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Full text of "Revue de l'Orient chrétien"

PER BR 140 .R42 v. 27-28 
Revue de l'Orient chr etien 



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REVUE 



DE 



L'ORIENT CHRÉTIEN 



DIRIGEE 



Par R. GRAFFIN 



TROISIÈJVrK SÉRIE 
Tome VII (XXVII) 



27' volume. — 1929-1930 



QUELQUES NOUVEAUX TEXTES GRECS 

DE SÉVÈRE D'ÀNTIOCHE, À rOCCASION DTNE 

RÉCENTE PUBLICATION 



HOMÉLIES DONT LA VERSION SYRIAQUE VIENT d'ÊTRE ÉDITÉE. 

M. l'abbé Maurice Brière vient d'éditer et traduire, avec sa 
maîtrise accoutumée (1), un nouveau fascicule des Homiliae 
cathédrales de Sévère d'Antioche (2) : Homélies 78 à83 : sur les 
martyrs Tarachos, Probos et Andronicos (prononcée le 6 sep- 
tembre 515), sur Matth. xv, 5-11, sur Tanniversaire de la 
consécration de Sévère, sur Matth. xvii, 23-2G, sur Matth. xviii, 
1-9, sur la Nativité oU l'Epiphanie. 

Le fascicule se termine par les tables des homélies 77 à 83 : 
Table des noms propres syriaques. Table des mots syriaques 
étrangers ou remarquables. Table des mots grecs cités dans les 
manuscrits. Tabe des citations de la Bible. Citation des Pères 
de l'Église (il s'agit ici d'une citation de saint Ignace aux 
Romains; le grec de Sévère figure avec quelques fautes, 
PiG., CXV, col. 1080, 1. 12 à 15; il a plusieurs traits communs 
avec la rédaction plus longue, éditée par M. Cureton, Corpus 
Ignatianum, Londres, 1849, p. 47, et s'ajoutera aux fragments 
d'Ignace compilés d'après Sévère, ibid. p. 212 à 219) (3). 

Nous avons ajouté à ce fascicule six fragments grecs déjà 
édités par Cramer, Mai ou Ghislerius, qui correspondaient à 
trente lignes du syriaque; nous avons pu depuis lors étudier 



(1) Voir les éditions précédentes d'homélies de Sévère par M. Brière, P. 0., 
t. VIII, fasc. 2; t. XII, fasc. I. 

(2) P. 0., t. XX, fasc. 2, p. 271 à 434, Paris, Firmin-Didot, 1928. — Prix 28 fr. 

(3) Ed. J. B. Lightfoot, The aposloUc Fathers, Londres, 1889, II, 214-5, cf. I, 
183-8 et 324. V 

[1] 



4 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 

de nouveau cette question et avons trouvé des fragments 
grecs inédits des homélies 81 à 82 qui correspondent encore 
à 90 lignes du syriaque. Nous avons reconnu de plus (1) 
que Thomélie 78 sur les martyrs a été insérée, souveiit mot 
pour mot, par le Métaphraste dans sa compilation, ce qui nous 
rend encore le texte grec de la moitié au moins de cette homélie. 
La parenté littérale des deux textes ne peut pas être expliquée 
autrement : il n'est pas vraisemblable en effet qu'un rhéteur 
comme Sévère ait étudié et récité mot pour mot dans son sermon 
un texte grec préexistant, tandis qu'on comprend très bien 
qu'un compilateur comme le Métaphraste ait inséré mot pour 
mot le texte de Sévère dans sa compilation, en le modifiant 
lorsqu'il le jugeait bon, surtout au début (2). 

Ces martyrs Tarachos, Probes et Andronicos sont connus par 
une rédaction dialoguée plus ancienne, éditée par Ruynard dans 
les Acta sincera, cf. Acta SS., octobre, V, 566 à 584, et dont 
la version syriaque a été éditée par le R. P. Bedjan, Acta 
Sanctorum, Paris, 1896, t. VI, p. 171 à 209. Ici le martyre a 
lieu dans trois villes successives, Tarse, Mopsuesteét Anazarbe. 
Sévère mentionne cette trilocation lorsqu'il écrit, p. 278-9, que 
« Maxime rendait la justice d'abord à Tarse de Cilicie et en 
dernier lieu à Anazarbe », mais il ne localise pas davantage les 
trois phi' s^s du martyre et il abandonne la forme dialoguée qui 
ne se prêi^ pas au genre oratoire, il ajoute un court exorde : 
« la constan ^ de ces martyrs doit nous enseigner cette vertu et 
nous portera aettre d'accord nos actions et nos paroles »; on 
peut ensuite rec; istituer facilement le schéma qu'il a emprunté 
aux actes préexistants, connus sans doute de beaucoup de ses 
auditeurs, et qui ce nfiprenait les tourments caractéristiques de 
chaque martyr dans ciiacune des trois phases. A la fin aussi (3) 



(1) Nous l'avons déjà annoncé ilans une note du Bulletin de V Institut catholique 
du 25 avril 1928, p. 129 (y lire : ja-obite et 515 au lieu de : jacobiste et 575). 

(2) On peut d'ailleurs confirmer ceci par des remarques intrinsèques en mon- 
trant que le syriaque (S) l'emporte sur le grec métaphrastique (M) p. 278i5-279, 
S mentionne Tarse et Anazarbe comme ies Acta sincera; Mies omet ;p. 2808-«s, S 
met mieux en relief ce qui est « loi des pères» ou « loi étrangère »; p. 280i3- S 
porte avec raison : frappé « de nombreux coups » tandis que M donne à tort : 
frappé « pendant beaucoup d'heures », etc. 

(3) p. 291-294. ^ 

[21 



QUELQUES NOUVEAUX TEXTES- GRECS DE SEVERE D ANTIOCHE. 5\ 

il mentionne, dams Tordre des-^ Acta sincera, l'envoi des bêtes 
en général, puis d'une ourse, d'une lionne et des gladiateurs. 
Il brode sur cette trame en écourtant l'original et ajoutant 
cependant quelques jeux de mots. 

Nous donnons ici trois fragments grecs de T homélie 78 
d'après le Métaphraste, pour que l'on puisse constater l'identité 
du grec et du syriaque. Nous ajoutons ensuite des textes, 
inédits jusqu'ici, des homélies 81 à 82 tirés en particulier du 
manuscrit Coislin n" 24, pour rendre service à l'helléniste qui 
compilera les textes grecs de Sévère lorsque les versions 
syriaques seront éditées. Nous renvoyons chaque fois à la 
traduction de M. Brière à laquelle il n'y a rien d'important à 
changer, même lorsqu'il n'a pas connu le texte grec. 

HOMÉLIE LXXVIII SUR LES SAINTS MARTYRS TARACHOS, PROBOS 
ET ANDRONICOS. 

Syriaque, p. 279, 1. 2-10; Grec, Migne, P.G., t. CXV, 1069, 
1. 13-22. Tarachus comparait devant le juge Maxime : 

riapsAÔtov ûq p.;ffcv, èpwTYjOst? ôaTiç %aXst-o, -/piJTiavsv àajTbv îù'^.o- 
AOYT;a£v, [ji.ovovoUy(t Ae^wv -pb? tsv à'otxsv oixaîTVjv, w;'"Oz£p au $iwx,£iç 
o>^ è'vxA'/jpia, TCJTO xijfj.;; ï\j.z\ 7,y). svo[j.a y.jpiov. 'E-eiî-/; Bè y.aî ib èx 
Twv Yov£a)v i-t/.Xï;Oàv y.aTa/p-/;7ri/.bv [/.aôstv y.al xouxo çiAsvî'.y.sîç, 
Tocpa-/iç ôvc;aâÇ;;j.ai, TTpxTiwty;^ lï wv, •^pvY]jâ;j.-^v to y.aTO) stpatsu- 
eaôai, àzsÎTuep TaoTCÀoc-ràiv -/piTitavoiv •/jjj.wv sj ïapy.iy.i, àX/vi cjvaTa tw 
0£w y.axà OauXôc ?r;t7i ■jîpb; y.aOx'psjiv tcu àv:r/.£i;jL£vcu. 

Syriaque 280, 1. 5-10; Grec, ibid., 1069, 1. 23-28. Suite de la 
réponse de Tarachus : 

IIpaTT£ 5UV PojA£t* "EffO[xai vip ffot Sii -rbv Iv Èjxîi 0£bv y.Évipov xa't 
lâpayoç, X3tl [^.•r,T£ tou yv^pw; £[Ji.£ y.al x^? irsAia? 6-s;ji;j.vr;jy.î t'^ irpo- 
Ouixia v£â!^ovTa, ^.r^■zt ty;v aAoviav twv «jwv ^aatAf'wv, -axpwsv àTcoxâÀEt 
vc[xov. Eiç Yàp-^ixcov xai àAïjOr;? naxrjp , cBeo;, cç -/.càtlq xb £Îvan:apV)- 

7aY£v. 



Syriaque 280, 1. 13 à 281, 1. 6; Grec, ibid., 1, 34-41, 

is. 

[3] 



Tourments infligés à Tarachus. Sa constance 



6 ■ REVUE DE l'orient CHRÉTIEN 

Kaxa Toy aù^évoç Ixi "KoWcilç Todq wpaiç £tut:t£TO, ou [J-Y;3è ty;v 
6éav jAOVYjv 0'. irapsaTÔ-sç f^Sovavxo xaptepsiv, oib y,ai vouxeôeiv k-Keyj.'.- 
pouv, ïva T^ç {j-(i)poAOYiaç wç aùxoTç èâôxsi [xeTâ6Y;xai, zpbç o'ùç è [xàp-ru; 
y,ai (jçoopa "^e sjçuwç" 'Ev é^-^KOVta oXoiç Irsat ty;v [j-wptav xaÛTYjv 
<5?i)vOtc6v(ji)(; àTAriaoLq, èv wpa [Jii5 to ypovibiç XTY;Oèv, cuToi paSîwç àT:wŒG[;.ai. 

Syr. 281, 1. 9 à 282, 1. 8. Grec, ibid.,.lOm, chap. iv. 
Interrogatoire de Probus. Tourments qui lui sont infligés : 

Elxa y.al c xxô' YjXu.tav Ssùxspoç -Koip-qyji-q tô jâ-^jj-ati, à|Ji.£AYjTl y.a'i 
auv/jY[j,=voç T:avTa s'.tuwv l'va [ji.y; xaî jSpaSùvv; xaGsîv, sçy] ^àp tï;v aèv ôsiav 
y.ai e^atpîxcv TrpcurîYoptav xaXou[ji.ai ^picTiavoç, tyjv àvôpwrriviQv oè, ITpo- 
êoç, 0pa^ £l[J!.v TO Y£Voç, iSiwr^ç tov ^icv, xàç twv ^otaiAlo^v y,ai Taç aàç, w 
SixauTa, xaxà tyj; zliatSeiaq otaTuxûwv Ti[;.iç, 0'!»x vj^W"» Bè xa't ty;v Û[j.£Xc- 
pav çi)a'av, wç âuatwaav 0£OÛ, tuoaXou yàp £TCpia[;.Y;v to £Îvai )(pi(TTtavbç, 
iravTwv Ttov ûirapy^ivTwv oùy. ôXi'ywv cvto)v ywaTa(ppovifi!7aç, Sià ty;v toU 
nv£U[xaTOç âvToXrjV. Kal xauxa elxwv, oia!^a)(7G£t; t£ y.ai £XTa6£iç, v£upo>v 
j3oei(i)v [^.affTtyaç xa6a-£p viçâBaç àOpoiç y.al •KoXXàç £.Sé^£TO, y.ai tw 
ai\).iXTi xaTapSo[ji,£VY;ç t^? y^ÇjXal TÔivKcptsiTTWTwy £xxXr(TTOiJi.£Vwv xai ^owv- 
T(i)v aijTw' p^£X£ TO ©o8£p(i)Ta'iOV TCUTO ^£U[;wc, y.oà if£îaai aauxou, 6 ixâp- 
Tuç àxiSwv xpbç aijToiç* ru;j,vaa-Tixbv £lx£v IXaiov xb at;ji,a toutI XoY(J^ojj.ai* 
âib xal [^.aXXov xpbç tcùç àyâvcz; xX£Ov àXsiçCjaat. 

Toute cette liomélie est donc à éditer parmi les œuvres de 
Sévère. On emploiera un caractère plus petit pour les passages 
ou les mots qui ne figurent pas dans la version syriaque. 

HOMÉLIE LXXIX. 

p. 318 fl52], 1. 8-13. Grec édité, tbid., p, 422 [256]. 

Homélie lxxx. 

p. -332 [1661,1. 6-8, i6««f. 

p. 341 [175], 1. 13 à 342 [176J, 1. 8, ibid. 



14] 



QUELQUES NOUVEAUX TEXTES GRECS DE SÉVÈRE d'ANTIOCHE. 7 
HOMÉLIE LXXXI (1). 

Elle est intitulée : « Sur ce qui est écrit dans l'Évangile de 
Matthieu : Quand les disciples arrivèrent à Capharnaiim, ceux 
qui perçoivent le didrachme s'approchèrent de Pierre et (lui) 
dirent : Votre maître ne donne-t-il pas le didrachme? et le 
reste », Matth. xvii, 21-27. Les fragments grecs retrouvés se 
rapportent tous trois au verset 27 : « Pour ne pas les scanda- 
liser, va à la mer, jette l'hameçon et tire le premier poisson 
qui viendra, ouvre-lui la bouche et tu trouveras un statère. 
Prends-le, et donne- le-leur pour moi et pour toi. » 

p. 363 [197], 1. 7-10 : 

Kat TGV àva6âvTa 7:p(ï)tcv î)^6ùv apcv, ■irapîa-TYjci.v aÙTCv xal GocXâjsr,; 
xaî Twv £v ix\j~ri -/.ai Travtbç (jzziy^tiou SyjjJMCupyov sivai Tov Kûpiov, ù>q uibv 
ïSiGv Toy 0£cij y.ai IlaTÉpcç. 

p. 364 [198], 1. 3 à 7 : 

b yàp l'/J)\jç oZ-cq TJTJCV tr^s.v/e -f,q èx-/.Ay;cj(aç ~f,q tSkoli, tï) xrj^ à-i- 
aiiaç àXti-r; xai 5£',aioai;xov(aç y.at ^aOÉo)? èv ^uOw x£y.aAu;j,jX£Vifjç, y.ai -capa- 
^yjç y.al ^ôCkr^q twv Pia)Tiy.à)V fjSovwv y.o[Ta6î6aT:-i(Tjx£vY);. 'AvayGsiV^ç Se 
Tt5 àYi<.!^7Tp(j) Twv â-CŒTÔXwv, là) Si5a(7'/,aXty.6) xal àXtsuTiy.w /.ai 6y;pûvu 
aÔyw -pbç ty;v tcu ©îoj yvcoaiv xotî i/. ay.ÔTOuç Y;[JLa? xaXéaavTOç sic to 

p. 364(198], 1. 12à367[201],l. 1 : 

Atà TCu-0 yicp tcv àvacâvTa TrpwTOV '.yôijv sl-sv* îva cù [^.£V -o\) ava- 
6âvTa" gy;Xu)(7y; xb î3a6cç t^ç -irXavYjç oôsv àvY)-/6Y;iA£V, cià ce xou -pwxoV 
xb £uy,oXov xy;ç oiSaay.aXtaç y.al azcvcv. 'Q? a[j,a xb "/aXaG-ôvjvat xb Xs^t- 
xbv à'Yxiaxpcv, àxcXGu6£Îv xy;v 6-(^pav ajxô;xaxov, sxi ^ip j;.ujx-^picv t^v 
Kat X'jTcou TïX-^puxri? if; xoU r/Oûcç aypa xal oj Gay[xa [aovov, oùx £l'r:£v' 

(1) Il y a des chaînes qui reproduisent Sévère avec assez peu de fidélité. Nous 
les donnons en note. Voici par exemple un texte édité par Cramer, I, 142, qui 
. ressemble à 358 [192], 1. 6-9 : 

Tivo; £vex£v ol ta SiôpaxiJia XafiSàvovxeç, otOTw |Jièv oùx èT6X(xiri(7av upous/Ôiïv, àX).à 
Tû néxpti), xai o06è TOÛT(p (Aexà TtoXXfîî T?i« (TfoSpÔTTixoç', àW èmeixéaTEpov ; oùSè yàp 
éyxaXoûvTEc, à).X' èpa>TwvT£Ç eXeyo''' « ô ôiSâaxaXoç ùjxwv ou teXei ta ôt'Spaxf.a ; «La 
suite est de S. Jean Chrysostome. 

[5] . 



8' RETUE DE l'orient CHRÉTIENv 

Eûpr^aetç ev tw lyôui ataTvjpa y-aTaTioôévTav^âYj y.ac £tç y^'^'^^P''' '^^P'^^^l^" 
f6évTa, âXX' àvot^aç xb axojxa aùxou, Beixvùç <l)ç tw aTÔ(ji,aTi TcapaxaTsi^^ 
Tov - ffTatTJpa, ôstoc' xe^euast 5iay,ovouiJi.£VOç (1), xàvxa Y^P ^^'^ lovaxâ' 
xat.xà-xfjç âtSaay^Xia^ âûpov èiJiipatvwV oiuep è'fjLeXXov ètcI axâi^axoç çs- 
p£iv> ot xw à^p^roxpco xô Xo^iy-w xwv àTCOaxôXwv àYp£u6T;(j6}ji.îvot. Tbv âè 
(jxax^pa* vo[A£a[xaTOç etâoç voYjxéov, .Yj'XpoaoQvî^ àp^upouv, xb ÛTcèpjaùxoû. 
xéXoç /.at xou Iléxpou xXvjpouV oxt, Se i^ xwv ôeiwv XoYtwv y.al y.pi[ji,axa)V 
BiîauxaXia XP'^'^^^ xaiàpY^pw Tcapsi^wcaxat, âïjXotxàôsôzvsuffxa Ypâ{A[JLaxa. 
x^ [xàv XeY^vxa* Ta y.ptjxaxa xoO Kupiou àXyjôivà, âsSaatwjxeva èici- 
xoauxb, èxtOyjjLYjxà ûzèp -/putriov xoti XtOcv xi'[j't2v woXiJVi 0.^ Se* "Apyupoç 
TcexupwixÉvoç ^fkîùcacK, Sixaiou, xai xà XoYia Kupîou XÔYta ^yvà, àpYÛptov 
7U£Tiupa),a£vov §oxt[;.iov x^ Yyj. 

Tb §£ £tpY);ji.£VOV 'Ex£Tvov Xaêwv obç aùxoïç àvxi àixoi) xat aou, ffY3[j.a(- 
>£t xbv riéxpov £lvai xpwxoxoxov, y.ai xw XiX£i xwv otopi)([/.u)V àxoXoû- 
ôwç ÙTC£ii6uvov. 'Eauxw 3è auv£xa^£V 5 StSatyy.aXoç, xi[j(.(ov wç xopuçaiov 
y.al xpwxoTxâxYjv xà)v [jLaôïjxûv. Abç aùxoi; âvxl èpiou y.ai aou, 8ià xou 
xûxou Powv, xaxaêaXXÉaGo) xb cçXY)[Aaxv3ç à[;-apxbç, àvxt £ixou4>.£v olxovo- 
[jLixôJç, XYJ âè àXYj6£(a' àvtî aoi, y.al 7râïY;ç àvOpiOTCÔx'/jxoç. 



HOMELIE LXXXII. 

Sur Màtth., xvni, 1 : « Les disciples s'approchèrent de Jésus 
en disant : Qui donc est le plus grand dans le royaume des 
cieux », etc. 

Les premiers fragments commentent Matth., xviii, 3, d'abord 
le mot Amen et ensuite l'obligation de se convertir et de 
devenir comme de petits enfants. 

376[210j,l. 12à377[211],L3: 

xb 'A[XYiv £y. xr^ç 'Eôpatwv s'.ç xr;v 'EXXâBa yXwxxav ;j,£xa6aXXô;j.£- 
vov- aYj[/.a(v£i xb y^'^'cito" xcuxo cuv i3oùX£xat. xb àj^-'/jv Xi^***' ûs^-î'^' tix^^^vEi 



(Ij Da^ns Symbolorum in MaUhaeum, interprète Dalt. Corderio. s. j., Toalduse, 
1647, t. II, p. 248, sur Matth. xvii, 27, on trouve un texte qui correspond «à 365 
[199], 1. 4 à 7, mais qui est un remaniement : 

^'ijffîv ô IwTTlp TÔ Il£Tp(p' âvolÇa; tè o-rofia toù t/^ôyoç eôpr;oetî dTax^pa' oùx tlm ôè 
xatanoôfvTa tbv oxaTîJpa ûtto tïjî lyôyoc* ÔEtxvùç w; èv x^ (TTÔixari xacTtï/sv aÙTÔv ô 
I-/6ÙC, iticf xiXtûaei Staxovovfievo;. 

[6r 



QUELQUES NOUVEAUX TEXTES GRECS DE SÉVÈRE d'aNTIOCHE. 9^ 

XÔYOïç TO Yi'vsffQai. 

377 [211], 1. 5-11. Le grec est édité p. 423 [257]. 

378 [212], L 1 à8 : 

To Bè* iiv ,aY; Ttpaj^TS (2), ty;v àpvY;atv y.ai tîAsuv àz5<JTp09Y;v toU 
TCaXaisu y.ai sixraOcuç àvOp;Ô7:ou orjXct, r^q s', tx^ -ciç ■jravisXw; èziXâOstTO, 
xxià Tb 7:at5i3v v^vÉaGai cj SJvaTai, xal y^p "^XOsv à-C7;ji.f;;ai Tbv TraXaibv 
àvcpûvTa, y.aivî'av y;;j.wv à-sSsî^ai ty;v (pûaiv XpKJTS? [j//; ïyo^izxi axi'Xov 
r^ puTica, 7^ Tt Twv TîicJTwv. Au TOUTO HauXc; è'XîYSv' Eï tk; iv Xpwtw 
xaivïj y.Tiïtç, -à àpyjxîoi -ap^XGsv, îccj yivsvî xi TCOcvTa xatva (3). Tcuxo 
CUV TO <7-pa^Y;va'., -o twv àp)ra(o)v y.al ij.279tjP(5v èîrtXaôÉdGai cruvY;Osio)v. 

379 [213], 1. 13 à 381 [215], 1. 2 : 

eux îîzîv* "0; iv (Txpxçf, y.al Y£vr,Tai w; xb zaïc'lcv tsuto, oStoç isTiv 
6 [Asî^wv èv TT^ ^T'.Xîia Twv cùpavwv, àXX' èàv [x/; TTpaçvj-î, où [xy; e'.aéXT 
0-/;-c cU Tv;v ^affiXîiav xwv sjpavwv. T^jlîî; 9r,at ::epî xwv TcpwTîîwv àjxçi- 
a6Y3T£TT£, y.al -:ï;v ■TTpwTr^v.Ta^iv çav-âsîiiOs, 3'^£s£T£ 3è [aiq-w; û[;.îv -oX- 
Xwv lâpwTiov âsî, Tîpbç Tb [^iXtç tf)? eIjsSou jjôvïjç t^ç £!ç -ïiv ^auiXsiav 
Tu/civ. '0 [xèv CUV Ma-cGaîsc (4) £Î7r£V £cpa)rr,y.£vai t2jç ij-aGr^xà;, xb xi'ç 
£Ïy; txîiÇwv* Acuxi; oè 3xi ciîXîyi'Çovxo" Mâpy^; âà bxi àXXrjXct; xpod- 
oicXs'yovxo, /.ai Siâçopa [^iv xà î'.pY;[X£va irap' éy.àaxsu, xi xp-a cà àXrjOvJ, 
xai £'.plJ^w y.ai xa;£i Y£vi[j.£va* zpwxcv [j.£v B'.£X;yi'<î3cvxc, oîûxcpov Se -irpbi; 
àXXr;Xî'j; ola $•}; j'j^r3xojvx£; èXâXirjjav, xpixîv ïtÀ xb èpwx^jai Tupor,- 
-/Oï;7av, xai Exaaxo; xwv auYTP^'î'^H--"'*^''» "^^ £v [xivov xwv ■::ap-^y.:Xou6'/;y.ô- 
xwv îjxopr,ffaç i^Xt,6£uî£v. Où y^P' "'s âXXizw; îtrôiv 'btù^o'j; é'/zi xaxYJY^" 
pi'av, f, xivc; îivai bXw? ivavxtaVjîu^c, âvavxiwji; y^P ^'^•-"■^'^ ^^^'^ "^^ 



(1) Dans lé même ouvrage, p. 250, sur Matth., xviii, 4, on trouve : 

T"o 'AfAïlv Xsyw ûftïv, toûto oripiaîvei 67%, tô ytvfiièiiz^ot Trivrw; ^lyw Oiaïv. Cf. 377 
[2111, L 1 à 2. Cf. Justin, Apol. i, 65. 

(2) Ibid., p. 250 : 

To ôè àv |jufi a-rpaçfîTE' tt^v na-TEXri àpvsaiv xal àTToatpofTiV itpô; Ta TtâOiîxai tôv na- 
Xaiôv âvôpwirov, SriXoï. Cf. 378 [212], 1. 1 à2. 

(3) Il Cor., V, 17. 

(4) Ibid., p. 250 : 

xac ô (iiv MaxÔato; toù; \ut.^r\xii çTjdtv é?a>tr,ff*i tôv XptffTbv Ttç et-ri [leiÇwV ô 5e 
Aooxâ; Eiirev ott Ttpôç àÀXr.Àou; ôteXIyovTO' êv5éx£t«i Se xat àpiçôrepot à),iq6îi eîvaf xaî' 
npÛTov jxèv TTpô; àXXi^Xoy; ôtaXg^ÔTivai" etta xai tôv .Xpiaxiv ènepwtî^<7at- irsçl wv'5tri)i- 
Xeriffav. Cf. 380 [214], 1. 5 à 10. 



10 . REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

TO etTusïv Tw èT£p(j) xapa)v£t(p6£V. 

La fin explique le texte : « Il est nécessaire qu'il y ait des 
scandales » 383 [217], 1. 4 12; grec édité /6/^., p. 423 [257]. 
393, [227], 1. 8 à 394, 1. 10 : 

Et âvâvxYj Ta axâvcaXa èXOsiv, xwç 6 t^ àvà^xY; G'jvhi0où[).zvoq xal 
uxavSaXicwv èo-T;v ÛTuaixioç ^ xb v^p ■/-ar/]vaYy.a(7[j,£vov o-UYYva)[j//)ç à^iov, où 
xaTUYJYopia 67:£Ô6'jvoV èzsiOY) t-/;v àvâY'/.v;v xwv axavBâXwv, ol (jy.av5aA(- 
ÇovT£ç £Y£wpY'';'Jav, xàç a'.xiaç xwv av.avoâXwv T:pcxaxa6aXXô[j.£voi xal 
£iç xouxo ffUV£Xa6£vx£ç, w(T7i£p £1 xiç îaxpoç (1) ôpwv xov y.à[j.vovxa 
voacTcoiaîç atxiaiç àçopixiç B£C(i)x,6xa xai AaSpw 7:up£xw (7uv£'/i[X£vov, 
xat Trpbç çp£ViVr;v ào-6£V£iav â^cxEïXai [j.£XXovxa (p-^a-£t£v' Oùa: xw /,â[j.vovxi 
«Tib ifiÇ çp£Vixi$oç" àviyy.ri -^ip £(7xtv IXOeîv xr,v (pp£vixiv, 7:Xr,v oùat xw 
•/.a[Avcvxi àvGpo'jTuo) ci' oO y; 9p£vixi; è'pyîxau 'Evxauôa y^P ^ù x-/;v àvdtY- 
•/.•^v xoS "/aX£7:ou voc7Y)[xaxo; a'.xiaxéov, àXXà xbv xàç àçopjAaç aux?) 0£C(»)- 
xôxa, xaûxrjç y^P £V£y.a Tf,ç a'txiaç, ïva [i.-^ xt? £i'xY; x^ <pija£t xrj ■^[j.£X£pa, 
auYX£"/-Xrjpà)76ai (3tato)ç xy;v xûv av.avoiXwv oc'^i'^v.r,^ , ohv. £Î7:£v ô Kjpioç' 
O'jai xw Y^V£i xôv àv0pw-(i)v, âXX' oùai xw xôa;ji.(»). Kôajj-ov y^P <ruv'r,6£>; 
x'^ 0£(a Ypaçyi, 'bv èv «[xapxtaiç ^l'ov, xal xoj; jj.îxiôvxaç xouxov à-oxxXîfv, 
Bib xal xoiq [j.aOrjxai; £X£Y£V T[j.£tc eux àaxè èx xoj xôa[;-ou. Koi.i~ci-^s. 
xat ajxoi [jipo? -^aav xwv èv xÔ7;j,w aovxojv àv6pwzo)v, àX).' èttîiBy; ;j/J; £v 
à[/.apxiat^ ï^hi^, c'jx "^cjav èx xcu y.ô^\).c\i. 

HOMÉLIE LXXXIII. 

417 [251], 1. 4. Grec édité ibkl., p. 424 [258]. 

Le présent fascicule présente donc de nombreux sujets 
d'études : l'homélie 78 sur les martyrs est à comparer au 
Métaphraste et les fragments grecs précédents sont à rappro- 
cher du syriaque : les homélies 79, 81, 82 intéressent l'exégèse 
biblique et affirment en particulier quelques fois de plus la 
primauté de saint Pierre, 366, 372-4, 388; l'homélie 83 para- 

(1) Jbid., p. 251, sur Matth., xviii, 7 : 

"fi(T7t£p yàp Éav Ttç laTpb; tôv vodoùvxa ôpà Xaupw i:up£Tw ffy.exôfiEvov, xai (xri tïïvOo- 
[levov aÙTw, OpTiveT èirt toûtm w; àviàx^" oûtw xat 6 Xptaxb; iÀyeï, oy liiévov in\ toï; 
ffxavSaXi'ÇouCTiv, à^à y.ai Toï; a;:jvavaaTpeço(i.£vot; a-JToC; 5ià TÔ àvtaTOv. Cf. 393 [227], 
1 12, etc. 



QUELQUES NOUVEAUX TEXTES GRECS DE SÉVÈRE d'aNTIOCHE. Il 

phrase les mots Gloria in excelsis Deo et montre aussi, une 
fois de plus, que le texte dlsaïe : Ecce virgo concipiet, 
désigne bien une Vierge, 413-418; les théologiens trouveront 
de nombreuses digressions contre les deux natures 328, contre 
Eutychès 329, en faveur des. locutions monophysites relatives 
à l'incarnation 330, 331, 355, 359, 360, 404. à 408, etc., avec 
les recommandations habituelles en faveur de l'aumône 368 à 
370, ou contre le cirque et le théâtre 375, 391. 

Il 

FRAGMENTS GRECS d'hOMÉLIES DONT LA VERSION SYRIAQUE 
VA ÊTRE ÉDITÉE. 

(Homélies 89, 85, 81, 94.) 

Cette fois nous ajouterons une traduction pour aider les 
lecteurs qui ne disposent pas encore de celle de M. l'abbé Brière. 

I. HOMÉLIE LXXXIX. 

Nous avons pu compiler le texte grec de près de la moitié de 
l'homélie LXXXIX sur « l'homme qui allait de Jérusalem à 
Jéricho et qui est tombé entre les mains des voleurs ». 

La première partie est conservée dans le manuscrit grec de 
Paris n° 208, fol. 353'' (A) et dans un manuscrit édité par Mai 
dans Classici auctores, X, 427-430 (M). La seconde partie 
figure sous le nom de saint Cyrille dans Migne, P. G., 
t. LXXII, col. 681-4 (B). Le tout a d'ailleurs été résumé, sans 
nom d'auteur, dans de nombreuses chaînes du Nouveau Testa- 
ment; citons, à Paris, les manuscrits de Coislin 21, fol. 219^, 
22, fol. 203' et 23 édité par J.-A. Cramer, Catenae, t. Il, p. 87 et 
424, Oxford, 1841 (C)et Coislin 201, fol. 292^-293 (D). D'ailleurs 
ces manuscrits ne sont pas identiques. 

Ce texte de Sévère a d'ailleurs eu grand succès : On en 
trouve quelques fragments sans nom d'auteur dans Migne, 
P. G., t. CVI, col. 1196-7; nous en donnerons deux spécimens 
en note. Théophylacte, archevêque d'Achrida en Bulgarie au 
XI® siècle, suit Sévère de très près dans le commentaire de 

L9] 



12 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

cette parabole. Cf; Migne, P.6^., t. GXXIII, col. 848; nous en 
donnerons deux spécimens en note pour montrer que cet! 
anteur se borne à démarquer Sévère. Le commentaire de Théo- 
phylacte a ensuite été découpé dans de nombreuses chaînes, en 
particulier dans celle de Nicétas, évêque de Serres en Macé- 
doine, puis métropolite d'Héraclée en Thrace vers la fin du 
XI*" siècle, et est arrivé par là à la connaissance des Occiden- 
taux. Des fragments de Sévère, véhiculés ainsi par les chaînes 
et par Théophylacte, se trouvent dans la Catena aurea de 
saint Thomas d'Aquin sur Luc, x, au fol. 170 de l'édition de 
Venise, 1543. On les retrouve encore chez Maldonat, Commen- 
tarii in quatuor evangelistas, Lyon, 1613, p. 1031-4, etc. 

Saint Thomas cite Sévère sous le nom Graecus (texte grec). 
On pourra utiliser aussi l'édition suivante : Exposition suivie 
des quatre Évangiles par le docteur angélique saint 
Thomas... appelée à juste titre la Chaîne d'or, éditée par le 
Père J. Nicolaï et traduite en français par l'abbé Em. Castan, 
Paris, 1854, t. V, p. 488-499. L'éditeur du latin a utilisé les 
chaînes grecques, aussi il propose de rendre à Sévère ce qui 
est de Sévère; après lé mot Graec. il ajoute entre parenthèses 
vel Severus Antiochenus in catena graec. Patrum, mais le 
traducteur français a remplacé deux fois Graec. par Grég, et 
S. Grég. de sorte que Sévère d'Antioche devient >Sai/i^ Grégoire. 
Nous donnerons en note quelques textes de saint Thomas 
comme spécimens de sa traduction de Graec. (Sévère) et de 
r/ieo (Théophylacte, qui est encore Sévère un peu remanié) (1). 

Cette homélie prononcée par Sévère à Antioche, en l'année 
516, a pour titre : « Sur la parabole rapportée dans le saint 
Évangile de Luc, dont voici le début : Un homme descendait de 
Jérusalem à Jéricho et tomba parmi des brigands (Luc, x, 25 à 
37) et (il y a un reproche) à l'adresse de ceux qui, comme c'est 
l'habitude au milieu du jeûne, ne donnèrent pas des morceaux 



(1) Nous avons perdu un temps considérable sur les manuscrits grecs dô Paris 
qui contiennent des chaînes sans y trouver ce que nous aurions voulu; comme 
jadis la découverte de la vie grecque de Thaïs et des récits du moine Anastase 
sur les Pères du Sinaï, avec, plue tard, celle de trois homélies de Xestorèus, nous 
a fait feuilleter tous les manuscrits d'Apophlhegmala ou de sermons inédits de 
Paris sans grand 'succès. 

LIOJ 



QUELQUES NOUVEAUX TEXTES GRECS DE SÉVÈRE d'aNTIOCHE. 13 

de étoile pour soigner ceux qui sont tourmentés par les ulcères 
de la lèpre ou par quelque autre affection. » 

Sévère introduit son sujet en rappelant qu'un docteur de la 
loi avait demandé : Qui faut-il regarder comme le prochain? 
et commente ensuite la parabole au point de vue littéral, 
étymologique et surtout allégorique. Voici les parties retrouvées 
en grec : 

« KaT£6a'.vé -iç », àXÀi « à'v0p(i)-3^ (2) ti; »' Ilîpi y^P ^âffTj; b AÔys? 
x%^ àv9pii)zÔTY)T0<; (3), r^zi; âù Tf,^ tcu 'ASifjL Ttapaêâaiuç, à-b -f^^ 6'|ï;* 
Xrjç x,ai ixÊxstôpsu y.aî àjTaaiàaTOy y.at àzaôouç xjcLôeut? tou TcapaSeiaou 
StatpiS^;, 'IepouaaAY)[x cjy.aCpw; cvo[ji.aa9£by;;, ÔTCîp £',py5vif;v ar^fAotivei 
©îEOu, :rpc? TYjv lîpr/oj TTjV xsiXrjv y.ai yQa[xaXY]v, xal tw xayîxaxi zvtyy;- 
pàv, xaxtoAwÔY;(7£. 

Ayjaoî Se Tïjv ï\),^zaL^f^ tcù'Ss xoy xô(7[ji3t> sWyjv (4), -/wptlTouaav ©soy (5), 
y.aî xâto) xaTaY^'JT^tv, y.al ty; çÀoy'' 'wv a'.TyîaTojv if;$avwv, ■::vïyo; (6) 
ifji.'JCGisuffav y.al àzoxvatsuaav* zps^ r,v a-a^ -apaTpa-eio"»; xai xaÔsXy.o- 
[/■évr,, xai xpbç xb xatavxs; xa'. zpavè? çepoixsvijjXaôirsp (7) £çr,v:T^ àv- 
ôpwzÔTiQxr Xr,aT(ov cta Se aûjxr^fxa xb xwv «YP'.wv 3ai[X3vu)v axtçoç£7:£0£xo, 
xaî xwv Tïji; àp'sxïj; '.[xaxi«.>v £;£$ujcv (8)' ojx àvîpîtaç, où awfpojtivy;?, 
oj (ppovT^TEw; ï'/vo^' ojcs xt xwv -/apaxxr^pt^bvxwv xr;v ôai'av etxôva xaxaXi- 
■TTÔvxe; ajxïj* xai ojxu) xaïç cjuvîyéai xoiv ■jcstxiXwv âjjLapxYJiAâxwv ^Xr^Y*^'?» 

(1) M om. T^. D add. — Les sigles sont expliqués dans l'introduction. 

(2) àX).' âvOpwTTo; A. 

(3) C commence ici après une ligne d'introduction. Il abrège souvent. 

(4) Voici un spécimen du commentaire de Théophylacte, Migne, P. G., 
t. CXXIII, col. 848. 

Karéosive y*P ^ àvôpUTiîvr, î>û(ii; àitb 'IspoucraÀTifx, To-jxéffTi tt;; àota(Tii<7Tou y.ai 
elpïjvaîa; ôiaYwy^c. 'Opaot; yàp cèpi^vTi; âp|ir]Vcj£Tai ^ 'lepo-j<7a)r,v. Iloy Se xaxéSsivev ; 
Eîç TT^v 'lepi^w, tT)v xoi),T)v xai -/6a[jiaX9iv y.al tw xa-j(j.axt itviYiipàv, TouTéatt, triv èfXTCûi- 
6t^ Çwt^v. 

(5) C omet jusqu'à : XrjaTàc Se Xéy-' "^ô twv àyptwv Satixôvwv d-juTriiia. 

(6) TTVTÎYO; A. 

(7) A fol. 354. 

(8) Sévère a été utilisé pour les scholies de P. G., t. CVI, col. 1196-7. En voici 
un exemple : 

Tb « 'AvôpwTto; xaTsêaivev àitô 'l£pou<7a),Yi[A et; 'lepf/w »» ôi'ïô T^iî èv napaSeiaci) Cnj/rj- . 
Xtï; xaî eîprjvtxfiî ôiaYtoy*!; toûto yà? elpT,viriv (ïïi|iatvci. IIpô; 8è tt^v 'Uptj(w ttiv xoO.ïiv 
xal x9«[J''2'XTiv xal xa-JixaTwSri xai TtvtYïlpàv xaTwXîffÔviffsv, fjouv Tr^v gpLTraOri îwi?iv' Xy)- 
(Ttà; Se XsYïi twv Saïaôvœv là a-jaxt\^ct, rj -rà itâQvi, ariva twv à|i?îa(TjAd7(i)v ty;; àpSTviî 
âxSûffavteî aùxov, t« tïjî àiiaptia; Tpau[j.aTa èitéôïixav. 

mi . 



14 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

xaTsa^a^av y.ai otVcîXsv (1) ôévieç f,[JM6avï5* xayjv (2) toîç âatixoai, tsîç 

VOTfJTOÏÇ TvYjaTaïÇ, OJX £(JTIV £'J)(£peta TOU TcXlQTTeiV, tl [AY) TCp'DXa5ÔVTeç Ù7U0.-I 

auXïjasuffi (3) xà toïv àpsxwv -îiepiScXaia' xat (4) \).ei:x touto,. TcXi^TTOuaiv 
àopeiSwç, y.al iJ-é'/pt BavâroW où yàp '.[xaxtwv èpwjiv, àXXà xfjç if;[X£X£pa^ 
àTrwXElaç x£ vlolI <jfixyf;q' §.ià xo3xo ja^wç (5) eItcev à Kûpiaç, oxi IÇéSu- 

KsijJLÉVYjv xoivuv xat t|^'j;(oppaYOjaav xy;v àvOpwzôxYjxa vô[xoç ètteTSev ô 
ctà M(i)ua£(i)<; (6) ooÔeiç, xouxov ^àp o X£ lEpeùç xai ô X£uÎxy;ç i>7UO(7Y;iJ,at- 
vcuut* xf)^ Y'^P XeuïT^iv^'î/Ç UpwaûvYjç, ô vÔ[jloç £ÎaY3YT'î'f"'î?* ^aX' IxeîBe [aIv, 
r;xôvy;a£ §£, xal Trpbç xsXetav 0£pa7r£tav O'jx Y^pxr^asv, ouxe xsiixévYjv àv£- 
(jxy;(J£* xal àxovr^tjaç àvaYX,aia); Û7iEywpY;(T£v àirpaxxo) tcoS(' 9uaixt y^P ^<'''' 
xpoaçopal Si' aùxou icpoffEçÉpovxo, xaOi IlaOXoç çrjuiv, où âuvdcixEvat xaxà 
(7'jv£{5ï5aiv (7) TeXeuoGxi xoùç Xaxpsûovxaç, £;r£t xai àSûvaxov v^v etç xb 
xavx£Xèç atjxa xaùpwv xat xpâ^wv àifatpEîv â[xapxiaç' xoûxou ^(âpiv oùx 

£17C£V ô KûptOÇ W; 5 UpEÙç Y.(xl Ô XeuÎxy;; tS(i)V xbv T^iJAtOv^Xa Xaî X£t[JI.£VOV, 

xapïjXôev, àXX' àvxixap^Xôev* où xapwBEuaE (5Y;ffi xaxaX£(t];a<; àôÉaxov, 
àXX' £(r:Y] xai àôîiaaxo, v.a\ OEpaxîuaai âi£Vor,GY3 xal £<pY)i{;axo' xpbç Bè 
xy;v ÔEpaïuîtav àouvax-r^Taç, xai x^ xwv xXy;yô5v r^xoi xa6wv £xiy.pax£ia 
vty.r;0£iç, £Îç xcùxtao) xaXiv à-£5pa[ji.£" xouxo yi^P ''^ àvxixap^XOfi 
SyjXcî (8)' Sa[ji.ap£ÎXY)V âè âauxbv èxi xou xapôvxoç, £x(xïîS£ç Èx^Xecev 
b Xpiaxo;' ixEiSrj y^P "^poç xbv vojJMxbv -^v ô XÔyoç aùxw, xbv èxî 
xw v6[jL(|) [A^Ya xo[j.xâ^ovxa, xapaaxyjtjai otà xwv Xeyci^évwv iaxoûSaaEV, 
(i)ç oÙ5( tepeùç, oùy 6 AeuJxyjç, oùy àxXwç eIxeîv ol xaxà xàç èvxoXàç 
Mo)U(7£u)ç (9) c'.ô[A£voi xoXtxEUsaOai, àXX' aùxbç xb j3ouXr;[ji,a xou v6(xou 
xXYjpwawv "^XOeV EpYCtÇ "^^ aùxoîç £xiO£Î;wv xtç xè ô xXir;atov, xai xi xb 
àYaxïjffai xouxov wç iauxbv, ov ù6pîCovx£ç eXeyov ol 'loucaîoi* ISap-apEi- 
XTjç eI cù y.ai oaijxovbv s'/Etç ov w; xaxaXjovxa xbv v6[j.ov, i^xiwvxo au)^vo- 

X£pOV (10). 



(1) AD add. <r-/£5év. C : ànrjXôov ÔévTe; Yi|xi6av>i. 

(2) Kal Ydcp C. 

Ci) ŒuXriffwdi C : àTTOT'jX. A. 

(4) 59£v C. 

(5) Le traducteur syrien a lu <7oçw;. 

(6) Mwfféw; A. 

(7) foL 293" D. 

(8) C ajoute èvSeîxvuxat avant ôrjXoï. 

(9) Moxrlw; A. 

(10) Nos fragments omettent ici les détails donnés par Sévère sur l'origine des 
Samaritains, IV Rois, xvii, 24-28. 

[12^ 



QUELQUES NOUVEAUX TEXTES GRECS DE SÉVÈRE D'aNTIOCHE. 15 

'O SajxapeiTY;; toivuv scs'Jwv, oç "^v 5 XptjTÔç, zlie xbv x$i[jlîvov (1) xal 
vàp wSsuffEV àXr,6à)?, oJ zapwSeujev' ajxb touto TCpôçaaiv ô5ou TCOiY;aâ[i.£- 
vcç To if;îx5l; è-iay.£'J/acrOai" Si' ouç y.ai v^aT^XÔsv è-î -^; vfj-, Ttap' olç (2) 
y.al xatéXuffcV cù y^P w?6y; [xâvov, àXXà xai auvavsaTpctçY; TOtç àv6pw- 
ircic, y.axà àXr,9£iav, xa». xwpî? Tpo-rjç y.al favTaaiaç Y'^'^jji.svo? avOpw- 
::cç' TouTO y^P (3) '.aTpwv (4) Y^i'i'yîwv y.al çiXoaxôpYwv, xb uuvavs- 
atpéçsiTÔat Tof? âp^waTOijai, xa'i [xr; àçtaTaaÔanupiv âv ÛYtaivwatv* oOsv y.ai 
cîvov -zolç sAy-saiv èzavTXwv, -bv âiSajy.aXixbv Xiyov /.ai ètrtjTÛçovTa* Kat 
Yap £-i-iff£v -^[xa; oivov xaTavû^swç wç ô tj^aXXwv xpo^i^Tr;^ (5) çrjî'v, 
£7:£i-ep O'j-/ otot T£ ^[X£v axpaTOv aùtbv £V£YX£tv' où Y^tp ûttIjji.cVs xtjv 
û::£p6âXXouîav orû'iiv ts twv Tpauixâxwv 5(aX£T:bv xal àvuTOv, èXaCw toïÏ- 
Tcv kY.épa7t' Sià touto xai à[i.apT(«)Xofç xai xeXwvaiç (JuvavaxXiv£To (6). 

"AXXwç Se (7), £r£t5r;, xa-rà xb y^YP^I^'!^-''^''' "Avôpwxoç èv Tt[A^ wv 
où (juvyJxev, âXXà xapaauvaéXYJOr) xoîç y.Ti^,v£!7t tcî^ àvoiQTOt? xal a)[ji.ota)6r] 
ajTOfç, xai Traaav [xèv £7:i6u(xi'av t3oi7><.''3H^a':a)$Yj xal àxôXaj-ov xa-uE^pw- 
(7-:r,a£V àzap*/^ y^"'V-^-Ç "^ûu yé^o^q f,[AÔ>v ôXptaxbç, 5 [XTjelâwç âixapxtav, 
£V Éauxw Tjpwxov £2£t;£ xoÛTtov xwv xxr;va)2à)v ■::aOwv ÛTC£pava6avxaç 
•/;;a.aç' aùxb; y^P "^? à3-Ô£V£iag i?;;j.wv £Xao£, xai xàç vôaou? iôâjxàas. 
Aià xojxo £Îz£V, bxi (8) xbv xu-/ôvxa xyJç ôcpaxEiaç (9) l-i xb t'èiov 
ÛTTOsÛY^îv âv£êt6aT£V £v êa'JTco v^P i^il^-^; £9£p£V (10), bxi £ff[j.£v [xsXr; 
xou awjxaxoç aùxoj. 

'AXXà [ji.r;v xat £tç 7:avSo5(£ïov a-i^Y'^'Y-' '3'vBo-/£ïov Sa xy;v 'Exy.Xr;(Ttav 
xaX£î, xy;v Tzâvxcov Y^vo(jLévr,v Sîxxixyjv xai x^piQft^'Qv (H). 0'JX£xi y*? 
xaxà xb ffxsvbv -f,q vojjlixyJç axiaç xai xf,q h xû-oi; Xaxpsiac àxoj(70[j.£V' 
ojx £'.cr£X£'J5£xai ' A\).i).Tnrr,q (l'2) xal M(i)a6ix-/;; £t^ âxxXYjtjtav Beoû (13) 

(1) A fol. 354^. 

(2) Si' o-j; C. 

(3) C add. tSiov. 

(4) AM add. xal (C om.). 

(5) A om. TipoçïiTïi;. C om. plusieurs lignes. 

(6) AM sarrètent ici. B commence après une lacune de deux lignes. C a une 
lacune plus longue. 

(7) Figure sous le nom de Cyrille dans le manuscrit Coislin iiOl, fol. 292' (D). 

(8) wç D. 

(9) C reprend ici. 

(10) çÉpei C. 

(11) Théophylacte écrit, Migne, P. G., t. CXXIII, col. 849 : 

itavSoxeîov 8è t) 'Exx),r)<jîa tj nivxa. ÛTroSexop^^'^^' ô (ièv yàp vôjxo; oO Travrac èSéj^eto. — 
Dans les scholies de P, G., t. CVI, col. 1197, on lit : IlavSoxeîov Se t-^v 'ExxXTjaCav 

(12) 'A(1(iwvi'tyi; C. 

(13) Kvpiou C. 

[131 



16 («EVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

àXXà (!)■ ricpîuôsvTÇç [jsaÔYjtsuaaTE -TwévTa m sôvr^, y.aVtà éçvjç (2). KaV 
Ev TtavilsOvei. 5 -ço6o-u[xsvQç Tov Ktiptov (3) xai'èpYaÇôtAsvoç Sty.atsa6vYjv 
âexxbç aÙTw èffTi. KalàxayaY'^'^» [t-Bi^o^aq ÏT:i\).sXiiixq r^^iiùuz. Km yàp 
t^ç Exy.Xïi'Jiaç auXAçY£W'»lç èx. xwv tyj icoXuôda v£V£^pa)|j|.svwv sôvwV 
aùtbç -^v .6 .Xp.tjTpç èv ûcÙty), y.atà .xb YSYpaîXfjisvov, olxtov xai. è|/.TC£pt- 
Tiatûv, xai iraaav TCVîujJwtrixïjv 3tj>poij|X£Voç ^(apiv. ^O0£v xai xw Tîps- 
effTWxrTOu icavSo^îiou (vov^ÔEtr^. 3' àv"OUTOç TÛTCOvèTCé^Etv xwv 'AxocxiÀwv 
xaî xwv . ■[ji.et' aùxoùç xctjiévwv xai StSaaxâXwv) (^4):£lç ojpavoùç àviwv 
IBwxE '"Siio âïjvapia, xpivoEÎv £irt[J.£Xîi)ç xou i^^pwaxijxâxoç. Kat rpoc- 
ôeIç, (bç* Eiv XI rpoaSaxavK^ar^ç, è^w £v xû £xav£py_£ŒÔa( [X£ àTroSwao) 

Aûo S-/)vapta, xà; âûo AtaO.i^xa; çYjat 'xaXatav xal:xaiVY;v (5), xt^v:t£ 
(^là xoy v6[jL0u Moilialox; xal xwv Trpoîor^xwv, X7]v x£ Bià xwv EùayYsXtwv 
âoO£iaav xai xwv àTCoax&Xixwv oiaxâ^£wv' xal àfx^îxëpxç èvbç ouaa; 0£ou, 
xai l^'av £tx6va xoD avw xal évbç ^^t^^^sw? çepoôaaç, wç xà 3Y)vapta, xa\ 
xbv aùxbv ,a£v ^xiikiy.ov (6) yapaxxY;pa xatç xapSiai; •f,|j.t5v oià xwv i£pwv 
Àoyicav £vcr9paYiÇo[X£vaç xai Ivxu-oûcaç (7), è-Etxtp xal Iv aùxàç xai-xb 
aùxb nv£tj[xa ÀEXâXïjxsv. 

'Epp£xa) yàp Mâvïjç xal r^po aàxoîj Mapxîwv ol âÔEwxaxoi, âiaspôpoiç 
ÔEstç xa;ixaç [X£puovx£ç* svbç Y«p ^aatXswç £jxl xi âtio o-/)vâpta:xalxaxà 
xaùxbv xal 6[aoxi[ji.(«)ç SoOî'vxa xw xpOEJXwxi xoj zavBoxeiou icapà Xpt- 
axoD* (8) a Sy; xal Xa8ivx£ç ot xwv aYtwxaxwv £XxXir)Œtwv t:gi[X£V4Ç xal 
[j!.£xà xôvwv xal lopwxwv xaïç èi^ajxaXtaiç 7îXaxûvavx£ç, xal oixoôsv xpo^- 
BaxavriaavXi^, xal 8ià x^ç caxavYjq (xàXXov aù^r,aavx£ç (xoiouxov yiip 
67îâp5(£i(9) xb voïjxbv àpYÛpiovi^ wv Saxavàxat, [jir}) jJL£ioûtJ.£vov:àXX' aù^o- 
[Xsvov, OTC£p b zf,q BiSaffxaXiaç Xoysç èaxiv), èxavspy^ojjLÉvw xw AêœzÔxy;, 
xaxà XY)V xîXsuxaiav f^ixépaVjàpoiiaiv £xajxo;' Kûpu, 2ûo 5ï;vâpia Séâwxaç 
}AOi' lâo'j TcpoaBaTcav^aaç oI'xsOev, £X£pa Sic X£X£pSY;xa, 2i' wvxb xoijxvigv 
Y3u^Y;aa. Kal àzoxpiOElç kpzV Eu SsUXe ^YaOè xal nuxè, âxl ôXi'Ya i^ç 
xidxbç, £xl zoXXwv a£ xaxaîxr^ao)' £Ïa£XÔ£ £lç xt;v y^oipk^ xoU Kupi'ou aou' 



(1) C add. toOto àxoii(TO|j.£v. 

(2) Sic C. B om. xai rà é?ïi;, mais cette suite figure dans le syriaque. 

(3) aÙTÔv C. 

(4) fol. 293 D. 

(5) BD om. n. xat x. (C add.), 

(6) B om. pao-. (C add.). — (7) èvrunoytiéva; C. Puis lacune dans C. 
(8) C reprend ici. 

(9) om. B (add. C). 

[14] 



QUELQUES NOUVEAUX TEXTES GRECS DE SÉVÈRE d'ANTIOCHE. 17 

{Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho) (1). (Le Christ) s'est servi 
à propos de la dénomination du genre (humain) et il n'a pas dit « Quel- 
qxi'un descendait ï,mais « Un homme descendait », car le passage concerne 
toute l'humanité. Celle-ci, par suite de la prévarication d'Adam, (partie) 
■du séjour haut, élevé, calme; sans souffrance et merveilleux du Paradis 
nommé (à bon droit) Jérusalem — nom qui signifie la paix de Dieu — est 
•descendue à Jéricho, (pays) creux et bas où la chaleur est étouffante. 

Il a en vue (ici) la vie fiévreuse de ce monde qui sépare de Dieu, qui 
entraine en bas et qui produit une chaleur étouffante (2) et épuisante par 
la flamme des plaisirs les plus honteux. Une fois que l'humanité, comme 
je l'ai dit, a été détournée du bon chemin vers cette (vie), qu'elle a été 
traînée de haut en bas et emportée sur la pente et l'inclinaison, alors la 
troupe des démons sauvages vient l'attaquer à la manière d'une bande de 
brigands, la dépouille des vêtements de la perfection, ne lui laisse aucune 
trace de la force d'âme, ni de la pureté, ni de la justice, ni de la pru- 
dence, ni de rien de ce qui caractérise la divine image; ils la frappent 
ainsi par les coups continuels des divers péchés, ils l'abattent et la 
laissent à moitié morte. 

Cependant les démons — ces brigands intellectuels — n'ont pas (toute) 
facilité pour frapper s'ils ne commencent par arractier les vêtements des 
vertus; après cela ils frappent sans ménagement et jusqu'à la mort, car 
ce ne sont pas (nos) vêtements qu'ils cherchent, mais c'est notre propre 
perte et notre mort. C'est pourquoi le Seigneur a dit clairement qu'ils le 
dépouillèrent i d'abord) et ensuite qu'ils le frappèrent (3). 

La loi donnée par Moïse a regardé l'humanité gisante et agonisante — 
en effet le prêtre et le Lévite symbolisent la Loi, puisque c'est elle qui a 
introduit le sacerdoce lévitique. — iMais si elle l'a regardée elle a d'autre 
part manqué de force, elle n'a pas conduit l'humanité à une guérison 
complète, elle n'a pas relevé celle qui gisait; comme elle manquait 
d'énergie elle a dû nécessairement s'éloigner après une vaine démarche. 
Car (la Loi) offrait des sacrifices et des offrandes, comme Paul l'a dit, 
qui ne pouvaient rendre parfaits, sous le rapport de la eonscienee, ceux qui 
pratiquaient ce culte (4), parce que le sang des taureaux et des boucs était 
absolument impuissant à enlever les péchés (5). 

A cause de cela, le Seigneur n'a pas dit que le prêtre — comme (plus 
tard) le Lévite — voyant celui qui était à moitié mort et qui gisait 
« le dépassa » mais qu'il « alla du côté opposé ». Il ne le dépassa pas, dit-il, 

(1) Luc. X, 30. Voici la traduction de saint Thomas, Cale?ia aurea, édition de 
Venise, fol. 170, éd. Castan, V, p. 489. Graecus. Bene est generis appellatio; non 
enim ait : Descendit quidam, sed hoiiio quidam, nam sermo fit de tota huma- 
nitate. — Traduire peut-être •■ la dénomination ^-c'rtera/c ». 

(2) Trois parties qui' correspondent aux trois épithétes données à Jéricho. 

(3) Luc, X, 30. 

(4) Hébr., ix, 9. 

(5) Hébr., x, 4. 

■ [15] 

ORIENT CHRÉTIEN. 2 



18 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

(comme) s'il le laissait sans le regarder; mais il s'arrêta et regarda, et il 
projeta de le guérir et il le toucha, mais, incapable d'arriver à la guérison 
et effrayé de la gravité des blessures — c'est-à-dire des passions — il 
se retira en arrière. C'est là ce qu'indique le mot àvTi;:apriX6e (1) : 

Le Christ se donne à lui-même à dessein ici le nom de Samaritain,, 
car puisqu'il s'adressait à un docteur de la Loi qui faisait le beau 
parleur au sujet de la Loi, il s'appliquait à montrer par ses paroles que 
ce ne fut ni le prêtre, ni le Lévite, ni, pour le dire en un mot, aucun 
de ceux qui étaient censés se conduire d'après la loi de Moïse, mais que 
ce fut lui-même qui vint, accomplissant le dessein de la Loi (2) et mon- 
trant par les œuvres elles-mêmes qui est le prochain et qu'est-ce que l'aimer 
comme soi même (3), lui ',dont les Juifs avaient dit, pour l'outrager : Tu es 
nn Samaritain et tu as un démon (4); lui qu'ils accusaient fréquemment 
de détruire la Loi (5). Le Samaritain voyageur qui était le Christ — car il 
voyageait vraiment — vit celui qui gisait; il ne passa pas outre, car le but 
propre qu'il avait donné à son voyage était de nous visiter (6), (nous) pour 
qui il est descendu sur la terre (7) et près de qui il a logé, car il n'est pas 
seulement apparu, mais il a conversé avec les hommes en vérité, devenu 
homme sans c'iangement ni vaine apparence. C'est en effet le propre des 
médecins véritables et charitables de converser avec les malades et de ne 
pas les quitter avant qu'ils soient en bonne santé. C'est pourquoi il versait 
sur les blessures le vin (qui est) le discours (plein) d'in.struction et de remon- 
trance ; car // nous a abreuvés du vin de la componction, selon la parole 
du prophète psalmiste (8). Comme nous n'étions pas capables de le sup- 
porter sans mélange — car les blessures graves et dangereuses n'endurent 
pas l'excessive force astringente (du vin pur) — il Ta mélangé avec de 
l'huile. C'est pour cela qu'il s'est mis à table avec les pécheurs et les publi- 
cains (9), (et qu'il disait : Je veux la miséricorde et non les sacrifices) (10). 

(1) Voici comment saint Thomas traduit [loc. cil.) le remaniement de Sévère 
fait par Théophylacte : Théo. Miserti ini|uam illiusfuerecum cogitaverunt, post- 
modum vero tenacitate devicti abierunt retrorsum, hoc enim désignât quod 
dicit praeteriit. * 

(2) Voici la traduction de saint Thomas (loc. cil.) : 

Graec. Vocat autem hic Christus se Samaritanum opportune; cum enim allo- 
queret legisperitum superbientem in lege, vohiit e.xprimere quod nec sacerdos 
nec levita et qui conversabantur in lege legis propositum implebant, sed ipse 
venit consummaturus legis propositum. 

(3) Cf. Luc, X, 29, 27. 

(4) Jean, vui, 48. 

(5) Cf. Matth., V, 17. 

(6) Cf. Luc, 1, 68, 78. 

(7) Voici la traduction de saint Tliomas, loc. cit., éd. Castan, p. 494. 
Graecus. Vel secus viam venit, fuit enim vere viatoa* non deviator gratia 

nostri descende ns ad terram. 

(8) Ps. Lix, 5. 

(9) Cf. Matth., IX, IL 

(10) Matth., IX, 13; xii, 7. 

. [16] 



QUELQUES NOUVEAUX TEXTES GRECS DE SÉVÈRE d'aNTIOCHE. 19 

(Celui qui avait été l'objet d'une telle sollicitude, il le chargea encore 
sur une béte de somme), parce que, selon ce qui est écrit : L'homme, lors- 
qu'il était en honneur, ne l'a pas compris; il a été compui'é aux animaux 
sans raison et leur est devenu semblable (1) et il a commencé à souffrir de 
toute convoitise bestiale et dissolue ; le Christ, devenu les prémices de 
notre race, nous a montrés, en lui d'abord, vainqueurs de ces cupidités 
bestiales, car lui-même a pris nos souffrances et a supporté nos mala- 
dies (2) ; c'est pourquoi il a dit qu'il a fait monter sur sa propre mon- 
ture (3) celui qui devait être guéri ; car il nous portait en lui-même, 
puisque nous sommes les membres de son corps (4;. 

Mais il l'a conduit à l'hôtellerie (5). Il donne ce nom d'hôtellerie à 
l'Église, devenue le réceptacle et le lieu d'habitation de tous. Nous n'en- 
tendons pas dire en effet, au sens restreint de l'ombre légale et du culte 
en figure : L'Ammonite et le Moahite n'entreront pas dans l'Église de 
Dieu (6), mais bien : Aile:., «mseigne: toutes les nations (7), et encore : Dans 
tout peuple, celui qui craint le Seigneur et qui opère la justice lui est 
acceptable (8). 11 a emmené le malade et l'a gratifié encore d'une plus 
grande sollicitude, car lorsque l'Église a été formée à l'aide des peuples 
morts au polythéisme, le Christ lui-même était en elle, selon ce qui est 
écrit: Habitant et demeurant (9) et distribuant toute grâce spirituelle. Aussi, 
au chef de l'hôtellerie — et celui-ci sera censé être la figure des Apôtres, 
comme des pasteurs et des docteurs qui leur ont succédé — en montant 
au ciel il a donné deux deniers pour prendre grand soin du malade, en 
ajoutant : 5i lu fais des dépenses en plus je te les rendrai quand Je revien- 
drai (10). 

Par les deux deniers, il entend les deux Testaments, l'Ancien et le 
Nouveau, celui de la loi de Moïse et des prophètes, et celui qui a été donné 
par les Évangiles et par les Constitutions Apostoliques. Tous les deux 
sont du seul Dieu et portent la seule image de l'unique Dieu d'en haut, 

(I) Ps. .\LVIU, 13. 

(•2) Isaïe, LUI, 4. 

(3) Cf. Luc, X, 34. 

(4) Eph., V, 30. 

(5) Luc, X, 34. Le mot grec signifie littéralement : « qui reçoit tout ». 

(6) Deut., xxin, 3. 

(7) Matth., xxvni, 19. 

(8) Actes, X, 35. Voici comment saint Thomas traduit le remaniement de 
Sévère fait par Theophylacte, toc. cit., éd. Castan, p. 496 .• 

Théo. Vel imposuil in suum jumentum, id est : in corpus suum, membra 
namque sua nos fecit, et participes corporis ejus. Et lex quidem non omnes sus- 
cipiebat; Moabitae, inquit, et Ammonitae non intrabunt in Ecclesiam Dei, nunc 
vero in omni gente qui timet doniinum, ab eo suscipitur volens credere et pars 
Ecclcsiae fieri. Propter hoc dicil quod du.xit eum in stabulum. Cf. P. G.^ 
t. CXXIII, col. 849 D. 

(9) Cf. II Cor., VI, 16. 

(10) Luc, X, 35. 

Ll7i 



20 REVUE DE t'ORIENT CHRÉTIEN. 

comme les deniers, et ils impriment et gra^rent dans nos cœurs le même 
caractère royal par le moyen des saintes paroles, puisque c'est un seul 
et même esprit qui les a prononcés. 

Qae Manès s'enfuie, ainsi que (son) prédécesseur Marcion (hommes) 
très irréligieux, qui ont attribué (les deux Testaments) à des dieux diffé- 
rents. Ce sont les deux deniers d'un seul roi, donnés en même temps et 
également par le Christ au chef de l'hôtellerie. Et après que les pasteurs 
des saintes églises ont reçu (ces deux deniers) les ont augmentés au prix 
■de travaux et de sueurs par (leurs) instructions, après qu'ils les ont 
dépensés aussi pour leur compte, qu'ils les ont augmentés surtout par la 
dépense (car l'argent spirituel, lorsqu'on le dépense, est tel qu'il ne 
diminue pas mais augmente, lui qui est la parole de la doctrine), chacun 
■d'eux dica., au dernier jour, au maître qui reviendra : Seigneur, tu m'as 
donné deux deniers, voilà qu'en les dépensant à mon compte, j'en ai gagné 
deux autres par lesquels j'ai augmenté le ^oupeau. Et le Seigneur) 
répondant dira : « C'est bien, serviteur bon et fidèle, je te préposerai à beau- 
coup; entre dans la félicité de ton Seigneur (1). 

La partie exégétique de rhomélie se termine ici. Sévère se 
plaint de ce qu'on a demandé inutilement des draps pour les 
lépreux et les malades. C'est tout au plus, dit-il, si deux ou trois 
braves femmes ont donné quelques vieux habits. Ces plaintes 
ne sont pas encore retrouvées en grec, mais leur version syriaque 
suffit à nous montrer qu'il y avait alors des lépreux à Antioche, 
et surtout que les habitants d' Antioche, si assidus aux courses 
de chevaux et aux théâtres, ne s'appliquaient guère aux bonnes 
■œuvres que leur évêque leur suggérait. 

II. — HOMÉLIE LXXXV. 

Cette homélie est consacrée au baptême de Notre-Seigneur 
dans le Jourdain. Elle suit Thomélie consacrée à saint Basile 
et saint Grégoire que l'on fêtait au 1" janvier (2). Il s'agit 
donc de la fête de l'Epiphanie du janvier, nommée chez 
les Grecs kopx-q twv çwtwv. Le titre syriaque est donc : Sur les 
lumières. Sévère rappelle le passage du livre des Rois (3) où 
il est dit que le séjour de Jériclio était bon, mais que ses eaux 
étaient mauvaises, Elisée dit : Prenez-moi donc un plat 

(1) Matth., XXV, 22-23. 

(2) Cf. P. 0., YIII, p. 321. 

(3) IV Rois, II, 19-21. 

L18J 



QUELQUES NOUVEAUX TEXTES GRECS DE SÉVÈRE D'aNTIOCIIE. 21 

neuf et mettez -y du sel. Ils le prirent et Elisée sortit vers la 
source des eaux, y jeta du sel et dit : Ainsi dit le Seigneur : 
J'assainis ces eaux, et dorénavant il n'y aura plus ni mou- 
rant ni femme stérile à cause délies. 

Sévère commente ce passage en rapprochant les propriétés 
des eaux baptismales de celles des eaux de Jéricho qui avaient 
été ainsi assainies par Elisée. Les fragments grecs correspon-, 
dants sont conservés dans le manuscrit Coislin n° 8, fol. 119" 
et 120, comme commentaire au passage du livre des Rois. 

Ta TCapaToîJ ©soîi Y^vôfAsva x.aXà xai xaXà XiaV Ttco oè tcu Oavaxcu xa-a- 
îuva(jT£U0y.cVY3 cv IxAujcv Tt x'J.xp-ix, 7,od 7:)vYj[J.[xupeîv eTrcÎYjjsv •/) tou ûypou 
^•ou otot^'JTiç* OIE oè r,'/J)vj X.piz'bq, r, i)OpiT/.r, i, v.xar, (1), o ix nvsûfJLa:- 
Tcç âyioi) /,xi iy.zf,q àypâvTCU itapôevou -:b y.aivbv (2) <j(o;j.a )va8ô)V xat ty;^ 
•TraXaia; à;j.apTixç àvÉzascv k')^îv àv iajTÔi -o'j: xKxq, — Èv x\jtîô vàp r,zT/ 
TavTs^ 0'. fir,GX'jpz\ -f,ç jcî-îaç àriy.pj^si, xxOi y.ai n^tuAs; ç"^7i — cl 
y.xl Tot? joajiv £ij.;j.r/Oî'vT£^ ctà tt;; ajTOU xaTacâ^îd).;, izajffats ;j.àv 
c GâvaTC; y.al I'tty;* Tb §è jSwp or/. îâffîwç ;j.ovbv, àXXà y.xl Tôy.voYOvîaç 
•jcwp Èy^vîto* Kai ^xp ci -âXat tw twv à[Ji,apTi(ov àXiJL'jpwv T:vtY-l^-^''-i' 
y.Xûowvi xaî svtsç uloi Oavâioj -w ^wtixw toj 'lopBavou tsXsjOévts; JSaTt 
ubi 0£o!j y'^^"''^*' '^T3 àvaY£vv(^(T£i -oj nv£Û(;.aTO?, sti «yy^^cv itJipiyi- 
vov xb àvôptô-ivsv a(o!j.a, ixâpiuc rixyXsç Koptvôioiç y?^?'^''' 'Exo[jl£v oà 
Tov O-zjcaupbv TCijTCV Èv CTTpay.îvoiç ffy.£'J£jiv. 

"lx\ixi 9-r;at Ta {ioaTa TajTa, Èv Y^p ~Ç> 'Icpoâvr; 7'jvÉOXaTSV È[asj(.i-/0£v 
Tb ijcwp Tb uûv Tr,v y.£ç;aXY;v To3 spây.cvTOÇ, ojç or^u', 6 Aaclo 'i^ (I)ç Haa-'a- 
Tcu 0f£cç Tou (jy.cXioIi TOJ ç£tJY2VT0ç, Tsj cià ty;; à-aTYjXvj^ au[;.6ouX^ç Tbv 
OavaTbv tw 'Aoà[jL Tpcr£vr,ffavTo;, xai Tcaaav y.aT£X'j7£V twv Ot:' aùtsu 
oattii.ôva)v T-/;v ojva;j.iv. 

FoiV/, dit-il, que le séjour de la ville est agréable (3). Il est agréable 
parce que tout ee que Dieu a fait est bon et très bon (4). Mais (le séjour de 
la terre) était dominé par la mort que le péché a déchaînée, et le cours 



(1) Le ms. grec porte xeviî •• vide », mais le syriaque, qui porte «nouvelle », a 
lu xaivr, et ceci répond mieux aux passages du X. T. : xaivr, xticiî; xaivbç, 
âvepwTTo;, Gai., vi, 15; Éph., ii, 15, iv, 23, etc. 

(2) Le ms. grec porte xevôv. Voir la note précédente. 

(3) IV Rois, H, 19. 

(4) Cf. Genèse, i, passim^ 

[19J 



22 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

d'une vie efféminée l'a aussi fait déborder. Mais lorsque le Christ est 
venu(l) — le plat nouveau — prenant du Saint-Esprit et de la Vierge pure 
le corps nouveau exempt de l'ancien péché, ayant le sel en lui, — car en 
lui étaient cachés toxis les trésors de la sagesse, comme l'a dit Paul (2) — 
lesquels étant mélangés aux eaux par sa descente, la mort (ensuite) a 
cessé et s'est arrêtée, et l'eau devenait une eau non seulement de gué- 
rison mais aussi d'enfantement, car ceux qui étaient auparavant étouffés 
par le flot des péchés amers et qui étaient fils de la mort, rendus parfaits 
par l'eau vivifiante du Jourdain, deviennent fils de Dieu par la régéné- 
ration de l'Esprit. 

Que le corps de l'homme soit un vase d'argile, Paul en témoigne quand 
il écrit aux Corinthiens : Nous avons ce trésor dans des vases d'argile (3)... 

J'ai assaini les eaux, dit-il, car lorsque l'eau vivante a été mélangée au 
Jourdain, elle a brisé la tête du dragon, comme dit David (4), ou, comme dit 
Isaïe, (la tête) du serpent tortueux qui s'enfuit (5), lequel, par un conseil 
perfide, a occasionné la mort à Adam, et (cette eau) a ruiné toute la puis- 
sance des démons qui sont sous lui. 



m. — HOMELIE LXXXIV. 

Il reste aussi de l'homélie 84, avec de très courts fragments, 
un passage sur le baptême que nous ajoutons ici d'après le 
manuscrit grec de Paris n" 155, fol. 204"" (A) et Mai, Scrip- 
torum vetermn nova collectio, ix, 737 (M). 

nveujxa Kupi'ou cTc' k\>.k ou el'vevtîv 'iy^çtici^ \lz (6). Tauxa Sià xoXt Tcpc- 
«i^TOu Xpiatbç, b Si' •^[Ji.aç aapxwOslç xaUvavÔpwïrr^uas (7) xou ©sou \b^oq 
tpYjai'V oçTiç Oeoç o)v àÀYjôtvbç è^ àXiQÔivou ©£0u (8), toû Ilaipoç, xa'- 
oùx â'jroXiŒÔ-^aaç ou "^v, x,al àTpéiTTWç y.aiâXY)6o)ç avQpojxoç ^(f^o^iùz^ [xsO 
*û[xwv (9) X£)(pt(jTai Tw èXato) (10) ttJç àYaXXiâaswç* tou Wv=ù]}.ixzo^ aùtoi 
Tcapà Tov 'lopââvrjv èTCiçoiT-^aavTOç, ev eïâst xspiuxspaç. IlàXai [J.èv èXat'w 
•auixêoXixôç èxpîovxo 3a<3"iXeîç ts xa\ tepeîç, àYtaa[;.ou xivà [xexo'/Yjv ex tou- 
tou xepoaivovTsç" b âè 3i' Tf)[Jt.aç èvavOpwr-^aaç (11), tw voyjtw Tfjç «YaXXià- 
o-£(j)ç àXaio), xai aÙT'^ ttj èiriçoiTrjO-si toù lIvsû(i.aTOç èxp''<3'0''l* touto Y][i.ïv 



(1) Cf. Rom., VI, 23. 

(2) Col., II, 3. 
<3) Il Cor., IV, 7. 
<4) Ps. Lxxiii, 14. 

(5) Isaïe XXVII, 1. 

(6) M aj. xûpio; (A et le syriaque n'ont pas ce mot). — (7) — iï£<ia; A. — (8) A 
•om ©eoû. — (9) A met la virgule après [teO' intJLwv et non avant. — (10) A aj. t/jî 
Xptffstûî xal. — (11) — Ttîffa; A. 

\ [20] 



QUELQUES NOUVEAUX TEXTES GRECS DE SÉVÈRE d'aNTIOCIIE. 23 

Xa[ji,8âvwv oj*/ éau-ôî" y.al ^ip à-OTTiàvio; xoy nv£J[;.aTo; xa\ [/.■<) y.a-:3:[J.£{- 
vavTCç (1) £V -^[Aîv otà xb sîvai "^dJi-à? aapxaç, 7rév6ouç v xX-f^pr^ç -r; ^f/ 
•xwç vip CJ7. v;[ji,£Xâ£v, èa-£p-/;;j.évr, (xsTOuaiaç 0£3u. 

L'esprit du Seigneur est sur moi, c'est pour cela qu'il m'a oint (2). Le 
Christ, le Verbe de Dieu, qui a pris la chair et qui s'est fait homme pour 
nous, dit (tout) cela (par la bouche) du prophète. Lui, le vrai Pieu du vrai 
Dieu le Père, sans déchoir de ce qu'il était, devenu homme sans change- 
ment et en vérité, a été oint avec nous de l'huile d'allégresse (3), tandis 
que l'Esprit lui venait près du Jourdain, sous la forme d'une colombe. 
Les rois et les prêtres étaient oints jadis symboliquement avec l'huile 
et en retiraient une certaine participation à la sainteté, mais Lui, qui 
s'est fait homme pour nous, a été oint de l'huile intellectuelle d'allégresse 
et de la participation même de l'Esprit. 

Il a accepté cela pour nous et non pour lui, car après que l'Esprit s'était 
éloigné et n'était pas demeuré en nous parce que nous étions chair (4), la 
terre était pleine de tristesse — et comment n'en aurait-il pas été ainsi, 
privée qu'elle était de la société de Dieu — (la venue du Christ a dissipé 
cette tristesse et c'est avec raison que l'huile de son baptême a été 
nommée huile d'allégresse). 

IV. — HOMÉLIE XCIV. 

Nous avons retrouvé le texte de près de la moitié de cette 
homélie intitulée : « A ceux qui furent perplexes quand on lut 
le chapitre de l'évangile de Matthieu sur la généalogie et la 
venue dans la chair de Notre-Seigneur, Dieu et Sauveur 
Jésus-Christ. » 

Le premier chapitre de l'évangile selon saint Matthieu avait 
été lu le dimanche précédent, durant Tété de l'an 516, c'est-à- 
dire loin de Noël et « pas en son temps », comme le remarque 
Sévère. Certains lui avaient posé des objections et il veut répé- 
ter en public ce qu'il leur a dit en particulier. 

Xpr, TOivuv (5) c'.Sévat aasû;' wç tcîç e'joi-^^eXiaxctîq^ [i.a\ko>f Se tw 
XaXouvTi £v aÙTCïç nv£Û[ji.aTi, a-izouZr, xai Ip^ov' xo Sià twv Ypaçoixévwv 
jXY) à7:i(JTr(6f;vai tbv XpiaT'ov, \irt~s oxt Oebç -^v xaxà çûaiv, [a-^x£ oxi xax' 

(1) -xal [ATiTE (jLEÎvavTo; A. 

(2) Isaïe, Lxi, l. 

(3) Cf. Ps. .xLiv, 8. 

(4) Gen., vi, 3. 

(5) iMs. Coislin n" 24, fol. 3\ 

[21] 



24 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

olxcvo[J-iav b a-jxzç avôpwTCOç Yeyovev àA'/;Ow;, âî^a xâff-/)ç tps-^ç xal àX^ 
Aotwaewç xai âoxrjffswç' Aià tcuto o [j,£v sXeysv* ev àpXTÎ "^^ ^ Aôyc? xx't 6 
Aôyoç <J(xp^ è^évcTO /,ai £(7/.v^vo)ff£V âv if)tJLÏv' '0 Se -irpsurjy.ôvTtoç lypa-fc' 
BiôXoç Y£V£ff£(i)ç r/]aoIi Xptinrou ulou Aa6i3 utoD A6pxà[ji.' îva xbv aÙTOv 
^â9(i)[;,£V xai àY£V£aXiYY)Tov £rvau FéypaizTtxi yxp' Ty)v yEveàv aÙTOu ~iq 
âi"/)YiQ3'£Tai I {/.«XXov §£ TCpoaiwviîv, y.al juvatoiov tw Ilaxpt, "/.aî. xaxà aapy.a 
Y£V£aXoYOU[;.£VOV, etceiB"/; [j,£VO)v Ôeoç c xjxoq àipÉTCTcoç £■::' Èa^^âxou TOti 
^povou '^éyove'/ àv6pa)7:oç* Toutou X^P^'^ "''•^'^ xpoyivwv [j^vr^p//;, xai y.aipcov 
to-Topt'a xal IziTTipr^aiç, y.xl twv â'XAwv, àTtîp àvôpwirwv /.aOiaT-^y.Ev ïBia, 
'o-(i)ç Bù TCavTWV evapyw? Tuapaarr^o"/], T^ç--^,[j.£i£p3:(; ajxbv y,£y,civ(i)vr,'/,£vai 
Yîvsacwç T£ /.ai (pûff£0)ç. El yàp >^ai toùtwv Y£Ypa[j.;x£'vo)v* ccy.-/^aîi y.al ^av- 
Taaia Ttvèç Eçaaav aÙTOv wcpôat ;;,aXXov ri yvnwf,(7()cii y.a-à àXr,0£iav àv- 
6pa)TC0v' Ti où/, av lopaaav £; ;j.-^3£v toioDtov £Y£YP*7^'^0' 

TolÙvCiÇ "(xp i'^zy^OL xf^q aîxtaç(l), àv xr^ yz,vzy.\o^^'iy. y.a'. ;j.(^£wv àGÉai^-wv 
y.al TCapav6[xo)v £-{ tivwv TrpoaojTcwv o £jaYYî>'>t^'f"'lÇ âjAvr^ijO"/;, yp^4''^'= ^?^~ 
-irCxrjâeç (2) 'loûSaç oè £Y£Vvrja£ tov ^apèç y.a.' -bv Zapà £X t'^^ 0â[j.ap, 
y.al Aaêiâ ô ^aaiXEÙç £YcVvr;(7£ xbv SoXc[;i.wvTa èx xyjç tsu Ojpiou, a\q rapa- 
V3[xa)ç xal [xot^'''^^? auv£7uXâx'^(jav' hx ■::oir,Gr, y.axatpavà^ b-i r/]v è^oxEi- 
Xaaav y.ai xapoiaxprjo-ao-av i?)[;.wv ^jj'.v y.al àz.y.uXiaOîfa'av £1^ àGî;ji-:ouç 
•r;oovaÇy •^XOev îaip£U(jO)v Xpia-bç v.cà Taûx'^ç oi'j^{0ÙTr,q èziXaôiaôat, y.al 
à'i:o'Bpa\ioÙGriq û>ç Txcppwxaxo), à-topâ^acOai y.a'i à'Yçai, xat ava^aix^aai, 
xal £::ta7£Ïv x9\q £-1 xà y.âx{0 çspa;. Touxo Y^p ivoEixvuxat xb £tpr,iJ.£vov 
x(o àxoaxoXw TTcpl aùxou. Où y^P o-z^TwOu àYY^''**'^'^ £TCtXa[;.6av£xa'-, àXXà 
<7T.ip\).(XX0q 'A6paà;j. £7:tXa[j.6av£xa'.' 'c6£v wçpEiXa y.axà -àvxa xcî;; 
ào£X<poîç ôjxoiwô'^vai. 

Tzùxr]q (3) ouv 6 Xpiaxb; xv;; çj^eo); r,[;.(ov xr,v (jjyT^'^^'"^^ y.ax£0£çaxo 
x"/;ç èx-opveujàarjÇ, ïva taxpsùaY; y.at àvaaxr,a-/; xy;v TïEJCuaav xal (juyv.jcxoc- 
6axiy.coç [j,èv y.ai çtXavôpw-wç, xXy;v, xal oijxwç 6cS7:p£xwç, yjvwGy; y^P 
aapy.i x^ r,\).i^ b\j.oouai^, 'l>^'/rt^ ïy^O'Jrr^ xy;v vo£pàv, àva'AapxrjXW?, xap6£- 
vîa^ [j.sjixEuoûffr^ç, y.at £/, nv£Û[j.axo<; ct^^iz'j '^■j/Ckt^'Iziùç, xai y.ur,(j£ojç y.at 
xôxou Y«P-ov r;YVOir5y.6xo<;, xal açpaYioi xapÔEvty.'^ç àYV£ta; àpp-r,xa)ç xapa- 
XwpYjjavxoç. 

Kat à [X£V z.li!X^(^eKif:xrtq vAr^o\).r:iùti xoX> -/jiJ.Exépcu y^'^cuç xà xaO-^, xa 
èv£t§-/], xàç vûtjouç, xpbç a xaxÉSy; 5 xou 6£cu Aoyoç, ïva ccçào-Y], [j.àXXov 
aijxou xb çtXavôpwxov a[j(,a xai u'V^Xôv. O'joa[;.w^ y^P C'OH'^'*'' ?-'pî^ tw 

(1) fol. 4'. 

(g) — TtSs; Ms., 

(3) Coislin 24, fol. 5. 

|22| 



QUELQUES NOUVEAIJX TEXTES GRECS DE SÉVÈRE d'aNTIOCHE. 25 

taTpw, tb a'JYxaOuvai (1) toïç 7.â[ji,vouai, y-ai OiOv î'.'jtcîv wç 6 Aa6tS 
èY£vvY;ac tov SoXc;j.wvTa âx t^; Bspo-aosè, touto vàp îvojJLa x^ ^(ovaiv.1, 
|ji,ovovo'j;(l aTYjXiTSÛwv tï;v [ji,cr/tav, èy. -:^;;tsj Oypicu cupp-^SrjV ^£6or;y.£v, 
TcaptjTaç (ôç 6 Xpta-Toç èx toioûts'j y.aTaYop.£voç yévouç, xàç àaGsvsiaç 
•^^ixwv £Aa6£ xai xà^ vsccu^ èSâtrxaas, '/.axà tïoû xiç (2) è'çr, xwv TjpoçrjXwv. 
Ot $£ x-J;v Maviy_aiy.Y;v '::p£(j3c'Jovx£ç (3) a6£0v âiy.rî(Ttv [E'jxu-/(ouj (4) 
y.ai 'A^oÀivapiou rapâvciav, èzEpyôpiwai x'^ aapy.wj£i y.ai âvavôpwzYjset 
XcXsia, xy;v x).r,Qf, (7a)XY;p{av r(tj.(ov, wç è'stxîv, a\a'/uvi;a£vo'., y.al vsj/.i^cvx£ç 
ajxr,v â;^.apxi'av xto ffwx^pi 7:p37xpi6£!T6a'., y.aî -.xj-x '/wpl^ à[^.apx{aç £'.ç 
X0JX5 xaxaoavxi x£vwtî(jjç, xal XaSivxi ccjXi'j ;j.5poy;v, y.ai £-1 xw (jêfcrat. 
xr,v x^; à;j.apx'!a; c'jvao-x£tav èvavOpw-TjîXvxi, -âvxo)? vip otcou ©£b; èx- 
TCOOtov (5) 3:[j.apxîa, xa jx'^c sa àxcûar^;, xî xb [xiaiveiv xai pu-oîjv 7:£9ux6ç. — 
KrjAtç Y^p 3'jC£v £X£p;v, -i^ 5 x'^ç àfJiapxtaç jzÏas; âîjxî. — Atà xcuxo oi 
aùxi'irxai xat 'jTC-^p£xat y£yov6x£ç tcu Aôyou [ii.£xàf TîâïYjç TcappYj^ia; èxi^pu- 
^av xy;v xaxà aâpxa Y^'^sa^^YÎav xcu 'lTr;jsu, [xy;o£v xwv coxoûvxtov £'::sv£',- 
oÎ5X(i)v à7:oxpu'J>x[ji.£voi, xai èv xaùxô ■::ai5£'Jovx£^ ■'i[^5ç, [Ji.r,x£ £7cl ^zf^ x(ov 
•/iixexÉpwv zpsYÔvwv £jX£À£ta xâxo) xj-x£iv xai £Yxa/.Jzx£a9ai, \).^^^-^ \).r,'t 
èzl X'îj TC£pt9av£{a xîjvavxtiv â-atpcjOai. 

■ r£vixwç (6), y.al s'jXXriSor^v àvax£ç;aXa'.(i)3-â;j.£vs; £'Ypa©£v" Atco A6pa- 
h.\j. £(i)ç AaSts Y-'^-3;'. is xx; à-b Aacio k'wç -f,z [^.£x;ixv)a{aç Ba6uXwvoç 
YsV£«l ta xat àîzb xyî^ç t;.£xstxr((jiaç BaouAwvcç lioç xcu Xpiaxou YîVîat i3, 
l'va xàç Y-'^'^'Ç ^'Ç oixAaaia^o;jL£va>; ïîoo]}.y.oxc oi£Xà)v' — SituXy) Y^fp 
£6âo|;<àç 5 X£o-(7ap£(7xai0£xaxsç àpiftj;i.b; — àva;j.vr(ar; (7) xwv Xsy^v xou 
TCpoçTQXcu AavfTjX" s'.ç £6cû[xaâa? èxwv xoùç xaipoù^ oiaipsuvxîç (8), £'. xai 
ouaxaxaX'(^T:x(j)ç, xa\ wç 0J0£ |j.Ôvo?, c àTCOxaXû'iaç xal à^i(»)0£iç ~f,q opâ- 
o-£a)ç, xai 7:pcaYcp£Jovxc; xyjv zapcjaîav Xpuxcu, xa\ -âvxa xà ,a£XXcvxa 
xat h^(z,r^ ctà x^r xwv X^y^'^''' î'jyY^'^-^^c; xat b;j.ctixï;xoç" \^.r^ (xk'Kz^ £tvat 
Xpiffxbv cv ajxb^ £jaY7£X{i^£xat xitç àxiycjjtv, r, £X£îvcv cv ci TupcçYJxai 

XpC£X£YCV. 

B. Cordier, Symboloriim in Maihaeum, Toulouse, 1647, 



(1) — Tiévai m s. 

(2) xocôàrtou Ti'; Ms. 
(3). fol. 5'. 

(4) Ce nom figure dans le syriaque. 

(5) — ôûv Ms. 

(6) Coislin 24, fol. 8. 

(7) fAVTiaei Ms. 

(8) —te; Ms. 

[231 



26 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

1. 1, p. 15, donne ici sur Matlh. i, 20, un court passage un peu 
remanié. Aussi nous traduirons le syriaque et non le grec(l). 

Tb y.aX£tff6ai tôv 'Iwavif avipoc x^ç Mapiaq, y,at ty]V Motpiav Yuvar/.a 
Tou l(j)ar;f , zapxyriq èaii [xso-tbv x,ai àTroptaç oj xvjç Tu^oûaY;ç. Touxwv 
§£ TÔ5v pY;;ji,a-u(i)v {lege forsan âTropY][xâTwv) TY)v X'jfftv àicb -vjç ypaç^ç 
£Ûpr((70iJi,£v' è'Goç kyoÙQ-qq àvopa xbv [j,v/;a-Tvjpa v,oikù-4 xacl ty]v [xvv3aT£U0[jL£- 

VY)v YuvaCxa, touto Se ^(é-^pocizxai xat sv tw A£UT£povc[j,:fj). 

Nous retrouvons ensuite le texte grec de Sévère (2) : 

Kai où"/ £Yiva)(TX.£V aÙTr,v. 

"Oxi Se où auv^X6£v aùxfj, Tirpbç y^I^S'J xoivwviav, tcwç y^P âv toutou [;.£-« 
6£Îav aûXXyjdiiv (3) "/.aT£T0A[XY]a£v où Xévo) oixato; wv àXXà xai açôâpa -iq 
Û7i:y5p)(£V â'6£a[j.0(; xal zapâvcpioç, çp''xY; y.al ày^vioc tcoXXy^ (tuv£)(Ô[X£voç £'.ç 
TO âvvo^aai [i-ovoV [jlï] ti y^ or] xai àpYajaaOau MapTup£T ^(p<x<}^aq aaçwç (4) 
Aouxaç* ^ùv Mapià[A ty) jX£;ji.vrjaT£y[X£Vir] aÙTw, -^ijwxiyl o'jo-y; £yx'j(.). 
Kai xwç (?) e'Yv.uoç £(X£[ji.vYiaT£UTO ; Aià Tb jxy; è^ aÙTOu Tr;v xûsaiv, àXX' èx. 
nv£'j[jLaTOç Û7ïap'/£tv àY^ou. r£Ypaç£ oè xâXiv ô auTOç £ÙaYY£^^'3'T-(^(;' Kaî 
aÙTOç -^v ô 'I"/;jotj(; wç èxwv TpiâxovTa àpx3[i.£voç, (ov, wç £VC(x(^£to, 
ulbi; 'l(i)iTr(<i>' 'AXX' oixo)? XP^^'^ "^^ toutou tou vosxiC£a'6ai, eI yi^P ^^ '^PX^? 
l'YVo^cav ol çovwvT£ç louoaïoi xaTa xavTb;; al'iJiaToç £Ùa-£êouç ty]v xapÔEVtav 
xat Tïjv £x nv£Û[j.aTO? àYi'ou ajXXïj'iitv, ttxvtox; av ty;v TcapGÉvov àvEiXcv, 
y.al [jLupi'a £'.pY^o'avTO S£iva. Kal toutoiç ky^ltq y; àTroâEi^iç oti âià to)v 
6au[ji,àTa)v, wç 6£0[i.â"/oi, [xaXXov TCpbç (xiati^ovtav ct£p£6iÇovTO (5)* Tbv y^? 
AâÇapov, i7:ti7:tp ix vîxpwv ûirb tou 'Iyjœou TcapaSo^wç ÈYspGévTa eISov, 

àTTOXTEÎVai BlEVOOUVTO... 

Kal aÙTr,v âè ty)v 6£0t65(0V Ilapôcvov £Ûp((Txo[j.£v tyj o'.xovo[ji.(a auvSia- 
Ti6£[X£VY)v xai TauTa Tuapi TravTaç àvGpwTcouç £xtjTa[;.£VYjv wç clov te — 

TO £V aÙTTJ, T£X£a6£V X£YW Ii.UUT"(^plOV Y-Oll XÉYOUJaV TZphq TGV 'lY]aouv 

£Ti VEaÇovTa xaTa aapxa' TéxvoV Ti kTzoiT^aaq if][xîv outwç, looù b izoLVr^p 
cou xaYW oBuvw[ji,£Vot èÇif;TOu,aév (T£. 

(1) Nous avons déjà vu dans les notes de la première partie, d'autres textes 
de Sévère, tirés de cette même publication, qui étaient aussi des remaniements. 

(2) Coislin 24, fol. 11'. 

(3) B. Cordier, loc. cit., attribue encore à Sévère un long passage qui est un 
remaniement du présent texte. Il semble donc qu'on ne doit utiliser qu'avec 
précaution les o.xtraits de Sévère qui figurent dans cet ouvrage. 

(4) fol. 11'. 

(5) ôiT)— Ms. 

r24] 



QUELQUES NOUVEAUX TEXTES GRECS DE SÉVÈRE d'aNTIOCHE. 27 

Mr; TOi'vuv Gauixiffr,? xvîpa -y^ç OapOévou tov 'Iwarjip àxojwv, jjLaOwv 
T^ç oly.ovo;ji.iaç t6 Jâaôoç, axo-bç y^P '0'' ^'^^ 'louîaicuç jjlÔvov Xa8cîv ty;v 
irapôsvîav /.ai xb tou xixou zapâso^cv, àXXà xai xbv ira-épa to-jtwv Aidt- 
60X0V, TOV |2aaxatvovTa [xèv ty] f(;j.£T£pa uwTYjpi'a, ty;v oï toÛtwv è'xSaaiv 
àYVOY^cravTa, y.ai oxi aTCÉpixa -su zav-bç ûzi^p^s awTYjpia. 

TouTO */.al 5 Osoçipoç hpiixioq 'Esîaiotç âTriîJTlXAwv £Ypaq?îV ou-w; (1 )' 
Kai IXaQs xbv à'pyovta toî a'.ÔJvo^ tojtcu y; 7:ap6svia Mapu;;, /.ai 6 
tÔ/.oç (2) aùxrjç ô[;.sta); /.ai 6 ftâvaxc; xouKuplîU' Tpîa [j.Udxrjpia y.pauY^?^ 
axiva £v T^jSU^i'a ©soù è-pâ-/9ï; (3). 

TRADUCTION 

Il faut donc savoir clairement que les Evangélistes — ou plutôt l'Esprit 
qui parlait en eux — prenaient souci et peine pour que leurs écrits 
n'empêchassent pas de croire soit que le Christ était Dieu par nature, soit 
que, par l'action de la Providence, le même était devenu homme en vérité, 
en dehors de tout changement ou modification ou simple apparence. C'est 
pourquoi l'un a dit : Au commencement était le Verbe, et le Verbe x'est fait 
chair et il a habité parmi nous (4), tandis que l'autre écrivait, comme il 
convient ; Livre de la génération de Jésus-C/irist, fils de David, fils d'Abra- 
ham (5), afin que nous apprenions que le même est d'une part sans 
généalogie — car il est écrit : Qui racontera sa naissance (6) — ou plutôt a 
précédé les siècles et se trouve coéternel au Père, et qu'il est d'autre part 
muni d'une généalogie, puisque — demeurant Dieu — le même, à la fin 
du temps, est devenu homme sans détour. C'est pour cela qu'on a placé la 
mention des ancêtres, avec l'histoire et l'observation attentive soit des 
temps soit des autres choses qui sont propres aux hommes, afin que par 
tout cela il soit établi claicement qu'il a bien participé à notre naissance 
et à notre nature. 

Si, après que tout cela a été écrit, certains ont encore dit qu'il avait 
paru en apparence et imagination plutôt que d'être devenu homme en 
vérité, que n'auraient-ils pas osé (dire) si rien de tout cela n'avait été 
écrit! 

C'est pour la même raison que l'Évangéliste a fait mention aussi, dans 
la généalogie, des unions sacrilèges et illicites, écrivant à dessein : Judas 
a engendré Phares et Zara de Thamar, et : le roi David a engendré Salomon 

(1) Cf. Cureton, Corpus ignaiianum, Londres, 1849, p. 35. 

(2) Tous les textes grecs portent Toxeréi;. 

(3) Ces derniers mots appartiennent à la recension courte. — Cette citation 
n'a pas été relevée par M. Cureton, loc. cit., cf. p. 215, 247 et 356. 

(4) Jean, i, 1 et 14. 
{5j Matlh'., I, 1. 

(6) Isaïe, LUI, 8. 

125] 



28 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

de la {femme) d'Uri (1), (femmes) avec lesquelles ils eurent un commerce 
illégal et adultère, afin de rendre évident que le Christ est venu pour 
guérir notre nature déviée, fiévreuse et précipitée vers les plaisirs 
illicites, pour la saisir lorsqu'elle fuyait et s'éloignait très loin, pour s'en 
emparer, Tétreindre, la ralentir et l'arrêter dans son penchant vers le 
bas. C'est ce qu'indique la parole de l'apôtre à son sujet (Hébr., n, 16) : 
ca)- assurément ce n'est pas aux anges qu'il vient en aide (2), mais c'est à 
la postérité d'Abraham. En conséquence il a dû être rendu semblable en 
toute chose à ses frères (3). 

Le Christ a donc accepté la consanguinité de notre nature qui avait 
commis l'adultère (en la personne de Thamar et de Bersabée) afin de 
guérir et de relever celle qui était tombée, et cela avec condescendance 
et philanthropie, mais aussi d'une manière digne de Dieu, car il s'est uni 
à une chair qui nous était consubstantielle, qui avait l'âme intelligente 
sans péché, par l'intermédiaire de la virginité et d'une conception et 
d'une grossesse qui venaient du Saint-Esprit, et d'un enfantement qui ne 
connaissait pas le mariage et qui a respecté de manière mystérieuse le 
signe de la pureté virginale. 

Et l'Evangéliste étale les passions, les opprobres, les maladies de notre 
race vers lesquelles le Verbe de Dieu s'est incliné, peur glorifier surtout 
son amour des hommes et sa grandeur. Car cela ne porte aucunement 
dommage au médecin de s'abaisser jusqu'aux malades, et il convenait de 
dire comment David a engendré Salomon de Bersabée — car c'est là le 
nom de la femme — au point que, pour afficher l'adultère, il a crié en 
termes précis : de celle d'Uri (4), démontrant ainsi comment le Christ, qui 
descendait d'une telle race, a pris nos infirmités et a porté nos maladies, 
comme un prophète l'a dit quelque part (b). 

Ceux qui prônent la (simple) apparence, l'opinion manichéenne athée 
(d'Eutychès) et le délire d'Apollinaire, rougiront de la prise complète de la 
chair et de l'humanité — rougissant ainsi, à <ce qu'il semble, de notre 
véritable salut — qui imputerait selon eux le péché au Sauveur, lorsqu'il 
est (au contraire) descendu sans péché à une telle inanité et a pris la 
forme du serviteur et s'est incarné (précisément) pour détruire la puis- 
sance du péché, car partout où est Dieu, le péché est certainement loin, 
et, si le péché est absent, d'où viendrait la tache et la souillure, car la 
souillure n'est autre que la tache du péché. — C'est pourquoi ceux qui ont 
vu et qui ont servi le Verbe ont annoncé en toute assurance la généalogie 
de Jésus selon la chair, sans rien cacher de ce qui semblait répréhen- 
sible. Ils nous enseignaient en même temps à ne pas baisser les yeux et à 

(1) Matth., I, 3, 6. 

(2) On peut aussi traduire, avec la Vulgate et le sj'riaque, « il n'a pas pris 
les anges (la nature des anges) ». 

(3) Hébr., n, 16-17. 

(4) Matth., I, 6. 

(5) Isaïe, Lin, 4; cf. Matth., vni, 17; I Pierre, n, 24. 

[26j 



QUELQUES NOUVEAUX TEXTES GRECS DE SÉVÈRE d'aNTIOCHE. 29 

ne pas rougir du peu de renom de nos parents et inversement à ne pas 
nous enorgueillir de leur célébrité 

(Sévère continue à développer ce sujet; il ne faut pas dire : 
mon grand-père était un martyr; mon père était un des premiers 
de la ville, etc. C'est ainsi que les Juifs disaient : Ncms sommes 
la race d'Abraham) (1)... • 

Dans un résumé général et bref, Matthieu a écrit ; D'Abraham jusqu'à 
David, il y a quatorze générations. De David Jusqu'à la captivité de 
Babylone quatorze générations et de la captivité de Babylone jusqu'au 
Christ quatorze générations (2), afin qu'en partageant les générations en 
semaines doubles — le nombre quatorze est une semaine double — il 
fasse songer aux paroles du prophète Daniel qui partageait les époques en 
semaines d'années (3) — bien que ce soit difficile à saisir et comme le 
"savent seulement Celui qui a révélé et celui qui a été gratifié de la 
vision — et qui annonçait d'avance la venue du Christ et tout ce qui 
devait avoir lieu, et afin aussi de montrer, par la parenté et la ressem- 
blance des paroles, que le Christ qu'il évangélisait aux auditeurs n'était 
pas différent de celui que les prophètes avaient prédii.. 

Mais quelqu'un dira : Cela me trouble d'entendre dire : « l'homme 
de Mûrie » et aussi « Marie ta femme », car ces noms sont des indices de 
mariage et de rapports conjugaux. — Recourons encore, pour répondre, 
au livre divin qui a coutume d'appeler « homme » le fiancé et, de la 
même manière, de nommer « femme » la fiancée. 11 est écrit dans le 
Deutéronome. 

(Sévère commente ensuite Deut. xxii, 23 à 26 où la jeune 
fille vierge fiancée est aussi nommée femme). 

(Avant qu'ils eussent habité ensemble, l'ange annonce à Joseph 
que l'enfant conçu par Marie vient du Saint-Esprit; Joseph 
n'était donc pas l'époux, mais il était le serviteur de l'ordre 
providentiel et des mystères ineffables. Quand ils eurent vécu 
ensemble tout le temps de l'enfantement, pour ne pas laisser 
soupçonner que l'enfant venait du Saint-Esprit, on comprend 
que Marie ait été nommée la femme de Joseph et celui-ci son 
mari.) 

Et il ne l'a pas connue (4). Car s'il n'avait eu jusque-là avec elle aucun 
rapport conjugal, comment aurait-il osé le faire après la divine concep- 

(1) Luc, m, 8. 

(2) Matth., I, 17. 

(3) Cf. IX, 24-27. 

(4) 3Iatth., I, 25. 

[27] 



30 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

tion ! Non seulement un juste, mais même un homme très sacrilège et 
méchant, serait saisi de frisson et de grand trouble, je ne dis pas de le 
faire, mais rien que d'y penser. Luc en témoigne lorsqu'il dit claire- 
ment : (// alla à Bethléem) avec sa fiancée, femme qui était enceinte (1). 
Comment une femme enceinte était-elle fiancée? C'était pour montrer 
que la conception ne venait pas de lui mais du Saint-Esprit. Le même 
évaugéliste a encore écrit : Jésus avait environ trente ans lorsqu'il com- 
mença son ministère étant, comme on le croyait, fils de Joseph (2). 

11 était même nécessaire de le croire, car si les Juifs, qui versaient 
tout sang pieux (3), avaient connu dès le commencement la virginité et 
la conception due au Saint-Esprit, ils auraient certainement tué la Vierge 
et commis de nombreuses cruautés. La démonstration en est facile, 
puisque les prodiges excitaient encore davantage au meurtre ces enne- 
mis de Dieu, au point que, lorsqu'ils eurent vu Lazare ressuscité extraor- 
dinairement d'entre les morts par Jésus, ils cherchaient à le tuer (4). 

Et nous trouvons que la Vierge mère de Dieu elle-même qui était 
mêlée à l'action de la Providence et qui savait tout cela aussi bien que 
possible, mieux que tous les hommes — je parle du mystère qui s'accom- 
plissait en elle — disait à Jésus qui était encore jeune selon la chair : 
Enfant, pourquoi as-tu ayi de la sorte avec nous. Voici que ton père et moi 
nous te cherchions avec angoisse (5). Ne t'étonne donc pas en entendant, 
que Joseph est l'époux de Marie, puisque tu connais la profondeur des 
desseins de la Providence, car le but n'était pas seulement de cacher 
aux Juifs la virginité et le mode extraordinaire de l'enfantement, mais 
(de les cacher) aussi à leur père le diable, jaloux d'une part de notre 
salut, mais qui ignorait d'autre part l'issue de ces choses et que ce germe 
était le salut de l'univers. 

C'est ce qu'Ignace, inspiré par Dieu, s'adressant aux Éphésiens, écri- 
vait en ces termes : a La virginité de Marie n'a pas été connue du 
prince de ce siècle, de même que son enfantement et aussi la mort du 
Seigneur : trois mystères d'importance qui se sont déroulés dans le 
silence de Dieu. » 



F. Nau. 



(1) Luc, II, 5. 

(2) Luc, lu, 23. 

(3) Cf. Matth., xxiii, 35. 

(4) Jean, xii, 20. 

(5) Luc, 11, 48. 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME 
CHEZ LES TURKS ORIENTAUX 



Au cours d'un article que j'ai publié en l'année 1925, dans 
cette Revue, j'ai proposé de voir dans le nom d'un Turk, qui, 
au milieu du viii" siècle, faillit renverser les Thang, An-lou- 
shan, comme l'écrivent les Chinois, un mot persan, Roushan 
« éclatant », lequel a été porté, à une date beaucoup plus 
moderne, par un barde turkoman, partant de reconnaître dans 
ce redoutable aventurier l'un de ces Nestoriens ou de ces Mani- 
chéens qui pullulaient sur les frontières du Céleste Empire, et 
dont la foi avait passé par l'Iran avant d'aboutir à la Chine. 
Rien ne dit, d'ailleurs, que cet An-lou-shan, dont Houan 
Tsoung fut assez stupide pour faire la fortune, n'était point 
zoroastrien (I), car le Thang-shoii, aux années du moyen âge, 

(1) A cotte date, ce n'étaient ni les Nestoriens, ni les Manichéens qui man- 
quaient dans le Céleste Empire. Lorsque ce brigand se fut rendu maître de ce 
qui est le Tchih-li actuel et du cours du fleuve Lao (Wieger, Textes historiques, 
1679), il se trouva arrêté dans sa marche sur la capitale par le cours méridional 
du fleuve Jaune; il fallut à toutes forces l'empêcher de tourner par la boucle, 
ce à quoi s'employa Kouo Tzeu-i, qui occupa ces régions, et flatta les Nestoriens 
qui y vivaient, sous les espèces connues d'adeptes de la Lumière céleste; Kouo 
Tzeu-i et le célèbre eunuque Kao Li-shih, qui furent les grands hommes de ce 
miHeu du vm'' siècle, pratiquèrent cette religion, autant que l'on peut le déduire 
de la lecture du Thang-shou, le(iuel n'aime point àlparler de ces histoires, qui 
sont un objet de scandale pour les lettrés ; au vu», au vm* siècle, des moines 
nestoriens reçurent les plus grandes marques de faveur des empereurs Thang. 
Persécuté par les Fils du Ciel, le Nestorianisme disparut rapidement de leurs 
domaines, mais il se maintint hors de leurs frontières, chez les Altaïques, 
principalement chez les Mongols, jusqu'à la fin du xiv* siècle (voir Revue de 
l'Orient Chrétien, 1925, p. 60); encore ne fut-il proscrit qu'en 845, sans que 
cette condamnation ait entraîné sa mort immédiate; quant au Manichéisme, 
ce fut en 843 que Wou Tsoung le mit au ban de l'empire, et que soixante-dix 
prêtresses de ce singulier mélange de Christianisme et de Zoroastrisme 
furent mises à mort, alors que le clergé chrétien, aussi bien que celui des Maz- 
déens, est fermé aux femmes. 

[11 



32 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

parle de ces Mazdéens d'Asie Centrale (1), qui s'en allaient cher- 
cher la Loi dans l'Iran, ce qui, chez les Altaïques, était une 
tradition lointaine, remontant à l'époque à laquelle certains de 
leurs clans s'étaient convertis au culte du Feu. 

L'hypothèse était assez hardie pour que j'aie longtemps 
hésité à l'exprimer, bien qu'elle ne fût nullement révolution- 
naire. L'objectif de tous ces Altaïques, quelle que fût leur con- 
fession, sur les marches de la terre de Han, était la possession 
de l'Empire; plusieurs de leurs clans y réussirent partielle- 
ment, plus ou moins, tels les Huns du royaume de Tchao, tels 
les Tonghouzes Topa de Weï, qui terminèrent l'existence des 

Peut-être les Thaï-phing avaient-ils le souvenir très lointaia d'une origine hété- 
rodoxe chrétienne, Manichéisme ou Nestorianisme, ou même des débris d'un 
sj-ncrétisme confus entre les croyances de ces deux erreurs ; les Thaï-phing recon- 
naissaient un seul dieu, et aucun autre que lui; ils condamnaient l'idolâtrie; 
ils observaient les dix commandements de Moïse; ils croyaient que Jésus-Christ 
est venu sur la terre pour sauver les hommes, pour conduire les bons au 
paradis, tandis que les mauvais finissent en enfer; que le Saint-Esprit agit 
sur le cœur des hommes; que le Christ est mort sur la croix, qu'il est ressus- 
cité et monté au ciel; ils possédaient des parties de la Bible et des Évangiles 
(Milne, la Vie réelle en Chine, Paris, 1858, pages 510, 511). Si la croyance à la 
personnalité réelle du Christ qui est mort sur la Croix, et à un seul Esprit, 
est contraire au Manichéisme, il ne faut pas oublier que le fondateur de cette 
secte redoutable, Iloung Siou-tsuan, se disait le second fils de Dieu, assurant 
qu'il avait des révélations directes de la Divinité, dans un esprit qui est abso- 
lument celui des sectes des commencements du Christianisme, des pires hérésies, 
de celles de Montanus, de Manès, son successeur, qui se disait le Paraclet. 
Sans doute, cet illuminé fut au service d'un missionnaire de la Baptist Mission 
de Canton, chez lequel il lut la Bible et les Évangiles, mais il ne s'y trouve 
rien de pareil, et ce ne sont certainement pas les enseignements des mission- 
naires protestants qui ont pu lui tourner la cervelle à ce point; il n'existe dans 
le Taoïsme rien qui explique ces folies, d'où l'on est bien obligé, malgré 
les difficultés évidentes du problème, d'admettre chez Iloung Siou-tsuan une 
survivance très lointaine d'un Manichéisme tellement abâtardi, qu'il en avait 
perdu ses caractéristiques e^isentielles, ce qui n'a rien d'extraordinaire. 

(1) Le Zoroastrisme, comme le Nestorianisme, ne fut condamné qu'en 845, 
toujours sous le règne de Wou Tsoung des Thang, en même temps que le 
Bouddhisme, qui florissait à la Chine; encore convient-"il de remarquer que leur 
condamnation fut simplement l'écho de la proscription du Bouddhisme, qui 
était autrement dangereux, et contre lequel les Taoïstes ameutèrent l'empe- 
reur; la lecture du Thang-shou montre qu'au vu* et au vni° siècles, le danger 
bouddhiste était une réalité, qui menaçait l'empire de la ruine, alors que les 
autres confessions n'y tenaient qu'une place des plus restreintes, et ne faisaient 
courir aucun péril à la civilisation cliinoise; d'où il suit qu'on les aurait volon- 
tiers laissées bien tranquilles, tout en se gaussant d'elles, et que ce furent les 
extravagances des bonzes qui attirèrent sur elles la vindicte du Fils du Ciel. 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 33 

Royaumes, au v* siècle, comme Tavaient t'ait les Tiisin avec 
plus de maestria, et qui furent une très 'grande puissance dans 
le Nord de la Chine, jusqu'au jour où les Mongols, puis les 
Mandchous, réalisèrent le rêve qui avait hanté l'idée de tous 
ces nomades, depuis l'aube du second millénaire avant le 
Christ. Ce furent les Huns de Tchao qui répandirent le Boud- 
dhisme dans l'empire chinois, à la grande fureur des lettrés; 
le Bouddhisme, depuis l'an 65, végétait en Chine, sans grand 
avenir, quand le Hun Sheu-hou lui donna un essor extraordi- 
naire, qu'il devait conserver jusque sous les Thang, pour la 
grande confusion des Confucianistes. An-lou-shan, s'il avait 
réussi, et il s'en fallut d'une paille qu'il ne réussît, s'il était 
monté sur le trône à Tchhang-gan, entouré de sa séquelle 
de sauvages, An-lou-shan aurait donné au Nestorianisme, au 
Manichéisme, au Mazdéisme, suivant le cas, le prestige apparent, 
et bien temporaire, de la religion d'état chinoise, ou plutôt 
la forme de la croyance du souverain, sans que cette circons- 
tance leur eût conféré la moindre puissance dans les provinces 
aux rives du fleuve Jaune ou du fleuve Bleu; des églises ou 
des pyrées se seraient élevés au Tchih-li et au Ho-nan, pour 
l'usage de quelques milliers de personnes, méprisées et hon- 
nies des Chinois taoïstes, qui seraient aujourd'hui des ruines, 
qui auraient disparu, comme les stoupas et les viharas boud- 
dhiques, dont la piété des empereurs Thang couvrit la terre 
chinoise, et ces religions y seraient, au xx® siècle, encore plus 
complètement inconnues que la foi du Tathagata. 

Mais le nom d' An-lou-shan n'est peut-être pas le seul élément 
iranien que l'on puisse déceler dans l'onomastique des Turks, 
quoique le passage des Altaïques aux différentes religions qui 
se sont partagé leur conscience n'ait laissé aucune trace, au 
moins dans ce que nous savons de ces barbares, par les auteurs 
chinois ou persans, les seules sources de leur histoire, 
jusqu'aux xiii*-xiv^ siècles, où l'on trouve chez les Mongols 
quelques noms hindous, que les bonzes donnèrent aux princes 
de la famille de Tchinkkiz, pour bien montrer qu'ils savaient 
le sanskrit (1). 

(1) Ananda, Bouddha-çrî, Dharma-çrî, Dharma-pâla, Kamala, Mangala, Nanda- 
çrî, Ratna-çri, Ratna-dhara, Ratna-pâla, sont des noms de princes dans la 

[3] 

ORIENT CHRÉTIEN. 3 



34 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

Et ce fait provient évidemment de cette circonstance que 
nous ne savons de ces clans que ce que les Ciiinois ont bien 
voulu nous raconter, sans avoir le dessein de faire leur histoire, 
mais uniquement dans l'intention de montrer dans quelle 
mesure ils ont influé sur les destinées de leur empire. Il est 
très possible que des noms perses ou chrétiens aient été en 
usage chez eux, et c'est ce que tendent à prouver les noms des 
fils deSaldjouk, -au x^ siècle (1), tels que les citent les historiens 
persans. C'est peut-être le titre Shapour « fils du roi », pro- 
noncé Shapol, ou quelque chose d'approchant, qui se dissimule 
dans le nom d'un khaghan des Turks, qui paraît au vi' siècle, 
dans l'histoire chinoise, sous la forme de la transcription Sha- 
pal-lo(k) = Shapol (2), ou une forme de l'iranien oriental, à 

famille de Tchaghataï, fils de Tchinkkiz, et dans la lignée de Khoubilaï; une 
impératrice, femme de Témour Khaghan, se nomme Çrî-dharî, qui 'est une 
forme féminine de Çrî-dhara, ce qui montre que les lamas tibétains connais- 
saient les éléments de la grammaire sanskrite. 

(1) Revue de l'Orient Chrétien, 1927, page 202; il est tout à fait vraisemblable 
que les Khazars, chez lesquels le Judaïsme était la religion officielle, portaient 
des noms hébreux, et il n'est pas impossible que les ancêtres de la famille 
saldjoukide, comme beaucoup des Turks qui entrèrent au x" siècle sur les terres 
des Ghaznawides, les Ghaznawides eux-mêmes, qui étaient aussi des Turks, 
ne fussent convertis au Judaïsme; il y a plus de chances qu'ils aient été mani- 
chéens, nestoriens et bouddhistes, comme le montrent les documents trouvés 
en Asie Centrale, où l'on ne rencontre pas de documents hébraïques, mais 
c'est un fait certain, comme le montre l'exemple des KJiazars, qu'il y eut des 
Tuiks occidentaux qui professèrent la religion mosaïque. 

(2) Sha-pal-lo(k), avec à long par position, tourne naturellement à Shapol; ce 
Sha-pal-lo(k) n'a rien à voir avec le Istiimi Khaghan, fils (?) de Boumin Khaghan, 
qui paraît, au vni" siècle, dans l'exorde. des inscriptions du Bilga Khaghan, 
aux rives de l'Orkhon : '■ Quand le Ciel bleu en haut et la Terre noire en 
bas eurent été créés, entre les deux furent créés les fils des hommes. Au-dessus 
des fils des hommes s'élevèrent mon aïeul et mon grand oncle atchu-apa, 
Boumin Khaghan et Istami Khaghan », ni avec un autre Istâmi, frère de 
Toumen, qui fonda la monarchie des Turks, en 552. Il est certain que Istâmi 
n'est point Mokan, fils de Toumen, auquel les Chinois donnent le titre de 
seu-kin, ou sou-teou, lequel ne peut, sous aucun prétexte, recouvrir Istami, 
que les Chinois transcrivent correctement Sheu-tian-mi. Sha-pal-Io(k) était le 
fils du premier frère de Toumen, son neveu; donc il ne peut être son frère. 
Le groupe Boumin Khaghan-Istami Khaglian des inscriptions de l'Orkhon est 
purement mythique; il reporte à l'origine des âges; Boumin Khaghan, comme 
je l'ai dit autre part, n'est pas, et ne peut être Toumen Khaghan; atchou-apa est 
••'très gran I-père-très grand-oncle »; en turk-oriental, atcha signifie « mère », 
et apa « sœur .l'née »; le changement, l'inversion des sexes, n'ont rien qui doive 
surprendre dan. i:i pensée de ces primitifs, dont la langue ne distingue pas les 

r4] 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 35 

laquelle aboutit le complexe khshàyathiya-puthra, en Sogh- 
diane, alors qu'il devenait dans l'Ouest Shàlipûhr, dans les 
textes pehlvis, Shahpùhr, dans les inscriptions, puis Shcàpûr 
en persan, Sàbôr en arabe. 

Les Byzantins (1) nomment ce khaghan Ai!;â6o'jA:ç, avec 
la variante AiX^icouXoç (2); l'édition de Tabari lui donne le 
nom de [jr:^^^, que l'on a lu Sindjibou; cette forme de la chro- 
nique arabe, rapprochée de AiXCiSouÀc;, que je considère comme 
une leçon fautive, a permis aux Sinologues de donner de ce 
nom une explication qui ne tient aucun compte des possi- 
bilités linguistiques. A-A^iocjac; ^= Sindjibou serait le djabghou 
Sil, Sin, Dil, ce monosyllabe étant le nom personnel du roi 
des Turks, et le second élément -CiêouXoç = -djibou, le titre 
de djabghou. Mais cette explication est impossible pour 
plusieurs raisons : la présence de 1'-^ dans Airâ5ouX-c; et 
AuÇi6ouA-sç, dans la forme chinoise Sha-pai-lo(k), montre que 
le nom de ce khaghan, quelle que fût sa forme, à la fin du 
vi* siècle, se terminait par un -/, de sorte que son second 
élément ne saurait être le titre tchabghou, qui, à aucune 
époque, ne s'est terminé par un -/, ou par une consonne 
quelconque. Que si Ton vient à invoquer la forme de Tabari, 
il est aisé de répondre qu'elle n'a aucune autorité, non tant 
par suite de la date tardive (vers 880), à laquelle écrivait le 
célèbre théologien, mais bien par suite de la confusion fré- 



genres; ils ne sauraient empêcher que le premier de ces termes ne désigne l'être 
qui donne la vie, le second, un collatéral. Il s'en suit que le Istilmi des inscrip- 
tions de rOrkhon n'est point le fils de Boumin, l'ancêtre du Bilga Khaghan, 
mais bien un oncle de ce prince de la steppe, un frère de Boumin. Il est 
vraisemblable que le binôme Boumin-lstami des inscriptions de Mongolie a été 
composé, au vu» ou au viir siècle, sur le groupe réel Toumen-Istami du vi% 
par une modification du nom de Toumen, dont je ne saurais tenter l'expli- 
cation; à cette dcite, les souvenirs des Turks n'allaient pas loin; le plus anciea 
était celui d'Attila, dont ils ont fait Oughouz, en traduisant oughouz = eukuz^= 
ochs par ot-ly « bovinus ». 

(1) Ménandre, de Legalionlbus Romanorum ad génies, page 152, deux fois. 

■(2) Ibid., page 1G2, deux fois également. Ai),ÇîgovXoç, en face du chinois Sha- 
pal-lo(k), est une erreur des scribes; il est douteux que Ménandre, à quelques; 
pages de distance, ait donné à ce nom des formes aussi divergentes; cet auteur,, 
d'ailleurs, comme tout le monde, était faillible, puisqu'il a écrit, page 152, à propos 
de ce roi des Turks : tva 6 xaï4''0î «ûtô; yjv èv ôptt xivi XeYOfit'vw 'ExTày w; àv 
.ÉiTcoi xpyffoy^' ôpoç *E>,ÀY)v àvi^p; c'est Altaï, non Ektag, qui est la mbntagne d'or. 



36 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

quente entre J / et 1 a, à la fin des mots, laquelle est bien 
connue des personnes qui ont manié les manuscrits arabes, et 
s'explique aisément par la forme de ces lettres. D'où il suit qu'il 
est tout à fait légitime de corriger la forme de Tabari, tout 
d'abord pour sa finale, en attendant mieux, en ^3-<f^ Sindjiboul, 
ou plutôt J_j^3^ Sadjiboul(l), dont le second élément correspond 
absolument aux formes grecques et chinoise, qui ont une autre 
valeur traditionnelle qu'une misérable graphie arabe (2). Encore 
faut-il ajouter "qu'à la fin du vi^ siècle le titre de tchabghou, 
qui avait été celui des Huns, des Turks dans l'Antiquité, qui 
avait été porté par les Sakas, était entièrement tombé en désué- 
tude, pour être remplacé par celui de khaghan, que prit Toumen, 
au milieu du vi^ siècle (3) ; que, partant, il ne saurait être ques- 
tion, quelque quarante ans plus tard, de reconnaître cet élément 
abandonné et désuet dans le titre d'un roi des Turks. Et cela 
est d'autant plus impossible que Tabari donne à ce person- 
nage le nom de Sindjibou Khaghan, et cela par deux fois, ce qui 
signifie le khaghan Sindjibou, ce que l'on ne peut entendre 

(1) L^-*", d'où JJ-^a^-', est aussi probable dans le texte de Tabari que 
JLss-^, comme le montrent les variantes que l'on trouvera au tome II, pages 
895 et 896 de l'édition de Goeje. 

(2) C'est un fait malheureusement trop certain que les manuscrits grecs, pour 
ne pas parler des manuscrits latins et français, malgré tout le mal qu'en pen- 
sent ceux qui les utilisent, sont infiniment supérieurs aux livres dans lesquels 
se sont conservées les littératures musulmanes, et cela vient en partie des 
idiosyncrasies de la graphie arabe, qui est douée de tous les défauts et de tous 
les vices, n'écrivant point les voyelles, n'étant point capable de noter d'une 
manière palpable le vocalisme des phonèmes étrangers, le travestissant d'une 
façon ridicule, et, ce qui est pis, marquant le consonnantisme par des points, 
que la fantaisie des copistes promène dans tous les sens, en modifiant entière- 
ment la valeur des mots, jusqu'à la rendre méconnaissable; tel ■j'»^ Bontos 
« le pont Euxin », qui est devenu ^A^a^ • Nitash »; avec de semblables 
prémisses, toutes les corrections graphiques sont permises, et la critique 
verbale des textes musulmans, comme je l'ai montré dans l'édition du texte 
d'une partie de l'Histoire des Mongols de Rashid ad-Din, devient de l'équi- 
librisme; personne ne se donnerait la peine d'éditer un texte latin dans un 
pareil état. 

(3) D'autant plus qu'il y avait longtemps que les Tonghouzes avaient renoncé 
à ce titre de tchabghou, pour prendre celui de khaghan, tout au début du 
V» siècle, alors que le titre de khaghan-toun ■< reine », féminin de khaghan, fut 
créé, en 520, pour une magicienne, qui sut se faire épouser par le chef de 
ces barbares. 

[61 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 37 

OU comprendre le khaghan-tchabghou Sin (1), ce qui serait par- 
faitement absurde. 

L'interprétation de cette forme ne va pas sans quelques 
difficultés; elles proviennent de ce fait que les idiosyncrasies 
phonétiques de l'iranien oriental, auquel les Turks ont fait des 
emprunts, différaient de celles de l'Ouest de la Perse, qui ont 
créé le persan; * hlishâyathiija-puthra, qui a donné Shàhpûhr 

(1) Je n'ai jamais rien trouvé dans l'onomastique des Turks qui ressemblât à 
cet élément Sin, Sil, Dil, qui formerait la première composante de ce nom, sans 
d'ailleurs que cela soit une raison péremptoire pour nier la possibilité d'une 
telle forme; mais cette forme, à mon sens, est bien douteuse : sin, sen, en turk, 
signifie •■ toi, croupe d'une montagne, corps, tombeau ", et, en ce dernier sens, ce 
mot correspond au leyyin de l'osmanli; dit, til - la langue, la parole, la plume 
qui l'exprime » ; lin « un objet sans valeur, un sou • às-'l ^J <^.' " deux sous » 
(Ali Sina, p. 39, 1. 10); As-'l ^^'^ « un sol » {Kirk baghtché, p. 15, 1. iOj; 
ce mot, primitivement, signifie une chose sans valeur intrinsèque, comme le 
montre yj yjj\i « la plus petite chose », un morceau, un fragment de quel- 
que chose, d'où le sens de monnaie divisionnaire. Ce mot altaïque s'est perdu 
en turc osmanli ; mais le sémantisme a survécu à sa disparition, car les Turcs 
l'ont remplacé dans leur lexique par son synonyme persan para « fragment », 
auquel ils ont attribué le sens de monnaie d'une valeur infime; lin signifie 
également une bride, un licol, une longe, sans que ce mot ait le moindre rap- 
port avec un autre vocable lin, lequel signifie la respiration, l'àme, d'où l'ad- 
jectif lin-ik, lin-Uk, puis lin-dik, avec d = l - qui vit, qui respire ». Aucun de 
ces mots ne saurait devenir le nom d'un personnage; seule, une forme laïn, 
qui, en turk oriental, désigne l'écureuil ordinaire, par opposition à l'écureuil 
rayé kuruk ,^jj^.^, pourrait remplir ce rôle, sans que jamais, à ma connais- 
sance, on l'ait rencontrée dans l'onomastique des Turks, telle qu'elle est enregis- 
trée par l'histoire du Céleste Empire; tout au plus, pourrait-on expliquer la 
forme de Tabari, la forme inexacte de l'édition, Sindjibou, par tchabghou de Sin 
- souverain du Turkestan », car Sin, comme je l'ai établi à plusieurs repri.ses, 
désigne tout le Tarim, de Kashghar à Sha-tchéou, pour des raisons historiques 
et géographiques sur lesquelles je ne reviendrai pas; mais cette interprétation 
est parfaitement impossible; Sin = Tchin, dans le sens d'Asie Centrale, est un 
nom qui a été donné à cette contrée par les Musulmans, lesquels, très loin du 
Céleste Empire, ont confondu la Chine et l'Asie Centrale, qui était sa dépen- 
dance; le fait était normal; mais les gens du pays ne pouvaient commettre 
une semblable erreur, et ils le nommaient vraisemblablement Turk-yir, d'autant 
plus que chez eux, la Chine était Tabghatch ; je sais bien qu'au xvi^ siècle, 
Tchin Matchin j^t^'-* ^^rr^ est Khotan, même dans l'Ouest du Tarim; mais 
c'est encore là une expression forgée par les Musulmans, qui ignoraient tout 
du Céleste Empire, dans la partie extrême-occidentale du pays turk, sur les 
marches du plus grand Iran, à une époque de décadence intellectuelle complète, 
de la confusion des deux concepts du xiii« et du xiv^ siècle, qui discriminent 
lès deux aspects divergents entre lesquels Rashid ad-Din, lequel savait soa 
métier, a distingué la Chine du Sud et celle du Nord. 

[7] 



38 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

à Isfahan, a probablement abouti à Tchâhpùhl à Samarkand, 
avec l'équivalence tch ^= A:, kh, qui est un phénomène de pho- 
nétique générale, qui se retrouve dans le grec xCaîaap, dans le 
russe tsar, dans le hongrois csaszar, dans le turc tchasar, 
dérivant de y.0LiGap, dans le turk tchétrik « armée », d'une 
forme hindoue kshatriya-ka. Puthra « fils », dans cet idiome 
oriental, est devenu pûl, et non pur, comme en persan de 
l'Ouest, mais ce fait n'a rien que de très naturel, car l'équiva- 
lence l = r est connue; il suffira de citer ici le persan pûl, 
pul « pont », en pehlvi pùhl, en parsi puhal, qui est le zend 
peretu et pishu, avecW = s « passage », en ^di\\skv\iprthu, en 
latin por-tus, en anglais for-d « gué », dont le dialecte du 
Ouilan a gardé la forme originelle purd, dans le sens de 
« pont », le persan ^> palm « terre », qu'il faut lire pal u m, 
ce qui est peretum, à l'accusatif, ce qui est très rare, en 
sanskrit ^jr^/rww? (1) « le large », d'où au féminin prthivlm. 

(1) Il est inutile de revenir ici sur l'équivalence ri =i hl = l; elle explique le 
doublet du nom du musicien de Khosrau Parwiz, A-J^ Bahlabad, en arabe, 
Jo.u Barbud, en persan, qui est un *varta-pali « celui qui possède le privilège, 
la fortune • ; Bahlabad et Bàrbad = Bàrbud, par suite de la confusion des 
voyelles dans les lexiques, sont deux formes équivalentes; Bàrbad = Bahrbad = 
Bahlbad ; var-ta, participe passif de var-, vr « choisir », signifie « ce qui est 
■choisi, excellent, fortune, prééminence -, comme var-a, qui est le premier 
dérivé de var-, a le sens d'- excellent » ; var-la, dans le lexique zend-pehlvi, est 
traduit vas/il, que le dastour Hoshangi Jamaspji rend par « beau, bon •, en le 
considérant comme le participe passif de var-, ce qui est possible, car le mot 
pehlvi vasht, avec sh = r, peut parfaitement représenter ce même participe 
perse var-la, évolué suivant les idiosyncrasies du moyen persan; ce que tend 
à établir cette circonstance qu'à côté de ce mot var-la, traduit vashl, on lit 
dans le lexique zend-pehlvi une forme varelala, traduite varl'm en pehlvi, et 
« entourant •■, par le dastour Iloshang.ii Jamaspji; ce mot est varela-la, corres- 
pondant à la forme sanskrite vrl-ta, participe passif de vrl- •• entourer •; en 
pehlvi, vashl est généralement le participe passif de vashlan, persan gashtan, 
de *var-lanaiy, et ne se rencontre pas dans les lexiques persans avec le sens 
de « choisi, beau, excellent » ; mais, comme le zend varia ne peut être le parti- 
cipe passif de vrl-, qui est vareta-ta, il faut que vasht dérive de var-ta, dans le 
sens de • beau, choisi », de telle sorte qu'il est le doublet d'un mot persan gurd 
= var-ta, qui a pris dans la langue moderne le sens de héros. C'est ainsi que 
■pahlaw est dérivé de * parlhawa, et ainsi s'explique la forme •^ y^i qui se trouve 

dans le Mo'^djam de Yakout, vocalisée Fahradj = Fahrag (III, 862; IV, 844), 
Fihridj = Fihrig (III, 925), Fouhradj = Fouiirag (IV, 775), qui désigne deux 
localités, le Farhag de Bassora, qui est un canton de cette ville, dépendant de 
OubouUa, et une ville entre le Fars et Isfahan ; ces deux localités étant deux 

[8] 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 39 

D'où il suit que * khshâyathiya-puthra a parfaitement pu 
aboutir, dans TOrient de la Perse, à une forme tchapoul, ou, 
comme on va le voir bientôt, à quelque chose d'approchant, que 
les Célestes ont très correctement rendu Sha-pal-lo(k), avec la 
transcription du tch altaïque par leur sh, ce dont on a de 
nombreux exemples; cette forme a plus ou moins été entendue 
tishapoid par les Byzantins, lesquels, ne possédant point le son 
tch dans leur langue, furent embarrassés pour analyser ses 
composantes, ou plutôt parce qu'ils y virent un phonème com 
posé, par rapport à leur dz l, d'un 3 et de ce même :; (1). C'est 
manifestement cette forme tishapoul qu'ils ont rendue A'.;â- 
6ojX-oç, au VI* siècle (2); encore convient-il de remarquer que la 
transcription T^ÉpêcuXcv du latin servuhis {'i), du nom du sandal 
par T?,âv$ava, T^a^Ya, ■z'C.ai.-^-fio^) « botte », apporté à Constanti- 
nople par les Varègues, qui est le suédois skank, l'anglais 
shank, schenkel, en allemand, suffiraient amplement à expli- 
quer comment une forme Shàhpùr-Shàhpûl du moyen-persan 
a pu devenir Aii:â6:uXsç, sous la plume des Byzantins. 

Sans entrer ici dans le détail de cette question, qui est fort 
obscure et très complexe, il me suffira de dire que le son tcli 
de l'Altaïsme, du turk ou du tonghouze, n'était point identique 

*Partha-ka, deux « Parthiennes » ; les lexiques persans donnent de ce nom 
*Partha-ka un aboutissement bien plus réduit que la forme pehivie Fahrag = 
Pahrag, avec l = r, soit <iJ-^ Pahla, venant de * Pahlak = * Parlha-ka, Pahla 
étant le nom de cinq villes ou pays qui avaient été des *Partha-ka, à savoir 
Isfahan, Rayy, Hamadhan, Mah de Nihawand, l'Azarbaïdjan. 

(1) La voyelle i était ultra-brève, et n'aurait pas dû être écrite; A!;à6&y).0(; 
aurait parfaitement suffi; il y a des cas où même le pehlvi, comme le persan, 
écrit des voyelles brèves, non pour présumer de leur quantité, mais unique- 
ment pour marquer leur existence, de façon qu'on puisse lire le mot. 

(2) Au vn" siècle, les Byzantins entendirent cette même forme avec une vocalisa- 
tion altérée, l'a et ïou tournant à l'eu, comme cela est fréquent dans l'Altaïsme, 
mais sans la dissimilation de Is- initial en lis-, et ils la rendirent par ZteêriX, ce 
qui, dans Théophane (Chronographie, page 264), est le nom du chef des Khazars 
qui fit alliance avec l'empereur Héraclius contre Khosrau Parwiz; il me semble 
difficile de séparer Zieêr,Xde AiÇoiêou) o; ; les étymologies qu'on en pourrait tenter 
par le turk sont à peu près inexistantes; ^.jJjSw tchoubouri « loup, chien 
sauvage • est le seul mot dont le sens convienne aux idiosyncrasies sémantiques 
de l'onomastique turke, mais les Byzantins l'auraient rendu par ZieêrMi ou 
AtÇaêoûXric, l'i faisant partie intégrante du mot ; Ichoubour « foule », tchibir 
- déchiré », Ichibin « mouche •, sont manifestement impossibles. 

(3) Voir note 2, à la page suivante. 

« 

[9] 



40 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

au tch indo-européen, qu'il était moins net, intermédiaire 
entre tcha et ts, à peu près à la même distance du tch iranien 
qie du C des Hellènes; d'où il résulte que les Perses, qui ont 
été en rapport avec ce roi de la steppe, ont entendu son nom 
sous cette même forme Tishapoul, par suite de la même dissimi- 
lation, exactement comme les Persans, il y a vingt ans, parlaient 
de leur ennemi, le tesar de Russie (1), parce que l'initiale de tsar 
différait du tch persan. Tishâhpûhl, venant de la forme 
iranienne *khshâyathiya-puthï^a, avec un déplacement de 
deux aspirées, ce qui n'est pas sans exemple, ni sans probabi- 
lité, Tishhâpûl, fut entendu par les sujets du roi sassanide Tit- 
châpùUque le pehlvi écrivit t-i-tch-p-u-1 (2), ce que les Musul- 
mans transcrivirent Jj^a^^ ; je me dispenserai d'expliquer aux 
profanes comment =s^ est devenu as-*" dans J^-:^*^, que je propose 
de substituer à la forme de l'éditeur Jj^^-^-, corrigée de Ij^-. 



Ce fut par le canal du Nestorianisme (3) que s'introduisirent 

(1) Cette prononciation tesar est formellement indiquée, sous la forme de la 
transcription tisar, avec les voyelles marquées, dans la traduction en turc d'un 
rescrit émanant du tsar de Moscou, Alexis Mikhaïlowitch, père de Pierre le 
Grand (1645-1676), où l'on lit, sous une forme curieuse, le protocole du souverain 

russe, au milieu du xvu' siècle : j^ij y^3 .llalw ^Jàt ijJi sJUjbau « *L) 

_^yjLs^ ^j^v»~iJl y^ (man. turc 221, folio 149 verso). 

^(2) L'équivalence ij = s = sA est coiirante en byzantin : ?àx»p " sucre », à 
côté de ffixxap; ÇaxpÎKOv « échiquier », transcrivant le persan shalrang, ou mieux 
shatra[n]g, avec la coloration de l'a en i, et non la forme pehlvie 'tchatrang, du 
perse ' Ichatur-anga « qui a quatre côtés »; ta xilepgouXa, sorte de brodequins, 
pluriel de to xÇepêouXov, doublet de dépêouXov, qui transcrit le latin servulus; 
o^iov • laiteron », en face de ffÔYX<>ïî l'alternance sh = tch se rencontre fré- 
quemment en turk, et je n'en citerai ici qu'un seul exemple, les mots tchalang, 
shalang, qui désignent tous les deux une sorte d'aigrette. 

(3) C'est probablement à l'iranien vara, qui désigne dans VAvesla le refuge 
mystérieux dans lequel Djamshid abrita l'humanité aux jours du Cataclysme, 
que les Altaïques ont emprunté leur mot var, dans le sens de « boulevard, 
rempart »; Jornandès nous apprend que les Huns donnaient au cours inférieur 
du Danube, qui séparait leurs terres des provinces romaines, le nom de Hunnivar, 
ou boulevard des Huns, exactement dans le même sens où les Romains disaient 
que ce fleuve était leur limes (Amédée Thierry, Histoire d'Attila, I, page 256, 
note); ce mot var, dans le sens de citadelle, de réduit central d'une défense, 
d'un camp retranché, qui est absolument celui du vocable perse, s'est conservé 

tioj 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 41 

dans le turk et dans le mongol les mots nom « livre », arkhégon 
« prêtre », dont j'ai déjà parlé dans cette Revue, et le singulier 

en hongrois {ibid., page 255, n.), dans Temeswar « citadelle sur la Témès •; 
Hungwar « citadelle sur la rivière Hung », et le fait n'est pas plus étrange que la 
présence, dans la langue des Hongrois, du mot perse hazar, sous la forme ezer, 
pour désigner le nombre « mille ». La linguistique témoigne d'ailleurs que les 
Altaïques furent assez mêlés aux Aryens pour leur emprunter des éléments de 
leur vocabulaire; le turk ki)-k « 40» n'est pas une forme altaïque; ce que 
prouvent les formes du groupe samoyède, le yourak tel-yu, l'ostiak ie-sarm, 
ie-haru, sarm, faru, haru étant une formative ordinale des dizaines; de l'analo- 
gie avec les ordinaux voisins, on attendrait *deurt-u3, de deurl •■ 4 • (ou deur-uz, 
si le t de deurl est un affixe plural, comme peut le faire supposer le mongol 
deur-hen « 4 ■•), comme ol-ouz « 30 », pluriel de ot = utch « 3 » ; ou deurl-mish 
(ou deur-mish), comme alt-mish « 60 », forme participiale de allé •• G »; kirk n'a 
rien à voir avec un iranien ' Ichatmvâra-dasa, ou ' Ichathwâra-dasa (ou -dalha), 
comme en slave (non ' Ichaluwàra-çala, zend Ichalhware-çata, comme le dit 
Darmesteter, Études Iraniennes, I, 146; puhl ne dérive pas du zend pereçu, mais 
bien de la forme perse 'perelu; au contraire, sur le terrain hindou, il est tout 
à fait régulier que l'hindoustani Ichàlis dérive du sanskrit catwârinçal), qui a 
abouti en persan moderne à Ichahal <■ 40 » ; kirk est visiblement un mot emprunté 
à une forme d'une langue arj'enne de l'Asie Centrale, dérivée de l'indo-européen 
qetivor-k'ml-, sanskrit catwârinçal, de même que le russe copoki» « 40 », est 
[TEaJoapaxovTi;, la forme slavonne étant * M€TZI(>HACATZ1H, la forme russe 
MCTbipeaecflTb, le jserbe MeTupujecT, MeTpaecex. Il est certain que kirk n'est 
pas emprunté au russe sorok, qui est une forme beaucoup trop moderne pour 
que cela soit possible, puisque kirk se trouve déjà, au début du viu'' siècle, dans 
les inscriptions du Bilgil Khaghan, à Karabalghasoun ; kirk en effet est un vocable 
commun à tous les dialectes turks d'Asie, il est kerek en kobaïl, hirih en 
karagassi, avec cette même alternance h = k, que l'on trouve dans le yakoute 
iké, le tchou vache ikké, le kobaïl, le tchaghataï, l'osmanli iki « i ■•, et le 
karagassi ihi, dans le yakoute luhus, le tchouwache luhur (cf. le hongrois 
lenger » mer » et le turk lenguiz), le karagassi tohos, en face du kobaïl logos, 
de l'ouïghour.Jet turk oriental loukouz, osmanli dokouz « 9 ». Le turk eukuz 
« bœuf », le mongol iiker, le hongrois ôkor, par rhotacisme, le finnois hàrkO, 
avec la chute de l'-r final et le retournement autour de l'-r- médial, sont certai- 
nement le mot gothique auhs-a, le vieux-haut-allemand ohs-o, l'allemand ochs, 
qui dérivent du sanskrit uksh-an • taureau » ; kâz • oie » avec l'équivalence 
connue à =^ an, est le prégermanique ' ghans-, qui est le sanskrit hahs-a-s 
• cygne », le grec -/Ji^, le latin ans-er = *hans-er, l'allemand gans; encore 
n'est-il point absolument utile d'admettre que les Altaïques ont réduit le pré, 
germanique 'ghans- à kâz, puisque la forme anglo-saxonne est gôs pour ' gôns- 
d'où l'anglais goose ; le mongol boukha « taureau • ne peut guère se séparer du 
nom indo-européen du bœuf, sanskrit gâus, grec poû; pour * pwj;, latin bôs, et est 
visiblement emprunté à une forme iranisante *bava-ka, pour ' gava-ka, d'où le 
russe ôuKi. bouik, avec l'équivalence régressive tv ^ g ^ gh'^ kh, inverse dé 
celle qui a amené le turk lagh « montagne • à lao; le turk keupek et le hongrois 
szuka ' chien » sont certainement empruntés à une forme iranienne déri- 
vant du perse ' spaka, dont rexistcnce est attestée par le «inàxa d'Héfôdotè, 

m 



42 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

,_jèj^ aughour « augure, divination », que les lexiques turks 
donnent sans plus de détails, et qui est le grec al^youp, trans- 

et qui a passé en slave sous les espèces de coSana sobaka; le finnois lammas 
« mouton » est le germanique tamb ; lylàr « fille » est tochter; sisàr « sœur • 
est schwesler; sala » 100 » est une forme beaucoup plus ancienne; elle est 
empruntée à un sala ou çata, tandis que tuhalta « 1000 » est en rapport avec 
tausend; sans compter la ressemblance extraordinaire qui existe entre la flexion 
turke et celle de l'indo-européen, comme si le turk était un idiome dont le 
vocabulaire ropose pour une grande partie sur le chinois, qui lui a fourni 
presque tous ses monosjUabes, et doué de la flexion indo-européenne, avec cette 
particularité étrange que l'évolution, le développement des langues altaïques 
est fonction de leur situation en longitude, comme si elles s'étaient perfec- 
tionnées et enrichies au contact, dans la vicinité, des idiomes indo européens, 
dans le centre du continent asiatique, alors que cette influence leur manqua 
sur ses plages orientales, ce qui les laissa, comme le mongol et le mandchou, 
presque sans flexion; ce qu'Abel Rémusat, qui eut de ces questions une intel- 
ligence et une intuition supérieures à notre sentiment, n'était pas loin d'admet- 
tre. J'ai montré autre part que Darius I"', dans ses inscriptions, au début du 
v» siècle, nomme les Germaniques dans la vicinité des Sakas, des Turks d'Asie 
Centrale, ses sujets, et j'ai fait remarquer, dans le tome XX de la Patrologia 
Orienlalis, que des peuples qui vivent en Europe depuis de longs siècles, depuis 
des millénaires, ont quelquefois conservé la tradition de tactiques, ou plutôt 
de manœuvres, qui rappellent singulièrement celles que l'on peut supposer 
aux Turks et aux Mongols. Les Germains d'Arioviste, au témoignage de César, 
dans sa Guerre des Gaules (1, 48), avaient cent mille cavaliers auxquels était 
attaché un pareil nombre de fantassins agiles et braves; ils combattaient en 
liaison intime ; fallait-il se porter en avant, ou faire une prompte retraite, ces 
fantassins avaient acquis par l'exercice une telle légèreté, qu'en s'accrochant 
à la crinière d'un cheval, ils l'égalaient en vitesse (Amédée Thierry, Histoire 
des Gaules, II, 110); César |nous apprend, dans un autre passage de sa Guerre 
des Gaules (VIII, 36; ibid., II, 336), qu'au siège d'Alésia, Caninius marcha avec 
une légion romaine contre le camp du chef gaulois Drapés, et qu'il prit le 
soin de se faire éclairer par sa cavalerie et par cette infanterie germaine, habituée 
à suivre les chevaux et à combattre au milieu d'eux. 

Mais ces éléments indo-européens, germaniques ou iraniens, sont infiniment 
plus rares dans le lexique du turk-oriental que les mots qu'il a empruntés à la 
langue du Céleste Empire. Les Huns, au témoignage de Jornandès, termfnèrent 
les cérémonies des funérailles d'Attila par un grand festin qu'ils célébrèrent 
sur sa tombe, et au cours duquel ils burent et mangèrent avec excès : stravam 
super tumulum ejns quam appellant ipsi ingenti coramessatione concélébrant 
[Getica, éd. Mommsen, page 124); ce mot, que je sache, n'a jamais été expliqué, 
car la forme crpaBa de Miklosisch est une pure invention, refaite sur le stravaàQ 
Jornandès, et son interprétation est illusoire par les idiomes altaïques où l'on ne 
trouve rien de semblable. Rashid ad-Din, dans son histoire des Mongols, quand 
il décrit les grandes cérémonies de leur nation, termine son récit par cette 
mention que les princes du sang et les généraux les terminaient par un festin, 
auquel l'on buvait sec, et auquel il donne le nom de ^y^ loeï, ce qui est mani- 
festement le chinois ^i_^ loeï, dans la prononciation des xn"-xni° siècles « réjouis- 

1121 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 43 

crivant augur, dans le sens de olwvs-ôXo;, xj^oûpiov, le latin 
augurium, lequel mot paraît, au vi« siècle, dans les œuvres de 

sance, réunion tenue pour se réjouir en l'honneur d'un événement important»; 
ou, sil'on veut, f^ loy « régal, bombance » ; à des dates plus anciennes, à l'époque 
à laquelle nous reporte l'histoire de Jornandès, et aux siècles antécédents, le 
mot se prononçait Itvaï, laquelle valeur a été enregistrée par les dialectes turks, 
puisqu'on la trouve dans la langue du Tchaghataï, sous la forme jb, en osmanli 
sous les espèces de jUs, qui est rigoureusement équivalent, avec une tendance 
à une prononciation daiv; ce mot, dans le tatar, a fini par dégénérer au 
sens de toast, de santé portée à quelqu'un au cours d'une beuverie; c'est ainsi 
que l'on dit à quelqu'un Jsu U— .'J» - à ta santé ! •, et que cette personne 
répond .»j~'5^ v»„^w,' « ainsi soit-il! »; l'existence simultanée de ce mot iaio 
dans le lexique du turc osmaali et dans celui du tchaghataï témoigne de 
l'ancienneté de son emprunt par les langues altalques, puis que les Osmanlis, 
qui l'ont apporté aux rives du Bosphore, avec quelques autres vocables chinois, 
sont sortis de la steppe, pour entrer dans l'Iran avec les Saldjoukides, vers la fin 
du x" siècle, puisque, depuis cette date, ils ont perdu tout contact avec les Turks 
qui restèrent en Asie Centrale. C'est ce mot turk lao, taiv, emprunté à la 
langue du Céleste Empire, qui, à mon sens, se cache sous les fspèces du slràva 
de Jornandès, sans qu'il soit besoin d'y voir une forme corrompue par les 
maléfices des copistes. J'ai cité, à plusieurs reprises, des exemples de la 
préfixation d'une s à un vocable qui passe dans une langue étrangère, et même 
dans l'intérieur d'un même idiome; (itxpoî à côté de Tfiîxpo:, le russe oiepT-b 
à côté de mors, ce qui est un phénomène connu des langues slaves, Marakanda 
devenu Samarkand, l'anglais square en face de quadralm, (S)pransiz, en 
lithuanien, qui désigne les Français, et le hasard veut que l'un des plus caracté- 
ristiques qui s'en puissent imaginer nous soit fourni par le nom d'un des oncles 
d'Attila, dans la langue même des Huns; ce nom se trouve sous les formes 
équivalentes Ouptar et Oktar, avec p = k, mais un auteur dalmate, nommé 
Juvencus Coelius Calanus, lui donne celle de Subthar, avec ce même s- 
paragogique (Amédée Thierry Histoire d'AUila, I, 46 n.). L'explication de 
l'-r- adventice n'est pas plus difficile : le latin Ihesaurus est devenu trésor, funda 
adonné /"ronrfe, l'arabe Aa^ift v^^'i, calibre, hominem, en espagnol, a évolué 
en hombre, avec deux lettres paragogiques; Constantin Porphyrogénète 
donne aux Serbes, aux Srp, les Servii, Serbi, Sorbi, Sorabi, le nom de 
oi SÉpêXoi, avec un l qui ne s'explique pas davantage. J'ai montré, d'ailleurs, 
autre part, que la prononciation des idiomes altaïques, dans certains mots, 
semble se prolonger par des éléments consonnantiques inexplicables, qu'enre- 
gistrent les transcriptions étrangères, et même quelquefois la graphie natio- 
nale. On en trouve, dans l'histoire d'Attila, des exemples caractéristiques; un 
prince des Turks Koutrigours est nommé par Procope lavSiX, SàvSiXxoç, SivSt- 
X>oc, c'est-à-dire Sandil ou Sandilkh; un autre chef des mêmes Koutrigours est 
XmaXo; et Xivi'aXxoç, soit Khinial ou Khinialkh; sans doute, l'on peut expliquer 
ces doublets par une prononciation gutturale de V-l, analogue ou identique à 
celle du phonème arménien ij_, qui est soit gh, soit l, à la valeur de Vï 
russe devant les voyelles dures et les consonnes fortes, comme dans ôu.tb bil, 
qui, en prononciation moderne, tend vers bouyo, avec quelque chose d'analogue 

[13} 



44 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

Jean de Lydie. Ce mot aughour, dans ce sens, paraît à la fois 
dans les lexiques du turk osmanli et dans ceux du turk-oriental, 

à révolution gh'^ «f > o, de Vi du polonais, ce pour quoi le nom des Slaves 
*Slav-àn-as= *Slov-ân-as « les Slovènes • est écrit Souoêrivoî, dans Ptolémée, 
au lieu des formes plus courantes de Ix>.a6Yivoi, SxXaurivoi', SxXaStvoî, I8Xo6evot, 
avec k =1, l'adjectif simple *slav-as se trouvant rendu en grec par SxXàfioi^ 
SeXotêoi, 'AffôXàêoi, avec k = t. Cela explique, il semble, que, dans un Rivayat 
pehlvi qui se trouve en ma possession, le démon Ahriman soit nommé rc»ï):»*» 
Ibgît, ou rC5> M> Ibgit, ce qui avec g- = i = r, est 'ifrlt, ou, avec g=^i, serait 
Ibï-it, pour Iblis, avec une mutation difficilement explicable de s en l. Mais cette 
explication ne vaut point pour le nom ToOp^avôoç d'un des chefs des huit clans 
des Turks de l'Altaï, en Asie Centrale, qui est manifestement Turk'-ant, 
dans une formation obscure, Turk-anda? « le fidèle Turk? », ni pour le nom 
d'un des fils d'Attila, Denguizikh, dans lequel il faut voir le mot turk denguiz, 
« la mer », avec le kh final paragogique, ni pour celui de son petit-fils, Mundo 
ou Mundio, dans Jornandès, lequel évidemment est le nom même du père 
d'Attila, Mundzuc, dans Jornandès, MouvStoOxoÇj dans Priscus ; toutes formes 
dans lesquelles on rencontre le même élément adventice kh que dans Sandil- 
Sandilkh. Il ne paraît point, d'ailleurs, qu'il y faille voir autre chose que la 
notation très exacte d'une impression auditive, et non celle d'une formative 
turke; cela, bien que la langue des tribus dont Attila fut le chef ait possédé des 
idiosyncrasies différentes de celles du turk-oriental, la propriété, par exemple, 
de pouvoir supporter un r- à l'initiale, comme dans le nom de l'oncle d'Attila, 
qui se trouve sous les formes 'PouytXa;, 'Poùya;, 'Poùa;, avec, dans l'ultime, la 
chute de la gutturale intervocalique, qui est caractéristique des langues turkes. 
J'ajouterai, pour justifier le rapprochement du nom des Ouïghours du vhi° siècle, 
sur les frontières de la Chine, avec celui des Outighours, qu'il est indis- 
cutable que les noms des tribus altaiques, que ces clans eux-mêmes, n'étaient 
point localisés en Asie, ni dans une partie de l'Asie, puisque, vers 560, au 
témoignage de Ménandre, p. 100, les War-Khouni, les Pseudo-Avares, plus ou 
moins au service de l'empereur de Constantinople, écrasèrent, sur les marches 
du monde byzantin, les Sâbires, ïaêsCpoi, les Sien-pi des auteurs chinois, qui 
ont donné leur nom, Sibir, à la Sibérie, après avoir anéanti les Outigours, qui 
étaient en guerre avec les Coutrigours, sans s'inquiéter de savoir si les 
Outigours étaient les alliés des Romains et faisaient la guerre à leurs adversaires. 
Il faut remarquer, ce qui confirme ce que j'ai dit autre part de l'identité 
d'Oughouz et d'Attila, que, dans la tradition hongroise (Amédée Thierry, 
AUUa, II, 389), Attila, tout comme Oughouz, dans le récit de Rashid ad-Din, 
conquiert tout l'Occident, y compris l'Espagne, l'Italie et l'Afrique; il n'y a 
point de doute que la tradition nationale des Hongrois ne soit un très léger 
remaniement de celle d'Oughouz, telle qu'elle se trouve exposée dans le récit de 
Rashid, lequel ne fait que répéter la légende turke; les Magyars, pour conquérir 
le monde {ibid , II, 382), lèvent une armée de huit corps de dix mille hommes, 
conformément à la tradition militaire altaïque, qui obéissent à six généraux, 
trois de la famille de Zémeïn, et trois de la famille de Erd; les trois chefs de 
Zémeïn sont Bêla, Kerve et Kadisha; les trois généraux de Erd sont Attila, 
Bléda, Réwa, qui n'est autre que Roughas, frère du conquérant, ce qui 
ressemble étrangement à l'histoire des six fils d'Oughouz, trois de l'aile droite, 

[14] 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. ' 45 

du tchagliataï; sa présence dans le vocabulaire des clans turks 
d'Orient est la preuve évidente qu'il n'est pas entré dans la 
langue turque, en Europe, par un emprunt, au xiii" ou au 
XIV® siècle, au grec byzantin, comme, par exemple, iji.^î 
orfana, du grec o^'^xtc^, avec le sens de « fille de joie », que l'on 
chercherait naturellement en vain dans Babour ou dans Mir 
Ali Shir; il est clair que les nombreux vocables turcs qui 
appartiennent à cette catégorie, ne se retrouvent jamais, sous 
aucun prétexte, à aucune occasion, dans la langue du pays de 
Tchaghataï, de l'Asie Centrale, du Turkestan. 

