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2* SEMESTRE 



Revue 



de 



Madagascar 



. • • • 

* 

4 • 



Organe du Comité de Madagascar 



DIRECTION A RÉDACTION 

44 — Rue de la Chaussée-d^Antin — 44 

PARIS 



VOYAGE DE MAYEUR 



DANS LE CENTRE DE MADAGASCAR ^^^ 



1758—1787 



Pour décrire rinlérieur de l*île de Madagascar, les géo- 
graphes, jusque tout récemment, avaient à choisir entre les 
relations de deux voyageurs : Tun, Mayeur, homme de bon 
jugement, observateur perspicace et consciencieux, qui a bien 
vu ce dont il parle; l'autre, Leguevel de Lacombe, auteur 
fantaisiste, à qui, s'il faut l'en croire, sont arrivées les aven- 
tures les plus extraordinaires et dont les récits, portant la 
marque évidente d'une imagination trop vive, n'auraient dû 
être acceptés qu'avec beaucoup de réserve. Qui ne sait, par 
exemple, que la ville de Tananarive est bâtie sur une longue 
colline à versants abrupts et que ses habitants sont obligés 
d'aller chercher l'eau au loin, que les maisons y sont cons- 
truites au ras du sol, en terre ou en planches? Or, Leguevel la 
fait traverser par un grand nombre de petites rivières, et il 
nous apprend que les maisons, faites de joncs et de branchages, 
y sont élevés de deux pieds au-dessus du sol, à cause des inon- 
dations qui y sont fréquentes! Presque à chaque page, les 
erreurs et les fables abondent, et cependant ce sont les itiné- 
raires que Leguevel de Lacombe dit avoir suivis du nord au 

(l) Au moment où vient de paraître le tome III des Ouvrages anciens rela- 
tifs à Madagascar^ notre Président d'honneur, M. Alfred Grandidier a bien 
voulu nous communiquer cet intéressant récit du voyage de Mayeur, «^ui ne 
sera mentionné que dans un des tomes suivants, et nous sommes heureux 
d*en donner la primeur à nos lecteurs. 



417245 



4 REVUE DE MADAGASCAR 

sud, de Testa l'ouest, et qu'il a créés de toutes pièces dans le 
silence du cabinet, qu'on a scrupuleusement reproduits sur les 
cartes, où Ton n'a eu garde d'omettre le plus humble des 
villages et le plus petit cours d'eau cité par lui et qui sont 
souvent imaginaires. 

Au contraire, les récits de Mayeur, dont à la première 
lecture on peut apprécier la grande importance géographique 
et ethnographique et la vérité scrupuleuse, non seulement 
n'ont pas été publiés, mais ils n'ont même jamais été consultés 
par ceux qui ont écrit sur Madagascar. Il est donc intéressant 
d'en donner ici une courte analyse. 

Mayeur n'a pas passé moins de 30 années à Madagascar, de 
1758 à 1787, et pendant ce long temps, il a rempli dans les éta- 
blissements français de lacôte nord-est les fonctionsd'inlerprète 
du gouvernement. Il parlait parfaitement la langue malgache et 
connaissait à fond les mœurs et les usages des habitants. 

Après avoir longtemps vécu sur la côte orientale, il fut, en 
1770, envoyé dans l'Ankay par Laval, le régisseur des traites 
du Roi, afin d'y faire un achat d'esclaves. Aucun Européen 
n'avait encore pénétré dans celte partie de Tîle, qu'habite la 
tribu des Bezanozano. Dans le kabarg, ou assemblée publique 
réunie à Toccasion de l'arrivée de Mayeur et de ses compa- 
gnons, ces Bezanozano discutèrent longuement, en présence 
même de notre compatriote, la question suivanîe : Pourquoi, 
étant les plus forts, ne s'empareraicnt-ils pas tout simplement 
des marchandises qu'il apportait sans lui rien donner' en 
échange, ce qui serait tout profit? Quelques-uns même pro- 
posèrent de le mettre à mort. Les débats furent longs; après 
plusieurs heures de discours interminables, la majorité fut 
d'avis qu'un acte semblable leur aliénerait à tout jamais 
l'amitié des Français et qu'en somme il était préférable de 
nouer avec eux des relations commerciales, qui dès lors furent 
très cordiales. 

L'année suivante, un autre voyage mena Mayeur au centre 
même de l'île, dans l'Andrantsay (vallée de Betafo), qui forme 
aujourd'hui un district du sud-ouest de Tlmerina. Il fit ce 
voyage comme simple marchand; n'ayant pris aucune note, 
il n'en a pas laissé de relation. 



VOYAGE DE MAYEUR 

Plus tard, lorsque le célèbre et audacieux aventurier polo- 
nais, le baron de Benyowski, dont on fait bien à tort une sorte 
de héros, après avoir fondé dans la baie d'Anlongil un établis- 
sement au nom du roi de France, jugea utile d'entrer en 
relations d'amitié avec les peuplades du nord et du centre de 
l'île dans le but de développer le commerce, Mayeur, que sa 
connaissance parfaite de la langue et sa grande expérience 
des habitants désignaient pour Taider dans ses projets, fut à 
diverses reprises, de 1774 à 1777, chargé de missions chez les 
Sakalava du nord-ouest, chez les Antankarana du nord et 
chez les Hova du centre. 

Le 29 avril 1774, il partit de Louisbourg à la tête de treize 
volontaires, avec Tordre d'ouvrir une voie de communication 
entre la baie d'Antongil, qui est située sur la côte nord-est, et 
Tune des grandes baies de la côte nord-ouest. Après avoir 
péniblement gravi le versant oriental de la chaîne côtière, qui 
est très escarpé, coupé de ravins et de précipices, et que 
couvrent des forêts épaisses, il traversa une région monta- 
gneuse, à peu près inhabitée, qui a, dit-il, « un aspect peu 
riant et est semée de quelques petits bois dont le port ne 
dépose pas en faveur de la fertilité du sol ». Il arriva ensuite 
à de vastes plaines, caractérisées par une grande abondance 
de lataniers, où paissaient des troupeaux de bœufs et à travers 
lesquelles il marcha pendant onze jours dans la direction de 
Touest. A une petite distance de la baie de Bombetok, il fut 
arrêté par les chefs Sakalava, qui s'opposèrent à ce qu'il appro- 
chât du village du roi. Il eut maintes fois l'occasion d'éprou- 
ver leur insolence; après deux semaines d'attente et de 
discussions oiseuses, comme il se plaignait de ne pouvoir 
remplir la mission que lui avait confiée le baron de Benyowski : 
« Tu as, dis-tu, l'ordre de faire diligence, je n'en doute pas, 
lui répondit un des chefs, mais celui qui te l'a donné n'est 
pas sans savoir que ce pays-ci appartient à un grand roi et 
que seul Tsimanompo y commande. Quand tu seras chez ton 
maître, tu feras ce qu'il t'ordonnera; ici, fais ce que veut 
notre roi, ou retourne-t'en d'où tu viens. » Les basses et 
fâcheuses superstitions qui régnaient alors chez les Sakalava, 
et qui y régnent encore aujourd'hui, ont été pour Mayeur, 



b REVUE DE MADAGASCAR 

comme elles Font été, depuis pour tant de voyageurs, la 
cause de tracas sans fin et ont amené Tinsuccès final de sa 
mission. 

Dans les kabary^ ou assemblées tenues à celte occasion, 
Tavis général fut qu'il n'était point naturel qu'un Européen 
vînt faire visite au roi du Boina par terre, ce qui ne s'était 
encore jamais vu, qu'il y avait donc lieu de se défier de lui et 
que, certainement, de grands malheurs frapperaient le roi et 
le pays si on le recevait. On lui fit dire qu'il eût à s'en retourner 
par où il était venu et que, s*il tenait à voir Tsimanompo et à 
commercer avec les Sakalava, il revînt par mer : « S'il résiste, 
conclut le roi, qu'on le tue! » 

Instruit de ces dispositions hostiles, Mayeur s^empressa de 
reprendre la route de la baie d'Antongil, et il fit bien. Car 
Tomporay, le père du roi, étant mort peu de jours après son 
départ, on l'accusa d'avoir jeté un sort sur ce prince; des 
émissaires furent envoyés à sa poursuite pour l'appréhender 
mort ou vif, mais il fit grande diligence et put sortir sain et 
sauf du Boina. Il rentra à Louisbourg le 20 septembre 1774. 
Cent ans après, j'ai retrouvé chez les Sakalava la même anar- 
chie, la môme barbarie, les mêmes superstitions brutales 
dont Mayeur nous fait le tableau fidèle ; ce sont en effet des 
peuplades qui opposent une résistance invincible à toute ten- 
tative de civilisation et qui, loin de mériter l'intérêt que leur 
ont témoigné tous les auteurs jusqu'en 1870, sont d'un com- 
merce dur et difficile. Je suis sûr que les vaillants officiers qui 
ont été à même de les apprécier à leur juste valeur ne me 
démentiront pas. 

Après un repos de deux mois, Mayeur repartit pour le nord 
de l'île, afin de conclure un traité d'alliance avec le roi de 
l'Ankarana, qui est la province la plus septentrionale de 
Madagascar, et d'étudier ce pays au point de vue agricole et 
commercial. Avant de pénétrer dans les régions inconnues, il 
jugea utile d'établir un comptoir Ji Ngontsy; il fit assembler 
les chefs et leur demanda de lui céder le terrain nécessaire 
pour y bâtir les magasins et la palissade indispensables. « J'ai 
ordre, ajouta-t-il, devons en compter immédiatement le prix. 
— Il est mal de parler ainsi, lui répondit le chef principal; 



VOYAGE DE MAYEUR / 

• 

lors même que tu offrirais de ce terrain une somme dix fois 
supérieure à sa valeur, nous ne te le vendrons pas. Construis 
des maisons où et tant que tu voudras, nous t'y autorisons de 
grand cœur, mais ne compte pas que nous aliénions jamais 
la terre de nos ancêtres. » 

Mayeur suivit la côte nord-est pendant 300 kilomètres^ jus- 
qu'au port de Rodo, d*où il se dirigea vers Touest, traversant 
pendant trois jours des landes stériles et désertes, puis une 
région de collines, les unes arides, les autres couronnées 
d'arbrisseaux. Il arriva enfin à Amboay, la résidence de 
Lamboina, le roi de TAnkarana. Les habitants accueillirent 
avec une grande méfiance lai petite troupe de Français, qui, 
à leurs yeux, étaient des sorciers animés d^ méchantes 
intentions et auxquels ils eussent fait un mauvais parti si leur 
roi, qui était désireux de nouer des relations commerciales 
avec les Européens, n'eût pris leur défense et ne les eût pro- 
tégés contre Tanimosité superstitieuse de ses sujets, Mayeur 
constata que cette partie du pays qu'arrosent de nombreux 
cours d'eau pourrait être avantageusement cultivée en riz et 
que les pâturages y sont bons. Il eut la curiosité de pousser 
jusqu'à la côte nord-ouest, et il visita Nossi-bé, qui lui parut 
appelé à devenir un excellent point de relâche pour les navires 
français. Ce voyage dura treize mois. 

Un an et demi après, Mayeur reçut la mission d'explorer 
le centre de l'île. Il suivit le bord de la mer de Foulpointe jus- 
qu'à l'embouchure du Mangoro, puis il s'enfonça dans l'inté- 
rieur, franchissant pendant une centaine de kilomètres les 
chaînes parallèles qui se succèdent sans interruption, formant 
une série de murs presque à pic, et dont les versants sont 
couverts de grandes plantes herbacées et de bois impéné- 
trables. Après avoir traversé la crête de partage des eaux, il 
entra, le 6 juillet 1777, dans un pays entièrement nu, et froid 
à cette époque de l'année, où il marcha pendant sept jours 
avant d'atteindre la vallée de l'Andrantsay. « Le sol de tout 
ce plateau, dit Mayeur, est ingrat, les arbres y manquent tota- 
lement, et les habitants peuvent y satisfaire à peine les pre- 
miers soins de la vie, car il n'y a ni bois pour bâtir, ni bois 
pour se chauffer ou cuire les aliments. La plaine qu'arrose 



8 BEVUE DE MADAGASCAR 

• 

TAndrantsay seale est couverte de grandes et belles rizières, 
qui font une vive impression au sortir des déserts arides qu'on 
traverse pendant tant de jours avant dV arriver; la vigne y 
croît sans culture, mais donne peu de raisin ; il n'y a d'autres 
arbres que ceux qui ont été plantés, çà et là, par les indigènes, 
let les seuls arbrisseaux qu'on y voit sont les ambrevates 
cultivés dans les champs pour élever des vers à soie dont les 
cocons fortement gommés ne se dévident pas facilement et ne 
peuvent être utilisés que pour faire de la bourre. Les pâtu- 
rages y sont maigres, et il y a peu de bœufs. Tous les villages 
sont bâtis sur des hauteurs et sont fortifiés à l'aide de fossés 
et de murs de terre. » Quoique la population de ces régions 
n'eût encore jamais été en contact avec les Européens, elle 
accueillit favorablement la venue de Mayeur : « Je sais, dit le 
roi des Andrantsay, que c*est aux Français que beaucoup de 
chefs de ce pays doivent leur puissance et leurs richesses, 
parce que vous leur avez fourni les fusils et la poudre qui 
leur ont permis de se défendre et même de prendre l'avantage 
sur leurs voisins. Soyez donc les bienvenus; j'accepte votre 
amitié avec plaisir* » 

Mayeur constata avec regret que, contrairement à ses pré- 
visions, cette partie de Tlle n'offrait aucunes ressources pour 
le commerce. Il se disposait à partir, lorsqu'il reçut la visite 
d'un inconnu qu'accompagnaient huit hommes; cet inconnu, 
après s'être assuré que personne ne pouvait les entendre, lui 
confia qu'il venait, au nom de. son maître, Andrianamboatsi- 
marofy, le puissant roi des Hova, l'inviter à visiter l'Imerina 
et sa capitale Tananarive; il ajouta que son roi regrettait vive- 
ment que les Français fissent de préférence la traite avec les 
chefs de la côte et ne vinssent jamais dans son royaume, et 
qu'il serait heureux d'entretenir de fréquentes et cordiales 
relations avec eux. Dès qu'il fut parti, l'un des porteurs de 
Mayeur, qui, l'année précédente, avait fait un voyage à Tana- 
narive, vint dire à son maître que cet inconnu n'était autre 
qu'Andrianamboatsimarofy lui-même, le grand roi des Hova. 
Aussi, lorsque celui-ci revint le lendemain, Mayeur lui dit-il 
qu'il était inutile de feindre plus longtemps et que, sachantqui 
il était, il acceptait avec plaisir son invitation ; à ces mots, le 



VOYAGE DE MAYEUR V 

roi lui avoua, en le priant de lui garder le secret, qu'ayant 
appris son arrivée, il n^avait pu résister au désir de le voir. 

Pour ne pas éveiller les soupçons des Andrantsay, Mayeur 
reprit, le l*' septembre, la route qu*il avait suivie en venant 
jusqu'au Vontovorona, où, conformément à ce qui avait été 
convenu, il trouva, le 4 septembre, un oncle du roi Hova avec 
une escorte de cinquante hommes. Faisant alors route vers 
le nord, il arriva, deux jours après, à la vallée du Lempona 
qui s'étend au sud du massif d'Ankara tra, et où était établi le 
camp fort considérable d'Andrianamboatsimarofy. Le roi se 
porta à sa rencontre dès qu'il le vit paraître, l'embrassa et 
l'emmena dans son enceinte. Le lendemain il leva le camp et 
Ton marcha vers Tananarive, situé à une vingtaine de lieues 
dans le nord-nord-est. Sur la route, il lui présenta avec une 
certaine fierté un de ses sujets qui savait faire de la poudre, 
faible et crassante, il est vrai, mais qui cependant lançait des 
projectiles à 25 mètres. Plus loin, au sud de Tanjombato, 
Mayeur traversa un vaste emplacement où des centaines de 
Hova étaient activement occupés à acheter ou à vendre les 
•divers produits du pays : esclaves, bœufs, moutons, chèvres, 
porcs, volailles, coton, soie brute en cocons et bourre de soie 
teinte de différentes couleurs, étoffes diverses, planches, toi- 
tures en joncs, fer brut, ustensiles et outils, armes, vivres de 
toutes sortes, fruits, etc. Ces grandes foires, pleines de mou- 
vement et de vie, qui se tiennent chaque jour de la semaine 
en un point différent de Tlmerina, et où chacun peut s'appro- 
visionner suivant ses besoins et ses goûts, ont fait, avec rai- 
son, l'étonnement de Mayeur qui a constaté toutefois que les 
bœufs y étaient peu nombreux, parce que, dit-il, le centre de 
Madagascar manque de bons pâturages, le bétail ne pouvant 
trouver d'herbage que de décembre à avril, pendant la saison 
pluvieuse, et, le reste du temps, devant être nourri avec de la 
paille de riz qui sert aussi de combustible. 

L'entrée dans Tananarive se fît avec une grande pompe; on 
tira beaucoup de coups de fusil. Mayeur fut logé dans l'en- 
ceinte royale et ses porteurs eurent la permission de puiser 
à leur volonté dans le grenier à riz du roi, qui en contenait 
10.000 livres; ils reçurent aussi des bœufs. 



10 REVUE DE MADAGASCAR 

A cette époque, Tlmerina était divisé entre plusieurs chefs : 
au nord, Andrianjafy; dans le nord-ouest, Andriambelo; dans 
Test, Andriamohara, etc., mais le plus puissant était Andria- 
namboatsimarofy, qui commandait à 1.587 villages et pouvait 
mettre sous les armes au moins 2Ô.000 hommes. 

Les Hova, dit Mayeur, n'ont pas Thumeur guerrière des 
autres tribus de l'île; d'un caractère doux et pacifique, ils 
préfèrent se consacrer aux arts et aux métiers utiles, mais ils 
sont âpres au gain, rusés et très portés au vol, pillant et ran- 
çonnant les voyageurs, vendant à faux poids et à fausse 
mesure. Aussi, leur roi, comprenant combien ces mœurs bar- 
bares et perverses nuisaient à rétablissement de relations 
commerciales avec les Européens, tint en présence de Mayeur 
une grande assemblée où, après avoir adjuré ses sujets d'y 
renoncer, il leur fît prêter le serment solennel de ne plus voler, 
de ne plus piller, de ne plus faire de fausse monnaie, d'être, 
au conlraire, hospitaliers pour les voyageurs et à l'avenir de 
faire le commerce honnêtement; il termina en affirmant qu'il 
saurait combattre le vice et imposer la justice, afin que son 
peuple devînt digne de l'estime et de la confiance de tous. 
« Je sais, dit-il à Mayeur à la fin de l'assemblée, qui avait 
duré de neuf heures du matin à cinq heures du soir, que les 
réformes que je projette ne s'opéreront pas aussi promptement 
qu'il serait désirable, car mes prédécesseurs ont traité ce 
peuple avec une faiblesse et une indulgence qui l'ont enhardi 
à mal faire, mais je n'en arriverai pas moins à mes fins. » 

Voici les principales observations faites par Mayeur sur 
rimerina et ses habitants pendant ce premier voyage : « On 
n'y voir partout, dit-il, que des montagnes, sauf dans l'ouest 
de Tananarive, où s'étend une vaste plaine qui est fertile en 
riz; le sol de ces montagnes, qui sont entièrement nues, est 
aride, et ce n'est qu'au prix d'un travail pénible et opiniâtre 
que les Hova, qui n'épargnent pas leur peine, arrivent à en 
tirer parti ; leur activité, leur persévérance, leur habileté à 
diriger les eaux nécessaires à l'irrigation des rizières, sont tout 
à fait dignes d'éloges. Les seuls arbres qu'on y voit sont ceux 
qui ont été semés dans les fossés des villages, et leur nombre 
n'est pas grand; les bois les plus voisins sont à deux journées 



VOYAGE DE MAYEUR 11 

de marche. Les bananiers y sont petits etdonnentpeude fruits, 
on en cultive cependant beaucoup, parce que les fibres de leur 
écorce servent à faire des pagnes. Les Hova tissent aussi avec 
art des étoffes de coton et de bourre de soie. Ils travaillent le 
fer avec habileté, fondant le minerai, qui est abondant au 
centre de Tlle, dans des fourneaux bien conditionnés et for- 
geant des haches, des bêches, des lances, des couteaux, des 
aiguilles, etc.; ils font même toutes les pièces d'un fusil; le 
canon seul est défectueux parce qu'étant soudé dans sa Ion- 
gueur, il est sujet à éclater. Les maisons sont bâties en terre, 
rarement en bois. Les échanges se font à l'aide de morceaux 
d'argent coupé qu'on pèse dans de petites balances fort justes 
qui sont leur ouvrage. 

« Tous les gens libres, hommes, femmes et enfants, payent 
chaque année au roi, par tête, une demi-piastre, plus le 
dixième en nature de leurs animaux domestiques et une 
soixantaine de livres de riz; les esclaves sont taxés à raison 
d'un quart de piastre. Les nobles qui ont des fiefs perçoivent 
à leur profit la moitié de ces redevances. » 

Mayeur, que Torganisation sociale et l'industrie des Hova 
ont beaucoup étonné, termine en disant : « Les Européens 
qui fréquentent les côtes de Madagascar, auront de la peine 
à croire qu'au centre de l'Ile, à trente lieues de la mer, dans 
un pays jusqu'à présent inconnu qu'entourent des peuplades 
brutes et sauvages, il y a plus de lumières, plus d'industrie, 
une police plus active, des arts plus avancés que sur les côtes, 
dont les habitants depuis longtemps en relations continuelles 
avec les Européens, auraient dû, plus que ceux-ci, accroître 
leurs connaissances. » Et il ajoute prophétiquement : « Je ne 
doute pas que les Hova n'accueillent avec amitié et reconnais- 
sance les Européens qui voudront bien venir les instruire dans 
la pratique des arts utiles, car aucune autre peuplade de 
Madagascar n'a autant d'intelligence naturelle ni autant d'ap- 
titude au travail. » Toutefois, après avoir rendu hommage à 
leurs qualités, il dit avec non moins de raison que, sous le 
masque d'une grande douceur et d'une extrême politesse, ils 
sont hypocrites, avares et voleurs. 

Pendant son séjour à Tananarive, un certain nombre de 



12 REVUE DE MADAGASCAR 

SCS porteurs prit la variole. Le roi ne cessa de leur témoi- 
gner une réelle sympathie, s'enquérant de leur état et leur 
cinroyant journellement des vivres et des fruits. Plusieurs 
étant morts, il les fit enterrer avec honneur, ordonnant de 
tuer trois bœufs pour chacun d'eux. 

Le !•' novembre, Mayeur partit plein de reconnaissance 
pour l'accueil franc et généreux qu'il avait reçu et qui était si 
différent de celui qu'il avait eu chez les Sakalava et chez 
les Antankarana. Après avoir fait dix lieues dans un pays nu 
et aride, il franchit la petite bande de bois, large dune lieue, 
qui limite Tlmerina à l'est, et il traversa la large vallée 
découverte d'Ankay, où les Bezanozano élèvent beaucoup de 
bétail. Il gagna la mer en descendant le versant abrupt de la 
chaîne côtière par des sentiers bourbeux et glissants, tantôt 
à travers des forêts immenses, tantôt à travers de grandes 
plantes herbacées remplies de petites sangsues qui s'atta- 
chaient à ses jambes et l'incommodaient beaucoup. 

Le projet que Mayeur avait formé de revenir bientôt pour 
nouer d'importantes relations commerciales avec ce peuple si 
industrieux et qui l'avait si fort intéressé ne put être réalisé 
tout de suite à cause des difficultés qu'éprouvèrent à cette 
époque les administrateurs de nos établissements à Madagas- 
car. Ce ne fut que huit ans plus tard, le 19 juillet 1785, qu'il 
retourna dans l'Imerina. Deux des principaux chefs hova, son 
ami Andrianamboatsimarofy, le roi de Tananarive, et 
Andriambelonjafy, le roi d'Alasora, étaient alors en guerre, 
et il assista aux curieuses péripéties de la lutte engagée 
entre eux. Il était d'usage que les ennemis fixassent d'un com- 
mun accord le jour et le lieu où Ton devait combattre; à la 
date convenue, les armées rivales, divisées en un certain 
nombre de pelotons, marchaient à la rencontre l'une de 
l'autre; lorsqu'elles étaient tout près, quelques soldats s'avan- 
çaient, tiraient leur coup de fusil et revenaient en courant se 
mettre à l'abri de leurs pelotons respectifs; pendant qu'ils 
chargeaient leurs armes, d'autres faisaient la même ma- 
nœuvre, qui se répétait indéfiniment jusqu'à ce que l'une des 
deux armées se retirât à cause de son infériorité numérique 
ou des perles qu'elle avait éprouvées. Chacun alors retour- 



VOYAGE DE MAYEUR 13 

nail chea^ soi pendant une ou deux semaines, y vivant au<»i 
tranquillement qu en temps de paix et s^occupant uiriquem^ent 
du travail des champs et de son commerce. Puis on recom- 
mençait à se battre* 

Le premier combat auquel assista Mayeur eut lieu sur les 
bords de Tlkopa, entre Alasora et Tananarive; il dura de 
10 heures du matin à 4 heures du soir, sans que la victoire se 
déclarât pour Tune des deux armées; il y avait en ligne 
12.000 soldats et, tant tués que blessés, on ramassa sur le 
champ de bataille 22 hommes. Au bout de dix jours, Andria- 
namboatsimarofy ayant reçu 3.000 hommes de renfort et se 
trouvant à la tête de 9.000 à 10.000 soldats marcha contre 
Alasora; Tennemi se défendit avec courage et Ton était en 
pleine lutte lorsqu'une nuée immense de sauterelles obscurcit 
tout à coup le ciel et s'abattit sur les rizières des environs. Le 
feu cessa aussitôt, et tous les combattants se mirent pêle- 
mêle à ramasser ces insectes dévastateurs dont les Mal- 
gaches aiment à se nourrir; les femmes, les enfants, les vieil- 
lards sortirent sans tarder des villages où ils se tenaient 
cachés et se mêlèrent aux soldats, si bien qu'en moins d'un 
quart d'heure la campagne fut couverte de plus de20.000 indivi- 
dus accroupis ou à quatre pattes, qui s'occupaient activement à 
prendre les sauterelles. C'est l'usage à Madagascar de surseoir 
aux hostilités devant un fléau qui, comme dit le roi à Mayeur, 
menace tout un peuple, tandis qu'une guerre n'intéresse le 
plus souvent que celui qui l'a déclarée. 

Malgré les préoccupations politiques d'Andrianamboatsi- 
marofy, Mayeur reçut un accueil très cordial; il lui annonça, 
à son grand plaisir, que le gouvernement français avait décidé 
d'entretenir des relations commerciales avec son pays, à la 
condition toutefois que les étrangers fussent assurés d'y trou- 
ver aide et protection, qu'il mît fin aux querelles intestines 
entre les divers chefs, qui étaient pour ainsi dire continuelles 
et qui ruinaient leurs États, qu'il encourageât l'industrie et 
l'agriculture, que la fabrication de la fausse monnaie fût 
défendue sous les peines les plus sévères, et enfin qu'il donnât 
aux Français l'autorisation de construire à la frontière de son 
royaume un village fortifié où ils pussent se mettre, eux et 



14 REVUE DE MADAGASCAR 

leurs marchandises, à l'abri de tout pillage et de toute 
attaque. Andrianamboatsimârofy approuva toutes ces condi- 
tions, à Texception de la dernière, qu'il jugea nuisible à sa 
puissance et à Tindépendance de son peuple. Il y eut à ce 
sujet de nombreuses conférences qui n'aboutirent pas; après 
six semaines d'attente vaine et de discussions oiseuses, 
M ayeur se décida à partir et regagna la côte orientale. 

Telle est l'analyse sommaire des voyages de Mayeur, dont 
l'intérêt esb non seulenient rétrospectif, mais encore tout 
d'actualité, et qui méritent d'être tirés de l'oubli dans lequel 
ils sont à tort ensevelis depuis si longtemps. Si les géographes 
et les cartographes avaient consulté les manuscrits de ce 
voyageur consciencieux et véridique au lieu du roman de 
Lacombe, ils nous auraient depuis longtemps renseignés sur 
les vraies qualités morales et intellectuelles des principales 
peuplades de l'Ile, ainsi que sur Taspect physique et sur la 
valeur des terres des parties du pays qu'il nous intéressait le 
plus de connaître, et ils n'auraient pas perpétué les fausses et 
dangereuses légendes qui ont été, dans le passé, la cause de 
tant de fautes politiques. Espérons qu'elles ne se renouvelle- 
ront pas ! 

Alfred Grandidier 
Membre de rinstitiit. 



LA 



LÉGISLATION MINIÈRE 



A MADAGASCAR 



Le décret paru clans le Journal Officiel du 25 juin et daté 
du 23 du même mois, c'est-à-dire peu de jours après que 
notre dernier article avait été écrit (1), prouve que nos 
prévisions étaient justes. Il semblait, en effet, impossible 
que, du jour au lendemain, le travail de recherches des gîtes 
d'or et de métaux précieux fût suspendu à Madagascar, et 
cela au moment où des centaines de colons se sont déjà mis 
à Tœuvre et ont engagé des capitaux dans leurs entreprises. 
L'article premier du décret du 23 juin prévoit cependant 
que l'enregistrement des demandes de permis de recherches 
n'aura d'autre effet que de fixer la priorité de ces demandes et 
le droit éventuel pour les demandeurs à l'obtention de permis 
de recherches suivant les dispositions de la nouvelle régle- 
mentation à intervenir sur la matière. Il y a donc provisoire- 
ment encore, une restriction qui apportera, probablement, un 
certain mécontentement dans la colonie et assurément des 
difficultés dans la délivrance ultérieure des dits permis, et 
peut-être aussi dans l'acceptation des signaux, c'est-à-dire la 
reconnaissance des droits de chacun. 

Nous ne pouvons donc que souhaiter ardenmient la pro- 
mulgation rapide à Madagascar de la nouvelle réglementation 

(1) Voir XaTJRevue du 10 juin. 



16 REVUE DE MADAGASCAR 

qui permettra la reprise des industries suspendues, sinon 
arrêtées, à Tinstant même où elles devaient donner des résul- 
tats. Nous ajouterons à ce souhait celui de voir cette régle- 
mentation aussi large que possible, admettant, s'il est abso- 
lument indispensable de le faire, une augmentation de droits 
qu'il nous eût semblé préférable de retarder encore, mais au 
moins une augmentation réduite permettant aux promoteurs 
de rindustrie naissante d*y trouver de larges bénéfices, 
nécessaires pour compenser les tâtonnements forcés du 

début . 

Le Comité. 

