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Full text of "Revue de l'Orient chrétien"

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THEOI 



REVUE 



DE 



TWïmëfi 

SEPT ^ 1915 



L'ORIENT CHRÉTIEN 



RECUEIL TRIMESTRIEL 



3 e ANNÉE. — N° 1. — 1898 



PARIS 

AU BUREAU DES ŒUVRES D'ORIENT 
20, Rue du Regard, 20 

ET A LA LIBRAIRIE E. LEROUX 

28, RUE BONAPARTE^ 28 



1898 



SOMMAIRE 



I. - LES GRECS MELRITKS, par M. le Baron A. «l'Avril. 1 

II. — L'ORDINAL COPTE, par M. le !>' Ermoni 31 

III. - LA VERSION SYRIAQUE INÉDITE DES MARTYRES 

DE S. PIERRE, S. PAUL ET S. LUC, par M. F. Nau. 39 

IV. - LE MONASTÈRE DE SAINT THÉOCTISTE, par le R. P. 

Siméoii Vaillié 58 

V. — VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA (suite) t tra- 

duite du syriaque et annotée, par M. «J.-B. Chabot. 77 

Vf. - BIBLIOGRAPHIE 122 



PRIX DE L'ABONNEMENT 

France. Étranger 

Pour les abonnés de la Terre Suinte (Revue 

bi-hebdômadaire) 3 francs. 4 francs. 

Pour les personnes non abonnées à cette Revue : 6 — 7 — 

PRIX DE LA LIVRAISON : 2 FRANCS 



Avis. — Toutes les communications doivent être adressées au bureau de < 
Œuvres d'Orient. // sera fait un compte rendu des ouvrages qui seront 
envoyés à la REVUE 



REVUE 



DE 



L'ORIENT CHRÉTIEN 



ni 



3 e volume. — 1898 



REVUE 



DE 



SE, 



L'ORIENT CHRÉTIEN 



RECUEIL TRIMESTRIEL 



TROISIÈME ANNÉE 



PARIS 



AU BUREAU DES ŒUVRES D'ORIENT 
20, Rue du Regard, 20 

1898 



TABLE DES MATIERES 

CONTENI ES DANS LE TROISIÈME VOLUME (1898) 



Pagres, 

I. — LES GRECS MELKITES, par M. le B n » d'Avril 1. 265 

II. — L'ORDINAL COPTE, par M. le D r Ermoni 31, 191, 282, 125 

III. I.\ \ ERSION SYRIAQ1 E INÉDITE DES MARTYRES DE S. PIERR] , 

S. PA1 I. ET S. LUC, par M. labbé Nau 39, 151 

IV. — LE MONASTÈRE DE SAINT THÉOCTISTE, par le R. P. Siméon 
Vailhé 58 

V. — VIE Dl MOINE RABBAN YOUSSEF, TRADUITE l»l SYRIAQUE ET 
ANNOTÉE, par M. J.-B. Chabot {suite) 77, 168, 292, 158 

VI. MIIIL ESSE INNOVAND1 M ». — LE BREF DE BENOIT XIV 
ALLAT i: SI M 126 

VIL- LES OFFICES ET LES DIGNITÉS ECCLÉSIASTIQ1 ES DANS L'ÉGLISE 
GRECQUE, par M. L. Clugnet 142, 260, 152 

VIII. - ESSAI si i; LE CHANT LITI RGIQ1 E DES ÉGLISES ORIENTALES, 

par Dom J. Parisot 221 

IX. - LES PLÉROPHORIES DE JEAN, ÉVÊQUE DE MAYOUMA, par 

M. l'abbé F. Nau 232, 337 

X. — RÈGLEMENTS GÉNÉRAI X DE L'ÉGLISE ORTHODOXE EN TURQUIE, 

par le R. P. L. Petit 393 

\l. I NE HOMÉLIE DE SÉVÈRE D'ANTIOCHE ATTRIBUÉE A GRÉGOIRE 
DE NYSSE ET A HÉSYCHIUS DE JÉRUSALEM, par M. M. -A. Kugener. 135 



MELANGES 



I. — RELATION DE L'ÉVÊQUE DE SIDOX. par M. le B n " d'Avril . 200, 328 

II. - L'AVENIR DU CATHOLICISME EN POLOGNE 181 



VIII TABLE DES MATIERES. 



BIBLIOGRAPHIE 

l'âge». 

fn the shadow of Sinai, a story of Travel and Research front 1895 to 1897, 

par Agnes Smith Lewis (K. Graffin) -19U 

Listes d'ouvrages récents 122. 217, 335, 192 



LISTE ALPHABETIQUE DES AUTEURS 

Avril (le baron d') 1. 200, 265, 328 

Chabot (l'abbé) 77, 168, 292, 458 

Clugnet (M. L.) 142, '200, 452 

Ermoni (le K. P.) 31, 191, 282, 425 

Graffin (M 8r ) 490 

Kug-ener (M.) 435 

Nau (l'abbé) 232, 337 

Parisot (le R. P. Doin) 221 

Petit (le R. P.) 393 

Vailhédc R. P.) 58 



LES GRECS MELKITES 

ÉTUDE HISTORIQUE 



LES HIERARCHIES EN SYRIE ET EN EGYPTE. 

Depuis les temps apostoliques, on connaît une série ininter- 
rompue de patriarches qui ont occupé les sièges d'origine apos- 
tolique d'Antioche et d'Alexandrie. Pour Constantinople et Jé- 
rusalem, la dignité patriarcale fut concédée seulement en 431 
et en 451 par des conciles. Elle s'est aussi perpétuée. 

Des scissions s'opèrent. En 431, surgit l'hérésie de Nestorius. 
Il en résulte une première scission du domaine d'Antioche. 
Cette scission s'est perpétuée dans le Kurdistan turc et persan, 
ainsi que dans la Mésopotamie orientale. En 451 surgit l'hérésie 
des Monophysites. Le patriarcat d'Antioche y perd les parti- 
sans de cette hérésie qu'on appelle jacobites en Mésopotamie 
et en Syrie. Le patriarcat d'Alexandrie y perd ceux des mo- 
nophysites qu'on appelle Coptes et Abyssins. 

Les chrétiens de Syrie et d'Egypte sont appelés grecs melki- 
tes depuis 451, peut-être antérieurement ou postérieurement : 
il y a quelques contestations sur l'époque. Cette appellation 
vient du mot sémitique malek, qui signifie roi, en général, le 
souverain. Lorsque l'hérésie monophysite fut condamnée, 
ceux des Syriens qui restèrent, avec l'empereur Marcien, fidèles 
à la définition du concile de Chalcédoine. furent appelés mel- 

ORIENT CHRÉTIEN. 1 



2 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 

kites, c'est-à-dire royalistes ou impériaux (en religion). Le 
souverain étant devenu musulman au treizième siècle, l'appel- 
lation n'a plus qu'un sens historique. 

L'usage de donner le nom de grecs melkites spécialement aux 
uniates originaires de Syrie, de Palestine et d'Egypte paraît 
prévaloir. 

Le siège patriarcal fondé par saint Pierre à Antioche con- 
tinua de fonctionner et de résider dans cette ville jusqu'à l'épo- 
que des Croisades, sans interruption pendant dix siècles. 

Les Croisés deviennent alors maîtres de la Syrie : en 1098, 
ils s'emparent de la ville d' Antioche. Le patriarcat melkite était 
alors occupé par Jean. Il s'enfuit à Constantinople et fut rem- 
placé à Antioche par Bernard qui était latin. Pendant près de deux 
siècles, les successeurs melkites de Jean, titulaires d'Antioche, 
résidèrent à Constantinople, où ils étaient désignés par les au- 
torités supérieures grecques. 

En 1267, les Sarrasins expulsent les Croisés de la Syrie. A ce 
moment, les titulaires melkites d'Antioche quittent Constanti- 
nople et reviennent en Syrie. Ils rentrent dans la ville d'An- 
tioche et ils ne cessent d'y résider jusqu'à ce que cette ville ait 
été ruinée de fond en comble. 

Dans la première moitié du seizième siècle, le patriarcat était 
occupé par Michel VI (f 1553), lequel alla s'établir dans la 
grande ville de Damas. Les patriarches melkites ont continué 
d'y avoir leur résidence. Ils y sont encore; mais les successeurs 
de saint Pierre ont conservé religieusement le titre d'Antioche, 
lequel consacre l'origine glorieuse de ce siège vénérable. 



AVEC ROME. 



Quelle fut la situation des patriarches d'Antioche, d'Alexan- 
drie et de Jérusalem à l'égard de la Papauté ? D'abord les deux 
patriarches étaient naturellement en union avec le Pape. Ainsi, 
à la veille du schisme, en 1052 ou 1G53. Pierre, patriarche 
d'Antioche, envoyait sa profession de foi à Léon IX, qui l'ap- 
prouva et confirma Pierre dans sa dignité (Fleury, liv. LX, 1). 
Le nom du Pape était sur leurs dyptiques. Qu'arriva-t-il ensuite? 
Ici, j'emprunterai quelques lignes à un rapport adressé à l'Œu- 
vre des Écoles d'Orient en 1879 par le prêtre melkite qui est 
devenu vingt ans après le patriarche de sa nation : 

« Le schisme des Grecs, provoqué par Photius (862), consommé en 1 < »r>3 
par Cérularius, qui sépara du centre de l'unité catholique l'Eglise de Cons- 
tantinople, ne s'étendit ni immédiatement ni généralement ni pour tou- 
jours sur l'Église d'Antioche. Après la conquête de l'Asie Mineure par les 
musulmans, il ne restait aux patriarches de Constantinople ni une grandi' 
influence ni une autorité efficace sur cette Eglise d'Orient. Les nouveaux 
maîtres s'opposaient à l'esprit de domination des prélats de la métropole 
grecque. Du reste, les princes de l'Islam étaient presque toujours en 
guerre avec le gouvernement de Byzance; c'est pourquoi les chrétiens 
de Syrie communiquaient très difficilement avec ceux de la capitale de 
lVmpire. D'où il résultait que, sur le siège d'Antioche, s'asseyaient des 
patriarches, dont les uns étaient unis, les autres séparés de Rome. On 
peut dire que, pour le peuple, le schisme était plutôt matériel que formel 
jusqu'en 1727. » 

Nous interrompons ici la relation de l'abbé Géraïgiry. 

La séparation de 1033 n'empêcha pas que, dans la Pales- 
tine et dans la Syrie du moins, les catholiques communiquas- 
sent in divinis avec les ressortissants du schisme, du temps des 
Croisades notamment avec ceux des contrées septentrionales qui 
relevaient alors du patriarcat de Constantinople : on pourrait 



4 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

dire que la Russie était alors schismatique sans le savoir. Le 
fait de cette intercommunion est assez intéressant pour être 
précisé : je le trouve dans le livre de M. L. Léger : La Lit- 
térature russe. Il s'agit d'un certain hégoumène Daniel qui 
fit au douzième siècle le pèlerinage de Jérusalem. Voici un 
extrait de son récit : 

« Ce même vendredi (saint), à [a première heure «lu jour, moi méchanl 
et indigne, je me présentai chez le prince Baudoin el le saluai jusqu'à 
terre.... Me voyant moi infime, il me lit approcher affectueusemenl de lui 
et me dit : Que veux-tu, hégoumène russe?... « .l«- lui dis : « Mon prince et 
mon seigneur, je te supplie pour Dieu et pour les princes russes, permets- 
moi de placer aussi ma lampe sur le Saint-Sépulcre, au nom de toute la 
terre russe. Alors, avec une bonté el une attention particulières, il m'ac- 
corda de placer ma lampe sur le sépulcre du Seigneur... 

«•C'est alors (le samedi saint) que la sainte lumière illumina soudain le 
Saint-Sépulcre... L'évéque, suivi de quatre diacres, ouvril alors les portes 
du tombeau <•) y entra le premier avec le cierge qu'il prit au prince Bail 
( l ( ,j n pour l'allumer le première cette Bainte lumière. Il vint ensuite !«• 
remettre aux mains du prince. C'est au cierge du prince que nous allu- 
mâmes les unir 

Après l'union éphémère proclamée à Lyon en 1274, les pa- 
triarches grecs d\Antioche, d Uexandrieet de Jérusalem par- 
ticipèrent par leurs légats respectifs à l'union conclue au con- 
cilede Florence en 1 139. Je n'ai pasvuque, de leur part, il 3 ait eu 
de résistance ni pour s'unir ni pour se séparer. En toul cas, ce 
fut intermittent. Pour donner une idée de Tétai decessièg 
la fin du seizième Biècle, je rapporterai ici ce qui concerne les 
grecs melkites dans la relation qu'adressa à Sixte \ l'évéque 
,1,. Sidon, qui fui envoyé dans le Levant en 1583, avec mission 
de fomenter l'union el de faire accepter le calendrier 
rien. 



Rapports sur les deux patriarches t/es grecs dits melkites en Syrie 
et en Palestine : 

« A Joachim, patriarche d'Antioche du rite grec, que j<' trouvai dans un 
village éloigné de deux journées de Damas, e1 à Sofronius, patriarche de 
Jérusalem, également de ril »uvai à Jérusalem, je remis 

le bref apostolique avec sa traduction en arabe • ec; plus audit 

Joachim je remis les lettres du C" San-Severino, protecteur. .!<■ traitai 
éealemenl avec l'un e1 l'autre de leur réintégration dans l'union avec 



LES GRECS MELKITES. .) 

l'Église romaine » faite au concile de Florence, de la quelle union ils dé- 
clarèrenl n'avoir jamais eu connaissance aucune, pas plus que du concile 
de Florence. Ils ajoutèrent qu'ils ne tiennenl et reconnaissent que sept 
conciles universels, dans lesquels ils ont toujours été unis avec les Latins. 
Je leur lis connaître le concile de Florence et le texte en langue grecque, 
et ils s'émerveillèrent beaucoup de n'avoir pas vu de tels livres jusqu'alors. 

c .le traitai également de l'acceptation du nouveau calendrier romain; 
mais tous deux s'en remirent aux patriarches majeurs, c'est à-dire ceux de 
Constantinople e1 d'Alexandrie, disant qu'il était nécessaire qu'ils se réu 
Hissent, ou que les majeurs avisassent pour pouvoir conduire à bien cette 
négociation. Ils promirent d'écrire aux majeurs et de répondre ensuite 
au Siège apostolique. 

« Joachim a manqué à cette parole parce qu'il a été obligé de fuir de 
Sillon à Rhodes, puis à Constantinople, tant à cause de la persécution 
qu'exerça contre lui le pacha de Tripoli, «pie pour le schisme qu'il eut 
avec Michel, son prédéceseur et aussi pour le schisme qu'il trouva dans 
le patriarcal île Constantinople. Il écrivit qu'il ne pouvait pas prendre 
d'autre résolution pour le moment, qu'ayani beaucoup de dettes, il lui 
fallait se mettre en tourné'!' parmi la nation grecque, afin de demande]' 
aide poin- se libérer. Et, pour cette raison, il y a trois ans qu'ils est ahsenl 
de son patriarcat. 

« Sofronius, patriarche de Jérusalem, manqua égalemenl de répondre 
parce que, (''tant allé a Sainte-Catherine au Mont-Sinaï, et n'ayant pas 
trouvé le patriarche d'Alexandrie, il dit qu'il ne pouvait pas répondre au 
Siège Apostolique sans avoir l'avis de Sylvestre, patriarche d'Alexandrie, 
son maître (1). 

« Par suite desdits schismes et excuses e1 aussi de la temporisation ha- 
bituelle des Grecs, je n'ai pu obtenir de ces deux patriarches autre chose 
«pie de bonnes promesses. Toutefois, je m'étais abouché à plusieurs re- 
prises dans la ville d'Alep avec Michel, anciennement patriarche d'An- 
tiochedu môme rite grec et prédécesseur de Joachim. Michel, persécuté à 
l'instigation de son successeur, avait été forcé' d'abandonner son patriar 
cal et était rentré 1 dans la vie monastique, .le traitai avec lui de l'union, 
lui communiquant la profession de foi de la Sainte Eglise romaine pour 
quiconque désire se réunir à elle 2 . 

11 l'accepta volontiers, la professa entre mes mains, la signa et cacheta 
en toute affection et promit de faire loiit ce qu'il pourrait auprès de -a 

(1) Les quatre patriarches grecs sonl autonomes et isonomes. Voir une citation 
de M. Kritopoulo dans fes Églises autonomes et autocéphales , p. 28; Paris, E. 
Leroux, 1895. Sylvestre n'était le maître de Sofronius à aucun il<\-n ; : il le précé- 
dait seulement dans l'ordre d'honneur. Le patriarcat de Jérusalem n'a jamais 
dépendu de celui d'Alexandrie : c'est d'Antioche que Jérusalem a été détaché. 
Sofronius se réfère probablement au fait que Sylvestre avait contribué à son 
élection par voie île tira-eau sort en 579 (Le Quien, Oriens Christianus, t. III, 
page 517). 

(2) La profession de toi présentée aux Grecs par Grégoire XIII a été publiée, en 
latin et en russe, au Mans en 1858. 



6 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

nation pourvu que le Seigneur lui prêtât vie; car il était déjà un homme 
«le quatre-vingts ans. Il a exposé par écrit le tort que lui ont fail les 
patriarches grecs en le privant de son patriarcal sans cause légitime 
(Oriens christianus, t. III, p. 771 el 777) . l'excès d'injustice qu'il a souffert, 
réclamant et recourant au Siège apostolique, suppliant qu'on lui apporte 
remède e1 qu'on lui prête secours. Pour ce. il envoie sa profession île foi 
avec des lettres à \ otre Béatitude, ainsi qu'au Cardinal San Severino, pro- 
tecteur de la nation grecque. » 

Nous avons tenu à reproduire intégralement le rapporl tic 
l'évêque de Sidon. qui peint d'une façon saisissante la condi- 
tion morale et matérielle, interne et externe des deux patriar- 
cats à la fin du quinzième siècle, condition forl triste. On aura 
remarqué l'effacement des deux hiérarques vis-à-vis les digni- 
taires de Constantinople el d'Alexandrie qui, malgré bien des 
misères, tenaient une position incontestablement plus relevée. 

En ce qui concerne l'union, voici les conclusions de l'évêque 
de Sidon sur l'ensemble de -a mission dan- le Levant : 

« ]),• toutes le- " itions chrétiennes de l'Orient, seuls le- Maronites du 
« Mont-Liban, les Arméniens de la province de Naktchèvan on Perse, les 
« Chaldéens Assyriens dans le- villes de Caramil et de Séerl et dans leur 
■ voisinage, fonl profession catholique, -ont en réalité continue- dans l'o- 
i béissanceel à la Sainte Église romaine et au Siège Apostolique el vivent 

catholiquemenl : mais, pour tout le reste, qui manque en une chose, qui 
g en une autre, bien qu'ils ne nient pas cette obéissance l 

Une mission religieuse '■" Orient "" seizième siècle. — Relation ad 
Sixte \ par l'évêque de Sidon, traduite et annotée par Adolphe d'Avril, m 8°, I5j 
Paris, < 'hallamel. 



III 



ORIGINES DE L EGLISE GRECQUE MELKITE UNIE. 

Depuis le schisme grec, c'est seulement à la fin du dix-sep- 
tième siècle qu'on rencontre une hiérarchie persistante de pa- 
triarches melkites unis en face d'une hiérarchie également 
persistante et ininterrompue de patriarches schismatiques. Nous 
allons exposer quelles furent les origines de cette hiérarchie 
catholique, uniate, laquelle se développe tous les jours. 

On verra, par la suite, que la hiérarchie uniate n'allait pas 
être organisée de la même façon que laschismatique. Tandis que 
les schismatiques ont trois patriarches différents pour Antioche, 
pour Alexandrie et pour Jérusalem, les grecs melkites unis 
n'auront qu'un seul patriarche, le pape Grégoire XVI, par un 
bref de 1838, ayant joint les sièges melkites d'Alexandrie et de 
Jérusalem à celui d' Antioche- Comme le schismatique, notre 
patriarche catholique porte aussi le titre et de tout l'Orient. 
D'où vient cette qualification? Je vois dans un document publié 
par la Perpétuité de la foi, que le patriarche d'Antioche por- 
tait déjà ce titre en 1G71. 

Et, comme l'union formelle, hiérarchisée et persistante se 
produisit à Antioche. l'Eglise grecque melkite unie aujourd'hui 
est, en fait, un développement du patriarcat d'Antioche. 
' A cause de la ruine d'Antioche, avons-nous dit, le patriar- 
che, Michel VI, en 1529, s'était réfugié à Damas. Vers 1531, 
cette ville était devenue le siège officiel du patriarcat fondé 
par le Prince des Apôtres avant son départ pour Rome. 

Athanase, qui est le sixième du nom dans le catalogue du P. 
Le Quien, avait été élu patriarche en 1(386. Au moment de son 
intronisation, Athanase IV était, paraît-il, en communion avec 
le Saint-Siège de Rome, ou, du moins, disposé à faire cesser la 
séparation; mais le trône patriarcal était occupé en même temps 



8 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 

par Cyrille V. Les deux concurrents finirent par s'entendre : 
le premier siégeait à Damas, le second à Alep (1). 

Cyrille V avait été élu par les schismatiques; il était « saint, 
vraiment apostolique, versé dans les langues grecque et arabe, 
scrutateur diligent des livres sacrés et fervent prédicateur de la 
parole de Dieu. » Il avait été incliné au catholicisme par une 
conférence qu'il eut, assisté de quatre de ses évêques, avec 
Étienne-Pierre-Aldo, patriarche des Maronites. Voici comment 
sa conversion est racontée dans la relation du P. Nacchi : 

« Il vivait depuis longtemps clans le schisme; mais comme 
il est homme d'esprit, et d'ailleurs très capable, il ne pouvait 
s'empêcher de louer et de défendre la catholicité : il fréquentait 
les missionnaires et trouvait bon qu'ils eussent l'honneur de le 
visiter souvent. Bien loin de s'opposer à la conversion des grecs 
schismatiques, ses ouailles, il favorisait autant qu'il pouvait le 
retour à l'Église romaine. Il avouait même qu'il savait mauvais 
gré aux grecs de Constantinople de s'en être autrefois séparés... 
Il reçut un bref du pape Clément XI, par lequel sa Sainteté lui 
mandait (au mois de mai 1708) qu'Elle avait appris avec une 
sensible joie la protection qu'il accordait aux catholiques, et 
les marques qu'il donnait de son estime pour l'Église romaine; 
que ces dispositions de son esprit et de son cœur lui faisaient 
croire qu'il n'était pas éloigné du royaume de Dieu; qu'il le 
conjurait, comme son frère en Jésus-Christ, d'écouter la voix 
de Dieu, qui l'appelait, et qui voulait se servir de la voix du 
commun pasteur, pour faire rentrer son troupeau dans le ber- 
cail. « Méditez, lui dit-il, ces paroles de Jésus-Christ : De quoi 
« sert à l'homme de gagner tout le monde, s il perd son à me:' 
« Prenez garde que la crainte de perdre quelques avantages 
« passagers et temporels ne vous fasse perdre un bonheur éter- 
« nel. Nous attendons, lui dit le Pape en finissant, nous atten- 
« dons votre réponse telle que nous la souhaitons, et alors 
« nous vous expliquerons ce que vous aurez à faire et la con- 
« duite que vous devez tenir. » C'est à peu près en ces termes 
que le bref était conçu. Le patriarche le reçut et le lut avec un 
profond respect. Le Seigneur parla en même temps au cœur 

(1) Oriens christianus, II, pp. 774-775. — Lettres édifiantes, édit. Derez, I. p. 145. 
219, "-'51. — La Syrie et la Terre Sainte, par le P. Besson. — Une mission reli- 
gieuse en Orient au seizième siècle; Paris, Challamel, 1886. 



LES GRECS MELKITES. 9 

du patriarche, qui, touché de cette invitation du Père et du 
chef des pasteurs, assembla les missionnaires pour leur décla- 
rer que sa résolution était prise d'envoyer sa profession de foi 
au Saint-Père dans les termes qu'il le désirait. Le prélat a tenu 
parole. Il députa Tannée suivante trois personnes qui portèrent 
à Rome la profession avec des présents et avec son bâton pas- 
toral pour le soumettre au Vicaire de Jésus-Christ. A sa mort, 
arrivée en 1720, le petit troupeau se dispersa ou abandonna 
l'union (1). » 

Cependant l'union catholique paraît avoir persisté dans le 
diocèse de Tyr et Sidon (Saïda) où elle existait déjà dans les 
premières années du dix-huitième siècle. C'est ce qui résulte 
notamment d'une lettre fort intéressante écrite, le 7 mai 1701, 
à M. de Pontchartrain par le Père Verzeau, jésuite : « M gr l'Ar- 
chevêque grec de Tyr et Sidon ayant appris que le roi avait 
fondé un séminaire pour les enfants orientaux des différentes 
nations, a fait part de cette nouvelle à tous NN. SS. les prélats 
grecs dépendant du patriarcat d'Antioche, lesquels l'ont chargé, 
en l'absence de leur patriarche, d'en faire en leurs noms leurs 
remercîments à S. M. et à Votre Grandeur... Il a conçu une 
si haute idée de ce séminaire et des grands biens qui en revien- 
dront à l'Église d'Orient qu'ayant un neveu à lui, qui lui est 
véritablement bien cher, il l'envoie à Votre Grandeur pour être 
mis dans le séminaire, si le roi l'a pour agréable. Il m'a dit que 
c'était la plus grande faveur qu'il pût recevoir de S. M., pour 
laquelle, depuis qu'il est archevêque, il n'a jamais manqué de 
faire prier Dieu, chaque jour, dans son église métropole. C'est 
assurément un grand prélat, très catholique et en si grande 
estime dans sa nation qu'il a été sollicité d'accepter le patriar- 
cat; mais il Ta toujours constamment refusé. Il a souffert autre- 
fois de cruelles persécutions pour la foi catholique qu'il a tou- 
jours défendue avec un si incroyable zèle contre tous les efforts 
des schismatiques. Il est originaire de Damas (2). Il tient 

(1) Oriens christianus, II, 770,781; Lettres édifiantes, I, p. 192. Cyrille V a 
composé deux ouvrages, dont l'un est intitulé : Des larmes versées à propos du 
schisme grec. 

(2) Dans une note qui m'a été envoyée de Syrie, Euthyme est désigné comme 
originaire de Balbek. On ajoute qu'il assista au conciliabule de Cyrille V avec le 
patriarche maronite dont il est question plus haut, qu'il mourut en L723, et 
qu'il ('tait le plus érudit parmi les siens. 



10 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEX. 

ci (Sayda) son siège archiépiscopal. Il demeure dans un monas- 
tère où il vit en communauté avec ses religieux, toujours appli- 
qué à remplir les devoirs de son ministère pastoral (1). » 

Les grecs catholiques trouvaient dès lors un asile dans le 
Liban sous la protection du prince des Druses. Le même arche- 
vêque de Tyr et Sidon, qui se nommait Euthymius (Aftimos- 
ben-el-Séfi, surnommé Yessence du savoir), se trouvait en tour- 
née dans le Liban et y fonda dans des circonstances miraculeuses 
un couvent qui jouera un grand rôle dans la suite de l'histoire 
melkite. Je transcris littéralement une lettre qui m'a été adres- 
sée de Syrie au sujet de cet événement : « Étant arrivé au vil- 
lage de Djouni, plusieurs paysans des environs vinrent le voir 
et ils avaient leurs armes suivant l'usage du pays. Un frère de 
la suite de Monseigneur, nommé Athanase, curieux de voir les 
armes, prit un fusil et, pendant qu'il le considérait, le coup 
partit et atteignit à la poitrine un curé de Tévêque nommé 
Ibrahim Toto, qui tomba aussitôt à la renverse. « Sauveur du 
mondel » cria l'évoque en le voyant à terre. Il n'avait pas achevé 
cette exclamation que le curé se leva et dit : « Ne crains rien, 
« mon maître; je suis sain et sauf. » Et réellement il n'avait 
aucun mal. Quelle chose étonnante ! On délia sa ceinture et on 
trouva que les balles s'étaient rassemblées sur son nombril, 
sans le blesser ni laisser même de trace. A la suite de ce mira- 
cle, l'évêque fit vœu de bâtir un couvent au nom du Sauveur, 
acheta en l'an 1708 du cadi Cheik Kabalan un terrain nommé 
Machmouché et, en 1708, commença à bâtir ce couvent qui fut 
terminé en 1706. L'église, commencée en 1720, fut terminée en 
1721. » 

Cyrille V étant mort, comme nous avons vu, en 1720, eut pour 
successeur Athanase IV, dont il a été déjà fait mention. Il fut 
promu par l'influence des religieux latins; mais comme, à son 
lit de mort, il refusa de faire une profession de foi catholique, 
on ne le compte pas parmi les patriarches unis. Du reste, ni 
Athanase, ni son prédécesseur Cyrille V ne reçurent de Rome 
la confirmation et le pallium. 

A la mort d'Athanase, ceux des chrétiens de Damas qui étaient 



il) Archives des Affaires étrangères de Franco, Affaires religieuses et missions 
du Levant, 1645-1701. 



LES GRECS MELKITES. 1 1 

restés de cœur à l'union, élurent en 172 t Cyrille VI, qui était 
catholique (1). 

Reprenons ici où nous lavons laissée, la relation Géraïgiry : 
« Depuis Nicolas, le soixante-cinquième des successeurs de Pierre 
sur le siège d'Antioche en 869 jusqu'à Cyrille Tanas sixième 
du nom, en 1724, on compte vingt-cinq patriarches de l'ortho- 
thodoxie desquels on a une entière certitude. En 1727, les Grecs 
de Constantinople tinrent un concile schisrnatique , où il fut 
décidé qu'on imposerait à l'Église d'Antioche une formule de 
foi où l'on n'omettait pas seulement lefilioque, mais par laquelle 
on déclarait formellement que le Saint-Esprit procède du Père 
seulement. Les Pères de ce concile rédigèrent au mois d'août 
de la même année, une lettre synodale pour l'Église d'Antioche, 
obtinrent du Sultan un firman pour autoriser leur décision et 
confièrent ces pièces, qui devinrent des instruments de guerre 
contre le catholicisme, à un certain Sylvestre, prêtre latin apos- 
tat, qui désirait assouvir sa haine implacable contre sa mère 
reniée, l'Église romaine. Sylvestre, qui s'était fait désigner par 
les schismatiques pour le même siège d'Antioche (Damas), 
obtint de la Porte, par la protection des agents anglais, d'être 
reconnu comme patriarche, et extorqua une défense, pour les 
sujets du Sultan, d'embrasser l'union là où il n'y aurait pas de 
consul de la nation française, ce qui s'appliquait à Damas. 
Cyrille VI, qui avait été intronisé, fut obligé de s'enfuir dans 
le Liban, au couvent de Saint-Sauveur. L'évêque d'Alep, Gera- 
simos, qui avait aussi embrassé l'union, fut expulsé. La plu- 
part des prêtres se laissèrent séduire ou intimider. Ceux qui 
résistèrent allèrent au mont Liban rejoindre le patriarche 
uni (2). La succession des patriarches schismatiques continua 
à Damas sans interruption jusqu'à nos jours. » 

Il y eut, pour le rétablissement de Cyrille VI, une tentative 
qui est racontée en ces termes dans un rapport adressé à la 
congrégation de la Propagande, par M. Barestrelli, vicaire pas- 
toral de Constantinople : « Un certain Salomon Ruma, grec 
melkite, s'efforça en 1743 d'obtenir un firman en faveur de 
W T Cyrille, ancien patriarche catholique d'Antioche, appuyé 

(1) II était neveu d'Euthyme, archevêque «le Tyr el Sidon. Serait-ce le neveu 
qui tut envoyé eu France en 1701, comme nous l'avons vu plus haut"/ 

(2) Oriens christ lanus, II, |>. 755. Lett. édil., p. 220 el 255. 



12 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

par M. de Castellane, ambassadeur de France, par M. Bona, 
alors vicaire pastoral, et par deux Grecs très influents et très 
renommés pour leur habileté. Il avait, pour la somme de 
15.000 piastres, fournie partie par la congrégation, partie par 
M gr Cyrille, obtenu le firman tant désiré. Mais combien de temps 
resta- t-il en vigueur? Quarante jours seulement, car le patriar- 
che grec n'ayant pas tardé à être informé de toute cette affaire, 
obtint de suite un firman contradictoire qui l'autorisait à faire 
arrêter le patriarche catholique, à l'exiler et à l'enfermer dans 
le monastère grec schismatique du mont Sinaï. Heureusement 
que M gr Cyrille, prévenu à temps (1), put prendre la fuite et se 
réfugier sur le mont Liban. Salomon, lui-même, se voyant sur 
le point d'être arrêté, s'était caché dans l'hospice des Pères 
Minimes, où il mourut de chagrin quelques jours après. On 
profita de cette occasion pour enlever aux grecs melkites l'É- 
glise catholique qu'ils avaient à Alep, et elle ne leur a jamais 
été rendue. De plus, les pachas de la Syrie, et particulièrement 
celui d'Alep, en vertu du firman obtenu par le patriarche schis- 
matique et pour extorquer de l'argent, ont si cruellement per- 
sécuté ces grecs melkites, qu'ils les ont réduits à un état bien 
misérable et bien digne de pitié (2). » 

Cependant les germes de l'union avec le Saint-Siège, culti- 
vés par les deux Cyrille, ne furent pas perdus. En 1750, alors 
que Cyrille VI était déjà dans la montagne, il y avait 9,000 ca- 
tholiques à Damas, dont un grand nombre était de rite grec. 
A l'évêque d'Alep, Gerasimos, renvoyé par Sylvestre, avait 
succédé, avec l'agrément de Cyrille VI, Maxime, également 
attaché à l'union. Cyrille VI reçut le pallium de Benoît XIV le 
29 février 1744. C'est sur la terre hospitalière du Liban que 
Cyrille VI résidait, et il exerçait de là sa juridiction sur quel- 
ques évêques de la plaine et de la montagne (3). Cet état de 
chose a duré jusqu'au commencement du dix-neuvième siècle. 

Cyrille VI mourut en 1760. Une année avant sa mort, il avait 
abdiqué et, de sa propre autorité, désigné, pour lui succéder, 
son petit-neveu Ignace Giauhar, de Damas, moine de Saint- 

(1) D'après le récit des Lettres édifiantes, il n'exerça môme son autorité que par 
procureur. (I, p. 252.) 

(2) Archives des Affaires étrangères. Turquie, 1772-1775, 4 e supplément, vol. 158. 

(3) Oriens christianus, II, p. 77G-785 et 814. — Lettres édifiantes, p. 252 et 258. 



LES GRECS MELKITES. 13 

Sauveur, qu'il consacra sous le nom d'Athanase. Cette abdi- 
cation et ce choix suscitèrent de grands troubles dans la na- 
tion. La cour de Rome, saisie de l'affaire par le parti opposé à 
Athanase, annula l'abdication comme la désignation et le pape 
Clément XIII éleva lui-même à la dignité patriarcale Maxime, 
évêque d'Alep. 

A la suite de cette promotion directe et insolite, c'est-à-dire 
faite sans l'élection accoutumée, le Pape, respectueux des usages 
consacrés, adressa aux évoques melkites, le 1 er avril 1760, un 
bref où il est dit : « Nous entendons que le choix et l'envoi fait 
« par nous d'un nouveau patriarche n'apportera aucun détri- 
« ment aux évêques et au clergé de ladite nation... Le droit 
« d'élire ou de postuler un patriarche suivant leur coutume 
« n'est pas enlevé aux évêques de ladite nation, de sorte qu'à 
« l'avenir, ils pourront mettre à leur tête comme patriarche 
« celui que, suivant les règles des sacrés canons, ils pensent le 
« mieux convenir dans le Seigneur, comme on a eu coutume 
« de le faire jusqu'à présent. » 

A la mort de Maxime survenue en 1761, deux partis se for- 
mèrent parmi les évêques. Les uns nommèrent Athanase, le 
petit-neveu de Cyrille VI écarté deux ans auparavant par le pape 
Clément XIII ; les autres élurent Théodose, évêque de Beyrouth. 
Les deux partis portèrent la cause devant le Pape, dont le choix 
se fixa sur Théodose. Ce dernier mourut en 1788. Il eut pour 
successeur cet Athanase, petit-neveu de Cyrille VI, qui était élu 
pour la troisième fois. Il mourut en 1704 et eut pour succes- 
seur Cyrille VII, qui n'occupa le trône patriarcal que pendant 
deux années et fut remplacé en 1796 par Agapios Matar. 



IV 



OPPRESSION, PUIS AFFRANCHISSEMENT DES CATHOLIQUES UNIS 
EN TURQUIE. 



Jusqu'en 1830, les Melki tes -unis furent en proie à des persé- 
cutions périodiques, dont les instigateurs étaient ordinairement 
les prêtres grecs non unis. Pour bien comprendre ce qui va 
suivre, il faut se 'rappeler qu'en Turquie, les chefs religieux 
des nations conquises sont en même temps leurs représentants 
et leurs chefs civils, et que leur intervention est nécessaire dans 
tous les actes de la vie privée et publique. Les Turcs, ne fai- 
sant aucun cas des communions chrétiennes et aucune diffé- 
rence entre elles, les méprisant toutes comme de simples su- 
perstitions, ont, au moment de la conquête, classé une fois pour 
toutes les peuples d'après l'idée qu'ils se faisaient de leur 
croyance. Ils les ont divisés arbitrairement en deux groupes et 
donné à chacun un chef pour l'administrer. 

Jusqu'en 1830, tous les sujets catholiques de l'Empire otto- 
man (à l'exception de ceux qui étaient latins) furent placés 
sous la juridiction des patriarches schismatiques, c'est-à-dire 
du grec pour les chrétiens de ce rite et de l'arménien pour 
tous les autres. C'était à ces rivaux, ou plutôt à ces ennemis 
intimes que les catholiques devaient payer le droit de baptiser 
les enfants, de bénir les mariages, d'enterrer les morts. Des 
grecs catholiques morts restaient sans être ensevelis , et l'on 
ne pouvait obtenir la permission de les enterrer que sur le 
reçu de la somme exigée par l'évêque schismatique. « Il y a 
à Damas 10.000 Grecs-unis sans église! écrivait, en 1816, 
M. Pillavoine, consul de France à Saint-Jean-d'Acre. Quatorze 
prêtres arabes vont journellement dire la messe chez les prin- 
cipaux qui , les dimanches et fêtes , vont à l'office divin 
à l'église de Terre-Sainte ou à celle des Pères capucins. » A 



LES GRECS MELKITES. 15 

Damas et au Caire, où résidaient les patriarches non unis, les 
melkites catholiques ne pouvaient garder leur costume. « C'est 
à cause de cela, dit Fauteur d'un mémoire sur l'Église grecque 
unie, que bien souvent, dans les temps de persécution, les prê- 
tres grecs catholiques entraient dans la ville déguisés en 
paysans, portant des herbages sur leur dos comme s'ils allaient 
les vendre au marché, et ce n'est qu'à la laveur de ce déguise- 
ment qu'ils pouvaient pénétrer dans les maisons de leurs core- 
ligionnaires et leur administrer les sacrements (1). » On con- 
serve encore le souvenir d'une terrible persécution, suscitée à 
Alep en 1818, par l'évêque non uni Gerasimos. Nous em- 
pruntons les détails suivants à une lettre de M gr Geha, arche- 
vêque d'Alep, qui a été insérée dans le Bulletin de l'Œuvre 
des Écoles d'Orient, n° 166 : . 

« En 1818, les Grecs schismatiques réussirent à persuader à 
la Sublime Porte que le dévouement filial et l'obéissance reli- 
gieuse des melkites envers le Souverain Pontife, et leurs sym- 
pathies pour la France, étaient des preuves incontestables de 
leur hostilité à l'égard du Sultan, et de leur soumission à une 
puissance étrangère. Ils purent obtenir ainsi un firman obli- 
geant, sous peine de mort, les malheureux grecs unis d'Alep à 
reconnaître pour leurs chefs spirituels les prélats schisma- 
tiques. 

« Pourtant, grâce à la foi et à l'énergie de nos fidèles, ces 
ordres néfastes ne purent obtenir le résultat désiré. Voici, en 
effet, ce qui se passa : 

« L'Archevêque schismatique, arrivé à Alep, se présenta au 
gouverneur de la province, porteur de l'ordre du Sultan. Les 
grecs catholiques furent en conséquence convoqués devant le 
konak, et le firman leur fut signifié par le pacha , en présence 
de l'évêque schismatique Gerasimos, dont le cœur était aussi 
féroce que celui d'un tigre, car il aimait mieux massacrer les 
catholiques que de les laisser dans leur soumission au Pape. 

« Mais d'une voix unanime la foule s'écria : « Nous som- 
mes catholiques ! Nous ne reconnaissons d'autre chef spirituel 
que le Vicaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le successeur de 



(1) Mémoire sur l'état actuel de l'Église grecque catholique dans le Levant; 
Marseille, 1841. 



16 REVUE DE L'ORIENT CHRETIEN. 

saint Pierre, le Pontife Romain! » Alors, sur les excitations 
et les instances de Gérasimos, le pacha, nouveau Néron, n'hé- 
sita pas à faire tuer sur-le-champ les principaux grecs catholi- 
ques de la malheureuse ville d'Alep. 

« Leur sang inonda la terre, mais leur courage et leur fer- 
meté dans la foi catholique se montrèrent encore plus forts que 
la haine de Gérasimos et la cruauté du pacha. 

« A mesure, en effet, qu'une victime avait la tête tranchée, 
d'autres melkites se présentaient d'eux-mêmes vers le bourreau, 
en se proclamant catholiques. Un Maronite fut également mas- 
sacré pour s'être avancé avec les melkites en s'écriant : « Moi 
aussi je suis un enfant de l'Église catholique et prêt à subir, 
pour ma foi, le martyre qu'ont enduré mes frères les melkites ! » 
Onze grecs catholiques furent ainsi mis à mort, et tous étaient 
disposés à endurer le dernier supplice plutôt que d'adhérer au 
schisme. 

« Le gouverneur, reconnaissant enfin que l'intimidation ne 
saurait dompter ces âmes si vaillantes, reprocha sa barbarie à 
l'archevêque schismatique , qui fumait tranquillement son nar- 
guilé en regardant d'un œil sec cette horrible boucherie; et 
en même temps le pacha ordonna de cesser le carnage. 

« Pourtant les schismatiques ne s'avouèrent pas vaincus 
pour cela; mais, continuant leur œuvre de haine, ils obtinrent 
un second firman leur conférant les églises melkites d'Alep, les 
biens du diocèse, l'évêché, la bibliothèque, etc. Cet ordre, qui 
condamnait aussi à l'exil le clergé grec uni, fut ponctuellement 
exécuté. La spoliation fut complète et le clergé melkite dut se 
réfugier dans le Liban. C'est là que ne tarda pas à mourir le 
pauvre archevêque uni d'Alep, que cette violente persécution 
avait si cruellement éprouvé. 

« Pendant huit ans, notre malheureuse Eglise resta sans prê- 
tre ni évèque. On avait même défendu à nos melkites d'aller 
prier dans les églises catholiques des autres rites, et aux prêtres 
de ces rites de leur administrer les sacrements et même de les 
laisser entrer dans leurs églises. 

« Mais que peut la brutalité contre la force divine que Notre- 
Seigneur Jésus-Christ met au cœur de ses fidèles? 

« Violences, persécutions, édits, tout fut inutile! Nos coura- 
geux melkites bravaient tout pour aller faire leurs dévotions 



LES GRECS MELKITES. 17 

dans les églises catholiques, et je dois ajouter que l'énergie et 
le dévoùment du clergé de tous les rites unis furent à la hauteur 
de ces douloureux événements, car non seulement les évêques 
catholiques les recevaient et les invitaient à venir dans leurs 
églises, mais on voyait les prêtres aller de nuit, au péril de leur 
liberté et de leur vie, administrer les sacrements aux mel- 
kites qui les réclamaient. Je suis heureux de rendre témoi- 
gnage à cette admirable charité chrétienne dont le clergé de 
tous les rites catholiques fit preuve en faveur de nos mal- 
heureux frères, dont l'énergie et la constance se maintinrent 
toujours à la hauteur de ces devoirs que la Foi catholique 
leur imposait. » 

Beaucoup d'exilés se réfugièrent à Marseille. Les missionnai- 
res européens avaient aussi été renvoyés. Rien de ce qui avait 
été pris et donné aux schismatiques ne fut jamais rendu (1). 

En 1820, l'évêquenon uni de Tripoli, Zacharie, muni d'ordres 
de la Porte, faisait lier et exiler les prêtres unis. On voit, du 
reste, d'après le même rapport de M. Pillavoine, que l'intolé- 
rance provenait, à Damas du moins, plutôt du clergé que de 
la population schismatique. « Les schismatiques, dit-il, n'in- 
quiètent les unis en aucune façon. Leur pauvreté et leur petit 
nombre les obligent de vivre en bonne intelligence avec les ca- 
tholiques qui, étant riches et nombreux, payent pour ainsi 
dire une partie de leur tribut annuel (2). » 

Dans cette ville, « il venait un prêtre tous les mois à peu 
près. Il prenait le costume d'un moukre et arrivait avec un 
sac de légumes sur son dos. Il criait ses légumes. Alors une 
femme ou l'autre ouvrait sa porte ; le prêtre entrait. On avertissait 
les catholiques. Tous venaient les uns après les autres. On veillait 
du haut des terrasses. On faisait les confessions jusque après 
minuit. Le prêtre alors disait la messe et communiait les fi- 
dèles. Le lendemain, il allait dans une autre maison jusqu'à 
ce que toute la paroisse eût communié. Quelquefois l'éveil fut 
donné aux schismatiques et ils ne manquaient pas d'appeler 
les musulmans. Des soldats et des jeunes gens s'attroupaient : 
on arrêtait ceux qui s'y trouvaient, on les insultait, on les frap- 

(1) Voir aussi la Jlevue Je l'Église /yrecque unie, octobre 1885. 
(?) Archives des Affaires Etrangères. Turquie, mémoires et documents. 
Vol. XIII. Affaires religieuses, 1W8-1841. 

ORIENT CHRÉTIEN. 9 



18 REVl i: DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

pait; après après quoi, on les mettait en prison et ils n'en sor- 
taient qu'après avoir payé de fortes amendes. 

« Un jour, on surprit le prêtre (lisant la messe : on L'emmena 
en prison avec ses ornements sacerdotaux. Avec lui furent em- 
prisonnés les plus distingués des catholiques Le gouverneur les 
condamna à recevoir chacun cinquante coups de grand fouet... 
Ce fut le tour du plus riche el plus distingué : c'était un homme 
de 1res faible santé. Alors un des prisonniers s'écria : • Frappez 
« moi en sa place; sijemeurs, La perte ne sera pas grande ; mais, 
« pour lui, il est nécessaire à ma nation. » Le gouverneur, touché 
de cet acte de charité, r la flagellation et renvoya les 

chrétiens à la prison. ■ (Revue de F Église grecque unie, 1. 
p. 146.) 

i n schismatique avait été pris par erreur. \ ite bob chef alla 
trouver le gouverneur <'t obtint sa mis.' .ai liberté, qu'on lui 
annonça; mais il répondit : • Je suis catholique, très catho- 
lique. Mie/ dire à votre patriarche que je suis devenu catho- 
lique et j' 1 n»' veux i as de votre < :iel ;'t vous, persécuteurs. ■ I I 
il est resté catholique ;i\.'r sa famille. (Ibidem.) 

La plus terrible de ces persécutions générales contre les 
tholiques eut Lieu en 1828; ce lut La dernière. Elie était diri- 
gée contre les arméniens-unis : -J 1 ». l'entre eux furent 

proscrits de Constantinople h durent, en quelques jours, s.' ren- 
dre dans l'intérieur de L'Asie. Les premiers par ta richesse et 
parla naissance furent mis à mort ••! leurs biens confisqués. I • 
gouvenit'iii'iit français s'émut de ce désastre. La Porte, sollici- 
tée «'t vaincue par les démarches de notre ambassadeur, le 
général Guilleminot, .a de L'ambassadeur d'Autriche (1829 
1830), révoqua le décret prononcé contre les arméniens. Mais 
la satisfaction alors obtenue ne s.' borna pas â réparer une 
partie des désastres passés. La France obtint que tous les 
sujets catholiques de la Turquie, ;'i quelque rite qu'ils appartins- 
sent, fussent émancipés de la domination >\>^ schismatiques. 
Le patriarche civil de la plus Importante de ces nations, celle 
des Arméniens, reçut La juridiction sur tous les rayas catholi- 
ques de Constantinople et des provinces de l'empire, parmi 
firman du -2 1 de redjeb 1256 1830). 

Mais le vicaire apostolique latin "t L'ambassadeur d'Autriche, 
pour des raisons qu'il serait inutile de rapporter ici. étaient op- 



LES GRECS MELKITES. 19 

posés à cette réunion de tous les catholiques de rites orientaux 
sous la juridiction du patriarche arménien. Aussi, par l'efifel 
de leurs conseils, en 1840, LesMelkites et les Syriens (désignés 
à-Constantinople sous le nom collectif d'alépins) demandèrent 
et obtinrent par une ordonnance vizirielle l'autorisation de se 
faire inscrire à la chancellerie des rayas latins. A la même 
époque, le patriarche maronite envoyait à Constantinople un 
agent spécial, chargé de traiter directement les intérêts de sa 
nation auprès de la Porte. Le patriarche arménien n'ayant pas 
réussi à taire rentrer ces ouailles récalcitrantes dans son ber- 
cail civil, déclara lui-même qu'il cessait désormais de s'occu- 
per des affaires des catholiques d'un rite différent du sien. En 
18 1 1 el en 18 15, les Chaldéens el les Syriens rentrèrent dans le 
giron du patriarcat arménien; mais cette association ne conve- 
nait pas au caractère du prélat qui était alors à la tête des 
Melkites, et dont il va être parlé amplement (1 1, après que nous 
aurons rappelé les derniers actes du patriarche Agapios, dont 
nous avons mentionné plus haut l'exaltation en I 796. 



(li L'accord intervenu alors entre les trois communions uniates a été publié 
dan- /." Chaldée chrétienne, par \. d'Avril. Paris, Challamel, p. 86, l™ édition. 
I : édition 1892 ne reproduit pasce document, el se borne à un renvoi aux 
archives des Affaires Étrangères. 



SUITE DES PATRIARCHES MELKITES. — MAZLOUM. 

En 1811, le patriarche Agapios Matar fonda à Aïn-Traz, au- 
près de Deïr-el-Kamar dans le mont Liban, un collège national 
et y établit sa résidence (1). 11 appela à la direction de ce col- 
lège l'homme qui, depuis cette époque, a joué le plus grand 
rôle dans les affaires melkites. 

Maxime Mazloum est né à Alep en 1779. Il fut, en 1806, se- 
crétaire du synode antiochien de Karkafé dont il sera parlé plus 
bas. En 1810, il fut élu et sacré évèque d'Alep. En 1811, il était 
appelé à la direction du collège national d'Aïn-Traz. 

M gr Agapios mourut à Aïn-Traz le 31 janvier 1812 et fut 
remplacé le février suivant par M" Ignace, Sarrouf qui mou- 
rut empoisonné, le 6 novembre de la même année. Il eut pour 
successeur Athanase .Matar. Ce dernier fut remplacé lui-même 
en 1813 par Macarios Taoul. auquel Ignace Kaltan succéda 
en 1815. 

Cependant, l'élection de Maxime Mazloum au siège d'Alep 
ayant été contestée par le pape Pie VII, le prélat melkite était 
parti en 1813 pour l'Europe. Il y séjourna consécutivement dix- 
huit années pendant lesquelles il habita successivement Trieste, 
Venise, Rome, Livourne, Vienne et Marseille. A Rome, il étu- 
dia le grec, le latin et l'italien. Il traduisit en arabe beaucoup 
de livres de piété et entre autres quelques traités de Liguori, 
pour l'usage de sa nation. 

L'élection d'Alep ayant été cassée à Rome, Mazloum s'était 
soumis à cette décision et avait reçu le titre in partibus d'évè- 
que de Myre en Lycie. En 1831, le pape Grégoire XVI renvoya 
M'-" Mazloum en Syrie, accompagné de deux Pères et un Frère 
jésuites, pour réorganiser le collège d' Aïn-Traz. Il enrichit 

(1) Sur le collège d'Aïn-Traz, voir la Revue des Églises d'Orient. 



LES GRECS MELKITES. 21 

cet établissement d'une collection d'environ 2.000 volumes. 

A la mort du patriarche Ignace Kaltan, M gr Mazloum fut 
élu pour lui succéder, le 24 mars 1833, dans un synode tenu 
au monastère de Saint-Georges, et il fut confirmé par le Pape 
en 1835. C'est alors qu'il prononça à Damas, sur la primauté 
du Pontife romain, un sermon qui excita vivement Tanimosité 
des hérétiques et des schismatiques (1). Les Égyptiens étaient 
maîtres de la Syrie. Leur autorité protectrice et tolérante per- 
mettait au patriarche melkite de sortir de la retraite du Liban. 

En 1840 et 1841, M gr Mazloum fit un nouveau voyage et vi- 
sita Rome et Paris. De cette ville il se rendit à Constantinople 
où il demeura six ans et demi. C'est pendant ce séjour qu'eu- 
rent lieu avec le patriarcat arménien catholique les difficultés 
dont nous avons déjà parlé et à la suite desquelles M gr Mazloum 
fut reconnu par le gouvernement turc, pour les affaires civiles, 
comme patriarche d'Antioche, d'Alexandrie et de Jérusalem, 
comme chef unique et immédiat de la nation grecque melkite. 

Le patriarche retourna en Syrie en 1848 et il s'y occupa acti- 
vement de relever sa nation. Il fit bâtir vingt églises et trois 
résidences patriarcales et consacra un grand nombre d'évêques. 
Après les massacres du Liban en 1841, M gr Mazloum trans- 
féra officiellement le patriarcat à Damas, où ce siège se trouve 
encore. C'est ainsi que le patriarcat grec uni, après avoir erré 
plus d'un siècle, rentrait triomphalement dans la ville d'où 
Cyrille VI avait été expulsé. 

M gr Maxime Mazloum mourut à Alexandrie d'Egypte, le 
22 août 1856. Les grands progrès que la nation melkite a ac- 
complis de nos jours sont dus à l'émancipation civile et aussi à 
l'action de ce patriarche. C'était, à ce qu'on dit du moins, un 
homme d'un caractère altier et intraitable; il eut souvent des 
difficultés avec la délégation apostolique et avec les diplomates 
français, ses protecteurs. Aujourd'hui qu'il est mort, on doit 
surtout se rappeler le bien qu'il a fait à sa nation, l'une des plus 
civilisées et des plus entreprenantes de l'Orient (2). 

Clément Bahus lui succéda. 

(1) Grégoire XVI mentionne ce sermon dans son allocution du I e * février 1836. 
(Bullarium S. C. de Propaganda Ficle), t. V, p. 130. 

(2) Nous aurons occasion de parler encore de 31s 1 ' Mazloum dans les chapitres 
suivants. 



VI 



TRIBULATIONS DES MELKITES DEPUIS LEUR AFFRANCHISSEMENT. 

Nous avons suivi sans interruption la série patriarcale ; mais 
il ne faudrait pas croire que les tribulations de l'Église melkite 
eussent cessé par l'émancipation que la France obtint en 1830. 
A la vérité, cette Église n'était plus soumise à l'oppression en 
quelque sorte organique des Grecs non unis ; mais elle était ré- 
servée à des épreuves de toute sorte. 

Nous dirons d'abord un mot de l'affaire des bonnets. Grâce 
aux manœuvres de l'ambassade russe à Constantinople et du 
consul de Grèce en Egypte, on réussit quelque temps à persé- 
cuter M" r Mazloum et son clergé pour les empêcher de porter 
le costume ecclésiastique traditionnel et surtout la coiffure ap- 
pelée calymafkion. L'ambassade de France eut beaucoup de 
mal, en 1840, à obtenir la cessation de cette ridicule persé- 
cution (1). 

Nous avons vu que le patriarcat melkite et une partie de la 
nation avaient trouvé au dix-huitième siècle une généreuse 
hospitalité dans le Liban, quoique la dynastie régnante des 
Cheab fût encore infidèle. A partir de 1840, le gouvernement 
anglais, par haine du catholicisme et de la France, réussit à 
souffler la haine religieuse et l'intolérance dans la montagne, 
qui est devenue depuis lors, et pour cette seule cause, le théâtre 
de massacres périodiques (2). C'est là un fait qui est déjà ac- 
quis à l'histoire. Les Maronites n'en ont pas été les seules vic- 
times. Voici une lettre touchante que M Br Mazloum écrivit au 
roi Louis-Philippe le 17 décembre 1841 : 

(1) Mémoire sur l'état actuel de V Église grecque catholique dans le Levant, pages 
7 à 11: Marseille, 1841. 

(2) Consultez: Les droits du Liban, dans le Bulletin de l'Association de Saint-Louis 
des Maronites; Paris, Challamel, 1887. 



LES GRECS MELKITES. 23 

« Le nombre des hommes, femmes et enfants égorgés par 
surprise ou qui ont péri en se défendant, soit grecs melkites, 
soit Maronites, est très considérable. Il y a parmi ces victimes 
un certain nombre de prêtres et de religieux... Les dommages 
causés au grecs catholiques placés sous ma juridiction s'élè- 
vent à plusieurs millions de piastres. Les malheurs auraient été 
bien plus grands, le Kesrouan et le reste de la province seraient 
ruinés sans la bravoure des habitants de Zahlé, la plupart grecs 
melkites catholiques qui, assistés de l'émir Kangiar, ont sou- 
tenu deux combats, le 5 et le 13 novembre, contre près de 
G. 000 Druses... (1). En se retirant, les Druses ont porté partout 
le fer et le feu, et ont fait de ces belles contrées un théâtre d'hor- 
reur. La plus sensible et la plus grande des pertes immenses de 
la nation melkite catholique est celle du collège national de 
lWnnonciation à Aïn-Traz, près de Deïr-el-Kamar. La maison 
patriarcale, voisine du collège, les archives du patriarcat, la bi- 
bliothèque, tous les ornements et insignes pontificaux, de ri- 
ches dépôts en or et en argent sont à jamais perclus. Après 
avoir saccagé, les Druses ont mis le feu, de même qu'ils ont 
fait au village d'Abra, près de Saïda, qui était le patrimoine de 
notre collège. » 

Le Liban avait donc cessé, grâce à l'action anglaise, d'être un 
asile sûr. Mais la malheureuse Église melkite ne devait pas 
trouver plus de sécurité dans la plaine, à cause de la faiblesse 
du gouvernement turc, et quelquefois de la complicité de ses 
agents les plus haut placés. M gr Mazloum se trouvait à Alep au 
moment du massacre de 1S50 ; sa maison et celle de l'évèque 
furent pillées. Le patriarche perdit pour 40.000 piastres de 
meubles et d'effets précieux. A Damas, son successeur et sa 
nation eurent à souffrir toutes les horreurs du massacre de 1860. 
L'école patriarcale et nationale d'Aïn-Traz fut de nouveau dé- 
truite à la même époque. 

Je me suis étendu sur ces désastres pour faire bien sentir aux 
Occidentaux combien la situation des chrétientés d'Orient est 
triste et précaire. Si nous avons ces souvenirs présents, nous 
serons disposés à montrer de l'indulgence pour les défauts. 

(1) La ville de Zahlé â été pillée par les Druses en 1860. 



VII 



LES SYNODES MELKITES 



Les Grecs melkites étant unis avec le Pape, nous n'avons rien 
de particulier à dire sur leurs croyances, qui sont celles de l'É- 
glise catholique, apostolique et romaine. Ils ajoutent le filioque 
au symbole de Nicée. Nous aurons seulement à mentionner ici 
l'histoire d'un dissentiment sur différents points de dogme et de 
discipline qui a eu son origine en 180G et n'a été terminé qu'en 
1835. 11 faut même reprendre les choses d'un peu plus haut. 

Au commencement de ce siècle, le siège melkite d'Alep était 
occupé par un certain Germanos Adam. Ce prélat avait d'abord 
joui de la confiance du Saint-Siège de Rome, qui le désigna 
pour assister comme délégat à un synode maronite. Mais, par 
un bref de Pie VII, du 1 C1 février 1802, nous voyons qu'on eut 
bientôt des doutes sur les doctrines de Germanos Adam relati- 
vement à la primauté du Saint-Siège. En effet, dans ce bref, 
le Pape invite le patriarche melkite, qui était alors Agapios, à 
informer sur les doctrines de ce prélat, à envoyer ses écrits à 
Rome et à lui faire signer une adhésion à la bulle Auctorem 
fklei. 

L'évêque Germanos Adam assista, en 180G, au synode que le 
patriarche Agapios célébra dans le couvent de Saint- Antoine de 
Karkafé, situé à deux lieues de Beyrouth, sur la route de Deïr- 
el-Kamar. C'est à l'évêque d'Alep qu'on attribue les opinions 
émises par ce synode dont les actes furent imprimés à Chouaïr 
vers 1810, avec un catéchisme dont il était l'auteur (1). A cette 
occasion le pape Pie VII condamna les écrits de Germanos et 
en défendit la circulation. 

Il paraît que les idées émises dans le synode de Karkafé 

(1) Ce catéchisme a été plus tard corrigé par M. Poussou, lazariste, et imprimé 
à Paris. 



LES GRECS MELKITES. 25 

avaient rencontré quelque faveur. Lorsque le pape Pie VII, le 
3 juin 1816, cassa l'élection au siège d'Alep de M" 1 Mazloum, 
comme nous avons vu, ce ne fut pas seulement à cause du 
petit nombre d'électeurs et du caractère tumultueux de l'acte, 
mais parce que l'élection avait été faite par des gens qui pre- 
naient parti pour la mémoire et les doctrines de Germanos 
Adam. A cette occasion et exceptionnellement, le Pape nomma 
directement au siège d'Alep Basile Araktingi, supérieur des 
Basiliens de Chouaïr. Mais les troubles ne cessèrent pas; 
en effet, dans un bref du 8 mai 1822, Pie VII parle encore 
des dissentiments existant entre les grecs catholiques de cette 
ville à l'occasion des écrits de Germanos Adam. Sa Sainteté dé- 
fendit alors expressément d'enseigner l'une des erreurs conte- 
nues dans ces écrits, celle relative à l'efficacité des paroles de 
la consécration eucharistique. 

Cependant le Saint-Siège ne s'était pas encore prononcé di- 
rectement sur les opinions dogmatiques et disciplinaires con- 
tenues dans les actes du synode de 1806. Il ne le fit qu'en 1835. 
Nous donnerons ici la traduction de cette condamnation qui est 
insérée au tome V du Bullaire pontifical. On y trouvera l'in- 
dication des opinions émises par les Pères de Karkafé. 

Condamnation du synode melkite de Karkafé. 

Grégoire XVI 

« Le synode des melkites catholiques, appelés d'Antioche, qui a été tenu, 
en 1806, au monastère de Karkafé et ensuite, sans que le Siège apostolique 
romain ait été consulté, imprimé en 1810 en caractères arabes, a depuis 
longtemps encouru diverses réfutations de la part des hommes soucieux de 
la pureté du dogme catholique. Quelques évoques de l'Orient, ainsi que des 
pasteurs inférieurs d'âmes, dénonçaient la doctrine audit synode comme 
à eux suspecte dans bien des points et désagréable. Et Nous, constitué gar- 
dien suprême de l'Eglise, lorsque nous avons entendu ces querelles s'ac- 
croître chaque jour et avons vu l'habitude de tenir des synodes se propa- 
ger en Orient et, avec le temps, se consolider d'une certaine manière: 
considérant le cas comme très grave, nous avons pris soin qu'un exemplaire 
du synode, traduit exactement en italien, signé de la main du vénérable 
frère Maxime Mazloum et reconnu par lui comme fidèle, c'est-à-dire con- 
forme à l'original arabe, fût soigneusement examiné par des théologiens 
savants et par le conseil de nos vénérables frères les cardinaux de la S. E. R- 
chargés de la revision des livres de l'Église orientale. 

« Cependant, avant de prononcer notre jugement à ce sujet, nous avons 



26 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

pensé à donner avis, par des lettres écrites sur notre ordre par la congré- 
gation De Propagande Fide, au vénérable frère Maxime Mazloum, élu alors 
patriarche des melkites catholiques, de l'opinion de la censure romaine dé- 
favorable à ce livre: et nous avons demandé audit patriarche élu quelle 
était sa manière de voir à ce sujet, c'est-à-dire comment lui paraissait la 
doctrine du susdit synode. Or, celui-ci répondit à la congrégation De Pro- 
pagande Fide par des lettres qui, écrites de sa propre main, sont conservées 
par nous et dans lesquelles il protesta de sa soumission à l'Eglise romaine 
et à ses jugements et de son obéissance complète de façon à ne laisser sub- 
sister aucune raison de douter de sa sincérité. Et, en désignant le synode 
de Karkafé, il dit : qu'il ratifiera tout ce qui aura été décrété par le Saint- 
Siège romain, qu'il y prêtera obéissance docile et foi ferme; et, qu'en at- 
tendant le jugement sur L'instance pendante, il ne distribuera pas les exem- 
plaires du livre, ne fera point usage de ses décisions et ne lui attribuera, 
comme il lui avait été mandé sur notre ordre, aucune autorité. 

« Cette déclaration la plus claire de soumission et d'obéissance et l'im- 
probation des doctrines erronées de Germanos Adam, autrefois archevêque 
de Hiérapolis (Alep), auxquelles le vénérable frère Maxime Mazloum affirme 
n'avoir jamais adhéré, déclaration et improbation exprimées encore dans 
d'autres lettres adressées à nous-mêmes,jious ont tellemenl plu. elles imi- 
tant réjoui notre 1 esprit et l'on rendu si libre de toute crainte que nous avons 
pris la décision etde condamner le synode, selon le devoir de notre charge, 
et en même temps de confirmer le vénérable frère Maxime Mazloum comme 
patriarche et de lin envoyer le pallium pris du corps de saint Pierre (1). 

« Il est vrai que le livre du synode imprimé fait parade sur son titre 
d'une certaine approbation d'Aloïs Gandolphe, autrefois délégué apostolique 
au Liban, approbation que le Saint Siège romain n'a jamais connue et qui 
doit être attribuée ou au manque île connaissance de la langue arabe, ou à 
la fraude ou fausseté de quelqu'un, outre que l'approbation des synodes 
n'est point dans les pouvoirs ordinaires des délégués; toutefois il est certain 
(pie beaucoup d'erreurs se laissent apercevoir soit dans le synode, soit dans 
les instructions qui y sont jointes. 

« Et d'abord, en effet, ce synode, sur beaucoup de questions, puise, taci- 
tement et frauduleusement, dans le synode de Pistoïa, depuis longtemps 
condamné, et contient, en partie littéralement et en partie insinuées d'une 
façon ambiguë, quelques propositions du même synode condamnées par 
le Saint-Siège apostolique. Ensuite, il fait quelques propositions du même 
synode condamnées par le Saint-Siège apostolique. Ensuite, il fait quel- 



(1) Le pallium est.une bande de laine blanche, large d'environ trois doigts, tis- 
sée en forme circulaire, qui ceint les épaules, qui a de chaque côté «les cordons 

pendant sur les épaules et la poitrine avec six croix tissées de soie noire, et qui 
est cousue et attachée par trois épingles d'or. Il est prissur l'autel où est enfermé 
le corps de saint Pierre; c'est pourquoi l'on dit qu'il est pris du corps <\\[ même 
saint. Le pallium indique la plénitude du pouvoir îles patriarches et <]es métro- 
politains. 

(Devoti. — De Hierarchiâ ecclesiaslicâ col. 1230, dans l'éd. Migne.) 



LES GRECS MELKITES. 27 

quefois, sur les sacrements et sur les vertus, des définitions et des décisison 
peu justes. 11 goûte le baïanisme (1), le jansénisme et autres opinions mau- 
vaises semblables ; il infirme la force et la nature des indulgences, qui n'ont 
d'efficacité, à son avis, que par rapport aux peines canoniques, et de cette 
façon il renouvelle la doctrine condamnée déjà dans Luther et dans le sy- 
node de Pistoïa ; il attaque le pouvoir de l'Eglise, notamment le pouvoir 
(•(•actif (?) ; il s'oppose indirectement aux appellations au Saint-Siège ro- 
main, affirme à tort (pie l'autorité des synodes provinciaux a été ancienne- 
ment péremptoire et parait défigurer l'origine de la juridiction sacrée; 
surtout il calomnie avec un zèle fâcheux, à plusieurs reprises, la discipline 
de l'Église, fait passer le célibat du clergé pour préjudiciable parfois à l'ad- 
ministration des paroisses, rend très difficile par la dureté excessive et 
injuste des paroles la création des évêques et du clergé; il définit audacieu- 
sement différentes controverses sur lesquelles le jugement est encore pen- 
dant, entre autres celles relatives à l'autorité du synode provincial, en enfin, 
sous le prétexte fallacieux de réforme, non sans une certaine apparence de 
piété et de zèle, il trouble l'état de l'Eglise. 

Aussi de notre autorité apostolique, nous désapprouvons et condamnons 
par les présentes le susdit synode d'Antioche, qui contient ces erreurs et 
plusieurs autres contraires à la saine doctrine et à la discipline approuvée 
de l'Eglise ; nous déclarons tous ses actes et décrets nuls et sans effet ; nous 
interdisons enfin l'usage de tout le livre dans n'importe quel idiome, tant 
en manuscrit qu'imprimé; et nous défendons à jamais l'impression dudit 
livre. Nous invitons enfin, d'une manière formelle, le vénérable frère 
Maxime Mazloum, patriarche des grecs melkites, ainsi que les autres pa- 
triarches et évêques des différents rites et nations à exclure le livre dudit 
synode de l'usage de leurs Eglises et à repousser ses doctrines en tant 
qu'elles ont été désapprouvées et condamnées par Nous; et à s'attacher 
plutôt aux synodes orthodoxes, particulièrement aux anciens, qui sont si 
nombreux dans l'Eglise de Dieu, qui ont été célébrés par des saints et sa- 
vants Pères et approuvés par nos prédécesseurs pontifes romains et à les 
prendre pour règle de leur conduite et de leurs doctrines. 

« Donné à Piome. à l'église de Sainte-Marie-Majeure, sous l'anneau du 
Pêcheur, le 3 juin 1835, de notre pontificat la cinquième année. » 

M"'" Mazloum, on l'a vu, s'était soumis d'avance à la déci- 
sion du Pape : il y adhéra formellement par une lettre du 15 oc- 
tobre 1835. Pendant son patriarcat, il tint à Aïn-Traz un autre 
synode, dont les actes furent, suivant l'usage envoyés à Rome et 
approuvés. 

(1) Opinion sur la grâce qui a surgi à Louvain vers 1550 et qui a été l'origine du 
jansénisme. 

(2) Los opinions contraires au pouvoir coaclif de l'Église, qui avaient été for- 
mulées par le synode de Pistoïa, sont condamnées par la bulle de Pie VI Auctorem 
fidei, au chapitre intitulé : De polestate Ecclesiœ quoad conslituendam et sancien- 
dam exleriorem discipUnam. 



28 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

Enfin un dernier synode de l'Église melkite fut célébré à Jé- 
rusalem par le patriarche Mazloum en 1849. Les résolutions 
du synode furent expédiées à Rome avant d'être publiées. 
Quelques-uns des évoques qui avaient pris part à cette réu- 
nion, envoyaient en même temps auprès du Saint-Siège des 
observations tendant à en empêcher l'approbation. Outre quel- 
ques erreurs qui avaient pu s'y glisser de bonne foi, on faisait 
observer que l'esprit du synode n'était pas empreint d'un sen- 
timent d'humilité et de zèle évangélique. La cour de Rome en 
ordonna l'examen, mais M ?r Mazloum vint à mourir avant que 
cet examen ait eu lieu. Son successeur, M** Clément et plu- 
sieurs évoques demandèrent la suppression pure et simple du 
synode, ce qui leur fut accordé, et l'examen n'eut pas lieu. Le 
synode de Jérusalem n'a pas été publié : il ne m'a pas été pos- 
sible d'en trouver un exemplaire manuscrit. On pense même 
que l'instrument original aura été détruit pendant le sac de 
Damas, en 1860. 



VIII 



CLEMENT BAIIUS. — SUITE DES PATRIARCHES MELKITES. 

Peu de temps après son élection, c'est-à-dire en 1857, le pa- 
triarche Clément Bahus décréta la substitution du calendrier 
grégorien au calendrier Julien, alors en usage dans l'Église 
melkite. Si le patriarche avait consulté au préalable sa nation, 
qui est sensée et amie du progrès, il eût probablement obtenu 
l'assentiment général à une mesure excellente en soi, mais pour 
le mode d'introduction de laquelle il fallait agir avec prudence, 
vu l'attachement des Orientaux à leurs anciens usages et leur 
crainte d'être latinisés. Le patriarche ne le fit pas et son décret 
suscita un orage terrible, aussi bien en Egypte qu'en Syrie. 

L'un des principaux instigateurs du mouvement fut un ex- 
basilien nommé Gibarra, qui avait été sécularisé. En Egypte, 
où il se trouvait, il essaya d'ouvrir une chapelle séparée; mais 
le consulat de France la fit fermer à la réquisition du patriar- 
che. Après avoir publié des pamphlets contre Rome et contre 
les prélats de sa nation, Gibarra forma le projet d'organiser une 
nouvelle communion melkite. S'étant entendu avec le consul de 
Russie qui favorisait ses vues, il alla soumettre son plan au pa- 
triarche grec de Jérusalem et se rendit de là à Constantinople, 
où ses propositions furent chaleureusement accueillies par le 
phanar. A son retour à Beyrouth, Gibarra était muni de lettres 
de l'ambassadeur de Russie; tous les consuls de cette puis- 
sance travaillèrent à semer la division parmi les melkites. 

Ce qu'il y eut de remarquable dans ce mouvement, c'est que 
les dissidents ne voulaient pas se fondre avec les grecs dits 
orthodoxes, mais former une nouvelle communion sous le nom 
de grecs orientaux (charki), et ils y réussirent, pendant quelque 
temps, à Damas où ils avaient une église séparée. On compta 
alors clans cette ville trois communions différentes, célébrant 



30 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

d'après le rite grec en langue grecque ou arabe : 1° les ortho- 
doxes relevant du patriarche grec d'Antioche; 2° les melkites 
unis soumis à M" 1 ' Clément Bahus; 3° les melkites charki. Il y 
eut aussi une chapelle des charki à Beyrouth (1). 

Les événements qui désolèrent la Syrie en 18(30 ramenèrent 
beaucoup de dissidents. Quelques années plus tard la commu- 
nion des Charki finit par se dissoudre et par rentrer sous l'obé- 
dience de son patriarche, en suivant aussi la réforme du calen- 
drier, déjà adopté, du reste, par les Syriens, les Chaldéens et 
les Maronites. Le 2 février 1865, les charki et les autres mel- 
kites célébraient ensemble la fête de la Purification au jour gré- 
gorien. Cependant la chapelle qui avait été fondée à Beyrouth 
continua à être desservie par Gibarra, qui n'a pas fait sa sou- 
mission, mais dont le troupeau était composé de deux ou trois 
familles seulement. 

L'affaire du calendrier était apaisée, lorsque M sl Clément, 
dont la précipitation avait failli engendrer un schisme, donna 
aux évoques chrétiens l'exemple du plus noble désintéresse- 
ment. Au mois d'octobre 18G4, Sa Béatitude réunit les évoques 
de son Église et leur annonça l'intention d'abdiquer pour se re- 
tirer dans le monastère de Deïr-el-Mokallès (Saint-Sauveur) , 
d'où il avait été tiré pour être fait d'abord évoque en Egypte, 
puis patriarche. Il rendit ses comptes publiquement et restitua 
ce qui lui restait de l'argent recueilli quelques années aupa- 
ravant en France et en Belgique par l'évêque-vicaire Macarios. 
Malgré les instances et les larmes de toutes les personnes pré- 
sentes, il se dépouilla successivement de ses insignes et de ses 
vêtements patriarcaux. Le soir même, il avait repris dans son 
couvent la robe noire, la ceinture de cuir et les sandales. 

A. d'Avril. 
(A suivre.) 



(1) Dans le volume de mes Archives, intitulé Sur les Melkites, voir un mémoin 
détaillé sur Gibara (pièce n"17). 



L'ORDINAL COPTE 



AVANT-PROPOS 



Je commence aujourd'hui la publication de l'ordinal 
copte. Un double intérêt doit recommander cet important 
document aux amis de la Revue de l'Orient chrétien : 
un intérêt théologique, puisqu'on pourra comparer par 
là les ressemblances et les différences qui existent entre 
le rite copte et celui de l'Église latine ou des autres 
Églises chrétiennes, et déterminer en même temps en 
quoi consiste au juste, pour l'Église copte, la nature, ou, 
comme on dit en théologie, l'essence des diverses ordi- 
nations; un intérêt philologique, car le copte est une des 
langues de l'Orient chrétien qui sont le plus ignorées 
parmi nous. 

Le Ms. qui contient l'ordinal copte se trouve à la 
Bibliothèque nationale et porte le n° 98 dans le catalogue 
dressé par M. Amélineau (fonds copte). Ce Ms. est assez 
volumineux et est généralement en bon état : cependant 
il présente çà et là quelques légères lacunes. Des retou- 
ches postérieures à l'encre rouge ont parfois modifié le 
texte et donné naissance à un certain nombre de variantes 
de peu d'importance. Une traduction arabe sur marge 
accompagne le texte. 

Dans certains endroits il est difficile de saisir le sens 



32 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

du document. On n'en sera nullement étonné quand on 
saura que le copte, par sa morphologie, présente d'assez 
grandes obscurités et n'est pas aisément traduisible dans 
nos langues. La scriptio continua, forçant l'éditeur à 
séparer les mots par la pensée, constitue une autre 
source de difficultés. 

Je n'ai pas jugé utile de déployer un grand apparat 
critique dans ce travail. Un document de cette nature ne 
comporte pas une semblable élaboration. Une simple 
traduction, aussi fidèle que possible, mettra bien mieux 
le lecteur à même de tirer personnellement les conclusions 
qui se dégagent, à différents points de vue, d'un pareil 
document. Je me suis contenté uniquement de signaler au 
bas des pages quelques légères variantes dont la plupart 
consistent dans l'emploi du pluriel pour le singulier ou 
réciproquement. Là où j'ai cru devoir suppléer les la- 
cunes du texte, j'ai mis mes restitutions entre crochets. 

Pour transcrire et traduire ce Ms. je prévois qu'il 
me faudra beaucoup de travail et de patience. Je serais 
amplement récompensé de mes efforts, si ce travail con- 
tribuait en quoi que ce soit à servir la cause de l'Union 
des Églises que nous poursuivons tous avec le même 
zèle et le même désintéressement. 

Je ne traduis que les parties qui touchent d'une ma- 
nière quelconque à la Hiérarchie ecclésiastique. Je laisse 
de côté bon nombre d'autres parties accessoires, comme, 
par exemple, ce qui concerne la consécration d'une vierge 
ou d'un hégoumène. 

Ce Ms., d'après la note ajoutée par M. Amélineau, fut 
consacré au palais du patriarche le 22 hathar 1171, 
c'est-à-dire le jeudi 18 novembre 1778 de notre ère. 
Toutefois il doit être d'au moins trois siècles antérieurs. 

D r V. Ermoni. 



l'ordinal copte. 33 



CONSECRATION D'UN LECTEUR 



eofse ov]-i\iicvriitocTHo 
Av[^j...]eii (|>hi tov ha 

IIIOGTHO UA 

p eoq epaq at 

Btoc uniueo u 

UAWep^JtOOT^JI 6p62C(U qBCD^J 6BOA 

epe TeqnA2Bi kioa;y enecHT 

epe nmiiiCKorioc oei epa/rq e^eu nievnonoAioii 
me muAiiep^icoov^Ji epe iih eTAveiiq "HieTAiioiA 
extoq epe nieniCKonoc sco iiuoc utoov ^e 
TeTeiiepueepe A:e qeum^JA iitatasic 

'jeu ovueeuHi iietoov Ae evepueepe xe 
A2A neiiKOT qeun^JA 

uene[n] ctoc cri iiak mot+amc +è 

11+ [cTATpOc] 6A:tl)t| -f NOTAI J)6II 9UH+ 

lieu iiia iica TeqAc|)e eA:to u<|>pAii 11 + 

TplAC eeOVAB. TAAO UHICOOI 

uov(|i a.\(o u^jeneuAT... ueu ev\u... 
uovqi etorn ev\u ?Apoq epe epAK Toie 

T6IIT20 OT02 T6IITAIB2 UUOK <|>lllll> nCFG <\)f ^JtOne pOK 
UUeBOJK lllll eOTAUAPUlOCTHC 13611 T6K6KKAHCIA. OV02 

uak6 i.ia(| (1) eueKueeuHi ApieuoT iiAq (2) ?eu T6K2o+ 
efeKue tbcdk. Apif-q lieu n^aeee qcroe iiiueKevoc. 

OV02 HTeq^JtOm (3) OVAHT[Ar]lltOCTHC. 

(1) utoov 

(2) Id. 

(3) tov ^jtom 

ORIENT CHRÉTIEN. 3 



34 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

qTAIHOTT UneKUBO 6BOA2ITeKI <J>AIOII UTtiq^JA^IIII (1) 

eueKueT^iAMAeoHq. uni iiHeTAvpA[ii]iiAK icxeu neiiee. 
\e q^yon u^e ni haï ^eii neKovio^. ovo? qepnpeni iiak 

M2C6 IIITAIO 2IT€ill OVOII IIIB63II 11(311 +11 pOCK VI I HCIC. 

<|)kot iicii n**jiipi. ueu nmiiÀ gbovab fnov. 

o Ap\nAiAKU)ii iipocevg[eceAi] eriicKorioc 
_\u) iiTAiev\n epe ?pAq toi eneiiBT [eneieB-r] 

c|)T IIIIII^JT lipALlAO J36II lieq A'IOpHA. c|)H eTAqp?UOT 

irreqeKKAHCiA ii2AUT[A]ruA. ovo? eqTAeo uumov 

(■pATOV IIAHTG. 2IT6II MAIBAOHO MT6 T Al AVTOVpn ABAI . 
OTOZ t;K(|)tl)ll f36()A Ullf3KAU)pGA Xtlll IH3KBIAIK KATA ni- 
TOTBO HKTOVBO IIIKOOV. 

OTOe II6KBCOK (2) Il AU III (|)AI (3) ()T()VOK)2eU ULIOq (4) 
(•OVIieTAIIAriHCXîTII. Api KATAglUJC.UAeq (o) eBOAJ)6 CO- 

(|)ia hibou ueu KAf eepeqepueAGTAU (6) iiiieKGA^i 
UUOV+. ueu tota[map] iicoc [th]c Ape eepoq creu iigk- 

nOAHTIA IIATApiKI. A'OKt| (7) 6BO\})6 Ut3KA(l)pf3A IIATO- 
VU)T6B. 2IT6U U(;KUeT^Jeil2HT. II6II U6KUOIIOI'(3ll HC 

u>MHpi. ueu iiiiiiia eeovAB +uov. 

(|>ou?k eneueuT aiioiii nueqcuA[-o]v 

V |[ta] 6K3CCO LIIIOC. 

4>T IIUII^T OT02 IIIIAiptOUI. (J)H 6TAUOKII UUTUpq 

(1) TOV ^JA^JIH 

(2) II6K6BIAIK 

(3) MA. 

(i) IILKOOV. 
(o) UAÎOT 

(6) eepo*r epueAOTAu 

(7) ,\()K()V 



l'ordinal copte. 35 

•>en T6q3Ci2C. ovo? eq<|)toii eco.\ uneqnua ga;c3h ovou 

IIIIHill. <J>H GTeeil \AI HIBBII TAeilOVT (;|)AT()V Jjeil 

imqAUA?i. 

OTCJON2 Un6K20 62pHI 6X611 II6KIHOK (1) NUI. <J)AI GTOEI 
(;j)ATCJ LinfiKUBO 6BOA. (;Vfi|)l I pOCc|)6pi 1 1 IILIOq (2) UAK. 
(;ep6t|eitt)l>y (3) IIII6KKAAI eeOTAB. HT(3 +IIAA6A H(;U 
freKIIJHeT AIAOHKH. eOllOC lITtiqepKVpiï.lll (4) IIII6K- 

npocTAruA uneKAAoc. oToe eq+c-Bco moov uneKCAXi 

6eOTAB. IIAI 6TG (3BOA llJ)HTOV 11(3 <t>U02(3ll II6U nOVA'AI 

hhovtvyh. aïa ncrc gkbkiot iiAq (5) imeKAiiiriiA. 

ApiOV(()llll (3IIIGAA HT(3 ll(3(|2HT Jm3II c|)OV(OHU IITIi 
U6K(;UTOAH. Api?MOT IIA(| (6) MOT? I ITGqOGBI HO ÏT. 

eepeq (o» i j (7) oroe irreqepiiGAeTAii (8) ii]>htov evKtor 
iiiiii eTCcoTeu epoq (9) eortoor imu ovtaio kitgkug 
•rovpo. c|)I(ot lieu n^jupi lieu niiiiiÀ goovab i~nov. 

iiaa [-iiaaiii] (|>oh?k giigigbt A3CIO. 

<|>IIHB nCFC (Jî^ lllllAHTOKpATtOp. <J)H GT A(|6p^JOpi I 

iiem iiiiApioLioc htgii eqctDTn J>ei i iiikociioc THpq. 
oto? AKep^Jopn Hocoeeup utoov. 

c|)H eTAt|KtoTn necTpA neqBiOK. ak+ iia(| iiovcoc|)ia 
eopeqco^j uneKuouoc liiigkaaoc. iiook ou +iiov 

(1) IH3KBIAIK 

(2) uuov 

(3) eepeor ?koi,") 

(4) IITOV epKTpiï.111 

(5) IKOOV 

(6) IKOOV 

(7) eepor (o^i 

(8) iiTov epueAGTAii 

(9) epcooT 



36 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 

AKCtoTii uneKBUJK (1) mu (J>ai (2) gtovh»).") uuoq (3j 

IIOVAIIAI-IUOCTHC. LIOI IUU| (4) MOTCOC^IA lieu OVIipc|>0- 

iiiitia. eqipi iifueAerH iit6 iigkcaxi eeovAB. eneK\AOC. 
I>en ovuoahtia iiATApiKi. heu nieuoT neu "fueTUAi- 
pioui nxe neuuouoreiiHC ii^npi. neiicvc. ovo? nciii- 
uort oToe neuctoTHp me nxc. c|>ai ère. 

oroe ^ t vepACiiA^ecee[Ai] umuAep^coov^i 
ueu txix unieniCKonoc neu iih eToei epATov 
oro2 uoi MAC) eBOA^en uveTiipion eeoTAB mtg 

IIIAp\IIAIAK(OII OJ^I GXtliq HTAIKAOHCIC. 

(1) IIGKGGIAIK 

(2) ne. 

(3) IILKOOV 

(4) IIU30T 



TRADUCTION 



Pour le lecteur. 
Ils Tinterrogent. 



devant 

l'autel, il louera, il dévoile, 

il inclinera sa tète, 
l'évêque se placera sur l'escabeau de l'autel ; ceux qui l'ont conduit, don- 
neront leur avis (?) sur lui ; l'évêque leur dira : « testifiez-vous qu'il est di- 
gne de l'ordre ». 

Dans leur vérité ils testifieront qu'il est digne devant Dieu. 

Après cela, prends les ciseaux (?) pour faire cinq croix sur lui [sur sa 
tète], cinqau milieu et quatre derrière sa tête au nom de Dieu, Trinité sainte. 
Offre une bonne odeur [un sacrifice d'agréable odeur?] en actions de grâ- 
ces et une prière bonne réconciliation; la prière, sur lui, sera un 

don pour toi. 

A toi notre regard et notre supplication, Seigneur Dieu. Que 
ta bouche soit à tout serviteur (1), au lecteur dans ton Église ; et 
donne-lui tes justices; fais-lui grâce dans ta crainte, au servi- 
teur que tu aimes. Donne-lui aussi de toucher les instruments, 
et qu'il devienne lecteur. 

Il est honoré, devant toi, par le monde. Qu'il obtienne toutes 
tes miséricordes qu'il t'a plu de lui accorder de toute éternité. 
Que la miséricorde se fasse dans tes desseins, et qu'il te soit 
offert dans tout l'univers l'oblation et l'adoration. Au Père et au 
Fils et au Saint-Esprit, Dieu. 

L'archidiacre prie l'évêque de dire la prière suivante en se tournant du 
côté de l'Orient. 

Dieu grand, riche dans ses dons, Lui, qui dirige son Église 
qui est une armée, et qui établit eux (2) en elle dans ce degré 
de la liturgie ; 

(1) Il est possible qu'il faille écrire ^Jtone pOKG : cette leçon nous donne- 
rait un sens plus clair, à savoir : Sois propice à tout serviteur. 

(2) Les lecteurs. 



38 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

Et toi, qui répands tes dons sur tes serviteurs, purifie-les se- 
lon ta pureté, et, tout serviteur, que tu as appelé au lectorat, 
remplis-le de toute sagesse et de prudence afin qu'il prenne soin 
de tes divines paroles. Avec le lectorat fais-lui trouver aussi ton 
irrépréhensible conduite; remplis-le de tes purs dons dans ta 
miséricorde, avec ton Fils Unique et le Saint-Esprit, Dieu, 

Te tournant vers l'Occident pour célébrer ses louanges (?), dis : 

Dieu grand et plein de charité, qui tient tout dans sa main, 
et qui répand son esprit sur tout le monde, qui a produit toute 
chose, la tenant dans sa puissance ; 

Manifeste ta face sur ton serviteur lequel est en ta présence 
pour s'offrir à toi, pour annoncer tes saintes paroles de l'Ancien 
et du Nouveau Testament. — Qu'il annonce tes préceptes à 
ton peuple et leur apprenne tes saintes paroles, d'où découlent 
le salut et la vie de l'âme. Dieu, certainement, tu lui édifieras 
tes récits. Éclaire les yeux de son esprit par la lumière de tes 
commandements. Accorde-lui d'être bien humble, afin qu'il 
lise [ta loij et dirige bien ceux qui l'écoutent pour la gloire et 
l'honneur de ton règne. Père, Fils et Saint-Esprit, Dieu. 

Il se tourne de nouveau vers l'Orient pour dire : 

Seigneur, Dieu Tout-Puissant, celui qu'il a mis, par avance, 
avec moi , au nombre de ceux qu'il a choisis dans le monde 
entier, et que tu as prévenus par ton appel ; 

Celui qu'il a choisi pour être son serviteur. Donne-lui la sa- 
gesse pour qu'il expose ta loi à ton peuple. C'est toi Seigneur, 
qui as choisi ton serviteur, que tu as institué comme lecteur. 
Donne-lui la sagesse et la prophétie, pour qu'il expose tes 
saintes paroles à ton peuple, dans une conduite irréprochable, 
dans la grâce et la charité de ton fils Unique, notre Seigneur, 
notre Dieu et notre Sauveur, Jésus-Christ. Celui qui. 

Qu'il embrasse l'autel et la main de l'évèque et les assistants, et fais 
le participer au saint mystère de l'archidiacre pour parler sur lui à cette 
assemblée (1). 

(^1 suivre.) 

(1) Au lieu do 1 1 T A I K AB 5 I C I C on pou rrait peut-être lire NT Al K AO M KGCI C 

comme nous le trouverons plus loin. Dans ce cas la traduction serait : « pour 
faire sur lui cette catéchèse ». 



LA VERSION SYRIAQUE INÉDITE 

DES MARTYRES DE S. PIERRE, S. PAUL ET S. LUC 

D'APRÈS UN MANUSCRIT DU DIXIÈME SIÈCLE 



INTRODUCTION 

I. — Les martyres de saint Pierre et saint Paul ont dû 
former la fin des actes de ces deux apôtres qui sont déjà 
mentionnés par Eusèbe de Césarée (267-338). Le trait le 
plus caractéristique du martyre de saint Pierre est déjà 
cité par saint Ambroise (340-397) et encore faut-il noter 
que saint Ambroise le cite d'après la rédaction attribuée 
à saint Lin et que cette rédaction n'est pas la primitive 
mais en suppose une ou plusieurs autres. 

Nous avons donc là un des écrits apocryphes les plus 
anciens. M.Lipsius (Acta Apostolorum apocrypha; in-8°, 
Leipzig, 1891) a publié les textes grecs ou latins différents 
qui contiennent ces légendes. Il avait déjà publié dans le 
Jahrb ûcher fur protestantische Théologie (1886, p. 86-1 1 >l > | 
un texte grec différent copié par M. Krumbacher sur un 
manuscrit du neuvième siècle conservé à Pathmos. M. Lip- 
sius mentionne les versions slave, arabe, copte (1) et éthio- 

(1) Le texte fragmentaire de la version copte fut publié par M. Guidi dans les 
Rendiconti délia Academia Reale dei Lincei, 1887. Le même savant donna une tra 
duction italienne de ces fragments dans le Giornale délia Societa asiatica italiana, 

1888. 



40 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

pienne (1). Je me propose de faire connaître la version 
syriaque qu'il ne mentionne pas. 

Elle est contenue dans le manuscrit du British Muséum 
(addit. 12. 172 fol. 12-24). Chaque page est divisée en deux 
colonnes de 27 à 34 lignes plus ou moins effacées par les 
doigts des lecteurs (2). Ce Ms. est du dixième siècle. 

Quelques fragments de ces deux martyres sont aussi 
contenus dans le Ms. addit. 14.732 (fol. 217-227) (3). Ce 
Ms., plus moderne que le précédent, donne cependant le 
même texte, mais les variantes sont assez nombreuses 
pour que l'on puisse du moins affirmer que l'un n'a pas 
été transcrit sur l'autre, il ne reste plus malheureuse- 
ment qu'une vingtaine de mots du martyre de saint 
Pierre et cinq colonnes du martyre de saint Paul, encore 
manque-t-il un morceau au milieu de chacune des 
pages. 

Le texte syriaque est conforme au texte du Ms. de 
Pathmos. De plus, le martyre de Pierre est presque iden- 
tique avec le fragment du pcpTupiov tôO ayiou obroGTo'Xo'j ITsTpou 
qui va du chapitre IV à la fin dans \esActa Apostolorum 
apocrypha (pp. 84-103). Le martyre de saint Paul res- 
semble beaucoup aussi au My.ûT'Jpiov tou àytou à-rcocTolou Ilau^ou 

publié dans le même ouvrage (pp. 104-118). Les actes 
attribués à saint Lin développent et interpolent les pré- 
cédents. La version latine de ces actes est insérée dans 
les mêmes Acta Apostolorum apocrypha, j'y ferai quel- 
ques renvois pour mettre les différences en évidence. 

Tous les textes brodent sur le même canevas : — Saint 
Pierre prêche la continence; il est cause que les quatre 

(1) La version éthiopienne fut publiée par Malan, Certamen Apostolorum, Lon- 
dres, 1871. 

(2) Cf. Wright, Catalogue des Mss. syriaques du British Muséum, p. 1116-1117. Il 
y est dit que les pages sont « ail more or less stained and soiled ». J'ai transcrit ce 
texte que l'Orient Chrétien ne veut pas publier pour ne pas fatiguer ses lecteurs. 

(3) Cf. Wright, Catalogue, p. 1143. 



VERSION SYRIAQUE INEDITE. 41 

épouses d'Agrippa, préfet de Rome, et Tunique épouse 
d'Albinus quittent leurs maris. Ceux-ci, pour se venger, 
font mettre Pierre à mort. C'est faire un inutile anachro- 
nisme que de voir dans quelques rédactions de ces actes 
si anciens une influence manichéenne. La vérité semble 
être que nous trouvons partout, plus ou moins para- 
phrasée, une même doctrine essénienne (Voir FI. Josèphe 
A. /., XVIII, 2. Uxores non ducunt...) qui dut exercer 
une certaine influence dans la primitive Église. Car c'est 
à l'introduction de cette essénienne névrose que s'oppo- 
sait saint Paul quand il écrivait (I Cor., vu, 9 et 13) : Me- 
lius est nubere quam uri... si qua millier fidelis habet 
virum infidelem, non dimittat virum. .. — Saint Paul est 
mis à mort par ordre de Néron qui ne lui pardonne pas de 
venir prêcher clans ses États un roi éternel plus puissant 
que l'empereur des Romains. 

II. — Le martyre de saint Luc n'existe ni en grec ni en 
latin, mais seulement en copte et en éthiopien (1). Ces 
deux dernières Églises, en effet, font de Luc un martyr, 
tandis que les deux premières le font en général mourir 
de mort naturelle (2). M. Lipsius pouvait donc en con- 
clure que le martyre de saint Luc était d'origine copte. 
On y trouve du reste un manque de simplicité et une 
prodigalité de miracles qui ne permettent pas de lui at- 
tribuer la même origine qu'aux martyres de saint Pierre 
et de saint Paul. Toutefois la publication d'une version 
syriaque qui existait au dixième siècle obligera à se de- 
mander si le martyre de saint Luc n'aurait pas une ori- 
gine grecque relativement moderne et n'aurait pas passé 
du grec simultanément ou successivement au syriaque 

(1) Dans le Synaxaire de l'Église copte et le Cerlamen Apostolorum traduit de 
l'éthiopien par Malan. 

(2) Cf. Lipsius, Die apokryphen Apostelgeschichten und Apostellegenden, Braun- 
schweig, 1883-1891, t. III, pp. 3G8-371. 



42 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

et au copte et de là à l'arabe et à l'éthiopien (1). Pour 
faciliter la comparaison le supplément de X Orient chré- 
tien donnera le texte syriaque du martyre de saint Luc (2), 
qui est de beaucoup, faute d'original grec, le plus ancien 
sur ce sujet. 

(1) D'après M. Guidi Giornale délia Soc. as. ital. 1888, la version copte « sahi- 
dica » a été traduite au treizième siècle en arabe et cette dernière version le fut 
au quatorzième siècle en éthiopien. Mais cette version copte ne renferme pas le 
martyre de saint Luc. Jusqu'à la découverte de ce martyre en copte on doit donc 
croire que l'arabe l'a emprunté au syriaque que je publie. 

(2) Le Ms. syriaque 14.732 que je désignerai par la lettre B ne renferme sur saint 
Luc que cinq fragments de colonnes formant une trentaine de lignes. Je dési- 
gnerai le ms. 12.172 par la lettre A. Je ferai aussi quelques renvois aux Mss. car- 
shounis de la Bibl. Nat. de Paris, n os 232 et 237 du Fonds syriaque. 



MARTYRE DE SAINT PIERRE, CHEF DES APOTRES. 



Pierre, mes chers amis, était à Rome (1): il se réjouissait 
dans le Seigneur avec ses frères et était rempli de consolation 
en voyant le peuple qui se rassemblait tous les jours au nom 
de notre Seigneur de notre Dieu et de notre Sauveur Jésus- 
Christ qui avait souffert cinquante-quatre (trente-quatre?) ans 
auparavant et avait été prêché en Judée, en Samarie, à Antioche, 
à Rome et dans le monde entier par les saints apôtres après son 
ascension. 

Quatre concubines du préfet Agrippa s'étaient réunies à Rome, 
près de Pierre. Elles s'appelaient Euphémie, Agrippine, Eucha- 
ria et Kadouris (2). Il leur enseigna la pureté et la crainte de 
Dieu, elles furent possédées de l'amour du Seigneur et s'enga- 
gèrent à ne plus jamais se laisser souiller par le païen Agrippa 
et à garder la pureté à cause de Notre-Seigneur Jésus-Christ selon 
l'enseignement du saint apôtre Pierre. Quand Agrippa vit qu'elles 
s'éloignaient de son lit impur, il les menaça et décréta contre 
elles la peine de mort; il souffrait beaucoup, à cause de son amour 
pour elles. Il employa des espions pour savoir près de qui elles 
allaient s'instruire, et apprenant qu'elles s'instruisaient en la 
chasteté auprès de Pierre, il les envoya chercher et dit : « Vous 
vous attachez à un chrétien, mais sachez que je vous ferai périr, 



(1) Le commencement diffère dans les actes attribués à saint Lin. Lipsius, Acta 
Apostolorum apocrypha, Lipsise, 1891, p. 1. Lin rappelle la lutte de Pierre avec 
Simon et dit qu'il prêchait surtout la continence. 

(2) u*^oo»oo !-»tûo U^»k^o 1.oû3o/. Au lieu de Kadouris, les Mss. latins portent 
Dione, Dionis. Mais le give porte -/.ai Awpi; et c'est là l'origine du syriaque. Les 
deux mots ont formé le nom propre Kadouris. 



44 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

et que je brûlerai celui-là tout vivant. » Elles supportèrent depuis 
lors toutes les souffrances plutôt que de se souiller davantage 
avec le païen Agrippa, parce qu'elles croyaient dans le Messie 
qui est Dieu et étaient chrétiennes. Elles furent aussi fortifiées 
par Jésus-Christ notre Dieu et notre Seigneur (1). 

Une autre, nommée Xantippe (^^tu^i) (2), qui était extrê- 
mement belle, était femme d'Albinus (^a^ju^.) prince de Rome 
(p^oo,;. ml.;) et ami de l'empereur. Elle alla avec d'autres femmes 
de sénateurs (^.{..vm.») (3) auprès de Pierre prince des apôtres 
et apprit de lui la pureté et la crainte de Dieu, puis elle s'éloigna 
aussi de son mari (4). Celui-ci l'aimait beaucoup à cause de sa 
grande beauté et s'étonnait de la voir s'éloigner de son lit (5). 
Quand il apprit que c'était le chrétien Pierre qui lui avait en- 
seigné la pureté, il fut rempli de colère contre le'saint, et se 
proposa de le tuer. 

Il y avait alors beaucoup d'hommes et de femmes qui prati- 
quaient la pureté et la crainte de Dieu d'après l'enseignement 
de Pierre, et à cause de cela les hommes méchants firent une 
violente manifestation à Rome. Albinus, l'ami du roi et 
l'époux de Xantippe, qui avait le cœur rempli de méchanceté 
contre Pierre, dit au préfet Agrippa : « Fais justice de ce chrétien 
nommé Pierre qui a séparé ma femme de moi, sinon je me ven- 
gerai moi-même ». Agrippa répondit : « Et moi aussi j'ai à me 
plaindre de ce Pierre qui a éloigné de moi mes concubines, ce 
dont mon cœur souffre beaucoup » . 

Albinus reprit : « Pourquoi donc es-tu lâche et froid, quand 
tu devrais être audacieux et brûlant? Allons, faisons-le arrêter, 
nous l'accuserons de magie et serons vengés de nos femmes; 
ne sommes-nous pas assez forts pour le perdre et pour reprendre 
nos femmes? » 



(1) Ce récit est allongé dans le latin. On fait ressortir davantage les demandes 
d'Agrippa et la résistance de ses concubines. 

(2) En latin : Xandips, Xandippem, en grec EavTÎ7nrîjç. Elle est encore appelée 
Agrippine dans le Ms. de Pathmos : loco citato, p. 90. 

(3) En latin : « cum pluribus matronis ». 

(4) En latin : « repu diavit non modo virile connubium sed et omnevitae hujus 
delectamentum. » 

(5) Le latin appuie encore sur ce fait : « cum Albinus cubitum iret et Xandippem 
sibi adduci fecisset, suseque delectationis commixtionem apud eam nec blanditiis 
nec terroribus obtinere potuisset... ». 



VERSION SYRIAQUE INÉDITE. 45 

Or Xantippe (1) eut connaissance de cela. Elle envoya aussitôt 
secrètement vers Pierre et lui dit : « Éloigne-toi de Rome avec 
nos frères et Marcellus (^nw^po) (2), car mon mari Albinus 
avec le préfet Agrippa trament quelque chose contre toi et 
veulent te faire mourir. » Quand les frères apprirent cela, ils 
vinrent tout en larmes supplier Pierre de quitter la ville. Il 
leur répondit : « Je ne suis pas un fuyard, mes frères ». Mais 
ceux-ci répliquèrent : « (Conserve-toi) aussi longtemps que Dieu 
t'en donnera la force pour le servir et pour rester à notre tête ». 
Pierre écouta les frères et sortit seul. Il ordonna qu'aucun des 
frères n'allât avec lui (3). 

Comme Pierre sortait de la porte de la ville, Notre-Seigneur 
lui apparut, il se dirigeait vers Rome. Quand Pierre l'eut regardé 
et eut reconnu le Seigneur, il lui dit : « Maître, où vas-tu? » 
Notre-Seigneur lui répondit : « J'entre à Rome pour y être cru- 
cifié ». Pierre lui dit : « Seigneur, tu vas être de nouveau cru- 
cifié? » Pierre comprit alors clans son esprit la parole du Sau- 
veur, il le vit monter au ciel, et rentra dans Rome plein de joie 
et de consolation en louant Dieu qui lui avait prédit ce qui allait 
lui arriver. Il vint retrouver les frères et leur raconta l'appari- 
tion de Notre-Seigneur Jésus-Christ et les paroles qu'il lui avait 
dites en remontant au ciel. 

Les frères furent affligés, pleurèrent beaucoup et lui dirent en 
gémissant : « Nous te prions, ô notre père Pierre, d'avoir pitié 
de nous, car nous ne sommes que des enfants ». Pierre leur ré- 
pondit : « La volonté du Seigneur s'accomplira toujours, quand 
même nous ne le voudrions pas, mais pour vous, mes enfants, 
ne vous affligez pas, le Seigneur Dieu vous affermira dans sa 
foi, vous confirmera dans son amour, et vous donnera la force 
d'accomplir sa volonté. Pour moi, si le Seigneur me demandait 
de demeurer ici-bas, je ne résisterais pas; mais, s'il veut m'en- 
lever à cette terre, je m'en réjouis et en suis heureux ». Pendant 
que Pierre parlait, les frères pleuraient amèrement et avaient le 
cœur brîsé. 



(1) Ce nom est écrit ici Xénobie («aiiiMîl), On ajouta un alef au-dessus de la 
ligne (uaoU^/). 

(2) Le latin nous apprend que ce Marcellus est fils du préfet .Marc (page 4). 

(3) Ces trois lignes sont développées en trois pages dans le latin, qui introduit 
aussi Processus et Martinianus, gardiens de la prison Mamertine. 



46 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

Après cela, le préfet Agrippa envoya quatre soldats armés et 
une troupe de ses serviteurs (1) qui se saisirent de Pierre et 
ramenèrent devant lui. Quand Agrippa le vit, il ordonna, à cause 
de sa rancune contre lui, qu'on le crucifiât aussitôt (im.o \>o. îbut). 
Et il écrivit sur la sentence qu'on l'avait saisi et qu'il mourrait 
pour cause de religion (io^ bc^..) (2). 

Quand les frères apprirent que Pierre serait crucifié, ils s'as- 
semblèrent et beaucoup d'habitants de la ville avec eux; riches 
et pauvres, puissants et faibles, orphelins et veuves, et cher- 
chèrent à arracher Pierre des mains d' Agrippa. La foule criait : 
« tu commets une injustice contre Pierre, ô Agrippa, dis-nous 
quel mal il a fait à toi ou à l'un des Romains. Nous qui sommes 
Romains, nous n'avons pas vu Pierre faire une seule action 
passible de la mort; si tu ne le délivres pas, nous brûlerons 
l'immense Rome par le feu et nous en sortirons (3) ». 

Pierre cria à haute voix pour imposer silence aux foules, puis 
ouvrit la bouche et dit : « O hommes, qui êtes les soldats du 
Messie Dieu, songez aux souffrances précieuses et sacrées qu'il 
a supportées pour vous, rappelez-vous les signes et les prodiges 
que vous lui avez vu opérer par mes mains, et les guérisons et 
les miracles qui furent faits au milieu de vous en son nom, 
prenez patience, vous savez qu'il viendra et rendra à chacun 
selon ses œuvres. Et maintenant, mes frères, ne faites aucun 
mal à Agrippa et ne le brisez pas (4) ; car il n'est que le serviteur 
de son père le diable. Vous savez du reste que nous ne pouvons 
éviter que cette œuvre ne s'accomplisse, pourquoi donc en 
serais-je affligé et n'irais-je pas au-devant de la croix? » 

Quand Pierre approcha de la croix, il se tint debout près d'elle, 
ouvrit la bouche et dit : « O nom de la croix, mystère caché, ô 
grâce ineffable qui se trouve dans le nom de la croix, ô nature 



(1) « Superveiiit Hieros cum quatuor apparitoribus et aliis docem vifis. » 

(2) Le latin donne encore de grands développements : « Tune facta est faciès 
Apostoli sicut sol splendida et aperiens os suum dixit ad eum : Video quo tendis, 
dux libidinum, amator pollutionis, atrocitatis inventor, innocentium persecutor, 
etc., etc. » Pierre demande aussi à Agrippa à être crucifié la tète en bas. 

(3) La menace de brûler Rome n'existe pas dans le latin, lequel du reste déve- 
loppe encore cet incident. Cette menace n'existe pas non plus dans les textes grecs. 
Je ne la trouve donc que dans le syriaque. Elle rappelle l'accusation portée par 
Néron contre les chrétiens. 

(4) « Nolite in Agrippam sasvire <■{ amaro animo in eum esse. » 



VERSION SYRIAQUE INÉDITE. 47 

de l'homme qui ne peut se séparer de Dieu, ô souvenir des bons 
combats qui ne peut être caché pour l'éternité sans être pro- 
noncé par des lèvres impures. Je m'efforce à la fin de ma vie de 
te faire connaître, et je ne te tairai pas, ô grand mystère de la 
croix que j'honore dans mon esprit et dans mon cœur. Ne vous 
attachez pas pas à une croix trompeuse, ô vous tous qui espérez 
en le Messie. Il n'est pas possible qu'il se révèle une autre croix 
avant la fin des temps alors que tout l'univers passera devant 
Notre-Seigneur et sera éclairé par elle. En elle se réjouiront 
tous ceux qui espèrent en Notre-Seigneur, lequel fut crucifié 
sur elle; et alors rougiront tous ceux qui ne crurent pas en elle. 
Écoutez-moi, ô mes frères, et séparez-vous de tout ce qui n'est 
pas stable (^). Fermez les yeux et les oreilles aux créatures 
afin que vous appreniez tout ce qu'a voulu faire le Messie avec 
son grand mystère (de la croix) pour notre salut. » 

Il ajouta ensuite pour son compte : « Voici l'heure, ô Pierre, 
de livrer ton corps à ceux qui doivent le prendre. Acceptez la 
demande que je vais vous faire, ô vous qui attendez et qui êtes 
prêts à me crucifier : je ne suis pas digne du grand honneur 
d'être crucifié comme mon maître, mais accordez-moi d'être 
crucifié la tête en bas » . 

Aussitôt ils le saisirent et le crucifièrent la tête en bas comme 
il l'avait ordonné, il s'adressa alors à la foule et parla ainsi (1) : 
« O hommes qui entendez, écoutez et comprenez ce que je vous 
dis ainsi suspendu, afin que vous connaissiez le mystère de 
toute la nature et la constitution première de tout ce qu'elle 
contient. Le premier homme dont je suis maintenant le type et 
qui est venu la tête en bas a révélé cette génération qui ne l'avait 
pas produit car elle était morte et n'avait pas le mouvement c'est- 
à-dire la sensation (2). Il retourna alors sa partie inférieure et 
l'appliqua sur la terre puis dans ses mesures et dans ses écrits il 
raisonna d'après sa nouvelle position; en conséquence, il songea 
dans son cœur que les objets situés à droite l'étaient à gauche 

(1) Ici le latin annonce que le ciel s'ouvrit et que les assistants virent les anges 
descendre avec des roses et des lis. 

(2) Ces paroles de Pierre crucifié ne sont bien claires dans aucune version : 

pN O» UÎo»0 OW \*>i=> -OV3 loOII OM ^-3* l»*5»0 P-l^O ||<1 "^3 L*3 sOi-^L» f*l 

&v£3u.o wA-aotû ^ **»^ .IJ-ou^k* 3 ov»k-»N iJ=n»fiû^i*D or^- low 1^.0 ^tow 



48 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

et que ceux de gauche étaient à droite, il changea par suite tout 
ce qui tenait à sa nature et ce qui était bon il l'appela mauvais, 
c'est pourquoi Notre-Seigneur a dit en parabole : Si vous ne 
faites pas les choses de droite comme celles de gauche, celles 
de gauche comme celles de droite, celles d'en haut comme 
celles d'en bas, celles qui sont en arrière comme celles qui 
sont en avant, vous n'entrerez pas dans le royaume. Je vous 
ai dit cette pensée de mon cœur, afin que vous voyiez dans 
mon crucifiement la tête en bas un symbole de l'homme pri- 
mitif à sa naissance et que vous, mes frères qui m'entendez ou 
m'entendrez, vous découvriez l'erreur (qui nous entoure). 

« Mais il est juste que j'en arrive vite à la croix de mon 
Seigneur Jésus-Christ qui est un verbe immense de bonté 
(ovM! 16^*» ib^-boo ^jn*^) (1) et dont l'Esprit a dit : Qu'est-ce que 
le Messie, sinon le Verbe de Dieu et sa voix? le Verbe est repré- 
senté par ce bois droit sur lequel je suis crucifié et la voix l'est 
du côté de la nature de l'homme (2). Les clous fixés dans le bois 
signifient tous deux la conversion et la pénitence de l'homme. 

« Tu m'as montré cela et tu me l'as révélé, ô Verbe de vie 
qui me parles maintenant. Je te rends grâce (3) non par les 
lèvres de la chair ni par la langue qui profère la vérité et le 
mensonge, ni par la parole qui sort de la matière, mais je te 
rends grâce par cette voix que l'on perçoit dans le silence, qui 
ne passe pas par l'organe du corps, qui n'entre pas par les 
oreilles de chair et n'est pas entendue par la nature impure. Je 
te rends grâce, ô mon Seigneur Jésus, par ta parole, par l'esprit 
qui est en moi et qui t'aime uniquement. Tu es un esprit d'intel- 
ligence, tu es à la fois mon père, ma mère, mon frère, mon ami, 
c'est toi qui me fortifies, tu es ma force, mon aide, mon espé- 
rance, mon guide, tous les biens sont en toi, tu es celui qui es, 
et il n'y a personne en dehors de toi qui aime uniquement les 
hommes. 

« Courez à lui, mes frères, si vous allez à sa suite et marchez 



(1) « Qui est constitutus nobis sermo unus et solus. » 

(2) Semble tronqué. Le latin'porte : « et quia vox proprie corporis est, quocl Iinea- 
menta recipitquae divinitati non imputantur, lateralia crucis humanam prseten- 
dere noscuntur naturam qiue immutationis errorem in primo homine passa est 
sed per Deum et hominem veram intelligentiam recuperavit. » 

(3) ;Lûo*1. \>l ^aix^o; en latin : « gratias ago ». 



VERSION' SYRIAQUE INÉDITE. 49 

sVir ses traces, vous trouverez les Béatitudes qu'il a promis de 
donner à ceux qui l'aiment. L'œil n'a pas vu. l'oreille n'a pas 
entendu, le cœur de l'homme n'a pas conçu ce qu'il a préparé à 
ses serviteurs. Nous te supplions par ce que tu as promis de nous 
donner, ô Notre-Seigneur Jésus-Christ, que tu rendes notre 
peuple accompli dans ta bonté. Nous sommes comblés par ta 
bonté, ô notre Seigneur, nous te bénissons, nous louons ta 
bonté, nous te prions, nous humbles mortels; tu es l'unique, tu 
es seul puissant, il n'y a personne en dehors de toi, à toi la 
gloire, la puissance, l'honneur et l'adoration au commencement 
et maintenant et dans les siècles des siècles. Amen. » 

Et tout le peuple qui était là et entendait cria à haute voix 
Amen, Amen, Amen. Et saint Pierre ajouta pour tous les fidèles : 
« Demeurez ainsi en paix, ô fils de miséricorde, je vous recom- 
mande comme à toute l'Église présente et future que vous 
croyiez dans le Créateur lequel a un nom beau et délectable et 
auquel tous les hommes ont été rattachés par Jésus le Messie, 
qui est Dieu et fils du Très-Haut. » Quand saint Pierre, prince 
des apôtres eut dit cela, il remit son àme entre les mains de 
Notre-Seigneur qui se tenait invisible près de lui. Marcellus 
(^a^po) n'eut pas besoin qu'on l'avertît de ce qu'il convenait 
de faire. Quand il vit que l'apôtre du Sauveur était mort, il des- 
cendit de ses propres mains le corps de la croix et le lava dans 
du lait nouveau et dans du vin vieux. Il fit pour cinquante 
mines d'onguent avec de la myrrhe et du ^a^. avec beaucoup 
de baume très cher, et mit tout cela dans le corps, puis il acheta 
un sarcophage poli et le remplit de miel blanc sans tache appelé 
attique (^^j,/), puis il le plaça et le laissa dans son propre tom- 
beau en louant Dieu. 

Or Pierre apparut cette même nuit à Marcellus et lui dit : « O 
Marcellus, tu as perdu tout ce que tu as fait pour ce mort (mais 
tâche de te maintenir dans la vie de la grâce et tu plairas à ce 
mort) ». Marcellus à son réveil raconta aux fidèles tout ce qu'il 
avait vu et tous louèrent Dieu. 

Pierre confirma ses frères dans la foi jusqu'à l'arrivée de Paul 
à Rome. Celui-ci fut amené de Judée par un centurion quand il 
en eut appelé au tribunal de César. Et comme Néron César 
n'était pas à Rome, saint Paul ne le trouva pas ; il prit une maison 
à la campagne et y demeura plus de deux ans en attendant l'ar- 

ORIENT CHRÉTIEN. 4 



50 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

rivée de l'empereur pour être jugé en sa présence. A cette occa- 
sion il instruisit les frères, qui augmentèrent en nombre et en- 
trèrent dans TÉglise de Dieu sous l'influence de la prédication 
de Paul et du parfum suave de sa parole. Et tous les Romains 
voyaient les guérisons, les prodiges et les miracles que Dieu 
opérait par les mains de son apôtre. 

Quand l'empereur Néron César revint à Rome, il apprit le 
meurtre de l'apôtre Pierre par le préfet Agrippa et fut irrité 
contre lui parce qu'il l'avait fait mourir sans l'avertir. Car Néron 
détestait Pierre (1) et aurait voulu le faire mourir sous les coups 
dans des tortures et des supplices cruels. Aussi pendant long- 
temps, il n'adressa pas la parole au préfet Agrippa. 

Néron était rempli de colère et d'une fureur meurtrière contre 
ceux qui crurent en Notre-Seigneur par la prédication de Pierre, 
il voulait les faire mourir tous. Pendant qu'il était possédé de 
ces pensées, il vit en songe un séraphin (j;cu. j^) qui le frappait 
en disant (2) : « Tu ne peux pas, ô Néron, faire périr les servi- 
teurs du Christ que tu persécutes. Cesse de les poursuivre et ne 
les fais pas périr ». Néron entendant cela, fut saisi de crainte et 
cessa de poursuivre les disciples au moment où Pierre quitta le 
monde et alla vers Notre-Seigneur Jésus-Christ qu'il aimait. 

Or, saint Pierre, disciple et apôtre véritable du Christ, fut 
crucifié dans la grande Rome, y fut couronné et y mourut 
le 5 du mois d'abib des Égyptiens (ito^o^ . . i n\ -, o^>) et selon le 
calcul des Romains, le troisième jour des calendes de juillet, et 
chez les Syriens le vingt-neuvième de khaziran sous l'empe- 
reur païen Néron (3), notre empereur et notre Dieu étant Jésus- 
Christ Notre-Seigneur auquel reviennent la gloire , l'honneur et 
l'adoration ainsi qu'au Père et à l'Esprit-Saint, maintenant et 
dans tous les siècles des siècles. Amen. 

Ici se termine le martyre de saint Pierre, chef des saints apô- 
tres du Messie. 



(1) Le latin, dit que Néron voulait venger Simon Le magicien. 

(2) Le latin dit que Néron vit Pierre en songe et que Pierre le fit flageller. 

(3) Ces dates n'existent pas clans le latin ni clans le grec. 



II 

MARTYRE DE PAUL, APOTRE ÉLU DU MESSIE. 

Mes chers amis, Luc de Judée (1) (i-jo** v°;) et Tite de Dal- 
matie (i-,~h ^>») demeuraient à Rome et attendaient que Paul 
vînt auprès d'eux. Après avoir échappé à la mer, Paul arriva à 
Rome avec le centurion qui avait été envoyé avec lui de Çésarée 
auprès de l'empereur César. Xotre-Seigneur l'avait promis 
quand il apparut à Paul et lui dit : « De même que tu m'as rendu 
témoignage à Jérusalem, tu me rendras témoignage à Rome ». 
Alors Néron n'était pas à Rome, Paul prit donc une maison 
à la campagne en dehors de la ville et y demeura jusqu'à 
l'arrivée de l'empereur qui était parti au loin, pour témoigner 
devant lui. 

Luc, Tite et les frères qui avaient été convertis par la prédi- 
cation de Pierre vinrent trouver Paul à sa demeure (2). Celui-ci 
en les voyant fut rempli d'une grande joie, il prêcha conti- 
nuellement la parole divine et beaucoup d'hommes entrèrent 
dans l'Église de Dieu. La renommée de Paul se répandit dans 
toute la ville de Rome parce qu'on y racontait les signes, les pro- 
diges et les miracles que Dieu faisait par ses mains. Il guéris- 
sait toutes les maladies, et beaucoup d'hommes de la maison 
de Néron (o,e^ -js) crurent au Messie, grâce à la prédication de 
Paul; Rome était dans l'allégresse, et on se rassemblait jour 
et nuit autour de l'apôtre pour entendre ses saintes paroles. 

Au bout d'un temps assez long, Néron revint à Rome (3). Il 
avait un jeune échanson nommé Patricius (^<u^^s) (4) qu'il 

(1) 'Arcô TaXXiwv, Lipsius, p. 104, et « a Galitea », p. 100 ou « a Galata », p. 253. 
Tite vient toujours de Dalmatie. 

(2) Tous ces préliminaires (hors les deux premières lignes) qui relient ce récit au 
précédent, manquent dans les Martyres de saint Paul publiés par Lipsius. 

(3) Cette phrase manque encore dans les Martyres de saint Paul. 

(4) Tous les textes édités portent Patroclus. 



52 REVUE DE L'ORIENT CHRETIEN. 

aimait beaucoup. Ce jeune homme entendant parler de Paul, 
sortit de la ville un soir pour aller entendre près de lui la parole 
de Dieu. Paul était déjà entouré d'une foule nombreuse qu'il 
instruisait; aussi Patricius, ne pouvant approcher, monta sur 
une haute maison d'où il pouvait entendre les paroles de l'apôtre. 
Elles lui plurent beaucoup; mais comme la prédication fut 
longue et dura jusqu'après le milieu de la nuit, le diable, qui hait 
le bien, fit tomber Patricius dans un profond sommeil, puis le 
poussa et le jeta à terre. Le jeune homme fut tué sur le coup, et 
l'empereur apprenant sa mort, fut affligé et saisi d'une profonde 
tristesse, car il l'aimait beaucoup. 

Paul, voyant en esprit ce qui se passait, dit aux foules qui l'en- 
touraient : « Mes frères, notre adversaire le démon a voulu 
nous tenter, au dehors de cette assemblée vous trouverez un 
jeune homme mort, apportez-le près de moi. » Quatre frères 
sortirent, trouvèrent l'enfant comme l'avait prédit Paul et l'ap- 
portèrent près du saint apôtre. Quand ils reconnurent que ce 
mort était Patricius, ils furent très troublés, parce qu'ils savaient 
que l'empereur Néron l'estimait beaucoup. Alors Paul dit à la 
foule : « Ne vous effrayez pas, mes frères, mais priez et suppliez 
Notre-Seigneur Jésus-Christ d'avoir pitié de nous et de ressus- 
citer ce jeune homme; voici l'heure de montrer notre foi. » La 
foule entendant cela s'apaisa et invoqua Notre-Seigneur Jésus 
avec larmes et supplications. Aussitôt le jeune homme se réveilla 
et sortit de la mort comme d'un sommeil, et le peuple voyant 
ce prodige loua le Dieu Messie et fut confirmé dans la foi. Paul 
envoya Patricius près de son maître l'empereur Néron. 

Néron, comme nous l'avons dit, était affligé de la mort du 
jeune Patricius. Dès son lever, il se rendit au bain et avant qu'il 
en sortît, Patricius revint et se tint prêta servir à table comme 
de coutume, car l'empereur ne l'avait pas encore remplacé. 
Quand il sortit du bain, ses serviteurs vinrent et lui dirent : 
« Seigneur, Patricius vit, il a repris son office et se tient comme 
d'habitude près de la table de Ta Majesté. » Quand Néron vit 
Patricius, il se réjouit beaucoup et lui dit : « Tu es donc vivant? » 
puis il ajouta: « Qui t'a ressuscité? » Et l'enfant plein de foi et de 
confiance dans le Messie répondit : « C'est Jésus-Christ, roi éternel, 
qui m'a ressuscité. » L'empereur César Néron ajouta : « Ce roi 
doit donc régner toujours et détruire tous les royaumes de la 



VERSION SYRIAQUE INÉDITE. 53 

terre? » Patricius ouvrit la bouche et dit : « Il détruit tous les 
royaumes de la terre et du ciel et demeure seul pour l'éternité; 
il n'y a personne en dehors de lui, aucune parole n'est au- 
dessus de la sienne, et aucun royaume ne peut éviter sa main. » 
Néron à ces paroles le frappa au visage et dit : « Toi aussi, 
Patricius, tu crois qu'il est roi? » Et Patricius répondit à César : 
« Oui, je crois aussi en lui, car il m'a ressuscité. » A ces paroles, 
quatre eunuques que l'empereur aimait beaucoup et qui le ser- 
vaient dans son palais, nommés Barsabas, Justus, Festus et 
Cestus (^co^iïi^o ^oa^ixiso _œcLê^»a.o .œ^aro-^.) (1), s'avancèrent et di- 
rent: « Nous aussi, dès maintenant, nous sommes les soldats de 
ce roi éternel Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu ». 

L'empereur Néron fut alors saisi d'une rage violente, il les fit 
punir de divers supplices et les fit jeter en prison. A cette occa- 
sion, il fut rempli de colère et ordonna dans sa fureur que tous 
ceux qui se diraient les soldats de ce roi éternel, qui est Jésus- 
Christ, seraient tués par le glaive. Aussitôt que cet édit fut sorti 
de la bouche de l'empereur, les satellites et les soldats se répan- 
dirent dans toute la ville de Rome, arrêtèrent beaucoup de ceux 
qui croyaient en Jésus-Christ et les amenèrent enchaînés. Paul 
était avec eux; les soldats Pavaient arrêté avec les autres sans le 
connaître et les conduisirent tous devant l'empereur. Les re- 
gards de tous étaient dirigés sur le saint apôtre Paul, et cette 
direction de tous les regards vers lui montra à Néron qu'il était 
Paul, le soldat du Messie. Néron le fit approcher et lui dit : « Tu 
es bien, ô homme, un soldat de ce grand roi éternel? » L'apôtre 
saint Paul répondit : « Je suis le serviteur du grand roi Notre- 
Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu. «L'empereur lui dit : « Voilà 
que tu es enchaîné et en mon pouvoir, dis-moi pourquoi tu es 
venu dans mon empire et dans ma capitale ainsi que Pierre mis 
à mort par ordre d'Agrippa, pour y séduire (recruter) des sol- 
dats pour votre grand roi éternel? » 

Saint Paul lui répondit devant tout le peuple : « César Néron, 
sache et comprends bien que ce n'est pas seulement dans ton 
empire que nous prenons des soldats pour notre grand roi, mais 
dans tout l'univers, car Notre-Seigneur nous a ordonné de ne 

(1) En grec Bapwxêà;, Tovsto;, OOpîuv xaî <br\vzoz (Acta Apost. apocrypha. Lipsius, 
p. 108). Le latin donne : « Tune Barnabas justus et quidem Paulus et Arion Cap- 
padox et Festus Galata ». ibid., p. 109). 



54 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

fermer à personne la porte de sa bonté afin que tous les hommes 
puissent entrer dans la vie éternelle. Il te faudrait aussi devenir 
un soldat de notre grand roi dont le royaume ne peut périr, 
tandis que ta richesse et ta puissance ne subsisteront pas et ne 
peuvent te sauver, si tu ne commences pas à adorer et à révérer 
notre grand roi éternel qui te donnera le royaume et la vie 
éternelle (^^,). Il arrivera nécessairement qu'il jugera tous les 
peuples à la fin des temps, il donnera la vie éternelle à tous 
ceux qui ont cru en lui; quant à ceux qui n'ont pas cru, il les 
condamnera avec les pécheurs à la géhenne et aux souffrances 
éternelles. » 

L'empereur fut rempli de colère en entendant ces paroles, 
il n'en crut aucune et ordonna de brûler vivants tous ceux qui 
croyaient en Notre-Seigneur Jésus-Christ. Quant à Paul, il le 
condamna, selon la loi des Romains, à avoir la tête tranchée. 
Deux centurions (^u^) furent chargés de le frapper et de lui 
trancher la tête, l'un se nommait Longus (1) (^>^q\) et l'autre 
Cestus i^^. Ils emmenèrent Paul au milieu d'une foule 
nombreuse qui l'accompagnait devant et derrière pour voir la 
fin de son illustre martyre. Il leur parlait et des fleuves de pa- 
roles de vie sortaient de lui, comme il est écrit (p~ p^>» ^jt^j 

OVEOi-3 ^O^.OV-2J»). 

Ce jour-là, par l'opération de Satan, une quantité innombra- 
ble de ceux qui croyaient en Notre-Seigneur fut mise à mort 
dans la ville de Rome. Car nombreux étaient ceux qui avaient 
cru en Notre-Seigneur Jésus-Christ après la prédication de 
Pierre et de Paul. Une foule nombreuse se rassembla à la porte 
du palais de l'empereur en criant : « César Néron, tu as fait 
tuer assez d'hommes, car ce sont des Romains. Pourquoi fais-tu 
périr la force de Rome? » En entendant cela, César défendit 
aux soldats de tuer encore les chrétiens, aussi on ramena Paul 
devant lui. A sa vue, le tyran fut irrité de ce que les soldats 
ne l'avaient pas tué. Paul lui dit : « Dans ce siècle périssable, je 
ne vis pas pour mon roi, mon maître et mon Dieu Jésus-Christ, 
mais quand tu m'auras coupé la tête je t'apparaîtrai, afin que 
tu connaisses que je ne suis pas mort, mais que je vis pour 
mon roi et mon Seigneur Jésus-Christ qui viendra juger les 

(1) Aôyyoç xai Kécttoç. 



VERSION SYRIAQUE INÉDITE. 55 

vivants et les morts et rendra à chacun selon ses œuvres bonnes 
ou mauvaises. » A ces paroles, l'empereur César fut enflammé 
de colère et fit signe aux deux centurions (<**&*) d'emmener 
Paul et d'exécuter la sentence qui avait été portée contre lui. 

Ces deux soldats, Longus et Cestus. emmenèrent aussitôt 
Paul de devant l'empereur pour lui couper la tête. Durant la 
route ils demandèrent à Paul : « Où est ce roi auquel vous 
croyez, dans lequel vous avez confiance et espoir et qui vous 
défend de vous attacher aux dieux des Romains? » Le saint 
apôtre Paul leur dit : « hommes qui êtes enfoncés dans la plus 
profonde erreur et ne tirez aucun avantage de vos peines, 
préservez -vous contre le feu qui viendra sur tout l'univers et 
brûlera tous les méchants comme vous qui n'ont pas servi leur 
bon maître et Dieu Jésus-Christ oublié clans le monde. Car nous 
ne sommes pas, comme vous le croyez, les soldats d'un roi 
de la terre, mais nous sommes les serviteurs et aussi les sol- 
dats de ce roi du ciel dont la gloire ne sera pas détruite et dont 
le royaume ne cessera pas, qui est le roi puissant et honoré 
de l'univers, dont la puissance n'a pas de borne et qui viendra 
à la fin des temps pour juger tout le monde. Heureux alors 
ceux qui auront cru en lui, car il leur donnera la vie éternelle. » 
A ces paroles les soldats furent saisis d'une grande crainte ; ils 
tombèrent aux pieds de Paul et le supplièrent en ces termes : 
« Nous t'en prions, aide-nous, et rends-nous le service de 
nous apprendre à être les serviteurs fidèles de ton Dieu, nous 
te laissons fuir et aller où tu voudras. » Mais Paul leur répon- 
dit : « Je ne suis pas un mercenaire ou un serviteur qui fuit son 
maître, mais un serviteur loyal de mon seigneur et de mon roi 
Jésus-Christ. Quand je devrais mourir je ne fuirais pas, comme 
vous me le conseillez, mais je vis pour mon roi éternel que 
j'aime, je vais vers lui et j'entrerai avec lui dans la gloire de 
son Père. » Les centurions lui dirent : « Et comment pourrons- 
nous revivre quand nous aurons été mis à mort? » Telles fu- 
rent les paroles de Longus et de Cestus. 

L'empereur envoya deux autres soldats pour voir si Paul était 
tué; ils le trouvèrent vivant et le saint apôtre leur dit : « ô 
hommes, soldats de l'erreur, croyez au Dieu vivant qui ressus- 
citera du tombeau pour la vie éternelle tous ceux qui croient 
en lui. » Les soldats lui répondirent : « Si quand tu seras mort 



56 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

nous te voyons revivre, nous croirons à ton enseignement. » 
Ils retournèrent ensuite près de l'empereur et lui dirent que 
Paul vivait. Or Cestus et son camarade Longus demandaient à 
Paul la guérison de leur âme. Paul leur répondit : « Si le Sei- 
gneur le veut, allez demain avant l'aube au tombeau où Ton 
aura placé mon corps, vous y trouverez en prière deux hommes 
nommés Luc et Tite et je serai au milieu d'eux, ils vous donne- 
ront le signe du Messie Jésus notre vrai Dieu. » Et Paul se 
tourna vers l'Orient et pria en hébreu, puis quand il eut fini sa 
prière, il prêcha à la foule la parole de Dieu et beaucoup cru- 
rent au Messie. Or Paul était d'un extérieur agréable, sa figure 
rayonnait la gloire du Messie et il était aimé de tous ceux qui 
le voyaient. 

