famine, et 
troubles : ces choses seront commencement de 
douleurs. (L. traduit les tremblements et les 
commencements .) 

13. 12. ...: eta ALTCHATUiiEN <:/i/«û?e haourrac aita 
amén contra, ... : & s'esleuerout les enfans à 
rencontre des pères »& mères, 

13. 19. Ecen içanen dirade egun hec halaco tri- 
bulatione, (On remarque hec.^ l'accusatif, au lieu 
du locatif hetan. Voyez 16, 2 & H. egunean = 
au jour). Car en ces iours-la il y aura telle tri- 
bulation 

13. 22. Ecen altchaturen dirade Christ falsuac, 

Car faux christs [sic]., ... se leueront, 

13. 25. Eta ceruco içarrac ergriren dirade, eta. . . 
verthuteac ikaraturen dirade. Et les estoilles 
du ciel cherront, & les vertus . . . branleront. 

13. 31, Ceruâ eta lurra iraganen dirade, Le ciel 
et la terre passeront, 

14. 27. ..., eta harreyatlren dirade ardiac. ..., 
& les brebis seront esparses. 

14. 32. Guero ethorten dirade... Apres il {sic) 
viennent 

16. 2. Eta guciz goiz astearen lehen egunean 
ethorten dirade monumentera, (H. a mis ethor 
à la fin de la ligne.) Parquoy fort matin le pre- 
mier iour de la sepmaine elles vindrent au mo- 
nument. 



— 269 — 

16. 17. ..., lengoage berriz* minçaturen <i^>««Q?e: 
. . . : Ils parleront nouueaux langages. 
16. 18. . . . , eta sendaturen dirade. . . . , & seront 
guaris. 
DIRADELA, 4. I. q. dirade avec la conjonctif. 

6. 11. . . ., emequiago tractatuac içanen diradela 
Sodomacoeta Gomorrhacoac iiidicioco egunean, 
ecen ez hiri hiira : ..., que ceiixde Sodome & de 
(joinorrhe seront pins doucement traittez au 
iour du iugement que ceste ville — la. 

9. 1. ...,e(;en baniRADELA ... batzu,... qu'il en y 
a aucuns 

12. 26. ..., ecen resuscitatzen diradela, ..., qu'ils 
ressuscitent, 

13. 29. .. . gauça hauc eguiten diradela, . . . que 
ces choses se feront, (L. traduit .ce font,) 

DIRADEN. 10. I. q, dirade avec n rel : & conj : 

3 Sommaire 35 Christeii eguiazco ahaideac* cein 
niRADÉs {fi. conj :) 34 Qui sont vrais parens de Christ. 
4. 31. ... lurrean diraden haci gucietaco chipie- 
na : {n rel :) 

..., est le plus petit de toutes les semences (jui 
sont en la terre. 
7 Sommaire 21 BUiotzetic diraden gaiiçdc {n rel:) 
21 Ce qui procède du cœur . 

7. 15. ... : baina harenganic ilkiten diraden gsniçàc 
{n. rel :) 

1. L'instrumental indéterminé bcrr(\~ est à la fois singulier = 
p(ir noiiccau et pluriel =par noiwraiw. Voyez ll,27oùilsignifie 
(le nniwoaii, agn'ni. 

2. De aha = tribu. Cf. ahacoa Actes 7, 14. 

18 



— 270 — 

... : mais les chosee qui sortent de liiy, 
V 8. 33. . . . laincoaren diràden gauçâc, (// rel:) , . . 

les choses qui sont de Dieu, 
10. 23. ..., O cein nequez onhassundunac (sic) 

laincoaren resumân sarthuren diraden ! 
[il conj :) ..., O qu'à grande difliculté ceux qui ont 

des richesses entreront au royaume de Dieu ! 

(H. a omis une virgule après onhassundunac, 

qui est d'ailleurs une faute pour ontassundunac ; 

et la à la fin de la ligne.) 
13. 1 cer harriac eta cer edificioac diraden 

hauc. [n conj:). quelles pierres & quels basti- 

mens (H. a omis diraden hauc.) parce que le 

Français n'a pas l'équivalent de ces mots. 
13. 4. ... noiz gauça horiac içanen diraden^ [n 

conj :) . . . quand seront ces choses^ 
13. 25. ..., eta ceruëtan diraden verthuteac (H. a 

mis diraden avec n nel:) ..., & les vertus qui 

sont es ci eux 
13. 32..., ez eta ceruiin diraden Aingueruëc-ere, 

ez eta Semeac — ère, Aitac berac baicen. (//. 

rel:)..., non pas mesme les Anges des cieux^ 

n'aussi le Fils : mais le Père. (L. traduit qui 

sont au ciel, et sinon le Père seul, \oyez ditzaque, 

2, 7.) 
DIRADENAG. 3. I.q. dirade avec n rel : décl: nom: 

passif & accus : [nac=z ceux, celles qui.) 
8. 83. ..., baina guiçonén diradenac. (H. a mis 

diradenac.) . . . , mais celles qui sont des hommes. 
10. 24. ... abrastassunetan fida diradenac,... 

à ceux qui se fient es richesses, 



— 271 — 

10. 31. Baina anliitz lehen diradenac, (H, a mis 
diradenac) Mais plusieurs qui sont premiers, 
DIRADENEAN. 2. I. (\. dirade aux: avec/? rel: 

• décl : temporel iieaii ^=quand .- 

7.4. Eta merkatutic itzultzen diradenean, (H. a 
mis itzultzen, diradenean,) Et relournans du 
marché, 

13. 4. ... gauça horiac guciac complituren dira- 
denean . ... quand toutes ces choses seront ac- 
complies. 
DIRADENÉC. 3. l.q. dirade, \erhe subst:avec« 
rel: decl : nom: actif ou transitif, {nec = ceux 
qui.) 

2. 17. ,.., Osso DIRADENÉC...: baina eri diradenéc 
Ceux qui ont santé, ... : mais ceux qui ont mal: 

10. 42..., eta hayén artean handi diradenéc 

... : & les grans... (L. traduit « ceux qui sont 
grands parmi eux . ») ' 
DIRADENETARIC. 2. I. q. dirade, aux : avec u rel : 

nom: décl : pi : partitif déterminé [uetaric = de 

ceux qui.) 

7. 18..., ecen campotic guiçona baithan sart/en 
diradeueta rie deiisec, ... que tout ce qui est de 
dehors entrant en Thomme, (On voit ailleurs 
que le. sens propre de deus n'est pas tout, mais 
aucune chose, quelque chose, rien.) 

12. 38... Scriba arropa lucequin ebili nahi dira- 
denetaric, ... des Scribes, qui volontiers se 
pourmenent en robbes longues, 
DIRADENEY. 1. 1. q. dirade, verbe subst: avec // 



— 272 — 

rel : nom; décl : datif déterminé [ney = a ceux 

qui) 
4. 11... : baina lekorean diradeney 
... : mais à ceux-là qui sont dehors, 
DIRADENOTARIG. 1. I. q. diradenetaric, verbe 
subst: mais avec le démonstratif au lieu du simple 
article, [notarié := de ceux qui.) 
9. 1. . , hemen présent diradeisotaric batzu, 
... aucuns de ceux qui sont ici presens 
DIRATENÉC. 1. Ind: fut: pi : 3" verbe subst: avec 
n rel : décl : nom :act: (néc=ceux qui) 
13. 14... orduan fudean diratenéc, 
.. .) alors que ('eux qui seront en ludee, 
DIRATENEAN. 2. Ind: fut: pi : 3'' avec n rel : 
décl: temporel, auxiliaire. {/iean= quand) . 
12. 23. Resurrectionean bada, resuscitatu dira- 

tenean 
. . . En la résurrection donc, quand ils seront 

ressuscitez, 
12. 25. Ecen hilelaric resuscitatu diratenean, 

Car quand ils seront ressuscitez des morts, 
DIRAVGVG. 1. Ind: prés: s. 3« r. s. r. i. pi: 
1^ pers : adr: masc : aux: act : 
12. 19. Magistruâ, Moysesec scribatu vkan dirau- 

cuc, Maistre, Moyse nous a escrit, 
DIRAVEAT. 1. Ind: prés: s. 1' r. s. r. i . pi : adr : 
masc : v. i. a. erran. 

9. 18 ... : eta erran diraueat hire discipuluey 
... : & i'ay requis tes disciples 
DIROÇVE. 1. Pot:- prés: pi: 2^ r. s. aux : act : {r//<r// 

pléonastique) 



— 273 — 

10. 38. ... : EDAN AHAL cHroçue . . . copâ, 
... : pouiiez vous boire la coupe ... ? 

DIRUDITELA. 1. Ind: prés: pi: S" : avec la par- 
ticipial qualifiant Taccus : v. i. passif, irudi. In- 
chauspe dit qu'il est « pour diruditelaric . En 
Soûle on ne supprime jamais la terminaison rie » . 
8. 24... arboreac diruditela ... ressemblables à 

des arbres \ 
DITEGEN. 3. Subj :prés : pi : 3« aux: 

7. 27... haourrac ressasia diteceii'. ..., Laisse 

premièrement les enfansestre rassasiez : 
10.24...: laincoaren resumân sar ditecen. ..., 

d'entrer au royaume de Dieu ! 

11. 49... coMPLi ditecen Scripturàc. ... que les 
Escritures soyent accomplies. 

DITENO. 1. I. q. diteri^= ditecen avec n rel : décl : 
àvxvdiûï {no =^ jusqu'au temps quand.) 

13. 30. . ., gauça hauc guciac EGvm diteno. 

. . . tant que touiesces choses soyent faites. 
baDlTEZ. 1. Hypothétique pi : 3® aux : 

1 . Arboreac n'est pas l'accusatif de diruditela. Si ce vei-be était 
actif il exigerait un accusatif au singulier. Dans l'édition du beau 
livre de S. Mendiburu de 1747 que j'ai publiée à Saint-Sébas- 
tien (Jcsusen Bihotzaren Dccocioa, 526 exemplaires, 11 mai 
1900; cette édition m'a coûté 905 /)cse/!as). On trouve p. 26 « de- 
botoac diruditen » = « qui semblent être », ou « que l'on figura 
être, dévots ». Là il pourrait être pour irudi diraden = qui sont 
conçus, ou imaginés, ou considérés. De même « diruditenac » p. 6 
et 32 (bis); semble être passif: tandis que p. 340 « andiena diru- 
ditenac » est actif, si andiena n'est pas adverbial =/e plus. 
Irudi se trouve souvent avec le verbe actif, e. g. Apoc. I, 13 : 
Semea irudi çuembat= un (personnage) semblable au Fils. 



- 274 — 

14. 29 Baldin guciac scandalizâ haditez-ere, 

ni ez ordea. 

..., Encores que tous fussent scandalisez, si ne' 
le seray-ie point. 
DITV. 15, Ind : prés: s. 3" r, pi: aux: aet : 

2. 22.... : ezpere mahatsarno * berriac lehertzen' 
ditu çahaguiac 

... : autrement le vin nouueau rompt les vais- 
seaux, 

4. 32. ... : etaadar* handiac eguiten ditu...: &i. fait 
grans rameaux, 

5. 30. ..., Xorc HUNQUi dilu ene abillamenduac ? 
... : Quia touché mes vestemens ? 

5. 43. Eta haffiutz manatu vk an ditu. Et leur com- 
manda fort 

7. 37. ..., Vngui gauça guciac eguin d'tV?/ : ...,eta 
mutuac MiNÇA eraciten" ditu...., Il atout bien 
fait: il fait que . .., & les muets parlent. 

9. 12. . .., Segur Eliasec lehen ethorririg bere sta- 
TURACO dilu gauça guciac: ..., De vray Elie 
estant venu premièrement restablira toutes 

1. Si ne rappelle le Basque e^pait dans les formes telles que e-.-- 
pait^ditu^te (6,11); cspanaù(],l) ; c^paita (^, ii, 46, <&: 148) ; 
e^rpait^uen{4, 5 & 6); où l'affirmatif paît rend plus négatif le pré- 
fixe c^. 

2. Cf : maats ardoa = cl cino, licor de rina à la p. 45 du 
Catéchisme Gui puzcoan He J.OchoadeArin (San Sébastian, 1713). 

3. Don J. M. Bernaola dit que larrain, lieu où l'on bat du 
blé, vient àelc'her-eyiii=faire rompre, inake to break orhurst. 

4. yir/r^/- signifie aussi corne. Cf. \es>hois d'un cerf . 

5. On trouve souvent chez P. d'Urte ( La Genèse ci l'Exode), 
e/'a</i(en en sens d'eraciten. Est-ce une faute ? 



— 275 — 

choses : (L. traduit les mettra à leur status, will 
{ré)-in-state them.) 
tO. 7. Hunegatic utziren ditu guiçonac bere aita 
eta ama, Pour ceste cause l'homme délaissera 
son père & sa mère, 

12. 9. ..., eta deseguinen ditu laborarisrc, ..., &: 
exterminera ces laboureurs, 

13. 20. . . ., LA.BURTU ditu egun hec. ..., il a abbregé 
ces iours. 

13. 27. Eta orduan igorriren ditu bere Aingue- 
ruiic, eta bilduren ditu bere elegituak laur^ 
haicetaric, Lequel alors enuoyera ses Anges, & 
assemblera ses eleus de tous les costez des 
quatres vents, (L, ne rend pas les mots en ita- 
lique.) 

14. 33. Eta HARTZEN ditu Pierris eta lacques eta 
loannes berequin, Et prend avec soy Pierre, & 
laques, & lean: 

15. 31. . . ,, Berceac empar.vtu* ditu, ..., il a sauué 
les autres, 

16. Sommaire 15 Apostoluac ditu predicatzera eta 

BATHEYATZERA IGORTEN . 15 IcSQUels il eilUOye 

prescker çf- baptizer. 
DITVALA. 3. 1. q. dituc, verbe poss.: avec a euph: 
|)our c devant la participial. 
9.43. ..., ecen ez bi escuac dituala(H. a misdià 
la fin d'une ligne et : après gehennara vv. 45 & 

1 . J. Ochoa de Aiin, p. 135, a lab pour laiir, ou Uia. Ce mot ex- 
pJique-t-il labr = four, oven f 

2. En vieux français emparer signifie /or^//tVr, défendre. 



— 276 — 

47)..., qu'anoir deux^ mains, 
9.45. ..., ecen ez bi oinac dituala. ..._, qii'auoir 

deiix^ pieds, 
9. 47. ..., ecen ez bi beguiac dituala, qu'auoir 

deux' yeux, 
DITVANAG. 1. I. q. dituc, verbe poss: avecaeuph: 
pour c devant /i rel : pi: ace: décl:acc: pi: {iiac 
= ceux que) 10. 21. ..., dituanac... tout ce que 
tu as, (Cf: daiiak, diradenak = tous. The things 
whicli a mail lias can mean ail thaï hehas. L. tra- 
duit ceux q ic lu as. En Guipuzcoan dituanac 
signifie ceux quil a et celui ou celle qui les a). 
DITVC. 1. Ind : prés: s. 2" r. pi: adr : masc : aux: 
act: = tu o Jioinine^ les as . 
11. 28. ... Cer aulhoritatez gauça horiaç eguiten 

dituc? ..., De quelle authorité fais-tu ces 

choses ? 
DLTVG. s. Ind : prés: pi : 3^ adr: masc : Verbe sub- 
stantif ==^ ils sont, o homme. 
9. 23. .. ., gauça guciac dituc possible,.., toutes 

choses sont possibles au croyant. 
14. 36. . . ., gauça guçiac (5^6") possible dituc hire* : 

..., toutes choses te sont possibles, 
DITVÇVE. 4. Ind; prés: pi: 2« r: pi : Verbe poss : 
& aux : act : 
4. 13...? ela nolatan comparatione guciac eçagu- 



1. L,. traduit les deux. 

2. Hire — iibl est le génitif datival, équivalent de hirot^at. 
Voyez Daenaren (9, 23) pour daetiareiitsat\ Duc (9, 43 & 45 & 
47), DlLrcu/un (9, 5). 



— 277 — 

TUREN dituçueJ (Hautin a mis eçagutiren) ,..? 
& comment cognoistrez-vous toutes les simili- 
tudes? 

6. 38..., Cembat ogui dituçue ? ..., Combien ' 
auez-vous de pains ? 

8. 5..., Cembat ogui dituçue? ..., Combien auez- 
vous de pains ? 

14. 7. Ecen paubreac bethiere ukanen dituçue çue- 
quin, Car vous auez tousiours les poures auec 
vous : 
DITVÇVELARIC, 2. I. q. dituçue verbe poss : avec 

la participial partitif. 

8. 18. Beguiac dituçuelaiuc, ... ? eta beharriac 
DiTUÇUELARic, Avans des yeux, ... ? & ayans des 
aureilles, (L. ne traduit pas des mais les.) 
DITVDAN. 2. Ind. prés: s. 1« r. pi: avec <:/« euph : 

pour t devant n conj : aux : act : 

11. 29. . , cer authoritatez gauça hauc eguiten ditu- 
daii. ... de quelle authorité ie fay ces choses: 

11. 33. . . cer authoritatez gauca hauc eguiten ditu- 
dan. ... de quelle authorité ie fay ces choses. 
DITVELA. 1. I. q. ditu aux: act : avec e euph: de- 
vant /« participial. 

7. 19..., CHAHUTZEN ditucla vianda guciac, pur- 
geant toutes les viandes. 

DITVEN. 3. 1. q. ditu aux: act: avec e euph : & ti 
rel : accus : pluriel. 

1. 44. . . Moysesec manatu dituen gauçàc . . . les 
choses que Moyse a commandées. 

1. Cciubal littéialemeul un naei:^ 



— 278 — 

13. 19. ... laincoac CREATU <^////ie/? gaucén CREATZE 
HATSETic oraindrano, . . . depuis le commence- 
ment de la création des choses que Dieu a 
créées, 

13. 20. . . : baina elegitu dituen elegituacgatic, 
... : mais pour les eleus qu'il a eleus, 
DlTVgVEIZTEN. 1. In*d : fut: pi: 3" r. pi: aux: 
act: Il rel : accus: pi: == par lesquels. M. in- 
chauspe l'appelle « synonyme et variante de 
dituzketeii » 

3. 28. . ., eta blasphematu dituqueizten blasphemio 
guciac : . . ,, & toutes sortes de blasphèmes par 
lesquels ils auront blasphémé. 
DITVZTE. 5. Ind : prés : pi : 3" r. pi : aux : act : 

13. 12. . . : ela hil eraciren dituzté . . . , & les fe- 
ront mettre à mort. 

13, 22. . . : eta eguinen dituzte signoac eta miracu- 
luac SEDUC1TZECO, . . ., ELEGiTUEN-crc. ..., & fe- 
ront des signes & miracles pour deceuoir, voire 
les eleus, 

16. 17. . . : Ene icenean deabruac campora egot/-i- 
REN dituzté^ (H. a omis le : devant Ene). . . : Par 
mon nom, ils ietteront hors les diables. 

16. 18...: Sugueac kenduren dituzté'.... erien' 
gainean'escuac EÇARRiREN dituzté. Ils chasseront 



1. J. Ochoa de Arin (1713) a écrit heii := cnferino (qu'il traduit 
p. 100 par gajo = (jaisho) p. 73,74 (du latin /e/'«-re?) 

2. Pour les prépositions qui se prononcent après le mot qu'ils 
qualifient on songe à l'Anglais « God before » « the Angeliehosts 
ainonii »;o-j ôewv aT£p= non sine diis(Pindare, P.,5, 102, presque 



— 279 — 

les serpens. . . : Ils mettront les mains sur les 

malades, 
DITVZTELA. 3. I. q. dltuzte avec /« participial. 
7. 3. . ., aitzinecoen ordenançâc eduquiten dituz- 

tela. ..., retenans les ordonnances des Anciens. 
7. 7. . ., IRA.CASTEN dituztela doctrinatzat giiiçonén 

manamenduac. . . ., enseignans /?om/' doctrines 

les commandemens des hommes, 
12. 40. iRESTEN dituztela ema 2L\\\[HY^\\Jïén etcheac, 

are luçaqui othoitz eguin irudiz : . . . Lesquels 

deuorent les maisons des vefues, voire en faisant 

semblant de prier longuement: 
DITZAGUN. 1. Impér:pl: l^r. pi: aux : act : 
9. 5. . . : EGUiN ditzagiin bada hirur tabernacle, bat 

hire, eta bat Moysesen, eta bat Eliasen' 

faisons-y donc trois tabernacles, vn pour toy, & 

vn pour Moyse, & vn pour Elie. 
DlTZàN. 2. Subj : prés: s. 2" r. pi : adr : masc : 
aux : act: 
5. 23. ..., eta Eç\n ditzdn escuac haren gainean, 

. . ., &que tu mettes les mains sur elle, 
11.28, ... gauça horiac eguin ditzdti? ... (|ue tu 

faces ces choses '.* 
DitZAQVE. 2. Pot : prés : s. 3« r. pi : aux : act : 
2. 7. .,. ? Norc bekatuac harka ahal ditznque 



le Basque atcra = au dehors); « visceribus super accumbens » 
Virgile, et /)«s.s7'm cuin avec les pronoms. 

1. Remarquez /lirc, Moi/sescn, Eliasea, comme exemples du 
génitif datival, et comparez hirc sous duc (9; 43, 45, 47) & dituc 
(14, 3()) . 



~ 280 — 

ïaincoac berac ' baicen ? ... ? qui est-ce qui 
peut remettre les péchez, sinon Dieu seul ? 

3. 27. Ecin' nehorc borthitz baten ostillamenduac, 

haren etchera sarthuric, pilla ahal diizaque^ 

Nul ne peut entrer en la maisoncrvn iort homme, 

& piller son mesnage, 

DITZAQVEDANO. 1. Pot: fut: s. iM*. pi : avec da 

euph: pour Z devant n rel : déd: duratif; aux: act: 

(«o = jusqu'au temps que.) 

12. 36..., EÇAR ditzaquedano hire etsayac hire 
oinén scabella. (pour scabellatzat .) . . ., iusqu'à 
tant que i'aye mis tes ennemis marche-pied de 
tes pieds. 
baDITZAT. 2, Hypothétiques, l^r. pi: aux : act: 

5. 28..., Baldin haren abillamenduac hunqui hadit- 

zat ber% 
.,., Si tant seulement ie touche ses vestemens, 

8. 3. Eta baldin igor hdidilzat baruric cein bere 
etcherat, Et si le les renuoye à ieun en leur mai- 
son, [ceiii = qui explique-t-il sendas en cas- 
tillan ?) 
baDOA. i. Ind: prés: s. 3*'v. i. passif to««. 

14. 21. Segur guiçonaren Semea baooA, Et certes 
le l'ils de l'homme s'en va 



1. Bcrac= seul, ht/ Ininself. Voyez diradcn, 13, 82. 

2. Ecin makes the sentence négative, and renders ahal more 
emphatic. But ahal with ditxake is already pleonastic. Some 
Greek manuscripts hâve 'AXX' = But, at the head of tbis verse. 

3. Bcr='tant scalcincnt est la racine de bcra = seul, lui- 
nièinCj et de bcrc = son. sien. Cf. halaber, etc. 



— 281 — 

DRAVAT . 2. Ind : prés : s . 1* r . s . r . i . s . 2® pers : 
adr : masc : aux : act : 
5 . 23 ... : othoitz eguiten drauat, (L'original a 

eguiten drauat,) ... : le te prie 
14. 30 . . . , Eguiaz erraiten drauat. . . , le te di en 
vérité 
DRAVC. 1. Ind. prés: s. 3« r. s. r. i. s. 2* pers : 
adr: masc : aux : act : 

11. 28... ? eta norc eman draiic authoritate hori 
...?...?& qui est celuy qui t'a donné ceste au- 

thorité.. . ? 
DRAVCA. 2. Ind : prés: s. 3® r. s. r. i. s. aux : act: 
2. 21.. .,ezpere haren compligarri berri harc ede- 
QuiTEN drauca çarrari, ... : autrement le drap 
neuf qui a esté mis pour remplage, emporte du 
viei drap\ 

12. 36 . .., Erran drauca launac ene launari, 

..., Le Seigneur a, (l'original porte à) dit à mon 
Seigneur, 
DRAVCADANA. 1. (Dérivé de draucal)\\^à.\ prés: 
s. 1*^ r. s. r. i. s. avec da euph: pour / avant n 
rel : datif décl : nom : sing : intr: [iia =z celui à 
qui). 6. 16... loannes nie burua edequi drauca- 
dana, ... ce lean que i'ay décapité : 
DRAVCATE. 2. Ind : prés: pi : 3« r. s. r. i. s. aux: 
act: Dans mon ouvrage sur les Epîtres de saint 
Paul à saint Timothée j'ai inclus par insouciance 
eztraucate, forme négative de ce mot, parmi les 
formes masculines. 