Voici le texte du décret, précédé du rapport adressé par 
M. Clémentel au Président de la République : 

Paris, le 23 juin 1905. 
Monsieur le Président, 

Le décret du 20 février 1905, réglementant la recherche et Texploitation de 
Por, des métaux précieux et des pierres précieuses à Madagascar, prévoit 
au premier paragraphe de Tarticle 6, la faculté pour le gouverneur général 
de fermer par arrêté certaines régions à la recherche, mais ne détermine 
pas ce qu'il advient dans ce cas, des demandes de permis de recherches qui 
seraient présentées par les explorateurs. 

Le gouverneur général de Madagascar venant, par un arrêté du 3 juin 
courant, de faire application des dispositions précitées de Tarticle 6. il y a 
lieu dès maintenant de combler cette lacune et de donner le moyen de fixer 
la priorité des demandes lorsque les régions fermées seront de nouveau 
ouvertes à la recherche après la promulgation à Madagascar de la nouvelle 
réglementation à l'étude. 

J'ai rhonneur de soumettre ce projet à votre haute sanction. 

Veuillez agréer, Monsieur le Président, Thommage de mon profond respect. 

Le ministre des Colonies, 
Clémbntel. 

Le Président de la République française. 

Vu Tarrété en date du 3 juin 1905 par lequel le gouverneur général de 
Madagascar a, par application de l'article 6 du décret du 20 février 1902, 
interdit les travaux de recherches et d'exploitation de Tor, des métaux pré- 
cieux et des pierres précieuses dans les terrains restant actuellement libres 
sur toute l'étendue de la colonie; 

Considérant qu'il y a lieu, toutefois, de maintenir les droits de priorité que 
leurs explorations peuvent valoir aux prospecteurs pour l'obtention ultérieure 
de permis de recherches, 

Décrète : 
Article premier. — Les demandes de permis de recherche des gites natu- 
rels d'or, de métaux précieux et de pierres précieuses à Madagascar formu- 



LA LÉGISLATION MINIÈRE 17 

lées dans les conditions du titre II du décret du 20 février 1902, seront, 
nonobstant les stipulations contenues dans Tarrété du gouverneur général 
de Madagascar en date du 3 juin 1905, reçues et enregistrées ainsi qu'il est 
stipulé à l'article 12 du décret précité, mais n'auront d'autre effet que de fixer 
la priorité des demandes et le droit éventuel pour les demandeurs à l'obten- 
tion de permis de recherches suivant les dispositions de la nouvelle régle- 
mentation à intervenir sur la matière. Il ne sera statué sur ces demandes 
de permis de recherches qu'après la promulgation à Madagascar de ladite 
réglementation. 

Art. 2. ^ Larrélé du gouverneur général de Madagascar en date du 
3 juin 1905 est réformé en tout ce qui est contraire aux dispositions de 
l'article premier du présent décret. 

Art. 3. — Le ministre des Colonies est chargé de l'exécution du présent 
décret* 

Fait à Paris, le 23 juin 1905. 

Emile Loubet. 

Par le Président de la République : 

Le ministre des Colonies, 

Clémbntel. 



MADAGASCAR A L'EXPOSITION DE HANOI 



RAPPORT GENERAL 

SUR 

l'Exposition de Hanoï 



DEUXIÈME PARTIE ^^^ 

Dans le Tonkin et autour du Tonkin 



CHAPITRE VI 

CANTON (Suite) 

Le cadre de celle esquisse ne nous permet pas de revenir 
sur rhistoire des missionnaires catholiques en Chine, leurs 
succès et leurs vicissitudes. Ce sont les missions étrangères 
qui à Canton comme à Hong-Kong exercent actuellemenl le 
culte. 

Dans son livre déjà cilé, M. Bard relève pour la Chine 
un total de 498 missionnaires catholiques groupant 600.000 
prosélytes environ et 5% missionnaires protestants groupant 
72.000 fidèles: c'est peu pour une population de !i80. 000.000 
d'habitants, après 300 années d'efforts soutenus: le Chinois 
semble donc devoir se montrer aussi irréductible à l'égard de 
la religion catholique que vis-à-vis des autres : il se contente 
de garder la sienne, c'est-à-dire ses superstitions et ses pré- 
jugés subordonnés à un seul culte, celui des ancêtres. Nous 
partageons à cet égard les idées de M. C. Pauthier, traducteur 
et annotateur du livre publié par le Hev. Milne. Le mission- 
naire, tout à sa tâche, s'écrie : « Une civilisation avancée règne 
ici depuis des siècles ; rien n'y rappelle la vie sauvage 
et l'état de barbarie. Nous n'avons pas à apprivoiser le can- 
nibale, à vêtir l'indigène nu, à lui apprendre les avantages de 

( 1) Voir la Revue du 10 juin 1905. 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 19 

la vie sociale, à lui faire connaître le vêlement, Thahitation, le 
commerce et les arts. » Mais très justement M. Pauthier, 
contre cet enthousiasme, élève cette note : « C'est précisément, 
pensons^nous, cetétat de civilisation avancée que Ton s'obstine 
à nier en Europe parce qu'on ne la connaît pas, qui sera le 
plus grand obstacle à la réalisation des espérances que l'au- 
teur exprime ici. » 

Le Chinois modifiera ses procédés industriels, se laissera 
pénétrer parle progrès économique, remplacera sa machinerie 
primitive par des usines qui lui viendront de toutes pièces 
d'Europe ou d'Amérique : son esprit commerçant l'incitera 
aux réformes nécessaires en temps utile, mais il n'en conti- 
nuera pas moins et pendant longtemps encore à présenter aux 
mânes les offrandes rituelles et à accomplir strictement les 
sacrifices commandés, aux dates prescrites. 

Le beau temple « des Ancêtres vertueux », situé dans le 
quartier ouest de la ville, achève de nous convaincre de cette 
vérité : c'est le meilleur morceau d'ensemble architectural que 
Canton possède, et il semble que le génie de la race ait voulu 
se réserver pour cette manifestation de la vraie et unique 
religion. 

Sur l'esplanade qui précède le monument, terrain vague 
occupé en partie par un étang, se dressent quatre mâts 
garnis de couronnes rectangulaires qui leur donnent l'appa- 
rence de puissants candélabres : un appareil presque identique 
est dressé dans le Laos et le Siam auprès des tombes lors de 
l'accomplissement des actes funéraires. Ceux de Canton sont 
en réalité des lampadaires, car sur le pourtour des couronnes^ 
sont installées, aux fêtes rituelles, des torches qui brûlent 
jour et nuit. 

Le temple se compose d'un pavillon central et de deux 
secondaires reliés au premier par des portes décorées : un 
pavillon plus simple séparé du pavillon secondaire par une 
porte semblable sert d'amortissement aux deux extrémités. Il y 
a donc déjà unité de façade, dansMa composition, d'après des 
axes déterminés. De plus le pavillon central est un véritable 
porche à cinq travées largement ouvertes : celle du milieu 
complètement libre est encadrée par des colonnes de granit : 



20 REVUE DE MADAGASCAR 

les deux autres de chaque côté sont recoupées horizontale- 
ment par ce tirant en pierre que nous avons déjà relevé dans 
les pagodes cantonnaises du Tonkin, mais il est placé dans 
chaque baie à une hauteur différente, de manière à laisser 
vers le motif central une gradation raisonnée. Le toit qui 
couronne les dernières baies est du reste placé plus bas que 
le toit principal, pour accentuer cet effet. Les pavillons secon- 
daires et ceux des abords présentent des façades pleines, 
décorées de bas-reliefs, sans saillies et qui laissent pleinement 
en valeur le motif central. Les superbes crêtes en faience et 
stuc qui surmontent le faîtage des toits accusent la même 
préoccupation et, ainsi présentée, la façade, vue à quelque dis- 
tance, s'étage et se silhouette dans une proportion impeccable. 

La même science se révèle dans la conception du plan. 
Les portes accusées au dehors sont bien les entrées de 
portiques qui limitent des cours intérieures : sur la cour 
centrale, le motif du milieu se répète comme à Textérieur : il 
est accentué par un superbe perron rectangulaire desservi par 
trois escaliers et limité par une balustrade en pierre d'un mer- 
veilleux travail. Toute la décoration d'ailleurs évidée dans le 
granit, est composée avec le même souci de symétrie et de 
proportion que le dispositif général : des moulures nues 
enserrent de lignes vigoureuses la pierre fouillée et percée à 
jour; Tœil se repose de place en place sur des ornements 
plus simples, et du tout admirablement présenté et encadré, 
se dégage une impression de force, de savoir et d'habileté 
patiente. Il est regrettable que ce monument ne figure pas 
dans les traités d'architecture comme un modèle du genre, au 
lieu des spécimens toujours vus et souvent erronés, comme 
celui de la forteresse dite pagode à cinq étages, tendant à 
caractériser Tarchitecture religieuse de la Chine méridionale. 
Le temple des ancêtres, la pagode des fleurs et Tédicule du 
temple du dieu de la médecine, sont des édifices religieux qui, 
au point de vue artistique, méritent une visite et une étude 
pour tout étranger qui vient à Canton : nous serons heureux 
si nous avons pu déterminer vers ces trois belles œuvres un 
courant de curiosité. 

Il noi's resie à voir trois sortes de monuments : ceux de.s- 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DB HANOÏ 



21 



Unes aux examens liltéraires, un spécimen d'hdpital, un cercle 
ou lieu de réunion. L'inévitable et précieuse chaise nous 
permetde parcourir à nouveau, rapidement, les ruelles encom- 
brées; nous passons à cdté de la tour massive qui, avec les 
flèches de la cathédrale, domine la ville. Comme le célèbre 
monument de Rouen, elle porte le nom de « Tour de l'hoi^ 
loge », mais aucun cadran ne l'annonce à l'extérieur. La clep- 
sydre qui existe depuis cinq siècles dans la salle du rez-de- 




L'tnetinte dis txamtna du second dtgri 



chaussée, bien rudimentaire d'ailleurs, consiste en de simples 
vases de cuivre superposés, dont le dernier porte un flotteur : 
c'est la seule horloge officielle de Canton : il est vrai que les 
trompettes, les tambours et les coups de canon se chaînent le 
soir et le matin de renseigner les habitants sur le commence- 
ment et la chute du jour. 

Près de la clepsydre s'ouvre l'enceinte des examens du pre- 
mier degré ; ceux du second degré se passent dans un autre 
local, tandis que les troisièmes ont lieu à Pékin. Les examens 
du premier degré réunissent chaque année les candidats au 



22 REVUE DE MADAGASCAR 

chef-lieu de Tarrondissemenl pour une première épreuve. La 
composition écrite dure un jour : les noms des élus sont affi- 
chés à la porte du président. Ceux-ci seuls peuvent se pré- 
senter à une seconde épreuve. Les candidats reçus après celte 
dernière, sont admis à concourir pour la troisième épreuve, 
qui a lieu deux fois en trois ans dans la capitale de la pro- 
vince. 

Les candidats ayant satisfait à ce dernier examen ont droit 
au premier grade universitaire. L'installation pour la dernière 
épreuve des examens du premier degré est sommaire : une 
allée centrale aboutissant à une grande salle qui sert à la fois 
de logement et de lieu de réunion aux examinateurs : de 
chaque côté de l'allée, des hangars. Conçue sur des propor- 
tions beaucoup plus vastes, Tenceinte destinée aux examens 
du second degré, à Canton, reçoit et abrite tous les trois ans, 
près de douze mille candidats. Un membre de l'Académie de 
Pékin préside à ces examens. Chaque candidat est soigneu- 
sement fouillé avant l'entrée et Tune des douze mille cellules 
que renferme Tenceinte lui est assignée. Ces cellules sont 
ménagées comme des boxes dans de longues files de hangars 
perpendiculaires à une allée centrale macadamisée et dallée ; 
elles sont fermées sur trois côtés seulement. L'about de 
chaque hangar porte un caractère indicateur : des soldats sont 
disposés dans les intervalles pour empêcher toute communi- 
cation. Les candidats passent un jour et deux nuits dans la 
logette étroite : la table encastrée dans les deux murs de 
refend sert pour le travail et le sommeil . Quand le délai est 
expiré, chacun remet son travail aux membres de la com- 
mission qui en font prendre des copies ; les examinateurs se 
réunissent ensuite pour juger ces derniers. Le vaste bâtiment 
qui termine l'allée centrale contient en avant la salle du 
jury, puis une salle de délibération, autour de laquelle sont 
distribuées plusieurs chambres servant de logement aux exa- 
minateurs, qui doivent en effet rester, eux aussi, cloîtrés pen- 
dant toute la durée des épreuves. Toutes ces pièces sont 
éclairées par les toitures à Taide de coquilles transparentes. 
Pendant Texamen des copies, les candidats ont un ou deux 
jours de repos, puis rentrent dans leurs cellules pour y traiter 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 23 

des questions politiques ; nouveau repos, puis rentrée en 
cellule pour ^ine dissertation sur les lois et les coutumes. Ces 
trois épreuves successives sont éliminatoires; il n'est reçu 
après la finale que cent cinquante candidats environ, sur 
douze mille présents. L'époque des examens est le huitième 
jour de la huitième lune. 

Ces bâtiments immenses, qui ne servent que tous les 
trois ans* pendant quinze jours, restent pendant ce long 
intervalle de temps à l'abandon. Un cheval paissait tran- 
quillement dans la salle centrale lors de ma visite; les 
papiers qui forment le cloisonnage des pièces réservées 
aux examinateurs, pendaient lamentablement et les enduits 
rongés par le soleil et la pluie s'effritaient sur les dif- 
férentes loges. Mais Tinstitulion survit puissante et inatta- 
quable, comme un dogme : n'est-ce pas du reste un véritable 
sacerdoce que renseignemenl tel qu'il est compris en Chine, 
englobant non seulement l'instruction, mais l'éducation au 
double point de vue de la famille et de rEtuL, éducation dont 
le principal résultat est l'accès aux carrières publiques? C'est 
ce dogme que les Chinois ont transmis intégralement aux 
Annamites qui, eux aussi, nous l'avons vu par les examens 
triennaux de Nam-Dinh, ont fait de la gloire littéraire la plus 
pure et la plus honorée. 

L'hôpital, au sens absolu du mot, c'est-à-dire le bâtiment 
destiné à l'hospitalisation des malades, n'existe pas à Canton. 
Nous avons vu précédemment près de la porte Nord-Est un 
asile pour les vieillards; il y en a un également pour les 
enfants abandonnés. Mais ce qu'on désigne sous le nom d'hô- 
pital indigène est généralement un simple dispensaire où la 
consultation avec l'ordonnance qui l'accompagne est gratuite. 
Parmi les médecins chinois placés à la tête de ces dispensaires, 
quelques-uns se sont fait une réputation ; la foule défile silen* 
cieusement devant eux; ils remettent au malade l'ordonnance, 
celle-ci, visée et enregistrée par les secrétaires, donne droit 
à la délivrance gratuite des médicaments. Les missions pro- 
testantes se sont efforcées depuis un demi-siècle d'améliorer 
cet état de choses par la création d'un hôpital à Canton 
(Ophtalmie Hôpital) et d'œuvres diverses de secours aux 



24 REVUE DE MADAGASCAR 

malades; il semble toutefois que le Chinois éprouve une répu- 
gnance à quitter le foyer ancestral pour affronter dans un 
local public les risques d'une opération quelconque; la clien- 
tèle de ces hôpitaux paraît être alimentée surtout par la classe 
inférieure; il est vrai qu'en France le préjugé qui écarte de 
l'hôpital bien des malades est loin d'être disparu! Il est indis- 
cutable cependant que les œuvres charitables des missions 
ont servi utilement la politique de leur nation et nous sommes 
heureux de constater Tinitiative prise par nous dans le même 
sens à Canton. Le dimanche 13 décembre .1903, en effet, un 
hôpital français qui était encore en construction lors de mon 
passage a été inauguré solennellement; délégué par le Gou- 
verneur général de l'Indo-Chine, M. Hardouin a rappelé que 
cette fondation était due à l'initiative de M. Doumer, tandis 
que notre consul actuel a attribué justement aussi à son pré- 
décesseur trop modeste, une large part dans le résultat. L'hô- 
pital comprend actuellement deux pavillons, l'un consacré au 
dispensaire, laboratoire, etc., l'autre à Thospitalisation des 
malades. Il est intéressant de relever l'origine des diverses 
souscriptions, indépendamment des 40.000 piastres allouées 
par le gouvernement général de l'Indo-Chineetdes 25.000 francs 
donnés par M. Robert Lebaudy spécialement pour la construc- 
tion d'un laboratoire de bactériologie : 

Souscription de la préfecture de Canton. . 46.000 piastres 

— de Hanoï 1.100 — 

— de Saigon, Cholon et Cambodge 11.000 — 

— de Siam 4.500 — 

— de Penang 5.000 — 

Il faut avouer que cette liste confirme entièrement notre 
enquête, c'est-à-dire rinfériorité de l'élément chinois à Hanoï. 
La conséquence immédiate est que Saïgon-Cholon, grâce à la 
libéralité de sa colonie chinoise, est dotée actuellement d'un 
hôpital, d'une maternité et d'oeuvres de bienfaisance multiples 
pour les indigènes, que la ville de Hanoï attend encore. Le 
Chinois, bien qu'on en ait dit, est en effet accessible à la 
compassion et libéral; si les établissements de bienfaisance 



MADAGASCAR A L EXPOSITION DE HANOI 



25 



sont rares encore à Canton, c'est qu'il se méfie de ses compa- 
triotes et l'opinion de M. Bard est parfaitement juste. 

i( Les bonnes volontés sont stérilisées à peu près partout 
par le pillage de la part des employés de ces institutions cha- 
ritables, l'indéracinable aqaeeze. » 

Dès que les Européens figurent dans le conseil d'adminis- 
tration tl'iinn œuvre de ce genre, le Chinois délie les cordons 




Le Temple det AncèU 



de sa bourse ; la fin du discours de notre consul le prouve 
nettement : 

<i Je ne veux pour preuve du succès que les offres qui nous 
sont déjà faites en vue de l'entretien de cet établissement par 
les Cantonnais fixés dans les colonies étrangères et qui mon- 
trent en même temps que leur amour pour leur pays natal et 
ceux qu'ils y ont laissés, l'importance qu'ils attachent à cette 
fondation et les services qu'ils en attendent pour leurs com- 
patriotes. » 

Les essais ont été nombreux à Canton d'œuvres de bienfai- 
sance; en voici quelques-unes des plus connues : Maison 



26 REVUE DE MADAGASCAR 

de retraite pour les veuves pauvres, fondée vers 1820, qui 
compta jusqu'à 1.500 femmes secourues; dispensaire médical 
de fondation ancienne existant encore ; asile des aveugles 
fondé en 1832 contenant plus de deux mille infirmes des deux 
sexes qui reçoivent par semaine un franc environ chacun et 
mendient pour parfaire le surplus de leur dépense ; léproserie 
hospitalisant trois cent cinquante malades; établisssement 
pour la vaccine introduite à Canton par le D*" Pearson, chirur- 
gien de la Compagnie des Indes orientales; établissement 
d'éducation gratuite pour les enfants pauvres, etc. 

En dehors des distractions qu'ils peuvent trouver au théâlre 
et dans les maisons de jeux, les Chinois ont des cercles dans 
lesquels ils se réunissent *: tel est le Pak Yak Club, construit 
par les gros commerçants de Canton. Placé bien entendu sous 
l'égide des divinités protectrices, le monument préscnle dès 
l'entrée un temple, où près de vieux cuivres comprenant tous 
les accessoires du rite, est la statue d'un génie lisant une stèle ; 
de très belles armes dites « de pagode », une cloche et un 
gong sont rangés sur les côtés; Tornemenlalion en laque 
noire est très riche. Derrière ce sanctuaire se trouve une salle à 
manger d'été élégante, délicatement sculptée, avec des vitraux 
de couleur : plus loin une vaste salle de réunion servant de 
théâtre avec une galerie au premier étage, dans laquelle la 
loilure, faite en coquilles transparentes, verse une abondante 
lumière. De tous côtés, des fleurs dans des potiches de toules 
formes donnent à celte salle un souriant aj^pect : c'est là que 
se célèbrent les fêtes de la congrégation, pleines de gaieté, 
m'assure le guide. En me faisant admirer les sculptures, les 
incrustations et les laques qui décorent les diverses parties 
du bâtiment, il m'affirme que celui-ci a coûté une somme 
énorme : je le crois sans peine, étant données sa solidité et 
sa richesse. Au mur du fond de la salle centrale, deux portes 
donnent accès dans une dernière cour fermée par une muraille 
élevée, contre laquelle au-dessus d'une vasque de marbre où 
retombe une eau limpide, est étagée une rocaille de trois 
mètres de haut, simulant une montagne avec des maisons, 
des kiosques, des temples et des pagodes en miniature, des 
sentiers et des chemins avec des ponts jetés sur les préci- 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 27 

pices, des forêts composées d'arbres minuscules, réduits à 
pousser en eux-mêmes, des animaux domestiques ou sau- 
vages ; et partout, isolés ou en groupe, des personnages de 
faïence aux couleurs éclatantes qui vaquent aux travaux des 
champs, se promènent ou révent. C'est devant celte nature 
en raccourci que les clubmen viennent passer . de longues 
heures de repos, pendant lesquelles, tout en donnant à man- 
ger aux poissons multicolores et de formes bizarres qui se 
jouent dans la vasque, ils laissent errer au gré de ses caprices 
leur imagination assoilTée de plein air. 

La rosée qui tombe goutte à goutte est pure comme Teau en automne ; 

Un vent léger enfante la fraîcheur de la nuit. 

Au bord du lac, je vois le gazon verdoyant qui pousse au hasard, 

Autour de rilot j'aime à regarder les nénuphars rougeâtres qui 

J'ai un frère pour qui seul sont toutes mes pensées; [embaument. 

Ici qui que ce soit est pour moi un étranger. 

Je m'atlriste au son de la trompette qui résonne sur les remparts. 

Et deux larmes tombent sur mes vêtements. 

(Extraits du poète Yan-Ki (1400), traduits par Imbault-Huart). 

Tandis que je me dirige vers la porte de sortie, j'aperçois 
dans la grande cour quelques Chinois, hommes déjà mûrs, 
occupés à jouer au volant : ils se le renvoient habilement 
avec le pied et des gamins assis les regardent gravement. 
Déroutés par les usages de ce peuple souvent contraires aux 
nôtres, nous nous attachons toujours à relever les différences 
qui nous en séparent et jamais les similitudes qui pourraient 
nous en rapprocher: n'est-ce pas une des causes principales 
de notre ignorance, ces différences étant souvent généralisées 
par besoin d'exotisme? 

Après avoir promené le lecteur dans les questions philoso- 
phiques, religieuses, artistiques et commerciales, ma tâche 
serait incomplète si je ne disais un mot des bateaux de fleurs 
pour lesquels tous les voyageurs ont écrit des pages. Sur ce 
sujet encore, il semble que les divers récits sont rarement en 
concordance : peut-être y a-t-il eu confusion. Le bateau de 
fleurs, en tant que concert public, est un lieu de plaisirs et de 
débauche, voilà un fait établi : le bateau de fleurs loué par un 



28 REVUE DE MADAGASCAR 

mécène qui y regoit ses amis est un salon où la gaieté se 
maintient au niveau de Téducation des hôtes. 

Cest ce que je constate aussitôt que mon sampan me 
débarque dans une des rues formées par les poupes de tous 
les bateaux, reliées par des planches. Dans Tune des maisons 
flottantes, largement ouverte d'ailleurs, une salle de festin 
est préparée: des glaces, des ors, des laques et des verrote- 
ries se renvoient les éclairs des lustres allumés ; des guirlandes 
de fleurs naturelles tombent du plafond, s*enlacent et entre- 
mêlent leurs parfums pénétrants. Le maître du logis, il Test 
pour ce soir du moins, se tient à Tentrée, serré dans une belle 
robe de soie bleue et déjà quelques hôtes ont pris place à ses 
côtés : dans un angle de la pièce, les femmes accordent leurs 
guitares. On me laisse entrer, regarder, étudier, sans paraître 
soupçonner ma présence, et quand je me retire, pas une figure 
ne bouge, pas un personnage ne remue. 

Nous pénétrons ensuite dans un concert public : le bateau 
est à deux étages : à l'entrée du rez-de-chaussée, une sorte de 
guichet où l'on prend sa place : les prix varient suivant la 
classe à laquelle appartient le bateau. Un long couloir cen- 
tral, de chaque côté duquel sont des cabines, étroites logettes 
où habitent les chanteuses, nous conduit à un escalier qui 
donne accès au premier étage : les loges, au nombre d'une 
dizaine, n'ont pour mobilier qu'un lit de planches incrusté 
dans le bordage et un escabeau : elles sont obscures et sales 
comme tout le rez-de-chaussée du reste. Le premier étage 
présente un contraste frappant : deux pièces séparées par un 
large arcade s'y suivent, une sorte de véranda située 
au-dessous de la poupe les termine : dans la première pièce 
des divans et des lits de repos ; sur l'un d'eux un jeune Chi- 
nois fume, étendu paresseusement, deux poupées fardées 
grillent lentement à la flamme de la petite lampe la fine bou- 
lette d opium, préparent les pipes et les lui passent. 

Autour de la seconde pièce, des escabeaux de toutes sortes 
rembourrés, laqués et sculptés, enserrant de petites tables élé- 
gantes ; au centre, une large table massive sur laquelle dans 
de riches soucoupes'figurent^toutes les douceurs de la confi- 
serie chinoise, pamplemousses, oranges, citrons, gingembres, 



MADAGASCAR A L EXPOSITION DE HANOT 29 

pâtisseries diverses, morceaux de canne à sucre, amandes et 
pépins de melons. Les chanteuses vont et viennent d'un 
groupe à l'autre, portant aux consommateurs des friandises, 
elles s'asseoient et prennent leur tasse de thé tout en décorti- 
quant d'un coup sec de leurs dents fines et pointues, les 
pépins de melons; étranges figurines aux costumes chatoyants 




La peinlt de Macao a l'entrée du chenal, avec l'hôtel de Boa-Vitta 

de soie brodée, avec leurs vestes aux manches trop longues, 
dans lesquelles disparaisssent leurs mains ténues. 

C'est dans un angle de cette deuxième pièce, que l'orches- 
tre se tient; il n'est pas compliqué : une guitare étrange et 
une masse de bois pleine sur les bords et évidée dans son 
centre, en font tous les frais. De la guitare sortent des sons 
aigus, sous la pression d'un archet demi-circulaire et du bois, 
une seule note, alternativement grasse ou maigre, suivant que 
le bâton frappe la partie évidée ou le plein. Chaque chanteuse 
b tour de rôle vient débiter sa romance; parfois, elle s'accom- 
pagne elle-même avec un minuscule violon ou frappe sur ta 



30 HEVUE DE MADAGASCAR 

calebasse. Une demi-douzaine de marmots en costume bril- 
lant échappent de temps en temps à la matrone qui se tient 
dans la pièce d'arrière, font irruption dans la salle et se mêlent 
aux consommateurs et aux femmes. 

Blotti sous la véranda, dans la fraîcheur délicieuse d'une 
belle nuit étoilée, j'étudiais les divers groupes, les femmes et 
Torchestre. 

Plusieurs se croyaient sans doute à l'abri de mes regards, 
car au lieu de se gêner, ils en arrivaient à me gêner moi- 
même, et je dus battre en retraite. Ah ! Raquez, pourquoi 
avez-vous imprimé cette phrase à la page 31 de votre 
livre : « J'ai été absolument étonné delà réserve des Chinois: 
croire que les bateaux de fleurs, ne sont que des lieux d'Or- 
gie est une erreur profonde. » Oh! je ne me suis pas trompé, 
je vous assure, et j'ai bien vu! 

Dans le voyage de retour, nous repassons devant le riche 
bateau pris en location ; la fête y bat son plein, le dîner 
touche à sa fin, un vieillard invité vient d'entrer : Thôte s'est 
précipité au devant de lui et veut le faire approcher de la 
table; il s'excuse sans doute d'arriver si tôt, refuse énergique- 
ment de déranger les autres et s'asseoit au premier plan en 
tournant le dos aux convives. Voilà de Texquise politesse. 
Mon guide me la fit remarquer en même temps que le silence 
imperturbable des dîneurs, dont le visage impassible sourit à 
peine en écoutant les aigreurs de la musique et la crécelle 
des chanteuses ; le bateau avec son personnel complet, y com- 
pris le cuisinier, a été loué cent dollars pour la nuit. Ainsi se 
distrait la population riche de la cité et la comparaison de 
cette fête brillante et parfumée avec les ruelles sordides ou la 
prison lamentable, saule vivement à mon esprit. Décidément, 
Canton est une grande ville, puisque le luxe y côtoie la 
misère. 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 31 



CHAPIÏHK VII 

MACAO 

C'est à regret que le voyageur quitte Canton : le rapide 
coup (l'œil de quelques jours demanderait pour complément 
une étude approfondie, mais l'impérieux départ fait du touriste 
un Juif-Errant qui ne peut planter sa tente en cours de route. 
Du nouveau toujours, sans possibilité d'arrêt ni môme sans 
doute de retour. 

La mélopée du lac me revient à la mémoire, tandis que 
mon sampan glisse sur le canal de Cha-min; la robuste et 
rieuse batelière donne au long aviron un nerveux coup de 
bras : à ses pieds un gamin qui porte un bois léger ficelé 
sur le dos, ceinture de sauvetage improvisée, prend ses ébats 
sur le banc : à l'arrière une fragile cabane sert de chambre à 
coucher et de salle à manger à la famille dont le chef est sans 
doute employé comme coolie sur le port. Dans la mêlée des 
sampans chargés de voyageurs ou de marchandises nous 
accostons le Long-Chan, qui fait le service de Canton à Macao. 
De proportions modestes, le petit paquebot a deux cabines 
de passagers sur le pont supérieur : je me réfugie dans l'une 
d'elles <3t ferme soigneusement les vitres : une brise glacée 
chasse la pluie fine dès que le bateau avance au premier tour 
d'hélice. Bien entendu, le départ a lieu au dernier coup de huit 
heures. Implacable précision! All-right! — Vers neuf heures 
nous passons devant les docks de Wampoa : la marée est 
basse et notre quille racle un moment le fond en soulevant 
des tourbillons de limon jaunâtre. 

Ail heures nous quittons la rivière des Perles; à midi 
nous longeons des forts chinois, puis, entre des îles arides et 
rocheuses, nous pénétrons dans la baie de Macao. La pres- 
qu'île étroite sur laquelle est installée la colonie portugaise 
avec ses masses de verdure, ses maisons étagées et ses vieux 
forts, s'annonce du large majestueusement : c'est une ville 
européenne, mais avec le caractère multicolore des cités de la 
Méditerrannée : un petit Monaco avant sa splendeur. Le 
Long-Chan passe lestement aussi presque possible du rivage, 



32 REVUE DE MADAGASCAR 

à distance des rochers qui le bordent : aussitôt après* l'isthme 
qui rattache le territoire portugais à la Chine, bande de sable 
basse, la côte se relève brusquement jusqu'au piton que cou- 
ronne le phare : une route en corniche suit ses sinuosités et 
conduit à l'hôpital militaire, ensemble de constructions 
blanches relativement somptueux, encadré par deux forts, 
l'un sur le sommet près du phare, l'autre à mi-côte vers la 
baie. 