La présence d'un mot grec dans les idiomes altaïques orien- 
taux qui furent parlés dans les steppes Centre le Kan-sou et le 
Djaïhoun, ne peut s'expliquer, et ne s'explique en réalité, dans 
le domaine religieux, que par un emprunt fait au grec, ou à un 
idiome qui l'avait lui-même pris à la langue hellénique, à 
l'époque à laquelle le Christianisme, sous la forme de ses deux 
hérésies orientales du Manichéisme et du Nestorianisme, vivait 
dans le Tarim, dans leTakla Makan, et au delà, à une date qui 
peut varier beaucoup plus qu'on ne le croit généralement, du 
III® au xiv" siècle, mais plus voisine dii iv® ou du vi* que de la 
dynastie des Yuan. La présence dans le turc d'Europe de ce mot 
aughour montre en effet qu'il est entré dans l'Altaïsme à une 
date certainement antérieure au x' siècle, puis que c'est à cette 
époque que les ancêtres des Turks Osmanlis sortirent de l'Asie 
Centrale, pour entrer en Perse avec la famille de Saldjouk. 

et trois de l'aile gauche, que j'ai exposée d'après Rashid, dans les Rendiconli 
délia reale Accademia dei Lincei, 1925, avec cette complication ciue cette histoire 
se trouve telle quelle dans ce qu'Hérodote raconte des Sc}thes. Les Hongrois, 
fatalement, ont déplacé Attila, dans leur adaptation de cette légende, et c'est 
un fait qui n'a rien de surprenant, quand l'on réfléchit au nationalisme de ces 
peuples. En ce qui concerne les rapports des Altaïques avec les Germains, il 
convient de remarquer qu'au w" siècle, tous les clans germaniques, la plupart 
d'entre eux tout au moins, étaient les vassaux d'Attila; leurs chefs Ardaric, 
Valamir, Théodémir, étaient beaucoup plus ses amis que ses sujets; c'est un fait 
incroyable que le roi des Vandales, au iv siècle, Hunneric, ou Huneric, un 
pur Germain, porte le nom de roi des Huns, et cela montre combien était intime 
l'alliance des Germains et des Turks; encore à cette époque, les Huns étaient-ils 
infiniment plus enragés contre Rome que les Germains; Attila ne rêvait que la 
ruine de l'empire romain, de même que le khaghan des Avars, qui assiégea 
Coustantinople, en 626, de connivence avec l'armée perse, délirait à l'idée de 
s'emparer de la capitale byzantine. 

[151 



46 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 

Auyoup, aùyoûpiGv sont des mots à ce point rares et inusuels dans 
le grec byzantin, qu'il est évident quece n'est pas aux rives du 
Bosphore que aughour entra dans la langue turke, et que les 
Turks l'ont apporté avec eux du Takla Makan. 

Erken ^^t, en osmanli et en tchaghataï, « homme non 
marié, célibataire », erké, en tchaghataï, dans le même sens, 
avec la chute régulière de Y-n finale, appartiennent à cette 
catégorie de mots grecs empruntés par la voie du Christianisme, 
aux siècles du haut moyen âge ; ils représentent en effet l'abou- 
tissement normal de erkéghon « prêtre chrétien » ; ils ne 
sauraient en effet entrer dans la série bien connue er-kek, 
osmanli ^jJ^j^, tchaghataï ^l^^J, er-guedj, osmanli ^j\, 

tchaghataï -'■'(^J, avec le suffixe participial -guetch, de er 
« homme », auxquels mots on comparera le mongol er-ké 
« puissance »; c'est ce que montre suffisamment l'opposition 
sémantique de leurs sens avec la signification de erghen ^j\ 
« vierge », qui est turk, et non persan, malgré les lexiques, ce 
mot étant manifestement er[ké)ghon, dans le sens spécial de 
moine du haut clergé, non marié; aucun de ces vocables, pas 
plus que er « homme », qui est vraisemblablement le sanskrit 
{n)ar[d], avec l'affaiblissement de Va en e, ne se rattache au 
verbe ir-mek « être, exister », d'où ir-guen ^^', ir-al ^y\ 
« existant », avec i et non e. Éren, en turk osmanli, « homme 
poli, courtois », est l'aboutissement de erkéghon, avec la chute 
des deux gutturales : er[k)é{gho)n, et la réduction de la diph- 
tongue, éréon > éren; tous faits qui sont absolument conformes 
aux idiosyncrasies des idiomes altaïques et tonghouses; il est à 
peine besoin de faire remarquer que ce mot éren ne saurait, en 
aucun cas, être une forme de participe actif de ir-mek, qui serait 
iren, ni d'un verbe *er-mek, lequel n'existe pas. 

Erghat vO^^.'> Q^i ^^ trouve à la fois dans le turc d'Europe 
et dans celui d'Asie, le grec ïç)^ÔLxr^z, en tchaghataï, peut être 
un emprunt beaucoup plus récent, du temps des Timourides 
de Hérat, jusqu'à la fin du xv'' siècle; car il est hors de doute 
que ces princes faisaient venir de Syrie des techniciens chrétiens 
pour exécuter dans leur capitale, aux pieds du Paropamise, de 
délicates sculptures sur pierre, qui ne sont point dans les 

[16] 



CHRISTIANISME" ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 47 

moyens des praticiens persans; il en va de même de Tosmanli 
erghad :)U,I, qui semble bien, dans le vocabulaire turc d'Europe, 
un emprunt qui date de l'époque à laquelle les Osmanlis se 
trouvèrent en contact avec les Byzantins, au xiii'' siècle, et, très 
probablement, dès qu'ils s'installèrent dans les provinces de 
Roumélie; il y a peu de vraisemblance que l'emprunt de ce 
vocable doive se placer au cours de la période en laquelle 
les Altaïques vivaient en confédération entre la frontière du 
Céleste Empire et le Khorasan. 



Les Turks, dans l'Antiquité, au voisinage de l'Iran, ne pou- 
vaient pas plus se soustraire au prosélytisme de la religion du 
Feu qu'ils n'échappèrent à l'influence du Taoïsme, qui était la 
religion ancienne du peuple dans le Céleste Empire, dont les 
lettrés seuls pratiquaient les sévérités du Confucianisme. Les 
clans altaïques erraient entre les frontières d'une Chine qui était 
loin d'être aussi étendue que celle des Han ou des Thang, et 
les marches de l'Iran, dont l'intluence s'étendait en Asie Cen- 
trale, loin dans l'Est du Pamir, dans les plaines ou s'élèvent 
Kashghar et Khotan; les Turks empruntèrent à leurs deux puis- 
sants voisins tous les éléments de leur civilisation rudimentaire; 
il est visible qu'ils prirent à la Chine le culte du Ciel bleu, 
de la Terre noire (l), ainsi que des esprits, ce qui est l'essence 
du Taoïsme, puis qu'ils connurent le Zoroastrisme, le Boud- 
dhisme, le Manichéisme, le Nestorianisme, pour finir tardive- 
vement par l'Islam. Que les Turks, au \f siècle, aient été 
mazdéens, qu'ils aient pratiqué un Magisme sommaire, c'est 
ce que prouvent les titres qu'au témoignage de Théophylacte 
Simocatta (-2) prenait le souverain de leur nation, dans sa mon- 
tagne de l'Altaï, qui se faisait nommer « le grand khaghan, roi 
des s^t nations et des [sept] climats du monde habité : h [x^yaç 

(1) Le commencement de l'inscription du Bilga Khaghan, sur l'Orkhon, au 
viii* siècle : « Quand le Ciel bleu, en haut, quand la TeiVe noire, en bas, eurent 
été créés, entre les deux furent créés les fils des hommes », reflète nettement 
l'inspiration chinoise, dans un sens qui rappelle l'Orphisme : <• Phan-Icou fut le 
premier souverain; en ce temps-là, le Ciel et la Terre se discriminèrent...; 
l'homme naquit entre les deux » (Wieger, Textes historiques, 19). 

(2) 190. 

[171 



48 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

Seaiîixr;; éTCxà Ysvewv v.6pioq [kizToc] xXiixaxwv Tf^q o'.y.ou[j.£VY;g. Ce 

concept de la division du monde en sept climats, répartis 
autour d'un climat central, est caractéristique du Mazdéisme; 
on le retrouve dans toute la littérature épique de l'Iran, qui 
repose sur la tradition de ÏAvesta, plus ou moins altérée et 
interpolée; l'un des plus jolis poèmes lyriques de Nizami 
narre, dans une forme exquise, les amours du roi sassanide 
Bahram Gour avec les filles des sept rois de la terre, et 
porte en conséquence le titre « les sept Portraits ». 

A cette même date, le célèbre Bayan, khaghan des War-Khouni, 
se défendant de vouloir faire le moindre tort aux Byzantins, en 
construisant un pont sur la Save, jura en ces termes, comme 
nous l'apprend Ménandre, dans sa relation des ambassades à 
lacour romaine, vraisemblablement en présence de ses sorciers: 
« Si ... je commets un acte qui soit de nature à faire tort aux 
Romains,... que le Ciel tombe sur mes sujets, que le Feu, qui 
est le dieu du Ciel tombe sur eux (1) », ce qui ne saurait guère 
être plus formel ; et ce Mazdéisme des Altaïques me parait ainsi 
plus évident, ou tout au moins plus profond, que celui des 
Slaves au vi" siècle, qui reconnaissaient deux principes, un dieu 
blanc et un dieu noir zcerneboch [tcheniabogh), dont le second 
seul avait des temples, puisqu'il n'était point urgent d'invoquer 
le premier, qui était inoffensif. 

Mais le Zoroastrisme de Bayan et de ses sujets, comme celui 
des Indo-Scythes, n'était pas une entité si bien définie qu'elle 
exclût les autres aspects des croyances humaines qui entouraient 
l'Altaïsme; ce Mazdéisme élémentaire des Turks n'excluait pas 
le Taoïsme, et pas plus le Bouddhisme, que le Christianisme, 
puisqu'en cette période un souverain des Avars se nomme 
Brahman, ce qui est une forme éminemment bouddhique. Le 
culte des Altaïques était une formule complexe, en laquelle 
venaient se mélanger des éléments empruntés aux ^rmes 
religieuses des nations qui étaient leurs voisines, et il est 
aussi difficile de xiire quelle était la véritable religion de 
Bayan, que de préciser celle de Kanishka au premier siècle, 
ou celle de Khoubilaï Khaghan, au xiii^; les Hindous regardent 

(1) 128. 

[181 



CHRISTIANlSiME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 49 

Kanishka comme l'un des fondateurs du Bouddhisme, et ils 
le vénèrent presque au même titre que le Priyardarçin, ce 
qui n'empêche qu'on ne lise sur ses monnaies plus de noms 
de divinités zoroastriennes que d'onomastique bouddliique; je 
ne répéterai point ici ce que j'ai dit, dans un numéro précé- 
dent de cette Revue, sur le singulier éclectisme de Khoubilaï 
et de ses successeurs, les empereurs Yuan. 

('ette tradition fut de tous les temps, chez les Altaïques, 
Turks ou Tonghouzes; ils n'avaient pas l'esprit assez délié 
pour oser faire un choix dans la complexité des théories 
humaines; ils syncrétisèrent un peu de chacune d'elles dans 
une forme élémentaire, de manière à être bien sûrs de trouver 
la vérité au moins sur un point, ce qui était pour eux un moyen 
facile de se tenir l'esprit en repos, et ce qui est, en somme, 
ce que tenta Akbar, en grand, au xvi" siècle. Aussi voit-on le 
khaghan Bayan, immédiatement après ce serment solennel 
au grand nom du Feu, jurer sur les Évangiles, qu'il reçut avec 
les plus grands respects, et qu'il regardait même avec terreur : 
« Je jure par le nom du Dieu qui a proféré les paroles contenues 
dans ce saint Livre » (l). C'est manifestement ce Mazdéisme, 
d'ailleurs fort incomplet, des Altaïques, qui explique une 
assertion de la légende de VAvesta, suivant laquelle Afràsyàb, 
le roi des Turks, Tennemi acharné de la,dynaslie des rois kéa- 
nides, porta un instant la Gloire royale, le Hvarenô, de l'Iran, 
dont il avait en vain cherché à se rendre maître, le jour où il 
battit et tua le tyran arabe Zaînigàv, qui avait envahi la Perse. 

Ces Turks, comme les Musulmans du Tarim, au xv" et au 
xvi® siècles, ne rapportaient des villes de la Perse orientale que 
des traités élémentaires, des recueils de prières, tout au plus, 
pour le clergé de l'Asie Centrale, le Vasna, qui est le cœur, la 
partie essentielle de la Loi zende, en délaissant ses commen- 
taires, sa légende, qui ne les intéressaient point, sa jurispru- 
dence, dont ils n'avaient que faire dans l'ambiance du Céleste 
Empire. 



C'est une doctrine courante que VAvesta, tel que nous le 

(1) Théophylacte Simocatta. 1-28. 

ORIENT CHRÉTIEN. ' 4 



50 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

connaissons, est un recueil incohérent de fragments du texte 
qui existait à l'époque sassanide, mis bout à bout, sans logique,, 
ni métliode, quelque chose d'analogue aux fragments de Mané- 
thon ou de Bérose, que l'on a péniblement coUigés en dépouil- 
lant les auteurs de la décadence qui les avaient utilisés. 

Cette théorie est inexacte; elle est née dans l'opinion de 
srrammairiens, et non d'historiens; elle ne saurait tenir devant 
un examen sérieux du Yasua et du Vendîdâd, du Rituel et du 
Code de la purification, tels que nous les possédons, devant 
l'analyse des livres qui constituèrent le grand Avesta, telle 
qu'elle a été faite en Perse, au haut moyen âge, au ix" siècle, 
en pleine époque musulmane, mais à une date à laquelle 
l'Islam, malgré ses victoires, était encore loin d'avoir triomphé 
du Mazdéisme qui le battait en brèche, et le tenait en échec; 
il est surprenant que cette doctrine ait été émise après ce que 
Darmesteter a écrit dans le troisième volume de sa traduction 
du Zend-Avesta (1), à la lin du dernier siècle. 

C'est un fait visible que les adorateurs du Feu, après le 
déclin de l'Iransime, de 1030 environ à la fin du xiii*' siècle, 
surtout après les persécutions de Ghazan Khan, car il ne faut 
pas oublier que le manuscrit le plus ancien du Yasua est de 
1323, ont su conserver intactes les parties essentielles de leur 
Loi, en sacrifiant délibérément tout ce qui, dans cette collection, 
n'était pas original, tout ce qui n'apprenait rien de plus que ce 
qu'ils gardaient, ou les li^■res dejurisprudence, qui ne pouvaient 
plus leur servir, puisqu'ils étaient passés sous la loi de 
l'ennemi. Ils gardèrent les prières, en se débarrassant des 
commentaires qu'en avaient écrit les hommes, le Veiid/dâd, 
dans lequel se lisait la parole d'Auhrmazd, et ils renoncèrent 
aux livres de chicane et d'administration, ce en quoi ils se 
montrèrent sages et avisés. Ils préservèrent les textes autour 
desquels pouvait se refaire le Mazdéisme, si telle était un jour 
la volonté divine, ne doutant point un instant qu'il se trouverait 
toujours des cuistres pour en écrire des gloses insipides, pour 
submerger leur texte sous les flots d'une érudition vaine et 
puérile. Plusieurs de ces livres, les traités de droit civil, de 

(1) Pages? et sqq. 

[20] 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 51 

jurisprudence, n'avaient pu vivre sans subir des remaniements 
destinés à les tenir à jour, peut-être, probablement même, des 
réfections totales, écrites à une date tardive, dans un idiome 
plus que mort, comme le Vaètha zend, dont j'ai publié la 
traduction, dans la Revue de Linguistique, par des gens 
qui le savaient fort mal ; si bien que ces livres n'auraient pas 
beaucoup plus d'autorité que les traités de scolastique écrits 
en latin, au xiii" ou au xiv" siècle, par les étudiants en théologie, 
sur les pentes de la montagne Sainte-Geneviève, lesquels ne 
sauraient nous renseigner sur le latin de Scipion l'Africain, de 
Plante, de Térence. 

L'auteur du Ih'iikaii nous apprend qu'au ix" siècle, lesnasks 
de l'Avesta étaient répartis en trois sections de sept livres, 
suivant une division traditionnelle, qui rappelle la répartition 
alexandrine des Ennrac/es de Plotin : les livres liturgiques; 
les traités de jurisprudence; la légende et l'éthique. Cette 
division est artificielle et incomplète; elle trahit un arrangement 
tardif, au moins secondaire, de pièces anciennes autour d'un 
nombre consacré; elle se retrouve dans les sept climats, dans 
les sept Amsliaspands, dans le Yasna aux sept chapitres; encore 
les auteurs de cette répartition ne se sont-ils pas astreints à 
suivre un plan rigoureux, car l'on trouve de la légende, de 
l'histoire, dans les trois sections, des parties liturgiques dans la 
seconde, qui ne devait théoriquement comprendre que de la 
jurisprudence. 11 est visible que les personnes qui se sont livrées 
à ce travail se sont inspirées lieaucoup moins de la logique que 
du désir de faire des sections rigoureusement égales; cette 
artificialité révèle une basse époque, une période de décadence, 
au cours de laquelle linspiration défunte, et même l'intelligence 
des beautés plastiques, ont fait place à la stérilité de la critique 
et au commentaire des œuvres qui ne sauraient plus naître. 

Le premier livTe de la première section, le Stôt Yasht « les 
prières de louange », ç?,i entièrement conservé dans le Vasna, 
tant dans les (kltlias « les chants liturgiques », écrits en vers, 
que dans les parties en prose, moins sacrées que les Gàthas, 
qui sont le cœur de X Avesta, autour desquelles est née toute 
la liturgie. Au ix'' siècle, comme à l'époque sassanide, et sous 
les royautés antérieures, le Yasna, le Rituel, formait la partie 

[21] 



52 REVUE DE l'orient CHRÉTIExN. 

■essentielle du Livre, et c'est en cette qualité qu'il a toujours 
fig-uré en tête de VAvesta. 

C'estun fait visible que les autres nasks de la première section 
du grand Avesta sont des commentaires du Stôt Vasht, du 
Rituel original, auquel, comme on va le voir bientôt, les Maz- 
•déens des xi^-xiii^ siècles ont ajouté les recueils de prières qui 
se trouvaient dans les autres nasks ; le Sùtkar « le bénéficiant », 
le second livre de la première section, était formé de légendes 
relatives aux prières, qui sont des contes de bonnes femmes, 
des histoires de nourrices en goguette, d'explications de leurs 
•vertus; l'esprit de .ce livre, dont on retrouve quelques souvenirs 
épars dans les Rivaiets, a passé dans les insipides explications 
persanes des prières arabes; il est inutile d'insister sur leur 
nullité; elle est suffisamment connue des personnes qui ont 
étudié la littérature de l'Iran; la perte de ce fatras n'est point 
^un événement irréparable dans l'histoire du monde. 

Le troisième nas^k, le Varsht Mansar a la prière efficiente », 
était le commentaire des Gàthas, chapitre par chapitre; le 
quatrième, le Bak « le divin », un commentaire des Gàthas, et 
des textes y annexés ; trois chapitres du Bak ont été insérés dans 
le Yasna (has 19-21); ils contiennent le commentaire des 
trois prières essentielles du rite mazdéen, et c'esl, manifes- 
tement à ce titre qu'ils ont été conservés par les Perses : 
VAhuna vairya (1" fargard du Bak), YAshem vohu vahisli- 
tem asti (2" (diVgdiYd du Bak), le Yèhhé hàtam (3* fargard du 
Bak); cette interprétation des trois grandes mantras est très 
ancienne, presque aussi archaïque que les prières elles-mêmes ; 
la valeur littéraire de ces invocations est iniiniment supérieure 
à celle des autres prières du Zoroastrisme; elle est égale à 
celle des meilleures parties du Yasna; elles sont la partie 
essentielle de l'oraison mazdéenne; c'est en ce sens que leur 
commentaire paraissait en tète du Bak, et les adorateurs du 
Feu divin ont témoigné de la sûreté de leur goût en nous 
conservant l'harmonie de leur texte. 

Le cinquième nask, le Vashtag, était perdu au ix*" siècle, 
tant le texte zend de cette partie de VA vesta, que sa traduction 
pehlvie; il consistait visiblement, comme le montre assez son 
ambiance, en commentaires sur la partie en vers du Stôt Yaslit, 

[221 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TLRKS ORIENTAUX, 53 

puisque le Dinkart (VIII, 20, 162) dit que le Vashtag et le 
Hàdhôkht permettent également d'acquérir toutes les connais- 
sances qui sontrequises et nécessaires pour lacompréliension des 
Gàthas, pour apprendre leur texte par cœur, et pour le réciter 
suivant la règle établie par la liturgie. Ou le Vashtag faisait 
absolument double emploi avec le Hàdhôkht, ou ces gloses 
devaient être fort médiocres et n'avoir aucune sorte de valeur, 
pour avoir disparu aussi rapidement après la chute de la 
monarchie sassanide, à une époque à laquelle, comme je l'ai 
montré autre part, le Mazdéisme était loin d'avoir perdu sa 
puissance dans la terre iranienne ; les deux iiypothèses, d'ail- 
leurs, se confondent, ou à peu près. C'est un fait certain que 
l'auteur du Dinkart, au ix^ siècle, qui était fort bien renseigné, 
fait le plus grand cas du Hàdhôkht, qu'il considère comme l'une 
des armes les plus puissantes qui existent pour se défendre 
contre les attaques du démon, tandis qu'il ne parle qu'en termes 
vagues du Vashtag, ce qui prouve que la tradition zoroas- 
trienne ne lui attribuait pas une très grande importance. Le 
Varsht Mansar et le liak faisaient également double 
emploi avec le HàdhôkJd; c'est parce que le Varslït Mansar 
était, à tous les points de vue, fort inférieur au Hàdhôkht et 
au Bak que les Mazdéens l'ont complètement négligé, alors 
qu'ils choisissaient dans les deux autres nasks les parties qui 
étaient le plus originales, qui avaient une valeur littéraire 
évidente. Le sixième, le Ilàdhnhlit, faisait aussi de l'exégèse; 
le Dinkart nous apprend en effet que ce nask était divisé en 
trois livres d'étendue très diffi'rente; la première partie con- 
tenait ce que le Dinkart nomme des détails de tout genre sur 
YAhuna vairya, c'est-à-dire toutes les vertus de cette oraison, 
suivant le rang et la dignité des personnes qui la récitent; ce 
commentaire perpétuel était énorme par rapport à la longueur 
de cette incantation; la seconde partie était extrêmement con- 
sidérable; elle contenait tout ce qui a trait au gouvernement 
des âmes, aux manières diverses d'acquérir la sainteté qui 
conduit au Paradis, vraisemblablement une foule de prières 
liturgiques employées comme des mantras, comme des formules 
cabalistiques; la troisième partie en formait un appendice; 
elle était formée d'un recueil de toutes sortes de prières efli- 

[•23] 



54 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

caces pour les hommes, ce qu'il faut entendre, je pense, de 
prières réservées aux laïques, tandis que celles de la seconde 
partie étaient spéciales aux clercs. Le fait que le Hàdhôkht 
était presque uniquement composé de commentaires d'oraisons 
est suffisamment établi par les parties que les Mazdéens en 
ont conservées pour les ajouter au texte du Stôt Yasht : un 
chapitre sur la puissance de la prière Ashem vohu (Vashtxxi); 
un autre sur le sort des âmes après la mort {Vasht xxii); le 
Srôsh i^asht Hàdhôkht {Vasht xi), qui consiste en une série 
d'invocations au saint Sraosha; six passages, mélangés avec 
un texte avestique beaucoup plus récent, de VAfrln-i Gàhcin- 
bâr, qui se trouvent dans plusieurs manuscrits de VAfringân-i 
Gâhânbâr (1); le Fsilsha Màthra [Yasna 58), qui consiste 
en un chapitre consacré à l'éloge de la prière, et qui termine 
les Gâthas, ce qui fait qu'on le considère comme gâthique. 

Le septième nask, le Spand, « le Saint », suivant l'expression 
même du Dhikart, était formé de textes que l'on a qualifiés de 
gâthiques, sans qu'ils le soient réellement; il contenait l'his- 
toire de Zoroastre, et son apocalypse, qui se retrouve dans le 
Bahman Vasht; son esprit a passé dans l'Islam avec l'Apo- 
calypse de Mahomet, que j'ai étudiée dans un autre mémoire; 
il est visible que le Spand a été placé à la fin de cette section, 
uniquement pour compléter le nombre de ses sept tomes, pour 
des raisons de symétrie, dans une intention toute mécanique. 

Si Ton fait abstraction du Spand, qui est un livre historique, 
au moins dans le sens où l'entendent les Orientaux, la seule 
partie véritablement originale de cette première section, celle 
de la Liturgie, consistait tout uniment dans le Stôt Vasht, 
dont les cinq autres n'étaient que des commentaires. Il faut 
croire que les Mazdéens estimaient assez peu cette œuvre exégé- 
tique, puisque, au ix^ siècle, ils avaient laissé perdre le Vashtag, 
et puisqu'ils ne prirent que des extraits des autres nasks. 
L'esprit de cette littérature de gloses et d'interprétations plus 
ou moins heureuses se retrouve dans les commentaires du 
Koran, qui furent écrits par des Persans, par Tabari, par Zama- 
khshari, par Baïdhawi, caries Bédouins s'inquiétaient très peu 
d'une œuvre semblable, et ils la laissaient aux sédentaires du 

(1) West, Pahlawi texls, IV, 483. 

[24] 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 00 

plateau iranien; ils forment des livres très savants; mais ils 
n'éclairent guère les obscurités d'un texte qu'ils écrasent sous 
le fatras grammatical, et sous un débordement d'érudition à 
coups de fiches; leurs auteurs sont des philologues, et non des 
artistes; Tesprit des livres leur échappe; ils ne voient point 
leurs véritables obscurités; ils s'inquiètent beaucoup plus de 
faire une œuvre volumineuse, énorme, ce qui est facile, que 
d'interpréter la pensée fugitive du Livre, ce qui est autre- 
mont difficile, et leur utilité souvent est des plus contingentes. 

La seconde section était formée de quatre nasks juridiques : 
le Vendidâd, qui traite de la purification, et se trouve conservé 
dans son entier; le Nlkàtùm et le (hinbà-sar-nidjat, qui trai- 
taient de la répression des délits, des lois de la guerre, et qui 
formaient l'essence du code pénal; le Sakàtùm, de questions 
rituelles voisines de celles qui se trouvent traitées dans le 
Vendidâd, et de questions relatives à la propriété et au statut 
financier des adeptes du Mazdéisme; ces trois livres sont perdus; 
il ne reste que quelques citations du Xikàtùm dans le Vaètha, 
dont le texte est dans un état pitoyable. Les Mazdéens, au 
xi^ siècle, quand ils se rendirent compte que l'Islam avait 
définitivement triomphé dans l'Iran, abandonnèrent ces trois 
livres qui leur étaient inutiles, puisque la jurisprudence qu'ils 
exposaient n'était valable que dans un état mazdéen, alors que, 
désormais, ils se trouvaient soumis, dans leur patrie, à la loi 
des princes musulmans, qui les jugeaient d'après la jurispru- 
dence islamique; ils gardèrent intact le Vendidâd, le seul qui 
leur importait, parce qu'il était un livre de droit canon, et non 
de droit civil, parce qu'il contenait leur jurisprudence reli- 
gieuse, qui serait toujours valable dans l'intérieur de leur 
communauté, derrière les portes closes de leurs temples, dans 
tous les pays où il plairait au destin de les conduire, sous 
quelque loi civile qu'ils dussent vivre. 

Trois livres complétaient cette série, sans avoir aucun rapport 
avec les quatre premiers : le Hùspâram, rituel d'administra- 
tion ecclésiastique, dont l'un des chapitres, le Nirangistân, 
traite de l'enseignement du clergé, des règles du séminaire, 
et nous a été conservé presque dans son intégralité; il va 
sans dire que la rédaction de ce rituel était tardive, et le texte 

t25] 



56 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

du Nirangistân ne donne pas une haute idée de sa valeur ; les 
Zoroastriens le gardèrent par suite de son utilité immédiate, 
en sacrifiant les autres chapitres du Hûspàram; le Tchitradât 
contenait la légende de l'Iran, telle qu'elle se lit dans le Boun- 
dahishn et dans le Livre des Rois, dans l'esprit du Spand; le 
septième nask, le Bakân Yashi « le sacrifice aux dieux », 
aurait dû prendre place dans la première section, immédiate- 
ment après le Stôt Yaslit, puisqu'il contient des détails sur 
l'adoration d'Aûhrmazd, le plus grand des esprits divins bakân,. 
d'où le nom de ce nask, et de tous les anges de la cosmo- 
gonie mazdéenne (1); une très grande partie de ce Bakàiv 
Yashi se trouve conservée dans le long texte des YasJits i-xx, 
lesquels, d'après le calcul de West, comptent 22.000 mots du 
texte de VAvesta. D'où il suit que les Mazdéens, en fait, ont 
gardé la partie la plus importante de cette troisième série, sa 
partie liturgique, le Bakân Yasht, et la jurisprudence cano- 
nique, le Vendidâd, dans laquelle on trouve, comme on va le 
voir, des remaniements opérés à l'époque parthe. C'est dans le 
même esprit qu'ils ont conservé la partie rituelle de la troisième 
section, avec les Slrôza/is et les Gâ/ts, qui sont des prières 
consacrées aux génies des jours et des i)arties en lesquelles 
se divise la journée. Ils abandonnèrent le texte du iJâindât,. 
qui était la cosmogonie et la genèse du Zoroastrisme, estimant 
que les manuels et les épitomés qu'on en avait tirés étaient 
très suffisants pour faire connaître la substance de ces légen- 
des; on la retrouve dans le Boundainshn, et l'on referait 
certainement des passages du Dâmdât, si l'on pouvait remettre 
dans la langue dite zende les nombreuses citations de VA vesta,. 
qui sont introduites par ces mots : pùn Din yamaUànlt algh 

« il est dit dans la Loi que », Din' << Loi » n'ayant 

pas d'autre sens que celui iVAvesta (2). Tout le reste de cette 
section, qui traitait de discipline et d'éthique, s'est perdu, ainsi 
que le dernier livre, lequel traitait de l'histoire merveilleuse 



(1) West, Pahlawi texts, IV, 34. 

(2) Ap-ash Din gavishn-i Aûhrmazd yahvnnal madam Zartùhasht ii l'ishldsp 
malkû-i kashwarigân dâsht « Et la Loi est la parole d'Aûhrmazd (ju'il a 
adressée à Zartùhasht (Zoroastre) et à Vîshtâsp (Goushtàsp), le roi des hommes 
qui- habitent dans les climats (de la terre) ■■, dit un Rivàyat pehlvi. 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 57 

deVishtàsp, sous une forme qu'il serait intéressant de connaître, 
pour la comparer à l'étrange récit du Livre des Rois ; les, 
Mazdéens savaient sans doute à quoi s'en tenir sur la valeur 
de ces légendes, car ils n'ont conservé que la partie liturgi- 
que de cette section, le Vishtdsp Yasht {Yashts 23-21). 

Cette anahse du Dinkart montre qu'au ix* siècle, il n'exis- 
tait plus trace, dans VAvesta, des textes occidentaux, que 
Shàhpôuhr 1", fils d'Artaklishatr P'" (Ardashir) (l), avait fait 
fondre dans le Canon mazdéen. Il n'en faut nullement conclure 
que cette histoire, sous la forme où elle est racontée par le 
Dinkart, soit une légende; l'élimination de ces documents 
étrangers s'était déjà opérée sous le règne des Sassanides ce 
qui n'a rien d'étonnant; ces éléments n'étaient point faits pour 
l'intellect des Perses du iv" ou du v' siècle, et la xénophobie 
des Mages s'exerça contre eux, de telle sorte que la tentative 
de Shàhpoùhr P"" resta sans lendemain; leur perte était fatale; 
il ne faut point croire que les Orientaux, à quelque nation qu'ils 
appartiennent, soient capables de s'assimiler les résultats de 
notre civilisation ; ils ne songent qu'à s'en débarrasser, et quand 
ils s'en servent, c'est uniquement pour nous combattre; ce n'est 
point là un fluide qui puisse entrer dans leur circulation. Les 
Turcs, au cours de la guerre, menacèrent de faire sauter Sainte- 
Sophie, si l'armée anglo-française forçait Constantinople : 
« Après tout, disaient-ils, Sainte-Sophie ne nous importe pas; 
ce n'est pas un monument turc; c'est une bâtisse grecque; ce 
à quoi nous tenons, c'est à la mosquée d'Andrinople, ou à la 
Solaïmaniyya, qui ont été bâties par nos sultans ». 

Beaucoup de ces livres, tous les livres de droit, d'adminis- 
tration, de jurisprudence, d'histoire, étaient loin d'être aussi 
anciens que le Stôt Yasht, et leur texte avait été rajeuni, ou 
interpolé; si Sairima transcrit bien 'Po)i;,y], ce mot a forcé 
l'entrée du texte des Yashts, entre 54 avant J.-C, en laquelle 
année Crassus fut écrasé par les Parthes, et l'an 116 de la 
Rédemption, qui, avec Trajan, vit le triomphe des aigles 
romaines, et leur victoire sur le Grand Roi, plus près de 116 
que de la défaite de Crassus, comme danare, dans le sens 

(1) Revue Archéolugu/ue, 1897, 1,5.5. 

[27; 



58 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

de clenarius (l). Tûra « Turk », ou mieux « Touranien », 
dans le Farvardin Yasht, signifie les Sakas, qui envahi- 
rent la Perse en 128 avant J.-C, sans que, dans ce nom, l'on 
puisse voir les Scythes, qui, sous Cyaxare, au viii" siècle, dévas- 
tèrent l'Asie antérieure, par suite de cette raison péremp- 
toire que ces Tùra sont les adversaires de Roustam = *Rao- 
dhas-takhma, prince du Saïstân = Sakastàna; d'où il faut 
entendre que les Sakas saccagèrent et conquirent la province 
actuelle du Saïstan, ce qui est une caractéristique bien connue 
de l'histoire orientale, laquelle se place vers la fin du ii^ siècle 
avant J.-C, et ne peut se placer à une autre date; ce qui conduit 
à admettre que la geste de Roustam et d'Afràsyàb, qui per- 
sonnifie les Sakas (2), a été introduite dans VAvesta aux 
environs de l'ère chrétienne. Ce qui ne veut point dire, 
d'ailleurs, que l'histoire de flran n'a conservé aucun souvenir 
de l'invasion des Scythes au viii'' et au vii^ siècle; il est plus 
juste de reconnaître que les Perses ont confondu l'invasion 
de l'Iran sous Cyaxare, et celle du Saïstan au ii" siècle, sous 
des espèces uniques; l'erreur leur fut d'autant plus aisée que 
les envahisseurs, à l'une et à l'autre de ces deux époques, 
constituaient le même peuple, qu'ils portaient le même nom 
de ëaka, Caka, ce que montre la forme sous laquelle ils sont 
connus dans la Bible, Ashke-na-z, qui est le pluriel turk de 
Çaka, Çaka-na-z, comme je l'ai expliqué dans la Patrologia 
Orientalis. Mais il n'en reste pas moins certain que le souvenir 
des Scythes du viii'^ siècle est tout ce qu'il y a de plus loin- 
tain, de plus vague, que VAvesta n'a aucune notion que 
l'invasion scythe a déferlé sur toute l'Asie antérieure, presque 
jusqu'au Nil, tandis que la guerre avec Tûra se déroule tout 
entière sur l'Oxus, ce qui force à conclure que, lorsque VAvesta 
parle des aventures d'Afràsyàb avec Roustam, il faut com- 
prendre l'invasion Saka du ii" siècle, et rien d'autre. Il est 
visible qu'au viii' siècle, ou au vii^, l'écriture était inconnue 
dans l'Iran, et que la Perse n'avait gardé aucun souvenir 



(1) Revue de l'Orient Chrétien, 1925, page 4o0, note; 1928, page 49. 

(2) Il est bien évident que les Y'ashts n'offrent pas les mêmes garanties 
d'ancienneté que le Yasna ou le Vendidâd; il faut bien admettre que ce sont 
des textes à tiroir, où l'on peut introduire tout ce que l'on veut. 

[28J 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURCS ORIENTAUX. 59 

matériel et tangible de cette avalanche qui faillit la submerger. 
De semblables interpolations se sont produites dans d'autres 
textes qui font partie de VAvesia, notamment dans le Abàn 
Vasht, dans le i'as/tf des Eaux, qui est spécialement dédié à la 
grande nymphe Ardvisura Anahita; encore faut-il remarquer 
que la rédaction du Vasht de Ardvisura Anahita ne peut remon- 
ter à une date extivmeinent lointaine du Mazdéisme, puisque, 
selon toutes les vraisemblances, le culte de cette ondine est une 
innovation qui se place sous le règne d'Artaxerxès Mnémon 
{405-362) ; ce que montre l'inscription que ce puissant monarque 
fit graver, dans laquelle il invoque Ahura Mazda, Anahata {sic} 
et Mithra, alors que Darius et son fils Xerxès adressent seule- 
ment leurs prières à Abura Mazda et aux autres esprits divins ; 
et cela est heureusement confirmé par ce que racontait Bérose, 
<lans le troisième livre de ses Chalda'ùjues, dont un fragment, 
par hasard, nous a été conservé par Clément d'Alexandrie, dans 
ses Stromates; Bérose y affirme qu'Artaxerxès Mnémon fut le 
premier qui enseigna aux Perses, manifestement pour imiter 
les Grecs, les statues d'Harmodius, d'Aristogiton, et les autres 
effigies que Xerxès avait enlevées à Atliènes (1), à vénérer 

(1) Cette histoire des statiK^s grecques transportées dans l'Iran est l)ien connue. 
Pausanias, dans sa Descrlplion de la Grèce, parle du temple de Mars, à Athènes, 
dans le voisinage de l;i statue de Déinostliéne, prés duquel on voyait les statues 
de Vénus, de Mars, par Alcanièno, tle Minerve, par Loci'us, d'iinyo, par les fils 
de Praxitèle, puis celles (rUcrcule, de Thèsce. Apollon, Caladès et Pindare. 
'■ Non loin de là, ajoute-t-il, se dressent Ilarniodius et Aristogiton, qui tuèrent 
Hipparque;... de ces statues, il y en a qui sont l'ieuvre de Critias, mais c'est 
Anténor qui a fait celles qui sont anciennes. Xerxès, lorsqu'il s'empara d'Athènes, 
quand les habitants eurent évacué la citt-, emporta ces statues, en même temps 
que le reste de son butin: Antiochus les renvoya par la suite aux Athéniens •> : 
où nôppb) ôè éaTàotv 'Apaôoio; xal' 'A ptaToystrwv ol xieivavTcî "l7r7tap-/ov. TeJôv c 
àvSpiàvTujv ot (Xî'v etCTi Kpiriou tÉxvri, xoù; ôè àpyaioy; iizoir^avi 'AvTriv(,)p. ZspÇou SE, w^ 
eîXev 'A6Y)va(:, âx).iJtôvTwv tô «cttu 'AOrivaîwv, àita^ayoïJiÉvou xal toutov; àt£ /âç'jpa, 
xaT£7t£|x4i£v ûïT£pov 'AOr.vaîoi; 'Avtîoxo; (livre I, ? 8, 5; éd. Schubart, t. I, page 16). 
Nous savons, dit cet auteur, dans un autre passage, que « Xerxès, fils de Darius, 
roi des Perses, en plus de ce qu'il emporta de la ville des Athéniens, enleva de 
Brauron la statue de l'Artémis Brauronia, et que, sous le prétexte que les Milé- 
siens s'étaient mal conduits après le combat naval contre les Athéniens dans la 
(jrèce, il prit l'Apollon de bronze qui était aux Branchides. Et par la suite du 
temps Séleucus le renvoya aux Milésiens • : paTÙe'a t£ to)v Hepawv ïép^riv tôv AapEtou, 
Xwp'tç ^ oaa È?£x6txiT£ to-j 'A6tiv3cÎwv à(TT£w:, ToOro p-èv Èx Bpauowvo? âva),[JLa tT(j.Ev Tri; 
Bpaupwvia; Xaoovra 'ApTÉfxioo;. toùto Ô£ atTÎav è7i£v£Yxcjv MiÀriaioi; lOcÀoxaxrjffat a^àç, 
èvavTia 'AOrivaitov sv Tf, 'EXXâSt vau|xa/T|(TavTai:, tov x'^\-/.rj\i'i iltxèt^ 'AtioXXcov a tôv 

[291 



60 REVUE DE l'orient CHRETIEN. 

leurs Izeds sous une forme plastique, et, en même temps, 
que ce roi manifestait une très grande piété pour Aplirodite 
Anahita, dont il plaça des statues dans toutes les capitales 
de son empire, à Babylone, à Suse, à Ecbatane, à Persépolis^ 
à Bactres, à Damas et à Sardes (1); d'où l'on peut inférer que 

èv Bpavx'Sx'.ç. Kal xov [ivi OuTEpov ifxeÀÀe XP<^^V -£>-wxoç xaTanéi^iJ/siv MO,r,aio:ç 
(livre VIII, g 46, 3; éd. Schubart, t. II, p. 168). A son arrivée à Babylone, dit 
Arrien, Alexandre reçut des députations des villes grecque.s, qu'il renvoya 
comblées de présents et d'honneurs; il leur fit rendre les statues des dieux et 
des héros que Xerxès avait enlevées de la Grèce, et qu'il avait transportées à 
Pasargades, à Suse, à Babylone |et dans les autres villes de l'Orient. C'est ainsi, 
dit-on, que les statues d'airain d'IIarmodius'et d'Aristogiton s'en revinrent à 
Athènes, ainsi que la statue d'Artémis de Kelkéa : ôerw? ôè àvopidvTaç vi ô^a 
àyiÀfjLaTa ?] si Sr, ti âX),o àvà6-/i[ia èx tï^; 'EXXàSoi; SÉp^r); àv£K6[jLi(T£v kç, BaÇuAWva f, è; 
riatjapYaÔa; ri èc -outra -î^ ôtiv] âXXYj tïï; 'Aoiaç, -raûxa ôoOvai âyetv toï; TzçiéaoErn' xat tiç 
'Ap(J.oStoy y.ai 'Aç.t(TTOY£tTovo; elxovxi; Ta; x*'xàî outw X£Y£f*' àTteveyÔïivai ÔTtiaw è; 
'AÔTiva; xat xr;; 'ApTî'(iiôo; tr); KeÀxe'aç t6 Bo; (Flavius Arrianus, i4na6«A'e d'Alexan- 
dre, livre VII, S 19, 2; éd. A. G. Roos, page 372). Arrien, dans VAnabase d'Alexan- 
dre, nous apprend que ce prince arriva de Bab)'lone à Suse, où il s'empara des 
trésors du roi de Perse; les sommes d'argent seules qui y étaient déposées 
s'élevaient à cinquante mille talents. ■■ Parmi les trésors qu'il y trouva figuraient 
plusieurs choses que Xerxès avait enlevées de Grèce, entre autres, les statues 
d'airain d'Harmôdius et d'Aristogiton; Alexandre les renvoya au.x: Athéniens; 
ces statues se dressent aujourd'hui à Athènes, dans le Céramique, du-^ùté où l'on 
monte vers la ville, en face du temple de Cybèle, non loin de l'autel des 
Eudanémiens ■> : à^iixero ôè è; ïoùaa 'AXiÇavôpoç Èx BaêuXû/oç èv rjfjiépai; eïxoai. Kal 
jiapêXâwv Èî Tï)v Tiô/iv Ta xt 5(py;|iaTa 7tap£>,a6jv ôvTa àpyopiou TaXavTa è; 7t£VTaxi(T|iûpia 
xai Trjv aXXrjv xara^xeui^v xViv paatXtxr|V. IloXXà ôè xal aXXa xaTeXrjpbY) aÙToO, oaa 
EépÇriç àirb [t/j; 'EXXâôoç aywv y;X9ê, lù. xe dc'Xa -xal 'Ap|i.oôîo-j xai 'ApicrtoysiTOvo; yaXxaï 
eIxÔveç. Kal xaûtaç 'A6rivaioi; ôni'aw ni\i.T,i\. 'AÀÉ^avopoc, xai vûv xecvrat 'A6vr,5iv èv 
K£pa|j.£[X(ô ai eIxôve;, f^ âvi;i£v è; Triv TtoXiv, xaTavT'.xpO [jiàXiijTa toû M/iTpcooy, où (xaxpav 
TMv EùôavEawv toû pwjioy (livre III, f, 16, 7 et 8; éd. A. G. Roos, page 144). Il fallut 
que les Perses, sujets du Grand Roi, n'eussent aucune idée artistique, aucune 
capacité esthétique, pour que rien, absolument rien, ne sortit de l'exemple de 
ces merveilles; ils n'eurent même pas la velléité de les imiter, tant bien que mal; 
Téléphanes, qui trahit la patrie grecque et la Liberté, pour allei- chercher une 
fortune humiliante à la cour du Roi des Rois, qui fut un artiste de premier 
ordre, plus qu'à la honte, a voué son nom à l'oubli le plus complet, en créant 
pour des Barbares, qui ne comprirent pas son œuvre et la laissèrent périr. Les 
Hindous eurent un tout autre tempérament artistique, et, jusqu'aux époques les 
plus modernes, ils ont continué la tradition des écoles qui s'étaient formées en 
Bactriane, dans le royaume indo-grec, de la copie du modèle hellénique; 
Cambyse (Bouché-Leclercq, Lagides, I, 254) avait déjà emporté en Pense les 
statues des dieux égyptiens, et Ptolémée Évergète les renvoya aux rives du Nil. 
(I) Bripwffao; èv xpirvi XïXoaf/wv TtaptotYiat toùto 'ApTa?£p|o'j... EÎaYiyria'au.Evou o 
TipôiTOç Trj; 'AçpoôixiQç 'Avai'Tiooç t6 âyaXfia àvastriTa; èv BaêuXwvt xai Souiroi; xai 
'ExêaTav&t; [xai] nèperat; xal Baxxpac; (éd. Baxxptoii;) xai AafAadxw xat Zdcpoeaiv 
ùTtéSEiSe oèoEiv (Didot, Fragmenta hisloricorum graecorum, II, 508). 

[30] 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TLRKS ORIENTAUX. 61 

la partie liturgique de cette oraison, la plus ancienne, a été 
écrite aux environs de l'année 400 avant J-C; encore est-il 
urgent de bien remarquer qu'elle est fort courte, puisqu'elle se 
compose seulement de quinze versets, au début du Vas/tt, où 
se lit le panégyrique de la nymphe, et de quatorze, à sa fin, qui 
contient, entre autres choses, une description lyrique et icono- 
graphique de la déesse. 

Ces deux parties manifestement se suffisent: elles constituent 
la prière primitive, dans laquelle, plus tard, on a fait entrer 
un résumé, réduit à ses Iraits essentiels, de l'histoire, ou mieux 
de lalégende de l'Iran, sous lesespèces de la mention desacrifices 
que les héros de la geste épique des Pishdadiens et des Kéa- 
nides offrirent à Ardvisura Anahita pour se concilier ses faveurs. 

La chronologie de ce morceau est aussi fantaisiste que celle 
de la légende héroïque, telle qu'elle ser lit dans la chronique de 
Tabari et dans le Livre des Rois de Firdausi, ce qui n'a rien 
que de très naturel, puisqu'il répète les termes mêmes de la 
geste iranienne, sous une forme très abrégée. C'est ainsi 
qu'Afrâsyàb paraît 'au verset 11. offrant en vain à la nymphe 
cent chevaux, mille bœufs, dix mille moutons, pour s'emparer 
du Ilvarenô, de la Gloire royale de la Perse, «avant Zoroastre 
dont la mission se place sous Goushtàsp; or, comme on le 
verra, Goushtàsp, le X'îshtàspa de VAvesta, est le père de 
Darius P'', confondu avec \'ishtàspa, lils de Darius P', satrape 
de Bactriane, tandis qu'Afrâsyàb symbolise l'invasion des 
Sakas dans l'Iran, au second siècle avant notre ère; mais cette 
erreur est celle même [de toute la légende; l'on ne peut pas 
ne pas la trouver dans le Yasht des Eaux, puisqu'elle est 
l'élément essentiel de la trame du Livre des Rois. Le seul fait 
que l'on doive retenir, c'est que l'on trouve dans ce Yasht, 
composé vers 100, l'intercalation d'un fait historique, qui fut 
capital danS/ l'histoire de l'Iran, mais qui ne se produisit pas à 
une date antérieure à la fin du second siècle avant le Christ (l). 



(1) Encore faut-il remarquer que cette invasion des Turks dans l'Iran toucha 
assez peu les Parthes, souverains de la Perse, alors qu'elle anéantit la puissance 
grecque en Asie Centrale, ce qui fut autrement grave : en 201, les clans altaïques 
des Gotz, qui se nommèrent dans la suite les Indo-Scj'thes, furent écrasés par 
les Huns, qui les refoulèrent dans l'Ouest, jusque dans la vallée de l'Ili. En 214 

[31] 



62 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 

La capitale d'Afràsyâb, dans \e Livre- des Rois, est vjXS'Kang, 
ou o v.jX^ Kagn-diz « la forteresse de Kang », dont le nom est 

avant J.-C, le général du premier Empereur, Thsin-shi-hoang-ti, Mong-thian, 
avait chassé les Huns de la boucle ascendante du Hoang-ho, dont ils s'étaient 
emparés à la fin de la dynastie des Tchéou, et il les avait ainsi forcés à rentrer 
dans la steppe mongole. Quand Mong-thian fut mort, lorsque la dynastie des 
Thsin eut disparu, les Huns redescendirent vers le Sud, s'infiltrèrent dans l'anse 
du Hoang-ho, et, pour se donner de l'air, chassèrent les Gotz, qui étaient établis 
au Nord-Ouest de la boucle ascendante de ce fleuve, de manière à avoir les 
mains libres pour pouvoir attaquer l'empereur Kao Ti des Han. Les Sakas, qui 
habitaient dans ces contrées, prirent la fuite, et se jetèrent sur la province 
persane du Nimrôz, laquelle, de leur nom, fut appelée Sakastàna « pays des 
Sakas •', d'où le nom moderne Saïstàn. Peu s'en fallut d'ailleurs que l'avalanche 
ne tombât sur les Séleucides, rois de la Syrie et de toute l'Asie antérieure; il 
s'en fallut de deux ans. Les Séleucides venaient de perdre leurs possessions de 
l'Iran oriental quand les Sakas l'envahirent, et, en 129, d'après la chronologie 
adoptée par Bouché-Leclercq {Histoire des Séleucides, 1913, 384), en février, 
Antiochus VII Évergète fut battu à plate couture par l'arsacide Phraate II, et 
périt dans la débâcle; deux années plus tard, environ {ibid. 400-401) la monar- 
chie des Séleucides avait raffermi sa puissance dans l'Occident, mais d'une 
manière qui ne permit pas à Antiochus VIU Épiphane de profiter des terribles 
embarras des Parthes en Orient, en les prenant à revers dans l'Ouest; les Sakas 
venaient de pénétrer dans l'Iran, et Phraate II avait en vain essayé d'arrêter 
leur marche; les contingents grecs ((u'il avait enrôlés dans son armée, après la 
mort d'Antiochus VU, virent dans cet événement un effet de la vindicte divine, 
et ils abandonnèrent la cause de Phraate II, qui fut écrasé par ces hordes et 
périt dans le combat. Telle fut la réalité historique; elle est loin de ce que 
raconte la légende iranienne. Pourchassés par les Huns, les Ousoun, à leur 
tour, envahirent l'IIi; ils en firent sortir les Gotz, lesquels prirent le chemin 
qu'avaient suivi les Sakas; ils s'arrêtèrent durant un certain temps dans le 
pays qui s'étend entre l'Oxus et le Yaxartes, puis ils s'emparèrent de la haute 
vallée de l'Oxus, qui appartenait au royaume gréco-bactrien, enfin de Bactres, 
sa capitale, dont le dernier souverain, Hélioclès, fut battu par ces barbares, 
qui fondèrent un empire scytho-bactrien sur les ruines de l'état hellénique 
d'Asie Centrale. En fait, ce furent les Grecs, non les Iraniens, qui furent éci-asés 
à Bactres par les Altaïques, et le roi Kaï-Lohràsp, qui périt à Balkh, sous les 
ruines du grand temple, du Naubahàr, n'est autre, et ne i)eut être autre, malgré 
la légende racontée dans \e K/iûlài )vimak et dans \q Livre des /îots, qu'IIélioclès. 
Tout imprécise qu'elle soit, toute confuse qu'elle nous paraisse, la geste épique 
de l'Iran n'en a pas moins conservé le souvenir très net des deux invasions 
turkes, qui fondirent sur la Perse à quelques années d'intervalle; l'une, 
celle des Sakas, qui s'emparèrent du Sakastàna, laquelle est personnifiée par 
Afràsyàb, et par les luttes épiques que soutient contre les hordes altaïques le 
prince du Saïstàn, le héros Roustam, qui finit par triompher des barbares, alors 
que la réalité fut exactement inverse; l'autre, l'invasion des Gotz, des Indo- 
Scythes, qui est personnifiée par Ardjàsp, par la prise de Balkh, par la mort 
de Kaï-Lohràsp dans le sac de la ville; et cette circonstance montre suffisam- 
ment que les faits historiques qui forment la trame de l'épopée iranienne, ne 

[32] 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 63 

en zend, clans le texte de VAvesta, Kanha, lequel nom désigne 
en fait la montagne sur laquelle se trouve construite la puis- 
sante forteresse du Khshathro-suka, où, dans le Vas/t( des Eaux, 
résident les a vaillants fils de Vaêsaka », l'oncle d'Afràsyàbfl). 
La légende postérieure, représentée par le texte pehlvi du 
Minôkhired, veut que cette place forte ait été construite par 
Syâwoush (•2), le fils de Kaï-Kàoûs, quand il s'enfuit en Orient, 

sauraient être autres que les épisodes des deux invasions altaïques du second 
siècle avant notre ère dans les contrées de l'Iran oriental. 

(1) James Darniesteter, Zend Avesla, 11. ;î80, 381. 

(•2) Hamd Allah Mostaufi, dans le Xouzhal al-koidouh, vers 1330, dit, au 
contraire, que Rang-diz l'ut londée, tout au commencement de l'histoire de 
l'Iran, par l'usurpateur Zohak; il ne faut voir dans cette affirmation erronéi^ 
qu'une simple confusion avec la légende du tobba yéménite Shammir, qui s'(>n 
alla fonder Samarkande, au delà de l'Oxus, au cours de la campagne qu'il 
entreprit contre le Céleste Empire. Cette légende fantastique n'est, comme on 
le verra dans le courant de cet article, qu'une interprétation exagérée de 
l'expédition d'Alexandre le Grand jusqu'aux contins de la Soghdiane, où il 
s'arrêta, sans pousser jilus avant en Asie Centrale, chez les Sakas, dont il aurait 
pu revendiquer la suzeraineté, au même titre (luo les Achéménides; mais 
les affaires de l'Occidi'ntne lui permettaient pas cette fantaisie, et c'est pourquoi 
le raid d'Alexandre est resté complètement ignoré des Célestes, bien loin qu'il 
ait jamais foulé un hectare de leurs domaines. Il n'en est pas moins certain 
que les Iraniens, quand ils entendirent parler d(} la Grande Muraille, qui fut 
commencée par Lou Pou-Weï, au début du règne de Tcheng de Tlisin, le futur 
•• Premier Empereur ■• (vers 244 avant J.-C), l'attribuèrent, avec le nom de 
muraille de Gog et Magog, à Alexandre. La situation géographique qui lui est 
assignée dans lo septième climat, avec L 109° 30' X 73°, tandis que la muraille du 
Darband est dans le cinquième climat avec L 89° 30' X 37° 30, prouve bien que 
la muraille de Gog et Magog n'est pas la réplique de celle que Khosrau Anou- 
shirwan fit élever dans le Caucase, la muraille de Bab el-ab\vab, également 
comme le roi de Thsin, pour arrêter les Altaïques, les Khazars. Les Iraniens 
l>lacent en effet cette muraille de Gog et Magog dans les régions les plus élevées 
du globe, puisque, au témoignage de Hamd Allah Mostaufi, le Cathay ne s'étend 
que sur les quatrième et cinquième climats, et puis<(ue les coordonnées de Pékin 
sontL 124" X 37. Toutefois, il est visible que la légende iranienne a mélangé les deux 
concepts de la muraille de Thsin-shi-hoang-ti etde celle de Khosrau Anoushirwan, 
comme le montrent ce que Nizami, dans VIsknndar nama, dit du mur de Gog 
et Magog, et l'assertion des géographes persans, qui affirment que cette 
muraille est dans le mont Caucase. La mention du nom d'Alexandre reporte 
bien au m" siècle avant notre ère; elle est absolument incompatible avec la date 
du vi" siècle, à laquelle vécut Khosrau Anoushirwan; mais, comme de tout ce 
qui regarde la Chine, les Iraniens n'ont eu de la Grande Muraille qu'une notion 
très imprécise, et Hamd Allah se borne à dire que le pa^s de Gog et Magog est 
dans le septième climat, entre la mer de Chine et celle de l'Occident; cet auteur 
n'a-t-il pas écrit, vers 1330, alors que les Mongols de l'Iran étaient en relation avec 
les Mongols de Chine, que la grande majorité des Chinois du Nord adoraient les 

[33] 



64 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

pour échapper à l'amour de sa belle-mère; la geste iranienne 
la place dans la contrée de Bahâr .I^j, ce qui est une simple 
transcription du mot sanskrit l'/Mm « monastère bouddhique », 
lequel, avec le durcissement de l'aspirée, est devenu, comme 
l'on sait, Boukhâr, ce qui est le nom de la ville de Boukhàrâ, 
sur les monnaies des Boukhàr-khoudàt, ou rois de ce pays (1). 
Ce nom de Kahha, en zend, qui se prononçait, *Kangha, de 
Kang en persan, est la transcription du chinois M (2), qui désigne 
la capitale du Céleste E^mpire, et se prononçait, aux époques 
anciennes, kang ou king, indifféremment (3). 



idoles, et qu'ils suivaient les doctrines de Mani, le peintre, alors qu'on ne peut 
réunir plus d'inexactitudes en moins de mots. Si l'on en croit ce médiocre auteur? 
la ville fondée par Syâwoukhsh, Syàwoush est Syà« oushgard, et elle marquait 
la limite enti-e Iran et Touran, ce qui reporte bien à une localité voisine de la 
Transoxiane, plus voisine Qe la frontière de la Perse (lue du Céleste Empire, 
comme l'est la situation de Kang-diz dans la légende iranienne. 

(1) Khudàl paraît sous la forme si J^, pour ^j;_^)j^, dans les transcriptions 
musulmanes de ce titre, isi-Xai..Lsr: ; ce mot est une forme de l'iranien moyen 
d'Asie Centrale *khùd(H, kliudàl, avec la durcissement de la dentale finale, 
dérivant d'un participe passif perse ' huiva-dhà-la-, en sanskrit swa-dhà-ta- 
" créé par soi-même », lequel, dans l'iranien moyen de Perse, est devenu 
* khùddd, * khudûd, en pelilvi k/iùlùî, par l'intermédiaire d'une forme khùlàd, 
avec le durcissement du d en l; * khudàd est devenu successivement khudâi 

^i_Và^, puis khudà \x6. « dieu ». D'une forme de l'iranien moyen * khùdâth, 
khudàth, avec l'aspiration inattendue de la dentale finale du suffixe participial 
ta, et une transformation vocalique fréquente sur ce terroir, à ce point qu'on 
en trouve d'innombrables exemples dans la phonétique du turk et du mongol, 
est dérivé un phonème * k/iùdàf, * khudà f,* khùdàw, khudà w, par l'application de 
lois phonétiques sur lesquelles il serait trop long d'insister: cette forme, 
avec l'évolution de a en i, et avec le changement de f en s, qui est un phé- 
nomène constant (turc fercndjàm <• fin », du persan serendjam), est devenue 
*khadis, qui s'est durcie en khadîsh, qui se lit dans les. lexiques persans sous 
les espèces de ►i>J.:k, et khadîw jiJ-:^, dont nous avons fait khédive. 

(2) Voir le BuUelbi de la Société fran'/aisc de reproduction de manuscrits à 
peintures, 1926, 18, note. 

(3) Comme le montrent les formes kiang et Ichiang de certains dialectes 
modernes de la langue chinoise, le coréen kiomj et le japonais kio, kei, avec la 
«hute de la nasale; d'ailleurs, la forme Anahata, que l'inscription perse d'Ar- 
taxerxès iMnémon donne au nom de la déesse perse Anahita, montre que, dans 
certaines conditions obscures, un -i- pouvait parfaitement devenir -a-, même 
sur un terrain purement iranien; Kahha transcrit le chinois kang, king, 
exactement comme le zend bahha, } asht xvi, 15, Vendiddd, xv, 14, perse *banga, 
persan bang v^X-; et rnang ^JJ\-^ « drogue abrutissante, stupéfiant, narco- 
tique », répond au sanslirit hhanga >• chanvre, » et cet exemple montre qu'un 

[34j 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 65 

Et ces interpolations dans le texte de VAvesta se sont con- 
tinuées à une date bien postérieure à celle de la conquête de 
l'Iran par les Arabes; le quatrième Vasht, \e Khordâd Yasht, 

groupe -hh- du zend ireut, dans certains cas, provenir d'un groupe *-ng- de la 
langue proetiininue; à plus forte raison, naturellement, quand il s'agit d'un em- 
prunt à un idiome étranger; mais ce n'est là qu'une exception; si Kanha était 
un legs de la période proethnique, il représenterait, comme l'on sait, une forme 
indo-européenne * Kâsa-, avec cette particularité étrange, qui se retrouve dans 
nombre d'autres mots, que le groupe proethnique -as- est devenu -ahh-, Y*s 
indo-européen passant à A en perse, comme si cet 's primitif avait allongé par 
position l'a bref par nature, ce groupe *-âs- devenant régulièrement -ành-, par 
l'intercalation compensatrice d'une nasale. Mais il est inutile d'invoquer ici 
cette équivalence phonétique, puisque Kanha transcrit tout simplement un 
vocable kang ou A-m^;sans entrer sur ce point en des détails fastidieux, je me 
contenterai de dire que le groupe -hh- de la langue de VAvesta développait 
après lui une gutturale, un g, exactement dansla même proportion où la langue 
d'Oc prolonge par ce même g les n finaux ; cette prononciation n'est point 
manjuée dans les textes de VAvesta ordinaire, mais elle se trouve formellement 
enregistrée dans les parties do VAvesta que l'on nomme , les Gâlhas, où le 
groupe proethnique *-ans- devient -êngh- [è-n-g-h, et non ê-n-gli), le groupe 
-nh-, issu de *-ns-, développant à son intérieur la gutturale g. Et cela est établi 
par des exemples cf^rtains, dont les plus caractéristiques sont celui de Kanhaj, 
qui est devenu Kang, en pehlvi et en persan; le nom du roi pishdadien Ilao- 
shyanha,en pehlvi Hôshèng, en persan Hôshang, Ilaoshiangha, dans la traduction 
sanskrite de la glose pelhvie de Xéryoseng; le nom de l'ized Nairyù-sanha, le 
messager d'Ahura Mazda, en pehlvi Néryôsèng, en persan Néryôsang, Nairyo- 
sangha, dans la traduction sanskrite; le mot aiwydohhàna, qui, dans VAvesta, 
désigne la ceinture rituelle du Mazdéen, le kosti et le sadéré, et la Voie Lactée, 
que la traduction sanskrite de Nèryôseng rend par alivianghanalra, et les 
versions parsies par éwanghin, alors que la traduction pehlvie de ce vocable est 
aipiydkgàn, aipiyakhin, comme si la gutturale paragogique avait fini par faire 
disparaître la nasale qui lui a donné naissance; le nom de Vîvanhvant, le père 
de Yima-Khshaèta, de Djamshid, qui est, dans la traduction sanskrite de 
Nèryôseng, Vivanghàna, dans le pazand du Minôkhired, Vivanhànan, en persan 
jL^jjj Vivangahàn, dans la chronique de Hamza d'Isfahan tl^sr^jjj, qui, 
à son époque, se prononçait certainement Vivangahàn, et non Vivandjahàn, 
comme aujourd'hui, alors que la traduction pehlvie de ce nom est Vîvgaliàn, 
comme si la gutturale avait également fait tomber la nasale. Mais, comme dans 
l'exemple précédent, il n'y a là qu'une illusion, ce qu'établit suffisamment la 
concordance absolue des traductions sanskrite et persane; d'où il semble qu'il 
faille admettre une particularité graphique du pehlvi, qui en possède déjà tant, 
et de si fâcheuses, et il est visible que ces formes pehlvies se prononçaient 
alpiyà{n)kgàn, aipiya{n)khin, Vîva[n]gahàn ; l'accord de cette graphie défective 
dans des exemples également dispersés dans les livres de VAvesta prouve 
bien qu'il ne faut pas voir dans ces formes défectives le résultat de fautes 
de copistes, mais simplement la traduction de ce fait que l'on ne marquait point 
spécifiquement devant la gutturale, une nasale, ou plutôt la prononciation 



[3bl 

ORIENT CHRÉTIEN. 



66 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

qui chante les louanges de rAmshaspand Haurvatàt (1), a 
visiblement été écrit en zend, à une date postérieure au 



nasale à de la voyelle qui la précédait, alors que la glatturale avait été déve- 
loppée parla présence de la nasale du zend; ce qui montre bien qu'il ne faut 
pas voir dans l'intercalation du g après Vn un phénomène tout particulier, 
essentiellement caractéristique d'un dialecte spécial, de la langue des GcUhas, 
qui s'opposerait phonétiquement, dans l'espace et dans le temps, à l'idiome dans 
lequel est écrit le texte de VAvesla non gàthique, c'est que ce même phénomène, 
sous des espèces absolument identiques, se retrouve dans le passage du sanskrit 
aux pzakrits, puisque sinha » lion » est devenu singh, i\^ dans tous les 
dialectes de la Péninsule, depuis la contrée des Mahrattes jusqu'à Singapour, 
dont le nom, Sinhapoura, signifie la ville des lions; et cela est d'autant moins 
un signe d'antiquité, comme on le croit pour les Gàlhas, que ce y, sur le 
terrain hindou, est un développement tardif, ou plutôt que la graphie ngh pour 
hh, lequel sonnait déjà -h{g)li en sanskrit, est infiniment postérieure à l'époque 
classique, pour se placer à celle des vernaculaires. 

(1) Sur les vingt et un livres dont se composait l'Avesta, il n'y avait que le 
TchUradàl qui contînt une trame qui ressemblât tant soit peu à celle de 
l'histoire; encore ce fatras n'était-il pas une histoire; il ne constituait même pas 
une chronique, pas même un recueil d'annales sèches et sans aucune valeur 
littéraire; il ne contenait que des généalogies des grands personnages de l'Iran 
sous une forme tout à fait analogue à celle des généalogies des Tatars, qui se 
trouvaient dans les coffres des grandes familles mongoles, vers 1300, de VAllan- 
debter^ (voir Vlntroduclion à l'histoire des Mongols, Leyde), lesquelles ont 
servi à Rashid ad-Din pour la confection de sa chronique, mais sont d'un 
intérêt restreint. Il n'y avait point d'histoire dans VAvesta, mais seulement des 
généalogies et quelques légendes; le concept historique est aussi étranger à 
l'esprit perse qu'à l'esprit hindou; la légende et l'histoire sont le roman écrit par 
le génie populaire, et à son image, d'après ses idiosyncrasies; la forme seule 
varie; l'intention y est la même, et l'esprit y poursuit le même but, dans ses 
tendances contradictoires, la forme historique ou légendaire dépondant unique- 
ment de la modalité intellectuelle des nations chez lesquelles elles naissent; 
l'histoire n'est possible que là où il y a une chronologie; sans chronologie, il 
n'existe que des contes bleus, qui flottent dans l'espace, et des listes de per- 
sonnages, imprécises et vagues, ce qui est exactement ce qui se trouve dans la 
littérature hindoue et dans celle de l'Iran. L'esprit historique, chez un peuple, est 
en raison inverse de son goût pour le merveilleux, pour l'impossible, auprès 
duquel disparaissent immédiatement toutes les réalités, qui sont bien plus 
ternes; l'histoire ne peut exister qu'à la condition de considérer en elle-même 
et pour elle-même, l'humanité gravitant autour du nom de quelques personnages, 
qui sont les ceatres de son évolution, et auxquels on la rapporte, sans tenir 
compte des interventions surnaturelles qui flattent l'imagination populaire 
c'est-à-dire que l'histoire ne peut exister quand on y mêle les dieux, comme 
dans les poèmes homériques, ou dans les rhapsodies de l'Inde, parce que, fatale- 
ment, le merveilleux fait passer le réel au second plan, puis le fait disparaître. 
Seules au monde, la Grèce et la Chine ont créé l'histoire; encore faut-il remarquer 
que la certitude historique, en Grèce, ne remonte pas avant la création du 

[361 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 67 

ix*" siècle, en pleine période musulmane, puisque, comme l'a 
judicieusement fait remarquer Darmesteter, dans son Zend- 
Avestcf, II, 358), son nom ne parait pas dans la liste des Yashts 
du Bakàn Yasht, telle qu'elle est écrite dans le Dlnkart; d'où 
il faut nécessairement induire que cette fort médiocre invocation 
à Haurvatât a été écrite, en zend, après le Dinkart, c'est-'i-dire 
sous les princes sasanides, ou dans les états des Bou- 
waïhides, peut-être à l'époque des Ghaznawides. Le Dinkart 
est un ouvrage fort soigneusement fiiit, quoique d'une lecture 
un peu aride, ce qu'explique et excuse la nature des sujets dont 
il traite; il est inadmissible que son rédacteur ait omis dans sa 
nomenclature un des Yashts du Canon; et cela se trouve^ 
confirmé par cette circonstance qu'il n'existe point de version 
pehlvie de ce Kliordàd Yasht, les traductions pehlvies de 
YAvesta étant très antérieures à cette date tardive, que l'on en 



système des Olympiades, que, pour les époques antérieures, les dates d.'s 
événements flottent dans une imprécision absolue, au milieu de laquelle ils se 
sont rapidement déformés, pour devenir inintelligibles, à ce point d'extrémité 
(|u'lIérodote et Platon connaissaient certainement moins que nous la réalité des 
faits qui se sont déroulés dans l'Hellénisme, et dans le Pré-hellénisme, avant 
l'invasion dorienne; que, dans le Céleste Empire, deux des meilleurs chroni- 
queurs ne font dater la certitude que des guerres civiles qui éclatèrent entre les 
royaumes chinois, au v siècle, sous le triste roi tchéou Weï-lié (425-402), et se 
terminèrent par l'avènement de Thsin à la puissance suprême; d'autres consen- 
tant à remonter jusqu'au roi tchéou FMiing-wang (770-720), avec lequel commença 
la décadence de la monarchie, et qui fut le contemporain de liomulus; les plus 
audacieux jusqu'à la régence des deux ducs de Chao et de Tchéou (841-828); 
que tout le reste appartient au domaine de l'incertitude, malgré Sseu-ma Thsien> 
Le Shou-king, sur lequel, en fait, repose l'histoire ancienne de la Chine, n'est 
pas une histoire, ni même une chronique, quoiqu'il y soit parlé des souverains 
du Céleste Empire depuis Yao et Shun (2357 et 2255) jusqu'à Mou-wang (1002)^ 
suivant la chronologie de Sseu-ma Thsien; c'est uniquement un livre dans 
lequel se trouvent réunies des anecdotes édifiantes sur les très anciens sou- 
verains de la Chine, avec des détails sur les particularités de leur gouvernement 
des hommes; c'est assez dire, toutes ces origines des chroniques refaites sur 
celles de Sseu-ma Thsien, étant dans une connexion immédiate et étroite avec 
l'histoire de l'état de Thsin, que l'histoire chinoise, ainsi délimitée, est, comme 
cela s'accorde parfaitement avec l'évolution des faits depuis la création dui 
comté de Thsin, la version thsin de l'histoire du Céleste Empire. En Perse,, 
l'histoire n'est que la déformation d'un fait historique, l'invasion des Sakas 
dans l'Iran au n° siècle avant notre ère, multipliée et romancée autour de 
la légende de Roustam, exactement dans le même esprit que les chansons de 
geste françaises autour de celle de Charlemagne et de Roland, sans l'inter- 
vention merveilleuse des dieux et des génies. 

[37] 



68 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

possède seulement une interprétation en un persan qui est 
manifestement très moderne, plein de mots arabes, exactement 
comme un texte écrit à l'époque des Saldjoukides; enfin, comme 
Ta fait remarquer Darmesteter, le texte de ce morceau insigni- 
fiant est infiniment plus corrompu que celui des autres Yashts, 
ce qui est loin de militer en faveur de son ancienneté, ce à 
quoi l'on peut encore ajouter que les quelques phrases dont il 
se compose ne sont que des répétitions sans intérêt et des 
redites d'une utilité contestable. 

C'est à cette même conclusion qu'amène l'analyse du Far- 
vardîn Yasht « la prière aux Esprits », qui constitue la com- 
'mémoration de tous les personnages célèbres du Mazdéisme : 
cette prière débute, après une longue invocation aux esprits 
des dieux, de Zoroastre et de son premier disciple (1-23), par la 
commémoration (25) des premiers fidèles, du roi Vîslitàspa, 
qui accueillit la révélation du Prophète, des membres de sa 
famille, et des personnages de la cour. C'est réellement une 
circonstance extraordinaire qu'on y sacrifie aux mânes du saint 
Pishyaothna, fils du roi Vîshtàspa, alors que Thucydide (1) et 
Ctésias (2) parlent d'un IlijaoûÔvYîç, satrape de Sardes,- qui était 
le fils d'Hystaspes = Vîshtàspa; sans doute, il est impossible 
que le niacrojfJvY;; de Thucydide soit le fils du Vîshtàspa, père du 
roi Darius, qui fut satrape de la Perside (3). Darius naquit vers 
Tan 550 avant notre ère; il ne peut réellement être le frère 



(Ij I, 115, 4; III, 31, 1 ; viii, 5, 5. 

(2) 52. 

(3) Hérodote, Histoires, i, 209; m, 70. Les Mazdéens n'ont aucune notion 
précise de l'époque à laquelle vécut Vîshtàspa, et ils assignent à son règne 
une date impossible; il est dit, en une langue étrange, dans un Rivâyat 
qui m'appartient : zanâ-ic padlâk aîgh min pâlùkhshahih-i Vishlôsp-shâh ^ad 
pâtôkhshahi-i Yaidagard-i Shatrôyûr pûn hamâk sût ôshmûrlak ast : amal 
tisak sat {glosé J'-.oiJ) pandjâh shanat u talin birakh yahvûnt yakôyamûnlt 
« Cela est patent que, depuis la souveraineté du roi Vishtàsp jusqu'à la 
royauté de Yazdagard, fils de Shatrôyàr, il a été compté qu'il s'est écoulé 
950 ans et deux mois »/ Yazdagard est monté sur le trône en 632, et il fut battu 
à Kadésiya, en 636, par les mangeurs de serpents; suivant que l'on prend la 
première où la seconde de ces dates, on trouve que Vishtàsp devint roi de 
Perse dans le courant des années 318 ou 314, dates qui ne répondent absolu- 
ment à aucune possibilité, puisque le dernier Darius fut assassiné en l'année 
330 avant notre ère, puisque la date de 318 tombe après la mort d'Alexandre, 
sous la régence d'Antipater et de Polysperchon. 

[38] 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 69' 

d'un homme qui termina sa carrière en 414, cent trente-six 
années plus tard. Mais, visiblement, les Achéménides véné- 
raient ce nom de Vishtàspa, lequel avait été porté par le 
père du premier Darius, et les Mages se plurent à célébrer 
ses vertus, en Tinscrivant dans leurs listes funéraires, d'où 
ils exclurent sans pitié tous les princes de la dynastie. 
C'est d'ailleurs une habitude, une tradition courante chez les 
Orientaux, que le petit-fils répète le nom de son grand-père, quel- 
quefois de son arrière- grand-père, quand il s'est produit dans la 
famille une mort prématurée : un Vishtàspa fut ainsi le fils du 
roi Darius (1), un autre, le fils de Xerxès (2); d'où il est bien 
tentant d'induire que le Pishyaothna de VAvesta, fils de 
Vishtàspa, fut un prince achéménide, petit-fils du roi Darius, 
qui naquit vers Tannée 490, et qui, comme plusieurs de 
ses cousins royaux, exerça les très hautes fonctions militaires 
de satrape, de gouverneur d'une des provinces de la monarchie. 
Sans entrer dans le détail de la question, ce qui m'entraîne- 
rait beaucoup trop loin, je me contenterai de souligner ce fait 
que, visiblement, un fils de Xerxès (vers 520-472 av. J.-C.) ne 
put guère, sans que cela soit matériellement impossible, être 
satrape en Asie Mineure, en 440, au commencement de la 
guerre du Péloponnèse, pour mourir beaucoup plus tard, en 
414, au commencement de la souveraineté de Darius Ochus, 
car il n'aurait guères eu qu'une vingtaine d'années en 440. Cette 
raison, d'ailleurs, n'est p int absolument décisive, car si Pis- 
southnès est le petit-fils de Darius, il faut, de toute nécessité, 
admettre, ce qui n'est pas impossible non plus, qu'il était un 
homme d'âge en 414; le fait d'ailleurs est indifférent; la seule 
chose importante dans ce débat, c'est que Pissouthnès soit lé 
fils d'un Vishtàspa (3). L'insurrection de Pissouthnès, en 414, 
est intimement liée avec celle d'Arsitès, qui était le frère de 



(1) Hérodote, vu, 6 t. 

(2) Diodore de Sicile, xi, 69. 

(3) Pissouthnès paraît dans le récit de Thucydide (i, 115) six années après la 
date célèbre (445) à laquelle les Athéniens, commandés par Périclès, soumirent 

'Eubée, et conclurent avec Sparte une trêve de trente années, en rétrocédant 
les parties du Péloponnèse qu'ils occupaient; Pissouthnès lia partie avec des 
Samiens qui avaient passé en Asie, lesquels livrèrent au satrape la garnison 
athénienne, et se préparèrent à attaquer Milet. 

[39] 



70 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

Darius II; la faiblesse, la puérilité du gouvernement du monar- 
que qui avilissait le nom du premier Darius étaient inouïes; 
elles soulevèrent l'indignation des princes que leur naissance 
éloignait du trône ; elles leur inspirèrent l'idée coupable de s'em- 
parer d'un sceptre qu'ils sauraient porter avec plus de majesté : 
les Grecs ont su qu'Arsitès était le frère de Darius Ochus, 
tandis qu'ils n'ont pas eu la notion que Pissouthnès était son 
cousin. Ce serait une circonstance aussi extraordinaire qu'in- 
vraisemblable qu'au groupe Vîshtâspa-Pishjaotlina de la 
légende avestique, que les sémitisants qui se sont donné la 
tâche impossible de faire l'exégèse de l'^res^^r placent volon- 
tiers au xV" siècle avant J.-C, correspondît exactement, à 
l'époque des guerres médiques, un groupe TffTâaTryjç-lIiïjoJ- 
fjvr^;, dont l'existence est attestée par des circonstances histo- 
riques évidentes. Et cette coïncidence nous reporte, pour la 
première mention réelle qui se lise dans la commémoration 
des défunts, au vi" siècle pour Vîshtâspa, au v^ pour Pishyaô- 
thna, car toutes celles des esprits antérieurs à Zoroastre 
s'adressent à des personnages purement imaginaires. Elle 
se trouve, en quelque sorte, confirmée par ce fait que, dans 
€e même paragraphe du FarvarcUn Yasht, l'on rencontre 
le nom du saint Karsna, fils de Zbaurvant, lequel fut un 
prince souverain, vraisemblablement, comme l'a reconnu Dar- 
iiiesteter, l'ancêtre de la puissante famille des Kàren, qui, 
sous le règne des Parthes et des descendants d'Ardashir, se 
prétendaient les descendants d'un héros contemporain du roi 
Vîshtâspa, au vi* siècle. 

C'est encore à l'époque de Vîshtâspa que reportent les men- 
tions des saintes du Mazdéisme, depuis l'épouse de Zoroastre 
jusqu'aux mères des trois Messies, qui appartiennent au 
monde imaginaire, avec Hutaosa "AioTaa, femme de Vîshtâspa, 
laquelle portait le même nom que la fille de Cyrus le Grand, 
épouse de Cambyse et du premier Darius, et avec Huma, fille 
de Vîshtâspa. La commémoration du héros iranien Pourii- 
dhàkhshti (26) rep*)rte| à une date plus basse; ce saint épousa 
«ne certaine Asabana, de la tribu non iranienne des Dânu, qui 
était mazdéenne, ou qui se convertit au Zoroastrisme. Ce nom 
d'Asabana n'est point iranien; c'est une hypothèse séduisante 

[40] 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 71 

d'y voir la transcription du grec 'l7;j.r,vY;, de la race des Aava:-;, 
des Hellènes de Bactriane (1). Asabana, avec b = m, et les 
voyelles rétablies au petit bonheur sur une graphie pehlvie 
's-b-n, transcrit très exactement le grec 'Ij;i.r,vY;. Les Perses 
confondirent les Aava;î, les Grecs de Bactriane, avec les Turks, 
leurs voisins, qui, au ii^ siècle, détruisirent leur royaume; 
ils firent des Aavasiet des Turks, qui s'étaient installés à leur 
place, un seul peuple touranien, Dànu n'est pas une forme 
altaïque, ni Asabana, qu'ils ont appliqué à deux Touraniens 
de l'armée d'Afrâsyàb {Abân Yasht, 18) : l'un, Kara, porte un 
nom connu dans l'Altaïsme, kaia « le noir », l'autre, \'ara, en 
étant un doublet fantaisiste. La commémoration du touranien 
Aredjanuhant qui, sans doute, combattit dans les rangs des 
Iraniens contre les clans des Turks qui rêvaient la conquête 
de la Perse, se trouve célébrée après celle de Pourudhàkhshti, 
laquelle commence celte série; ce fait est conforme à la réalité, 
puisque c'est au second siècle avant notre ère que les Sakas 
détruisirent le royaume grec de Bactriane. Si Pourudhàkhshti 
appartient à la fin du iv" siècle ou au 111% et Aredjanuhant 
au II®, le saint Vohuraùcah « celui qui répand une vive 
lumière », fils de Varakasa, le \'alkhasli des Parthes, le 
\'ologèse des textes classiques (50-90), qui fit exécuter le pre- 
mier [rassemblement du texte de VAvesta, après sa dispersion 
■sous le règne d'Alexandre le Grand, les saints Erezwa, Srûta- 
spàd, Zrayah, Spefitù-khratu furent des hommes du premier 
siècle, puisque Voururaôcah vivait dans sa seconde moitié, 
et ces quatre saints à Tépoque du Christ (2). 

L'invocation récapitulative aux saints des pays iraniens, 
touraniens, saïrimiens, saïnis, dahis (3) reporte à cette même 
période qui s'étend de Vîshtàspa (vi' siècle avant J.-C.) au pre- 
mier siècle de notre ère, exactement comme celles de Vîsh- 
tàspa-Pishyaothna et des quatre saints des derniers âges; les 
Touraniens de VAvesta étant les Sakas, la mention des pays 
touraniens ne peut se trouver à une date antérieure à 128 avant 
Jésus-Christ, celle des pays saïrimiens, c est-à-dire de Rome, 

(1) Revue de l'Orient Chrétien, 1925, page 415. 
• (2) Voir J. Darmesteter, Zend-Avesla, II, page 540. 
(3) Voir la hevue de l'Orient Chrétien, 1927, page 432 n. 

1411 



72 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

à une date plus ancienne que le milieu du premier siècle de 
notre ère; les pays saïnis tirant leur nom, qu'ils soient la 
Chine ou l'Asie Centrale, de celui de l'état de Thsin, dans 
l'Ouest de la monarchie féodale des Tchéou, cet état dut atten- 
dre d'avoir affirmé sa puissance militaire et politique, vers 255 
avant J.-C, pour être connu en Perse. 

Les Uc-paêshata-Saêna, dont il est parlé dans cette com- 
mémoration des défunts (27), sont des héros étrangers, c'est-à- 
dire des hommes d'Extrême-Orient, qui pratiquaient les rites 
du Mazdéisme, au delà des frontières de l'Iran; ils sont mani- 
festement des Saênas, des Chinois, ou des Hindous, avec la 
confusion constante de l'Inde et de la Chine (I), qualifiés par 
l'épithète uç-paéshata, dans laquelle il ne faut point voir, je 
pense, un participe passif de iiç-piç-, signifiant « qui a reçu 
de l'instruction ». Si l'on prête attention à cette circonstance 
qu'un personnage nommé Paêshata paraît dans le Farvardin 
Yasht, on est assez tenté, du sens de la préposition uç-, uz-, de 
comprendre, comme Ta fait Darmesteter, dans sa traduction 
de ÏAvesta, uç-paêsha-ta, comme « descendants de Paêshata, 
sortis de Paêshata »; d'autant plus que le fils de Paêshata 
paraît dans ce Yasht sous le nom de Us-Mànara « celui qui 
est sorti de Mànara », Mànara étant vraisemblablement le nom 
du grand-père de ce personnage. L'interprétation de ces noms 
est beaucoup plus ardue que celle de ceux qui précèdent;* 
c'est avec peine que l'on se résout à en tenter une explication; 
Paêshata porte le nom du naÇdéxaç, qui, dans Diogène Laërce, 
tout au début de l'introduction à son histoire fantaisiste des 
philosophes, est cité parmi les Mages qui auraient inventé la 
science divine, sans avoir rien de commun avec lui. 11 est 

(1) Voir cette Revue, 1925, page 10. Aux exemples de Tchin, Sin, dans le sens, 
non de Chine, mais d'Asie Centrale, de pays compris entre les frontières de 
l'Iran et les marches du Céleste Empire, que j'ai donnés à plusieurs reprises 
j'ajouterai ce que dit Yakout {Mo'djam al-bouldàn, I, 250), dans sa notice sur la 
ville d'Isfidjab, quand il parle des Tatars, c'est-à-dire des Mongols de Tchinkkiz, 
qui sortirent de la terre de Sin j^»tr^^ lJ^J^^ ^® ^"' ^^^ ^^^ expression dans 
laquelle il est manifestement impossible de voir autre chose que l'Asie Centrale^ 
à l'exclusion formelle de la Chine; le Bahman yasht (III, 17), à l'époque des 
Croisades, parle de l'Inde et de la Chine, Hindû et Tchîni, dans des termes tels 
qu'il y faut voir le Khorasan oriental, où se réfugia Yazdagard, le dernier 
Sasanide, quand il s'enfuit devant les Arabes. 

m 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 73 

naturel que les Mazdéens, en dehors des marches de l'Iran, des 
frontières de la Perse, aient porté des noms célèbres chez les Per- 
sans absolument comme les Musulmans du Vun-nan ou du Kan- 
sou s'appellent iMohammad ou Abou Bakr; toute étymologie de 
cette forme est d'autant plus vaine qu elle ne conduirait à aucune 
certitude sur l'époque k laquelle elle a passé dans les Vashts. 

C'est à cette même date, tout au moins à une date très voisine, 
que correspond dans VAvesta la mention des saints du pays 
Ahhu, dont le nom, avec la confusion constante de Vu et de 
Vi dans la graphie zende, est très vraisemblablement Anhi, 
transcrivant le chinois ^ g5 An-si, An-shi, An-hsi, avec l'équi- 
valence s-sA = h-kh, dont il serait aisé de donner des exemples 
nombreux, tel Shrishéna transcrit Ashrikhen (1). 

An-hsi « l'Occident pacifié » désigne sous les Soung (x*- 
XII* siècles) une localité au Kan-sou(L 40°; X 95° 45'); àl'époque 
des Thang (vji®-ix® siècles), un autre endroit, également au Kan- 
sou, la province la plus occidentale du Céleste Empire. Ce nom 
constitue un terme générique, qui, dans tous les siècles, s'ap- 
pliqua à des endroits divers dans le Far West de la terre de 
Han; il se retrouve dans Hsi-an « la Paix de l'Occident », Hsi- 
an-fou, nom que prit, au xiii'' siècle, sous les Yuan, l'antique 
Tchhang-an, la capitale des Thang; des localités nommées Hsi 
« Occident » paraissent au Kan-sou, au Sseu-tchouan, auShen-si, 
dans les chroniques des Han (m" siècle), des ïsin (m' siècle), et 
ces dénominations géographiques de lieux-dits sont visiblement 
des formes anciennes et traditionnelles, qui apparaissent dans 
l'histoire après avoir longtemps vécu dans l'onomastique vul- 
gaire. Ce n'est point, je pense, émettre une hypothèse insane 
que de faire remonter la création de ces formes en Hsi « Occi- 
dent » au m*' siècle avant notre ère, à partir des Thsin qui 
fondèrent l'Empire (255-206 avant J.-C.) ; la Chine des Tchéou 
était un empire théorique, et son Occident appartenait à un 
royaume qui était plus puissant que le suzerain de cette féoda- 
lité inv^ertébrée; que les Thsin, au v" ou au iv* siècle avant 
l'ère chrétienne, alors qu'ils régnaient dans un petit royaume 
du Far West, au Shen-si et au Kan-sou, aient baptisé du nom 

(1) Revue de l'Orient Chrétien, 1925, p. 402. 



74 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

d'Occident des localités de ces mêmes Shen-si et Kan-sou, c'est 
un fait plus qu'improbable, une supposition sans aucune 
vraisemblance. Ces dénominations, avec le facteur Hsi « Occi- 
dent » (1), visiblement, ne purent naître que le jour où Thsin 
mangea toute la Chine, et s'étendit du Kan sou aux grèves 
de la mer de Corée; le Shen-si, le Kan-sou, Tchhang-an, 
à cette date, au m" siècle, devinrent véritablement l'Occident, 
le Far West de la Chine, alors que Tchhang-an et le Shen-si, 
au iv% étaient le cœur de Thsin; d'où il faut conclure que cette 
mention, dans le Farvardin Yasht, du pays de Afihu = An- 
hsi reporte à une date postérieure à l'année 250 avant J.-C. 
Bien que ces constatations, prises isolément, indépendam- 
ment les unes des autres, soient loin chacune de créer et 
d'imposer l'évidence, il est remarquai)le que la mention 
des Dàhi dans le texte de YAvesta reporte à une époque assez 
voisine de celle-ci, quoique un peu plus ancienne, très proche 
d'elle si l'on considère l'antiquité qui les Parsis attribuent à leur 
Avesta. Ces Dàhi, en effet, sont les Aaai des écrivains grecs, les 
Ta-hia des auteurs chinois; ils vivaient en nomades entre la 
Caspienne et l'Hyrcanie; ils paraissent dans les historiens de 
l'Hellénisme, tout à la fin des Achéménides; Arrien, dans son 
Anabase{i), parle des zlaat, qui combattirent dans l'armée du 
dernier Darius, à Gaugamèle, aux côtés des Bactriens et des 
Arachosiens; ces Aà^t. suivirent le misérable Bessus (3), et ils 
figurent dans l'armée du Macédonien comme lTnroTo;sTai (4), 
comme archers à cheval, ce qui caractérise suffisamment leur 
origine turke, et ce qui se trouve confirmé par ce fait que Quinte- 
Curce (5), dans son roman, parle d'eux en connexion avec les 
Arachosiens et les Scythes, c'est-à-dire avec les Turks Sakas. 
Polybe, dans ses Syriennes (6), les cite, au même titre que les 



(1) Phing-wang, des Tchéou, en 770 avant J.-C, abandonna bien l'Occident 
de la Chine aux Thsin, pour transférer sa capitale dans des provinces plus 
orientales; cela est certain; mais il n'en est pas moins vrai que, pour les Thsin, 
cet Occident ne devint rOccidenl que lorsqu'ils eurent conquis toute la Chine. 

(2) ni, 11. 

(3) ni, 28. . 

(4) V, 12. 

f5) IV, 12; vin, 14. 
(6)v,79. 

.144J 



CHRISTIANISME ET MAZDEISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 75 

Karmanieiis et les Ciliciens, comme faisant partie de l'armée 
d'Antiochus, ce qui est tout naturel, puisque les Séleucides, en 
fait, continuaient le statut des Achéménides. Ces Dâhi = 
Ta-liia paraissent dans riiistoire jusqu'au second siècle de 
notre ère, et Stéphane de Byzance les cite sous la forme 
Aâcai, qui est régulière, avec l'équivalence de l'aspirée et de 
la sifllante; ils ont donné leur nom, en Perse, à la province du 
Dahistàn = "Dàhistâna. Ces Aaai n'ont rien à voir avec les 
Aa3':y.at d'Hérodote, qui sont, comme je l'ai expliqué autre part, 
des peuples de l'Inde (1), ni avec les Ai:i, A5:'. qu'Hérodote (2), 
dans un passage m3stérieux de ses Histoires, cite parmi les 
clans nomades des Perses de l'Ouest, au même titre que les 
Mardes, les Dropiques, les Sagartiens, alors que les lla.OiaXaîst, 
les lr,po'jzi:>iz'. et Ics rip;j.avf.:r. étaient des sédentaires qui se 
livraient aux travaux des champs; sans qu'il faille voir dans ces 
PepiaiMct d'autres éléments ethniques que les gens du Kirman, 
et non les Germains FspiJ.avcr,, lesquels, à cette époque lointaine 
ne vivaient certainemeiit pas mélangés aux peuplades ira- 
niennes. 11 est d'ailleurs très difficile de dire dans quel rapport 
se trouve le nom des Ixoi d'Hérodote avec le phrygien câ:;, 
qui, au témoignage d'Hésychius, signifiait un loup, sans avoir 
la moindre connexité avec le grec 2âc;, qui signifie « fiamme, 
feu », 5a; = *daij-os, pour *dav-os, de la racine dev-. 
Ni l'un ni l'autre des nomsr de ces peuplades n'a la moindre 
relation avec ex-/.:-., qui, d'après Strabon, désignait les esclaves 
à Athènes, alors que Davus, dans la comédie romaine, qui 
transpose Ménandre, est le nom générique de l'esclave, identique 
à Ai/oç, avec l'équivalence q (venant de k) = w, sur laquelle 
je me suis assez longuement expliqué jadis, pour me dispenser 
d'y revenir aujourd'hui. 

Mais le nom desDàhi apparaît dans l'histoire du mondeà une 
date un peu plus ancienne, puisque l'auteur du livre d'Esdras, 
dans son quatrième chapitre, cite ces peuplades au nombre 
des clans qui écrivirent à Artaxerxès I" (Artakhshashta), 
pour lui dénoncer les agissements des Juifs qui rebâtissaient 

(1) Recueil de travaux relatifs d l'archéologie égyptienne et assyrienne, 1924, 
p. 157. 
. (2) I, 125. ■ 

[451 



76 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

le Temple; cet écrivain cite les Déhayé mn-r, correction d'une 
erreur graphique r^^n"^, avec la confusion fréquente du i et du 
1, qu'il faut lire, la vocalisation massorétique n'ayant pas 
l'ombre d'autorité, Dahayé, les Dàhi, en même temps que 
certains clans, dont plusieurs sont certainement iraniens, les 
Aparsatka, les Parthes, les Tarpéla, les gens du Tabaristan, les 
Aparsa, qui sont les gens de la Perse propre, les Sousanéka, 
qui sont très manifestement les natifs de laSusiane, les 'Elma, 
qui sont les Élamites, sur le flanc gauche de l'Iran; ces 
clans avaient été transférés en Syrie par le roi Asnappar i2:ds, 
c'est-à-dire par Assour-nazir-abal SsfiyJj[i]DN', et mieux par 
Assourbanipal Se3[:i"i]dk, avec le S lamed cassé, pris pour un 
rish 1, et une altération graphique analogue à celle quia créé 
l'énigmatique forme Sd Phul, par l'intermédiaire d'une erreur 
commise sur le nom de « Tiglatpalasar, roi d'Assyrie » Se (nSan) 
[■nuTN* lïT iDx], dans lequel les parties mises entre crochets expli- 
quent, plus clairement qu'une dissertation, la genèse de l'erreur. 
L'histoire juive rapporte que ce fut Assour-akhé-iddin, Asarkha- 
don "jTTniDî^, pour Asourakhédin ^nmos (681-667), qui trans- 
féra des colons orientaux en Samarie; sans. chercher à éclairer 
cette obscurité, il est parfaitement logique qu'au v* siècle, sous 
le règne des Perses, la coterie Réhoum Béël-Téëm, Shimshaï et 
consorts ait confondu des rois d'Assyrie dont les noms com- 
portaient des éléments identiques, et ne se discriminaient net- 
tement que dans l'esprit de personnes très au courant des 
particularités de l'histoire d'Assyrie; et cela, joint à l'ambiance 
perse d'Esdras et de Néhémie, suffit àétablir l'authenticité de 
ces deux livres, tout comme le titre de tirshatâ, lire torsJiatâ 
Nnuhn, lequel est vraisemblablement le nominatif perse d'un 
"'torsha-tar, d'une racine *tuî-sh-, ou * tur-khsh-, dérivée, par 
une formation connue, de * tur- « régner, être investi de l'au- 
torité », laquelle se trouve en sanskrit sous cette forme, et sous 
celle du doublet tvar- « courir, aller vite » ; la forme développée 
avec la sifflante se retrouve dans le sk. tras- « aller très vite, 
ne pas tenir en repos, s'agiter», d'où « trembler, avoir peur », 
en persan ^ars-îc?an; torshatâ « qui commande )),que Benfey 
a très Justement rapproché du zend thwôreshtar « chef », est 
une forme qu'aucun rédacteur de la Bible n'aurait pu inven'ter 

r46i 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TLRKS ORIENTAUX. 77 

après l'époque achéménide; ce mot prouve que le livre de 
Néhémie, où on le trouve, est bien contemporain de la fin du 
règne d'Artaxerxès Longue-Main. 

Comme tous les clans altaïques qui vivaient entre les fron- 
tières de l'Iran et celles du Céleste Empire, les Dâhi étaient 
en relations intimes avec la Chine, et servaient d'intermé- 
diaires entre la terre des Tchéou et la Perse, si bien que leur 
nom est devenu en syriaque un adjectif qualificatif, une 
épithète homérique, pour désigner une soie excellente jotoo^A^o 
dahoyo, littéralement « du tissu dahéen », mais la mention 
des Ta-hia au vu" siècle, sous Assour-akhé-iddin, est bien loin 
de donner sur la date du Yaslit des Férouers un renseigne- 
ment aussi précis que la mention du nom des Aiihu. 



C'est à une conclusion absolument identique que conduit 
l'examen critique de la lé^^ende historique de la Perse, telle 
qu'elle nous est conservée par la chronique de Tabari, par le 
Livre des Rois de Firdausi, lesquels répètent les épisodes 
racontés par les livres perdus de VAvesta, le Spand, le Tclii- 
tradât, l'histoire de Vishtàspa, et il est visible que l'histoire 
de riran, dans le souvenir des Mages qui l'ont écrite, ne 
remonte pas, sauf de très rares exceptions, avant Cyrus; encore 
la réalité a-t-elleété découpée en fragments, qui ont été insérés 
dans la trame de la légende d'une manière tout artificielle et 
fantaisiste, avec des répétitions constantes, sous des espèces très 
voisines, qui ne diffèrent que par les noms, avec une inversion 
absolue de l'ordre dans lequel les faits se sont succédé. Je 
commencement de l'histoire réelle étant rejeté à la fin de la 
geste, alors que ses derniers épisodes sont placés au com- 
mencement des âges; et cela pour dénaturer entièrement la 
vérité, pour la noyer dans une trame mensongère, que les 
Mages tissèrent dans l'intention de celer au monde le nom des 
monarques de l'Iran, ce en quoi ils auraient pleinement réussi 
sans Hérodote, sans Thucydide, sans Ctésias, sans les inscrip- 
tions du premier Darius. 

Les monarchies perses, depuis l'aube des temps historiques, 
avaient vécu dans l'Ouest de l'Iran; les souverains élamites 

1471 



78 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

avaient régné à Suse, qui n'appartient déjà plus au plateau 
iranien, sur les marches de la Mésopotamie; les descendants 
d'Achéméaès, après Teïspès, à Anshan, dans la partie orientale 
de l'Élam; les Arsacides, à Hékatompylos et à Ctésiphon, qui 
n'est plus en Perse; aussi les Mages fonl-ils naître Tempire 
perse dans les contrées les plus orientales de l'Iran, à Bactres, 
sur les frontières de l'Asie Centrale. C'est à Bactres que règne 
le premier souverain du monde, Gayomartli, lequel bat les 
démons à l'aide d'une puissante armée; l'alliance des animaux 
féroces, des lions, des singes, lui assure la victoire; elle lui 
confère l'hégémonie des sept climats, dans un thème qui rap- 
pelle celui du Râmâyana, l'alliance du divin singe Hanuman, 
grâce auquel Ràma, vainc le démon Ràvana, en même temps 
que le mythe d'Orphée charmant les fauves. La victoire du 
premier roi sur les démons signifie son triomphe sur l'étran- 
ger (1), et il y faut voir le syncrétisme de l'inversion de la 
réalité des guerres médiques, de l'expédition d'Alexandre, des 
luttes que Rome engagea contre les Parthes, lequel fut créé 
pour démontrer l'invincibilité du Roi des Rois. 

Hoshang, le successeur de Gayomarth, fonda Suse, qui, dans 
la théorie des Mages, en tant que capitale des Achéménides, et 
peut-être des Élamites, si leur souvenir remonte aussi loin, 
ce qui est fort douteux, n'est qu'une colonie bactrienne. Tah- 
mouras, qui régna après Hoshang, vainquit également les 
démons, et il les força à lui apprendre, ce qu'ils firent avec 
dépit, toutes les écritures usitées dans le monde, ce en quoi 
il faut très nettement voir le souvenir des guerres médiques, et 
celui de cette circonstance que, comme je l'ai expliqué autre 
part, l'écriture cunéiforme perse recèle des particularités 
curieuses qui montrent qu'elle a été créée par les Grecs, pour 
les rois de l'Iran, par une remarquable modification du sylla- 
baire de Babylone (2). Djamsbid succéda à son frère Tahmou- 

(1) Revue de l'Orient Chre'lien, 1925, page 422. 

(2) Les Enluminures des Manuscrits orientaux de la Bibliothèque nationale, 
Paris, 1926, pages 32-33. C'est une adaptation toute semblable, par la transforma- 
tion, plutôt par une simplification intensive de la complexité du S3'llabaire 
babylonien, qui se trouve dans un système d'écriture cunéiforme, lequel sert 
à écrire une langue inconnue, sous des espèces qui rappellent la graphie de 
Persépolis; les tablettes qui sont couvertes de ces signes ont été trouvées 

L48j 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 79 

ras, et régna également, comme Salomon, le prophète des 
Juifs, sur les démons, qu'il obligea de lui construire des palais 
merveilleux; il fonda Persépolis, et la légende iranienne lui 
attribue l'érection du « palais aux quarante colonnes », le 
Tchahal soutoùn, qui n'est autre que l'Apadana, dont la tech- 
nique de pierre est l'œuvre des Hellènes. L'épopée a dichotomé 
ce souvenir de l'origine grecque des monuments du Sud-Ouest 
de l'Iran, sous la domination des rois achéménides, et l'on 
retrouvera bientôt, tout à la fin de l'histoire de la Perse, un 
aspect de cette tradition appliqué à la reine Hoûmâî Tchî- 
hràzàt. 

Si Djamshid représente Darius construisant l'Apadana, son 
successeur, le tyran Azhi Dahaka, le Zohak de la légende 
persane, qui soumet Tlran pour un millénaire, est un person- 
nage beaucoup plus complexe, puisqu'il ne représente pas 
moins de quatre entités historiques différentes : Sargon P'-et 
son fils Naramsin, rois d'Agadé en Mésopotamie (vers 3750), 
qui subjuguèrent l'Élam; Assourbanipal, qui, en 640, attaqua 
les Élamites et s'empara de Suse, en représailles de l'expédi- 
tion de Koudournakhounté, qui, en 2280, était descendu de 
l'Élam, pour s'emparer de Babel et de la Mésopotamie, d'où 
il avait enlevé les statues des divinités chaldéennes qu'il avait 
déposées dans ses temples. Ces expéditions n'effleurèrent même 
pas riran; Suse et l'Élam ne sont pas l'Iran; Suse est en 
dehors du plateau iranien, dans une contrée, le Khouzistan 
actuel, qui n'est ni l'Iran, ni la Mésopotamie, qui est le Khou- 
zistan, et rien d'autre. Les monarques chaldéens, à l'époque 
de Naramsin, comme à celle, beaucoup plus récente, d'As- 
sourbanipal, n'avaient pas perdu le sens pour aller s'aventurer 
au delà des monts, dans des contrées sauvages, entièrement 
inconnues, en s'éloignant indéfiniment de leurs bases, jus- 
qu'à perdre complètement la notion du chemin par lequel il 
leur serait possible de regagner leurs états. Ce qui n'empêche 
l'existence, à l'époque des Achéménides, à la fin du v® siècle^ 
de la légende invraisemblable, suivant laquelle les Assyriens 

près de Latakiyya, l'antique Laodicée, au milieu d'objets purement mycéniens; 
elles remontent au xiv° siècle avant notre ère; il serait remarquable que 
ce cunéiforme simplifié soit né sous l'influence des Achéens. 

[49] 



80 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

auraient traversé l'Iran de bout en bout, jusqu'à ses provinces 
les plus orientales, comme le montre suffisamment ce que 
raconte Glésias, dans son histoire de la prise de Bactres par 
Sémiramis. Sans le témoignage de Ctésias, ou plutôt, sans la 
fantaisie romanesque qu'il nous raconte, on serait en droit 
d'inférer que ce conte bleu est une simple déformation de 
l'histoire d'Alexandre le Grand; mais c'est ce que l'on ne peut 
songer à faire, puisque ce célèbre chroniqueur vécut à la cour 
d'Artaxerxès II (405-359), puisqu'il racontait une histoire 
vivante dans la légende populaire, dont on retrouve, 1300 ans 
plus tard, dans la trame du récit des historiens arabes, l'écho 
dans le nom, Shammir = 1.e'^Âpx\).iq, du tobba yéménite qui 
s'en alla attaquer la Chine lointaine, aux limites du monde. 

Ce philosémitisme des Mages, qui attribue aux rois de Chaldée 
une conquête de l'Iran qu'ils auraient été bien incapables de 
faire, est d'ailleurs inexplicable; la sympathie que ressentaient 
les Mazdéens pour les Juifs s'explique aisément, comme on le 
verra plus loin; elle a provoqué le syncrétisme irano juif de la 
légende musulmane, telle qu'elle est narrée par Tabari, qui le 
codifia, le mélange intime, souvent extravagant, de la geste 
épique de la Perse avec les annales d'Israël; mais cette sym- 
pathie évidente des Mages et des Achéménides pour les Juifs 
n'impliquait nullement qu'ils dussent faire de leurs ennemis, 
les rois de Chaldée, les conquérants du monde jusqu'aux 
marches de la terre chinoise. 

S'il y a un fait certain,- c'est que les Chaldéens n'ont jamais 
foulé le sol des provinces iraniennes de l'Est, et la fondation de 
Samarkand, au delà du grand Fleuve, par un tobba du Yémen, 
Shammir, que rapportent tous les historiens arabes, d'après 
la geste persane, est l'impossibilité même. Cette légende 
est née du syncrétisme d'Alexandre avec les souverains" de 
Babylone, tout au moins avec la Sémiramis de Ctésias, et 
avec les neuf rois arabes de la Chaldée, qui, d'après Bérose, 
dominèrent avant la dynastie des quarante-cinq rois assyriens 
qui précédèrent Phul (1). 

Alexandre le Grand est la troisième entité qui se trouve 

(1) Fragnients de Bérose [Fragmenta hisloricorum graecorum, II, 503, 509). 

L50] 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIExNTAUX. 81 

syncrétisée dans le personnage d'Azlii Daliaka; Alexandre vint 
de rOuest, et il traversa l'Iran, dans sa plus grande largeur, 
jusqu'à Oush, en Soghdiane, où il rebroussa chemin, et où il 
fonda Samarkand. Les écrivains perses ont confondu Alexan- 
dre, qui régna à Babylone, comme roi de Clialdée, au même 
litre que l'avaient fait les Achéménides, au même titre que 
devaient le faire les princes arsacides, avec les rois de Chaldée 
de l'Antiquité, dont les deux plus célèbres avaient conduit 
contre les tribus élamites des expéditions vengeresses. C'est 
l'intervalle de plus de trente siècles qui sépare les deux expé- 
ditions de Naramsin et d'Assourbanipal, réduit, dans la pensée 
des Mages, à un millénaire, ce qui est énorme dans une 
chronologie aussi restreinte que la leur, qui a donné les mille 
années du règne de Azhi Dahaka. Et cela était d'autant plus 
indifférent que personne, dans l'Iran, à l'époque à laquelle fut 
rédigé VA resta, ne savait, et ne s'inquiétait de savoir, qui 
avait exercé la souveraineté en Perse entre ces deux razzias 
des brigands sémitiques. Mais il est visible que le nom d'Azhi 
Dahaka ne s'explique ni par ceux des rois de Chaldée, ni par 
celui d'Alexandre, Ahiksatara, ou, à la rigueur, Adaksatara, et 
il est certain qu'il faut voir dans Dahaka, dont l'étymologie 
par le sémitique « le rieur », ne fournit qu'un sens très médio- 
cre, une altération de celui de Dàhyavaka, \r,6y.r,q, qui fonda 
Ecbatane à l'assyrienne; Dàh/avaka fit lourdement sentir le 
joug royal aux clans indisciplinés des Mèdes, sous une discipline 
écrasante, qui s'inspirait du caporalisme deNinive et de Babel, 
lequel ne devait présenter aucun attrait pour les Iraniens, qui, 
de plus, contrecarrait les ambitions démesurées des Mages, ce 
qui valut un traitement injurieux au premier roi des Mèdes. 

Azhi Dahaka est tué par Thraètaona =: Faridoun, qui divisa le 
inonde entre ses trois fils, Airya « le Persan », Tùra « le Turk », 
Saïrima <^ le Romain », et on a vu plus haut que l'interpolation 
du nom des Sakas et de 'Ptôy.r, dans le texte de ÏAvesta n'a 
pu se produire la première, que postérieurement à l'année 
128 avant J.-C, la seconde, qu'en une année du premier 
siècle de l'ère chrétienne. 

Avec Minoutchihr, petit-filsde Faridoun, la monarchie perse 
cesse d'exercer la souveraineté sur les sept climats, comme 

[51] 

ORIENT CHRÉTIEN. 6 



82 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

l'avaient fait ses rois, de Gayomarth à Zoliak, ce qui revient 
à dire que la monarchie potentielle et imaginaire prend fin 
à ce moment, pour revêtir un aspect réel, avec lequel com- 
mence la réalité historique. Si Minoutchihr règne sur l'Iran, la 
Syrie, le Yémen, l'Egypte, refusent d'obéir à ses ordres, ce qui 
correspond exactement au statut de la monarchie achéménide 
sous le règne d'Artaxerxès II, lequel avait perdu la vallée du 
Nil (1). Mais c'est par une extension abusive que les Mages ont 
reporté à cette date du iv'' siècle le commencement des guerres 
entre Iran et Touran, lesquelles necommencent que deux siècles 
et demi plus tard. C'est sous le règne de Minoutchihr que 
paraît le premier Afrâsyàb, roi des Turks, qui régnait entre 
Bactres et Marw, et qui s'empare de Bactres; la chute de 
Bactres, vers 141, fut, en effet, l'épisode capital de l'invasion 
des Sakas; elle marqua la fin de l'empire gréco-bactrien, qu'elle 
ruina, et qui fut remplacé par les états indo-grecs; l'Hellé- 
nisme était une entité trop puissante pour sombrer dans cette 
catastrophe; il survécut durant trois siècles dans l'Iran oriental, 
à Kaboul, le long de l'Indus; mais son 'essor fut entravé par 
la victoire de la barbarie. L'histoire persane raconte que le 
premier Afrâsyàb refoula Minoutchihr jusqu'à Nishapour, ce 
qui est visiblement un écho fidèle de l'invasion des Sakas, 
laquelle fut une répétition très atténuée de la terrible invasion 
des Scythes, leurs ancêtres, aux viii" et vu' siècles, qui dévasta 
l'Asie, et dont le souvenir se retrou\e dans la légende ira- 
nienne, sous la forme d'un syncrétisme étrange de sa réalité 
avec l'histoire assyrienne. 

C'est à Ninive, ou à Babylone, qu'il faut aller chercher, non 
l'origine d'un personnage secondaire de la légende avestique, 
mais plutôt la manière dont les Iraniens se le représentaient; 
il ne paraît point dans la geste épique du Livre des Rois, qui 
n"a pas recueilli son souvenir, bien qu'il ait sauvé l'Iran en des 
heures critiques; on trouve sur lui quelques détails dans les 
livres pehlvis, dans le Boundahishn, dans \eDâtistân-i dinîky. 
dans le Bahman Yasht, dans le Minôkhirad ; mais il n'y a 
guères à douter que sa légende, au moins sous une forme 

(1) La fermeture du Canon de l'Avcsla, dans la Revue d'Assyriologie, 1924^ 
pages 167 et sq. 

[521 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 83 

primitive et élémentaire, ne remonte à VAvesta. Ces livres 
racontent qu'un certain Gôpat, Gôpat-shàh, Gôpat-malkà, en 
huzwarishn, en perse *Gàupâti « le seigneur Taureau », *Gàu- 
pati-khshàyathiya « le roi Gàupati », fut le fils d'Aghrêras, 
frère d'Afràsyàb,roi des Touraniens, ou cet Aghrêras lui-même, 
ce qui montre que sa légende était imprécise. Sa forme la plus 
complète prétend qu'Aghrèras eut Gôpatshàh pour fils, en récom- 
pense de sa vertu. Afràsyàb tua sans pitié cet Aghrêras, pour 
le punir d'avoir sauvé d'une mort certaine le roi Minoulchihr 
et les Iraniens, que ses attaques avaient réduit à une situation 
désespérée, et son tombeau se trouve dans une localité nom- 
mée Saukavastàn. Ce Gôpat, dont les prières furent le salut 
des Iraniens, et les arrachèrent à la fureur des Turks, devient, 
dans les livres des Mazdéens, l'un des apôtres du messie 
Saoshyant, le dernier fils à naître de Zoroastre, l'une des trente 
personnes, quinze héros et quinze héroïnes, qui reviendront à 
la fin des temps, pour refaire un monde nouveau, dont le mal 
et la mort seront à jamais bannis, et c'est en cette qualité qu'il 
passe l'éternité à verser l'eau de la libation dans la mer, 
c'est-à-dire dans la Caspienne. Le Muiôklùrad, qui est un 
livre tardif, en a conclu, par la confusion qu'il commet entre 
le \'ar de Djamshid et l'Iran V^èdj, l'Airyanem Vaêdjô, le Kara- 
bagh, l'Atropatène septentrionale, au Nord de la Médie, auquel 
appartient la mer Caspienne, qui est le berceau et la citadelle 
du culte du Feu, que ce Gôpat, ou Gôpat-shàh, est le chef 
religieux, le souverain spirituel, le ratu, de cette contrée 
bénie. Mais c'est là une erreur qui s'explique assez facilement 
par cette circonstance que l'auteur du Mlnôkhirad s'est imaginé 
que la forteresse occulte dans laquelle Djamshid enferme l'hu- 
manité, pour la soustraire aux maléfices du sorcier xMalkôsh, 
ne peut être que la patrie de la religion mazdéenne. 

Le sens du nom Gôpat n'a pas tardé à produire une première 
déformation de son office, une modification de ses attributs, 
que l'on trouve dans le Dâbistàn (I),où il est affirmé que Gôpat, 
compris, ce qui est légitime, comme « le maître du Taureau » 
est le gardien du taureau Hadliayàsh, sur lequel l'humanité 

(\) J. Darmesteter, Zend-Avesta, II, page 437 n. 

[53J 



84 REVUE DE l'orient CHRETIEN. 

a passé de climat en climat, et que Saoshyaiît sacrifiera au 
jour de la résurrection ; mais cette évolution n'a pas suffi aux 
Mazdéens, et ils n'ont pas tardé à faire de Gôpat un person- 
nage portant une tète d'homme sur un corps de taureau, la 
réplique des taureaux ailés de Khorsabad, qui furent imités 
àl'Apadana de Persépolis. L'identification ne fait aucun doute; 
le personnage initial est un Turk de la nation d'Afrâsyàb, 
un Boukha-beg, Boukha-téguin, Boukha-yinal, peut-être 
même un Boukha-tchabghou, l'un ou l'autre, dans le turk 
des Huns, qu'on a traduit assez exactement *Gàu-pati, qui 
passa aux* Iraniens pour les défendre, parce qu'il professait le 
Mazdéisme, ou tout au moins parce qu'il en avait des lueurs (1). 
C'est uniquement l'interprétation de son nom qui l'a fait iden- 
tifier aux kéroub sémitiques, qui veillaient à la porte des rois, 
par un phénomène de ce sémantisme que Clerinont-Ganneau, 
jadis, a qualifié de mythologie optique, auquel il faut adjoindre, 
dans ce cas d'espèce, un fait non moins évident de mythologie 
acoustique, car il n'existe réellement aucun rapport entre le 
rôle historique de Gôpatshàh, lequel est certain, et les fonc- 
tions, mystiques des kéroub. Mais il est tangible que cette 
assimilation, une fois commise, n'a pas tardé à réagir de la 
façon la plus singulière sur les fonctions mythiques de ce 
personnage; de ce fait que certains taureaux assyriens portent 
des vases sacrificiels, comme l'a très judicieusement fait remar- 
quer Casartelli, dans sa Philosop/ne religieuse du Maz- 
déisme (2), les Perses ont conclu, un peu vite, que le rôle rituel 
de ce monstre hybride, du Gôpat-shàh, est de répandre, en 
tous les temps, la libation sacrée; d'où la légende étrange 
et incompréhensible dans l'Indo-iranisme de l'homme-taureau, 
qui passe son éternité à verser l'eau de Xdi'zaotlirn dans la mer 
Vourukasha, cette légende, manifestement, étant née d'une 
interprétation abusive et complètement erronée d'un des sym- 
boles des adorateurs des faux dieux. Il n'existe, il me semble, 
dans la légende iranienne, qu'un seul événement historique 
qui ait pu donner naissance à la légende de Gôpat-shah, et cet 

(1) Sur ces Altaïques qui professaient le Mazdéisme, et qui, natui'ellement, 
faisaient clans la steppe de l'ultramontanisme, voir pages 47 et ssq. 

(2) J. Darmesteter, Zend-Avesia, II, page 437 n. 

[54] 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 85 

épisode est intimement lié à la geste du roi de Touran, Afrà- 
syàb; la question, d'ailleurs, est extrêmement obscure; elle ne 
s'éclaire que par une seule circonstance, la localisation de la 
légende de Gôpat shah dans la région de la Caspienne, dans 
TAzarbaïdjan, en Médie; mais cette localisation est heureuse- 
ment un fait certain. Sans qu'il faille attribuer aux termes du 
grand Boundahishn d'autre valeur que celle d'une interpré- 
tation étymologique malencontreuse et par trop primaire, cet 
ouvrage fait de Gôpat-shàh le roi du pays de Gôpat. On com- 
prend difficilement que des auteurs, si peu conscients qu'ils 
l'aient été de la valeur philologique des éléments de leur langue, 
aient pu écrire une pareille sottise, alors que, manifestement, 
ils n'ont jamais pensé à expliquer pâtakhshâh « roi » par 
shah de pâtakh « roi de Pàtakh >y, ou magù-pat « mage», 
par roi de Magù, ce qui serait des bévues du même ordre. 
La seule excuse que l'on puisse invoquer en leur faveur, c'est 
que, vers 880, date vers laquelle, certainement, comme l'a établi 
West (1), fut terminée la reeension du grand Boundahishn, 
les Persans, quelles que fussent leurs opinions religieuses, 
étaient aussi ignorants les uns que les autres des stades anté- 
rieurs de leur idiome. Mais, si le persan de cette époque avait 
perdu le mot pat, bad, à l'état isolé, dans le sens de « maître, 
chef », il est indiscutable que les mobeds, les destours, le 
clergé, qui étudiaient le texte de ÏAvesta, auraient dû voir 
et savoir que ce mot n'est autre chose que le zend paili, dont 
l'emploi est courant dans les livres sacrés du Mazdéisme; 
d'oîi il appert qu'au ix" siècle, en Perse, les clercs zoroastriens 
savaient fort mal leurs éléments, plus mal que les desser- 
vants des églises au fond des campagnes ne savent le latin. 
Sans m'attarder plus longtemps à cette fantaisie du grand 
Boundahishn, ce livre ajoute, ce qui est plus sérieux, que ce 
pays de Gôpat, le pays sur lequel Gôpat domina, n'est autre 
qu'une contrée comprise dans l'Airyanem Vaêdjô, un canton de 
cet Airyanem Vaêdjô, qui est le Karabagh, comme l'a très 
bien montré Darmesteter, puisqu'il se trouve situé sur les 
rives de la rivière Vaiiuhi daîtya, l'Araxe ou le Kour, le fleuve 
de l'Airyanem vaêdjô, lequel est limitrophe de l' Azarbaïdjan ; 

(1) Pahlavi lexls, I, InlroducUon, page 43. 

[55J 



86 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

et cela, manifestement, revient à dire que le domaine de 
Gôpat-shàh est bien voisin de cette contrée du Nord-Ouest de 
l'Asie Mineure, où les hordes des Sakas vinrent, à la fin du 
viii" siècle, se heurter aux armées du roi d'Assyrie. 

C'est par suite d'une interprétation secondaire, faite à une 
très basse époque, que \b petit Boundahishn, au contraire, écrit, 
que le pays où repose ce héros de la geste iranienne, le Sauka- 
vastân, est une contrée qui se trouve sur le chemin qui con- 
duit du Tûrkîstân au Tchînistân, dans la direction du Nord; ce 
qui reporte, approximativement, aux xii^-xiii^ siècles, peut-être 
un peu plus tard, Tûrk et Tùrkîstàn étant des formes tardives, 
les formes anciennes, que Ton trouve dans Firdausi, au x'' siècle, 
à Ghazna, étant Tûr et Tûrân. Si l'on ajoutait foi au récit du 
petit Boundahishn, cette contrée du Saukavastân serait ainsi 
située entre le pays turk, Samarkand et Boukhara et l'Asie 
Centrale, Kashghar et Khotan, non la Chine, naturellement, 
vers Tashkent ou Khodjand. Tchinîstàn, dans le petit Boun- 
dahishn, ne désigne certainement pas la Chine; il ne signifie 
même pas l'Asie Centrale, comme l'arabe Sîn et le persan Tchîn, 
dans les textes musulmans, mais bien les provinces de l'Iran 
orientai, puisque, dit le Bundahishn, le mont de Tchîn est 
voisin du mont Apàrsîn, du Paropamise, dans lequel le Haêtu- 
mafit, le Hilmend, prend sa source, et le Bahman YashtG\Xe{\) 
les Tchînî conjointement aux Kàvùli, aux gens de Kaboul, aux 
Sôftî, gens du Soghd, avec gh-kh-f, aux Kalmaks (2). L'iden- 
tification du Saukavastân avec cette contrée ne mérite aucune 
créance; elle ne saurait infirmer celle de la grande recension 
de ce traité pehlvi ; il y faut uniquement voir une interpolation 
commise dans le texte du Boundahishn, sous l'empire de cette 
idée préconçue, mais explicable, que Gôpat-shàh, frère ou neveu 
d'Afrâsyàb, est l'un de ces Touraniens qui combattirent l'Iran, 
et que, partant, il trouva la mort sur ces frontières orientales 
de l'Iran, que les armées des Turks ont si souvent menacées 
au cours des siècles. Les Persans, au xii^-xiii" siècle, qu'ils 
fussent musulmans, ou qu'ils continuassent les pratiques 
du Mazdéisme, avaient perdu toute notion de la possibilité de 

(1) II, 49. 

(2) Cette mention des Kalmaks est très moderne, du xiv ou du xv" siècle. 

[561 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 87 

conflits entre les Touraniens et le peuple d'Iran dans l'Ouest 
de la Perse, tout concept de batailles livrées autre part que 
dans l'Est, sur TOxus, pour la possession du Khorasan. Il est 
fort douteux que les Guèbres, à la fin du ix'' siècle, aient eu de 
ces événements lointains une vue plus exacte; mais c'est un 
fait certain qu'à cette date, le triomphe de l'Islamisme, en 
•Perse, était loin d'i'tre assuré, que le Mazdéisme le contrebattait 
souvent à son avantage, que la tradition zoroastrienne, partant, 
était beaucoup plus fraîche et vivace qu'après l'époque de Fir- 
dausi (1), que l'on ne corrigeait pas au pied levé, dans les livres 
pehlvis, les assertions qui y paraissaient obscures, parce qu'on 
avait perdu le sens de leur interprétation, pour les remplacer 
par des inepties. Cette identification s'est faite d'ailleurs en 
dehors de toute considération philologique, ses auteurs étant 
parfaitement incapables d'analyser, pour en tirer des conclu- 
sions géographiques, la forme Saukav-astàn, ou Sôkav-astàn, 
le pays de Saukav, ou de Sôkav; la tâche était au-dessus de leurs 
moyens, comme elle a dépassé, et de beaucoup, les capacités 
des exégètes européens des textes pehlvis. Si l'on remarque 
que Ptolémée écrit Souo6ï;voi = *Siavénoi = Slovènes = ^Sla- 
vclnas avec îr ^ gh 'y iv > ou ( 2), le mot qui est Sy.Aaêr^vot 
dans le texte de Ménandre, il en faut conclure qu'il aurait 
transcrit SxXâêoi de Strabonpar Sv.oû6st, avant d'arriver à ISoû6:'.; 
mais l'on sait (3) que les Iraniens, au temps de Darius, ont 
entendu le participe passif slave *slu-ta > * s^'lu-ta sous la 
forme Skutla, qu'ils ont transcrite Skudra, pour obéir aux idio- 
syncrasies de leur idiome, ce qui est le nom par lequel le fils 
d'Hystaspe désigne les Slaves dans ses inscriptions; ce qui 
montre que *siu-ta > ^sHu-ta s'était retourné, ou avait ten- 
dance à se retourner, autour de son -/- médial, ce qui est un 
phénomène dont les exemples ne manquent pas ; d'où l'on est en 
droit de déduire que ^slav-a, nom générique des Slaves, devenu 
*sHava, * sHaba, le Sakiab des Arabes (4), s'est retourné sous 

(1) Voir les Peintures des Manuscrits orientaux de la Bibliothèque nationale^ 
1914-1920, pages 143, 144 n. 

(2) Voir page 44. 

(3) Revue de rOr'ient Chrétien, 1924. p. 433. 

(4) Ibid., p. 431. 

157] 



88 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 

une forme * slakaba, laquelle, avec la prononciation spéciale 
de rt slave, deviendrait *Souoy.â8oi dans Ptolémée, ce qui est 
justement la forme Saukap du grand Boundahishn, Saukap- 
astân, comme l'on sait, signifiant « le lieu où demeurent les 
Saukap », c'est-à-dire, si cette hypothèse se trouve vérifiée, 
l'habitat des Slaves, des Slovènes, dont la présence dans 
l'extrême Nord de l'Iran, au w" siècle, à l'époque sassanide, 
à des dates antérieures même, est un fait historique; pour 
étrange que soit le phénomène phonétique qui a conduit * slava 
à * s^lava, sclavus, il est certain, et il s'explique, d'une façon 
extrêmement simple, par le son accidentel de l'i slave, qui en 
fait une sorte de gutturale "l''', de sorte que "sl'-'va est devenu 
* s^lava (1), par suite de la métathèse du mot autour de la 
labiale, ce dont je crois inutile de donner des exemples, tant 
le fait est connu. 

Afràsyàb, le roi de Touran, comme le raconte la légende 
pehlvie(2), porta un instant la gloire royale de l'Iran, quand il 
eut vaincu Zaînîgâv, le tyran^arabe, dont les yeux distillaient le 
poison et donnaient la mort; Zaînîgâv voulait subjuguer l'Iran ; 
il fut le grand-père de Zohak, qui réalisa ses projets, et régna 
sur la Perse durant tout un millénaire. Tabari, dans son 
histoire générale du monde, a recueilli une très ancienne tra- 
dition, d'après laquelle le tobba du Yémen, Abou Kouroul), qui 
rêvait d'envahir la Mésopotamie, alla se heurter aux Turks 
dans l'Azarbaïdjan. 

Cette légende est essentiellement différente de celle suivant 
laquelle un autre souverain du Yémen, le tobba Shammir (3), 
sortit des sables de la péninsule pour conquérir tout l'Iran, 
pour envahir la Chine, et pour aller fonder la ville de Samar- 
kand, par delà l'Oxus, aux marches de la terre aryenne. Que les 
intentions de Shammir n'aient eu rien de commun avec les des- 
seins d'Abou Kouroub, c'est ce que montre cette circonstance 
que Abou Kouroub visait l'Euphrate, et vraisemblablement 
l'Occident de la Perse, la Médie et l'Azarbaïdjan, alors que 
l'autre, beaucoup plus ambitieux, rêvait la domination de 

(1) Voir la Revue de VOrieni Chrétien, l'J24, p. 433. 
(5) Voir page 9. 
(3) Voir page 80. 

[581 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 89 

rExtrême-Orient. Que ce Shammir ne soit qu'une personni- 
lieation extravagante d'Alexandre le Grand, roi de Babylone, 
c'est-à-dire des Arabes (1), donc roi de l'Arabie, mélangée au 
souvenir de la Sémiraniis légendaire, c'est ce que montre cette 
affirmation que son but était la Chine, le troisième Alexandre 
de Macédoine étant le seul conquérant que la légende orientale 
accuse de ce projet, qui séduisit Témour le Boiteux, aux pre- 
mières années du xv'' siècle. D"où il appert que Zaînîgâv n'est 
point Alexandre, pas plus d'ailleurs qu'il n'est les Séleucides, 
lesquels furent également rois de Babel, et comme les Aché- 
ménides, dominèrent sur une partie de cette Inde, sur le Sapta 
Sindhavas, que l'Iran confond assez volontiers avec la Chine. 
Mais les Séleucides ne font que continuer assez médiocrement 
le Macédonien; l'on ne voit point qu'ils aient eu affaire avec 
les populations altaïques dans l'Ouest de l'Iran; avec Séleucus 
Nicator, leur but fut bien plutôt l'Extrême-Orient; l'époque 
tardive de leur souveraineté ne serait point un obstacle majeur 
à leur identification, ou plutôt à l'identification de l'un d'eux, 
avec Zaînîgâv, si les circonstances historiques s'y prêtaient, 
I)uisqu'il est certain que des interpolations et des additions 
de personnages secondaires ont pu se faire, et se sont faites, 
dans les textes avestiques à des dates encore plus basses (2). 
Mais, de celte circonstance que la légende de Gôpat-shàh, du 
Taureau divin à tète humaine, se trouve dans un certain rapport 
avec celle d'Abou Kouroub, il en résulte nécessairement qu'elle 
ne peut se placer qu'à une date à laquelle ce type de monstre 
apocalyptique gardait la porte du roi d'Assyrie, c'est-à-dire 
avant la chute des empires de Chaldée, bien avant le règne 
des Séleucides (3). D'où il suit qu'il faut chercher dans l'his- 
toire de ITran un ensemble de circonstances historiques, avant 
le VI'' siècle, qui mirent aux prises en Occident, Sem com- 
battant Tour, non pour la possession chimérique de l'Extrême- 
Orient, mais pour défendre la civilisation méditerranéenne 
menacée par l'Altaïsme. 

(1) Voir page. 80. 

(2) Voir page 71. 

(3) Et il ne peut naturellement être question, à propos de cette légende, des 
taureaux à tête humaine de l'Apadana de Persépolis, qui sont d'une date bien 
trop moderne pour avoir été syncrétisés avec un Scythe du vin" siècle. 

[59] 



90 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

Ce souvenir lointain d'un conflit entre les Sémites et les 
Turks, dans l'Antiquité, évoque la sanglante défaite que les 
généraux de Sargon, roi d'Assyrie, au viii*' siècle, infligèrent 
aux Turks Sakas; ces barbares, par les défilés du Caucase, 
tombaient en Arménie, et leurs hordes déferlaient au Sud des 
monts, menaçant la Mésopotamie, qu'elles se préparaient à 
dévaster, comme le reste de l'Asie antérieure. Cette invasion 
des Sakas, des Scythes, comme les appellent les historiens 
grecs, est, dans l'histoire, une répétition générale des invasions 
d'Attila, et surtout de celle des Mongols, au xiii" siècle; les 
descendants d'Along-Goa, à la fin du moyen âge, comme les 
fils de la Louve, quelques siècles avant Platon, vinrent se 
briser contre les empires occidentaux, qui furent la couverture 
de la civilisation. L'effort des Mongols ne put prévaloir contre 
les armées du roi d'Egypte, qui avait succédé à la Chaldée 
dans l'hégémonie de l'Asie antérieure, et leurs légions furent 
anéanties par les sultans du Caire dans des localités syriennes, 
qui sont bien voisines des champs de bataille d'Arménie, où 
l'armée de Sargon écrasa les Sakas au viii® siècle, en comparai- 
son de l'immense distance qu'ils avaient franchie depuis l'Asie 
Centrale, pour venir se faire hacher par les chars de guerre du 
fils de Beltis. Les péripéties de cette lutte entre les Sémites et 
les Turks resteront toujours inconnues; on ne sait ce qui la 
précéda; si les troupes assyriennes, se portant au-devant de 
l'envahisseur, n'occupèrent pas des régions du Nord-Ouest de 
l'Iran, et n'y pesèrent point lourd; si les Scythes ne les bous- 
culèrent point durement, et s'ils n'en débarrassèrent pas les 
Iraniens, en attendant d'aller se faire anéantir un peu plus loin 
par les armées ninivites, ce qui explique le rôle glorieux d'Afrâ- 
syâb, l'un de leurs chefs; qui saura jamais si l'un des princes 
sakas, plus ou moins frère d'un de leurs tchapghou, ne le 
trahit pas en faveur des Iraniens, et n'en fut pas puni de mort? 

L'alliance des Turks et des Iraniens est un fait historique, 
autant que l'on connaisse l'histoire de ces périodes lointaines : 
vers 580, un souverain des Scythes menaça fortement les 
domaines du roi d'Assyrie; les textes cunéiformes le nomment 
Ishpakaï, c'est-à-dire, en tenant compte des idiosyncrasies bien 
connues de la langue assyrienne, Spakaï ou Spaka, mot dans 

[60] 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 91 

lequel j'ai proposé, dans un article imprimé il y a vingt ans 
dans cette Revue, de voir l'iranien spaka « chien »; le fait est 
d'autant plus plausible et vraisemblable que nombre d'Al- 
taïques se sont nommés « chien », Keupek en turk, Nokhaï 
en mongol; un autre chef de hordes scythes, Kashtariti, en 
mongol Ghatchar-taï « qui possède la terre », essaya de coaliser 
les Mèdes, les Cimmériens, ainsi que d'autres clans, pour les 
lancer contre le roi d'Assyrie, si bien qu'Assour-akhéiddin se 
vit obligé de monter en Médie, pour mettre fin à ces mou- 
vements; d"où il suit que la légende de Gôpat-shâh, ou 
d'Aghrêras, peut parfaitement correspondre à des événements 
historiques qui se sont passés à l'époque de l'invasion des 
Scythes dans l'Asie antérieure, alors qu'il exista une collusion 
certaine entre les*Touraniens et le peuple d'Iran. 

Comme je lai dit autre part (1), c'est au récit de la conquête 
de l'Iran oriental par les Sakas, indéfiniment dédoublé, que 
se réduit, dans la chronique de Tabari et dans le Livre des 
Rois, l'histoire de la Perse, jusqu'au moment où elle entre dans 
la réalité avec les Achéménides; il serait oiseux d'énumérer 
tous ses épisodes, de narrer toutes ses péripéties; on n'en trouve 
en effet pas moins d'une douzaine de répétitions dans la geste 
de l'Iran, lesquelles n'ont d'autre but que de glorifier la valeur 
du paladin Roustam, qui sauva l'Iran, malgré ses rois; il me 
suffira de rappeler le second épisode de cette lutte sans merci, 
sous le règne de Minoutchihr, à cause de son importance : la 
légende veut que Pashang, roi de Touran, soit venu attaquer 
l'Iran pour venger son ancêtre Tour, en même temps que Salm 
= Sairima, le Turk et le Romain (2), qui avaient assassiné 
Iridj — Airiya, l'Iranien, et qui, en punition de ce forfait, 
avaient été dépossédés de leur héritage et punis de mort. 

Cette fantaisie ne laisse pas d'être inquiétante : transposée de 
la pensée des Mages, elle signifie que les Romains et les Altaï- 
ques avaient partie liée, et qu'ils marchaient ensemble contre 
la Perse, ce qui, étant données les traditions militaires des 
peuples, est loin d'être impossible, ou, tout au moins, que les 

(1) Bulletin de la Société Française de Reproduction de manuscrits à pein- 
tures, 1926, page 31. 
(i) Sur ce sens de Sairima, voir la Revue de l'Orient latin, 192ô, page 430. 

[611 



92 REVUE DE l'orient CHRÉTIEx\. 

Perses de Tépoque arsacide croyaient à une alliance offensive 
des Romains, desToctiares et des Turks, contre leur monarchie. 
L'aventure n'est JDoint si invraisemblable, ni si romanesque, 
qu'elle le paraît à première vue, et des conjonctures politiques 
analogues se répètent beaucoup plus tard, aux dernières 
heures de l'Antiquité; l'empereur Justinien, en 562, profita très 
habilement d'une ambassade plutôt hostile que lui envoya le 
khaghan des Turks pour jeter les fondements d'une alliance 
offensive et défensive avec ce puissant monarque contre le 
Chosroès, dont leurs empires étaient voisins, et qu'ils pouvaient 
prendre dans une tenaille. Les tractations se trouvèrent faci- 
litées par ce fait que les Turks brûlaient du désir de s'emparer 
de l'Iran; Attila, déjà au v'' siècle, comme on le voit par un 
passage de Priscus, ne songeait qu'à entrer en Perse par les 
montagnes de la Médie (1); il n'en fallut pas moins toute 
l'astuce du slave Oupravda pour faire aboutir cette tentative 
audacieuse, et aussi cette circonstance, que c'était offrir au roi 
des Turks une aide inespérée pour s'emparer des provinces 
orientales de l'Iran, qui, à la faveur d'une puissante diversion 
romaine sur l'Euphrate, pouvaient être une proie plus facile 
pour lui que les provinces occidentales de la Chine. Le kha- 
ghan, en effet, envoyait l'un de ses officiers à l'empereur grec 
pour lui faire les plus sévères admonestations au sujet de la 
mystification ridicule des War-khouni, qui avaient complète- 
ment dupé les Byzantins, sans que Justinieu en ait eu le moindre 
soupçon ; les \N ar-khouni s'étaient fait passer pour des Avars, 
alors qu'ils n'étaient que des Huns, c'est-à-dire des Turks, des 
Pseudo-Avars, tandis qu'ils avaient été les sujets des véritables 
Avars, des Tonghouzes, qui n'avaient pas bougé de l'Asie Cen- 
trale, où les Turks les tenaient en subjection, après avoir détruit 
leur empire. Quoi qu'il en fût de cette bévue fâcheuse, mais 
explicable, les deux monarques comprirent qu'il leur était aisé 
de se réconcilier et de s'entendre sur le dos du Roi des Rois; 
très peu de temps après cette aventure, Justin II et Tibère con- 
clurent une alliance formelle avec le khaghan des Turks de 
l'Altaï contre le roi de Perse (2); les Turks, dans leurs nlon- 

(1) Amédée Thierry, Histoire d'Attila, I, page 109. 

ii) Ibid., pages 405 et 431. ' . 

[621 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 93 

tagnes de l'Asie Centrale, comme on le voit par le récit de 
Ménandre, connaissaient admirablement la topographie de 
l'empire romain, ses ressources militaires, et l'aide que les 
deux peuples pouvaient se prêter mutuellement contre le 
Chosroès de Ctésiphon. Et ce ne fut point la seule fois que les 
Turks essayèrent de faire servir les Indo-Européens à la réali- 
sation des buts qu'ils poursuivaient comme on le voit assez pav 
l'histoire d'xA.ttila et des peuples turks : quand Héraclius conçut 
le projet d'attaquer Kliosrau Parwiz, qui aboutit à la ruine 
irrémédiable, à l'épuisement absolu de la monarchie perse et de 
l'empire byzantin, il lança contre l'Iran la nation des Kha- 
zars (1), les Khatzires, ou Acatzires du v^ siècle, qui sont 
vraisemblablement les mêmes tribus que Rashid ad-Din nomme 
Aghatchéri, dans son histoire des peuples turks, au commen- 
cement du XI v" siècle. Ces Khazars appartenaient alors à la 
confédération des Huns blancs; Attila les avait soumis à ses 
lois, et il leur avait imposé comme souverain son fils EUak; il 
ne fut pas difficile au basileus de les attirer dans son alliance 
et de les faire marcher contre le roi de Perse, dont ils pillaient 
les provinces septentrionales, que Khosrau Anoushirwan avait 
essayé de couvrir de leurs attaques, en construisant la muraille 
de Darband, pour arrêter leurs incursions dans les contrées 
iraniennes. 

La situation suivit les vicissitudes de la politique, lès hésita- 
tions du destin, et elle se trouva inversée par une série de réac- 
tions inéluctables : de l'aveu implicite des historiens grecs et 
latins, à la fin de l'Antiquité, l'Empire se heurta sur toutes 
ses frontières, en xAsie, en Afrique, en Europe, à une vaste coa- 
lition des Barbares, dont le chef était le Roi des Rois, Arsace, 
ou Chosroès, suivant les époques : « Il était rare que l'empire 
romain, placé à ses deux extrémités entre les Parthes et les 
Germains, n'eût qu'un seul de ces ennemis à combattre en 
même temps. La guerre en Orient provoquait la guerre en 
Occident. Du golfe Pecsique à l'Océan du Nord, les Barbares 
semblaient s'entendre, et le départ de quelques troupes était le 
signal ordinaire d'une irruption sur le point affaibli (2) ». Sous 

(1) Ibid , tome II, pages 76 et 82. 

(■i) Amédée Thierry, Histoire de la Gaule, II, 118. 

[63] 



94 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

Valérien (1), les confédérations germaniques préparent une 
offensive sur le Rhin, tandis que les Marcomans, les Hérules, 
les Goths, menacent Flllyrie et la Thrace; une concentration de 
tous les Barbares se manifestait, comme sous Marc-Aurèle, avec 
cette circonstance particulièrement aggravante que les Barbares 
de l'Orient entraient cette foi-s dans la lice, que Sapor, roi de 
Perse, s'était fait le centre de la coalition; les Arabes du désert, 
avec Odenath, prince de Palmyre, obéissaient naturellement à 
ses ordres, comme leurs descendants, au xiV siècle, devaient 
marcher aux ordres du prince mongol de l'Iran contre le sultan 
des Mamlouks qui régnait en Syrie; les Nègres de l'Ethiopie, les 
Maures de l'Afrique occidentale, soulevés par la prédication 
de ses agents, menacèrent les frontières impériales ; l'orbe bar- 
bare qui enserrait la Romanité accentua son étreinte, et com- 
mença l'attaque contre la Ville Éternelle et la civilisation qu'elle 
incarnait; les Francs eux-mêmes mirent à la mer leurs fragiles 
navires, et attaquèrent le Nord-Ouest de la Gaule. Dans ses 
extraits sur les ambassades des nations aux Romains, Ménan- 
dre, en effet (2), nous révèle cette circonstance extraordinaire 
qu'en l'année 565, lorsque les Avares et les Francs se furent 
engagés mutuellement par les liens du serment, quand ils 
eurent conclu un traité de paix perpétuelle, Bayan, le khaghan 
des Avares, signifia à Sigisbert, roi des P^rancs, la détresse dans 
laquelle se trouvait son armée, qui mourait de faim, et qu'à 
peine Sigisbert eut reçu cette nouvelle, il se hâta d'envoyer 
de la farine, des légumes, des œufs et des bœufs au khaghan. 
Et cette situation ne fit que se prolonger jusqu'aux derniers 
jours de la puissance du Mazdéisme dans la terre iranienne : 
quand Héraclius eut ameuté le royaume des Khazars contre la 



(1) Ibid., 3-28. 

(2) "Oti 'AêàpoDv xat <ï>pâyza)v aTCeiffa[J.EVWv upo; à»,i^),o\;;, xaî tïj; sIpr.vT]? ÈfjiTtïSoj- 
toLza. è/oijîyriç, È5:r,[jiriv£V ô Baïavb; lîyiffêépTw, tw twv 4>p(XYXwv ifjyEtiôvt, ola àijjlw ttie- 
ÇofjiévYii; aÙTto Tyj; atpaxtâ; ...Ta-j-ra ÈTtEiS/] àTtTQyyeÀxo tw IiyiffgépTw, 7rapa)'_pf|[Jia o ye 
àXsupà TE iaxcùt toïç 'Aêipoi; xai ôo-jtpia xai ôt; -/.al pôaç; page 110. C'était l'iiabitude 
des Altaïques de se faire nourrir par leurs voisins, et l'on sait que les Turks, 
quand ils crevaient la faim dans leur Asie Centrale, dépêchaient une ambassade 
au Fils du Ciel, au « Ivhaghan chinois », qui se hâtait de leur envoyer une file 
de chariots pleins de légumes secs. 

[64] 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 95 

Perse, le khaghan des War-khouni, des Pseudo-Avars, qui 
dévastaient l'Europe orientale, le céJèbre Bayan, offrit à Chos- 
roès II de venir attaquer Constantinople, tandis que l'empereur 
était occupé en Asie, pour opérer sur ses derrières une puis- 
sante diversion; Bayan et Parwiz n'éprouvèrent aucune diffi- 
culté à conclure une alliance qui amena les Perses et les Huns, 
en l'année 626, devant la capitale byzantine. 

D'où il semble qu'il faille conclure, à défaut de tout rensei- 
gnement fourni par les textes, que les Perses répondaient à une 
manœuvre romaine, dont l'objectif était de les encercler par 
les légions sur l'Euphrate et en Arménie, par les Altaïques, 
aux rives de l'Oxus et sur le front immense qui s'étend entre la 
Caspienne et ie lac d'Aral, par une manœuvre identique, qui 
leur jetait sur les bras toute la Barbarie, montant, comme une 
seule brigade, à l'assaut de la Romanité et de la Civilisation. 
Certes, ce n'est là qu'une simple hypothèse, et l'on serait bien 
embarrassé d'en administrer le moindre commencement de 
preuve; mais je crois qu'elle seule peut expliquer, au point de 
vue stratégique, l'ensemble parfait avec lequel les nations bar- 
bares se lancèrent à l'assaut de la « Forteresse Rome » ; elle n'est 
qu'une possibilité, suggérée par l'induction historique; mais 
il est bien difficile d'admettre que tous ces Barbares auraient 
agi dans une coordination aussi absolue, s'ils n'eussent con- 
couru à l'exécution d'un plan d'attaque soigneusement et lon- 
guement élaboré. F.^ile est confirmée, jusqu'à un certain point, 
par la plaque de ceinturon perse que l'on a découverte à Wolfs- 
heim, sur les bords du Rhin, qui est aujourd'hui conservée au 
Musée de Wiesbaden, sur laquelle se lit, en caractères pehlvis 
du début du m" siècle, le nom Artakhshatr du premier Sassa- 
nide. Si cette plaque a appartenu à un officier perse qui avait 
été chargé d'une mission militaire chez les Francs, chez les 
Germaniques, par la majesté du Roi des Rois, ce dignitaire 
portait le nom de son souverain gravé sur l'insigne de son 
grade, comme les officiers du Préobajenski portaient sur leur 
hausse-col l'aigle au triple diadème d'Elisabeth et de. Cathe- 
rine, ceux du dernier empereur de Russie un N couronné 
sur leurs pattes d'épaule: car il est invraisemblable que les 
soldats du roi de Ctésiphon, pas plus que ceux d'aucune armée, 

[65] 



96 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

aient jamais eu la licence de faire inscrire leur nom personnel 
sur les pièces de leur équipement. 

Sous le règne de Naudar, les grands vassaux des contrées 
non-iraniennes, Asie Mineure, Syrie, Mésopotamie, se désinté- 
ressèrent de cette lutte interminable contre les Touraniens, sur 
les marches orientales de la monarchie, et les Égyptiens profi- 
tèrent des difficultés qui assaillaient le Roi des Rois pour secouer 
le joug sous lequel il les maintenait; il y faut voir le dédou- 
blement delà révolte de l'Egypte, sous Artaxerxès II, syncrétisé 
avec le souvenir de cette circonstance que la Mésopotamie, au 
pouvoir des Arsacides, faillit leur échapper sous les coups des 
Romains, comme quelques siècles plus tard à l'époque des 
Sassanides. 