1. L ne traduit pas drap. Godefroye ignore remplage; mais 
donne renipliage. 



— 282 — 

7. 32. Or diian PRESENT xT2V.^ draucate gor... bat..., 
eta othoitz eguiten. Lors on luy amené vn 
sourd ... : et le prie-on 
10. 34 ..., etathu egviise^ cl raucale, . . ., & crache- 
ront 
DRAVCATELA. 1. I. q. préc : avec la conjonctif. 
9. 13..., EGuiN draucatela, hawirgule devant eguin 
paraît superflue . , . , (et luy ont fait tout 
DRAVCV. 1. Ind : prés : s. 3« r. s. r. i. pi : l'* pers : 
aux : act : 

16. 3..., horc ALD.^.RATUREN dniucu harria monu- 
ment borthatic? 
. . . , Qui nous roulera la pierre arrière de l'huis du 
monument ? 
DRAVE . 2. Ind : prés : s. 3" r. s. r. i. pi : aux : act : 
2. 19." Eta ERHAiTKN draue lesusec: lesus leur dit, 
7. 37...: gorrey ' ençun eracitkn draue, ...: il fait 
que les sourds oyent, 
DRAVEGV. 1. Ind : prés : pi: 1" r. s. r. i. pi : aux : 
act : 

6. 37. . ., eta emanen drauegu iatera ?...,& leur 
donnerions à manger? (Peut-être pour donne- 
rons) 
DRAVET. 1. l;id: prés: s. 1' r. s. r. i. pi: aux: 
act : 

13. 37. . ., guciey erraiten drauet, . . ., iu le di à 
tous, 
DRAVNAT. 1. Ind: prés : s. 1" r. s. r. i.s.2«pers: 
adr : fém : aux : act: 

1. From ,90//0A' = hard. Cf. hard ofhearing. See Drauçue 10, 5. 



— 283 — 

6. 22. . ., eta emanen draunat. . . ., &ie le te don- 

neray. 
6. 23, ... gucia emanen draunat^ neure resii- 

maren erdirano. ..., ie te le donneray, voire 

iusqu'à la moitié de mon royaume. 

(A suivre) . 



BIBLIOGRAPHIE 



The Tiruvdçagam, or 'sacred ultorances' of the tamil 
poet, sailli and sage Mânikkavâçagar; the tamil text 
with english translation, introduction and notes, by 
the rev. G.-U. Pope... Oxford, Clarendon press, 1900, 
gr. in-8'\ xcix-354-84 p. 

Mânikkavâçagar (forme tamouledeMânikyavàtchaka) 
était un grand saint civaïste dont la légende, résumée 
par M. Pope, est pleine de récits merveilleux; au 
point de vue historique, il aurait été le premier 
ministre du soixante-troisième roi du Pàndi, Arimard- 
dana; ce fut sous le onzième successeur de ce prince 
que le Pândi fut conquis, vers l'an 1064 de noire ère, 
par les Tchôlas. Mânikyavâtchaka aurait donc vécu 
vers le huitième siècle de J.-C. On lui attribue divers 
ouvrages et notamment un recueil d'hymnes qui se 
chantent encore journellement dans les temples du 
sud de rinde : c'est précisément le Tiruvdnagam (skr. 
Çrîvâtchaka) dont M. Pope vient de nous donner une 
édition définitive accompagnée d'une admirable tra- 
duction. Malheureusement, cette traduction, qui est 
aussi exacte que possible, est en vers; elle cherche à 
exprimer la forme de l'original, mais elle n'est pas 



— 285 — 

aussi parfaite qu'elle serait, si elle avait été faite en 
simple prose. 

M. Pope a laissé deux passages sans traduction. On 
ne s'en étonne pas, quand on connaît la suscepti- 
bilité particulière aux Anglais; mais les Français, 
moins faciles à effaroucher, aimeront peut-être à 
trouver ci-après la traduction de ces deux passages 
dont le premier, fort curieux, est relatif à la vie fœtale 
de l'homme : 

P. 31 : « Au milieu de ce monde aux vastes mers, 
j'ai vécu dans l'activité, passant par des matrices 
innombrables, depuis celle de l'éléphant jusqu'.-i celle 
de la fourmi; prenant enfin la forme humaine dans la 
matrice de ma mère, j'ai vécu dans ce nid, embryon 
parfait; une lune, j'ai vécu double comme la Tcrmi- 
nalia hellen'ca et son fruit; deux lunes, j'ai vécu unifié 
par la croissance ; trois lunes, j'ai vécu sous une poi- 
trine; deux fois deux lunes, j'ai vécu dans l'obscurité 
profonde; cinq lunes, j'ai vécu mourant; six lunes, 
j'ai vécu tleur souffrante; sept lunes, j'ai vécu terre 
affaissée; huit lunes, j'ai vécu dans la détresse; pen- 
dant neuf, j'ai vécu dans l'affliction; à la dixième lune 
convenable, j'ai vécu avec ma mère dans le mal de 
l'océan des douleurs qu'elle souffrait' ». 

1. Ce passage est traduit ainsi par P. A. à la p. 18 de la bro- 
chure A fca' /njnins of M(ini/,La VachaUa and T((i/iiiiianacar-, 
translated by P. A. and G.-U. Pope (Siddhanta deepika séries, 
n" I), Madras, 1897, 46 p.: «WasI Saved in faultless wombs — 
On the seagirdled earth, elephant's womb to ant's, — Saved in 

19 



t 



— 286 — 

P. 257 : «0 toi, dont la poitrine présente deux 
points brillants comme l'ardent soleil, traces laissées 
par la poudre odoriférante dont étaient parfumés les 
bouts des deux seins de la belle aux cheveux bouclés, 
à la taille frémissante. » 

Le volume se termine par un vocabulaire, qui peut 
être donné comme un modèle. L'introduction et les 
préliminaires sont remplis de détails intéressants sur 
la littérature tarnoule, sur les légendes locales, sur le 
çivaïsme, et il y a à apprendre là presque chaque ligne. 
Entre temps, M. Pope donne la traduction complète 
d'un traité dogmatique çàiva-siddhanla, le Tiruvarut- 
payan « profit de la sainte grâce », dont l'auteur paraît 
avoir vécii au quatorzième siècle. Cet ouvrage, qui se 
compose de cent mtras en distiques, est recommandé 
p;»r les docteurs de la secte. 

M. Pope, par une sorte de coquetterie charmante, 
a voulu dater son nouveau livre du quatre-vingtième 
anniversaire de sa naissance : il a commencé ses 
études tamoules en 1837, il y a soixante-trois ans! Il 

womb of human mother, — Saved tïom stroke of sterilizing 
worm, — Saved in the meeting of ihe seeds in the flrst moon, — 
Saved in their growth in the second moon, — Saved in their 
struggie in the third, — Saved in the great darkness of the 
fourth month, — Saved fi-om the blight of the flfth moon, — 
Saved from the mishaps of the sixth, — Saved, looking earth- 
wards in the seventh,^ Saved in the straits of the eighth moon, 
— Saved in the dangers of the ninth, — Saved in the due tenth 
moon, — Together with the mother in a sea, — of agony strug- 
gling. » On peut voir par là combien ce morceau est obscur et 
diflBcile à traduire. 



— 287 — 

a apporté un soin tout particulier à son Tiruvâçagam 
qu'il semble regarder comme sa dernière œuvre; mais 
nous pouvons expérer, je crois, qu'il nous en donnera 
plusieurs autres encore aussi bonneset aussi bien faites. 
Claudine a chanté le vieillard de Vérone qui n'avait 
jamais quitté le lieu de sa naissance et dont il oppose 
la longueur de la vie aux courses lointaines des voya- 
geurs. M. Pope, lui, joint l'expérience de l'âge aux 
connaissances acquises en traversant les mers : il 
réunit autant déroute que de vie et se présente à nous 
ainsi avec une double auréole. Puisse-t-il nous la 
faire voir bien longtemps encore ! 

Julien ViNsoN. 

P. -S. J'avais adressé à M. Pope, dès la réception 
de son volume, les vers tamouls suivants : 

Iruvin' eika da n daçe ha 

mçeiUavâfjagatteitjelld m 

V ar uvikiy allât' pôla 

inafumojiyadanilvait lî 

liaru vin'eikand(l/dndat 

lavai' luldmuyirgalummeik 
Kuruvin'eiyén'amnangik 

Kur'eivilâvâjgaven'bâ r 

«Vous avez mis dans une langue étrangère, comme 
par un jeu accidentel, — toutes les paroles saintes 
chantées par le bienheureux qui a échappé aux deux 
activités; — après avoir vu ce travail précieux, les 



— 288 — 

êtres qui habitent les sept univers vous — vénèrent 

et vous nommant leur guru disent : u puisse-t-il vivre 
heureux sans cesse 1 » J. V. 



Sivagnâna hôtham of Meikandadêva, translated 
with notes and introduction by J.-M. Nallaswamj- 
PiLLAi. Madras, 1895, in-8«, (vij)-xxxj-1â6 p. 

Light o/ Grâce or Thiruvarutpayan of Umâpathi 
Siva Gharya, translated with notes and introduction by 
J.-M. Nallaswami-Pillai. Madras et Trichenapally , 
1896, in-8°, (v)-xxxij-ix p. 

Il se produit en ce moment dans l'Inde, et surtout 
dans l'Inde méridionale, un mouvement religieux ou 
plutôt philosophique extrêmement important, qu'on 
pourrait appeler la renaissance du çivaisme, si cette 
religion avait jamais cessé d'être prédominante dans ces 
régions. En réalité, il s'agit d'une propagande active, 
faite par des Indiens extrêmement distingués, élevés 
presque à l'européenne, en faveur de la doctrine 
gàiva-siddliânta. Au mois de juin 1897, un journal 
spécial a même été fondé dans ce buta Madras, et il 
est aujourd'hui en pleine prospérité'. 

On sait que le çivaisme repose tout entier sur la con- 

1 . Tho light of fruth or Siddhanta deepika, a monthly 
journal, devoted to religion, philosophy, littérature, science, etc. 
Madras, J.-M. Nagaratnam-Pillay, publisher. Blacktown. — 
L'abonnement est de 4 roupies (6 fr. 80) par an. — Siddhanta 
dîpikâ signifie exactement « la lampe de la perfection ». 



— 289 — 

ception des trois entités : Pati « le chef, Dieu, le 
grand tout >>, Paru « l'âme, l'individualité », et Pâsam 
«Je lien », c'est-à-dire l'ensemble des causes qui sé- 
parent le paeu du pati ; le but suprême est la libéra- 
tion du joug du pâsam ei l'absorption des individualités 
dans le grand tout. La doctrine est exposée principa- 
lement dans quatorze ouvrages tamouls, dont les inspi- 
rateurs du mouvement en question ont publié tout 
récemment une édition collective'. 

Parmi ces ouvrages, le Munsiff de Namdyal, le sa- 
vant Nallaavdmi-pUlei, en a déjà traduit trois en an- 
glais: le Tirunânaùtlyâr (skr, Çrîdjnânasiddhi), dont 
la publication se poursuit dans le Siddhânta-dlpikâ, et 
les deux autres que j'annonce ci-dessus. 

Le Çivandnahôdam (skr. Cwadjnânabôdha) est re- 
gardé comme l'ouvrage capital. On croit qu'il a été com- 
posé, probablement au commencement du XIIP siècle, 
par un ascète de Tiruvenneinallâr, qu'on a sur- 
nonmié Meykandddéua <.< le divin qui a vu la vé- 
rité ». Il l'a traduit du sanscrit, expliqué et com- 
menté. Le texte comprend 12 sûtras qui contiennent 
ensemble 41 vers tamouls de quatre pieds, du mètre 
agaval ; Nallasvâmi nous en donne une traduction 
rigoureuse, en anglais, ainsi que la traduction du 
commentaire, et il y ajoute de nombreuses notes expli- 
catives. Un missionnaire américain, M. 11. -K. Hoi- 

1 . Mei/kandaçdttiram (la science qui a vu la vérité), textes 
et commentaires; Madras, aux bureaux du Siddhanta decpika). 



— 290 — 

sington, en avait publié, en 1850, un résumé en 
18 pages (ians une revue américaine. Il peut paraître 
intéressant de comparer les deux traductions. 

Le sûtra XI est traduit ainsi qu'il suit par 
\1. Hoisington : <.< When the soûl has escaped from 
tlie influence of the body and become pure, Siva will 
look upon it and show himself to it, jusl as the soûl 
acts as the cause or power of vision to the eye. 
Therefore Siva, by Ihus revealing himself, will give 
bis sacred foot to ihe soûl with a love which it never 
forgels to exercise. » Voici la nouvelle traduction : 
« As the soûl enables the eye to see and itself sees, 
so Hara enables the soûl to know and itself knows. 
And this adwaita (non dualistique) knowledge and 
undying love will unité it to His feet. » 

Le texte est ainsi conçu : 

kânum kannukku kâttum ulam pôl 
kâna ulattei kandu kâttalin' 
ayarâ an'bin' aran' kajal çélumê 

c'est-à-dire, mot à mot : « qui-voit à-l'œil qui-montre 
le-sens- intime comme — pour-voir le-sens-intime 
ayant-vu par-l'action-de-montrer — inoubliable par- 
une-affection de-Hara l'anneau-de-pied joindra » ou 
« aux pieds de Hara, parce qu'il voit le sens intime 
et lui fait voir, comme le sens intime fait voir à l'œil 
€t voit, (ce sens intime) se joint d'un inoubliable 
amour ». 



— 291 - 

La traduction de 1895 est donc absolument supé- 
rieure à celle de 1850. 

Le livre de Nallasvâmi est fort bien fait et la lec- 
ture en est éminemment instructive : l'on y trouve, 
outre le texte, la traduction et les notes, une savante 
introduction, UFie notice sur l'auteur, la liste des 
âgamas, celle des ouvrages çivaïstes tamouls fonda- 
mentaux, le texte des dokas sanskrits en caractères 
dêvanagaris et en caractères télingas, enlin un glos- 
saire des mots spéciaux sanskrits et tamouls. 

Quant au Tiruvarutpayan « bénéfice de la sainte 
grâce », c'est un traité dogmatique en cent distiques, 
dont M. Pope a joint une traduction (ainsi que des 
commentaires) à son Tiruvâcagam. 

Tous ces ouvrages sont indispensables à celui qui 
veut avoir une idée exacte de la philosophie çivaiste. 

Julien ViNSON. 



Catalogue des manuscrits mazdéens de la Biblio- 
thèque Nationale, par E. Blochet. Besançon, impr. 
P. Jacquin, 1900, in-8°, (iv)-132 p. 

Bibliothègite Nationale. Catalogue de la collection 
Schefer acquise par l'État, par E. Blochet. Paris, 
\i. Leroux, 1900, in-8°, (iv)-v-231 p. et M pi. 

Un de mes amis avait posé sa candidature à l'Ins- 
titut; c'est un homme supérieur, aussi fait-il également 
bien plusieurs choses : en dehors de ses autres' ou- 



— 292 — 

vriigps, on lui doit de remarquables études de biblio- 
graphie. Il crut convenable d'y faire allusion dans 
une conversation avec un de ses futurs collègues; 
mais il fut singulièrement surpris d'entendre son in- 
terlocuteur lui demander à quoi pouvaient bien servir 
de pareils ouvrages. Doit-on conclure de là que la 
Bibliographie n'est pas très appréciée à l'Institut? 
Pourtant, L-V.h. Brunet a donné à l'Académie des 
Inscriptions la somme nécessaire pour décerner tous 
les tmis ans un prix de 3,000 fr. à un ouvrage récent 
de Bibliographie savante; la manière dont ce prix a 
été attribué jusqu'ici ne répond peut-être pas tout à 
fait à ce programme... mais, passons. 

J.-Ch. Brunet aurait, je crois, couronné les Cata- 
logues de M. Blochet. Ce ne sont pas de secs et vul- 
gaires inventaires, des relevés de titres, des énumé- 
rations fastidieuses; ce sont des indicateurs utiles, 
rédigés avec soin, et accompagnés de notes extrême- 
ment intéressantes. Le Catalogue mazdéen surtout 
plaira, car il présente le tableau complet des res- 
sources qu'offre aux éranistes notre Bibliothèque i\a- 
tionale. Avec ces notes sous les yeux, les travailleurs 
sauront où s'adresser; ils iront au but droit, vite et 
bien. 

M. Blochet a groupé dans un ensemble naturel des 
manuscrits (lue le caprice des classilications a dispersés 
dans cinq catégories différentes : le supplément per- 
san, le fonds indien, les papiers et les manuscrits de 



If. 



-' 293 — 

Burnouf, et celte ollapodrida qu'on appelle les « nou- 
velles acquisitions françaises >^. Les plus importants 
de ces manuscrits venaient d'Anquetil... 

Chacun de ces volumes est accompagné d'une table 
on ne peut mieux faite. Le Catalogue de la collection 
Schefer est accompagné de fac-similé excellents en 
héliogravures. 

Toutes nos félicitations au savant bibliothécaire 
qui est, en même temps, l'un de nos orientalistes les 
plus distingués. 

J. VlNSON. 



Actes de la Société Philologique (Bulletin de l'Œuvre 
de Saint-Jérôme). Tome XXVLIl (13« de la nouvelle 
série), année 1899. Paris, G. Klincksieck, 1900, in-8°, 
307 p. 

Contient, p. 1-167 : Lexique des fragments de /'i- 
vesta, par E. Blochel (c'est-à-dire la liste des mots de 
tx)us les textes en langue zendequi ont été découverts 
depuis la publication de l'Avesta). p. 169-306 : suite 
de ïArfe de la leiigua maçahua (conversations reli- 
gieuses.) 

J. V. 



Suotnalais-ugrilaisenseuran aikakauskirja. — Jour- 
nal de la Société Firnio-Ougrienne. Tome XIX.. Hel- 
singjors, \^0i, in-8«, (iv>iv-200-(ij)-ix-67-4â p. 

Contient : l'' ïrjœ Wichman, documents en langue 



— 294 - 

voliaque (proverbes, devinettes, contes) ; l"" H. Paa- 

sonen, chants tartares (ces deux recueils de textes sont 

accompagnés de traductions en allemand); 3° rapports 

et comptes rendus annuels par MM. K. P. Karjalainen, 

H. Paasonen, G.-J. Kamstedt et 0. Donner, en suoml 

et en français. 

J. V. 



Graïuinaire canlabrique bmque, de Pierre d'il rie, 
publiée par le Kev. VV. Webster (voyez p. 200). 

Voici le comolément de l'erratum de M. Clarke : 



pages 


lignes 




5 


3 


du S* Évangile natif de SWea 




15 


le z, l'c, u se 


6 


1 


du son de 1'/, /, i, y 




2 


les /, ./, r, y 




14 


c'est Ih portugais 




24 


hardiesse cucusteguiâ 




26 


gaûa nuit 


7 


10 


signifier la 




dre 


partout, bay, oui, baba, febue. 


8 


3 


le/c 


9 


31 


ténèbres 


10 


12 


antçara 




20 


phustela 




24 


ophorra. cofiiiaud 


11 


• 18 


sukhilla. souche 


12 


5 


phutçûâ ,. 



— 295 — 



âges 


lignes 




12 


9 


mais elles l'onl 
les précède f 




10 


pomme, dites 




17 


muquitssûâ 


13 


8-12 hire'... gueure' 




18 


hire'... cure' 




23 


*Iainco' 




24 


lurraren 




28 


*infernuetara 


14 


3 


seculaco' 




6 


laun'goicoa 


16 


29 


babaçuça 


17 


4 


vztaïlla 


19 


17 


vkhondoa 


21 


8 


photcoa 




10 


bassurdéà 


23 


28 


corrocogna 




31 


maquaréla 


24 


5 


herressâca 




9 


colàca 


25 


16 


gosna 




17 


matalaça 




25 


cutçha 




33 


lapicerià 


27 


6 


arrôpa 


28 


24 


salbatcaïilea 


31 


18 


parropia 


32 


17 


açotea 


33 


9 


olôa 




13 


arantçéa 




16 


elhorria 




17 


lokharria 




21 


haritça 



egunorozco'... çordun' 



— 296 



pages 

33 


lignes 

28 


cobréâ 


34 


10 
20 


ispilingua 
nahala 


35 


5 


okhincôà 


36 
37 

39 


13 
5 

16 
22 


çhiçhariâ 

ikhazquigna 

hateitçagna 

perfecçionéa 

çoramendàà 


40 


1 

19 


orriquia 
delicatataasana 


41 


9 


Likhisqaeria 


42 
44 

45 


8 

10 

8 


ingratasauna 

Caacôgna 
aenticorra 


55 
56 


7 
21 


jaquiiecoa 
haûrra 


57 


9 

10.15 


exceptez... sic, lie 
rie, nie (deux fois) 




13 
14 


ragno 
baitharagno 




18 
19 


quign 
ou daeo 




20 
21 


quign... tan 
baitharican 


58 


28 
33 
23 


guiconarenera 
guiconarenean 
bozcariari, bozcariora 


59 
60 


3 
17 
10-11 


des joyes, par les joyes 
Erreguebaithan 
aitassoenean, aitassobaithan 


61 


24 


mahatssic 



— 297 — 

pages lignes 

61 26-28 + pour x 

^2 13 toujours un a 

14 a s'oste 

20 tout a fait . 

24 comparaison 

31 hobequi (trois fois) 

63 4 barnerategui 

18 après, du depuis 

19 guerostiquégui 

64 7 hobeagoari 

10 hobeagoric 
66 7 çuetaragno 

11 çuequign 
15 Luy, elle 

23 Dat. haûy 

24 hautaragno, jusques 

69 23 le votre, çuénaz, çeuenaz , çuenetic, çeuené'tic, 

par le votre, du 
av.-dfeHunéna, hunénac 

70 27 hauquiénic 

71 16 neurorri 

21 neureburuaz 

32 gueureburuari 

d'" gueureburuac 

"^^ ^ par nous mêmes, gueureburuagatic, a cause 

de nous mêmes, gueureburuarentçat 

73 14 bereéna 
32 çegnentçat 
d'û çeintaz 

74 7 nihorc 

20 delacaussa. idem 
76 3 ascorenbaitharic 

''"'' 9 biequign... bioc 



- 298 - 

_n_- lignes 

364 à"^^ passaiétan 

365 9 çhutic ou Jaïquiric 
d""» higuitcen naiz 

6-d'"«' 2^ col. mettre nintcen en apposition 

366 2 haritçen etc. nintcen 

367 27 Lagunduco 

371 av-'d'' effacer sorteçoâ 

372 3 sorthurican 
d^e mintçalurican 

374 4 hassarrâtu eta 



377 9 

378 30 



382 



effacer -j- 



379 16 asse eta 

22 sassiatu. eta 

aSÛ 2 effacer + 

15 de se tenir assis 



29 hillaz. étant mort, hill eta. 

383 10 pobretu. gabe. pobre 
15 eguign billhatu 

384 14 vkhabillca 

385 4 josten haritçéa 
8 se diuertir 

14 Gaçhtatçéâ 

24 aïtçin. aitçindu 

26 ezantssiâtcéâ 

386 10 vrratu 

387 10 illhundu 

13 hotçi içatéâ 

14 sendatçéâ. senda. sendatu 

388 4 garbi 

19 goâtéâ. goân 
21 Deit. deithu 

389 3 makhurtçéâ 







— 299 — 


pages 


lignes 




389 


13 


guernu eguiten 


390 


4 


ferdetçéâ 




9 


çuçentçéâ 




21 


Sauuer 


393 


2 


eguin. eguign. 19. lothu 




5 


itçuri 




17 


on ajoute co. harico 


394 


10 


dire 




11 


çaeteris 


395 


6 


l'ay de j une 




14 


l'aime 




20 


l'aimé 


522 


11 


8 

laur. ou illabete. bâtez guerostic ou bi,hirur, 
laur. hilabetez 


523 


1 


bortçgarren' 




10 


illhabethebatetic 




11 


adisquideez 


524 


15 


15 jours 


525 


9 


le le voudrais 




11 


eztiotçoco 


527 


11 


dieçadaçu haren' 


529 


8 


laincoac 


530 


10 


b 

feray 


533 


8 


lagun' icateaz 


534 


3 


t 
eznaiz 


536 


9 


arno' 


538 


10 


t 
guignhârra 




9 


t 

maigre 




17 


cure' 



— 300 



pages 

540 


lignes 

3 


Lekhoe- 




(Jre 


Aberattss' Dire? 


541 


15 


L'un l'a dit 




19 


Ils t'auoient 



VARIA 



I. — La langue de nos parlementaires 

La Remio (ancienne Revue des Reçues) consacre une étude 
amusante aux crimes contre la logique et la syntaxe commis par 
les plus réputés parmi les orateurs de la Chambre. Les nombreuses 
citations de la RerueiovmQni une véritable anthologie des incon- 
séquences dont se rendent coupables nos brillants parlementaires. 

M. de Man afiBrme gravement qu'un ouvrier est un instrument 
qui ca de main en main. 

M. Bourgeois aperçoit « trois grands joom^s exprimant net- 
tement la volonté du pays ». 

Pour M. d'Estournelles, « l'Europe continue à s'acheminer les 
yeux fermés au suicide ». 

M. Viviani « pose les termes de la question », oubliant visi- 
blement que si la question en français a des termes, il est quand 
même difficile déposer les termes de la question. 

Cela n'empêche pas M. Ribot de « la poser sur son véritable 
terrain ». 

M. Leygues a un lyrisme gynécologique et nous déclare que 
« notre siècle enfantera un ordre nouveau ». 

Cependant, si les politiciensexcellentà exprimerdes idées vagues, 
parfois ils donnent aussi à ce vague lui-môme je ne sais quelle 
précision comique. De M. Charles Ferry, cette définition pleine 
d'actualité : « Le féminisme consiste à mettre sur le même pied 
l'homme et la femme ». Cela veut tout dire et ne veut rien dire; 
cela est immense, étant très étroit; mais, telle quelle, cette défi- 
nition plaira aux ennemis du féminisme: en effet, il leur sera 
très aisé de démontrer, grâce à elle, que, lorsque l'homme et la 

20 



— 302 — 

femme seront sur le même pied, la famille aura bien de la peine 
à se tenir en équilibre, je veux dire à se tenir debout... 



II. — Bismarck et les caractères latins 

La Gazette de Voss, du 9 octobre 1882, publiait la lettre sui- 
vante, adressée par le prince de Bismarck aux frères Karl et 
Adolphe Millier: 

« Varzin, le 4 octobre 1882. 