Des arbres, des jardins dévalent au-delà vers la seconde 
coupure, au milieu de laquelle une trouée s'ouvre pour la 
route qui relie le port extérieur aux lagunes de l'intérieur. Là 
commence la Praia Grande, large et fraîche promenade, bor- 
dant le quartier aristocratique où se sont installées les maisons 
somptueuses, du jour où l'état de guerre cessant avec les 
nations européennes rivales, les commerçants et fonction- 
naires portugais ont quitté l'oppidum. La bande de terrain 
plat conquise sur la mer est d'ailleurs bien étroite, et à quel- 
ques mètres de la chaussée les constructions recommencent à 
escalader la colline. Celle-ci, par une série de sommets, se 
relève vers le sud-ouest pour se terminer par une dégringo- 
lade de rochers abrupts que couronnait jadis le château- 
fort. Sur cette croupe à mi-côte, une société a audacieusement 
installé un hôtel d'architecture élégante, dont les larges 
vérandas persiennées annoncent de loin le confort. Et c'est 
une note étrange de modernisme que vient jeter dans ce 
chaos moyenâgeux des murailles aux étroites meurtrières, aux 
angles aigus et rébarbatifs, ce bâtiment percé à jour, lumi- 
neux et engageant, décoré du nom harmonieux de Boa Vitas. 

L'hôtel et la façade en ruines de San-Paulo, restes d'une 
église bâtie à la fin du xvi' siècle et incendiée par les Chinois 
en 1835, retiennent le regard de loin, comme le souvenir d'un 
passé qu'un essai de transformation tente de rajeunir. 

Très lentement, car le port est .peu profond, le Long-Chan 
double la pointe et entre dans le chenal qui sépare Macao de 
Lapa : aussitôt, brusquement, le coup d'oeil change. Derrière 
celte façade européenne, par delà les forts, les maisons et 
les palais, membres ankylosés du corps débile d'une société 
agonisante, le cœur bat, actif et plein de vie, de la colonie 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 33 

chinoise qui, par l'effort de son industrie et de son commerce, 
permet à Macao de se survivre. Derrière Boa-Vista, les 
jonques sont rassemblées en masses compactes autour d'un 
bateau de guerre très petit sur lequel flotte un pavillon très 
grand aux armes de Portugal : sur les quais encombrés de 
produits de toutes sortes, une foule piaillarde s'agite; les 
rues regorgent d'habitants et tes façades dorées des restau- 
rants et des maisons de jeu chantent les piastres qui passent 




Lt port et la Ville de Macau 

entre les mains chinoises, laissant de faibles bribes argentées 
entre les mains portugaises. 

Sous la poussée pleine de sève de cet élément vivifiant, la 
vieillepossession garde encore l'illusion d'une demi-prospérité; 
c'est évidemment le principe qui a manqué dans plusieurs 
de nos anciennes colonies où le noir métissé constitue la par- 
tiedominante delà population, multipliant etcroissant avec ses 
défauts et nos vices. A Macao, la race Chinoise est restée la 
dominante, tandis que les descendants des vieilles familles 
émigrées fortement métissés, ont peu à peu dégénéré : le type 



34 REVUE DE MADAGASCAR 

physique lui-môme s^est abâtardi et le moral s*est affaissé 
dans rhypertrophie d'un orgueil méridional, sous Taction 
déprimante de Toisiveté. Malingre, laide et veule, la race 
macaîste n'a plus d'européen que le nom : sa dégénérescence 
semble du reste heureusement la vouer à une stérilité pro- 
chaine. Sur une population totale de 78.500 habitants, on 
compte actuellement 74.500 Chinois contre 3.850 Portugais et 
150 étrangers. Dans les 3.850 Portugais, 600 à peine sont nés 
en Europe. Le type dominant du Macaîste se rapproche assez 
du Japonais : tête large dans le bas et pointue vers le haut, 
grosses lèvres, nez épaté, bouche large et dents longues, 
yeux petits et légèrement bridés, teint jaune ou brun, che- 
veux noirs et plats. La femme chez laquelle se retrouvent 
tous les caractères ci-dessus, n'a aucune grâce. Bien entendu, 
les familles sont affublées de noms ronflants à particules et 
ont le plus profond mépris pour les jaunes leurs proches 
parents, dont le seul tort dans ce mélange intime des sangs a 
été de garder pour eux toutes leurs qualités. Croupissant 
dans une pauvreté sordide qu'ils s'efforcent de dissimuler 
sous des apparences de luxe, drapés dans des étoffes voyantes 
mais tachées, comme la fille déchue dans sa robe de soie fri- 
pée, ils gardent le haut du pavé que leur abandonne volon- 
tiers le Chinois bon enfant qui prend sa revanche dans lusure. 
A eux le privilège des castes, au second celui de l'argent : 
les écus, les meubles, les propriétés passent dans les mains 
du gros banquier à queue, profond contempteur de la noblesse 
non dorée, et, de la gêne à la ruine, le Macaîste reste guindé dans 
son demi-luxe, jusqu'au jour où il échoue piteusement à la 
porte des églises, psalmodiant ou hurlant en quête d'une au- 
mône, dernière étape qui précède pour lui la léproserie : les 
tares en effet sont fréquentes dans un sang devenu si pauvre. 
Au débarcadère confortable établi sur le quai par la compa- 
gnie anglaise qui assure le service de Canton, une foule de 
coolies stationne: pas d'ennuis pour les bagages puisque nous 
sommes dans un port franc. Des djirinlka ou pousse-pousse 
s'emparent du voyageur, et après la traversée rapide du quar- 
tier chinois, par des ruelles tortueuses et pavées où l'herbe 
croît, nous escaladons les pentes abruptes de la colline sur 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 35 

laquelle, près du vieux fort, est perché Thôlel de Boa-Vista. 
Dans ce premier contact rapide avec la ville, je note le souvenir 
de la propreté des rues et du calme qui y régne dès qu*on est 
sorti du quartier chinois. Les maisons aux murs bariolés dans 
lesquelles de rares fenêtres munies de grilles ouvrent sur Tex- 
térieur, ont des airs monastiques et mystérieux : de courtes 
échappées sur les jardins évoquent le souvenir de la splendeur 
passée de ces parcs somptueux : de vrais couvents succèdent 
aux béguinages et aux angles des rues, des ruelles et des im- 
passes les vétustés plaques en pierre portent ces inscriptions 
en lettres archaïques « Calcadas do bom Jésus », « Rua do Rosa- 
rio», «Traversas do San Agostino», étranges évocations du 
passé où sur ce rocher étroit conquis par le fer, la vie était 
contenue entre le fort et Téglise. C'est ce passé que j'essaie de 
revivre le soir de mon arrivée, en lisant un volume qui vient 
de paraître à Hong-Kong chez Kelly et Walsh sous le titre de 
Historié Macao et cette signature: C, A, Monlalla de Jésus^ 
felloiv of the geographical society of Lisbon, member of the 
China Branch oflhe royal Asiatic Society. 

L'épopée des Portugais au delà du cap de Bonne-Espérance 
est trop intimement liée à notre histoire de Madagascar pour 
que les pages qui font suite à la découverte de Tlle Saint- 
Laurent ne nous intéressent pas. Du xvi*' au xvir siècle les 
navigateurs portugais atterrissent dans la grande île placée 
comme un havre de salut sur la route des Indes après les rudes 
parages du cap. C'est, successivement, Pedralvarez Cabrai 
avec Diego Diaz, Fernand Suarez, Teles de Meneces, Tristan 
da Cunha avec Gomez d'Abren, Lopez de Sequeira, Luiz 
Figuerra, Manoel de la Creda, Lobo de Souva qui promènent 
autour de Madagascar les couleurs du Portugal sans réussir 
à signaler leur passage autrement que par des stèles avec 
inscriptions; aucun établissement sérieux n'est créé par ces 
aventuriers, sans doute parce que leur installation en Extrême 
Orient commençait à absorber toutes leurs forces d'organisa- 
tion. Entraînés peu à peu par les projets grandioses de d'Aï- 
burquerque versMalacca, qui est pris et pillé le 24 juillet 1511, 
maîtres de la clef des mers de Chine, les Portugais lancent en 
1515, sous la conduite de Jorge Alvarès, une expédition jus- 



36 REVUE DE MADAGASCAR 

qu'à Tamou, port de l'tle de Han-Chuen, près de Han-Chuen, 
communément connue sous le nom de Ttle Saint-Jean. En 
1518 ils y établissent un fort: en 1520 ils envoient une ambas- 
sade à Pékin sous la conduite dé Thomé Pirez. A cette époque, 
Macao et toutes les Iles qui parsèment Tembouchure de la 
rivière de Canton étaient habitées par des pirates qui vivaient 
aux dépens des jonques de commerce chinoises. Il ressort 
des annales indigènes elles-mêmes (Ao-men Ki-lio) qu'en 1550 
« les Chinois étant occupés à repousser les attaques des 
pirates japonais, il leur parut préférable de laisser les Portugais 
à Macao et de vivre en bons termes avec eux en se contentant 
de les surveiller pour les arrêter dans leur développement». 
Ce modus vivendi fut consacré par le paiement d'une redevance 
de 500 taêls aux mandarins de la côte. La plupart des historiens 
ont placé à l'année 1557 cel accord qui semble être antérieur 
de quelques années. 

Quant au nom de la nouvelle colonie, il paraît avoir pour 
origine celui de la déesse Ama, reine du Ciel, la désinence Kao 
pouvant être interprétée dans le sens de golfe: c'est à cette 
divinité qu'est du reste consacré le temple de Ma-Ko, situé 
à la pointe delà presqu'île, à l'entrée du port intérieur. 

Il est indiscutable qu'en 1557 le territoire occupé avait 
déjà reçu une organisation complète, car au moment où don 
Constantin de Bragance fut envoyé comme vice-roi des Indes, 
Camoëns, rappelé des Molusques où il était exilé, fut nommé 
« curateur aux biens des morts et des absents à Macao ». 
Il y resta deux ans, y écrivit ses Lusiades et regagnait 
l'Europe quand il fit naufrage à l'embouchure du Mé-Kong. 
Nous aurons à revenir sur cet illustre poète auquel Macao a 
justement voué un culte divin. 

Les rapports des Portugais avec leurs voisins furent 
pénibles dès le début : sur la bande étroite de terrain qui rat- 
tachait la ville à la terre ferme, les Chinois construisirent vers 
1573 une fortification munie d'une porte, en- réalité afin de 
rester maîtres de l'approvisionnement des étrangers, mais sous 
le prétexte d'éviter les incursions dés noirs échappés de la 
ville. 

A la moindre difficulté, l'introduction des vivres était 



MADAGASCAR A L EXPOSITION DE HANOI 



37 



arrêtée et les Macaïsles furent livrés ainsi parfois à uae véri- 
table famine. 

En 1575, Macao est érigé en diocèse. En 1582, les rapports 
avec la Chine se tendent fortement et le vice-roi de Canton 
édicté des mesures sévères contre le commerce étranger : elles 
restèrent sans effet grâce à la libéralité des Portugais. En 
1587, un mandarin est chaîné de gouverner Macao au nom du 




Entyit du jardin de Camoiia 



vice-roi de Canton. Mais d'autres ennemis plus redoutables 
allaient porter ombrage aux entreprises portugaises : en 1598, 
l'Espagne, attirée par la richesse du commerce de la Chine, 
envoya de Manille un négociateur à Canton pour obtenir un 
entrepôt : le gouverneur de Macao protesta, et peu s'en fallût 
que les hostilités commencent par suite de la présence dans le 
port d'une flotte espagnole qui avait été chassée des eûtes du 
Cambodge par un ouragan. En 1601, une partie de la flotte 
de l'amiral hollandais Van-Neck vint mouiller devant Macao : 
quelques hommes furent débarqués, pris par les Macaïstes et 
pendus : deux officiers furent expédiés à Goa. En 1603, deux 



38 REVUE DE MADAGASCAR 

vaisseaux hollandais viennent bombarder la ville ; en 1604, un 
typhon disperse la flotte qui venait l'assiéger. En juin 1622, 
une flotte de plus de douze vaisseaux échoue dans la même 
entreprise après un combat acharné où de nombreux Hollan- 
dais furent faits prisonniers et servirent pour la construction 
des murailles et des forts. 

Ces diverses alertes en effet décidèrent les Macaïstes à se 
fortifier : ce seul fait suffit à aggraver l'état de leurs relations 
avec la Chine. En 1623, don Francisco Mascarenhas est 
nommé capitaine-général de la place : il s'installe sur le 
mont Saint-Paul, occupé jusque-là par les Jésuites : trois bat- 
teries sont construites, à San-Francisco et à Bomporto, com- 
mandant le port extérieur, et à Sao-Thiago, sur l'entrée du port 
intérieur. Les relations commerciales des Portugais s'étaient 
alors étendues jusqu'au Japon d'une part et de l'autre jusqu'au 
Siam, dont le roi, après un traité signé en 1616, avait engagé 
des soldats portugais qui, installés à Âyuthia, s'y étaient 
mariés avec des femmes siamoises et y avaient fondé un 
établissement. En 1626, les fortifications sont complétées par 
la construction de la citadelle et malgré quelques entreprises 
infructueuses tentées par ses rivaux européens, la tranquillité 
de Macao n'est guère troublée jusqu'en l'année 1665, où le 
contre-coup de la chute de la dynastie des Mings et de l'oc- 
cupation mandchoue se produit dans le Kouang-Long; pour 
se préserver d'une rébellion imminente, les Portugais consen- 
tirent le paiement d'une contribution énorme qui arrêta pro- 
visoirement les vexations : il est bon cependant de noter que 
les mandarins d'Heang-Chan conservèrent jusqu'en 1689 le 
droit de faire comparaître devant eux les sujets portugais de 
Macao. 

Si nous insistons particulièrement sur les débuts de la 
colonie, c'est pour faire ressortir nettement que l'installation 
des Portugais à Macao fut tolérée et non reconnue officielle- 
ment dès le début et que pendant les 150 premières années, 
les Macaïstes durent composer avec leurs voisins gênants. 
Pouvaient-il en être autrement, étant donnée la situation de 
la ville que l'isthme étroit mettait évidemment à l'abri d'un 
coup de main venu de l'intérieur, mais qui d'autre part ne 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 39 

pouvait être alimentée que par cette isthmei menace toujours 
suspendue d'une disette répressive. C'est seulement vers 1700 
que la situation s'améliora un peu, grâce à Fempereur Kang^ 
hi sur lequel les jésuites purent prendre une certaine 
influence. Ceux-ci étaient nombreux à la cour de Pékin au 
commencement du xvui* siècle; outre les PP. Pereira et Gri- 
maldi, le P. Verbiest y avait introduit cinq Jésuites français : 
Bouvet, Gerbillon, Le Comte, Visdelou et de Fontaney en 
1688. Malgré l'imprudence papale dans la question des Rites 
qui prépara les persécutions du règne de Yong-Tcheng, les 
rapports entre Macao et Pékin étaient relativement cordiaux 
jusqu'à la fin du règne de Kang-hi et en 1714, une ambas- 
sade chinoise fut reçue en grand apparat dans la citée portu- 
gaise. Mais la question des droits de douanes revint sur le 
tapis vers 1720 et fut âprement reprise par le successeur de 
Kang-hi en 1732. 

Le traité conclu avec TAngleterre d'autre part en 1703, 
pesait lourdement déjà à cette époque sur les destinées éco- 
nomiques du Portugal : la colonie de Macao se ressentait de 
l'état général et les rapports avec les mandarins se tendant, 
les fonds manquaient pour employer les moyens du début : 
aussi en 1764, les établissements de Lapa sont abandonnés. 
Dans l'intervalle, en 1762, conformément aux dispositions 
prises par le roi Joseph de Portugal, ou plutôt par son 
ministre de Carvalho, marquis de Pombal, les Jésuites furent 
expulsés de Macao et leurs propriétés confisquées : l'île verte 
revint à la couronne. Passant ensuite par les vicissitudes de 
la politique métropolitaine, la vieille ville vit s'accentuer sa 
marche décadente jusqu'au commencement du xix' siècle. 

En 1802, l'Angleterre tente d'intervenir en faveur de la com- 
pagnie East India par Tenvoi d'un transport à Macao de 
troupes britanniques dont la colonie refuse les services. En 
1808, une escadre anglaise composée d'un vaisseau de ligne, 
d'une frégate et d'un sloop vient porter au gouverneur de 
Macao une lettre du vice-roi des Indes lui annonçant la 
chute de la maison de Bragance et indiquant l'occupation 
de Macao comme le seul moyen de sauver la situation com- 
merciale de cette ville . 



40 REVUE DE MADAGASCAR 

La tentative de 1802 et celle de 1808 ont été diversement 
jugées par les historiens dont quelques uns ont voulu voir 
dans le refus énergique du Sénat macaïste la pression de la 
Chine : il semble plutôt que dans cette pénible alternative ce 
soit le secours de la Chine que Macao ait demandé, s'appuyant 
sur le traité politique et commercial signé en 1802 avec le 
vice-roi de Canton et trouvant encombrante et dangereuse 
l'intervention de sa protectrice européenne qui déjà en sous- 
main fournissait aux pirates infestant la côte chinoise , des 
armes et des munitions. D'accord avec la Chine, une escadre 
portugaise accompagnée de 60 jonques de guerre se mit en 
campagne au début de Tannée 1810 contre la flotte des pirates 
placée sous le commandement de Cam-Pao Sa! et forte de 
300 jonques. La lutte se termina par la capitulation de ce 
dernier. 

A. JULLY. 

[A suivre) 



RETOUR EN FRANGE 



DU 



GENERAL GALLIENI 



De Tamatave à Marseille 



Au moment où le général Gallieni a quitté Madagascar à 
bord du Melbourne (19 mai), la rébellion du sud avait pris fin 
et on ne signalait plus guère, comme insoumis, que des isolés, 
tous connus nominativement et ayant personnellement pris 
part aux assassinats qui ont marqué les débuts du mouvement. 
Ces indigènes, abandonnés de leurs partisans et réduits au- 
jourd'hui à rimpuissancc, ne gardent la brousse que par 
crainte des peines dont ils seront passibles devant les tribu- 
naux de droit commun. Ils sont réfugiés dans le district boisé 
et montagneux de Midongy, situé au Sud-Ouest de la province 
de Farafangana. Dans les autres parties de cette province ainsi 
que dans les cercles de Fort-Dauphin et Tuléar, les bandes 
ont complètement disparu et Tordre est partout rétabli. 

Tous ceux qui se sont soumis ont obtenu leur pardon et 
c'est ainsi que, suivant les instructions qui avaient été données 
au sujet de la répression «le passage des troupes ne restera pas 
« dans la mémoire des habitants comme un sujet de rancune 
« cachée, mais comme le souvenir d'une force juste et indul- 
« gente à laquelle il y a tout intérêt à se soumettre». 

Enfin, l'impression générale à Madagascar est que si quel- 
ques incidents sont encore possibles du fait qu'un petit nom- 



42 



REVUE DE MADAGASCAR 



bre de malfaiteurs conservent la brousse, il est néanmoins 
très vraisemblable que la tranquillité générale des cercles et 
provinces du Sud ne sera plus troublée désormais. 

Avant de quitter son commandement, le général Gallieni a 
établi, comme en 1899, un rapport d'ensemble qu'il a remis à 
son arrivée à Paris au Ministre des Colonies et qui contient 
rhistorique complet, de 1896 à 1905, de toute l'œuvre de 
pacification et d'organisation militaire et administrative 
accomplie à Madagascar. Le Journal Officiel de la République 
française doit commencer prochainement la publication de 
ce document. 

Avant de quitter Madagascar, le général a tenu à se rendre 
au chemin de fer, dont il a suivi le tracé, accompagné par le 
colonel Roques, pour se rendre compte de l'importance des 
dégâts causés par le dernier cyclone. Il a pu ainsi se con- 
vaincre que si la réparation des dégâts représente un assez 
gros travail de terrassement, elle ne comportera en revanche 
aucune difficulté spéciale au point de vue technique. Les 
dommages sont uniquement dus à la violence absolument 
exceptionnelle du cyclone et aux effets de ce cataclysme sans 
précédent. Des parties de montagnes et de forêts représentant 
plusieurs hectares, jetées sur la voie ou entraînées vers les 
caniveaux qu'elles ont obstrués, ont formé d'immenses bar- 
rages pour les masses d'eau tombant en avalanche des hau- 
teurs voisines. Sous les pressions énormes de ces réservoirs 
accidentels, plusieurs grands remblais construits pour la tra- 
versée des ravins, ont fini par céder, entraînant avec eux les 
parties correspondantes de plateforme et de voie. 

Sur d'autres points, des crues absolument imprévues delà 
Vohitra et de la Sahantandra ont produit des effets analogues 
en venant affouiller le pied des remblais et les fondations des 
caniveaux. 

Quoi qu'il en soit, comme nous l'a confirmé le courrier 
du 24, les réparations, poussées très activement sous la 
direction du colonel Roques, seront rapidement terminées et 
on espère que l'exploitation normale pourra être reprise & la 
fin d'août ou dans les premiers jours de septembre. D'ailleurs, 
au cours de sa visite du chemin de fer, le général Gallieni a 



RETOUR DU GÉNÉRAL GALLIENI 43 

pu déjà accomplir dans le train régulier un parcours de 65 
kilomètres (sur 102 entre Torigine et le terminus de la ligne) ; 
parti deFanovana le 16 mai, à 8 heures du matin, il a atteint 
Aniverano le même jour à 4 heures et demie du soir. 

Arrivé à Tamatave le 17 mai, il a reçu le lendemain matin 
les visites offlcielles et privées ; dans l'après-midi la colonie 
européenne de Tamatave, à laquelle s'étaient joints tous les 
consuls étrangers, a tenu à lui donner une marque de sympa- 
thie avant son départ et a organisé, à cette occasion, un vin 
d'honneur auquel assistaient toutes les notabilités de la ville. 
M. Le Garrec, président de la Commission municipale, parla 
au nom de la population tamatavienne et, dans un discours 
très applaudi, exprima au général les sentiments de sympathie 
des habitants et leur vœu de le voir reprendre son poste 
à Madagascar. 

A Diego-Suarer, où le Melbourne a fait escale le 21 mai, 
le général a visité les établissements de la Marine et rempla- 
cement du bassin de radoub dont les travaux vont être inces- 
samment commensés. Dans l'après-midi, un vin d'honneur 
lui a été offert par la population européenne et par les com- 
merçants indiens de la ville. M. Moinard, président de la 
Chambre consultative, lui a exprimé en termes très chaleu- 
reux les vœux et les sentiments de sympathie de la colonie 
européenne de Diego en le remerciant tout spécialement des 
travaux déjà accomplis pour l'organisation défensive de la 
place. 

A Nossi-Bé et à Majunga, le général a reçu à la Résidence 
les fonctionnaires, officiers et de nombreux colons, qui ont 
tenu à le saluer avant son départ; à Majunga il a visité les 
travaux d'adduction d'eau potable qui sont actuellement très 
avancés et qui réaliseront bientôt une des installations les 
plus utiles que la ville de Majunga devra à Tactivité et au 
dévouement de M. Moriceau, son administrateur actuel. 

A Zanzibar, le général est descendu chez M. Ottavi, consul 
de France; il a échangé avec M. Cave, consul général britan- 
nique, et avec le Régent, M. Roggers, des visites empreintes 
de la plus grande courtoisie. Deux dîners officiels ont eu lieu 
au Consulat de France et à l'hôtel de la Régence. 



44 REVUE DE MADAGASCAR 

Des visites très cordiales ont été aussi échangées avec les 
commandants de deux croiseurs italiens de passage à 
Zanzibar. 

A Mombassa, où le Melbourne a fait escale après Zanzibar, 
le général s'est rencontré avec le gouverneur allemand de 
Dar-Es-Salam, avec lequel il s'est longuement et cordiale- 
ment entretenu. Il a fait ensuite, avec sa famille et les per- 
sonnes de sou entourage et jusqu'à une station de l'intérieur 
du chemin de fer de l'Ouganda, une excursion que les auto- 
rités locales anglaises lui ont facilitée avec la plus grande 
amabilité. 

La ligne de l'Ouganda atteint aujourd'hui le lac Victoria- 
Nyanza, à 963 kilomètres dans l'intérieur; elle est établie 
dans un terrain beaucoup moins difficile et moins accidenté 
que Madagascar, qui a permis au tracé de s'élever rapidement 
sur les hauteurs. Néanmoins, et quoique parfaitement cons- 
truite, la ligne subit de temps à autre des interruptions dues 
aux dégâts causés par les orages. 11 est à remarquer aussi que 
cette dépense, qui était prévue primitivement de seulement 
deux millions et demi de livres sterlings, a atteint en fin de 
compte, près de 7.000.000 de livres, et qu'elle a été consi- 
dérée comme dépense de souveraineté par le Gouvernement 
britannique. 

La voie est, comme celle de Madagascar, à écartement de 
un mètre; le rail pèse 25 kilogrammes au mètre courant; 
les trains mettent de 38 à 40 heures pour se rendre de Mom- 
bassa au lac Nyanza, soit une vitesse moyenne d'environ 
25 kilomètres à l'heure. 

A Djibouti, le général Gallieni a été reçu par le Secrétaire 
général, remplaçant M. Pascal, gouverneur, en ce moment 
en mission au Harrar. 

En débarquant, il a pris un train spécial, gracieusement 
organisé à son intention par la Compagnie im 
chemins de fer éthiopiens, et s'est rendu jusqu'à une station 
voisine de la frontière de l'empire abyssin. Au retour de son 
excursion, le général a été reçu avec sa suite à l'hôtel du 
Gouvernement et a regagné le Melbourne^ qui est parti dans 
l'après-midi à destination de Suez, Port-Saïd et Marseille. 



RETOUR DU GÉNÉRAL GALLIENI 45 



A Marseille 



C'est le 14 juin au matin que le Gouverneur général 
de Madagascar, M°*« et M^^* Gallieni, sont arrivés à 
Marseille. 

Le général était accompagné de M. le commissaire principal 
des colonies Noguès, de M. le commandant Dubois, de 
M. Guyon, administrateur des Colonies, chef de son cabinet 
civil, et de MM. les capitaines Grûss et Lobez, ses officiers 
d'ordonnance. 

M. Mastier, préfet des Bouches-du-Rhône; M. Lallier 
du Coudray, chef du service colonial à Marseille, délégué 
de M. le ministre des Colonies; MM. Jully, C. Delhorbe, 
Lemoine, et un certain nombre d'amis personnels du général, 
étaient montés à bord pour le saluer. 

Le général Gallieni s'est ensuite rendu avec sa famille au 
Grand Hôtel du Louvre et de la Paix, où des appartements lui 
avaient été retenus. 

Il y a reçu la visite de M. Delibes, président de la Société 
de Géographie de Marseille, qui l'a prié d'accepter l'invitation 
qu'il venait lui faire, d'assister au déjeuner préparé en son 
honneur au Palace-Hôtel. 



Le Déjeuner de la Société de Géographie 

Ce banquet a eu lieu à midi et demi. Près de cent convives y 
assistaient, appartenant à l'élite du monde politique, com- 
mercial et industriel de la grande cité phocéenne. Nous avons 
noté la présence de MM. Mastier, préfet des Bouches-du- 
Rhône; Chanot, maire de Marseille; les généraux du Moriez, 
gouverneur militaire de Marseille, et Famin, directeur 
des troupes coloniales au ministère de la Guerre, venu 



46 REVUE DE MADAGASCAR 

spécialement de Paris, ainsi que M. Charles-Roux, commis- 
saire-général de l'Exposition coloniale de Marseille, président 
du Comité de Madagascar. Assistaient également à ce déjeu- 
ner : MM. Estier, représentant le Conseil général; Sube et 
Dufay, vice-présidents de la Chambre de commerce; Lallier 
du Coudray, chef du service colonial ; le colonel Gasquy, major 
de la garnison; Charve, doyen de la Faculté des sciences; 
Roger, adjoint au maire;. Leflambe, chef du service de la 
marine par intérim; L. Magaan> président de la section mar- 
seillaise du Comité de Madagascar; Morel, directeur de l'Ex- 
position coloniale; A. Artaud, président du Comité local de 
TAIliance française ; Lecat, directeur des Messageries Mari- 
times: Alf. Fraissinet, directeur de la Compagnie de Naviga- 
tion ; plusieurs commissaires des colonies à l'Exposition de 
Marseille, des négociants et professeurs, etc., etc. 

Le banquet était présidé par M. E, Delibes, président delà 
Société de Géographie, qu'assistaient MM, L. Estrine, vice- 
président; Jacques Léotard, secrétaire-général; Adr. Fraissi- 
net, trésorier, et les autres membres du bureau et de la com- 
mission administrative de la Société. En face de M. Delibes 
se trouvait le général Gallicni, qu'accompagnaient les mem- 
bres de son état-major. Les tables étaient ornées élégam- 
ment de fleurs et la salle du banquet avait été décorée 
avec art. 

Le moment des discours venu, M. Delibes, prenant le pre- 
ûiier la parole, a prononcé, au nom de la Société de Géo- 
graphie, l'éloquente allocution que nous reproduisons ci- 
dessous : 

DISCOURS DE M. DELIBES 

Mon Général, 

La Société de Géographie de Marseille, qui s*honore de vous 
compter parmi ses plus illustres membres, aura été deux fois pri- 
vilégiée. 

Il y a cinq ans, presque à pareille date, le 9 juin 1900, nousavions 
Tinsigne honneur d'entendre et d'applaudir votre dernière causerie 
à la veille de votre embarquement pour Madagascar; aujourd'hui^ 



48 REVUE DE MADAGASCAR 

nous avons ]a joie d'être les premiers à saluer votre heureux retour 
sur la terre natale, et à vous traduire les sentiments d'admiration el 
de reconnaissance de tous ceux qui resteront toujours épris, de la 
grandeur de la France. 

Plus que jamais cet hommage vous est dû. Vous aviez déjà fourni 
une bien belle carrière :1e Sénégal, le Soudan, le Tonkin, où vous 
aviez marqué votre empreinte, étaient déjà de magnifiques étapes. 
Vous venez de les couronner par cette incomparable campagne de 
neuf années, si féconde en résultats immédiats, si riche en pro- 
messes pour un long avenir. 