Quand l'empereur apprit des deux soldats qu'ils avaient 
trouvé Paul vivant, il s'irrita et aussitôt envoya un autre soldat 
cruel pour couper la tête de saint Paul en toute hâte. Paul tendit 
la tête sans mot dire à ce bourreau (m^ai»/) qui la trancha sans 
miséricorde, et, ô prodige admirable que Dieu accomplit dans 
le corps pur de son saint apôtre! il sortit de son corps du lait 
avec le sang qui jaillit sur les habits du bourreau (ipo^s) qui 
avait coupé sa tête vénérée. A la vue de ce prodige la foule qui 
l'entourait se mit à louer Dieu et beaucoup crurent en Notre- 
Seigneur Jésus-Christ. 

Le bourreau retourna près de l'empereur qui était alors en- 
touré de tous les princes (ijuuv) de Rome et raconta ce prodige. 
A ce récit tous furent saisis d'une grande crainte. A la neuvième 
heure saint Paul fut révélé en esprit (~o^~^i./) et apparut à 
l'empereur et à tous les philosophes et chefs d'armée qui entou- 
raient son trône. Il dit à l'empereur : « César Néron, voici Paul, 
le soldat du roi éternel, je ne suis pas mort, mais je vis pour le 
roi éternel notre Seigneur et notre Dieu Jésus-Christ. Pour toi, 
tu seras accablé de maux sans nombre, parce que tu as répandu 
le sang de beaucoup d'innocents, et cela s'accomplira contre toi 
sous peu de jours... » Quand Paul eut cessé de se faire entendre 
et eut disparu, l'empereur, comme tous ceux qui l'entouraient, 
fut saisi d'une grande frayeur, aussi il ordonna de délivrer tous 
ceux qui croyaient en Notre-Seigneur Jésus-Christ. 

Or l'échanson Patricius avec les quatre ennuques (ixoajoj) Bar- 
sabas et ses compagnons et les centurions (.mov^a^t) Longus 



VERSION SYRIAQUE INÉDITE. 57 

et Cestus, serviteurs de l'empereur, allèrent dès le matin au tom- 
beau de saint Paul comme il le leur avait dit. En approchant 
du tombeau ils trouvèrent deux hommes qui priaient et virent 
au milieu d'eux l'apôtre Paul dans une grande gloire sans fin. 
Quand Luc et Tite virent approcher les serviteurs du roi , ils 
furent saisis d'une crainte humaine et s'enfuirent, mais ceux-ci 
coururent après eux et leur dirent : « Ne craignez rien de nous. 
Nous ne vous voulons pas de mal, mais nous demandons que 
vous nous donniez la vie éternelle, comme Paul qui prie main- 
tenant au milieu de vous nous l'a promis hier. » A ces paroles 
Luc et Tite se réjouirent beaucoup, ils parlèrent aux serviteurs 
la parole de Dieu et leur donnèrent le signe du Messie Jésus, le 
roi éternel, notre maître, et ils furent de véritables chrétiens. 

Or la tête du bienheureux apôtre saint Paul fut tranchée poul- 
ie nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu, dans la 
grande Rome, le troisième jour avant les calendes de juillet 
selon les Romains. Ce qui fait chez les Égyptiens le cinq du 
mois d'abib et chez les Syriens le 29 khaziran, c'est-à-dire le 
même jour et le même mois que saint Pierre, prince des apô- 
tres, trois ans après son départ de ce monde, sous l'empereur 
Néron ; notre Seigneur, notre Dieu et notre Sauveur étant Jésus- 
Christ auquel gloire, honneur, adoration et puissance avec son 
Père bon et béni et avec l'Esprit vivant et saint maintenant, et 
dans les siècles des siècles. 

Fin du martyre du saint élu et apôtre Paul. Que sa prière 
nous aide! 

(A suivre.) F. Nau. 



LE 

MONASTÈRE DE SAINT THÉOCTISTE (Ml) 

ET L/ÉVÊCHÉ DE PAREMBOLES (425) 



Vers l'an 406, la laure de Pharan abritait dans ses grottes deux 
religieux issus de l'Arménie et de la Cappadoce, et appelés à de 
hautes destinées. Le premier arrivait cette année-là mêmede Mé- 
litène sa patrie. Agé de vingt-huit ans et revêtu du caractère 
sacerdotal, il devait à sa précoce maturité d'esprit la charge qu'on 
lui avait confiée lors de son ordination de diriger les monastères 
de sa ville natale. Mais cet honneur, périlleux pour un jeune 
homme, pesait à son humilité; il l'avait bientôt déposé pour 
s'enfuir en Palestine. Tour à tour disciple et émule des plus fa- 
meux anachorètes, il s'enfermait aujourd'hui clans une cellule 
de Pharan, isolée des autres, et là dans le calme et le silence 
s'abandonnait à ce tête-à-tête intime de l'âme avec Dieu, repos 
absolu qui convient si bien aux Orientaux. Le second, son voisin 
et son ami, l'avait devancé dans la laure. Caractère timide et 
irrésolu, il s'effaçait toujours devant son compagnon et ne pre- 
nait jamais une décision sans son consentement. Il était de ces 
âmes simples, qui sont ravies de trouver à leurs côtés un guide 
fidèle pour lui remettre le soin de penser et de vouloir à leur 
place, et alléger d'autant leurs facultés. Il était prêt à suivre son 
ami jusqu'au bout du monde, si celui-ci le demandait. Euthyme 
n'était pas si exigeant; il se contentait pour l'heure d'engager 
Théoctiste à partager dans la solitude sa retraite quadragési- 
male, pieuse coutume qu'il avait importée d'Arménie, et qui 



LE MONASTÈRE DE SAINT THÉOCTISTE (411). 59 

devait en peu de temps, comme toutes les initiatives de son 
génie, s'imposer à l'imitation des moines palestiniens. A l'octave 
de l'Epiphanie (14 janvier) Euthyme et Theoctiste, avec la per- 
mission de l'higoumène, s'enfonçaient, comme Jésus, dans la 
profondeur du désert de Cotyla sur les rives de la mer Morte. 
Ils passaient tout ce temps dans la mortification et la prière, et 
ne rentraient dans leurs cellules que le dimanche des Rameaux. 
Bientôt, la fête de saint Antoine fut célébrée dans les laures, et 
le départ des anachorètes retardé en conséquence. A la mort 
d'Euthyme (20 janvier 473) il fut définitivement fixé au 21 du 
même mois. 

Je ne connais rien de plus agréablement despotique que 
l'amour de la solitude; dès qu'il s'est emparé de l'âme, rien ne 
réussit à l'en expulser. Les tumultes et les joies du monde ont 
beau vous saisir et vous griser, il s'y mêle toujours je ne sais 
quelle amertume qui ramène les réflexions de la pensée sur la 
douceur de votre condition première. Cinq ans durant, les deux 
amis avaient goûté des plaisirs ineffables, et chaque année ils 
voyaient à regret luire le jour qui les rappelait au sein de leur 
communauté. En 411, les regrets devinrent si vifs qu'ils ne 
purent être surmontés. Au lieu de rentrer à Pharan pour les 
fêtes de Pâques, Euthyme et Theoctiste gagnèrent une gorge 
inaccessible, située à droite de la voie qui menait de Jérusalem 
à Jéricho. Au fond de cette dépression énorme, un torrent rou- 
lait en hiver ses eaux tapageuses, qui se conservaient en partie 
aux chaudes journées de l'été dans les abris et les réservoirs 
naturels. Les berges du torrent se dressaient à pic; çà et là des 
grottes remarquables s'ouvraient sur la vallée aux flancs des 
parois verticales. Les anachorètes avisèrent bien vite une ca- 
verne de grandeur moyenne, percée sur la rive gauche, à une 
hauteur suffisante. Une piste légère, tracée sur la pierre glis- 
sante par les bouquetins et les pieds nus des bergers, les con- 
duisit au bas de la grotte; une échelle à cordes, dont tout bon 
ermite avait la précaution de se munir, les transporta dans leur 
nouvelle cellule. A la vue de ce site sauvage, du torrent qui 
grondait au fond de la vallée et de leur demeure rustique si 
bien aménagée par la Providence, les deux amis poussèrent un 
soupir de satisfaction légitime; ils étaient désormais introu- 
vables. En effet, leur retraite ne fut pas découverte de quelque 



60 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

temps; un jour vint pourtant où des pâtres de Lazarié (1), 
égarés dans ces lieux, menèrent boire leurs troupeaux aux eaux 
du torrent. En levant les yeux vers la grotte, ils furent frappés 
d'un phénomène étrange. Deux ombres noires encapuchonnées, 
d'une maigreur d'ascète et portant des barbes vénérables, se 
dressaient là-haut fantastiques, et des paroles mystérieuses, des 
soupirs incompris se dégageaient de leurs lèvres pâlies. Étaient- 
ce les âmes des trépassés qui s'offraient à leur rencontre, ou 
les images sensibles des esprits infernaux qui hantaient ces 
solitudes? Ces questions se posèrent aussitôt à l'esprit des ber- 
gers, et la réponse immédiate fut une dégringolade instinctive 
à travers les roches polies. Les reclus, contrariés de la peur 
involontaire qu'ils avaient causée, donnaient h leurs voix les 
accents les plus tendres et les plus sympathiques pour ramener 
les fuyards et les délivrer de leur frayeur. Leurs cris réitérés 
avaient encore quelque chose d'humain ; ils finissent par con- 
vaincre les Lazariotes, qui s'approchent en tremblant, répon- 
dent aux demandes des solitaires et peu à peu s'enhardissent 
jusqu'à grimper dans la caverne. Leur étonnement ne cesse de 
s'accroître en ne découvrant aucune provision de bouche; seules 
quelques herbes et des racines s'étalaient au soleil dans un coin 
et composaient avec une cruche d'eau tout le menu des hommes 
de Dieu. La surprise s'était changée en admiration, et ces cœurs 
généreux pourvurent désormais aux besoins des solitaires. 

De leur côté, les religieux de Pharan multipliaient les bat- 
tues afin de surprendre la retraite de nos fugitifs. La décou- 
verte des Lazariotes remplit leurs cœurs d'espérance; ils se 
présentèrent en groupe avec l'intention bien arrêtée de les arra- 
cher à leur réduit. Mais le site respirait une telle tranquillité, 
et le visage d'Euthyme et de Théoctiste tant de satisfaction in- 
térieure, que deux délégués, Marin et Luc, se détachèrent du 
groupe pour partager leur genre de vie. Nous les verrons plus 
tard fonder à leur tour des monastères. L'exemple est conta- 
gieux, d'autres recrues de Pharan, des ermites dispersés dans 
les fondrières du désert, accoururent se ranger sous la disci- 

(1) Dès le quatrième siècle le tombeau de Lazare avait valu au bourg de Bé- 
thanie le surnom de Lazarié, qui s'est conservé depuis. Palladius l'appelle ainsi 
dans son Histoire lausiaque, cap. 103, ainsi que Cyrille de Scythopolis dans la Vie 
de saint Euthyme (Migne, P. G., t. CXIV, col. 608 et 709, n°* 13 et 132). 



LE MONASTÈRE DE SAINT THÉOCTISTE (411). (31 

pline d'Euthyme. Leur aftluence sans cesse croissante exigeait 
une prompte fondation, car on ne pouvait se contenter indéfini- 
ment des quelques grottes taillées dans le rocher. Euthyme 
aurait bien désiré établir une laure sur le modèle de celle de 
Pharan et disposer les cellules par étages à droite et à gauche 
de la plus grande grotte. L'exiguïté du sol s'opposait à la cons- 
truction en maronnerie de cellules séparées les unes des autres, 
car la règle monastique prescrivait une certaine distance de 
sorte que les chants ou les prières d'un moine ne pussent dé- 
ranger le voisin de ses occupations ordinaires. Par ailleurs, la 
raideur des parois se refusait au percement de nouvelles grottes ; 
bon gré mal gré, il fallait recourir à une autre combinaison. La 
plus vaste grotte, la demeure primitive d'Euthyme et de Théoc- 
tiste, surplombait le précipice; au-dessous d'elle pourtant s'é- 
tendait une petite surface plane qui pourrait se prêter à des 
constructions. A l'est de la grotte, on jeta sur la lisière de 
l'abîme un puissant mur de soutènement pour retenir les terres 
et servir de contre-fort au monastère projeté. De la sorte les 
cellules s'élevèrent à. l'intérieur d'un couvent, défendu par une 
grosse tour carrée avec une porte basse et une ouverture prati- 
quée dans la partie supérieure. Comme l'espace libre manquait, 
la grotte contiguë fut convertie en église et saint Euthyme y 
célébrait chaque jour les divins mystères. En effet, c'était là une 
pratique générale de ce directeur entendu : Kal -.y. -f t : [zpzq v.y- 
ôsxaaxijv hzhiX-o yMaxaytùfiaç, (1). En recevant des religieux, Eu- 
thyme ne prétendait nullement renoncer à sa vie de silence et de 
prière; il demeura toujours dans sa caverne. Son ami Théoctiste 
prit en mains la direction de la maison ; mais aucune affaire im- 
portante ne se traitait, sans qu'on eût au préalable l'avis ou même 
l'ordre du reclus, qui restait en somme le véritable supérieur. 
Un matin, où le soleil émergeant des montagnes de Moab ré- 
pandait sa lumière éblouissante sur les collines rocheuses, les 
moines furent distraits de leurs entretiens spirituels par un 
tintamarre effroyable. Du couloir abrupt de la gorge montaient 
des cris rauques de bêtes fauves, des grincements sonores, des 
mots barbares à demi-màchés, qui s'en allaient frapper les échos 
et mettre en fuite les ramiers et les merles. A mesure qu'il 

(1) Vit. s. Euthym., ibid., col. 632. 



62 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

avançait, le chœur de voix se faisait plus confus et plus bruyant; 
soudain devant le monastère déboucha une troupe nombreuse 
d'Arabes au teint basané, drapés dans de blanches abbayes 
rayées de noirs, et coiffés d'étincelants koufiés. Les Sarrasins 
avaient derrière eux un passé de cruautés bien connu; aussi 
leur arrivée imprévue jeta le trouble clans le monastère; les 
religieux effrayés se blottissaient dans les cachettes , songeant 
d'avance aux horreurs de l'agonie qu'adoucissait un peu la pers- 
pective du martyre. L'higoumène Théoctiste fut dépêché en 
parlementaire, et voici les nouvelles consolantes qu'il rapporta : 
« Le phylarque des Sarrasins soumis à l'Empire romain, As- 
pebet en personne, conduisait au monastère son fils Térébon 
souffrant d'une hémiplégie et demandait à voir Euthyme, afin 
que cet ami du Dieu des chrétiens mît le ciel dans ses intérêts 
et lui rendît son fils sain et sauf. La rumeur publique, peut-être 
même une vision céleste, lui laissait entrevoir une prochaine 
guérison. La suite considérable qui marchait avec lui ne devait 
causer aucune frayeur, ce n'était que l'escorte d'honneur du 
cheikh valeureux. » Euthyme, prévenu, descend immédiatement 
de sa grotte, prie longuement et avec ferveur, puis trace sur le 
malade le signe de la croix. Effet merveilleux du signe du salut, 
le corps de Térébon devient instantanément souple comme celui 
de ses compagnons et la grâce accomplit son œuvre dans les 
cœurs de ces Bédouins en les transformant. Le saint n'avait pas 
l'habitude de traîner en ces sortes d'affaires, nous dit le bio- 
graphe. Il vit que le cœur de ces hommes réclamait, à défaut de 
leur bouche, le sacrement de la régénération. Un petit bassin 
creusé aussitôt dans le roc lui servit de baptistère, et le même 
jour il conférait le baptême, avec les prières et les cérémonies 
d'usage, au cheikh de la tribu, Aspebet, qui prit dorénavant le 
nom de Pierre, à son beau-frère Maris, à son fils Térébon, ainsi 
qu'à toute son escorte. Si les Bédouins étaient baptisés, l'ins- 
truction chrétienne leur manquait absolument; Euthyme les 
garda quarante jours auprès de lui pour leur apprendre les 
premiers éléments de la religion, après quoi il les renvoya à 
leurs tentes. Cependant le beau-frère du cheikh, Maris, avait 
senti au cœur un appel encore plus intime, il distribua tous ses 
biens au monastère et, libre du coté du monde, se consacra à 
Dieu en se rangeant parmi les frères. 



LE MONASTÈRE DE SAINT THÉOCTISTE (411). 60 

Remontons le courant des événements pour étudier les 
causes de la présence de cette tribu arabe en Palestine. « Dans 
leurs incessantes migrations vers le nord, les tribus arabes se 
buttaient à des populations araméennes parlant le syriaque ou 
quelque dialecte apparenté très étroitement à celui-là. La ligne 
de contact ne coïncidait que rarement avec la frontière poli- 
tique... En général nomades, les Arabes avaient cependant un 
établissement stable dans la forteresse de Hatra, située à quel- 
ques lieues de la rive droite du Tigre, un peu au Sud de Ninive 
(Mossoul). Ils jouirent sous la dynastie parthe d'une grande au- 
tonomie... Sapor I er s'empara de la forteresse, contre laquelle 
avaient échoué les efforts de Trajan et de Sévère et mit fin à 
cet Etat vassal. Il s'en forma bientôt un autre, dont le centre fut 
àHîra, au Sud de l'ancienne Babylone, non loin de Mesched-Ali, 
une des villes saintes des Chiites, à la lisière du grand désert 
pierreux. Cette localité devint le siège d'une dynastie de princes 
arabes, vassaux de l'empire sassanide, qui se faisaient obéir de 
toutes les tribus éparses en Mésopotamie, le long de l'Euphrate 
et du golfe Persique, jusque vers les îles Bahréïn. Hîra fut 
remplacée, au septième siècle, par Koufa, fondée tout auprès 
par les premiers califes » (1). 

Aspebet était le cheikh ou le phylarque d'une de ces tribus 
assujetties au grand roi. Vers l'an 418, sous le règne d'Isde- 
gercle I er , le zèle intempestif d'Abdas évèque de Suze, qui mit le 
feu au temple dédié à Ormuzd et refusa après de le rebâtir, dé- 
chaîna une violente persécution contre les chrétiens, attirée par 
la jalousie et la haine des Mages. Le coupable d'abord, puis les 
fuK'les en grand nombre furent livrés aux bourreaux. Aspebet 
reçut l'ordre, communiqué à tous les cheikhs, de surveiller les 
routes et d'arrêter les chrétiens qui tenteraient de s'évader sur 
le territoire de l'Empire romain. Cet acte barbare répugnait à 
sa nature droite ; loin de livrer les fugitifs, il leur facilitait les 
moyens d'évasion. Accusé de tiédeur, puis de trahison et voyant 
sa vie sérieusement en danger, il recueillit sa fortune et passa 
subrepticement avec tous les siens du côté des Romains. Sa 
fidélité à l'égard d'un Dieu qu'il ne connaissait même pas et 
surtout sa haute position lui obtinrent des dédommagements à 

(1) Autonomies ecclésiastiques: Éijlises séparées, par l'abbé Duchesne ; Paris, 

18(10, p. 336. 



64 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

ses sacrifices. Anatole, préfet d'Orient (1), lui concéda un ter- 
ritoire en Arabie avec le titre de phylarque et juridiction ab- 
solue sur les Sarrasins dévoués à l'Empire. En effet, sur la 
frontière romaine la situation ethnique ressemblait fort à celle 
de la frontière perse. Le royaume des Nabatéens, vassal depuis 
Pompée et complètement annexé en Fan 105 par Cornélius 
Palma, lieutenant de Trajan, comprenait plusieurs déserts où 
les populations nomades pouvaient vagabonder à leur aise. 
Mais quand ils approchaient des terrains cultivés ils se heur- 
taient à une ligne formidable de forteresses, dont les ruines 
grandioses frappent encore les voyageurs d'admiration (2). 
« Dès le troisième siècle, par suite d'une tolérance qu'impo- 
saient peut-être les circonstances, on voit quelques tribus isolées 
s'établir en dedans de la ligne des postes, notamment dans la 
région de Bostra et clans celle de Damas. Ces tribus avaient à 
leur tête leurs cheikhs nationaux, investis par l'autorité ro- 
maine, un peu comme les princes maures dans l'Afrique ber- 
bère ; administrativement, on leur donnait le titre de phylar- 
ques. Peu à peu ces enclaves arabes se multiplièrent. On les 
organisa militairement; on les groupa par provinces; il y eut 
quelque temps des phylarques de Palestine, d'Arabie; enfin, 
l'importance de ce moyen de défense se révélant de plus en 
plus, on en vint, en 531, à établir un phylarque général, le 
chef de la tribu desGhassanides. Ce fut un véritable roi vassal, 



(1) Le vrai titre était stratège ou stratélale de l'Orient. V. VU. S. Eulhym. 
Mign. P. G. A. CXIV, col. 613, et de Vil. s. Hypat. Callinici liber, edid. Semin. Philol. 
Bonn. Sodales-Lipske 1895, 105-24 : Aiovûtio; 6 cspoLtr^âtr^ ysv6|aevo; ttjç 'AvaTOÀîjç. 
Ce préfet d'Orient avait sous lui 15 provinces : Palestine, Phénicie, Syrie, Cilicie, 
Chypre, Arabie, Isaurie, Palestine salutaire ou troisième, Palestine seconde, Phé- 
nicie libanaise, Euphrate, Syrie salutaire, Osrhoène, Mésopotamie et Cilicie se- 
conde. 11 avait sous ses ordres six ducs qui commandaient aux six premières pro- 
vinces mentionnées. 

(2) Voir Excursion dans les Montagnes bleues, Paris, 1806 in-l°, pp. 27 à 41. On 
y trouvera une étude détaillée avec plans et photographies sur les camps et les 
forts romains, byzantins et arabes de la province X d'Arabie. La Nolitia Utr. Im- 
per. Rom. mentionne dans cette province X prœsidia sans compter les cohortes et 
les ailes. Plusieurs sont connus, comme ceux d'Aréopolis (Rabba), Ziza (Ziza), 
Mésa (Kh.-el-Masih), Gadda (Engaddi) , Bosra (Bouseira), d'autres introuvables : 
Tricomias, Betthor, Animotha, Speluncœ, Diaphenes. Nous avons relevé sur la 
limite du désert les camps ou châteaux de Mechatta, Kastal, Ziza, Oum-Qser, 
Oum-el-Waled, Oum-er-Rasas, Thraïa, Ksour-Beher et Ledjoun, avec l'inscription 
du dwcPolus et du prœscsde l'Arabie sous Dioclétien, Aurélius Asclépias. 



LE MONASTÈRE DE SAINT THÉOCTISTE (411). 65 

dont l'autorité s'exerça sur les Arabes de toutes les provinces 
orientales de l'ancienne Syrie et rayonna vers le désert. D'un 
côté, il faisait face aux gens de Hira; de l'autre, il ouvrait la 
frontière romaine à l'émigration du Sud et préparait ainsi l'in- 
vasion musulmane (1). » 

Les renseignements nous manquent pour indiquer même par 
à peu près le lieu du premier campement des Bédouins catho- 
liques, néanmoins la suite des faits ainsi que plusieurs cir- 
constances nous engageraient aie placer dans la plaine du Jour- 
dain. Nous serons plus heureux tout à l'heure au sujet de leur 
seconde installation. Après diverses pérégrinations, Euthyme 
et son fidèle ami Domitien s'établirent à trois milles à l'Ouest 
du couvent de saint Théoctiste. L'air était pur, le lieu agréable, 
la vue superbe, c'était plus qu'il n'en fallait pour entrer dans 
une grotte et y demeurer. A cette nouvelle, un branle-bas gé- 
néral se produisit au campement. Durant l'absence du maître, 
Aspebet avait satisfait son zèle de nouveau converti, et il ame- 
nait avec lui une troupe de catéchumènes, le fruit de ses con- 
quêtes. Euthyme les baptisa au monastère et revint à sa soli- 
tude ; les Arabes l'y suivirent. A la vue du dénument absolu de 
son père spirituel, le cœur d'Aspebet s'émut de compassion ; 
une citerne profonde à deux bouches fut creusée à l'instant, 
pendant que des maçons construisaient trois cellules et un 
gracieux oratoire. Ce n'est pas tout; les Bédouins sont de 
grands enfants; ils en ont les vertus et les caprices. Une fois 
qu'ils se trouvent bien dans un endroit, fût-ce la maison du 
voisin, ils y restent; on a bien de la peine à les persuader de se 
retirer. La plaine choisie par Euthyme était riche en pâturages 
et bien arrosée ; sa cellule s'élevait au milieu sur un vert ma- 
melon, comme un point de concentration; tout semblait à sou- 
hait pour y conduire les troupeaux et dresser les tentes. Eu- 
thyme aimait ses enfants à la folie, il leur pardonnait bien des 
défauts, mais il tenait aussi à la tranquillité ; il les pria en consé- 
quence de descendre plus bas et vint lui-même choisir le ter- 
rain du campement et en tracer le plan. Et comme au contact 
de la civilisation romaine les habitudes nomades tombaient in- 
sensiblement dans l'oubli, le cheikh se paya une belle maison 

(1) Duchesne. op. cit., p. 339. 

ORIENT CHRÉTIEN. 5 



66 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

en pierres blanches; ceux de son conseil en firent autant; seul 
le menu peuple demeurait encore sous les tentes. Nos fa- 
rouches habitants du désert s'apprivoisaient ainsi chaque jour. 
Les visites d'Euthyme étaient nombreuses, il avait tant de 
vérités surnaturelles à leur communiquer pour les arracher à 
leurs grossières superstitions et dégager leur esprit et leur cœur 
d'un penchant irrésistible vers la paresse, les disputes et l'at- 
trait delà vendetta. Il leur procura des prêtres, des diacres et 
des ministres inférieurs, sans rien épargner pour les rendre 
dignes de figurer auprès des autres fidèles. Ces prodiges accom- 
plis si promptement se répandirent aussitôt parmi les tribus 
des environs, et des groupes s'en dégageaient sans cesse pour 
installer leurs tentes et former de nouveaux campements près 
de celui d'Aspebet. Bientôt leur nombre s'accrut dans de telles 
proportions qu'on institua une église de Bédouins catholiques. 
Le grand cheikh Aspebet, baptisé sous le nom de Pierre, pa- 
raissait le plus propre à en devenir le chef; il reçut la consé- 
cration épiscopale des mains de Juvénal, évèque de Jérusalem, 
vers l'an 425, et fut de la sorte le premier titulaire de ce nou- 
veau siège appelé Paremboles ou Castra Saraeenorum. Pour- 
rions-nous retrouver ce site historique? Cyrille de Scythopolis 
en deux mots précise sa position; il était entre les deux monas- 
tères (1), sff-i Se 5 tô-cç y.S72;j :wv oiio a>poVTiarr)pio)v, le monastère 
de saint Théoctiste à l'Est et celui que devait bâtir plus tard 
Euthyme sur l'emplacement de sa cellule. Or nous connais- 
sons parfaitement les deux termes extrêmes dont parle l'hagio- 
graphe. Le terminas a quo, la laure de saint Euthyme, trans- 
formée ensuite en monastère, 481-484, est représenté aujourd'hui 
par les ruines de Khan-el-Ahmar nommées aussi Khan-es- 
Sahel, à trois heures de Jérusalem, à droite de la route qui 
mène de cette ville à Jéricho. Nous en reproduirons la descrip- 
tion en traitant de ce monastère. Cette laure était située à trois 
/w'tles à l'Ouest du couvent inférieur de saint Théoctiste : « "Ev 

TtVt OÏ TO-M IplG'. ŒY)[AEl'qiÇ âieOTYJfcSTTl 70 J X,OlVo6lOU y€v6[i.£V0Ç » (2). Ull 

peu auparavant, Cyrille nous avait fourni une précieuse donnée 
pour retrouver l'emplacement de ce dernier, en nous disant 
qu'Euthyme et Théoctiste habitaient dès le début le désert qui 

(1) VU. s. Euthym.', Migne, P. G., t. CXIV, col. 625, n° 38. 

(2) Ibid., col. 624, n°34. 



LE MONASTÈRE DE SAINT THÉOCTISTE. 67 

s'étend au Sud de la voie de Jéricho, dans une gorge, à 10 milles 
de Jérusalem « 'Eyw v.\j.i Eùôù'jmoç, ëçyj, à ■rcpoç'tfj 'AvoctoXm^ èp^w 
èv ~w y.aTà votov t?;^ Tcpbç Ispr/ojvxa ôoou ^ei^appw oixaJv, osxa 
jiiXwiç 'lepoo-oXtiji.iov 5i£y. wv (!)• B Précisément, à une lieue à l'Est 
de Khan-el-Ahmar, on découvre une gorge profonde, étroite- 
ment resserrée entre deux hautes murailles de rochers 
abrupts, une des plus merveilleuses échancrures qui sillonnent 
le désert de Juda. Dans la paroi presque verticale du rocher, 
des grottes de diverses grandeurs et à des hauteurs différentes 
s'étagent ou se succèdent en lignes irrégulières. Aux passages 
difficiles se voient encore les escaliers taillés autrefois par les 
anachorètes et des ruines considérables d'un grand bâtiment 
et d'une tour puissante attestent la présence d'un monas- 
tère édifié sur le bord de l'abime. Ce torrent est désigné par 
les Arabes sous le nom de Ouady-ed-Dabor ; il n'y a pas de 
doute que ce ne soit là le site du couvent de saint Théoctiste, 
le terminus ad quem de notre démonstration. Les deux points 
extrêmes reconnus, il ne reste plus qu'à chercher le point mé- 
dial, le site Paremboles. Malheureusement cette région est peu 
connue, mal famée et les habitants d'un mutisme désespérant 
sur tout ce qui les concerne. D'ailleurs, les quelques maisons 
en pierres blanches du cheik Aspebet et de ses subordonnés 
n'occupaient pas une si grande place qu'elles soient encore 
reconnaissables au premier coup d'œil, surtout qu'elles dispa- 
rurent un siècle plus tard sous les invasions répétées des 
Arabes païens qui jalousaient leur situation officielle. Néan- 
moins des recherches régulières à travers les buttes innombra- 
bles et les dépressions de terrain à l'infini, qui caractérisent 
cette contrée, auraient sans doute pour résultat la découverte 
de Paremboles. Il en faudrait si peu pour cela; un nom et des 
ruines entre Khan-el-Ahmar et le Ouady-ed-Dabor, et la ques- 
tion est définitivement tranchée. Un jour de promenade nous 
avons tenté l'entreprise. Partis de Saint-Euthyme dans l'après- 
midi, nous n'avons réussi qu'à nous égarer dans les ouadys 
et les tells qui se succèdent avec une monotonie ennuyeuse, 
et les approches de la nuit nous contraignirent de rejoindre 
au plus tôt la grand'route pour ne pas être surpris par l'obs- 

(1) VU. S. Euthym., Migne, P. G., t. CXIV, col. 616, n°21. 



68 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

curité. Un échec ne décourage pas; nous souhaitons aux 
futurs explorateurs une meilleure chance. Pourtant il est un 
fait indéniable qui ressort du confrontement des textes, c'est 
que les Sarrasins convertis par saint Euthyme avaient leurs 
tentes dans la province de Palestine I re et non dans celle d'A- 
rabie ou de Palestine IIP, comme Lequien et d'autres histo- 
riens après lui l'ont soutenu. 

Le concile d'Éphèse (431). annoncé dans les provinces orien- 
tales, était sur le point de s'ouvrir pour examiner et condamner 
les assertions franchement hérétiques de Nestorius. Juvénal, 
qui briguait déjà le titre de patriarche de Jérusalem, tenait à 
s'y présenter avec un cortège imposant d'évêques, qui n'étaient 
pas en droit ses suffragants, mais qui de fait obéissaient aveu- 
glément à toutes ses volontés. Pierre Aspebet, l'ancien cheikh, 
s'y rendit en personne. Euthyme doutait un peu des connais- 
sances théologiques de son protégé, il pouvait en retour compter 
sur son attachement inébranlable. En conséquence, avant le 
départ, il lui conseilla très paternellement de ne s'écarter en rien 
de la ligne de conduite que suivraient Cyrille d'Alexandrie et 
son ancien maître Acace de Mélitène. Pierre se montra en tout 
le digne disciple d'Euthyme, il vota au concile avec les cham- 
pions de l'orthodoxie. Ses hautes relations dans les sphères 
gouvernementales le firent même déléguer par les Pères auprès 
de Nestorius, afin de briser l'obstination de l'hérésiarque, et 
auprès de Jean d'Antioche qui, moitié par dépit, moitié par ran- 
cune contre Cyrille, tenait avec les évoques de son patriarcat 
un conciliabule favorable à Nestorius dont il condamnait au 
fond les témérités de pensée. Le concile terminé, Pierre revint 
apporter les Actes au grand solitaire et ne songea plus qu'à 
améliorer le sort spirituel de son diocèse. 

Son successeur A uxolaus n'imita pas sa conduite. Dévoué corps 
et âme aux vues ambitieuses de Juvénal, il se rendit avec lui 
au brigandage d'Éphèse (449) et vota comme lui la déposition 
de saint Flavien et la réhabilitation d'Eutychès. Le coupable en- 
courut la haine d'Euthyme dont l'âme était brisée par cet acte 
de lâcheté. Les expressions voilées de l'hagiographe laisseraient 
même supposer qu'il ne recouvra jamais sa grâce etmourut dans 
l'impénitence finale. L'abbé Duchesne ne distingue pas assez 
catégoriquement les titulaires du siège de Paremboles, de ceux 



LE MONASTÈRE DE SAINT THÉOCTISTE (411). 09 

d'un établissement similaire qui se trouvait plus au Nord, dans 
la province de Phénicie II e ou Damascène, et dont l'évêque 
Eustathe siégeant à Chalcédonie portait le titre d'évèque « de 
la nation des Sarrasins ». Il écrit en effet au sujet de notre 
Auxolaus : « Nous trouvons au concile d'Éphèse de 449 un 
Auxilaos, évoque « des Sarrasins alliés. Je ne sais auquel de 
ces deux sièges on doit le rapporter (1). » Il n'y a qu'à lire Cy- 
rille de Scythopolis pour voir qu'il s'agit de Paremboles : Ué-poj 
[j.v/ yj§y] tov (3(ov âTuoXwcovTOç, toj 5è ;j.et' aj-bv Aù^oXàou ~ù Aioaxoijpw 
iw'pooreôévToç (2). La même hésitation se remarque pour Je<m, troi- 
sième pasteur de Paremboles et dont le sort fut tout différent de 
celui de son prédécesseur. C'était un ancien moine de Raythou, 
un des premiers compagnons de saint Euthyme. Il assista au con- 
cile de Chalcédoine (451) et condamna avec la presque unanimité 
des Pères la doctrine perverse de l'archimandrite Eutychès. A 
son retour il présenta les Actes du concile qu'il avait signés à 
son ancien higoumène, tremblant à la pensée de la catastrophe 
désastreuse d'Auxolaus et redoutant pour lui une pareille des- 
tinée. Euthyme lut attentivement les Actes du concile, vit que 
tout était conforme à la plus stricte orthodoxie et se déclara 
dès lors pour la foi de Chalcédoine. Il est curieux de voir avec 
quelle humilité ces évoques courbaient la tête devant les déci- 
sions d'un simple moine. 

Sous le règne d'Anastase I er (491-518), les Arabes du royaume 
de Hîra et les Thalabites renversèrent une première fois les 
tentes de Paremboles et détruisirent tous les campements. Ils 
tuèrent une partie des chrétiens, le reste fut emmené prisonnier 
ou se réfugia dans l'intérieur de la Palestine. Évagre et le chro- 
nographe Théophane font des allusions discrètes à cet événe- 
ment; d'après le dernier, l'invasion aurait eu lieu la onzième 
année de cet Empereur (502). Les cheikhs de la tribu groupè- 
rent les membres survivants et se retirèrent aux abords du 
monastère de Martyrius (Mourassas), à deux heures à l'Est de 
Jérusalem, pour y relever leur église et leurs tentes. Une se- 
conde excursion des ennemis leur prouva bientôt que leur vie 
courrait d'aussi graves dangers; cette fois ce fut bien la ruine 
définitive. Cyrille de Scythopolis nous apprend que l'invasion du 

(1) Duchosne, op. cit., p. :!l I. 

(2) Vit. s. Eulhym. P. G., t. CX1V, col. 656, n°72. 



70 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

féroce Alamundar, phylarque des Sarrasins persans, arriva du- 
rant que saint Jean le Silentiaire vivait en ermite clans le désert 
de Rouba (503-509). Les ennemis tinrent la campagne pendant 
plusieurs mois consécutifs, parcourant les solitudes en groupes 
détachés et massacrant tous les moines qui s'offraient à leur 
rencontre (1). Les monastères protégés par des murailles éle- 
vées, qui égalaient les forteresse les plus redoutables, surent 
résister aux assauts multipliés et fournir un asile inviolable 
à la multitude des moines. Sur les instances réitérées de 
ses frères et de saint Sabas lui-même, Jean le Silentiaire 
rentra cette année-là à la grande Laure (509) alors que 
tout danger sérieux était écarté (2). Néanmoins le siège de Pa- 
remboles ne disparut pas complètement à la suite de ce désastre, 
puisque nous retrouvons deux évoques de ce titre, Valens et 
Pierre III qui signent aux conciles provinciaux de Jérusalem 
tenus en 518 et en 536. Il est probable que ce siège épiscopal 
cessa vers cette époque, faute de fidèles. 

L'histoire de cet évêché nous a retenus longtemps: nous lui 
devions ce souvenir à cause de son originalité et de son impor- 
tance, à cause aussi de l'ignorance et des erreurs qu'on mani- 
feste trop souvent à égard. Il nous faut maintenant revenir à 
notre couvent. En se retirant dans une grotte, Euthyme n'avait 
pas du tout l'intention de fonder un second monastère ou une 
laure; aussi envoyait-il régulièrement à son ami Théoctiste 
tous ceux qui se présentaient à lui. Quand les desseins de Dieu 
sur sa personne furent plus manifestes, il se résigna malgré 
lui à garder des vocations et à constituer ainsi le noyau de sa 
future laure. Il continuait toutefois d'adresser au monastère 
inférieur les jeunes gens ou ceux qui désiraient mener aupa- 
ravant la vie cénobitique. Car la tendance universelle du moine 
palestinien était d'atteindre l'idéal réalisé par saint Antoine ; la 



(1) Cet Alamundar fut baptisé en l'an 513; nous trouvons un Arabe de ce nom 
qui ravage les terres de l'Empire en 529 et pousse ses armées jusqu'aux environs 
de Chalcédoine (Chronogr. Théoph. an. Christ. 529). Le Martyrologe romain a 
groupé au 19 février les victimes de ces différentes invasions des Arabes : « In 
Pahestina commemoratis sanctorum monachorum martyrum qui a Saràcenis 
sub duce Alamundaro ob fidem Christi saevissim e c sesi sunt. >• Jean Moschus 
parle vraisemblablement de ces martyrs aux chap. 21 et 99 de son Pré spirituel. 

(2) Vit. S.Euthym., col. 704, n° 125, et Vit. S. Joann. Silent., A. SS. Mai, t. III, 
pp. 237 et seq. 



LE MONASTÈRE DE SAINT THÉOCTISTE (411). 71 

vie en commun n'était pour lui qu'un stage, une sorte de novi- 
ciat qu'il échangeait vite pour l'existence des parfaits. Qui ne 
connaît le mot célèbre de saint Sabas : « La vie cénobitique pré- 
cède la vie érémitique, comme la ileur précède le fruit »? C'est 
ainsi qu'au printemps de l'an 458, Sabas se confiait à la direc- 
tion de saint Euthyme. Celui-ci ne crut pas le jeune homme 
capable d'affronter ses mortifications et le renvoya au couvent 
de Théoctiste. Sabas y demeura de 458 à 173, se réservant les 
emplois les plus vils, et gardant un silence absolu, une obéis- 
sance irréfléchie aux moindres désirs de son abbé. Il y fut té- 
moin durant son séjour de la mort de saint Théoctiste, qui 
arriva le 3 septembre 467, jour auquel les deux Églises vénè- 
rent encore sa mémoire. Théoctiste fut entouré à ses derniers 
moments de l'affection d'Euthyme, qui ne s'était pas démentie 
un seul instant durant leur longue carrière. Ses restes glorieux 
furent déposés dans une grotte par son ami et le patriarche 
Anastase, qui rivalisèrent de munificence à ses funérailles. La 
cérémonie achevée, le patriarche confirma saint Euthyme dans 
la charge d'higoumène des deux monastères, qu'il avait rem- 
plie conjointement avec saint Théoctiste. On sait en effet qu'Eu- 
thyme, malgré sa retraite et la fondation de la laure, était tou- 
jours considéré comme le vrai supérieur et qu'aucune décision 
importante ne se prenait sans lui. Théoctiste était son second 
et tenait de lui tout son pouvoir. 

Le saint délégua ces fonctions au Bédouin Maris, le beau- 
frère d'Aspebet, homme d'une vertu éprouvée, que nous avons 
vu embrasser l'état monastique vers l'an 420. Son âge avancé 
ne lui permit pas de diriger la communauté bien longtemps. 
Deux ans après, il mourait et son corps était déposé auprès 
de celui de Théoctiste. Lougin le remplaça en 460 comme 
higoumène, il mourut en 485 et rejoignit ses deux prédéces- 
seurs dans le même sépulcre (1). Un récit assez tardif nous 
fournit des indications plus précises sur le lieu de leur sépul- 
ture. Dans la seconde moitié du huitième siècle, saint Etienne 
le Sabaïte, surnommé le Thaumaturge pour le distinguer de 
son homonyme et contemporain saint Etienne le Sabaïte ap- 
pelé le Mélode, invitait un jour son disciple Eustrate à des- 

(1) Vit. S. Eul/njm., col. 680 à 684, n° s 100 à lu::. 



72 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 

cendre avec lui de la laure de Saint-Sabas au monastère de 
Saint-Théoctiste pour vénérer les reliques des saints et puiser 
auprès d'eux la force nécessaire aux athlètes du Christ. La 
légende entourait déjà ce sanctuaire d'une auréole lumineuse. 
A leur approche, les Arabes des environs les avertirent que 
l'entrée du tombeau était fermée ,à tous, car un feu intense 
irradiant le voisinage se chargeait d'en interdire l'accès aux 
téméraires, tandis qu'une odeur suave, supérieure aux parfums 
les plus exquis, pénétrait les sens de ceux qui se maintenaient 
à une distance respectueuse. Sans ajouter foi à ces rêveries 
enfantines des enfants du désert, les deux pèlerins passèrent 
la nuit en prière auprès des corps des saints religieux, et, 
l'aurore venue, Etienne désignait par leur nom à son disciple 
les saintes dépouilles de Théoctiste et de ceux qui reposaient 
avec lui. Au lieu de ces termes vagues, pourquoi le biographe 
ne nous a-t-il pas donné ces noms, s'il les savait? Cela nous 
rendrait bien plus de service. Etienne montrait aussi le corps 
d'un autre anachorète, qui près de mourir se fit descendre de 
sa grotte pour expirer auprès du fondateur et être enseveli à 
ses côtés. Il résulterait de ces expressions de l'hagiographe 
Léonce, que la grotte consacrée à conserver les dépouilles des 
morts se trouvait à un étage inférieur (1). La concorde la plus 
fraternelle avait régné jusque-là entre les deux monastères de 
Saint-Euthyme et de Saint-Théoctiste. La convoitise, si enra- 
cinée au cœur de l'homme, qu'elle l'accompagne même au 
couvent, allait rompre cette bonne harmonie et soulever des 
haines inextinguibles pour des causes futiles. 

L'année de la mort de Longin (485), succombait aussi le 
fils d'Aspebet, le fameux Térébon, dont la guérison miracu- 
■ leuse avait décidé la conversion de toute la tribu. A ses der- 
niers instants, il laissa de vive voix de grandes sommes d'ar- 
gent et d'immenses propriétés à partager amicalement entre 
les deux monastères. L'higoumène Paul, successeur de Lon- 
gin, devança le partage; il s'adjugea le corps de Térébon ainsi 
que les richesses et les propriétés, et poussa l'audace jusqu'à 
venir construire un mur de clôture et une tour près de la laure 
de Saint-Euthyme, à une lieue de son monastère. Ces dissensions 

(1) VU. S. Stcph. ThaumaL, A. SS., t. III, Jul., p. 014 et 515, n° s 27 et 28. 



LE MONASTÈRE DE SAINT THÉOCTISTE (411). 73 

intestines et les querelles à main armée qui s'ensuivirent for- 
cèrent saint Cyriaque à quitter ces lieux pour s'enfermer à la 
vieille laure (1). Nous connaissons encore un higoumène de 
Saint-Théoctiste, le successeur de Paul, Térébon, arrière petit- 
fils d'Aspebet, au début du sixième siècle. 

Chose remarquable, les Jiagiographes et les chroniqueurs, 
qui ne manquent jamais de reproduire la moindre dispute sur- 
venue entre les monastères, gardent le silence sur les faits 
accomplis durant de longues années de paix. C'est ainsi qu'ils 
se taisent désormais sur le couvent de Théoctiste, dont l'his- 
toire se ferme sur une lutte fratricide. Ce couvent ne devait 
pas être tout à fait abandonné, quand Cyrille de Scythopolis 
écrivit les vies des principaux religieux de Palestine (556-558), 
car un historien aussi bien informé n'aurait pas négligé de 
noter ce détail. Toutefois, c'est un des rares monastères que ne 
mentionne pas Jean Moschus dans le Pré Spirituel, alors qu'il 
s'étend avec complaisance sur une foule d'autres moins connus. 
Il n'est pas invraisemblable' que durant sa visite (vers 600) le 
monastère, à la suite des invasions Sarrasines et de la dispari- 
tion de Paremboles, se soit vu déserté peu à peu par les moines 
circonspects, qui préféraient mettre leurs jours en sécurité 
derrière les solides remparts des laures. Il nous reste en- 
core un souvenir qui se rattache à notre monastère. Au hui- 
tième siècle, un ascète égyptien du nom de Christophe s'était 
hissé à l'aide d'une corde dans la grotte primitive, où les 
bergers de Béthanie surprirent saint Euthyme et saint Théoc- 
tiste. Son genre de vie était curieux : mille génuflexions le 
jour et autant la nuit, accompagnées de veilles interminables, 
déjeunes et de larmes. 

Chaque samedi, saint Etienne le Thaumaturge venait de son 
ermitage lui dire la messe; il s'établit vite entre eux une affec- 
tion intime qu'on retrouve communément chez les solitaires. 
Christophe se permettait même à l'égard d'Etienne certaines 
plaisanteries comme celle de l'enfermer dans sa grotte, après 
avoir barricadé la porte et soustrait soigneusement la corde 
qui servait à descendre, afin de constater de ses propres yeux 
si la réputation de sainteté dont jouissait son confrère n'était 

(1) Vit. .v. Cyriac, Migne, P G., t. CXV, col. 925 à 928. 



74 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

pas au-dessus de la réalité, et s'il pourrait se glisser à travers 
les planches ou descendre sans échelle. 

Comme le patriarche Élie était retenu prisonnier en Perse, 
il prit fantaisie à Christophe de se rendre dans ce pays pour 
obtenir sa délivrance; il pesa même sur la volonté d'Etienne 
pour l'entraîner avec lui. Loin de condescendre à ses désirs, le 
saint essaya toutes les ressources de sa dialectique pour le dé- 
tourner de ce voyage ; vains efforts ! le solitaire s'obstinait tou- 
jours dans sa résolution. Il lui déclara alors dans une vue 
prophétique que le patriarche Élie remonterait bientôt sur son 
siège et que lui, Christophe, ne reverrait jamais la Palestine 
s'il mettait les pieds en Perse. Christophe s'entêta et partit, 
et les événements confirmèrent les prévisions d'Etienne (1). A 
cette époque, il n'est déjà plus question du monastère, abso- 
lument désert, et qui avait sans doute disparu vers la fin du 
sixième siècle. Bien plus, les pèlerins ne le connaissent même 
pas de nom et ne le citent pas dans leurs récits; l'higoumène 
russe Daniel (1106) fait heureusement exception à cette géné- 
ralité : « A l'Orient de la laure de Saint-Sabba, derrière une 
montagne, se trouve, à la distance de dix verstes, 1-e couvent de 
Saint-Euthyme... Le couvent est situé dans un vallon; il est 
entouré de montagnes de pierres; il était ceint de murailles à 
une certaine distance, et l'église se trouvait sur une hauteur. 
Le couvent de Saint-Théoctiste s'y trouvait aussi, au bas de la 
montagne, au Midi de celui de Saint-Euthyme; il est présente- 
ment détruit par les infidèles (2) ». 

Les palestinologues de notre siècle se sont efforcés de fixer 
d'une manière sûre le site du monastère de Saint-Théoctiste, 
dont la position est déterminée dans les vies des Saints par 
celle de Saint-Euthyme. Or, pour ce dernier, point les erreurs 
commises étaient unanimes jusqu'à nos jours. En effet, sur 
l'autorité de Guérin, Noroff, Liévin et nombre d'autres, on 
avait admis comme certaine l'identification de Saint-Euthyme 
avec Néby-Mousa, ce qui est une contradiction palpable avec 
la description de cette laure laissée par Cyrille; conséquem- 
ment le monastère de Théoctiste demeurait introuvable. Cette 
opinion heureusement n'a eu qu'une courte durée; elle est 

(1) Vit., S. Sleph. Thaum. A.SS., t. III, Jul., n 0i 7 à 24, p. 516 à 522. 

(2) Voyage de l'higoumène Daniel, p. 61, traduction de M. de Noroff. 



LE MONASTÈRE DE SAINT THÉOCTISTE (411). 75 

généralement abandonnée aujourd'hui par les gens compétents, 
qui s'accordent à voir Saint-Euthyme dans le fort démoli de 
Khan-el-Ahmar. C'est donc à une lieue à l'Est de ces ruines 
(3 milles) qu'il importait de chercher dans une gorge pro- 
fonde des restes de couvent assez considérables pour qu'on pût 
y placer Saint-Théoctiste. La carte anglaise indiquait à la 
distance convenable un ouady qu'elle appelait Emtschelisch, 
et le chanoine Riess, sur la foi de cette carte, l'identifiait juste- 
ment dans son Atlas de Palestine avec le monastère de saint 
Théoctiste. Les Pères Blancs, qui dirigent le séminaire grec 
melchite de Sainte-Anne, à Jérusalem, résolurent de vérifier 
cette trouvaille, et voici les résultats certains et définitifs de 
leur excursion. Le couvent de Saint-Théoctiste est situé dans 
le Ouady-ed-Dabor qui renferme le puits Bir-E nd.schelisch y 
ce qui explique l'erreur de la carte anglaise et de M. Riess 
donnant à la vallée entière le nom de ce puits. Ici, je me per- 
mets de relever une autre faute de détail de M. Riess. Dans le 
texte de son Atlas il indique la laure de Saint-Euthyme à 
15 milles de Jérusalem et celle de Saint-Théoctiste à 10 milles; 
or dans la carte, d'ailleurs excellente, du désert de Juda et de 
ses monastères, il place avec raison Saint-Euthyme beaucoup 
plus près de Jérusalem que Saint-Théoctiste. Il y a donc une 
contradiction manifeste entre la carte et le texte; l'erreur est 
dans le texte. Saint-Théoctiste est vraiment à 10 milles de Jé- 
rusalem d'après les indications topographiques de Cyrille; 
mais Saint-Euthyme n'en est qu'à 7 milles, d'après le même 
hagiographe. Maintenant, je laisse la parole au P. Féderlin, 
qui a raconté la découverte dans la Terre Sainte (1) : « Après 
avoir cheminé pendant un quart d'heure, on arrive au fond du 
torrent (Ouady-ed-Dabor). On remarque à gauche une citerne, 
dont la voûte maçonnée avec de petites pierres s'est en partie 
effondrée. Tout contre, au milieu du torrent et au bas d'une 
cascade, se trouve le réservoir naturel appelé par les Arabes 
Bir-Emtschelisch... En quittant la citerne, on remonte le long 
de la paroi Nord et au bout de dix minutes on arrive aux 
ruines. 
Dans la paroi presque verticale du rocher d'un rouge tirant 

(1) La Terre Sainte, 15 mars 1894. 



76 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

sur le noir, des grottes de diverses grandeurs s'étagent ou se 
succèdent. Elles ont abrité autrefois les serviteurs de Dieu ; 
aujourd'hui elles servent d'asile aux oiseaux de proie, aux 
porcs-épics et aux renards. 

« La plus vaste, qui est presque contiguë aux ruines du cou- 
vent, sert d'asile à des multitudes de pigeons sauvages, qui 
à notre arrivée s'échappent de la grotte en tourno} r ant. Du 
monastère, il reste peu de chose; un mur de soutènement au- 
dessus de l'abîme, çà et là quelques pans de murs, deux citer- 
nes, une sorte de tour carrée... Au-dessus des deux citernes 
se trouvaient plusieurs grottes, inaccessibles aujourd'hui, sans 
échelle. La paroi extérieure du rocher, dans lequel elles ont été 
creusées, s'est en partie effondrée, entraînant dans sa chute les 
bâtiments inférieurs au couvent proprement dit... Sur la voûte 
de la grotte la plus élevée, nous avons remarqué des peintures 
à fresque suffisamment conservées. Les peintures se trouvent 
dans une double niche en maçonnerie d'environ 20 centimè- 
tres de large sur 90 centimètres de haut. La niche de droite re- 
présente Notre-Seigneur Jésus-Christ crucifié; près de la croix 
j'ai cru reconnaître saint Jean. 

« Près de la tête du Sauveur, au-dessus du bras droit, se 
trouve la figure d'un ange. La niche de gauche renferme une 
image de la Très Sainte Vierge. Sur les côtés inférieurs des 
deux niches, on remarque des figures de saints. D'autres fi- 
gures de saints avec nimbe se trouvent sur la bordure exté- 
rieure de la double niche. » 

P. Siméon Vailhé, 

des Augustins de l'Assomption. 
Cadi-Keuï. 



VIE DU MOINE 

RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA 



CHAPITRE VI 



Des signes et des prodiges que le Seigneur opéra par 
Rabban Youssef; — de la vision divine qui lui fut 
concédée; — DE SA patience, de sa constance et de son 
humilité ; — de sa grande charité et de son abondante 
miséricorde. — que notre-seigneur fasse miséricorde, 
par ses prières, au misérable écrivain, au lecteur et a 
l'auditeur. 

Par sa nature l'âme est raisonnable, intellectuelle, spirituelle. 
Elle a été créée par son sage Auteur sans les passions qui aveu- 
glent sa vue divine (1) et, pour prendre un exemple, comme 
un miroir poli et sans tache, qui possède par sa nature même 
la splendeur et la pureté. De même que le miroir est souillé 
extérieurement par quelque immondice, et que sa splendeur en 
est obscurcie, de même, par la transgression du premier pré- 
cepte, l'âme, polie pour la vue, a été souillée par l'immondice 
du péché; mais toutefois extérieurement et non pas dans sa 
nature : car le péché n'avait pas une force telle qu'il pût cor- 
rompre et changer la nature de l'âme, mais seulement opérer 
sur elle, extérieurement, une souillure accidentelle (2), tandis 
que sa vue spirituelle, qui fait partie de la nature de sa création, 
se contracta en elle sans cependant s'en éloigner, comme se 
contracte en lui la pureté du miroir. 

Quand il a d'abord bien compris cela, l'homme qui, excité 

(1) Sa faculté de voir Dieu. 

(2) Littéralement: sans nature ni substance. 



78 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

par les mouvements naturels de sa bonté, a quitté le monde et 
préféré le silence par amour du bien primitif, met ensuite toute 
son application à polir et à purifier le miroir de son âme de la 
souillure détestable par laquelle est aveuglé l'œil limpide de 
son jugement. D'après le conseil des anciens, conformément à 
leur enseignement, il applique à la surface du miroir quelques 
onguents qui extérieurement semblent ne faire qu'ajouter à son 
obscurité : ce sont les labeurs corporels qui entraînent l'âme 
avec eux, et qui, à cause des luttes inséparables de ces labeurs, 
sont considérés extérieurement comme des afflictions pour 
l'âme. Et cela aussi longtemps que l'homme s'applique dans 
l'opération corporelle aux labeurs qui conviennent à ce degré, 
jusqu'à ce que, par sa persévérance, les combats aient cessé et 
les passions se soient éteintes. Ensuite, à l'instar d'une poudre 
sèche dont le frottement fait briller le poli du miroir,, les labeurs 
intellectuels donnent à cet homme ce qui peut le diriger dans 
sa voie, afin qu'il fasse briller Je miroir de son âme; ce sont 
ces labeurs qui rétablissent l'homme dans la nature de sa créa- 
tion première; c'est le degré de l'opération de lame. Dans ce 
degré se font les prodiges, les miracles, la guérison des mala- 
des : toutes choses qui ont été accordées par la Providence en fa^ 
veur des infidèles, selon la parole du prédicateur véridique (1). 

Par le frottement assidu du miroir avec la matière sèche qui 
est dessus, il revient à sa nature première et retrouve sa splen- 
deur sans tache : de même aussi, l'âme raisonnable adonnée 
aux œuvres intellectuelles dans le degré de l'opération de l'âme, 
est polie de plus en plus par ces labeurs assidus, au point 
qu'elle s'élève même au delà du degré du premier homme. C'est 
ce qui est appelé par les sages la science seconde de la nature : 
c'est la science qui convient au degré de l'opération de l'âme 
et qui conduit celle-ci au degré de la spiritualité, que posséda 
manifestement le Christ Notre-Seigneur, dès le commence- 
ment. 

Quant à la science première de la nature qui est communiquée 
dans ce degré à l'intelligence appliquée : n'en parlons point, 
mes frères, car elle ne s'acquiert pas par les labeurs, mais par 
l'amour. Alors, au lieu d'être un thaumaturge, l'homme devient 

(1) Joh., x.\, 31 (?). 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 79 

un voyant des mystères divins ; et dès lors, il n'est plus appelé 
ni thaumartuge, ni même « voyant », mais véritablement « con- 
naissant », parce que la vue qui lui est communiquée dans ce 
degré atteint la connaissance parfaite. Dans le degré de l'opé- 
ration de l'âme, la vue et la science sont aussi données, mais 
en partie seulement, et non pas dans la plénitude de la science, 
comme dans ce degré supérieur. 

Donc, le don des prodiges et des miracles appartient au pre- 
mier et au second degré; la vision au degré de l'opération de 
l'âme, et même en partie et faiblement au premier degré; mais 
la connaissance intuitive et la vision qui lui est inhérente est 
communiquée par l'amour dans le degré de la spiritualité, et 
seulement partiellement dans le degré précédent, et tout à fait 
faiblement dans le premier. Donc, la vision est préférable à 
l'opération des prodiges, et la science surpasse la vision. Un 
« connaissant » qui avait revêtu le Christ (1) a dit : « Tout con- 
naissant est aussi voyant » ; et de même : « Tout opérateur de pro- 
diges n'est pas voyant, mais tout voyant est opérateur de pro- 
diges. » Et voilà pourquoi je dis, et il est très vrai, que la vision 
est bien supérieure à l'opération des prodiges, en tant que 
celle-là renferme aussi celle-ci. Et c'est pourquoi, c'est à cause 
de cela qu'un moine « connaissant » ne s'applique jamais à l'o- 
pération des prodiges si ce n'est par nécessité pour les affligés. 
Il travaille pour la science et non pour faire des prodiges. Et 
comme cette science renferme les deux autres qualités, je veux 
dire la vision et l'opération des prodiges, celui qui la possède 
n'est plus comme un homme mais comme Dieu, et bien plutôt 
comme Dieu : sa miséricorde et sa charité ne sont plus intéres- 
sées, mais elles s'étendent à tous et à tout, de même que Dieu 
aime tout, et chérit tout l'univers sans motif de la part de ce- 
lui-ci. L'homme s'offre lui-même à Dieu comme hostie volontaire 
en sacrifice de satisfaction. Par l'humilité qui est celle du Christ, 
il se livre lui-même à toutes les souffrances pour chacun, 
parce que sa charité s'étend à tous. Il souffre et supporte tout 
dans son amour divin; et il n'est pas même difficile à ses yeux 
de se livrer lui-même au feu pour tous, à cause de son amour 
universel. 

(1) Rom., xiii, 14; Galat., ni, '27. 



80 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN . 

Cette chose est bien connue de celui qui l'a éprouvée en 
lui-même, et qui l'a acquise par l'amour clans la science par- 
faite. C'est là véritablement la perle très précieuse, le trésor su- 
blime qui est enfoui et caché dans l'âme et qui se trouve au de- 
dans d'elle et non point en dehors. C'est là le royaume céleste qui 
se trouve au dedans de l'âme (1), dont elle ne s'éloigne point et 
dans lequel elle habite et se meut. Par cette science, l'homme 
acquiert la liberté des enfants, par laquelle il appelle Dieu le 
Père : « Notre Père », et devient l'héritier de sa gloire et le cohé- 
ritier de Notre-Seigneur Jésus-Christ (2). Dans cette liberté, il 
offre en sacrifice à Dieu, comme une hostie vivante, ses labeurs 
et les bonnes œuvres de ses enfants; et il dit hardiment dans 
cette liberté des enfants: « Me voici, Seigneur, et les enfants 
que tu m'as donnés, purs et immaculés, exhalant une suave 
odeur, pour ton bon plaisir. » 

Or, l'homme admirable dont nous parlons a monté par ces 
degrés et ces échelons ; il a marché par ces diverses étapes et 
les contemplations qui s'y rencontrent, jusqu'à ce qu'il ait 
trouvé cette perle dans la citadelle de son âme, c'est-à-dire jus- 
qu'à ce que son âme soit établie dans la nature de sa création 
première, et qu'il ait trouvé en elle la science première de la 
nature. Il fut « connaissant » en même temps que « voyant » 
et « thaumaturge ». Il posséda l'amour, la charité étendue et 
désintéressée, l'humilité, la patience, la miséricorde, et l'abné- 
gation de lui-même à l'imitation du Christ Notre-Seigneur. 

Et moi, misérable et insensé, je m'apprête à faire connaître, 
par mon discours faible et très grossier, cet homme et, autant 
que possible, quelques-uns des miracles et des prodiges que 
Notre-Seigneur opéra par ses mains; afin qu'on connaisse 
aussi la divine vision intellectuelle dont il était favorisé, ce 
qui, comme je l'ai dit, est beaucoup plus parfait que le don 
des miracles, j'exposerai quelques exemples : ceux dont j'ai été 
le ministre ou ceux que j'ai appris de temps à autre de R. Youssef 
lui-même. Je parlerai aussi de son humilité, de sa patience, 
de son amour, de sa miséricorde; mais, en réalité, ce que je 
montrerai de toutes ces vertus n'est que comme une goutte 
de la mer; car je ne fus point avec lui dès le commencement, 

(1) Luc, xvii. 21. 

(2) Rom., vin, 15. 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 81 

et je n'ai point appris tout ce que le Christ a fait par ses mains. 
Mais il suffira de ces petites choses aux hommes intelligents 
pour saisir et comprendre la grandeur de cet homme de Dieu. 

Audition des anges. — Rabban Youssef me racontait qu'é- 
tant au couvent de saint Rabban Hormizd, quand il sortait de la 
solitude pour se rendre aux assemblées du dimanche , des fêtes 
ou des commémoraisons, selon l'ancienne règle des solitaires, 
un grand prodige s'accomplissait à son égard, de cette façon : 

Quand il entrait dans l'église et qu'il se tenait, selon la règle 
qu'il s'était imposée, entre les chœurs, tandis que les frères 
accomplissaient leur office selon la coutume, il entendait la 
voix d'un ange qui récitait l'office dans les deux groupes. Dès 
qu'il entendait cette voix dans l'un des groupes, son esprit 
était captivé par le charme de la voix angéhque et il tournait 
son visage et même toute sa personne de ce côté. Dès que les 
frères de l'autre groupe reprenaient, il entendait la voix dans 
ce chœur et se retournait vers lui. Il était ainsi très agité, au 
point que les frères le pressaient et lui disaient : « Pour- 
quoi donc es-tu si troublé et agité? N'es-tu pas dans l'assemblée 
des moines? Range-toi et sois raisonnable. » — Mais il ne pou- 
vait se contenir en présence de ce prodige ; il était vaincu par 
lui, au point qu'il sortait de l'église et courait à sa cellule. 

// trouve une croix. — Un jour qu'il était dans le couvent 
de Rabban Hormizd, il sortit, selon sa coutume, pour aller 
prier à la montagne. Il se trouva près d'une caverne et y 
entra. Or, il vit une croix destinée à être portée au cou, sus- 
pendue par son anse, dans la partie orientale de la caverne. 
Il pria et prit la croix ; il la vénéra et sentit s'exhaler d'elle un 
parfum supérieur à tous les aromates. En revenant à sa cellule, 
il la plaça dans une petite boite et cacha cette boîte dans une 
armoire, c'est-à-dire dans un meuble secret, qu'il avait, puis il 
ferma la porte de l'armoire. Il était joyeux et content du pré- 
cieux trésor qu'il avait trouvé. Quelques jours après, il alla 
pour vénérer la croix. Il ouvrit la boîte, mais ne trouva plus 
la croix qui était dedans. Il fut étonné et très affligé de cela. 
Il pria et demanda au Christ de lui faire connaître ce qu'était de- 
venue cette croix. Alors l'ange de la Providence (1) qui l'accom- 

(1) Son ange gardien. — C'est l'expression consacrée chez les Syriens. 

ORIENT CHRÉTIEN. 6 



82 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

pagnait lui dit : « Ne demande donc pas ce qui ne t'appartient pas. 
Le Maître de la croix est venu la prendre. » — Rabban Youssef 
en fut contristé et il demanda au Seigneur de la lui rendre. 
Quelque temps après Notre-Seigneur fit revenir la croix près 
de lui : comment? de quelle manière? personne ne le sait. — 
Elle resta suspendue à son cou jusqu'à sa mort. 

Vision qu'il eut du temps de R. Mousha. — Rabban 
Youssef me raconta lui-même une vision qu'il vit du temps 
de R. Mousha, relativement à la fin du monde. Une nuit, pen- 
dant qu'il était dans sa cellule, il se tenait debout au milieu 
de la cour et regardait vers l'Occident. Une vision divine se 
présenta à lui de cette façon : Le jour parut; c'est-à-dire le 
globe du soleil. Il était arrêté sur la route qu'il suit vers 
l'Occident, à environ une toise (1) de la montagne derrière la- 
quelle il se couche. Et il y avait, depuis l'endroit où se te- 
nait le soleil jusqu'à l'endroit où il se couche, des ténèbres 
épaisses, une obscurité et une tache de sang d'une épaisseur et 
d'une opacité indicibles. — Il fut très ému de cette vision et 
dit à l'ange qui l'accompagnait : « Que signifie cette vision 
dont l'aspect est si terrible et si étrange? » — Et l'ange, ministre 
de cette vision, lui dit : « Par ce que tu vois, Dieu veut t'ins- 
truire sur la fin du monde. Sache qu'il reste aussi peu de ce 
monde qu'il restait peu du temps du jour. Les ténèbres et l'obs- 
curité dans lesquelles tu as vu le soleil s'avancer jusqu'à son 
coucher : ce sont les calamités, les afflictions, les vicissitudes 
que les hommes supporteront à cause de la fin du monde. » 

Quand R. Youssef sortit de cette vision et qu'elle eut disparu 
de devant lui, il alla trouver saint R. Mousha et lui fit con- 
naître la vision qu'il avait eue. Lorsque R. Mousha entendit ce 
que lui racontait R. Youssef, des larmes coulèrent sur ses joues 
et il dit à celui-ci : « Sache que Dieu ne t'a pas fait connaître 
toute la vérité, parce que tu n'aurais pu la supporter. Il t'a 
montré seulement un peu de ce que les hommes auront à souf- 
frir; car nombreuses et indicibles sont les tribulations qui au- 
ront lieu depuis maintenant jusqu'à la fin du monde. » 

Peu de temps après que R. Youssef eut cette vision, des vi- 
cissitudes diverses et lugubres envahirent le monde; autant 

(1) Littéralement : Une station. — Le contexte indique qu'il s'agit d'une petite 
distance; mais la quantité de cette mesure ne peut être déterminée avec précision. 



VIE DU MOINE RABBAN YCWJSSEP BÔUSNAYA. 83 

qu'il l'avait vu, les misères et les afflictions s'appesantirent sur 
les hommes. R. Youssef gémissait continuellement sur ce que 
les hommes auraient à souiïrir en ces derniers temps. 

Pendant les quatre ans qui précédèrent la venue de ce persan 
— [c'est à-dire Dailamite (1)J — qui s'appelait Panah-haçrau, 
R. Youssef se lamentait à chaque instant à haute voix et disait : 
« Gloire à Dieu! Qu'arrivera-t-il aux hommes et aux couvents, 
aux villages et aux villes? » — Beaucoup de gens l'entendi- 
rent répéter cela; car il était vaincu par la gravité et la diffi- 
culté de ce qu'il avait vu , au point qu'il élevait involontaire- 
ment la voix au milieu de gémissements qu'on pouvait entendre. 
Il glorifiait Dieu qui lui avait fait voir ce qui devait arriver au 
monde; et des larmes abondantes coulaient de ses yeux. 

Au bout des quatre ans dont j'ai parlé, le roi vint dans ces 
contrées, à la fin de l'année 367 des Arabes (2). Et les tempêtes 
et les calamités commencèrent à s'élever contre les hommes. 
Le saint disait : « Voici le châtiment qui commence : Dieu sait 
quand il prendra fin! Mais, j'ai demandé au Christ de ra'em- 
mener pour ne pas voir de mes yeux ce qui doit arriver aux 
hommes, ni la ruine des couvents. » — Un an et quatre mois 
après l'arrivée de ce roi, Rabban Youssef s'en alla vers son 
Maître, ainsi qu'il l'avait demandé, pour ne pas voir la dévasta- 
tion des monastères et des églises, ni la dispersion des frères et 
des fidèles (3). Après sa mort les Kartavéens et les Ta'aliens (4) 
régnèrent en ces contrées, et ils dévastèrent les couvents, les 
monastères et les villages : les frères qui s'y trouvaient furent 
dispersés en tous lieux. — R. Youssef prophétisait souvent sur les 
vicissitudes que devait subir le couvent de Beit Çayarê. Il disait, 
comme dans une énigme : « Tu es Kapharnahum qui t'es éle- 
vée jusqu'aux cieux et qui descendras jusqu'aux enfers. » — 
Toutefois, pendant sa vie, il n'y vit aucun changement. 

Rabban Youssef me fît aussi connaître en secret les acci- 
dents qui arrivèrent au couvent de R. Hormizd. 



(1; Le Dailam est une région voisine de la mer Caspienne. — 11 est question plus 
bas de l'envahissement delà Mésopotamie parle prince persan du Dailam. 

(2) L'an 367 de l'hégire commentait le 19 août de l'année 977 de notre ère. 

(3) Il mourut donc au début de l'an 369 de l'hégire, qui commençait le 29 juillet 
979 de notre ère 

(1) Voir la note suivante. 



84 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

Il m'avait encore prédit la dévastation du pays deDasen (1). 
Avant qu'elle n'eût lieu il me disait : « Quelqu'un viendra, 
envoyé par Dieu, pour dévaster le pays de Dasen et disperser 
ses habitants. Des foules innombrables seront massacrées par 
les méchants qui y demeurent. Ensuite quand le châtiment 
sera accompli, il sera habité de nouveau. » — Et cela s'est 
réalisé; nous l'avons vu de nos yeux. Tout le pays de Dasen fut 
dévasté; les hommes furent dispersés; environ cinq mille per- 
sonnes furent massacrées par les Kartavéens appelés Hakka- 
réens (2). 

Une semblable prescience avait été donnée par Dieu à ce bien- 
heureux, et par elle il voyait les choses futures, les prédisait et 
les faisait connaître par quelque prophétie. 

Histoire du catholicos Mar 'Abdisho'. — Quand le catholicos 
Mar 'Abdisho* était encore évêquede Ma'altia, il voulut abdiquer 
l'épiscopat. — Comme il aimait beaucoup Rabban Youssef et 
qu'ils avaient une grande affection l'un pour l'autre, il vint le 
trouver pour prendre conseil de lui sur cette affaire. Il lui fit con- 
naître ce qu'il avait résolu de faire, lui dit qu'il voulait écrire sa 
démission et lui demanda de prier à ce sujet. R. Youssef lui ré- 
pondit : « Oui, je prierai, et je te dirai ce que la grâce me mon- 
trera. » — Il pria donc pour cette affaire; et, dans la nuit même, 
la grâce qui le dirigeait lui révéla que Mar 'Abdisho' deviendrait 
patriarche de l'Orient. Quand celui-ci revint le trouver au ma- 
tin, R. Youssef lui dit en se réjouissant : « Salut, Mar Catho- 
licos! Sache que le Christ te placera à la tête de son Église et 
t'élèvera au degré du patriarcat. » — Cela arrivera d'une ma- 
nière admirable et sublime. Quand les Pères se réunirent pour 
l'ordination du catholicos, après avoir été divisés pendant quel- 
que temps, ils tombèrent d'accord pour écrire sur des billets 
les noms de ceux qui étaient aptes à cette fonction. Ils écrivirent 
six billets, et comme ils désiraient en remplir sept, l'un d'eux 

(1) V. la note suivante. 

(2) Les Kartavéens (Cartuxi) forment une tribu kurde mentionnée dans les au- 
teurs arabes comme habitant à l'O. du Petit Zab; l'auteur paraît les confondre ici 
avec les Iîakkaréens ou Hakkari, une des plus fameuses tribus des Kurdes, qui 
existe encore aujourd'hui et habite la montagne à l'Est du Grand Zab, dans la région 
d'Amadia. Dasen se trouvait effectivement dans cette région. — Cf. Hoffmann, 
Aitsziige, p. 202etsuiv.— Les Ta'aliens formaient sans doute une autre tribu kurde 
de la même contrée. 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 85 

dit, comme par hasard : « Écrivez le nom de 'Abdisho' de Ma- 
'altia. » — Ils firent ainsi et quand ils eurent prié et demandé à 
Dieu de faire connaître celui qui était digne de cette charge, le 
billet de celui-ci sortit par trois fois. Ils écrivirent alors aux 
fidèles de Mossoul pour les instruire de ce qui s'était passé. On le 
prit de force et on l'envoya à Bagdad. Il accepta avec beaucoup 
de difficulté ce don du patriarcat que tant d'autres ambition- 
naient. Et ainsi se réalisa la prophétie de R. Youssef à son 
sujet (1). 

Histoire de la pierre qui était dans sa cellule. — Rabban 
Youssef racontait lui-même ce qui suit, au sujet de sa cons- 
tance et de son travail ardu et éminent. Il y avait dans sa cel- 
lule un rocher qu'il voulait briser pour agrandir la cour et 
peut-être aussi pour se mortifier lui-même. Il se fit un grand 
marteau qui pesait trois titré (2) au moins et il se mit à l'œuvre 
au commencement de la semaine des saints Apôtres (3). Il y 
travaillait toute la journée et ne se reposait pas même au milieu 
du jour; mais il y restait sous la chaleur du soleil, même à midi, 
et s'attachait à son travail jusque pendant la nuit. Étant appliqué 
à ce labeur pénible il ne rompit cependant pas le jeûne et ne 
pritrien pendant huit jours. Il était disposé et songeait à passer 
ainsi chaque semaine sans rien prendre, mais il ne voulut pas 
faire sans conseil cette chose étonnante et au-dessus de la na- 
ture. Il alla trouver saint R. Mousha pendant la nuit et lui fit 
connaître son affaire et la disposition de son esprit. — Rab- 
ban Mousha le dissuada de cela et lui dit : « Cette chose est 
grande et supérieure à notre temps; tu ne dois pas vouloir te 
distinguer par quelque chose qui ne convient point à ce temps. 
Va, romps ton jeûne et prends quelque chose à cause du labeur 
auquel tu t'appliques. » 

Louanges de celui qui le fortifiait. — Une année, il y eut une 
disette de blé dans toute la contrée. R. Youssef, qui pratiquait 
parfaitement la pauvreté, ne possédait absolument rien et n'a- 

(1) L'élection de Mar 'Abdisho' I er , qui eut lieu en l'an 963, est racontée ainsi, 
avec quelques variantes dans les détails, par Bar Hébréus (Chron. ceci., II, 252). 

(2) La Utra (ou livre) a varié de poids selon les époques. Bar c Ali, auteur du neuvième 
siècle, dit que la Utra pèse 3112 beaux grains d'orge, et que la Utra syriaque vaut 
six litre de Bagdad. — Il est impossible de donner l'équivalence exacte de ce poids. 

(3) Dénomination empruntée au calendrier liturgique. — On appelle semaines 
des Apôtres, dans l'office nestorien, les six semaines qui suivent la Pentecôte. 



86 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

vait que quelques dattes (1) dans sa cellule. Il fut tout l'hiver 
sans pain : il prenait chaque nuit une parcelle du pain eucharis- 
tique (2) et trois dattes : en dehors de ces trois dattes, il ne goûta 
rien autre chose pendant tout cet hiver. Quand arriva le Ca- 
rême, les dattes qu'il avait étaient consommées ; et pendant tout 
le Carême, quelques jours exceptés, aucun mets n'entra dans sa 
bouche, si ce n'est la parcelle de pain eucharistique qu'il pre- 
nait chaque nuit. 

La dernière semaine du Carême la chose devint très pénible 
pour lui; ses entrailles se contractèrent, son gosier se dessécha 
au point qu'il ne livrait même plus passage à l'eau. Une nuit 
il se leva et songea à aller trouver l'un des frères pour lui de- 
mander un peu de froment. Arrivé à la porte de sa cellule et 
voulant sortir, il salua la croix qui était dans sa cellule. Il re- 
vint alors à lui-même et n'ouvrit point la porte ; mais il étendit 
les mains vers le Christ sur la croix et dit : « Par ton amour, 
ô Christ! je ne sortirai point; je ne demanderai rien à personne. 
Si tu m'envoies quelque chose, je l'accepterai avec reconnais- 
sance ; sinon, je mourrai en dedans de cette porte pour ton amour 
délectable. Ton amour m'est plus cher que la vie temporelle. » 
11 rentra dans sa cellule et s'assit sur son siège en face de la 
croix. Et voici que quelqu'un frappa bientôt à la porte; il sortit 
pour voir qui c'était et trouva un vieillard vertueux et laborieux 
qui s'appelait Yohannan, de Dasen. Ils se saluèrent mutuel- 
lement, et R. Youssef lui dit : « Pour quel motif es-tu sorti 
de ta cellule à cette heure? » — Rabban Yohannan répondit : 
« J'ai été excité par la pensée, qui s'est élevée subitement en 
moi, que j'avais un peu de froment. Je n'ai pu résister à ce 
mouvement et je suis sorti promptement. » Et il lui donna une 
besace contenant deux makoukê (3) de froment. Le saint l'ac- 
cepta et loua le Christ qui prend soin de ses familiers. 

Il envoya moudre ce froment au moulin, et il expédia la 
moitié de cette farine que le Christ lui avait envoyée à R. Mar- 



(1) Le mot peut aussi signifier châtaignes ou glands. 

(2) Boukra. — Ce mot signifie premier-né. Il désigne les parcelles de I'hôstie 
fini n'avaient pas été consacrées et qu'on distribuait comme pain bénit, selon Te 
rite nestorien, et parfois aussi l'hostie consacrée. — Cf. Renaudot, Lit. or., II, 62, 
L'hostie est ainsi appelée par allusion au Christ « premier-né de toute créature ». 

(3) Nom de mesure dont dont la capacité exacte nous est inconnue. 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. ST 

Atqen, dont nous avons parlé plus haut qui, lui aussi, était très 
opprimé [par la faminej. Avec l'autre moitié qui lui resta il se 
soutint lui-même en en prenant un peu chaque jour jusqu'à la 
récolte nouvelle. 

Notre-Seigneur m'est témoin que j'écris ces choses telles que je 
les ai entendues de sa bouche. Il convient d'admirer cet homme 
prodigieux. Sa grandeur sera un objet d'admiration pour qui- 
conque comprendra ses œuvres sublimes et glorieuses : soit sa 
constance, soit la force qui lui était donnée par la grâce, sa di- 
rectrice, soit la solidité de son espérance et de sa confiance en 
Dieu, soit sa miséricorde semblable à celle de son Maître; soit 
son amour parfait et sincère, car alors qu'il ne possédait rien, 
sa miséricorde fut si grande qu'il donna une partie du peu que 
la grâce lui avait octroyé à celui qui en avait besoin, tandis que 
lui-même était dans la disette et l'indigence. Toutefois, il n'é- 
tait pas pauvre ni indigent quant à sa solide confiance , son 
ferme espoir, sa constance admirable : il était riche en Dieu et 
jouissait en abondance de ses bienfaits. 

Marcos, le prêtre de Mar Pithion. — Il y avait dans la ville 
de Mossoul, dans l'église de Mar Pithion (1) située sur le Tigre, 
un prêtre, nommé Marcos, très appliqué et très vigilant dans son 
ministère. Il était rempli de charité et faisait beaucoup d'au- 
mônes aux pauvres et aux indigents. Il était fort affligé d'une 
maladie du foie. Il vint trouver R. Youssef pour recevoir sa bé- 
nédiction et lui demander ses prières. C'était au moment de la 
semaine de l'Été (2) ; en ces jours là sa douleur du foie s'aggrava 
fortement. Il fit connaître son angoisse à R. Youssef qui lui dit : 
« Prends demain les [saints] mystères et viens me trouver. » — 
Le prêtre y alla, pensant que le saint lui donnerait à boire 
quelque chose d'utile pour son mal. Mais R. Youssef lui donna 
une grande coupe de vin vieux pur, sans eau, et lui dit : « Bois 
cela; » et il lui présenta un autre vase plein de miel mélangé 
avec de l'huile d'olive et du cumin, en lui disant : « Mange aussi 
de cela. » — Le prêtre ne put rien lui répondre. Il fit ce qu'il 



(1) Un des saints les plus honorés chez les Nestoriéns. 11 mourut la 9 e année 
d'Izdegerd (407). — Voir sa vie dans Hoffmann, op. rit., p. 61; Corluy, Analect. 
Bollandiana, 1888; Bedjan, Acta martyrum et sanct., t. II, p. 559. 

(2) Désignation empruntée au calendrier liturgique. — Les semaines de l'Été 
font suite à celles des Apôtres, ce sont les semaines VII-XIII après la Pentecôte. 



88 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

lui commandait. Il mangea de ce miel mélangé avec de l'huile 
d'olive et du cumin, et but la coupe de vin. Il comprit et re- 
connut dans sa sagesse qu'il s'agissait d'un prodige , comme 
quand le prophète dit(l) : « Place sur une blessure douloureuse 
des feuilles de figuier pernicieuses. » Il crut qu'il trouverait la 
guérison par les prières de R. Youssef. Celui-ci lui ordonna 
de s'envelopper d'un manteau et de dormir sous un arbre qui 
était dans sa cellule entre le soleil et l'ombre. C'était pendant 
les jours chauds de l'été. A neuf heures on l'éveilla et on trouva 
une grande sueur qui coulait sur lui. Il se leva guéri de sa ma- 
ladie et délivré de l'inflammation de son foie. Ce prêtre admira 
cela et glorifia Dieu qui avait accompli pour lui, par les mains 
de R. Youssef, ce prodige admirable et supérieur à toute la 
science de ce monde. Il demeura là plusieurs jours, mangeant 
et buvant du vin sans inconvénient. Quand il voulut retourner 
à son église, R. Youssef l'avertit et lui dit : « Garde-toi bien 
de faire usage en ville du remède dont tu t'es servi ici ; car il 
ne convient point pour la ville. » — Il lui disait cela en plai- 
santant. — L'homme s'en alla en louant Dieu et en glorifiant 
son saint nom. 

Rabban Berikisho'. — Un frère du couvent, qui s'appelait 
Berikisho 1 racontait ceci : 

Avant de sortir du monde, il éprouvait beaucoup de tenta- 
tions qui furent cause de son départ pour le monachisme. Quand 
il eut pris le saint habit, ces tentations se réveillèrent en lui, 
et, par le conseil de Satan non moins que par ignorance, il les 
dissimula à Rabban Youssef; pour cela, il fut frappé d'une 
double maladie, beaucoup plus grave, c'est-à-dire dans son 
corps et dans son âme. 

R. Youssef voyant que c'était par ignorance et par naïveté 
qu'il lui avait caché ses tentations, prit pitié de lui pour qu'il ne 
pérît pas. Il commença par lui dire tout ce qui lui était arrivé 
dans le monde et même ce qu'il éprouvait actuellement. Et ce 
frère affirmait avec serments que rien de ce qui lui était arrivé 
n'avait été caché au saint, et que celui-ci lui avait tout raconté 
ouvertement et successivement, et qu'après cela, il obtint une 
parfaite guérison des deux manières, c'est-à-dire la santé de 

(1) Cf. Is., xxviii, 31. 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 89 

son corps et la guérison de son âme avec la délivrance des 
tentations. 

Ce frère avait mené la vie commune et était parti pour sa cel- 
lule depuis quelque temps quand une tache blanche de lèpre 
apparut sur son corps. Il révéla et montra son infirmité à R. 
Youssef, en pleurant et en le suppliant d'avoir pitié de lui. Selon 
sa coutume, R. Youssef le frotta avec l'eau bénite et le signa 
avec sa croix ; aussitôt il obtint la guérison de son infirmité et 
fut purifié de sa lèpre. Le frère cacha ce prodige et le dissimula 
jusqu'à ce que R. Youssef fût parti pour sa patrie (1) ; alors il 
raconta ce que Dieu avait fait pour lui par les prières du saint. 

Le prince Hassan /ils d'Abraham. — Il y avait parmi les 
Hakkari, un prince, nommé Hassan, fils d'Abraham. Il vint 
un jour trouver R. Youssef, et, après être entré près de lui, il 
fit sortir tout le monde. Il découvrit alors son corps devant le 
saint et lui montra un signe de lèpre sur ses reins. Il lui de- 
manda en pleurant de prier pour lui afin qu'il soit guéri. — R. 
Youssef le signa avec la croix et de l'eau bénite, et aussitôt sa 
plaie fut guérie. Cet homme sortit en louant Dieu et en glori- 
fiant son saint. Il défendit à tous ses compagnons de molester 
les moines, et il venait continuellement trouver le saint et rece- 
voir sa bénédiction. 

Le frère de l'auteur échappe à la mort par les prières du 
saint. — Quand le roi de Perse, dont j'ai parlé plus haut, entra 
dans ce pays, le roi de Mossoul descendit le combattre. Mon 
frère qui était près de celui-ci descendit avec lui. Le jour 
même où les rois engagèrent mutuellement le combat, au mo- 
ment où le roi de Mossoul fut vaincu , R. Youssef m'appela 
et me dit : « As-tu reçu quelque nouvelle du combat des rois? » 
— Je lui répondis : « Je n'ai rien appris. » — Alors il répandit 
des larmes et dit mystérieusement : « J'ai espoir que Dieu ne 
me fera pas souffrir de ce combat. » — Je ne compris pas cela. 
Quelques jours après, je reçus la nouvelle affligeante que mon 
frère était tombé dans le combat, et personne ne savait ce qu'il 
était devenu. J'entrai près de R. Youssef en pleurant à haute 
voix et je lui dis : « Ton disciple, mon frère, a péri dans le com- 
bat. » — Il calma mes pleurs et m'encouragea en me disant : 

(1) C'est-à-dire pour le ciel. 



90 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

« Ne crains rien, car j'ai espoir que Dieu ne m'affligera pas dans 
ton frère, mais qu'il me le montrera sain de corps et d'âme. » — 
Alors je compris la signification de sa première parole et qu'au 
moment où mon frère tombait dans le combat, il le vit avec 
l'œil pur de son esprit. Il pria Dieu de le sauver de cet acci- 
dent, et Dieu entendit les prières qu'il fit pour lui et le sauva du 
massacre et du coup qui le menaçait. Après qu'il fut resté 
gisant parmi les morts pendant plusieurs jours, Dieu le se- 
courut et le délivra, grâce aux prières de R. Youssef. 

Quelque temps après, mon frère vint trouver R. Youssef, guéri 
de ses blessures, et le saint se réjouit vivement en lui. 

A l'époque où mon frère était avec nous dans le couvent, des 
hommes du village de Beit Mourdani amenèrent un homme, 
nommé Galôla qui était architecte. Il était tombé en paralysie de- 
puis un an. Ils l'apportèrent donc et l'amenèrent près de R. Yous- 
sef. Quand ils le lui présentèrent, il les blâma de le lui avoir 
amené et leur dit : « Est-ce que je suis médecin pour que vous 
m'ameniez un homme paralysé? Emportez-le au martyrion (1), 
d'où nous espérons tous recevoir du secours. » — Mon frère se 
trouvait à ce moment-là devant R. Youssef : il fut très affligé 
de cela et me dit : « Pourquoi donc Rabban Youssef reprend-il 
ainsi un homme souffrant? » — J'avais remarqué en R. Youssef 
certains signes ; quand on lui amenait un malade, je le regar- 
dais attentivement et d'après les signes qui paraissaient en lui, 
je savais si le malade serait guéri ou non. Or, quand ils lui pré- 
sentèrent ce paralytique, je vis en lui les signes qui promet- 
taient sa guérison; je dis donc à mon frère : « Tu verras ce 
malade s'en aller guéri de devant le saint. » 

Nous demandâmes alors à R. Youssef de le signer avec l'eau 
bénite et avec sa croix et de prier pour lui. — R. Youssef 
avait la coutume d'ordonner à celui qu'il recevait près de lui , 
quel qu'il fût, de le signer d'abord, et ensuite il signait lui-même 
son hôte. Il faisait cela par l'humilité du Christ, car il ne se 
distinguait lui-même en rien du plus petit d'entre les frères. 

(1) Le « martyrion » {chambre des martyrs ou chambre des saints) était géné- 
ralement placé à côté du sanctuaire, à gauche. Dans cette pièce on conservait les 
reliques des saints; on y enterrait aussi les moines célèbres. Il semble, d'après 
notre auteur, qu'on avait coutume d'y conduire les malades et d'y enchaîner les 
démoniaques, afin sans doute de leur faire éprouver la vertu des saintes reliques 
accumulées en ce lieu. 



VIE DU .MOINE RABBAN YOUSSEP BOUSNAYA. 91 

Quand nous priâmes Rabban Youssef en faveur de cet in- 
firme, il nous ordonna, selon sa coutume, de le signer tous; 
et, après que nous l'eûmes fait, il signa lui-même le malade avec 
sa croix et l'eau bénite, et il lui dit d'aller au martyrion. Les 
gens qui étaient avec lui l'emportèrent en le soutenant. Il 
était encore dans la cour de la cellule quand ses pieds et ses ge- 
noux se raffermirent; il se redressa, se tint debout et marcha, 
guéri de sa maladie; et les gens qui le soutenaient s'éloignè- 
rent de lui. — J'appelai mon frère pour lui faire voir le prodige 
accompli dans ce malade. Avant que mon frère ne fût arrivé, 
l'homme avait déjà franchi la porte. Mon frère et moi nous sor- 
tîmes hors de la porte et nous vîmes ce paralytique qui sau- 
tait et dansait; il descendit les marches qui se trouvaient de- 
vant la porte, en se réjouissant et en glorifiant Dieu. Mon frère 
fut dans l'admiration et nous louâmes Dieu qui fit de nos jours 
ce qu'il avait fait au temps des Apôtres par la main de Simon- 
Pierre (1). 

Il y avait dans le village de Beit Mourdani un homme célèbre 
et important, [de la tribu] des Rahzdayê, qui s'appelait Abou- 
louqa. Il avait un fils d'environ cinq ans. Il était survenu à 
l'enfant une fièvre violente. Sa mère l'envoya plusieurs fois à 
R. Youssef et sa fièvre ne cessa pas. Un jour, elle l'amena elle- 
même; quand nous prîmes l'enfant pour l'introduire près du 
saint, sa mère le laissa et s'en alla en jurant : « Je n'enlèverai 
point mon fils d'auprès de lui si ce n'est quand il sera guéri 
de sa maladie. » — Quand nous fîmes savoir cela à Rabban 
Youssef, il gronda un peu ; ensuite il signa l'enfant avec l'eau 
bénite et sa croix, et la fièvre le quitta. Nous donnâmes à l'enfant 
quelques fruits, et il mangea. Nous le reconduisîmes guéri à 
sa mère qui le prit, glorifia Dieu et s'en alla à sa maison. 

Le Christ est parfait; il existe aujourd'hui et pour l'éternité 
sans aucun changement; parce qu'il adhère et est uni parfai- 
tement, indissolublement et éternellement à la nature qui existe 
par essence et qui restera ce qu'elle est pour l'éternité; cepen- 
dant dans sa Providence il fait paraître quelques changements, 
parce que la Providence universelle est disposée pour l'utilité 
de tous. Parfois, quand la Providence le demande, il fait paraître 

(1) Act. Apost., m, 1-9. 



92 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

des prodiges et des miracles, et parfois, à cause de la Provi- 
dence même, il n'en fait point paraître. Ainsi, la vertu du com- 
mandement qui ordonna à la fièvre de quitter la belle-mère de 
Pierre (1), qui d'un mot purifia de la lèpre (2), qui rétablit le 
paralytique par la parole de Simon-Pierre (3), cette vertu opéra 
maintenant encore par les mains de son économe sage et 
purifia de la lèpre, redressa un paralytique, guérit un malade 
de la fièvre, selon le dessein de ses miséricordes. La vertu du 
Christ n'est pas et ne sera jamais amoindrie! 

Rabban Yaqoub qui fut possédé du démon pour avoir 
transgressé l'avis du saint. — Il y avait dans le couvent un frère 
nommé Ya'qoub. Il était courageux et travaillait en toute appli- 
cation dans le labeur de la solitude; et il gardait un profond 
silence dans sa cellule depuis longtemps. Il eut à soutenir un 
combat difficile avec les hallucinations diaboliques. Il en in- 
forma Rabban Youssef qui lui prescrivit la règle qui lui était 
utile , et lui ordonna de veiller attentivement à ne pas trans- 
gresser sa parole. Mais le frère oublia ce que le saint lui avait 
prescrit et il enfreignit son ordre. Il fut blessé dans son esprit 
et les démons qui l'avaient séduit s'emparèrent de lui. On l'en- 
chaîna pendant quelque temps dans le martyrion, mais un jour 
il s'échappa de ses chaînes et s'en alla à la ville de Mossoul. 
Les païens et les enfants se moquaient de lui quand il circulait 
par toute la ville. Une affaire m'ayant appelé dans la ville, quel- 
ques personnes m'entretinrent à son sujet. Avec une grande 
difficulté je l'emmenai avec moi au couvent. Quand je parlai de 
lui à R. Youssef, il prescrivit qu'il travaillât dans la communauté 
avec les cénobites. Mais il troublait beaucoup les cénobites et 
même les moines. Je fis aussi savoir cela au saint. Il m'en- 
voya le chercher et je l'amenai près de lui. Rabban Youssef lui 
dit alors : « Ya'qoub ce qui est arrivé doit te suffire; lève- toi, va 
à ta cellule et ferme ta porte. » Il le signa avec l'eau bénite 
et sa croix, et à l'instant même cet homme recouvra l'esprit, 
redevint modeste et rangé, se leva et s'en alla à sa cellule. R. 
Youssef m'ordonna de prendre soin de lui en tout ce dont il 
avait besoin. Le frère ferma sa porte et on ne le vit jamais en 

(1) Matth., vin ; Marc, i; Luc, iv. 

(2) Matth., vm, 3; Marc, i, 41; Luc, v, 13. 

(3) Act. Apost., m, 6. 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 93 

dehors de sa cellule, excepté quand il sortait à certains jours „ 
pour recevoir les saints mystères ou quand il venait trouver 
R. Youssef. Il supporta cette étroite réclusion pendant quatre 
ans , grâce aux prières du saint, après avoir été dans cette 
agitation extraordinaire. 

Pour moi, j'admirai la vertu divine qui était cachée dans la 
parole du saint, par laquelle un homme agité retrouvait son es- 
prit et devenait rangé et par laquelle un démoniaque était puri- 
fié. Je me souvins de ce qui arriva au démoniaque qui habitait 
dans les tombeaux, dans lequel était Légion (1), et qui, à la 
parole de Notre-Seigneur, fut purifié et se tint modestement à ses 
pieds. Je louai Dieu qui m'a rendu digne de voir de mes yeux les 
prodiges et la puissance du saint. 

Rabban David qui était visité par la grâce. — Un autre 
frère appelé David, de Mourdani, était un homme très vertueux 
dans sa conduite, prudent et bien réglé dans sa cellule; Rab- 
ban Youssef l'aimait beaucoup et était familier avec lui, parce 
qu'il ne s'écartait aucunement, ni à droite, ni à gauche, de ses 
préceptes et ne faisait rien sans son conseil. L'amour et l'affec- 
tion existaient aussi entre moi et lui. Or, il lui arriva une fois 
un accident que voici. 11 était continuellement visité par la grâce 
au milieu de sa solitude. Dès qu'il sentait en lui le don divin il 
courait aussitôt près de R. Youssef et l'en informait. En même 
temps que David parlait, R. Youssef lui retirait le don divin. 
Il faisait cela pour que la lutte de l'orgueil ne s'emparât pas du 
frère, et ne trouvât point place en lui. Il avait coutume d'agir 
ainsi avec quiconque venait le trouver; car il était très subtil 
dans sa science, et il connaissait parfaitement tous les sentiers 
de cette voie , tant la grâce, sa directrice, l'avait instruit et rendu 
prudent. Donc, quand un frère venait le trouver et lui. racontait 
qu'il éprouvait quelque opération [de la grâce], aussitôt R. 
Youssef la lui retirait; car par la suite l'homme est promptement 
entraîné de force dans l'orgueil, et il faut éloigner cette oc- 
casion des hommes vertueux et dignes de recevoir de telles fa- 
veurs. Quand au contraire un frère affligé par la fatigue de quel- 
que combat venait le trouver, en même temps qu'il lui faisait 
connaître son affaire, il était délivré de sa lutte, et il s'éloignait 

(1) Luc, vin, 27-35. 



!>1 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

de la porte du saint rempli d'espoir, joyeux et tressaillant d'al- 
légresse. R. Youssef faisait ces deux choses pour l'utilité : pour 
que celui-là ne s'élève point et ne soit pas humilié; et pour 
que celui-ci ne désespère point et que son espoir et sa confiance 
en Dieu ne soient pas affaiblis. 

Il conduisait ainsi les frères et prenait soin d'eux ; il les di- 
rigeait et les instruisait, afin que chacun marchât au milieu de 
la route libre d'obstacles. 

Le frère dont j'ai parlé était, ainsi que je l'ai dit, continuel- 
lement visité par la grâce, à cause de l'excellence de ses actions 
glorieuses, et quand il venait le raconter à R. Youssef, celui- 
ci, comme je l'ai dit aussi, lui enlevait le don divin, et il lui 
imposait des labeurs qui devaient le tenir occupé. — Une année, 
pendant le Carême, ce frère étant dans la solitude fut l'objet 
d'une action divine sublime et glorieuse en sa manière. Elle 
s'accomplit dans sa sensibilité interne (1) qui n'admet pas fa- 
cilement d'erreur. Il s'en réjouit vivement et craignit d'aller 
manifester la chose à R. Youssef dans la crainte que celui-ci ne 
l'en privât. Il songea à en jouir d'abord un peu, et à aller ensuite 
la faire connaître au saint. Cela dura une semaine. Pendant ce 
temps il ne mangea rien. Il brûlait de l'amour de l'humanité, au 
point qu'il s'offrait lui-même en sacrifice à Dieu pour tous les 
hommes. 11 ne s'arrêtait pas là. Il demandait à Dieu et le sup- 
pliait [de le prendre en sacrifice] pour l'autre ordre de créa- 
ture raisonnable (2) et même pour quiconque devait subir le 
châtiment futur. ■ — Or Rabban Youssef s'aperçut de cela et vit 
toute cette opération par l'œil pur de son intelligence. Afin de 
lui faire expérimenter la force de l'orgueil, il abandonna un peu 
ce frère qui tomba dans le délaissement pour son utilité. Son 
affaire se compliqua ; son esprit fut blessé et il fut possédé des 
démons. — Le frère comprit ce qui s'était passé. La nuit même 
il courut près de R. Youssef pour lui faire connaître la chose. 
R. Youssef le fit entrer dans sa cellule. Or, à ce moment même, 
la pensée me vint, sans motif apparent, d'aller trouver le saint. 



(i) Littéralement : dans son second sens. — Les auteurs nestoriens énumèrent 
ordinairement les sens internes clans cet ordre : l'imagination, la cogitation, la 
mémoire, l'intellect, la compréhension; mais il y a aussi d'autres classifications. 
• Voirie Thésaurus syriacus au mot Régsha. 

(2) Pour les anges déchus. 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 95 

Quand j'arrivai et que je frappai à la porte en faisant connaître 
mon nom, R. Youssef me dit : « Mon fils, c'est le Christ qui 
t'envoie à cette heure. » — Il m'introduisit dans la cellule, et je 
vis ce frère gisant à terre et très agité. R. Youssef m'ordonna 
de le conduire à la cellule de son frère, et il ajouta : « Fais- 
lui quelque potage afin qu'il mange, car voilà sept jours qu'il 
n'a rien pris. » — Je lui fis quelque chose et il mangea. 
Quand il eut mangé et se fut réconforté, il devint encore plus 
agité et nous ne pouvions le maintenir, même avec beaucoup 
de force. Son frère voulait le conduire au martyrion pour qu'il 
y fût enchaîné; mais R. Youssef s'y opposa, ne voulant pas que 
toute cette affaire fût divulguée. Il me dit : « Occupe-toi ainsi 
de lui jusqu'à dimanche. » — Le frère devenait de plus en 
plus agité. Le dimanche, R. Youssef m'ordonna de le conduire 
recevoir les mystères vivifiants, et me dit de le lui amener 
quand il les aurait reçus. Je le lui amenai de force, et je le fis 
asseoir à la porte de sa cellule. Il était encore dans toute son 
agitation. — R. Youssef me dit de m'éloigner un peu. Il dit 
alors au frère beaucoup de choses que je n'entendis point. En 
même temps qu'il lui parla, le frère fut calmé de son agitation, 
il retrouva son esprit et sa régularité. R. Youssef lui ordonna 
de retourner à sa cellule et d'en fermer la porte, selon sa cou- 
tume; il revêtit de nouveau l'habit qu'il avait rejeté, retourna 
à sa cellule et en ferma la porte. 

J'admirai beaucoup la vertu divine qui était annexée à la pa- 
role du saint : de telle sorte qu'au moment même où il parlait 
ce qu'il désirait s'accomplissait réellement. — Je demandai à 
R. Youssef avec une grande liberté de me faire connaître l'affaire 
de ce frère, et si quelque erreur sinistre se trouvait dans le 
don qu'il avait reçu. R. Youssef me fit connaître toute son his- 
toire, [m'apprit] qu'il n'y avait aucune erreur dans l'action de 
la grâce en lui, et que ce qui lui était arrivé avait eu lieu par la 
permission [divine], afin qu'il ne s'enorgueillît pas à cause de 
l'excellence des dons qui lui étaient communiqués. 

Si le bienheureux Paul avait reçu quelque aiguillon pour 
l'empêcher de s'élever à cause de l'excellence des révélations 
qui étaient en lui (1), à combien plus forte raison nous, misé- 

(1) II Cor., xn, 7. 



96 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

rables, avons-nous besoin d'aiguillons qui nous soufflettent 
continuellement pour ne pas nous enorgueillir. Et si, à l'époque 
où des révélations étaient manifestées, la grâce fut tellement 
vigilante à l'égard des familiers de sa possession (1), pour les 
empêcher de s'élever, à combien plus forte raison, à notre 
époque privée de toute vertu, ne doit-elle pas veiller sur ses ten- 
dres petits enfants! 

Le Christ faisait de tels prodiges par les mains de ce guide 
et de ce directeur éclairé, pour l'utilité des frères qui lui avaient 
confié la direction de la barque de leur àme au milieu de la mer 
agitée et pleine de tempêtes tumultueuses. 

Le démoniaque 1 Isa. — Pendant que je menais la vie commune 
dans le couvent, et que je remplissais l'office de portier de l'é- 
glise, on nous amena un possédé de Mossoul, nommé 'Isa, qui 
avait été diacre des fidèles Benê Elia (2). 

Son cas était très difficile et le démon qui le possédait était 
plus mauvais que la Légion qui était dans cet homme qui habi- 
tait clans les tombeaux (3). On l'enchaîna dans le martyrion. Son 
histoire est très surprenante et très curieuse : au point qu'on 
n'en trouverait pas une semblable dans les livres ni dans les 
récits. Le démon ne s'éloignait pas de cet homme. A chaque ins- 
tant il frappait les murs ou la terre de sa main droite. L'homme ce- 
pendant gardait sa connaissance, et comprenait tout; il m'adressa 
plusieurs paroles en me disant, au moment même, que c'était lui 
qui prononçait ceci, ou que ce n'était pas lui qui prononçait cela, 
mais que le démon qui habitait en lui le disait par sa bouche. 
Quand je faisais sur lui le signe de la croix avec l'huile (4) ou l'eau 
bénite, selon la coutume, il laissait difficilement approcher 
l'objet bénit de son corps. Au bout de trois jours je conduisis 
cet infirme à Rabban Youssef; car il était convenu qu'on lui 
conduisait au bout de trois jours le malheureux qui était enchaîné. 

(1) De ceux qui la possédaient habituellement. 

(2) C'est-à-dire : des habitants de Mar Elia. C'était probablement le nom d'un 
village ou d'un couvent. Il y en avait plusieurs sous le vocable du prophète Èlie dans 
la Mésopotamie, et un en particulier, dans les environs de Mossoul. (Cf. Assémani, 
Bibl. or., II, 435, lie.) 

(3) Luc, vm, -27-35. 

(4) L'huile bénite, en usage chez les Nestoriens, pour l'onction des malades. 
Cette onction n'a rien de commun avec le sacrement d'Extrème-Onction. Cf. 
Assémani, Bibl. or., III, 2, p. cxxxin. 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 97 

Quand R. Youssef sortit et regarda le malade, le démon cria 
à haute voix et dit : « Malheur à cause de toi, Rabban! Je ne 
puis tenir en ta présence. » — R. Youssef le réprimanda pour 
le faire taire, en lui disant : « maudit! Je suis un pécheur. » 

— Le démon reprit : « Non, Rabban, tu n'es pas un pécheur, 
mais un saint; si tu es un pécheur, qui donc est juste? » 

Rabban Youssef nous laissa dehors, ferma la porte et entra à 
l'intérieur. Voyant que ce maudit démon était très astucieux, 
puisqu'il voulait, dans sa malice, le faire succomber lui-même, 
il pria; puis il sortit vers nous et me dit : « Amène-le-moi ici. » 

— Quand il étendit la main pour la placer sur la tête du malade 
le démon cria de nouveau en disant : « Malheur à cause de toi, 
vieillard ! Ne me brûle pas, n'approche pas ta main de moi : 
je vais sortir de cet homme. C'est Dieu qui m'a donné le pouvoir 
sur lui, parce qu'il avait mangé de la viande pendant le Carême : 
et il m'avait donné principalement de l'empire sur sa main 
droite , mais non point sur sa connaissance et son intelligence ; 
et si je m'étais attribué ce pouvoir il m'aurait promptement fait 
périr. » — Le maudit démon disait ces choses, en langue arabe, 
par la bouche de cet homme. J'interrogeai alors celui-ci sur ce 
qu'avait dit le démon, et il me répondit qu'en vérité il avait 
mangé de la viande pendant le Carême et que depuis ce jour-là 
le démon s'était emparé de lui. 

Quand Rabban Youssef le signa avec de l'eau bénite et avec 
sa croix, il cria un peu, puis se tut. — R. Youssef me prescrivit 
de le conduire au martyrion, et de ne plus le lui ramener. En 
trois jours la guérison de ce démoniaque fut complète, et il fut 
totalement délivré de la possession de ce maudit démon. — 
R. Youssef lui ordonna de travailler quelques jours dans la 
communauté. Il travailla environ deux semaines, puis s'en alla 
à sa maison, louant Dieu et lui rendant grâce de ce qu'avait fait 
pour lui Notre-Seigneur, par les mains de Rabban Youssef. 

Rabban Yohannan raconte son histoire. — Moi, misérable, 
avant de sortir du monde, quand je désirais déjà revêtir ce saint 
habit, j'avais entendu parler de Rabban Youssef. Je l'aimais vive- 
ment et j'espérais le voir. Je le vis deux fois en songe; et, 
quand j'allai au couvent, je le trouvai absolument tel que je 
l'avais vu dans la vision de mon songe. Je fus saisi d'une 
grande admiration. Je fis savoir à R. Youssef que je voulais 

ORIENT CHRÉTIEN. 7 



98 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

prendre l'habit. Il s'en réjouit beaucoup et me dit : « Mon 
fils, il faut que tu travailles dans le couvent; car Dieu te donnera 
le repos dans ta cellule. » — J'étais très faible, et je n'avais 
point l'habitude de marcher à pied, mais sur une monture; je 
souffrais du foie depuis environ six ans, et je ne pouvais lon- 
guement m'appliquer à écrire ou à méditer. J'exposai ces choses 
à Rabban Youssef, lui disant que je n'étais bon à rien. Il me dit : 
« Pour toi, mon fils, prépare-toi au travail, et le Seigneur te 
fortifiera et t'aidera pour l'accomplissement de l'œuvre du céno- 
bitisme. » — J'ajoutai foi à sa parole, et, sur son avis, j'entrai 
dans le couvent. Le premier jour où j'entrai au réfectoire, je vis 
un cénobite qui broyait du sel sous une meule pour les frères. 
Je me mis à tourner la meule avec lui; je n'avais pas encore fait 
deux tours avec lui, que mes douleurs de foie s'emparèrent de 
moi et me firent souffrir violemment. J'allai trouver R. Youssef 
et je lui fis connaître cela. Il me donna une coupe pleine de vin 
pur et me dit : « Prends cette coupe qui calmera ta maladie. » 
— Je lui répondis : « Il y a six ans que je n'ai bu de liqueur 
fermentée, soit du vin, soit quelque chose d'analogue, com- 
ment boirais-je maintenant du vin pur? » — Il reprit très sé- 
rieusement : « Si, mon fils, prends et, bois cette coupe, et sois 
sans crainte; car cela est utile pour ta maladie. » — Je me dis 
en moi-même : « Il vaut mieux pour moi mourir en obéissant à 
ce saint que vivre en transgressant son conseil. » — Je pris la cou- 
pe de ses mains; il fit sur elle le signe de la croix, et je la bus. 
Je m'attendais à ce qu'à l'entrée du vin dans mon estomac 
mon foie fût brisé et succombât; mais au bout d'une heure 
je vis et je sentis qu'en réalité l'ardeur de mon foie était cal- 
mée, que sa souffrance était apaisée, et que mon âme était déli- 
vrée de sa douleur. Après [avoir bu] cette coupe de vin pur, je 
travaillai pendant trois heures dans le réfectoire. Je descendis 
au four, malgré mon foie, et j'en supportai la chaleur au mi- 
lieu d'un été très chaud, et bien que l'ardeur de la chaleur fût 
très pénible. Ma faiblesse fut fortifiée par ses prières, et je de- 
vins tout à fait autre; au point que je boulangeais d'une seule 
fois dix makoukê de farine. — Je travaillai clans le couvent; 
grâce à son avis et à ses prières, de manière à étonner beaucoup 
de gens. Ceux qui me connaissaient auparavant, et qui me 
voyaient alors et entendaient parler de moi, étaient stupéfaits et 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 99 

louaient Dieu qui a annexé une si grande vertu aux conseils 
de ses saints et une si grande efficacité à leurs prières qu'ils peu- 
vent faire ce qu'ils désirent : rendre forts ceux qui sont faibles, 
sains ceuxqui sont malades, et même vivants ceux qui sontmorts. 

Il me donna des préceptes et de nombreux conseils. 

Il m'avertit surtout de ne pas lui dissimuler mes pensées ni 
le moindre mouvement ou trouble [de mon âme]. 

Un jour, il s'éleva en mon esprit une pensée plus rapide que 
l'éclair : et je ne crus pas utile ou nécessaire de la faire con- 
naître à Rabban Youssef, car elle ne resta pas dans mon esprit 
et je n'en fus pas troublé le moins du monde. Quand j'allai le 
trouver je ne lui en dis rien. Mais il commença par me dire : 
« Mon fils , ne cache pas en toi-même une pensée , alors même 
qu'elle serait petite et ne te paraîtrait pas digne d'attention ; car 
l'esprit est comme un canal d'eau , et une pensée petite et insi- 
gnifiante comme une paillette qui vient dans les eaux du canal. 
Quand on n'y fait point attention et qu'on ne l'enlève pas, une 
autre paille plus grande que la première vient se joindre et s'u- 
nir à elle, puis d'autres et d'autres jusqu'à ce qu'elles obstruent 
le passage des eaux ; les eaux se créent alors un autre lit, et il 
en résulte un grand dommage. De même, l'homme ne doit pas 
négliger la plus petite pensée qui s'élève dans son àme, en sup- 
posant qu'il n'est pas nécessaire de la révéler; mais il doit la 
mettre au jour et la faire connaître, afin qu'elle ne s'appesan- 
tisse pas sur lui et qu'il n'en éprouve pas de dommage. » — 
Pour moi , parce que Satan avait endurci mon cœur, je ne lui 
fis rien connaître, mais je lui dis : « Certes, il convient d'agir 
de la sorte. » — Quand il vit que j'étais ainsi disposé à ne pas lui 
révéler ma pensée, il me donna un autre exemple et me dit : 
« Sache, mon fils, quequandun novice va trouver un moine avec- 
une intention droite, le Christ manifeste à celui-ci les pensées 
de celui qui se met sous sa direction. Cependant, si le novice 
ne fait pas connaître et ne révèle pas lui-même ses pensées, il 
n'obtient pas la guérison et la délivrance de celles-ci; c'est, par 
exemple, comme quand un médecin entre chez un malade, 
connaissant bien ce qui afflige celui-ci; cependant, il n'indi- 
que pas au malade ce qui lui est nécessaire avant que celui-ci 
ne lui fasse connaître lui-même ce qu'il souffre. De même, 
le novice doit lui-même faire connaître d'abord ses pensées à 



100 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

celui qu'il va trouver, pour être guéri de sa souffrance et pour 
que la lutte de Satan contre lui prenne fin. » — Après toutes 
ces choses, je ne lui fis point encore connaître la pensée qui 
s'était élevée en moi. Le saint s'étonnait que Satan eût endurci 
mon cœur au point que je ne comprisse pas ce qu'il me disait. 
Il se mit à me tenir d'autres discours et en vint jusqu'à me 
présenter dans ses paroles une image de cette pensée qui s'é- 
tait élevée en mon esprit. Je m'éveillai alors comme d'un som- 
meil, je compris ses paroles et je connus qu'il avait vu cette 
pensée. Je baissai le visage, regardant la terre, et je lui mani- 
festai ce qui était arrivé. Alors, il me frappa sur le cœur avec 
la main et me dit : « Tu es de pierre, et tu as un cœur de roc, 
pour n'avoir pas été ému et n'avoir pas compris ce que je te di- 
sais. » — Je lui répondis en tremblant : « Je ne pensais pas 
qu'il y eût en cela quelque inconvénient. » — Il reprit : « Ne 
te suffisait-il pas de l'exemple que je t'ai présenté, des eaux du 
canal et de la petite paille? Et comment n'as-tu pas compris, 
par la comparaison du malade et du médecin, que ta pensée ne 
m'était pas inconnue, mais que je voulais que tu la mani- 
festasses pour en être délivré? » — Je tombai à ses pieds et lui 
demandai pardon d'avoir été aussi insensé; et depuis ce jour je 
me tins dans la plus vigilante réserve avec lui, car j'avais la 
conviction que les pensées d'un homme n'étaient point cachées 
aux yeux de son intelligence. » — Je l'appris d'ailleurs de lui- 
même plus tard de la façon suivante. 

Un frère vint un jour le trouver. Quand ce frère fut sorti, je 
considérai le visage de R. Youssef qui était comme une flamme 
de feu; brûlant d'un ardent zèle, il me dit : « Vive le Christ et 
la Trinité glorieuse! ô mon fils. En même temps qu'un homme 
entre près de moi, je vois ses pensées, je vois qui et comment il 
est; je vois pour ainsi dire jusqu'à la moelle de ses os; mais 
comme je m'humilie moi-même en présence des hommes, ils 
croient que je ne sais rien. Ils viennent pour m'éprouver et 
ils me mentent. » ■ — Je fus ému de son zèle; et je compris que 
ce frère lui avait parlé astucieusement. Je tombai à ses pieds et 
je lui demandai, en le suppliant, de ne pas s'irriter contre nous 
à cause des fautes que nous commettions à ses yeux. Au bout 
d'un instant, un peu calmé de son zèle, il me fit venir et me 
défendit expressément de faire connaître à qui que ce soit ce 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 101 

qu'il venait de prononcer. Il me dit avec une admirable humilité: 
« Vois, mon fils, la parole insensée que j'ai prononcée par un zèle 
inconvenant. » — Je conservai cette parole jusqu'à sa mort. 

Un jour que j'étais dans le réfectoire de la communauté, fai- 
sant quelque travail, un scorpion me mordit à la main droite; 
la douleur et la souffrance s'appesantirent sur moi. Je courus 
trouver R. Youssef, et je lui fis savoir ce qui m'arrivait par suite 
de la morsure de ce scorpion. R. Youssef signa ma main 
avec de l'eau bénite et sa croix, et à l'instant même la douleur 
de la morsure du scorpion cessa; il me dit en souriant : « Hâte- 
toi, mon fils, de retourner à ton travail, afin que les nations ne 
disent pas qu'il n'y a point de Dieu en Israël (1). » — Il disait 
cela parce qu'il y avait des gens jaloux qui m'en voulaient, 
sans motif; mais je ne les accusais point. Je courus donc au ré- 
fectoire et j'achevai le travail qui m'avait été confié. 

R. Yohannan continue sa propre histoire. — Le fait que je 
vais faire connaître est très étonnant et grandement admirable; 
je veux le rapporter tel qu'il s'est passé, alors même que je 
devrais fatiguer le lecteur par la longueur du récit. 

Rabban Youssef m'appelait souvent et était familier avec 
moi; il m'aimait et me chérissait beaucoup, de sorte que, con- 
tinuellement, quand je le saluais, il disait en me frappant sur le 
dos et en m'embrassant : « Voilà que le Christ m'a donné un fils 
dans ma vieillesse. » — Ce n'est pas que je fusse digne de cela, 
mais lui, dans son affection, m'en estimait digne sans raison. 

Il arriva qu'un des frères voulut vendre sa cellule. Elle me 
convenait très bien et je désirais l'avoir. J'allai trouver Rabban 
Youssef; je lui fis savoir cela et lui demandai la permission de 
l'acheter. Il m'en empêcha. Quand je fus sorti d'auprès de lui, 
il pleura et dit : « Gloire à Dieu qui m'a amené ce jeune homme 
pour me faire boire, à cause de lui, une coupe répugnante et 
amère. » — Je retournai de nouveau le trouver pour lui parler 
de la cellule. Il m'empêcha de faire ce que je voulais; et quand 
je fus sorti d'auprès de lui, il redit cette parole : qu'il devait boire 
une coupe amère à cause de moi. Ceux qui entendirent cette 
parole de sa bouche n'en comprirent point le sens parce qu'il 
parlait allégoriquement. Pour moi, j'écoutai son avis. 

(1) Cf. P.S. LXXVIII, 10. 



102 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN'. 

J'avais un vif désir de remplir les fonctions de portier dans 
l'église, et je n'étais pas encore diacre; Rabban Youssef n'était 
pas content de cela. En ces jours-là, un évoque fut reçu dans le 
couvent. R. Youssef me dit : « Va recevoir l'ordination du dia- 
conat. » — Je lui répondis : « Rabban, je ne veux pas de cela; 
car je désire la porterie, ce dont tu n'es pas content; et je crains 
qu'étant ordonné diacre, à cause de mon désir, je ne transgresse 
ton avis : ce qu'il me serait très pénible de faire. » — Il me dit 
attristé et en s'affligeant : « Va, mon fils, et fais ce que je te dis ; 
car nous ne savons pas ce qui nous arrivera, et nous devons être 
simples. » — Je fis ce qu'il m'avait ordonné : cependant je ne 
compris point le sens de sa parole. 

Huit jours après, je tombai dans une grave maladie. On m'em- 
porta de la communauté clans la cellule d'Isaïe, disciple de R. 
Youssef. La maladie s'appesantit sur moi , au point qu'arriva 
l'heure de la mort. Je fus sept jours sans rien connaître du 
monde. Le septième jour qui était un samedi, à neuf heures, 
j'ouvris un peu les yeux et je demandai que R. Youssef s'ap- 
prochât de moi. Quand il se fut approché, je le vis et je lui dis : 
« Rabban, tu m'abandonnes !» — Il attendit un moment et me 
dit : « Non, mon fils, je ne t'abandonne pas. » — Et il se leva 
et s'en alla à sa cellule. Mon oppression s'aggrava et le dernier 
moment approchait. 

Comme me l'a raconté quelqu'un qui était près de moi, un 
de mes yeux se voila et ne remua plus; l'autre se ferma et ne 
s'ouvrit plus. Mon âme se concentra dans mon cœur, et tout 
mon corps devint immobile. Toute cette congrégation bénie se 
réunit autour de moi; ils perdirent tout espoir à mon sujet. Je 
fus ainsi jusqu'à ce qu'on frappât la cloche (1), pour l'office de 
la nuit du dimanche. A ce moment-là, mon âme s'agita subi- 
tement au-dedans de moi-même; mon œil que la mort avait 
frappé s'ouvrit, et celui qui était voilé et ne pouvait se remuer 
se ferma; la chaleur revint dans mon corps qui était déjà froid; 
tous ceux qui étaient assemblés là furent dans l'étonnement et 
louèrent le Dieu qui avait fait revenir l'âme dans ce corps déjà 

(1) Il no s'agit pas d'une cloche proprement dite, niais de l'instrument avec 
lequel on donne le signal de l'office. 11 consiste en une ou plusieurs planches, sus- 
pendues horizontalement par des cordes, et sur lesquelles on frappe avec un 
maillet, pour les faire résonner. 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BDUSNAYA. 103 

mort. Pour moi, je ne sentis absolument rien jusqu'au mardi. 
Mon frère, — que le Seigneur accorde le repos à son âme ! — vint 
au couvent en apprenant ma maladie. Quand il entra et me vit 
dans l'état où j'étais, il pleura en poussant des cris. A ce 
moment j'eus quelque sentiment de la venue de mon frère. 

La charité de Rabban Youssef ne lui permit pas de laisser mon 
frère dans une si grande douleur; il le prit par la main, le fit 
entrer à l'intérieur de la cellule et lui dit en secret : « Mon fils, 
je vais te faire connaître un secret pour la tranquillité de ta 
conscience, afin que tu calmes ta douleur et prennes courage au 
sujet de ton frère; mais fais bien attention de le garder et de 
ne le faire connaître à personne. Sache, mon fils, que Dieu a 
ressuscité ton frère du tombeau; je savais depuis longtemps 
qu'il devait mourir, et, dans la nuit de dimanche, le moment 
était venu où il devait expirer; j'ai prié et supplié le Christ, et 
il l'a accordé à ma vieillesse. Que ton âme se réjouisse donc, 
qu'elle ne s'attriste pas, car ton frère ne mourra pas de cette 
maladie. » — Deux jours après, maguérison était complète; je 
me levai du lit sur lequel je gisais, et mon frère s'en retourna 
à la ville rempli d'admiration et glorifiant Dieu. Quand je me 
trouvais avec lui, il m'interrogeait continuellement et me disait : 
« Rabban Youssef t'a-t-il fait connaître quelque chose à propos 
de la maladie dont tu as souffert? » — Je ne savais pas pourquoi 
il m'interrogeait, et lui craignait, selon l'ordre du saint, de me 
dire quelque chose. 

R. Yohannan ne doute point de la parole du saint. — Long- 
temps après que je fus sorti de la vie commune, j'eus une affaire 
qui m'affligeait beaucoup; je la fis connaître à R. Youssef; mais 
il ne m'écouta point à ce sujet; je lui en parlai plusieurs fois, 
et il ne me crut point. Je supportai cette affliction et ne doutai 
point du saint; je gardai le silence et je ne lui dis plus rien. 
Deux ans après, il m'appela un jour subitement; m'ayant fait 
asseoir devant lui, il étendit sa main, la plaça sur ma tête, et 
me bénit en disant : « Bénis le Seigneur Dieu, mon fils; et 
sois béni ! Sache que le Christ m'a caché la vérité de l'affaire 
dont tu m'as parlé bien des fois, et ne me l'a pas fait connaître 
avant ce moment; bénis Dieu pour avoir supporté cette affliction 
et n'avoir pas douté de ma parole dans ton esprit. A cause de 
cela, je te révélerai un secret, pour t'affirmer dans ta confiance. 



104 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

.Sache, mon fils, qu'avant le temps de ta maladie, le Christ m'avait 
fait connaître ta mort et appris que tu devais mourir dans cette 
maladie. C'est pour cela que je ne t'ai point laissé acheter une 
cellule et aussi que je t'ai forcé à être diacre. Quand je t'ai dit : 
Nous ne savons pas ce qui nous arrivera, soyons simples; je 
t'ai dit cela parce que j'avais prévu ta mort. Quand tu tombas ma- 
lade, je perdis tout espoir à ton sujet; quand ta maladie s'ag- 
grava et qu'arriva l'heure [dernière], au moment où tu me dis : 
Rabban, tu m'abandonnes; et que je te répondis : Non, je ne 
t'abandonne pas; l'ange avait reçu l'ordre de prendre ton âme 
cette nuit-là. Tous les signes de la mort apparaissaient en toi. 
Je me tins alors devant Dieu , je plaçai de la cendre sur ma 
tète et sous mes pieds, et je lui demandai d'empêcher l'ange de 
prendre ton âme. L'ange fut empêché; ton âme se tint concen- 
trée de tout ton corps uniquement dans ton cœur. Alors je sup- 
pliai le Christ Notre-Seigneur, de t' accorder à ma vieillesse afin 
que tu n'entres pas misérablement dans le shéôl par cette 
maladie. Dieu a eu pitié de mes cheveux blancs et a écouté la 
voix de ma supplication. Et l'ange de la Providence m'a pris 
dans mon corps et dans mon esprit, et m'a placé au-dessus de 
toi; aucun de ceux qui étaient réunis là ne m'a vu, bien que je 
me tinsse au-dessus de toi corporellement , parce que Fange 
m'avait caché à leur regard. Alors je plaçai un pied d'un côté 
de toi, et l'autre de l'autre, et je fis sur toi le signe de la croix, 
et ton àme revint dans ton corps d'où elle était déjà sortie. Et le 
Christ t'accorda à ma vieillesse et te fit lever du lit de ta mala- 
die, après t'avoir délivré des mains de la mort et t'avoir fait 
remonter du shéôl qui entrait en possession de toi. Mon fils, je 
t'ai révélé ce secret, que je ne t'avais point fait connaître aupa- 
ravant, afin que tu sois affermi dans ta foi, que tu ne doutes 
pas, et que tu ne périsses pas. Mais vois, mon fils, comment 
tu pourras marcher avec moi clans la crainte de Dieu ; car tu 
connais, ô mon fils, mon amour pour tous les hommes et s'il 
était possible, — vive le Christ! — si j'étais capable de ra- 
mener dans le sein du Christ tous ces brigands Hakkari par 
mon éloignement de lui, si à ce prix je pouvais faire que cela 
fût, je l'accepterais joyeusement. Et si je suis disposé à cela 
pour des étrangers, à combien plus forte raison pour les fami- 
liers et plus encore pour celui qui s'approche et prend conseil de 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 105 

moi. Cependant, celui qui m'écoute se réjouira en son âme, et 
moi aussi je me réjouirai en lui. Si quelqu'un ne m'écoute pas, 
je ne suis pas repréhensible devant Dieu à cause de ce qui lui 
arrivera. Mais pour toi, mon fils, tu n'agiras point de la sorte 
avec moi; bien plus : si tu ne m'écoutes pas, le Christ me jugera 
à cause de toi, car je t'ai demandé à lui par la prière et il t'a 
donné à moi; ainsi donc, mon fils, veille sur toi, afin que ton 
péché ne soit pas double; sois vigilant pour que je me réjouisse 
en toi et que je ne rougisse pas de toi devant le Christ. » — Je 
tombai à ses pieds, et je lui demandai de prier pour moi, afin 
qu'il n'ait pas à rougir de moi, mais que je marche devant lui 
selon la volonté de Dieu jusqu'au dernier soupir. Amen ! 

Je fus vivement surpris et je louai Dieu. Après la mort du 
saint je fis connaître ces choses à mon frère, et mon frère, de 
son côté, m'apprit ce que R. Youssef lui avait dit. 

Maladie de Rabban Youssef. — Environ vingt jours avant 
l'époque où je voulais sortir du couvent, Rabban Youssef me 
prescrivit de partir en paix. Je lui demandai de me laisser ac- 
complir les jours qui me restaient. Il me dit : « Il y a une rai- 
son pour laquelle tu dois sortir de la communauté. » — Je sui- 
vis son conseil et je partis en paix. 

Et quand j'arrivai près de lui je le trouvai tombé dans une 
maladie subite. Il me dit : « Je t'ai fait sortir de la communauté 
pour que tu me soignes pendant cette affliction. » — Son mal 
s'aggrava fortement. Il fut pendant douze jours gisant à terre 
sans goûter quoi que ce soit, pas même de l'eau. 

Le dernier jour, les moines s'assemblèrent, pleurant et se la- 
mentant sur leur séparation d'avec lui, car ils avaient perdu 
tout son espoir à son sujet. Il ouvrit les yeux et vit les pleurs et 
le deuil des moines qui l'environnaient. Il leur dit : « Ne pleu- 
rez point, mes frères, car je ne mourrai point de cette maladie, 
parce que Dieu a exaucé le cri de vos supplications. » — Les 
frères se réjouirent, reprirent courage et s'en allèrent à leurs 
cellules. — J'étais affligé et je lui dis : « Rabban, fais-moi 
plaisir, et bois quelque chose, ne fût-ce qu'un peu d'eau. » — Il 
me répondit : « Tu veux me faire boire un remède! Je n'use 
point de ces choses, mon fils ; mais pour ton plaisir, apporte- 
moi un morceau de pain avec une cuiller et quelques feuilles de 
raifort pour que je mange. » — Je lui apportai cela ; et il mangea. 



106 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

Je m'étonnais que le pain sec pût passer par un gosier dans le- 
quel rien n'était entré depuis nombre de jours. Il guérit de cette 
maladie, pour l'utilité de notre vie; et il vécut encore six ans. 

Ses extases. — Parfois, quand j'allais près de lui, il était en- 
dormi, et il était sorti de ce monde en esprit; son visage était 
brillant comme une lampe lumineuse; il ne sentait absolument 
rien. Je prenais sa main droite, je la baisais et je la tenais un 
certain temps dans mes mains sans qu'il s'en aperçût ; puis je la 
lâchais et la plaçais sur sa poitrine. Quand son esprit revenait 
à lui, je lui racontais cela; il me disait de prendre garde que 
personne ne l'apprît. 

Un des cénobites, nommé Wbda, vint trouver R. Youssef pen- 
dant la nuit. Isaïe dormait la nuit dans l'entrée, à cause des 
frères qui venaient vers le saint, et celui-ci l'avait soigneuse- 
ment averti de ne laisser entrer personne sans le prévenir. — 
Isaïe ouvrit au cénobite et le fit entrer, mais il oublia d'avertir 
R. Youssef. Quand le cénobite fut entré et eut soulevé le rideau 
qui fermait l'entrée de l'alcôve dans laquelle le saint dormait, 
il vit cette alcôve remplie d'une admirable lumière et le visage 
du saint brillant comme le soleil : c'est lui qui par son éclat il- 
luminait l'alcôve. Le cénobite s'approcha du saint, et la lumière 
disparut à ses yeux. Il se trouva dans les ténèbres et éveilla R. 
Youssef. Il lui fit connaître son affaire, puis il sortit. Quand le 
cénobite fut parti, R. Youssef s'aperçut de ce qui s'était passé; 
il envoya Isaïe après lui pour lui défendre de faire connaître à 
qui que ce soit ce qu'il avait vu, et lui dire que s'il révélait ce 
secret, il en subirait le châtiment. Le frère alla avertir le céno- 
bite. Celui-ci néanmoins révéla le secret et ne le tint point caché; 
mais peu de temps après il lui arriva un cruel accident. 

Le moine Pétros. — Un frère digne de foi, nommé Pétros, 
m'a raconté ceci. La première année qu'il quitta la commu- 
nauté pour habiter sa cellule, il fut fort éprouvé à cause de son 
indigence et de sa pauvreté. Il n'avait absolument rien dans 
sa cellule. Le pain qui lui venait de la communauté ne lui suf- 
fisait pas, car il en faisait manger une partie aux pauvres. 
Comme il était très affligé, il vint, pendant la nuit, faire con- 
naître son affaire à R. Youssef, qui lui donna trois petits mor- 
ceaux de pain qu'il avait placés le soir à l'endroit où il cou- 
chait, bien qu'il n'eût pas l'habitude d'avoir du pain chez lui, et 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 107 

il dit à ce frère : « Prends ce pain pour subvenir à ton indi- 
gence. » — Le frère fut très attristé de cela; car il espérait qu'il 
lui donnerait beaucoup de froment à l'aide duquel il éloignerait 
son affliction. Il prit le pain et revint à sa cellule. Il le plaça 
dans un vase qu'il possédait et dans lequel il mettait son pain. II 
posait par-dessus le pain qui lui venait de la communauté. Or, 
ce frère attestait avec serment que le pain se multipliait dans 
le vase au point qu'il lui en restait; cependant il distribuait de ce 
pain aux pauvres en abondance, et il en faisait goûter à tous 
ceux qui venaient chez lui; et même, il en restait plus qu'il 
n'en recevait. La bénédiction attachée à ce pain dura jusqu'à 
l'année suivante. Au bout de ce temps, K. Youssef interro- 
gea une nuit le frère et lui dit : « Mon fils, ne manques-tu pas 
de pain? » — Celui-ci répondit : « Je n'en manque aucunement, 
grâce à tes prières. Depuis la nuit où tu m'as donné du pain, 
une grande bénédiction s'est attachée à lui et à la partie que je 
reçois de la communauté : depuis lors j'en mange et j'en fais 
manger aux pauvres en abondance. » — R. Youssef reprit : 
« C'est maintenant assez. » — Le frère disait que depuis ce jour-là 
le pain ne se multiplia plus. Quelques jours après R. Youssef 
prescrivit de lui envoyer du blé pour faire son pain. 