L'histoire raconte que, sous Kaï-Kaous, Roustam écrasa les 
Touraniens, en même temps qu'il soumettait les rois de Syrie, 
d'Arabie, d'Asie Mineure et d'Egypte; ce qui est le syncrétisme 
incohérent d'un fait réel, la soumission de l'Egypte, en 342, 
sous Artaxerxès III, et de faits potentiels, ou plutôt d'événe- 
ments réels, entièrement inversés, sous la forme où les Iraniens 
eussent voulu qu'ils se produisissent, la conquête d'Alexandre, 
la souveraineté des Séleucides, qui arrachèrent l'Asie antérieure 
à la domination iranienne, l'invasion des Sakas, qui entama la 
monarchie dans l'Est, et même, dans la pensée de ceux qui 
recopièrent ces fables à la fin des Sassanides, la guerre avec les 
Ephtalites, laquelle faillit anéantir la puissance des descendants 
d'Ardashir. Qu'il y ait dans cette légende des luttes entre Iran 
et Touran quelques faits réels, c'est l'évidence même; sous Kaï- 
Kaous, le roi des Turks implore le secours du roi de Kliotan, 
Pouladwand, dont le nom, visiblement, traduit une forme 
altaïque Témourtou, ou Témoutchin, qui est bien connue, sous 
l'une et l'autre de ses formes, par l'histoire des Mongols. 

C'est à partir de cette époque relativement moderne de la geste 
iranienne que se multiplient les souvenirs des périodes anté- 
rieures à Darius : elle raconte que Kaï-Kaous fut battu dans un 
combat qu'il engagea contre le roi du Mazandaran, au cours 
duquel ses soldats furent brusquement frappés de cécité; il y a 
longtemps que Malcolm, dans son Histoire de la Perse, a reconnu 
dans cet épisode le souvenir de la bataille que Cyaxare, troi- 

[66] 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 97 

sième roi de la Médie, fils de Phraortès, et petit-fils de Déjocès, 
livra aux Lydiens, complices des Scythes, des Sakas, des 7:3u,\ss 
qui avaient envahi l'Asie antérieure, pendant laquelle (620 
ou 610) se produisit l'écHpse de soleil prédite par Thaïes. 

C'est également à un souvenir ancien de l'histoire iranienne 
que reporte la légende de Sohrab, fils du paladin Roustam et 
de Tahmina, fille du roi des Turks; Sohrab fut élevé en cachette, 
et sa mère lui déroba le secret de sa naissance; mais la valeur 
n'attendit pas chez lui le nombre des années, si bien que son 
histoire répète les termes de celle de Cyrus et de Mandane, 
Tahmina étant une forme altérée de Mandane, par la contami- 
nation du surnom de Roustam, Tahamtan, l'Hercule. 

Cet épisode de l'enfant du miracle ne se retrouvée pas moins 
de quatre fois, en termes id antiques, dans la légende iranienne; 
les autres sont l'épisode de Syawoush, fils de Kaï-Kaous; de 
Kaï-Khosrau, fils de Syawoush et de Firengis, fille du roi des 
Turks, que Kaï-Kaous fait comparaître à sa cour avec la même 
anxiété qu'Astyage, roi desMèdes, avait connue, quand il avait 
m^ndé son petit-fils Cyrus en sa présence; de Barzou, fils de 
Sohrab, qui fut élevé comme un paysan parmi les Turks, qui se 
révéla grand guerrier, et devint le héros d'un cycle. 

L'histoire, avec Lohrasp, successeur de Kaï-Khosrau, entre 
dans la réalité : Lohrasp, père de Goushtàsp = Vîshtâspa = 
ytjTxaizTiÇ, transfère sa capitale à Bactres, alors qu'Hérodote 
(vu, 61) nous apprend qu'Hystaspes, fils de Darius 1, était 
justement satrape de Bactriane. Les Mages ont confondu 
Vîshtâspa, fils de Darius, et même Vîshtâspa, fils de Xerxès, 
tous les deux satrapes de Bactriane, avec Vîshtâspa, père de 
Darius; qu'ils aient fait un roi de ce personnage syncrétique, 
alors qu'il ne l'était pas, uniquement même pour la raison 
qu'il ne l'était point, et qu'il les protégea, c'est' un fait qui 
correspond admirablement à leur esprit, une circonstance 
qui leur permit de céler à la postérité le nom du roi Darius, 
leur grand ennemi, l'auteur de la Magophonie, de la Saint-Bar- 
thélémy du clergé mage, qui ne manquait pas d'ambition. 

Vîshtàspa-Goushtâsp, par crainte de son père, s'enfuit 
dans les états de l'empereur de Rouui; sous le nom de Far- 

[67] 

ORIENT CHRÉTIEN. 7 



98 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

roukhzad, il épouse sa fille, et il conduit ses armées contre 
riran. Lohrasp abdique, et se retire dans un monastère qu'il 
avait fait construire auprès du grand temple du Feu, à Bactres, 
lequel n'est autre que le Naubahàr, le temple bouddhique, que 
les rois grecs élevèrent à Bactres, et dont la coupole gigan- 
tesque se voyait, à ce que raconte Yakout al-Hamawi, dans son 
Mo'djam al-bouldan, à une grande distance de la ville (1). 
La magnificence de cet édifice somptueux frappa l'imagination 
des Perses; ils répétèrent son souvenir sous le règne de Vîsh- 
tàspa, lequel, lorsqu'il fut devenu roi de Perse, fit élever 
à Bactres un temple immense, pour abriter la Flamme sacrée. 
Quand Lohrasp eut abdiqué devant la menace des armées 
grecques, commandées par son fils Vîshtàspa, celui-ci monta 
sur le trône, ce qui est un arrangement fantaisiste de la 
conquête par l'Hellénisme de la monarchie achéménide. 

Vishtàspa-Goushtàsp abandonna le pouvoir royal à son petit- 
fils, Bahman, fils d'Isfandyar, avec lequel la chanson de geste 
devient de l'histoire, puisqu'il n'est autre qu'Artaxerxès I" 
Longue-Main, comme l'affirme la légende sassanide, qui a été 
recueillie par Hamza d'Isfahan et par les chroniqueurs persans, 
lesquels nomment ce prince Ardashir-i Dirazdast, Ardashir à 
la main longue. Mais, en fait, le règne de ce Bahman-Arta- 
khshatr représente dans l'histoire légendaire de l'Iran, telle 
que l'ont écrite les Mages, tous les souverains perses, de 
Darius I à Artaxerxès III; le nom de cet Artaxerxès syncré- 
tique ne figure dans les listes royales uniquement que par suite 
de cette circonstance que le canon de VAvesta fut fermé sous 
le règne de l'un de ses éléments, Artaxerxès II, qui a été con- 
fondu avec les deux autres (2); encore faut-il remarquer 
que les Mages, tout en le citant, ont poussé la malice jusqu'à 
changer son nom réel pour lui attribuer celui, de pure inven- 
tion, de Vohuman. Et cette fantaisie des Mages leur permit 
d'escamoter d'une manière élégante les noms des deux plus 
grands monarques de la dynastie achéménide, Darius P'etXer- 



(1) Tous les stoupas du Kapiça répètent la forme gigantesque de la coupole 
de cet ancêtre grec du Panthéon de Rome. 

(2) La fermeture du canon de l'Avesla, dans la Revue d'Assyriolo-gie, 1924. 

[68] 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 99 

xès, dont le souvenir ne se retrouve que sous une forme très 
altérée dans le tissu de cette trame imaginaire, et de dissimuler 
jusqu'au nom du prince, Artaxerxès H, qui fit exécuter la 
première recension de VAvesta. 

Et ce n'est pas la seule trace de leur infernal esprit d'in- 
vention; Tabari r.iconte que ce fut Vîslitàspa-Goushtàsp qui 
renvoya les Juifs en Palestine, et qui leur ordonna de recons- 
truire le Temple du Seigneur; cette assertion montre que les 
.Mages connaissaient très exactement les actes du roi Cyrus, 
mais qu'ils les mirent au compte d'un personnage qui n'avait 
pas, en fait, exercé le pouvoir souverain, et le développement de 
la légende témoigne de cette circonstance que, volontairement, 
les prêtres du Feu ont réduit les rois de Perse de la dynastie 
achéménide au rôle de lieutenants de princes imaginaires. 

Bokhtnasr = Nabucliodonosor, vécut trois cents années, dit 
Tabari, au service de Lohrasp, de Goushtasp, de Bahmàn. 
Lohrasp, excédé par les charges écrasantes de la souve- 
raineté, confia à Bokhtnasr la vice-royauté de la Mésopotamie. 
Bokhtnasr soumit l'Egypte à ses lois, ce qui est, une fois de plus, 
le souvenir déplacé d'un lait qui s'est réellement passé sous 
Artaxerxès III, en même temps qu'il réduisit Jérusalem. Un 
autre aspect de la légende, également rapporté par Tabari, 
prétend que Bokhtnasr fut le lieutenant de Bahman, c'est-à-dire 
d'Artaxerxès P'; cette seconde forme de la geste, complètement 
oubliée des livres pehlvis, témoigne de l'essence du système des 
Mages, qui poussent la férocité jusqu'à ce point de faire du roi 
Darius, qui leur ravit ]e pouvoir, un Babylonien, de Cyrus, 
de Xerxès, des gouverneurs de Babylone. 

Bahman, dit Tabari, nomma Bokhtnasr gouverneur de Baby- 
lone, et il l'envoya contre les Juifs, parce que ceu.x-ci s'étaient 
rebellés contre son autorité; il lui adjoignit Darius ^^^^^'J,'-, fils 
de Maiiri (perse * Martiya « l'homme », ce qui est dans VAvesta, 
avec l'alternance constante rt perse = sh zend = hr ou hl 
pehlvi, Mashya, le nom du premier homme issu de Gaya Maretan 
dans la cosmogonie iranienne). Ce Mahri était le descendant, 
de Màdzî ^iU (le Mède, en hébreu na), fils de Japhet; Darius 
était le neveu de Bokhtnasr. Bahman = Artaxerxès P"" adjoi- 
gnit également à Bokhtnasr = Nabuchodonosor, Cyrus Kaï- 

[691 



100 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

Kawân .l'XT 'y^ (lire Kaï-Kawâd :>\SS, avec la confusion 
graphique de j et de -i, le roi légendaire Kaï-Kavvât étant con- 
fondu avec Kaï-Khosrau, son arrière-petit-fils, dont l'histoire, 
comme on Ta vu plus haut, présente certaines similitudes avec 
ce que la légende raconte de Cyrus), descendant de Ghaïlaui 
J^(lire rr^ Élam, en hébreu ^y)-, fils de Sem; Akhashvérosh, 
.^^ji^isS, Assuérus, c'est-à-dire Xerxès, fils d'un autre Cyrus 
^^, lequel était le fils de Djamasp «s^^-w-Ul^., surnommé le 
savant; Bahram, fils d'un autre Cyrus, lequel était le fils de 
Vîshtâspa-Goushtàsp. Après moult aventures, Bahman destitua 
Bokhtnasr, et le remplaça par le premier Cyrus; ce personnage, 
vice-roi de Babel, demanda à Bahman la permission de ren- 
voyer les Juifs dans leur patrie, ce qui est un arrangement assez 
curieux de la réalité historique, puisque c'est un fait universel- 
lement connu qu'Artaxerxès I, Artaxerxès Longue- Main, le 
Bafiman Diràzdast de la légende persane, permit aux Juifs de 
rétablir à Jérusalem le culte de Jéhovah. 

Après Cyrus, Akhashvérosh, fils de Cyrus, fils de Djamasp, 
autrement dit Xerxès, exerça la vice-royauté à Babylone; Bah- 
man l'envoya contre Ker Ardashir^^j^ ^ (lire Kai-Ardashir 
y^'^)^ ^, Kai étant le titre de tous les rois kéanides de l'Anti- 
quité préhistorique et de la légende héroïque de l'Iran), gou- 
verneur de l'Inde, lequel s'était révolté; ce personnage avait 
appris aux gens de la Péninsule à manger de la viande, 
ainsi qu'à boire du vin, ce qui est un syncrétisme extravagant 
de la légende du triomphe de Bacchus (1), du fait historique 
de la conquête du Nord-Ouest de l'Hindoustan par les géné- 
raux de Darius P^ puis par Alexandre, qui continua leur oeuvre, 
son invasion des plaines du Djamboudvipa étant très visiblement 
devenue le thème du Triomphe de Bacchus. 

Cet Akhashvérosh habitait à Suse t^^^ et la meilleure preuve 
qu'il n'est autre que Xerxès, c'est qu'il épousa, après avoir fait 
tuer son épouse Washti ^^_5, une dame juive, Ashtarj-'^l, Esther, 
fille d'Abou Djawil Jj^U-^^jI, qui avait été élevée par son oncle 
Mardochée ^=--^y- Les Chrétiens racontent, dit Tabari, qu' Akha- 
shvérosh eut d'Esther un fils, Cyrus iJ^)4'-> ce fut ce prince, 

(1) Revue de VOrient chrétien, 1925, page 437. 

[70] 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 101 

Cvrus, qui fit reconstruire Jérusalem (1), laquelle avait été 
saccagée par Bokhtnasr. 

(1) Ce que racontent les Paralipomènes, Esdras, Xéhémie, Haggaï; le récit 
d'Esdras reprend la narration des Paralipomènes, en termes identiques, pour 
bien spécifier qu'il ne fait que continuer leur récit (i, 2); la première année de 
Cyrus, c'est-à-dire la première année de son règne comme souverain de toute 
l'Asie antérieure, après la chute de Babylone devant les armes achéménides, 
en 538, le Seigneur, pour accomplir la promesse qu'il avait faite à son peuple 
par la bouche de Jérémie (24, 27, 29, 30, etc.), suscita l'esprit du Grand Roi, 
monarque absolu dans l'Iran et on Chaldée, qui fit publier l'édit suivant : « Voici 
ce que dit Cyrus, roi de Perse; le Seigneur, Dieu du Ciel, m'a conféré tous 
les royaumes de la terre, et il m'a commandé de lui élever un temple dans 
Jérusalem..; (le Dieu) qui est à Jérusalem est le vrai Dieu. » 

Que ces phrases traduisent littéralement l'édit du Roi des Rois, c'est ce que 
montrent, non seulement la phrase initiale : •< Voici ce que dit Cyrus, du corps roi 
de Perse » DIS Tî'^D ClIH "1"DX Hj, laquelle est celle même par laquelle Darius 
I'"' commence toutes ses phrases à Béhishtoun et à Naksh-i Roustam : Thâtiij 
Dnrayavush khshâyalhiya : « Ainsi parle le roi Darius », mais encore, et 
beaucoup plus le parallélisme du protocole de Cyrus avec celui de Darius I*'', qui 
proclame à la face du monde qu'Aliura Mazda l'a créé Roi, Roi sur les autres rois. 

S'il est certain que l'édit de Cyrus, contenant l'ordre de la réédification du 
Temple, fut promulgué en 538, l'histoire racontée par Esdras et Néhémie est 
assez embrouillée pour que l'on ne puisse déterminer à leur première lecture 
que le sanctuaire fut terminé sous Darius I" (521-485), et non sous Darius II 
Xothus (425-405). Si l'on en croit le récit d'Esdras (I g 1, v. 1-2), l'édit de recons- 
truction fut à peine promulgué par le Grand Roi, en 538, que les intrigues des 
ennemis des Juifs firent interrompre les travaux, depuis la première année de 
Cyrus, jusqu'en la seconde année de » Darius, roi de Perse », en laquelle ils 
furent repris pour être conduits à leur achèvement. Les accusations lancées 
contre les Juifs se répétèrent au commencement du règne de Xerxès (485-4G5) 
et sous Artaxerxès l" (465-425), si bien que ce monarque leur interdit formelle- 
ment de continuer les travaux de reconstruction de la ville sainte. 

En cette seconde année de ■■ Darius, roi de Perse ■-, Ilaggaï et Zacharie, fils 
d'Addo, furent envoyés aux Juifs, et l'œuvre, interrompue depuis les temps de 
Cyrus, reprit son cours. Zoi'obabel, fils de Salathiel. et Josué, fils de Josédec, le 
gi'and-prêtre, se mirent alors à bâtir le Temple de Dieu à Jérusalem, et comme 
le dit le livre d'Esdras (iv, 24; v, 2), dans une allusion visible à la présence 
des deux envoyés du roi de Perse, •■ les prophètes de Dieu étaient avec eux, et 
les assistaient ». 

Les Juifs, sans doute, quoique Esdras n'en dise pas un mol, s'autorisaient, 
pour ce faire, de l'édit de Cyrus le Grand; les officiers perses, ayant porté ces 
événements, dans lesquels ils voulaient voir une offensive de rébellion, à la 
connaissance du trône, Darius se livra à une enquête, au cours de laquelle on 
découvrit l'original de l'édit de Cyrus, dans la forteresse d'Ecbatane, en Médie; 
cela détermina le monarque achéménide à laisser les Juifs continuer leurs 
travaux, et même à les aider, si bien que le Temple fut terminé (Esdras, vi, 15) 
on la sixième année du roi Darius, c'est-à-dire en cinq années, ou à peu près. Il 
faut conclure de ce récit, semble-t-il, que le souverain dont il est question dans 
Esdras est Darius II (425-405); mais on lit dans le texte de ce livre (vi, 14) que 

[71] 



102 REVLE DE l'orient CHRÉTIEN. 

. D'api ès l'un des aspects de la légende, ce n'est pas Akhasli- 
vérosh-Xerxès qui épousa Esther, mais bien Isfandyar, fils de 

les Juifs '• travaillaient à la construction du Temple par les commandements 
du Dieu d'Israël, et par l'ordre de Cyrus, de Darius, et d'Artaxerxès, rois de 
Perse », ce qui ne laisse point d'étonner sous le kalam d'Esdras, qui vécut sous 
Artaxerxès, et qui, semble-t-il, n'aurait pas dû commettre l'erreur inqualifiable 
de faire régner Darius II, si c'est bien de lui dont il est parlé dans ce verset, et 
non Darius P', avant Artaxerxès, et de rédiger assez mal son quatrième cha- 
pitre (6, 7) pour que l'on puisse croire que la défense que firent Xerxès et 
Artaxerxès de construire les fortifications de Jérusalem s'applique au Temple, 
qui était terminé depuis longtemps: et cela complique singulièrement le pro- 
blème. 

Sans insister sur ce point que, si l'œuvre du Temple fut accomplie entre les 
années 2-6 du Darius qui vécut avant Artaxerxès, c'est-à-dire de Darius I "", 
les Juifs n'avaient aucunement besoin de l'agrément d'Artaxerxès pour mener à 
bien une œuvre dont ils s'étaient acquittés; d'où il est visible qu'il y a dans 
Esdras une confusion entre la construction du Temple, laquelle fut terminée 
sous Darius I", prédécesseur d'Artaxerxès V% et une autre œuvre, pour l'accom- 
plissement de -laquelle fut nécessaire la permission du roi Artaxerxès, très 
postérieurement à l'achèvement du Temple. Cette hypothèse se trouve confirmée 
par le récit de Hagga'i, lequel dit formellement qu'en ce'tte seconde année de 
Darius, le Seigneur s'adressa à ce prophète pour qu'il allât porter sa parole à 
Zorobabel, fils de Salathiel, seigneur de Juda, et à Josué, fils de Josédéc, 
le grand-prêtre, lesquels, devant ses objurgations, commencèrent les travaux 
du Temple, et les menèrent à leur fin; or, s'il est un fait impossible, c'est que 
Haggaï, Zacharie, qui a prophétisé en même temps que Haggaï (Esdras, v, 1), 
Zorobabel, fils de Salathiel, et Josué, fils de Josédec, aient vécu en la seconde 
année de Darius II, qui régna après Artaxerxès, en 425, puisqu'il est formel- 
lement dit dans Esdras (i, 2) et dans Néhémie (xn, 1) que Zorobabel et Josué, 
fils de Josédec, s'en vinrent de Babylone à Jérusalem en la première année de 
Çyrus, c'est-à-dire en 538. Si l'on remarque qu'en cette année 538 du règne 
de Cyrus le Grand, l'autorité dont jouissaient ces deux personnages témoigne 
formellement qu'ils avaient depuis longtemps dépassé l'âge de la jeunesse, il 
en faudrait conclure qu'ils avaient plus de cent soixante ans au début de la 
souveraineté de Darius II, en 424, ce sur quoi il est inutile d'insister. 

De plus, il est certain qu'à l'époque à laquelle Haggaï prophétisa (ii, 3), il 
existait encore des Juifs qui avaient vu l'ancien Temple, avant que Nabuzaradan 
ne l'eût fait incendier, car le Dieu d'Israël, s'adressant au nabi, lui adresse ces 
paroles : « Qui demeure parmi vous? Qui a vu ce Temple dans sa gloire, et 
comment le voyez-vous aujourd'hui? Tel qu'il est, ne parait-il pas rien à vos 
yeux? », et cela est confirmé par cette circonstance que les travaux de recons- 
truction du Temple avaient été interrompus dès la première année de Cyrus, 
roi de Babylone, de telle sorte qu'en l'an 2 de Darius, qu'il s'agisse d'ailleurs 
de Darius, fils d'Hystaspe, ou de Darius Nothus, il devait y avoir très peu 
de changement à l'état lamentable du Temple, tel que l'avait laissé le saccage 
auquel l'avait livré l'armée du roi de Chaldée, ce qui arracha des larmes aux 
vieillards qui revinrent de la captivité (Esdras, m, 12); or, plus de cent quatre- 
vingts ans après l'incendie du Temple, sous Darius II, il ne pouvait manifeste- 
ment se trouver des Juifs qui l'eussent vu dans sa gloire, sous le l'ègne de 

[:2i 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TL'RKS ORIENTAUX. 103 

Vishtaspa-Goushtàsp, père de Bahman-Artaxerxès P^ car elle 
raconte que Bahman fut le fils d'Astoria ^jj^\ c'est-à-dire 

Sédécias; d'où il faut conclure, comme l'a fait Josèphe, que cette seconde 
année de Darius se place en 520, sous Darius, fils d'Hystaspe, et non en 424, 
sous Darius II, en laquelle année 520, dix-huit ans après la prise de Babylone 
par Cyrus, Zorobabel et Josué eurent un peu plus de soixante-dix ans, ce 
qui correspond assez à la haute autorité dont ils jouissaient. 

La question, comme on le voit, est extrêmement confuse, et la lecture de 
Néhémie ne l'oclaircit guère, puisque Néhémie, visiblement, parle d'événe- 
ments différents de ceux dont il est question dans le Livre d'Esdras; Néhémie 
en effet, dans son chapitre ii, dit très clairement qu'en la vingtième année d 
règne d'Artaxerxès, il demanda au monarque achéménide la permission d 
s'en retourner à Jérusalem, pour rebâtir les maisons de la ville, sans qu'il soi 
eti rien question du Temple, lequel, évidemment, était terminé, et, dans s 
troisième chapitre, il énumèrc les noms des hommes, grâce à la munificence des- 
quels les murailles de la ville sainte se relevèrent et ses maisons se reconstrui- 
sirent. L'ambiance et la contexture de ce récit montrent assez que ces travaux 
furent exclusivement consacrés au relèvement de la cité, entre les années 20 
et 32 du règne d'Artaxerxès l""-, soit les années 446-434 avant l'ère chrétienne, ce 
souverain achéménide ne pouvant être qu'Artaxerxès I, ou Artaxerxès 11, 
qui ont régné assez longtemps pour connaître une trente-deuxième année, 
alors qu'il n'avait fallu que cinq années, les années 2-G, 520-516 avant J.-C, de 
Darius I", pour réédifier le sanctuaire; et il est visible que les difficultés aux- 
quelles se heurta Néhémie, en cette vingtième année d'Artaxerxès, de la part de 
Sanaballat et de l'Arabe Gossem, n'ont rien à voir avec ce que dit Esdras 
(vu, 7, 8) qu'en la septième année d'Artaxerxès (459) ce monarque l'envoya à 
Jérusalem avec des présents pour ■■ la maison de Dieu, qui est à Jérusalem •■ 
(VU, 16), et de riches offrandes qu'il consacrait » au Dieu d'Israël, dont le tabei"- 
nacle est à Jérusalem » (vu, 15) ; d'où il est évident que le Temple fut terminé 
avant Darius II (425), donc, puisqu'il fut terminé sous un Darius, sous 
Darius I""', et qu'à sa reconstruction se bornait l'édit de Cyrus, lequel n'avait 
pas entendu que l'on rebâtit Jérusalem, ce pour quoi il fallut un autre édit, 
promulgué en 446, quatre-vingt-douze ans plus tard, par Artaxerxès. Qu'Esdras, 
dans son Livre, ait commis certaines erreurs et des confusions entre ces 
événements, c'est là une supposition qui n'a rien d'irrévérencieux pour la Bible; 
si l'on en croit Daniel (ix), sept et soixante-deux semaines, c'est-à-dire 
483 ans, se passent entre l'ordre de reconstruction de Jérusalem jusqu'au 
Christ; les murailles sont rebâties, et après soixante-deux semaines, 
434 ans, le Christ meurt; ces dates comme le fait est patent, et comme cela 
est visible, ne correspondent à aucune réalité, puisque l'ordre de reconstruc- 
tion du temple est de 538, la reprise des travaux sous Darius, fils d'Hystaspe 
de 520, l'ordre de rebâtir les murailles de la ville sainte de 446; par une 
coïncidence singulière, mais dans laquelle il faut voir l'effet d'un simple 
hasard, l'année 434 est celle en laquelle l'enceinte de Jérusalem fut terminée; 
mais cette date, loin de répondre à la mort du Sauveur, correspond à sa 
naissance; de plus il est inutile, je pense, d'épiloguer sur la durée de 
quarante-neuf années assignées à la vie terrestre du Fils de Dieu; le texte 
de Daniel est très confus, et il faut attribuer à sa chronologie une valeur 

[731 



104 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

d'Esther la Juive; ces .Variantes sont indifférentes; elles n'ont 
d'autre objet que d'expliquer d'une nrianière logique la protec- 
tion extraordinaire que les rois achéménides accordèrent aux 
Juifs; il en faut, je pense; rechercher l'origine et la cause 
dans ce fait qu'Israël, comme les Mages, basait les réalités de 
sa croyance sur la révélation d'un esprit illuminé par la Vérité 
divine, que les Juifs, comme les Mèdes et les Perses, condam- 
naient l'adoration absurde des monstrueuses idoles de Baby- 
lone et de Memphis. 

Bahman-Artaxerxès I eut pour successeur sa fille Khoumànî 
^U^., « celle qui a une bonne pensée » (perse *Hu-màn-i, sk. 
Su-niân-î, ce qui est un nom apparenté de très près à celui de 
son père Vohu-manô, dans un sens identique, en sk. * Vasu-ma- 
nas); le Boundahishn la nomme « HûmâîTchîhràzàt », Hou mai 
(perse *Hu-mâ-ti,cf. sk. Sumà-tî «celle qui aune bonne pensée) 
qui est d'origine royale ». Cette princesse, dans le récit de l'épo- 
pée, épousa son père Bahman, dont elle eut un fils, qui fut le 
premier Darius; sa personnalité est un exemple remarquable de 
la méthode syncrétique des Mages, qui leur permit de dénaturer 
complètement l'histoire de l'Iran; Khoumànî Tchîhràzàd n'est 
en effet autre que la célèbre reine Parysatis, fille de Xerxès P% 
et sœur d'Artaxerxès P"", qui la donna en mariage à son fils, 
Ochus, lequel devait devenir Darius II, après avoir été satrape 
d'IIyrcanie; elle fut donc, historiquement, la femme du fils de 
son frère, et non l'épouse de son père; Darius II abandonna 
la réalité du pouvoir à cette femme ambitieuse et cruelle, qui 
gouverna avec l'aide des trois célèbres eunuques Artoxarès, 
Artibarxanès, Athoos; son souvenir, en Perse, fit entièrement 
oublier celui du prince dont elle partagea la couche; il avait été 
tellement nul qu'on transféra son nom, Darius, à son lils, qui 
lui succéda, et qui fut en réalité le roi Artaxerxès II, auquel 

toute relative, comme le montre la durée de quarante-neuf années, attri- 
buée à la vie du Christ; Balthazar (Bel-sar-utsur), fils de Nabuchodonosor, est 
tué par Darius le Mède, que Daniel nomme autre part Darius, fils d'As- 
suérus = Xerxès, de la race des Mèdes, ce qui est l'impossibilité même; ce 
Darius-le-Mède, qui s'empare de Babylone à soixante-deux ans, est manifes- 
tement Cjrus, qui mourut à soixante-dix ans, après avoir régné sept ans à 
Babylone; il est un dédoublement de Cyrus, que Daniel connaît, et nomme 
correctement roi des Perses. 

[74 I 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. ICfô 

VÈgyyte échappa; on perdit entièrement la notion que cette 
femme avait épousé un prince, fils de Vohuman-Artaxerxès It 
de l'annihilation, de l'inexistence de ce fils, on passa natu- 
rellement à ce concept que Khoumânî s'était mariée à Vohuman- 
Artaxerxès lui-même; et, puisque Vohuman-Artaxerxès était 
son père, la légende perse en inféra qu'elle avait été la- femme 
de son père; cette confusion fut visiblement facilitée par ce 
fait que l'un des Artaxerxès, Artaxerxès II Mnémon, épousa 
sa fille Atossa. Par une transposition encore plus auda- 
cieuse, on attribua à Khoumânî, femme de Darius II, les 
grands monuments qui avaient été construits dans l'Occident 
de la Perse par Darius I, dont les Mages évitèrent ainsi de 
prononcer le nom ; leur légende raconte, en effet, que Khoumânî 
entreprit de grandes expéditions contre la Grèce, qu'elle battit 
les Hellènes , et qu'elle ramena dans ses états un nombre 
considérable de prisonniers, ce qui constitue une interpréta- 
tion aussi fantaisiste de la réalité ties guerres médiques que 
l'histoire de Roustam des péripéties de l'invasion des Sakas; 
elle permit aux Mages de celer à leurs ouailles les noms exécrés 
de Darius I et de Xerxès, en affirmant que ces prisonniers lui 
construisirent, dans la technique grecque, d^s édifices merveil- 
leux, dont les ruines se voyaient à l'époque du prince des 
historiens musulmans, et se voient aujourd'hui encore, près 
d'Istakhar, et sur le chemin de Darabgard, à un farsakh, et à 
quatre farsakhs de cette ville ; c'est là, comme je l'ai fait remar- 
quer autre part, le dédoublement du souvenir de l'origine grec 
que des monuments de pierre des Achéménides, dont on a vu 
plus haut l'un des aspects intercalé dans la légende du roi 
pishdadien Djamshid. 

C'est également à une époque relativement récente de la haute 
Antiquité qui reporte le nom nask, zend naska, des tomes de 
YAvesta; naska est dans un rapport visible avec l'arabe nasa- 
kha « écrire » ; la racine sémitique " nasa-ka signifie primordia- 
lement « tisser », arabe nasa-ba « rejoindre des objets par un 
fil continu, par une trame », d'où « dresser une généalogie », 
nasa-dja « tisser », d'où « faire des vers », nasa-gha « dessi- 
ner, tatouer », nasa-qa « mettre en ordre, composer », iiasa- 
kha » composer », d'où «écrire»; hébreu t^cj nasliak « inci- 

[75] 



106 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

ser », -^d: nasak « tisser »; cette racine, par antiphrase, ce 
qui est un phénomène sémantique connu, signifie également 
« effacer », nasa-ra « racler, gratter, détruire », nasa-fa 
« gratter, arracher », dans un sens péjoratif qui s'est gardé 
dans l'assyrien MasAa-AViW « briser, arracher de son substra- 
tum », le sens de « tisser, composer » ne se retrouvant que 
sous la forme de mois isolés dans la langue chaldéenne : 
naskit « prêt », litt. « qui a été arrangé », nashik, nasik « celui 
qui crée, prince ». L'action d'écrire s'exprime en assyrien par 
un autre verbe : sataru, sataru : ina diippani astiu « j'ai écrit 
sur des plaques », duppu satru « plaque revêtue d'une inscrip- 
tion», sitir, sUru « écriture », lequel répond à un conceptessen- 
tiellement différent, et beaucoup plus matériel, celui de tracer 
une ligue droite sur une surface plane, ce que montrent l'assy- 
rien shidru « ligne de bataille », Tarabe sata-hu « étendre », 
sata-ra « étendre un voile ». Il en résulte que ce n'est pas 
à l'assyrien que le perse a emprunté naska dans le sens de 
« chose écrite », mais à l'hébreu, ce qui ne peut s'être produit 
qu'après la captivité, quand les Israélites, avec Cyrus, Darius, 
Xerxès, Artaxerxès I(vi''-v'' siècles), furent personaegratissimae 
auprès du Roi des Rois, ou plus tard encore, ce qui ramène 
aux conclusions ci-dessus exposées; et cela est entièrement 
confirmé par ce fait que, visiblement, beaucoup plus sim- 
plement, ce mot naska a été emprunté au chaldéen xpDJ, niska, 
syp: niktsa, avec le retournement, qui, dans le Talmud, désigne 
un tome d'un ouvrage. Ce mot a été emprunté par les Perses 
bien après la série divan « recueil de pièces écrites », dibir 
« scribe », dont les originaux perses ont été créés à l'époque 
des Achéménides, sous Cyrus, tout au plus sous Déjocès et 
Phraortès, de l'assyrien duppu, dippu « tablette de pierre 
préparée pour recevoir l'écriture », que les Perses ont transporté 
dans l'Inde, où lipi, avec /. := d, désigne toutes les graphies. 

Octobre 1928. 



1761 



NOTES ÀDDITIONNELLKS 



Page 34. Il faut remarquer que c'est à cette circonstance que l'on doit d'être 
infiniment mieux renseigné sur le compte des Turks que sur les faits et gestes 
des .Mongols, dont les Chinois ne font mention qu'à une époque très tardive, et 
dont ils ne signalent l'apparition qu'à une date voisine du i.\' ou du \" siècle 
après notre ère, sous les Thang (Introduction â rhiatoire des Mongols, 19l0, 
179, 202); les Mongols, disent-ils, ne commencèrent à devenir dangereux 
qu'en 1135: douze ans après, ils étaient capables da fonder un empire qui, 
d'ailleurs, fut éphémère. Les Turks, pas plus que les Mongols, ou les Mandchous, 
en Asie Centrale, n'ont jamais écrit leur histoire, et ils ne conservèrent que 
des souvenirs extrêmement imprécis de leur vie dans la steppe; c'est ainsi 
que les Ouïghours de Sha-tchéou et de Tourfan, qui ftirent certainement les 
plus civilisés de tous les peuples turks, qui savaient écrire, au xiii" siècle, 
avaient complètement oublié qu'ils avaient jadis pratiqué le Manichéisme, et 
ils n'avaient pas gardé la moindre notion des événements qui les avaient obligés 
à abandonner les rives de l'Orkhon pour venir se réfugiera Tourfan. Il est visible 
que la conception historique n'entra jamais dans l'idée de ces peuples, qui 
vivaient au jour le jour, sans plus s'inquiéter de la veille que du lendemain, 
et qu'ils ne prirent conscience de la relativité du temps qu'au jour où ils 
entrèrent dans la civilisation, par leur contact avec les Chinois dans l'Est, avec 
la Perse, en Occident; l'hi.stoire, la chronique, chez les Turks osmanlis, est une 
pui-e imitation, sous une forme très médiocre, de la chronique persane, laquelle, 
déjà, n'est pas un chef-d'œuvre; à aucune époque de leur existence, dans 
l'Islam, avec les Ghaznawides, les Saldjoukides, les Timourides, les Turks 
orientaux qui régnèrent sur l'Iran, n'ont eu l'idée d'écrire en turk, en tcha- 
ghataï, dans l'idiome de leur nation, une histoire du peuple turk ; ils la firent 
écrire en persan. Ni Tamerlan, ni Shah Rokh Bahadour, ni Babour Mirza, qui 
à des titres divers, dans des intentions divergentes, et même contradictoires, 
protégèrent les lettres et les lettrés, ne tentèrent l'aventure, même pas Babour, 
qui avait eu l'audace d'inventer une graphie destinée à remplacer l'écriture 
arabe, même pour la copie du Koran. L'œuvre, manifestement, était impossible, 
et elle excédait les moyens de leurs sujets, qui avaient conservé dans l'Islam 
leurs idiosyncrasies anti-historiques. 

Il existe dans la littérature chinoise un très petit livre, le Yuan-shao-pi-sheu, 
ou histoire secrète de la dynastie mongole, lequel est la traduction d'un 
opuscule en mongol, où se trouvaient contée les fastes du clan des Mongols jus- 
qu'à l'époque de son accession au trône de Chine. Cette prétendue chronique 
des ancêtres de Témoutchin a été forgée de toutes pièces, par ses oidres, quand 
les Mongols, qui auparavant ne savaient pas écrire, eurent, de par sa volonté, 
appris les lettres des Ouïghours; on n'y trouve qu'une pure légende, sans 
aucune réalité; les prédécesseurs de Tchinkkiz dans la souveraineté du clan 
sont des créations absolument imaginaires, et les origines des tribus, de simples 

[Î71 



108 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

inventions; les Mongols de Tchinkkiz, autlébut du xui" siècle, avaient complè- 
tement oublié qu'en l'année 1147, un homme de leur nation, que les Chinois 
nomment Ao-lo Pou-ki-lié, avait proclamé le grand empire des Mongols contre 
le souverain des Kin, des Altan Khaghan, qui régnaient sur la partie sep- 
tentrionale de la terre de Han [Introduction à Vhisloire des Mongols, 1910, 
pages 179, 180); ou, s'ils s'en souvenaient, ils cachèrent le fait pour que l'on attri- 
buât la fondation de la monarchie à leur maître d'alors. Ce tissu de légendes sans 
fondement est à la base de la partie du } uan-sheu et de V Histoire des Mongols de 
Rashid adjDin qui traitent des époques préhistoriques de la nation mongole, 
lesquelles commencent dès le milieu du xii" siècle, avec Bartan Baghatour, 
grand-père du Conquérant. Encore Rashid ad-Din, dans son histoire des clans 
turks et mongols, donne-t-il sur ces tribus nomades infiniment plus de détails 
que le Yuan-shao-pi-sheu, et des précisions beaucoup plus grandes, qu'il s'est 
donné la peine d'aller chercher, comme il le raconte lui-même, avec plus ou 
moins de collaboration, dans les histoires particulières des tribus des Mongols. 
.Je suppose que le Yuan-shao-pi-sheu est l'abrégé du traité auquel Rashid ad-Din 
se réfère constamment dans son histoire de l'Antiquité mongole, et qu'il 
nomme Y Altan dcbler « le Livre d'or » {ibid., pages 97, 98), par suite de cette 
circonstance, que, comme tous les manuscrits de luxe de cette époque chez les 
Blongols, il était écrit en lettres d'or énormes sur du papiei' bleu foncé; le 
Yuanrsliao-pi-sheu est beaucoup trop abrégé pour avoir mérité un tel honneur 
de la part du célèbre historien persan, puisque son récit, pour les périodes 
anciennes, de l'origine mj-thique des Mongols jusqu'à Témoutchin, se réduit à 
quelques pages insignifiantes (ibid., pages 272-298). C'est à ce Yuan-shao-pi- 
sheu que se réduisent toutes les sources, soi-disant inconnues, de l'histoire des 
Mongols, tant dans le )'uan-sheu que dans Rashid ad-Din, que certaines personnes 
se targuent d'avoir trouvées, alors que le Yuan-shao-pi-sheu est connu depuis 
longtemps, alors que Pozneïef s'est amusé, à la fin du dernier siècle, -à remettre 
en mongol le premier chapitre de cet ouvrage, dans un thème ardu et assez 
inutile, mais que lui seul, ou les mongolisants russes de son époque, étaient 
capables de perpétrer. 

Page 47. Quelle que fût la forme de leur religion, les Altaïques croyaient 
plutôt à la puissance de leurs .sorciers qu'à celle des prêtres bouddhistes ou chré- 
tiens; la réputation de sorcellerie est générale pour les Turks. Grégoire de Tours 
dit formellement que les Pseudo-Avars, les Iluns, les Turks, fascinèrent les Francs 
austrasiens de Sigebert, mari de Brunehault, qu'ils les épouvantèrent par des 
apparitions fantastiques, et les mirent en déroute par ce moyen. Zonaras, dans 
son histoire, afOrme que ces manœuvres diaboliques constituaient la partie 
essentielle de leur tactique, et Constantin Porphyrogénète, dans son traité sur 
l'administration de l'empire b3-zantin, répète cette accusation en ajoutant qu'ils 
faillirent ainsi s'emparer de Constantinople (Amédée Thierry, Attila, n. 11, 27, 
158); la légende hongroise à conservé de ces Huns le plus terrible souvenir, et 
elle en fait, en particulier, un peuple de sorciers et de fées, qui construisirent 
les limes des khaghans; il faut reconnaître que la lutte entre les Altaïques et 
les Romains revôtit un caractère d'àpreté épouvantable et dérangèrent les 
esprits de ceux qui y prirent part; Damascius, cité par Photius, dans sa Biblio- 
thèque (page 339 b), parle d'une bataille qui se livra sous les murs de Rome, 
sous Valentinien, entre les troupes d'Attila et les Romains, au cours de laquelle 
les blessés, à bout de forces, se relevèrent du champ de carnage, et luttèrent 
durant trois jours avec une sauvagerie indescriptible. 

[78] 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TLRKS ORIENTAUX. 109 

Mais ces Pseudo-Avars, qui étaient passés maîtres dans la magie noire, éprou- 
vaient également des hallucinations terribles, qui provoquaient dans les rangs de 
leurs armées des paniques que rien ne pouvait arrêter; un jour que le khaghan 
des Pseudo-Avars examinait vers midi, en plein jour, les murailles de Drizipère, 
qu'il assiégeait, il vit les portes de la ville s'ouvrir, des armées innombrables sortir 
de son enceinte, leurs étendards claquant au vent, si bien qu'il leva son camp 
précipitamment, et prit la fuite avec ses bataillons (Amédée Thierry, Attila, 
II, -il). La Chronique Paschale (page 397; Amédée Thierry, Attila, II, 104) raconte, 
dans le même esprit, qu'alors qu'il était occupé au siège de Constantinople, le 
khaghan, qui s'était avancé vers les murailles de la ville pour les reconnaître, 
s'écria tout à coup, en présence de son état-major : « J'aperçois là-bas une 
femme qui marche sur les remparts; elle est seule, et elle est parée d'habits 
splëndides », comme'si la Théotokos était descendue sur le mur de Théodose 
pour défendre la nouvelle Rome. Les soldats n'avaient pas les nerfs beaucoup 
plus solides que le khaghan, car Cédrénus, dans son Manuel historique (page 
729), a raconté qu'au cours de ce même siège de Byzance, les Pseudo-Avars 
aperçurent soudain une dame romaine, vêtue d'atours splëndides, comme une 
impératrice, accompagnée d'une suite no'nbreuse, qui s'avançait vers eux; les 
soldats turks pensèrent que cette dame était la femme d'Héraclius, et qu'elle 
venait faire à leur khaghan des propositions de paix au nom du basileus; ils 
se préparaient à l'aider à franchir les tranchées, quand, subitement, elle dis- 
parut; les Avars, frappés d'une terreur soudaine, perdirent la tête, se précipi- 
tèrent les uns sur les autres le sabre au poing et se massacrèrent jusqu'à la nuit. 
Les Huns d'Attila, comme les War-khouni de Bayan, qui ne sont que des 
Huns, et non des Avares, appartiennent au groupe des peuples turks, et non à 
la famille finnoise ouralo-altaïque, ni aux clans tonghouzes, avec lesquels, 
cependant, il est indiscutable qu'ils ont des affinités ethnographiques et lin- 
guistiques; la langue des Huns et des War-khouni se rattache directement à la 
famille des langues turkes, à l'Altaïsme occidental, au turk-oriental des inscrip- 
tions de l'Orkhon, au vni" siècle, au turk-tchaghataï et à l'osmanli, dont le 
lexique de la langue populaire, le kaba-turc, a conservé presque intact, aux 
rives du Bosphore, le vocabulaire des clans ouïghours de Kai'a-balghasoun, aux 
vi% et vii° siècles; la langue de ces Huns, de ces Ouïghours, quoi qu'on en ait dit, 
est identique à celle des Sakas et des Ephtalites, qui sont des Turks, quoi que 
l'on en pense, et tous ces idiomes possèdent les mêmes idiosyncrasies, comme 
je l'ai établi dans un article inséré dans les Rendiconti délia Reale Accademia 
dei Lincei, en 1925; j'ai montré dans la Patrologia OrienlaUs, tome XX, page 16, 
que tous les mots de la langue des Huns, que nous ont heureusement conservés 
les historiens du Céleste Empire, au début de la dynastie des Han, au commen- 
cement du second siècle avant notre ère, sont du turk-orientai, sous la forme 
où on le trouve dans les vocabulaires modernes, et qu'ils représentent un état 
de la langue qui s'est conservé presque sans aucun changement jusqu'à nos 
jours; les différences qui séparent le turk des inscriptions du Bilgâ Khaghan, 
sur les bords de l'Orkhon, au vni* siècle, et l'osmanli, sont des plus minimes; 
elles consistent dans la chute de quelques k ou kh, à la fm des mots, ou en 
leur milieu, entre deux voyelles; il y a certainement beaucoup moins de 
divergences entre le turk des stèles de l'Orkhon et la langue de Babour Padi- 
shah, qu'entre le français que parlaient à Lutèce les sujets des Mérovingiens et 
ceux de François I" ; le tchabghou des Huns, dans les premières années de 
l'empereur Kao Ti des Han (201 av. J.-C.),se nommait Touman, exactement sous 



110 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

la même forme qui fut le nom du khaghan des Turks qui, en 552, sept siècles 
et demi plus tard, fonda la puissance de sa nation sur l'écrasement de celle des 
Avares de l'Altaï, ces deux vocables étant le mot altaïque tounian, lumen, qui 
signifie 10.000. Et c'est ce qui est confirmé d'une façon inattendue par le nom 
■•JDU7X Ashkenaz, que la Bible donne aux Scythes qui, au viii" et au vii° siècle 
avant notre ère, déferlèrent sur l'Asie antérieure, et l'engloutirent sous leurs 
flots jusqu'au ruisseau d'Egypte; celte forme, comme je l'ai déjà dit, sous une 
fonue très succincte, dans le même tome de la. Palrologia Orientalis {ibid.}, est, 
avec un aleph prosthétique, pour * Shak-naz, dans lequel nom Shak est la trans- 
cription très exacte du nom « les illustres », que se donnaient les Çakas 
(Shakas), que Darius le Grand cite comme ses sujets, sous la forme Saka, alors 
que les historiens de l'Inde ont très catégoriquement enregistré la forme Shaka, 
que j'ai tenté d'exphquer dans cette Revue en 1925; quant à -?!,«:, il est certain 
qu'il y faut voir une variante sans importance du suffixe -lar, qui, en turk, dans 
tous les dialectes turks, forme le pluriel, avec l'équivalence n = ^ et le rhota- 
cisme, dont on a vu, de l'une et de l'autre, des exemples dans ce mémoire; que 
le suffixe plural de la langue des Scythes ait été -lar, ce que je crois, que les 
.Juifs ont entendu ' -nar^^^ puis '-nash-, *nas, *naz (voir Rendiconll délia Reale 
Accademia dei Lincei, 1925), ou qu'il ait été -nas, -naz, c'est là un point qui n'a 
aucune sorte d'importance, puisque ce suffixe -lar, -nar, -nas. est formé de la 
conjonction des deux formatives plurales de l'Altaïsme n, m, l et r, s, le pluriel 
étant aujourd'hui -nar en mongol et -lar en turc; ce qui est important, c'est cer 
fait que le suffixe plural, dans la langue des Sakas, au viii« siècle avant J.-C.,' 
était -nas ou -lar, mais pas nasi ou laru, qu'il était en réalité identique au 
pluriel turk, à Angora ou à Stamboul, 1929 ans après la Rédemption; mais je 
reviendrai plus tard sur cette question. C'est de même qu'au vp siècle de notro 
ère, un personnage que le khaghan des Avars, le célèbre Bayan, envoya en 
ambassade à Justinien, est Tapytrio;, suivant la transcription que les historiens 
grecs ont donnée de son nom, ce qui est manifestement le mongol moderne 
lergué-tou ■■ l'homme qui combat sur un chariot », anciennement, largui-tou; 
mais ce qui est à peine croyable, c'est que l'on retrouve ce nom dans Hérodote 
(iv, 5), dix siècles plus tôt, sous la forme de Tapytraoç, l'ancêtre des Scythes, 
dont le nom, aux vi" et vu" siècles, chez les historiens byzantins, désignait les 
Pseudo-Avars. 

Les invasions des Altaïques dans les contrées de l'Europe ont introduit des 
mots turks dans le texte des historiens de l'Occident; Attila, affirment les 
Hongrois, pour lesquels il est demeuré une sorte de dieu, avait pour armes 
un épervier, auquel ils donnent le nom de tuy^ul : banerium quoque régis Ethelae 
similitudinem avis habebat, quae hungarice turul dicebatur, in capite cumt 
corona, dit Simon Kega. Turul est très exactement la forme turke tou{gh) roul„ 
avec la chute du -gh- intervocalique, dont on aVu de nombreux exemples au 
cours de cet article, qui se trouve sous les graphies équivalentes Jjijh, Jj*-^y 
et qui a été porté par plusieurs princes de la dynastie saldjoukide aux xi" et 
xii" siècles. Ce rapace héraldique était couronné comme les aigles des empires 
défunts d'Allemagne et de Russie, et il était brodé à la mode des Turks sur 
l'étendard du prince; cet épervier, chez les Hongrois, symbolise le roi des 
Huns, et son nom, Turul (Touroul), est synonyme de celui d'Attila, comme le 
montre ce fait qu'ils parlent d'Almus, descendant de Turul, cet Almus n'étant 
autre que l'arrière-petit-fils d'Attila; le mot est turk, et c'est en, vain qu'on le 
chercherait dans le lexique hongrois. 

[80] 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TUKCS ORIENTAUX. 111 

Dans son célèbre traité sur l'administration de l'empire byzantin au x° siècle, 
Constantin Porphyrogénète (pages 167, 169; Amédée Tliierry. Attila, tome II 
page -^08) affirme que les gens de la fameuse tribu altaïque des Pétchénègues, 
dont le nom. au xni' siècle, est Kangli J-s^^, qui paraissent au commence- 

mont de l'histoire de la Russie naissante, étaient couramment nommés Kankar, 
Kangar, Kâyxap, Kàyyap, qui signifie <• fort, puissant » ; ce mot est le turk 
oriental, avec les voyelles indécises de l'Altaïsme, kounghar, kungar iliJa?, 
.L\j»3 .. fort, violent », dont des verbes dérivés se trouvent sous les formes 
^*.'jUi3 kounghar-mak et^i»,ls.jj3 koungar-mak « enlever de force, vio- 
lenter ■> ; il est assez naturel que le nom d'une tribu turke s'explique par un 
mot qui appartient au lexique de l'Altaïsme. 

Les Pseudo-Avars, les War-khouni, mélange d'Ouïghours et de Huns, qui 
sont deux états successifs d'une même unité ethnique, deux clans des Turks, 
ont apporté avec eux les noms de ces deux nations; au vn* siècle, Théophylacte 
Simocatta, dans son Histoire (vu, 8, page 284; Amédée Thierry, Attila, ii, 9, 10), 
dit formellement que l'on distinguait d'une manière absolue dans la nation des 
War-khouni, les War OOâp, des Khounni Xouwi, qui sont les Huns, c'est-à-dire 
les Ouïghours des Huns. War est notoirement Ouï(gh)our, Ou(gh)our, d'où 
le mot ogre, comme bougre de Boulghar, avec la chute régulière de -gh- inter- 
vocalique, et nullement, comme on serait tenté de le croire après un examen 
superficiel, le nom des Avares, "Aoapoi, transcrivant une forme altaïque Abir, 
dans lequel le b n'avait pas plus de raison de tomber que dans le nom des 
Sibir, lequel est resté à la Sibérie. Mais ces Barbares apportèrent en Europe 
le nom d'Ouïghour, sous la forme d'un doublet encore plus voisin de sa 
forme originale, puisqu'il lui est identique; en effet, dans sa Vie de Charle- 
magne (Pertz, Hanovre, 1826, pages 162, 163, 182, 221, 222, 349, 351; je ne sais 
pourquoi l'auteur, dans son index, classe ces mots sous Vigurro, lugurro), 
Éginhard affirme que le chef suprême de leur nation se nommait khaghan, ce 
qui, comme on le sait, avec tchabghou, est le titre des souverains altaïques, 
mais que le chef en second, le coadjuteur du khaghan, se nommait Vigurrus 
ou lugurrus : Caganus et lugurrus, dit-il (page 163), principes Hunorum; et 
c'est là une forme dans lequel il est manifeste qu'il faut reconnaître le nom de 
la nation des Ouïghours. 

Théophylacte Simocatta, dans ses œuvres historiques {Histoires, i,$ 8; Ambas- 
sades des Romains aux Xalions, p. 177), parle d'un singulier personnage, qui 
vécut chez les Pseudo-Avars, au vr siècle, le bocolabra, poxoXag.â, dans les 
Histoires, le bolocolabra, po),oxo),àêpa, dans les Ambassades des Romains-, ce 
qui était plutôt un titre qu'un nom propre, puisque la signification de ce 
vocable est « prêtre-mage », avec l'indication bien nette qu'il se compose de 
deux éléments distincts, qui ne peuvent être que boko ou boloco et labra. 

C'est en vain que l'on chercherait ce doublet dans les lexiques altaïques, dont 
il a disparu depuis longtemps, et où l'on ne trouve plus, en turk et en mongol, 
que le mot bien connu qâm, yU, pour désigner les sorciers altaïques, 
d'où l'on a tiré le verbe ^blUli, qui signifie à la fois « soigner un malade, 
faire des enchantements, et se livrer à l'étude de la philosophie ». Mais ses deux 
éléments boko et labra se sont conservés intacts dans la langue des Turks, et 
même dans l'idionae des Turcs osmanlis, puisque boko n'est autre qu'un mot 
bien connu de l'Altaïsme, le turk-oriental bugiié I5»j, ^y., j-y., " savant, 

[811 



112 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

sage », le turk-osmanli beugi, beugu c^) j^^i-, <ï"i ^ P'''^ dans ce dialecte 
le sens abstrait d'enchantement, de magie, et que l'on rencontre quelquefois 
sous la forme boughou ^y_, avec une tout autre harmonie vocalique, produite 
pa.r la présence dansée mot du -gh- au lieu du -k-; ces mots sont manifeste- 
ment identiques au mongol bugiié « enchanteur, magicien », lequel n'a rien de 
commun avec un mot qui s'écrit exactement avec les mêmes caractères, mais 
qui se lit bilké, avec la signification de « fort » ; il est encore facile d'y recon- 
naître le hongrois bilwôs « enchanteur, sorcier », avec l'alternance w = g = gh, 
qui est un phénomène assez courant dans l'Altaïsme pour que je me dispense 
d'en produire des exemples. 

L'interprétation du second élément de ^oxo/.aôpâ est beaucoup plus ardue; ce 
mot me parait dans un rapport certain avec un lawras, qui, par hasard, se 
trouve cité dans les vocabulaires turk-oriental-persans, sous les espèces de la 
forme r'\ry ^^^^ ^^^ vocalisation lours, qui est évidemment possible, mais 
sur la véracité de laquelle on aimerait à être renseigné d'une manière précise, 
avec le sens de « dur, sévère ». Mais il est visible que cette signification n'est 
point primitive, alors que le sens de savant pour ce mot ne fait aucun doute; 
il ne paraît point dans l'abrégé du Sanguilakh de Mirza Mahdi Khan, le ''Adan; 
il ne se trouve pas davantage dans tes dictionnaires du tuic d'Europe; on le 

lit dans celui de Pavet de Courteille, avec la vocalisation /^mj', sous les 
espèces de la transcription lours, dans le Vocabulaire tchaghataï-osmanli de 
Shaïkh Solaïman Éfendi, que publia Kunos, en 1902, à Budapest, cette forme 
lours représentant la lecture du mot suivant la vocalisation indiquée par Pavet 
de Courteille. Ce vocable, dans le lexique de Shaïkh Solaïman Éfendi, est 
tra luit kabar {sic, je pense qu'il faut lire kibàr .lo, pluriel de j.^ « grand », 
qui, comme plusieurs autres pluriels, est usité en turc au sens du singulier) et 
badiyè-nishin, soit « doyen d'âge, chef », et « qui habite la plaine », sanS qu'il soit 
facile de déterminer la corrélation sémantique qui peut relier ces deux sens; 
la traduction geschwiilst « tumeur »,qui a été adoptée par Kuhos, est manifes- 
tement inadmissible. Law-ras, avec w = b, se rattache au groupe des mots 
mongols lab-laï « exact, précis », d'où, primitivement « solide, ferme »; lab-ta, 
qui est l'adverbe de l'adjectif lab-laï « d'une manière précise, ferme • ; lab-lal 
• action, état d'arriver à la certitude, de se convaincre de la vérité de quelque 
chose »; il se peut que lawra-s soit un pluriel de lawra, comme bokhta-s, 
dans le Vocabulaire ouïghour-.chinois, est le pluriel du participe iranien bokhla 
« sauvé, saint », que les Manichéens persans ont apporté en Asie Centrale, 
d'où il a passé en mongol sous les espèces du mot bien connu bogfido; ce que 
j'ai expliqué, en 1915, dans le Journal Asiatique anglais. Les Turks, comme 
je l'ai signalé dans cette note, mettaient au « pluriel de majesté » certains titres 
qu'ils vénéraient spécialement : omra {oumara), pluriel de amir « général 
d'armée », chez les princes timourides de Dehli; eioliya {auliya), pluriel de 
ivali « saint », à la fois chez les Turcs osmanlis et en Asie Centrale; hazrel-ler, 
littéralement « les présences », pluriel de hazret « présence, personne », dans le 
sens de « majesté », et même de simple excellence; les Turks, en ce sens^ ne 
disent jamais hazret, comme les Arabes et les Persans, mais toujours hazret- 
ler : ^ d'J yXss^ \ià-S^ .Ualw Sultan Soleïman hazrétléri « Sa Majesté le 
sultan Soleïman »; et c'est là une hypothèse qui se trouverait confirmée si 
lawras est traduit par le pluriel arabe kibâr dans le Vocabulaire de Shaïkh 
Solaïman Éfendi; >a6pà, je pense, est pour lab-ar, qui est une forme participiale 



CHRISTIANIS.MK ET .MAZDÉISME CHEZ LES TLRKS ORIENTAUX. 113 

de lab-mak, à moins qu'il ne soit une forme adjectivale en -H, transformée 
•en -ri, les voyelles comptant assez peu dans l'Altaïsme, ce qui n'est point 
une supposition insane, puisque, au x^ siècle, le nom de la tribu turke dos 
Kangli fut entendu Kankar, Kangar par les Byzantins (voir page 111); d'ail- 
leurs, le suffixe -lai, qui forme le mongol lab-lal, se retrouve dans d'autres 
vocables sous les espèces de 'inal, ou de -mar, avec les équivalences m = I. 
i = r, qui sont des faits de phonétique générale : dsoli « rançon », dsoli-mai 
■* argent de la rançon ■> ; djisul-gne et djisu-mel « partie, morceau »; daghon- 
da-mar « qui appelle », de daghouda-khou « appeler » ; d'où il appert qu \ 
dans certaines conditions, ce suffixe joue le rôle d'une formative de participe 
actif, d'adjectif verbal à sens actif, dans dsoli-mal « l'argent qui paie la ran- 
çon », dans daghouda-mar, laquelle formative a évolué au sens nominal, comme 
en français, le sens du participe dit présent, dans tirant, clinquant, por- 
tant, beuglant, et autres mots. Les équivalences mar = mal = lai = rai = 
rar = ras s'expliquent sans qu'il soit nécessaire d'insister sur leur évidence, 
en particulier, celle du rhotacisme; d'où il résulte que lab-ar signifie étymolo- 
giquement en altaïque ancien « qui assure », lab-ri pour lab-li « en qui on peut 
se fier, certain », laio-ras = ' lab-lar = lab-lal = "lab-mar, signifie « homme 
possédant la certitude philosophique », d'où découle naturellement le sens 
<1'« aîné », de ■■ chef », que donne à ce mot le Vocabulaire de Soiaïman Éfendi, 
ainsi qiTe la signification de « sévère », qui se lit dans Pavet de Courteille, les 
gens qui se croient parvenus à la science ne songeant qu'à brimer les autres, 
pour les obliger à penser comme eux, et cela d'autant plus durement qu'ils 
sont i)Uis éloignés de cette science qu'ils croient être leur apanage. La variante 
[îoÀoxoAiopa de ce titre d'un personnage de la nation des War-khouni est mani- 
festement une faute; il est inutile de dire qu'elle ne s'explique pas par le turk 
buhik ^.î,d^, oXJ«j, qui est un mot bien connu signifiant • escadron », ce 
qui ne donne aucun sens valable au composé [ÎQ/.ox'JÀàopa, dans lequel il ne 
faut voir qu'une tautologie graphique. 

Page U9. Cette fiction du syncrétisme irano-juif se retrouve sous plusieurs 
aspects dans la légende persane, sous une forme aussi incohérente que dans la 
narration du Père de l'histoire musulmane; si l'on en croit l'auteur inconnu d'un 
Rivâyat persan qui appartint à James Darmesteter, et qui est aujourd'hui con- 
servé à la Bibliothèque nationale, ce fut le ro iKaï-Lohrasp qui conquit Jérusalem 
(man. supplément persan 1191, folio 117 verso); cette version de la destruction 
de Jérusalem par l'un des dernrers Kéanides est conforme à la tradition qui se 
trouve consignée dans le Minùkhirad pehlvi, où l'on lit ces lignes : u min Kaï- 
L'i/tràsp sùl ^anâ yahvùnl aighatifj^khàlàyih k/iùp karl u din-i yazddn sipâsdâr 
yahvùnl u Ur^halim-i Yahùlân barâ khafarûnt u Yahûtân vashùft v paragandak 
karl {Fac-similé Andréas, page 32) : « Et de Ivaï-Lohrasp fut ce bienfait qu'il 
exerça une bonne royauté, qu'il se montra obédient de la religion des Izeds, 
qu'il détruisit la Jérusalem des Juifs, qu'il emmena les Juifs en captivité et les 
•dispersa • ; ou mieux, elle représente la forme primitive de la tradition perse, 
avant que n'ait été terminée l'œuvre du syncrétisme irano-juif, qui fit entrer 
Nabuchodonosor, comme tant d'autres personnages de l'histoire sacrée, dans la 
geste héroïque des Mazdéens. Mais elle ne satisfit pas longtemps leur esprit, 
car Ivaï-Lohrasp n'est qu'un personnage secondaire de l'épopée persane, dont le 
règne est écrasé entre ceux de Kaï-Khosrau, et de Kaï-Vishtasp, auquel Lohrasp 
abandonne la couronne, pour aller vivre dans le grand temple de Balkh, 
qui n'est autre que le Naùbahàr bouddhique de Bactres, dans l'obédience de la 



ORIENT CHRETIEN. 



114 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. v 

loi des Izeds, suivant l'expression du Minôkhirad pehlvi. Aussi ne tarda-t on 
pas à transférer la destruction de Jérusalem, et les événements qui la suivirent, 
à un souverain qui répondit à une réalité plus tangible, au fameux Bahman, 
fils d'Isfandiàr, fils de Vîshtaspa-Goushtàsp, fils de Raï-Lohrasp, dont le long- 
règne représente, comme on l'a vu, celui de tous les premiers rois de la dj^nastie 
achéménide; aussi, ce même Rivàyat, sans s'in(|uiéter de troubler l'esprit de ses 
lecteurs par des affirmations contradictoires, dit-il un peu plus loin (folio 120 • 
verso), que ce fut ce Bahman au long bras qui attaqua Jérusalem, parce que les 
Juifs ne voulaient pas adorer Ormazd, et refusaient d'obéir au roi de Perse; 
Bahman, fils d'Isfandiàr, les fit tous prisonniers, et il emmena en captivité, mani- 
festement sans compter les adultes, cent mille enfants qui n'avaient pas encore 
atteint l'âge de la puberté; puis, quand les Juifs se furent soumis à ses lois, il 
les renvoya à Jérusalem, qu'il reconstruisit à leur intention; le nom de Nabu- 
chodonosor, comme on le voit, ne parait pas dans cette légende, laquelle réunit,, 
dans un syncrétisme assez incohérent, le souvenir de Nabuchodonosor et de 
Nabuzaradan qui incendia la ville sainte, ceux de Cyrus et de Darius qui la. 
reconstruisirent. 

Si l'on en croit le Fdrs nàma, qui fut écrit par Ibn ai-Balkhi, vers l'an 11(X> 
(édité par Le Strange, 1921, pages 52 et suiv.), et où se lit une curieuse 
description géographique de la province du Fàrs, précédée d'un abrégé de 
l'histoire de l'Iran, ce fut bien Bahman qui envoya Bokht an-Nasr, soit Nabucho- 
donosor, contre Jérusalem ; Bokht an-Nasr tua le chef des Juifs, et leur imposa 
comme souverain un nommé Sina '-^i dont le surnom était Sidkia LiJ.^»-^,, 
lequel n'est autre que l'infortuné Sédécias in''plï Tsidkyahou, roi d'Israël. 

Bokht an-Nasr s'en retourna à Babel, qui était le siège de son gouvernement^ 
et il avait à peine tourné les talons que Sidkia se révolta; Bokht an-Nasr s'en 
revint en toute hâte, captura Sidkia, et ravagea Jérusalem ; il aveugla le fils 
de Sidkia, puis le mit à mort, après quoi il détruisit le Temple. Après Bokht 
an-Nasr régna son fils Nemrod, et après Nemrod, son fils Baltan-Nasr 
y^\ <l^.t qui n'est manifestement autre que le Balthazar du livre de Daniel, 
le lïXUT'û^l Belléshatsar du texte hébreu, le Ba/Tâtrap des Septante, c'est-à-dire 
Bel -shar-utsur, le fils de Nabonide, qui tenta de défendre Babel, et fut écrasé. 
(La forme 13» NCCS- ponctuée à tort par les Massorètes Beltéshatsar, est née 
d'une fausse lecture de la transci-iption normale lïNlUJ'll BeLsharutsur. où, 
dans un manuscrit très abîmé, le groupe 1\27, dans une graphie ancienne de 
l'écriture araméenne, s'est confondu avec ^"C ; il est évident qu'il ne faut pas 
songer à expliquer cette forme par un complexe assyrien dans lequel entrerait 
l'adjectif balalu « vivant », comme si "|j:xt*12S2, pour 1ÏN[1]UJî3Sn, était 
Balalu-shar-utsur « le dieu [vivant] protège le roi », cette forme étant inexistante 
en assyrien; quant à Mcù-iaaç, visiblement, ce nom transcrit IaNIDiS d'un 
manuscrit dans lequel le k? médial était tombé). Mais Nemrod et Baltan-Nasr 
firent preuve d'une telle incapacité, dans les états soumis à leur gouvernement 
par la volonté de Bahman, que le prince les destitua de leur charge pour la 
donner à Kirosh ^tyS \^à'^'^':> pour U?n3, avec un 1 pris pour un \ comme on 
le verra dans le nom d'Akhashvérosh - Xerxès), c'est-à-dire à Cyrus-le-Grand; 
Bahman ordonna à Cyrus de traiter les Juifs avec humanité, de les renvoyer 
dans leur patrie, et de leur choisir un chef à sa guise; ce fut ainsi que Cyrus 
leur donna comme souverain Daniel, qu'ils avaient proposé à ses suffrages. 

Cyrus , X-'tS, dit le i^(û's «â»ia, était le fils de Akhashvérosh , ;;. ,laA^*, c'est- 

[84 1 



CHRISTIANISME ET .MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 115 

à-dire, comme on l'a vu plus haut, de Xerxès (tthlVwrriN, pour ;r'mu?n, avec 
l'aleph prosthétirjue, pour U?Ti\irn, transcrivant le perse Khshayàrshà, avec un 
1 pour le \ ce qui est une faute graphique courante, et l'intercalalion abusive 
d'un second 1 à la fin du mot), fils de Darius. Cet Akhashvérosh était le fils d'un 
premier Cyrus ir'j^f, fils de Djàmàsp ,^_.,v~.l/» la. , lequel, si l'on en croit cette 

généalogie ultra-iantaisiste, était, au même titre que Goushtasp, le fils de Kaï- 
Lohrasp; la mère de ce Cyrus, qui rebâtit le Temple, était la fille de l'un des- 
prophètes des Juifs, et se nommait ^.r^i, qu'il faut manifestement corriger en 
jXwi, les lettres étant identiques, abstraction faite de leurs points, lequel nom 
n'est autre que celui d'Esther IDDX, qui fut l'épouse d'Assuérus, c'est-à-dire de 
Xerxès; le frère de cette femme ne fut autre, dans l'esprit de la tradition 
iranienne, qu'Esdras, (jui gouverna la Judée sous Artaxerxès, jusqu'au moment où 
arriva Néhémie, Esdras, qui lut et commenta à son peuple le texte des livres 
saints, et qui resta pour les Juifs le type parfait du sofer, du docteur es-écriture^ 
sainte; ce que montre cette affirmation du Fnrs-nàma qu'il était très savant dans 
la théologie juive, et que ce fut lui que Bahman, fils d'Isfandiàr, c'est-à-dire- 
Artaxerxès Longue-Main, chargea de reconstruire la ville sainte. 

Cette légende n'est pas plus insensée que celle qui naquit au ly" siècle, à 
Constantinople, pour faire d"Akhashvérosh, soit Xerxès, pris pour le père de- 
Cyrus le (irand, qu'lsaïe nomme le Messie de Jéhovah, le savetier de Jérusalem 
qui insulta le Christ montant au Calvaire, et devint, pour sa punition éternelle, 
le Juif Errant; c'est un fait visible que cette étrangeté est née d'une étymologie 
primaire entre Akhashvérosh, le mari d'Eslhor, et /.n-ai-jui = xaTa-aû-w « faire, 
ou rapetasser des chaussures », latin su-lor. 

C'est un fait certain que la légende musulmane, par l'intermédiaire de la 
celle de la Perse, a connu d'une manière assez précise ce que les Livres de 
l'Ancien Testament racontent sur ces événements en lesquels se syncrétisa l'his- 
toire de l'Iran et celle du peuple d'Israël, en particulier Isaïe, ce qui n'a rien de 
bien étonnant : on lit, en effet, dans le Fârs nâma d'Ibn al-Balkhi, que 
plusieurs historiens l'acontent que dans les livres prophétiques des Juifs, Dieu 
s'adressa à Bahman, fils d'Isfandiàr, en lui disant : « Je t'ai choisi, et j'ai fait 
de toi un Messie ; il faut que tu te fasses circoncire, et que tu observes la vraie 
religion, que tu traites avec bonté les fils d'Israël, que tu les renvoies à Jéru- 
salem, et (lue tu rebâtisses Jérusalem •> -> Xj ' ^ S -^srr;*"'° « .-'-^J h «-^ ' y^ ,.y^ 

ce qui est manifestement une glose ancienne, comme le moiiire le style de ces 
périodes, une paraphrase de passages célèbres dû livre d'Isaïe (ch. xlv), sans- 
qu"il soit besoin d'insister sur ce fait, qui est évident. Si l'on en crojait Ibrt 
al-Balklii, le nom de ce livre prophétique ne serait autre que , i,, «5' Kourous/u 
le nom même du roi Cyrus le Grand, tel qu'il paraît dans l'inscription cunéi- 
forme de ce prince, Kurush, le 127113 de la Bible, que la Massore ponctue à tort. 
Koresh, pour Kurush. suivant son habitude, qui trahit une ignorance complète 
de la prononciation ancienne des noms étrangers qui paraissent dans les livres 
saints. C'est là une singulière méprise, mais son origine n'est point difficile à 
deviner; il est visible que cette forme de la légende iranienne a confondu Cvrus *■ 
qui a ordonné la reconstruction du Temple, et Bahman Diràzdast, ou plutôt qu'elle 

m 




116 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

a S3'ncrétisé dans le personnage de Baliman tous les souverains de la dynastie 
achéménide, de Cyrus, qui est son origine, jusqu'à Artaxerxès III; mais 
c'est par une^ extension tout à fait arbitraire que les Iraniens ont transféré 
au livre d'Isaïe le nom de Cyrus, qui s'y trouve qualifié du titre de Messie dus 
Dieu d'Israël, au chapitre xlv, et- ce n'est évidemment pas l'un des épisodes le 
moins caractéristiques de ce syncrétisme étrange entre les histoires de deux 
peuples essentiellement différents, dont la seule communauté est manifeste- 
ment d'avoir été des ennemis achar«és de l'empire babylonien. 

Et le messianisme d'Artaxerxès Longue-Main est amené et produit dans la 
légende mazdéenne, identiquement par les mêmes causes et pour les mêmes 
motifs que le Messianisme d'Emmanuel, fils de Miriam, puisque le puissant roi 
des Perses est également un- descendant par les femmes, au même titre que le 
Christ de Bethléhem, de la lignée royale qui donna ses souverains au peuple 
juif; Bahman, fils d'Isfandiàr, dit Ibn al-Balkhi,dans le Fdrs nàma, descendait 
de Thalout, c'est-à-dire de Saiil, et sa mère était de la race de Robo'am 
*jurkl ,, fils de Salomon; elle se nommait Raheb ^^=s-li, ce qui, manifestement 
€St une corruption de Rahel ^>^ij, l'hébreu iTTi, Pax^^ dans les Septante, et 
ce qui, dans la légende islamique la plus ancienne, est devenu, par une série 
d'avatars que je ne crois pas utile de détailler ici, le nom de Zoulaïkha l:sr::-'- 

(l.srr:\ pour ->Lo^., avec métathcse autour de l'-r-), la femme du roi de Misr 
[y,'jS' » le chéri », dans l'histoire musulmane, ce dans quoi il faut voir une 
simple déformation de n!/"lD, <l>apaa), par les intermédiaires suivants ^Oi.j 
Par'ao — j.Cj.5 — ►uc- — PV-) '''^'*^<^ '^"i*^ ponctuation qui n'a d'autre intention 
que de donner à ce groupe de signes un sens quelconque en arabej. Aussi 
Bahman, fils d'Isfandiàr, donna-t-il à son frère Zorobabel J-Aj. : Sl317 la 
souveraineté de Canaan et d'Israël, si bien que ce personnage exerça le pouvoir 
vice-royal jusqu'à l'époque de sa mort. 

Cyrus le Grand, dans cette légende, devient le fils de Xerxès-Akhashvérosh, 
<ïui fut en réalité le fils de Darius If, fils d'IIystaspe; mais les Mages qui étaient 
les gardiens de la geste héroïque de l'Iran, qui écrivaient son histoire, avaient 
voué à la mémoire de ce monarque une haine inassouvissable, et ils a^^ienl 
juré de faire disparaître son nom de la mémoire des hommes, ce à quoi ils 
n'aboutirent point, grâce aux historiens grecs et à l'inscription de Béhislitoun. 
plutôt que grâce au souvenir confus des trois Dara, qui s'est conservé, malgré leurs 
efforts, dans la légende parsie. Cette rage inextinguible les incita à faire de 
Xerxès-Akhashvérosh le fils d'un personnage de pure invention, nommé Cyrus, 
comme devait l'être son petit-fils, suivant une tradition qui se retrouve dans 
tout l'Orient, lequel Cyrus aurait été le fils de Djàmàsp, fils du roi Kaï-Lohrasp, 
de telle sorte qu'en définitive Cyrus le Grand, dans cette légende, est le cousin 
issu de germain de Bahman, c'est-à-dire d'Artaxerxés-Longue-Main, ce qui 
■constitue une audacieuse violation de la vérité historique, dans laquelle Djàmàspa 
n'appartient point à la famille royale de l'Iran : le sage Djàmàspa, en effet, qui 
fut le conseiller de Vîshtàspa-Goushtàsp, en même temps que l'un de ses 
meilleurs guerriers, était le fils de Hvùgva, qui ne tire point son oi'igine des 
Kéanides; il eut pour frère un personnage, à juste titre célèbre dans les fastes 
du Mazdéisme, Frashaoshtra, qui fut l'un des premiers convertis, et qui donna 
sa fille, Hvogvi, à Zoroastre; Djàmàspa épousa la fille qui naquit de cette union. 
La Perse orientale, dans cette légende impossible, joue un rôle considérable, 

[86] 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 117 

puisque c'est à Bactres que règne Kaï-Lohrasp, père du roi Gousiitàsp, qui 
accepta la prédication de Zoroastre, c'est-à-dire, avec une méconnaissance 
absolue de toute chronologie, le roi gréco-bactrien Hélioclès considéré comme 
le père du Vishtàspa, satrape de Bactriane, qui eut pour fils Darius I""", 
quel est en fait le fils de Darius ou de Xerxès. D'après la tradition parsie, 
Zoroastre était originaire de l'Azarbaïdjan, de la Médie, de l'Ouest de l'Iran, et 
non de Balkh, dan,s son Orient; c'est en particulier ce qui se trouve affirmé 
dans le Rivàyat qui appartint à James Darmesteter (man. supplément persan 
1191, folios Ufci recto et ssq.); et cela se trouve confirmé par cette évidence 
historique que l'Iran oriental vécut sous l'influence de l'Hindouisme, d'abord 
du Brahmanisme, puis sous celle du Bouddhisme, qui y fut tout-puissant, et 
s'y perpétua jusqu'à la conquête musulmane. La légende qui s'y trouve narrée 
ne présente pas la moindre authenticité, mais elle trahit d'une taçon étrange 
une série de préoccupations religieuses et de vindictes qui hantèrent l'esprit 
des Mazdéens en Perse et dans les Indes, aux diverses époques de leur 
liistoire. Il y est raconté que Zoroastre commença sa prédication par Antioche 
(lu pays de Roum ; après quoi, il s'en revint dans son pays natal de l'Azar- 
Ijaïdjan, où il \éeut durant quinze années; cette mention est ancienne, c'est-à- 
dire qu'elle reporte à l'époque sassanide, en laquelle Antioche, la capitale de 
l'empire romain sur la terre orientale, était l'objet de la convoitise effrénée du 
Roi des Rois dans son palais de Ctésiphon (les Peintures des Manuscrits orien- 
taux de la Bibliothèque nationale, 1914-1020, pages 94, 05) ; les Mages se 
consolèrent de sa splendeur, qu'ils ne pouvaient imiter, en inventant cette 
fable qu'elle avait été la première convertie de Zoroastre, avant même que le 
saint prophète ne fût allé prêcher sa Loi au roi de Perse, mais il est probable 
que le 'monarque sassanide aurait préféré la tenir comme sa capitale de la 
vaillance de ses armées. Quand ces quinze années se furent écoulées, Zoroastre 
s'en alla porter la révélation à Ardabil, dont les habitants refuseront de 
l'écouter, ce qui attira sur leurs tètes le courroux céleste, lequel les extermina; 
aussi, le Prophète se mit en route pour Bactres-Balkh, où le roi Kaï-Goushtà-sp 
accepta sa Loi, et la répandit dans son emjjire. Présentée sous cette forme, la 
légende mazdéenne ne tend à rien moins qu'à fausser entièrement la vérité 
historique, à inverser les réalités, en portant à déduire de sa trame qu'à 
l'époque de Zoroastre, l'Iran occidental était irrémédiablement hostile à Pesprit 
du Mazdéisme, alors qu'il est son berceau, et que le Prophète, désespérant du 
sort de l'Ouest, s'il n'obtenait point l'appui du î\oi des Rois, partit pour l'Orient, 
dans l'intention de se l'assurer, alors que les provinces orientales de l'Iran 
étaient un foyer d'infidélité et d'idolâtrie hindoues. Cette illusion, cette 
conVradiction s'évanouissent si l'on remarque que cette légende bizarre est une 
addition très tardive, ce que justifie entièrement l'état du texte de ce Rivàyat, 
une addition tendancieuse du xvi' siècle, peut-être même du commencement 
du xvir, dirigée contre [les rois de Perse de la dynastie safavie, de Tauris, 
de Kazwin, d'Ispahan, lesquels continuaient, ou plutôt prétendaient conti- 
nuer, s'ils étaient de simples Turkomans, la progéniture de l'imam ahde Mousa 
al-Kazim, descendant de Fatima, la fille chérie de Mahomet; c'est un fait 
certain que les princes de cette dynastie, au moins les premiers, avec leur 
rigorisme intransigeant, leur islamisme farouche, leur Shi'isme d'une intolérance 
absolue, durent traiter les infortunés Mazdéens qui vivaient dans leurs états 
avec la même cruauté que les Sunnites, pis encore peut-être ; ils firent 
durement regretter à ceux qui ne pensaient pas comme eux le règne des 
Timourides, qui étaient assez indifférents en matière de religion, et encore plus. 



118 REVUE DE l'orient CHRETIEN. 

la souveraineté des Mongols de Tauris, qui, eux, s'en moquaient intégralement. 

Tout au contraire des affirmations étranges et incohérentes du Rivàyat, 
l'esprit de la légende zoroastrienne est la conversion de l'Iran oriental hin- 
douïsé, indianisé, vichnouïsé, converti au Bouddhisme, par l'Iran occideijtal, 
par l'Azarbaïdjan, par la Médie, où naquit le Mazdéisme, ou plutôt l'essai de 
conversion de ces contrées lointaines, puisqu'il est patent, d'après le Vendîdàdj 
dans son premier fargard, que l'erreur hindoue .y régnait en maîtresse; de 
l'aveu même de la geste épique, le héros Roustam, prince du Nimrôz, du Saïstan, 
qui fut l'âme de la résistance iranienne contre ll'invasion des Turks Sakas, au 
II" siècle avant notre ère, était un infidèle, un Bouddhiste manifestement ; ce 
sur quoi je me suis assez longuement expliqué dans les pages antécédentes 
et autre part pour n'y point revenir ici. 

La Loi de Zoroastre, dit le Rivàyat, se répandit dans tout l'Iran, ce qui est 
au moins une exagération, ainsi que dans une partie du Turkestan, et dans 
l'Irak arabe; mais le roi des Turks, Ardjasp envalîit la Perse, battit Kai- 
Goushtàsp, et éteignit le feu sacré qui brûlait dans les pyrées." Ce fut alors 
qu'Isfandiàr, fds de Goushtàsp, désespérant du sort du royaume, se déguisa en 
marchand, et s'en alla, ainsi accoutré, dans le pays des Turks; il tua Ardjasp, 
établit des pyrées dans le Turkestan, puis il partit pour Khotan w,2j.Uj ,.w;2^, 
dont il s'empara, et qu'il convertit à la foi mazdéenne. Cette mention de Khotan, 
sous son nom de Tchin-Matchin, est tardive; elle s'accorde très bien avec 
l'allusion transparente à la tyrannie des Safavis d'Ardabil, que je viens de 
signaler ; elle reporte aux environs du xvi° siècle (voir Revue de l'Orient Chré- 
tien, 1925, page 21); cette identification de Tchin-Matchin, dans ce Rivàyat, 
avec la ville lointaine de Khotan, au pied des monts Célestes, est certaine, 
puisque son texte persan affirme que, partant de Tchin ,.^=s., Isfandiâr passa 
dans la Chine du Nord liiàw, ce qui montre que Tchin est bien Khotan, puis 
dans l'Hindoustan, qu'il soumit à ses armes, et où il construisit des pyrées; de 
rinde, il se rendit au Maghreb, dans l'Occident du monde, auquel il imposa 
également la foi mazdéenne; du Maghreb, il passa chez les Arabes, lesquels ne 
voulurent point se convertir, ce qui porta le héros à les massacrer jusqu'au 
dernier, après quoi, il fit des pyrées dans leur contrée. Il s'en revint ensuite 
dans l'Iran, et il fonda aux rives du fleuve Rasa i>— o, une ville qu'il nomma 
de son nom, Isfandiâr kouh ï^r.l) J.iiw!, qu'il faut manifestement corriger en 
,>^jljJ^.Liw! Isfandiàr-kart <■ créée par Isfandiâr ■■ > cette ville, à l'époque à 
laquelle écrivait l'auteur du Rivàyat, s'appelait .5»^-*--'!, ce qui est visiblement 

une erreur pour v >Lsr:^-*-! Isfidjab, dans la Transoxiane, sur les frontières 

du pays turk (Yakout, Mo'djam al-bouldàn, 1, 249). Il est inutile d'insister sur 
ce fait évident que, dans cette légende, telle qu'elle est contée dans le Rivàyat» 
le personnage d'Isfandiàr est une réplique de celui d'Alexandre, considéré à 
juste titre comme l'ultime Achéménide, à cela près que le Macédonien n'eut 
point le temps d'essayer la conquête du pays des Arabes, ce qui eût probable- 
ment mis un terme à ses exploits; à moins qu'il ne syncrétise, ce qui est 
également possible, Darius P% fils d'Hystaspe, dont la souveraineté s'étendit 
dans l'Inde et dans les steppes de l'Asie Centrale, et ce même Alexandre. 

La tradition hindoue a conservé, sous les espèces d'une forme de son voca- 
bulaire, le souvenir très précis que c'est de Bactres, la métropole du royaume 
indo-grec, tout au moins du Khorasan, des domaines de Kaï-Lohrasp-Ilélioclès, 
qu'est originaire la graphie nommée kharoshthi ; ce nom paraît dans le Lalila- 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 119 

vislara, qui est l'un de ces grands dharmas du Mahàyâna, dont la rédaction 
ne peut guère remonter plus haut que le règne de l'Indo- Scythe Kanishka, au 
!"'■ siècle (Revue de l'Orient Chrétien, 1U25, 406, 407 n.) ; le passage est bien 
connu; il rappelle, avec l'amplilkation, l'inflation hindoues, celui du Livre 
des Rois, dans lequel Firdausi parole des trente écritures dont Tahniouras 
arracha la connaissance aux démons : ■■ Quelle est l'écriture que vous m'ensei- 
gnez? » demande le Bodhisattva à son maître Visvàmitra (édition Lefmaun, 
Halle, 1902, p. l'25) : bri'ihmi'kharushthi-pushkarasdrim; angalipim vahgalipim 

magadhalipim Ichînidipim lùnalipim hùnalipim madhijùksharavistara'ipim 

puslipalipim dévalipim ndr/alipim yakshalipim gandharioalipim... : « la bràhrai, 
la, kharoshihi, le pushkarasdri (la graphie qui a l'essence du lotus); l'écriture 
««^«.l'écriture ravïf/a, l'écriture du Magadha..., l'écriture de la Chine, récriture 
des Lùna, l'écriture des Huns, l'écriture qui ne comprend qu'un développement 
modéré du nombre de ses caractères, l'écriture des fleui'S ipushpaiipi), l'écriture 
des dieux, l'écriture des dragons demi-dieux, l'écriture des Yakshas (des génies 
qui obéissent à Kouvéra et gardent les trésors), l'écriture des Gandharwas 

(musiciens des dieux) -.La liste de ces prétendues graphies courantes 

dans l'Inde au temps du Bouddha est insipide et absurde comme tout le 
Lalitavistara ; e\\Q occupe toute une page, dans une superfétatlon évidente, qui 
ne correspond à aucune réalité. Cette énumération se divise manifestement en 
deux parties bien distinctes, de rédaction et d'époques très différentes : les 
trois premiers termes, qui forment un composé grammatical, un trinôme, 
brùhmi-kharitsh I hi-pushkarasi'tri, employés absolument, la marque de l'accusatif 
étant appliquée à son dernier membre, les autres restant invariables, sans la 
qualification de lipi ■■ éci'iture », qui est appliquée aux suivants, ce qui montre 
que ces trois noms, dans l'Inde, désignaient des graphies connues, sans qu'il 
fût besoin de les spécifier. Tous les autres ternies constituent une énumération 
de graphies de nations hindoues ou étrangères, ou de clans d'esprits divins, 
sous la forme de composés de dépendance, du nom de ces pays ou d'une 
classe d'êtres divins avec le mot lipi •> écriture -, avec des assonances 
ridicules, uhya et vanga, Hùna « les Huns » et Lùna, qui constituent de simples 
dichobomies destinées à multiplier les termes de la série, et à y introduire 
des discriminations absolument arbitraires, comme je l'ai montré dans la 
Revue de l'Orient Chrétien de 1925. 11 est à présumer que les trois premiers 
termes de la série qui énumère la brâhmî, la kharoshthî et le pushkarasdri 
appartient à la rédaction primitive du dharma, et que tous les autres sont 
une addition postérieure, faite dans une grande confusion, puisque l'écriture du 
Magadha ne se distinguait pas de la brdhmî, la kharoshthî étant la graphie du 
Gandhàra, de l'Ouest: encore est-il permis de se demander si l'invention de 
l'écriture ;;»s/;A.(r(/s«/-j n'a pas été provoquée par le désir d'établir la progression 
harmonique du nombre des syllabes de ces graphies : i, 3, 5. 

Et cette hypotlièse se trouve confirmée, au moins en (juelque façon, par la 
liste de ces écritures, qui se lit dans le Ma/idvastu (éd. Senait, I, 135, lignes 5-9), 
laquelle est infiniment plus courte, et commence tout différemment, par brdhmî 
pushkarasdri kharosti {sic) ydvani brahmavdnh... où l'on retrouve les trois 
premiers termes de l'énumération du Lalitavislara, mais dans un ordre 
inharmonique, puisque, dans une énumération de termes équivalents, ces termes 
doivent être rigoureusement classés et rangés d'après le nombre des syllabes 
qui les composent, exactement comme dans celle du Lalitavislara. D'où l'on 
peut penser que la liste primitive des écritures dont parle le Bouddha se 

[89] 



120 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

compose des trois premiers termes de l'énumération du LaHlavislara, qui a été 
bouleversée par le Mahdvastii, autrement dit que le Mahânaslu est postérieur à 
la rédaction primordiale du Laiilamslara, avant qu'on y ait ajouté les mentions 
des écritures chinoises et hunnique, à une date qui doit être à peu près la 
même que celle de la dernière rédaction des lois de Manou. Les Djaïnas, dont 
la secte est aussi ancienne que le Bouddhisme, parlent dans leurs livres de 
dix-huit écritures : bambhi djavanàliyù dosauriyà kharollhiyû khaïasdviyà 
mahârdid..., dans un ordre dispersé, sans, semble-t-il, que ces sectaires les 
i-egardent comme des entités équivalentes, comme le montre cette disposition, 
où l'on reconnaît parfaitement la brahmi, sous la forme du prakrit bambhi, la 
kharosht/tî, dont le nom est donné sous sa forme prakrite, l'écriture grecque^ 
yavanàni. en sanskrit classique, avec la mutation initiale du ya en dja, identique 
à une transformation de cet adjectif que j'ai signalée dans cette Revue en 1925. 
La kharasâviyâ est vraisemblablement une entité indépendante, s'il n'y faut 
voir, ce qui est fort douteux, une altération graphique d'une forme prakrite- 
[pok] kharasâriyâ, d'un adjectif sanskrit ' pus/ikarasàriyù, tiré de pushkarasùrl 
La date exacte de ces trois formules est imprécise, sans que le fait ait une 
grande importance; la mention de l'écriture grecque, dans la liste du Mahàvaslu, 
et dans celle des Djaïnas, montre qu'elles ne peuvent remonter, au moins sous 
la forme de la rédaction actuelle de ces légendes, à une date antérieure au 
m" siècle avant J.-C. ; celle de la graphie des Tchina est beaucoup moins 
décisive.; Thsin arrive à la dignité impériale en 222 avant J.-C, après avoir, de 
255 à 222, écrasé tous ses compétiteurs, les royaumes chinois; mais, depuis des 
siècles, l'état de Thsin vivait dans TOuest de la Chine, ayant en fait accédé à 
la dignité suprême en 770, quand le comte de Thsin accepta de s'installer dans 
la capitale des Tchéou, que Phing-wang abandonnait pour fuir les Altaïques; le 
comte de Thsin le comprit si bien qu'il en profita pour faire le sacrifice impérial. 
C'était par l'état de Thsin qu'on entrait dans les domaines des Tchéou, et beau- 
coup d'étrangers n'allaient visiblement pas plus loin que sa capitale; ainsi s'ex- 
])lique le fait que l'état de Thsin ait pu donner son nom à l'empire céleste, bien 
avant l'époque à laquelle les rois de Thsin s'emparèrent du trône des Tchéou. 
Les Tchéou, d'ailleurs, depuis Phing-wang, étaientdans une telle' décomposition 
que leur nom n'était même pas connu en dehors de leurs frontières. Mais il est 
évident que c'est en 316 que se précise le rôle que va jouer Thsin, et que, de 
255 à 222, il joue, et serrée, la partie qui va lui donner l'empire, qu'iL ne 
gardera pas longtemps. C'est M. Senart le premier, qui a reconnu les noms de la 
kharoshtin et de l'écriture grecque yavanàni dans l'énumération du Mahàvaslu: 
le fait est méritoire, car les scribes, n'entendant rien à ces noms barbares, 
en ont complètement altéré les formes, si bien qu'on lit dans les manuscrits 

de cet ouvrage : kharosUi yo nàr't brahmacdri (avec, pour ce dernier 

nom, les variantes 6ra/i»irtrrm;' et bru hmardrâ); encore est-il vraisemblable que, 
plutôt que yâvariî, dont la restitution est arbitraire, il faut lire, ce qui est 
plus près de la forme, telle qu'elle se présente dans les manuscrits, yondni, de 
yo ?i((rv. cette forme yonûnl étairt l'aboutissement normal du sanskrit yavanàni, 
comme yaimd « Grec », en perse, qui est un prakrit du védique, transcrit le 
grec Ttovia, qui est yavana en sanskrit; la correction est beaucoup moins 
importante; elle respecte mieux, semble-t-il, la forme qu'un scribe négligent 

avait sous les yeux ... ., kharostl yondni dont l'assonance imparfaite a 

provoqué dans son esprit des pensées libidineuses, où apparurent s(ri=7idri 
« femme ■■, et d'où naquit le monstre kharostrl yo nàri; (|ue la lecture 

[90] 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 121 

brahinacàri <^^-^\(\ soit la vraie, ou que l'on choisisse avec M. Senart la 
forme brahmavâni, ^ÇTqTTrft") il est visible qu'il s'est glissé dans la liste du 
Mahàvaslu une tautologie analogue à celle qui est évidente dans le texte du 
Laiitavislara, et que cette brahmacûri, ou, si Ton veut, brahmavûnu n'est qu'un 
doublet de la bràlimi, exactement comme la graphie des Lùna est une réplique 
imaginaire de celle, réelle, des Huns; ce qui montre, je pense, que l'auteur 
du Mahàvaslu a bourré sa trame d'expressions imaginaires, comme celui du 
Lalilavistara, et que, de cette multiplicité de noms, il l'aut seulement retenir 
quelques termes qui sont réels, la brâhmi, la kharoshihi, l'écriture chinoise, 
celle des Huns; que brahmaa'œi « qui est conforme à la règle fixée par 
Brahma » soit une meilleure lecture que brahmavâani « brahmanique », c'est un 
fait manifeste : il faudrait brahmdni, sur le modèle d'indrànî, yavanànî, V^aru- 
nàni, le suffixe étant -ânî, féminin de -âna, et non -vânA. 

Les Hindous, qui ne sont jamais embarrassés pour trouver l'étymologie d'un 
mot quelconque, qu'il soit hindou ou étranger, expliquent le terme de 
kharoshthi par khara-oshtha- « qui ressemble à la lèvre d'un àne »; cette 
interprétation, sans compter que le sa?j(//irexigerait kharàushti, est une pure 
fantaisie, appliquée arbitrairement à un mot qui est visiblement un vocable 
étranger, et dont l'origine n'est point facile à déterminer. Je suppose que, sous 
cette forme, avec ses variantes sanskrites kharoshilii et kharoslî, se dissimule 
un adjectif perse, ou plutùt iranien, dérivant de la forme iranienne du nom de 
la province du Khorasan, qui se présente sous deux formes dans les inscriptions 
de Darius, [HJuvàrazmi ■• la terre du soleil levant », à Naksh-i Roustam, 
[ILuvàrazmiya, à Béhishtoûn, ■■ qui est relatif au soleil levant »,qui est l'adjectif 
du nom précédent, avec le suffixe -uja- du sanskrit, -ya- en zend, lequel a créé 
toute une classe de dérivés secondaires, qui sont presque tous des adjectifs, 
sans que l'on y remarque jamais, sur le terroir iranien, le renforcement du 
thème par la vrUldhi. comme dans l'Inde. Ce nomade la province du Khorasan 
est en zend Hvâ'rizem, qui a exactement le même sens que la forme pérsè 
[lijuvàrazmi, et en grec XopaatJiî-/) ; c'est ce thème Huvàrazmi qui se trouvé dans 
la forme moderne Khwàrizm >j,'adi., ou mieux Khowarizm, dans la pronôii- 

ciation arabe des viii^^-ix'^ siècles, comme je l'ai expliqué autre part. Les formes 
modernes du nom de cette lointaine province de l'Iran, Khorasan et Khorastàn, 
ne peuvent s'expliquer par le mot Huvàrazmi qui parait dans l'épigraphe 
de Darius 1"''; Khoràsàn est un * Iluvàraz-àna, et Khorastàn dérive d'un * Huvàra- 
stàna; d'où l'on est obligé d'admettre que le mot Huvàrazmi a subi deux 
abréviations considérables, lesquelles sont d'ailleurs endémiques dans ce nom 
propre, puisque la forme Khowarizm, Khwàrizm, a Uni par aboutir à un nom 
Kiiiva L^, dont l'étymologie serait mystérieuse, et que l'on ne saurait 
interpréter, si l'on ne possédait toutes les formes du nom dfâ la Chorasmie 
depuis le temps du règne de Darius I"; l'une de ces abréviations a créé une 
forme *Huvàraza, la seconde, beaucoup plus considérable, celle de *Huvàra, 
dans laquelle il ne subsiste plus, en fait, que le premier élément du nom du 
Khorasan, le second -zm = * zma, en sanskrit védique djma, dans le sens de 
"< chose sur laquelle on marche, chemin », d'un aspect de la racine gam- 
" aller », en russe zemlia (par lequel s'explique le nom du village de Zamakhshar 
y^sr'-^, près de la ville de Khwàrizm, qui est une ancienne forme perse 
* zma-khshalhra),?i disparu entièrement, sans qu'il en subsiste la moindre trace. 
Des exemples de phénomènes analogues se trouvent dans la langue de VAvesla; 

[91] 



122 REVUE DE l'orient CHKÉTIEN. 

fsé-ratu est traduit en pehlvi sardârih-i ral-idin bùrlàrân « la maîtrise du clief 
de ceux qui pratiquent la loi (d'Ormazd) », d'où il suit que fsé-ratu ne peut 
guères être autre chose que * vasé-ratu, vase, suivant la règle de son ét)'môlogie, 
signifiant « suivant son plaisir », puis « beaucoup ■•, et enfin « supérieur -i 
le fsé-ratu, ou * vasé-ratu, étant en définitive le chef religieux qui agit suivant 
son bon plaisir absolu, c'est-à-dire le dignitaire suprême du Mazdéisme. 

Du premier de ces deux thèmes apocopes, '^ huvâraza-, l'iranien a tiré un 
adjectif huvâraza-tî « originaire de la Khorasmie •>, lequel se trouve transd-it 
en sanskrit sous les espèces des deux formes kharoshthî et kharosti; en fait 
' h'ivûraia-ti signifie originaire de Balkh, capitale indo-grecque du Khorasau; le 
suffixe -d, Ihi, en sanskrit, comme en zend, forme des noms,dont beaucoup ont un 
sens adjectival (Jackson, Avesla Grammar, 222), tels pa-l'i « seigneur ■>, pal-li 
« fantassin ■•; slip-ti, dans VAvesta, « mauvais, méchant », est un pur adjectif, 
et c'est un fait assez connu pour qu'il soit inutile d'y insister que les nombres 
de 60 à 90, sk. shash-ti, sapta-ti, açi-li, nava-li, zend khshioash-ti, hapta'-ti, 
ashia^-ti, nava^-ti, sont des adjectifs en -ti des nombres de 6 à 9. C'est cotte 
forme adjectivale * huvàraza-ti, qui, je suppose, a été transcrite par les 
Hindous sous les formes kharoshthî. et kharosli, dans le Mahâvaslu, exactement 
comme Huvàrazmi est devenu en persan moderne Khàrizm, en face du 
Khwàrizm du xiv" siècle, et du Kho\^■àrizm du ix*, et ' hu-vàca-ka <■ celui qui a 
une belle voix, qui parle bien », khàdja, avec la même réduction du groupe 
khwâ à khâ, dans la prononciation très ancienne khowâdja. 11 est fort 
tentant, dans la forme kharasâviyâ w(fllPJ4i d'une écriture dont parlent les 
livres des Djainas, de voir, avec une correction minime, qui ne dépasse pas 
les possibilités paléographiques, kharasâniyà ^\,k\\Ç\A\ , un adjectif iranien 

* huvàra>ân-iya, dérivé très régulièrement de la, iovme "^ huvàraz-ana, dont il 
vient d'être question. Kharasàn-iya dérive de '/iwyôras-flna, avec la réduction 
du groupe khvà- à khù, dont il vient d'être question; c'est-à-dire que, dans la 
liste des écritures, telles qu'elles se trouvent données par les livres djaïnas, 
l'écriture du Khorasan serait désignée par deux mots différents, quoique de 
même origine, ce qui n'a rien de surprenant, quand l'on connaît les idiosyn- 
crasies de la pensée hindoue, et son besoin de complication; cette interpré- 
tation, d'ailleurs, n'est valable qu'autant que kharasâviyâ est indépendant de 
pushkarasârl, dont le sens est loin d'être satisfaisant, si bien que M. Jarl Char- 
pentier (Journal of Ihe Royal Asiatic Society, 1928, pag. 339) a proposé d'>' 
voir une variante graphique du nom Pushkarasàdi, " celui qui trône sur un 
lotus », d'un granmiairien ou d'un juriste qui vécut dans le Dekkan aux temps 
anciens; à moins que p 'shkarasâri n'ait été refait autour d'une' forme 

* khârasâni, dans le même esprit qui a créé plus tard la graphie dite pushpalipi. 
les Hindous étant capables de tout lorsqu'il s'agit d'indianiser un mot étranger 

Quoi qu'il en soit, les Hindous, comme on le voit, dans une tradition parfaite, 
avec une précision remarquable, distinguent formellement l'écriture grecque 
yonânî, dans le Mahâvaslu, soit yavanâni du sanskrit classique, de l'écriture du 
Khorasan kharoshthî, ce qui montre que les Indianistes du siècle dernier, 
suivant leur habitude, avaient été bien inspirés quand ils avaient qualifié 
cette graphie du nom d'indo-bactrien ou de gréco-bactrien. 

C'est un fait visil)le que les Grecs, dans toute l'étendue des pays qu'ils ont 
soumis à leurs lois, ou auxquels ils ont apporté leur civilisation, n'ont pas 
essayé d'imposer aux peuples qui les habitaient l'écriture d'Homère et de 
Pindare; mais que les Hellènes créèrent pour lès Asiatiques, ou que ceux-ci 
formèrent sous leur direction, des graphies orientales, par une modification des 

[921 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 123 

anciennes écritures des alphabets, qui s'accordèrent avec les particularités des 
langues qu'ils devaient transcrire ; les Grecs, je pense, bien qu'ils fussent des 
phonétistes hors de pair, se souciaient peu des élégances d'un qoq-ngu, ou de 
• la beauté des systèmes de transcription des idiomes asiatiques par les phi- 
lologues du XIX" et du xx" siècle, laquelle se justifie par le besoin impérieux de 
représenter, tant bien que mal, des articulations qui ne sont pas notées par 
l'alphabet latin; ces systèmes sont inutilisables pour la graphie d'un texte 
-continu; je défie bien n'importe qui d'écrire, de sa création propre, une lettre 
de dix lignes en arabe, dans le système de transcription employé dans le 
Journal Asiatique, dans la Revue de Linguistique, ou dans les travaux des 
^rudits de Giessen ou de Marburg ; ces graphies exigent pour être exactes une 
attention qui devient impossible quand on écrit currenie calamo; au septième 
inot, on oublierait les neuf dixièmes des signes additionnels qui discriminent 
les articulations orientales, et le texte deviendrait incompréhensible. Ces 
raisons, je suppose, ont dû jouer en Orient ; les Grecs, d'ailleurs, ne considé- 
raient probablement pas leur admirable graphie comme un article d'exportation; 
ils en gardèrent pour eux, et pour l'Occident, l'élégante simplicité, et la 
lucidité, lesquelles ne conviennent pas aux Orientaux, qui préférèrent des 
systèmes plus complexes; c'est un fait évident que le dernier Athénien pouvait 
lire n'importe quel livre, n'importe quelle inscription, n'importe quel édit, 
comme il convient dans un état lil)éral: les Asiatiques n'ont jamais tenu à ce 
que tout le monde put lire; cette faculté, manifestement, était réservée à un 
groupe d'hiérophantes, qui passaient des années à apprendre à lire, et c'est 
j)Our cela que l'on créa des graphies d'une excessive complication, que, seuls, 
pouvaient arriver à connaître les membres du clergé ou leurs semblables; les 
autres personnes, même instruites, ne le pouvaient; Osman Pacha, durant 
la guerre russo-turque de 1N77, recevait du Sérail les ordres de son maître, 
écrits dans la tradition impériale, sous la forme du rouleau chinois, dans 
l'admirable diwani, qui n'est autre que le ta'Iik des Persans, fignolé et 
compliqué, qu'il faut déchiffrer signe par signe; le généralissime et son état- 
major, qui savaient lire le turc courant, ce qui n'est déjà pas si facile, restaient 
bouche-bée devant ces grimoires, si bien qu'un jour Osman Pacha se vit obligé 
de commettre l'énormité de transmettre à Sa Hautesse, l'ombre d'Allah sur la 
terre, une requête par laquelle il Lui demandait de vouloir bien à l'avenir lui 
adresser des ordres qu'il pût lire, ainsi que ses officiers. 

C'est par le royaume gréco-bactrien que l'art est entré dans le Djamboudvipa; 
le fait est tellement visible pour les œuvres de la sculpture qu'il convient de 
laisser aux personnes qui le nient le ridicule de leur parti-pris, et plaindre 
leur aveuglement; il est beaucoup moins évident en ce qui concerne la peinture, 
ce qui se comprend aisément, puisque toute l'œuvre des Grecs est perdue, 
puisque les fresques les plus anciennes de l'IIindoustan, remontent à la lin de 
l'Antiquité, parce que .les spécimens de la peinture radjpoute ne remontent 
guère plus haut que le moyen âge; je ne parlerai point de l'opinion des per- 
sonnes qui ne veulent point qu'il y ait eu de peinture dans la péninsule avant 
que les Persans ne la leur aient apprise, lorsque fiabour conquit le Pandjab: 
elle ne peut se défendre; il y a des livres sanskrits enluminés au xi* siècle! 
j'ai signalé, sans avoir le moindre espoir, ni le plus faible désir de convaincre 
les Orientalistes, les rapports évidents qu'un technicien de la peinture, je 
ne parle pas d'un historien de l'art, retrouve immédiatement entre les o.^uvres 
de l'Hellénisme et les productions très modernes des ateliers du Radjasthana 

[93] 



124 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

(les Peintures des Manuscrits orientaux de la Bibliothèque nationale, 1914-1920, 
page 156 et n. ; les Peintures des Manuscrits orientaux de la collection Marteau, 
dans les Monuments Piot, 1919, page 195 et n.; les Enluminures des Manuscrits 
orientaux, 1926, pages 36 et 37, 156 n., 178, 195 n.). 

Quoi qu'en pensent les Indianistes, c'est un fait patent que l'écriture, et la 
peinture sont dans la péninsule une impoi<ation étrangère; j'ai fait remarq-oer 
dans cette Revue, en 1925, que toutes les fois qu'un peuple attribue aux démons, 
ou aux anges, qui sont les mêmes entités retournées, une des caractéristiques 
de leur civilisation, c'est qu'il l'a empruntée à une nation étrangère, qu'elle est 
la création d'artistes supérieurs à leur mentalité; les deux formes de l'écriture 
hindoue sont la bràhmi « la brahmanienne », et la dévanagàrî « l'écriture de la 
ville des Dieux », exactement dans le même sens, mais inversé, où les démons 
apprennent à Tahmouras les trente graphies; s'il y a une vérité historique, 
c'est bien que les Iraniens ont emprunté tous leurs systèmes graphiques aux 
diables étrangers, le cunéiforme de Darius aux gens de Babylone, le pehlvi aux 
Araméens de la Syrie, l'écriture arabe aux mangeurs de serpents. 

C'est celte même origine divine, partant étrangère, que la majorité dos 
Hindous assignent à leur peinture, puisqu'ils affirment qu'elle fut l'invention 
de Brahma; d'autres en attribuent la création à une demoiselle d'honneur de 
la reine Ousha, nommée Tchilralékha, qui peignit avec une telle habileté \q. 
portrait d'Anourouddha, petit-fils du dieu Krishna, que sa maîtresse en devint 
follement amoureuse. Cette seconde forme de la légende est très postéi'ieure k 
la première ; elle rappelle un type, un cliché insipide, qui sévit dans la litté- 
rature orientale; que penser d'ailleurs de la réalité de cette peintresse, 
dont le nom signifie ■■ portrait » ? Les livres pâlis parlent bien de fresques 
qui décoraient le palais du roi Prasénadjit,de Kosala, dans sa ville de Sràvasti, 
qui fut l'un des premiers convertis par Sakyamouni; mais ce témoignage de 
textes qui ne peuvent guère remonter à une date antérieure à 2.50 avant l'ère 
chrétienne, est infirmé par la légende d'après laquelle Adjatasatrou fit le portrait 
du Bouddha en recevant la silhouette de son visage illuminé par les rayons du 
soleil sur une pièce de toile et en la colorant; il est évident que si les palais 
des rois avaient été ornés de savantes compositions, Adjatasatrou n'aurait pas 
eu à recourir à ce procédé enfantin, dont l'invention se trouve aux origines 
dé l'art grec, et l'histoire d'Adjatasatrou ne fait guère que répéter, en les copiant, 
les termes de celle de Korè, fille de Dibutadès, le potier de Sicyone. 

La tradition hindoue divise en trois périodes l'évolution de la peinture dans 
le Djamboudvipa; la première, des origines à 300 avant notre ère, comprend les 
œuvres qui furent l'œuvre des dieux; la seconde, de 300 avant Jésus-Christ à 
l'année 300 de l'ère chrétienne, est l'école des yakshas, des demi-dieux, des 
héros et des dragons divins, qu'inspirèi'ent les grandes divinités, après l'extinc- 
tion de laquelle il fallut attendre jusqu'au vi^ siècle pour que l'art, tombé. vers 
300 dans une décadence absolue, reprenne son essor, ce qui reporte l'invention 
de la peinture dins l'Inde à un peuple étranger à ses races. 

Page 108. Les Turks appelaient ces sorciers kâm, que les Musulmans ont 
régulièrement transcrit par -.U, et les Mongols, comme beaucoup d'éléments 
de leur idiome, leur ont emprunté ce mot. Ces sorciers ont existé, et ils existent 
encore dans tous les clans altaïques qui ne sont pas formellement convertis 
à l'Islamisme ou au Bouddhisme, comme on le voit par des photographies qui 
ont été prises tout récemment par deux cinématographistes russes dans les hordes 
à demi sauvages qui vivent dans les forêts, au confluent de l'Oussouri et de 

[94] 



CHRISTIANISME ET MAZDÉISME CHEZ LES TURKS ORIENTAUX. 125 

l'Aniour; ces sorciers, ces magiciens, ces chamans sont identiquement les 
nitMiies que ceux des Lapons, et ils pratiquent le même genre de sorcellerie, à 
l'aide du même instrument, auquel on a donné d'une manière assez inexacte le 
nom de tambour, alors qu'il est un bouclier. Ce qui est particulièrement curieux, 
c'est que les chamans des clans tonghouzes qui, au xx'= siècle, vivent aux bords 
de l'Amour, sont exactement attifés, à des milliers de lieues, comme les sorciers 
tatars de Kazan, magiciens et magiciennes, dont les portraits sont donnés dans 
la planche 2S du premier volume de VHisloire de la Russie, par Chopin, dans 
l'Univers Pilloresque, F. Didot, 1838, en tenant compte naturellement de l'inter- 
prétation du graveur français et de r« européanisation « qu'il s'est cru obligé 
de faire subir à ses modèles orientaux. Ils sont, en fait, vêtus de très anciens 
costumes et portent de très vieilles coiffures de la Chine, lesquels se retrouvent 
au Japon, dont les modes ont été empruntées aux siècles du haut moyen âge au 
Céleste Empire; les danses étranges de ces chamans, frappant sur leur cercle 
de bois tendu de peau, et divisé en douze secteurs par des diamètres, sont 
formées d'une suite de poses rythmées et déhanchées, qui sont celles mêmes 
des guerriers des estampes japonaises, par l'imitation, ou plutôt, pour plus 
d'exactitude, par l'évolution de l'imitation de la technique chinoise Le rôle 
de ces sorciers relevait de la psychiatrie; ces hallucinés, ces iijstériques, à 
force d'user leurs nerfs par les excès. Unissaient par croire de bonne foi qu'ils 
avaient commerce matériel avec les démons, et qu'ils étaient ou succubes ou 
incubes; ce que rapporte 'Ala ad-Din 'Ata Malik al-Djouwaïni, dans le* 
Djihangoushaï (édition do Mirza Mohammed ibn 'Abd al-Wahhab al-Kaz\vini,, 
t. I, p. 43), quand il raconte que, de son temps au milieu du xni» siècle, il y 
avait parmi les Mongols des sorciers qui leur faisaient croire qu'ils étaient 
arrivés à dompter les dénions, lesquels les avertissaient des événements qu 
devaient se produire. « Et l'on fit, continue Djouwaïni, une enquête à ce sujet 
auprès de quelques personnes, lesquelles racontèrent qu'elles avaient entendu 
<lire que les démons descendaient vers eux par l'ouverture de leur tente (qui 
sert à la fois de fenêtre et de trou pour laisser échapper la fumée), et parlaient 
avec eux; il est possible, disaient ces gens, que les âmes des méchants aient 
avec certains de ces sorciers un commerce intime, et que cela leur dérange 
l'esprit; ils arrivent au paroxysme de leur puissance magique à ce moment 
même où ils satisfont leur passion sexuelle par les voies contre nature. « 

Page 57. Le- premier contact des Romains et des Parthes se produisit en 
92 av. J.-C sans lendemain; les Asiatiques avaient senti en eux des adversaires 
autrement redoutables que les Séleucides; en 66, Phraate III fait alliance 
avec Pompée; à leur première agression, avec Crassus, les Romains sont 
écrasés; battus par Pacorus, en 40, qui leur enlève la Syrie et l'Asie Mineure, 
les Romains ne tardent pas à rétablir leur situation; à partir de l'ère chré- 
tienne, ils sont en contestation perpétuelle avec les Parthes, au sujet de l'Ar- 
ménie; en 116, Trajan renouvelle les exploits d'Alexandre. 

Page 94. Le nom des Francs, comme je l'ai expliqué dans la Palrologia 
Orienlalis, XX, 105, et le nom des Varègues sont identiques, et désignent un 
même peuple, ce que montrent les noms de Varanguebec « ruisseau des 
Normands » près Coutances, Varangeville près Dieppe, la ville des Normands, 
Varangéville, près Nancy, la ville des Francs. 

E. Blochet. 



[95] 



LA COSMOGRAPHIE DE JÉSUS FILS DE ISOVU 
(ir SIÈCLE) 



INTRODUCTION - 

Le manuscrit, écrit en 1868, est conservé au Vatican. 
M. Cersoy le cataloguait : Borgia, K. vi, 12; M^' Scher Ta 
catalogué : Borgia, 88. 

L'ouvrage y occupe les pages 381 à 385. M^*' Graffin a bien 
voulu nous en donner une reproduction. Le même texte se 
trouve dans les manuscrits 45 et 326 du couvent de Notre- 
Dame des Semences (Catalogue J. V'osté, Paris, 1929). Le 
manuscrit 15, de Tannée 1698, peut être la source des deux 
autres. 

Le titre porte : « Ensuite traité des astres; du Livre de 
Jésus tils de Noun (Isô' bar Non), celui qui demeurait dans la 
solitude. » C'est d'ailleurs non un extrait mais un résumé, car 
l'écrit commence par : « // dit que la longueur de la terre 
est ». 

Le contenu est cosmographique : Mesure de la terre habitée 
et des distances de la terre aux sphères célestes. Cause de la 
pluie. Grosseur du soleil et de la lune. Toutes les étoiles ont 
même grosseur, la différence de leur grandeur apparente tient 
à leurs dislances à la terre qui ne sont pas les mêmes. Expli- 
cation des étoiles filantes; de la pluie; du tonnerre; 'de la 
création des astres. Tous les astres sont dirigés par des anges, 
qui remplaçaient ainsi l'attraction universelle. Cette opinion, 
d'après laquelle les anges dirigent les mouvements des astres, 
a d'ailleurs de qui tenir, car saint Thomas — qui la partage 
puisqu'il écrit : omnia corporaiia reguntur per Angeles, 
... ad ordinem Virtutum pertinere videntur otnnes Angeliqui 

[1] 



LA COSMOGRAPHIE DE JÉSUS FILS DE NOUN (iX" SIÈCLE). 127 

habent praesidentiain super res pure corporeas, — renvoie 
à Aristote qui posuit quod corpora coelestia moventur a 
substantiis spiritualibus, à saint Augustin : Unaqiiaeque res 
visibilis in hoc mundo habet angelicam potestatem sibi 
praepositam, à saint Grégoire : in hoc mundo visibili nihil 
nisi per creaturam invisibilem disponi potest et, dans un& 
certaine mesure, à Platon et à Avicenne, Somme théologique ^ 
pars prima, qu. CX, art. I. 

Ce sont encore les anges qui produisent les phases de la 
lune, les éclipses, les feux du ciel et l'arc-en-ciel. En particulier 
Fauteur connaît la fable qui attribuait les éclipses au dragon 
Atilià mentionné au vu' siècle par Sévère Sébokt. 

La suite sur la création des astres et les caractères des 
ordres des anges figure aussi dans Salomon de Bassora 
(XIII' siècle), le Livre de l'Abeille, édité et traduit par 
M. W. Budge {The Book of the Bee, Oxford, 1886). Salomon 
résume Denys l'Aréopagite. 

Si le petit opuscule que nous éditons ne formait qu'un tout, 
l'auteur serait donc postérieur à Salomon de Bassora qu'il' 
utilise, mais si Ton tient compte que nous n'avons même pas, 
comme 'nous l'avons dit, un extrait textuel du traité de Jésus 
lils de Noun, mais une adaptation faite par un inconnu (puis- 
qu'il débute par : il dit); le plus probable nous semble qu'un 
inconnu a adapté, sans nous en avertir, Salomon de Bassora 
à la suite de Jésus fils de Xoun. Toute la fin du manuscrit le 
plus ancien (N.-D. des Semences, n" 45) est d'ailleurs formée 
de petits extraits. 

Nous supposerons encore à la suite de M. Cersoy que l'au- 
teur de la première partie est le patriarche nestorien Jésus, 
fils de Noun, car, avant son court patriarcat (823 à 827), il 
avait passé toute sa vie dans le monachisme, d'abord au grand 
couvent du mont Izla et enfin, durant une trentaine d'années, 
au couvent de Mar Elias à Mossoul. L'ouvrage de théologie 
qu'on lui attribue pouvait porter et le titre et les matières du 
début de notre présente publication. M. A. Baumstark, dans 
Geschichte der sijrischen Literatur, Bonn, 1922, p. 220, 
proposait d'attribuer notre petit traité au moine mentionné 
ROC, III, 179-181, mais maintenant que le traité est édité, il 



128 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

trouvera sans doute comme nous que ce moine était trop 
ignorant pour l'écrire. En particulier il n'y a aucune chance 
qu'il ait connu le dragon Atiliâ et Denys l'Aréopagite. Jusqu'à 
nouvelle découverte, nous proposons donc, sous toute réserve, 
de voir ici un court résumé d'un chapitre de la théologie du 
patriarche (1). 

Un autre motif d'intérêt pour ce petit texte vient de ce que 
les Cosmographies d'origine nestorienne sont jusqu'ici peu 
nombreuses. II est donc à placer à côté — nous devrions dire 
bien en dessous — des nombreux textes cosmographiques 
d'origine jacobite que nous connaissons. 

F. Nau. 



(1) On notera aussi que le traité entier en ses deux parties est très homogène 
en ce qu'il explique tout par le moyen des anges. On devra donc se demander 
encore s'il n'est pas tout entier du patriarche Jésus fils de Noun et si Salomon 
n^en a pas transcrit mot à mot tes derniers paragraphes. — Il faudra d'abord 
étudier le procédé littéraire de Salomon qui prétend (texte p. 4") faire des 
coupures dans les livres saints, les Pères et les docteurs, d'où le nom (le Livre 
de l'Abeille) de son ouvrage, et savoir s'il résume ou s'il copie. La présente 
édition est donc surtout •■ une pierre d'attente ». 



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[41 

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ORIENT CHRETIEN. 



130 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

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[51 



LA COSMOGRAPHIE DE JÉSUS FILS DE NOUN (iX'' SIÈCLE). 131 

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^û vs/o ^^^^oio .)j.-^^\ ^ ^*.ilSj ^^io .^LsyZ 
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|.2uwwio; Q-,001 (p. 383) oî!^ V-^»^o; oot lojbo JJ/ .{.^oSotN 

♦ )oi.2Ssj oiK— w.a.ajLfiOb.; ^/ >))-3 ja^^» .ôi-K*/ )»3JiLio» 
♦ )» 1 « I H\ jL,.^4^o ) .1.. \ l U^9 jlv^œo 



(1) ^v^'ts^y Ms. 

(•2) Cf. W.* Budge, The Book of thc Bee, Oxford, 1886, texte p. 18. 

(3) L'un des trois manuscrits de M. Budge porte l^^^lv 

I6J 



132 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 



JjcCS.^ )]^l ^^ ).H'>r>'>\o |90|.£û^o )ii,v>%\ joC^ )v^ 
JjoL^^^o 9)/ ^^ ^; ^^^^^ J^aj ^^o jioiaj ^^o 9)/ ^^ 

Jooi K^/ )90|QJ; OUa^^ jlâ/ .)lo'^oi.J ÔC^ )oo( K^ jfCU 

JfOiQj oouo .)iâ.:^^^cuM jiotoJL^ l^aj K^oi^ .)la^a-». ^ o.^ 
.).iikâa3o )90|.£Do jLjL^eLii oJLoii/ yOOuU ^:mo .jioV^ou j^aJi^ 

> i^ -^N )^900i^ j^oil^^^ J*^ jL^V^^CLd ) 901-^0 )..^f.^aâ 

.OlK^VpCL:^ ^âLo{ ^^010 .|j>^OM jjUdJ^ l^^t^ 9^3 

^y^t^ )b]L!I^ jj{ .^aJu/9 )^t-^ ^/ I^JLau) yOOuK^t 

01-^ j ^-.^^^L^l^v )vq-4 L'^^J "^j/o •)"»v^^'^ l'-^Jt^ 

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^^>.i»^^» vQJ6( ^iOj ^^^^^ .^V^K-iO )Lj013 ^OiO .)Ljl^O^ QJlO 

(1) B ajoute : s<^/ Useo- 

(2) B : l;3j\,^3v 

(3) B ajoute : • l**J»via Hwisoo Va^^aa vi»^LL/ Ij>>i*o aiûLL/ iAio;^^ o\^l l)V.-lo 

(4) W. Budge, loc. cit., texte p. 12. 

[7J 



LA COSMOGRAPHIE DE JÉSUS FILS DE XOUN (iX' SIÈCLE). 133 

•)la-K-^l,: U»»co ^^; (^)JL.^Î^ Jloj ^oioh^l ^ 
^-.^ ^oo|--^i. )Vio)K:ioj ^6jo .J^J^o vooul:oj jjso^^i:^ 
).-j>.j.io o^ooio ""^-v-a^ s-doK^/ ^^')-.2:kilo vooiiso; JL^t^o 

t— t"*^*-^ t«-^)? ^^^ )^ )^* .j-oCS^^ |^a-*j )»aJLa 
jij )lK. fn \^ )Li.oj ^oioK^l l^lcLio ♦^po» jiojJ/ ^, 

.)L.^-j(-^ (..JL-^Ldo )nv>%>o )jK-V.i^ J^Oj ^oioj^/ jLxJ* 
<*|b'^JJ )io t > '>;poo .j^'^XL^ jjL^C^ojL^ i^^^) oôu; a^ooio 

♦) S'vt'^No lioim^o )tv>tV J^oix^ i-^t^ 
)..b«oj)0 JJ. \ N* :^;o JL^cu^'mo )^V^;o jJUL^'jo j'f^OOf .I...IS.X 



(1) U-.::iâo B. 

(2) B ajoute : spovsv 



[8] 



134 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

y^>'SÙ JLi.Sl^ I-^P'O V^-^ ^^ Jiojwi^ 0|»d J^/; ^OfJbOL^D^O 



.d ^^ 



)KrfUU«09 )K.i*t-. (p. 385) oiS. K-./j J^i^oj «oioKw./ I^JiLio 
yooi I » t v> joôi )bji^9 )-^^L^ ^^o( ^^ y^ ^^ ^'^oo 

(1) B ajoute : oCs». t^t-^ov 



TRADUCTION 

Ensuite traité des astres, du Livre de Jésus fils de Noun (Isô' bar Non) (1), 
celui qui demeurait dans la solitude. 

Il dit que la longueur de la terre 6 4 de huit mille parasanges et, que sa 
Inrgeur est de sept mille (2). De la terre au firmament supérieur il y a 
cent cinquante parasanges et les astres se trouvent à cinquante para- 
sanges en dessous du firmament. Les astres n'occupent pas un seul lieu, 
mais ils en occupent trois (3). Le lieu d'eux tous est de cinquante para- 

( i) Non, et pas Noun, parce que le vav a le point au-dessus dans le manuscrit. 

(2) Les Grecs comptaient en stades, les Arabes en parasanyes. Ceu.x-ci don- 
naient vingt parasanges au degré, c'est-à-dire 7.200 (et non 8.000) au pourtour 
de la terre. Pour la latitude, il faudrait 3.000 parasanges (au lieu de 4.000, 
à cause des parties inhabitées au nord et au sud). La parasange vulgaire valait 
4.432 mètres. Cf. J.-A. Decourdemanche, dans Journal As., mars-avril 1913, 
p. 430-1. — Pour avoir 7.000 parasanges en latitude, il faudrait qu'il y en ait 
8.000 de l'est à l'ouest, ou pour la demi-circonférence. 

(3) Peut-être les lieux de la lune, du soleil et des étoiles dont l'auteur par- 
lera plus loin. 

[9] 



LA COSMOGRAPHIE DE JÉSUS FILS DE XOUN (iX*' SIÈCLE). 135 

sanges. En dessous des astres, il y a cinquante parasanges; c'est le lieu 
des nuages et de l'air. 

Sur tous les astres, durant le jour et la nuit, hiver et été, il descend 
constamment, des eaux qui sont au-dessus du firmament (1), une rosée 
en forme de pluie, pour mitiger la chaleur des astres, afin qu'ils ne 
fassent pas périr la terre habitée par la violence de leurs rayons. Le 
soleil et la lune l'emportent sur tous les astres, et le soleil se tient au- 
dessus de la lune. La circonférence de leur sphère est, pour le soleil, 
de soixante coudées, et, pour la lune, de quarante-cinq coudées. La 
circonférence de chique étoile est de dix coudées; toutes sont égales; 
celles qui paraissent moins brillantes sont situées au-dessus des 
autres (2). 

Il est inexact que les étoiles quittent leur place, comme le disent cer- 
tains, et tombent sur la terre, car les étoiles ne quittent pas leur place. 
11 n'arrive qu'à celles qui occupent l'espace inférieur (3) de se mettre en 
mouvement par l'ordre de Dieu et sous la direction des anges (4) pour 
marquer les temps, les a'inées et les mois, comme il a plu à la sagesse 
divine (5). Celles qui sont au-dessus (étoiles fixes) restent à leur place 
nuit et jour, car elles ne marclient pas comme celles du lieu inférieur 
(soleil, lune, planètes?!. C'est le soleil qui couvre leur lumière et elles ne 
nous apparaissent plus. 

Si des étoiles paraissent se déplacer dans l'air, cela a lieu sous la 
direction de l'ange de la Providence. Et lorsque nous voyons une étoile 
qui s'élo giie et s'éteint (é'.oile filante), une étoile ne s'éteint pas, mais de 
même qu'un charbon de feu, frappé par un air violent, lui emprunte la 
clarté sans que le charbon se déplace, la même chose a lieu pour les 
étoiles par l'ordre de Dieu : quand un vent violent soutïïe en cet endroit, 
il leur e nprunte la flamme et l'éclat (du vent) s'aperçoit dans l'air (6). 

(1) Cf. Genèse, i, 7. 

(2) La coudée était de 415 ou de 504 mm., cf. Decourdemanche, loc. cil. En 
général pour la commodilé de l'explication du mouvement diurne qui a lieu 
en bloc, on supposait que les étoiles fixes étaient toutes épinglées à la même 
distance sur une même sphère. Notre auteur est dans le vrai quand il leur 
attribue des distances inég.des à la terre. Quant à leur mouvement, il supposera 
qu'il est réglé par des anges. 

(3) Le soleil et la lune, car le compilateur du présent fragment ne mentionne 
pas les planètes. 

(4j Pour d'autres auteurs syriens, c'est une savante combinaison de divers 
vents qui soutient et dirige le soled. On passe d'ailleurs facilement d'une 
notion à l'autre, car le même mot sj-rianue signifie esprit et vent, et Denys 
l'Aréopagite {Hier. céL, xv, 6) justifie le nom de vent donné aux anges. On 
expliquait comme on le pouvait les effets de l'attraction universelle alors 
inconnue. 

(5) Cf. Gen. i. 14. 

(Qf Le sillon enflammé serait donc causé par l'air et non par l'étoile qui ne 
peut pas changer de place. Notre auteur sauve ainsi le système d'Arisiote 

[10] 



136 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

Ce n'est pas des eaux situées au-dessus du firmament que la p» aie tombe 
sur la terre, mais elle est tirée des mers et des fleuves par ordre de 
Dieu et sous la direction des anges (1). C'est de la terre aussi qi e la nuée 
prend corps, puis elle est parforée (comme un arrosoir). Ce n'est pas sur 
son dos seulement que la terre porte les eaux, mais (encore) au-dessus, 
au-dessous et à l'intérieur. Ce n'est pas goutte à goutte que l'e ai tombe 
de là (d'en haut) sur la terre, mais bien comme l'eau qui tombe d'un toit, 
ainsi l'eau est conservée par les nuages et en tombe, puis, par l'ordre de 
Dieu et sous la direction des anges, l'air reçoit ces eaux et elles sont 
divisées en gouttes. 

Le bruit du tonnerre qui a lieu provient aussi des nuages qui s'entre- 
choquent. De même qu'une pierre, en frappant une autre (pierre), fait 
du bruit et montre de la lumière, il en est ainsi des nuages : lorsque la 
Volonté toute-puissante l'ordonne, un v^ent violent souffle sur eux et les 
pousse devant eux ; ils sont pressés par l'ordre divin et ils courent où la 
volonté de leur guide le veut. Dans leur grande impétuosité, ils se jettent 
les uns sur les autres, produisent un son et laissent aussi du feu à cause 
de leur violence. Ce n'est pas l'éclair qui a lieu d'abord et ensuite le 
tonnerre, mais ils se choquent d'abord et ensuite le feu apparaît (2). 
Comme leur lieu est éloigné de nous de cinquante parasanges, nous voyons 
d'abord le feu parce qu'il nous est facile de le voir, ensuite le bruit du 
choc descend aussi et il est perçu par nous. Chaque fois que nous voyons 
un grand éclair, nous savons qu'il y a aussi un violent coup de tonnerre. 
Qu'un coup de tonnerre soit plus violent que l'autre, cela provient de la 
lourde charge que porte un nua^e : p'us un nuage est grand et lourd, 
plus il fait entendre un bruit violent quand il touche son voisin. 

La lune aussi nous paraît grandir et diminuer, mais il est de sa nature 
que sa sphère n'augmente pas et ne diminue pas jusqu'à la fin de ce que 
Dieu lui a donné (3); mais l'ange qui la conduit est celui qui cache scTn 
cercle à nos yeux et elle nous paraît petite. Lorsque les hommes voient 
qu'Atilià (le dragon céleste) — comme ils le nomment — dévore (la 
lune) (4); c'est son ange conducteur qui nous la montre ainsi, afin que 
nous craignions Dieu et que nous confessions son nom. 

d'après lequel le ciel est immuable. On est arrivé au même résultat en supposant 
que les étoiles filantes étaient des phénomènes atmosphériques, c'est-à-dire 
qu'elles appartenaient au monde sublunaire qui est sujet à génération et à 
corruption. 

(1) Les anges expliquent encore l'évaporation des eaux, de cause alors mal 
connue. Cependant notre auteur suppose plus haut que la rosée vient des 
eaux supérieures. Cf.Gen. i, 6-7. 

(2) C'est en somme à l'aide du briquet que notre auteur explique le tonnerre 
et l'éclair. Il ne pouvait pas soupçonner les effets électriques. 

(3) L'auteur suppose que la lune fait partie du ciel immuable d'Aristote. 

(1) Les éclipses de lune s'expliquent par l'interposition d'un corps opaque 
entre le soleil et la lune. Avant de savoir que ce corps était la terre, on a 
imaginé un Dragon céleste qui aboutissait en deux points diamétraux de la 

[11] 



LA COSMOGRAPHIE DE JÉSUS FILS DE NOUN (iX^ SIÈCLE). 137 

Le feu aussi qui apparaît parfois dans le ciel arrive par la disposition 
de l'ange qui (le) montre dans l'air comme pour la gloire de Dieu. 

L'arc qui se trouve dans les nuées arrive par la conduite de l'ange ; il 
porte une annonce de paix et réjouit les hommes (1). 

Sur la création des astres. Dieu créa le mercredi (2) le soleil, la lune et 
les étoiles (à l'aide) de trois matières : l'air, la lumière et le feu. Il prit la 
matière de l'air et il en forma des ustensiles comme des chandelles, puis 
il leur mélangea le feu et la lumière [et les compléta]. Le feu (isolé) 
n'avait pas de clarté, et la chaleur n'entrait pas non plus dans la nature 
de la lumière. Le feu donna la chaleur à la lumière et la lumière donna 
la clarté au feu. A l'aide des deux, le soleil, la lune et les étoiles furent 
constitués. Certains disent que les astres furent constitués le [matin], que 
le soleil fut placé à l'Orient et la lune à l'Occident, [d'autres disent qu'ils 
furent constitués le soir et que le soleil fut placé à l'Occident et la lune à 
l'Orient] (3), c'est pour cela que les juifs fêtent le quatorzième au soir (4). 
D'autres disent que tous les astres, lorsqu'ils furent créés, furent placés 
à rOrien», puis le soleil accomplit le temps du jour, et la lune attendit 
jusqu'au soir, ensuite elle commença sa course. 

Le chemin des astres est en dessous du firmament et ils ne sont pas 
fixés (épingles sur une sphère), selon la vaine opinion de certains, mais 
les anges les conduisent 

Mar Isaac (5) dit que le soleil fait sa course de l'Orient à l'Occident, 
puis passe derrière les montagnes élevées du nord durant toute la nuit» 
jusqu'à ce qu'il se lève à l'Orient (6). Les philosophes disent que les 
astres font leur course sous la terre durant la nuit. 

De la création des auges. Les anges forment neuf ordres divisés eu 
trois classes (7) : les supérieurs, les moyens et les inférieurs. L< s supé- 

splière céleste, et qui était animé du mouvement même des nœuds de la lune. 
Les éclipses avaient lieu lorsque la vue de la luae nous était interceptée, à son 
passage dans l'écliptique, par la tète ou par la queue de ce dragon. Les Chinois, 
persuadés que la lune courait alors le risque d'être dévorée, faisaient un bruit 
épouvantable de tambours et de cymbales pour la secourir en effrayant le 
dragon. Cf. Journal As., Sept.-oct. 1910, p. 219 à 221 où nous avons édité et 
■traduit un texte de Sévère Sébokt démontrant que le dragon Ataliâ (notre 
manuscrit ponctue Atilià) n'existe pas. 

(1) Sur l'arc-en-ciel, cf. Gen. ix, 12-17. La suite se trouve dans le Livre de 
r Abeille. 

(2;i 11 faut lire « le quatrième jour », comme le porte un manuscrit de 
M.W. Budge. 

(3) Nous complétons à l'aide du texte de M. W. Budge. 

(4) Cf. Exode, xii, 18. 

(5) Les discours d'Isaac de Ninive déjà édités ne semblent pas comporter ce 
sujet; c'est pur ascétisme. 

(6) Cette explication était en faveur quand on supposait la terre plate. 

(7) La suite est résumée de Denys l'Aréopagite. Elle se trouve aussi dans le 
vre de l'Abeille. 

[12] 



138 R'ÎVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

rieurs sont les Chérubins, les Séraphins et les Trônes. Ceux-ci sont 
appelés Pontifes et chefs pontifes et ils portent le trône de Dieu. Les 
moyens sont nommés Puissances et Vertus et Dominations, et ceux-ci 
sont appelés Prêtres, parce qu'ils reçoivent des révélations de ceux qui 
sont au-dessus d'eux. Les inférieurs (sont nommés) Principautés, Archanges 
et Anges, ce sont les serviteurs (diacres) qui servent les créatures. 

Les Chérubins. C'est un mouvement rapide qui porte le trône de la 
sainte Trinité. C'est le principe de tous les mouvements. Ils voient tou- 
jours leurs ordres et ceux d'en de>isous. Quand on dit qu'ils ont beaucoup 
d'yeux (1), les yeux figurent le mystère des révélations de la Trinité, et 
leur chef, le premier de tous et le supérieur, est Gabriel, et il est l'inter- 
médiaire entre Dieu et les créatures. 

Les Séraphins. C'est un mouvement de feu, qui échauffe les mouve- 
ments d'en dessous de lui du feu de l'amour de Dieu. Les six ailes (-') 
que l'on attribue à chacun d'eux font allusion a x révélations quMs 
reçoivent du Créateur et qu'ils trnnsmettent à l'humanité. 

Les Trônes. C'est un mouvement stable qui n'es' pas touché par les 
épreuves qui lui'arrivent. 

Les Dominations. C'est un mouvement chargé de conduire les mouve- 
ments qui sont au dess'^us de lui ; c'est lui qui empêche les démons de 
nuire aux créatures. 

Les Puissan'-es sont un mouvement puissant, serviteur de la volonté du 
Seigneur; c'est lui qui donne la victoire aux chefs dans les combats et la 
défaite aux autres. 

Les Vertus. C'est un mouvement qui a puissance sur les trésors spiri- 
tuels pour les distribuer à ses amis selon la volf^nté du Créateur. Cet 
ordre conduit les astres (3), le soleil, la lune et les étoiles. 

Les Principautés. C'est un mouvement déterminé qui a le gouverne- 
ment drt l'éther supérieur, des pluies et des nuées, de-s éclairs et des 
tonnerres, des tempêtes, des tremblements de terre, des vents et des 
autres mouvements de l'éther. 

Les Archanges. C'est un mouvement agile et laborieux aux soins duquel 
est Confié le gouvernement des animaux, des bêtes de somme, des oiseaux 
et des reptiles, et de tout ce qui a vie, depuis le moucheron jusqu'à 
l'éléphanT, à l'exception des hommes. 

Les Anges. C'est un mouvement qui a la connaissance inte.lectiielle de 
tout CH qu'il y a dans le ciel et sur la terre Avec chacun de nous il y a 
un ange de cet ordre, et il est nommé Ange de la Providence (gardien), 

(1) Cf. Apoc. IV, 6, 8; Ezech. i, 18 

(2) Cf. Is. VI, 2. 

(3) Pour saint Thomas aussi ce sont les Vertus qui dirigent les astres : 
« unde videtur quod ad hune ordinem pertineat motus coelestium corporum, 
ex quibus sicut a quibusdara universahbus causis consequuntur particulares 
effectus in natura et ileo virtutes coelorura vocantur, Luc, xxi, 26, ubi dicitur : 
Virtutes coelorum movebuntur •-. Somme contre tes Gentils, ni, 80. 

[13] 



LA COSMOGRAPHIE DE JÉSUS FILS DE NOUN (iX^ SIÈCLE). 139 

et il conduit l'homme depuis sa conception jusqu'à la résurrection 
générale. 

Le nombre de chacun de ces ordres des Anges est (égal) au nombre de 
tous les hommes, depuis Adam jusqu'à la résurrection. Il s'ensuit donc 
que les hommes qui viendront au monde seront en nombre (égal) à toutes 
les troupes célestes (1). 

(l) Denys écrit : •< L'Eternel a posé les limites des nations en raison du 
nombre des anges {Hier, cél., ix, 2); il écrit plus loin qu'il est impossible 
d'exprimer le nombre des anges (xiv). 

F. N\u. 



LA RECENSION COPTE DE LA VIE D'ABBA 
MARTYRIANOS DE CÉSARÉE 



Au temps de la grande efflorescence de la vie monastique en 
Orient, les moines égyptiens disciples d'Antoine et de Facôme 
n'oublièrent jamais la mémoire des syriens Hilarionet Épiphane 
venus jadis dans la Vallée du Nil pour s'initier à la vie d'ana- 
choi'ète et de cénobite. Les moines établis en Palestine, en Syrie 
et dans toutes les régions de l'Asie Mineure, de leur côté, ne 
perdirent jamais le souvenir de ce dont ils étaient redevables à 
l'Egypte, et les relations les plus cordiales ne cessèrent dès lors 
d'unir les grandes familles monacales de ces deux régions. 

On lisait, chez les moines syriens de langue syriaque ou de 
langue grecque, les vies des Pères de Scété et de la Thébaïde. 
Certains d'entre eux venaient même de temps à autre visiter 
les lieux de la ^'allée du Nil sanctifiés par les ascètes, et avec le 
temps, l'affluence de ces moines pèlerins donna lieu à la fonda- 
tion d'un couvent syrien à Scété. Le moine égyptien, aussi 
sédentaire que son confrère d'Orient était d'humeur voyageuse 
et d'esprit aventureux, ne se déplaça guère pour des visites ou 
des pèlerinages, on ne le vit que très rarement en Palestine ou 
en Syrie. Il ne s'intéressait pas moins cependant à l'œuvre de 
perfection et de sanctification poursuivie par ses frères d'Orient 
et lui aussi lisait les vies des saints ascètes et thaumaturges de 
ce pays traduits en copte afin de se nourrir de leur doctrine et 
de leurs exemples. 

Les biographies des Pères d'Egypte rédigées en syriaque ou 
en grec nous sont parvenues en grand nombre. On ne relève, au 
contraire, jusqu'ici, dans les fonds coptes que nous possédons, 
que quelques unités des biographies des Pères d'Orient. Le sort 
fait à ces deux régions au cours de l'histoire, depuis les âges 
monastiques, est la cause de ce contraste; le malheur des temps 



LA RECENSION COPTE DE LA VIE d'ABBA MARTYRIANOS. 141 

pour r Egypte, son isolement expliquent cette pénurie. D'autre 
part, il y a lieu de tenir compte aussi de la différence qui 
exista entre ces deux régions touchant la conception de la vie 
monastique. Chez tous les moines égyptiens réunis dans la 
même vallée, en un territoire à l'aspect uniforme, la vie était à 
peu près identique : vie commune, cénobitisme, avec aspiration 
à la vie solitaire : anachorétisme. 

Dans les monastères d'Orient, cette conception fut des plus 
diverses et elle offrit, suivant les régions, les physionomies les 
plus variées. En face de cette diversité, les moines de la vallée 
du Nil s'attachèrent seulement, on le conçoit, aux biographies 
dont ceux qui en étaient l'objet leur apparaissaient des émules et 
dont l'idéal de vie ressemblait au leur ou s'en rapprochait. 

La vie du personnage désigné sous le nom de Martyrianos 
que nous publions ici et celle de saint Simon le Stylite que nous 
donnerons à sa suite nous sont un exemple de ce choix. Le 
premier, né à Césarée de Palestine, avait opté dès son jeune 
âge pour la vie érémitique; le second originaire de la Syrie du 
Nord, après quelque temps de vie commune, se fit anachorète. 

La vie d'Abba Martyrianos nous est déjà connue. On trouve 
ses actes dans les Bollandistes du xvii'^ siècle sous le nom de 
Martinien (1), et plus récemment, une nouvelle recension 
grecque de sa vie a été publiée par Ral)bo\v (2). Son nom n'a 
point de place au martyrologe romain mais il figure dans les 
Menées des Grecs. 

Le récit que nous donnons ici dérivé et traduit du grec est 
acéphale. Le premier folio (page a et b) du cahier qui le 
contient, a disparu; ce cahier appartient au manuscrit du 
Vatican coté sous le numéro LXII suivant la notation de Zoega ; 
il y occupe les folio 277'''-298''". La langue en est pure, le style 
clair, la syntaxe correcte; à peine relève-t-on çà et là quelques 
méprises de copistes. Ce texte semble avoir été revu ou colla- 
tionné avec une autre copie; une main différente de celle du 
scribe qui l'a transcrit y a fait quelques ajoutés ; nous les avons 
indiqués en les mettant entre parenthèses. 

(1) Cf. Février; t. II, p. 666. 

(2) Die Légende des Marlinian dans Wiener Studien, 1895, t. XVII, pp. 253- 
293. 

VA 



142 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

TEXTE 

Le début manque dans le manuscrit. 

... (Fol. 277 recto) — etoc ag epe niuAKApioc oeieparq 
novezooT eqi^AHA a. niAiABOAoc ep ûc|)pHf" nonii^yi- 
nApAK(oii A(|^6 cAnecHT nTeqpi AqnpeHTc n^tOKI 
6(|OTUj^ e^yep^ympc JDApoq. niUAKApioc A6 eTAqa:toK 
ûruiyMi.x eBO\ Aqa^or^T gboa 'jeu fii^ot^t nersAq 
iiAq y.G neK2coB peu ne c|)ai icaigii ^opn eK^op^^ep 
noiioT IIIB6II oneKKtoT eiiP2. eose ov eKl^oci G ri ai p ni" 

tu niTAAGnOjpOC nGBIHIl AIIOK TAp I ieK<:|)AI ITACI A 

iiA^yi'2o+ uni Ail eeBG a: g o'i'oii nrni uuav OiiAtrc 
me n\c GqcpBoneni Gpoi- 'fiiA?^ :xg qnA+a^ou uni 
^A+crpo GTGKXou Tupe oj iiiApAKiun iiAnoeTATne. 
iiAi A6 eTAqeoeuoT nTOTtj un iatioo Aqepricjipu^ 
novKAunoe Aq(t)COT bboa eApo() e(|Aa) nuoc xg gk3:u> 
niiAi uni co iiApTvpi eiinnn -hiinoi' iiak n\toAGij 
i-iiAtoeK Ail eABOA ûuoK ^iiAini G^itoK noTiii^i- floprn 
ec3fop GUA^oj nTAGijK enGciiT GBOA beii neKin^f" 
ntooT — (fol. 277 verso) — Ae ovin AK-M)iei uni euA;!*!!». 
MAI Ae 6TAq3:oTov iiAq AqepAGovtune gboa 2Apoq. 
niuAKApioc Ae AquHiJ ei~npocGvxn iigu utcobz eq^ye- 
neiioT nroTq ûncrc. 

l^GII OVAI AG nniG200V ilApG eAliptOIII UO^I Z\ 

niua)iT GVCA3:i iigu iiovGpnov gobg innoAUTiA htg 

(|)H GBQVAB AUA UApTUpiAIIOC GTI GVCA3CI IIGU IIOTG- 
pnOT GGBG UAipCUUI flAlKGOC IJApG OVeeiUI GUOpili 
CtOTGU GptOOT UG GTA'CD ÛnTAlO ClUIAnOC ACXCOUT 
bGll OTAIBI RTG niAlABOAOC ACCAXI IIGUtOOT ^Gll 
OVUGTHGpUOC GCXtl) UUOG XG KUII GptOTGII GpGTGII" 

TAio DnAipajui A^ TG Txou Uovptoui Gq^Gii uiiyAqe 
GqiiAV GC2IUI AU Gurnpq a^ tg TGquGTA'cupi eqbeii 
n^AqG Cl(i)pH+ Oinenpiou qiiAT au Guieioui ovag 

131 



LA RECEXSION COPTE DE LA VIE d'aBBA MARTYRL\N0S. 143 
qC(OT6U AU (iTOVGLIH enTHpq. (})H riGOq 6T^On II6U 

iiieiOLii eqiiAv eptoov numii nTequijyi iieutoov ovo? 
nxeqtrpo novricveoc (|)ai ne ct)H gtg Cin"JcV ûnTAio- 
TeTeiiccoovii \o xe ûnape nictuorBeii uoe Acriie 
ni\p(ou AAAA e^ya)^ — (fol. 278 recto) — ni\pcuu «jATorq 
niiAT iiiBeii qptoK2 ncA nictooTBeii c|)Ai 2coq ne 
Oct)pHf QriAipcoiii. Ai^Aii?aj\ ^jApoq nTeqiiAV epoi 
0T02 nTeq^roiiKiii 1)611 T6qc|)Tcic Aq^aAiiiiAV epoi 
nTeq^T6uepcKAiiAAAiï.6cee beii fenieviiiA eborii 
epoi le AAHOtoc oviii^t ne neqetoB aiiok ab fiiA- 

TtOOVIl llTAeCOA ^ApO(| OVO? llTACA^:! lieilAq X6 

eiiiAOM ûneqcuov. Aq^AiiiiAv enAeo OTe^yTeu iieqAo- 

riCUOC ^JOOpTtJp C|6Uri^A HTAIO IIIB6I1 eTOTIIA.XOTOT 

eoBHTq AIIOK 2to f iiA-f (OOT iiAq ^A neeoov niiAiiov. 
MAI A6 beii iixiiiepecxoTov a iiipLuui ceuiii n^Aii- 

CVIIOHKI II6UAC 6BB6 TAI^VnO+IA- 

eTACTtoiic A6 noveeoov ac^^co^ riiiiKocuicic iieu 

IHZeBCUO 6f)ll(iClOOV AC+ 2ICOTO neAIIKC^eBCOG ACtFI 

novnvpA 1)611 iigoxia: Aceiovi ehpm epoc niieccKevoc 

nilOVB II6II 2A'r MAI HOU62 flAnATH IIIB6II ACqAI 

n-pnvpA aothk; riniutorr nuo^i eepHi ^i nircoov 
6pAT(| nniAiKeoc eqo'i ikoit •)aa"(oc — (fol. 278 verso) — 
nxe niAiABOAoo (|)icot haiiouia iiibrii (jqepnpocAOKAii 
A'e qiiAptol)T riiiMuoK nre (|)'f ziTeii neqHi^yf neonAoïi 
(3T6q(>'pHOVT nl)MTq. (;TAC6p ni6200T THpq ecuo^yi 
nxn +021 ui A(ii ^A niuAfix'jconi flTe 4)H6eovAB uni mat 
epe nipH iiAetoTn Aq^toni fixe oviii^t CiuovnecooT 
eqo^ 1)611 niTtoov Qnieeoor eTeuuAT. acuj^ 6boa 
n3k6 -fceiui Acfeo eniAnoc beii ovlll^'^ CiueTeBimi 
epe iiecepiKoovi iaovo eA'eii iiecovo:xi ecA'to lilioc 
A'e MAI J3Apoi nipcDui nre (^f fiTeK^yonr epoK eboTii 
ereKpi ^a 2aiiatooti Dnepx^T nxAuov ûnAïuA eixeii 
NieHpioii eese xe eTAictopeu (1) zi niutoiT au 

(1) Ms. xeTAictopeu. 

[4] 



144 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

enAi^yAqe •fccDovii an xg aiiia2uj\ eetoii -f-feo (jpoK 
ûnepon^K (1) epoi heu TAiiii^yf DAiiArKH to hactc 
niujT CinepcriBo-f- Duoi anok |3a ninAAcuA fiTc (!>+. 
+0x011 fiTAivovBi (2) O'I'TXH fiTAAencjupoc xexAC riTA- 

OT3fAI eiTeil nillAI GTeKUAAiq IJ6UHI AIJAV enATZfiUKO 
0T02 MAI NHI. -f-feo 6pOK ^OHT epOK AIIOK 1)A -f^OBI 
GTGOpeU KeUI XU AIIOK OTCKeTOC n^k'OBI DnepxAT 

fiTAuov beii nAiiii^+ n\iioc|)OG (3). 