Vous êtes vraiment le Grand Colonial associant aux qualités de 
haute valeur militaire les rares talents d'organisateur et d^adminis- 
trateur, conditions indispensables pour mener à bien la double mis- 
sion qui vous était confiée. Permettez-moi d'en résumer à grands 
traits l'historique, ne fût-ce que pour mettre sous les yeux de tous 
vos plus beaux titres de noblesse. 

Appelé en 1896 à recueillir une succession singulièrement trouble 
— puisque la Grande lie, malgré deux expéditions victorieuses el 
trois traités de paix jurée, était encore en feu — vous parveniez en 
quelques mois à éteindre l'incendie, ou du moins à le circonscrire 
dans son expansion, et bientôt après celte troisième conquête, une 
virile et suprême décision, impérieusement nécessitée par les cir- 
constances, faisait comprendre à tous, ennemis ou rivaux de notre 
prépondérance, que la dynastie Hova avait vécu, que le temps des 
conspirations était fini, et que désormais Madagascar serait bien la 
Nouvelle France^ telle que Tavait qualifiée Hichelieu. 

Le soldat avait fait son œuvre; mais que d obstacles matériels, 
que de sourdes résistances allait rencontrer le Gouverneur général 
(30 juillet 1897). 

Il ne s'agissait, en effet, de rien moins que de pacifier et d'orga- 
niser un territoire presque aussi vaste que la France, la Belgique et 
la Hollande réunies, dépourvu de voies de communication, habité 
dans sa plus grande partie par des populations à demi barbares, 
réfrarctaires à toute discipline, pour qui la guerre de tribu à tribu et 
le pillage réciproque sont, depuis des siècles, une passion native, 
une sorte de sport favori, travaillées de plus par des excitations ou 
des ingérences semi-politiques, semi-religieuses. De tels problèmes 
à résoudre avaient de quoi ébranler les plus fermes courages. Tous, 
Général, vous les avez embrassées d'un coup d'oeil, et vous n'avez 
pas hésité, une seule minute, à en aborder la solution progressive. 
Le champ ouvert à votre activité était immense : elle s'est portée 



RETOUR DU GÉNÉRAL GALLIENI 49 

sur tous les points,et, là-même où elle a dû se contenter du provisoire, 
elle a indiqué et préparé Tavenir. C'est que vous possédez les qua- 
lités premières de Fart de gouverner : le tact, la mesure, la résolu- 
tion et l'opportunité dans les actes. 

Ainsi, dans Tordre politique, après avoir promptement et énergi- 
quement réprimé Tinsurrection, vous avez aussitôt usé de clémence 
et de douceur envers les vaincus, vous avez brisé la domination 
tyrannique des Hovas, mais pour vous concilier plus sûrement les 
races qu'elle opprimait. 

Dans Tordre administratif, investi de tous les pouvoirs civils et 
militaires, vous n'oubliez jamais vos droits, mais vous savez délé- 
guer à propos une part de votre autorité à d'habiles lieutenants et 
à de dévoués collaborateurs, fîdèles exécuteurs de votre pensée. 
Vous demandez môme à des Conseils régulièrement institués le 
concours de leurs lumières et l'assistance de leur contrôle, et vous 
associez ainsi un plus grand nombre de bonnes volontés à Tœuvre 
commune. 

Les conquêtes coloniales (Thistoire le prouve) ne se justifient et ne 
se légitiment que si elles élèvent les peuples arriérés à un degré de 
bien-être et de culture supérieur. C'est dans cet esprit que vous 
avez toujours entendu et rempli votre délicate mission. 

Avant votre arrivée, trois millions d'hommes vivaient, la plupart 
misérables, sur un immense territoire dont il ne savaient guère 
tirer parti. Tout en les respectant dans leurs sentiments de race, dans 
leurs mœurs, dans leurs croyances, dans leurs habitudes d'admi- 
nistration, — sans rompre brusquement avec le passé, — vous les 
avez familiarisés à Tidée de la domination française, et déjà ache- 
minés* vers une meilleure existence. 

Sous le rapport économique, tout était à créer parmi ces popula- 
tions de civilisation rudimentaire. 11 fallait donc combiner un pro- 
gramme assez étendu, assez varié, assez souple pour répondre aus- 
sitôt aux plus urgentes nécessités. Vous Tavez méthodiquement 
dressé, en partie exécuté, et surtout vous avez légué à vos succes- 
seurs un précieux exemple à suivre. 

Le gouvernement Ho va, par incurie traditionnelle, ou par défiance, 
aussi bien envers ses sujets que contre Tétranger, avait toujours 
laissé dans le plus complet abandon les voies de communication. 
Les routes n'étaient que des pistes, les transports se faisaient à 
dos d'hommes et à des prix exorbitants. A cette politique d'isole- 
ment vous avez substitué une politique de rapprochement. Sous 
votre vigoureuse impulsion, des routes carrossables ont été 

4 



50 REVUE DE MADAGASCAR 

ouvertes entre les principaux centres, un canal a traversé, en les uti- 
lisant, les nombreuses lagunes de la côte orientale, et frayé une 
nouvelle voie navigable; des lignes télégraphiques [ont été établies, 
des ports améliorés ou construits, des phares élevés, et le commerce 
intérieur et extérieur n*a pas tardé à bénéficier de cette outillage, 
jusqu'alors à peu près inconnu. Enfin, le chemin de fer, qui pro- 
chainement celiera Tananarive à la mer, sera le digne complément 
de toutes ces utiles créations, et devra sans doute avec le 
temps apporter la juste compensation des sacrifices de Theure 
présente. 

Toutes ces améliorations matérielles, dès aujourd'hui visibles et 
tangibles, vous avez voulu, en prévision môme de Tavenir, les 
asseoir sur la base la plus solide : le développement intellectuel et 
moral des populations. Dans ce but, vous avait fait une large part à 
renseignement public, mais en lui assignant un caractère essentiel- 
lement utilitaire, approprié aux besoins de populations encore trop 
neuves pour de plus hautes études. Seulement (et c'est de bonne 
politique), à tous les degrés de l'enseignement, depuis l'école 
rurale jusqu'à Técole supérieure destinée à fournir des fonction- 
naires, vous avez imposé la prédominance de la langue française, 
que vous estimez, avec raison, le plus efficace véhicule de notre in- 
fluence, et, à cette occasion, au nom même de la Société l'Alliance 
Française, soeur de notre Société de Géographie, je me fais un 
devoir de vous remercier de l'avoir toujours soutenue de votre pro- 
tection dans sa patriotique propagande. 

Mais, malgré cette préférence trop légitime pour notre idiome 
national, les indigènes n'étaient ni oubliés, ni sacrifiés; l'Académie 
Malgache, fondée dès 1902, leur révélera sans doute, à eux-mêmes, 
Phistoire de leur passé, comme l'a fait l'Institut d'Egypte pour la 
vieille terre des Pharaons. 

Là ne se borne pas votre infatigable sollicitude. A côté de cette 
hiérarchie d'écoles qui finiront par tirer les indigènes de leur igno- 
rance invétérée et les armeront mieux pour les exigences de la vie 
journalière, vous avez organisé tout un service médical propre à les 
préserver de maladies épidémiques, qui trop souvent les décimaient. 
Dès 1898, une école de médecine, ouverte aux indigènes, était 
fondée à Tananarive; puis, un institut Pasteur, des hôpitaux, des 
maternités, des léproseries étaient également créés à Tananarive, 
à Diego-Suarez et dans quelques provinces; des notions d'hygiène 
partout répandues, et l'alcoolisme, ce fléau destructeur de toute 
race, énergiquement combattu. 








M. C. Ddfaotba G* Gallieni M. Cbuoi 

Les Invités sur' la terrasse du Palace-Hôfel 



52 REVUE DE MADAGASCAR 

Cet ensemble de mesures civilisatrices et humanitaires ne vous 
paratt-il pas, Messieurs, la plus noble justification de la conquête 
française, et la plus authentique glorification de celui qui les a ins- 
pirées et appliquées ? 

Vous aurez donc été. Général, pour les indigènes, pour les 
vaincus, un véritable éducateur dans la plus haute acception du mol. 

Quant à la colonisation proprement dite, celle qui doit plus parti- 
culièrement profiter à lanation conquérante, elle n*a cessé d*occuper 
le premier rang dans vos préoccupations et d'être Tobjet de tous 
vos soinç. Le domaine public a été réglementé, ainsi que le régime 
des concessions, de la propriété, des forêts, des mines, des car- 
rières. L'agriculture, l'industrie, le commerce, sous leurs formes et 
dans leurs besoins les plus divers, ont été encouragés, éclairés de 
vos conseils et de vos instructions précises. Vous avez eu à cœur de 
soutenir de votre aide bienveillant tous ceux qui apportaient dans 
la colonie leur travail, leur intelligence ou leurs capitaux. 

Marseille le sait par expérience. Plus d'un de ses négociants, . 
dans ses entreprises collectives ou particulières, a eu l'occasion de 
connaître, d'apprécier l'effet de vos bons offices, et pourrait en 
rendre témoignage. 

D'ailleurs, l'éloquence de quelques chiffres affirme le progrès 
ininterrompu de la colonisation. 

En 1895, Madagascar ne comptait pas plus de 700 à 800 i**uro- 
péens dans sa population; aujourd'hui le nombre dépasse 10.500. 

En 1896, le budget des dépenses était de 5 millions et demi; il 
est fixé, pour 1905, à 23 millions 865.000 francs. 

Le mouvement des échanges commerciaux n'est pas moins satis- 
faisant. Au début de la conquête, en 1896, il flottait entre 8 et 10 
millions; il a atteint 55 millions en 1902, et 49 en 1903, — et c'est la 
France qui en prend la plus grosse part. 

Voici maintenant de nouvelles espérances avec l'exploitation 
chaque jour plus étendue des mines d'or. En 1896, on exportait 
300.000 francs de métal jaune, en 1904 neuf millions, et le ren- 
dement de 1905 dépassera douze millions. Que cette progression 
continue sans malencontreuse entrave, et les conséquences 
peuvent en être incalculables pour la transformation de la colonie 1 

Enfin, Général, vous souvenant toujours que, là-bas, vous étiez 
l'épée et le bouclier de la France, vous avez travaillé, dans la 
mesure de vos ressources, à assurer contre toute éventualité pos- 
sible la défense de Madagascar et de l'admirable rade de Diego- 
Suarez, et, par cela même, garanti notre part de légitime influence 
dans l'Océan Indien. 



RETOUR DU GÉNÉRAL GALLIENI 53 

En rentrant dans la mère-patrie, vous avez le droit de dire fière- 
ment : « J^ai fait tout mon devoir. » 

Eh bien, Messieurs, il semble qu'une pareille œuvre, œuvre vrai- 
ment colossale, accomplie en un court espace de temps, en neuf 
années, aurait dû désarmer sinon toute critique, du moins toute 
attaque haineuse, toute calomnie intéressée. Il n*en a pas été ainsi, 
et Ton ne saurait s'en étonner par ce temps de jalousfe niveleuse et 
d'impatientes convoitises. Tout récemment encore, soit ignorance, 
soit rancune peut-être, de « quémandeurs évincés », de a deman- 
deurs de lune » congédiés, certaines gens vous auraient volontiers 
reproché de n'avoir pas su conjurer les violences du ciel (cyclone et 
inondations), ni prévenir à tout jamais les accès de turbulence 
héréditaire de quelques tribus de sauvages. 

Sous le coup de sottes et perfides accusations, devant de fla- 
grantes injustices, vous avez pu avoir vos heures de lassitude et de 
tristesse — et pourtant, Général, oserais-je le dire? — la fortune 
me semble vous avoir été plutôt favorable^ en vous retenant, durant 
ces neuf dernières années, loin de la mère-patrie, c'est-à-dire loin 
de nos misérables et stériles agitations, en un temps où il est par- 
fois plus difficile de discerner quel est le devoir que de Taccomplir. 
Tandis que d'autres s'y troublaient et s'y diminuaient, vous. Général, 
uniqu ment occupé de sauvegarder les intérêts de la France devant 
l'étranger, vous avez servi mieux que personne la cause de la Répu- 
blique. Vous avez eu certainement le meilleur lot; votre nom de 
valeureux soldat et d*incomparable organisateur n'a cessé de gran- 
dir dans l'admiration et la reconnaissance de vos concitoyens et 
vous pouvez aujourd'hui, vous flatter d'avoir écrit l'une des plus 
belles pages de l'Histoire coloniale. 

Voilà, Messieurs, le bilan bien abrégé de l'œuvre du Général, et 
ce n'est que justice de le saluer de nos applaudissements unanimes. 

Levons donc nos verres en rhonneur de notre illustre collègue, 
— et il me permettra d'ajouter en l'honneur aussi de tous ses émi- 
nents collaborateurs; — buvons à la prospérité croissante de cette 
France Africaine, dont le général Gallieni restera devant l'histoire 
le glorieux pacificateur et le plus habile initiateur I 



* 



Le beau discours de M. Delibes a été couvert d^unanimes 
applaudissements, puis M. Mastier, préfet des Bouches-du- 
Rhône, a pris la parole au nom du Ministre de Tlntérieur, 



54 REVUE DE M ADAGASCAB 

qui Favait spécialement chargé de saluer à son arrivée le 
général Gallieni. M. le Préfet a donné lecture de la lettre 
même de M. Etienne, le chargeant d'être l'interprète de ses 
sentiments affectueux et sympathiques envers le gouverneur 
général et d'exprimer ses regrets de n'avoir pu venir à Mar- 
seille. M. Etienne invitait ensuite dans cette lettre M. Mastier 
à dire à son cher et vénéré mattre, M. Delibes, combien il 
aurait été honoré de se trouver à ses côtés et combien il 
admirait son œuvre scientifique et humanitaire, en lui expri- 
mant son dévouement et son amitié. M. le Préfet s'est joint 
aux hommages rendus par le ministre et une ovation a été 
faite alors à M. Delibes comme au général Gallieni. 

M. Chanot, maire de Marseille, dans une brillante allocution, 
a salué le général Gallieni au nom de la ville de Marseille 
tout entière, dont les meilleurs de ses enfants étaient réunis 
pour lui souhaiter une cordiale bienvenue. 11 s'est. joint au 
mattre de la parole qu'est M. Delibes pour féliciter le général 
de sa belle œuvre coloniale, que Marseille apprécie tout parti- 
culièrement, sa prospérité étant aujourd'hui liée à la vie de 
nos colonies. M. Chanot a dit au général la reconnaissance de 
la grande cité commerciale et maritime, et a déclaré voir dans 
la belle manifestation de ce jour un heureux prélude pour la 
grandiose Exposition coloniale de Marseille en 1906. 

Après le discours applaudi de M. Chanot, M. Estier, con- 
seiller général, délégué par M. le président de l'assemblée 
départementale, empêché, a prononcé les paroles suivantes : 

Fils des anciens Grecs, descendants des disciples et des émules 
des anciens Romains, nous ne pouvons oublier que les peuples civi- 
lisés de Tantiquité ne furent grands que par Fessor de leurs colo- 
nies. 

Les victoires de ces peuples fussent demeurées stériles et seraient 
restées en exécration dans la mémoire des hommes, si elles n'avaient 
été que des hécatombes humaines provoquées par le désir d'une 
vaine gloire des armes, si elles n'avaient, à certaines époques, dé- 
fendu la civilisation contre la barbarie et si elles n'avaient préparé 
la naissance, assuré la défense ou favorisé le développement des 
colonies, qui avaient la généreuse mission d'étendre Tœuvre civili- 
satrice de la Grèce et de Rome. 



RETOUR DU GÉNÉRAL CALLIEXI 



le 
Ire 




M. Jully invitant le général Gallieni 

à procéder au scellement de la première oierre du Palais de Madagascar 

à l'Exposition Coloniale de Marseille. 

C'est dans ce sens, et exclusivemenl dans ce sens, que les conci- 
toyens au nom desquels je parle cnlendenl la devise qui pourrait 
être la vôtre, mon Général: Ense el aralro. Le monde jadis inconnu 
est aujourd'hui conquis; il ne devrait plusélre, hélas! ouvert h la 
voie agressive des armes; il ne devrait plus former que le grand 
champ de bataille où s'exerce l'acUvilé économique des nations. 
Surl'un des points de notre empire colonial, vous avez entrepris ! 
mon Général, de défendre la conquête nationale, d'exercer au nom 
de la République Française, une action énergique et pourtant douce 
aux peuples conquis, de favoriser le commerce, l'induslric, l'agri- 
culture, la science et tout ce qui fait le renom pacifique de notre 
grande nation. Nous vous en remercions de tout cœur, 

' M. Sube, premier vice-président de la Chambre de com- 
iMmerce, au nom de M. le président Desbief, absent de Mar- 



56 REVUE DE MADAGASCAR 

seille, s'est associé aux précédents orateurs et a félicité le 
général GalUeni d'avoir facilité le commerce par la pacifica- 
tion et par un régime douanier favorable à la production 
industrielle de la métropole. M. Sube a remercié le gouverneur 
général de son œuvre profitable pour le pays et a proclamé 
qu'on lui devait la formule idéale de la parfaite colonisaiion. 
M. Lallierdu Coudray, commissaire principal des colonies, 
chef du service colonial à Marseille, représentant le Ministre des 
Colonies, au nom duquel il a salué tout d'abord le général Gal- 
lieoi, a rappelé avec émotion l'ancienne collaboration qu'il 
s'honore d'avoir apporté au gouverneur général de Madagascar 

; dont il voit l'œuvre grandiose avancer toujours vers le succès 
final. 
M. Charles-Roux, commissaire général de l'Exposition 

. coloniale de Marseille, président du Comité de Madagascar 
et de l'Union coloniale, et président-honoraire de la Société 
de Géographie de Marseille, s'est fait à son tour Tinter 




Le générai GalUeni jetant le béton sur la pierre d'angle du Pal 



RETOUR DU GÉNÉRAL GALLIENl 



57 



prèle des sentiments d'affectueuse estime de M. Etienne, 
ministre de l'Intérieur, notre grand maître colonial, envers 
le général Gallieni. Puis il a loué non seulement les qualités 
Qiilitaires et administratives du gouverneur général, mais 
surtout sa philanthropie pour les Malgaches, auxquels il a 
prodigué les institutions hygiéniques, médicales et d'ensei- 
gnement. M. Charles-Roux a exprimé au général, de la part 
des sociétés coloniales qu'il représentait, de chaleureux 
remerciements pour les bons exemples qu'il a donnés et qui 
font de lui un grand colonisateur, pour l'honneur de l'armée 
française. M. Charles-Roux a remercié ensuite le général 
Gallieni de son concours empressé en faveur de l'Exposition 
coloniale de Marseille, qui sera une manifestation de grande 
importance pour démontrer la puissance commerciale et 
industrielle de Marseille, malgré les crises que ce port a 
subies. M. Charles-Roux a ensuite porté un toast à M*"* et 
à M"" Gallieni. 




■s de Madagascar à l'Exposition Coloniale de Marseille 



58 REVUE DE MADAGASCAR 

Après le brillant discours de M. Charles-Roux, le général 
du Moriez a pris la parole au nom de Tarmée, en excusant le 
général en chef, en tournée d'inspection. Il s'est fait Tinler- 
prète ému de toute Tarmée française, officiers et soldats, qui 
s'honore de compter dans ses rangs le général Gallieni. 



DISCOURS DU GÉNÉRAL GALLIENI 

Répondant aux discours applaudis qui lui avaient été ainsi 
adressés, le général Gallieni a prononcé l'allocution suivante : 

Messieurs, 

Permettez-moi de remercier bien sincèrement M. le Président 
de la Société de Géographie, ainsi que les hautes autorités du 
Gouvernement, de la ville de Marseille et |du département des 
Bouches-du-Rhône, des paroles réellementtropaimables et flatteuses 
qu'ils viennent d'adresser au représentant du gouvernement de la 
République à Madagascar. 

Déjà, il y a cinq ans, lorsqu'à mon départ de France, j'ai traversé 
Marseille, pour retourner à Madagascar, la Société de Géographie 
de votre ville a bien voulu me donner, dans une belle réunion, un 
précieux témoignage de son estime et de sa sympathie. Aujourd'hui, 
comme alors, je vous retrouve, fidèles à vos traditions, voulant 
encourager les hommes qui s'efforcent de servir leur pays dans nos 
possessions lointaines et cherchant à leur faciliter une tâche qui, 
comme vous le savez, est souvent pleine de difficultés. 

Laissez-moi vous dire que, de son côté, Madagascar n'oublie pas 
ce qu'il doit à la grande cité de Marseille, son véritable port 
d'attache sur le sol français, à ses associations commerciales et 
coloniales, à sa Société de Géographie, à son Institut Colonial, si 
brillamment dirigé par M. le docteur Heckel. 

Marseille vient, d'ailleurs, de se créer un nouveau titre à la recon- 
naissance des coloniaux en organisant, sous la direction de 
M. Charles- houx, la grande Exposition dont le succès est désormais 
certain et qui s'ouvrira l'an prochain à pareille époque. 

Dans cette sorte de champ clos, toutes nos possessions d'outre- 
mer s*apprétent à se présenter et à faire apprécier les efforts 
accomplis et les résultats obtenus au cours de ces dernières années 



RETOUR DU GÉNÉRAL GALLIENI 59 

Madagascar, bien que la dernière venue dans la grande famille 
coloniale, tient à cœur de ne pas rester en arrière de ses devan- 
cières : dans cette grande lutte courtoise, elle a Tambition d*étre 
jugée d'après ses œuvres et de montrer ce qu'elle a pu réaliser, 
grâce aux efforts ininterrompus fournis depuis neuf ans par ses 
officiers et soldats, par ses fonctionnaires, par ses colons et, je puis 
le dire aussi, par ses populations indigènes. 

Tout d'abord, à une époque où, comme le disait tout à Theure 
M. Charles-Roux, les questions de philanthropie et d'éducation 
préoccupent justement Topinion, l'Exposition de Marseille montrera 
l'importance de Tœuvre accomplie pour le relèvement physique, 
intellectuel et social des indigènes de Madagascar. Je vous citerai» 
à ce sujet, le développement de notre service d'enseignement public 
qui, aujourd'hui, comprend plus de 600 écoles fréquentées par près 
de 50.000 Malgaches, recevant un enseignement complètement 
neutre, inspiré de l'esprit français, et dirigé dans un sens surtout 
pratique et professionnel . 

Notre service de santé exposera les résultats qu'a permis d'obtenir 
une vaste organisation de l'assistance médicale indigène comptant 
aujourd'hui près de 150 formations sanitaires de toutes sortes, hôpi- 
taux, maternités, léproseries, postes de secours, desservis, indépen- 
damment des médecins européens inspecteurs, par une centaine de 
médecins et sages-femmes indigènes, formés à TEcole de médecine 
de Tananarive. 

' L'exposition du service des travaux publics de la colonie démon- 
trera que, malgré le caractère extrêmement accidenté et difficile du 
pays, nous avons pu construire un chemin de fer qui, malgré qu'on 
en ai dit, atteindra Tananarive avant deux ans et cela malgré des 
obstacles de toute nature et de violentes perturbations atmosphé- 
riques, ouragans et cyclones, comme il s'en présente fréquemment à 
Madagascar. Le service des travaux publics a construit aussi un 
réseau de routes qui facilitent les communications dans toute l'Ile 
et au premier rang desquelles il faut placer la route carrossable de 
Tananarive à la côte Est; le plus bel éloge que l'on puisse faire de 
ces diverses voies de communication est que le fret des marchan- 
dises qui, en 1896 et 1897, atteignait 13 à 1 .400 franc&la tonne, de la 
côte k I ananarive, est descendu aujourd'hui à 230 francs et tombera 
à 130 francs après l'achèvement du chemin de fer. 

 un autre point de vue, qui intéresse plus spécialement Marseille 
(je veux parler des transactions commerciales), la participation de 
Madagascar à votre Exposition permettra de constater aussi les 



60 REVUE DE MADAGASCAR 

grands progrès accomplis depuis neuf ans. Noire commerce général 
a plus que triplé dans celle courte période. Nos exportations sont 
passées de trois millions cinq 'cent mille francs en 1897, à vingt 
millions en 1904, et tout fait espérer qu'elles dépasseront sensible- 
ment ce dernierchiffre en 1905. Kn 1897, laparldu commerce français, 
qui n'était que de 9 0/0 dans le mouvement gJ^néral des affaires de 
Madagascar, représente aujourd'hui 91 0/0. Enfin, en neuf ans, 
Madagascar a reçu pour plus de 240 millions de marchandises fran- 
çaises, fabriquées dans nos usines de France et transportées par nos 
chemins de fer et nos navires français. 

J'ajouterai, pour terminer, que la situation financière de la colo- 
nie est aussi satisfaisante qu'on peut le souhaiter. Depuis neuf ans, 
pas un de nos budgets ne s'est soldé en déficit et le dernier, celui 
de 1904, nous a apporté un excédent de recettes de seize cent mille 
francs : enfin notre caisse de réserve possède aujourd'hui un encaisse 
de 7 millions, qui lui sont bien et dûment acquis et qui permettent 
de parer à toutes les éventualités de l'avenir. Je suis heureux 
d'ajouter que cette situation satisfaisante des finances de Madagas- 
car, fruit d'une gestion économe de plusieurs années, est due en 
partie à la sage administration de M. le commissaire Lallier du 
Coudray, que je suis heureux de retrouver ici et qui, pendant quatre 
ans, est resté mon précieux collaborateur à Tananarive. 

Tels sont, Messieurs, les résultats intéressant la colonie de Mada- 
gascar, qui pourront être mis en lumière à la prochaine Exposition 
de Marseille et que je vous suis très reconnaissant de m'a voir permis* 
de résumer très brièvement devant vous. 

Enfin, la très aimable réceplion que vous voulez bien me faire me 
remet, une fois de plus, en mémoire les liens déjà anciens qui m'at- 
tachent à la Société de Géographie de Marseille depuis la date où, 
pour la première fois, j'étais reru parmi vous ; la Société était alors 
présidée par M. Rabaud, avec lequel j'ai toujours continué depuis 
les relations les plus affectueuses et les plus cordiales. Je vous 
remercie donc encore, Messieurs, je remercie votre président, 
M. Delibes, et je lève mon verre à la prospérité de Marseille et au 
succès de la grande Exposition coloniale qui s'y prépare. 

Une chaleureuse ovation a été faite au général Gallieni et, à 
la suite de ce magnifique banquet, les convives se sont ren- 
dus en tramways spéciaux sur les terrains de TExposition 
coloniale, au Rond-Point du Prado. 



62 REVUE DE MADAGASCAR 



Visite à l'Exposition Coloniale 

Sous la conduite de M. Cliarles-Roux, commissaire-géné- 
ral, assisté de MM. Morel, directeur; Delhorbe et Giry, 
directeurs-adjoints; MuIIer, architecte en chef, le général 
Gallieni et tous les visiteurs ont parcouru le bel emplacement 
de la future Exposition. Le cortège s*est rendu sur le terrain 
du Palais de Madagascar, dont les commissairee, MM. Jully 
et Lemoine, se trouvaient dans Tassistance, et il a été pro- 
cédé, en présence du gouverneur général et des notabilités 
locales, à la pose des premières fondations du pavillon 
malgache. 

Le général, prenant en mains la pelle traditionnelle, a lui- 
même jeté sur les premières assises du palais de Mada- 
gascar le béton qui devait les sceller dans le sol. 

On sait que ce monument, dont les plans très étudiés sont 
dus à notre collègue M. Jully, et dont nous avons donné 
dans notre numéro de mai les principales caractéristiques, 
occupera une place d'honneur dans cette belle Exposition, 
dont la surface sera trois fois et demie supérieure à celle de 
l'Exposition coloniale au Trocadéro en 1900. Le plan général 
de l'Exposition se distingue, d'ailleurs, par son aspect artistique 
autant que par son caractère pratique. Une large voie centrale 
conduira de l'entrée principale, située sur le Rond-Point du 
Prado, au grand Palais de l'Exportation, qui sera construit au 
centre môme de l'Exposition. Devant ce palais, s'étendra une 
immense place de trois hectares et demi ornée de fontaines, 
statues et kiosques à musique. L'indo-Chine, avec son dôme 
central, ses pavillons divers, sa rue d'Hanoï, etc., occupera le 
côté Ouest du terrain ; le côté Est sera affecté à l'Afrique occi- 
dentale. Quant aux palais de Madagascar, de l'Algérie et de la 
Tunisie, ils seront en façade sur la place et sur l'avenuecentrale. 
Le palais du Ministère des Colonies, les colonies diverses, les 
anciennes colonies, le pavillon de l'Océanographie se trou- 
veront, d'autre part, très harmonieusement disposés et, derrière 
le Grand Palais, s'élèvera le vaste pavillon des Moyens de 
Transports. 



RETOUR DU GÉNÉRAL GALLIENl 63 

En outre de la porte monumentale, on ménagera trois autres 
grandes entrées. Au début de l'avenue centrale, à droite et à 
gauche, s'élèveront des serres monumentales destinées aux 
expositions horticoles coloniales. Un emplacement a été 
réservé, non loin de là, pour les concours floraux temporaires. 
Enfin, des attractions très nombreuses de toutes sortes seront 
disséminées dans les diverses parties du terrain. 

Après cette intéressante visite, on a jeté un coup d'œil sur 
les plans de l'Exposition réunis dans le pavillon de l'admi- 
nistration, puis le retour en ville a eu lieu à cinq heures, 
laissant un durable souvenir aux membres de la Société de 
Géographie et à leurs invités. 



A Paris 



Dans la soirée, le général Gallieni, sa femme et sa fille, 
ainsi que le capitaine Grûss et M. Guyon, son chef de cabinet, 
ont pris le rapide pour Paris où ils sont arrivés le jeudi 15 
juin, à 9 heures du matin. 

Sur le quai de la gare de Lyon, le général a été salué par 
M. Binger, directeur des affaires d'Afrique au ministère des 
colonies ; par le colonel Roulet, de la présidence de la Répu- 
blique, et par le capitaine Boucabeille, officier d'ordonnance 
du ministre de la guerre. De nombreuses personnalités du 
monde colonial étaient également venues à la rencontre du 
général; parmi elles : MM. Alfred Grandidier, de Tlnstitut; 
le baron Hulot, Ormières, gouverneur des Colonies; général 
Houry, Auricoste, directeur de VOffîce Colonial; Depincé, de 
V Union Coloniale Française, représentant M. J. Chailley, 
empêché; Thomé, Paul Labbé, Guillaume Grandidier, 
J.-P. Trouillet, J.-L. Brunet, Ch. Pagnoud, commandant 
Martin, Walle, Cravoisier, Gheusi, directeur de la Nouvelle 
Bévue, ami personnel du général, ainsi que le jeune 
fils du général, M. Gaétan Gallieni, qui termine ses études à 
Paris. Notre secrétaire général, M. Delhorbe, accompagnait 
le général depuis Marseille. 