» Je vous remercie bien cordialement de votre Histoire Zoo- 
lofjirjue. Les descriptions pleines d'intérêt et les dessins repro- 
duisant les formes naturelles ont triomphé delà répugnance que 
j'éptouve généralement à lire les livres allemands imprimés en 
caractères latins, par ce motif que je sais me montrer ménager 
du temps que les affaires et ma santé laissent à ma disposition. 

» Il me faut, règle générale, 80 minutes pour lire en caractères 
latins le nombre de pages qui méprendrait une heure si la chose 
était imprimée more vcrnaculo. Le français ou l'anglais im- 
primés en caractères allemands, ou l'allemand imprimé en carac- 
tères grecs, présenteraient la même difficulté, même à ceux qui 
sont familiarisés avec tous les alphabets. Le lecteur instruit ne lit 
pas des signes de lettres, mais des signes de mots. Or, un mot 
allemand écrit en caractères latins lui produit une impression 
aussi étrange que pourrait vous produire un mot grec écrit en 
caractères allemands. Cela vous contraint à lire plus lentement, 
absolument comme l'orthographe arbitraire et fantaisiste que Ton 
a substituée naguère à notre orthographe traditionnelle. 

)) Pardonnez-moi cette explosion de mauvaise humeur échappée 
àun lecteur solitaire et ne la considérez pas comme un symptôme 
d'ingratitude pour votre envoi amical, dont la lecture attrayante 
me fait oublier volontiers la nationalité des caractères. 

» Von Bismarck. » 



— 303 — 



III. — Jeu de mots homonymes 

Un journal publiait naguère la facétie suivante: « M. Lamcvre 
a épousé M"' Lopère; de ce mariage est né un fils qui est devenu 
le maire. àQ\K commune. Monsieur, c'est le père ; Madame, c'est 
la mère, et les deux font la paire. Le fils est le maire Lamerre. 
Le père, quoique père, eS't resté Lamen'e, mais la mère, avant 
d'être Lamerre, èta.it Lepère. Lepére est donc le père sans être 
Lepère, puisqu'il est La/ne/ve;mais la mèreest Lamerre quoique 
née Lepère, et n'a jamais pu êfre Maire. Le père d'ailleurs n'est 
pas /« mère, tout en étant Lamerre. Si la mère meurt, Lamerre, 
qui est le père, et qui n'a jamais été Lepère, pas plus qu'il n'a été 
le père de la mère du Maire; le père, dis-je, devenant veuf, la 
perd, et le père Lamerre ainsi que le Maire Lamerre perdent la 
tête et moi aussi ». 



Le Propriétaire-Gérant, 

J. Maisonneuve. 



Cbaloa-sur-Sadne. — Imprimerie L. Marceau, B. BiiRTKANL), successeur. 



LITTÉRATURE TAMOULE ANCIENNE 



Le Sûlâmani 

Ce mot Sûlâmani, ou plus exactement Çùlàmani^ est une 
adaptation du sanskrit Tchùdâmani « pierre précieuse mise 
sur les cheveux réunis au sommet de la tête (de Çiva) », c'est- 
à-dire « bijou supérieur, joyau par excellence », nom qui 
convient tout à fait à un poème qui prétend traiter des quatre 
fins de l'homme : vertu, fortune, plaisir, but suprême. Ce 
poème fort intéressant, peu connu et peu étudié, était cepen- 
dant estimé de quelques érudits, et, dès 1886, on songeait aie 
faire imprimer. Mais c'est seulement en 1889, par les soins du 
savant Ci. Vài. Tàmàdarampillei, de Jafifna, que le livre a 
vu le jour. L'éditeur raconte, dans une très intéressante pré- 
face, l'histoire de cette publication. Il était allé rendre visite, 
quatre ou cinq ans auparavant, à l'illustre Sahrahmantja- 
dèçikamùrti, supérieur du monastère de Tiruvdvadutur'ei, 
et ce sage éminent lui parla du Sùldmani, lui dit que c'était 
un poème remarquable, qu'il fallait le sauver d'une mort 
prochaine en le faisant imprimer le plus tôt possible, et que 
ce devoir incombait particulièrement à lui, Târàôdarampillei, 
qui avait déjà publié plusieurs ouvrages tamouls précieux. 
Maliàlinga-aii/ar, de Madras, lui envoya la copie manuscrite 
qui se trouvait dans son couvent. La lecture de ce manuscrit 

1. J'6!cris StHctmani parce que j'avais écrit précédemment Smrfâ- 
mani. 11 faut remarquer le l cérébral. Ou sait que les textes sanscrits 
du sud de l'Inde ont gardé cotte lettre qui a disparu dans les textes 
septentrionaux. 

21 



— 306 — 

convainquit le vaillan l'éditeur de l'excellence de l'ouvrage et 
lui inspira un vif désir de le publier, mais il était nécessaire 
de réviser le texte avec soin et de pouvoir comparer entre 
elles plusieurs copies. 11 fit donc faire des recherches dans 
tout le pays tamoul. Un manuscrit lui fut envoyé par 
Véngattaràma-aiyangâr, deKaruvûr, qui lui signala l'exis- 
tence d'un autre exemplaire chez lesDjâinas de Mannârkudi. 
Mais ce second manuscrit avait été emporté à Kumhhakônam; 
son propriétaire promit de le communiquer lorsque le moment 
de la révision serait venu. Car, il ne s'agissait pas d'une 
impression immédiate, Tâmôdarampoullé étant occupé à une 
autre publication. Cependant les recherches continuaient : 
Kanagaçaheimudaliyàr, magistrat à Tanjaour, découvrit 
deux nouvelles copies à Vèdàraniyam et à Pérumaixdùr ; et 
Ràmatchandrâya, munsiff du district de Vijuppuram, en 
trouva une autre chez un Djàina de Vîdùr. Cependant, le 
propriétaire de l'exemplaire de Mannârkudi était mort, et il 
fut impossible de savoir ce que cet exemplaire était devenu. 
Sur les cinq exemplaires restants, deux, ceux de Vèdàraniyam 
et de Karuvùr, n'étaient que des copies de celui de Vidùr ; 
on n'avait donc en réalité que trois textes à coUationner. Le 
travail fut fait et l'impression commença. 

Une centaine de pages étaient déjà tirées, lorsqu'un ami 
de l'éditeur trouva une quatrième copie, dont le propriétaire 
venait de mourir, à Trichenapally. Dans l'espoir d'en décou- 
vrir encore d'autres, Tâmôdarampiljei fit lui-même une 
tournée parmi les Djâinas de la région, mais ce fut seulement 
à Kdntchipura qu'il trouva un vieux manuscrit du poème. 
Les variantes offertes par ces deux nouveaux textes étaient 
nombreuses et intéressantes. Il fallut donc recommencer 
l'impression; un spécimen des corrections ainsi exécutées 
nous est donné dans un tableau très intéressant qui vient à la 
suite de la préface. 



— 307 — 

Tâmôdarampillei attribue au Sùlâmani un âge relative- 
ment fort avancé : à son avis, il daterait d'environ 1500 ans. 
Le poème est en effet cité, nous dit-il, dans le commentaire, 
écrit vers le 1V« siècle, de la Kârikâ, traité didactique 
tamoul, composé d'après un plus ancien, le Yàpparungala, 
dans le commentaire duquel le Sùlâmani est également cité. 
Enfin, dans une des strophes préliminaires de l'ouvrage, il 
est fait mention du roi Vidjaya de Kârvetti; or Kârvetti était 
la capitale du Tchôla avant Ur'andei. Mais rien ne prouve 
qu'il s'agisse là d'un roi Tchôla; le Vidjaya en question 
n'était peut-être qu'un chef local, tributaire du grand mo- 
•narque. Cette strophe d'ailleurs n'est évidemment pas de 
l'auteur lui-même et doit avoir été mise en tête de l'ouvrage 
par un copiste postérieur. Quant à la date du commentaire 
de la Kârikâ, elle est fort incertaine. Les Indiens n'ont pas 
le sens de l'exactitude historique. 

Je crois le poème plus moderne, et il me semble qu'il doit 
remonter à la période qui a précédé immédiatement celle qui 
a vu le triomphe définitif du Çivaisme. Peut-être même 
a-t-il été écrit plus tard encore. C'est ce qui expliquerait 
qu'il était si peu connu en dehors des Djâinas et qu'on ne lui 
ait fait aucun commentaire. Néanmoins, il est certainement 
ancien et ne doit pas être postérieur au XIl^ siècle. Il est 
cité dans les commentaires de beaucoup de très anciens 
ouvrages ; mais il porte en lui-même des caractères de mo- 
dernité relative, si j'ose exprimer ainsi: le nombre et la 
variété des mètres employés, l'art avec lequel ils sont alter- 
nés, le soin peut-être exagéré de la forme, et l'imitation 
manifeste du Sinddmani. Pourtant, les deux descriptions 
initiales du pays et de la ville ne sont pas conformes aux 
traditions classiques que le Sindâmarii a au contraire obser- 
vées, mais le fait que ces deux descriptions ont été l'objet de 
chants spéciaux et le fait que les diverses divisions du 



— 308 - 

poème portent le nom de sarga [çarukkam] confirmeraient 
mon hypothèse. Maintenant, quelle part faudrait-il faire aux 
questions de localités? combien de temps fallait-il, à ces 
époques de communications rares et difficiles, pour qu'un 
ouvrage littéraire devînt célèbre et fût connu dans tout le 
pays tamoul ? 

L'éditeur indien dit à ce propos que, dans la plupart des 
langues connues, les grandes épopées ont d'ordinaire paru 
avant les petites, mais qu'il y a des exceptions : le Sùlâmarii 
en serait une. Je crois qu'un élément important doit être la 
métrique, en ce qui concerne les livres tamouls. Des divers 
genres de poésie connus, il est à peu près certain que Vagaval 
ou âçiriyappà, sorte de prose rythmée, est la plus ancienne, 
puis vient le venbâ, distique d'abord et quatrain ensuite, enfin 
le quatrain se régularise et produit le kalippâ, le tur'ei, le 
viruttam (vrddha). J'ai déjà fait remarquer ailleurs que plu- 
sieurs ouvrages tamouls ont été deux fois écrits, une première 
fois en âçiriyappà ou en venbd et une seconde fois en viruttam, 
p. ex. : le Mahâbhârata abrégé d'abord en venhâ par Pérun- 
dêvanâr, puis traduit en viruttam par Villipultûr et Nallâp- 
pillei, l'histoire de Nala par Pugajêndi et par Adivîrarâma- 
pàndiya, etc. C'est ce qui m'a permis de supposer que les 
deux grands ouvrages classiques perdus, le Kundalagéçiet le 
Valeiyâbadi avaient eu également deux formes. iSJous avons 
les deux états de la légende d'Udayana : un abrégé en 
355 viruttams {udayanankumârankâppiyam, dont les six 
chants portent le nom de kàndam) et la version originale 
(udayanankadei ou pérunkadei) en agaval, dont le com- 
mencement et la fin manquent, mais qui comprenait six 
livres, kàndam, divisés chacun en un grand nombre de 
chants. Parmi les petits poèmes djâinas ou bouddhistes, 
antérieurs ou postérieurs aux cinq grandes épopées classiques, 
on cite, outre le Sùlâma)j.i et.VUdayamkâppiyam,leNâga- 



— 309 — 

kumârakâppir/am, le Nilakêçi, le Yaçàdarakâppir/am, dont 
le dernier aurait été imprimé avant le Sùlàmani : je ne connais 
ces ouvrages que de nom. 

Une particularité qui a préoccupé l'éditeur, c'est que, dans 
tous les manuscrits, le Sùlàmani porte le sous-titre « deuxième 
épopée », irandàvadu kâviyam. Quelle serait la première? 
Je proposerais volontiers de donner ce rang au Sindâmani, 
mais peut-être conviendrait-il plutôt, en se référant à l'hypo- 
thèse que j'émettais tout à l'heure, de traduire « seconde 
épopée » par « seconde forme (en viruttam) de l'épopée (an- 
ciennement écrite en agaçai) ». La première supposition 
serait confirmée par le parallélisme des deux noms : 
Sindâmani et Sùlàmani (en sanskrit Tchintàmani et 
Tchùdàmani). Ce sont, on le sait, les deux pierres précieuses 
divines, qui font obtenir à leurs possesseurs tout ce qu'ils 
désirent. Ils est intéressant de faire remarquer à ce propos 
que le P. Beschi, au commencement du XVIII® siècle, en 
composant son poème chrétien le Témbâvani, a imité le 
Sindâmani jusque dans son titre. 

Je trouve dans le t. III (1894-1895) des Epigraphia 
indica de M . E. Hultzsch (p. 184-207) un document qui 
peut donner sur l'âge du Sùlàmani de très intéressantes indi- 
/cations. C'est une inscription, gravée sur les quatre faces 
d'une colonne carrée de pierre érigée à la mémoire d'un 
saint, sage ou précepteur djâina, Ma//i'.?è/îa-Maladhciridôva, 
qui mourut le 10 mars 1129 à l'endroit même où le monument 
est élevé, c'est-à-dire à Sravana-Belgola, talûka de Tchan- 
narâyapatna, district de Hassan, dans le Maïssour (environ 
74" de long. E. et 13° de lat. N.). Belgola, en canara « lac 
ou étang blanc », est traduit çcèlasaràcara et dhavalavarasa- 
tîrtha dans l'inscription, qui est en sanskrit. Cette inscrip- 
tion, dont l'auteur est un disciple de Mallisèna, Mallinâtha, 
ne peut donc guère être postérieure au milieu du XIP siècle 



— 310 — 

de notre ère. Elle célèbre les mérites de Mallisêna, qui se 
laissa mourir de faim, par sa foi religieuse, et qui expira après 
trois jours de jeûne absolu, sous Hastérisme svâti, à midi, le 
dimanche 3^ jour de la quinzaine noire de la lune du mois de 
Phalguna de l'année Kîlaka, 1050 de l'ère çaka, c'est-à-dire 
le 10 mars 1129. Il mourut donc pdiV sallèkhanâ a amaigrisse- 
ment spontané » ou samàdhi « absorption contemplative ». 
Ce document, assez emphatiquement rédigé comme il con- 
vient, donne une liste des principaux gurus ou Saints djâinas, 
digambaras, qu'on vénérait à cette époque; parmi eux, se 
trouvent les noms de Tchintdmaj^i, auteur du Tchintâmani, 
et de Çrîcarddhadêva, auteur du Tchûlâmani. Voici le 
te^te : dharmmârtthakâmaparinirvrtitchârutchintaçtchin- 
tàmanih pratinikètamakàri yèna — sa stûyatê sarasa-sâur- 
vr/abhudjâ sudjâtaçtchintâmanirmmunwrsâ na kathatch- 
djanena = Tchùlâmanih kaoînara tchûlâmaninâ[ma]sêvya- 
kàcyakavlh — çrivarddhadêca êva M krtapunyah kîrttimâ- 
harttum — çûrn,ni — ya écamupaçlôkitô daridinâ — djahnôh 
kanyâm djatâ[grè]na hahhâra paramêçvarah çrivarddha- 
dèva samdhatsê djihvâgrèna sarasvaiim{% 15 à 17, lignes 38 
à 43). On peut traduire : « Comment ne serait pas loué par 
les connaisseurs ce noble muni Tchintâmani, prince des 
sages, par qui a été composé, dans toutes les maisons, le 
Tchintâmani aux belles pensées sur la vertu, la fortune, le 
plaisir et la libération? Seulement f'rivarddhadêva, le Tchû- 
lâmani des poètes, l'auteur du poème superbe appelé Tchû- 
lâmani, a acquis de la gloire par ses actions vertueuses. — 
Note. — Il a été ainsi loué en un çiàka par Dandi : — Para- 
méçvara a porté la fille de Jahnu au sommet de sa chevelure 
nattée; (toi), Çrîvarddhadêva, tu as porté Sarasvatî sur le 
bout de ta langue. » 

Le Tchùlàmani sanskrit, prototype du Sùlamani tamouL 
aurait, d'après cette inscription, été connu dès le milieu du 



— 311 — 

XII® siècle, mais l'insistance du rédacteur de ce document et 
le témoignage de Dandi qu'il invoque semblent indiquer 
que ce poème était relativement récent et n'avait pas été 
encore classé parmi les écrits indiscutablement et universel- 
lement admis. La traduction tamoule n'a dû être faite que 
lorsque le prototype sanscrit avait atteint cette réputation, ce 
qui nous conduit au XI II® siècle. 

L'auteur du Sùlâmani tamoul serait un certain Tôlâmoji- 
dêca (( le sage à la parole invincible », sur lequel nous ne 
savons absolument rien et dont le nom est donné par les deux 
strophes préliminaires, œuvres de copistes anciens, dont 
voici la traduction : 

« Les mots réunis dans le Sùlâmani par Tôlâmoji, qui se 
rit des pierres précieuses indestructibles, brillantes et su- 
perbes, — éclairent abondamment toutes choses, brisent dans 
ses fondements l'obscurité, relèvent et affermissent ceux qui 
ont été abaissés. 

» Ceux qui comprennent le Sùlâmani de Tôlàmoji, sage 
au langage indestructible qui adore les pieds fleuris du Pur, 
prince des devoirs toujours célébré, qui n'a ni les huit, ni lés 
dix défauts, tout en rendant hommage au Seigneur puissant, 
roi du fort Kârvelli qui rit en battant des mains de ses enne- 
mis, dont la main est libérale comme les nuages, le victorieux 
redoutable dont la gloire a conquis les huit points cardinaux; 
— ceux-là voient le port! » 

Ces deux strophes ont été évidemment écrites par deux 
personnes différentes et sans doute à différentes époques. La 
première offre, à son troisième vers, une variante intéres- 
sante qui nous obligerait à traduire : « les mots qui sont dans 
le Sùlâmani, paroles irréfutables qu'on n'égalerait pas en 
réunissant les pierres précieuses indestructibles... » Cette 
variante est une révélation : l'expression « paroles irréfu- 
tables » tôlâkkir est un simple synonyme de tôlâmoji, de sorte 



— 312 — 

que, dans les deux strophes précédemment traduites, j'aurais 
pu mettre : « les mots réunis dans le Sùlâmam, paroles irré- 
futables, qui se rient... », «... le Sùlâmani aux paroles irré- 
futables du sage au langage... » ; nous aurions ainsi le droit 
de supposer que les copistes postérieurs ont pris pour un nom 
d'auteur ces mots qui exprimaient simplement la qualité du 
poème. On peut donc affirmer que l'auteur véritable du 
Sùlâmani est inconnu . 

L'édition de 1889 a été publiée, chose fort intéressante, 
aux frais d'un groupe de Tamouls, fonctionnaires du gouver- 
nement anglais à Rangoun. C'est un joli volume, cartonné 
et couvert en toile, à l'anglaise, formant un petit in-S" de 
(ij)- 18-4-308-20 p. Ces diverses paginations correspondent 
aux parties suivantes : titre, préface, table des noms propres, 
texte de l'ouvrage, table alphabétique des strophes. Outre les 
deux strophes préliminaires et l'invocation [kâppu], le poème 
se compose de 2.131 quatrains répartis en 12 chants, ainsi 
qu'il suit : « préface 6, I . le pays 29, II. la ville 34, III. les 
fils 49, IV. Ratnanûpura 120, V. salle du conseil 192, 
VI. message 142, VII. mort du lion 254, VIII. mariage 304, 
IX. royauté 424, X. Svayamvara 286, XI. Renoncement 229, 
et XII. But suprême 62.» L'impression est élégante et soi- 
gnée. 

J'ai déjà dit que la métrique est variée. J'ai compté au moins 
29 mètres difïérents; les plus fréquents sontdes deux modules 
suivants : 

1° cilam, ma, tèmà; vllam, ma, tèmà, c'est-à-dire 



^ (deux fois répété) 



— 313 — 

2° vilam, vilam, ma, kûvilam, ou 



Le poème, et cela est assez particulier, commence par le 
même mètre que le Sindàmai),i. A l'exemple de ce dernier 
également, les chants ou prières au dieu suprême sont tou- 
jours en trois strophes qui ont un mètre et un rythme tout 
spéciaux; tantôt, ils sont en vers de quatre pieds en kâr/, et 
le second vers se répète presque tout entier dans le troisième; 
tantôt ils sont en vers du rythme oenbd et la seconde moitié 
du second vers se répète pour former la première moitié du 
troisième. Le premier système est employé dans le Sinddmani 
et dans le SUappadigàram ; le second dans le Sindàmani 
seulement. Dans le Sùlàmani, le premier se trouve trois fois 
(IV, 64-66 et 96-98 ; VIII, 300-302), et le second deux fois 
IV, 69-71; VI, 109-111); nous avons de plus (X, 65-67) une 
variante du premier où le premier vers se répète pour former 
le quatrième. Voici un spécimen de ces mesures : 

Ai),itjâdumolitigajumàranangutiramùrt ti 

kaniyâdumujudunarndakadavulend'ar'eiya . . .mê 
kaniyàdumuj'udunarndakadaDulend'ar'eindâ. . .lu 
maninâlamudeiyât/eiyar'icârôoariya rê (IV, 64) 

« L'essence suprême toute-puissante qui brille éclatante, 
même sans se parer, s'appelle l'être supérieur, qui comprend 
tout sans y réfléchir; — môme si l'on dit que l'être supérieur 
comprend tout sans y réfléchir, les sages éminents t'ignorenl- 
ils, toi qui possèdes la terre magnifique? » 

Vireimanandatâmareimèlvincan,angatchendâ 
yureimatiandiydmparaoacunmagijoâyal . .lei 



— 314 — 

unmagijvàyalleiyènjnumulagellà n 

kanmagijanind'cujkatkàdalojiyô mê (IV, 69) 

(( Tu as marché, salué par le ciel, sur le lotus qui répand 
une odeur parfumée; comme nous nous étendons en discours, 
tu ne t'en réjouis pas en toi ; même si tu ne t'en réjouis pas 
en toi, tu demeures pour réjouir les yeux de tout l'univers : 
échapperons-nous à ton amour? )) 

ôdumêmanamô(îu ^.mê 

kùdumêianikôdeiya y 

kâduçèrkanikârido r^um 

à(îumêmanamô(iu mê (X, 65) 

« Il court, l'esprit, il court! — ôtoi qui portes une fraîche 
guirlande, — dans tous les fruits mûrs des bois, — il court, 
l'esprit, il court! » 

L'éditeur n'a pas joint à sa publication un résumé du 
poème en prose ; il s'en excuse par cette raison qu'un savant 
professeur de Jaffna a écrit une version en prose et aussi 
parce qu'un autre savant prépare un commentaire minutieux 
de l'ouvrage. Mais il s'est ravisé depuis et, en 1898, il a fait 
paraître à Madras, à l'imprimerie de Vadjravêlupijjay, une 
analyse détaillée en prose (iv-163 p. in-12), qui a été réim- 
primée en 1900 par Thompson and C» «attheMinerva press, 
Popham's broadway » (iv-163 p,. in-12). Ce résumé a pour 
titre Vaçanasùlàmani (en sanskrit Vatchanatchùlâmani). Je 
vais donner ci-après un précis de l'histoire, d'après ce résumé, 
complété par une lecture rapide du texte et d'après un article 
de M. G.-U. Pope, dans VIndian Magazine and Review de 
MissE. Manning (novembre 1897, t. XXVIII, p. 569-573). 

Après la préface, dont on trouvera la traduction ci-après, 
vient la description du pays (chant P""). Dans une région de 
la terre qui n'est pas indiquée, il y avait une contrée superbe, 
riche, fertile, où tout abondait, où les paysages étaient ma- 



— 315 — 

gnifiques, les bosquets toujours fleuris, les champs féconds, 
les bois remplis d'oiseaux aux plumages merveilleux, aux 
chants agréables, les habitants heureux, les femmes belles et 
aimables : elle s'appelait Surami « la délicieuse». La capitale 
(chant II) était la ville sans pareille de Bôdhana « la sa- 
vante », où tout était beauté, joie et bonheur. Là régnait, pro- 
tégeant le monde, ombrageant l'univers de son blanc parasol, 
Pradj'âpati, roi victorieux, roi juste, roi des rois, aux exploits 
incomparables, terreur de ses ennemis, objet du respect et de 
l'amour universels, aidé de ministres sages et habiles. Il 
réunit dans son palais un millier de femmes de races il- 
lustres, aux chevelures splendides, aux seins admirables, aux 
charmes incomparables, parmi lesquelles deux lui étaient 
particulièrement chères. Ces épouses préférées, deux sœurs, 
portaient les noms de Mrgâpati et de Çaçi; leur amour lui 
était un bonheur perpétuel. Elles devinrent enceintes en 
même temps. 

Chant III. — Les fils. — Les enfants qu'elles mirent au 
monde n'étaient point des enfants ordinaires; l'aîné, Vidjaya 
« le victorieux », fils de la première reine Mrgâpati, était une 
incarnation de Balarâma; le plus jeune, Divisiha « habitant 
du ciel », fils de Çaçi, était une incarnation de Krsna : on 
sait que les Djâinas ont conservé tout le panthéon brahma- 
nique. Vidjaya était en conséquence de couleur claire, tandis 
que Divistha était de cette teinte bleu sombre qui est la 
caractéristique des incarnations principales de Vichnu. Les 
deux princes, beaux, ardents, admirablement conformés, se 
développèrent à la perfection de toutes les manières et 
reçurent une éducation accomplie qui les faisait exceller 
en tout. Ils venaient d'atteindre leur dix-huitième année, 
lorsque, un jour d'audience publique, un sage éminent, auquel 
l'avenir était révélé, vint demandera parler au roi. Introduit 
avec le cérémonial convenable, habile dans les rites et con- 



— 316 — 

naissant le moment propice, il prit la parole en ces termes : 
« roi qui possèdes de robustes éléphants, j'ai vu ce qui suit 
dans un rêve : un éléphant est descendu du ciel, a mis au cou 
du jeune prince dont la couleur est celle du vaste océan une 
guirlande de fleurs épanouies toutes blanches; puis, il est 
remonté dans sa demeure. Apprends quelle est la signification 
de cette vision : un roi des Vidyâdharas viendra donner en 
mariage au jeune prince sa fille unique. Tu en auras la 
preuve dans sept jours : un messager céleste descendra dans 
ton grand jardin fleuri et sera porteur d'une lettre de ce roi ^ . » 
Au comble de la joie, Pradjâpati donne les ordres nécessaires 
pour qu'on attende le messager annoncé et qu'on le reçoive 
avec les honneurs et les égards qui lui sont dus. 