Kôma. — Il y avait dans le couvent un vieillard nommé 
Kôma. Il était attaché au travail des moulins de la commu- 
nauté. Ce vieillard était très friand de vin. C'était pendant le 
Carême, et Rabban Mousha lui avait expressément défendu de 
boire du vin. Pendant la nuit de la Pâque (1), il demanda à 
R. Mousha de lui permettre de boire du vin. Or, R. Mousha le 
fit entrer près de lui pendant la nuit de la Passion adorable et 
lui donna lui-même du vin à boire, de peur qu'il n'en prit trop 
dans sa propre cellule. Il plaça devant lui une table avec du 
pain et, comme breuvage, une grande coupe pleine de vin. — 
Kôma n'eut pas la patience d'attendre que le saint se fût assis. 
Il s'empressa de prendre la grande coupe et but le vin qui était 
dedans. R. Mousha, voyant ce qu'avait fait Kôma, fut surpris 
de la difficulté de sa lutte contre lui-même. Il tira sa croix, et 
la plaça sur la bouche de Kôma en disant : « Kôma, au nom 

(1) Dans la liturgie nestorienne , comme dans d'autres liturgies orientales, on 
appelle jour de Pâques notre jeudi saint; et notre dimanche de Pâques est ap- 
pelé : dimanche ou jour de la Résurrection. 



108 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

du Père, du Fils et du Saint-Esprit, tu ne boiras plus de vin. » 
Et depuis ce jour-là Kôma n'a jamais pu boire de vin. 

Longtemps après la mort de R. Mousha, un jour qu'il était 
faible, Kôma prit un breuvage de vin pour essayer d'en goû- 
ter; mais aussitôt il le rendit, et en souffrit beaucoup. — Il vint 
alors trouver R. Youssef et se plaignit à lui de la grande fai- 
blesse dans laquelle il était tombé, et qui l'obligeait à abandon- 
ner le service des moulins de la communauté. Il lui fit connaître, 
en outre, qu'il avait essayé de boire un peu de vin pour se for- 
tifier, mais qu'il n'avait pas pu. Il pria R. Youssef de demander 
au Christ de le délier, afin qu'il pût boire un peu de vin et se 
réconforter pour le travail de la communauté. — R. Youssef 
pria pour lui, lui présenta du vin et lui en fit boire trois coupes; 
il lui permit d'en prendre un peu, mais non pas d'en être 
gourmand comme auparavant. Et depuis ce jour-là Kôma put 
boire du vin autant qu'il en avait besoin. 

Le Christ avait attaché une telle eflicacité à la prière de 
R. Youssef qu'il pouvait délier les règles fixées par les autres. 
Par le ChristR. Mousha avait lié: par leChrist R. Youssef délia. 

R. Shelimôn. — Il y avait avec nous dans le couvent un 
cénobite appelé Shelimôn. Il demanda à R. Youssef la permis- 
sion d'apprendre quelques hymnes du commun et des fériés.- 
R. Youssef lui permit d'apprendre seulement trois chants. Ce 
cénobite ne s'en tint pas à cette limite; mais il voulut appren- 
dre un grand nombre d'hymnes; car il était très ardent, et fai- 
sait aussitôt ce qu'il voulait. Quand le saint sut ce qu'il se pro- 
posait de faire, il le contraignit par la vertu de sa prière, au 
point qu'il oublia aussi les hymnes qu'il avait apprises aupara- 
vant, et qu'il ne pouvait plus même en réciter une seule. Il sup- 
plia R. Youssef de lui faire revenir dans la mémoire les hym- 
nes qu'il possédait auparavant; R. Youssef pria pour lui, et sa 
mémoire se réveilla. Je l'avais vu auparavant recommencer 
indéfiniment une hymne par ces mots : touba yahban lah (1) 
sans pouvoir la réciter. 

Rabban Youssef avertissait souvent les frères qui voulaient 
demeurer dans la solitude de ne pas se livrer à l'étude. Il leur 
disait : « Mes enfants, cette voie du silence ne comporte point 

(1) Paroles de la première strophe d'une hymne. — Voir Breviarum chaldaicum, 
odit. Bedjan, p. 298*. 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 109 

de mélange; de même qu'il ne convient pas de semer ensem- 
ble du froment et de l'orge. » — Quand quelqu'un lui disait : 
« Comment- donc as-tu travaillé toi-même dans les deux 
voies? » ; il répondait : « Tout homme n'est pas apte à cela. Pour 
moi misérable, le plus insensé de tous, je suis vide de doctrine 
et de connaissance, depuis longtemps et jusqu'à maintenant. » 

J'allai un jour le trouver et je lui demandai la permission 
de lire et d'apprendre un peu [par cœur]. Il ne me le permit 
point. — Je le pressai plusieurs fois à ce sujet. Voulant que 
j'apprisse par expérience ce qui était convenable et que je ces- 
sasse de le molester, il m'appela un jour que je ne le lui deman- 
dais pas et me dit : « Va, mon fils, lis et apprends selon ton 
désir. » — Je me réjouis de cela, et j'allai dès le premier jour 
trouver celui qui enseignait. Le lendemain, je fus enchaîné dans 
ma cellule et je ne pus en sortir. Je fis des efforts autant que 
je pus, mais il me fut impossible d'aller trouver le docteur. Je 
fus fort surpris de cela; je compris et saisis la chose, et je re- 
connus que la prière de R. Youssef m'avait enchaîné, pour que 
je ne fisse pas ce qui ne lui était point agréable. Je dirigeai ma 
pensée vers lui, et au moment même mes liens tombèrent. Je 
me levai promptement, et je vins trouver R. Youssef; je lui 
fis connaître ce qui m'était arrivé, et comment je n'avais pu 
sortir de ma cellule jusqu'au moment où mon esprit s'était fixé 
sur lui. Il sourit en ma présence et me dit : « Laisse la science à 
celui qui a besoin de la science. Pour toi, va-t'en dans ta cellule 
et garde le silence. Puisque tu désires et souhaites que le Christ 
devienne lui-même ton maître dans ce qui t'est utile, ne sors 
point au dehors, mais demeure dans ta cellule, et le Christ t'ins- 
truira. » — J'écoutai sa parole et je ne méprisai point son avis. Je 
crus fermement que ce qu'il m'avait dit était possible, à savoir, 
que le Christ instruisait qui il veut et autant qu'il veut. 

Telle était, en effet, l'efficacité de la prière du saint, qu'il pou- 
vait tout ce qu'il demandait, aussi bien en public qu'en secret. 

Des lettres qui lui parvenaient; comment R. Yohannan y ré- 
pondait. — Rabban Youssef recevait des lettres de toutes 
parts, des clercs aussi bien que des fidèles, qui l'interrogeaient 
sur diverses choses. C'est moi qui répondais à tous, en arabe; 
car le saint s'abstenait d'écrire soit des lettres soit toute autre 
chose. Quand on écrivait et qu'on demandait : si telle ou telle 



110 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

chose. devait être faite ou non; si telle ou telle chose aurait 
lieu ou non, et d'autres questions semblables, comme les fidèles 
ont coutume d'en poser, je lui disais, moi misérable : « Rabban ! 
qu'écrirai-je en réponse à ceci? Qu'ordonnes-tu relativement à 
l'objet de cette question? » — Et lui, dans son admirable hu- 
milité, ne prononçait pas un mot sur cet objet, quel qu'il fût, 
mais il faisait le signe de la croix sur mon cœur, sur ma bouche 
et sur ma main droite, et me disait : « Va, mon fils, et écris la 
réponse que la grâce suggérera à ton esprit et tracera par ta 
main, comme un oracle. » — Pour moi, ayant expérimenté que, 
par l'effet de ses prières, mon esprit concevait ce qui était dans 
le sien, je ne doutais point de sa parole; j'écrivais simplement 
à chacun et je disais brièvement et clairement : « Fais ceci », 
ou : « Ne fais pas cela » ; ou : « Cela doit être », ou : « Cela ne doit 
pas être. » Quand je lui lisais ce que j'avais écrit, il me bénis- 
sait et ne changeait rien. Ceux qui demandaient en retiraient du 
profit; leurs affaires prospéraient selon leur désir dans toutes 
les choses au sujet desquelles ils interrogeaient. J'étais stupé- 
fait de son humilité qui ne lui permettait pas de prescrire ou de 
dire ce qui lui était agréable; j'admirais de plus en plus cette 
vertu renfermée dans sa prière, qui suggérait à mon esprit ce 
qu'il désirait et qui traçait par ma main ce qui était l'accomplis- 
sement de sa volonté. 

R. Yohannan veut écrire en syriaque. — Une fois, j'eus ledésir 
de copier la partie [des œuvres] deMar Isaac (1) qui traite de la 
Providence universelle de Dieu. Mais, j'étais embarrassé, car je 
ne savais pas écrire en syriaque, si ce n'est moins que rien; et 
il n'est pas utile que tout le monde médite ce traité, mais seule- 
ment celui qui est déjà plus ou moins versé dans les mys- 
tères divins qui y sont renfermés. Sachant par expérience que la 
prière du saint pouvait diriger le bois sec comme il le voulait, 
j'allai le trouver avec une véritable confiance, — non pas avec 
la confiance commune, mais avec cette confiance d'une nature 



(1) Isaac de Ninive, un des plus célèbres auteurs ascétiques syriaques. Je lui ai 
consacré une dissertation : De S. Isaaci Nmivita rit*/, scrîptis et doctrina (Paris. 
1892). Je pensais alors pouvoir lui assigner comme date la fin du V e siècle; et je 
laissai en suspens la question de son orthodoxie. Des documents découverts depuis 
m'ont démontré qu'il vivait un peu après 660, et qu'il était nestorien. Voir la 
note que j'ai publiée à ce sujet dans la Revue Sémitique, juillet 1896, p. 255. 



VIE DU MOINE RABBAN YOÙSSÉF BOUSNAYA. 111 

spéciale par laquelle tout est possible, — et je lui demandai de 
prier pour moi afin que le Christ dirige ma main et qu'il m'en- 
seigne à écrire et à copier ce saint livre. — Il se réjouit en ma 
présence, selon sa coutume, et me dit : « Comment es-tu si in- 
sensé que de vouloir écrire et copier des livres? » — Je repris : 
« J'ai confiance que par tes prières, ô Rabban! le Christ m'ensei- 
gnera à écrire ; car tu m'as promis qu'il m'enseignerait tout ce 
qui me serait nécessaire. » — Il signa alors ma main avec sa croix 
et l'eau bénite et me dit : « Va, mon fils; qu'il te soit fait 
selon ta foi; j'ai l'espoir que Dieu te rendra capable d'écrire se- 
lon ton désir. » — Par ses prières, le Christ m'apprit à écrire; 
car je n'appris rien d'un homme, pas même un seul des signes 
en usage dans cette écriture. J'écrivis ce livre et beaucoup d'au- 
tres écrits des Pères, quoique bien imparfaitement, avec des 
Nouveaux Testaments, des Psautiers, des traités (1) et beau- 
coup de livres des Pères. Tous ceux qui l'apprirent en furent 
étonnés et ils glorifièrent le Dieu qui donne une telle puissance 
à ses saints. 

Nous reçûmes un jour d'un scribe fidèle une lettre écrite en 
syriaque. Rabban Youssef m'ordonna d'écrire la réponse en 
arabe, selon la coutume : car je ne pouvais pas parler en syria- 
que, et j'étais incapable de mettre ensemble cinq mots de suite 
dans cette langue; dans le monde, mes parents s'étaient uni- 
quement appliqués à me faire instruire dans la science arabe. 

Je dis à Rabban Youssef : « Notre manière d'agir est vrai- 
ment surprenante. Il est étonnant que les séculiers nous écri- 
vent en syriaque et que nous, moines, nous leur répondions en 
arabe. » — Il me répondit : « Que faire, mon fils? Je n'ai per- 
sonne à qui je puisse manifester les choses secrètes entre nous 
et les gens, qui soit capable d'écrire en syriaque. » — Avec mon 
expérience et ma foi , je lui dis : « Prie pour moi , et la grâce 
me rendra capable d'écrire tout ce que tu voudras. » — Il m'at- 
tira près de lui, plaça sa croix sur ma bouche, en fit le signe sur 
mon cœur et me dit : « Que le Christ t'instruise , ô mon fils ! 
qu'il place dans ta bouche ce qui est utile et droit; qu'il t'accorde 
sa grâce. Va, mon fils, avec la confiance en Dieu, et écris ce 
que t'inspirera la grâce q«i rend savants les gens grossiers et 

(1) Littéralement : des parties, dos tomes. 



112 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

stupides » — Grâce à ses prières j'écrivis en syriaque une ré- 
ponse à la lettre de ce fidèle. Quand je la lui lus, elle lui fut 
agréable; il me bénit et me dit : « Désormais tu n'écriras plus 
en arabe. » — Quiconque possède l'intelligence de l'esprit pour 
connaître, discerner et comprendre, examinera ces choses et 
saisira, s'il est possible, la grandeur de cette force que Dieu 
avait annexée à la parole de ce bienheureux, par laquelle se 
réalisait tout ce qu'il voulait : prodiges et miracles; par laquelle 
aussi il faisait parler une intelligence bègue et dirigeait une 
main inexpérimentée. En vérité, ma main était plus qu'inhabile 
pour écrire ce qu'elle avait appris, et mon intelligence balbu- 
tiait plus qu'un bègue pour réunir ensemble deux sentences. Je 
ne veux pas me glorifier de ces choses ; mais bien montrer la 
grandeur de cet homme de Dieu. Mon esprit n'est pas tellement 
amoindri que je cherche à me vanter des labeurs des autres, 
comme cet oiseau appelé ghiôla (1) qui, très laid à voir, se pare 
des plumes d'autres oiseaux et s'enorgueillit de ce qui n'est 
point à lui. En quoi pourrais-je me glorifier si je ne me glori- 
fiais dans ce Saint et dans le Seigneur par qui je suis ce que je 
suis? Je me glorifierai en lui, et en lui je me glorifierai éter- 
nellement; car d'un homme stupide et inutile, il m'a rendu 
plus ou moins apte à quelque chose : non pas aux grandes 
choses, mais du moins aux petites et aux moindres; non que 
la puissance divine qui lui avait été communiquée ne pût me 
rendre capable de quelque chose de grand, mais parce que je 
n'étais pas digne de cela, à cause de mes péchés qui surpassent 
toutes les prières par leur multitude. 

Yohannan veut se fixer une règle. — Un jour, pendant le 
Carême, dans ma cellule, il me survint une pensée que je voulus 
m'imposer comme règle. R. Youssef m'avertissait constamment 
de ne pas adopter de règle fixe. Or, ce jour même, il m'envoya 
dire : « Prends cette nuit les saints mystères et viens me trou- 
ver. » — J'exécutai son ordre. Quand j'arrivai près de lui, je ne 
lui fis rien savoir. Il me donna une coupe de vin en me disant : 
« Prends ce vin. » — Je lui dis : « Pourquoi demander cela? 
En dehors même du jeûne je ne puis en goûter, comment en 
ferais-je usage pendant le jeûne? et»alors que tu prescris toi- 

(1) C'est le xoXoio; ou choucas, oiseau du genre des corneilles. 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSXAYA. 113 

même que personne ne boive de vin pendant le jeûne. » — Il 
reprit : « Fais ce que je t'ordonne et n'hésite pas. » — J'obéis 
à son ordre et je bus ce vin. — Il me dit ensuite : « Tu veux 
t'imposer des règles fixes! Eh bien, non, mon fils. Nous som- 
mes sous [l'empire de] la grâce et non sous [celui] des lois et 
des règles (1) ». — Je compris alors le but du saint qui voulait 
par là me faire savoir qu'il avait vu cette pensée à laquelle je 
désirais m'attacher. Je fis pénitence et je lui demandai pardon. 
Un frère s'offre à la mort pour Rabban Youssef. — Un 
frère, nommé Aaron, qui était un des familiers de la cellule du 
saint, me raconta charitablement ceci : Quand la maladie par 
laquelle Rabban Youssef s'en alla vers Notre-Seigneur s'ag- 
grava, ce frère fut très affligé et souffrit beaucoup dans son es- 
prit. Comme c'était un homme très simple et fervent par-dessus 
tout dans l'amour de R. Youssef, il songea à faire une chose 
fort admirable et à se livrer lui-môme volontairement à la mort 
pour que R. Youssef demeurât en cette vie. Il se dit en lui- 
même : « Il vaut mieux que je meure, puisque ma vie n'est 
d'aucune utilité, au lieu de celui qui pourra avoir pitié d'un 
grand nombre pendant sa vie. Il est préférable pour moi de 
mourir que de rester, désolé, après celui à qui ma vie spirituelle 
est intimement liée. » — Il alla donc se préparer admirable- 
ment à la mort. Il entra dans sa cellule, comme il me raconta, 
en ferma la porte, se mit en prière et demanda au Seigneur de 
mourir à la place du saint. Puis il s'étendit par terre en face de 
la croix et se donna de tout cœur à la mort. II pensait, dans sa 
simplicité divine, qu'après cela il allait mourir. Ayant attendu 
longtemps dans cet espoir sans que son désir se réalisât, il se 
leva et alla trouver R. Youssef. Celui-ci était couché, à cause de 
la violence de la maladie, et son visage était couvert. Comme le 
frère était assis près de lui selon sa coutume, R. Youssef décou- 
vrit son visage, le regarda en souriant et lui dit : « Il est beau, 
mon fils, il est vraiment beau, et c'est la marque d'un véritable 
amour, que quelqu'un se livre à la mort pour son ami. Le 
Christ que tu as imité récompensera ton action et la charité que 
tu as fait paraître; il te donnera le repos en échange du sacrifice 
de toi-même, que tu as offert pour moi. » — Le frère demeura 

(1) Cfr. Rom., vi, 15. 

. ORIENT CHRÉTIEN. 8 



111 REVUE DE L'ORIENT CHRETIEN. 

tout interdit et saisi cTétonnement , de crainte et de frayeur, et 
glorifia le Seigneur de ce qu'il n'avait pas caché au saint, malgré 
la gravité de la maladie dans laquelle il était plongé, son action 
accomplie en secret. 

Quelle que soit la gravité de ses afflictions , je veux dire des 
maladies et des douleurs sensibles, le corps ne peut pas priver 
l'œil intellectuel qui a été poli et purifié, de la vision spiri- 
tuelle qui lui est donnée par la grâce dans la contemplation 
de l'intelligence pure. Il pourra arriver qu'une affliction des 
premiers sens, je veux dire de la vision sensible, cause quel- 
que empêchement à l'œil spirituel dans la vue des choses na- 
turelles; mais rien ne peut lui créer d'obstacle, et il est bien 
plutôt illuminé , pour voir les choses éloignées et secrètes et 
pour que les choses cachées lui deviennent manifestes; car 
sa vue est tout à fait intellectuelle, elle se meut dans sa 
sphère propre et n'est limitée par aucun sens; mais dès que 
l'âme est purifiée et qu'elle a recouvré sa propre nature, elle 
voit tout ce qui est autour d'elle et brille d'une lumière res- 
plendissante. 

Cela est confirmé par l'histoire qui précède. Elle montre que 
le saint, totalement privé des facultés corporelles ou sensitives, 
accomplissait cependant dans les facultés de son âme toutes 
les actions spirituelles : sa vue contemplait les choses secrètes 
et voyait les choses cachées; son ouïe entendait les chants 
agréables qui surpassent toute audition; son odorat respirait 
la suave odeur de l'encens des saintes demeures où est fixé le 
trône du Seigneur; son palais et sa bouche mangeaient et 
goûtaient constamment ces délicieux et salutaires mets surna- 
turels; sa langue,' cithare de l'Esprit-Saint, psalmodiait et 
chantait les cantiques spirituels, et glorifiait, par le trisagion 
répété, la Trinité digne de louange et souveraine des mondes. 
Mentalement, dans son intelligence illuminée des rayons de la 
lumière essentielle, il resplendissait des bienheureuses splen- 
deurs, et il avait été jugé digne, à cause de ses œuvres admira- 
bles, d'obtenir la grâce de s'élever, par les degrés spirituels, de 
parvenir et de demeurer dans l'état de notre création primitive 
qui faisait paraître l'image et la ressemblance du Créateur. 

Ce même frère Aaron me raconta aussi un prodige que fit le 
Christ par l'intermédiaire de H. Youssef; et son récit mérite 



V[E DU MOINE RABBAN. YOUSSEF BOUSNAYA. 115 

créance pour deux motifs : premièrement parce qu'il est véri- 
dique et droit, comme cela est prouvé par l'expérience, et ceux 
qui le connaissent lui rendent ce témoignage en même temps 
qu'ils disent que sa parole doit être acceptée et mérite créance; 
secondement, parce que moi-même j'atteste et confirme la pu- 
blicité du fait, comme ayant été vu et connu de plusieurs per- 
sonnes, et que de plus, celui en faveur duquel a eu lieu le fait 
qu'on va raconter est demeuré en cette vie temporelle jusqu'à 
ces jours. 

Le frère racontait ceci : Un jour qu'il se trouvait avec le saint, 
vers le soir, des fidèles du village de Hermôn (1) de Rous- 
taqa de Ayas (?) vinrent à la porte de sa cellule apportant avec 
eux un enfant âgé d'environ quatre ans. Il était atteint d'une 
grave maladie et frappait déjà à la porte de la mort qui allait 
lui ouvrir. Quand ils arrivèrent à la porte [de la cellule], l'en- 
fant perdit complètement la parole, la mort le saisit : ses facultés 
et ses sens défaillirent en même temps. 

Ils frappèrent à la porte en pleurant et en se lamentant. Ce 
frère sortit lui-même et les vit qui pleuraient. Comme ils gar- 
daient le silence, il leâ interrogea sur ce qui se passait. Le père 
et la mère de l'enfant lui racontèrent ce qui était arrivé. C'est 
pourquoi ils étaient chagrinés et avaient raison de pleurer; car, 
au moment où ils espéraient la guérison de l'enfant, ils avaient 
vu leur espoir s'évanouir devant la mort. Le frère, qui n'était 
point hésitant dans sa foi, prit l'enfant qui ne respirait plus et qui 
était déjà mort et il le porta devant le saint. Il lui raconta tout 
ce qui s'était passé. Le saint prit de l'eau bénite et l'approcha 
de la bouche de l'enfant : et après cette opération, ses dents qui 
étaient contractées par le silence de la mort se desserrèrent : 
il jeta un peu d'eau bénite clans sa bouche et la signa avec sa 
croix, puis il dit au frère de rendre l'enfant à ses parents, de 
leur défendre de s'adonner à ces lamentations tumultueuses, et 
de les envoyer au martyrion placer l'enfant devant la châsse d'un 



(1) Je ne puis identifier avec certitude ce nom propre ni les deux suivants. — 
Roustaqa désigne parfois un district de la région de Marga (cf. Budge, The Book 
of Governors, I, 345). ("est aussi, peut-être, un nom commun. — Le nom qui 
suit est de forme assez singulière, et la construction de la phrase paraît un peu 
embarrassée. Je ne serais pas surpris qu'il y eût en ce passage quelque faute de 
copiste. 



116 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

saint. Les parents firent ce qu'il avait prescrit et allèrent au 
martyrion. Personne ne savait ce qui s'était passé. Au milieu de 
la nuit, R. Youssef appela le frère et lui dit : « Va, mon fils, au 
martyrion, et vois ces gens qui sont venus hier soir nous trouver. 
Prends avec toi un pain et donne-le-leur, car ils ont peut-être 
passé la nuit sans manger, à cause de la grave maladie de leur 
enfant. » 

Le frère alla au martyrion pour accomplir ce qu'on lui avait 
prescrit. En entrant, il vit le petit Youssef, — c'est ainsi que l'en- 
fant s'appelait, —qui dansait et sautait dans le martyrion, tenant 
à la main un pain qu'il mangeait. Il supposa que c'était un 
autre enfant. Il interrogea les parents et leur demanda : « Où 
est votre jeune enfant malade? R. Youssef m'a envoyé ici le visi- 
ter. » — Remplis de joie et d'allégresse, ils répondirent : « Voilà 
notre fils; tu le vois qui saute (?) et qui danse. Le voici devant 
toi, guéri. — Le frère, saisi d'étonnement, loua Dieu, revint près 
de R. Youssef et lui raconta ce qu'il avait vu : c'est-à-dire que 
l'enfant guéri et ressuscité de la mort par le secours de ses 
prières, jouait, plein dévie, dans le martyrion. — R. Youssef lui 
ordonna de retourner vers ces gens et de leur dire : « Partez avec 
l'aurore, avant qu'on ne fasse attention à vous et à ce qui s'est 
passé, et retournez à votre village. » 

Il les avertit soigneusement de ne révéler à personne ce 
que Dieu avait fait à leur égard. Ces gens accomplirent l'or- 
dre qui leur avait été donné. Ils se levèrent lorsqu'il faisait 
encore nuit et s'en allèrent chez eux, joyeux, louant et glo- 
rifiant Dieu qui leur avait rendu vivant, par les prières de 
R. Youssef, leur enfant que la mort avait déjà frappé, et qu'elle 
enfermait dans les abîmes de ses entrailles d'où il est difiicile 
et même impossible de s'échapper, pour ceux qui y sont déte- 
nus, avant le jour de la résurrection où s'accomplira le précepte 
de Notre-Seigneur : que quiconque a possédé la vie y revienne, 
et où des douleurs violentes la frapperont jusqu'à ce qu'elle 
ait fait sortir tous ceux qui sont ensevelis dans ses abîmes et 
rendu compte de tous depuis le premier jusqu'au dernier. 

Il y avait dans le couvent un frère nommé Abbon. Il allait 
constamment au pays de Dasen, et les routes lui étaient bien 
connues. Il vint un jour trouver R. Youssef selon sa coutume 
et lui dit : « Prie pour moi, Rabban, car en route je dois ren- 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 117 

contrer un grand fleuve. » — Rabban Youssef lui dit : « Ne te 
mets pas en route aujourd'hui, car cela ne t'est pas utile; et 
même il pourrait t'arriver malheur. » — Le frère transgressa 
l'avis du saint, et se mit en route. Or, quand vint la nuit, des 
brigands méchants et très cruels tombèrent sur lui et le frappè- 
rent sans pitié de coups violents. Il s'échappa de leurs mains 
la tête et le corps blessés en plusieurs endroits, et il retourna 
au monastère. Il vint frapper à la porte de R. Youssef. Celui-ci 
sortit pour voir qui frappait. Le frère répondit du dehors en 
disant : « Je suis celui qui a éprouvé aujourd'hui en lui-même 
les fruits de la désobéissance. » — R. Youssef lui ayant ou- 
vert la porte, le frère lui fit connaître tout ce qui s'était passé. 
R. Youssef lui dit : « Ne t'avais-je pas donné ordre de ne point 
partir pour ce voyage? pourquoi as-tu transgressé mon avis? 
Crois-tu donc que c'est par ignorance, ou comme par hasard, 
que je t'ai dit de ne pas te mettre en route? » 
. Abou Zakarl de Mossoul. — Il y avait dans la ville de Mos- 
soul un fidèle juste et ferme dans la foi. C'était un grand scribe, 
renommé en son temps; il s'appelait Abou Zakarî (1). Rabban 
Youssef l'aimait beaucoup; c'est pourquoi lui-même chéris- 
sait vivement Rabban Youssef; il avait confiance en lui et ne 
faisait rien sans son conseil ou son avis. Ce fidèle avait un frère 
nommé e Abd-al-Meshiah (2), qui lui aussi était scribe de son 
métier. Or, il advint à ce dernier une cruelle affliction ; sa main 
droite se dessécha subitement, il ne pouvait plus la remuer ni 
faire quoi que ce fût avec elle. Il vint trouver R. Youssef, lui 
montra sa main, et lui demanda de prier pour sa guérison. 

Pendant qu'ils étaient ensemble, R. Youssef prit la main, y 
fit le signe de la croix avec de l'eau bénite , la tint un instant 
entre ses propres mains, retendit, l'entoura, la frictionna, puis 
la lâcha : et voici que subitement elle demeura étendue, saine et 
mobile! 'Abd-al-Meshiah se mit sur-le-champ à écrire à son frère 
avec cette main même, pour lui faire part de sa guérison. Après 
quelques jours il retourna à sa maison, guéri d'une double façon , 
c'est-à-dire dans son corps et dans son âme : car sa foi était affai- 
blie et son esprit rempli de doute. En venant au couvent il était 
doublement malade : malade dans son corps, à cause de sa 

(1) C'est-à-dire « Père de Zakarie »; le nom est de forme arabe. 

(2) C'est-à-dire « Serviteurdu Christ ■■ (du Messie). 



118 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

main droite, et dans son âme à cause de l'affaiblissement de sa 
foi; en quittant le couvent il était guéri des deux manières. Il 
loua Dieu et lui rendit grâce pour ce qui s'était accompli par les 
prières de R. Youssef ; car il avait perdu tout espoir de guéri- 
son pour sa main droite; mais le Christ, médecin gratuit, l'avait 
guérie parles prières de R. Youssef. 

Un jour, Rabban Youssef m'appela et me dit : « Je suis très 
affligé au sujet de notre ami Abou Zakarî; car déjà sa lampe 
s'est éteinte devant les yeux de mon intelligence. » 

Or, quelques jours après, un envoyé vint nous apprendre la 
maladie de cet homme. R. Youssef me dit : « Cette maladie 
doit le conduire à la mort. Mais, mon fils, va le voir avant qu'il 
ne meure. » — Quelques jours après cet homme fidèle mourut. 

C'est ainsi que rien n'était caché aux yeux de son intelligence ; 
il voyait clairement les choses éloignées comme les choses pro- 
ches; les pensées comme les actions. 

Ses vertus. — Quant à son humilité, son aménité, sa cha- 
rité, sa miséricorde, son amour universel, notre faible parole ne 
peut les montrer, ni même faire connaître une petite goutte des 
eaux de cet immense océan. — Il n'adressa jamais une parole à 
quelqu'un, grand ou petit, sous forme de commandement; mais 
sa parole était pacifique et humble à l'égard de tout le monde. 
Quand il voulait commander à quelqu'un, il l'avertissait sur le 
ton de la persuasion et disait : « J'aimerais que tu ne fisses pas 
cela » ou « je souhaiterais que tu fisses cela. » — Il ne reprit 
jamais personne; mais, quand il devait reprendre quelqu'un, il 
l'abordait en lui disant : « Mon fils, il n'est pas bien qu'il en 
soit ainsi »,ou : « Qu'il n'en soit pas ainsi. » — Quand quelqu'un 
l'interrogeait au sujet d'une chose qu'il voulait faire, il ne di- 
sait jamais : « Fais » ou « ne fais pas »; mais, ,il priait mentale- 
ment pour cet homme, faisait sur lui le signe de la croix et lui 
disait : « Va, mon fils, et fais ce que la grâce te suggérera et 
t'inspirera. » — Parfois il se trouvait quelqu'un qui n'était pas 
satisfait de cela et qui insistait en lui disant : « Mon esprit ne 
sera pas tranquille, si ce n'est en faisant ce que tu m'auras dit. » 
Et moi qui connaissais les desseins du saint, je disais à cet 
homme quel qu'il fût : « Va, mon frère, le saint ne t'a point 
parlé ainsi inconsidérément; mais dès que tu auras prié au su- 
jet de cette affaire, la grâce te suggérera ce qui t'est utile. » 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSÈF BOUSNAYA. 119 

Il s'abstenait ainsi de parler sur un ton d'autorité. 

Il ne s'irrita jamais contre personne; il ne s'appliqua jamais 
à une chose extraordinaire dans sa manière. Quand quelqu'un 
lui demandait de faire sur lui le signe de la croix, même si 
c'était un cénobite, le saint commençait par incliner la tête en 
lui disant : « Commence, mon fils, par faire toi-même le signe 
de la croix sur ma vieillesse qui a besoin de cela, et je te signerai 
ensuite; et il te sera fait selon ta foi. » Parfois, il me consultait 
moi-même, ou l'un des moines, sur ce qu'il voulait faire : s'il 
convenait de le faire ou de ne le pas faire, s'il devait aller rece- 
voir les saints mystères ou non, ou s'il devait manger, ou au sujet 
de toute autre chose. Pour moi, j'en étais surpris ; je m'étonnais 
et je lui disais : « Comment m'interroges-tu, moi qui ne mécon- 
nais pas moi-même? » — Il me répondait : « Observe, mon fils, 
ce que te suggérera la grâce, et dis-moi ce qu'elle mettra sur tes 
lèvres. » — Il s'abaissait lui-même à un tel point par l'humilité 
du Christ. 

Le jour où il sortait pour recevoir les saints mystères, s'il 
voyait des pauvres dans le couvent, il ne pouvait retenir les 
larmes de ses yeux ; il se frappait la poitrine en pleurant et en 
disant : « Hélas! que puis-je faire pour ces pauvres? » — Il ne 
gardait rien dans sa cellule, mais il distribuait aux pauvres, le 
jour même, tout ce qu'il recevait. Il ne possédait que la tunique 
qu'il portait sur lui et n'en avait pas de rechange. Il supportait 
avec une seule tunique toute la rigueur du froid vif et âpre causé 
par la neige et la glace de ce pays. 

Parfois nous le trouvions sans vêtement de dessous, et quand 
nous lui demandions : « Pourquoi cela? » il répondait : « Un 
pauvre nu est venu à la porte, et je n'ai pu m'empêcher de lui 
donner mon vêtement. » — J'admirais sa miséricorde, et j'allais 
lui chercher un autre vêtement. Mais il était si miséricordieux 
qu'il ne pouvait attendre que je fusse arrivé pour lui apporter ce 
qu'il désirait. 

Il était tellement excité et enflammé par l'effusion de sa cha- 
rité envers tout le monde, que chacun en était dans l'admiration : 
on voyait qu'il aimait tous les hommes surnaturellement. Par- 
fois, souvent même, je voulais le modérer en cela ; mais la force 
de la flamme de son amour de Dieu ne le permettait pas. 

Son esprit était continuellement appliqué à la contemplation 



120 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

des divins mystères. Il habitait une montagne éloignée où il ne 
sentait rien du monde. Parfois, il s'asseyait à table avec nous et 
mangeait le peu qu'il avait habitude de manger ; mais , comme 
son esprit n'était point avec nous, au bout d'un instant, il nous 
demandait : « Est-ce que j'ai mangé quelque chose ou non? » — 
On lui répondait : « Mais oui, Rabban, tu as mangé aujourd'hui 
du pain avec nous » ; et il glorifiait Dieu, s'étonnait en lui-même 
et nous disait : « Maintenant, mes enfants, faites attention et 
prenez garde que personne ne sache cela; mais faites aussi at- 
tention et empêchez qu'il ne m 'arrive de prendre une parcelle 
consacrée (1) après avoir mangé; car cela m'est déjà arrivé, à 
cause de mes nombreux péchés. » — Nous faisions attention à 
cela, et nous admirions beaucoup cet homme dont le corps était 
en ce monde, mais dont l'esprit habitait au-dessus du monde 
en des régions sublimes. 

Ce bienheureux, admirable parmi les saints, était parvenu à 
une si grande sainteté et à une telle élévation qu'il était au-des- 
sus de tout ce qui est en ce monde. Et moi, le plus misérable, 
le plus méprisable, le plus vil des hommes, qui ai osé consigner 
par écrit ces quelques faits qui le concernent, pour la satisfaction 
de ceux qui me l'ont demandé, je ne trouve pas la force d'en 
écrire davantage : car ce ne sont point là tous les prodiges 
et les miracles que fit Notre-Seigneur par ses mains. Mais, 
qui pourrait rassembler et mettre en un livre toutes ses actions 
glorieuses, alors même qu'il en aurait eu connaissance? 

Moi qui ai réuni et écrit ces choses, je n'ai point pris soin 
antérieurement de rassembler ses gloires; car, alors, tout le 
monde connaissait sa grandeur et la sublimité de ses actions 
admirables; à ce moment-là je n'ai point demandé à ceux qui 
avaient été avec lui avant moi et qui avaient eu connaissance de 
ses actions et de ses triomphes de m'en raconter une partie, 
car, je n'avais point alors conçu le dessein d'écrire son histoire; 
même pendant que j'étais avec lui, je n'ai pas su tout ce qu'il 
fit; et je n'ai point cette intuition spirituelle par laquelle j'au- 
rais pu, peut-être, connaître les choses qu'il fit en cachette à 



(1) Le mot boukra signifie habituellement la parcelle de pain eucharistique 
qui doitêtre consacrée (voir plus haut, p. 86, n. 2); mais le contexte semble bien 
indiquer qu'il s'agil ici du pain consacré 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEE BOUSNAYA. 121 

l'égard des hommes dont les secrets sont maintenant ensevelis 
avec eux. 

A présent que Dieu veut que cela s'accomplisse par les mains 
de ma misérable personne, tous ceux qui avaient été ses fami- 
liers et qui connaissaient quelque chose de ses secrets sont passés 
[de ce monde]. C'est pourquoi, j'ai écrit comme j'ai pu, autant 
que l'a permis ma faiblesse, et dans la mesure où il était pos- 
sible à ma misérable science, quelques-unes seulement de ses 
actions, parmi celles qui me concernent, celles dont j'ai été le 
ministre, ou celles que j'ai entendues et apprises de lui-même 
de temps en temps. Quant à l'océan des autres actions glorieuses 
que la grâce ne m'a point donné, que je n'ai point été digne de 
connaître, elles sont dans les greniers de la science du Christ 
Notre-Seigneur, qui seul les connaît. Gloire à lui de la part de 
tous ceux qui existent ou existeront de par sa volonté toute-puis- 
sante! Amen. 



FIN DU CHAPITRE SIXIEME. 



(A suivre.) 



OIUliNT CHRETIEN. 



BIBLIOGRAPHIE 



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Constantin V à S. B. M gr Michel, métropolite de l'Eglise autocéphale de 

Serbie, in-8° de 38 p. Paris, Rousseau, 1898. Le même ouvrage en langue 

serbe; Belgrade, 1897. 
Vessélinovitch. ■ — Statistique des écoles en Turquie d Europe (Macédoine 

et vieille Serbie) pendant les années 1892 à 1896. 2 vol. in-8° de 72 et de 

88 p. Belgrade, 1889 et 1897. En serbe et en français. 
Duchesne (l'abbé). — Origines du culte chrétien. Etude sur la liturgie latine 

avant Charlemagne. 2 e édition, Paris, Fontemoing, in-8° de viii-534 p. 
Istrin (V.). — L'Apocalypse de Méthode de Patara et la vision apocryphe 

de Daniel dans les littératures byzantines et slavonnes, en russe. Moscou, 

imprimerie de l'Université, in-4° de 39 p. 
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Bloud et Barrai, in-18 u , u-296 p. 
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Theological seminary Press, in-8° de ix-390 p. 
Alberto Bonas. — Collatio codicis Leiviscani rescripti Evangeliorum 

sacrorum syriacorum cutn codice Curetoniano (Musée Britannique, add. 

14.451) cui adjectœ sunt lectiones e Peshitto desumptee. 



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par l'abbé André. 



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sémitique et le génie arian dans l'Islam, in-12 de 232 p. Paris, Cham- 
pion, 1898. 

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chipel, 1897, grand in-16 de 203 p. 

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de 525 p. 

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Paris, Hachette, 1897, grand in-8° de xxiv-534 p. 

Chevin (l'abbé). — Dictionnaire latin- français des noms propres de lieux 
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tique et monastique. Paris, Retaux, 1897, in-8° de vi-358 p. 

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ligeon, in-8°, 48 p. 

Ziebarth (Er.). — Das griechische Vercinstvesen. Leipzig, Hirzel, in-8" de 
ix-224 p. 

Rey (E.). — Résumé chronologique de l'histoire des princes d'Antioclic 
Paris, Leroux, in-8° de 87 p. 

Dissertations sur la guerre turco-grecque. Limoges et Paris, C. Lavauzelle, 
in-8° de 119 p. 



124 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

Pariset (G.)- — L'État et les Églises en Prusse sous Frédéric-Guillaume I er 
(1713-1740). Paris, Colin, in-8° de xx-992 p. 

Collection des chroniques russes XI, en russe. Imprimerie Skorokodov, 
in-4° de 261 p. 

Aleksandrof (A.). — Matériaux et recherches pour l'histoire du Monté- 
négro, en russe. Kazan, in-8° de 143 p. 

Recueil de la Société historique russe. XCIX. en russe , in-8° de 259 p. 

Travaux du 8 e et du 9° congrès archéologique à Moscou et à Vihia (1893). 
Moscou, in-4° et in-folio. 

Gabrielovich. — Ephèse ou Jérusalem. Tombeau de la Sainte Vierge; 
Paris et Poitiers, Oudin, de x-148 p. 

Dupuis (Ch.). — Russie et Pologne. (Annales de Y Ecole libre des sciences 
politiques, janvier 1898.) 

Gagnât. ■ — Notes sur un nouveau diplôme militaire de Bulgarie. (Compte 
rendu de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, septembre-octobre, 
1897.) 

A. d'Avril. — Les Capitulations [Revue bleue, 31 juillet 1897). 

— Les Arméniens indépendants du Taurus, avec un croquis. (Ques- 
tions diplomatiques et coloniales. I er août 1897.) 



LE MAHOMÉTI8ME 

LE GÉNIE SÉMITIQUE ET LE GÉNIE ARIAN DANS L'ISLAM 

Par CARRA DE VAUX 

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Docteur es lettres, professeur ù l'Institut catholique de Paris 
Un beau volume in-8° de 350 pages. — Prix : 4 h:; franco, 4 fr. 50 
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Table des chapitres : Les Nestoriens. — Origines du Monophysisme. — Les Monophy- 
sites de Syrie, d'Egypte et d'Arménie. — Le schisme grec. — Les Slaves. — Le Concile 
de Florence. — Le Patriarcat de Constantinople et ses démembrements. — Les Russes. 
— Les Slaves du Sud. — Les Roumains et les Hellènes. — Les chrétientés orientales 
d'Asie. —Les Abyssins et les Coptes. — La France protectrice de l'Église dans le Levant. 

LA CHALDÉE CHRÉTIENNE 

Par A. D'AVRIL 

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ET A LEURS RAPPORTS AVEC ROME 

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LA RUSSIE ET LE SAINT-SIÈGE 

Par le P. PIERLING- 

2 vol. in-8°. — Paris, Librairie PLON. 

L'ORIENT ET ROME 

ÉTUDE SUR L'UNION 

(Deuxième édition revue et augmentée) 

Par le R. P. Michel 

Des Pères Blancs, ancien directeur du Grand Séminaire grec-uni de Sainte-Anne de Jérusalem 

Paris, Lecoffre, libraire-éditeur, 90, rue Bonaparte. — Prix : 3 fr. 



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SAINT CYRILLE ET SAINT MÉTHODE 

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Par A. d AVRIL 

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LA LANGUE, LE RITE LES APÔTRES SLAVES DU IX e SIÈCLE 

Volume in-12, elzévirien : Prix 5 fr. 



LE LIVRE DE L'AVERTISSEMENT ET DE LA REVISION 

(KITAB ET-TANBIH) 

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ÉGLISES AUTONOMES ET AUTOCÉPHALES 

Par A. d'AVRIL 

I ,e partie : Le groupe orthodoxe. 

II e partie : De la hiérarchie catholique. — Les Orientaux dans le patriarcat de Rome 

In-8° de 49 p. — Prix : 1 franc. 



Typographie Fiimin-Didot et C ia . — Paris. 



REVUE 



DE 



L'ORIENT CHRÉTIEN 



RECUEIL TRIMESTRIEL 



3 e ANNÉE. — N° 2. — 1898 



PARIS 

AU BUREAU DES ŒUVRES D'ORIENT 
2 0, Rue du Regard, 20 

ET A LA LIBRAIRIE E. LEROUX 

28, RUE BONAPARTE, 28 

1898 



SOMMAIRE 



Pages. 

I. — « NIHIL ESSE INNOVANDUM ». — UN BREF DE 

BENOIT XIV 126 

II. — LES OFFICES ET LES DIGNITÉS ECCLÉSIASTIQUES 

DANS L'ÉGLISE GRECQUE, par II. I<. C lu -net . 142 

III. - LE MARTYRE DE SAINT LUC ÉYANGÉLISTE , par 

M. l'abbé F. I\au 151 

IV. - VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA, par 

M. *.-B. Chabot (suite) 168 

V. — L'ORDINAL COPTE, consécration d'un sous-diacre, par 

H. le » r l.i moni 191 

VI. — MÉLANGES. 

I. — RELATION DE L'ÉVÉQUE DE SIDON. — LES 

JACOBITES 200 

VIL - BIBLIOGRAPHIE 218 



PRIX DE L'ABONNEMENT 

France. Etranger. 

Poui\ les abonnés de la Terre Sainte (Revue bi- 
hebdomadaire) 3 francs. 4 francs. 

Pour les personnes non abonnées à la Terre Sainte. 6 — 7 — 

PRIX DE LA LIVRAISON : 2 FRANCS 



Avis. — Toutes les communications doivent être adressées au Bureau des 
Œuvres d'Orient, rue du Regard n° 20, Paris. 

Il sera fait un compte rendu des ouvrages adressés à la Revue de 
l'Orient Chrétien. 



UN BREF DE BENOIT XIV 



Il existe ab antique, dans le patriarcat de Rome, des Églises 
de rite oriental et de langue non latine. Non seulement comme 
patriarches de l'Occident, mais comme Souverains Pontifes, les 
Papes ont montré le plus grand respect pour la hiérarchie, pour 
les langues et pour les rites des Églises orientales. 

Dans l'opuscule intitulé : Documents relatifs aux Églises de 
/"Orient (1), nous avons donné des extraits significatifs des 
actes pontificaux depuis Jean VIII (880) jusqu'à Léon XIII. Le 
plus important de ces actes est un bulle édictée par Benoît XIV 
en 1755, laquelle le vénéré Pie IX recommandait plus spéciale- 
ment à notre attention dans son encyclique mémorable du jour 
de l'Epiphanie 1848 : 

« Cette sollicitude du Siège Apostolique pour les liturgies ca- 
« tholiques des Orientaux est démontrée par plusieurs décrets 
« et constitutions que les Pontifes romains ont rendus pour que 
« ces liturgies soient conservées. Parmi ces documents, il suf- 
« fira de rappeler les lettres de notre prédécesseur Benoît XIV, 
« et particulièrement celle qui a été écrite le 26 juillet 1755, et 
« qui commence par ces mots : Allatœ sunt. » 

Nous publions ici, avec la traduction en regard, le début de 
cette bulle qui contient quarante-huit chapitres, et nous en don- 
nons la conclusion. 

Sa Sainteté y expose la doctrine constante de l'Église et pres- 
crit leurs devoirs aux missionnaires avec une autorité qui rap- 
pelle le temps apostolique (2) : Incipiens autem Pétries expo- 

nebat iltis ordinem. 

A. A. 

(1) In-8° de 62. p. Paris, Challamel, 3 e édition, 1885. 

(2) Actes des Apôtres xi, 1. 

ORIENT CHRÉTIEN. 



NIHIL ESSE INNOVANDUM 

UN BREF DE BENOIT XIV 



AUX MISSIONNAIRES ENVOYES EN OKIENT. 

BENOIT XIV, PAPE. 

CIIERS FILS, SALUT ET BENEDICTION APOSTOLIQUE. 

% 1 er . — Une double question a été posée à la Congrégation de la Propagation de la Foi 
par un missionnaire : i° Quel rite doivent observer les Syriens et les Arméniens lors- 
qu'ils officient dans les églises des Latins? 

La congrégation de Nos Vénérables frères les Cardinaux de la Sainte 
Église Romaine préposés aux Affaires de la Propagation de la Foi a reçu 
une lettre d'un prêtre qui exerce les saintes fonctions de missionnaire 
dans la ville de Baisera, que l'on appelle vulgairement Bassorah, laquelle 
est distante de quinze journées de Babylone et très célèbre par son com 
merce. Ce missionnaire a cru devoir exposer dans la susdite lettre que la 
ville de Bassorah est habitée par un grand nombre de catholiques de rite 
oriental; notamment par des Arméniens et des Syriens, qui, étant dé- 
pourvus d"églises à eux appartenant, fréquentent l'église des missionnaires 
latins, où les prêtres syriens et arméniens offrent le sacrifice de la messe et 
accomplissent les autres cérémonies sacrées d'après leurs rites particu- 
liers et où les laïques appartenant à ces communions assistent à leurs céré- 
monies et reçoivent les sacrements par le ministère de leurs prêtres. 
Le missionnaire latin a saisi l'occasion de cette circonstance pour de- 
mander si ces Arméniens et Syriens doivent suivre chacun leur rite 
catholique particulier, ou bien s'il ne paraîtrait pas plus convenable, afin 
d-éviter toute différence dans cette église, fréquentée par les Latins, que 
ces catholiques orientaux, abandonnant le vieux calendrier, embrassassent 
le nouveau en ce qui concerne la fixation de l'époque de la solennité Pas- 
cale et de la communion annuelle, ainsi que de la Quadragésime et des 
jours de fêtes tant mobiles que fixes. 

Allant plus loin, le même missionnaire a demandé, dans le cas où il 
serait décrété que le nouveau calendrier sera observé par les Arméniens 



BREF DE BENOIT XIV 

SUR LES RITES ORIENTAUX 



Ali MISSIONARIOS PER ORIEXTEM UEPUTATOS. 



BENEDICTUS PAPA XIV 



DILECTI FILII, SALUTEM ET AI'OSTOEK'AM HENEDICTIONEM. 



1". — Duplex, quœsitum Coogregat. Propagandœ Fidei à Missionario propositum. — 
Primum, quemnamRitum servare deheant Syriaci, et Armeni, inLatinorumEcclesiis Sacra 
peragentes. 



Allatse sunt ad Congregationem Venerabilium Fratrum Nostrorum 
Sanctse Romanse Ecclesia? Cardinalium negotiis Propagandse Fidei prœ- 
positorum Littera? Sacerdotis cujusdam, Sacris Missioriibus exercendis 
deputati in Civitate Balserae, quamvulgo Bassoram vocant, quaeque itinere 
quindecim dierum a Babylonia distat, et mercatorum negotiationibus est 
celeberrima ; quibus Litteris exponendum censuit, plures in illa urbe com- 
morari Catholicos Ritûs Orientalis, Armenos nempe, aut Syriacos, qui pe- 
culiari Templo carentes, ad Latinorum Missionariorum Ecclesiam se 
conférant, ubi eorum Sacerdotes Missarum Sacrificia juxta peculiares ipso- 
rum ritus offerunt, aliasque Sacras Cœremonias perficiunt; Laici autem 
hujnsmodi Sacris intersunt, et Sacramenta ab iisdem Sacerdotibus susci- 
piunt. Indeque occasionem arripuit quaerendi : utrum praedicti Armeni, 
et Syriaci, Catholicum suum Ritum observare debeant, an vero, ad tol- 
Iendam varietatem in ipsa Ecclesia, in quam Latini etiam, uti diximus, 
conveniunt, magis consentaneum videatur, ut Armeni. et Syriaci, re- 
licto veteri Kalendario, novum amplectantur, in iis, quœ pertinent ad sta- 
tuenda tempora Paschalis Solemnitatis, et annuae Communionis, sicuti 
etiam Quadragesimœ, dierumque Festorum tam mobilium, (|uam immobi- 



128 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

et les Syriens de Bassorah, si cette innovation devait être aussi prescrite 
aux autres catholiques de rite Oriental, qui possèdent à la vérité des égli- 
ses particulières, mais tellement exiguës que l'on ne peut y célébrer dé- 
cemment les saints mystères, ce qui fait que la plupart de ces fidèles vont 
à l'église latine. 

;, 2. — 2° Qu'il soit accordé aux missionnaires latins la faculté de dispenser les susdits 
Orientaux de l'abstinence du poisson pendant le temps de jeûne. 

Le même missionnaire a exposé à ladite Congrégation que, comme il 
est ordonné aux catholiques Orientaux, Arméniens et Syriens, de s'abstenir 
de poisson pendant les jours consacrés au jeûne, il s'en trouve un grand 
nombre parmi eux qui observent peu cette règle, non pas qu'ils y soient 
conduits par aucun mépris du précepte, mais entraînés qu'ils sont en par- 
tie par fragilité de la nature, en partie par l'exemple des Catholiques 
latins qui suivent sur ce point une autre observance. 

S'il est accordé aux missionnaires latins la faculté de permettre l'usage 
du poisson en temps de jeûne non pas à la généralité de ces catholiques 
orientaux, mais à telle et telle personne spécialement, le prêtre de Bassora 
est d'avis qu'il convient de prescrire aux missionnaires, pour éviter tout 
scandale, de substituer une autre œuvre de piété à l'abstinence du poisson. 

§ 3. — Sur l'une et sur l'autre question, il a été répondu qu'il ne faut rien innover. 

Ces questions, comme nous l'avons énoncé, ont été présentées par le 
susdit missionnaire à la Congrégation de la Propagation de la Foi, qui, 
suivant l'usage, les a renvoyées à l'examen de la Congrégation de l'Inqui- 
sition générale. Cette Congrégation s'est réunie en Notre présence le 
3 mars de la présente année 1755 et, de l'avis unanime des Cardinaux In- 
quisiteurs, la réponse a été : 



qu il ne faut rien innover 
(nihil esse innovanddm). 

Cette décision, nous l'avons nous-même sanctionnée de notre autorité, 
et nous avons été amené à le faire principalement en considération d'un 
autre décret rendu dans une autre circonstance par la Congrégation de la 
Propagation de la Foi le 31 janvier de l'année 1702, décret qui a été en- 
suite confirmé et renouvelé plus d'une fois, et qui est ainsi conçu : « Sur 
le rapport du R. P. D. Charles Augustin Fabroni Secrétaire, la Sacrée 
« Congrégation a demandé qu'il fût ordonné, comme il est ordonné par 
« le présent décret aux Préfets des missions Apostoliques, à tous en gé~ 
« néral et à chacun en particulier qu'aucun d'eux à l'avenir, en quel- 
ce que occasion et sous quelque prétexte que ce soit, n'ose accorder aux 
« Catholiques d'une nation (communion) Orientale quelconque des dispen- 
« ses pour les jeûnes, prières, cérémonies et autres obligations du même 



BREF DE BENOIT XIV. 129 

mm : atque ulterius progrediendo, qusesivit, quatenus prsedictis Balserae 
Armenis, et Syriacis novum Kalendarium observandum decernatur, utrum 
aliis quoque Orientalibus preescribi debeat, qui peculiare quidem habent 
Templum, sed adeo angustum, ut Sacris Functionibus decenter obeundis 
impar deprehendatur, ideoque ad Ecclesiam Latinorum plerumque se con- 
ferunt. 



S 2. — Alterum.an Missionariis concedenda sit facultas cum praefatis dispensandi super 
abstinentia a piscibus tempore jejunii. 



Insuper idem Missionarius prœdictae Congregationi subdidit, quod quum 
Catholicis Orientalibus Armenis, et Syriacis prœceptum sit, diebus jejunio 
dicatis, a piscibus abstinere, plures inter ipsos reperiuntur, qui id minime 
observant, non ullo sane adducti contemptu, sed partim naturae fragili- 
tate pertracti, partim ex eo, quod Latinis Catholicis aliam esse consue- 
tudinem intuentur : ideonon alienumvideri si facultas Missionariis tribuatur 
permittendi, non quidem universis, sed speciatim his, aut illis, ut piscibus 
utantur jejunii tempore, ita tamen, ut nullum inde scandalum oriatur, 
et aliud pietatis opus, loco abstinentiae a piscibus, subrogare jubeantur. 



j 3. — Rescriptum utrique quœsito redditum, ut nihil innovetur. 



Haec, uti diximus, a prœdicto Missionario proposita sunt Congregationi 
de Propaganda Fide, quae de more eadem examinanda remisit alteri Con- 
gregationi Generalis Inquisitionis. Habita vero haec fuit coram Nobis die 
13 Martii hujus anni 1755, et unanimi Cardinalium Inquisitorum consensu, res- 
ponsum fuit : nihil esse innovandum. Id quod Nos etiam auctoritate nostra 
firmavimus, permoti pôtissimum decreto alias a primodicta Congregatione 
de Propaganda Fide die 31 Januarii anni 1702 edito, quod deinde confirma- 
tum, et renovatum non semel fuit, et est hujusmodi : Ref 'évente R. P. D. 
Carolo Augustino Fabrono Secretario, Sacra Congregalio mandavit prœcipi, 
prout pressenti decreto prœcipi tur , omnibus, et singulis Missionum Apostoli- 
carum Prœfectis, et Missionariis, ne ullus eorum in posterum, quavis 
oecasione, aut prœtextu, audeat dispensare cum Catholicis quarum- 
cumque Nationum Orientalium, super jejuniis, orationibus, cœremoniis, 
etsimilibus, a proprio earumdem Nationum Rituprœscriplis, etaSancta 
Sede Apostolica approbatis. Prœterea eadem Sacra Congregatio censuit, 
non licuisse, née liecre prœfatis Catholicis ulht tenus a proprii Ritus, u. 
Sancta Romana Ecclesia ut supra, approbati consuetudîne et observa ni in 
recedere. Hujusmodi autem decretum sic confirmatum,ac renovatum, iidem 



130 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

« genre prescrites par le rite particulier de ces nations, et approuvées 
« par le Saint-Siège Apostolique. En outre, la même sacrée Congrégation 
« a décidé qu'il n'a pas été et qu'il n'est permis aucunement aux Catholi- 
« ques Orientaux de quitter l'usage et l'observance de leurs rites propres, 
« approuvés, comme il a été dit plus haut, par la Sainte Eglise Romaine. 
« Cette décision, ainsi renouvelée et confirmée aujourd'hui. Leurs Émi- 
« nences ont mandé qu'elle devait être observée entièrement et sans 
« aucune tergiversation, par tous lesdits Préfets et Missionnaires et par 
« chacun en particulier. » 

Ce décret concerne les Catholiques de l'Eglise Orientale et leurs rites 
approuvés par le Siège Apostolique. Il est à la connaissance de tout le 
monde que l'Eglise Orientale est composée de quatre rites : grec, armé- 
nien, syrien et cophte; on désigne tous ces rites sous le nom général 
cVÉglise Grecque ou Orientale, de même que, sous le nom général d'Eglise 
Lutine Romaine, on comprend les rites Romain, Ambroisien, Mozarabique 
et les divers rites particuliers des Ordres Réguliers. 

§ 4. — Le but de cette Encyclique est de faire connaître aux Missionnaires les décrets 
des Congrégations et de leur donner une règle de conduite certaine relativement aux 
conversions des Orientaux. 

Le sens du décret du 31 janvier 1702 est tellement clair qu'il n'a 
besoin d'aucun commentaire. Aussi notre présente Encyclique a pour 
objet que la Loi sur cette matière soit connue et saisie par tous, et 
aussi d'en recommander une observation plus diligente. En effet, on peut 
avec raison révoquer en doute que les questions posées par le missionnaire 
de Bassorah proviennent d'une ignorance des décrets qui ont été rendus 
depuis longtemps déjà sur cette matière. Nous conjecturons, au 
contraire, d'après d'autres nombreux et fréquents indices, que les mis- 
sionnaires Latins, pour arriver à ramener les Orientaux du schisme et de 
l'erreur à l'unité et à la sainte religion catbolique, cherchent à détruire 
auprès d'eux le rite oriental ou du moins à l'affaiblir et attirent les catho- 
liques Orientaux à embrasser le rite latin, sans autre motif à la vérité 
que le zèle de répandre la religion et de faire une œuvre bonne et agréa- 
ble à Dieu. C'est pourquoi nous avons pensé qu'il était à propos (et 
c'est ce qui nous met la plume à la main) de comprendre aussi briè- 
vement que possible dans la présente Encyclique tout ce qui, d'après les 
décisions de ce Saint-Siège Apostolique, doit être observé comme règle 
1° toutes les fois que des Orientaux se convertissent à la religion catho- 
lique, 2° les règles qu'il faut observer envers les Catholiques Orientaux, 
quand ils se trouvent dans des lieux où il n'y a pas de Latins, et lorsque 
des Catholiques latins demeurent avec eux. 

§ 5. — Sollicitude des Pontifes romains pour ramener les Orientaux à l'unité. 

Il montrerait une ignorance complète des premiers éléments de l'his- 
toire ecclésiastique, celui qui ne saurait pas combien les pontifes ro- 



BREF DE BENOIT XIV. 131 

Eminentissimi Patres ab omnibus et singulis prœdiciis Prœfectis, et Mis- 
sionariis omnino et absque ulla.tergiversationeobservari debere, manda- 
runt. Quod quidem decretum respicit Catholicos Orientalis Ecclesi8e,eorum- 
que ritus ab Apostolica Sede approbatos : Orientaient! autem Ecclesiam 
omnibus notum est quatuor Ritibus constare, Greeco videlicet, Armeno, 
Syriaco, et Cophtico, qui sane Ritus universi sub uno nomine Ecclesise 
Gra?cae, aut Orientalis intelliguntur, non secus ac sub Ecclesiœ Latinse Ro- 
manse nomine, Ritus Romanus, Ambrosianus, Mozarabicus, et varii pe- 
culiares Ritus Ordinum Regularium comprehenduntur. 



§ 4. — Conscribendœ Encyclica: finis, ut Missionariis décréta Congregationum perspecta 
fiant, iisdemque iu Orientalibus reducendis certa tradaturagendi norma. 



Adeo perspicua est decreti sententia, ut nullo Commentario indigeat. 
Quare nostra hsec Encyclica Epistola eo tendit, ut hujusmodi Lex omnibus 
cognita fiât, atque perspecta, utque deinceps executioni diligentius man- 
detur. Merito namque dubitari potest, quœstiones a Missionario Baiseras 
propositas, ex ignoratione decretorum, quae jampridem édita sunt, pro- 
manasse. Sed quoniam ex aliis multis atque frequentibus indiciis conji- 
cimus, Missionarios Latinos in id curam, et cogitationes intendere, ut 
in convertendis Orientalibus a Schismate et errore ad Unitatem Sanctam- 
que Catholicam Religionem, Orientalem Ritum de medio tollant, autsaltem 
labefactent, Catholicosque Orientales ad Latinum Ritum amplectendum 
alliciant, non alia quidem de causa, nisi studio Religionis amplificandae, 
et opus bonum, Deoque gratum operandi ; ideo consentaneum putavimus 
(quoniam animum ad scribendum appulimus) hac nostra Encyclica Epis- 
tola brevius, quo fleri poterit, ea omnia complecti, quse juxta hujus Apos- 
tolicse Sedis sententiam, pro norma haberi debent, quoties Orientales ad 
Catholicam Religionem convertuntur, quseque servanda sunt cum Orien- 
talibus jCatholicis , qui versantur in Locis, ubi aut nulli degunt Latini 
aut Latini Catholici simul cum ipsis Orientalibus Catholicis commorantur. 



'i. — Romanorum Ponlilicum sollicitude in revocandis ad unitatem Orientalibus. 



Sane historiamEcclesiasticam ne quidem primis, ut ajunt, labiis attigisse 
dicendus esset, qui ignoraret quantum elaboraverint Romani Pontifices, ut 
Orientales ad unitatem adducerent, postfunestum schisma Photii, qui tem- 
pore Summi Pontificis Sancti Nicolai I, Constantinopolitanam Sedem, de- 
pulso per vim Sancto Ignatio Patriarcha legitimo, invasit. Sanctus Léo IX, 
Praedecessor noster, Legatos suos Constantinopolim misit, ut hujus- 



132 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

mains se sont efforcés de ramener les Orientaux à l'unité depuis le fu- 
neste schisme de Photius, qui, au temps du souverain Pontife Nicolas I er , 
a envahi le siège de Constantinople d'où le patriarche légitime saint 
Ignace fut expulsé par la violence. Notre saint prédécesseur Léon IX a 
envoyé ses légats à Constantinople pour extirper ce schisme qui, après 
avoir sommeillé pendant environ deux siècles, avait été rétahli par Michel 
Cérulaire; mais ses efforts furent vains. Ensuite Urbain II invita les Grecs 
au Concile de Bari. Mais il en recueillit peu de fruits, quoique saint An- 
selme, archevêque de Cantorbery, ait appliqué tous ses soins à réconcilier 
les Grecs avec l'Église Romaine et, par la lumière de sa doctrine, leur ait 
rendu patentes les erreurs dans lesquelles ils sont plongés. 

Dans le concile de Lyon, que le bienheureux Grégoire X avait réuni, 
l'empereur Michel Paléologue et les évêques grecs embrassèrent l'unité 
de l'Eglise romaine, mais ayant changé d'avis, ils s'en séparèrent de nou- 
veau. Mais, sous le Pontificat d'Eugène IV, au concile de Florence, auquel 
avaient pris part l'Empereur Jean Paléologue et Joseph, patriarche de 
Constantinople avec les autres évêques orientaux, l'union fut de nouveau 
décrétée et acceptée par la signature de tous les membres du concile. Dans 
ce même concile, les Églises des Arméniens et des Jacobites rentrèrent 
sous l'obéissance du Siège apostolique. Le pape Eugène étant retourné de 
Florence à Rome, il reçut aussi des envoyés du roi des Ethiopiens et ra- 
mena sous l'obéissance du Siège Romain les Syriens, les Chaldéens et les 
Maronites. Mais, comme on lit dans l'Évangile de saint Matthieu (chap. xm) 
que la semence qui est tombée sur la pierre ne produit aucun fruit parce 
qu'elle n'a pas où fixer sa racine : « il y a des gens qui reçoivent la parole 
de Dieu avec joie, mais qui ne lui font pas pousser de racines en eux : lors- 
qu'il arrive une tribulation, ou une persécution à cause de la parole, ils 
se scandalisent aussitôt. » De même, à peine Marc, archevêque d'Éphèse, 
comme un nouveau Photius s'efforça de détruire l'union et se mit à élever 
la voix contre elle, aussitôt tout le fruit, qui avait été si désiré, périt. 

S 0. — Dans les tentatives d'union, on s'est toujours appliqué, tout en extirpant les erreurs 
contraires à la loi catholique, à laisser le rite intact. 

De même, il faut être complètement étranger à l'histoire ecclésiastique 
pour ignorer que l'union avec les Orientaux a été accomplie et confirmée 
de telle sorte que les Orientaux reconnussent le dogme de la procession 
du Saint-Esprit, du Père et du Fils, et, en conséquence, admissent comme 
licite l'addition faite au symbole du mot Filioque; qu'ils confessassent que 
le pain fermenté peut, aussi bien que le pain sans levain, servir d'élément 
matériel au sacrement de l'Eucharistie; qu'ils embrassassent les dogmes 
du Purgatoire, de la Vision béatifique et de la Suprématie [Prima tus) du 
Pontife romain ; en un mot, qu'on a appliqué tous ses soins à ce que les 
erreurs contraires à la Foi catholique fussent renversées. Tout le monde 
doit savoir également qu'on n'a jamais fait rien qui put porter le moindre 
détriment aux vénérables rites orientaux. 

Il faudrait aussi être tout à fait ignorant de la discipline actuelle de 
l'Eglise pour ne pas être convaincu que les Pontifes romains qui, sans 



BREF DE BENOIT XIV. 133 

modi schisma, quod per duo circiter ssecula sopitum, Michael Cerularius 
redintegraverat, extirparet; sed illius conatus in irritum ceciderunt. Urba- 
nus deinde II Graecos ad Barense Concilium invitavit ; sed exiguum fructum 
consecutus est, tametsi Sanctus Anselmus Cantuariensis Archiepiscopus 
omnem curam impenderit ut ipsos Ecclesise Romanse conciliaret, ipsisque 
errores, in quibus versabantur, doctrinse suae lumine patefecerit. In Lug- 
dunensi Concilio, quod Beatus Gregorius X coegerat, Michael Palseologus 
Imperator, etGrseci Episcopi, unitatem Romanse Ecclesise amplexisunt: ve- 
rum mutatis animis ab illa rursum desciverunt. In Concilio autem Flo- 
rentino sub Eugenio IV Summo Pontifice, ad quod Joannes Palseologus 
et Joseph Patriarcha Constantinopolis. cum cseteris Orientalibus Episcopis, 
convenerant, Unio statuta fuit, et uniuscujusque subscriptionibus accep- 
tata; eodemque in Concilio, Armenorum, et Jacobitarum Ecclesise, ad 
obedientiam Sedis Apostolicae redierunt; deinde Eugenius Pontifex Flo- 
rentia Romam profectus, Legatos etiam Régis yEthiopum excepit, ac Syros 
Chaldeos, et Maronitas ab obedientiam Romanse Sedis redegit. Sed quo- 
niam, uti legitur in Evangelio sancti Matthaei, cap. xm, semen, quodcecidit 
super petram, nullum affert fructum, quia non habet ubi radicem defigat : 
Hi sunt, qui cum gaudio suscipîunt continuo verbum Dei, non habent autem 
in se radicem : facta autem tribulatione et persecutione propter certxtm, 
continuo scandalizantur : ideo vix Marcus Archiepiscopus Ephesinus, tam 
quam novus Photius, Unionem convellere adnixus est, et adversus ipsam 
cœpit vocem extollere, statim omnis optatus fructus deperiit. 



§ 6. — In unione curanda semper id actum, ut explosis erroribus Orthodoxre Fidei oppositis, 

Ritus esset illaesus. 



Prseterea Ecclesiastica? historiœ ignarum se proderet, qui pariter nesci- 
ret, ita cum Orientalibus Unionem peractam, firmatamque fuisse, utdogma 
processionis Spiritus sancti a Pâtre, et Filio reciperent, atque adeo Iicitam 
fuisse admitterentadditionemvocis Filioque, Symbolo factam ; ut panem non 
minus fermentatum, quam azymum, Sacramenti Eucharistie materiam esse 
faterentur; ut dogma Purgatorii, visionis beatificse, ac Primatus Romani 
Pontificis amplecterentur; uno verbo omnem curam collatam fuisse, ut 
errores Catholicse Fidei adversi evellerentur; numquam vero id actum 
esse, ut venerabili Oriental! Ritui detrimentum ullum inferretur. Sed prae- 
sentem quoque Ecclesise disciplinam prorsus ignoraret, cui satis exploratum 
non esset, Romanos Pontifices, qui infelicibus prseteritorum temporum suc- 
cessibus minime deterriti, de reducendis ad Unitatem Grsecis semper cogi- 
tarunt, eamdem viam, quam paulo ante indicavimus, semper institisse, et 
adhuc insistere; sicut ex ipsorum cum dictis tum factis manifeste colli- 
gitur. 



134 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

s'effrayer du mauvais succès des temps passés, se sont occupés de ra- 
mener les grecs à l'unité, se sont toujours tenus dans la voie que nous 
venons d'indiquer et s'y tiennent encore, comme cela résulte manifeste- 
ment tant de leurs paroles que de leurs actes. 

; ". —On rapporte un acte de saint Léon IX. qui a été manifestement inspiré par le même 

esprit. 

Au onzième siècle (1), il y avait à Constantinople, à Alexandrie et dans 
le patriarcat de Jérusalem un certain nombre d'églises appartenant à des 
Latins et dans lesquelles le rite latin était observé ; de même qu'à Rome, 
il ne manquait pas de temples appartenant aux Grecs qui y accomplis- 
saient les saints offices d'après le rite grec. Michel Cérulaire, l'impie restau- 
rateur du schisme, ordonna en Orient la confiscation des églises latines 
(2). Mais le saint Pontife romain ne rendit pas la pareille, quoiqu'il eût pu 
le faire très facilement : il ne ferma pas les temples des Grecs, il voulut, 
au contraire, qu'ils restassent ouverts. Aussi, après s'être plaint de l'injure 
faite aux Latins, dans sa lettre l re , chap. ix, il ajouta ces paroles : « Voyez 
« combien, dans cette circonstance, /'Eglise romaine a été en vers vous 
« plus discrète, plus modérer et plus clémente? En dedans et en dehors de 
« Rome, il existe plusieurs monastères et églises grecs. Eh bien, non seule- 
« ment il ne leur a été apporté aucune perturbation et on ne leur a rien 
« interdit de leur tradition paternelle et de leurs usages, mais même on 
« leur a conseillé et prescrit de continuer à s'y conformer. » 

,', s. — lïescrits d'Innocent III et d'Honorius II I sur la conservation des rites orientaux. 

Au commencement du treizième siècle, les Latins conquirent Cons- 
tantinople, et le souverain pontife Innocent III décréta qu'il serait établi 
dans cette ville un patriarche latin, auquel non seulement les Latins mais 
les Grecs devaient obéir. Néanmoins, Innocent III ne manqua pas de dé- 
clarer publiquement qu'il ne voulait apporter aucun détriment aux rites 
orientaux, à moins qu'ils n'eussent adopté quelques usages dangereux 
pour les âmes ou contraires à l'honnêteté ecclésiastique. La décrétale de 
ce Pontife, rendue au quatrième concile de Latran, est insérée au tome VII e 
de la Collection des Conciles, page 22, et s'exprime ainsi au chapitre Licet. 
de Baptismo : « // convient, de nos jours, d'exciter les Grecs à revenir à 
« l'obéissance du Saint-Siège , et nous voulons honorer leurs usages et 
« conserver leurs rites, autant que nous le pouvons dans h' Seigneur ; nous 
« ne pouvons ni ne voulons cependant y déférer pour les choses qui en- 
« gendrent le danger des âmes et dérogent à l'honnêteté ecclésiastique. » 

Honorius III, successeur immédiat d'Innocent III, se servit des mêmes 
paroles en écrivant au roi de Chypre, qui désirait que, dans certaines villes 

(1 Au dixième siècle, on peut rappeler l'exemple de l'évêque de Toul, Gérard, qui 
permit aux grecs établis dans son diocèse de célébrer more patrio (acta Ep. Tulliensium). 
Cit. par E. Duméril, dans son introduction à Floire et Blancheflor. 

(2) Saint Jean Chrysostome avait donné un autre exemple : « Par ses soins, les Goths 
« eurent à Constantinople leur église, et les saints mystères y furent célébrés en leur 
« langue. » Ozanam, Éludes germ., t. II, page 28. 



BREF DE BENOIT XIV. 135 



-Prœclarum in ici affermi - S. LeonisIX factum. 



Undecimo saeculo nonnullae Constantinopoli, Alexandrie, et in Patriar- 
chatu Jerosolymitano reperiebantur Latinorum Ecclesise, in qiiibus La- 
tinus Ritus servabatur, quemadmodum Rome non deerant Grœcorum 
Templa, in quibus ipsi Gneco Ritu sacra munera persolvebant. Michael Ce- 
rularius, impius schismatis instaurator, Latinas Ecclesias jussit obserari. 
Verum Sanctus Léo IX Romanus Pontifex par pari nequaquam retulit 
quamvis id facillime posset, neque Graecorum Templa Roma^ clausit, 
sed aperta esse voluit. Itaque de injuria Latinis illata conquestus in sua 
Epistola prima cap. 9, ita subdidit : Ecce in hac parte Romand Ecelesia 
quanto discretior, moderatior, et clément ior vobis est? siquidem, cum intra 
et extra Romani plurima Grœcorum reperiantur Monasteria, sive Ec- 
clesiœ, nullum eorum adhuc perturbatur, vel prohibetur a paterna tradi- 
tione; quin potius suadetur, et admonetur eam observa re. 



8. — Innooentii III et HonoriillI rescripta, de Grrecis Ritibus retinendis. 



Initio sœculi decimitertii,cum Latiniin potestam suam Constantinopolim 
redegissent, et Summus Pontiflcex Innocentius Tertius decrevisset Patriar- 
cham Latinum in ea Civitate constituere, cui non solum Latini, sed etiam 
Grajci obtemperarent; nihilominus palam declarare non praetermisit, nul- 
lum se velle Graecis Ritibus inferre detrimentum, nisi si quse forte con- 
suetudines inter eos receptaj, periculum animarum parèrent, aut hon- 
estati Ecclesiasticae adversarentur. Decretalis hujus Pontificis, in Concilio 
Lateranensi IV édita, refertur tum in tom. VII Collectionis Concihorum 
Harduini, pag. 22, tum in Cap. Licet de Raptismo : Lieet Grœcos diebus 
nostris ad obedientiam Sedis Apostolieœ revertentes fovere, ac honorare 
velimus, mores, ac Ritus eorum, quantum cum Domino possumus, substi 
nendo, inhis tamen Mis de ferre nec volumus, nec debemus, quœ periculum 
générant animarum, et Eeclesiusticœ derogant honestati. Honorius postea 
III, qui Innocentio immédiate successit, iisdem verbis usus est, cum litteras 
dédit ad Regem Cypri, qui duosEpiscopos in nonnullis Regni sui Civitatibus 
optabat, Latinum videlicet pro Latinis qui in illis versabantur, Graecum 
alterum pro Graecis, qui iisdem in locis commorabantmv Atquse baec Ho- 
norii epistola typis impressa legitur in Annalibus Raynaldi ad annum 
Christi 1222. num. 5. 



136 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

de son royaume, il y eût deux évèques, à savoir un évêque latin pour les 
Latins qui s'y trouvaient, et un évêque grec pour les Grecs qui y demeu- 
raient. Cette lettre d"Honorius estimprimée in Annalibus Raynaldi, à l'année 
de N.-S. 1222, n° 5. 

, 9. — Innocent IV a décidé dans le même sens. 

Le treizième siècle abonde en documents de ce genre. A ce siècle ap- 
partient encore la lettre d'Innocent IV à Daniel, roi de Russie (apucl 
Raynaldum, ad a. 1247, num. 29), par laquelle le Souverain Pontife, prenant 
en considération la dévotion spéciale de ce prince envers l'Église grecque, 
accorde que les rites qui ne répugneraient pas à la foi de l'Église ro- 
maine soient observés dans le royaume de Russie. Voici ce qu'il écrivait : 
« C'est pourquoi, très cher Fils en Jésus-Christ, faisant droit à tes prières. 
« nous permettons, par l'autorité des présentes, aux évèques et aux autres 
« ecclésiastiques de Russie de se servir suivant leur habitude, et d'observer 
« leurs autres rites, qui ne sont pas en opposition à la foi catholique que 
« tient l'Eglise romaine ». 

Est conçue dans le même but une autre lettre du môme Innocent IV à 
« Othon, cardinal de Tusculum, légat du Saint-Siège en Chypre, à qui le 
« Souverain Pontife avait confié la mission d'apaiser quelques controver- 
ses qui avaient été excitées dans cette île entre les Grecs et les Latins, 
comme on peut le voir dans la Constitution d"Innocent IV qui commence 
par les mots : Sub Catholicœ (in veteri Bullario, tom. I, num. 14). « Mais, 
« comme beaucoup de Grecs, revenant depuis longtemps à la dévotion du 
« Siège apostolique , lui soumettent avec respect leurs actions et leurs 
* intentions, il est convenable et juste qu'en tolérant leurs usages et leurs 
« rites autant que Dieu le permet, nous les maintenions dans l'obéissance à 
« V Eglise romaine; nous ne voulons ni ne pouvons cependant faire de con- 
« cessions sur les choses qui présentent un danger pour les âmes ou dèro- 
« gent à l'honnêteté ecclésiastique. » Après que, dans la même lettre, In- 
nocent IV eut prescrit ce que les Grecs devaient admettre, il énuméra 
ce qu'il estimait leur être permis ; il conclut en ces termes : « Nous pres- 
« crivons par notre autorité audit archevêque de. Nicée et à ses suf- 
« fragants latins de ne pas tourmenter ni molester les Grecs en aucune 
« façon, contre notre présente appréciation et tléeision, sur les objets qui 
t ont été exposés plus haut. » 

Le même pontife Innocent IV, en constituant son confesseur le Père 
Laurent, Frère Mineur, comme légat apostolique, et en lui accordant une 
pleine autorité sur tous les Grecs de l'île de Chypre et des patriarcats de 
Jérusalem et d'Antioche, et en même temps sur les Jacobites, les Maro- 
nites et les Nestoriens, lui manda très expressément de préserver par 
son autorité tous les Grecs de toute molestation qui pourrait leur être 
infligée par les Latins : « Notis ordonnons que, protégeant de ton autorité 
« apostolique les Grecs de ces pays , quelque nom qu'ils portent, lu ne 
« permettes pas qu'ils soient, troublés par des violences ou par des moles- 

i talions de quelque sorte que ce soit, en faisant réparer complètement les 



BREF DE BENOIT XIV. 137 



§ 9. — Idipsum iteratoconstituit Innoccntius IV. 



Dociunentis ejusmodi plurimum redundat sseculum decimum tertium . 
Ad hoc quippe sœculum pertinet epistola Innocentii IV ad Danielem Regem 
Russise, apud Raynaldum ad annum 1247, num. 29, qua ipsius Régis spe- 
cialem devotionem erga Ecclesiam Catholicam commendans, concedit, ut 
Ritus, qui Fidei Romanœ Ecclesiœ non repugnarent, in ejusdem Regno 
serventur, ita scribens : Eapropter, charissime in Chvisto Fili, tuis suppli- 
cationibus inclinati, Episcopis, et aliis Presbyteris île Russia, ut lieeat eis 
more suo ex fermentât o conficere, et ' alios eorum Ritus, qui Fidei Catholicœ, 
quant Ecclesia Romana tenet, non obvient, observare auctoritate prœsentium 
indulgemus. Hue etiam spectat ejusdem Innocentii IV epistola ad Othonem 
Cardinalem Tusculanum Sanctae Sedis Legatum in Insula Cypri, cuimunus 
demandaverat nonnullas controversias componendi, quse Grsecos inter, ac 
Latinos excitatœ fuerant, uti deprehenditur ex ejus Constitutione, qua? 
incipit : Sub catholicœ : quaeque in veteri Bullario tom. I, numéro décima 
quarta recensetur : Verum quia nonnulli Grœcorum jamdudum ad devotio- 
tionem Sedis Apostolieœ redeuntes, ei reverenter obediunt, et intendant; 
licet, et expedit, ut mores ac Ritus eorum, quantum eum Deo possumus, 
tolérantes, ipsos in Ecclesiœ Romanœ obedientia prseservemus. Quam- 
quam in his, quse animarum periculum parèrent, vel honestati Ecc/esias- 
ticœ derogarent, nec debeamus Mis de ferre aliquatenus, nec velimus. Post- 
quam vero in eadem epistola prœeripsit ea, quse a Grœcis facienda erant, 
tum ea enumeravit, quœ illis permittenda arbitrabatur ; his verbis concludit : 
Memoratis autem Archiepiscopo Nicosiensi, et ejus Suffraganeis Latinis, 
communiter auctoritate nostra prœeipias, ut eosdem Grœcos super prœmissis, 
contra hujusmodi provisionem, et deliberationem nostram, non inquiètent 
aliquatenus, nec molestent. Idemque Pontifex Innocentais IV Laurentiuni 
Minoritam Pœnitentiarium suum, Apostolicum Legatum constituens, eique 
plenam auctoritatem tribuens in Grajcos omnes, qui in Regno Cypri, in 
Patriarchatibus Antiocheno, et Hierosolymitano morabantur, in Jacobitas 
etiam, Maronitas, ac Nestorianos, hoc illi potissimum mandavit, ut Grœ- 
cos universos auctoritate sua vindicaret ab omnibus molestiis, quœ ipsis 
a Latinis inferri possent : Mandamus, quatenus Grœcos illarum partium, 
quoeumque nomine censeantur, auctoritate Apostolica protegens, turbari 
eos violentiis, vel quibuscumque molestiis non permitt as, injurias quaslibet 
et offensas a Latinis Matas eisdem, plenarie faciens emendari, et Latinis 
ipsis districte preecipiens,ut a simdlibus de cœtero penitus conquiescant. Ha?c 
sunt Innocentii verbaad prœdictum Legatum Apostolicum, queea Raynaldo 
ad annum Christi 1247, n. 30, recensentur. 



138 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

« injustices et les offenses que les. Latins leur avaient faites, et recomman- 
t dant strictement à ces mêmes Latins de s'abstenir complètement de toute 
« tentative de ce genre. » Telles sont les paroles d'Innocent IV à ce légat 
apostolique. (Apud Raynaldum ad a. Christi 1247, num. 30.) 

| 10. — Ainsi qu'Alexandre, son successeur immédiat. 

Alexandre IV, successeur d'Innocent IV, ayant remarqué que les ordres 
de son prédécesseur avaient été donnés en vain et s'étant aperçu que des 
troubles et des dissentiments existaient toujours dans le royaume de Chypre 
entre les évoques grecs et latins, ordonna aux évêques latins d'admettre 
dans leurs synodes les ecclésiastiques grecs, qu'il déclara devoir être 
soumis aux décrets synodaux, en ajoutant la condition suivante : « De 
« recevoir et d'accepter les statuts synodaux qui cependant ne sont pas un 
« obstacle aux rites grecs conformes à la foi catholique et tolérés par l'É- 
« glise catholique. » Conformément à ce louable exemple, Elie, arche- 
vêque de Nicosie, inséra en 1340 la déclaration suivante dans ses décrets 
synodaux : « Mais nous n'entendons pas défendre aux évêques grecs et à 
« leurs ouailles de suivre leurs rites conformes à la foi catholique, d'après 
« Varrangement qui a été arrêté entre les Grecs et les Latins dons le 
« royaume de Chypre par le souverain pontife romain Alexandre IV, 
« d'heureuse mémoire. » Ces documents se trouvent dans la Collectio 
Labbeana, édition de Venise, tome XIV, p. 279, et tome XV. p. 77T>. 

S 11. —Union avec les Grecs stipulée au concile de Lyon, sous la condition qu'il ne serait 
rien changé au rite grec. 

La fin du treizième siècle est marquée par l'union établie au concile 
général de Lyon, sous le bienheureux souverain pontife Grégoire X, qui 
envoya à Michel Paléalogue une confession de foi et le décret d'union 
confirmé par le concile et juré par les légats orientaux, pour que cet 
empereur lui-même et les évêques, qui n'étaient pas venus à Lyon, y 
souscrivissent. L'empereur et les Orientaux y souscrivirent, mais il y fut 
ajouté une condition qui est rapportée dans leur lettre, au tome VIII, page 
098 de la Collection d'Hardouin, en ces termes : « Mais nous demandons 
« à persister du us nos rites dont nous nous servions avant lu séparation, 
« lesquels rites ne sont contraires ni à la profession (le foi susdite, ni aux 
■i préceptes divins. » 

Quoique la réponse de Grégoire X à cette lettre des Orientaux ait péri, 
ce Pontife ayant considéré comme valable l'union acceptée et signée en 
ces termes, on en a conclu avec raison que la susdite condition a été aussi 
approuvée et acceptée par Sa Sainteté. 

Du reste, Nicolas III, successeur de Grégoire, a montré d'une manière 
patente quel était son sentiment sur cette question , lorsqu'il s'est ex- 
primé ainsi par les légats qu'il avait envoyés à Constantinople (apud 
Raynaldum ad annum Christi 1278) : « Quant aux autres rites grecs, VÈ- 
« glise romaine entend que les Grecs soient bien eus en les suivant, et elle 
i leur permet de persévérer dans ces rites, par lesquels le Saint-Siège a 



BREF DE BENOIT XIV. 139 



10. — Hujusque proximus successor Alexander IV. 



Alexander IV in locum Innocentii Pontifîcis immédiate suffectus, cuni 
irritam cessisse Praedecessoris sui voluntatem animadvertisset, cumque 
turbas, ac dissensiones Graecos inter ac Latinos Episcopos in Regno Cypri 
adhuc vigere percepisset, Latinis Episcopis indixit, ut Grœcos Ecclesiasticos 
suas ad Synodos accerserent; eos autem Decretis Synodalibus subjectos 
declarans, sequentem conditionem adjecit : Recipere, et observare Sy.no- 
dalia statuta, quœ tamen Grœcorum Ritibus Fidei Catholicœ non adversis, 
et a Romana Ecclesia toleratis, non obvient. Hujusmodi Faudabili exempln 
inhaerens Elias Archiepiscopus Nicosiensis anno 1340 Decretis suis syno- 
dalibus hanc declarationem inseruit : Per hoc autem non intend imus inh ibère 
Grœcis Episcopis, et eorum subditis, quin Ritussuos, Fidei Catholicœ non 
adversos sequantur, juxta compositionem a felicis recorda tionis Domino 
Alexandre Romano Pontifîce in regno Cypri inter Latinos et Grœcos éditant, 
et observatam. Hœc omnia perspici possunt in Labbeana Colleetione, Ve- 
netœ editionis, tom. XIV, pag. 279 et tom. XV, pag. 775. 



;', il. — Unio Grœcorum in Lugdunensi Concilio stipulata sub conditione ne quid Graecus 

Ritus immutaretur. 



Finem sasculo decimo tertio imponit memorata Gragcorum, Latinorum- 
que Unio statuta in Generali Concilio Lugdunensi sub beato Gregorio X 
Summo Pontifîce, qui ad Michaelem Palœologum Fidei Confessionem, unio- 
nisque Decretum a Concilio firmatum, et a Legatis Orientalibus juratuni 
misit, ut ipse quoque Imperator, ac reliqui Gra3ci Episcopi eisdem subs 
criberent. Peracta fuerunt omnia ab Imperatore, et Orientalibus, adjecta 
tamen bac conditione, quœ ipsorum litteris continetur, ab Harduino relatis 
in sua Colleetione, tom. VIII, pag. 698. Sed rogamus Màgnitudinern Vestram 
etc., quod j/ermaneamits in Ritibus nostris, quibus utebamur ante Schisme, 
qui scilicet Ritus non sunt contrarii contra supradictam F idem, nec con- 
tra Divinaprsecepta. Quamvis autem responsum Gregorii Pontificis ad has 
Orientalium litteras interierit, quum tamen ipse Unionem ab iis acceptatam 
atque subscriptam satis firmam reputaverit, inerito inde colligitur, prœ- 
dictam conditionem ab ipso receptam, probatam<[ue fuisse. Et saneNicolaus 
III Gregorii Successor, per suosLegatos, quos Constantinopolim misit, bis 
verbis animum suum patefecit, uti habetur apud Raynaldum ad annum 
Christi 1278. De cœteris autem Grœcorum Ritibus. eadem Romana Eccle- 
sia, intendit Grœcos, quantum cum Deo poterit, favorabiliter prosequi, et 



140 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

« décidé que F intégrité de la foi catholique n'est pas lésée et qu'il n'est pas 
« dérogé aux décisions sacrées des canons. » 



Un concile œcuménique, célébré à Florence en 1439, a pro- 
clamé de nouveau l'Union de l'Église grecque avec l'Église ro- 
maine. Le texte en a été publié, en grec et en français dans 
cette Revue de l'Orient chrétien, tome I e ', 1896, p. 305. 

A la suite de la proclamation du concile de Florence, la même 
union a été conclue avec les Nestoriens de Chypre, avec les 
Éthiopiens de Jérusalem et avec des communions arméniennes 
et jacobites.) 



§ 48. — Daté du 20 juillet 17, - ;,'i. De notre Pontificat 1j. 

Telles sont les choses que nous avons exposées dans cette Enclyclique, 
non seulement pour manifester les fondements sur lesquels s'appuient les 
réponses rendues au missionnaire qui nous avait soumis les questions ex 
posées au commencement, mais pour faire percevoir à tous la bienveil- 
lance avec laquelle le Siège Apostolique embrasse les catholiques orientaux 
quand il prescrit que soient entièrement conservés leurs anciens rites qui 
ne sont contraires ni à la religion catbolique ni à l'honnêteté ; quand, de 
la part de schismatiques retournant à l'unité catbolique, il ne demande 
pas qu'ils désertent leurs rites, mais qu'ils abjurent et répudient les héré- 
sies; souhaitant vivement que leurs diverses nations soient conservées, 
non qu'elles soient détruites et que (pour embrasser beaucoup en peu de 
mots) tous soient catholiques et non pas qu'ils deviennent latins. Et nous 
mettons fin à cette épître en accordant la bénédiction apostolique à qui- 
conque la lit. 

Donné auprès de Sainte-Marie Majeure, le 26 e jour de juillet 1755, de 
notre Pontificat le quinzième. 



BREF DE BENOIT XIV. 141 

ipsos in Mis Ritibus, de quibus Sedi Apostolicœ visum fuerit, quod per 

eos Catholicse Fidei non lœdatur integritas, nec sacris statutis Canonum 
erogetur, perseverare permittit. 



Dat. 26 julii i7.'.a. Pont. XV. 



Hœcsunt, quae duximus exponenda in hac Encyclica nostra Epistola ; non 
solum ad patefacienda fundamenta, quibus innituntur responsiones red- 
ditse Missionario, qui quœstiones sub initium exscriptas proposuit; sed 
etiam, ut omnibus perspecta fiât benevolentia, qua Sedes Àpostolica Ca- 
tholicos Orientales complectitur, dum prsecipit, ut omnino serventur veteres 
ipsorum Ritus, qui neque Catholicae Religioni, neque bonestati adversan- 
tur; nec a Schismaticis ad Catholicam unitatem redeuntibus exposcit, ut 
Ritus suos deserant, sed ut Haereses solum ejurent, atque execrentur : 
exoptans vehementer, ut diversag eorum Nationes conserventur, non des- 
truantur, omnesque (ut multa paucis complectamur) Catholici sint", non ut 
omnes Latini fiant. Finem denique liuic nostrœ Epistolœ imponimus, Apos- 
tolicam Benedictionem cuicumque eam legentiimpertientes. 

Datum apud S. Mariara Majorem die 26 Julii 1755, Pontificatus nostri 
anno decimo quinto. 



ORIENT CHRÉTIEN. 10 



LES OFFICES 



ET 



LES DIGNITÉS ECCLÉSIASTIQUES 

DANS L'EGLISE GRECQUE 



Tout évêque de l'Église latine, ainsi que personne ne l'i- 
gnore, est entouré d'un certain nombre d'ecclésiastiques qui, 
sous les titres divers de vicaires généraux, secrétaires, mem- 
bres de l'officialité, etc., sont chargés, chacun en ce qui le con- 
cerne, de l'aider dans l'administration de son diocèse. 

Le souverain Pontife, dont le siège est le centre du monde 
catholique, est naturellement environné d'un nombre beaucoup 
plus considérable de dignitaires et de fonctionnaires, ayant pour 
mission de l'assister dans une surveillance et une administra- 
tion qui s'étendent à l'univers entier. Il suffit de parcourir ra- 
pidement la Gerarchia cattolica, pour constater la multiplicité 
et la variété de ces personnages, dont les charges sont groupées 
sous les noms de sacrées congrégations, chancellerie aposto- 
lique, secrétairerie d'État, chapelle pontificale, etc. 

Il en est de même dans l'Église grecque. Tandis qu'auprès 
de chaque évêque quelques prêtres se partagent les diverses 
branches de l'administration diocésaine, on voit réuni dans les 
bureaux annexés à chacun des palais patriarcaux un per- 
sonnel plus nombreux d'ecclésiastiques, auxquels est confiée la 
direction des affaires tant spirituelles que temporelles de la 
vaste région constituant un patriarcat. 

Bien entendu, à partir du jour où ils entreprirent de s'arroger 
la suprématie sur toute l'Église grecque, les patriarches de 
Constantinople commencèrent à multiplier dans leur entourage 



LES OFFICES ET LES DIGNITÉS ECCLÉSIASTIQUES. 1-13 

les charges et les dignités. Sans doute ils avaient besoin d'une 
foule d'auxiliaires pour diriger les affaires religieuses de l'em- 
pire d'Orient tout entier et, en particulier, de sa grande capi- 
tale; mais, avant tout, ils considéraient cet imposant cortège 
de grands officiers aux noms les plus divers et aux splendides 
costumes, comme un excellent moyen d'accroître leur majesté 
et leur prestige aux yeux du peuple et de faire accepter et res- 
pecter par lui leur titre nouveau et celui, plus illégal encore, 
de patriarches œcuméniques qu'ils méditaient de prendre. 

Du reste, le gouvernement impérial, complice de l'erreur et 
du crime de ces évêques de l'obscure Byzance qui, sous le pré- 
texte qu'ils résidaient dans une ville devenue subitement une 
brillante capitale et décorée du nom de nouvelle Rome, croyaient 
avoir le droit de supplanter, comme chefs de l'Église univer- 
selle, les Papes de l'ancienne Rome, le gouvernement impérial, 
dis-je, ne contribua pas médiocrement à augmenter la magnifi- 
cence de l'Église de Constantinople. Il était de son intérêt que 
le palais de ces simples évêques, transformés par l'adulation et 
l'orgueil des Orientaux d'abord en patriarches, puis en patriar- 
ches œcuméniques, rivalisât avec la cour du Souverain Pontife, 
et que sa cathédrale, pompeusement appelée la grande Église, 
éclipsât par la beauté de ses cérémonies et l'importance de son 
clergé la basilique où s'élevait le trône du véritable vicaire de 
Jésus-Christ. Aussi non seulement il autorisa, mais il encou- 
ragea même le patriarche, devenu en quelque sorte son mi- 
nistre des cultes, à s'entourer d'un nombreux personnel de di- 
gnitaires et de fonctionnaires, dont plusieurs eurent les mêmes 
titres et à peu près les mêmes emplois que certains officiers 
de la cour. 

Mais, lorsque l'empire d'Orient se fut définitivement effondré 
sous les coups des Turcs, le patriarcat de Constantinople, qui 
lui survécut, vit forcément décroître la splendeur dont il avait 
brillé pendant un millier d'années, et l'un des signes de cette 
décadence fut une grande diminution dans le nombre des di- 
gnitaires et des employés de toute sorte qui occupaient les 
vastes bâtiments du palais patriarcal et dont la présence re- 
haussait l'éclat des grandes cérémonies dans l'église de Sainte- 
Sophie. 

Non seulement beaucoup de charges ecclésiastiques ont ainsi 



1 1 I REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

disparu, mais il est difficile aujourd'hui de les définir avec 
exactitude. Pour essayer de comprendre en quoi elles consis- 
taient, nous n'avons d'autres ressources que l'étymologie de 
leurs noms et quelques textes, souvent peu clairs, d'auteurs 
byzantins. On ne pourrait même pas en dresser une nomencla- 
ture très précise, parce que les listes qui nous en ont été con- 
servées, principalement dans les manuscrits et dans les an- 
ciennes éditions du grand Euchologe, ainsi que dans l'un des 
ouvrages de Codinus le Curopalate, présentent des différences 
assez nombreuses. Il est tout naturel, du reste, que les noms, 
le nombre, les attributions et la hiérarchie de ces charges aient 
varie suivant les circonstances et suivant la volonté des patriar- 
ches ou des empereurs. 

Plusieurs auteurs se sont efforcés de nous faire connaître les 
fonctions et les prérogatives diverses de ce personnel d'officiers, 
de dignitaires et d'employés, qui était considérable dans chaque 
patriarcat, mais n'Hait complet que dans celui de Constanti- 
nople. Les principaux sont, parmi les (irecs. Malsainon. Siméon 
de Thessalonique et Chrysanthe, patriarche de Jérusalem, et, 
parmi les Latins, le P. Goar et les annotateurs de Codinus. 
Malheureusement ils ont laisse bien des points obscurs. En ré- 
sumant dans les pages suivantes les commentaires des uns et 
des autres, je suivrai Chrysanthe de préférence, parce que le 
livre qu'il a écrit sur les charges et les dignités eccl.-ia-ihiu.^ 
des Grecs est de beaucoup le plus complet qui ait été composé 
sur ce sujet (1). Cet écrivain, prenant pour base la liste i\r> 
offices donnée par Codinus, consacre une notice plus ou moins 
longue à chacun des offices en question et même à certains au- 
tres que l'auteur byzantin a passés sous silence. 

On trouve habituellement deux sortes de classement des of- 
fices ecclésiastiques, suivant les listes que l'on consulte. Dans 
les unes ils sont divisés en deux séries. La première, appelée 
chœur de droite, x°p°ç - fe&ç, comprend quinze offices répartis 
également en trois groupes qu'on nomme r, npmr„ ■?, îeoTlpa, f, 
-zi-.r, -v)-.y.z\ la deuxième, ou chœur de gauche, ypf°i - eùi*>vuu.oç, 

(1) Cet ouvrage, donl les exemplaires sont assez rares, est intitulé : Xpuffâvdou 
ioû iiaxapiciTOXTou Traxptâp^ou tùv 'l£po<ToXy(iuv ffuvTayfiaTiov nept tô>v ôd^ixîwv, xXirçpi- 
xcxtwv, xai KpxovTtxuov xffi tov Xpurroû &yta; 'ExxX7)<?îaç, etc., etc. L'édition que j'ai 
sous les yeux esl celle qui a paru à Venise, chez Antoine Bortolis, en 1' 



LES OFFICES ET LES DION [TÉS ECCLÉSIASTIQUES. 143 

se compose ordinairement de dix-neuf offices. Quant aux noms 
de chœur de droite et chœur de gauche, ils sont dus à la place 
qu'occupaient devant le 'sanctuaire les ecclésiastiques chargés 
des offices en question. Dans d'autres listes, par exemple dans 
celle que Codinus nous a transmise, les offices, plus nombreux, 
sont classés cinq par cinq en neuf groupes, appelés r, r.?u-r„ i, 
ztj-ipx..., r, iwa-cY] wev-aç; mais la division en deux chœurs n'y 
est pas mentionnée. C'est dans ce dernier ordre que nous allons 
passer en revue, à la suite de Chrysanthe, les quarante-cinq 
offices signalés par le Curopalate. 



LES CINQ OFFICES DU PREMIER GROUPE. 
C II -po)7v; r.vs-iz 

Le Grand Économe, z Msyaç Ocxovôjaoç. — La charge d'É- 
conome est fort ancienne, car elle fut instituée, ou plus pro- 
bablement confirmée, par le 23° canon du concile de Chalcé- 
doine. En vertu de ce canon, de même que tout patriarche a 
son grand économe, tout évéque également doit avoir un éco- 
nome qui, sous sa direction, administre les biens de son église. 
Ce personnage, qui autrefois était un diacre, mais qui, depuis 
longtemps est presque toujours un prêtre, a donc sous sa sur- 
veillance toutes les. propriétés temporelles du diocèse; il en- 
caisse tous les revenus et en règle l'emploi; en un. mot, toute 
la comptabilité diocésaine est entre ses mains, et plusieurs 
fois par an il doit soumettre sa gestion à l'évêque et la faire 
approuver par lui. 

Dans toutes les solennités religieuses, l'économe, d'après le 
cérémonial, revêtu de l'aube et de l'étole, occupe la première 
place au côté droit de l'évêque et, pendant les messes ponti- 
ficales, il se tient à droite de l'autel et porte un saint éven- 
tail, à'ywv É>nct'Siov. A lui également appartient le droit d'amener 
devant le Pontife le clerc qui va recevoir l'un des ordres sa- 
crés. Enfin sa situation à la tète du clergé lui donne le pri- 
vilège de gouverner le diocèse, sede vacante, jusqu'à l'arrivée 
du nouvel évêque, à l'élection duquel il préside. 

A l'origine, le Grand Économe de l'église de Constantinople 
était nommé par l'empereur, mais, à partir du règne d'isaac I er 



I 16 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

Comnène, comme le rapporte Zonaras, les patriarches Cu- 
rent autorisés à le choisir eux-mêmes. 

Le Grand Chapelain, s Méyaç SaxeXXàpioç. — Le rôle de 
cet officier ecclésiastique, le deuxième dans Tordre hiérarchi- 
que, paraît avoir embarrassé plusieurs des auteurs qui en ont 
parlé, et Chrysanthe en particulier. La cause en est que son 
nom, qui est d'origine latine, mais que quelques-uns ont voulu 
tirer d'une racine hébraïque ou syriaque, peut se prêter à des 
significations diverses. En effet, il se rattache soit au mot saccel- 
lus qui signifie sacoche, bourse, soit à sacellum, qui a le sens 
de sanctuaire, chapelle. Ceux qui penchent pour la première 
étymologie, font du sacellaire une sorte de trésorier, et ce qui 
semblerait leur donner raison, c'est qu'on trouve parfois, dans 
le grec byzantin le mot txaxIXXwv, ou plus exactement. ïaxxéXXiov, 
employé comme synonyme de ÔijaaupoçuXaxwv. Mais, outre que 
dans ce cas, ses fonctions se confondraient jusqu'à un certain 
point avec celles de l'économe, il est certain, d'après des 
textes fort explicites, qu'il avait sous sa direction, non pas le 
trésor épiscopal , mais les monastères situés dans le diocèse. 
Plusieurs des listes d'offices, entre autres celles de Codinus, 
nous apprennent expressément qu'il avait pour mission de vi- 
siter les couvents et de vérifier leur comptabilité, de veiller 
à ce que la discipline y lût rigoureusement maintenue et de 
faire respecter en toute occasion les droits des personnes en- 
gagées dans les ordres religieux. Chrysanthe, pour explique)' 
le nom de sacellaire, dit qu'il doit venir de roxéXXY] et que par 
ce mot qui serait, ainsi que jaxéXXwv, sacculus, un diminutif 
de cjaxxoç, saccus, il faut entendre un lieu clos où sont enfermés 
et gardés, non pas des trésors, mais des religieux ayant re- 
noncé au monde. N'est-il pas plus naturel de rattacher le nom 
en question à ce mot latin sacellum, que j'ai mentionné plus 
haut, de sorte que le grand Sacellaire serait l'ecclésiastique 
ayant sous sa surveillance les chapelles autour desquelles vi- 
vaient les religieux et, par extension, les monastères dont elles 
étaient le centre? J'ajouterai que mzxeXXàpioç s'écrit ordinaire- 
ment avec un seul •/., tandis que l'on doit écrire le mot grec 
signifiant sacoche, bourse, non pas traxéXXwv, avec un seul ■/., 
comme le fait Chrysanthe, mais bien avec deux, c'est-à-dire 
jaxxéXXiov. Si la signification que j'attribue au mot craxeXXaptoç 



LES OFFICES ET LES DIGNITES ECCLÉSIASTIQUES. 147 

est exacte, comme je le crois, il est évident qu'il vaut mieux le 
traduire par chapelain que par trésorier. 

Il est vrai que si l'on devait persister à faire dériver (jaxsX- 
Xàpioç, ou si l'on veut craxxsXXapioç de traxxsXXwv, signifiant sa- 
coche, bourse, il faudrait admettre qu'un personnage qui, à 
l'origine, était un simple trésorier, est devenu peu à peu, par 
suite d'un changement dans ses attributions, un visiteur ou un 
inspecteur des églises et des monastères. N'a-t-on pas vu en 
Occident V aumônier, dont la charge était primitivement de 
veiller sur la bourse renfermant les aumônes qu'il avait à dis- 
tribuer, se transformer à la longue en un véritable chapelain? 

Si l'on en croit Codinus, le grand chapelain avait sous sa 
direction tous les monastères sans exception, c'est-à-dire aussi 
bien ceux des hommes que ceux des femmes, xà âvâpûa xai 
yuvaixsTa fi.ova<n:V)pia ; mais, d'après d'autres listes d'offices, seule 
la surveillance des monastères d'hommes lui appartenait, celle 
des monastères de femmes étant réservée au simple chapelain, 
dont il sera question plus loin. 

Suivant le cérémonial, le Grand Chapelain assistait aux mes- 
ses pontificales, revêtu de son aube "et de son étole; il se tenait 
à gauche de l'autel, et, comme le Grand Économe, portait un 
saint éventail. Lorsque le patriarche présidait solennellement 
son conseil, il se plaçait à sa droite, immédiatement après le 
Grand Économe. 

Le Grand Sacristain, c Méyaq Sxsuo<pùXocÇ. — Ainsi que son 
nom l'indique, le Sacristain est chargé de veiller sur tous les 
objets mobiliers de l'église, -y. tntsiirj, et particulièrement sur 
tous ceux qui constituent ce que l'on appelle le trésor et qui 
sont conservés, près du sanctuaire, dans le oxeuo<j>uXàxtov , c'est- 
à-dire les vases sacrés, ordinairement d'un prix inestimable, 
les vêtements épiscopaux et sacerdotaux en étoffes précieuses, 
les livres liturgiques aux splendides reliures, les reliquaires 
merveilleusement ciselés, etc. Plusieurs fois dans l'année il 
doit rendre compte à l'évêque ou au patriarche de l'état de 
tout ce qui est ainsi placé sous sa surveillance. D'un autre côté, 
c'est entre ses mains qu'arrivent les revenus de l'église cathé- 
drale à laquelle il est attaché, et c'est lui qui les distribue au 
clergé qui dessert cette dernière. Quand l'évêque préside une 
assemblée solennelle, il occupe près de lui le siège auquel il a 



148 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

droit. Son rôle, pendant les messes pontificales, est de se tenir 
près du <7Ksuo<puXaxiov, afin de pouvoir remettre immédiatement 
aux officiants les objets dont ils ont besoin. 

Enfin, lorsque le siège épiscopal devient vacant, la cathé- 
drale passe sous sa direction et sous sa surveillance. 

Ajoutons qu'il existe des sacristains-trésoriers, non seule- 
ment dans les églises épiscopales et patriarcales, mais encore 
dans tous les grands monastères, qui possèdent ordinairement 
un grand nombre d'objets très précieux. 

Le Grand Archiviste, à Méya; XapTo?iîXa£. — Ce personnage 
a toujours été l'un des principaux fonctionnaires du palais 
patriarcal. Il en est peu dont les attributions soient aussi im- 
portantes et aussi multiples. Voici les principales, telles qu'on 
les trouve énumérées dans les écrits de Balsamon, de Jean de 
Citrium, de Siméon de Thessalonique, dans les Novelles de 
Justinien, etc. 

D'abord, comme son nom l'indique, il est le conservateur des 
archives patriarcales, lesquelles, cela se conçoit facilement, 
sont fort considérables. 

Véritable secrétaire et chancelier, il correspond avec les 
évêques, promulgue les décisions prises par le patriarche, 
autorise la construction de nouvelles églises; c'est lui qui fait 
calligraphier par ses scribes les actes, brefs et mandements 
patriarcaux, les contresigne et les scelle à l'aide de la bulle, 
ftooX/a, autrement dit, du sceau du patriarche, dont il a la garde 
et que, dans les grandes cérémonies, il porte suspendue sur sa 
poitrine. 

En tout cela il est aidé par Vannaliste, : 6wo{i.vYjii,aTOYpàfoç, 
qui le remplace lorsqu'il est absent ou malade. 

A titre de promoteur, il désigne les clercs qui doivent rece- 
voir les ordres du diaconat et de la prêtrise. 

Comme chef de l'officialité, il exerce au nom du patriarche la 
juridiction contentieuse, c'est-à-dire qu'il juge toutes les grandes 
affaires ecclésiastiques et civiles, veille au maintien de la disci- 
pline établie par les canons et corrige les abus qui s'y glissent. 

Chargé des affaires matrimoniales, il tient le registre des 
mariages et accorde aux prêtres des paroisses l'autorisation de 
donner la bénédiction nuptiale. 

Enfin, d'après le cérémonial, il a le privilège de se tenir à la 



LES OFFICES ET LES DIGNITÉS ECCLÉSIASTIQUES. 149 

gauche d'un évèque, pendant la cérémonie de son ordination; 
dans les messes pontificales, sa place est auprès de la porte 
sainte, et c'est lui qui, au moment de la communion, s'écrie : 
« Prêtres et Archidiacre , venez recevoir votre Roi et votre 
Dieu. » 

La plupart des auteurs qui ont décrit les fonctions du Grand 
Archiviste les ont résumées, en disant de lui qu'il est la bouche 
et le bras droit du Patriarche. 

Nous terminerons en faisant observer qu'il y avait un autre 
archiviste qui, placé spécialement sous les ordres du grand 
économe, avait pour mission de l'assister dans l'exercice de sa 
charge et de veiller sur les livres de son importante comptabi- 
lité." 

Le Chapelain, b toû EaxsXXfotf. — Le simple chapelain, 
comme le Grand Chapelain, aurait été, au dire de Chrysanthe, 
une sorte de trésorier ou de caissier, administrant les finances 
de l'église; seulement il aurait eu la charge, non pas de la 
grande caisse, mais d'une caisse secondaire. Or, notre auteur 
ne peut pas plus prouver ce qu'il dit du rôle de ce personnage 
qu'il n'a prouvé ce qu'il a affirmé des fonctions de l'autre. Pour- 
quoi ne s'en est-il pas tenu aux textes, pourtant assez précis, de 
la plupart des listes d'offices et de Siméon de Thessalonique, 
d'après lesquels le chapelain aurait eu sous sa surveillance les 
couvents de femmes, tandis que la direction des monastères 
d'hommes , plus nombreux et plus importants , aurait été ré- 
servée au grand chapelain? Voyez, du reste, ce qui a été dit plus 
haut, à propos de ce dernier. 

D'autres textes, entre autres ceux de Codinus et de Siméon 
de Thessalonique, ajoutent qu'il avait également pour mission 
de visiter les différentes églises, afin de s'assurer que tous les 
objets du culte y étaient en bon état et que toutes les cérémonies 
s'y accomplissaient avec soin; et en cela il aurait été assisté 
par le chef des églises, b ap^wv tûv èxxAvjatûv. De plus il semble 
qu'il ait eu la garde de la prison , dans laquelle le Patriarche 
avait le droit d'envoyer certains délinquants. 

Enfin, suivant les rubriques du cérémonial, il devait, pen- 
dant les messes solennelles, se tenir près du pontife officiant, 
afin de lui rendre tous les services dont il pouvait avoir besoin. 

Le Grand Défenseur, b ripoa-ïlxSwoç. — Rangé à l'origine 



150 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

parmi les officiers inférieurs, le Grand Défenseur a été, par 
suite d'une décision de Xiphilin, patriarche de Constantinople, 
considérablement élevé en dignité et placé dans le premier 
groupe des fonctionnaires ecclésiastiques. Ce groupe, qui ne se 
composait auparavant que des cinq personnages dont il vient 
d'être question , comprit donc six personnes désormais ; toute- 
fois il n'a pas cessé pour cela d'être appelé r t -pû~r, rcev-caç. 

Le Grand Défenseur et un certain nombre de simples défen- 
fenseurs, ex&xoi, qu'il avait sous ses ordres, constituaient une sorte 
de tribunal, devant lequel étaient portées des affaires de moin- 
dre importance. Nous avons vu que les grandes causes ecclé- 
siastiques ou civiles, relevant de la juridiction contentieuse du 
patriarche, étaient jugées par le grand archiviste. Ce tribunal 
inférieur, appelé ey.8iy.sicv ou spwTexâixeTov, était chargé en quelque 
sorte de la police correctionnelle de l'église de Constantinople. 

Mais le rôle spécial des défenseurs et de leurs chef, celui d'où 
ils tiraient leur nom, consistait à venir en aide aux infortunes 
de toute sorte, que l'Église s'est donné la noble mission de se- 
courir. Dans les temps où ils existaient, c'est-à-dire lorsque 
le christianisme n'avait pas encore pu détruire suffisamment 
la barbarie des mœurs et l'esprit tyrannique, on les voyait 
surtout assister les prisonniers, faire respecter la liberté des 
hommes qui étaient sur le point d'être réduits en esclavage, 
prendre la défense des malheureux qui, pour une cause ou une 
autre, cherchaient un asile dans les églises; en un mot, ils cou- 
vraient de leur protection toutes les victimes de l'injustice 
et de la violence. 

Léon Clugnet. 
(A suivre.) 



MARTYRE DE SAINT LUC 

ÉVANGÉL1STE " 



Mes chers amis, à l'époque où les apôtres se rassemblèrent 
et se partagèrent tous les pays, après qu'ils eurent jeté le sort, 
Pierre se rendit à Rome la grande, et deux disciples, Tite et Luc, 
restèrent ses fidèles auxiliaires dans cette ville. Quand Pierre 
eut été mis à mort à Rome par ordre de l'empereur Néron, ces 
deux disciples demeurèrent et prêchèrent l'Évangile de Notre- 
Seigneur Jésus-Christ dans Rome et dans les alentours jusqu'à 
l'arrivée de l'apôtre Paul, dont ils furent encore les aides dans 
la ville royale de Rome. Or Néron prit le saint apôtre Paul et 
le tua à Rome même; alors Luc, pour fuir l'empereur, sortit de 
la ville et prêcha dans les bourgs et villages qui entouraient 
la grande Rome. Luc avait été le secrétaire de Paul, après l'a- 
voir été de Pierre, et avait écrit toutes ses actions et toutes les 
choses admirables qu'il avait racontées sur Notre-Seigneur 
Jésus-Christ. 

Tandis que Luc prêchait dans les villages et les bourgs, 
Notre-Seigneur Jésus-Christ opérait des prodiges et des mer- 
veilles sur des malades de tout genre : les aveugles voyaient, 
les boiteux marchaient, les lépreux étaient guéris, les sourds 
entendaient, (en un mot) Luc guérissait toute maladie au nom 
de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le peuple de ces pays, à la vue 
de ces prodiges, croyait en Dieu, en Notre-Seigneur Jésus-Christ, 
et saint Luc lui bâtissait des églises et des monastères. Et 
tous ceux qui crurent en Notre-Seigneur Jésus-Christ étaient 
enflammés pour la foi de Dieu et pour le droit enseignement de 

(1) Cf. Lipsius : Apostelgeschichten, III, p. 368-371. Voir aussi le passage qui 
concerne Saint Luc dans l'introduction que j'ai mise on tète des martyres de saint 
Pierre et de saint Paul, (V. supra pp. 41-43.) 

Voir la livraison précédente, page 39. 



152 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

l'évangéliste saint Luc. Quand les prêtres des idoles des païens 
virent les merveilles que Notre-Seigneur Jésus-Christ, Dieu vi- 
vant, opérait par l'entremise de son évangéliste saint Luc; 
poussés par le démon, ils formèrent le projet, avec les Juifs 
qui habitaient dans les villages et les bourgs de ce pays, de 
se réunir dans un grand temple qui était dans une métropole 
de cette contrée. Ils résolurent de se rassembler dans ce temple 
d'idoles le vingt du premier Conoun (1). Et quand un grand 
nombre de païens et de Juifs se rassemblèrent dans cet édifice, 
les prêtres des idoles ornèrent leurs vains dieux d'or, d'argent, 
de vêtements et de lumières; les Juifs et païens siégèrent en- 
semble dans ce temple. 

Le premier des prêtres païens se leva, étendit la main, cria 
d'une voix forte et audacieuse et dit : « Écoutez et pesez mes 
paroles, vous tous qui aimez ces dieux nombreux si bien ornés. 
Il est venu dans notre pays des magiciens qui font partie de 
ces douze Galiléens et de ces soixante douze que Jésus, nommé 
le Messie, s'est choisis pour disciples. Ils font en son nom des 
prodiges et des signes en tout lieu et surtout ici dans Rome et 
dans sa banlieue, et par leur science de magiciens ils attirent 
beaucoup de Romains dans leur religion. L'empereur Néron 
tua beaucoup de leurs chefs et il n'en restait aucun, hors ce Luc 
qui détourna beaucoup de monde de l'adoration des dieux vers 
la religion de Jésus le Nazaréen. » 

Quand ce prêtre eut ainsi parlé, l'un des chefs de l'assemblée 
des Juifs nommé Isaac se leva, ouvrit la bouche et dit : « Quand 
j'étais encore à Jérusalem avant de venir dans ce pays, et que 
j'apprenais la loi aux pieds d'un docteur nommé Gamaliel, au 
temps où les princes des prêtres du peuple étaient Anne, Caïphe, 
Alexandre et Dobalius, à cette époque ils saisirent un homme 
puissant nommé Jésus, et le crucifièrent sur une croix, puis ils 
le prirent et le mirent dans un sépulcre, mais après trois jours 
il ressuscita d'entre les morts. C'est celui-là que prêche Luc. » 

Et la foule tout d'une voix demanda : « Quel est donc ce nom 
de Jésus qui a ressuscité? » Mais dès qu'on eut fait entendre 
ce nom de Jésus, tous les dieux des païens qui ne sont que des 
idoles se brisèrent et furent réduits en poussière. 

(1) Décembre Cette date n'est pas chez Lipsius. 



MARTYRE DE SAINT LUC. 153 

Quand les prêtres des idoles virent cette destruction de leurs 
dieux, ils se fâchèrent et furent enflammés d'une grande colère, 
ils déchirèrent leurs vêtements et coururent les cheveux épars 
à la ville de Rome près de l'empereur, où ils crièrent devant lui 
et dirent « (empereur), poursuis les maléfices qui sont dans 
le nom de Jésus par lequel nos dieux périrent et furent réduits 
en poussière et (emportés) comme la paille devant un vent vio- 
lent. » 

L'empereur Néron leur répondit : « J'ai fait périr tous ceux 
qui croient en ce nom. » Les prêtres répondirent : « Nous avons 
un certain Luc qui fait en ce nom des prodiges et des signes 
et trompe tout le pays des Romains. » L'empereur demanda : 
« Où est donc celui-là? ». Ils lui répondirent : « Dans la ville 
de Prokonèse (?) ». Alors l'empereur fut enflammé de colère 
contre Luc, il grinça des dents comme un lion et ordonna à 
quatre gardes du corps et à deux cents soldats d'aller chercher 
l'évangéliste saint Luc. 

Celui-ci enseignait à ce moment la foule nombreuse des fidèles, 
et quand il connut en esprit que les soldats approchaient du 
lieu où il était, il renvoya l'assemblée, sortitde la ville, etallaau 
bord de la mer. Il y trouva un pêcheur et lui dit : « homme, 
je sais que ma fin en ce monde est proche, prends ces livres 
qui m'appartiennent, place-les dans ta maison dans un endroit 
décent, et lis-les constamment; ils te révéleront un pays de santé 
et de vie, pour toi-même et pour beaucoup avec toi. » Et cet 
homme regardant saint Luc vit des rayons d'un feu éclatant qui 
éclairaient les joues et le visage de l'évangéliste. Il tomba à ses 
pieds et l'adora plein d'admiration. Or cet homme se nommait 
Silas. L'évangéliste lui dit encore : « Voici que l'empereur en- 
voie des soldats pour me conduire près de lui et me mettre à 
mort. Je sais que la volonté de Dieu est que je quitte mainte- 
nant cette vie périssable et une condamnation à mort est rendue 
contre moi par l'empereur. Voici que les soldats arrivent dans 
la ville, mais toi demeure en paix. » Quand cet homme eut reçu 
les livres de saint Luc, il les lut constamment et devint un vé- 
ritable prédicateur de la parole de Dieu dans tout le pays des 
Romains, et beaucoup aidés par lui devinrent des docteurs de 
la vérité. 

Mais Luc, en quittant Silas, rentra dans la ville et fut pris par 



154 REVUE DE L'ûRIEXT CHRÉTIEN. 

les soldats et conduit à l'empereur. Quand celui-ci le vit il fut 
rempli de colère contre lui ; mais le saint louait Dieu dans "son 
cœur. L'empereur ordonna qu'on le conduisît en prison jus- 
qu'au lendemain, puis au matin il le fit amener tout enchaîné 
devant lui et dit : « Tu es bien Luc qui fait périr tout le pays 
des Romains et réduit les Dieux en poudre par tes maléfices. » 
Saint Luc répondit et dit à l'empereur : « Notre-Seigneur Jésus- 
Christ dans son Évangile béni et saint nous dit : Si l'on vous 
persécute dans cette ville fuyez dans une autre, et si l'on vous 
méprise et que l'on vous dise à tort des paroles méchantes à 
cause de moi, alors exultez et réjouissez-vous, parce que votre 
récompense est grande dans le ciel. Je ne connais que les bonnes 
actions de mon père Pierre, prince des apôtres, je ne connais 
pas la magie, mais je connais Jésus le Messie. » L'empereur 
répondit : « Ne vous ai-je pas fait savoir qu'aucun homme ne 
devait prononcer devant moi ce nom de Jésus? » Aussitôt que 
sa bouche eut prononcé ce nom de Jésus, toutes les idoles pla- 
cées devant lui, et dans lesquelles il croyait, tombèrent et fu- 
rent réduites en poussière. A cette vue, l'empereur et ceux qui 
l'entouraient crièrent à haute voix : Enlevez la vie à Luc qui 
par ses maléfices a fait périr nos dieux. Et l'empereur ordonna 
de le frapper avec une courroie jusqu'à ce que tout son corps 
saint fût déchiré et que tout son sang fût répandu à terre. 
Mais saint Luc dans son cœur louait Dieu, qui le fortifiait contre 
ces cruelles et pénibles souffrances. L'empereur méchant or- 
donna encore de lui couper la main droite avec le bras, ce qui 
fut fait aussitôt, puis il lui dit : « C'est cette main qui a écrit 
des volumes d'erreurs avec lesquels tu trompais les hommes 
simples du peuple Romain, mes sujets! » Saint Luc répondit à 
l'empereur et lui dit : « Tu prétends que mon Dieu n'existe 
aucunement, je vais te montrer à cette heure sa grande puis- 
sance. » Et le saint prit son bras de la main gauche et le remit 
à sa place en disant : « Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 
fils du Père béni, pour lequel nous abandonnons le monde et à 
la suite duquel nous marchons, que ce membre se raffermisse à 
sa place pour l'honneur de ce saint nom afin que les païens ne 
disent pas : où est leur Dieu? à toi la gloire et l'honneur dans 
les siècles des siècles. Amen. » Luc fit le signe de la croix sur 
son bras et aussitôt il adhéra de nouveau à sa place. 



MARTYRE DE SAINT LUC. 155 

Quand l'empereur et ceux qui l'entouraient virent ce prodige, 
ils furent saisis d'un grand étonnement à cause de ce miracle 
qui avait lieu devant leurs yeux; mais l'empereur tyran, qui 
n'avait aucune intelligence humaine ni divine, se cachait la figure 
de honte et disait : « Voyez combien sont puissants les maléfices 
de ce Galiléen. » Luc lui répondit : « Je ne suis pas un magicien, 
mais je veux te montrer la puissance de N.-S. J.-C. et que 
je ne fuis pas la mort de ce monde. » Et il prit de nouveau son 
bras et le plaça à terre. 

A la vue des signes et des merveilles que Dieu accomplissait 
par son serviteur Luc l'évangéliste, Anatolinus, chef des 
armées de l'empereur crut dans le Seigneur avec toute sa fa- 
mille au nombre de 267 personnes. L'empereur Néron dans sa 
méchanceté ordonna de les tuer tous par le glaive. Telle fut la 
fin de ces saints, en un même jour, pour la foi du Messie, le treize 
avant les ides de décembre (1), mois des Romains, et le 18 du 
mois paophi des Égyptiens. 

L'empereur ordonna de couper la tète à saint Luc, puis de 
mettre son corps avec des pierres dans un sac et de le jeter dans 
les profondeurs de la mer. Quand le saint évangéliste Luc eut 
entendu sa sentence, les soldats cruels le firent sortir vers la 
mer pour lui couper la tête. Et le bienheureux leur dit : « Sur 
votre vie, prenez patience que je prie mon maître et mon Dieu. » 
Puis il ouvrit la bouche et pria en ces termes : « Mon Seigneur 
Jésus-Christ, qui as tout créé dans ta sagesse d'après ta bonne 
volonté : le ciel, la terre, la mer et tout ce qu'ils contiennent, 
aie pitié de ton serviteur : pardonne-moi toutes mes rebellions 
et donne moi le repos près de mon père Pierre. » Quand il eut 
dit ces paroles, l'un des soldats qui était borgne se jeta sur saint 
Luc pour lui trancher la tête, mais aussitôt l'œil de ce soldat 
qui ne voyait pas s'ouvrit. Dès qu'il s'aperçut du service que lui 
rendait le saint, il jeta son épée, s'approcha de saint Luc, se jeta 
à ses pieds et l'adora en disant : « saint du Seigneur, pardonne- 
moi mon péché contre toi ». Mais le chef de ces soldats survint 
dans une rage diabolique et il trancha la tête du saint évangé- 
liste Luc ainsi que celle du soldat qui avait cru en N.-S. J.-C. 
Puis ces cruels soldats placèrent le corps de saint Luc dans un 

(l) On pourrait aussi lire septembre. 



156 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

sac et le jetèrent à la mer. Mais la Providence divine, qui 
veille sur les saints, ordonna aux flots de la mer de jeter le 
corps de saint Luc de nuit dans une île. Un chrétien sortit pour 
aller à la pêche, il trouva le corps du saint, le prit et le porta 
à sa maison. Alors Dieu s'en servit pour opérer des signes et 
des merveilles sans nombre, il chassa les démons qui criaient 
et disaient : « Malheur à nous à cause de toi, évangéliste Luc, 
disciple du Messie, voici que le feu vivant qui est ton corps, c'est- 
à-dire le corps et le sang de ton maître, nous a chassés. » Quand 
cela fut connu des habitants du pays, (ils le prirent) avec de 
grands honneurs pour le placer dans un lieu saint (dans un 
temple), et il venait en aide à tous les enfants de la sainte 
Église. 

Le martyre de saint Luc, évangéliste et apôtre du Messie, fut 
terminé le 14 avant les calendes de décembre mois des Romains, 
le 22 de paophi mois des Égyptiens, et le 19 du premier teschri 
mois des Syriens, sous l'empereur Néron (1); notre roi étant 
N. S. J.-C. pour toujours, auquel gloire, honneur et adoration 
avec son Père béni et bienheureux, et l'Esprit vivant et saint, 
maintenant et dans les siècles des siècles. Amen. 

(1) Le mois paophi commence le 28 septembre. Le 22 paophi serait donc le 
lit octobre ou le 10 du premier teschri. 11 y a donc accord entre les dates égyptienne 

et syrienne, mais il n'y m pas dé conciliation possible avec la date romaine, que 
l'on lise septembre ou décembre. 

F. Nai . 



CORRECTIONS ET ADDITIONS A DEUX ARTICLES PRECEDENTS 



l r0 année, 189G, page 397, n. 3, ajouter que le récit de 
Y Invention du chef de S. Paul, sous le Pontificat de S. Xiste, 
se trouve encore chez Salomon de Bassora (XII°-XIII e siècles) 
Cf. the Book ofthe Bee, édition Budge, Oxford, 1886, p. 122. — 
M. Brooks vient de publier une partie intéressante du ms. 14642 
(Z. D. D. M. G. 1897, pp. 569-589, A syriac chronicle of the year 
846), et m'indique à cette occasion les corrections suivantes : 
389, 14, .o^m — 399, 7 ^-^o — 399, 17 ajouter ic^a^ — Ib. n. 5 
lire v o;p. - — 401, 9 v o;p n^ — 401, 18 ~;o/,. 

2 e année, 1897. — J'indique encore les principales fautes 
d'impression : 51, 11 \an%..\ — 64, 11 ^t^o. — 65, 2 ^p — 
67, 14 Juvénal — 467, n. 1 lire 249 — 470, 10 lire 833 et n. 2 
lire 15-16 — 472, 16 lire 836 — 476, 25 lire survivants — 478, 
24 ijcllo o^oet 25 p.^ — 486, n. 1 ligne 11 \^±, — 487, 15 n.^a^ ? . 

M. Nœldeke fait les remarques suivantes {Litterarisches 
centralblatt, 12 février 1898) 46, n. 5 ^e^a*» doit être traduit : 
qui se feront — 61, n. 3 Ziata estCharpout — 462,11 llpaTiavc! — 
475, 28 frtxncopoç — 481, 24 xapa6ia 

J'ajoute encore 61, 13 ^;io (M. Carrière) — 63, n. 4 v o/u 
(M. Guidi) — 457, le texte syriaque de cette page est textuelle- 
ment chez Land, Anecd. sur., t. III, 119 (M. Kriïger). 

F, Nau. 



ORIENT CHRÉTIEN. 11 



IL 



0*©VÛ3 



(i) 



|^ or> j\oq/ iûo\ U"*&9 



Kn\ rr> ) m °>\ ^-oio,--*, ^_do . (2) v o<h^Vn )loVl/ yOOi^D 

^-.Vl 0|!S> OO0| ^ ^l.»V>) .)Ki| l^bOOOf^ ^jJ_Jl v£D0i^2^ 
|._iQ_ÛO | — Lif^O ^3l^ JoOi JV^OO vO.2J0 J._Û^OO ^O *£>p> 

J-jusÎSOl^o jooi ^>o\oK*l Idzl±, ^bi ooi . JÎSv.^.; |_ioooô »-•>»— J 
Jooi oÀoo sûdoV-^3 îK-s (3) (fol. 22 r) sûoa^aâ ) % »»— -Q» 

(1) Brit. Mus. addit. ms. 12172 (A) fol. 21 v. 

(3) Le commencement diffère un peu en Li (addit. ms. 14732). 

(2) B ajout.' ^o- 



MARTYRE DE SAINT LUC. 159 

Ht 

)ooi jV-at-io; M^4 (*))» ^ v yooi-^Jo .^cho^o; yOoCi^-D 

. ).^^Jl^O ^CLJL-. (2)yVi09 yOO^ 

J001 JV^° ( f 0t— 3 )— *-»r-° )— ^-ûû"-^^ / J— = °°^ (î)ooi 
)lpo*/l ) .i>»,>o vNaju. yp° )°°« t-- 3 ^ J-Voû-ao (KjLi'pa^ 

^a-\oi ^.9 oj— ^3 ♦ ).»*,« %V> wai^ yt-^o? Oi^CLiua )ooi j-cabo 
^aJu. yj^o Jcx\Jl_2> OOOl » « 1 V> »OQO 001 Jil/ sjJkj/ Jlpoifl 

)1*^>90 jlpt j.J3Q^ <^iO U-»t~Û OOI vOOi\ )oOt jLlJ^O J— ^Jl^O 
v^OJu. vt-^ " 2 Q.lia.»Oh ^_^^-/ yOOiX.DC> .oS| Jil/ OiJS-SL-â 
J.—.'t-*> joi-Ssi CMla.,1 VI tO^S 04—5 OOOf x- * t*-+j**Q.+* . l-~^.ï.^O 

) *— )oi^! JI^îxa ^oCbo ^S,oi J— 9Ju*9 I^D^-â? l'^ioaa 

. oiV.i ).^.iT> .\ool J-ooX ^.^.js v^oot* )■■*» » »V> ^aiu vv^° 
ooot > » t v>\» j-iioota... ^ai> )nî\ v> o^ol^ . Jjl^ûo vooua ^.^ 

jpfiO ts » ^\ yO.H.I.ofcsJi j_.Va2L30 jtsJL^^O yQJOi^ yOOi^a^ 
Ot-JSO ^-*t~*0| .03( Jil/i v(T> «No^Jj^bO J^-w^ K-/l 1—29 t— ~ 

jf— D/ J-.*6ot-.iO j-£U.~ } J.S9 j^CL^ QJULSl/o ol/ ^.9 p •^ a -»t-° 

oK.^., l'^^s vOJCm; w9 Iviboas . )^dK.3 K^.^ ooj.X ch\ a\b>o 

(1) j^ B. 