64 REVUE DE MADAGASCAR 

Le général Gallieni, qui paraissait en excellente santé et 
nullement éprouvé par son long séjour à Madagascar, doit 
passer une vingtaine de jours à Paris ; il ira ensuite à Saint- 
Raphaël où doit avoir lieu dans le courant du mois de juillet 
le mariage de sa fille avec le capitaine Grûss. 

Le général Gallieni est descendu, pendant son séjour dans 
la capitale, à Thôtel Richepanse, où il a reçu la visite d'un 
grand nombre de personnalités désireuses de s'entretenir avec 
lui de la situation actuelle de Madagascar. Le 21 juin il s'est 
rendu au Jardin Colonial de Nogent, pour assister à Tinaugu- 
ration, par M. le ministre des Colonies, de l'Exposition agricole 
coloniale remarquablement organisée par M. Dybowski, et où 
la section particulière de Madagascar a été très admirée (1). 

Le Banquet Colonial de Paris 

Enfin, le général Gallieni a bien voulu se rendre à l'invita- 
tion qui lui en avait été faite par M. Charles-Roux, et assister 
au grand banquet organisé en son honneur le samedi 21 juin, 
à l'Hôtel Continental. 

Le but de cette réunion était d'attester au vaillant et infa- 
tigable organisateur de l'immense domaine colonial que nous 
possédons à Madagascar la profonde reconnaissance que le 
pays tout entier lui a vouée pour les services éminents que, 
neuf années durant, il vient de lui rendre, sans une heure, 
peut-on dire, de détente ou seulement de répit. 

Si de telles manifestations en faveur des bons serviteurs 
du pays sont toujours opportunes, celle dont le général Gal- 
lieni a reçu Thommage l'était peul-être plus qu'aucune autre. 

Même chez un peuple comme le nôtre, fertile en belles 
énergies et en rares courages, les hommes tels que le géné- 
ral Gallieni sont des valeurs nationales qu'il importe de mé- 
nager autant que d'apprécier. Et c'est leur faire injure, et par 
surcroît les bien mal comprendre, que de leur marchander la 
confiance due à l'inlassable dévouement qu'ils apportent à 
leur tâche comme à l'ampleur des projets dont la conception 

(1) Nous en rendrons compte dans la Revue d*aoùt. 



RETOUR DU GÉNÉRAL GALLIENI 65 

est leur honneur en attendant d'être le profit de leur pays. 
Ces projets ont nécessairement une envergure dont les 
esprits médiocres ou timorés prennent prétexte pour afficher 
des inquiétudes qu'ils seraient d'ailleurs incapables de justi- 
fier. Ceux qui, malgré l'humeur chagrine de ces incurables 
mécontents, poursuivent leur route, toute droite, dans la voie 
du succès final, n'en ont que plus de mérite à justifier jus- 
qu'au bout la confiance que des esprits plus clairvoyants et 
plus hardis avaient placée en eux. 

En assistant à ce banquet, M. Etienne a voulu témoigner 
qu'il tient moins que jamais à rompre la chaîne qui unit 
son passé à son présent, et que le ministre de l'Intérieur 
ne fait toujours qu'un avec le chef du parti colonial fran- 
çais. Il éprouvait^ sans nul doute, quelque plaisir en môme 
temps que quelque fierté à se rappeler que c'est lui qui, mon- 
trant ainsi cette connaissance des hommes qui est une de ses 
qualités maîtresses, avait jadis recommandé, pour le poste 
de Madagascar, le colonel Gallieni au choix de M. André 
Lebon, alors ministre des Colonies. Le ministre des Colonies 
actuel, M. Clémentel, empêché d'assister au banquet, aura 
certainement regretté sincèrement cette occasion qui s'offrait 
à lui de prouver qu'il a, lui aussi, le sens supérieur des inté- 
rêts coloniaux de notre pays. Et le langage qu'il aurait 
tenu en s'adressant au gouverneur général de Madagascar 
n'eût pas manqué de rassurer tous ceux qui souhaitent 
de n'avoir point à séparer le nom de notre grande colonie 
africaine de celui de Thomme qui a tant fait et peut tant faire 
encore pour sa prospérité. 

M Etienne, ministre de l'Intérieur, présidait, ayant à sa 
droite le général Gallieni et à sa gauche M. Charles-Roux, 
président du Comité de Madagascar. 

M. le président de la République s'était fait représenter par 
M. le lieutenant-colonel Roulet; M. le ministre des Colonies 
par M. Beau, son chef de cabinet; M. le ministre de la 
Guerre par M. le lieutenant-colonel Blondlatet M. le ministre 
de la Marine par M. le lieutenant de vaisseau Faucon. 

A la table d'honneur avaient pris place : 



66 I^BVUE DE MADAGASCAR 

MM. les généraux MeUinger, membre du Conseil supérieur de la 
guerre; d'Amboix de Larbon^ Audéoudy A?on, Geil, Famin et Houry. 

M. Tamiral Servan. 

MM. Le Myre de Vilers, président de la Société de géographie, et 
Poubelle, ambâf&sadeurs. 

MM. le prince d*Arenberg, président du Comité de l'Afrique fran- 
çaise; Bouquet de la Grie, président de la société des Ktudes Colo- 
niales et maritimes; Alfred Grandidier, président d^honneur du comité 
de Madagascar, Leroy-Beau lieu et Sénart, représentants du comité de 
l-Asie française, membres de Tlnstitut. 

MM. Chaut emps, sénateur; Méline, sénateur, et André Lebon, 
anciens ministres. 

MM. Expert-Besançon et Le Provost de Launay, sénateurs. 

MM.Aynard, amiral Bienaimé, Laurençon, Messimyet Rozet, députés. 

MM. Méray, inspecteur général des colonies, secrétaire général du 
ministère des Colonies; Kcrmorgant, inspecteur général, directeur 
du service de santé au ministère des Colonie^; Dybowski, inspecteur 
général de l'agriculture coloniale; Binger, directeur des affaires 
d'Afrique au ministère des Colonies; Baillet, directeur au ministère 
de rinslruction Publique; Mercet, président d'honneur de TUnion 
Coloniale; J. Chailley, directeur général de l'Union Coloniale ; Dufour- 
mantelle, secrétaire général de l'Alliance française; Paul Labbé, 
secrétaire général de la Société de Géographie Commerciale; Terrier, 
secrétaire général du Comité du Maroc et de l'Afrique française; 
Campain, administrateur des Questions Diplomaliques et Coloniales, et 
J.-L. Brunet, président de la société l'Africaine. 

Notons ensuite, parmi les 300 convives qui emplissaient 
la grande salle de l'hôtel Continental, la présence de : 

MM. Ballot, de Lamothe, Martineau et Ormières, gouverneurs des 
Colonies. 

MM. Alf?lave, Aujas, Dubosc-Taret, Guyon, chef du cabinet du géné- 
ral Gallieni; Julien, docteur Maclaud, PiUias, et Royet, adminis- 
trateur des Colonies. 

MM. Abelhauser, Alglave père, Ansbert-Labbé, Bachellerie, D' Bais- 
sade, marquis de Barthélémy, duc de Bassano, Baudon de Mony, 
Beigbeder, Beau, rédacteur à l'agence Havas; Bellier, Berges, 
Boissière, Boulenger, Boussand, Bourget, Brally, directeur de la 
Compagnie des Chargeurs Réunis; Caïtujoli, officier d'administration 
principal ; Albert Carré, directeur de TOpéra-Comique ; Carré, 
Carrier, Cassagnavaire, Castex, rédacteur au Pelil Journal^ Cavrel, 
capitaine Charbonnel, Chéradame, marquis de Clermont-Tonnerre, 
Marc Clique, secrétaire du Comité de Madagascar; Conan, Conly, 
Cordonnier, A. Cousin, abbé Cros, 0. Dalh , J. et P. Darcy, 



RETOUR DU GÉNÉRAL GALLIENI 67 

Dauphinotf David, Degalle père et fils, Delacre, Delair, Delon, 
C. Delhorbe^ secrétaire général du Comité de Madagascar ; Deruelle, 
Despagnat, Dessoudeix, commandant Détric, Diamanti, Dolfus, Dreyfus- 
Crémieux, commandant Dubois, A. Durand, À. Duval, Esnault-Pelterie, 
président de l'Association cotonnière coloniale ; Gaboriaud, Gallien, 
D' Gauberi, Gendron, Gheusi, directeur de la Nouvelle Revue; Gillet, 
Guigal, G. Grandidier, Grimauld, capitaine Grûss, Greverath, Guff^oy, 
Guy de la Brosse. 

MM. Faure, Feist, Francastel, Froidevaux, Goutn, président de la 
Banque de Paris et des Pays-Bas; Gfosclaude, Ch. Halais, ancien ré- 
sident; capitaine Hallot, Hamelin, Hardel, Haugou, Hermenius, Henry, 
Henkel, Hugues Le Roux, Hugonnet, Jean-Bernard, directeur de la 
Presse-Associée; Javary, rédacteuï*à la Libre Pùrùle; Jully, commissaire 
général de Madagascar à rËxpo^ttion Coloniale de Marseille; Juven, 
Kuhwarth, Laborîe, Lachepelle, directeur de la République Française; 
Lafontaine, Lafont, de Lagatellerie, Lahure, Lallier du Coudray» 
commissaire principal des troupes coloniales; Le Boterf, G. Lemoîne^ 
sous-chef du cabinet du ministre des Colonies; Paul LemoinCr 
commandant Lenfant, Le Sueur, Lefiot, Lecorbellier, Lèques^ 
Lerchantal, Massart, conseiller municipal de Paris, directeur de Ltr 
Patrie; Maistre, président de la Chambre de Commerce de Toulousi^ 
vicomtede Marçay,Meunier-Dolfùs, de Montplanet, président du Crédit 
industriel et commercial; Molt, lieutenant de vaisseau Mocb, Mont^ 
profit, Charles Michel, Pierre Mille, rédacteur au Temps, 

MM. Moret, Moreau, Moulin, chef du secrétariat particulier du 
ministre de Tlntérieur: V. Morel, directeur de l'Exposition Coloniale 
de Marseille ; Nicolle, président de la Société de Géographie de 
Lille; vicomte de Noailles, Nonclerq, Ch. Nouguier, commandant 
Orsini, Olmer, Pagnoud, directeur de la Compagnie Lyonnaise; 
Payen, rédacteur au Journal des Débals; F. Périer, directeur de la 
Compagnie Havraise; S. Petit-Nicolas, Plassard, Pichon, Posth, 
H. Portier, Pommier, du Pré de Sainl-Maur, Poutre, du Comptoir 
Colonial Rouennais; Prudhomjme, directeur de TAgriculture à Mada- 
gascar, A. Prince, Rameau, Ravaud, Renée, Robert, Roy, Rouville, 
inspecteur général des travaux publics, Rodriguez d'Olivera, Rous- 
seau, Saint-Girons, Saint-Martin, Sadot, Sadorge, rédacteur àTagence 
Fourpier, comte de Sabran- Ponte vès, marquis de Sardelys, Schurr, 
marquis de Segonzac, Tardieu, Testu, Thirion, directeur de la Société 
française de Commerce et de Navigation; Thomé, marquis du Tillet, 
Tinayre, Troismont, Trousselle, chef du cabinet du ministre de Tinté- 
rieur; Trouillet, directeur de la Dépêche Coloniale ; comte de Turenne, 
Vetch, Villard, Vivien, président du Syndicat de la Presse Coloniale, 
Weiss, Weyl, etc. etc. 

Au dessert, M. Charles-Roux a pris le premier la parole : 



68 REVUE DE MADAGASCAR 



DISCOURS DE M. CHARLES -ROUX 
Président du Comité de Madagascar 

Messieurs, je vous invile à lever vos verres à la santé de M. le 
président de la République, de M. Emile Loubet, qui a bien voulu 
nous écrire qu'il était « de cœur avec nous dans la grande manifes' 
tation qui réunit autour du général Gallieni Télite du monde colonial 
et qui nous exprime ses vifs regrets de ne pouvoir s\ rendre en 
personne. » 

A la santé de M. Emile Loubet ! [Vifs applaudissements.) 

Je porte un toast à M. le ministre de Tlntérieur, à M. Eugène 
Etienne, à Tami Gdèle et dévoué de tous les coloniaux, grands et 
petits. [Applaudissements répétés,) 

Messieurs, j'ai reçu des lettres d*excusesde toutes les hautes per- 
sonnalités qui n'ont pas pu se rendre à notre invitation et qui toutes 
m'ont chargé d'expliquer leur absence: MM. Paul Doumer, le gé- 
néral Duchesne, Decrais, Guillain, Delombre, de Lanessan, Hano- 
taux, le général Voyron, Paul Guieysse, Saint-Germain, le général 
Dodds, Trouillot, le général Dessirier, le président de la Chambre 
de commerce de Paris, Dislère, Revoit, colonel Marchand, Brouar- 
del et le vicomte Eugène Melchior de Vogiié. Ils m'ont tous chargé 
d'exprimer au général Gallieni leur profond regret. 

Mon Général, 

Mon titre de président du Comité de Madagascar me vaut le 
double honneur d'être allé vous recevoir à Marseille, au moment 
où vous avez remis le pied sur le sol de la métropole et, aujourd'hui, 
de vous souhaiter la bienvenue au nom de toutes les sociétés qui 
s'intéressent à la grande cause coloniale. Vous me permettrez de 
vous en donner Ténumération : 

Le Comité de Madagascar^ la Société de Géographie, la Société de 
Géographie Commerciale, V Union Coloniale Française, Y Alliance 
Française, les Comités de r Afrique Française, du Maroc et de l'Asie 
Française, le Comité du Commerce et de r Industrie de r Indo-Chine, 
la Société Républicaine des Conférences Populaires, la Société des 
Etudes Coloniales et Maritimes, la Bévue des Questions Diploma- 
tiques et Coloniales et la Société « L'Africaine ». 

Vous voyez, mon Général, que toutes les Sociétés coloniales ont 
tenu à venir vous présenter leurs hommages. {Applaudissements.) 



RETOUR DU GENERAL GALLIENI 



69 



Messieurs, je vous parlais tout à l'heure des lettres d'excuses qui 
m'ont été adressées. 11 en est une que je vous demande la permis- 
sion de lire m extenso^ parce qu'elle émane d'un ancien ministre 
des Colonies, de M. Gaston Doumergue : 

Mon cher président. 

J*aurai^ été très heureux de pouvoir assister au banquet oflert à 
M. le général Gallieni et auquel vous avez bien voulu si aimablement 
m'inviter. Mais ainsi que j'ai eu l'honneur de le faire connaître à M. 
Clément Delhorbe, je suis retenu le 24 par un engagement tout à fait 
impérieux et dont il m'est absolument impossible de me dégager. 

Je le regrette infiniment, car il m'eût été fort agréable de me 
trouver à vos côtés, dans ce milieu qui, vous le savez, m'est très 
sympathique et où s'agitent des questions qui nie passionnent parce 
que je crois qu'elles intéressent au plus haut degré la grandeur et 
Tavenir de notre cher pays ; mais je le regrette surtout, parce que 
cela me prive du plaisir d'apporter à M. le général Gallieni le témoi- 
gnage qui lui est dû par celui qui l'a vu de près à l'œuvre pendant 
deux ans et demi, qui sait au milieu de quelles graves et incessantes 
difficultés de toute nature il a eu à se mouvoir et dont il a conquis 
l'estime et l'admiration par ses inlassables efforts, par sa haute intel- 
ligence, par la largeur et la sûreté de ses vues et par son dévouement 
passionné à la grande œuvre dont le gouvernement de la République 
lui avait confié la lourde charge. 

Ce témoignage, mon cher président et ami, vous le rendrez vous- 
même à M. le gouverneur général de Madagascar, car vous le con- 
naissez et l'avez vu à Tœuvre depuis plus longtemps que moi, mais je 
vous prie de vouloir bien joindre le mien au vôtre, puisque je suis 
empêché de le faire de vive voix, en gardant l'assurance de mes senti- 
ments très dévoués. Gaston Doumergue 

Messieurs, je crois qu'il n'y a absolument rien à ajouter au juge- 
ment d'un ancien ministre des Colonies sur l'œuvre du général Gal- 
lieni à Madagascar. Je me borne donc à boire à sa santé, et en 
même temps je lève mon verre en l'honneur de l'armée coloniale et 
de l'armée métropolitaine . ( Vifs applaudissements . ) 

A notre chère armée de terre et de mer, dont nous avons. Mes- 
sieurs, besoin plus que jamais ! [Nouveaux applaudissements,) 

A l'armée française ! Au général Gallieni ! [Applaudissements et 
bravos prolongés. ) 

A son tour, M. Etienne se lève. Des applaudissements 
prolongés, véritable manifestation spontanée, empêchent le 
ministre, pendant une minute, de parler. 



70 REVUE DE MADAGASCAR 

DISCOURS DE M. EUGÈNE ETIENNE 
Ministre de rintérieur. 
Messieurs, 

Ce n'est pas Tenfanl prodigue qui revient vers vous; non, car je 
suis bien résolu à remplir mes lourdes fonctions et j'ai la ferme 
volonté d'accomplir tous mes devoirs de Français, de patriote et de 
républicain. (Applaudissements et bravos.) 

Mais si je ne suis pas l'enfant prodigue, je suis l'ami toujours 
passionné et dévoué de ceux qui ont bien servi la patrie française . 
Et c'eût été pour moi une véritable déception s'il ne m'avait pas été 
donné de venir ce soir, moi qui ai toujours suivi, de la première à 
la dernière minute, l'œuvre si remarquable du général Gallieni, lui 
apporter l'hommage non seulement de ma profonde estime, mais 
encore de ma vive admiration. (Vi*/s applaudissements.) 

J'aurais désiré que le chef de notre empire colonial pût venir 
prendre la parole à ma place, avec l'autorité qu'il tient de sa fonction 
et qu'il a su acquérir grâce à une volonté énergique, une très vive 
intelligence et un amour passionné du bien public. (Applaudisse^ 
ments,) 

Malheureusement, mon ami et collègue, M. Clémentel, comme 
M. Gaston Doumergue, qui vient d'écrire cette lettre si belle, si 
touchante, si sincère et ^i vraie, est retenu lui aussi par des devoirs 
impérieux, et il m'a chargé de vous exprimer ses vifs et profonds 
regrets. 

Comme il n'a pu accomplir ici sa tâche, je vais essayer de le 
remplacer, me souvenant toujours de mes devoirs envers l'œuvre 
coloniale tout entière et envers ceux qui, à des titres divers, la 
représentent si bien ici. 

Les coloniaux impénitents, ceux qui ne veulent pas se résoudre 
à courber la tête sous les critiques impitoyables d'adversaires peu 
expérimentés quelquefois, ces coloniaux, je le sais, ont traversé dans 
leur existence des heures de tristesse et d'amertume ; mais ce qui les 
soutient, ce qui les console, ce qui leur permet de poursuivre leur 
route sans défaillance et sans découragement, c'est qu'ils savent tous 
qu'à une heure donnée ils trouveront la justice qui leur est due auprès 
de ceux qui les connaissent, qui ont suivi leurs efforts, qui ont pu 
apprécier leur dévouement, et qu'ils pourront lever fièrement la 
tète. 

Et quand je me tourne vers celui qui est à ma droite, et que je 
parcours sa longue et belle existence, que vois-je, Messieurs? Si je 



RETOUR DU GÉNÉRAL GALLIENI 71 

me reporte à vingt-<3inq ans en arrière, c^est le jeune officier chargé 
d'une importante mission dans le Soudan français où il est en 
quelque sorte retenu pendant dix-huit mois jprisonnier par le sultan 
de Segou; puis il ne tarde pas à commander ce môme Soudan et à 
y ramener le calme et la prospérité; de là il porte ses efforts à 
Tautre extrémité de la terre, dans l'Asie française, et il accomplit au 
Tonkin une œuvre remarquable aussi bien au point de vue militaire 
qu'au point de vue administratif. (Applaudissements.) Enfin, à 
rappel du gouvernement, il poursuit sa glorieuse carrière en 
acceptant la lourde tâche de rétablir Tordre et la sécurité à Mada- 
gascar. Et celui qui la lui confie en 1896 est à nos côtés, c'est 
M. André Lebon, ancien ministre des Colonies. {Applaudissements.) 

M. Lebon dit au général Gallieni : c< Il faut aller là-bas; vous 
savez dans quelle situation se trouve la Grande Ile de la Côte orien- 
tale d'Afrique; vous n'ignorez pas que cette situation est périlleuse, 
que rtle tout entière est agitée par l'insurrection, que les coups de 
fusils éclatent aux portes mômes de Tananarive. Je sais que le 
repos vous est nécessaire, que vous avez besoin de retremper vos 
forces, car vous rentrez à peine du Tonkin; mais je vous demande 
de repartir de suite, sans répit, et de faire à Madagascar ce que vous 
avez si bien fait ailleurs. » 

Le général Gallieni, avec ce dévouement qui est le propre des 
Âmes nobles et élevées, est parti tout aussitôt. Et le grand public 
français a suivi d'une attention soutenue les efforts admirables qui 
ont été prodigués, on peut le dire, chaque jour, chaque minute, 
pour reconquérir pied à pied un sol qui nous échappait. 

Enfin, après neuf années, le général Gallieni a pu rentrer en 
France et dire : désormais, Madagascar est une terre essentielle- 
ment française. ( Vifs applaudissements.) 

Je ne puis refaire ici l'histoire de ces neuf années de véritable 
épopée administrative, économique, financière et militaire; il 
faudrait des pages nombreuses pour retracer l'œuvre complète d*un 
homme qui a été entouré de collaborateurs éminents et dévoués, 
comme savent se les attacher les hommes de devoir et de grandes 
pensées. {Applaudissements.) 

Bien qu'on ne sache pas encore tout ce qu'a été cette œuvre, quoi 
que puissent dire les esprits chagrins qui, dans une immense entre- 
prise, ne voient que les petits côtés, ne recherchent que les petites 
lacunes qui se rencontrent dans toutes les choses humaines, ceux 
qui savent bien, qui ont étudié et qui ont vu, ceux qui connaissent 
les sentiments dont s'est inspiré ce cœur vaillant, vous diront : une 



72 REVUE DE MADAGASCAR 

œuvre remarquable a été accomplie à Madagascar pour la plus 
grande gloire et le plus granâ profit de la mère-patrie. ( Vifs applau- 
dissements.) 

Ceux-là affirmeront que notre race, quoi qu*on puisse dire, n'est 
pas encore arrivée au point de manquer des hommes dont elle 
pourrait avoir besoin. Et s'il en est qui doutent encore de la valeur, 
de la discipline, de la soumission absolue au gouvernement que le 
pays s'est librement donné, on peut leur répondre qu'il existe des 
milliers de héros de dévouement, — j'en vois trop autour de moi 
pour en tenter Ténumération, — prêts à donner au pays, comme ils 
l'ont toujours fait, ce qu'ils ont de grand, de bon et de noble dans le 

cœur. 
Je salue donc cet homme qui m'est si cher, qui est mon ami et 

auquel je dois tant de reconnaissance, car si j'ai traversé des heures 

de bonheur dans ma vie, c est à lui que je les dois. 

Quand.il était au Soudan et que j'avais le grand honneur d'être 
son chef, j'étais bien tranquille, je savais où je marchais, alors 
même que je lui avais donné pleine liberté d'action. Quand, plus 
tard, il est allé au Tonkin, et que je suivais tous ses pas, bien que je 
ne fusse plus son chef, je sentais que notre situation dans ce pays 
allait s'affermir et se consolider et qu'il allait y faire une œuvre 
durable, et je ne me trompais pas. 

Enfin, au moment de son départ pour Madagascar, j'étais bien 
convaincu que j'accomplissais aussi mon devoir de Français en 
donnant un avis utile et en disant qu'il était le seul homme qui pût 
assurer et développer l'action française dans la Grande Ile de l'océan 
Indien. {Applaudissements,) 

Mon cher Général, regardez ici autour de vous et voyez combien 
l'on vous estime et combien l'on vous aime. Et si, comme tant 
d'autres, vous avez senti la piqûre ou la morsure des méchants, 
faites qu'elle glisse sur votre épiderme si solide, fermez votre cœur 
aux émotions douloureuses et ne pensez qu'à une chose, c'est que 
les bons Français, ceux qui n'ont qu'une passion au cœur, celle de 
voir leur pays grand, fort et respecté, ceux-là vous aiment, vous 
estiment et vous affectionnent. [Applaudissements répétés. ) 

Messieurs, je bois à mon ami le général Gallicni, et je bois à 
vous tous, à vous qui, depuis si longtemps, nous donnez des mar- 
ques répétées de votre dévouement, de votre affection et de votre 
fidélité. Si celui qui vous parle a pu faire quelque chose, il vous 
le doit, car au milieu des combats qu'il a livrés, il vous a toujours 
trouvés à ses côtés. 11 en est fier, il en est heureux et il tient à vous 
en exprimer sa vive et profonde gratitude. 



RETOUR DU GÉNÉRAL GALLIENI 73 

Messieurs, laissez-moi ajouter encore un mot. En portant la santé 
du général Gallieni, je voudrais le prier de transmettre nos pro- 
fonds respects à la noble et digne femme qui vient de passer de si 
longues années à ses côtés, à Madagascar, et de lui exprimer toute 
notre reconnaissance pour avoir là-bas allégé le fardeau de vos fati- 
gues et de vos tribulations. Et je voudrais confondre dans un môme 
sentiment de reconnaissance, le général Gallieni, M"* et M"« Gal- 
lieni,à qui nous offrons nos vœux de bonheur et de santé. {Double 
èalve d'applaudissements et bravos prolongés,) 



DISCOURS DE M. ANDRE LEBON 
Ancien ministre des Colonies 

Messieurs, 

Je suis confus que notre ami Etienne, — M. le ministre de Tinté- 
rieur me permettra bien d'employer cette expression — ait prononcé 
mon nom tout à Theure. 

Je suis de ceux qui estiment que dans les fonctions quelconques 
que Ton est appelé à occuper, il faut faire son devoir, tel que le 
dicte sa conscience et, une fois rentré dans le rang, servir ceux qui 
tiennent le drapeau. 

Si j'ai pris la parole, c'est pour apporter à mon tour une pierre à 
rédifîce de la reconnaissance nationale à Tégard du général Gal- 
lieni et vous dire pouf quels motifs et dans quelles circonstances 
j'ai eu le grand honneur de le proposer au choix de M. le président 
de la République pour occuper les fonctions de Résident général, 
puis de Gouverneur général de Madagascar. 

C'est un pur hasard qui, à la fm d'avril 1896, m'a conduit au 
Pavillon de Flore. J'y ai trouvé, pour ce qui concerne Madagascar, 
la situation que M. Etienne vous résumait si exactement tout à 
l'heure et je puis bien dire que j'ai passé là, tout d'abord, les deux 
mois les plus angoissants de mon existence publique. 

Je sentais que tout était à changer à Madagascar, et je ne savais 
ni dans quel sens ni surtout avec quel homme on pouvait tout chan- 
ger. Je fis une enquête : sur quatre personnes que j'interrogeai, 
trois au moins disaient que la situation était irrémédiablement com- 
promise, si l'on ne recommençait, à un an de distance, l'expédition 
du général Duchesne. J'avais le sentiment très net que si je deman- 
dais au Parlement de recommencer Teffort financier et militaire de 



74 i^BVUE DE MADAGASCAR 

1895, c'était la cause coloniale tout eatière compromise et la lassi- 
tude définitive s'emparant du pays. 

A ce moment, un autre hasard me mit en possession d'une corres* 
pondance d'un subordonné du général Gallieni au Tonkin, et je vis 
dans l'enthousiasme qu'il suscitait chez ses collaborateurs, dans 
l'intelligence très vive que ce correspondant occasionnel accusait 
dans tous les actes de son chef, toutes sortes de motifs à chercher 
de ce côté-là la solution des difficultés que je rencontrais. 

Malheureusement le général Gallieni, alors colonel, rentrant en 
France en congé, était atteint de dysenterie. 

De plus, il était sous l'autorité du ministre de la Marine, et les 
choses sont si bien organisées dans notre pays que le ministre des 
Colonies n'avait pas le droit de convoquer le colonel Gallieni qui, 
la veille encore, servait au Tonkin, pour l'interroger. (Rires.) 

Je demandai à M. Etienne de vouloir bien suggérer au colonel 
Gallieni l'idée toute spontanée de se présenter dans mon cabinet 
pour avoir une conversation sur ce qu'il avait déjà fait. (Nouveaux 
rires.) 

Ne vous étonnez pas. Messieurs, c'est de l'histoire. 

Âpres m'ôtre entretenu du Tonkin avec le général Gallieni, je 
finis par lui dire : « Le gouvernement aura prochainement à pour- 
voir à la succession du général Voyron. Seriez-vous disposé, le cas 
échéant, à aller à Madagascar? » 

Le général Gallieni me répondit simplement ceci : « Je suis ma- 
lade, je ne suis pas en état de rien solliciter; mais si on m'ordonne 
de partir, j'estime que je ne puis pas refuser. » (Applaudissements.) 

Je lui fis remarquer qu'il ne s'agissait pas d'une tâche ordinaire, 
que nous ne chercherions pas à surprendre son consentement, qu'il 
ne pouvait pas être question d'aller à Madagascar comme on va à la 
Martinique ou à la Guadeloupe pour y relever la garnison, que la 
tâche était sérieuse et qu'avant de connaître son intention définitive, 
je mettrais à sa disposition toutes les archives du ministère des 
Colonies pour lui permettre de se mettre au courant des difficultés 
de la situation et de voir s'il se croyait en mesure de les résoudre. 

Et le colonel Gallieni me fit alors cette réponse, une des plus 
intelligentes que j'ai recueillies dans toute ma carrière : « Si vous 
êtes amené à me faire cette olîre, je ne veux rien lire, je ne veux 
pas me forger une opinion à Paris, je vou3 demanderai seulement 
le dernier rapport de quinzaine pour tâcher de juger de la situation 
militaire . 

(( Quanta savoir ce qu'il y a à faire à Madagascar au point de vue 



RETOUR DU GÉNÉRAL GALLIENI 75 

politique, r/est sur place et non pas ici que je m^en formerai Tidée. » 
(Applaudissements . ) 

Je ne lui cachai pas — et ce fui mon dernier argument — que la 
plupart de ceux qui connaissaient Madagascar ou qui en revenaient 
étaient inquiets de la situation et qu'ils parlaient de recommencer 
une expédition militaire. Et le général Gallieni, dans une dernière 
réponse qui acheva de fixer mon choix, me dit : « Si je vais là-bas, 
la seule chose que je vous demanderai, c'est six cents hommes de 
la Légion étrangère, de façon que, s*il fautmourir, on puisse mourir 
convenablement. » {Mouvement.) 