Chant IV.— A Ratnanûpura. — Pendant que ces choses 
se passaient à Bôdhana, un roi puissant, Svalanjati, régnait 
sur la ville de Ratnanûpura, dans la plus belle partie du 
monde des Vidyâdharas. Il eut deux entants, un fils Arkakîrti 
et une fille, Svayamprabhâ, de sa femme préférée Vâyuvêgà. 
Ces enfants grandirent en sagesse et en beauté. Un jour, la 
nourrice, Vasantamahâtilakâ, vint annoncer l'approche du 
printemps. Le roi se transporta alors avec tous les siens à 
son jardin de plaisance Marôvana; il y invoque Arhat, auquel 
il adresse des prières ardentes. Deux sages, digambaras, 
arrivent par la voie des airs et, sur sa demande, lui font 
ainsi qu'à ceux qui l'accompagnent de saintes instructions. 
Svayamprabhâ se fait admirer de son père par sa piété ; il 
songe à la marier dans des conditions dignes d'elle. 

Chant V. — Salle du conseil. — Le roi réunit ses ministres 
et leur demande s'ils connaissent quelque part un prince qui 
puisse convenir à sa fille. Le doyen des ministres, Sutchunda, 
propose Açvaganda, roi de Ratnapallava. Mais son collègue 

1. Le texte porte otei « feuille de palmier ». 



— 317 — 

Bhavatchyuta combat cette proposition et dit qu'il serait pré- 
férable de songer à Bhavanandja, roi de Kinnaragîta. A son 
tour, Sudhâkara, un autre ministre-, pose la candidature de 
Méghavâhana, roi de Suréndrakânda, dont la sœur Djyôti- 
mâlâ pourra épouser Arkakîrti. Alors, le premier ministre, 
Sumantri, prend la parole et conseille d'aller consulter le 
devin Çatavindu ; les autres ministres se rangent à cet avis. 
Le roi rentre dans son palais, puis se rend chez le devin. 
Celui-ci lui annonce que l'époux destiné à sa fille, depuis 
longtemps, est le prince Divistha, second fils du roi de 
Bôdhana dans le monde terrestre : a La preuve de la vérité 
de ceci », ajoute-t-il, « c'est que dans une lune d'ici, ce Di- 
vistha vaincra un lion formidable dontil déchirera la gueule. )) 
Le roî Jatî émerveillé, va raconter l'aventure à sa femme 
Vâyuvêgâ, puis il communique la nouvelle à son fils et à 
ses ministres, et il décide d'envoyer au père de Divistha un 
ambassadeur, Marîtchi, ave<; une lettre qui l'informera du 
mariage projeté. 

Chant VL — Le message. — Marîtchi descend dans le 
bois fleuri où depuis une semaine l'attend Drumakânta, 
suivant les ordres de Prajâpati. Prévenu, celui-ci envoie au- 
devant de l'ambassadeur quatre des premières femmes de 
la cour, de nombreux serviteurs et ses deux fils. On l'amène, 
avec un cortège triomphal, au palais qu'on a afl;ecté pour sa 
résidence. 11 remet au roi la lettre de Jatî, qui est une de- 
mande formelle en mariage. Pradjâpati objecte la différence 
de natures entre les Vidyâdharas et les hommes. L'ambas- 
sadeur le réfute par des arguments mythologiques et le roi se 
rend. Marîtchi retourne chez Jatî, comblé d'honneurs et de 
présents. 

Chant VU. — Mort du lion. — Marîtchi rend compte au roi 
Jati de son voyage ; le roi consulte ses ministres, et ils lui 
conseillent d'attendre un mois, puisque le devin aannoncéque 



— 318 — 

dans cet espace de temps Divistha devait accomplir un 
exploit caractéristique. Cependant Açvaganda, un des rois 
Vidyâdharas qui aspiraient à la main de Svàyamprabhâ, 
apprend par le purôhita Çatavindu l'existence du jeune 
prince de Bôdhana qui est son rival prédestiné. L'orgueilleux 
monarque sourit avec dédain, mais sachant que les avis des 
sages ne sont pas sans portée, il consulte ses ministres et, sur 
leur conseil, envoie des messagers à Pradjâpati pour lui ré- 
clamer un tribut : mille kôti d'or, mille danseuses de toute 
beauté, de la nacre, des perles, du corail, de l'argent, des vê- 
tements de brocart, des défenses d'éléphants, des éventails 
et beaucoup d'autres choses en abondance. Après avoir 
hésité, Pradjâpati consent à payer le tribut demandé, il réunit 
ces objets et ces femmes et les fait remettre aux messagers 
qui se préparent à repartir. A ce moment, surviennent les 
princes royaux qui s'étonnent et s'informent. Divistha, trans- 
porté décolère, congédie les messagers avec un refus formel. 
Ceux-ci, n'osant rapporter ce refus à leur roi, en avertissent 
le ministre Harimandju qui s'avise de l'expédient suivant. Il 
envoie sur la terre un Vidyâdhara, Harikêtu, qui, sous la 
forme d'un lion terrible, ravage le Sind ettoutle pays qui en- 
vironne Bôdhana. Les deux jeunes princes vont le combattre; 
le lion magique se réfugie dans une sombre grotte de la mon- 
tagne et y disparaît. Mais il s'y trouve un lion véritable que 
Divistha saisit par la crinière ; puis lui prenant les mâchoires 
dans ses mains robustes, il le met en pièces, aux applaudis- 
sements des dieux et des hommes. Les deux princes rentrent 
en triomphe dans la capitale et reçoivent les félicitations de 
leur père. 

Chant VIII. — Mariage. — Svalanjati, apprenant ce fait 
glorieux, veut hâter la conclusion du mariage de sa fille avec 
Divistha. Il se rend à Bôdhana, au milieu d'un cortège ma- 
gnifique, où ont pris place les cinq mères de Svàyamprabhâ 



— 319 — 

(la directrice des jeux, la nourrice au sein, la nourrice sèche, 
la servante, la surveillante), après avoir confié à huit princes 
distingués le gouvernement de ses États pendant son absence. 
En route, Amrtaprabhâ, compagne de Svayamprabhâ, lui 
fait admirer les pays que l'on traverse et lui en raconte les lé- 
gendes, notamment celle de la Gangâ. Arrivés dans le pays 
de Surami, les voyageurs célestes s'arrêtent près de Bôdhana 
et s'y installent dans des habitations improvisées, tandis 
que Marîtchi va prévenir Pradjâpati. Celui-ci s'empresse, 
conformément aux rites et aux convenances, d'aller chercher 
son hôte en grand apparat : la rencontre des deux cortèges 
fut comme la réunion de la Gangâ et de la Yamunâ. Les 
femmes se font un accueil empressé. Vidjaya et Divistha 
fraternisent avec Arkakîrti. Svalanjati présente à Pradjâpati 
sa future belle-fille^ qui, au premier aspect de Divistha, en 
est subitement éprise. Le mariage s'accomplit avec des céré- 
monies magnifiques. 

Chant IX. — Royauté. — Cependant, des messagers 
viennent annoncera Svalanjati qu'Açvaganda, alliéaux autres 
rois Vidyâdharas,se prépareàvenir l'attaquer. Ils lui racontent 
qu'Açvaganda, instruit par Harikêtu de ce qui s'est passé au 
Çurami, de l'ambassade de Marîtchi, de la mort du lion, du 
mariage de Divistha, a été pris d'un accès de colère épou- 
vantable. Les rois Vidyâdharas ont partagé ses sentiments 
et ont juré de prendre part à sa vengeance ; les chefs de son 
armée, Vadjraganda et Kanakatchitra, lui ont promis que la 
victoire serait prompte et facile. Jati communique ces nou- 
velles à ses guerriers, à son fils, à son gendre, à Vidjaya, à 
Pradjâpati. Ils ne sont point effrayés et se disposent à recevoir 
l'ennemi. Surviennent deux Gandharvas, parents et en- 
voyés d'Açvaganda, qui demandent la remise entre leurs 
mains de Svayamprabhâ ou de la tête de Divistha. Celui-ci, à 
ces paroles insolentes, entre en fureur et chasse les mes- 



— 320 — 

sagers. Açvaganda, de plus en plus irrité, envoie sur la 
terre les armées alliées, avec ordre de tuer Jati, Divistha et 
tous les autres « rebelles ». Les armées descendent sur la 
terre et en viennent aux prises avec Jati et les siens ; le 
combat est long et acharné, le sang coule à flots, les ca- 
davres couvrent le sol ; enfin les Vidyâdharas sont mis en 
fuite. Açvaganda envoie de nouvelles troupes, des soldats 
d'élite; la bataille reprend plus violemment que jamais, et les 
chefs des deux partis en viennent aux mains ; la victoire 
reste encore aux habitants de la terre. On poursuit les vaincus . 
Divistha chevauche dans les airs le milan Garuda, et 
maniant les propres armes de Vichnou, met à mort Açva- 
ganda, ses frères et ses derniers partisans. Les Vidyâdharas 
s'humilient devant lui. Il montre à toussa puissance et se 
révèle comme étant Vâçudêva, en arrachant une montagne 
tout entière et en la replaçant sur sa base. Il remplace par 
des amis les rois tués dans la bataille; il donne à son beau- 
père TEmpire des Vidyâdharas et revient se reposer auprès de 
son épouse chérie Svayamprabhâ. 

ChantX. — Svayamvara. — Leur bonheur fut sans mélange 
et sans trouble. Leur vie se passait dans les plaisirs, les jeux 
et les délices. Divistha, suivant l'usage, avait pris d'ailleurs 
un nombre considérabled'épouses secondaires. Svayamprabhâ 
lui donna deux enfants: un fils qu'on appela Vidjaya, et une 
fille plus jeune de cinq ans, Djyôtimâlâ ; ces enfants of- 
frirent en eux la réunion de toutes les perfections ; leur nais- 
sance fut l'occasion de réjouissances générales. En même 
temps, dans le monde des Vidyâdhara, la femme d'Arkakîrti, 
Djyôtimâlâ, mettait au monde deux enfants, un garçon 
Amrtadéça et une fille Sutârâ. Ces enfants grandirent et les 
jeunes filles devinrent nubiles. Pour marier convenable- 
ment les jeunes princesses, on organisa deux svayamvaras, 
et il se trouva que les deux cousines choisirent leurs 



— 321 — 

cousins germains. On maria donc Vidjaya avec Sutârâ et 
Amrtadêça avec Djyôtimâlâ ; ces derniers remontèrent au 
pays des Vidyâdharas, tandis que les premiers demeurèrent à 
Bôdhana. La prospérité continua à régner sur la terre et dans 
le ciel. 

Chant XI. — Renoncement. — Le roi Pradjâpati, dont 
le bonheur était égal à celui qu'on éprouve dans le monde 
d'Indra, voyant tout prospérer autour de lui, se dit que cette 
situation agréable ne pourrait être que le résultat des bonnes 
actions de ses vies passées : « Il est nécessaire par conséquent 
que j'acquière de nouveaux mérites,» dit-il, et il réunit ses 
ministres pour leur faire part de ses intentions. Il se rend 
processionnellement au temple d'Arhat où le dieu suprême 
s'est incarné en un ascète plein de science, qui enseigne au 
roi la voie de la certitude, le moyen d'éviter la renaissance, 
et qui l'éclairé sur la nature des quatre sortes d'êtres : gens 
des mondes inférieurs, animaux, hommes et dieux. Le roi 
et ses ministres prennent définitivement la résolution de se 
retirer du monde. 

Chant XII. — Libération. — Pradjâpati fait part de son 
dessein à ses fils et leur laisse le pouvoir. Suivi par ses mi- 
nistres, par ses courtisans et par ses femmes, il renonce à 
tout l'appareil royal et se voue à l'acétisme absolu. Suivant 
les instructions du sage des sages, il dompte ses cinq sens, 
triomphe de l'amour et des autres grandes fautes, et obtient 
le bonheur infini « en s'unissant à la vierge suprême qui est 
la libération ». 

Je vais maintenant traduire textuellement quelques pas- 
sages caractéristiques du poème. 

INVOCATION 

Ceux qui adorent prosternés les pieds de l'essence lumi- 

22 



— 322 — 

neuse qui se tient brillante au sommet de tout chasseront 
l'activité, car leur intelligence étendue n'aurait pas suffi à 
les débarrasser de la masse infinie des actions victorieuses. 

PRÉFACE 

1. Je me propose de raconter ici l'histoire du grand prince 
aux yeux brillants qui mit en pièces le lion formidable aux 
yeux furieux, aux jours anciens où celui qui était comme un 
joyau splendide pour le monde vint adorer les deux pieds 
illustres qui détruisent la violente activité. 

2. J'ai composé du tamoul avec une affection abondante 
pour dire les qualités du grand prince qui brandit le disque 
puissant ; s'il y a dans mon récit quelques fautes, c'est que 
ceux qui sont grands par leur science sont seuls exempts 
de faiblesses. 

3. Quoiqu'on ait dit que ma langue avait commis de 
grandes fautes, il a été reçu dans l'assemblée des sages où 
figuraient les princes sacrés à la guirlande mielleuse et à la 
lance glorieuse, le chef du tamoul pur qui s'appelle Sêndan, 
le roi dont la poitrine porte un magnifique ornement. 

4. Mes fautes dans mon projet de dire les aventures du 
grand prince aux yeux ardents ne sont plus des fautes aux 
yeux des sages ; il y a des gens qui saluent de la mainles 
taches même de la lune lorsqu'elle se lève dans le vaste ciel 
pour dissiper les ténèbres. 

5. J'ai suivi la marche du récit dans lepurâna aux belles 
paroles qui a pour sujet la fille du roi à la couronne par- 
fumée, empereur des Vidyâdharas. la femme aux pieds ornés 
de bracelets et tendres comme le coton, la princesse qui res- 
semblait à un rameau de vandji [Menispermum cordifoUum) 
plein de fleurs. 



— 323 



CHANT II 

24. Mais ses déesses qui avaient apparu pour illustrer les 
races des rois qui dressent le makara, aux seins miirs qui se 
gonflent et inspirent de la pitié pour la taille prête à se 
rompre, aux bijoux superbes, 

25. Plus cruelles que la famine, aux vastes pubis, aux tailles 
fatiguées sous le poids des jeunes seins ornés de poudres 
brillantes, femmes semblables à des rameaux qui s'agitent, 
avaient des fleurs en bouquets splendides ; 

26. Épanouies pour l'amour, avecleur chasteté rayonnante, 
leurs chevelures sombres qui pendaient bien adaptées à leur 
beauté, leurs bras brillants qui s'agitaient comme une vapeur 
légère, leurs yeux de glaives ardents et troublants sous leur 
parure parfumée, 

27. Elles étaient mille, mais les principales déesses, dont 
la beauté était vraiment descendue du vaste ciel, étaient au 
nombre de deux ; on ne pouvait en parler sans dire qu'elles 
étaient des reines divines pareilles à de rouges nénuphars 
magnifiques : 

28. La première déesse, Mrgâpati, aux vastes seins arrondis 
et gonflés, aux douces paroles qui humilient l'épouse du roi 
des armées, mer agitée et bruyante, qui semblait un mélange 
de miel, de sucre et de délicieuse ambroisie, et sa sœur à la 
chasteté sans égale qui s'appelait Çaçî et qui était pareille à 
la divinité de ce nom. 

29. Ces femmes aux chevelures parfumées brillaient 
comme un tilaka parmi toutes les femmes aux beaux bijoux, 
semblables à des bouquets de fleurs d'or ; c'étaient comme 
deux açôka féconds qui s'épanouissent et produisent des 
perles magnifiques à la saison vasanta. 



— 324 — 

30. Toutes deux étaient chères au roi et ne faisaient qu'une 
seule dans son cœur; elles lui étaient comme une seule déesse 
de la félicité toujours favorable, par leur babil charmant, 
par leur amour renouvelé chaque jour, par leur beauté re- 
doutable aux dieux. 

CHANT V 

125. Au moment oîi le roi dont la gloire rayonnait montait 
brillamment au palais splendide et agréable, l'astre aux 
rayons joyeux qui jette partout sa lumière en répandant la 
chaleur arrivait au milieu de sa course. 

126. Les douces cannes à sucre aux yeux abondants 
faisaient autant de bruit que les blanches perles des belles 
qui mâchent le bétel gracieuxqu'ont préparé leurs mains ;les 
abeilles quittaient la place et les coquillages bruissaient 
avec les rameaux. 

127. Dans l'enceinte divine abondaient, avec lafête joyeuse 
des chants, les drapeaux marquant l'endroit du sacrifice, les 
sandals parfumés, les guirlandes pleines d'un miel abondant 
où bourdonnaient les essaims bruyants des abeilles. 

128. Pendant que les jeunes belles se baignaient dans les 
eaux des étangs où se produisent les vertes émeraudes et des 
lacs où fleurissent les nénuphars couverts de gouttes d'eau, 
les abeilles se confondaient avec les pétales des fleurs qu'elles 
déchiraient et jetaient autour d'elles. 

129. L'eau des rivières où les nénuphars tombent en pous- 
sière luttait avec les seins des belles, et dans les étangs s'en 
allaient les poudres odoriférantes mélangées du safran et du 
sandal dentelles se décoraient. 

130. Les nymphœas qui croissent dans les beaux lacs 
couvraient de leurs pétales les digues et embellissaient le lac; 
les seins, les bouches et les chevelures des belles brillaient 



— 325 - 

au milieu des fleurs comme la face resplendissante de la 
lune. 

131. Les belles filles se plongeant dans l'eau abondante des 
étangs, avec leurs yeux rouges dont les poudres colorantes 
étaient enlevées, se baissaient en se lançant des pétales des 
nénuphars qui les cachaient aux regards de leurs mères. 

132. Les gouttes d'eau parfumées de sandal sautaient en 
l'air, les éventails s'y agitaient et l'eau en retombait en pluie, 
tandis qu'elles s'amusaient à jeter des fleurs de nénuphars 
sur le sable humide des tentes. 

133. Celles qui ressemblaient à des lianes précieuses et 
brillantes comme des miroirs ornés de pierres précieuses, 
couvraient de fleurs les sièges déjà décorés des fruits magni- 
fiques du lotus. 

134. Au moment oîi le soleil était au milieu de sa course, 
à l'heure déterminée par les sages habiles dans la lecture des 
livres sur la science du temps, on vint louer intelligemment 
les pieds du roi et le reste. 

135. Les femmesaux seins magnifiques pénétrèrenten chan- 
tant dans le palais du roi plein de grâces ; au bruit agréable 
des instruments de musique harmonieux, le prince, orné 
d'une belle guirlande de fleurs, prit une nourriture ex- 
cellente. 

136. Le prince, dont le corps était orné de bijoux éclatants 
qui portait une guirlande de fleurs de jasmins épanouies, avec 
son collier de fleurs mielleuses, s'en alla dans la rue décorée 
de fleurs fraîches aux pétales ravissants. 

137. Ses anneaux d'or et de pierres précieuses faisaient 
du bruit, les abeilles et les bourdons se pressaient en mur- 
murant sur sa guirlande aux fleurs accumulées, et à chaque 
pas du roi, ses pendants d'oreille en forme de makara 
lançaient de longs éclairs lumineux. 

138. Les Vidyâdharas accomplis, avec leurs javelots 



— 326 — 

brillants sous l'enduit, les lances étincelantes qu'ils tenaient 
à la main ainsi que leurs épées, les fourreaux qui se voyaient 
à leurs côtés et les cuirasses qui les recouvraient, entouraient 
de toute part le roi dont l'Empire était immense, 

139. Salué de la main par les femmes aux paroles douces 
comme le sucre, qui répandaient devant lui une pluie de 
poudres parfumées et des fleurs où se pressaient les abeilles, 
le prince à la guirlande de fleurs en boutons arriva gracieu- 
sement à la large porte de l'ermitage du devin à la science 
accomplie. 

140. Le sage parfait prononça une bénédiction sur le roi, 
en employant les paroles de bon augure et en disant : « Sois 
toujours victorieux, ô notre roi aux fleurs mielleuses, qui 
as daigné venir ici et qui rends notre race illustre ! » 

141. Le roi se dirigea vers un siège superbe sous un por- 
tique séparé, au bruit des abeilles qui se pressaient auprès du 
miel qui coulait abondamment des fleurs dont le vent em- 
portait au loin le parfum mêlé à la fumée odoriférante de 
l'agalloche. 

142. Après s'être assis gracieusement sous ce portique où 
le miel coulait abondamment et qui ressemblait à un bouquet 
de sandals aux fleurs épanouies, le prince aux bijoux 
éclatants raconta longuement l'affaire de sa fille pendant 
que les Vidyâdharas, comprenant la situation, s'éloi- 
gnaient. 

143. Après que le prince qui portait un bracelet d'oii 
partaient d'ardents éclairs, dont les bras semblables à une 
masse de palmiers étaient ornés de guirlandes de fleurs, lui 
eut expliqué le trouble de son esprit, l'habile à la devination 
réfléchit et prit la parole en ces termes ; 

144. Le sage, dont la langue était versée dans l'explication 
des livres vénérables parla ainsi, après avoir réfléchi lon- 
guement à la destinée de la belle à la taille fatiguée, dont la 



— 327 — 

beauté est adorable comme celle d'une guirlande magnifique 
dont les fleurs répandent un miel parfumé : 

145. « Une beauté s'est rencontrée, passant à droite du roi 
aux- guirlandes convenables à des belles, aux colliers 
brillants de l'éclat de la blanche lune épanouie, comme une 
lune terrestre ; si l'on songe à ce que ce pouvait être, c'était 
la déesse de la fortune qui venait à ta rencontre. 

146. » O toi dont l'épée fait connaître au loin la gloire, 
.pourrais-je aujourd'hui dire, par la parole, tout le destin de 

la belle délicate, à la taille mince comme l'éclair, aux beaux 
seins ornés de bijoux d'or étincelants ? 

147. » Dans la parole sainte qu^a dite aux jours primitifs 
le Glorieux qui tient la roue rayonnante de la vertu, est in- 
diqué clairement le héros destiné à cette jeune fille aux seins 
superbes, aux cheveux parfumés de fleurs, qui ressemble àun 
joyeux rameau. » 

148. En entendant le sage parler avec précision du 
bonheur réservé à cette jeune fille semblable à un paon, le 
roi dont le corps brillait de sa prééminence, apparut joyeux 
comme un de ces êtres pleins de vérité. 

149. Il demanda : « Explique comment, dans la parole 
sacrée du principe suprême qui préside aux destinées du 
monde, il est question de ma fille, » et le sage lui exposa 
l'antique histoire : 

150. « Au milieu des trois mondes différents, sont les îles 
dispersées dans les eaux immenses et le continent du Sind ; 
les décrire une à une, en disant tous leurs noms, dépasserait 
tous les nombres possibles. 

151. » Ce cercle terrestre porte à son centre le haut mont 
Mandara entouré tout autour de collines superbes ; il s'y 
trouve de grands arbres naval aux frais rameaux qui se 
penchent. 

152. » Ce cercle terrestre est entouré de la vaste mer aux 



— 328 — 

ondes agitées, ô roi dont le javelot donne la mort, qui est 
une des quatorze mers aux eaux montagneuses dont sont 
coupées les sept divisions où courent les rivières originaires 
des montagnes. 

153. » Mais, dans ce cercle, il y a deux parties qui se sont 
produites dans la suite des âges; parmi ces deux parties, celle 
du sud, ô toi dont la louange est difficile à faire, est le Bha- 
ratakhanda. 

154. » C'est la terre bienheureuse oîi sont les bois magni- 
fiques de kalpakas et où abondent les pierres précieuses ; là, 
lorsque trois âges se furent accomplis, au retour de l'âge 
nouveau, apparut Brahmâ. 

155. » Il créa là le soleil aux rayons ardents, l'astre aux 
frais rayons et tous les autres organismes ; et c'est ainsi que 
se passa ce temps heureux, cercle immense de créations. 

156. » A la fin du troisième âge, comme plusieurs douleurs 
détruisaient les divers êtres, notre Seigneur apparut, roue 
antique de la vertu, principe éclatant de lumière, qui s'étendit 
dans les sept mondes. 

157. » Aux pieds nus de notre Seigneur qui prodiguait les 
grâces et qui était le principe de la roue de la vertu, le 
monde se prosternait demandant la protection de sa grâce, 
pour obtenir le bonheur par la destruction de la noire obscu- 
rité. 

158. » On l'appelait le seigneur à la parole sainte et excel- 
lente, le vertueux inaccessible aux sens et à leurs organes, 
l'auteur des qualités, des races et de la voie qui chasse la 
faim destructrice des infortunés. 

159. » Alors, pendant que s'épanouissait sa sainte grâce, il 
y eut un roi du monde qu'entoure l'océan aux flots qui se 
gonflent, un prince au large parasol dressé, qu'on nommait 
Bharata au javelot éclatant comme le soleil supérieur. 