— (Fol. 279 recto) — haï xg ecxto nutoov riniArioo 
Bopiui beij ovt|iA2ou A niAPioc epûKAe neHT n'ipui 
n'iHTq eqccjoTeu 6iJiCAa:i eTec3:co Qutoor. eue a povei 
PAp ^toni ne AcetoBC CimxApAKTnp fixe iieceo Cine- 
cepx'Jtoii 6t:xoa2c nuoc ne:\:6 niAiKeoc xg ovoi iihi 
CACA III Ben nf-ctooTii Ail X6 ov ne 'fiiAAiq htaob^t 
n+enTOAn RTA^yTeu^onc epoi xg niiAiAKo exBHTc 
fJTec^toni njjpeii nionpion nTe ovApiKi ^coni uni 
jjATeii <\>f XG Aïon^T epoc heii recAiiArKH. Ai^yAii • 
^onc epoi on -fepeo'f nue necxiin 2Apoi ^(uni uni 
norin^y-f ntrpon. eiiiAep ov xg n-fccoovn au xg oai 
riiiAipn1~ I CBOA oajii ovinx^jf" rAp rinipAcuoc ne 
eqeujo'i* ne <J)ai cTAqTAeoi. ovoi uni xg 'fcajovn au 
ri(|)n cfiiAAKj. iiAo^c iHC niiiAip(oui nArAOO(; Dnepx'AT 
nctoK unnujc rtao-i ^ini l)eii TAueT^euuo ovAe 
CinepxA iiA^^AXi pAjyi Duoi nooK eTccoorn ûnAenr 
ei)OTii epoK -f'rcoBe ûuok finAO" inc nxc uatov^^oi 
j)eij nAiinx'J'h nAiiArKn xg neoK quavatk neTAiep- 
?eAnic epoK. 

— (Fol. 279 verso) — iiai ac eTAqAOTov Aqovtoii rinipo 
iiAc AC|^onc epoq AqxAC caboa AqeojA neoq ejjovii 
e-fpi eTCA})ovn AqiiA^OAU Qnipo epajq. j^eii n3:ni- 

(1) L'orthographe con^ pour cOBjy se rencontre maintes fois dans ce 
récit. 

(2) On trouve aussi cet adjectif sous la forme :X0BI, A'COB dans ce même 
récit. 

(3) xvlfttç. 

LbJ 



LA RECEXSION COPTE DE LA VIE d'aBBA MARTVRIAXOS. 145 

opeq^AHA A6 beii niextope kata TeqKA2G a iiinoiiepoc 
€T2to()v Kiii eneqzHT aq^etoprep DneqAoncuoc 
6|)ovu efceiiii. niarioc Ae iiAq.'iiAHA ne ni>:A:!k:i \e 
2coq iiaq^eopTep Ouoq ne euA^tu cvqTtoiiq aqi gboa 
Ae qovto"! eeiTG gboa cvqAeuc Acep^yopri epoq 

eACBA^ niieG2B(OG CTTOI 2IU)TC Acf 2ltOTC niliebCOC 
GTCOTH ACepKOCUICIC flUOC GUA^CO ItHH 2Aili6B nilOTB 

nii(;C3:iA lieu iigcœaaava aocgbtujtc jjeii taou 
THpc rmiAAAi eopecc3p2AA riniAiKeoc. eTAqiiAV Ae 
epoc nAe hiai-ioc Aqep^y4>Mpl neAAq mac Ae TApeAiui 
necuii Ohaicxhua haiaboaikoii ApeAOAe-f nuoq ntoc 
Apei^iB-f nnecuoT iiAepAi. neoc Ae neAAC iKvq Ae cio- 

T61I epOl flTATAUOK AIIOK TAp AIIOK OVCeiUI flevrilllHC 
€BOA J3eil flIOAlC KeCApiA HTG -hruvAecTinM 6pe ptoiii 
tJiBeii epenievmii eiiAv epoi eeBe TAueTCAie. — 
(Fol. 280 recto) — eTAiccuTeu eeBMTK AiueiipiTK au 
>yApc)K A IIA2HT piKi DeioK ,"JA HiiAV Ae eKe pii HCTeVI 1 1 
riiiAipMl~ eK20A2eA nuoK ,beii iiAiiiix'jf n'jioi rniAipH-f 
AKep HAicHov Tupq eK^orii hiiavatk nATceiui. Illl 
<|)1- AN A(|OAuie e-fceiui icAeii ^yopri .evBOHOiA fini- 
pLoui cl)HovT TAp A{i MAI le iiipioiii Ail nTeq.^yajni 

iJIIAVATt| IIApeilOAIIIO IIAq nOVBOHOOC KATApoq 

CTAq+ CiMirAiioc niiipu)Ui 0V02 A(|Giiov epoq eAqAoc 
Ae A^yAi 0V02 Al Al nT(;TeiiuA2 mo ririiKA2i. niAHoe- 
TOAO(; Ato fiiioG Ae nirALioe tovbhovt ovo? "f^yAipi 
o'/AB- A iiinATpiApvnG (ri C2IUI iitoov Av^ytom iIkaii- 
poiiouoc me 1"U(îT()vp() nre iii(|)hovi. uh eiito\ 
niiyovep^ci)Hpi Ciiioci ntoo Aq^riceiui nBoq lih 
rineqA4>fi ^npi a (|)+ ueiipirq AqovooBeq eBOA j^eii 
niGU)UA. ABpAAB riinATpiAp\nG UH rineq(riG?iui 
Avuovf epoq Ae ii^(t)np ri(j)+ iakcob Ae ou iieu 
ucovGUG un rinovo'iGeiiii- ritoG nooK kuog1~ niiieioui 
un nooK GTGOTn eeoTe IIAI THpOV eKOVCO^ eo^iGi 
ijiioK eeoTe iiGKio'h. 

— (Fol. 280 verso) — mai Ae Tupov gtacaotov eeoi 

[01 

ORIENT CHRÉTIEN. 10 



146 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

noprAiioii CiriiAiABOAoc eccojK ouoq eniecoB ercoq 

ACTtOIIO ACALIOIII ClUOq ACCtUBI eJDOVIl e2pAq eccu)K 

Ouoq eiJinAeoG ercoq flTe -fnopuiA. haï eoxto ûutooT 
ACKiu eniiirproc eT:xop 6?ot6 iiineTpA Acep?HTc 
ncoKq nKorxi kot3:i ebpHi en^aiK ûtako uGiieiicA 
HAïuH^ npoLini eqberi hitovbo. ne^iAq iiag xe iiAiCA2i:i 

MAI 2AlieBOAO«)ll IIG AIIIATAKO flTAKO flTA'l'TXH IIGU 
OU) AIIOK ()T2HKI flAltOB ÛIIOIJ 2AI ^iOn UNI GBHA tîllAI 

AovBiTov 6TTOI 2i(t)T. nea:AC iiAq ye otor CinA2HT 

neOK jjeil C|)ll 6i~KtJU+ nCCnq nTOTK aiiok ivvp -flIA^A- 

iiov^K ovoii fiTHi ouAV neAiiuii^ n\pnuA lieu 

eAHBU>K II6U eAIIBa)KI IJGU 2AIIIIM^ ROTCIA CeptO^I 

ûuoi iiGUAK evcon. 

eTAqcojTeu e3iiAi nxc 'j)n gbovab n6:cA(| iiao xb 
epo:^ nenT eniAii tap tgviimoia tg neAiiun^u npcoui 

eHpOTI ^^ApOl riUHIII Zii)C eVilAO'ICUOV eBOAeiTOT 

eeuci ne Ohaiuujit fitaiiav ao oroii pcuui uo^^ji — 
(Fol. 281 recto) — epou .••jaii niioii uiincuc ncei nce^ce- 
uTeii nipi HAietoB (;Tetot>v nT(; ovni^yf" n^'^jini ^loni 

ÛUOII* MAI fJTAqXOTOV Aqi GBOA JJGII HipO AqCOUC 

euAicA lieu (J)Ai. 

(!>+ Ae niuAiptoui rine(|ovco;M eope iiijjici flTe (Jm 
eeoTAB TAKo nT(](|2ei gboa j)eii hitovbo a(|ua2 HecjenT 

GBOA beri TGqeO'h- A(|(|)AJ)Tq j)GII 'hoVIlOV ÛHtiUOO GBOA 
ricl)^ 2i:XGII -flIGipA AqpiUI GIIA^U) Or02 UGHGHCA 
OpeqKHH GqTCOB? Oil^-t AqTtOH(| AqO-l IIAC| n2AIIAGB,^y 
AqOOVtOTOT g'jOVII AqTAAtOOV Gpo(| Aq(niov GH^ytoi 
GAGH 'f'HGTpA AqtFI IIAq noV\ptOli A<|(FCpCOOV ,"JATG 
OVIII^-f n\pCOU JMCOIH. Aqoei GpATq bGII OIIH-h 

ûnixpaiu beii H:5:HjepG()ptoK2 gua^io J)gii iicq- 
(FAAAV^: iiGu neqca)UA rupq etocAG HApA KeKOT:xi 
flTG HiAptou ^Gpcrc epo(| flTGquov- Aqi (jboa j^gh 

HIXpCOU lie A IIG()(rAAAV3: TAKO HG 2ITGH HAÏRAI flIIIX- 
p(OU GOUOe. |3GII H:XHIOpGqi GBOA j)GII HLVptOU AtjCATq 

GBOA — (Fol. 281 verso) — 2i:sgii uKAei aïica^li iiGUAq Ouiii 

m 



LA RECENSION COPTE DE LA VIE d'aBBA MARTYRIANOS. 147 

ûLioti 6C|:\:«) Quoc xe ov neTcvq^ujni Ciuok -f iiov to 

LIApTVpi 2ApA AKCriCBCO 2ITeil niXptOU un A(|'fACO 

epoK 20ACOO AK6UI +IIOV Ae iiH eeuAXcoK 6BOA nf-6- 
niovLirA e'retoov ^AvpoKeov beii ni\p(ou nATtreiio. 
iG3:t3 ûneK^qAi 'ja (Jjai ntoc o-i"oii ^3:ou qiiok nreKtiAi 
,bA nixptou iTre IreeiiiiA ic en mie PAp to miccoiia 

CriCB(0 IIAK -flIOV fiBOA 2IT6II TAnVAH (1) Qni\pa)U 

GKiiAep ov XG AKiyAii:s:tOK BBOA n+eniovuiA nceeiTK 
enivptoLi flATO-eiiio epe iiim iiai iiak flTeqfniK en^toi 

n^HXq. TAKieiLII Ail 6TOI IleTIOC IIHI GnillOBI AAAA 

niAiABOAoc ne eTA(|ep (|)ai uni eqoTUJ^ eKcoAii nriA- 
A20 eeue? nAPABoii (2) ère hatotbo ne nreqcoB'f" 
iiMi novKOAACio ^MA (311(3^- ovoi iiiii icxeii ûni^qAi (3) 
•)A nAixpton (|)Ai C3pe ovovtoini njjiiTq ovoe ^Aqto^eu 
2iTeii ovKovAi niict>ov mvpioii Ae nooq n re 'freeiiiiA 
iiAqoi n\AKi Tiip(| iiiutoov eTJîeii T(J)e iieu un 
eT2i>:eii iiKAei e(3iiA^J:xeii.\oii au eo^juov ct^Ai erce- 
BTtoT e(|6pKOAAï.iii Rptoui iiiBeii — (Fol. 282 recto) — 
npecjepnoBi- j)eii nAMnope3:e iiai Ae agi eBOA nxe 
•foeiLii ACiiAV epo() Acepeot (3UA^^jco A(î,'yconi •)eii 
oTiii>y"h neuKA2 n2nT. 

j)eii nAniop(3 niArioe rrroii fnioq fiovKOVAi 
AqTtoiiq en^ytoi ri<|)iiA2CoiiB ne^^Aq ^iiatakok fiKAKtoc 
to nictouA neBiiiii eeore nreKTAKo riTA'l'v\ii cep- 
iioqpi nui nxeKpttJKe eeore nTA^ye uni eiiTAKO- 
AqqoAtj on enivptou enioe. +G2ini Ae etoG iiAG^eo 
ept)t| ne etîpeqi gboa jieii ni\ptou t)vo2 meq^Ten- 
uoT AGTtt)iiG AGAnt)ni rniot| Geiit| eBOA J3eii nijcptou 
eAqptoK2 euA^yto iiApA ni^opii néon- AtjqAi nneqBAA 
en^toi 2A ntre ef|oii+ eBOA 2i:xeii niKAei ovoe ne^Aq 
xe nAtrc inc n\o \io uni eBOA ninnevi excrAbeu 6ta 

(1) imù-f]. 

(2) Ms. IIAIIArABOII- 

(3) Ms. nix'jqAi. 

[8] 



148 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

■rii:xA3:i eiTor ebpHi encvenr. kccoovij to hactc :^'6 
GTcVif^ LinACtouA enAix'ptou X6 2IIIA nTAjyTeuep^euuo 
epoK nuoii 2AI r\p npu)iii iia^uai QneKueo xe qxoT' 

BHOVT 6IIOBI AU GBHA GIJH GTAKi" XOU IICOOT GBOA' 

2ITOTK c|)toK ne nitooT ^a eue?. 

MAI A6 6qa:a) Gutoov iiAq^3Leu3:ou au ne eoei 
epAT(| — (Fol. 282 verso) — -fceiui ag zujc iiac26uci 
ehpui l^ATOTq ecpiui ecto^y gboa ec2i:a) ûuoc xg otoi 
uni AUOK j)A -fpeqepuoBi xe gta uai Tupov ^ojui 

LIUOK 60BUT Al U AGpAUOAG riC06 Q(J)+ nAXynpU+ GBBG 
\iH GTAIAIOV UAK TUpOV tOOV UIATK flOOK tO (J)U GTA" 

qGpiJApTTpoc Ciuou Aicoruoc 2ia:toq lo c))U GTAq^p- 

BAGAUinU DUOq flUiU rUJOCj nuoil AIKAGTUpiOII CUp 
GBOA. 

AC^euAC heu -fovuov AOBA^yc nuieBtoc gttoi îiujtg 
lieu ui'l'GAiou ueu uiaggu nuo"i*B gttoi giiggctaaavx 

II6U IIGCAI3: IIGU IIKOIII nilUI GTTOI GUGCUOVT ACGIIOV 
3:6 GIIATIUTOV Gni\p«)U. UIIIAKApiOG AG A(|epKlOAIII (1) 
nilOC :\G 0(t)lOp CO TAÎ^Gpi AAAA (riTOV nTGTHITOV 
nillOp(|)AIIOC IIGU llieUKI j)A IKHO^h nTG'l*V\ll. IIAGpilll 
U6 GGC(OAU nCA niqU)l DTG TGCA(|)G GCCl1~ ClUOq 

GnixptoiJ. niArioG ag uAq+iioii'f iiag ug gciamju ûiioo 
XG CinepGpnKA2 neuT u) lAiyGpi ninvproc utg :hiiG- 
TAiioiA 2ceu3:ou 0V02 qcroci GUA^yoj. — (Fol. 283 recto) — 

ApiUGTAIlOill TA^Gpi OVIIAUT npGqjyGlieUT UG UO'O. 
2HUUG ApGIlAV hfiH UGBAA GUTAKO nUAGCOIIA j)GII 
nptOK? GUIXptOU neO etOI "fAGO GTG'I"i'\U iigii ugccoua 
ICAGII (JjOOV GBOA U)^JGU LlUVpCOU n+eilAOllU (2) DTG 
niAlABOAOC GBOA JDGIJ UG2UT |)GII nA'IUOpG\lO ri())IIGVI 

ouixptoii nATcreiio Gq^oii n,biii~. Api (^uevi hgoi'- 

CAIIIJA GTACCrpO GlllUApAIIOUOC A i[)f +(UOV IIAG- 
UIAriOG UAVAOG UIAIIOGTOAOC q+CBtO UpCOIII IIIBGIi 

eqxto Ouoc xg ucuov Ontopq ug un gtgovoiitov 

(1) Zw)>Û£tV. 

(2) f.Sovi^. 

L9] 



LA RECENSION COPTE DE LA VIE d'aBBA MARTYRL\N0S. 149 

ceiLii nuAv iiApovfipri(|)pn+ niiH ère ouoii rjTcoov 
,"jAt|3:oo OH 3:e +no|)iiiA rineiiepovA:e necpAii J36ii 
eHiioT. ûuoii ïM TAiiiovT DneuBo ricj>+ rK|)pn+ 

rmiTOVBO. 6TA KOAIIIIIHC +CUUC Cl lieiICtUTH p . 6066 
n6qT()VBO A(|6LlflX'JA l'Ap eop6qiiAV entoQV iTfopiAC- 
nievArreAicTiic \e iiuaiiiiik^ AqQn^A npoGB6q e^eii 

OU6CT6lieHT rK))+ fiOB6 n6qTOVBO. Ap6^AUCCOT6l I flCU)! 

(i) TA"J6pi nreApe? 6iiaga3^'i tgjjaih ma — Fol. 283 verso) 
— ^cjurii 116 660VAB nT6(ri TAio IIA2P6II (l)^- iieu iiiptniii 

AIIOK l'Ap 'fllA\AT()'l" (;B().\ AU 6ITt(JB2 60p6 HOVA'AI 

^coni me'hTXH reiiAV enifiKAe 6TAieiic| 6J)pm 6^toi 

60611+ 1)611 M>;m r(3,"JtUlll noprAIIOII nillAlABOAOC- 

Airioii a) TAiyepi iiApciii^'jeii euor nroTq Dn\c Xi'. 

A()"IOVA()ll CiriB 6B()AeA lll.\()p-\6 6T2100V nT6 .\A3;i- 

■fceiiii A6 j)(ïii ii.\iiiop6(:(xoi"6ii (îMAi fiTorq rmiArio(i 

UApTVpiAIIOC A(;<|)AJ)T6 j)A M6() OAAAVA' ecpiUI 6C,\«) 
nilOC 3:6 -h+eo 6pOK flAO'C flKDT \«) Il 111 6 BOA AIIOK 
JJA +p6q6pilOBI 6T(rA})6ll TUJB2 CinCFC 62pill 63:COI 
60p6t|X«> •"" t3BOA nilAIIOBI 6TO^. AIIOK A6 IGA'6II 
-flIOV -flIATAGOOl 6I1AIII Ail XH OVA6 (illAV 6IIACIIIIOV 
OTA6 IIAO'iM'r6llll6 OVA6 flIlAOVaiU j)6ll lll\<|)0 nT6 
HAAIIOUIA ^iA ri62{)()'/ rillAllOV 60B6 IlIflKAe 6IAK((AI 
jïAptOOV 6eBHT. 

niAriOO A6 AC|CUOV 6p06 6(|,\tO ril.lOO A6 6p6 I KFO 

"fxoii 116 2IIIA nT6ipi rin(;qovco,"j. nooc Ae neAAC iia(| 

Xe IIAKOT 6eOVAB (ÎKOVCOyj nTA^6lll 60(0II 2IIIA 
riTAOVXAI 16 IIILI 6TIIA(ri IKOIT IIMI 6J)OTII 6nitOI|l3 

n6ii62 - — (Fol. 281 recto) — 6niAn 6taii 6ni^jcoi 103:611 
TAU6TKov:vi j^eii ovBioc 6q<rA|36ii OnoiiHpoii. nooq 
A6 nexAq ijac .\(î iiA:^y6 ne 6iahu ^iiii ncA -fnApoeuoc 
600VAB iiAAATiA OH eTAC^yconi nov6pc|)6i ÛnCFC eOB6 

II6GTOVBO TAUOC eil6BIOC THpq OVA2+ flCCOC T6pA- 
OTXAI- AIIOK A6 2tO nTA6p2HBI 6pOI eOB6 IIIU6VI 
6T2100V 6TAqi*JUJni 1)611 HA2HT KAH 16X6 HACtOHA. 



[10] 



150 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

OTAB 2iT6»i T3kOU Cinjcc AWA, nazHT AqcrajJDeii eiTeii 
niueri e'retooT. ir^emuor fiTOTq On^c xe aqTorxoi 
eBo\ J36II TeniBOAH (1) nniXAXi- 

GTACCtoTeu iJAi AcoTco^T iiAq 212^611 riiKA2i ecfeo 
epoq eopeqcn iicdit iiao 6niuu)iT exeiiA eiAnu. 
AqTtoiiq 62PHI eq^ori J36ij oviii^"h nbirîi "gu oTûKAe 
fiîHT eiTeii iiiRAurH riTe iieqctouA Aqi gboa iieuAC 
AqcnutoiT ijAa^tiJC eniuuirr eTenA giahu- Aqi" nzAii- 
KOV3:i ûBOiii iiAC XG ûuoij «JiK ^yoH NAq nexAq iiac 
xn uA^e lie beii oreipHiiH. neoc Ae Acpiui neoro 
Aqcuor epoc fixe niArioc Aq6pcc|)pAriï;iii Ouoc ac+ 
CinecoToi eniutoiT nuo^i nooq Ae eojq (J)ptoui LK^yf 
AqKOTq ejjoTii — (Fol. 284 verso) — ereqpi AqeiTq e^feii 
ne(|20 Aqovoj^T û<\)i- eqjyeneuoT flTOTq- 

-fceiui Ae 2toc eTi ecuox'ii ?i niucoiT ûneciyxeu^'ou 
n:i:ajK eBOA ûniAiACAHUA (2) nxe niumiT nuo^i 
noreeoov nonuT ex a povei ^u«)ni Actri iiac niii^AHA 
riTe <|)H eoovAB ac+îo n<\)i' AceiiKOT beii niDA 
eTAC(|)02 epoq. eneqpAci" A6 ou iiAcuoi^Ji o'i'oe ecTtoB? 
uricrc eopeqcriutoiT iiac jîeii niiuoiT eTcoTTtoii ovoz 

CTACep A ÛUIAIOI ClUO^yi ACC|)02 CBHSAeeU LIC|)IIAV 
npOT2l OTO? eBOA nUAV AC^eilAC eniUOIIACTHpiOll 
nT6 "fAriA HAAATIA 0V02 GTACIIAV CpOC AC^OH epO(i 

beii oviii^-f npA^i Ac^iiii nroTC nxe -fnApoeiioc 
eeoTAB xn TApei ghaiua eoBe ov m TAca)iii le Ape- 
^iiii ncA iiiLi nooc Ae iiexAc iiac xg eiiyi[iii] ncto-h 
eieBi RTC niiii.'y'f ciuAneciDOT nTAthum -f+eo epo 
eiiiA flTeo'i ucoiT iJHi 6cl)H eTcovTtoii 0V02 exepiioqpi 
nTA'l'vxH. i-nApoeiJoc Ae haaatia cTACCtuTeu eiiAi 
flTOTc Acep^y<|)Hpi eepm ea:eii Teccoc))iA iieu tgca- 
noAoriA eeiiAiiec nxe TecueTAiiiA (3) — (Fol. 285 recto) 



fl) èTitêou>,yi. 
{2) ôiaffxrijxa. 
(3j (lETavoia. 

[111 



LA RECENSION COPTE DE LA VIE d'aBBA MARTYRLVNOS. 151 

— ()V02 AOTAiioc enecBioc Tnp(| lieu iiipn'f HTAq- 
^ytom CiLioc +uAKApiA Ae eTAcctoTeu en ai ac+coov 
a<\)f lieu <\)n eoovAB aiia uAprvpi ac2QII26ii exoTc 
eepecepiKOiiiy niiicviiHeiA eTetuov gtaci en^utoi 
nl3HTov 0V02 IIAC+ fiuoc e?Aiiiii>y'f njiici fixe 
iiiAGKHCiG eccroAK fi^ovo- GTAcepn poKoiiTi II beii 
iiiApeTH THpoT eoTtoB2 ri<\)i' Onieeoov iieii nierstope 
Xfi 2IIIA nT6{|(ru)pn ncoov gboa flTecueTAiioiA xg au 
At^'f (riTo fiTOTo chi" Ae niATABoc ovoe nipeq>yeii2HT 
(|)H GTtri noueTAiiiA niiipe(|epiioBi iiTOTt| AqepnAH- 
po(|)opiii Liuoe Aqope 2aiiuh^ fiTAAtro ^ytoni gboa 

2IT()TG. 

AG^coni Ae noveeoov a oveeiui 6Giya>m niieGBAA i 

^A -fuAKApiA riAAATIA eGHpGG^AHA eepHI ea:tOG. -fuA- 
KApiA Ae flIlApoeilOG AGOTCtJ^ e pAOK I U Aï.l II Cini2U)B 

XG AU A (|)f- (ri fiTecueTAiioiA riTOTG nexAc iiag xg 
uA^e lie ApiG<|)pAri(fjii (1) niieiiBAA fiTAiGïiui eT^'Jtoiii. 
neoG Ae riiieGATGtoTeii ugkjg aaaa AG2a)A jjeii 

'foTIlOV AC^MAUA eepUI G.XtOG OU AGepGchpAIMï.l II ClUOG 

— (Fol. 285 verso) — j)eii (|)iiiiiiii niiiGTAvpoG eeovAB. 
))6ii fovilov GTA iieexi^: TAee iigubaa n+eeiui agiiav 
riBOA 'Xiii ii3:iuepe tai Keovi iiav eniTAAcro exAq- 
^toui CiuoG n\toAeu ago2i })AT()Tor j)eii iiiuoijag- 
THpiou ^A iiiezoov fiTe ueGuov. 

fceiUI Ae eTAGTAGOOG (2) 2A UtFG eiTGII f U6TAIIOIA 

AGCoiib ûiB npouni l)eii iiiiioiiACTupioii j)eii ni\po- 
iioc Tupq GTAGAiq ecepueTAUoiii CineGGe upu ovAe 
nneGoveu aaoai ovag eAi neucopA (3) eoAcoG otA6 
CinecoTtou noviiee ovAe rinecetozG Quoq enecGcuuA 
TeGTpoc|)H Ae ovujiK ne iieu ov2uot. oai Te +3:111^011)3 
nTe f UAKApiA neeiui exenuAv ovo2 iiai ne iieGAr(oii 

(1) Ms. Apict)pAriirjii- 

(2) Ms. oTAceAceoc. 

(3) ônwsa. 

-[12J 



152 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

j)(3ii n(vc- Ao:\:(iK necApouoc gboa nKAAtoc AcriToii 
Ciuoc tVcecjUA epATq nncro ovo? cvq^yonc epog eJDovn 
eiieqLiA neuToii nenuipAiiioii (1) j^eii oveipniiii n-re 

CJï'f ALIMII. 

nAAiii OH iiApeiiKOTTeii nepm exeu cjjbioo finicvrioc 

AHiV LIApTVpicVIIOC. OVAHArKH OH HB GOpeHTAI I tOT(3H 

euequeTXUjpi gtaciaitot 6T2hov novoH hibgh t30HA- 

CCOT6U epCOOT- (2) HGHfjHCA ï. A6 llABOT A(|riTOH fl 

(Fol. 286 recto) — liocj (3) novKov^:i kboa |)gh hi^kohi 
eTX'H eixtoq fiTe HinAHrn 6t1)6h ntjqctouA. Aqepeinc 
e:xoc AoinoH nj)pHi ri|)HTq xg aahococ ai^tohtcoht 

riTAepAHAVtOpiH HIH GBOA \)tHI TAipi rnA,"J(3 HHI 

HKeucoiT rHKAKovproc iiAHH e?pHi 63:toi nKenipAoïioc 

BtjeCOOV eeOT6 (J)AI. AI6UI yV. AIHAep OV f^HATCOIIT 

riTA2cc)A eovuA n^Aqe eiAen (|)iou rnuA e-re rnion eAi 
npcoui nJ3Hr(| niAtop(| hhi niiA'i". (3TA(|A'fi haï ag 
AqTCOHq AqxtoB? nneuoo i~H\)f ecjAio ûuoc CinAipH-f 

Ae HAtrC HIC H\C CtOTf3U (3pOI AHOK j)A H ITA ACsTUOpOO 
^M(Oni HHI HAHHB ÛBOHOOC l^Gll HAI HHi(3H (3l~HA2COA 
C3poq rHI(3p(3pn(OB,"J nTA'|-V\'H fleBIHH AAAA TAApOl 
1)611 T(3KAI"AIIH (|)aJK HG IHCOOV H6II niT.AIO ll(;ll 

HeKia)T nArAOoc neu hihda eeovAB ^Aenee amhh. 

HAI A{3 eTAqAOTOT AqepC(hpAriï.ill rillO(| A(|l fiBOA 

}^e\l ipi A(j1~ iineqovoi (3A6h c|)Ioii hiaiaboaoh Ae 
Aqto^y 6BOA CA(|)A20V ric|)HeBOVAB eqA'oj rii.inc ah 

ApiOVtO HIH tO IIApTVpi KIIA^c|)COT GBOA j^eil HAAIA 
(3K?ilA eO(t)ll -flIOV UATAIIOI n(|)pH+ OTAUTOAI lie3IIAK 
GBOA jjeil TGKpi -flIAO-OAi IIGUAK CBOA j)eil (Fol. 286 

verso) — niiiA eTeKiiA2toA epoq oii. niArioc Ae neAAq 

HACj A6 ea>U (4) np(OK (O niTAAf3ll(OpOC nOBIHII (|)H 

(1) £7toupatvtov. 

(2) Ms. epoq. 
3) Ms. euoq. 

H) Ms. OCOH- 

[13] 



LA RECKXSION COPTE DE LA VIE D'ABBA MARTYRL\N0S. 153 
(ÎTOVCtOlil nU()(| flAK IIHHOOVAB TlipOV OVOI IIAK ^■ ;; 

AKepyjeuuo eiiiuAn^toiii nxe iiiov(uiiii- akum htotix 
CineKiii^f- n^on.voii eT6KepoApiii (1) Quoq aitmi(| 

OriACCOTHp IHC AKOVtOpil >yApOI nOVCeiLII j)«ll OVCLIOT 

nnopiiii tiKOVio^y eco.\i Ciiiatovbo otot CineK^OAq 

AIOAC flTOTK AIAIC IIOV^6.\f:T eCTOVBHOTT CinXtî 
HAOVpO. MAI A(î 6TA(|:!^()TOV HXG niAlKeOC ClRIAlA- 
BOAOC AC|epAOOVCOII2 H BOA eApO(|. 

niATIOC AT: AIIA UApTVpiAllOO IIA<|UO^I HG 6(|fip- 

•hAAiii HqAto riLioc A(; iiAp(-(pn)ii(| nxo c|)'h IIApOV.\(Op 
GBOA n3:c; iifi()^:AAi riipo'." iiApovcjîtoT oboa J)a reii 
Lin6t|2C) nxti ovoii HIBOU eeuoch CineqpAii gbovab. 
ovo? iiA(|ii()."ji ne x'JATCjqi e3:eii <|)ioii. a(|:\:iiii noviiAV- 
KAiqjoc Aq+ fineqovoi t-poci ii(:.\a(| iiacj ,\(; Teipiiiiii 

IIAK riACOII G»IIAII(3<| A(|epO'/U) H Xll H I IIA'i"K AH poO 

6qxu3 nuoc :<k:e Teipiiiiii iiak (0(|)p(oiii n^'f inîxe 

IIIAPIOG IIAq Xti t+eO npOK (O IIACOII (:()IIAIieq eepGKTA 

— (Fol. 287 recto) — iioi t;(|)ii o+ma^mcjHk (;po(| j^eii oviia- 
•rpeqaio'i" neirr Apiio'.* kcmoo'.miov e<|)iiA nt)VKovai:i nim- 
coc j:>eii <|>i()ii niioii ptoiii njjirrc eiiiA riTA^toA «poc 

flTA^aJin nbUTO- ACIC-pO'/tO n.\(; IIIIIAVKAiq>00 riG.\A<| 

iiA(| xe eoBG ov n?tt)B iiakoi' ^;K<)^•(o^'l ecu)p(;ii ûiie- 

KH)llj) GBOA j)6ll IIIKOOIIUC LIN CirKÎKAeil iiAn^ytoiii 
j)6ll 'hoiKt)VUfillll TlipC ^yATeKetOA 6BOA flOOK (jïOll 

c|)iou). Atjepovco riA'e riiAfioc a'g ûlioii nAcoii CiiiAipHi" 
AM ne AAAA eiovto^y (Jtopq eBOAeA niKociioc xe eiuA 
OTAcp eBOA?A iiipcoovyj flTe riAiBioc necJ)AHOT. nexe 
miiAVKAiipoc iiA(| An ICA6 <|>^M ne (t>n eTOKovA^cj le 
"fctjuoviiov novneTpA ecoi n?o+ euAjMcu J)6ii c|)iou 
(|)H eeiiA^ytorii liiiiua ereiiuAv (|iianav eptoui ah 

^A eiJ62. nillAKApiOC A6 RGAAq IIAtj Xfi ApA (2) (|)AI 

ne e'^ovto^y nAooii eeiiAiiec| "h'feo epoK eiiiA fiTe- 
KOAT en^yAqe eTeiiiiA'i' A'e nAiiiAiiA'i' eue? f\z\i 

(1) Oappsïv. 

[2) à'pa. 

[14] 



154 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

nptoui enTHpq UcVaicta iiAireiioc a:e cztui. nexe 

IKIKWKAHpOC IIAq AKIJA3:6U CjOIK neUJII J36II niUA 

eTeuuAT nT6KOTtou ■ — (Fol. 287 verso) — nea:e 
marioc iiAq ye nooK hagoii eetiAqi (|)ptoov^ flTA- 

KOV:SI n\piA 6eB6 cj)^- AIIOK 2tO -flIATCJUBe e?pHi 

eAtoK nTeKOT2i:Ai oto2 -tiuvepetoii nxix ijak eieeuci 

2IX6H -fneTpA. AMIOTI IIHI IleAlIKOV^SI nBHT -flIAepetJUIl 

nreKioAi rinAetoB nxiy nT6KTHiq gboa nTeKiiii uni 

flTAKOT^;! nTpO(j)ll 0V02 flTeKCFI n?AIIAAKOII flTeK- 

UA20V Outoov IIHI 0V02 fiTeKipi LiniiiAi iieiiMi uni- 
K6K()V3:i ntoiK iieîij iiiutoov kata ovArAnn nre ^f 
AiiA-j-oci C3ni2U)B Ail AK^^Aiiqi nApcoov>y c|)ai iiA^toni 
iiAK noTiii^yf n?HOT. mai Ati GTAqcoeuoT n3:e niiiAV- 
KAiipoc Aqnui XG oTATioc iiG AqceuiiHTC iieuAq eipi 
netOB IIIB6I1 eTeq:\:oTov iiAq nnAipui- AqrAAO Dni- 
AiKeoc lieu TeqKOTXi n\piA ^a njyAv n fe' rabot. 
Aq(3p2coT ii6UA(| epci OTGHOV 6iiAiioq iii(|i nccoov 
eiTeii <|)OTaj^j ri(|)i- iieu TGqBoneiA avc|)02 e+nexpA 
6TniiiiAv x'jA <|)iiAv npovei. nillAKApiOC Ae ABBA UAp- 
TVpiAIJOC GTAqilAV (UIIUA .\R qep^AV ^1) IIA(| AqpAjyi 

euA^yio heii T6q*hTXH Aqcuov ec|)i- ovoe Aq'ftoov UAq 
0T02 A(|^G IIAq zi — Fol. 288 recto) — xeii -fneTpA eq,"ioii 
beii oTiii^-f npA,"ji ri(|)piii- novAi 6A(|^iui noviiAA- 

AATIOII novpo eqil[A^U)]l1i nj)IITC| OVOe Aq'l'AAIII 

IcinAiJpH-f eqxco Ouoc ya j)6ii ov^ov^y-r aixo[V^t 
gboa] |3at2H Oncro Aq-feoi^q epoi Aq]cajTei.i epoi 
AqTA20 [nilA(rAAAV>:] epATOT 2ixeii ovnHT[pA o'i-oz 
AqcoT]T6ii iiATATCi 0V02 ueiieiioA epeq[ep'l'A]Aiii 
nexAq riniiiAv[KAHpoc] UA^e iiak 1)6ii or2ip[HNH 
^ytuni] ncFc iieuAK 'f'f2o[epoK Cin]epnAU)B^ eeBe c|) — 

nexe nipuiui iiAq xe epoK hactc flitoT nAUii 

e^ycon \ovto^ 2aiikov^:i n^e a' noT- 

KOTXi fJCKe nexpA eese ni katccoii 

(I) Ms. qepi^A. 

[15] 



LA RECENSIOX COPTE DE LA VIE d'aBBA MARTVRL\N0S. 155 

iiciu (i)f (|>pu)i nooq Ae Orieciova) iic\q 

eeeuci 2i:xeii 20ov iieu nieA:a)[pe 

u6Ki6iic<v n>:toK Ae n K n [eijxeii fncTpcV epe 

qi rin(H|pu)oviy e ueu utoov n r 

npou[ni ii(-iiBiicA iiAi Ae ou fine njce 

riiAiABOAOc A poq AqToviioc o — (Fol. 288 

verso) — e^feii (|)i()u Aqiieeci iiixoa Avcrici euA^uj 

(etocAe flTeKXo •. epiuuA ei ca n^coi riTeq)... 

Aqcojy eBOA epotj iTab riiAi[ABOAo]c eqAito fiiioe riiiAi 

vpi AKi ej)pni eiiAA:i:ï bbk jjoii iiietoiui 

ilTe niAPioo Ae iie:xA(| iiAq cm ec|)AHov 

CjUniTA[AenU)po]c lieK(|)AIITACIA II IIA^epriAAB- 

Till (1) n AAAA |)6li (|>pAII ÛllACrC IIA+,"Jini 

NAK A(|T(()iiq A(|(|)top>y eBOA encA n+A- 

iiato[ah Atjepj'IwAAiM (3(j:?^«) n[uoG iiooK ne] iiAiiori" 
eToi niiMB [enAUA2i D(|)io]u iikiu nre iieq[A'OA 

^AKeplovp. 'feui IIa[o"c] OH nilOK j)eil ?COB 

KOVtO^ IIApe(|^(o[ni (;]TA(j,\OIO'i" A(|26ll 

ovT neirr j)eii e riiie(|iy(|Ai epoc| ii..-- 

oc AAAA A(|TOV ÛllipACIIOC Cepill OC 

eqecuov iiApA m — Aq+eoiiq eov.. . oov epe 

2Aiipu)iii po(| lieu eAiieioui — (Fol. ^289 recto) ^ — 

0V02 Aq:^'joopTe|> riniA:oi '^iTeii ovcApAOUov eoiiA^JT 
0V02 Aqo'topeu ncto(| j)eii c|)iou jyATe(jj)(oiiT ejiovii 
efucTpA ^ATeii ovKovAi ueiieiiGcoc AqKto^y nnixoi 

0V02 AqCOUC etOCAe flTe IIU CTTAAHOVT (;pO(| Tnpov 

uov >yATeii OVC2IUI novcoT. 

GAI A6 AC^Aeu3:ou iiAUAei rioTct)oxi n^ye acaahi 
epoc iKvpe iiietoiui eeiiA^y-r ci'f nctoc ne >yATec- 
ixjuiiT e-fuGTpA (ac3:ov^t acuav eniAr[ioc].) acauoiii 
novtoiii nj)HTc Acto^y bboa ecA'co Ciuoc xg nAtrc 
nitoT ApiBouoiii epoi. erAqcojTeu epoc ecto^ cboa 
Aq^^ov^yr ejjpui eA:toc CTAquAV epoc Aq^yoopTep 

(1) fiXâuTElV. 

[ICI 



156 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

euA>y(o ne^^Aq nbpiii nhurq xe naiKeetoB ^xai (t)Ani- 
x>\y\ ne n+cajovii an :v6 ne'fiiAAiq CinAiKecon <|)ïi 

e-fepeo-f- liAXOJtl At|TAeOI. OTOI IIHI AIIOK J3A rilGBIHII 
XG TAlAIIArKH OAI 20p^ GîpHI e^COJI 620Te "t^OpH OH 
IHïll 6T6UUAV ACheil HITtOOT ^eil HiX I HOpeC-MlICI 

rniAuevi AI2ITC eiiOA 2Apoi oto2 Aieeiioi aiiok j)eii 
TApi 0V02 AiiiAep ov noAi riHAicon AIIIAOVtOpnC 
Reu)ii nuoii pi OVA6 BiiB — (Fol. 289 verso) — ova6 
uAnovoe OVA6 ovcKeni eopi^toni njinTc oviii^i~ 
n>yiiii uni im ai^aii\ac 1)at()t nTecp nTecjiiAv epoc: 
113:6 nii.iAiiiov+ eTfipAiAKoinn epoi (1) Ai>yAii\At; ve 
on nTfîCiiov bon ineioini non inntoov nre (|)ioii 
ovm^'^j'h n\piiiA (2) uni iiti 3^e Cini^enenT hApoo. riAnii 
Aitiin yu ov iKj-hnAAKi 'f-iiA^Mtoni j)6ii iinuoov aiiok 
flTAxto iiAo n-hiKîTpA nTAini iiiii O(t)nov nnAVAT l)tJII 
c|)ioii. iTA A(|C|Ai nneqBAA en^coi eT(h6 a(|tiob2 niiAi- 
piif tujAco Qnoc At3 HAtrc inc ii\'c TA2f;.\ni(; nnep\AT 
nocoK riiiAiKecon o-i-o? hnepovGi caboa rinoi aaaa 
nAjvoii nTA'l-v\ii rinepTAKO(î. 

IIAI Ae eTA(|AOTOV A(|J (-IK-CIIT (iBOA 2iA:eii +neTpA 
A(|Anoni nTO(;AIA flKOVAI nixOVAI A(|(ill(; (-BOA jjeii 

ninujov nie; (hioii. ita j)(3ii nA'niop6(|eiic eii^toi 
iiACC3p(|)opni 11(3 n^All^Bto(: nMtîpnn-ion (3) opo ovc|)ac- 
KiA (4) moB nnovB toi eiairc ovoe nncctoc ouA^to 
\)fin 110020 (;iiAq^+iiiAT(| niioo au no nxe niAPioc 
0V02 OTAonron nnoo novKovAi nexe niArioo iiao — 
(FoJ. 290 recto) — xg noo to PA^yopi eonoi no DnAniA 
nnepop2t)'f ovoii toiK nnAïuA non iitoov o(|epAiA- 
K(oinn opoii HAO ovpconi nro (|)f^ ovtoii no j)on ov^i 
0V02 ocp no J30II ovyyi Ciinpn+ oiiAiipi nnoo. ovoii 

K6ABOT B ClBOA ^ATOqi Jllll GnAniA HXB (|)n OTOp- 

fl) Ms. Opoil. 

(2) X9W^- 

(4) çàaxia. 

[17] 



LA RECENSION COPTE DE LA VIE d'aBBA MARTVIUANOS. 157 
AIAKUJIJIII GpOl qilHOV lilll H T flCOIl n + pOIIMI (|(ri 

Gna^iiJi ovoe qnii uni nTAxpiA rupc 2iTeii TecjArAnH 
<;l30vii 6cJ)'f-. e^yton ovii Aq^Aiii i»JApo nTe(|,vMiiii gobht 

TALIOq fillll GTAI^^OTOV 116 0V02 IIA+20 Hpoq qUACVIT-h 
OBOA l3(;IJ IIAIIKOIT fl^tipiUOC AIIOK AG -flIAIIII IJHI 
riffiLlOV CGBH'f. 

6TACctoT6u Ae 6riAicA3i:i AcepfiKAe neiiT niiA,"j(() 
nooci AB A{|i~ii()ii-h MAC xii rinepr;priKA? neiiT a) 

TA^yCJpi IIAIIGC uni RTAUOV jjeil (|)IOU e2()T6 nTATAKO 

rinAJ)if:i Tnp(| fîTAi'iyoïiq loxeii taubtrovai ,'yA c|)()ov. 

nuOII p(OIII IIA,")2(-ll(il IKJIK; Ail (O TA^Opi nT6qil026U 
nT()T(| rilllllOlllipOC KAII A<|^'^IAIIIIOe(;ll l)Oli T(K|CApS 
(|liAII()e(3ll AU Ail ')(ill IKHjlieVI. trpo UNO ()V02 TAr^pO 

neiiT AIIOK i-Ap -hiiATtoB? — (Fol. 290 verso) — oiiAfro me 
ri\(: nT(:(|p«)ic npo ni>oA 2a ^yeopTep iiiBeii ovoe 
flTGqf-Aoïi un onpfiqAi j)A iii.\a(| iieii niKAVotoii. 
?Hiiii(: h: iicbaa (UiiiAV Afi riiitni ^Ai nnii\Ai jyon uni 

(ÎBIIA CIIAICOIK (;l\ll JXJII IIAI^'IO^HO'/ ()'i"a)ll IH; RBOA 
nJîHTOV heu OV^I OVO? cet) IN: ou 1)611 OV^'II OBOA 

jjeii niutoov i\)i' iiAcp ii(3(ob."j au. 

IIAI A6 (3"IA(|A()TO'r A{|,"JAIIA (:At06 A(|TIUC (ÎTOT(| 
riU(r(J OCpilll j)6ll 0'/n,"JA,")l A(|l (;IM;6Ur GBOA 2IA6U 

+uorpA nx<: <t)p(oiii ri(|)^ iiiptoiii nrtiAioc (|)Ani2U'r 

HTAOp 0\(:A()ll eeOTC; l-nOTpA 6IIA(|VU 2IACOG. +621111 

A6 iiA(;ov(:e n(;(()(| 66()iiu (itj+^o epoq cjcaco niioc 

ilA(| A"6 AIIOK 6T6 fUI^A ri(|)llO'/ tO UAKOT AAIT AIIOK 
nT6K6A 6(|)IOU eillA flTGKOVA'AI ÛOOK ROOq A6 IIAq^ 
nctf (1) IIA6 116 A(|(:p6(hpAriïJ" ÛUOO fl P UGOU 6(JACO 
ÛUOC A6 UICtOllip UAI'AOOC 6(j6TAApO 1)611 T6(JArAnil- 

AqctoAK nueqAix eu^toi 6Tc|)6 ovoe n6AAq a6 uAcrc 
iHc nxc (|)u 6TAC)ptojc — (Fol. 291 recto) — 6 non a J3 6ii 

eil6AI ÛniKUTOG pit)IG6pOI eCo|36ll TAlAIIArKH nT6(|)IIOT 
Oc|)OOV XOViMT ejjpUI 6A6II nA06BI0 AIIOK JJA n6KBa)K 

(l) ou;, ilnô^. 

LIS! 



158 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

OnepjcAT KicojK fiTATAKo jîeii iiAïuor nctopeu. iiAiiec 

KIHI RTAUOT 13611 lllUtOOT HTG (|>IOU 620Te flTAepilOBI 

DneKDoo KHii npoi eninipACUoc eiAqTAeoi n^yopn 
ic (|)Ai 2UJOV iJHi ezoTe cJ)h eTeuuAV. iigkbaa ncrc 
ceiJAT eniKiiiAHiioc (1) e1~^on nJDHTq AiepeeAnic epoK 
ncrc nneKepioM^ini ovoe n6KOTaj^"j iiaijhb UApeq- 
>yconi. 

JDGii -foriioT Aqqoxq 6(|)iou gcgouc eiictoq nxfi'hceiui 
eccju^ eBOA ecpiui ec:xto Ouoc yG ovoi iihi nAcrc nitoT 

AK^ye IIAK AK\AT OVOI IJHI AIIOK jiA 'feBIHII- 1)611 ri^^lll- 
BpeqOTGI nOTKOT2CI A HGlUrC IHG HXG (\)<\ IIIUGT- 
^GIJ2HT GTO^ (|)ll Gr\Ct) HGCUq AH nilH (îTCpeGAIlIC 
GpO(| AqopG TGAc|)lll()G (2) B qAI riUOt| ATCniG 2AI 
rinGT2tOOT ^yATOVGATq GIl'ytXJI 6n6T^OV(t)OV. niUA- 
KApiOG AG AriA II ApTVpi Al l()(; j)GII nXiliepGqi (ÎM^ytOi — 

(Fol. 291 verso) — gfigtx'^jovcoov ovoe gta iiGqeirr i Gpoq 
AqcovGii -fa^ou fiTG (|)+. A(|i-(oov fiiicvG Gq^GneuoT 

flTOTq GqXUJ Ouoc ^:G -f^GneHOT riTOTK IIAO'G MIC 
nXG MAGtOTIip nATABOG 2^'6 AKipi niilllAI IIGU TA'hvXH 
nGBIHII AKIIA2IIGT 0T02 AKTOVA'Oi GBOA j)GII <huOV 
niCOOV <|)tt)K IIG IIGU llITAiO ^MA GIIG? flTG lll(;ilG2 AIIHII- 
UGIJGIICA IIAI A(- A(JGA:XI IIGIIA(| Cllioq (3) rniAVAT(| 
XG OV nG+IIAAi(| IG»:GII IIAIIIAV ril^AAI \'t() ClUOi Ail 
GOpiGGIIIII j)GII eAI ÛHCOIT OVAG J3GII IIITCOOV OVAG 
|)GII IlillHGOG n+GtDQVII AU :v:6 AillAGp OV 0V02 
llAqUO^Ji UG GpG IIGqGpilCOOVI ^OTO G3:GII IIGqOTOXI 
0V02 UA(|(|)HT IIG ei:XGII iUTCOOV DUAVATq GXeAOll 

ig»:gk GVGpAitOKiii ilGinq Quoii cjuik nrorq ovag 2Bcog 

GBIIA G-f-AGBITOV ÛUAVATG 6TTOI 2KOTq. AqilAV AG 
Gpoq ITAG C)Vpa)lll nAl'AOOG 2SG nilOII 2AI flTOTq AU 
GHTIiptl ACI-f IIA(| eAIKUlK IIGU OT^yOllll IIGU OVUG- 

(1) xtvôuvo;. 

(2) ôsXcptvor. 

(3) Ms. llUAq. 

[191 • 



LA RECENSION COPTE DE LA VIE D ABBA MARTYRIANOS. 159 

picujUA ov(>2 |)tiii 2Aiiiii^y1~ n+20 AqoMiov fiTorq 
nnipcuLii Atjcuov — (Fol. 292 recto) — epocj aqi 6bo\ 

eqcJ)HT f;(|UO^I Ocf^pHi" nOV6\UA.\COTOG 0T02 iiAquo^i 

nti neeoov iiibhii ^a hilia e(|iiA(l)02 epoq finiiiAv epe 
<^pH iiA?ioTn KAii ov+iii ne kaii oviioaig Te flTeq- 
xojiAi eptoov. ^Aq^jiii fl^opn flCA ovpeqiyAUiaeiiovf- 
npujui riTeqoei liATOTq eoBOxp'A DnictouA. ueiieuctoc 
on ^Aqi eBOA nniiiAV eTeqovuj^^j fixe iiiAnoc nTec|i~ 
Qneqovoi kata utoiT (K|c|)ht eq(ro:xi nKAAttx; j)eii 
nicAATinn (1) eniA nreqfri rini\Aou nre nct)ii*3 eTbeii 
T<\)e o'i"oe iiA(|ipi riiiAipii+ nneqoHov THpq n(i)iij) 
2i:xeii riKA2i ecjiiiiov 6boa j)eii ovua eviiA ."jATeq^toK 
eBOA niietjApoiioe (;iie A{|uov;yT rAp ne n pge rnioAic 
nen fin nnATetjA'toK (eBOA) ovoe ninA eTeqnA(|)02 
epo(| fiiniin n<|)nAV npovei ^AqAtoiAi epoq ^a ^(opn 
rninni- e^ton Ae innA epj'JAV nA(| kata c^-f >yAqo2i 
neeoov B lei r ii(;n(3nea)o nret)! (3boa on nre(|no^i 
— (Fol. 292 verso) — o-roz nAcpîp-KvAni e(|noiMi ecjj^jAnA 
en^coi 2A ncro ben iie(|n(oiT rnpov nAqipi TniAipn^ 
nxe niAPioG npouni B-f et|(|)nT gboa h^m nA (• nA- 

e(|on^ Ae eope(|nToii mon nnoq fiA'e inni.'yf 
ri(|)a)CTnp 0V02 niAiio TAKAnioc ben ovneonni A(|^e 
^iA(| e AonnAC- ineniGKonoe At; nTe innA ercinnAV 
0TAIK60C ne nAi'AOoc ovoe nopooAogoe eAVcrtopn 
nAq eBOA eiTen (|)+ eoBe <|>nov HAnA nAprvpiAnoc- 
niuAKApioc Ae A(|yje nA(| ej)ovn eovi nineKKAnciA 
J36n niUA eTenuAV |)en nAinopeqeni cboa eiTen no^c 
XG AcjitonT ej)ovn n:ve reqj)An noviit)v ovo? 
AqenKOT CniAVAT(| e,\eii oveKAiinin (2) n^e. rie^:A(| 
nnipujni GTJiATOTq xe nAio+ ovoe nAcnnov Api 
ninAi nenni nTeTeiniov+ enAitor nenicKonoc uni 
fiTAXto novcA3;i nAq- noujov Ae iiAvuevi epoq ne a^e 



(1) oTaSt&v. 
('2) (jxa[jLV(ov. 

[20] 



160 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

OTCAA6C ne 0V02 fîHgiKOG (l). nea:ooT niiorepHOT 
3;e neqeHT cuoirr an oto? Avepovto nexuiov iiAq l3eii 
oT3:u)iiT xe or ne neK2a)B neoK iieu — (Fol. 293 recto) ■ — 
nienicKonoc le e.pv, nieniCKonoc ijai ^ApoK neoK. 
nooq Ae Aqoei e(|+2o eptoov xg ovetuB nAiiArneoii 
ne +iiA^eiiq epoq. ovoe iiAipHi" AveuuA attalig nie- 
nicKonoc eva^u) Ouoc xg otoii orptoui n^yeuuo 

flKOT 63:611 niCKAUHIII nT6 +6KKAHCIA 2IT2H QniLIA 

600VAr> T6ii:xto niioc epoq aiioii 3^6 neqenT cuoiit 
AU AIIOII Ae Teiic(uovii riuo(| AH xe oreBOA etou ne 
A(|02i eq+2o epoii 3:6 uovf enicKonoo uni fiTAXtu 

noVCAA'i IIAq eOBR (i)AI Ain eTAUOK T6llf~20 epoK 

OnepxtoiiT epoii aiioii J)a iieKeBiAiK- Aqepovço fixe 
nienicKonoc ne3:A(| ikoov :xe <\)ii ereiiuAV q(roci 
e20Te eptoTeii ovoe (|(ro(ii e^oxepoi ovep(|>ei fixe 
i\)f ne niptoui eoovAB «rreuiiAV i\^i- ,'yon ri|>iiTq iieu 
iie(jArr<:Aoc iiApoii nxojAeii nreinri fineqcuov xe 
(^y-t iieTA(|OVopiic| iiaii. 

AqiHonq fixa nienuîKonoc abba nuooeoe Aqi e+eK- 

KAIieiA e(|pA,"JI IllUAKApiOO Ae AIIA UApTVpiAIIOC eTAq" 

HAV epo(| — (Fol. 293 verso) — rineq^ya^euaLOu rnuiiiq 
eoBe ni^utoin erieop^ erxH eiA'toq a(|covt(juii meq.Yi^: 
eBOA A()+ iKvq iThnpocKViiHoïc j)eii iieqcc|)OTov Dua- 
VATov 0V02 A iiienicKonoc ov(o,"jt niieqxi^: ec|(riciiov 
6B0A eiTor(| iKMi lin eoovee nccoq Tupov ovo? ne^^e 
nieinoKonoe 3:e 'f.'^eneuoT moTq Oiiao'c ihc n\c 
3:e AtjAiT neinuyA finoK eopicri neKciiov aiiok J)a 
ni(n>niii iKicjenoT ^nn Ae a(|\at j)eii niccoiiA x'JAi-iiAv 
epoK iiAKOT eoovAB (o niptoui nreAioe eTAtjpAiiAq 
û(|>+ j)eii iieqeBHOvi Tnpov nen iieqArreAoe eoovAB 

COOV niAlK A(î AKUl^^l (iKAAtOO OVO? AKtrpO A n 0"C TAp 

KHii eTAiioi eiieKArcoii eTAKtrpo nj)iiTov ovo? 
AqTAUoi on Ae kiihov ^Apoi- ff■^o epoK (o nAiu)T 

[21] 



LA RECEXSIOX COPTE DE LA VIE D ABBA MARTYRLVNOS. 161 

COOVAIi flLIAKApiOC e^tOII AK^^y AH ÛTOII ClUOK nT6K^6, 
IIAK epATtJ niKrC A|)l (J)UHTI flTATAAP.n tOpOO n'H'AH 
jXill -hlItîTOVpO flTti lll<J)H()VI OH GTCKETtOT HAK 

eopHK^jioiH nj)HT(; ,"JA ^inn^ ovoe nreKci nniAi-AOOH 

«eUHH 6BOA eOliB (Fol. 294 recto) HlblCIlHpOVfJTAK- 

^OHOT (1) hen IHKOGUOC 2IT6H HeKAPCOH GTOI n^(J)Hpi. 

HeA'tî HiArioc HAq .\e Ttoiie H^^toi hahot eoovAiieiHA fire 
iurc fxnu HHi x'JA-hoeii haiha n:v(oiM riTAepnKun^A 

rr^lHI nOVHAppHCIA ÛHBUGO niHBHHA flTe M\C- 

A(|;'J.VH.\ ti:x(0(| n^iH HiBHioKOHoc Aqepccl)pAriï.i H riuo(| 
A(|qAi nH(3(|iiAA en^ytoi nAfi nniAKApioc aha uAprv- 

piAHOG (RIACO HHOC 3:e HAOC IHC ll\C HOOK HB 
TAeeXHIC ++ HHAHnA fiH(iK\l.\ ()V()2 i[)Al eTA(|A()(| A(|"h 

ûneqnnA gh^hai-v nrurc o'/o? a(|A(ok riHet|ApoHO(i 

fiBOA flKAAtOC A(|(ri HHIVAOH flTe lltOOT GBOA 2ireH 
(|)+ e(|(;p\(t)pe'/HI H6H HIAIT(3A()0 H(:H HH 600VAB 

iiipo'i' (lieiH rivtopA nrc; un eTOH*)). 

(JTACjriTOH A6 CHIO(| flCOV lA flHIABOT HA^OHC 
AVOM nTe<|'l*VXH tîH;'J(()l (3HI(|)H()'.'I ,"JA H\'G ct)H eTA(J- 
UBHpiTCJ AAHe(Ot;. AIXMAHUOvf 0(|)Hfi()()VAB A6 AHOG" 
TOAOO +HA(:p (iABOA AH n4~H(3()HHI A I ;*J AH H()v1~ HpO(J 
XG UAprvpOG AAIKKOG A(|:*ja)IH rHIApTVpOC OVO? 
nr{3HH(300 flAtOpi AqTHiq t3IH\pCOII j)t3H HeqoTco^y. — 

(Fol. 291 verso) — nuiii riuoq AeeiHA nTeciApeeenirovBo 
•j6H nAiHepGqco;yc3H fni^Ae n^-nHievuiA erecoov. UApe 

«VOH IHBGH (3TCtOrC3H (JHArtOH flHIAlKeOC nTt3qAOC 

A'e (ri^yini hak to niApAKcon nAiiociATHC hiaiaboaoo 

C3T2CJOOV. HGKOpi'AHOH THpOV GTAKCeBTUJTOV OVBG 
HIAI-IOG (2) Aq+^MIHI HAK 2IT6H TA'OH HHGHCrC IHC n\G 

AqoAov fiTOTK AqGHOv et)ovH nAtopoH OfieHovpo ll\G. 

riAHH UApeilKOTTeil GA'GH HIGAAI GTAH HAH G^pHI 

(1) iMs. GTAK^On. 

(2) Ce membre de phrase doit être reporté après n\'G- 

m] 

ORIENT CHRÉTIEN. . 11 



162 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

ovo? nTeiiTAiiioTeii hobg "fceiLii 6TA neiJiuiT eeovAB 
«VBBA uApTTpiAiioc \\vc 2ia:eii +n6TpA nTeiiovtoiie 
iioiTeii 6BOA nriecnoAHTiA iieu iieGiii'y+ nAPcoii. 

2IT6II III^AHA fixe niATIOC AllA U ApTVpi AIKXi A 

neiicrc inc ri\c Apee epoc ecTovBHovT ocoi nATetoAGB 
ecoi Db(uki iiAq ovo? ecovAB ^a nieeoDV fixe necuov. 
OAi Ati heu n3Liiiepe;G(;a):\:n Ciuavatc e^ieii 'fiie/rpA 
ov()2 eTA niAiKeoc 'f Oneqoroi e(t>iou acîo?! jïApibApoc 
ec."JAHA eepmeA luro rinioeooT iieii me — (Fol. 205 recto) 
— xtope 1)611 eAimpuujoTi evo^ iieu ?aii(|ia2oli a:e ?iiia 

nTecJfipBOHBlll epoc. IIACOTCDLI 116 j)6ll OV^yi KATA 
CJjpH'f 6TAC|AOC IIAC nxe niArinO ara UApTTpiAllOO 
(0V02 6CCIO UCOOV beil Ot[^|]). AO^ytOIll A6 j)6ll mCHOV 
eTBH^ 60p6t|l OH nX(; nillAVKAMpOC A()llll niIKOlK II6II 
nJUtOOT KATA '^(^/IIHelA. 6TA(|J)(0UT 6J)()VII G^^IKÎTpA 
A(|l A"6 (|IIAU()III AtJAOVi'JT (Hli'JCOI A(|IIAV 6't(;emi 
6ll6(;(t)(; j)6ll n6620 IJ6U ri60llll 6T6 rill6(|IIAV An 
6nij)6AAC) ACjnpeO'f GLIA.'^ytO OVO? IIA(|OV(l)Xy 6(^(OT n6 
+C2IUI A6 A(Ul)rJ 6BOA 6pO(| 66piUI 6CA:t() TlUOC ytî 

'fTApKo niioK n+A'oii nr6 <])+ (t) niptoin Diiaiit ikhi 
iii^yAHA nre riAKur 60()vab abba liap rvpiAiioo rin6p?(OA 

nT6K\AT flTALlOV nilAIIIA- AIIOK -fnBinil j)tl)IIT 6J)OVII 
6pni flTAOAAI IHÎUAK (O IIAOM: AIIOK IVVp AIIOK OVC2IIII 
6p6 OVOII OVOApg TOI ?l(OT(; rin6p2(OA nr6K\AT 
flTAIlOV eiT6ll llieKO IIOLI IIIIBI. jXOHr 6J)OVII (6p()l) 
U) riACrC nTATAIIOK 6IIM 6TAV^tOni ÛIIOI III^AMA Nl^ 

niAïKGoc epoK- finnpecoA nT6K\AT — (Fol. 295 verso) — 

ILIII'h niACAAI II6UAK- AIIOK OVC?iUI n\piGTIAIIH 6TA 
OTXOI 2(OA j)ApOII j)6ll (|)IOU AI3:cOIAI 6nAIIIA <|)AI. 

iiipa)iii A6 A(|(;6K niAoi ej^ovii okovai kova'i ac|\a 

UA^^A (îpOC n6AAC IIA() A 6 AIIOK Ov(c2IUl) HAGOII 
eOIIAII6C| 6TAI2tOA '3611 IllUtOOV nr6 4>'OLI AllieCOIIII 
2ITT 6riX^JtOI 6IIAIUA A niAIK60C AMA UApTVptAIIOC 
TO'i'AOI 6ct)UOV AqXA HIUA lllll AC|^6 IIAC) rine(|02i 
JJGLIHI A6 AIIOK OVC2ILII +26UGI flIlAI UA CllIAVAT lO B 

[231 



LA RECENSION COPTE DE LA VIE d'aBBA MARTVRL^.NO-î. 163 

flABOT- TO're nea^cvq mac ye erAqeojA eeujii le liiii 
ri6TA(|TA.\()q AqoA<| M(3UAq 0V02 nexAC iiAq xg erAq- 
qoxq 6(|)iou AvqAi fiuoq nye ï.tooii b beii <{>iou- 
ei3:ov^T nnu)(| erqAi Quoq Qnieui xe eTAVo\q eeiuii 
nipiuui A(; GTAqccoTeu eiiAi AqepCiKAe nenT euA^to 
ovo? A(|piui eeBe nipiuiii nre <\)i- ara iiApTvpiAiioo 

0V02 riAipil^h A 'fc2IUI TAUOq 6IIH THpov eTAV^yioni 
nilOC 11611 IIICa(xi) THpov 6TA niAflOC TAUOC epUiOT- 

neoq A6 eTA(|oajT(îU eiiAi ototc ne^LAq ii<\c xe au m 
enecHT fiTATA — (Fol. 296 recto) — \o nr^oxf eTGiio.vic 
ne3:AC iiAq xe Quou nAtrc ncoii x^t eixeii TAiiieTpA 
^A nieeoov riTe haucït niuA exA niAiKeoc \at njinrq 

eGB6 TAUerpHCjfipilOBI TAp AqVOJ ncojq CinAlUA 0V02 

Aq^ye riAq. -f-feo eTeKUfiTUAiiiovf -f-ArAiin ereKipi 
niioc H6U riAitoT eoovAB ApiTC iieJUMi 2CO eese c|)+ 

UA,"J6 IIAK (7T(3Kn().\IC flTtiKCri noVBippOC II6U OVAeBI" 

TOT nqioi fiTHKo.vov oniGnicKonoo fiTeq^aAHA extoov 
nreKeiiov iihi iibu iiikov:xi ntiUK iieu niKovxi 

riLHOOV KATA (|)pM'f 6TeKipi nilOC lieU HAItOT HBOVAB 
(aIIA UApT[vpiAII()(;J) \IIA(VI nnoKBti\e eBOA eiTfill 

iiTO. nneKxoc tu hacom xh aiiok ovcKnvoc n:xoBi 

nr(;K^O^T OVO? nTGKOn^K epOl flTAIlOV 'iA^icoq 
OnAGHOT. eBllA l-Ap XG A (\)f OTtO:^ eep6 TA'I-VXH 

ov:XAi iiA(|iiAT(>v:xoi AN lin eBOA j)eii nAineAAroc (1) 
niAïuAiH nreqeiiT en ai lia aaaa iiaiiiatako eco (2) ne 

H6U OVOII IIIB6II 6TAVTAKO j)eil cf^lOU eiTAAHOVT 

iieutoov ))6iJ riixoi. -fiiov xg rinepzi iieo nxAueT^^toB 
— (Fol. 296 verso) — xg aiiok ovceiui cjm i-Ap exAqe- 
piiAArjii ilAAAU nooq iieTAqepriAAï.i" nevA Teii^opiii 
CiuAV. ++20 ovii epoK ?iiiA fiTeKiiii nrAcaiiii iieiiAK (jtc 

TeKCeiUI T6 nT6C:h2iaJT CiniCXHUA flTe i~U6TUOVIIA\H 
AK^AlKFITq nTOT(| Q II ICH ICKOROC • UApe TAOtOIII IIM 

(1) Ms. ueAAroc 

(2) Ms. ?a)ll. 

[24] 



164 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

IIHI neAIICOpT nTAOAUltOOV IJAC 2IIIA flTA^TeUOVUJU 

noTU3iK nxiii3:H. epe ntrc ^toni iiguak ei iieKutoiT 
THpov 0V02 nreqpcoïc epoK kboa za nexetooT iiiBeii 
nTe(|AiK neun^A niiiArAenii rrre TequeTorpo. nipioui 

Ae 6TAqCtOT6IJ eilAI Aq^CGII 2HOT 6UA>'J(0 GXGII 

iiecAnoAoriA eouee nco(t)iA iiiiieii nexAq iiac xg u) 
+Btt)Ki me ncrc rinepepeo'f 'fepouoAorm ne xa 
'hiiA\A+ nctoi AN Ape'yAii iurc. ovco^j riTAcoiijj 'fiiAi 

^ApO n\tO\6U OVO? A(|i~ MAC DlllLUIK lieU lllUtOOT. 

A()2(OA enncjMi jxîii oveipiiiiii fiq-ftoov a(^f ovo? 
AqTAijeTeqceiLii 62coi> iiiiioii noocAe AcpA^i euA^^Jco- — 
(Fol. 297 recto) — ueiieiicA a rabot Aqrtoiiq nxe ni, >tjuui 
Aqtri flTeqceiui iieu etOB 111B6I1 gta 'fuAKApiA nceiui 
a:oTov iiAq ovo? AqTtoovii AqecoA ^Apoc gtaciiav ac 
epoG fiyfi Teqoeiui A{;pA."ji euA^^Jcu oro? AvepAcriA- 
ï.ficee niiovepiiov eAvipi ■ noviii^'j'f niiAV epc iiovep- 
uoiovi yjovo H^:(3ii ii()vovo:\:i. -fuAKApiA Ae nceiui 

ACBA^C niieCÎBtOC eTTOI eitOTC ACh ?KOTC novcxHUA 
ne(OOVT eT6 ovBippoc ne lîo.u ovkoaobi nqtoi neu 
()V(J)opK neu ovuoj) exen Tec+in a(;()?i (îpAïc; a(;."jaha 
eepni eA iicro ecAto Ouoc DnAipn-h Ae iiAcrc inc n\(; 
<|)Anini^'j'i~ niyc|)npi (|)n eeAq^yuini ikîu nn gootab Tnpov 
eKe^yiuni neuHi zio nAi uni J)atgkb(oki nreK-fAou nni 
2inA flTAipi nneKovto^ nnieeooT rnpov ovo? eKepcoïc 
eTA'l'v\n nTAAentopoe gboa za nonnpoe ereujov 
nTATAa:po nnAenT eliorn epoK iieneBiAiK ex^yeu^ye 
nnoi eKef ntoov OnoTBexe — (Fol. 297 verso) — Ae 
eeBnTK ncrc evipi CniinAi neuni AnoK J3A +TAAentt>poc 
neBinn A6 nicoov <\)ioh. ne ^ua enee Aunn. 

eTAcf nniAunn nexAC jTfceiui se TACconi QuAinoT'f 
eese (1)+ ApecKiAi nuo Apei ^Apoi enAïuA Dnepon^y 
I epoi AUOK J3A i-TAAentopoc. AHioTi nni norun^ 
ncopT nTAepecoB nbiiTov Ae av+cbid nAn e^yreu^toni 
fJAproc enTnpq nA2BCjoc Ae eenectooT neu tac|)ackia 

[25] 



LA RECENSION COPTE DE LA VIE d'ABBA MARTYRIANOS. 165 
nitili nilOVB lieu IIA6pxy«JII MAI 6TA licrc IIA2UOV llHi 

jj<ni nineAAroc nre (|)iou (riTov ne eiiia nTeep<t)opiu 
nutuov flTeepnAuevi. iiao-c ihc nxti eqepmic epujTeii 
•36M 'req^kou niiovf- xe neoq ne nenorsAi iieu 
Toiie'eAnic. 

IIAI Ae eTACîXOTOV IKOOV AC\AV eBo.\ ijeii oveipHiiH 
O'i'O? KATA r HABOT IIAV2H\ ^ApOC HG eVCOAl MAC 
ilTHCXpiA mpc IIACeeAHA QUOO 116 J3GII nillDA 6«OVAB 
tiACipi AG IMi n2AII^AHA flA^tOOV OniG200V IIGII 

mG3:(op2 Gc\ii 2IAGII "hiiGTpA GCC|Ai ))A njjptoov n(|)IOII 
iiGU nGqoooiBtoii iigli n>yo()pTGp — (Fol. 298 recto) — 

niHAOA GVeiOVI (:j)t)VII l)GII tlIGTpA GGGpevnOUGII 111 
QllAipil'f flAG -fuAKApiA nGeilll GTGULIAV GOBG nGOIII^-f 
nilill IKMI TGGArAnil (j'jO'iMI GIKJIKVCÎ IIK^ n\C- |)6II 
lIKieOO'i" AG GTAG2(l)A GAGII 'flIGTpA IIAC\H HG ^Gll 
KGnpOIIIII KATA (|)pi|-h GTA(;AQG n(|)U GTGpAlAKOlllll 
GpOG O'/Oe AGCOIlj) eiAGII +MGTpA f) ^. HpOLini- A IIGIICrC 
IMG n\G IIA'i* GIIGcl)ICI rillG(|\AC GBpGGGpU II "^4 nA?l AAAA 
A(|(riTG n\(OAGll (:TV(()pA O 1 1 1 l(;'l()l I j) TlipOV AGA«)K 
GBOA niKÎGBIOG O A ITti Al KOI I AC2tOA GpAiq ÛrurG 
GGpAIIAq rill(:qOH() Aq^^tOR Gpoq flTGG'l'VVII IIAKApiA. 

jîGIJ riAIIIBpG IIIGIIOV AG ^tOfll GOp()V2(l)A ^ApOG 
nXii I1IAIAK(()IIITII(; IMJU TG(|G?IUI AVA'GUG GAGÛTOII 
nUOG GGVII Gj)pHI j)(;ll UGTGGUIIOG IIIBGII GpG pUJG IIGII 
IIGGBAA ^yOTGII flKAAtOG 2«JCAG GTAV^'JOAU OUtOOV GpG 
IIGG20 TOI GAIIGA fl-fAIIATOAH GpG TGCCApg TA2HOVT 
GpATG nAT2AI RGOOIBCOII 2ITGII TAOLI ClIlGIUrG IMG n XG 
(t)H GT-f-tOOV nilG(|GBIAIK jiGII flOVKGUOV. GTAVIIAV AG 

Gpoc niiAipHf AveiTt)'i (Fol. 298 verso) — GriGGirr gagii 

iioveo Avovio^yr ûcjif GpG iiovepuajovi >yovo gugght 

0V02 AVqAI nilOG AVTAAOG Glli:\:OI AVGIIG GfllOAIG 
KGGApiA OVO? AVTAIIG HIGniGKOllOG GHGGBIOG GOIIAIIG(| 
GOIJ62 flApGTH i)GII -foVIlOV AqGpKGAGVIII GepOVK(OG 
OlIGCGtOIIA 1)611 2AIICVIiAOIIIQII CVCOTH 0V02 AVKOCG 

[26] 



166 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN, 

beii ovueTceuuoc Aqeoucc )36ii ovlia eqTAiHOTT 
evep'l'AAiii J3AXOC nxe uiuH^y er-fcDOT Dnencro ovoe 
neiiiiov+ neiJCtoTHp ihc nxc c|)«\i ère eeoA eiTOTq 
epe coov hibbii iieu taio iiiBeii iieu npocKViincic 
iiiBeii epnpeni G(t)Kt)T iieucvq iieu mnnA eeoTAB 
npeqTAii]3o -fiiov II6LI nciiHOT IIIB61J iieu ^A eiiee 
riTf} mené? THpov aumii- 



TRADUCTION 



(Fol. 277 recto) Tandis que le bienheureux se tenait un jour en prière, 
le iJétnon prit la forme d'an grand dr.igon, descendit au bas de sa cellule, 
commença à creuser, voulant la renverser sur lui. Mais lorsque le bien- 
heureux eut achevé sa prière, il regarda par la fen-Hre et lui dit : « C est 
Ion même travail depuis le début : lu détruis sans cesse, tu ne construis 
jamais. Pourquoi le fatigjer ainsi, ô msérable infortuné, car pour moi 
tes apparitions ne pourront pas me troubler parce que j'ai m -n Seigneur 
Jé»u<-Christ pour me secourir. Je crois qu'il me foriifiera jusqu'à ce que 
je terrasse toute ta puissance, ô dragon apostat. » Mais après avoir entendu 
cela de la part du saint, le démon se transforma en fumée et s'éloigna, 
disa-it : « Tandis ([ue tu me parles ainsi, ô Mtirtyrianos, voici que je 
viens bientôt vers toi; je ne tarderai pas loin de toi, je veux déchaîner 
contre toi une immense colère, extrêmement redoutable, pour te faire 
déchoir de ta grande gloire, (Fol. 277 verso) car certes tu me fais grande- 
ment souffrir! » Ayant dit ce'a, il s-; rendit invisible. Le bienheureux, 
de son côié, demeura en orai-on et en prière, rendant grâces au 
Seigneur. 

Or, un certain jour, des hommes s'en allaient sur la route, s'entre- 
tenant des pratiques de ce saint abba Martyrianos. Ils parlaient encore 
entre eux de cet homme juste, lorsqu'une femme courtisane les 
entendit racontant la gloire du saint. Elle en fut irritée d'une rage 
diabolique. Elle conversa avec eux avec chaleur et leur dit : « Vous 
avez assez glorifié cet homme. Quel est le courage d'un homme qui 
est dans le désert, ne voyant pas de femmes absolument; quelle est 
sa résistance tan lis qu'il est dans le désert comme les bêtes sauvages, ne 
voyant pas d-i femmes, n'entendant jamais leur voix? Celui, au contraire, 
qui est avec les femmes, les voyant chaque jour, luttant contre elles et 
triomphant de la passion, celui-là est digne d*^ gloire. Vous savez que 
l'herbe ne brûle point sans feu, mats si (Fol. 278 recto) le feu l'approche 
en quelque moment que ce soit, il allume l'herbe. C'est cela même pour 



LA HECENSIÛN COPTE DE LA VIE d'aBBA .MARTYRIANOS. 167 

cet homme. Si je m-^ transporte vers lui, qu'il me voie sans être ému dans 
sa nature, qu'il me voie sans être atteint par la passion à mon égard, alois 
vraiment grande est son œuvre. Et moi je vus me lever pour aller auprès 
de lui et lui parler pour recevoir sa bénédiction. S'il voit mon visage 
sans que sa raison soit ébranlée; il est digne de toute la gloire qu'on 
raconte à s )n sujet; moi aussi je lui rendrai gloire, jusqu'au jour de ma 
mort. » Et comme ellQ parlait ainsi, les hommes firent un pacte avec elle 
touchant cette proposition^ 

Un jour, après s'être levée, elle se dépouilla de ses parures et de ses 
beaux habiis; elle mit d'autres vêtements, prit en main une besace et y 
enferma s-s bijoux d'or et d'argent qui étaient remplis de toutes les 
tr.)mperies Elle chargea sa besace, elle prir la route conduisant à la 
montagne vers le juste. Marchant en ..vant d'elle, (Fol. 278 verso) le 
démon, père de tout désor Ire, s'attendait à ce qu'elle mettrait hors de 
combat le serviteur de Dieu, au moyen de l'arme puissante qui triom- 
pherait de lui. Après q Telle eut passé un jour à cheminer, la femme 
arriva à la demeure du saint, au moment où. le soleil allait se coucher. 
Une forte pluie abondmie survint dans la montagne, ce jour-là. La 
femme se mit à crier, priant le saint dans une grande détresse, les 
larmes ru sselant sur )• es joues. Elle disait : « Aie pitié de moi, homme 
de Dieu, reçois moi auprès de toi dans ta cellule jusqu'au matin. Ne 
me laisse pas détruire en ce lieu par les bètes sauvages, car je me suis 
égarée .^-ur la route : je suis venue dans ce désert, je ne sais où porter 
mes pas. Je t'en pri-, ne m'aba idonna pas en cette granle épreuve, 
ô moi seigneur père, ne me méprise point; je suis la créature de 
Dieu, donne le repos à ma faible âme infortunée, afin que je sois guérie 
par la miséricorde que tu me feras, vois mon affliction et aie pitié .le 
moi. .le t'en pr e. accueille-moi vers toi, moi la faible égarée Tu sais 
que je suis un vase fragde, ne me laisse pas mourir dans cette grande 
obscurité ». 

(Fol. 279 recto) Tandis qu'elle s'adressait ainsi au saint en pleur.mt 
avec de grands trémissements, le saint fut contristé dans son cœur en 
entendant ce qu'elle disait. Comme c'était le soir, elle cachait l'aspect 
de son visage avec le manteau qui l'enveloppait. Et le saint de dire : 
« Malheur à moi de toute part, je ne sais que faire. Faut-il que je l'ignore 
selon le commandement? que le ne la reçoive pas auprès de moi afin de 
ne pas me perdre à cause d'elle? qu'elle reste parmi les bêtes sauvages? 
qu'il m'arrive un reproche de la part de Dieu parce que je l'ai oubliée dans 
sa détresse? Si je la reçois auprès de moi, je crains que sa venue ne me 
soit un grand scan laie. Qie ferai-je? car je ne sais pas d'oîi vient pareille 
femme. C'est, en effet, une fori mauvaise épreuve que celle qui s'ai>at 
sur moi. Malhear à moi d^ ne savoir que faire! Mon S-^igneur Jésus, 
l'ami des hommes plein de bonté, ne m'abandonne pas, afin que je ne 
sois pas confondu par cette hospitalité. Ne permets pas que mes ennemis 
me tournent en dérision, toi qui connais mon cœur pour toi. Je te prie, 

[281 



168 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

mon Seigneur Jésus-Christ, en cette grande épreuve, fortifie-moi, car toi 
seul es celUi en qui j'espère. » 

(Fol. 279 ver-io). Après avoir dit cela, il lui ouvrit la porte, la reçut, la 
plaça vers la sortie. Lui se retira dans le réduit qui était au fond, il ferma 
la porte. Tandis qu'il priait pendant la nuit, suivant sa coutume, l'esprit 
mauvais agita son cœur, troubla sa raison par rapport à la femme. Le 
saint priait, mais l'ennemi, lui, le troublait grandement. Il se leva, sortit, 
voulant la chasser. Il la trouva l'ayant prévenu : Elle s'était déjiouillée des 
habits qu'elle avait et s"était revêtue d'habits de choix. Elle s'était com- 
plètement parée avec des bijoux d'or à ses maius et à ses pieds, elle 
s'était préparée avec toute la puissance do l'ennemi pour entraîner le 
juste. Mais lorsque le saint la vit, rempli d'étonnement, il lui dit : « Où 
as-tu trouvé ce vêtement diabo'ique dont tu t'es revêtue:' Comment l'as- 
tu transformé chezmoi? » Elle lui répondit : « Ecoute-moi, je te rensei- 
gnerai. Je suis une femme noble de Cé>arée de Palestine; tous les 
hommes désirent me voir à cause de ma beauté. (Fol 280 recto). L rsque 
j'ai entendu parler de toi, je t'ai aimé, je suis venue à toi, mo cœur s'est 
tourné vers toi jusqu'à cette heurn, car jeûnant de cette manière, t'affli- 
geant de ces grandes mortifications, tu passes tout ce temps seul s us 
femme. Est-ce que Dieu n'a pas créé la femme dès le commencement pour 
soutien de l'homme? Il est écrit en eff>t : » il n'est pas bon que 1 homme 
.soit seul, créuns-lui une aide selon lui. » Et après que Dieu l'eut donnée 
en mariage à l'homme, il bé it celui-ci en disan : « Croissez et multipliez, 
coûterez la face de la lerri^ ( 1 ) » L'apôtre dit. « Le mariage est pur et la couche 
est sainte (2). » Les patriarclies ont pris femme, ils ont été les héritiers 
du royaume des cieux Est-ce que Enoch, qui mérite combien l'admiration, 
est-ce qu'il n'a pas pris femme, lui? n'a-t-il pas engendré des enfants? 
Dieu l'a aimé et l'a enlevé dans son corps. Abraham le patriarche n'a- -il 
pas pris femme? On l'appelle l'ami de Dieu. Jicob aussi et Moïse n'ont-ils 
pas pris femme? Comment toi hais-tu les femmes? Est-ce que tu es 
meilleur que tous ceux-là? Vcux-tu t'élever plus que tes père»? s 

(Fol. 280 verso) Après qu'en instrument du démon, elle eut dit tout cela 
pour l'attirer vers la souillure, elle se leva, le saisit, le tourna en dérision 
pour l'entraîner vers la passion impure de la luxure. Parlant ainsi, elle 
ébranla la tour plus terme <jue le roc, elle commença peu à peu à l'en- 
traîner vers l'abîme de la ruine après de nombreuses années de pureté. 
Il lui dit : « D'où sont ces discours? je perdrai de perdition mon ilme avec la 
tienne, moi, un pauvre abject. Je ne possède rien si ce n'est ce manteau 
qui est sur moi. » Elle répo dit : « Console-moi, toi, par ce que je te 
demande Moi je te nourrirai, j'ai d'abondantes richesses, des serviteurs 
et des sei vantes et de nombreux biens qui sont suffisants pour toi et 
moi ensemble. » 

Après l'avoir écoutée, ce saint lui dit : « Prends patience, car il est de 

(1) Genèse, i, 22. 

(2) Cf. Épître aux Éphésiens, v, 32. 

[291 



LA RECENSION COPTE DE LA VIE d'aBBA MARTVRLANOS. 169 

coutume qu'une foule d'hommes vient à moi chaque jour pour recevoir 
ma bénédiction, assieds-toi sur ce chemin pour que je voie si quelqu'un 
a;rrive (Fol. 281 recto) vers nous ou non, de peur qu'on vienne et qu'on 
nous trouve à faire cette chose mauvaise et que nous en recevions une 
grande honte » Ayant parlé a nsi, il franchit la porte et regarda de çà de là. 

Mais Dieu, l'ami de l'iiomme, ne voulait pa< que les souffrances de ce 
saint fussent perdues, qu'il fût déchu de la pure é; il remplit son cœur de 
crainte. Martyrianos se prosterna aussitôt devant Dieu, sur le rocher, il 
pleura abondamment. Puis, après avoir achevé sa prière à Dieu, il se leva, 
prit avec lui des brandies sèches, les assembla, les chargea sur lui, les 
monta sur le rocher, y mit le feu, les attisa jusqu'à ce qu'il y eût une 
grande tlamme. Au milieu de la flamme, a'ors qu'elle brûlait grande- 
ment, il se t nt debout sur ses pie Is avec tout son corps, île sorte que 
pour peu il était dominé par le feu et il allait mourir. 11 se retira du 
brasier, ses p eds étaient détruits par la grande flamme brùlame. En 
sortant du feu, il se jeta (Fol. 281 verso) à terre, et parlant à lui-même il 
disait : « Que t'est-il arrivé maintenant, ô Martyrios, est-ce que tu as été 
instruit par le feu"/ Rst-ce qu il fa épargné entièrement? Tu srIs mainte- 
nant que ceux qui accomplissent le désir mauvais se consument dans le 
feu inextinguible. Puisque tu ne peux pas suppor er celui-ci, comment 
t'est-il possible de supporter le feu de la géhenne' Voici, en effet, ô 
<orps. instruis-toi maintenant par la menace du feu. Que feras-tu si tu 
satisfais ta passif 'ii, qu'on te jette dans le feu inextinguible? Qui aura pitié 
<le toi pour t'en retirer? Cette femme n'est pas pour moi la cause du 
péché, mais c'est le démon qui m'a feit cela, voulant me dép uiller 'le 
mo I trésor rempli de bien qui est la pureté, pour me préparer un tour- 
ment éternel. Malheur à moi, puisque je ne puis pas supp ^rter ce feu 
qui a en lui la lumière et qui s'é e nt avec un peu d'eau. .Mais le feu de 
la géhenne, lui, n'est que ténèbres, les eaux qui sont dans le ciel et celles 
qui sont sur la terre ne sauraient avoir la puissance de l'éteindre, et c'esi 
celui-là qui est préparé pour le châtiment df tous les pécheurs. » (Fol. 282 
recto) Tandis qu'il parlait ainsi, la femme sor it et en le voyant elle fu^ 
saisie d'une jurande craine et plongée dans une extrême tristesse. 

Après s'être reposé un peu, le saint se leva une secon le fois et dit : « Je 
te r iinerai durement, ô misérable corps, pbitôt que de ruiner mon âme. 
Il est m''illeur pour moi de te brûler plutôt que d'aller à la perdition. » 
Il s'éloigna du feu ardent La femme, elle-mêiie, le s'ppliait de se retirer 
du feu et de ne pas mourir. Elle se leva, le saisir, le mt-na hors du feu. 
11 é ait brûlé beaucoup plus que la première fois. Il le\a les yeux au ciel 
vers le Seigneur, se jeta à terre et dit : « Mon Seigneur Jésus-Christ, par- 
donne-moi Ips pensées impures ijue l'ennemi a jetées dans mon cœur. 
Tu sais, ô mon Seigneur, que j'ai mis mon corps au feu afin qu'il ne te 
devienne pas étranger, car nul homme ne pourra être justifié devant to 
s'il n'est pas purifié du péché, à l'exception de ceux à qui tu as donné 
force contre lui, à toi la gloire jusque dans l'éternité. » 

130] 



170 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

Ayant dit cela, il ne pouvait plus se tenir debout. (Fol. 282 verso) La 
femme, elle, s'était assise auprès de lui, pleurant, disant h grands cris : 
« Malheur à moi la pécheresse, car tout ce qui t'est arrivé, c'est à cause de 
moi. Comment rendrai-je compta à Dieu de luut ce que j'ai lait! Bienheu- 
reux es-tu, ô toi qui as été martyr sans pe sécution, qui t'es torturé 
toi-même sans qu'un tribunal ait prononcé. » 

Elle s'en alla aussitôt, se dépouilla des vêtements qu'elle avait, des 
parures, des anneaux d'or qui étaient à ses pieds et à ses mains, oes 
pierres précieuses qui étaient à son cou; elle les porta pour les jeter au 
feu. Mais le bienheureux l'en détourn i « Non, ma fille, dit-il, garde-les pour 
les donner aux orphelins et aux pauvres pour le rachat de ton àme. » Elle 
pleurait, arrachant les cheveux de sa tète, les jetant dans le feu. Le saint 
l'encourageait en disant : « Ne t'afflige pas,- ma ri lie, la citadelle de la péni- 
tence est puissante et fort élevée; (Fol. 283 recto) fais pénitence, ma 
fille, le Seigneur clément est miséricordieux Voici, tu constates, de tes 
yeux, la ruine de mon corps par les ardeurs de la flamme; toi aus-i aie 
pitié de ton àme et de ton corps à partir de ce jour; éteins le feu du 
plaisir diabolique dans ton coe'.ir en oubliant Ir- souvenir du feu inextin- 
guible qui est en toi; souviens-toi de Suzanne qui triompha des prévari- 
cateurs; Dieu l'a glorifiée. L'apôtre saint Paul instruit tous les hommes 
en disant : « Le temps est court, que ceux qui ont une femme soient comme 
ceux qui n'en ont pas (1). » Il dit aussi : « Que Vimpudicité ne soit p(i!< 
nommée parmi vous (2). » Rien n'est glorieux devant Dieu comme la 
pureté. A ca ise de sa pureté, Jean-Baptiste baptisa notre Sauveur, il 
mérita de voir la gloire de la Trinité. L'évangéliste Jean, de son côté, 
mérita de reposer sur le sein de Dieu à cause de sa pureté. Si tu m'écoutes, 
ô ma fil e, si tu gardes mes paroles, ta fin (Fol. 283 verso) sera sainte; tu 
obtiendras la gloire aup es de Diea et des hommes. Pour moi, je ne 
t'oublierai pas; je prierai pour que ton âme soit sauvée. Tu vois l'afflic- 
tion que j'éprjuve à cause de toi, tandis que tu es l'instrument du démon. 
Ensuite, ô ma fille, rendons grâces au Christ de ce .^u'il nous a délivrés 
tous deux des embûches mauvaises du démon. » 

La femme, en entendant cela du saint Martyrios, se j' ta à ses pieds en 
pleurant et disant : «Je te prie, mon seigneur père, pardonne-moi, moi la 
pécheresse souillée. Prie le Seigneur pour moi, afin qu'il me pardonne 
mes nombreux péchés. Moi, dès maintenant, je ne retournerai pas à ma 
demeure, je ne verrai plus mes frères, ni mes parents, je ne mangerai 
plus parmi les enfants de mon péché jusqu'au jour de ma mort, à cause 
des souffrances que tu as endurées à cause de moi. » 

Le saint la bénit, en disant : « Le Seigneur te donnera la f^rce de f ire 
sa volonté. » Elle lui répondit : « Mon père saint, où veux-tu que j'aille ^.our 
me sauver? Qui me montrera la voie vers la vie éternelle, (Fol. 284 recto) 
puisque j'ai grandi depuis mon enfance dans une vie impure et mau- 

(1) V" Épitre aux Corinthiens, vu, 29. 
(i) Épître aux Éphésiens, v, 3. 

131] 



LA RECENSION COPTE DE LA VIE D ABBA MARTYRL^NOS. 171 

vaise? » Et il lui répondit : « Va à Jérusalem, cherche la vierge sainte 
Palat a, qui est devenue un lemple du Seigneur à cause de sa pureté. 
Fais-lui connaître toute ta vie, joins-toi à elle, tu seras sauvée. Pour ma 
part, je pleurerai sur moi, à cause de la pensée mauvaise qui est entrée 
dans mon cœur. Bien que mon corps soit samtpar la puissance du Christ, 
mon cœur a été souillé par la pensée maivaise. Je rends grâces au 
Seigneur de ce qu'il m'a sauvé des desseins de l'ennemi. » 

Après avoir entendu cela, elle s'agenouiila devant lui sur le sol, le 
priant de la conduire sur la route qui mène à Jérusalem. 11 se leva avec 
grande souffrance et tristesse à cause des plaies de son corps ; il sortit 
avec elle, lui montra la route qui conduit à Jérusalem. 11 lui donna de 
petites dattes, car il n'avait pas de pain, et lui dit : « Va en paix. » Elle 
pleurait abondamment. Le saint la bénit, la signa, lui donna la direction 
sur la route pour cheminer L'homme de Dieu se retira (Fol. 284 verso) 
dans sa cellule, se prosterna, adora Dieu, lui rendant grâces. 

La femme, qui se trouvait en chemin, sur la route, n'eut pas la for-ce 
d'accomplir la distance en un même jour. Lorsque le soir arriva, elle 
bénéficia des prières du Saint; elle pria Dieu et se reposa en un endroit 
éloigné de lui. Mais le lendemain, elle se mettait en route, invo- 
quant le Seigneur pour qu'il k conduisit sur le droit chemin. Après 
qu'elle eut fait trente milles, elle se trouva proche de Bethléem, au 
temps du soir. De là elle se dirigea vers le monastère d-i sainte Palat a, 
qui, la voyant, la reçut avec une grande joie. La vierge sainte l'interrogea. 
« Pourtjuoi viens-tu sur ce lieu, ô ma sœur, qui cherc'ies-tu"? » Et elle lui 
répondit : Je suis à la recherche du salut, ô agneau du grand troupeau 
véritablf. Je te prie de me montrer la route vers ce qui est droit et bon 
puur mon âme. » Et la vierge Palatia, en entendant cela d'elle, fut émer 
veillée de .sa sagesse et de la bonne justification de son repen'ir. 
(Fol. 2S5 recto) Elle lui fit connaître toute sa vie et la manière dont elle 
l'avait pnssée. La bienheureuse, en l'entendant, rendit gloire à Dieu et 
au saint abha .Martyrianos. Elle lui commanda d'oublier les habitudi s 
mauvaises dans les |uelles elle avait grandi, lui donna de grandes péni- 
t.-nces d'ascè-îe en progressant de plus en plus Tandis qu'elle avançait 
dans toutes les vertus, elle priait Dieu jour et nuit de glorifier ouverte- 
ment sa pénitence, s'il l'acceptait d'elle. Le Dieu bon et miséri -ordieux, 
celui qui accepte le repentir des pécheurs la combl i en accompli sant 
par elle de nombreuses guérisons. 

11 advint un j )ur qu'une femme malade des yeux vint vers la bienheu- 
reuse Palatia pour qu'elle p-iàt pour elle. La vierge bienheureuse voulut 
expérimenter le fait si Dieu acceptait le repentir de la convertie. Elle lui 
dit : « Va et signe les yeux de cette femme malade. » La convertie ne 
demeura point sourde à sa voix, miis à l'instant elle se hâta, tille pria 
sur la malade, la signa (Fol. ^Sô ver.so) du signe de la croix sainte. Au 
moment où ses mains touchèrent les yeux de la femme, celle-ci recouvra 
la vue. Quand cette au-re vit la guérison qui s'était sub tement opérée 

[3-21 



172 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

en elle, elle demeura auprès de la communauté dans le monastère, 
jusqu'au jour de sa mort. 

La femme qui s'était convertie au Seigneur dans le repentir vécut 
douze ans au monastère. Tout le temps qu'elle y passa, elle fit pénitence, 
sans boire de vin, sans manger de raisin ni absolument aucun fruit. Elle 
ne consomma point d'huile, ne s'oignit jamai» le corps, sa nourriture 
était du pain et du sel. Telle est la vie de cette bienheureuse femme et 
tels sont ses combats dans le Seigneur. Elle acheva parfaitement sa 
course; elle s'endormit dans le Seigneur vers qui elle s'éleva et qui ia 
reçut dans ses demeures de repo-: céleste, dans la paix de Dieu. Anien. 

Retournons de nouveau a la vie du saint abba Martyrianos. Il est néces- 
saire aussi que nous vous instrui-ions des pouvoirs dont il fut l'auteur, 
utiles à quii-onque les entendra. Après sept mois il se trouva un peu 
reposé (Fol 286 recto) de ia maladie qui lui étiit survenue des plaies de 
son corps. Il co nmença à dire ensuite en lui-même « Vraiment, si je ne 
me lève pas pour me retirer de ma cellule afin d'aller dans une autre 
voie, le mauvais esprit va amener cout'^e moi une autre tentation pire que 
celle-ci. Je sais ce i^ue je ferai. Je me lèverai et je me transporterai en 
un lieu désert- dans la mer, endroit où il n'y a point d'homme, là je 
mènerai une vie solitaire. » Ayant dit ainsi, il se leva, pria devant Dieu, 
s'exprimant de cette manière : c Mon Seigneur Jésus-Christ, écoute-moi, 
mui le malheureux, sois pour moi mon maitre secourable, partout où 
j'irai n'oublie pas mon âme infortunée, mais purifie-moi dans ton amour; 
à toi est la gloire et 1 honneur avec ton Père bon et le Saint-Esprit, 
jusque d.iis l'éternité, Amen. » 

Ap'ès avoir dit cela, il se signa, siT'it de sa cellule et dirigea sa 
maiche vers la mer. Mais le démon cria de loin au saint, en disant : 
« Rép >nds-moi, ô Martyrianos, vas-tu pouvoir t'échapper de mes mains? où 
vas-tu, apprends-Ée-moi"^ Comme je t'ai f»erspcuté dans ta cellule, je te 
persécuterai (Fol. 286 verso) au lieu où tu vas aussi. » Mais le saint lui 
rr^pondit : « Ferme ta boucbe misérable infortuné, toi celui dont tous les 
sains se rient. Mallieur à toi, car tu es étranger aux demeures de l.i 
lumière. » Je t'ai enlevé ta grande armure en la |uelle m avais confiance, 
je l'ai donnée à mon Sauveur Jésus. Tu as envoyé auprès de moi une 
femme sous la forme d'une courtisane, voulant m'ôter ma pureté; tu 
n'as pas pu me l'ôter; je t'ai enlevé cette femme, je l'ai faite une 
épouse pure du Christ mon roi. » Après que le juste eut dit cela au démon, 
il lui devint invi-ible. 

Le saint abba Martyrianos cheminait, psilmodiant et disant : < Que 
Dieu se lève, que tous ses ennemis se dispersent, que tous ceux qui hais - 
sent son saint nom fuient devant sa face (1). » El d marcha jusju'àce 
qu'il arrivât à la mer. Il trouva un batelier, il I aborda en disant : « La paix 
soit avec toi, mon bon frère. » Le batelier répon lit : ? La paix soit avec toi, 
homme d^ Dieu, » Le Saint répliq a : « Je te p' le, mon bi n frère, de me 

(1) Psaume lvxii, 2, 3. 

[33] 



LA RKCENSIOX COPTK DE LA VIE d'aBBA MARTYRIANOS. 173 

faire connaître (Fol. 287 recto) ce que je te demanderai, avec bienveil- 
lance. Ne coniiais-tu pas l'endroit d'une peti'e île dans la mer, où il n'y a 
point d'homme, afin que j"y aille pour y demeurer »? Le batelier lui répon- 
dit, disant : « Pour quel ii.otif, mon père, veux-tu perdre ta vie loin du 
monde; est-ce que tu ne trouves pas une demeure da .s toute la lerre 
habitée, au lieu de "exiler sur la m^r »? Le Saint lui dit : « Ce n'est pas 
ainsi, mon frère, mais je veux me retirer du monde afin de me soustra're 
aux soucis de cette vie de vanit*^. » Le batelier lui répondit : « Puisque c'est 
cela que tu cherches je connais un rocher extrêmement terrifiant dans 
la mer, celui qui demeurera en cet endroit ne verra jamais un homme. » 
Le bienheureux lui dit : « Certes c'est ce que je cherche, mon bon frère 
Je te prie de mu transporter dans cette solitude afin que je ne voie 
jamais personne absolumen*, surtout cette race de la femme. » Le batelier 
lu' dit : « Où irouveras-tu du pain, en ce lieu, pour manger?» (Fol. 287 
verso) Le saint lui dit : « C'est toi, mon frère, qui auras cure de mon 
modeste besoin, pour Dieu. Moi, je prierai pour toi, pour ton salut, je 
trava lierai des mains pour toi, tandis que je serai établi sur le rocher. 
Apporte moi de petites tiges de palmier, je tfavaillerai, tu emporteras 
mon ouvrage manuel, tu le vendras, tu m'apporteras ma modeste nour- 
riture et tu prendras des récipients pour me 1 s remplir d'eau. Fai -moi 
la grâce d'un peu de pain et d'eau pour l'amour de Dieu. Tu ne souf- 
friras pas de dommages dans le travail si tu prends soin de moi, ce te 
sera d'un grand avantage. » Le batelier, entendant cela, reconnut que 
c"étai un saint. 11 convint avec lui de faire tout ce qu'il lui avait dit; 
ainsi 11 transporta le juste avec son petit nécessaire pour les besoins de 
six mois. 

11 navigua avec lui, ui vent favorable soufflant à l'.rrière Par la 
volonté de Dieu et son aide, ils atteignirent le rocher vers le temps du 
matin. Le bienheureux abba Martyrianos, lorsqu'il vit cet endroit, combien 
il lui convenait, se réjouit grandement, il bénit Dieu, lui rendit grâces 
et il monta (Fol. 288 recto) sur le rocher avec le plus grand contentement, 
comme quelqu'un qui a trouvé un palais de roi où il doit habiter, et il 
chanta le psaume en disant : « J'ai regardé vers le Seigneur, il a tourné 
sa face vers moi, il m'a entendu, il a dressé mes pieds sur le roc, il a dirigé 
mes pas (1). » Puis après avoir chanté le psaume, il dit ai batelier : « Va 
en paix; que le Seigneur soit avec toi. Je te prie, ne m'oublie pas. . » 
l'homme lui dit : » Toi mon seigneur père... en outre, si tu veux... de 
petites branches de bois... un petit... le locher, à cause de... la chaldur, 
avec Dieu... » Mais lui s'asseoir sur... le jour et la nuit... 

Après l'achèvement de six ... sur le rocher... soin de lui. . avec de l'eau • 
trois ans... Après cela... le démon... il S' leva... (Fol. 288 ve^so) sur la 
mer... il excita lesflots, ceux-ci se soulevèrent grandement (de sorte que... 
au haut).., le démon cria en disant... « Tu es venu en mes mains... parmi 
les flots de... » Le Saint lui dit... c En vain, ô misérable, tes apparitions... 

(1) Psaume xxx, 2, 3. 

[341 



174 REVLE DE l'orient CHRÉTIEN. 

ne pourra porter domnuge... mais au nom de mon Seigneur... te couvrir 
de honte. . » Il «e Uva., s'étendit .. du côté de l'Orien-t, récitant le psaume, 
disant : « Cest toi, mon Dieu, qui domines la puissance de la mer, qui 
apaise le mouvement de ses flots (1). Je sais, mon Se.gneur... toi en .. tu 
désires, qu'il soit... » Après avoir dit cela, il .. de cœur dans. . il ne peut 
pas le porter. . mais, il . . la tentation contre... mauva's plus que ... il se 
tourna vers .. des hommes... et d-s femmes... (Fol. 289 recto) et il ébranla 
la bir,ue par un vent fort violent et l'.igita sur la mer jusqu'à l'appro- 
cher de peu du rocher. Puis, il brisa la barque, la submergea, de sorte 
que tous ceux qu'elle portait périrent, à l'exception d'une femme seule. 

Celle-ci eut la force de s'emparer d'une pièce de bois; elle monta sur 
elle, les flots agités la poussèrent jusqu'à ce qu'elle parvint au rocher. 
(Elle approcha, elle vit le Saint), elle aborda sur un rocher, elle cria eu 
di>ant : « Mon seigneur père, viens à mon secours » En l'entendant crier, 
l'dbba Martyrianos regarda vers elle. Lorsqu'il la vit, il se mit à craindre 
vivement. 11 se dit en lui-même : « Cette autre affaire est du démon. Je ne 
sais pas ce que je ferai cette fois; celui que je crains me fortifie. Malheur à 
moi, le misérable, cette épreuve est plus dangereuse pour moi, en effet, 
que la première. Celle-là se trouvait sur la montagne quand elle blessa 
ma pensée, je la jetai bors et je demeurai, moi, dans ma cellule. Mais 
que ferai-je de celle-ci cette fois, où l'enverrai-je? il n'est point de 
cellule ni de grotte (Fol. 289 verso) ni de refuge, ni d'abri pour que 
j'y demeure. C'est un grand problème pour moi : si je l'admets près de 
moi et si l'ami de Dieu qui me sert arrive et la voie ; si je l'abandonne 
ainsi pour qu'elle périsse par les flots dans les eaux de la mer! C'est 
une grave affaire pour moi, si je n'ai pas pitié d'elle. Mais, je Siis ce 
que je ferai. Je me mettrai à l'eau, je la laisserai sur le rocher; 
j'irai seul à la mort dans la mer. » Ensuite, il leva les yeux en haut, vers 
le ciel, il pria en disant : « Mon Seigneur Jésus-Christ, mon espoir, ne 
m'abandonne pas cette fois encore, ne t'éloigne pas de moi, mais donne 
la force à mon àme ne la laisse pas périr. » 

Après avoir dit cela, il descendit du rocher, saisit la main de la femme, 
peu à peu, la tira des eaux de la mer. Puis, comme ii la conduisait au haut, 
tandis qu'elle portait des vêtements resplendissants, ayant sur elle une 
bande d'ornement d'or et étant extrêmement belle de visage, le saint ne 
jeta point sur elle ses regards. Lorsqu'elle se fut un peu reposée, le saint 
lui dit : (Fol. 290 recto) « Ma fille, demeure en ce lieu, sois sans crainte, il 
y a ici du pain et de l'eau dont un homme de Dieu nous pourvoit, mange 
avec mesure, bois avec modération, comme j'ai fait. Il y a encore deux 
mois à passer jusqu'à ce que celui qui me sert vienne en ce lieu. 11 vient 
à moi trois fois l'an me faire visite, il m'apporte tout ce dont j'ai besoin 
pour l'amour de Dieu. Lorsqu'il viendra vers toi, il t'interrogera, r.iconte- 
lui ce que je t'ai dit et, demande-le-lui, il te retirera de cet endroi 
désert; pour moi, j'irai à la mort à cause de toi. » 

,1) Psaume lx.xxviii, 10. 

[35] ' 



LA RECEXSIOX COPTE DE LA VIE d'aBBA MARTVKIAXOS. 175 

Après qu'elle eut entendu ces paroles, elle s'attrista extrêmement. Mais 
lui la rassura. i Ne t'attriste pas, mî sEur, il vaut mieux pour moi que je 
meure dans la mer plutôt que de perdre toutes les fatigues que j'ai endu- 
rées depuis mon enfance jusqu'à ce |our. Aucun homme ne saurait 
de.neurer ave . toi, ô ma sœur, et se sauver du mauvais esprit. Et s'il se 
sauve dans sa chair, il ne se sauvera pas dans sa pensée. Surmonte-toi. 
aie confiance, car je prierai (Fol. '.290 verso) le Seigneur Jésus-Christ 
pour qu"il te garde de tout trouble et te donne la force de supporter le 
froid et la chaleur. Voici, tes yeux le constatent, je n'ai aucune denrée, 
sauf ces pains placés dans cette larre. Mange avec mesure et bois de 
Teau avec modération, Dieu ne t'oubliera pas. » 

Ayant parlé ainsi, il pria sur elle, la confia au Seigneur. Tandis qu'elle 
pleurait amèrement, l'homme de Dieu descendit du rocher, cet homme 
accompli, dont le cour ige était presque plus fort que le roc sur lequel il 
se trouvait. La femme l'accompagnait en pleurant et le suppliait en 
disant : « C'est moi qui mérite la mort, o mon père, jette-moi dans la mer 
à ta place afin que tu sois sauvé. » Mais comme il lui prétait l'oreille, il 
la signa trois fois etdit : « Le Sauveur bon te fortifiera dans son amour. » 
11 leva les mains au ciel ensuite en disant : « Mon Seigneur Jésus-Chriht, 
toi qui as veillé (Fol. 291 recto) sur Jonas dans le ventre du monstre 
marin, veille sur moi aussi en cette nécessité de la mort au ourd'hui. 
Jette un regard sur ma misère, ne m'abandonne pa-i, moi ton serviteur, 
de peur que je périsse dans ces eaux errantes. Il est meilleur pour moi 
de mourir dans les eaux de la mer plutôt que de pécher en ta présence. 
11 me suffit de la tentation qui m'a accablé jadis : voici que celle-ci est 
pire pour moi que celle-là. Tes yeux, ô Seigneur, voient le danger dans 
lequel je me trouve. J'ai confiance en toi, ô Seigneur^ que tu feras que je 
ne sois pas confondu: que ta volonté, ô mon maître soit faite » 

A l'instant il se jeta à la mer, et la femme le regardait, en criant et 
disant tout en pleurs . « Malheur à moi, mon seigneur père, tu t'en vas, 
tu m'abandonnes; malheur à moi infortunée. » Tandis qu'il s'éloignait un 
peu, Aotre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent des miséricordes 
nombreuses, celui qui n'abandonne point ceux qui espèrent en lui, le fit 
porter par deux dauphins sans aucun mal jusqu'à ce qu'ils l'eussent déposé 
sur la terre ferme. Et le bienheureux abba Martyrianos, en abordant 
(Fol. 291 verso) à terre et après qu'il se fut recueilli, reconnut^ la puis- 
sance de Dieu. 11 rendit gloire au Seigneur, le remejcia en disant : « Je 
te rends grâces, mon Seigneur Jésus-Chr st, mon bon Sauveur, de ce qtie 
tu as eu pitié 'le mon âme malheureuse, tu m'as sauvé et tu m'a.s préservé 
de la mort, à toi la gloire et l'Iionneur jusque dans les siècles des 
siècles. Amen, i 

Après cela, se parlant a lui-même : « Que ferai-je, dit-il, dès ce moment ? 
L'ennemi ne me laisse pas m'établir en quelque endroit, ni sur les mon- 
tagnes, ni sur les îles. Je ne sais que faire. » Et il cheminait, tandis que les 
larmes coulaient sur ses. joues. 11 se retirait seul dans les montagnes, 

[36] 



176 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

comme si on le poursuivait, sans pain, sans vêtement si ce n'est un 
unique manteau sur ui. Un homme de bien, ayant vu qu'il ne posséda t 
absolument rien, lui donna des pains, une tunique et un manteau. Il les reçut 
avec grande crainte de cet homme qu'il bénit (Fol. 292 recto) et il partit, 
fuyant et s'éloignant comme un captif. Il cheminait toute une journée 
jusqu'à un endroit où il devait parvenir au moment où le soleil allait se 
coucher, que ce fût un village ou une ville, pour y être hébergé. Il 
cherchait avant tout un homme servant Dieu pour demeurer chez lui 
pour le besoin du corps; ensuite, le saint partait au moment où il voulait, 
prenant sa route suivant le lieu, s'en allant, en courant bravement dans 
le stade afin d'obtenir la couronn ■ de vie céleste fl), et il passait ainsi 
tout son temps sur la terre, allant de place en place jusqu'à ce qu'il eût 
acbevé sa course. 11 avait parcouru cent soixante cinq villes et villages 
avant de l'avoir terminée. Le lieu où il arrivait chaque jour au temps du 
soir, il l'habitait chaque jour jusqu'au mat'n. Mais si le lieu lui conveniit 
selon Dieu, il demeura. t deux ou trois jour.s, puis il partait pour cheminer 
(Fol. 292 verso) et il chantait des psaumes en marchant, il priait le 
Seigneur dans toutes ses marches. Le saint passa ainsi deux ans, allant de 
place en place. 

Mais le grand illuminateur et véritable ordonnateur ayant décile qu'il 
se reposât, il alla à Athènes. .\ l'é^êque de ce lieu, homme juste, bon et 
orthodoxe, il avait été fait révélation par Die i, touchant la mort de 
l'abba Martyrianos. Le bienheureux alla dans une église, en cet endroit, 
sachant du Seigneur que sa dernière heure approchait. Il se reposa sur 
un siège de bois. II dit aux gens qui étaient près de lui : « Mes pères et 
mes frères, faites-moi la grâce d'appeler mon père l'évéque pour que je 
lui dise une parole. » Ceux-ci pensaient que c'était un fou et un banni. Ils 
se dirent entre eux : « Son esprit n'est pas tranquille. » Et ils lui répondirent 
en disant avec humeur : « Quelle est ton affaire à toi (Fol. 293 recto) avec 
l'évéque? est-ce que l'évè.jue doit venir auprès de toi? » Mais lui persista à 
les prier : « C'est une affaire nécessaire, je veux le consulter. » Et ainsi, ils 
allèrent et informèrent l'évéque, en disant : « Il y a un homme étranger 
couché sur le siège de l'église, en face du saint lieu; nous disons de lui 
que son esprit n'est pas tranquille, nous ne savons pas d'où il est. Il a, 
persisté à dire : Appelez-moi l'évéque pour que je lui di-e une parole. 
Pour cela nous sommes venus fin former, nous t'en prions, ne te fâche 
pas contre nous tes serviteurs. » L'évê(iue leur répondit en d sant : « Cet 
homme-là est plus élevé que vous et il est plus élevé que moi. C'est un 
temple de Dieu cet homme saint; Dieu est en lui avec ses anges Allons 
vite recevoir sa bénédiction, car c'est Dieu qui nous l'envoie. » 

L'évéque abba Timotheos se leva, il alla à l'église, se réjouissant Mais 
le bienheureux abba Martyrianos, lorsqu'il le vit, (Fol. 293 verso) ne put 
pas se soulever à cause de la maladie grave qui était en lui. Il étendit les 
mains et lui donna le salut d'adoration des lèvres seules. L'évéque adora 

(I) Cf. I" Épitre aux Corinthiens, ix, 34. 

[37] 



LA RECENSION COPTE DE LA ^7E d'aBBA MARTYRLWOS. 177 

ses mains, le bénit avec tous ceux qui l'accompagnaient et dit : « Je rends 
grâces à mon Seigneur Jésus-Christ de ce qu'il m'a fait digne de toi, pour 
recevoir ton salut, moi l'indigne Grâces lui soient rendues de m"avoi> 
laissé en mon corps jusqu'à ce que je te voie, ô mon père saint, ô homme 
parfait, qui dans toutes tes oeuvres es agréable à Dieu et à ses saints 
anges. Bienheureux es-tu d'avoir lutté bravement et d'avoir vaincu, car le 
Seigneur m'a déjà appris tes luttes dans lesquelles tu as été victorieux et 
il m'a informé aussi que tu venais vers moi. Je t'en prie, ô mon père 
saint et bienheureux, lorsqife tu seras reposé et qne tu seras allé auprès du 
Seigneur, souviens-toi de ma pauvre âme dans le royaume des cieux, celui 
préparé pour toi, pour y habiter jusque dans l'éternité et pour y être comblé 
de tous les biens sans fin à cause (Fol. 294 recto) de toutes les souffrances 
que tu as endurées en ce monde par tes luttes admirables. » Le Saint lui 
dit : « Prie pour moi, mon père samt, afin que le Seigneur me fortifie 
jusqu'à ce que je parvienne au lieu de cette demeure, pour que je soi,s 
fait digne de trouver la liberté de langage devant le tribunal du Christ. * 
L'évêque pria sur lui, le signa. Le bienheureux abba Martyrianos porta 
les yeux en haut et dit : « Mon Seigneur Jésus-Christ, tu es mon espérance, 
je remets mon esprit entre tes mains. » Et après avoir prononcé ces 
paroles il rendit l'esprit entre les mains du Seigneur. Il acheva sa course 
magnifiquement, il reçut la couronne de gloire de la part de Dieu, chan- 
tant avec le choeur des anges et tous les saints (dans le séjour des 
vivants). 

Après qu'il se fut endormi, le onze du mois de Pachons, son âme fut 
transportée au haut des cieux vers le Christ, celui qu'il, avait véritable- 
ment aimé. Si j'appelle ce saint un apô're, je ne vais pas au delà dé la 
vérité; si je l'appel e un martyr, il fut vraiment un martyr et de forte race : 
il se jeta au feu par sa volonté, (Fol. 294 verso) de lui-même afin de 
garder la pureté, pour éteindre le feu de la passion mauvaise. Puisse tout 
le monde entendre la lutte de ce juste et dire : Sois confondu, ô dragon 
apostat, démon pervers, il t'a couvert de confusion par la puissance de 
INotre-Seigneur Jésus Christ, et tous tes instruments que. tu avais pré- 
parés contre ce saint, il te les a enlevés et les a portés en offrande à 
notre roi le Christ. » 

Mais revenons au réc.t qui nous est proposé et que nous vous appre- 
nions ce qu'il advint de la femme que notre père saint abba Martyrianos 
laissa sur le rocher et que nous vous fassions connaître ses pratiques, ses.,, 
grandes luttes. ..... ^ ;. 

Grâce aux prières dii saint abba Martyrianos, Notre-Seigneur Jés,\is->jQg è., 
Christ la conserva pure et sans tache à son service, sainte jusqu'au jou'r>^..- -f, 
de sa mort. Restée seule sur le rocher après que le juste se fut jeté 
à la mer, elle demeura priant d'elle-même le Seigneur jour (Fol. 295 , 
recto) et nuit avec des larmes abondantes et des gémissements, afin qu'il 
la secourût. Elle mangeait avec mesure, comme lui avait dit le saint 
abba Martyrianos, (et buvait de l'eau avec modération). Il advint qu'au 

[38] 

ORIENT CHRÉTIEN. 12 



178 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

temps marqué, le batelier vint apporter des pains, et de l'eau selon 
l'habitude. Après qu'il se fut approché du rocher, il vint pour accoster, 
il regarda en haut, il vit la femme belle de visage et d'allure,. Comme il 
ne vit pas le vieillard, il fut pris d'une grande frayeur et il voulait s'en 
aller. Mais la femme, l'appelant avec des larmes, lui dit : «Je t'adjure par 
la puissance de Dieu, ô homme secourable, et par les prières de mon 
père saint l'abha Mariyrianos, ne t'en va pas pour me laisser mourir en 
ce lifiu. Je suis une infortunée, appro -he de moi pour que je te parle, 
ô mon seigneur. Je suis, en effet, une femme ayant chiir, net'éloigne p;)S 
pour me laisser mourir de faim et de soif. Approche-toi (de moi), ô 
mon seigneur, pour que je t'informe des prières qui m'ont été contiées 
par le juste pour toi. Ne t'éluigne pas pour me laisser (Fol. 295 verso) 
sans que je te parle Je suis une femme chrétienne, qui, aj)rès qu'une 
barque nous eut abordés dans la mer, me suis réfug ée en ce lieu. » 

Le batelier approcha sa barbue petit à petit, lu. prêta l'oreille Elle 
lui dit : « Je suis une femme, mon bon frère, qui a été transportée par les 
eaux de la mer. Les vagues m'ont jetée en ce lieu, le juste l'abba Marty- 
rianos m'a sauvée de la mort, il m'a laissé la place pour moi, il s'en est 
allé, il n'est pas resté, i-ar je suis une femme. J'habite en ce lieu seule 
depuis deux moi^i. » Alors le bate.ier lui dit : « Où est-il allé? quel est 
celui qui l'a pris et l'a emmené avec lui ? » Et elle répondit : « A rès s'être 
jeté à la mer, deux animaux le portèrent sur les eaux : j'ai vu qu'ils le 
portaient; je ne sais oîi ils l'ont conduit. » Le batelier, en entendant ce 
récit, s'attrista grandement et il pleura sur l'homme .te Dieu l'abba Mir- 
tyrianos. Ainsi, la femme l'instruisit de tout ce qui lui ét.iit arrivé et de 
tout ce dont le saint l'avait informée. 

Le batelier, après avoir écouté la femme, lui dit : « Descends pour que je 
t'embarque, (Fol. 296 recto) que jeté porte à la ville. — Non, répondit la 
femme, mon seigneur frère, laisse-moi sur ce rocher jusqu'au jour de ma 
mort, en cet endroit où le juste m'a lais-ée à cause de ma naiure péche- 
resse, car il m'a laissée ici et il est parti. Je prie ton amour de Dieu, a 
charité que tu professes pour mon père saint, fais-la-moi aussi. Pour 
Dieu, va à ta ville, prends une camisole et une tunique en poils, porte-les 
à l'évêque, qu'il les bénisse, et apporte-les-moi avec les petits pains et 
l'eau, comme tu le faisais avec inon père saint (ibba Martyrianos)^ tu 
recevras ta récompense du Seigneur. Ne dis pas, ô mon frère, que je suis 
un vase fragile, ne- me dédaigne pas et ne m'oublie pas afin que je 
meure avant mon temps. Si Dieu en effet ne voulait pas que mon 
âme soit sauvée, il ne m'aurait pas sauvée de l'océan de cette manière 
pour me conduire en ce lieu, mais j'aurais péri, moi aussi, avec tous ceux 
qui ont péri dans la mer, me trouvant avec eux sur la barque. Maintenant 
donc ne te détourne pas de mon indigence (Fol. 296 verso) parce que je 
suis une femme. Celui, en effet, qui a formé Adam, celui-là aussi a formé 
Eve notre première mère. Je te prie donc d'amener avec toi ma sœur, 
qui est ta femme, pour qu'elle me revête de l'habit de la vie monastique, 

[39] 



LA RECExXSION COPTE DE LA VIE d'aBBA MARTVRLWOS. 179 

lorsque tu le recevras de l'évêque. Que ma sœur m'apporte de la laine 
pour que je la lui travaille, afin queje ne mange pas le pain gratuitement. 
Le Seigneur sera avec toi sur toutes tes routes, il te gardera de tout mal, 
te fera digne des biens de son royaume. » Le ba'elier, entendant cela, 
trouv.i grand profit dans cet exposé rempli de sagesse, et il lui dit : « 
servante du Seigneur, ne crains rien; je e promets que je ne t'abandon- 
nerai pas; si le Seigneur veut que je vive, je viendrai bientôt » Et il 
lui donna les pains et l'eau. 

11 retourna à sa maison en paix, rendant gloire à Dieu, et il instruisit 
sa femme de toutes choses. Celle-ci s'en réjouit gran iement. (Fol. 297 
recto) Après quatre mois, le batelier se leva, prit sa femme et tout ce 
que la bienheureuse femme lui avait dit, puis il partit se dirigeant vers 
la bienheureuse. Lorsque sa femme la vit, ce lui fut une grande joie; 
elles s'embrassèrent l'une l'autre durant un long moment, tandis que des 
larmes coulaient sur leurs jou'^s. La b>nheureus > se dé ouilla des vête- 
ments qu'elle avait sur elle, revêtit un habit m mastique nusculin qui 
comprend une camisole, une casaque en poils, un manteau et une ceinture 
autour des reins Puis elle se leva et pria le Seigneur, disant ainsi : « Mon 
Seigneur Jésus-Christ à qui appartienent les grands prodiges, toi qui es 
avec tou-5 les saints, sois avec moi aussi, aie pitié de moi ta servante, donne- 
moi la force de faire ta volonté tous les jours ot erarde mon âme misérable 
contre le pervers mauvais afin q'ie mon cœur soit fortifié en toi. A tes ser- 
viteurs qui m'ont sauvée, donne-leur la récompense, (Fol. 297 verso) car 
à cau«e de toi, ils m'ont prise en pitié, moi la pauvre malheureuse; à toi 
la gloire dans l'éternité. Amen » 

Lorsqu'elle eut prononcé l'amen, elle dit à la femme. « Ma sœur aimée 
de D'eu, pour Dieu tu es venue à moi en ce lieu, n'oublie pas de venir vers 
moi la malheureuse. Apporte-moi beaucoup de laine pour que je travaille, 
car on nous a enseigné à ne pas demeurer oisif absolument. Mes beaux 
vêtements et mon bandeau d'ornement d'or, mon manteau, ce que le 
Seigneur m'a conservé dans les flots de la mer, prends-les avec toi, afin 
que tu t'en pares et ga des mon souvenir. Mon Seiu'neur Jésus-Christ 
veillera sur vous par sa puissance divine, car il est notre salut et notre 
espérance. » 

Après leur avoir parlé ainsi, elle les renvoya en paix, et chaque trois 
moisi' s venaient vers elle, lui portant tout ce dont elle avait besoin. Elle se 
réiouissait dans le Saint Esprit, elle faisait de nombreuses prières le jour 
et la nuit tandis qu'elle demeurait sur le rocher, supportant le bruit de 
la mer, sa mauvaise odeur, le tumulte (Fol. 298 recto) des flots se jetant 
contre le rocher. Cette benheureuse fe t me était ainsi endurante à cause 
de son grand amour et de sa charité envers Notre-Seigneur Jésus-Chri-st. 
Le jour oî; elle monta sur le rojcher elle avait vingt-cinq ans, comme elle 
l'apprit à celui qui la servit, et elle vécut sur le rocher pendant six ans. 
Nntre-Seigneur Jésus-Christ vit ses fatigues,. il ne la laissa pas prolonger 
son temps de vie, mais il la prit rapidement au séjour de tous les vivants. 

[40] ^ 



180 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. » 

Elle acheva sa vie angéliqiie, elle alla vers le Seigneur, se réjouissant de 
sa présence, le Seigeur reçut son âme bienheureuse. 

Lorsque ce fut le temps d'aller auprès d'elle pour le pourvoyeur et sb 
femme, ceux ci trouvèrent qu'elle s'éta t endormie dans la mort. Elle était 
dans une altitude toute de sainteté, la bouche et les yeux parfaitement 
clos, de, sorte qu'ils ne les fermèrent pas. Son visage était lourné vers 
'orient sa chair se trouvait sans mauvaise odeur par la puissance de 
Notre Seigneur Jésus Christ qui glorifie ses serviteurs aussi dans leur mort. 
Lorsqu'ils la virent ainsi, il se jetèrent (Fol. 298 verso) la face contre 
terre se prosternant devant Dieu, versant d'abondantes larmes. Puis ils 
la prirent, ils la transportèrent sur la barque et la conduisirent à la ville 
de Césarée. Ils informèrent l'évèque de sa vie magnifique, remplie de 
vertus. Aussitôt Févêque ordonna qu'on plaçât son corps dans des linceuls 
de choix, qu'on 1 ensevelit avec dignité et qu'on l'inhumât en un lieu 
honorable. Chantant des psaumes devai.t elle, les foules glorifiaient Notre- 
Seigneur et notre Dieu et Sauveur Jésus-Chris', celui par qui est tou'e 
gloire et tout honneur et toute adoration qui convient au Père avec lui et 
au Sa^'nt-Esprit vivificateur, maintenant et toujours et dans les siècles dos 

siècles. Amen. 

M Chaîne. 



41' 



POLOGEiMA (STATUT) 



RÈGLEMENTS SUPRÊMES POUR LE GOUVERNEMENT 

DES AFFAIRES DE L'ÉGLISE ARMÉNIENNE 

GRÉGORIENNE EN RUSSIE 



Dans le texte original il est noté de la propre main de 
Sa Majesté Impériale : 

« Qne ce soit aiîïsi » 
Saiut-Pétersbourg, le 11 mars 1836. • • ' 

Imprimé à la sainte Etchmiadsin, l'an de Notre-Seigneur 1836. 



CHAPITRE I 



DES DROITS GÊNÉR\U\ ET PRIVILÈGES DE L'ÉGLISE ARMÉNIENNE 
GRÉGORIENNE. 

Article !«'■. — L'église arménienne grégorienne dans l'empire des Riissies 
se trouve, à l'égal des autres confessions étrangères, sous la protection 
miséricordieuse de l'empereur. 

Art. 2. — Dans tout l'empire des RuSsies est autorisée la profession de 
fbi, selon le rite de l'église arménienne grégorienne, de manière à ce 
que ses membres, en vertu des législttions générales impériales, s'abs- 
tfennent absolument de manquer de respect à, l'égard des autres 
cpofessions ç[ui ont la libre profession dans l'empire, et surtout défaire 
du prosélytisme (l), ce qui est rigoureusement interdit, par les lois de 
l'État. 

(1) Prosélytisme est un mot latin; ce terme abstrait est employé en Riissie 
et signifie : attirer les autres à sa profession de foi. 

[1] 



182 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

Art. 3. — L'administration du culte divin et le gouvernement des affaires 
spirituelles de l'église arménienne grégorienne sont confiés à son corps 
ecclésiastique, en vertu des lois et des règlements de la même église. 

Art. 4. — Les ecclésiastiques grégoriens arméniens, en tout ce qui 
concerne généralement les simples obligations spirituelles, sont seu- 
lement sous la direction de l'autorité spirituelle dont ils relèvent. 

Art. 5. — Les affaires spirituelles de tous les ministres ecclésiastiques 
de l'église arménienne grégorienne des Russies sont soumises à l'ins- 
truction et à la décision des consistoires (<Çntffei-"/i lumfeiuîi) de cette église ; 
quant aux litiges ou autres affaires civiles entre eux ou avec d'autres 
personnes qui ne sont point des ecclésiastiques arméniens grégoriens, 
ainsi que les affaires criminelles {Kréakan) (1) et toutes autres affaires 
sont soumises à la direction supérieure des tribunaux civils, selon l'ordre 
général; un député (2) étant désigné de la part de l'autorité spirituelle, 
toutes les fois que la loi ordonne qu'il s'y trouve un député pour prendre 
part à l'instruction de telles affaires. 

Art. 6. — Les ecclésiastiques arméniens grégoriens des Russies sont 
exempts de tout impôt et des réquisitions civiles 

Art. 7. — Les ministres de l'église arménienne grégorienne, leur épouse 
et leurs enfants, en aacun cas, ne sont soumis à des peines corporelles. 

Art. 8. — Les membres ecclésiastiques arméniens grégoriens des Russies, 
à l'égal de tous les fidèles sujets de Sa Majesté Impériale, ont le droit 
d'obtenir des dons miséricordieux de Sa Majesté Impériale pour leur 
piété et leurs actions méritoires. 

Art. 9. — Les églises arméniennes grégoriennes des Russies ont le droit 
de posséder des biens immeubles, mais elles ne peuvent en acquérir ou 
s'en défaire autrement que par la bienveillance suprême de l'empereur, 
laquelle est derflandée par l'intermédiaire du mini.stère de l'Intérieur 
selon l'ordre établi. 



(1) Par ce mot Kréakan, criminel, il faut entendre tout crime dépendant 
du tribunal de sang : assassinat, vol, banditisme, contre la religion des lois 
impériales et autres semblables, qui sont appelés en russe ougolvoni, ou en 
latin criminal. 

(2) Député est un mot latin, qui signifie élu pour conduire les affaires 
entre civils et ecclésiastiques et militaires ou bien entre ceux-ci et les 
ecclésiastiques, ou pour traiter les litiges au sujet des biens ecclésiastiques 
avec le Palais; il est élu et nommé, de la part des ecclésiastiques ou des 
militaires, pour lés tribunaux, pour, le cas échéant, se trouver présent aux 
heures de l'instruction et de la décision de l'affaire, poiar laquelle il est 
désigné. L'obligation du député est de prendre la défense des droits de la 
personne ou du tribunal dont il est l'élu, d'obtenir la juste observation qu'il 
n'y a pas eu de favoritisme en cours de l'instruction de l'affaire. Il a, en cours 
de l'instruction, voix égale aux autres juges du tribunal. 



[2] 



POLOGEMA (statut). 183 



CHAPITRE II 
DU PATRIARCHE SUPRÊME D'ETCHMIADSIN. 

Art. 10. — Le gouvernement principal de l'église arménienne gré- 
gorienne et la direction suprême de ses ecclésiastiques, ainsi que la 
stricte observance des règles et du rite de cette confession, appartiennent 
au Patriarche d'Etchmiad<»in, avec lequel collabore en tout le Synode 
arménien grégoriea d'Etchmiadsin; toutefois le Patriarche, en aucun 
cas, ne peut transmettre ni au Synode, ni à aucun autre tribunal ou 
à autre personne, les droits et Ihs privilèges exclusifs de son degré (dans 
la hiérarchie). 

Art. 11. — Le Patriarcne suprême d'Etchmiadsin est élu par foute la 
nation arménieime grégorienne selon l'ordre établi à ce sujet. 

Art. 12. — A la vacance du poste de suprême Patriarche Catholicos de 
toutes les Arménies, le Synode grégorien d'Etchm adsin envoie des lettres 
de faire-part à tous les diocèses arméniens grégoriens se trouvant soit 
en Russie, soit au delà de ses frontières, en leur notifiant le la js de temps 
d'une année pour l'élection du nouveau Patriarche. 

Art. 13. — Chaque diocèse arménien grégorien désigne, pour l'élection 
du pat'iarche, deux députés (1), l'un ecclésiastique et l'autre laïque. 
Le délégué ecclésiast que doit être ou lui-même l'archevêque [aratchnovd) 
chef du dicèse, ou un autre ecclésiastique nommé par lui ; quant au délégué 
la'ique, il est élu parmi tous les notables, les officiers {lushachis), les 
méliks, et autres membres honorables laïques de l'église arménienne 
grégorienne qui ont droit d'élection selon l'ancien rite de cette église. 

Art. 14. — Ces délégués élus, s'ils ne peuvent se présenter en personne 
au monastère d'Etchmiadsin à l'époque convenue pour l'élection du 
Patriarche, ont le droit de faire connaître, par écrit, leurs observations 
et de les faire parvenir au Synode d'Etchmiadsin. 

Art. 15. — En dehors des délégués (députés), prennent part à l'élection 
du Patriarche tous les membres du Synode arménien grégorien d'Et- 
chmiadsin et sept évêques, les plus âgés, qui se trouveraient à ce moment 
à Etchmiadsin; dans le cas du nombre insuffisant de ces évêques les 
vardapets, les plusâ es, combleront ce nombre. 

Art. 16. — Cette élection a lieu à Etchmiadsin, dans l'église cathédrale 
de saint Grégoire l'IUuminateur, selon la stricte observance des rites 
établis à ce sujet dans l'église arménienne grégorienne. 

Art. 17. — Après la collecte des voix de tous les membres de la réunion 
et après avoir pris connaissance des observations par écrit parvenues au 
Synode en vertu de l'article 14, les quatre premiers qu> ont obtenu le plus 
grand nombre de voix données en leur faveur, sont reconnus comme 

(1) Ge mot député n'a point la signification de celui de l'art. 5, mais signifie 
délégué, représentant ou chargé d'afTaires. 

[3] 



184 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

ayant droit à être élus comme candidats (1) ; mais en cas d'égalité de 
voix, c'est le tirage au sort qui décide lesquels d'entre eux doivent être 
considérés comme premiers, et tous les congressistes procèdent alors 
à l'élection des deux candidats aux fonctions de Patriarche suprême. 

Art. 18. — A la suite de cette élection, le congrès envoie trois délégués 
d'entre ses membres au principal gouverneur de la Géorgie du Caucase 
et des provinces Transcaucasiennes, lequel, par l'intermédiaire du minis- 
tère de l'Intérieur, présente ces deux candidats élus, à la bienveillance 
de Sa Majesté Impériale. 

Art. 19. — X'empereur-roi après avoir nommé le Patriarche suprême 
d'Etchmiadsin, Catholicos des Arméniens, lui accorde, en toute misé- 
ricorde, un décret spécial pour ce degré, et après avoir reçu de lui le 
serment de fidélité au trône de toutes les Russies, ordonne d'accomplir son 
sacre selon l'ancien rite et usage de l'église arménienne grégorienne. 

Art. 20. - — Le' Patriarche d'Etchmiadsin porte le même titre qu'avaient? 
dès les anciens temps, les suprêmes Patriarches Catholicos arméniens. 

Art. 21. — Dans les offices divins des églises arméniennes grégoriennes 
le nom du Patriarche Catholicos est mentionné aussitôt après celui de 
l'empereur de toutes les Russies et de son auguste Maison. 

Art. 22. — Conformément à l'usage ancien, le Catholicos à sa sortie-^tfâ' 
catholicat ou des murs d'Etchmiadsin a le droit d'être escorté par des 
gardes d'honneur arméniens appartenant au monastère d'Etchmiadsin ? 
de quelques membres de la spiritualité et de deux ecclésiastiques gradés, 
dont l'un porte la crosse du Catholicos et l'autre la croix. 

Art. 23. — En vertu d'une loi ancienne de l'église arménienne gré- 
gorienne, le Patriarche d'Etchmiadsin en tant que suprême Catholicos 
des Arméniens a lui seul le droit de préparer et de bénir le saint chrême 
pour toutes les églises de cette confession. 

Xota. — La distribution du saint chrême par le patriarche et par les 
délégués envoyr s par lui est absolument gratuite. 

Art. 25. — Le Patriarche suivant les anciens règlements de l'église 
arménienne grégorienne, après avoir, préalablement, pris l'avis du 
Synode d'Etchmiadsin, donne très simplement la décision finale des 
affaires spirituelles concernant les doctrines de la foi, les services de 
l'église et autres semblables. 

Art. 26. — Le Patriarche suprême d'Etchmiadsin a le droit, conformé- 
ment aux règlements de l'église arménienne grégorienne, de récompenser 
les membres vertueux et méritants du corps ecclésiastique arménien par 
la croix pectorale, le chapeau appelé kamUavka.eiYarakhtchnok. 

Art. 27. —Le Patriarche d'Etchmiadsin comme pasteur spirituel œcu- 
ménique de tous les Arméniens, à l'exemple du Patriarche Nersés, 
surnommé le Gracieux, envoie de temps à autre des bulles patriarcales 



(1) Candidat est un mot latin et signi-fie concurrent à l'autorité, ou à une 
fonction ou bien élu. 

4] 



POLOGEXIA (statut). 185 

arec sa bénédiction aux Arméniens grégoriens de tous les lieux et régions, 
en les exhortant à une vie paisible et vertueuse et à l'obéissance des 
autorités légales conformément aux préceptes du saint évangile (1). 

Art 28. — Lorsque les empereurs de toutes les Russies montent sur 
le trône des ancêtres, le Patriarche d'Etchmiadsin envoie un des membres 
les plus en honneur du corps ecclésiastique arménien grégorien pour 
présenter à Sa Majesté Impériale ses très humbles hommages et pour 
demander sa bienveillance miséricordieuse à se trouver présent à la 
solennité de son sacre, et dans le cas d'impossibilité, par son député. 

Art. 29. — Conformément aux règles de l'église arménienne grégo- 
rienne, le suprême Patria che Caiholicos a sa résidence stable au monastère 
d'Etchmiadsin. Lorsqu'il juge nécessaire de s'absenter du monastère 
pour plus de quatre mois, il demande à ce sujet, par l'intermédiaire du 
principal gouverneur de la Géorgie du Caucase et des provinces trans- 
caucasiennes, par le canal du ministère de l'Intérieur, le suprême 
agrément de Sa Majesté Impériale. 

_Art. 30. — Le Patriarche d'Etchmiadsin a le droit d'accorder un congé 
de quatre mois aux membres du Synode de l'église arménienne gré- 
gorienne, ainsi qu'aux archevêques (aratchnord) chefs de diocèses et en 
général à tous les .évèques de cette confession; pour des congés plus 
prolongés et au d(;là des frontières de ce gouvernemen') le Patriarch-; 
ne les lasse partir qu'avec la suprême autorisation de l'empereur. Des 
membres du Synode pas pi is que deux à la fois peuvent partir en congé. 

Art. 31. — Le Patriarche Catholicos en tant que supérieur immédiat 
du monastère d'Etchmiadsin en administre les affaires selon ses propres 
observations, en vertu stricte des règles ecclésiastiques. 

Art. 32. — A la mort du Patriarche Cathalicos, le Synode arménien 
grégorien d'Etchmiadsin est immédiatement convoqué pour mettre en 
sûreté tous les papiers se trouvant chez lui et ayant trait aux affaires du 
gouvernement et de l'église, ainsi que les biens ecclésiastiques se trou" 
vant sous sa direction. 

Nota. — Le Patriarche est maitre de disposer à son gré de ses propres 
biens; s'il n'a point laissé de testament, ses biens passent à ses héritiers 
légaux, et s'il n'a point d'héritiers, ces biens passent au compte des biens 
de l'église arménienne grégorienne. 

• (1) Le texte russe porte le mot miséricordieu.K (inilostivi) au lieu de gracieux 
{chnorhali), mais comme notre catholicos >rersès, orné des grâces spirituelles, 
s'appeiait gracieux et non miséricordieux, et comme nous croyons que ce 
n'est qu'une erreur du traducteur qui a traduit ce mot arménien en russe 
miséricordieux, j'ai, en toute assurance, mis ici le mot dans sa vraie signi- 
fication, telle qu'elle est dans notre langue, et j'ai inséré cette note pour que 
personne ne me blâme d'avoir incorrectement traduit le mot miloslivi par 
gracieux; ce dernier mot se dit en russe plagadatni ou isnolnéhni plagodati. 



[5] 



Ï8G RKVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

CHAPITRE III 
DU SYNODE ARMÉNIEN GRÉGORIEN d'eTCHMIADSIN. 

Art. 33. — Le Synode arménien grégorien d'Etchmiadsin, sous la 
pré.sidence du suprême Patriarc je Catholicos, est composé de quatre arche- 
vêques ou évêques et d'un nombre égal de vardapets, ayant leur rési- 
dence stable à Etchmiadsin. 

Art. 34. — A chaque remplacement des membres du Synode armé- 
nien grégorien, le Patriarche, par l'entremise du principal gouverneur 
de la Géorgie du Caucase et des provinces transcaucasiennes et par le 
canal dii ministère de l'Intérieur, présente deux candidats à l'empereur 
roi. 

Art. 35 — Au nombre des opérations du Synode arménien grégorien 
en tant que,gouvernement lui appartiennent : 

1. — La surveillance des opérations de tous les tribunaux et personnes 
employées soumises à ce Synode. 

2. — La haute direction du bon fonctionnement des monastères, des 
églises, des écoles et des institutions agréables à Dieu, qui lui sont soumis. 

3. — La haute direction des règlements du gouvernement des biens 
des églises arméniennes grégoriennes. 

4. — L'étude préalable des affaires concernant la construction des 
monastères, des églises et des écoles, et la demande, à ce sujet, de 
la suprême autorisation de l'empereur, par l'entremise du principal 
gouverneur de la Géorgie du Caucase et des provinces transcaucasiennes 
et par le canal du ministère de l'Intérieur. 

5. — L'autorisation aux Arméniens de l'église grégorienne, qui sont 
à l'état libre, de recevoir les ordres ecclésiastiques et de se vouer à 
l'état monacal. 

6. — L'autorisation de relever de l'état monacal et en général de 
l'ordre spirituel. 

7. — La connaissance finale des affaires, d'après les demandes pro- 
posées, pour contra' ter mariage. 

8. — L'autorisation de recueillir dans les diocèses des dons volon- 
taires au profit des monastères, des églises, des écoles et des insiitutions 
agréables à Dieu pour d'autres diocèses. 

9. — L'inspectioT de l'assistance aux orphelins et aux veuves des 
ministres du haut {uppuitjjiuti^nph) et du bas clergé. 

10. — Proposition d'avis, lorsque le Catholicos désigne préalable- 
ment des ecclésiastiques pouf le grade d'évêque, mais sans les nommer, 
en même temps, aux fonctions de chef de diocèse. 

11. — Présenter au patriarche des observations au sujet des ecclésias- 
tiques qu'il veut envoyer pour distribuer le saint chrême. 

12. — Manifestation d'avis pour conclusion aux questions proposées 
par le Patriarche".. 

[6] 



POLOGENIA (statut). 187 

J3. — Conservation des listes exactes de toutes les églises, monastères, 
écoles, institutions agréables à Dieu des Arméniens grégoriens, se 
trouvant dans les limites de la Russie, séparément pour chaque diocèse. 

14. - Conservation de listes semblables de tous les ecclésiastiques 
mariés ou célibataires de l'église arménienne grégorienne en Russie et 
d'autres personnes appartenant à la direction du Synode. 

15. — Conserver ion des regis'res relatifs à tous les biens des monas- 
tères et des églises arméniennes grégoriennes dans les limites de la 
Russie. 

16. — Présentation chaque année au ministère de l'Intérieur par 
l'entremise du principal gouverneur de la Géorgie du Caucase et des 
provinces transcaucasiennes des renseignements annuels c<mcernant 
les objets indiqués dans les articles 13, 14 et 15; des renseignements 
complets au sujet <ies naissances, des décès et des mariages de tous les 
diocèses arméniens grégoriens de Russie et le compte général annuel. 

Art. 30. — Quant à la partie judiciaire, à l'instruction et à la décision 
du Synode armé ien grégorien dEtchuiiaJsin, lui appartiennent : 

1 . — Les plaintes à l'égard des membres de ce même Synode. 

2. — Les plaintes à l'égard d s archevêques (aratchnord), chefs de 
diocèse et à l'égard des consistoires (<>fi^feLnp ujuitli^i^^ des diocèses. 

3. — L'instruction des allaires irrégulières des membres de ce même 
Synode et des archevêques (aratchnort) chefs de diocèse. 

4. — Toutes les affaires instruites dans les (Consistoires (^nçfei-n/' 
luinkaili) arméniens grégoriens et introduites, à la suite des plaintes, 
au Synode d'Etchmiadsin au sujet des mariages des ministres du haut 
clergé {upp.uiijînunnph] et du bas clergé, des déits ne concernant point 
les tribunaux civils {Suip3huii.np], des litiges entre eux, etc. 

Art. 37. - Le Synode arménien grégorien d'Etchmiadsin sous la haute 
direction immédiate du Patriarche suprême donne la décision finale à 
toutes les affaires concernant les doctrines de la foi, le culte ecclésias- 
tique, le rite et les mariages, et les délits des ecclésiastiques n'appartenant 
point à l'instruction des tribunaux civils. Ce Synode se trouve quant aux 
affaires de l'église arménienne grégorenne de Russie, sous la haute 
direction du sénat gouverneur et du ministère de l'Intérieur, à l'égal des 
autres Consistoires suprêmes de confession étrangère 

Art. 38. — Les décisions, selon les affaires, au sujet des plaintes contre 
les archevêques (aratihnor 1) chefs de diocèse et contre les membres 
du Synode arménien grégorien, ainsi que contre leurs opérations irré- 
gulières, si elles condamnent ces ecclésiastiques à quelque peine, celle-ci 
ne sera point exécutée autrement qu'après que sera connu l'ordre 
suprême de l'empereur à ce .sujet par l'entremise du ministère de 
l'Intérieur. 

Art. 39. — Le Synode arménien grégorien d'Etchmiadsin présente au 
ministère de l'Intérieur par l'entremise du principal gouverneur de la 
Géorgie du Caucase et des provinces transcaucasiennes tous les cas pour 

17] ■ 



188 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

lesquels est demandée la décision de Sa Majesté Impériale ou pour 
lesquels sont nécessaires les ordonnances du ministère; de même, toutes 
les affaires qui exigent la communication à d'autres ministères et à 
d'autres principaux gouverneurs des régions, particulières du Gou- 
vernement Impérial, ainsi que les litiges qui peuvent surgir entre le 
Synode arménien et les autorités spirituelles des confessions étrangères; 
finalement les doutes occasionnels si une telle a 'Taire incombe à sa 
direction ou non. Quant aux affaires pour lesquelles sont nécessaires 
les communications aux ostikans {gouverneurs généraux), aux gou- 
verneurs des provinces et aux autres gouvernements locaux, le Synode 
arménien grégorien les. présente au principal gouverneur de la Géorgie 
du Caucase et des provinces transcaucasiennes. 

Art. 40. — Le Synode arménien grégorien d'Etchmiadsin fait usage 
des droits des Collèges (1), cependant dans toute affaire simplement 
spirituelle le Patriarche a voix décisive, quant aux autres affaires^ si les 
voix des membres sont à égalité, sa voix en. tant que président est 
prépondérante (hakamet) (2). 

Art. 41. — Dans l'instruction des affaires, pour lesquelles le Patriarche 
d'Etchmiadsin a voix décisive, il ne se trouve point en personne au 
Synode, mais après avoir pris connaissance de la conclusion du Synode, 
d'après le journal qui lui est présenté, il donne sa décision au sujet de 
ces affaires. 

Art. 42. — Lorsque le Patriarche d'Etchmiadsin ne se trouve point en 
personne au Synode arménien grégorien, c'est, le plus âgé des arche- 
vêques ou des évêques membres de ce Synode qui le remplace. Celui-ci 
fait usage de tous les droits de président mais seulement dans le cas 
où le Patriarche lui-même ne peut se trouver présent pour cause de 
maladie ou d'absence d'Etchmiadsin. Quant aux aflfiires simplement 
spirituelle», dans lesquelles le Patriarche a voix décisive, ils ne peuvent, 
en aucun cas, décider sans le Patriarche. Pendant la vacance du siège 
patriarc:il, la décision de ces sortes d'affaires est remise jusqu'à l'élection 
du nouveau Patriarche. 

Art. 43 — L'ordre des opérations du Synode arménien grégorien 

(1) Collège est un mot latin et signifie réunion au tribunal. Dans les anciens 
temps, en Russie, les Collèges étaient des tribunaux suprêmes de première 
classe après le sénat gouverneur; il n'est plus ainsi maintenant, et à leur place 
sont institué? les difïérents ministères, excepté le Collège Innostrane qui est 
le tribunal suprême des nations allogènes. Ce mot est actuellement employé 
pour signifier tout tribunal où se décident les afïairos sur l'ordre des lois. 

(2) Ce mot hakamet, prépondérant, en russe béréusé, est en usage dans le style 
judiciaire et signifie le penchement du poids de la balance d'un' côté; par 
conséquent, là où les voix contraires des membres du Synode ou de tout autre 
tribunal se trouvent à égalité, c'est-à-dire quand les quatre membres disent 
que c'est ainsi et que les quatre autres disent autrement, alors la voix du 
membre principal,- en taqt que président du tribunal, décide du jugement du 
côté avec lequel il se trouve d'accord. 

[8] 



POLOGENIA (statut). 189 

d'Etchmiadsin, les droits et les obligations des membres et des gradés de 
ses archives sont réglementés d'après les organisations générales des 
Collèges. 

Art. 44. — Le Synode d'Etchmiadsin est convoqué trois fois ou tout 
au moins deux fois par semaine selon les affaires qui y sont introduites. 

Art 45. — 11 y a au Synode d'Etchmiadsin un pro ureur (1) spécial 
nommé par le sénat gouverneur parmi les fonctionnaires gradés connais- 
sant les langues russe et arménienne; des appointements lui sont assignés 
par le trésor impérial en rapport avec ses fonctions. 

Art. 46. — Le procureur du Synode arménien grégorien se sert, dans ses 
opérations, des règlements généraux, des obligations du procureur. 11 a 
une surveillance particulière sur les affaires judiciaires et réglementaires 
proposées au Synode; il se trouve présent à l'élection du Patriarche 
suprême d'Etchmiadsin; le procureur soumet les affaires judiciaires au 
ministère de la Justice, et les autres affaires au ministère de l'Intérieur- 
Lui aussi, selon les affaires du Synode arménien grégorien d'Etchmiadsin, 
s'adresse, avec des propositions, au principal gouverneur de la Géorgie 
du Caucase et des proviices transcaucasiennes. 

Art. 47. — Le Synode arménien grégorien d'Etchmiadsin a un trésorier 
spécial nommé par le Synode même parmi des personnes ecclésiastiques 
ou civiles expertes dans la comptabilité, et reconnues pour leur moralité 
et leur désintéressement. Ce trésorier a sous sa direction seulement 
les sommes d'argent appartenant au Synode arménien grégorien d'Et- 
chmiadsin, sans avoir à intervenir dans les sommes d'argent du monastère 
d'Etchmiadsin. 

Art. 48. — 11 est confié au trésorier du Synode arménien grégorien 
le soin de recevoir et de garder toutes les sommes appartenant au 
Synode, auquel il doit les présenter régulièrement dans l'ordre établi 
conformément aux règlements du Synode arménien grégorien en 
vertu de ses inscriptions dans son journal. 

• Nuta. — Le Synode arménien grégo'ien d'Etchmiadsin fait chaque 
mois une inspection en règle des sommes liquides et des notes de 
compte se trouvant sous la garde du trésorier, et le résidtat en est inséré 
dans le journal. 

A t. 49. — jQ trésorier tient les regi>tres relatifs aux revenus et aux 
dépenses, et à toutes les .sommes appartenant au Synode arménien 
grégorien. Ces registres, selon l'ordre général, doivent être enrubannés 



(1) Procureur est un mot latin, et signifie administrateur ou tuteur; c'est un 
fonctionnaire gradé de la plus haute classe nommé dans chaque province de 
l'État russe II a pour obligation d'observer que la loi et l'ordre établi par la loi 
soient sincèrement exécutés dans les tribunaux, de prendre la défense des 
orphelins et des veuves et en général de toutes les personnes condamnées qui 
n'ont point de voix, mais principalement des propriétés du Palais Impérial, 
et de presser les tribunaux à activer le cours des instructions judiciaires. 

[9] 



190 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

et fixés avec le sceau du Synode arménien grégorien et signé par deux de 
ses membres et par le procureur. 

Art. 50. — Toutes les sommes d'argent du Synode arménien grégorien, 
les témoignages par écrit des biens ecclésiastiques se trouvant auprès du 
trésorier, doivent être gardés dans un coffre et dans la même pièce 
où a lieu la réunion du Synode. Ce coffre doit être fermé avec trois serrures 
différentes et scellé du sceau du Synode arménien grégorien. Une de^ 
clefs des serrures est conservée par le trésorier, et les autres, chacune 
par Tun des deux membres du Synode auxquels est confiée l'inspection 
de ces affaires de compte : ces membres doivent être présents à chaque 
ouverture du coffre. 

Art. 51. — Le trésorier doit être attentif à ce que de grosses sommes 
d'argent ne restent pas sans nécessité dans le coffre du Synode, il doit 
proposer au Synode arménien grégorien de faire produire des intérêts 
à ces sommes, selon Tordre établi par la loi. La direction de ces sommes 
entre les mains de particuliers ne sera autorisée qu'autant que le Synode 
l'aura reconnue avantageuse, et que la somme confiée à des particu- 
liers aura été garantie par des gages effectifs. 