Devant de telles preuves d'intelligence, de courage et de simpli* 
cité, je n'avais pas à hésiter et, quelques jours plus tard, j'eus la 
grande satisfaction dé voir mes collègues du cabinet se rallier au 
choix que je leur proposais. 

Si je me permets de rappeler les propos qui me furent tenus sur 
le ton le plus simple et le plus tranquille dans mon cabinet, c'est 
que je crois qu'il y a dans cette conversation tout ce qu'il faut pour 
servir d'exemple à la génération actuelle et aux générations futures 
qui auront peut-être, comme le général Gallieni à ce moment-là, à 
sauver l'honneur du drapeau. (Applaudissements répétés.) 

Puis le général Gallieni se lève, la face pâlie par une 
intense émotion devant Tunanime et sincère sympathie qui se 
manifeste parmi cette foule d'amis et d'admirateurs qui len- 
toure, et parle ainsi : 

DISCOURS DE M. LB GÉNÉRAL GALLItNI 

Gouverneur générai de Madagascar 

Messieurs, 

Je suis profondement touché du haut témoignage d'estime et de 
sympathie que vous voulez bien donner à notre colonie de Mada- 
gascar et à son représentant. Je tiens tout d'abord à présenter mes 
remerciements respectueux à M. le ministre des Colonies qui, 
comme ses prédécesseurs, avec le concours de son secrétariat géné- 
ral et de la direction des affaires d'Afrique, m'a toujours donné 
l'appui le plus sérieux et le plus efficace. 

Je tiens maintenant à exprimer ma respectueuse gratitude à 
M. Etienne qui, depuis 1886, alors que j'exerçais les fonctions de 
commandant supérieur du Soudan, m'a toujours soutenu et encou- 
ragé dans toutes les missions coloniales que j'ai accomplies. 



76 



RE%'IE DE 1tAIft\G\S«:%R 



Je piii« bien 1^ «lire maintenant : -►•ireal je Tojaî* bien le bat a 
alleindre. mais le terrain q jî m'en «^parait me paraissait ^ acci- 
denté, «i coupé de fondri^r*^, qu** j^ n*i><at$ pas mj aTenlnrer. 
Dans ce ra*. jécnvai* tiKjjour^ à M. Elieone. et il me répoo«Uii 
invariablement : « Man^hez ' je ^-ui*^ la ! ^ Rire* ri applmtdissc- 
menii. i 

Je marchai^ donc, et l-tr^^^uarrivai^^nt le* eiis-^ade* et le^^bute^, 
M. Etienne était là. qui me tendait la perche. Au'^sj, arec tuu< le< 
coloniaux, je lui ai voué une aflection re^pecloeo'î* . M. Etienne 
comprend les cuk»niauT« il -sait leur pari^-r. il a rooOaoce en n«Hi* K 
nou> avons con tia nce en 1 a i . 1 7/s npplnuditsemenis . 

Je remerrie le tVimité de Ma<lajjra>>^ar qui, avec son président 
M. Charles-Roux. a\e«* si»nd^\«»u«- ■^e^Tf taire ^néraU M. Delborbe, 
s'occupe avec tant dînte!iiifen«-e et de compétence des affairtf*s de 
Madagascar. 

Je remercie toute* le* S««»"i»^fes culoniaîes qui ont bien voulu <e 
joindre au Comité. Il v a bi«»n {••nzl'^mf»* q-ie je suis de vous ton>. 
Messieurs, lerpronnai**ant obî-sr»-. Je croi-qn*iIn'e*lgTiêre d'étap<^ 
dans ma carrière coloniale. S«>ii'i3n. Tonkin. Madagascar, où je n'aie 
reçu des témoignage<de votre **»]:icilu ie.Vous avez pris i"omme(àobe 
de S4>utenir les coloniaux, surtout ceux qui assument les plu* hautes 
respon<abilités dans le* pav- lointain*: vo;j> défendrez nos acle^. 
vous essayez de les ju^litier. de le* expliquer, comme tout demifre- 
ment encore lorsque llnion C»loniaîe ma rendu le service de me 
demander des explication* ^ur la situati«»n commerciale de Mada- 
gascar. En un mot, vi»u* vo-j'i Aie* d«»n'ié comme mot d'ordre «le 
faire connaître les c«Koni»^ H d- 1»^ faire aimer. Très bien* très 
hien!\ 

Madaga*<*ara largement prori'é de la publicité que vous lui avei 
faite: on peut dire que *<»it en bien. *«»it en mal. on en parle beau- 
coup. {Rirfs. Amis et ad\*»rsaires commentent, discutent, crili- 
quenl tout ce que noii«i faisons. 

Pour moi. je n'ai jvas à mVn p!ain«lre: je trouve que c'est une 
excellente chose. Vou^ reiNmnaîtrez d ailleurs que nous n'avonspa- 
hésité à Madaga*t-ar à en\isa4rer toute* le* questions, quelles qu elles 
soient, qui se sont pré*enlct»* a n«»i*:que*lions indigènes, que*- 
lions économiques. c»»mmeniaje*, llnannères, voies de communi- 
cation, questions niiîilaire*, non* noii**4.mmes efforcés de donner 
à toutes ces question* une -olulion non j^* définitive — ce qui e*l 
mauvai*el impi^s-ible dan* le* p.^>* neufs: — en un mot. nou* 
avons es-;né de Imou voir le b il à atteindre, puis de marcher ver< 




^ 



RETOUR DU GÉNÉRAL GALLIENl 77 

ce but progressivement, en tenant compte toujours du développe- 
ment du pays et du changement que nous trouvions devant nous. 

Tout d'abord, nous nous sommes occupés des questions indi- 
gènes; nous avons pensé qu'elles devaient être au premier plan de 
nos préoccupations. Je n'ai cessé dans mes nombreux kabary aux 
indigènes, de leur dire que leur prospérité était la nôtre, que les 
deux prospérités ne pouvaient se séparer Tune de Tautre. {Très bien! 
très bien!) 

C'est pour cela que nous avons donné à nos institutions d'ensei- 
gnement, d'assistance médicale un si grand développement. Nous 
avons voulu que l'indigène ait en mains, par un enseignement pro- 
fessionnel et pratique, un outil, un métier qui lui permette de nous 
être utile en même temps que d'être utile à lui-môme. 

Je me rappelle encore les préoccupations que j'avais, il y a cinq 
ans, lors que j'arrivais dans la vallée de Tlaroka, où nous devions 
établir notre chemin de fer; je me demandais avec une certaine 
anxiété comment me procurer la main-d'œuvre nécessaire dans 
cette vallée complètement déserte. 

Aujourd'hui, nous avons la satisfaction devoir que tous nos ou- 
vriers, sans exception, depuis le terrassier jusqu'au forgeron^ au 
charpentier et au mécanicien, jusqu'à l'opérateur lui-môme, sont 
de nos Malgaches. GrÂce à notre enseignement professionnel, j'ai 
eu le plaisir encor.e il y a trois jours, de voir à Nogent des produits 
de notre Ile, des chapeaux, de la dentelle sortis de nos écoles pra- 
tiques. 

Nous avons voulu également par notre assistance médicale faire 
des hommes forts, robustes et capables de nous aider dans notre 
oeuvre. 

En somme, aujourd'hui notre enseignement comprend près de 
600 écoles, comme je le disais tout à l'heure, toutes organisées pour 
un enseignement pratique. Ces écoles sont dirigées par une soixan- 
taine d'instituteurs ou institutrices européens avec environ 600 ins- 
tituteurs ou maîtresses malgaches. Toutes ces écoles sont pratiques; 
partout il y a des ateliers, des jardins d'essai. 

Notre assistance médicale comprend environ 150 pharmacies, 
hôpitaux, léproseries, maternités, qui sont desservis par une cen- 
taine de médecins ou sages-femmes malgaches. 

Je dois vous dire un mot aussi de la situation économique de 
Madagascar. Aujourd'hui notre mouvement commercial qui, en 1896, 
était de 17 millions et demi, atteint 46 millions. Il faut noter surtout 
l'importance des exportations qui ont augmenté chaque année d'une 



78 



REVUE DE MADAGASCXA 



manière très régulière ; de 3 millions et demi en 18%, nous sommes 
arrivés, en 1904, à 20 millions et Tannée 1905 nous promet des 
résultats encore meilleurs. 

Il faut remarquer que dans ces exportations nous trouvons beau- 
coup de produits du sol : le caoutchouc, la cire, le raphia, Tor, et 
enfin le coton dont les plantations, grâce aux précieux encourage- 
ments de l'Association Cotonnière Coloniale, donnent aujourd'hui 
les meilleures espérances. Les indigènes nous ont beaucoup aidés à 
obtenir ces produits d'exportation ; ils ont aidé également à Texten- 
sion du commerce français à Madagascar. 

En 18%, le commerce français ji*était que de 9 0/0 du commerce 
général. Aujourd'hui, la proportion est renversée ; elle est de 92 0/0 
du commerce général de Fîle. (Vifs applaudissements,) 

Depuis 1897, nous avons importé à Madagascar plus de 240 mil- 
lions de produits français, fabriqués dans nos usines françaie^es 
transportées par nos chemins de fer et par nos bâtiments. Je crois 
que c'est là un résultat appréciable. [Applaudissements et bravos 
répétés.) 

Les indigènes nous ont beaucoup aidés pour obtenir ce résultat 
et aussi nos colons, qui ont transformé leurs méthodes. 

A Torigine, il y a trois ans encore, ils s'occupaient surtout 
d'importations, ce qui a amené pendant quelque temps une 
pléthore sur laquelle je me suis expliqué dans ma lettre à 1 Union 
Coloniale. 

Aujourd'hui, nos maisons françaises, se sentant bien protégées, 
ont créé partout des succursales, des agences, et ont commencé 
résolument à faire de l'exploitation et de l'exportation ; il est rare 
aujourd'hui de trouver à Madagascar une maison française qui, en 
dehors de son commerce d'importation, ne s'occupe pas d'élevage 
de culture ou d'industrie aurifère. 

C'est certainement à cette extension du commerce français que 
nous devons aujourd'hui le développement de notre industrie 
minière, qui, je crois, va entrer dans une nouvelle phase, étant 
données les dernières recherches qui ont été faites et qui ont amené 
la découverte de formations filonniennes importantes. 

Si vous ajoutez que la situation financière de Madagascar est 
satisfaisante, puisque tous nos budgets, depuis 18%, ont toujours 
eu un excédent, que notre budget de 1904 va se régler avec 
un boni d'environ 1.600.000 francs, que tous ces excédents ont 
formé une caisse de réserve de 7 millions, si vous voulez bien 
remarquer, en outre, que nous avons pu, grâce à l'emprunt voté par 



RETOUR DU GÉNÉRAL GALLIENl 79 

le Parlement, créer un point d'appui sur la côte nord de Mada- 
gascar, à Diego-Suarez, il me semble que nous ne devons pas 
envisager l'avenir de la colonie avec inquiétude, que nous devons, 
au contraire, le voir avec confiance. {Vives marques d'approbation,) 
Messieurs, je vous remercie encore une fois de cette manifesta- 
tion. Lorsqu'elle sera connue à Madagascar, elle constituera un 
précieux encouragement pour tous nos fonctionnaires civils et 
militaires, pour tous nos colons et pour tous nos indigènes. 

Des applaudissements répétés et des bravos prolongés ac^ 
cueillent les dernières paroles du général Gallieni, tandis 
que Texcellente musique du 23' colonial, que M. le Gouver- 
neur militaire de Paris avait bien voulu mettre à la disposi- 
tion des organisateurs pour cette fête, joue Thymne national. 



# * 



Pendant les derniers jours du mois de juin, le général Gal- 
lieni a encore assisté à diverses cérémonies, notamment à 
l'assemblée générale du Comité de Madagascar dont on trou- 
vera le compte rendu plus loin, et à Tinauguration de l'Expo- 
sition de Madagascar à l'Office Colonial. 

Enfin, on annonce que le vendredi 7 juillet, le général ré- 
pondra à la tribune de la Chambre des députés, — en qua- 
lité de commissaire du gouvernement, — à une interpellation 
de MM. Vigne d'Octon, Rouanetet Ballande sur la politique 
de la France à Madagascar. 

M. C. 



Bulletin du Comité 



U Assemblée Générale du Comité de Madagascar 

(24 Juin 1905) 

L'assemblée générale du Comité de Madagascar a eu cette 
année un éclat tout particulier, par suite de la présence à 
cette cérémonie, du Gouverneur général de Madagascar. 

Notre président, M. Charles-Roux, présidait, ayant à ses 
côtés M. le général Gallieni. Avaient également pris place 
au bureau : MM. A. Grandidier, président d'honneur du 
Comité; Joseph Chailley, directeur général de l'Union 
Coloniale, vice-président; C. Delhorbe, secrétaire général; 
E. Mercet et comte Armand, membres du Comité, ainsi que 
M. Binger, directeur des afîaires d'Afrique au ministère des 
Colonies. Dans l'assistance très nombreuse, nous avons noté 
le général Metzinger, le général Houry, Martineau, gouver- 
neur des colonies; Lallierdu Coudray, commissaire principal 
des troupes coloniales ; lieutenant-colonel Blondlat, comman- 
dant Dubois, A. Jully, Auricoste, directeur de l'Office colo- 
nial ; Conty, Grosclaude, Ponsinet, Baulant, Brally, les admi- 
nistrateurs des colonies Julien, Fontfreyde, Pillias et Alglave, 
Prudhomme, G. Grandidier, Petit-Nicolas, Jully, abbé Gros, 
Depincé, Ch. Michel, Thirion, V. Morel, Malo, G. Froment, 
C. Fischer, Griffler, de Mellanville, Bianquis, marquis de Fou- 
gères, Hautefeuille, Leiffeit, docteur Fontoynont, P. Bour- 
darie, Clique, secrétaire du Comité, etc., etc. 

M. Charles-Roux a donné tout d'abord lecture du rapport du 
Conseil d'administration rendant compte des travaux du 
Comité durant Texercice écoulé. 



BULLETIN DU COMITE 



81 



Rapport du Conseil d'administration 

Mon Général, 
Messieurs, 

Il y a trois jours, j'avais le grand Honneur, au cours de 
cette manifestation de sympathie et d'admiration que fut le 
banquet de l'Hôtel Continental, de saluer au nom de tous les 
groupements coloniaux de Paris, Téminent Gouverneur géné- 
ral de Madagascar, et de louer l'œuvre admirable accomplie 
par lui sur les rivages de l'Océan Indien. Aujourd'hui, Mes- 
sieurs, le devoir qui m'incombe, pour être moins solennel, 
n'en est peut-être que plus agréable, et j'adresse au général 
Gallieni les remerciments bien cordiaux et bien sincères du 
Comité de Madagascar. 

11 ne faut pas nous le dissimuler, et je suis heureux de le 
constater hautement, si notre Comité a pu prendre depuis 
cinq ans l'essor que vous avez constaté, si notre office de 
colonisation a pu rendre quelques services, s'il nous a été 
possible de donner chaque année à toutes nos publications, à 
notre Revue notamment, une extension nouvelle, c'est en 
grande partie au général Gallieni que nous le devons et aux 
instructions si bienveillantes à noire égard qu'il n'a cessé de 
prodiguer à ses collaborateurs et à ses subordonnés. 

Nous avons toujours trouvé auprès du général, Tappui le plus 
absolu, nous avons pu nous adresser en toute confiance aux 
administrateurs, officiers, fonctionnaires de tous ordres et de 
tous rangs, pour obtenir ce que nous désirions, et leur con- 
cours le plus dévoué nous a toujours été acquis. C'est grâce, 
en un root, Messieurs, à cette collaboration intime du Général 
à notre œuvre de chaque jour, que le Comité a pu traverser 
sans faiblir, progressant au contraire d'une manière continue, 
cette crise générale sur laquelle le gouverneur de Madagascar 
s'est expliqué avec la belle franchise et la remarquable hau- 
teur de vues que vous savez. C'est même pendant les mois où 
nous parvenaient de l'Ile les nouvelles les moins heureuses 
que notre Comité a recueilli le plus d'adhésions et que nous 

G 



82 REVUE DE MADAGASCAR 

ont été révélés des dévouements que nous n'avions point 
encore soupçonnés! 

Et, Messieurs, puisque j'ai la bonne fortune d'avoir aujour- 
d'hui à mes côtés le général Gallieni, permettez-moi, avant 
d'entrer plus avant dans mon sujet, de lui adresser en votre 
nom à tous et au mien, nos sentiments de respectueuse grati- 
tude et de souhaiter que longtemps encore les destinées de 
notre belle Colonie soient confiées à ses mains habiles et 
expérimentées. 

Messieurs, je serais presque tenté de dire que, pareil aux 
peuples heureux, le Comité de Madagascar n'a pas eu d'his- 
toire au cours de ce dernier exercice, si je n'avais une fois de 
plus à vous signaler le concours si actif de nos sections de 
province. Notre secrétaire général, M. Delhorbe, s'est rendu 
dans le courant de cette année à Reims, Epernay, Lyon, 
Epinal, Amiens et Rouen, conslituant ici une section nouvelle, 
là jetant les bases d'une organisation plus active, ranimant 
partout le zèle de nos amis. 

A Reims, grâce à la bienveillante sympathie de M. Martin 
Ragot, membre de la Chambre de Commerce, et président 
de notre section, le Comité a réussi à grouper un noyau de 
fidèles adhérents, et le 22 mars, notre secrétaire général a pu 
faire dans cette ville une conférence, pour l'organisation de 
laquelle l'Alliance Française avait bien voulu nous prêter son 
précieux concours, et qui a obtenu un succès de bon augure 
pour l'avenir de notre œuvre dans la région rémoise. Toutes 
les notabilités commerciales de Reims y assistaient et la 
grande salle de l'Hôtel de Ville, où a eu lieu la réunion, était 
comble. 

A Lyon et à Rouen, nossections existantes depuis plusieurs 
années sont en réorganisation ; des éléments nouveaux d'acti- 
vité sont venus heureusement s'ajouter à nos amis de la pre- 
mière heure, et je remercie bien vivement, d'une part, 
M. Lignon, ancien président du Tribunal de commerce de 
Lyon, et M. Pagnoud, notre délégué dans cette ville ; d'autre 
part M"*« Gandillon, qui occupe dans le commerce de Rouen 
une situation si enviée, M. Besselière, président du Conseil 



BULLETIN DU COMITÉ 83 

d'administration du Comptoir Colonial Rouennais, et noire 
délégué M. Keiltinger, du concours qu'ils ont bien voulu, les 
uns et les autres, apporter à l'œuvre que nous poursuivons. 

Nous avons également repris notre propagande dans la 
région des Vosges, où nos filateurs ont des intérêts si nom- 
breux à Madagascar. Efficacement secondés par MM. Julliard 
et Joubin, président et secrétaire du Syndicat cotonnier de 
TEst, qui se sont joints à notre vieil ami M. Léderlin, nous 
espérons arriver promptement à la formation à Epinai d'une 
de nos plus actives sections. 

Nos collègues d'Epernay s'occupent aussi de fonder dans 
celte ville un groupement qui comptera parmi les meilleurs, 
et à Bordeaux, où nous avons déjà de si nombreux amis, le 
Président de notre section, M. Buhan, a bien voulu nous 
promettre tout son appui pour donner à notre œuvre dans 
notre grand port du Sud-Ouest une vitalité nouvelle. 

Messieurs, il m'est toujours agréable de vous parler de 
notre section d'Amiens. Chaque année, le Comité de Mada- 
gascar organise dans cette ville une conférence qui réunit 
autour de l'orateur un public de choix; Tan dernier M. Marcel 
Dubois voulut bien nous prêter l'éclat de son savoir et de son 
éloquence; cette année, le 25 janvier, ce fut M. Dybowski, 
inspecteur général de l'agriculture coloniale, au dévouement 
de qui on ne fait jamais appel en vain, qui nous fit l'honneur 
d'accepter de faire à nos amis d'Amiens une conférence pra- 
tique sur la colonisation à Madagascar. Le vif succès obtenu 
par Téminent directeur du Jardin Colonial de Nogent, lui 
prouva combien son discours avait été goûté, et je le prie 
d'accepter ici l'expression de toute notre reconnaissance. 

Nous n'avons eu qu'un regret en cette circonstance, c'est 
que le fondateur de notre Section d'Amiens, M. le général de 
Torcy, n'ait pu, par suite de son départ de cette ville, présider 
cette belle manifestation. Mais il a laissé derrière lui de 
dignes continuateurs, et nos amis si dévoués M. Gatineau et 
M. Lamy ont droit à tous nos remerciements. 

Enfin, comme l'année dernière, M. Delhorbe a fait aux 
environs de Paris une série de conférences pratiques. A Her- 
blay et à Chatou, sous le patronage de la Société républi- 



84 REVUE DE MADAGASCAR 

caine des Conférences populaires, notre secrétaire général a 
intéressé son auditoire à Tœuvre accomplie à Madagascar; à 
Pantin, l'Association Polytechnique, sur les instances de 
notre excellent collègue, M. Hauteleuille, lui avait également 
amené un public nombreux ; à Nogent-sur-Marne, c'est devant 
les élèves de l'Ecole d'Agriculture que M. Delhorbe a pris la 
parole; enfin, dans Paris même, l'Alliance Française avait 
demandé le concours de notre secrétaire général pour une de 
ses soirées hebdomadaires. 

Je vous signalerai aussi la série des conférences qui sont 
faites chaque année aux élèves de TEcole Coloniale; je sais 
bien que notre Comité n'a nulle prétention à les revendi- 
quer comme siennes, — il en est seulement l'heureux éditeur 
— mais j'ai toujours plaisir à en parler, car ce sont nos amis 
de la veille qui les font et nos amis de demain qui les écoutent 
et les applaudissent. Cette année, M. le commandant Patay, 
M. le capitaine Boucabeille, M. Jean Bianquiset M. Delhorbe 
ont été les orateurs très goûtés de ces conférences que, suivant 
un usage déjà ancien, le Comité va réunir en brochure après 
leur publication dans notre Revue. 

Il m'est également très agréable de remercier ici une amie 
bénévole du Comité, M"* Membrar, institutrice à Mada- 
gascar, qui, de son initiative propre, a fait sur la Grande lie 
des conférences à l'issue desquelles des collectes furent faites 
en faveur de notre Comité. J'ai été très touché, Messieurs, 
de cette marque de sympathie et j'en exprime toute ma grati- 
tude à sa gracieuse inspiratrice. 

Messieurs, je vous annonçais l'année dernière, à pareille 
époque, la préparation par M. Guillaume Grandidier d'une 
Bibliographie de Madagascar devant pour ainsi dire faire suite 
à notre Collection des Ouvrages Anciens. Ce travail est au- 
jourd'hui presque entièrement achevé et l'ouvrage imprimé 
pour lequel je vais avoir Thonneur d'écrire une préface pa- 
raîtra dans le courant du mois d'août. 

Le tome III des Ouvrages anciens, après un léger retard 
occasionné par l'abondante documentation qu'il a nécessitée, 
est actuellement en distribution. Ouelques-uns d'entre vous. 



BULLETIN DU COMITÉ 85 

Messieurs, Tont déjà reçu et ont pu constater qu'il continue 
d'une façon toujours aussi parfaite Toeuvre magnifique de 
notre savant président d'honneur et de son fils. 

Quant à notre Revue, nous avons essayé, Messieurs, de 
réaliser quelques-unes des améliorations que sollicitaient nos 
amis, et nos espérons pouvoir, dans le courant de Tannée pro- 
chaine, satisfaire à tous les désirs qui nous ont été exprimés. 

J'en aurai fini. Messieurs, en vous invitant à venir aussi 
nombreux que vous le pourrez au « Sakafo » qui aura lieu 
prochainement à Nogent; il sera le dernier de la saison, qui 
en a compté bon nombre, tous très suivis par nos amis de 
passage à Paris, principalement celui au cours duquel nous 
eûmes le plaisir de fêter le dixième anniversaire de notre 
fondation, et il permettra à ceux d'entre vous qui ne l'auraient 
déjà fait, de visiter la belle Exposition d'Agriculture colo- 
niale qu'y a organisé M. Dybowski. Notre Comité y a contribué 
pour une faible part, en attendant de participer avec tout le 
soin qu'il lui sera possible à l'Exposition Coloniale de 
Marseille de 1906, qui, je Tcspère, aura de par le monde un 
retentissement considérable, et à l'inauguration de laquelle je 
vous donne tous rendez-vous, Tannée prochaine, dans la 
deuxième quinzaine d'avril. 

A chaque Assemblée Générale, j'ai la pénible mission, 
Messieurs, de payerun juste tribut de regrets à nos collègues 
disparus. Ils ont été nombreux cette année, tant à Mada- 
gascar qu'en France, et j'adresse à leur mémoire un souvenir 
ému. Parmi ceux dont la perte nous a été plus particulièrement 
sensible, je citerai : 

M. Barbey, sénateur, ancien ministre de la Marine, président 
d'honneur de notre section de Mazamet; le grand écrivain 
Jules Verne, qui, depuis longtemps, nous honorait de sa pré- 
cieuse amitié; M. Tellier, maire d'Amiens, un de nos amis 
de la première heure, et M. le général Marmier, qui com- 
manda si brillamment le génie pendant la campagne de 1895. 

Messieurs, je ne retiendrai pas plus longtemps votre atten- 
tion, et je me dispenserai de vous faire Ténumtration tou- 



86 REVUE DE MADAGASCAR 

jours fastidieuse des visites que nous avons reçues ou des 
lettres que Ton nous a écrites. 

A tous ceux qui s'adressaient au Comité nous avons 
répondu de notre mieux, encourageant les entreprises qui 
nous semblaient viables, déconseillant sans hésiter les 
autres; beaucoup, d'ailleurs avaient pour objet l'indus- 
trie aurifère, et grâce aux dernières découvertes minières, 
nous avons été assez heureux pour donner aux personnes 
qui venaient nous consulter les renseignements les plus 
engageants. 

Comme je vous le disais en commençant, la situation du 
Comité continue à être prospère; les rares défections qui se 
sont produites parmi quelques-uns de nos amis d'autrefois, 
ont été largement compensées par de nouvelles adhésions et 
nous comptons à l'heure actuelle près de 1300 membres, dont 
83 indigènes. 

C'est là le plus précieux encouragement pour persévérer 
sans défaillance dans l'œuvre à laquelle nous nous sommes 
attachés depuis plus de dix ans. 



* 



Après la lecture de ce rapport, qui a été souvent interrom- 
pue par les applaudissements de l'assistance, M. Charles- 
Roux donne la parole à M. Conty, colon à Madagascar, un 
des amis les plus dévoués du Comité, qui demande à pré- 
senter au général Gallieni quelques observations sur la situa- 
tion actuelle de la Colonie. 

M. Conty s'est exprimé en ces termes : 

Qu'il soit permis à un simple contribuable de Madagascar 
d'apporter une modeste surenchère aux éloges si mérités que 
notre Comité, notre Revue et notre nombreuse réunion du 
samedi 24 juin ont décernés à la grande œuvre de M. le géné- 
ral Gallieni. On nous a montré la face de la médaille. J'irai 
plus loin : en enfant terrible du Comité de Madagascar et de 
l'Union Coloniale, j'aurai l'audace de retourner ce bijou, et 



BULLETIN DU COMITÉ , 87 

ce sera pour montrer qu'on peut en contempler le revers sans 
illusion, mais aussi sans crainte et même avec confiance. 

J'ai pris part au banquet récemment offert au général Gal- 
lieni et j'en suis sorti plein d'enthousiasme, me faisant Técho 
des bonnes nouvelles qu'on nous y avait apportées de la 
Grande Ile. Le lendemain de cette fêle, je me trouvais dans 
une réunion nombreuse... et un peu mêlée. J'y parlais avec 
ardeur de la prospérité actuelle de notre Colonie, je citais 
notamment le chiffre énorme indiqué par le général Gallieni 
pour y évaluer les importations françaises. 

Je fus interrompu par des fâcheux. 

i< — Pourriez-vous, me dit l'un, donner le chiffre des béné- 
fices correspondant à ces importations? » 

« — Ignorez-vous, demanda l'autre, le nombre des faillites 
qui se sont produites à Madagascar depuis deux ans? » 

(( — Evidemment, répliquai-je, certaines maisons de com- 
merce ont commis des imprudences et les expient, mais d'autres 
négociants français nous consolent de ces échecs. » Et je citai 
une raison sociale honorablement connue à la fois pour son 
esprit d'initiative et pour sa bonne administration. 

Un actionnaire de cette Compagnie se trouvait là. 

« — Savez-vous, insinua-t-il, le chiffre des dividendes que 
j'ai touchés depuis trois ans? » 

' « — Je n'en sais rien, m'écriai-je et n'en veux rien savoir. 
D'ailleurs un document capital, la lettre du général Gallieni à 
M. Charles-Roux, a suffisamment démontré que les fautes dont 
on se plaint ne sont pas imputables à l'administration. » Et je 
repris les principaux arguments de cette lettre pour prouver 
qu'en réalité Madagascar est riche et prospère. Si le chiffre 
des importations y diminue, le chiffre des exportations aug- 
mente. 

Un économiste dogmatique et grincheux me fit, à la 
vérité, observer que Taugmentation des exportations n'est pas 
pour un pays un signe de richesse quand on ne peut cons- 
tater un accroissement parallèle et simultané des impor- 
tations. 

Je laissai ce pédant à ses théories et je développai un 
autre point de vue de la lettre du général, à savoir : la baisse 



88 REVUE DE MADAGASCAR 

à Madagascar, de 1896 à 1904, des cours des* matières alimen- 
taires, du bœuf, du manioc, du riz. 

« — C'est singulier, m'objecta un marchaud de bœufs de la 
Villelte, quand j'achète du bétail à bon marché à vos fermiers, 
je ne les crois pas plus riches pour cela, je pense au contraire 
qu'ils ont besoin d'argent pour passer chezlvolre molaire... 
ou chez le percepteur! » 

Cependant un Yankee m'apostrophait : 

« — Nous prenez-vous pour des gueux, Monsieur, parce 
que nous payons les poulets très cher à New-York? » 

J'expliquai que la surproduction des vivres à Madagascar 
deviendrait une cause de richesse avec Touverturc des com- 
munications, après la prochaine inauguration du [chemin de 
fer. 

« — Malheureusement, soupira un autre assistant, mar- 
chand de comestibles à Lourenço-Marquez, ce chemin de 
fer ne dirige pas les produits de la Grande Ile vers ses mar- 
chés naturels, vers les ports de l'Afrique australe. » 

Je n'eus pas besoin de répondre au marchand de comes- 
tibles, sa voix fut couverte par une autre voix dont l'accent 
trahissait l'origine : 

« — Di-iger le chemin de fé su la côte ouest et non su Tama- 
tave... nos députés et notesénateune l'eussent jamais pémis ! » 

Il y avait pourtant une part de vérité dans l'observation que 
provoquait mon enthousiasme. 