160. » Il gouvernait le monde en y faisant adorer notre 



— 329 — 

Seigneur. Ce Bharata au bras renommé pour sa force, aux 
éléphants dont le front est orné d'un chaperon, vint adorer 
et louer les pieds roses du chef des temps, en lui offrant des 
fleurs épanonies. 

161. )) Adorant sa couronne ornée de pierres précieuses 
éclatantes, le roi l'interrogea sur l'avenir, et le prince ré- 
pondit, par une voix qui retentit dans les nuages amoncelés 
d'où tombe une pluie d'ambroisie au fond du ciel tremblant 
d'effroi : 

162. )) Il y aura vingt-quatre seigneurs dont je suis le pre- 
mier, deux fois six monarques dont tu es le premier ; quant 
aux sauveurs, depuis les plus anciens, il n'y en aura que 
neuf, et il n'y en aura que neuf incarnations. 

163. » roi ! ton fils Marîtchi possédera Bhôdana qui 
est entourée de remparts d'or brillants; delà race de ce guerrier 
au javelot meurtrier, aux anneaux superbes, apparaîtra un 
prince qui sera le premier de ces sauveurs incarnés . 

164. » Si l'on veut savoir ce que fera ce sauveur pour une 
vierge plus belle que la pure montagne blanche, ce juste 
prendra l'âme d'Açvagrîva et le disque vainqueur. 

165. » Divistha s'avancera avec son armée, océan de chars 
superbes, et deviendra le seigneur du cercle terrestre brillant 
et vertueux, ô Bharata que loue toute la terre ! » Ainsi parla 
le dieu des dieux, à la parole sainte et magnifique. 

166. « Lecommencement,lafinetle milieu m'appartiennent, 
ainsi que la propriété du monde aux eaux agitées 1 » dit-il, 
et il combla de joie le roi des rois aux javelots meurtriers ; ô 
toi qui portes une guirlande de fleurs, tel est le récit ancien ! 

167. « Ce jeune héros aux bras glorieux et robustes comme 
leroc, annoncédans le livre antique, a quitté le ciel lumineux 
et a apparu joyeusement sur la terre qu'entourent les eaux 
qui se gonflent. 

168. » Ce bienfaiteur est le plus jeune des deux fils du 



~ 330 — 

prince dont les bras sont faits pour la lutte et qui porte des 
anneaux superbes, celui qui possède Bôdhana aux remparts 
d'or dans le pays prospère de Surami . 

169. » Pour s'unir à la poitrine divine de ce prince à la 
guirlande de fleurs mielleuses qui est venu caché sous un 
corps humain pour protéger la terre boisée aux eaux abon- 
dantes, ta fille seule convient ! 

170. » Quand lu la lui auras donnée, il tuera l'orgueilleux 
qui aura pris l'empire, et par sa fortune constante il te don- 
nera deux princijjautés ! » 11 dit, et le roi ressentit une joie 
immense. 

171. « A ce que je viens de te dire sur le prince à la guir- 
lande de fleurs mielleuses, s "applique le signe suivant: dans 
un jour lunaire d'ici, Divistha déchirera la gueule d'un lion. 
Sache-le, » ajouta-t-il. 

172. A ces mots du prophète, le roi plein de gloire fut 
plongé dans une joie sans pareille, et il couronûa celui qui 
ne clignait jamais des yeux d'une belle guirlande de fleurs 
toujours fraîches, 

173 . Et il lui donna à gouverner le pays fertile et fécond 
de Djyôlimâlâ, arrosé par les eaux abondantes de la pluie 
d'or qui tombe du ciel où sont tous les trésors sortis de l'océan 
décrit dans le livre de la déesse qui préside aux deux mondes. 

174. Le roi s'en alla alors et se rendit, comme le soleil se 
couchait, au palais de Vâyuvêgâ ; et faisant connaître à la 
femme dont la démarche était gracieuse comme celle d'un 
cygne la grandeur de leur fille et la suite des événements, il 
lui dit : 

175. « Un bosquet oîi n'abondent pas les jeunes fleurs, un 
étang où ne sourient pas les jeunes fleurs du lotus, une nuit 
où le ciel n'est pas orné du jeune croissant, une maison où il 
n'y a pas d'enfants, se ressemblent. 

176. » La famille apparaît florissante comme le précieux 



— 331 — 

kalpaka : le chef en est la tige, Tépouse qui pratique ferme- 
ment la vertu en représente les rameaux, les beaux enfants 
en sont les boutons de fleurs et les anciens y sont les abeilles. 

177. » Il est facile d'obtenir, avec des éléphants à la trompe 
creuse et à la longue tête ornée d'un bandeau, de l'or et des 
pierres précieuses; mais, sur cette terreaux eaux profondes, 
il est difficile aux femmes d'avoir des enfants qui prospèrent 
par leur grandeur. 

178. » Une lumière, même seule dans une lampe, suffira à 
éclairer une maison, brisant les chaînes de l'abondante obscu- 
rité; ô toi dont les bijoux superbes ont des pierres précieuses 
o\x ne se pose aucune poussière, une fille suffit pour remplir 
les divers points cardinaux. 

179. » La grosse perle qui est née dans le sein d'un coquil- 
lage dont les spirales vont adroite est un objet très précieux; 
ô toi qui ressembles à un paon magnifique qu'on admire, le 
rameau fleuri que tu as produit sera beau pour tous ceux 
qui ont des rapports avec notre famille. 

180. » Oubliant la parole qui compare celles qui n'ont pas 
d'enfants à un arbre (sec), tu es devenue une fortune sem- 
blable au ciel rouge, le jour oià est né ce jeune croissant qui 
éclairele ciel et fait sourire l'eau. 

181. » Détruisant la vaste activité, ta fille, comme la déesse 
d'or, comme la déesse de la fleur, sera demain, pour le dieu 
brillant, de l'ambroisie et une divinité! Ainsi a parlé claire- 
ment le prophète qui connaît le livre sacré. » 

182. A ces paroles du héros dont les éléphants mâles sont 
pleins d'ardeur, celle qui portait une guirlande de fleurs 
sur sa chevelure épaisse fut au comble delà joie; retenant 
son sourire qui allait s'épanouir en perles brillantes, elle se 
proterna et dit : 

183. «0 roi des rois à la couronne ornée de pierres pré- 
cieuses et d'or! cette jeune vierge a été favorisée par ta grâce ; 



— 332 — 

s'ils n'obtiennent pas la grâce des rois, leurs enfants ne sau- 
raient obtenir la moindre grandeur. 

184. » C'est parla grâce de votre seigneurie aux anneaux 
retentissants qui luttent avec les joyaux fleuris des rois dont 
les éléphants caressent leurs femelles, que cette belle à la 
chevelure parfumée, à la démarche délicate, a obtenu sa 
beauté. » 

185 . Le roi à la couronne ornée de pierres précieuses fut 
réjoui par les douces paroles mielleuses de sa vertueuse 
épouse, et il reposa là, au détriment de la guirlande aux fleurs 
parfumées, pressant sur sa poitrine les seins magnifiques de 
la belle. 

186. Le lendemain, le prince dont la large main brandit 
l'épée meurtrière, fit appeler son fils et ses ministres et leur 
dit : « J'ai pensé d'abord ceci, puis voici l'histoire que m'a 
contée le sage qui a étudié les livres antiques. » 

187. Lorsque le roi à la gloire immuable leur eut dit la 
fortune heureuse de sa fille aux seins gonflés et les qualités 
du prince de la couleur des nuages qui lui était destiné, les 
hommes éminents furent remplis de joie et dirent : 

188. « Nous n'avons aucun doute que la jeune fille à la 
longue chevelure soit une divinité, ô roi dont la lance est 
ardente! Il convient de préparer et d'envoyer un message 
au père de ce Divistha, roi dont la lance est impétueuse ! 

189. » Il y a un homme instruit, dont la parole sait ré- 
pondre ce qu'il faut aux objections que conçoit un homme 
instruit; c'est Marîtchi. Nous (conseillons de) l'envoyer, car 
il saura lui exposer les questions de race et les autres . » 

190. A ces paroles d'un ministre expérimenté, le roi dit : 
« Faites venir le vaillant généreux. » Et il lui remit une lettre 
sacrée qu'il écrivit avec soin. Le messager se prosterna aux 
pieds ornés d'anneaux du grand roi. 

191. Sur l'ordre du monarque, Marîtchi prit son chemin 



— 333 — 

dans les nuages amoncelés qui remplissent d'éclairs le vaste 
ciel, et il descendit dans un bosquet qui était en dehors delà 
ville d'or qu'entoure le pays fertile de Surami. 

192. Comme il entrait dans le bosquet abondamment fleuri 
qu'on appelait le grand massif de fleurs nouvelles, les abeilles 
y bourdonnaient ardentes en s'unissant aux fleurs dressées 
et jonchant le sol de pétales mielleux. 

CHANT VII 

120. Les messagers craignant d'aller saluer les anneaux 
brillants de leur roi, virent Haridmandju qui pouvait réflé- 
chir sur ce qu'il convenait de faire et lui racontèrent leur 
visite au roi plein de gloire, les dons qu'il leur avait faits : 
trésors, troupes de femmes aux démarches de paon, 

121. Puis l'arrivée des jeunes princes, le rire méprisant du 
héros aux yeux ardents et sa colère enflammée, ainsi que 
toutes les paroles qu'il avait adressées aux porteurs de lances 
brillantes; ils dirent tout cela au ministre dont les pendants 
d'oreilles étincelaient. 

122. Quand Harimandju, l'heureux qui avait acquis la 
science difficile à obtenir, entendit ce récit, il pensa : a S'il 
apprend ce grand affront, le souverain ne pourra pas le sup- 
porter un seul moment; comment supprimer ce grand en- 
nemi ? » Et l'habile, dont la poitrine portait une guirlande 
où bruissaient les abeilles, s^absorba dans sa méditation. 

123. « Le prince aux joyaux brillants n'est pas encore dé- 
veloppé et, par sa jeunesse, il n'a pas encore la connaissance 
exacte de ce qui est vrai et de ce qui est faux; je vais ha- 
bilement lui faire voir une illusion, et je le ferai prendre 
par un lion qui est dans la montagne, sur lequel il s'élancera 
impétueusement. » 

124. Après avoir combiné ceci dans son esprit, il appela le 



— 334 - 

Vidyâdhara décoré d'un bel ornement qui portait le nom de 
Harikêtu, et racontant à ce guerrier aux bras de roc toute 
l'affaire, il lui prescrivit de se transformer en, un faux lion. 

125. Le cruel prit aussitôt la forme d'un lion à la crinière 
ondulée comme la flamme qui court allumée, aux ongles 
puissants qui déchirent les entrailles de la montagne, aux 
défenses recourbées comme la lune au commencement de 
son voyage, aux yeux ardents, à la gueule large et d'où 
sortait une voix de tonnerre; et il partit. 

126. Il arriva au delà de l'Himalaya, bordé par le feuillage 
épais des bois, pénétra dans le pays de l'Inde dont les guer- 
riers ont des bras robustes comme des rocs, et se mit à rugir ; 
les montagnes se déchiraient et tremblaient, la terre se bou- 
leversait, le triple océan mélangeait ses ondes et le ciel 
s'agitait. 

127. Les forêts tombaient réduites en poussière, les ani- 
maux tombaient pêle-mêle, les éléphants et leurs femelles 
épouvantés poussaient des cris de douleur, les écluses s'écra- 
saient comme la paille broyée sous Tenclume, et les hommes 
s'affaissaient tous grinçant des dents à ce bruit terrible. 

128. Après l'avoir vu ainsi transformé, le ministre s'adressa 
aux messagers qui lui avaient rapporté ce qui s'était passé 
avec exactitude, les envoya instruire le jeune héros ardent à la 
lutte et armé des armes victorieuses, en leur disant : w Infor- 
mez-le de tout ceci I » 

129. Alors, les messagers, prenant la voie des nuages re- 
tentissants, descendirent et se rendirent à l'endroit où se pro- 
menaient, entourés de leurs armées formidables, les princes 
aux bijoux ornés de pierres précieuses brillantes, aux an- 
neaux sonores, fils du roi de Bôdhana célèbre par ses bos- 
quets fleuris, et dirent : 

130. « Quand nous lui avons rapporté le refus du tribut, 
la reprise des objets préparés pour le tribut, et les invectives 



— 335 - 

que tu nous as adressées, ô prince, en disant : « C'est mal ! » 
notre roi dont la large main est armée du disque, qui a de 
beaux anneaux sonores et dont la chevelure est parfumée, a 
.souri en disant : a C'est bien ! c'est bien 1 » 

131. «Après qu'il eut appris de notre bouche que tu étais un 
jeune prince portant un collier de fleurs mielleuses, notre sei- 
gneur a songé à sa force considérable et à ce qu'il se doit à 
lui-même; il a dit dans sa bienveillance : « C'est un enfant, » 
et il a calmé sa colère. 

132. )) Ce jeune présomptueux qui s'est aventuré à reprendre 
le tribut qui nous avait été donné devra détruire un lion de- 
meurant dans les grottes de la montagne fendue, où il rugit 
comme le tonnerre accompagné d'éclairs pour détruire ce 
pays célèbre dont l'obtention a été difficile ! » 

133. » Il a dit cela, et ajoutant: « Allez le lui dire, » il 
nous a expédiés ici. » En leur entendant dire ces paroles, le 
jeune prince s'écria : « Quoi! est-il possible que dans notre 
pays il y ait un lion cruel, meurtrier, menaçant les existences, 
rugissant et détruisant tout ? » 

134. » Il existe, salut! dans le beau pays de l'Inde aux 
eaux bruyantes, difficile à détruire par qui que soit, dans la 
montagne immense, il existe ce lion qui rugit comme le 
tonnerre; il habite, ô seigneur, dans une grotte incommensu- 
rable et il dévore tous les êtres, » répondit-on. 

135. » Soit, dit-il, mais je déchirerai sa gueule large 
comme les grottes de la montagne pénible et je romprai son 
corps en deux morceaux! Si je ne réussis pas à le faire, que 
je sois l'enfant diabolique dont parlait votre roi ! » 

136. Il s'écria, brandissant son trident : « Que les éléphants 
de combat, avec leurs défenses aux pointes puissantes et 
leurs trompes creuses rentrent dans leurs demeures et restent 
enflammés à regarder dans l'ombre ! que les guerriers dont 
la tête ne s'affaisse pas devant les armes menaçantes qui 
arrivent ardentes se retirent ! 



— 336 — 

137. » Que les chars élevés ornés de pierreries traînés par 
des coursiers superbes, que les fantassins, que les chevaux 
aux fronts ornés de voilettes, rentrent dans leurs séjours 
d'attente, que personne ne s'aventure à venir avec moi et 
qu'on se retire! » dit le prince dont la couleur était celle du 
magnifique océan, de façon à faire s'éloigner tous ses servi- 
teurs. 

138. Comme après avoir éloigné les gens bruyants de la 
ville, le prince qui avait la couleur de la mer bruyante aux 
ondes fraîches s'éloignait, (son frère) connaissant la mon- 
tagne et qui avait la couleur des coquillages de la mer pois- 
sonneuse s'efforça de suivre le héros qui porte la fortune sur 
sa poitrine. 

139. Les pieds ornés d'anneaux, qui avaient l'habitude de 
tirer sur la corde attachée au cou des éléphants robustes à 
la trompe creuse, s'enfonçaient dans la poussière ardente qui 
recouvrait la route au milieu de la montagne noire; ils ar- 
rivèrent ainsi à la recherche du lion qui tuait les travailleurs. 

140. En voyant arriver les héros, le lion à la crinière ar- 
dente se mit en colère et poussa un rugissement: ce fut comme 
le tonnerre qui éclate; les montagnes fendues s'écroulèrent, 
les dalles de pierre se brisèrent et tombèrent en poussière 
roulant en débris. 

141. Le héros, qui avait la couleur du noir nuage fulgu- 
rant, attacha ses anneaux de jambes, assujettit à ses bras ses 
bracelets étincelants, tressa sa chevelure bouclée que déco- 
raient des pierres précieuses et poussa un grand cri ; le lion 
en fut effrayé. 

142. Celui qui avait pris la forme d'un lion aux yeux verts 
s'éloigna, brisant la montagne et y détruisant les routes, en 
se demandant : « Oîi aller? )> le prince vaillant, noir, et aux 
yeux ardents, le poursuivit rapidement: la mort aux yeux 
terribles, les points cardinaux et le ciel tremblaient. 



— 337 — 

143. Les anneaux ne faisaient plus de bruit, car les pieds 
se hâtaient ne touchant pas le sol; les mains, ornées de 
bracelets éclatants, ne se rejoignaient plus; les cheveux, les 
tresses, les guirlandes, les colliers se dressaient et ne tou- 
chaient plus ni les bras ni le cou. 

144. Les arbres s'arrachaient avec leurs racines ; comme 
emportés par un vent violent, les cerfs bigarrés et les oiseaux 
jonchaient le sol tremblants ; les doigts du héros dont les 
bras avaient la dureté des pics formant le sommet des mon- 
tagnes caverneuses et d^oià roulent les rochers s'écartaient 
violemment. 

145. Les nuages s'amoncelaient et couvraient tout; les 
dalle-s de pierres se brisaient avec un bruit formidable les unes 
sur les autres ; les divinités des bois dansaient rafraîchies; 
celui qui avait pris la forme d'un lion fuyait éperdu •' il dis- 
parut dans l'intérieur d'une caverne de la montagne bril- 
lante. 

146. Le tremblement du sol et l'agitation de la montagne 
élevée, causée par la course rapide du jeune prince, dont les 
épaules fortes comme des rochers énormes étaient ornées de 
guirlandes superbes et dont la gloire s'accroissait de jour en 
jour, tirèrent de son sommeil un lion royal qui habitait dans 
cette grotte. 

147. Écumant, le prince se tint à l'entrée de la caverne pro- 
fonde et s'écria: « Salut! tu t'es caché dans la grotte pleine 
d'obscurité! je vais déchirer cette montagne immense! » et 
la montagne, ouvrant sa bouche immense, répéta ce cri au 
loin. 

148. A ce bruit formidable, le lion rendu furieux grinça 
des dents ; dans ses yeux ardents s'alluma la flamme de la 
colère; plein de rage, il s'élança rugissant, mais la montagne 
se déchira. 

149. Les deux yeux enflammés et les dents brillantes et 

23 



— :^88 — 

blanches de ce lion à la queue épaisse, aux ongles acérés, à 
la gueule monstrueuse capable d'absorber tout ce qui était 
dans la montagne, suffirent à chasser toute l'obscurité. Alors, 
ce monstre se leva. 

150. Cet animal robuste, loué pour sa grande force et tel 
qu'on pouvait dire qu'il était capable de détruire le monde 
qui le supportait par ses qualités apparentes s'élança vers le 
prince ; les habitants de l'air plein de rosée firent tomber 
une pluie légère. 

151. Comme le lion se levait pour s'élancer rampant sur 
sa poitrine, la déchirer et en boire le sang, il sauta sur sa 
crinière et le saisit de ses larges mains au milieu de ses mâ- 
choires recourbées ; puis, le lion à la force considérable se 
coucha déchiré, la gueule fendue. 

152. Les immortels, stupéfaits, demeurèrent là, mettant 
chacun un doigt sur leur bouche en disant : « Celui-ci vient en 
un instant de mettre en pièces un lion terrible qui avait la 
force de mille fois mille animaux féroces, plus fort que mille 
lions furieux. » 

CHANT XII 

59. Les dieux bienfaisants et destructeurs s'étant retirés 
chacun de son côté, le héros, sans s'arrêter aux points car- 
dinaux, s'éleva, parla lumière de la certitude qui montre au 
sens intime la vérité, au-dessus de tous les mondes des dieux 
et devint un Sùlâmarii pour Tunivers. 

60. L'activité pénible s'éloignait, les dieux se retiraient de 
plus en plus, le roi Pradjâpati gouvernait le monde de Brahmâ. 
Cependant le prince noir, dont la large main rouge comme le 
lotus brandissait le disque sacré de Vichnu, gouvernait la 
terre entourée par l'océan.' 

61. Il gouvernait^ recevant les hommages des rois, bran- 



— 339 — 

dissantla lance de Vichnu, étendant doucement son sceptre 
sur toute la terre que revêt l'océan aux ondes agitées et que 
protègent les dieux, pendant que son père gouvernait belle- 
ment le monde qui lui convenait. 

62. Celui qui a la couleur des coquillages en spirales en- 
roulées à droite et celui dont les fortes épaules sont célèbres 
et dont le corps a la couleur du triple océan poissonneux, 
étaient vénérés par tout le monde. Les hommes orga- 
nisaient des fêtes eu l'honneur des pieds de lotus roses du 
prince de Vaçàka qui a vaincu l'activité, et leur bonheur allait 
augmentant de jour en jour. 

Julien ViNsoN. 



A]ial3'se des formes verbales de TÉvang-ile de 
S. Marc, traduit en basque par Jean de 
Liçarrag^ue (1571). 



DRAVZQUIAN. 1. Ind: prés: s. 3« r. pi: r. i. s. 
2*^ pers: adr: masc : avec à euph : pour c devant ii 
oonj : aux : act. 

5. 19... cein gauça handiac launac eguin drauz- 
quiàn, . . . combien grandes choses le Seigneur 
t'a faites, 
DRAYZQUIÇVET. 1. Ind: prés : s. l^r. s. r. i. pi: 
2^ pers : aux : act : 

13. 23, ... Hunâ, aitzinetic erran drauzquiçuet 
gauça guciac. ... : voici, ie vous ay tout prédit. 

DRAVÇVE. 3. Ind: prés: s. 3« r. s. r. i. pi: 
2° pers : aux: act : 
10. 3..., Ger manatu draaçue Moysesec ? ..., 

Qu'est-ce que Moyse vous a commandé ? 
10. 5..., Çuen bihotzeco gogortassunagatic scri- 

BATU drauçue manamendu hori. ..., Il vous a 

escritce commandement pour la durté de vostre 

cœur : 

14. 15. Eta harc eracutsiren drauçue gambera 
handibat paratua eta appaindua^: ... Et il vous 

1 . Is this from appanarc under the influence of pannus-cloth? 
Quand il s"agit d'orner et dresser une table, comme c 14, vv. 15 
et 16, les idées de panis et de pannus se confondent. 



— 341 — 

monstrera vne grande chambre ornée «k pré- 
parée : (à remarquer L, ne dit pas : gambera pa- 
rata eta appaindu handibat). 
DRAVÇVEDANA. 1. I. q. drauçuet avec da eiiph: 

pour t et n rel : accus : décl : accus : 

13. 37. Eta çuey erraiten drauçuedana. Et [iia 
= ce que) ce que ie vous di, 
DRAYÇVEN. 1. I. q. drauçue avec n conj : régi par 

becala. 

16. 7..., ERRAN drauçuen beçala. ..., comme il 
vous a dit. 
DRAVÇVET. 11. Ind : prés: s. !« r. s. r. i. pi : 

2® pers : aux : act : 

3. 28. Eguiaz erraiten drauçuet^ le vous di en 
vérité, 

9. 1..., Eguiaz ERRAITEN drauçuet, ..., le vous di 
en vérité 

9. 13. Baina erraiten drauçuet Mais ie vous di, 

10. 15. Eguiaz erraiten drauçuet, le vous di en 
vérité, 

11. 23. Eguiaz erraiten drauçuet, le vous di en 
vérité 

11. 24. Halacotz erraiten drauçuet. Pourtant ie 

vous di, 
11. 29. . ., eta erranen drauçuet ... : adonc ie vous 

diray 

13. 30. Eguiaz erraiten drauçuet, le vous di en 
vérité 

14. 9. Eguiaz erraiten drauçuet, le vous di en 
vérité 



— 342 — 

14. 18..., Eguiaz erraiten drauçuel^ ..., levons 
di en vérité 
DV, 35. Ind: prés: s. 3® r. s. verbe poss : & aux: 
act : 

2. 16..., Cergatic publicanoequin eta vicitze 
gaichtotacoequin iaten du eta edaten ? ..., 
Pourquoy mange-il & boit auec les peagers & 
mal-viuans ? (On a omis ce ?) 

3. 26.. . , baina fin DU. . . . , mais prend fin. 

3. 27... : eta ordiian haren etchea pillaturen du. 
... : & adonc il pillera sa maison. 

3. 30..., Spiritu satsua du. ..., Il a l'esprit im- 
monde. 

4. 14, Ereilleac hitza ereiten du. Le semeur 
semé la parole. 

4. 15. ..., eta kencen du...^ & oste la(cf: le Grec 

KENOS) . 

4. 23. Baldin nehorc ençutego beharriric badu, 

Si aucun a aureilles pour ouir, 
4. 28. Ecen bere buruz lurrac fructu ekarten du, 

behin belhar ^_, guero buru, guero ogui bihi 

1. M. R. Williams in his Lexicon Cornu- Britannicum 
(London, 1865) mentions some Baskish words, but cadarn is 
Welsh. He Says "Belers. m. Water-cress. Welsh bcrwr, berwg. 
Ai'raorican bcler. Irish biolar, birur (one may add biorav). 
Gaelic biolar, biorar. Manx burlcy ". Do thèse words come from 
bir, bior, a Keltio word for water, or are they related to Baskish 
belar? Under da A, 32, belliar is used of ail kinds of herbs. A 
variant i'orm is bcdar (and 1 think bcrar), which makes one 
thinkot be-belo 10 amà dur, the formative termination meaning 
fréquenter of, dwellcr in. In the Biscayan of Arratia water-cress 
îs belarr f/arra(^a= bitter-f/rass, and also borraJda. 