Art. 52. — Les archives du Synode arménien grégorien se composent 
d'un secrétaire avec deux aides, d'un interprète, d'un exécuteur, d'un 
archiviste et d'un nombre suffisant d'employés aux écritures fonction- 
naires. Ces gradés sont nommés d'après le choix du Synode d'Etchmia- 
d>in et confirmés par le Patriarche. 

.\rt. 53. — Le procureur du Synode arménien grégorien est de 
sixième classe; le trésorier, si c'est un laïc, de septième (classe); le 
secrétaire, de huitième; et l'archiviste, de neuvième; l'aide du secrétaire 
et l'interprète, de dixième, tant qu'ils restent dans ces fonctions, et s'ils 
n'ont point d'après leurs services antérieurs ou par ailleurs des grades 
supérieurs. 

Art. 54. — Les membres du Synode arménien grégorien d'Etchmiadsin, 
le procureur, le trésorier et les fonctionnaires gradés de ses archives, 
en entrant en fonctions, font le serment, selon la règle générale, de 
servir fidèlement Sa Majesté Impériale et d'accomplir en toute exactitude 
leurs obligations. 



CHAPITRE IV 

DES ARCHEVÊQUES (.\RATC»N0RD) DE DIOCÈSE DANS L'ÉGLISE 
ARMÉNŒNNE GRÉGORIENNE. 

Art. 55. — Les églises arméniennes grégoriennes se divisent en 
diocèses, gouvernés par des archevêques de cette confession. 

Art. 56. — Dans les limites de la Russie il y a six diocèses de l'église 
arménienne grégorienne. Le premier, celui de Nakhitchévan et de 
Bessarabie; le deuxième, celui d'Astrakhan; le troisième, celui d'Eri- 

[10] 



POLOGE.NIA (sTATUT\ 191 

van; le quatrième, celui de la Géorgie; le cinquième, celui de Karabagh; 
et le sixième, celui de Chirvan. 

Au diocèse de Nakhitchévan et de Bessarabie appartiennent les églises 
arméniennes grégoriennes de Saint-Pétersbourg, de Moscou, celles des 
provinces de la nouvelle Russie et de la région de Bessarabie. Au diocèse 
d'Astrakhan (appartiennent) toutes les autres églises arméniennes 
grégoriennes se trouvant en Russie, à l'exception de celles qui sont en 
Géorgie et dans les provinces transcaucasiennes. Au diocèse d'Erivan, 
les églises arméniennes grégoriennes dans les districts d'Erivan, de 
Nakhitchévan, d'Ordou, de Paduu et de la province de Chirak; à ce 
diocèse appartient, le métropolitain de Tathèv avec toutes ses ouailles, 
du diocèse de Karabah. 

L'archevêque de ce diocèse, d'après le règlement des anciens temps, 
est le Patriarche lui-même, qui le gouverne par l'entremise de ses 
suffragants qu'il a dans les villes d'Erivan et de Nakhitchévan d'Arménie, 
de même que dans Chirak et dans Tathèv. Au diocèse de la Géorgie 
appartiennent les églises arméniennes qui sont comprises dans la Géor 
gie, dans la province de Gantzak (Elisabethapolis) et dans les provinces 
de Bortchalou, de Kasakh, de Chamchatin et en pa,rtie de Gambakatsor, 
dans le pays de Taïk, à Akhaltskha, dans l'iméréthie, et à Gouria. Dans 
ce di.icèse les successeurs des archevêques chefs de diocèse, sont 
nommés à Gantsak, en Taïk et en Iméréthie. Au diocèse d'Artsakh 
Karabagh) appartiennent les églises arméniennes grégoriennes qui se 
trouvent dans les provinces comprises dans le Karabagh, à l'excep- 
tion du métropolitain de Tathèv avec ses ouailles, de Chakhi et de 
Thaliche. 

Dans ce diocèse le successeur de l'archevêque, chef du diocèse, 
est nommé à Chakhi. 

AU diocèse de Chirvan appartiennent les églises arméniennes gré- 
goriennes qui se trouvent dans les districts de Chirvan, de Gouba, de 
Bakou et de Darband. Dans ce dio -èse il n'y a point de représentant 
spécial de l'archevêque chef du diocèse. 

Note. — Les énigrés arméniens en Turquie "appartenant au pays 
de Ta'ik et à la province de Chirak sont gouvernés, d'après l'ancien 
usage des archevêques Karapet et Stéphannos qui avaient émigré avec 
eux, indépendamment des archevêques chefs des diocèses et soumis 
immédiatement au Patriarche. 

En quittant ces lieux, le gouvernement des affaires spirituelles de 
ces mêmes émigrés passe, à l'égal des populations indigènes arménien- 
nes, à l'autorité des archevêques chefs des diocèses : les émigrés de 
Chirak relèvent du diocèse d'Erivan, et les émigrés de Taïk du diocèse 
de la Géorgie. 

Art. 57. — Les archevêques chefs de diocèse de l'église arménienne 
grégorienne en Russie sont nommés par l'empereur parmi les ecclésias- 
tiques gradés de cette confession. Ils sont nommés ou relevés par décrets 

[11] 



192 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

suprêmes. A leur entrée en fonctions, il«! font le serment d'obéissance et 
de fidélité de service. 

Art. 58, — Les archevêques arméniens grégoriens en Russie sont 
pleinement chefs spirituels de cette confession dans les diocèses qui 
leur sont confiés par ordre suprême ; ils sont responsables de leur gou- 
vernement devant le gouverne n.ent suprême et devant leur autorité 
spirituelle. Collaborent avec eux, dans le gouvernement des affaires 
arméniennes grégoriennes, les Consistoires de chaque diocèse. 

Art. 59. — Les archevêques chefs de diocèses de l'église arménienne 
grégorienne dans les limites de leur diocèse confèrent les ordres des 
différenis degrés spirituels, selon les règlements de leurs églises et 
en vertu des canons établis à ce sujet, mais ils doivent prendre en 
considération que le nombre des ministres du hant [u fi p.iuijîi tu t^nph) el du 
bas clergé ne dépasse point le nombre sans nécessité pressante ; les 
ministres ne son' ordonnés paur l'enseignement de la doctrine pas autre- 
ment que par ordre du Patriarche Catholicos d'Etchmiadsin. 

Art. 60. — Les archevêques chefs de diocèse de l'église arménienne 
grégorienne peuvent accorder des congés à leu''s ecclésiastiques subor- 
donnés, mais pas plus que quatre mois ; pour un congé plus prolongé 
ils demandent l'autorisa'ion de lear gouvernement spirituel suprême; 
et pour ceux qui désirent sortir des frontières de l'État, ils s'adressent 
au gouvernement suprême, selon la règlu générale. 

Art. 6L — Les archevêques arméniens grégoriens chefs de diocèse 
doivent donner eux-mêmes l'exemple de la piété et de toutes les vertus 
chré iennes et civiques, et s'efforcer partons les moyens dont ils disr 
po>ent de mettre le bon ordre dans les ouailles confiées à leurs soins. 

Art. 62, — Ils observent avec vigilance toutes les opérations des 
ecclésiastiques de leur diocèse en les engageant à une vie vertueuse 
conformément à la doctrine du saint évangile. 

Art. 6.3. — Les archevêques arméniens grégoriens chefs de diocèse 
dans leurs effo ts })0ur affermir les règles .du saint évangile et pour 
propager les bonnes mœurs parmi les Arméniens se trouvant dans les 
diocèses qui leur sont confiés doivent mettre en œuvre, à ces fins, les 
modes de conseil et d'exhortations, conformes à, l'esprit paisible et vrai du 
christirtnisme. ils doivent, autant que possible, éviter tout ce qui peut 
avoir l'apparence d'une sévérité superflue. 

Art. 64. — Les archevêques (aratchnord), chefs de, diocèse, de l'église 
arménienne grégorienne doivent, sinon chaque année, du moins dans 
l'espace de trois années, faire une visite au diocèse qui leur e.st confié 
par ordre, suprême. Cependant s'il leur est absolument impossible de 
remplir personnellement cette obligation, ils confieront cette visite des 
églises à l'un des spirituels gradés, qui relèvent d'eux, et qui donne 
le plus d'espoir, en lui donnant le* conseils concernant leur ligne de 
conduite. 

Art, 65. — Durant la visite d^ns leur diocèse, ils , apporteront une 

[12] 



POLOGEXIA (statut). 193 

attention particulière à la sitiation des ecclésiastiques, des monastères 
et des églises, mettront un terme aux irrégularités constatées par eux- 
mêmes et emploieront les moyens pour prévenir leur renouvellement. 

Art. 66. — Les archevêques (aratchnord), chefs de diocèse, dans l'église 
arménienne grégorienne apporteront également toute leur attention 
sur la situation des écoles se trouvant sous la direction des monastères 
et des églises en général mais plus spécialement durant leur visite 
au diocèse, eu coopérant, selon les moyens dont ils disposent, à la 
bonne conduite et au développement de ces établissements scolaires; 
ils prendront toujours soin d'y introduire les méthodes régulières et 
aisées de l'enseignement, et la conservation des bonnes mœurs en même 
temps chez les enseignants et les élèves. 

Art. 67. — Les archevêques (aratchnord) chefs de diocèse, dans l'église 
arménienne grégorienne, durant leur visite au diocèse, s'informeront 
de la totalité des biens des églises et des monastères qui relèvent de leur 
autorité. 

Art. 68. — Les archevêques (aratchnord) chefs de diocèse dans l'église 
arménienne grégorienne, après la visite du diocèse qui leur est confié, 
présenteront au Synode arménien grégorien d'Etchmiadsin le compte 
rendu détaillé de toutes leurs opérations. 

Art. 69. — Finalement, les archevêques (aratchnord) chefs de diocèse 
dans l'église arménienne grégorienne soumettront, au Synode arménien 
grégorien d'Etchmia'isin, le compte rendu général des aff tires de leur 
diocèse. 

Art. 70. — Chaque archevêque (aratchnord) chef de diocèse dans 
l'égl.se arménienne grégorienne soumettra au Synode d'Etchmiadsin, 
à son entrée en fonctions, la liste exacte de tous les biens ecclésiastiques 
du diocèse qui lui est confié 

Art. 71. — A la mort de l'archevêque (aratchnord) chef de diocèse dans 
l'égli-e arménienne grégorienne, s'il meurt intestat, et s'il n'a point 
d'héritier légal, ses biens personnels sont dévolus au profit de l'église 
arménienne de ce diocèse; ce soin est confié au consistoire (Hoghé- 
vor ateanl du diocèse. 



CHAPITRE V 

A. DES CONSISTOIRES (HOGHEVOR .\TEANK) ARMÉNIENS 

CtkéCtOrienset des gouvernements spirituels. 

Art 72. — Dans chaque diocèse arménien grégorien il y a un consis- 
toire de cette confession, composé de quatre membres ; d'un vardapet 
et de trois archiprètres ou prêtres. L'archevêque, chef du diocèse, en 
est le président. 

Art. 73. — Les membres du consistoire arménien grégorien sont 
nommés par les archevê ^ues (aratchnord) chefs de diocèse, qui portent 

[13] 

ORIENT CHRÉTIEN. 13 



194 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

leur élection à la connaissance- du Synode arniénién grégorien d'Et- 
chmiadsin'. 

Art. 74. — Le-5 archives des consistoires d océsains des arméniens 
grégoriens sont confiées : à un secrétaire, un interprète, un exécuteur qui 
remplit en même temps les fonctions de trésorier, un archiviste et un 
nombre suffisant d'employés aux écritures. Ces gradés sont nommés 
par élection du consistoire et confirmés par l'archevêque (aratchnord) 
chef du diocèse. Le secrétaire et l'exécuteur sont considérés de dixième 
classe et l'interprète, de douzième, tant qu'ils restent dans ces fonctions, 
et s'ds n'ont point dégrades supérieurs d'après leur service antérieur ou 
d'après leurs fonctions. 

Art. 76. — Les membres du consistoire diocésain arménien grégorien 
et les gradés de leurs archives, en entrant dans leurs fonctions, selon 
la règle générale, font serment de servir fidèlement Sa Majesté Impériale 
et de remplir avec exactitude leurs obligations. 

Art. 76. - Durant l'instruction et le cours des affaires des consistoires 
arméniens grégoriens est conservé l'ordre établi pour le Synoae armé- 
nien grégorien d'Eichmiadsin. 

Art. 77. — Aux diverses opérations des consistoires de l'église armé- 
nienne grégorienne, appartiennent : 

1° L'observation directe des ministres du haut (ijppujijliuiijnp&) et du 
bas clergé, mariés ou célibataires, qui relèvent d'eux. 

2° Le soin du bon ordre des écoles, monastères, églises et institutions 
agréables à Dieu, qui se trouvent dans le diocèse. 
3° L'assistance aux veuves et aux orphelins des ministres ecclésiastiques. 
4° Le gouvernement des biens de. tous les monastères et de toutes les 
églises relevant d'eux. 

5° L'instruction et la décision des affaires d'après les plaintes des églises 
relevant d'eux et des litiges surgis entre elles. 

6" L'instruction et la décision des affaires au sujet des mariages, avec 
proposition seulement au Synode arménien grégorien d'Etchmiadsin de 
tous les cas douteux quant aux affaires de mariages pour qu'il en prenne 
connaissance. 

7° L'autorisation de recueillir des dons volontaires au profit des monas- 
tères, églises, écoles et institutions agréables à Dieu, arméniens grégo- 
riens qui relèvent d'eux, et ce seulement dans les limites du diocèse. 

8° L'autorisation aux personnes étrangères qui en ont le droit de 
résider dans les monastères selon l'art. 94, page 197. 

9° La nomination des membres du gouvernement spirituel et de celui 
des monastères. 

10° La nomination des clercs dans les églises arméniennes grégo- 
riennes. 

11° Proposition au Synode arménien grégorien d'Etchmiadsin d'autoriser 
quelqu'un à recevoir les degrés spirituels, ou d'en être relevé. 

12° L'autorisation de constructions des institutions agréables à Dieu, 

[14] 



POLOGEMA (statut). 195 

et proposition au Synode arménien grégorien d'tCtchmiads n de cons- 
tructions de nouveaux monastères, églises et écoles. 

13° Avoir les listes exactes du nombre des monastères, églises, 
écoles et institutions agréables à Dieu, du nombre des ecclésiastiques 
mariés et célibataires, du nombre de la population de chaque église, des 
maîtres enseignant dans les écoles, des élèves et des pupilles. 

14° Soumettre au Synode arménien grégorien d'Etchmiidsin chaque 
année le^ renseignements détaillés de l'état des monastères, églises, 
écoles et institutions agréables à Dieu qui relèvent (des consistoires), 
ainsi que la liste des services, en général, de tous les ministres du haut 
clergé {upptutfhtunnfth) et du bas clergé du diocèse. 

15*^ Vérification mensuelle de toutes les sommes liquides et des notes 
de compte se trouvant dans les consistoires, et ins' ription dans le journal 
du résultat de cette vérification. 



B. DES GOUVERNEAIEVTS SPIRITUELS. 

Art. 78. — Les gouvernements spirituels qui se trouvent dans certains 
diocèses arméniens grégoriens des Russies sont composés de trois 
membres : d'un vardapet ou d'un archiprêtre comme président et de 
deux prêtres. Les opérations, par écrit, de ces gouvernements sont rédi- 
gées par un employé aux écritures qui est considéré de douzième classe. 

Art. 79. — Les membres des gouvernements spirituels arméniens 
grégoriens sont nommés par l'archevêque (aratchnord) chef du diocèse. 
Les employés aux écritures sont choisis et nommés par ces gouverne- 
ments. Tous, en entrant en fonctions, font serment de fidélité au service. 

Art. 80. — Les gouvernements spirituels de l'église grégorienne 
arménienne sont soumis aux consistoires diocésains de cette confession 
et ne peuvent rien entreprendre sans en être chargés spécialement par 
les consistoires. 

Art. 81. — Les gouvernements spirituels arméniens grégoriens 
recueillent des localités qui leur sont soumises tous les renseignements 
intéressant les consistoires de cette confession ; ils soumettent aux consis- 
toires avec leurs conclusions les questions proposées par les particuliers 
requérant l'instruction, l'étude des consistoires ; ils apportent leur 
témoignage aux recueils des chiffres, c'est-à-dire du nombre des nais- 
sances, des baptêmes, des mariages, etc. 

Art. 82. — A la fin de l'année, les gouvernements spirituels arméniens 
présentent aux consistoires de cette confession, auxquels ils sont soumis, 
le compte rendu de leurs opérations, en y joignant les renseignements 
au sujet des ecclésiastiques, du nombre des églises, des populations, des 
naissances des décès, des mariages, ainsi que le compte de tous les biens 
des églises dépendant de leur autorité. 



[15] 



296 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 



CHAPITRE VI 

DES MONASTÈRES. 

Art. 83. — Tous les monastères de l'église arménienne grégorienne, 
du sexe masculin comme du sexe féminin, en vertu des anciennes 
Constitutions de cette église, suivent les règles du grand saint Basile. 

Art. 84. — A l'acceptation dans l'état monacal précède l'épreuve d'au, 
dition qui a lieu selon l'ordre établi à ce sujet par les règlements de la 
sainte église grégorienne. Le nombre des auditeurs des deux sexes ne 
doit pas dépasser le nombre établi pour les moines ou les religieuses du 
même monastère. 

Art. 85. — Personne ne peut se vouer à l'état monacal sans l'autorisation 
du Synode arménien grégorien d'Etchmia Isin, sur la proposition de 
l'archevêque (aratchnord) chef du diocèse. 

Art. 86. — Ceux qui dAsirent se vouer à l'état monacal doivent être 
âgés de trente ans et non moins. Des dérogatio is à ce sujet ne peuvent 
être autorisées autrement que pour des raisons spéciales respectables, 
en vertu des règles de l'égcise arménienne grégorienne. Toutefois lentrée 
au monastère n'est pas interdite avant l'âge de trente ans pour l'épreuve 
d'audition. 

Art. 87. — Pour entrer au monastère et subir l'épre ive d'audition est 
nécessaire d'abord le consentement des personnes ou des lieux dont 
dépendent les aspirants à la vie monacale. 

Les p' rsonnes qui payent impôt n3 peuvent entrer dans la vie mona- 
cale que par l'autorisation du sénat gouverneur. 

Art. 88. — Les personnes mariées. ne sont çiutorisées à entrer dans la 
vie tnmacale [ue si elles n'ont point d'enfants en bas âge, et si les deux 
conjoints désirent accepter l'état monacal. 

Art. 89. — Ceux qui entrent dans la vie monacale renoncent en même 
temps à la possession de leurs biens immobiliers. Après s'être voués (à la 
vie monacale), ils ne p.^uvent posséder de nouvelles propriétés immo- 
bilières mais il ne leur est pas interdit d'en acheter au profit des églises 
et des monastères où ils se trouvent eux-mêmes. Si de semblables biens 
reviennent à un moine par droits d'héritage, il est obligé de les donner ou 
de les faire vendre dans l'espace de six mois. 

Art. 90. — Est interdit aux moines le commerce de toutes mar- 
chandises, excepté la vente de leurs propres ouvrages, et ceci pas autre-i 
ment que par l'autorisation de leur gouvernement. 

Art. 91. — Tous les biens mobiliers laissés par la mort d'un moine 
appartiennent à son monastère, s'il n'a point laissé de testament et s'il 
n'a point d'héritier légal. 

Art. 93. — Les religieux auxquels, en vertu des règlements de l'église 
arménienne grégorienne, il est permis de se défaire de la vocation, en 

|16] 



POLOGENIA (statut). 197 

retournant à l'état civil, sont autorisés à jouir des droits convenant à 
leur famille et à l'origine de leur état, sans qu'il leur soient restitués 
les privilèges, les grades et les titres d'honneur que avaient acquis 
avant d'entrer dans la vie monacale, ainsi que les biens, soit ceux qui 
leur sont revenus par droit d'héritage, soit ceux qu'ils avaient acquis 
par le travail de leurs mains avant d'entrer d ms la vie monacale. 

Art. 93. — Dans chaque monastère il ne doit y avoir qu'un nombre 
limité de personnes religieuses, et dans tous les cas pas moins de huit 
personnes, moines ou religieuses. Quant aux monastères où ce nombre 
n'est pas établi, le Synode arménien grégorien d'Etchmiadsin, sur la 
proposition de l'autorité diocésaine, établira, conformément à leurs 
revenus, des règles exactes à ce sujet. 

Art. 94. — Dans les monastères arméniens gfégoriens, en dehors du 
nombre limité des religieux et des auditeurs du sexe masculin et fémi- 
nin, peuvent résider, selon la décision de l'autorité diocésaine, dans les 
monastères des hommes, les ministres ou vieillards sans ressources du 
haut clergé (u^ipiuijfîiiu^np&) et du bas clergé pour y trouver la subsistance 
et la tranquillité et les fils des ministres pauvres du haut et du bas clergé, 
surtout leurs orphelins, qui sont exercés au service de l'église. Dans les 
monastères de femmes, les veuves âgées sans ressources et les filles de 
la vocation spirituelle [des ecclésiastiques] et les jeunes orphelines pour 
éducation et apprentissage d'un art manuel. 

Art. 9."^. — Les monastères arméniens grégoriens dépendent immédia- 
tement et pleinement de l'autorité diocésaine de cette confession, et 
doivent, en dernier lieu, lui rendre le compte détaillé de toutes leurs 
opérations. Les plaintes au sujet de l'autorité conventuelle de l'église 
arménienne grégorienne sont adressées à l'archevêque chef du diocèse 
de cette confession. 

Art. 96. — La collecte de dons volontaires au profit d'un monastère a 
lieu dans le diocèse où se trouve le dit monastère, et pas autrement 
qu'en requérant chaque fois l'autorisation spéciale de l'autorité diocésaine. 
Pour les collectes dans d'autres diocèses arméniens grégoriens de Russie 
autorisées par le Synode arménien grégorien d'Etchmiadsin sur la propo- 
sition de l'autorité diocésaine, ces collectes ne peuvent avoir lieu, en 
tous cas, qu'avec l'autorisation de l'autorité civile des lieux. 

Art. 97. — Les monastères arméniens grégoriens sont gouvernés, ceux 
de, hommes, par des vardapets prieurs ou abbés: ceux des femmes, par 
des religieuses ou abbesses; ceux-là comme celle --ci sont nommés par 
l'autorité diocésaine et confirmés par le patriarche d'Etchmiadsin. 

Art. 98. — Les abbés et les abbesses des monastères arméniens grégoriens 
conduise it leurs affaires non autrement qu'avec la coopération des gou- 
vernements des monastères de cette confession, qui sont composés, sous 
la présidence des abbés et des abbesses, de deux relij,ieux ou religieuses 
les plus en tionneur, et qui sont confirmés par l'autorité diocésaine sur 
la proposition de l'abbé ou de l'abbesse. 

[17] 



198 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

Art. 99. — Les abbés et les abbesses des monastères arméniens grégo- 
riens, de concert avec les gouvernements généraux de cette confession, 
veillent à ce que dans chaque monastère les règles ecclé>iastiques et 
les règlements soient exactement observés. Ils sauvegardent, dans leur 
totalité, les biens mobiliers et immobiliers du monastère, sont respon- 
sables de l'emploi régulier des revenus, et, en général, du bon ordre du 
monastère qui leur est confié. 

Art. 100. — Les gouvernements des monastères arméniens grégoriens 
surveillent les comptes exacts des revenus .et des dépens- s de chaque 
monastère, qu'ils soumettent, en dernier lieu, avec les listes de tous les 
biens mobiliers et immobiliers des monastères à la connaissance 
supérieure de l'autorité diocésaine. 

Art. 101 — A la mort ou au déplacemeat de l'abbé ou de l'abbesse, les 
gouvernements des monastères arméniens grégoriens avec la coopération 
des plus âgés et des plus en honneur des religieux et des religieuses 
dressent la liste détaillée des biens des monastères et la soumeHent à 
[autorité diocésaine; c'est d'après ce registre que le nouvel abbé ou la 
nouvelle abbe>se reçoit, en entrant en fonctioiis, le monastère. 

CHAPITRE Vil 

DES ECCLÉSIASTIQUES MARIÉS. 

Art. 102. — Les ecclési;isti jues mariés de ré..;lise arménienne grégo- 
rienne sont d'abord les archiprètres, les prêtres, les archidiacres, les 
diacres et les sous-diacres; ensuite les clercs ou les minisiies ecclésias- 
tiques intérieurs. 

Art. 103. —Dans la vocation des ecclésiastiques particuliers (mnsnavor) 
de l'église arménienne grégorienne peivent entrer, avec l'autorisation du 
Syn )de arménien grégorien d'Etchmiadsin, sur la proposition de l'autorité 
diocésaine de cette confession, en général, les personnes de toute condi- 
tion avec le consentement préalable des personnes et des lieux dont elles 
dépendent. Les personnes qui payent impôt ne passent à la vocaion 
spirituelle qu'avec l'autorisation du sénat gouverneur. 

Art. 104. — Les ministres du haut clergé (nppiu^fiiu^n^iS) de l'église 
arménienne grégorienne sont, d'après son antique règlement, nommés 
par les archevé ^ues (aratchnord) chefs de diocèse de cette confession aux 
fonctions et pour se vouer à l'ordre spirituel ; ils sont ordonnés par eux. 
Les clercs ou les ministres ecclésiastiques inférieurs sont appelés aux 
fonctions s°lon l'ordonnance de l'autorité diocésaine et y sont installés 
avec la bénédiction du prêtre de l'église. 

Art. 105. — Les ecclésiastiques particuliers (masnavor) de l'église 
arménienne grégorienne auxquels est confiée principilement (la charge) 
d'accomplir les rites divins dans les églises paroissiales et de pourvoir 
aux besoins spirituels des laïcs, doivent, dans l'accomplii-sement de ces 

[18] 



POLOCiENIA (statut). 199 

hautes obligations, avec le zèle et l'exactitude qu'il convient, s'efforcer 
d'affermir leurs fidèles dans la vérité de la doctrine chrétienne, en leur 
conseillant et en les engageant à une vie pieuse, modeste et honorable, 
non seulement par exhortations, mais aussi par l'exemple de leur 
personne ; ils s'efforceront d'éviter tout ce qui peut donner raison de 
blâme, soit par leur oisiveté, soit par leur légèreté ou leur intempérance. 

Art. 106. — Les ecclésiastiques particuliers arméniens grégoriens so t 
autorisés à posséder des biens immeubles en vertu des règlements pour 
les ecclésiastiques particulier.-;, mais acquérir des biens appartenant à la 
noblesse ne le peuvent faire que ceux d'entre eux qui selon l'origine de 
leur famille sont, par héritage, issus de la noblesse. 

Art. 107. — Les maisons appirtenant aux ecclésiastiques mariés de 
l'église arménienne grégorienne, dans Ie.squelles ils résident (habita- 
tions des serviteurs du Palais), sont exemptes de l'impôt du terrain 
(Bosh)) et d'autres taxes civiles, exe- pté de ia réparation du trottoir et de 
la surveillance de la propreté des rues et des cours, à l'égal des autres 
locataires. 

Art. 108. — Les ecclé-ia-tiques particuliers de l'église arménienne 
grégorienne par le canal du maria;;e légal communiquent les droits de 
leur état et de leurs règlements, que ces mêmes droits sauvegardent, 
après leur mort à leur épouse, si elle n"en est point })rivée par sentence 
judiciaire, et si elle ne convole pas en s^^condes noces avec quelqu'un 
d'un autre diocèse. 

Art. 109. — Les fils des ministres du haut (uppuj^îiiu^np&) et du bas 
clergé de l'église arménienne grégouienne appartiennent à l'autorité 
ecclésiastique et ne do. vent point choisir un autre genre de vie Lorsque 
les fils des ministres du haut clergé [up^uitjliiuiqnph) entrent au service 
militaire, ils jouissent des droits des engagés volontaires (Valpnobrité 
léuustchi), pourvu qu'ils aient terminé les études, au moins, dans la 
classe moyenne des écoles, ou dans d'autres établi.-sements scolaires 
égaux à celles-ci; cependant tous ces droits ne reviennent point aux fils 
nés avant l'entrée des pères dans la vocation spirituelle, ceux-ci 
demeurent dans leur p'-emier état, sont soumis aux i i pots et ne relèvent 
point de l'autorité ecclésiastique. 

Art. 110. — Les ecclésiastiques particuliers de l'église arménienne 
grégorienne peuvent, sur leur désir, être relevés de l'autorité spirituelle, 
mais non autrement que par or Ire du Synode arménien grégorien 
d'Etchmiadsin, sur la proposition de l'autorité diocésaine; s'ils n'appar- 
tiennent point à la noblesse, ils doivent, après être relevés, choisir pour 
eux-mêmes un genre de vie, selon la loi gén Taie. 

Art. 111. — Les ministres du haut clergé (uppiutfliuiçnpS^) de l'église 
arménienne grégorienne dépendent immédiatement de 1 autorité diocé- 
saine de cette confession. Quant aux ministres du bas clergé, ils dépendent 
de l'ar hiprêtre ou du prêtre le plus âgé de l'église. Toutes les plaintes à 
l'égard du haut et du bas clergé sont adressées aux autorités diocésaines. 

[19] 



200 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

CHAPITRE VIII 
DES ÉCOLES SPIRITUELLES DE l'ÉGLISE ARMÉNIENNE GRÉGORIENNE. 

Art. 112. — Il est établi au monastère d'Etchmiadsin et dans chaque 
diocèse arménien grégorien de la Russie, des écoles spirituelles, pour 
l'instruction, dans les sciences théologiques, des enfants de l'église 
arménienne grégorienne. 

Art. 113. — L'école spirituelle du monastère d'Etchmiadsin est sous la 
direction immédiate du Patriarche Catholicos arméni-n grégorien; les 
autres écoles dépendent des autorités diocésaines. 

Art. 114. — Les autorités des écoles arméniennes grégoriennes aux- 
quelles est confiée l'instruction religieuse et morale des enfants qui y 
font leurs études, doivent, sous la haute direction et le gouvernement des 
archevêques chefs de diocèses, selon les moyens à leur portée, préparer 
les règlements détaillés des cours d'études et tous les règlements inté- 
rieurs des écoles pour les présenter au Synode arménien grégorien 
d'Etchmiadsin. Le Synode après en avoir pris connaissance et approuvé 
ces règlements, les présente de sa part, en y joignant les règlements 
établis pour l'école d'Etchmiadsin, au ministère de l'Intérieur par le 
canal du principal gouverneur de la Géorgie du Caucase et des provinces 
transcaucasiennes. Parmi les sujets qui entrent dans le nombre des études 
des écoles arméniennes grégoriennes, en dehors des sciences communes 
et de celles qui sont encore plus nécessaires à la vocation spirituelle, 
doivent prendre place la langue russe, l'histoire et la géographie de 
l'Empire russe. 

Art. 115. — Dans toutes les églises et les monastères du diocèse oîi 
il y a une école, ont lieu, selon la règle habituelle, des collectes d'argent 
à son profit, et les sommes recueillies sont envoyées tous les trois mois 
au consistoire du diocèse pour les faire parvenir à cette école. Outre 
cela, les monastères, dans leur zèle pour le bien de l'église arménienne 
grégorienne, offrent chaque année, sur le montant de leurs revenus, des 
sommes à part, pour le gouvernement de leurs éco es diocésaines. 

A^t. 116. — Les écoles spirituelles de l'église arménienne grégorienne 
doivent, à la fin de chaque année, présenter à l'autorité diocésaine le 
compte rendu détaillé de leurs o^jérations, les renseignements sur les 
evenus et dépenses, et sur le solde des somm'^s d'argent. 

CHAPITRE IX 

DU GOUVERNEMENT DES BIENS DE L'ÉGLISE ARMÉNIENNE GRÉGORIENNE. 

Art. 117. — Tout bien mobilier ou immobilier désigné à la garde de 
monastère ou d'église arméniens grégoriens ou les établissements agréa- 
bles à Dieu qui leur appartiennent, sont considérés comme propriété 
générale de l'église arménienne grégorienne. 

[20] 



POLOGENIA (statut). 201 

Art. 118. — Toute collecte d'argent et de dons autorisée jusqu'à présent, 
selon les anciennes coutumes, au profit de l'église arménienne grégo- 
rienne est autorisée dorénavant dans le diocèse où se trouvent ces 
églises; les collectes, dans ce but, dans d'autres diocèses arméniens gré- 
goriens sont autorisées non autrement que par ordre de l'autorité suprême 
spirituelle de cette confession selon l'ordre établi dans l'article 96 au 
sujet des collectes au profit des monastères; dans et s deux cas l'autorisa 
tien du gouvernement civil de la localité est nécessaire. 

Art. 119. — Les capitaux en argent ecclésiastiques sont donnés, en vue 
d'augmentation par intérêts, au trésor im.érial ou au trésor public. La 
direction de ces sommes entre les mains de personnes laïques n'est 
autorisée que par ordre seulement de l'autorité diocésaine et se trouve 
sous sa responsabilité de s'assurer qu'une telle direction est jugée conve- 
nable et avantageuse pour l'églis-î, et que les sommes confiées de telle 
sorte sont garanties par des gag-^s sûrs. 

Art. 120. — Dans chaque église arménienne grégorienne doit se trouver 
la liste exacte et détaillée d-; tous les biens immobiliers, des vases, et 
d'autres objets de valeur, ainsi que de tous les revenus appartenant de 
quelque droit que ce soit à cette église, et le registre enrubanné pour y 
insérer tous les revenus et dépenses d'argent de léglise. 

Art. 121. — Le gouvernement des biens de l'église arménienne grégo- 
rienne dépend immédiatement des lerets okhan (remplaçants du 
prè're) ou des lekélelspan (gardiens de l'église) se trouvant dans chaque 
église. 

Art. 122. — Le leretspokhan ou le lekelotspan de l'église est élu, pour 
une durée de trois années, parmi les plus honorables de la population. 
Au terme des trois années il peut être élu de nouveau à cette charge. 

Art. 123. — Le nouvea'i lekeletspm ou leretspokiian en entrant en 
fonctions doit avoir connaissance des la totalité des biei.s de l'église et les 
recevoir de son prédécesseur en vertu de l'article 140. 

Art 124. — Connaissance de la totaUté des biens, gouvernement des 
revenus de l'église, allées et venues des affaires aux tribunaux compé- 
tents à ce sujet, construction et réparatio:i des immeubles de l'église, 
leur location et toutes choses semblables entrent dans les attributions obli- 
gatoires du lekeletspan ou du leretspokhan; il accomplit ses fonctions, 
en général, comme intendant plénipotentiaire de la part de la population, 
et dans des affaires importantes il a le droit d'exiger de la communauté 
(de la population^ une lettre de confiance en présence, autant que 
possible, d'un nombreux public; cette lettre de confiance obtenue, il est 
dégrigé de toute responsabilité devant la communauté, à l'égard des 
opérations dont il a été no.nmément chargé par le conseil. 

Art. 125. — A la fin de l'année, le lekeletspan ou le leretspokhan doit 
donner, k la réunion générale de la communauté, le compte complet de 
toutes ses o érations au .sujet du gouvernement économique de-; affaires, 
de l'église et surtout au sujet du produit des troncs destiné à une caisse 

1-21] 



202 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

spéciale, puis il présente ce compte retilu au con-iistoire diocésain 
arménien grégorien dont il relève. 

Art. 126. — be lekeletspan ou le leretspokhan qui a augmenté avanta- 
geusement le capital de l'église où il se trouve lui-même, ou qui a 
accompli cette charge pendant neuf années sans interruption, donnant la 
preuve de sa parfaite capacité de gouvernement, acquiert par là le droit 
qu'une proposition de rétribution soit faite pour lui, .selon la règle 
générale. 

CHAPITRE X 

DES REVENUS DES MINISTRES DU HAUT (iippuijfiui^ij^.&) ET DU BAS CLERGÉ 

DE l'Église arménienne grégorienne, de l'assistance a leurs 

VEUVES et orphelins. 

Art. 1"27. — Les ministres du haut et du bas clergé de l'église armé- 
nienne grégorienne sont maintenus par les dons de leurs populations. 

Art. 128. — 11 peut y avoir trois sortes de revenus pour les ministres 
du haut et du bas clergé : 

Premièrement, ce qui est établi par la population pour eux en entrant 
en fonctions; 

Deuxièmement, les honoraires qu'ils reçoivent pour accomplir les 
besoins spiriiuels ; 

Troisièmement, les dons volontaires. 

Art. 129. — Les honoraires pour accomplir les besoins spirituels sont 
désignés comme suit : pour purifier la maison d'un nouveau-né, dix 
kopek argent; pour le baptême d'un enfant, vingt kopek argent ; ^pour le 
mariage, quarante kopek argent; pour l'enterrement des adultes, qua- 
rante kopek argent; pour celui des enfants, vingt kopek argent. Pour 
l'accomplissement des mystères de contrition, de confession et de com- 
munion, il n'y a point d'honoraires établis. Il est rigoureu.seinent intepdit 
aux ministres du haut et du bas clergé de l'église arménienne grégorienne 
d'exiger, sous aucun prétexte, des honoraires supérieurs à ceux établis 
dans cet article pour l'accomplissement des besoins spirituels. 

Art. 130. — Les ministres du haut et du bas clergé de l'église armé- 
nienne grégorienne n'ont point le droit, pour ne pas avoir reçu les hono- 
raires qui leur sont dus en vertu de l'article I2y de ces règlements, de 
refuser l'accomplissement des choses sacrées ou de les retarder; ils 
peuvent seulement demander au consistoire de les exiger par l'entremise 
de l'autorité civile. 

Art. 131. — Les honoraires reçus pour l'accomplissement des besoins 
spirituels sont partagés entre les ministres du l.aut et du bas clergé de 
l'église arménienne grégorienne conformément à la règle qui existe 
encore aujourd'hui. 

Art. 132. — Pour l'assistance aux veuves et aux orphelins du haut et du 

[•22] 



POLOGENIA (statut). 203 

bas clergé de 1 église arménienne grégorienne, il est établi des caisses 
spéciales au monastère d'Etchtuiadsin et dans tous les diocèses arméniens 
grégoriens se trouvant dans les limites de la Russie. 

Art. 133. — Les caisses pour l'assistance aux veuves et aux orphelins 
des ministres du haut et du bas clergé de l'église arménienne grégo- 
rienne, en tant qu'établissement agréable à Dieu, reçoivent leurs princi- 
paux revenus des dons volontaires des personnes bienfaitrices; en plus, 
chaque autorité diocésaine arménienne grégorienne donne chaque année, 
autant qu'elle peut, une partie des revejaus du diocèse à la caisse é ablie 
pour l'assi-stance. 

Art. 134. — La collecte des dons volontaires pour les caisses d'aséis- 
lance des veuves et des orphelins des ministres du haut et du bas clergé 
de 1 église arménienne grégorienne se fait, premièrement, par des troncs 
posés dans chique église arménienne grégorienne du diocèse, pour 
Ic'^uel la caisse est établie. Deuxièmement, par des souscriptions inscrites 
dans un registre spécial établi à ce sujet. 

Alt. 135. — Le gouvernement des caisses d ■ l'assistance aux veuves et 
aux orphelins des minisires du haut et du bas clergé de l'église grégo- 
rienne arménienne est confié à une administration sous la haute direction 
imméJiate de l'autorité diocésaine. Cette admini>tratio i est composée "de 
trois des plus honorables membres du corps ecclésiastique marié, choisis 
par l'archevêque cher du diocèse, lesquels, acceptant l'obligation de coo- 
pérer pour atte'ndre le_but bienfaisant de la sauvegarde de ces caisses, 
ne rcçoiv nt aucune rétribution pour cela. 

Art. 136. — L'administration reçoit toutes les sommes r. cueillies au 
profit des caisses ainsi que ccdles des ironcs, ei en tient un compte exact 
dans des registres. 

Art. 137. — L'administration désigne, aux veuves et aux orphelins dt s 
ministre^ du haut et du bas clergé de 1 église arménienne grégorienne, 
des secours, selon ses obseivations, mais non autr> meni qi'ap es avoir 
pris connaissance -de la nécessité réelle et ce sais intérêt personnel 
ou parti pris. 

Art 138. — Eii désignant les secours aux veuves et aux orphelins des 
m nistres du haut, et du bas clergé de l'église arménienne grégorienne, 
l'administration doit observer les règles sui^vantes : 

1° S'elforcer d'établir des secours stables annuels, en évitant autant 
que poss ble de donner en une seule fois les secours échelonnés en plu- 
sieurs versements. 

2^ De donner à la même personne en totalité les secours échelonnés 
sur plusieurs versements p .s plus qu'une fois dans lé courant de l'année. 

3° D'établir des subventions plus avantageuses, d'abord à celles des 
veuves et à ceux des orphelins qui sont complètement dépourvus de 
moyens propres à prendre soin de leur personne et qui n'ont point de 
parents en situation de les entretenir bénévolement; en second lieu, à 
celles des veuves qui en é'at de pauvreté f^ont chargées de nombreuse 

[23] 



204 REV^UE DE l'orient CHRÉTIEN. 

famille ; troisièmement, à celles qui n'ont plus de parents, ni proches 
parents ou alliés, et aux orphelins qui se trouvent dans la misère. 

4° D'accorder des subventions aux veuves des ministres du haut et 
du bas clergé jusqu'à ce qu'elles convolent en nouvelles noces; aux 
orphelines jusqu'à leur mariage ; aux orphelins jusqu'à leur âge adulte 
d'admission dans une école. 

Art. 139. — L'administration répond, chaque mois, de la totalité du 
contenu des caisses, en présence des membres du consistoire diocésain 
arménien grégorien, ou en présence d'autre personne désignée à ce sujet 
par le consistoire. 

Art. 140. — Tous les quatre mois les administrations présentent aux 
consistoires diocésains arméniens grégoriens les renseignemetits détaillés 
des revenus, des dépenses, et du solde des sommes d'argent; et à la fin 
de l'année le compte rendu de toutes leurs opérations. 

Art. 141. — Les plaintes au sujet des opérations de l'administration 
sont adressées pour instruction et décision au consistoire diocésain armé- 
nien grégorien. 

Signé : 

Le président du Conseil Impérial 

Comte NovosELTSûFF. * 

Traduit par le secrétaire et interprète du 
Synode arménien grégorien d'Etchmiadsin, 
Mkertitch Garlacheants. 

• 

Xote i. — S'appellent engagés volontaires (Volnobritcleatsealtchi) ceux qui 
volontairement entrent dans le service militaire; ils jouissent de privilèges 
spéciaux pour l'obtention des grades militaires auxquels est établie la durée du 
temps de service. Ces droits, les fils étrangers (otarakan) des ecclésiastiques 
peuvent les obtenir, s'ils ne sont point de familles nobles, etc. 

Noie 2. — L'exécuteur est un gradé établi dans tous les tribunaux russes 
pour sauvegarder l'ordre dans les archives judiciaires et observer d'une façon 
exacte les allées et les sorties des gradés au service du tribunal suivant le 
temps fixé. 

Le gouverneur de Vimorimerie 

yARDAPET HOVHANNÈS D'EtCHMIADSIN. 



Xole. En publiant de nouveau ce document déjà connu par ailleurs nous 
croyons être agréable aux lecteurs de la Revue de l'Orient Chrétien qui veulent 
bien s'intéresser à la réorganisation de l'Église Arménienne si cruellement 
éprouvée. 

G. Bavan. 



[24] 



MÉLANGES 



I 

SUR AARON DE SAROUG ET SES DEUX MONASTÈRES 

Nous avons édité et traduit la curieuse légende syriaque 
d'Aaron de Saroug, P. 0.^ tome V, p. 693 à 749. Elle comprend 
en somme deux voyages, l'un à Jérusalem pour visiter les saints 
lieux, l'autre à Constantinople pour guérir la fille de l'empereur 
Constantin qui était possédée du démon, avec le récit des 
prodiges accomplis en c'ours de route. Toute cette partie a pour 
but de mettre en relief le saint que deux monastères, très 
célèbres chez les Jacobites du x" au xiii'-' siècle, ont choisi pour 
éponyme. 

Nous avons écrit que ce qui donne une certaine unité à celte 
vie c'est la lutte d'Aaron avec un chef de démons : Il le trouve 
en Syrie près de Batnan de Saroug, il l'expulse. Il le retrouve 
en Arménie près de Mélitène, installé dans une caverne, il 
l'expulse encore. Le démon se rend à Constantinople et entre 
dans la fille du roi Constantin; Aaron est mandé pour l'exor- 
ciser. Le démon s'offre pour porter au monastère les présents 
que l'empereur donnera, car il espère s'enfuir avec eux en 
cours de route, mais Aaron, qui l'a reconnu, demande seule- 
ment à l'empereur une grande auge « en pierre d'aimant (1) •> 
pour abreuver les b.Hes de somme du monastère. Le démon se 
fatigue bientôt de porter cette auge et le saint lui propose de 
l'enterrer « pour que personne ne puisse. aller dire à l'empereur 



(1) Pour les Syriens, la pierre d'aimant éteint le feu, les incantations n'opèrent 
pas contre elle... Quand elle est dans un lieu, aucun démon et rien d'adverse 
ne peut en approcher, cf. F. Nau, Révélaiions et légendes : Mélho dius. Clément, 
Andronicus, Paris, 1917, p. 27 (Entrait du Journal As., Mai-.Juin 1917, p. 439). 

[1] 



206 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

qu'il a méprisé son présent ». Pen^lant que le démon mesure la 
fosse, Je saint retourne l'auge sur lui et le rondamne à rester 
dessous jusqu'à ce qu'il revienne, et Aaron n'est jamais revenu 
en ce pays-là. 

Nous avons déjà cité sur saint Épiphane un récit grec 
analogue, où la fille du roi des Perses remplace la fille du roi 
Constantin, P. 0-, V, p. 721; le Révérend Père Peeters a bien 
voulu signaler des ressemblanci's avec un miracle arménien de 
saint Grégoire le Thaumaturge et une historiette relative à 
saint Barlaam du mont Casios, Anal BolL, t. XXX (1911), 
p. 453; d'autres publications vont nous fournir de nouvelles 
approximations. 

1. — M. Michelangelo Guidi a édité et traduit une version 
éthiopienne de la vie de Saint Aron de Syrie qui est notre 
Aaron de Saroug : Contributo ail' Agiographia efiopica, dans 
Rendiconti délia reale Accademia dei Lincei, classe philolo- 
gique, 5^ série, t. XXV, p. 659 à 701. Quelques noms sont omis, 
d'autres sont modifiés, les parents d' Aaron sont d'Amida (au 
lieu de Saroug), sa mère se nomme Marie (au lieu d'Anastasie), 
le voyage à Jérusalem est allongé, des incidents sont omis : 
Il n'est pas question de Syméon; le démon va de Syrie à 
Constantinople sans passer par l'Arménie. L'Arménie ou le 
« mont Arménie », P. 0., V, p. 712, 707, etc., devient le mont 
Hermon; le saint meurt le 24 de Genbot, 19 mai (au lieu du 
jour de la Pentecôte, 28 mai). Cette histoire, traduite sans 
doute de l'arabe en éthiopien, témoigne des libertés que 
prenaient les traducteurs arabes, et montre du moins que le 
culte d' Aaron de Saroug avait rayonné jusqu'en Egypte et en 
Ethiopie. 

IL — Ludolf nous l'avait déjà appris, car il a publié et 
traduit quelques lignes d'éthiopien à la louange de saint Aaron 
« qui a fait voler des pigeons cuits et prêts à être mangés ». 
C'est un miracle de notre Aaron, P. 0., V, 731-2, qui veut 
apprendre à un solitaire à ne plus manger de viande. Naturel- 
lement Ludolf croit à un miracle d'invention éthiopienne, 
Historia aethiopica, Francfort-sur-le-Main, 1681, p. 293. C'est 
un miracle syrien, imitation peut-être des figurines d'argile 
représentant des oiseaux, que Jésus anime et fait s'envoler, 

[2] 



MÉLANGES. 207 

cf. Évangiles apocnjphes, Irad. Paul Peeters, I, p. 127; 11, 
p. 41,200. — Signalons d'ailleurs qu'inversement Aaron a 
changé de la viande en chou, un jour où il n'avait rien autre à 
manger, P. 0., V, p. 733-4. 

III. — L'édition des calendriers, P. 0., X (voir la table, 
p. 13Ô), nous a montré aussi la popularité d'Aaron chez les 
Syriens, car il tigure dans sept des calendriers que nous avons 
édités et traduits, soit au lundi de la Pentecôte (lendemain de 
sa mort), soit au 28 mai (jour de sa mort), il avait donc fête 
mobile et fête fixe. Les manuscrits de ces calendriers vont du 
XI' au xvii" siècle. Le manuscrit qui renferme la vie d'Aaron 
éditée P. 0., V, est daté de 1197. Nous avons déjà renvoyé 
au martyrologe de Rabban Sliba édité par le R. P. Peeters, 
cf. P. 0., V, 697, 702. 

IV. — Le lexicographe Bar Bahloul {milieu du X^ siècle) 
avait lu la vie de notre Aaron, car il la cite à l'occasion de l'un 
de ses noms propres, éd. Rubens Duval, p. 171; « ^c»s>., dit-il, 
est un village du pays de Mélitène et il est nommé ^v^. ^±m- 
(la forteresse du patrice), et il est cité clans la vie de Saint Mar 
Aaron. Que sa prière soit avec nous». Ce village figure P. 0., V, 
744-5; Abraham et les chefs de ce village prient Aaron de 
guérir des démoniaques à son retour de Constantinople. Il faut 
donc placer avant l'an 900 la rédaction de la vie syriaque 
d'Aaron. 

V. — Les monastères d'Aaron. Il en a fondé un à Batnan de 
Saroug, son pays d'origine, P. 0., V, 712-3 ; nous n'en trouvons 
pas mention ailleurs. Il se met ensuite en route, arrive au 
fleuve Euphrate, le traverse dans le voisinage de Mélitène et 
s'installe s;/r /« montagne bénie (Berika). Fidèles et disciples 
y accourent, Ibid., 717--21. C'est la le monastère d'Aaron « dans 
la montagne bénie ». — Comme Saroug est sur la rive gauche 
de l'Euphrate, nous devons supposer que la « montagne bénie » 
est sur la rive droite non loin de Mélitène (et non près d'Édesse, 
comme on l'a écrit à tort) (1). 

Plus tard, ennuyé par le concours du peuple, Aaron quitte en 
secret « lamontagne bénie ». Un ange le guide, lui fait traverser 

(1) Il devait même surplomber l'Euphrate, puisque l'eau qu'on }• buvait venait 
du fleuve, P. 0., Y, 719. 

[3J 



208 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN'. 

l'Euphrate, le conduit durant neuf heures et l'amènera une 
caverne où s'étaient réfugiés les démons déjà chassés par lui 
de Batnan de Saroug. C'est de là que le chef des démons se 
rend à Conslantinople. Les malades et les disciples aftluent 
bientôt et ce lieu devient-un second monastère, Ibid , p. 721- 
725, 745-747. On devrait donc chercher ce monastère sur la 
rive gauche de TEuphrate, à une dizaine de kilomètres du 
fleuve en face de Mélltène. C'est ce monastère qui a été nommé 
plus tard « le couvent de Segara de Mar Aharon », cf. Michel le 
Syrien, C7?ro/i/(/we,trad. Chabot, 111, p. 131, 162, 164, 166, etc. 
Il n'y a pas de doute pour cette attribution, car Bar Hébraeus 
nous apprend, au xiii" siècle, qu'Aaron de Saroug a bâti en 
Arménie (Mélitène) deux célèbres monastèr es, « C/iron. eccl.,l, 
87; et Michel le Syrien ne donne que ces deux monastères : 
celui du Mont Berika (montagne bénie) et cehii de Segara 
(nous expliquerons ce mot plus bas), sous ce vocable. Voir les 
tables de la chronique de Michel, p. 4. au mot Aharon; couvents 
d'ailleurs très célèbres, puisque beaucoup d'évêques, dont les 
noms sont donnés par Michel le Syrien, en sont sortis; le plus 
ancien est peut-être Timothée, ordonné métropolitain d'Amid 
par Jean VII, patriarche de 963 à 985, cf. Michel, Chronique, 
t. III, p. 466; ceci nous permet encore de croire que le monas- 
tère existait avant 900. 

VI. — Le« couvent de Segara de Mar Aharon » de Michel le 
Syrien est devenu dans Bar Hébraeus, par simple interversion, 
« le couvent de Mar Aharon de Segara », et on a traduit : 
In monasterio Mar Aaronis Sigarae, d'où un Aaron de èiga' 
(ou Singar; montagne de Singar) auquel nous croyions encore, 
P. 0., V, "02; — mais à tort; cela résulte assez de ce que Bar 
Hébraeus ne fait que transcrire Michel (1). — Aaron « de 
Singar » est donc à rayer ici. Cela fait un saint de moins mais 
une synthèse de plus (2). 

Nous pouvons encore établir que Segara signifie ici aqueduc, 



(1) C'est surtout Assémani qui aconduit à cette confusion de Segara avec le 
mont Singar, car il écrit : Coenobium S. Aaron in Sigara, D. 0., II, 519, cf. 
351, 351, 355; puis, à la table, il écrit : Sigara, Vide Singara, II, 543, III, 703. 

(•.i) Aaron de Saroug; Aaron de Syrie (éthiopien); Aaron de la Montagne bénie; 
Aaron de Segara; Aaron de Sigar sont donc un seul et même personnage. 

[4] 



MÉLANGES. ■ 209 

et qu'il laut donc traduire le « monastère de l'aqueduc de 
Mar Aaron »ou, pour le texte de Bar Hébraeus : « le monastère 
deMar Aaron, (celui) dq. Taqueduc ». 

)i^ (Segara) signifie bien « canal, fossé pour conduire l'eau », 
Payne Smith, Thésaurus, 4057. La vie d'Aaron nous montre 
d'ailleurs combien cette locution : « monastère de Vaqueduc », 
était justifiée : Il n'y avait que peu d'eau dans la caverne- 
monastère, p. 726; après avoir guéri la fille de l'empereur, 
Aaron lui dit : « Si tu veux me donner un présent, que ta 
Majesté ordonne que Fon conduise un petit courant d'eau à 
l'endroit oii J'/iahite, bàtis-moi un temple et un escalier de 
pierre (pour montera la caverne) », p. 737; cf. (pour l'escalier), 
p. 12'-). « L'empereur d)nna avec grand plaisir beaucoup d'or 
à des ouvriers habiles... ei ils firent des conduites d'eau comme 
le voulait le saint, jusqu'à l'entrée de la caverne ». Ibid , 
p. 737-8. Quand Aaron revient de Constantinople, la citerne 
qui lui fournissait l'eau était desséchée, * il quitta le monas- 
tère, marcha l'espace de trois milles et trouva de l'eau qu'il 
conduisit à l'aide de son bâton jusqu'à l'entrée de la caverne 
près de ses disciples... Les artisans et les ouvriers vinrent... 
Ils tracèrent aussi une conduite d'eau jusqu'au monastère, 
comme 1»; saint l'avait demandé et comme l'empereur victorieux 
et fidèle l'avait commandé », Ibid., p. 746 11 devait donc y 
avoir h un ouvrage d'art que l'on attribuait à l'empereur 
Constantin et qui justifie amplement le nom de monastère « de 
la conduite d'eau ou de l'aqueJuc (Segara) » donné à ce 

COUVt'Ut ( 1). 

Bar Bahlul qui avait lu, nous l'avons vu, la vie d'Aaron, 
donne à Segara (li^) le sens de « source » plutôt que relui de 

(l) Les solitaires s'établissaient loin dos lieux cultivés et sur des montagnes, 
c'est-à-dire souvent dans des lieux privés d'eau. Dans son premier monastère 
sur « la montagne bénie <>, Aaron n'en avait pas Un fidèle lui avait donné un 
âne qui allait seul remplir deux cruches d'eui dans l'Euphrate. Un ours (éthio- 
pien : un lion) dévora cet àne et fut condamné par le saint à prendre sa place et 
à porter l'eau au monastère pendant les deux ans six mois que l'àne aurait 
encore vécu. P. 0., V, 719-2(J. — Cette légende a été portée en Algérie : Au 
xn" siècle, Abou Médian, pré 5 de Bougie, commande à un lion de remplacer un 
àne qu'il avait tué. Le soir, le propriétaire de l'àne vient dire qu'en dépit de la 
docilit» du lion cela ne peut pas durer, parce que le lion effrayait tout le monde. 
Cf. Carra de Vaux, La doclrine de l'Islam, Paris, 1909, p. '.^37-238. 

[5] 

ORIENT CHRÉTIEN. l-l 



210 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

canal; « Segara (ii^), c'est-à-dire fontaine d'eau. Monastère de 
Segara (l'^s^), c'est-à-iire fontaine (ii^i) de montagne, à savoir 
source d'eau dans la montagne », J'h^saurus, loc. cit. (1). 
M. Payne Smith écrit, Ibid. : « Il n'existe pas, à ma connais- 
sance, de monastère de Segara (de la source ou de l'aqueduc). » 
Nous connaissons déjà celui d'Aaron pour lequel nous choisis- 
sons le sens « aqueduc », à cause delà vie du saint, sans rejeter 
absolument le sens « source de montagne » (le contenu pour 
le contenant); mais il existe encore un autre monastère nommé 
de Pesqin et aussi de « Segara de Pesqin » pour lequel nous 
serions donc conduit à éci'ire : le monastère « de la piscine » ou 
« de la source montagneuse de la piscine ». Cf. Michel le 
Syrien, Clii onique, table, p. 57 et 66. 

VII. — Enfin la légende d'Aaron se retrouve presque en 
entier dans celle de Malkà (Malchus) de Clysma, éditée par le 
R. P. Bedjan, Acta Martijrum, t. V, Paris, ISOrD, p. 421-469. 
Malkà quitte l'Egypte en secret au moment où ses parents 
voulaient le marier, d'où peine des parents (thème fréquent); 
il veut aller en Mésopotamie pour y retrouver saint Eugène, 
frère de sa mère. Il passe par Scété, par Jérusalem, et arrive à 
Nisibe. Il est fait prêtre par Tévèque Jacques. Entre les villages 
Anhal (>*o^i) et Arcah (^^î;) il délivre Saloinon, fils de Wahban 
(,eo)o)> que le démon Stratàsîs (.m.u»i^;è-«/) avait entraîné dans une 
caverne sous un figuier. Malkà ch.isse ce démon qui s'en va à 
Constantinople, où il entre dans Làsànasîs (^-^j^œii), fille de 
l'empereur Constantin. Les habitants d' Arcah et des alentours, 
reconnaissants, construisent une église et un monastère. Malkà 
est mandé à Constantinople. Comme Aaron, il dit au messager 
(nommé Éphrem) de partir le premier et il lui pi'omet de le 
rejoindre; il délivre la fUle de l'empereur et « lie » le démon 
pour qu'il ne puisse s'en aller sans son consentement; il 
demande à Constantin une urne (p;a^) qui ne servait à rien, et 
il la fait porter par son démon jusqu'à son monastère; il maudit 
alors le démon, qui ne pourra plus jamais nuire aux chrétiens, 
et « il le chasse comme un chien impur ». Malkà retourne à 
Jérusalem, revient par Damas, s'adjoint Eutîl (^lo/, Euthalius?) 

(1) Nous ne savons pas si les mêmes consonnes signifient canal, quand on lit 
Segara et source quand on lit Sagra. 

[6] 



MÉLANGES. 211 

et meurt le -21 avril 315. Eutîl vit 14 ans de plus, et on fait 
mémoire de tous deux le premier septembre (1). 

VIII. — Il serait intéressant de pouvoir déterminer quelle est 
la rédaction primitive, celle d'Aaron ou celle de Malkà. 

Parmi nos calendriers, P. 0., t. X, il y en a encore six qui 
mentionnent Malkà (2)(Aaron figurait dans sept, cf. supra III). 
Les deux manuscrits qui contiennent la vie de Malkà sont datés 
de 1191 et 1199. Michel le Syrien ne mentionne pas le monastère 
de Malkà, ses listes épiscopales ne portent aucun évêque sorti 
de ce monastère qui est cepen lant mentionné en 1214, 1305, 
1397 dans le Catalogue de manuscrits syriaques du British 
Muséum, p. 163-4 (3). Jusqu'ici la priorité serait donc assurée 
au monastère d'Aaron. 

Mais il existait, au vu" siècle, dans le Tour 'Abdin, un couvent 
de « Beit Malkà » (chez Malkà) où Athanase de Balad, qui 
devait devenir patriarche jacobite en 684, traduisait en 645 des 
ouvrages grecs de philosophie (1). Si noire Malkà se rapporte 
à ce couvent (5), sa légende aurait pu être écrite du vu" au 
vuf siècle, et celle tlWaron en serait une imitation écrite du 
vui^ au w" siècle. La connaissance de nouveaux textes nous 
permettra peut-être plus tard une approximation plus grande. 

F. Nau. 



(1) Saint Eugène de Clysma, donné comme le propagateur du monachisme 
oriental, est surtout fêté par les Nestoriens; cependant les Jacobites l'ont aussi 
adopté, cf. P. 0., X, p. 140, au mot Eugène. Malkà, qui serait le neveu d'Eugène, 
ne ligure pas parmi nos listes de ses disciples; la présente rédaction de sa vie 
est d'ailleurs jacobite, puisqu'on y trouve, p. 468, la locution « Marie, Mère de 
Dieu ». 

(2) Il figure aussi dans le martyrologe de Rabban Sliba. 

(3) Ce monastère est encore connu aujourd'hui, cf. H. Pognon, Inscriptions 
sémitiques, I, p. 42. 

(4) Catalogue des manuscrits syria(iues du British Muséum, p. 1161-2. Cf. 
Assémani, B. 0., I, 493; II, 335. 

(5) Ceci nous semble bien probable, car le monastère d'Athanase était aussi 
dans le Tour 'Abdin, cf Rubens Duval, La liliéralure syriaque, 3° édition, p. '2bi 
(et non dans la région d'Antioche, comme Assémani le croyait). 



[7] 



212 REVUK DK L'ORlEiNT CHBÉTIEN. 



II 

UNE DESCRIPTION ORIENTALE DE LA COMÈTE 
DE NOVEMBRE 1077 

Cette comète, dont Arago tloiine les caractéristiques (1), et 
« qui a été découverte le 13 novembre par Tycho-Brahé, 
de son observatoire de l'île d'Hween, dans le Suud, avant le 
coucher du soleil (2) », a attiré l'attention à cause de son éclat, 
de ses dimensions et de sa durée de visibilité. François lunctini, 
« grand astrologue et mathématicien », écrivait le 13 novembre 
à Monseigneur de la Mante, « gouverneur pour Sa Majesté e^ 
la citadelle de Lyon » : 

Samedi dernier, qui fut le neuf de ce mois, fut vu au ciel un leu lequel, 
après que le soleil s'en alla sous l'horizon occidental, se mon'ra en l'air 
avec une grande queue (lui regardait vers Levant, lequel courant par le 
chemin qu'avait fait lu Soleil, vint à se cacher sous la terre a()rès 45 
minutes qu'il avait demeuré sur notre horizon. 

Le dimanche et le lundi ensuivant ne fut vu autre chose, à l'occasion 
de la pluie et mauvais temps qu'il faisait. Mais le mardi consécutif, que 
le temps fut clair le soir, son commencement fut environ les cinq heures 
après-midi au signe de Capricorne, laquelle, selon sa longueur, était con- 
jointe à Saturne.... 

Les comètes ont toujours été messagères de famine, de pestilence. .. et 
souventes fois de brùlements, voleries et de la mort des grands princes...* 
La comète de la [uelle nous parlons à présent est celle qu'on nomine 
Perlic'i, laïuelle fut conjointe avec Saturne, de laquelle écrivent les Arabes: 
Quae, cuin appariteril cum Saturno, .sijnificnl quod erit )no7'talilas in 
senibus et frafrihus relifjionis.... Si j'en voulais parler particulièrement, 
j'estimerais que ce serait grande présomption, toutefois je dirai qu'un 
prince ou bien une reine qui ont pour horoscope l'^ signe du Capricorne 
en leur nativité sont menacés de telle comète (3). 

L'opuscule de lunctini porte sur la couverture une représen- 
tation de celte comète. avec trois couronnes autour du noyau 
et une queue, dirigée vers le sud-esl, qui occupe toute la largeur 
de la page. 

(1) Astronomie populaire, t. H, Paris, 1858, p. SOL 

(2) Ibid., p. 31G. 

(3) Discours de ce que menace devoir advenir la comète apparue à L3'on, 
Paris, 1577, 16 pages. 

L8] 



^ MÉLANGES. 213 

Un manuscrit récemment acquis h Paris, Syr. 371, fol. 159, 
donne, en prose rimée, une description de cette comète et de 
la peste qui l'a suivie : 

• .{.-OQu* y^^^o v£Doi» t rr>iî\jj ^^s^â/ Kjuud 

•.^^«Jioaâ 900U^ oiiaJL*<o« iooi )o(.^m^o jJo 

'.^ ^ / ^K^l jLsLiiCLâ jl; OI.J3J099 IK^ajt.^ 
•.^-^s.iCS. t-^ti^j ).iL:)Qji \Q-^ ^••/ oi.aJojj l-*^-^ 

.) 1 » iv> JJ; j m « 1 •> £swOoo >^f^) ^'^"^ 
.jj^^o/ "^^oo l-L'v-^ ^'^^.a^o ^,aioo ^.ibojLâo 

.)JL»-S ).JLA ""^«^ >40i/o K^lo ^IVio )KjLJl 

EN L'ANNÉE 1889 D'ALEXANDRE, ROI GREC (1577), 

Apparut à l'Orient une étoile admirable avec queue (comèie). 

Le jour du Vendredi, 8 du mois Tichri il (novemiire) (I), 

Nous avons vu un prodige dont nous n'avions pas entendu parler depuis 

[le commencement, 
Sa chevelure n'était pas assimilable à la lumière des étoiles, 
Comme les queues (des comètes) que les hommes ont vues de généra- 

[tion en génération. 

(l),Le 8 novembre tombait bien un vendredi. Chez les Syriens, le vendred 
allait du jeudi 7 au soir au vendredi soir. 

[9] 



214 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

Mais, prodige plein d'admiration et prodige des prodiges. 
Elle demeura et resta la durée de cinquante jours. 
La mesure de sa queue, sans doute possible, était de trente coudées 

[(15 à 20 mètres). 
Et sa largeur vraiment comme deux de nos empans (46 à 52 cm.). 
Et la couleur de sa queue comme la couleur du soleil qui passe au- 

[dessus de nos maisons (à midi). 
De vos fenêtres (d'où vous voyez l'astre), louez le Seigneur dans les 

[siècles des siècles. 
En l'année 1890 (1579), il tomba une mortalité 
Sur l'ile de Zabdai, et il mourut des liouimes sans nombre 
Dans Amid, dans Mossoul, dan.s toute ville et dans toute province, 
Un an et deux et Irois et quatre, d'année en année (1). 

Notre texte syiiaque montre que la comète, dont Arago 
attribue « la découverte » à Tyclio-Brahé le 13 novembre, 
avait été observée en Orient le vendredi 8, sans doule avant le 
coucher du soleil (2), et à Lyon le 12, nous pourrions même 
dire le neuf au soir, car c'était sans doute le feu avec (|ueu3 vu 
le neuf par lunctini. 

L'écrivain orient;d mentionne aussi la peste qui a suivi (3); 
po^l hoc, ergo proplcr hoc, el nous apprend que 1 i dui'ée tlo 
visibilité a élé de 50 jours. 

F. .\AL-. 



III 

LA RÈGLE DE SANTO-STEFANO-DEI-MOUI 

C'est à M^'' Eug. Tisserant que revient le mériie d'avoir 
signalé le texte éthiopien original, suivi de la traduction 
latine, de la règle du monastère abyssin de Rome Santo- 
Stefano-dei-Mori. Texte et traduction ont été trouvés en mai 
1924, à la Bibliothèque Vaticane, dans Imprimés, Prima Rac- 

(1) Veut dire sans doute que la peste dura en 1891 et jusqu'à 1894 (1580 à 
1583). 

(2) Car Tj'cho l'a vue aussi « avant le coucher du soleil », d'après Arago. 

(3) De 1557-8, lunctini aurait pu mentionner la peste de Milan, l'incendie de 
Venise, la mort d'un roi de Portugal tué en Afrique, les guerres de religion, etc. 

[10] 



MÉLANGES. 215 

colta, IV, 2218. Nouveau service, ajouté à tant d'autres, que 
rend à l'orientalisme le savant bibliothécaire. 

Santo-Stefnno tut le point de départ et le premier centre des 
études éthiopiennes en Europe. Sans cette institution, due à 
la libéralité des papes, les orientalistes n'auraient pas connu 
dès le début du \\f siècle la langue et la littérature éthio- 
piennes. 

Les manu?crils éihiopiens de la Bibliothèque Vaticane n"' 29 
(tï. 52-55) tt 66 (ff. 55-58) contiennent deux copies de la règle 
de Santo-Stelano. Dans son intéressante monographie Un 
monastère éthiopien à Rome aux .VF" et XV I" siècles, San- 
Stefano-dei-Mori, Mélanges de la Faculté Orientale de TUni- 
veisit'i Saint- Joseph de Beyrouth, t. ^^ fjisc. 1, pp. 1-36, 
.M. Chaîne a publié et traduit la oopie du manuscrit Vatican 
éthiojtien n° 06. 

^>'ous éditons ici la traduction latine (T) contenue dans 
Imprimés, Prima Raccolta, IV, 2218. 

Sylvain Giu'b.aut. 



* \'oluntate Dei Trini iiu.s omnes peregrini, qui Homae suams * ^^ 
habitantes iu alrio sanctorum patrum nostroium apostoloi'um ,.» â ' 
Pelri et Pauli, simul congregati suraus in nomine Christi, Dei 
nostri, in ecclesia sancti Stephani protomartyris, monasterio 
patrum ac tVatrum nostrorum peregrinorum, et cum placito 
Spiritus Sancti e Jstens Christus (s?ci inter nos, qui ait: Si con- 
gregati fuerint duo aut très in nomine meo, ibi sum in medio 
eoruin. Sic igitur nos omnes congregati, magnus et parvus, 
sa<^erdos, levita ac laicus una cum nostro priori {sic) Joanne 
et reverendo nostro spirituali pâtre IVatre Petro (1) Malheso, 
fdii patris nostri Takla-Hâymâiiot, ctnstitutionem legemque 
nol)is fecimus nunc stantibus et vc.neiililtus post nos hue in 
locum istum peregrinorum Hiei'osolimorum .Elhiopum, qui 

(1) Nom donné à Tasfâ-Seyon. Cl', colophon (écrit de la main même de Tasfâ- 
Seyonj du ms. Vat. éth. n° 16, loi. 61 v° : ... ^,> : tft*}, : «-f-Tr : '^A'îH : fl>A 
^ : hn-» : tYlA •■ V.e'^Ç*^ •■ WR.-m. • A,nV*<ft> : {sic) ^p^ : Hh.^'f.ftA.?" " (sw) 

... Moi Tasfâ-Seyon Mâl/iezo. fils (spiriluel) de notre père Takla-HâyminhA.dt 
babra-Libânos, pèlerin de Jérusalem... 

[Il] 



216 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

calcaverunt mare arenosum nimia tribulatione, famé, siti, 
calore solis ac ejus combustione valdeqiie eos tribulaiiteslsmae- 

* T, litae, filii Agar, ob Christi caritatem et amorem * civitatis 
i-ojj^ ipsius sanctae Jérusalem, ubi passus est, crucifixus ac resur- 

rexit a mortuis. 

His enim talibus peregrinis, cum causa peregrinationis 
venerunt hue ab Jérusalem ad hoc monasterium, praecepimus 
et velut legem ordinavimus ut eos caritate Christi suscipiant, 
lavantes eorum pedes, sicut nobis constituerunt primi patres 
nostri peregrini, deinde autern usque ad triduum, minime eis 
neganles victum atque hospitium, videant excessum operamque 
eorum et diligenter inquirant conditionem ipsorum, si sacer- 
dotes vel diaconi aut laici sint, et si intelligentes sunt (sic) ac 
utiles ecclesiae et monasterio. Et si hic una simul voluerint 
permanerp, maneant in praecepto prioris in omnibus obedientes 
ei, sivein monasterio, sive extra tam lu tempore orationis atque 
sacrificii. Si aut^'m noluerint ita permanere et obedire priori, 
sint extra monasterium ac mittantur in pace. Item si sunt (sic) 

* T, ebrii, aut percussores, * aut iracundi, aut inquirentes verba 
y'o a " litigiosa, statim a monasterio ejiciantur et expellantur, ac ultra 

neque in monasterio neque in peregrinorum congregatione 
introducantur. 

Item etiam praecepimus et constituimus pro illis qui in 
captivitate fuerunt et dispersis nostratibus, qui non venerunt 
et pertingerunt ad hune locum peregrinationis, calcantes 
terram desertam sicut caeteri nostri peregrini, sed tantum 
captivi fuerunt a Saracenis et gentilibus et deinde erepti et 
liberati fuerunt amanibuseorum et hue veneruntad hune locum 
sanctorum peregrinorum, pro ipsis et pro illis praecepimus et 
ordinavimus ut taies caritative in monasterio suscipiantur, 
porrigentes eis cibum,potum atque hospitium usque ad tertium 
diem. Post tertium vero diem miitantur in pace. Si quis vero 
ex ipsis captivis fuerit vir probus, humilis, mansuetus ac 
diligit (sic) animam suani et voluerit manere in monasterio una 
T, cum peregrinis, ut simul cum eis Dec serviat *et ut iustificet 
animam ejus (sîc) ab hoc saeculo transeunti, suscipiant eum et 
maneat ipse quoque in praecepto prioris sitque omnibus pere- 
grinis humilis, quia ait Dominus noster : Omnis qui se 

m 



fol. 232 
y b 



fol. 233 
r° a. 



MÉLANGES. 217 

humiliât exaltabitur et qui se exaltât humiliabitur. Postquam 
autem susceperint eum peregrini in monasterio, si superbia 
se exalta verit et inani gloria indutus fuerit, statim a mona- 
sterio expeliatur et eo minime introeat. 

Item rursum praecepimus ac ordinavimus pro ipsis praevari- 
catoribus, qui noiuerunt stare in praecepto prioris cum cari- 
tate simul cum peregrinis, quemadmodum superius ordina- 
vimus ac praecepimus. Hi taies extrudantur a monasterio sive 
peregrinus sit, sive qui fuerit cnptus ab infidelibus, qui non 
est peregrinus, qui seditionem inter peregrinos fecerit et 
nolueritobedire priori, et ideo malitia et iniquilate sua expulsus 
est a monasterio et alienatus est a participatione peregrino- 
rum. Tali ergo praecepimus ut expeliatur * etiam ab urbe. Et si * t 
in hoc quoque praevaricatus est et noluerit expelli a civitate, 
mittatur in carceres et ibi maneat quo usque contentus fuerit 
exire de civitate. 

Haec enim instituivimus voluntate Spiritus Sancti, congregati 
in nomine Chrisli, redemptoris nostri, ut longe sit a raedio 
noslri (sic) odium et seditio, et ut ne {sic} sit scandalum in 
urbe et populo, quia scriptum est : Luceat lumen veslrum coram 
hominibus, ut videant opéra vestra bona et glorificent Patrem 
vestrum qui est in coelis. Nunc igitur patres et fratres nostri 
peregrini, qui post nos, custodite haec quae ordinavimus exi- 
stens <Chrisius> [sic) inter nos. Omnis autem qui non custo- 
dierit haec praecepta, quae in libro hoc scripta sunt, 
anathenia sit auctoritate Pétri et Pauli, etiam prior, si fuerit 
acceptor personarum et non custodieril cuncta haec quae 
instituivimus, et ipse sit anathema ex ore Christi, qui tradidit 
claves 'suas potestatem habentes patri nostro Petro et dixit ei : 
Tibi dalto claves regni coelorum et quodcumque * ligaveris t, 
super terrani eril ligatum in coelis et quodcumque solveris in ^0 j,, 
terra erit solutum in coelis. Praeterea similiter anathemati- 
zavimus et excommunicavimus illum qui furaverit, aut abscon- 
derit, aut deleverit, aut cremaverit hanc scripturam, ut sit 
damnatus ac ligatus sicut Arius et Sabellius. 

Hujusmodi autem exemplo et similitudine quatuor scripturas 
scripsimus. Unam scilicet posuimus in bibliotheça Patris nostri 
Summi Pontificis una cum quatuor Evangeliis impressionis {sicj 

[m . 



fol. 233 

V a 



218 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

scriptam in fine Evangeiiorum. Secundani vero t-adidimus in 
maniim reverendi domini Vicarii Summi Pontificis. Tertiam 
autem dedimus reverendo Magistro domus Summi Ponlificis. 
Quartam quidem de(iiraus proteclori nostro et domino Pelro 
Paulo Gualterio diligenti peregrinos, viro optimoDeiimtimenti, 
qui etprat'cipue amat nos ex corde et propatrianostra /Etiiiopia 

T, eius utilia in omnibus cogitans [sic). * Hanc etenim quintana 
posuimus hic in inonasterio scriptam in Evangeliis. ut legant 
eam otnnes peregriiii, qui venient post nos et servant (sic) quae 
sunt scripta in ea, et ne cadant in gladium spii-itus, quod est 
anatliema, quod anathematizavimus, quatuor sa<'erdoles, omni 
^4i]thiopi, qui est Roinae et qui ven.turus est in liunc locuin 
sanctum, ul faciat et custodiat quidquiii in bac scriptura con- 
slituiinus concordes voiuntate Altissimi, ut iater nos sit caritas 
et pax et gaudium, et ut mundo corde, fide et spe lauda- 
mus (sic) Christum Deum nostruni, et misereatur nostri ac 
retriluiat nobis regnum et hereditatem suam. et iongos in pace 
faciat dies sanctissimi Summi Pontificis Patris nostri Julii III, 
et ut det pacem regil»us cliristianis, et ponat inimicos régis 
^tbiopiae timentis Deum, régis nostri Claudii sub pedibus 
ejus, et mittat in cor omnium regum christianorum timorem 
sancti nominis ejus et custodiam praeceptorum eju>;. Amen. 

T, Fiat. Et Deus pacis sit cum omnibus * vobis et det vobis virtutem 
ad serviendum ei et dilectionem, ut laidelis eum por interces- 
sionem Mariae Virginis, matris Cliristi ejus, et per intercessio- 
nem sanctorum Pétri et Pauli et omnium discipuloruin aposto- 
lorum ejus, qui morti pro eo animain suam tra(h(lerunt. Amen. 
Haec scripta fuit et corroborata in urbe saiicta Roma per 
voluntatem Spiritus Sancti, in atrio sanctorum patrum nostro- 
rum apostolorum Pétri et Pauli, in ecclesia saucii Stepiiani, 
habitatione peregrinorum .Etbiopum, tertia die septembris, 
numéro Francorum, 1551 anuo, ex quo nalus est Dominus ac 
Salvator noster Jésus Christus ex Maria sancta Virgine, anno 
secundo pontificatus sanctissimi et bonoratissimi Patris nostri 
Summi Pontificis Julii tertii. 

Suivent deux actes officiels. Par le premier J.-B. Galletti, 
« magister domus » du Pape Jules III, approuve la règle de 
Santo-Stefano. 

. [14] 



fol. -233 
yo b 



MÉLANGES. 219 

Approbamus et decrevimus ut s(upra) sub poenis ut s(upra). 

P. S. Vie. 

J.t. Bap'\ Galletti, Mag''. domus suae S'^% gubernatorilloruiu. 

Pat le second Faustus .Sabaeus, préfet de la Bibliothèque 
Vaticane, enregistre le don d'un exemplaire delà règle à la 
Bibliothèque. 

' Ego FaustusSabaeus, custosBibliotliecae Apostolicae, recepi 
liunc IdDrum a r''" Priore et fratiibus îndianis Rouiae commo- ,oi 23-1 
rantibus in sancto Stephano, quem doiio dederunt et Biblio- 1° a. 
Ihecae Apostolicae dedicaverunt die XXVIII mensis Jaiiuarii, 
anno MDLII. 

lia est, Fauslus Sab. q(ui) i^u\)''\ 
S. Ghi':i!AUT. 



[15] 



BIBLIOGRAPHIE 



David Eugène Smith, Le Oomput manuel de Magi&ler Anianus. Par s, 
Éditions Droz, 1928. 

L'ouvrage que M. David Eugène Smith vient de faire paraître aux 
Éditions Droz ans la collection des Documents scientifiques du xv siècle, 
rappelle par son titre un nom célèbre entre tous les chronologues et 
computistes qui ont illustré l'Orient. C'est à un moine alexandrin du 
v*^ siècle, du nona d'Anianus, qu'est due, en effet, l'ère chrétienne du 
Monde de 5500 devenue dans la suite, au ix^' siècle, celle de 5501, ainsi 
que l'établissement du grand cycle lunaire et solaire de 532 ans qui 
paracheva le grand oeuvre du comput al^^xandrin. Cette ère et ce cycle 
sont encore en usage de nos jours: ils sont employés dans toute la 
chrétienté du bassin du Nil par les écrivains ecclésiastiques en concur- 
rence avec l'ère des Martyrs et l'ère chrétienne dite d'Egypte ou d'Ethio- 
pie. L'Occident ne les a pas adoptés, il s'est rallié à l'ère de l'Incar- 
nation fixée par Denys le Pe it. Mais celui-ci, on le sait, n'a établi sa 
chronologie qu'en suivant celle dont Anianus avait le premier jeté les 
bases, comme il )i"a dressé son comput que d'après les règles édictées par 
les Alexandrins. 

Toutefois, quoi qu'il en boit de ces titres du moine Anianus et de tout 
ce dont nous sommes redevables à sa chronologie et au comput auquel 
il a collaboré, ce n'est pas de lui qu'il s'agit dans ce manuel, il n'en est 
point l'auteur; il est superflu de le démontrer. Son véritable auteur, 
nous dit M. Smith, fut un ho iionyme du chronologue et computiste 
égyptien; il vécut vers 1250-1300. L'époque de sa vie est déterminée au 
moyen d'extraits relevés ç\ et là dans les manuscrits jusqu'au xui^ siècle, 
mais l'établissement de son identité, la vérification de son nom offrent 
plus de difficubés. Sur ce nouvel Anianus de la renaissance médié'-ale, 
qui dut être au moins aussi célèbre de son temps que le moine du 
v^ siècle, sur ce computiste fameux, dont le manuel vit jusqu'à cin- 
quante-neuf éditions en moins d'un demi-siècle après sa première 
impression en 1488, l'histoire est absolument muette, aucune chronique 
n'en fait mention. Le fait est étrange, déconcertant presque. Aussi, pour 
tout mettre à bien, M. Smith, qui n'a pu se résoudre à laisser ce problème 
sans solution, en appelle aux nombreux travaux réalisés jadis par 
Téradition traditionnelle des bénédictins et range notre manuel parmi 
ces travaux. De là il conclut que l'auteur du manuel est un moine de 

[1] 



BIBLIOGRAPHIE. 221 

Saint-Benoit, qu'il porte un nom patronymique et qu'il a vécu au couvent 
d'Aniane près de Montpellier. Cette 'démonstration est aisée si non 
pérempfoire. On songe, en la lisant, à cet humour que manient si bien les 
gens d'outre-mer. Assurément, M. Smith n'a avancé cette solution que 
pour ce qu'elle vaut; car il a, nous le pensons, une autre opinion de 
l'his oire véritable. 

Pour notre part, en face du silen«'e de l'histoire sur l'auteur de ce 
manuel, nous inclinons à voir, dans son titre, le nom du moini-' égyp'ien. 
Maintes fois, au moyen âge, pour patronner un travail, noter la méthode 
d nt il s'in-ipire, on voit des ouvrages portant des titres cjui paraissent en 
faire l'œuvre d'un auteur de l'antiquité. Les compositions de ce lemps 
qui se prévalent d'Aristote ou de Galien ne son^ pas rares. Le nianuel 
publié par M. Smith porte un titre de ce genre L'anonyme qui l'a 
composé, en le mettant sous le nom d'Aniauus, a voulu indiquer que sa 
computation était celle du sys ème orien'al, le nom d'Anianus rappelant 
alors pour les occidentaux rachè"enient d't l'œuvre ré.lli.^ée par les 
Alexandrins. Et nous retrouvons le mêmt; fait chez les chrétiens d Egypte. 
Bien que le comput qu'ils suivent ait été imaginé par le mathématicien 
Anatole de l'Ecole d Alexandrie, devenu plus tard évéque de Laodicée, 
c'est sous le nom du patriarche Démétrius, qui conçut le premier l'or- 
ganisation du comput, qu'est placé l'ouvrage correspondant à notre 
manuel d'Anianus. Ce traité connu sous le nom de Bahr Ilasnb est 
toujours dit du p.itriarche Démétrius. 

Dans lédition du texte, qui e.st la re^ro luction de l'édition de 1488. 
M. Smith a apporté le plus grand soin. Les variantes y sont nombreuses ; 
les explications y sont abondantes, et des définitions succinctes des termes 
techniques permetten au lecteur qui/ n'est pas familiarisé avec le comput 
d'en suivre tous les calculs. Ajoutons que la typographie est des plus 
soignées, et les reproductions phototypiques qui illustrent le volume 
sont dignes de cette relique de la science médiévale. 

M. CllAiNE. 



M'i« Marie Gallaud. Sad de Vin le. Hindouisme. Un fascicule grand 
in-io, (30 pages. 20 photogravures, 10 francs. Édiiions Pierre Koger. 
Patis. 

Nous avons annoncé le premi ^r travail di M'ie M. G. intitulé Ceylan, 
Bonddhi-^me, couronné depuis lors pir l'Académie française. Celui-ci, sur 
fiapier de luxi, avej photogravures inédiles, offre un égal intérêt. A 
l'occasion d'un séj >ur dans les îles voisines de Ceylan où se localise la 
légende de Ràma, parmi les descriptions des s inctuaires, des pèlerinages 
et des rites hindous, no is trouvons, dans ce cadre évocateur, un clair 
abrégé du Ràmàyana. Ce poème, dont on p'ace maintenant la composition 
entre deux siècle.? avant Jésus-Christ et un siècle après, nous raconte 
les luttes de Ràma pour reconquérir son épouse Sîtà. On y trouve chars 

m 



222 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

et armes magiques, intervention des dieux, luîtes avec des géants et des 
animaux, massacres et combats particuliers longuement décrits. On 
songe involontairement aux luttes homériques — vues avec des verres 
très grossissant-;, — pour reconquérir une nouvelle Hélène, embellies 
d'épisodes inspirés par les guerres des Titans et des géants avec les dieux : 

Rama est cloué au sol par les flèches dont il est criblé. Mais le divin 
serviteur de Vishnou, Garuda, mi-homme, mi-aigle gigantesque, vole à 
son secours et, le toachant à peine, le guérit... On se bat à coups d'arbres 
énormes, d'épieux «t de m issues... Hanumat décime les phalanges de 
ses ennemis avec des troncs d'arbres et, détachint une crête de mon- 
tagne, il se précipite contre leur chef, « il le frappe en pleme tête 
de cette cime rocheuse qui lui fracasse, du choc, tous les membres » — 
Hector et Ajax, fils de Télimon, ne faisaient pas mieux, cf. Iliade, xii, 
445-460; xx, 745-6. 

Ces luttes de Ràma avec les démons et les géants à vingt bras et à 
dix têtes pour protéger Sitâ, n'ont peut-être pas été sans influence sur 
Lamartine quand il a imaginé « la chute d'un ange ». 

Dans ce nouveau travail de M''^ M. G. la documentation et la science 
s'unissent donc aux notes de paysage et de rites vécus, pour le rendre 
instructif en même temps qu'attrayant. 

F. Nau. 

Ignazio Guidi, Les Homiliae cathédrales de Sévère dAntioche, Homél es 
XCIX à cm, gr. 8°, 112 pages, dans Patrologia Orientalis, t. XXII, 
fasc. 2, pages 201 à 312, Paris, Firmin-Didot, 192J. 

Al. Guidi, qui poursuit infatigablement ses travaux pour le p'.us ^r.md 
bien des études orientales, vient d'éditer et de traduire en français 
cinq homélies de bévère d'Antioche, dans la rédaction syriaque due à 
Jacques d'Edesse. Ce travail forme le /début du dernier volume (Homélies 
99 à 125) qui sera consacré aux homélies de Sévère. Ces cinq homélies, 
prononcées du 6 novembre 516 au 5 novembre 517, traitent : 1° de l'anni- 
versaire de la promotion de Sevéfe à l'épiscopat; 2° de la martyre Drosis ; 
3"^ de la Nativité ou Epiphanie; 4° de Basile de Césarée et Grégoire de 
Nazianze; 5° de l'Kpiphanie. 

Nous avons déjà montré deux fois dans cette Revue l'importance des 
Homélies de Sévère, patriarche d'Antioche de 512 à 518 et mort en 538, 
nous nous bornerons donc cette fois, pour ne pas nous répéter, à nous 
demander ce que les Grecs d'Antioche pouvaient penser de leur prédi- 
cateur. Nous y arriverons, croyons-nous, en cherchant ce que le prédi- 
cateur pensait de ses ouailles, car les sentiments, bons ou mauvais, sjnt 
d'ordinaire réciproques. Nous allons constater que Sévère n'était pas 
tendre pour les habitants d'Antioche ; il n'a guère que des reproches à la 
bouche et chacun, comme on le dit parfois, en prend pour son grade : 

D'abord ses clercs : 

Le chantre devenu lecteur croit avoir trouvé la liberté, parce qu'il 

[3] 



BIBLIOGRAPHIE. 223 

échappe ainsi à l'office de nuit et qu'il peut maintenant passer toute la 
nuit « à ronfler » dans son lit, p. 215. 

Le lecteur devenu diacre n'a recherché les fonction-! du diaconat que 
pour être revêtu d'iuie splendide tunique et décoré d'un vêtement de lin 
somptueux qu'il porte sur l'épaule. 

Sévère connaît c beaucoup de sons-diacres » qui fuiraient comme un 
déshonneur la char;^e d'allumer les lampes à l'église, si ce n'était la 
nourriture qu'on leur distribue chaque jour. p. 216. 

Les prêtres et évèques se contentent du no n et du tiône et onb'ient 
totalement de vaquer à leur office, p. 217. 

Les fidèles sont a ssi mal tiaités : Les hypocrites semblent nombreux, 
p. 218-9; 22G-7, 294. Ils écrivent « un tel qui est revêtu du sac », « un tel 
qui porte des chaînas de fer » : ils se nomment « persévérants » ; ils 
s'enflent et se prévalent de cette dernière appellation et on ne les voit 
jamais aux offices de nuit ni aux orato'res des martyrs. Ses paroissiens 
sont tortueux, amers, durs, fourbes, calomniateurs; ils traînent devant 
Ips tribunaux ceux qui ne leur doivent rien, p. 300. 11 y a des couplets 
spéciaux contre les courses de chevaux, les théâtres, les cliansons licen- 
cieuses, p. 301 ; contre les veuves qui voudraient se remarier une troisième 
fois et auxquelles il ne le permet pas, mais surtout contre tous les liéré- 
tiques. Sévère seul a compris tous les mystères, ou pluiôt il n'y a plus de 
mystère pour lui, aussi il sait dire leur fait à M mes, Sabellius, Eutychès, 
Nestor.us, p 227-8. Ce dernier est encore servi à part, avec les « petits 
de ses corbeaux » et les diphy-ites, p. 269 : « Qu'ils soient déctiirés et 
anéantis ceux qui divisent le Christ par la dualité des natures après 
l'union... Comment serons-nous charitables envers ces hypocrites? » 
p. 294-6. Or ces « hypocrites », comme il les appelle, avaient été les maîtres, 
et allaient bientôt former l'universalité du monde grec uni au monde 
latin. On comprend donc très bien que tout le monde grec ait abandonné 
Sévère et en ait brûlé très volontiers les écrits. Les Syriens et les Coptes, 
qui détestaient les Grecs leurs persécuteurs, se sont seuls délectés du 
souvenir de Sévère et de*la lecture de ses traductions. Ses invectives 
avaient dutaché de lui les habitants d'Antioche, qui étaient grecs presque 
tous; et le pauvre homme ne s'en apercevait pas. L'accue 1 fait à ses 
demandes d'argent aurait cependant dû lui ouvrir les yeux. L'église de 
sainte Drosis avait une coupole au-dessus de l'autel (ciborium) (1; soute- 
nue par des colonnes d'argent et Sévère s'était imaginé que la coupole 
aussi devait être recouverte en argent. Ces monomanies nous expliquent 
comment les Perses bientôt, en 540, et, plus tard, les Arabes, trouvaient 

(1) M. Franz Cumont s'est demandé (Études Syriennes) si le ciborium au-dessus 
de l'autel n'était pas une imitation des coupoles qui se trouvent si souvent en 
Orient au-dessus des tombeaux. Sévère en donne une autre explication, p. 246 : 
« Cette coupole représente la forme du ciel,... afin de montrer que nous, qui 
accomplissons les fonctions sacerdotales sous cette coupole, nous nous tenons à 
l'intérieur du ciel à l'exemple des armées incorporelles. » 

[41 



224 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

tant de richesses dans les villes qu'ils prenaient. Car si les particuliers 
pouvaient cacher leurs biens, il restait toujours les piliers et les coupoles 
d'argen. des églises. La requête de Sévère n'a pas eu de >uccès, car il 
dit : « Personne n'a condescendu à apporter, pour une telle œuvre p'euse, 
l'offrande d'une livre d'argent » et cela lui donne l'occasion d'inveciiver 
les hommes qui mangent dans des plats d'argent et les femmes qui se 
rendent au bain sur des chars resplendi-<sant d'arg<-nt, p. 247. 

Ce n'était pas pjur lui concilier les riches, aussi le P'' janvit-r 517, 
révenant sur le même sujet, il dit qu'il n'a pu convaincre ses auditeurs, 
à qui il demandait » un peu d'argent ». Les uns, dit-il, ont applaudi sa 
parole sans rien lui donner, il n'a reçu que « de pet.ts dons », et il trouve 
encore moyen d'insulter ceux qui lui ont fait ces « petits dons » en disant 
qu ils l'avaient fait « hijpocrilement » pour s'attirer son amitié, p. 286. 

11 est remarquablt d'ailleurs qu'il se maltraite comme il a maltraité les 
autres il s'est « enorgueilli de l'onctioa épiscopale, il est demeuré dans 
les passioi.s cliarnelles, p. 208; il n'est pas pacifique, il >e laisse aller à 
la colère, il incline vers les pass'on^î, p. 223, aussi il s'écrie : « Où est le 
patriarche en cela? Où est l'archevêque? » Ce fascicule en et! et - si 
Sévère n'avait l'excuse d'avoir voulu imitée tant d'amers prédicateurs 
ne nous dénoterait pas ua patriarche, et nous ferait croire qu'il aurait (Jù 
rester moine toute sa vie, occupé de sa seule conduite et perfection. 
Nous renverrons aux généralités données sur les Homélies d-î Sévère, 
t. XIX, p. 331 à 333; t. XXVI, p. 1 à 30, et, pour ne pas trop allonger la 
présente notice, nous nous borner, ais cette fois à ce point de vue, peut- 
être inattendu, qui nous a montré, d'après la lecture de quehpies homélies, 
les sentiments sans (lou'e réciproques de Sévère et de ses diocésains. 

F Nau. 



Le dlrecleur gérant 
K. Gkaifin. 



Typographie Firmin-Didot et C". — Mesnil (Eurei. — 1030. 

[5] 



o 




LES INSCRIPTIONS ARMÉNIENNES D'ÀNI, 

DE BAGNAIR ET DE MARMACHÉN 

{Fin.) 



192 

BAGNAIR. — Au-dessous de l'inscription précédente : 

1. [ iJr'in\nw'biW9''bh8]'p.ùVÀ^imA,ui,n%'bnp 

2. (inH-rhh'bbhbsnhMjP'nhMUSHmnttUi'i'nhirnhs 
iMhhh''mjbKivin'bVM'H'^nrNm 

3. anhWihiwvAdViiwnhsnriwbnikn...^briJsi''ht,n 
'h'hbnsirhur-vxnhfihibrush'b 

4. IWNIhPSU 

Transcription :[.... Wm-pp] KuinnouÂiu^L^u, •jîifeq/' ^(/ukÇ- 

Ltuliu a^nnli nn iL«iinu/iu, ai. binriL n unLnji riLluinUf ihniuuiiuL ^nnn(A 
fiunli) : /• iL«n_/jûp auhin^uiliiuu luianu nn h iiujnni.u auiùiuuiuliiun 
lULiniuniunhiui l^n, i,tihbnuipj ilbnuinniif ^luunhnA unuin.iuhuiL.pUf (bl. 
uinLUip) uknuuinh n uni.nn ni-juuiu : 

Traduction : « à cette [Sainte-]\Ière de Dieu, j'ai 

acheté le terrain de Chahik qui est à Agral<;, et je (r)ai donné 
à ce saint couvent, en souvenir de mon àme. Ma propriété de 
vigne d'Aritchq, qui depuis longtemps était aux étrangers, moi 
et mes confrères ["l'avons achetée] de nouveau (et) re(donnée) à ce 
saint couvent. » 



[184] 

ORIENT CHRÉTIEN. 15 



226 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

193 

BAGNAIR. — A la suite de la précédente : 

1. buunp'hM]bsnha]'iriw'hj'\jnnhirunirbSN»lbrnb 
rnui»n 

2. iœMhMU8iVbnh'i,hirn\snrnHhfU:%nhr 

Transcription : bu^ JJutnaltUf fcmnL o/iiî uiia/iL np /i [/*ui fiiîfcin/i, 
Il ubniuU] C7ni«u/utu(i), n iinLnii nLlvinu : liuiuniAi bu uiiumiunuinn 
'Pnnuinnu 7* tuLn : 

Traduction : « Moi, Sarguis, j'ai donné ma vigne de Marmet, 
située sur TAraxe, à ce saint couvent. 3 jours en mon nom le 
Christ sera immolé. » 

194 

BAGNAIR. — A la suite de la précédente : 

i . buiinrhnhivhifbsnhpj^ ir2hfi- 

Transcription : bu^ WuipLnLm^u, bmm. t^â AlipiuÇium ^i^ii Hij^îi 
nn n 'luipnLn nniuliu : Ouiuni-h nii iijiuiniuniuan 'hnhuinnu /' lULn : 

Traduction : « Moi, Sarkavag, j'ai donné la demi-meule de 
mon huilerie qui se trouve à la porte de Kars. Le Christ sera 
immolé 3 jours en mon nom. » 

195 

BAGNAIR. — Au-dessous de la précédente : 

bU'hnt,nrhhVbsnhui'irs'bbrhvtin\rn\rh'ijV8n'bnKbhu 

Transcription : bu^ 9'n<îiM^^^u, tuim. ijj^S m'bbp ^ Vnupp lium- 

ni-iucfiuanhu : DuibniAi nu luiuiniunutan h utun : 

Traduction : « Moi, Goharik, j'ai donné mes maisons à cette 

ri85i 



Li:S IXSCHIPTIOXS ARMÉNIENNES d'aNI. 227 

Sainte-Mère de Dieu. 2jours de messes seront dites en mon nom. » 
La forme vulgaii-e mîrfe^ pour mnJtu est à noter. 

196 
BAGNAIR. — Au-dessous de la précédente : 

6'//^^///7/////^/;//7•'/•f'^^J^^S7//•i!^/AS7//•V^fr^t^'/ï^^^^l^ 

Transcription: hu' l'f'nfinunin U'iulipuip, bmnL a^â mndt'ii . /ïl 
binntJj nu<\ /* lULn uiuiinuiniua : 

Traduction : « Moi, Tiiorossontz Mkiiiliiar, j'ai donné ma 
maison, et on m'u assuré 2 jours de messes. » 

197 

BAGNAIR. — A la suite de la précédente : 

1. bJi(iii:,iVhhUf'fnHnii 

2. hiir'h]'UbsnhUhuy.v/iA\r/hiirhn'i,hunri''h!i2nHvi, 
iWbU\siihm^'i,Fh2n\si\rivh.h: 

Transcription : //i/ f^iyuîj^u, t^iui^i^nuli nfiqliu^ bmtiL. iWiiî 

Ciuniuah nn n ripAnnnli ntXiujutuniuttli : i^iuinriLalib nliA uiiuintupiua C7 ; 

Traduction : « Moi, Holiannès, fils de Thadéos, j'ai donné 
mon moulin qui se trouve à Glidzor, celui de gauche. On m'a 
assuré 5 (jours) de messes. » 

198 

BAGNAIR. — A la suite de la précédente : 

i. ijijsnuvb'i, 

± huiirhhnthiifbLb^bsnh^hiriihvm'bmxnd^h'hi 

Transcription : bu Sn^utyLI^Uf npt^ji Vin.tugbi^Ji, binm. aliâ ^^u 

[186] 



228 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

luLu piuiiuiali p ripiXnnhUf nn ijn^b ^utiniui-n^ubL : liuiliniJi bû 
luuiuiuintuqn l^nnuinnu h (mi_nl : 

Traduction : « Moi, Hohannès, fils d'Araqei, j'ai donné ma 
demi-meule de moulin qui se trouve à Glidzor et qui s'appelle 
« Hatorhnik ». Le Christ sera immolé 2 (jours) en mon nom. » 

199 

BAGNAIR. — A la suite de la précédente : 

mb^ôbu-'ibnno^msiwv/hMut'Vmbr.n. 

Transcription : bu IÎ/l/ilAu, binni. ajiS mniAi U unLnn pl/uuiu 
nn niiiinçu T'tu'ÇiuuDun huhnhqnni : 'liuiniunuinn T'nnuinnu nuA 
lULfi C : 

Traduction : « Moi, Ariutz, j'ai donné à ce saint couvent ma 
maison qui se trouve vis-à-vis de l'église dite Qaliaiientz. Le 
Christ sera immolé 1 jour (pour) moi. » 

200 
BAGNAIR. — A la suite de la précédente : 

MKnpnir;nt,imrrid\u-ôhbsnhui'irî,n3rb'bhn3'h]''b 
hUP'nN»suUisnh8{sic!)hWMi\si\rm: 

Transcription : L*u' »î.m^iijuj^m<Çu lî^îmi/^fci^^, hinm. t^S '^mi^plitlt 
uiiqliîi 11 unLnn ni-luuiu : ^luinnuilnu) nuA h uiiuinuMniuq : 

Traduction : « Moi, Vardachah d'Achnak, j'ai donné ma vigne 
patrimoniale à ce saint couvent. On m'a assuré. 2 messes. » 

201 

BAGNAIR. — Au-dessous de la précédente : 

1. bvnhbSN)bKmnr'hb%iJsnhn'F'anh%sn'id\sh'bti 

2. ihnwhsiwh^.fhw-r.n.uhbsbô'b.nxmnnb'ih'b: 

[1871 



LES INSCRIPTIONS ARMÉNIENNES d'ANI. 229 

Transcription : uu^ "i-tui/iu, fei. l^iuauinnanu, uinLuip atli-niniu- 
uiuuinh Iji^uh n uni.nn nLJuuiu : LlnAiaU atuu n uiuinbli / * iui_n . il 
l^LamliaUf Ci ^ujnu/rintn/iîi : llin/iîi (i^) h l"'iuann : 

Traduction : « IMoi, Avétis et Hazardegh, nous avons donné 
la moitié d'Oughtanat à ce saint couvent. On dira annuellement 
2 jours d'offices : 1 pour Avétis, 1 pour Hazardegh. — La vigne 
(se trouve) à Tliamir. » 

202 

BAGNAIR. — Au-dessous de la précédente : 

1. biJU\sriuinn'i'mhVi(fn(ii'SnMi'jrt,n3rb'bhns'i' 

2. (inhT^rb^ui'OVJhVJxnn'nhià-bU^iin bKns 

Niri^nni'i'narhm/biniOmnmivx'h 

Transcription : 6*u' 'îfcin^nu, npi^^i ''/uu.fjnun^, femm. ^lî ^ut^pyîiji 
luianu n iMl^iuuuiUi uiului n ^i^iunnhiuhq, n Uni-np. i («uuinLiuatuCTnfiUy 
n iiun-iupUnnnnLpkuiu ^win .....: Ul. ^lUintiLtinU h uiiunbh ^ uiLti 
uiuimuinuia. . L\ PUtX^ L\ L*unLniuuinuihiuli]f li nu ^uilii II, Il i^iunlib- 
Lnn/iu, il '/*ninLiuiiu, il tSiuiuuLiuuu : 

Traduction : « Moi, Pétros, fils de Paughos, j'ai donné ma 
vigne patrimoniale qui se trouve à Ochakan, près des Vardeanq, 
à cette Sainte-Mère de Dieu, le supérieur étant le Père... Et 
on a assuré jours de messes par an : 1 pour moi, 1 pour 
Açourastan, 1 pour mon père, 1 pour Harkévor, 1 pour 
Qouyrik, 1 pour Haïsmik. » 

203 

BAGNAIR. — Sur le mur extérieur de l'église de la Sainte- 
Mère de Dieu, côté Ouest, dans le porche : 

1. buUwiWjnvw^8h{sic!)nrn'hirH'fà'nrni:n-nMJh^ 
p^nn-'bUwLlh'bmnhh^bônei'UnhrKwnirh'biJbhen 

[188] 



230 REVUE DE l'orient CHRÉTIEX, 

3. h'bi'Vfi3nhi«siJbhibriMrf^nbMjnn\Hii»nm,ui, 
nsnhdh'bhsnmsnmmisiwnwnhP-nhP'bt.n 

4. n'iN'irb%finhi%bh!ibrfinNj^hnsniAM\snnM 
f^'hri'VUhrt.'biAMiBbhsiw'b'hiw'hnrr'nô 

Transcription : bu^ i^iumui Umj^njitjli, n^i;^^ irjulipuiiiiui^ ^n_iu- 
/ni/iî/, PnnJi ^uiJi^i/iL, tu ui m l/iL tu iiii /i l/j7i_nu iluinnLuiùuiùhUu Cl 
luiii ii/iLnupu, /îL, liuiuîr i/in/jni_/Jfiiuîi <Çnann ùb^na^ binnu aùbn 
nuiUxuinhlM <Çitiintîj/ip tîL/lîiîi tjlll^u niuhliU h utiunn iiii_/uuiu . fcl. 
ibniuSiinli : C/l unpui Jinluiunl^liu ^luinnuanh h uiiunhh iniuuli uiiii- 
miuniua. ntH-O tULnlt^ *^uiJ^i/i, /iiî fenniiiLiiîi, ti. nbninLuU '/iiiiniu^Ii : 
'/uiinuin/up nnhu^ lULn^hnu il«uinnLOni cil nuukhuidi ununn : 

Traduction : « Moi, Hassan de Kogiib, fds du chef AlJvliiiliar, 
petit-fils de Hamei, j'ai eu recours à cette Sainte-Mère de Dieu 
et aux autres saints, et, pour le salut de notre àme, j'ai donné 
le demi-denier de notre propriété d'Akin et ses montagnes (?), 
achetées de nos deniers, à ce sai nt couvent. Et les congréganistes 
en récompense ont assuré dix messes par an : huit jours pour 
Hamel, mon frère, et deux jours pour Kata. Ceux qui exécutent 
cet écrit seront bénis de Dieu et de tous les saints. » 

Ligne 1 : hnnn^gji pour hm^piutjji ou '/ii/^pfei^^. 

204 

BAGNAIR. — Sur le mur intérieur du porche de l'église de 
la Sainte-Mère de Dieu, côté Sud : 

ahw'hm,m'hi''bî,in.brhibnf^}^nsi''bhn 

Transcription : bu Itiu^^bp 'i^pui^nu, tî^mpuiLt^Cui]^ /i /^i^lftc/», 

Traduction : « Moi, Chaher Kirakos, [je me] suis affilié à 

[18!:)! 



LES INSCRIPTIONS ARMÉNIENNES d'ANI. 231 

Bagnaïr, j'ai donné mes terrains situés à..., au-dessous de..., 
achetés de mes deniers. » 

Cette inscription n'est pas achevée. 

Ligne 1 : k^nn^. pour Lmnu ; V. à ce sujet le N" 9. ^nqbftl pour 
<Çniju. — 2 : lnlz=ln^l? Je n'ai pas pu établir la signification 
du mot ^t^liug-ljl ; à signaler l'expression vulgaire îr^^ig/i (pour 

205 

BAGNAÏR. — En dehors de la ville, sur le dos d'une grande 
croix en pierre sans piédestal : 

1. irA,WnhhVP'H'Jf 

4. UJuii'bVi'bbdhuiir-nrbh' 

6. inôMmozn'ihnurmvHixf' 

7. vFhnrf'ibptiimvhi'f' 

10. mvsruniisiiimiuius y 
M. a\rir'bii6i'ir,bnthhiMi 

il. ŒsU2lb^8hr,lbUdhl 

Transcription : [(/lr]np<Ç/»LÎ' '/^(«/'"«nn"/», bu^ ilTn^i-ul^u giu<^iu'bui^, 
[^ujn] Jtn/i uni_nM T/^iAiLCu . Lujîi]i^ïrtn^ uui puj^t^u[iui-u iu]n. '/"p^u- 
innu' /lira L ÂLnn[ujo /iiîn]a : [fi'i^ /rp]j^pti^ui^ni^^ ['Pp^uinnu^i, np^] 
bnLniuuitil^p [uni-nu ^/^Jujlf^u' ^[/ni-uC^u /l £jéîi]nijuîi ^iiî /l tjtijCpiu^- 
nnu nuin] ^Jnnni /l nuin iî[uin^n^ !>t\^3^f^ t •^f/'""'"" * CliuuïnmiA 

Traduction : « Par [la grjàce du Christ, moi, le prêtre 
[Mojusès, j'ai [fait ce] saint Signe; j'ai [éri]gé celui-ci pour 
être mon inter[cesseur] et (celui) [de me]s paren[ts] [aupjrès du 

[190] 



232 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

Christ. [0 adorjateurs [du Christ! vous qui vous] prosternez 
devant ce [saint Sigjne, [sou]venez-vous auprès du Christ de 
Mous[ès, et de] mes [parjents, et de [mes frèresj spirit[uelsj et 
c[orporeIs]. [Que Dieu se] sou[vienne de vo]us! » 

Lignes 2 et 8-9 : Wn^ul^u pour l]'ni[ul^u, — 4 : /fuiL^Lt^^ pour 
i^iiiïiijïifeg/i . — 5, 9 et 10 : L pour t/». 

206 

BAGNAIR. — Sur la chapelle de Saint-Grégoire, côté opposé 
à l'inscription N° 149 : 

1. Lbimnn^n3:i¥hi'rh'i'nnjjnr 
2 inusnsnM, 



Transcription : Lbu Âiun-iup f^iiliuinnuli^ 9'p^ijn^u, np 

^ujuuiiuinnL.u : 

Traduction : « [Moi, serviteur] du Christ, Grigor, qui (?) 

ferme (?). » 

207 

BAGNAIR. — Au-dessus de l'inscription n" 165, sous 
l'arcade : 

Transcription : {.Shlp, niinfiShtu 3ni[wiïiliuli : 

Traduction : « [Seign]eur! aie pitié de Hovanès. » 
Ligne 1 : (Jm^mL^u^ pour (inil^ui'Lîini.. 

208 

BAGNAIR. — Sur un des chapiteaux des deux piliers de la 
porte occidentale, dans le porche, église de la Sainte-Mère de 
Dieu : 

1. -^mmsnnsij 

I191J 



o 




LES INSCRIPTIONS ARMÉNIENNES DANI. 233 

Transcription : ...um^^ m^u tfui^C^iu ^^L : 

Traduction : a » 

209 

BAGNAIR. — Sur le chapiteau du pilier opposé à la pré- 
cédente : 

Transcription : l^ "pi"^ uiujiuip uilblÇ?) -. 

Traduction : « » 



III 
LES INSCRIPTIONS DE MARMACHÈN 



210* 



MARMACHÈN. — Dans le cimetière arménien, sur une 
ancienne pierre tombale : 

4. sbnn-'bn'bUbhnôbivjirbirh'b^nu^nhrnwbh 

5. iiMmhPblMMhlWSnhn\r4»ni»bônbhl<i'nih 

6. mh^^l1JJh^rsrsnhlr.^^%mblr3hî;bmhfahu 

7. bhnVSnhUlrilb^n'UWirbUôh.P'Xii'h : 

Transcription : Ciu ^^uiit^jium l^ Umjiliuif^, tuf^iu^lrn^îj 'Vfiliuinnulif 
'llinO H^iu^niuâiuli) '/uj<Çl""-ni.îinM, hnhiiuhuiq jinhiuilin^ 
Puinbn onqnuthiuif ^uiina ùiunauiiulinf 
ot«un_L iMiÀlii-Uialiuia âb^hi H^iuuiunLniuLuiuji : 

il92j 



234 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

'ïnuaiLntiu(i) iujl (Auinnuiua ihnlubnutfn ai. Pnnp 
.J^iuLiuLu nu mninni-U ; VinuiKaUf i/infcuO/ip apu, 
UL. LiuinnmjCT Ana nnnnabuan : /""(tiLnU) (/'//•: 

Traduction : « Ci-gît Sophia, servante du Christ, femme de 
Vahram Pahlavide, prince des princes, fille de Tigran, 
marzpan d'Arménie, seigneur du (district) d'Andzévatziq de la 
grande (province) de Vaspourakan. J'ai rendu l'âme à Dieu 
prématurément et j'ai laissé tristes mes enfants; je vous prie, 
souvenez-vous de moi, et que Dieu ait pitié de vous! L'an 
464. » 

Je n'ai pas vu cette inscription; je la donne d'après Mkhi- 
thariantz {Topographie de Marmadiën, p. 7). J'ai rétabli 
moi-même les vers d'après les rimes. 

La date 461 de l'ère arménienne correspond à l'année 1015 
de notre ère. 

211 

MARMACHÈN. — Sur une croix en pierre encadrée dans le 
mur extérieur et occidental de l'église de Saint-Étienne, à côté 
de la porte : 

1. +/9-/iK : u : bnirnsnfn-hiwh'hbô]' 

Transcription : (^n^fil) "ht, -. bu ÎTuiuim^Jfc, ^uiLijîifci^^ : 

Traduction : « En 470. Moi, Matathé, je l'ai érigé. » 
La date 470 de l'ère arménienne correspond à l'année 1021 
de notre ère. 

212 

MARMACHÈN. — Sur le mur extérieur de l'église de 
Saint-Étienne, côté Sud : 

1. r,^nrt,hh^mbiKni,nnirhGi«m,nôHi«n'bbhn'bià'h 

msmsrhhnr'hh'hPh'hnrhhr;]«n\jh^nonôirb\rmh3b%h 

2. mit.LUhnh^hbhhannirhôiJPNWvhrp'hnrht.mnôi 
nhunhiirQhnrsnxn'hUhf^usnhuns'bt.hir'bn'hnbôh^ v n 

[193] 



LES INSCRIPTIONS ARMÉNIENNES d'ANI. 235 

:^ . %nriwi'bhhfà'iihi\iii\^nu\ond^h^bhhnsnrbôw 

nonn 

6. ^'/•0^r.,^,s7'ïi/'^[//»?//.r-r,rf-/'îr'Uîwcïi7'(7/"K7/n5/'f7/" 

7. U^oniunirPMVbbhWiVhnhh'hU^u'^L'nrfbn'mirb 

i\rbuwr'in^rbhnrv^imm7rn(ibhurh2nhsnn-nsnh 

9. tà'blu^r^bH\lrbu^6'bt^^wN^f'M/hrhnf^ilM\w%li 
hWhi\r,hnr:,i'Ubha^niJsmniW^biibu-sbnô0h'bb8nf- 

bhmL 

10. t^mnhirbhbXbôMJbM^vxnrnsjjt^iwôusbnj'UVh 
U'USbn'bJiirbiui6un'V,hb]:msnhn^lirb\Tn8nh8n'fibhU' 
i\8nh8nf' 

1 1 . iwbuwvNi3hhr'Lbriiirr'f'bhq.nf;snh'm hn'u'h 
b8i\f'MJi\'hbVJbM\'f'i^PVMnn'bun'hi'y,iJâr^n n-arw, h'h 

1-2. vji'hPj'ii'hNn.bhâ'^iwsm'h'i^unnnHh bhs,mnsn 

hUbPhbhlbhnS'hhh^lthn'bnS'hhPirrb'bhnd'hhfhSn^jhS 
'i.brbhiiXWhll 

[194] 



236 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

finsmsnhhSb^hdirbabhnn'hNmwbnndbhwr'hbônf^ 
Mbfh^ur^mhP 

15. brbU'Hibbhnr^h^hsnstnr'hbônhiJiujP'b'i.hiJ'hnr 
lA^nr^hMôbui. bH^m^iWb'bUisnbôuii'bi^hWibiMV'b 
phj'nih^'hnhn 

16. riwur-nhMPUsiWh^^nW'iwm^vr'm^i^mmj wh 
\,u-hbuuMuni^Mru-in-n'N'jrbrnôhiwsnhsnrn8 
nhmnmrbrasnhpuhvr- 

17. nhMhmnhivJb3m,b'inirz,n3riwâU'bi\mmji»n 

VMihnhbhirbSbvsiA.m'PiW'imsi'iJiinrf' 

18. UwsnsimjWt.b^unhm'hiJU'brnhri^bnLbXhn 
^^ 

Transcription : (/Irn^is/'LÎi l\umni.hn^, tu' 'Z.ui<î^nnî, ^i^^uixiLui^ 
nnhtmli au unilJjiiinuin luiuuinbL^ "Plr ''Prt^Pr h2r" r *^'"("9 
U baïun^ h nonh /«ii<)l"ii-ni.Ln, fci. h aiunûnq Unnnni Ppbnnnb, 
^uiinq l,ni_uniLnn</i, nn luinuiqu n 'Vnhumnu inLunni ^liahiunntiqn 
qunLnn bL. qinnbqanniLiuli nLluinu 13 lunuiui^t^li : ULuauii n hL,b 
PnLiuuuiuhli Z^uiintif luiLni-nu Uiiimiiniui^ nnni.ni li^nmni, Z,iuina 
fffuiaiULnn/i, unUKUL n diuuuiutuuu linuuihnun ^ nnriLni l'uinUiui ^luina 
nui^iulinui^Pf uitiAi nuiuuinunif npunnp cl jinunninuinuinn . ul. n 
lanLiuLuihu ^uiinn (i^/,, ti. uiuiniiipkniup uaa puiufiL ht. aiuqnLU 
auijiinL.Pf huf bl. uiuip pu GnLnpUf Z^uiintt mpuhiuq uipuphf ht. 
hnpiupp pu 'f^iuuuiu, p^juiuhiuq p2luiuu^ np uut^utuiuilikquiL p l"'nLp — 
puia ujuiuihpuiqupf bl. Ltpipiujppp, .^ujinn uiupauiunif ul uuiunLuh 
Â^utilnÇf npp çuip uiuhuutni uiuiup ai. uin^upL. ^lULUiuiiuppup uikpiuun 
uhpntif UL. Uut^tuuiuiLauii p dapuili) tniuîfu Z^uiinn, luofuuiuini-Pbuiupy 
BL. uiphuiup uhp BL. npnLnq ubpnq, bl. auiuAnLa ujn_uimni-n7iïuiun, 
fei. uiUBUuini ^uuippLPf rulinpt^iup qpiuinuinnLPpLUU lunjuutp^pUf bl. 
q^utuuiuiuini-J0pL.uu BUBqkqBuiq : OpuBqiup bl. utn pujqnLU hqBqBqpu 
bl. uutunpuiiUf Ptu/Q quiBqp ^uihtiuuiBuiuu ubpni uin-UiLBÊ iquiuiuLnu 
uhaïuqnLquip bl ipuiqnLqujp uiuouuiiu ani/iL.p, lupuiupp bl quLn- 

[.95] 



LES LXSCRIPTIOXS ARMÉNIENNES d'ANI. 237 

miut-p. lULiulinbauip h uut aunu ti_ fci. uiauinuimj, niiiîjAujn Aîiu . 
i^/*iuijui^tuîi^ ^"7 "'- ib'-P mtiuinutljîi, a Pnnjiuli^ bi. d 'inninuiîiiiîf, 

«i^^/»^ ^luijuii^. ti. /• 'Oiuniua /i Pnnu. h ili^"'"'^'"^//'^ "M^A* 

U phup un^t^p^. h l^»"h inUhn bu LnuiiuLiuili : I/l aiunniunliauip 
t^uiij uiùbliuiiu LuinSnLlJliuiilnf h ili2tuuiuiL iiuL.liinliïthn âba /tl 
"P'l''"3 "°^f"3 • '''- ^^"Pl^iJ^U t ^^"-^ unupa Z,uji.n L'ntiî/iiuM/i, ti. 
n^ '{^"/' {^iiipnpri^btjuiL Unupiililçui^hj^ innliïi nnnliuinliiuj : fri. 
liin/uiijfi^îi ^niintiLnûiuli nuLiuibiui Sbn Jiunnu'bniULnniun unupa 
nLtumnu uiiunbh J^ oui n.iu un LU p, tuUJuiumiuUj ùnh<bL. h aiuinLuinÎ! 
l^njiumnun : l«n«, "/«V "P /» utnnn LtuiJ iiULUiiunuia uiLiua nn nâbn 
ainriLiiu n unLnn nLluml^u uiiultiuubniuul^f buiû ^uiin nn nâbn àiuSu 
niuiiniuUt;, LPujpu nnn2biui jpilLh /'J 'Pn/iuinnu^, fci. nuiuinn Itnnui 
uiuiniuuuii ib^lhf "^ "/' tntunç lim niliuin-U L»uinnLOni. pulli nnp 
^tuumuiinnL.u uiiu^bli qiuLiuUnu ubp lULp^Ubuti bnltapu : 

Traduction : <> Par la grâce de Dieu, moi, Vahram, prince 
des princes et proconsul patrice, fils de Grigor, prince de la 
Grande Arménie, de la race des Pahlavides, et de la famille de 
saint Grégoire, l'IUuminateur des Arméniens, qui, par espé- 
rance en Christ, ai posé les fondements de ce saint et universel 
couvent de Marmachên. Commencé en 437 de l'ère armé- 
nienne (1), aux jours de Sembat, fils d'Acliot, roi d'Arménie, 
(fut continué) jusqu'aux temps de Hovhannès, fils de Gaguik 
le chahnchah d'Arménie, homme intelligent, constructeur et 
pacificateur; et en l'année arménienne 478(2), nous l'avons 
achevé avec beaucoup d'efforts et des dépenses considéral)les, 
moi, ma mère Chouchik, dame des dames d'Arménie, 
et mes frères : Vaçak, prince des princes, qui fut martyrisé 
dans un combat (contre) les Turcs, et Ablkharib, marzpan 
d'Arménie, et le jeune Hamzé. Nous, et toute n(Dtre maison 
et notre race, nous étions dévoués à nos maîtres et luttions 
pour la maison d'Arménie, en travaillant, et avec notre 
sang, et celui de nos fils, et en (dépensant) beaucoup de 



(1) C'est-à-dire en 988 de notre ère. 

(2) En 1029 de l'ère chrétienne. 



[196] 



238 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

trésors, et nous faisions tous nos efforts pour obtenir la paci- 
fication de notre pays et la conservation des églises. Nous avons 
aussi construit plusieurs autres églises et couvents, mais 
nous avons plus favorisé et plus honoré le lieu de notre repos, 
et nous l'avons comblé de tous les biens, de montagnes et de 
plaines; nous lui avons légué des villages et des fermes, 
achetés de nos deniers; le village de Bagaran et sa ferme, 
Godiq, Portang, Araguetch, Azata, Asmané et Eznka; des 
vignes et trois moulins à Ochakan; deux moulins àToghq: 
une vigne à Achtarak; une vigne dans la plaine de Karbi ; une 
vigne à Serkevlé; une vigne à Vjan; des vignes àMrèn; des 
maisons et des boutiques à Ani. Nous l'avons aussi embelli 
avec tout le nécessaire, en souvenir éternel de nous et de 
nos entants. El nous avons arrêté par l'entremise de saint 
Père Érémia et puis par son successeur, Sosthénès, son fils 
adoptif, que nous recevrons, en récompense, des membres du 
clergé de ce saint couvent, 6 messes par an, sans opposition, 
jusqu'à la venue du Christ. Donc, si quelqu'un des nôtres nu 
un chef des étrangers diminue nos donations à ce saint 
couvent, ou (si) un Père met obstacle à nos messes, [que lui- 
mê]me so[it] exclu [du] Christ; que satan soit son juge, et 
qu'il ne voie pas la gloire de Dieu; mais que ceux qui obseivent 
nos dispositions soient bénis! » 

Ligne 1 : iiiîr|3^u^ujin, du grec àvOu-âaToç = « proconsul ». 
ui^uimplili est le mot latin patrîcius, passé d'aI)ord au grec sous 
la forme de ■::x-p(-Aioq = « patrice », et puis à l'arménien. — 
13 : Les formes vulgaires comme ml-bp et i^iju^uii^-uiî*^ sont ;ï 
noter. — 16 : fept pour tpt^. 

La date 478 de l'ère arménienne correspond à l'année 1029 
de notre ère. — Figure n° 17. 

213 

MARMACHÈN. — Sur le mur extérieur de l'église de Saint- 
Étienne, côté Sud : 

% 'hnKh'hnhusnirbh'i'^jJb^hiikrhjrnbhià'nfh^nvh 

[197] 



LES INSCRIPTIONS ARMÉNIENNES d'aNI. 239 

4. Pi^hiVbin^i'^suu'urirnùb^nn'nnnni^nhfhbnirr^î.n 

5. uiwP'¥hhUh^^nm,nminhmmn3'birb%n8Mi 

6. vihfH-ivi^^hhnsi\6b\,hutm,hn^'bbKmnNinh 

7. ui,imrhQ'iM\a\i'iJrNidimijbm,'bbhb%b()h'i,s, 

8. ur''HbsriWMwu\snnmuh^snrj''bniM'n 

9. hnSl\3b'i/hirU^'i^hV:by,}rh^2bhh9'nUlhUS%'t^h : 

1 . nn-bi't'bnf'h irbiru irbiruô tinirMnf^nM,8ht,miw 

11. hiMrhifVMiirnou'hnnôifUiwn' [sic) unbhni^ir'hb 

12. riIhUhiimiinNoShlJU^H'h'hf'^bLôbh^b^bnUB 

13. bhnwsniin-bihôhnrbU'bhi^i'bhjrhSbUôia^vjhu 

14. l'iJhiw^wsnsm^vmi.m.anMVh'hiJirbnnhri.'hbn 

Lb%hS]'^ 

Transcription : (jlnp^iJi lîumni-Ân^, tu' y*ui^^uiiî, UiMuaiawa 
bu ^luina ^ujanL^Ç/i, nriLumn Sb&ji'L Ubliliplinhâui(^i), bu PhiiL (sic) 
/•ujijtujM Z^iuina lunnuiili, nn binnu aOiunnui h uiiLnn bi. /i uibbab- 
nuiLuiu tiLtumu U lunûiunçUf utn.iu^unnnnL.MbuiSti Z^iULn Unulib'Lbubf 
iluiult riunliiu{{\ nû luuiiundt (SIC) ubijiua PnnnLpbiui, bi. 'luimiuiliîi^ 
nu ^luuLuihu . iïL ^nitnnLnnL.uh uiunn nubuiiiuii] ji unannu qUbuiUh 
bbbnbnhUf autiLnii 'IbmnnUf n l'nbuuinu uiiumiuntunuiL^ ninûtnjii 
nnOnm^ Huimuiinu pu ^uiliLuthu^ unli^bL. p aujini-uuilf 'nppuuinuli : 
llnn, bpb non ubhiuubhnia uiuu p ipnpnLliaf p i^iuina uuiu p ^L,piuaf 
np uiiu apniu ^utlpun.(^uju] Luil(] cl upu abLnh aouipuLu p luiiu 
nLlumi^u ^uiïrç, h"R" ll'y r f/^"""J" Mumni-oni, ti_ uiuipmuiLuiU 
iptjp lupbuiUu "Vppumnupf bi. un uibuat^ aiputn-uU i^uuinLCfni. pub^ 
np ^uiuuiutuiniAi utui^bu nuiLutUnu ubp lULp^hbiui bnpapU ; 

Traduction : « Par la grâce de Dieu, moi, Mariam, reine des 
Apkliazes et des Arméniens, fille du grand Sénéchérim et 
(arrière-)petite-fille de Gaguik, roi d'Arménie, j'ai donné 
Tarouq à ce saint et universel couvent de Marmachên, sous la 

[198! 



240 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

supériorité du Père Sostliénès, pour la rémission des péchés 
de mon (ari'ière-)grand-père, Gaguik, et de ma grand'mère, 
Kata; et j'ai reçu de ces saints (religieux), comme bonne 
récompense, une messe, toute l'année, pour ma grand'mère 
Kata, en l'église de la Colonne, Saint-Pierre, jusqu'à la venue 
du Christ. Donc, si quelqu'un des grands ou des petits, des 
Arméniens ou des Géorgiens s'oppose à cet écrit, et détache 
mon village Tarouq de ce couvent, qu'il soit lui-même détaché 
de la vie de Dieu, qu'il soit coupable du sang du Christ, et qu'il 
ne voie pas la gloire de Dieu; mais que ceux qui observent nos 
dispositions soient bénis! » 

Lignes 1-3 : Il s'agit de rarrière-petite-fille du roi de Vas- 
pourakan, Khatchik-Cxaguik, et non pas de Gaguik I", roi des 
Bagratides. comme le suppose Alishan {Chirak, p. 149). 
huimiu (Kata) est la femme d'Apousahl-Haraazasp, fils de 
Khatchik-Gaguik, par conséquent la « grand'mère » de 
Mariam, comme le dit justement l'inscription; Alishan confond 
ce nom avec celui de Katranidé. iMariam était mariée au roi de 
Géorgie, Guiorgui II. 

Ligne 2 : //tîi/i^/r^/nî pour WfcLt^t^^J. — 10 : t/Jt pour bph' 
Sans date, mais elle est écrite en 1033 de notre ère. 

214 

MARMACHÈN. — Sur le mur extérieur de l'église de Saint- 
Étienne, côté Nord : 

dirbrnonfHimhhhn'bhh, bhwu'b'hnsnrià'nj^nhôhUôn 
t.'b^nt.hi.rnirmjnhunôP'b^lbr 

2. [:usp'b'bnrn9'nhlr'^,b%bKru(;mnthSl^2^^^rhlw, ir 
nh{r)VinMin3JtrNh3iiiMi'n%hiibMJjrnrjrnGiA,n3, hUb 

3. 'hrh'hnrn3nri,H''^i'iJiin^mjh, bKurmnsN'irns 
hW4»n,, p'nfhi\'bô^npt,iMruhni»n'bUôhrii»mi''b, mrir 
hôbhî;n(hUhb%hurfin3'b'hr 

4. h^-nriK r;h'bn%hhî,hjrn'bô}rb\rnhSb'b2irnjrP'bh3n 

[1991 



LES INSCRIPTIONS ARMÉNIENNES d'aNI 241 

bhblMnr'hhh'i,lt3nilhllJ,'hb% 

5. VM'noime'hbusv^^uknhxnvivxi'bh^nxvMVbhii 
rbNWhôvxhhhrnrumn'hpnv irhcusirN^b, bh4>nn 
là-nirudnhôbniiMrb'b 

6. ^^(iVhnsl'hnW']'lMlHbMW'l^hblJlhla%sl1hlWb 
htwuahhrbivi.a, bhubiim, bNihurHnirmuvihr^Pb 
NmuuiiUNWj'nhbr 

7. biiLhrsmnhrh'hVM, bh^^m'NnbxnrnrbiMbh 
^iintHiV'H'tii'brnvb irn'hnirrniinhoibiJMLhrbhih n s 
rhmhnrNnuhiwiihi'h 

8. birb,pj'UbrJMWb'U\-nn'nBhnirh'b2bhoi\hnhriJil 
anoninii'ii -. + Nihhn^4i'iihVMrhNi:,mLhndnmbhn 

nt,nhn'rd\rhi'in'snnhbumânsbwmKS%imn-sbhh 

10. iMrnN'HM'i', Uwnhnvxbo,vMii\y)'i'nn'nNwn 
hP'bn'iA,, u\'i^-nu\rsi\fU!i(^i'UVim,jj'h,bhb%bht^'bm 
nrnuirhn3n\u\u\3Nibh 

1 1 . hrnMjnhnrvjiUyù'novMbijmvM . ^ur'hnrbônmii 

iib%bybhnr\rnià'bU'Vbh 

[2. t,h't^-tA,fWiiSlVtlWlYbV,M^h^ib%bdlVinUlhf^ -. bh 

i^^iinsbdivr'MJinvnnhhr, p.wbrt.vMPb'bhU'bnMmns 

U, + bhnrhlVXhôUUVU'Il 

13. ^lbriV3(;]A,b3lWbhl\'i,nhlVb]'ShrVXh'i^' bhl'OVMU 

^lbrfihns'â:.nvbb 

14. ^nrh^i>hv^i^r'n'bbnh'bhi''b, bhh'Pn%v,'i*i'Vâirbr 
n\nA,ht,n6rb'bhf'h^ib%b8iAjavf^vsb4»n%nufin{inr)n 
irb%m%d't)%iWh 



[200] 

ORIENT CHRÉTIEN. 16 



242 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 

15. bnirt^'b, bhbr^iiihv.s'hi'himrirbSMrh'iAWbbnô 

Wbrndh ITbahf^l^yblM, bh JrhUhnnbôm^^lbrHJVirFA, 

irb\r^liVbhSin'hriMrbuwcb)m 

16. vJim^iwiihi^bhU'dh^num'bUhirNimn'm'hnr'h 
h : uYhiii\n'i\6iJi>n4>w,siwbôi\i^, nthdJMrm'h'hbrba^ 
mb%b'iM\6i%]>ir]«nrM 

1 7 . vmpJisrnnv'MhibiMjhdn wb'bUS'i.ibm-m irnr 
shrnnvMnhhmsbrmirhnunhV'h'bnô, bhirhn-nir'h 
mhbin'ryhnnb%hb]j'bhRrhbnU''hjrm,h. 

18. a irnr y7•^,^///•ll/i/,•/•//H/./'^«^l•fm•fîK/^'^/•m,///•^i// 
suni'f-in.htihi'U, v'bruiW''h(;i"iwua^nhnKhWbrn(i^LUP 
l,nwiM'r.i»v:hh, bH»iii»nri/h:,i\snhuiib^m 

f•5'/KM^/•'l^^w^c^(r^/"///•(a^7/9tl[SlîA»^v•]"//Slî^//^^ 
7/niKNii'i/''^f/'/''n/'0Ko'ir.,vr.r(;/.(îiî/7*t-7,iiS7;iî/» 

20. /', Mihîir-iVhhSiwnirh irh^îibNmisnrnh insnr 

21. bnj:dih;wnriir,biirthH>iwwj'hn(ibhurhbunhhWo 
s'tM'UiiiiVhhbuWh. hnsi\rhU'M'rbinôimhrt,'bbiim'% 
6n3bhi'Urr'iiiVbiirvMinhbhhjn\rin''h: 



Transcription '. /' aiuùuihiuliu iîiunauiui2uilia bl. luuuinLiuoiu— 
ujipiua uiiiiinniiuiifii uannn uildtuiiuili hLiubt^n (t«], ul. uiuuniumnnPtu 
liinLqlçu iiiu^nui^n ((.»), ^nuiiUuliiuL. unnlili^ ilknhumnu unnnnnLuU 
biiLi. Oiui^iui/iuifL uiuiûitin/i ItUUinLOni U iULln\u l^nnini iinnni 
LiulUnnlilil^liu U uinùiunpuni, n ADiiAi nnriLna liuini_nuiun/i ((7^ 
Suinhuinnnun uiçn rnpnnnni lun^li çuinuLnuinup^ bi- ^luptunutuip 
/iiîn/ /"iiiiu/i/iîi, /3nn.ujun *f,iuiî<ÇaiUui( i) [SIC) p2hiiuuiun hnhiuiUhu, 
qiupupij liL. ouinLiui-tij/i upnndi hppnnppf 2b""nb P ^puuiliq abaiUL. 
uiauiuiuiiu ti. inLunu nuiui, iluiuu puiniluia.nL.uujp p\_ui'^iujuiuipq, ht. 
uiuipauLbuii uipnpLUu ininilu . aunuiLpuiiu^ uiiaauuiuiuUf LuLn- 
uiuMiiuiup IJL Ouiiiu/naiîi/i, np cl iinLipulit^ pi-p ui p Aiuli ui qp pu un 
puui upn'ft^. UL. ipiupPuiuiuunL.uhuii uiubliuini nni/iLp, iujl /i flim-i 

[201] 



LES INSCRIPTIONS ARMÉNIENNES d'aNI. 243 

ti. iun_uji_tfni_i DUiÇinu Lutnaunnu 0111-111101110 ti. obbiutt . ti. nuLl^p 
dLuiauijJiiul^ /'PC'''- "t "'"^""-"' lh uiLtnfemi ^^n iuiîr((ii.n/iîiu<a, ti. 
l^uiU^u iJDij^ uipiu^hiui, bi. nbuiPnn^Ll^u^ nboniuLâiuli luâpuiqnLO- 
Ltjiti^ Lvp» "Lj l^M'Jp [» hiuiLiunh un«ji_nnni_/tïtmu, anlibun iiuâb'biufib 
1"!,t3' ^t^^^*- ^'"LnL^uu f^iuj^unulil^ : l'ut, /i //*, P Onmi/jiuïr/iu Z,uif- 
[i-n^J, ^"ij? tt_ t"^/! nuiL£iui/i»uLîf 'Pfi/iumnufi' ii/infri/i bqjiiuipJi bS^ 
/"lupltiltu, /'""'/ ^/'"'îu'^^^ni.pfeuiiîp, junfi^nLnn nuinb b âbui lupbbiin 
utijiuinb^^ quoi 11 [inipiînLin ti. /i qiua^p iî/3î*ainnuiÀni./3tî/i^îi, 
^uiunLouiubi hiulubbili) ibiun.uiLnpnL.pbiuîi'L : ii^uiLiiiuf lupuiuinu 
onputubiuuuh, fcL bobu nliniliuipuiU upnnq pui^uiLuiiAij ti. bpiuL- 
Uuiunfiiua <^uianuuqbjoq LkuuinLOni : Hiupniupbqutp quui^ ouiuiuliLn 
iJ^uiid(un.uini^tum/iL.p ti. unpni.pfciu(iî)up, nubbnl^'b bu uip^uiISbol^'û^ 
ti. ^nu hi. (^nn 'liniubiupiuliuti.n çbbqbqiubiuUuiLp, bi. pltAïuibatun 
p uuiui îrnLÇn^ niîfcn «Juiiii^lr/i ntnL nL,quiuiiu(ij : Ul. np b Jiulibqu 
^uinpu ijbpiui rt/futnujp, bL ujLni_uilr// o/inm^t^. ti- A iiuiu^niu 
atîinniu CiuntuniiiLr/i, nii /ituu /i biupâp'bpl^'L b ifutip bt. ilbn . 
qjunuif q'^nq^, ti_ i^n^ ^iLi ^ u/^i^ptuîi^ ntL^^îi . /ïl A niuqiunbu^ 
qubp uiiuiiit^Ub ^unpblibn t^bbqbqbu, ounupa. UuibibuiîinUf pnfjnp) 
luubliiurb dnqnijpqbiuûpU . bc bpbnL. miqp h U lupùbmbf np b 
hiiilulibiuq ubpnq b ukq çp ^uiubiui . 01. ubiuLnpbquin qijbpb 
uuiupli uba JiuhbqUf liLp luubliunCU) utnuianLuiatui-p, cl i/iii/i ^piu- 
uuihuiL "h"l uirLiu^hnpqb : t//iui uin_ uiiu<uiib biumiupbqiuLf 
uirLaïuuuinj qbqbqbuiq.bq bqpiiiipli bu, Puipbib uuiqbuinpnuUf 
anubiuiïi luiubliiuih ibqnLiuq^ uuipuibpnuiuquiL. b uituuibpuiqâb 
uiu[uicjn/il/iun, cl u/ituiu dliiiin/i, tu l'pbqnp, bqbbj[i bi. qpbbuii 
b uùiuhl^ : iiuuipûpU linpui ut^pbun Muiqbqiup uirt- npiuU upnnt 
biulênqlibl^bu^ SbpA luo. L2luiupu [<J]u/LnLÎ/ ùbpni ^I,uip<^iu3ui(i] 
bnbnuïib : Pl ibnluuipl^'L '^uimni-uqbli uiuuiuiui-npp unpiu plin âbpno 
uipqbiu'bqu qnp lupuipiup, qbujPnq[ibl^bu qiuLiuq binpiuhbu iqui[_mui- 
piuq^Jt iiubniJj Uui^uMUiuibbh 'l'pbuuinub Puipibbli buiuiiupbi 
luiSbuium tuLii, Il u/iiiiiixjuç miupnnj itbhuiL qbuiuiiupnLifb iniupnAj^ 
iiuiuâ ^buil^ lî/ilfi b ènuani-Sh llpqnjji L«uinnLdn^ : //^ np /uuii/iiuîii^ 

biuâ 2^"pP^{ i'"'^"'(() liPj'tt.S ^k^1^3"i>"' npn2bugli ji ijiiun.uiq'b 
lîiimnLÂni, bi- qpbbuqb b S^inuObUiul^iuh qbuiuqU : 'liuuiuipb<p 
qpbinqu lULp^'ïibuqbïi itiuinnLé^n^ iîL ^ "{'p"3 ""("") ii"lt ^'- t ^"'P^h'b^ 

[202] 



244 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

Traduction : « Au temps de nos pieux maîtres, aimant Dieu, 
l'atabek Ivané (I"'), et le mandatortha-khoutsès Chahnchah (I"), 
par leur ordre, a eu lieu de nouveau la restauration de ce 
glorieux temple de Dieu, Mè(r)e de Lumière, de cette sainte 
cathédrale de Marmachên, par les soins des fils d'Apoughamr 
(V) le magister : de l'archevêque dom Grigor, et de mon frère 
Kharip, (arrière-)petits-fds de Vahram, prince des princes, de 
"la famille et des enfants de saint Grégoire, (de ce Vahram, 
qui est le) constructeur de cet édifice depuis le fondement, 
avec un vif désir et un grand espoir, pour un grand nombre 
de p[rèt]res, et qui lui avait fait de nombreuses donations : des 
villages, des vignes, des boutiques et des moulins, comme 
l'indique en détail son inscription; il l'avait enrichie de toute 
sorte de biens, pour satisfaire et augmenter les besoins néces- 
saires des prêtres et des hôtes; mais cette jouissance ne dura 
pas longt[emJps, car (ce lieu) fut ruiné par les impies, qui 
firent de ce couvent un village, et cette cathédrale [fut] con- 
solidée comme une forteresse, [et] elle restait dans la tristesse 
du deuil, privée de tous ses biens, jusqu'à nos jours. iMais en 
674 [de] l'ère arménienne, le brave et valeureux soldat du 
Christ, mon frère aimé, Kharip, d'accord avec moi, conçut le 
projet excellent de (la) délivrer de l'obscurité [imjpure et 
infâme, (la) ramenant dans son ancien(ne) splendeur. Ayant 
fait sortir les paysans, elle devint la demeure des saints prêtres 
et des religieux agréables à Dieu. Nous l'avons ornée (d')objets 
saints et de vêtements splendides, en or et en argent, 
d'Anciens et de Nouveaux Testaments ecclésiastiques, et lui 
avons fait don de notre village patrimonial d'Azata; et, sur le 
terrain de ce couvent, nous avons fait des constructions qui 
s'appellent Tirachên; nous avons aussi construit, de ce côté- 
ci de la rivière, des moulins qui sont situés en aval et en 
amont du pont, des prairies, des terres, et tout ce que (les 
congréganistes) possédaient auparavant. Nous avons donné 
notre propriété ancestrale, l'église de Saint-Étienne, (qui est) 
dans cette ville, avec toute la communauté, et deux vignes 
à Marmet qui nous viennent de nos ancêtres; nous avons aussi 
réuni le couvent supérieur à ce grand couvent, avec tou(s) ses 
domaines, afin qu'il soit sous l'autorité d'un seul supérieur. 

[203] 



LES INSCRIPTIONS ARMÉNIENNES d'ANI. 245 

Pendant que tout cela s'exécutait, à l'instant même, mon 
charmant frère, le magister Kharip, loué par toutes les 
langues, fut martyrisé dans un combat (contre) les im[p]ies, 
et je suis resté seul, moi, Grigor, malheureux et privé de lui! 
Ayant apporté son corps, nous (r)avons enterré à la porte de 
cette sainte cathédrale, près des restes de notre [ajïeul, le 
prince Vahrara. Et, en récompense des œuvres que nous avons 
faites, la me[ssej qui sera, par les serviteurs de ce couvent, 
célébrée au maître-autel de cette cathédrale, tous les jours, 
depuis le commencement jusqu'à la fin de l'année et jusqu'à 
l'apparition de Fils de Dieu, soit dite au nom de Kharip, 
martyr du Christ. Quiconque y met obstacle ou tente de 
dépouiller les biens de cette église, est exclu de la gloire de 
Dieu et privé de la vie éternelle. Que ceux qui accomplissent 
ce qui est écrit ici, soient bénis de Dieu et de ses saints, dans 
leur âme et dans leur corps! » 

Ligne 1 : miuinftni = « maître »; V. N" 56. — 3 : t"f/iu^n- 

lunu pour hiunuljnuinu . U^iun^iuu pOUr H^w^piuu. 5 '. uriLnuiuiu- 

tulft et ^uiijiutj-iu'Lji, formes vulgaires, avec une désinence -«ulr^ 
pour le pluriel. — 9-10 : lîpLui^^iuÀnL^^LÎi, je ne trouve pas 
ce mot dans les dictionnaires arméniens, mais je suppose qu'il 
signifie « obscurité ». — 12 : ^tijfc^ru^uiîi pour fc^tijftgm^mîi . 
^Çiuip^L^ pour <îui^pfeïi^. ^""L pour ^ni^. — 13 : ^m^iînLL^ pour 
LuiânLpÇ. — 14 : muiu^l^ili pour u^uiu^fcîr^. t^tijt^^ pour 
bl^bijbgji. — 18 : ptft"'/_ pour pt^tm^. — 20-21 : kli^iikg"^" 
pour t^tijiï^i-n^u ; V. pour la prononciation de t N" 9. 

Il est curieux de voir dans cette inscription l'emploi de boiith 
(pni.p, comme dans les lignes 5, 11, 13 et 17), sorte d'accent 
grave, qui est employé chez les Arméniens pour indiquer une 
pause d'une demi-virgule et qui se met à la fin du mot, sur le 
haut des lettres, comme le pomt en haut des Grecs par 
exemple. C'est la première fois qu'on rencontre ce signe dans 
les inscriptions de cette époque. On doit signaler aussi l'emploi 
de virgules dans cette inscription, comme dans celles du 
N" 31 et du N° 39. 

La date 674 de l'ère arménienne correspond à l'année 1225 
de notre ère. 

[2041 



246 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

215 

MARMACHÈN. — Sur une pierre déterrée en 1903 : 

2. nrnonn'iwnf^nh%nirPhfà'nihFb^inrt,nir\.nsi'(;]«n 
-bKnm 

4. ôj' : ï\jr% (?) : mnyinirrbhbrr'nonhjrsrniw'hMi 

5. lWSb%h3V,r^m3>SnVb : h : ndlJiUSPbhb'lbône 

6. wbrnô-i,nntjnui^r,i»v:hh^hhV(}hrbn3à'nirn'bm 

UH^IIHbdlM^^^} 



7. snhsnrm^^^^snhnrbrh'mn'bbimbmihii'b 



Transcription : (/ïinn<ÇfiLÎi UuinnLÂni, mm mpAuiL â^uiipliîiuMLn^ 
j^.... [*/'n/iii]nnni, "f"ï"( tl/inLnu/iîp/i ( p), ^nfL^îi ^f.tu^'ÇujuCuii 
/jn/uuiîr/i : *,uiu]inuiinfciiii t /• uIj^ê^^umH^^ ij^l^^iupnrj^l^l^ bl^Lijbtjli ^/j^"»' 
...ail. iu3h (?). lipnLniuiîn ti. hnauiin hù uil^n U uiiici.hu f uinu... uiq 
ultn/i 11U...Î1 iniuîiîi r* "»// '^•"(n bLiinaani unpui .... ûu^na ^L,iup- 
r^lfuiî /i^/uâuîi/iïj, /i/iuuiLntuii dmuuiuuiLiUL mnhitaauiL. uiu. liuin- 
nLui : "Pt3 lUiLinuinujD Cnp] innLn lîtn /uiui/iiu/iai puiUut(^ijf 
OtTL, (^(iJinoiuituiuin) uantuhuii ihtjh 'j 

Traduction : « Par la grâce de Dieu, ceci est un monument 
éternel de [Grig]or, fils d'Apougharar (IV), petit-fils [du prince] 
Vahram. Il a été [fonjdé dès le commencement, l'église cathé- 
drale... l'anTiée (?), Apoughamr et mon frère, dom Sq,rguis,... 
du prince Vahram, (qui a) renfdu l'àme à Dieu] prématu- 
rément. [Si quelqu'un] tente de mettre obstacle, [soit] mau[ditj 
des 318 (Pères). 

Lignes 2 et 6 : »Z.uip<ÇfiiJ pour »[.iu<îpujiî. 

[205] 



LES INSCRIPTIONS ARMÉNIENNES d'aNI. 247 

Sans date, mais elle est écrite probablement vers 1225 de 
notre ère. 

216 

MARMACHÈN. — Au-dessous de l'inscription précédente : 

2. nsibsnhbMjmunhiir'm^nhMi'Vbsnh'bKbâ^^^ 

Transcription : ... uunLiJp^u Ln^fuj^ji 9'uiij^uj(^), 2^^t«;/i «w^îi 

un Oiuniua ..... luii tuinL : Hjl. uuiiiiuuiLnnn uni.nii nutuinnu 

binniAi hliA r*. (i. ntn/iî/ f/i ui3uilÎiA unupa Uiunnuli'L : 

Hiuiniunn<n ..... 

Traduction : « ....fils de Gaguik, j'ai construit une meule de 
moulin.... Et les serviteurs de ce saint couvent m'ont assuré.... 
à la fête de Saint-Serge; ceux qui observent » 

Sans date, mais elle est probablement de 1225 de notre ère. 

217* 

MARMACHÈN. — Sur une pierre tombale : 

mvh^n'b'hMJS%nLnH»iNinr'hhnemnhwirnb 

Transcription : K^u 1^ ^lultj^^um %,uilfiliili2ftu, n^ijLn^ Ku^hl- 

niuunb ((?) : 

Traduction : « Ci-gît Gharip, fils d'Apoughamr » (V). 
D'après Mkhithariantz {Topographie de Marmachên, p. 8), 
car je n'ai pas vu cette inscription. 

Sans date, mais elle est probablement de 1225 de notre ère. . 

218* 

MARMACHÊN. — Sur une autre pierre tombale : 

mu^m'hhushii'^nhxnirrhnn'hhndjrmhijsrnvb 

[206] 



248 REVUE DE l'orient CHRETIEN. 

Transcription : K^u ^ÇujL^^uui I^ Ku^nLijfiuiî^^ (b), "f^Ln^ ITui- 

anuirinnup : 

Traduction : « Ci-gît Apoughamr (V), fils de Magistros. » 
D'après Mkhitiiariantz {Topographie de Marmachên, p. 7), 
car je n'ai pas vu cette inscription non plus. 
Sans date, mais elle est probablement de 1262 de notre ère. 

219* 

MARMACHÊN. — Encore sur une pierre tombale : 

Transcription : li^u ^'"î'^/»"'" h ''/"«- /uiu^m-îi^iL, numbp l<i'iu- 

Traduction : « Ci-git Nil-khatoun, fille de Thala. En 791. » 
D'après Alishan [Chirak, p. 149); je n'ai pas vu l'inscription. 
La date 791 de l'ère arménienne correspond à la date 1342 
de notre ère. 

220* 

MARMACHEN. — Au-dessus de la porte septentrionale de 
l'église de Saint- Etienne : 

t^^oi\^inwnhrNiN»suwnrwm]A,]KbH»iihiwvht,usn 
rhf^'b, jrh^îibviib\/hnhhbir, sbuiKhimn-ui; bhSbShw 
"b^iMMiM.MiK hifirmnsnrh2{f^)'hrn8'hnN%'bbaib 

Transcription : feu' m^p ^-^i^^npu, ("/"j/») inhiunii Uiu^it^uji, 

hinni- apu unLnn Unuiliu n uni.nu nLfuuiu C/ uinuuin/iL/i . ai. innniutnt^li 
^luinnLauuih qH,tunnbL.nnh'L puin.iuuni.ïinh Ll. al'^uiipïi ni.putLnl^phf 

[207] 



LES INSCRIPTIONS ARMÉNIENNES d'aNI. 249 

uhli^ bu LbUt^iuUb ba uibuirLb Utunnuli, la. ifcin /ii5 i/ui/uZJujïi/iîi^ liiX : 
(7l, t/ffÇ np UKLtuOljnnrt nn l/iî*/»^ /uiut/uuîj^, ïrnnii/ïmi /rn^ii/i . A uiJui 
tunniiin/i*(p) qnnin lULn^Ubuii bnlinhU : 

Traduction : « Moi, dom Grigor, fils de dom Sarguis, j'ai 
donné mon saint Signe à ce saint couvent de Marmaciiên, et, 
en récompense, on a assuré la messe de la fête de la Trans- 
figuration et celle de l'octave de la fête de la Sainte-Croix, pour 
dom Sarguis pendant que je suis en vie, pour moi après ma 
mort. Si quelqu'un, même le supérieur, s'y oppose, qu'il soit 
maudit. Ceux qui exécutent cet écrit soient bénis! » 

Je n'ai pas vu cette inscription; je la donne d'après Mkhi- 
thariantz [Topographie de Mannachén, p. 16). Le P. Alishan 
reproduisant cette inscription corrige, avec raison, les mots 

^uimriLauiuu en ^ujinni.nn, et uanilauii anliah U uâiu Cil ïiantjhiui 
hnfinh h m[ktunJtç\ . 