Sans insister sur la situation économique, jencrus devoir 
rappeler les bienfaits dont notre administration coloniale a 
comblé les indigènes; l'instruction partout répandue et cette 
assistance médicale, précieuse gardienne d'une race proli- 
fique, véritable solution du problème de la main-d'œuvre. 

Un Malgache, sous-professeur de malais à l'Ecole des 
langues méridionales, fit alors dans son idiome une réflexion. 
Je crus entendre ceci : '< Sous l'ancien régime, nous étions 
victimes d'exactions odieuses. Aujourd'hui nous payons des 
impôts; cela coûte plus cher et c'est plus régulier. » 

Comme je n'étais pas sur d'avoir bien compris, je voulais 
faire contrôler ma traduction par un fonctionnaire arrivé dans 
la Colonie avant la conquête, et qui a vu tous les progrès 



BULLETIN DU COMITÉ 89 

accomplis depuis dix ans. « Excusez-moi, fit-il, une fréquen- 
tation trop longue des anophèles m'a laissé une surdité fâ- 
cheuse, mais complète. » 

Peu m'importait d'ailleurs Tinconvénance proférée par 
l'indigène. J'ai la foi dans l'avenir de la Grande Ile afiicaine. 
J'ai la foi quand même! 

N'a-t-elle pas, cette attachante colonie, une chance qui défie 
le mauvais sort? Au moment où sévit une crise commerciale, 
où l'on nous conseille de ne pas compter sur la fertilité de 
son sol, voici que son sous-sol se révèle ; la découverte du 
filon de Beforona provoque sur notre marché financier un mou- 
vement inouï. 

Tout heureux de pouvoir vanter au moins le sous-sol mal- 
gache sans risquer d'être contredit, j'avisai un prospecteur 
qui s'était joint à notre réunion. Au point de vue minier, cet 
homme-là devait me soutenir. 

« — J'allais partir pour Tamatave, dit-il, quand un décret 
inopportun m'a fait économiser mes frais de voyage. Dès 
que les colons ont découvert un filon, l'administration de 
Madagascar a interdit les prospections. On nous laisse même 
entendre que l'administration exploitera l'or en régie... comme 
le chemin de fer. » 

Tels sont. Messieurs, les méchants propos qu'on tient sur 
notre chère Grande Ile. Permettez-moi de conclure en m'à- 
dressant au Gouverneur Général. 

Mon Général! 

Certain médecin Tant Pis, auquel un jeune confrère repro- 
chait d'avoir alarmé plus que de raison la famille d'un malade, 
traita de naïf le novice qui manifestait ainsi son étonnement. 
« Si je ne disais pas à ce client qu'il est très malade, avoua- 
l-il, comment me remercierait-il de l'avoir guéri?» 

Si vous le permettez, mon général, la Revue de Madagascar 
fera désormais une large place aux critiques. Au lieu d'aller 
répétant que tout est pour le mieux dans la meilleure des 
Iles, nous dirons que cela ne va pas très-bien, que nous 
sommes inquiets, que cela va mal. Nous vous préparerons 
ainsi le mérite et l'honneur de la guérison. Car, entre nous. 



90 REVUE DE MADAGASCAR 

nous savons bien que ce n'est là qu'une crise de jeunesse, 
une crise de croissance. Nous avons, la ferme confiance, 
mon Général, qu'une fois encore vous guérirez celte malade. 
Vous l'avez ramenée de bien plus loin ! 



Réponse du général Gallieni 



A cette critique présentée avec tant d'humour, le général 
Gallieni a fait la réponse suivante : 

Messieurs, 

Voulez-vous me permettre de répondre en quelques mots 
aux critiques très spirituelles que je viens d'entendre ? Elles 
ont trait aux questions des importations, des exportations, 
de la fiscalité, du chemin de fer et du décret de Tor. 

Sur la question commerce, je me suis expliqué dans ma lettre 
au président de l'Union Coloniale, et je ne puis que me 
répéter. Cependant, à vrai dire, je ne crois pas que ce qu'on a 
appelé la crise commerciale soit spéciale à Madagascar ; je 
l'eçois, en effet, constamment, de toutes les parties du monde, 
des lettres dans lesquelles mes correspondants se plaignent 
du mauvais état des affaires dans les pays qu'ils habitent. Ainsi 
quelques jours avant mon départ de Tananarive, il m'arrivait 
une lettre de Saint-Denis de La Réunion, signée de 200 per- 
sonnes qui demandaient à quitter leur île, pour venir à Mada- 
gascar. La véritable cause de cette crise dans la Grande Ile, 
c'est la constitution de stocks de marchandises hors de toute 
proportion avec les besoins. Je vous citerai, par exemple, 
une certaine catégorie de commerçants, les Chinois, les Hin- 
dous, qui n'ont jamais leurs magasins assez pleins, qui n*ont 
jamais assez de marchandises. 

Il faut dire aussi que quelques commissionnaires de Paris 
ont été un peu imprudents. Pendant mon dernier séjour à 
Tamatave, j'ai appris qu'on avait eu dans un dossier de faillite 
la preuve qu'un commerçant hindou s'était fait expédier des 



BULLETIN DU COMITÉ 91 

marchandises sous trois noms différents par la môme mai- 
son! Il ne faut dès lors plus s'étonner de certaines décon- 
fitures. 

Jusqu'à présent, nous avons eu un gros excès d'importations 
sur les exportations; en 1902, on comptait 55 millions d'im- 
portations, avec 13 millions d'exportations; l'équilibre arrive 
maintenant. Vous disiez que les exportations n'étaient pas 
un signe de richesse, et cependant c'est un résultat qu'au bout 
de neuf ans, en 1904, nous ayons tiré du pays un rende- 
ment de produits de 20 millions qui sera considérablement 
augmenté en 1905. 

Pour juger équilablement ce qui a été fait à Madagascar, il 
faut se rappeler que la conquête date à peine de 10 ans ; or, je 
me demande ce qu'était par exemple l'Algérie en 1839, dans 
quelle situation elle se trouvait, tant au point de vue du 
commerce que de la pacification. 

D'ailleurs la situation commerciale s'améliore sensiblement 
à Madagascar; les dernières nouvelles que j'ai reçues m'ont 
confirmé dans cette heureuse impression et je crois même 
que pour les tissus qui sont le principal produit d'importa^ 
tion, nous arriverons presque au double de Tannée dernière, 
c'est-à-dire à 14 millions. Je ne vous cache pas. Messieurs, 
que c'est peut-être trop, et j'ai peur, si pareille progression se 
continue, que nous ne nous trouvions encore en face d'une 
nouvelle pléthore de marchandises. 

Pour le chemin de fer, si nous n'avons pas fait jusqu'à pré- 
sent le travail en régie, c'est que la chose n'était guère 
possible dans les régions basses de l'Ile; je suis, d'ailleurs, 
un adversaire bien résolu du travail à l'entreprise partout où 
il faut que le gouvernement fournisse la main-d'œuvre, la 
soigne et la paie; on a alors tous les tracas des travaux en 
régie sans en avoir les avantages. Il en est ainsi pour tous 
les chemins de fer coloniaux anglais ou allemands que j'ai 
visités; aucun n'a pu être construit en entier par les entre- 
preneurs. 

Pour la seconde partie du chemin de fer de Madagascar, 
nous allons faire appel, au contraire, aux entrepreneurs; les 
travaux auront lieu, en effet, dans une région peuplée et saine. 



92 REVUE DE MADAGASCAR 

OÙ nous serons heureux de profiter des prix moins élevés que 
peuvent consentir les entreprises particulières. Déjà les ad- 
judications auraient été faites sans le malencontreux cyclone 
qui a retardé les travaux; elles auront lieu au mois de juillet. 
Vous voyez donc qu'on ne doit pas dire : il faut faire le travail 
en entreprise ou en régie ; selon les circonstances, on fait en 
régie ou en entreprise. 

En ce qui concerne le régime fiscal, je nie que la révolte 
du Sud ait été causée par un excès d'impôts; d'ailleurs, mon 
opinion est que l'indigène doit participer dans une mesure 
équitable aux charges de la métropole et de Tadcninistration 
locale; il nV a pas, sans cela, d'autorité ni d'administration 
possibles. Nous avons donné aux Malgaches une justice à 
laquelle ils peuvent faire appel, nous leur avonsdonné Tassis- 
tance médicale, mais nous n'avons pas admis que notre 
autorité put être discutée, et nous avons voulu, d'autre part, 
obtenir que l'indigène se livrât au travail. 

Au point de vue fiscal, nous avons à tenir compte de 
plusieurs facteurs : d'abord la question de la main-d'œuvre, 
qui se pose dans toutes les colonies. Quand nous sommes 
arrivés à Madagascar, nous avons trouvé un peuple abruti 
par deux siècles d'esclavage, des indigènes se refusant à tout 
travail. Il nous a fallu procéder par étapes, et l'évolution n'a 
pu se faire que lentement et progressivement. 

Nous avons tout d'abord supprimé l'esclavage et soumis 
les indigènes à faire, pour le compte du gouvernement, 
30 jours de prestations, rachetables pour 15 francs. Et telle 
était. Messieurs, l'horreur des Malgaches pour le travail, que 
beaucoup se libérèrent ainsi, et que nous encaissâmes, de ce 
chef, deux millions ; nous avons alors porté le rachat à 45 
francs, et la taxe a produit encore 2 millions. Quand, sur les 
instances des colons et du Parlement, nous avons supprimé 
la prestation, nous l'avons remplacée par l'impôt, fixé à 20 fr. 
par tête. Les Malgaches payaient auparavant 5 francs, plus 
15 francs pour leur rachat; nous leuravons dit : « La presta- 
tion est supprimée ; elle est remplacée par un impôt équiva- 
lent, fixé à 20 francs. » Nous ne pouvons pas admettre, Mes- 
sieurs, que l'indigène ne travaille pas. Du reste, il n'est pas à 



BULLETIN DU COMITÉ 93 

plaindre; ainsi, par exemple, sur un gramme d'or qui vaut 
3 francs, il touche 2 francs et le colon 1 franc; en 1904, la 
production aurifère a atteint 9 millions, sur lesquels Fmdigène 
en a touché 6, en chiffre rond; en 1905, nous espérons arriver 
à 12 millions, soit 8 millions qui resteront entre les mains 
des Malgaches. 

D*autre part, dans le Sud, dans les régions mêmes où s'est 
produit le dernier soulèvement, l'indigène peut facilement se 
procurer sans beaucoup de peine ni de travail, de quoi payer 
l'impôt. Dès la nouvelle des premiers troubles, j'ai télégraphié 
au commandant du cercle de Fort-Dauphin et à M. Marchai, 
le plus ancien colon de cette région, leur demandant combien 
il fallait de jours à un indigène pour récolter un kilo de caout- 
chouc qui se vend en Europe 8 à 9 francs. Le commandant me 
répondit : 2 jours ; M. Marchai me répondit de même : 2 jours. 
Vous voyez donc qu'il suffît d'un peu de bonne volonté et de 
très peu de travail à un indigène pour payer son impôt, qui 
n'est pas élevé, mais lourd seulement pour le paresseux. Et 
ce que je vous dis de l'or et du caoutchouc s'applique égale- 
ment au raphia, au riz et aux autres produits du sol. 

Quant à la question de l'or, je ne puis qu'être très réservé 
à cet égard, mais je puis vous assurer que M. le Ministre des 
Colonies est parfaitement disposé à favoriser, dans la plus 
large mesure, les entreprises minières à Madagascar. 

Dans ces derniers temps, la Colonie a passé par une crise 
très dure. Au sud, ce sont des populations turbulentes qui se 
soulèvent dans les conditions que vous savez, par réveil de 
leurs instincts de barbarie et de pillage. Je me rappelle qu'il 
y a quelques années, passant dans cette région au moment où 
on craignait déjà un mouvement d'effervescence, je question- 
nai un habitant qu'on m'avait signalé comme hostile : « Pour- 
quoi voulez-vous vous soulever? Vous êtes libres, que voulez- 
vous de plus? » Il me répondit : « Mais que diraient nos an- 
cêtres, si nous ne nous battions pas! » Peu après les 
troubles du sud, un cyclone épouvantable ravage la moitié 
de l'île; les fils télégraphiques sont coupés; nous sommes 
sans nouvelles et très inquiets. 

Eh bien ! nous n'avons pas demandé un seul homme à la 



94 REVUE DE MADAGASCAR 

4 

métropole, et elle ne nous a pas envoyé un sou; nous avons 
tout réparé seuls; toutes les communications furent rétablies 
au bout de vingt jours ; de tous côtés, les administrateurs et 
les officiers me télégraphiaient que tout était pour le mieux 
et de ne pas m'inquiéter ; je suis moi-même étonné de la 
rapidité de ces résultats. 

D'ici quelques années, à mesure que l'ancienne génération 
disparaîtra et qu'une nouvelle race aura fait place à Tancienne, 
nous finirons par nous implanter définitivement. 

Après les événements du Sud, la première mesure à prendre 
était de créer des écoles ; je l'ai fait et de tous côtés j'ai reçu 
des instituteurs et des institutrices de l'Ile des demandes 
spontanées pour aller occuper ces postes si dangereux. Dans 
quelques années, avec nos écoles, notre assistance médicale, 
nous arriverons à être les maîtres, mais il ne faut pas aller 
trop vile et vouloir faire des enjambées doubles. 

Pour répondre encore à ce que vous m'avez dit, on ne peut 
pas me reprocher de cacher ce qui se passe à Madagascar; 
j'ai toujours dit ce que je pensais. Et là aussi, je ne suis qu'un 
imitateur; le Journal officiel de Madagascar a été calqué sur 
celui créé par le général Faidherbc au Sénégal, et c'est à 
. M. Le Myre de Vilers, que j'ai pris l'idée des Noles^ recon- 
naissances et explorations. S'il y a beaucoup d'avantages, à 
mon sens, à agir ainsi, il y a naturellement un inconvénient, 
c'est que je m'adresse à tout le monde, aux fonctionnaires, 
aux militaires, aux colons. Les renseignements qu'ils me 
donnent, je les fais publier à V Officiel; quand je vais visiter 
les concessions ou les entreprises d'un particulier, je suis très 
heureux de l'encourager en disant ce que j'ai vu et c'est lui 
qui me documente; quant aux administrateurs et aux comman- 
dants de cercle, ils font l'histoire de leur province et sont 
responsables de ce qu'ils écrivent, mais on ne peut exiger 
que des personnes différentes aient les mêmes opinions sur 
les mêmes choses, et que ce qui était vrai il y a deux ou 
trois ans, le soit encore à l'heure actuelle. 

En 1891, M. Jamais, sous-secrétaire d'Etat aux Colonies, 
me fit appeler pour me demander des renseignements sur le 
Soudan. Je lui répondis ce que je croyais exact à ce moment. 



BULLETIN DU COMITÉ 95 

— Mais vous avez écrit le contraire ! me dit M. Jamais en 
feuilletant un livre écrit par moi quelques années auparavant. 

— C'est possible, lui répondis-je, mais je ne pensais pas 
alors ce que je pense aujourd'hui. 

De Madagascar aussi je ne dirai peut-être plus dans quelques 
années ce que je dis aujourd'hui du développement du pays. 
Et puis, ce n'est pas un Madagascar que nous avons, c'est 
vingt; et je me demande s'il n'y a pas plus de différence entre 
un Hova policé et un habitant du Sud, absolument nu avec 
son fusil, qu'entre ce même Hova et un Européen. Ces indi- 
gènes ont une vie et des mœurs absolument différentes, et 
on peut dire en somme que les habitants du Sud ne nous 
comprennent pas. 

Je crois. Messieurs, avoir répondu aux divers points qui 
ont été traités par M. Conty, mais je suis à votre disposi- 
tion pour vous fournir toutes les autres explications que vous 
pourriez encore me demander. 






D'unanimes applaudissements accueillent cette si intéres- 
sante réponse du général Gallieni, et, au nom de toute l'assis- 
tance, M. Charles-Roux en exprime au général ses plus vifs 
remerciements. 

Personne ne demandant plus la parole, et l'ordre du jour 
étant épuisé, la séance est levée. 

OFFRES ET DEMANDES 

A VENDRE à Nossi-Bè (Madagascar), pour cause de départ : 

Belle propriété salubre d^environ 275 hectares, immatriculée, 
traversée par la grande route publique et une rivière, poste de 
police sur les lieux. 60 hectares environ de plaines irrigables. 

1*» Vaste maison de maître, très aérée, à étage, deux chambres 
en bas, trois en haut, office, véranda avec balustrade en haut, et 
cuisine. 

2® Très grand magasin avec étage sur un côté, petit magasin de 
Tautre côté, matériel, véranda très large. 



96 REVUE DE MADAGASCAR 

3"* Une vaste conalruction avec matériel pour préparation de 
vanille, canal maçonné pour conduire Teau, fours. 

4» Écurie à quatre slalles avec véranda, cheval, voiture, char- 
rettes, hangar à charettes. 

Toutes les constructions ci-dessus sont en pierres et chaux et 
couvertes en tôle. 

5° Une maison d'employé, planchéiée en bois du pays (leza), à 
trois pièces, véranda devant et derrière, le tout sur maçonné, 
bordée de falafa, couverte en feuilles. 

6° Grand four à chaux donnant sur la rivière pour le charroi des 
coraux, débarcadère, diverses maisons d'engagés ; maisonnette de 
plaisance sur le sommet d'une montagne. 

7o Atelier de forge en pierres et chaux avec matériel. 

S"" Reste d'une vieille usine à cannes, ferrailles, etc., etc. 

9° Environ 130.000 pieds de vanille dont plus de moitié en 
rapport; plus environ 50. 000 lianes en perspective pour la coupe de 
cette année. 

Cafés Libérias« petits cafés, cacaos, arbres fruitiers, plusieurs 
milliers de bananiers, semis divers, métayers plantant vanille et riz 
à la part; riz et maïs en magasin, bois divers, etc., etc. 

10® Un joli troupeau de bœufs, porcs, moutons, cabris, volatiles 
de basse-cour, etc., etc. 

Pour tous renseignements, s'adresser à M. L. de Lastelle, pro- 
priétaire à Nossi-Bé. 

AVIS 

L extrême abondance des matières et le désir que nous avions de 
publier dans ce numéro le compte rendu de l'Assemblée générale du 
Comité de Madagascar, nous ont obtigé à remettre à la Revue du 
10 août la suite du Compendium des plantes malgaches et de la 
Bibliographie de Madagascar^ ainsi que nos correspondances de 
Tananarivc et là série de nos informations mensuelles. 

Nos lecteurs trouveront également, dans notre numéro d'août, la 
Table des matières du premier semestre 1905. 



Le secrétaire f^énéral du Comité de Madagascar 

Directeuk-Gekant : G. DELHORBE 



)8o9> — ' G. de Malherbe, imprimear la, passage des Favorites, XV* 



MADAGASCAR 



DE 1896 A 1905 



Le général Gallieni a remis, dès son arrivée en France, à M. le Mi- 
nistre des Colonies, un rapport (1) très complet sur son adminis- 
tration de la Grande Ile, de 1896 à 1905. 

Ce magnifique travail, dont une grande partie vient d'être publiée 
par le Journal Officiel de France (n<'* des 10, 18, 19 et 25 juillet) 
forme avec les rapports spéciaux des différents chefs de service de 
la Colonie, deux gros volumes in-A^, accompagnés de cartes, plans, 
tableaux et graphiques, et constitue un monument véritablement 
unique de la vie de Madagascar depuis la conquête. 

On ne résume malheureusement pas de pareils documents, trop 
complets par eux-mêmes, bourrés de chiffres et de faits, pour qu'il 
soit possible de le faire sans les déflorer ; encore moins, pouvions- 
nous songer à les reproduire, fût-ce en les sélectionnant : leur am- 
pleur excéderait le cadre de notre Revue. Mais il nous sera tout de 
même permis de mettre sous les yeux de nos lecteurs les conclusions 
si remarquables par lesquelles le général Gallieni résume son œuvre 
— Voeuvre de la France — à Madagascar, montre les résultats 
acquis tels qu'ils sont, sans songer, faisant un récit avant tout 
véridique et sincère, à cacher ce que certains de ces résultats peu- 
vent avoir d'incomplet ou de précaire. 

(1) Madagascar de 1896 à 1905 : Rapport du général Gallieni, gouverneur 
général, au Ministre des Colonies (30 avril 1905). Tananarive. Imprimerie 
officielle. 2 vol. in-4' 

7 



98 REVUE DE MADAGASCAR 

Dans ces pages terminales de son magistral exposé des dix pre- 
mières années de Madagascar devenue terre française, le général 
Gallieni passe en revue la situation politique, administrative, 
financière et économique de la Grande Ile, il décrit l'état social 
de ses habitants, il envisage, enfin, en dernier lieu, l'importante 
question de la défense de la Colonie et des effectifs militaires. 

Nos lecteurs auront donc ainsi, établi par le chef de la Colonie 
lui-même, un aperçu complet des ressources de Madagascar, de sa 
vitalité économique et sociale, en un mot l'exposé le plus récent et le 
plus autorisé de ce qui a été fait et de ce qui devra se faire dans 
notre belle possession de l'Océan Indien. 



I 



Madagascar comptera bientôt dix années d'existence. La 
dernière venue, et après un long intervalle, dans la famille 
coloniale que la France, dans son renouveau d'expansion, s*est 
créée par le monde, elle est, sans contredit, encore dans la 
prime jeunesse ; elle a, il est vrai, essayé ses forces, ce qui, 
par une méprise fréquente, Ta même parfois fait prendre pour 
une tout à fait grande personne. On a vu, ailleurs, combien 
ingrates et décevantes peuvent être ces premières années. 

Mais en admettant qu'on ne demande pas, dès maintenant, 
à Madagascar, le plein épanouissement, il est d'un bon père 
de famille d'examiner comment son temps a été employé. Il 
est sage qu'au seuil d'une nouvelle décade d'années, on 
cherche à déterminer ce qu'ont valu, considérés en soi et rela- 
tivement à leur objet, les efforts qu'elle a exigés, ce que sont 
les résultats, ce que peuvent être les espérances. 

Une appréciation exacte et complète ne peut, sans contre- 
dit, procéder que de rapprochements et de comparaisons; 
d'ailleurs, sans cette double précaution, elle ne saurait déga- 
ger des enseignements, ce qui est bien l'essentiel. 

Il faut, aussi, pour une estimation rationnelle, pratique, des 
efforts nouveaux à dépenser en vue du développement normal 
de notre jeune possession, fixer, sur la voie ouverte, des 
points de repère, se bien rendre compte de ses caractères 



MADAGASCAR DE 1896 A 1905 99 

essentiels et des obstacles rencontrés, en même temps que de 
l'ensemble des moyens employés pour en triompher. 

Il faut encore, afin que la valeur de Madagascar se puisse 
établir à The.ure actuelle avec une approximation suffisante 
dans notre actif colonial, mettre en parallèle et ce qu'était ce 
pays au moment où nous l'avons acquis, et son état présent, 
et ce qu'il en a coûté pour l'amener à cet état. 

i£n ses dix années, la vie de la Grande Ile, possession fran- 
çaise, a été suspendue pendant les dix-huit premiers mois; de 
violentes secousses l'ont dangereusement menacée, ébranlant 
l'organisme en son entier. L'insurrection, dans la masse de 
nos indigènes les plus avancés socialement et économique- 
ment, renversa tous nos projets : nous avions fait fond, pré- 
cisément, sur les ressources, l'état politique et social des 
régions centrales pour parvenir, rapidement et sans à-coups, 
à donner à notre autorité le caractère de suprématie définitive, 
objectif de l'expédition, et pour faire pénétrer notre influence 
civilisatrice dans les autres parties de la Grande Ile. 

La déconvenue fut pénible et coûteuse ; toutes nos forces 
— un moment débordées — durent être concentrées et appli- 
quées à une tâche où le souci d'arrêter les destructions primait 
impérieusement sur tous les autres. 

La révolte accumula les ruines, sacrifia de nombreuses vies 
humaines, dans des régions où l'homme doit travailler avec 
quelque continuité, pour pouvoir se nourrir et s'abriter, et où 
le climat lui est dur. 

Sa répercussion a été lointaine et profonde. Elle a fait 
quantité de victimes, ailleurs que dans les rangs des rebelles. 
La faim, les intempéries, dont beaucoup de familles souffrirent 
cruellement il y a neuf ans, ont produit la misère physiolo- 
gique, qu'on ne peut faire disparaître d*un trait de plume ou 
par un acte de volonté. 

Il y a eu là, chez une race prolifique, un facteur puissant 
de dépopulation qui se fait sentir encore. 

Dès lors qu'il était essentiel tout d'aboixl, de travailler à la 
reconstitution de ressources préexistantes, il apparaît claire- 
ment que la valeur de Madagascar se trouvait singulièrement 
amoindrie. 



100 REVUE DE MADAGASCAR 

La colonie débutait avec un lourd passif, fait non unique- 
ment des complications et des dangers intérieurs ; il y entrait 
aussi, dans une très grande mesure, les notions incomplètes, 
erronées qui, trop généralement répandues et trop vite accep- 
tées comme vraies, avaient prématurément provoqué la for- 
mation, sur des bases incertaines, de maintes entreprises, 
viciées ainsi dès leur origine. 

Nous possédions beaucoup moins que ce que nous avions 
pensé acquérir, même après avoir fait très large part à un 
optimisme, à des illusions, nés d'impatience ou de connais- 
sances superficielles. 

Les quelques années qui nous séparent de cette époque 
devaient, par conséquent, être surtout une période de 
mise au point; les détails de l'organisation du pays ont 
pu, cependant, être précisés, des problèmes définis, des solu- 
tions acquises, avec, toujours, la préoccupation, qui s'impo- 
sait aux pouvoirs locaux, d'éviter à la métropole de nouveaux 
sacrifices et de lui ménager, aussitôt que possible, d'appré- 
ciables compensations. 

Dans cette voie, Madagascar s'est montrée précoce ; sa pré- 
cocité lui a même valu, malgré sa population clairsemée, mais 
à cause, sans doute, des remarquables facultés d'évolution du 
plus grand nombre de ses habitants, d'être couramment mise 
en parallèle avec nos autres grandes (possessions, de long- 
temps ses devancières : assimilation très flatteuse, mais assi- 
milation excessive qu'explique, sans la légitimer, l'attente, un 
peu nerveuse parfois, des profits que doit fournir notre empire 
colonial et de l'allégement des charges qu'il occasionne à 
l'Etat. 

Il est possible que de ce fait, notre jeune possession ait 
éprouvé quelque embarras. Mais pour ce qui concerne exclu- 
sivement les nécessités de son progrès économique et social, 
on s'est attaché à ne lui demander un effort qu'au fur et à 
mesure que ses facultés s'y prêtaient, sans cependant diflTérer 
de le faire dès que le moment semblait venu. 

Cette méthode, qui a fait ses preuves pour l'éducation de la 
jeunesse, semble trouver tout naturellement son utilité pra- 
tique dans la formation d'un pays neuf. Elle est certainement 



MADAGASCAR DE 1896 A 1905 101 

tout Fopposé d'une politique passive, attendant les événe- 
ments sans chercher à les provoquer, politique issue de la 
crainte des responsabilités, qui eût fait de Madagascar un pays 
vieux avant Tâge. 

Elle peut, il est vrai, aboutir à l'excès contraire, au sur- 
menage, d'ailleurs à tout prendre moins dangereux : il est 
pourtant certains efforts qui, jugés inopportuns, donc exces- 
sifs, parce qu'ils n'auront pas paru susceptibles d'une rému- 
nération prochaine, sont commandés par le souci de préparer 
l'avenir. 

Les trois périodes qu'a vécues Madagascar doivent par 
conséquent être envisagées ensemble par un examen sérieux ; 
elles sont liées elle-mémes à la phase préliminaire pendant 
laquelle l'attention de la métropole s'est portée anxieusement 
sur Madagascar sans parvenir à connaître — comme il l'aurait 
fallu avant que des initiatives privées n'y engageassent l'ave- 
nir — cette Grande lie, que couvraient de mystère et nous 
faisaient trompeuse l'absence de voies de communication, la 
difficulté des investigations, la variété des régions et des 
peuplades. 

Je n'ai d'autre prétention que de fournir les éléments d'un 
honnête bilan. De la comparaison du passif, où figurent no- 
tamment les charges diverses héritées par la colonie dès son 
origine, et de Tactif représenté par des résultats positifs, par 
des données sérieuses» auxquelles il convient d'ajouter la 
connaissance des causes d'erreurs commises, j'ai lieu de pen- 
ser qu'il ressortira quelque crédit au bénéfice de Madagascar. 



Il 

Une première remarque se dégagera de cet exposé. C'est 
que nous nous sommes attachés à prévoir et à résoudre, au 
fureta mesure qu'elles naissaient, toutes les questions qui se 
posent dans un pays neuf, au point de vue de l'établissement 
de la sécurité, de l'organisation pqlitique et administrative, 
du progrès économique, du relèvement intellectuel et social 
de nos populations indigènes. L'administration de la colonie 



102 REVUE DE MADAGASCAR 

a voulu éviter d'être automatique et routinière ; elle a ambi- 
tionné d'étendre de plus en plus sa connaissance du pays, 
d'en fouiller les particularités et, celles-ci une fois décelées, 
d'en tenir compte avec le plus grand soin pour perfectionner 
l'œuvre en cours. De là de nombreuses études, des régle- 
mentations nouvelles ou des modifications relativement fré- 
quentes. D'aucuns ont trouvé la législation locale issue ainsi 
de ces travaux, trop abondante et trop éphémère. Pourtant, 
les deux principes dont le gouvernement de la colonie a fait 
sa règle de conduite, sont, je crois, partout admis sans 
discussion : 

1^ L'organisation d'un pays doit être parfaitement en 
rapport avec la nature de ce pays, de ses habitants et du but 
que l'on se propose; 

2^ Toute organisation doit suivre le payé dans son dévelop- 
pement naturel. 

Or, les conditions de ce développement apparaissaient 
souvent«ous des aspects nouveaux, du fait d'un contact plus 
intime avec la population, d'une connaissance plus approfondie 
de leurs coutumes et de leurs traditions, du fait aussi des 
changements qu'a subis l'orientation des entreprises de colo- 
nisation. 

En outre, bien que les règlements financiers soient d'ordre 
général, des dispositions spéciales ont dû, néanmoins, être 
prises suivant les régions, les peuplades, les situations poli- 
tiques et sociales des divers groupements pour qu'il fût 
matériellement possible de donner satisfaction à leurs exi- 
gences. 

Afin de réaliser ce programme de perfectionnement progres- 
sif, il a été fait appel à toutes les bonnes volontés : nos 
fonctionnaires et nos officiers ont, en commun, collaboré à 
cette tâche avec le plus louable entrain et la plus saine 
conviction. Si, au cours des neuf années écoulées, il a pu se 
produire quelques défaillances individuelles — et quel est le 
milieu social où il ne s'en produit pas? — l'ensemble, je tiens 
à le déclarer hautement^ n'a subi l'impulsion que d'une 
émulation généreuse et a bien mérité de la France. 