— 343 — 

belhea buruan. Car la terre de soy-mesme' 
fructifie, premièrement l'herbe, après les espics, 
& puis le plein froument en Tespic : 

4. 29. ,.., bertan guieonac du eçarten iguiteyà : 
. . ., soudain Vhomme met la faucille, 

7. 6 Segurqui vngui prophetizatu vkan du 

Esaiasec çueçaz hypocritoz^ Certainement Isaie 
a bien prophetizé de vous autres hypocrites: 

7. 10. Ecen Moysesec erran du. Car Moyse a dit 

7, 16. Nehorc ençuteco beharriric bant . . . Si 
aucun a aureilles pour ouir, 

8. 2. ...: ecen ia hirur egun du...: car il y a 
desia trois iours 

8. 35. . . ., GALDUREN du hura : . . ., saluaturen du 
hura, . . ., il la perdra : . . . , il la saunera. 

8. 36. Ecen cer probelchu uu guiçonac, Car que 
profitera-il à Thomme. . .? 

8. 37. Edo cer emanen r/« guiçonac bere arimaren 
recompensamendutan ? Ou que donnera riiomme 
en recompense de son ame? 

9. 21. . . ., Cembat dembora du. . .'? . . ., combien 
y a-il de temps. . . ? 

10. 11. . . ., adulterio iauquiten du haren contra, 
. . ., il commet adultère contre elle. 

1. Litt. : de o\i par sa tète, dans le Basque. 

2. On remarque la répétition de la terminaison casuelle dans le 
pronom et le nom qui le qualifie, craz k .;. 

3. Ce du est un gallicisme. Avec l'accusatif pluriel hii-iw cf/un 
il faut ditu. Si ces mots sont le nominatif passif, il faut dirado 
= ils sont. C'est cette forme qui m'a donné des doutes sur la défi- 
nition de cituaii. Aussi c. 9, v. 21, quel est le nominatif de du :^ 
L. a pensé en Français à ces endroits. 



— 344 — 

10. 12. ..., adulterio iauquiten fZ?/.,., elle com- 
met adultère. 

11. 3...: eta bertan hiira igorriren du hiina. 
. . .: & incontinent il Teniioyera ici. 

11. 31...: EURANEN du, (Haiitin a omis la virgule) 
... : il dira, 

12. 6. Oraino bada bere semé maitebat vkân eta, 
hura-ere igorri vkaii du hetara azquenic, Or 
ayant encore vn sien fils bien aimé, il le leur 
enuoya aussi pour le dernier 

12. 9. Ger eguinen du bada mahasti iabeac^ ?. . ., 
eta EMANEN du mahastia berceri (à remarquer 
que le verbe avec emaneii n'a pas sa forme da- 
tivale. 11 faut corriger draue.) ... Que fera 
donc le seigneur de la vigne ? . . . , & baillera 
la vigne à d'autres. 

12. 19..., eta vtzi badu emaztea, eta haourric 
vTzi ezpac^i^, . . . , & ait laissé la femme, & n'ait 
point laissé d'enfans, 

12. 36. Ecen Dauid-ec berac erran du Spirilu 
sainduaren inspirationez, Car Dauid luy-mesme 
a dit par le sainct Esprit', 

12. 37. Beraz Dauid-ec berac deitzen du hura 
laun: Dauid donc luy-mesme l'appelle Seigneur, 

12. 44. . ., baina hunec eman du bere paubreciatic 
. . .: mais ceste-ci y a mis de sa poureté tout 

13. 12. Orduan liuraturen du anayeac anayea 

1. «The vineyard-master. » Cf. sous duçue, IL 17; « gaich- 
taguin lece » = malefactor-cacern. 

2. L. traduit « par inspiration du S. E. ". 



— 345 — 

heriotara, eta aitâc haourra : . . . Lors le frère 
liurera son frère à mort, 
14. 6. . .? obra ombat enegana eguin^ du. . . .Pelle 
a fait vn bon acte entiers moy . 

14. 8. Hiinec, . . eguin du: ... Elle a fait ce 

15. 14. . . , Baina cer gaizqiii eguin du? . . . , Mais 
quel mal a-il [sic] fait? 

15. 35..., Hunâ, Elias deitzen <i«. ..., Voici, il 
appelle Elie. 
DVÂN. 2. 1. q. duc, verbe possessif avec « eupho- 
nique pour c devant n conjonctif & rel : 

6. 18... euri (pour eure) anayeren . emaztea 
duAn. (Voyez eztuc 6, 18. Anayearen serait plus 
régulier)... d'auoir la femme de ton frère. 

11. 21..., Magistruâ, hunâ, /u'c mar.^dicatv duân 
fîcotzea [n. rél: ace = que), Maistre voici le 
figuier que tu as maudit 
DVANA. 1. 1. q. duc, aux : act., avec a euph : pour 

c devant ii rel : nom : décl : vocatif [nci =:o tu qui) 

15. 29. .., He, templea OESEGUitEN eta hirur egunez 
EDiFiCATZEN duauci . ..., Hc, qui desfaits le 
temple, & en trois iours le redifies: 
DVANA. 1. 1. q. le précédent avec n rel: accus: 

décl : ace: ou nom : passif (/«« = ce que) 

14. 36. . ., baina hic nahi duaiia. . , ., mais ce que 
tu veux. 
DVC. 13. Ind : prés: s. 3« adr : masc : verbe subst : 

& aux : 

1. L. renders à faire under diiela 11, 3 by bcharra; and under 
dut/a 14, 63 by bchar. 



— 346 — 

5. 23. . ., Ene alabatchoa hurrenean duc: . . ., Ma 
fillette est à l'extrémité : 

5. 35. . ., Hire alabâ HiL<iwc, ..., Ta fille est morte, 

6. 35. . ., Desertu duc leku gaur, eta ia berandua 
duc:..., Ce lieu est désert, & est desia grande 
heure : 

7. 28..., Hala DUC launa : ..., Il est ainsi, Sei- 
gneur, 

9. 5. . . , on DUC , il est bon 

9. 43. . . : hobe duc hire% ... : il te vaut mieux 
9 . 45 ... , hobe duc hire, \ . . : il te vaut mieux 
9. 47. . ., hobe duc hire^ . . .: il te vaut mieux 

11. 21..., Magistruà, ... ficotzea eyhartu duc. 
. . . , Maistre ... le figuier . . . est séché . 

12. 29. ... Manamendu gucietaco lehena duc, (H. 
a mis duc,) . . ., gure lainco launa, laun ba- 
koitzbat duc. ..., Le premier de tous les coman- 
demens est, ..., le Seigneur nostre Dieu est le 
seul Seigneur. (L. traduit un seul.) 

12. 30...: haur* duc lehen manamendua. (Ilautin 



1. Pour ces trois génitifs dativaux liire voyez dil^^xKjati (9, 5) 
& dilue (14, 36). Sous esta 10, 40, cne traduit à inorj. 

2. Les Basques français d'aujourd'hui disent hua; ceux d'Es- 
pagne au. Dans le livre le plus ancien en Guipuzcoan, le caté- 
chisme de J. Ochoa de Arin (Saint-Sébastien, ou Donostian. 
1713; n° 45 dans la Bibliographie de M. J. Vinson), on le trouve 
sous les formes ah (e. g. pp. 6, 7, 31, 129, 133, 134, 135, 137, 
138, 139, &c :) et auh {pp .' 10 et 13). De même de la racine (jau 
il forme, p. 131, gaurcn = de nuits et f/anbean = dans la nuit. 
De jaun on sl formé Jau-r-cf/i. En Biscayen,ya7(-/y6' dérive-t-il de 
jaun ou bien est-il une forme régionale àejahc= maître ? Dans 
ce, dialecte palais n'est pas Jauref/i mais jaubegi. 



— 347 - 

a mis duc.) . . . Gesluy-ct est le premier com- 
mandement. 
DVC. 10. Ind : prés: s. 2" r. s. adr: masc : aux : 

act: 

1. 40. . . ., Baldin nahi hsiduc..., Si tu veux, 

5. 35..., cergatic fatigatzen duc Magistrua ? ..., 
pourquoy trauailles-tu plus le Maistre? 

10. 21.. . : eta vkanen duc thesaurbat ceruàn^ : ..., 
&tu auras vn thresor au ciel : 

10. 51 ... , Ger nahi duc. . . ? . . . , Que veux-tu 

12. 14..., baina eguiazqui laincoaren bidea ira- 
CASTEN duc : . . . , mais tu enseignes la voye de 
Dieu en vérité. 

12. 30. Onhetsiren duc bada eure lainco launa, 

eta eure ahal guciaz: ... Parquoytu aimeras 

le Seigneur ton Dieu..., & de toute ta force. 

12. 31.. .. Onhetsiren duc eure hurcoa eure buruà 
beçala: .... Tu aimeras ton prochain comme 
toy-mesme : 

12. 32 . . . , Magistrua, eguiazqui erran duc, ... : 
Maistre, tu as bien dit la vérité, (L. traduit véri- 
tablement au lieu de bien — la vérité . ) 

14. 12..., xNon NAHI duc. ..?..., Où veux-tu. . .? 

14, 37. . .? orembat ecin veillatu duc? . . .? n'as- 
tu peu veiller vne heure ? 

1. M. le professeur E. Galtier, bascophile de Mont-de-Marsan, 
m'a demandé pourquoi, si ccru vient de cœluin, il n'est point 
kcrii. Dans les langues Scandinaves on a vu s/c passer en sh. Les 
Basques ont dû emprunter cœliim quand on prononçait déjà cet 
ou ciel en Français ; ciel en Toscan et Castillan ; ce-o en Portugais 
et cd en Provençal. 



— 348 — 

DVÇVE. 18. Ind: prés: pi: 2® r. s. verbe poss : & 
aux : act : 

7. 8. Ecen laincoaren manamendiia vtziric, giii- 
çonen ordenencâ eduquiten diiçue, hala nola, 
cubén eta goporrén ikutzeac : eta hunelaco berce 
gauçaric anhitz eguitrn duçue. Car en délaissant 
le commandement de Dieu, vous retenez l'or- 
donnance des hommes, comme lauemens de 
pots & de hanaps : et faites beaucoup d'autres 
choses semblables. 

7. 9..., Vngui nombait iraizten duçue laincoaren 
manamendua, ..., Vous reiettez bien le com- 
mandement de DieUj 

7. 13. ... : eta hunelaco berce gauçaric anhitz 
EGuiTEN duçue. ... : & faites plusieurs autres 
choses semblables. 

8. 17.' ... ? oraino gogortua ^ ducue cuen bihotza. 
... ? auez-vous encore vostre cœur eslourdi? 

9. 50. ... cerçaz hura gacituren duçue? ..., de 
quoy luy rendrez-vous saueur? 

10. 36. ..., Cer nahi duçue...!..., Que voulez 
vous.. . ? 

10. 39. ... copa EDANEN hdiduçue, ..., Vray est que 
vous beurez la coupe [ba traduit vray est que.) 

11. 2. . . . ERiDENEN duçue asto^ vmebat estecatua? 
..., vous trouuerez vn asnon lié, 

11. 3. ..., Gergatic liori eguiten duçue? . . ., Pour- 
quoy faites-vous ceci ? 

1, Cf. l'adjectif prédicatif esciia cghartua sous çuenic, c 3, 
V. 1, et asto vmebat estecatua sous duçue, 11, 2. 



— 349 — 

11. 17. ...? baina çuec hura gaichtaguin lece 

EGUiN duçue. ... ? mais vous en auez fait vne 

cauerne debrigans. 
11. 25, ... baldin deus baDUÇUE nehoren contra^ : 

... si vous auez quelque chose contre aucun 
14.6. ..., cergatic fâschatzen duçue? ...: pour- 

quoy luy donnez-vous fascherie ? 
14. 62. ..., eta ikussiren duçue,.. : & vous verrez le 

14. 64. Ençun duçue blasphemioa : Vous auez ouy 
le blasphème : 

15. 9..., N\ni duçue...? ..., Voulez-vous. . .? 

15. 12..., Cer bada nahi duçue...? ... Que vou- 
lez-vous donc. . . ? 

16. 7...: han hura ikussiren c^wpwe, ...:vousle 
verrez là, 

DVÇVELA. 3. I. q. duçue, aux : act: avec la conj : à. 
participial. 
7. 13. EZDEUSTEN ducuclci laincoarcH hitza... 

Mettans la parole de Dieu à néant [ez-deus te- 

n =: in no-thing-iiig) . 

1. Ici on voit la force véritable de deus et nehor, sans le né- 
gatif. Voyez e;s-deusten sons diiçuelal, 13. Pour /le/èo/- signifiant 
personne, voyez eslalte & eslaquian.Soyxs litzaque il traduit o/i ; 
sous eUait^aten 13, 5, quelqu'un; sous esta 9, 29 & 10, 29, nul. 
Il est possible que l'étymon de nehor = inor, enor soit e = non 
et nor = qui: c'est-à-dire une personne indéfinie, un in-qui- 
ahle,\xn fignore-qui, un un-icho'iible sonie-onc- Nor-ere= qui- 
conque. Voyez baita 10, 43 & 44: a not-who, ali-quis. Voyez 
baitravra, baitraucac, baitsauçue. Nori berea = suum cuique, 
mot à mot « à qui le sien ». Nor donc n'est pas essentiellement 
interrogatif, pas plus que qui en Français. En Gallois on a bijnnag 
= quiconque, formé de py nag — qui non. Voyez « A Welsh 
Grammar», par Anwyl, professeur de l'Université d'Aberystwyth. 



— 350 — 

11. 24... othoitz EGUiTEN duçuela... ecen recebi- 

TUREN duçuela: ... en priant, ...que vous le 

receurez, 
DVÇVEN. 4. I. q. duçue, aux : act : avec îi rel : conj: 
& rel: ace : = que. 
4. 24. . . cer ençuten duçuen : ... ce que vous 

oyez : 
7. 13... ceuroc ordenatu duçuen ordenançâz : (rel: 

ace:) . . . par vostre ordonnance que vous auez 

ordonnée : 
13. 11... cer ERRANEN duçuen, ... de ce que vous 

direz: 
15. 12... luduén Regue deitzen duçuenhnwU {n 

rel : ace:) . . . à celuy que vous dites Roy des 

luifs ? 
DVGVENOY. 1. I. q. duçue , 2iyxx : act: avec/z rel: 
nom : décl: démonstratif datif pluriel {noy = à 
ceux {vous) qui) . 
4. 24. ..., cuey^ ETsçvTEi^ duc uenoy . ...:&àvous 

qui oyez 



Gorrigenda dans la Revue de Linguistique. 

T. XXXII 

P. 70, 1. 13 al. de poss: lisez substantif. 
P. 70, 1. 15 et 16. Biffez la note. M. le docteur 
H. Schuchardt a indiqué dans l'introduction de son 

1. Remarquez la répétition de la terminaison casuelle après le 
pronom; cy et oy. Cf. sous du 7, Q, çueça;:^, etc. 



— 351 — 

édition du Nouveau-Testament Basque de J. Licar- 
rague la nécessité de celte correction. Je n'avais pas 
songé à cilueii, comme il le dit, mais bien à citizaii, 
citiaii formes, enregistrées par J.-P. Dartayet. En 
tournant pour la première fois les pages de la 2^ édi- 
tion des livres de Liçarrague, j'ai trouvé les fautes 
que voici: f. 52 recto v. 18 e do pour edo^ f. 212 
verso /letheric pour ^etheric, dans J. C. gure lau- 
aren cena Saindura reecbitu pour recebitu. 

T. XXXIII 

P, 291. M, J. Vinson a écrit en parlant de mon 
édition du Mendiburu de 1747 : « Il n'est pas exact, 
au surplus, de dire que c'est là le premier livre 
basque guipuzcoan imprimé connu. » Mais je n'ai pas 
dit qu'il l'est! J'ai dit seulement: « A excepciôn del 
Diccionario de Larramendi(1745), no conocémosnin- 
gunlibro impreso en San Sébastian en Heuskara mâs 
antiguo que este. » Gomme éditeur, j'ai employé 
le pluriel /lo conocemos, parce que je ne connaissais 
pas à cette date-là les deux exemplaires du livre 
de Joseph Ochoade Arin (imprimé en langue basque 
en 1713 à San Sébastian) que mentionne M. J. Vin- 
son dans sa bibliographie. Mais je ne les avais pas 
oubliés. J'ai trouvé depuis un autre exemplaire, 
ignoré de M. Vinson, au Musée Britannique, ayant 
à la fin trois pages de plus que les autres. Je n'avais 
pas oublié non plus ce que M. Vinson avait dit des 
livres de Irazuzta (Pampelune, 1742) et Zubia, Mais 
Pampelune n'est pas San Sébastian, et Zubia n'a pas 
écrit en guipuzcoan ! 



352 



T. XXXIII 

P. 294. Je dois indiquer encore des corrigenda 
dans mon édition de Mendiburu ; 

P. 147, I. 25, où l'original porte Santuac izain, 
lisez izan 

P. 272, 1. 17, où l'original porte diezagula, qui 
n'est pas traduisible avec le reste de la phrase, lisez 
dizayola (voyez Lardizâbal). 

P. 430, 1. 8, supprimez 272. 

P. 436^ ajoutez Dizayola 272 (comme émendation 
nécessaire). 

P. 442, ajoutez Genezan 224. 

P. 446, le numéro 2228 est une faute. 

P. 469, 1. 1, lisez 1751 ; y tiene. 

P. 471. M. J. Vinson possède un exemplaire de 
ce volume, qui porte le numéro 89 a, dans sa Biblio- 
graphie. Une réimpression avec des notes critiques 
serait sûrement appréciée. 

P. 472, Dans quelques exemplaires le colophon 
final porte un n au lieu d'un ii dans deux mots. 

T. XXXIII 

P. 264, 1. 7, lisez 15. 12... 

P. 265, 1. 8_, lisez baicen. ..., 

P. 265, 1. 18, MsGx tenic. ..., 

P. 265, 1. 21, lisez 4. 12... : età 

P. 266, 1. 13, lisez s. 3° r. s. 

P. 266, 1. 15, lisez ..., pegar-bat 

P. 268, 1. 3, lisez lo datzala erraiten 

P. 268, 1. 28, lisez baldin mundu 



— 353 — 

P. 269, 1. 14, lisez deçaçvençât. 

P. 269, 1, 17, lisez deçacuençât. 

P. 269, 1. 22, lisez verrez... 

P. 269, 1, 2 d'en bas, lisez parcatiim 

P. 270, 1. 3, lisez deçadançat: 

P. 270, 1. 3 d'en bas, après anayac inserez haren 

P. 272, 1. 3, lisez 4. 12. ... ikus 

P. 272, 1. 10, lisez Christ. 

P. 273, l. 14, ajoutez [la participial qualifiant 
Taccusatif et dépendant de ikussiren duçue.) 

P. 273, 1. 21, lisez ondoan, 

P. 274, 1. 9 avant scribatua, insérez, harçaz 

P. 274, 1. 12, lisez deii. 

P. 274, 1. 16, lisez becembatean, 

P. 275, 1. 1, lisez ..., harcaz 

P. 276, 1. 14, lisez Lo datzala erraiten 

P. 276, 1. 18, lisez, 8. 27 ... Philipperen Ge- 
sarea 

P. 276, 1. 24, lisez whether 

P. 278, 1. 14, lisez die: 

P. 278, 1. 21, lisez utzitera. ... 

P. 279, 1. 16, lisez dieçadân. 

P. 279, 1. 25, lisez dieçôu. 

P. 280, 1. 28, lisez 16. 

P. 281, 1. 16, lisez çuec... dioçue ? Onvoitique 
cette ligne et la suivante sont à transférer deux 
lignes plus haut. 

P. 281, 1. 28, lisez, Borz, 

P. 282, 1. 1, lisez ... dioite Cergatic. 

P. 282, 1. 7, lisez ..., dioitela, 

24 



— 354 — 
P. 282, 1. 8, DioNÂN 

P. 282, 1. 10, DIONÂN 

P. 282, 1, 12, ajoutez (Inchauspe dit qu'il est 
dioûat et doiat en Souletin.) 

P. 283, 1. 3, 13, & 14, DiosTK, 

P. 284, 1. 10, lisez dadinçât. 

P. 284, 1. 12 et 22, lisez ajoutez 

P. 284, 1. 17, .18 et 22, lisez lisez 

P. 285, 1. 6, lisez ajoutez 

P. 285, l. 11, avant p. 329, insérez T. 32. 

P. 285, 1. 13, lisez çabaltas- 

P. 285, à la fin ajoutez (p. 33, v. 1, Sarai). Dans 
l'édition d'Oxford on n'a pas marqué le c en Saraic 
comme une faute. Je viens de collationner (oc- 
tobre 1891) au château de Shirburn, tout près de la 
gare de Watlington, et dans la Bibliothèque Bod- 
léienne le manuscrit de P. d'Urte et la transcription 
de Samuel Greatheed avec l'édition de 1894. Je trouve 
que cette édition contient une bonne quantité de 
fautes, desquelles je vais publier une liste. Dans 
l'édition de 1899 du texte de la Genèse lisez p. 104, 
V. 9, erraten çioela, iduritçen ciaitâan. 

TOME XXXIV 

P. 93, 1. 19, garaua vient-il de granua avec la 
chute du n et la séparation de gr moyennant un 
un a euphonique ? 

P. 93, 1. 25, géra vient-il de que^^a. On sait qu'un 
k ou qu passe souvent en g en Heuskara, et d en r. 

P. 94, 1. 4, lisez icoa: (à comparer ika, de pica 
Castillan.) 



— 355 — 

P, 94. 1. 18 après Samana insérez, i^xxissamaua. 
P. 99, 1. 2 d'en bas, lisez heading 
P. 100, notes, 1, 2 bellied 1. 3 perhaps, recorded 
1 . 5. Since I. 

P. 101, 1. 1, wasl. 5 d'en bas, Thomas 
P. 266, 1. 4, hauc 

1. 16, HiLTZECÀc, hiltzecâc 
P. 270, 1. 13, a mis diraden hauc parce 

1. 14, mots. 
P. 278, note, 1.5, pesetas) on 
1. 6, figure 

P. 275, 1. 11, ELEGITVAC 

P. 276, l. 18, DiTvc. 2. 
P. 277, l. 27, pluriel = que 
P. 281, 1. 18, Seigneur a 
P. 282, 1. 11, Norc 
1. 26, ie le 

1. 28, DRAVNAT 2 

E. S. DODGSON, 

(A suivre). 



LA REUNION D'HENDAYE 

ET LA RÉFORME DE L'ORTHOGRAPHE BASQUE 



Au mois de juin dernier, M. M. Guilbeau, officier 
de santé à Sainl-Jean-de-Luz,qui a composé quelques 
poésies en basque et qui a écrit quelques articles sur 
divers points de la linguistique euscarienne, m'adres- 
sait plusieurs lettres pressantes pour m'inviter à me 
rendre le 16 juillet à Hendaye; il me priait et me 
suppliait de ne pas manquer au rendez-vous qu'il 
donnait à plusieurs basquisants : la réunion devait 
avoir pour but la régularisation ou plutôt la fixation 
définitive de l'orthographe basque. Je répondis à 
M. Guilbeau que n'étant pas libre avant le mois 
d'août, ou même avant le mois de septembre, il ne 
m'était pas possible, à mon très grand regret, de me 
rendre à son aimable convocation. 

Je n'avais plus entendu parler de ce projet, lorsque, 
le 10 septembre suivant, en arrivant à Bayonne, je me 
rencontrai successivement avec trois Basques dis- 
tingués, amateurs ou écrivains de mérite, qui me par- 
lèrent d'un « Congrès » qui devait avoir lieu à Hen- 
daye le lundi 16, toujours pour traiter cette question 
de l'orthographe. Ces Messieurs ne paraissaient pas 



— 357 — 

douter que je ne fusse convoqué à celte réunion. 
N'ayant reçu aucun avis et croyant à une. erreur de la 
poste, j'allai le lendemain voir M. Guilbeau à Saint- 
Jean-de-Luz. — Je trouve un homme embarrassé, 
gêné, qui m'explique qu'on a voulu écarter certaines 
personnalités, qu'on n'a pas trouvé de meilleur moyen 
que de limiter la réunion aux Basques de naissance, 
qu'on parlera exclusivement basque dans cette réu- 
nion, etc., etc.: il ajoutait du reste que ce n'était pas 
à moi qu'on en voulait et qu'on m'y admettrait peut- 
être, etc., etc. 

Je connais M. Guilbeau depuis de longues années; 
bien avant la chute de l'Empire et depuis, il s'était 
posé comme un des rares défenseurs de l'idée libérale 
et républicaine; nous avions donc ensemble combattu 
le bon combat, collaboré aux mêmes journaux, fait les 
mêmes campagnes; j'ai publié plusieurs choses de lui 
dans cette fîeuwe; j'ai fait partie de l'Association basque 
qu'il avait fondée il y a une dizaine d'années, et, si je 
n'y ai pas pris une part très active, j'ai toujours très 
exactement payé les cotisations qui étaient relative- 
ment élevées. 

Le 16 septembre, je me suis donc rendu à Hendaye. 
Le « Congrès » s'est ouvert solennellement; et, après 
plusieurs discours en français, en basque et en espa- 
gnol, le secrétaire général, — M . Guilbeau, — a invité 
les personnes qui n'avaient pas reçu une convocation 
spéciale à sortir, les renvoyant à la séance de l'après- 



— 358 - 

midi qui devait être publique. Je n'étais pas convoqué, 
et l'on n'a pas voulu faire une exception en ma faveur; 
M. Guilbeau a même afïïrmé qu'une quinzaine d'adhé- 
rents se retireraient si je prenais part aux travaux de 
la séance. J'aurais pu faire observer que ma collabora- 
tion valait peut-être plus que celle de ces quinze adhé- 
rents; mais je m'en suis bien gardé. 