(2) ^ au lieu de j B. 

(3) low A. 

(4) manque en B. 

(5) B ajoute «t»la- 

(6) La suite manque en B. 

(7) A ajoute o>-o 

(S) |;*a, a. 



160 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

jjLàCUdO J^oJ^CQ^O JL^OIt-3 yOOi^.*; J-Ûl/^ÛO JOU^S yOOUpl^â 

JLàO) JJ.X1_5 J„ivX>0 CH»—./ sâ~/o )~2lL*9 )p0O3 Of J>CLO ^.-.^Ol 

» »\oi m^clmV oj «-*.2Sl^oÙ^ olo ,0 o^a& . V-^o/o ( I ) | » \ft) 
^o W^— JJu/ ^-; (2))UJJ o^. .^.K^>po» )-iU^o )oiu$s. 

t~a^ ^.Uo ^»\ -i» vQJOI ^-àOO . U^-^k.,. V-ÛÛ.^^ ^-»» \CUOI 
^f^L^.9 w-*^0| . jL^^lL^O >-.V-°W? ^QJt-* OD| jfJL^aSJ. Oi\ yQ.j/ 
t'JOOOl^ j-390| l^j^.ISs.> . |_DO< ^S-Ol^ Jlol/o jlpOjl OiiCLJL^ 
0L^« yOoCS^.9 ) ty.il | — tfl^CLi t ^j>o (fol. 22 v) Oi^OcLw.K.^0 

ju/ yoou^o jl2> JJo v oi|_j ) iNvi oo\ v oj/ ^^o v oo^>| 

jou$M Hi^» ^*> ))-il^û^ (4)wfc^JD/j )— IOI J^SClS. yj ])/ 
^clo )^oas ooi ^bo/ ^.\o« ,_oo .)._ ôo ssajL-* )lo»v> »o&> 

s^^^o jjlj )bot^ )!/; ^Ot-° \^° ^a^JûojL» K^ooi (5)p .j^ / 

q\ Cï% jKiCNX. yQJOi-3 yOOL^ . (7) VflPO^JLsOjO UXJOyl mAo 



(1)" Uxoo A. 

(2) H&X A. 

(3) lA磰o A. ainsi en trois endroits. 

(4) ^ J? 

(5) A ajoute e- et B »*û-(. 

(6) Le ms. de Paris n° 232 a aussi ^"'V^ l'éthiopien a changé Gamaliel en 
Ainilil. L'arabe a un aïn en place de v^ct sert ainsi d'intermédiaire. 

(7) Le ms. de Paris n° 237 porte u»cu}ajo; l'éthiopien a abrégé ce nom en 
Rialius. L'arabe rend facilement compte do ces changements. 



MARTYRE DE SAINT LUC. 161 

(2)) ^ «V. > ^ > w.o*»-o2lojo ^ajL. )y_oKio; Wi— »' li- 3 ^ 
^-»> » » v>o^ JK^l »K^ » jy^uQua ^01 ioomo ^*oi .o\ n 10 

. |.joq^. oCS. jV 3 ^ ? ^^oîs^l )joi . (Kjl^o ILo ^o ycL£> 
\ju(o l^xx Jjot ^cxoK.^/ JLLa^/; oyio/o JLû ^-^^ Jjlxd oCboJjLs; 

OOOIO .jysKâ yO-IOt J.2lL»9 joC$t\ Q.£y.Oll/ )K^JU2 Oi-3 >v\QJuo 

yOC+^o JouSts* l-Jr-^l l^^ 2 n^»? °>— i— 3 .)— *rfU*j y-./ 

J—^oooiy^. yooî^o a^j/o . v ooi.-»..*,.»y» jy-^-œ ooot ^a~a.Kjo 

,^s-»i )o|3s o^| ousi . v&.Q.Juo J—^aji ) «cho K-»/; ) ty <.\ 

yoijb )n\ v> )jl^. . jlj-.ps jL^oî yot-o )ia^ y-»/ oooio oyjLâo 

) .~bO.ll jL-IOf.^ OOOt > » I^O^Ot^O» yA^| yOCH.bs.Di .yooj^ 't-io/o 

Jv-ofrœ? ^..^ ylaV J^./ . Jy^oao ot\ ^«*po/ >\cu/ ^l^-so/ 
oi^JlS. «^/o Jlol/o jly^oil t— ^ )-*&* J-JOt t-^^o ) oaS, 
w^moK-/ )ju/j vooj^ yio/o Jji^io )-^ .(-^^oooiy K^sj )»l/ 
\aJ./ w^oi . (5)v»<THCiooj.,3 JKju,j>cl2 otV oyio/ . J._jo« 



(1) Un mot illisible A. u©v.a^$ûo (fj 

(2) Item. 

(3) Ou U'^o A. 

(4) Ua 0/ A. 

(5) Ce nom manque dans les mss. de Paris 232 et 237. qui donnent la ver- 
sion suivante : il se trouve dans la ville, il guérit des maladies de tout genre. 
Dans le ms. arabe n° 81 fol. 197 on lit : J^ ^ 5&eU| JLio LjOlII \j, 3*3 

JJjJL ^ ^L^slU d'où 1° on peut corriger le syriaque dans ce sens et lire par 

exemple uaof bwiaa "^>o, ou bien 2° il est plus probable que le texte original 
portait un nom de ville car le contexte en demande un. Ce nom mal transcrit 
dans le syriaque aurait été traduit dans /'arabe. Par exemple, le texte primitif 
pouvait porter Péloponèse (car on fait souvent mourir S. Luc en Aehaïe) et le 
traducteur arabe aurait lu N6<toç (M. Blochet). 



162 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 

y-l s-OIQjJLji ^>i{^0 .j-_OaX ^i» )KjlO )Kv> ,. ^ j-_3L^iO 
yQ^jlLJj )wJSL£> ^-.IJ^OO 1 îQ-^-oJjO^ J — ^^_=>9 JJ i-XXâO ).-.»/ 

)) . ffp> ) % i*>\ 001 jlpo ) oo\ ^_,j 1 > M o fol. 23 a) 
^o , ->\ sa^jo )» ini\ )^ji .«x-s )ooi w*oioK^/9 )»K\ U-Xs 

C*\ )V-0 . JjQJ ^Ll IW^-sV ♦— l>— O . JjSCL. j^LÛD Xs.N jKjL^Jtt 

VI » roo c^S..^; )J>JSo » «\o| yX OJ9 ji/ . ) ViX^, j-jot ^o 

yOOl— S Kj/ )V-0» K— »0010 ,JN* *>» )K-30,-_3 v»K » ^ •> yQj/ 

1 •; .»io ) — ba^o^i Jil/ ^X JUvfcs-io yOOULioo . K...J ).>..^>o / 

(fi) l-oijOi£>o wV2o ^Apoj J-=>» )ioiaj» ) n ;\jX )>_»,o )*»-*-»x 
.0(0 j-bOjfcoo t-0 o£\ t-^- 000 -^IÛ^^ XoXJ . |_^v m »\uo/; 
ooi ool oi.\ *^o/ .jooi Jv-ofSv.^o vm\ » rr> Jt-^-sv ooi; ^*i oocla 

^-laX-SQ-M L^^^ÛD |„^3L£> »jjk ) 1>\V> )o|* . J-JV (T> «N^^io/ 

)oC$X* ooi oi « .. a o ^K^^_^ \—xo\ .^J^ Xk^ûj Xo* oiloX 

jj-^v g\^ sû-Û&SftoO t_D ) iJLSJ » «\o| ) ÎL« ^y> JtOV^/l 

JLOJD )ÀsJ... t .^o\ LJSL£> O-^iO )cXO ■ )S\ V> ^-^O JloJiOi l-L** 

\*-i-o ^o (JîKjlS. yoj/ X*_ûjl p ooi ^*» I^^l^v .) :y>\ n.a 
oik^io* )t-**f* )j°'P J 00 t° K-)ju.2o/ yoous )ooi )j-o . |„oa\ 

OJ^JL/ i^^v ) > ï ^<Y>0 . j^^iOOoT* K-*-3* Jloïl/ yOOÎXaLS joC^Si 

. JKjlq_o* ) n\>o OOOIO OjlV> 



(h Protectores ou QpoSéx-cup (espion?). 

(2) ovSojAso. 



MARTYRE DE SAINT LUC. IG'.) 

y&x sm\ > «> ^-bo sx-v^ t-3 . |^s m » N V ^o / ^9 )-oaS 

Joi^jJ Jod .. -MiNO jLjU.^ ^-»9 OOI . s-OICL^w^ jj^OÏO JÎSOO— 

.*,..... >n\ i^op> )V-*^°/ k-^=> ^cl^ûoIKj; ia^^o ^aâ .ot-a^i 
.) oo^ J_Ju.*,_aSt ^.oi^JoK^j; )jl^^o y.J±2> )v3> )oot ^»9 p 

K.^.^i );!/ oj^o ?')-»? ©01 (Loa^ 001 Kj/ .0*^ t^°l° )"Nv> 

) .,...-. »^Q XsQJu. yV-^O V-^K f*°l •)— 3^°^ V*°/° ) ™^ 

y-^i yjj )— JL-i-OO )t »^.«> o£^.< ya^^oJL— s (fol 23 V 

w.K^-^»io ) * .»3 )J)— io ^^-D yo^» \ \ y ., v>/o yQ-aL^ 
fil (Lt^-i t^^JP J- y» -a > oî vODV^J» ojoîo o^** .)la^^t-3 

ia\.:>o . J._j/ ssf- ) t ào s^ax-. V-^-vx Oi^ -U»/ ^t-- JJ ^? 

Jjotb, o«\ (5)t\D»&J juJJ? v aA 1 v-l^io/ JJ; V^°/° U^ ^-*? 

OOCLU OOI OW^CLU; |K.NJl^ OI-SO . ^QJl- —Oio!^-. /* o^Ot-O |^CUl 

v-»oiaio^o » » v> », CD; JJLoaj yook^.3 oi\.°> 1 otVto°> ^o ^ai^ 

. \ *>\.^Q )\.~ y-*% y-3 . ).- ^JL~j OOOIO yOOi.3 'i » » t v> «Ot-bOS 

^•po{ t^o |—io^ Jj, n s a^o .^0019 » «Not ot^a^i ^*^»/o 

(1) 0W0 est illisible A. 

(2) K/»-*> A 

(3) Peu lisible. 

(4) ûoo/ (,) A. 
5) jSjûû'A. 
(6) ^v5*os^e* A. 



164 REVUE DE LDRIENT CHRETIEN. 

JouSn (l)i-ao/ ^oiolu^ y^^i .)-£-, ^jo |-oql^ )joi ^_oKju 

^.J oot .)-^»/ ^^ 0001 oC^o ^jlJKjo I—ju.^ oit^> oj^o 
Vmmûo; 001 .ouA_3 joC^jJ Jooi » .. i» V» | — ûq\ ) — k-,._0 
)L«at^wio 001 ool ,.-03 .)V-»^°° ) »*-o )f-JL& w^OI > ^à. OtS. 
ouso . ou»j>i yccs (Lt^a cu ; ot^. -2 yp n <t>°>h l—io^o |bJw»Jti 
jioi .(ji^io o&. V^°/ •) il\,^o» ou t oo^ AioUf jKxjua 
JJujJ yooio K—ooi j^^ioi >.^-\aj; JJsNo looi j-sfcoi )*-./ 

^•i ) in, . wlo *>\ v> a tSw/? ) «v>oo<V? ) v>\ ^o | ^ « ï°> 

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oj_~ t^°/° oiUoc^ w^o s-otôls/ joot VfS^o . ^.oC^n ]J?o J.ju/i 

(1) iUol A |,' second l est barré. 

(2) v oaâj* A. 
ow-N»' A. 

i Ce mol esl effacé \ 



MARTYRE DE SAINT LUC. 165 

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^ouSw-3 v*.\ a^a^L.iio ^>y ^xN ) Ici •> » ^ 001 . yooio A*-*/; 



(1) Inatus en éthiopien. 

(2) U*-«3 A 

(3) 287 en éthiopien: '269 dans le ms. 247. 

(4) spW A mais à la fin du martyre on a „p»i^-o- 

(5) En place de ces dates l'éthiopien porte le 22 tekemt. 

(6) oi-v-soûs.a A. 



166 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

P .s£DOV^O ^^,j |^| \CL\ ' v^ .. IV>Q .^S...? Jfco^cL*) 
)»_*, o£S N-./; }"- ^-S ,-iO ».— ^.CXQ^bs ^o^ > »\o< v^o/ 
K-*Êol( 0(bOwJi V-^o . JjDO^ Jj^t-O? CH-»_i ^.mii ^^Ok ),jl..\ 
)ooi9 Vt~-^o ^-»; J>_~ t_o . ).».\.°> 0011 jK^^ai» ) l^s ^»cx 

1—ûo^ ) — l^q^9 ot » »jN ex nm°>o . ) û.1^0/9 cxKyi,... -> v qjcm 
(fol. 24 y.) oua^. j-JV~/ 1-^^-3 ooio ) % ., o |^^cû-^^o/ 

yQJOI J iJLâ ^») J-JSL£> . ).^OL^0 ^OJU yV^O-5 (3) y. V> .OQ 

^9 t~^ . j^eu^d w.ouo^o ) n m •> U>a\ Ljl- v .û^ ott-^3 av> co 

.)jqj ;o»j» (Lt a cuoiao |^t- ^ >^2j .J^S^s v))JUj^v 

si^â/ JJJL^D JcL.10 y iv> JJ 9 )l'^o^lo JLoL/ ouâ joC^s t_^s 

L^-CÛ-aX^wIo/ vUL^O ^ w»0 : i-XDOI » .jvi/o 0001 y.\Q p 

Vt^o k-./* \K^~ )jaj joi . J ...._*,*. ^o, Cj^-^-^oXl ) oo\ 

5 ^»— »!/ t-so .^. ]Vt~^ >^oi yt^oj OiiOjO oi*»~^ ~oiok~./i 
^q.-^ûoU/o v 7)J»a^j jJ» )t-û-»t^ (6 «.3 J»JL/ ^_ju-j/ y_io 



(1) ...OJ_iO A 

(•2) U^., A. 

(3) ^va* w A. 

(4) )L--- A l'éthiopien porte île. 

(5) M ^o est une conjecture, car ces lettres sonl peu I1- 1 

(6) Il manque un mot et demi ^ûvL/ ow (?). 

(7) *^ A 



MARTYRE DE SAINT LUC. 167 

(1)\GDQ^39 yOf-JlS^O y0f~O .yi.iO >îsQJL^ )—«,«.■«■ JL^O» j— «w^^JlO 

. \ <*> ^ a J—.ïpoj ^; ) -./y» •*> .|_^^oooiV; ) . / .. ■».. •> ym\ ->$/ 
K-JiK^ ) » .Va-io» ) ./, » •> ool » I *>Kso ^^o|.^j5 »—-ilo 
♦— .» j._i^.^o . yo^-Ji oilo i \v> a ye\ », o ^-.y*!^ (2)^fin\ 

) iK^a^o ) Y t ->v> -ou(u| ^ JI^-^^ûdo Jv~a~*/o ) — ..,*>a» 

» «>o^. ^abs^s^o ^ajNli->o \.-xo\ ) lu», oo ) » .. ou*oio 

(1) Une ou deux lettres manquent au commencement de cç mot. .M. Wright à 
lu a»ix.;i,D< on a plus haut ^oa*;3t»«o- 

(2) Les mss. 232 el 237 portenl aussi le 22 ^ol»- 

Le texte précédenl a été coliationné sur le ms. par 1 M. Brooks. Les particulari- 
tés orthographiques existent donc dans le texte. 

F. Nau. 



VIE DU MOINE 

RABBAN VOUSSEF BOUSNAYA 

(Suite:) 



<ÏI APITHE VII. 



Des actions glorieuses des Pi res qui vèc\ ri m en même temps 

QUE RABBAN YOUSSEF 01 I N ri il WWI LUI, ET DONT IL PARLAIT. 

— Que Notre-Seignei rsoit content de moi, par leurs priJ res! 

Amen. 

Dieu qui est un, dans Bon essence comme dans ses propriétés; 
d'une unité singulière et spéciale dans bod mode, a créé et fait 
toutes choses dans l'unité de sa sagesse insondable pour tous. 
Et, bien qu'il en soit ainsi, qu'il soit un en tout, pour tout et 
par tout, cependant, il distribue ses dons d'une foule de manières, 
non qu'il soit lui-même divise, ou sous l'influence d'une cause 
extérieure, car, si cela était — absit! — il ne serait plus un; 
niais pourtant, à cause de cela, on peut le dire multiple et même 
muable, mais seulement sous le rapport de la diversité de ses 
différents dons, qui fait connaître l'unité de son essence et de 
toutes ses propriétés ainsi que de leur perfection, leur immuta- 
bilité, et son infinité absolue en tout et pour tout, sans dépen- 
dance d'aucune cause en quoi que ce soit de ce qu'il est. 

Donc, un est le Seigneur-Esprit qui distribue tous les dons à 
tous et pour tout. A l'un est donné l'esprit de prophétie en cet 
Esprit, à l'autre la science de l'esprit et la sagesse en ce même 
Esprit, à un autre la vision, à celui-ci les prodiges et les mira- 
cles, à celui-là le don de la parole, à d'autres d'autres dons, tou- 
jours dans le même Esprit qui les distribue et les donne quand 



VIE DU MOINE RABBAX Y0US8EP BOUSNAVA. 169 

et comme il veut (1), pour l'utilité générale de cet Univers. Par 
leur multitude, ils font connaître l'unité de volonté et l'immen- 
sité de celui qui les dispense, de qui vient et par qui se fait leur 
distribution, qui n'a point lieu en dehors de lui pour une cause 
quelconque. 

La sagesse souverainement adorable du Créateur souveraine- 
ment sage, est aussi manifestée quand il distribue diversement 
ses dons à ceux qui les reçoivent; de même que la sagesse d'un 
jardinier est manifestée par le nombre et la variété des arbres 
qu'il a réunis et plantés dans son jardin ; car ceux-ci étant très 
nombreux donnent des saveurs et des parfums variés. Il y en a 
qui donnent des parfums et d'autres qui n'en donnent pas. Il y 
a des orangers, des coignassiers, des grenadiers, etc.; il y a 
des citronniers, des rosiers, des jasmins et d'autres arbres exha- 
lant des parfums; il y a aussi des oliviers, des amandiers, des 
noyers et d'autres arbres qui donnent, chacun selon son espèce, 
un fruit agréable et différent dans sa variété, ou un parfum que 
ne donne point un autre. On ne méprise point l'un parce qu'il 
n'est pas semblable à l'autre ; mais au contraire on tire de chacun 
un autre agrément. Et pourtant, tous sont plantés dans un 
même jardin et tous croissent arrosés par les eaux de la même 
source, tous profitent des bienfaits d'un même soleil et d'une 
même atmosphère; bien que leurs saveurs et leurs parfums 
soient différents, par leurs fruits ils sont tous utiles aux hommes. 

De même aussi, une est la nature des hommes, et un leur 
Créateur et leur auteur, par qui tous sont créés, demeurent et 
subsistent; en lui, ils croissent, vivent et se meuvent (2); par 
lui ils sont tout ce qu'ils sont : ce qu'ils sont dans l'universa- 
lité, dans la singularité et dans les particularités de l'invidua- 
lité; dans les choses semblables et dans celles qui ne le sont 
pas, dans les choses louables et dans celles qui diffèrent (3), en 
un mot : en tout ce qui est du tout, et en tout ce qui est de l'in- 
dividu, en tout ce qui vient du tout et en tout ce qui vient de 
l'individu, en tout ce qui regarde le tout, et en tout ce qui re- 
garde l'individu, en tout ce qui se fait par le tout et en tout ce 

(1) Cfr. I Cor., xii, 8-10. 
(-2) Act. Apost., xvn, 28. 

(3) Peut-être faudrait-il traduire : dans les choses permanentes et dans les choses 
inuahles (dans la substance et les accidents?). 



170 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEX. 

qui se fait par l'individu, en tout ce qui va du tout au tout et en 
tout ce qui va de l'individu à l'individu. Ils s'abreuvent à la 
même source de sa grâce; par un même esprit, ils croissent et 
arrivent à produire des fruits de goûts et de parfums variés. 
Mais à chacun un don est concédé par Dieu : à l'un ainsi, à l'au- 
tre autrement (1). L'un est plus grand sous ce rapport et moin- 
dre sous un autre, l'autre est petit sous celui-ci et grand sous 
celui-là. Cependant, nous ne disons point que celui qui a reçu 
providentiellement quelque chose, à cause de la Providence, est 
plus grand que celui qui en a été privé à cause de cette même 
Providence, ni que celui-ci est moindre que celui-là; car toutes 
les dispositions providentielles sont ordonnées en vue du bien 
général. 

Et puisqu'il en est ainsi, il ne faut pas que celui qui a reçu 
quelque chose de la Providence pour l'utilité de tous soit empê- 
ché de le produire sur la table du jardin de la sainte Église, 
pour servir de nourriture aux âmes qui y poussent et y sont 
plantées. — C'est pourquoi, moi le plus misérable de tous, à qui 
il a été donné d'apprendre de Rabban Youssef lui-même quelque 
chose des actions illustres des saints Pères, ses contemporains, 
je ne dois pas les cacher ni les dissimuler, mais bien les placer 
sur la table du jardin de cette histoire, pour servir de nourriture 
aux âmes pures, avides de tels mets. Sans doute, le style en est 
rude, simple et grossier; mais il faut faire attention à la vertu 
cachée dans les choses écrites, et non point à l'inconvenance, à 
la grossièreté, à la rusticité, à la naïveté du langage, ou à l'i- 
gnorance et à la témérité de l'écrivain, qui a osé, à cause des sup- 
plications de ceux qui l'ont tourmenté, entreprendre quelque 
chose qui ne lui convenait point et qui était infiniment au-dessus 
de lui. 

Maintenant donc, je vais écrire, avec la confiance en Dieu, 
selon notre dessein, les actions illustres des Saints, dont 
R. Youssef m'a parlé, ou que j'ai connus et avec lesquels je me suis 
entretenu; mais une partie seulement, comme une bénédic- 
tion (2). — En cela je suivrai cet ordre : je parlerai d'abord de 

(1) I Cor., vu, 7. 

(2) Le mot bénédiction est un terme d'un emploi assez vague. Le sens me parait 
être : « pour que leur mémoire soit en bénédiction ». — Ce mot a aussi le sens 
de « don » ou « présent », et est employé plus bas avec cette acception. 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAVA. 171 

celui qui est le plus ancien, et ensuite de celui qui est venu après. 
Fuisse ma faiblesse être secourue par les prières de ces bienheu- 
reux et par celles de R. Youssef ; qu'elles m'aident dans l'accom- 
plissement de ce négoce [spirituel] ! Amen. 

/. — Rabban Yôhannan, appelé de Helephta. — Que sa 

prière nous soit en aide! Amen. 

Ce bienheureux Yohannan était du pays de Marga, du village 
appelé Helephta (1). Il fit son noviciat de la vie monastique dans 
le couvent de saint Rabban Hormizd. Après y avoir passé un 
certain temps, s'être appliqué aux labeurs de la vie commune, 
et s'être adonné aux labeurs qu'on pratique dans la vie de cellule, 
il désira vivement habiter un endroit désert dans la montagne, 
afin de se fortifier là contre les attaques violentes et puissantes 
des esprits mauvais, et de n'avoir dans sa lutte aucun obstacle 
par ses liens avec le monde. 

Il sortit donc du couvent et se fixa dans le monastère appelé 
« Hisha (2) », où avait habité la troupe bénie des compagnons 
de Rabban Yôzédeq (3) et de Rabban Hormizd. Il passa de lon- 
gues années dans ce monastère, et triompha dans tous ses com- 
bats contre ses adversaires. Son intelligence progressa, s'avança, 
s'éleva dans toutes les contemplations divines; dans la première 
il s'instruisit, dans la seconde, il progressa, dans la quatrième 
et la cinquième, il acquit la sagesse; [et ainsi de suite] jusqu'à 
ce qu'il eût atteint le principe et la fin, le terme de tous les 
termes, dans lequel il n'y a ni passé ni présent, parce qu'il est 
insondable, inaccessible, incompréhensible. 

Il ne plut pas à Dieu, qui veut le bien général de toutes les 
créatures raisonnables, qu'il restât à travailler ainsi pour son 
propre avantage ; mais au contraire qu'un grand nombre fût se- 
couru en lui et par lui. — La grâce l'excita à retourner à son 
couvent. Il revint à sa cellule, dans le couvent, selon le dessein 
de celui qui le dirigeait, notre Dieu adorable. Il fut le refuge 



(1) Cfr. ci-dessus, p. 381 (t. II, ann. 1897). 

(2) C'est-à-dire du « sommet » ou de la « tète ». — Cf. J.-B. Chabot, Le Livre de 
la Chasteté, n° s 88, 90, 106. 

(3) Sur R. Yôzédeq, cf. op. cit., n" 90. 



172 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

des opprimés et des affligés qui recouraient à lui. Le Seigneur 
répandit par ses mains des secours, des prodiges et des miracles 
nombreux. Il fut subjugué violemment par la grâce qui l'établit 
chef et directeur de cette congrégation bénie. Il dirigea long- 
temps le couvent avec un zèle assidu et éclairé, sans négligence 
ni lâcheté, joint à la crainte de Dieu et à l'orthodoxie. Il eut de 
nombreux disciples dont nous devons parler séparément. 

Ce bienheureux s'éleva et parvint au degré [de perfection] de 
saint Rabban Hormizd, ainsi que l'a raconté un de ses disciples 
à R. Youssef. Il lui raconta, en effet, ceci : 

Un jour que ses disciples étaient réunis autour de lui et qu'il 
s'entretenait avec eux des divins mystères, il leur dit : « Je 
connais de notre temps un homme qui est parvenu au degré de 
Rabban Hormizd. » — En disant cela, il faisait allusion à lui- 
même; car c'était lui qui était parvenu au degré [de perfection] 
auquel s'était élevé R. Hormizd. 

Rabban Youssef racontait qu'un des disciples de ce saint lui 
avait dit ceci : 

Une fois, le blé vint à manquer dans la communauté; 
R. Yohannan rassembla les bêtes de somme et partit chercher du 
blé à Marga. Quand ils arrivèrent au pied de la montagne sur 
le sommet de laquelle était situé le couvent dans lequel le saint 
habitait, il dit à ceux qui l'accompagnaient : « Attendez-moi un 
peu ici, je monterai visiter la cellule. » — Or, pendant qu'il 
gravissait la montagne, ils virent un tigre (1) qui descendit en 
courant vers lui et vint se coucher devant lui comme pour le 
vénérer; puis il se leva, lui embrassa les mains et lui lécha les 
pieds. R. Yohannan lui passait la main sur la tête, le frappait 
amicalement et lui disait : « Pourquoi, mon petit enfant, as-tu 
quitté la cellule pour venir? » — Ce tigre courut devant lui, 
pendant qu'il montait à la cellule. Ceux qui étaient avec le 
saint, voyant ce prodige, furent saisis de frayeur et d'admira- 
tion ; ils louèrent le Dieu sublime qui avait rendu à l'homme la 
gloire première qu'il avait avant la transgression, et la puissance 
par laquelle toute la création lui était soumise, et qui lui ac- 
cordait de vivre pacifiquement avec les bêtes féroces, comme au 
commencement. 

(1) Ou un léopard, le mot a les deux sens. 



VIE DU MOINE RABI5AX YOUSSEF BOUSNAYA. 173 

Rabban Yohannan avait un disciple appelé Ishô'rahmeh (1^. 
Celui-ci raconta à R. Youssef ce qui suit : 

R. Yohannan sortait de temps en temps dans la montagne 
pour visiter les saints qui habitaient alors dans les rochers ou 
dans le désert. Une nuit, il sortit pour s'y rendre, selon sa cou- 
tume, et appela ce frère pour l'accompagner jusqu'au sommet 
et revenir ensuite. Tandis qu'ils marchaient dans le sentier 
de Yarbà appelé Dayvâ (2), le frère lui dit : « Rabban, j'ai grand 
soif. » — Il y avait sur la déclivité du sentier une petite touffe 
de hourdaphnê(3); le saint en prit cinq ou six feuilles et les 
lui donna en disant : « Mon fils, prends et mange cette herbe ; 
elle calmera ta soif. » — Le frère mangea ces feuilles sans 
savoir ce que c'était, et il disait que de sa vie il n'avait goûté 
quelque chose d'aussi agréable, tant elles étaient douces, sua- 
ves et délicieuses. Sa soif fut calmée, et il en ressentit un grand 
plaisir. Il garda dans sa main l'une de ces feuilles pour l'exa- 
miner au jour et voir quelle était cette chose d'un goût si ad- 
mirable. Le saint devina sa pensée et lui dit : « Mon fils, mange 
la feuille qui est restée dans ta main, car quand il fera jour elle 
deviendra amère ». — Le frère lui répondit : « Oui, maître! » 
mais il ne la mangea point. — Un moment après le saint lui 
dit de nouveau : « Mon fils, mange cette feuille, afin qu'elle ne 
devienne pas amère quand il fera jour. — Oui », répliqua- 
t-il; mais il ne la mangea point. Arrivé au sommet, il salua le 
saint, prit congé de lui et revint à sa cellule. Au matin, ce frère 
vit que c'était une feuille de hourdaphnê, et il en fut très sur- 
pris. Il la goûta et au même instant son amertume le pénétra 
jusqu'à la moelle. Alors il se repentit d'avoir désobéi au saint, 
et loua la puissance divine qui adoucit les choses amères, quelles 
qu'elles soient, et qui, par les prières du saint, avait rendue douce 
cette herbe amère, afin de faire connaître la vertu secrète qui se 
trouve dans les familiers du Christ Notre-Seigneur. 

Rabban Yohannan avait un autre disciple nommé Yônan (4). 

(1) Ce nom signifie : Jésus est son ami. 

(2) C'est-à-dire : Chemin du diable. 

(3) J'ignore quelle est cette plante. Un prêtre chaldéen que j'ai interrogé à ce 
sujet m'écrit : ■• C'est un arbuste qui demeure toujours vert: ses feuilles sont 
longues de deux pouces et larges de trois centimètres; elles sont extrêmement 
amères. J'ignore comment on l'appelle en Europe, car je ne l'y ai jamais vu. » 

(-1) Jonas. 

ORIENT CHRÉTIEN. 12 



* 



174 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

Il était son compagnon de cellule et il . le servait continuelle- 
ment. Il rapporta à R. Youssef qui me Ta raconté lui-même, ce 
qui suit : 

Un jour, un chrétien du village de Babousa vint trouver 
R. Yohannan et lui demanda ses prières, en lui faisant con- 
naître son indigence. Sur Tordre de R. Yohannan, ce frère lui 
donna de quoi faire sa route sur ce qu'il avait. Quand cet 
homme voulut sortir, il revint trouver le saint et lui dit : « J'ai 
des petits enfants, et je n'ai rien à leur donner à manger, à l'en- 
trée du carême ; je te prie de demander au Christ de leur pré- 
parer quelque chose à manger. » — Le saint eut pitié de lui 
et lui dit : « Va, et quand tu descendras dans le torrent, tu 
trouveras une chèvre sauvage avec ses deux petits sur ton che- 
min. Tu prendras l'un des petits et tu laisseras l'autre à sa 
mère. » — La chose se passa comme avait dit le saint. Mais cet 
homme, dans son avidité, oublia l'ordre du saint; il prit les 
deux petits et les égorgea. Or, à ce moment même, le saint dit 
au frère : « Yonàn, mon fils, ce pauvre a tué les deux petits de 
la chèvre. » — L'homme après avoir tué les deux petits «fut 
saisi de terreur. Il était agité, troublé, inquiet. Il prit les deux 
petits qu'il avait tués et vint à la porte de la cellule du saint. 
Il frappa. Rabban Yônan sortit vers lui et lui dit : « mal- 
heureux, pourquoi as-tu osé transgresser l'ordre du saint? » — 
Il l'introduisit auprès de R. Yohannan, et se jeta lui-même aux 
pieds du saint en lui demandant d'avoir pitié de ce pauvre. Rab- 
ban dit à cet homme : « Pourquoi as-tu osé priver cette chèvre 
de ses deux petits? Ne t'avais-je pas ordonné de n'en prendre 
qu'un et de lui laisser l'autre. » — L'homme se mit à pleurer 
et lui dit : « Rabban, j'ai péché. Prie pour moi : car je me meurs, 
et mes enfants vont rester orphelins. » — Le saint fit sur lui le 
signe de la croix, et le délivra de cette terreur qui l'avait en- 
vahi; puis il le renvoya à sa maison. L'homme jeta les deux 
petits chevreaux égorgés devant le saint, sortit et s'en alla. La 
§ mère de ces petits se tenait sur le rocher au-dessus de la cellule 
du saint, poussant de grands cris. R. Yônan ferma la porte et 
revint près de R. Yohannan : les chevreaux étaient encore devant 
lui; le saint étendit alors la main, fit le signe de la croix sur 
ces petits animaux qui avaient été égorgés en disant : « Au nom 
du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Amen. Que la puissance de 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 175 

la Trinité sainte vous ressuscite. » — Et, à l'instant même, les 
deux chevreaux égorgés bondirent devant lui et allèrent retrou- 
ver leur mère sur le rocher. 

grandeur delà grâce ineffable donnée, dans le Christ Notre- 
Seigneur, aux hommes qui de passibles et mortels deviennent 
dieux, et comme Dieu ressuscitent les morts tués auparavant ! 
En vérité la nature humaine a été élevée par le Christ à ce su- 
blime honneur qui fait des hommes les enfants de Dieu, sem- 
blables à Dieu, capables de faire comme Dieu et par Dieu tout 
ce qu'ils veulent. Gloire à ta bonté, ô Dieu ! oui, gloire à ta bonté 
ineffable, qui a été répandue sur nous par ton Fils bien-aimé, 
Notre-Seigneur Jésus-Christ; à toi, à lui et à l'Esprit-Saint la 
louange qui convient à ta gloire! Amen. 



77. — Rabban Yônan, disciple de Rabban Yohannan. — Que 

nous soyons conserves par ses prières! Amen. 

Rabban Yônan était du pays de Marga; il fut, ainsi que je 
l'ai dit plus haut, le disciple et le familier de R. Yohannan, et 
travaillait en toute obéissance et simplicité sous sa direction. 
Il était très humble et fort appliqué dans le labeur du saint 
monachisme, c'est-à-dire dans les œuvres qu'on pratique dans 
la cellule et dans l'office qu'il accomplissait hors de la présence 
du saint. 

Rabban Youssef disait que Rabban Yônan racontait ceci : 

Un jour, pendant les semaines d'obligation (1), comme il se 
trouvait dans sa cellule, étant encore novice, il fut attaqué par 
une nombreuse troupe de démons. Comme il s'adonnait à un 
rude combat avec eux, R. Yohannan vint se placer entre lui et 
eux, fit sur eux le signe de la croix, et leur dit : « Que voulez- 
vous à mon fils qui est mon bien-aimé! Allez-vous-en, maudits! 
car vous n'avez point de pouvoir sur lui. » — Et depuis ce jour- 
là R. Yônan fut délivré de l'attaque des démons. 

Rabban Youssef racontait de lui qu'il parvint à un sublime 



(l) J'ignore le sens précis de cette expression qui signifie littéralement « les 
semaines liées ». — Il s'agit su renient d'un temps de jeûne, et probablement, 
d'une façon générale, le temps de l'année consacré au jeune. 



176 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

degré de perfection, au point qu'il n'était plus en ce monde que 
par son corps ; car son esprit habitait au-dessus des cieux, et son 
intelligence était continuellement appliquée aux choses divines. 
De sorte qu'il mangeait et ne savait pas s'il avait mangé, ou qu'il 
restait sans manger sans le savoir. Il restait des jours sans rien 
goûter et ne s'en apercevait pas avant que son disciple vînt l'en 
avertir et lui apporter quelque chose à manger. — Parfois aussi, 
il sortait pour aller recevoir les saints mystères après avoir 
mangé, et son disciple devait l'en détourner et veiller à ce qu'il 
ne fît pas cela. Quand son esprit était ravi en extase, il igno- 
rait si cela avait duré un ou plusieurs jours. C'est pourquoi il 
interrogeait continuellement sur les jours. 

Telle est la sublime perfection à laquelle parvint ce bienheu- 
reux ! Que le Christ nous en rende tous dignes par son interces- 
sion! Amen. 



///. — i) Un très illustre moine du couvent de Rabban Hor- 
mizd. — A"' pitié de nous, Seigneur, par ses prières! 
Amen. 

Rabban Youssef racontait ce qui suit au sujet de ce moine 
dont il ne lit pas connaître le nom. 

Il était très vertueux dans ses œuvres, très laborieux, appli- 
qué, et très zélé dans la crainte de Dieu. Comme la partie iras- 
cible de son âme était devenue très pure, il agissait par elle 
naturellement selon la nature de sa création : c'était ce que les 
hommes intelligents appellent « un chien aboyant contre les 
loups nocturnes et ravisseurs ». — < »r, il était continuellement 
excité par cette ardeur de son âme, dans l'état de sa création 
première. 

Il y avait dans un village appelé Daira-hedata (1), un Arabe 
qui vexait beaucoup les moines et les cénobites qui passaient 
par là. 11 lui naquit un fils. La mère de l'enfant voulut le faire 
baptiser dans le couvent, et elle pressa son mari, qui était très 
mauvais, de telle sorte qu'enfin il conduisit l'enfant au couvent. 
Un des frères prit reniant dans ses bras et le fit passer aux 

(1) C'est-à-dire : ■ Le Couvent M uf ». 



VIE DE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 177 

moines clans l'église afin qu'ils priassent pour lui. Quand il ar- 
riva près de cet illustre moine, celui-ci demanda de qui cet 
enfant était fds; et quand il apprit qu'il était le fds de cet Arabe, 
il étendit la main sur l'enfant et dit : « Que la lance du Seigneur 
transperce cet enfant, à cause du péché de son père persécuteur 
des moines! » Et, à l'instant même, l'enfant mourut clans les 
bras de celui qui le portait. Quand ses parents apprirent cela, 
ils troublèrent le temple du cri de leurs lamentations et de leurs 
pleurs amers. Ce bienheureux appela le père de l'enfant et lui 
dit : « Cette lance qui a tué ton fils aurait dû passer au travers 
de toi, à cause de ton insanité, parce que tu tourmentes beau- 
coup les frères. Mais Dieu a usé de longanimité envers loi, et 
peut-être te convertiras-tu de ta malice. » — Cet homme pleura 
en sa présence et promit avec serment que désormais il n'affli- 
gerait jamais les moines. — Alors le bienheureux lui donna trois 
pains bénits (1) et lui dit : « Si tu accomplis ta promesse, 
Dieu te donnera trois fils. Tu le réjouiras en eux, et ils seront 
les héritiers de ta maison après toi. » — Cet homme crut à ce 
que lui disait le bienheureux. Depuis ce jour il ne tourmenta 
plus jamais aucun des frères; mais, quand ils passaient par ce 
village, il les faisait entrer clans sa maison et les honorait beau- 
coup. _ La parole du bienheureux se réalisa : Dieu lui donna 
trois fils. Il fit baptiser ses enfants dans le couvent, louant et 
glorifiant Dieu qui avait eu pitié de lui. 

Une nuit, un dimanche quecet illustre frère était appuyé, selon 
sa coutume, dans un angle du temple, le lecteur se mit à lire dans 
l'intervalle d'un nocturne, et il parvint au paragraphe clans 
lequel l'abbé Isaïe dit : (2) « Prends jusqu'à trois coupes. » 
— Le lecteur, voulant plaisanter, lut ainsi : « Prends jusqu'à 
trente coupes. » — Le bienheureux cria de son coin et lui 
dit : « La lance du Seigneur ne te transpercera-t-elle pas, pour 
oser plaisanter et t'amuser, alors que tu es dans une assemblée 
au milieu de laquelle servent les anges? » — A l'instant même 
le livre tomba des mains du lecteur qui lui-même tomba mort à 

(1) Cf. ci-dessus, p. 102 (t. II), n. 1. — Mais l'expression tau'é henana employée 
ici désigne plus spécialement un petit pain de forme carrée, qui a été l'objet d'une 
bénédiction spéciale. 

(2) Isaïe, moine de Scété. — Ses œuvres ascétiques ont joui d'une grande estime 
chez les Syriens et ont été traduites du grec en leur langue. — Cf. Migne, Pair. 
Gr, t. xl. 



J7S REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

terre. — Les frères l'emportèrent et l'ensevelirent comme 11a- 
nania(l), son semblable, qu'avait aussi transpercé cette lance 
du zèle divin. 

Tel était le degré de la pureté des facultés de son âme auquel 
parvint ce bienheureux, et telle était la puissance qu'il avait 
reçue, qu'en même temps qu'il parlait, ce qu'il disait s'accom- 
plissait, «doireàcelui qui le fit triompher! <,>ue ses miséricordes 
se^répandenl continuellement sur nous, sur le misérable écri- 
vain et sur ses frères! Amen. 



/r. — Rabban Ishô'-Bar-Noun. — Que sa prière 
secoure ma faiblesse! Amen. 

Ce bienheureux (2) lit son noviciat dans le couvent de S. Rab- 
ban Hormizd. Il fut l'un des disciples de R. Yohannan. Avec 
l'aide du Seigneur qui l'accompagnait, dès le commencement de 
son noviciat, il s'adonna de préférence aux labeurs ardus qui 
s'exercent sur le corps : il y fut très appliqué et y excella. A 
cause de la multiplicité des labeurs corporels, les démons ont 
coutume de devenir très jaloux de celui qui 3'y applique : car, 
ils ne peuvent supporter de voir des êtres corporels accomplir des 
œuvres spirituelles; c'est pourquoi ils s'efforcent, autant qu'ils 
peuvent, de faire tomber le frère qui s'y adonne dans la vaine 
gloire, destructive de ton- les mérites, ou dan- l'orgueil op| 
à Dieu. A cause de cela et pour cela, le frère a besoin d'une 
grande humilité, pour s'humilier lui-même en tout et se mé- 
priser lui-même avant tout; afin de pouvoir, dans le Seigneur 
Jésus, !'■ prince des humbles, échapper aux ennemis el aux ad- 
versaires qui s'opposent à lui. — Comme ce bienheureux savait 
fort bien cria, il s'appliqua de toul son soin à acquérir le mépris 
de soi-même. 

Rabban Youssef racontait ce qui suit à son sujet : 
Un jour que les frères étaient assemblés dans le temple pour 
la célébration des saints mystères, ce bienheureux vint lui- 
même à l'église d'une façon étonnante et très étrange : le 

1 I S. Act. Apost., v. 1-6. 

2 I.'' nom '!'■ Ishô'-Bar-Noun esl la transcription de cehii de Josué, fils 'l' 1 
Noun ■■ (Exod. xxxm, 1 1). 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 179 

visage noirci, portant au cou un collier forme avec des os, sa 
ceinture et sa tunique liées au-dessus des genoux, à cheval sur 
un bâton, tenant une baguette à la main, et courant comme s'il 
avait été sur une monture; il vint et entra dans l'église en cette 
manière; il s'avança jusqu'à la grille [du sanctuaire], sortit du 
temple, s'en alla au milieu du couvent, puis revint à l'église. 
Son disciple courut le trouver, et le reprit secrètement en lui 
disant : « Voilà que, pour ton utilité personnelle, tu causes du 
dommage à tous les frères. » — Alors, il baissa la tête, regarda 
la terre, et s'en alla à sa cellule. — Les frères étaient tous dans 
l'étonnement et dans l'affliction, de ce qu'un homme aussi ver- 
tueux était possédé du démon. Son disciple alla le rejoindre et 
lui lava le visage. Longtemps après, ce même disciple tomba à 
ses pieds et lui demanda, dans la charité et la liberté dont il 
usait avec lui, de lui apprendre pourquoi il avait fait paraître 
une telle humilité et un si extraordinaire mépris de soi-même. 
— Vaincu parles instances de son ami. Kabban lui dit : « Sache, 
mon fils, que depuis une semaine j'étais engagé dans un grand 
combat, difficile à expliquer, avec les démons qui s'attaquaient 
à moi astucieusement, pour introduire en moi la vaine gloire de 
laquelle naît l'orgueil qui fait périr l'homme; je me suis efforcé 
par toute sorte de labeurs de faire cesser leurs attaques; en ces 
derniers jours, ces maudits et rusés démons s'armèrent et s'as- 
semblèrent contre moi et m'attaquèrent avec encore plus d'au- 
dace et d'astuce. Voyant que l'affaire s'aggravait, j'ai eu recours 
à cette humiliation et à ce mépris de moi-même, de sorte que le 
christ les chassa de ma présence et me procura la délivrance 
de leur attaque, par sa grâce miséricordieuse. » 

Rabban Youssef racontait encore ceci de ce bienheureux : 
Un jour, des frères passèrent à la porte de sa cellule et l'enten- 
dirent qui parlait comme avec une femme en disant : « Malheur 
à cause de toi, scélérate! Jusqu'à quand te serai-je soumis et 
seras-tu ma maîtresse? ne te suffit-il pas de l'avoir été jusqu'à 
présent? crains Dieu, et délivre-moi de cet assujettissement 
sans profit. » Et il ajoutait beaucoup de choses analogues. — 
Les frères coururent trouver le supérieur du couvent et les vieil- 
lards et leur apprirent qu'une femmeétait auprès de ce vieillard, 
dans l'intérieur de sa cellule. 
Le supérieur du couvent et les vieillards en furent très sur- 



180 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

pris et s'affligeaient en leur cœur de ce qu'une chose aussi la- 
mentable lut arrivée à un homme vertueux comme celui-là, qui 
était le soutien de tout le pays. Ils se mirent en route et allè- 
rent à la cellule du vieillard. Ils frappèrent à la porte : le vieil- 
lard leur ouvrit et ils entrèrent. Ils prièrent selon la règle ; et 
ils n'osèrent pas, en présence de sa vieillesse honorable, lui 
dire quelque chose. Lui-même leur adressa la parole : <« Faites 
ce pourquoi vous vous êtes assemblés et êtes venus. » — Alors, 
ils détournèrent leurs visages et axèrent la terre. Ils compri- 
rent qu'ils s'étaient trompés et lui demandèrent pardon. — Le 
vieillard dit au supérieur du monastère : • Ta règle et ton office 
nedemandt'iit pas que tu dévoiles ainsi devant tout le monde les 
fautes des délinquants, mais bien que tu les rappelles à larèu' 1 ' 
et que tu les dissimules, que tu les reprennes et les admonestes, 
pour leur avantage et non pour leur perte. Supposons qu'un 
homme tombe dans le péché, — ce* qu'à Dieu De plaise! — tu 
ne dois pas ainsi le révéler ni le dévoiler, dans la crainte que 
cela ne tourne à sa perte et à celle des autres a cause de lui: 
mais tu dois le corriger et le reprendre charitablement en se- 
cret. Maintenant, laissons cela de cote: allons au réfectoire, 
et je vous ferai connaître la raison pour laquelle ces frères qui 
sont allés vous trouver oui été scandalisés. 

Quand le supérieur du couvent et les frères entrèrent dan- le 
réfectoire, ils y trouvèrent une petite marmite sur le feu. Le 
bienheureux leur dit : • Sachez, mes pères et mes frères, qu'il 
y a cinquante jours que cette demeure malfaisante qui est mon 
ventre, me demande et me !•-■< lame une soupe pour sa satisfac- 
tion, comme j'étais aujourd'hui plus tourmenté par lui <l),je 
luiai préparé cette soupe pour satisfaire son désir; je lui parlais 
et je le réprimandais par ces paroles qu'ont entendues les frè- 
res, dans l'espoir d'être délivré de cette servitude imposée par 
la nature elle-même dans cette maison vide. Maintenant que le 
Christ nous a réunis, selon sa volonté, nous pratiquerons la cha- 
rité et nous nous réjouirons avec ce que la grâce nous a accordé. ■ 
— Il ajouta de l'eau dans la marmite, et augmenta fortement 
le feu dessous, jusqu'à ce que l'eau bouillît très fort et s'agitât 
vivement. Il mit du pain dur dans un plat et sema dessus un 

(!) En syriaque - ventre ■■ esl féminin. 



VIE DU .MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 181 

peu de sel; puis il prit la marmite et plaça sa main à l'orifice 
pour empêcher ce qui était dedans de couler avec l'eau. L'eau 
bouillante coula et passa toute brûlante sur sa main. Les vieil- 
lards regardèrent dans la marmite et n'y virent rien autre 
chose que des cailloux. Il leur présenta et ils mangèrent cette 
soupe aux cailloux, cette soupe réclamée depuis si longtemps, 
pour laquelle il se disputait si vivement avec son ventre et 
qu'il avait faite pour sa propre satisfaction! 

Les vieillards admirèrent son courage, sa vertu, sa patience, 
son austérité, la sublimité de son degré et le mérite de ses ac- 
tions. Ils louèrent Dieu qui prend soin des siens, d'avoir donné 
aux saints une vertu si puissante qu'ils deviennent supérieurs 
au monde, que les choses difficiles leur deviennent faciles, que 
le feu môme, très cruel, soit inoffensif pour eux contrairement 
à sa nature; leur constance est telle qu'ils vainquent la nature, 
et s'élèvent au-dessus d'elle. Que notre Seigneur et Dieu nous 
en rende dignes, afin que nous puissions nous conduire selon 
le dessein de ses miséricordes, dans ce monastère où nous ha- 
bitons par la grâce de sa clémence et de sa bonté! Amen. 



V.' — Rabban Ishô, appelé de Koumateh. — Que Notre- 
Seigneur nous aide par ses prières! Amen. 

Plus haut (1), j'ai déjà fait connaître que ce trésorier de l'Es- 
prit-Saint, ce temple de la grâce, cette demeure de la sainte Tri- 
nité, prit le saint habit dans le couvent de S. Rabban Mormizd, 
grandit dans la crainte de Dieu en présence de R. Yohannan, et 
s'en alla, après la mort de celui-ci, dans la montagne de Kou- 
mateh d'où il tira son nom. 

Rabban Youssef racontait de lui, qu'il observait dans sa cel- 
lule, dans le couvent, un profond silence, au point qu'il ne par- 
lait pas même à quelqu'un par la fenêtre. Le silence profond a 
coutume de purifier l'âme et d'élever celui qui l'observe au lieu 
de la pureté, en le délivrant de toutes les distractions : ce saint 
fut donc élevé à ce lieu de la pureté. Ayant vu que la pensée est 

(1) Cf. ci-dessus, page 381 (t. II 1897). 



182 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

distraite de toute façon par la vue, l'audition, la fréquentation 
des hommes, et que celui qui veut descendre dans le combat 
doit être dépouillé de tout, il sortit armé du glaive apostolique 
pour engager la lutte. Il combattit, remporta la victoire, s'il- 
lustra et remonta triomphalement. Le Christ, juge du combat, 
lui décerna la couronne qui convenait à ses triomphes : il de- 
vint fils du roi, et roi souverain. Il allait et venait dans le pays 
de la science, comme le maître même de la science. Il apprit 
ce qui est de la nature première, et fut purifié, ensuite il fut élevé 
à l'état de la nature seconde, qui consiste dans la pureté, puis 
de là il monta au degré supérieur à la nature, celui du Christ, 
qui s'immola lui-même à Dieu son Père en sacrifice pour tous, 
et il devint par là semblable à Dieu. 

Il demeura longtemps dans cette montagne. Une fois, des bri- 
gands Kartavéens vinrent l'attaquer, pensant qu'il avait amassé 
de l'argent en cet endroit. Comme ils voulaient le torturer, 
il leur dit : « Qu'avez-vous besoin de cela? J'ai deux disciples, 
et ils ont chez eux tout ce que je possède; attendez un peu , je 
vais les appeler près de vous, et ils vous donneront ce que 
vous voulez. » — Il sortit hors de sa cellule et cria à haute 
voix : « Venez, mes enfants, trouver ces hommes, et donnez-leur 
tout ce que vous avez à moi. » — Et voici que deux tigres 
accoururent et vinrent près de lui. Il mit la main droite sur l'un 
et la gauche sur l'autre, et il entra près des brigands en leur 
disant : « Tout ce que je possède est entre les mains de mes 
disciples que voici; tendez-leur la main et ils vous donneront 
tout ce que vous demanderez. » — Les tigres étaient très agi- 
tés, bondissaient, rugissaient, et voulaient sauter sur les bri- 
gands pour les détruire. Le saint les empêchait de les dévorer. 
Ces misérables brigands furent saisis de crainte et de tremble- 
ment. Ils tombèrent aux pieds du saint en pleurant et lui de- 
mandant d'empêcher ces deux bètes féroces de les dévorer. Il 
leur répondit en riant : « Si je renvoie mes disciples, de qui re- 
cevrez-vous l'argent que vous désirez? » — Il congédia alors 
les tigres et leur prescrivit d'aller à leurs demeures. Il se mit à 
admonester longuement ces hommes très pervers, qui firent 
pénitence et lui promirent par serment qu'ils n'exerceraient 
plus, de leur vie, ce métier du brigandage. Ils s'éloignèrent de 
lui après avoir fait pénitence et exempts de toute la malice qui 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 183 

était en eux. Le chef de ces brigands était un homme célèbre 
clans sa tribu. Il venait continuellement trouver le saint et re- 
cevoir sa bénédiction. Quand le saint fut de retour au couvent, 
cet homme venait le trouver chaque année, étant chargé, et 
portant avec lui un grand présent pour sa cellule. R. Yohannan 
ne l'empêchait point d'entrer dans sa cellule, même quand il 
venait le voir pendant le temps du carême. 

Après être resté longtemps dans la montagne, comme je l'ai 
dit, le saint, devenu vieux et ayant besoin de quelqu'un pour le 
servir, vint alors au couvent de Aphnimaran; et là encore, 
malgré sa grande vieillesse et sa faiblesse, il vécut dans un pro- 
fond silence (1). De tous côtés, moines et séculiers accouraient 
près de lui. Notre-Seigneur fit par ses mains de nombreux pro- 
diges et miracles dont moi, misérable, je n'ai point eu con- 
naissance, pour les écrire; cependant, je vais écrire, comme 
une bénédiction, le peu que j'ai appris de Rabban Youssef; je les 
écrirai afin de donner de l'agrément à mon misérable dis- 
cours par le souvenir sanctifiant et protecteur de ce saint Père 
spirituel. 

Rabban Youssef racontait qu'une fois, comme il allait vers 
le saint avec d'autres frères, un cavalier Ta'lavéen, qui était en 
embuscade sur la route, fondit sur eux, voulut les dépouiller 
de leurs vêtements et les maltraiter, et se montra très violent 
à leur égard; puis tout à coup, quand ils se disposaient à lui 
donner leurs vêtements, la grâce le détourna et il s'éloigna d'eux 
sans rien prendre. Lorsqu'ils entrèrent près du saint, ils priè- 
rent, selon la coutume, et s'assirent en face de celui-ci, qui leur 
dit en souriant : « Au moment où ce cavalier est venu pour 
vous dépouiller de vos vêtements, je me suis tenu entre lui et 
vous, jusqu'à ce que la grâce l'eût détourné et qu'il se fût 
éloigné de vous. » — Les frères admirèrent celaet louèrent Dieu. 

Rabban nous racontait encore ceci : 

Un jour qu'il était en sa présence, l'esprit du saint fut ravi 
en extase. Quand son esprit revint à lui, il dit à son disciple : 
« Mon fils, prépare ce qui est nécessaire, parce que Rabban 
Qôzmà va venir nous trouver aujourd'hui avec d'autres 
frères. » — Une heure après, R. Qôzmà et d'autres frères en- 

(1) Cf. ci-dessus, p. 382. 



184 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

traient près de lui. Quand nous eûmes prié et que nous fûmes 
assis devant lui, le saint leur dit en souriant : « Pourquoi vous 
êtes-vous attardés après avoir passé le Habôrà? car, j'étais avec 
vous quand vous avez traversé le fleuve (1). » 

Rabban Youssef racontait encore de ce saint qu'il ne se servait 
pas beaucoup d'eau. Un jour que R. Youssef était assis en sa pré- 
sence, il se dit en lui-même, en examinant les mains du saint : 
« Ce saint ne se lave-t-il donc pas les mains quand il va rece- 
voir les [saints] mystères? » — Or, le saint regarda R. Youssef 
au moment même où cette pensée s'élevait dans son esprit, et 
lui dit : « Sais-tu, mon fils, comment je fais quand je veux re- 
cevoir les saints mystères ? J'ai un vase dans lequel il y a de 
l'eau, et quand je veux sortir pour recevoir les mystères sacrés, 
je place mes mains sur l'eau et je les purifie; ensuite je reçois 
les mystères vivifiants (2). » 

Pendant que R. Youssef était dans sa cellule, la pensée lui 
vint d'écrire un Nouveau Testament. Il se mit à l'œuvre et com- 
mença à le copier. Après avoir écrit l'évangile [selon saint] 
Matthieu et une partie de [saint] Marc, il songea qu'il n'était 
pas convenable de se livrer à ce travail sans avoir pris conseil ; 
il rassembla les feuillets, les plaça clans un coin de sa cellule, 
et partit pour aller trouver saint R. Ishô', afin de lui manifester 
sa pensée et de lui demander conseil. Le saint lui répondit 
selon sa coutume : « Oui, mon fils, j'interrogerai le Christ et je 
te ferai connaître ce qu'il ordonnera. » — Il avait l'habitude de 
faire cette réponse à quiconque le consultait sur une affaire. Le 
lendemain matin, il dit à R. Youssef : « Le Christ ne veut pas 
que tu écrives maintenant. » — R. Youssef fut très contristé de 
cette réponse. Le saint lui dit : « Ne t'afflige pas de cela; je 
prierai pour toi, et ton désir passera. » — Il pria pour lui, et 
celui-ci retourna à sa cellule. Or, Rabban Youssef me disait : 
« Par ta vie, mon fils, je n'eus pas même la pensée de ramas- 
ser ces feuillets à terre pour les réunir en cahier. » — Il ne put 
plus du tout écrire jusqu'à ce qu'il partît pour le couvent de 
Beit Çayarê. Alors, R. Mousha lui prescrivit d'écrire et il le fit 

(1) Affluent de la rive gauche du Tigre, qui se jette dans ce lleuve à environ 
30 kilomètres au-dessous de Djézireh ibn-'Omar,. 

(2) On recevait du prêtre la sainte communion dans la main et on la portait soi- 
même à la bouche. 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 185 

par son conseil. Quand nous en serons arrivés, dans notre dis- 
cours, à l'histoire de saint Rabban Mousha, nous ferons con- 
naître, avec laide de Dieu, comment et pour quel motif il lui 
donna cet ordre. 

Un jour, Rabban Bar-Yaldà, le maître de R. Mousha, vint 
trouver R. lshô c , qui ne lui ouvrit point la porte et ne vint pas 
même lui parler par la fenêtre. Comme Rabban Bar-Yaldà s'en 
retournait à son couvent, il rencontra sur sa route un villageois. 
R. Bar-Yaldà l'appela et lui dit : « Tu vas, sans doute, trouver 
R. Ishô'; quand tu arriveras près de lui et qu'il t'ouvrira la 
porte, tu lui diras : Bar-Yaldà te fait dire : Le Christ t'a-t-il 
prescrit d'ouvrir ta porte aux séculiers et non point aux moi- 
nes? » — Quand le paysan arriva près du saint, la porte lui fut 
ouverte, selon la parole de R. Bar-Yaldà; et ce séculier répéta 
au saint ce que lui avait dit R. Bar-Yaldà. Alors, R. Ishô' envoya 
un de ses disciples, comme messager, après R. Bar-Yaldà. Celui- 
ci revint près de 4ui. Après qu'ils eurent prié et se furent assis, 
R. Ishô c dit à R. Bar-Yaldà : « Pourquoi es-tu irrité contre moi 
de ce que je ne t'ai pas ouvert ma porte? N'as-tu pas lu dans 
les livres des histoires des amis de Dieu cette parabole dans la- 
quelle il est dit : Prends l'exemple d'un roi qui siège sur 
son trône au milieu de ses grands et qui s'entretient avec 
l'un d'entre eux. Si celui avec lequel il parle détournait du roi 
son visage pour s'entretenir avec un de ses collègues, de quel 
châtiment ne serait pas digne ce serviteur qui abandonne- 
rait la conversation du roi pour s'entretenir avec son sem- 
blable? Au moment où tu es venu me trouver, je me tenais en 
présence du Christ, roi de tous les mondes, et je m'entretenais 
avec lui, par sa grâce et sa miséricorde. Je ne pouvais donc pas 
quitter le Christ et sa conversation, pour considérer quelque 
chose du monde! ». 

Ainsi, ce bienheureux s'était élevé et était parvenu à une telle 
sublimité, une telle perfection, une telle familiarité, dans l'amour 
des enfants [de Dieu], qu'en tout temps il pouvait converser avec 
le Christ Notre-Seigneur, devant qui il se tenait continuellement 
pour le louer et le chanter. Au Christ qui l'a fait grandir et triom- 
pher : gloire, confession et louange! et sur nous soient ses mi- 
séricordes et sa grâce, pour toujours! Amen. 



1SG REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN, 



17. — Rabban Shoubhùlishô". — Que Notre-Seigneur nous 
exauce par ses prières! Amen. 

Cet océan de sagesse, cette source de prudence, à qui le Sei- 
gneur avait confié le soin de diriger en Dieu la vie des hommes, 
était du couvent de saint Rabban Hormizd. Il fut le disciple et le 
familier de Rabban Yohannan. Après la mort de Rabban Yohan- 
nan, le Christ voulut que, par sa migration au couvent de saint 
Rabban Ishôyahb, il fit briller là l'éclat de la lampe de ses œu- 
vres divines. Et par la volonté de celui qui fait toute chose selon 
son dessein, il émigra à ce couvent de Rabban Ishôyahb (1). 

Ses triomphes et la sublimité de ses œuvres divines surpassent 
la faiblesse de notre misérable parole. Il était le plus grand di- 
recteur de son temps, de sorte que quand les frères allaient 
trouver Rabban Ishô de Koumateh, il leur disait : « Allez, mes 
enfants, vers cet océan de direction, Rabban Shoubhalishô' de 
Beit Rabban IshcVyahb. » 

Rabban Youssef allait constamment près de lui et se dirigeait 
d'après son conseil, après la mort de Rabban Ishô\ 

Rabban Youssef racontait qu'un jour qu'il était près de lui et 
qu'il écrivait quelque chose de ce qu'il lui avait conseillé relati- 
vement à la pratique du silence, Rabban Shoubhalishô' voyant 
qu'il était très habile dans l'écriture voulut l'humilier, afin qu'il 
ne s'enorgueillît pas de la célérité et de l'habileté de sa main 
pour écrire. Le saint lui dit : « Youssef, mon fils, sache que 
j'ai écrit dans une nuit, avec une lampe, tout l'évangile de 
Yohannan. » — Rabban Youssef fut surpris de cela et ne lui 
répondit pas un mot. 

Rabban Youssef nous racontait ainsi un prodige accompli par 
ce saint et dont il fut lui-même l'objet : 

Une semaine d'obligation, comme il était dans sa cellule, il 
fut atteint d'une grave maladie et resta pendant plusieurs jours 
étendu à terre sans pouvoir se tenir sur ses pieds. Personne ne 
le sut; car personne n'avait l'habitude d'aller près de lui, sur- 
tout pendant les semaines d'obligation. Étant très affligé par la 
violence de la maladie qui ne lui permettait pas de se tenir sur 

(1) Cf. ci-dessus, p. 302. 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEP BOUSNAYA. 187 

ses pieds, il invoqua l'aide du saint et dit en lui-même ceci : 
Hélas! Rabban Shoubhalishô'! ne vois-tu donc pas dans quel 
abattement et dans quelle anxiété je suis? Ne feras-tu pas, par 
ta prière, que j'obtienne un peu de soulagement à l'affliction que 
j'éprouve? » — Et, au même instant, voici que Rabban Shou- 
bhalishô' se trouva à l'entrée du portique (1), s'approcha de Rab- 
ban Youssef et lui dit : « Vois, mon fils, combien tu as blas- 
phémé contre moi! Tends ta main vers moi. » — Rabban 
Youssef tendit sa main vers lui, et le saint la lui prit et le fit 
tenir sur ses pieds, guéri de toute son affliction. Quand Rabban 
Youssef se tint sur ses pieds, il voulut saluer le saint, mais 
celui-ci sortit par l'entrée du portique et ne donna pas à Rab- 
ban le temps de lui parler. Rabban Youssef pensa qu'il avait 
peut-être une raison [de sortir]. Ayant attendu un peu, sans 
qu'il revînt, il sortit dans la cour de sa cellule pour voir ce 
qu'était devenu le saint. Il regarda çà et là et ne vit personne. 
Comme il se mit à l'appeler, son ange gardien lui dit : 
« Pourquoi appelles-tu ainsi quelqu'un qui n'est pas avec toi 
dans la cellule? Le saint est venu vers toi en esprit, pour te gué- 
rir, et il est retourné à sa cellule. » — Alors Rabban Youssef 
comprit ce qui avait eu lieu. Après les semaines d'obligation, 
il s'en alla avec d'autres frères trouver le saint. Quand ils en- 
trèrent près de lui, qu'ils eurent prié, selon la coutume, et qu'ils 
se furent assis, le saint dit à Rabban Youssef : « Comment te 
portes-tu, mon fils, comment vas-tu? » — Rabban lui répondit : 
« Par Dieu, grâce à tes prières, je vais bien. Depuis le moment 
où tu m'as pris la main et m'as redressé sur mes pieds, je suis 
complètement guéri de la maladie dans laquelle j'étais tombé. » 
— Le saint, voyant que Rabban Youssef avait parfaitement com- 
prisce qu'il avait fait pour lui, lui frappa amicalement sur l'épaule, 
en souriant, et lui dit : « Tais- toi mon fils, et ne dis pas quelque 
chose qui n'a pas eu lieu. » — Ceux qui étaient assis avec eux 
ne comprirent pas le sens de leurs paroles, parce qu'ils parlaient 
l'un avec l'autre mystérieusement. 

Il n'y a point d'action providentielle qui s'exerce en vain ; ceux 
qui n'ont pas une véritable intelligence de cette action, en la con- 
sidérant seulement extérieurement, pensent qu'elle est inutile; 
cependant il n'en est pas ainsi, et toute action providentielle 

(1) 2-roà. — Probablement la partie de la cellule formanl une sorte d'alcôve. 



188 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

s'exerce pour une certaine cause; tout est dirigé par Dieu en 
vue de l'utilité; et voilà pourquoi il ne faut pas considérer le 
côté extérieur de la Providence, mais bien le secret caché aux 
étrangers, mais manifeste pour les familiers. Celui qui n'est 
pas bien persuadé de cela doit tout au moins s'abstenir de discu- 
ter avec le gouverneur qui distribue sagement toute chose et 
fait tout en vue du bien universel, et de dire : « Pourquoi ceci? 
A quoi bon cela? » Il doit au contraire, louer celui qui fait tout 
sagement selon sa volonté. Prions-le de nous donner la sagesse 
de l'esprit, pour connaître et comprendre les secrets cachés 
dans les actions admirables de sa Providence. 

Or, le saint dont nous parlons fut l'objet d'une action provi- 
dentielle dont tout le monde ne comprit pas le sage dessein; 
mais celui-là possède une grande science qui saisit le dessein 
secret qui y est renfermé, comme il a été dit. 

Le Christ avait dit à ce bienheureux clans une révélation spi- 
rituelle qu'il ne mourrait point dans le couvent de R. IshcVyahb, 
mais bien dans le couvent de Abba Youssef, qui était dans le voi- 
sinage de Balad (1). Dès qu'il eut reçu cette manifestation, le 
saint partit et s'en alla au couvent de 'Abba Youssef (2). Il entra 
dans le martyrion de ce couvent et pria le Christ de lui prescrire 
ce qu'il voulait. — Le Christ a coutume dans son adorable sa- 
gesse de révéler de grandes choses à ses saints, mais il leur 
cache de temps en temps de petites choses pour les préserver de 
l'orgueil, afin que cela soit pour eux comme l'aiguillon pauli- 
nien (3) qui leur rappelle que leur place est encore en ce monde 
de douleurs, bien que par leur esprit ils habitent en haut, 
dans les cieux. — Le Christ ne lui répondit rien à ce qu'il de- 
mandait. Par la science divine qu'il possédait, il connut la fai- 
blesse de notre nature et s'humilia devant Dieu. Il fit sa prière 
et dit ceci : « Christ, Notre-Seigneur et notre Dieu! je sais et 
je confesse que je ne suis pas digne que tu me fasses connaître 
ta volonté, sans intermédiaire. Mais, Seigneur, voici que je vais 
sortir du couvent; je te demande de placer clans la bouche du 
premier que je rencontrerai, ce qu'il te plaira qu'il me dise. » — 

(1) Ville sur le Tigre, à environ 32 kilom. au Sud de Mossoul. 

(2) Sur ce couvent et son fondateur, voir J.-B. Chabot, le Livre de la Chasteté, 
n° 110. 

(3) Allusion à la parole de saint Paul, II Cor., xu. 7. 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 189 

En sortant du couvent, il rencontra un Ta'lavéen, monté sur son 
chameau, qui allait à Balad. Il lui dit : « Arrête un peu, homme, 
j'ai quelque chose à te dire. » — Le Ta'lavéen répondit : « Dis 
ce que tu veux. » — Il reprit : « J'ai envie de venir demeurer 
dans ce couvent; que me conseilles-tu à ce sujet? » — L'homme 
lui répondit : « Ton esprit, vieillard, est-il si stupide! Va à ton 
couvent; quand Dieu voudra t'amener là, il t'y amènera sans 
que tu le veuilles, au moment où il lui plaira. » — Le bienheu- 
reux retourna à son couvent en se frappant la poitrine et en di- 
sant : « Malheur à toi, Shoubhalishô\ qui as reçu une leçon d'un 
Talavéen! » 

Quelque temps après, une violente tempête s'éleva contre le 
saint. Il quitta sa cellule, au moment voulu par la providence 
divine, selon la prophétie du Ta'lavéen et la prescience essen- 
tielle de notre sage économe, et il s'en alla au couvent de c Abba 
Youssef. Le soir du jour même où il entra dans le couvent, au 
milieu de la nuit, subitement et sans douleur, son âme pure 
s'en alla vers celui qu'elle chérissait plus que tout l'univers et 
tout son contenu. Le lendemain matin, les moines s'assem- 
blèrent pour ensevelir le corps du saint, comme il convenait. 
Ils lui creusèrent un tombeau à l'entrée de l'église. Ils trouvèrent 
en cet endroit un moine dont le corps était conservé, ainsi que 
les vêtements qui l'enveloppaient; il ne différait en rien de ce- 
lui qui aurait été déposé dans le tombeau le jour même. Per- 
sonne ne savait depuis combien de temps il y était, et il y avait 
dans le couvent des vieillards âgés qui ne se souvenaient pas 
que quelqu'un eût été enseveli là. Us voulurent lui creuser un 
autre tombeau. Or, il y avait dans le couvent, un vieillard 
vertueux qui sortit de sa cellule et vint en criant à haute voix 
et en disant : « Voilà bien la sépulture qui convient à de si 
grands saints! » Il descendit dans le tombeau et vénéra le mort 
qui y était. Puis il dit aux moines : « Remettez les dalles (1) 
à leur place, et placez ce saint par-dessus ces dalles; car, telle 
est la volonté du Christ, que ces deux saints soient dans un 
même tombeau. » 

La Providence de Dieu est digne d'admiration et de louange 
continuelle. Elle est d'autant plus admirable qu'elle réunit beau- 

(1) Le mot que je traduis ainsi, par conjecture, est tiré de la langue vulgaire 
et signifie « charpente, toit ». Il s'agit donc du couvercle du sépulcre. 

ORIENT CHRÉTIEN. 13 



190 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

coup de choses en une seule. Ceux qui sont versés dans la 
science et prudents, doivent rentrer un peu en eux-mêmes, et 
méditer cette providence dans leurs esprits. Certes, ils peuvent 
aussi demander à Dieu de leur donner la sagesse à l'aide de 
laquelle ils comprendront peut-être le mystère caché dans ce 
qui se passa à l'égard de ce saint. Pour moi je voudrais faire 
connaître quelques-uns des différents mystères qui y sont con- 
tenus; mais il ne convient pas que nous sortions du chemin que 
nous parcourons dans cette histoire et que notre discours s'at- 
tarde dans les explications des actions et des choses qui s'ac- 
complissent chez les saints. 

Gloire incessante, constante et perpétuelle à Celui qui les 
dirige, qui les fait triompher, qui est le distributeur de leurs 
œuvres selon le dessein de sa volonté ! Et que les miséricordes 
et les grâces du Christ Notre-Seigneur s'étendent sur la faiblesse 
et la misère du pauvre écrivain, et sur ses frères! Amen. 

J.-B. Chabot. 
(A suivre.) 



L'ORDINAL COPTE 

{Suite.) 
CONSÉCRATION D'UN SOUS-DIACRE 



GOBG OV2VIIOAIAK(OII GVI I Ac|)(l^jq 20TAII GVI I ABCO^G LI 
IIOVeVMOAlAKtOII ^JAVTAZOq GpATAq III1GIIOO 1 1 1 1 1 1 1 A- 

iigp^jcoov^ji \iopic 2BOJC epe tg(|acJ>g K(o\A enecHT 
iJTeqK6A2CKe\i ueu nu GTAVGuq eeuHf iiiiGiieo 
unienicKonoc. eiAGii ihtcotgpatg uniuAM6pjyciJOv;yi. 
TDTe lire nieniCKonoc taag ctoi uorqi MTeqxio 
IIIII^JHIieUAT 11(311 TGV\II unicToi iiovqi ueu taigv\h 
epe epA(| toi eneieBT. 

i io-ci <|>+ iiTfi iiiAoïi. (|)ii eTAqeuTeu g|)ovii eniKAHpoc 

IITG AIAKOIIIAOAI. (|)M GTTA?0 GpATq U(J)MOTC 1 1 1 1 1 pCOI 1 1 . 

ovo? g(|))ot]m3t limeur ueu kiictacot. cojtu epou 

GBOAeiTeiJ III^JAI IITG I K3KI l(3T^JGU2HT. OVO? IIATOVBOII 
GBOA?A 0*<£)})6U MlliGII IITG f"CApg IIGLI IIIIHlÀ. CtDAX 
M+OIMII IITG IIGIIIIOr.l IIGII IIGIIAAIKIA ll(|)|)llf 

MOTriJO(J)OC. UA2TGM GBO \J)GI I f"SOU IIIIOV+. 11(311 lll?IIOT 
111(3 IIGKUOIIOrGIIIIG ll^'Jlipi. 11(311 TOMOpriA IITG M(3KllllÀ 
GGOTAB. IIAp(3ll. ,, J(()IM (3IIOI M2VKAIIOC NIAI AIAKOIII A IITG 
TAIAIAOIIKH IIBGpi. ?IIIA IITGI l> l J AGI I ,\OI I ])(3II IIIII^JA 
(3(|Alj)A IIGKpAII GOOTAB. KITGIJO?! GpATGII OVO? 
HTGII,"JGU^JI 6BU6TOTHB IITG I K3KI JVGTII pi()l I 11110'.*+. 

OTOÎ IIIIGIIOp(3ll."HOIII (3IIOI ll."J(|>HpG ?AIIIIOr>l I lyJGI 1 1 IO 
AAAA G(OAA 1 1 1 1 1 1(31(31 IOVI I . OVOÎ lllll GIIA 11(311111111 



192 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

e^JTeuipi min eôpAKi. aaaa Api yapu,ggbg IIAII novr- 
Miucic GBpGkixco iilih eTceun^A. 

OT02 KITGIjJîCOklT 6l)OVII GI1GKOTCI ACTH piOII 6BOTAB. 
OTOe étoile pOK Kl+UGTTnOAlAKtOW MTG MGKBtOK (1) IICO 

eToei epATq (2) limaiua GqxHK gboa. otoz eqxoT^ (3) 

6BOAJ3AT2H UT6KACUp6A lieilOVpAI I IOI i . 2CG IIOOK OV\|)(; 

HA^ye iigkiiai novon iiiBeu gttiob? u[n]eKpAii gbotab. 

OTO? C|A"Op IIAG neKAUA2l IIC3LI I KJKIIOIIOrtill IIC 1 1 ^*J 1 1 1> I 

iiA*c neucrc. ueu oviiuÀ eeovAB f-NOT. 

O Ap\HAIAK(t)ll 

nieuoT 60uo? unew^JCDT (-boa cqci gahii neucou 
tïTAiiep^Jopn iiag neqpAii (4) eriAiBAeuoc. ueu ■fTAgic 

MT6 f U6TTnOAIAK(DW. j}GH f"GKKAHCIA GBOTAB MTG <|)+. 
BAI 6TACN02GU GBOAjjGIJ IIIKTIIAIIIOC. UGLi lllJ)IGI. 
T03B2 THpOT 2IMA IJTG nillIlÀ GBOTAB GJipHI GXIOq (5) 

(ren iigiiaiiiaoc xe kg gag h cou-. 

utg niGnicKonoc tcob? GpG epA(| to iimgigbt 

A?A IlOMi ApiT(| (6) lieu ll^JA 1 1 1 1 1 ()((>e(; 1 1 I ITG "f~U GTVI IO- 
AlAKtOII. eillA j)GII OTUn^lA 6BOA2ITGN TGKUGTU Aip(OIII. 

iiTeqGpne (7) uii^ja unGKpAU Gqoi ubcok iiak. ovoe 

Gq^GU^I (8) UnGKOTClACTHpiOKI GBOTAB. OTO? 

(1) NGKGBIAIK 

(2) epATOT 

(3) 6TÏOT3 

(4) IIOVpAII 

(o) estoov 

(6) Api TOT \ 

(7) MTOTGpnG 

(8) GT^JGUiyi 



CONSÉCRATION D'UN SOUS-DIACRE. 193 

irreqA'iui (1) iiovmai uneKUeo. xe epe mimai ikmi 

IIIUGT^fîM2HT ^6n (3BO.V2TOTK <\)f. OT02 epe I1KOOV 

epnpeni mak neu neKuouorewHC ii^jupi. ueu mimiiÀ 
eeoTAB +iiov. 

MT6 nieniCKonoc c|)oiieq eneuewT irreqAiioMi 

MKieqCUAT IIT(;(|T(OIi2. 

<|>MMB np-Ç C|)f MIIIAMTOKpATtOp. (|)ll (3TAC|OV(OI 12 

eiioA'jeii fcKHiiii iirn +ueope iieAiipeqooAeeA uniep- 
<J>éi. evoi kipeq<vp62[?] euicKeroc eeovAB. iihok oh 
fnov iKiiinihcii OTCDW2 uneKeo eepm exe m neKBtoK 
mu. (|)M eiAvriiiq (2) eopeq^Jimn (3) iieviioAiAKCon. 

2IT6M OT+t[o]c|)OC I12AII MT6 IIH eTAVeil(| (4) eGUH*f\ 
UA2q (5) 6BOAJ36M OVIMlÀ e(|OVAB. 20n«3C J)(;ll OVIIM.'MA 

irreqcriiieu (6) mickgv.og NATTorpriKOM. irreqoei 
epA'rq (7)?ipen inpcoov iitc niep4>ei. oro? iiTeqcrepe (8) 
eniJ3HBC iixe Mini lire weiuipoçerjCH. eKGTCOXi uuoq (9j 

Ijeil T6K6KKAHCIA II <|) p 1 1 "I - UOVBCJO M2COJIT 6COBT MKAp- 

noc (H|"hovTAe. mchot niBeii novKApnoe iiAiKeoevun 

J)eil MI2UOT. 

^Aq(|)ou? uneqeo uiiiiJAiiep^noov^n irreqxco 

IITAieV\H. 

couc ncrc eepm excjpw neu exen nen^jeu^ji. oro? 

(1) MTorxmi 

(2) 6TATTHITOT 

(3) eopov^itOMi 
(i) Avenov 

(5) UA20T 

(6) iiTovcriiieu 

(7) MTOT02I epATOV 

(8) irrovcrepe 
(9)uuot 



194 REVUE DE L'ORlEXT CHRÉTIEN. 

liatovbou GBOA2A (r(oJ)(;U UIB6U. ovtopn 6BOAJ3GKI 

n6K2UOT GJ3pHI (J.Xtill H6KBCUK (1) NUI. £011100 

irreqepne (2) uu^ja eiioveiroK. exu)K gboa 

IIT(K|LieT2VllOAIAKC()ll (3). JjeiJ OVUGTATApiKI. 

2IIIA IITOq^JA^JUI (4) eKI6KU6T^eW2HT. lieu Mil 6TAÏ- 
pA[ll] IIAK IC2C6U lieiioe. A6 (|* l JOIl KI2C6 IIIIIAI JDGII 

neKovto^y. ovo? qepnpeni iiak use iiitaio eiTeu 
ovoii n i Ben . lieu fripoeKvnucie. cj^itor ueu n^jupi. 
ueu uiniiÀ eeoTAB. -fuov. 

Apic<|>pAriï.ui irreqTe?iie beu neKin^jf iithbhk. 

TGwetoeeu uuok ben +ai'ia mgkkahcia irre (J>+ 
alihii. 

O Ap\IIAIAK(t)ll 

HAIIIU KiernOAlAKCDKI IITO +AriA UeKKAHCIA UTO (|)+ 
AIIIIII. 

i^Ape nieniCKonoc co^j gboa eqxco lilioc. 

euotoeeu uuok iiaiiiu. U2Viioaiakiou. ému ik-kkah- 
cia lire taiiiii unoAic. ))eu c|>pAii ii<|)kot ueu n^jupi. 
ueu iiuiiiÀ eoovAB au un. 

(|)nii2K eneueiiT fr ueTAvpoe e;xtoq eKXto liuoc 2te 

eilGCOeeU UUOK NUI UeVIIOAlAKUlll UTAIIIII IIGKKAH- 

eiA. iit(; taiiiii unoAie. J)eu <|>|>am ucJ)kot ueu n^Hpi 
ueu ii i ii ii A. eoovAB. 

(1) KIGKGBIAIK 

(2) iiTovepne 

(3) UTOVUeTevnOAlAKtOII 

(4) IITOV^A^III 



CONSÉCRATION D'UN SOUS-DIACRE. 195 

fr MCTAvpoc excuq xto iitak;v[\hI epe ueu^o toi 
eneieBT 

T6Kl^en?UdT UTOK IICIIMMI. 1 1 1 1 IAI ITOK|)AT(()|) GBBG 

2CDB iimeii lieu <reii[Jjeu]2(OB iiibgii. oto? tgncuot 

OT02 TGU+lOOT IIM(iK|>AII 660TAB. AG AKipi lieilAII 

ii?Aiiue rin^i+. otoz akiiii uneKCUOT ex eu iioki.iok (1) 

IIILI T(;IIT2() OT02 TOIITCOB? IIIIOK IIOIIMMI,. CIDTGU 
epOII 6BOA2IT6N 1 1 A^JAI IIT6 IIGKUGT^JGIieUT. OTO? UAUA'f 

ctgm ii.\iii."j(oiii jxjii "feTAoriA irre i~ueT2viioAiAK(oii 
MT6 iigkbujk (2) nui gboa2itgii en me ocok uugtuai- 
pcoui. 

UOI IIA(| (3) 11+eVAAIilA lieu 11 + UeTKAOApOC. GqXHK 

eiiOAJîeu ecor» iiiueu. irre f.wrovpi'uv. ureq^JA^jui 
eiieKALioin (4) utot(| eeiiAiieq. îitgu iiiueT^eueuT 
irre iieKUoiioreiiHe uyjupi. me nxe. <)>ai GTe. 

^3\pe nieniCKonoc cfxjuwe excoq irreqxto uuiovpA- 
iiion exeu nequofe k.\. 

eovtoov neu ovtaio uueKpAii cbovab. 4>itOT ueu 
n^Hpi ueu iiiuiiÀ gbotab kiouoocioc. oveipuiiii ueu 

OVKIOT KITG TGKKAHCIA 690TAB Allllll. 

^jAqep AeiiAï.eeee[-Ai] uiuiiAiiep,"j<oov^n ueu uieui- 
CKonoc ueu un gtc>2i epATov ueiiAq eir koiikoiiia me 

KIlUTCTHpIOKI OVAe 1 1 1 IOV\AAI A* GXCOq AAAA Api KATU \M 1 1 
IILIOq UTAIKAOHK6CIC. 

(1) IIGKGBIAIK 

(2) U6KGBIAIK 

(3) IICOOV 

(4) Peut-être eueKAuoviii = ta gloire. 



TRADUCTION 



Pour le sous-diacre; ils le sépareront lorsqu'ils l'appelleront; ils le pla- 
ceront devant l'autel sans les ornements; il inclinera la tête; qu'il fasse 
la génuflexion avec ceux qui l'ont conduit au milieu, devant l'évêque, sur 
les gradins de l'autel. 

Alors que l'évèque offre une bonne odeur. Qu'il dise les actions de grâce, 
et la prière d'agréable odeur, et qu'il se tourne vers l'Orient pour dire 
cette prière : 

Seigneur, Dieu de puissance, qui nous introduis dans le 
clergé des ministères , qui pénètres dans l'esprit des hommes et 
qui scrutes les cœurs et les reins , écoute-nous à cause de l'a- 
bondance de tes miséricordes, et purifie-nous de toute souil- 
lure de la chair et de l'esprit ; dissipe le nuage de nos péchés 
et de nos injustices comme un brouillard; remplis-nous de la 
force de Dieu et de la grâce de ton Fils Unique, et de l'énergie 
de ton Saint-Esprit. Que nous soyons dans ce ministère du 
Nouveau Testament, afin que nous puissions porter ton nom 
sacré avec dignité, être présents et servir au sacerdoce de ton 
divin mystère. 

Que nous ne partagions pas les péchés d'autrui, mais que 
nous effacions les nôtres. Et accorde-nous,... ô notre Dieu, de 
ne pas faire les choses qui rabaissent, mais donne -nous la 
science pour dire les choses convenables. 

Et que nous pénétrions dans ton sacré autel. Et sois Toi-même 
le sous-diaconat de ton serviteur, perfectionnant ceux qui sont 
présents dans ce lieu, et répandant tes dons célestes. Parce que 



TRADUCTION. 107 

Tu es bon, que ta miséricorde soit faite à quiconque invoque ton 
nom sacré. 

Et puissante est ta force et celle de ton Fils Unique, le Christ 
Notre-Seigneur, et du Saint-Esprit, à présent (1). 

L'archidiacre : 

Que la grâce pleine de richesses vienne sur notre frère dont 
le nom a prévenu ce degré [= cette dignité] , et Tordre du sous- 
diaconat dans la sainte Église de Dieu. Celui qui a été délivré 
des dangers et des labeurs. Priez tous, afin que l'Esprit-Saint 
trouve sur lui notre invocation : Seigneur, ayez pitié! 

Que l'évèque prie en se tournant vers l'Orient : 

Seigneur, place-le au nombre de ceux qui sont appelés au 
sous-diaconat; afin que, dans la dignité qu'il tient de ton 
amour, il soit digne de ton nom pour être ton serviteur, et qu'il 
serve à ton saint autel, et qu'il obtienne miséricorde devant Toi, 
parce que la miséricorde et la compassion viennent de Toi , ô 
Dieu. Gloire à Toi ainsi qu'à ton Fils Unique et au Saint-Esprit, 
à' présent (2). 

Que l'évèque se tourne vers l'Occident, qu'il célèbre ses louanges (?) et 
qu'il prie : 

Seigneur, Dieu Tout-Puissant, Toi qui t'es manifesté de la 
tente [l'arche?] du témoignage à ceux qui ornaient le temple, 
qui étaient les gardiens des vases sacrés; Toi, qui es notre tout, 
manifeste maintenant ta face à ton serviteur qu'on a conduit 
pour être sous-diacre. 

Sur le témoignage de ceux qui l'ont conduit au milieu, rem- 
plis-le de l'Esprit-Saint, afin qu'il touche dignement les vases 
liturgiques. Qu'il se tienne sur les portes du temple, et qu'il 
allume le chandelier de la maison de tes prières. Tu le planteras 



(1) A la place de "fwor il faudrait peut-être écrire f novf, ce qui nous 
donnerait Dieu. Autrement cette expression à présent, qui revient nssrz souvent, 
est évidemment une abréviation de .1 prêtent cl c/<//>.s/cn siècles des siècles. 

(2) Mémo observation que supra. 



198 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

dans ton Église comme un olivier portant des fruits, dans tout 
temps portant des fruits de justice dans la grâce. 

Qu*il tourne son visage vers l'autel et dise cette prière : 

Seigneur, regarde-nous ainsi que notre ministère, et purifie- 
nous de toute souillure. Répands ta grâce sur chacun de tes 
serviteurs , afin qu'il puisse, par la dignité qui vient de Toi, 
être consacré sous-diacre d'une manière irrépréhensible. 

Et qu'il obtienne tes miséricordes et tout ce qui t'est agréa- 
ble , pour l'éternité. Car la miséricorde est dans tes desseins, et 
tous t'offrent l'oblation et la prière, à Toi, Père, au Fils et au 
Saint-Esprit, à présent. 

Signe son front avec ton grand doigt : 

Nous t'appelons dans la sainte Église de Dieu. Ainsi soit-il. 
L'archidiacre : 

Tout sous-diacre de la sainte Église de Dieu. Ainsi soit-il. 

Que l'évêque crie en disant : 

Nous t'appelons sous-diacre pour chaque Église de toute la 
ville, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. 

Tourne-toi vers l'Occident, fais trois croix sur lui et dis : 

Nous t'appelons sous-diacre pour chaque Église de toute la 
ville, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. 

Fais trois croix sur lui et dis cette prière, la face tournée vers l'Orient : 

Nous Te rendons grâces, notre Dieu tout-Puissant, pour tout 
et en tout; et nous louons et glorifions ton saint nom; parce que 
Tu as fait avec nous de grandes choses et que Tu as induit ton 
serviteur à ta louange. A Toi notre regard et notre supplica- 
tion, ô notre Dieu. Exauce-nous à cause de la multitude de tes 
miséricordes; et que le mystère trouve l'existence dans la béné- 
diction du sous-diaconat de ton serviteur à cause de ta cha- 
rité pour les hommes. 






TRADUCTION. 199 

Donne-lui la piété et la pureté. Que rempli de tout ce qui con- 
cerne la liturgie, il acquière ta patience [ton gouvernement?] 
qui lui est bonne, dans les miséricordes de ton Fils Unique, Jé- 
sus-Christ. Celui qui... 

Que l'évêque se tourne vers lui et place sur son cou Vouranion (1)... 

A la gloire et à l'honneur de ton saint nom, Père, Fils et 
Saint-Esprit consubstantiels. Pour la paix et l'édification de la 
sainte Église. Ainsi soit-il. 

Qu'il embrasse l'autel et l'évêque et les assistants pour donner la com- 
munion des mystères; non pour l'imposition des mains sur lui, mais fais 
entendre à son sujet cette catéchèse (?) 

D r V. Ermoni. 

(.4 suivre.) 



(1) Je ne sais pas au juste' ce que signifie ici l'expression grecque ov|)A- 
II ION [= céleste]. Je suppose qu'il s'agit d'un ornement qui nous est inconnu. 



MÉLANGES 



* A 



RELATION DE L'EVEQUE DE SIDON 

1587 

LES JÀCOBITES 



En 1583. l'évêque de Sidon fut envoyé par le pape Grégoire XIII 
auprès des diverses communions chrétiennes de l'Orient, avec la 
mission de rétablir les unions qui, à la suite du concile de Florence, 
avaient été conclues en 1439 et en 1441 (1). La relation de cette 
mission contient des détails pleins d'intérêt sur la situation reli- 
gieuse des Jacobites, des Chaldéens, des Arméniens et des Grecs 
de Syrie, à la fin du seizième siècle. 

Dans la dernière livraison de ce recueil, nous avons reproduit 
intégralement la partie de cette relation qui concerne les Grecs- 
Melkites. Le lecteur trouvera ci-dessous un exposé de la situation 
des Jacobites à la fin du même siècle. 

Le P. Thomas de Jésus (2) loue la relation de l'évêque de Sidon 
et en a traduit en latin quelques fragments. Il nous apprend que 
cette relation a été écrite en italien, et qu'il en a eu une copie en 
cette langue. Plusieurs auteurs religieux, Strozza, Assemani, le 
P. Le Quien, Mirœus citent l'évêque de Sidon. L'historien de l'Em- 

(1) La Bévue de l'Orient chrétien (tome I er , page 30.">) a publié texte et traduction de 
l'acte pour l'union des Grecs. Le texte des autres actes se trouve dans l'ouvrage de 
Thomas de Jésus, indiqué à la note suivante et dans Cozza, Historia polemica de Grseco- 
rum schismate, tome IV. 

(•2) Thésaurus sapientise divinse in gentium omnium salute procurandâ, etc., 1 vol. in-4°, 
Anvers, 1613. La Bibliothèque Mazarine possède .un exemplaire de cet ouvrage, dont l'é- 
dition originale est devenue rare, et qui a été réimprimé par l'abbé Migne : Cursus tlieo- 
logiœ completus,t. V. 



RELATION DE L'ÉVÊQUE DE SIDON. 201 

pire ottoman, Hammer, a connu la relation originale, et il en donne 
un résumé au xxxix e livre de son grand travail. 

La relation de l'évêque de Sidon a été publiée en italien dans 
l'ouvrage intitulé : « S. Baluzii Tutelensis Miscellanea, novo ordine 
digesta et non paucis ineditis monumentis opportunisque animad- 
versionibus aucta, opère ac studio G. D. Mansi, archiepiscopi Lu- 
censis, Lucœ, 1764», page 150 du VI e volume. Notre traduction a 
été faite sur le texte de Baluze et sur un manuscrit de la col- 
lection Rangoni, qui se trouve aux archives impériales de Vienne. 
Nous y avons mis quelques notes historiques et biographiques. 

L'évêque de Sidon s'appelait Léonard Abel. Le P. Thomas de Jésus, 
qui a pu le connaître personnellement, dit qu'il était non moins 
remarquable par sa piété que par sa science. Il connaissait la 
langue arabe. Le Quien le désigne comme étant de Chio; mais je ne 
sais sur quelle autorité le savant Dominicain de Boulogne appuie 
cette indication. Je n'ai pu découvrir non plus si Léonard Abel ap- 
partenait à un ordre religieux. Il ne figure pas dans la série, d'ail- 
leurs fort incomplète, des évèques de Sidon, appartenant au rite 
grec, ni dans celle des pontifes latins de ce siège, dont le dernier 
connu est le Marseillais Rostangus, de la famille de Candolle, promu 
en 1203(1). Thomas de Jésus donne à Léonard Abel les qualifica- 
tions de nonce et visiteur apostolique. 

Adolphe d'Avril. 



RELATION 

DE CE QU'A NÉGOCIÉ L'ÉVÊQUE DE SIDON 

PENDANT SA MISSION EN ORIENT 

adressée à la Sainteté de notre maître Sixte-Quint, 
le 19 avril 1587. 

Très saint et, bienheureux Père, 

Pour remplir la mission qui m'avait été confiée, j'ai travaillé, 
pendant quatre années, dans les diverses parties de l'Orient. 

(1) Oriens chrislianus, t. II, p. 811 à SU, 1003; t. III, |>. 13-23. 



202 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

avec les populations et les prélats auprès desquels j'avais été 
envoyé. Votre Sainteté, en daignant lire cette relation que je 
Lui présente avec tout le respect et la soumission qui Lui sont 
dus, jugera si j'ai fait, avec la diligence convenable, ce qui 
était de mon devoir. C'est pourquoi je prie Votre Sainteté d'é- 
couter cette relation avec Sa bonté accoutumée et de pourvoir, 
avec Sa sagesse infinie, aux besoins de tant d'âmes, qui sont 
dans cette partie du monde. 



RAPPORT SUR LE PATRIARCHE DES JACOBITES ET SUR SA NATION. 

J'étais particulièrement annoncé par le Saint-Siège apostoli- 
que à David, patriarche des Jacobites, résidant à Caramit, dans 
la Mésopotamie (1). Je lui portais le titre de son patriarcat 
d'Antioche, qui avait été, dans l'année 1581, délivré en con- 
sistoire, avec les bulles de sa confirmation et de ses facultés 
et le pallium patriarcal. 

Je partis de Rome le 12 mars de l'année 1583 : on m'avait 
donné pour compagnons deux Pères de la Compagnie de Jésus (2). 
Dès que je fus arrivé à Alep, je fis savoir mon arrivée à ce 
patriarche par l'entremise de Safer, le personnage principal 
de la nation jacobite, auquel m'avait recommandé par lettre 



(1) L'ancienne Amida, aujourd'hui Diarbékir. Le P. Le Quien (t. II, p. 990, 
1389 et 1414) dit que les chefs de l'Église jacobite y résidèrent jusqu'en 1 176, épo- 
que à laquelle le siège patriarcal a été transféré au monastère de Zag-Faran, au- 
près de Mardyn. On verra plus bas que les patriarches, bien que le siège restât 
dans ce couvent, résidaient de leur personne à Caramit. 

Aujourd'hui, le patriarcat jacobite est encore au monastère de Zag-Faran. au- 
près de Mardyn (et non pas h Damas, comme il a été imprimé par inadvertance 
dans les Documents relatifs aux Églises de l'Orient, publiés en 1862 par l'auteur de 
ces notes). 

Les Jacobites, qui ont abjuré l'erreur d'Eutychès, et qu'on appelle plus parti- 
culièrement les Syriens, ont également un patriarche du titre d'Antioche, comme 
Le jacobite. Après avoir été fixé a Alep, probablement depuis l'année 1646 [Oriens 
christianus, t. II, p. 1408), ce patriarcat-uni a été transféré à Mardyn par le pa- 
triarche Samhiri, qui est venu à Paris en 1854, et qui est mort en 1864. 

(2) Thomas de Jésus rapporte que l'un de ces Pères était romain et s'appelait 
Jean-Baptiste. 



RELATION DE l'ÉVÊQUE DE SIDON. 203 

le patriarche Néhémé, qui se trouve à Rome (1). J'insistais dans 
cette lettre pour qu'il voulût bien m'indiquer un rendez-vous 
dans un endroit plus commode pour lui et plus sûr pour moi 
que la ville de Caramit où il réside, attendu qu'il y a, dans ce 
lieu, beaucoup de persécutions et un très petit concours de La- 
tins. Le patriarche fixa, pour ce rendez-vous, le couvent de 
Mar-Abihaï (Marbithaï ou Mararbiza), sur le bord du fleuve 
Euphrate, auprès de la ville de Gargar (Gerger), à dix jours 
d'Alep et à trois seulement de Caramit. Je partis d'Alep, dans 
le mois de novembre, ne pouvant me mettre en route plus tôt, 
parce que j'avais dû attendre la réponse du patriarche et l'ac- 
compagnement de la cavarane. 

Je trouvai dans la ville d'Édesse, qu'on appelle aujourd'hui 
Orfa, le neveu du patriarche avec deux frères jacobites qui 
m'attendaient, par ordre du patriarche, pour me servir de guides 
jusqu'au monastère. Je trouvai aussi l'évêque Minas, frère ca- 
det du même patriarche, qui m'attendait dans la ville de Gar- 
gar, pour informer de mon arrivée son frère que, du village 
d'Orbis, peu éloigné de ladite ville (2), j'avais moi-même 
avisé, en lui envoyant un homme exprès. 

Cinq jours après mon arrivée dans le monastère, parut l'évê- 
que Thomas, frère aîné et vicaire général du patriarche, le- 
quel, après beaucoup de compliments, excusait son patriarche 
qui n'avait pas pu venir, ainsi qu'il l'avait promis, parce qu'il 
avait craint qu'on n'exerçât une très grande persécution con- 
tre lui, à cause des bruits déjà répandus dans la nation à Ca- 
ramit et en d'autres lieux, sur le motif de notre venue, les 
Jacobites croyant que nous voulons nous aboucher dans le dit 
monastère, pour changer leur foi et pour damner leurs saints 
Pères. Parti de Caramit comme médecin, pour assister ledit 
évêque Minas son frère, qui avait faussement publié être, fort 
malade à Gargar, il assurait, néanmoins, qu'il avait autorité et 
ordre d'accepter et ratifier, autant qu'il était nécessaire, au 
nom de son patriarche. 



(1) L'ex-patriarche Néhémé et son frère David sont mentionnés dans Oriens 
christianus, p. 1404-1406. Le premier s'était l'ait musulman, Le repentir et les 
persécutions des Turcs l'amenèrent à Rome. 

(2) Sur la carte allemande de l'Asie Mineure par Kiepert (1844), je trouve au- 
près de Gerger le village d'Oldisch, qui est peut-être le même qu'Orbis. 



204 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

Je lui dis que mes instructions étaient de visiter et saluer son 
patriarche, de traiter directement avec lui en personne et que, 
puisque je m'en trouvais seulement éloigné de trois journées, 
il se contentât de me laisser aller avec un habit du pays, par 
conséquent plus travesti que nous Tétions, dans quelque en- 
droit moins suspect, où l'on me laisserait aller seul, puisque je 
savais la langue arabe. 

Il répondit que ce n'était pas le moment qu'aucun de nous 
parût à Caramit ou dans les environs, à cause de la rumeur 
grande que notre arrivée avait produite clans la nation, parce 
que ce serait non seulement notre ruine et la leur, mais encore 
celle des intérêts que nous avions à traiter; mais qu'avec le 
temps, dans une occasion plus propice, et les bruits une fois 
calmés, il ferait en sorte que son patriarche s'abouchât avec moi 
à Alep ; que c'était lui qui gouvernait tout le patriarcat, le dé- 
fendait auprès des ministres des Turcs avec lesquels, en qualité 
de médecin, il avait beaucoup d'amitié et de relations, et bien 
que la dignité patriarcale se trouvât dans la personne de son 
frère, lui néanmoins, il disposait de toute chose, et que le pa- 
triarche n'accepterait ni ratifierait rien qui n'eût été disposé 
par lui. Il montrait, comme signe de son autorité générale et 
que cette négociation était entre ses mains, deux brefs apos- 
toliques avec deux lettres du cardinal de San Severino, son pro- 
tecteur, plus d'autres écritures et traductions en arabe, envoyées 
de Rome, et les sceaux du patriarcat avec lesquels il est d'usage 
de cacheter toutes les expéditions, insistant pour que je trai- 
tasse avec lui et ne perdisse plus de temps. Je me décidai 
donc à traiter avec lui et je lui donnai la traduction en arabe 
du bref apostolique, que je portais pour ma recommandation, 
et des lettres du cardinal protecteur et de Néhémé, son frère, 
lui disant de les conserver jusqu'à ce que je m'abouchasse avec 
son patriarche, ayant pour commission de lui remettre les ori- 
ginaux en main propre; je lui donnai aussi la lettre de Safer 
adressée à son patriarche, par laquelle il lui recommandait de 
me renvoyer vite, bien expédié et consolé. 

J'assurai alors ledit évêque des nombreuses faveurs et grâces 
que le Saint-Siège apostolique avait faites au patriarche, à la 
nation ainsi qu'à son frère qui se trouvait à Rome ; que, tout 
d'abord, on leur avait accordé tout ce qu'ils avaient demandé 



RELATION HE L'ÉVÊQUE DE SIDON. 205 

dans leur lettre ; et, par exemple, que, quelques mois aupara- 
vant, la traduction de la bulle de la confirmation apostolique 
dans le patriarcat d'Antioche avait été faite, laquelle contient 
la profession de foi. Je lui fis voir aussi la traduction des pri- 
vilèges patriarcaux et de la concession du pallium, lui deman- 
dant la ratification de ladite profession de foi et du serment de 
fidélité contenu dans ladite bulle, au nom de son patriarche. 

Il lut chaque chose avec grand contentement et ratifia avec 
beaucoup d'obéissance et de dévotion lesdites bulles et profes- 
sion de foi clause par clause, disant que la même chose se 
trouvait dans tous leurs livres; mais, arrivant à l'acceptation 
du concile de Calcédoine, il s'arrêta en disant : « Ceci ne peut 
pas se publier à la nation, ni au vulgaire tout d'un coup, mais 
bien au bout d'un certain temps, après avoir bien établi l'o- 
béissance et la bienveillante bonne volonté de toute notre na- 
tion envers le Siège apostolique. » Il en arriva finalement à la 
damnation de Dioscorus, où il s'écria avec chaleur : « Dioscorus 
excommunié! Dioscorus n'est pas damné. Dioscorus est saint, 
et le principal Père de notre nation jacobite. Cela ne se peut ac- 
cepter, parce que si, par hasard, notre nation savait que nous 
damnons Dioscorus, nous serions de suite privés du patriarcat, 
mis en pièces et lapidés par toute la nation. » 

Le vicaire continua à lire le reste de la profession et, relati- 
vement aux conciles de Constantinople, les deuxième et troi- 
sième œcuméniques, comme les Jacobites ajoutent au Trîsa- 
gion (Sanctus) : Qui crucifixits est, et prétendent que dans le 
Christ, Notre-Seigneur, il y a une seule nature de deux, une 
seule volonté de deux et une seule résolution de deux, il dit : 
« Nous appliquons le Sanctus et le crucifiement seulement au 
Christ, et non pas à la souveraine Trinité. » Il ne s'opposa à 
rien autre, accepta tout le reste, et en particulier la subordi- 
nation au Saint-Siège apostolique, disant : « Nous serons tou- 
jours obéissants au Siège apostolique, en le tenant pour chef et 
supérieur, et nous ferons en sorte qu'il soit fait mention, dans 
toutes nos églises, du nom de Sa Sainteté le Pape; mais Dios- 
corus, nous ne le pouvons pas damner. » Ensuite, il me fit 
beaucoup d'instance pour que je lui remisse les lettres du pa- 
triarche Néhémé, son frère, afin qu'en voyant ce qu'il lui écri- 
vait relativement au concile de Calcédoine, il pût mieux con- 

ORIEN I CHRÉTIEN. ' * 



206 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

dure cette négociation, se plaignant de moi, parce que je 
n'avais pas envoyé de suite d'Alep lesdites lettres et parce 
que j'avais tant tardé à paraître. 

Je lui remis finalement lesdites lettres qu'il ouvrit. Elles 
étaient fort longues, écrites en chaldéen. Après les avoir lues 
toutes et bien examinées, il dit : « Comment est-il possible de 
damner celui que, pendant tant de temps, nous avons sanc- 
tifié et tenu pour Père de l'Église? Je m'étonne beaucoup du 
patriarche Néhémé mon frère qui, connaissant la nature de 
la nation, la haine et la malveillance qui nous entourent, la 
tyrannie au milieu de laquelle nous vivons, vous a fait venir 
en Orient avec tant de périls, de peines et de dépenses, et 
s'est imaginé conclure toute cette affaire par lettres. Loué soit 
le Seigneur que mon patriarche ne soit pas venu ici ! Les 
personnages qui vous ont envoyé en ce pays ne savent pas les 
misères et les persécutions auxquelles nous sommes en butte. 
Si vous voulez que cette négociation soit menée à bonne fin, 
laissez-nous faire; nous sèmerons l'acceptation de ce concile au 
milieu de notre nation, petit à petit, et avec toute habileté. Pour 
arriver à cela, retirez-vous le plus vite possible à Alep; ne vous 
ouvrez avec qui que ce soit de nos affaires, car nous dirons et 
ferons ce qui sera nécessaire. » 

Je lui répliquai que, puisque les Jacobites reconnaissaient 
l'Église romaine pour chef et supérieur, ils étaient tenus à ac- 
cepter et ratifier généralement et en détail, tout ce que ledit chef 
accepte et condamne, parce qu'autrement ils ne seraient pas 
obéissants; car l'obéissance, sans l'acceptation dudit concile, 
serait imparfaite, puisqu'il y manquerait ce qu'il y avait de plus 
nécessaire. 

Il répondit que cette acceptation ne pouvait pas se faire, parce 
qu'il avait déjà été découvert et répandu dans la nation que 
nous voulions leur faire condamner leurs saints maîtres et 
Pères, mais que cela se ferait une fois le bruit passé et la nation 
calmée. 

J'insistai nouvellement pour qu'au moins il acceptât dès lors, 
lui seul, secrètement, le concile de Calcédoine et la condamna- 
tion de Dioscorus et qu'il envoyât sa profession de foi copiée, 
comme déjà d'autres fois il avait envoyé ses lettres et professions. 

Il répondit qu'il ne pouvait pas même le faire secrètement, 



RELATION DE l'ÉVÈQUE DE SIDON. ^ 207 

parce que cela serait de suite découvert, à cause des bruits ré- 
pandus dans la nation et qui prendraient de la consistance. Mais 
que, si je voulais la véritable union avec la sainte Église ro- 
maine, je les laissasse faire, que je retournasse à Alep au plus 
tôt, si je ne voulais pas me trouver en butte à quelque persécu- 
tion et causer la ruine du monastère où j'étais. Il dit de plus : 
« Déjà nous avons accepté et envoyé, signée et cachetée, la pro- 
fession de foi envoyée à nous du Saint-Siège par le patriarche 
Néhémé, notre frère, lequel nous a écrit qu'elle a été examinée 
et acceptée par le Saint-Siège apostolique. Dans celle-là il n'y 
avait pas tant de choses exprimées que dans celle-ci. » Et il 
demanda pourquoi le concile de Calcédoine avait excommunié 
Dioscorus, qui n'était pas un lettré, mais un personnage de 
vie simple, religieuse et sainte. 

Je lui affirmai que la profession donnée au patriarche Néhémé 
par le cardinal protecteur, et envoyée à eux par le Siège apos- 
tolique, était la même que celle que je venais de lui faire voir, 
que ce qui était contenu dans l'une tacitement et en substance, 
était exprimé dans l'autre pour une plus ample déclaration, et 
que Dioscorus avait été condamné par le concile de Calcédoine, 
parce qu'il avait approuvé les actes et les hérésies d'Eutychès, 
puis à cause de son orgueil, de son opiniâtreté et d'autres causes, 
comme le dit le concile de Calcédoine. 

Il répondit que Dioscorus n'approuva point l'opinion d'Euty- 
chès, attendu qu'eux. Jacobites, sont Dioscoriens et ont toujours 
condamné et condamnent encore les hérésies d'Eutychès, ainsi 
que leur auteur, lequel confondait et mêlait les deux natures 
en une, tandis qu'eux, en opposition avec cette doctrine, disent 
que les deux natures en Christ, Notre-Seigneur, se sont unies et 
ont fait une nature personnelle de deux natures impersonnelles, 
mais sans mélange ni confusion; puis il racontait l'histoire de 
Dioscorus, comme faussement elle est contenue dans leurs li- 
vres, et, à l'aide de cela, il voulait prouver que Dioscorus avait 
été calomnié et condamné à tort par le concile de Calcédoine, 
n'ayant commis aucun péché de nature à le faire condamner et 
excommunier, bien que, dans son indignation, il se lut montré 
altier en quelque chose. 

A ce discours, on lui montra avec beaucoup de répliques et 
de raisons, que Dioscorus avait été justement réprouvé et con- 



208 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

m 

damné, et que son histoire ne disait pas la vérité; mais il réfu- 
tait et niait tout ce qu'on pouvait dire contre Dioscorus. 

C'est pourquoi on lui affirma à plusieurs reprises que, s'ils 
voulaient être catholiques et obéissants à la sainte Église ro- 
maine, ils étaient obligés d'accepter complètement le concile de 
Calcédoine, et de se conformer en tout à la sainte Église ror 
maine, laquelle, toujours gouvernée par l'Esprit-Saint, ne peut 
jamais errer, et que, pour cela, ils eussent à condamner Diosco- 
rus; qu'abandonnant ces nouveautés superflues de mots et de 
tempéraments trouvés par eux contre la détermination duclit 
concile, à l'aide desquels ils disent : « une nature personnelle 
provenant de deux natures impersonnelles sans mélange ni con- 
fusion, » ils devaient professer librement une personne et deux 
natures, deux volontés et deux opérations en Jésus-Christ, Notre- 
Seigneur, conformément audit concile, accepté par la sainte 
Église romaine. 

Il répondit alors que les Latins et les Grecs n'avaient pas su 
trouver le tempérament de mots et d'expressions dans cette 
proposition, comme les Jacobites avaient su habilement le trou- 
ver; mais il affirmait que, dans la signification, c'était la même 
chose que ce que tient l'Église latine, bien que différant seule- 
ment par les mots. 

Je lui répliquai qu'il devait alors et d'autant plus, sans nou- 
velle difficulté, accepter la détermination dudit concile, puis- 
qu'il affirmait que la signification était la même, et qu'il ne de- 
vait pas élever de doute sur l'adhésion du patriarcat ni s'effrayer 
des bruits de la nation, parce qu'on devait espérer, en s'y pre- 
nant adroitement, qu'on leur démontrerait la vérité et qu'on les 
ramènerait aisément; j'ajoutai que, dans le cas même où il sur- 
girait quelque désordre à leur désavantage, le Siège apostolique 
leur rendrait au double ce qu'ils pouvaient perdre en pareil cas, 
outre que c'était pour eux une obligation de le faire, tant pour 
le salut de leur âme que pour celui du peuple. 

Il répondit de nouveau que cette acceptation se ferait avec le 
temps et après que les murmures de la nation seraient calmés, 
me conseillant de me retirer le plus vite possible à Aleprque je 
les laissasse faire eux-mêmes, me mettant en avant les persécu- 
tions qu'on souffre en Orient, et particulièrement celles qu'ils 
avaient endurées après le départ du patriarche Néhémé, leur 



RELATION DE l'ÉVÊQUE DE SIDON. 209 

frère, et tout l'argent qu'ils avaient dépensé pour se libérer. 

Après cela, je l'entretins de la rectification de l'année, de la 
correction du calendrier faite nouvellement par l'Église ro- 
maine, et des causes de cette correction, lui remettant quelques 
calendriers arrangés à la manière chaldéenne, et je lui assurai 
qu'à cette rectification avait concouru le patriarche Néhémé, 
leur frère, lequel avait signé de sa main, à leur intention, eu 
insistant pour qu'ils voulussent bien l'accepter et le publier dans 
la nation. 

Ayant entendu et lu ce que je lui proposais au sujet de cette 
correction, il répondit que, se trouvant sous la domination tur- 
que, ils ne pouvaient accepter une semblable rectification si 
elle n'était acceptée en même temps par d'autres nations, parce 
qu'eux faisant seuls ce changement en Orient, leurs adversaires 
les accuseraient d'avoir conclu l'union; mais que, concurrem- 
ment avec d'autres nations orientales, ils s'engageaient à le 
faire. 

Le second jour, je me retirai avec ledit évèque, et je l'entre- 
tins seul à seul ; je lui affirmai que je le savais le plus lettré des 
Jacobites, un homme supérieur, qui n'avait peur d'aucun de 
sa nation, attendu que tout le monde s'en rapportait à son avis; 
qu'on serait content de ce qu'il ferait; qu'il n'avait pas peur des 
officiers turcs, étant leur médecin, ami et favori, et, en outre, 
puissant au point de sauver lui et nous de toute persécution. Je 
le priai de nouveau secrètement, comme bon ami de lui et de 
son frère, et comme désireux de mener à bonne fin toutes leurs 
affaires, pour* qu'il acceptât et souscrivît très secrètement, entre 
moi et lui, ladite proposition. Il déclara de nouveau ne pouvoir 
le faire. Finalement, je le priai de ne pas être cause que nous 
perdissions les peines et les dépenses que nous avions suppor- 
tées pour eux, et ses frères la réputation et les bonnes grâces 
qu'ils avaient acquises auprès du Siège apostolique, puisque 
déjà, dans la première profession qu'ils avaient envoyée à Rome, 
ils déclaraient généralement accepter et condamner tout ce 
qu'accepte et condamne la sainte Église romaine. Comme il se 
refusait toujours à souscrire, je le priai de me dire s'il était mû 
par une autre raison qui l'empêchait de ratifier entièrement 
ladite profession. 

Alors il me dit ouvertement qu'il ne pouvait pas accepter ni 



210 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

ratifier la profession du concile de Calcédoine avec la condam- 
nation prononcée contre Dioscorus, non seulement à cause des 
raisons qu'il m'avait indiquées, mais encore parce qu'il agirait 
contre son opinion, ayant pour certain que Dioscorus est saint 
au ciel; qu'il avait fait des miracles auprès d'eux; qu'en accep- 
tant le contraire de ce qu'il croit, il écrirait le faux, et agirait 
contre sa conscience et contre Dieu, et que de cette proposition 
il ne pouvait se départir, ni pour aucune chose au monde, ni 
par complaisance pour amis ou parents. Il affirmait, en outre, 
que Dioscorus était auprès d'eux en telle vénération et sainteté 
que, si on ne le nommait pas dans leur messe, beaucoup croi- 
raient que cette messe n'est pas parfaite. 

Je le priai de vouloir bien écrire tout cela de sa main, afin 
que je pusse le montrer à la Sainteté de notre maître. Il répondit 
qu'il ne pouvait pas le faire pour le moment, étant fort occupé 
avec beaucoup de gens de sa nation; mais que de Caramit il 
écrirait in extenso, rendant compte de toute chose au Siège 
apostolique. Il demanda aussi par écrit tout ce que nous vou- 
lions du patriarche au nom du Siège apostolique. Je fis, en con- 
séquence, écrire en arabe par son prêtre Abdelnor, qui avait été 
professeur au collège des Orientaux à Rome, et venu alors en 
sa compagnie, les points suivants : 

Primo. Que je lui demandais la ratification de la profession 
de foi, avec l'acceptation expresse du concile de Calcédoine, et 
la condamnation de Dioscorus, et la ratification du serment de 
fidélité, telle qu'elle est contenue dans les copies remises à lui 
en langue arabe, laquelle ratification j'avais déjà promise à 
Rome comme procureur du patriarche, et que j'insistais beau- 
coup à l'avoir, afin de pouvoir lui remettre la bulle et le pallium 
patriarcal. 

Secundo. Qu'ils envoyassent quelques sujets capables d'en- 
seigner dans le collège qu'on allait ériger pour leur nation à 
Rome, et des livres de science à imprimer en langue arabe et 
chalcféenne, pour l'aide de leur propre nation. 

Le vicaire prit ce mémorandum et les copies des traductions 
des bulles, de la profession et du serment, et promit de traiter 
de tout cela à Caramit avec le patriarche, son frère, et de ré- 
pondre. Puis, le vicaire m'ayant présenté ensuite quelques fruits 
et biscuits pour mon retour, je lui offris en échange quelques 



RELATION DE l'ÉVÈQUE DE SIDON. 211 

gentillesses de Venise, et je partis, le jour suivant, du monas- 
tère de Mar-Abihaï en sa compagnie; le soir, nous logeâmes 
ensemble dans le village d'Orbis, où Ton raisonna pendant quel- 
que temps, comment en Christ, Notre Seigneur, il n'y a pas une 
personne humaine, mais seulement une divine, et comment il 
y a deux natures substantielles et non accidentelles, deux vo- 
lontés et deux opérations, et comment, quand les Jacobites di- 
sent une nature personnelle de deux natures impersonnelles, 
on pourrait de cette proposition conclure contre eux qu'il y a 
trois natures. On raisonna aussi des sciences et de la manière 
de les étudier, lui-même ayant proposé ces questions et ces rai- 
sonnements. 

Ce même soir-là, à minuit, le vicaire m'envoya son prêtre 
Abdelnor, avec un billet de sa main, me disant que je devais 
partir d'aussi bonne heure que possible, à cause des murmures 
qui s'élevaient alors dans ce village, et aussi dans la ville de 
Gargar sur notre compte ; que beaucoup allaient disant que nous 
avions porté dans une caisse le patriarche Néhémé, leur frère, 
et qu'on avait fait union et ligue entre Franks et Chaldéens; que 
nous avions apporté à ces derniers des armes et de l'argent; 
que, pour toutes ces raisons, je devais hâter mon départ pen- 
dant la nuit. 

Mais, tenant pour certain que tout cela était une invention du 
vicaire, je lui répondis qu'ayant un firman du Grand-Turc pour 
visiter les Églises de Jérusalem et du Levant, je n'avais pas 
peur. Je partis, cependant, du village d'Orbis, le matin suivant, 
trois heures après le jour, et je fus accompagné de beaucoup de 
prêtres, de frères et de laïques de ce village avec beaucoup de 
courtoisie; je leur donnai une respectable aumône, comme je 
l'avais fait dans le monastère où j'étais resté, et j'arrivai à Alep, 
sans autre rencontre ni empêchement, le 1 er décembre. 

Avec le vicaire, j'étais resté trois jours, traitant avec lui plutôt 
de nuit que de jour. Si je ne pus traiter plus d'affaires ni d'une 
meilleure manière, c'est parce que nous étions interrompus par 
des gens qui venaient le visiter, et à cause du peu de champ 
qu'il me donnait en s'étendant sur d'autres sujets, puis en m'o- 
bligeant à quitter le monastère dès le second jour. 

Ayant vu ensuite le peu d'intention qu'avaient ce patriarche 
et son vicaire de s'aboucher avec moi, je m'en allai dans la ville 



212 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

de Sis, en Caramanie, vers le patriarche de l'Arménie Mineure, 
et de là à Damas, vers le patriarche d'Antioche, du rite grec, 
et à Jérusalem, vers le patriarche de cette ville. Je raconterai 
séparément ce que j'y ai fait. Puis, revenant à Tripoli, par 
ordre du Siège apostolique, mes compagnons retournèrent à 
Rome, et moi, à Alep, où je cherchai de nouveau, par le moyen 
de Safer, à me mettre en rapport avec son patriarche, lui écri- 
vant que mon retour était uniquement à son intention, et seule- 
ment pour finir ses affaires. 

En réponse à la mienne, je reçus beaucoup de lettres du même 
vicaire, au nom dudit patriarche, dans lesquelles il s'excusait 
de ne pouvoir faire autre chose, à cause du tapage qu'avait sus- 
cité ma venue dans ce pays-là, et aussi à cause des persécu- 
tions qu'il avait subies, ayant dû payer beaucoup d'argent pour 
se libérer; il ajoutait qu'ils avaient déjà écrit à fond à Rome, à 
Sa Sainteté et au patriarche Néhémé, leur frère, en réponse à ce 
que je demandais, et que, par conséquent, ils devaient attendre 
de nouveaux ordres demandés par eux à Rome, attendu que 
cette négociation ne pouvait pas se terminer dans un espace 
moindre de cinq années, leur nation étant grande et dispersée 
en beaucoup de pays; il alléguait encore beaucoup d'autres rai- 
sons, ainsi qu'il résulte de ses propres lettres, envoyées par 
moi au cardinal protecteur. 

Comme je ne pus obtenir du patriarche Néhémé, qui se trou- 
vait à Rome, et auquel j'adressai plusieurs lettres pressantes, 
d'autres recommandations auprès dudit patriarche David et du 
vicaire, ses frères, par lesquels j'avais été écarté et traîné long- 
temps, ainsi que je l'ai dit ci-dessus, je partis d'Orient, le 1 er du 
mois d'août passé, par ordre du Siège apostolique, laissant les 
affaires de ce patriarche et de la nation jacobite dans l'état sus- 
indiqué. 

Pendant que je restais à Alep et dans d'autres villes de la 
Syrie, je ne manquai pas de traiter de l'union avec quelques 
évoques et principaux personnages de la nation jacobite. Après 
qu'ils avaient été informés et instruits autant que possible dans 
la profession de la sainte foi, quelques-uns se reportaient à ce 
que ferait et accepterait leur patriarche, auquel, disaient-ils, 
appartenait cette négociation ; d'autres, s'opposant seulement à 
la condamnation expresse de Dioscorus, acceptaient tout le reste 



RELATION HF> L/ÉVÊQUE DE SIDON. 213 

de la profession de foi, disant : « Nous ne sanctifierons pas 
Dioscôrus, mais nous ne le damnerons pas, l'ayant tenu pendant 
tant de temps pour saint. » Quelques autres, tenant pour cer- 
tain que Dioscôrus n'avait jamais approuvé les actes et héré- 
sies d'Eutychès, dirent : « Nous condamnons Eutychès et tous 
ses adeptes et adhérents, qui ont dit et diront comme Eutychès, 
acceptant encore tout le reste de la profession de foi. » Parmi 
ceux-ci furent plusieurs des principaux d'Alep, parents de Sa- 
fer, lesquels écrivent à Votre Béatitude. 

Seul de toute la nation jacobite, Safer, n'ayant pas réussi à 
faire venir à Alep son patriarche, ainsi qu'il l'espérait et me 
l'avait promis, accepta et professa entièrement entre mes mains 
la profession de foi, la souscrivant de sa main et la cachetant 
de son sceau, affirmant de plus publiquement qu'à la suite 
d'une illumination divine, il acceptait et condamnait tout ce 
qu'avait accepté et condamné la sainte Église romaine; pour 
cela, il envoie sa profession de foi et des lettres à Votre Sain- 
teté, au cardinal protecteur et au patriarche Néhémé, qui se 
trouve à Rome. 

Ce Safer est des premiers de la nation jacobite et encore des 
autres nations chrétiennes d'Alep, diacre et vicaire de son 
patriarche; homme de cinquante-cinq ans et de grandes affaires; 
il tient en ferme les douanes et les coins des monnaies d'Alep, 
et il est fort estimé des officiers du Turc; il s'est toujours 
montré obéissant au Siège apostolique et désireux de l'union 
de son patriarche et de sa nation avec la sainte Église ro- 
maine, ainsi que cela se voit par ses lettres et par ses actes. 

Le Siège apostolique, à l'intercession du cardinal protecteur 
de cette nation, le jugea digne des privilèges de comte palatin 
et de la Chaîne-d'Or, dont les insignes lui furent remis par 
moi, l'an passé, à Alep, en présence de beaucoup de témoins, 
avec l'interprétation de ses privilèges. C'est pourquoi il rend 
des grâces infinies au Siège apostolique et à Votre Béatitude, 
et accepte volontiers les recommandations qui lui furent adres- 
sées avec un bref particulier, promettant de faire tout ce qui se- 
rait en son pouvoir pour l'union de son patriarche et de sa nation 
avec la sainte Église romaine. Que le Seigneur, par sa sainte 
grâce, nous accorde au plus tôt cette union et obéissance, 
comme c'est le désir de tous les catholiques! 



214 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

La nation jacobiteest dispersée dans les villes, terres et cam- 
pagnes de la Syrie, de la Mésopotamie et de la Babylonie, parmi 
les autres nations, au nombre de cinquante mille maisons, dont 
la plus grande partie est pauvre et vit de travail journalier. 
A Alep et à Caramit, il y a plusieurs maisons riches et d'une 
honnête aisance, d'autres qui vivent de négoce et de trafic. 

L'église patriarcale de cette nation est dans la Mésopota- 
mie, hors la ville de Mardyn, dans le monastère de Zag-Faran; 
mais le patriarche réside dans la ville de Caramit, pour sa 
plus grande commodité et tranquillité. Cette nation est sou- 
mise et obéissante à son patriarche David; mais elle est gou- 
vernée par l'évêque Thomas, frère aîné et vicaire général du 
même patriarche David, sous l'obédience duquel vivent pour 
le présent les prélats suivants : 

Jean, métropolitain de Jérusalem, pour les Jacobites (1), 

Michel, archevêque de Damas ; 

Jacob, archevêque d'Édesse (Orfa ou Raha) (2); 

Minas, frère du patriarche, archevêque de Sour; 

Éphrem, archevêque dans la même province; 

Jacob, archevêque de Bisuairie (3) ; 

Abraham, évêque d'Aatafra (4) ; 

Melchez, évêque de Saint-Melchi (ou Malcho) en Tur; 

Jésus, évêque du monastère de Deiroloomor (5); 

Abelmedieh, évêque dans la province de Tur; 

Elie, évêque à Salach; 

Élie, évêque dans le monastère de Sainte-Croix en Zach (6); 

(iazel, évêque de Tarach ; 

David, évêque de Maadan (7); 

Pilate, métropolitain de Mossoul et d'Orient (S) ; 

(1) Thomas de Jésus ajoute : « appelé par les Jacobites le cinquième patriarche ». 
Tous les évoques qui suivent sont mentionnés dans Oriens christianus, où il est 
facile de les trouver à la série chronologique de chaque siège, tome II. 

(2) Assemani l'appelle Michel. {Oriens christianus, tome II, page 1440.) 

(3) Ou Beth-Sura. (0. C, tome II, page 1603.) 

(4) Ou Natapha. (0. C, tome II, page 1606.) 

(5) Auprès de Baalbek. On croit que ce Jésus était évêque de Baalbek. Il ne me 
paraît pas que notre texte ait confondu ce prélat avec Michel, évêque de Damas, 
cité plus haut, comme le supposent Assemani et Le Quien. (Oriens christianus, 
tome II, pages 1427 et 1476.) 

(6) Résidence desévèques de Haé. (0. C-, (orne II, paye 1502.) 

(7) Il s'appelait aussi Denys. (0. C, tome II, page 1512.) 

(8) Il était le maphrian, ou primat des Jacobites orientaux. Voir l'explication 
de cette dignité dans Oriens christianus, tome II, pages 1533 et 1558. 



RELATION DE l'ÉVÊQUE DE SIDON. 215 

Gazelj archevêque de Maipherchin (Maipheracta) ; 

L'archevêque du monastère de Mar-Abihaï (lj; 

Ananias, évêque de Sainte-Bertonie (2); 

Jean, évèque de Haret Baret (Zaïd) ; 

Isaac, archevêque de Chypre; 

Siméon, archevêque de Caramit; 

Habib, évèque. 

Les plus lettrés de cette nation sont les suivants : 

L'évêque Thomas, vicaire général du patriarcat, ; 
Le patriarche Néhémé, qui est à Rome; 
Le patriarche David, résidant à Caramit ; 
L'évêque de la Bisuairie ; 
L'archevêque Moyse, qui est à Rome ; 
Le frère Thomas du monastère de Zag-Faran ; 
Le frère Behra, du village du Cusur ; 
Le frère Jacob, son frère. 

Dans les susdites provinces, il y a beaucoup de monastères 
de la nation jacobite, des églises, des frères, des diacres nom- 
breux, que je n'ai pu visiter à cause de l'isolement dans le- 
quel m'a tenu Thomas, le vicaire général. Je visitai, néanmoins, 
les églises des Jacobites à Tripoli, à Hama (Aumanin), à Damas, 
à Neph, à Jérusalem, à Alep, à (Ma, à Orbis, et dans le mo- 
nastère de Mar-Abihaï, à Gargar, parmi lesquelles, à l'excep- 
tion de celles de Jérusalem et d'Alep que je trouvai bien te- 
nues, toutes les autres étaient sans images, mal gouvernées, 
le Saint-Sacrement dans des boîtes en bois, sans lumières ni 
lampes, les fonts baptismaux découverts et sans eau, parce 
que chaque fois qu'ils baptisent ils la bénissent à nouveau; les 
ornements de l'autel et de la messe étaient tenus sans aucune 
propreté, sordidement même; d'huiles saintes, ils n'en ont 
d'autre dans l'église que le chrême appelé miron, que le pa- 
triarche bénit, tous les sept ans, avec beaucoup de fleurs et de 
choses odoriférantes. L'huile des catéchumènes, ils ne l'ont pas, 
et l'huile pour les malades, le prêtre la bénit sur quatre lu- 
mières placées en croix ; il oint le malade de cette huile après 
avoir récité beaucoup d'évangiles et de prières. Le sacrement 

(1) Assemani croit que L'évêque de Samosate résidait 'dans ce couvent. (Oriens 
christianus, tome II, pages 1461 et 1604.) 

(2) Ou Bar-Aphtonie. {0. C, page 1603.) 



216 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

de la confession est peu fréquenté, et il y a beaucoup de Ja- 
cobites qui communient sans confession auriculaire. 

LES HÉRÉSIES ET ERREURS PRINCIPALES DE LA NATION JACOBITE. 

— Ils disent qu'en Jésus-Christ, Notre-Seigneur, il y a, après 
l'union hypostatique, une nature personnelle résultant de deux 
natures impersonnelles, bien qu'ils ajoutent : sans mélange, 
ni confusion, ni altération. 

Ils disent encore qu'il existe en Notre-Seigneur une substance 
résultant de deux, une essence de deux, une volonté de deux, 
une opération de deux. 

Ils acceptent le deuxième concile d'Éphèse, qui est condamné, 
et à rencontre ils condamnent le quatrième concile universel, 
celui de Calcédoine. 

Ils sanctifient Dioscorus, Sévère, Pierre, Macaire et Jacob, 
duquel ils ont été appelés Jacobites, et, au contraire, ils con- 
damnent saint Léon, pape. 

Ils ajoutent clans le Trisagion : Qui crucifixus est pro nobis, 
en disant que cette addition, ils l'appliquent seulement à Christ, 
Notre-Seigneur, et non à la sainte Trinité. 

Ils n'acceptent pas les conciles de Constantinople, qui sont 
les deuxième et troisième œcuméniques, ni les autres conciles 
œcuméniques célébrés depuis. 

Ils affirment qu'eux seuls, avec les Arméniens, les Coptes 
et les Abyssins, représentent l'Église catholique, et que tous 
les autres chrétiens sont en dehors d'elle. 

Ils tiennent qu'avant le jugement universel, personne n'en- 
tre au paradis ou en enfer. 

Bref, telles sont, avec beaucoup d'autres, les hérésies et er- 
reurs que les Jacobites se laissent enseigner dans leurs caté- 
chismes et livres, dont, comme témoignage, j'ai rapporté plu- 
sieurs que j'ai déjà traduits en latin. 