Sans date. 

221 

MARMACHÈN. — Sur une autre pierre déterrée en 1903 : 

2. MJbhhWnn'hUb'lMl'f • • • WT-] 

3. iisb^m,invhmhivi{.m, . . . .] 

4. sd'i\wv:[,vjm,nbU:Vbw^m 

5. H^IJS^aWbhW^liUmhlWf'JJMm^i'^l^Sni 

6. nii'houhn'hr'b WFhhswKbiWt^-^^. 
8. ;iîOA' : iruu^jbhp-nfhPwnh'hnshuiMhôki 

Transcription : 30111111 lîumnLÂn^, blu" IJjiâl^n'b ...]^u, bi. fiS 
nnnpu l7/m[^n, uibutruif nWnLnuJ Umbinuihnu qniuLiuli[.iuh ....Jin 
aiuâuiïiiuL uiliabj i;n, bu .... bi^u uiJiup. bi. uuiuiuuiLnnpu 
hjn[.umiuquii uiiutnui^niun iiULiuq abubu b iniuLAib UnLnu. ... 
... UbSl^nlib . il. Hmptipbui'b i ''4 9"*/" •••• ^*"ir> aiuuU bu uiua^li 
qllLnuiibu [iun.n^ :] 

2081 



250 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

Traduction : « Au nom de Dieu, m[oi Siméon...] et mon fils 
Eghb[er]... [Saint-]Étienne, en hypotiièque... le temps était 
échu, et... nous avons donné; et les serviteurs de (cette église) 
[diront la mesjse devant le maître-autel, à la fête de Saint-....,... 
pour Siméon, 1 pour Zarguirk. Quiconque.... [qu'il prenne] la 
part de Judas. » 

Les formes vulgaires, comme luL^t^ ^^ (1. 4), ini[u,^ (1. 5) 
pour mnLiug, ttur^ui (1. 8) pour Sntijuj, sont à noter. 

Sans date. 

222 

MARMACHÈN. — Encore sur une pierre déterrée en 1903 : 

1-. ^^K•/'•/77î'/^/'^//^^^^ 



4. '^^^snô'bumwb'hiwuijrh-.i': nhrimsnrivk..i 

Transcription : ... ui^ un^pp^ ^ui|3nij/i[^t] •••• ^^p ^ui^pîi. z^tft 

nui\_^bLuthj luoti "OP anuiiuuint . bi. unLnii LmnWnn|iuç/iJ .... 

muta Iiiii iiuùauuim luûn . P. lULn i_uiiuuiuiniua.J {.UjuiUntihU . 

11. uiLpli bnnt^n hnhtini .... : ['• QJ umiuLu hiuiihuihç Uanilki 
hnfiap OL"'i./»'î"J ... Qtç . ai. ^uiuiniumniAi uiiu^nn^ uMi.p'^upU 
Llt-4uinnLOni :J 

Traduction : « .... sainte cathédra[le] . . . notre père. 
115 be[sants . . . .] le forfait, et de la sainte cathé[drale . . .] 
chaque année 3 jours [de messes : . . . jour] pour [H]akob, 
1 jour pour le prêtre Eghber . . . Celui qui met obstacle à mon 
testament soit maudit des 3[18 Pères], et ceux qui l'observent 
soient bénis [de Dieu] ! » 

Ligne 3 : ijmu^ui£_ n'est pas un mot arménien ; c'est le turc 
iJ^ qui signifie « prix à forfait ». — Sans date. 

[209] 



LES INSCRIPTIONS ARMÉNIENNES d'ANI. 



251 



223 

MARMACHÈN. — Sur un fragment de pierre : 



6. 



(*m, 



Traduction :«.... de la race . . . [mes] se au Christ . 
Sans date. 

K. J. Basmadjian. 



21 



INDEX ALPHABÉTIQUE 

DES NOMS PROPRES ET DES MOTS AYANT 
UN CARACTÈRE SPÉCIAL (1) 

bi. phhnLMauiu lundiuutt uiun-na . 



I. Index arménien. 

(ar. = arabe; arm. = arménien; fr. = français; géor. =: 
géorgien; gr. = grec; lat. = latin; n. p. = nom propre; 
pers. = persan; pi. = pluriel; t. = turc; V. = voir.) 



ihi- 



V. 

litiiuu, 157. 

uiakn^n lunanuii^h^ 100. 

KptL, 109. 

tin/iunnnij uuinnuiuikm^ I. 
Vkaiptiunnti uiunaïuiuh = 

nuinnui uuinauium^ Zl'Z. 
Cnni-nuiuii, "PIP '/.«i^nuiu nn- 

tuiuîiuta noluuihn = t«iiinLniuun 

fi, 10. 

U uialiumnnu nnluutun zziz^ L»- 
uinLntuun /', 215. 
l\iinui^uiu^ 26. 

f'ujïrtXui/jfeo/i, 41. 

t,uji.n.fenn, '>"'(P /"«ut- 

fi tu/., 152. 



utupniuujbin ^ l/.J, 1 /D, 

178, 180, 181, 183, 185. 

Kijpm^, 192. 

lîifUiJ, 9. 
K,juiuiui, 212, 214. 

lin/io , ""'(n ''Pr1"P"k' 1^^* 

— m/.^/.îi, lus. 

lul^UI = tULÇm, lUILÇUI, 40. 

uipaipuii^ = t. .^Cbi =atabek, 

53, 57, 01, 8/, '89, 214. 

iu/J(iiuiuia, bo. 

luIduiunuL uiPiuniuli^ 71.89. 

luPnn. tlLi-ni, 66. 

l\[i luiupn J, = t yU ^t 169. 

l«içpu i/ujûuinLiuuuiU, 18o. 
lu/unn-^lf/i, 40. 

lutuunPuiuuin p 24. 

ait^iïn? 65. 



(1) Les chiffres indiquent les numéros des inscriptions. 

1211] 



INDEX ALPHABÉTIQUE. 



•253 



m^l, -203. 

uilfi =: pierre de meule, 40, 78, 
169, 173, 194, 198, 216. 

uiqui = t. U' = agha = mon- 
sieur, 24. 

lunuia z= ptuniuap^ 197. 

KijpnLijm lî, 66, 67, 74. 
- ^81. 

""ll^i"^ r= t. J.i;t (bergerie) 
-h arm. <î«u^ (pour ^uipl^ = 
impôt), SI. 

lui^Siuii uîïiy^ = tracasser, 68. 

K/Ji/n^, 108. 

lUuiuniuUn = uiiIuiiiuiiLinf . 31. 

uiJtL = iuSk^, 70, 141. 

UMubuni = 



«ualfiufu, /4. 
luukhiunt. ll.J. 



uiuçhium : 

(uiî^^ r=r ar. j^''! =r émir, 93 

luu/iiuunL/J/iLÎr^ 46, 87. 

{uJ/ipui(ij/îLniii./J/ii.îj =r califat, 
31. 

I«i5/in (7 iH*Jiîni-m ,31. 

uiu/irt uuituuiuiuip ar. t^^' 

-h pers. =^,^Lw^.-;w = géné- 
ralissime, 28, 33,35, 36, 38, 
40,41,42,47,64,66,71,83. 

uif^H^tup = vigneron, 70. 

«"^[_ = iuif Lu, 69. 

"'i'L = "'iL^ 31. 

uiiuaU = uiiuâ, 59. 

uiûutuiuiin rr= couvent, 25. 

lUUuiLnt^Up =: luîionl^ïip^ 214. 

tuit^uipjinli = gr. «YY^psta = 
corvée, angarie, 23. 

luuniunA uin.'ûbi =liuiuililii , 174. 



.«îit^^, 13, 18, 153. 
luLp^u^uii/i = gr. àvOJ::aTS^ = 

proconsul, 212. 
^u.11, (pi.), 14, 16, 40, 66, 
68, 69, 70, 74, 79, 87, 107, 
145, 171, 212, 214. 
KL/., 14, 20, 23, 24, 40, 49, 
66, 67, 68, 69, 72, 74, 81. 
87, 107, 1.54, 160, 180, 212. 

— , IMnu^ 180. 
liJu/iAuiÂ, 87. 

utl^piuL. z= inique, 72. 

ItUiXbLuitjiiuiq ml^li^ Shaniaîi^ 210. 
Liuinnu 80. 

uiligul^ = lulianLauilil^^ IQ. 

uilopl^lg = impies, 94. 
l\u.li = Kfi^iii/;? 158. 

iii^jfuuip^u'^u'lr luabniui = frère 

lai. 160. 

lll'»/uuin<Jiii«i^Zl, 24. 

l\luA^, l\mi, n^hlinL, 15,162, 
181. 

(..^Liiii^tn/i 4.mniiai2iM<Ç. 200. 
U^nm V-, 212. 

— 7-, 8, 145, 146. 

' n^/utul/iun /i^/umîîr, 7, 

144. 

Lt2nmnUa luiah 1.57. 
l«^mixjniiiA 212. 
ut^inji^iuU^yn^z^iuninU^uih^p^ 39. 

uiu^ui^uiîig = hôtellerie, 15, 78. 

Liu^/i^ujui, ^'"(f 'luinnhu K, 

169. 



[212] 



254 



REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 



UuJinuin/ïUJ, Siuft^in^Uili^ 13, 14, 

15, 16, 17. 

Uui ol/u ai lîn, "PIP H^w^nuiS 

'liu^nuL.nLMn n2JuniUn 

Ltuinuniuun h^ 11. 

l\ujnLniuun (.«., i^W rtl^P 

'îmOujLni.îifi jt^huiïihf 14, 16. 

if. U uianuinnnUf '^P'jh 

*Pnpn hnnannh U luanuuinnun^ 

49, 159, 166, 177, 179, 214, 
217, 218. 

(jtiunLnuiupbha Un. rnnnnn^ 161. 

uju^ji^2iî(ui)ijnpÀ = mercier, 72. 

uiiunlinLn = luuiiuniuhna , 28. 

uin-ui^îinfiii = supérieur, 145. 
165.167. 

uirLUiOÎin^ijnL^^ïLÎi = SUpério- 

rité,75,157,162,166,202,213. 

Lkn-Uii-U ûiunnumnnu^ 20. 
lin_uintfiui iliunniuiuhm^ 26. 
(in-tup/ji ijuinnuiuihin? 171. 

, ^"'(P ^n<^uiuui^uh 198. 

Cn./.2Î^, 192. 

K^*-*, 54, 199. 

Kn.nL* = Kn_/,L*, 104. 
uin.Ofei- = uin-UJ^p, 40. 

Cu.îuiî.t, 212. 

llunLnujuuimïj, 202. 
liiutnnLUiCTuianA uiuiinainu, 31. 
muinni-iiiÀiim/in i^iuip^m^Ç, 24. 
whiuiuiuinhi. inçn, 8, 14, ol, 

152, 157, 159. 

uthliuiuiuuijiL^ Sjilili^ = rf'iuSiup 
/Jtuiini-<î/i, 28. 

tuÂfuui^^ = pieux, 53, 214. 



Liaiuinni-n, ^jUJin l'^iuibnu.on ^ 172. 
uiatuphuti ^ 154. 
uiuinni.ujCTnuauif = UiUUinLUia- 

^îri^ tu£_, 59. 
iiiamluiutn hofuiuliuia /i^/utuli^ 24. 
Lktjiua juiuPnLUf Lnli (jiuiuuinnun^ 

93. 
Kf,ui.jt^, 212. 
lî^t^t^^, 20, 23, 87. 

ujn<Ç/iÇui//uunujnu lun^bkuinu- 

linu^nu^ 49, 214. 
ujnAuiu iunt\uihiuannt.phL.u = 

inscription, 67, 74. 
iiipAïuL = monument, tour, 8, 

35, 36,38,41,42,46,47,53. 
.upLtî, = ui,i.î/tî,, 97, 98, 99. 
iii^Li^ = uin.îit (du verbe mn.- 

LfeJ), 16, 126. 
CfinLZÎ, 31,40. 

lînnLU /iJUiOTni-U, /6. 
lînOnL «J/ï/iï^, 88. 
Llnuiiu^pp n.uii/iu, lo7. 
LlnmiuLiun ^ ZS. 

'"pg'"h '"r^'"i' ^-^• 

n^^m^ni-P/iJi (n. p.), 152. 

lunnunni-U r 112. 

uinnuiint-un, 112. 

uipprunLU ^= uinpuiLni-l# = tun- 

^nt^îj = archonte 70. 
K..u,.j(Stp— ?), 107. 

— ' "n/" 5"'£"'f t •'• /*, 28,53. 

tnfit/iîi, nni-uinp rnpi^- 

Luih'îi^ 173. 

93. 



[213] 



INDEX ALPHABÉTIQUE. 



255 



uiLUi^fe^i^^g = curé, 31, 166. 

lULaUi^ = lULnûliiu^ 44. 
Ki-tm/iu, IVbmbtj^ 201. 

iihtk^ig, 167. 

Pui.jnL<Ç/,, 28. 

fV^ui^iuî,, 151, 157, 202, 212. 
147. 

Ltinlmunuin Miunni-^n U uinhiuU^ 

213. 
lî./i/uiii,j^ = 'ï-te, -13. 
ui./,î,u,^/,3, 204. 

llpunLin, 70. 



huiauinuih^ 212. 

fim,jr..u,p, 144, 150, 190. 

r*ui^î»tt/^p^ nt/uin, 150, 158, 165, 

178, 183, 192, 193. 

/iiu^^iuïr, 70,191. 
huianuiuif "ptlh liiiipniuiui, 112. 
(iuia/itiiniinu, 23. 

r"£ii^ij£^innnn ( l'îiLni), 185 
huit^jitjîinq z= j]y -|- î»na, 153. 



autnuiuùan , / / 



pmc/ r^ 1, péage. 2. impôt, 
23, 68, 69. 

piuJuililt = vin eucharistique, 
15. 

puic/puip = pers. .!.>jlj = doua- 
nier, 88.. 



huilumbuin , 191. 

piunhba =: nuinui'bbuia^ 40. 

pujijîr^^ r= lîuinuiîi/ip, 40. 

pmîi = i^npA = œuvre, 67,87. 
piiipi^ r:= botte, 181. 

puipÇ^iuiLu/fUi =^ aiunbkioubiu^ 

120. 

83, 93, 165. 

puip^ui^p = puiptui^p, 154. 

huipubij^ ll^iupnn^Lnu^ 26.31. 

aiULiuliniuL^ 20. 

htuuii;^ 72. 

/•^ïrai^p 3z= l'iut^ui[jfi ^ 145, 176. 

178. 

ht^iuyft^ tluiig, 145. 
ht^hb^ = t'uiB^iui^fi^ 183. 

/i.jLtp = ^-""fHP' 181,204. 
f'Llublrj^ 31. 

i^uiïrp, 40. 

/'•fcîi/„uJ/,îi ,jp/,^, 8.9. 
/•t^^t^'fi^uiii^, 40. 
ptpfefWL = ^^c^^l_i 214. 

f*nLjiiUfiuig %uil^ ^p/»^, 90, 91. 

pni-PO. "^^v^ll. 

t^Hunuiiu, hojuui'Uiua hnluaili^ 66. 

pnLp^ =: t. jr^rJ := tour. 26,46. 

unLnil^'b^lin^ 51. 
pnLp^^îr^u, .52,55. 



9-«,«j/,^ n, 8, 14, 15, 18, 212. 
— fi, 145, 146. 



[214] 



256 



REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 



Piuaiui.nn Z,uiinn = 

l^iuipu^l'iuiinli Miu- 
aiiiLnn H^utuiunLiiiu- 

/fu,î,/,, 213. 
9-u,.j/,if, -216. 

Piuniniu^ 144. 

huinin fifiLH. (LUiLni)^ 168. 

Pujiîujn/itl iliunniuiuhm^ 1/1. 
V'ui^^ui fL^iii, 159. 

aniïihiunli'ii := aiuL<\iuij/iîi, 178. 
auiîr<\(uaiuii/iîi = ijujîjtXiiiij^lr , 

180. 
ijiuîmuiij^îi = acheté de ses 
deniers, 18, 31, 39, 70, 78, 
98, 117, 118, 145, 152,157, 
161,166, 167, 179,181, 183, 
191, 203, 204, 212. 

riuuAuiLann Liunui<Çuju, 11. 

— umuniiuLbiun^ [■). 

— Wl^l^p^ufflJ, 11. 
riuni^an(h ^= hiunluili'L^ 117. 

tftg, 180. 
.jui./? 90. 
nMiLuin. = canton, 49. 

/•lUL/Ln/unuDup^ 10. 

9-fc.£(?)uiî,, 55. 

ab^bliuilinq uiuinuthn^ 87. 

,(„L, 21 1. 

nfenfe = ^friji^, 177. 
riinnn aph\ = rçnnn ii., lo. 
nbnbnûiuhiua bltknaah 1/2. 
abnni.pbi.ïi^ 168. 
.jfci..L, 213. 



/•ç^» "PIP lutiubiuu^ 67. 
Hnfïij, 99. 

— , ^*"if ï/tupiju^, 36, 44. 

T*ÇLnnn iuLUia bnça (inûni = 
Hnff "i. fc- K. 31. 

nfilbLnft = marchand devin"? 
23. 

a/inujiiimrtinnii_u = annbniu- 

iiiiii^tn«ii.Ii, 166. 
n/ifltniuujiu^inmt.u, 13. 
/•/i^nLU, "PIP 'phl^P"-! l'*l' 

V-^.^np,40, 197, 198. 

riptXnnh nni-n., 40. 

«jLtLt/-, 10, 93. 

— tp, 181. 

/'îiinnu/i, 15 / . 

hnqnn^ 56. 
V.n,j/^, 221. 
V-n^uif/.^, 195. 

hnnn = rJ^nnij, 103. 

— (lniLuiinnu ), 7*. 

liiunituiuitin, lo5. 

V-nfttj/./^, 58, 173. 

riniubiinnnli juuihuiuiiuii ^ 9o. 
an lu LUI Lui 11^ 15o, 221. 

Lhuia = nniuLuiuuiuuici^ 40. 

'htl"C^ 23. 

U — ), 40. 

/•n/innn, 34. 

— (à Bagnaïr), 206. 

— , âu^p i^ui\,l^p 178. 

, utnpbuipubnuinu (ii/Lni, 



l'nbqnn 



[•215] 



INDEX ALPHABÉTIQUE. 



'lZ>J 



15, 18, 49, 159, 
160, 162, 214. 

— ('l-ïrh, 109. 

- tft5, i:3. 

3, 4, 14, 15, 16, 
212. 

^»nL^^u, 74. 

- iTiuqtli, 145. 

- , -Ç.«^f. 11./.P76. 

, /•/i^nL^/i. 151. 

, l^nLunmh 4b. 

- , — «/.u,»^,, 89. 

U luanuuinnu (*rnpn). 

166, 215. 

, n^ii^/i l\t^t^, 1 17. 

, L»nni-U nniiwnLun^ 

76. 

, '/.uj^jnmu uuiui— 

nuiuiLuin^ 1(). 

uyiiiuinnu, 24. 

(^tf ), n^ij/i iS'tfi 

//.iifiiju/,, 220. 

pui^uilruii ^«'in Utunnliu 

uiLuin bnhanL^ 166. 
anni(p utnAïuUuiannLpiiuihaV 9, 

13, 16, 47, 56(?), 69, 70,71 
(?), 81, 87,90, 91, 109,155, 
160, 173, 174,177, 178,179, 
180, 181, 183, 186. 
i^jifti. = setier, 19. 

ntu^ab = niuiLiuL 71. 

fJUi<Ç^luïl ^= besant, 22, 23, 
186, 222. 



/JliirjflîlM := i^iuSt^lU =: t. IxJs OU 

^^' = timbre, droit de 
douane, 24. V. mmâiiu,, 

t. <9-Usi5 ou _2^'jUsJ = 

douanier, 72. 

t- ^^.xjJs ou ^^J^sJ' = 

douanier, 67, 72,^^3. 

tiuiStil^ = t. UJa ou U.0 = 

timbre, droit de douane, 

67, 74. 
i^uiL^ - niull^^ 40. 
ff».L^ :: denier, 33, 40, 70, 203. 

hiuiumuii liiiuPnL.i^ 70. 
ij^iurLÎi éuiStu'iiiuli^ 168. 

ftl»/., 78. 
i^iiiuiuui^iii^mLii|^, 9, 18, 109. 

niuuiuiiiiiunui/if , 87. 
r^iuinuii^njrt == ntumiuLnn^ 72. 
i^iuin^^, 87. 

— , ^*"^ ^.'n-npi^îr^, 78. 

/^iiL^uiin = ducat? 116. 
hjii-iu^, Çiif^ji ITjulipuMiili^ 150. 
'hl,'ûu,^\,ll^ 152. 

hnnn, 212. 

hriLint-U l"ui<uiuinLn^ 181. 
nnLtf ^= inni-îi^ 65. 
PhlI^ =:= PhlI^uiu {^Inuinniïinliïi 

-), 23. 

nrLiuu = nnuilt^ 40. 
i^fLUiliti nUStua l;^ 93. 



[316] 



OKIENT CUKÉTIEN. 



258 



nnAïutann 

24, 87. 

Puuui /inL/L, 40. 

qpuiS = drachme, 5, 23 

nniuutn ^= aniuuui, /.C. 
nrinLup lllit.ni. 



REVUE DE l'orient CHRÉTIEN 

permis d'entrée. 



t'iunui rint-fL. 
/'i/iAnn/i iinLO. 
hniJiiui ijnLn. 



tfnuLutuiui nriLrL. 



l'aniAnnn nni 



'liunni-a nnt-n-. 



<si.nnnnLrL. 
o/iaitiuuiiff nnLn_. 
nnriLa (/i ) = uininmpnLuin, 



07. 



-iuup (pi.), 14. 
^^u,^, 212. 

i^pt .z= fcpt, 13, 15, 16, 18, 
133, 1.59,160, 171, 212, 213. 
tptpt, 18. 

hLbnlialiiuain ■== bl^liijbfjbuigi^^ 

18. 

ijLhnliabpm = bl^bijbtjjtgij^^ 18. 
hilinliani =; fe^fcijt^Ln^, 9, 13, 

14, 15, 70. 

//.jpu.^p/./f, 53. 

iïijpui^pni.p/ii.îi^^ confrérie, 153, 
160. 

irnnwiinpu = fcijpiup^u, 178, 180. 

^ptpfcfta, 221,222. 

hnituii =: tnmi 189. 



6*n/iuiuu/i0 = C7n/iumiii^/J, 111. 

tJ .jp^L, 40. 

iîii^^ui^nu^nu^ 24, 25, 75. 
buipuunuinunLpni.u Ulii-ni, 24. 
uinn : cfuinL, 1 /O. 

- fcp (pi.), 18, 40, 87, 93, 160, 
168, 195, 204, 212. 

l/niuu/u, 193. 

uphumu Umnntuuibin^ 212. 
Dnbm = Lui, 168. 
l7ntnnL.p, 28. 

l/ntiLiiiu, 40. 

^r^^ = ^t«<îuiïiui^, 31. 

bnLniuiualiunu ^-= bnbniuui- 

ant-iuau ^ loi. 
''Pr"r'ï"'-P/""^' 130, 163. 

L = fcL, 21, 205. 

"lun iuiiunnu ), 74. 

Htunui (uiiunnli ), 0/ . 

îlu,^f,iu^ 22. 

niuTaui/fiuIrfiu ^ nuiîiijuii^u, 79. 
lUiini 
ini-îi. 79. 

101. 
iliumutb^ //nini-i^, 72. 

^uim/.^, 127. 
^,«p.j/.ri, 221. 

Huinniu? Uuipriui^^i^^ 112. 
ntui-nuiliuMU •*/', 214. 
Hiupiun = !itugui]iltiu r, 83. 






luiini 



[217] 



INDEX ALPHABP'TIQUE. 



259 



Mu.gu,f,[,ut fi, 29, 33, 34, 35, 36, 

38, 40, 42, 66, 81,89, 154. 

.iiupiunhui r, 56. 

— '^, 87, 88. 
50. 

167. 

qSl^a ~— aSba , 42. 

t^nL^ui/^ = ar. ^[i: = rue, 10, 

1 50. 
Unu')u$i^ ^^ufnfh, 58. 

HiiLU t/numini-p|jîjn, 79. V . U juh- 
Muin. 

79. 



I^anhiuunu^ 18,). 

t,j^ = .u^ij/,, 40, ISl. 
kiliu,i^ = bqbiu^^ 49, 109. 
hqt = ht^ 39. 
tpt = fcpt, 9, U, 40, 88, 
174, 180, 182. 

^^ijuiîr = t. .,UrV.! ^ il-khaii, 
68, 69, 72^73, 75, 81. 

J^uknhqiuLuiu = huhnDnuiuiuu , 

211. 
109. 



tï. = u,/,, 74. 
bnpili? 71. 

hu^ftulj^niqnu = LuihuLniunu^ 19, 

214. 

t^U := Ui^u, 127. 

tu = tu, 96. 
çutuf^ji =z huiuih, 58. 

^uini- =^ feinnL, 28, 33, 58, 1 17, 

176, 185, 186, 204. 

ç^fein = hnbin :==. feui, 83. 
4'piîi.iuliJFq^ =:= [/n/ïLiuîitoA, 1.56. 

tft^ = '•f^^^ 1^3. 
k[>hfi -- tpt,7, 162, 180. 



4* 

jUiqnbiui =z nhuin 



15. 



nUauibiuq 
nhaïuhquip 



nUauiiDUMq^ 1.5. 



70. 



ruiàuinqu = iiLAuji/idu, 7(). 
nhaamih = nlr^uii^iniL, 23 

fiUu,, 89, 93. 

nhc\wkqh ^=: nu a tu lit q h 151 

^îi^ui^, 40, 165, 186. 

jiliAïuibi^ 214. 

nuAuiIi = ^i^iuïi^ 181. 

nn-iunu z^= n.uinu ^=^ n-onhu 203. 
I,n.nal;^ =r IhnLpl^îi^ 78. 



^u<\wi, nbduii 181. 



mutquiLnn^ 8, 23, 212. 
Piuquit-nnnLpjtLL^ 8, 14, 15, 18, 

20,24,26, 145, 146. 

P'iuqiip = (à-iulihp? 185. 
Butqni-^hiuq lauiqnt.^n^ 28. 



[218] 



260 



REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 



PmijnL^/., 8, 9, 20, 213. 
170. 

Piu^nL<Çnj = ^ui^nL^Ln^, 9. 
fà-iuf^i^nu, -Çui^ji dn^tuïii^ujt, 197. 
frf-uiPnLL, 190. 

l^'iuliL PiuanL^li, fjnLUUi^ Oui- 
nuitji^UM^h^ 171, 1/8. 

/»-.u^ui, 219. 

piuijmp = t. ^liis = sac pour 
mesurer les denrées, 24. 

173, 180. 
l'f'uiiliuS^ 185. 

l'f'iuSutn, A/iÎj CnpnL/jui L*. ^, Go 

/i^.uJ/,p (lieu), 201. 

Muiiiinuiu = .f^ ~0. 

IKulf,k<t, 12(3. 
^uipi^ = duit, 40. 
pfe, 18. 
/»-t,jfeîi/,^, 176. 
/'^tî'/', 83. 
A^t^nt^, 185. 

'""nnnuliîiPf l"'nnnunua^ 16/ . 

l^n^aunl,^ W^j^Puip ^ 196. 

Pni. = pni./iîi, 169. 

/'^^.f.^^, 59, 212. 

P»/ = Pal/iu, UnLuiLuiUnu^ 

40,62,69,71,77,81,83,85, 
86, 87, 88, 89, 92, 93, 94, 
95, 96, 147. 

P^ = P^l = pn^/iï,, 72, 

148, 149. 

Pilfiu =- Pni.nu^ Pni-UiLiuunu^ 

51,58,61,90. 



p^l = pni./,L, 25, 63. 

Pl -=^ PriLnli, PaLiuLuiunu^ 26^ 

36, 39, 41, 42, 52, 53, 145. 
Pl/iu = Phl/iu, 164, 166. 

(hn,inil{Up, — ), 168, 171, 180. 

l'iuamO, 2o. 

/iiufL^fe^ = tatare i.-'^p = ordre 
impérial, ordonnance du mo- 
narque, décret, 69. 

/.pt ^ fept, 70. 

l ^bm t, 176. 

[.Sk = /..î/ît, 16. 

/,î„jfep./nf, =?69. 

t^t "^ quand, lorsque, 181. 

^îi^nL^ii^ = iS^ïr^ti. = jusqu'à,. 

40. 
/,î,i.//, = J/iîi^t.., 10. 
filigluil^iui^ =z autocrate, 20, 

23. 

/,2/uu,ï., 4, 14, 16, 109, 165, 
177,212, 214. 

hnjuiuhiua jtnjuuiU^ 7, 10, 11, '.-4,. 

28,66, 144,210,212,214. 

liAkiiu'bnupbiuâ^in = ^^^luLnL- 
p/ïujuun, 82. 

20. 



>I9] 



INDEX ALPHABETIQUE. 



261 



huiiuinnu = ^hi.uiuiinnu :== gV. 

j-oL-zç = consul, 23. 

nuipuLuiuinu = hiunuLnuinu^ 2.). 
Puniu [Dë tinh< 183. 
hupui^l;!^ Hplil, 40, 68. 

te = tr, "2. 

nnblia r= nLnbuilia^ 83- 

68, 69, 107. 

180. 
KuiLt K, 29, 53, 57, 87, 214. 

— r-, 81,89. 



7. 



ttuuiiumutu^ 23. 

^lufiuiftuip = cordier, 97. 

ntu. 

[.uiLA./., 52, 152. 
^ïrij = baratte? 40. 

f.nui (^UÊUinnU ), 87. 

I^mfi = litre, 20, 175. 

/.nniunnilr, 11. 
inLUUJLnnni ^,uiina, 212. 
/.ni-unui, 111. 

, nfin/i 7*n/innnn, 46. 

y,ni.ug^ng, 28. 



^ 



/" =: puin-iuuni-îip = messe, 
13,31,160. 

huiau/Llii = /umiiiiiiïJtjL, 40, 78. 
juiuaiulin'L = /uuiiiimucru, 1.3o. 
juuiaiuLi^ == /uiui/nultç^ 40, 6 / . 
/uiunuiL/i = jvutdiuMun^ 121. 

h>tupnJ, = t. ^^.iU OU ,y^ 
= dame, 52, 70, 76, 93, 165, 
219. 

165. 
^uf£ui = ar. bîd. = endroit 
désert, 15. 

/uufnuinni.0/ii-li(n =r jutunuinni.- 

P/.LL.J, 115. 
Uiutninbi = juuilutnai = juiuju- 

inaïui ^ 83. 

^uâuiJpnL^ = discrètement? 22. 

P*utSniniuL.i , ^"*(/' U luhqmiU^ 

^l^nl^^ 186. 
^uAiuM^iup = marché, 40. 

juuihiuiu = tuutuuiiutun ^ 70. 

juui'biuii^uMft = marché, 40. 

jutuUuiuiuin^ hiiuuiuujnnh^ 93. 
/"Ui^, 169. 

— (fête), 220. 

r'iuiuiuinLtt^ 98. 



/*ni.fnL.u, 181. 

r*uiKaijp.uiin , nnnn (iauiinrini 

172. 
/"ui^tfitu, 159. 



[•2-20] 



262 



REVUE DE L ORIENT CHRETIEN 



152, 153. 

/.lULn-tn/i, iu[n Out- 

LnL^^, 51, 52, 153. 
^l^uiftijjt^ 168. 
•/,.up.j/., 168. 

Mii^/unn., 70. 

Ki^H, 31. 

/•'luinii lutu^aa , 93. 

/"iiiinin, ^uiin Uuinaun^ 161, 175. 

r*UM^nnliiuu^ 40. 

/"lUiuinLn^ 1/6. 

^uiu^lt^nL. = ar. jvaU. =r Foyal, 
■4- djaghataï j^f^:*.^ = do- 
maine, 24. 

^uim^hp = ar. Jri. = ligne, 
raie, 40. 

/"iiinniii U luapuinnnUf r^uinipp^ 

"Plt t*"/"*-nujun P.n, 214. 
juiunjuuiiauii , 39. 

K.ii.pfcïi^, 57. {hfiuLpblg iriu[i- 

/"lUi.n.iua ( U aa) = r'tui.n.uiu 

n^ptutu^ 181. 
r'ulLn-Uia (VnpnV Mnivu P*iul- 

iLiiiu nnhiiulin^ 181. 
l^iuLn-utu nofuuiUf r*uiLturLuiu ^ 

/"uiLn-UJu/i, 165. 
r'Miin.ufu (*Pnpn\ OnnAt l'^iuLn.iuu 

li2^luuMLIt^ 183. 
fcife< = lîtnA, utn.phpbn^ 168. 

^ninui^tui^L = prairie, 15. 

junniuanu = junnuiun^h^ 59- 



Kfitï., 158. 
[Kf/i^ui^, 87. 

^»n^^iuijfeij_, 159. 

, iJuiin Ciçpun ? 185, 

- (un autre), 185. 
83, 87. 

[Hn^p^L (?) 165. 

junLup = puifLuiunLup, 14. 
/"nL^ni.^, fençoL/ilf, 31. 
Kl^P, ^/.L ^mpu/. Jn/. .? 154. 
/"nt-nfiu (T*n/innn), 74. 

ÎJ- = ? 79,89. 

iTuiillng, 99. 

Àui/utL tZ-ï*, 182. 

^uii||.i^ (*/-p/'«jnp), 145. 
owL/ïf =^ ùuiuuisuê , 59. 
aiun-iuaiuÊ = auin.uiiaiui , lo» 
ouin-OUi/i = ouin-Uiin^ 141. 
aiun-uini-PnLU = diun-iuinLpnLU,. 

28. 

iruin-quinniun^ 126. 
OTiifeug f/ujnnnu, 88. 

hjipuilbi^ltl = porphyrogé- 

nète, 20. 
lr.îui/j, 40, 166. 

vâuiLaan Unuman^ 182. 

Uiunabu uiLiua bnl^a^ 

166. 



[221] 



INDEX ALPHABETIQUE. 



•263 



Lui =r fuil, \ci\ . 

^liuhl = 'lui^ti*, 10, 87. 

'tuiqan^ nnnh Uai-nun^ 59. 
Ijui^l = 'lui^tî*, 153. 
Liuwuin/iD^ =LuiWnn/iL^, 8, 137. 
uiuPuinfiLnu = LuilannpLnu ^ 8, 

18. 

huipnij^ ^nij_, 40. 

LtuBnnfiLuiiu muM/iinpLç/iu, 

78. 
i;.«pn,j/./jt tlî"-n^, 39, 58, 76, 86. 
— iru,pSu.2hll^, 214, 
215, 222. 

— Xf^n^qui^u,^, 28. 

LuiBnnpLnu , 1 I, 15, 31. 

i^uj^^fep, 93. 

hiunnni.p^ 40, 177, 179. 
Liui = au'i, 98. 

'im^tï*, '/"'ifeï'/», 69, 74. 

, 'ïui^tîr^, 45. 

liiuiun (ttnLUiua)^ !•_>. 

Liulinban LuiUaUhan^ 101- 

^uiLLL/fo/i ^ LiuhaLbalt , 205. 

Luiutuii = t. JLï = prix à 

forfait, concession, 24. 
^uiu^t»/ = établir? 68. 
liminlii& =z chénice, 23, 31. 

'luirLunLUi, 10. 
aiuuuin^ 213. 

hiumuM (à Bagnaïr), 203. 

— (un autre), 159. 



^uiu7«iiu^ujîi = catapan, 23. 

liuiiniunçi Luiiniunki , 09. 

iituinuinçap :r^ uiumuinban^ l09. 

'/uiintnuno^ 39. 

^liumnuiUnnç^ 8. 

'impp/i, 212. 

Liunnt;p = Liunnuiip^ 55, 108. 

Huinnab /^ni-^uii ), \ . ^nL<Çuj| . 

Luinnb = Ltunt^h^ o9. 

'luinùnn ûuinn^ 33. 

LuinSni.1ip = LiuSnLnO, 40, 214. 

'Itunnua iini.n., 194. 

'luipu, 40, 58. 

ïïuiLpt/_, 169. 

LiiUiîiniuhnLpiiujh = LbunutlinL- 

ptuiL, 49. 

^/ïIiuiiL/ia z=: LbliuiLna^ 71. 
LbliniuiinLphL ^=zLbuniuhnLpktuh , 

87. 

h^^'"!>kt3 = 4^^"' toi ^3- 

/jtf =?66. 

/|^î/, ijLn^ == ^î/n£, 181. 
'ibniubnu Oui^fen, 204. 

uiunnuiuibin^ .' 1. 

'i/,.p/,iit, 169. 

Lniuuib^iuïilt = LnLnuiiuLu ^ 

212. 

Hnnnaan Z^iuumu^ 203. 
LnntuiuL ^r unLnujiiiU, 1 /O. 
'in^, 40. 

^nn. = corvée, 23. 

^uihlil^u pui^uiutujh^ lo9. 
Unuinuihnhh hnL.l^(uiu^, 23. 



[2221 



264 



REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 



Wnuinmîrit/iïinLiiini/iu, 13. 
knuinlin 0*i?iu^fcn/i, 182. 
Lnii^iîn. ni r= ^ni^ni.^, 87. 
ïjnL(?)pui*, 31. 
Lni-nuiiuL = LnuiiuL, 4, 5, 1 1 , 

39, 40, 93, 1.53, 107, 170, 
171,185. 

Lm-nuiutli-utiih = ^ni-iju^uil^u, 

14,40, 70, 145, 171,214. 

LnLniutuLh = Lni.nuiiuLu^ .). 
linuâ^bp == «jJptp, 89. 
hnupui^ 23. 

^,/«,f,^î,./«.lit=? 101. 
^.nui/j, 174, 222. 

'/nLîinmiiiin/it = '/ptlrmijujin^^, 

1.59. 
excommunié, 87. 

linubnni.pni-Uj 16. 



Zfiuauinnifn , t/iïi tiLtui^u^ ? 201 . 

<;ui^iiiL ar. J^ = légitime, 
14, 26, 39, 40, 42, 50, 52, 
55, 71, 78,79. 

^luLuin. — : ^tuuiun-iult^ 9/, 9o. 
^luLtun-iu = <ÇuiLuiii-Uii|, /O. 
^tuLuiti. Lui =^ <Çmi^uin.uil^ ^""i' 

213. 

.^uf JuiJnïi ? 154. 
^utSanitil^ïi = ^JuiiSfifei^îi, 87. 
<îujiînn^ij^L = ^lijiîp/îil^îj, 81. 
Z^iuâal^f nnnh •^ph'{"P ■ Iub^iuil- 

olL/, /.^«.Îi/., 16, 212. 



ZiUjU^i, ^Ui in (//u/iOiun nn-ui/iu/i^ 

203. 

Z, uiiJçi , nnnli 1/ fu/i0uin nn.ui/iu/i, 

203. 
S"'^, o/. 

4^iiiinn JoiuanL^n Utuinniuunni^^ 8. 

- — tTuifi/iuiJ, 213. 

ini.uuiLnn/i« /•n/iann, 212. 

CL Hniun fliu^uiîr^ui^^ 8, 

15. 

^Uiinuiiuiti/ip ^uiiniuuihinp^ 

69, 74. 

^tuinuiuihtn^ 27. 
'Çuij^uiu^tuini.p^i.îr ;= pOIltiflCat, 

18, 26, 145, 146, 162. 
<Çiij^puju^fein^= Pères de l'église, 
11, 13, 14, 16,68,69. 

^uiinfcîri^ini^np = <^ui(ptLuiuiJ^p^ 

= propriétaires, 40. 
^ui^fiyii[ig = propriété, 18, 31, 

10, 70, 179, 203, 214. 
^ui^ptî'/' = ^'«iftL/i, 173, 214, 
^Jui^fitîr/»^ = ^"'ipt^fe, 166, 

178. 

^,uji..i.na, 214. 

^ui^^, 8, 9, 14, 15, 16, 210, 
l,«i^^ ïTfeÀ, 212. 

^luiiniumnir Ol • 

^iumi, 213. 

<^ujLLnuuituiIf = <Jmljijuuifcuiîi, 

88. 

^«ing = t,iu^g, ^ui^ng, 16. 
^uiuuiL^ ^ut{^fi '9uipu/iiîn/i, 154- 



[•223] 



INDEX ALPHABETIQUE. 



265 



^L^ 



31. 



, npiP U juhpiun nti.iu- 

/•u/», 203. 

, "Pi\h Oiunuiip2Ui^b? 169. 

- (t%-),93. 

'ïnijnpg/i, 203. 

■^uiumiuuit;i = ^utumiutna 
-^uimuiLn<Çu/ii^, 198. . 
i^utuihanup, 40. 

<Çu,p^ = impôt, 24, 66, 81. 

iusf,\b,.nf,, 202. 

^utnnL = 4iunuji.ni., 70. 

■ÇijLu,g^/,ï,, 201 
^fcÂfeui^ = cavalier, 24. 

^fcnj^iiçuiçnp = 4 uj I n tir UiLnçnp 

= propriétaires, 40. 
4^.uLp, 1.3, 40, 89. 

^niuLnlf i^ujpuin/iui (/*), 89. 
<Çi^^t^tn = ^uiinblibuia^ 181. 

4/.5i,t = <î/.Juiî,t, 40. 

<;/,H = <;/.L.j, 78. 

;/,..ï.(«U), 124. 

^ifiLpui'Lng = liôtellerie, 17. 
^liupiuinnuii = hospice, 182. 
^3hutl^ltg = mitoyen? copro 
priété? 167. 

Z,u#jni.<iu/u, 72. 

^jL^uiîj = <;Lauiï., 162. 

^ni^uit^^ntj^ = ^ni^ujgnn^ 40. 

<Çn^fci.np uïi^p = seigneur spi- 
rituel, 8, 14, 31, 159, 162, 

^"lt i^P')f ^"^i^ 11- 
^"ll'f ^«"Jf ''«"fï^u^, 70. 

^nijiiiufi = ^nqu, 14. 



^nt^^ fep =: <îni|u, 204. 

•ÇnintLnn =^ ^naifLnn, 8. 

inLfcï,^, 40, 

Snn^âbiulja '/nuinujLn, 159. 

Z|nn.ni? inA^/ilr, 50. 

4i,nn.nup, 8. 

^nilp^P^ialg, 93. 

<>u(nuiuini.lf =r 4uiuuTUiuini.ïi, 69. 

^nuiSiui uiumlih 107. 

SpuiLni.^, 152. 

^pni^UiptnutL^ 13. 

ii 

i7.p.u.j/,, 110. 

ApPui^Umq UinnuJLn[i piuii =: 

Uii^îi? 175. 
AÙbpui'Ln = Xâliniurbni, 'A[. 
JnnnnLn-h^ 1.56. 



l.uMtnup, ^luj^ft K^tp"/», 185. 

"uiunnu pui^iu- 

liui^/i, 162. 
/.uit^iu^tni. (uinni./?^Llr, 154. 
'.«"»[_ l'nLpiupuÊo. y. nnLatunuip 

quiu^uii^ =rz t. Jli = prix à for- 
fait, concession, 222. 

217. 

quiji^ = ar. ^jU:? -f- 1. -=».= 
boucher, 24. 



12241 



266 



REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 



Aiiiuuiujui^ r= 
hinLin^ 170. 



^Uillf 



ir 



lUtiin^Ç, 31. 



â = /., 22. 

iiujanu(nn.nu ^= uiuiinuinnnu^ 23. 

iliut^jtumfinu = magister, 20, 
23, 166, 214. 

U luanutnpnu ■ Vnpn Pphnnn 

U uianuuipnUf 1 /9, 

218. 

1/ uianuinnnu. 
(/W|ii^^^). V. I^iupltifi 

U uiahuuinnu. 
Uuiqnin, 40. 
utuanninu = . 59. 

î/*u,pt, 83. 

iluiuiuntum =^ atuniunuip, 180. 

lîiu^iînLÎrij = terrain? 40. 

//"ui^Ç^nLU, (0%), 31. 

iru.â luu.pnJ,^ 52, 153. 

u tuSni.q , nnnn l"*uiqnL.^i.ni? 1 /O. 
U luânuihf niiLumn *Piun.uiuqnu? 

167. 

l/uja/iui/innu/i, 1/9. 

Wm^ Z.nLun^, 28, 166, 167, 168, 
214. 

uuiinuiautnuip iMin^ 14, 23, 24, 

154, 160, 180. 
/rH.L.j/,4 fc^-tg, 180. 



ùuiltqnLpitLli = âiultlini.piiLit^ zj. 
U luUqmtutjuttif "Plh /"luiîfi— 

inuiLi^L, 186. 
uuiuiiuiuinnHiu /unLnJ^u r;= géOF. 

05Gçp.^(^c':iôSor) T)^ggl)o =chef 
des adjudants, 35, 36, 38, 
41,42,47,214. 

uiuunuimnnpui nLJunLtil^u ==: 

=: chef des adjudants, 28. 

uujunuiuinLnlt/ni. jutiLal^u = âiui— 
niumnpPuM junLql^u^ 40. 

ÏTuilii^/.^ fe^t^, 180. 

"lUunLiÇ-, 31. 

«îuiuL ^ /«ui^L, 13, 40. 

(/luuiiuMEr = u uiinuiPpui^ 211. 
uiuiniun lurLu/ïi , 166. 

SiuintuLli =: bulle, 20. 

ùuiinun^li Onuniu^ 16. 

uuiuinLqç = uiuinnuuqç^ 79. 

U uitnrLuiu (iauio/iL r= U uiui~ 



puil... 10. 



ùiuptuqSlin 



40. 



ptua^un uiupiuqu^ 

U uipquipt^f iph^? 160. 

uuipnLuiph = uiupnuuiipu^ 45, 

U uipau U uippuiUf Lph Pui— 

panbU fcnhnnL, 180. 

SuMp^iquili = marzpan, 13, 14, 
15, 16, 210, 212. 

u lupttiuUf Lkthjuutqiuq ul. Z^uiino- 

P«i,jnL<;/,, 213. 
UuipLnu^ 83. 
(rmniîui^tîj/i nt-jum^ 212, 213,, 

220. 



[225] 



INDEX ALPHABETIQUE. 



•267 



Waipâbui, 132, 193, 214. 

U uipmnnnu, 96. 
uiuninnnnutuhiui , 214. 

âiupmftLfinu = (juste comme le 

g're(? : ) y.âpTJps; = âuinmhnnu, 

martyr, 10. 

U uipnuuinnu =^= H*npn l'nhnnn 
U luanumnnu, 177. 

//•a i.u^^, 212. 

.îfc* ./.uîi^ {lru,pSlu^k^), 211. 

ubaïunan uit^n ^ 154. 

iitrauii/iiun. /JiiiiiiiiLnnnLpni.u, 8, 

15, 20. 

— limpn^lik. 39, 78. 

JfeÀï, 5.u^.uf,/.«i (fi), 66, 81, 89. 

ntutituLnn L*nannL.uhiua^ 

213. 

'/.UJUUiÙ, 1 14. 

ITb^ftiiLiul^ 181. 

Ubuniif ^uiin "luinfcnA 59. 

mosquée, 152. 
Œhl^i-l == tf*, /», 124. 

lîi^LlUUinUiU rzz= llDUUiUUlUiU, 28. 

J^pn^ = ^^P"3^ 49. 
Spiuitinut&ni-PI>i.l = obscurité, 
214. 

SktuiauiHiatu = âjttupiuubquii 

186. 

ânuiniuiubauia == uniuutuhbaïup, 

190. 

Shiuniuilipu = Sbutauiupu^ 186 



U nBuip àuiùuMi^uip = U jupPuip 
aiuùtu^iup 77. 

lî^^ ::== stèle, ar. J-^, 11, 10, 

ifUi^Ufl, 13. 

iJ^ïi r= lîj'i = un, 58, 155,. 
172, 173. 

âjtpiui-pb = lî/iOofit, 70. 

U puiuinLoblip, 79. V . ^OLU. 

%tu, 31. 

11'lgbp, lijil ]»ui^bpbu[i, 168. 

â^uiptfphl^l =r géor. 6b5coo 
■^)ro(l;)ç^->o = épaule longue 
= Longuemain, 28. 

W]u/,pui(, (1199-1212), 34. 

- (1231), .56. 

buipubnujnu obnbpçnhf 

75. 
203. 

fi'npnunlg^ 196. 

/"uiL^feL^, 57. 

, ^uiin Oni/ujîiîitu/i, 102. 

H,ui<Çniîui /ïL npip 

WL.iiUibiuqb^ 167. 

^jiLiuuimnu, 2o. 

74. 

— npnb /*nLUiip, loO. 
_ _ SnLu/,, 79. 

ITjufPujp/i^, 56. 

riuuXuiLbap^ II. 

géor. chef des secrétaires, 83- 



[226] 



■268 



REVUE DE l'orient CHRÉTIEN, 



ir^hgt = ^Zht^ 186. 



J^inun ÇbuuiL.nn 



â2tn{n)'Lph- 



uuiLnn^ 15. 
Wnijn^^, 165. 

iJni^ = lat. modius = bois- 
seaux, 23. 

^nqiu'b = ar. pers. jj^J^.^ = 
place publiq\ie, 10. 

irn,[uku, tf,iL^, 22. 

Jnppt^^ = bête à abattre, 23. 

JoL^u^p = ar. v_^,.~x:sr' = Con- 
trôleur, inspecteur des mar- 
chés, 20. 

l/nLini-p, 176. 

U nLUiuBi, hnaïuin ^phl"phi 

115. 

U nt-nuiiinç^ 67. 
j$ni.u = iî/ii-u^l86. 

jJnLuuij^u^ = (n'est pas l'ar. 
S'-rr***^ = négligent, mais 
c'est le même mot que :) 

lînL^u^p r=z ,_^..^^sr*, 24. 
U nL.ui^u pui^iulrui, 20.5. 

iînLpi^^/|fep = contrôleur"? 72. 
lîuuj^np =r boucher, 23. 
y}.tL, 40, 212. 



ITr 



iiîr, 4, 5. 
, iinuiouflf, 



155. 



■Ouiunu, 222. 

itunuinuiauf lUiijiuau, 16. 

lujfiuipu =^ fiunuinu^ 87. 
Oiiiiuu/iL, OuiiuJ^iuIi, 202. 



luiliAuiup 



i'"^5'"^^i 22. 



luiuiomiuLi^ = lUit/i^tnujLç^ 18, 

145. 

uuinnL0/iLli L,iuauMnnL^ 154. 

St"".. (?) ijf,/,^, 81. 

Sï/'/î (<Çuiyimu^ifUip), 4, 11, 13, 

14, 16, 18, 31, 68, 69, 74, 
97, 98, 107, 181, 215,222. 

ih'^i = ih^»^' ih%t^^ 92. 

i^W^LM' 181. 

lun'-uiuiu/îujn^ 98. 

On^iuL, dn^lriu = OniKujuuçu, 

^uiin PuiLO/i, 78. 
îJn^JuiLtu (1231) = 5n./<;uiïiï,tu, 

56. 

On^utiii;u^ nnnh l"*iunl^nuli^ 197. 

, On^uiîr/iu/i 11=: On^uju- 

l/ç^u pui^uiuuii, 1j9. 
Sn^uiUtru (1199-1212) = 3n./- 

^JuiUt", 34. 

kuinuLniunu liuLni,24. 

pui^uiuuii, "Pip tnu- 

muilinn^ l.j9. 

- , nnnh L»n.uipfei/i, 19o. 
8n^L^, 13. 

DnJuiîr, nnnh UnninuiuubLh^ 101. 

Onilut'H^Uf OnJiuli/iu/i = Onii- 

^luHii^u-Uâaïuin = U unmm 

'/•, 212. 

Onijuiîii^u, Oniliuiliuli (à Ba- 

gnaïr), 207. 



[2271 



INDEX ALPHABETIQUE. 



26^ 



ifnuiuul^u ^ ttnJiuhhuh ^ Z'2.. 

* c 

, ^fUtnt •^nn.nù 

ui^^îin£,50. 
Oni/uiLçu, Oni/uiu/iu/i, ^<u(/' dui- 

luiuqji'Lli^ 93. 
unijuiul^u, unuutbhuhf "P1P ^*"" 

UJiun/iLA, 93. 
îlni/uililfçif -tr; Oni/^^iulflrçu, f^PiJP 
Untinânll,, -22. 

, npij/i ï/*/u/.puif.^, 102. 

111 lu i/in nu, 21. 

oniiuçiii iph^i 174. 

_ îi/(«^p/'^, 187, 188. 
îinL/^u,, IG, lu, 45, 69, 74, 153. 

OnLUUiUifcup, DO. 

finLubip muiLuiliiui = Onijui^in 

./.., 180. 

îJni-U^i/i iltiuLuiLuii =^ Oniiuçi/i 

f, 181. 

hiuiuiununtf = .X^^ -(- ""Q, 

171. 
Î..u<;.uu7«./;, 59, 94, 212, 214. 

lianUiuniun , / . 
hanuau puinuLiuiiinu^ 2o. 
'blinpbi-f ubnpuDL. = utnnnnin , 

152. 
Loni^, 50, 154. 

Lqni/ui^, 3, 08, 09. 

L^ni^feui^, 11, 13, 14, 15, 10, 

18, 31, 40, 45, 65, 74, 88, 
97, 98, 107, 145, 168, 171, 
180, 215, 220, 222. 



î„jn«g,, 87, 1.59. 

lin^Sh, 204. 

-î'/' (pi.), 40. 
■(//.L /uuiPuLÎ,, 219. 

îjtujn/î< = iiCTnn , 18/, 188. 
ll^h^hintj =^ Lïr^fe^t^ng, 49. 
u^uili ini-uni^ 13. 

JinliiuLiub^ 40. 

îi„îi= Ln^î,? 201. 
UnnuinanmliL =^ Unpuiiyi^ii-p^^ 

n/iLn , loO. 
(/nnp, I/O. 

-Ln^ ^ endroit, 153, 171. 

UnLtuinnu l'nna^ /2. 
'ifnupiu^Hl.l f-np/.p, 09. 

îujftf. = î^ni-tc, 185. 



ïi^fer 



190. 



^lunuLiuLnp = portefaix, 23. 

^Ui^JuilU^tU'^ nzir AUi^ÇuiU^lU^, 1.). 
(/tU<Ç«««9 Cui^ll^Ui^ /', 83. 

Oui<Juiu2ui<Ç r*, 83. 

2ui^iuli2iu^ = pars. «U-^'-^ ^^ 
roi des rois, 8, 13, 1 1, 18, 
145, 212. 

^uj^Juiu^ = maire, 70. 

Oiu^bn '^tbnuiLnu^ 201- 
Jiunniuiubm ^ 110. 

2Ui<Çnî'9'"^, 154. 
C.u<;/,^, 21, 192. 

(/ui<Ç/iîr£Ui<Ç H = (/ui<Çîi^ui<Ç t.^ 

71. 



[2281 



270 



REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 



2iuÇi2ui^ = pers. ïUjjsU. = 
roi des rois, 28, 35, 36, 38, 
11, 12,57, 110. 

diu^l^.""^ K, 28, 34, 40, 47, 53, 
50, 61, 66, 181.214. 

rnu^u^u,^ ^, SI, 87, 88. 

— , uiuiuniuiuhui ^ 1(3. 
(iiiiil^uin/ili llui^piu hni-iuU^ h I ■ 
(/uiLni_^, Lnh l'^ui^anbun^ 51. 
III JU m n nu, "PIP Onu^uiuui^up ^ 

93. 

2uin.uiLhn , '214. 

(/uiniuiumii^ = itiunutthnui^^ 178. 

inupiuinniu^f npnh Lkuippiuuip^ 

169, 170, 171. 
^uipé = tremblement de terre, 
75. 

(/çpiuu = itppuia ? 79. 

«/lïiiuÂ, 168. 
2bUi_ t/., 10. 

(7/ipm^, 19. 

(/jipiul^nLuih = (ihpiuliuiLiuh^ 169, 

170. 

<î/^4, 31. 

("Wiuïi^^, 166. 

^^nppbj^ ^It = inpph^ kj^"^ -, 93. 
(/iiL^uiL inkLliiua mhLIt'ii =: (/ni.- 

2^^ m. m., 4, 5, 6, 16. 
imi-^h^i uiliL'ïiiua uihLIt'b = (jni.- 

fliuîi m. ui, 212. 

^p^iuri. =: 2"Lp2utn. = chasuble, 

58. 







nt^bpuiéji'b = rançon de Tàme, 
11. 

nt^ji, 145. 

nanmaniuL nabOnnuiu ran- 

çon de l'âme, 109. 

nnnpubun nnnpuuiu^ 128. 

//^luuuili U^uiuttih, 40. 

Ilnuiuiubbha Unuibuiubup^ 11. 

npi^hf npf^ni^ 11, 40, l.)2, 157, 

159, 165, 166, 214. 
"("î"3 "^ "["l'-"3i 8, 40. 

nnnnt. = nniiLni, 83, 86. 

l/nUlULUI, 11. 

nL, 40, 69, 72,83, 152, 181. 

IlLniu =: OnLiiiij, 67, 87, 221. 
riLol;! —= nLofei , 68. 

nLptuLpl;g = octave, 220. 

HLO nn iiinuia = ni«/ çn iuiliuo = 

était encouragé, 72. 
hlJuui = couvent, 33, 141, 145, 
150, 151, 153, 154, 156, 158, 
159, 160, 165, 168, 173, 174, 
175,177, 178, 179, 183, 192, 
193, 199,200, 201, 203,212, 
213,220. 

liLnuiiuliuiin, 201. 

Il LU bu f ^uiip ^l^utpnutun^ 86. 

«Luti/. = r^ni/ut./., 129. 

lli-unLip. Y . i^uiuiuipu llt-unLtp, 
ni.p = liLp^ 77, 102. 
nLppuiP^utUp, nLnniuMiuunf — : 
nLppuiMp, ULpaiuMuLn^ 16. 



L2-291 



INDEX ALPHABETIQUE. 



m-nanai = nnn^tuil , 40. 
//lPiuu l'uinhâuinbu^ lO- 



^lunnulv^ 1 II). 

^.t .:= ^t, ÎO. 

Ui^^liuiîitj IÎl/jUi/ip, 167 
i>n^uii/.ul,/./^, 101. 



"/ ^= cliarfre? 72. 

*7u«i<iini.nLÎifi = f/uiOuiLni-ïi/i, 13. 

ujuj/uui ^ pers. w^sr, sort, 20. 
ji^ui^fj^ = ar. ,lio, bœuf, race 
bovine, 23. 

uiiuLiuuaaiuuç = uiiuLuiUDanL- 

gu.lk, 212. 
uiiu^iulIup =: iuiu^uit.np = luiu- 

u^uj-^t^ = jardin potager, 93. 
u^Mi-Çt'L ^^ jardin potager, 10, 

1S:5. 

210. 

'/iuOuii.nLu/i qiîn , 212. 

^Ï^Uftîi^, 10. 

«jiiiujj^u/i — v= luiuuikhh 211. 

"/luui^^, ^"i^p ^k^b, 67. 

"liuiuptuU *tjiiluniunnU^ /O. 
Jijuiuiiiiniup = uiiiiinujniiin, /«S, 



uiiumuinn 

70. 



tL 



"i 



luiniunui 



r'1 



il. 



271 

uiiumàui/Liu- 



ujuiinÛufn.uiuuiL 

UlULD, l.j. 

u^uiinp^^ =3 patrice, 31, 56, 
212. 

u^ium^nîr = fr. patron, maître, 
21, 48, 49, 68, 76, 87, 88, 
89, 138, 174, 180, 214. 

luiuuinnLçn uyuitnni-Çn, 28. 

u^jup^uu^ = muraille, ;i5. 

*9ui^nî,, 127. 

muipnl =: fr. baron, 24, r)6, 
66, 67, 71,83,87. 

uiuinnu uiuinnuni.^/i ^:= la 

baronne, 66, 87. 
miupnlt =. maître, seigneur, 

71, 15."), 181. 
ufui^inu =^ sieur, 72. 
u^uipnî/ntp^i.îf = baronnie, 71. 

'liii/iu/iUn, "PIP ^uiuiuuui^ l.)4- 
'ItULtinu, ^uiin 'lliinnnuli, 202. 

— tftg, l<i2. 

'liuLnnu/i OL 'lauinnun uiuilU, 

11.5. 
u^binnupinJi = dominatiott, 
gouvernement, 42, 57. 

'■ffeiniinu, nnn/i 'luiLnnuni, 202. 

l^iupntj^linu^ 14, 15, 18, 

115, 146. 

'/tiiinnu/i te 'imLnnu/i tniuLU, 

145. 

'Ilmunhlia <J/ii.niiiinnL.u, 18t.. 

uinbnaiu =^ lunhnnuiuiui, 16. 
'Inuinplt, 31 . 
♦InpmiuLij, 212. 



[2301 



272 



REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 



u^iiiu^/i <Çniuiîujîi, 107. 
'ImnLn ^p/»^, 87. 

tnmn.nij_ = griffonneur, 181. 

Omnuin^ 212. 
^uitiiug-uthlt^ 28, 21 1. 

^luijiiio^î/A 74. 



r*::-'! — 



^^■O 



n-uiliu ^= n^uiihu = ar. 

chef, 1.54. 
^^'"iM icti.^ 1.5.5. 

fLIUJ^U, 157. 

Ihium, <Çiu^p //t^np^, 156. 

(/ 

Uiui^n'U^ 153. 

72. 
Uui^iul^piu^iu'iiuii 109. 

^- ^ 29. 
Ihw^jiuj^ 9'^Liijîj, (38, 87. 

IJn,^Su„l, 68. 

//u.<îJ/,, 130. 

lliuSnis^i^ ^itiin llninnuh 42. 

«iiui, 214. 

Uu,lu.^u.^ (?), ^/.li Wlul,pu,pl,^ 

7)1. 

Utun.na thnnna (liîii.ni), 170. 
Uiuuuiu, i^pnh r'uiLn.uiu nnjuuilili ^ 

165, 181, 183. 



r'iuLn.iua\t^ 181. 
uuitnufî/^ 87. 
uiuinujfiuii, 212. 

uiupiuL.nj^p = terrasse, 172. 

uutpuiLniPnil uiiilIi^ 98. 

Uuiiit^liu (à Ani), 116. 

- (à Bagnaïr), 193. 

- (1316), 84. 

C, utnpbiuhuLnujnu uh- 

f,u,liu.j^ (1209-1211), 
152, 154, 157. 

/•., lunpbuinuUniunu (fli— 

^..lii^u,^, (1245-1276). 
75, 180, 181. 

L».f unuuintuiniunnLL 

28, 42. 

- R, ^«"^îî'^ui^;, 41, 57. 

- , fcfc? r)6, 71. 

, LiuMniiliLnu^ 8, 9. 

rphann U nnnumnnuhf 

215. 
— (tVtf» — ), ^'"if ^'4^/» 
7.f./„jnf/,, 220. 

, pUi^Uf IfUII. 40. 

, nnnh Llninutuiuauii^ 2iî. 

A^np^uj^, 36, 42, 

43, 44. 

l^iu^ninh^ 175. 

^"^"i» ^■*- 

_ _ UuiSnL^kib, ^2. 

lunpiuniAi^ /(l. 



[2311 



INDEX ALPHABETIQUE. 



273 



106. 



jiuniuniun ^ 



97, 



Uhùki-nu Juinniuiubin -^ Uli— 

Skn{t,i[.^ i:)l, 152, 157, 158, 
165, 172. 
Uj^âkHl, 2-21. 

- .ffi/.^, 47, 177, 178, 179. 

uj^mn.nr^(^z^ tj^jili^^ 181. 

i^iu^fjiuu^/iin, 162, 166, 

167, 168, 173. 

ISD. 

W/iJt'-oïi = W/.Jtn./î', 1U5. 

Il[iii (nom de personne), 157. 

j/nuiïuii), LhU /"ii/itnuofi^ 172. 
IJ liuijiunii 159. 

/;/,l4p, s. 

uy,, Kil, 181, 185. 

uLiinuiui^ = umimulrç, 69. 
uiJdii, 211. 

/Mpiiin /î, 212. 

— '/•, 14, 15, 18. 

(/(luminiuLnfeup, 40. 
Uuiuium = Uùuium r", 2, 8. 

_ _ V-, 8, 13, 14. 

UnnnUnUf ^tuin îinUiuUulçun, 22. 

(/lunnu/iitiu, 31. 

Unulabui^u iliunniuiiiain ^ 212, 

.213. 

UnuMl^ut^u nui'^iuUuiif "Plh ''h~ 

nnniui ol . 
uni/, 168. 

uniLKTuiunLU ^= unLuiuiunLU, 82. 
UliubnU bnba = Uhât^nilL t. UnLjiiuiïi == l'kl unLiPuii^ ''*t( 
19U. unLiiniuIi, ol. 
t^iu^/^uiu^fetn , 169, 171 . I //nLifeiî, 40. 



- ?>7iftîi5, 88. 

U(U<)IUUIII|A .59. 

iiiiuiniulicruiu, 8>). 

'/uinnu/i/j, nn#i/i Unnnânih 31- 

(/uj^j^uiLiii^ (à Bagnaïr), 194. 

• , li Ul II niU (Il GTUI ? /8. 

U auiu uLanban z=z Un. 'itinnim, 

213. 

l/feiiui, iiiiLiiinn l'nlinnn 'liii'^- 

iiui.nL.un Ii2liiui'ïili^ 16. 
Ubtiuif nnLumn 'liunu/uîn/i ? 1 .5 1 . 

'l.lUUIIl/l '/ UlO 111- 

i_ii lL/i /'^/u ««îi/i , 
111. 

iifcLtm^ irr chapelle, 16. 
//tîr/i^tp/iJ = //feLfe^fep/iJ, /Ju,- 

auiLnn l.nÂnni-îrfeiiin^ 213. 
UbpllbLif;^ 212. 
Wtnniî, "P'ï/' ll'uimlili^ 156. 
(i[ii_tri cru, 87. 

llbi-gpblg^ 167. 

//çi^iu = Uanut, nnniuin i'nhnnn 

'Itu^luiLnLUli hnjuuiiih o. 
Ui^pn^ = Ubpna^ 156. 
i/nuiti/miuunu, 16. 

"M^L ~ '^^- sigillum -- acte, 
181. 



[232] 



OKIEXT CHRETIEN. 



18 



274 



REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 



iinLp = Lnuinniua^ Ibb. 

_ Kn.a.^t.uf^, 10, 93, 98, 108. 

_ ÏÛ«,Â/.Î. (llîiLn^), -ii, 50, 58, 
()5, 80, UT, 118,119, 121, 
123. 

- [UmÀ/,î; l-H^iu^pli, 1 15, 151, 

152, i53, 154, 157, 
158,159, 161,165, 
169, 172, 173, 176, 
177,178,180,181, 
182, 183, 185, 186, 
190,191,192,195, 
202, 203. 
//p. ÏÛtiiÀ/iïi (invocation), 131. 

(lÀuiiJiuip /'ijîim^p^, 179. 

'/'n/ionn ( l.u^ni-ipuJplîîi^), 1 , 

5, 11. 97, 161. 
— '^'r/"ï"r ( ^»c^"L luiiiSnj^ 88. 
_ — feifti^/', 110. 

147. 

. /,ni.umi-nn/i<, 28,21'^, 

214. 

L,ni-uuiLnnh< bLanhanf 

39, 40. 
_ — (moL/.—), 79, 110. 

- l'nh'tnp"}. H^'"Ri ^0, 112. 

IJiuaiuLnn Unuintuhnnh^ 2o. 

/,ni-UUiLnn/i^, 1,5. 

_ y.uip -F/. C^, 1-^0. 

t^feiiiuïr^u, uti^iuL/iu/i = 

3n./^iXiLLt", 10 i. 



— ■ Onuiiiïiçu, Oniiuiîinun = 

3n./S*u.UiLu, 103. 

Oniliuliul^u =-- Unu^uiuhçu ^ 

102. 

- Y/^uiî», 79, 114, 181, 188, 

205, 220. 

'l/ïinnnu, uLunanli U lun- 

Jui^tîi/», 213. 

- Wuipij/iu, 41, 106. 

Uiunnun miULU^ l80, 216. 

- W/inL, 165. 

Uuiatniulihnu^ 16. 

U inbiniuhnu ^ 93. 

• ^ Lliunanli U lun- 

J..,2tî'/',214. 
221. 
_ '/'pi,/.., 13, 14, 15, 17, 18, 
21.31,89. 

- «/'p/^^m = //. '/'ci/^7, 18. 

7'p/iuinnu/inp, 16. 

Unilifiiu, Ljih 't.iu<JpiiiU uiuiuniu- 

u,tm/i, 210. 
uuiuiPiun LniuLnmiuin =. uuiiu— 
liiun Liuhnliniuin = gT. 

7-3cf)ap:-/.avBf.$aT:ç = écuyer, 

23. 
i/tiiuitifi/iiiip, 9^. 
uu^ifiuiiuli) = aspre, 93, 182. 

M uiti/iuiulrnu tliupntuuikin , 145. 
uinnpuiLl^in (,), .j 1 , 3.', "-1 1. 
unuiuiuhkiui = uppiiiulita/i , 82. 



[233] 



INDEX ALPHABÉTIQUE. 



275 



H^iujuniunhu i 'liuujpiuh) ^ iO. 

£Uii.ni.îi/., 10, 11, 11, 

111, 179, 210, 212. 

, uiiuuinnli (.«liLni 18. 

luunniu, 16. 

luiuuinnL, 34. 

, ^l^iu^npuuii, bnpiuin 

, 4.111 «ÇnUui ^= */,iun^uiu, 

167. 

H^tunuin^ 31. 

JmiiiurLiuLiuU ^ 18'). 

iliuùiun. n Jiiinnau^ 7.J. 

(Jiiiâiiin./iu^ (57. 

i^uiïi^n/ip — — i/mL/înfip iz= i/u«îfiu- 

/^«uL^, 182. 

H^uiuiuLf PuiniuLnn UhL.ltliuia^ 8. 

, n^/uuiuaiii /irt/uuiîr "liu^- 

ItULtlLith 11, 111, 

212. 

^.luuji^^ 1 15. 

, n^#^/i *?•/»/» Jfn^/i, 89. 

V^u/uujnLfiiiiLuiu, 210. 
»l.iii^ij, 21. 

— , <Çui^p hiu^y^buf,^ 168. 

'I.iii^/^iuÎj, niifi/i //i.iytAA 86. 
U^iupr^iu^ut^ L»2jiuibbaji^ 200. 

i^iu^/jmu^fcjn =2 vardapet, archi- 
mandrite, 1,26,94, 110, 151, 
174, 182, 185, 186. 

^i,iunnuin.ni}i, 158. 
H,uipnuiijutn.^ 89. 



H^uipij^uiLuiji = 'ï.iunnuii/iijfL, 9. 
H^uipr^builig, %tunnbtu'bn^ 202. 



'i.. 



'Cï 



tî„ 



Y^, 158. 



%utpi^b'L(^iu^g "l/nfig, 154. 
H^uipr^bil^Uin. = ^.uifti^uiij^iun.^ 1 1. 
*M"f"jfc'/'"C = 'l.ui^/juii^iun., 118. 
*f.fu^i^tLnp = ^t.iupi^iu^u»n.^ 220. 
*/.iii^f^i^ uibbhli^ 185. 
**."'{'7t'/'"f = "^uifJijmi^iu/i., 99. 
iluinouiilbiui (?j, 37. 
U,iup^uiâ = ^l,ui^fiuiâ^ '/.ui*Ç^/îiti, 

167. 

■ = '/.Ui<Çnuiiî luOiu- 

/i./., 89. 

rftjitj^nn U uiabumnn- 
uji^ 177. 

— /"^/"'"^ *-*'-' h^hui'biutl 

li2Juiu'ii = '/,iii<Çnuiiî 

/../.., 179,214, 215. 

muMinpIib^ nnnli 

'l*npp hnbnnn IJ tu- 
anuuinnub^ .j6. 

ilbniuiinbuii , /2. 

i^fe^iii»j^tnnr|_=évèque, 15 1,180. 

i^tpui^ij^innij i^ ilbnuinbmnii , 

160. 
./£ptî,?66. 
•/.fcp/i i/uiL^ {U'iupâiu^hlli)^ 214. 

'/.t/mL, 212. 



•276 



REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 



%^, 8, 15, 21, 213. 
'/./"H, 23. 

i^n^ z=z n^, 68. 
^Inuia uiojuiun^^ 24- 

'^{""3/», 87. 



S = :r, 178, 179, 180. 

Suii^Pliiu mlililil^ 1.59. 
miunùiuah = niuuniu^pp = 

t. -a^UJs OU ^s^U^' =: 

douanier, 68, 71. 

inuiûuin, 1.), 1/2. 

Siu^i^ 87. 

miuSniu, iniuiîn/i = OCtl'Oi ; CGSt 

le mot t. Ijusi» ou 'jwo = tim- 
bre, droit de douane. V. aussi 

niunuut^ 69. 

inuilinLuil^ft =z échevin, 23. 

muiuni.in(çjnni_Mr/ii-ti, 23. 
inmn/i, iniunnO^ 1 10. 
uiiunh, iniupni 214. 
OiuniiLo^ 213. 
Ouii/i/jfc/jn minfi, 191. 

Si^L/,u, 181. 

otntiii^n/i = ocrncrntnri, /5. 
intn/i, uitnni, 106, 167, 180. 
inanfi ^uiliauinkiiih 'lui<j»iiiLnt- 

Uui^, 212. 

uitnnLHfiLÏr • uiçnnLmhL.u^ 21, 

11, 47, 53, 75. 
uiJLp =: dom, 9, 15, 18, 24, 26, 
40, 45,49,75, 107,145,146, 
1.52, 1.54, 157, 160, 174,180, 
181,214, 215, 220. 



uii^^nL^^iLÎ/, 36, 166. 

5/.^puiî, (^nîifeî,^), 39, 40, 53, 

78, 83. 

, uiunauiiult Z^iuina^ 210 

SfiupuiUlg^ 177. 

inhbnliniuLiui . 15, 40. 
innbaaniuutuu nt-juin U iunaiU2çlili^ 

212, 213. 
«n/ij^^ï, = la dame, 31, 50, 108, 

159, 173, 185. 
S[,lil,l, Sl^lfbn^^ (n. p.), 100. 

_ , S^l^ln^ (n. p.), lith 

^nL^Çuim, 58. 

, Lh'b ]"m^innLnh? 176. 

tn[Ailiu = mlilfln^^ 50, 173, 185. 
mj^l^iur^ "'/''//'^, 1, 5, 144. 
x^hniuùiitin ^ 1.59. 
o/ifimlrij, /|/ïu 'liuLnnu piu^iuuiuin^ 

162. 

mlinba = innnauia^ 40. 

mîi^hn z= inni-up, innLUu, 40,. 

166, 168, 195, 212. 



inuai 



'U 



inh^bn^ni^n^ lo. 
tnu^tn.i_ni~ u, 18. 
«nnLÇi ^= mni-fci = 

71. 

uinLlf 4,iiiinii, 212. 

_ 5fcuin.ï., 22. 
uinL<ni.p^îiç = uinLsnLWtLç, 45. 
inuujn innLUip, /2, 116, lo8, 

221. 

inutïuii — • uinLaïui , 183. 

m./t£_ == uinLtaiL. 10, 69, 181- 



[2351 



INDEX ALPHABETIQUE. 



277 



uiuji = inuLp^ cuinL^ 93, 118, 

181. 
ptî't"/., 31. 

uiLUi r uint-h ? O'J. 

iiiLuip inriLuin^ 190. 



5 



aiuuuipa^nu^ 40. 

4^7Ui|r?2Ui<Ç = t. 5Ll.51j ^ roi, 
monarque, 24, 69, 72. 

V^mjunuinhUf Sillet p^ 75. 
VuiuAuihÙDA = ^rutn-iuliq^ Vui- 

n.u,UU^ 167. 
*^iultini.li (Hi-tf,), 28. 
Viun.iu'ba^ 167. 

ipiun-np := iniun-iuLOf Jiiun.op^ 3. 
Vuimini-îi, PuiniULnn^ 26. 
i^tfjuipuj^ ^ perS. i-vôJ^J = 

prophète, 87. 

inçuui i/i0uuii, 71. 

j^Iff^ni-i^ ^ ar. ^-5^ = fon- 
dique, entrepôt, 40, 145. 



i/in/uuintL =r i/in/uuin^L, 70, 169, 

170, 171. 

t/innnap liuLni 65, /5, 150, 

153, 170, 185. 
i^nijng^mtp = impassB? 153, 
167. 



f- 



pui^ujLuij =r t^tg = prêtre, 11, 
13, 16, 18, 31, 40, 109, 159, 
205, 214. 

f^iu^iuUlg tiftijfeg/,, 199. 

guiij^ng (mois), 82. 

'Viun.iuuuna inoli, 180. 
puin-UMundi = mCSSe, 9. 

giun.uiunJtg = messe, 11, 13 

(/u), 14 (fTnJ.^), 212. 
piuuiuhnu = ? O / . 
'f^uin^qtiî, 166. 
'Pmn/iUmnnlf, 68. 

— (/'l^'"Î'), ^0. 

(•/îti) Wn..^.juiî,, 31. 
•finp/.p ('ï/nLp.u^.j/.îi), 69. 

f-n^p/i/f, f-n^f^uiL (n. p.), 202. 

'Pnnuiniuiiinn, LS. 

uiunniuuikin ^ 1/4. 

"PnnumnuinnLp^ 67. 



1236! 



II. INDEX FRANÇAIS 



Abas, 15r. 

— 5 fils de Gaguik I, S. 
Abel. 109. 

Abiçoghom vardapet, 1. 
Ablkharib ^^ Aplgharip marzpan. 

212. 
Abraham, 26. 

— de Gandzak, 41. 

— de Lori, père de Khatchérès. 

152. 

— (Père—), 175, 176, 178, 180, 181, 

183, 185. 
Acliak = Archak? 158. 
Achnak, 15, 162, 181, 200. 
Achot iif, 212. 

— IV, 8, 145, 146. 

— , prince des princes, 7, 144. 
Achotontz vigne, 157. 
Achtarak, 212. 

Açourastan, 202. 
Adam, 9. 

agapes (faire des — ), IG6. 
agha = joijiu = sieur, 24. 
Aghbougha I, 66,67,74. 

— II, 81. 

Aghvor, 108. 
Agrak, 192. 
Ai-khatoun, 169. 
Akliourian = Arpa-tcliaï, 27. 
akhsrihamar =? 24. 
Akin, 203. 

Aie.x, négociant, 185. 
Amir Mahmoud, 31. 
amir spaçalar = généralissime, 28, 33, 
35, 36. 38, 40. 41, 42, 47, 66, 71, 83. 
anathème, 13, 87, 98, 1.53, 168, 174, 

10. 
Andzévatziq, 210. 



angarie = luLtiiunlinL, 23. 

Ani, la ville, 14, 15, 20, 23, 24. 40, 49, 

66, 67, \m, 69, 72, 71, 81, 
87, 107, 154, 160, 180, 212. 

Ani, le village turc, 59, 94. 

Anton, 80. 

A{)irat, père de l'archevêque Sarguis I, 
152, 157, 169. 

Apkhazes, 213. 

Aplgharip, marzpan, 13, 14, 15, 16, 17. 

Apoughamr I, père de Grigor Pah- 
lavide, 14, 16. 

— II, fils de Vahram, 10, 11. 

— IV, père de Grigor Magister 

le Jeune, 215. 

— V, fils de Grigor Magister le 

Jeune, 49, 159, 166, 177, 179, 

214, 217, 218. 
Apoughamriens (famille des — ), 3, IGL 
Aqsout, 70. 
Araguetch, 212. 
Araqel (Père -?), 171. 

— , père de Ilohannès, 198. 
Araqial vardapet, 26. 

Araxe, 193. 
archevêque, 40, 214. 
archonte, 70, 112. 
Ardjo-aritch, 88. 
Aritchq, 192. 
Ariutz, 54, 199. 
Arménie, 8, 210, 212, 213. 

— (la Grande -), 212. 
Arménien, 87. 

Arméniens, 8, 9, 15, 212, V13. 
Aron magistère, 20. 
Arous-khatoun, 76. 
Aioutch, 31, 40. 

Aroutz =:= Ariutz, 104. 
Arpa-tcliaï = Akhourian, 27. 
Arqaïoutliioun, 152. 



[237] 



INDEX ALPHABETIQUE. 



279 



Artachir, 157. 

Artavaz, 23. 

Asmaiié, 212. 

aspre = uu^^iuiiu/f, 93, 182. 

Astouatzatour, père de Khatclieghbaïr, 

172. 
atabek = uipuipiu/^, 53, 57, 64, 71, 83, 

87, 89, 214. 
auguste majesté, 20. 
autocrate, 20, 23. 
Avag (dom — ?■, I(i7. 

— (la dame — ), 173. 

— , fils de Zacharia II, 28. 53. 
Avag-khatoun, épouse deChapadin. 93. 
Avétis, 201. 

— Tchetchkantz, 167. 
Azata, 212, 214. 

Aziz, mère de Grigor, 147. 

— (la dame — ). 108. 



Bagaran, 212. 

Bagnaïr, 144, 145, 150, 158, 165, 176, 

178, 181, 183, 190, 204. 
Bagran, 70, 191. 
Bagrat, fils de Zaropaï, 112. 

— de Vkhek, 23. 
Bakhtiar, 191. 
Baron (n. p.), 127. 
baron — uiiupnîi, 21, 56, 66, 67, 74, 83. 

87. 
baronne = uitupn'ii (pour u^iu^nTi. 

ni.<;/i), 06, 87. 
baronnie = uiiunnîinLW/iLλ, 71. 
Barsegh catholicos, 26, 31. 
Baulé, 72. 
Bécliqénakap, 40. 
Békhentz, couvent, 25. 31, 10, 88, 92, 

113. 
Benjamin, écrivain, 8, 9. 
Benjamin, 8, 9. 
Berger (église du — ), 114. 
besant = ,juisfc/juil., 22, 23, 186, 222. 
bête à abattre = Snppb^p, 23. 
Bibil, 71. 

boisseau = Sntf. = modius, 23. 
bonnetiers (marché dos — ), 93. 



botte z=. ntunnf 181. 

Boubarèq Ghagh, écrivain, 90, 91. 

boucher ■.:= Suuianno, 23. 

— = ijui/i^/i, 24. 
Boughta, prince des princes, 66. 
bouth ('), 214. 

brocante := i7uj2{ujn.|iij, 6<. 
bulle d'or, 20. 



Caïn, 40, 45, 69, 74, 87, 15:3. 

califat, 31. 

canton. 49. 

Carnout, 10. 

catapan, 23. 

Cathédrale d'Ani, 2, 8, 9, 12, 20, 'Si, 32, 

39, 58, 76, 78, 86, 99, KX», 136, 

137. 

— de Marmachên, 214, 215, 2-'2. 

— de Qiz-qalé, 28. 
catholicos, 14, 15, 18, 31. 
cavalier = ^bhbiui^, 24. 
Chaher Kirakos, 204. 

— vardapet, 110. 
Chaliik, 21, 192. 

chahncliah, 8, 13, 14, 15, 18, 28, 35, 36, 
38. 41, 42, .57, 145, 146, 154, 
212. 

— d'Arménie et do Géorgie, 15. 
Chahnchah 1, 28, 31, 40, 47, 53, .5»'., 

64,66. 71, 181,214. 

— II, 81, 83, 87, 88. 

— , généralissime, 46. 
Ciiamchadin Sahip-L»ivan, 87. 
("hanouch, épouse do Khatchérôs, 51. 
Chapadin, fils de llovhannès, 93. 
chapelle à coupole (à Ani), 92, 113. 
Charapchah, fils d'Apirat, 169, 170, 

171, 178. 
Chendjanik. 166. 
Chénice = ^uiuf|iZ{, 23, 31. 
Chirak, 49. 
Chirakavan, 169, 170. 
Chiraz? 79. 
Chlik, 31. 

Chouchan = Chouchik. 4, 5, 6, 16. 
Chouchik = Chouchan, 212. 
Christaphor, 18. 



[238] 



280 



REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 



— (Père — ), 174. 
Christostour, 67. 
commerce, 75. 

concession = l^uiuitui, niuuiiui, 24, 

222. 
Conciles (Saints —), 168, 174, 180. 
condamné, 9, 18, 109. 
confrérie — fer^pujjnjii_p/ii_T», 160. 
conquérant, 15, 40. 
Constant Hormiantz, 159. 
Constantin Diicas, 23. 
Constantinoj3le, 13. 
consul, 23. 
contrôleur = «înt^u^ip, iîfiLi/iuj|uj|, 20. 

24. 

— V = lîiiL^t^^fep, 72. 

COlxlier = luinuinuin, 97. 

corvée = //"«-, lu'îii^uinlint, 23. 

couvent = nujum, 33, 141, 145, 151, 
l.j4, 160, 165, 168, 173, 174, 177, 
178, 179, 183, 192, 199, 200, 
201, 203, 212, 213, 220. 

couvent de Bagnaïr, 150, 165, 183, 192. 

— de Marmachèn, 212, 220 

— universel de Marmachôn, 212, 

213. 
curé = lULiun feiitn, 31. 106. 



dame = m/i/^/iî/, 31, 50, 108, 159, 173, 
185. 

— = juiuPniïi, 52. 

— des dames, 4, 5, 144, 212. 
Dapta-khatoun, 70. 

David (?) l'écrivain, 186. 

— , père de Rubèn, 78. 
denier = r^iuTi^, 33, 40, 70, 203. 
Deval, père de Mkhithar, 150. 
Dinarik, 152. 

Djrdzorik, 183. 

dom, 9, 15, 18, 24, 26, 40, 45. 49, 75, 
107, 145, 146, 152, IM, 157, 159, 
160, 174, 180, 181, 214, 215, 220. 

douane? = ui, 72. 

douanier = puMépuip, 88. 

— = niunduii/i OU niunSut'Sti, 67, 

68, 72, 74. 



drachme, 5, 23. 

Ducas (Constantin — ), 23. 

Dzithagui, 110. 

Dzordour = Porte de la vallée, 150. 



E 



Ebrianos, 185. 

échevin := ututinLml^n, 23. 

écritures gravées à Vaide d'un couteau, 
25, 77, 84, 86, 92, 113. 

écrivains (d'inscriptions), 9, 13, 16, 47, 
69, 70, 81, 87, 90, 91, 109, 
155, 160, 173, 174, 177, 178, 
179. 180,181, 183. 186. 

écuyer =^ uiuuipuin /iiuîi/i/iifiuiin, 23. 

édit, 13. 

Eghbaïrik, 53. 

Egliber, prêtre, 221, 222. 

église de la Colonne = Saint-Pierre, 
213. 
— géorgienne, 48. 

Elisabeth, 111. 

émir =: uiShn, 93. 

empereur, 13, 23. 

Éordi? 71. 

Érémia (Père —), 212. 

Érérouq, 28. 

Érivan, 10, 156. 

esclavage, 168. 

évêclié d'Ani, 24, 180. 

évêque, 24, 160. 

excommunié = '/P"'-i_' ^"' 

Eznka, 212. 



lamine, 168. 

1er = massacre, 168. 

fondique = i^iTii^ni-ff, 40. 145. 

forfait = niuuiuii, 222. 

frère lai :=: lu^/uiun^"'^'"^ lupfeijuij, 



16u. 



G 



(laghta, 144. 

Gaguik I, 8, 14, 15, 18, 212. 
— 11, 145, 146. 



[2391 



INDEX ALPHABETIQUE. 



281 



Gaguik, roi d'Arménie = Khatchilv- 
Gaguik, roi de Vaspourakan, 
■213. 

Gaguik, 216. 

Gaïlaritch, 159. 

Oamaghiel vardapet, 174. 

Gandzak, 41, 45. 

Garégouyn, prêtre, 180. 

Garéguin, 117. 

gdrik =? 72. 

géhenne, 87. 

Géorgie, 8, 15. 

Géorgien, 87. 

Géorgiens, 24, 213. 

Gharip, fils d'Apoughamr V, 217. 

Ghazar, père d'Alex, 185. 

— — de Paughos, 102. 
Glidzor, 40, 52, 197, 198. 
Gntout, 157. 

Godiq, 212. 
Gogor, 56. 
Goharik, 195. 
Oorg de Nouât, 72. 

— vardapet, 185. 
Gorguik, 58, 173. 
Gorokhonenq, 40. 
gouvernante = niu^iiU (pour i^mj- 



T 



buili), 74 



grand Sénéchérim = Sénéchérim, roi 
des Artzrouniens, 213. 

— Vaçak, 144. 

— Zacharia = Zacharia II, 66,81. 

89. 
Grande Arménie, 212. 
Grecs, 8, 13. 

^riffonneur = écrivain, 181. 
Grigor (1199-1:^12), 34. 

— (à Bagnaïr), 206. 

— Khoutsis, 74. 

— Magistère, le Jeune, 166, 215. 

— Tzaghik, 145. 

— , agha ou baron, 24. 

— , archevêque d'Ani, 45, 48, 49) 

159, 160, 162, 214. 

— (dom — ), fils de dom Sarguis, 

202. 

— (?) l'écrivain, 109. 

— , écuj'er, 23. 

— , fils d'Arous-khatoun, 76. 

— . — d'Aziz. 147. 



— , — de Vahram. 10. 

— , mari de Tliaïk? 178. 

— , père de Guichouk, 151. 

— — de Loussot, 46. 
_ _ de Vassil, 89. 

— - de X. (1280?), 76. 

— . prince Pahlavide, 3, 4, 14. 15, 

16,212. 

— , prêtre, 13. 

— — , père du curé Sarguis, 
166. 

Guècli, fils de Papik, 67. 
Guéorg, 103. 

— , fils de X, 99. 

— , curé d'Aroutch, 31. 

— , écrivain, 13, 16. 

— , père de Sarguis, :>6, 44. 
Guozan?55. 

Guichouk, fils de Grigor, 151. 



H 



Haïrapet, 27. 

Haïsmik, 202. 

Ilakob, 222. 

llamamon? 154. 

llamel, fils du chct' Mkhithar, 2(t3. 

— , père — — — 
Hamzé, fils de Grigor Pahlavide, 16, 

212. 
Ilarkévor, 202. 
Hassan l'émir, 93. 

— . fils de Charapchah? 169. 

— , — du chef Mkhithar, 203. 

— , père de Parsimo, 154. 
Hatétzonq, 40. 
Ilatorhnik, 198. 
Hazardegh, 201. 
llindoutchakh, 72. 

llogui, père de Sarguis, 70. 
Hohan, père de David, 78. 
Ilohannès, fils d'Araqel, 198. 

— — de Thadéos, 197. 
Honentz, 40. 
honoré de Dieu, 8, 14, 28, 31, 152, 157, 

159. 
Hormiantz Constant, 159. 
Horom (la dame — ), 50. 
hospice = '^jn.piumniii, 182. 
hôtellerie, 15, 17, 78. 



[240] 



282 



REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 



Ilounapenq, 65. 

Houssop, postier, 180, 181. 

Ilovanès, 207. 

Hovhan, fils de Tchortvanik, 101. 

Ilovhannès =: Hovhannès-Sembat = 

Sembat III, 212. 
Hovhannès, 22. 

— (1199-1212). 34. 

— (1231), 56. 

— (baron — ), 24. 

— , évoque d'Ani, 24. 

— , fils de Chapadin. 93. 

— — Mkhithar, 102. 

— , père de Cliapadin, 93. 

— — Horom, 50. 

— , prêtre, fils de Constant, 159. 
llovsep l'écrivain, 174. 
Hovtiiethvanq, 93. 

llranouch, 152. 
hypothèque, 153, 221. 



lagadj, 28. 

Igadzor, 41, 57. 

il-khan, 6S, 69,72, 73, 75, 81. 

illuminateur des Arméniens, 212. 

impasse = i^ni^n^i^uitp ? 153, 167. 

impératrice, 20. 

impies =: luTiontSp, 94, 214. 

impôt ■=: (1) ^uipli, (2) puté, 24. 66, 

m, 69, 81. 
inique ^ iuTi^^iul, 72. 
inspecteur des marcliés. V^. contrôleur, 
Israël l'écrivain, 40, 68. 183. 
Ivanél, 29,53,57,87, 214. 
— II, 81, 89. 



Josué (?) l'écrivain, 81. 

Judas, 16, 40, 45, 67, 69, 74, 87, 157. 

221. 
juge, 72, 73. 

K 

Kaghghouq, 40, 177, 179. 
Karbi, 212. 
Karmir-marg, 33. 



Karmir-vanq, 27,33,70, 141, 142. 
Kars, 40, 58. 
Kata, 159. 

— (à Bagnaïr), 2ti3: 

— , épouse d'Apousahl-llamazasp,. 

roi des Artzrouniens, 213. 
Katliogh (terre de — ), 40. 
Katranidè, 8. 
Kattnotz, 39. 
Kavthel, 169. 
Kazer, fils de Mévon, 59. 
(Key) Sultan, 31. 
Khamrtol, 186. 
Kharip le magistère, fils d'Apou- 

ghamr V, 214, 
Khatch, 169. 
Khatchatour, 98. 

— Doulous, 181. 
Khatcheghbaïr, fils d'Astouatzatour,. 

172. 
Khatchérès (1215), 159. 

— , fils d'Abraham, 152, 153. 

— — de Vard, 168. 

— de Lori, mari de Chanoucli, 51,. 

52. 
Khatchik, 31. 
Khatchikhor, 70. 
Kiiatchorkan, 40. 

Khatchot, père de Sarguis, 161, 175. 
Kiiatchov (dépôt — ), 93. 
Khatchtour, 176. 
khatoun, 52, 70, 76, 219. 
Khatoun, épouse du prince Khavras,, 

165. 
Khavras (prince — ), 165. 

— le Jeune, petit-fils du prince 

Khavras, 183. 
Khavraz le Grand s= le prince Kha- 
vras, 181. 

— le Jeune = petit-fils du prince 

Khavras, 181. 
Khorèn, 158. 
[Khorichah], 87. 
Khoths (les — ), 57. 
Khotzadégh (1215), 159. 

— , mère d'Alex?, 185. 

— (une autre), 185. 
Khouand'zé, 83, 87. 
Khouchouch, épouse du prêtre Tiri- 

date, 31. 
Kiiourth, épouse de Parsimo? 154. 

241] 



INDEX ALPHABETIQUE. 



283 



[Kli]outhlou (?), 165. 
Kirakos vardapet, 94. 
Koch, 40. 
Koghb, 203. 
Koster de Tzmak, 182. 
Kourt, 23. 
Kou("?)ratz. 31. 
Kuriké, 169. 
kvarlinvane =:? 101. 



I.apaatak, 23. 

lieu (le repos des Paidavides, 212. 

Lip (baron — ), 87. 

litre = ^uip, 20. 

Loragouyn, 11. 

Lori. 52, l.ô2. 

Loussot, 114. 

— fils de Grigor, 46. 
Loustzrotz, 28. 

M 

M. U., 124. 

inagistfr, 20, 23, 166, 214. 

Maguislros = Grigor Magister le 

Jeune, 177, 179, 218. 
Mahmoud (Amir), 31. 
maire = ntu^uiut, 70. 
maison à terrasse, 98. 

— d'Arménie (la — ), 212. 

— du Seigneur, 22. 

maître = ii|uiinpnTi, '^^- -i^, ^<). 68, 76, 

87, 89, 138, 174, 180. 214. 
maître = uiwpni, 74, 155. 
majestueux règne, 8, 1.5. 
malédiction, 18. 
Mam-khatoun, 52, 153. 
Maniouz, 170. 

Mamqan, épouse de Grigor Magistor 
le Jeune, 179. 

— , fille de Pharantz? 167. 
Manassé l'écrivain, 09, 173. 
mandatortha-khoutsès = chef des 

adjudants, 35, 36, 38, 40, 41, 

42, 47, 214. 
mandatortha-oukhoutsès = chef des 

adjudants, 28. 
Mangtavag, 186. 



3Ianguik,Mankik (prêtre—), 180. 
Manoutché, 31. 

marchand de vin = nhLkLnp, 23. 
Maréchaux ferrants, quartier à .\ni, 

171. 
Margaré, écrivain? 1(30. 
mariage (permission de — ), 107. 
Mariam, reine des Apkhazes ot de>i 

Arméniens. 213. 

— , épouse de Garégouyn, 180. 
Mark os, 83. 

Marmachèn, 212, 213. 

Marmet, 1.52, 193, 214. 

Marti ros, 96. 

martyr, 94, 212, 214. 

marzpan, 13, 14, 15, 16, 21ii, 212. 

Matathé, 211. 

Mathé, 83. 

maudire, 3, U, 13, 14, 15. 16, 18,40, 
45, 49, 50, 65, 08, 69, 87, 97, 
107, 145, IW, 159, 215, 220, 222. 

mazorln =? 59. 

Mazot, 40. 

Mchakounenq, 40. 

méchants = >wpgt ~^- 

Méhrévan, 181. 

Melqer, épouse de Khatchérés, 168. 

mercier = uiuinlt2S[ui]annh, 72. 

Mère de Lumière. 28, 166, 167, 168, 
214. 

métropole d'Ani. 14, 23, 21, 160, IHI. 

Mévon, père de Kazer, .59. 

Michel, 159. 

— , empereur d'Orient, 13. 
Miqès, 31. 

Missalouqs (les — ), 79. 
mitoyen = ^Sîiutl^^itj? 167. 
mkhai-grtzel = longucmain, 28. 
Mkhithar (119;j-1212), 34. 

— (1231), 56. 

— , consul, 23. 

— , évèque, 75. 

— , fils de Deval, 150. 

— , — de Grigor Khoutsis, 74. 

— , — Zous, 79. 

— , père de Hassan, 203. 

— , — Hovhannès, 102. 

— , — Vahram, 16^. 

— Thorossentz, 196. 



242] 



284 



REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 



— des Khoths, 57. 

— , le sonneur, 77. 
JVIkhitharitch, 56. 

— l'écrivain, 10. 

— de Gandzak, 41. 
îïiodius = lînij = iioisseau, 23. 
Mogouyq, 165. 

moine = utabnuii, 160. 
Mongol, 87. 
mosquée, 60, lâi. 
Mouch, 186. 
JMoughalté, 67. 
Moukathl, 145. 
Moulouq, 176. 
Mousés, prêtre, 205. 
Movsès. prêtre, 22. 
Mrén, 40, 212. 
Mrouan, 45. 

— , congréganiste, 155. 
mtziknavbarth-oukhoutzès := chef des 

secrétaires, 83. 
muraille d'Ani, 7. 

N 

(négociant, 185. 

Nerscs, évèque de Békhentz, 25. 

Nil-khatoun, 219. 

J^oragiiburik, village, 180. 

Norq, 178. 

Notre-Dame de la Chapelle, 40. 

^"oureddin Qothith, 69. 



Ochakan. 4(), 151, 157, 202, 212. 

'Ochakaniens, 11. 

octave ^ nL^ujLptgf 220. 

octroi, 69, 74. 

Oughtanat, 201. 

ointe (dame — ), 28. 

Orient, 20, 23, 87. 

Orsaut, 11. 

Oumèk, père de Vardan, 86. 

Ouqan Qarimadin, 70. 

•Oussep, 129. 

Oussoup de Zata, 72. 



padichah = Jiuj^^iu^, 24, 69, 72. 

Pahlavide, 15, 212. 

Palais des Bagratides, 127. 

Panghouk (Ruine), 28. 

Papenq, 40. 

Papik, père de Guêch, 67. 

Papqan Yakhradin, 70. 

Pâques, 126. 

parcelle de la Sainte Croi.x, 13, 40. 

Parsimo, fils de Hassan, 1.54. 

patrice = u^iumn/i/i, 34, 56, 212. 

patron = u^ujin^nti, 24. 

Paughos, prêtre, 162. 

— , père de Pétros, 202. 
péage = piue/, 23, 24. 
Peghpeghik, 31. 

Pères (de l'église).. 4, 11, 13, 14, 16, 18, 
31, 68, *69, 74, 97, 98, 107, 
181, 215, 222. 

permis d'entrée =r nn-tiuiflip, 24, 87. 

— de mariage, 107. 

Pétros catholicos, 14, 15, 18, 145, 146. 

— , fils de Paughos, 202. 
Phadloun, roi. 26. 
Phakhradin (mélik — ), 75. 
Pharantz, 107. 

Pierre et Paul (fête do — ), 145. 
pieux = ûjhiuul^n, 53. 
Pitcharentz, 182. 
pont d'Ani, 112. 

— de Marmacliên, 214. 
pontificat, 18, 26, 145, 140, 162. 
porphyrogénète, 20. 
Poi-tang, 212. 

Portes d'Atii : 

Porte de Dowin, 40, 42, 43,44,51, 131. 

— d'Érivan, 88, 112. 

— de Glidzor, 40, 46, 54. 

— d'igadzor, 71. 

— de Kars, 7, 36, 115, 194. 

— murée, 38. 

— principale, 7, 24, 32, 47, 51, 62, 

94, 115. 

— secrète, 168. 

— deTigran, 112. 

— de la vallée, 156. 
portefai.x = ^luiiu/iiuLnn, 23. 



[243] 



INDEX ALPHABETIQUE. 



•285> 



prêtre, II, 13, 16, 18, 31, 40, (36,68,69, 

109, 160, 190, 205. 
prince, 4, 14, 16, 109, 212, 214. 

— des princes, 7, 10, 11, 24, 28, 66, 
144, 210, 212. 214. 
proconsul = wIj^^u^iuui; 212. 
prophètes. 87. 
Ptough l'écrivain, 87. 
puissant, 15, 40. 



qaçanik, 67. 

Qahanentz (église — ), 199. 
Qargzèni, 166. 
QarimadiD, 68. 

Qiz-qalé. 28, 29, 30, 77. 82, 84, 95, 'M', 
102, 103, 104, 105, 106. 131. 135. 
Qouyrik (n. p.), 202. 
quartier des maréchaux ferrants (à Ani) 

^=^ Uiuiiulinlinn, lil. 

quartier des tisseurs = P'uinni^ny, 

153. 
Quasiniodo, 159. 

R 

race des Pahiavides, 212. 
Raïbik l'écrivain, 155. 
Rameaux, 126. 

règne, 8, 14, 15, 18, 36, 145, 146. 
reine, 8, 9. 

— des reines. 28. 
Résurrection de Lazare, 154. 
roi, 8, 212. 

— des rois, 24. 
royauté, 24, 26. 

— des Géorgiens. 24. 
Rubèn, 78. 

rue des Bazaz, 185. 

— des Saints-Apôtres, 150. 

— Saradj, 170. 
Ruine Panghouk, 28. 



Sagon, 153. 

Sahak, prêtre, 109. 

Sahakdoukht, mère de Zacharia II, 39. 



Sahip-Divan, 68, 87. 

Sahmad, 68. 

Sahmi, 130. 

Saïp-Divan = Sahib-Divan, 72. 

Saint-Christophe, 16. 

— Élie, 37, 109. 

— Etienne, 16, 93. 

— — de Marmachon. 211, 212,. 
213, 214, 220. 221. 

— Grégoire des Apoughamrions, 3, 

4, 5, 11, 16, 97, 161. 

— — l'illuminateur. 28,212, 214. 

— — — (église de — ), 39,, 
40, 64,83, loi. 

— — (couvent de —), 40, 112. 

— — (église de — ), 110. 

— — (chapelle de —, à Bagnaïr),. 
144. 147, 148, 149, 165, 181, 183. 
206, 207. 

— — (la fête de—), 110. 

— Grigor d'Ardjo-aritch, SS. 

— — (fête de — ), 79. 

— lUuminateur, 15. 

— Jean, 21, 28, 29, 30, 77, 82, 84, 

95, 96, 102, 103, 104, 105, 106, 
134, 135. 

— Pierre, église à Marmachèn, 213. 

— Sauveur, 13, 14, 15, 17, 18, 21^ 
31, 79, 89, 90, 91. 

— Sarguis, 44, 106. 

— Serges (fête de — ), 186, 216. 

— Signe, 79, 114, 184, 188,205. 220. 

— Sion, 165. 

saint empereur Constantin. 2:'.. 
Sainte Croix, 13. 

— — (fêle de la -), 220. 

— Famille, 132. - 

— Mère de Dieu, 131. 

— — — — (église de — , à 

Ani), 19, 22, 50, 58, 61, 65, 
80, 116, 117, 118. 119, 120, 
121, 122, 123, 124, 125. 126, 
139, 140. 

— Mère de Dieu (église de —, à 

Bagnaïr), 145, 146, 150, 151,. 
152, 153, 154, 155, 156, 157, 
158, 159, 160, 161, 162. 165, 166, 
167, 168, 169, 170, 171, 172, 173^ 
174, 175, 176, 177, 178, 179, 180, 
181, 182, 183, 185, 186, 190, 191, 



[244] 



286 



REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 



192, 193, 194, 195, 196, 197, 198, 
199, 200, 201, 202, 203, 204, 208, 
209. 

— Trinité, 130. 
Saints-Apôtres, 10, 45, 49, 66, 67, 68, 

72, 73, 74, 75, 81, 85, 87, 93, 

98, 107, 108, 133, 138. 
Samuel, père de Sarguis, 42. 
Sanachah (?), épouse de Mkhithar, 

57. 
Saradj (rue — ), 170. 
Sarguis, 116. 

— (1310), 84. 

— (à Bagnaïr), 193. 

— I, archevêque de Chirak (1209- 

1211), 152, 154, 157. 

— II. archevêque de Chirak (1245- 

1276), 75, 180, 181. 

— , catholicos, 8, 9. 

— II, chahnchah, 41, 57. " 

— (dom — ), frère de Grigor Ma- 

gistère le Jeune, 215. 

— (dom — ). père de dom Grigor, 

220. 

— (Père — ), 70. 

— de Guézan? 55. 

— I, mkhargrtzel, 28, 42. 

— Tzilentz, 88. 

— , cordier, 97. 

— , curé de Tzmak, 166. 

— , écrivain? 56, 57. 

— , le martyr, 59. 

— , fils d'Artavaz, 23. 

— , — de Guéorg, 36, 42, 43, 44. 

— — — Hogui, 70. 

— — — Khatchot, 175. 

— — — Samuel, 42. 

— — — Soghomon, 31. 

— (le jeune — ), 85. 

— , prêtre, 40. 
Sarkavag (à Bagnaïr), 194. 

— , vardapet? 78. 

Sasna, fils de Khavras le Jeune, 181. 

— — du prince Khavras, 165, 181 

183. 
satan. 87, 212. 

Séda, fille de Grigor le Pahlavide, 5, 
16. 

— , — de Parsimo, 154. 

— , — de Vaçak le Pahlavide, 144. 



seigneur spirituel = ^"f'^'-n^ «"tp, 

8, 14, 31. 159, 162. 
Sembat II, 28,212. 

— III, 8, 13. 14, 15, 18. 
Sembatorentz, 40. 

Scnéchérim, roi des .\rtzrouniens, 213. 

Serkevlé, 212. 

Sérob, fils de Rad, 156. ■ 

setier = ipl'^f '^^■ 

Sevqthenq, 167. 

siège d'Ani, 66. 

sieur = uiuinnîi, 72. 

Signe de Lumière, 13. 

— — Salut, 40. 
Siméon (à Ani), 105. 

— (à Marmachên), 221. 

— l'écrivain, 47. 177, 178, 179, 180, 

181. 

— (le Père — ), 151, 152, 157, 158, 

162, 165, 166, 167, 168, 169, 
171, 172, 173. 

— , prêtre, 190. 

Sis (nom de personne), 157. 

Sismam, épouse de Khatcheghbaïr, 

172. 
Sisvard, 159. 
Siuniq, 8. 
Soghomon, père de Hovhannès. 22. 

— — — Sargsik, 31. 

soldat du Christ, 214. 
Sophia, épouse du prince Vahram, 210. 
Sosthénès (le Père — ),212, 213. 
Sosthénès, prêtre, 31. 
Soulem, 40. 
spaçalar, 64. 
Spandiar, 92. 

Stépannos (le Père — ), 145. 
Sultan = Key — , 31. 

T . 

Tabriz, 126. 

Talithia (la dame — ), 159. 
Tapkentz, 191. 
Tarouq, 213. 
Tcharoukh, 113. 
Tchlout, 170. 
Tchortvanik, 101. 
Téghér, 75. 



[24>1 



INDEX ALPHABETIQUE. 



•287 



teinturier, 67. 

temple, 13. 

temps cruel, 168. 

testament, 174, 2'22. 

Thadéos, père de Hohannès, 197. 

Thaguer, 185. 

Tliagouhi, fille de Charapchah, 170. 

Thaïk-Thafe'ouhi, 171, 178. 

Thaia, 219. 

Thamam, 185. 

Thamar, épouse d'Aghbougha 1, 66. 

Thaniir, 201. 

thaslah; 20. 

Thatcher, fille de la dame .\vag? 173, 

180. 
Thathoul, 190. 
Théghéniq, 176. 
Théni, 83. 
Thétetz, 185. 
Thorossenq, 167. 
Thorossenlz Mkhithar, 196. 
Tignis, 181. 
Tigran, Ilonen'z, 39, 40, 53, 78, 83. 

— le marzpan, 210. 
Tigranenq, 177. 

Tikin, épouse de Zouhal, 58, 100. 

— — — Kliatchtour? 176. 

timbre :=: niunniu, iiiunùui, 21. 

Tirachén, 21 1. 

Tiramaïr, 1.59. 

Tirantz, épni<e do l'aughos, l62. 

Tiridate, prên'e, 31. 

Toghq, 212. 

tour, = pnLp£, 26, 46, 51. 52, 55. 

Tour démolie. 32. 

traître .Judas, lii. 

Transfiguration (Côte d(! la — ). 9, 11, 

89, 99, 118, 220. 
tremblement de lei-n», 75. 
Très .Sainl-.Sauveur, 79. 
Tsadnotz, 99. 

Tsaghkadzor, 6, 5j. 
Tsmak, 40, 182. 
Turcs, 59, 212. 



Yaçak, prince Pahiavide, 14, 144, 212. 

— , roi de Siuniq, 8. 
Vacil, 145. 



.làhnt 



— , fils de Grigor, 89. 
Vaghar, 31. 
A'ahram, gouverneur (: 

d'Ani, 46. 

— , maître (= ufiuinpnîîj d'Ani, 48. 

— , patrice, 34, 56. 

— , prince, fils de Grigor Magistère 

le Jeune, 177. 

— , prince des princes Pahiavide, 

10, 11, 14, 144, 179, 210, 212, 
214, 215. 

— , frère de Zouhal, .58. 

— l'atabek, fils d'Ivané II. 89. 

— . fils de Mkhithar, 167. 
Vard, 21. 

— , père de Khatchérès, 168. 
Vardachah d'Achnak, 200. 
Vardan, fils d'Ounièk, 86. 

vardapet = ij^uipntuuibut, r- aichi- 
niandrite, 1, 26, 94, 110, 151, 
174, 182, 185, 186. 

Vardarioutz, 158. 

Vardé (la dame — ], 185. 

Vardeanq. 202. 

Vardénatz Norq. 158. 

Vardentz Noi'q, 154. 

vase r= puii^iufi. 24. 

Vaspourakan, 210. 

vigoureux Zacharia (II), 89. 

vin eucharistique = piuJuiliji, 15, 

virgule {,), 31, 39, 214. 

Vjan, 212. 

viviiek, 23. 



Zacharia 11, 28, 2^ 33. 31, 35,36,38, 
40, 42,66, 81. 89, 154. 

— III, 56. 

— IV, 83, 87, 88. 
Zarguirk, 221. 

Zalira. 22 

Zarop? 112. 

Zaz (baron — ), 74. 

Zaza (baron — ), 67. 

Zénichah, fils de Horom, 50. 

Zouhal de Kars, 58. 

Zous dos Missalouqs, 79. 



[246] 



LA PENSÉE GRECQUE 
DANS LE MYSTICISME ORIENTAL 



L'esprit philosophique est né de l'angoisse de Thomme devant 
les secrets de la nature, de son désir d'en pénétrer les mystères 
et de se les expliquer pour se rassurer sur ses desseins, pour 
se concilier les grâces des génies qui l'animent. En ce sens, les 
Anciens ont pu parler de la philosophie des peuples que les 
Hellènes nommaient les Barbares, des Perses, des ïhraces, 
d'une philosophie qui se rejoignait aux dogmes d'une 
religion élémentaire, dont les plus deshérités eurent chacun 
une formule qui répondait aux idiosyncrasies de leur pensée, en 
satisfaisant ses besoins intellectuels et moraux. Elle n'avait 
aucune prétention de résoudre les problèmes de logique ou de 
psychologie qui émurent l'esprit de Pythagore, de Platon, 
d'Aristote. 

Cette philosophie rudimentaire se contentait d'une méta- 
physique et d'une ontologie grossières, succédant à une physique 
ridicule, dans laquelle l'ordre des interprétations était inversé, 
où la cause était prise pour l'effet, l'effet pour la cause; ou 
plutôt, il n'existait point de limite entre la physique et la 
métaphysique, tout, dans l'esprit des primitifs, ressortissant au 
domaine du merveilleux, tout étant métaphysique, mieux 
encore paraphysique, rien ne pouvant, ne devant s'expliquer 
par des causes simples, sans miracle, sans l'intervention des 
démons qui régissent l'ordre du monde; car l'esprit ne peut 
atteindre à la conscience de la simplicité, au concept de 
l'inexistence du miracle dans le domaine physique, sans une 
longue évolution, qui l'amène aux limites de la Science 
et des sciences. 

C'est ainsi que le problème des destinées humaines s'est posé 
à Baghdad, comme il s'était posé à Athènes, dans l'école de 

[11 



LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 289 

Socrate, comme avaient tenté de le résoudre les Hellènes, 
quand les clans des Doriens descendaient vers les plages de la 
mer Egée, comme il a hanté, comme il hantera, jusqu'à la fin 
de ce monde, l'esprit des philosoplies modernes, sans que 
Ja science soit jamais capable de le résoudre, d'entrevoir même 
la forme d'une solution, qu'elle est obligée d'abandonner à la 
métaphysique, en laissant à chaque école la liberté ou la licence 
de la revêtir de la forme de sa pensée. 

La recherche de cette solution a naturellement conduit à 
l'Astrologie et à l'Astrolalrie, dont naquit, après de longs 
siècles, l'Astronomie, tout comme la chimie sortit des rêveries 
alchimiques de l'Antiquité et du moyen âge; celte résolution 
simpliste de l'énigme la plus redoutable que le Sphinx h it jamais 
proposée à l'esprit des hommes suffit en Orient aux peuples 
-asiatiques, alors que les Hellènes n'avaient pas tardé à se 
convaincre de la futilité, de la vanité., de cette prétendue science; 
elle a conduit les peuples de l'Orient au déterminisme le plus 
absolu : puisque l'avenir est écrit dans le cours des planètes, 
qui pourrait modifier le sort sans faire varier la course des 
sept astres qui errent au firmament sur leurs orbites? Toute 
la science humaine ne consiste-t elle pas à interroger la marche 
■des étoiles pour leur arracher leurs secrets? 



L'étrange théorie de la Table gardée i^jis-*-! X" est l'une 
des plus importantes de l'Ésotérisme (1); faute de la connaître, 

(l)Les Soutis ont fait de l'Ascétisme chrétien leurs deux Règles: la Règle exoté- 
riLiue, qui est rensemble des moyens matériels d'arriver à Dieu, la Règle 
ésotérique, la somme des intentions morales qui conduisent à lui, qui amènent 
à la Vérité, sous la forme d'une discipline douloureuse, qui est essentiellement 
différente de toutes les tendances du Sémitisme, du Parsisme, qui ne se retrouve 
que chez les sectateurs de Sakyamouni. La différence essentielle qui sépare ces 
deux monachismes est que les Chrétiens ont exclusivement appliqué les efforts 
<les deux Règles à l'obtention des affres de la Passion du Christ, alors que les 
-Musulmins les ont exclusivement adaptées au thèm-j de l'Ascension de leur 
prophète, dans une forme qui bannit l'image, comme leur tradition religieuse; 
les Mystiques chrétiens veulent que leur ascétisme leur cause les souffrances qui 
furent celles du Sauveur sur le Golgotha, pour l'amour du Christ, et non de la 
souffrance pour elle-même, sans quoi ils seraient des sadiques, alors que les Soufis 

[2] 

OHIENT CIIKF.TIEX. lî* 



290 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

il est impossible de comprendre les relations de Thomiiie avec 
l'ensemble du y.6criJ.oç dont il fait partie, le rapport de ses facultés- 



regardent chacun de leurs progrès dans la voie idéale comme l'un des stades- 
(le l'Ascension qui conduisit Mahomet au pied du trône d'Allah, et qui les 
amène, eux, à l'absorption en la Divinité, ce qui est un concept étranger au 
Sémitisme. C'est là tout ce que l'on peut exprimer sur l'idiosyncrasie de ces 
deux Mysticismes, puisqu'il est absolument impossible de traduire dans notre 
langage, lequel est exclusivement adapté à la connaissance par nos sens exoté- 
riques, des sensations, des perceptions, que nous recevons, que nous subissons, 
par l'intermédiaire de sens ésotériques, lesquels ne possèdent point de langage 
qui puisse les exprimer d'une façon matérielle. Il faut qu'un auteur n'ait aucune 
idée de ce qu'est la sensation mystique pour cherchera l'expliquer à ses con- 
temporains, pour tenter de l'interpréter à une autre personne qu'à lui-même; 
exposer les théories du Mysticisme, dans l'orthodoxie, quelle que soit cette 
orthodoxie, sans être mystique soi-même, ne peut conduire qu'à leur réfutation; 
les exposer, quand on les comprend, ou, du moins, quand on croit les compren- 
dre, amène d'une manière fatale à les défigurer abominablement, faute d'un 
instrument pour le faire, à montrer les 'Mystiques, et soi-même, sous les espèces 
d'érotomanes, de fous, de sadiques, en s'évertuant à translater dans la mat('ria- 
lité de nos sens, et de notre langage, qui en est l'outil, des états d'àme infini- 
ment au-dessus de la compréhension des gens, lesquels n'y voient que des 
ridicules ou des turpitudes. Cette raison, et nulle autre, m'a fait détruire un 
article sur la Règle ésotérique, qui devait suivre celui que j'ai publié, il y a une 
vingtaine d'années, dans le Museon, pour décrire l'ensemble des ascétismes 
spirituels qui mènent à l'union, à l'identilication, avec la Divinité, la nature de 
cet anéantissement dans l'ipséité du Un primordial, ou du moins, ce que les 
Mystiques musulmans pensent sur ces questions, et ce que l'on en peut 
comprendre à travers les descriptions très imparfaites des dogmatiques. Sans 
compter qu'il est impossible de décrire littérairement ce qu'est une perception 
de nos sens ou une impression de l'esprit. Comment expliquer aux gens qui 
vivent <■ de bonne .soijpe et non de beau langage » ce qu'a entendu dire 
sainte Hildegarde, la plus matérielle des femmes, au xn« siècle, qui a consigné 
sur des feuillets de parchemin des recettes de confitures et des formules de 
cataplasmes, des puérilités sur l'économie domestique, quand elle a écrit que 
la Lumière vivante lui a tout enseigné, qu'elle n'a jamais cessé, durant toute 
sa vie, qui fut longue, d'être baignée dans cette luminosité d'omniscience, qui 
lui faisait tout percevoir dans le plus intime détail, en dehors des sens, en 
dehors de la pensée, mais directement, sans extase, à l'état de veille, dans la 
splendeur d'une éblouissante clarté. Quant à analyser rangoi.s.se mystique, c'est 
là une chose tellement au-dessus de nos moyens matériels qu'aucun Ésotériste 
digne de ce nom, Mohyi ad-Din ibn al-'Arabi, Farid ad-Din Attar, Djalal ad-Din 
Roumi, Hafiz, ne s'est abaissé à cette tentative ridicule; tous, ils ont laissé aux 
dogmatiques, aux cuistres, aux professeurs de Mysticisme, la tâche inutile et vaine 
d'analyser et de décrire des sensations et des impressions qu'ils n'ont jamais 
ressenties, sans quoi ils ne se seraient pas infligé la peine d'essayer de les traduire 
par des formes qui relèvent de la matérialité; autant vaudrait enseigner à un 
enfant qui connaît juste ses quatre règles les propriétés des intégrales elliptiques^ 
ou la théorie de la courbure des surfaces. Les Mystiques sont des symbolistes. 



LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 291 

entre elles, et l'on s'expose à attribuer aux Musulmans, sur la 
justice divine et le destin, des idéesqu'ils n'ont jamais professées. 

comme les romanticiues, lorsqu'ils tenUMitde décrire dans leurs vers la détresse 
humaine, et ils ne peuvent faire plus, surtout Attar et Hafiz, qui n'eurent point 
de maître, et s'instruisirent seuls, ce qui leur valut de leurs compatriotes l'épitliète, 
injurieuse aussi en Perse, d'autodidactes, d'Owaïsis, par allusion à ce personnage, 
nommé Owaïs, qui, au commencement de l'Islam, fut considéré comme un 
compagnon du Prophète, bien qu'il ne l'ait pas connu ; comme si l'on pouvait 
savoir réellement quelque chose sans l'avoir, au moins en partie, trouvé 
soi-même, ou retrouvé! Ce vice leur permit de ne point raconter ce que d'autres 
avaient déjà raconté de leurs extases, et de faire une œuvre originale, tandis 
que Djalal ad-Din Roumi est déjà un didactique, malgré son immense valeur. 
Il va de soi, sans qu'il soit utile d'insister beaucoup sur ce fait, que les 
dogmatiques, analysant les deux Règles, ne peuvent donner qu'une inter- 
prétation exotérique de la partie ésotérique de la docti'ine, c'est-à-dire 
moins que rien; en ce sens, les didactiques ne donnent que l'apparence de la 
doctrine; les doctrinaires ne peuvent exposer la doctrine, car la langue leur 
manque pour le làire; ce langage qu'il leur faudrait posséder, c'est justement 
ce qu'ils nomment le J^ rj • " comme Khayyaui, dans ses quatrains, ce qui 
ne signifie point la langue appropriée à l'état des interlocuteurs, ce qui n'a 
aucun sens, mais bien la langue de l'extase, c'est-à-dire la comnmnication 
t'sotérique qui s'établit, par dessus les sens exotériques, par l'intermédiaire du 
sens ou des sens ésotériques, dans la Transcendance, entre deux entités mys- 
tiques, entre le Mystique, les saints. Dieu, sans tenir aucun compte des concepts 
de temps et d'espace; aussi leur est-il impossible d'exprimer ce qu'ils veulent 
dire, autant qu'à ceux qui comprennent leur symbolisme de l'exposer aux 
profanes, puisque le vocabulaire mystique n'est qu'une transposition grossière, 
une représentation sans aucune réalité, de concepts, d'impressions, de per- 
ceptions, qui ne tombent pas sous les sens matériels, et ne relèvent pas de leur 
juridiction, sans qu'aucune explication humainement tangible puisse donner 
une idée, même approximative, de la grossièreté de cette transposition. Cette com- 
munication mystique est un phénomène télépathique entre deux personnes étran- 
gères, qui ne parlent pas la même langue, une communication d'esprit à esprit, 
directe, dans un espace différent du notre, une inhibition, une superposition, 
une pénétration de deux pensées, qui s'expriment sans expression, sans l'inter- 
médiaire d'un milieu et de moyens matériels, dans le silence absolu des âmes, 
comme si elles n'en formaient qu'une seule. 

Le profane ne peut pas plus la surprendre qu'un sourd ne peut pénétrer le 
secret de deux hommes qui s'expriment sur leui's doigts, dans le système des 
muets, derrière une porte de bi-onze. La perception des vérités ésotériques est 
un phénomène d'un ordre très supérieur, mais en quelque sorte comparable à 
celui de la lecture musicale d'une page de musique gravée, de la figuration 
iumiédiate dans l'esprit des formules géométriques, de la traduction des fonc- 
tions en formes tangible^i, tel xy ^ 4 en hyperbole , équilatère d'une forme 
.plastique définie, avec cette différence essentielle qu'elle se i)roduit par une 
révélation instantanée, sans la longue étude que suppose cette virtuosiié dans 
les domaines de la musique ou de la géométrie analytique. 

Que ces interpré'tatious cabbalistiques de la Transcendance soient de simples 

[-IJ 



292 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

Il est plus exact de nommer cette table, malgré la forme 
de son nom, la Table qui garde le (destin), avec la translationdu 
sens du participe passif à la signification active, ce dont on ne 
manque pas d'exemples, car c'est sur elle que l'Être unique, 
au principe des temps, écrivit les destinées universelles du 
monde, avec le Kalam, qui fut l'Existence primordiale, de telle 
sorte qu'elle est pour le -/iaij.cç un livre de prédictions, de pré- 
visions, dont les arrêts sont inéluctables. 

Cette théorie est extrêmement compliquée chez les divers 
auteurs qui l'ont exposée, et assez obscure ; elle varie sensible- 
ment d'un théologien à un autre, sans qu'il soit facile de 
discerner les raisons de ces divergences : ce fait montre que sf^s 
multiples aspects sont des déformations successives d'une 
théorie primitive, développée et interprétée de façons diver- 
gentes, suivant les tendances philosophiques des écrivains, et 
leurs tendances à la complication. 

La forme la plus simple de cette doctrine se lit dans 
un passage du Madjma al-baliraïn (1), du mohtasib d'Abar- 
kouh. D'après cet Ésotériste, la Table gardienne du destin 
<est double, ou plutôt se présente sous deux aspects : la 
Table gardienne intégrale JjJ! Jijisr*^! ^J^\, qui est la Table 

A\i Macrocosme, l'autre, la Table gardienne particulière, 
dilïérentielle^Wl iisois-oJ! ^j^\, qui existe dans le microcosme, 

•ou, pour être plus exact, qui est le microcosme lui-même, 
l'homme, la Table gardée générale, intégrale, étant le système 
de l'univers (2). 

fantaisies qui ne répondent à rien, c'est là un fait bien évident; elles n'ont point 
/l'autre int(M'ét que de monti'cr la direction îles tendances cérébrales de ceux 
qui les ont imaginées pour expliquer le mystère de l'inexplicable; mais il n'y 
faut voir que l'exagération d'une tendance mystique, dont Platon a le premier 
donné l'exemple, comme l'ont fort bien remarqué l'roclus, ou mieux les mathé- 
ïiiaticieiis dont il reproduisit les théories, dans son Commentaire sur le premier 
iivre d'Euclide ; et celte intention est demeurée secrètement celle de toutes les 
personnes qui ont étudié la Science, et les sciences, quelles qu'elles soient, 
autrement, à un autre point de vue, qu'à celui de leur utilité immédiate, qui 
«n ont cherché l'esprit au lieu du mécanisme, les mathématiciens et les 
physiciens cherchant à savoir commciit le monde est bâti, les historiens et les 
sociologues, comment il est habité, couiment ses habitants l'ont organisé. 

(l) Man. supp. persan I"<J2, pages 18:1-189. 

{2) La Table gardienne générale se trouve danx lo 51ac:oco&nic w, i JU, 



LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 203 

L'Être unique a écrit sur la Table gardée intégrale, pour 
l'élernité, les entités .^UyC» totalisées, l'intégrale des exis- 
tences du /.iaixcç, sans entrer dans leurs différentielles, et, quand 
il eut terminé sa tâche, l'encre du Kalam primordial (1), qui 
l'avait tracée en lettres indélébiles, se trouva épuisée, de telle 
sorte que l'Esprit éternel n'aurait pu la recommencer, si bien 
qu'il lui fut à lui-même défendu et interdit de modifier le 
premier aspect de sa rédaction de l'existence cle l'univers. 

L'Être suprême ne reprit point d'encre, de telle sorte que le 
monde, tel qu'il se trouve constitué dans son intégrale, dans sa 
somme mathématique, est définitif, qu'il ne subira ni addition, 
ni diminution (2); mais, sur la Table gardienne particulière, 
qui correspond au microcosme, qui contient les entités sous 
leur forme différentielle et résolue, l'Être unique continuera à 
écrire jusqu'à la consommation des siècles, et l'encre de son 
Kalam ne séchera jamais; c'est-à-dire que la création est 
écrite dans la potentialité de son intégrale sur la Table du 
Macrocosme, qui contient la multiplicité des entités, comme 
une fonction de degré n contient toutes les différentielles de 
degré n-l, n-i ... 3, 2, 1, 0, comme une équation de degré n 
contient toutes les courbes de degré n, n-\ ..., leurs tangentes, 
asymptotes, diamètres, mais que la création continue à se faire 
indéfiniment par la dérivation et la résolution de ces intégrales 
et de ces équations de la Table gardienne du Macrocosme. 
L'humanité est écrite d'un bloc sur la Table générale, mais 
les races, les peuples, les nations, les familles, les hommes, 
ne seront écrits sur la Table particulière qu'au fur et à mesure 
qu'ils descendront le cours infini du temps sans bornes, qu'ils 
apparaîtront dans la vie des mondes, dans l'histoire du y.ic;;;.^;. 

Cette théorie n'a point sulfi à l'esprit de complication des 



la Table gardée particulière, diflérentielle, dans le microcosme j^-^ J^, 
page 183. 

(1) D'après certains Ésotéristes, le Kalam d'Allah était fait de rubis ou do 
perles; un cavalier courant de toute la vitesse de sa monture mettrait cinq 
cent soixante annies à le parcourir; Tencre d'Allah est de lumière. 

(,') Ce qui est, en somme, une manière de dire, ce qui est conforme aux 
concepts de la Physique moderne, que la somme de la matière du xùit|ao;, et la 
somme de son énergie, sont des coastiiuios. 



294 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN, 

auteurs mystiques, et le mohtasib d'Abarkouh en expose immé- 
diatement une autre, beaucoup moins simple (1), qui constitue 
simplement une dichotomie, un dédoublement, de la précédente; 
d'après cette variante de la doctrine mystique, la Table gar- 
dienne est quadruple, et chacun de ses aspects porte un nom 

particulier: r la Tablegardienne très générale "^c'iîi Jb^isr*^! -^j^^, 

laquelle est l'Essence ^h même de l'Être unique, que lesSoufis 
nomment la « Véridicité transcendantale » jpU^M iïJbw (2); 
toute existence, sous un aspect quelconque, peut être, d'une 
manière absolue, considérée comme ayant été, étant, ou devant 
être, sur celte table à laquelle on donne également le nom de 
Table gardienne primordiale; 2" la Table gardienne générale 
^IjJî Jbysr^! ^^13! ; toute idiosyncrasie, toute qualité, tout attribut 

qui a existé, existe ou existera dans le ■/.ôai^.oç, d'une manière 
absolue, est écrit sur cette table, sur laquelle ne sont gravées 
que les directions morales des existences, alors que la somme 
de leurs modalités est écrite sur la première; on la nomme le 
monde de la Toute-Puissance o^^wo^, et c'est sur elle qu'est 
gravé le Décret divin Ua3; 3** la Table gardienne très particu- 
lière J^i^^l Jpjiaj-^' -^y, que l'on nomme le Ciel des cieux, et 
le Trône ^Aj^î '^ trône 'arsh est le siège, et le koursi est l'es- 
trade qui le supporte; les lexiques arabes disent en effet que le 
'msh d'Allah n'est pas une entité qui se puisse définir, mais 
que le koursi est la place des pieds de celui qui est assis sur le 
'arsh, dont le sens primordial est « endroit où l'on demeure », si 
bien que la Mecque porte le nom de al-'Oursh, ou même de 
al-'Arsh; le trône d'Allah est une entité incommensurable; il 
est dit, dans les Moufradât d'ar-Raghib, qu'il est une existence 
que les hommes ne peuvent arriver à concevoir dans son 
ipséité, et dont, en fait, ils ne connaissent rien que le nom, sans 
quil corresponde en rien à l'idée qu'ils s'en font; de mêuje 
que, suivant la parole du Prophète, les sept cieux et les sept 
terres, tout autour de l'estrade du Trône, sont exactement 



(1) Page 209. 
■ [i) Litt. la vérité des vérités, la réalité des réalités, ce qui existe d'une façon 
transcendantalement absolue. 



LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MVSTICISIME ORIENTAL. 295 

■comme une piste qui l'encercle, de même l'estrade entoure le 
Trône de toutes parts; toute entité qui a existé, ou qui sera, dans 
le monde du Royaume ^^X-U! JU, dans le monde tangible, se 

trouve gravé sui- cette table, et c'est, venant de cette table, 
qu'elle se manifeste dans le monde matériel ; la Table gardienne 
très particulière entoure tout le monde tangible; elle a pour 
correspondant dans le microcosme, la semence humaine, car 
tout ce qui existe dans le microcosme, dans l'homme, tire son 
origine de cette semence; 4° la Table gardienne particulière 
^'i^'î Js»isr'^î T'^^'' ^'^^ partie des essences et des perfections, 
des idiosyncrasies des entités, est gravée sur cette table, qui 
est le monde de la Souveraineté ^^.SÎU' JU, lequel, comme le 

monde de la Toute-Puissance, est un aspect du monde de l'in- 
tangibilité. Les Tables gardiennes très générale et très particu- 
lière comprennent les entités dans la somme intégrale de leurs 
essences, la première, dans leur destination au monde intan- 
gible et au monde tangilile, la seconde, dans leur destination 
au monde tangible; les Tables gardées générale et particulière 
comprennent seulement les idiosyncrasies desdites entités, la 
première dans leur destination au monde intangible et au monde 
tangible, la seconde dans leur avenir pour le monde matériel, 
au moins dans le principe de la théorie. 

C'est sur la Table gardienne particulière que l'Être unique a 
écrit l'Arrêt divin ^' j-^": le régissant de ce monde de la 
Souveraineté est l'Intelligence primordiale, qui domine sur 
toutes choses, et qui est onmisciente; dans le microcosme, 
dans l'homme, elle a pour correspondant l'Esprit de sainteté 
^^.ji ~j,, qui est l'esprit de la mission mohammédienne 
^J^^-" wo>!a ^,. lequel est le régissant du microcosme. 
Tout ce qui se trouve écrit sur la Table gardée particulière, 
■dans l'aspect du monde intangible auquel les Ésotéristes 
donnent le nom de monde de la Souveraineté, est inéluctable (1), 
et doit fatalement se manifester dans le corps humain, dans le 
« Feuillet développé » (2) ,^^;^ j . c'est-à-dire dans le micro- 

(1) Page 189. 

(■l) Cliaquo entité humaiuo est considérée comme un feuillet de ce quatrième 

[8] 



296 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

cosme, lequel, comme on va le voir, est un simple aspect de la 
Table gardienne particulière. 

Cette dichotomie des deux Tables gardiennes du destin en deux 
séries de deux tables, en quatre tables, est née assez simple- 
ment du désir de faire paraître sur l'une d'elles l'existence 
intégrale des entités, dans leur future matérialité et leur 
future intellectualité, et de spécifier sur une autre les idiosyn- 
crasies de ces mêmes entités, ce qui est une première différeii- 
tiation dont on ne trouve point l'esprit dans le système pri- 
mitif des deux tables. 



L'auteur du Madjma al-bahraln (\) nous apprend que la 
montagne de Thour ,^1, dont il est parlé dans le Koran : « Far 
la montagne du Sinai ! par un Livre écrit sur un feuillet déve- 
loppé! par la Maison prospère! par la voûte élevée des cieuxî 
par la mer aux flots en courroux ! » (-2), n'est autre que la Table 
gardienne très générale, qui est la Vérité transcendantale, 
rp]ssence même de l'Être unique. On la nomme ainsi parce 
qu'on l'entend émaner (3), produire, la parole de la Divinité. 
C'est là une allusion transparente au sens géographique de ce 
mot Thour, qui, dans la langue du Koran, dans la terminologie 
religieuse, désigne le mont Sinai, sur lequel Moïse s'entretint 



aspect de la Table gardienne, comme une surface infiniment mince détachée 
d'elle; partant, la somme de tout ce qui se trouve écrit sur la Table gardienne- 
particulière doit se retrouver dans la somme des êtres humains, des débuts de 
l'humanité à sa lin; chaque existence humaine n'est, en effet, qu'une différen- 
tielle de cette intégrale; cette interprétation est complètement abusive; il va 
de soi, dans l'idée mohammédienne, ou plutôt des premiers exégètes, car il est 
bien certain que le Prophète n'a jamais pensé à ces complications, que ce 
" Feuillet développé » n'est autre qu'un des feuillets du ■• Livre caché •■, du 
Koian ésotérique, qui est dans la Transcendance, et dont notre Koran n'est 
qu'un feuillet; il n'a pu signifier l'homme microcosme que par une extension 
qui se comprend logiquement, mais qui ne s'est jamais trouvée dans la 
pensée du Prophète. 
(1) Page 210. 



2) ^1 J^^',^^J! ^^^3J^^ Jj ^J^--' wl4j>^ 



.^jjsT'****-') ^s-rL, soui'ate 5-2, dite sourate ath-Thohi-, versets 1-6. 
' (3) Au sens actif. 

[91 



l.A PKNSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 297 

avec Dieu, et où il l'enlendit promulguer ses instruction& 
au pniple qu'il avait délivré de Teschwage du Pharaon; le 
mohtasib d'Abarkouh, continuant cette assimilation dans le 
sens allégorique qui lui est familier, ne craint pas d'ajouter que 
le Mystique peut arriver, sous certaines conditions de sainteté, 
à voir l'Être suprême se manifester exotériquement sur cette 
table, exactement comme Jéhovah s'est manifesté au prophète 
Moïse sur les sommets arides du mont Sinaï. 

La Table gardienne générale, qui vient immédiatement après 
la Table gardienne très générale, dans cette analyse de la 
Transcendance, est l'entité métaphysique à laquelle le Koran 
donne le nom de ,j.li-.* ^_^l::5', « le Livre écrit », dont il est parlé 
au début de la cinquante-deuxième sourate du Koran, en 
même temps que des autres entités de l'Eschatologie, sur l'inter- 
prétation desquelles les exégètes du Livre sont loin d'être d'ac- 
cord. Elle a reçu cette qualification de « Livre écrit » par cette 
raison que tout ce qui a été, tout ce qui existe, tout ce qui sera, 
se trouve gravé sur elle; mais les Ésotéristes (T) l'ont identifiée 
avec bien d'autres existences du monde nouménal, comme le 
dit cet auteur, dans un autre passage de son traité, puisqu'elle 
est simultanément le monde de la Toute-Puissance (2) ^;>.»^. le 
monde de l'Ordre (3) ^^-''J! JU, le « Livre caché » ,y^S* ^.-S, 

ou plutôt, aveu la même variation, avec le même passage du 
passif à l'actif qui se remarque dans le nom des tables, le *» Livie 
qui dissimule son écriture », le « Livre dont le texte est invi-, 
sible »; ce nom, dit le mohtasib d'Abarkouh, tire son origine 
de cette circonstance que toutes les entités, toutes les existences, 
sont dissimulées sur ce second aspect dos tables, sans posséder de 
vie déterminée, puisque seules, en effet, y sont inscrites leurs- 
idiosyncrasies; elle possède les attributs de l'Essence ^:^ (3). 

(1) Page 193. 

(2) Au sens de commandement, d'autorité, «-e qui lait de ce terme le synonyme 
de djabarôut. 

(3) En fait, ce n'est pas la Table gardienne générale, mais seulement la Table 
gar(Jienne très générale, qui possède les attributs de l'Essence, puisqu'elle est 
l'Esisence même de l'Être unique; d'où il suit que ce ne devrait pas être le 
• Livre qui cache son texte » qui soit gratilié de ces idiosyncrasies, mais liien le 
Thour, le mont Sinaï du Koran; mais, d'une part, il est visible que j"aspoct 
(lu Koran csotérique et transcendantal nommé le ■• Livre écrit » est aussi 

[10] 



298 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

La Table gardienne très particulière est nomméela « Maison 
prospère » (1) ,y>*J\ ^lu-Jl; elle contient tous les anges, et sur 
elles sont écrites les destinées de toutes les entités qui doivent 
vivre dans le monde tangible, dans le monde du Royaume JU 

^tCU', lequel est le même que le « Livre dont les pages sont 
•couvertes de l'écriture » ,_»k^* >_^l^, dont le Koran est la répli- 
que tangible (2). 

La Table gardienne particulière (3), qui est le second aspect 
du dédoublement des tables de la doctrine primitive, est 
nommée le « Feuillet déployé » .yui* ^j,, dont il est parlé dans le 
Koran (1); elle est le monde de la Souveraineté «ji^ylUî JW, 



auguste que le Sinaï sur lequel Allah le révéla; d'autre part, la seule diffé- 
rence entre la Table très générale et la Table générale est que lu seconde contient 
seulement les idiosyncrasies, ot non les essences; ces deux aspects de la table 
peuvent parfaitement [)0sséder les mêmes attributs, dans une modalité différente, 
essentiellement dilTérente de celle des idiosyncrasies des Tables particulières ; 
malgré tout, il est assez antinomique de voir une entité ne contenant que des 
idiosyncrasies qui possède les attributs de l'Essence et soit qualifiée par eux. 

(1) Page 210. Littéralement ■■ la Maison (l)ien) construite », ou « la Maison 
fréquentée (par les dévots qui s'y rendent en pèlerinage)», ce dernier sens, je 
pense, étant préférable au premier, car î. >„>*/» ,]i signifie « une maison hantée, 
visitée par un génie • ; la « Maison pi'ospère » est la réplique dans la Tran.scendance 
<le la Kaaba; elle est, suivant l'autorité des divers exégètes, dans le troisième, 
dans le quatrième, dans le sixième, ou le septième ciel; elle est située juste 
au-dessus de la Kaaba, et lui corresitond absolument; chaque jour, des légions 
-d'esprits divins, d'anges, la viennent visiter, soixante-dix mille, suivant les 
modéi'és, soixante-dix mille corps d'armée de soixante-dix mille anges, suivant 
les autres, qui en font le tour, prient, et jamais ne reviennent. 

(2) 11 y a trois aspects du Livre : <• le Livre caché, ou qui cache .\jS^' « ; « le 
Livre dont les lignes sont tracées ■■ ^j3»-* ; ■< le Livre dont les lignes sont 

écrites ■■ , aii.»^/= ; l'auteur, page 193, dit formellement que ce troisième aspect 
•du Livre, l'aspect inférieur du Koran ésotérique, est le monde du Royaume 

vJ:X.U'' ^!U, qui est au stade de l'existence J.ai.4, en ce sens que les corps 
I ' ^ • ^' 

matéiiels des existences sont écrits en acte JaÀJm sui- lui; il n'empêche 

■qu'il est gênant de voir un aspect de la Transcendance identifié avec une 

section de la tangibilité, ce que l'on ne peut expliquer que par cette hypothèse 

que l'une de ses faces appartient à l'Ésotérisme, l'autre à l'Exotérisme. 

(3) Pages 193 et 210. 

(4) Quant aux deux dernières entités dont il est parlé au début de la cin- 
quante-deuxième sourate, la voûte du firmament, qu'il vaudrait mieux com- 
prendre le toit du firmament, car les théosophes se la représentent comme 
formée de lames supei-posées, est l'e.sprit humain ^jLJ* ~.,, et la « mer 

[111 



LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAI.. 299 

«qui est identique au « Livre aux lignes tracées » .» Jy w»^, au 
Koran ésotérique, qui est au stade des attributs o'i-^, toutes 
les entités étant écrites sur lui avec les attributs et les idiosyn- 
■crasies existentielles, tandis que l'aspect supérieur du Livre, 
« le Livre caché » ,.,<.-C ^^'^xT, qui est le monde de la Toute- 

Puissance vOjjj^' JU, est à celui infiniment supérieur de 

l'Essence o^!i, dont il possède les attributs, car toutes les 
■entités sont dissimulées en lui, sans posséder d'existence déter- 
minée, ni de nombre fixé. 

C'est à un tout autre point de vue, essentiellement divergent, 
puisqu'il transporte dans le monde tangible, que le « Feuillet 
•déployé », le ,ji-x* (j ., qui est la Table gardienne particulière, 
•désigne l'homme, c'est-à-dire le microcosme. 

Toutefois, dans un autre passage du Madj ma al-bahrani {\), 
le mohtasib d'Abarkouh, d'une manière implicite, ne cite 
que trois des aspects de ces tables, et ne parle point de ce 
quatrième aspect, puisqu'il fait du « Livre dont les pages sont 
couvertes de l'écriture d'Allah -) ,^k^ ^J^, le « Confluent des 
•deux océans « v^vW' s^>.^^, c'est-à-dire le microcosme lui- 
même, le « Feuillet déployé », qui est intermédiaire entre le 
inonde intangible ^*^' JU et le monde de la création tangible 
, ^LsJ^ J'^, et les réunit en son ipséité (2). 

Ces variations dans l'exposé de la doctrine sont importantes; 
elles confondent des entités qui appartiennent à des créations 
divergentes, à des mondes différents et contradictoires, d'es- 
sence et d'attributs absolument opposés, puisque le « Livre 
dont les pages sont couvertes de l'écriture d'Allah » .^^k»-* ^^ }^^ 
appartient au monde transcendantal ; s'il est certain que 
l'homme, le microcosme, est l»ien l'intermédiaire, le médium 
qui fait communiquer le monde de l'au-delà avec le monde des 

aux flots tumultueux • est le corps de rhoninie. toutes identificatious dont le 
sens n'est point évident. 

(1) Page 193. 

(2) Dans cette théorie, le « Livre qui cache son te.xte • est le « monde de 
.l'Ordre » S^^ JU : le •• Livre aux Ijoncs tracées ■', le monde de la Création 
, ^Is-'l JU: le • Livre aux lignes écrites ••, le Confluent des deux océans. 

[liil 



300 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

sens, il n'en demeure pas moins vrai que le « Livre dont les- 
pages sont couvertes de l'écriture d'Allah » appartient exclusi- 
vement à la Transcendance, et c'est une grave erreur de 
l'assimiler au médium qui fait communiquer les deux aspects 
du •Aoa'^.oq, l'intangibilité et la tangibilité. 

Ce fait suffit à montrer que ni la théorie des trois Tables gar- 
diennes du destin, ni celle des quatre Tables, ne sont primi- 
tives, mais qu'elles sont une évolution, une simple complication 
du système des deux Tables. C'est, en effet, la théorie des deux 
Tables gardiennes du destin, et sous une forme encore plus 
primitive, qui se trouve exposée, au début du xrv^ siècle de notre 
ère, par le célèbre philosophe Abd ar-Hazzak, qui se trouva 
ainsi, en Perse, le contemporain du mohtasib d'Abarkouh. Le 
système d'Abd ar-Razzak ne comprend que deux tables, comme- 
la première version du mohtasib d'Abarkouh, ce qui est évi- 
demment la forme originale de cette doctrine, la Table de la 
Raison universelle, qui correspond au Décret divin, au Mandat 
céleste Laa, et celle de l'Ame universelle, qui garde l'Arrêt jOi, 
ce second aspect de la Table du destin étant le seul qui, dans la 
terminologie d'Abd ar-Razzak, soit qualifié de Table gardienne. 

Au-dessus, en dehors de tout le -AÔiy-cq, dit Abd ar-Razzak 
d'après les doctrines des Gnostiques (1), en empruntant toutes 
ses idées à la théorie des hypostases des néo-platoniciens, existe 
lÈtre unique (2), qui connaît directement toute chose, sans 
l'intermédiaire d'une idée, avec tous ses attributs, qui éma- 
nent de son ipséité; le plus important est la Science suprême 
is^' J*3', qui est la Raison universelle (3), l'Intelligence pri- 
mordiale (4); c'est en elle, sur elle, que sont écrits les types 

(1) (iuyai'd, Abd nr Ra^zak et son traité de la prédestination et du libre 
arbitre. Journal Asiatique^ 1873, i, p. 150, 151, 162, 163; 168. 

(2) Dieu, chez Abd ar-Razzak, comme chez les néo-platoniciens, est en 
dehors du x6(T(io;, absolument séparé de lui ; il connaît tout directement, sans 
l'intermédiaire d'une idée, par la même communication immédiate qui s'établit 
entre le Mystique et la Transcendance, sans' même que les sens transcendantaux 
entrent en jeu; c'est là une sensation intraduisible dans et par la matérialité 
d'une langue, une communication en dehors de tout concept, de toute limi- 
tation de temps et d'espace. 

(3) J,-i! ^jj\. 

L13] 



LA PEXSKE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 301 

de toutes les existences, de toutes les entités; les anges, les 
•esprits divins, sont des raisons différentielles, partielles, des 
dérivées successives,'éinanées de la Raison universelle, qui est 
l'Intégrale; les anges, en cette qualité, peuvent agir sur les 
■créatures, comme le fait l'Être unique lui-même, quoique à 
un moindre degré, avec moins de puissance, et c'est cette 
raison qui leur a fait donner le nom de « ceux qui se trouvent 
rapprochés (de Dieu par leurs attributs) » .^jCi--. 

De cet Esprit primordial émanent l'Entité psychique et la Spi- 
ritualité; l'Entité psychique pL^, la àùyr, des philosophes 
grecs, est l'Ame universelle, et les tliéosophes de l'Islam lui 
donnent également le nom d'Ame raisonnable iiLUl v-iJî. 

L'Ame universelle est dans un rapport immédiat et intime avec 
tous les corps célestes- répartis dans les sept sphères ; c'est elle 
qui donne naissance aux âmes particulières et différentielles 
des sphères et des planètes qui leur appartiennent; elle ne 
•connaît point directement par son essence, ce qui est l'attribut 
exceptionnel de l'Esprit primordial, dont elle est une émanation, 
mais elle peut, dans certains cas, être douée de la connaissance; 
quant à la Spiritualité ïlila^^., elle est l'Esprit du y.ijy.o;, et elle 
est directement perçue par l'Être Unique, cette perception étant, 
en fait, la Prescience divine. 

A la Raison universelle correspond le Décret, le Mandat 
•céleste l-^,qui embrasse et contient toutes les entités, toutes les 
modalités de leur existence, dans leur généralité, ou plutôt dans 
leur intégralité. 

D'après le mohtasib d'Abarkouh, dans son Madjma al- 
bahraïn, le Décret signifierinvariabilité desidées, desformes(l) 

(1) Pages "iOâ, •2t»6, 210, iVi. Ces formes éternelles vivent clans l'invariabilité 
absolue dans le monde transcendantal; quand les âmes qui ont animé les 
hommes, dit le mohtasibd'Abarkouh, dans son Madjma al-bahraïa, page 254, s'en 

vont dans le monde supérieur, elles délaissent les complexes ,jy}^ y> dont sont 

formés les corps, et elles revêtent pour l'éternité les formes spirituelles 

jUs.j. i_»-^; aussi les sensations éprouvées dans le monde métaphysique sont- 

•elles plus intenses que celles du monde tangible, dit al-Djili, dans Val-Insan al- 
kamU,el les plaisirs y sont plus vifs, ainsi que les souffrances. Cela provient de 
■ce fait que. dans le monde do l'au-deli, rien ne vient s'intei-poser entre l'esprit 

ilJl 



302 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

,j^ o^L?^' dans le monde des contingences, des possibilités; 
sous un autre aspect de la pensée humaine, le Décret est 1& 
Kalam primordial J^^l Jj^!, qui aécrit l'intégrale du -AbaiJ.oq sur 

la Table gardienne, lequel, en fait, n'est que l'instrument qui a 
permis d'en tracer sur la table la forme invariable et indéfor- 
mable. Tout ce qui se trouve écrit dans les cieux, ou, pour plus 
d'exactitude, dans le monde transcendantal, est le Décret, le 
Mandat divin; tous les phénomènes qui se produisent dans le 
monde tangible sont causés par l'intluence des astres et des 
cieux, et forment l'ensemble de l'Arrêt divin sj:^..X5. Cette 
influence des sphères et de leurs planètes s'exerce par l'inter- 
médiaire, par le moyen, de leurs àines particulières, qui sont 
des différentielles de l'Ame universelle, laquelle est une dérivée 
de l'Intelligence primordiale; c'est assez dire que le Décret 
relève de l'Intelligence primordiale, et l'Arrêt divin, le Destin, 
de l'Entité psychique, de l'Ame universelle. 

Cette théorie aboutit fatalement aux systèmes astrologiques 
et cabbalistiques, qui forment la partie la plus secrète et la plus 
abstruse de-l'Ésotérisme; les docteurs soufis, en général les 
Musulmans, qu'ils soient shiïtes, ou qu'ils appartiennent au 
Sunnisme, sont intimement persuadés de la valeur des théories 
cabbalistiques et astrologiques, par cette raison qu'il faut aller 
chercher la cause de tout ce qui se produit dans l'univers 
tangible dans les mouvements des corps célestes. 

A l'Ame universelle correspond l'Arrêt .Ji (I), qui ne con- 
cerne les entités et leur existence que dans leurs particu- 
larités; l'Ame universelle, à ce point de vue, est le lieu de 
l'Arrêt, la Table de l'Arrêt, du Destin ,X!i)\ ~ J, le monde de la 

Souveraineté s0^n_U; comme on l'a vu un peu plus haut, cette 
Ame universelle, qui est la Table de l'Arrêt, est le monde des 
âmes célestes différentielles, et c'est de lui que descendent les 

— j i et ce qui lui est envo\'é par Allah. Au contraire, dans le monde tangible, 

le corps, par suite de sa matérialité, à cause des complexes ,j^[S y- d'éléments 
dont il est formé, empêche cette communication directe entre la Divinité et 
l'esprit de l'homme, et il masque à la fois le plaisir et la douleur, au moins 
jusqu'à un certain degré. 