Dans la séance publique de l'après-midi, on a rendu 
compte des travaux de la matinée. Les congressistes 
s'étaient partagés en trois sections; les secrétaires ont 
lu des rapports, dont les conclusions se complétaient 
l'une par l'autre et qui se résument dans une sorte de 
règlement très compliqué. Toute proposition orthogra- 
phique devra être imprimée, adressée au bureau per- 
manent et à tous les adhérents; dans un délai de six 
mois, les adhérents devront la renvoyer au bureau 
avec leur réfutation s'il y a lieu; puis le bureau fera 
son rapport au Congrès suivant qui décidera. Il va 
sans dire que les Basques de naissance auront seuls 
voix délibérative. Je n'insiste pas sur l'absurdité de 
cette dernière stipulation. 

J'avais préparé la note suivante que j'ai gardée par 
devers moi, bien entendu : 

« Pour être vraiment sérieuse et pratique, une 
orthographe conventionnelle doit reposer sur les prin- 
cipes suivants: 

» 1" S'écarter le moins possible des usages reçus, 
des habitudes locales ; 



- 359 — 

» 2" Ne donner à chaque signe qu'une seule valeur; 

» 3° Représenter par un signe différent chacun des 
sons différents de la langue ; 

» 4° Employer, autant que possible, des signes 
simples formés d'une seule lettre, accentuée ou 
ponctuée au besoin, faciles à trouver dans les impri- 
meries ; 

» 5° Dans ce cas, prendre des signes conventionnels 
déjà employés pour transcrire les sons particuliers à 
la plupart des autres langues . 

» Donc, en ce qui concerne le basque : 

» Généraliser le h pour qn-, — gardez les //, u 
mouillés; — gardera et z; — garder / (qu'on pro- 
nonce, suivant les dialectes, comme/ français, comme 
^, ou comme layo/a); — remplacer ich, ch, ts, tx, etc., 
par un signe simple c ouc', &c. 

» Il y aura évidemment certains signes qui ne seront 
employés que dans certains dialectes, parce qu'ils 
représenteront les sons propres à ces dialectes. C'est 
pour cela qu'on devra laissera u la valeur générale de 
ou français et qu'on représentera par û le son de Vu 
français qui se trouve en souletin: 

» &c. 

» Au point de vue euphonique : 

» Écrire (dialectes bas-navarrais) wya et non uïa, 
parce que le son euphonique représenté par y ou ï 
n'est pas une voyelle franche; 

» Ne pas écrire, en un seul mot, ezda, ezdire, bai- 



— 360 — 

dago, ce qui est contraire à la prononciation, mais 
ezta,eztire, baitago, ou en deux mots ez da, ez dire, 
bai dago, etc. 
» &c. » 

Les membres de l'une des sous-commissions 
s'étaient occupés de quelques-uns des points traités 
dans la note ci-dessus; mais ils proposaient de* ne pas 
distinguer il et u, et ils substituaient /et /tildes à tt et 
//, ce qui n'est pas pratique. 

En définitive, il a été résolu qu'on se réunirait de 
nouveau en septembre 1902 à Fontarabie. Que sor- 
tira-t-il de ce second « Congrès »? 

Je ne regrette pas trop de n'avoir pu assister à la 
séance du matin. Pendant cette réunion, qui pourrait 
probablement être à bon droit caractérisée par le titre 
en quatre mots d'une pièce de Shakespeare, j'ai uti- 
lisé mes loisirs forcés en allant faire un pèlerinage qui 
me tenait au cœur et une visite qui me souriait beau- 
coup. Le pèlerinage avait pour but la tombe de Miss 
Laetitia Probyn, cette vaillante et aimable Anglaise 
qu'un épouvantable accident a tuée, là, en quelques 
minutes, dans cette Bidassoa si nonchalante et si 
calme, il y a vingt-deux ans déjà. Elle avait étudié le 
basque et m'avait demandé quelques indications ; elle 
aimait cette langue curieuse et singulière, mais elle 
s'étonnait de la pauvreté de sa littérature, malgré le 
mysticisme et l'esprit rêveur de ceux qui la parlent; 
elle commençait sans doule à croire comme moi que 



— 361 — 

c'est là un organisme arriéré, incompatible avec les 
exigences de la vie moderne, qui de lui-même s'effa- 
cera peu à peu et disparaîtra dans le respect attentif 
des hommes d'étude. 

De là, je suis allé au Sanatorium créé entre le Casino 
et le château observatoire de >J. d'Abbadie par la ville 
de Paris : entre la science et le plaisir, la charité, non 
pas cette charité banale de l'aumône et de la pitié, 
mais une œuvre de fraternité et de solidarité sociales ; 
plus de deux cents enfants, presque tous des quartiers 
excentriques de la capitale, presque tous enfants des 
déshérités de l'existence, plus ou moins physiquement, 
sinon moralement abandonnés, viennent y chercher, 
avec la santé, la vigueur de l'esprit qui leur permettra 
de prendre utilement bientôt leur part du labeur 
universel. 

Et je m'en suis revenu, songeant à ces choses, 
satisfait du présent, plein d'espoir dans l'avenir, plus 
que jamais résolu à marcher toujours en avant, et à 
dédaigner les mesquineries des imbéciles, les calculs 
subtils des ambitieux de bas étage, et les prétentions 
des savants faciles. Qu'importent les règlements et les 
distinctions du royaume d'Entéléchie? Le monde 
marche. 

Julien ViNSON. 



L'ARGOT DE SAINT-CYR 



CORRECTIONS ET ADDITIONS 

P. 255, 1. 17, Balancer, se moquer de. 

P. 256, 1. 9-10, Bas-qf, adjudant du cadre. 

P. 257, 1. 4, Chapeau (faire), lancer, etc. 

1. 19-20, boue ; le cornard de Satory. 
1. av.-d""®, ailleurs. Exemple célèbre : cornarder 
comme un tapin (tambour). 

P. 259, 1. 5, punis. A l'origine : contre- épaulette qu'on 
met pour la sortie. 
1. 25 et 26, loup, loups. 

P. 260, l. 19, fini la seconde année. Un pékin, une caisse 
servant de malle le jour du pékin. 
Pékin d'O, FI sur la ligne. Les dix mois que les 
élèves ont à passer à l'École sont désignés par 
les lettres de ces deux mots : un officier, prises 
dans l'ordre. Quand on est pékin d'O, c'est que 
l'on a fini au mois de janvier, et que FI c'est-à- 
dire février, est sur la ligne, c'est-à-dire en 
action, c'est-à-dire en train d'être « tiré », F2 
est le mois de mars. R est le mois d'août. Quand 
on est pékin d'r, on est soit pékin de melon (pre- 
mière année), soit pékin de bahut. 

P. 260, 1. d'O, le commandant, professeur-en-chef. 

1. V. la Reoue, t. XXXIV, p. 255-262. 



— 363 — 

P. 261, 1. 2, sergent d'infirmerie. 

1. 10-11, Promo, promotion. 
1. 13, Repérer. 
1. 17, dans un sac. 

1. 25-26, Toubib (mot arabe), médecin; grand 
toubib, médecin en chef. 



Le Temps du 25 juin 1901 publiait la lettre suivante : 

« La question du triomphe de Saint-Cyr, a failli prendre, 
ces jours derniers, les proportions d'un événement européen. 
C'est bien le cas de dire : Que de bruit pour un triomphe qui 
n'en est pas un ! 

» On a parlé de traditions détruites ou à détruire... 

» Ah ça, pour qui nous prend-on? 

» Le triomphe, tel qu'il existe aujourd'hui, n'a jamais fait 
partie des traditions de l'école. Il s'en faut même de beaucoup, 
attendu que cette solennité, cette cérémonie, appelez cela 
comme vous voudrez, est une manifestation essentiellement 
contraire à cette discipline dont le premier bataillon de 
France doit, plus que tout autre, donner l'exemple. 

» Jadis, lorsque les élèves de l'école tiraient, au polygone 
de Saint-Cyr, le mortier de 32 centimètres et le 24 court, — 
une pièce extraordinaire, abominablement égueulée, mais 
vénérable parce qu'elle avait fait bravement son devoir en 
1870, — il était d'usage, — par analogie avec ce qui se passe 
dans l'artillerie, — de fêter le pointeur adroit qui avait réussi 
à loger un obus ou une bombe dans le tonneau qui servait 
de but. 

» Une prolonge réquisitionnée au quartier de cavalerie, 
attelée de chevaux blancs et ornée de feuillage, de branches 
empruntées aux peupliers du polygone, amenait le triompha- 
teur et le père Système (l'élève ayant le plus bas matricule de 



— 364 — 

la promotion des anciens) dans la cour Wagram. Ledit père 
Système prononçait un petit discours à la suite duquel il 
baptisait la promotion des conscrits et lui donnait sa béné- 
diction. Ensuite il montait à la salle de police, délivrait (avec 
le consentement du Général) les prisonniers; le dimanche 
suivant, il y avait grande galette (sortie générale) et c'était 
tout. 

» Quel que fût le nombre de tonneaux d'une promotion, il 
n'y avait qu'un seul triomphe. On cite des promotions peu 
favorisées du sort qui firent des choux blancs, et qui, par 
suite, n'eurent aucune solennité de ce genre. Une autre, 
malheureuse dans ses premiers tirs, avait réussi, le dernier 
jour, à mettre une bombe dans le tonneau. Certaines mau- 
vaises langues prétendirent même à cette occasion que les 
choses s'étaient passées d'une façon peu naturelle, mais ce 
n'est pas notre affaire. D'ailleurs, il y a si longtemps de 
cela! 

» Ce qu'il y a de plus clair, c'est que cette promotion reçut 
à l'époque le surnom de promotion monotone. Cette évocation 
d'un passé déjà si lointain ne sera évidemment pas agréable 
à nombre de généraux et de colonels appartenant à cette 
fournée, mais tant pis! la vérité avant tout. 

» Par la suite, en raison de la grande portée des nouveaux 
canons (de 7 et de 5, puis de 90 et de 80) les élèves de Saint- 
Cyr ne tirèrent plus au polygone de l'école, et il n'y eut plus 
de triomphes. C'est alors que l'on inventa les représentations 
que le général Passerieu a failli supprimer, puis a régle- 
mentées... faute de mieux. 

Un ancien Saint-Cyrien. » 



BIBLIOGRAPHIE BASQUE 



Notes et Documents 

M. E.-S. Dodgson nous communique la notice suivante 
qu'il doit à l'amabilité d'un savant ecclésiastique du pays 
basque espagnol : 

En esta villa de Durango (Vizcaya) hace poco tiempo 
que se ha|hallado un librito impreso en' pape! de hilo, 
que contiene 80 paginas, y tiene nueve centiinetros y 
medio de>lto por siete de ancho, y con cubierta de 
pergamino. En la pagina l** que esta sin numerar se 
halla la portada que dice asi : « NOVENA A MARIA 
SS. Senora nuestra, q baxo del Soberano Mysterio 
de su Assumpcion gloriosa a los clelos, y de la denomi- 
nacion Bascongada de Vribarri, vendra la cordial devo- 
cion de la Nobilissima Villa de Tavira de Durango 
(districto del Inclilo Senorio de Viscayà) en su famosa 
Iglesia Parroquial Matriz. Dispuesta, Por el ardiente 
zelo, devocion, y desvelo de I). Diego Lorenzo de Ur- 
quizu y Guissasa, vecino de la mesma Villa, quien 
humilde ofrece, ydedica; Al Em. Senor Cardanal de 
Molina, etc. Con Lie. En Pamp. en la Olicina de la 
Viuda de Alfonso Burguete. » 

Con estoconcluye la p. 1". La p. 2' sin numerar 



— 366 — 

esta en blanco. En la pagina 3' numerada dice : « Al 
Eminentyssimo Senor Cardenal de Molina, etc. » En 
la p. 17 concluye la dedicatoria dicha, con estas pala- 
bras : « En las casas de mi habitacion, que son si tas 
en Durango à 16. de Enero de 1740. Em""" Seflor. B. 
L. P. DE. V. EM^^su masinfimo siervo, humilde, y 
reconocido servidor. D. Diego Lorenzo de Urquizu y 
Guissasa. » P. 18 dice : « Licencia delOrdinario. » 
En la p. 19 concluye la licencia con estas palabras : 
« Dada en Pamplona à 30 de Julio de 1740. Lie. D. 
Antonio Fernandez de Arcaya. Por mandado del Senor 
Provisor D. Matheo Hermoso de Aranda, s ice -sec. » 
P. 20 DA NOTiciA EL AUTOR DE los motivos, que le han 
asistido pasa imprimir esta Novena. Concluye en la 
p. 26 y en la 27 empiega la Novena que concluye en 
la p. 75; hasla aqui todo en Castellano. 

En la p. 76 dice : « Q Por si mostraren queja mis 
queridos paisanos, de aver yo dispuesto esta Novera en 
lenguaje estranodel Pais, quevenera la milagrosalma- 
gen de Nueslra Senora de Uribarri (en cuyoobsequio la 
dispuse) les doy gustoso en su idioma, las octavas 
siguientes, que las primeras contienen la historia de 
dicha Santa Imagen, para que leyendo, ô cantandose 
diviertan santamente. 

» 

ESTRIVILLO 

Zeu biar dan léguez alabetaco 
noc izango dau gaur mina, 



— 367 - 

Uribarrico lirio ederr, 
Assumcinozco Virgina. 

Manso Lopecen devocinoac. 
ezin aurquitu eiquian, 
prenda abaric Durangorenzat, 
vere ondasunen arteân : 
vere icena aztu zecidim, 
erequi eban Imagina, 
Uribarrico lirio ederr, 
Âssumzinoeco Virgina. 

Cumplidû ezebari vere gustaba, 
vera vicizan artean, 
Baina aguindueban eguinzedilla, 
Azcango vorondatean 
cleja ederr bat, an ifinteco. 
Ceruetaco Krreguina, 
Uribarrico lirio ederr, 
Assuncinoeco Virgina. 

Andra Menina Arandonoco 
(zein zan bere lengusina) 
eracusi zan, encargû onetan 
ondo devotèa, eta fina, 
verè lurrean ifinten ebala 
Serafinera, Serafina, 
Uribarrico lirio ederr 
Assumcinoeco Virgina. 

Ceruco ondasùn parebaguean 
izan cedinzat comtina, 



— 368 - 

Vri noblèau nai izanèban 
eguin laùbea, eta launa, 
ceuc bacarrican pagaduzeinque 
ceurè onelaco onguina, 
Uribarrico lirio ederr 
Assumzinoeco Virgina . 

loia ederr au veretu azquèro, 
Durangoco uri nobleac, 
berà adorerân ifinten ditu, 
berè cuidadu guztiac ; 
ezin obèto empleaduleitè, 
noia zengân guère aleguina, 
Uribarrico lirio ederr 
Assumcinoeco Virgina. 

Ondo pagtiètari dozu Andréa 
deusuben devozifloa, 
mese dèbaga ichibagaric 
inoren peticifloa, 
agaitizara elejà onetan 
gueùrc Patrona eguina 
Uribarrico lirio ederr 
Assumcioenco Virgina. 

Âinbat mirari icustendogu 
guènrè beguien aiirreàn, 
zeinda ustedogun Amà maytea 
zaucaguzala lurrean; 
baya baquigu gueuc zariana, 
Ceruetaco Erreguina, 



— 369 — 

Uriharrico lirio ederr 
Assumcinoeco Virgina. 

Nor izangô da egongo dana 
Novena an acabaduric, 
berè pena, ata miseriaren 
consueloa bagaric, . 
izanic bere deboto enzat 
ain ongui eguilla fma, 
Uribarrico lirio ederr 
Assumzinoeco Virgina. 

FIN. — qSugèto ciianto este escrito, y librillocon- 
tiene à la censura, y correccion de nuestra Santa Madré 
Iglesia, como humilde, y fiel hijo de ella, y para que 
conste firme en la Villa de Durango en 16. de Enero 
de 1740. Diego Lorenzo de Urquizu y Guissasa. » 

Asi concluye en la ultima hoja, que es pagina 80, 
y certifico que esta copiado en extracto exactamente 
del original, que he devuelto al vecino de esta villa 
D. José de Unamuno, que me lo presto para ello. 

Durango, 1° de Marzo de 1901 . 

José M" deBERNAOLÀ. 

Le même amateur a aussi communiqué le document 
suivant : 

« Don Liborio de Azurmendi, presbitero résidente 
en Abadiano, Viscaya, me ha prestado los versos si- 
guientes, que los ha hallado entre los papeles queper- 
tenecieron al finado pbro de Abadiano Don Pedro 

25 



— 370 — 

Valentin de Aresti, y qaecopiadosliteralmente por mi 
dicen asi : 

Sorcico para el Nacimiento deî Seflor 1804. 

Eldu dira jentiac 
juslu Patriarcac 
atzeguiri baga icharon 
situben egunac 
Bete dira Igarten 
sarrico esanac 
elduco sala jauna 
salbetan guizonac 

Estrivillo 

Olgau gaitian gustioc 
Egun olgurasco onetan 
daijogun solas seinoni 
atzeguinen jasarriric 
eraguijoc tambolinorri 
da trago bat esarri : Ai... 
Orainche nac ni egarri 
suben osasunagaiti. 

Bost milla ta gueijago 
urte ozuelan 
sispuruca azabac 
icusi guenduzan 
Bialdu cijen cerubac 
Irins gozuetan 



— 371 — 

esquiniric eustsena 
etorrico bazan. 

Aguertu da Belenen 
egun gaberdijan 
esquinirico jauna 
aingueru artian 
guizon eguinic dator 
amatzat arturic 
Virgina Andra Marija 
Pepegas loturic. 

Aingueruben eguinez 
barrijau da aguertu 
Belengo Arzainetara 
alan da sinistu 
Artu artuca duas 
barrijau entzunic 
jaijo dana icustera 
atzeguin bagaric. 

Erdiguzu Arzainac 
l Nor dozube icusi 
Belengo portalian 
Aingueruba candi? 
jaijaquera eder bat 
olguras beteric 
ipini gaitubana 
guslis soraturic. 

Jaijo dan sein ederraii 
Bedeincatutera 



— 372 — 

guazan daigun gustijoc 
portale alara 
M a ri j a da losepe 
dagos auspasturic 
Arzainai seinau nordan 
agertu ezinic 

Ea bada jentiac 
gogo arguituric 
arirna ta gorpulzac 
ondo ipiniric 
guertu gaitîan laster 
emoiten jaunoni 
barri onen eguinez 
lastanchu barribi. » 

r^e même ecclésiastique a relevé les notes suivantes 
dans le livre de la Cofradia de S"» Maria de Durango, 
fondée en 1654, après la mort de d. Martin Ochoa de 
Capânaga : 

« En siete de Noviembre de mil seiscientos y no- 
venta y cuatro anos, muriô al D»' D" Nicolas de Zubia, 
Beneticiado que fué des estas Iglesias, Cofrade que fué 
de Cofradia de la Purisima Concepciôn, habiendo reci- 
bido los Santos Sacramentos. Su cuerpo fue enterrado 
en la parroquia de Santa Maria de esta villa y testo anle 
Domingo de Latatua. 

^> En veinte y uno de Noviembre de mil seiscientos 
y noventa y cuatro anos celebrô la Cofradia los dos 



— 373 — 

piares de harras en sufragio del anima del D' D" Ni- 
colas de Zubia, Beneficiado que fué de estas Iglesias. 
» En veinta y très dias del mes de Diciembre de mil 
seiscientos y ocho anos se tocô sentimiento' en la 
Tglesia parroquial de Nuestra Sna Sancta Maria de 
esta villa del Lic^^ j)n Joseph de Lezamis, cura de la 
Iglesia catedral de la Ciudad de Mégico y despues de 
Visperas y el Lunes siguiente se celebraron el nove- 
nario y aniversario del susodicho por la Cofradia. » 
On sait que le catéchisme de N. de Zubia a été re- 
produit dans la Revue de Lingmstique en 1888. 

M. J.-M. Bernaola nous communique de plus la 
liste suivante qu'il a copiée dans un manuscrit de 
D. Hamon de Echezarreta, auteur de plusieurs petits 
ouvrages biscayens : 

Nombres de varias drboles 

Aricha. roble. castaina. castana. 

artia. encina. madarija. peral. 

ametsa. roble albar. ocarana. ciruelo. 

aliza. aliso. sagarra. manzano. 

eltzuna. chopo. masustabia. morera. 

elchuna. otro arbol que tam- macatza. peral silvestre. 

bien Uaman orricarria). mispillia. mispero. 

agulna. tejo. guerisia. cereso o quindo. 

pagua. haya. j)n'sca6a.melocoton,abricote. 

lessarra, leixavra. fresno. picua. higuera. 

inchaurra. nogal. urquija. abedul. 

1. On sonna le (2;las. 



374 



Nombres de varias arbustos 



azcarra. arce. 

elorrija. espino blanco. 

erinotza. laurel. 

ichusqui latza. brusco. 

gurhisia {purpuixa). borto, 
su fruto madrono. 

gorostija. acebo. 

masusta chicarra. morera 
enana. 

guisatza. brezo alto. 

saratza. sauce. 

guinarria- brezo bajo- 

saarra. zarzo. 

asto larrosia. rosa silvestre. 

larrosia. rosa cultivada. 

araba olia. Otraargoma mas 
bajo, pero ancha como fi- 
gura de campana. 



maatza, parra o cepa. 

maurijay arohija. aréndano, 
planta parasita que se cria 
en las copas de algunos 
arboles y aùn en tierra, y 
da unos granos negros dul- 
ces. 

TJntza. hiedra. 

Uurra (urra) urricha, avel- 
lano (este ultimo,y el pri- 
mero) el fruto. 

Zumia, miembre. 

Zuma ligarrà. Arbusto de 
cuyas ramas hacen los za- 
pateros las estaquillas para 

. los zapatos. 

Sabija, planta joven, chir- 
pia. 



BIBLIOGRAPHIE 



Grammatik der Prakrit-Sprachen von R. Pischel 
(Grundriss der [ndo-Ârischen Philologie und Âlter- 
lumskunde, von G. Biihler und F. Kielliorn; I Band, 
8 Heft). Strasbourg, K.-J. Trûbner, 1900. grand in-8°, 
(ij)-430p. 

I.e travail de M. Pischel est au-dessus de tout éloge ; 
cette magistrale élude rendra les plus grands services 
aux linguistes et surtout à ceux qui s'occupent des 
langues modernes de l'Inde issues directement des 
prakrits. On sait que, dans ces langues modernes, se 
manifestent deux courants ou si l'on veut deux ten- 
dances, phonétiques et morphologiques, marquées no- 
tamment par l'hindî oriental et par les patois occiden- 
taux du même idiome. L'analyse des prakrits donnera 
la clef de cette double et remarquable évolution. 

M. Pischel ajoute aux formes, pour ainsi dire clas- 
siques, des prakrits, les dialectes djâinas qui se rat- 
tachent au Mâhârâstrî et au Çâurasênî, où l'on trouve 
de précieuses et très remarquables variantes. Que de 
faits intéressants et peu connus ! 

L'ouvrage est accompagné de tables fort bien faites 
et très utiles. Mais je lui ferai pourtant un reproche, 



— 376 — 

celui d'être vraiment trop compact; la lecture et le 
maniement n'en sont pas faciles, quelque claires, pré- 
cises et méthodiques qu'en soient les diverses parties. 
On regrette aussi de ne pas y trouver des tableaux ré- 
capitulatifs, des résumés schématiques. 

Comme exemple des variations que les mots les plus 
usuels ont pu subir, je citerai le nom de nombre « dix- 
neuf », êkânavimçnti qui est devenu en arddhamâ- 
gadhî êgûnavîsam, en apabhramça. êgûmvimsâ; en 
magadhî et en jâina-mahârâstrî, aûmvîsai et amavî- 
sam; on sait que le vieil hindî avait agunîs, gunis; 
l'hindî moderne a wiîs, le panjabî unnih, le sindhî 
unîh, le gudjaratî ôganîs, le mahratî êkunis, l'uryia 
unâiç, le bangalî ûnk. 

Julien ViNSON. 



Légendes morales de l'Inde, empruntées au Bhagavata 
purâna et au Mahâbhârata, traduites du sanscrit par 
A. Roussel (Les littératures populaires, t. XXXIX). 
Paris, J. Maisonneuve, 1901, petit in-8°, (viij)-361 p. 

Je ne puis que m'en rapporter à mon compte rendu 
du premier volume, et je dois louer de nouveau la 
forme et le fond de cette publication. x\lais j'ai le devoir 
de rechercher dans les notices préliminaires et dans 
les notes qui accompagnent chaque récit comment le 
savant traducteur comprend et apprécie les choses de 
l'Inde. Or, à la note 33 du premier récit, je vois que 
M. Houssel, parlant des quatre fins de l'homme, rend 



— 377 — 

kâma par « le désir » et émet même l'hypothèse que 
« le désir » kdma peut être confondu avec le môkcha, 
la délivrance finale. Cette hypothèse est absolument 
inadmissible : kâma c'est l'amour, l'amour matériel, 
l'amour charnel, si j'ose m'exprimer ainsi, et jamais 
aucun Indien n'a pu l'assimiler à l'aspiration au môkcha 
qui est la cessation de toute activité. 