Les susdites hérésies et le susdit schisme de Dioscorus, Sé- 
vère et Macaire, subsistent encore dans la Syrie, la Mésopo- 
tamie, l'Arménie et autres parties de l'Orient, non moins que 
l'hérésie de Nestorius dans la plus grande partie des Chaldéens, 
en Babylonie et autres provinces voisines; leurs adeptes s'y 
sont multipliés, de telle sorte que ces nations sont déjà nom- 
mées qui jacobite, qui nestorienne. 



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pales sous les rois mérovingiens , par M. l'abbé Vaeandard. — IL Yves 
de Chartres et le droit canonique, par M. Paul Fournier. — III. De l'or- 
ganisation et de l'administration des fabriques avant 1789 au diocèse 
du Mans, par M. l'abbé Froger. — IV. Le maréchal de Luckner et la 
première campagne de Belgique en 1792, d'après les documents du mi- 
nistère de la guerre, par M. Arthur de Ganniers. — Mélanges : Courrier 
allemand. — Courrier espagnol. — Chronique : Revue des recueils pé- 
riodiques. — Bulletin bibliographique. — (32 e année, rue Saint-Simon, 5, 
à Paris.) 

Revue de l'Orient chrétien. — Les deux premiers volumes. 

1896. Avertissement. — Notre programme. — La Serbie chrétienne , par 
M. le B on d'Avril. — Une page de l'histoire de l'Eglise de Mardin au 
commencement du XVIII e siècle, par le R. P. Scheil. — Les missions 
latines en Orient, parle R. P. Michel. — L'ordination dans le rite Jaco- 
bite, par M. l'abbé Graffin. — La vie de Mar Joseph I e1 ', éditée par 
M. l'abbé Chabot. — Acte du concile de Florence pour la réunion des 
Eglises. — L'Arménie, par M. V. Ermoni. — Fragments d'une chronique 
syriaque inédite, par M. l'abbé Nau. — Etat religieux des diocèses for- 
mant le patriarcat chaldéen, au 1 er janvier 1896, par M. l'abbé Chabot. 

— Le syllogue littéraire grec de Constantinople, par P. L. P. A. A. — 
Marcion dans la littérature arménienne, par M. V. Ermoni. 

Mélanges : I. La lettre d'Anastase le bibliothécaire, par M. le B on d'Avril. 

— IL La réforme du calendrier, par M. P. Pisani. — III. Notice sur les 
Kurdes, par M. le B on Carra de Vaux. — IV. Doctrine de l'Eglise chal- 
déenne sur la primauté de saint Pierre, par le R. Emmanuel, O. S. B. — 
V. M. Gladstone et la question des ordinations anglicanes. — VI. Les 
chrétiens du Malabar. M. J.-B. Chabot. — VIL Autonomies ecclésiasti- 
ques, par M. le B on d'Avril. — VIII. La question serbe dans l'Empire 
ottoman, par M. P. Pisani. — IX. L'Islam, par le comte IL de Castries, 
M. J.-B. Chabot. — Bibliographie. 

1897. Notre programme. — La Bulgarie chrétienne , par M. le B on d'Avril. 

— Les parties inédites de la chronique de Denys de Tellmahré, par 
M. l'abbé Nau. — Les souvenirs du concile de Florence, par M. le B un 



220 REVUE DE L'ORIENT CHRETIEN. 

Carra de Vaux. — Les missions latines en Orient, par le R. P. Michel. 

— La prise de Jérusalem par les Perses, en 61k, par M. le C le Couret. 

— Note sur une lettre du sultan Bajazet II au roi de France Charles VIII, 
par M. E. Blochet. — La vie de Mar Benjamin , traduite du syriaque, 
par le R. P. V. Scheil. — Une lettre d'Ibrahim-Pacha à Charles-Quint, 
par M. E. Blochet. — Calendrier de l'Eglise copte d'Alexandrie, par 
M. Léon Glugnet. — Vie du moine Rabban Youssef Bousnaya, traduite 
du syriaque et annotée, par M. l'abbé Chabot. — La légende de Bahira 
ou un moine chrétien auteur du Coran, par M. le B on Carra de Vaux. — 
L'Histoire ecclésiastique de Jean d'Asie, par M. l'abbé Nau. 

MÉLANGES : I. Deux publications nouvelles sur l'Islam, — II. Les rela- 
tions de l'Eglise et de l'Etat dans le Bas-Empire , par M. P. Pisani. — 

III. Compte rendu du XL congrès international des orientalistes. — 

IV. Quelques mots de politique chrétienne, à propos d'un livre russe 
récent, par M. le B°" Carra de Vaux. — Bibliographie. 



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sites de Syrie, d'Egypte et d'Arménie. — Le schisme grec. — Les Slaves. — Le Concile 
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— Les Slaves du Sud. — Les Roumains et les Hellènes. — Les chrétientés orientales 
d'Asie. — Les Abyssins et les Coptes. — La France protectrice de l'Église dans le Levant. 

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LES 

ÉGLISES AUTONOMES ET AUTOCÉPHALES 

Par A. d'AVRIL 

I' e partie : Le groupe orthodoxe. 

II e partie : De la hiérarchie catholique. — Les Orientaux dans le patriarcat de Rome 

In-S" de 49 p. — Prix : 1 franc. 



Typographie Firniiu-Diclot et C' e . — Paris. 



REVUE 



DE 



L'ORIENT CHRÉTIEN 



RECUEIL TRIMESTRIEL 



3 e ANNÉE. — N° 3. — 1898 



PARIS 

AU BUREAU DES ŒUVRES D'ORIENT 
20, Rue du Regard, 20 

ET A LA LIBRAIRIE E. LEROUX 

28, RUE BONAPAKTE, 28 

1898 



SOMMAIRE 



Pages. 

I. — ESSAI SUR LE CHANT LITURGIQUE DES ÉGLISES 

ORIENTALES, par il. Parlsot 221 

IL — LES PLÉROPHORIES DE JEAN, ÉVÊQUE DE MAYOUMA, 

par M. l'abbé F. J\au 232 

III. - LES OFFICES ET LES DIGNITÉS ECCLÉSIASTIQUES 

DANS L'ÉGLISE GRECQUE, par M. h,. Clugnet. . 260 

IV. - LES GRECS MELKITES, par II. le Baron d'Avril. 265 

V. — L'ORDINAL COPTE, par H. le » r Ermoni 282 

VI. — VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA, par 

11. Jf.-B. «-lui bol (suite) 292 

VIL— MÉLANGES. — RELATION DE L'ÉVÊQUE DE SIDON. 328 

VIII. — BIBLIOGRAPHIE 335 



PRIX DE L'ABONNEMENT 



France. Étranger . 

Pour les abonnés de la Terre Sainte (Revue bi- 
hebdomadaire) 3 francs. 4 francs. 

Pour les personnes non abonnées à la Terre Sainte. G — 7 — 



PRIX DE LA LIVRAISON : 2 FRANCS 



Avis. — Toutes les communications doivent être adressées au Bureau des 
OEuvres d'Orient, rue du Regard n° 20, Paris. 

Il sera fait un compte rendu des ouvrages adressés à la Revue de 
l'Orient Chrétien. 



ESSAI 

SUR LE CHANT LITURGIQUE 

DES ÉGLISES ORIENTALES 



Le chant, qui constitue chez tous les peuples une partie indis- 
pensable des rites religieux, varie, comme les autres formes 
extérieures du culte, suivant le goût et les habitudes des popu- 
lations qui l'emploient. Aussi, en conviant la musique à re- 
hausser la splendeur des cérémonies chrétiennes, l'Église n'a- 
t-elle point prétendu supprimer les instincts artistiques et les 
manifestations subjectives du beau, acceptées par les différentes 
races qui composent sa société religieuse. 

Dès l'origine, dit M. Bourgault-Ducoudray (1), « la musique 
chrétienne dut porter la trace du caractère cosmopolite de la 
religion nouvelle ». Celle-ci « n'étant pas, comme le paganisme, 
une religion nationale, mais s'annonçant comme la religion de 
toutes les nations, n'avait aucun motif pour favoriser le goût 
musical de tel ou tel peuple au détriment de tel ou tel autre ». 
Telle est la raison des différences par lesquelles la musique 
ecclésiastique des Orientaux se sépare de la nôtre. 



Nous n'avons pas à rechercher ce que furent les chants des 
Églises orientales aux siècles passés. L'absence totale de monu- 
ments écrits nous ôte, en effet, tout moyen d'étudier cette mu- 
sique à des sources directes. A l'exception des Grecs et des Ar- 

(1) Eludes Hurla musique ecclésiastique grecque. Paris, 1^77, p. 4,5. 

ORIENT CHRÉTIEN. Jg 



222 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

méniens, les autres rites orientaux n'ont accompagné leurs 
textes liturgiques d'aucune notation musicale. Les signes de 
l'alphabet turc ou arabe, employés, suivant leur valeur numéri- 
que, par Démétrius de Cantemire, au XVIII e siècle, constituent 
le seul essai de notation tenté parmi les Arabes. L'usage de ces 
signes, utile pour déterminer, d'après les anciens théoriciens, 
la tablature des instruments et les subdivisions de l'échelle 
musicale, n'a pas été mis dans la pratique. Souvent les traités 
ne les mentionnent pas, les plus instruits des musiciens n'en 
font pas usage, et le peuple s'étonne d'en entendre parler. 

La notation arménienne, appliquée à certaines parties des 
livres liturgiques, est une chironomie d'assez simple apparence; 
et, dans la pratique, on chante de mémoire, sans se guider 
expressément sur les signes musicaux. 

Parmi les chrétiens des autres rites, Maronites, Syriens et 
Chaldéens (1), les chants d'église se transmettent, comme les 
mélodies profanes, par la seule voie de la tradition, sans nota- 
tion ni livres d'enseignement musical. Les chantres modernes 
légueront à leurs successeurs le patrimoine musical qu'ils ont 
eux-mêmes re<;u de leurs maîtres et gardé avec une fidélité jalouse. 
Dans les offices orientaux, les parties chantées occupent une 
place considérable, que l'usage a, pour ainsi dire, consacrée en 
l'immobilisant. Tous, prêtres, clercs, assistants, et jusqu'aux 
enfants, peuvent prendre part au chant liturgique. Excepté 
les parties réservées à l'officiant, les chants sont exécutés par 



(1) Les Chaldéens ont cependant dans leurs livres d'oflice des indications re- 
latives aux modes du chant, par exemple qala da-trên, « deuxième mode ». De 
même on trouve au-dessus de certaines syllabes du texte le signe /// représentant 
une suite de notes, une sorte de neume, dont nous avons un exemple dans cette 
phrase du début du Canon de la seconde liturgie : 




.. 



• ' 



bam-Taw-më 'el- layë b-â-thrâ dhhi - la d-tesh-bubta- 

kà dlà - ith she-lvà lmash-l>à dagh-fay - hun da 



piÉIgÉ!Ils!!iii 



ta — (va) 

kru — bë. 

Traduction du texte : « Là-haut dans les hauteurs sublimes, dans le lieu redou- 
table de la louange, où les chérubins agitent sans ccsso leurs ailes... •> 



ESSAI SUR LE CHANT LITURGIQUE DES ÉGLISES ORIENTALES. 223 

tous ceux qui savent lire l'ancien syriaque. Certaines prières sont 
sues de mémoire et chantées souvent par toute l'assemblée. De 
cette manière les offices des Syriens diffèrent des cérémonies 
actuelles des Grecs, où le peuple écoute en silence (1). Les 
mêmes pièces sont souvent redites, enfin les mélodies sont pri- 
vées du secours de l'accompagnement instrumental. Ces condi- 
tions sont assurément les plus favorables au maintien, par la 
routine, des airs usuels ; mais la routine est mauvaise conser- 
vatrice des œuvres d'art, lors même qu'elle croit respecter et dé- 
fendre les trésors livrés à sa seule garde. 

Si les nations de l'Occident qui possédèrent dans de nom- 
breux manuscrits, et plus tard dans des livres imprimés la 
notation des cantilènes liturgiques, ont pu, jusqu'en ces der- 
nières années, en oublier la vraie leçon et en perdre même 
l'usage, on est en droit de se demander quelle est, au point de 
vue de l'antiquité, la valeur de la tradition musicale non écrite 
des Orientaux. 

Il est vrai que, par caractère, ceux-ci gardent plus fidèlement 
que nous-mêmes leurs anciens usages, et que les arts restent 
parmi eux depuis longtemps stationnaires, dans la mesure où 
ces peuples se tiennent plus éloignés de l'influence européenne. 

D'un autre côté, l'histoire constate, dans les arts plastiques, la 
transformation des goûts, accomplie sur place à différentes épo- 
ques, grâce à l'introduction successive des éléments étrangers qui 
modifièrent la civilisation antique. Les langues elles-mêmes 
n'ont pas échappé au changement. Sans doute, les idiomes an- 
ciens de l'Orient subsistent essentiellement dans certains dialectes 
modernes; mais ailleurs ils ont cédé la place à la langue arabe; 
de sorte que, si l'art musical, moins matériel et, partant, moins 
saisissable que les produits des arts plastiques, doit être com- 
paré au langage, les chants actuels de la Syrie ne reproduiraient 
qu'avec de profondes altérations les traits et les caractères de la 
source originale. 

Il est néanmoins certain que la tradition est vivace parmi ces 
nations orientales. En dépit des différences locales, le chant sub- 
siste fondamentalement le même dans les diverses églises d'un 
même rite. Il diffère, au contraire, d'un rite à l'autre, pour les 

(I) Cf. Macleax, East syrian daily offices. Londres, 1894, p. xvm, xix. 



224 revue de l'orient chrétien. 

pièces ayant le même texte. Les séparations nationales et reli- 
gieuses qui se produisirent aux époques historiques connues 
amenèrent la cessasion de tout rapport entre les chrétiens des 
différentes sectes, et les rites, bien que sortis d'une source uni- 
que, se développèrent en accusant des variations toujours plus 
profondes, dans les parties accessoires surtout. 



L'extension de la musique religieuse des Églises orientales est 
représentée d'abord par les chants de l'Église grecque. Ces chants 
ont été à notre époque l'objet de travaux, spéciaux (1). Au sur- 
plus, des recueils notés, en usage parmi les Grecs, ont fixé la tra- 
dition, assuré les réformes et facilité l'étude. 

L'Église russe possède, depuis le dernier quart du XVII e siècle, 
une musique liturgique qui lui est propre. Auparavant, le ré- 
pertoire musical des Russes se composait de chants grecs an- 
ciens, plus ou moins intacts, puis de chants grecs d'importation 
récente, de mélodies d'origine slave, ou encore venues de Bul- 
garie et de Serbie, et dont les débris se retrouvent de nos jours 
parmi les populations qui n'ont pas reçu les réformes musicales 
d'Alexis Mikhaelovitch (2). 

Les plus anciens de ces chants n'ont pas été fixés par l'écri- 
ture ; ils subsistent dans la tradition des chantres ou du peuple. 
D'autres nous sont parvenus dans la notation grecque archaïque 
du XII e siècle, telle que nous la présente, par exemple, l'hirmo- 
loge des Esphigmènes du Mont-Athos, ou encore certains manus- 
crits syriaques de liturgie melkite, portant au-dessus du texte 
les signes doubles et les combinaisons multiples de cette nota- 
tion médiévale. Cette écriture disparut graduellement. Aux XV e 
et XVI e siècles, les formes deviennent cursives, et se combinent 
de façons différentes. Un siècle plus tard, elles cèdent la place 
aux notes à crochets, puis à la notation sur portées, introduite 

(1) Bourgault-Ducoudray, Études sur la musique ecclésiastique grecque. Mission 
musicale en Grèce et en Orient (janvier-mai 1875). Paris, 1877. — W. Christ et Para- 
nikas, Anlhologia grœca carminum christianorum. Leipsig, 1871. — J. Hennixg et 

Sakellaridès, "Aa^axa èxx)>ri<Tia<7Ttxà. Athènes, 1886. — A. Gastoié, Grecs et Latins. 
Tribune de Saint-Gervais, 1897, p. 6, 41, 68, 166. 

(2) Voir Tserkovnoie pinie v-Rossii (Le chant d'église en Russie), par D. Razumov- 
SKi, professeur au Conservatoire de Moscou. Moscou, 1867-186'.», p. 179, 180, 224. 



ESSAI SUR LE CHANT LITURGIQUE DES ÉGLISES ORIENTALES. 225 

primitivement dans le sud-ouest de la Russie. A la fin du XVII e 
siècle et aux débuts du suivant, l'Église russe, rompant avec la 
tradition, remplaça définitivement ces chants anciens par des 
compositions polyphoniques dues à des auteurs récents, Bort- 
nianski, Simonovski, Davidow et autres, qui subirent l'influence 
directe ou médiate des musiciens étrangers, tels que Cimarosa, 
Paisiello, Martini, Startzer, Galuppi, Salieri, dont la plupart 
furent à cette époque les hôtes de la Russie. 

L'étude des chants arméniens est encore à faire, malgré la 
publication de Bianchini (1). Ceux de l'Église copte ont été par- 
tiellement notés par le P. Blin, de la Compagnie de Jésus, au 
Caire. Le recueil des chants maronites est actuellement en 
préparation, de même que celui des mélodies religieuses des 
Syriens et des Chaldéens, dont nous ne possédons jusqu'ici que 
de rares exemples. 

De même que l'influence de l'art européen a doté l'Église russe 
d'une musique conçue dans les principes delà composition mo- 
derne, ainsi les nations orientales qui reçurent aux siècles pas- 
sés la civilisation et la langue des Arabes, ontadopté pareillement 
les modes musicaux de ceux-ci; à moins que l'on ne voie dans 
la musique actuelle de Syrie la propre forme de l'art syrien. 
Quoi qu'il en soit, les modes de la musique religieuse des Maro- 
nites sont identiques aux modes arabes. Il faut observer cepen- 
dant que la pratique du chant d'église diffère, parmi eux, de l'exé- 
cution profane, et n'admet pas, comme celle-ci, les procédés 
mélodiques propres à exprimer le sentiment de la passion, et par 
là, indignes du lieu saint. 

A côté des chants proprement liturgiques, en langue syria- 
que ou parfois en arabe, les confréries et les maisons d'éduca- 
tion sont en possession de cantiques spirituels versifiés soit sur 
des mélodies arabes profanes, soit sur des airs de cantiques 
français. 

Les Syriens ont réglé leur musique religieuse suivant une no- 
menclature différente de celle des modes arabes, et provenant, 
selon eux, de la réforme musicale entreprise au VII e siècle par 
saint Jean Damascène. Si l'élément grec figure, pour une part, 
dans la constitution de la musique ecclésiastique des Syriens, 

(1) BrANcmNi, Chants liturgiques de l'Église arménienne. Venise, 1877. 



226 



REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 



il n'en a point banni l'élément syrien original, et le travail de 
réforme semble avoir été moins de constituer les tonalités et les 
gammes que d'en régler l'emploi suivant les temps de l'année. 

Ces chants syriens diffèrent généralement par l'ampleur mélo- 
dique des, formules propres aux Maronites. En outre, l'usage 
de transposer régulièrement une même mélodie sur différents 
modes, conformément aux principes de l'Octoéchos de saint Jean 
Damascène, multiplie les airs du recueil syrien. 

Les Chaldéens, plus éloignés des centres de culture arabe, ont 
conservé une musique plus simple, mais aussi plus pure d'alté- 
rations modales, et plus conforme aux principes diatoniques du 
chant grec et des modes grégoriens. Mais les chrétiens de ce rite 
se trouvant répandus sur dévastes étendues de pays, leurs tradi- 
tions musicales varient d'une province à l'autre. 



L'analogie que nous constatons clans la constitution mélo- 
dique de ces chants et les formules grecques ou grégoriennes 
n'implique pas identité complète. En effet les degrés des échelles 
musicales employées par les diverses nations de l'Orient ne cor- 
respondent pas avec exactitude aux divisions tonales qui nous 
sont familières (1), de sorte que la notation de leurs chants, rap- 
portée aux tonalités européennes, et surtout reproduite sur nos 
instruments à sons fixes, ne sera pas toujours la traduction fidèle 
de ces mélodies. Les oreilles habituées à ne percevoir d'autres 
intervalles que le ton et le demi-ton sont portées à rectifier toute 
autre intonation, parce qu'elles ne s'assimilent pas au premier 



(1) Bien que le chant grec puisse être pratiquement rapporté aux gammes euro- 
péennes, les altérations de l'échelle qui s'entendent dans les modes byzantins pro- 
viennent en réalité de la division des intervalles indiquée par les théoriciens au 
moyen des nombres 12, 9 et 7, constituant l'intervalle majeur, mineur ou mi- 
nime. 





v») [do) 




«a [ré) 




6ou [mi) 




va [fa) 




Si (sol) 




x E (la) 




'Cu (si) 




,, (do) 


Intervalles . 




1-2 




9 




7 




1-2 




1-2 




9 




7 




Vibrations.. 


517.3 




58 i . 5 




G40. G 




089.6 




777.5 




878.5 




963.7 




1034.0 


Notes euro- 
péennes... 


517.3 




580.6 




651.7 




690.5 




775. 




870. 




!)7li.."» 




103i.O 



ESSAI SUR LE CHANT LITURGIQUE DES ÉGLISES ORIENTALES. Hl 

abord les divisions moindres introduites dans l'échelle musicale 
par les Orientaux qui ont dirigé tonte la finesse du sens auditif 
vers le développement mélodique. 

Une autre différence se produit aussi dans l'exécution de ces 
chants. Que la faute en soit aux musiciens orientaux, peu préoc- 
cupés, peut-être, d'exprimer avec justesse les intervalles de leurs 
gammes, ou bien aux auditeurs européens, qui prendraient pour 
autant de notes fausses les altérations mélodiques propres à ces 
tonalités; le nasillement qui semble être une partie obligée 
du chant oriental, les tremblements de voix, le manque de netteté 
dans l'émission des sons, causent à l'étranger une impres- 
sion désagréable ; un assez long temps est nécessaire pour s'y 
accoutumer. Il arrive même de ne pas saisir à l'audition des 
chants connus et déjà notés. 

D'autre part, ces mélodies, qui renferment assurément des 
phrases très expressives, viennent-elles à être exécutées par des 
chanteurs européens, les Asiatiques cessent à leur tour de les 
reconnaître. 

L'intérêt que nous portons au développement de la musique 
ecclésiastique des Orientaux nous faisait un devoir d'exprimer 
avec franchise une constatation , qui ne blessera personne, si 
l'on ne se méprend point sur le sentiment qui nous a guidé. 
D'ailleurs, le soin apporté dans certains milieux à l'étude et à la 
préparation des chants de l'office, la curiosité empressée que les 
Orientaux mettaient à nous satisfaire lorsque nous leur deman- 
dions de nous dicter leur répertoire, enfin le désir témoigné par 
eux de posséder par écrit les parties musicales de leurs livres 
liturgiques, garantissent à l'avance le résultat que l'on est en 
droit d'attendre. Pour le présent, il importe d'obtenir la traduc- 
tion en notation musicale européenne du plus grand nombre 
possible d'airs orientaux. La réunion d'un matériel de cette 
sorte permettra de faire, de ces traditions isolées jusqu'ici, une 
étude d'ensemble, et, sans doute, aidera à la solution des pro- 
blèmes relatifs à l'origine et aux développements de l'art musical. 



Les différentes espèces de chants en usage dans les rites syriens 
sont distingués, dans les livres d'office, comme chez les Grecs, 



228 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

par diverses appellations, dont les unes désignent les espèces dé 
compositions métriques; tels sont les noms de sugito, hymne en 
versoctosyllabiques, ya'quboyo, hymne en vers de douze syllabes, 
selon le mètre de Jacques de Sarug, et efremoyo, en heptasyllabes 
selon le mètre de saint Éphrern; mimro et madrosho, hymnes 
didactiques; 'enyono, primitivement une hymne avec refrain. 
D'autres termes se rapportent directement au chant; mais, soit 
que le sens ancien de ces mots ait été oublié, soit que le chant 
des pièces elles-mêmes ait subi des altérations, la plupart de ces 
termes ne trouvent plus dans la pratique leur application exacte. 
Tous les rites emploient le terme de qâlâ, qolo, « voix » ou 
« son » devenu l'équivalent de « ton musical » ou de « morceau 
de chant ». Chez les Grecs r t yoç signifie le « ton » ou la « formule 
musicale (1) ». Les Chaldéens appellent qânûnâ, « canon », une 
antienne ou des versets de psaume introduits dans les offices des 
jours déjeune. Giijùrd est une autre sorte de clausule interca- 
laire, analogue au arv/yipô^ grec. Les antiennes en l'honneur des 
martyrs sont des sortes de « mémoires » versifiées, qui se chan- 
tent à la fin de chaque office du matin et du soir. *Untthâ t « ré- 
ponse », était sans doute le chant à refrain. Chez les Maronites 
(jolo fshito est le « ton simple », le chant sans intercalations ni 
répétitions; arikho et ngido le « ton long », z'urole « ton court », 
yawnoyo le « ton grec », m'irono celui « qui excite » , fiosto ce- 
lui « qui invite » ou « persuade », nusroto les mélodies « agréa- 
bles » , 'afifo le ton ou le chant « double » , comportant deux allé- 
luias, 'ashinto, le chant « fort » ou «élevé », présentant une 
double antistrophe. Enfin tous les rites syriens possèdent le rish- 
qolo « tonus princeps », désignant la strophe type sur laquelle se 
règlent la mesure et léchant des strophes d'autres hymnes. Cette 
expression devient ainsi une indication musicale indirecte. C'est 
l'équivalent exact de l'hirmus, eip^bç, des Grecs, et la présence 
de cet élément dans les livres d'office syriaques et dans les livres 
liturgiques grecs est l'attestation d'une commune origine de la 
pratique musicale des Églises d'Orient. 



(1) Un rapprochement semble s'imposer entre ce terme de rubrique orientale el 
Ii' •< sonus » de la liturgie mozarabe. 



ESSAI SUR LE CHANT LITURGIQUE DES ÉGLISES ORIENTALES. 229 



Nous venons devoir, indiqués par les termes liturgiques eux- 
mêmes, l'usage du chant à deux chœurs. Cette pratique revêt, 
dans les rites syriens, des formes multiples : ou bien les chan- 
teurs, divisés en deux groupes, alternent sans répétitions, les 
strophes des hymnes, ou bien le chœur entier répond par le 
refrain ou l'acclamation, aux formules du prêtre ou du diacre, 
ou enfin une strophe d'hymne, variant à chaque fois, suit la ré- 
citation de versets psalmiques récités par un seul lecteur. 

En bornant ici nos remarques sur le chant ecclésiastique des 
Orientau.x, nous devons dire que la lecture des livres d'office où 
sont contenus les textes de ces mélodies suggère entre les bré- 
viaires syriens et le bréviaire latin une comparaison qui est à 
l'avantage de ceux-là. Tandis que notre recueil d'offices, modifié 
successivement sous l'empire de considérations fort diverses, 
présente un ensemble de pièces parfois disparates, où le latin 
cultivé de saint Léon le Grand alterne avec les légendes écrites 
au moyen âge et les compositions des humanistes modernes, 
où les textes scripturaires, rebelles à la mélodie, succèdent aux 
formules antiques, écrites pour être chantées ; — dans les bré- 
viaires orientaux, les modernes compositions liturgiques ne 
détonnent pas sur l'ensemble du recueil d'offices. Ce sont les 
mêmes procédés de versification, le même vocabulaire, les 
mêmes épithètes, les mêmes pensées. L'unité ressort, avec mo- 
notonie parfois, mais on peut chanter à l'église les nouvelles 
hymnes aussi facilement que les anciennes, sur lesquelles on 
en a soigneusement réglé le rythme et la mélodie. 

J'en donnerai pour exemple le début de l'office, encore iné- 
dit, composé pour la fête du Sacré-Cœur au rite maronite, et 
une strophe d'hymne en l'honneur de saint Benoît. 

I. Bo'uto d-mor ya'qub (supplication) suivant le mètre 
de Jacques de Saruir. 



I B-zal>-neh drain - sho ay - kaw nuh - reh d-liaw i - mo - mo 
Il Ftahli lau le - bokhda - mlë rahh-më l>ar a - lo - l>o 



230 



REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 



r-2z: 



ri"*- 



±^E£ 



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Se 



d-lio f- 


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'al 


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■ slio 


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• (2) 



II. Hymne sur Phirmus hhdaw sadiqe, « Justes, réjouissez-vous ». 



I Mo- ryo qri - tokh, at 'a - nin,mal- ko rnsi-liho wsut el-me - lay 

H Sni- gro hwi lan bkul 'e -don mbarko to- bo qa - di- sho a- 



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wqa- 
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bel slut, wa - qim mo-ryo no - tu - ro 1-fum wa - 1-sefwot 

qushto da - flahht bkarmeh da-mshi-hho wa 'qart meneh 



-h — r*- 



m 



dlo es- te lmel - to bi-shto. ha - le - lu - ya, wa'-bed 'aw- lo. (3) 

ku- bê wya- 'iê wzi - zo - né. ha - le - lu - ya, a - fis lililo - fayn. (4) 

La strophe suivante, d'une hymne de saint Éphrem, en usage 
le jour de l'Epiphanie chez les Syriens et chez les Maronites, 
témoigne, sans que nous ayons besoin d'insister sur ce fait, de 
la marche suivie par la tradition musicale de ces deux rites 
depuis leur séparation, en même temps que la double leçon de 
cette pièce fera connaître le caractère général que chacune de 
ces deux nations a su imprimer à son chant. 

III. Sur l'hirmus honaw yarhho, « Voici le mois ». 






slinay mal- ko haw da-qra - w u ba - shmo d- sem 



hlio. 



(1) Office des Vêpres du dimanche (Offècium feriale juxta ordinem ecclesiae Syro- 
rum Maronitarum. Beyrout, 1877, p. 13. Traduction : •> Où est, à l'heure du soir, 
la lumière de ce jour? car voici que les ténèbres et le soir lugubre s'étendent sur 
la terre... » 

(2) Composition de M. Mansour el-IIakim. Traduction : « Ouvre-nous .ton cœur 
plein de pitié, ô fils de Dieu; entends nos gémissements et fais miséricorde à nos 
âmes... » 

(3) Office des Vêpres du lundi {Offècium feriale, p. 84). Traduction : •• Seigneur 
je t'appelle, réponds-moi, ô Roi Christ; entends mes paroles et reçois ma prière. 
Seigneur, place une garde à ma bouche et à mes lèvres, afin que je ne me laisse 
pas aller à une parole mauvaise, alléluia, et que je ne commette pas l'iniquité. » 

(4) Composition de M. Mansour el-Hakim. Traduction : « Sois notre avocat en 
tout temps, ô le Béni, l'excellent, le saint athlète de la vérité; toi qui as travaillé 
dans la vigne du Christ et en as extirpé les épines, les ronces el la zizanie, allé- 
luia, intercède pour nous. » 



ESSAI SUR LE CHANT LITURGIQUE DES ÉGLISES ORIENTALES. 231 



+ 



^m 



mm 



tlualih \vo mo - ran hclh 'e - vro 



VO. am-lekh we - lliaw scm-lih< 



S^è^HI^ïPèP^ 



^§f^B 



wden-hho mal - ko bar-'o «a- vro braw-mo. brikli shul-to- neh. (5) 

IV. Le même, au rite maronite. 




Ba - slinay ma-1 - ko liaw da qra - wu ba-shmodsem- 

sem- hho wden- 



Uppl^ë 



• ■■ 



S 



+=?=• 



=P=l 



-\ r f^-i — i— ; 1 — -^ 



lilio, dnahh beli mo - ran bet 'e - bro - yo a - mlek we - taw 
hho mal - ko l>ar - 'o \va - lno braw - mo brik shul - to - neh. (1) 

Comme exemple de chant antiphoné, voici, d'après la tradi- 
tion des Chaldéensd'Ourmiah, la prière quotidienne dont le texte 
passe pour avoir été introduit dans la liturgie par saint Siméon, 
évêque de Séleucie (330). 

V. Chant antiphoné. Rite chaldéen. 

-J. 



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ps. cxxi. 1) haddith 
21 shubhha 



kad amrin. 
1-aba... 



azzman. 
'almin amin. 



La- kliu dnawsha-tan. (-2) 



(1) Traduction : « Pendant les années du Roi, celui qu'ils ont appelé du nom 
de « splendeur », le Seigneur a brillé parmi les Hébreux. Il a régné, la splendeur 
et la clarté sont venues; Roi sur terre, Fils dans le ciel. Béni soit son empire. » 

(2) Traduction : « Maître de toutes choses, nous te confessons, ù Jésus-Christ, 
nous te louons, toi qui ressusciteras nos corps et sauveras nos âmes. y. Je me suis 
réjoui lorsque l'on m'a dit : Nous irons à la maison du Seigneur. r\ Maître de 
toutes choses... y Gloire au Père... dans les siècles. Amen, fi Maître de toutes 
choses. 

D. J. Parisot. 



LES PLÉROPHORIES 

DE JEAN, ÉVÈQUE DE MAIOUMA w 

ÉCRITES VERS L'AN 515 ET PUBLIÉES POUR LA PREMIÈRE FOIS D'APRÈS 
UN MANUSCRIT DU IX e SIÈCLE (875) 



Le manuscrit. — Ce manuscrit (addit. 14,650) est conservé ù 
Londres au British Muséum. Il fat écrit l'an 1186 des Grecs (875 
de J.-C), d'une écriture jacobite (2). L'encre a disparu pour un 
certain nombre de lettres. Un lecteur a mis en marge des équi- 
valents mieux choisis de quelques mots. Ce manuscrit renferme 
de nombreux extraits de Jean d'Asie, et M. Land l'a mis large- 
ment à contribution pour ses publications (3). Les Plérophories 
qui n'ont pas encore été étudiées vont du fol. 90 recto au 
fol. 134 verso. Elles sont divisées en 89 courts chapitres. 

L'auteur. — L'auteur, inconnu d'ailleurs, nous donne quel- 
ques détails autobiographiques (chapitre 16, 21, 22, 23, 88, 89). 
Il s'appelait Jean, était Arabe du Sud de la Palestine, semble avoir 
été attaché à la maison d'un grand ou à un monastère d'An- 
tioche [m-3o. co^ r ^-.o. udq^oj] fut ordonné prêtre à Antioche (471- 
477) par le patriarche Pierre le Foulon qui lui était très atta- 
ché. Il quitta cette ville quand le patriarche Pierre en fut chassé 
et se retira à Jérusalem et en Palestine, où il connut le solitaire 



(1) Port de Gaza. J'ai lu un travail sur ces Plérophories au congrès des Orien- 
talistes (septembre 1897) et me bornerai donc à donner ici une très sommaire in- 
troduction. 

(2) Cf. Land, Anecdota Syriaca, 1. 1. p. 24-26, et t. II. p. 28 

(3) Tome II. Voir un spécimen de l'écriture, t. I. table XV. 



LES PLÉROPHORIES DE JEAN, ÉVÊQUE DE MAIOUMA. 233 

Isaïe et Pierre l'Ibérien évêque monophysite de Maiouma, près 
de Gaza. 

Il était à Jérusalem en 484 quand Pierre, rétabli à Antioche, 
envoya sa lettre synodale à Martyrius. Il semble dès lors s'être 
complètement attaché à Pierre libérien dont il est appelé le dis- 
ciple, et dut même lui succéder, car il est appelé aussi évêque de 
Maiouma. Enfin il écrivit son ouvrage lorsque Sévère était pa- 
triarche cT Antioche (512-518). 

L'ouvrage. — Cet ouvrage est composé d'une suite d'anec- 
dotes favorables aux monophysites. La plupart proviennent de 
Pierre l'Ibérien et commencent par ces mots : le vénérable évêque 
Pierre notre maître disait. — Pour comprendre l'importance 
de cette formule, il faut se rappeler que Pierre, de son vrai nom 
Nabarnougios, était fils d'un roi des Ibères, qu'il avait été envoyé 
comme otage à Constantinople où il avait été élevé dans la fami- 
liarité de Théodose et de Marcien, enfin qu'il avait fui la cour 
pour embrasser la vie monacale à Jérusalem (1). 

Importance historique de cet ouvrage. — 1° Il a été transcrit 
presque textuellement par Michel le Grand, patriarche d' Antioche, 
dans son histoire ecclésiastique (2). Michel omet cependant quel- 
ques récits et surtout les détails historiques sur les personnages 
que Jean met en scène; il se borne souvent à donner le corps de 
l'anecdote. Les premiers chapitres sont encore transcrits textuel- 
lement dans l'histoire ecclésiastique du pseudo-Denys de Tell- 
mahré (3). Ceci nous montre déjà que nous sommes en présence 
d'un écrit important hautement apprécié par les écrivains mo- 
nophysites. 

J'ajoute encore que le rôle capital joué par Pierre l'Ibérien dans 
cet écrit en rend la publication indispensable, pour confirmer et 
compléter la biographie publiée par Richard Raabe. 

2° C'est un ouvrage très ancien qui est véridique. On le voit 



(1) Sur Pierre l'Ibérien. Cf. Land, III, livre 3, chap. 3, et 7 et p. 127, 1. 14; p. 131, 
1. 6 et 8'; p. 172, 1. 11; p. 183, I. 16; p. 180, 1. ii; p. 192, 1. 5. — Voir surtout : Pe- 
trus der Iberer, herausgegeben und iïbersetzt vongnes Richard Raabe. Leipzig, 
1895, ia-8°. Pierre serait né vers 409 et mort de 485 à 491. — Voir aussi J.-R. Cha- 
bot: Pierre l'Ibérien, d'après une récente publication. Paris, 1895, in-8° (32 pages). 

(2) Prit. Mus. Or. ms. 4402, fol. 120 v., 133 v. 

(3) Cf. Supp. trim. de Y<hicnt chrétien 1897, 4 e fasc. et p. 32 du tirage à pari 
(Analyse des parties inédites de la chronique attribuée àDenys de Telhnahré. par 
F. Nau). 



2.')4 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

au ton naturel des récits, et surtout au soin que prend l'auteur 
de nous indiquer d'où il tient ses informations et de ne rien 
ajouter de son propre fonds. En voici un exemple : 

(Chap. XVIII. ) Le bienheureux Pierre ajoutait : Je connais un homme, l'un 
des notables de la ville sainte, — parlait-il de lui ou d'un autre, il ne h 1 mon- 
tra pas clairement; il dit seulement: — je connais un homme, qui eut une 
vision au temps de Juvénal et vit les impuretés qui se commettaient dans le 
sanctuaire ; il ne voulut plus depuis lors entrer dans l'église avec cet évêque 
ni recevoir la communion de sa main ; mais il la recevait seul dans la sa- 
cristie, et cela avant la prévarication de Chalcédoine. Mais quel était le saint 
qui eut cette vision, Pierre ne nous Vindiqua pas. 

3° Nous trouvons dans cet écrit quelques anecdotes inédites 
sur des personnages connus d'ailleurs, comme Pierre libérien. 
Nestorius, Juvénal, Timothée Elure, Eudoxie, Zenon, Isaïe, Za- 
charie, etc. En particulier on a une lettre de Pierre libérien, et 
quelques extraits de l'histoire ecclésiastique queTimothée écrivit 
durant son exil à Gangra. 

4° On trouve encore sur les moines monophysites de Pales- 
tine de nombreux et intéressants détails qui peuvent servir de 
pendant à ceux que nous a donnés Jean d'Asie sur les moines du 
pays d'Amid (1). Pour comprendre l'état d'esprit de ces moines 
en lutte ouverte avec leurs évêques, il faut se rappeler qu'ils con- 
tribuaient à les nommer; aussi, ils leur demandaient compte de 
leur mandat, et quand ils en étaient mécontents ils les chassaient, 
ou même ils les tuaient, et en nommaient d'autres. En un mot, leur 
respect pour les évêques ressemblait un peu à celui que nous té- 
moignons à nos députés. 

Par exemple (chap. LVI), les pères et les moines de Palestine, 
apprenant la conduite de leur évêque Juvénal au concile de Chal- 
cédoine se portent au-devant de lui pour le blâmer et « lui per- 
suader par tous les moyens possibles » de revenir à l'ortho- 
doxie. Ils avaient à leur tête Théodose, qu'ils devaient plus tard 
nommer évêque au lieu et place de Juvénal. Pierre libérien, alors 
simple moine à Maiouma, n'aurait pas voulu quitter sa retraite, 
mais Dieu, dans une vision, l'avait blâmé de rester oisif pendant 
que ses frères combattaient, et il avait suivi les autres. — L'en- 

(1) Cf. Jean d'Asie, historien ecclésiastique; lecture faite le 25 octobre 1895 à la 
séance publique des cinq Académies, par M. l'abbé Duchesne. 



LES PLÉROPHORIES DE JEAN, ÉVÊQUE DE MAIOUMA. 235 

trevue eut lieu en dehors de Césarée, et dut être assez vive, car Ju- 
vénal irrité, et fort de l'appui de l'empereur Marcien, ordonna à 
un homme d'Ancyre de traiter Théodose et les moines en rebelles. 
Cet ordre allait amener une collision, comme cela eut lieu près 
de Néapolis, si Pierre, qui avait connu cet homme à la cour, ne 
s'était avancé et, rejetant son capuchon en arrière, n'avait menacé 
ce satellite du feu du ciel s'il nuisait à ces moines orthodoxes dont 
lui, Pierre, était le dernier. L'homme d'Ancyre, étonné et effrayé, 
se prosterna à terre en disant : « Pardonne-moi, Seigneur Nabar- 
nougi (1), je ne savais pas que tu étais ici, » puis il fit rentrer 
Juvénal dans Césarée. 

On trouvera une dizaine d'histoires de ce genre contre Juvé- 
nal et on se fera ainsi une idée assez exacte de la force et de l'a- 
charnement de ces moines monophysites (ils étaient au nombre 
de six cents dans le seul couvent de Romanus, m-*>°»; à Thécué, 
j<n>t, chap. XXV) qui fondèrent, en dépit des évêques et de toute 
la puissance de Marcien, une hérésie qui dure encore. Si l'on se 
rappelle de plus qu'au moment où écrivait notre auteur, l'em- 
pire grec, manquant d'hommes, était battu par les Perses, et ne 
se soutenait que grâce aux troupes de Goths qu'il faisait passer 
en Asie (on trouvera dans les auteurs contemporains les doléan- 
ces que leur suggéraient les exaction^ de ces Goths), on pourra 
se rendre compte du dommage que ces bataillons de moines 
voyageurs, reclus ou stylites, mais toujours oisifs et parasites 
(car le peu dont ils se nourrissaient leur était fourni par ceux 
qu'ils nommaient les séculiers) causa, non seulement à la reli- 
gion, mais à l'empire grec (2). 

Importance polémique de cet ouvrage. — La publication de 
cette machine de guerre monophysite doit, à notre avis, ramener 
à l'unité catholique un grand nombre de jacobites intelligents. 
Car 1° ils verront que nous regardons les moines monophysites 
comme des ascètes et des hommes de grande vertu personnelle ; 
et l'estime réciproque est toujours la première condition de tout 

(1) C'était le nom ibérien de Pierre. 

(2) Ce courant, vers les mortifications bouddiques, sembla reparaître, cette an- 
née, dans la schismatique Russie. On a lu, en effet, dans les journaux, que des 
anachorètes s'y tirent emmurer. Us voulaient ainsi gagner plus sûrement le ciel. 
C'était leur droit, semble-t-il. Mais le gouvernement Russe n'imita pas l'empire 
Grec. 11 lit ouvrir les cellules, emprisonner les emmurés et passer en jugemenl 
les emmureurs. 



236 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

rapprochement. 2° Ils trouveront qu'en fait de raisons en faveur 
de la foi monophysite, l'on ne donne guère que des songes. 
Or on sait maintenant que Ton rêve en général d'après ses 
préoccupations antérieures, il est donc tout naturel que les 
moines monophysites aient rêvé contre Juvénal et le concile de 
Chalcédoine. Les moines orthodoxes devaient tout aussi natu- 
rellement rêver le .contraire, et nous n'avons jamais songé, que 
je sache, à édifier quelque dogme sur ces rêves où Dieu n'a rien 
à voir (1). 3° Ils trouveront surtout que les moines reprochent 
toujours aux évêques de défendre la doctrine de Nestorius. 
Pour eux, les catholiques sont des Nestoriens, car ces moines, 
ascètes ignorants, ne purent saisir de différence entre la nature 
et la personne. Or il est bien établi maintenant que le dogme 
catholique est aussi éloigné de l'erreur nestorienne que de 
l'erreur jacobite et occupe entre elles ce juste milieu où loge 
la Vérité, il n'y a donc plus de motif, puisque c'était là le seul 
sujet de dispute, de prolonger plus longtemps l'ancien malen- 
tendu, et il est temps, aujourd'hui que l'on se connaît mieux, 
de s'unir à nouveau contre les Nestoriens. 



(1) Cinquante-quatre chapitres sur quatre-vingt-neuf sont consacrés à des songes, 
et n'ont donc plus, à nos yeux, d'importance polémique. Ils nous intéressent uni- 
quement à cause des détails historiques accessoires qu'ils nous donnent sur leurs 
héros, dont ils nous font de plus connaître le curieux état d'esprit. 



PLÉROPHORIES 



C'est-à-dire témoignages et révélations, faites par Dieu aux saints, au. sujet 
de l'hérésie des deux natures et de la défection qui eut lieu à Chalcé- 
doine. Cet ouvrage fut écrit par l'un des disciples du bienheureux Pierre 
ribérien (1), nommé le prêtre Jean de Beth Rufin d'Antioche, évoque de 
Maiouma de Gaza. 



I 



Le vénérable évêque Pierre, notre père, nous racontait : 
« Quand j'étais à Constantinople avant de renoncer au monde, 
Nestorius vivait encore et était évêque. Durant la fête des saints 
martyrs, dans l'église appelée ps&, Nestorius se leva et parla à 
la foule, en ma présence, d'une voix forte, il commença à blasphé- 
mer et dit au milieu de son homélie : « Ne glorifiez pas Marie, 
d'avoir enfanté Dieu, car elle n'a pas enfanté Dieu, mais bien 
l'homme, instrument de la divinité, » et dès qu'il eut dit cela, un 
démon s'empara de lui sur l'autel même, il voulut le repousser 
en arrière de son front et de la main droite; mais il fut trop fai- 
ble et fut sur le point de tomber, ses serviteurs et ses diacres 
vinrent le soutenir et le portèrent à la sacristie. Et depuis lors 
la plus grande partie du peuple se sépara de sa communion et 
surtout les gens du palais et moi en premier lieu, bien qu'il 
m'aimât beaucoup. » 



II 



Notre père nous parlait aussi du bienheureux Pélagius 
(^ocu^s>) d'Édesse. Celui-ci menait la vie parfaite, il était moine 
et prophète. Il entendit les blasphèmes iVIbas (ï^o,), évêque d'É- 

(1) Chez Michel on trouve Pierre h 1 Thrace usjts^ u» ;£3- 

ORIENT CHRÉTIEN. 16 



238 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

desse et le réprimanda publiquement. Il eut ensuite beaucoup 
à souffrir de cet évoque et fut persécuté par lui. Il se réfugia en 
Palestine et y demeura en paix au temps de Juvénal, avant le 
synode (de Chalcédoine) et la transgression de la foi. Il fut fa- 
vorisé de l'esprit de prophétie et eut de nombreuses visions. Il 
allait très souvent visiter notre père Pierre, qui demeurait alors 
en paix sur le rivage de Maiouma, port de Gaza (i^, i_*>q^o; ijajL), 
car ces deux saints s'estimaient beaucoup. Un jour qu'ils s'en- 
tretenaient de la perfection divine en se promenant sur les sables 
du rivage, Pélagius tomba en extase et prédit, sept (1) ans avant 
le concile de Chalcédoine, la défection des évoques et l'empereur 
impie Marcien, au temps et par les ordres duquel cette défection 
devait arriver. Il continua ainsi et ajouta : « Et nous aussi, ô 
père, nous serons persécutés à cette époque-là avec tous les 
saints qui ne voudront pas adhérer à cette transgression de la 
foi, et nous mourrons durant cette persécution. » Et tout cela 
arriva plus tard. 

III 

Notre père nous raconta encore : Je me trouvais un jour avec 
d'autres saints près du même prophète Pélagius, quand ce 
vieillard, bien avant le concile, eut une autre vision et s'écria 
en pleurant : « ô Pulchérie, ô Pulchérie, ô Pulchérie » ! Et quand 
nous lui demandâmes avec grande insistance, de nous révéler 
ce que cela signifiait, il nous dit : « Pulchérie, qui a promis sa 
virginité à Dieu, qui a abandonné Nestorius, et qui est prônée 
par tous les saints rassemblés en tous pays, comme une sainte et 
une vierge, boulevard de l'orthodoxie, foulera aux pieds la vraie 
foi comme sa virginité et persécutera les saints. » Tout cela ar- 
riva : elle renia les promesses de pureté qu'elle avait faites au 
Messie, se maria à Marcien et s'attacha ainsi à sa royauté, à son 
impiété et à la punition qui lui est réservée. 

IV 

Pamphile, diacre de l'Église de Jérusalem et ami de Péla- 

(1) Pierre était donc à Maiouma eu 444. 



PLKR0PH0RIES. 239 

gius, racontait qu'il se rendit avec lui de nuit pour prier au saint 
lieu du Golgotha comme il en avait l'habitude. Durant sa prière 
il eut une vision, tomba clans le deuil et les larmes et commença 
à dire : « Juvénal, Juvénal, Juvénal ». Quand la vision fut ter- 
minée, le diacre Pamphile se jeta à ses genoux et lui demanda ce 
qu'il avait vu et pourquoi il avait crié si longtemps Juvénal(Y). Il 
répondit : « Si tu vis encore, tu verras ce Juvénal entouré par 
les Romains et les diables comme tu le vois maintenant entouré 
par les moines et les clercs. » 



V 



Le même, voyant en esprit ce qui arriverait, dit à notre saint 
père et au bienheureux Jean l'eunuque (2) : « Méditez 
l'Écriture Sainte, mes fils, et quand vous confirmerez l'Église de 
Dieu, priez pour moi. » Il leur prédisait ainsi l'imposition des 
mains qu'ils devaient recevoir. Et comme notre père Pierre s'é- 
tonnait grandement de ces paroles, car il fuyait jusqu'au nom 
de l'imposition des mains, il dit tout en colère au vieillard : « Tu 
ne sais pas ce que tu dis, ô vieillard- » Mais Pêlagius joyeuse- 
ment répondit : « Je sais ce que je dis, et que celui qui s'en fâche, 
s'en fâche. » 



VI 



Le même, au temps où l'on abandonnait la vraie foi, faisait 
constamment à Dieu cette prière : « Seigneur mon Dieu, accorde- 
moi de ne jamais abandonner la vraie foi, et de ne jamais passer 
à la communion de ceux qui ont opprimé la vraie foi à Chalcé- 
doine. Prends ma vie où et comme tu voudras, même à l'hô- 
tel et en exil; garde-moi seulement de devenir un renégat. » Et 
il en fut ainsi. Il y avait à Ascalon une réunion d'orthodoxes ; près 
de notre père Cyrille, qui avait été chassé de Maiouma (3) à 

(1) Évèque de Jérusalem 430-45*. 

(2) Compagnon de Pierre l'Ibérien dans sa fuite de Constantinople. Cf. Land, III, 
p. 126,1. 19, et Petrus der Iberer, p. 21-22. 

(3) On trouve chez Land, II, p. 177, 1. 24, que les moines du monastère de Pierre 
l'Ibérien à Gaza furent dispersés par la persécution. 



240 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

cause de l'orthodoxie, s'était retiré à Ascalon, et y tenait un hô- 
tel. Le vénérable Pélagius, poursuivi, se cachait chez lui, où il 
mourut une certaine nuit comme il l'avait demandé et prédit. 
Quand quelques-uns des hommes zélés de Maiouma apprirent 
sa mort, ils vinrent de nuit, prirent son corps et l'ensevelirent 
sur le rivage dans le monastère de l'ami du Messie Haroun le 
marchand de blé ((^.^po^îo,). Les évoques orthodoxes étaient 
alors persécutés et Pierre, qui avait dû s'éloigner, demeurait à 
Oxyrinque, en Thébaïde. A cette distance, la nuit où mourut Pé- 
lagius, Pierre le vit en songe s'approcher tout joyeux avec un 
visage souriant, le saluer et lui dire : « Père, prie pour moi et 
protège-moi, parce que je vais près du Seigneur. » Pierre nota 
la nuit où il vit ce songe, et il trouva plus tard que c'était celle 
de la mort du saint confesseur Pélagius. La mère de celui-ci 
(qui jeûnait la semaine) le conçut, l'enfanta et l'éleva dans la 
sainteté. Il avait grandi et était homme fait, quand mourut l'un 
des plus illustres de la ville; il le vit accompagné par tout le 
peuple et en songeant que de cette foule il allait (seul) au juge- 
ment, il comprit la vanité de ce monde et devint ainsi un vase 
d'élection. 



VII 



Le vénérable Jean, prêtre à' Alexandrie, appelé de Beth Te- 
tina (pl-^4 lu,.), homme connu et célèbre, nous racontait : « Quand 
j'étais jeune, j'avais le désir de quitter le monde, et comme j'a- 
vais coutume d'aller près du vénérable Lidius (jmua) (1) le pro- 
phète des cellules (i*^?) (2), je courus lui conter mon dessein 
pour apprendre de lui si le Seigneur approuvait mon désir et mon 
zèle, et lui demander de prier pour moi. Il me répondit : At- 
tends (^.o^ îjso»), car je ne vois pas maintenant si tu y serais tran- 
quille; mais va, aie toujours souci de la vérité et des œuvres de 
la perfection, car, dans quelque temps, une persécution atteindra 
l'Église, alors fuis, viens ici et sois moine. Et' comme je de- 
mandais au vénérable Talidius (^.^i) quelle serait cette 

(1) Chez Michel »«*^, et plus bas, Talidius. Cf. Land, III, 192, 1. 72. 

(2) Il semble y avoir eu un monastère de ce nom en Egypte. On lit chez Jean 
Moschus: 9]X9ev si; tï)v Xavpavxwv y.eXXtwv. {Pralum spirituelle, cap. 177.) 



PLÉR0PII0RIES. 241 

persécution et si le paganisme reprendrait (des forces), il médit : 
Non, mais il y aura un empereur impie, nommé Martien, qui 
amènera les évêques à dire que ce n'est pas Dieu qui a été cru- 
cifié, et tous l'écouteront et lui obéiront, à l'exception du seul évê- 
que d'Alexandrie, de Dioscore, dis-je, qui ne lui obéira pas, mais 
sera persécuté par lui et chassé en exil où il mourra. Je lui dis : 
Le peuple d'Alexandrie le laissera donc chasser en exil? Il me 
répondit : Oui, on usera de violence et on le remplacera par un 
renégat. Etcomme ces paroles me faisaient souffrir, il ajouta : 
Mais Dieu suscitera à cette époque un prêtre selon sa volonté (il 
annonçait le bienheureux Tiinothêe), et son prédécesseur qui se 
conduisait en tyran sera tué (il parlait de l'impie Proterius); 
mais Timothée, après être resté peu de temps évèque, finira en 
exil. Quand ce vieillard m'eut dit cela et se tut, je fus dans une 
grande angoisse et lui dis : Seigneur père, cet évêque orthodoxe 
demeurera donc en exil, et la ville et toute l'Egypte périront et se- 
ront possédés par les impies? Il ne répondit pas et quand j'eus 
continué quelque temps à le prier, il me dit : S'il en a le temps, 
il reviendra; et après être demeuré quelque temps encore il 
mourra dans la vraie foi. Après ces paroles il se tut et je me je- 
tai à ses genoux pour lui demander ce qui s'ensuivrait. Il me ré- 
pondit : Tu en sais assez, car après cela approchera le temps de 
l'Antéchrist. 

VIII 

Le bienheureux Zenon ( v <wi), mendiant et prophète deKefar 
Seorta (ih*xo »»*), ville de Palestine (1), en prédit autant, avant le 
concile deChalcédoine, au vénérable moine Etienne, qui fut à la 
fin diacre de Jérusalem. Celui-ci eut le désir de vivre dans l'exil 
pour l'amour de Dieu. Il alla donc trouver le vénérable Zenon et 
lui demanda si Dieu approuvait son dessein. Il reçut la réponse 
suivante : « Va maintenant et tiens-toi tranquille, mais plus 
tard il y aura une persécution et une révolte des hérétiques 
contre l'Église orthodoxe ; alors quand bien même tu ne le vou- 

(1) Cf. Petrus (1er Iberer, p. 48-49. Pierre visitait souvent Zenon dans ce village 
situé à 15 milles de Gaza. Ce fut Zenon qui conseilla à Pierre de quitter le couvent 
des Ibériens qu'il avait fondé à Jérusalem, près de la Tour de David, pour se reti- 
rer à Maiouma et échapper ainsi aux poursuites de l'impératrice Eudoxie. 



242 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

drais pas, tu partiras en exil et tu y demeureras si tu aimes l'or- 
thodoxie. » Ce qui arriva, car à la fin il dut partir en exil et y 
mourut à cause du concile de Chalcédoine. 

Le bienheureux Zenon avait coutume de recevoir les moines 
de partout, d'écouter les pensées de chacun d'eux et de leur dire 
ce qui pouvait leur être utile. A la fin, quand il prévit les maux 
qui allaient fondre sur la terre, à l'occasion de l'apostasie de 
Chalcédoine, il se renferma une année avant cette apostasie et ne 
reçut plus personne. Il mourut ainsi dans le deuil et les gémis- 
sements une année avant le concile des renégats. 



IX 



Le vénérable Innocent (^a^oa.,/ ; chez Michel : ^q^uloqju/j 
de Pamphilie, homme pur, et chef de monastère (w> k-«), nous 
racontait qu'il y avait en Pamphilie une vallée grande et pro- 
fonde où un saint solitaire, avant le concile de Chalcédoine, vit 
venir le diable qui lui dit : — Tombe à mes pieds et adore-moi. 
— Et comme le saint se fâchait et l'injuriait, le diable impur s'é- 
loigna en disant : Pourquoi te fais-tu prier pour m'adorer? je 
vais rassembler tous les évoques et faire un concile, là tous les 
évêques m'adoreront. 



X 



Je ne raconte pas le fait suivant pour exciter 1 etonnement des 
hommes, mais bien parce que des hommes intègres, âgés et di- 
gnes de foi et de saints moines le contèrent, à moi et à ceux qui 
étaient alors cachés dans le monastère du vénérable Romanus 
(laioo.) (1) où ils avaient été reçus pour sa mémoire. Le père Atra- 
bius (^a^4,/), homme véridique, le père Pragmius (^>*^c^), le 
père Thomas le sourd ()^°>), ancien disciple du bienheureux 
Romanus, et beaucoup d'autres vieillards à la conscience pure, 
ne cachèrent pas le signe qui eut lieu en Palestine pour prédire 
l'apostasie des évêques. 

(1) Cf. Land, Anecdota Syr., III, p. 126, 1. 1. Les moines songèrent un instant à 
nommer Romanus évoque de Jérusalem en place de Juvénal. 



PLÉROPHORIES. 243 

Au moment où le concile irrégulier allait avoir lieu, le ciel 
devint tout à coup nuageux, obscur et abaissé, et des pierres ( 1 ) 
tombèrent dans la ville sainte, dans tous les bourgs des envi- 
rons et dans beaucoup de lieux de Palestine, qui étaient identi- 
ques aux pierres précieuses dont se servent les hommes, et il y 
avait des perles de diverses couleurs et de toute beauté, de sorte 
que beaucoup en ramassèrent; mais quand ils s'en servirent sans 
discernement, elles perdirent leur éclat. Et on racontait que 
Hesychius (^o^so**), orateur de Jérusalem, en rassembla beau- 
coup, les montra à l'impératrice Eudoxie (1—00.0;) (2) et les envoya 
à Constantinople pour démontrer ce prodige qui annonçait la 
cécité du monde après l'apostasie des évoques , selon la parole 
du prophète Isaïe : « Les serviteurs de Dieu sont aveuglés. » 
On voyait beaucoup de fine poussière sous ces pierres, ce qui 
montrait qu'elles venaient d'en haut. Et des témoins de ce pro- 
dige nous dirent que jusque maintenant on en conserve une 
pleine corbeille dans le village de Gatta (iu^) (3). 

Notre père Pierre témoigne aussi de ce fait en disant qu'il 
l'a entendu conter au moment même, par ceux qui le virent, 
tandis qu'il habitait dans le monastère de Maiouma. Et le 
père André, son disciple, affirma avoir vu trois prodiges de ses 
yeux, d'abord celui des pierres, puis un Samaritain aveugle qui 
recouvra la vue en se lavant les yeux avec le sang des saints 
moines qui furent tués près de Néapolis (4) au temps de l'apos- 
tasie, et enfin l'Eucharistie changée sensiblement en corps et en 
sang dans l'église des Apôtres à Césarée. Car les saints pères 
orthodoxes allèrent au-devant du renégat Juvénal (5) au mo- 
ment où il revenait du concile : ils voulaient le réprimander ou 
lui persuader de se repentir et de revenir à l'orthodoxie. Mais le 
gouverneur (Wa;/) leur défendit d'entrer dans Césarée parce qu'ils 
étaient nombreux et que beaucoup venaient les rejoindre. Il leur 
persuada de célébrer l'Eucharistie (W>;o-o vo^-») dans l'église des 
Apôtres qui est hors de la ville : beaucoup de fidèles la reçurent 

(1) Deux fois sur trois le ms. porte l^»*> et \^>- 

(2) Épouse de Théodose le Jeune. Cf. Petrus derlljerer, trad., p. 48; du Cange, 
Hist. Byz. I. p. 70; Land, III, p. 116. 

(3) C'est peut-être l^'^le village d'Eudoxie. V. ch. xx. 

(1) Ce massacre est raconté chez Land, III, p. 127,1. 16, etc., et la guérison du 
Samaritain l'est p. 128 chap. vi. 
(5) Cette démarche est racontée, Land, III, p. 125, 1. 21. 



244 REVUE DE L'ORlEXT CHRÉTIEN. 

et la conservèrent et trouvèrent ensuite le corps et le sang vé- 
ritable. Le père Nicéphore (1), prêtre et homme véri clique, té- 
moignait de ce prodige en disant qu'il l'avait vu. 

Et si quelqu'un ne croyait pas ce miracle aussi grand que celui 
des pierres, qu'il apprenne un fait analogue connu de tous ceux 
qui ont lu le livre public (W°a*») : quand l'impie Marcien fut pro- 
clamé et couronné, les ténèbres couvrirent subitement toute la 
terre et il tomba du sable; l'obscurité était aussi forte que celle 
qui couvrit l'Egypte, de sorte que les habitants de la ville impé- 
riale étaient partout dans la crainte et le tremblement, ils pleu- 
raient et se lamentaient comme si la fin du monde était proche. 
C'était là une prophétie de l'obscurité qui allait couvrir toute la 
terre parle fait de ce tyran, et de la diminution et de l'obscur- 
cissement de la crainte de Dieu, de sorte que toute la création 
non douée de parole prenait le deuil et annonçait d'avance l'a- 
postasie future et la destruction de la foi orthodoxe que devait 
accomplir l'empereur impie avec la foule des évêques de la terre. 
Ces ténèbres durèrent jusqu'au soir et nous n'avons pas besoin 
d'en chercher un témoignage ou une démonstration externe, il 
suffit de lire l'écrit public où le tyran s'efforçait de résister à 
Dieu. Quand il vit en effet le trouble et le deuil des soldats et de 
toute la ville qui tous auguraient mal de son empire, et crai- 
gnaient qu'il n'apportât de grands maux à l'univers, il fut ef- 
frayé et commença par écrire publiquement (M^»a*>j») pour élu- 
der la colère de Dieu, dans l'espoir de tromper le peuple. Il disait 
au contraire, comme l'enseigne cet écrit à ceux qui le trouveront, 
qu'une grande abondance de biens découlerait nécessairement 
de son empire, puisqu'il chassait les ténèbres de l'empereur son 
prédécesseur, et que le commencement de son règne était marqué 
par une brillante lumière, qu'il le voulait ainsi et que c'était là 
le premier de ses ordres. 

Cet écrit futrépandu dans tout l'univers ; mais ceux quiontdes 
oreilles pour entendre, des yeux pourvoir et un cœur pour com- 
prendre, y trouveront une démonstration certaine et une preuve 
écrite qui, grâce à cette précaution du tyran, désigne clairement 
l'apostasie et l'éloignement de Dieu où tombèrent les évêques 
de Chalcédoine. 

(1) Ce nom est douteux, car il est presque illisible dans le ms. 



PLÉROPHORIES. 245 



XI 



Il y eut encore à la même époque une démonstration du 
même genre à Jérusalem, qui annonçait d'avance l'offense que 
l'on ferait à Dieu. L'immense croix qui depuis tant d'années bril- 
lait dans l'église de l'Ascension (p**» t^) prit subitement feu (1) 
et fut réduite en cendres. Tous les serviteurs de Dieu furent 
saisis de crainte, de sorte que l'impératrice fidèle Eudoxie (u*»»<»i)> 
pour rassurer et consoler le peuple, fit mettre en place celle qui 
brille maintenant et qui a six mille livres d'airain. 



XII 



Notre père, ïévèque. Pierre, eut un jour une conversation avec 
le père Isaïe (2), qui demeurait en paix à la douzième indiction 
(ua»o;f po^vi^). Nos frères Zacharie et André, je parle des 
compagnons de cellule (a^a», wptsXXoi) (3) de Pierre , étaient 
présents et nous racontèrent les paroles suivantes du père Isaïe : 
« Je me rappelle avoir demeuré jadis près d'un grand saint 
nommélepèreP«w/delaThébaïde,quiétaitàgédecentvingtans., 
un peu plus ou un peu moins, et avoir entendu de lui la pro- 
phétie suivante : Dans vingt ans les évoques prévariqueront et 
tomberont dans l'éloignement de Dieu prédit par l'Apôtre, par 
le fait d'un homme méchant nommé Marcien qui sera empe- 
reur. Cet empereur mourra après un peu plus de six ans. Il 
viendra alors pour un peu de temps un homme menteur, puis la 
paix sera rendue en partie à l'Église, et les événements se dérou- 
leront ainsi jusqu'à l'arrivée de l'Antéchrist. » 



XIII 



Le père Zenon, appelé des trois cellules (ie^&a -c-m), qui 
demeurait en Tpa.\xk Enaton ( v «^u/) (à neuf milles) d'Alexandrie, 

(1) Est rapporté chez le pseudo-Denys. 

(2) Sa vie est racontée chez Land, t. III, p. 34U. 

(3) Cf. Petrus der Iberer, p. 134. 



246 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

prophétisa d'une manière analogue. En effet, le grand scolasti- 
que .ai^uL^s/ racontedelui : «Quand j'étais à A lexandrie, jeune 
encore, et y étudiais, j'avais la pieuse habitude d'aller fréquem- 
ment visiter ce vieillard. 

Un jour que j'allais le voir comme de coutume et que j'arri- 
vais brusquement près de sa cellule, je le trouvai debout portant 
une corde en main et les yeux levés au ciel. Comme je crus 
qu'il priait, je m'éloignais un peu pour qu'il pût terminer sa 
prière. Mais il demeura longtemps sans bouger et sans me 
répondre; je pensai alors que Dieu lui révélait mes péchés et 
qu'à cause de cela il ne me parlait pas et ne me répondait 
pas. Quand j'eus attendu un peu et que le vieillard demeurait 
toujours dans sa vision je me retournais pour partir. Mais 
celui-ci me cria à haute voix : Pourquoi pars-tu? — Je m'ap- 
prochai et l'adorai, et lui, sans rien ajouter, me dit : Va et écris 
(or à ce moment le chef des évoques, le bienheureux Timot/iée, 
était en exil). Et le vieillard me dit : Après un certain nombre 
d'années l'évêque Timothée reviendra d'exil et rétablira l'or- 
thodoxie. Au bout de deux ans il mourra et son archidiacre lui 
succédera, puis il y aura dans l'Église un schisme qui ne se 
terminera qu'à l'arrivée de l'Antéchrist. 



XIV 



Le père Paul, qui était sophiste, nous raconta aussi qu'il 
avait demeuré avec le père André, vieillard et prophète, homme 
guerrier et écrivain (i^v*o (-a^) qui, avant le concile était l'un 
des saints et illustres frères d'Egypte. Celui-ci, dans une vi- 
sion, vit une foule d'évêques qui attisaient une fournaise allu- 
mée où ils jetèrent un bel enfant resplendissant comme l'or, et 
ils fermèrent toutes les ouvertures de la fournaise, de sorte 
qu'on n'en voyait pas sortir de fumée et que l'air ne pouvait pas 
y entrer. Au bout de trois jours, ii vit l'enfant sortir sain et 
sauf de la fournaise, et reconnut le Seigneur. Comme il avait 
coutume de lui parler, il lui dit : Seigneur, qui sont ceux qui 
t'ont jeté dans la fournaise? Celui-ci lui répondit : Les évèques 
m'ont crucifié de nouveau, et ont voulu rn'enlever ma gloire. 
Et il avait raison, car les Nestoriens héritèrent delamaladie des 



PLÉROPHORIES. 247 

Juifs, qui estimaient que celui qu'ils crucifièrent n'était qu'un 
homme, et non un Dieu incarné. Et quand le vieillard regarda 
encore, il vit un vieillard debout dans le lointain, à l'écart des 
autres évêques, et qui ne les aida, ni quand ils allumèrent la 
fournaise, ni quand ils y jetèrent l'enfant. Et il demanda à l'en- 
fant : Quel est donc ce vieillard? Celui-ci répondit : C'est Dios- 
rore, chef des évêques d 1 Alexandrie, qui seul refusa d'entrer 
dans leurs desseins (1). Et le vieillard prenant confiance s'en- 
hardit jusqu'à demander à l'enfant : Seigneur, d'où vient donc 
que presque tous les évêques d'Alexandrie combattent pour la foi 
jusqu'à la mort? Et l'enfant répondit : Depuis que Simon le 
Cyrénéen a porté ma croix, — etCyrène est dans une partie de 
Y Egypte, —depuis lors j'ai prévu que l'Egypte, dans une partie 
de laquelle est situé Cyrène de Libye, porterait ma croix jusqu'à 
la fin, s'attacherait à moi et me servirait avec zèle jusqu'à la 
mort. 



XV 



Pour confirmer ce récit, il me faut ajouter ici une histoire 
qui me fût 'contée par celui qui accompagna le bienheureux 
Timothée en exil, assista à sa sainte mort et l'entendit parler. 
Quand il fut près de mourir, il rassembla les chefs du clergé et 
leur dit : « Je serai un insensé, comme parle l'Apôtre (2) ; cepen- 
dant je crois nécessaire, pour vous donner confiance et pour 
vous faire comprendre notre époque, de vous raconter ce qu'il 
m'advint quand j'étais enfant et me rendais un malin à l'école. 
Je rencontrai un vieillard d'une prestance et d'une beauté di- 
vine qui me prit la tête dans les mains, me baisa d'un visage 
joyeux et resplendissant, et me dit : « Bonjour, Timothée, évêque 
de salut », et quand il eut répété trois fois ces paroles, il dispa- 
rut et je ne le revis plus. 



(1) On voit ici, et l'on trouvera souvent encore, comme je l'ai annoncé, que les 
évêques de Chalcédoine qui condamnèrent Dioscore, c'est-à-dire les évêques catho- 
liques, sont confondus à tort avec les Nestoriens. Les arguments de Jean tombenl 
donc à taux. Sur Paul, cf. Land, III, 166,1. 3 et 190, 1. 22. 

(2) II Cor., m, 16, 17. 



248 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 



XVI 



Quand je demeurais à Jérusalem, je suivais un jour la route 
qui conduit de Siloé, dans la vallée, jusqu'aux coteaux environ- 
nants (<*jl*> "w>>; ]6^3o^ i^ooi. ^o. i^oi^» ^o). Il y avait avec moi l'un 
des notables de la ville qui connaissait tous les environs. Regar- 
dant du côté gauche du chemin, je vis au pied de la monta- 
gne, de ce côté, un grand monastère détruit et renversé, tout 
autour se trouvaient un grand nombre d'arbres différents, les 
uns desséchés, les autres arrachés; et il poussait là des épines et 
de la vigne comme dans les endroits de nul usage. Je dis alors, 
rempli d'étonnement, à celui qui marchait avec moi : Comment 
se fait-il que tous ces moines soient partis pour Jérusalem et se 
soient condamnés à se trouver de nouvelles retraites, à acheter 
ou à bâtir des monastères et des lieux de repos pendant qu'ils 
abandonnaient toutes ces constructions à la ruine? Comment 
cela a-t-il pu se faire? Il me répondit : Ce monastère est celui 
de Juvénal, c'est là qu'on alla le chercher pour le faire évoque ; 
puis, après le concile de Chalcédoine, ce monastère, contre 
toute attente, et comme par un effet de la colère de Dieu, devint 
désert et ruiné comme tu le vois maintenant, et personne ne 
put y habiter. Je dis alors tout rempli d'étonnement : En vérité, 
Juvénal est le compagnon de Judas, comme le dit le bienheu- 
reux Dioscore; c'est pourquoi ce lieu a hérité de la malédiction 
de Judas, dont l'écrivain inspiré ^o^ ,...*> a dit : Que son habi- 
tation soit déserte et que personne n'habite sous sa tente (1). 



XVII 



Je témoigne avoir entendu, ainsi que bien d'autres, notre 
père Pierre raconter le fait suivant : Juvénal avait coutume de 
visiter (2) durant le carême les monastères qui entouraient Jéru- 
salem et d'aller voir les anachorètes qui y vivaient. Il arriva 

(1) Ps. lxviii, 26; Actes, i, 20. 

(2) ^fra* ou plutôt ^^ dans le texte et ^P^ en marge du nis. 



PLÉROPHORIES. 249 

près d'un vieillard âgé et proche de Dieu, et quand celui-ci s'a- 
perçut de son approche, il ferma la porte de sa cellule et de- 
meura en silence à l'intérieur. 

Il n'ouvrit pas lorsque Juvénal, avec ses clercs et des habitants 
de la ville, vint frapper à la porte. Ceux-ci irrités menaçaient 
ou d'escalader le mur ou de briser la porte, alors le vieillard 
cria : « Va-t'en, Antéchrist; je ne veux pas que l'Antéchrist 
entre ici ni que le traître Judas vienne dans ma cellule. » Et 
il ajouta d'autres paroles analogues. 

Les suivants de Juvénal se fâchaient et rougissaient de ces 
paroles, mais Juvénal leur dit : « Laissez-le, il a perdu l'esprit, 
la vie cénobitique lui a desséché le cerveau, il ne sait pas ce 
qu'il dit. » Ceci fut raconte dans toute la ville et dans les envi- 
rons et ceux qui l'entendirent ne l'oublièrent pas, afin de voir 
ce qui s'ensuivrait; car ils savaient que ce vieillard était un 
homme saint, ami de Dieu, rempli de grâces spirituelles et qui 
ne disait rien en vain. 



XVIII 

Il y eut encore vers cette époque un autre fait du même genre 
que nous racontait notre père Pierre. Il demeurait alors à, Jéru- 
salem et put le voir lui-même. Il racontait que dans l'église ap- 
pelée de la Piscine probatique, où le Seigneur guérit le paraly- 
tique, il y avait un jeune lecteur de ceux qui y demeuraient. 
Son jour arrivé, il s'était rendu de grand matin dans le saint 
lieu quand il vit clairement notre Seigneur et notre Dieu Jésus 
qui entrait dans toute sa gloire au milieu de la foule des 
saints et quand il vit les lumières de l'Église dont les unes 
étaient éteintes et les autres dédaignées, il cria et dit : « Que 
ferai-je à ceux-ci que j'ai comblés de biens, d'huile, de vin et de 
toutes les choses utiles? Pour quelle cause négligent-ils et mé- 
prisent-ils mon service? Malheur à Juvénal qui a fait de ma 
maison une caverne de voleurs et l'a remplie de fornicateurs, 
d'adultères et de profanes. » Après avoir dit cela, il entra à la 
sacristie et ordonna d'ouvrir les armoires où étaient les vête- 
ments sacrés. Quand il vit là aussi de la négligence et d'autres 
choses semblables, il cria et dit à ceux qui l'accompagnaient : 



250 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

« Prenez tout cela et lavez-le bien, répandez dessus du caroube 
(4^>) et placez-les bien . » Cela fait, il sortit de la sacristie et vit ce 
lecteur qui, par crainte, s'était retiré et s'étaitcaché. Il dit :Que 
fait celui-là ici? chassez-le d'ici. — Mais celui-ci tombant par 
terre, dit : Aie pitié de moi ! — Et le Seigneur lui dit : Sors d'ici, 
car je ne connais par tes œuvres, et comme il demeurait pros- 
terné, le Seigneur ajouta : Repens-toi donc et sors de ton aveu- 
glement. — Et celui-ci dit : Si tes miséricordes m'aident, je fe- 
rai ce que je pourrai. Et quand le Seigneur eut disparu, il de- 
meura depuis ce jour dans une stupeur et dans une tristesse 
sans fin, et il poussait des gémissements inénarrables. Quand 
le jour vint, les diacres de l'église et le peuple des environs ac- 
coururent et quand ils le virent si cassé et si triste, ils lui en de- 
mandèrent la cause. Celui-ci en toute confiance leur raconta sa 
vision, et confirma son récit en leur montrant les vêtements 
sacrés. Quand ils ouvrirent l'armoire, ils les trouvèrent en effet 
brillants d'une lumière divine et ils étaient couverts en place 
de caroube d'une poussière qui, chose étrange et digne d'admi- 
ration, dégageait comme un parium subtil et doux. 

Quand la ville apprit cela, tout le peuple accourut à cette église 
etmoi même (Pierre) avec mon frère Jean, homme d'esprit tran- 
quille (\*&i — 1) (1); nous vîmes ce prodige comme nous passions 
par là. 

Quand Juvénal apprit cela, comme il ne put supporter cette 
honte et les réprimandes qu'on lui adressait, il fit enlever celui 
qui avait tout vu et le fit disparaître, où et comment, Dieu seul 
le sait. 

Et le bienheureux Pierre ajoutait: Je connais un homme, l'un 
des notables qui habitaient dans la ville sainte; parlait-il de lui 
ou d'un autre, il ne le montra pas clairement, il dit seulement : Je 
connais un homme qui après avoir eu une vision au temps de 
Juvénal et avoir vu les impuretés qui se commettaient dans le 
sanctuaire, ne voulut plus depuis ce jour entrer avec Juvénal 
dans l'église ni recevoir la communion de sa main (2), mais il la 



(1) Doit être Jean l'Eunuque, V, eh. v. 

["■i) Il est certain d'ailleurs que Pierre l'Ibérien fut avant le concile en rapport 
avec Juvénal, on le verra plus loin. Et dans le ms. de Paris, Fonds syriaque, n°234, 
fol. 43'', Dioscore écrit à Juvénal pour l'engager à préférer l'exil à l'adhésion au 

concile et lui rappelle les paroles que lui adressait Nabarnougios (Pierre l'Ibé- 



PLÉROPHORIES. 251 

recevait seul dans lasacristie, etla prévarication de Chalcédoine 
n'avait pas encore eu lieu. Mais quel était le saint qui vit cette 
vision, Pierre ne nous l'indiqua pas. 



XIX 



Notre bienheureux père, homme de Dieu et véridique, ra- 
contait encore cette histoire : 

Comme il ne pouvait supporter la folie du parti de Juvénal, 
de sa famille et de ses compagnons, et qu'il voyait le scandale 
de beaucoup et surtout des étrangers qui venaient de partout 
comme amenés par l'Esprit divin, il s'enferma seul dès la neu- 
vième heure dans sa cellule, se prosterna devant Dieu en versant 
des larmes amères et fit de nombreuses génuflexions. Use sen- 
tit possédé par la volonté de Dieu et parla ainsi (en son nom) : 
« Que pouvais-je faire pour le salut des hommes en sus de ce 
que j'ai fait? j'ai créé le ciel, j'ai fondé la terre, j'ai planté le Pa- 
radis, j'ai soumis toute la création à Adam et après sa chute j'ai 
donné ma loi, j'ai envoyé des chefs et des prophètes, j'ai fait 
un grand nombre de signes et de prodiges pour les persuader, 
enfinje leur ai envoyé mon fils unique qui leurprêcha le royaume 
du ciel, leur remit les péchés, guérit les malades, rendit la vue 
aux aveugles, fit marcher les, boiteux, chassa les démons, fut 
crucifié pour eux, mourut pour eux, et sortit du tombeau vain- 
queur de la mort pour confirmer l'espoir en la résurrection ; 
monté au ciel, il leur envoya son Esprit, des apôtres et des 
évangélistes, il renversa les idoles. Et en retour de tous ces 
bienfaits ils m'offensent, violent ma loi, foulent aux pieds mes 
commandements et transgressent ma foi, aussi voici que leur 
habitation sera déserte. » Et depuis cette vision, Pierre ne 
cessa plus.de faire tous les jours la même prière avec des pleurs 
et des colloques, et cela pendant longtemps jusqu'à l'approche 
du concile de Chalcédoine. 

rien) : ^ ^©£>. low u*li ^ooa^cu^l)» ^oi^» ^l \z*{ «où sont les paroles que 
l'adressait Nabarnougios? •• 



252 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 



XX 



I] existe un village nommé i^ (Ganta) (1), à quinze milles au 
nord de la ville sainte, qui appartenait d'abord à Eudoxie, puis fut 
donné par le testament de cette princesse à l'église de Jérusa- 
lem. Il y avait là un prêtre nommé Paul qui vivait en cénobite 
depuis son enfance et pratiquait la perfection évangélique, la 
sainteté, la virginité, la pureté, l'amour des pauvres et des étran- 
gers. Il était révéré de tous et de la reine elle-même, et était un 
élu de Dieu. 

Il fonda un cœnobium, c'est-à-dire un monastère grand et il- 
lustre, et devint le père d'une grande foule de moines. 

Enfin il fut saisi par les habitants de ce bourg et fut fait prê- 
tre de leur église. Et à ce sujet, des hommes affirmèrent avoir 
fait l'expérience que cet ascète, qui dirigea pendant tant d'an- 
nées les hommes et les femmes de ce village, s'astreignit, entre 
autres mortifications, à ne jamais regarder le visage d'une 
femme. Et quand l'impératrice Eudoxie eut appris cela et en eut 
fait l'expérience, elle ne voulut plus, jusqu'à sa mort, recevoir 
la communion que de lui et non des mains d'un évêque ni d'un 
autre clerc quand même il aurait été moine. Notre père Pierre, 
qui l'aimait beaucoup et lui était très attaché, témoignait aussi 
de ses mérites devant Dieu. 

Au moment où l'on convoquait le concile de Chalcédoine, ce 
bienheureux Paul eut une vision et vit une grande plaine qui 
renfermait, pour ainsi dire, toute l'humanité; au milieu de 
cette plaine il vit une haute colline et sur cette colline était un 
baldaquin porté par des colonnes d'or et d'argent, entre lesquel- 
les se trouvait un autel orné de pierres précieuses et de perles 
de grand prix qui brillaient d'un vif éclat. Autour de cet autel 
se trouvait une grande foule de saints qui le desservaient. Parmi 
ceux-ci il reconnut, dit-il, de ses familiers qui vivent encore 
maintenant. — Et une voix du ciel cria : « Anathème à celui 
qui proclamera deux natures; » ceux qui entouraient l'autel ré- 
pondirent d'une voix forte : Ainsi soit-il , et le peuple qui rem- 

(1) Doit être Gath, au nord-ouest de Jérusalem, dans la tribu de Dan. 



PLKROPIIORIES. 253 

plissait la plaine était tremblant et terrifié. Et la même voix 
divine reprit : « Maudit celui qui divise l'unité et l'indivisible, 
maudits soient les renégats. » Et ceux qui entouraient l'autel ré- 
pondirent : Ainsi soit-il. Le songe terminé, ce vieillard revint à 
lui et se répandit en gémissements et en soupirs, car il pensait 
qu'il arriverait quelque scandale à l'occasion du concile de Chal- 
cédoine et de Juvénal. Car l'impie Juvénal passa par le monastère 
de Paul en se rendant près de l'empereur, et il honorait beau- 
coup ce vieillard parce qu'il voyait que l'impératrice Eudoxie 
avait grande confiance en lui, et il lui dit : « J'ai passé par ici 
parce que je n'espère plus te voir, nous allons au combat, et l'exil 
nous attend; ou bien ils nous feront perdre la notion que nous 
avons de Dieu, car ils nous demandent de mépriser etde renier la 
foi de nos pères et de penser, comme Simon le Magicien et les Juifs, 
que le Messie qui a souffert pour nous n'est pas Dieu . Prie donc pour 
nous, ô mon père, afin que ma vieillesse ne soit pas humiliée. » 
Et tandis que le vieillard songeait à tout cela et méditait sa vision 
sans y trouver mal, il vit de nouveau, durant la nuit, l'évêque Ju- 
vénal chassédans un coin et se cachant tout honteux, il était noir 
commeun allumeur de fournaise (k-*>M» h^^/-/ oiv>>°i ^^ p) (i)et 
revêtu d'une tunique sale et pleine de pièces. Le vieillard lui cria 
à haute voix : « Seigneur , chef des évoques, que t'arrive-t-il? Que 
signifie cet habit dont tu es revêtu? » Celui-ci répondit : « Que 
puis-je faire? Pour mes péchés tu vois ma honte, je rassemble 
beaucoup d'or pour l'Antéchrist qui va combattre la poussière. » 
Quand le vieillard s'éveilla, il fut frappé de son rêve et n'augura 
rien de bon du concile; mais plutôt des scandales, il attendit 
que l'événement confirmât la vérité de ce témoignage et quand la 
trahison fut connue partout, il se rappela son rêve et se demanda 
ce que Juvénal voulait dire quand il annonçait la lutte de l'An- 
téchrist avec la poussière, il comprit enfin, avec l'aide de l'Es- 
prit-Saint, que la poussière désigne l'homme qui est fait de 
poussière et formé de terre. 

Ainsi l'Antéchrist devait prendre, vaincre et tromper tous les 
mortels formés de terre. 



(1) On pourrait encore lire ivre, niais le contexte semble demander que Juvé- 
nal ait travaillé les métaux, d'où sa réponse : j'extrais l'or, ou je purifie l*or, etc. 

ORIENT CHRÉTIEN. 17 



254 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 



XXI 



Il me faut raconter ici, pour établir la vérité, une histoire 
terrifiante où Dieu, source de vérité, a témoigné lui-même tandis 
que j'étais en tentation. J'ai entendu moi-même la vérité, sans 
aucun doute possible et sans intermédiaire, de la bouche de ceux 
qui avaient vu. 

Il y a dans VIsaurie une ville nommée Titopolis{\), parce qu'elle 
fut bâtie jadis par l'empereur Titus. Elle avait un évêque 
nommé Panoupropios (.«x^ovsa^) (2), homme pur qui était dans 
ce pays chef d'un monastère d'où on l'enleva de force pour lui 
donner la prêtrise delà ville (it^^. iiojop). Quand vint le concile de 
Chalcécloine, Basile, métropolitain de Séleucie cVIsaurie, l'em- 
mena avec lui ainsi que d'autres évêques. Il vit au commence- 
ment la lutte de la grande majorité des évêques en faveur de 
la vérité; tous, pour ainsi dire, anathématisaient les partisans 
des deux natures, adhéraient au bienheureux Dioscore et ne 
recevaient ni la lettre de Léon ni ceux qui avaient été chassés en 
justice, à savoir : Flavien, Ibas (^**o) et Théodoret. Mais quand 
il vit ensuite la chute et le parjure de ces évêques, qui expulsèrent 
le champion de la vérité, Dioscore, et qui rendirent leurs sièges 
contre toute justice et contre les canons aux ennemis de Dieu 
que nous venons de nommer, il se retira dans sa demeure, s'y 
enferma pour y veiller dans les larmes et les gémissements et 
cria vers Notre-Seigneur et dit : « Dieu de vérité et sauveur du 
monde, vraie lumière qui est mon espoir depuis mon enfance, 
ne laisse pas ton serviteur s'écarter de ta foi et devenir dans sa 
vieillesse transfuge et traître, mais indique-moi ta volonté, et 
commeje suis ignorant et que beaucoup altèrent la vérité, éclaire- 
moi au sujet du jugement insupportable que portèrent les évê- 
ques de ce concile. Ont-ils jugé selon ta volonté? Et quels sont 
ceux que tu approuves, de Dioscore, patriarche d'Alexandrie qu'ils 
chassèrent, ou des autres qui reçurent contre toute justice les 

(1) Appelée TmoTjTïoXiç chez Georges de Chypres, n° 832, éd. Teubner, p. 42. 

(2) Cet évèque est mentionné plusieurs fois dans la vie inédite de Dioscore. (Bibl. 
nat. Fonds syriaque ms. n° 234, fol. 46r. 48 r. et fol. 49 r.) Il lit unelettre de Dioscoreet 
se repent d'avoir pris parti pour son métropolitain Basile de Séleucie. Il va ren- 
dre visite à Dioscore et a une longue conversation avec lui. 



PLÉHOPHORIES. 255 

impies dont nous avons parlé et la lettre de Léon? Quand ta 
bonté m'aura donné témoignage, je demeurerai sans incertitude 
et sans crainte jusqu'à la mort dans la vérité, et je n'abandonne- 
rai pas la foi de mes pères ni l'espoir en toi. » 

Après trois jours et trois nuits de prières devant le Seigneur, 
il eut le songe suivant : Une grande bande de papier descendait 
du ciel jusqu'à terre et des deux côtés de cette bande il était écrit 
en grandes lettres : Anathème à ce concile. Ils m'ont renié, ils 
m'ont renié. Maudits soient-ils, maudits soient-ils. 

Après cette vision et ce témoignage évident, il partit de nuit 
abandonnant tout le monde et regagna son pays par mer. Quand 
il y arriva, il réunit tout le peuple de la ville et raconta ce qui 
s'était passé à Chalcédoine, comment les évêques abandonnèrent 
l'orthodoxie et comment il en fut averti par le ciel lui-même. 

Il leur raconta tout cela et ajouta : « C'est pourquoi j'ai eu soin 
de venir vous exposer la vérité afin que vous ne tombiez pas 
dans l'erreur. Si vous êtes prêts à demeurer fermes avec moi sans 
vous écarter de la foi orthodoxe, si vous me suivez et si vous 
fuyez les renégats et leur communion, je suis prêt à demeurer 
avec vous, à combattre jusqu'au sang pour votre salut et, si c'est 
nécessaire, à donner mon âme pour vous. Mais si vous avez le 
dessein de vous attacher au métropolitain Basile et à ses parti- 
sans, je serai innocent de votre sang, je fuirai alors et sauverai 
mon âme. » 

Et quand il eut ainsi allumé dans tous les cœurs l'amour di- 
vin et le zèle pour la vérité, il demeura encore dix-sept ans dans 
son épiscopat (1) et conserva son troupeau sans tache dans la 
perfection et la foi orthodoxe en dépit des dangers qui le mena- 
cèrent et des embûches qui lui furent tendues par Basile, métro- 
politain d'Isaurie et par celui qui se faisait appeler patriarche 
d'Antioche aidés tous deux par les hérétiques de Chalcédoine. 
Grâce à la protection et à la bonté de Dieu il demeura sans défail- 
lance et sans crainte et conserva son troupeau. Ainsi il retourna 
avec gloire près du Dieu Messie, son sauveur, couronné de la 
couronne des confesseurs. 

Mais il me faut, pour confirmer ce qu'on vient de lire, racon- 
ter dans quelles circonstances je reçus cette révélation. 

(1) Il mourut donc en 468. 



256 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 



XXII 



Pierre, patriarche d',4 ntioche au temps de l'encyclique (1), qui 
m'ordonna prêtre malgré mon indignité, fut rappelé d'exil et 
nommé patriarche cVAntioche (2). Il envoya sa lettre syno- 
dale (©&-» i^;jaa>) au chef de la sainte Église de Jérusalem qui 
était Martyrius (^i^po) par un homme nommé l'évêque Pierre, 
qui était Isaurien delà ville de Titopolis dont nous venonsdepar- 
ler. Celui-ci avait été élevé à 1 episcopat parce qu'il était le dis- 
ciple, le syncelle (^a^ai=) du vénérable évêque et confesseur 
Panoupropios dont il devint ainsi l'héritier. Le patriarche le 
jugea digne de l'épiscopat, croyant qu'il montrerait un zèle 
égal pour l'orthodoxie. Le patriarche envoya avec lui un prêtre 
de l'Église d'Antioche nommé Salomon , qui était Arménien, avait 
été syncelle (jî&ja») avec le patriarche et moi, et que j'aimais 
beaucoup; et il leur recommanda d'employer tous les moyens 
pour me ramener près de lui. 

J'avais quitté Antioche après l'exil du patriarche Pierre et la 
victoire des hérétiques et avais eu le bonheur d'être admis dans 
la familiarité des saints pères de Palestine et surtout de mon 
père et de mon maître l'évêque Pierre libérien, qui accueille les 
étrangers, et aussi du grand solitaire Isaïe (3). Je fus tout pénétré 
de l'amour de ces saints et leur dis que je demeurerais en Palestine 
et ne me séparerais jamais de leur foi, de leur espérance et de 
leur héritage. Je demeurai donc en paix à Jérusalem où il y 
avait alors une foule de pères orthodoxes qui y avaient une 
demeure et des cellules de tranquillité (^x* ; jb^s©). Quand vinrent 
dans la ville sainte ceux qui portaient les lettres synodales, c'est- 
à-dire Pierre, évêque de Titopolis, et le prêtre Salomon, ils me 
cherchèrent longtemps, me trouvèrent enfin ; et depuis lors ils me 
pressaient sans trêve, s'efforçant de toute manière pour m'em- 
mener avec eux; ils me montraient beaucoup de ^oo^ii, c'est-à- 
dire de viatique pour la route et des lettres du patriarche Pierre 

(1) s a»M>aûW — èyxuxXtov donnée par Basilisque en 176 en faveur des mono- 
physites. Puis Zenon, en -477, promulgua l'àvTeYKiixXiov contre les monophysites. Cf. 
Petrus der Iberer, trad., p. 80 

Ci) En 484. 

(3) Cf. Petrus der Iberer, pp. 102 et 124-127 ; Land, III, 346-356. 



PLÉROPIIORIES. 257 

qui étaient remplies de joie et de persuasion. Ils ajoutaient en- 
core pour me persuader : « Il nous a ordonné dans ton intérêt 
de Rengager de toute manière à venir près de lui, il disait : 
Qu'il vienne seulement près de moi pour que nous nous voyions 
et donnez-lui ma parole que personnene l'obligera à recevoir la 
communion et ne le contraindra, je le ferai habiter en paix. » 

Je fis connaître cela à mon saint père et mon sauveur après 
Dieu, à Pierre libérien, qui demeurait alors près d'Ascalon, et le 
priai humblement de me donner une petite réponse. Au bout de 
quelques jours, j'en reçus la réponse suivante : 

Lettre de saint Pierre libérien. 

Après avoir lu la lettre de ta pureté avec ceux qui te sont chers, nous 
avons été plongés dans la tristesse, l'angoisse et les gémissements à la vue 
des pièges du démon, qu'il tend partout pour en arriver à te ravir l'espoir 
et la récompense en Dieu, et à rendre vains les travaux que tu as fait pour 
ton avantage et celui de l'orthodoxie. Car il est évident d'avance que si tu 
vas à Antioche, tu seras flatté et sollicité par tes amis et par celui qui gou- 
verne là, et alors ou bien tu te joindras à lui, ou bien tu resteras son en- 
nemi, si toutefois il te le permet. Agis selon tes forces, et nous ici, autant 
que nous le pourrons, nous tâcherons que tu n'offenses pas Dieu, que tu 
ne te prives pas des plus grands biens et que tu ne fasses pas souffrir tes 
amis. 

Quand je reçus cette réponse, je résolus en mon cœur d'obéir 
au saint plutôt qu'aux trompeurs et je suppliai notre maître et 
notre Sauveur de ne pas s'éloigner de moi, lui qui, dans sa mi- 
séricorde, m'avait appelé des ténèbres et de l'ombre de la mort. 
Mais tandis que ceux d'Antioche me pressaient vivement et s'ef- 
forçaient de m'emmener par tous les moyens, ma famille d'A- 
rabie en apprenant cette offre fut remplie d'une grande joie, car 
elle était du monde et ne prisait que les choses du monde. Tous 
accoururent et me pressèrent de retourner à Antioche et, pen- 
dant que je recourais au Seigneur et me prosternais devant lui 
et que les saints pères combattaient pour moi par leurs prières, 
il arriva le fait providentiel suivant : 

L'évêque Pierre et le prêtre Salomon tombèrent subitement 
tous deux dans une grave maladie appelée lièvre tierce, qui 
mit leurs jours en péril. Quand je l'appris, je crus devoir aller 



258 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

les visiter, ce que jusque-là je faisais rarement, comme on le 
savait. Quand j'arrivai à leur habitation, dans une maison re- 
marquablement belle, je vis l'évêque, en face de la porte, tout 
agité, car dès qu'il apprit mon approche, il se leva, descendit de 
son lit tout brûlant de fièvre et d'agitation et me cria : « Viens en 
paix, serviteur du Messie. » Et il ajouta aussitôt : « Aie pitié 
de moi, aie pitié de moi, j'ai péché contre toi, j'ai péché contre 
toi. De toi dépend ma vie ou ma mort, je vois clairement que 
c'est à cause de toi que je souffre tout cela et que la colère de 
Dieu est tombée sur moi. Le jugement de Dieu est juste. Il ne me 
suffisait pas de ma perdition et de ma trahison, mais je vou- 
lais aussi t'entraîner, toi qui marches dans la bonne voie, vers 
les mêmes souffrances, et te rendre renégat. Je t'en conjure, 
dès ce jour nous ne te presserons plus, fais ce que tu voudras; 
mais, je t'en conjure, prie pour moi, car tu vois notre affliction 
et dans quel danger nous voilà, car nous en sommes à notre 
dernier soupir. » 

Pour moi, étonné et stupéfait à ces paroles, je lui demandai 
la cause de son changement et il commença, dans l'angoisse et 
dans les larmes, à me raconter depuis le commencement tout 
ce que j'ai rapporté ci-dessus du bienheureux Panoupropios, 
évoque et confesseur, qui avait été son père et son archiman- 
drite, comment il assista au concile, y vit d'abord le zèle des 
évêques pour la vérité, puis leur trahison et leur défection, 
comment il s'enferma chez lui, pria le Seigneur, et en reçut un 
témoignage et une révélation, comment il retourna dans sa 
ville, y prêcha la vérité et y découvrit l'erreur, et comment enfin 
il demeura jusqu'à la fin de sa vie sans faiblesse ni abjuration, 
et mourut plein de gloire dans une belle vieillesse. 

Pierre en arriva ensuite à lui-même et me raconta avec lar- 
mes et confusion qu'il avait désiré l'épiscopat, et pour l'obtenir 
avait adhéré à Basile, son métropolitain, avait transgressé la 
foi et était devenu partisan du concile des renégats. . 

Quand j'entendis ces paroles, je fus rempli de tristesse et ad- 
mirai la grandeur des miséricordes de Dieu à mon égard. Aus- 
sitôt qu'il m'eut répondu, je courus au saint sépulcre pour y 
trouver un peu de tranquillité, je me jetai devant l'autel et le 
Golgotha béni et au milieu de larmes amères causées par l'an- 
goisse de mon cœur, je criai : « Seigneur, qui suis-je sinon 



PLÉROPHORIES. 



259 



péché et chien corrompu, un ver de terre et une maison de 
perdition, une caverne de voleurs et un sépulcre blanchi, et 
tu as versé sur moi la plénitude de tes miséricordes et de tes 
merveilles, tu as agi envers moi avec amour et pitié quand 
ceux-là étaient venus pour me tromper de toute manière, m'obli- 
ger à devenir un renégat, me faire perdre la foi en toi et l'héri- 
tage du ciel. Tout cela me sera une leçon et un avertissement. 
Mais que rendrai-je à mon seigneur Dieu pour tout ce qu'il a 
fait envers son serviteur? J'emprunterai les paroles de David et 
dirai : Je confesserai le Seigneur par ma bouche et le recher- 
cherai au milieu de tout, car il s'est placé en face du mal pour 
me sauver de mes ennemis. » 

J'ai cru juste et nécessaire de raconter à tous ces deux histoi- 
res terribles et véridiques pour l'instruction de tous ceux qui 
craignent Dieu et sont zélés pour la foi orthodoxe, afin qu'ils 
croient de toute leur âme et sans hésitation que c'est du ciel 
qu'est sorti ce jugement : Anathème au concile de Chalcé- 
doine et à Unis ses adhérents. Quant à ceux-ci, qu'ils méditent 
ce que je viens de dire et qu'ils s'instruisent. 

Puisque je viens de parler de Ylsaurie, j'ajoute encore l'his- 
toire suivante en confirmation de ce qui précède. Je la tiens du 
bienheureux Etienne, archimandrite du monastère de Séleucie 
d'Isaurie appelé v «^ (tagoun). Il fut le premier qui se montra 
plein de zèle pour la foi orthodoxe et fut ainsi le foyer de ces 
rayons qui illuminèrent d'abord l'Isaurie puis tout l'Orient. Il 
fut glorieux et sans reproche dans la lutte, combattit toujours 
le bon combat, et termina sa course après avoir justement gagné 
la couronne (du ciel). 

F. Nau. 
(A suivre.) 



LES OFFICES 



ET 



LES DIGNITÉS ECCLÉSIASTIQUES 

DANS L'ÉGLISE GRECQUE 



Les six personnages dont il vient d'être question et qui cons- 
tituaient le premier groupe des dignitaires de l'église patriar- 
cale de Constantinople, étaient souvent désignés par l'épithète 
à^wy.a-ây.ciAot ou èÇwxaTittajXot. Malheureusement, la signification 
de ce terme s'est perdue, il y a déjà fort longtemps, et les au- 
teurs tels que Goar, Chrysanthe, du Cange, etc., qui passent en 
revue les différentes interprétations qu'on en a données depuis, ne 
peuvent affirmer que l'une d'elles doive être préférée aux autres. 

Pour certains commentateurs, le commencement du mot doit 
se lire é; et non è;w, ce qui autoriserait à traduire les six 
KaxàxoiXoi, par allusion au nombre des dignitaires du premier 
groupe, qui, ainsi qu'il a été remarqué, fut porté de cinq à six, 
par l'adjonction du premier défenseur. Mais, outre que ceux-ci 
paraissaient avoir été déjà désignés ainsi, lorsque leur nombre 
ne dépassait pas cinq, on trouve toujours dans les anciens 
auteurs la forme ècwy.a-ày.oiXci, avec un esprit doux, et non 
èÇxaTaxoiXoi, avec un esprit rude. 

D'autres, s'attachant particulièrement à expliquer la deuxième 
partie du mot, qu'ils lisent xoraxiqXoi, et la faisant venir de 
y.axay.Y)Aw, charmer, adoucir, prétendent que les grands digni- 
taires du premier groupe méritaient cette qualification, parce 
que, plus que qui que ce fût, ils adoucissaient l'existence de 
leur maitre, en le déchargeant d'une foule de soins et de soucis, 
en pensant et en agissant pour lui, ce qui les faisait appeler 
par Balsamon, les cinq sens (tcévts à.târpiiq) du patriarche. 



LES OFFICES ET LES DIGNITÉS ECCLÉSIASTIQUES. 261 

Cette étymologie est trop forcée pour être vraie, et d'ailleurs 
la forme è^xaràxoiXot, qui l'exclut, est beaucoup plus employée 
que la forme è£a)xaircb«jXGt. 

Non moins fausse est l'interprétation présentée par ceux qui, 
donnant à è^wxaTaxoiXot, sans nous dire ce qui les autorise à le 
faire, le sens de è|wxaTaxoiToi ou de èlwxaxaxsXXoi, veulent que 
les grands dignitaires aient été ainsi nommés, parce que, con- 
trairement à ce qui avait lieu pour les uiiyxeXXoi, par exemple, 
leur résidence habituelle était en dehors du palais patriarcal. 

Chrysanthe montre que cette supposition est absurde, en 
disant avec raison, que si telle avait été la signification de 
£^(j)y.aTay.;iX;t, on aurait dû appliquer cette épithète, non pas 
seulement aux dignitaires du premier groupe, mais encore à 
une foule d'autres fonctionnaires et employés, qui avaient leur 
domicile à l'extérieur des bâtiments patriarcaux. 

Il est des auteurs qui, s'appuyant sur ce fait que Constanti- 
nople, comme Rome, était bâtie- sur sept collines et que, consé- 
quemment, certaines de ses églises étaient construites dans les 
parties basses et les autres dans les parties élevées de la ville, 
croient que sous un patriarche, dont ils ne donnent pas le nom, 
il se trouva que tous les ecclésiastiques choisis pour former le 
premier groupe des dignitaires, appartenaient au clergé desser- 
vant les églises placées sur les collines, et que, pour cette raison, 
ils furent appelés d'è;u>y.aTày»oiXci , ceux qui habitent en dehors 
des lieux bas, nom transmis ensuite indistinctement à leurs 
successeurs. Il est inutile de dire que cette interprétation, qui n'a 
pour elle aucune preuve historique, est absolument fantaisiste. 

Il en est de même de celle d'après laquelle les i%b>7.a-&y.oikci 
étaient les dignitaires qui n'habitaient pas le palais patriarcal, 
à l'époque où ce dernier aurait été situé dans une des parties 
les plus basses de Constantinople. 

Une dernière explication, considérée par du Cange comme la 
plus vraisemblable, est donnée par quelques commentateurs 
grecs, pour qui i;or/.a-:ây.oiXci doit se traduire par placés en 
dehors de ceux qui ont une position inférieure, parce que les 
dignitaires du premier groupe occupaient auprès du patriar- 
che, soit dans les cérémonies religieuses, soit dans les assem- 
blées synodales, des sièges plus élevés que les dignitaires de 
tous les autres groupes. 



262 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN, 



LES CINQ OFFICES DU DEUXIEME GROUPE. 
'H osutepa TTSv-aç. 

Le Protonotaire, b Ilpu-zvc-ipicq. — Le terme TcpwTcvc'rapioç 
est formé irrégulièrement du grec TcpwToç, premier, et du latin 
notarius, devenu vc-âpic; dans le grec byzantin, mot qui a 
exactement le même sens que ypa^x-zeûç, scribe, écrivain. Il 
désigna d'abord le chef de cette foule de scribes qu'occupait la 
chancellerie impériale; mais il ne tarda pas à devenir le nom 
d'un grand officier ecclésiastique, ordinairement de l'ordre 
des diacres. 

Les auteurs anciens qui parlent de ce personnage ne décri- 
vent pas ses fonctions dans les mêmes termes. Cela se com- 
prend, car elles étaient fort diverses; mais on peut les résumer 
toutes en disant que le protonotaire remplissait auprès du 
patriarche le rôle d'un secrétaire particulier. Il écrivait ses 
lettres, rédigeait les décisions prises par lui, le tenaient sans 
cesse au courant des affaires civiles et religieuses à l'aide de 
nombreux rapports, etc., etc. De plus, il était spécialement 
chargé de tenir les registres des ordinations et des nominations 
aux fonctions ecclésiastiques et d'en délivrer des extraits (tut- 
-xv.ia) aux intéressés. Dans le sanctuaire, pendant les cérémo- 
nies solennelles, il se tenait auprès du pontife et portait le 
Sudjpiov ou chandelier à deux branches. 

Comme l'archiviste, yy.pxzoù\y.z, il était aidé dans sa tâche 
par un certain nombre de simples scribes ou notaires, vo-uàpwi, 
placés sous ses ordres. 

Le Chancelier, 5 ÀcycOéTYjç. — Les logothètes de l'empire 
étaient des officiers chargés de contrôler les différents services 
publics. C'est ainsi qu'il y avait un logothète ou contrôleur des 
finances, un logothète ou contrôleur des postes, etc. Mais le 
logothète ecclésiastique fut un véritable chancelier, dont les 
fonctions paraissent s'être confondues jusqu'à un certain point 
avec celles de l'archiviste, yy.z-ooïhxï. Il avait pour mission 
principale de garder les différents sceaux et de sceller les actes, 
bulles, etc., qui sortaient de la chancellerie patriarcale. Chry- 
santhe insiste sur ce point que le mot grec Xoyoôé-cr^ correspond 
exactement au terme latin cancellarius. 



LES OFFICES ET LES DIGNITÉS ECCLÉSIASTIQUES. 263 

D'après le cérémonial, c'est aulogothète qu'appartient le droit 
de porterie plateau contenant le pain bénit, à-cvfôwpov, lorsque 
celui-ci est distribué au peuple par le pontife lui-même. 

Le Càmérier, 6 Kaorp^vutôç. — Les diverses formes dece mot, 
données par les auteurs byzantins, telles que -/.y^-p-r^sio;, »ux<r:piv- 
fft'oç, xàvdTpYjvfftoç, y.7.vG7p ! y!Jizç, prouvent qu'il était d'origine étran- 
gère et que, comme tant d'autres de même nature, il a été im- 
porté de Rome à Byzance. Sa forme véritable est xa<rcp^v<7ioç, qui 
n'est autre que la transcription grecque du latin castrensis. Dans 
la basse latinité on appelait rastrenses des serviteurs attachés 
directement à la personne du souverain, tels que des échansons, 
des valets de chambre, etc., et ce nom leur venait de ce qu'ils 
s'acquittaient de leur ministère principalement dans les camps, 
castra, alors que les empereurs passaient une partie de leur 
existence à guerroyer contre les Barbares, ou plutôt de ce que, 
contrairementà la foule des autres officiers et serviteurs, ils ne 
sortaient jamais des camps . 

Le mot castrensis, devenu '/.zc-pr^ moç en grec, passa dans la 
langue ecclésiastique et fut le titre officiel d'une sorte de camé- 
rier ou serviteur intime, qui ne devait pas s'écarter de la per- 
sonne du patriarche, particulièrement à l'église dans les céré- 
monies solennelles. Pendant la messe, il portait le grand voile, 
àVjpj et aspergeait le peuple d'eau bénite; mais il était surtout 
chargé de présenter au patriarche les ornements sacrés, dont 
il avait la garde, et de l'aider à s'en revêtir, et, en outre, c'était 
lui qui préparait l'encensoir et le présentait au pontife, quand 
celui-ci devait faire des encensements. 

Ce sont ces deux dernières fonctions qui, suivant quelques au- 
teurs, expliqueraient l'origine de son nom. Ce nom, en effet, qui 
devrait être, dans ce cas, xavcnrpivtjwç et non xa<rcpiY<jioç, viendrait 
du mot grec xavorpiov, signifiant corbeille, et cela parce que c'é- 
tait dans des corbeilles que le personnage en question apportait 
les vêtements du patriarche ainsi que les parfums qui sont brû- 
lés dans l'encensoir. Une pareille étymologie est bien loin d'a- 
voir la valeur de celle qui a été mentionnée plus haut. 

Le Référendaire, 5 e Ps?spsvSàpioç. — Ce titre, qui n'est que la 
transcription du latin referendarius (de refero, signifiant rap- 
porter), était donnéàdes officiers impériaux qui se rendaient au- 
près de tel ou tel fonctionnaire, pour lui faire connaître les ordres 



264 



REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 



de leur maître. Comme les communications qu'ils avaient à faire 
étaient souvent des réponses à des lettres adressées au chef de 
l'Etat, cette circonstance les faisait nommer quelquefois apo- 
crisiaires, àrcoxpiatapioi (de àrcoxpivo^, répondre). Parfois aussi 
ils étaient désignés par l'expression rcaXotTvoi, palatins. 

Il va sans dire que les patriarches, qui entretenaient des 
rapports constants avec l'empereur et avec une foule de grands 
personnages, durent avoir également sous la main des officiers 
toujours prêts à porter leurs brefs, bulles, mandements, etc., 
à ceux à qui ils étaient destinés. Ces nonces ou légats, qui 
appartenaient généralement à l'ordre des diacres, étaient 
nommés référendaires, comme les messagers de la cour im- 
périale. Leur nombre varia suivant les époques, puisqu'il existe 
un décret d'Héraclius le réduisant à douze. C'était le princi- 
pal d'entre eux, celui sous les ordres duquel ils étaient pla- 
cés, qui était le référendaire proprement dit et figurait dans le 
deuxième groupe des grands dignitaires ecclésiastiques. 

L Annaliste, b TxoixvTrjpLaTOYpàfoç. — Le rôle de ce person- 
nage n'est pas très nettement établi par les lexicographes 
et les auteurs qui ont commenté les listes des dignités ecclésias- 
tiques. D'après Chrysanthe, qui ne donne pas la preuve de son 
assertion et ne s'appuie que sur la signification un peu vague 
du mot i)-sij.vr l \j.a, il aurait été chargé de prendre, pour le pa- 
triarche, au fur à mesure des nécessités courantes, ces notes 
diverses qui, ne devant être que d'un usage temporaire, sont 
rédigées sans ordre régulier et ne sont pas destinées à être 
conservées. 

Ne pourrait-on pas croire avec autant de raison qu'il devait 
avant tout tenir à jour un registre, sur lequel étaient consignés 
tous les événements, survenus dans l'étendue du patriarcat, 
dont il était utile de garder le souvenir? 

Il semble cependant fort probable que sa mission principale 
ait été de servir en quelque sorte de secrétaire au grand archi- 
viste, xapToçùXaÇ, et de l'aider dans l'accomplissement de ses 
multiples fonctions. Cela résulte d' un passage de Jean de Citrium, 
où il est dit positivement qu'il devait remplacer cet important 
fonctionnaire, lorsque celui-ci était absent ou malade. 

(A suivre.) Léon Clugnet. 



LES GRECS MELKITES 

ÉTUDE HISTORIQUE 



IX 



SUITE DES PATRIARCHES — GREGOIRE-JOSEPH 1 er . 

L'abdication de M gr Clément Bahuth ayant été acceptée au 
nom du Pape par M Br Valerga, patriarche latin de Jérusalem, en 
sa qualité de pro-délégué apostolique, le concile des évoques 
grecs melkites réunis à Chouaïr élut comme patriarche l'évèque 
de Saint-Jean d'Acre, Grégoire Jousef. Le nouvel élu se rendit à 
Beyrouth où il fut reçu avec les plus grands honneurs par le 
pacha turc, et à Deïr-el-Kamar, où le gouverneur chrétien du 
Liban lui fit le même accueil. Immédiatement après l'élection, 
le patriarche avait, suivant l'usage, écrit au Pape pour de- 
mander à Sa Sainteté de le confirmer et de lui accorder le 
pallium. Pie IX répondit à cette postulation dans une allocution 
consistoriale. Nous insérons ici la traduction de cet acte, qui 
servira à préciser les rapports du patriarcat grec melkite avec 
l'autorité suprême de l'Église universelle : 

« Vénérables Frères, 

« Le soin de toutes les Églises et la sollicitude qui nous est 
imposée par Dieu demandent que nous vous communiquions 
aujourd'hui une chose ayant trait à l'Église orientale. Notre 



2G6 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

Vénérable Frère, Clément Bahus, patriarche grec-melkite 
d'Antioche, après s'être acquitté de son important ministère 
pendant plusieurs années et avec distinction, Nous supplia de 
lui accorder la permission de se démettre du patriarcat. En 
considération des éminentes qualités dont il était doué et dans 
Notre désir de le voir conserver la dignité et la charge de pa- 
triarche, Nous Nous opposâmes longtemps et fortement à cette 
démission, et Nous l'exhortâmes à ne pas abandonner le régime 
et le gouvernement de son Église patriarcale. Mais, ferme dans 
sa résolution, se jugeant très humblement et éprouvant un 
désir ardent de mener de nouveau la vie monastique et cachée, 
et de se consacrer plus librement aux choses divines, il insista 
tant auprès de Nous et Nous pressa si fort, que Nous crûmes 
enfin devoir Nous rendre à ses vœux. En conséquence, Nous 
ordonnâmes à Notre Vénérable Frère Joseph Valerga, patriarche 
latin de Jérusalem et pro-délégué apostolique de Syrie, d'ad- 
mettre, de recevoir et de ratifier en notre nom, au nom et en 
vertu de l'autorité du Siège Apostolique, la démission de Notre 
Vénérable Frère Clément, et de le dégager entièrement du lien 
qui l'attachait à l'Église patriarcale grecque-melkite d'Antioche. 
Alors les évèques de cette nation, convoqués par Notre Vénérable 
Frère Clément après son abdication accomplie au monastère et 
après l'acceptation de cette démission en Notre nom par Notre 
Vénérable Frère le patriarche de Jérusalem, se réunirent pour 
l'élection d'un nouveau patriarche de leur Église. Les suffrages 
ayant été recueillis, ils jugèrent que Notre Vénérable Frère 
Grégoire Jousef, évêque de Ptolémaïde, devait être orné d'une 
dignité aussi éminente. Cette élection fut on ne peut mieux 
accueillie des évêques, des moines, des principaux personnages 
de la nation et du peuple tout entier, les grecs melkites con- 
naissant déjà les vertus éminentes de l'élu. Notre Vénérable 
Frère Grégoire Jousef Nous annonça son élection dans une 
Lettre très respectueuse où il déclare en termes explicites qu'il 
n'a rien tant à cœur que d'être fermement attaché à Nous et à 
la Chaire de Pierre par une foi, une fidélité, une obéissance 
entières, et Nous pria instamment de vouloir bien le confirmer 
par notre autorité apostolique dans sa charge de patriarche 
grec-melkite d'Antioche et de lui accorder l'honneur du sacré 
pallium. En conséquence, tout ayant été mûrement pesé et 



LES GRECS MELKITES. 267 

approuvé par Nous et par la Congrégation de Nos Vénérables 
Frères les Cardinaux de la sainte Église Romaine préposés aux 
affaires religieuses des Églises orientales, sur l'avis de cette 
Congrégation, Nous croyons devoir confirmer cette élection ou 
postulation, d'autant plus volontiers que Notre Vénérable Frère 
Grégoire Jousef est doué d'une religion éminente, de piété, de 
prudence et d'autres précieuses qualités. Aussi avons-Nous 
l'espérance qu'il s'appliquera avec un soin, une activité et un 
zèle extrêmes à remplir toutes les obligations de son vaste et 
important ministère et à procurer sans relâche la plus grande 
gloire de Dieu et le salut des âmes. Nous pensons que ce Véné- 
rable Frère doit être dégagé du lien qui l'attache à l'Église 
épiscopale de Ptolémaïde, confirmé dans la dignité de patriarche' 
grec-melkite d'Antioche, décoré de l'honneur du sacré pallium, 
et enrichi de tous les autres privilèges que ses prédécesseurs 
ont tenus du Siège Apostolique. En agissant ainsi, Nous ferons 
une chose très agréable à lui-même et à l'illustre nation grecque- 
melkite, pour laquelle le Saint-Siège a toujours eu et a encore à 
bon droit une bienveillance singulière. 

« Que Vous en semble? 

« Par l'autorité du Dieu tout-puissant, des saints Apôtres 
Pierre et Paul et par la Nôtre, Nous confirmons et approuvons 
l'élection ou postulation de l'évoque Grégoire Jousef faite par 
Nos Vénérables Frères les évêques grecs-melkites. Nous le 
dégageons du lien qui l'attachait à l'Église de Ptolémaïde et le 
transférons à l'Église patriarcale d'Antioche des grecs melkites, 
le préposant pour patriarche et pasteur de cette nation, comme 
il sera mentionné dans le décret consistorial. 

« Au nom du Père f et du Fils f et du Saint -J- Esprit. Ainsi 
soit-il. » 

L'exaltation de M er Grégoire-Jousef a été accueillie avec une 
vive satisfaction en Syrie et en Egypte. « Le nouvel élu, écri- 
vait-on de Beyrouth le G novembre 1804, fort recommandable 
par sa capacité et sa prudence, après un séjour de dix ans au 
séminaire de la Propagande à Rome, est demeuré pendant huit 
ans au siège de Saint- Jean d'Acre. Le bel exemple de vertu 
donné par son prédécesseur et les rares qualités de celui-^i ont 
imprimé une nouvelle impulsion à la nation grecque-unie melkite 
déjà si considérée. » 



268 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

Le successeur de Clément Bahuth était né en Egypte, à Rosette, 
le 17 octobre 1823 (1). Il avait fait ses études à Gazyr, chez les 
Jésuites, puis à Rome dans le collège de Saint-Athanase où il 
arriva en 1817. Il y resta quatre années. En 1853, il était docteur 
en philosophie, puis il fut ordonné prêtre. Le 1 er novembre 1856, 
il fut promu à l'évêché de Saint- Jean d'Acre. Après les mas- 
sacres de Syrie, en 1860, il fut envoyé dans le Liban pour y 
restaurer le collège d'Aïn-Traz, tant de fois pillé et brûlé par les 
Druses. 

Une année après son exaltation, Grégoire Jousef se rendit à 
Constantinople. Le moment était critique pour les communautés 
chrétiennes de l'Empire ottoman. Pour mettre fin à quelques 
abus qui avaient été signalés, — peut-être exagérés ou trop gé- 
néralisés, — la Porte venait de retirer aux chefs des communions 
chrétiennes l'administration civile de leurs ouailles. Le pa- 
triarche melkite obtint du grand Aali pacha le retrait de cette 
mesure, dont le maintien eût été un vrai désastre pour nos 
coreligionnaires. 

Grégoire Jousef vint en 1867 à Paris, où l'empereur Napoléon 
le nomma commandeur de la Légion d'honneur. Il prit part 
au concile du Vatican et se soumit au vote sur l'infaillibilité, 
dont il n'avait pas cru d'abord la proclamation opportune. S. B. 
assista à la réunion présidée à Jérusalem par le cardinal de 
Reims. Enfin, en 1894, il prit part aux conférences des patriar- 
ches présidées par le Pape en vue de l'union des Églises. Après 
un court séjour à Paris, le patriarche se rendit à Constantinople. 
Là, il obtint la confirmation gouvernementale de l'autorité que 
le Pape venait de lui conférer, non seulement comme à ses 
prédécesseurs, dans ses trois patriarcats, mais sur tous les 
grecs melkites de l'Empire ottoman. 

C'est dans le domaine de l'enseignement que le patriarche a 
le plus travaillé et obtenu de grands résultats : ce fut sa constante 
préoccupation. Le 9 octobre 1865, il fondait à Beyrouth le 
collège patriarcal. Nous avons déjà parlé de son labeur à Aïn- 
Traz. Il entretint douze élèves au collège grec de Saint-Athanase 
dont il avait été élève. Dans la vaste étendue de son patriarcat, 

(1) Oraison funèbre de Me* Grégoire Jousef I ev ... prononcée par M. l'abbé L.-M. 
Dubois, dans l'église Saint-Julien le Pauvre, in-8°, 30 pages, 1898, Imprimerie 
Roncliaet. 



LES GRECS MELKITES. -G!) 

il fonda à ses frais un nombre considérable d'écoles. A Paris, 
il fonda pour douze jeunes élèves le collège de Saint-Jean Chry- 
sostome, autour du vénérable sanctuaire de Saint-Julien le 
Pauvre, qui fut attribuée à cette institution essentiellement 
française en même temps que catholique et orientale, car le 
rite y est strictement observé et célébré non sans éclat. 

« C'est dans le même esprit large et éclairé, a dit un pané- 
gyriste français, zélateur de l'Orient chrétien, que M sr Grégoire 
Jousef a accepté en Palestine le concours de religieux français. 
Le précieux sanctuaire de Sainte-Anne, artistement restauré 
par l'architecte Mauss, avait été concédé par le gouvernement 
français aux Pères Blancs d'Afrique. Une entente est intervenue 
entre le Cardinal Lavigerie et le patriarche grec-melkite pour y 
établir un séminaire exclusivement réservé aux grecs melkites. 
Et c'était là le point capital. L'expérience montre, en effet, que, 
dans un établissement où tous les rites orientaux sont réunis, 
les élèves aboutissent à n'en suivre et à n'en aimer aucun ; que 
c'est alors, non pas un vrai séminaire, mais une académie 
liturgique. La fondation du séminaire de Sainte-Anne remonte 
à quelques dizaines d'années. Il en est déjà sorti plusieurs 
générations de clercs instruits et formés dans leur rite grec. 
Après avoir été agréés par leur propre autorité patriarcale, ces 
clercs reçoivent la consécration sacerdotale qui leur est donnée 
par un évêque melkite; ils vont alors exercer le ministère, ordi- 
nairement dans le diocèse même de celui des évèques melkites 
qui les a envoyés à Sainte-Anne. Dans cet établissement, comme 
à Saint-Julien le Pauvre, les étudiants ont acquis une connais- 
sance sérieuse du français et du grec tant ancien que moderne, 
ce qui est propre à entretenir la communion intellectuelle des 
grecs melkites avec l'Europe civilisée. 



ORIliNT CHRÉTIEN. IN 



A 



SUITE DES PATRIARCHES. — ELECTION DE S. B. GERA1GIRY 



Grégoire Jousef est mort le 13 juillet 1897. L'élection de son 
successeur n'a pas été sans présenter une difficulté qui ne s'é- 
tait pas encore produite. 

Le Synode destiné à pourvoir au siège vacant devait se réunir 
du 13 au 22 novembre 1897, dans le couvent du Saint-Sauveur, au 
Mont-Liban. Suivant l'usage, le délégué apostolique devait y 
assister, sous la présidence du locum tenens patriarcal qui était 
M gr Géha, archevêque d'Alep. — C'est alors que le gouverneur 
général du Liban fit savoir aux évêques que la Sublime-Porte 
considérait comme nulle et non avenue une élection qui aurait 
lieu en présence d'un étrange)', c'est-à-dire du délégué du 
Saint-Siège. On fit même entendre que, s'il était passé outre à 
cette défense, le gouvernement turc pourvoirait lui-même à 
l'administration civile du patriarcat, ce qui aurait été le ren- 
versement de toutes les traditions, de tous les droits et même 
des actes internationaux, notamment du traité de Berlin (art. 62 
in fine). 

Les Turcs n'avaient pas eu cette étrange lubie tout seuls. 
Ce n'est pas un jugement téméraire de croire que l'idée avait 
été mise en avant par quelqu'un de ces esprits inquiets et ultras 
comme il en existe partout, notamment dans les groupes reli- 
gieux, et que l'idée avait été encouragée, peut-être même suggé- 
rée par quelque agent occulte ou officiel, d'une ou de plusieurs 
des Puissances qui sont jalouses de la prépondérance de la 
France en Syrie. Il y eut même alors des gens qui émirent l'idée 
de donner aux grecs melkites trois patriarcats , pour Antioche, 
pour Jérusalem et pour Alexandrie. 



LES GRECS MELK1TES. 271 

Sur les réclamations de l'ambassade de France, il fut entendu 
à Constantinople que rien ne serait changé au mode tradition- 
nel et le gouverneur général du Liban reçut Tordre de s'y con- 
former. Beaucoup de bruit pour rien. 

Le 25 février 1898, le Synode des évèques grec-melkites , 
en présence du délégué apostolique élut M* 1 ' Géraïgiry, évêque 
de Panéas. 

Le nouveau patriarche est né à Zahlé, en Syrie le 6 août 1841. 
Sa première œuvre sacerdotale fut la fondation d'un grand nombre 
d'écoles catholiques dans le district même de Zahlé, alors envahi 
par la propagande protestante. Pour se fortifier lui-même dans 
la langue française, il avait passé quatre années au séminaire de 
Blois (1874-1878). A son retour il fut promu au siège de Paneas 
(Césarée de Philippe), d'où le vote des évèques vint l'élever au 
siège patriarcal. 



XI 



ORGANISATION, 



L'Église grecque-melkite compte 5 archevêchés : Alep, Bosra 
et Hauran, Damas, Homs et Hama, Tyr. 
Les évêchés, au nombre de sept, sont à Beyrouth et Djébail, 

— Césarée de Philippe ou Panéas , — Héliopolis ou Baalbek , 

— Ptolémaïs ou Saint-Jean d'Acre, — Saïda, — Tripoli, — 
Zahlé et Forzoul. (Voir une notice historique à l'Appendice.) 

Le patriarche administre le siège de Damas et celui d'Egypte 
où les fonctions épiscopales sont exercées par des vicaires, 
ainsi que dans la Palestine. Il y a deux évoques in partibus. 

Les religieux, comme tous ceux de rite grec, suivent la règle 
de saint Basile le Grand; ils sont divisés en trois congrégations 
désignées d'après leur résidence : celle des Alépins compte 
40 moines et 18 religieuses, celle des Chevayri-canouni (Bala- 
dites) 96 moines et 42 religieuses, celle des Mohalessi (Salva- 
toriens) plus de 200 moines et 25 religieuses. 

Cette Église est en progrès. Dans la tournée pastorale que fit 
le patriarche Grégoire Jousef en 1868, plusieurs familles du dis- 
trict d'Homs sont entrées dans l'union catholique ; d'autres ré- 
clamaient pour le faire qu'on leur envoyât des prêtres instruits. 
Ce mouvement continue. 

En 1868, les revenus du patriarcat ont été de 50.000 piastres 
turques, ou environ 10.000 francs. Cette somme provient en 
partie du casuel, en partie d'une taxation que les familles s'im- 
posent volontairement. 

(1) Voici la statistique pour l'Egypte : les Grecs-Melkites sont au nombre de 
15 à 20.000 clans la vice-royauté. Ils ont des églises à Alexandrie, au Caire et 
daus d'autres localités. Le clergé est administré par un évoque qui a le titre 
de vicaire patriarcal. 



LES GRECS MELKITES. 273 

L'élection du patriarche appartient au concile des évêques de 
la nation; il est nommé au scrutin. Aussitôt après l'élection, il 
est saisi de l'autorité patriarcale; les actes du concile sont expé- 
diés au Pape, qui les examine dans un consistoire, et s'il les ap- 
prouve, envoie le pallium au nouveau patriarche. Cet usage a 
été suivi presque constamment depuis le pontificat de Cyrille IV. 
Le patriarche melkite a quatre résidences : à Damas, comme 
patriarche d'Antioche; au Caire, comme patriarche d'Egypte; 
à Jérusalem, comme patriarche de cette ville; enfin, à Aïn-Traz. 
Voici les attributions religieuses de ce patriarche et, en gé- 
néral, des patriarches orientaux unis. Il préside les conciles 
qui doivent avoir lieu tous les trois ans, si les circonstances le 
permettent. Les évêques doivent lui obéir et lui déférer les cau- 
ses majeures. Il examine la conduite des évêques, peut les pu- 
nir, les suspendre et même les déposer, mais d'accord avec le 
concile ou. avec la plupart des évêques. Il peut transférer un 
évêque d'un diocèse à un autre, si le diocèse ne peut suffire à 
son entretien, ou s'il nomme le titulaire à un siège plus impor- 
tant, ou s'il y a désaccord entre le prélat et ses administrés ; 
mais dans cette dernière circonstance, l'intervention du concile 
ou de la majorité des évêques est obligatoire, comme pour 
diviser ou réunir des diocèses. Il reçoit les plaintes contre les 
évêques et les prêtres et juge seul ou avec le concile, suivant 
la gravité du cas. On appelle à lui des jugements des évêques. 
Il administre les diocèses vacants. A la mort d'un évêque, 
c'est le patriarche qui ordonne aux fidèles et au clergé d'en 
élire un autre. Il approuve la nomination et ordonne le nouvel 
évêque. Si, dans les six mois qui ont suivi l'élection, l'élu ne 
se présente pas, le patriarche a le droit d'en désigner un autre 
à son gré. Il donne certaines dispenses pour les mariages. Il 
a seul le droit de consacrer et d'envoyer aux différents diocèses 
le saint Chrême et les antimensions , sorte de corporal qui 
remplace, chez les Grecs, la pierre consacrée des Latins. Les 
évêques et les prêtres font, dans les offices, la commémoration 
du patriarche, ainsi que celle du Pape. Ces attributions sont 
plus importantes que celles des patriarches latins. Les Orien- 
taux attachent la plus haute valeur à la dignité des patriar- 
ches, qu'ils considèrent avec raison comme les successeurs des 
Apôtres et comme étant tous égaux entre eux, sauf, bien entendu , 



274 REVUE de l'orient chrétiex. 

la suprématie de juridiction et d'honneur que les unis recon- 
naissent au successeur de saint Pierre . 

A la mort d'un évoque, son vicaire doit en informer immédia- 
ment le patriarche, qui annonce la nouvelle à tous les évèques 
et ordonne des prières pour le défunt. Le patriarche écrit aussi 
une lettre de condoléance aux fidèles du diocèse vacant et leur 
présente trois candidats. Chaque chef de famille désigne celui 
qu'il préfère. Une lettre, écrite au nom des fidèles, annonce au 
patriarche le candidat qui a obtenu la majorité. L'autorité des 
évèques est la même que dans l'Église latine. 

Les prêtres réguliers gardent le célibat : il y a aussi des 
prêtres séculiers qui ne sont pas mariés. Quelques paroisses 
sont administrées par le supérieur d'un couvent avec la permis- 
sion de l'évêque. Dans les villes importantes , il y a un proto- 
presbyteros, ou archiprètre, qui exerce une sorte de juridiction 
sur les autres prêtres (1). 

Comme tous les Orientaux, les grecs-melkites sont extrê- 
mement attachés à leurs usages séculaires. C'est pourquoi la 
question du calendrier avait suscité les plus grands troubles 
dans leur nation. 

Grégoire XIII (1572-1585) avait fondé à Rome le collège de 
Saint-Athanase destiné à l'éducation d'un clergé uniate grec. 
Les élèves suivirent bientôt les cours du collège de la Propa- 
gande et l'on admit à Saint-Athanase des uniates originaires 
de l'Autriche, serbes, ruthènes, roumains. Le pape Léon XIII 
vient d'ordonner que l'on n'admettra plus dans cet établisse- 
ment que les élèves originaires de l'Empire ottoman. 

Par la relation citée plus haut de l'évêque de Sidon, on voit 
que, au seizième siècle, il y avait déjà à Rome un cardinal 
protecteur des Grecs-unis. 

(1) J'ai tiré beaucoup de renseignements sur la situation actuelle d'une note 
qui m'a été envoyée par le R. P. Terlecki, missionnaire apostolique, religieux de 
l'ordre de Saint-Basile. 