(1) Guyard, Abd ar-Razzak, page 168. 

[151 



LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 303 

êtres qui viennent exister dans le monde tangible io'^M JU. 

Le mohtasib d'Abarkouh, dans son Madjma al-bahrain (1), 
réfute longuement les théories des philosophes qui nient l'exis- 
tence de TArrêt divin, dans lequel il voit le « Livre qui explique 
clairement », le ^^ w^UT, c'est-à-dire l'un des aspects du Koran 
ésotérique, qui, dans le Koran, dans la diction de Mahomet, est 
devenu le nom du Livre. A un autre point de vue (2), TArrêt 
signifie l'hypostase des formes, des concepts des entités 
LlI ^y^ Jr^^, dans le monde de l'existence matérielle, dans 
leurs différentielles; mais il signifie également la production 
des formes, des concepts des entités Lu' , ^^ o-a^., dans les 
âmes célestes particulières du Macrocosme, et, par consé- 
quent, dans les facultés Imaginatives du microcosme, qui sont 
les correspondantes de ces âmes célestes. 

Mais la théorie des deux Tables n'est point généralement 
admise par les philosophes musulmans (3), puisque Djourdjani 
en distingue formellement quatre : r la Table du Décret 
l^, sur laquelle la volonté divine efface ou garde, après avoir 
écrit la création; 2° la Table gardienne du Destin, sous son 
nom habituel Jb^i^! ~Jl3!, ou Table de l'Arrêt ,jJi)! ~J, qui 
est la Table de l'Ame raisonnable universelle, sur laquelle sont 
répartis, en classes générales, les universaux de la première 
table, ces types généraux restant étroitement soumis à l'in- 
fluence des causes qui font partie intégrante de leurs idiosyn- 
crasies, et auxquelles elles ne peuvent se soustraire; 3" la 
Table de l'Ame céleste différentielle, qui est une réplique 
imaginaire, l'image virtuelle, de l'Ame raisonnable, dont il 
fait une troisième table, dans le même esprit qui a inspiré 
l'une des théories exposées à une date un peu postérieure 
dans le Madjma al-bahrain; c'est sur cette troisième table 
de Djourdjani que viennent se dessiner, se peindre, toutes 
les existences qui vivent dans le monde tangible, avec leurs 
formes, leurs dimensions, leur volume; on la nomme le ciel le 
plus proclie, et ce ciel est, en fait, comme le prototype imma- 



(1) Pages 214 et 249. 

(2) Madjma al-bahraïn, page 206. 
(o) Guyard, Abd ar-Ra<zak, page 



.H 1*1..., l'^^^ ^\JK,. 

ar-Razzak, page 169, note. 



304 REVUE DE l'orient CHRETIEN. 

tériel et imaginaire du monde, de même que la première Table 
-est en Tesprit, et la seconde, le cœur; 4'' quant à la quatrième 
Table de Djourdjani, elle est celle de la matière primordiale, 
•qui peut recevoir les formes dans le monde sensible, suivant 
une théorie qui présente évidemment des rapports étroits avec 
les doctrines du mohtasib d'Abarkouh, dans un espi-it sensible- 
ment différent. 

Le Décret et l'Arrêt, suivant Abd ar-Razzak (1), sont tous les 
deux compris dans la Prescience primordiale J^^i h^*-^^, dont 
ils ne sont visiblement que deux aspects, de la même façon que 
le Décret et TArrêt contiennent toutes les réalités, tout ce qui 
■esi en acte. La Prescience primordiale, dit Shams ad-Din 
d'Abarkouh, dans le Madjma al-baliraïn (2 , signifie la volonté 
créatrice des idiosyncrasies c^lI»U et des essences si-»^^i des 
entités; de même que la Prescience primordiale comprend dans 
son ipséité le Décret et l'Arrêt, le Décret, qui est dans le passé, 
comprend l'Arrêt, qui est dans le futur, et l'Arrêt comprend ce 
qui aura une existence dans le monde tangible - ,W! J, '^^ 
toute idée, toute forme ^j:^,^-» du monde transcendantal corres- 
pondant à une matérialité déterminée, qui se trouve manifestée 
dans ce moode tangible, à S3n heure inéluctable, d'après ses 
idiosyncrasies. 

(1) IbkL, page 101; par le Décret Lsâ, Dieu décrète, détermine, décide; 
par l'Arrêt , Ji. il exécute; c'est en ce sens, mais sous une forme plus précise, 
que l'auteur du Madjma al-bahraïn, p. 206, a écrit que le Décret est l'existence 
potentielle des idées des entités dans le monde de la possibilité, d'une façon 
intégrale; l'Arrêt, l'hypostase des idées des entités dans le monde existentiel, 
sous leur forme différentielle; la distinction est essentielle : le Décret est dans 
l'éternité passée; l'Arrêt, dans l'éternité future; Joui est la Prescience, la Provi- 
dence. A un autre point de vue, et d'une manière qui est plus claire, les idées, les 
prototypes de toutes les entités sont écrits dans la Raison universelle; c'est le 
Décret, lequel, partant, embrasse les entités dans leur intégralité ; puis, ces idées, 
ces formes, provenant de la Raison universelle, viennent se peindre, en se 
différenciant absolument, sur la Table de l'Ame universelle, ce qui forme l'Arrêt; 
l'Arrêt, par conséquent ne peut embrasser les entités que dans leurs particu- 
larités ; en ce sens, la chiromancie est fondée sur cette théorie des deux Tables; 
la main droite représente, disent les spécialistes, le destin, tel qu'il a été défini 
pour chacun, dans son intégralité ; la gauche, au contraire, ses particularités, ou, 
•comme le disent les bohémiennes, ce que chacun a fait de sa vie, avec l'intro- 
duction, dans ce S}'stème, du concept du libre arbitre; le rapprochement est 
«urieux; il est inutile d'y insister plus longtemps. 

(i) Page 20G. 

[17] 



LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 305 

Cette Prescience primordiale, cette Providence, ajoute l'au- 
teur, est une manière de parler de la Science éternelle J,! *ic 
qui contient toutes les idiosyncrasies, d'une façon intégrale, 
mais qui n'est pas elle-même douée d'Essence «ji^'i, parce 
qu'elle est, en réalité, l'essentialité même dé l'Essence, l'idiosyn- 
crasie même de cette Essence oli) ^rr- 

La Science éternelle, qui enveloppe tout, dit l'auteur du 
Madjma al-bahra'in, de par le destin inéluctable qui lui 
impose la production des entités déterminées par la volonté 
transcendantale c^LIx:;^, se vit contrainte et obligée de pro- 
duire une Essence ^^»j=-, qui est connue sous les divers 
noms d'Essence primordiale, d'Intelligence primordiale, de 
Lumière primordiale, de Matière primordiale, de Protoplasme, 
^^\ ^^^, y; jX-r; y; ~pM-r, des Alexandrins, de Kalam sublime, 
de Table gardienne intégrale. Elle produisit ensuite, par le 
moyen de cette Essence, considérée dans ses différentes 
modalités, les corps célestes et les éléments qui entrent dans la 
composition des corps matériels, lesquels constituent les 
véhicules des facultés physiques. Considérée dans sa fonction 
de Table gardienne du destin, cette Essence primordiale est 
devenue les essences des existences -.Ij 10 Xj^\- toutes les 
formes, toutes les idées, tous les concepts des entités, sont 
compris dans cette Essence, d'une manière intégrale; par suite, 
et à cause de sa science éternelle, l'Être unique est présent dans 
toutes ces formes; il préside à leur existence, et les connaît 
toutes. Cette présence et cette science d'Allah sont une façon de 
parler de la Prescience primordiale, et l'auteur du Madjma al- 
bahrain^ tout comme Abd ar-Razzak, insiste sur ce fait qu'elle 
n'a point d'essence .^':i. 



Le lieu du Décret, qui est le monde de la Raison universelle ( 1 ) , 
le monde spirituel, avec sa substance immatérielle, les essences 
sans matière (2), dit Abd ar-Razzak, a reçu des philosophes le 

(1) Guyard, Abd ar-Razzak, pa^es 164, 170, 195. 

(2) Madmia al-bahraïn, page 210. 

[18] 

ORIENT CHRÉTIEN. 20 



306 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

nom de Table du Décret 1^1 ^^, ce qui est une variante de 
celui de Table gardienne; c'est sur cette table que sont écrites en 
bloc, dans leur somme intégrale, les entités par le Kalam 
d'Allah; elle est le monde de la Toute-Puissance, le premier 
aspect du monde transcendantal, le vIj-jj.^^! JU, qui est égale- 
ment désigné, dans la terminologie des métaphysiciens et des 
ontologistes de l'Islam, sous les noms de «. aspect primordial du 
monde de la Souveraineté» y^\ >o^'CU! JU (1), etde « monde 
supérieur de la Souveraineté » X^\ ci^-STiJ! JU ; on le nomme 
encore la « Mère du Livre » ,^_^UCM À^ c'est-à-dire le prototype 
essentiel du Koran ésotérique, et le « Mémorial qui juge les 
hommes » *Ss:^\ j^-^,)!, dont le sens est absolument le même 

que celui de « Mère du Livre », puisque, dans la terminologie 
habituelle des théologiens, le Mémorial, le^i, n'est autre que 
le Koran. 

Si Ton en croit le témoignage de certains métaphysiciens, 
tel Abdal-Karim al-Djili, dans son al-lnsan al-kamil., ce terme 
de « Mère du Livre », et, par conséquent, celui de « Mémorial 
qui juge », signifient l'idiosyncrasie de la nature de l'Essence, 
qui se produit, sous des aspects variés, par l'idiosyncrasie de 
ses valeurs transcendantales (^jU^^, qui ne sont pas susceptibles 
de recevoir un nom, ni un attribut, ni une qualification quel- 
conque, et qui ne peuvent davantage posséder une existence, ni 
une non-existence; quant au Livre '^d>, qui est le prototype du 
Koran, il est, par contre, l'Existence absolue, qui ne peut, en 

(1) Le monde de la Toute-Puissance, dit Sliams ad-Din d'Abarkouh, Madjma 
al-ba/iraïn, page 745, pour Abou Talib al-Makki, est le « monde de la Majesté du 
Tout-Puissant » vj^^^ylis a^^I pour le plus grand nombre des Soufis, c'est le 
" monde du centre (du xô(7(j.oi;) » Lu-.j *^'-^J pour ceux qui sont parvenus à 
l'apogée de la science, il n'est autre, au contraire, que la matière primordiale, 
la ]J ïSU. dans sa relation, dans la connexité qu'elle possède, avec toute entité 
déterminée et décrétée par la Volonté transcendantale .^-xx,»; le monde de 
la Souveraineté, d'après le même auteur, signifie le monde intangible, invisible, 
le monde intelligible jUiix/»» s^^^ -^^'^î c'est-à-dire le xoaixo; des intelligibles; 

quant au monde du Royaume, il est très nettement, comme on l'a vu à plu- 
sieurs reprises, dans le texte de ces pages, le monde tangible. 

[19] 



LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 307 

aucun cas, connaître le néant; en ce sens, en réalité, la 
<f Mère du Livre » n'est autre, et ne saurait être autre que la 
Divinité elle-même (1). 

Le lieu de l'Arrêt, au témoignage des ontologistes musulmans, 
aussi bien d'après Abd ar-Razzak que suivant le mohtasib 
d'Abarkouh (2), est le monde de l'Ame universelle, lequel est 
composé des essences j.»*=^ , unies à la matière sSU, c'est-à-dire 
du monde animique ^^ij JU, avec les corps célestes. 

En effet, ajoute l'auteur du Madjma al-bahrabi, les idées 
intégrales }< L^._j^, grâce à leur extrême pureté qui les 
rend immatérielles, et à leur luminosité, ne possèdent pas les 
idiosyncrasies requises pour atteindre le stade de l'intelligibilité 
C^l^^lx^, c'est-à-dire pour être perçues dans le monde de la 
Toute-Puissance ,^j^>^' JU, bien que, cependant, elles n'y 
restent point au stade de l'incognoscibilité vji^l'^sr^, bien 
qu'elles n'y soient pas totalement et absolument inconnues. Et 
le mohtasib d'Abarkouh compare ce fait à ce qui se passe pour 
les rayons solaires, lesquels ne demeurent pas imprimés sur la 
rétine, et, cependant, sont perçus par le sens optique. 

Ces formes sont tracées par le Kalam primordial, avec lequel 
la Divinité écrivit la création, qui est le Décret Usa, sur la Table 
de l'Ame universelle IÇ ^âi ~J, qui est le cœur du /.ôcru-cç; 
cette table est celle qui, dans le second système exposé par 
Shams ad-Din d'Abarkouh, est nommée la Table gardienne 

intégrale "iU ^bJi^ _J. parce qu'elle conserve en elle les 
concepts totaux, les formes, les idées intégrales 15' l^,_j^, qui 
sont soumises à la loi de causalité, mais au point de vue 
intéi;-ral et g-énéral. 

Cette table a pour correspondant dans le microcosme le cœur, 
qui est le lieu des idées intégrales }^ l^, ^-^ dans l'homme; 
c'est pour cette raison que l'on nomme le''cœur la Table gar- 
dienne du microcosme, car c'est lui qui garde les idées inté- 
grales de subir une altération quelconque. 



(1) Man. arabe 1357, folio 64 verso. 

(2) Madjma al-bahraïn, page 210. 



[20] 



308 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

Les formes jt-j^ qui se trouvent écrites sur la Table gardienne 
intégrale s'impriment dans les âmes célestes différentielles et 
particulières qui correspondent, dans le microcosme, dans 
l'homme, aux facultés O de l'àme raisonnable iiislj (j-iJ, et 
ces formes différentielles, ces idées particulières, peuvent ainsi 
prendre une tangibilité, et revêtir des formes matérielles 
susceptibles de localisation dans le temps et dans l'espace ; en 
ce qui concerne le monde phénoménal 5.>U^iJ! JU, les quintes- 
sences de ces idées ^! . partielles sont les causes qui incitent 
d'une manière invincible l'être vers l'acte. 

Ce monde de l'Ame universelle, (jui est le lieu de l'Arrêt, porte 
toutes sortes de noms dans la terminologie des théologiens, au 
même titre que le monde de la Raison universelle, qui est le 
lieu du Décret; on le trouve nommé Table de l'Arrêt, ce qui 
est le plus explicable, image virtuelle, réplique imaginaire du 
monde JU JL^, que l'on oserait presque traduire par « plan 

astral », ciel le plus proche Li:» jU~.î; c'est dans ce monde que 
se produit l'hypostase des existences, des entités vjijbJlS', qui 
descendent du monde transcendantal, du suprême invisible, 
de l'invisible de l'invisible w-^-i'' v^^^. et de là s'hypostasient 
dans le monde tangible .oL^! JU, sous une forme actuelle, 
pour passer de l'état potentiel à celui de l'acte (1). 

Ces idées, ces formes ^^y^, sont avec les âmes raisonnables 
^b ; w^ij exactement dans le même rapport que la faculté 
Imaginative JL:i^ ^^y se trouve avec les « âmes humaines » 
jI^! ■r'j^ (2) : chacune d'elles constitue un « Livre qui expli- 
que les mystères » ,._* ■^[S, exactement comme le Koran 



(1) C'est de là, dit Abd ar-Razzak, ou mieux traduit Guyard, page 168, que 
descendent tout d'abord les êtres, à leur sortie du Mystère des mystères, pour 
apparaître ensuite dans le monde sensoriel. 

(2) C'est-à-dire avec les âmes que chacun de nous porte en lui. De la 
Table gardée, dit Abd ar-Razzak, p. 1(38, les concepts, les idées, viennent 
s'imprimer dans les âmes célestes partielles, qui sont les facultés des âmes 
raisonnables partielles, en tj'pes spéciaux, tout comme s'impriment dans nos 
facultés des notions particulières; les facultés Imaginatives des âmes raison- 
nables partielles, dérivées de l'Ame universelle, sont les âmes des sphères et des 
planètes. 

[21] 



LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 309 

exotérique de Mahomet n'est que la réplique tangible d'une 
idée, d'une forme, qui vit dans le monde transcendantal, d'une 
idée, au sens de Platon, dont toute cette théorie n'est qu'une 
hypostase, un avatar du Koran ésotérique, dont les livres de 
tous les prophètes de l'Islam sont la matérialisation d'un 
feuillet qui existe dans l'Astral. 

Pour résumer cet exposé confus autant que diffus, le monde 
de la Souveraineté vji^yCl.* JU est le lieu de l'Arrêt ,jJ ; le monde 
de la Toute-Puissance vOjj^ JU, le lieu du Décret ^^i (1), ces 

deux mondes n'étant que des aspects de la Transcendance, 
nés du besoin byzantin de complication et de complexité, 
qui constitue l'esprit de l'Asie antérieure, contrairement aux 
tendances helléniques de la Chine des lettrés. 

Cette théorie aboutit à une doctrine monstrueuse, puis- 
qu'elle suppose, d'une manière inéluctable, que l'Être unique a 
écrit simultanément les contraires et les divergences sur la 
table unique; elle eût révolté l'esprit des Mazdéens, et elle est 
incompatible avec l'idée chrétienne, qui attribuent la totahté 
du mal qui désole le monde à l'invention diabolique et perverse 
d'un esprit de ténèbres qui s'est rebellé à l'origine des temps; 
elle n'eût point choqué l'intellect judaïque, qui admet explicite- 
ment que Jéhovah est l'auteur du mal comme du bien, puis- 
qu'il règne seul dans la Transcendance, puisque toute la 
création est son œuvre, puisqu'elle n'a subi de l'esprit démo- 
niaque aucune de ces contradictions qui, d'après l'Avesta et le 
dogme chrétien, sont l'origine et le principe du mal. 

Encore faut-il remarquer que cette doctrine des philosophes, 
ou mieux des ontologistes musulmans, est encore plus inad- 
missible chez les Mazdéens que dans le Christianisme; que la 
somme du mal dans ce monde l'emporte sur celle du bien, 
c'est un fait qui n'est que trop évident, mais il n'est point 
étranger aux prévisions de l'Omniscience. 

Ces prémisses ont nécessairement conduit les ontologistes 
de l'Islam à la négation absolue de la puissance de l'homme 
à se conduire d'après sa volonté, à la négation du libre arbitre, 
à la doctrine de la prédestination et de la grâce, dans un esprit 

(1) Pages 122, 212. 

[22] 



310 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

aussi intransigeant que celui de saint Augustin, de Calvin, des 
dfsciples de Jansénius; puisque le Kalam d'Allah, l'Existence 
primordiale, a écrit simultanément les contraires, à la fois sur 
la Table gardienne et dans la semence humaine, qui est son 
correspondant dans le microcosme, la destinée est inéluctable, 
et l'homme n'a aucun moyen de lui échapper. « La semence, 
dit le mohtasib d'Abarkouh, dans le Madjma al-bahrcun (1), 
puisqu'elle est la Table gardienne du microcosme, contient en 
potentiel, comme la Table gardienne du Macrocosme, toutes les 
idiosyncrasiesqui sont perceptibles par l'intellect >^_^"^^iix/=', ainsi 
que toutes celles qui ne sont perceptibles que par les sens 
sjl^Lj..*^^, d'une façon générale, tous les contraires ^'j-^!, le 
bonheur et le malheur, la science et l'ignorance, la richesse et 
la pauvreté. Ce sont ces modalités de l'existence que l'on 
nomme état JU. et stade M^ (2) ; elles ont été tracées et écrites 

dans la semence par le Kalam primordial, qui est à la fois le 
Décret Ui et l'Ordre de la Divinité !j>^ *Sk » (3). 

Ce fait explique pourquoi l'on ne peut empêcher le malheur, 
ni même le retarder, et comment l'homme est étroitement déter- 
miné ,j-:-=s-''. Ces binômes, ces complexes de contraires, comme 
le bonheur et le malheur, évoluent j-uT ^ .^^^ avant de 
parvenir au monde tangible; puisqu'ils font partie intégrante 
de la semence, ils tombent avec elle dans la matrice de la 
mère, laquelle appartient encore au monde de l'intangibilité 
v,_^.jLJ! JU, à la Transcendance, et en forme le dernier stade, 

avant le monde sensible, que franchissent les existences, avant 
d'entrer dans le monde de la matérialité C-j^'h^I JU, d'où 

(1) Pages 186, 189, 207, £20, 221. 

(2) Il faut entendre ici hàl et niakàm au sens ordinaire, et non au sens mys- 
tique que ces mots prennent dans l'Ésotérisme, le premier signiliant cliez les 
Soufis l'extase, le second, le degré où l'extase conduit le Mj'Stique, la place à 
laquelle elle l'élève dans la Voie; en fait, si tout a été écrit au commencement 
du monde par le Kalam d'Allah, il va de soi que toutes les extases des Mystiques 
sont prévues sur la Table gardienne du destin, ainsi que leurs stades, et le 
degré qu'ils ne pourront dépasser; mais ici, il est visible qu'il faut prendre ces 
termes dans un sens plus général. 

(3) *^, dans la langue ordinaire, est synonyme do UiiS ; *X2>.. dans ce sens, 
comme Ua3, est complètement opposé à .Ji. 

[23] 



LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 311 

elles ne sortent que par la porte de la mort, pour rentrer dans 
l'intangible. C'est en ce sens que le Prophète a dit : « l'homme 
heureux est celui qui jouit du bonheur dès le ventre de sa mère, 
l'infortuné, celui qui souffre dès ses entrailles » (1). 

Malgré sa logique, sa rigueur mathématique, cette théorie 
décevante et démoralisante était loin d'être celle de tous les 
philosophes musulmans, et surtout de l'universalité des Mj'S- 
tiques; les Soufis, comme je l'ai expliqué autre part, ont souvent 
corrigé, avec une habileté surprenante, en jouant des moyens 
divers d'une casuistique raffinée, ce que l'Islam primitif avait 
d'intransigeance et d'inflexibilité; c'est grâce à leurs efforts 
qu'il a pu se transformer en une loi anodine qui a fait son 
succès; réduit aux prescriptions de Mahomet, l'Islam eût rebuté 
tout le monde par sa brutalité, au lieu de se répandre dans 
l'univers aux dépens de formes religieuses qui lui sont très 
supérieures. 

Les auteurs mêmes qui admettent dans toute sa rigueur le 
principe du déterminisme absolu se sont heurtés à l'impossibilité 
de s'imaginer un dieu qui a créé simultanément le bien et le 
mal, et le châtiment du mal, sans but visible, et ils ont cherché 
à expliquer les malheurs, les vicissitudes de la vie humaine, 
par des influences mystérieuses, qui échappent à tout contrôle, à 
toute mesure, à toute prévision, même à ceux de l'Être unique. 

Le bonheur et le malheur, les contrastes, d'une façon géné- 
rale, dit le mohtasib d'Abarkouh (2), ne sont produits ni par 
la satisfaction, ni par le mécontentement de l'Être unique; car 
ils sont un présent, un cadeau, qui est fait suivant les capacités 
de celui qui le reçoit, parce que les entités du monde supérieur 
agissent en donnant, parce que leur idiosyncrasie est de 
donner, alors que l'essence de celles du monde inférieur consiste 
à recevoir, les premières étant actives, les secondes, passives 
et soumises au bon vouloir et au caprice des autres; ce qui 
revient à dire, en termes plus clairs, que tout ce qui est produit 
dans le monde tangible est déterminé par les formes et les 
moments du monde intangible. 

(2) Madjma al-bahraïn, page 187. 

[24] 



312 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

Les corps célestes c-^LCIi (1) font parvenir dans le monde 
de la matérialité >>Lij, ^^ JU la grâce des attributs v^i^U..^, 

des actes et des paroles, et c'est ainsi que chacun des êtres qui 
vivent sur cette terre reçoit sa part, suivant ses prédispositions 
et ses idiosyncrasies : « Ne vois-tu pas, dit le mohtasib d'Abar- 
kouh, que les cieux et les étoiles se meuvent, et qu'ils influent 
profondément sur la marche de ce monde; que, parmi leurs 
influences, se trouvent la détermination, la spécialisation 
^.v^sr^' du temps, et celle des occurrences qui se produisent 
pour les humains (2); ainsi, il se trouve un temps, tel que, par 
exemple, on s'y met en voyage, il survient un événement 
qui oblige à l'interrompre, alors que si le moment est autre, 
(les circonstances demeurant en apparence identiques),, une 
telle éventualité ne se produit point ». 

Le mohtasib d'Abarkouh considère que l'influence du moment 
est déterminante dans cette question du bonheur et du malheur, 
en général, de la réalisation des groupes de contrastes qui sont 
écrits sur la Table gardienne, et que l'on n'en tient pas suffisam- 
ment compte dans cette enquête sur les vicissitudes de l'existence 
humaine. Les inventeurs de cette explication n'étaient point 
sans se rendre compte de son extrême faiblesse, de sa puéri- 
lité, ce qui ne les a pas empêchés d'insister sur ses détails; 
si encore, continue l'auteur, il n'existait dans le monde que deux 
catégories bien distinctes d'êtres, les uns, toujours heureux, 
les autres, voués à un malheur constant, depuis leur enfance 
la plus lointaine jusqu'au jour de leur mort, il y aurait, au 
moins, une certaine logique dans les desseins de l'Être unique, 
ou plutôt l'apparence évidente d'une continuité; et l'on serait 
quitte de la résolution de ce problème angoissant, en disant 
que la vie de ceux qui ont été constamment malheureux, et 
inlassablement voués à l'infortune, a été écrite avec le mauvais 
bec du Kalam, pour des raisons qui ne relèvent pas de la raison 
humaine, qu'Allah seul connaît, dont les hommes n'ont pas à 
lui demander compte. 

(1) Madjma al-bahrain, page 187. 

(2) ■jai\j3, qui signifie littéralement les « grâces accordées aux hommes »; 
■^JjS signifierait les <■ utilités des hommes ». 

[251 



LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 313 

Mais, ce qui est plus décevant encore, plus inexplicable, que 
cette continuité de la vie, ce sont les variations de la fortune, les 
vicissitudes sans nombre qui se produisent dans l'existence des 
êtres, sans la moindre cause apparente, qui les font passer 
brusquement de la félicité la plus complète à l'infortune absolue, 
à la détresse la plus profonde : « Les attributs, les qualités 
,j^U^ (1), étant inséparables de l'essence c^li qu'elles déter- 
minent, pourquoi, comment, de quelle manière, les états des 
êtres animés, depuis l'Orient du soleil de la vie, qui est cons- 
titué par les vers et par les insectes, jusqu'à son Occident le 
plus lointain, qui est l'homme parfait, le J^»!^ .Ljt, changent- 
ils constamment, inlassablement, de telle sorte que, pendant 
un long temps, ils jouissent d'un bonheur sans mélange, puis 
qu'ensuite, le malheur s'acharne sur les mêmes entités, sans 
l'apparence d'une cause. » 

Il en faut chercher l'explication au triple aspect sous lequel 
peut se présenter la constante du temps, que l'on peut consi- 
dérer sous deux points de vue différents, lesquels correspon- 
dent à deux terminologies divergentes: certaines personnes 
divisent le temps en passé, présent, avenir; d'autres, au con- 
traire, donnent à ces stades les noms de « chute » LiLw», « sus- 
pension » (2) i^Uj', « naissance » (3) s-^is., ce qui constitue uni- 
quement une spécialisation des moments du temps par rapport 
au concept de la génération des êtres vivants; car ces termes 
énigmatiques désignent simplement le moment de la chute de 
la semence dans la matrice, l'instant de la conception, le 
moment où Tàme vient s'attacher au corps de l'embryon, le 
moment où il apparaît au monde tangible, l'accouchement, la 
naissance. 

Si l'on en croit le même auteur, ces trois instants détermi- 
nants de la vie transcendantale de l'homme se produisent, les 

(1) Madjrna al-bahraïn, page 187. 
.(2) Avec le sens d'attacliement, de conjonction, ce qui serait physiologique- 
ment exact, s'il s'agissait, non du moment où l'àme s'attache à l'embryon 
mais de celui où le spermatozoïde tombe sur l'ovule, et s'y attache. 

(3) Littéralement « action de déposer » ; une femme a.^" « dépose » son 

voile; c'est, comme on va le voir, le moment précis où la femme ■■ dépose -- 
son fardeau. 

[26] 



314 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. .. 

deux premiers dans le monde intangible, le troisième se 
termine dans le monde sensible; le molitasib d'Abarkouh nous 
apprend, en effet, dans son Madjriia al-baliraïn (1), que chaque 
entité vivante, avant d'apparaître dans le monde tangible, passe 
par trois matrices successives, ou, sous un autre aspect, qu'il a 
ses trois nuits prédestinées jô1]\ lU, dont la nuit prédestinée 
du mois de Ramadhan, durant laquelle s'opèrent de nombreux 
prodiges, au cours de laquelle les prières acquièrent une valeur 
immense, n'est qu'une pâle réplique, à l'usage du monde 
matériel. La première de ces nuits prédestinées se passe, pour 
l'être en voie de descente vers la tangibilité, dans cet, aspect du 
monde métaphysique que l'on nomme, dans l'eschatologie 
musulmane, le monde de la Toute-Puissance O^^^^-; la seconde, 
dans son second aspect, dans le monde de la Souveraineté 
vjL^jiCU; la troisième, qui est celle de la naissance, dans le 
monde physique ^^tSAfi-, dans ces trois stades, le bonheur et le 
malheur, d'une façon générale, tous les attributs contradictoires 
qui peuvent être l'apanage de l'être humain, ses constantes 
idiosyncrasiques, sont inéluctablement écrits sur son front. 

Ces trois moments représentent, en effet, les trois principaux 
instants du passage de l'entité vivante du monde intangible 
^^_^jS\ JU dans le monde tangible ï^L^M JU; si ces trois 

moments, qui ont une importance capitale dans la vie de 
l'être, tomlient à des époques favorables, l'être créé est parfait, 
aussi bien dans sa forme matérielle que dans son intellect, dans 
sa vie, aussi bien que dans sa mort; il est appelé à la réussite 
parfaite durant son existence terrestre, et il jouira après sa 
mort de la félicité des élus. Mais, si le contraire se produit, si 
ces trois moments déterminants du passage de l'être de la 
Transcendance dans le monde des formes matérielles arrivent 
à des heures funestes, l'entité qui naîtra sous ces fâcheux 
auspices sera toujours le jouet du malheur, et ne réussira 
à rien dans sa vie. 

L'accord absolu des modalités, dans un même sens, de ces 
trois moments est extrêmement rare ; dans la plupart des cas, 
ils se produisent sous des influences diverses, et cela suffit à 

(1) Page 288. 

[27] ■ 



LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 315 

expliquer les vicissitudes que traversent les êtres liumains. 
Lorsque deux de ces instants de l'existence d'avant la vie 
matérielle se sont produits sous des influences heureuses, le 
premier et le second, par exemple, quand le troisième, au con- 
traire, s'est trouvé sous une mauvaise influence, l'être sera 
heureux durant sa jeunesse et son âge mûr, malheureux dans 
sa vieillesse. Il est évident que si ces trois instants sont mar^ 
qués du signe d'influences néfastes, sa vie sera malheureuse, 
depuis le jour de sa naissance jusqu'à celui de sa mort, sans 
rémission, sans que la destinée puisse apporter le moindre 
palliatif à ce sort infortuné. 

De ces trois instants, continue l'auteur du Madjma al- 
bahrain (1), le plus important, celui qui impartit le plus de 
bonheur ou de malheur, est le moment précis où la semence est 
projetée dans la matrice; c'est en eflet là l'instant absolu où 
commencent à s'exercer les influences sidérales des positions 
des corps astraux qui gravitent dans le y.ijp.cç de l'Ame univer- 
selle (2), sur cette matière différentielle ^'^ et composée des 
éléments ^^r^^' Qui va devenir l'homme. C'est en ce moment 
que la matière reçoit sa forme, ou tout au moins, Ja majeure 
partie de sa forme ; si cet instant est connu avec une très 
grande certitude, d'une manière rigoureuse et absolue, si l'on 
connaît précisément ses coordonnées astrologiques JIL, on 
calculera, sans aucune possibilité d'erreur, si l'être qui verra 
le jour sera heureux ou malheureux. 

Cette théorie des ontologistes musulmans est enfantine; elle 
ne résout nullement le problème des destinées humaines; elle 
ne saurait expliquer les vicissitudes de la vie sur cette terre; 
ou plutôt, elle recule cette solution par un artifice sophistique, 
en recourant aux fantaisies de l'Astrologie, à une interpré- 
tation de l'avenir, du destin, dont il faut aller chercher l'origine 
immédiate dans les très médiocres traités qui furent composés 
par des Grecs d'Asie, par des Syriens ou des Égyptiens hellé- 
nisés, dans les provinces orientales de l'empire byzantin, à 



(1) Page 223. 

(2) Les âmes des planètes, àines raisonnables partielles, sont en efiet dérivées 
de l'Ame raisonnable universelle. 

[28] 



316 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

l'époque chrétienne. Que ces livres stupides ne soient que le 
dernier écho d'une doctrine qui était née des efforts des astro- 
nomes de la haute antiquité, dans les plaines assyriennes et 
dans Ja vallée du Nil, c'est là un fait certain; mais cette cir- 
constance ne saurait empêcher, ce qui est capital dans l'histoire 
de la science et de sa transmission, que ce soit par les traduc- 
tions arabes de ces traités écrits en grec que les Musulmans 
ont connu les fallacieuses théories de l'Astrologie, qu'il n'y a 
pas eu passage de l'Astrologie chaldéenne à celle des peuples 
de langue arabe, ou aux Iraniens islamisés, ce que montre 
surabondamment la forme, la technique, l'onomastique, la 
géographie, le vocabulaire, de ces médiocres ouvrages arabes 
et persans. 

Jamais les auteurs chrétiens n'auraient eu l'idée, ou la 
tentation, d'introduire de semblables rêveries dans le pro- 
blème de la destinée; d'ailleurs, pour qui admet la prédes- 
tination, cette solution est inexistante et vaine : si ce sont 
les trois moments de l'existence fœtale qui déterminent 
absolument la vie terrestre de l'homme, ces moments ne 
sont-ils pas eux-mêmes strictement déterminés, d'une ma- 
nière inéluctable, par l'acte de la Divinité? Si la rotation 
des sphères, comme l'enseignent les Musulmans, détermine 
les modalités, toutes les modalités, de l'existence, jusqu'aux 
moindres, leur mouvement appartient au monde de l'Ame 
universelle, qui est l'un des aspects de la Table gardienne, et 
Içur rotation n'est-elle pas écrite depuis l'origine du monde, 
depuis son principe, parmi les intégrales qui couvrent la Table 
du destin? Puisque la Prescience éternelle a tout prévu, 
puisqu'elle a tout écrit du bout du Kalam, de l'Existence 
primordiale, elle a déterminé inéluctablement les influences 
astrales qui régiront le moment, l'instant de la conception de 
tous les êtres dans ce monde subluiiaire, au centre du '/.bG\).oq, 
aussi bien que les conjonctions stellaires sous lesquelles leur 
âme descendra en leur corps matériel, et sous lesquelles ils 
naîtront. 

Comment ce qui a été écrit de tout temps sur la Table gar- 
dienne des différentielles, qui est la semence des êtres vivants, 
pourrait-il être modifié par ce qui a été écrit sur la Table des 

[29] 



LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 317 

intégraiss, par les modalités du temps (1)? Cette difficulté n'a 
point échappé aux théosophes de l'Islam; elle naquit, d'une 
façon inévitable, du syncrétisme maladroit de deux théories 
essentiellement différentes, celle du Destin absolu, celle de la 
destinée astrologique, qui expliquent chacune, à peu près, en 
y mettant beaucoup de bonne volonté, le mystère de la vie 
humaine, mais qui n'expliquent plus rien quand on les addi- 
tionne, dans l'espoir d'en faire un système unique. 

Dans un autre passage du Madjma al-baJiraïn, le mohtasib 
d'Abarkouh répète cette théorie de l'influence astrale sur 
les destinées humaines, en apportant à son exposé des modifi- 
cations très importantes, qui, cette fois, la rendent un peu plus 
compréhensible, en faisant une certaine place au libre arbitre, 
qui se trouvait absolument évincé de la théorie précédente. 

Puisque, dit-il, tous les accidents du monde inférieur sont 
rigoureusement déterminés par ceux qui se produisent dans le 
monde supérieur, tout ce qui se trouve écrit dans le second, 
dans le monde de la Transcendance, doit fatalement se produire 
dans le premier, dans le monde sensible; cependant, dans le 
monde intangible, dans le monde de la Souveraineté JU 
O^vU', les accidents sont écrits d'une façon totale, intégrale, 
en bloc, tandis que dans la semence, qui est le monde tangible, 
ils sont écrits sous une forme particulière, dans leur détail, 
dans leurs différentielles. C'est pourquoi l'homme peut réagir 
contre ces accidents conçus sous des espèces différentielles, 
alors qu'il est complètement inutile d'essayer d'agir contre les 
premiers. 

La félicité de l'homme heureux, l'infortune de l'homme 
malheureux, dans le monde tangible o^CU! JU, ne dépendent 
pas d'un acte de volition du monde transcendantal ; en effet, 
l'action des cieux, celle des astres qui leur sont attacliés, con- 
sistent essentiellement à produire et à propager des attributs 
,j_}l^\ cette propagation s'opère d'une manière générale et 
synthétique, intégrale, non d'une manière particulière et ana- 
lytique, différentielle, laquelle déterminerait d'une façon iné- 

(1) Puisque toute entité est écrite sur la Table très générale; puisque les 
astres sont dans un rapport étroit avec la Table de l'Ame universelle. 

[301 



318 REVUE DE l'orient CHRETIEN. 

luctable le sort de chacun; ce qui revient à dire, comme on le 
voit, que le monde de la Transcendance émet des séries de 
contraires, sans les diriger absolument sur tel ou tel être, et 
que les entités du monde inférieur, du monde sensible, ont la 
faculté et la possibilité d'y choisir ce qui leur plaît, jusqu'à un 
certain point. 

L'application de ces séries de contraires aux êtres humains 
est soumise à de multiples influences, à de nombreuses moda- 
lités de temps, d'espace, d'ipséité, et à bien d'autres éléments 
de variation. La semence humaine, qui est l'aspect tangible, 
dans le monde matériel, de la Table gardienne très particulière 
du Destin intégral, contient les répliques de toutes les séries 
de binômes de contraires qui ont été écrites en bloc par l'Être 
unique; si ces séries de contraires viennent à tomber dans la 
matrice de la mère à un moment favorable, l'être qui naîtra 
plus tard connaîtra le bonheur; au contraire, il vivra dans 
l'infortune, si la conception se fait en un instant que les astres 
indiquent comme néfaste. 

L'introduction des théories astrologiques dans cette doctrine 
la rend illusoire comme la précédente, et au même titre; les 
ontologistes musulmans n'avaient qu'à se tenir à cette opinion 
que l'Être unique, dans sa prescience infinie, a déterminé 
que les créatures ont le droit et jouissent du pouvoir de 
discriminer, dans la somme des complexes qu'il a écrits à leur 
intention, les éléments qui leur conviennent, en laissant les 
autres de côté. La principale objection que l'on peut faire à la 
singulière théorie qu'il vient d'exposer ne lui a pas longtemps 
échappé : « Si le bonheur, ou le malheur, d'une façon générale, 
l'un des deux contrastes écrits sur la Table gardienne qui est 
constituée par la semence, dépendent des conditions dans les- 
quelles s'opère la conception, pourquoi et comment existe-t-il 
des variations dans l'état de chacun des êtres? » 

Les partisans de cette théorie répondent à cette objection, ou 
plutôt pensent y répondre, en chsant que les modalités de la 
vie de l'être humain ne sont point réglées et déterminées uni- 
quement par les conditions astrologiques sous lesquelles se 
fait la conception, puisqu'il y faut ajouter deux autres moments 
de la vie dans le monde delà Transcendance, qui n'ont pas une 

[31] 



LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 319 

moindre importance, d'après les conditions astrologiques qui 
les régissent, l'instant où l'àme vient s'attacher au corps en 
formation, et celui de la naissance, auquel l'être quitte le 
monde de l'invisible pour entrer dans celui de la tangibilité. 

Encore cette tliéorie serait-elle jusqu'à un certain point 
recevable, si les accidents de la vie se produisaient en une 
série composée de trois termes, nettement discriminés par leur 
qualité, faits entièrement de bonheur ou de malheur, composés 
uniquement de fortune ou d'infortune. L'expérience montre 
qu'il n'en va point ainsi, que, pour les hommes les plus 
favorisés par le destin aveugle, les événements heureux 
et ceux qui les plongent dans l'affliction s'intercroisent au 
même instant, dans la même période, en un lacis inextricable, 
comme si deux influences de signe contraire s'étaient mani- 
festées simultanément lors de chacun des trois moments astrolo- 
giques qui, d'après la doctrine des ontologistes, déterminent 
les modalités de la vie ; les Grecs furent plus avisés quand ils 
expliquèrent les vicissitudes répétées du sort en disant que 
les dieux vendent cher aux hommes le peu qu'ils leur donnent, 
qu'à toute apparence fallacieuse de bonheur qu'ils leur 
accordent répond immédiatement une calamité qui rejette dans 
le néant cette félicité passagère. Il faudrait admettre, pour que 
la thèse des ontologistes musulmans ait quelques chances d'être 
acceptable et de satisfaire la raison, soit que la personnalité des 
êtres est double, ou même multiple, et choisit simultanément 
les contraires dans les binômes de contrastes qui ont été écrits 
par la Divinité sur la Table gardée, soit que les intluences 
astrologiques qui s'exercent aux trois instants essentiels de la 
vie d'avant la naissance sont elles-mêmes multiples et de sens 
contraires, toutes suppositions qui dépassent de beaucoup les 
prémisses du problème, et qui ne sont point admissililes; sans 
compter ce fait, qui a son importance, que la courbelS^ la vie 
humaine, ou plutôt de sa destinée, n'est point si simple qu'elle 
ne comporte que trois maxima et minima, trois points d'in- 
flexion ou de rebroussement, trois points singuliers, et que le 
nombre des variations majeures qui se produisent dans la 
fortune humaine, durant toute une vie, de la naissance à la 
mort, est autrement considérable. 



320 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 

Telles sont les causes qui ont incité les docteurs musulmans 
à chercher et à exposer une explication de ces phénomènes 
mystérieux qui soit plus satisfaisante pour la raison; certains 
affirment en effet (1) que le Destin qui se trouve écrit dans les 
cieux est le Décret divin !j.^ ^'-^3, que tous les phénomènes 
qui, dans le monde matériel, naissent sous l'influence astrolo- 
gique des astres et des cieux dans lesquels ils roulent, forment 
l'Arrêt divin Lv:^ v-l-»,--'; l'on ne peut empêcher ce que veut le 
Décret, parce que les destins qui se trouvent écrits dans le ciel 

eu vj:^U,x,C sont des intégrales '■jl-^; mais Ton peut empê- 
cher une partie de l'Arrêt, parce qu'il est composé de différen- 
tielles c^Lh.=.; c'est-à-dire que, si l'on est dans l'impossibilité 
absolue de contrecarrer le Destin pour tout ce qui a trait au 
Macrocosme,^^-^ JU, il est possible de le tenter dans le domaine 

du microcosme j-^À-s^ JU, qui est la vie matérielle et morale de 

l'homme. Il est évident que l'être humain n'aura jamais la 
puissance de bouleverser les mouvements des astres sur leurs 
orbites, alors qu'il peut refréner ses passions, dans le domaine 
moral, ou abîmer sa santé, dans le domaine de la matérialité. 
Ces docteurs estiment que l'on peut détourner une partie des 
effets de l'Arrêt, celle qui est la moins impérative, par le 
moyen de la raison J.Hs, une autre, par les pratiques de la 
religion, par la prière, par l'aumône, d'une manière générale, 
par les œuvres pies qui sont prescrites par la loi mohammé- 
dienne, ainsi que par les pratiques surérogatoires. 

On voit que les Mystiques ont très bien perçu les ditTi(;ultés 
auxquelles ils venaient se heurter, et que, ne pouvant passer 
outre, dans une résolution impossible, ils ont essayé de les 
tourner; mais tous leurs efforts dans cette voie ont été stériles, 
et malgré toutes les ressources de leur casuistique, ils n'ont pu 
apporter une solution nouvelle, ni même une solution qui 
satisfasse tant soit peu l'esprit, au problème des destinées 
humaines. 

Si l'on veut admettre que le sort de l'homme, même quand 
il a été écrit sur les Tables gardiennes, puisse être soumis à, de 

(1) Madjma al-bahraïn, page 215. 

[331 



LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 321 

brusques variations par l'entrée en jeu des forces astrales et 
des puissances sidérales, le problème du déterminisme n'en 
demeure pas moins entier, et l'homme n'en reste pas moins 
privé absolument de son libre arbitre, da contrôle de ses actes. 
D'où proviennent en effet ces puissances mystérieuses qui 
rayonnent du monde intangible? Les « Versets du Trône » 
répondent qu'« Allah est tout-puissant sur toute entité », tandis 
que les kabljalisles musulmans professent cette théorie que 
l'incalculable énergie des systèmes stellaires a sa source dans 
la combinaison des valeurs mystiques des lettres, telles qu'elles 
ont été créées par l'Être unique. 

Ce n'est donc pas une solution de faire entrer comme facteur 
dans la vie de l'homme les puissances astrales, puisque c'est la 
volonté de la Divinité qui les a créées, dans la forme précise, 
avec la puissance exacte qu'il a voulu leur donner, puisqu'elles 
sont déterminées avec autant de rigueur que les destinées du 
microcosme, du moment où leur intégrale a été écrite sur la 
Table gardienne. 

Tout au plus, peut-on admettre, et encore jusqu'à un certain 
point, la dernière partie de cette th(\se, que l'homme possède 
quelque pouvoir d'empêchei', par les œuvres d'obédience et de 
surérogation, et aussi en faisant appel aux ressources de sa 
raison, d'empêcher, de contrecarrer une partie des différen- 
tielles des intégrales écrites sur la Table. Il est défendu à la 
créature de faire plus; c'est seulement dans le cas où l'homme 
pourrait régir à sa guise, sans que l'Être unique soit en mesure 
de l'en empêcher, les énergies sidérales, qu'il lui serait pos- 
sible de modifier, dans une certaine mesure, le schéma de sa 
vie, tel qu'il est inscrit sur la Table gardienne du Macrocosme, 
si tant est que les influences astrales puissent apporter des 
variations au Décret d'Allah. 

C'est ce résultat que les kabbalistes, les nécromants, les 
magiciens, ont cherché à atteindre par la combinaison, dans 
toutes les manières imaginables, des valeurs mystiques des 
lettres de l'alphabet. Encore faut-il remarquer que, même dans 
la théorie de ces insensés, l'Être unique qui a créé ces lettres, 
avec toutes leurs valeurs ésotériques ^^jU^^, a déjà écrit, sous 
leur forme intégrale, toutes les combinaisons que les hommes 

[341 

ORIENT CHRÉTIEN. 21 



322 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

peuvent en faire, et leurs résultats, ou, s'il ne l'a point fait, que 
ces combinaisons et leur valeur potentielle existent du moment 
où les lettres ont été créées par Dieu avec leur puissance ésoté- 
rique; de telle sorte, qu'en définitive, la solution du problème 
recule de plus en plus, et s'ajourne indéfiniment, que le cycle 
se ferme sur ce concept précis, évident, que seule la Divinité 
peut modifier le Destin, que c'est uniquement en agissant sur 
sa volonté, en implorant sa grâce, que les hommes peuvent 
conserver quelque espoir de modifier les constantes de leur vie. 
Les pratiques religieuses, comme le disent les Mystiques, 
émeuvent la miséricorde de Dieu, qui, dans sa toute-puissance, 
est toujours libre d'apporter des variations au Destin, si tant 
est que sa prescience éternelle et infinie ne lui ait pas appris, 
au principe des temps, les modalités de toutes les variations 
qu'il ferait subir à son œuvre; mais c'est manifestement com- 
mettre le péché d'orgueil, et le pire, que d'enseigner, comme le 
font les théologiens et les ontologistes persans, que la raison 
Jic et la science Js peuvent modifier tant soit peu le Décret 

éternel. Les facultés humaines ne pourraient choisir dans les 
binômes de contraires qui forment la trame de la destinée, 
qu'à la condition stricte que l'Être unique ait accordé à l'homme 
le pouvoir de le faire, autrement dit que la créature jouisse du 
libre arbitre; si l'homme possède le libre arbitre, sa destinée 
n'est point écrite d'avance sur les Tables du Destin; puisqu'elle 
y est écrite, l'homme n'a pas, et ne peut avoir le libre arbitre, 
au moins le libre arbitre absolu. Les théologiens persans, dans 
leur désir de briser ce cercle vicieux, et sans voir les contra- 
dictions auxquelles leur fantaisie les entraînait, ont continué 
ce raisonnement, et l'ont poussé, comme on va le voir, à ses 
extrêmes limites, où il aboutit à l'impossibilité et à l'illogisme; 
cette œuvre est essentiellement persane; pas un seul de ses 
éléments n'appartient aux théologiens de langue arabe; il 
serait peut-être plus exact de dire qu'elle est shi'ite, et non 
sunnite, parce que les Slii'ites, dans leur jurisprudence, attri- 
buent à la raison, comme je l'ai expliqué autre part, un rôle 
que les Sunnites lui dénient; mais, sous cette forme spéciale de 
Tinfluence de la raison et de l'effort humain sur l'intégrale de 
la destinée, bien qu'il y ait, et qu'il y ait toujours eu des 

[35] 



LA pensp:e grecque dans le mysticisme oriental. 323 

Shi'ites de langue arabe, je crois que cette audacieuse théorie 
est née en Perse, dans Tesprit des Soufis, des Mystiques, qui 
démolissent pièce à pièce tout l'édifice de l'Islamisme, pour 
aboutir à cette doctrine que l'homme, tout en étant déterminé 
et prédestiné, jouit incontestablement du libre arbitre. 

En ce sens, dit le mohtasib d'Abarkouh, dans un autre 
passage du Madjma al-bahraln (1), l'homme possède deux 
moyens de changer en bien le mal dont il est menacé ; le premier 
est la science, le second, l'action, dont les prédispositions 
sont également écrites dans la semence humaine (2 ; l'homme 
est déterminé au point de vue de la science; il a le libre arbitre 
pour son activité, c'est-à-dire qu'il est absolument libre d'agir 
comme bon lui semble; si la science et l'action se trouvent et 
existent dans la destinée de tout homme sous des espèces équi- 
valentes, il est certain que chacun a le pouvoir d'en tirer parti, 
de les utiliser à sa mesure, ou à sa volonté; car, comme le dit 
fort bien l'auteur du Madjma al-bahrain. l'apparition de la 
science, ou de l'acte, dans la vie des êtres humains, est étroi- 
tement subordonnée à leurs efforts; la différence évidente qui 
sépare les individus provient de ce fait que l'acquisition de la 
science et des vérités philosophiques, par exemple, est aisée 
pour l'un, très difficile pour l'autre; que Zaïd est beaucoup plus 
habile à gagner de l'argent et à attraper des places que ne 
l'est Omar. 

Certains docteurs musulmans, d'un esprit plus indépendant, 
ont été frappés des difficultés et des impossibilités auxquelles 
conduit la thèse du déterminisme absolu, qui aboutit à l'erreur 
astrologique; ils ont inventé une autre théorie, plus satisfai- 
sante, qui, tout en laissant ^intacte la doctrine esseiilielle de 
la prescience divine, permet à l'homme de se considérer 
autrement qu'un esclave, dont la vie est enclose dans des 
limites immuables. 

Après avoir exposé les thèses suivant lisquelles le libre 
arbitre est incompatible avec la prescience divine, et que, seule, 
la miséricorde de Dieu peut apporter quelque tempérament à 



(1) Page 191. 

(2) Ihid., page 190. 



[36] 



324 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 

la rig^ueur du destin, Fauteur du Madjma al-hahraln (1) dit 
qu'il est possible de combattre l'Arrêt .Ji par l'Arrêt, de même 
que l'on travaille le fer par le fer, alors qu'il est naturellement 
impossible de combattre le Décret d'Allah. Ainsi, le froid est 
une entité qui est écrite dans le ciel et dans les astres^, et, en cela, 
il est le Décret U:i> d'Allah, mais sa production dans le monde 
tangible dépend de l'Arrêt .^vi; or, tout le monde s'accordera 
pour dire que Ton peut combattre le froid par la chaleur, en 
allumant du feu, ou en se couvrant de vêtements, ce qui n'a 
jamais été défendu par la loi musulmane, ni par aucune loi ; si, 
de même, une maison vient à prendre feu, il n'y a rien de plus 
légitime que de chercher à éteindre l'incendie en y jetant 
de l'eau, et il faudrait être un théologien d'une intransigeance 
qui toucherait à la folie pour excommunier les gens qui 
agissent de la sorte. 

Il est inutile d'insister sur la puérilité de cette argumentation, 
puisque l'entrée en jeu de l'acte humain, d'après les conseils 
de la science et les enseignements de la raison, présuppose 
que la créature est libre de ses actions, qu'elle possède le 
libre arbitre, ou que la Divinité a annulé ses ordres, en même 
temps qu'elle les écrivait sur les Tables gardiennes du sort. 

Aussi les Mystiques ont-ils modifié profondément les théories 
primitives du Destin, en les compliquant d'une manière qui 
les défigure, pour expliquer l'inexplicable, comment le Destin 
inéluctable peut subir des variations qui font qu'il n'est plus 
le Destin; cette doctrine est secondaire, et très postérieure aux 
dogmes, qui viennent d'être exposés, du Destin absolu et du 
Destin astrologique; elle est née dans la pensée d'auteurs qui 
voulurent à toute force doter la créature du libre arbitre, tout 
en laissant le Créateur maître absolu du destin. 

Ces dogmatiques enseignent que, si tous les éléments qui se 
trouvent sur la Table gardée du Macrocosme sont absolument 
déterminés, et si, par conséquent, l'Être Unique lui-même n'y 
peut apporter aucune modification, il en va tout autrement de 
la Table gardée du microcosme. L'Être Unique a écrit en une 
seule fois, et en bloc, tous les éléments de la création sur la 

(1) Page 215. 

1371 



LA PENSÉE GRECQUE DANS LE MYSTICISME ORIENTAL. 3^ 

première de ces tables, et il s'arrêta quand le Kalam n'eut plus 
d'encre, pour ne jamais rien ajouter à ce qu'il venait d'écrire, 
mais il continuera à écrire sur la seconde table gardée jusqu'à 
la consommation des siècles; autrement dit, la création qui 
correspond à ces lignes tracées par le Kalam d'Allah, celle du 
monde matériel et tangible, se renouvelle sans cesse, et se 
continue indéfiniment, tandis que la création du monde 
intangible, du monde des formes éternelles, du monde trans- 
cendantal, qui enveloppe le monde sensible de toutes parts, 
est invariablement fixée. 

Cette théorie est, sans contredit. Tune des plus heureuses, 
dans son étrangeté, qui ait été émise pour résoudre le problème 
des destinées humaines, et elle satisfait la raison; le monde 
transcendantal, celui qui est formé des êtres géométriques et 
des nombres, est, ou peut être considéré comme invariable et 
définitivement fixé; tous les progrès de l'esprit humain dans 
ce domaine redoutable sont des découvertes, ils ne sont pas 
des inventions; les formes mathématiques sont l'essence même 
du monde, et la Science a découvert quelques-unes de leurs 
propriétés par la Géométrie et par l'Analyse, sans toujours se 
rendre compte de leur signification, sans même pouvoir prouver 
que tous les points de l'espace déterminés par une équation à 
trois inconnues forment autre chose qu'une série de points, 
et non une surface continue. Quant au monde des corps, c'est 
un fait évident qu'il est en perpétuelle transmutation, ce que 
les docteurs mystiques ne pouvaient exprimer sous une forme 
différente de celle de la création continue, se perpétuant jusqu'à 
la fin des siècles. 

On voit que les théologiens musulmans ont été assez mal 
inspirés en compliquant à l'extrême la doctrine primitive de la 
Table gardienne, qui se présentait sous la forme très simple 
d'un aspect double, dans la théorie d'Abd ar-Razzak et dans 
la première version qui est exposée par l'auteur du Madjma 
al-baJira'in; c'est uniquement pour satisfaire leur manie delà 
complexité, leur besoin de complication, qu'ils ont dédoublé 
ces deux tables primitives, pour porter leur nombre à quatre. 
Cette opération était parfaitement inutile; elle n'a rien expliqué; 
elle a obscurci une théorie bizarre, mais qui a le mérite 

[381 



326 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

d'expliquer le mystère de la vie humaine, si Ton admet que 
l'Être unique continue à écrire la création sur la Table gardienne 
du microcosme, c'est-à-dire qu'il crée le monde des corps à 
tous les instants du Temps. 

Encore cette subtilité n'était-elle pas absolument nécessaire: 
il suffisait de dire que l'Être unique a écrit la création sur la 
première table dans la forme d'intégrales, sur la seconde table, 
sous les espèces de différentielles, de complexes dissociés, de 
polynômes décomposés, de probabilités et de possibilités, dont 
la Prescience divine ne recherche pas la combinaison pour en 
former des complexes déterminés. En d'autres termes, que ce 
qui se trouve écrit sur la Table gardienne générale est un arsenal 
de tout ce dont la Divinité a besoin pour faire vivre le v.oG\j.oq, 
que tout ce qui y est entassé ne vise pas telle entité déterminée, 
mais l'intégralité de toutes les entités qui vivront au cours 
des âges, et tout ce que la Prescience éternelle distribuera aux 
créatures, au fur et à mesure que la création se développera. 

{A suivi^e.) 

E. Blochet. 



[39j 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS 
ÉCRIT, EN 661, PAR SÉVÈRE SÉBOKT 
ÉVÉQUE DE QENNESRIN 



INTRODUCTION 

Sévère Sébokt était surtout connu comme vulgarisateur, chez 
les Syriens, de la philosophie grecque, cf. E. Renan, De p/iilo- 
sophia peripatetica apud Syros; nous savons maintenant, 
grâce à un manuscrit apporté par M^'' Addaï Scher et analysé 
ROC, t. XV (1910), p. 2-25 à 254, qu'il a aussi joué un rôle 
important dans la transmission de la science grecque. Ce 
manuscrit (Paris, syriaque 31G, daté de 1309) ne renferme 
guère que sa correspondance, durant les dernières années de 
sa vie, avec un certain Basile, prêtre et visiteur dans Tîle de 
Chypre, nous pouvons donc en conclure que s'il a écrit 27 cha- 
pitres en quelques années à un seul correspondant, son activité 
scientifique a dû être considérable. 

Les dix-huit premiers chapitres (ms. 346, fol. 78 à 121 v) 
forment un traité à part, qui a son incipit et son desinit, et 
auquel Sévère renvoie dans un écrit postérieur. C'est ce traité, 
consacré surtout aux constellations, que nous traduisons ici. 
Les cinq premiers chapitres sont dirigés contre les astrologues. 
Ceux-ci attribuaient aux constellations des effets en rapport 
avec leur nom. Sévère montre longuement que ces noms ont 
été donnés arbitrairement et sont donc, comme il le dit, de 
pures conventions qui n'ont aucune relation avec la nature des 
astres. Nous donnerons le texte du chapitre iv parce qu'il ren- 
ferme de longues citations d'Aratus qui manquent la plupart 
du temps dans les Phénomènes, conservés au grec, de cet auteur. 

[1] 



328 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

Nous donnerons aussi le texte du chapitre V, parce qu'il ren- 
ferme tout le vocabulaire astrologique utilisé déjà par Bar- 
desane dans le Livre des lois du pays, ainsi que le texte 
renfermant les noms des constellations et des principales étoiles 
parce que ces noms sont d'un usage constant par tout le traité. 

Sévère quitte ensuite les astrologues pour faire de la cosmo- 
graphie qui devait être alors très en vogue parce qu'elle était 
la base de l'astrologie : 

Nombre des constellations, leurs noms, étoiles remarquables. 
Levers et couchers simultanés des signes du zodiaque et des 
autres constellations. Cercles remarquables de la sphère céleste; 
leur position, constellations qu'ils coupent. Pour lui (chap. xi), 
comme d'ailleurs pour Manilius {Astronomiques, 1, vers 
661 sqq.), la voie lactée est un grand cercle. La position de ces 
cercles relative aux divers climats le conduit à donner les noms 
des climats (d'après Ptolémée), la grandeur de leurs jours, leur 
latitude. Il termine par la grandeur de la terre habitée et 
inhabitée et met en relief l'existence des antipodes. Il annonce 
aussi « la mesure du ciel » mais ne donne rien qui corresponde 
vraiment à ce titre. 

Deux courts fragments des chapitres xvii et xviii ont été 
édités sans traduction par M. E. Sachau, d'après un manuscrit 
du British Muséum add. 14538 du x" siècle, dans Inedita 
Syriaca, Vienne, 1870, p. 127 à 134. Le reste est inédit. 

Dans les divers manuscrits (Paris, British Muséum, Cam- 
bridge, Berlin, Notre-Dame des Semences), qui nous ont con- 
servé des fragments des œuvres de Sévère, cet auteur est nommé 
|..ol2l.*o de Nisibe (ou Nisibite), Abbas, et évèque de Qennes- 

rin, il était donc de Nisibe. En dépit de son surnom Sébokt qui 
est perse, il se proclame syrien (1), il a dû être supérieur de 
monastère (abbas) puis évéque de Qennesrin, sans doute Chalcis 
au sud d'Alep. Comme l'a fort bien fait remarquer M. A. Baums- 
tark. Sévère n'a jamais été « évêque de Nisibe », cf. Geschichte 



(1) Il aurait cependant possédé la langue perse, puisqu'on lui attribue la 
traduction du perse en syriaque, d'un commentaire sur le nzpX êp[j.iriveîaç composé 
par Paul le Perse, cf. Journal As., juillet-août 1900, p. 73. 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS ». 329 

der syr. Literatur, Bonn, 1922, p. 246-7 (1). En juin 638, il 
écrivait sur les ouvrages d'Aristote (2); en 659, il assistait le 
patriarclie jacobite Théodore dans une discussion avec les 
Maronites devant Moawiah, cf. ROC, t. IV (1899), p. 323; avant 
661 il a écrit le traité sur l'astrolabe que nous avons édité et 
traduit, Paris, 1899, car il y renvoie par deux fois dans le traité 
sur les constellations, écrit en 661, que nous traduisons aujour- 
d'hui; en 662, il écrivait une lettre sur l'époque de la naissance 
du Christ; un chapitre sur les climats (ms. 346, fol. 134) est 
sans doute de cette époque, car on y trouve un renvoi au traité 
sur les constellations écrit en 661. Enfin un traité sur le jour 
où il fallait célébrer la Pâques l'an 665, qui est peut-être de 
lui, nous fait espérer que Sévère a pu vivre jusque-là. M. 
A. Baumstark (/oc cit.) place sa mort. en 666/7. 

Les soiu'ces de Sévère. Un trouvera des renvois à Théon, à 
Aratus, mais surtout à Ptolémée. Sévère Sébokt a connu la 
plupart des ouvrages de Ptolémée : la Géographie, la Compo- 
sition mathématique (Almageste), les Tables manuelles et les 
ouvrages d'astrologie : le Qiiadripartitum et son résumé : « le 
livre du Fruit ». Il nous l'apprend dans le texte suivant, ms. 
syr. 316, fol. 59" : après avoir écrit que le dragon Atalia 
n'existe pas, mais que les éclipses ne dépendent que des nœuds 
ascendant ou descendant de la lune (voir Journal As., sept.- 
oct. 1910, p. 219-224), il ajoute : 



(1) Il n'est cependant pas impossible que les fragments sur Grégoire de 
Nazianze du ms. add. 14547, fol. 2o6-:240, catalogue Wright, p. 432, soient aussi 
de Sévère Sébokt, car ils sont attribués à « Sévère 1-*^=^' (sic) laûaa^B/ >,, ce qui 
ne veut pas dire : évêque ■■ de Nisibe >■ (car il faudrait r^=»^?), mais évéque 
« Nisibite >• ou « né à Nisibe », ce qui est précisément le cas de Sébokt. 

(2) En cette année, dit le Catalogue des mss. syriaques de Cambridge, p. 886, 
Héraclius vint à Amid et, d'Amid, descendit à Babel. On sait du moins qu'en 
cette année-là, les Arabes achevaient la conquête de la Syrie. 

[3] 



330 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 

\.^y^lo j-'^i.^^ vOoi!^3 ,_iO f^h^ ^OlOlO.J^^>^ 00|0 .OU^ 

JJo ^o^âLsKj ool» jLibab. o>.::)a^V^ ^Ju.io?/ jL^a^ K^do/ 
vOOi.ioas v^:s39 )ooi.j ).iaD ^3/ )^s.iaa-»* Kia-.*; ,^ yOJLiojLi 

)»o|.-J^s..io Ja../ «^io;o (fol. 60 r) .).^l/ ^oioK^;o .)V-»®»J? 
|*^.^K...^9 061 )9o)..fiD )l3o nm oS/ j.» rr> ..\ f*--^^! J'Oi^ 

♦) > I ^«o J^Dt>^flO 

Les calculs à l'aide desquels on trouve exactement ces nœuds (ascen- 
dant et descendant) avec leurs causes, sont dans le livre qui est nommé 
Règle (canon) des calculs, fait par l'astronome Ptolémée sur la course et 
le mouvement de tous les astres. Bien que de nombreux hommes l'aient 
précédé et l'aient suivi, il a brillé à lui seul, dans l'arl de l'astronomie, 
plus que tous les anciens et les modernes (ensemô/e). C'est d'après sa pensée 
que nous venons de placer les causes exactes et véritables des éclipses, 
car nous avons pu puiser une petite goutte de la grande tuer de sublime 
science gui est dans ses écrits, pour adresser un rappel, c'est-à-dire u» 
stimulant, aux amis du travail (cptXdnovot) pour qu'ils s'appliquent encore 
et ne se relâchent pas de l'amour de la sagesse (otÀoaooîa), bien que les 
adversaires ouvrent fortement la bouche et aiguisent la langue {contre 
eux). 

Nous arrêterons ici notre discours, en adressant avec admiration au 

[4] 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS «. 331 

Créateur de l'univers les paroles du prophète divin sage en tout : Que tes 
œuvres sont grandes, ô Seigneur, et que tes pensées sont profondes. 
L'homme stupide n'y commit rien et V insensé n'y prend point garde. 

Fin du traité sur : Quelle est la cause des éclipses des astres (Soleil et 
Lune) et qu'il n'y a pas à.'Ataliâ (dragon céleste) et d'où la lune est 
éclairée. Fait par le saint évêque Sévère qui est nommé Séboukt de Nisibe. 

Les ennemis, auxquels Sévère Sébokt vient de faire allusion, 
en l'an 661, ne sont ni les Arabes (qui n'écrivent pas encore) 
ni les Arméniens, ce sont les Grecs, car il revient sur ce sujet 
l'année suivante (662) et attaque ceux qui se croient arrivés 
seuls à la limite de la science parce qu'ils parlent grec; il 
charge ensuite le prêtre Basile de poser certaines questions 
aux Grecs (de l'île de Chypre) : Comme un syrien et un igno- 
rant, je transmets ces petites questions par tes mains à ceux 
qui c7'oient que toute la science se trouve dans la langue 
grecque, je les prie de me répondre à tout cela avec soin, cf. 
ROC, t. XV, 1910, p. 250 et 252. 

Nous venons de rappeler cependant qu'en 659, Sévère Sébokt, 
adjoint au patriarche monophysite Théodore, avait eu le dessous 
dans une discussion publique avec « ceux de Beit-Maron ». 
Et cette discussion avait eu une suite pénible : « les Jacobites 
furent vaincus et Moawiah les condamna à payer vingt mille 
dinars, puis il leur ordonna de se tenir tranquilles; et les 
évêques Jacobites continuèrent à payer tous les ans la même 
somme d'argent à Moawiah afin qu'il ne cessât pas de les 
protéger et que les fils de l'Église ne les persécutassent 
pas » (1). Il semble possible que ce soit cet échec de l'an 659 
qui ait laissé tant de rancœur à Sévère en 661 et 662. 

Dans ce cas ses ennemis auraient donc été des Grecs, il 
aurait été adjoint au patriarche monophysite à cause de sa 
connaissance du grec, et ceux qu'on nomma alors « les gens 
de Beit Maron » seraient des Grecs. De fait l'hérésie mono- 
thélite a été propagée et soutenue par les empereurs de Cons- 
tantinople, c'est donc une hérésie melkite, puisqu'on donne le 
nom de « melkites » aux partisans des empereurs successifs. 



(1) R.O.C., t. IV, 1899, p. 323. Nous avons donné la litliographie du texte 
syriaque dans Opuscules Muronites, première partie, Paris, 1899, p. 36. 

[5] 



332 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

Il est possible qu'au milieu du vii^ siècle, après l'époque où tant 
de moines avaient été dépossédés de leurs couvents (1), celui 
de Beit Maron lui-même ait été pour un temps en la possession 
des melkites monotliélites; nous ne savons pas à quelle époque 
les orthodoxes ont pu en être chassés ou y revenir, nous savons 
moins encore quelles pouvaient être les relations du monastère 
avec les montagnards du Liban. 

Voici encore un texte de Sévère contre les Grecs pour montrer 
que ce sont les Babyloniens, c'est-à-dire les Syriens, qui ont 
appris aux Égyptiens d'abord et aux Grecs ensuite tout ce qui 
concerne l'astronomie (ms. 346, fol. lôS^'-lôQ) : 



>o^ v^t^ )»«w^Vai»9 yueo )»*Oo JJ9 ^v^/9 youot ^f.^ 
jLoofLû j.j,aSs v>o p..'^iiv> 0001 |..i^Va.fiD v^-*?! ^^ «'^^ y^lt 
Jf^ yL^l ^oCeo .'ôuK.-*/ )jLâO( )90i90 .^^.«^J^ "-""^^ V;^^! 

.j..*^^ (JL^oo oi90 )90|.^&90 )LjL:baji9 )i mo ..; j^yoji ^^i 
'''^.^)_iU9 |ooi «^otoJ^I oiK:^cLa^9 oôi oS. '.jb/ f^l ^9 

OOI ^^1.^001 yCUO .)jO| ^^ o»^0^.0 Y^K^9 U'y^l JJ/ .|~*.JXf 

9>J^a.aJ ^^! j^A. ^ooi9 ^m.^.flû^).^aâx:d v^flooj NooNci ^>3 
l-^Of.^ :jL.i.»û0^â9o ) V \ ^ •> K.»^ )JLIS^^9 .*)..«JbOt.i3 )^oi 

), ■« I -^ sflD09t t finn^ 9^'~29 0Ô(. )..iUO|..Û^O v£Da2L.<CS..AâL^ 
)K^d)KjlO )^9aJl sâ/9 JjOt t.*»d >^9 ^.^^Jl fSi )^9t-iLmJL^9 

.jL>fcL* ^^ q\o .'w».aLjL |.J1^.2Lâ ^^ ^■*>,\9 vQ.j6i jLJL.aLiau««9 

(1) Cf. Michel le Syrien, Chronique, II, p. 412. 

[6] 



LE TRAITÉ SUR LES « COxNSTELLATIONS ». 333 

Que les Babyloniens aient été des Syriens, je crois que personne ne le 
niera. Par suite, ils se trompent grandement ceux qui disent qu'il n'est 
pas possible que les Syriens sachent quelque chose de tel (que l'astro- 
nomie), puisque ces Syriens ont été les inventeurs et les premiers maîtres 
en ces matières. Ptolémée encore en rend témoignage dans la Syntaxe 
(TAlmageste), car lorsqu'il choisit une origine pour le comput du Soleil, 
de la Lune et des cinq planètes, il ne commence pas aux années des rois 
Grecs, mais à celles des rois de Babylone, je veux dire à Nebocudneçar, 
roi des Assysiens. J'ai dit Nebocadneçar, non pas celui dont le prophète 
Daniel était le contemporain, mais un autre plus ancien, Ptolémée a donc 
mis dans la Syntaxe que les années écoulées depuis ce premier Nebo- 
cadneçar — à savoir des rois babyloniens et perses — jusqu'à Philippe 
(Arrhidée) le macédonien, successeur d'Alexandre fondateur d'Alexandrie, 
(sont au nombre de) quatre cent vingt-quatre années (I). Il montre bien 
par là qu'il a trouvé chez les Babyloniens, et non chez les Grecs, le 
début et le fondement des calculs qu'il a faits. C'est donc sur ce fonde- 
ment qu'il a construit et qu'il a entassé les nombreux calculs qu'il a faits. 

Détails biographiques sur Sévère Sébokt, fournis par le 
manuscrit 34-6 . 

Nous avons relevé tous les titres qui lui sont donnés et 
les détails qu'il nous donne sur ses infirmités vers 661 à 662 : 

1° Le titre du traité sur les constellations (ms. 346, fol. 78 r, 
cf. infra) (2) porte : 



lS^^Q.aLfiD )^JbO09 .^V-^^-^? \^^^^aX^'^l y'io\.£Ù jLlL^t-^ 



•^ 



(1) Le canon des Rois de Ptolémée débute à Nabonassar en 747 av. .J.-C, men- 
tionne les rois assyriens et perses et place Philippe Arrhidée en c!24. La diffé- 
rence est de 4:?3 ans. 

(2) De 661 à 1306, il s'est introduit des fautes de copie, des lettres manquent, 
d'autres sont permutées, on le reconnaît en comparant certaines transcriptions 
du grec soit à l'original, soit à la manière dont le même mot est transcrit en 
d'autres endroits du manuscrit. Une faute intéressante est celle qui remplace 
la montagne de Crète Aiy.Tov par Riqlon, parce que cette faute figure aussi dans 
Bar Ilébraeus, Cours d'astronomie, trad., p. 91, et nous montre que le savant 
primat utilisait, en 1279, un manuscrit de Sévère analogue au nôtre. 

E71 



334 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

Saint Sévère, évêque de Qennesrin (Chalcis), qui est nommé Sébôkt, le 
Nisibite. 

2" La fin du traité (fol. 121 v) porte : 

(Traité) qui a été fait par le saint (révoque) abbas Mar Sévère Sébôkt. 
11 a été écrit en Tannée 971 des Grecs (661) en la troisième année de 
l'indiclion. 11 a été écrit comme solution de questions et de certaines 
demandes, provenant d'hommes qui aimaient l'enseignement, comme 
(adressé) à l'ami de Dieu, le prêtre et visiteur Basile. 

3" Le traité sur l'astrolabe est plus ancien que le traité sur 
les constellations qui le cite deux fois (xv, 1 ; xvi, 5). 11 a donc 
été écrit avant l'année 661. Il se termine par : 

.(ms. 346, fol. 51 v) .Kba^^ K.*^©/ )-«.JL.c.au. o )v-.o)..ûo ^po 

Est terminé le Scholion sur l'astrolabe qui a été fait par abbas Mar 
Sévère le Nisibite, c'est-à-dire Séboukht. 

Ici Sévère n'a pas le titre d'évêque mais seulement (Yabbas 
(supérieur du couvent). 

4° Le chapitre xix, qui suit le traité sur les constellations 
et traite des conjonctions des planètes, est adressé au même 
Basile et se termine par : 

.^K*/ )i).^,^ )lciîS.-.--wiO.J> Jj/o .-Jia.»* \SL^^£D \l-»-'^ 

[8] 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS ^>. 335 

Jj/ Ijliwkio ^.^j/ K^K.D ))— ^» ).JvS.o).i .JLjlOI k^Ko; 

Quand ces planètes se réuniront-elles encore une autre fois ensemble, 
je n'ai pas pu l'écrire maintenant, parce que cette chose exige beaucoup 
de travail, et je suis dans une grande faiblesse à cause de la maladie et 
aussi de la vieillesse. Je suis couché au lit à cause de la douleur de mes 
pieds et, peu s'en faut, de tous mes membres. Je ne puis pas mainte- 
nant m'appliquer à un calcul comme ceux-là et è. des calculs très minu- 
tieux, car mon âme défaille en vérité, et même ce que j'ai écrit mainte- 
nant, je l'ai écrit dans une grande détresse, très pressé que j'étais par 
l'amour de ta Fraternité spirituelle. 

5° A la fin du chapitre xx sur la prévision des éclipses de 
Soleil et de Lune, Sévère écrit encore : 

oôi vQ^2S>Tiinn •> .oi-d ^901.^.1/9 oit yojK^ oi!bs. K^j^^o 
ot..*f^'|Lâo \.tl )Ls* ^lo.^l ^lU .^ûoov..w0ovâ ^^io ^^-i^J 
)i|^^jQD )iQL^^.*.^:)eLd9 ..o).:iajLioj (fol. 127v) JV)l— t-^ 001 »â/ 
Ka^o/ JLjioj K,sKoj ^^010 .-uJ^ 9Ô<.i» )iv* ootj y^l ^^l 
^^^JLâo :|jg>v\:s )j/ ^CQ-^^ v^o ^^"^^ J1.:^cl:^^^ '.^^?{ 
vfiQjif s^v^ ^^CLJi jLâiaj va/ 9 j-JL^Lo/o .jLdjJs ^.^ '-^'^' ^^ 

w>K^/ ^9â.^y^^ Jj/9 ^^ )t.w^ .<w301 ^^9 ^^^ ).JL^Q^ )j{ 

^^ 9Pv^9 ^y-^l vAj/o ..^o« Nk^f; ^^oi.:d ).j/ JjJ; ooi 

L9] 



336 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

)^--.V )joi ).jl:5j^ "^j/; Ul ^-^^î ^? Uv-*) J-û^*^ 
.K-.)^ )o! ^l ^ y^ti^l sjo .);oi va/ t^x^.*/? ^Z ^2^-^^ 

•:*)Va^) )l^cu»^ op ^^ )o( 

Pour la dernière question posée par l'homme noble qui aime le Christ 
dont il est question (Etienne, illuslrius et chartulaire de toute la Méso- 
potamie) que nous lui donnions un exemple (-apaûEÎYiJ-a) de l'éclipsé de 
soleil et de celle de Lune, ceci a déjà été fait par beaucoup, en particulier 
par Théon, que nous avons mentionné, dans le commentaire (cr/6Xiov) 
qu'il a fait sur les tables manuelles {r.oôyupoi) (de Ptolémée) (2), (et) je 
veux que ta Fraternité (Basile) — et par son intermédiaire l'homme 
noble mentionné — sache que je suis dans une grande faiblesse, comme 
la vérité m'en rend témoignage, et ce que j'ai écrit, c'est-à-dire rédigé 
maintenant, (je l'ai fait) avec beaucoup de peine et couché dans le lit, 
avec les pieds étendus à cause de la maladie^ comme son diacre chaste, 
Mar Athanase (3), c|ui m'a vu de ses yeux, pourra le lui raconter, je ne 



(1) Lo^ûi.o Ms. 

(2) Voir sur ces tables une note ci-dessous, xiv, 10. 

(3) Peut-être Athanase de Balad, qui est donné comme élève de Sévère à 
Qennesrin, qui a vécu ensuite au couvent de Beit Malka dans le Tour 'Abdin 
et qui a été nommé patriarche en 995 (684). Cf. Michel, Chronique, II, 471; Bar 
llébraeus, Chron. eccL, I, 287-9. 

[10] 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS ». 337 

puis donc aujourd'hui rien faire de ce genre, d'abord parce que je suis seul 
à pouvoir prendre peine à de telles choses et il n'y a personne autre pour 
m'aider en cela, et cette recherche demande beaucoup de travail et des 
loisirs considérables, bien que vous pensiez peut-être que c'est aussi 
facile que le reste, enfin parce que je suis disposé en ce moment à aller 
à l'une des sources chaudes qui sont ici (1) à cause de la douleur de mes 
pieds, ou, pour mieux dire ([j.aXXov U), de tout mon corps, qui a vieilli, a 
langui et s'est affaibli tout d'un coup et contre toute attente. Cependant 
si le Seigneur, par tes prières, me donne la santé, je suis disposé à faire 
cela encore; si tu es (alors) de ce (monde) (tout sera) pour le mieux, 
sinon, si tu es mort, avertis l'hmme susdit, et je lui enverrai cet exemple 
au sujet des éclipses que je ferai plus tard si le Seigneur le veut, je me 
le propose pour tranquilliser ta Fraternité, mais, pour l'instant, c'est 
suffisant, je crois, et plus que suffisant, à cause de ma grande faiblesse et 
de l'épuisement d'esprit qui m'est arrivé en ce moment, comme je l'ai 
déjà dit plusieurs fois auparavant. 

6" On trouve encore une allusion à la maladie de Sévère à la 
fin du chapitre sur les climats, fol. 129 v. 

o-^ ^^o -.lia^^o^ ycL^s. (.j/ ^jaii. ooi );oi!^ vâ/o 

.Vio).ia^; y.*l )lw^Jlj/ JLJj^ai. ^^o ^ Ul t— QJuioo (fol. 131 r) 
)^Q^ ^ Ul )^K.io p ^ )^ .)Lj/ ^Iji^ ^^dch );oio 

yex^ )a-l; :Ki3û.-.s/ )^j/ ^/j U-^l Ul )^^-=> if x'I l^i—/ 

Je fais encore cette (lettre) avec ardeur, bien que je sois d'une grande 
faiblesse, comme cela a déjà été dit; j'écris cela couché sur un lit à cause 

(1) Sévère semble dire qu'il y a des eaux thermales non loin d'Alep. En effet 
dans Rahmani, Clironicon civile et ecclesiasticum, Scharfé, 1904, p. 128, Magnus, 
curateur et général, se rend d'Édesse aux eaux chaudes qui sont dans un village 
non loin d'Émèse. — Le Père F.-M. Abel a signalé ceUes qui existent près de la 
mer Morte, cf. Une croisière autour de la mer Morte, Paris, 1911, p. 22, 27, 42, 
66. . 

[111 

ORIENT CHRETIEN. 



338 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

de la douleur de mes pieds et privé de tout secours humain, pour ainsi 
dire. Et je fais cela, d'abord parce que je suis poussé par la charité 
spirituelle qui supporte tout (1), qui endure tout, pour parler comme 
l'apôtre (I Cor., xiii, 7), et ensuite parce que je demande, comme aussi tu 
l'as suggéré, que 1u montres à ces Grecs qui se glorifient d'être savants 
en ces choses, qu'il y avait aussi des hommes parmi les Syriens qui 
étaient versés dans ces matières. 

7° En l'an 662, Sévère revient encore sur ce dernier sujet 
(fol. 170) et dit que les Grecs ont appris l'astronomie des Chal- 
déens qui sont des Syriens. Il en conclut que la science appar- 
tient à tous et donne en exemple les Hindous qui ont trouvé le 
moyen d'exprimer tous les chiffres avec neuf signes. C'est ici 
la plus ancienne mention orientale des chiffres indiens, nous 
avons édité ce texte Journal As., sept.-oct. 1910, p. 225-7. 

On trouvera sans doute étrange que Sévère de Qennesrin, au 
sud d'Alep, et Basile de Chypre ne fassent aucune allusion, 
autour de l'année 661, à la conquête de la Syrie et de l'île de 
Chypre par les Arabes (2). La raison en est peut-être dans 
l'hostilité des Jacobites contre les Grecs leurs persécuteurs; 
pour eux les Arabes étaient des lil»érateurs qui les ont ménagés 
aussi longtemps qu'ils ont eu besoin d'eux (3). C'est ce qui 
explique que le vu" siècle a encore été un siècle de repos relatif 
et de grande activité littéraire pour l'église monophysite. 

F. Nau. 



(1) La Pechitto porte ^=^«^^0 omnia sperat. 

(2) Moawiah avait conquis Chypre dès 648. 

(;j) Peut-être faut-il voir un effet des ravages causés en Syrie par les Perses 
et les Arabes lorsque Sévère « évêque de Qennesrin » écrit : « Je suis mal... il 
n'y a personne autre pour m'aidei- en cela... privé de tout secours humain 
pour ainsi dire. » 



[12] 



TABLE ALPHABÉTIQUE 
DES PRINCIPALES MATIÈRES 



Abaissements des planètes V, 1, 3. 
Acliôs (Achille Tatius?) IV, 14. 
Ages d'or, d'argent, d'airain IV, 7. 
Aigle IX, 4. 
Alexandrie, différence de longitude 

avec Ctésiphon XV, 8. 
Andromède IV, 14; VI, 3, 5. 
Antarctique IX, 1, 6. — Le cercle 
antarctique coupe doux constella- 
tions, X, 6. La définition XII, 7. Sa 
.position XIII, 4; XIV; XV. 
Antarès VI, 5; IX, 4. 
Antipodes XVIII, 4, 5, 6. 
Apogée du soleil XIV, 12. 
Araignée, principale pièce de la face 

de l'astrolabe XVI, 5. 
Aratus III, 2, 4; IV. 
Arctique zone IX, 1, 6. — Le cercle 
arctique coupe six constellations X, 
2. — Sa définition XII, 3. — Sa 
position pour Cnide XIII, 2; XIV; 
XV. 
Arcturus II, 2; VI, 5; VIL II; VIII, 

11; IX, 3. 
'ApYw, voir Navire. 
Ariadne (Couronne boréale ou d') IV, 

11; VI, 3, 5. 
Artémis IV, 8, 9 (Diane). 
Ascensions des signes du zodiaque. 

Voir Levers. 
Astrolabe I, 7; XV, 1, 2, 3, 4, 8; XVI, 

1, 5; XVII, 3. 
Scholion sur l'astrolabe XV, 1 ; XVI, 5. 
Astrologie supprime le libre arbitre 
V, 2. 



Astrologues, leur réputation V. 
Astronomes et astrologues III, 7. 
Axial (cercle) un cercle de déclinaison 
défini XII, 10. 



Baalchemaïn (le maître du ciel), pour 
Jupiter IV, 10, 14. 

Balance n'existait pas III, 2. — V, 3- 
signes qui se lèvent avec elle VII, 8; 
signes visibles quand elle est au 
méridien VIII, 11. — XIII, 4. 

Baleine, xy,To;, X, 4, 5. 

Bardesane le Syrien cité XV, 7. 

Bélier IV, 4; V, 3; signes qui se 
couchent avec lui VII, 9; signes 
visibles quand il est au méridien VIII, 
5. — Position de la voie lactée à son 
lever XI, 4. — XIII, 4. 

Béotie IV, 9. 

Bérénice, sa chevelure IV, 12. 

Borysthènes, septième climat, XIV, I. 

Bouvier (Powin,-) VI, 3, o; IX, I. 



Cancer III, 4; signes qui se lèvent 
avec lui. Vil, 2; signes visibles 
quand il est au méridien VIII, 8. 
— Position de la voie lactée au lever 
du cancer XI, 4. 

Canopus VI, 5; Vît, 6; IX, 3, 6. 

Capricorne IV, 10; V, 3; signes qui se 
couchent avec lui VII, 3; signes 
visibles quand il est au méridien 
VIII, 2. — X, 8. 



[13] 



340 



REVUE DE L ORIENT CHRETIExN. 



Cassiopée IV, 14; VI, 2. 
- IX, 1, 4; X, 2. 

Centaure VI, 4, 5; IX, 3, 6; X, 6. 

Centre (pivot, cardo) de vie, des noces, 
des honneurs, des parents V, 2. 

Cépliée IV, 14. 

— VIII, 9, 10, 11; IX, 1. 

Cercles arctique, antarctique, équa- 
teur, tropiques, constellations qu'ils 
coupent X. — Le mot cercle désigne 
parfois des zones XII, 1. — Sur dix 
cercles utiles à connaître, (les précé- 
dents et le zodiaque zone, le cercle 
par le milieu du zodiaque, l'axial, 
le méridien, l'horizon), XI, 3. — 12. 

— Position des cinq premiers cercles 
(pour la latitude de Cnide) XIII, I. 

— 6. Lorsque le pôle nord est au 
zénith (sphère parallèle) XIII, 7. — 
Position de ces cercles pour les 
divers climats XIV; leur détermina- 
tion XV. Position de ces cercles, 
en tenant compte des minutes XVI, 
3. 

Chariot II, 3; VI, 5. Voir Ourse. 

Chemin de paille II, 2. Voir Voie 
lactée. • 

Cheval VI, 3,5; IX, 4. 

Chèvre, étoile du Cocher VI, 5; IX, 4, 
5. (Capricorne) IV, 10, écurie de la 
chèvre ou couronne boréale IV, 11, 

Chien IV, 16; VI,4, 5;XI, 2; 

Climats. Nombre et noms, latitude, 
grandeur des jours XIV, 1. Position 
des cercles remarqual)les successive- 
ment pour chaque climat XIV, 3 à 9, 
puis pour d'autres latitudes comme 
Thulé et Taprobane XIV, 10 à 13. 

— Détermination de la latitude des 
climats XV, 6, 7; XVI, 2. — Levers 
(ou ascensions) des divers signes du 
zodiaque dans chacun des climats 
XVI, 6. 

Cocher VI, 3, 5; IX, 2, G. 
Cœur du lion (Régulus) VI, 5; IX, 3. 
Colures I, 7. 

Conon de Samos, astrologue IV, 12, 
Constellations n'existent au ciel que 
par convention et en parole, I à V. 

— Leur énumération (46 en tout) VI, 
1 _ 4: Leurs levers et couchers avec 



les signes correspondants VIL — 
Celles qu'on voit lorsque les Çwôia 
ont leur premier degré au méridien 
VIII; coupées par le cercle arctique 

X, 2; par le tropique d'été X, 3; 
par l'équateur X, 4 ; par le tropique 
d'hiver X, 5; par le cercle antarc- 
tique X, 6; par le cercle du milieu 
(du zodiaque) X, 8. — Neuf ne sont 
pas coupées par ces cercles X, 9. — 
Treize sont coupées par la voie 
lactée XI, 2. 

Constellations que l'on voit lorsque 
chacun des léoix a son premier 
degré au méridien VIII. — Qui ne 
se couchent pas IX, 1. — Qui se 
lèvent plus tôt et se couchent plus 
tard IX, 5, 6. 

Corbeau VIII, 10; IX, 3; X, 9. 

Corybantos IV, 3. 

Coupe X, 9. 

Couronne australe Vlll, 12, 13; X, 9. 

Couronne boréale IV, 11 ; VI, 3, 5; VIII, 
12, 13; IX, 3, 5. 

Ctésiphon, différence de longitude avec 
Alexandrie XV, 8. 

Cumont Fr. Catalogus codicum astro'^ 
logorum graecorum, mss. de Paris, 
t. VIII, cité XIV, 10. 

Cvgne (ô-.viç) IV, 13; VI, 3, 5, IX, 4: 

XI, .j. ■ 



Danaé IV, 14. 

Dauphin X, 4, 9 

Delambre, Histoire de l'astronomie 
ancienne, Paris 1817, cité XIV, 10. 

AïXtwiôv (triangle) VIII, 5 ; X, 3. 

Destin ou fortune V, 1. 

Diane IV, 8, 9. 

Dicton, montagne de Crète (écrit à tort 
Kiqton) IV, 3. 

AiâjiEffov cercle qui passe au milieu de 
la zone du zodiaque X, 7. Cons- 
tellations coupées par lui X, 8. 

Dioptre de l'astrolabe XV, 2, 3, 6. 

AwSExatriiiôptov IV, 10. 

Dominateurs (les planètes) V, 1. 

Dragon Vil, 8; VIII, 8; IX, 1, 6. 

Dj'onisos IV, II (Bacchus). 



[14] 



TABLE ALPHABETIQUE DES PRINCIPALES MATIERES. 



341 



E 



Eclipses utilisées pour déterminer la 

longitude XV, 8. 
Encensoir VIII, 12, 13; X, 6, 9. 
Epi de la Vierge YI, 5. 
Equateur coupe quatorze constellations 

X, 4. Sa définition, XII, 5: XIV; 

XV. — Equateur terrestre. Cause de 

sa désolation XVIII, 1, 2. 
Eridan IV, 15; VI, 5; VII, 12; IX, 2. 
Étoiles, voir constellations; signes. 

— Étoiles remarquables VI, 5. — 

Principales étoiles qui se lèvent et 

se couclient les unes en face des 

autres IX, 2, 3, 4. 
Exaltations des planètes V, 1, 2, 3. 



G 



Géant. Voir Orion. 

Gémeaux III, 6; signes qui se lèvent 
avec eux VII, 12; signes visibles 
quand les gémeaux sont au méridien 
VIII, 7. — Position de la voie lactée 
quand les gémeaux se couclient XI, 
3, 6. 

Géographie de Ptoléméc XIV, 10, 
11. — Division de la terre II, 7. 
Voir clijnats. 

Gorgone IV, 14; VI, 5. 

Gorgone IX, 2, 3, (3. 

Grues V, 4. 



H 



Hauteur du pôle (êEapfia) XIII: XIV, 
2, 4, 6, 10; XVI, 3. 

Héliades, sœurs de Phaéton IV, 15. 

Hellade IV, 5. 

Hellé IV7 4. 

Hellespont IV, 4. — Cinquième climat 
XIV, 1. 

Hercule IV, 6, 16. 

— VII, 8; VIII, 12, 13. 

Horizon défini XII, 12. Horizon de 
Cnide XIII, 3, 5. Cas où l'horizon se 
confond avec l'équateur (sphère 
parallèle) XIII, 7, 8, ou passe par 
l'axe du monde (sphère droite) XIII, 9. 



ou est incliné sur l'équateur (sphère 
oblique) XIII, 10-12. - XV, 8. 

Hyade VI, 5; IX, 2, 5. 

Hydre VI, 4, 5; VIII, 9: X, 5. 



Inclinaison du pôle de l'horizon. Voir 
Latitude. 

Indiction (cycle) 11,5: XVIII, 9. 

Instruments d'astronomie. Voir Astro- 
labe, Sphère d'airain : cf. XVI, 1 ; 
XVII, 3. 



Junon IV, 13. 

Jupiter IV, 3, 9, 10, 13, 14; V, 3. 

Justice (Vierge) IV, 7. 

K 

Kimà IV, 12. Voir Pléiades. 



Latitude ou inclinaison du pôle de 
l'horizon sur l'équateur; de 90" XIII, 
7, 8: de 0" XIII, 9; de 3° XIII, 10, 
II. — Détermination de la latitude 
des climats XV, 6, 8; XVI, 2, 3. 

Léda IV, 13. 

Levers (àva^opaî) des signes du zodiaque 
XVI, 4. L'abbé Ilalma (Almageste II, 
7) traduit le mot grec par « ascen- 
sions ». — Leur valeur pour chaque 
signe du zodiaque dans cliaque 
climat XVI, 6. 

Lièvre IV, 2; IX, 5; X. 5. 

Lion III, 4; V, 3; VI, 2, 5; VII, 2; 
signes qui se lèvent avec lui VU, 4; 
signes visibles quand il est au 
méridien, VIH, 9; — X, 8. 

Lion de Némée IV, 6. 

Longitude commence aux iles de 
Bienheureux XV, 7. 

Loup (le) VII, 8, 9; VIII, 11, 12; IX, 
5;X, 5. 

Lune V, 3. Voir éclipses. 

Lyre (la) VI, 3, 5; IX, 4. 



[15] 



342 



REVUE DE L ORIENT CHRÉTIEN. 



M 

Maisons des planètes V, 1. 

Mars V, 3. 

Mercure IV, 14 ; V, 3. 

Méridien défini XII, H; XV, 8. 

Mesure du ciel et de la terre XVII. — 

Sous-divisions du stade XVII, G. 

Diamètre de la terre XVII, 2. Rayon 

de la terre XVII, 6. 
Méroé premier climat XIV, 1. 
Mille, un mille vaut sept stades et demi 

XV, 9. Cf. XVII, 6. 
Minos IV, 11. 
Minotaure IV, 5. 
Minutes, « soixantième » de degré XVI, 

1. 
Mois, leurs noms, II, 4. 



N 



Navire ('Apyo)) IV, 16; VI, 4, 5; Vil, 4; 

VIII, 8, 9; X, 5, 
Némée IV, 6. Voir Lion. 
Némésis et Jupiter IV, 13. 
Neptune IV, 5. 
Notation des fractions XIII. 9. 



Obliquité de l'écliptique, d'abord 24° 
XIV, 1; ensuite 23° 51', XVI, 2, 3. 

Omont, H : Inventaire sommaire des 
manuscrits grecs de la Bibliothèque 
Nationale de Paris cité XIV, 10. 

Ophiucus VII, 11; VIII, 12. 

Orion (géant) II, 3; IV, 8; VI, 5; VII, 
12; IX, 2;X, 4. 

Gros, roi de Béotie IV, 9. 

Ourion IV, 9. Voir Orion. 

Ourse (Grande et Petite) IV, I, 3; VI, 
3,5; VIII, 8; IX, 1 ; X, 9. 



Pégase X, 4. 

Périgée du soleil XIV, 12. 

Persée IV, 14: VI, 5. 

Perses, noms de leurs mois II, 4. 

Phaéton IV, 15. 

Philosophe (le) I, 5, 7. 



Philosophe astronome (le) I, 4; V, 4. 
Philosophe éloquent (le) I, 2. 
Philosophes géographes (les) II, 7. 
Philosophie. Définition de ce qui est 

naturel ou conventionnel I, 2; des 

noms communs et noms propres 

1,3. 
Phrixos IV, 4. 
Pléiades IV, 12; VI, 5 IX, 5. 
Poètes, leurs fables IV; V. 
Poisson (le grand) ou Poisson austral 

VI, 4, 5; IX, 2, 6; X, 9. 
Poissons III, 3; signes qui se couchent 

avec eux VII, 7; signes visibles 

quand ils soni au méridien VIII, 4; 

- X, 8. 
Polydectes IV, 14. 
Pqôs, nEzoî? (peau ou écorce) IV, IG. 
ïlpôy^zi-.o; Voir Tables manuelles. 
Procyon VI, 4, 5; VII, 2; VIII, 8; IX, 

5; X, 9. 
irpoT&uyTiTyip IX, 2, 3. 
Ptolémée, III, 2. — Géographie et 

tables manuelles XIV, 10; — XV, 8; 

XVI, 1. 
Ptolémée Evcrgéte IV, 12. 

R 

Regards des planètes V, 1, 2. 
Rhodes, quatrième climat XIV, 1. 
Romains, leur calendrier II, 4. 



Sagittaire 111, 3; signes qui se couchent 
avec lui VII, 13; signes visibles 
quand il est au méridien, Vlll, 13. 
— Position de la voie lactée au lever 
du sagittaire XI, 3, G. 

Saturne IV, 3; V, 3. 

Scorpion 111, 2; IV, 8; V, 3; VI, 2, 5; 
signes qui se couchent avec lui VII, 
II. Signes visibles quand il est au 
méridien, VIII, 12. — Position de la 
voie lactée au lever du scorpion XI, 
G. 

Signes du zodiaque (Zû8ia), constella- 
tions que l'on voit quand chacun des 
Zwôia a son premier degré au 
méridien VIII. Les levers (ou ascen 



[16] 



TABLE ALPHABETIQUE DES PRINCIPALES MATIERES. 



343 



sions) de chaque signe dans chacun 

des climats XVI, 6. — Les signes 

n'étaient à l'origine que des sections 

de la sphère céleste III, 1. 
Sirius VI, 5; VII, 2; IX, 2, 4. - Sirius 

syrienne VI, 5. 
Soleil V, 3, etc. Voir éclipses. 
Sphère d'airain I, 7; III, 2. Astrolabe 

sphérique ou représentation des 

constellations (sphère d'Aratus) XVI, 

1. 
Sphère parallèle, XIII, 7, 8; — droite 

XIII, 9; — oblique XIII, 10-12. 
Stade. Sept stades et demi l'ont un mille 

XV,' 9. — XVII, 2, 3, 4. — Ses 

sous-divisions XVII, 6. 
Syène deuxième climat XIV, 1. 



Tables manuelles (npôxe'po:) de Ptolé- 
mée XIV, 10, 11; XV, 8: XVI, I, 
3,6. 

Taprobane (Ceyian), sa latitude. Posi- 
tions relatives des principaux cercles 
de la sphère XIV, 11 à 13. 

Taureau IV, 5, 9, 12; V, 3; VI, 2, 5; 
Vil, 10; signes qui se lèvent avec lui 
VII, 10; signes visibles quand il est 
au méridien VIII, 6. 

Terre. Ses divisions II, 6; son pourtour 
(252.0(k:» stades)- XVII, 2. — Zones de 
la terre qui correspondent à celles 
du ciel au nord et au sud de l'équa- 
teur XVII, 4, 5; XVIII, 1. — Dia- 
mètre de la terre XVII, 2, 6. — 
Terre habitée et inhabitée. Anti- 
podes XVIII. — Voir climats. 

Tétragones V, 1. — Tétragones de la 
terre (pivots ou cardines) V, 2. 

TeTpâTT-Xïupo; (quadrilatère) VII, 2, 3, 7, 
8, 13; VIII, 13. 

Thésée IV, 5, G, 11.1 

Thulé, sa latitude. Positions relatives 
des principaux cercles XIV, 10. 



Trigones V, 1, 2. — de jour et de 
nuit V, 3. 

TpiuXsypo; (triangle) VII, 2, 4, 9, 12; 
VIII, 9. 

Trîtrônis lac IV, 14. 

Tropique d'été coupe douze constella- 
tions X, 3. Sa définition, XII, 4. Sa 
position XIII, 2; XIV; XV. 

Tropique d'hiver coupe treize cons- 
tellations X, 5. Sa définition XII, 6. 
Sa position XIII, 3, XIV, XV. 

TOxvi V, 1. 



Vénus V, 3. 

Venseau 111, 4, 6; signes qui se 
couchent avec lui VII. 5; signes 
visibles quand il est au méridien 
VIII, 3. — Position de la voie lactée 
à son lever XI, 3. 

Vierge III, 2, 4; IV, 7; V, 3; VI, 2, 5; 
signes qui se lèvent avec elle VII, 
6; signes visibles quand elle est 
au méridien VIII, 10. — Position de 
la voie lactée au lever de la Vierge 
XI, f.. 

Villes; leurs éponymes II, 6. 

Voie lactée (galacsis) II, 2; X, 2, 3, 4, 
5, 8. — Constellations qu'elle coupe. 
Comment ses parties se lèvent ou se 
couchent avec chacun du ZaiSia XI. 
— Elle coupe treize constellations, 
XI, 2. 

Vulcain IV, 14. 



IV 



Wéga VI, 5. 



ZwSta Désigne les douze signes du 

zodiaque. 
Zodiaque, sa définition comme zone XI, 

8 et comme cercle mené par le milieu 

de la zone XII, 9. 



[17] 



344 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

(Ms. syriaque de Paris, n° 346) 
Titre de l'ouvrage. 
)iju^t^9 oC^^j ^ <H^^9 JLi^m/ JV^).^ ool (fol. 78 r.) 

.)..OL^^vJ K-OQ-SLi» )*^K^9 .^yf.JULÛ9 ).2aiX£a^â/ jïOJLtt 

.^oCS.^9 l^^'t^o jL^wJ; K.*^^ ^^^o .).V) >fnf>^ ô/ .^^oi^K^/ 
)..^V)~£a-3/o .|v-'i.2lûd/9 oi.2S.^9 ^£û.!1ioj K^iOo/ jV^a^M ^^^o 



Ensuite autre écrit du même saint Sévère, évèque de Qennesrin, ou 

EST NOMMÉ SÉBOKT DE NlSIBE, SUR CES FIGURES (,)UE l'ON DIT VOIR DANS 
LE CIEL, Y SONT-ELLES PAR NATURE OU PAR CONVENTION ; SDR LEUR LEVER 
ET LEUR COUCHER. SOR LES CERCLES, C'EST-A-DIRE LES ZONES DE LA 
SPHÈRE, ET LES HAUTEURS (l^apaa) DES PÔLES ET LA LATITUDE DES CLIMATS. 
Sur LA MESURE DU CIEL ET DE LA TERRE, DE LA PARTIE HABITÉE ET 
INHABITÉE QUI S'y TROUVE. Il Y' A 18 CHAPITRES (1). 

(1) Sévère montre toujours beaucoup do méthode. Il le doit sans doute à ses 
nombreux travaux sur les philosophes grecs. 11 indique toujours en tête du 
livre ou des chapitres ce qu'il va dire, et il résume, à la fin des chapitres, ce 
qu'il a dit. Ses phrases, souvent bien longues, trahissent aussi l'influence 
grecque. 



[18] 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS », I. 345 

TRADUCTION DU TRAITÉ 

CHAPITRE PREMIER 
Que les figures (constellations) que l'on voit bans le ciel n'y sont 

PAS PAR nature, mais SEULEMENT PAR CONVENTION (1). 

1. Puisque tu veux savoir, ô ami de la science, si les figures (constellations) 
que l'on prône sur la sphère du ciel — je veux dire celles qui sont sur la 
zone ou sur le cercle nommé zodiaque, et celles qui sont au nord ou au 
sud de ce cercle, comme ces quatre autres zones, que l'on dit être placées 
parmi elles (2) — y sont vraiment par nature telles qu'on les nomme, ou 
si elles n'y sont que par convention et en paroles, comme aussi ces zones 
ou cercles — car ce ne sont pas seulement quelques hommes ou des 
ignorants, ni un peuple ou une langue, qui leur donnent des noms et des 
appellations, mais beaucoup de gens, et des hommes très renommés en 
philosophie, et même, pour ainsi dire, tous les peuples et toutes les 
langues — je vais te dire à ce sujet, ô ami de la vérité, en peu de mots, 
ce qui me parait bon et vrai. 

2. Avant tout, il nous faut faire connaître à l'auditeur docile que tout ce 
que nous voulons enseigner — c'est-à-dire faire connaître à d'autres par 
la parole — nous ne pouvons pas l'enseigner sans (employer) des noms et 
des paroles, qu'il s'agisse d'enseigner des choses qui existent par nature 
ou de celles qui existent par convention. Aussi le philosophe éloquent 
plaçait quatre choses que l'on dit tout d'abord être simples, qui doivent 
être exprimées (fol. 7Sv) ou qui seront à exprimer, je veux dire : les 
événements, les pensées, les paroles et les écrits; les unes (existent) pour 
tous, à savoir les événements et les pensées et les autres non, à savoir les 
paroles et les écrits. On voit d'ici que les (deux) premières doivent être 
exprimées et que les deux dernières serviront à exprimer; par exemple 
le ciel et la terre et les autres éléments (cjroi/;Tov) qui en résultent sont des 
premiers et doivent être exprimés, ils sont les mêmes pour tout le monde, 
car ils existent par nature, mais les noms, les paroles et les écrits sont 
des derniers et servent à s'exprimer; ils ne sont pas les mêmes pour tout 

(1) Pour les astrologues, le signe du zodiaque qui se lève au moment d'une 
naissance imprime au nouveau-né des caractères en rapport avec le nom de ce 
signe. Par exemple Heniochus (le cocher) fait naître des cochers, Mani- 
Ilus, V, 69 sqq.; les chevreaux font naître des cœurs lascifs, ardents au jeu, et 
des bergers, ibid., v, 103 sqq.; le Lièvre fait naître des coureurs agiles, v, 159 sqq. 
La Flèche fait naître des archers; c'est sous ce signe, dit Manîlius, v, -298, que 
Teucer a dû naître. Cf. Iliade, vui, 273-334; xn, 387, 400. Sévère sape donc 
l'astrologie par la base en montrant que les noms donnés aux constellations 
sont purement conventionnels. 

(2) Peut-être les zones arctiques, antarctiques, et tropiques. 

[19] 



346 R'îvuE DE l'orient chrétien. 

homme, car ils sont affaire de convention. Il n'y a ni moyen ni possibilité 
d'enseigner ou d'apprendre quelque chose au sujet de ce qui existe par 
nature sans employer des noms et des dénominations qui sont des conven- 
tions et des fictions, comme je l'ai dit. 

3. Comme les choses enseignées sont les unes communes et les autres 
particulières, il a fallu créer aussi des noms communs et des noms propres. 
Lorsqu'il y a de nombreux êtres, qui ont une même nature à laquelle 
(on donne) un nom commun, nous ne pouvons pas désigner chacun d'eux 
par ce nom commun (par exemple) homme, car il ne nous donne pas une 
expressien déterminée ou connue, mais le nom propre de chacun, par 
exemple Pierre et Paul, détermine l'expression et il est plus connu. On 
fera la même remarque pour toutes les autres choses qui ont entre elles 
une partie commune. 

4. Au sujet de ces figures (constellations) que l'on dit être dans la 
sphère du ciel, voici donc ce que nous avons à dire . Lorsque le philo- 
sophe astronome a voulu nous instruire au sujet de ces étoiles qui appa- 
raissent dans cette sphère des fixes, combien et quelles sont celles qui sont 
fixes dans le cercle (zone) où circulent le soleil, la lune et les cinq autres 
étoiles que l'on nomme planètes, lesquelles (fol. 79 r) appartiennent au 
zodiaque quand elles circulent à certains moments en longitude et en 
latitude dans ce cercle (zone) du zodiaque; et encore combien et quelles 
sont celles qui se trouvent en dehors du zodiaque, au nord et au sud; et 
quelles sont celles qui ne se couchent pas — je veux dire celles qui sont 
dans la zone nord qui ne se couche pas; c'est-à-dire autour du pôle nord 
— et quelles sont celles qui tantôt se lèvent (sans qu'on voie leur coucher) 
et tantôt se couchent (sans qu'on voie leur lever); et, en face de celles qui 
se lèvent, quelles sont celles qui se couchent, et en face de celles qui se 
couchent, quelles sont celles qui se lèvent, et quelles sont celles qui 
avancent pour le lever et qui retardent pour se coucher et inversement 
qui tardent à se lever et précèdent (les autres) pour se coucher, et 
lesquelles dira-t-on (être) dans la zone du zodiaque ou au nord ou au sud? 
etparce que les étoiles qui sont tixes sur la sphère du ciel sont nombreuses 
et sans nombre, il n'était pas possible qu'en les nommant par leur nom 
commun, qui est celui d'étoile, on put donner aux auditeurs une impres- 
sion définie et connue; et il n'était même pas possible de donner un nom 
propre à chacune d'elles, car les étoiles sont innombrables et insaisis- 
sables, parce qu'elles sont nombreuses et serrées et le plus grand nombre 
d'entre elles est invisible, ou à cause de leur petitesse, comme nous le 
croyons, ou à cause de leur élévation, ce qui est vrai aussi, il n'était donc 
pas possible qu'un homme imaginât des noms différents qui pussent 
suffire à leur nombre, car II est unique Celui qui a compté le nombre des 
étoiles et leur a donné des noms à toutes, comme (le dit) le psalmiste 
sacré (1), car rien ne Lui échappe de tout ce qui est, qui existe, qui est 
passé ou qui sera, comme (étant) le Créateur et la cause de tout. 

(1) Ps. CXLVI, 4. 

[20] 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS ^\ l. 347 

5. Pour aboutir à quelque chose, le philosophe s'appliqua sagement et 
très ingénieusement et à l'aide d'un autre artifice très sage (fol. 89 v), 
c'est-à-dire plus intelligent : il fit la trouvaille, ou l'adaptation, de distri- 
buer les étoiles à la sphère, d'abord certes aux trois parties, je veux dire 
au cercle (zone) qui est nommé zodiaque dont on a parlé, et à la partie qui 
en est au nord, et à celle du sud, et il partagea chacune de ces zones en 
d'autres parties différentes, le cercle, c'est-à-dire la région, du milieu en 
douze parties (constellations zodiacales), celui du nord en dix-neuf (cons- 
tellations) et celui du sud en quinze (1) et dans chacune de ces parties, 
il détermina un groupe et une figure (comprenant) de nombreuses étoiles 
et il lui donna un nom à la ressemblance de n'importe quel animal, ou 
parce que la disposition, c'est-à-dire l'ordre, pourrais-je dire, ou la place 
ou la forme des étoiles qui étaient fixées ensemble dans ceite partie du 
ciel lui apparut ainsi, ou parce qu'il trouva que la plupart des hommes 
les nommaient ainsi d'après un usage quelconque, ou parce qu'il a entendu 
les poètes imaginer des noms et assembler des formes (constellations) 
selon un prtifice poétique qui assemble et compose des corps et des 
animaux qui ne sont pas dans la nature et qui crée des noms qui ne sont 
pas d'usage commun, mais (résultent) d'hypothèse et d'analogie, 

6. Par exemple ce qu'on nomme scorpion, soit lui, soit son dard, 
apparaîtra ainsi même à l'ignorant (tôio)Tr,;). Et comme la Couronne boréale, 
que certains syriens nomment Élahle de chèvre et les poètes Couronne 
d'.Ariadnc: comme VHydre qui parait sous la forme de (cet) animal, et le 
Dragon qui a bien cette forme, tortueux et contourné. — (D'autres sont 
nommées) d'après l'usage d'un grand nombre d'hommes, comme la 
(constellation) nommée Aigle, ou la Chèvre, ou le Chien du géant (Sirius), 
noms que l'on trouve même chez les barbares. — D'autres sont (nommées) 
d'après l'invention des poètes, comme les deux (fol. 80 r) Ourses, et comme 
Céphée, et comme Cassiopée sa femme, et comme Andromède leur fille, 
et comme Persée mari de celle-ci, etc. 

7. (Le philosophe) a négligé la plupart des étoiles parce qu'elles ne 
pouvaient pas êiro comptées à cause de leur multitude ou ne pouvaient 
être vues à cause de leur hauteur, comme il est dit plus haut, il n'a 
mentionné que les plus brillantes et les plus grandes, parce qu'il lui a 
semblé qu'il suffisait de désigner celles-ci, comme il le trouvait dans les 
noms de telle ou telle forme (constellation), pour arriver à son but, qui 
était d'enseigner leurs levers et leurs couchers, et de dire près desquelles, 
à chaque époque, marchaient le sept, je veux dire le soleil, la lune et les 
cinq planètes. Dès maintenant déjà, d'après ce qui vient d'être dit, on peut 
conclure qu'il e.st déjà démontré que ces (constellations) n'existent ([ue 
par convention et en parole et non par nature et en vérité, comme l'ont 
imaginé à tort les astrologues et certains d'entre les païens. 

8. Qu'il en soit comme je l'ai dit, tu en as encore une démonstration 

(I) Voir au chap, vi, les noms donnés ensuite à ces 46 sections. 

[211 



348 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

obvie en ce iiue le Philosophe a omis, comme je l'ai dit, le plus grasd 
nombre des étoiles, sans leur consacrer ni indication ni mention. Voici 
que parmi les étoiles de la zone boréale nommée arctique, après avoir 
partagé cette zone en quatre à l'aide des cercles qui passent par les 
points tropicaux et que l'on nomme colures, c'est-à-dire (passant) par les 
pôles (1), dans trois seulement de ces régions, il a placé des constellations, 
telles qu'elles lui étaient fournies par les fables poétiques: quant à la 
quatrième partie, il Ta laissée sans aucune mention, sans doute à cause 
du nombre et de l'invisibilité des étoiles qui s'y trouvent. Qu'il l'ait fait 
ainsi, tu peux le voir de tes propres yeux, en regardant la sphère d'airain 
(en marge : Vastrolabe) (2) — (fol. 80 v) sur cette (sphère) les étoiles sont 
marquées avec grande exactitude, autant qu'il est donné aux hommes de 
le faire, avec leur position, leur ordre et leur éloignement (respectif), 
toutes celles qui sont dans les constellations qu'on place sur la sphère du 
ciel ; avec la fixité déterminée des deux pôles, celui du nord et celui du 
sud ; et les zones tropicales ; et celles des pôles : et le cercle nommé 
zodiaque qui coupe obliquement les zones tropicales, et qui est partagé 
également et de manière fixe par (les grands cercles qui passent) aux 
deux pôles, choses que nous développerons plus loin — tu verras là que 
dans cette quatrième partie du nord dont nous avons parlé, celle qui est 
imitée par deux (demi) — cercles menés par les pôles et dont l'un passe 
par le commencement du bélier et l'autre par celui du cancer, (le philo- 
sophe) n'a indiqué aucune constellation et n'a donné le nom d'aucune 
étoile (3). 

CHAPITRE II 
Sur le même sujet, que les constellations gui sont sur la sphère n'y 

SONT pas par nature, A L'AUIE DE DÉMONSTRATIONS PLUS CONVAINCANTES. 

1. Comme nous l'avons dit plus haut, les constellations ont reçu leur nom 
d'après leur apparence, ou d'après la coutume qui existait chez beaucoup, 
ou d'après une fable poétique et non comme si vraiment et par nature 
elles étaient ainsi, mais seulement par convention et en parole, et afin 
qu'on put, par certains noms et (certaines) appellations, compter les étoiles 
dans sa (propre) connaissance et les faire connaître aux autres. Car il 
n'est pas possible qu'un homme témoigne, c'est-à-dire parle de quelque 
chose, sans des noms et des paroles, comme je l'ai déjà montré plus haut. 



(1) KôXo-jpo; signifie « qui a la queue coupée ■• parce que, au contraire du 
cercle arctique, le colure est toujours coupé pai' l'horizon. 

(2) Ce serait ici l'astrolabe sphérique, car l'astrable plaii ne porte qu'un très 
petit nombre d'étoiles. 

(3) 11 y a là en effet une région sans aucune figure sur laquelle, pour remplir 
la carte, on a écrit depuis les mots « la Girafe » et « le Linz .. 

[22] 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS ^S II. 349 

2. Cela nous est encore montré par ce cercle chargé d'étoiles qui est 
blanc, c'est-à-dire obscur, lequel d'après une coutume commune chez 
tous les (fol. 81 r) syriens est nommé chemin de ceux qui jjortent de In 
paille, c'est-à-dire chemin de paille (Caebil-tebnà ;= voie lactée) et chez 
les grecs Galacsis (5 toj YàÀa/.-ro;', c'est-à-dire de lait. Quel est l'homme 
doué de quelque intelligence — quand bien même il forgerait ou imagi- 
nerait ces choses qui ne sont aucunement perçues — qui oserait dire ou 
penser qu'il y a dans le ciel des hommes qui portent de la paille ou qu'il 
y a de la paille dans cette région de l'intersphère (des étoiles fixes), ou 
que du lait est répandu ou ver-é en cet endroit! Puisqu'il n'y a rien de 
cela, c'est par suite d'une habitude que tous les hommes, et aussi les 
astronomes et les poètes, ont donné ces noms au cercle garni d'étoiles à 
cause de la blancheur, c'est-à-dire de la tainte obscure que l'on y voit, à 
cau^e de l'amas des étoiles qui y sont, c'est-à-dire leur rapprochement les 
unes des autres. 

3. Le géant (Orion) et le Chariot (grande Ourse) et les Pléiades et 
l'Hyade en témoignent aussi, car chacune a reçu son nom à cause d'une 
certaine ressemblance. Le Livre divin lui-même (1) n'a pas hésité à les 
nommer selon la coutume des hommes, car il dit : Qui a fait le char et 
les Pléiades et les Ht/ades et le géant (2), et qui a entouré le sud, et il ne 
mentionne pas seulement ceux-là, mais encore Arcturus imaginé par les 
fables païennes des poètes — du moins dans la version grecque de la 
Bible (3). 

4. Pourquoi nous étonner qu'on ait imaginé des noms pour les étoiles 
qui apparaissent avec un certain être, puisque les hommes ont donné 
aussi des noms et des dénominations aux choses qui n'existent pas. Il en 
est ainsi des jours et des mois de l'année qui n'ont pas d'e7?r, c'est-à-dire 
de substance, mais sont certains intervalles et certains espaces de temps,. 
Les hommes de tels et tels peuples ont donné aussi des dénominations 
différentes et qui ne se ressemblent pas aux levers et aux couchers du 
Soleil et aux phases de la Lune (fol. 81 v). Ils ont réuni et additionné les 
365 jours et six heures de l'année en douze mois, et ils ont altribué 
trente jours à chaque mois. Quant aux cinq jours qui restaient, les uns 
les ont ajoutés au nombre des mois et ont fait des mois de 31 jours, les 
autres les ont portés à la fin de tous les mois de l'année, les Perses les 
ont mis entre le 8^ et 9*= mois. Et chez tous les peuples et dans tous les 
pays on a donné aux mois les noms qu'on a voulu, les uns ont donné aux 
mois les noms de leurs dieux, d'autres les noms de leurs rois, d'autres 
les ont nommés d'après les choses qui leur arrivaient avec les périodes 
de l'année, d'autres leur ont donné divers noms qui ne signifiaient rien, 
d'après une fable quelconque. Les Perses ont donné les noms de leurs 

(1) Cf. Job, IX, 9; xxxviii, 31. 

(2) Homère mentionae aussi les Pléiades, les Hyades, Orion et l'Ourse que 
Vulcaiu avait gravés sur le bouclier d'Achille, Iliade, xvur, 48G-7. 

(3) Job, IX, 9. 

[23] 



350 REVUE DE l'orient CHRETIEN. 

dieux, non seulement à tous les mois, mais encore à tous les jours des mois 
et même aux cinq jours qui étaient en dehors des mois de l'année (1). 
Les Romains, contre l'usage de tous, comptaient les jours de leurs mois 
du haut en bas, ils partagèrent chaque mois en trois parties qu'ils nom- 
mèrent calendes, nones et ides. Ils donnèrent le nom de calendes au 
début de chaque mois, celui de nones au cinquième ou au septième jour, 
et celui d'Ides au treizième ou au quatorzième jour. Après les calendes, 
c'est-à-dire le début du mois, ils nommaient le deuxième jour. — 
Supposons un mois où les nones tombaient le sept. — « Six jours avant 
les nones », et le troisième « cinq jours avant les nones » et ainsi de 
suite jusqu'aux nones. Ils agissaient ainsi pour les ides et les calendes en 
comptant les jours du haut en bas, comme nous l'avons dit plus longue- 
ment en un autre endroit. 

5. Comme il fallait distinguer les temps entre eux et aussi leurs parties 
(fol. 82r) l'une de l'autre afin qu'il n'y eût pas de confusion entre ceux 
qui parlent et ceux qui écoutent, ou entre ceux qui donnent et ceux qui 
reçoivent l'un de l'autre, pour que les choses passées, présentes ou à venir 
nous soient connues, en quel temps, à quelle heure, en quelles parties de 
l'année, et en quel jour elles ont eu lieu: toutes ces choses ne pouvaient 
pas être connues sans dénominations et noms pour désigner les temps, 
comme on l'a déjà dit de nombreuses fois, il fallait donc ici encore, 
nécessairement, imposer des noms. Comme il était difficile qu'un homme 
donnât des noms aux 3G5 jours de l'année, surtout paYce que cela aurait 
introduit du trouble dans l'esprit, à cause de leur nombre et de leur 
abondance — ce procédé n'était même pas commode pour l'enseignement. 
— Ils réunirent donc sagement en un mois ces trente jours durant 
lesquels, suivant leurs calculs, la lune accomplit sa révolution autour du 
soleil (2) et redevient visible, et ils réunirent en une année les douze mois 
durant lesquels la lune, comme le .soleil, accomplit sa révolution et donne 
les quatre saisons : le printemps, l'automne, l'été et l'hiver. Avec quinze 
années ils firent une indiction. C'est ainsi qu'ils se fixèrent des noms pour 
les mois et les années, chacun évidemment dans son pays et dans sa 
langue, comme il le voulut. Ainsi il n'y avait plus de confusion au sujet 
des temps, tout devenait facile à trouver et à comprendre ; ainsi que les 
événements eux-mêmes, qui ont eu lieu ou «lui avaient lieu (fol. 82 v) 
(en ces temps), et toutes les choses analogues. Il est évident que tout 

(1) Dans son commentaire sur Alt'ergani, Amsterdam, 1669, p. 20, J. Golius 
écrit d'après Cazwini que les noms des mois, ceux des trente jours et ceux des 
cinq èïtayopiÉvwv, sont pris des dieux ou des démons et anges que l'ancienne 
religion des Perses et des mages croyait leur être préposés. C'est ce que dit 
Sévère qui a pu l'apprendre à Nisibe dont il était originaire. 

(2) La révolution synodique de la Lune est de 29J 12'' 44'". — Sur les mois et 
années solaires et lunaires, voir Bar Ilebraeus, Cours d'aslrunomie, Paris, 1900 
(121*^ fascicule de la Bibliothèque de l'école des Hautes-Études), p. 167 à 171 de 
notre traduction. 

[24] 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS r> , II. 351 

cela a eu lieu par convention et non par nature, car la connaissance de 
toutes ces choses n'est pas (la même) pour tout homme. 

6. On peut voir qu'on en a encore fait autant pour la mesure, c'est-à- 
dire la grandeur, de la terre. Bien que la terre fût une et l'un des quatre 
éléments habituels, il était difficile de saisir son ensemble; on la partagea 
d'abord toute entière en trois parties, puis chacune des parties en des 
pays nombreux et divers ; chaque pays en villes diverses avec leurs 
éparchies; et les éparchies en bourgs avec leurs territoires. Ici vinrent 
encore des noms pour toutes les divisions, je veux diro pour les parties, 
les pays, les villes et les bourgs, soit les noms des rois qui ont pris les 
pays ou bâti les villes comme VEgypte, la Syrie et la Cilicie qui sont 
nommées d'Egyptos, de Soros et de Qilikos, et comme Rome, Alexandrie , 
Antioche et Constaniinople qui ont les noms des rois Romulus, Alexandre, 
Antiochus et Constantin; d'autres ont imaginé des noms quelconques qui 
ne signifient rien ; comme Mabboug et Alep et Qennesrin et Emèse etc. 
D'autres pays ont pris les noms des fleuves qui les entouraient comme 
la Mésopotamie. Et s'il y a autre chose qui a été nommé de cette manière, 
c'est par le même procédé que l'on a partagé et nommé, évidemment 
par convention et non par nature. 

7. Pour que ces pays avec leurs villes et leurs bourgs fussent plus faciles 
à saisir, les philosophes géographes, pour le dire en peu de mots, 
donnèrent des noms aux trois parties (fol. 83r) dont nous avons parlé 
pour toute la terre habitée : ÏEurope, la Libye et la Grande Asie Ils 
fixèrent que dans VEurope il y avait dix tables (nt'vaÇ), vingt-deux pays, 
cent dix-huit grandes villes ; dans la Libye quatre tables, dix-sept pays, 
quarante-deux villes; dans la Grande Asie, douze tables, quarante-quatre 
pays et cent quatre-vingt-dix villes; en tout 2i3 tables, <S3 pays et 
350 villes, etc. (1). 

8. Pour le rappeler encore, les hommes n'hésitèrent pas à donner des 
noms humains même aux animaux sans intelligence pour les préciser 
davantage, il leur arriva aussi de donner ces noms à des choses usuelles 
et à des oiseaux; bien plus, il leur arriva au contraire de donner aux 
hommes des noms d'animaux ou d'oiseaux ou de choses inanimées ou 
d'autres affaires. Il leur arriva aussi de sculpter et de peindre sur les 
murs de leurs maisons et dans les palais des rois, sous forme de femmes, 
l'Amour et la haine, la justice et l'avidité et toutes les choses analogues; 
c'est à-dire les vertus et les vices qui ne sont cependant que des mœurs, 
c'est-à-dire des opérations. Il en est de même de ceux qui sont nommés 
vi'/aî, c'est-à-dire victoires, lorsqu'ils portent les couronnes des victoires 
et qu'ils couronnent les tètes de ceux qui ont brillé dans l'athlétisme, 
lisent encore représenté par des statues d'hommes et de femmes, l'année 
et les mois, la terre et la mer, et les quatre vents, ils ont peint chacun 

(1) Ptolémée, Géogr., vin, donne les mêmes nombres de tables et de villes, 
mais il porte 34 (ou 35], 12 et 47 pays, donc en tout 93 ou 94 pays. 

L25] 



352 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

et chacune sous certaine ressemblance, portant par exemple des fruits 
ou d'autres choses qui conviennent aux temps, c'est-à-dire aux saisons de 
l'année. Il est donc évident (fol. 83 v) ici encore qu'on en usait ici et dans 
tous les cas analogues, par convention seulement et en parole, et non 
comme si ces choses étaient ainsi dans la nature. 



CHAPITRE TROISIEiME 

Que ce sont les sections qui ont été nommées signes du zodiaque, 

PARCE qu'il n'y avait AUCUNEMENT SUR LA ZONE DU ZODIAQUE LES FIGURES 
QUE l'on ATTRIIîUE A CES SIGNES. 

1. En sus de ce que j'ai dit, les géomètres et les astronomes viennent 
témoigner en faveur de ma thèse — je veux dire que les constellations 
qu'on dit être dans le ciel n'y sont pas par nature mais par convention 
seulement et en paroles — parce qu'ils nomment tmîmê, c'est-à-dire 
sections, les douze parties du cercle nommé zodiaque, ils ont fixé chacune 
d'elles à trente [joïpa, c'est-à-dire degré. On trouve aussi le nom owos/.a- 
-Yjadoiov, c'est-à-dire un de douze, pour désigner chacun des douze î^tiSta 
(signes du zodiaque) sans qu'ils se servent jamais des inventions et des 
fables des poètes et des astrologues pour désigner les douze lieux du 
cercle dont nous avons parlé. Ils jugèrent bon en effet — avec sagesse et 
amour de la vérité — de dire ce qui convenait à la nature des choses, et 
non ce qui provenait d'une imagination quelconque de l'esprit, laquelle 
n'aurait aucune base solide qui puisse la recommander à un philosophe 
intelligent. C'est 'la nature des choses qui impose un choix solide, ou 
d'après les pensées communes soit à tous les hommes soit au plus grand 
nombre d'entre eux, ou d'après ce qui est témoigné par les hommes les 
plus sages et les plus choisis. 

2. Voici, comme tu le verras encore, ô ami de la vérité, que les poètes et 
les astrologues ne se sont pas attachés ici à la nature des choses : Dans la 
septième partie du zodiaque, qu'ils nomment la Balance, il n'y a rien de 
tel qui y soit figuré ou marqué. Celui qui a fait la sphère d'airain (I) n'a 
pas trouvé ici (fol. 84 r), je veux dire sur la sphère céleste, d'étoiles qui 
aient une telle forme, aussi il a laissé cette partie (de la sphère) sans 
représentation et sans nom. Ptolémée ne donne pas le nom de Balance à 
cette septième partie, mais il la nomme le plus souvent plante du pied ou 
ongles (-/TiXat), à savoir la plante des pieds de celle qu'on nomme Vierge, ou 
ongles des bras du scorpion (2), parce que la mesure de cette septième 
section, comme .4ra/us la figure (3), va des genoux de la Vierge aux coudes 

(1) On a ajouté en marge ailleurs « c'est l'astrolabe ». Cette mention a été 
portée ici, en caractères rouges, dans le texte. 

(2) Les >' serres >• du Scorpion. 

(3) Sur la « sphère d'Aratus ». 

L26J 



LE TRAITK SUR LES « CONSTELLATIONS ^>, III. 353 

du scorpion. Ce lieu, c'est-à-dire cette place, n'a pas été nommée Balance 
par eux sans motif, mais parce que (la Vierge) était nommé juste, 
comme aimant la justice et le jugement, puisque la justice était symbolisée 
parla Balance, c'est pour marquer la justice de la Vierge qu'ils donnèrent 
le nom de Balance à cette portion, aussi par endroits on représente 
(la Vierge) avec une Balance à la main. Quant au Scorpion qui est figuré 
dans la huitième partie du cercle (zodiaque), à l'exception de ses bras et 
d'une petite partie de son ventre, tout son aiguillon et ses autres parties 
sont en dehors de cette partie au sud de tout le zodiaque. 

3. De même le Sagittaire (I) qui est dans la neuvième partie (du 
zodiaque) n'a dans cette zone que la partie qui est comme un homme, 
mais tout le reste et toute cette forme de cheval qu'il traîne après lui est 
au sud de cette zone. Les Poisso7is aussi qui sont censés être dans la 
douzième partie sont tous deux au nord du zodiaque, surtout celui qui f st 
le plus à l'Orient; il n'a même aucune partie dans cette zone (fol. 84v), 
mais il est très éloigné non seulement de la ligne diamétrale, c'est-à- 
dire de la ligne du milieu décrite par le soleil, mais même du zodiaque. 
De plus, ces deux poissons sont très éloignés l'un de l'autre, et surtout 
leurs tèles, la tète du premier, c'est-à-dire de l'occidental, qui est un pe i 
plus prés du zodiaque, regarde à l'Occident, et la tète de l'autre, c'est- 
à-dire de l'Oriental, regarde au nord, et l'espace qui les sépare est de 
34 degrés en longitude et d'autant en latitude. Toute cette partie de la 
dodécatomérie, c'est-à-dire de la ligne diamétrale du milieu du zodiaque, 
manque de toute constellation et même d'étoiles, en sorte que tout cet 
espace est vide, je veux dire depuis le milieu du onzième (signe) jusqu'au 
premier, depuis le signe nommé Verseau jus|u'au signe nommé Bélier 
c'est à-dire Brebis, sur 45 degrés. 11 en est de même pour d'autres signes. 
Si tu regardes attentivement, tu trouveras un espace vide, moindre 
cependant que celui-ci. 

4. Tu trouveras aussi l'inverse, à savoir que ces animaux, c'est-à-dire 
constellations, empiètent sur les divisions des autres. Ainsi le Lwn. qui 
est placé dans la cinquième division, bien que tout son corps soit plutôt 
jiu nord du zodiaque, a sa tète au nord de la quatrième partie, c'est-à-dire 
de la division où l'on figure le Cancer, on le représente avec la tète 
tournée vers l'occident quand il se lève. La queue du Capricorne, qui 
est dans la dixième division, entre dans la onzième, (jui est celle du 
Verseau. Le Verseau lui-même, c'est-à-dire celui qui verse l'eau, a tout 

son bras gauche avec la peau, c"est-à dire le manteau qui le couvre 
(fol. 85 r), étendu au-dessus du dos du Capricorne, au-dessus du dixième 
lieu. Nous avons déjà parlé de la Vierge et du ScoYpion et dit que les 
pieds de l'une et les bras (les serres) de l'autre entraient dans la septième 
division qui est nommée Balance, et il n'y a là aucune représentalion do 
balance. 

(1) En marge : « c'est-à-dire la grande figure ». 

[27] 

ORIENT CHRÉTIEN. 23 



354 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 

5. On voit donc que par endroits des constellations dépassent la mesure 
de leur propre dodécatomérie, qui est, comme nous l'avons dit, de 
30 de"rés, et, par endroits, elles sont plus resserrées. Ainsi dans la cons- 
tellation du Cancer, de ses deux côtés, à l'Orient et à l'Occident, on trouve 
un espace vide dans sa dodécatomérie, parce que sa figure est plus 
resserrée et plus pet. te. 

0. Ainsi, de ces douze figures qu'on place dans le zodiaque, les unes 
entrent par endroits dans les autres, — c'est-à-dire dans la dodécatomérie 
des autres, — et d'autres, par endroits, sont séparées et on trouve un 
vide entre elles. Certaines sont plus au nord, en totalité ou en partie. Il 
y a aussi des constellations dont une partie est au nord du zodiaque, une 
autre au sud, et une autre au milieu, par exemple les Gémeaux et le 
Verseau dont les têtes sont au nord, les pieds au sud et la partie moyenne 
de chacun d'eux dans le zodiaque. 

7. Les géomètres et certains astronomes, considérant tout cela avec 
sagesse, nommèrent ces douze parties du cercle des sections ou des 
dodécatoméries, comme nous l'avons dit, et s'écartèrent (fol. 86v) de la 
fabrication des noms, c'est-à-dire de l'ineptie des dénominations imaginées 
par les poètes et les astrologues, loin de ce qui résultait de la nature des 
choses, mais évidemment pour l'agrément, c'est-à-dire pour amuser et 
réjouir des auditeurs lascifs, les plus impudiques et les plus luxurieux, 
ou, ce qui est plus vrai à dire, ceux qui n'avaient pas d'intelligence. 

8. Pour que cela soit encore plus connu de ceux qui jugent toutes ces 
choses avec raison et esprit droit, il n'est pas inconvenant, ô ami de la 
vérité, «jue nous donnions ici une petite partie de leurs insanités. Nous 
blâmerons donc leurs inepties en peu de mots et rapidement, bien qu'ils 
aient déjà été moqué.s, humiliés, condamnés par tous ceux qui ont de 
l'intelligence et qui savent, en hommes sages, sépai-er le pur de V impur 
et Je saint du profane, pour parler comme le livre sacerdotal (1), c'est-à- 
dire entre la vérité et le mensonge, le juste et la fable. Donnons donc 
occasion à tous ceux qui nous trouveront et qui nous prêteront attention 
à s'en moquer davantage et à les tourner en ridicule. Donne occasion au 
sage pour qu'il s'instruise, enseigne le juste et il augmentera sa connais- 
sance, pour employer la parole sacerdotale : 

Nous donnons ici le texte du chapitre quatrième, à cause 
des longs extraits d'Aratus (2) qu'il traduit : 

(1) Lévil., X, 10. 

(2) Les Phénomènes d'Aratus, édités et traduits souvent, sont résumés p;ir 
Delambre, Histoire de l'astronomie ancienne, Paris, 1817, t. I, p. 61-74, qui résume 
aussi le commentaire qu'en a fait Hipparque, ihid., p. 106-189. — Sur Aratus 
voir Fabricius, Bibl. graeca (Harles), IV, 88-117. 



m] 



LE TrtAITli SUR LES « CO.VSTELLATIONS », IV. 355 

TEXTE 

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356 REVUE DE L ORIENT CHRÉTIEN. 

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[30] 



LE TRAITK SUR LES a COXSTELLATIOXS », IV. 337 

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[31] 



358 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

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(\) De »?/ plutôt que de «*>«»• 
(2) Lire : l^^L. 

[32 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS «, IV. 359 

♦ |>V>».S) )^^^ 

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♦ .^rf>oi on nl^ ot~x wi^^^l/ J^joi ^^ l>^^ JJo :)^.«ISX 

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♦ ) «V>t -^ jLlOI t..*ill/ sfiDO;9 
)pO; ^OtS. )oO| Iv-.»; Vie/ ^£0X0^3 Iv^KjbO) Ool OÔI ""^^i. 

(1) Lii-e : ouPc>.. 

133] 



360 REVUE DE l'orient CHRÉTIEX. 



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(2) )j)eLS.JL^9 ).^Q..*.^0 Jt-'u^ )t-^ ÔC^ s^OOl ^^OL^Jl^O Ô|0 

ôu.^9/0 ôi.2l^J^ >a^ s^oi9 '.ôily^ ..\ ^oii^ If.^ ôi^ iooi 

^3 ^^9 )LlO|i{ .|L^OV:bO ^CL^ Ôi^CL^O JKlïCU* (3) sCOOf^V^-^ 

)..a^£a3j vm « fo^oyaX», (4) out^w--^ ôiK^clcdo j^o^V-âiSi ôiK -y roi 
o|^^:^.ûoo oïly Cl > un margine : )_aL.û0QJLd |.joi jooi v^oioJ^v»*/ 

♦ ^-^90^9 )-*>^9^ oi^ 9-'^—/ t^ .) « >^ t ^ 
yCL^ )oO| )90M9 (5) N.fiDQj)^90| '^-^iO '^iô/ ^^9 Ool 

.)ooi )KJ5l_^ ^*^-^? V^/® (^''' *^^ ^^ .)«>v>t ^ ^cu^-ûoli/o 
^io ^^^-aj ^ (•)) yoi)39 ^CL^ cxlcLw/o .jju:^ ^^^^ v*î ^®' 

•>sÛDQj)^-90| ^9-Ol/ ).JO| ^^^iOO .\SSL»1 ^oj^ s^OOlO .Ollo^ 



1 .aLo^^Li Ms. 

(■2) Prima manu ,^«i^*io». 

(3) Lire TpiTwvi; comme plus iiaut. 

(5) "t*w Ms. 

((',) ^o^^3> Ms. ((^a£6(ov). 



[341 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS «, IV, 301 

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362 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN, 



CHAPITRE QUATRIEME 

Sur lv fiction (qui attribue) une figure aux constf:ll.\tions 
el les fables ineptes (imaginées) a leur sujet par les poètes. 

1. Voyons d'abord leur fiction au sujet de la figure des (étoiles) 
nommées les Ourses. Dans la zone du nord, qui est nommée 'Ap/.T;/.ô,-. 

savoir celle qui ne se couche pas — je veux dire celle qui est autour 
du pôle nord — Aralns (1) a supposé — comme il l'a figuré sur la sphère 
d'airain et comme il l'a transmis par écrit (2) — qu'il y a deux Ourses, 
l'une grande et l'autre petite, (fol. S6 r) et, entre les deux, le Dragon. 
Il nomme grande (Ourse) celle qui a les sept étoiles brillantes que nous- 
autres, (et) aussi le Livre divin, nommons If char d'après sa forme. 
(Il nomme) petite (Ourse) celle (pii a sept petites étoiles, qui sont plus 
proches du p()le nord (et) ressemblent, à savoir d'après l'ordre de leur 
disposition (a/Tjaa , aux sept autres susdites. Quant à ces trois (étoiles) 
qui font partie des sept dans chacune des 'Ourses) et 'qui semblent 
traîner longuement dans leur disposition à la suite des TeTpâ-Àrjio-. 
(quadrilatères), c'est-à-dire des quatre étoiles qui sont sur chacune 
d'elles, il a figuré qu'elles étaient la queue de chacune des (ourses), ce cjui 
n'a aucune ressemblance dans la nature, car toutes les Ourses qui sont 
dans la nature — comme le sens de la vue le montre — ont une queue 
petite et (même) très petite, qui n'est presque pas visible et n'est pas 
perçue sans attention (.3). 

2. (Aratus) en a encore fait autant pour le Lièvre qu'il a figuré sous les 
pieds du Géant (Orioni, car il lui donne une longue queue, qu'il recourbe 
au-dessus de son dos, comme celle d'un chien, ce qui n'a pas lieu dans la 
nature pour les lièvres qui sont près de nous. \'oilà pour la sottise de 
leur configuration. Quant à certaine fable (liée) à cette ineptie, qu'il a 
composée au sujet de ces Ourses, la voici en peu de mots : 

3. C'étaient deux femmes qui avaient caché le maître des dieux dans 



(1) On lit en marge : " c'est-à-dire illustre ». Le scribe a sans doute rapproché- 
le nom propre Aralus du mot grec àptaTo:. 

(2) Il faut donc distinguer la sphère d'Aratus qui est sans doute « la sphère- 
d'airain » dont parle Sévère sur laquelle les constellations sont figurées, et la 
description de cette sphère. 

(3) Ce passage est résumé par Bar Ilobraeus : •• le remarquable saint Sévère 
SéboUt, dans le livre où il lait ressortir l'inconvenance de ces ligures (des 
constellations), dit : On a donné une longue queue à l'Ourse qui est au ciel et 
on s'est trompé, car l'ourse de nos pa3's n'a pas une longue queue », cf. Le 
livre de V Ascension de VEspril, Cours d'Astronomie rédigé en i27'.K traduction 
F. Nau, Paris, 1899, p. 1»! (Bibliothèque de l'école des Hautes Études, lasc. 
VU). 

[36] 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS ^>, IV. 363 

la montagne de Ri'ilon (1), dans Tile de Crète, au moment où le fils de 
Saturne fuyait les Corybantes (2). C'est pour les honorer ([u'elles furent 
placées au ciel sous cette figure (3^ 

4. Au sujet du Bélier, qu'ils placent (,fol. 86 v) dans la première partie 
du cercle, dans le zodiaque, il dit qu'il enleva jadis Hélià (4) et Phris- 
cos (5) et. comme il volait au-dessus de la mer, la jeune Hélià fut saisie 
de crainte, et elle tomba dans la m^r. et cette mer fut nommée, de son 
ij->m : Hélis Pontos CHellespont). Phriscos, quand il prit une femme, tua 
ce bélier, et on lui en fit un lit nuptial (6); et, en son honneur, cette 
figure de bélier fut (placée dans le ciel. 

5. Au sujet du Taureau, qui est dans la seconde partie du môme cercle 
(zodiaque), ils disent que le Taureau monta jadis de cliez Poséidon 
(Neptune) dans l'Hellade; comme il dévastait le pays, Thésée vint contre 
lui et le tua. Comme les dieux le pleuraient, pour montrer que l'action 
de Thésée était grande et. en même temps, pour apaiser Poséidon, ils 
fixèrent cette image de taureau dans le ciel, celle qui est la première 
partie du taureau, c'est-à-dire sa première moitié (7), sa tète regardant à 
l'Orient: c'est ainsi qu'ils le représentent. 

0. Au sujet du Linn qu'ils placent dans la cinquième partie du zodiaque, 
(ils disent) qu'il était à Nérnée, pays du Péloponè(s)e et qu'il dévastait ce 
pays; Thésée, ayant un grief contre Hercule, l'envoya pour le tuer, et 
quand il vint, il le tua (8l Les dieux, qui voulaient montrer ([U^^ le combat 
d'Hercule était remarrpiable. dessinèrent le lion dans le ciel à l'aide d'étoiles. 

7. Au sujet de la Vierge, Aralus dit que c'était une déesse et son nom 
était Aî/.r, (la justice) (9) et. au premier temp«. lorsque la race des hommes 



(Il Bar llébraeus, loc. cil., a repris ce nom propre. Il faut Diqton (oivitri ôpo; 
ou l'Ida (bien que Strabon n'admette pas cette identitication). 

(2) Ces mots sont encore corrompus. Le texte porte : •• quand fuyait Qori- 
bitiôs bar Qôriôs ■•. Pour Aratus, les Corybantes sont les auxiliaires de Jupiter 
et empêchent Saturne d'entendre ses cris : Salurnum /'allant dum Diciaci 
CorybaïUes, •• tandis que les Corybantes de l'Ida (Dicté) trompent Saturne ■■. 

(:'.) Voir aussi Eratosthènes, Calastcricms, et Ovide, Métamorphoses, II, 
V. li»5-5ol. 

(4) Hellé; "Ë/.Xri. 

(.0) 4>p;|o;. 

(Gj Sans doute avec la toison (d'or) du béUer. Nous n'avons pas trouvé ces 
détails dans Aratus. 

(7) Nous n'avons pas trouvé ceci dans Aratus. Il s'agit du taureau envoyé- 
par Neptune pour séduire Pasiphaë. femme de Minos. De cette union naquit le 
Minotaure, moitié taureau et moitié homme. C'est le Minotaure qui fut tué- 
par Persée, et la première moitié de l'animal fut placée au ciel. Le plus sou- 
vent, le Taureau est i-attaché à .lupiter qui s'en sert pour séduire Europe. 

(8) Manque encore dans Aratus. Un ne semble pas rattacher le lion de Némée 
à Thésée, mais plotùt à .Junon. 

(9) Cf. Eratosthènes, Cataslérismes, 0. — Figure cette fois dans Aratus, vers. 
97 à 136. 

[37] 



:364 REVUE DE l'orient CHRETIEN. 

était d'or, elle se mêlait aux hommes et aux femmes, et elle les réunissait 
■chaque jour (fol. 87 r) et e'ie par'ait avec eux de la justice. Ensuite 
quand la race des hommes fut d'argent, elle commença à détourner son 
pied des hommes, elle venait le soir de la montagne et n'avait plus rap- 
port avec aucun d'eux, mais lorsqu'il i^leur) arrivait de se réunir, elle 
les menaçait de ne plus venir près d'eux. Ensuite lorsqu'il y eut des 
guerres et que la race des hommes fut d'airain, au temps oîi ils firent des 
glaives, elle prit en haine toute la race des hommes et elle s'envola au 
ciel 

8. Au sujet du Scorpion (ju'ils placent dans la huitième section, c'est- 
à-dire signe, du cercle (du zodiaque), c'est-à-dire dans le liuit ème o'oo:-/.a- 
-:r];jLdciov (dans la huitième des douze divisions du cercle), il compile une 
fable analogue (que voici) : 

Au sujet de celui qui est nommé d'ordinaire par tout le monde le Géant, 
d'après la forme de la disposition, c'est-à-dire de la figure, des étoiles, et 
que les poètes (nomment) Orion. (il dit) ([ue c'était un chasseur et que cet 
homme mécontenta Diane (1), celle qui verse le sang des cerfs (2), 
parce ([u'il lui dit qu'il n'y avait pas d'animal qui put s'enfuir ou s'échap- 
per de ses mains, cela mit Artémis (Diane) en colère ; elle envoya contre 
lui un replile, le scorpion, et il le piqua et le tua; aussi tous deux furent 
placés dans le ciel, à savoir le géant et le scorpion, l'un en face de l'autre, 
pour apprendre aux hommes à ne pas se glorifier et, depuis lors, chaque 
fois que le Scorpion se lèvr-, le Géant s'enfuit devant lui. 

9. D'autres imaginent une autre fable à leur sujet. Les dieux (.3), voulant 
éprouver l'amour des hommes pour les étrangers, descendirent près d'un 
certain Ourôs, roi de Béotie (4), ensuite ({uand il les eut reçus, qu'il eut tué 
pour eux un taureau et qu'il les eut restaurés, en sortant de chez lui ils 
virent, jetée en dessous (5), la peau de ce taureau qui avait été tué, et 
qua id les dieux urinèrent sur elle, à l'aide de leur urine (fol. 87 v) et de 
la peau du taureau ils firent Orion (G). Celui-ci, (juand il exista, aima 
Ar.émis (Diane), celle-ci se fâcha et fit monter le scorpion contre lui et, 
pi(| lé au talon, il mourut (7). Les dieux, ayant pitié de lui, le figurèrent 
dans le ciel à l'aide d'étoiles, avec le scorpion. 

10. Au sujet de la Chèvre, c'est-à-dire du Capricorne (ju'ils placent 



(1) Aratus, vers 636 à 616, diffère de Sévère : Fama est... Orion maiiibus 
violasse Diaaam. La morale de la fin manque aussi dans Aratus. 
(i) Semble correspondre à << Diane chasseresse ». 
(3) Jupiter, Neptune et Mercure (ou Apollon). 
(1) Tptsvç, roi de Tanagra, en Béotie. 

(5) Signifie peut-être <■ enterrée ■-, car après que àTC£r7itep!j.r|vav et; aùxiiv, elle 
resta enterrée durant dix mois. 

(6) En marge : « le géant ». — On l'aurait il'abord nommé Ourion « parce 
•qu'il provenait de l'urine ». 

(7) D'après Horace. Orion l'ut percé parles flèches de Diane qu'il avait offensée 
Odes, m, 4, vers 71. 

L38] 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS », IV. 365 

dans le dixième ocuôr/.arr,;j.ôpiov, Aratus il) dit encore qu'elle donnait les 
mamelles à Baalchemaïn (2), mais comme (celui-ci) n'avait pas de bouclier, 
il la tua et fit un bouclier avec sa peau, lorsqu'il combattait avec les fils 
de la terre. Pour la récompenser de ce qu'elle l'avait élevé, il plaça, en 
mémoire d'elle, le Capricorne dans le ciel (3). 

11. Au sujet de la Couronne boréale, qui est nommée chez les Syriens 
« 1 écurie de la chèvre ». d'après sa forme, il dit que c'est la couronne 
d'Ariadne. Celle-ci était la fille de Minos, roi des Cretois, et elle aima 
alors Thésée, roi des Athéniens, mais Dyonisos (Bacchus) la lui prit, et il 
fut avec elle (4). Quand elle mourut, pour l'honorer et en faire mémoire, 
Dyonisos lui figura, à l'aide d'étoiles, une couronne dans le ciel. 

12. Au sujet des Pléiades qu'ils placent dans le Taureau, ils disent que 
c'est la chevelure de Bérénice. Celle-ci était une femme de Ptolémée (jui 
était nommé « faisant des belles choses (5) ». Comme celui-ci était en 
guerre, elle fit voeu que s'il revenait sans mal, elle couperait ses cheveux 
et les mettrait, (comme) chose consacrée (6), dans le temple, ce qui eut 
lieu. Et un certain astrologue (7) se leva et il dit, pour la flatter, que les 
dieux avaient placé cette chevelure dans le ciel. De là vient la forme de 
grappe de raisin de cette étoile que nous nommons Kîmâ (Pléiades) (8). 

13. Encore pour celle qui est nommée Kjx.vo; (Cygne), c'est-à-dire "Opvt; 
(poule), (fol. 88r) il a imaginé une sottise plus obscène : Il dit que Zvj; 
(Jupiter) voulant avoir rapport avec Némésîs (9), ou, comme d'autres 



(1) En marge, comme plus haut, « c'est-à-dire illustre ». 

(2) En marge : ■- un dieu des premiers ». C'est Jupiter, qui aura encore ce 
nom un peu plus loin : <■ le maître du ciel •>. Manilius dit, I, 3G2, que la chèvre 
a nourri « ce maître du monde », mais ne renferme pas la suite, bien qu'il 
connaisse la lutte de Jupiter avec les fils de la terre, I, 414-424. 

(3j Aratus se borne aussi à dire que laChèvrea nourri Jupiter. — La Chèvre 
est d'ailleurs une étoile du Cocher. — Ératosthène (n" 27) dit que la Chèvre, 
mère du Capricorne, a nourri Jupiter en même temps que son petit; plus tard 
le Capricorne, nommé aussi Pan et ,£gipan, a aidé Jupiter dans sa lutte contre 
les géants et trouvé le cri nommé « panique >■ qui a mis les géants en fuite. 
Jupiter, par reconnaissance, a mis le Capricorne (Pan) et sa mère (la Chèvre) 
dans le ciel. — C'est après la mort de la Chèvre qu'il aurait fait de sa peau un 
bouclier. 

(4) C'est Ariadne qui apprit à Thésée comment il pourrait sortir du laby- 
rinthe. 

(5) Traduction deEJ£pyit»î;. Bar Hébraeus, loc. cil., p. 91, reprend ce passage, 

(6) En marge : ■■ vœu •• . 

(7| C'est Conon de Samos, d'après Hygin, cf. Ératosthènes, Catastérismes, éd. 
lo. C. Schaubach, Gjttingue, 1795, p. 87 (note au chap. 12). 