Je vois ailleurs que M. Roussel a bien reconnu que 
le mot de création n'a aucun sens pour les Indiens et 
qu'il a bien compris le rôle véritable deÇiva, qui n'est 
pas tant le destructeur que le rénovateur, mais je ne 
saiss'il s'est bien rendu compte du principe fondamental 
de toute la philosophie hindoue. Cette conception est 
en effet absolument incompatible avec les considéra- 
tions queM. Roussel expose à la p. 62, où le bonheur 
est présenté comme la principale fin de l'homme, ce 
bonheur étant la vérité, c'est-à-dire Dieu ou le Christ. 
Mais, pour les Indiens, Dieu, ainsi compris, n'existe 
pas; « Dieu » n'est rien pour eux en dehors de la sub- 
stance éternelle inerte et inaçtive. Les dieux hindous 
sont humains : ils vivent, ils agissent, ils meurent. Et 
voilà pourquoi j'ai dit ailleurs, et je le répète ici, que 
Jésus-Christ est fort inférieur au Bouddha par exemple. 
M. Roussel crie à ce propos au blasphème, au sacri- 
lège, au ridicule, à l'insanité; mais il suffit de lire 
l'Évangile, auquel M. Roussel me renvoie maladroi- 
tament et de ne pas faire de métaphysique. Le Jésus 
de l'Évangile est un rêveur mystique, un théoricien 



— 378 — 

révolutionnaire; mais prudent, traînant de village en 
village sa misère et sa faconde, mauvais fils, citoyen 
médiocre, n'ayant su être ni époux, ni père, n'ayant 
rendu aucun service à la chose publique. Certes, les 
détails de la philosophie bouddhiste peuvent être pué- 
rils ou ridicules, mais la personnalité de Gâutama est 
incontestablement respectable. Il ne renonce au monde 
qu'après y avoir joué son rôle; il descend du trône 
pour chercher dans la solitude la vraie base de la loi 
morale; il ne prêche point la haine des riches; il 
n'excite point les inférieurs contre les privilégiés. Et, 
en résumé, il enseigne que le malheur ou le bonheur 
résultent delà manière dont chaque homme conduit sa 
vie; est-ce que cela ne vaut pas mieux que les huit 
béatitudes ou les divers commandements de l'Église? 

Julien ViNsoN. 



Paul Sébillot. Le Folk-lore des pêcheurs (Les Lit- 
tératures populaires de toutes les nations, t. XLIII). 
Paris, J. Maisonneuve, 1901, petit in-8°, (viij)-xij- 
389 p. 

Je suis enchanté que M. Sébillot ait enfin adopté ce 
mol de folk-lore qui lui répugnait tant naguère et qu'on 
a vainement essayé de remplacer par des équivalents 
français. L'adoption de ce mot que j'ai été un des pre- 
miers à employer n'a rien d'offensant pour notre 
amour-propre; ce sera, si l'on veut, de l'internationa- 
lisme, et du bon. 



— 879 — 

Que dirai-je maintenant de ce nouveau volume de 
notre éminent collaborateur? Son nom, au frontispice 
d'un livre, en indique suffisamment l'excellence; et il 
n'est plus besoin de recommandation ou d'éloge. Il 
s'agit là d'une catégorie spéciale de populations qui 
forment souvent des groupes ethniques distincts et qui 
ont par conséquent leurs mœurs, leurs coutumes, leur 
langage, leurs superstitions; c'est la première fois 
qu'on entreprend de les étudier, et M. Sébillot est 
passé maître dans ce genre de travaux. On pourra com- 
pléter son livre; on y ajoutera des subdivisions et des 
détails, mais le cadre général restera. Il n'est pas une 
page d'ailleurs qu'on n'y lise avec profil. 

Julien ViNSON. 



Bibliographie des Bibles et des Nouveaux Testa- 
ments en langue française des XV^ et XVI" siècles, par 
W. J. Van Eys. Genève, H. Kûndig, in-8". — l'" par- 
tie : Bibles. 1900, viij-211 p.; — 2' partie : Nou- 
veaux Testaments, 1901, (iv)-269 p. 

Ce travail, fort bien fait, sera éminement utile. Mais 
je dois me borner à l'annoncer, car je ne saurais en faire 
aucunement la critique. Pour les quelques volumes que 
j'ai sous la main, les descriptions de M. Van Eys me 
semblent tout à fait exactes, et je ne vois aucune édi- 
tion nouvelle à lui signaler. En ce qui concerne le 
Testament de Pierre Hautin, la Rochelle, 1577, — que 



— 380 — 

j'ai proposé, faute de mieux, de prendre pour servir 
de référence à la traduction basque de Liçarrague, — 
M. Schuchardt paraît en posséder un exemplaire com- 
plet avec le titre. 

On ne peut que féliciter le savant linguiste, qui est 
aussi un excellent bibliophile. Son nouvel ouvrage 
fort élégamment imprimé est précis, clair, méthodique 
et complété par des tables très commodes. On y ajou- 
tera sans doute, mais on aura vraisemblablement peu 
à y corriger. Julien Vinson. 



Manuel de la langue haoussa, par M. Delafosse, 
chargé du cours des dialectes soudanais à l'École des 
Langues orientales. Paris, J. Maisonneuve, 1981, 
in-8°, xiv-134p. 

Ce petit manuel est très bien fait. Il comprend un 
abrégé de grammaire (p. 1-33), des textes (contes, 
légendes, récits, proverbes, p. 35-88) et un vocabulaire 
(p. 89-134), le tout précédé d'unesubstantielle préface, 
où nous apprenons parfailement quelle est l'importance 
géographique et commerciale du haoussa. Il a de plus, 
pour nous, cet intérêt d'être parlé dans la zone soumise 
à l'influence française. 

Rien à dire sur le vocabulaire et sur les textes, 
M. Delafosse avait recueilli lui-même des documents 
originaux, mais ils ont été détruits malheureusement 
dans rincendiedupostedeToumodi,en septembre 1899, 



- 381 - 

et il a fallu emprunter des spécimens linguistiques à 
des recueils anglais. C'est très regrettable. 
■ La grammaire est l'œuvre personnelle de M. Dela- 
fosse. Il m'a paru intéressant de la comparer avec 
l'esquisse de Fr. Mûller dans sa Grundriss{t. I, 2^ par- 
tie, p. 215-237), rédigée d'après les travaux du Kév. 
P. Schoen qui a le premier étudié, et pour ainsi dire 
découvert la langue haoussa. M. Delafosse n'a pas donné 
le tableau des sons et des bruits de cette langue, et il ne 
parle que très sommairement de la prononciation et de 
l'euphonie : il semble pourtant que le haoussa a des 
sons particuliers, un e et o, par exemple, et des con- 
sonnes composées remarquables, tch, dj, ts, dz, qu'il 
aurait fallu signaler, ainsi que le groupe initial gb. Je 
remarque que M. Delafosse ne distingue pas a, i, u 
brefs de d, î, û longs, et que son ii [gn fr.) ne se 
retrouve pas dans le tableau de Fr. Mûller. Y a-t-il là 
une particularité de prononciation locale? 

Je ne puis entrer dans le détail des faits grammati- 
caux, mais le résumé de M. Delafosse me parait clair, 
méthodique, et, autant que je puis en juger, générale- 
ment exact. La conjugaison, fort développée, est com- 
posée d'éléments pronominaux nombreux et de verbes 
pour ainsi dire auxiliaires (aller, être) qui forment 
beaucoup de nuances temporelles. La %^ et la 3" per- 
sonne du singulier ont, comme en arabe, une forme 
spéciale pour le masculin et le féminin. La numération 
parait décimale, mais les dizaines, de 20 à 90, sont 



— 382 — 

empruntées à l'arabe. Le vocabulaire a naturellement 
beaucoup de mots arabes, ainsi mallâmi « prêtre y^ est 
une adaptation de mu'alUm « professeur ». 

Julien ViNSON. 



• Emiliano de ÂRRiAGA. Lexicon etimologico, natura- 
lisla y popular del Bilbaino neto. Bilbao, S. de Amor- 
rortu, 1896, petit in-8° de 317 p. (avec un post-scrip- 
lum de xvj p.) 

Très intéressant spécimen du parler populaire de 
Bilbao, qui est de l'espagnol prononcé parfois d'une 
façon particulière, et mélangé d'expressions emprun- 
tées au basque. Quelques locutions sont d'une origine 
difficile à déterminer. Comme fait remarquable de pro- 
nonciation, je citerai le z [ce, ci) prononcé comme s et 
la suppression du tZ fyial que le castillan siffle [Vaya- 
dolù, le bilbaïendit Vayadoli). Certains mots changent 
de genre : la vinagre, la pes, el /ucnte, etc. On se sert 
beaucoup des terminaisons augriientatives ou diminu- 
Xiwes on (esp.), tchu (h'dsq.) ; ex. : hijotchu, proprement 
« mon fiston ». 

Le vocabulaire est très curieux et très instructif. On 
y trouve beaucoup de basque. Il faut seulement re- 
gretter que l'auteur, qui est homme d'esprit, ait gâté 
son travail en proposan t des étymologiesde mots basques 
aussi extravagantes que celles proposées pour Bilbao, 
Be-ili-bat-o « deux villes en une », amil-be-o «sous 
l'escarpement, la escarpa », etc., et pour Biscaya 



— 383 — 

bizkar-di-a « el lomol » ou « terre montagneuse ». C'est 
absurde, et cela ne prouve absolument rien. 

J. V. 

Zeitschri/t fur vergleichende Sprachforschung auf 
dem Gebiete der indogermanischen Sprachen. Von 
E. KuHN und J. ScHMiDT. Band XXXVII (Neue Folge, 
BandXVII),3Heft. Giltersloh^C. Bertelsmann, 1901, 
in-8o, p. 277 à 428. 

Contient : Aniautstudien, par Th. Siehs, par 277- 
314; Slavische Miscellen, par F. Lorentz, p. 324-351 ; 
Bemerkungen ûber die Âkzeniqualilœten des Kaschu- 
Imchenund Slovinzischen, par F. Lorentz, p. 351-364 ; 
Der Genitiv-Accusativ bei belebten Wesen im Slavischen, 
par Frich Berneker, p. 364-386; Miscellen, par E. Zu- 
pitza, p. 387-406; Neiigrieschisches und Romanisches, 
I, par K. Dieterich, p. 407-423; [risches, par B. 
Thurneysen, p. 423-427; Miscellen (armenische), par 
L. de Patrubàny, p. 427-428. 



Bulletin trimestriel de la Société des sciences, 
lettres et arts de Pau, 1898-1899 (11' série, tome 
XXVIII (2Mivraison). Pau, veuve L. Ribaul, 1900. 

Contient : p. 160-280, Rôle des feux du comté de 
Foix en 1390, par A. de Dufau de Maluquer; — 
281-288, Rapport sur le Congrès des Sociétés savantes 
à Toulouse, par Adrien Planté; — p. 289-308, 67as- 
sifications chimiques, ^diX V. Ducla; — p. 309-318, 



— 384 — 

Prévision du temps au moyen de la bouteille de Leyde, 

par V. Duclà; — p. 319-324, Précision du temps par 

l'attraction d'aiguilles aimantées, parV. Duclà; — 

p. 325-340, Procès-verbaux des séances; — p. 341- 

346, Liste des membres de la Société; —p. 347-350, 

Liste des Sociétés avec lesquelles la Compagnie est en 

correspondance. 

J. V. 



VARIA 



I. — Les Éditeurs et les vieux Manuscrits tamouls 

Beaucoup d'anciens ouvrages tamouls^ fort importants, ont été 
perdus par la négligence de ceux qui en possédaient des copies 
manuscrites, ou plutôt par l'insouciance des héritiers de ces ama- 
teurs; ce qui d'ailleurs a le plus contribué à ces pertes irrépa- 
rables, c'est la fragilité de la matière sur laquelle ces vieux 
ouvrages étaient écrits. Il n'y a guère plus d'un siècle que le 
papier a commencéà être d'un usage courant dans l'Inde, et il n'y 
a pas plus de quatre-vingts ans qu'on a commencé à imprimer les 
écrits originaux. Jusqu'à cette époque, la littérature dravidienne 
était représentée tout entière par des manuscrits sur feuilles de 
palmier, sur ôlcs. 

On s'est occupé, depuis une vingtaine d'années, d'arracher à la 
destruction ces vieux ouvrages. On en a fait prendre des copies 
sur papier, on a déposé des manuscrits anciens dans les biblio- 
thèques publiques, et plusieurs savants du pays se pont occupés 
de faire imprimer ces précieux restes d'une longue et brillante 
période littéraire. Parmi ces savants, il faut citer au premier rang 
Vè. Sâtninâda-aiyar, professeur au collège de Kunxhhakônatn, 
et Ci. Vâi. Tâmôdarampillei (de Jaftna), qui ont publié, avec une 
sollicitude empressée et une minutieuse attention, de remarquables 
éditions des vieux classiques. Le premier n'a donné aucun détail 
sur les manuscrits qu'il a consultés, mais le second a rendu un 
compte très exact et très intéressant de la peine qu'il a prise et 
des ennuis que l'état déplorable des manuscrits lui a causés, 
surtout à propos du Sâlàinani, poème épique djâina, et du Kalit- 
togci, poème didactique amoureux. 

On a vu, par la notice qui est en tête de ce numéro (p. 305), 

26 



— 386 — 

que le Sûlâmani a été publié d'après cinq manuscrits. On avait 
pu en découvrir huit dans tout le pays tamoul, mais deux 
n'étaient que des copies d'un des six autres^ et l'un de ceux-ci 
a disparu depuis le moment où il avait été signalé à l'éditeur. 

Quant au Kalittogei, l'histoire de l'édition est encore plus triste, 
encore plus intéressante et plus propre à provoquer de salutaires 
réflexions. TàmôdarampiUei a consulté tout d'abord un œanufîcrit 
contenant le texte seul, sans commentaire, appartenant à Naya- 
nappanmdalir/âr, de Pondichéry, mais il dut l'abandonner, parce 
que ce manuscrit était incomplet du commencement et de la fin, 
qu'il était à peine lisible et dans un état déplorable. Précédemment, 
l'éditeur avait obtenu une assez bonne copie du savant Arhcmu- 
ganâvalar; il écrivit aux supérieurs des divers monastères pour 
leur demander communication de celles qu'ils posséderaient. Le 
supérieur du couvent de Tirncûcadmlurei, Saf kuriinàdaçvâmi, 
lui envoya aussitôt la sienne et en même temps deux autres qu'il 
avait fait venir du Sud. Les autres monastères n'envoyèrent rien^ 
parce qu'ils ne possédaient rien sans doute. La publication fut 
alors préparée; le texte copié, collationné et revu; un vocabulaire 
des mots difficiles fut rédigé: mais le travail était défectueux et 
incomplet, et il devint nécessaire de chercher d'autres manuscrits. 

Deux amateurs distingués, KanagaçabeippiTlci, de JaSna, et 
Râmalingappillei, de Méliapour, s'empressèrent de communiquer 
leurs exemplaires. Divers fragments furent retrouvés dans des 
collections publiques de Madras et de Tanjâvûr, mais leur réunion 
ne formait qu'un exemplaire peu utilisable, que Téditeur laissa 
de côté. 

Sur ces bases, l'impression fut sérieusement préparée. Mais toutes 
les copies, excepté l'une de celles venues de Tiruvâvadudurei, 
se terminaient avant la fin de la quatrième section de l'ouvrage, 
qui en contient cinq. Que faire? Évidemment chercher encore. 
Ta môdai-ampillei écrivit au Sud, à l'Est et à l'Ouest, et entreprit 
lui-même un voyage d'exploration dans le Nord : « Lorsque j'étais 
venu de Jaffna dans le pays », dit-il, « l'année Pramâdîca (1853), 
il y a trente-cinq ans, dans le but de rechercher les ouvrages 
tamouls devenus rares, je me rappelai avoir vu des manuscrits du 



— 387 — 

Kalittogei chez un vieux professeur de Manjakkuppam, à Gou- 
delour, nommé Çantnugacâttit/âr, et chez un savant de Nellit- 
tôppu, à Pondichéry, nommé Çokkalingappillei, et je me rendis 
dans ces localités pour y faire des recherches. Je ne pus retrouver 
l'endroit où habitait le premier. Quant au second, j'appris que sa 
petite-fille et le reste de sa famille habitaient la ville voisine; j'y 
allai, je m'informai auprès du mari de la petite-fille en question 
qui me répondit : « Quoi? Nous avons là depuis fort longtemps 
un paquet d'ôles dont nous ignorons même le titre ; ii elles peuvent 
vous intéresser, regardez-les et emportez-les, et il me donna géné- 
reusement ce paquet d'ôles. Les larmes que je versai témoignent 
quelle fut ma douleur en constatant l'état de ce manuscrit; mais, 
bien que le Kalittogei y fût incomplet et défectueux çà et là, je 
l'emportai avec une grande joie, car il contenait la cinquième 
section de l'ouvrage que je cherchais. » Pendant ce temps, on avait 
trouvé à Tin(;licanain un exemplaire qui contenait le commence- 
ment de cette cinquième section. 

D'autre part. Ta. Kanagaçundarampillei, de Tirikônamalei, 
afiBrmait qu'il avait vu cette cinquième section dans un dépôt 
public de Madras; Tdinôdarampillci revint aux fragments qu'il 
avait mis de côté et, à son immense satisfaction, il y trouva en 
effet la section signalée; de plus, il eut la bonne fortune de décou- 
vrir, dans le même endroit, un autre manuscrit qui allait jusqu'à 
lastrophe23 de la même division. La copie et le collationnement 
furent aussitôt entrepris. 

Mais Guruçàini-aiyar, de Tiruttanigei, fit connaître qu'un 
amateur avait emportéà Gâr/amuttàr un exemplaire daKalittogei 
qui avait appartenu au savant Çaracanappèrumàlaigav, son 
parent. On fit demander que ce manuscrit fût prêté pour quelques 
jours, mais on se heurta à un refus formel, basé sur ce que le 
propriétaire actuel tenait à ses livres plus qu'à la vie, « comme 
s'il s'agissait de perles contenues dans les huîtres de la mer ou de 
la pierre précieuse qui est dans la chevelure de Çiva ». Les regrets 
de l'éditeur furent cependant atténués quand il apprit que ce 
manuscrit contenait seulement les quatre premières sections. 
Aucune autre copie ne fut envoyée ni apportée de nulle part; il 



— 388 — 

fallut donc se remettre à l'ouvrage avec trois copies seulement de 
la cinquième section. 

-L'édition de l'ouvrage complet fut ainsi publiée d'après dix 
manuscrits. 

Cette histoire n'est-elle pas édifiante? Mais, hélas! à qui de 
nous n'en est-il pas arrivé autant? La seule conclusion à en tirer, 
c'est qu'il est urgent et nécessaire de rechercher activement, par- 
tout, tous les vieux manuscrits tamouls et de les mettre autant 
que possible à l'abri de la destruction. Le sort nous réserve peut- 
être encore d'heureuses surprises. 

J. V. 

II. — Paris et Londres 

Un journal rappelait dernièrement l'ingénieuse boutade sui- 
vante : 

Paris est droitier, Londres est gaucher. 

Le cocher parisien conduit à droite, celui de Londres à gauche. 

Le premier prend place sur le devant du véhicule, le second 
derrière . 

Paris est compact, Londres dispersé. 

Paris s'accroît par l'absorption, Londres par l'expansion. 

Paris est bâti en pierres, Londres en briques. 

Paris a de hautes maisons et des rues étroites, Londres de larges 
rues et des maisons basses. 

Paris a des fenêtres à espagnolettes, s'ouvrant comme des portes, 
Londres des fenêtres à guillotine. 

Les persiennes de Paris sont établies au dehors, celles de Londres 
au dedans. 

Paris est collectiviste, il habite des maisons qui sont des casernes; 
Londres est individualiste, chaque famille y a sa maison à elle. 

Paris a son portier, Londres sa clef. 

Paris prononce « cacao », Londres « cocôa ». 

Paris quitte de grand matin son lit installé contre le mur, 
Londres quitte tard son lit installé au milieu de la chambre. 

Paris dîne, Londres mange. 

Londres, a dit Voltaire, possède cent religions et une seule 
sauce; Paris a cent sauces et pas de religion. 



— 389 — 

Londres se sert d'une fourchette à trois dents, Paris d'une four- 
chette à quatre dents. 

Paris est gai, Londres triste. 

Paris flâne, Londres court. 

Londres a trop peu de soldats, Paris en a trop. Le soldat de 
Paris porte la tunique bleue et le pantalon rouge, celui de Londres 
la tunique rouge et le pantalon bleu... 

A Paris, les prêtres célèbrent les mariages ; à Londres, ils se 
marient eux-mêmes. 

A Paris, les femmes mariées sont libres ; à Londres, elles cessent 
de l'être. 

Paris a plus de suicides, Londres plus d'homicides. 

Paris travaille, Londres trafique. 

A Paris, la canaille se bat à coups de pied ; à Londres à coups de 
poing. 

Le prolétaire de Paris appelle le raont-de-piété « ma tante » ; 
celui de Londres dit « mon oncle » . 

Félix Pyat. 

III. — La première femme tamoule reçue docteur 

We are glad to learn that Mrs. S. Satthianadhan, who as Miss 
Kamala Krishnana, took herB. A. degree in History and Sanskrit 
in 1898, has corne out successfullyat therecentM. A. examination 
in English with Sanskrit as her second language, her Disserta- 
tion being on the « Sonnet in English Literature », and we hear- 
tily congratulate Mrs. Satthianadhan on the distinction she has 
attained. As she was the first Indian lady to take the B. A. 
degree, she will be the first lady M. A. of the Madras University. 
Among ladies, Bengal has produced two M. A. s, Ailahabad 
one, the Punjabone and Bombay none, and ail thèse M. A. 's are 
Indian Christians. — The Madras Mail, Fridar/ Eeeninr/, Jidtj 
19, 1901. 



TABLE GÉNÉRALE DU TOME XXXIV 



Pages 

Le langage martien, par V. Henry :1, 125 

L'inscription découverte en 1899 sur le forum romain, par 

A . BojESLA V 46 

La langue des Pouls, par E. Gibert 50 

Explication (linguistique basque), par J. Vinson 79 

Max Millier, par P, Regnaud 82 

Quelques manuscrits basques, par E. Dodgson 85 

La raza vasca, par T. de Aranzadi 179 

Les parfaits faibles germaniques, par P. Regnaud 186 

The lifeand legends of Sundara-Murtti, par G.-U. Pope.. 221 

Prabôdhacandrôdaya, trad. fr. par G. Devèze 240 

L'argot de Saint-Cyr 255, 362 

Analyse des formes verbales du S. Marc basque de Liçar- 

rague, par E.-S. Dodgson 263, 340 

Littérature tamoule ancienne. Le Sâlâmani, parJ. Vinson 305 

Bibliographie basque. Notes et Documents 365 

Corrigenda 216, 350, 362 

Varia. La question de l'e muet 121 

— La formation des voyelles. 122 

— Prononciation du Basque. 123 

— L'argot des marins 217 

La langue de nos parlementaires 301 

— ■ Bismarck et les caractères latins 302 

— Jeu de mots homonymes 302 

— Les éditeurs et les vieux manuscrits tamouls 385 

— Paris et Londres 388 

— La première femme tamoule reçue docteur 389 

BIBLIOGRAPHIE 

A. Mercier. La langue créole en Louisiane 102 

G. Abbot. Songs of modem Greece 105 



— 391 - 

Pages 

Em. Delage. La chiffrocryptographie 112 

A. Lefèvre . Les Gaulois '. 115 

J.-B. RoBY. Virgile limouzi 117 

A. Liet. Prononciation du français 118 

J . ViNSON. Légendes bouddhistes et jainas 188 

H. ScHucHARDTet T. LiNscHMANN. Lciçarraga's baskische 

Bûcher 190 

P. d'LIrte. Grammaire cantabrique 200, 294 

G.-U. Pope . Tirùvâçagam 284 

J.M. Nallaswami-Pillay. Sivagnânabôtham et Light of 

Grâce 288 

E. Blochet. Catalogues des manuscrits mazdéens et delà 

collection Schefer 291 

R. Pischel. Grammatik der Prakrit Sprachen 375 

A. Roussel. Légendes morales de l'Inde 376 

Paul Sébillot. Le folk-lore des pêcheurs 378 

M. J. vanEys. Bibliographie des Bibles et des Nouveaux- 
Testaments 379 

M. Delafosse. Manuel de la langue haoussa 380 

Em. DE Arriaga. Lexicon del Bilbaino neto 382 

Kuhn's Zeitschrift v 200, 383 

Suomalais-ugrilaisen Seuran Aikakauskirja 216 

Bulletin de la Société des sciences de Pau. , 120 

26th report of the Bible Society 383 

Actes de la Société philologique 293 

LANGUES ÉTUDIÉES 

Linguistique générale, 82, 122, 112, 200, 302, 293, 383. 

Basque, 79, 85, 123, 179, 216, 190, 200, 263, 294, 340, 356, 365. 

Allemand, 186. 

Français, 102, 121, 115, 117, 118, 217, 255, 301, 362,378, 379, 388. 

Grec moderne, 105. 

Espagnol, 382. 

Finnois, 216, 293. 

Haoussa, 380. 



— 3&g - 

Martien,!, 125. 

Latin, 46. 

Poul, 50. 

Persan, 291. 

Tamoul, 188, 221, 284, 288, 305, 385. 

Sanscrit, 240, 375, 376. 

AUTEURS 

P. de Aranzadi,179. 
J.-M. Bernaola, 365. 
A. Bojeslav. 46. 
G. Devèze, 240 
E.-S. Dodgson, 85,263, 340. 
E. Gilbert, 50. 
V. Henry, 1, 125. 
H. Pernot, 105. 
G.-U. Pope, 221. 
P. Regnaud, 82, 186. 

J. Vinson,79, 102, 112, 115,117, 118, 119, 120, 190, 200, 216, 
284, 288, 291, 293, 305, 356, 375, 376, 378, 379, 380, 382, 383, 385. 



Le Propriétaire-Gérant, 

J. Maisonneuve. 



Chalon-stir-Saône. - Imiirimcrie L. Marceau, E. BERTKANL), successeur. 



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