XII 



STATISTIQUE. 



On éprouve toujours quelque difficulté à donner avec préci- 
sion le nombre des religionnai res dans le Levant. Il y a des si- 
tuations indécises ou flottantes qui permettent les grossisse- 
ments ou les atténuations plus ou moins volontaires. Pour les 
grecs melkites, le dernier chiffre qui m'ait été indiqué, est ce- 
lui de 150.000. Ne sont compris dans ce chiffre que les grecs 
unis de langue grecque ou arabe et habitant l'Empire ottoman. 

Il existe à Constantinople deux communautés distinctes de 
grecs unis. 

1° Les grecs melkites, proprement dits, que la constitution 
pontificale du 21 décembre 1895 a retirés de la juridiction reli- 
gieuse du délégué apostolique pour les placer sous celle du pa- 
triarche Grégoire Joseph dont il relèvent aussi civilement. 

2° Les hellènes unis, qui ne sont arabes sous aucun rapport, 
mais exclusivement grecs et ne célèbrent l'office qu'en langue 
grecque. Ces uniates sont sous la juridiction religieuse du dé- 
légué apostolique. Civilement, ils ne dépendent pas non plus 
de la juridiction du patriarche melkite. On m'écrit qu'ils de- 
mandent à y être admis et que M gl " Grégoire Jousef ne voulait 
pas exercer l'une des juridictions et pas l'autre. Le Pape a 
fondé à Constantinople une école de hautes études pour ces 
hellénisants. 

En dehors de l'Empire ottoman et du chiffre de fidèles donné 
plus haut, il existe des groupes assez nombreux de grecs unis 
ou hellènes de rite grec. Ils sont répandus en Italie, en Sicile, 
à Marseille, à Paris, en Corse, en Algérie, en Amérique. Dans 
tous ces pays ces uniates conservent leur liturgie grecque 
en langue grecque. Il relèvent des ordinaires latins; mais les 



276 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

ordinations en Italie sont faites par des évèques titulaires de 
rite grec. 

En France, les prêtres grecs-melkites reçoivent bien leurs 
pouvoirs de l'ordinaire français; mais les sujets sont désignés 
et rappelés par le patriarche. 

IV. Nous n'avons parlé que des uniates. Il est intéressant de 
chercher dans quel rapport numérique ils se trouvent au vis-à- 
vis des schismatiques, spécialement en Syrie et en Egypte, qui 
sont le champ d'action propre du patriarche catholique d'An- 
tioche, d'Alexandrie et de Jérusalem. 

Pour les uniates, les trois patriarcats sont réunis sur une 
seule tête; il n'en est pas de même pour les schismatiques. 

Voici les chiffres qui m'ont été donnés pour chacun des trois 
sièges schismatiques : 

Antioche : environ 200.000, en majorité arabes (1). 

Alexandrie : environ 15.000 indigènes et 150.000 sujets du 
roi des Hellènes, sur lesquels le patriarche n'exerce que la 
juridiction religieuse. 

Jérusalem : environ 50.000, dont le bas peuple est arabe, 
tandis que le haut clergé et les notables sont grecs hellénisants. 



(1) Les évaluations varient entre 500.000 et 200.000. Nous ne sommes pas en me- 
sure de donner un chiffre ferme. J'imagine qu'on attribue quelquefois au patriar- 
cat d'Antioche les orthodoxes relevant de Jérusalem et d'Alexandrie. 



XIII 



RITE. — LANGUES. 



Les conquêtes d'Alexandre le Grand et les règnes de ses suc- 
cesseurs avaient, sinon importé à nouveau, du moins déve- 
loppé en Syrie et en Egypte la civilisation et la langue grec- 
ques. Il y eut et il y a encore des groupes purement grecs sur 
la côte et même à l'intérieur. 

En Syrie et en Egypte, la langue officielle et cultivée fut le 
grec. Il ne faudrait pas en conclure que les populations aient 
oublié les idiomes sémitiques, lesquels étaient encore courants 
au temps de Notre-Seigneur, c'est-à-dire plus de trois siècles 
après la conquête macédonienne. 

A l'époque des premiers conciles, on peut se demander si 
certains évêques avaient jamais su à fond le grec : plusieurs, 
en effet, ont donné leur signature en langue syriaque. Saint 
Jean Damascène a écrit le grec avec un éclat incomparable ; et 
il était versé profondément dans la philosophie d'Aristote; mais, 
sous son nom de famille de Mansour, il avait, comme ses as- 
cendants, occupé une grande situation dans le gouvernement 
des califes de Damas (1). 

Au concile célébré à Constantinople en 869, le métropolitain 
de Tyr avait de la peine à s'exprimer en grec. En 1054, le 
patriarche Pierre ne trouva personne à Antioche qui fût ca- 
pable de traduire en grec une lettre du pape Léon IX (Turco- 
Grœcia). Zygomalas raconte que, de son temps, Michel, pa- 
triarche du même trône, était habile dans le syriaque et dans 
l'arabe, mais médiocrement dans le grec [Ibidem). Voilà pour 
la Syrie. En descendant le cours des temps et en nous trans- 
portant en Egypte, relevons ce qu'écrivait le Père du Bernât en 

(1) .S'. Jean de Damas et son influence en Orient sous les premiers Khalifes, par 
I. Nève. Bruxelles, 1861. 



278 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

1711 : « Le patriarche grec d'Alexandrie ayant voulu prêcher en 
grec, les fidèles, qui entendaient seulement l'arabe, s'ennuyè- 
rent à ses serinons. (Lettres édifiantes.) » 

Le rite. — Aujourd'hui, les Grecs-Syriens, tant unis que 
séparés, célèbrent d'après le rite vulgairement appelé grec. En 
a-t-il été de même à l'origine? Des savants ont recherché si ces 
chrétiens de Syrie n'ont pas d'abord suivi l'un des rites sy- 
riaques. 

Voici, à ce sujet, l'extrait d'une note qui m'a été adressée, 
il y a plusieurs années. « Les chrétiens, y est-il dit, existant en 
Syrie, à l'exception d'un petit nombre de ceux qui sont venus 
aux premiers siècles de toute part dans ses ports maritimes et 
dans quelques-unes des villes de l'intérieur, sont d'origine syria- 
que, font partie du patriarcat d'Antioche et suivirent le rite sy- 
riaque. Au temps où le patriarche de Constantinople commença 
à nommer leurs patriarches à Constantinople et de les mander 
ensuite en Syrie, ces patriarches les ont obligés à renoncer au 
rite syriaque et à embrasser celui des grecs qu'ils leur traduisi- 
rent en idiome syriaque : ces chrétiens de Syrie continuèrent 
ensuite à suivre ce rite grec en langue syriaque jusqu'à ce qu'ils 
eussent perdu l'habitude et l'usage de cette langue. C'est alors 
qu'un de leurs patriarches, du nom d'Euthime, mort en 1637, 
leur traduisit le rite grec du syriaque en arabe, confondu avec 
un peu de grec. Cela vient d'être constaté par l'autorité des 
érudits et des historiens. Et leurs livres sacrés, leurs rituels et 
les bréviaires pontificaux, etc., qui se conservent jusqu'à nos 
jours en langue syriaque dans quelques-unes de leurs églises et 
vieux monastères, en font aussi foi. De ces livres plusieurs ont 
été imprimés et mis à la bibliothèque du Vatican à Rome, 
comme il est facile de s'en convaincre à l'aide du catalogue de 
la Bibliothèque Orientale de M. Joseph Simon Assemani. 
Néanmoins, une partie de ces grecs de Syrie ont continué pen- 
dant quelque temps à se servir dans leurs prières de la langue 
syriaque tant dans leurs maisons qu'aux églises, comme le té- 
moigne un de leurs patriarches, Macaire, qui écrivait vers 1671 
et que cite Pierre Lebrun dans son ouvrage sur les liturgies 
(tome IV, Dissertation 4 e , chapitre 2). Voici la citation : « Nous 
« prions à la maison et à l'église autant en grec qu'en syriaque 
« et il y a quelques localités près de Damas où les grecs font 



LES GRECS MELKITES. 279 

« l'office dans leurs églises en langue syriaque. » Et M. Joseph 
Simon Assemani, le plus versé dans les choses de l'Orient, 
dit dans sa Bibliothèque Orientale (tome IV, chapitre 3 e , pa- 
ragraphe 22, page 371) : « les autres nations syriaques, comme 
« les Maronites, les Jacobites et les Melkites, ont fait autre- 
« fois usage et n'ont pas cessé de se servir de la langue sy- 
« riaque dans leurs églises. Seulement les melkites qui sui- 
« vent le rite grec ont confondu la langue syriaque avec l'i- 
« diome arabe imbu du grec. » 

Ce qui précède est extrait d'une « Brève exposition des 
melkites et maronites ». 

Problème historique. — On serait insensiblement amené 
à conclure qu'en Syrie, comme en Egypte, la culture grecque 
a été seulement superposée, excepté dans les groupes de race 
hellénique. Le fait paraît le plus probable en Egypte : là le 
groupe originairement de sang hellène ou anciennement hel- 
lénisé est seul resté fidèle à l'hellénisme tant politique que 
religieux. En tout cas, il est incontestable que la conquête 
arabe porta un coup terrible à la culture grecque. Le nom de 
melkites, que des chrétiens de la Syrie se sont donné ou ont 
reçu du temps de Marcien, indiquerait bien qu'il s'agissait d'une 
population sémitique : on n'eût pas donné ce nom à des Hellènes. 

A. d'Avril. 



APPENDICE 



Nous recevons d'un ecclésiastique, ii'rec-melkite lacommunication suivante . 

Le patriarcat d'Antioche possédait anciennement et possède toujours en 
droit 12 archevêchés et 153 évêchés, précisément le nombre attribué aux 
grands: poissons pris dans le filet de saint Pierre lors de la pêche infruc- 
tueuse que Jésus a rendue abondante par sa parole. 

Archevêchés ou métropoles : 1" la première Phénicie. dont la métropole 



"280 APPENDICE. 

était Tyr (aujourd'hui Sour), dont dépendaient 14 évêchés. L'archevêque 
actuel estM? r Euthyme Zoulhouf (1886). 

2° La seconde Phénicie, métropole Damas, dont dépendaient autrefois 
12 évèques. Le siège est occupé actuellement par le patriarche et a quel- 
quefois un simple évêque auxiliaire ou vicaire. Le dernier de ces évèques 
a été M er Haddad, décédé du vivant de S. B. Grégoire Jousef. 

3" La première Syrie, métropole anciennement Séleucie, qui avait 8 suf- 
fragants, actuellement Alep et Séleucie. Le siège est occupé par M gr Cyrille 
Géha (1885). 

4° La seconde Syrie, ancienne Émèse, dont relevaient 7 évèques. 
Actuellement c'est le siège de Homs et Hama, occupé par M Pr Grégoire 
Atta(1849). 

5° L'Arabie avait d'abord 24, puis seulement 20 évêchés suffragants : 
Bossa et Hauran, aujourd'hui dont le titulaire est M gr Nicolas Cadi (1889). 

6° L'Iravanie, métropole Amed deDiarbékir, comptait 13 évèques suffra- 
gants. 

En 1775, le Père Agabios Cornaissez était consacré archevêque de Diar- 
békir par le patriarche Théodose Dahan : il a assisté au synode de Karkafé 
en 1806. En 1816, le patriarche Ignace Kattan lui donna pour successeur 
le prêtre Ignace Aggiouri. — Le 25 décembre 1837, le patriarche Mazloum 
consacrait, comme archevêque de Diarbékir, le prêtre Pierre Samman, 
d'Alep, lequel prit le nom de Macarios ; mais il a trahi la foi catholique : en 
1846, il passait au schisme. Depuis lors, le siège est resté vacant, atta- 
ché au patriarcat d'Antioche. 

Evêchés. Les évèques ne relèvent pas des archevêques, mais directement 
du patriarche. 

1° Evêché de Saïda, l'ancienne Sidon : MP Basile Aggiar, transféré de 
Bosra en 1887. 

2° Evêché de Beyrouth et Djébaïl, anciennement Biblos du Mont Liban : 
M gr Malatios Fackak, transféré de Zahlé en 1881. 

3° Evêché de Forzoul, anciennement Eleuthéropolis, aujourd'hui de Forzoul 
et Zahlé, M Br Euthyme Malouli ayant transféré en 1724 sa résidence de 
Jorzoul à Zahlé. — Le titulaire M gl ' Ignace Mallouk, consacré en 1881, étant 
mort, le siège (1898) est occupé par un vicaire patriarcal, le R. P. Chemaïl. 

4° L'évèché de Baalbek (l'ancienne Héliopolis) est occupé par M gr Agabios 
Malouf. 

5° L'évèché de Ptolémaïs, aujourd'hui Saint-Jean d'Acre ou Acra, occupé 
parM gr Athanase Sabbagh. 

6° En 1768, le diocèse de Djebaïl n'était pas encore annexé à celui de 
Beyrouth : il était alors occupé par M& 1 ' Démètre Kouïoumgï, lequel décéda 
en 1775. En 1778, il avait pour successeur M gr Clément Tabile, décédé en 
1S02. C'est depuis lors que ce siège a été attaché à celui de Beyrouth. 
( Vide supvà). 

7° L'évèché de Tripoli de Syrie : en 1768, M? 1 ' Macarios; en 1836, Ms r Atha- 
nase Toutoungi; en 1880, W* Paul Messaddié; depuis 1898 M* r Joseph Dou- 
mani. 



APPENDICE. 281 

8° En 1720, M* r Basile Finan était évêque de Panéas ; M^ r Maxime en 17T>r>. 
Après une longue interruption, le siège a été rétabli par S. B. patriarcale 
Grégoire Jousef et occupé par M" 1- Géraïgiry jusqu'à son exaltation au pa- 
triarcat en 1808. 

N'existent plus les diocèses de Sydenaïa (M^ 1, Clément Alapin en .1732, 
successeur de Ms r Néophite; de Cana en Galilée (M gr Germanos en 1762) ; de 
Kara (M er Grégoire Haddad en 170Ô). 

0° L'évêché de Damas est administré par le patriarche, qui lui donne un 
évêque auxiliaire 

10" L'évêque vicaire de Jérusalem est M gl ' Athanase Masser. 

11" Le vicariat patriarcal d'Alexandrie est vacant. 

12° M gr Germanos Moakad est évêque titulaire de Laodicée (Lattakie). 



Le même correspondant conteste que le patriarche Cyrille V (f 1720) ait 
été incliné vers l'Union à la suite d'une conférence avec Etienne Pierre 
Aldo, patriarche des Maronites (Vide suprà , ch. ni). 



A. A. 



L'ORDINAL COPTE 

{Suite.) 



CONSECRATION DUN DIACRE 
/ 



fiGBe nTA?06pAT(| iiovaiakuiii 

eveciDTn u<|>n eTOTMAAq maiakcou oboa^itgn iiikah- 
poc. xg qeueoT htaiaiakoiiia eTeeuq ^ja nieniCKonoc 
erepueepc i>Apoq otoî WTOVTAeoq epaTq atcfmg ?Btoc 
iimiieo unieniCKonoc (;(|K(o.\.\ mtcmjkom iioviiiaii 
eiacew iiiTtorep MT6 niuàKiep^cuor^i. mtg nieniCKonoc 
TA.ve ceoi uov(|i MTeqscco uni^enzuoT ueu tc3v\h 
uniceoi iiovqi ita UApeqxuj utaiovxh. 

norc <j>+ lire kiixou. <\>n eTAqeuTeu e£>orKi eniKAHpoc 

IITG TAIAIAKOIIIAOAI. (|)H (;TTA?0 <jpAT(| IIIIIKAf 1 1 1 1 1 1)(() 1 1 1 . 

oroe eqi)OTJ36T i ■ 1 1 iei i'i' non kiictaujt. ccotgu epow 

HiiOAeireii nA^.vi me MOKiioT^jeneirr: oro? uatotbom 

GBOA2A OHOJjCiU HIBOU UT6 f"CApg IIGII MlllIlÀ. C(U.\Ï 
M-f-CrHIll MTG II6KIIIOBI IKill AAIKIA U(|>pil + I IOVTI IO(|)OC. 
UA2Teil 6BOACT6K1 T6K2COU MMOïfl, KI6U I1S2LIOT MT6 

neKuonoreMHC n^jHpi. lieu "feuepriA mtg imiiiiÀ 



CONSÉCRATION D'UN DIACRE. 283 

GBOVAB. LIApGII^JCOIll GIIOI II2VKAIIOG GTAI Al AKOII I A. IMG 
TAIAIAOIIKH LlBGpi. 

2IIIA MTeKI^I2CGU2COU J)GII OVIIH^JA G(|Al])A IIGKpAII 
GBOVAB. IITGIIO?! GpATGII OVO? MT6Ui3eU3l MKI6KUT- 

CTHpiow MMorf. otoz u riGiiopcii^ ton i giioi n^j<]>np 

G?AIIIIOBI II^JGIIIIO. AA.VA C(()A.\ 1 1 1 1 1 IGTGI IOVI I . OT02UHIC 

iiaii mgiiiihb e^iTeuipi iiiiii eepAKi. 

AAAA ApieUOT IIAII MOTPMOCIC UUIII. (;H|)(;IL\l() IIIIII 

e+ceuniîfA. ovo? uTGii])<oii"h gjjovh giigkovgiagthpioii 
ovoe ^iion epoK iif-uGTAiAKtoii: lire iigkbiok (1) mu 

6T02I 6pATC| (2) UIIAIUA. etJAOV^T (3) GBOAJ3AT2H 
1 1 1 1 G KACOpGA 1 1 G II OT p Al 1 1 1 1 . 

AG IIOOK OV\pG OVO? IIA^MG MGKIIAI IIOVOII IIIBGII 
6TTIOB2 UUOK. OTO? (|AOp IIA6 MGKALIA?! IIGII I1GKUOIIO- 
rGIIIIG ll.'llipi. IIGII IMIlIlÀ GBOVAB. flIOV. 

() Ap\'HAIAKU)ll. 

iieuoT uneiurc me n\c. <]>h oeuo; uiiGiicrpo gbbaJjgii 

n + IIA+ U<\)f t|)KOT IIGII IIMlIlÀ GOOVAB. GC|G,"JCOIIl 2IAGH 
NUI (hGKGBIAIK) c|>AI GTA(|I (i) GJJOVII GIIIOVGIAGTIipiOll 
GBOVAB J)GII OT20+ IIGII BVCBGpTGp. 

6C|(|>aJ)T (5) OTOe G(|(|AI (6) MMIBa\(7) UTG HGt|2IIT (8) 
Gn^JtOI 2ApOK. (|)ll GT^JOn ])GII T(|)G 6qïOTJ3T (9) 
GBOAJ3AT2H IITGKAUipGA I IGllOVpAI I IOI I . ?IIIA HTG<|- 

(1) HGKGBIAIK. 

(2) GpATOV. 

(3) GT2COT^JT. 

(4) GTAVI. 

(5) gv(|)aJ)t. 

{$) GV(|AI. 

(7) UNO VBA. \. 

(8) MOV? HT. 

(9) GVAOV."JT. 



284 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

OTtt)T6B (1) 6BOAJ3GIJ IITATUA MT6 + l!("l'2VIIOAI AK(OII . 
ejjOTII GTAglC IITO -f UGTAIAKIOII ! J)eil "feKKÂHCIA 
600VAB TAIIIU. TCOB? TlipOV 2IIIA UT6CI eepAI 62CtDq (2). 

uxe "fwiopea lire iiiiiuÀ boovab. a* [I3] en rteiiaciuxoc 

JYe Kti GAGHCOIJ. 

^■jApe nieniCKonoc xio iriAievxu ope ?pAq toi 
emuAiiep [«ycoor^i]. 

A?A IKFG ApITq (3) IKiU lli l JA 111110102611 KITG +UGTAIA- 
KtOII. 2IIIA j)GII OVIIII^JA 6BOA2IT6KI THKLK3TU Al ptOU « . 

iiTeqepne (4) uii^a uiieupAii eoovAB. eqoi ubiok iiak. 

OTO? ti(|^J(ÎU^JI (5) IIIK-KOVGIAOTIipiOII (300VAB. OVO? 
IITGMUI (6) IIOVHAI III16KUOO. 2CG epe HIIIAI II6U 

uiueT^yeiieHT iitok. ôtoz epe nuoov epiipem iiak. 
(J)kot nou n^JHpi ueu niniiÀ eeovAB. c|>H eTyon ic^eu 
2H. neu -fuov ueu J3A euee aiiiiii. 

(|)oii2K eiieueiiT \co iitkkxix iioviiiaii exeu TeqA<J>e 
TtoB2 in\vi(;V\n eniKAnpoo. 

<|)IIHB IHrC (|)^~ IIIIIAUTOKpATiOp. IIIAAHOIIIOe 

iiATueouovA: J3eu ueqeiiArreAiA. <|>u htoi upAiiAo |)eu 
2toB iiiBeu. iiovoii uiBeii 6Ttojb2 iiiiok. ecoTeu epou 
eu+?o epoK. 

ovtoue uueK?o eepHi e^eu neKBCOK (7) mu. c|>n 

(1) HTOV(OT(;l>. 

(2) exioov. 

(3) apiTOT. 
(•4) MTorepne. 

(5) ev^eu^Ji. 

(6) MTOT2CIUI. 

(7) uekeBiAiK. 



CONSÉCRATION D'UN DIACRE. 285 

GTAVTHiq (1) eoVUUTAlAKCUII. 2ITOII OV*l*llc|>0(; IHill 

OV2AH lire iih eTAvniiq (2) oeunt uaeq (3) gboa£>6n 
ovnnÀ eqoTAB ueu ov<;o<|>ia ueu oracou. u<]>pni~ 

GTAKU02 UCT6C|)AHOC. 1 1 1 1 1 pOTCOAl AKCOI I . OVO? U 1 1 (){)!«) 

[uApTvpoc]. KipeqTGKieujuq giiiukavi ht g HGK\pC. 
ceActoAq (4) Jjeii iigk2uot. uATAeoq (5) epATq (6) 
iiovevneptrriic. GriGKevoiACTnpioii eeorAB. eoncoc 
eAq^yeu^yi (7) kata nG-fpA[ii] hak. jjgii ^aiakiouia 

eTAVT6ll20VTq (8) 6pOC. JiGH OVUGTATApiKI. HGII 

ovuef ahiiobi. ureqtipne (9) liiï^ja iiovbaolioc Gqcroci 

lienVO. OVAG TAp G^AV^h LII1I2UOT AH ll?pill 1)011 

iighxaaia; aiioii j)A MipeqepuoBi aaaa iiepui j)(jn 
ihaguh^jhh htg iigkugt^jgh2ht upAUAO. 

G^JAVTHiq 1 1 1 1 1 1 GTGIin* l JA ULlOq. AIIOK A6 21U UATOVBOI 
6BOA2A HOBI KI^6UUO. ApiT+lipGU2G GBOA?A UHGTGUOTI 

liuiii ulioi. eiTeU -fucf ugcitia htg neKuoiioreiiiic 
Ki^fHpi. lieu [neii] crc ovoe neiiocoTHp me n\c <|kvi gtg. 

<|)oii2K eneieBT gagii niuAiiGp^yioov^ji axcu MTdievxH 
eniKAHCic. 

coug no*c ej)pni ga«)h hgii gagh hgii^jgu."ji. ovo? 
IIATOVBOH 6BOA2A OMjOJJGLI hibou, ovtopn Gjjpni 

(1) H H GTAVTOV. 

(2) 6TAT6KIOT. 

(3) UA20V. 

(4) GGACCOAOV. 

(5) UATA2CDOT. 

(6) epAiov. 

(7) gav^jgu^i. 

(8) gtavtgh20vtov. 

(9) MTorepne. 

ORIENT CHRÉTIEN. 19 



28C REVUE DE L'ORIENT CHRETIEN. 

f3BOA|)fiii T(|>e. un(3K2uoT e^fiii neKBtuK (1) mu. ?ontoc 
MTeqepne (2) un;y<\ gboazitotk. o^cok gboa irreqAïA- 

KOIIIA. J36II OVUeTATApiKI. eillA HT6t|,"J A^ l J II I 

eiieKLie+^eiienT. ueu iih 6tavpa[ii]iiak igagu riene?. 
xetpyon uxe iïiiiai J>eu neKovto^j. ovoz qepnpem iiak 
axe niTAio ?iTen ovou iiiBen. lieu "f"npocK*ï*UHCic. 
(|)I(ot ueu n^Jupi ueu mniiÀ gsovab. + uov. 

(J)oii2K eneueuT Apic<|>p<\riï.i wreqTGeiJi Jxîii ii6kiiix i j+ 

HTIIB eKX(() uuoc. 

TGuetoeeu uuok J>en 'feKKAHciA hth <\>i~ aligii. 
^uvpe niApxHAiAKtoii to*** gboa. 

IIAIIIU IIAIAKOIIOC. eniOVCIACTIipiOll 600VAB. UTt3 
fwi'IA IIKAOOAIKII. Il AUOCTOAI KM . IM3KKAUGIA IIT6+UOAIC 
LILIAI \pc IIIU. 

^jApe nieniCKonoc xoc. 

eiK|)0^6ll UUOK IIAIIIU IIAIAKCOII. (3 I II U Al l(3p^J (OOV^ I 

eTAvt3p^yopn iitaov. eneqpAU irro uiopeoAogoc. gtg 

-f-GKKAHCIA IITC3 TAIIIU UnOAIC. 1)611 (|>pAII llc|)KOT IIGLI 
n^JUpi. IIGLI IIIIIIIA C3BOVAB. Allllll. T6IIOa)2eil ULIOK IIIU 
J36II +eKKAUCIA IITG (Jvf AUGII. 

+ T KICTATpOC eT6qT62UI |)GII IIIA'lliepOIIOUAÏJII 

u-f-rpiAc. ita c|)oii2K giigigbt Ttose uriAipuf\ 

Teii^eneuoT iitotk <|>iiiii. nrro niiiAiiTOKpATtop. 

(4) IIGKGBIAIK. 

(2) iiTOvepne. 



CONSÉCRATION D'UN DIACRE. 287 

gobg ?cob iiibgii neu beii 2«jb iiibgii. ovoe tgmcuot 

OV02 TGII+tOOV linC-KpcVII GOOVAB. XG AKipi IIGUAII 
ll2AIIUGTIUjy*f". OV02 AKXIO^J UTGK AlOpGA 21X611 

neKBCOK (I) IIAIIIU. T6MT20 OVO? T6UTUJB2 UUOK 
niUAipiOUI IIAI'AOOG. OlOTeU GpOII 6BOA2ITGII TIA^JAI UTG 
MfiKUeT^yeil2HT. OV02 UAUdf 2IXGU +\HpoA()IIIA UTG 

-f-AiAKoiiiA. eTAC^JOini eixeii ugkbcok (2) haiiiu. 2itgu 
113:1 il i ebpHi exmq (3) iitg 1 1 (j k 1 1 1 1 À goovab. ovo? 
govtcou nieto^tïu utg UGqAïuctoTii (-4) Jmiii ovtovbo. 

IIGLI I1I2UOT UTG TGKUGTAIWOOC. 6AKOA2UGII UGLIAq (5) 
GIIIArAOOII. GOpCUGpetOB OV02 IIT6IIOM Uni3CCJ)0 UTG 
IIIAlUOHOp. 2IIIA UTGIim IIGU OVOII IIIBGII GTipi 
LIIÏGKOVCO^J IGXGII IIGII62. 

LiniBGXG UTG UiniGTOG OVO? IIGABG. IIOIKOIIOUOG. J3GII 
■fuApOVCIA UTG neilO'C OV02 nGIIIIOV'f. OVOe UGlICtOTUp 

ihc nxc. <J)Ai [gtg]. 

UGiiGiicajG ^JApG nmniGKonoG <J>ou?q iiTGqxto 

IIOVOVpAIIIOII GXGII UGtjXtJnU II^ACTH GqXCO. 

OVtOOV IIGU OVTAIO U+TpiAC GOOVAB IIOUOOVGIOG. 
<J)ltOT IIGU n^JHpi IIGU IllUIlÀ GOOVAB. 

OV2ipHIIH IIGU OVKCOT ll'f'OVI UUAVATG GOOVAB 
IIKAOOAIKU. IIAIIOCTOAIKU IIGKKAUCIA UTG <J>+ AUGII. 

(1) IIGKGBIAIK. 

(2) II6KGBIAIK. 

(3) 6ÏUJOV. 

(4) UOVXUlGtOTn. 

(5) IIGUCOOV. 



TRADUCTION 



Pour la consécration d'un Diacre. 

On choisira dans le clergé celui qu'on veut consacrer diacre. Celui qui 
mérite ce ministère , on le conduira devant l'évêque pour témoigner à son 
sujet; on le placera sans ornements devant l'évêque; il fera la génuflexion 
à droite sur les degrés de l'autel. Que l'évêque offre une agréable odeur 
[un sacrifice d'agréable odeur], qu'il dise les actions de grâces et la prière, 
ensuite qu'il dise cette prière : 

Seigneur, Dieu de puissance, qui nous introduis dans le 
clergé de ce ministère, qui pénètres l'intelligence des hommes 
et qui scrutes les cœurs et les reins , exauce-nous à cause de la 
multitude de tes miséricordes, et purifie-nous de toute souillure 
de la chair et de l'esprit. Dissipe le nuage de nos péchés et de 
nos iniquités comme des ténèbres; remplis-nous de ta force 
divine et de la grâce de ton Fils Unique, et de la vertu du Saint- 
Esprit. Puissions-nous être dignes de ce ministère du nouveau 
Testament. 

Afin que nous puissions porter dignement ton saint nom; que 
nous nous levions et servions à tes sacrés mystères ; que nous 
ne participions pas aux péchés d'autrui. Mais efface les nôtres 
et accorde-nous, ô notre Dieu , de ne pas faire les choses qui ra- 
baissent. 

Mais accorde-nous la science de la vérité, pour dire ce qui est 
digne; et que nous entrions dans ton autel et soit auprès de 
toi le diaconat de ton serviteur qui est présent dans ce lieu, re- 
cevant tes dons célestes. 

Parce que Tu es bon et que tous ceux qui te prient obtiennent 



CONSÉCRATION D'UN DIACRE. 289 

ta miséricorde, et que forte est ta puissance ainsi que celle de 
ton Fils Unique et du saint-Esprit. A présent. 

L'archidiacre : 

La grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, qui a rempli notre 
victoire de la bienveillance de Dieu le Père et du Saint-Esprit , 
sera dans ton serviteur qu'elle a introduit au saint autel dans la 
crainte et le tremblement. 

Dirigeant et élevant les yeux de son cœur vers Toi, qui es dans 
le ciel, attendant tes dons célestes, pour passer de Tordre du 
sous-diaconat à celui du diaconat dans toute la sainte Église. 
Priez tous afin que vienne sur lui le don du Saint-Esprit, dans 
notre invocation, .Seigneur ayez pitié. 

Que l'évêque dise cette prière, tourné vers l'autel : 

Seigneur, mets-le au nombre de ceux qui sont appelés au dia- 
conat; afin que, dans la dignité provenant de ton amour, il soit 
digne de ton saint nom et devienne ton serviteur, qu'il serve à 
ton saint autel et trouve miséricorde devant Toi ; parce qu'en Toi 
est la miséricorde et la compassion, et à Toi sera la gloire, Père, 
et au Fils et au Saint-Esprit, qui est dans le commencement, à 
présent et dans l'éternité. Ainsi soit-il. 

Tourne toi vers l'Occident, place ta main sur sa tête, et fais cette prière 
pour l'élu : 

Seigneur, Dieu Tout-Puissant, véridique et sincère dans ses 
promesses, riche en toutes choses, que toute chose invoque, 
exauce-nous, nous t'en supplions. 

Montre ta face à ton serviteur, qu'on a conduit au diaconat 
dans l'appréciation et le jugement de ceux qui l'ont conduit au 
milieu; remplîs-le du Saint-Esprit, de sagesse et de force, 
comme tu remplis Etienne le premier diacre et le premier mar- 
tyr; qu'il imite les travaux de ton Christ. Orne-le de ta grâce, 
constitue-le dans le ministère de ton saint autel ; afin qu'il serve, 
selon ton bon plaisir, dans le ministère dans lequel il a été cons- 
titué, d'une manière irréprochable et pure. Qu'il soit digne de 
ce degré si éminent. La grâce n'est pas donnée par notre impo- 



290 REVUE DE LORIENT CHRÉTIEN. 

sition des mains, car nous autres nous sommes pêcheurs, mais 
par la visite de ta riche miséricorde. 

Qu'il lui soit donné ce qui est digne de lui. Quant à moi, pu- 
rifie-moi des péchés d'autrui; délivre-moi des miens propres 
par la médiation de ton Fils Unique, notre Seigneur et notre 
Dieu, et notre Sauveur, Jésus-Christ. Celui qui... 

Tourne-toi vers l'Orient sur l'autel et dis cette prière èpiclèse : 

Jetez , Seigneur, un regard sur nous et sur notre ministère et 
purifiez-nous de toute souillure. Envoyez du ciel votre grâce sur 
votre serviteur, afin qu'il devienne digne de vous et qu'il rem- 
plisse son ministère d'une manière irrépréhensible, de telle 
façon qu'il obtienne tes miséricordes et ce qui plait à votre vo- 
lonté pour l'éternité, parce que la miséricorde est dans vos des- 
seins. Que tous vous offrent l'oblation et l'adoration , à vous le 
Père, au Fils et au Saint-Esprit, à présent. 

Tourne-toi vers l'Occident, signe son front avec ton grand doigt et dis : 

Nous t'appelons dans l'Église de Dieu. Ainsi soit-il. 

Que l'archidiacre crie : 

Tout diacre au saint autel de la sainte, catholique, aposto- 
lique Église de cette ville, tout bien? 

Que l'évêque dise : 

Nous te consacrons diacre à l'autel qu'on a établi pour in- 
voquer au nom de l'Église orthodoxe de toute la ville, au nom 
du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. Nous t'appe- 
lons dans l'Église de Dieu. Ainsi soit-il. 

Trois croix sur son front au nom de la Trinité. Tourne-toi vers l'Orient 
et prie ainsi : 

Nous te rendons grâces, Seigneur Dieu Tout-Puissant, à cause 
de toutes choses et dans toutes choses. Nous louons et glorifions 
ton saint nom, parce que tu nous as fait miséricorde et que tu as 
répandu tes dons sur ton serviteur. A Toi notre regard et notre 
prière, ô plein d'amour pour les hommes et bon. Exauce-nous 



CONSÉCRATION D'UN DIACRE. 291 

à cause de la multitude de tes miséricordes et viens dans l'or- 
dination du diaconat, qui est dans ton serviteur, par la descente 
de ton Saint-Esprit sur lui. Dirige l'appel de son choix dans la 
pureté et dans la grâce de ta bonté; Tu nous a appelés avec lui 
par bonté pour travailler et pour acquérir le talent, alin que 
nous obtenions, avec toutes choses, de faire ta volonté pour 
l'éternité. 

Ce sera la récompense du fidèle et prudent économe à l'avè- 
nement de notre Seigneur, de notre Dieu et notre Sauveur, 
Jésus-Christ. Celui qui... 

Puis, que l'évêque se tourne pour lui imposer Youranion sur le bras 
gauche et dise : 

A la gloire et à l'honneur de la sainte Trinité consubstan- 
tielle, Père, Fils et Saint-Esprit. 

Pour la paix et l'édification de l'unique, sainte, catholique, 
apostolique Église de Dieu. Ainsi soit-il. 

D r V. Ermoni. 

(.4 suivre.) 



VIE DU MOINE 

RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA 



CHAPITRE VII 



Des actions glorieuses des Pères qui vécurent en même 
temps que ptabban youssef et dont il parlait. 

{Suite.) 

VII. — De Rabban Mousha, du couvent de Beit Çayarê. 

— En toi, Seigneur, je me réfugie, et f invoque ton aide : 
Viens à mon secours! 

Maintenant que nous sommes parvenu dans notre faible dis- 
cours à l'histoire de ce temple de la grâce, de l'économe du 
Christ, l'ange humain, le séraphin corporel, Rabban Mousha, 
admirable pour les anges et pour les hommes, il convient de faire 
savoir d'abord qu'il existe à son sujet une grande histoire d'en- 
viron quatre-vingts chapitres, de laquelle on peut apprendre ses 
œuvres admirables et supérieures au monde, les prodiges et les 
miracles qu'a faits le Christ par ses mains. Or, de même que les 
grapilleurs grapillent après les vendangeurs, de même nous 
aussi, misérable nous glanerons quelques-uns des nombreux 
prodiges accomplis par lui : ceux que le rédacteur de son histoire 
n'a pas écrits et que nous avons appris de Rabban Youssef lui- 
même; nous les placerons dans cette histoire pour l'utilité de 
ceux qui la rencontreront. Ce n'est pas une chose nouvelle que 
quelqu'un écrive au sujet des saints les choses qui ont été lais- 
sées de côté par les premiers rédacteurs de leurs histoires. Si 
quelqu'un veut connaître cela parfaitement, il pourra l'ap- 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 293 

prendre par beaucoup d'exemples; et premièrement, de l'ado- 
rable Évangile, car, après que les trois premiers évangélistes 
eurent écrit sur les actes de Notre-Seigneur sur la terre, l'é- 
vangéliste Jean écrivit en dernier lieu des choses que ceux-ci 
avaient omises et n'avaient pas écrites pour quelque motif, selon 
le bon plaisir du Christ leur maître et le maître de tout. — 
Examine l'une après l'autre les histoires ecclésiastiques, com- 
posées par des docteurs et des savants, et tu constateras que 
chacun d'eux a pris soin d'écrire et de faire connaître ce qui 
avait été omis par l'autre. — En un mot, pour ne pas allonger 
notre discours, on pourra apprendre cela de beaucoup d'exem- 
ples et principalement du livre du Paradis des Orientaux com- 
posé par Rabban Youssef « le Voyant des choses secrètes » (1). 

Comme on ne peut pas écrire dans un seul livre tout ce qu'a 
fait le Christ par chacun de ses saints, je mettrai dans cette 
histoire, comme une bénédiction, quelques-unes des actions 
glorieuses de ce Père spirituel : celles que l'auteur de son his- 
toire n'a pas écrites. Ce n'est pas que je méprise son travail, à 
Dieu ne plaise! mais comme un grapilleur après les vendan- 
geurs, je glanerai après lui, comme je l'ai dit plus haut. 

Rabban Mousha était originaire du village de Gôlmard dans 
le pays de Zôzan (2), ainsi que le fait connaître son histoire. Il 
prit l'habit du monachisme dans le couvent de saint Rabban Mar 
Bôktyazd , situé dans ce pays. Quand Rabban Bar-Yaldâ alla à 
ce couvent, pour la raison que fait connaître l'histoire, Rabban 
Mousha se fit son disciple et lui devint très familier; et quand 
il revint à son couvent, Rabban Mousha vint aussi avec lui à ce 
couvent de Mar Abraham le Pénitent qui est connu , comme par 
hasard, sous le nom de Beit Çayarê (3). 

Peu à peu il s'éleva de degré en degré, d'un échelon à l'autre, 



(1) Joseph Hazzava. — Cf. Wright, Syr. lit., p. 128 et suiv. — Assémani (Bibl. 
or., t. III, part. 1, p. 100), qui le confond avec Joseph Houzaya (le Houzite). lit 
son surnom Hazaya, et l'interprète par Videns, comme notre auteur; le titre des 
ouvrages mystiques de cet écrivain, qui vivait au sixième siècle, semblerait jus- 
tifier cette interprétation; mais l'on s'accorde généralement à voir dans le mot 
Hazzaya, un ethnique : et l'on traduit Joseph de Hazza (village près d'Arbèle). Cf. 
Le Livre de la chasteté, n° 125. 

(2) La vocalisation est donnée par le ms. — Sur la situation de ce lieu, cf. 
IIoffmanx, Auszûge, etc., p. 193. 

(3) Cf. ci-dessous, p. ch. vu, § xn. au commencement. 



294 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

et de contemplation en contemplation, jusqu'à ce qu'il eût atteint 
toute la perfection et la mesure de la spiritualité. Il était très 
humble, et surnaturellement. En lui s'accomplit aussi réelle- 
ment ce qui a été dit de son homonyme (1) : « Moïse était le plus 
humble de tous les hommes de la terre. » — Avec liberté et sans 
crainte aucune, je dis aussi, moi, misérable, que notre Mousha 
fut le plus humble de tous les hommes qui étaient sur la terre, 
comme l'ancien Moïse des Israélites; de sorte que souvent il 
fut blâmé par des hommes vertueux, par des vieillards saints 
et zélés qui, enflammés du zèle divin, lui disaient : « Pourquoi 
ne reprends-tu pas ceux qui sont dignes de blâme? » — Il leur 
répondait humblementet doucement ceci : « Parce que mes fautes 
ne me permettent pas devoir celles des autres. A Dieu ne plaise 
que je voie un défaut en quelqu'un si ce n'est en moi ! Pendant 
l'espace de quinze ans je me suis adonné aux labeurs et aux 
sueurs et j'ai demandé au Christ qu'il m'accordât de voir mes 
propres péchés et non ceux des autres, et qu'il me revêtit de son 
vêtement d'humilité et de mansuétude pour en useràl'égard de 
tous et supporter tout. » 

En vérité, il surpassait tout le monde en cette vertu, et aussi 
par sa miséricorde et par l'ardente charité dont il était rempli. 

J'interrogeai un jour Rabban Youssef et je lui demandai de 
me dire à quel degré était parvenu saint Rabban Mousha. Il me 
répondit : « Sache, mon fils, que Rabban Mousha parvint au 
degré de Rabban Mar Yohannan, le Dailamite (2) ». 

Du temps de Rabban Mousha, le couvent de Beit Çayarê fut 
très florissant et peuplé de nombreux frères. Du temps de Rab- 
ban Bar-Yaldà, il y avait seulement soixante frères dans ce cou- 
vent; du temps de Rabban Mousha le nombre des moines s'éleva 
à trois cents : il comptait plus de reclus qu'il n'avait eu de moi- 
nes autrefois. 

Ce couvent était vraiment la Jérusalem d'en haut. Tous ceux 
qui avaient le désir de la perfection y accouraient de tous lieux. 
Toutes les cellules du couvent, excepté les premières qui exis- 
taient du temps de Rabban Bar-Yaldà, furent bâties par les 
soins et aux frais de Rabban Mousha. Il bâtissait même des cel- 

(1) Num., xii, 3. — En réalité le texte biblique porte « mitissimus ». Ce verset 
est une glose ajoutée tardivement au texte. 

(2) Cf. ci-dessus, p. 405, n. 2 (t. Il, 1897). 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 295 

Iules aux cénobites avant qu'ils sortissent de la communauté. 

Rabban Youssef nous racontait ceci : 

Un jour qu'il était près de R. Mousha, celui-ci lui dit : 
« Monte au grenier qui est au-dessus de la porte de la cour (1), 
et reviens. » — Le grenier qui était au-dessus de cette porte 
était très petit, celui qui y montait ne pouvait s'y tourner. 
Rabban Youssef étant donc monté dans ce grenier y vit sur le 
sol environ deux qabê de froment et autant de pois chiches et 
de lentilles. En revenant auprès de R. Mousha, après être des- 
cendu du grenier, celui-ci ne lui dit rien, et lui-même ne lui 
demanda point pourquoi il lui avait commandé cela, mais il 
comprit, dans la sagacité de sa science, qu'il y avait là un 
mystère; car R. Mousha n'avait point coutume de lui cacher 
quelque chose des mystères que le Christ Notre-Seigneur opé- 
rait en lui. — R. Youssef disait qu'à l'aide du peu [de provi- 
sions] qui se trouvait dans ce grenier on bâtit cette année-là 
environ vingt cellules. Il donnait abondamment, à quiconque 
lui en demandait, soit du froment soit des autres aliments 
qui étaient dans ce grenier, et à mesure qu'il en prenait la 
provision se trouvait multipliée sans jamais manquer ni même 
diminuer. Quiconque a vu les cellules de ce couvent, leur gran- 
deur et leur amplitude, comprendra à peu près combien de 
garibê de froment ont dû être mangés pendant la construction 
de chacune d'elles. 

Or, la vertu et le précepte de Celui qui multiplia entre les 
mains de ses disciples cinq petits morceaux de pain pour en 
rassasier quatre mille (2) personnes, hommes, femmes et en- 
fants, fit aussi cela par l'effet de sa puissance, par les mains 
de son économe, Rabban Mousha. 

Rabban Youssef l'appelait, en effet, ainsi : c'est-à-dire « éco- 
nome du Christ » ; et il disait continuellement qu'en vérité le 
Christ Notre-Seigneur avait placé Rabban Mousha à la tête de 
ceux de sa maison et l'avait pour ce motif enrichi de tous les 
dons de son trésor pour en distribuer en maître , comme il 
voulait, aux hommes qui en ont souverainement besoin. 

Rabban Youssef racontait encore ceci : 

(1) Le mot balta employé ici signifie, dans la langue vulgaire, « porte d'entrée, 
porte de la cour », d'après ce que m'écrit un prêtre chaldéen. 

(2) Johan., xv, 38. — Le texte du ms. porte, par erreur, quarante mille. 



296 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

Souvent, quand le frère chargé du soin du réfectoire des 
frères apportait les vases dans lesquels il prenait l'huile pour 
la provision de la table, il voyait le saint prendre ces vases, 
entrer dans la chambre intérieure et les rapporter pleins 
d'huile, sans pourtant rien mettre dedans. Il ajoutait cette chose 
fort admirable : que le frère servant savait très bien tout ce 
qu'il y avait dans cette chambre, mais que le saint l'empêchait, 
par la vertu de sa prière, de comprendre ce qu'il faisait, ou 
même de penser et de dire : « Puisqu'il n'y a pas beaucoup 
d'huile dans cette chambre, d'où vient donc toute celle qu'il en 
tire? » 

Quand R. Youssef vint au couvent de Beit Çayarê, il ne pou- 
vait aucunement lire dans un livre : car il en était au degré 
de l'opération de l'âme, et tout son travail et son application 
étaient un labeur spirituel. Or, R. Mousha lui demanda de lire 
en présence des frères, quand ils s'assemblaient dans sa cel- 
lule, afin qu'ils jouissent de sa lecture. — R. Youssef lui ayant 
dit qu'il ne le pouvait faire, pour le motif qui lui était connu, 
R. Mousha reprit : « J'ai demandé pour toi au Christ, et il t'a 
concédé de pouvoir lire en présence des frères quand ils seront 
assemblés, pour qu'ils en jouissent. » — Il le signa et lui or- 
donna de lire. Et depuis ce jour, quand les frères étaient assem- 
blés dans la cellule de R. Mousha, la grâce de pouvoir lire 
dans leur réunion était concédée à R. Youssef. 

Un jour que tous les moines étaient assemblés dans l'église, 
et R. Mousha avec eux, pour la rogation, R. Youssef s'assit 
pour lire la leçon de la rogation. R. Mousha avait coutume de 
ne pas s'asseoir pendant que R. Youssef lisait. R. Youssef 
courait dans sa lecture, comme un cheval rapide. Tout à coup 
il se tut, et s'arrêta sans pouvoir proférer une seule parole. Il 
tourna son regard vers le saint comme pour lui signaler la chose. 
Rabban Mousha ne le regarda point. Au bout d'un instant, il 
se tourna vers lui et lui dit, comme quelqu'un qui ne se serait 
pas aperçu du fait : « Pourquoi gardes-tu le silence et ne lis- 
tu pas comme de coutume? » — Et à l'instant même, le lien 
de sa bouche fut rompu, et il lut comme auparavant. Quand il 
se leva de son siège, il s'approcha de R. Mousha et lui dit : 
« Rabban, pourquoi cela m'est-il arrivé? » — Rabban Mousha 
lui répondit en souriant : « Pour que tu connaisses ta force, et 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 297 

que tu saches que ce don ne vient pas de toi, mais purement 
de la grâce qui t'a été gratuitement conférée. » — Et il ajouta : 
« J'ai vu les paroles qui sortaient de ta bouche, qui volaient, 
comme des étincelles de feu, et qui s'élevaient en haut. » — Il 
le bénit et le congédia en paix, et R. Youssef loua la bonté du 
Christ, qui l'avait enrichi [de ce don]. 

J'ai raconté plus haut (1), dans l'histoire de Rabban Ishô\ 
comment celui-ci avait empêché R. Youssef de se servir de 
l'écriture, au point qu'il ne put même ramasser les feuillets 
qu'il avait commencés. — Un jour saint R. Mousha lui dit : 
« Mon frère, je veux que tu nous écrives quelques volumes 
pour les mettre dans notre cellule. » — Rabban Youssef lui 
répondit : « Je suis lié en cela parle précepte de R. Ishô', et 
je ne puis écrire quoi que ce soit. » — R. Mousha reprit : « Le 
précepte de R. Ishô c est aussi le nôtre : nous sommes tous les 
deux du Christ; mais je demanderai au Christ qu'il te délivre 
du lien qui t'empêche d'écrire. » — Puis il signa sa main 
droite, pria pour lui, et lui ordonna d'écrire. R. Youssef se 
soumit à son ordre. Il commença à écrire le jour même. Quand 
il eut écrit à peu près la moitié d'une page, son calame lui fut 
subitement enlevé de la main et projeté au loin. Il se leva, 
pria, fit le signe de la croix et reprit le calame de l'endroit où 
il était tombé. Mais quand il voulut se remettre à écrire, le 
calame lui fut de nouveau arraché de la main. II se leva comme 
la première fois et reprit le calame. La même chose arriva 
une troisième fois. Alors il se leva, alla trouver le saint et lui 
fit savoir ce qui s'était passé. R. Mousha, souriant, selon sa 
coutume, lui dit : « Cela t'est arrivé parce que tu as transgressé 
le précepte de saint R. Ishô c , et afin que tu connaisses ta force; 
mais maintenant va écrire, et rien de semblable ne t'arrivera. » 
— Rabban Youssef comprit alors le dessein du saint qui avait 
voulu lui faire comprendre par là combien grande était l'auto- 
rité de R. Ish<y, et combien plus grande était la sienne propre, 
qui annulait le premier précepte. Depuis ce jour-là, R. Youssef 
se mit à écrire et copia de nombreux livres. 

Rabban Youssef racontait qu'un jour un Arabe, enflé de vaine 
gloire, docteur des Herzdanéens (2), très connu dans ce pays, 

(1) Ci-dessus, p. 184. 

(2) Je pense que ce nom désigne les habitants d'un village de la région. 



208 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

vint trouver saint Rabban Mousha et lui dit : « Vieillard, je 
voudrais engager une discussion avec toi. » — R. Mousha lui 
répondit : « Je suis un homme grossier, semblable à un ani- 
mal, et je n'entends rien à la discussion. » — Et à ce moment, 
un ange frappa cet homme : son visage se retourna en arrière, 
toutes ses facultés et ses sens s'arrêtèrent; il devint comme 
un bois sec. sans aucune sensibilité. Rabban Youssef eut pitié 
de ce misérable, et pria le saint en sa faveur. Rabban Mousha 
regarda le malheureux et fit sur lui le signe de la croix vivi- 
fiante ; alors son visage se retourna et se redressa comme au- 
paravant; ses sens et ses facultés furent déliés du lien dont ils 
avaient été justement enchaînés; il se mit à parler et à remer- 
cier le saint, à louer et à glorifier le Dieu qui grandit et fait 
triompher ses saints. 

Un jour, R. Youssef alla trouver le saint et lui raconta une 
chose [en lui demandant] que personne ne sût ce qu'il lui avait 
raconté. — Trois jours après, R. Youssef et l'homme dont il 
avait parlé se trouvaient réunis près de R. Mousha. Celui-ci 
voulut faire comprendre à Rabban Youssef qu'il avait eu tort 
de lui demander, en doutant de lui, de garder un secret et de 
ne pas le dévoiler; et aussi qu'il pouvait le révéler et faire en 
sorte que celui qui l'entendait parler ne comprît pas plus ce 
qu'il disait que s'il eût gardé le silence. — Comme ils étaient 
assis et conversaient tous les trois : R. Mousha, R. Youssef et 
le moine dont R. Youssef avait raconté l'histoire, ce moine 
venait de commencer à dire quelque chose , quand Rabban 
Mousha se tourna subitement vers R. Youssef et lui dit d'une 
voix plus élevée que de coutume : « Quelle est cette histoire que 
tu m'as racontée, Rabban Youssef? Ne m'as-tu pas raconté telle 
et telle chose? » — Et il se mit à répéter tout ce que R. Youssef 
lui avait dit. Celui-ci demeura stupéfait; il regarda le moine, 
et il le vit comme un morceau de bois sec, sans aucune sensi- 
bilité, de sorte qu'il ne comprenait pas ce que disait le saint; 
il n'avait plus connaissance de lui-même et ne percevait abso- 
lument rien. — Alors R. Youssef comprit la pensée du saint 
et lui dit : « Assez, maître, assez! Je n'ai point de doute; je 
crois. ». — Alors R. Mousha se tourna vers le moine et fit de 
son côté le signe de la croix. Ses sens se ranimèrent et sa 
connaissance lui revint; il ne s'aperçut point de ce qui s'était 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 299 

passé, ni même que son propre récit avait été interrompu; 
mais il continua sa narration en achevant la phrase qui était 
dans sa bouche. 

Qui n'admirerait ce saint qui rendait les hommes raisonnables 
semblables à la créature insensible, ceux qui entendent et qui 
comprennent semblables à des sourds et à des êtres dépourvus 
d'intelligence! Mes frères bien-aimés, je vous supplie, dans 
la charité, de ne pas vous contenter du récit matériel de ce 
prodige; mais considérez bien que c'est un prodige surnaturel, 
tout à fait au-dessus de toute admiration. 

Pendant l'Avent, Rabban Youssef demeurait dans sa cellule, 
selon sa coutume. Il tomba dans une très grave maladie et 
demeura environ quinze jours comme paralysé et sans pouvoir 
se tenir sur ses pieds. Un jour, il se dit à lui-même, à haute 
voix, selon sa coutume : « Rabban Mousha! Il ne convenait 
donc pas que tu me visitasses, dans cette maladie et cette afflic- 
tion où je suis. » — Et voici qu'au moment où il achevait cette 
parole R. Mousha se trouva à l'entrée de l'alcôve (1) où gisait 
R. Youssef, malgré la porte fermée et verrouillée. Rabban 
Mousha lui dit : « Prions, que la paix soit avec nous ! » — 
Rabban Youssef reprit : « Comment! depuis que je suis dans 
la maladie et l'infirmité de la paralysie tu ne m'as pas visité; 
et maintenant tu me demandes de me lever pour prier ! » — 
Rabban Mousha lui dit : « Lève-toi maintenant et prie d'abord; 
ensuite tu feras tes reproches et tes récriminations. ». — A la 
parole du saint, R. Youssef se leva et se mit sur ses pieds tout 
à fait guéri. Ils prièrent et se saluèrent mutuellement. Quand 
ils furent assis, R. Mousha dit à R. Youssef : « Tu as quelque 
chose? apporte-la, que nous nous réjouissions. » — R. Youssef 
apporta un certain fruit, et lui dit que c'était la mère de 
Shahleph qui le lui avait envoyé. R. Mousha dit : « Alors, nous 
appellerons aussi Shahleph, pour qu'il se réjouisse avec nous. » 

Ce Shahleph était un cénobite. Il était souvent saisi par l'es- 
prit malin et en était fort tourmenté. Bien des fois, il avait 
prié le saint à ce sujet, sans en obtenir de soulagement , parce 
que l'heure n'était pas encore venue. — Comme le saint pro- 
nonçait ces mots , voici que Shahleph frappait à la porte. — 

(1) Litt. : « le portique », <7Toâ. 



300 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

Et à ce propos, R. Youssef racontait que quand le saint deman- 
dait quelqu'un, alors même que cette personne était au loin, 
elle se trouvait sans retard près de lui. — Il ouvrit la porte à 
Shahleph et le fit entrer. Quand ils eurent mangé, R. Mousha 
prit une coupe de vin, et fit sur elle le signe vivifiant de la 
croix, ainsi que R. Youssef; puis il la donna au cénobite Shah- 
leph. Lorsque celui-ci eut bu le vin qui était dedans, R. Mousha 
lui dit en souriant : « Shahleph, si l'esprit qui est en toi ne 
sort pas avec cette coupe, rien autre chose ne pourra le faire 
sortir. » — Depuis cet instant, le cénobite fut totalement dé- 
livré. 

Il y avait dans le village de Kaphar-Qourê, dans le district de 
'Aïn-Babel, un Kartavéen de ceux qu'on appelle Daséniens (1). 
Il se nommait Kêmel. Ayant entendu raconter une histoire à 
son sujet, je voulus, moi misérable, l'apprendre de la propre 
bouche de cet homme, car il est demeuré en cette vie tempo- 
relle jusqu'à présent. — Un jour, il vint chez nous, pour saluer 
R. Youssef, selon sa coutume; je lui demandai de me. raconter 
son histoire avec R. Mousha, et il se mit à me dire ceci : 

« Sache que j'étais un assassin sanguinaire et sans pitié. » 
[Il raconta] qu'il se livrait au brigandage, et avait tué beaucoup 
de gens. Il avait un frère qui fut tué dans le village de Ma- 
riôs, dans le pays de Zôzan. Il vint un jour au moulin du cou- 
vent, qui est sur la rivière du Çaphna (2). Il y trouva le moine 
Kôma, dont nous avons parlé plus haut (3). Comme Kôma était 
du village de Mariôs, dans lequel avait été tué le frère de ce 
Kêmel, il tira contre le moine un grand couteau qu'il avait avec 
lui, renversa Kôma sous ses pieds et l'égorgea. Ce brigand 
affirmait avec serments et disait que, jusqu'au moment où le 
couteau avait atteint l'os du cou [de Kôma] , il vit et comprit 
clairement la chose, mais qu'ensuite il n'eut plus connaissance 
de ce qui se passa. L'ange de Dieu renversa cet assassin et 
repoussa cet impie loin du moine; il fit échapper celui-ci au 
massacre, sain et sauf, sans aucun dommage. Le misérable 
demeura étendu à cette place comme un homme tué, depuis 
ce moment jusqu'à la même heure [le lendemain], sans aucune 

(1) Sur la région de Dasen, cf. Hoffmann, Ausziige, etc., pp. 202-207. 

(2) Affluent de la rive gauche du Habour. — Cf. Hoffmann, Auszûge, p. 193. 

(3) Ci-dessus, p. 107. 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 301 

connaissance. Alors, il s'éveilla de son immobilité et de sa 
prostration, et il se leva sans savoir ce qui lui était arrivé. 
Cependant, il sut et connut parfaitement qu'il avait réellement 
tué Kôma; mais qu'était-il devenu? il n'en savait rien. Il alla 
à son village, et quelques jours après, il tomba dans une grave 
maladie : une paralysie qui le fit beaucoup souffrir pendant 
environ une année. Sa mère le pressait vivement de se laisser 
transporter par elle près de saint R. Mousha; comme il était 
très mauvais, il n'y consentait point. Enfin, sa mère le chargea 
de force sur un àne, et l'amena au couvent près du saint. Lors- 
que celui-ci le vit, il lui dit : « Kernel, pourquoi as-tu agi ainsi 
avec Kôma? » — Et il envoya chercher celui-ci. Quand Kôma 
vint, Kêmel en le voyant fut très surpris qu'un homme assas- 
siné se trouvât encore en vie. Rabban Mousha lui dit : « Kêmel, 
embrasse les pieds de Kôma et tu seras guéri. » — Kêmel 
accomplit son ordre, et Kôma s'en retourna à sa cellule. Rab- 
ban Mousha fit dresser la table, s'y assit, appela cet homme et 
lui dit : « Kêmel, viens manger. » — A cette parole, Kêmel 
se redressa et se leva guéri, comme quelqu'un qui n'aurait 
jamais souffert. Il s'approcha de la table et mangea. Le saint 
le renvoya à sa maison après l'avoir averti et admonesté longue- 
ment. Il sortit d'auprès du saint doublement guéri : je veux 
dire dans son corps et dans son âme. Il fit monter sa mère sur 
l'âne qui l'avait apporté et s'en alla à pied à son village, louant 
et glorifiant Dieu pour sa guérison. De ce jour, il fut tout à 
fait autre, et jusqu'à sa mort il revint fréquemment au cou- 
vent recevoir la bénédiction des moines. — J'ai appris toutes 
ces choses de la propre bouche de ce Kartavéen. 

Il y avait dans le couvent un moine enfoncé dans le péché 
et dans la révolte. Il entrait dans les cellules des frères et 
volait tout ce qu'il y trouvait. Rabban Mousha savait cela; il le 
réprimandait et usait de longanimité envers lui , dans l'espoir 
qu'il se réveillerait de son impiété et ferait pénitence de sa 
malice. Lui au contraire, dans son mépris de la patience 
divine, ne faisait qu'accroître sa malice. Un jour, R. Youssef 
vint trouver R. Mousha et rencontra cet homme criminel qui 
sortait de la porte de la cour du saint. Il le vit le visage tout chan- 
gé et privé de toute intelligence. Rabban Youssef entra près 
du saintetle trouva enflammé du zèle divin. Il criait en disant : 

ORIENT CHRÉTIEN. 20 



302 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

<( Combien de temps, et jusqu'à quand le supporterai-je et le to- 
lérerai-je? » 

R. Youssef tomba aux pieds du saint, et le pria d'avoir 
pitié de ce misérable, de se calmer de sa fureur et de ne pas 
le faire périr. Rabban Mousha lui dit : « Ne fais rien ; le trait 
est sorti de l'arc, et il ne peut retourner. » — Deux jours après, 
ce malheureux s'en alla au village de Beit Mourdani, et quitta 
son saint habit. Puis, après deux autres jours, il s'en alla à la 
chasse avec des hommes qui lui ressemblaient. Il prit un jave- 
lot à deux pointes : il le lança au loin, et celui-ci se fixa en 
terre. Ce misérable s'étant mis à courir, tomba, dans la rapi- 
dité de sa course, sur le javelot qui était dressé, et qui pénétra 
dans son cœur et sortit par son dos. Et ce misérable mourut de 
ce cruel châtiment qu'il avait mérité. 

Rabban nous racontait encore ceci : 

Un jour que R. Mousha se tenait avec lui et d'autres moines 
sur le seuil de sa porte, il lui dit : « Hàte-toi, descends les de- 
grés qui sont sur le chemin de la cellule; tu rencontreras un 
diacre qui veut venir près de nous; frappe-le sur la bouche, 
et reviens près de moi. » — Rabban Youssef partit, selon l'or- 
dre du saint. Un diacre courait et montait alors en hâte les 
degrés. Quand Rabban arriva près de lui, il le frappa sur la 
bouche, comme le saint le lui avait prescrit, et cet homme re- 
tourna aussitôt en arrière, sans rien lui dire. Il revint ensuite 
vers le saint, tourmenté d'avoir frappé un homme, image de 
Dieu. Il pria le saint de lui faire connaître l'affaire de cet homme. 
Rabban Mousha lui répondit : « Ne t'afflige pas; tu n'as pas 
souffleté l'image honorable de l'homme, mais l'impudent qui 
mettait la vaine gloire dans la bouche de ce diacre, et qui le 
pressait de venir me louer devant les frères réunis ici. Voilà 
pourquoi je t'ai envoyé souffleter le démon qui était sur sa bou- 
che, et non pas l'homme, image de Dieu, qu'il tenait captif. Et 
voilà aussi pourquoi cet homme ne t'a rien dit ; mais, délivré 
du démon, il est retourné et s'en est allé par la route par la- 
quelle il était venu. » 

Rabban Youssef nous racontait encore ceci : 

Un jour, il alla selon sa coutume, trouver R. Mousha, qui le 
retint pour se récréer avec lui. Il prit une jarre qui était placée 
dans la cour la tête en bas. Il souffla dedans comme pour qu'il 



VIE Dl" MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 303 

n'y restât point de poussière, et il la posa toute droite sur son 
fonds, tandis que R. Youssef l'observait. Il entra dans la cham- 
bre intérieure et se mit en prière; puis il sortit, prit cette jarre 
pleine de vin, et la posa devant R. Youssef. Celui-ci examina la 
jarre et la vit pleine de vin; il admira ce prodige et glorifia 
Dieu. En mangeant, ils burent de ce vin miraculeux et R. Yous- 
sef disait : « De ma vie, je n'ai bu du vin comme celui-là, et je 
ne puis vous parler de ses délices ni de sa suavité; car, en 
vérité, c'était un vin céleste et spirituel, de celui qu'on renferme 
dans des vases précieux (?). » 

Rabban Youssef nous racontait encore ce prodige : 
Un jour qu'il était près du saint, quelqu'un frappa à la porte. 
Rabban Mousha lui dit : « Vois qui frappe à la porte. » — 
R. Youssef comprit qu'il y avait en cela un mystère caché ; car le 
saint n'avait point coutume de parler de la sorte. Il sortit à la 
porte, et il y trouva une femme du village de Kaphar-Samka, 
dans la région de 'Aïn-Babel. Cette femme lui parut très affligée 
dans son esprit; elle tira un vêtement dans lequel il y avait un 
linge qui enveloppait une masse de chair ne présentant aucune 
apparence de membres ou de vie, et elle dit à R. Youssef : 
« J'ai enfanté cette chair morte, comme tu vois; et je l'ai ap- 
portée au saint, car je crois qu'il peut secourir l'affliction de 
mon âme attristée. » — Connaissant la vertu divine annexée à 
la prière du saint, et comprenant qu'il ne lui avait pas dit en 
vain : « Vois qui frappe à la porte », mais que le Christ allait 
accomplir un sublime prodige par son intermédiaire, R. Yous- 
sef eut la foi et ne douta point que la demande de la femme 
ne fût exaucée par Dieu. Il ne fit point difficulté de prendre 
cette chair totalement morte, et de la porter près du saint. Il 
lui exposa et lui fit connaître ce qu'il avait appris de cette 
femme. Le saint lui ordonna de faire dessus le signe de la croix. 
Et quand R. Youssef eut fait le signe de la croix, le saint éten- 
dit lui-même la main et le fit également. Et voici qu'au moment 
même, clans cette chair informe, tous les membres d'un corps 
parfait se formèrent, une âme s'y mit à respirer, et elle devint 
un homme complet. Cet enfant commença à pleurer comme 
fexige la nature. Rabban Youssef sortit, portant dans ses 
mains l'enfant qui pleurait et criait, et il le donna à sa mère. 
Celle-ci fut remplie d'une grande joie et loua Dieu de lui 



304 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

avoir donné un fils qu'il avait créé dans une création nouvelle. 

Ici je dirai avec liberté et sans contrainte qu'en cet homme 
de prodige s'est réalisée manifestement, pleinement et véritable- 
men la parole certaine et la promesse véridique de Notre-Seigneur 
à ceux qui accomplissent sa volonté, par laquelle il leur a pro- 
mis et dit : « Ceux qui croiront en moi feront des prodiges plus 
grands que ceux que je fais moi-même (1) », par la vertu divine 
cachée en eux, qui opère selon sa volonté glorieuse. Et comment? 
En effet, Notre-Seigneur, pendant sa vie sur la terre , en chan- 
geant l'eau en vin (2), a fait d'une nature une autre nature; en 
faisant revenir l'âme dans un corps d'où elle était partie par la 
mort, il a fait d'un mort un vivant (3) ; mais maintenant dans 
l'action qu'il exerça par l'intermédiaire de ce thaumaturge, il a 
fait quelque chose de rien : de rien, il a fait un vin exquis; d'une 
masse informe, par un prodige qui surpasse la parole, il a fait un 
homme parfait, une créature nouvelle, comme au commence- 
ment dans la création d'Adam. — En effet, c'est la même puis- 
sance divine qui a créé le premier homme, lui a inspiré un 
souffle de vie, l'a fait raisonnable, qui crée, forme et dessine 
d'une goutte impure dans un sein souillé un corps parfait, et 
la même aussi qui maintenant a créé et constitué de cette chair 
morte un homme complet, par les prières de cet homme de Dieu 
qui accomplit la volonté de son Maître. 

Ta volonté est adorable, ô Dieu! et ton amour pour les hom- 
mes doit être glorifié. Combien n'as-tu pas manifesté et prouvé 
par ton Bien-Aimé, ton affection et ta charité pour la créature 
que tu as créée dans ta bonté ! 

Moi misérable, en entendant le récit de ce prodige surnaturel, 
de ce miracle surprenant, que racontait R. Youssef et dont il 
avait été l'intermédiaire, je lui dis : « Pourquoi ne l'as-tu pas 
fait connaître, afin qu'il soit consigné dans l'histoire du saint? » 
— Il me répondit ceci : « A cause de la grandeur de ce miracle, 
dans la crainte que les hommes sceptiques n'y ajoutassent pas 
foi, je n'ai pas voulu le dévoiler et le faire connaître. De telles 
choses ne sont acceptables que pour les vrais fidèles. » — Pour 
moi, j'ajouterai ceci et je dirai : « En vérité, il n'est point dou- 

(1) Johan., xiv, 12. 

(2) Johan.. n. 1-11. 

(3) Matth., ix ; Luc. vu, vin; Johan. xi. 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 305 

teux que ce prodige n'ait été dissimulé par la volonté de Dieu, 
car il savait dans sa prescience essentielle qu'il serait mainte- 
nant conservé dans cette histoire; de même qu'il a voulu garder 
et réserver l'histoire de Lazare, qui n'a point été écrite par les 
trois premiers évangélistes, parce que sa sagesse providentielle 
savait que le bienheureux Jean devait écrire un autre évangile 
et qu'elle voulait que l'histoire de la résurrection miraculeuse 
de Lazare y fût consignée (1), sans doute, ce prodige avait aussi 
été réservé jusqu'à présent, pour qu'il fût écrit dans cette his- 
toire, selon la volonté providentielle qui connaît tout, et qui, 
dans sa prescience infinie, comprend toute chose avant qu'elle 
n'existe. 

Un jour, que les frères étaient réunis auprès du saint, un 
frère vint lui annoncer que les mulets de la communauté avaient 
été enlevés en route par les voleurs. La communauté avait 
onze mulets qui s'en allaient, chargés, à la ville de Mossoul. En 
apprenant cela, R. Mousha fut affligé. Il inclina son regard 
vers la terre et refléchit un instant en lui-même; puis, il leva 
les yeux et dit à ceux qui étaient assemblés : « Ne vous affligez 
pas de cette affaire, qui a été organisée providentiellement pour 
le bien ; Dieu est prêt à nous rendre plus qu'on ne nous a pris. » 
— Alors arriva le moine qui accompagnait les bêtes jusqu'à 
Mossoul. Il fit connaître que quand les bêtes de la communauté 
furent prises, les fidèles selon la parole du saint, lui avaient 
donné plus : c'est-à-dire douze mulets pour la commu- 
nauté. 

Un jour que les deux saints étaient seuls, R. Youssef dit à 
R. Mousha : « Comment n'as-tu pas vu les mulets, maître ! au 
moment où les voleurs les ont pris? » — Rabban Mousha ré- 
pondit : « Au moment où ils ont été pris, le Christ les a cachés 
aux yeux de mon esprit, et quand le frère m'a informé [du vol], 
j'ai été surpris de la chose. Le Christ me fit connaître plus tard 
en secret pourquoi il me les avait cachés, et comment cela de- 
vait être avantageux. Les frères des autres couvents sont avilis 
par la jalousie contre le nôtre; et le Christ a pourvu à ce qui 
est arrivé, afin que cela servît à l'utilité de ceux qui sont jaloux 
sans motif, pour qu'ils abandonnent leur zèle vain et sans profit, 

(1) Johan., xi. 



306 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

puisque, dans sa bonté, il nous a rendu ce qui nous avait été 
pris. » 

Tandis que les frères travaillaient à bâtir le moulin qui est 
sur le Çaphna, Rabban Mousha se trouvait là avec eux. Un 
jour, ils voulurent manger : le saint les en empêcha, contre sa 
coutume. Une heure après, arrivèrent des frères du couvent du 
Beit Qôqâ, qui venaient voir le saint, et le trouvèrent travaillant 
avec les frères. Le saint ordonna alors aux frères de dresser 
la table : et ils s'assirent pour manger. Les frères s'assirent 
à table avec le saint. Deux d'entre eux qui ne l'avaient point en- 
core vu auparavant , furent intérieurement pris de doute à son 
égard en le voyant. Le saint s'en aperçut ; il eut pitié d'eux [et ne 
voulut pas] que leur âme fût par là amoindrie, que leur labeur fût 
inutile, ni que, par l'œuvre de Satan, ils subissent du dommage 
au lieu du profit qu'ils attendaient; il voulut guérir la blessure du 
doute que Satan avait jeté dans leur cœur. — Il y avait là un 
panier dans lequel se trouvaient plusieurs coupes de verre dans 
lesquelles les frères buvaientle vin. Il était suspendu à un arbre. 
Le saint dit à un de ceux qui servaient à table : « Mon fils, en- 
lève le panier de cet arbre, et suspends-le à cet autre plus éloi- 
gné ». — Le servant fit ce qui lui était prescrit. Un moment après 
une pierre, grosse comme un rocher, se détacha de la montagne 
qui était au-dessus de l'arbre ; elle roula avec beaucoup d'autres 
et déracina ce second arbre qui fut enseveli sous les pierres, 
de sorte qu'on ne l'apercevait plus. Les frères furent agités 
et troublés; mais personne d'entre eux n'eut de mal. Quand 
ils furent calmés, le servant dit à R. Mousha : « Hélas! pourquoi 
avons-nous changé de place le panier? Maintenant nous n'avons 
plus rien pour donner le vin à boire aux frères. » — Le saint 
lui dit : « Mon fils, va voir s'il n'en reste pas quelques frag- 
ments. » — Le servant qui ne doutait pas de la parole du saint, 
alla à l'endroit où se trouvait l'arbre déraciné; il trouva le pa- 
nier à la surface de l'avalanche, et les verres qui étaient dedans 
intacts, sans qu'un seul fût brisé. Il le prit et l'apporta au 
saint. Tous les frères furent dans l'admiration et louèrent Dieu. 
Les deux qui avaient conçu des doutes à son sujet, en voyant la 
grandeur du prodige qui n'avait point eu d'autre cause que le 
doute de leur esprit, comprirent qu'il avait eu lieu à cause 
d'eux, pour les guérir, et aussi que rien de ce que Satan 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 307 

avait fait en eux n'était caché au saint; ils se levèrent tous deux 
de la table, et lui firent des excuses (1). — Le saint leur dit : 
« Pourquoi vos excuses? » — Ils lui répondirent : » Pour un mo- 
tif qui ne t'est point inconnu : parce que tu n'as pas voulu que 
nous subissions du dommage dans nos âmes, et que pour cela 
tu as jugé bon de faire ce miracle. » — Il reçut leurs excu- 
ses et leur donna la paix charitablement. — Les autres frères 
demeurèrent dans l'étonnement, car ils ne comprirent point le 
sens de leurs paroles, ni pourquoi cela avait eu lieu. 

Il y avait dans une des cellules des frères une grande pierre, 
et le frère qui habitait la cellule était ennuyé de cette pierre. — 
Rabban Mousha vint à la cellule de ce frère, un dimanche où 
tous les frères y étaient réunis. Chacun d'eux disait son mot à 
propos de la pierre; le saint y planta un bâton, l'arracha de sa 
place et la posa contre le mur de la cellule. Tandis qu'il faisait 
cela, cette pierre, par l'œuvre de Satan, tomba sur sa cuisse; mais 
la grâce anéantit l'œuvre des démons qui voulaient causer du 
mal au saint, et leur dessein ne réussit pas; cependant il fut 
légèrement blessé à une cuisse. 

On raconte qu'au moment où cela arriva au saint, Rabban 
Aphimaran, qui était dans la montagne de Gedrôn (2), fut ému 
et un peu troublé. Les frères du couvent de Rabban Hormizd 
étaient réunis près de lui : il se tint coi pendant un instant, puis 
il rendit grâces et loua le Dieu miséricordieux. Les frères le sup- 
plièrent de leur dire pourquoi il faisait cela. Vaincu par leurs 
instances, il leur dit: « Les démons ont voulu, en ce moment, 
commettre un grand méfait. Une légion d'entre eux était réunie 
pour faire périr saint R. Mousha. Ils ont jeté sur lui un gros 
rocher. En voyant cela j'ai été troublé, comme de juste; mais la 
grâce l'ayant fait échapper, j'ai loué Dieu , notre protecteur, 
qui ne permet pas que les ennemis maltraitent ses adora- 
teurs. » 

Il y avait alors dans le couvent de saint R. Hormizd un vieil- 
lard laborieux et vertueux, appelé Rabban Malkishô (3). Il avait 
été disciple de R. Youssef, et était lié avec lui d'une affection di- 

(1) Litt. : « lui présentèrent leur repentir ». 

(2) Le contexte semble indiquer que cette montagne était non loin du couvent 
de R. Hormizd. Cf. ci-dessus, p. 375, n. 2 (t. II, 1897). 

(3) Ce nom signifie : Rt>r/navit Jésus. 



308 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

vine. Il était très louable dans sa conduite et très élevé dans la 
pratique des vertus, admirable par sa sublime humilité, remar- 
quable par un éclatant mépris de soi-même. Il avait acquis une 
humilité volontaire surnaturelle; il était naturellement très ar- 
dent et très zélé, mais il s'était adonné courageusement à la pra- 
tique de la vertu, au point qu'il avait transformé et dompté sa 
nature. Il possédait cette humilité volontaire, dont on ne peut 
définir le caractère surnaturel; par elle, il se méprisa lui-même, 
s'éleva au-dessus de la nature, hérita de la terre de promission et 
fut maître, roi et prince. Il entra dans Sion, le lieu où n'est point 
Satan, où ne se rencontre point le mal. Il fut établi gouverneur 
sur les dix talents (1). Son corps fut en paix avec ses sens inté- 
rieurs et les cinq [talents] formaient avec les cinq [autres] une 
dizaine indissoluble. 

La véritable humilité, ô bienheureux frères! mérite les louan- 
ges que nous avons données à cet homme et de plus grandes 
encore : car elle rend l'homme, formé de la poussière, semblable 
à Dieu ; et de même que Dieu a pitié de tout et aime tout, de 
même aussi l'homme humble. 

Cela apparut véritablement dans ce vieillard qui possédait un 
amour illimité, une charité ineffable et surnaturelle. Il avait pitié 
de tous les hommes, il les aimait tous d'un amour égal. Bien 
qu'il fût pauvre et indigent, il distribuait avec bienveillance aux 
pauvres et aux indigents ce que la bonté de Dieu lui procurait. Il 
faisait reposer et servait les passants et ceux qui s'arrêtaient là. 
Il réunissait près de lui tous ceux qui venaient au couvent ou pas- 
saient par là, et autant qu'il pouvait, et plus encore, il cherchait 
à leur être agréable en leur lavant les pieds et la tête, en leur 
préparant la table, et en d'autres choses semblables. Cet homme, 
l'image et la ressemblance de 'Abba Mousha, s'appliquait donc 
aux œuvres de miséricorde et, autant qu'il pouvait, à soulager 
les affligés : au point que si la chose eût été possible, il se serait 
sacrifié pour tous les indigents, les affligés, les opprimés. Et 
même , continuellement et en secret, il s'offrait à Dieu pour tous 
les hommes en oblation acceptable et immaculée, et en sacri- 
fice expiatoire pour tous les pécheurs. 

Ce vieillard allait constamment trouver R. Mousha, et après la 

(1) Allusion à la parabole évangélique : Matth., xxv, 15-28. 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 309 

mort du saint, il se rendait près de R. Youssef. — Il nous racon- 
tait ceci : 

Un jour, il alla trouver le saint, avec un frère appelé Ayoub(l). 
Pendant qu'ils marchaient sur la route, étant encore très loin 
du couvent, le frère lui dit : « Demandons à Dieu que R. Mousha 
nous fasse préparer quelques poissons, quand nous arriverons 
près de lui, et qu'il nous permette de les manger. » — Ils étaient 
tous deux naziréens (2), parle conseil du saint. — MalkislxVqui 
n'avait point le désir de rompre son abstinence (3) dit à son com- 
pagnon : « Je ne veux point cela. » — Quand ils arrivèrent au cou- 
ventet qu'ils entrèrent près du saint, ils prièrent selon la cou- 
tume, puis ils s'assirent. Or, voilà qu'un homme frappa à la 
porte, et apporta des poissons au saint, contrairement à la cou- 
tume. Rabban Mousha les prit, les montra à R. Malkishô c , et 
lui dit : « Voici que Dieu t'a préparé des poissons, ainsi que vous y 
avez pensé pendant la route; mais ils sont pour toi seul; pré- 
pare-les comme tu voudras, car tu les mangeras; moi et Ayoub 
nous n'en mangerons point. » — Au moment où ils s'assirent 
pour manger, le saint ordonna à Malkishô' démanger les pois- 
sons. Lui et Ayoub mangèrent un simple potage. — Tous les 
deux furent surpris de cela : premièrement de ce qu'il avait su 
ce qu'ils avaient dit en route; et secondement de cette chose 
très étonnante , qu'il empêchait d'accomplir son désir celui qui 
souhaitait et était avide de manger des poissons, et qu'il les fai- 
sait mangera celui qui n'en voulait pas. — Ce vieillard, Rabban 
Malkishô', étant venu trouver R. Youssef lui fit connaître ce qu'ils 
avaient dit en route, lui et son compagnon, et ce qu'avait fait 
R. Mousha. Il le pria de lui exposer quel avait été en cela le but 
du saint. Rabban Youssef lui dit : « Vous aviez à livrer tous les 
deux deux combats de nature différente. Le saint vit, par l'œil 
lumineux de son intelligence, ce que vous disiez en route, et 
aussi les tentations de chacun de vous; [il vitj que le démon 
de la vaine gloire s'attaquait à toi, pour te rendre fervent et 
t'empêcher de rompre ton abstinence, afin que tu te louasses en 
toi-même et que tu fusses loué par les autres ; et que le démon de 

(1) Job. 

(2) C'est-à-dire astreints à une'abstinence rigoureuse qui excluait même l'usage 
du poisson et du laitage. V. plus bas, cbap. VIII. 

(3) Litt. : son naziréat. 



310 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

la gourmandise combattait avec ton compagnon et l'enflam - 
mait de désir pour des mets variés. Il voulut guérir vos deux 
passions ; comme un sage médecin qui donne à chaque malade 
ce qui convient à sa maladie, ce médecin spirituel donna à cha- 
cun le remède utile à son mal. Il réprima ta tentation par l'hu- 
milité, et il te fit rompre ton abstinence, pour laquelle la ten- 
tation de vaine gloire avait trouvé place en toi; il empêcha 
ton compagnon de réaliser son désir pour faire cesser en lui 
la tentation de gourmandise qui livre l'homme au démon de 
la gloutonnerie. » 

Un vieillard vertueux, appelé Haya (1), qui était dans le cou- 
vent, racontait ceci : 

Quand il menait la vie commune dans le couvent, l'économe 
des cénobites lui commanda d'aller à la ville pour une affaire 
de la communauté. Ne voulant pas y aller, il dit à l'économe : 
« J'ai une pustule clans le dos, et, pour ce motif, je ne puis me 
mettre en route. » — 11 plaça la main sur son dos, comme pour 
lui montrer la place de la pustule. Il était faux qu' il en eût une ; 
mais, voici que pendant la nuit, une pustule sortit à l'endroit 
même où il avait mis la main. Il vint trouver le saint et lui 
montra la pustule qu'il avait dans le dos, sans toutefois lui en 
faire connaître la raison; car il n'avait point songé en lui- 
même que cela lui arrivait à cause de sa désobéissance. La 
pustule s'accroissait continuellement dans son dos, de sorte 
que tout son dos n'était plus qu'une plaie. Il allait chaque jour 
trouver le saint; il pleurait et lui demandait sa prière : son mal 
s'étendait et s'aggravait de plus en plus! Cela dura pendant 
sept mois; au point qu'il ne pouvait plus supporter sa chemise 
sur son dos. — Pendant la nuit de Pâques, il entra au bain avec 
les frères. Un peu pressé par la foule, il tomba le visage contre 
terre. On l'emporta à la porte du saint. Celui-ci lui demanda 
ce qui le faisait souffrir, comme s'il ne lui avait jamais parlé 
de sa maladie. Le cénobite pleurant amèrement lui montra 
les pustules de son dos, à cause desquelles, depuis sept mois, il 
venait vainement chaque jour lui demander de prier pour la 
guérison de son infirmité. — Le saint lui dit : « Haya, quelle 
est donc la cause de ces pustules? » — Haya lui jura qu'il ne 

(1) Ce nom signifie « le vivant ». 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSXAYA. 311 

leur connaissait aucune cause. — Alors le saint reprit : 
« N'aurais-tu point montré quelque désobéissance dans ce que te 
prescrivait l'économe? et à ce moment une pustule n'aurait-elle 
pas apparu presque subitement? » — Il se souvint alors de ce que 
l'économe lui avait prescrit et de ce qu'il avait répondu astucieu- 
sement. Il comprit que c'était la cause de son infirmité ; il con- 
fessa sa faute et en demanda pardon. Le saint étendit sa main et 
fit sur lui le signe de la croix avec de l'eau bénite. Et ce vieil- 
lard, Rabban Haya, affirmait avec serments qu'à l'instant même 
il fut guéri de cette cruelle douleur. Il se leva de la porte [du 
saint] sans qu'il restât dans sa chair aucune marque de pus- 
tules. Il s'en alla en glorifiant Dieu et en louant son saint. 

Ce même vieillard me racontait ceci : 

Quand il était encore dans le couvent, saint R. Mousha 
l'envoya à la ville de Balad, chez un scribe chrétien qui y ha- 
bitait. Il lui dit : « Vois, mon fils, quand il t'aura donné son 
présent, prends-le et reviens sans tarder ; n'aie pas peur, ne 
crains point sur la route, et reviens seul, car un ange t'ac- 
compagne et te gardera de tout mal ». — Le cénobite arriva près 
de ce fidèle qui se réjouit de le voir. Au moment de se mettre à 
table, il le fit asseoir avec lui pour manger ; il lui prépara du 
poisson et d'autres choses pour le régaler. Ce fidèle avait ob- 
tenu du saint la permission de délier de l'abstinence les frères 
qui étaient reçus chez lui, pour qu'ils mangeassent ce qu'il leur 
préparait ; pour ce motif, le cénobite rompit son abstinence et 
mangea de ce qui était posé devant lui. Il désirait depuis long- 
temps du fromage, mais on n'en présenta point sur la table. 
Étant sorti, il acheta du fromage et le mangea, car il se crut 
permis de manger ce qu'il voulait. Il prit ce que lui donna ce 
fidèle : beaucoup d'argent, des vêtements et d'autres choses, 
puis il se mit en route. — Arrivé dans le voisinage du cou- 
vent, un Kartavéen tomba sur lui, sans lui rien dire, ni lui rien 
demander de ce qu'il portait ; il le frappa de coups nombreux, 
le laissa et s'en alla sans lui rien prendre. Le cénobite fut très 
surpris de cela et demeura stupéfait. Quand il arriva près du 
saint, il lui donna ce qu'il avait sur lui et lui fit connaître ce 
qui lui était arrivé en route, de la part de ce Kartavéen qui 
l'avait frappé. Le saint lui dit : « As-tu un motif pour lequel 
ce Kartavéen te frappa? » — Le cénobite jura [en disant! : « Je 



312 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

n'en connais aucun. » — Le saint voyant que le cénobite ne 
comprenait pas la raison de cela, lui dit : « Ce Kartavéen t'a 
peut-être frappé à cause du fromage que tu as mangé sans per- 
mission. » — Alors, le cénobite se souvint de sa faute; il la 
confessa et admira comment rien n'était caché aux yeux de l'in- 
telligence du saint, pas même les choses petites et sans impor- 
tance comme celle-là. 

Le cénobite avait un frère charnel plus âgé que lui : c'était 
un vieillard laborieux et vertueux, qui se conduisait admirable- 
ment dans un profond silence, pendant tous les jours de sa vie. 
Il s'appelait Rabban Ishaq. (1) Celui-ci me racontait qu'au mo- 
ment de sortir du couvent pour habiter en silence dans sa cellule, 
il désirait vivement s'en aller dans la montagne : car c'était un 
homme courageux, très fervent dans la vie religieuse. Il fit 
connaître sa pensée et son désir à R. Mousha. Le saint ne l'eut 
point pour agréable ; parce que la vaine gloire a coutume de 
résulter de cela. Il l'en détourna donc et lui ordonna de prati- 
quer dans sa cellule la vie du désert; car ce couvent convenait 
très bien à tous les genres de vertu. Mais le désir de s'en 
aller dans la montagne ne fit que s'accroître chez ce frère. 
Vaincu par son ardeur, il prit sa besace, alla trouvait le saint, 
et lui fit savoir qu'il partait pour la montagne. Le saint voyant 
qu'il n'obéissait pas et qu'il était troublé par son ardeur, lui dit : 
« Va selon ton désir, si tu le peux. » — Il se mit en route selon 
son désir. Étant descendu dans la vallée (?) il fut pris à cet en- 
droit de la cruelle maladie de l'hydropisie; son ventre se tu- 
méfia et il devint comme une outre gonflée. Il revint à sa cel- 
lule avec beaucoup de peine. Il demeura dans cette infirmité 
pendant de longs mois. Appuyé sur son bâton, il allait cons- 
tamment trouver le saint et lui demandait ses prières, à cause 
de la gravité de son mal. Mais le saint le laissait éprouver 
en lui-même le prix de sa désobéissance. Quand vint l'épo- 
que où les frères vont à la moisson, il voulut humilier son 
ardeur et le confondre plus encore. Il lui dit : « Ishaq, prépare- 
toi pour aller avec les frères qui partent à la moisson. » — Ce- 
lui-ci répondit : « Comment puis-je faire cela? je ne puis même 
pas me tenir sur mes pieds. » — Le saint reprit, comme s'il 

(1) Isaac. 



VIE DE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 313 

n'avait pas eu connaissance de sa maladie : « Mon fils, de quoi 
souffres-tu? » — Le cénobite découvrit son ventre et le lui 
^montra. Le saint passa la main dessus, fit le signe de la croix, 
et à l'instant même l'enflure disparut de son ventre et de tout 
son corps. Il partit à la moisson avec les frères, comme quel- 
qu'un qui n'aurait jamais été malade. — Il revint de la moisson 
rabaissé, possédant une grande humilité et le mépris de soi- 
même. Sa cellule lui devint agréable et il y habita dans le 
silence, concentré en lui-même. 

Un vieillard nommé Ishô'rahmeh (1) me racontait ceci : 

Rabban Mousha l'envoya une fois à Balad, pour les affaires 
de la communauté. Il lui donna un pain bénit (2) et lui dit : 
« Cette relique vient de R. Bar-Yaldâ, mon maître ; s'il se pré- 
sente une cause urgente, donne-la. » — Ce frère étant allé à 
Balad, logea dans le couvent des religieuses (3). Il y avait là 
un enfant sourd-muet (4) qui n'avait jamais parlé. On le con- 
sulta à son sujet. Celui-ci signa l'enfant avec la relique que lui 
avait donnée le saint, et à l'instant même il se mit à parler et 
.ses oreilles furent ouvertes. Tous ceux qui le virent ou l'enten- 
dirent furent dans l'admiration et glorifièrent Dieu. 

Rabban Youssef racontait ceci : 

Tandis qu'il servait le saint, pendant la maladie dont il 
mourut, un frère vint pour entrer [près de lui], et comme il 
demeurait dans l'obscurité, ce frère, dans son imprudence, le 
toucha du pied et passa sur le saint ; mais aussitôt un ange le 
frappa : son visage se retourna en arrière, et il tomba près de 
Rabban Youssef, horrible à voir. Rabban Youssef rejeta le ca- 
puchon de cet homme sur son visage et l'envoya à sa cellule, 
jusqu'à ce qu'il puisse entrer et consulter le saint à son sujet. 
Rabban Youssef ayant installé le saint à sa place, lui prit les 
pieds et les baisa en le priant pour le frère. Le saint étendit 
la main du côté de la cellule de ce frère et fit le signe de la 
croix : et voilà que le frère arriva, le visage redressé, joyeux 
et louant Dieu. 

(1). Ce nom signifie : Jésus amicus ejus. 

(2) Cf. ci-dessus p. 177, n. 1. 

(3) DesBenât Qiama, « des filles de l'alliance »;surle sens de ce mot, ef. Thesaur. 
syr., col. 595. 

(4) D'après les lexiques le mot phéka signifie « muet»; mais le contexte indique 
qu'il désigne ici un sourd-muet. 



314 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

On racontait un prodige très étonnant fait par le saint; c'est 
celui-ci : 

Au moment où l'on apportait la civière sur laquelle était 
placé le saint, quand on le portait au tombeau, tandis 
qu'elle était entourée de moines et de séculiers qui pleuraient, 
un vieillard vertueux, appelé Rabban 'Abdishô', du couvent de 
Rabban Qayoumâ (1), vit un prodige inénarrable. Il vit la main 
du saint qui sortait du cercueil et qui faisait le signe de la 
croix sur l'assemblée des hommes réunis là. 

Mais jusqu'à quand me fatiguei ai-je à parcourir la série des 
actions glorieuses de ce thaumaturge? Car elle n'a point de fin 
ni de limite, et personne ne trouverait un moment de repos 
dans cette course et ce labeur. Ceux qui voudront en apprendre 
davantage le pourront faire à l'aide de son histoire. Pour moi, 
comme j'ai pu et selon ma faiblesse, j'ai placé ces choses dans 
cet écrit, comme une bénédiction, et aussi parce qu'elles ne se 
trouvent pas et ne sont pas écrites dans l'histoire du saint. Mais 
j'en ai entendu d'autres et d'autres qu'on racontait à son sujet. 
Je ne puis toutes les réunir pour les écrire, de peur que cette his- 
toire ne se prolongeât trop et ne devînt fatigante pour le lecteur 
faible. J'arrête ici mon discours à son sujet. Celui qui possède 
un peu d'intelligence pourrait comprendre et saisir, même avec 
moins de choses, avec une seule, ou deux tout au plus, de celles 
que nous avons écrites ici, la grandeur de cet ange charnel, de 
ce chérubin corporel, de cette demeure de la Trinité sainte, de 
cet instrument de la vertu divine, de celui par les mains duquel 
ont été opérés des prodiges surnaturels, de celui qui, en ces der- 
niers temps, a été doté de la prescience divine, est apparu, a été 
montré et révélé pour affermir dans nos cœurs la croyance à ce 
qui a été fait aux époques antérieures. 

A Dieu qui l'a fait triompher et grandir, gloire infinie et inin- 
terrompue de la part de tout ce que sa volonté et son amour ont 
fait exister ! Que les fruits engendrés par sa charité, que sa sol- 
licitude qui surpasse toutes nos demandes, que ses miséricordes 
et sa grâce soient sur nous et sur l'écrivain pécheur et misé- 
rable, pour toujours ! Amen. 



il) Ce noin signifie adsistens. — Je n'ai trouvé aucun renseignement sur ce 
couvent. 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAVA. 315 

Le saint, le soleil des saints, l'intendant du Christ, le maître 
des maîtres, Rabban Mousha, le saint des saints, mourut le ven- 
dredi, cinquième jour après la Résurrection, en l'année 1258 des 
Grecs qui est l'an 335 des Arabes (1). — Que sa mémoire soit en 
bénédiction et que ses prières nous accompagnent! Amen. 



VIII. — Rabban 'Abdishô' de Dasen. — Que ses prières 
nous protègent! Amen. 

Ce bienheureux Rabban 'Abdishô' était originaire du pays de 
Dasen. Il fut instruit dans ce couvent de Beit Çayarê par les 
soins de R. Bar-Yaldâ. Il était excellent par ses œuvres divines 
et ses labeurs dignes de louange ; il était très zélé dans la crainte 
de Dieu. Après la mort de saint R. Mousha, les frères novices, 
et même ceux qui vivaient en cellule, s'appuyèrent sur lui pour 
les affaires de leur âme. A cause de cela, une jalousie crimi- 
nelle fut excitée contre lui par ceux qui ne marchaient pas droit. 
Elle s'aggrava au point qu'il s'éloigna du couvent. Par un effet 
providentiel de la volonté divine, il s'en alla au couvent de saint 
Rabban Youssef de 'Inêshak. Ce couvent était alors bouleversé 
et les frères s'étaient dispersés. Quand ce bienheureux s'y ren- 
dit, les frères dispersés se réunirent autour de lui. Comme la 
place de ce couvent n'était pas convenable à cause de la diffi- 
culté des temps, il le transféra dans un lieu très élevé, visible 
de toute la campagne, de sorte que quand les moines étaient 
opprimés par les méchants, les campagnards des environs en- 
tendaient aussitôt leurs cris. Il travailla à sa construction jus- 
qu'à ce qu'il fût achevé et pourvu de toutes les choses nécessai- 
res, je veux dire : d'une église, d'un martyrion et d'une maison 
commune, et même d'un mur qui entourait toutes les cellules 
des frères. 

Ceux qui furent présents racontaient que quand l'architecte 
bâtissait l'église, en pierre et en chaux, — car tout le couvent 
était bâti de la sorte — il commença à craindre et fut troublé 
dans sa pensée par la difficulté de faire la charpente à cause de 



(1) C'est-à-dire le 16 avril de notre ère, Pâques tombant cette année-là le 11 avril. 
- L'an 335 de l'hégire commençait le 2 aoûl 946. 



316 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

sa vaste largeur. Rabban 'Abdishô' qui était un voyant, connut 
la pensée qui s'était élevée dans l'architecte. Il vint passer à l'en- 
droit où on bâtissait. Il y avait à côté de l'architecte un vase 
contenant de l'eau. Il frappa ce vase du pied et le lança en bas : 
le vase tomba sur les pierres et les rochers qui étaient là. L'ar- 
chitecte s'écria : « Hélas! où est tombé le vase qui contenait de 
l'eau? » — Rabban 'Abdishô' commanda àundes frèresde descen- 
dre pour voir ce qu'était devenu le vase. Le frère descendit et 
le trouva parfaitement entier, au point que l'eau ne s'en était pas 
même répandue. Il le prit et le remonta à l'architecte. Cet 
homme et tous ceux qui étaient avec lui furent saisis d'étonne- 
ment. Alors le bienheureux dit à l'architecte : « Sicevasede rien, 
qui ne vaut pas même une obole, ne s'est point brisé en tombant, 
de cette hauteur, sur les pierres qui sont en bas, mais a été con- 
servé de telle sorte que l'eau qui était dedans ne s'est pas même 
répandue, comment, ô homme, peux-tu craindre et avoir peur 
pour cette œuvre divine? La Providence t'environne et te protège, 
la grâce te garde et veille sur toi, pour que tu ne heurtes point 
ton pied contre la pierre (1). Que ton âme se dilate donc; 
éloigne cette pensée de crainte qui s'est élevée en toi. Dieu ne 
permettra pas qu'il arrive malheur à quelqu'un dans cette 
construction. » — Cette parole s'accomplit. La construction 
du couvent fut achevée sans que le plus léger accident 
arrivât à quelqu'un. 

Ce couvent fut florissant par le nombre des frères. 

Un frère vertueux me racontait ceci : 

Avant que Rabban 'Abdishô ne quittât le couvent, les en- 
vieux avaient fermé l'ouverture par laquelle il lui jetait son 
pain, la nuit. Ce frère alla le trouver, une nuit, et lui 
demanda de lui faire connaître qui avait fermé l'ouverture. Il 
répondit : « Un homme est venu pendant la nuit et a fait cela en 
cachette; comment pourrais-je maintenant savoir qui il est? » 
— Mais le frère le tourmenta de toute façon pour qu'il le lui 
dît, car il savait qu'il était un voyant. Alors, pressé par ses 
instances, il dit au frère: « Lève-toi, va près du noyer qui est au- 
dessus de la fontaine de Mar Abraham, et cache-toi dessous; ce- 
lui qui descendra de l'arbre avec des noix est celui qui a fait 

(1) Cf. Ps. xc, 12. 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAVA. 317 

cela. » — Le frère s'en alla s'asseoir sous l'arbre; et voici qu'un 
frère en descendit emportant des noix qu'il avait volées. Il 
le vit et le reconnut. Le frère revint trouver le vieillard et lui 
dit en souriant : « Je ne t'ai pas demandé de me faire connaître 
qui vole pendant la nuit, mais seulement de m'apprendre qui 
avait obstrué ta fenêtre. » — Les yeux de son intelligence étaient 
ainsi illuminés, de sorte qu'il voyait clairement les œuvres ac- 
complies en cachette. 

J'interrogeai moi-même Rabban Youssef sur le degré [de 
perfection] auquel était parvenu ce bienheureux, et il me dit : 
« Mon fils, cet homme est un voyant, et absolument rien n'est 
caché à la vue de son intelligence. » 

Un des frères vertueux, nommé Jshô'rahmeh, me racontait 
ceci au sujet de ce bienheureux : 

Un jour qu'il était auprès de lui et s'entretenait avec lui dans 
une divine conversation, il lui demanda amicalement : « Rab- 
ban, existe-t-il de notre temps un voyant? » — Le vieillard lui 
répondit et lui dit : « Mon fils, il y a des voyants parmi les moi- 
nes, car le monde n'est point privé d'hommes vertueux. Je con- 
nais, de nos jours, un moine qui voit toute la création comme 
un homme voit un plateau placé devant lui. » — Le frère 
tomba à ses pieds et le pressa par les instances de l'affection 
de lui dire de qui il parlait. Vaincu par les instances de la cha- 
rité, le vieillard lui dit : « C'est de ce misérable qui est devant 
toi! » — Le frère fut saisi d'étonnement et loua le Christ Notre' 
Seigneur qui garde à jamais la promesse faite par lui à Abba 
Pakômios, de ne point laisser cette institution privée d'hommes 
comme ceux-là. 

Le vénérable R. 'Abdishô* après avoir achevé la construction de 
ce couvent, s'en alla, par la providence des desseins impénétra- 
bles de Dieu, au couvent de Mar Abraham de Shamerak (1). Là sa 
barque trouva le repos. Son àme s'en alla vers son Maître qu'elle 
avait aimé, à sa première place; et son corps fut déposé dans 
le martyrion avec l'honneur convenable qui lui était dû. Il en 
jaillit du secours pour tous ceux qui ont recours à ses prières; 
puisse par elles notre faiblesse obtenir miséricorde dans les deux 
mondes! Amen. 



(1) Cf. ci-dessus, p. 387 (t. II, 1897). 

ORIENT CHRÉTIEN. 21 



318 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 



IX. — Rabban Mar-Atqen, surnommé Çarôka. — Que ses 
prières nous soient en aide! Amen. 

Ce bienheureux Mar-Atqen fut instruit par Rabban Bar- 
Yaldà, dans cette sainte institution. Il était très robuste dans 
son corps; il mena la vie commune de façon telle qu'on n'en 
peut parler. Après la mort de R. Bar-Yaldà, il se dirigea dans 
sa cellule d'après les conseils de R. Mousha, et il s'enfonça dans 
les grands labeurs du silence. Il était très courageux dans ses 
desseins, et comme la robuste constitution de son corps venait 
en aide à ses pratiques, personne ne pourrait narrer ses labeurs 
corporels. Il pratiquait le jeûne de telle sorte qu'il le prolon- 
geait pendant des semaines après les jours où il prenait quel- 
que peu de nourriture. Dans la nuit où il rompait le jeûne, il ne 
mangeait qu'une seule galette de pâte. 

On dit que pendant tout son office du jour et de la nuit, à 
chaque sentence qu'il récitait, il faisait des actes de pénitence, 
par des inclinations et des prostrations. On apprit cela de lui 
dans sa vieillesse, lorsqu'il voulait enflammer les novices du 
zèle de la crainte de Dieu et de la pratique des vertus. Quand 
quelqu'un lui demandait combien il fallait faire de pénitences, 
il répondait en souriant : « Moi, dans tout le temps où je récitais 
l'office, je faisais plus de mille pénitences. » — On disait aussi 
de lui qu'il n'étendit jamais son dos à terre; mais, quand il 
voulait prendre un peu de sommeil, il prenait le peu qu'il s'ac- 
cordait sur le siège qu'il avait et les reins appuyés contre la 
croix. Il passait toute la nuit en veille et y joignait son labeur. 

On dit que R. Mousha, voulant faire connaître aux frères la 
grandeur de la constance de ce bienheureux et la sublimité de son 
application au jeûne, qui surpassait toute parole, s'y prit de cette 
manière : 

Un jour que les frères étaient réunis à la table de la com- 
munauté, et que le bienheureux était avec eux à la table de 
Rabban Mousha, comme ils mangeaient ce que leur avait pré- 
paré la bonté [divine] et désiraient se rassasier, Rabban Mou- 
sha les arrêta un instant et tint ce discours général à tous les 
frères : « Par charité, mes frères, que chacun de vous mange 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 319 

à satiété. » Car beaucoup d'entre eux se retenaient de manger 
à satiété quand ils étaient assis à table. Alors, les frères se 
mirent à manger de nouveau, et chacun d'eux mangea plus ou 
moins. Rabban Mar-Atqen mangea une quantité de galettes de 
pâte. Ils comptèrent qu'il avait mangé, avec ce qu'il avait pris 
la première fois, treize galettes. Les frères s'étonnèrent qu'un 
homme qui avait besoin de tant de nourriture pût rester plu- 
sieurs jours en mangeant à peine une seule galette. 

Rabban Youssef me racontait de lui ceci : 

Pendant l'hiver de la disette de blé dont j'ai parlé plus 
haut (1) ce vieillard ne mangea point de pain. Il ramassait sur 
le fumier, à l'endroit où l'on jette les détritus des grappes quand 
elles ont été pressurées, du marc de raisin. Il faisait cuire du 
foin destiné à la nourriture des animaux, broyait de ce marc et 
le mettait dans le potage qu'il mangeait. Telle fut sa nourriture 
pendant tout cet hiver. — Un jour, à la fin de l'hiver, il fut 
très opprimé et abattu par la faim. Il tomba à terre, ne pouvant 
se tenir sur ses pieds. Gisant sur le sol, il demanda au Christ 
de ne pas mourir de cette cruelle souffrance de la faim. Au 
moment où il fit sa prière, voici qu'on frappa à sa porte : on 
lui apportait un pain et un mets agréable. Il prit ce que Dieu 
lui envoyait et en rendit grâces à sa providence. Depuis ce 
jour-là, la bonté [divine] ne le laissa manquer de rien. 

Ce bienheureux est celui dont j'ai parlé plus haut quand j'ai 
raconté comment, pour quelque difficulté qu'il éprouvait en lui- 
même, il vint trouver Rabban Youssef, après avoir prié et après 
avoir reçu du Christ l'ordre d'agir ainsi (2). 

Il arriva et parvint à un sublime degré [de perfection], de 
sorte que souvent il était vaincu par la ferveur de son amour 
pour le Christ, et criait à haute voix, de façon qu'on entendait 
ses cris de tout le couvent. Il choisissait les sentences capables 
d'allumer l'amour et disait des choses comme celles-ci : « Mon 
âme est sortie après toi, ô Christ, et elle est rentrée en elle- 
même; appuie sur moi ta main droite, pour enflammer davan- 
tage mon âme de ton amour délectable; peuples, louez tous in- 
térieurement le Seigneur, que toutes les puissances de mon 



(1) Ci-dessus, p. 85. 

(2) Ci-dessus, p. 403 (t. II, 1897). 



320 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

âme le glorifient; car la bonté de celui qui nous a créés de rien 
s'est étendue sur nous, et nous a faits tels qu'il n'a rien fait de 
semblable : il est véritablement notre Seigneur et notre Dieu, 
avant et depuis tous les siècles, et pour l'éternité. » 

Il était si fervent dans l'amour du Christ, qu'il ne pouvait 
pas même prononcer son nom devant les hommes. Bien des 
fois, on l'entendit dire à haute et intelligible voix : « hommes ! 
venez tous et faites vous moines, pour comprendre la bonté du 
Christ à votre égard, et pour être dignes de son amour agréable 
et insatiable. » 

Quand il sortait à la porte, lorsque quelqu'un frappait, il s'ap- 
pliquait fortement à garder le silence et à se recueillir. — Quand 
quelqu'un lui demandait de le signer, en même temps qu'il 
prononçait les noms adorables du Père, du Fils et de FEsprit- 
Saint, il était frappé de ces paroles, faisait entendre son cri et 
s'enfuyait à l'intérieur en gémissant. — Quand un frère venait 
lui faire connaître les secrets de son âme ou prendre conseil de 
lui, il ne le laissait point dévoiler ses affaires, mais il lui disait : 
« Sache, mon fils, que je ne suis point chargé de cela. Toute- 
fois j'ai une prière efficace. Demande seulement ma prière 
pour l'affaire au sujet de laquelle il te faut une réponse et ne me 
dévoile pas le secret de ton âme. Cependant, si tu veux abso- 
lument agir ainsi et manifester les combats de ton âme, ou 
prendre conseil pour tes actions, va trouver R. Youssef, qui a 
été établi pour cela par le Christ, et dévoile-lui tes pensées et 
les secrets de ton cœur. » 

Rabban Youssef, de son côté, envoyait vers ce vieillard le 
frère qui venait lui raconter ses luttes, en l'avertissant de ne 
point lui révéler les secrets de son âme, mais de lui demander 
uniquement sa prière. 

Quand les séculiers venaient le trouver, il les écoutait simple- 
ment et leur répondait : grâce à ses prières , leurs demandes 
étaient exaucées. 

On dit que souvent, quand quelqu'un frappait à sa porte au 
moment où il se tenait devant la croix en conversation avec 
Notre-Seigneur, dans une charité et un amour qui ne lui per- 
mettaient pas de considérer quelque chose du monde, celui qui 
frappait le fatiguait , et comme le saint ne pouvait sortir, de sa 
place il lui criait : « Il s'agit de tel±e ou telle chose: va, fais de 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 321 

telle ou telle manière; j'ai interrogé le Christ à ton sujet. » 

Souvent aussi, quand il était à table avec R. Youssef, son esprit 
était ravi en extase; sa main droite demeurait insensible sur le 
plat, au point qu'on pouvait la prendre et la mettre sur son sein. 
Au bout d'un instant il revenait à lui-même. 

Il mena une vie aussi admirable l'espace de quinze» ans, 
jusqu'à sa mort. Comme il ne cessait de faire entendre sa voix 
ni jour ni nuit, il fut appelé et surnommé Rabban Mar-Atqen le 
Bruyant (1). 

J'interrogeai Rabban Youssef sur la vie de ce bienheureux, et 
je lui demandai de me faire connaître pourquoi il ne s'était pas 
élevé à un degré supérieur à celui dans lequel il était, au degré 
dans lequel il est donné au moine de jouir des faveurs du Christ 
en silence et sans parole. Car, cet état dans lequel le moine est 
contraint de faire entendre involontairement sa voix à l'exté- 
rieur est communiqué par la grâce dans l'un des degrés de l'o- 
pération de l'âme: A mesure qu'il marche devant lui et progresse 
dans cette opération par les œuvres qui lui conviennent, il 
monte au degré supérieur dans lequel il se réjouit intérieure- 
ment et tout à fait en silence : car, il ne peut pas même parler 
dans les moments où le don de l'amour du Christ lui est com- 
muniqué. 

Bien que nous appelions « degré », soit la première opéra- 
tion, qui est celle du corps, soit la seconde, celle de l'âme, soit 
la troisième qui est l'opération de l'esprit et la perfection, ce- 
pendant, dans chacune de ces trois opérations il y a plusieurs 
degrés différents, des entrées et des issues, des chemins et des 
demeures nombreuses. 

Or, quand j'interrogeai Rabban Youssef, comme je l'ai dit, 
au sujet de ce bienheureux, il ne voulut pas me répondre; je 
le pressai et le suppliai dans la charité, et il me fit connaître en 
secret toute l'histoire [de ce religieux]. Il me dit ceci : « Sache, 
mon fils, que cet homme a accompli des œuvres ardues dont 
personne ne peut parler. » — Quand il éprouva en lui-même la 
difficulté dont j'ai parlé plus haut, il pria et demanda à qui ré- 

(1) Çarôka. — Ce mot no se trouve pas clans les lexiques. La racine çrak à 
laquelle il devrait se rattacher a le sens « d'être pauvre », eguit; peut-être est-ce 
une forme de la langue vulgaire dérivée de la racine çrah, « clamorem edidiL ». 
Je traduis par conjecture d'après le contexte. 



322 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

vêler ce qui se passait dans son cœur. Le Christ prescrivit à 
Rabban Youssef de l'écouter et de lui répondre ce qui conve- 
nait. Rabban Youssef reconnut, comme il me Ta dit, que cette 
difficulté survenait entre l'opération du corps et celle de lame, 
et que cela arrive au frère quand il passe de l'une à l'autre. Il le 
dirigea dans la voie du progrès, lui en montra les chemins, et 
aussi les dangers qui s'y rencontrent, et les embûches qu'y 
tendent les adversaires qui engagent la lutte avec celui qui en- 
tre nouvellement dans cette voie; il lui fit connaître comment il 
devait se conduire : quels labeurs il devait multiplier et quels 
labeurs il devait diminuer, de quelles choses il devait user et de 
quelles choses il devait s'abstenir, de quoi il devait se garder 
et en quoi il devait avoir confiance. Et par-dessus tout, il l'a- 
vertit et lui prescrivit de ne faire connaître cela à personne, 
puis il le renvoya à sa cellule, après l'avoir muni du viatique de 
ses prières et de l'armure qui convient à cette milice. 

Celui-ci commença par observer tout ce que lui avait pres- 
crit Rabban Youssef et il marcha en avant dans la voie de 
la perfection tant qu'il garda ce qui lui avait été prescrit. 

Après quelque temps ce vieillard se rendit près de R. 'Abd- 
ishô', dont nous avons parlé plus haut (1), et il lui fit connaître 
les secrets de son âme et toute sa vie. A chacun Dieu a donné un 
don : à l'un ainsi, à l'autre autrement (2); celui-ci a reçu ceci, 
cet autre cela, selon qu'il a plu au sage distributeur. Son affaire 
ne fut point claire pour R. 'Abdishô'; sans doute à cause delà 
désobéissance de ce vieillard, Dieu la cacha aux yeux du voyant 
qui était très familier avec ces choses. Rabban 'Abdishô' fut 
enflammé de zèle contre le vieillard et lui dit que c'était tout 
le contraire qui lui était utile. Il revint d'auprès de lui fort 
affligé et rentra dans sa cellule. Il ne retrouva plus en lui- 
même aucun des dons célestes qu'il avait reçus. Il fut troublé 
et fort agité. Il vint alors vers Rabban Youssef et lui fit con- 
naître son affaire. Rabban lui dit : « Ne t'avais-je pas prescrit 
et averti de ne pas révéler ta vie à quelqu'un? Comment as-tu 
osé transgresser le précepte du Christ? Ce n'est pas que R. 
'Abdishô' soit un homme inférieur, loin de là! et je ne vaux pas 
la poussière qu'il a foulée de ses pieds. Mais la volonté du Christ 

(1) Ci-dessus, p. 3l5etsuiv. 

(2) I Cor., vu, 7. 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 323 

étaitque tu ne manifestasses pas ton secret à un autre qu'à celui 
à qui il t'a ordonné de le dévoiler. Va maintenant à ta cellule, et 
agis de telle et telle façon, jusqu'à ce que le Christ soit apaisé et 
te renvoie le don que sa bonté t'avait accordé. » — Rabban 
Youssef ajoutait que ce vieillard demeura dans sa cellule pen- 
dant une semaine, comme un simple fidèle qui n'a pas encore 
reçu l'habit. Au bout de ce temps, le Christ eut pitié de ses la- 
beurs, il lui renvoya le don que sa miséricorde lui avait concédé. 
Le vieillard se remit à l'œuvre au degré où il était parvenu 
dans la voie de la perfection. Il y ajouta les œuvres d'action de 
grâces et de louange pour Celui qui ne l'avait pas dépouillé de 
ses dons. Dans ce labeur de l'action de grâces et de la louange, 
auquel il s'adonna spécialement, il gagna et atteignit la de- 
meure de l'amour et de la charité du Christ à laquelle parti- 
cipent l'âme et le corps simultanément. Celui qui en est en- 
flammé ne peut en jouir en silence, intérieurement et dans son 
âme seule. Ce saint vieillard pensant que c'était là la limite qu'il 
devait atteindre, et rendu craintif par ce qui lui était arrivé 
(car la peur que cela ne se renouvelât s'élevait à chaque instant 
dans son cœur), s'adonna avec ardeur aux exercices de l'action 
de grâces, et demeura dans ce degré et dans cette station de la 
parole extérieure, sans chercher à en sortir ni à s'en aller à une 
autre. Il y fit reposer la barque de ses labeurs, selon qu'il plut à 
son directeur souverainement sage. 

Ce que j'ai écrit, ces demeures dont j'ai parlé, ces pratiques 
de vertu et ces manières de travailler que j'ai montrées, sont 
bien connues, et ce que j'ai dit est parfaitement compris de celui 
qui est entré dans ce pays, qui circule dans ses villes, qui 
marche dans ses routes, qui voit des yeux de son âme ce qui s'y 
trouve. Celui-là ajoute foi à ces choses. Mais celui qui n'a 
point vu ce pays, qui reste avec moi, misérable, en dehors de 
la demeure, cet homme extérieur ne saisit point ce qui se passe 
dans l'homme intérieur. Il arrivera peut-être même qu'il con- 
tredira celui qui fait connaître les choses du Saint des Saints, 
parce qu'elles sont incroyables pour lui. 

Que Notre-Seigneur nous rende dignes d'y entrer et d'y voir 
Dieu et le Christ, Dieu sur toutes choses (1), par la grâce de sa 

(1) Rom., ix, 5. 



324 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

miséricorde et de sa charité qui nous a jugés dignes de connaître 
ses mystères! Amen (1). 

Rabban Mar-Atqen quitta ce monde en l'année 359 des 
Arabes (2). Que ses prières nous protègent tous! Amen. 



X. — Rabban Yohannan de Dasen, le second, séculier. 
Que ses prières soient sur nous! Amen. 

Ce bienheureux était du pays de Dasen ; il avait femme et 
enfants; c'était un homme juste et droit qui vivait dans le 
monde. Une année, il partit, selon l'usage, avec sa femme, ses 
enfants et ses voisins, pour aller au pays de Mossoul, et ils pas- 
sèrent par le couvent de Beit Çayarê. Il vint à la porte de la cel- 
lule de Rabban Bar-Yaldà pour recevoir sa bénédiction. Quand 
Rabban Bar-Yaldà le vit, la grâce lui révéla, par la prescience 
divine, ce que deviendrait cet homme. Le saint lui dit : « Viens, 
Yohannan, et sois moine. » — L'homme lui répondit : « J'ai 
femme et enfants, comment puis-je me faire moine? » — Rab- 
ban Bar-Yaldà reprit : « Allons, va à la moisson ; Dieu te pré- 
pare une très belle moisson. Quand tu auras fini de moissonner 
selon la volonté de Dieu ce que tu as à moissonner, tu revien- 
dras me trouver, car j'aurai quelque chose à te dire. » — Cet 
homme s'en alla donc avec sa femme et ses enfants au pays de 
Mossoul. 

Quelques jours après sa femme et tous ses enfants moururent. 
Alors il comprit le mystère caché dans la parole que le saint lui 
avait adressée; il quitta la moisson, revint au couvent et fit 
connaître au saint ce qui lui était arrivé : c'est-à-dire qu'il ve- 
nait d'enterrer sa femme et ses enfants à Mossoul. — Rabban 
Bar-Yaldà lui dit : « Puisque le Christ t'a libéré du monde, 
prends maintenant le saint habit du monachisme; le Christ ré- 
pandra sur toi ses miséricordes et il te fera briller dans cette 
œuvre angélique; au lieu d'être veuf et citoyen du monde, tu 
seras vierge et citoyen de la ville sainte. » 

Cet homme entra dans la communauté ; il pratiqua assidû- 
ment la vie commune, puis il sortit de la communauté pour 

(1) Traduction abrégée d'un passage obscur. 

(2) L'an 359 de l'hégire commençait le 14 novembre 969 de l'ère chrétienne. 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 325 

habiter saintement dans sa cellule. Il possédait l'humilité natu- 
relle et aussi la volontaire qui s'acquiert par les exercices. Dans 
toute sa conduite il faisait paraître le mépris de soi-même. Il 
était continuellement affligé d'une tristesse divine dans sa belle 
conduite; mais il reçut enfin en échange la joie dans le Sei- 
gneur. — Rabban Bar-Yaldà disait continuellement aux frères : 
« Si vous voulez voir un veuf devenu vierge dans le Christ, 
regardez Yohannan de Dasen, que Dieu a fait lever du banquet 
des justes, fils du siècle, pour le faire asseoir au festin des 
saints, fils de la lumière. » 

Après la mort de R. Bar-Yaldà, il fut très affligé et suffoqué 
par la douleur jusqu'au moment où R. Mousha vint le trouver, 
l'encouragea et lui dit : « Xe pleure pas, ne t'afflige pas ; car si 
R. Bar-Yaldà nous a quittés, son ange est resté avec nous, pour 
nous diriger et aider notre faiblesse. » — Il fut réconforté par 
ces paroles et se conduisit selon le conseil de R. Mousha. 

Il parvint à un sublime degré [de perfection], et pénétra dans 
la demeure dont le prophète de Dieu, le bienheureux David, di- 
sait, après y être entré (1) : « La nuit brille comme le jour en ce 
lieu: les ténèbres y sont comme la lumière d'une lampe ardente. » 
L'obscurité n'y règne point car son éclat est comme le soleil de 
justice que la nuit ne peut jamais obscurcir quelle que soit la 
profondeur de son obscurité. Le bienheureux Yohannan pénétra 
réellement dans cette demeure; il ne voyait point l'obscurité de 
la nuit : car les ténèbres de la nuit étaient éclairées par la lu- 
mière qui sortait d'au dedans de lui. Souvent, il quittait sa cel- 
lule pendant une nuit très obscure et venait au temple pour rece- 
voir les saints mystères. Le sacristain qui connaissait bien son 
histoire, lui disait : « Rabban, nous avons déjà célébré les saints 
mystères », et il lui donnait une parcelle [consacrée]. Le saint 
revenait à sa cellule, ne doutant point dans son esprit qu'il ne 
fît jour, et ne soupçonnant point la nuit ni l'obscurité. — Le 
portier racontait lui-même cela, de ce vieillard veuf devenu 
vierge dans le Christ. 

Sa science progressa dans ce lieu simple, au point qu'il ne 
connaissait rien du monde. — Il avait un disciple qui le servait : 
il s'appelait Boktishô c (2). Il le servit pendant environ dix ans, 

(1) Cf. Ps. cx.xxviii, 12. 

(2) Nom composé du nom de Jésus et d'un mot persan signifiant bonne fortune. 



326 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

sans qu'il sût son nom. Parfois, il l'appelait Dadishô* (1); 
parfois d'un autre nom. Quand j'allais le trouver, je lui deman- 
dais en plaisantant, moi misérable, le nom de son disciple, et il 
me disait : « Je crois qu'il s'appelle Dadishô*. » — Son vi- 
sage brillait comme une lampe lumineuse. 

Un jour, il sortit de sa cellule et vint à la porte de la commu- 
nauté, où tous les pauvres venus au couvent se trouvaient ras- 
semblés. Il trouva là un lépreux, gisant à terre, dont tout le corps 
était contracté et pourri. Il s'approcha de lui et vit le pus qui 
coulait jusqu'à terre, de ce corps purulent. Il emporta cet 
homme dans sa cellule et le soigna environ trois ans. Tout le 
corps de cet homme se corrompit et devint fétide, au point qu'on 
ne pouvait passer à la porte de la cellule [du bienheureux] à 
cause de l'odeur qui s'en échappait. Pour lui, il le soulevait, 
l'entourait de soins et essuyait le pus qui découlait de son corps; 
ses mains étaient teintes de ce pus fétide, et, sans les laver, il 
mangeait le pain sans répugnance. Il le soigna ainsi jusqu'à sa 
mort. Après l'avoir enseveli, il revint à sa cellule; lorsqu'il fut 
pour y entrer, Dieu voulut lui montrer que la grande patience 
qu'il avait fait paraître dans le soin de cette chair fétide n'était 
pas le fait de la nature humaine, mais bien de la vertu divine 
donnée à l'homme par la grâce. Lorsqu'il voulut ouvrir la porte 
pour entrer, il ne put supporter l'odeur infecte qui sortait de sa 
cellule : il demeura à la porte, plongé dans l'étonnement. Il 
comprit alors le mystère caché en cela : il s'humilia devant le 
Seigneur, confessa sa faiblesse et la grandeur de la vertu du 
Christ par qui les choses ardues deviennent faciles, en qui il 
avait trouvé la force pour le service de ce malheureux, et pour 
en supporter la difficulté, telle qu'il ne pouvait maintenant de 
lui-même et sans le secours du Seigneur entrer dans le lieu où 
il s'était trouvé. Il vint près de R. Youssef et le pria d'aller avec 
lui à sa cellule et de demander à Dieu qu'il puisse y rentrer. 
Habban Youssef se leva et partit avec lui. Quand ils arrivèrent à 
la porte, R. Youssef fit le signe de la croix et l'ouvrit. Ils entrè- 
rent tous les deux et prièrent : Dieu fit alors disparaître cette 
odeur fétide de la cellule, et le vieillard y demeura comme de 
coutume. Rabban Youssef revint à sa propre cellule. 

(1) Ce nom signifie : amicus Jesu. 



VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA. 327 

Un vieillard, nommé David, m'avait raconté que ce bienheu- 
reux avait guéri la blessure d'un homme qui était venu le trou- 
ver; mais il ne m'avait point dit d'où, ni qui était cet homme. 
Plus tard j'acquis la conviction que lui-même avait été guéri. 

Une fois, les Hakkari vinrent au couvent pour le piller, et les 
moines s'enfuirent dans les montagnes. Rabban Yohannan ne 
sortit point de sa cellule. Une dizaine d'hommes entrèrent près 
de lui. Ils le trouvèrent debout devant la croix, sans aucune 
préoccupation. Il ne bougea pas, ne changea point de place et 
ne les regarda pas. Un ange les frappa : ils furent enchaînés à 
leur place, et ne purent remuer les pieds, ni en avant ni en ar- 
rière. Ils lui demandèrent, en pleurant, de les délier pour 
qu'ils puissent sortir. Il fit de leur côté le signe de la croix et 
leurs liens furent rompus. Ils sortirent vers leurs compagnons. 
Le Seigneur les chassa tous et ils quittèrent le couvent sans 
avoir rien endommagé. Les moines revinrent au couvent et glo- 
rifièrent le Seigneur. Ce vieillard sortit, comme s'il n'avait eu 
connaissance de rien, pour recevoir les saints mystères. Le sa- 
cristain, selon sa coutume, lui fit ses excuses et lui dit : « On a 
déjà célébré les saints mystères. » 

Telle était la simplicité à laquelle cet admirable vieillard était 
parvenu! — Puissions-nous tous, par ses prières, devenir dignes 
d'entrer dans ce lieu si élevé qu'on n'en peut parler même clans 
le discours le plus étendu. 

J.-B. Chabot. 
(A suivre.) 



MÉLANGES 



RELATION DE L'ÉVÊQUE DE SIDON 

(Suite.) 

RAPPORT SUR LES DEUX PATRIARCHES ARMÉNIENS 
ET LEUR NATION 



Je rapporterai encore à Votre Béatitude ce qui a été négo- 
cié avec les prélats de la nation arménienne, laquelle est fort 
grande et soumise à deux patriarches principaux : l'un de 
l'Arménie majeure, qui a sa résidence dans le monastère et 
l'église d'Etchmiadzin, près de la ville d'Érivan, en Perse (1); 
l'autre de l'Arménie mineure, qui est fixé dans la ville de 
Sis, en Cilicie, province appelée aujourd'hui Caramanie. 

Il existe encore, dans la même nation, d'autres patriarches; 
faits par la faveur du Turc (2), les uns sont les fermiers des 
impôts que payent au Turc les maisons arméniennes ; d'autres 
sont coadjuteurs des mêmes patriarches par le consentement 
des évêques et du peuple. 

Le patriarche principal de l'Arménie majeure est à présent 
Grégoire, homme de quatre-vingt-cinq ans, qui a pourcoadju- 
teur, dans son patriarcat, Arakial, et pour fermier des impôts, 
David (3). Les autres primats et patriarches de la même nation 

(1) Aujourd'hui, en Russie. 

(2) Les patriarches arméniens, responsables de la rentrée des impôts, avaient 
à cette époque un coadjuteur ou patriarche civil, qui était spécialement chargé 
de recueillir les contributions et de les verser aux officiers du souverain. 

(3) Oriens christianus, t. I, p. 1413. Le P. Le Quien ne donne pas d'autres dé- 
tails sur ces deux personnages. 



RELATION DE L'eVÊQUE DE SIDON. 329 

qui sont aux extrémités de la Perse et à Constantinople, bien qu'à 
la vérité ils relèvent de ce Patriarche, ne le reconnaissent 
guère. 

Avec ce patriarche Grégoire et son condjuteur Arakial, je 
n'ai pu traiter que par lettre et par intermédiaire, à cause des 
guerres continuelles qui ont duré jusqu'à présent en Perse, 
guerres à la suite desquelles ce patriarche et ses gens ont été 
plus d'une fois contraints d'abandonner l'église patriarcale et 
le pays, et de se retirer dans des lieux éloignés des incursions 
des soldats. 

L'archevêque Nicolas fut obligé d'en faire autant avec les 
moines de sa nation franco-arménienne-catholique, laquelle 
habite douze villages de la province de Naktchevan (Perse) (1); 
ils vivent à la latine, ayant été amenés à l'obéissance 
et au rite de la sainte Église romaine (2), par le bienheu- 
reux Bartolomeo, évoque latin, frère de l'ordre de Saint-Do- 
minique. 

Quant aux bonnes intentions et à l'obéissance du patriarche 
et d'Arakial son coadjuteur, Votre Sainteté pourra, si elle le 
daigne, en connaître d'après leurs lettres envoyées par moi 
Au Siège apostolique, en réponse à deux brefs apostoliques, et 
par leurs lettres au cardinal de San Severino, protecteur de 
la nation arménienne. Dans ces lettres ils s'excusent de ne 
pouvoir venir en personne jusqu'à Rome, afin de donner un 
témoignage de l'obéissance qu'ils doivent au Siège Aposto- 
lique, mais ils ne peuvent le faire, tant à cause de la pauvreté 
et de la misère clans laquelle ils se trouvent, que par suite de 
la peur qu'ils ont de se réunir pendant la guerre dans leur 
propre patriarcat. 

Le coadjuteur Arakial vint à Caramit en l'année 1584. Je 
lui mandai un exprès porteur de plusieurs lettres des premiers 
Arméniens d'Alep, et d'une du patriarche de l'Arménie mi- 
neure. Je le priais de venir à Alep, afin de traiter avec lui de 
ce que le siège apostolique lui écrivait par bref particulier et 

(1) Aujourd'hui en Russie. Nicolas était venu à Rome en 1508. Oriens christia- 
nus, t. II. p. 1408. 

(2) Ces Arméniens célébraient la messe latine traduite en langue arménienne. 
On trouvera un résumé de l'histoire de cette mission dans L'ouvrage du P. Le 
Quien, t. III, p. 1303 et suivantes. 



330 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

de ce que le cardinal protecteur lui avait conseillé, ou de 
m'attendre dans l'endroit qu'il jugerait le plus convenable et 
le plus sûr. Il répondit qu'il ne pouvait s'aboucher avec moi 
pour les raisons déjà indiquées; mais, en témoignage de son 
obéissance à la sainte Église romaine, il écrivit de nouvelles 
lettres qui sont encore conservées chez le cardinal protecteur. 

Les familles soumises au patriarche de l'Arménie majeure 
dépassent deux cent soixante mille, outre beaucoup de mo- 
nastères, d'évêques, de prêtres, de moines et de diacres. 

Les maîtres dans ce patriarcat et les prédicateurs appelés en 
arménien vartabeds, et auxquels la nation obéit non moins 
qu'aux patriarches eux-mêmes, sont très nombreux; les plus 
fameux sont Narsès dans la ville de Betlis, Lucas à Caramit, 
et Arisdaghès à Angora. 

Je fus chez le patriarche de l'Arménie mineure, dans la sus- 
dite ville de Sis, en Caramanie, au temps du patriarche Kat- 
chadour, lequel ayant reçu de moi le bref apostolique et 
connu les demandes que je lui adressais conformément aux 
instructions qui m'avaient été données par le cardinal protec- 
teur, promit d'envoyer au Siège Apostolique un prélat expres- 
sément chargé de donner témoignage de son obéissance ; mais 
il fut prévenu par la mort, dans la quatre-vingtième année 
de sa vie environ. Il eut pour successeur dans le patriarcat, le 
vartabed Azarias (1), lequel, en sa qualité de vicaire et coad- 
juteur de son prédécesseur, connaissait tout ce qui avait été 
traité, et vint me trouver deux fois à Alep. En dernier lieu, 
j'allai moi-même le voir dans le château de Vacca, en Cara- 
manie, où je traitai longuement avec lui de la réintégration 
de sa nation dans l'union avec l'Église romaine, opérée à la 
suite du concile de Florence, et de tous les articles contenus 
dans cet acte d'union dont on n'a pu retrouver aucune men- 
tion dans les livres arméniens (2). Je découvris seulement 
l'histoire arménienne. 

J'appris encore au même patriarche la nouvelle correction 



(1) Oriens christianus, t. I, 1417. 

(2) Cet acte d'union est inséré dans l'ouvrage déjà cité de Thomas de Jésus. A 
cause de l'intérêt qui s'attache atout ce qui concerne l'Église arménienne, nous 
donnerons prochainement une traduction de cet acte dans le Bulletin des Pèleri- 
nages. 



RELATION DE l'ÉVÈQUE DE SIDON. 331 

du calendrier et la raison qui l'avait motivée, en lui donnant, 
le calendrier romain traduit et imprimé en arménien. Il ré- 
pondit qu'il devait d'abord se consulter avec le patriarche de 
l'Arménie majeure, puis, avec les maîtres et prédicateurs de 
la nation et qu'après, il répondrait Au Siège apostolique. 