(8) C'est un amas de six (ou sept) étoiles de -cinquième grandeur, cf. Bar 
Hébraeus, loc. cil , p. 109. Le télescope montre un grand nombre d'étoiles. — 
Ara'us, vers 254 à 2fî7, donne les noms des sept étoiles des Pléiades mais ne- 
mentionne pas Bérénice. 

(9) Fille delà Nuit et de l'Océan. Elle se changea en oie et Jupiter en cygne.. 

[39] 



:366 REVUE DE l'orient chrétien. 

disent, avec Léda (1). et ne pas être vu par "Hpa (Jitnon), il prit la forme 
■d'un cygne, et il fut avec celle qu'il aimait, et, comme pour l'honneur de 
l'association de Jupiter, il fut dessiné dans le ciel. 

14. Au sujet de celui (jui est nommé Persée, il dit <[u'il était fils du 
maître des dieux, gendre de Céphée. et mari d'Andromède. Celle-ci était 
fille de Cassiopée. femme de Céphée; Persée lui-même était né de Danaé, 
lorsque le Maître du ciel (2) (Jupiter) eut rapport avec elle sous forme 
d'or (3). Le roi Polydectes envoya certaine fois ce Persée pour qu'il lui 
apportât la tête de Gorgone (4). Mercure lui donna un casque et des 
souliers volants (des ailes aux pieds). "H^atcxoc (Vulcain) lui donna un 
glaive distinct de sa lame, comme une faux (5). Comme le dit Aciiôs 
(Achille?) (6). l'un des poètes, les trois Gorgones n'avaient (ju'un œil (7) 
pour elles trois, à l'aide du(|uel elles voyaient, et elles se le prêtaient 
d'une à l'autre, et au jour oh l'une d'elles le prêtait à sa compagne, (Persée) 
courut, s'en empara et le jeta dans le lac Tritônis (TptTwv;;) (8). Il alla 
alors et tua (la Gorgone) et la jeta dans le lac, et Mrousâ (?) avec elle. 

Il fut heureux (piand il eut pris la tête et l'eut placée à son côté 

(Jupiter) (9) liouora Persée et le plaça dans le ciel, tenant la tête de 
'Gorgone. 

15. 11 dit encore au sujet de 'Hptôavd; ([ue c'était un fleuve et qu'il fut 
placé dins le ciel, (fol SHv) Et il dit (pi'il avait beaucoup de prunelles, 
c'est-à dire beaucoup d'yeux. Les sœurs de Phaéton, ([uand il tomba du 
'Ciel. pleuraient sur lui près de l'Eridan. près ducjuel elles se tenaient, 
et elles devinrent des arbres (10), et à cause de cela il fut nommé 
Eridan (II). 

10. Ensuite pour 'ApyoS, c'est-à-dire le Navire, dont ils disent (^u'il est 

(I) On trouve Léda dans Manilius, I, o:}?, mais pas dans .\ratus. 
ci) Baalchemaïn. 

(3) Horace, Odes, m, 11(16), développe ceci pour montrer la puissance de l'or. 

(4) D'après les poètes, Polydectes voulait faire périr Persée, afin de pouvoir 
jirendre Danaé, mère de Persce. 

(j) D'après d'autres, le casque, qui le renla't invis bis, lui fut donné par 
Plu ton. 

(G) Esi-co Achille Tatius qui a écrit une inti'oduction à Aratus? Cf. Fabricius, 
BihL Graera (Ilarles), iv, 4-2. 

(7) « Un œil et une dent ■•. dit Eschyle dans Promélhée, mais il ne s'agit que 
des sœurs des Gorgones. Persée s'empare de leur o^il unique Pt le leur rend 
■quand elles lui ont indiqué où sont les Nyaiphes qui ont des souliers ailés. 

(5) Lac de Libye. 

(0) 11 manque ici quelques mots. On lit en marge : « c'était coupé dans 
-Pexemplaire ". 

(10) Ses trois sœurs, les Héliades, furent changées en peupliers. Ovide com- 
mente très longuement l'histoire de Phaéton, Métamorphoses, II. 

(II) On dit qu'Éridan était l'ancien nom de Phaéton. — Le grec d'Aratus ne 
mentionne pas FMiaéton. Cicéron, dan? sa traduction d'Ai-atus, introduit Phaéton 
•et ses sœurs à l'occasion de l'Eridan, vers 390-3. 

[10] 



LE TRAITPÎ SUR LES « CONSTELLATIONS », IV. 367 

■dans 11 série nommée le Chien du Géant (1). Il dit qu'Hercule le fit 
avec l'arbre nommé Pqôs (2). 

17. ils déblatèrent encore beaucoup d'autres choses analogues qui sont 
plus indécentes et plus folles, mais j'ai placé ici comme en peu de mots 
•et pour mémoire seulement cette fable des poètes et des astrologues au 
sujet de telle ou telle de ces constellations qui sont dites par eux être 
dans le ciel, en en laissant la plus grande partie, parce que j'ai craint de 
■causer (3) de l'ennui à ceux c^ui lisent ou entendent (et) afin qu'à l'aide 
de ce qui a été dit en peu (de lignes), il te soit connu, ô ami de la vérité, 
-ainsi qu'à tous ceux qui rencontreront (cet écrit), que c'est avec raison 
(jue nous avons dit (jue ces constellations, c'est-à-dire ces animaux qui 
sont dits être dans le ciel, n'y sont pas par nature. Des hommes, conduits 
à l'esprit de mépris et très trompeur, faute d'une longue expérience de la 
piété, l'ont imaginé, ils seront donc repris en même temps parce qu'ils 
semblent coml)attre contre les natures des choses par ces insanités et ces 
fictions (lu'ils ont forgées, et (de plus) parce qu'ils luttent contre eux- 
mêmes, lors(iu'ils détruisent ce qu'ils disent et croient, et qu'ils croient 
et disent ce (ju'ils détruisent (4), ce (lui est en vérité de la dernière folie 
•et d'un esprit qui est vraiment privé de sens, parce qu'il ne connaît ni les 
choses dont il parle ni celles qu'il accuse, à savoir ni les siennes ni celles 
des adversaires. Qu'ya-t-il déplus inintelligent (jue cela, c'est à l'auditeur 
de bon sens (ju'il appartient de le décider. 

yOOtloXo K..O o ^Ny ^s,flo/ lo^ )icL^9 9 ^Oti^^v^^^O 

).,J^aao K~o ) n\ »» ^^» ^ô« vOoC^ )t~*t^ ♦"''^ V^ 
^tV'nl^s.^ ^'t-^/ v5»-iôi; y^l )-AcC^L^ o..*90 Jt^ou )\»^t» 

(1) Les deux Chiens (Sirius et Procyon) seraient les sœurs de Canopus, étoile 
■du Navire, cf. Bar Hébraeus, toc. cil., p. 104-5. 

(2) Le Thésaurus Payne-Smith poi'te w»<iû3, c'est-à-dire lia^U, et ce dernier 
•hiot signifie concombre ou melon. — Ce sens ne convient donc pas. Le navire 
•était peut-être fait de tt-V-oç, qui signifie peau ou écorce, et Sévère aura cru voir 
Jà le nom d'un aroie. — Le uiàt était un chêne de Dodone. 

(3) « Que je ne ferai pas » Ms. 

(4) Par l'astrologie, ils détruisent le libie aroitre qu'ils prônent, et ils osent 
prôner le libre arbitre lorsqu'ils le détruisent. 

(b) Nous donnons encore ie texte de ce chapitre à cause des expressions 
4istrologiques qu'il renferme. 

[41] 



368 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 

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> o i^ ^ . y» t^K-*; |.^oJLâ.^|.â© K.AJ3 )KjL3o^ sooi^ ^^KjlJd 



(1) Le sci'ibe met en général, sur ces participes, un point qui ferait croire à 
un riboui lorsqu'il est rapproché d'un «• 

(2) U^ê''^ en marge. 
(3j U>^ en marge. 

[4-2] 



LE TRAITÉ SUR LES (( CONSTELLATIONS », V. 369 

^)aAio jlo .vOOUt-.j ^-ioj ^/ K-/ jJ^is^? Ui^Vaa JJ ^ 

(3) Ji^ll^oo K.O )LjL-* vQ^tJ^J .JLL^bOO Ji )jL--o ).^1qJL-^ 
^^/» vQJÔi :)■ » i . V J..a» )K^:a Iq-^^..J^^ ^io» o6i oC^d Iv-sojo 
^.'^■:> *^*-^*^ oôi )oC^; jjbO^v^ )i.*t-»i^o )KjLt»>o JJLbo 

yjL.VAO .yOOtloL^ ^Ot-K-./ JJLDOI ^"^^^^..301 ^^0| yj .Ct^»^!/ 

)tv>t; K^3 oiionNv* {.w^xiuwâov^ jLuoS^ibo )^/ )ooi J^/ 
)LiCLiCL./j oi^9 ^iè vQJL^v^o )jLiajij oiK.,^js jL.;/ ool sâ/o 

KaA ^^Kb^9 :jL^SCS>90 ).^a^CL./9 yCUL^'^O .'vXC1a.^90(9 )b0O9O 
JKa^O )..ii.n^âOV^ O0( «â/ v0^90J jijLoCL^ jlâ/ .4) |jL«.^aD90 
vQJk^V^ .').JL>OJl9 jlâLHO vCQ.JOV^9 K.^>J3 )L:b009 .' (5)^^^90Vâ{9 
ool JJ y&\ :).wJS.^9 ^9 v£Xl.*.^90|9 .).^aML»/9 v£Q.JOV^9 i ^ 
|L^^ JJ ^\ ^9 ool :)90t.^9 JiâLJiO «.^£0^9/9 \\s.*^ j-^yaV 

(1) p^o;*o/ Ms. 

(2) iaw-.» Ms. 

(3) U^!^ Ms. 

(4) Uovoo en marge. 

(5) v^*io.3N Ms. 

[43] 

ORIE.NT CHRÉTIEN. 24 



370 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

)j>aiCL./j ooi (fol. 90 r) yOJL^V^ ;sû0ojj ^; JlatJi ^m.-»/; 

oôij )lia-/ .ypô/ )L^^faâ) JK:Li^aA.j J-tau/ :oooi )julJJl2; 
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[44] 



LE traitp: sur les (c constellations », V. 371 

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K-o i.^a.«.^ÙSi ^/ o*^o Q-<».io» jjLDoi .o-aumj Uv^l Luo-s» 

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.^«Q^i{ )Lj/ t^m9 ^/ K.») ■Q.a.jo 



CHAPITRE CINQUIEME 

Rl'FUTATiaN SOMMAIRE DES ASTROLOGUES ET DES POETES AU SUJET 
DES CONSTELLATIONS. 

1. Ils tlenneut que les choses d'ici sont déterminées d'après le destin {2} 
et la répartition des sept astres et des douze signes du zodiaque, comme 
ils le disent, et les ims (les planètes) sont nommés dominateurs, et les 
autres (les signes) sont leurs maisons (3), avec des exaltations et des 



(1) Le ms. porte deux fois j^a^o. 

(2) C'est le sens général de l^^w^ mais ce mot est souvent synonyme de 
In%^ ou tù^tj (fortune). La position de la « fortune » s'obtient en ajoutant à 
l'horoscope (degré du zodiaque qui se lève sur l'horizon à la naissance de 
l'enfant) les degrés compris entre les positions du soleil et de la lune, cf. 
Ptolémée, Télrabiblos, iv, 2. 

(3) Ou domiciles, oïxw, par exemple : le Lion, signe masculin, est la maison 
du Soleil, le Cancer, signe féminin, est la maison de la Lune^ etc. Ptolémée, 
loc. cil., I, 20. 

|45] 



372 REVUE DE l'orient CHRETIEN. 

abaissements (1), des triyones (2) et des trlragones de leur regard (3) et 
de leurs figures. D'après leurs regards, leurs témoignages et les figures 
correspondantes, la vie et la mort sont données aux hommes, ainsi que 
la santé et la maladie, la richesse et la pauvreté, la domination et la 
servitude et tout ce qui arrive dans l'habitation des hommes. 

2. Car ils disent que si leurs bonnes étoiles se tiennent dans leurs 
exaltations, dans leurs trigones, et dans les lieux du tétragone de la 
splière, à savoir au centre de vie (Orient) ou en celui des noees (Occident) 
comme ils disent, ou au milieu du ciel (des honneurs), ou en celui qui 
est sous la terre qui est nommé des Parents (4), et que des étoiles de 
même influence les regardent, ou d'autres influences si elles sont parmi 
les bonnes, elles procurent des biens à ceux qui sont nés à cette heure, 
ceux qui naissent seront riches et puissants, maîtres et dominateurs et 
d'heureuse vie. Mais quand les mauvaises se tiennent en ces lieux, aux 
(lieux) d'exaltation, disent-ils, et en leurs trigones et que les bonnes s'en 
écartent et sont dans des lieux plus humbles, alors naissent des faibles 
et des malades, des pauvres et des sujets et de mauvaise vie. Ils disent 
beaucoup de choses de ce genre, pleines d'inepties et de bavardage sans 
fin, en entremêlant et en imaginant des figures, des situations et des 
sorts, (fol. 89 v") des regards et des témoignages dans les signes du 
zodiaque qui leur conviennent le plus, dans les lieux et les figures les 
plus appropriés, selon Vastrologie qu'ils ont créée, en voulant par là 
supprimer chez eux la liberté et le libre arbitre que Dieu a donnés aux 
hommes, en sorte qu'ils détruisent la recherche de la perfection et le 
penchant volontaire de cliacun pour faire le mal, puisqu'il n'y a pas chez 
eux de récompense pour les bonnes actions ni' de punition pour les 
mauvaises, de sorte que la vie intellectuelle et loute la conduite qui 
résulte du libre arbitre des hommes — lesquels, d'après les paroles 
saintes et véritables, ont été créés à l'image de Dieu (5) Tout- Puissant — 



(1) Par exemple le Soleil produit son maximum d'efl'et quand il est dans le 
Bélier, parce que c'est là son lieu d'exaltation, iji]>w,aa. Son lieu d'abaissement 
Ta7ietvwij.a est dans la Balance. 

(2) Des signes sont en trigone (Tpîyfova), lorsqu'ils forment les sommets d'un 
triangle équilatéral inscrit, par exemple, le Bélier, le Lion et la Sagittaire. Cette 
figure (a/iïiJia, CTy_ri(jLaTi(T(iô;) est favorable. 

(3) On dit que deux signes se regardent (raùra pXéjtciv «XXïjXa ÀÉYeTai) lorsqu'ils 
sont équidistants d'un tropique, Ptolémée, toc. cit., I, 18, ainsi les Gémeaux 
regardent le Lion. Ils ont même puissance. 

(4) Le tétragone (ou quadrat aspect) mentionné plus haut est analogue au 
trigone : ainsi le Bélier, le Cancer, la Balance et le Capricorne forment un 
tétragone (régulier) ; mais le « tétragone de la sphère » mentionne ici est tout 
différent, il est foi-mé, si l'on veut, par les points cardinaux (Ywvtat, cardines, 
pivots ou gonds), le levant (iioroscope), le couchant, le méridien supérieur (midi) 
et le méridien inférieur (sous la terre). 

(5) Genèse, i, 26, 27. 

[46] 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS «, V. 373 

n'ont plus d'espoir et sont réduits aux opérations animales et à la vie 
inintelligente. 

3. S'il en est ainsi pour eux, et si les choses qu'ils prônent sont 
certaines pour eux comme ils le disent, (qu'arrivait-il aux hommes) 
lorsqu'il n'y avait encore ni le signe tropique du Bélier royaume (1) du 
soleil et maison de Mars (2); ni le Taureau rcïdXson. de Vénus et son trigone 
du jour (3), exaltation de la lune et son trigone de nuit; et le Lion 
maison du soleil et son trigone de jour mais de Jupiter durant la nuit-, 
ni la Vierge maison et exaltation de Mercure et trigone, de jour de 
Vénus et, de nuit, de la Lune; ni la Balance, signe tropical et maison de 
Vénus exaltation de Saturne et abaissement du Soleil, trigone de Saturne 
de jour et de Mercure de nuit; ni le Scorpion, maison de Mars et abaisse- 
ment de la Lune: ni le Capricorne, signe tropique lui aussi, maison 
de Saturne, exaltation de Mars, abaissement de Jupiter, trigone 
(fol. 90 ri de Vénus le jour et de la Lune la nuit. Tout cela n'eut lieu 
qu'après de nombreuses générations d'hommes, comme les fables des 
poètes le disent, comment donc, comme on l'a déjà montré, y avait-il 
naissance, vie, mort, richesse, pauvreté etc. pour les hommes avant 
l'existence et le tracé de ces (signes) qui leur donnent la vie, la mort et 
le reste, à ce que disent (les poètes). Si donc tout cela arrivait auparavant 
aux hommes, en dehors (des noms) des signes du zodiaque et de leurs 
figures, c'est-à-dire des exaltations, des abaissements et de tout ce qu'on 
raconte en astrologie à leur sujet, il s'ensuit que les fables des 
astrologues sont des mensonges, lorsqu'ils disent que ce qui arrive aux 
hommes est déterminé par les sept (planètes) et par les douze (signes). 
Même si c'était véritable comme ils le disent, ce qui est dit (plus tard) par 
les poètes sur l'être de chacun (des signes) serait mensonger, et tout récit 
à leur sujet ne serait qu'une fable, ainsi que les noms qu'ils leur ont 
donnés, comme nous lavons dit plus haut, et les deux (astrologues et 
poètes) ont même racine, ou plutôt mentent tous les deux, comme c'est 
véritable. Ces figures, c'est-à-dire ces animaux, qu'on place dans le ciel 
n'y sont donc pas par nature et en vérité, mais par convention et en 
parole seulement, comme il a déjà été dit souvent. 

4. D'ailleurs le philosophe astronome les nomme seulement des 
« figures », et il n'y a pas autre chose, car il est évident que la « figure » 
appartient à un autre qui a cette figure par nature et excellemment, et 

(1) Ou « exaltation ». Voir plus haut. 

(2) Voir plus haut. Le Cap.'icorne et le Verseau sont la maison de Saturne; 
le Sagittaire et les Poissons celle de Jupiter; le Bélier et le Scorpion celle de 
Mars; la Balance et le Taureau celle de Vénus; les Gémeaux et la Vierge celle 
de Mercure; Ptolémée, Télrabiblos, i, 20. 

(3) Le second trigone (triangle équilatéral) est formé du Taureau, delà Vierge 
et du Capricorne, qui sont trois signes féminins, aussi on les attribue à la 
Lune et à Vénus. La Lune y domine la nuit et Vénus le jour. Ibid., i, 21. Toute 
la suite figure aussi dans Ptolémée. 

1471 



374 RETUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

non a elie. C'esi donc en prenant la figure des animaux qui sont près 
de nous, et qui ont (telle figure) par nature comme je l'ai dit, qu'ils lui 
ont assimilé et nommé aussi la disposition et l'ordre et l'apparence des 
étoiles en parole, et non parce qu'il en est ainsi en réalité. Lorsque les 
grues -volent, (fol. W v) si un homme voyait qu'en volant elles forment 
l'une des dispositions que l'on a écrites, il dirait certainement; que c'est 
Ja disposition qui est écrite (et non une figure dans le ciel). De même si 
les étoiles sont assimilées et ressemblent par leur apparence et leur ordre 
aux animaux naturels qui sont près de nous, nous ne dirons jamais 
qu'elles sont ainsi en vérité et par nature. — Je pense avoir suffisam- 
ment démontré par tout cela que toutes les formes que l'on place dans 
le ciel n'y sont pas en vérité et par nature, mais par convention seule- 
ment et en paroles. 



CHAPITRE SIXIEME 

Combien et quelles sont ces formes (constellations) dont on parle, 
ET SUR LES Étoiles remarquables qu'elles contiennent. 

1. Pour savoir comment, dans une certaine position (du ciel), un homme 
connaîtra les levers et les couchers des étoiles, et quelles sont celles qui 
se lèvent ou se couchent en face d'autres, quelles sont celles qui tournent 
constamment autour du pôle et qui ne se couchent pas, quelles sont 
celles qui se lèvent plus vite et qui se couchent plus lentement ou inver- 
sement, nous avons dit, dès le début, que c'est là une cause qui a con- 
traint à donner tels ou tels noms et dénominations aux positions et figures 
des étoiles qui sont dans le ciel. Comme nous voulons plus loin, ô ami 
du travail, parler et démontrer, comme nous le pourrons, sur tous ces 
sujets, nous dirons donc avant tout, qu'il nous faut séparer et indiquer 
les formes (constellations) combien et quelles elles sont; combien et 
quelles sont celles qui se trouvent dans le cercle (zone) du zodiaque, ou 
bien au nord et au sud (de cette zone). 

j^ous donnons ici le texte syriaque qui renferme ces noms 
propres, parce qu'il nous montrera comment Sévère, en sciences 
— comme il l'avait déjà fait en philosophie — enrichissait la 
langue syriaque par une simple transcription des mots grecs. 
Hors les noms des signes du zodiaque, qui étaient déjà fixés du 
temps de Bardesane, la plupart des autres ont été créés par 
Sévère; d'ailleurs ils sont d'un usage constant dans tout le 
présent traité et il est bon que l'on connaisse leur forme 
syriaque : 

1^3 



LE TRAITÉ SDR LES « CONSTELLATIOKS », VI. 375 

♦ An margine )v^/) JV»; :ou. woô» yQja)L*90>^9 ^ ^^ot 
♦(.o^ai. <>)i)..m^ ♦)K^^„aL^ <*M/ *>Wt-» ♦)-bo)l ♦jîol 

♦)jaj ♦Jlo; ♦l-t^ -^JL^A^ 
(fol. 91 r) ,^^ ^^ôi vaLo)-«90j ^io )^dV^^9 ^^ ^^oi 

vpn > ^oIomS .v^oaDo^Joi .sma^âdVâ .^0.1^^^-^ K..00/ yQ^^^.9 

•li).-^ K.00/ vJoa^>JCL.>)o/ Jv-iu .^fia.090/ .jio^ .|»*Q^ 

.s£DaJ)J9Q-jO .(1) IL147 i^^<AJ3o/ V^t^ .JmOOI .yOuA^Of^ 
.)V-aJL^ Ka.3o/ vQ..»9o/ .\fiDQj)t-«ioi KaAo/ jïOiJ .«XDO^wUO 

•^ww.^«.^ V^^; K.O0/ ^^.^w^f^ ^K^90 ).^909 ^9 ). H'V>'> 

.|Kâ9 ^61 ^:^ l^fS> :y|L.^^/9 ^^01 )ia^^ J^/9 ^^^01 
a.9 ""^^-i^j o6i ^9 )J9»««/ :©»». jL.<ULàCLU ^9 o6i :J^,«^V^ 

.^.A^/9 ^'^\'^«=> 1 ^ -o - -t 90 .. N "> «XDVcL^ ^ 001 ^/9 :Ôli^J09 

Ki^a ^..w^o *â/9 oô! vûDoîa^ûî/ :^*9 ^fiaDjlaâQ.^û9)L3 

(1) On a ajouté un lomad : U^. sans doute pour rapprocher ce mot de 

[49] 



376 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

oij:jo9 ^^>^; oô( ^9 ^.m » >»oj^ .yOOUL^ ^..«^aud ^^w^^^oô 
)Lsu»f»39 f~»où V-*^! oôi *.w9 srf>,«> eo\^ •> .^.«^^i»^ m^; 
..^j vfnn i . », t o<..a J^^K^ ^cûjgl^îq.^ sâ/j o6t )jl^q-^j 
|-»>:^P»i^ oôi ^^ ^_A« yOogL^9 .'^v^ôiJ V-*^-*! ^-«Vi yo-jot 
oi^Mj jLioû/ ^^j ).«.^j^.^ o6i ^-9 )-JV—/ .oiV2tiwiè ^^wi.9 
oi V - S ix^ "^^K^j o6i K^^i^ ool oôi «jUxt^ t-*^-*/ oôi ).JLoa^9 

i-.K-9 Ô^JU.» ^i.» o6| '.^9 ),-«wi0O9^)-S JjA )v^Ki09 V-*^®/? 

^^>^9 oôio :oMLâ9 "'^«^j oôi o ^-9 ^fioa.flp)i,^«^a.a .wy^ô 
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.)lQ^i.O K-O IbcUO ^9 )9ok^ .OI-^I— ^^^>^9 K-/ )L.Kâ 
^^>»^9 )V-*0(J Ooi OÔJO :)-»9/9 0|»2lS. )*^)^.i09 o6| ^9 )>^9)L3 

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V-*OI-J ^^K^9 061 '.^J ^C0Qj)^9O|._» .JK^^^m/ OU^w_^9 9 
V<o^9 Oi » »\^ ^eUi..flD9 061 ^9 J '^'^'^•^ J^O|J9 0|.Vl\o » •>» 
^^Q->^9)-3 .(2) v^O I .-, tY> JV^dK^; y.i»w»«J ^J^«»0 K..O V'OU 
V-»^^-.9 sfi0Q_i)j)_O )t^Ki09 ).JLOCL»9 Ô|!^^»^V^9 o6| •.^î 

(1) Lire ;'ôs^o;^o;3. 

(2) Lire ^cu;.m> comme on le trouve plus loin. 

[50] 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS », VI. 377 

Oi^OOâLd) o6t *.)Ld9 o6| w^9 jjQJLd J « 1V> il (Il yQ^90JJ s2l^V^ 

2. Celles qui sont dans le zodiaque sont au nombre de douze (2) : Le 
Bélier ,'3): le Taureau: les Gémeaux; le Cancer; le Lion; l'Épi (Vierge), 
la Balance: le Scorpion; le Sagittaire; le Capricorne: le \'erseau; les 
Poissons. 

3. Il y en a dix-neuf au nord du zodiaque : (fol. 91 r) La grande Ourse; 
la petite Ourse; le Dragon, Céphée; Cassiopée; Andromède; AîXTwTo'vt 
c'est-à-dire le triangle; Persée; 'Hvîoyo; (le Cocher); Bow-cr,? (le Bouvier) 
qui est 'Ap/.-oçjXa? ; la Couronne boréale; 'Evydvajtv (l'Agenouillé = Her- 
cule); celui qui tient un serpent (Ophiucbus): la Lyre; "Oov.ç (Le Cygne 
ou laCroix du Nord); l'Aigle; 'Oigtoç, c'est-à-dire la P'ièche ; le Dauphin; 
le Cheval, c'est-à-dire Pégase. 

4. II. y en a quinze au sud du zodiaque : Procyon; l'Hydre; Kpairjp, c'est- 
à-dire la Coupe; le Corbeau; le Centaure: 6r,piov (le Loup); OjTrJptov 
(l'Encensoir) ; la Couronne australe ; le grand Poisson (le poisson austral) ; 
Ktîtoî (la Baleine); le Fleuve, c'est-à-dire 'Hptoavd; ; Orion, c'est-à-dire le 
Géant: le Lièvre; le Chien; 'Apyt,') (le Navire) (4). — Il y en a en tout, 
tant simples que composées, 4G. 

5. Etoiles f/randes et les plus connues, c'est-à-dire les plus brillantes qui 
sont dans les signes dont nous venons de parler : (C'est) dans la grande 
Ourse, les sept plus brillantes, qui sont nommées, suivant la coutume : 
le Chariot; dans la petite Ourse, les sept dont deux sur ses épaules, 
l'une de celles-ci, celle du norJ, est à dix degrés seulement du pôle nord, 
celle du sud est à quinze degrés, une autre, à l'extrémité de la queue, 
n'est aussi qu'à une distance de dix degrés du pôle susdit; danSi4rc/o- 
phulax (le Bouvier), Arcturus qui est placé entre ses fémurs (o); dans la 
Couronne boréale .et dans la Lyre les plus brillantes de chacune 
d'elles (6): dans "Opvi; (Cygne), celle qui est sur sa queue, qui est la plus 

(1) Lire vpj-ioU comme plus bas. 

(2) Eu marge : •< Ce sont les a-.o\/tX(x ou malwoschè (signes du zodiaque) ». 

(3) En marge : « c'est-à-dire Brebis ». En général le syriaque porte Brebis. 

(4) Le syriaque porte « Argos ». 

(5) 'Avâ(jL£(7ov TMv (TzeXwv, dit Géminus, tandis qu'Aratus écrit : <- sous la cein- 
ture » et Manilius : mediosub pectore. 

(6) C'est-à-dire « chacune d'elles a une étoile plus brillante (la Perle et Wéga) » 
mais Sévère ne leur connaît pas de nom. 

[51] 



378 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

brillante; dans Persée, celle qui est la plus claire, qui est sur la tête de 
Gorgone et qui est aussi nommée Gorgone; dans 'Hvt'o/o; (le Cocher), les 
deux plus brillantes, dont l'une, l'occidentale, est sur son manteau, l'autre, 
l'orientale, est sur le coude (ày-z-wv) de son bras droit, celui qui lient le 
fouet; celle qui est en dessous de celle qui est sur le manteau dont on a 
parlé, et qu'on nomme la Chèvre: dans Andromède, celle qui est sur sa 
tête, qui brille le plus; dans Pégase (le Cheval), deux étoiles, Tune qui 
est sur son épaule (Schéat = épaule) et l'autre sur son u7:oto;j.7], c'est-à-dire 
sur sa section, (fol. 91 v) qui a la latitude même de celle qui est sur son 
côté (1): dans le Taureau, les Pléiades et VHyade (Aldébaran); dans le 
Lion, celle qui est nommée le Cœur du lion (Régulus) et la brillante qui 
est à l'extrémité de sa queue que l'on nomme :rpoTpuyr|Tr;p ; dans la Vierge, 
celle qui est nommée aià/^u;, c'est-à-dire YEpi ; dans le Scorpion, Anta- 
rès (2), qui est celle du milieu, la plus brillante des trois ; dans Procyon, 
celle qui est la plus remarquable et qui est sur son ventre (3); dans 
l'Hydre, la plus brillante qui est sur sa queue ; dans Orion, quatre étoiles, 
deux sont ses épaules (4), des deux autres, la première est sur le talon 
de son premier pied (5), l'autre est sous le genou de son autre pied; dans 
'Dptoavdç, la plus brillante qui est à l'extrémité du fleuve; dans le Chien, 
celle qui est sur sa tête, la plus brillante et remarquable, qui est nommée 
Sirius; dans 'Apyti, celle qui est sur son pied droit qui est nommée 
KâvwSoç, qui est plus proche de l'horizon sud (G); dans le Grand Poisson, 
celle qui est dans sa bouche (7) (|ui est la plus grande et la plus 
brillante; dans le Centaure, celles qui sont dans les derniers sabots qui 
sont placées sur l'horizon sud. 

En voilà assez sur le nombre des constellations, leur nom, et les étoiles 
remarquables qui s'y trouvent. 

(1) Sans doute Algénib (l'aile) et Markab (la selle) qui sont sur le même 
parallèle. 

(2) 'AvTâpyi;, étoile qui est rouge « comme IMar.s ». On la nomme ■■ le cœur du 
Scorpion >•. 

(3) Nommée « Sirius syrienne », cf. Bar Hébraeus, Cours d'aslronomie, trad. 
p. 104. 

(4) Bellatrix et Bételgeuse. 

(5) Rigel (le pied). 

(6) Sur le gouvernail, ou sur la rame de droite servant de gouvernail. 
Cf. Bar lîébraeus, Astronomie, p. 104-5 : « A Maraga, Canopus ne monte au- 
dessus de l'horizon sud que de un degré deux minutes. 

(7) Famalhaut — la Bouche du Poisson. 



[52] 



LE TRAITÉ SUR LES <( CONSTELLATIONS », VII. 379 



CHAPITRE SEPTIÈME 
Sue les leteks lt les couchers des constellations avec chacun 

DES DOUZE Zo)S;a, C'EST-A-DIRE DES SIGNES DU ZODIAQUE 
VUI SONT SUR CE CERCLE (DU ZODIAQUE) (1). 

1. Revenons à ce que nous avons promis auparavant, je veux dire à 
faire connaître les levers et les couchers et, de proche en proche, nous 
parlerons de chacun des signes. Nous commencerons du haut, c'est-à-dire 
du signe tropique et nord qui est nommé Cancer (2), et qui tourne aussi 
à l'extrémité nord du cercle du zodiaque. 

2. Du Cancer et de ceux qui se lèvent avec lui. Quand le Cancer se lève, 
voici ceux qui se lèvent avec lui : Du nord (fol. 92 r) la dent (pince) 
nord du Cancer, c'est-à-dire son hras. où une étoile apparaît sur sa pince. 
Et le Tpf::À£upo; (3), c'est-à-dire trois étoiles, qui apparaissent comme un 
triangle (4) entre la tète du Cancer dont on parlait et le pied de derrière 
de gauche de la grande Ourse, et le pied de derrière de gauche de 
l'Ourse, parce qu'il sort de la zone du nord (5) ; sur chacun des pieds on 
voit deux étoiles qui forment (deux i couples. Et la tête du Z/o«, parce 
qu elle sort de la dodécatoraérie (Gj (des 30 degrés) du Lion, à savoir au 
nord et à l'occident. Du côté du midi, la dernière partie la plus méridio- 
nale du fleuve 'Hpi8avoç, et l'étoile la plus brillante qui est à l'extrémité 
du fleuve. Et le Lièvre et tout le dernier pied du géant depuis le fémur et 
.au-dessous. Et Procyon (7). Et la moitié du Chien, à savoir la tête sur 
laquelle se voit l'étoile brillante nommée Sirius (8), et ses deux pattes 
de devant et celui de derrière de droite et le iz-rArXiMOQ-, (9) (quadrila- 
tère) qui est sur son ventre, et cha([ue étoile qui est vue devant 'ApYoi, et 
la tête de V Hydre et les griff'es des pieds de devant du Lion, parce que 
celui de droite est au sud du zodiaque et que celui de gauche en est aussi 
un peu au sud. 

3. I)u Capricorne gui est diamélralement opposé au Cancer et des signes 
qxii se couchent avec lui. 

Voici ceux qui se couchent en face du Cancer : Dans le zodiaque, le 
Capricorne; au nord, le coude du bras droit de Bowttiç qui est étendu vers 

(1) Ce sujet figure clans tous les traités d'Astrologie. Aratus explique que des 
obstacles naturels peuvent empêcher. 

(2) On lit en marge : « changement, début des trois (mois) d'été, juin etc. » ; 
« au nord le Cancer, le Lion et la Vierge ». 

(3) ^oia^a.;^ (I pour 't). 

(5) Il lait partie de la zone zodiacale. 

(6) sOi^ûsoL^û^o». 

(g) uaea>;A^o. 

(9) .^la^sSI;^^, ih pour »). 



380 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

la queue de la grande Ourse; et la tête de BorÔTrj;, et le lien de la Cow- 
ronne boréale; et tout 'Evycivaaiv (Hercule) à l'exception du pied gauche 
qui est sur la tête du Dragon, depuis le genou et en dessous, à l'excep- 
tion du genou de son pied droit, c[ui est au-dessus du (fol. 92 v) bâton que 
tient Boo'nri; sur lequel on voit une étoile, il se lève à rebours et il plie 
sur ses genoux, c'est pour cela qu'on l'a nommé 'Evydvaaiv (I); et la tète 
de celui qui tient un serpent (Ophiucus), car sa tête est près de celle de 
r'Evyovaatv; et ce Ttxoiiiktxtçioz (2) qui est derrière l'épaule de celui qui 
tient un serpent; et la queue du serpent ; et une petite partie du manteau 
du Sagittaire qui est dans la dodécatomérie du Capricorne, où l'on voit 
trois étoiles en forme de triangle et les pointes des cornes du Capricorne, 
car elles sont un peu au nord du zodiaque, et quatre étoiles rangées l'une 
après l'autre de l'Occident à l'Orient au-dessus des ailes de Y Aigle; et 
l'y! i^/e elle-même; et la moitié occidentale de 'Oïctto; (la Flèche); et le bras 
gauche, enveloppé du manteau, du Verseau, qui est au-dessous du 
Capricorne ; et du sud (du zodia(|ue) tout le Grand Poisson et le (poisson) 
austral . 

4. Du Lion et des (signes) qui se lurent avec lui. Lorsque le Lion se lève, 
voici ceux qui se lèvent avec lui : Du nord (du zodiaque) le pied de 
derrière de droite de la grande Ourse, sur les griffes de laquelle on voit 
deux étoiles formant un couple; et le xpfcXsupoç (3), c'est-à-dire trois étoiles 
après le pied de derrière de droite de l'Ourse; et une partie du bras 
d'Arctophulax (4) jusqu'à son coude, je veux dire celui qui est à côté de la 
queue de la grande Ourse; du sud (du zodiatjue) le bas du Géant, les 
Chiens et le haut d"Ap-iw (Navire) et tout son à'p;j.£vov (5) (voile) et la 
moitié supérieure de VHydre. 

5. De celui qui verse Veau (G), c'est-à-dire Amphore [Verseau), diamé- 
tralement opposé au Lion, et des (signes) qui se couchent avec lui. 

Voici ceux qui se couchent en face dn Lion. Dans le zodiafjue, l'Am- 
phore; au nord (du zodiaque), la main droite du Verseau, celle (|ui tient 
le vase, et la tète du Verseau et son côté, car (tout cela) est au nord du 
zodiaque; et le bas oriental de 'O'.aioç (la Flèche); et le Dauphin: 
(fol. 93 r) et la première tête de Pégase (le petit cheval); et la Lyre, et le 
genou droit de r'Evyova^iv (Hercule) qui est au-dessus du bâton (7) de 
Bofôxri;, et tout son pied gauche, celui dont la plante est sur la tête du 
Dragon, et la première partie (le haut) de "Opvi;; et la seconde tête de 
Pégase ; et toute sa tête et son pied de devant de gauche et la tête du 

(1) ^^ll^tt^W. 

(2) s^oia^BlV^^. 

(3) sp^û}^;^. 

(4) uaoasWoaQ^»/. 

(5) ^vîW. 

(6j Dans la marge du bas, de seconde main: « au sud, le Capricorne, le Ver- 
seau et les Poissons ». 
(7) >^M, BâxXov. 

[54] 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS », VII. 381 

poisson occidental qui est plus près du zodiaque; du sud (du zodia(iue). 
les pieds du Verseau, le droit depuis le genou et en dessous, le gauche 
depuis le fémur et en dessous, car ils sont au sud du zodiaque ; et les eaux 
qui coulent du vase du verseau; la bouche du poisson grand et austral. 

6. De la Vierge et des isir/nes) qui se lèvent avec elle. 

Quand la Vierge se lève, voici ceux qui se lèvent avec elle : Du nord 
(du zodiaque) tout Tarctophulax à l'exception de la paume de sa main 
droite qui lient le bâton et de son pied gauche; Arcturus et le premier 
pied de T'EvYovaaiv qui est au-dessus du bâton du Bomzt^; jusciu'à son 
genou ; du sud (du zodiaque) tout 'Apyo) avec ses rames, et l'étoile 
Canopus qui apparaît au bas du gouvernail et qui est proche de l'horizon 
sud; et la Coupe; et le Corbeou et le milieu de V Hydre. 

7. Des Poissons, diamétralement opposés â la Vierge, et des signes qui 
se couchent avec eux. 

Voici ceux qui se couchent en face de la Vierge : Dans le zodiaque la 
dodécatomérie des Poissons; au nord (du zodiaque) le crâne du Dragon, 
à savoir deux étoiles qui sont sur lui; et la fin de "Opvt?; et tout le corps 
de Pégase: et la tête d'Andromède : <it tout le Poisson occidenlal qui est à 
côté du zodiaque ; au sud (du zodia(|ue) le TstpânXsupo; qui est au sud du 
(cercle) diamétral de la dodécatomérie et tout le corps, c'est-à-dire le 
derrière, de KtIttoç (la Baleine), (fol. 93 V) à l'exception du devant; et 
l'extrémité de 'Hptoav6ç, c'est-à-dire une petite partie, à l'extrémité de 
laquelle parait une étoile grande et australe. 

8. De la Balance et des (signes) qui se lèvent avec elle. 

Lorsque la dodécatomérie de la Balance — c'est-à-dire les jambes de la 
Vierge ou les bras (serres) du' scorpion — se lèvent, voici les. (signes) qui 
se lèvent avec elle : au nord, le pied gauche de Bowtti; et le TSTpâ-Xsupo; 
qui est sur la paume de sa main gauche ([m tient le bâton; et la Couronne 
boréale: et le crâne du Dragon, sur lequel on voit deux étoiles plus 
brillantes qui appartiennent au ztxpir.lc-jpoi qui est sur la tète du Dragon, 
dont l'une, qui est entre ses yeus, est fixée à la limite de la zone nord; et 
tout le derrière, c'est-à-dire le bas, de r'Evyàvaotv (Hercule) avec son bras 
droit (|ui tient le bâton sur la tête du serpent, à l'exception du genou de 
son pied gauche qui est sur la tête du Dragon, et à l'exception de son 
bras gauche enveloppé dans le manteau qui est sur son genou gauche et 
à l'exception de sa tète parce qu'il monte à rebours; et la première partie 
du serpent; du sud (du zodiaque), la dernière partie de l'Hydre, c'est-à-dire 
sa queue qui apparaît au-dessus de la tête du y.r\i:o; ; et le Centaure jusqu'au 
coude de sa main qui tient 0ripiov (le Loup), à l'exception de ses pieds de 
derrière et de devant, parce ([ue lui aussi se lève à rebours. 

9. Du Bélier (1), diamétralement opposé à la Balance, et des (signes) qui 
se couchent avec lui. 

(I) Le mot « Bélier » est ajouté de seconde main. Son absence semble avoir 
brouillé le début de cette section... On lit aussi au bas de la page, de seconde 
main : « à l'occident, la Balance, le Scorpion et le Sagittaire ». 

[55] 



382. REVUE DE l'ORIEXT CHRÉTIEN. 

Voici les signes qui se couchent en face du Bélier (sic) : dans le zodiaque 
la dodécatomérie delà Balance, c'est-à-dire les jambes de la Vierge ou les; 
serres du scorpion; au nord (du zodiaque) les deux pieds de derrière de 
la grande Ourse, sur chacun d'eux il y a un couple (fol. 94 r), de deux 
étoiles; et aussi le Tpf-Xsupoç, c'est-à-dire les trois étoiles (jui forment 
comme un triangle entre le pied de derrière de gauche de la Grande Ourse 
et le pied droit à! Arctophulax qui se voient au-dessus des trois étoiles ; et 
l'extrémité de l'aile nord de la Vierge et son pied gauche, car c'est au nord 
du zodiaque; au sud (du zodiaque) la première partie du ©ripîov et 
l'aiguillon du scorpion à l'exception des incurvations (pinces?) ([ui sont à 
sa tête, je veux dire son xÉvxpov (1), c'est-à-dire son aiguillon; et la 
dernière partie du 0uT7]'ptov (encensoir), c'est-à-dire sa base. 

10. Dn Taureau et des (signes) qui se lèvent avec lui. 

Lorsque le taureau se lève, voici ceux qui se lèvent avec lui : Au nord 
(du zodiaque) les deux pieds du Cocher avec leurs fémurs et en dessous 
et sa main droite qui tient le fouet, depuis le coude et en dessus, et les 
pieds de devant de la grande Ourse, parce que ses jambes, sur lesquelles 
sont vues deux étoiles accouplées, sont en dehors de la zone boréale ; du sud 
(du zodiaque) les étoiles qui sont rangées du sud au nord dans l'àTOxoaTJ (2) 
(la section) du taureau, qui sort un peu du zodiaque vers le sud; et les 
deux pieds de devant du taureau — à l'exception de son premier sabot — 
parce qu'ils sont au sud du zodiaque; et tout le xrjTo;, à l'exception de ses 
pieds de devant; et la partie moyenne du fleuve Eridan. 

11. Du Scorpion, diamétralement opposé au Taureau, et des {signes) 
qui se couchent avec lui. 

Voici ceux qui se couchent en face du Taureau : dans le zodiaque : le 
scorpion; au nord (du zodia(iue) les pieds de Poojty];, c'est-à-dire Arcto- 
phulax; et l'étoile Arctunis; et une partie (fol. 94 v) du serpent en dessous 
de sa tête jusqu'à la main gauche de celui qui tient le serpent (Ophiucus) 
et jusqu'au genou de son pied droit qui est dans la région de la dodéca- 
tomérie du scorpion et du sagittaire, sur son pied, c'est-à-dire son bras 
droit, dans la même région, on voit trois étoiles, ordonnées de l'est à l'ouest, 
et, devant cela, le pied gauche de celui qui tient le serpent, celui qui 
s'appuie sur le scorpion, c'est-à-dire sur son ventre; du sud (du zodiaque), 
le reste de l'aiguillon du scorpion, c'est-à-dire son xsvxpov; et les pieds de 
devant du sagittaire; et la couronne australe, qui est entre les deux ; et ses 
deux autres pieds (du sagittaire), car ils sont au sud du zodiaque. 

12. Des Gémeaux et des {signes) qui se lèvent avec eux. 

Lorsque les Gémeaux se lèvent, voici les (signes) qui se lèvent avec eux : 
du nord (du zodiaque), la main droite du premier des gémeaux et tout son 
côté; et les deux tètes des gémeaux, car elles sont au nord du zodiaque, et 
la partie nord de la jambe, c'est-à-dire de la plante du pied de derrière de 

(1) ,^o;friû 

(2) usoagv^S^a. 

[56] 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS », MIL 383 

l'ourse, celui qui est le premier et à gauche; et une étoile du TpÉTcXsuco; 
qui est au milieu du pied de Vourse et de la plante du pied du Cancer; du 
sud (du zodiaque), la plante du premier pied du Taureau; et la peau qui 
est sur la main gauche du géant; et les pieds de devant de x^xo;; et tout 
le fleuve ^ndrt/f, à l'exception de sa dernière partie; et tout Orion, c'est-à- 
dire le géant, à l'exception de son dernier pied depuis le fémur et en 
dessous; et les deux pieds du second des Gémeaux du milieu de ses cuisses 
et en dessous, car ils passent au sud du zodiaque. 

13. Du Sagittaire ( 1), diamétralement opposé aux gémeaux, et des (signes) 
qui (fol. 95 r) se couchent arec lui. 

Voici les (signes) qui se couchent à l'opposé des gémeaux : dans le 
zodiaipie, le sagittaire : du nord, tout le Pocirriç jusqu'à son épaule et sa tète • 
et la Couronne boréale jusqu'à son lien, c'est-à-dire au nœud ; et la tête du 
serpent avec son cou allongé; et la main droite de 'Evyovaaiv, celle qui 
tient le bâton, et son crâne sur lequel on voit une étoile, et deux étoiles du 
■:£ipa;:X£upo; qui est derrière les épaules de celui qui tient le serpent, et la 
dernière partie de ce serpent, à l'exception du commencement de sa queue; 
au sud la Flèche: et la partie inférieure de la jambe du sagittaire et toute 
la partie postérieure du même sagittaire qui a la forme d'un cheval qui 
est tiré après lui, avec le tétraplouroun qui est sur sa queue et descend au 
sud du zodiaque ; et l'intervalle entre les dodécatoméries du Sagittaire et 
du Capricorne. — Voilà pour les étoiles qui se lèvent ou qui se couchent 
en face les unes des autres. 



CHAPITRE VIII 
Sur les constellations qui apparaissent au milieu du ciel (au-dessus 

DE l'horizon) avec chacun des Zaio^a (SIGNES DU ZODIAQUE). 

1. Nous parlerons maintenant de ceux qu'on voit au milieu du ciel en 
commençant par le Capricorne qui est diamétralement opposé au Cancer 
et qui est aussi un Zcioiov tropique, situé dans la zone d'été, c'est-à-dire à 
la partie sud du zodiaque. 

2. Du Capricorne (2) et des (signes) qui apparaissent avec lui au milieu 
du ciel. 

Lorsque le Capricorne est au milieu du ciel dans (son) premier degré, 
le Bélier se lève et la Balance se couche, chacun d'eux étant dans (son) 
premier degré. Sous la terre le Cancer, cimme le Capricorne (en son 

(1) Ce titre est répété en marge et on lit au bas : « à l'Orient, le Bélier, le 
Taureau, les Gémeaux ». 

(2) Ce titre est répété en marge, avec la note : « il est féminin ., qui se rapporte 
sans doute au Capricorne. Les signes masculins et féminins alternent. Les 
masculins sont le Bélier, les Gémeaux, le Lion, la Balance, le Sagittaire, le 
Verseau ; les autres sont féminins. Cf. Jlanilius, U, vei-s 147, 151 (édition Pingre). 

[57] 



384 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 

premier degré). Les constellations qui apparaissent en dehors du zodiaque 
avec lui (fol. 95 v) au milieu du ciel sont : au nord, la tête de la Grande 
Ourse et la Petite Ourse; la tête et le cou du Dragon; la Lyre; la Flèche; 
VAiqle: au sud, la dernière partie du sagittaire, celle qui a la forme d'un 
cheval, à l'est de la tête du Dragon, Cépliée; (à l'est) de la Lyre. "Opviç, 
et de l'Aigle, le Dauphin et Pégase. Au couchant de la tête du Dragon, les 
pieds de 'Evyo'v/aTiv, (au couchant) de la Lyre, r'EvyovaTtv et la queue du 
serpent et celui qui tient le serpent. 

.3. Du Verseau (l) et des signes qui apparaissent avec lui au milieu du ciel. 

Lorsque le Verseau est au milieu du ciel, en (son) premier degré, le 
Taureau se lève et le Scorpion se couclie chacun dans (son) degré dix-neuf. 
Sous la terre est le Lion, comme le Verseau (en son premier degré}. Les 
constellations qui apparaissent avec lui au milieu du ciel sont : au nord, la 
tête et les pieds de la Grande Ourse; les pieds de derrière et la queue de la 
Petite Ourse; la tête du Dragon ; Céphée ; le derrière de "Opvt?; la première 
tête de Pégase (le petit cheval); au sud, le grand Poisson et l'austral (?). 

4. Des Poissons (2) et des [signes) qui apparaissent avec eux au milieu du 
ciel. 

Lorsque la dodécatomérie des Poissons est au milieu du ciel dans (son) 
premier degré, les Gémeaux se lèvent et le Sagittaire se couche, chacun 
d'eux dans (son) degré vingt-trois; la Vierge est sous la terre comme les 
Poissons (dans son premier degré). Les constellations qui apparaissent 
avec elle au milieu du ciel sont : au nord, le derrière de la Grande Ourse; 
la queue de la Petite Ourse, Céphée et toute ràTcoxoii-rj (section) de Pégase 
et le Poisson occidental «lui est près du zodiaque; au sud, les eaux qui 
coulent du vase du Verseau et le derrière du -/.tIto; ; à l'est de Céphée (on a) 
Cassiopée ; (à l'est) de Pégase (fol. 96 r) on a Andromède et le Poisson 
oriental. 

5. Du Bélier (3) et des [signes] qui apparaissent avec lui au milieu du ciel. 
Lorsque le Bélier est au milieu du ciel en (son) premier degré, le Cancer 

se lève et le Capricorne se couche, chacun d'eux dans (son) degré dix- 
sept; sous la terre, la Balance est, comme le Bélier (en soa premier degré)- 
Les constellations qui apparaissent avec lui au milieu du ciel sont : au 
nord, la queue de la Grande Ourse et la queue du Dragon, et Cassiopée et 
Andromède et le Poisson oriental; au sud /.vJto;; à l'est de Cassiopée (est) 
Persée, (à l'est) d'Andromède (est) AîXtwtov (le triangle); (à l'est) de xriro; 
est le fleuve Eridan. 

6. Du Taureau (4) et des [signes) qui apparaissent avec luiaumilieu du 
ciel. 

Lorsque le Taureau est au milieu du ciel dans (son) premier degré, le 



(1) On lit en marge : - et il est masculin ». 

(2) En marge : « et ils sont féminins ■■. 

(3) En marge : « il est masculin ». Le syriaque porte en général « la Brebis 

(4) En marge : « il est féminin ». 

[58] 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS », VIII. 385 

Lion se lève et le Verseau se couche, chacun d'eux dans son dixième degré ; 
sous la terre le Scorpion, comme le Taureau (dans son premier degré). 
Voici les signes qui apparaissent avec lui au milieu du ciel : au nord la 
paume de la main droite de pookr);, et la queue du Dragon, et Persée. Au 
sud. VEridan; à l'est le Persëe, le Cocher; (à l'est) de VEridan, le Géan/ 
et le Lièvre. 

7. Des Gémeaux (l) et des (signes) qui apparaissent avec eux au milieu du 
ciel. 

Lorsque les Gémeaux sont au milieu du ciel dans (leur) premier degré, 
la Vierge se lève et les Poisso7is se couchent, chacun d'eux dans son 
quatrième degré; sous la terre le Sagittaire, comme les Gémeaux (dans 
son premier degré). — Les signes qui apparaissent avec eux au milieu du 
ciel sont : Au nord, la tête et le milieu du Dragon, et la Petite Ourse, et le 
Cocher. Au sud, le Géant et le Lièvre. 

8. Du Cancer (2) et des (signes) gui apparaissent avec lui au milieu du 
ciel. 

Lorsque le (fol. 96 v) Cancer est au milieu du ciel dans (son) premier 
degré, la Balance se lève et le Bélier se couche, chacun d'eux dans (son) 
premier degré ; sous la terre le Capricorne comme le Cancer (dans son 
premier degré). — Les signes qui apparaissent avec lui au milieu du ciel 
sont : au nord, la tète et le milieu du Dragon, et la Petite Ourse, et la tête 
et les pieds de devant de la Grande Ourse. Au sud, Procyon; et le chien du 
Géant, à l'est de Procyon. V Hydre: (à l'est) du Chien, 'Aoyo). 

9. Du Lion (3) et des (signes) (jui apparaissent avec lui au v^ilieu du ciel. 
Lorsque le Lion est au milieu du ciel dans (son) premier degré, la 

Balance se lève et le Bélier se couche, chacun dans son vingt-septième 
degré: sous la terre le Verseau comme le Zj'on (dans son premier degré). 
Les constellations qui apparaissent avec lui au milieu du ciel sont : au 
nord, Céphéc; la nuque et la tête du Dragon, la(iueue de la Grande Ourse; 
le milieu de la Petite Ourse ; le Tp;-Xeupoç, c'est-à-dire trois étoiles; au sud, 
le milieu de l'Hydre et le début d"ApYw ; à l'est de la Grande Ourse, Powttiç; 
(à l'est) de l'Hydre sa Coupe et le Corbeau; (à l'est) d"ApYw, le Centaure. 

10. De la Vierge (4) et des (signes) qui apparaissent avec elle au milieu du 
ciel. 

Lorsque la Vierge est au milieu du ciel dans (son) premier degré, le 
Scorpion se lève et le Taureau se couche, chacun dans son vingt-deuxième 
degré; sous la terre les Poissons comme la Vierge (dans leur premier 
degré). — Les constellations qui apparaissent avec elle au milieu du ciel 
sont : Au nord, Céphée et la Petite Ourse, à l'est du pôle, et la queue du 
Dragon et le derrière de la Grande Ourse ; au sud, le Corbeau, et la queue 
de V Hydre et le Centaure. 

(1) En marge : « ils sont masculins •>. 

(2) En marge : « il est teminin ■•. 

(3) En marge : « masculin -. 

(4) En marge : « féminin ». 

[59] 

ORIENT CHKÉTIEN. 25 



386 REVUE DE l'orient CHRETIEN. 

11. De la Balance (1) et des signes qui apparaissent avec elle au milieu du 

ciel. 

(fol. 97 r) Quand la Balance est au milieu du ciel dans (son) premier 
deo-ré. le Sagittaire se lève et les Gémeaux se couchent, chacun d'eux dans 
(leur) vingt-septième degré ; sous la terre, le Bélier, comme la Balance 
(dans son premier degré). — Voici les signes qui apparaissent avec elle au 
milieu du ciel : au nord, les pieds de Cassiopée, et Céphée et la Petite Ourse 
à Test du pôle, et la queue du Dragon, et la queue de la Grande Ourse, et 
poojTTiç et l'étoile Arcturus; au sud, le Centaure; à l'est de la Petite Ourse, 
tout le corps du Dragon et sa tête; (à l'est) de Powttiç, la Couronne boréale 
et la tête du serpent; (à l'est) du Centaure, le ©ripiov (le Loup) quil tient. 

12. Du Scorpion (2) et de ceux gui apparaissent avec lui au milieu du ciel. 
Lorsque le Scorpion est au milieu du ciel dans (son) premier degré, le 

Capricorne se lève et le Cancer se couclie. chacun d'eux dans (son) 
neuvième degré; sous la terre, le Taureau, comme le Scorpion (dans son 
premier degré). Voici les constellations qui apparaissent avec lui au milieu 
du ciel : Au nord, la tète de la Petite Ourse, et le milieu du Dragon, et 
jiowxriç et la Couronne boréale et la tête du serpent; au sud. 0r]p(ov et 0uT7]piov 
(l'Encensoir); à Test de la Petite Ourse, tout le milieu du Dragon et sa 
tête; (à l'est) de la Couronne boréale T'Evyovaatv (Hercule); (à l'est) de la 
tête du serpent, celui qui tient le serpent (Ophiucus) ; à l'est du ©ripîov 
(Loup), l'aiguillon du Scorpion; (à l'est) de l'Encensoir, la Couronne 
australe. 

13. Du Sagittaire (3) et des (signes) qui apparaissent avec lui au milieu 
du ciel. 

Lorsque le Sagittaire est au milieu du ciel dans son premier degré, le 
Verseau se lève et le Lion se couche, chacun d'eux dans son treizième degré ; 
sous la terre, les Gémeaux comme le Sagittaire (dans leur premier degré). 
— Les constellations qui apparaissent avec lui au milieu du ciel sont : au 
nord, la Petite Ourse, (fol. 97 v) la nuc^ue et la tète du Dragon et r'Evydvaatv 
et celui qui tient le serpent; au sud, l'aiguillon du Scorpion eXV Encensoir 
et la Couronne australe; à l'est de la tète du Dragon, Céphée; (à l'est) de 
r'Evydvastv, la Lyre; (à l'est) de celui qui tient le serpent, ce T£Tpa7:X£upoç 
(jui est derrière ses épaules eXV Aigle ei Va. Flèche; (à l'est) delà Couronne 
australe le derrière du Sagittaire qui a la forme d'un cheval. — En voilà 
assez sur ce qui apparaît au milieu du ciel avec chacun des douze ZaiSia, 
c'est-à-dire signes du zodiaque. 



(1) En marge : « masculin ». 

(2) En marge : " féminin ". 

(3) En marge : « masculin ». 



60] 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS », IX. 387 



CHAPITRE IX 

Sur les constellations qui ne se couchent pas; sur les principales 

ÉTOILES des constellations QUI SE LÈVENT ET SE COUCHENT EN FACE 
les unes DES AUPRES: SUR LES CONSTELLATIONS ET LES ÉTOILES QUI SE 
LÈVENT PLUS TÔT ET SE COUCHENT PLUS TARD, OU INVERSEMENT. 

1. Parlons maintenant des étoiles, c'est-à-dire des constellations, qui ne 
se couchent pas, ce sont toutes celles qui tournent au voisinage du pôle 
nord, je veux dire à l'intérieur de la zone du nord, qui est nommée 
arctique. Ce sont : la Petite Ourse, la Grande Ourse, le Dragon qui est 
entre les deux; Céphée jusqu'à sa tète, la paume de la main droite de 
BooiiT];. c'est-à-dire jusque vers son coude; les pieds de Cassiopée, c'est- 
à-dire depuis le talon et en dessous. — Les parties de la sphère qui ne 
se lèvent pas, sont toutes celles qui tournent dans le voisinage du pôle 
sud, je veux dire à l'intérieur de le zone du sud qui est nommée antarc- 
tique, parce qu'elle est au-dessous de la terre et n'est pas vue, mais en 
voilà assez là-dessus. 

2. Parlons brièvement des levers et des couchers de chacune des étoiles en 
face les unes des autres, (du moins) des plus connues et des plus brillantes 
parmi (fol. 98 r) les constellations dont on a parlé : quand celle de 
Gitrcjone se lève et avec elle, du sud, l'étoile qui est dans la bouche du 
grand Poisson (1), alors l'étoile qui est au bout de la queue du Lion, et 
({ue l'on nomme IIpoTpu-^/jTiiîp (2), se couche en face d'elle et ensuite, 
aussitôt, celle qu'on nomme Sxâ/u; (3), (l'épi) de la Vierge. Lorsque les 
étoiles du Cocher se lèvent, parmi lesquelles sont celles qu'on nomme 
chèvre et chevreau et avec elles les Pléiades qui sont sur le dos du géant, 
alors se couche déjà Antarès (4) qui est sous le ventre du Scorpion. 
Lorsque l'Hyade, qui est entre les yeux du Taureau, se lève, alors Arctu- 
rus se couche. Lorsque l'étoile qui est sur l'épaule droite du Géant se lève, 
après laquelle se lève aussitôt celle qui est sur le premier pied du Géant, 
alors la brillante qui est dans la Couronne boréale se couche. Lorsque 
l'éioile brillante qui est à l'extrémité du fleuve Eridan se lève, et, peu 
après, se lève Procyon. alors la brillante qui est dans VAiyle se couche 
peu après. Quand la plus brillante qui est sur la tête du Chien et qu'on 
nomme Sirius se lève, la plus brillante qui est dans l'Aigle s'est déjà 
couchée et peu après celle-là (se couche) celle qui est dans la bouche du 
grand Poisson. 

3. Quand l'étoile la plus brillance du Lion, que l'on nomme le cœur du 



(1) CL VI, 5. 

(•2) v^ô*>s5^*i®»^- La Vendangeuse ou Dénébola — la queue du Lion. 

(4) >ca*-^>l. 

[61] 



3^8 REVUE DE l'orient CHRETIEN. 

Lion (Régulus), se lève, et après elle se lève aussitôt celle qui est sur la 
tète de V Hydre, alors la plus brillante de la Lyre se couche. Quand celle 
qui est à l'extrémité de la queue du Lion et qu'on nomme npoTpuY/ixrÎp 
se lève, alors celle qui est sur les épaules (ailes) du Cheval se couche 
et après elle aussitôt celle qui est la plus brillante sur la queue 
d"'0pvi5 (1) (Cygne). Lorsque Canopus qui est fixé (fol. 98 v) sur le pied 
(o-ouvernail) droit d"ApYo:), qui est aussi la plus proche de l'horizon sud, 
se lève, alors commence déjà à se coucher celle qui est à l'extrémité du 
fleuve, qui est proche elle aussi de l'horizon sud. Lorsque Arcturus 
se lève et avec lui,, en même temps, le corbeau (2) du sud de la 
Vierge, alors celle qui est sur la tète d' A^idromèdë se couche. Lorsque 
toute la Couronne boréale se lève, alors celle qu'on nomme Canopus se 
couche. Lorsque les deux étoiles qui sont sur les pieds de derrière du 
Centaure, je veux dire celles qui sont sur l'horizon sud, se lèvent, alors 
Gorgone se couche, ainsi que l'étoile qui est sur le premier piedd'Orion, 
c'est-à-dire du Géant, et aussitôt après lui la plus brillante des Hyadcs 
(Aldébaran). 

4. Lorsque l'étoile brillante de la Lyre (3) se lève et, avec elle, Antarès 
qui est dans le Scorpion, alors celle (lui est sur la première épaule 
d'Orion se couche, et avec elle aussi celle qui est sur le second pied, 
alors la plus brillante qui est sur la tête du Chien du géant, et que l'on 
nomme Sirius, se couche peu après. Lorsque l'étoile brillante qui est 
sur la queue (4) d"'Opvi; se lève, alors la plus brillante qui est sur le 
manteau du Cocher se couche déjà et, avec elle aussi celle qu'on nomme 
Chèvre avec le Chevreau. Lorsque la brillante de l'Aigle (5) se lève, alors 
se coTichent les deux étoiles qui sont sur la plante des pieds de derrière 
du Centaure et celle qu'on nomme Procyon, et la plus brillante sur le 
coude du Cocher. Lorsque la plus brillante qui est sur la tète de Cassiopée 
se lève, celle qui est sur le dos de VHydre se couche. Lorsque celle 
qui est à l'extrémité des ailes, c'est-à-dire des épaules, du Cheval se lève, 
aussitôt après elle se lève celle qui est sur la tête d'Andromède, (fol. 99 r) 
celle qui est nommée le cœur du Lion se couche. — En voilà assez sur 
les levers et les couchers des étoiles remarquables qiii sont dans les 
constellations dont nous avons parlé. 

5. Parlons maintenant des étoiles, c'est-à-dire des constellations qui se 
lèvent plus tôt et qui se couchent plus tard, ou inversement. 

Toutes les étoiles qui sont au nord de l'équateur jusqu'au cercle arctique 
dont on a parlé se lèvent plus tôt que les étoiles situées au sud de l'équa- 
teur, et elles se couchent plus tard, et d'autant plus tard qu'elles sont 

(1) Elle est nommée Denab = Queue. 

(2) vooftS|;Oj Kôpaxoç. 

(3) Cf. VI, 5. 

(4) Nommée, d'après son nom arabe, Z'enaô (queue) ; cf. Bar Ilébraeus, Cours 
d'astronomie, trad., p. 97. 

(5) Nommée, d'après le nom arabe, Altaïr; cf. Bar Ilébraeus, toc. cit., p. 98. 

[62] 



LE TRAITE SUR LES « CONSTELLATIONS », IX. 389 

pins proches du cercle arctique (1). Celles qui sont au sud de l'équateur 
se lèvent plus tard après celles du nord et se couchent plus tôt avant 
elles, elles les précèdent d'autant plus qu'elles sont plus proches du 
cercle antarctique dont on a parlé, par exemple Procyon se lève avant 
Sirius ou le chien du géant et se couche après, parce qu'il est au nord 
de l'équateur et l'autre au sud. De même l'étoile arctique et la Couronne 
boréale et la Lyre et le Cygne et Gorgone, les Pléiades, l'Hyade, tout le 
Taureau, le Cocher, qui est surtout boréal, la Chèvre qui est sur lui, la 
tête des Gémeaux, les Gémeaux eux-mêmes, le Cancer et le Lion, les 
pieds de la grande Ourse et toutes les étoiles boréales se lèvent plus tôt 
que les australes : le Centaure, le Loup, l'Encensoir, la Couronne australe, 
le Scorpion, le Sagittaire, le Verseau; le Poisson grand et austral, le- 
Centaure, le Fleuve, le Lièvre et les pieds du Géant et le Chien et le 
Navire, (fol. 99 v) et toutes les analogues, et se couchent plus tard après 
elles, à l'inverse des australes que nous venons de nommer qui se lèvent 
plus tard (2) que les boréales et se couchent plus tôt avant elles. — Plus 
les étoiles, c'est-à-dire lés constellations, sont proches du cercle arctique 
parce qu'elles sont plus boréales, plus elles se lèvent tôt (3) avant les 
australes, et se couchent tard après elles; et plus les étoiles, c'est-à-dire 
les constellations, sont proches du cercle antarctique parce qu'elles sont 
plus australes, plus elles se lèvent tard après les boréales, et se couchent 
tôt avant elles, car les parties boréales de la sphère, parce qu'elles sont 
du côté du pôle boréal, qui est très élevé au-dessus de la terre (4), se. 
couchent plus tard et se lèvent plus vite, car l'espace (l'arc) boréal du. 
cercle de la sphère qui est au-<lessus de la terre est grand, il peut être 
deux fois celui qui est en dessous de la terre, et celui qui est au-dessous 
de la terre ne sera donc que le tiers du cercle. Les étoiles se lèvent au- 
dessus de la terre du nord-est dans le voisinage du cercle arctique et 
elles se couchent sous la terre au nord-ouest dans le voisinage du même 
cercle, de sorte que les parties de la sphère les plus boréales ne passent 
pas seulement au-dessus de notre tête, mais encore au nord par rapport 
à nous (5). Voici en effet l'étoile nommée Chèvre (6) qui parait au-dessus 
de la terre deux parties du jour, c'est-à-dire seize heures, et n'est sous la 
terre qu'un tiers de jour, c'est-à-dire huit heures. 

6. On trouvera le contraire dans les parties méridionales de la sphère, 
celles-ci parce qu'elles sont (fol. 100 r) vers le pôle sud qui est bien en 

(1) Pour ua horizon obliq;iie, en un point de l'hémisphère nord, la portion de 
pai-allèle d'une étoile qui est au-dessus de l'horizon est d'autant plus graade 
que l'étoile est plus près du nord, on peut donc dire qu'elle se lève « plus tôt ». 

(2) Parce qu'elles sont plus longtemps sous l'horizon. 

(3) Parce qu'elles sont moins longtemps sous l'horizon : leur nuit est plus 
courte. 

(4) Très élevé au-dessus de Phorizon sud. 

(5) Au nord du zénith. 

(6) a du Cocher. 

[63] 



390 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

dessous de la terre se lèvent tard et se couchent tôt, car l'espace sud 
(l'arc) de ce cercle de la sphère est grand en dessous de la terre; il peut 
être deux fois celui qui est au-dessus de la terre, et celui qui est au- 
dessus de la terre est plus petit que celui qui est en dessous, au point 
de n'en être qu'un tiers, par exemple l'astre qui est dans la bouche 
du poisson grand et austral, qui se lève avec celui de Gorgone, ne 
brille au-dessus de la terre qu'un tiers de jour, c'est-à-dire huit heures 
à peu près, il est donc deux parties du jour, c'est-à-dire seize 
heures à peu près, en dessous de la terre; et si tu regardes l'étoile la plus 
brillante qui est à l'extrémité postérieure du Fleuve, tu trouveras que le 
temps qu'elle brille au-dessus de la terre est encore plus petit et que 
le temps qu'elle passe sous la terre est encore plus grand. 11 en est de 
même de Canopus, qui est sur le pied (gouvernail) droit d"ApYoi, son 
apparition au-dessus de la terre est plus petite et son occultation sous la 
terre est plus grande. Plus petite encore est l'appariiion au-dessus de la 
terre et plus grande l'occultation sous la terre des deux étoiles qui sont 
sur les pieds de derrière du Centam-e. Ainsi au nord c'est l'inverse 
pour (les étoiles) qui sont sur la lète du Dragon on sur celle du Cocher; 
leur temps sous la terre est moindre et il est plus grand au-dessus, car 
celles-ci qui sont à l'ànverse comiiie nous l'avons dit et diamétralement 
opposées les unes aux autres se lèvent et se couchent dans les mêmes 
(fol. 100 v) durées. On en verra autant pour le reste des étoiles, c'est-à- 
dire des constellations qui sont entre les deux cercles dont nous avons 
parlé : l'Arctique et l'Antarctique, je veux dire celles qui s'étendent 
de l'équateur au nord et celles qui s'étendent au sud et qui se lèvent et 
se couchent toutes en ordre inverse. — Nous avons assez parlé de celles 
qui se lèvent plus tôt et se couchent plus tard, ou inversement. 

CHAPITRE DIXIÈME 
Sur les figures (constellations) qui sont coupées par les cercles et 

QUI LES coupent, ET SUR CELLES QUI NE SONT PAS COUPÉES ET NE COU- 
PENT PAS. 

1. Parlons maintenant des constellations qui coupent les cercles et qui 
sont coupées par eux (I), je veux dire maintenant, en sus des trois 
cercles déjà nommés, les deux autres qu'on nomme Tropiques : celui 
d'été qui est entre l'équateur et le cercle arctique, et celui d'hiver qui est 
entre l'équateur et le cercle antarctique. Nous parlerons bientôt de tous 
les cercles ensemble et de leur distance les uns des autres; pour l'ins- 
tant nous parlerons de ces cinq qui coupent les constellations ou qui en 
sont coupés. 

2. Le cercle arctique coupe six constellations : la nuque du Dragon, 

(1) Le même sujet est traité de manière différente par Manilius et Aratus. 

[64] 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS )), X. 391 

Céphée, le pied de Cassiopée, où se trouve l'extrémité nord de la voie 
lactée, la voie lactée qui les couvre, la couronne du Cocher, les pieds de 
devant de la Grande Ourse, la main droite de Bowtriç. 

3. Le tropique d'été (foi. 101 r) en coupe douze : les pieds de Bowxriç, 
la tète du serpent, le coude de la main gauche, qui tient le bâton de 
r'Evyàvaatv, l'épaule, le COU, la tête et l'aile du haut d"'Opviç (le Cygne); 
la voie lactée qui est au milieu, le sabot du pied droit du cheval, l'épaule 
et le côté d'7\ndroméde, le A=X-wxov (triangle), le pied droit de Persée, en 
dessous de son talon, l'extrémité de la corne nord du Taureau, la plante 
du pied droit du Cocher, la voie lactée, le milieu ses Gémeaux, le milieu 
du Cancer, en dessous de la nuque du Lion, avec son dos et sa queue. 

4. Uéqualeur en coupe quatorze : le fémur droit de la Vierge, la pince 
droite du Scorpion, le milieu du serpent (1), la paume de la main gauche 
de celui qui tient le serpent ainsi que sa main droite, la queue du ser- 
pent, la voie lactée, un peu de l'extrémité de la queue du Dauphin, les 
deux têtes de Pégase et son cou largement, un peu de l'extrémité de la 
queue nord du poisson occidental qui est à côté. du Zodiaque, le lien du 
poisson oriental, un peu du bout des oreilles de /tîto; et ses narines, la 
plante du pied droit du taureau, la peau qui est sous la main qui porte 
la peau du géant, le côté du géant (Orion), la voie lactée, le cou de 
l'Hydre, où est l'étoile très brillante (2), un peu de l'oreille (anse) nord 
de la coupe. 

5. Le tropique d'hiver en coupe treize : le manteau et le crâne du Cen- 
taure, les pieds de devant du 0r,pidv, le milieu du scorpion, l'arc et la tête 
du sagittaire, la voie lactée sur laquelle est (fol. 101 v) son nez, le milieu 
du Capricorne, les pieds du Verseau, les eaux qui coulent du vase du 
Verseau, la queue et le ventre du /.fjto; et l'épaule de sa main droite, le 
milieu de l'Éridan, les ongles et les pieds du Lièvre, à savoir ceux de 
devant et ceux de derrière, le derrière du Chien, le pied droit et le 
fémur du Cheval, la dernière tête d"ApYco, la voie laciée qui est sur lui, 
raptxEvov (voile) et le mât (3) d"ApYoj, le derrière et le ventre de l'Hydre. 

6. Le cercle antarctique en coupe deux : toutes les plantes des pieds 
du Centaure où se trouve aussi la fin australe de la voie lactée et une 
petite partie méridionale qui est du côté de la tête de l'Encensoir. 

7. Disons encore quels signes (Çoiota) coupe le cercle qui est nommé 
Atot[j.Eaov (4) (par le milieu), à savoir la ligne qui est au milieu du Zodiaque 
sur lequel le soleil marche en longitude constamment sans le quitter ni 
au nord ni au sud. C'est ce qui a encore toujours lieu de la part de ces 
cinq étoiles errantes (planètes) parce qu'elles se meuvent toujours en 
longitude et en latitude dans le Zodiaque, dans six signes au nord et 



(1) Lire Khéwîô, non Khawoîô. 

(2) a ou le Cœur de l'Hydre. 

(3) ^♦•^Uô'û sans doute xaxâpTtov. 

(4) NÛ«ûioUv 

1651 



392 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

dans six au sud, les seuls qui se trouvent (dans le Zodiaque); je veux 
dire qu'elles sont dans le Aiâ|j.saov quand elles le coupent rapidement, et 
passent en l'un des vents (côtés) qu'on a dit : à savoir du nord au sud ou 
du sud au nord, 

8. Ce cercle Atà[x.£CTov susdit coupe le milieu du Bélier et du Taureau 
et le premier genou du premier Gémeau et le dos du dernier avec son 
autre bras, et le milieu du Cancer, et sous le côté du Lion et sous son 
ventre et ses fémurs, et l'épaule droite de la Vierge et son pied (fol. 102 r) 
droit, et le bras gauche du Scorpion et entre ses yeux et la partie supé- 
rieure de son ventre, où se trouve aussi le pied droit de celui qui tient 
le serpent, il coupe aussi sa plante du pied, et l'arc du Sagittaire et sa 
tête, la tête du Capricorne et son cou et au-dessus de son dos et le 
milieu de sa queue, au-dessus des hanclies du Verseau et son fémur 
droit et l'ouverture de son vase qui verse l'eau, le milieu de la dodéca- 
tomérie des Poissons, les deux liens des Poissons. En voilà assez là- 
dessus. 

9. Disons combien et quelles {constellations) ne sont pas coupées par 
l'un ou l'autre (des cercles) et n'en coupent pas. 

Il y en a neuf : Procyon, le Corbeau, la Couronne australe, le Poisson 
grand et austral (1), et, si tu veux, et l'occidental, aussi le Dauphin, 
aussi la Coupe, aussi l'Encensoir, car une petite partie seulement et sans 
importance, comme on l'a dit plus haut, semble coupée (par le cercle 
antarctique). La petite Ourse seule n'est pas coupée, parce qu'elle est 
très proche du pôle nord, de sorte que toutes les (constellations) qui ne 
sont pas coupées sont au nombre de quatorze. En voilà assez. 

CHAPITRE ONZIÈME 

Du CERCLE yaÀaÇia; (2) (VOIE LACTÉE) (3); QUELLES SONT LES CONSTELLA- 
TIONS qu'il COUPE, COMMENT SES PARTIES SE LEVENT-ELLES ET SE COU- 
CHENT-ELLES AVEC CHACUN DES i^wota QUI SONT SUR LE CERCLE (ZODIAQUE). 

1. Après cela, il nous convient de mentionner quelque chose sur ce 
cercle yaXaÇîa;, c'est-à-dire lacté, qui est nommé chez les Syriens (4) 
« chemin de ceux qui portent de la paille ». Quelles sont les constella- 
tions (fol. 102 v) qu'il coupe, et comment ses parties se lèvent et se cou- 
chent. 

2. Ce cercle lacté coupe treize (constellations) : Cassiopée, Persée, le 
Cocher, les pieds des Gémeaux, l'oreille du chien du géant, à savoir le 
poil qui est au-dessus de sa tête, 'Apyw, les pieds du Centaure et aussi 

(1) Dans l'interligne et encore en marge : « le poisson oriental ». 

(2) « Jo . ms UI.^ et uiÉUAttsU^. 

(3) Comparer à Manilius, 1, 661-779. 

[66] 



LE TRAITÉ SLR LES « CONSTELLATIONS ^), XI. 393 

l'aiguillon du Scorpion, l'arc, le trait et la main du Sagittaire, l'Aigle et 
T'Oiarô; (la Flèche), "Opvtç (le Cygne) et le devant de Céphée. 

3. Ses parties se lèvent et se couchent ainsi : Lorsque le Sagittaire se 
lève et les Gémeaux se couchent, chacun dans son dixième degré, tout 
le cercle du « chemin de paille » (1) (voie lactée) se trouve également sur 
le cercle qui est nommé horizon (2) sans être visible, mais lorsque le 
Verseau commence à monter, la voie lactée se lève et apparaît inclinée 
de l'est-nord à i'ouest-sud, à savoir depuis Cassiopée jusqu'aux pieds de 
devant du Centaure; au milieu, du côté de l'est, apparaissent le Cygne, 
la Flèche et l'Aigle. 

4. Lorsque «le Bélier commence à monter, la voie lactée apparaît au 
milieu du ci(d, étendue et inclinée du nord-est au sud-ouest, à savoir de 
Persée jusqu'à l'aiguillon du Scorpion; au milieu du ciel, les mêmes 
apparaissent dans la voie lactée, à savoir l'Aigle, la Flèche et le Cygne, 

Lorsque le Cancer commence à monter, la voie lactée apparaît, un peu 
au nord au-des.sus de notre tête et comme étendue, à savoir directement, 
de l'est à l'ouest, jusqu'en dessous de l'Aigle. Au milieu du ciel, on voit 
en elle Cassiopée et aussi Persée déjà. 

5. (fol. 103 r) Quand la Vierge commence à monter, la voie lactée 
apparaît inclinée de l'est-sud à l'ouest-nord, c'est-à-dire depuis 'Apyoj 
jusqu'au Cygne ; au milieu du ciel on voit le Cocher et aussi les Gémeaux 
déjà. 

6. Lorsque le Scorpion commence à monter, la voie lactée apparaît 
inclinée du sud-est au nord-ouest, c'est-à-dire des pieds du Centaure 
jusqu'à Cassiopée; au milieu du ciel du côté du couchant, on voit le 
Cocher et les pieds des Gémeaux. 

Lorsque le Sagittaire se lève de nouveau, et que les Gémeaux se cou- 
chent, chacun d'eux dans le dixième degré, toute la voie lactée se cache 
de nouveau sur le même cercle dont nous avons parlé, qui est l'Horizon. 
En voilà assez sur ce cercle. 

APPENDICE AU CHAPITRE XI 

Le même ms. syr. 346, fol. 75 v, rapporte les opinions des 
philosophes sur la nature de la voie lactée. Ce passage n'est pas 
de Sévère, mais sans doute de Grégoire Bar Hébraeus. 

(1) Vial.» U*a*» lija-- 

(2) >^>-i'or 



394 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

^pè/ ,--^,a^V^ )9^.:£^o ^4-^^ ^? )Vq^J ).ixDaa» yo^ 
yooC^s^ ^-:^ f^h^ sflQ.^^a^m.^9 / ^Ot-^oÙ^^aiâ t-so .^..oioK^J; 

ji; )joi ^/j (.^ujI )t-^^9 )>laaj ^6i..s .oiK^i^U )^>^Km 
.001 ).ii>f>..oiK.^ JJ l^-*-^ ^-«^oi ^Z; juLdj .).-2ub^^aA. 

Ij^K.^ K^)L2ÙS.wu^Jl^ Ql^ ^2u{ )-I<>I 001 )oO( 9)1^ Ool Ol^O 
JSs^) °>^..M.iL>0 OtJL^ 00( >099 I^Oi^CD )o(0 J^iS: ..»V> jioVi)^ 

|_ioi s^oioK^l )L*9o/; > .>V>ô/ ^9 )..«jL-9a^)laa Jj^K.^ 
.yoijbâ ^^ 9»*-^/; oôi )j^ n » •> a2^^J9 jJikOaâ ^^ ^-^9 

jjLàCLA. )oO| )99 ^-^i-:» )^»o/ ^)CUX )90»^9 O^o/ ^ob. )j^--/o 

De la voie lactée. Aristote (dit) que c'est une vapeur fumeuse qui 
existe dans l'air. Il la définit comme la chevelure d'un cercle très 
grand (1). Dèmocrite et Anaxagore disent que c'est une lumière d'étoiles 
petites, très nombreuses, et rapprochées les unes des autres (2), et, 
bien (\\\' Arislote ait brillé en tout plus que tous les autres, en cette seule 
chose son opinion ne semble pas très puissante, parce que la persistance 
d'une vapeur fumeuse comme celle-ci sans changement durant des temps 
si longs n'est pas croyable et, de plus, si cela existait dans l'air (3), 
comment n'apparaîtrait-il pas de manières diverses dans des pays divers 
puisque la Lune, qui serait plus élevée que (la voie lactée) apparaît de 
diverses manières (4). 

(1) Météorologie, I, 8. Aristote rapproche la voie lactée des comètes : Une 
comète, c'est une chevelure pour un astre; la voie lactée, c'est une chevelure 
pour un cercle. 

(2) C'est bien ce que les télescopes ont montré. Bar Hébraeus résume Aristote, 
toc. cit. : çû; elvat xo yàXa léyo-jai^ àaTpwv Ttvwv, ■■ ils disent que le lait est la 
lumière de certains astres «. 

(3) Aristote tenait que tous les phénomènes se produisaient en dessous de la 
zone de la Lune. 

(4) Cette remarque est très juste : Si la Voie lactée appartenait comme les 

[68] 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS », XII. 395 

Les Pf/thaf/oriciens disent (1) que c'est le chemin de l'une des étoiles 
qui tombèrent dans l'incendie qui est raconté au sujet de Phacton. 
D'autres disent que le Soleil suivait jadis ce chemin; c'est pour cela que 
cet endroit s'est enflammé. 11 est évident que ces paroles ressemblent 
plus à une fable qu'à la vérité. 

CHAPITRE DOUZIÈME 
Combien sont les cercles de la sphère dont la connaissance 

NOUS EST nécessaire ET QUELS ILS SONT. 

1. Arrivons maintenant aux cercles (2), c'est-à-(lire ^ojva; (3), et disons 
combien sont les cercles sur lesquels roule notre travail et quels ils 
sont, de combien ils sont séparés l'un de l'autre et de combien chacun 
d'eux est rapproché ou éloigné de l'horizon sud en latitude, dans chacun 
des climats de la terre, car on sait que la variation des climats dépend 
seulement de la latitude du monde. 

2. Les cercles de la sphère sont nombreux, sans limite et innombrables, 
parce que les étoiles qui tournent sur la sphère fixe sont aussi sans limite, 
mais ceux dont nous voulons parler maintenant, (fol. 103 y) sans lesquels 
on ne pourrait pas faire de calcul pour le soleil et pour la lune et pour 
les cinq planètes, ni mesurer le ciel et la terre et l'espace qui est entre 
eux ou les climats et les villes qu'ils contiennent, sont au nombre de 
dix. 

3. Le premier est celui du nord qui est nommé (4) arctique, c'est-à-dire 
« de l'ours »; il entoure le pôle nord, c'est-à-dire : le pôle nord est son 
centre, toutes les parties qui sont à son intérieur ne se couchent pas du 
tout, je veux dire dans le quatrième climat (5), comme nous le mon- 
trerons plus loin. 

4. Le deuxième est nommé Ospivô; Tpo;:t>'.6; (6), c'est-à-dire : changement 
d'été, où le jour est le plus grand et la nuit diminue en chacun des climats 
qui est au sud du cercle arctique susdit. 

5. Le troisième est celui qui est nommé ii/jijLsptvoç (7), c'est-à-dire du 
jour égal (équateur), qui est tracé avec mesure égale au milieu (équidis- 

météores et les comètes au monde infra-lunaire de la génération et de la corrup- 
tion, elle aurait une parallaxe, aussi bien que la Lune. 

(1) C'est encore résumé d'Aristote, loc. cil. 

(2) iViû-. 

(3) imirjoi. 

(5) C'est-à-dire pour la latitude de Cnide (patrie d'Eudoxe), qui était de 36°, 
comme on le dira plus bas. Manilius, i, 546, donne également six parties ou 36° à 
la zone boréale. 

(6) >nr>0.^o;.^ iXoAi^iL. 
(7) 'JBoa±tljia.tea*l. 

[691 



396 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

tant) des deux pôles, celui du nord et celui du sud, sur lequel il y a 
égalité du jour et de la nuit, d'où il a pris son nom. 

6. Le quatrième est le yeiaïptvbi; xçor.'.-AÔi (1), c'est-à-dire : changement 
d'hiver, sur lequel le jour diminue le plus et la nuit augmente, à l'inverse 
de ce qu'on a vu pour celui d'été, il est donc au sud de l'équateur. 

7. Le cinquième, qui est le plus au sud, est nommé àviap/Tixo; (2), c'est- 
à-dire qui est situé à l'opposé de celui de l'ours ou boréal, il est tracé aussi 
autour du pôle austral, c'est-à-dire : le pôle austral est son centre, aussi 
toutes les parties situées à son intérieur ne se lèvent pas, évidemment dans 
ce même (fol. 104 r) quatrième climat, comme nous le montrerons par 
la suite. 

8. Le sixième est celui qui est nommé Çwotaxrjç, c'est-à-dire animal, 
qui est tracé obliquement entre les deux pôles sur les trois cercles du 
milieu dont nous avons parlé : celui d'été, l'équateur et celui d'hiver, 
de sorte que son extrémité nord, c'est-à-dire le début du i^tôStov qui est 
nommé Cancer, ou le ariiiEiov (3) (point) que l'on imagine entre lui (le 
Cancer) et les Gémeaux, tombera sur le Osptvbç zoot.ivMç, c'est-à-dire d'été, 
et que son extrémité sud, c'est-à-dire le commencement du ÇoiSiov qui 
est nommé le Capricorne, c'est-à-dire le aY);jL£rov (point) que l'on imagine 
entre lui et le Sagittaire tombera sur le 7_et[A£ptvàç Tpo-c/.(S;, c'est-à-dire 
d'hiver, diamétralement opposé à celui d'été. Son milieu est en deux 
endroits diamétralement opposés, je veux dire le commencement du 
Bélier et de la Balance, c'est-à-dire les points que l'on imagine entre le 
Bélier et les Poissons et entre la Balance et la Vierge qui tombent en 
mesure égale sur l'équateur. 

9. Le septième, otâ[j.£aov (4) du zodiaque, c'est-à-dire la ligne qui est en 
son milieu, qui est la voie droite de la marche du soleil en longitude, 
sans qu'il s'en éloigne à droite ou à gauche, pas même d'une seconde qui 
est le soixantième de soixante après soixante (5). 

10. Le huitième est nommé à^wvio; (6), c'est-à-dire axial (7). Toute la 
sphère des fixes tourne ensemble sur lui obliquement (8) de l'orient à 
l'occident, avec tous les cercles dont nous avons parlé, dirigé obliquement 
(fol. 104 v) par l'axe du nord au sud, je veux dire du haut au bas (9), et 

(2) aioû£u^;^^ 

(3) .^cu-^^j». 

(4) vûattboU». 

(5) Le soixantième des soixante secondes qui existent dans chacune des 
soixante parties (minutes) du degré. 

(7) \^-^. 

(8) Il semble s'agir d'un cercle quelconque de déclinaison, oblique par rap- 
port au zodiaque. C'est le quatrième cercle de Bar Hébraeus, loc. cit., p. 16, qui 
le nomme cercle P^»- 

(9) On lit en note, au haut de la page : « c'est-à-dire du pôle nord au pôle 
sud ». 

[70] 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS », XIII. 397 

qui passe droit, étant incliné (1), au milieu de la terre, c'est-à-dire au 
(jYljAsîov (point) que l'on conçoit être son centre, de sorte que les pôles dont 
nous avons parlé senties points que l'on conçoit à chacune des extrémités 
de cet axe, à savoir le nord et le sud. 

11. Le neuvième est celui qui est nommé ix£aT|a6p'.vo; (2) (méridien), qui 
est tracé directement par les pôles, du nord au sud, par les deux moitiés 
de sphère, à savoir du haut en même temps et du bas (3) et qui coupe 
en même temps tous les cercles dont nous avons parlé (4), c'est-à-dire 
qu'il est coupé par eux, mais il ne tourne pas avec l'ensemble des cercles 
de la sphère, mais il reste immobile par le /.svTpov (centre) du milieu du 
ciel, à savoir celui du dessus et celui du dessous de la terre (zénith et 
nadir), et il partage exactement en chaque lieu autre la sixième et la 
septième heure, c'est de là qu'il est nommé (xear]ui6ptv6;, c'est-à-dire milieu 
du midi. 

12. Le dixième (5) (cercle) est celui qui est nommé 'O^i'Çai'^, c'est-à-dire 
qui limite, parce qu'il limite entre la moitié supérieure de la sphère et 
l'inférieure, c'est-à-dire entre ce qui se lève et ce qui se couche, que ce 
soit une étoile, ou une constellation, ou un degré, ou une seconde. 

13. Tels sont les dix cercles, à l'aide desquels on fait les calculs sur les 
astres et les mesures du ciel et de la terre et des climats et des villes 
qu'ils contiennent. Nous aussi nous voulons rappeler ces choses autant 
que possible brièvement. 

CHAPITRE TREIZIÈME 
Sur la grandeur de l'éloignement des cercles les uns des autres 

SUIVANT LA VARLVTION DES èÇaptjLata (6) DES PÔLES. 

1. 11 nous faut d'abord, comme conséquence, rappeler la grandeur de 
l'éloignement les uns des autres de ces (fol. 105 r) cinq premiers cercles; 
à savoir : l'arctique, (le tropique) d'été, l'équateur, (le tropique) d'hiver 
et l'antarctique; ce sont ceux dont nous avons besoin pour la connais- 
sance de la variation des climats, le moindre éloignement du soleil jusqu'à 
nous dans chacun des climats ou son éloignement; ensuite pour la 
variation des climats en tant qu'elle est tirée de la latitude, ensuite, 
comme conséquence de ce qu'on aura dit, pour parler des mesures du ciel 
et de la terre et de l'espace qui est entre eux. 

(1) Sur le zodiaque. 

(3) C'est-à-dire : qui partage en deux parties égales la partie du ciel qui est 
visible et celle qui est cachée. 

(4) Hors le cercle axial (ou de déclinaison). Celui-ci tourne avec la sphère 
céleste, tandis que le méridien est fixe en un lieu de la terre. 

(5) >5>v*»o/. 

(6) l.ô»oVW3r On lit en marge : « C'est-à-dire de l'inclinaison l^-a^^» .• 

[71:] 



398 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

2. Le cercle arctique est donc éloigné du pôle nord de tout côté de 
36° (1), de sorte quedepuis l'horizon nord jusqu'au pôle nord, il y a 36° (2), 
et du pôle nord jusqu'à la limite du cercle arctique du côté du sud sur 
le cercle méridien dont on a parlé, il y a 36°. Du cercle arctique jus- 
qu'au (tropique) d'été il y a 30°. Du (tropique) d'été jusqu'à l'équateur il y 

a 24°. 

3. Du méridien jusqu'au (tropique) d'hiver il y a encore 24°. Du tro- 
pique d'hiver jusqu'au cercle antarctique, c'est-à-dire à l'horizon sud 
(de Cnide), il y a encore 30°, de sorte que toute la demi-sphère supérieure 
fait 180o. Ensuite du cercle antarctique, c'est-à-dire de l'horizon sud 
(de Cnide) jusqu'au pôle sud, il y a encore 36°. 

4. Du pôle sud jusqu'à la limite du cercle antarctique (3) en dessous de 
la terre vers le nord sur le cercle méridien dont on a parlé il y a 36°. 
De celui-là jusqu'au (tropique) d'hiver sous la terre il y a 30°. De celui-là 
jusqu'à l'équateur 24°. De celui-là jusqu'au (tropique) d'été 24°. De celui-là 
(fol. 105 V) sous la terre jusqu'au cercle arctique, c'est-à-dire à l'horizon 
nord (de Cnide) 30°. Toute la sphère inférieure est donc encore de 180». 

La sphère avec ses cercles et ses mesures est donc identique soit du 
haut, soit du bas. Si tu mesures du pôle nord jusqu'au cercle équateur, 
il y aura 90°, car 36 -+- 30 + 24 = 90. Et si tu mesures depuis l'équateur 
jusqu'au pôle sud, il y aura encore 90°, car 24 -|- 30 -f 36 = 90^', afin de 
trouver le commencement de la Brebis, c'est-à-dire du Bélier, et le com- 
mencement de la Balance où il y a égalité du jour et de la nuit, placés 
sur l'équateur au milieu des deux pôles dans la mesure droite, comme 
nous l'avons dit plus haut. 

5. Si tu mesures encore depuis l'horizon nord (de Cnide) jusqu'à 
(l'horizon) sud, tu trouveras 180°, car 36 -|- 36 -{- 30 -f 24 + 24 -f 30 = 
180. 

Ensuite la moitié de 180 est 90; si donc tu mesures, depuis l'horizon 
nord, le point (zénith de Cnide) qui est à 18° entre le cercle arctique et 
le (tropique) d'été (4), tu trouveras 90° (5), ce point est au-dessus de notre 
tête, si lu mesures, à partir de l'horizon, les deux parties qui sont entre 
les deux cercles dont on a parlé (6). Il est absolument nécessaire que 
partout où il y a 90° au sud, il y en ait aussi 90 au nord, comme depuis 
notre orient jusqu'à notre occident, car la sphère est égale (a même 
mesure partout). 

(1) C'est un chiffre rond, On trouve plus loin (xvi, 3) 36° 9". 

(2) Ces définitions ont été données par Eudoxe à Cnide et ont été répétées 
depuis. A Cnide la hauteur du pôle était de 36% et le cercle arctique limitait 
exactement les étoiles qui étaient toujours visibles en cet endroit. Cf. Manilius, 
1, 545 sqq. 

(3j Répétition de ce qui précède en l'appliquant à l'autre moitié du méridien. 
(4; AZ = 18" (figure Ij. 

(5) 36 -h 36 -h 18. (Arc H 'PAZ). 

(6) H'P -h PA^ 36-t- 36. 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS «, XIII. 



399 



6. Si tu veux encore mesurer depuis l'équateur qui est au-dessus de la 
terre jusqu'à celui qui est en dessous de la terre, que tu le fasses vers le 
nord (1) ou que tu le fasses vers le sud (2), il y aura 180°. De l'équateur à 
chacun des pôles il y a 90'^, comme il a été montré aussi. 

7. Il résulte de là que si tu veux tracer (fol. 106 r) dans ta pensée Taxe 
du haut en bas de sorte que le pôle nord soit au-dessus de notre tête (3) 
et le pôle sud sous nos pieds, 

comme il y a 90° depuis chacun 
des pôles, de chaque côté, jusqu'à 
l'équateur. comme il a été mon- 
tré, tu trouves que l'équateur joue 
le rôle d'horizon pour les pôles, 
puisque chacun de ceux-ci en est 
à 90°, celui du nord parce qu'il 
e.st au-dessus de nous, celui du 
sud parce qu'il est en dessous de 
nous; tu trouveras de là que la 
moitié supérieure de la sphère 
avec la moitié du cercle du zo- 
diaque, je veux dire du commen- 
cement du Bélier au commen- 
cement de la Balance, tournent 
constamment au-dessus de nous 
— c'est-à-dire au-dessus de la 

terre — sans jamais se coucher, tandis que la moitié inférieure de la 
.sphère avec l'autre moitié du zodiaque, je veux dire (lu commencement 
de la Balance jus([u'au commencement du Bélier, tournent en dessous de 
la terre constamment, sans se lever; de sorte que le jour sera de six 
Ço>8ta — c'est à-dire de six mois — au-dessus de la terre, et la nuit de six. 

8. Il est évident que le cercle de l'équateur accomplit son cercle sur 
l'horizon en 24 heures selon la coutume, je veux dire depuis le point 
oriental jusqu'au retour au même point, mais les deux autres cercles, le 
(tropique) d'été et celui d'hiver, l'un au-dessus de la terre et l'autre au- 
dessous de la terre, chacun d'eux (4) également en 17 heures et demie et 
un dixième. 




Figure 1 



P'P axe du monde; Z zénith de Cnide; EZ latitude de Cnide ou 36"; HH' liorizon de 
Cnide; HA aeicle arctique; TT tropique du Cancer ou d'été. ET = 24" ; TZ = 12"; ZA 
= 18"; AP = 36" (figure 1). 

(1) Arc EH'E'- 

(2) ArcEHE'. 

(3) Pôle nord au zénith définit « la sphère parallèle » (tous les parallèles à 
l'équateur sont paralhMes à l'horizon) cf. Manilius, lii, 352-80. Bar Hébraeus, 
Cours d'asironomie, trad. p. 143, dit que le mouvement a lieu ici « en forme de 
roue ". 

(4) On retrouve ce chiffre un peu plus loin (\iu, 9). En rapprochant ces deux 



[73] 



400 REVUE DE l'orient CHRETIEN. 

9. Inversement si tu veux mener par la pensée l'axe polaire de l'hori- 
zon sud à l'horizon nord en ligne droite (si tu supposes que l'horizon d'un 
lieu passe par l'axe polaire) (1), comme il y a 90° de l'équateur à chacun 
des pôles, tu trouveras que l'équateur est au-dessus de notre tête en ce 
degré 90, et que les pôles de cet axe (du monde) se trouvent sur ces 
horizons (fol. 106 v) dont on a parlé, le nord et le sud. D'ici tu trouveras 
pour toute la sphère du ciel, que toutes ses parties se lèvent et se 
couchent de la même manière, celles du haut et celles du bas, celles du 
nord et celles du sud, et il n'y a pas de différence entre le cercle arctique 
et le cercle antarctique, comme si l'un était visible et l'autre non, ainsi 
qu'il arrive lorsqu'il y a ïÇap;-».», c'est-à-dire inclinaison, des pôles sur le 
cercle horizon, comme nous le montrerons, mais ils se lèvent et se 
couchent de la même manière ; le cercle équateur passe au-dessus de nos 
têtes et le soleil ne fait pas d'ombre quand il s'y trouve, je veux dire 
quand il est au commencement du Bélier ou au commencement de la 
Balance et qu'il y a aussi égalité du jour et de la nuit; quant aux cercles 
tropiques, celui d'été et celui d'hiver qui sont identiques l'un au-dessus, 
l'autre au-dessous (de l'équateur) et aussi l'un au-dessus de la terre l'autre 
au-dessous, sans que le jour grandisse ou diminue par rapport à la 

nuit, mais le jour sera en chacun d'eux huit heures et demie p vj. (2) 

et il en est de même de la nuit, de sorte que la nuit et le jour font 

3 11 

17 heures - (3) et qu'il manque G lieures ^ jr pour faire un jour com- 
plet de l'équateur qui est de 24 heures. 

10. Si tu veux incliner les pôles de ce cercle horizon (4) (qui passait par 
l'axe du monde) au nord d'au-dessus de la terre et au sud d'en dessous 



passages, il semble que Sévère prend le jour le plus court du quatrième climat 
qu'il fait ici de 8 heures et demie -g jj^ (xin, 9) et qu'il fera plus loin en chiffre 
rond de 9 lieures (xiv, let 6). Il semble porter ce résultat du quatrième climat 
(latitude 36") à la latitude 0°. Il applique ensuite le principe de la sphère droite 
(latitude J") que les nuits sont égales aux jours, d'où 17 heures ^ ^ pour 
le nychtémére. 

(1) Le zénith est en un point de l'équateur (sphère droite, ainsi nommée 
parce que l'équateur et tous les cercles qui lui sont parallèles coupent l'horizon 
à angle droit). Cf. Bar Hébraeus, loc. cit., p. 132. 

(2) La notation, en lettres, est expliquée en marge : « la moitié et un de cinq 
et de même pour la suite ». — Sévère a adopté la notation de Ptolémée. Pour 
Ptolémée (Géographie) e' = ^ tfi' — p ce que Sévère rend par w' et ta*'. 

(3) Cette fraction est incertaine, d'ailleurs elle n'est pas écrite en rouge comme 
les autres. Nous la rétablissons d'après le contexte. Cela fait d'ailleurs les 
17 heures et demie et un dixième trouvées plus haut (xui, 8). 

(4) L'horizon coupe ainsi obliquement l'équateur et les cercles qui lui sont 
parallèles, il divise ceux-ci en deux parties inégales (sphère obUque). 

[74] ■ 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS », XIV. 401 

la terre, autant tu les inclineras, autant l'équateur s'écartera de ce degré 
'90 qui est au-dessus de notre tête et s'approchera de l'horizon, au-dessus 
de la terre du sud, et au-dessous de la terre du nord, et semblablement 
avec lui ces deux autres cercles (du tropique) d'été et d'hiver. Par exemple 
si tu inclines ces pôlei de 3'^ sur l'horizon seulement par exemple (1), 
-et que tu retranches ces trois (fol. 107 v) de 90, tu trouveras que l'équateur 
est à 87" de l'horizon iud, et si tu ajoutes, à ces 87», les 24° dont le tro- 
pique d'été s'écarte de l'équateur, tu trouves que le (tropique) d'été est à 
111" de l'horizon (sud); et si tu en retranches 90, tu trouveras que le 
Tingt et unième degré est (parcouru) par le soleil quand il est au com- 
Uiencement du Cancer pour ceux qui habitent là, et leurs ombres sont au 
sud. 

11. SidPs87o de l'équateur tu diminues les 24'' dont le (tropique) d'hiver 
•en est éloigné, tu trouves que le tropique d'hiver est à 63° de l'iiorizon sud, 
et SI tu les retranches de 90, tu trouves que le vingt-septième de.ïré 
•est (parcouru au sud) par le soleil pour ceux qui habitent là lorsque le 
•soleil est au commencement du Capricorne, et leurs ombres seront au 
■nord. 

12. D'après ces quelques mots, autant tu inclineras dans ton esprit, 
petit à petit, les pôles du monde sur l'horizon et les éloigneras de la 
terre, autant les cercles dont nous avons parlé s'inclineront. Et il en 
arrivera autant aux cercles extérieurs, à savoir l'arctique et l'antarctique, 
■qui seront vus ou ne seront pas vus, partiellement ou entièrement. — 
Pour que cela soit plus clair, ô ami, nous le montrerons par les varia- 
tions des climats habitables, c'est-à-dire de la terre habitable elle-même. 

CHAPITRE QUATORZIÈME 

Combien il v a de climats, sur la latitude (2) de chacun d'eux et la 
grandeur ou la petitesse de leurs jours. comment trouverons-nous, 

DANS CHACUN D'EU.X, LA DISTANCE DES CERCLES (PRÉCÉDENTS) A l'hORIZON 
SUD. DE LA LATITUDE DE ThULÉ ET DR TÂPÔRBÎ (TaPROBANE), ÎLES DE 
L'OCÉA.V, et du MOUVEMENT INEGAL DU SOLEIL. 

1. Il y a sept climnts. — Le premier, qui est le plus méridional, est 
nommé (fol. 107 v) « par Méroè » (3) : sa latitude, c'est-à-dire la hauteur 
de ses pôles, est de 17°. Son plus grand jour est de 13 heures; le plus 
petit est de 11 heures. 

(1) Voir la figure 3 (infra, xiv, 11) qui suppose précisément que II'P ou EZ 
mesure 3°. 

(•2) La latitude est donnée plus exactement plus loin (xvi, 2). L'auteur néglige 
ici les minutes. 

(3) iaft*lo;ioU* = 5tà Mipôr,;, cf. Ptolémée, Géographie, VII, 6, 8 (éd. Nobbe, 
Leipzig, 1843). " 

[751 

ORIENT CURKTIEX. '?■(') 



402 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 

Le deuxième « par Syène » (1) : sa latitude est de 24o (2). Son plus- 
grand jour est de 13 heures 1/2, le plus petit est de 10 heures. 

Le troifiiètne 5ià t% /.(£tw y^wpa; (3). Sa latitude est de 31«. Son plus- 
grand jour est de 14 heures, le plus petit est de 10 heures. 

Le quatrième « par Rhodes » (4). Sa latitude est de 36°. Son plus grand 
jour est de 14 heures 1/2, le plus petit est de 9 heures. 

Le cinquième « l'Hellespont » (5). Sa latitude est de 41°. Son plus grand 
jour est de 15 heures, le plus petit est de 9 heures. 

Le sixième oià \iiwj Hovio-j (6). Sa latitude est de 45°. Son plus grand 
jour est de 15 heures 1/2, le plus petit est de 8 heures. 

Le septième qui est le plus au nord, « par le Borysthènes » (7). Sa latitude 
est de 49°. Son plus grand jour est de 16 heures, le plus petit est de 
8 heures. 

2. Voilà les sept climats avec la latitude de chacun d'eux. Je dirai 
quelle est l'inclinaison du cercle en chacun d'eux diversement, je veux 
dire de la variation de leur latitude qui est T'ÉÇapaa, c'est-à-dire l'incli- 
naison des pôles dans chacun des climats susdits, en commençant par le 
premier et en passant de proche en proche par les autres (8). 

3. Du premier climat. Si nous retranchons (9) la laiitude du premier 
climat (EZ) qui est de 17°, du quart de toute la sphère, c'est-à-dire des 
90" qui sont depuis nous (du zénith) jusqu'à l'horizon sud, il reste 7.3"^ 
(HE), nous obtenons le cercle équateur (EE') et nous disons que l'équateur 
dans le premier climat est à cette distance de l'horizon sud (H), quand 
à cela (à 73) (on ajoute) 24° (fol. 108) on trouve 90 (lire 97°) et on voit 
que le (tropique) d'été (TT') est à cette distance de l'horizon sud (H) dans 
ce climat. Si (à ces 97°) nous en retranchons 90, que nous trouvons 
que le commencement dû Cancer (T) se tient 7° (ZT) au nord (au delà 
du zénith) pour ceux qui habitent dans le climat. Lorsque le soleil se 

(Ij iai^wa»V., = ô'.à I-j^vr);. Ibid., VIL o, Kl; VII, 7, 1. 

(2) Sous le tropique d'été. L'obliquité de l'écliptique qui est de 23''27' est 
prise ici de 24°, et, plus loin (XVI, 2), de 23"5r. 

(3) i«.o;Sûi,l^^^t^?- C'est le Delta du Nil. Cf. Ibid., IV, 5, 55. « Par le bas 
pays (de l'Egypte) ». 

(4) ojoiV.» =. Êiàt 'Pôûj-j. Ibid., I, 20, 7. 

(r,) a^uakov*, = ô. 'E>,Ay)cr;i6vTo-j. Ibid., V, 2, 3. 

(li) Q^a9a^iû*^.v Nous restituons •< par le milieu du Pont (Euxin) ■■ parce 
(|ue ce milieu est bien à la latitude de 45°. Ce climat est souvent nommé « du 
Pont Euxin ». 

(7) a>DajIXi»o;ûaV., = ç,)^ BopvoôÉ-.ou;. Cf. Ptolémée, lac. cit., III, 5, 28. Tous 
ces noms llgurent dans l'Almageste, II, 6. 

(8) Sévère énumère encore les sept climats au fol. 128, avec seulement 
quelques différences orthographiques : 

— -o^oiU» .4 — .icoiaa4,^xxûi.^^o .3 _ ..rû^icoco^, o _ ..ûi^licnvsU, .1 

■ '■^'^^^Ci'it^Uy .7 — .(ôtà (Aso-ou) ûg•»û3û^y^^.^ .G— ■ciQ'e^t^^v^*t. ..'> 
En général il rend e par w et -ri par ". ' ' 

(9) vA*^a.io »3. 

[76J 



LE TRAITÉ SUR LES k CONSTELLATIONS ^), XIV. 



403 



trouve en cet endroit, et au milieu du jour, cest-à-dire sur le cercle 
méridien (PZ), les ombres passent au sud et le plus grand jour est de 
13 heures. — Si, à partir du cercle équateur (E), c'est-à-dire de l'i° (HE), 
nous retranchons 24" (1); il reste 49° (HC) et nous obtenons le cercle 
d'hiver (CC) et nous disons que tel est l'éloignement du (tropique) 
d'hiver (CC) à l'horizon sui (H}. C'est là que le jour sera le plus court, 




de 11 heures. — Si de ces 49^^ (HC) nous retranchons 30 (aC) (2), il reste 
19° (Ha), nous dirons que les degrés correspondants (Hx) du cercle (de la 
zone) antarctique, c'est-à-dire austral, qui est sous la terre, seront vus 
dans le premier climat; il y en aura autant de cachés (A'H') sur le cercle 
(zone) arctique, c'est-à-dire boréal qui est au-dessus de la terre et ils ne 
seront pas vus. — Si des 36° de ce cercle (zone antarctique) nous retran- 
chons ces 19, il reste 17° (distance du pôle sud à l'horizon) (H'H) comme 
la latitude de ce climat donnée plus haut; nous dirons qu'il y a autant 
de degrés qui sont cachés sous la terre et qui ne sont pas vus. Il y en a 



(1) Valeur prise ici pour l'obliquité de l'écliptique. Les arcs depuis l'équateur 
E jusqu'au, tropique d'été (ET) ou jusqu'au tropique d'hiver (EC) sont donc 
(le"-24°. 

{2) Sévère conserve les définitions données pour Cnide par Eudoxe. II place 
les cercles arctique et antarctique à 36° du pôle correspondant et à 30° des 
tropiques. 

[77] 



404 REVUE DE l'orient CHRETIEN. 

autant (H'P) qui sont vus (du cercle arctique) qui est au-dessus de la 
terre. — Comme est la latitude de chaque climat (EZ), ainsi est encore 
l'e^opjjia, c'est-à-dire l'inclinaison des pôles (PH' ou P'H) dans chaum des 
climats, et les cercles supérieur et inférieur sont divisés de la même 
manière (I). 

4. Sur le deuxième climat. Si nous retranchons la latitude du second 
climat, qui est de 24", des 90» austraux dont nous avons parlé, il en 
reste 66 et nous obtenons ici l'équateur qui est à cette distance de 
l'horizon sud; si nous ajoutons 24, ce qui fait 90, (fol. 108 v) nous obtenons 
le tropique d'été qui est à cette distance de l'horizon sud dans ce climat, 
et nous disons qu'au moment où le soleil est au commencement du Cancer 
au méridien, il est au-dessus de la tête de ceux qui sont là et il les fait 
sans ombre. Le plus grand jour est de 13 heures. Si nous retranchons 
24 aux degrés de l'équateur, c'est-à-dire 66, il reste 42 et nous obtenons 
le cercle (tropique) d'été qui est à cette distance de l'horizon sud et le 
jour le plus petit est de 11 heures. Si nous en retranchons 30, il reste 12 
et nous dirons que ceux du deuxième climat voient autant de degrés du 
cercle qui est sous la terre (antarctique) et il y en a autant de cachés et 
d'invisibles du boréal (arctique) qui est au-dessus de la terre. — Si des 
36° (zone antarctique) nous retranchons ces 12, il reste 24°, comme la 
latitude de ce climat susdit, nous dirons qu'il y a autant de degrés du 
cercle (arctique) qui est sous la terre qui sont cachés et ne sont pas vus. 
Il y en a autant qui sont vus (du cercle arctique) qui est au-dessus de 
nous. — Car selon la latitude d'un climat, aussi nous dirons qu'est 'é^3.p[j.x 
des pôles (2). 

5. Du troisième climat. Si nous retranchons encore la latitude du troi- 
sième climat, qui est de 31°, des 90° dont on a parlé, il reste 59, nous 
obtenons l'équateur qui est à cette distance de l'horizon sud. Si nous 
leur ajoutons 24, d'où 83, nous obtenons le (tropique) d'été qui est à cette 
distance de l'horizon sud dans ce climat, et n )us disons qu'au moment 
où le soleil est au commencement du Cancer, au méridien, il est au sud 
de ceux qui se trouvent là, et il donne leurs ombres au nord et le plus 
grand jour est de 14 heures. Si de l'équateur, c'est-à-dire de 59°, nous 
retranchons 24, il reste 35, et nous obtenons (fol. 109 r) le ('ropique) 
d'hiver, qui est à cette distance de l'horizon sud, et le jour le plus court 
est de dix heures. Si nous en retranchons encore 30, il reste cinq, nous 
dirons qu'autant de degrés du cercle austral (antarctique) qui est sous 
la terre seront visibles pour ceux qui sont dans le troisième climat, et 
il y en aura autant qui leur seront invisibles du cercle nord (arctque) 
qui est au-dessus de la terre. — Si, de 36, nous retranchons encore cinq, 
il reste 31° selon la latitude de ce climat. Nous dirons qu'il y a autant de 



(1) Les calculs sont analogues pour les sLx climats qui suivent. Il suffit donc 
de bien comprendre ce qui concerne le premier. 
(•2j «ii-3, .^ov^*, ^.ioU'^^s/. 

L7SJ 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS », XIV. 405 

degrés du ( ercle antarctique) qui est sous la terre qui ne sont pas vus, 
et (ja'il y en a autant de celui qui est au-dessus de la terre qui sont vus, 
cir la hauteur des pôles dans un climat est égale à l'ï^apaa, comme nous 
r,ivons dit plus haut. 

6. Du quatrième climat. Si nous retranchons encore la latitude du 
quatrième climat, qui est de 36°, des 90 dont on a parlé qui sont le quart 
de toute la sphère, il reste 54; nous obtenons l'équateur qui est à cette 
distance de Thorizon sud. Si nous leur ajoutons 24, d'où 78, nous obtenons 
(le t'opique) d'été qui est à cette distance de l'horizon sud, et nous disons 
qu'au moment où le soleil est au commencement du Cancer, au méridien, 
ici encore il est au sud par rapport à nous qui sommes dans le quatrième 
climat, et il envoie nos ombres au nord, et le plus grand jour est de 
11 heures (lire : 14-', comme plus liaut). Si de l'équateur, c'est à-dire de 
54", nais retranchons 21°, il reste 30 et nous obtenons le (tropique) 
d'hiver qui est à cette distance de l'horizon sud, et le jour le plus court est 
de y heures. — Si de 30 nous retranchons 30, il ne rest rien et nous disons 
qu'on ne voit rien du cercle sud qui est sous la terre (antarctique), mais il 
est tout entier (fol. 109 v) caché pour nous. De la même manière, rien 
n'est caché de celui qui est au nord au-dessus de la terre (arctique), mais 
nous le voyons en entier. — Comme nous ne retranchons rien de 36, ces 
36 restent ici, car tel est no^apjxa (1) des pôles, telle est aussi la latitude 
du climat, ils sont égaux entre eux, comme il a été dit souvent. 

7. Du cinquième climat : Si des 90" qui sont au sud de nous, nous 
retranchons les 41° de la latitude du cinquième climat, il reste 49; nous 
obtenons l'équateur qui est à cette distance de Thorizon sud. Si nous 
ajoutons 24, nous trouvons 73, nous obtenons le (tropi»iue) d'été qui est à 
celte distance de l'horizon sud, nous dirons que, ici encore, lorsque le 
soleil est au commencement du Cancer, au méridien, il est au sud de ceux 
qui habitent là, il envoie leurs ombres au nord et le plus grand jour est 
de 15 heures. — Si de l'équateur, c'est-à-dire de 49", nous retranchons 
24, il reste 25, nous obtenons ainsi le (tropique) d'hiver qui est à cette 
distance de l'horizon sud, et le jour le plus court est là de 9 heures et 
parce qu'en les retranchant de 30 il reste 5, nous dirons (pi'autant de 
degrés avec les 36 de celui de dessous la terre (zone antarctique), ce qui 
fait 41 , sont cachés et invisibles pour ceux qui habitent le cinquième climat, 
autant il y en a, c'est-à-dire 41, qui se lèvent et apparaissent du (cercle) 
qui est au-dessus de la terre (arctique). On voit aussi que la latitude 
du climat lui est égale, car elle est égale aux £Çàvj.a-:a, c'est-à-dire aux 
inclinaisons des pôles. 

8. Sur le sixième climat. Ici encore, si nous retranchons (fol. 110 r) des 
90° dont on a parlé la latitude du sixième climat, qui e.^t que 45'^, il reste 
encore 45'^; et nous trouvons que léquateur est à cette distance de l'hori- 
zon sud. Si nous ajoutons 24, ce qui fait 69, nous obtenons le (tropique) 

(1) U'^Ulû^^ 



406 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

d'été qui est à cette distance de l'horizon sud, et nous disons qu'ici encore 
le soleil se trouve à leur midi quand il est au commencement du C;incer 
au méridien et les ombres sont au nord, et leur plus grand jour est de 
15 h. 1/2. — Quand nous retranchons 24 à ré(iuateur, c'est-à-dire aux 
45", il reste 21, et nous obtenons ici encore le (tropique) d'hiver, qui est à 
cette distance de l'horizon sud et il y a là un petit jour de 8 heures. 
Comme en retranchant (ces 21) de 30, il reste 9, nous dirons que ces degrés 
avec les 30 du (cercle) du sud qui est sous la terre (zone antarctique), ce 
qui fait 45, sont cachés et invisibles pour ceux qui demeurent dans ce 
sixième climat. 11 y en a autant, à savoir 45, qui leur apparaissent de la 
zone du nord qui est au-dessus de la terre (arctique) , on le voit d'après la 
mesure de la latitude du sixième climat, car cette latitude comme on Ta 
dit est égale aux i^âpaara des pôles. 

9. Du septième clunat. Si des 90" vers le sud nous retranchons, comme 
on l'a dit plus haut, la latitude du septième climat qui eat de 49", il reste 
41°, et nous obtenons l'équateur, qui est à cette distance de l'horizon sud, 
et quand, suivant la coutume, nous leur ajoutons, ici encore, 24, ce qui 
fait 05, nous obtenons encore le (tropique) d'été qui est ici à cette distance 
de l'horizon sud, et nous disons qu'ici encore, lorsque le soleil est au 
commencement du Cancer dans le méridien, (fol. 110 v) c'est-à-dire au 
milieu du ciel, au sud de ceux qui sont là, leurs ombres passent aussi au 
nord et sont plus allongées et il y a un grand jour de 10 heures. Mais si de 
l'équateur, c'est-à-dire de 41", nous retranchons encore 24, il reste 17 et 
nous obtenons, ici encore, le (tropique) d'hiver qui est à cette distance de 
l'horizon sud et il y a un petit jour de 8 heures. Si nous retranchons ces 
(17) de 30, il nous reste 13 et nous disons encore qu'il y a autant de degrés, 
a/ec les 36 du (cercle) sud qui est sous la terre (zone antarctique) — ce 
qui fait en tout 49" — qui sont cachés et invisibles pour ceux à qui il 
arrive d'habiter dans ce septième climat. Il y en a autant, à savoir 49, qui 
s'élèvent et sont vus par eux de ce (cercle) du nord qui est au-dessus de 
la tête (zone arctique), d'une mesure égale à celle du climat, car c'est la 
même pour les hauteurs des pôles (1), comme il a été dit plusieurs fois. 

10. Ce (qu'on a dit) pour ces (latitudes), il arrive que ce sont aussi les 
variations des sept climats en particulier pour toute la terre habitée, je veux 
dire les inclinaisons de leurs pôles sur l'iiorizon (2), sur celui du nord au- 
dessus de la terre, (et) sur celui du sud sous la terre comme nous l'avons 
montré plus hi'jut, nous pouvons le montrer encore pour les inclinaisons 
(latitudes) habitées comme pour celles qui sont inhabitées ; de sorte que 
si quelqu'un veut indiquer l'inclinaison des pôles sur les horizons (3) dont 
on a parlé, par exemple pour l'île nommée Thulé (4; dont il est dit dans le 



(1) ttV3, l^vixxisr 

(-2) vOI''0^ 

[HO 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS », XIV. 407 

livre de la Géographie (1) et dans celui de-p6/v.zo; ("2) de Ptolémée — je veux 
■dire dans le canon des villes — que sa latitude est de G3" — telle est 
en cet endroit l'è'çaptjLa de chacun des deux pôles. Si nous retranchons cette 
latitude des 90° qui sont au sud, nous trouvons 27. qui est la distance 
(fol. 111 r) de réquateur à l'horizon sud. Si nous leur ajoutons 24, nous 
trouvons le (tropique) d'été qui est éloigné de 51* de l'horizon sud. Si nous 
en retranchons 24, nous obtenons celui d'hiver qui n'est qu'à trois degrés 
de l'horizon sud, de sorie qu'au moment où. le soleil sera au commence- 
ment du Capricorne, il ne sera que de 3° au-dessus de l'horizon sud 
pour les habitants de cette ile. Si nous retranchons ces 3 de 30, nous 
•dirons qu'en sus des 30'^ du (Cercle) de dessous la terre (zone antarcti(iue), 
il y a encore 27 autres degrés (jui seront toujours cachés à leur vue. ce qui 
fait en tout 63. 11 y en a autant qui se lèvent et qui sont constamment vus par 
•celui qui est au-dessus de la terre, d'après la mesure de la latitude de l'ile dont 
on a parlé. Le plus grand jour, lorsque le soleil est dans le Cancer, sera 
pour eux de dix heures et la nuit la plus courte de quatre. Ce sera l'inverse 
lorsque le (soleil) sera au commencement du Capricorne, le jour (le plus) 
petit est de quatre heures et la nuit (la plus) grande est de dix heures. 
Comme le commencement des signes du zodiaque (Cancer et Capricorne) 
ne sont éloignés que de trois degrés de l'horizon : celui du Capricorne 
au-dessus de la terre par rapport à l'horizon sud, et celui du Cancer au- 
dessous par rapport à l'horizon nord, il faut savoir que l'obscurité ne 
l'emportera pas (il n'y aura pas nuit complète) chez eux au temps où le 
soleil sera au commencement du Cancer sous la terre ni encore pour ceux 
qui seront au sud en dessous de la terre quand le soleil sera au commen- 
cement du Capricorne au-dessus de la terre (par rapport à ces derniers), 
mais tout le temps de ce nychtémère, qui est de 24 heures, sera un (seul) 
jour en ces temps différents dans les deux moitiés de sphère, bien ([ue 
le soleil ne soit pas vu d'eux durant ces ([uatre heures, car il est éloigné 
de trois degrés de l'horizon nord sous la terre et de trois degrés de l'horizon 
sud, au-dessus de la terre, comme il a été démontré plus haut. 

11. Inversement, si tu veux en faire autant (fol. 111 v) pour- les lieux qui 
sont plus inclinés que le premier climat dont on a parlé, nous arriverons 
aussi à l'inclinaison des pôles pour ces horizons comme on peut le voir 
pour l'ile nommée Taprobane (3), dont il eSt écrit dans les livres susdits, 
([ue sa latitude (EZ) est de 3°. Si nous retranchons cette latitude des 90" 

(I) ^û*9o;^l^. Cf. 1,3, 3-2, longitude de Thulé : 29°; latitude : (13^- 
C^') u»o;»3o;3- Delambre a analysé ces « tables manuelles >■ d'après deux 
■manuscrits du commentaire de Théon d'.Vlexandrie, Histoire de l'astronomie 
ancienne, Paris, 1817, II, 616-638. Il y a à Paris sept exemplaires manuscrits de 
l'ouvrage de Ptolémée et treize du commentaire de Théon, voir catalogues 
Omont et Cumont. 

(3) uiao;3^,, Taupooivr,, Ceylan. Dans la Géographie de Ptolémée, le nom 
Taprobane désigne toute l'ile, VII, 4, dont les latitudes varient d'une douzaine 
■de degrés. Los ■■ sources du lleuve ■• ont une latitude de 3". 

[81] 



•108 



REVUE DE L ORIENT CHRETIExX. 



<lontoii a parlé qui sont au sud d'elle, nous trouvons que le cercle é(iuateur 
est éloigné à 87° de l'horizon sud. (HE = 87°) (1). Si nous ajoutons 24,. 
nous trouvons que le (tropique) d'été est éloigné de 111° (HET) de l'horizon 
sud. Si nous en retranchons les 90 au sud dont on a parlé, nous trouvons, 
que le soleil est à 21° au nord de ceux ([ui habitent dans cette ile. lorscju'il 
se tient au commencement du Cancer. Ces (21») (2) commencent, selork 



H- P 




la latitude de la sphèie depuis en face du milieu du huitième degré dir 
Bélier (3) jusqu'en longitude au commencement du Cancer et ensuite- 
inversement depuis. là jusqu'en face de la moitié du huitième degré de la 
Vierge (4), ce qui fait 42 en doublant les degrés en latitude, à savoir 21 
depuis le milieu du huitième, degré du Bélier jusqu'au commencement du 
Cancer et encore 21 depuis le commencement du Cancer jus(|u'au milieti 
du huitième degré de la Vierge, — Voici ce ([u'il en est quand on compte 
(ces 42°) d'après les lieux des Zwo-.a dont on a parlé : Degrés de la latitude 



(Il C'est toujours le raisonnement fait sur la figure l ; le zénith Z et l'horizon 
sud H sont seuls changés. Voir figure 2. 

(2) Ce sont les positions où la hauteur du soleil est supérieure à 90° (le soleil 
est du côté de l'horizon nord H' lorsqu'il décrit les parallèles compris entre 
ZIT et T, tropique du Cancer), ET = 24°; EZ = 3°; ZT = 21°. 

(3) C'est le point A intersection de l'écliptique avec le parallèle Zri du zénith- 

(4) Qui est aussi projeté en A. 

!821 



LE TRAITÉ SUR LES « CONSTELLATIONS », XI\\ 100 

susdite, c'est-à-dire de l'inclinaison du soleil qui va de l'équateur jusqu'aux 
tropiques : 9° (de latitude) depuis le milieu du huitième degré du Bélier 
jus([u'au trentième degré (de cette constellation), 9 pour tout le Taureau, 
3 pour les Gémeaux et autant de l'autre coté : pour le Cancer comme pour 
les Gémeaux ; pour le Lion comme pour le Taureau, pour la Vierge comme 
pour le Bélier, tout cela additionné fait 42, comme on l'a dit (1). — En 
longitude, depuis le milieu du huitième degré du Bélier jusqu'au milieu 
(lu huitième ilegré de la Vierge, il y a (fol. 112 r) 165°, que le soleil parcourt 
en 172 jours à peu près. 

12. Comme c'est un cercle inégal formé d'apogée et de périgée (jue le soleil 
décrit (2), son mouvement ne parait pas égal (uniforme), (juand il passe 
dans chacun des douze Ztôôia, mais dans les six dont nous avons parlé, 
comme il fait apogée, parce qu'il esc plus éloigné du centre de la terre, il 
marche plus lentement; dans les six autres, comme il fait périgée, parce 
([u'il est plus proche du centre de la terre, il va plus vite, comme c'est 
démontré plus claireaient par le théorème géométrique que nous donnons 
plus loin, mais on doit considérer d'ici, qu au moment où le soleil au 
milieu du jour, c"est-à dire sur le cercle méiidien, est dans les signes 
dont nous avons parlé, c'est-'i-dire depuis le huitième degré du Bélier 
jusqu'au huitième degré de la Vierge, il envoie au sud les ombres de tous 
ceux (jui sont là durant 172 jours. Leur jour le plus grand est de 
12 heures, -j\, j^ à peu près. Si nous retranchons 24 aux 87" de ré([uateur, 
il reste f>3: nous obtenons ainsi le (tropique) d'hiver, qui est à cette distance 
de rhori/on sud. Lorstpie le soleil y sera, il est évident que lorsqu'il sera 
au commencement du Capricorne, leur jour sera le plus petit, 11 heures 
L _L à peu près. — De ces 63 si nous retranchons encore les 30 dont le 
tropique d hiver est distant du (cercle) antarctiijue, il reste 33, nous dirons 
qu'il y a autant de degrés du cercle (zone) antarctique qui sont visibles; il 
y en a autant du cercle arctique qui' sont cachés dans l'ile dont nous avons 
parlé, et si nous retranchons 33 aux 36 qui appartiennent, comme on l'a 
dit, à. la zone antarcti(iue, il n'en reste (jue trois selon la latitude de cette 
ile, (et) nous dirons qu'il n'y a que ces degrés, c est-à-dire trois seulement 
(jui soient cachés (parmi ceux) de (fol. 112 v) la (zone) antarctique ([ui est 
sous la terre, et qui ne s>oient pas vus des gens (de Taprobane). 11 y en 
aura autant ([ui seront visibles pour eux de la (zone) qui est au-dessus de la 
terre, c'est-à-dire arctique. En effet comme la latitude de cette ile, tel doit 
être aussi l'eïapjxa de leurs pôles, comme on l'a dit souvent. 

(1) Voir ce qui précède sur la figure 3. 

['Z) 11 décrit, d'après Ptoiémée, un é;jicycle qui lui donne une course très, 
sensiblement elliptique. 



m 



410 



REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 



13. 03copri;j.a (1) DÉMONSTRATION, AU MOYEN DE LA GÉOMÉTRIE, At: 
srjET DE L'APO(iÉE DU SOLEIL. 



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Figure 4- 



(Les chiffres indiquent la latitude du soleil : Depuis le point y, 12 + 
9 -t- 3 := 24°. obliquité de l'écliptique pour Sévère. Depuis le milieu du 
huitième degré du Bélier, au lieu de 12 dans le Bélier, il faut 9 et 
9 + 9 + 3 = 21. Ce chiffre 21 est mis au début du Cancer. — La Vierge 
devrait porter 9 comme le Taureau, 12 est la totalisation de 9 + 3 comme 
21 (ici comme plus haut^ est la totalisation de 3 + 9 + 9). 

(.4 .viivre.) 
(1) i-vi..^olL. 



[841 



MÉLANGES 



I 

ANALYSE DU MANUSCRIT SYRIAQUE DE PARIS 
N° 378 de la Bibliothèque Nationale. 

C'est un recueil de fragments récemment acquis par M. Omont: 

I. — Fol. I--20, \o{x 15; deux colonnes, 27 à 28 lignes, par- 
chemin, écriture estranghéio, viii'' au x' siècle. Fragments 
d'Evagrius (1). 

Fol. I : 1^^^.»/ '^i^ V'f^' JLixJia-* ^^i». oD Jju.V vlSnA. 

Fia des '26 chapitres sur les pensées qui assaillent les 
jiioines. 

Ensuite chapitres d'admonition du même Mar Evagrius. 

Fol. 1 Iv. Du même Mar Evagrius sur la distinction des pen- 
sées. II y a 2.") sentences. 

Fol. 16 V. Sur l'admonition de l'esprit. Il y a 38 sentences. 

Fol. 18. Sur les chapitres de la science du bienheureux Mar 
Evagrius. Il y a 13 sentences. 

II. — Fol. 21-22. 17 X 12, une colonne, 19 à 20 lignes, par- 
chemin, écriture estranghéio. 

Histoire du prêtre Paul, dans l'une des villes des Hébreux 
{ou des Samaritains). 

Il y avait une ville, nommée o<x«Nj (ou >ocl^j»., Salem) 
où les gens appartenaient à l'hérésie des Hérodiens, nommée 
ainsi d'après Hérode (Antipas) qui était l'ami de Jésus de 

(1) Evagrius, grec-syriaque, a été édité par M. Frankenberg. Berlin, 1012, 

[1] 



412 REVUE df: l urient chrétien. 

Nazareth, et ils recevaient Marc l'évangéliste seul avec trois 
lettres de Paul et quatre livres de Moïse. 

Nous avons signalé quatre manuscrits syriaques et huit 
manuscrits arabes qui portent cette légende et nous avons 
traduit et commenté le fragment du présent manuscrit dans 
la Revue biblique, juillet 1930, sous le titre : Le canon 
biblique samaritano-chrétien des Hérodiens. 

III. — Fol. 23 à 31 et X, fol. 69 à 70, 19 x 15. une colonne, 
19 à 20 lignes, écriture estranghélo, palimpseste, l'ancienne 
écriture est sur deux colonnes et semble être un sermon. 

.).3o neci^l vtT>o ». rr> lo »» | > ^^ f>» jK^^^^l 

Histoire de saint Dewjs évéque (TAréopagite) sur son ins- 
truction et sur la vision qu'il vit dans la ville du Soleil qui est 
Balbek, en grec Héliopolis (1). 

Cette histoire a été éditée et traduite par M. M. -A. Kugener 
dans Oriens Christianus, t. VII, 1907, p, 312 à 338. — Nous 
l'avons comparée au manuscrit syriaque de Paris, n°235, fol. 
260 V à 264 V. Dans le ms. 378 il ne manque qu'une page. 

On trouve ensuite fol. 69 v à 70 et fol. 27 r une partie du 
traité astronomique attribué à Denys édité par M. M. -A. Kuge- 
ner dans les Actes du XI V Congrès des Orientalistes {X\ge{\ 
1905), t. 11, p. 1 19 à 153 ligne 13, sous le titre 

.).>.>/ a^j JLaâooi ^"^wbiO 

Jncipit : Ji. '>p> tno IKvt^ .. sj^^o-^V o/ )j/ V-^/ va-aù^ 

c^^jd; j-aL3ooi ^^^ioo l'JK.KXty )jo|j )laJLi^jlKio ^^s.^wi» 

ooi )„^o(V^ oil^ t— •— / ^l *^ M . » ^ l-A^taji — .)a»/ 

oiJis-.jpoj 

De saint Denys, sur le mouvement de ce firmament et sur 
la révolution qui a lieu à Vintérieur de la terre. 

(l) C'est à tort que l'on a vu ici Héliopolis d'Egypte. On admet d'ailleurs- 
maintenant que le pseudo-Denys est un syrien et non un égyptien. 



\'>^ 



MÉLANGES. 113 

Je vous pa}'le, ô amis de la sagesse et de V intelligence, du 
mouvement de ce firmament et des révolutions qui ont lieu 
à l'intérieur de la terre. — Le soleil accomplit complètement 
sa course, etc. 

Fol. 70 V = Kugener, p. I.jU, 1. 16, ^ic^-i.. 

Fol. 27 r = Kugener, p. 152, 1. 1. 1, )îqj ^io. 

Cette page se termine à Kugener, p. 153, 1. 13 et c'est la fin 
de l'ouvrage, parce qu'au verso (fol. 27 v) commence un traité 
d'isaac. 

En particulier, la mer v£DQ..3L^£û.ii:bO) non identifiée par 
M. Kugener, p. 176, ligne 1, porte ici le même nom. Nous 
devons donc renoncer à voir là une faute de copiste, et pro- 
posons de lire \):r,7J.aTOL-o: = vCDo^s^ mnv» (une seule lettre à 
changer). D'après les dictionnaires, cette forme grecque figure 
dans saint Grégoire de Nazianze, et nous obtenons : « les cétacés 
et le Lév'iathan naissent seulement dans la mer très grande 
{l):rtxi7-x-c(;) ». C'est d'accord avec ce qu'écrit .Jacques d'Édesse, 
JbicL, p. 175, note 5. 

Fol. 27 V Mimrà d'Isaac \.J:,l iot..<i.:^OL^lo )la.aL.*i '^i.. 

Incipit : .jicLâ..*! .\ji^*^ o/ .s^l^Jj ol 

Sur la pénitence et l'instruction des frères. 
Incipit : Venez, nous enseignerons, ô pécheurs, la péni- 
■tence. 
Tronqué. 

IV. — Fol. 32 à 39, 2.> x 16, 2 colonnes, 26 à 28 lignes. 
Estranghélo, commencement d'un lectionnaire de saint Mat- 
thieu. Pechitto. Finit à Matth. iv, 11. On a indiqué en marge 
les fêtes auxquelles on doit lire les textes correspondants. 

V. _ Fol. 40, 24^- X 17, 2 colonnes, 37 à 38 lignes, estran- 
ghélo. 

Fragment de l'ouvrage de Nonnus sur les histoires men- 
tionnées par Grégoire de Nazianze contre Julien. Cf. Migno, 
P. G., t. XXXVI, 985. Nous éditons ce fragment plus loin. 

[3] 



4M REVUE DE L ORIENT CHRÉTIEN. 

\bis, — Fol. 41. Mêmes caractéristiques. Fragment de 
sermon. 

VI. — Fol. 42 à .54, 30^- X 19|, 2 colonnes, 37 à 38 lignes, 
estranghélo. Fragment de le traduction de Denys l'Aréopagito 
par Sergius de Ras'aïn. On a d'abord presque en entier Tintro- 
duction de Sergius qui pourra ainsi être comparée au ms. add. 
22370 du British Muséum. On lit à la fin fol. 52v : 

) » > t n sm...«.-^V-^ K.«V.J^2S. ^..^.jx-^i Iv^l-^ ^o^ji 

Fin dit discours fait par Mar Sergius, prêtre et chef 
médecin. 
Vient ensuite la traduction de Denys : 

Livre de saint Denys, celui qui est de l'Aréopage. 
On a l'indication des treize chapitres du premier livre sur 
les noms divins et une partie du premier, chapitre. 

VII. — Fol. 55 à 58, 27 X 22, 2 colonnes, 19 à 20 lignes, 
papier, fragment nestorien des évangiles. Pechitto. Incipii : 

.> » f>°iiV>o yCLaiS» > »•, m .. v>o ^oai^ 

Luc, VI, 22-32; xxiii, 25-41, Jean, xi, 27-41; xiv, 21-xv, 5. 
Le texte est muni de points-voyelles nestoriens. 

VIII. — Fol. 59-60. Deux feuilles parchemin. Fragment 
d'un traité théologique écrit en arabe, qui est attribué au 
ix" siècle (1). 

IX. — Fol. 01 à 68, 25 x 18^, 23 à 25 lignes, estranghélo. 
c'est le début d'un manuscrit d'Isaac de Ninive qui porte le 



(1) Des fragments arabes de même provenance et de pareille antiquité sont 
reliés dans le ms. arabe 0275, décrit par M. E Blochet dans le Catalogue des- 
manuscrits arabes des nouvelles aci/uisilions, Paris, 1925. p. 346. Le folio 2 qui 
est en syriaque est le premier feuillet du ms. or. 6714 du British Muséum que 
nous avons décrit R.O.C., t. XVI, 1911, p. 234-8 et qui nous a servi pour éditer 
une vie de Xestorius, Pair. Or., t. IX, fasc. 5. 

[4] 



.MÉLANGES. 115 

commencement de l'édilittn donnée par le Père Bedjan (Paris, 
1909) jusqu'à la page 15, ligne 7. 

Voici le titre : 

Avec le secours de Notre-Seigneur et de notre Dieu Jésus- 
Christ, nous commençons à écrire le livre de saint Mar 
Isaac, moine et évéque de la ville de Ninive, sur la conduite 
{la voie) monacale. — Il a été écrit dans le saint monastère 
de Beit Mar Saba de Jérusalem, et il appartient à Tluiophile, 
prêtre, qui Va acquis de son bien. 

Ce fragment nous montre que le monastère grec de saint 
Sabbas, vers le vm'' siècle, possédait encore des manuscrits 
syriaques et, par suite, des moines syriens. 

X. — Fol. 69-70, doivent être portés avant le folio 27, comme 
nous l'avons indiqué. 

F. Nau. 



II 

RECUEIL ET EXPLICATION DES HISTOIUES 
MENTIONNÉES PAR SAINT GRÉGOIRE DE NAZIANZE 

La version syriaque de l'écrit grec de N^onnus. 

Saint Grégoire de Nazianze, dans ses deux discours contre 
.Julien comme dans l'oraison funèbre de saint Basile et dans un 
sermon sur l'Epiphanie, fait de fréquentes allusions aux écri- 
vains, aux dieux et aux héros des Grecs. Un écrivain grec, que 
Ton place au début du vi" siècle, l'abbé Nonnus, a consacré une 
notice à chacun de ces personnages. L'écrit de Nonnus semble 
avoir eu grand succès, car il est conservé, à Paris seulement, 
dans une quinzaine de manuscrits grecs. Il est édité dans 
Migne, P. G., t. XXXVI, col. 985 sqq. 

L'alibé Paul, qui traduisait du grec en syriaque, vers 624, 
les discours contre Julien, a mis à la fin de chacun d'eux la 
traduction de l'écrit correspondant de Nonnus, comme le montre 

[51 



41G REVUE DE l/ORIENT CHRÉTIEN. 

le manuscrit add. 14549 du British Muséum (Catalogue, 
page 429). Ce manuscrit est du viii'^ au w" siècle. 

Un feuillet syçiaquede la traduction de Nonnus est conservé 
à Paris dans le ms. 378 que nous venons d^analyser. Il peut 
aussi être du viii' au ix" siècle, et nous l'éditons comme spéci- 
men de la traduction syriaque de Nonnus en donnant en note 
les mots grecs qui intéressent la lexicographie syriaque. 

L'édition de Nonnus, donnée par Migne, comprend 98 scolies 
pour le premier discours contre Julien, mais il est possible que 
plusieurs aient été ajoutées ou remaniées. Le syriaque, qui a 
chance d'avoir été traduit par Paul vers 624, et qui, en tout 
cas, est antérieur au viii" siècle, aidera à classer les manuscrits 
grecs, si ce n'a pas été fait par E. Patzig. Nos scolies syriaques 
sont numérotées de LXXI à LXXVIII et correspondent aux 
scolies grecques 74 à 82 (le n** 77, Orphée, manque dans le 
syriaque). 

François Nau. 



TRADUCTION 

LXXI Grégoire (dit donc) : De même que certains (bourgs), et 

villes et (leurs) habitants ont certaines propriétés en particulier, ainsi 
la doctrine des Chrétiens possède toutes ces choses : des maisons pour 
les orphelins et les étrangers, et tous les biens analogues. 

LXXII (grec 75). — Sur la ville de Platon^ qui élait en parole (âv Xo'yw). 
Platon écrivit ce traité qu'il nomma Politis (1). Dans ce traité il dit com- 
ment il convient que la ville soit, et de combien d'hommes (chefs) elle 
sera constituée et par quelles coutumes et lois elle sera régie. Il a érigé 
cette cité en paroles seulement, mais en réalité elle n'a été ni érigée, ni 
régie. Dans ce traité il dit cette parole : Les gens de (cette) ville qui parle- 
ront ainsi nous serviront de préexte pour que nous puissions voir le 
mouvement de leurs idées (2). 

LXXlll (grec 76). — Sur la Théogonie d'Hésiode. Quant aux noms qu'il 
(Grégoire) dit ici: comme Kottos et Briarée, Hésiode dit qu'il naquit des 
hommes géants qui avaient cent mains et qui combattirent avec les dieux. 

(1) 7io).iie':a ou la République. — (2) Migne porte en note : Haec Xonnus ipse 
fingit. Voici ce texte : 'Xnoy.iia'iuyrjx'/ r^'^lv o\ TioXiTai ztcî çOsyYÔtJievot, t'v' rytopiev 
■avTwv xivou(X£vr,v Tf,v éircvoiav. Nous l'interprétons comme si l'idée de Platon 

[6] 



MÉLANGES. 117 

On a imaginé que les iiéants s'élevèrent contre les dieux jusqu'à ce que 
Jupiter les eût brûlés par les éclairs (la foudre). 

De la même manière, Hésiode parle de ceux qui ont pour pieds des ser- 
pents (3). (Il dit) que des hommes naquirent qui avaient pour pieds des 
serpents (3). Il dit ici que les dieux « portent les tonnerres » (4) et que 
Zeus est celui qui lança les tonnerres sur les géants. (Il nomme) Foudres 
et Tonnerres ceux qui fabriquèrent pour Zeus le tonnerre et la foudre et 
le tonnerre brûlant (5). (Hésiode) dit que ce sont des îles et des flèches et 
des tonnerres qui furent lancés par les dieux sur les géants. 

Voici ce qui concernait les Gorgones : C'étaient trois femmes, dont la 
figure était si redoutable que quiconque les regardait mourait. On raconte 
que Pro.stachos lô IIspcTEu;) tua Tune d'elles avec une lance dans laquelle 
il y avait une faux (7). 

LXXIV (grec 78). Sur Panô Eraqipos (8). Dans les écrits d'Orphée, 
(celui-ci) introduit ces deux noms, avec beaucoup d'autres. Parmi eux, il 
rapporte que les Pans ont les parties naturelles de l'homme par derrière 
près de l'anus (9), ils disent qu'il est l'agent de la puissance fécon- 
dante (10). De même ils disent que Eraqipos est l'agent d'une autre 
puissance. 

Celui certes qui avale tous les dieux, il dit que c'est Qronos (Saturne). 
On raconte que celui-ci dévora ceux qui naquirent, et qu'il les vomit 
après les avoir dévorés (11): on raconte qu'il prit une pierre en place 
de Jupiter et quand la pierre descendit (dans son estomac) il les vomit 
tous. 

LXXV (grec 79). — Sur Homère. Dans ses ouvrages, en haut et en bas, 
il introduit fabuleusement Qronos, et Zeus, et Héré (Junon), et Aphrodite, 
et Athéné (Pallas) en sus d'eux tous, et, en somme, tous ceux que nous 
connaissons par la poésie. (Grégoire) a nommé Homère un auteur comi- 
que (12) en iant qu'il dit des moqueries (13) sur les dieux, par exemple 
que Héré (Junon) s'habilla et s'attifa et alla près de Zeus et le trompa 
et dormit avec lui, et des choses encore plus ridicules que celles-là. 
(Homère) est aussi un tragédien (14) par les choses tristes qu'il imagine 
(15) au sujet des dieux, par exemple que (Jupiter) jeta (du ciel) Héphaïstos 
(Vulcain, cf. Iliade, 1,590-4) (à Lemnos) et qu'Aphrodite fut blessée (16) par 
Diomède. 

avait été de susciter des controverses sur ce sujet. — i3) Apaxov-rojtoôc;. — 
(4) Kepauvoçopouç. — (5) Boovtv/, -/.où ttjv à7-rpa-/)v, xal toù; -/.epauvoûi;. — ■ (G) Nrjffou; 
•mi [îsV/; y.al Tasou; (?). — (7) Tû> loyyoôozni'jia, ou lance armée d'un fer en crois- 
sant. — (8) riepî <ï>âvyiToç v.cù 'Hpixartaiou. — 9) Tov «tâvrixa etffçÉpet atooîov s^ovra 
oTTta-o) Tiîpî Trjv r.-jyh^. — Il Semble que le grec (dont le s\'riaque est le mot à 
mot) aurait dû porter : « Pan a un buste d'homme (et des pieds de bouc) ». — 
(10) T»i; Çwîyovo-j o-jvàjAsw;. — (11) Kai iiJiÉ'jai oOç Y^3ri xaTÉTiiE. — (12) Kwfiwôo- 
■Koio- — (13) 'Evia 6.no'jv.w[j.ii.OLTa. — (14) TpavcpSoTiotô;. — (15) IlévQtfjia [lyâoXoYît' — 

m 

ORIENT CHRÉTIEN. 27 



418 REVUE DE l'orient CHRETIEN. 

LXXVI (grec 80). — Su7' V Océan et Téthys. L'Océan est le père de tous 
les dieux et Téthys en est la mère. L'Océan et Téthys étaient herma- 
phrodites (17) et avaient été séparés l'un de l'autre, mais par la permis- 
sion (18) de Héré (Junon), ils eurent de nouveau rapprochement (19) et 
amitié. 

La fable raconte que l'Océan est la nature humide et Téthys la nature 
sèche, c'est-à-dire la terre, et, comme la nature humide ne s'unissait 
d'abord pas à la terre, elle n'engendrait rien et tout était perdu, ensuite 
Héré, en tant qu'elle préside aux unions — Héré est, à ce qu'ils disent, 
l'air qui réconcilie les éléments — (les réconcilia) et il y eut donc pro- 
géniture. 

LXXVII (grec 91). — Sur Zeus qui amasse les nuages (20) et {ses rapports 
avec Junon. Zeus portait secours de préférence^ aux Troyens et faisait que 
les Grecs étaient vaincus, à la demande de Téthys au sujet d'Achille, afin 
que les Grecs étant vaincus vinssent implorer Acliille. Héré, de son côté, 
portait intérêt aux Grecs, et, comme elle leur portait intérêt, elle voulait 
tromper Zeus, l'amener à avoir commerce avec elle et à .s'endormir, afin 
que (les Troyens), laissés sans secours pendant que Zeus dormirait, 
fussent vaincus par les Grecs. Dans cette pensée, elle prit toutes les 
parures (21) de la ceinture (xsaxo?) d'Aphrodite. — Ils écrivent que le 
7.ZQ-QZ est un écrin (22) dans lequel sont placées toutes les choses qui 
concourent à la beauté, à une belle ligui'e et à l'agrément (23). — Quand 
elle fut ainsi parée, elle monta près de Zeus et elle l'excita à la volupté 
et à la fornication (24), et la terre fit pulluler des fleurs (25) qui sont le 
safran, le lotus (2G) et l'hyacinthe. 

LXXVIII (grec 82). — Sur Héré (Junon). — Héré, comme nous l'avons 
connu souvent, était jalouse d'Héraclès. Quand il revint de Troie, elle 
agita et elle troubla la mer, et elle commanda aux vents de secouer le 
navire d'Héraclès. Elle commanda aji sommeil de tomber sur Jupiter et 
de l'endormir, pour qu'il ne (vînt pas en aide à Héraclès)... 

(16) 'E-cptôôn- — (IT) 'Avôpôyuvov. — (18) AurywTtriCTiç. — (19) Suvà|)£ta. — ("20) NeseXt]- 
YcpÉTri;. — (21) KaXXw7ti'o[Aa-a. — (22) K(i[jn|;£i6v -ci. — (2o) Cette explication figure 
dans le lexique de Bar Bahlul, éd. Rubens Duval, col. 1702. — Bar Bahlul a 
donc connu la présente traduction. — (21) npb; -/iSovriv y.ai Xayvsîav. — (25) Bo- 
Tâvaç. — (26) Kpoxov, ),wtov. 



TEXTE SYRIAQUE (ms. 378, fol. 40). 

[8] ■ 



MÉLANGES. 419 

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420 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 

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MÉLANGES. 421 

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99^)0 JI9 .^0|CL«.aL:M9io 

La suite (fol. 41) est un sujet différent. C'est une sorte 
d'homélie sans nom propre. 



[Il] 



BIBLIOGRAPHIE 



Henri Grégoire et M. -A. Kugener, professeurs à l'université de Bruxelles. 
Marc le Diacre, Me de Porphyre, évêque de Gaza, texte grec 
établi, traduit et commenté, 8°, cxii pages (introduction) + 79 (texte) 
+ 79 (traduction française) -}- 81 à 156 (notes complémentaires et 
index des noms propres), Paris, 1930, 35 francs (1). 

Saint Porphyre, né à Thessalonique, moine en Egypte (à Scété), ensuite 
à Jérusalem où il tombe gravement malade, envoie le calligraphe Marc 
recueillir son héritage qu'il distribue aux pauvres et aux monastères. 
Il est guéri miraculeusement et gagne sa vie en exerçant le métier de 
cordonnier. L'évùque de Jérusalem l'ordonne prêtre en 392 et lui confie 
la garde de la sainte Croix; il avait alors quarante-cinq ans. Trois ans 
plus tard, en 395, l'évêque de Césarée, qui était le métropolitain de 
Gaza, le sacre évêque de cette dernière ville. 11 n'y avait alors que 
280 chrétiens qui étaient en butte aux vexations continuelles des païens. 
Un miracle (obtention de la pluie) augmente le petit troupeau de 127 -f 
35 unités. Un serviteur de l'évêque, nommé Barochas, est frappé par les 
païens et laissé demi-mort. 

Porphyre envoie Marc à Constantinople, et celui-ci, avec l'appui de 
Jean (Chrysostome) et du cubiculaire Eutropios, obtient une lettre impé- 
riale ordonnant que tous les temples de Gaza soient fermés, mais l'offi- 
cier, chargé de l'exécution, se laisse gagner par les païens. Un second 
miracle (délivrance d'une femme en couches) amène la conversion de 
64 païens. 



(1) Au point de vue bibliographique (p. ii), la tra