Et, pour se réintégrer dans la sainte Église romaine, comme 
aussi pour opérer son union avec elle, autant que pour don- 
ner la preuve de son obéissance Au Siège apostolique, il accepta 
la profession de foi proposée par moi au nom de la sainte 
Église romaine. Puis après l'avoir professée en présence de 
moi et de beaucoup de témoins, latins et arméniens, il l'en- 
voya par un de ses évoques, signée et cachetée, avec ses lettres 
au Siège Apostolique et au cardinal protecteur (1). Il aurait 
même continué à la prêcher et à l'enseigner à son peuple, 
ainsi qu'il l'avait promis, s'il n'avait pas été troublé dans son 
patriarcat par un évêque arménien qui était son adversaire. 
Pour cette raison, il fut obligé d'aller à Constantinople se 
défendre d'accusations portées contre lui. 

Telles sont les difficultés qu'on rencontre toujours à traiter 
avec les patriarches d'Orient! alors qu'on pense en avoir fini 
avec un, il faut recommencer avec un autre, en s'exposant à 
de nouvelles vilenies et persécutions. 

Dans la ville de Sis où habite ce patriarche, il y a le châ- 
teau qui appartenait au roi d'Arménie, qui est inexpugnable, 
bien que désert; on y voit encore les ruines du palais du 
roi et de la reine ; dans le voisinage de ce palais il y a 
deux grandes églises : l'une du Sauveur qui, dit-on, était l'é- 
glise du roi, l'autre dédiée à sainte Sophie qui est la patriar- 
cale. Avec peu de dépenses, on pourrait les remettre en état; 
mais les Arméniens n'osent pas les restaurer, car elles leur 

(1) Cette profession était signée par quatre évêques arméniens : Joannes 
Jettunensis (Zeitoun), Martyr Asciuzensis, Joannes Hierapolitanus, Minas Sebaste- 
nus. Cette profession est ainsi conçue : Toto corde credimus et ore fatemur. quod 
Pater sit ngenitus, Filius à Paire genitus, et Spirilus sanctus à Paire et Filin 
xternaliter procedens, non quidem ut à duplici principio, sed ab utroque, ut ab 
uno principio et unicâ spiralione. 11 existe cinq lettres autographes du patriarche 
Azarias sous la date du 10 avril 1585, adressées à Grégoire XIII et au cardinal de 
San Séverine Ces lettres se trouvent dans la Bibliothèque Vaticane, cod. n. 

Contrairement à l'assertion de notre texte, qui parle d'un seul évêque, Le Quien 
dit que la profession fut portée à Rome par trois évêques. (Oriens christianus, 
t. I, p. 1433 et 1449). 



332 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

seraient enlevées par le Turc, attendu qu'elles sont hautes et 
bâties comme des forteresses. Ils espèrent le faire quand il 
plaira au Seigneur cle les rendre à la domination des chré- 
tiens; c'est ce que tous les Arméniens demandent continuel- 
lement dans leurs prières, et ils nous disent : « Délivrez-nous 
de la tyrannie sous laquelle nous vivons, alors nous devien- 
drons latins (catholiques) ; vous serez alors maîtres de nos 
corps et de nos âmes et nous ferons ce que vous nous com- 
manderez. » 

Il y a encore dans la même ville douze autres églises ou 
chapelles dans lesquelles se disent la messe et les offices 
les dimanches et ("êtes. Elles sont tenues convenablement, 
bien que, dans beaucoup d'entre elles, il n'y ait pas d'autres 
emblèmes que des croix de cuivre ou de fer. Dans quelques- 
unes on tient les images sous l'autel pour échapper aux per- 
sécutions que les Turcs ont l'habitude d'exercer. Ils gardent 
bien conservés dans la chapelle de Saint-Jean, le bras de saint 
Sylvestre pape, le bras de saint Grégoire, archevêque de l'Ar- 
ménie majeure, dit l'Illuminateur, et le bras de saint Nicolas, 
tous les trois placés dans ne l'argent, et garnis de pierres pré- 
cieuses à la manière des Latins. Ils ont aussi la main de saint 
Barsome le Syrien, mais sans garniture aucune. 

Ils ont beaucoup de livres des évangiles en langue armé- 
nienne, garnis d'argent, aussi beaucoup d'encensoirs et de 
croix en argent, quelques mitres romaines à la mode antique, 
un pluvial en brocart, et un tabouret d'office en fer, qu'ils 
disent avoir été envoyés de Rome, mais qui sont consumés 
par la vétusté. Ils possèdent encore beaucoup de pluvials, à la 
mode du pays, dont ils se servent à la messe au lieu de cha- 
subles. Ils ont deux Bibles manuscrites, une avec miniatures, 
et beaucoup d'autres livres. Chaque objet est bien conservé 
et confié à des prêtres particuliers, au nom de la nation. 

Ce patriarche tient sous son obéissance vingt-quatre prélats, 
évêques et archevêques, et c'est aux douze évêques les plus 
rapprochés de l'église patriarcale qu'appartient l'élection du 
patriarche. Mais quelquefois les principaux du peuple armé- 
nien nomment le patriarche par la faveur et l'ordre des offi- 
ciers du Turc, puis ils demandent le consentement des évêques 
et archevêques. D'autres fois encore, les patriarches" devenant 



RELATION DE l'ÉVÊQUE DE SIDON. 333 

vieux, de l'assentiment de quelques évêques et des principaux 
de la nation, prennent un coadjuteur, qui est désigné en 
même temps pour leur succéder. C'est ainsi qu'il en a été fait 
pour le présent patriarche, Azarias, lequel fait évêque de 
Sainte-Sophie par son prédécesseur et coadjuteur du patriar- 
cat, alors qu'il était prédicateur et maître, fut de suite con- 
firmé et admis par la nation après la mort de son prédéces- 
seur. 

Les familles soumises à ce patriarcat sont vingt mille envi- 
ron et habitent dans les villes, campagnes et châteaux de la 
Cilicie et de la Syrie. Il y a vingt monastères de cent frères 
plus trois cents prêtres et beaucoup de diacres et de clercs. 

Les plus lettrés sont : 

Le patriarche Azarias ; 
Pierre, vartabed à Gargar; 
Jean, êvêque de Zeïtoun; 
Diradur, vartabed, àDiurighi; 
David, archevêque de Jérusalem. 



Le patriarche vit d'offrandes et d'aumônes : autrefois il per- 
cevait une redevance par maison chaque année, mais le Turc 
la lui a enlevée; pour pouvoir vivre, il va continuellement 
en tournée par la nation qui lui fournit ce dont il a besoin, et 
c'est avec les privations que s'imposent ses sujets qu'il entre- 
tient ses moines et serviteurs. 

Au susdit patriarche on adonné par ordre du cardinal pro- 
tecteur une mitre de toile d'or, — un calice d'argent avec sa 
patène, — un corporal et une bourse, — un corporal brodé de 
fil blanc, — deux tableaux de la Vierge, — vingt-cinq calices 
d'étain avec leurs patènes, attendu que, dans beaucoup d'é- 
glises, on célébrait la messe avec des calices de bois, de verre 
ou de terre. 

Les hérésies et erreurs principales de la nation arménienne 
sont les mêmes que celles des Jacobites. 

Ils disent qu'en Jésus-Christ notre Seigneur, il y a une na- 
ture, une volonté et une opération; 

Ils sanctifient Dioscorus; 

ORIENT CHRÉTIEN. 22 



334 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

Us ne reconnaissent que les trois premiers conciles univer- 
sels. 

Dans le Trisagion, ils ajoutent : Qui crucifixus estpro nobis. 
De plus, ils consacrent avec du vin pur, sans eau. 

Les autres erreurs, je les passe sous silence pour la brièveté 
de cette relation. 



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Études 

PUBLIÉES PAR DES PERES DE LA COMPAGNIE DE JESUS 

(Paris, rue Monsieur, 45). 

Tournebize (P. F.). — Les Eglises d'Orient et l'union, 5 mai. 

— L'Eglise russe et l union, 20 juin. 

— L'Eglise de Constantinople et le patriarche œcuménique, 5 juillet. 

Revue des questions historiques. 

S, rue Saint-Simon, Paris. 

1 er juillet 1898. — Saint Basile avant son épiscopat. par P. Allard. — Le 
premier divorce de Henri VIII, par l'abbé Féret. — Les dernières années 
de la Bastille, par F. Fiinck-Brentano. — Le clergé français en Savoie 
et en Piémont, par V. Pierre. — Mélanges. Courrier-Chronique. 



Le Directeur-Gérant : 
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L'ORIENT ET ROME 

ÉTUDE SUR L'UNION 

(Deuxième édition revue et augmentée) 

Par le R. P. Michel 

Des Pères Blancs, ancien directeur du Grand Séminaire grec-uni de Sainte-Anne de Jérusalem 

Paris Lecoffre, libraire-éditeur, W, rue Bonaparte. — Prix : 3 fr. 



E. LEROUX, éditeur, rue Bonaparte, 28, PARIS. 



NÉGOCIATIONS 

RELATIVES AU 

TRAITÉ DE BEELIN 

ET AUX ARRANGEMENTS QUI ONT SUIVI 

1875-1886 

Par A. D'AVRIL 

MINISTRE PLÉNIPOTENTIAIRE 

AVEC 6 CROQUIS TOPOGRAPHIQUES ET LE TEXTE DU TRAITÉ 

1 vol. grand in-8° de 474 pages 10 fr. 



SAINT CYRILLE ET SAINT MÉTHODE 

PREMIÈRE LUTTE DES ALLEMANDS CONTRE LES SLAVES 

Par A. d AVRIL 

AVEC UN MÉMOIRE SUR L' ALPHABET 
LA LANGUE, LE RITE DES APÔTRES SLAVES AU IX e SIÈCLE 

Volume in-12, elzévirien. — Prix 5 fr. 



LE LIYP DE L'AVERTISSEPNT ET DE LA PYISION 



(KITAB ET-TANBIH) 

Par Maçoidi 
Traduction par B. CARRA DE VAUX. — Un vol. in-8° 



. 7 fr. 50 



SLAVY UOERA 



CHOIX DE POÉSIES SLAVES 

recueillies par A. D'AVRIL 

In-12 elzévirien de X7J.66 pages. — Prix : 3 francs. 



LES 

ÉGLISES AUTONOMES ET AUTOCÉPHALES 

Par A. d'AVRIL 

I rc partie : Le groupe orthodoxe. 

II e partie : De la hiérarchie catholique. — Les Orientaux dans le patriarcat de Rome 

In-8° de 49 p. — Prix : 1 franc. 



Typographie Firmin-Didot et C ie . — Paris. 



REVUE 



DE 



L'ORIENT CHRÉTIEN 



RECUEIL TRIMESTRIEL 



3 e ANNÉE. — N° 4. — 1898 



PARIS 

AU BUREAU DES ŒUVRES D'ORIENT 
20, Rue du Regard, 20 

ET A LA LIBRAIRIE E. LEROUX 

28, RUE BONAPARTE, 28 

1898 



SOMMAIRE 



I. — LES PLEROPHORIES DE JEAN, ÉVÊQUE DE MAYOUMA, 

par M. l'abbé F. Nau (suite). 337 

II. — RÈGLEMENTS GÉNÉRAUX DE L'ÉGLISE ORTHODOXE 

EN TURQUIE, par le R. P. 1,. Petit. ...... 393 

III. — L'ORDINAL COPTE, par M. le » r Ermoni (suite). . 425 

IV. - UNE HOMÉLIE DE SÉVÈRE D'ANTIOCHE ATTRIBUÉE 

A GRÉGOIRE DE NYSSE ET A HÉSYCHIUS DE JÉ- 
RUSALEM, par M. M. -A. Kugener 435 

V. - LES OFFICES ET LES DIGNITÉS ECCLÉSIASTIQUES 

DANS L'ÉGLISE GRECQUE, par M. I,. Clùgnet (suite) 452 

VI. — VIE DU MOINE RABBAN YOUSSEF BOUSNAYA, par 

II. «l.-B. Chabot (suite) 458 

VII.— MÉLANGES. — L'AVENIR DU CATHOLICISME EN PO- 
LOGNE 481 

VIII.- BIBLIOGRAPHIE 490 



PRIX DE L'ABONNEMENT 

France. Étranger . 

Pour les abonnés de la Terre Sainte (Revue bi- 
hebdomadaire) 3 francs. 4= francs. 

Pour les personnes non abonnées à la Terre Sainte. 6 — - 7 — 

PRIX DE LA LIVRAISON : 2 FRANCS 



Avis. — Toutes les communications doivent être adressées au Bureau des 
Œuvres d'Orient, rue du Regard n° 20, Paris. 

77 sera fait un compte rendu des ouvrages adressés à la Revue 
de l'Orient Chrétien. 



PLÉROPHORIES 

(Suite.) 



XXIII 

Voici son histoire : J'étais, disait-il, ami de Basile, évêque 
de Sëleucie d'Isaurie, qui passait pour parler avec sens et lo- 
gique. Quand on réunit le concile de Chalcédoine, il y alla avec 
d'autres évêques d'Isaurie, ses suffragants. On l'avait cru jus- 
que-là zélé et orthodoxe (1). Et quand on apprit en tout lieu l'a- 
postasie qui s'ensuivit, tous furent remplis d'étonnement et de 
stupéfaction, et ne voulurent pas croire que Basile avait par- 
ticipé à la trahison des autres; il en était de même de moi, son 
ami et son panégyriste. Quand il revint en Isaurie pour rentrer 
dans la capitale, beaucoup hésitaient à se joindre à lui, avant 
d'avoir reçu un témoignage évident de la vérité. J'étais de 
ce nombre, dit le bienheureux Etienne, j'étais encore sécu- 
lier, et je priai Dieu avec foi et avec un cœur simple de me 
manifester la vérité. Et cette même nuit, il me sembla voir Ba- 
sile qui revenait; tout le peuple courait au-devant de lui, et, 
avec honneur et louanges, le faisait entrer dans l'église. Et 
quand tout le monde allait s'éloigner, et que Basile était près 
de l'autel au milieu de toute la ville avec les femmes et les 
enfants, un homme d'aspect terrible, grand et robuste, entra par 
la porte du nord de l'église, traversa la foule, s'élança contre 
Basile qui achevait la prière, lui enfonça un doigt de la main 
droite dans la bouche et lui tourna le visage de son côté, puis 
il le traîna sans que personne osât s'y opposer, il Je fit sortir de 
l'église et le chassa. C'était une prophétie de ce qui devait ar- 

(1) Voir ses œuvres : Migne, P. G., t. LXXXV. On trouvera, page 10, que la con- 
duite de Basile envers les inonophysites fut très ambiguë, ce que confirme ce cha- 
pitre. 

OKIF.NT CIll.F.TIEN. 23 



338 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

river à l'ordination qui vient d'avoir lieu («-o°> u°t> .m^ms^^,) (1) 
du saint et vénérable Sévère comme patriarche de la mé- 
tropole Antioche; car voici que le nom de Basile est rayé 
des dyptiques, et qu'il est méprisé de Dieu et des saints. 
Que cela nous donne courage, puisque, maigre la patience di- 
vine, nous voyons aujourd'hui la réalisation de ce songe et que 
ceux qui préparèrent alors la prévarication du concile de Chalcé- 
doine sont maintenant rejetés et maudits par Dieu et par les 
hommes. 

J'étais alors jeune et séculier, disait le vieillard Etienne, et 
n'étais pas expert dans la connaissance des dogmes divins , je 
voyais qu'il trompait tout le monde, il agissait perfidement dans 
tout ce qu'il disait et s'appliquait à persuader à chacun qu'il 
parlait d'une manière orthodoxe, il cachait son ignominie et sa 
méchanceté, et moi aussi je fus trompé avec les autres et me 
joignis à lui, mais maintenant que j'ai été jugé digne de con- 
naître la lumière de la vérité et de participer à la communion 
des orthodoxes, je me suis rappelé ce songe et ai reçu de lui 
surtout le témoignage de la vérité. 



XXIV 

Le même racontait encore une autre histoire. Il me confia, 
comme à son intime ami , que l'un des serviteurs du Messie eut, ily 
a longtemps, la vision suivante où il était question de lui. « Il me 
sembla voir, disait-il, une vaste maison qui ressemblait à une 
église, elle renfermait beaucoup de sièges sur lesquels étaient de 
nombreux évêques, et je te vis entrer (il parlait de moi) et, pendant 
que je regardais les évêques, tu criais : Voici les renégats et les 
apostats, puis tu pris un fouet, tu les chassas et tu renversas leurs 
sièges » . Le Père Etienne me racontait cela en rougissant et me 
demandait ce que ce signe présageait Je lui répondis que Dieu 
le savait. Cependant c'était une vision terrible et non vaine, 
comme l'événement l'a montré; elle présageait la suprématie 
actuelle de la foi orthodoxe et le mépris et l'anathème qui de- 
vaient atteindre les évêques hérétiques. 

(1) En 512. Ce passage fixe la date de la composition de l'ouvrage. 



PLÉROPHORIES. 339 



XXV 



Voici un autre jugement envoyé du ciel contre le concile de 
Chalcèdoine. Celui qui l'entendit, le certifia et l'annonça, fut le 
bienheureux Romanus, célèbre en tout lieu (1), qui était chef et 
directeur du grand monastère situé près du village de Thécuè 
(ioûl; en marge ^o-ol et chez Michel ^o*l), à quinze milles au sud 
de Jérusalem (2). Il y avait alors dans ce monastère plus de 
six cents moines qui étaient dirigés par ce saint et vivaient en 
paix. 

Quand on apprit dans tout l'Orient la trahison et l'apostasie 
de Juvénqlet de ceux quittaient rassemblés à Chalcèdoine et 
qui s'appelaient évêques, un deuil subit et une profonde an- 
goisse saisirent les fidèles en tout lieu, et surtout la sainte ar- 
mée des moines. Ceux-ci quittèrent leurs couvents et coururent 
près de leur père à tous, près de l'homme de Dieu qui se tenait 
toujours en présence de la divinité, je veux dire de saint Ro- 
manus, ils lui demandèrent de montrer, comme jadis le pro- 
phète Élie, le zèle qui convenait au Seigneur et de ne pas se 
convertir à la foi du traître ni à la perfidie qui régnait; ils lui 
racontèrent ce qu'ils avaient appris de la trahison de Juvénal. 
Celui-ci, avant d'aller au concile, disait à tout le monde : Celui 
qui adhère à cette lettre (de Léon) a sa place à côté de Simon 
le Magicien et du traître Judas, il lui faut après cela se faire 
circoncire comme les Juifs. 

Romanus, pressé par la foule des saints moines qui lui deman- 
daient de quitter son monastère, de montrer son zèle avec 
eux, et d'entreprendre tous les travaux pour la vérité, leur ré- 
pondit : « Accordez-moi quelques jours, et revenez me trouver, 
je ferai alors ce que le Seigneur m'aura persuadé. » Il sortit alors 
de son monastère, et se rendit seul dans le désert où il passa 
dix jours et dix nuits prosterné devant le Seigneur et lui de- 
mandant de faire connaître sa volonté et son jugement au sujet 

(1) Cf. Petrus der Iberer, p. hi. Romanus y est appelé « père des moines ., 

[i) On écrit aussi Tekoah ot Thecua, au sud-ouest de Bethléem. Cf. Land, III, 
p. 345, 1. 1. 



340 REVUE DE L'ORIENT CHRETIEN. 

de ce qui s'était passé à Chalcédoine, car les bruits les plus di- 
vers circulaient partout, les uns le maudissaient et en parlaient 
mal, tandis que d'autres l'acceptaient. Et, au bout des dix jours, 
il entendit une voix qui lui disait : Va, demeure dans la foi des 
trois cent dix-huit (1) en laquelle tu as été baptisé et tu seras 
sauvé. — Après avoir reçu ce témoignage, il retourna à son mo- 
nastère, et raconta cette vision aux vieillards accomplis et sa- 
vants de son couvent qui lui répondirent : Ceux de Chalcédoine 
confirment aussi la foi des trois cent dix-huit et la suivent à les 
en croire, aussi ils placèrent les canons des trois cent dix-huit 
avant les leurs pour tromper beaucoup d'hommes. — Romanus 
retourna au désert, recommença les mêmes travaux dans la so- 
litude et supplia le Seigneur de lui donner un témoignage 
évident. Il entendit une voix qui disait : Va, et, pour être sauvé, 
attache-toi aux enseignements et aux traditions de Pierre, pa- 
triarche d' Alexandrie, de l'illustre Grégoire de Néocêsarêe 
qui fait des prodiges, de Jules de Borne, d' Athanase , de Ba- 
sile, de Grégoire, de Jean de Constantinople, de Cyrille, de 
Célestin et de Dioscore. — Après avoir reçu ce témoignage, il 
retourna, plein de joie, à son monastère, et y énuméra les noms 
de ces saints. Il apprit alors que les renégats aussi croyaient les 
suivre en expliquant frauduleusement leurs enseignements pour 
tromperies simples, il fallait donc demander à la miséricorde 
de Dieu un témoignage clair et indiscutable pour savoir si les 
décrets du concile de Chalcédoine étaient bons ou mauvais. — 
Il retourna donc au désert, y vécut dans le jeûne, le silence, la 
prière, les pleurs et les gémissements et implora des miséricor- 
des du Seigneur une sentence évidente et sans doute possible. 
Il la reçut de la manière suivante : Au milieu du jour, il vit des- 
cendre du ciel une grande lettre sur laquelle il était écrit : Ceux 
de Chalcédoine sont des renégats, ils ont transgressé, malheur 
à eux et anathème. — Après avoir reçu ce témoignage, le 
bienheureux fut enflammé de zèle pour la vérité et la foi ortho- 
doxe au point d'abandonner son monastère et la foule de ses 
frères pour se joindre, dans un âge avancé et avec un corps in- 
firme, aux moines saints et zélés qui étaient venus le trouver de 
r Arabie et de la Palestine. 

(1) Nombre dos évêques du concile de Nicée. 



PLÉROPHORIES. 341 

Ils songèrent à aller d'abord au-devant de l'apostat (^£^) 
Juvènal qui revenait, plein d'insolence et comblé d'honneurs 
par l'empereur, du concile des oppresseurs, pour tenter, par 
leurs conseils, par la persuasion et par des paroles conciliantes, 
de changer sa mauvaise volonté et de le ramener au dogme or- 
thodoxe. Puis, quand ils le virent inébranlable et plein de 
confiance dans un empereur mortel auquel il cherchait à plaire 
plutôt qu'à Dieu, tous le maudirent en face et retournèrent à Jé- 
rusalem où se rassemblèrent tous les saints moines et les sé- 
culiers de toutes les villes, et les évoques orthodoxes qui étaient 
restés chez eux sans aller au concile; ils commencèrent alors 
dans un anathème écrit par déposer et rejeter le misérable Ju- 
vénal, puis, d'un consentement unanime, ils nommèrent un 
évêque zélé et saint, rempli de toutes les perfections apostoliques, 
je veux dire le bienheureux Théodose (pour succéder) à Jacques 
le Mineur frère du Seigneur, ils l'établirent chef, guide et pas- 
teur dans la ville sainte afin qu'il consacrât des évèques pour 
toutes les villes. Le peuple accourait avec grand zèle, se ras- 
semblait et s'approchait de lui, car il plaisait à tout le monde 
et était orné d'une foi orthodoxe et d'œuvres irréprochables. 

Si quelqu'un ne croit pas ce que nous venons de raconter, 
celui-là pourra se procurer la lettre qu'écrivit le Père Romanus 
à l'impératrice Eudoxie, pendant qu'il habitait Antioche où 
l'avait exilé l'impie et le tyran Marcien (1). Cette lettre n'établit 
pas seulement la vérité que nous venons de raconter, mais elle 
est remplie de sages instructions touchant ce qui arriva alors et 
aussi pour la démonstration des véritables dogmes et de la foi 
incorruptible et sans mélange d'erreur. Cela suffira à tout 
homme intelligent et sera pour lui une démonstration indubi- 
table, une manifestation de la vérité et un blâme pour la pré- 
varication de Chalcédoine. 



XXVI 

Apollon (^cu^,r, chez Michel ^a^s/w prêtre de Césarée qui y 
dirigeait l'église des orthodoxes (2), homme juste et saint 

(1) Cf. Land, III, p. 341, 1. 7-10, et p. 314, 1. 3, etc. 
{■>) Cf. ch. xxix. 



342 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

honoré et révéré de tous, qui souffrit beaucoup et montra un 
grand zèle pour la foi orthodoxe, nous raconta le fait sui- 
vant : 

Tandis que le vénérable confesseur, le patriarche Timothée, 
était encore en exil en Ghersonnèse, j'allais le visiter et lui 
demander sa bénédiction. Je remarquai qu'il avait au pied un 
mauvais ulcère appelé par les médecins ^molo^, c'est-à-dire 
mauvais genre, qui produisait du pus. Je reprochai à ses syn- 
celles de négliger la santé de ce vieillard, ils s'excusèrent en 
disant : Nous lui avons demandé bien souvent de nous lais- 
ser nettoyer sa blessure et de prendre le médecin convenable, 
mais nous n'avons pu le persuader; maintenant que le Seigneur 
t'a amené, avec la crainte de Dieu que tu as, tu agiras bien en 
faisant ton possible (pour le persuader). 

Un jour que je compatissais à ce vieillard, je me jetai à ses 
genoux, plein de compassion, en l'absence des frères; afin qu'il 
ne crût pas que j'agissais d'après leur conseil, et je lui dis : Aie 
pitié de moi et accorde-moi ce que je vais te demander. — Le 
saint me répondit : Lève-toi, et je ferai tout ce que tu me de- 
manderas qui soit possible. — Je restai prosterné à terre et lui 
dis aussitôt : Je ne me lèverai pas si tu ne me fais pas une pro- 
messe. — Le saint me répondit sans hésiter : Je t'ai déjà dit 
une fois que je ferai ce que je pourrai et ce qui plaira à Dieu. — 
Je me levai alors et cherchai à lui persuader de me laisser 
faire ce que je pourrais et ce qui serait utile pour l'ulcère qu'il 
avait au pied. 

Il me dit : Attends un peu, assieds-toi et écoute, puis il n'y 
aura plus de discussion (entre nous). Il plaça ensuite le doigt 
sur son œil et dit : Regarde ce que tu vois ici, n'aperçois-tu pas 
sur la prunelle de mon œil comme une cicatrice épaisse? — Je 
répondis oui, et il ajouta : Moi aussi, je serai un insensé (1), mais 
pour te persuader et pour que tu cesses de me presser, il faut que 
je te raconte comment cela m'est arrivé. Un jour que je m'étais 
levé matin et que je remplissais le petit office, un homme ter- 



(1) Cf. ch. xv. Timothée y emploie déjà la même locution. Est-ce pour accré- 
diter ses histoires? On trouvera chez Théophane (Migne, P. G., t. CVIII. col. 279) 
qu'il abusait un peu du surnaturel. — On trouvera aussi (ibid., col. 283) qu'il fai- 
sait à Gangra des réunions et des cabales, ce qui est confirmé par le présent ou- 
vrage. Cf. infra, ch. lxv et suivants. 



PLÉROPHORIES. 3-13 

rible, effrayant et noir;, comme le prophète Job nous représente 
Satan, arriva tout à coup, sortant de la muraille et portant un 
gros livre en main. Il étendit et agita son bras en criant : 
« Voilà donc celui qui seul résiste à ma volonté et ne veut pas 
m'obéir; accepte au moins maintenant et lève la main ». Il s'a- 
gitait d'un air menaçant et pensait bien m'effrayer par ses pa- 
roles. Mais moi, appuyé sur le Seigneur, je lui répondis : Ce 
que tu demandes n'aura pas lieu et je ne ferai pas ta volonté, 
car je ne veux pas devenir l'adversaire de Dieu ni un rebelle 
comme toi, je connais ta faiblesse et ne te crains pas ; tes me- 
naces et tes fantasmagories ne me font pas peur ». A ces paroles 
il se fâcha et parut plein de venin, comme un serpent ou un 
dragon; il portait, comme je l'ai dit, un volume dans sa main 
droite, il le leva et, plein de colère, m'en frappa sur l'œil. J'en 
ressentis une douleur si violente que je crus mon œil arraché et 
jeté à terre : mais, grâce à Dieu, cela n'eut pas lieu. 

Quand les frères vinrent au matin, ils virent comme une 
goutte de sang et de chair qui tombait de mon œil, et tout cet 
œil était flasque, et il ne lui restait plus rien de sa première 
apparence; ils me proposèrent en pleurant de me servir de 
bains et de ce qu'on a coutume de faire pour guérir ces maux, 
ils pensaient toujours que cela provenait d'un coup ou d'une 
cause analogue, mais je ne les laissai pas faire et leur dis : « Je 
sais d'où cela vient, aussi ne me disputez pas et ne me tour- 
mentez pas, car mon seul médecin est au ciel. » J'attendis pa- 
tiemment, je me jetai devant le Seigneur et me recommandai à 
ses miséricordes; enfin il me secourut, car notre Dieu Jésus- 
Christ m'apparut, plaça ses mains pures sur mes yeux, me gué- 
rit et me rendit la vue; il me laissa cette petite cicatrice comme 
marque véritable de sa visite bienfaisante. 

Je sais très bien que celui qui m'a fait subir cette épreuve et 
donné ce coup, m'a encore, avec la permission de Notre-Sei- 
gneur, causé cet ulcère au pied; et comme à ce moment j'ai eu 
confiance dans le Seigneur qui, à ma prière, m'a guéri, mainte- 
nant encore je crois fermement qu'il me visitera; aussi je prie 
ta sainteté de cesser et de ne plus m'importuner ta ce sujet. 

J'ai entendu conter cette histoire par beaucoup d'autres qui 
la tenaient indirectement ou directement du patriarche Timo- 
thée, et en particulier par l'un des syncelles qui étaient réunis 



344 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

près de lui en Chersonèse et le servaient en exil. On voit 
maintenant qu'après cette expérience personnelle, le bienheu- 
reux Timotkée, dans un grand nombre de lettres et d'écrits, 
pouvait, en connaissance de cause, appeler diabolique le concile 
de Chalcédoine, comme réuni et dirigé par le démon, et dire 
que c'était la première incursion de l'Antéchrist, et la révolte 
dont parle l'apôtre Paul quand il écrit aux Thessaloniciens. 



XXVII 



.Le SOlClat ZiGtlO)} \^hitV\-\\\^> >n «ro> O-Om ^oDOioN-j/j ); " - je ;° oô) ) ,.\a lut eil- 

voyéen Palestine par le cubiculaire Cosme (p^o*) (1), pour gar- 
der notre père l'évêque Pierre et le père Isaïe, moine paisible, 
qu'il comptait conduire à l'empereur Zenon, comme on le lui 
avait ordonné (2). Quand il arriva en Palestine, il raconta au 
bienheureux en notre présence l'histoire suivante : Un certain 
Pierre écolier (\-±*±*>) me conta jadis ce qui suit (3) : j'étais ami de 
Nestorius, j'approuvais le concile de Chalcédoine et l'empereur 
Marcien, et m'élevais bien souvent contre ceux qui les invecti- 
vaient. Une nuit, un homme m'apparut et me dit : Jusques à 
quand seras-tu dans l'erreur et refuseras-tu d'adhérer à la vé- 
rité? Viens donc que je te montre où est l'empereur Théodose 
et où est Marcien. Et dans un lieu rempli d'une lumière éblouis- 
sante, je vis le bienheureux Théodose dans une gloire inénar- 
rable et plus brillante que le soleil. Et il me conduisit dans un 
autre endroit rempli de fumée et de ténèbres et me dit : Vois-tu 
Marcien qui est tourmenté ici? — Je répondis que je-ne voyais 
personne. — Il leva alors les yeux au ciel, et dit : Seigneur, dis- 
sipe un peu cette obscurité, afin qu'il puisse voir et croire. Et 
je vis Marcien suspendu à des crochets de fer, et tourmenté au 
milieu du feu. C'est ainsi que je fus converti et que je devins 
orthodoxe. 



(1) Cf. Land, III, 1. VI, eh. u. Cosme est envoyé par Zenon à Alexandrie pour y 
rétablir L'ordre. Cf. Vie de Sévère, p. 27, 1. 9, et Evagrius, //. E., III, 22. 
» (2) Ce fait est raconté chez Land, III, livre VI, ch. n. 

(3) On remarquera, une fois de plus, le soin que prend Jean de nous appren- 
dre d'où viennent ses récits. Michel omet ici ce commencement. 



PLÉROPHORIES. 345 



XXVIII 

Cyriaque (^>a^;o^; chez Michel ^a^îao) et Jules, moines 
intègres et dignes de créance, nés dans l'île de Chypre, racon- 
taient au vénérable Pierre l'histoire suivante qu'ils connais- 
saient parfaitement et qu'ils avaient contrôlée eux-mêmes : Il 
y avait, dans l'île de Chypre, une église dédiée à un martyr 
dont j'ai oublié le nom. Il avait cette propriété, parmi les autres 
thaumaturges, de garder du mal tout homme qui lui offrait une' 
brebis ou une colombe ou ce qu'on a coutume d'offrir dans les 
autres églises. Ce martyr sortait de lui-même dans cette église 
sans qu'on le portât, et aucun de ceux qui le rencontraient 
n'osait le toucher. 

Quand les évêques revinrent du concile de Chalcédoine et cher- 
chèrent à tromper les simples en leur persuadant qu'il n'y avait 
aucun mal, ce saint martyr apparut par les chemins à ceux qui 
se rendaient à son temple comme de coutume. Il leur disait : 
Je suis un tel, auprès de qui vous vous rendez, n'y allez pas et 
ne vous joignez pas aux renégats, c'est pour cela que je me suis 
éloigné de ce lieu et que je n'y paraîtrai plus. 

XXIX 

Un fait analogue se passa à Sébaste, en Palestine, où est con- 
servé le corps entier de Jean-Baptiste. Le bienheureux Cons- 
tantin, qui était gardien de l'église au temps du concile, étaitfa- 
vorisé en tout temps des apparitions de Jean-Baptiste. Il y avait 
dans le temple un endroit orné de grillages où étaient deux 
châsses enrichies d'or et d'argent devant lesquelles brûlaient 
perpétuellement des lumières, l'une était celle de saint Jean- 
Baptiste et l'autre celle du prophète Elisée; un trône, sur le- 
quel personne ne s'asseyait, était placé dans ce même endroit. 
Le bienheureux Constantin, lorsqu'il se levait chaque nuit pour 
veiller, allait d'abord saluer les châsses, puis arrangeait les lu- 
mières et enfin nettoyait le trône avec le plus grand soin. Ces 
détails nous furent donnés par le bienheureux Altas (^oe^i), 
prêtre, qui dirigeait l'église orthodoxe à Césarée, dont nous 



346 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

avons parlé ci-dessus (1). Celui-ci demeura en effet près de 
saint Constantin et fut son disciple; et quand il le vit si soigneux 
de nettoyer chaque jour ce trône, il se jeta à ses genoux, et le 
pria de lui dire pourquoi il en prenait tant de soin puisqu'il ne 
servait à personne. Après avoir résisté quelque temps, voyant 
qu'il avait affaire à un orthodoxe, il lui dit : Presque toutes les 
nuits quand j'entre ici, je trouve saint Jean-Baptiste sur ce 
trône. 

Le bienheureux Constantin avait aussi grande confiance en 
saint Jean, c'est pourquoi au temps de l'oppression, lorsque les 
évoques du parti du patriarche Théodose étaient chassés par 
Marcien et comme il se demandait s'il devait fuir lacommunion 
des renégats et se priver de la présence du saint Baptiste ou de- 
meurer et devenir renégat, il suppliale saint précurseurs^ ^0,5) 
du Messie d'éclairer son intelligence et de lui montrer ce 
qui plaisait à Dieu; le saint lui apparut et lui dit : Prêtre, ne 
perds pas ton âme à cause de moi et ne renie pas ta foi, mais va, 
conserve ta foi sans transgression, et partout où tu iras, je serai 
avec toi. Il s'en alla donc, mena une vie sans tache dans l'exil, 
conserva la foi orthodoxe jusqu'à la fin, et, combattant le bon 
combat, fut couronné de la couronne des confesseurs. 



XXX 



Le religieux prêtre Zosime fut favorisé d'un témoignage et 
d'une vision analogues. C'était un étranger, homme intègre, 
qui eut l'honneur de demeurer avec notre bienheureux père 
Pierre et qui conserva sans transgression jusqu'à la fin la foi 
orthodoxe et fut conservé par elle. Il habitait en paix, tout en- 
fant, le mont Sinaï, en la compagnie des Pères orthodoxes, puis 
abandonna ces lieux, comme il me le racontait lui-même, et 
vint à Jérusalem. Le régime de ces contrées lui plut, et il s'y 
cherchait un lieu de repos. Il arriva à Béthe.l où le patriarche 
Jacob vit l'échelle, et fut aimé du gardien de cet endroit, qui 
chercha souvent à lui procurer le repos convenable. Il avoua 
alors franchement qu'il ne pouvait rester, parce qu'il fuyait la 

(1) Serait donc le même que '.ooaj.^3/ ou i«»^î; cf. ch. x.wi. 



PLÉROPIIORIES. 347 

communion des renégats de Chalcédoine. L'autre insistait : Ne 
te fais aucun souci à ce sujet, reste avec moi, chante avec moi 
et aie soin de ce lieu. — L'esprit de Zosime inclinait vers ces 
propositions, quand, une nuit, il vit le patriarche Jacob, homme 
resplendissant, vénérable et grave, revêtu d'une tunique et por- 
tant un bâton, qui se promenait en cet endroit; il s'approcha de 
lui et lui dit : Comment toi, qui es orthodoxe et qui es en com- 
munion avec les orthodoxes, songes-tu à demeurer ici? Ne 
transgresse pas la foi à cause de moi, mais hâte-toi de fuir la 
compagnie des renégats, et tu ne manqueras ni de biens, ni de 
lieu (de repos), ni de ce qui te sera nécessaire. Il s'éloigna, et 
demeura ainsi jusqu'à la fin de sa vie, inébranlable dans les 
saintes actions et dans la foi orthodoxe. 



XXXI 

Notre vénérable Père, l'évêque Pierre, nous racontait l'histoire 
suivante au sujet d'un saint homme nommé le pâtre Héliodore 
(^aoî^o,) . Il quitta le monde et se retira sur les montagnes et dans les 
vallées du Taurus en Cilicie. Pendant de longues années, il choi- 
sit son habitation chez les animaux sauvages, loin des hommes, et 
se nourrissait sans préparation des pousses d'arbre et des racines 
sauvages, aussi sa chevelure lui servait de vêtement été et hi- 
ver. Des chasseurs de cerfs et d'autres animaux sauvages, pas- 
sant dans ces lieux selon leur coutume, aperçurent le saint de 
loin et le prirent pour un animal étrange à cause de son aspect 
sauvage; ils lui jetèrent un filet et l'attrapèrent après qu'il eut 
ainsi passé beaucoup d'années dans la solitude. 

Ainsi découvert, et ne pouvant plus se livrer aux œuvres 
d'abnégation à la suite de la croix, les habitants du pays lui 
persuadèrent plutôt et même le contraignirent d'habiter dans le 
monde; il habita dans un monastère et devint père de moines. 
Quand il fut près de mourir, il appela ses disciples et leur dit : 
Dans vingt-quatre ans (1), les évoques renieront la vraie foi. 
Quand vous verrez arriver cette perturbation, fuyez en Egypte, 
car c'est là que se conserveront les restes des orthodoxes, ainsi 

(1) Ceci se passait donc en Ail. 



348 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

que dans la Palestine qu'ils ont visitée. Notre bienheureux Père 
alla en Egypte, comme il nous le racontait, et y trouva un de 
ses disciples, homme âgé et saint, qui lui raconta ce qui pré- 
cède et le persuada. 

XXXII 

Notre vénérable Père Pierre disait encore : Je connais un 
saint qui, après la mort du bienheureux et orthodoxe empereur 
Théoclose, entendit dans sa cellule une voix du ciel qui disait: 
Voici que le ciel est ébranlé, il va tomber et écraser la terre sans 
épargner personne, car le grand empereur orthodoxe Thèodose 
est mort. 

XXXIII 

Notre Père nous racontait encore au sujet d'un comte 
(^.oju^ooû), l'un des grands d 1 Alexandrie qui venait souvent 
près de lui, et participait avec lui aux mystères : celui-ci lui 
racontait : Au temps où le méchant Nestorius était en exil en 
Thébaïde, je fus envoyé par le comte (.m..v.q a ) pour donner de 
l'argent aux soldats qui y étaient. Je causais ainsi nécessaire- 
ment avec Nestorius etentendis ses blasphèmes. Un jour que je 
causais avec lui, un homme vint annoncer qu'on le rappelait (à 
la cour) et qu'un préfet (^o^^m^*,) allait venir le chercher. 
Alors, emporté par ses pensées, rempli de joie et tout ému, il dit : 
« Pourquoi cela? N'avais-je donc pas tort de dire que le Messie 
n'était pas Dieu et que Marie n'avait pas engendré Dieu » (1)? A 
ces paroles, sa langue lui refusa son service et sortit de sa bouche 
et il mourut en la mordant, un jour avant l'arrivée du préfet 
(^cu-v^^s*) qui était envoyé pour le chercher. 

Le Père Théodore, moine qui, à la fin, fut évêque(2) et qui alla 
clans ce même lieu en exil, nous affirmait que la terre elle-même 
ne voulut pas recevoir son corps après sa mort, mais elle le re- 
jeta par trois fois et les habitants du pays furent obligés de l'en- 

(1) Ce fait est raconté moins exactement chez Land, III. p. 119, 1. 19-24. 

(2) C'est de ce moine qu'il est question chez Land, III, p. 340. Cf. Vie de Sévère, 
p. 28, 1. 26, et p. 29, 1. 39. 



PLÉROPHORIES. 349 

velopper clans une corbeille et de le mettre clans un mur (1). Le 
bienheureux Timothée écrivit un chapitre sur ce sujet dans son 
histoire ecclésiastique (2); j'ai donné ici ce qui peut être utile. 



XXXIV 

Potamon (yo^os*), l'un des saints et anciens moines de Scété, 
monta de là pour habiter en Egypte en cellule. Et, à cette épo- 
que, notre père quittant la Palestine pour l'Egypte, habita avec 
lui; il nous racontait à son sujet : « Il avait reçu du ciel un 
pouvoir sur les diables, il lui suffisait de jeter de l'eau au nom 
du Messie sur ceux qui étaient tentés pour chasser aussitôt les 
démons. » Quand il entendit parler d'un bienheureux nommé 
Séfalaris (^i(iaa>) , il alla demander sa bénédiction, en se ca- 
chant soigneusement, pour qu'on ne pût savoir ni qui ni d'où il 
était, car à ce moment Protérius était (evêque) à Alexandrie et 
persécutait les saints. Et ce Potamou (qui rencontra Pierre) 
le reconnut aussitôt en esprit et lui dit : Ne te préoccupe pas 
de cela, ô évoque Pierre, ne te préoccupe pas, Dieu se vengera 
bientôt, car l'Église de Dieu a intercédé pour vous autres évo- 
ques, et ce sodomite et ce meurtrier sera tué, — il parlait de 
Protérius. — Trois jours après, en effet, Proétrius fut tué. 



XXXV 

Il y avait un moine dCAntioche des plus remarquables du 
clergé et nommé Basile, qui fut l'instrument du salut de notre 
Père Pierre alors enfant dans la ville impériale, et lui donna le 
goût de la vie monacale (3). Le bienheureux racontait à son sujet 
qu'il abandonna le monde, prit la croix du Messie et le suivit. 
Il habita seul clans le désert de la Thébaïde durant trente-cinq 
ans, puis entendit une voix du ciel qui disait : Basile, va aux 
pays habités et combats pour la foi, car les évoques et les rois 

(1) Cela signifie sans doute qu'il fut enterré à la mode égyptienne. 

(2) Cette histoire est mentionnée parmi les sources de Michel le Syrien. Cf. 
cJi. x.xxvi. 

(3) Ce chapitre et le suivant montrent que Pierre était encore à la cour en 130. 



350 REVUE DE LVjRIE\T CHRÉTIEN. 

renieront le fils unique de Dieu. Quand il vint près de la terre 
(habitée), il trouva non loin de la mer une caverne dans un en- 
droit non fréquenté, il y demeura douze ans dans les mêmes 
conditions que le Père Héliodore qui fut pâtre et dont nous 
avons parlé ci-dessus (1). Un navire approcha de cet endroit et 
des matelots descendant pour chercher ce dont ils avaient be- 
soin, le trouvèrent et l'annoncèrent aux habitants du pays. 
Quand il fut ainsi découvert, on lui demanda de venir dans les 
pays habités de Lycie. Il y alla et y fonda deux monastères de 
saints moines, l'un d'hommes, l'autre de femmes. 

A cette époque l'impie Nestorius' était évêque de Constanti- 
nople et y prêchait ses blasphèmes. Basile entendit de nouveau 
une voix du ciel qui lui dit : Montre ton zèle, va à Constanti- 
nople et réprimande l'impie Nestorius qui blasphème et a renié 
ma foi. — Sans hésiter, celui-ci partit pour Constantinople , 
entra dans l'église et trouvant l'impie Nestorius en chaire et 
faisant un prône, il le réprimanda devant tout le peuple en di- 
sant : Sois orthodoxe, évêque, ton enseignement est mauvais; 
pourquoi renverses-tu les dogmes des Pères ? — Nestorius s'ar- 
rêta dans son prône et Basile reprit à haute voix : Sois maudit, 
Nestorius , ainsi que ta méchanceté. — Et après le départ des 
fidèles, Basile, appelé par Nestorius, montra la méchanceté de 
celui-ci aux évêques qui étaient là. Enfin Basile s'approcha de 
l'empereur Thêodose qui passait sur la place et lui cria : em- 
pereur qui es baptisé au nom de la Trinité, pourquoi ne la con- 
fesses-tu pas? Car les enseignements de Nestorius vont contre 
la Trinité. — Il fut alors saisi par le Thrace Flavien, qui était 
maître de police (po^o ^o^^o) , souffrit beaucoup par ses or- 
dres, fut flagellé et blessé, puis, en dépit de l'indignation pu- 
blique, fut condamné à l'exil. Mais quand cela fut connu dans 
la ville, le peuple l'enleva et le conduisit à l'église de Sainte- 
Euphémie où il habita un certain temps prosterné devant le 
Seigneur de vérité et lui demandant de ne pas supporter jus- 
qu'à la fin que Nestorius manquât de respect à Dieu. 

Sur ces entrefaites, il arriva ce qui suit : Le bienheureux 
empereur Thêodose sortait sur la place publique, quand une 
brique (i^**) tomba d'en haut, le toucha à la tête et le mit en 

(1) Cf. eh. xxxi. 



PLÉROPHORIES. 331 

péril de mort. Quand il fut sauvé contre toute espérance et pen- 
dant qu'il était dans la crainte et le tremblement, il vit de nuit 
un homme qui lui dit : « Tu souffres cela à cause de Basile, le 
serviteur de Dieu que tu n'as pas écouté parce que tu résistais à 
ia crainte de Dieu. » Il fit aussitôt amener le saint, s'excusa et 
lui demanda ce qui lui ferait plaisir. — Mais celui-ci répondit : 
Je ne demande pas les choses qui me sont agréables, mais celles 
qui plaisent à Dieu, et affermissent son Église. Ordonne qu'il y 
ait un concile pour réprimer les blasphèmes de Nestorius contre 
Dieu, l'anathématiser et le chasser, car telle est la volonté de 
Dieu. Et l'empereur le crut aussitôt et ordonna la réunion d'un 
concile à Éphèse, où Nestorius fut anathématisé et chassé en 
exil (1). 

XXXVI. 

Notre Père l'évêque Pierre nous racontait que l'épouse de 
Damarias {^>ow**»), premier hipparque, la vénérable Eliana, 
(pu\/) était une sainte femme qui faisait beaucoup d'aumônes 
et aimait le Messie par- dessus tout. Trois ans avant que Nesto- 
rius fût évoque (2), un ange lui apparut et lui dit : Eliana, Eliana, 
dans trois ans un certain évêque sera nommé à Constantinople ; 
alors prends garde à toi et ne reçois pas la communion de lui. — 
Après trois ans vint Nestorius, et elle ne voulut jamais le rece- 
voir dans sa demeure lorsqu'il se présenta à plusieurs reprises 
pour lui faire visite, ni participer aux mystères avec lui. Quand 
elle entendit ses blasphèmes, elle fut enflammée d'un zèle divin, 
et ne demandait qu'à connaître la vérité. Elle se rendit à l'é- 
glise, et il advint que ce même jour pendant que Nestorius prê- 
chait arriva Basile le diacre cVAntioc/te dont nous avons parlé 
ci-dessus. Celle-ci alors, de la place élevée qu'elle occupait, cria 
à haute voix : « Maudit sois-tu, Antéchrist. » Car elle reconnut 
que la vision qu'elle avait eue contre un certain évêque, visait 
les hérétiques des deux natures. 

Puisque j'ai raconté ce fait, je vais encore ajouter la chose 
étonnante qui arriva, à la fin, à Nestorius en exil et qui con- 



(1) Cette cause du premier concile d'Éphèse (431) était, je crois, inconnu 

(2) C'est-à-dire en 425. On pourrait lire Hélène aussi bien qu'Éliana. 



352 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

firme le songe de la bienheureuse Eliana : Nestorius avait été 
exilé à Oasis (1) ; il y fut pris et fut emmené en captivité par des 
barbares nommés MàÇixoi (2) (a^\*>), il fut délivré, et ne put de- 
meurer de nouveau à Oasis, mais bien clans la ville de Pan, 
ainsi nommée de cet animal à deux natures; il y fut gardé jus- 
qu'à sa mort, qui arriva au temps dont nous avons parlé, où, 
frappé par la colère de Dieu, il fut condamné et mourut. Pour 
confirmer ce fait il me paraît nécessaire de citer la partie de 
l'histoire du bienheureux patriarche Timothée qui y a trait (3). 
Extrait de Vhistoire que saint Timothée, archevêque d'A- 
lexandrie, écrivit à Gangra. — A cette époque, par la permis- 
sion et la volonté de Dieu, il arriva, à cause de nos nombreux pé- 
chés, que le bienheureux empereur Théodose mourut, un an 
après le second concile d'Éphèse. Son successeur n'hérita pas 
de son zèle ardent pour la foi, aussi toutes les affaires des Églises 
furent troublées à l'inverse de la loi qu'avait édictée contre les 
hérétiques le bienheureux Théodose. Depuis lors jusque main- 
tenant, les serviteurs de Dieu furent persécutés, et toute langue 
blasphématrice et rebelle put se déchaîner contre le Messie. Dès 
son avènement, Marcien envoya en Egypte un tribun des gar- 
des (4) pour rappeler Fimpie Nestorius et un évoque, nommé 
Dorothée, qui de sa propre volonté s'était exilé avec lui. Quel- 
ques-uns racontent que ce Dorothée était très aimé de celui qui 
régnait alors. Quand le tribun arriva en Thébaïde, — on le sut 
depuis, car ce ne fut pas public, — il trouva Nestorius gardé au 
château fort de la ville nommée Pan, où il avait été conduit gra- 
vement malade. Car Nestorius avait été enlevé par les barbares 
de la ville d'Oasis ^oi), où il avait été exilé par le bienheu- 
reux empereur Théodose, et avait été vendu par eux aux habi- 
tants de la ville de Pan. Lorsque \e comte André, qui était alors 



(1) ixaQ^ao/; cf. Land, Anecdola syriaca, t. III, p. 119 U°of, et p. 194, 1. 6. 

(2) Ces barbares sont aussi mentionnés chez Raabe, Petrus der Iberer, p. 87. Ils 
avaient détruit les monastères du désert de Scété. Cf. Evagrius, Histoire ecclé- 
siastique, I, 7. Jean Moschus, dans le Pralum spirituelle, ch. cxii, raconte aussi 
que les MâÇixs; vinrent à l'"Qa<7iv, tuèrent des moines et en emmenèrent prison- 
niers. 

(3) Cf. ch. xxxiii. 

(1) Il se nommait Jean. Cf. Land, Anecdola syriaca, III, p. ll'J, 1. 17; p. 120,1. 3; 
et p. 125, 1.6. Evagrius donne un récit parallèle à celui de ce chapitre://. E., I, 
ch. vu. 



PLÉR0PII0RIES. 353 

en Thébaïde, l'apprit, du vivant de l'empereur Théodose, il lui 
fit dire, après son rachat, de demeurer dans le camp (u^»^) et 
de n'y faire aucun acte de rébellion ni aucun discours. L'en- 
voyé de l'empereur l'y trouva avec Dorothée, comme nous l'a- 
vons dit, leur fit connaître ses ordres, et, à cause des Égyptiens, 
leur annonça en secret qu'ils n'avaient plus rien à craindre de 
leurs adversaires. Dorothée conseilla au tribun d'attendre un 
peu, à cause de la faiblesse de Nestorius, mais son état empira 
de jour en jour, sa langue lui refusa son service et sortit de la 
bouche en présence du tribun, sa parole devint indistincte; sa 
langue se décomposa au point qu'il devint un objet d'horreur 
et de pitié, comme le tribun le raconta plus tard à beaucoup. 
Dieu avait amené lui-même ce que nous venons de raconter, car 
le tribun ajouta qu'il eut soin de faire venir les médecins célè- 
bres de toutes les villes qui étaient dans le voisinage de Pan, 
mais ils ne purent sauver le malade, car c'est Dieu qui l'avait 
frappé et qui fit connaître sa mort terrible à beaucoup par les ré- 
cits du tribun et des médecins. Après la mort de Nestorius, Do- 
rothée l'enterra en cet endroit avec l'aide du tribun, qui retourna 
ensuite à la cour d' Apion ( s ^s>\ ^o^.^nN) . 

XXXVII 

J'ai encore entendu raconter à notre Père Pierre, lorsque 
j'habitais Arca (m>w), ville de Phénicie (chez Michel : ..■»■.«« m ^) 
avec lui : 

Quand j'étais jeune et habitais à Constantinople au palais, 
mon âme était pure et je vivais en ascète, je portai les pensées 
de mon esprit sur le mystère de la sainte Trinité, comment lors- 
que nous confessons un Dieu , nous croyons en une Trinité de 
même essence, éternelle et sans commencement, et que l'un delà 
Trinité s'est incarné pour nous. Et dans un songe, je vis, nous 
dit-il, le saint apôtre Pierre qui me prit, me porta dans un lieu 
élevé, me plaça devant lui comme un enfant et me montra dans le 
ciel une grande lumière inabordable et incompréhensible qui 
avait une forme de roue comme le soleil (1) et il me dit : Voici le 
Père, puis, une seconde lumière qui suivait la première et lui était 

(lj Cf. la roue bouddhique. 

ORIENT CHRÉTIEN. 24 



354 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIExV. 

semblable en tout, et au milieu d'elle était Notre-Seigneur le Na- 
zaréen, comme on le représente, et il me dit, Voici le Fils, et en- 
suite une troisième lumière semblable en tout aux précédentes 
et saint Pierre dit encore : Voici le Saint-Esprit, une essence, une 
nature, une gloire, une puissance, une lumière, une divinité en 
trois personnes. Tous trois sont inaccessibles, celui du milieu 
seulement a une figure de Nazaréen pour montrer que celui qui 
a été crucifié est l'un de la Trinité et non un autre. Les deux 
autres ne sont qu'une lumière inaccessible, sans figure et in- 
compréhensible. 

XXXVIII 

Anianus, scolastique pur, vénérable et orthodoxe, nous racon- 
tait que son père reçut le baptême à Alexandrie, quand il était 
enfant, des mains de notre Père, puis il habita la Cilicie, et enfin 
prit à Constantinople une femme vénérable et ornée de vertus, 
mais qui n'était pas orthodoxe et adhérait aux deux natures. 
Il s'efforça souvent de l'amener à la foi orthodoxe, mais elle de- 
meura inébranlable, de sorte que, animé d'un zèle divin et d'un 
saint amour, il écrivit fréquemment à notre bienheureux Père, 
qui était en Palestine — c'est de lui seul qu'il recevait la com- 
munion — pour qu'il priât Dieu d'éloigner sa femme des parti- 
sans des deux natures; et quand notre Père eut prié, il arriva 
ce qui suit : 

La bienheureuse eut une maladie grave, de sorte que les mé- 
decins en désespéraient. Ainsi proche de sa fin, elle eut la 
vision suivante : elle fut portée par les anges dans un lieu obs- 
cur rempli de ténèbres et de pourriture où l'on entendait pleu- 
rer ceux qui n'ont aucun repos et aucune consolation, puis les 
anges la portèrent dans un autre lieu rempli de lumière et de 
gloire et d'une joie inénarrable; elle y vit les saints revêtus 
d'habits brillants et occupés à louer Dieu. Et les anges lui di- 
rent : Voici ceux avec lesquels est ton mari, et les évoques qui 
adhèrent au concile de Chalcédoine sont avec les autres. Si tu 
veux t'attachera eux, nous demanderons à Notre-Seigneur qu'il 
prolonge ta vie d'une année; va donc, fais la paix avec ton mari, 
puisque tu auras la même foi que lui, et garde-toi de tout pé- 
ché et de toute négligence; à la fin de l'année, nous viendrons 



PLÉROPHORIES. 355 

chercher ton àme et la porterons où ta as vu. Celle-ci, sortant 
de sa faiblesse, appela aussitôt son mari qui était dans une autre 
maison à cause de son deuil et avait revêtu des habits noirs. Il 
se leva aussitôt, de sorte que ses voisins la crurent morte, mais 
il la trouva vivante, renvoya ceux qui étaient là et apprit d'elle la 
conduite de Dieu à son égard. Elle lui conta tout son rêve et 
lui dit : Il dépend de toi que je sois guérie; si tu veux que je 
vive et que je reste avec toi, donne-moi la communion sainte 
des orthodoxes que tu reçois toi-même. Celui-ci, persuadé que 
c'était la volonté de Dieu, nota le jour de la vision; il avait la 
communion que notre Père l'évêque Pierre lui envoyait tous les 
ans, il la crut et eut confiance en elle, il lui parla d'abord, puis 
lui donna les mystères sauveurs (u*°v» jw» - ^») (1). Elle se leva, 
vécut d'une vie pure dans la perfection de l'orthodoxie et dans 
une grande rectitude et mourut à la fin de l'année. 

Ces prodiges furent racontés par le scolastique Anianus 
(wfloopf) à ceux qui accompagnaient l'archimandrite et évêque, le 
Père Jean, et le Père Julien, prêtre, et les Pères André et Paul 
et le Père Théodore et à toute leur compagnie, quand Zenon 
les manda et les fit venir à Constantinople. 



XXXIX 

Il arriva une chose analogue au bienheureux Claudien qui 
était procureur de tous les biens de l'église d'Éleuthéropo- 
lis (2). Il était du parti des évêques, mais avait grande amitié 

(1) D'après ce chapitre : 1° on attachait une certaine importance au ministre 
de la communion (|j_3>a_o) ; 2° on la reçoit à distance, une fois pour une année: 
3° on parait en prendre et en donner quand on le juge à propos. Voici, comme 
éclaircissement, une histoire tirée d'un auteur catholique postérieur déjà cité, de 
Jean Moschus {Pratum spîrituale, chap. 79; chez Migne, Patrologie grecque, 

t. LXXXVIII, 3) : 

Au temps de Denys, évêque de Séleucie, un nionophysite avait un domestique 
catholique; « celui-ci, selon l'usage delà province, enveloppa d'un linge très blanc la 

communion qu'il avait reçue le saint jour du jeudi saint et la déposa dans une 
armoire ». Le maître la vit, mais ne voulant pas s'en servir, car il n'était pas 
catholique, il referma l'armoire; son serviteur étant parti et ne revenant pas, il 
l'ouvrit l'année suivante pour prendre la communion et la brûler, afin de ne pas 
la conserver une seconde année. Il trouva que les particules sacrées avaient 
poussé des épis. 

(2) Ville située à peu près à mi-chemin entre Jérusalem et Ascalon. 



356 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

pour le bienheureux Père Romanus et il lui fit de nombreuses 
et abondantes aumônes pour son monastère (1) et durant sa vie et 
après sa mort. Il tomba aussi malade, et, proche de sa fin, eut 
une vision et un témoignage analogue au précédent. Et aussitôt, 
durant une nuit sombre, il ordonna à ses familiers de le prendre 
et de le porter au monastère du Père Romanus, qui était à cinq 
milles de là. Et quand il y arriva, et se fut confessé (->otwo) aux 
saints Pères et aux chefs du monastère qui étaient avec le Père 
Léontius, il les supplia avec larmes et gémissements non seule- 
ment de l'admettre à la communion des orthodoxes, mais de lui 
donner l'habit monacal, et après avoir encore vécu trois jours, 
il mourut plein de joie, et fut enterré avec les prêtres. Et la 
cause de ce salut miraculeux est l'aumône, à laquelle rien n'est 
impossible. 



XL 



Le bienheureux Boniface (^oo^^auua^; plus loin .m.fr i m.», et 
chez Michel ^^^j^), prêtre romain, était si acharné contre les 
partisans du concile de Chalcédoine, qu'il ne tenait même pas 
une simple conversation avec aucun d'eux, serait-ce un séculier, 
et il ne se laissait pas interroger par lui, à moins qu'il n'anathé- 
matisàt d'abord le concile de Chalcédoine, et il faisait cela pour 
tous ceux qu'il rencontrait, hommes ou enfants. Car, au temps 
où il était infidèle, il avait eu la vision suivante : il lui avait 
semblé voir un homme mort en putréfaction placé sur un lit 
devant le saint Sépulcre, tout l'endroit était rempli de sa 
puanteur. Puis, subitement, il revint à la vie et sembla prêt à 
marcher. Il tenait à la main un livre qu'il donna au Père Boni- 
face en lui disant : Reçois ce livre de moi. L'extérieur était beau 
et bien orné, mais quand il l'ouvrit, il le trouva plein de saletés. 
C'était un témoignage de ce que Nestorius, après sa mort, devait 
revivre en Juvénal, qui serait ainsi l'héritier de sa vaine 
gloire. — Notre Père Pierre, qui habitait alors la ville sainte, 
nous en prédit autant au sujet de Juvénal. 

(1) Il s'agit sans doute, non du monastère de Thécué (cf. ch. xxv), mais de celui 
que bâtit Romanus près d'Éleuthéropplis, dans un village d'Eudoxie. Cf. Land, III, 
p. 345. 1. 3-14. 



PLÉROPHORIES. 357 



XLI 



Un diacre indigne, après son service au Saint-Sépulcre et à 
l'église, eut commerce avec une femme, puis il revint coucher 
comme de coutume au lieu saint du Golgotha, au haut u^ ib-^), 
et, comme c'était l'hiver, clans le lit approprié. Les portes étant 
fermées, il entendit une voix qui disait : Ma maison est remplie 
d'impuretés, Juvénal l'a changée en latrines (1). — Au matin, 
les portes ne furent pas ouvertes, car celui-là restait couché dans 
son lit. On courut l'éveiller et, devant tout le monde, il conta son 
péché en pleurant. A ce récit chacun fut saisi de crainte, et 
notre Père nous racontait que, depuis ce jour, Gérontius 
(^o^) (2), diacre du couvent de la bienheureuse Mélanie (3), 
jeûnait deux fois quand il devait prendre le service du soir. 

XLII 

Juvénal, avant le concile de Chalcédoine, voulait ordonner 
notre bienheureux Père qui habitait une cellule dans la ville 
sainte, à côté de la tour du patriarche David (4). Le saint, qui 
le savait, se gardait soigneusement et ne sortait nulle part. 
Un jour, qu'il y avait fête dans la ville sainte de Sion, Juvénal 
envoya des hommes pour le saisir et l'amener devant lui. Mais 
comme ils approchaient de sa cellule, Pierre entendit une voix 
qui disait : Lève-toi et fuis par cette porte, cardes hommes sont 
envoyés par Juvénal pour te prendre de force et t'ordonner. 
— Il se leva aussitôt, il se jeta à bas du haut d'un toit élevé et, 
par le secours de Dieu qui l'aida et le protégea, il tomba debout 
sur ses pieds. Il put ainsi éviter ces gens et depuis ce jour-là ne 
voulut plus voir cet impie. 

(1) Plusieurs mots dans ce chapitre sont illisibles. 

(2) Cf. Petrus der Itérer, p. 31. Raabe renvoie aux AclaBoll.,t. II, p. 678, 680, 
686. 

(3) Y. ch. lxxx. Cf. Petrus der Ibère r, p. 27, 28. 

(Il Ce chapitre manque chez Michel. En revanche, le fait qu'il énonce se trouve 
chez Raabe Petrus der Iberer, p. 50. Un récit n'est pas copié sur l'autre. Leur 
grande ressemblance démontre pour nous la véracité des deux historiens. 



358 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN, 



XLIII 



Une femme des environs d'Ascalon, la bienheureuse Mika, 
qui vécut jusqu'à cent ans, fut éprouvée par la miséricorde de 
Dieu tandis qu'elle vivait en cénobite dans la pureté et la crainte 
de Dieu, et elle en reçut un témoignage au sujet delà violence 
qui devait être faite au concile de Chalcédoine. Elle le raconta à 
tout le monde, et affermit les adversaires du concile. Elle vit 
clairement Satan qui la menaça de mort et lui dit : 

Pourquoi as-tu l'imprudence d'exciter les gens contre le 
grand concile et d'en dire du mal? puis il arracha le haut de 
la chaise sur laquelle elle était assise, renversa cette chaise en 
réalité et non en imagination et en arracha les barreaux. Jl 
combattit ainsi durant longtemps avec elle, jusqu'à ce que, for- 
tifiée parla foi, elle ramassa de la poussière, la lui jeta au nom 
du Seigneur et le mit en fuite, et depuis lors il n'osa plus com- 
battre avec elle. 

Cette histoire nous fut racontée par le Père Théodore, prêtre, 
qui la tenait de cette personne excellente et sainte. 



XLIV 



La vénérable Ourbakia (1), fille d'un évêque de Crète 
(u^ioi), était diaconesse. Après la mort de son père, elle aban- 
donna le monde, par amour du Messie, avec son frère, le 
bienheureux Euphrasius, puis elle abandonna son pays et vint 
avec son frère dans la ville sainte, où ils achetèrent une de- 
meure près du saint lieu de l'Ascension. Ils y vivaient en paix 
dans l'ascétisme et le service de Dieu. — Après quelque temps, 
saint Épiphane, un évêque de Pamphilîe (2), après l'annulation 
de l'encyclique (3), ne voulut pas adhérer aux évêques pour cette 
annulation, il fut chassé de son siège de Pamplnlie, partit en 
exil, vint à la ville sainte, fut reçu par eux, et vécut avec eux 

(1) Cf. Cil. LI. 

(2) Cf. ch. lxxxv. Land, III. p. 174 1.4, et Vie de Sévère, p. 26, 1. 37. 

(3) Cf. ch. xxii. 



PLÉROPHORIES. 359 

dans la tranquillité et l'ascétisme pour l'exemple et l'édification 
de chacun. Le diable en fut jaloux et suscita contre eux la per- 
sécution suivante : Le gouverneur (p^r*) de Jérusalem leur 
envoya l'archidiacre de l'église de l'Ascension avec d'autres 
hommes pour les convoquer. Quand il arriva chez eux et vit leur 
perfection, qu'il connaissait du reste, étant leur voisin, il leur 
dit : Soumettez-vous à votre évêque, vous y gagnerez votre de- 
meure, la tranquillité et son affection. Et comme la bienheu- 
reuse disait : Comment pourrions-nous transgresser les pro- 
messes faites au Messie, et adhérer au concile de Chalcédoine, 
il lui dit : J'en réponds, vous ne ferez aucun péché. — Elle re- 
partit, je ne puis pas sur ta garantie exposer le salut de mon 
âme; du reste, écoute, seigneur Père, si les saints Hénoch, Héli 
et Daniel venaient me conseiller de vous suivre et si une voix 
du ciel me criait : Crois-les et adhère à leur enseignement, je 
ne voudrais pas le faire, à moins que mon père, le moine et le 
Père Timothée, qui m'a donné la foi orthodoxe en Crète, ne re- 
vienne me délier de mon serment. Que celui qui a des oreilles 
pour entendre, entende. 

Ils furent ainsi jugés dignes d'être méprisés et poursuivis 
pour le Messie avec saint Épiphane, leur maison fut saisie avec 
ce qu'elle contenait, ils reçurent la couronne des confesseurs et 
vinrent à Alexandrie, où ils furent reçus avec honneur par les 
clercs orthodoxes, les moines et les séculiers. Ainsi, de toute 
manière, ils louèrent Dieu, qui les soutint toujours, enfin ils 
vinrent à Maiouma de Gaza où ils moururent. — Cette bien- 
heureuse et prophète était remplie des dons de l'Esprit-Saint, 
elle mourut quant au corps pour vivre quant à l'esprit, on 
peut dire en vérité qu'ayant choisi la bonne part, elle a sa de- 
meure au ciel. 



XLV 



Notre bienheureux Père nous dit tenir l'histoire suivante de 
deux saints moines deCilicie nommés Tourqétas et Hermogène 
(^o*jk^ojio ^oo^Q^joi) qui allèrent à la cour au temps où il s'y trou- 
vait et la lui racontèrent. « L'impie hérétique Théodore de Mop- 
sueste, partisan des deux natures, qui fut avec Diodore le 



360 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

maître deNestorius, eut la folie préjudiciable à Dieu d'expliquer 
à son sens propre les lettres qui sont dans les Actes des Apô- 
tres et dans l'Évangile de saint Jean (1). et quand nous allâmes 
le trouver pour le lui reprocher, il se fâcha contre nous en di- 
sant : Il n'appartient pas aux moines de rechercher de telles 
choses; et il nous renvoya honteusement. Mais trois jours après 
il mourut possédé du démon et se dévorant lui-même. 

Et, après l'Encyclique, beaucoup de moines et de saints en 
tout pays ne voulurent pas, avec l'aide de la bonté divine, adhé- 
rer â sa condamnation; mais, enflammés d'un zèle divin, demeu- 
rèrent dans la foi et la confession orthodoxe. 



XLVI 

Voici un prodige qui eut lieu en Pamphilie. Des moines 
qui adhéraient aux évêques partisans des deux natures cou- 
paient du bois dans une forêt. Ils rencontrèrent des moines or- 
thodoxes et disputèrent au sujet de la foi. Enfin il plut aux 
deux partis de faire l'épreuve du feu et d'en accepter le juge- 
ment. Us jetèrent dans un bûcher l'encyclique de la vraie foi et 
la profession de foi du synode de Chalcédoine avec la lettre de 
Léon, puis attendirent le jugement de Dieu. Dès que la profes- 
sion de foi et la lettre de Léon eurent touché le feu, elles furent 
réduites en cendre et en poussière, tandis que la divine encycli- 
que fut conservée sans tache et sans mal au milieu du feu. Aussi 
les partisans des renégats se repentirent, quittèrent leur erreur 
et, remplis du zèle delà crainte de Dieu, devinrent orthodoxes. 

XLVII 

Et si quelqu'un ne croit pas ce prodige dont Dieu est témoin, 
en voici un semblable que nous raconte le bienheureux Basi- 
Ude (^suv^oio ; chez Michel ^.p^te^), moine excellent. Dans un 
village près de Ptolémaïde arriva ce qui suit. Près de là était le 
monastère du Père Claudîen qui, au temps de la défection, fut 

(1) La version syriaque du Commentaire de Théodore de Mopsueste sur l'évangile 
saint Jean vient d'être publiée par M. l'abbé Chabot; un vol. in-S° de 412 pages; chez 
Leroux, Paris, 1897. 



PLÉROPHORIES. 3G1 

un athlète plein de zèle et dirigea le combat pour la foi orthodoxe. 
Voici donc ce qui arriva. Le prêtre de ce village discutait au 
sujet de la foi avec l'un de ses paroissiens, homme ignorant, il 
est vrai, mais orthodoxe et zélé pour la foi, et il voulait l'obliger 
à lui obéir ou à quitter le village. Comme tous les habitants du 
village s'élevaient contre lui, ce prêtre fit venir l'homme ortho- 
doxe et lui dit : Tu demandes où est la vraie foi, allumons un 
feu et mettons-y tous deux notre main droite, celui dont la main 
se conservera sans blessure aura la foi orthodoxe. Le laïque 
disait : Je ne suis qu'un laïque et un pécheur et toi tu es un 
prêtre, comment pourrais-je ainsi entrer en jugement avec toi? 
Mais les habitants du village qui étaient présents applaudirent, 
battirent des mains à cette proposition et exigèrent que cela se 
fit. Alors il accepta; on rassembla beaucoup de bois et on y mit 
le feu, puis les habitants du village leur attachèrent les mains 
avec des rameaux et les mirent dans le feu. Et la main du prê- 
tre fut aussitôt brûlée tout entière tandis que celle du laïque or- 
thodoxe demeura sans blessure. 

Et ce bienheureux moine Basilide nous disait : Je vendais 
alors de l'huile; et comme je passais dans ce pays pour vendre 
de l'huile, j'eus l'honneur de causer avec ce confesseur, je me 
réjouis avec lui et je fus confirmé (dans la foi). 

XLVIII 

Voici encore un prodige semblable à celui-là qui eut lieu dans 
un village du Saltou (a^».) nommé Afta (1^1). 

A côté de ce village est le monastère de S^mi-Sylvain (p=>^»), 
le Père des moines (1); là habitait un moine pur, humble et 
plein de douceur, nommé Épiphane, qui professait avec tout le 
couvent la foi orthodoxe qu'il avait reçue des saints Pères et 
des moines orthodoxes, je veux dire des bienheureux Tetina et 
Maron ( v op» \^&i) (2), qui étaient de ce pays. L'ennemi, qui tend 
des embûches, jaloux de leur salut, excita contre eux le prêtre 
du village, homme puissant et juge de l'endroit. Quand il vit 

( 1) Sur Sylvanus Cf. Sozomène, Hisl. ecclés., VI, 32, et IX, 17, et Petrus der Ibercr, 
p. 47. 

(2) V. supra ch. vu. 



362 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

que cet homme seul se séparait de son église et n'adhérait ni à 
lui ni aux habitants du village, poussé surtout par ceux-ci, il le 
manda et le condamna à des coups, à des opprobres et à l'ex- 
pulsion pour le jour suivant s'il n'adhérait pas à ses doctrines. 
Ce pauvre orthodoxe lui dit : Il m'est impossible de renier la 
foi que j'ai reçue des saints Pères. Puis il se prépara à la fuite 
et à offrir à Dieu ce pèlerinage, lui remontrant les vexations et 
les afflictions qu'il supportait pour son nom. — Et le jour sui- 
vant, ce prêtre mourut en pleine santé et sans aucune maladie, 
de sorte que tous les habitants furent remplis de crainte et d'é- 
tonnement; ils laissèrent l'orthodoxe Épiphane et ne l'obligè- 
rent plus à partir, mais celui-ci, ayant reçu la couronne dans 
ce juste jugement, fut jugé digne d'être admis dans le monas- 
tère (v^=u^) de notre saint Père, le bienheureux Isaïe, où il avait 
coutume de participer aux saints mystères. Après sa mort il 
fut enseveli dans l'église avec les saints, dans un tombeau qui 
est à l'écart. 

XLIX 

Quand notre Père quitta Maiouma après la persécution et se 
retira à Alexandrie, il y fut reçu par un homme qui aimait les 
étrangers et les saints, et fut oublié par beaucoup (1). 

Le Père Pior, Père des moines, prophète célèbre partout, en- 
tendit une voix qui lui disait : Lève-toi, va à Alexandrie, et 
quand tu arriveras auprès de l'évêque Pierre, le confesseur qui 
a été chassé et qui se cache là, console-le, affermis-le et réjouis- 
sez-vous ensemble. Et comme le Père Pior demandait : Qui 
m'indiquera l'endroit où il se trouve? la voix lui dit : Mets-toi 
en route, et ne t'inquiète pas. — Il se leva de nuit et vint à la 
ville. Quand il poussa la porte, il vit une colonne de feu qui le 
précédait, et cela non seulement sur la place publique, mais 
jusqu'à l'atrium et à l'ascension des échelles dans les nombreu- 
ses habitations (w*» l oK^ i^*^»; p^û^opo jua i^o) jusqu'à ce 
qu'il arriva au lieu où habitait le vénérable Pierre. Le Père 
Pior monta et frappa à la porte, mais le bienheureux n'osait 

(1) Cf. Pelrus der Iberer, p. 58-60. Pierre s'enfuit à Alexandrie et s'y cacha de 
crainte de Protérius. Celui-ci envoya des hommes pour le tuer. Alors Pierre 
gagna la Thébaïde et la ville de olûovyyoï. 



PLÉROPHORIES. 3G3 

ouvrir, ne sachant qui c'était. Le Père Pior lui dit. Ne crains 
pas, ô Père Pierre, c'est moi, je suis le pauvre Pior, le Seigneur 
m'a envoyé près de toi; alors il ouvrit la porte, reçut le saint, 
et tous deux se réjouirent et se consolèrent ensemble. 

Or le maître de cette maison avait un nourrisson qui n'était 
pas encore baptisé, il demanda à notre Père de le baptiser, et 
comme le bienheureux remettait à plus tard parce qu'il n'avait 
ni lieu convenable ni les ministres qui devaient être avec lui 
pour l'aider, il insista tellement que le bienheureux dut fermer 
sa porte et ne plus l'ouvrir. Or, quand il ouvrit sa porte, il trouva 
le petit enfant qui se roulait et rampait devant lui. Le bienheu- 
reux en fut très étonné et se persuada que la volonté de Dieu 
était de baptiser l'enfant. II n'avait avec lui que le Père Pior 
qu'il recevait alors et qui n'était pas clerc, mais laïque. Cepen- 
dant, vu la nécessité, il lui persuada de tenir l'enfant au-dessus 
du bassin pendant qu'il verserait de l'eau. Et quand celui-ci 
vint pour le prendre, il vit la gloire du sacerdoce au-dessus de 
la tête du bienheureux, il fut saisi de crainte et s'enfuit en criant : 
o^m^o/ ■m.irn^o; (1) ! c'est-à-dire : Seigneur, Seigneur! Le bienheu- 
reux le rejoignit et lui persuada à grand'peine de s'associer à lui 
pour cette action sainte, il lui dit : Ne crains pas le jugement, 
comme si tu étais indigne, mais, dans cette nécessité, accomplis- 
sons la volonté de Dieu afin que ce fidèle ami des étrangers, qui 
nous a reçus, soit favorisé de ta bénédiction et de la miséricorde 
de Dieu. 



Le même Pior dans une vision vit une grande foule de moi- 
nes qui portaient une longue croix sur leurs épaules. Ils étaient 
en deux groupes, ceux d'un bout étaient tournés vers ceux de 
l'autre bout, et ils se gênaient mutuellement. Cette vision an- 
nonçait la scission actuelle qui provient des controverses et des 
disputes entre les moines orthodoxes d'Egypte et de Palestine, 
les deux partis combattent également à cause de leur grand 
zèle pour l'intégrité de la foi. 

Un saint du temps passé, lePève Lucius (*«*«*) des cellules (2), 

(1) Ces mots sont la transcription du copte : UOTGHC. 

(2) Cf. ch. vu. 



364 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

avait prévu tout cela en esprit, car il disait à ceux qui l'entou- 
raient : Si quelques-uns de vous vivent encore, il viendra un 
temps où deux partis témoigneront vaillamment en faveur du 
Messie et de l'orthodoxie et ils ne s'accorderont pas ensemble (1). 



LI 

La bienheureuse Ourbakia, dont nousavons parlé plus haut (2), 
eut aussi une vision terrible qu'elle racontait elle-même : Il lui 
sembla en songe qu'elle montait de nuit à l'église de l'Ascen- 
sion pour y prier seule en tranquillité. Quand elle se fut mise à 
genoux sur les degrés, elle vit sous le portique qui précède le 
Saint-Sépulcre une femme revêtue de brillants habits de pour- 
pre. Elle fut saisie de crainte et se jeta la face contre terre, mais 
la Mère de Dieu, car c'était elle, s'approcha et la releva en di- 
sant : Ne crains pas, Mère, et ne t'effraie pas; puis elle la prit 
par la main, la conduisit avec elle, et, l'éclairant, la fit regarder 
en dehors du portique vers le bas, puis lui dit : Regarde donc 
la montagne, l'as-tu déjà vue comme cela? Dis-moi comment 
elle t'apparaît. — Ourbakia répondit : Cette montagne me 
semble jonchée de troncs d'arbres. — Et la Mère de Dieu ajouta : 
De même que tu vois cette montagne, ainsi l'Église de Dieu 
sera couverte de schismes jusqu'à la fin du temps. 



lu 



Léontius ^<^; chez Michel ^a^oop), membre de l'une des 
familles illustres et renommées cYAscalon, renonça enfin au 
monde et devint moine et archimandrite. Saint Zenon (3) lui 
prédit qu'il arriverait à l'épiscopat et ne mourrait pas évêque. 
Quand il fut évêque à'Ascalon, selon la prophétie, il s'efforça 
de gagner l'amitié et u^i^»^ de l'hérétique Nestorius qui occu- 
pait alors l'église de Constantinople. Il était plein d'hypocrisie 



(1) Cf. Vie de Sévère, p. 30, 1. 28-31. On y trouvera que Sévère rétablit l'union 
des Orientaux et des Égyptiens. Cet ouvrage-ci est donc antérieur à cette union. 

(2) Cf. ch. xliv. 

(3) Était un disciple du célèbre Sylvanus. Cf. ch. vin et xlviii. 



PLÉROPHORIES. 365 

et de l'esprit du monde ; aussi quand l'impie Nestorius fut en- 
voyé en exil, il lui adressa des témoignages d'honneur et des 
dons. Puis quand on réunit le concile de Chalcédoine, il y alla 
aussi et l'on assura que ce fut lui plus que tout autre qui en- 
traîna Ju vénal dans l'apostasie. Les habitants dC Ascalon, irri- 
tés à cette nouvelle, résolurent non seulement de ne pas l'ac- 
cueillir, mais de le chasser et de le lapider; aussi quand il 
revint et passa à Ascalon durant la nuit, dès qu'il apprit la co- 
lère du peuple, il se retira à Chypre, où il mourut. 

Ses familiers le prirent et voulurent le ramener secrètement 
à Ascalon pour l'y enterrer de nuit. Ils trouvèrent un navire, 
qui venait de Constantinople, et l'y placèrent. Or il y avait sur 
le même navire le corps d'un cocher qui était d'Ascalon et 
avait été appelé à Constantinople où il avait brillé dans son 
art. Après sa mort, les siens l'oignirent de miel, le placèrent 
dans un cercueil 'de plomb et le renvoyèrent aux siens. Mais il 
survint une tempête violente, les vagues s'élevèrent et l'équi- 
page se trouva en péril de mort; les matelots jetèrent du lest 
pour s'alléger d'autant; ils songèrent ensuite à jeter aussi le 
corps du cocher et à ne garder que celui de l'évêque à cause de 
l'honneur dû à l'épiscopat. Mais la justice de Dieu dirigeant 
tout cela, les matelots, affolés par les vagues et la tempête, je- 
tèrent le corps de Léontius en place de celui du cocher. Quand 
ils abordèrent à Ascalon, ils avertirent la famille de Léon - 
tins, qui vint prendre le corps durant la nuit avant que 
personne n'en fût averti dans la ville, afin de l'enterrer promp- 
tement. Quand ils ouvrirent le cercueil pour enterrer le corps, 
ils trouvèrent le cocher avec tout son costume, le bonnet Or*" 5 ) 
en tête, le fouet (°v^) au côté et entouré de bandelettes. Alors 
la famille, pleine de honte, ordonna à ceux qui étaient là de 
ne conter cela à personne, mais d'enterrer Je cocher comme si 
c'était le corps de l'évêque Léontius. On dit que c'était un 
homme excellent, qui aimait beaucoup faire l'aumône et obser- 
vait les commandements. Ainsi fut accomplie la prophétie de 
saint Zenon. 

J'en ai entendu beaucoup d'autres qui affirmaient ce fait. En 
particulier le vénérable Zacharie, prêtre, me disait : Zosime, 
le premier d'Ascalon, m'a conté et affirmé qu'il avait vu cela. 
Il était de la famille de Léontius et fut donc invité secrètement 



366 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

avec les autres à venir pour l'enterrement, il put donc voir tout 
cela et en témoigner (1). 

nu 

Notre Père nous disait : Trois ans avant le concile de Chalcé- 
doine, je me trouvais à Jérusalem avec le bienheureux Théo- 
clote (2) et d'autres Pères, quand, vers la septième heure du jour, 
nous vîmes distinctement trois soleils dans le ciel, l'un à l'orient, 
l'autre à l'occident et le troisième au milieu du ciel. Comment 
s'opéra ce prodige et cette vision, Dieu seul le sait, mais il an- 
nonçait p;vïm» \.l ci =\ vio .ronfr il. 

LIV 

Notre Père nous racontait : Quand j'étais en Egypte, au temps 
où le bienheureux Théodose, patriarche de Jérusalem, mourait 
à Constantinople pour la défense de la vérité (3), je le Vis cette 
même nuit monter au ciel, revêtu d'un habit blanc, comme ont 
coutume d'en porter les èvèques de Jérusalem quand ils baptisent. 
Je vis briller cet habit jusqu'à son entrée au ciel, et quand je 
reçus la nouvelle de sa mort, je remarquai qu'elle était arrivée 
le jour même de mon songe. 



LV 

A ceux qui nous disent — : Tout le monde va dans les églises, 
tandis que vous êtes à l'écart et ne formez qu'un petit groupe et 
un schisme, comment pouvez vous prétendre que vous êtes ortho- 

(1) Ce récil est assez curieux. .II est non moins curieux de constater qu'il est 
confirmé par lemss. syriaque n° 234 de la bibliothèque Nationale. Léontius y est ap- 
pelé évèque d'Ascalon au fol. 43 v°, puis, au fol. 44 v° ; on raconte qu'il fut jeté 
à la mer et qu'un autre fut rapporté à sa place : « Quand nous étions à Gangra, 
dit l'auteur de la Vie de Dioscore, notre Père Pierre libérien nous écrivit qu'il 
en était ainsi ». 

(2) Cf. Peints der Iberer, p. 19. On y trouvera que Pierre décida beaucoup 
de ses camarades à se faire moines; parmi ceux-ci était Thé.odote. — Pierre était 
donc à Jérusalem en 44S. 

(3) Peu après la mort de Marcien, c'est-à-dire vers 45<s. Ce chapitre se trouve 
presque textuellement chez Land, III, p. 343,1. 15-19. 



PLÉROPHORIES. 36? 

doxes et dépositaires de la vérité? — les Pères nous ont légué 
la réponse suivante : 

Rappelez-vous combien de milliers d'hommes quittèrent 
Y Egypte où ils avaient vu tant de prodiges, et, à l'exception de 
deux, tous furent des rebelles et des transgresseurs de la loi qui 
furent privés, à cause de leur infidélité, non seulement des biens 
éternels, mais aussi de l'entrée dans la Terre Promise. 

Le grand législateur et prophète Moïse leur disait : Ne parti- 
cipez pas au mal avec la multitude. 

De même, en Perse, lorsque toutes les tribus des juifs adorè- 
rent l'idole du roi, trois enfants seulement demeurèrent inflexi- 
bles et ne transgressèrent pas leur foi, et ceux-ci ne se bornèrent 
pas à louer Dieu et à être honorés par lui, mais ils prêchèrent 
encore la vraie foi à l'empereur et à tous ceux qui les entou- 
raient. Auxquels veux-tu te joindre et avec lesquels prends-tu 
parti? — Avec Josué fils de No un, Calebûlsde Ioufna et les 
trois enfants deBabylone ou bien avec la foule qui a adoré l'idole 
d'or. Médite cela et méprise la foule qui était à Chalcédoine, 
au concile des renégats. C'est à elle surtout que l'on peut appli- 
quer les paroles adressées aux prêtres par le prophète Jéré- 
mie : De nombreux pasteurs ont détruit ma vigne et souillé 
mon héritage, ils ont changé ma propriété fertile en désert non 
fréquenté (1). — Il est encore écrit : Un seul qui fait la volonté 
de Dieu l'emporte sur mille (2). 



LVI 



Quand le renégat Juvénal revint du concile des oppresseurs, 
il plut aux saints Pères orthodoxes et aux moines de Palestine 
de se porter au-devant de lui, et de prendre tous les moyens 
qu'ils pourraient, pour l'amener à reconnaître sa faute, à se. 
corriger et à rejeter le scandale du monde (3). Ils demandèrent 
à notre Père Pierre qui vivait alors en paix sur le rivage de 
Maiouma d'aller avec eux, mais il refusait parce qu'il n'avait 

(1) Jérémie, xii, 10. 

(2) Eccli., xvi, 3. • 

(3) Cette démarche clés moines est aussi racontée chez Raabe : Petrus der Iberer, 
p. 52, et chez Land. III, 1. ni, ch. 3. — V. supra eh. x. et ch. xxv. 



368 REVUE DE L'ûRIENT CHRÉTIEN. 

pas coutume de sortir et pour ne pas rencontrer de séculiers, 
surtout ceux de la cour qui venaient en grand nombre avec Ju- 
vénal pour l'aider et le protéger. Alors Notre-Seigneur lui appa- 
rut et lui dit : Je suis opprimé, ma foi est transgressée et toi tu 
cherches tes aises et ton repos (1)! Alors, plein d'émotion, Pierre 
se mit en marche et tous marchaient avec joie comme s'ils al- 
laient au martyre. 

Il y eut une controverse entre les Pères et l'impie Jùvénal; et 
le bienheureux Théodose, que les orthodoxes nommèrent plus 
tard évêque de Jérusalem, lui reprochait en connaissance de 
cause la trahison de Chalcédoine, car il y avait assisté et était au 
courant de tout, il découvrait à tous l'hypocrisie et la trahison de 
Juvénal(2). Celui-ci, irrité, ordonna à un homme RAncyre, qui le 
suivait, de traiter Théodose comme un perturbateur et un rebelle. 
Il allait le faire, quand le bienheureux Pierre, qui était encore 
moine et n'était pas honoré de l'épiscopat, et qui avait connu cet 
homme à la cour, s'avança, rempli d'un saint zèle, rejeta son 
capuchon en arrière, et lui dit d'un ton de prophète : Toi qui oses 
t'interposer dans une question de foi et trancher en tout, n'as-tu 
pas fait telle et telle chose cette nuit-ci? Je suis le moindre de 
tous les saints qui sont ici, mais si tu le veux, je le demanderai 
et le feu du ciel descendra aussitôt et te brûlera avec ceux qui 
te suivent. — Celui-ci, plein de crainte et de tremblement, le re- 
connut, se jeta à ses pieds et lui dit devant tout le monde : 
Laisse-moi, seigneur Xabarnougi (3), je nesavais pas que tu étais 
ici. — C'est ainsi que fut sauvé le bienheureux Théodose, car 
personne n'osa plus rien dire ou faire contre les saints. (L'homme 
d'Ancyre) prit Juvénal et le fit rentrer à César ée (4). 



LVII 

Le Père Paul, ^a^uaxBosi oé,, qui demeurait avec le PèreAndré, 
alors vieillard et chef de monastère, racontait l'histoire suivante. 

(1) C'est peut-être cette vision qui est racontée chez Laml, t. III. 1. III, ch. vu 
et qui est reportée à une date postérieure. 

(2) Cf. Land, III, p. 117, 1. 14-10, et Evagrius, //. E., II, ch. v. 

(3) C'est le nom ibérien de Pierre. 

( 1) Mais Mar.eien envoya le comte Dorothée avec ordre de tout faire l'entrer 
dans le devoir et de n'épargner que Pierre libérien, Land, III, p. 127, 1. 10-15. 
C'est après cela qu'eut lieu le massacre des moines à Naplouse. Ibid., 1. 20-26. 



PLÉROPHORIES. 369 

Au temps du concile de Chalcédoine, je vivais en tranquillité 
avec mon frère Théosèbe. C'était un homme éloquent, et qui 
possédait les sciences profanes. Il était perplexe au sujet du 
dogme des deux natures, et demanda au Seigneur de lui témoi- 
gner ce qu'il devait croire à ce sujet, et qui il devait suivre de 
ceux qui refusaient d'admettre les deux natures ou de ceux qui 
les admettaient. Saint Jean l'Évangéliste lui apparut et lui dit : 
Celui qui existe depuis le commencement et qui s'est révélé à 
nous, comme vous le savez, nous l'avons vu de nos yeux et 
nous l'avons touché de nos mains dans le Verbe de vie. — Après 
ce témoignage, il n'eut plus d'hésitation et prêcha la vérité. 



LVIII 

Un certain Élie (ou^i), qui était prêtre et économe de la sainte 
église de Jérusalem et s'éloigna après l'apostasie, car c'était 
un orthodoxe fervent, raconta à notre bienheureux Père Pierre 
et au Père Etienne, prêtre (1), qu'à l'époque du concile (VÉphèse 
où fut déposé Nestorius, il s'y rendit avec Juvënal et vit la 
grande hypocrisie de celui-ci qui était prêt à trahir, mais crai- 
gnait le bienheureux Cyrille et son zèle ardent; aussi, depuis 
cette époque, il ne voulut plus recevoir la communion de sa 
main, car il le regardait comme un hypocrite et un traître. 



LIX 



Si les traîtres de Chalcédoine nous disent : Pourquoi nous 
appelez-vous transgresseurs ou traîtres, nous répondons : Une 
loi apostolique dit : si je bâtis à nouveau ce que j'ai détruit, je 
montre que je suis un transgresseur. Or vous qui avez maudit 
h Éphèse Nestorius, l'inventeur des deux natures, avez défendu 
de parler de deux natures et avez anathématisé tous ceux qui 
osaient ou oseraient parler ou enseigner ainsi, comment ne seriez 
vous pas coupables et transgresseurs, lorsque vous avez décrété 
à Chalcédoine les choses mêmes que vous aviez condamnées à 

(1) Cf. ch. lxxix. 

ORIENT CHRÉTIEN. 25 



370 REVUE DE L'ORIENT CHRETIEN. 

Éphèse (1), et cela par crainte humaine et par effroi d'un empe- 
reur impie; et vous avez reçu sans jugement les impies Théo- 
doret et Ibas qui avaient été déposés et rejetés. Ce n'est pas seu- 
lement une fois, mais deux, trois et cinq fois que vous êtes 
tombés dans les mêmes contradictions , et avez déraciné le mal 
pour le replanter ensuite. En effet, comme je viens de le dire, 
vous avez déraciné ce dogme impie à Éphèse, puis vous l'avez 
replanté à Constantinople avec Flavien, ce partisan des deux 
natures ; peu de temps après, au second concile d'Éphèse présidé 
par le patriarche orthodoxe Dioscore, avec Juvénal et la foule 
des évêques orthodoxes vous avez à nouveau déraciné le mal, 
enfin vous l'avez bientôt replanté au concile de Chalcédoine, et, 
comme je l'ai dit plus haut, vous avez reçu sans jugement Théo- 
ci oret et Ibas, qui avaient été chassés à cause de cette impiété. 
Plus tard, dans Yencyclique, au temps du bienheureux arche- 
vêque Timothée, vous avez renié universellement cette impiété 
et enfin vous l'avez rétablie dans l'acte nommé antiency- 
clique I 2) . C'est de vous que le prophète Jérémie a dit : « Apprenez- 
leur à se servir de leurs pieds, ils n'ont rien épargné de ce qui 
existe. Vous êtes des roseaux agités par le vent, vous vacillez et 
tremblez à tout souffle, vous êtes toujours boiteux des deux 
jambes et ne vous trouvez jamais dans le chemin de la vérité. » 
C'est de vous qu'il est écrit : « Je hais les transgresseurs » et 
Dieu a témoigné contre vous quand il a dit dans le prophète 
Isaïe à la fin (3) : « Sortez et vous verrez l'état de ceux qui ont 
prévariqué contre moi, leur ver ne meurt pas, leur feu ne s'éteint 
pas et ils seront en spectacle à tous les hommes. » 

Et ce n'est pas seulement à cause de ce que je viens de rap- 
peler que vous êtes prévaricateurs et que l'on vous appelle 
ainsi, mais encore parce que vous avez transgressé la profession 
de foi du premier concile cV Éphèse qui a expulsé Nestorius; 
il y fut décrété qu'il n'est permis à personne, évêque ou clerc, de 

(1) Jean confond toujours les catholiques avec les Nestoriens. Toute son argu- 
mentation tombe donc à taux. 11 serait temps que les .lacobites (que nous appe- 
lons à tort Eutychiens, car ils condamnent Eutychès— cf. Land III, p. 129, 1. 24, à 
130, 1. o) s'aperçoivent qu'ils se séparèrent des catholiques à l'origine surtout pour 
une question de mots mal compris. Pour les Jacobites nature signifiait personne. 

(2) Sur l'encyclique de Basilisque et l'antiencyclique de Zenon, cf. Land, Anecdota 
Syriaca, t. III, livre Y, chapitres i. n. m et v. 

(3) Ch, lxvi, 24, 



PLÉROPHORIES. 371 

faire, d'exposer ou d'écrire une autre profession de foi que celle 
émise par les trois cent dix-huit évoques (1) avec l'assistance 
de l'Esprit-Saint, et ceux qiy feront cela seront déposés, les 
évoques de leur épiscopat, et les clercs de la cléricature. Ceux 
qui se rassemblèrent à Chalcêdoine connaissaient très bien cette 
profession de foi, aussi ils commencèrent par s'élever contre ce 
qu'on leur demandait de décréter, ils crièrent à haute voix et 
protestèrent que personne ne pouvait faire une autre profession 
de foi, qu'ils n'avaient pas cette audace, que les Pères l'avaient 
défendu, que c'était inutile et que du reste ils n'en avaient pas 
le pouvoir, car un canon disait que ce qui existait suffisait. 
Beaucoup de raisons de ce genre sont rapportées dans les actes 
écrits alors, à la confusion de l'hypocrisie et de la transgression. 
De plus, un canon apostolique nous ordonne de les maudire. 
Car il est écrit : « Que celui qui vous donnera un enseignement 
différent du mien soit anathème », et encore : « si moi Paul ou 
bien un ange du ciel vous donne un enseignement différent de 
celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème (2) » . Or ils nous ont 
enseigné ce qui n'est pas dans l'Évangile ni dans le concile des 
trois cent dix-huit Pères, ni surtout dans les actes du concile 
d'Éphèse qui anathématisa Nestorius et le dogme des deux na- 
tures. De plus, ceux qui se rassemblèrent à Chalcêdoine nous ont 
donné contre tout droit une nouvelle profession de foi, et par 
suite tombent sous l'anathème apostolique et sont maudits avec 
justice par tous les fidèles. Ce n'est pas de notre propre jugement 
que nous les anathématisons, mais c'est en suivant les canons 
apostoliques et les professions de foi des saints Pères que nous 
les déclarons transgresseurs et maudits. 



LX 



Un homme craignant Dieu de notre époque vit en songe tous 
les évoques réunis; l'apôtre saint Paul était au milieu d'eux 
et leur disait : Voici les préceptes que je vous ai donnés, 
voici les bornes que je vous ai posées, voici mes commande- 
ments; et après les avoir réprimandés il leur dit : Prenez et 

(1) A Nicée. 

(2) Gai., i, 8. 



372 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

lavez-vous la figure dans ce vase. — Il y avait au milieu d'eux 
un vase plein d'eau et quand ils se furent lavés, leur figure fut 
couverte de lèpre et l'Apôtre dit» Pas un de vous n'a été trouvé 
pur. 

LXI 

J'ai entendu dire qu'un saint avait grande familiarité avec 
l'impie Marcien, il le réprimanda au sujet du dogme des deux 
natures et lui dit spontanément et avec sainteté : Je suis près du 
Messie et l'ai accompagné en tout lieu, quand il faisait des pro- 
diges, guérissait, enseignait, était injurié, poursuivi, arrêté, fla- 
gellé etcrucifié, et quand il fut enterré, ressuscita, monta au ciel, 
et s'assit à la droite de son Père, j'étais partout avec lui et celui 
que j'ai vu enseigner, guérir les malades et ressusciter les morts 
était aussi celui qui souffrait, qui pleurait, avait faim et soif et 
supportait les autres souffrances, je n'en ai jamais vu deux en 
lui, un et un autre, mais c'était toujours le même qui opérait des 
prodiges et souffrait, et le Verbe de Dieu incarné n'a qu'une na- 
ture. L'impie Marcien fut interdit et couvert de honte et le laissa 
en paix. 

LXII 

Un autre serviteur du Messie nommé Jean (^><^^o^> ^u-qj), l'un 
des fidèles d'Alexandrie (1), discutait avec son comte qui était 
nestorien et noyé dans le dogme des deux natures (2). Il lui dit : 
Tu crois que la sainte Vierge est mère de Dieu. Et comme ce- 
lui-ci répondit : Je crois qu'elle est mère de Dieu et mère du 
Messie, il répondit : En a-t-elle donc engendré deux ou un? — 
Et l'autre ainsi pressé eut la bouche fermée et tous les voisins 
dans leur admiration louèrent Dieu qui avait donné tant de sa- 
gesse à son serviteur pour la vérité. 

LXIII 

Le père Jean, évêque appelé u^o.?; et archimandrite d'un 
monastère d'Egypte, homme saint et prudent, disait au sujet 

(1) Cf. supra cli. xxxvi. 

(2) Ce chapitre, comme le précédent et bien d'autres, prouve ce que j'ai annoncé, 
à savoir que pour les Jacobites nature signifie personne. 



PLÉROPHORIES. 373 

du concile de Chalcédoine : C'est la parole dite par les Juifs 
au Messie : Pourquoi toi, qui es homme, te fais-tu Dieu, en 
te comparant à Dieu? 

LX1V 

En Pamphilie, un séculier, nommé Marcianus, orthodoxe 
zélé, réprimanda publiquement son évêque au sujet de la foi 
qu'il enseignait mal. Il fut saisi par le gouverneur (\~>^u) et fut 
frappé sur le dos et le ventre au point d'être laissé pour mort. 
On le conduisit ainsi à sa maison, croyant qu'il allait mourir. 
Le jour suivant il était complètement guéri. Il raconta aux fi- 
dèles : Je vis un homme vêtu d'habits blancs qui se tenait à 
ma droite et depuis lors je ne sentis plus les coups, ils me 
touchaient comme du papier. Un homme qui avait un mal 
cruel et n'avait pu le guérir depuis plusieurs années le lava 
avec le sang qui coulait du corps de ce fidèle, il prit ce sang 
avec foi et fut aussitôt guéri de son mal. 



LXV 



Au temps où notre vénérable Père, le Père Pierre, était évê- 
que et demeurait dans son église de Maiouma, le Père Isaïe, le 
solitaire, eut dans sa cellule la vision suivante : Il vit au milieu de 
la terre habitée un tas d'ordures, large et élevé, qui en couvrait 
la plus grande partie, et mettait les gens en fuite par sa puan- 
teur. Un ange portant une pelle descendit du ciel, et dit au Père 
Pierre, évêque : Prends-moi cette pelle et débarrasse la terre de 
ces ordures, car tu es chargé de l'en purifier. Le saint s'excu- 
sait en disant : Je ne puis pas faire cela, c'est au-dessus de ma 
force et c'est même complètement au-dessus des forces hu- 
maines, mais l'ange continua à le presser jusqu'à ce qu'il eût 
pris la pelle en main pour purifier la terre. 

Après cette vision, le Père Isaïe quitta sa cellule dès l'aube et 
vint trouver le bienheureux à Maiouma. (juand ils se furent 
salués, il lui raconta sa vision, puis retourna à sa cellule. Quant 
à la signification de ce songe, la sagesse de Dieu, qui sait tout, 
la connaît seule, et le temps futur devait la montrer. 



374 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 



LXV(ôw) 

Le bienheureux Timothée, archevêque d'Alexandrie et 
confesseur, raconta ce qu'il vit au Père Jean qui lui fut envoyé, 
quand il était en Chersonèse (1), par les Pères orthodoxes de 
Palestine et par notre Père l'évêque Pierre, (2) pour le visiter 
et le consoler : quand on rassembla le concile de Chalcédoine, 
je vis en songe une grande assemblée clans l'église d'Alexandrie, 
et quand je m'approchai pour recevoir la communion (jju»oa), 
je trouvai que le pain était noir et le vin changé en vinaigre, 
cela annonçait la trahison qui devait avoir lieu, par la permis- 
sion divine, dans les églises. 

LXVI 

L'archevêque Timothée raconta encore au même : Lorsque 
le bienheureux Dioscore devait se rendre au concile, j'eus la 
vision suivante : je vis le bienheureux Dioscore entrer à l'église 
de Saint-Jean-Baptiste pour lui demander de revenir sain et 
sauf, et lui faire une prière. Après la prière, il alla s'asseoir sur 
les degrés, selon sa coutume, et quand il se fut assis, tout le 
clergé s'éloigna et l'abandonna; je restai seul avec lui, et tandis 
que j'y étais, voici qu'un grand loup furieux accourut et se jeta 
sur saint Dioscore, il le prit par derrière et le mordit, mais 
comme il n'avait pas de dents, il ne lui fit aucun mal. Un soldat 
arriva alors, et tua ce loup féroce, qui n'est autre évidemment 
que Protérius (3). 

LXVII 

L'archevêque Timothée raconta encore au même : Je vis, à la 
même époque, un cheval sauvage et indompté qui grattait du 

(1) Timothée fut d'abord exilé à Gangra, puis de là en Chersonèse, cf. Land, III. 

I. IV, eh. xi. Cf. supra, ch. xxvi. 

(2) Pierre avait contribué au sacre de Timothée, cf. Land, III, p. 135, 1. 15. 

(3) Protérius est aussi appelé un loup chez Land, t. III, p. 124, 1. 13. Il fut 
tué par les soldats romains, c'est-à-dire grecs. {Ibidem, p. 136. Cf. Évagrius, H.E.. 

II, ch. vin.) 



PLEROPHORIES. 375 

pied et effrayait le monde. Tous le fuyaient, j'eus seul le cou- 
rage d'aller au-devant; je le vainquis avec l'aide de Dieu, le 
liai, l'enfermai dans une cellule et depuis lors il ne reparut pas. 
Il s'agissait là de l'impie Marcien et de sa mort sous la colère 
divine. 

LXVIII 

Il raconta encore une autre vision que Protérius lui-même 
interpréta au temps où il était clerc avec lui : Je vis , dit-il, un 
tyran qui entraitdans l'église et combattait avec tout le monde, 
il frappait ceux-ci, poursuivait ceux-là et tuait ou accablait d'in- 
jures ceux qui restaient. Je fus saisi d'indignation et ne suppor- 
tais pas cette fureur et cette guerre. Fortifié par le Seigneur, je 
pris confiance, luttai avec lui et clans mon indignation le chas- 
sai de l'église. Le jour suivant, je racontai cette vision aux clercs. 
Protérius qui était présent me répondit : Après saint Dios- 
core, un hérétique dirigera les Églises, tu le combattras et tu 
seras évêque à sa place. 

LXIX 

Le même Protérius en dit autant à une sainte femme de 
cette époque, lorsqu'on apprit à Alexandrie la déposition et 
l'exil du bienheureux Bioscore. Il dit que le successeur de Dios- 
core serait un antéchrist, aussi elle le lui reprocha en face, et, en 
conséquence, souffrit beaucoup de lui et reçut la couronne des 
confesseurs. 

LXX 

Le bienheureux Évagrius mon frère, qui avait adhéré aux évè- 
ques, sortit de Beyrouth avec Zacharie (1), Antale et Philippe 
pour renoncer au monde; il vint à Tyr, auprès du Père Élie, 
prêtre, et y fut converti à la foi orthodoxe. La veille du jour où 
il devait anathématiser le concile de Chalcédoine et s'attacher 
à Elie, il vit durant la nuit un homme vêtu d'habits sordides qui 
avait un ulcère ancien et purulent. Il le nettoya et fut guéri. Et 

(1) Cf. cli. xii et LXXIII. 



376 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

le lendemain, comme je l'ai dit, il anathématisa le concile. Il se 
souvint alors de son rêve, l'ulcère purulent représentait la pour- 
riture de ceux des deux natures. 



LXXI 

Le Frère Anastase, moine û'Édesse (1), qui était scolastique, 
eut aussi une vision miraculeuse. Il était alors à Beyrouth du 
parti des renégats quand il vit un saint vieillard qui lui dit : Si tu 
veux être sauvé, prends un cheval, cours près de l'évêque Pierre 
l'Ibérien, tu en recevras la vérité et tu seras sauvé. Aussitôt il 
abandonna tout et vint près de notre Père qui était alors i r ;oD^ 
près du Père Grégoire. Il lui raconta sa vision et les autres, plus 
nombreuses, qu'il avait eues à Antioche, et qui lui annonçaient 
par avance qu'il devait quitter le monde et l'abandonner complè- 
tement. Il le persuada, fut reçu par lui et instruit dans la vraie 
foi, puis il anathématisa le concile de Chalcédoine, fut moine près 
de lui et abandonna le monde. 

Il nous racontait : Au moment où j'allais me joindre aux ortho- 
doxes, la nuit précédente, je me vis comme un nouveau baptisé, 
revêtu d'un habit brillant, et beaucoup, portant des cierges, 
marchaient devant moi. J'étais perplexe et me demandai ce qui 
m'arrivait là, puisque j'avais été baptisé une fois dans mon en- 
fance. Je vis alors le même veillard qui m'était apparu à 
Beyrouth, il me dit : Ne crains pas et ne sois pas perplexe, car 
ce n'est pas un second baptême, mais tous les orthodoxes sont 
honorés de cette lumière, de cette gloire et de cette clarté. 

LXXII 

L'ami du Messie Caius( v a4^) eut une vision semblable. C'était 
un prince de Sébaste en Palestine où est conservé le corps 
de saint Jean-Baptiste (2). Il rencontra le bienheureux évê- 
que Pierre, fut instruit par lui et en reçut la perfection de la foi 
orthodoxe. Au moment où il allait anathématiser le concile de 



(1) Il est mentionné dans la Vie de Sévère, p. 25, 1. 34, et cette vision y est ra- 
contée, p. 22, 1. 10-15. 

(2) Cf. ch. xxix. 



PLÉROPHÔRIES. 377 

Chalcédoine et se joindre aux saints, il sévit en songe revêtu 
d'habits blancs et beaucoup marchaient devant lui avec des 
lampes et des cierges, comme devant un baptisé. Aussi c'est 
avec conviction qu'il quitta les schismatiques et il devint or- 
thodoxe zélé. 

LXXIII 

Le scolastique Zacharie, celui de Maiouma, était orthodoxe 
et très zélé, il connaissait très bien les dogmes, de sorte qu'il 
pouvait instruire les autres. Au temps où il était à Beyrouth, 
il lui sembla qu'il se trouvait dans l'Église des partisans du 
concile où le peuple était assemblé, et les diacres qui don- 
naient la coupe, ne la proclamaient pas sainte et mystérieuse, 
mais bien méprisable et indigne de respect. Il était plein d'é- 
motion et d'effroi quand il lui sembla voir le Père Isaïe, Père 
des moines, qu'il connaissait, car il l'avait vu très souvent, 
qui lui dit : Fuis l'Église de ces partisans de quatre dieux 
et sépare-toi d'eux (1). 

LXXIV 

Un prêtre d'Alexandrie nommé v c^ 3 o)l (ou V am-*>|L), homme 
remarquable par sa pureté et sa vie cénobitique, nous raconta 
ce qui suit : Au temps où ^o^m^ dirigeait l'Église d'Alexan- 
drie (2), j'étais diacre de l'Église de Rinocoroura (i*y+ur) (3) ; j'é- 
tais chargé du trésor et du soin des vases sacrés; je demeurai 

(1) Ce Zacharie, de Maiouma, appelé le Scolastique, qui a été à Beyrouth, qui a 
grand zèle et qui connaît Isaïe, semble bien être le Zacharie, auteur de la Vie de 
Sévère d'Antioche publiée par Spanuth, et de la Vie d'Isaïe publiée par M. Land., 
t. III, p. 346. Ilpeutaussi avoir écrit l'histoire publiée chez M. Land (III, livres 3à7) 
car les nombreux parallélismes signalés entre l'écrit de Jean de Maiouma et 
l'histoire de Zacharie publiée chez M. Land nous sont un nouveau motif pour affir- 
mer que l'auteur de ce dernier ouvrage a dû vivre à Maiouma avec les familiers 
survivants de Pierre libérien. Cf. page 37, note 2 : l'auteur de la Vie de Sévère, 
qui est né du reste à Maiouma, montre qu'il connaissait et estimait Jean, notre 
auteur. 

(2) S'il s'agit de l'archevêque, ce doit être Timothée U**9 4>o;ê*> (Solofaciolus), 
qui succéda à Protérius et fut seul archevêque d'Alexandrie durant l'exil de Ti- 
mothée Elure, Land, III, p. 145. 

(3j Voir le chapitre suivant. 



378 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

donc et couchai, par nécessité, clans l'église. L'évêque de cette ville 
avait été chassé comme hérétique par les habitants, il alla près 
de .fl^so.*sjia> et voulut revenir occuper son église. J'étais diacre, 
comme je l'ai dit, je songeai à attendre son arrivée pour lui 
remettre d'abord tous les vases sacrés, puis à fuir le démon 
et la calomnie. Durant la nuit, tandis que je dormais à la 
sacristie, je vis une grande foule de saints habillés d'habits 
blancs; la sainte Mère de Dieu était au milieu d'eux et sem- 
blait s'éloigner; elle était assise sur une ànesse richement 
harnachée; comme les saints, marchant devant elle, lui disaient 
de se hâter, et qu'elle allait passer, elle me vit du haut de son 
ànesse, s'arrêta et me dit : Va-t'en d'ici, et ne demeure pas 
plus longtemps. 

Et celui-là, qui fut ordonné prêtre, vint à Alexandrie, où il 
plut beaucoup aux Pères orthodoxes. Quand le saint évêque 
Timothée revint, il fut en grande faveur auprès de lui, car 
c'était un homme excellent, orthodoxe et orné de toutes les 
perfections, il brilla jusqu'à la fin dans la foi, et durant la 
vie du bienheureux Timothée et après sa mort; jusqu'à son 
dernier soupir, il rassemblait le peuple et le confirmait dans 
la foi. 

LXXV 

Le même nous racontait : Au temps où l'évêque hérétique 
dont je viens de parler devait venir à Rinocoroura i;o^i;-i\, tous 
les clercs orthodoxes de cette ville et moi nous songeâmes à 
partir avant son arrivée. Un habitant de la ville, qui avait 
un nourrisson non baptisé, demandait qu'il lut baptisé par des 
orthodoxes avant que l'évêque n'arrivât et ne voulût le faire. 
Quand il eut reçu le baptême, le nourrisson cria : Arrêtez, 
arrêtez cette colombe qui vole et qui s'enfuit. C'était le Saint- 
Esprit qui apparaissait sous la forme d'une colombe et mon- 
trait qu'après le triomphe des hérétiques il partait et aban- 
donnait les églises. 

LXXVI 

Notre Père nous racontait le fait suivant : Quand nous de- 



PLÉR0PH0RIES, 379 

meurions dans la ville (?) cYlamnias (^.lao.t. u<****) au temps 
où Protérvus était à Alexandrie, j'avais pour ami un clerc 
que j'avais cru d'abord orthodoxe et zélé, mais qui adhéra 
à la fin à Proterius et devint économe et gérant des affaires de 
l'Église, emporté par sa grande fantaisie. Un jour que j'allai 
voir un saint et que je me hâtai, je le rencontrai dans un 
passage étroit de la ville. Quand je le vis, je voulus me dé- 
tourner, mais il n'y avait pas assez de place; je tournai 
donc mon visage du côté de la muraille. Quand il m'aperçut 
et me reconnut, il vint me souhaiter le bonjour, et moi je ré- 
pondis en hâte à son salut en lui disant : Sois béni. Il me dit : 
Pourquoi me fuis-tu? Ne suis-je pas ton ami? Quel péché ai-je 
commis pour que tu t'éloignes de moi? Je lui répondis seu- 
lement : Tu sais bien ce que tu as fait, et je passai. Cette même 
nuit, je vis une grande plaine remplie d'une lumière et d'une 
gloire célestes et occupée par une foule de saints et par les 
cohortes des anges. Tous louaient Dieu et le Seigneur était 
au milieu d'eux. Quand je le vis, je courus à lui et me hâtai 
pour l'adorer; je songeai alors à la grande intimité et à 
la confiance que j'avais envers lui. Quand il me vit de loin 
venir à lui, devant tous les saints il détourna son visage avec 
tristesse et indignation. Tous les saints s'étonnaient, mais je 
compris aussitôt que la cause de cet événement était la réponse 
que j'avais faite au renégat. Je me prosternai avec larmes et 
lui dis : Seigneur, aie pitié de moi, tu connais les cœurs et tu 
sais que ce n'est pas de tout cœur et par ma volonté que j'ai 
fait cela, mais bien dans ma hâte et mon trouble. Tous les 
saints intercédèrent pour moi et enfin à grand'peine il con- 
sentit à me recevoir (1). 



LXXV1I 

Notre Père nous racontait encore l'histoire suivante au sujet 
du scolastique Sérapion, homme fidèle zélé pour l'orthodoxie. 
Il aimait les saints et était lepremier des scolastiques d'Alexan- 

(1) Ce trait du caractère de Pierre est très intéressant; il se repent d'avoir été 
froid envers un renégat. Cette douceur de caractère le distingue dos moines, ses 
voisins. 



380 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

drie au temps de Protérius. Il consolait les saints persécu- 
tés en tous lieux et les secourait du fruit de son travail. Aussi 
il fut favorisé par Dieu de la vision suivante : 

Les grands d' Alexandrie, pour la satisfaction de Protérius 
chassaient alors les clercs orthodoxes et les moines de la ville 
et de tous les monastères situés autour. Les saints n'osaient 
pas se montrer ni consacrer la communion pour les fidèles 
en la fête du Seigneur universellement célébrée (je veux 
dire) le jour de Pâques. Le scolastique Sérapion, dont nous 
avons parlé, caché dans sa maison à cause des renégats, était 
dans l'angoisse et la douleur de se voir privé de communion 
un jour comme celui-là. Quand arriva l'heure de la nuit 
sainte où la foule des fidèles a coutume de se rassembler, 
il descendit clans sa cour sous le ciel, se jeta à genoux, pria 
avec larmes et supplia Dieu les mains étendues vers le ciel. 
Quand il eut terminé sa prière, il ferma les mains et y trouva 
une portion du corps du Seigneur (ujipo i^^ i^*.). Il la prit 
et fut ainsi fortifié et confirmé dans la foi. Il fut même jugé 
digne d'être envoyé enchaîné à Marcien sur Tordre de Pro- 
térius et de recevoir la couronne des confesseurs. Ce fut 
surtout à Constantiiwple qu'il fut favorisé de la grâce et 
de la protection de Notre-Seigneur, car il parut si modeste 
à l'empereur qu'il fut mis en liberté et put demeurer en paix 
à Constantinople et prendre rang parmi les scolastiques de 
cette ville dont il devint le premier. C'est là qu'il mourut. 

LXXVIII 

Des scolastiques orthodoxes (X Alexandrie qui étudiaient à 
Beyrouth, allèrent un jour, avec d'autres, près d'un stylite qui 
habitait un village à côté de cette ville. Ce stylite apprit par d'au- 
tres qu'ils ne communiaient pas à l'église ni avec les évoques, 
il leur demanda, tout en colère : Où communiez-vous, puisque 
vous êtes étrangers! Us répondirent avec confiance : Nous avons 
la communion de nos saints Pères orthodoxes et nous en pre- 
nons. Il leur dit : Comment se fait-il que vous qui êtes sécu- 
liers, ayez l'audace de prendre la communion? Ils répondirent : 
Nos Pères, qui sont de vrais clercs orthodoxes, nous conseillèrent 



PLÉROPHORIES. 381 

fortement de faire ainsi et dirent que c'était permis et conve- 
nable. — Rentrés à Beyrouth et quand vint le dimanche, l'un 
d'eux, se rappelant les paroles du stylite, hésitait à prendre de 
lui-même la sainte communion, enfin il s'approcha avec foi, la 
prit, et trouva alors dans sa main un caillot de sang. Ce scolasti- 
tique qui, à la fin, devint moine, nous raconta lui-même ce pro- 
dige (1). 

LXXIX 

Le bienheureux Etienne, prêtre (2), qui avait été archidiacre à 
Jérusalem, orthodoxe zélé, avait une sainte sœur qui durant les 
jours bénis du carême sortait tous les samedis (durant toute 
l'année elle jeûnait) et allait veiller à l'église de Saint-Étienne 
et de Saint- Jean-Baptiste. Elle en arriva un tel degré de per- 
fection et de pureté qu'elle vit face à face saint Etienne et saint 
Jean. Ils venaient près d'elle, lui parlaient et labénissaient. Après 
le concile de Chalcédoine, elle se demanda si elle devait encore, 
selon son habitude, se rendre à l'église et prier avec les oppres- 
seurs et surtout avec le renégat Juvénal qui dirigeait alors 
l'Église. Elle souffrait surtout de devoir se séparer de la com- 
pagnie des saints. Alors saint Etienne lui apparut et lui dit: Va, 
demeure dans ta cellule et tu ne perdras pas ton héritage. Ne 
souffres pas d'être séparée de nous, car où tu seras, nous serons 
et nous demeurerons avec toi. 



LXXX 

Une femme orthodoxe de Pamphilie renonça au monde avec 
ses filles, vint à Jérusalem et trouva le repos sur le mont des 
Oliviers (3). Un jour qu'elle allait adorer au saint lieu de l'As- 

(1) Cf. fchap. xxxvni. Cette dernière histoire semble montrer que la pratique 
de prendre la communion longtemps d'avance touchait à sa fin. De plus, ce chapi- 
tre, le précédent et le chapitre x présupposent la croyance à la présence réelle. 

(2) r(. en. Linn. 

(3j Sur le mont des Oliviers, près de L'église de l'Ascension, (^oaxa*3 ; , noble Ro- 
main, avec sa femme Mélanie et sa mère Albina avaient fondé deux monastères, 
l'un pour les hommes et l'autre pour les femmes. C'est là qu'habita d'abord 
Pierre L'Ibérien quand il arriva à Jérusalem. (Peirus der Iberer, p. 27-28.) 



382 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

cension, il se trouva qu'il y avait là un office et les portes furent 
fermées sans qu'elle s'en aperçût. Comme elle ne pouvait sortir, 
elle se cacha derrière un pilier jusqu'à la fin de l'office et retourna 
à sa cellule près de ses filles. A la fin, comme elle souffrait 
delà maladie dont elle devait mourir, et comme elle était proche 
de sa fin, elle cria et dit : Voyez quelle inculpation on me jette 
à cette heure. On me dit : Comment espères-tu être justifiée et 
avoir place parmi les orthodoxes, toi qui durant une assemblée 
de ces renégats, as voulu demeurer et voir ce qu'il n'était pas 
permis de voir et qui caractérise leurs semblables? — Cela nous 
fut raconté par son fils, nommé Théodulè : qui était orthodoxe 
et devint diacre. 

LXXXI 

Elle racontait encore qu'elle se vit s'approcher du trône de 
Dieu pour être jugée. Elle entendit alors une voix qui venait de 
ce trône : Confesses-tu que le Verbe de Dieu est né de la sainte 
Vierge Marie mère de Dieu? Confesses-tu que le fils de Dieu 
â été crucifié et a souffert pour nous? Et après sa profession de 
foi elle fut reçue et admise à adorer l'humanité (du Verbe). 

LXXXII 

A Alfa le (i^è~^>) de Pamphilie, la supérieure d'un couvent de 
sœurs orthodoxes s'appelait Zouta (h>°>). Elle était fidèle et pure 
dans sa conduite et dans ses pensées et vivait dans un grand as- 
cétisme. Tandis qu'elle était dans la stupeur après l'annulation 
de l'encyclique, elle se vit transportée au paradis : au milieu était 
l'arbre de vie, des abeilles volaient tout autour et voulaient goûter 
à l'arbre de vie, mais on ne le leur permettait pas, elles étaient 
chassées par un diacre revêtu d'habits blancs qui se tenait près 
de l'arbre et les chassait avec son étole (oj»oj). Elle demanda 
pourquoi il les chassait et il répondit : Parce que celles-là, après 
l'annulation de l'encyclique, adhérèrent au concile de Chalcédoine. 
— Un jour que l'évêque à'Attale, Claudien, vint la voir, et qu'elle 
lui reprochait d'avoir signé ce qu'on appelle l'antiencyclique (1), 

(1) Sur l'antiencyclique donnée par Zenon, cf. Land, t. III, I. V, ch. v. Cf. supra 
ch. vu et lix. 



PLÉROPHORIES. 383 

il s'excusa en disant : Je l'ai signée de la main et pas de l'esprit ni 
du cœur. Elle lui répondit : Comment la main peut-elle se mou- 
voir si l'esprit ne l'a pas voulu auparavant et ne Ta pas mise 
en mouvement; de même qu'un mort ne peut se mouvoir, de 
même la main sans Fàme. 

LXXXIII 

Le Père Léontius, ermite de Lyeie et célèbre en tous lieux, 
eut une vision au moment où Ton allait publier l'antiencyclique 
et renverser l'encyclique orthodoxe. Il vit l'autel de l'église ren- 
versé et les choses saintes à terre, aussi il disait à tout le monde : 
Je n'adhérerai jamais à l'Église des partisans de quatre Dieux. 



LXXXIV 

Un autre saint à la même époque vit l'Église changée en une 
étable dans laquelle étaient toutes sortes de brutes animaux et 
beaucoup de pourriture. 

LXXXV 

Le bienheureux Épictète, prieur d'un grand monastère or- 
thodoxe en Pamphilié, eut aussi une vision que nous raconta 
l'évêque Épiphane (1) qui fut son disciple et la tenait de lui- 
même. Il vit .4 mph iloque, évêque de Saïda (\^) , qui passait pour 
miséricordieux et orthodoxe et dont les actes n'étaient pas blâma- 
bles, mais qui avait souscrit la lettre de Léon et les actes du con- 
cile de Chalcédoine, il vit donc cet évêque avec Épiphane, évêque 
de Perge, enfoncés tous deux dans la boue jusqu'au cou. Le Père 
Épictète tout en pleurs demanda à Amphiloque : Comment te 
trouves-tu dans cette boue, toi qui as toujours brillé par la perfec- 
tion de la vie? Il me répondit : Tout ce qui est bon vient de Dieu 
et le mal vient de nous, je souffre tout cela, seigneur Père, à 
cause du concile de Chalcédoine auquel j'ai souscrit. 

(1) Cf. cb. XLIV. 



384 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 



LXXXVI 

Il y avait à Alexandrie une femme vénérable et digne de 
louanges, nommée p^«>ibs^j (chez Michel ©nà*oi*s^). Après le re- 
jet de l'encyclique elle se demandait ce qu'elle devait faire pour 
être sanctifiée. Elle supplia le Seigneur de lui donner un 
témoignage et elle fut exaucée à cause de sa grande pureté. Elle 
vit une église spacieuse qui contenait deux autels, l'un était grand , 
mais sombre et nu, et un évêque qui avait adhéré au concile de 
Chalcédoine et qu'elle connaissait y officiait; l'autre à droite 
était petit, mais il resplendissait, orné qu'il était d'or et de 
pierres précieuses, et un petit enfant y officiait; c'était le Sei- 
gneur qui lui dit : Viens communier ici. — Elle fut ainsi con- 
vaincue, loua Dieu, refusa la communion de ceux des deux 
natures et demeura orthodoxe sincère et illustre par sa vie et 
par sa foi. 

LXXXVII 

Dans le monastère du Père Romanus (pl*>oî, chez Michel 
accuse») ( 1 ) se trouvaient deux frères de Péiuse, des premiers de la 
ville; ils se nommaient Jean et Timothée et avaient renoncé au 
monde du vivant du bienheureux Romanus, de sorte qu'ils avaient 
reçu de lui, peut-on dire, l'habit monacal. Longtemps après la 
mort du Père Romanus, Timothée, l'un d'eux, tomba dans une 
grave maladie, et, après sa mort, les frères le prirent, selon la cou- 
tume, le lavèrent et le placèrent sur un siège. Quand ils allaient 
l'enterrer, il se leva brusquement et s'assit, au grand étonnement 
et à la grande stupeur de tous. Beaucoup de moines accouru- 
rent avec celui qui dirigeait alors le monastère et ils lui de- 
mandèrent s'il était mort enréalité et comment après sa mort 
il avait pu ressusciter. Il leur répondit : En vérité j'étais mort 
et avais été conduit au lieu du jugement et de la justice, je 
passais en jugement. A ces mots il pleura amèrement et cria 
avec gémissements : sincérité, ô sincérité, ô sincérité, 

(1) Cf. cli. x et xxv. 



PLÉROPHORIES. 385 

vous m'êtes tous témoins que j'ai toujours eu souci, quand 
j'étais avec vous, de ne scandaliser aucun des frères et que 
j'ai été fidèle en tout. Ce n'est cependant pas cela qui m'aurait 
fait trouver miséricorde et aide à cette dernière heure et m'au- 
rait arraché au supplice, mais c'est d'avoir conservé sans ta- 
che la foi orthodoxe, et de m'être éloigné depuis mon enfance 
jusqu'à cette heure de tout rapport avec les renégats de Chalcé- 
doine. 



LXXXVIII 

Dans Antioche la grande arriva le fait suivant que j'ai vu. 
Comme j'y ai été mêlé, j'ai cru nécessaire de l'ajouter à ce 
qui précède pour augmenter la foi de beaucoup : 

Il y a dans cette ville un palais impérial, qui ne le cède en 
rien, disent ceux qui l'ont vu, ni en beauté, ni en grandeur, ni 
en tout genre de perfection, à ceux de Borne et de Constantï- 
nople. A cette époque il était fermé, parce qu'il ne servait pas, 
on le gardait pour le cas où l'empereur viendrait dans cette 
ville. Près de la grande porte, qui était déserte et fermée comme 
je l'ai dit, un homme du peuple vêtu d'un habit sombre vint 
habiter. Il se fabriqua sous la porte une petite tente, et y ha- 
bita été et hiver dans le froid et la nudité, car il n'avait qu'une 
tunique. Il demeura là en paix sans prononcer un mot, car il 
demeura seul pendant de longues années et priait dans les gé- 
missements et les larmes. 

Il n'acceptait jamais rien de personne, ni or, ni argent, ni ai- 
rain, mais un foulon son voisin, qui avait là son atelier, lui por- 
tait le soir un peu de pain avec un plat d'herbes ou de légumes 
et de l'eau. Il prenait ce qui lui était nécessaire et donnait le 
reste aux pauvres qui avaient coutume de venir près de lui. Il 
servait ainsi d'exemple au monde (1). 

Lorsque j'en entendis parler, je voulus aller le voir, je crai- 
gnais de fatiguer ce vieillard et de l'ennuyer par ma visite. Ce- 
pendant j'allai le voir après avoir invoqué le Seigneur. Quand 

(1) Cette introduction est très caractéristique, on nourrissait alors des solitai- 
res, sur dos colonnes (les stylites) ou dans des réduits, connue nous élevons des 
oiseaux dans les cages. 

ORIENT CIIUÉTIEN. 2G 



386 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

il me vit, il me reçut avec plaisir et me regarda d'un visage 
joyeux. Je trouvai un homme arrivé au milieu de la vieillesse 
et débile. Sa figure était sèche et émaciéepar le deuil, les larmes 
et la solitude. Comme je trouvai grâce près de lui, je lui deman- 
dai : Puisque tu aimes la vie solitaire, pourquoi ne la professes - 
tu pas dans le désert ou dans un monastère, au lieu de le faire 
dans une ville comme celle-ci, splendide et bien ornée, et d'ha- 
biter une place publique et un endroit qui ne convient pas? — Il 
leva silencieusement la main droite vers le ciel, me montrant 
par ce signe que Dieu le lui avait ainsi ordonné. Je lui deman- 
dai : Pourquoi pleures-tu? Il ne me répondit pas. J'osai lui dire 
encore : J'ai pensé que la fin approchait et que tu nous avais 
été envoyé en témoignage pour l'annoncer au monde en ce 
lieu. — Il ne me répondit que par des larmes. 

Depuis lors j'allai le voir souvent pour me rendre compte de 
sa perfection et m'édifier à sa vue quand j'en avais le désir. 
Il était orthodoxe et zélé pour la foi ; il blessait beaucoup les 
Nestoriens, car à leur vue il détournait son visage, aussi il fut 
brisé de coups par eux, comme je l'appris après mon départ, 
et, affaibli par ces coups, il mourut en confesseur. 

LXXXIX 

A cette époque, il y avait à Qennesrin un évêque nommé 
Nouno. Il était moine depuis son enfance et avait été solitaire 
pendant longtemps dans le grand et célèbre monastère appelé 
de Aba Aqiba qui est près de la ville (1). Il devint à la fin chef 
et supérieur de ce monastère. Au temps de l'évêque nestorien 
Martyrius, qui fut chassé cV Antioche à cause de son hérésie évi- 
dente, il y eut de nombreux conflits, et l'évêque Nouno dont 
nous avons parlé se montra très zélé. Il était alors chef du 
monastère et conduisit ses frères à Antioche, où ils aidèrent 
puissamment les orthodoxes, jusqu'à l'expulsion de l'hérétique 
Martyrius (2) ; aussi pour le récompenser de son zèle et de sa 
diligence, Pierre, qui était évêque orthodoxe d'Antioche au temps 

(1) On plaçait à tort près de Qennesrin, entre Alep et Antioche, le monastère de 
Bar Aphtonius (cf. Bar Ilebreus, C. E., I. 259-263). Ce dernier monastère, comme 
le dit B. II.. «'tait situé sur l'Euphrate. 

(2) Cf. Bar Hebreus, Chronicon Ecclesiasticum, I, 184. 



PLÉROPHORIES. ' 387 

de l'encyclique (1). le sacra évêque de Qennesrin. Comme il 
m'aimait beaucoup, nous étions familiers, et il m'entendit par- 
ler du saint vieillard dont il est question ci-dessus, qui demeu- 
rait près du palais. Quand il sut que je le connaissais, il me de- 
manda de le conduire pour qu'il fit sa connaissance. En route, 
je dis à l'évêque de m'attendre un peu et que j'allais le précé- 
der pour voir si le vieillard n'était pas en prières et si nous ne 
le dérangerions pas, et pour lui annoncer un zélé visiteur. En 
arrivant, je le trouvai en prières : j'attendis qu'il eût fini et en- 
trai; mais tandis que je lui parlai, l'évêque Nouno, trouvant le 
temps long, s'approcha et frappa au dehors pour entrer. Quand 
je l'entendis, je dis au vieillard : Voici celui dont j'ai parlé à ta 
sainteté ; — je me levai et allai au-devant de l'évêque. Dès qu'il 
entra, le vieillard le regarda au visage et fut rempli de colère, 
puis lui souffla plusieurs fois à la figure, de sorte que l'évêque 
en était plein de trouble et de honte. Je demandai au vieillard 
et le suppliai de ne pas faire cela, je lui dis que c'était un évê- 
que zélé qui avait beaucoup travaillé pour l'orthodoxie. Mais le 
vieillard soufflant toujours étendait les mains, et se rapprochait 
avec un air de menace. Il montrait une grande colère et disait : 
« Celui-là, celui-là », au point que j'emmenai l'évêque et sortis, 
plein de honte, pour ne pas exciter davantage le vieillard. 
Après cette aventure j'étais perplexe et me demandai pour quel 
motif le vieillard avait été si excité contre Nouno et ce qu'il 
avait donc vu en lui. 

La suite des événements me fit connaître ce motif, car cet 
évêque qui avait été zélé et ascète et qui passait pour un cham- 
pion de l'orthodoxie, abandonna la foi au temps de l'hérétique, 
de l'impie et du païen Calendion et se joignit à lui. Un grand 
deuil saisit tous les orthodoxes quand on le vit oser dire que le 
Messie est un homme qui revêt Dieu ou qui a été pri s (par Dieu) 
et que la sainte Vierge est la mère du Messie, puis co nfondre, mé- 
langer et doubler le Messie, et autres choses analogues que nos 
Pères orthodoxes rejetèrent ensuite (2). Elles avaient été dites en 

(1) Cf. ch. vu et lix et Bar Hébreus, loco citato. 

(2) La Vie de Sévère (page ->3) ajout»' quelques détails aux précédents sur notre 
auteur : après la mort de Pierre Libérien, on choisit pour l'autel Jean appelé 
Rufus, qui auparavant étudiait les lois à Beyrouth. Il fut appelé du lieu de ses 
études dans le clergé ÀCAnt ioche la grande, par le patriarche Pierre, qui l'ordonna 



388 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

toute simplicité par quelques-uns des saints Pères, non pour 
montrer la dualité du fils, des personnes du Messie ou de la na- 
ture, mais pour établir et confirmer qu'il y avait eu incarnation 
véritable et complète, comme nous l'apprenons par leurs nom- 
breux livres et écrits. Les Pères orthodoxes, comme je l'ai dit, 
rejetèrent ces locutions, parce que les hérétiques s'appuyaient 
sur elles pour dire qu'elles confirmaient complètement leurs er- 
reurs. Ainsi ils défendirent de dire « deux natures après l'union » 
et de dire simplement quand on donne la communion « le corps 
du Messie », mais bien « le corps du Verbe de Dieu », ou encore 
« le corps du Messie Verbe de Dieu et notre Sauveur », comme 
l'a enseigné le bienheureux Cyrille dans l'interprétation du cha- 
pitre onze et le bienheureux Timothée dans le mimré qu'il com- 
posa contre la lettre de Léon et le concile de Chalcédoine. 

Quelques-uns des clercs d'Antïùche, au temps où Martyrius 
gouvernait cette Église, eurent l'impiété, quand ils donnaient 
la communion, de dire cette simple parole « le corps du juste ». 
On peut leur adresser avec justice la parole suivante de l'Apô- 
tre (1) : « Si celui qui transgresse la loi de Moïse doit mourir sans 
miséricorde sur le témoignage de deux ou trois témoins, quelle 
dure punition ne devra pas recevoir celui qui méprise le fils de 
Dieu et se rend coupable du sang de son testament par lequel 
nous sommes tous sanctifiés, et humilie l'esprit de bonté »? C'est 
une belle parole et un beau témoignage pour toute la terre habitée 
que la parole de Dieu au saint Josué fils de Noun, qui succéda au 
grand Moïse dans sa charge et ses privilèges : Après ces grands 
prodiges sur la mer et dans le désert, après la'manne, après les 
nombreuses et grandes victoires, après le passage du Jourdain, 
après la prise de Jéricho et la chute de ses murs au cri du peuple 
et sa perte complète et sa malédiction, après tous ces prodiges, 
à cause du péché d'un seul homme qui transgressa l'ordre de 
Dieu et vola une partie du butin consacré, Dieu se fâcha contre 
tout le peuple, Israël fut vaincu par quelques combattants, beau- 
coup d'hommes furent tués, et tous étaient dans la crainte et le 
tremblement, de sorte que le peuple, y compris leur chef, le grand 

prêtre et avec lequel il demeura. Puis il alla en Palestine et professa le mona- 
chisme avec l'illustre Pierre. 11 avait vendu auparavant tout ce qu'il possédait à 
Ascalon, car il était de là, et en avait donné le prix aux pauvres. 
(1) Hebr., x, 28 et 29. 



PLÉROPHORIES. 389 

Josué, perdit tout espoir, car il est écrit : « Le cœur de tout le 
peuple vacilla et devint comme de l'eau (1). » Écoutez maintenant 
le récit de ce qui s'ensuivit, les Livres saints continuent : Josué 
déchira ses vêtements et se prosterna à terre jusqu'au soir avec 
les vieillards du peuple, ils répandirent de la poussière sur leur 
tête et Josué dit : « Pourquoi, Seigneur, ai-je fait passer le Jour- 
dain à ton peuple pour le livrer aux Âmôrrhéens qui nous fe- 
ront périr? Nous serions demeurés et aurions habité le long du 
Jourdain. Et voilà qu'Israël a tourné le dos devant son adver- 
saire ! quand le Chananéen et tous ceux qui habitent dans ce pays 
vont l'apprendre, ils nous entoureront et nous détruiront de la 
terre. Quelle tache pour ton nom ! » Le Seigneur répondit à Josué : 
« Lève-toi, pourquoi te prosternes-tu à terre, le peuple a péché 
et a transgressé le pacte que je vous avais donné. Il a volé et a 
conservé du butin que je m'étais réservé. Aussi les fils d'Israël 
ne peuvent plus résister à leurs ennemis, car ils sont maudits, 
je ne serai pas davantage avec eux s'ils ne retranchent la malé- 
diction du milieu d'eux. » 

Si donc le péché d'un seul qui transgressa l'ordre de Dieu oc- 
casionna une si grande colère contre tous les fils d'Israël, que di- 
rons-nous du concile de Chalcédoine où il y avait de nombreux 
évêques, et non seulement des évêques mais aussi des peuples en- 
tiers qui apostasièrent par leur entremise. Et ils n'allèrent pas 
seulement contre un simple commandement touchant une chose 
matérielle, mais ils renièrent la vraie foi en Dieu et en la religion, 
et furent anathèmes. Ils tombent aussi sous l'anathème du bien- 
heureux Apôtre et sous les canons des saints Pères et des conciles 
précédents, et ils ont attiré injustement sur toute la terre la colère 
de Dieu qui leur dit : Je ne serai pas davantage avec vous si 
vous ne supprimez pas la malédiction du milieu de vous. Et l'é- 
vénement l'a bien montré, car depuis lors l'empire romain a 
perdu ses forces et a pris fin dès qu'il fut le principe du mal et 
qu'il eut promulgué cette abomination qui est la lettre de Léon, et 
celle qui était maîtresse et impératrice de tout l'univers est mainte- 
nant esclave et sous la puissance des ennemis (2). C'est ce qu'a pré- 

(1) Josué, vu, 5. 

(2) C'est une allusion aux désastres éprouvés durant la guerre contre les Perses. 
Voir en particulier la chronique du pseudo-.losué le Stvlite. — Mais l'année des 
moines monophysites contribua beaucoup plus à l'affaiblissement de l'empire grec- 



390 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

dit Jérémie : Comment se trouve déserte la ville qui était pleine 
de peuple? — et encore : La dominatrice des pays a été soumise 
au tribut, toute beauté a été enlevée à la grande ville : couronne 
de gloire, joie de toute la terre, Jérusalem a fortement péché, 
aussi elle est livrée au tremblement. Dieu l'a appauvrie à cause 
du grand nombre de ses iniquités et de l'anathème qui pèse sur 
elle (1). — La prophétie suivante dlsaïe ressemble aussi à celle 
de Jérémie : Comment est devenue adultère la ville fidèle deSion 
qui était remplie de jugement et où habitait la justice? mainte- 
nant on n'y trouve que des assassins et des menteurs (2). — En 
un autre endroit il dit à leur sujet : Malheur, malheur aux fils 
rebelles, vous avez tenu conseil, et non entre mes mains, vous 
avez fait alliance et non avec mon esprit (3). — La lettre de Léon 
est comme un réservoir d'impiétés et de blasphèmes, aussi 
peut-on maintenant leur dire avec justice au nom de Dieu : Je 
ne serai pas davantage avec vous, parce que l'anathème existe 
au milieu de vous. — Les fils d'Israël n'ont pu résister à leurs en- 
nemis tant qu'on n'a pas supprimé l'anathème du milieu d'eux, 
craignons donc que la prévarication qui eut lieu au concile de 
Chalcédoine n'accomplisse une prophétie de l'Apôtre et que ce ne 
soit là cette rébellion qui doit précéder l'arrivée de l'Antéchrist, 
et dont a parlé le vénérable et invincible champion de la vraie foi, 
Timothée, colonne et gardien de l'orthodoxie, archevêque d'A- 
lexandrie (4). Il dit, en effet, inspiré par l'esprit de Dieu : La pu- 
nition qui réalise la parole de l'Apôtre est cet affaiblissement de 
l'Empire romain qui n'avait pas eu lieu depuis le commen- 
cement jusque maintenant. 

Car il a commis un grand péché en promulguant cette ini- 
quité contre Dieu et cette source d'impiété qui est la lettre de 
Léon, comme nous le voyons et l'éprouvons maintenant. Voici 
la prophétie de l'Apôtre dans la seconde lettre aux Thessaloni- 



comme je l'ai insinué dans la préface, que cette fameuse lettre de Léon. — An 
lieu de disposer à sa fantaisie des desseins de la Providence et des causes pre- 
mières, Jean aurait dû étudier les causes secondes. 

(1) Lament., i, 1 et 5. 

(2) i, 21. 

(3) xxx, 1. La version syriaque citée par Jean n'est pas celle qui fut imprimée à 
Mossoul. 

(4) Nous constatons heureusement que Jean et Timothée se trompaient et que 
l'arrivée de l'Antéchrist n'a pas suivi le concile de Chalcédoine. 



PLÉR0PII0RIES. 391 

ciens (1) : « Nous vous conjurons, mes frères, pour l'arrivée de 
Notre-Seigneur Jésus-Christ et pour notre réunion avec lui, ne 
vous laissez pas légèrement ébranler dans votre sentiment et ne 
vous troublez pas sur quelque parole, ou quelque bruit, ou quelque 
lettre qu'on supposerait de nous. Au nom de l'amour de Notre- 
Seigneur, que personne ne vous trompe en quelque manière que 
ce soit, avant que la révolte ne soit arrivée et qu'on n'ait vu pa- 
raître cet homme de péché, ce fils de perdition, cet ennemi qui 
s'élèvera au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu et de toute 
crainte, jusqu'à s'asseoir dans le temple de Dieu, voulant lui- 
même passer pour Dieu. Ne vous souvient-il pas que je vous ai 
dit ces choses lorsque j'étais encore avec vous? Et vous savez ce 
qui l'arrête maintenant pour n'être révélé qu'en son temps. Le 
mystère d'iniquité se forme à présent et si seulement celui qui 
l'arrête est enlevé du milieu (de nous), alors se découvrira l'empire 
que le Seigneur Jésus détruira par le souffle de sa bouche et qu'il 
perdra par l'éclat de son arrivée. L'arrivée de celui-là, par l'opé- 
ration de Satan, se fera avec toute puissance avec des signes et 
des prodiges trompeurs, et avec toutes les tromperies des mé- 
chants pour ceux qui doivent périr, parce qu'ils n'ont pas reçu 
l'amour de la vérité qui les ferait vivre. Aussi Dieu leur enverra 
des illusions et des erreurs afin qu'ils croient au mensonge, afin 
que tous ceux qui n'ont pas cru la vérité et qui ont consenti à 
l'iniquité soient condamnés. » 

Quant aux paroles mystérieuses que l'on vient de lire : que le 
mystère d'iniquité a déjà commencé à se former, qu'on attend 
seulement que celui qui l'arrête soit enlevé du milieu, les saints 
Pères et les docteurs ont dit que c'était là une parabole annon- 
çant l'affaiblissement de l'Empire romain. Qui donc sera trouvé 
assez heureux pour être resté ferme dans la foi et prêt à toutes les 
souffrances et pour avoir la confiance de se décerner la louange 
de l'Apôtre qui disait : J'ai combattu le bon combat, j'ai ter- 
miné ma course, j'ai conservé la foi, aussi la couronne de justice 
m'est réservée, celle que Notre-Seigneur me décernera au jour 
du juste jugement. — 11 ajoute encore: non seulement à moi, 
mais à tous ceux qui ont aimé sa révélation (2). 

(1) Chap. ii, 1-1U. Il y a quelques différences entre ce texte et celui de la Pes- 
chito. 
(2)11 Timothée, iv, 7 et 8. 



392 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

Alors aussi fut accomplie en toute rigueur la prophétie du 
prophète Isaïe d'après laquelle il n'y aura pas d'anathème ni de 
Chananéen dans la maison du Seigneur. — Le concile de Chal- 
cédoine avec son impiété et ses décrets nouveaux est le signe im- 
pur de la fin, l'anathème, et la première incursion de l'Anté- 
christ; ses partisans et ses adhérents sont les Chananéens 
maudits, comme nous l'avons montré dans ce qui précède. 

Il y a d'autres témoignages, d'autres démonstrations et d'au- 
tres plérophories faites par Dieu, en particulier aux saints , et en 
général à tous les hommes, au sujet de la prévarication qui eut 
lieu au concile de Chalcédoine, mais je crois, pour ne pas trop 
étendre cet écrit, qu'en voilà assez pour les oreilles pies, pour 
les amis de Dieu qui accepteront bien ce que j'ai écrit en toute 
vérité. Nous laissons maintenant la parole à celui qui jugera en 
toute justice les vivants et les morts, au Dieu de vérité qui con- 
naît les coeurs. 

J'ai conservé pour ici le précepte de l'Apôtre à Timothée : « Et 
toi. mon fils, fortifie-toi dans la grâce de Jésus-Christ, et ce que 
tu as entendu de moi par beaucoup de témoins annonce-le aux 
hommes fidèles qui pourront ainsi en instruire d'autres (1). » 
Quant à celui qui confierait le mystère de la crainte de Dieu à 
ceux qui n'en sont pas dignes, saint Basile a dit qu'il ressem- 
ble à celui qui met un onguent de grand prix dans un vase sor- 
dide. — L'Apôtre ordonne encore : « Combats le beau combat de 
la foi, attends la vie éternelle à laquelle .tu es appelé, annonce la 
vraie religion devant beaucoup de témoins, ô Timothée, garde le 
dépôt qui t'a été confié, fuis les paroles vaines et impures, 
garde-toi d'une science impure, les hommes qui la professent 
s'éloignèrent de la vérité, que la grâce soit avec toi. Amen. » 

Fin des Plérophories, des témoignages et des révélations que 
Dieu fit par l'entremise des saints au sujet de l'hérésie des deux 
natures et de la prévarication de Chalcédoine (i). 

F. Nau. 



(1) II Timothée, n. 1 el •-'. 

(2) Michel ne donne que 72 chapitres distincts. Son dernier chapitre résume à 
la luis les chapitres 88 et 8!) qui précèdent. 



RÈGLEMENTS GÉNÉRAUX 

DE L'ÉGLISE ORTHODOXE EN TURQUIE 



I. — ORIGINE HISTORIQUE 

Le traité de Paris (1856), préparé par les conférences de 
Vienne et de Constantinople, marque dans l'histoire religieuse 
de l'Orient moderne une date décisive. En essayant de réorga- 
niser sur le modèle européen le vieil Empire ottoman, les puis- 
sances contractantes imposèrent du même coup au régime 
antérieur des diverses communautés chrétiennes une transfor- 
mation radicale. Les immunités concédées aux vaincus après la 
conquête constituaient à certains égards une situation anormale, 
une sorte d'État dans l'État, dont les gouvernements européens, 
soucieux de leur indépendance et de leur prestige, se seraient 
difficilement accommodés chez eux, mais qu'ils auraient volon- 
tiers maintenus en Turquie. Les diplomates ottomans l'enten- 
daient d'une tout autre façon. Aussi bien le quatrième article 
du protocole de Vienne, relatif aux immunités des populations 
chrétiennes de l'Empire, fut l'objet des négociations les plus 
ardues. Envisageant sous un double aspect les privilèges en 
question, les ministres de la Porte établissaient entre eux une 
distinction aussi nette dans son principe que dans ses consé- 
quences. Quelques-uns de ces privilèges, disaient-ils, étaient pu- 
rement religieux et touchaient à la liberté de conscience : ceux-là 
devaient naturellement être sauvegardés. Les autres, au con- 
traire, impliquaient des droits civils et une autonomie judiciaire 
inconciliables avec le programme d'une réforme générale de 
l'Etat et notamment avec l'égalité de tous devant la loi; dès 
lors, ils devaient disparaître comme des institutions surannées 



394 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

qui rappelaient la conquête et perpétuaient l'isolement des di- 
verses classes de la nation, leurs mutuelles jalousies et leurs 
haines. 

Ainsi raisonnaient, le grand vizir Aali-Pacha et son habile 
collègue aux affaires étrangères, Fuad-Pacha; ils exposaient 
avec complaisance comment l'honneur, la fortune, la liberté 
individuelle, la liberté de conscience des chrétiens de rite orien- 
tal dépendaient sans contrôle du chef de l'Église de Constan- 
tinople; celui-ci condamnait ses ressortissants à l'exil, à la pri- 
son, il levait des impôts, destituait les évoques, usait et abusait 
des armes spirituelles, arrêtait les programmes des études dans 
les écoles, sans que le gouvernement intervînt d'aucune façon 
dans l'exercice d'attributions qui touchaient pourtant par plus 
d'un point à la vie civile et politique. Il y a plus : le gouvernement 
était tenu de lui prêter main-forte pour assurer l'exécution de 
ses volontés. N'y avait-il pas lieu de séparer les deux pouvoirs, 
ou tout au moins de restreindre des privilèges aussi étendus? 
et, pour ce faire, n'était-il pas nécessaire de reviser le mode 
d'élection des patriarches, de supprimer les redevances ecclé- 
siastiques, auxquelles seraient substitués des traitements fixes, 
de contrôler, enfin, la gestion des communautés (1)? 

C'était, à certains égards, une situation analogue à celle qu'a- 
vait présentée la France, à l'époque de la Révolution. En 1855 
comme en 1793, en Turquie comme en France, il s'agissait 
d'une constitution civile à imposer au clergé; au lieu de lais- 
ser celui-ci se gouverner lui-même comme par le passé, et de 
lui abandonner sur les chrétiens une autorité exclusive, on 
voulait le soumettre d'abord à une loi commune, agréée de 
l'Europe, quitte à le frapper ensuite, dans les détails de l'ad- 
ministration, de ces mille petites lois d'exception dont les 
Turcs ont le secret. Dupes ou non, les diplomates européens 
acceptèrent cette solution. De concert avec les délégués du Di- 
van, ils rédigèrent ce fameux Hatti-Humaïoun du 18 février 
185G (2), qui promettait une réforme radicale, mais qui, sous 



(1) Voir, sur toute cotte question des Réformes, E. Engelhardt, La Turquie et 
le Tanzimat. Histoire des réformes depuis 18ii6, 2 vol., 188*2-83, et, plus spéciale- 
ment, t. I er , p. 115-147. 

(2j Le hatti-humaïoun comme le hatti-chérif est, à proprement parler, cons- 
titué par la formule : Qu'il soit fait en conformité du contenu, écrite en tète d'un 



RÈGLEMENTS GÉNÉRAUX. 395 

prétexte d'égalité de tous devant la loi, devait amener progres- 
sivement l'abolition des anciens privilèges. Il est utile, pour 
l'intelligence de ce qui va suivre, de donner ici le passage 
relatif aux communautés chrétiennes (1) : 

« Tous les privilèges ou immunités spirituels, disait le Sultan, 
« accordés ab antiquo, de la part de mes ancêtres et à des dates 
« postérieures, à toutes les communautés chrétiennes ou à d'au- 
« très rites non musulmans établis dans mon empire, sous mon 
« égide protectrice, sont confirmés et maintenus. 

« Chaque communauté chrétienne ou d'autre rite non musul- 
« man sera tenue, dans un délai fixé, et avec le concours d'une 
« commission formée ad hoc dans son sein, de procéder, avec 
« ma haute approbation et sous la surveillance de ma Sublime 
« Porte, à l'examen de ses immunités et privilèges actuels, et 
« d'y discuter et soumettre à ma Sublime Porte les réformes 
« exigées par le progrès des lumières et du temps. 

« Les pouvoirs concédés aux patriarches et aux évêques des 
« rites chrétiens par le sultan Mahomet II et ses successeurs 
« seront mis en harmonie avec la position nouvelle que nos 
« intentions généreuses et bienveillantes assurent à ces com- 
« munautés. 

« Le principe de la nomination à vie des patriarches après 
« la revision des règlements d'élection aujourd'hui en vigueur, 
« sera exactement appliqué, conformément à la teneur de leur 
« bérat (2) d'investiture. Les patriarches, les métropolitains 
« (archevêques), délégués (3), évêques, ainsi que les grands rab- 
« bins prêteront serment à leur entrée en fonctions, d'après 
« une formule concertée en commun entre ma Sublime Porte 
« et les chefs spirituels des diverses communautés. 

« Les redevances ecclésiastiques, de quelque forme et nature 

document de la main même du Sultan; c'est ce qui le distingue du firman, qui 
n'est qu'une délégation ministérielle du pouvoir souverain. 

(1) D'après le texte communiqué au Congrès de Paris, dans I. de Testa, Recueil 
des traités de la Porte Ottomane avec les puissances étrangères , t. V (Paris, 1882), 
p. 132. 

(2) Diplôme émané du souverain constituant, en faveur de celui à qui il est ac- 
cordé, une situation privilégiée, sociale, politique et honorifique. (Note de Bel in.) 

(3) Mourakkaça « fondé de pouvoir », délégué du chef spirituel de la commu- 
nauté investi de certains pouvoirs pour une mission temporaire ou permanente. 
Le mourakkaça peut être archevêque, évêque, prêtre ou même laïque. (Note de 
Belin.) 



396 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

« qu'elles soient, seront supprimées et remplacées par la fixation 
« des revenus des patriarches et chefs de communautés, et par 
« l'allocation de traitements et de salaires équitablement pro- 
« portionnés à l'importance, au rang et à la dignité des divers 
« membres du clergé. Il ne sera porté, toutefois, aucune atteinte 
« aux propriétés mobilières et immobilières des divers clergés 
« chrétiens. L'administration temporelle des communautés 
« chrétiennes ou d'autres rites non musulmans sera placée sous 
« la sauvegarde d'un conseil choisi dans le sein de chacune 
« desdites communautés, parmi les membres du clergé et les 
« laïques. » 

Au congrès de Paris, les puissances contractantes constatè- 
rent la haute valeur de ce document. Les chrétiens de Turquie, 
les riches surtout, se montrèrent plus défiants : le droit com- 
mun ne leur représentait que l'absence de protection spéciale, 
c'est-à-dire l'abandon sans défense aux musulmans. Leurs chefs, 
patriarches et évoques, craignant de perdre leur pouvoir sur 
les fidèles, dissimulèrent à peine leur désespoir. 

L'archevêque de Nicomédie n'était que l'écho de tous ses 
collègues, lorsque, à l'issue de la cérémonie du 18 février, 
voyant replacer dans son enveloppe de satin le firman qu'on 
venait de lire, il s'écria : « Prions Dieu qu'il y reste. » 



II. — LE CONSEIL NATIONAL PROVISOIRE 

Ce vœu du prélat grec devait être exaucé en plus d'un point, 
mais non dans le sens qui l'avait inspiré. Peu soucieux de réa- 
liser chez eux les réformes qui pouvaient régulariser, sinon 
amoindrir, l'exercice de leur propre autorité, les ministres de 
la Porte réclamèrent instamment des chefs des communautés 
chrétiennes l'application immédiate du régime nouveau. Comme 
cela se pratique en pareil cas, on ne parla pas d'abolition, mais 
de simple revision; et, comme le Saint-Synode de l'Église or- 
thodoxe cherchait par son inaction à échapper à une loi qu'il 
qualifiait de révolutionnaire, le grand vizir l'invita à s'exécu- 
ter. Un règlement minutieux, élaboré dans le Conseil, prescri- 
vit une série de mesures propres à établir le nouvel ordre de 
choses. Ce règlement, trop peu connu, marque le point de 



RÈGLEMENTS GÉNÉRAUX. 397 

départ de la profonde révolution sociale dont j'ai parlé au dé- 
but; c'est la préface obligée de toute étude sur l'organisation 
actuelle des divers groupes chrétiens de Turquie. A ce titre, je 
crois devoir le reproduire ici intégralement. 



INSTRUCTIONS DE LA SUBLIME PORTE 

Relatives à la formation et aux attributions de la Commis- 
sion provisoire convoquée au Patriarcat, conformément 
aux dispositions du Hatti-Humaïoun (1). 

1° Vu qu'un article du Hatti-Humaïoun sur la réforme 
générale de l'Etat ordonne à chaque communauté de chrétiens 
ou d'autres sujets non musulmans de procéder, dans un délai 
déterminé, à l'examen et à la revision des privilèges et immu- 
nités en vigueur, dont les améliorations (comme l'exige notre 
époque de civilisation et de lumières) après avoir été discutées 
par les conseils réunis à cet effet au Patriarcat, avec la haute 
autorisation du souverain et sous la surveillance de la Sublime 
Porte, doivent être soumises au gouvernement, afin de mettre 
ainsi en harmonie, avec les conditions nouvelles et la situation 
faites à ces communautés, les prérogatives et les pouvoirs ac- 
cordés aux patriarches et aux évèques chrétiens par le sultan 
Mohammed II et ses illustres successeurs ; 

Vu que le règlement en vigueur pour l'élection des patriar- 
ches doit être revu, et que le principe de leur nomination à vie 
doit recevoir une entière et véritable exécution, conformément 
à la teneur du bérat patriarcal; 

Vu qu'au moment de leur élection, les patriarches, les mé- 
tropolitains, les délégués, les évèques et les rabbins doivent 
prêter serment, d'après une formule à concerter entre la Su- 
blime Porte et les chefs spirituels des diverses communautés; 



(1) I. de Testa, op. <-it., p. 170, a publié de cette circulaire une traduction légè- 
rement différente, en maint endroit, de la traduction grecque que j'ai sous les 
yeux; c'est à l'aide de celle-ci que j'ai essayé de refondre presque entièrement 
celle-là, sans aucun souci de l'élégance littéraire. Il ne faut demander aux tra- 
ductions de ce genre qu'une fidélité presque servile. La même observation s'ap- 
plique naturellement aux pièces traduites plus loin. 



398 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

Vu que tous les dons faits au clergé, sous une forme et à un 
titre quelconque, en vertu des canons ou de l'usage, sont abso- 
lument interdits, et qu'on y substituera, en faveur des patriar- 
ches et des chefs de communautés, un revenu régulier, et pour 
les autres membres du clergé, un traitement mensuel, en rap- 
port avec le rang et les besoins de chaque diocèse, d'après une 
convention équitable à intervenir ultérieurement, sans que 
d'ailleurs il soit porté la moindre atteinte à leurs biens meubles 
et immeubles ; 

Vu que l'administration temporelle des communautés chré- 
tiennes et autres groupes non musulmans doit être confiée à un 
conseil, composé de membres choisis par chaque communauté 
au sein du clergé et parmi les laïques ; 

Vu que tout cela a été arrêté, il sera procédé, conformément 
à ces prescriptions, à la formation d'un conseil provisoire spé- 
cial dans les patriarcats grec, arménien et catholique, ainsi 
que chez le grand rabbin. 

2" En ce qui concerne le conseil provisoire spécial du 
patriarcat grec, le patriarche et les métropolitains réunis en 
synode choisiront de concert, parmi les évêques ayant droit de 
faire partie du synode, sept sujets, qui formeront la partie ec- 
clésiastique du conseil. Tous ces élus devront être pris parmi 
des candidats jouissant de la confiance du gouvernement et de 
leur propre nation, possédant à fond la connaissance des af- 
faires religieuses et temporelles, et doués d'une grande probité 
et droiture. 

3° Les représentants de la capitale seront élus et nommés 
dix par dix, parmi les sujets de l'empire; on n'aura, d'ailleurs, 
qu'à se conformer en cette occasion à ce qui se pratique habi- 
tuellement pour toute assemblée générale, convoquée au pa- 
triacat afin de régler les affaires importantes, l'élection du 
patriarche par exemple. Par conséquent, l'assemblée une fois 
réunie, on désignera à la Sublime Porte vingt sujets choisis, 
dix parmi les notables de la nation, et dix parmi les membres 
des corporations ; sur ce nombre la Sublime Porte fera son choix 
et en nommera la moitié, à savoir cinq de la première catégorie 
et cinq de la seconde, dix au total. 

4° De leur côté, les notables grecs de chaque caza des 
eyalets inscrits dans les registres de la nation grecque choisi- 



RÈGLEMENTS GÉNÉRAUX. 399 

ront un d'entre eux, sujet de l'empire, lequel devra n'avoir 
jamais rien entrepris contre l'État, ni commis de crime contre 
son pays ou sa nationalité; en outre, il devra bien connaître les 
affaires de sa localité, y être propriétaire et l'habiter au moins 
depuis dix ans. L'élu sera envoyé au chef-lieu du liva muni d'un 
mazbata (certificat) (1). Les notables du liva choisiront à leur 
tour parmi eux trois membres, ayant les qualités susdites, et 
les enverront tous ensemble au conseil local, où, séance 
tenante, l'un d'eux sera choisi et envoyé muni d'un mazbata 
au chef-lieu de l'eyalet. Finalement, ceux qui viennent au chef- 
lieu de l'eyalet et celui qui a été élu dans le chef-lieu même 
du liva ou de l'eyalet se réuniront au medjliss (conseil) avec 
les démogérontes de l'eyalet en question, lesquels doivent 
avoir, eux aussi, les qualités susdites. Là, ils éliront un député 
et l'enverront avec un mazbata dans la capitale. 

5° C'est le patriarche qui présidera ce conseil provisoire. 
En son absence, la présidence reviendra au plus digne des 
membres du clergé. 

6° Dans chaque conseil se trouvera un commissaire du 
gouvernement, pour assister aux discussions. 

7° Les règles ecclésiastiques et religieuses en vigueur 
dans la nation et tout ce qui touche au culte étant des choses 
entièrement spirituelles, on ne se permettra point à leur égard 
le moindre empiétement. 

8° La nomination du patriarche dépend de la haute vo- 
lonté du souverain. Néanmoins, comme un ancien privilège 
abandonne son élection aux chefs religieux et aux notables de 
chaque nationalité, cette élection devra sans doute se faire 
d'après les canons ecclésiastiques et les prescriptions religieu- 
ses de chaque nation, mais elle sera réglée d'une manière juste 
et équitable, propre à rassurer le gouvernement et la nation. 

(1) L'Empire ottoman a re<;u, depuis son origine et surtout en ce siècle, des 
divisions administratives fort diverses. Celle qui est mentionnée ici a été en usage 
de 1840 à 1864. L'Empire tout entier était divisé en trente-six eyalels ou gouver- 
nements; les eyalets étaient subdivisés en cent vingt-six livâs ou arrondissements, 
les liras en douze cent soixante-sept cazâs ou cantons. Au-dessous du liva venait 
la commune ou nahyèh. — Les eyalets inscrits dans les registres de la nation grecque 
étaient les suivants : Andrinople , Bosna, Salonique, Castamouni, Larisse, Mity- 
lène, Pélagonie, Pisidie, Smyrne, Philippopoli. Ce dernier devait envoyer deux 
députés. 



400 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

9° Les métropolitains et les évêques, choisis par le pa- 
triarche, étant institués en vertu d'un bérat impérial, leur choix 
doit également se faire conformément aux canons ecclésias- 
tiques et aux règlements religieux; mais, en outre, on déter- 
minera à ce sujet une procédure offrant toute sécurité au gou- 
vernement comme à la nation. 

10° On devra rechercher et déterminer, pour réunir et 
former le Saint-S} r node, une voie conforme aux canons de l'É- 
glise et aux règlements religieux. 

11° Comme, en dehors des affaires spirituelles de la nation, 
la surveillance de ses affaires temporelles exige un conseil, 
composé de chefs religieux et de membres civils choisis par la 
nation et confirmés par le gouvernement impérial, on recherchera 
et on déterminera le mode dont ce conseil doit être formé et ses 
membres élus. 

12" De même que les choses d'administration générale res- 
sortent naturellement du gouvernement impérial, de même 
les affaires spirituelles ressortent des chefs religieux de chaque 
nation; en conséquence, les affaires temporelles seront seules 
soumises au susdit conseil, comme il est dit dans l'article pré- 
cédent. Et pour que le susdit conseil se tienne dans de justes 
limites, sans empiéter sur les droits du gouvernement ni sur le 
domaine religieux, il est nécessaire de déterminer et de fixer 
ses propres attributions. 

13° Comme on a décidé d'assigner un traitement aux chefs 
spirituels, et d'abolir les droits et les redevances qu'ils pré- 
lèvent, on attribuera d'abord au patriarche un budget annuel 
ou mensuel en rapport avec son rang et sa dignité. On assignera 
de même aux autres chefs religieux un traitement proportionné 
au rang de chacun, aux exigences de ses fonctions, et à l'im- 
portance de la nation. Le rang de chacun et le traitement qu'il 
comporte, une fois déterminés par le conseil provisoire, seront 
portés à la connaissance du public. 

14° On fixera également la quote-part à payer par tout civil 
pour solder ces traitements et couvrir les dépenses du culte 
et de l'administration; on indiquera de même la manière dont 
cette quote-part doit être prélevée et répartie. Et comme la 
question du traitement amènera nécessairement l'étude des 
moyens d'éteindre, ou tout à la fois ou par degré, la dette 



RÈGLEMENTS GÉNÉRAUX. 401 

contractée par la caisse patriarcale et nationale, le conseil devra 
examiner ce point avec le plus grand soin et faire connaître 
ensuite sa résolution. Comme, d'autre part, le recouvrement des 
diverses taxes que la nation sera tenue de payer, et leur ex- 
pédition aux lieux déterminés, exigeront l'appui du gouverne- 
ment, le conseil aura encore à étudier cette question et adresser 
un rapport. 

15° Les résolutions prises à la suite des délibérations du con- 
seil devant être soumises, avec leurs rapports respectifs, à 
la Sublime Porte, le Haut Conseil du Tanzimat examinera 
mûrement ces divers rapports, émanés du conseil provisoire 
national; s'ils reçoivent la haute sanction impériale, leurcontenu 
deviendra, aux yeux du gouvernement, loi constitutive pour la 
nation qu'ils concernent. Pour cette raison, si les rapports ren- 
fermant le résultat des délibérations avaient reçu une appro- 
bation unanime, on ne manquerait pas de le signaler; si, au 
contraire, les avis avaient été partagés, on le signalerait, en 
rapportant l'opinion des deux parties. 

Vu qu'il n'est permis à aucun des membres de ce conseil de 
rendre publique sa propre manière cle voir, non plus que les 
résolutions de l'assemblée, et que les délibérations doivent rester 
secrètes , le patriarche aura soin de prendre les mesures néces- 
saires pour que les membres, sur ce point comme dans l'ac- 
complissement de leurs autres devoirs, se conduisent avec la 
probité la plus entière (1). 



Ces instructions étaient formelles; bon gré, malgré, il fallait 
s'exécuter. Dès le mois d'août 1858, l'Assemblée nationale, 
réunie au Phanar, procéda à la formation du Conseil provisoire 
national, en se conformant aux dispositions de la circulaire 
ministérielle. Comme on a pu l'observer, cette assemblée devait 
comprendre et comprit en effet sept métropolitains, choisis par 
le Saint-Synode, dix représentants des divers quartiers de la 



(1) Voir If texte grec de cette circulaire en tète de la brochure : rsvtxo! Kavovt- 
<7fj.oi Ttïpt oiEVÔîTrJTca); twv sxxXrjffiaaTixwv xat ÈBvtxâv 7ïpay[j.aT(ov twv ûtto tov ûixovi(j.svixôv 
Ûpôvov SiaTî/.oûvTan ôp6oS6?a>v -/pitmavùv Û7Tï]-/.gu)v xrj; 'A. Meya)iei6r/]Toç toû -ouXtxvov. 
S 1 . 70 p. Constantinople , 1888. Ce recueil est fort incomplet; nous y renverrons 
néanmoins le lecteur pour toutes les pièces qu'il renferme. 

orient chrétien. 27 



402 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

capitale, et onze délégués, envoyés par les provinces, ou eyalets; 
soit, avec le président et le secrétaire, un total de trente per- 
sonnes. On élabora tout d'abord un règlement minutieux, en 
vingt-huit articles, destiné à fixer les attributions du conseil, 
les obligations de ses membres, les devoirs du secrétaire et ceux 
du président. Le caractère essentiellement transitoire de cette 
pièce me dispense de la rapporter ici (1). Au reste, en dépit des 
règles les plus sages, la division, si naturelle à l'esprit grec, 
ne tarda pas à se manifester au sein de la vénérable assemblée. 



III. — L'ELECTION PATRIARCALE. 

La première question portée à l'ordre du jour était, on s'en 
souvient, l'élection du patriarche; c'est sur ce point que le con- 
flit éclata dès l'origine entre les deux corps. Pour en bien saisir 
toute la gravité, il suffira de rappeler en quelques mots la situa- 
tion antérieure. 

Voici quelle avait été la règle en vigueur pour l'élection pa- 
triarcale, depuis le huitième siècle jusqu'à la fin de l'empire. 
Le souverain réunissait parmi les évoques de passage à Cons- 
tantinople, ou appelés de leurs provinces, douze prélats; encore 
ce chiffre était- il rarement atteint. Ces évêques formaient une 
liste de trois noms qu'on apportait au prince. « L'esprit de 
Dieu lui-même, dit le chroniqueur, leur inspirait ces noms. » 
L'empereur sur cette liste désignait le patriarche. Il pouvait 
arriver que pas un des trois noms soumis au prince ne lui 
agréât. Il communiquait alors simplement au collège un nou- 
veau nom. Les évêques n'avaient plus qu'à s'incliner et à ap- 
prouver ce choix. L'empereur était donc en réalité le seul maî- 
tre de l'élection (2). Cet usage se conserva, chose curieuse, 
même sous les souverains musulmans; seulement, depuis 1453, 
le Saint-Synode compta souvent un nombre plus considérable 
de membres. Pour un motif ou pour un autre, les évêques pré- 
féraient à une résidence éloignée le séjour de la capitale. Ceci 
n'était point fait pour plaire aux titulaires des métropoles voi- 

(1) Elle a été reproduite dans rsvtxoi y.avovia(xoi, etc., p. ty'-iÇ'. 

(2) Am. Gasquet, De l'Autorité Impériale en matière religieuse à By*ance, in-8", 
Paris, 1879, p. 87. 



RÈGLEMENTS GÉNÉRAUX. 403 

sines de Constantinople; ils auraient volontiers traité d'intrus 
ces prélats venus des plus lointaines provinces pour prendre 
ou réclamer leur part d'autorité dans le gouvernement général 
de l'Église. Deux ou trois siècles s'écoulèrent, témoins d'affli- 
geantes rivalités au sein de l'orthodoxie. Finalement, la victoire 
revint, — on devait s'y attendre, — aux métropolitains voisins 
de la capitale, plus riches et dès lors plus influents que leurs 
collègues des provinces. En 1741, Gérasime, métropolitain d'Hé- 
raclée, obtint du sultan Mahmoud I er un firman qui modifiait 
profondément la pratique suivie jusqu'alors. D'après ce docu- 
ment, le choix du Saint-Synode ne devait recevoir la sanction 
du gouvernement impérial, qu'à la condition pour l'élu de pré- 
senter préalablement un certificat de bonne conduite, signé des 
métropolitains d'Héraclée, de Cyzique, de Nicomédie, de Nicée 
et de Chalcédoine (1). Ce fut le point de départ d'un régime 
nouveau, celui du gérontisme. A ces cinq prélats ou gérontes 
appartint désormais le choix du plus haut dignitaire de l'Église, 
et, par suite, une influence décisive sur les affaires de la nation. 
Ni les autres évoques, ni le bas clergé, ni le peuple ne pou- 
vaient s'accommoder de ce système; ils le subirent sans l'ac- 
cepter jamais, .\ussi, à peine réunie, l'Assemblée nationale 
proposa-t-elle, en 1859, un projet de réforme, dont la teneur 
supprimait entièrement le gérontisme. Naturellement, les repré- 
sentants de celui-ci luttèrent avec la dernière énergie pour 
le maintien de l'ancien ordre de choses. D'un autre côté, les 
laïques n'étaient pas moins jaloux de s'immiscer dans les 
affaires ecclésiastiques, placées jusque-là en dehors de leur 
contrôle. Ce fut, entre les deux corps, un duel à outrance. Beau- 
coup moins nombreux, les gérontes, le patriarche à leur tête, 
se séparèrent avec éclat de l'Assemblée. Rien n'y fit. Comme 
cela se pratique en pareil cas, on eut recours au gouvernement 
pour rétablir la paix. Au mois de juin de cette même année 
1859, huit membres du conseil, agissant au nom de leurs col- 
lègues, remirent à Fuad-Pacha, ministre des affaires étran- 
gères, un violent réquisitoire contre le patriarche Cyrille VII et 
ses gérontes, qu'on accusait de vouloir arrêter les travaux de 

(1) Ath. Comm. Vpsilanti, Ta [A£Tà r/jv à),co<7iv, 8", Constantinople, 1870, p. 360. Le 
firman de 1741 fut confirmé par un hatt souverain en 1757, à la demande des 
gérontes en révolte contre Callinique IV. Cf. ibid., p. 376. 



404 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

l'assemblée nationale. Cyrille dut envoyer sa démission au 
ministre; mais le Sultan ne l'accepta point. Par contre, un 
décret impérial, paru en juillet, renvoyait dans leurs diocèses 
les gérontes réfractaires. Ceux-ci, avant de partir, remirent au 
patriarche une protestation énergique, pour se plaindre à la 
fois de la violation des canons, de la mesure qui les frappait 
si soudainement et des procédés de l'assemblée. A son tour, 
cette dernière publia une contre-protestation, beaucoup plus 
étendue et non moins violente (1). 

On acheva, sans incident plus fâcheux, le projet de réforme 
relatif à l'élection des patriarches et des métropolitains; au 
mois de juin 1860, on le déposa sur les bureaux du ministre 
des affaires étrangères, pour être revêtu de la sanction impé- 
riale. — Avant de l'approuver, Fuad-Pacha réclama pour la 
Sublime Porte le droit de contrôler la liste de tous les candidats 
éligibles au lieu de n'avoir à examiner que les trois candidats 
définitifs; c'était se réserver par une habile manœuvre le droit 
d'éliminer tous ceux des candidats qui n'auraient pas le don 
de plaire au gouvernement. Cette fois, il n'y eut, au sein de 
l'assemblée, qu'une seule voix pour protester contre les pré- 
tentions du ministre. Au bout d'un mois de pourparlers, 
Cyrille VII donna sa démission (1 er juillet 1860). Cet acte din- 
dépendance, le seul que puissent encore exercer les titulaires du 
t mne œcuménique, n'apporta aucun remède à la situation. Le 
lOseptembre, Fuad-Pacha, dans un mémoire adresséau locumte- 
nens, réclama formellement le droit pour le gouvernement d'in- 
tervenir dans l'élection d'un dignitaire, que ses privilèges politi- 
ques assimilaient aux autres fonctionnaires de l'État. D'ailleurs, 
ajoutait-il, on n'effacera jamais plus de trois noms sur la liste 
des candidats ainsi soumise à l'examen préalable de la Sublime 
Porte (2). <>n eut beau se récrier, multiplier les démarches, 

(1) Ces deux pièces curieuses parurenl ensemble dans une brochure, devenue 

fort rare, intitulée : 'Avaffxeiri| ~r,z 8ia(JL<xpTUpT)<reCi>; twv ~iv~z <7-jvoo'.-/.o>7. Constanti- 

nople, 1858. Cette œuvre anonyme était due à la plume féconde el acerbe du 
hiérodiacre Grégoire, qui devint plus tard métropolitain de Chios. Cf. I. Man. 
Gkdéon, QaTpiapxixoî nivaxsç, Coiistantinople. 1890, p. 700. 

(2) 11 ne faudrait point se méprendre sur cette réserve de la Sublime l'orte. 
Une fois le principe admis, on use à volonté du système. Si, en 1887, par exemple, 
l'amendement ne porta (pie sur trois noms, en 1891, il porta sur cinq, et, en 1894, 
sur sept. Cf. G. I. Papadopoulos, 'H ï-Jyy_povo; 'lzpapyia ir t ; ôp8o865ou àvetTOÀiXTJs 
'Ëmûrijffta;, t. I". Athènes, 1895, p. 366(note) et 111. 



RÈGLEMENTS GÉNÉRAUX. 405 

en appeler aux canons : il fallut bien accepter l'amendement du 
ministre. Moyennant cette grave modification, le nouveau règle- 
ment, approuvé par le Sultan, vers la fin de 1861, fut aussitôt 
mis en vigueur. Le voici dans toute sa teneur : 



ÉLECTION ET INSTITUTION DU PATRIARCHE. 

§ 1 er . — mode d'élection. 

1" En cas de vacance du siège œcuménique, le synode 
des métropolitains se réunira avec les membres du conseil 
mixte et nommera un locum tenens, pris parmi les métropoli- 
tains résidant à Constantinople et doué des qualités requises. 
On fera connaître à la Sublime Porte, par un procès-verbal si- 
gné des deux corps, la vacance du siège et le nom du locum 
tenens; puis, sur un firman impérial, on délivrera un décret 
confirmant le locum tenens et ordonnant de procéder à l'élec- 
tion régulière du patriarche. 

2° Les formalités de l'article 1 er une fois remplies, on en- 
verra à tous les métropolitains relevant du siège œcuménique 
une circulaire, les invitant à envoyer à Constantinople, dans 
un délai maximum de quarante et un jours, un pli cacheté, ac- 
compagné d'une lettre, et renfermant leur vote sur celui d'entre 
tous les évêques qu'ils jugeront, 4 en conscience, réunir les con- 
ditions voulues et les qualités requises pour prendre la succes- 
sion du siège œcuménique. En oi^tre, on adressera des lettres 
aux habitants des vingt-huit diocèses désignés plus loin, pour 
qu'ils aient soin d'envoyer à Constantinople, au jour fixé pour 
l'assemblée électorale, un laïque chargé de les représenter. 

3° De leur côté, les membres du Saint- Synode et les au- 
tres métropolitains, qui se trouveraient présents dans la capi- 
tale auront soin, cinq jours avant l'assemblée électorale, d'écrire 
le nom de leur candidat sur un bulletin qu'ils déposeront, 
après l'avoir cacheté, avec ceux des métropolitains expédiés 
des provinces. 

4° Cinq jours avant l'expiration du délai des quarante et 
un jours, le locum tenens lancera des invitations à tous les 



106 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

membres, clercs ou laïques, appelés par le présent règlement à 
assister à l'assemblée électorale, pour leur indiquer le jour de 
l'assemblée générale. Au jour fixé, tout le monde se réunira. 
Après la vérification des pouvoirs, on procédera, à huis clos, 
au dépouillement et au compte des bulletins ; cette opération 
sera faite sous les yeux de tous, par le secrétaire du Synode, 
assisté de deux autres membres de l'assemblée. 

5° Sont éligibles au même titre tous ceux qui auront ob- 
tenu des voix, quel qu'en soitle nombre. 

(]° Si, parmi les membres laïques de l'assemblée, quelques- 
uns veulent proposer d'autres candidats, qui, pour ne point 
figurer sur les bulletins de vote, n'en sont pas moins dignes 
d'occuper le siège patriarcal, ces derniers, moyennant le vote 
confirmatif du tiers des membres ecclésiastiques présents, se- 
ront portés, eux aussi, sur la liste des candidats. 

7° Dès qu'on aura fixé de la sorte le nombre des métro- 
politains éligibles, on en dressera une liste qui sera signée et 
scellée, séance tenante, par le locum tenens, les métropolitains 
du Synode et les membres du Conseil mixte. 

8° Comme le patriarche à élire est à la fois chef spiri- 
tuel, au point de vue religieux et au point de vue civil, inter- 
médiaire obligé du gouvernement pour mettre en vigueur les 
décrets relatifs aux affaires temporelles des chrétiens du pa- 
triarcat; pour ce motif, s'il s'agit de prononcer sur l'aptitude 
à gérer les affaires spirituelles et nationales, le choix appar- 
tient aux chefs spirituels et aux notables laïques; mais, pour ne 
point mettre le gouvernement impérial dans la nécessité d'user 
d'un droit inaliénable en excluant un sujet désigné par un vote 
commun, la liste des candidats, dressée delà manière indiquée 
à l'article précédent, devra être envoyée sur-le-champ à la Su- 
blime Porte. Si, parmi les candidats portés sur cette liste, il 
s'en trouve qui n'aient point la compétence voulue au point de 
vue politique, la Sublime Porte, après avoir rayé leurs noms, 
informera le patriarcat, par un teskéré délivré dans les vingt- 
quatre heures, que l'on peut procéder à l'élection de l'un des 
autres candidats. 

9° Lorsque la liste électorale, après la revision de la Su- 
blime Porte indiquée à l'article précédent, aura été retournée, 
l'assemblée générale électorale se réunira un jour donné, 



RÈGLEMENTS GÉNÉRAUX. 407 

comme précédemment. Le locum tenens fera connaître les vo- 
lontés de la Sublime Porte; et, si des candidats ont été éliminés, 
l'élection se portera sur les autres, de la manière suivante : 
l'assemblée tout entière, clercs et laïques, désignera au scrutin 
secret et à la majorité des voix trois candidats parmi les sujets 
non éliminés. 

10° Tous les membres de l'assemblée, clercs et laïques, n'ont 
qu'une seule voix chacun. 

11° Dès que les noms des trois candidats sont proclamés, 
les membres ecclésiastiques de l'assemblée se rendent à l'é- 
glise, où, en présence de tous les membres laïques de l'assem- 
blée et conformément au cérémonial en vigueur dès le principe, 
ils désignent, au scrutin secret et à la majorité, après avoir in- 
voqué l'Esprit-Saint, un des trois candidats à la succession du 
siège œcuménique; enfin, on célèbre la fonction sacrée. 

12° En cas d'égalité dans les suffrages, c'est la voix du lo- 
cum tenens qui l'emporte. 

13° L'élection terminée de la façon indiquée plus haut, on 
rédigera le procès-verbal dans la forme établie et on le com- 
muniquera à la Sublime Porte. Sur l'invitation de celle-ci, le 
nouvel élu se présentera en premier lieu à Sa Majesté pour 
être officiellement reconnu; il ira ensuite à la Sublime Porte 
notifier son élection; finalement, il retournera, avec le cérémo- 
nial accoutumé, au palais patriarcal où s'accompliront les for- 
malités d'usage (1). 



§ 2. — QUALITÉS DU CANDIDAT. 

Art. 1 er . — Le candidat à la succession du patriarcat doit être 
assez avancé en âge, appartenir au corps épiscopal, et avoir 
gouverné un diocèse sans aucun blâme depuis sept ans au 
moins. 

Art. 2. — Il doit être d'une conduite irréprochable dans son 
administration, connaître, autant que possible, les affaires tem- 
porelles elles-mêmes, ou tout au moins, posséder les sciences 
ecclésiastiques et celle des canons; il aura dû se montrer, dans 

(1) Voir, pour ces dernières, Tuïrixèv xoerà tïjv xâ*iv -zf^ toû Xpia-roù Mevd&Y)ç 'ExxXtj- 
<yiaç, Constantinople, 1888, p. 436 et 138. 



408 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

sa vie passée , gardien diligent des dogmes religieux et des 
traditions sacrées, et cela, parce qu'il est le chef de l'Église 
orthodoxe et le père spirituel de tous les fidèles de cette confes- 
sion, et en outre, le lien qui unit entre eux les métropolitains 
relevant de son autorité avec les autres Églises orthodoxes in- 
dépendantes; il doit être capable de protéger et de défendre la 
religion avec ardeur, par la parole et par l'action, en tout 
temps , en tout lieu et en toute circonstance. — Telles sont les 
conditions qu'exige de sa part le gouvernement spirituel de 
l'Église. 

Art. 3. — Le patriarche n'est pas seulement le plus haut di- 
gnitaire spirituel de l'Église orientale; il est aussi chargé d'ex- 
pédier toutes les affaires contenues dans le bérat impérial, 
grâce aux privilèges accordés par le grand conquérant sultan 
Méhémet, conservés religieusement par d'autres illustres sou- 
verains, et confirmés avec bienveillance par le prince actuelle- 
ment régnant; dès lors, il est certaines circonstances où le pa- 
triarche est l'intermédiaire du gouvernement impérial pour 
la mise en vigueur de ses décisions. A ce titre, le patriarche 
à élire ne doit pas seulement avoir les qualités énumérées à 
l'article précédent, il doit encore posséder l'entière confiance 
de la Sublime Porte, qui confirmera son élection. 

En outre, il ne doit pas seulement avoir de l'aptitude pour 
les choses spirituelles ni connaître simplement les canons et 
les institutions établies; il faut encore qu'il jouisse de l'es- 
time et de la confiance de la nation ; en un mot, qu'il rehausse 
par ses qualités la considération personnelle qu'exige sa haute 
position; et, de plus, qu'il ait toujours été, lui-même, ainsi 
que son père, sujet de l'Empire. 



^ 3. — COMPOSITION DE L'ASSEMBLEE ÉLECTORALE. 

Art. 1 er . — L'assemblée électorale se compose d'ecclésiasti- 
ques et de laïques. 

Art. 2. — Les ecclésiastiques comprennent les membres du 
Saint-Synode et les autres métropolitains qui pourraient se 
trouver dans la capitale; le métropolitain d'Héraclée devant, en 
vertu d'un vieil usage, donner à l'élu le bâton patriarcal, ce 



RÈGLEMENTS GÉNÉRAUX. 409 

prélat, pour garder cet usage, sera convoqué et assistera, lui 
aussi, à la réunion. 

Art. 3. — Les membres laïques sont les suivants : 1° trois des 
plus hauts fonctionnaires du patriarcat, savoir le logothète 
et deux autres avec lui; 2° les membres du conseil mixte; 
3 e trois des plus anciens fonctionnaires civils investis des deux 
grades supérieurs, deux militaires du grade de mir-alaï (— co- 
lonel), et trois autres fonctionnaires civils; 4° le gouverneur 
de Samos s'il se trouve à Constantinople, ou son représentant; 
5° les trois représentants des principautés danubiennes (1); 
6° quatre membres des plus connus parmi les savants; 
7° cinq négociants; 8° un banquier; 9° dix représentants des cor- 
porations les plus estimées; 10° deux délégués des paroisses 
de la capitale et du Bosphore; 11° vingt-huit délégués, envoyés 
par les provinces suivantes : Césarée, Éphèse, Héraclée, Cy- 
zique, Nicomédie, Nicée, Chalcédoine, Dercos, Salonique, An- 
drinople, Amasia, Janina, Brousse, Pélagonie, Koniah, Bosna, 
Rhodes, Crète, Trébizonde, Philippopoli, Serrés, Smyrne, Mi- 
tylène, Varna, Chios, Uskub, Pisidie et Néocésarée (2). 

Le droit d'électeur ne peut être exercé que par les sujets de 
l'Empire. 



Tel est ce curieux règlement, élaboré au milieu des diffi- 

(1) Los Grecs continuent religieusement d'imprimer cet article qui, est-il be- 
soin de le dire , n'a plus aucune application dans la pratique. 

(2) Dans le texte original du règlement, les deux noms de Nicomédie et de 
Nicée sont reliés par la particule ocat : de même ceux de Chalcédoine et de Dercos. 
C'est qu'il n'y avait, à l'origine, qu'un seul député pour chacun de ces deux 
groupes de villes. Koniah et Rhodes ne figuraient même pas sur la liste. Par 
contre, on y voyait encore les grands noms de Tirnovo, Larissa, Viddin et Sofia. 
Lorsque ces quatre dernières villes eurent été détachées du Phanar, on songea, 
pour 1-ester fidèle au chiffre sacré de vingt-huit, à les remplacer par d'autres. La 
suppression du xaî, votée par les deux corps réunis, en séparant l'une de l'autre 
Nicomédie et Nicée, Chalcédoine et Dercos, permit d'opérer aisément deux subs- 
titutions. Pour compléter l'opération , un décret des deux corps, en date du 
26 décembre 1886, éleva au rang d'éparchies privilégiées (7rpovo(juoû-/oi inap/îai) 
les métropoles de Koniah et de Rhodes. Heureux le peuple qui peut à si peu de 
frais réparer ses pertes territoriales! — Notons, pour finir, que la suppression de 
la particule xaî constitue le seul changement officiel apporté au texte primitif de 
ce règlement. Cf. G. I. Papadopollos, op. cit., p. 605. Dans l'intérêt de l'histoire, 
jeme suis permis d'être plus hardi, et d'introduire dans le texte les changements 
que comporte l'état actuel. 



410 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

cultes les plus graves, et qui, approuvé par la Sublime Porte 
dans les derniers jours de 1861, constitue encore aujourd'hui 
le seul mode en vigueur pour l'élection des patriarches. 

Bien des fois, depuis son adoption, on a essayé d'en modifier 
la teneur; mais aucune de ces tentatives n'a réussi (1). Ni le 
clergé ni le peuple ne veulent rien sacrifier de leurs préro- 
gatives; les uns et les autres cherchent, au contraire, à les 
étendre davantage. Cette situation a créé un antagonisme per- 
manent entre les deux corps, dont les prétentions rivales se 
manifestent, avec plus ou moins d'éclat, à chaque élection pa- 
triarcale. 

Le clergé se plaint avec raison de la part mesquine qui lui 
revient dans le choix de son chef suprême. Par le fait, les 
votes envoyés des provinces par les métropolitains ont beau 
être nombreux; ils ne sont rien en comparaison des votes des 
délégués laïques. Il suffit à ces derniers de proposer un candidat 
et de l'appuyer dans la seconde assemblée générale, seraient- 
ils seuls à le patronner, pour que celui-ci devienne l'un des trois 
candidats définitifs. Dès lors, et à cause même de leur majorité 
au sein de cette seconde assemblée, c'est aux laïques qu'appar- 
tient en définitive le choix des trois candidats, parmi lesquels 
les membres du clergé présents à l'élection devront choisir le 
futur patriarche. Quel que soit le nom de ce dernier, ce sera 
toujours, à moins de fraudes manifestes, ou de divisions entre 
les laïques eux-mêmes, l'élu des députés laïques. 

Pour mettre un terme à cette anomalie, les canonistes de 
l'Église orthodoxe ont mis en avant plusieurs projets de réforme. 
Voici celui que propose un brillant professeur de l'École théo- 
logique de Halki, l'archimandrite Apostolos Christodoulou. — 
Dans une première réunion électorale, chaque électeur vote, au 
scrutin secret, pour un candidat; ces votes sont dépouillés, 
séance tenante, ainsi que les bulletins envoyés des provinces 
par les métropolitains. On dresse une liste des dix candidats qui 
ont obtenu le plus de voix, et on l'envoie à la Sublime Porte. 
Dès que le rôle aura été retourné, la même assemblée électorale, 
prenant parmi les candidats non éliminés les trois qui ont le 

(1) On voit dans Aristarchi Bey (Législation ottomane, t. I er , p. xvi, Cons- 
tantinople, 1873), qu'en 1873, une assemblée générale avait été convoquée expres- 
sément pour reviser l'ancien règlement. La question est toujours pendante. 



RÈGLEMENTS GÉNÉRAUX. 411 

plus de voix, se rend à l'église, où, après une fervente prière, 
elle procède à l'élection définitive (1). — Ce procédé aurait 
l'avantage d'assurer au clergé une voix prépondérante dans le 
choix des dix candidats, d'où devrait sortir, au second tour de 
scrutin, le chef de l'orthodoxie. Mais je crains bien que cette 
seule considération suffise à en faire écarter l'adoption par le 
parti laïque, plus puissant que jamais. Au reste, ce n'est point 
ici le lieu de préjuger l'avenir; le but de cette étude est sim- 
plement de faire connaître le gouvernement actuel de l'Église 
orthodoxe, en fournissant au lecteur les pièces officielles, rela- 
tives à cette intéressante question. 



IV. — LE SAINT-SYNODE. 

A côté et sous la présidence du patriarche, est établi le Saint- 
Synode, y; àyia xoà Upà SûvoSoç. Le groupement d'évêques autour 
du siège patriarcal date de fort loin. Pour en trouver la véri- 
table origine, il faut remonter jusqu'aux premières années du 
quatrième siècle, jusqu'à cet épiscopat de cour établi en per- 
manence dans la capitale impériale. Ce qu'était, à cette époque, 
ce groupe épiscopal, je n'ai pas à le redire ici; il me suffira de 
renvoyer le lecteur aux pages si substantielles que M. l'abbé 
Duchesne a consacrées, tout dernièrement, aux débuts de cette 
institution (2). Loin de s'affaiblir avec le schisme, ce groupe- 
ment devint d'autant plus puissant qu'aucune autorité supé- 
rieure ne pouvait désormais en arrêter le fonctionnement anti- 
traditionnel. 

A toutes les pages de l'histoire byzantine , du cinquième 
siècle à nos jours, on voit paraître, dans les actes publics de 
l'Église, ce concile permanent (gûvoSgq v/lr^j.z^y) . Sans être 
strictement fixé, le nombre de ses membres ne pouvait, semble- 
t-il, être inférieur à quatre, le président compris; c'est du 
moins le plus bas chiffre qui nous soit fourni par les Actes du 
patriarcat. D'autre part, ces mêmes Actes nous présentent des 
pièces synodales signées de vingt, et même de trente évêques 

(1) Apost. Christodoulou, Aoy.îjAiov £y.xXr,(7ia(7XLX0'j oixaiou,8", Constantinoplo, 1896, 
p. 335 (note). 

(2) L. Duchesne, Églises séparées, Paris, 1896, p. 171-176. 



412 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

présents (1). — Le choix de ces derniers était réservé au pa- 
triarche; toutefois, si leur nombre paraissait trop restreint, 
l'empereur intervenait en nommant lui-même, directement, de 
nouveaux membres, ou en invitant le patriarche à le faire (2). 
Après la conquête ottomane, le Saint-Synode continua de 
siéger auprès du patriarche comme par le passé ; la seule inno- 
vation qui se soit introduite dans son recrutement est préci- 
sément ce gérontisme , dont il a été question plus haut; en 
vertu de ce système, les cinq métropolitains, voisins de la ca- 
pitale, étaient toujours en fait, sinon en droit, membres de l'as- 
semblée, laquelle d'ailleurs comprenait selon les circonstances 
un nombre plus ou moins grand d'autres métropolitains. Ainsi, 
en 1740, c'est-à-dire cinq ans à peine après la reconnaissance 
officielle du gérontisme, on voit telle pièce synodale couverte de 
vingt et une signatures d'évêques en résidence dans la capi- 
tale (3). Ce nombre parut exagéré même aux ministres de la 
Porte. Aussi le patriarche Samuel I er essaya-t-il, vers 1765, 
d'établir à ce sujet une règle générale; il décida qu'à l'avenir le 
Synode aurait constamment huit membres, égaux en puissance, 
et choisis parmi les archevêques les plus dignes et les plus dis- 
tingués; seuls, ces huit pontifes seraient à proprement parler 
les gérontes. Les autres évêques, de passage à Constantinople, 
pourraient sans doute, comme auparavant, assister aux séances 
synodales; mais, sans l'approbation des huit gérontes ou de la 
majorité d'entre eux, aucune décision ne devrait être prise tou- 
chant les affaires de l'Église (4). Le Sultan confirma cette dis- 
position par un firman solennel (1775), ce qui ne l'empêcha pas 
de tomber aussitôt en désuétude : le courant contraire avait été 
trop violent, pour qu'on pût l'arrêter d'un seul coup. La réforme 
décisive ne devait s'opérer que sous l'influence des idées nou- 
velles, dont le conseil provisoire (1858-1860) poursuivait l'appli- 
cation avec la ténacité que l'on sait. Voici le nouveau rè- 
glement élaboré par cette assemblée et qui, approuvé par la 
Porte, le 27 janvier 1862, fut immédiatement mis en vigueur : 

(1) Voir, sur cotte question, Jos. Zhishman, Die Synoden und die EpiscopaJ 
Aemter in der morgcnlandischen Kirche, 8°, Wien, 1867, p. 33. 

(2) Ibid., p. 34. 

(3) Ath. Co.m.m. Ypsilantî, op. cit., p. 611. 

(4) Zach. N. Matha, KaxâXoyo; taxopixo; tûv upwxwv ïmnv.ôïïav xai twv èçcÇrj; tïoc- 
Tptap-/à>v, 2 e édit., Athènes, 1884, p. 155. 



RÈGLEMENTS GÉNÉRAUX. 413 

RÈGLEMENT ORGANIQUE DU SAINT-SYNODE. 

§ 1 er . — FORMATION DU SAINT-SYNODE. 

Art. I e '. — Le Saint-Synode se compose de douze métropoli- 
tains soumis au siège patriarcal œcuménique et siégeant sous 
la présidence du patriarche œcuménique. Conformément à 
l'ordre établi dès l'origine et toujours en vigueur, il est et de- 
meure le centre de l'autorité spirituelle pour tout le peuple 
chrétien relevant du patriarche œcuménique : en conséquence, 
ses soins et sa sollicitude devront s'étendre, conformément 
aux saints canons de l'Église, à toutes les affaires spirituelles 
de la nation ; telles sont : le remplacement des archevêques, et 
la nomination aux sièges vacants, l'amélioration, la conserva- 
tion et le gouvernement de tous les monastères, ainsi que de 
l'École théologique nationale établie dans la capitale; il veillera 
à préserver les chrétiens orthodoxes de toute influence étran- 
gère, capable d'altérer leurs sentiments religieux et de les 
amener à changer de religion; il aura grand soin de nommer 
et d'envoyer ici, dans la capitale, et dans toutes les provinces 
de l'empire, des prêtres dignes et vertueux, pour annoncer aux 
fidèles la parole de Dieu ; il se procurera et fera distribuer tous 
les livres et manuels qu'il jugera nécessaires pour le développe- 
ment du clergé et l'instruction des fidèles. Dans ce but, on éta- 
blira au patriarcat une imprimerie bien pourvue; pour les 
livres et manuels qu'on voudra faire paraître à cette impri- 
merie, en dehors des ouvrages purement religieux , le pa- 
triarcat devra, conformément au Nizam, se concerter d'avance 
avec le ministère de l'Instruction publique. Pour exécuter ces 
mesures, le Saint-Synode doit correspondre avec les arche- 
vêques des provinces de l'empire, qui lui répondront tout de 
suite. Il n'est permis à personne de s'immiscer dans les affaires 
et les attributions réservées à l'autorité spirituelle du Saint- 
Synode. 

Art. 2. — Les conseils d'inspection et le séjour habituel 
des prélats privilégiés étant désormais abolis, tous les métro- 
politains relevant du siège œcuménique ont également le droit 



414 REVUE DE LORIENT CHRÉTIEN. 

de faire partie du Saint- Synode, chacun pendant deux ans, à 
tour de rôle; on renouvelle tous les ans la moitié des membres, 
de telle manière que chacun d'eux ne reste pas au Synode 
plus de deux ans. Tous les membres du Saint-Synode ont la 
même autorité et le même suffrage dans l'exercice de leurs 
fonctions synodales; il n'existe entre eux ni distinction ni su- 
prématie d'aucune sorte. La liste des prélats qui résident dans 
la capitale ou s'en éloignent sera adressée par le patriarcat à 
la Sublime Porte, avec les indications convenables. 

Art. 3. — Quant aux prélats en résidence clans les pro- 
vinces, s'ils viennent d'être ordonnés, ils ne peuvent être 
nommés membres du Synode avant d'avoir passé cinq années 
entières dans leur diocèse ; s'ils ont été simplement transférés, 
il faudra un séjour de trois ans dans leur nouveau diocèse. 
Seuls, les prélats d'un âge fort avancé pourront récuser leur 
mandat; tous les autres sont absolument tenus, dès qu'on les 
appelle, de se rendre immédiatement à Constantinople. 

Art. 4. — On fixera un traitement proportionnel à perce- 
voir par les métropolitains du Synode dont les revenus ordi- 
naires seraient inférieurs à 50.000 piastres, pour les aider à 
couvrir les frais de résidence à Constantinople, à compter du 
jour de leur entrée en fonctions jusqu'à leur remplacement. 

Art. 5. — On a dressé tout exprès une liste de tous les 
métropolitains, en les répartissant en trois classes, dont cha- 
cune comprend un tiers de leur nombre total. Tous les ans, 
trois mois avant l'expiration du délai fixé, le patriarche, de 
concert avec le Saint-Synode, choisira sur cette liste deux titu- 
laires par classe, à savoir le premier et le dernier, et les invi- 
tera à remplacer les anciens; ceux-ci devront retourner sans 
retard dans leurs diocèses respectifs. 

Art. 6. — Dans le cas où un membre du Synode vient à 
mourir avant l'expiration des deux ans fixés, le prélat qui 
vient immédiatement après lui le remplace et achève les deux 
ans, lorsque le décès arrive la première année; s'il survient la 
seconde, les quelques mois non encore écoulés sont comptés 
en surcroît au titulaire appelé à siéger par le tour de rôle. 

Art. 7. — Comme une commission mixte spéciale a été 
instituée pour régler et éteindre les dettes de la communauté et 
les dettes dites de la cour, les membres du Saint-Synode sont 



RÈGLEMENTS GÉNÉRAUX. 415 

dispensés de fournir des cautions et de délivrer des billets d'em- 
prunts nationaux. Ceci est désormais sévèrement interdit (1). 

Art. 8. — Tout acte du Synode fait à l'insu ou en l'absence 
du patriarche est nul, comme aussi tout acte émanant du patriar- 
che seul demeure sans valeur. Mais toute décision synodale 
prise à la majorité des voix, en séance plénière des membres 
du Synode, doit être sanctionnée et exécutée par le patriarche. 

Art. 9. — Aucun métropolitain du Synode ne peut, au 
terme de son mandat, demeurer à Constantinople sous aucun 
prétexte, hormis le cas de maladie ou d'extrême nécessité; 
encore cela n'aura-t-il lieu qu'avec l'assentiment du Synode et 
la fixation par le patriarche d'un délai convenable. De plus, la 
Sublime Porte en sera informée. Les prélats en question ne 
prendront part ni aux séances ni à l'assistance au chœur (2). 

Art. 10. — Aucun des métropolitains relevant du siège 
œcuménique ne peut séjourner à Constantinople, sous aucun 
prétexte, sans l'autorisation préalable du patriarche et l'ap- 
probation du Saint-Synode. 

Art. 11. — On comptera la période de deux ans à partir de 
la première fête solennelle qui suivra la sanction donnée aux 
règlements du conseil national par Sa Hautesse Impériale, 
notre très magnanime souverain. 



(1) La rédaction assez obscure de cet article a besoin d'une explication. Vers 
le milieu du siècle dernier, les dettes du patriarcat s'élevaient à une somme 
exorbitante; de là des embarras qui allaient se multipliant sans cesse. Pour y re- 
médier, le patriarcbe Samuel (1764-1768) obligea chaque évèché à se charger 
d'acquitter une partie de la dette; cette quote-part, inscrite sur un registre 
créé à cet effet, constitua la dette aulique (aùXixà yjpév.) de chaque évêché. Le re- 
mède était pin 1 que le mal ; car, pour se libérer de cette dette, les évêques 
eurent recours à des emprunts forcés sur leurs propres sujets. Ils délivraient, en 
retour des sommes reçues, des obligations appelées elles aussi aùXtxai et marquées 
du sceau de la communauté. Cette dernière disposition faisait peser sur la com- 
munauté tout entière la dette particulière de chaque éparchie, et c'est ainsi que 
les Gérontes pouvaient multiplier les dépenses sans grever leur propre budget. 
Pour donner le change, on créa, au Phanar, deux caisses, celle de la communauté, 
et celle des éparchies; mais toutes deux étaient administrées par le Synode et 
quelques laïques triés avec soin. Ces agioteurs formaient la « Commission de la 
dette nationale ». Voy. Z. X. Matha, op. cit., \>. 155. — J. C. Pitzipios, L'église Orien- 
tale, 1" partie (Rome, 1855), p. 48 (note). 

(2) A certaines fêtes de l'année ou dans certaines circonstances particulières, 
les diverses fonctions sacrées sont présidées parle patriarche, assisté de tous les 
membres du Synode. C'est cette présence au chœur du sacré <<>llc<je orthodoxe 
que l'on désigne sous le nom de -/o^osTaTi'a. 



416 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

Art. 12. — Si le patriarche manque à ses obligations et à 
ses devoirs spirituels, et qu'après une première et une seconde 
remontrance respectueuse de la part du Synode, il ne tienne 
aucun compte des avertissements ni des corrections, le Saint- 
Synode, de concert avec le conseil mixte permanent qui va être 
institué, renouvelle ces mêmes respectueuses remontrances; 
dans le cas où il s'obstine, les deux corps réunis en réfèrent 
par écrit à la Sublime Porte et réclament sa déposition. Pa- 
reillement, si le patriarche manque à ses devoirs civils, le 
conseil mixte permanent agit d'abord tout seul, puis avec le 
Saint-Synode, comme plus haut. Toutefois, pour procéder à la 
déposition du patriarche, les deux tiers de chaque assemblée 
doivent être d'accord. 



§ 2. — RAPPORTS DU PATRIARCHE OECUMÉNIQUE AVEC LE SAINT- 
SYNODE ET RÉCIPROQUEMENT. 

Le patriarche œcuménique étant la plus haute autorité spi- 
rituelle et le chef de tout le clergé soumis au siège œcumé- 
nique, devra : 

1° Donner le bon exemple à toute la communauté, entrete- 
nant avec tous les prélats des rapports fraternels et pacifiques, 
sans acception de personne et sans préférences individuelles ; 

2° Défendre de toutes ses forces, avec le Saint-Synode, les 
membres du clergé qu'on attaque injustement; 

3° Observer et surveiller le genre de vie et la conduite du 
clergé, encourageant par des moyens appropriés ce qui est 
bien et digne de louange, corrigeant ce qui est répréhensible 
et peu conforme au décorum ecclésiastique, punissant au besoin, 
toujours avec le concours du Saint-Synode; 

4° Traiter avec le respect et les égards nécessaires les mem- 
bres du Saint-Synode, se comportant vis-à-vis de tous indis- 
tinctement avec une douceur fraternelle, afin d'écarter tout 
scandale et tout soupçon ; 

5° Maintenir à l'intérieur du Saint-Synode le bon ordre 
qu'exige la haute position de cette assemblée, pour la gloire 
de l'Église, sans jamais souffrir qu'on prononce en public, au 
cours des séances, des paroles inconvenantes ou scandaleuses, 



RÈGLEMENTS GÉNÉRAUX. 417 

incompatibles avec le caractère épiscopal; qu'il donne lui- 
même l'exemple de cette convenance; 

6° Travailler et agir avec le Saint-Synode sans affectation, 
sans partialité, sans égoïsme, ayant toujours en vue les inté- 
rêts généraux de l'Église et de la nation et les défendant de 
toutes ses forces; 

7° Il devra y avoir au patriarcat une salle convenable où le 
Saint-Synode, d'accord avec le patriarche, se réunira en séance 
extraordinaire, toutes les fois qu'il en sera besoin pour déli- 
bérer à part sur des questions dont la nature ne permet pas 
au Synode de siéger hors du palais patriarcal. 



3. — DEVOIRS DES PRÉLATS QUI FONT PARTIE DU SAINT SYNODE. 



1° Les prélats qui composent le Saint-Synode doivent respecter 
et honorer comme il convient le patriarche, la plus haute au- 
torité spirituelle de l'Église et de la nation, dont ils accepte- 
ront et suivront les sages conseils et les instructions, sans né- 
gliger leurs devoirs sacrés; qu'ils se comportent au dedans 
comme au dehors du Synode avec la bienséance et la dignité 
voulue, s'abstenant de toute démarche et de toute parole qui 
provoquerait du scandale ou porterait atteinte au caractère 
patriarcal. 

2° Toutes les fois qu'un prélat, membre du Synode ou non, 
a besoin de faire une visite à quelque personnage de distinc- 
tion, cette visite doit être autorisée par le patriarche ; si quel- 
qu'un s'éloigne sans permission, le patriarche lui fera d'abord 
en particulier une remontrance fraternelle; s'il désobéit une 
seconde fois, il sera repris en plein Synode; à une troisième ré- 
cidive, on prendra les mesures nécessaires pour le ramener à 
l'obéissance. 

3° Aucun prélat, qu'il soit ou non membre du Synode, n'a le 
droit de critiquer le patriarche, en raillant sa personne avec 
arrogance, ou en s'attaquant à sa réputation ; quelqu'un commet- 
il cet acte, le patriarche le reprend une première fois avec 
douceur; à la seconde fois, c'est le synode qui adresse les re- 
montrances; si, une troisième fois, le coupable n'en tient pas 

OKIENT CHRÉTIEN. 28 



418 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

compte et refuse de s'amender, il doit être châtié comme il 
convient. 

4° Aucun prélat ne peut passer dans un autre diocèse et y 
séjourner plus de quinze jours, sans la permission préalable du 
patriarche et sans prévenir l'évêque du diocèse en question; 
toutefois, en cas d'impérieuse nécessité, un évêque peut se 
rendre dans les sandjaks de l'eyalet et y rester quelques jours 
pour régler ses affaires, en ayant soin d'informer le patriar- 
che œcuménique de son départ et de son retour (1). 

5° Les membres du Saint-Synode délibéreront toujours en com- 
mun avec le patriarche sur toutes les questions qui se présente- 
ront; en cas d'égalité dans les suffrages, c'est le parti pour le- 
quel vote le patriarche qui l'emporte ; il n'y a entre les prélats 
du Synode d'autre supériorité que la préséance même du rang 
occupé par leur siège métropolitain; cette préséance sera seu- 
lement observée aux séances et au chœur, conformément au 
tableau de la hiérarchie, que le prochain Synode, dans son im- 
partialité et équité, dressera après y avoir apporté les modifi- 
cations les plus convenables et les plus nécessaires. 

6° Toute offense du patriarche envers l'un des membres du 
Synode, au sujet de l'opinion ou du vote, exprimés par celui-ci 
dans une réunion synodale, est considéré comme un outrage 
fait à tous les membres du Synode ; de leur côté, les métropo- 
litains du Synode doivent accorder au patriarche le respect 
qu'il mérite. 

7" Le Synode aura un premier et un second secrétaires pris 
parmi les ecclésiastiques, et nommés par le patriarche et le 
Synode. Le premier secrétaire, et, à son défaut, le second, di- 
rige la chancellerie, présente au patriarche et au Synode les 
rapports et autres pièces concernant l'Église, et conserve les 
procès-verbaux des séances synodales; mais il n'a ni voix dé- 
libérative, ni suffrage, ne prend aucune part à l'examen des 

(1) Ceci doit s'entendre évidemment du cas. presque général, où les circons- 
criptions ecclésiastiques ne coïncident pas avec les divisions administratives de 
l'Empire. Tel évêque, par exemple, qui résidera au chef-lieu d'un vilayet, n'aura 
aucune autorité sur le territoire d'alentour, lequel appartiendra juridiquement 
à un autre diocèse. La chose se voit encore en France. Ainsi le canton de Ru- 
milly (Haute-Savoie) relève de Chambéry au point de vue ecclésiastique, et 
d'Annecy au point de vue civil; il faut en dire autant, mais dans l'ordre inverse, 
du canton d'Ugines (Savoie). 



RÈGLEMENTS GÉNÉRAUX. 419 

questions proposées, à moins d'en être prié. Le travail respec- 
tif des secrétaires est déterminé chaque fois par le premier se- 
crétaire ; ils ne pourront être portés parmi les candidats à l'é- 
piscopat, avant d'avoir rempli leur charge, le premier pendant 
cinq ans, et le second pendant sept ans, à dater de leur entrée 
au secrétariat de l'Église. 

8° Le Saint-Synode se réunit trois fois par semaine. Tous les 
documents ecclésiastiques adressés à la Sublime Porte doivent 
être revêtus du sceau à six pièces, dont la garde est confiée 
chaque année aux six membres non sortants. Tout document, 
avant son expédition, doit être inséré au procès-verbal et signé 
par les membres du Synode. La clef du sceau reste toujours 
en la possession du patriarche (1). 

9° Les prélats désignés pour un diocèse ne peuvent séjourner 
à Constantinople plus de deux mois, sans partir pour leur 
diocèse. Durant leur séjour, ils peuvent simplement assister 
solennellement au chœur et concélébrer. 

10° Les prélats qui, pour affaires ou maladie, demeureront à 
Constantinople dans le délai indiqué, avec la permission du pa- 
triarche et l'agrément du Synode, pourront bien assister au 
chœur et concélébrer, à moins d'être cités en justice, mais non 
siéger au Synode. Le délai expiré, ils repartiront aussitôt pour 
leur diocèse. S'il y a nécessité absolue de proroger encore 
leur séjour, c'est au patriarche à le décider, après avoir pris 
l'avis du Synode. Que si quelqu'un cherche à prolonger le terme 
de son séjour, en provoquant de l'agitation contre l'Église, on 
le renverra aussitôt dans son diocèse; si ce retour présente des 
difficultés, on l'enverra ailleurs, jusqu'à ce qu'il soit facile de 
l'envoyer dans son diocèse. 

11° Le patriarche, d'accord avec le Synode, étendra, comme 
il convient, sa vigilance et sa sollicitude aux patriarches démis- 
sionnaires privés de soutien, pour leur assurer une existence 
aisée, de même qu'aux métropolitains démissionnaires, aux 
évêques ordinaires et aux titulaires, pour leur fournir des se- 



(1) Cette mesure de précaution, qui nous paraîtrait injurieuse, remonte au 
patriarche Samuel I« (1763-68). Seulement, à cette époque déjà lointaine, le sceau 
n'était partagé qu'en quatre morceaux. Cf. Ath. Coiin. Ypsilanti, op. cit., 
p. 397; Zach. N. Matha, op. cit., p. 155. La bonne foi, après un siècle, était sans 
doute devenue plus rare. 



420 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

cours convenables. Les prélats qui démissionnent de leur plein 
gré peuvent choisir eux-mêmes un lieu pour s'y retirer et 
passer leur vie, au su du patriarche et du Synode, sauf dans le 
diocèse qu'ils gouvernaient au moment de leur démission. Que 
si un évoque a été déposé conformément à l'article 8 du rè- 
glement sur l'élection des évoques, c'est au patriarche et au 
Synode à lui assigner une résidence, si la faute qu'on lui re- 
proche est d'ordre religieux; si, au contraire, cette faute est 
d'ordre politique, la résidence sera fixée par la Sublime Porte 
de concert avec le Patriarcat. 

12° Le patriarche nommera, avec le Synode, une commission 
ecclésiastique, composée d'ecclésiastiques instruits, dont les 
fonctions seront de veiller à la bonne conduite et à l'instruction 
du clergé, afin qu'on n'ordonnne pas des sujets ignorants et 
indignes. 

13° On doit établir dans chaque diocèse une commission ec- 
clésiastique sur le modèle et avec les règlements de la com- 
mission ecclésiastique centrale de Constantinople. 

14° Tout évêque doit avoir un prédicateur, chargé de par- 
courir son diocèse pour y annoncer la parole de Dieu sans le 
moindre salaire. Les diocèses les plus importants entretiendront 
aussi, aux frais des fidèles du diocèse et sous la direction de 
l'évêque et des notables, un séminaire où seront instruits ceux 
qui se destinent au sacerdoce, et spécialement les enfants des 
prêtres, ainsi que les prêtres et les diacres qui en auraient 
encore besoin. Ceux qui, parmi les élèves de ces établissements, 
auraient plus d'intelligence et désireraient aller plus loin et 
recevoir une instruction plus complète, seront envoyés par leur 
évêque au séminaire de Constantinople. 

15° On adresssera de temps en temps des circulaires à tous 
les évêques pour qu'ils aient soin, d'accord avec les notables 
de leur diocèse, d'envoyer des jeunes gens doués de bonnes qua- 
lités morales et intellectuelles, pour être agrégés au séminaire 
de Constantinople. 

16° Le Saint-Synode possédera une caisse particulière, destinée 
à couvrir certains frais indispensables, comme l'envoi des 
lettres et autres menues dépenses; l'argent nécessaire à ces 
besoins sera fourni par la caisse du conseil mixte. 

17° Les divers monastères stavropégiaques et les monastères 



RÈGLEMENTS GENERAUX. 421 

diocésains ont relevé jusqu'à présent, conformément aux saints 
canons, les uns de la grande Église, les autres des métropolitains ; 
ils en relèveront de même à l'avenir et seront administrés d'après 
le règlement particulier des monastères. 

18° Le Saint-Synode prendra en sérieuse considération et exa- 
minera avec attention les griefs adressés, ces derniers temps, à 
l'Église par les Bulgares au sujet des offices célébrés dans les 
églises ; après avoir recherché et trouvé le fonds de vérité contenu 
dans ces griefs, il prendra les mesures nécessaires pour rétablir 
l'ordre et la tranquillité. 

19° L'une des principales fonctions du Saint-Synode et des 
notables de la nation est de pourvoir d'avance à l'établissement 
en n'importe quel lieu d'un lycée convenable pour les filles, 
placé sous la surveillance du patriarche, du Saint-Synode et du 
conseil mixte, où trouveront asile les filles pauvres de nos 
compatriotes; on songera aussi à un orphelinat, pour l'entre- 
tien des jeunes orphelins, privés de protection et de ressources, 
et des enfants qui, pour d'autres motifs, auraient besoin d'être 
gardés et instruits. 

20° De même, il étendra la sollicitude voulue sur les établisse- 
ments d'utilité publique que la nation possède à Constantinople, 
tels que les hôpitaux, l'école nationale du Phanar, les écoles 
diocésaines et communales, et autres; l'enseignement doit y 
être donné d'une manière uniforme. 

21° Pour garder en sûreté les ornements sacrés et les vases 
de l'église patriarcale, il y aura un sacristain, nommé par le 
Saint-Synode, qui en tiendra un inventaire régulier, sous la 
haute surveillance d'un métropolitain du Synode. De même, on 
choisira un bibliothécaire, surveillé lui aussi par un membre 
du Synode. 



La plupart des dispositions de ce long et minutieux règlement 
furent aussitôt mises en vigueur et le sont demeurées jusqu'à 
nos jours. Un des premiers soins du Saint-Synode de 18G2 fut 
de dresser le Syntagmation, c'est-à-dire le tableau des évêchés 
et des métropoles relevant du patriarche de Constantinople. Au- 
cune liste de ce genre n'avait été officiellement publiée, depuis 
celle de Chrysanthe, patriarche de Jérusalem, vieille de plus 



422 



REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. 



d'un siècle. Or, nul n'ignore combien les circonscriptions ecclé- 
siastiques varient souvent dans les Églises orientales, dans l'É- 
glise grecque en particulier; rien n'était donc plus urgent que 
de soumettre la hiérarchie orthodoxe à une revision totale. C'est 
ce que fit Joachim II, lors de son premier passage sur la chaire 
de Photius (1860-1863). Toutefois, ce premier Syntagmation, sur 
lequel nous aurons à revenir, ne tarda pas à devenir lui-même 
tout à fait suranné, par suite des profonds bouleversements poli- 
tiques survenus plus tard. En quelques années, la Bulgarie, la 
Bosnie, la Thessalie et l'Épire furent successivement détachées 
du patriarcat œcuménique. Il fallut, pour conserver à celui-ci 
un certain prestige, créer de nouveaux sièges, rajeunir de vieux 
noms oubliés, se consoler du présent en exhumant du passé tout 
un pompeux cortège de métropoles depuis longtemps disparues. 
Joachim III promulgua, en 1883, un nouveau Syntagmation, 
de soixante et onze métropoles afin d'assurer le recrutement 
régulier du Saint-Synode. Ses successeurs ont porté jusqu'à 
soixante-dix-sept le chiffre de ces sièges privilégiés, seuls admis 
à fournir ses titulaires à la haute assemblée; depuis quelques 
années, leur nombre s'est de nouveau restreint, et aujourd'hui 
il n'est plus que de soixante-quatorze. 

A cause du sujet qui nous occupe, non moins que pour son 
grand intérêt géographique, il est utile de donner ici ce tableau. 
Les soixante-quatorze métropoles y sont disposées en trois co- 
lonnes, de vingt-cinq chacune, sauf la dernière. Tous les ans, 
au moment des élections synodales, on désigne deux candidats 
par colonne, l'un en haut, l'autre en bas; on laisse seulement 
de côté ceux qui ne rempliraient pas les conditions exigées 
par les règlements. 



1 Césarée. 

2 Éphèse. 

3 Héraclée. 

4 Cyzique. 

5 Nicomédie. 

6 Nicée. 

7 Chalcédoine. 

8 Dercos. 

9 Thessalonique. 

10 Andrinople. 

11 Amasée. 



26 Smyrne. 

27 Mitylène. 

28 Didymoteichos. 

29 Ancyre. 

30 Philadelphie. 

31 Melnik. 

32 Ainos. 

33 Méthymne. 

34 Mésembrie. 

35 Samos. 
30 Yizia. 



51 Yodéna. 

52 Coritza. 

53 Bérat. 

54 Stromnitza. 

55 Grévéna. 

56 Sisanio. 

57 Mogjéna. 

58 Prespa. 

59 Dibra. 

60 Cassandria. 

61 Chaldia. 



REGLEMENTS GENERAUX. 



123 



12 Jannina. 

13 Brousse. 

14 Pélagonie. 

15 Néocésarée 

16 Iconium. 

17 Berrhœa. 

18 Pisidie. 

19 Crète. 

20 Trébizonde. 

21 Nicopolis. 

22 Philippopoii. 

23 Rhodes. 

24 Serrés. 

25 Drama. 



37 Anehialo. 

38 Varna. 

39 Maronia. 

40 Silivrie. 

41 Sozoagathopolis. 

42 Xanthi. 

43 Ganos et Chora. 

44 Chio. 

45 Lemnos. 

46 Imbros. 

47 Dyrrhacliium. 

48 Scopia. 

49 Castoria. 

50 Rascoprisrend. 



62 Elasson. 

63 Prœconnèse. 

64 Dryinoupolis. 

65 Cos. 

66 Lititza. 

67 Carpatlios. 

68 Servia. 

69 Nevrokop. 

70 Léro et Calymno. 

71 Colonia. 

72 Eleutheroupolis. 

73 Paramythia. 

74 Bella. 



Plus d'une fois, depuis qu'il leur a été imposé, les patriar- 
ches ont cherché à s'affranchir de cet ordre, et à nommer direc- 
tement, comme autrefois, les titulaires du Synode. Sans avoir 
entièrement réussi dans leurs tentatives, ils n'en ont pas moins 
obtenu un privilège, bien modeste sans doute, mais dont 
l'exercice, s'il devenait fréquent, ne manquerait pas de rendre 
vaines et illusoires certaines dispositions du règlement; je veux 
parler des nominations par âpwTivSïjv. Voici l'origine et la na- 
ture de ce procédé. Au mois de mars 1867, Grégoire VI, élu 
patriarche pour la seconde fois, déclara n'accepter cette dignité 
qu'à la condition de pouvoir prendre auprès de lui, comme 
membres du Synode, trois des prélats les plus distingués de la 
hiérarchie. C'était aller contre les nouveaux règlements; mais, 
d'autre part, le schisme bulgare devenait de plus en plus me- 
naçant. En raison de ces circonstances particulièrement déli- 
cates, l'assemblée électorale, violant elle-même sa propre loi, 
crut devoir accorder cette faveur au nouvel élu. On vit alors 
reparaître, pour désigner ce mode de recrutement, le vieux 
mot classique d'àpiorCvSrjv, employé parles anciens pour marquer 
un choix fait par rang de dignité, par ordre de mérite. C'était, 
sous une forme mitigée, faire revivre le gérontième ; on le vit 
bien lorsque le choix de Grégoire VI se porta sur les trois mé- 
tropolitains de Cyzique, de Chalcédoine et de Dercos. Néan- 
moins, aux assemblées générales de 1871 et de 1873, réunies 
pour l'élection d'Anthime VI et de Joachim II, aucune réclama- 
tion ne s'éleva contre cette grave infraction aux règles posées 



424 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

dix ans auparavant. Les patriarches pouvaient se croire, dès 
lors, en possession définitive d'un nouveau droit. Par malheur, 
au mois d'octobre 1878, la nouvelle assemblée, qui devait élire 
Joachim III, mit cette question à l'ordre du jour dès l'ouverture 
de la session. Naturellement, les chefs de la grande Église 
furent invités par leurs turbulents sujets à conformer leur con- 
duite à la lettre et à l'esprit des règlements. Le nouveau pa- 
triarche dut s'incliner; mais, trois mois après, estimant les cir- 
constances assez graves pour user du système, il en demanda 
l'autorisation aux deux corps réunis, qui la lui accordèrent 
volontiers. Ses successeurs Joachim IV et Denys V n'en prirent 
pas moins à leur aise ; sous Néophyte VIII on se serait cru aux 
plus beaux jours du gérontisme. — Une violente campagne, 
menée contre ce prélat, provoqua l'intervention du gouverne- 
ment. — Abdul-Hamid II, comme toujours, imposa silence, et 
la lutte se termina au profit du pouvoir, c'est-à-dire du pa- 
triarche. Aujourd'hui, la nomination par xpiz-^zr^ ne lui est 
presque plus contestée; mais il a la sagesse d'en user avec 
assez de discrétion. D'ordinaire, il se borne simplement à pro- 
roger les pouvoirs des membres sortants pour une nouvelle 
période de deux ans (1). 

Constantinople. 

L. Petit, 

dos Augustins de l'Assomption. 

(.4 suivre.) 

(1) Cf. G. I. Papadopoulos, S-jyypovo; 'Iepapxta, etc., p. 384-80. 



UNE HOMELIE 



DE SÉVÈRE D'ANTIOCHE 

ATTRIBUÉE A GRÉGOIRE DE NYSSE ET A HÉSYCHIUS 
DE JÉRUSALEM 



En 1715, Montfaucon publia (1), d'après le manuscrit 23 du 
fonds Coislin , sous le nom de Sévère d'Antioche, un traité 
assez long, mais incomplet cependant, sur l'accord des quatre 
Évangélistes dans le récit de la résurrection. 

Montfaucon crut ce traité inédit (2). Il l'était en effet en ce 
sens qu'il n'avait pas encore été publié sous la forme où Mont- 
faucon le faisait paraître, ni surtout sous le nom de Sévère. 
Mais il était loin d'être inconnu. On pouvait le lire depuis 
1562 (3) dans la deuxième homélie de Grégoire de Nysse sur 
la résurrection, publiée à cette époque en traduction latine, 
et éditée en 1615 (4) et en 1638 (5) dans le texte original. Il se 
lisait encore depuis 1648 dans une homélie que Combefis (6) 
avait attribuée à Hésychius, et qui n'était autre que celle de 
Grégoire de Nysse dont nous venons de parler. 

(1) BibliothecaCoisliniana, Paris, in-fol., p. 68-75. 

(2) Ibid., préface : Tertium anecdoton. 

(3) Gregorii episcopi Nysseni opéra degraeco in latinum e diversis sed po- 

tissimum a Laurentio Sifano translata, Bàle, 1562, in-fol.. c. 193 sqq. 

(4) Gregorii episcopi Nysseni opéra omnia quae reperiri potuerunt graece et 
latine nunc primum ex mss. codd. in lucem édita et in duos tomos divisa, Paris. 
1615, in-fol., t. II, c. 832 sqq. 

(5) Gregorii episcopi Nysseni opéra nunc denuo correctius et aceuratius édita 
et in très tomos distributa, Paris, 1638. in-fol., t. III, c. 400 sqq. 

(6) Graeco-latinae pub-uni bibliothecae novum attctarium, tomus duplex, aller 
exegetieus, alter historiens et dogmaticus, Paris, 1648, in-fol., c. 743-774. 



436 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

Galland releva l'erreur de Montfaucon, au tome XI de sa Bi- 
bliotheca Patrum. Nous verrons tout à l'heure sa démons- 
tration. Mais auparavant, il sera bon, dans l'intérêt de la clarté, 
de retracer l'histoire de la pseudo-deuxième homélie de Grégoire 
de Nysse sur la résurrection jusqu'à l'apparition de la Biblio- 
theca Coisliniana de Montfaucon. 

Cette histoire commence avec la publication du Novum Auc- 
tarium de Combefis. Jusque-là, l'homélie en question passait 
sans aucune difficulté pour être de Grégoire de Nysse. Combefis 
l'édita sous le nom d'Hésychius et exposa dans une note (1) les 
raisons pour lesquelles il l'avait enlevée à celui qu'on en croyait 
jusqu'alors l'auteur. Ces raisons sont les suivantes : Un manus- 
crit royal assez ancien donne la deuxième homélie de Grégoire 
de Nysse sur la résurrection comme étant d'Hésychius (2). — 
Cette homélie est écrite dans le style simple et sans élévation 
des écrivains didactiques, qui n'est pas celui de Grégoire de 
Nysse. — On a d'Hésychius des écrits dans lesquels il explique, 
avec la simplicité de style qui distingue cette homélie, des dif- 
ficultés et des contradictions apparentes de l'Écriture sainte. — 
Un même auteur ne saurait avoir écrit les deux premières ho- 
mélies de Grégoire de Nysse sur la résurrection, à moins qu'on 
n'admette qu'il ait voulu démolir dans la seconde ce qu'il 
s'est efforcé d'établir dans la première. 

Cette argumentation ne manquait pas d'une certaine force. 
Combefis faisait ressortir qu'une homélie attribuée à Grégoire 
de Nysse ne pouvait pas être de lui, tant à cause du fond que 
de la forme de cette homélie, et il établissait qu'Hésychius en 
était l'auteur non seulement possible mais certain. 

Cotelier adopta entièrement les conclusions de Combefis lors- 
qu'il publia en 1686 un ouvrage d'Hésychius intitulé : ^avayar^ 



(1) Nov. Auct., c. 775-777. 

(2) Le manuscrit auquel Combefis fait allusion et dont il s'est servi pour édi- 
ter cette homélie, peut aussi bien être le Nat. gr. 1186 que le Nat. gr. 772. Les quel- 
ques changements que Combefis a apportés au texte de 1638, qu'il reproduit pour 
ainsi dire purement et simplement, peuvent avoir été faits à l'aide de l'un ou de 
l'autre manuscrit. Ils remontent en effet tous deux à un même archétype. 
Toutefois, comme les mots « assez ancien » s'appliquent mieux au Nat. gr. 1187 
qui est le plus ancien (parchemin XIV e siècle), nous croyons que c'est ce der- 
nier que Combefis a eu entre les mains. 



UNE HOMÉLIE DE SÉVÈRE d'ANTIOCHE. 437 

viaç -roi) àybu 'Hau^tou TcpeaêuTspou 'IspoaoAÛ[j.o)v (1). Il avait en 
effet découvert deux manuscrits donnant quelques extraits de 
notre homélie sous le nom d'Hésychius (2). Le premier de ces 
deux manuscrits est aujourd'hui le Parisinus grec 186 (3). 
Les extraits y sont au nombre de trois (4); ils sont surmontés 
d'un titre qu'on trouvera plus loin (5). Le deuxième est le 
Vindobonensis 89. Cotelier avait appris par Lambeck (6) que 
la réponse de la 153 e question d'Anastase le Sinaïte publiée par 
Gretser (7) sans nom d'auteur, était attribuée dans ce manus- 
crit à 'Hajyio; TrpeaSJ-spcç. Or cette réponse est tirée de la fin 
de notre homélie (8). Cotelier fut donc en droit de croire que 
celle-ci était d'Hésychius et de se ranger sous ce rapport à 
l'avis de Combefis dont il confirmait la démonstration. 

Richard Simon résuma dans son « Histoire critique des prin- 
cipaux commentateurs du Nouveau Testament » (9) les raisons 
données par Combefis pour attribuer à Hésychius une homélie de 
Grégoire de Nysse et il leur reconnut « beaucoup de vraisem- 
blance ». Il avait remarqué en effet « qu'il fallait beaucoup lire 
pour trouver dans les discours de Grégoire de Nysse quelque pas- 
sage du Nouveau Testament expliqué, et que le livre où il faisait 
paraître plus d'application à sa matière, était son second dis- 
cours sur la résurrection de Jésus-Christ ». « Mais, ajoutait-il, 
il y a lieu de douter qu'il soit vraiment de lui. » « Si cet 



(1) Ecch'siae graecae monumenla, Paris, in-4°, t. III, p. 1-53. 

(2) Ibidem, p. 531 b. 

(3) Co manuscrit, que Cotelier désigne par codex Regius 750, porte dans le 
catalogue rédigé en 1(582 le numéro 1882, et dans le catalogue imprimé en 1740 
le numéro 180. 

(4) Où8è yàp sîtiov — pà6r) toù 6eov (Migne, Pair, gr., t. XLVI, c. 028-029); èv jjlèv 
oîiv toï; àxpiêesTEpoi; àvriypaçoiç — à),Exxpyovwv çcovrçv. (Ibidem, c. 044'045) ; ÈTteior) 
7to)).wv Mapiwv — oùx ailry TtsTUTTEÛxajiEv. (Ibidem, c. 0-15-040.) 

(5) P. 447. 

(0) Commenlariide Augusla Bibliotheca \'indobonensi, Vienne, 1005-1079, in-lbl., 
t. III, manuscrit 89, c. 197; édition Lambeck-Kollar (1700-1781), c. 480. 

(7) Anastasii Sinaitae quaeslionnes et responsiones CLIV de variis argumentis, 
graece et latine, éd. lac. Gretser; Ingolstadt, 1017, in-4°. L'édition do Gretser a 
été reproduite par Migne, Pair, gr., t. LXXXIX. 

(8) Cet extrait répond à la question : Eï ov/(a^wvoû(tiv ol TÉ^açE; EÙayY £ ^ lffTai rapi 
tïjç toû XptaToù àvauxâCTEw; v\ où. Il commence par : Tsso-âpwv ôvtwv xoù ôpwv [leg. 

xoupàiv] xoù too-otjtwv àcptÇïtov et finit par : xai àXXo; 'Iâxwêo? toû 'A).?atoy èx 

twv ôwSsxa. (Migne, Pair, gr., t. LXXX1V, c. 809-811. — Ibid., t. XLVI, c. 045.) 

(9) Rotterdam, 1093, in-4", p. 111 et 112. 



438 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

ouvrage était de Grégoire de Nysse, déclarait R. Simon, il y 
aurait été bien plus exact pour ce qui est de la critique que dans 
ses autres livres. Car il y observe quelques leçons assez im- 
portantes (1). » 

Enfin, Le Nain de Tillemont corrobora à son tour l'argumen- 
tation de Combefis (2). « La manière, dit-il, dont la première 
oraison (de Grégoire de Nysse sur la résurrection) explique les 
trois jours de la mort de Jésus-Christ est assez extraordinaire. 
Elle prétend montrer par saint Matthieu que Jésus-Christ est 
ressuscité le samedi au soir, mais la seconde sur la résurrec- 
tion, qui est toute pour accorder les quatre Évangélistes entre 
eux, explique tout autrement les paroles de saint Matthieu et 
réfute expressément le sens que la première leur donne. Ainsi 
on ne peut dire que ces deux oraisons soient toutes deux de 
saint Grégoire de Nysse, à moins qu'il n'ait tout à fait changé 
de sentiment. » 

En résumé, on peut dire qu'à l'époque où Montfaucon fit pa- 
raître sa BibliotheeaCoisliniana, le monde savant était d'accord 
pour ôter à Grégoire de Nysse sa deuxième homélie sur la résur- 
rection et pour l'attribuer à Hésychius. C'était là en quelque sorte 
une affaire que l'on considérait comme définitivement réglée (3). 

La publication par Montfaucon d'un bon morceau de cette 
homélie sous le nom de Sévère d'Antioche , vint frapper de nul- 
lité, sinon toute l'argumentation de Combefis, du moins la par- 
tie relative à l'attribution de cet écrit à Hésychius. A partir de 
ce moment, il fallait en effet se demander si Sévère, le fameux 
patriarche d'Antioche, ne pouvait pas être l'auteur de notre 
homélie. 



(1) R. Simon croit que, le manuscrit où Combefis a vu notre homélie sous le 
nom d'Hésychius, est le Regius 1882, aujourd'hui Nat. gr. 186. C'est là une 
erreur. Le Regius 1882 ne donne que quelques extraits de l'homélie et Combelis 
s'est servi d'un manuscritqui la donne tout entière. (Nat. gr. 1186 ou 772, comme 
nous l'avons dit plus haut.) 

(2) Mémoires pour servira l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles, Pa- 
ris, 1693-1712, in-4»; 2" édition 1701-1714, t. IX, p. 613. 

(3) Toutefois Schroeck qui, en 1790, ignore encore qu'un fragment considérable 
de cette homélie a été publié sous le nom de Sévère, croit que les contradic- 
tions signalées par Combefis entre la première etla deuxième homélie de Grégoire 
de Nysse sur la résurrection, ne prouvent rien. Il estime que cette question 
mérite d'être examinée de plus près. (Christliche Kirchengeschichte, Leipzig, 1768- 
1803,in-8°, t. XIV, p. 128.) 



UNE HOMÉLIE DE SÉVÈRE D'ANTIOCHE. 139 

L'erreur commise par Montfaucon, lorsqu'il publia comme 
un traité inédit ce qui n'était qu'un fragment d'un texte connu 
dans son ensemble depuis plus d'un siècle, fut relevée, avons- 
nous dit plus haut, par Galland. Examinons donc maintenant 
l'article qu'il écrivit à cette occasion (1). 

Galland commence par faire observer que Fabricius s'est 
trompé (2) en prenant la réponse de la 152 e question d'Anastase 
le Sinaïte, réponse qui est attribuée à Sévère (3), pour un 
extrait de l'opuscule édité par Montfaucon sous le nom de ce 
patriarche. Il déclare avec raison qu'il n'y a absolument aucun 
rapport entre cette réponse et cet opuscule. Faisons cependant 
remarquer que Galland n'a pas vu d'où provenait l'erreur de Fa- 
bricius. S'il avait pu connaître la note de Cotelier dont il a été 
question tout à l'heure, il se serait immédiatement douté, — sans 
parler des deux renseignements qu'il y aurait trouvés en faveur 
de la thèse de Combefis, —que Fabricius devait avoir confondu, 
selon toute probabilité, la 152° question d'Anastase le Sinaïte 
avec la 153 e . La première moitié de celle-ci se retrouvant à la fin 
du texte de Montfaucon, les. mots de Fabricius « integrum graece 
et latine ex codice bibl. Coisliniana? exhibet Montfauconius » ne 
s'expliquent-ils pas tout seuls, du moment qu'on les rapporte, 
non plus à la 152 e question, mais à la question suivante (4)? 

Galland apprend ensuite à ses lecteurs que le texte publié 
par Montfaucon comme un traité inédit de Sévère d'Antioche, 
est tout simplement un fragment d'une homélie ayant figuré 
d'abord parmi les œuvres de Grégoire de Nysse et attribuée 
ensuite avec raison, par Combefis, à Hésychius. Galland n'ad- 
met pas un moment que Sévère pourrait avoir écrit l'homélie 



(1) Bibliotheca veterum Patrum grœco-latina, Venise, 1765-1781, in-fol., t. XI. 
prolegomena, p. VI et VII. (Nous, citons d'après la deuxième édition où le t. XI 
est de 1788.) 

(2) Bibliotheca grxca, Hambourg, 1705-1728, in-4°; édition revue par Harles, 
ibid., 1700-1809. t. X, p. 616. 

i.'l'i Cette question est formulée de la façon suivante : llw; voyitéov t^v toù xuptou 
Tpi/jjjLspciv xaç»|v xod à.vâ.axaioiv. La réponse de Sévère (àuôxptct; £î6r,pov 'AvTiôy_sia;j 
commence par : e Exà<ro)v y;pipav àcp' iiirspa; àpiôjxeïv eîwOaaev et linit par : ii:otek&\ 
rifiipav T-r,v ' [ovSatxVjv éopxrjv. (Migiie, Pair, gr., t. I.XXX1X, c. 807-809.) 

(4) L'erreur de Fabricius a été reproduite par Kollar : « Hoc Severi fragmen- 
tum (réponse de la 152" question) ex codice Coisliniana- Bibliotheca? integrum 
graece et latine vulgavit Montfauconius. » (Lambeck-Kollar, Commentarii, t. III. 
e. 118, note (A).) 



440 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

que Combefis a enlevée au frère de saint Basile. Il impute à une 
distraction de copiste la présence du nom de Sévère en tète de 
l'opuscule édité par Montfaucon, après avoir émis d'abord 
l'hypothèse absurde que Sévère aurait découpé cet opuscule 
dans l'homélie d'Hésychius. 

L'argumentation de Combefis reste entièrement debout pour 
Galland, même après la publication de Montfaucon. Il ne cher- 
che nullement à l'infirmer. Il désire au contraire la corroborer. 
Mais il confond alors l'ancienne homélie de Grégoire de Nysse 
avec le fragment d'Hésychius qui la suit dans le Novum Aueta- 
rium de Combefis (1). Cotelier avait dit, ce qui n'est pas impos- 
sible, que ce fragment était un reste de la SujAipwvta sùavys/ay.v; 
dont il mettait au jour un Epitome (2). Galland comprend qu'il 
s'agit de l'homélie : il conclut qu'il faut refuser à Sévère l'o- 
puscule dont le gratifie Montfaucon et déclare qu'il saute aux 
yeux, si l'on compare le fragment de Combefis (c'est-à-dire 
l'homélie d'Hésychius) et l'extrait de Montfaucon avec Y Epitome 
de Cotelier, que le tout a été écrit par un seul et même au- 
teur (3). 



(1) C. 773. Ce fragment, qui semble être réellement d'Hésychius, est intitulé: 
Toù àyîou 'H<nr/tou iupi ttj; TpiTY); ûpaç xal ty;; Extï];. Incipit : Tîvo; ëvsxev ô (jlèv Mâp- 
xoç Tp£xY)v wpavXéyEi tôv XpiiTTÔv CTaupwÔYiva'.. Desinit : (xvjôev aoi xaiTùi àv6pw7rw tovtw 
xaî Tàé|rjç. Publié par Combefis d'après un manuscrit royal (Nat. gr.70'1, fol. 231 v°) ; il 
se retrouve dans le Coislin 23, fol. 280 v°, Coislin 195, fol. 456. Cramer, qui a édité les 
catènes du Coislin 23 dans les deux premiers volumes de ses Catenx grxcorum 
Patrum in Novum Testamentum (Oxford, 1844, in-8°), donne ce fragment au t. II, 
p. 389. 

(2) Monumenta, t. III, p. 521. 

(3) Dans cette dernière phrase, où nous ne faisons que traduire Galland, les mots 
« et l'extrait de Montfaucon » paraissent inutiles, cet extrait se retrouvant tout 
entier dans ce que Galland appelle le fragment de Combefis. On pourrait croire 
que Galland n'a pas établi entre l'homélie et le fragment d'Hésychius la confusion 
que nous avons signalée. Mais ses paroles sont très claires sous ce rapport, comme 
on peut en juger : •• Praeclarum ha?cce vetustatis ecclesiasticœ monumentum ex 
bîbliothecœ régis Francorum codice 2452, vulgavit V. C Cotelerius qui in notis 
palam astruit ex illa Hesychiana evangelica consonantia cujus epitomen in lucem 
emisit, desumptum fuisse fragmentum quod in Auctario suo novo edidit Com- 
befisius. Itaque Severo Antiocheno plane abjudicandum atque Hesychio res- 
tituendun excerptum, quod tanquam ineditum publici juris fecit Montfau- 
conius, verbo tenus videlicet exstans in fragmento Combefisiano. Enim vero 
si cum hoc fragmento ( ici une note renvoie à Combefis op. cit., p. 747, c'est-à- 
dire à l'homélie d'Hésychius) et Montfauconiano excerpto epitomen Cotelerianam 
componas, extra omnem dubitationis aleam compertum fiet, ab uno eodemque 
auctore omnia fuisse conscripta. » 



UNE HOMÉLIE DE SÉVÈRE D'ANTIOCHE. 111 

De l'analyse que nous venons de faire de l'article de Galland, 
il ressort qu'il n'a rien changé à l'état de la question (1). Et 
cependant, Sévère peut être considéré dès à présent, avec plus 
ou moins de droit, comme l'auteur de notre homélie. Quelques 
remarques bien simples suffisent à établir cette possibilité. 

On a expliqué par une simple distraction, un pur hasard, 
l'attribution, dans le Coislin 23, d'un fragment de notre homélie 
à Sévère d'Antioche. Mais avant de recourir à une explication 
aussi désespérée, on peut supposer que le fragment du Coislin 
23 a été tiré d'une homélie d'Hésychius ou même de Grégoire 
de Nysse attribuée à Sévère, ou, inversement, d'une homélie 
appartenant à Sévère et attribuée à ces deux Pères de l'Église. 
La première hypothèse doit cependant être écartée. Des écrits 
d'auteurs orthodoxes n'ont pas dû venir s'ajouter à la liste 
des ouvrages de Sévère. Ceux-ci avaient été anathématisés 
parce qu'on les accusait de renfermer le venin du serpent 
cause du péché originel (2) ; ceux qui les possédaient devaient 
les brûler, s'ils ne voulaient pas s'exposer à une condamna- 
tion; et il était défendu de les copier sous peine d'avoir la 
main coupée (3). Ils ne possédaient donc à aucun degré cette 
force d'attraction qui réunit sous le nom de certains écrivains des 
œuvres d'origine diverse. Bien plus, ils étaient condamnés à 
périr fatalement en pays grec, c'est-à-dire en pays orthodoxe, à 

Faisons remarquer que Galland, après avoir démontré dans les prolégomènes 

du t. XI de sa Bibliotheca Patrum que le fragment du Coislin 23 édité par Mont- 
faucon sous le nom de Sévère, n'est pas de Sévère, le reproduit sous le nom de ce 
patriarche à la p. 221 sqq. de ce même tome. 

Fabricius-Ha ries fait dire à Galland que ce fragment se lit sous une forme plus 
complète dans les Monumenta de. Cotelier ! {Bibliotheca graeca, t. X, p. 623.) 

(1) Quoique E. Venables, l'auteur de l'article quia paru sur Sévère d'Antioche 
dans le Dictionnaire de Biographie chrétienne de Smith et Wace (Londres, 1877- 
1887, in-8°) au tome IV, ne renvoie pas à la Bibliotheca velerum Patrum de 
Galland, il est plus que probable que c'est là qu'il a appris que le fragment de 
Sévère publié comme inédit par Montfaueon, se lisait depuis longtemps dans une 
homélie de Grégoire de Nysse attribuée par Combefis à Hésychius. En tout cas, Ve- 
nables est du même avis que Galland. Il estime comme lui que ce fragment n'est 
pas de Sévère, mais d'Hésychius. (P. 039.) 

(2) Mansi, Conciliorum omnium nova cl amplissimacollectio, Florence, 1759-1798. 
in-iol., t. VIII (Concile de Constantinople de 536), c. 1139, c. 1141. 

(3) Ibidem, c. 1154. ( Constitution de l'empereur Justinion contre Anthime, Sé- 
vère, Pierre d'Apaméeet Zonaras.) Cette constitution forme la quarante-deuxième 
novelle de Justinien, voir : Zachaei.*: von Lingenthal, Imp. Juslmiani novell.r 
qux vocantur. (Bibliotheca Teubneriana, 1881, t. I, p. 371.) 



142 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

tel point qu'on n'en connaît plus aujourd'hui que de simples 
extraits. Cependant, comme il n'est pas impossible que quelques- 
uns, purs de toute hérésie, aient échappé à l'oubli, surtout s'ils 
sont passés sous le patronage d'un nom honoré de l'Église, 
rien ne nous empêche de poser dès maintenant comme vrai- 
semblable la seconde hypothèse, à savoir, que nous avons affaire 
ici à une homélie de Sévère qui a été ajoutée aux œuvres d'Hé- 
sychius et Grégoire de Nysse. 

On a fait valoir en faveur d'Hésychius la similitude entre le style 
de notre homélie et celui des écrits connuspour être de cet auteur. 
On a également insisté sur la façon dont Hésychius explique 
les difficultés de la Bible, et on a déclaré qu'elle se retrouvait 
dans cette homélie. Or, d'une part, les documents permettant, à 
l'époque de Galland, de connaître le style de Sévère, tels que sa 
réponse à la 152 e question d'Anastase le Sinaïte, les fragments 
de ses écrits, éparpillés dans certains traités contre les Monophy- 
sites (1) et surtout dans les catènes imprimées et manuscrites, 
présentent le même tour de phrase, sont écrits dans la même 
langue que la prétendue homélie d'Hésychius. D'autre part, Sé- 
vère s'entend aussi bien qu'Hésychius à élucider des points 
obscurs de l'Écriture sainte. La présence clans les catènes d'un 
nombre considérable de fragments de ses œuvres, en est une 
preuve suffisante (2). 

Tout le monde a été d'accord pour dire que les deux premiè- 
res homélies de Grégoire de Nysse sur la résurrection ne pou- 

(1) Par exemple, l'Apologie du concile de Chalcédoine de Léonce, publiée par 
Galland au volume XII, c. 719-729, de sa Bibliotheca Patrum. 

(2) R. Simon (Histoire critique, p. 453) dit de Sévère : « Ce que nous en avons 
(des commentaires de Sévère sur l'Écriture) dans les Chaînes, nous fait connaître 
qu'il était habile ». Walch vante l'érudition de Sévère et son habileté à traiter 
d'une façon profonde et précise les questions religieuses. (Walch (Christian- 
Wilhelm-Franz), Enlwurf einer vollstandigen Historié der Kezereyen, Spaltungen 
und ReUgionstreUiijkeiten bis auf die Zeiten der Reformation, Leipzig, 1762-1785, 
in-8°, t. VI, p. 982, et t. VII, p. 18.) 

Faisons remarquer qu'Hésychius invoque à deux reprises, dans sa prétendue 
homélie, les àxpiêiiTTïpa àvu-ypaça pour justifier ses hypothèses (Migne, Pair, gr., 
t. XL VI. c. 041 et 644). Or, Sévère a l'habitude de faire de la critique de texte. 
N'insinue-t-il pas après Eusèbe, dans un fragment analysé par R. Simon (op. cit., 
p. 454), que le désaccord de saint Jean et de saint Marc, sur l'heure où Jésus-Christ 
fut crucifié, est dû à une erreur de scribe — un scribe aurait mis un ;' (6) à la 
place d'un y' (3) — , et ne montre-t-il pas comment la confusion de ces deux 
signes était très aisée? 



UNE HOMÉLIE DE SÉVÈRE d'âNTIÔCHE. 443 

vaient pas être toutes les deux de cet auteur, parce qu'elles se 
contredisaient Tune l'autre. Or, n'est-il pas nécessaire, pour 
qu'IIésychius soit à la fois l'auteur de YEpitome publié par 
Cotelier et de l'homélie que certains manuscrits lui attribuent, 
que celle-ci n'explique pas le récit de la résurrection tout autre- 
ment que la partie de l'abrégé de laEu^çwvia eùaYYeXaVj relative à 
ce sujet (1)? Galland, trompé par une idée préconçue, a affirmé 
l'accord complet entre ces deux textes. Quantànous, nous devons 
déclarer que si de part et d'autre, on essaye de concilier les mê- 
mes difficultés, on s'y prend cependant d'une façon différente. 

Les pièces connues depuis longtemps suffisent donc déjà à 
établir que Sévère peut parfaitement être l'auteur de l'homélie 
de Grégoire deNysse attribuée par Combefis à Hésychius. Nous 
allons voir qu'il l'est réellement, en examinant le manuscrit 195 
du fonds Coislin. 

Ce manuscrit, qui est de la fin du X e siècle, commencement du 
XI e , est l'original du Coislin 23, où Montfaucon avait trouvé son 
fragment de Sévère (2). Il contient — à la suite de la lettre 



^1) Monumenta, p. 39-46. 

(2) Le Coislin 23 est la reproduction pure et simple du Coislin 195. On y relève 
cependant, par-ci par-là, quelques omissions. On y constate aussi parfois de légè- 
res modifications dans l'enchaînement' des textes des catènes. 

Montfaucon n'a pas remarqué que ces deux manuscrits contiennent les mêmes 
ratènes. Cela paraît assez étrange, à première vue, de la part de hauteur de la 
Bibliotheca Coisliniana. Mais la raison en est bien simple. Montfaucon n'a cer- 
tainement pas décrit lui-même le Coislin 105. S'il l'avait décrit lui-même, com- 
ment aurait-il publié la clausule du Coislin 23 qui se trouve à la lin de la catène 
de saint Matthieu (fol. 112), y aurait-il vu la conlirmation de son hypothèse au su- 
jet de l'âge de ce manuscrit et ne se serait-il pas rappelé, en reproduisant la 
même clausule dans sa description du Coislin 195, qu'il l'avait déjà publiée et 
même commentée? Ce n'est qu'en admettant que Montfaucon a fait décrire le 
Coislin 195 par un collaborateur, qu'on peut s'expliquer que l'identité de deux 
manuscrits, qui saute en quelque sorteaux yeux, ait échappé « au père de la paléo- 
graphie ». 

Le Coislin 23 étant la copie du Coislin 195, il va de soi que la clausule en question 
ne peut pas servir à dater le premier de ces deux manuscrits. Elle s'y appliquait 
d'ailleurs assez mal. Le Sergius dont il s'y agit ne peut être, d'après Montfaucon, 
que Sergius II qui a été patriarche de Constantinople, à la lin du X e siècle et 
commencement du XI" (999-1019). Or, le Coislin 23 est plutôt de la fin du XI« siècle 
que du commencement. Mais elle se rapporte très bien au Coislin 195, que Mont- 
faucon avait fait remonter d'une façon générale au X" siècle. Ce manuscrit 
a éié écrit à la lin du X" siècle, commencement du XI". L'apparition des lettres 
onciales parmi les lettres symétriques, compactes et droites de la minuscule de la 
belle époque, le prouve suffisamment. 



441 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

d'Eusèbe à Carpianus, des canons d'Eusèbe et d'extraits de 
Michel Psellus sur la Bible (ceux-ci sont d'une main récente) 
— les quatre Évangiles entourés de catènes. 

C'est à la fin de la catène de l'Évangile de saint Matthieu, qu'on 
lit le fragment de Sévère édité par Montfaucon (1). Il traite, 
comme on l'a déjà dit, de l'accord des quatre Évangélistes dans 
le récit de la résurrection. Il commence par les mots : xb Se bbï 
aa66a-rw, finit par les mots : èXsu9épa T.iar t ç $k&6r t q (2) et porte 
comme titre : Seu^pou àpy^s-iuxoTiou 'A^&/j.\aç. L'ouvrage de 
Sévère d'où ce fragment est tiré n'est donc pas indiqué. 

A la suite du fragment de Sévère, viennent deux extraits 
d'Eusèbe de Césarée. Puis suit un extrait attribué à Hésychius, 
prêtre de Jérusalem. Et que voyons-nous? Que c'est tout sim- 
plement un fragment de notre homélie, continuant celui de 
Sévère (3). Le fait en lui-même n'aurait rien d'extraordinaire. La 
pseudo-deuxième homélie de Grégoire de Nysse sur la résurrec- 
tion se lisait déjà au onzième siècle sous le nom d'Hésychius (4). 
Mais retrouver dans une même catène, côte à côte, deux frag- 
ments d'une même homélie, dont le second est la suite du pre- 
mier, sous deux noms différents, il y a là quelque chose de bizarre, 
mais aussi de bien instructif. Il ressort de ce fait qu'au moins 
l'un de ces deux fragments figure de seconde main dans le 
texte de cette catène. 

Les catènes de l'Évangile de saint Marc et de saint Luc ne nous 
apprennent rien. Par contre, la catène de l'Évangile de saint 
Jean nous permet d'arriver à la certitude que nous avons an- 
noncée. 

Au folio 462 v° du Coislin 195 (folio 284 v° du Coislin 23), on 
trouve un fragment qui porte l'en-tête suivante : Ssu-^pou 'Avits- 
xeiaç imb Ibyou c'ç' (5). Ce fragment se lit dans notre homélie. 

(1) Coislin 195, fol. 160 v° — 165 (la partie supérieure dos folios 161, .162 et 168 
est mutilée). Coislin 23, fol. 108-110 v°. (Cramer, Catenae, t. I, p. 243-251.) Le Cois- 
lin 195 est resté inconnu à Cramer. 

(2) Ce fragment présente quelques lacunes dont les deux principales sont indi- 
quées par les mots : xaî {/.et' ô)>cya. 

(3) Incipit : 'E7tsi8y] 6è 7ro).).u>v Maptûv, desinit : oùx àX).Y]v 7tEiii(jT£ijxajj.Ev. Cois- 
lin 195, fol. 16? r°; Coislin 23, fol. 111 v°. (Cramer, op. cit., t. I, p. 256.) 

(4) Le Nat. gr. 186 signalé par Cotelier (voir plus haut p. 437) est du onzième 
siècle. 

(5) Incipit : Tayjx Se oùx è|w toù npi-Kovzoç, desinit : xai Wyojv E(j.it),£a 0£iox£pwv xai 
ij^wv. (Cramer, op. cil., t. II, p. 402; Migne, Patr.gr., t. XL VI, col. 637.) 



UNE HOMÉLIE DE SÉVÈRE d'aNTIOCHE. 445 

Nous en concluons que l'homélie qui figure dans certains ma- 
nuscrits sous le nom de Grégoire de Nysse et dans d'autres sous 
le nom d'Hésychius est réellement de Sévère, et qu'elle consti- 
tue son soixante-dix-septième "kbyoq. 

Le catalogue que Montfaucon a dressé des œuvres de Sé- 
vère (1) nous donne les moyens de contrôler l'exactitude de 
cet important renseignement du Coislin 195. 

Pour le \byoq oÇ* ', Montfaucon renvoie aux manuscrits 23 et 25 
du fonds Coislin. Nous avons vu le premier. Voyons le second. 
C'est un beau manuscrit en parchemin du X e siècle qui renferme 
d'abord le récit des pérégrinations de saint Paul, puis, encadrés 
dans descatènes, les Actes des Apôtres et les Épîtres catholiques. 
Au folio 22, nous trouvons un premier passage qui nous con- 
vient, intitulé: SsuVjpou àjr/is-w/.oTrou 'AvTiox £ta Ç> **& Aoys'J o£';au 
folio 25, nous en trouvons un second qui a pour titre : Seu^pou 
2pyiir.vs7.z-oj 'AvTi6x sia s Àoyoç oÇ' (2). Ces deux passages figurent 
dans notre homélie. L'exactitude du renseignement du Coislin 
195 (23) est donc contrôlée et établie. Par conséquent, c'est bien 
le 77 e Xô'yoç de Sévère d'Antioche qui a échappé à l'oubli, grâce 
à la substitution du nom de Grégoire de Nysse et d'Hésychius à 
celui de son véritable auteur. 

On voit que ce qui nous a permis d'être aussi affirmatif, ce sont 
les mots mb Xoyou oÇ\ Tant qu'on ne connaissait de cette homélie 
qu'un seul fragment sous le nom Sévère, surmonté de la simple 
mention : Ssu^'pou àpxtfmoxfaou 'Ayn6xétaç f on ne pouvait pas 
encore l'attribuer définitivement à Sévère, quoique tout plaidât 
en sa faveur. Maintenant le doute n'est plus possible. Trois mots 
ont suffi pour le dissiper. Le chiffre oÇ' a été particulièrement 
décisif sous ce rapport, et voici pourquoi. Nous savons que les 

(1) Bibliotlieea Coisliniana, p. 53 sqq. 

(2) Le premier de ces deux passages commence par to £yyiY£p9at aùtov \mo toù 
7raTpè;, s'arrête à toiuty) xaTocGxeuiÇovTeç, reprend à èv ttvi yàp ô 7taTï)p èvepysï et fi- 
nit par âyïiYÉpOai X£y6[A£voç. Le second commence par olànôatoloi xrjpuTTOVTSî, s'ar- 
rête à xaTaax£'jâÇovT£ç, puis reprend à xai Sio êyriY£p6ai 3s ctjtôv et finit par ua-rpo; 
^V y lY^P^ at ^EYÔpsvo;. 

Ces deux passages se répètent à peu près. Ils abîment assez bien le texte de Sé- 
vère. Ils sont reproduits par Cramer, op. cit., t. III, p. 43 et 49. Dans ce tome III, 
Cramer publie la catène des Actes des Apôtres contenue dans le manuscrit 
58 du New Collège d'Oxford. Cette catène est la même que celle du Coislin -25. 
Cramera connu ce manuscrit de Paris, il s'en est servi pour corriger et complé- 
ter le manuscrit d'Oxford. (Migne, Pair, gr., t. XLVI, col. 629.) 



446 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. 

homélies de Sévère ont été numérotées. Or, elles ont dû l'être 
de très bonne heure, car, en pays monophysite, le déluge 
arabe devait bientôt noyer sous ses Ilots la civilisation grec- 
que, et en pays orthodoxe, les exemplaires des homélies de 
Sévère ne devaient pas tarder à périr. Par conséquent, il n'est 
guère possible de supposer qu'une homélie étrangère se soit 
glissée au nombre des homélies authentiques de Sévère, et 
qu'elle ait été numérotée en même temps que celles-ci. 

Si, nonobstant, des doutes pesaient encore sur l'authenticité 
de la 77 e homélie de Sévère d'Antioche, les traductions syriaques 
que nous en avons les lèveraient. 

Notre homélie existe en syriaque au Vatican (1), dans le 
manuscrit 141, fol. 130-136; 142, fol. 130-137 v° ; au British 
Muséum (2), dans le manuscrit additionnel 12.159, fol. 1.58- 
1(13 v°. 

Le Vaticanus 142 est du VI e siècle. Il a été acheté en l'an des 
Grecs 887, c.-à.-d. en 576 denotreère, par un couvent du désert 
de Scété (3). Il contient les mirnre 73-100. Le mimro 77 nous 
nous donne la traduction syriaque de l'homélie que nous venons 
de retrouver dans le texte original. Il est surmonté du titre 
suivant (4) : 

: | ^ .\ - i<-i( V oov.to-J»{ )>v^> |l-»onN; 0001 jo^ào |)o ,0; \o. .)j«jjio v « v->« ; |v^el-ào 

Le Nat. gr. 186, dont il a déjà été question plusieurs fois, nous 
a conservé le texte original que ce titre syriaque traduit, sauf 
pour le commencement et la fin qui manquent. Nous mettons 
entre parenthèse la partie du texte grec que nous suppléons : 
(Aoyoç cl') oti v.y-x jXïjSèv âXXYJXoiç èvavTiwQévreç z\ vjy.y\'z\'.5-x\ z\ 



(1) Joseph-Simon et Étienne-Évode Assémani, Bibliothecae Apostolicae Vaticanae 
codicum manuscriptorum catalogus, Rome, 1759, in-fol., t. III, p. 233 et '241. 

(2) Wright, Catalogue ofthe Syrim- manuscripts in ihe British Muséum, Londres. 
1870-1872, in-4°, t. II, p. 534. 

(3) J.-S. etÉt.-Év. Assémani, op. cit., p. 215. ("est du désert «le Scété, ou désert 
de Nitrie, que Joseph-Simon Assémani a rapporté ce manuscrit ainsi que beau- 
coup d'autres, au commencement du XVIII e siècle. La majeure partie des manus- 
crits syriaques du British Muséum proviennent également des couvents de ce dé- 
sert. 

(4) Nous reproduisons ce titre d'après le catalogue des Assémani, qui donnent 
les titres et les incipit de toutes les homélies contenues dans ce manuscrit. 



UNE HOMÉLIE DE SÉVÈRE d'ANTIOCHE. 1 17 

TÉacapeç Siaçopwç ta a , u|/.6e6YjX0Ta ~zp\ -r,: àvacracrsaïç Xptaroù toU 
Gs;D tcj (TWT^poç f/jAÛv ÉcrrôpYjaav (z xal èv ^àsy; xupiaxr] vuxts âvaYi- 

■yVtoSXO[J.£v) (1). 

Si le Vaticanus 142 nous a transmis les homélies 73-100 de 
Sévère dans une traduction en quelque sorte contemporaine de 
cet écrivain, le Londinus add. 14.599 donne les homélies 31-54 
et le Vaticanus 143 et 266, les homélies 101-125, dans une tra- 
duction tout aussi ancienne. Car le premier de ces trois manus- 
crits est daté- de 569, le second de 563 et le troisième remonte, 
d'après les Assémani, au VI e siècle (2). 

Chose curieuse, le nom de l'auteur de cette vieille traduction 
des homélies de Sévère n'est indiqué par aucun de ces quatre 
manuscrits. Il est permis cependant de croire qu'elle est due à 
Paul de Callinice. Nous avons en effet dans le Vaticanus 140 la 
traduction syriaque que celui-ci fit, en 528, à Édesse, des écrits 
de Sévère relatifs à lacorruptibilité du corps de Jésus-Christ (3). 
Si, ce qui est fort probable, Paul de Callinice a traduit les ho- 
mélies de Sévère, les quatre manuscrits en question, comme 
ils remontent tous au VI siècle, c