Ces efforts ont-ils répondu, dans leurs résultats, aux désirs 



MADAGASCAR DE 1896 A 1905 103 

de la métropole? A Madagascar, subissant rinfluence de l'iso- 
lement, ou omettant de faire des comparaisons nécessaires, 
ne nous sommes-nous pas exagéré ce qu'il est permis 
d'attendre de notreunouvelle^possession ; et, influencés par ces 
illusions, n'avon&-nous pas employé des moyens trop grands, 
hors de proportion avec ce qu'il faut raisonnablement 
escompter? 

En somme, le j programme que la France voulait remplir 
à Madagascar après la conquéte»se résumait ainsi : 

1^ Etablir définitivement son [autorité dans la Grande-Ile : 
cet établissement définitif impliquant l'occupation et l'orga- 
nisation de tout le territoire; 

2^ Y faire à son commerce une situation privilégiée; 

3** Réduire, en même temps, les charges résultant pour 
elle de sa nouvelle acquisition et créer, par conséquent, le 
plus tôt possible, à Madagascar, des ressources propres lui 
permettant de se suffire. J'ai à peine besoin de rappeler com- 
bien, dans la pratique, il était difficile de concilier ces deux 
propositions : le marché de Madagascar ne pouvait être 
réservé aux produits français qu'à la condition de priver la 
jeune colonie de ses revenus les plus importants, les plus 
sûrs, les moins vexatoires, d'une perception facile et peu coû- 
teuse ; 

4° Permettre aux initiatives privées de s'exercer partout 
librement dans la Grande Ile, et leur assurer les garanties 
qu'elles n'avaient pu obtenir du gouvernement de la reine; 

5" Respecter les statuts et institutions^des indigènes, mais 
améliorer leur condition sociale. 



111 



Silualion politique. — L'occupation de File est complète ; 
l'action de la France s'étend partout, sous la forme non pas 
seulement d'une influence politique, mais d'une autorité efl*ec- 
tive. Madagascar est bien, aujourd'hui, la « France Orien- 
tale »; notre pays y exerce toutes les prérogatives qui 



104 REVUE DE MADAGASCAR 

s'attachent au territoire national. Si, dans la colonie étran- 
gère, persistent encore quelques hostilités anciennes, celles- 
ci ne sont qu'individuelles; la question étrangère n'existe 
plus ; toutes les difficultés qu'elle avait soulevées, notamment 
au point de vue intérieur — engagements divers pris par 
l'ancien gouvernement malgache vis-à-vis de particuliers, 
privilèges spéciaux pour l'occupation* du sol, etc., — sont 
complètement et définitivement résolues. 

Sur la plus grande étendue de la colonie, notre autorité est 
acceptée volontiers par la majeure partie des populations 
indigènes; elle est sympathique au plus grand nombre de 
nos sujets malgaches. Le chef d'une circonscription du centre 
de la côte Kst m'écrivait récemment à ce propos : 

« Les importantes réformes introduites par le Gouverne- 
ment français dans son élat social — abolition de l'esclavage, 
suppression des prestations, impulsion donnée aux œuvres 
humanitaires d'assistance — ont montre à l'indigène les ten- 
dances et le caractère de notre occupation. Le critérium cer- 
tain du changement survenu dans sa mentalité est l'abandon 
croissant où il laisse ses sorciers. Il a moins recours, 
aujourd'hui à leurs conseils, et commence à douter de la vertu 
de leurs pratiques. Dans les premières années de l'occypa- 
tion, il éprouvait une crainte inconsciente et irraisonnée de 
nos hôpitaux, médecins, méthodes curatives scientifiques. On 
peut voir, maintenant, nombreux, les jours de consultation, 
les indigènes se présenter au médecin de l'assistance médi- 
cale. » 

Ces réflexions, qui étaient faites pour la population d'une 
province betsimisaraka, peuvent s'appliquer à la plupart des 
autres peuplades. 11 y a entre elles des différences très mar- 
quées au point de vue du développement général ; mais en 
dehors du pays Hova, dont l'insurrection dérivait d'un certain 
esprit national, celles même qui ont lutté contre nous par 
tempérament guerrier, par cet esprit d'indépendance qui 
caractérise certaines races primitives, apprécient le soin 
avec lequel nous avons tenu compte de leurs traditions, en 
ce qu'elles n'étaient contraires ni à l'humanité, ni au bon 
ordre, ni aux légitimes intérêts de leurs voisins; elles com- 



MADAGASCAR DE 1896 A 1905 105 

meucent à comprendre que nous avons en vue leur bien-être, 
— par notre souci manifeste d'assurer la sécurité des per- 
sonnes et des biens, — par la régularité de notre administra- 
tion qui, tout en donnant satisfaction à leurs aspirations, en 
associant leurs chefs au commandement, s'oppose aux exac- 
tions, — par Textension, enfin, des œuvres humanitaires. 

Chez les populations du plateau central, cette idée est, 
depuis plusieurs années, très nette et s'affirme en maintes 
circonstances. 

Les sympathies que nous avaient gagnées, dès le début, la 
suppression de l'esclavage et la sollicitude témoignée aux 
esclaves libérés, ne se sont jamais démenties. Les anciens 
esclaves, qui, dans les premiers temps de leur émancipation, 
avaient, un moment, paru vouloir user de façon un peu exces- 
sive de la liberté, ayant vu surtout, en elle, tout d'abord, la 
faculté de ne rien faire, ont été les premiers à suivre nos con- 
seils, se sont affirmés, en toutes circonstances, fidèles et 
loyaux; ils forment aujourd'hui, une classe tranquille, et — 
j'ai tout lieu d'en être convaincu — dévouée à nos institutions. 
DeTétatde servage, ils ont été amenés, par la tutelle bien- 
veillante que nous avons exercée sur eux, par le système des 
impôts, à la situation de petits cultivateurs et de salariés 
libres ; en louant leurs services, ils ont aidé à résoudre une 
des questions difficiles qu'avait soulevées la suppression de 
l'esclavage et des privilèges féodaux. 

Quant au vieux parti national Hooa^ qui a été pendant 
longtemps pour nous, un sujet d'inquiétudes, il paraît s'être 
fondu dans l'ensemble de la population. On sait que, formé 
de la haute bourgeoisie et de la noblesse, il fomenta et dirigea 
rinsurrection. En le privant de situations qui étaient pour lui 
fort lucratives par l'abus qu'il en faisait, en le privant, aussi, 
d'une grande partie de sa fortune, constituée précisément 
par les esclaves et les droits seigneuriaux, nous nous étions 
attiré sa haine. Il semble bien que cette haine n'existe plus, 
du moins comme esprit de parti politique, 

La haute bourgeoisie, la noblesse, bien qu'elles fussent, 
avant la conquête, tout près du pouvoir, en raison, l'une de 
ses attaches avec Rainilaiarivony, l'autre de ses liens avec la 



lOô REVUE DE MADAGASCAR 

famille royale, n'étaient pas toujours à Tabri des fantaisies et 
des excès de ce pouvoir. Elles sont arrivées à reconnaître les 
avantages qui résultent pour elles des garanties assurées à la 
propriété et au droit des personnes, grâce au régime dont la 
France a doté le pays. L'une et l'autre en ont tiré profit, pour 
fructifier leurs fonds — à Tananarive et au cœur de Flme- 
rina en particulier — au moyen de la construction de nom- 
breuses maisons et pour se lancer dans le négoce et l'indus- 
trie; la jeune génération manifeste, dans ce sens, une 
activité de bon augure. Elles ont été sensibles aux généreuses 
mesures de clémence prises à l'égard de ceux de leurs 
membres compromis dans la rébellion. Les hautes distinc- 
tions — celles que les Français ambitionnent entre toutes — 
accordées à deux notables, faits chevaliers de la Légion 
d'honneur, les ont, aussi, profondément impressionnées. 

Le large débouché qui leur a été ouvert dans les services 
publics, la collaboration étroite des fonctionnaires indigènes 
à l'administration provinciale leur ont témoigné que la 
France savait oublier les hostilités anciennes. 

D'ailleurs, dans la classe supérieure, il s'est formé chez les 
jeunes, un esprit nouveau qui est certainement favorable à la 
France. 

Les divisions très tranchées existant au moment de 
la conquête dans la population, divisions qui avaient précisé- 
ment contribué à la formation, du vieux parti Hova, sont 
actuellement très effacées. On sait que le gouvernement de la 
colonie n'a jamais laissé passer l'occasion de rapprocher 
entre elles les diverses classes. Je les ai réunies autour de 
moi, en plusieurs occasions solennelles : translation, à 
Tananarive, des restes mortels de Rainilaiarivony, le 
4 octobre 1900; inauguration du monument commémoratif de 
l'annexion, dû à la généreuse initiative du comité de Mada- 
gascar, le 23 novembre 1901 ; inauguration du buste de Jean 
Laborde, le 23 mai 1903; réceptions et bals donnés, au gou- 
vernement général, aux notables indigènes de toutes castes ; 
remises des décorations de Tordre du mérite créé, le 
14 mai 1901, pour encourager les meilleurs serviteurs delà 
France; réunions à l'occasion dés concours agricoles, fêtes 



MADAGASCAR DE 18% A 1905 107 

des enfants, distributions des prix aux élèves de nos écoles, 
inaugurations d'hôpitaux, etc. 

Ces occasions de rapprochement, que j'ai provoquées dans 
la population indigène, très sensible à toutes les manifesta- 
tions extérieures, n'ont pas été étrangères à la transmission, 
d'une classe à l'autre, de sympathies pour la France et à une 
sorte de nivellement politique et social, favorable à notre 
influence. Sans doute, il convient de tenir compte encore des 
idées qui s'attachent aux différences de castes ; mais on peut 
prévoir que, dans un avenir prochain, elles n'appartiendront 
plus qu'à l'histoire. A ce point de vue, le Ho va, pratique avant 
tout, a évolué très vite. Cette évolution est due, en grande par- 
tie, à l'extension de notre œuvre et de nos méthodes d'ensei- 
gnement; elle est une garantie sérieuse de sécurité politique. 

Pour l'ensemble de la population de l'imerina, l'impartialité 
et l'intégrité de notre justice ; les précautions que nous avons 
prises pour la mettre à l'abri des exactions, pour sauvegarder 
ses droits sur le sol et ses produits; la reconstitution sur des 
bases solides, du fokon'olona, qui lui permet de faire valoir, 
le cas échéant, ses revendications ; nos œuvres humanitaires ; 
nos grands travaux eux-mêmes, pour l'exécution desquels, il 
est vrai, elle paye l'impôt, mais dont elle saisit le but utili- 
taire, puisqu'elle en a déjà tiré profit; l'égalité et la fixité des 
charges pour tous, sont autant de progrès dont elle a saisi 
la portée pratique. Apte, indiscutablement, à faire des com- 
paraisons, celles qu'elle établit entre le présent et le passé 
sont, sans contredit, à l'avantage du présent 

La situation politique et l'état d'esprit général sont donc 
excellents dans l'imerina. 11 en est de môme — et pour des 
motifs analogues — chez les populations Betsileo, bien que 
ces dernières soient intellectuellement, et socialement, moins 
avancées que les Hova. 

11 faut cependant compter encore avec la crédulité natu- 
relle des indigènes. A ce point de vue, le gouvernement de la 
colonie ne doit pas cesser d'être vigilant. 11 peut se trouver 
quelques irréductibles, vestiges de l'ancien parti national, 
qui cherchent à exploiter, au détriment de la France, de faux 
bruits touchant aux événements extérieurs. 



108 REVUE DE MADAGASCAR 

Dans rOuest deTImerina, qui, avant Toccupation française 
et la pacification, fut, pendant longtemps, le refuge de nom- 
breux malfaiteurs de connivence avec les pillards Sakalava, 
quelques individus ayant appartenu aux anciennes bandes de 
tontakely, à celles, notamment, de Rainibetsimisaraka, pour- 
raient être tentés de reprendre leur ancienne vie de désordres,' 
si notre surveillance n'était pas très active. 

D'autre part, les missions étrangères sont bien, je le répète, 
d'une correction et d'un loyalisme parfaits ; mais certains de 
leurs agents malgaches, vivant sur les souvenirs du passé, 
mettent quelquefois du trouble dans les esprits, en évoquant 
ridée surannée de rhostilité franco-anglaise. 

Ces faits ne sont toutefois pas de nature, dans les circons- 
tances normales, à porter atteinte à la sécurité du pays, qui 
ne donne pas d'inquiétudes, mais ils doivent toujours être 
observés de près. La situation politique et l'état d'esprit de 
nos sujets malgaches font également l'objet de constatations 
très satisfaisantes, partout ailleurs que dans les parties res- 
treintes des circonscriptions de Farafangana et de Fort-Dau- 
phin, où ont éclaté les derniers troubles. Chez les Ântakara 
et les Sakalava du Nord et de l'Ouest, chez les Bara du Sud, 
où l'action militaire avait précédé l'action politique et admi- 
nistrative et où celle-ci a complété celle-là, je crois pouvoir 
dire que notre autorité est bien assise. Aussi, ces populations 
relèvent-elles, pour la plus grande partie, de l'autorité civile 
qu'il n'y aura pas d'inconvénient à étendre, prochainement, au 
cercle de Maevatanana. On pourrait, à la rigueur, prendre 
la môme mesure pour les cercles de Maintirano et de Moron- 
dava, où la reconstitution des organismes indigènes, les situa- 
tions avantageuses faites aux chefs traditionnels et les égards 
dont nous les entourons, ont gagné à la cause française de 
puissantes influences locales ; mais on ne saurait oublier que 
pendant des siècles ces populations du Menabe, chez lesquelles 
règne aujourd'hui la tranquillité et qui commencent à s'adon- 
ner aux travaux pacifiques, ont vécu de pillages et ont eu 
pour unique objectif les satisfactions sauvages des guerres 
de clans. Pour ne pas favoriser de fâcheux retours d'atavisme, 
qui, avec ces gens — d'esprit très mobile — peuvent dépendre 



MADAGASCAR DE 1896 A 191^ 109 

d'un mouvement impulsif, de faux bruits, il est sage de ne 
rien changer au régime actuel, avant d'avoir la certitude que 
leur soumission, acquise par les armes, est pleinement confir- 
mée par la notion de leur propre intérêt. C'est, à mon sens, 
TafTaire de deux ou trois ans, avec l'extension de l'enseigne- 
ment et de l'assistance médicale, le maintien du système d'ad- 
ministration indigène que nous avons organisé, la continuation 
normale de l'essor économique de cette partie de la Colonie. 

Quant aux régions récemment troublées, peut-être est-ce 
précisément parce que Torganisation administrative y a été 
commencée déprime abord, que nous avons eu à y déplorer 
les derniers incidents. La révolte a eu pour foyer, on s'en 
souvient, une région qui était restée en dehors de l'occupation 
militaire et que ni le commerce ni la colonisation n'avaient 
pénétré jusqu'en ces derniers temps. Puis, à la suite des 
intéressantes découvertes aurifères faites dans la région de 
Fianarantsoa, le pays a été parcouru par plusieurs prospec- 
teurs. Le prétexte du mouvement de rébellion a été l'impôt; 
le motif véritable, pour ces tribus indépendantes, sauvages 
et guerrières, fîères des victoires qu'elles ont, jadis, rem- 
portées sur lesHova, il faut le voir aussi bien dans leur amour 
du brigandage, et dans leur opposition à l'établissement de 
l'Européen chez elles, sur le sol des ancêtres dont, cependant, 
elles ne tirent pas profit, que dans leur ignorance et dans l'in- 
fluence néfaste des sorciers. Le maintien de l'impôt, facile- 
ment accepté partout ailleurs, du moment qu'il est général, 
s'impose donc dans le Sud, au même titre que l'extension de 
nos œuvres sociales, comme une nécessité politique, quand 
bien même il ne serait pas une nécessité financière et écono- 
mique. 

Le calme est aujourd'hui revenu parmi les tribus de Fort- 
Dauphin, qu'avaient entraînées leurs voisins les Ântaisaka. 
Dans la province de Farafangana se trouve encore un groupe 
d'insurgés abandonnés par la masse de la population, chez 
laquelle nous avons trouvé de fidèles et courageux partisans. 
Le rétablissement de l'ordre peut être considéré comme acquis, 
à condition toutefois de conserver, pendant quelque temps en- 
core, dans cette région, des troupes régulières suffisantes. 



110 REVUE DE MADAGASCAR 

La situation est donc bonne dans l'ensemble de la colonie» 
Tétat des esprits très satisfaisant chez le plus grand nombre 
de nos sujets malgaches. C'est grâce à cet état d'esprit que, 
trois ans après l'occupation par nos troupes de toutes les 
régions, nos colons ont pu porter leurs recherches sur toute 
rétendue de la Grande lie, bien qu'a priori les vastes espaces 
désertiques qui s'y rencontrent rendent la surveillance diffi- 
cile et se prêtent aux attentats de toutes sortes. 

S'il est indispensable que nos chefs de' circonscription ne 
s'abandonnent pas à une quiétude complète, en ce qui con- 
cerne particulièrement certaines tribus les plus récemment 
soumises, et observent, avec un soin minutieux et constant, 
leur mentalité d'êtres impulsifs et encore à demi sauvages, il 
n'en est pas moins acquis que notre autorité s'exerce surtout 
par Finfluence morale obtenue sur les populations. Les impor- 
tantes réductions apportées aux effectifs militaires et aux 
forces de police stationnés dans les provinces en sont, entre 
autres témoignages, l'évidente démonstration. 

Cette situation persistera si le gouvernement de la colonie 
continue cette politique de races, qui nous a donné de bons 
résultats et tient toujours compte, dans les mesures d'en- 
semble, de la diversité des peuplades et des régions. 

Général Gallieni. 
(A suivre) 



LES 



ANIMAUX DISPARUS 

DE MADAGASCAR 

GISEMENTS, ÉPOQUES ET CAUSES DE LEUR 

DISPARITION <i) 



C'est en 1851 que rattenlion du monde savant fut attirée 
pour la première fois sur la paléontologie de Madagascar, 
grâce à un œuf de dimensions extraordinaires que Geoffroy 
Saint-Hilaire a présenté à l'Académie de$ Sciences. Quinze 
ans plus tard, mon père découvrait dans les marais de la côte 
occidentale de File, entre autres débris paléontologiques, 
des restes d'un petit hippopotame et d'une tortue géante. 
En 1893, M. Muller se procurait, à Antsirabe, des vestiges 
de plusieurs nouvelles espèces d'oiseaux, et, en 1895, un 
collectionneur, M. Last, trouvait le crâne d'un Mammifère 

(1) Celte étude est exti-aile et résumée d'un important travail que notre 
collègue et ami, M. G. Grandidier, vient de consacrer aux Lémuriens disparus 
et, en particulier à ceux qui vivaient à Madagascar, travail qull a présenté, 
il y a quelques jours, avec le plus grand succès, à la Faculté des Sciences 
de Paris comme thèse de doctorat ès-sciences. 

Nous sommes heureux de reproduire ces passages, qui forment en 
quelque sorte un avant-propos aux descriptions systématiques et anato- 
miques que M. G. Grandidier consacre aux quatre familles de Lémuriens 
retrouvés jusqu'Ici à Madagascar. Nous espérons qu'ils intéresseront nos 
lecteurs, étant donné surtout les récentes découvertes faites à Ampasam- 
bazimba, près de Tananarive, dont notre Revue et le Bulletin de l'Académie 
malgache ont, à plusieurs reprises, signalé l'importance. 

Que M. G. Grandidier veuille bien trouver ici l'expression de nos sincères 
compliments pour le beau travail qui lui a valu les félicitations unanimes des 
professeurs de la Faculté des Sciences, et accepter tous nos remerciements 
pour la nouvelle marque d'intérêt qu'il témoigne une fois encore à la Bévue 
de Madagaxcar, et dont nous lui sommes très reconnaissants. 



112 REVUE DE MADAGASCAR 

inconnu, de grande taille, dont la place systématique dans la 
série zoologique était difficile à déterminer, mais qui, après 
de minutieuses études, fut considéré comme le type d'une 
nouvelle famille devant prendre place non loin des Adapis, 
animaux qui vivaient en France à Tépoque tertiaire, et des 
Lémuriens actuels. 

Telles sont les principales découvertes qui démontrèrent la 
récente existence à Madagascar de nombreux animaux aujour- 
d'hui disparus, mais qui devaient former, il y a quelques siè- 
cles à peine, un ensemble caractéristique et donner à la faune 
de rile de Madagascar, déjà si étrange et si spéciale, un aspect 
très particulier. 

Depuis 1895, Milne-Edwards et Filhol en France, Forsyth 
Major et Andrews en Angleterre, Lorenz von Liburnau en 
Autriche, Guldberg en Norvège, et Burckhardt en Suisse ont 
publié des travaux sur la paléontologie des vertèbres mal- 
gaches, et, quoique plusieurs points soient encore loin d'être 
élucidés^ il est utile de résumer dès maintenant nos connais- 
sances à ce sujet. 

Les principaux gisements reconnus jusqu'à ce jour sont 
situés soit dans la partie volcanique du centre de Madagascar, 
soit dans la région calcaire qui s'étend le long de là côte sud- 
ouest, soit encore dans les grottes creusées dans les falaises 
de l'extrême-sud de l'île. 

Non loin d'Antsirabé, petite ville située au nord-ouest de 
rimerina et renommée dans toute l'Ile pour ses sources miné- 
rales chaudes, dont la composition rappelle celle de Vichy, se 
trouve le gisement le plus célèbre parmi ceux du centre ; de 
nombreux voyageurs et collectionneurs y ont fait des fouilles, 
paripi lesquels et l'un des derniers, M. Jully, directeur du ser- 
vice des bâtiments civils, qui s'est consacré avec tant de talent et 
de dévouement à l'étude de Madagascar. Il y a entrepris des re- 
cherches méthodiquespour recueillir des documents en vuede la 
participation officielle delà Colonie à l'Exposition de 1900. Dans 
un intéressant travail intitulé les Tourbières d'Antsirabé (l) y 

{l) A. Jully. Les lourbières d'Antsirabé el les animaux disparus de Mada- 
gascar, Tananarive. Nolesj Reconnaissances et Explorations, sept. 1899, 
pp. 1175-1183, avec carte. 



LES ANIMAUX DISPARUS ll'î 

M. JuUy parle dans les termes suivants du gisement et de ses 
environs : 

ft Les tourbières dans lesquelles se trouvent les squelettes 
sont toutes situées à proximité des volcans et bordées d'an- 
ciens cratères dont les coulées de laves sont accusées encore 
par les formes arrondies qui les terminent dans les cuvettes. 
Si Ton examine toute cette vaste plaine d'Antsirabe, dont les 
vallées orientées N.-O.-S.-E. semblent descendre vers un bas- 
fond que limite au sud la montagne d*Ibity, et si Ton compare 
cette région Est du soulèvement avec le Sud-*Ouest commen- 
çant au marais de Marovoalavo pour continuer presque jusqu'à 
Betafo, au sud de ce point par une plaine ininterrompue, 
marécageuse, il semble que la rive méridionale d'un ktc 
gigantesque apparaît nettement. Dans les coupes de terrains, 
au-dessous des tourbes, des végétaux, des terres rouges 
mélangées de débris volcaniques, partout, aussi bien dans la 
vallée des Eaux minérales que dans le marais d'Andrangy, 
comme dans celui de Marovoalavo, un lit de gravier se 
retrouve à la même profondeur, 1 '"90 environ. 

« L'état de conservation est différent suivant les points. 
Tandis que dans la Vallée des Eaux les têtes d'hippopotames 
et les gros ossements se retrouvent entiers et en parfait état, 
dans la vallée d'Andrangy, ils sont brisés, dans un état de 
décomposition avancée qui, souvent, ne permet pas de les 
extraire. D'autre part, alors que les petits ossements font 
totalement défaut dans la première vallée, ils se trouvent en 
abondance dans la seconde et bien conservés au milieu des 
débris d*os d'hippopotames. Il est juste de remarquer aussi 
que les ossements provenant d'un même individu se trouvent 
toujours groupés dans un espace relativement restreint : ceux 
des petites espèces, par exemple, ont été retrouvés dans une 
superflcie de un mètre carré. L'orientation générale des sque- 
lettes est dans le sens des vallées, et les membres sont placés- 
dans leur position normale par rapport au corps. Il semble, en 
un mot, que tous ces êtres aient été frappés à la place même 
où ils se trouvaient. Les débris volcaniques, les scories, les 
morceaux de bois, de branches et de plantes, carbonisés, 
racontent éloquemment ce cataclysme, ce soulèvement, cette 

8 



114 REVUE DE MADAGASCAR 

boursouflure énorme qui vint tout à coup crever au milieu 
de Madagascar. Elle fit de TAnkaratra un formidable anthrax, 
par où de soixante-dix bouches (c'est le nombre de cratères 
éteints comptés par M. MuUens) s'écoulèrent des torrents de 
lave et de boue sur les fonds soulevés des grands lacs, dans 
les sillons creusés par Técoulement de leurs eaux, ensevelis- 
sant les plantes et les animaux sous des amas de terres 
liquides et figeant la vie dans une gangue où la corruption 
même ne put l'atteindre complètement. 

« Il est remarquable, en effet, de voir sortir de ces tourbes 
noires les touffes de jonc ou d'herbes à longue tige lancéolée, 
rougeâtreset intactes au point que, laissées sur le sol par des 
fouilles faites il y a cinq ans (M uller, 1893), elles ont résisté à 
l'action du soleil et de la pluie et, dépouillées de leurs gangues 
de terre, ressemblent aux tas de varechs que nos pécheurs font 
sur le rivage delà mer.Çà et là, des troncs d'arbres de grandes 
dimensions émergent, près des tiges brisées de palmiers recon- 
naissables à leurs nœuds irrégulièrement espacés et cir- 
culaires, des petites branches menues en quantité innom- 
brable, enfin la caractéristique d'une végétation dense, épaisse, 
qui couvrait les bords de ces lacs ou les plateaux devenus 
marais à leur tour. Et du chaos produit par le cataclysme 
dans lequel ont sombré les représentants d'une faune et d'une 
flore plus tropicale évidemment que celle des hauts plateaux 
à rheure actuelle, sort pour nous une superposition ordon- 
née qui, dans ses diverses couches, nous révèle méthodique- 
ment les époques. » 

On voit par cet extrait, que M. Jully croit à la destruction 
de ces animaux par le fait d'un cataclysme volcanique, et 
cependant, en certains points, il reconnaît dans les diverses 
couches une superposition ordonnée indiquant des époques 
successives. Il me semble qu'il y a là un fait qui exclut l'idée 
d'un bouleversement, et, comme nous le verrons à la fin de 
ce chapitre, il me paraît plus plausible d'admettre que plu- 
sieurs causes naturelles sont venues concourir pour causer la 
disparition de cette faune et l'expliquent suffisamment sans 
qu'on soit obligé de recourir à l'hypothèse d'un soulèvement 
volcanique. 



LES ANIMAUX DISPARUS 115 

Un second gisement qui paraît contenir des documents 
précieux a été découvert récemment dans cette même région 
volcanique; il est situé dans la province de Miarinarivo, au 
sud-ouest du petit village de Tsarazaza. On a donné à cet 
endroit le nom d'Ampasambazimba, en raison de Texistence, 
non loin de là, d*un tombeau de Vazimba. Ce gisement, autour 
duquel apparaissent des affleurements de calcaire, a la forme 
d'un demi-cercle limité par le cours du Mazy et par les faces 
terminales de coulées de basalte. Sa plus grande dimension 
est d'environ 200 à 250 mètres. Dès qu'on perfore la roche 
sédimentaire en un point quelconque de cette cuvette, on 
donne naissance à une venue d'eau paraissant abondamment 
" chargée d'acide carbonique analogue à celle qui s'écoule 
d'une source ferrugineuse naturelle voisine, la source de 
Mahatsinjo, située à quatre kilomètres à l'Ouest. La roche 
calcaire qui remplit toute la vallée ou à peu près, se montre 
généralement à la surface non recouverte de lave. Son épais- 
seur n'a pas été déterminée avec précision, mais elle doil dé- 
passer 2 mètres. Les ossements sont immédiatement sous la 
couche d'humus, profonde de 30 à 40 centimètres en général, 
quelquefois de 1 mètre; ils reposent sur le banc de dépôts 
sédimentaires dans lequel ils sont parfois incrustés, à tel point 
qu'il est impossible de les dégager. Un certain nombre de 
pièces de squelette d'hippopotame et d'autres animaux sont 
soudées entre elles par des concrétions calcaires. Les débris 
sont épars dans toutes les directions ; il n'a pas été possible, 
jusqu'à présent, de réunir les éléments d'un même squelette, 
non seulement les os appartenant à des individus, mais même 
à des espèces différentes étant pêle-mêle, disséminés sous la 
couche de terre végétale. 

M. l'administrateur Raybaud, à qui l'on doit la découverte 
de ce gisement, ajoute que certaines pièces semblent avoir 
subi l'action du feu ; des scories informes, des cendres volca- 
niques mêlées à des formations calcaires emprisonnent quel- 
quefois un os, et, sur ces débris à demi calcinés, des traces 
métalliques irisées sont parfaitement visibles. 

Des graines, des noyaux en grand nombre, ont aussi été 
trouvés, mêlés aux ossements et à des pièces de bois, dont 



116 REVUE DE MADAGASCAR 

quelques-unes sont admirablement conservées. Cinq variétés 
de noyaux, au moins, ont été reconnues, la majorité d'entre 
eux identifiables avec les fruits de végétaux vivant encore 
maintenant dans la région. 

Tel esl le résumé de la description que M. l'administrateur 
Raybaud et MM. Baron et Mouneyres (1), qui Font scientifi- 
quement exploré, donnent de ce gisement. Son importance 
fossilifère nous est aussi signalée par M. Standing (2) dans son 
travail en cours de publication et par Tétude sommaire qu'il 
a fait de quelques-uns des restes de Lémuriens qui y ont été 
découverts. 

Ces descriptions, à première vue, paraissent apporter un 
argument important aux personnes qui attribuent la disparition 
de ces animaux à un cataclysme volcanique; cependant, si Ton 
réfléchit, on ne voit pas, même dans ces conditions, pourquoi 
il faut conclure que le feu souterrain a été la cause de la mort 
de ces êtres. N'est-il pas logique de croire plutôt que son 
action s'est exercée sur les restes d*animaux morts depuis 
longtemps? Une éruption volcanique ayant pour effet un sou- 
lèvement a pu être la cause de Tentralnement par les eaux 
de ces débris, d'où mélange de fragments brisés, et cependant 
conservation de pièces de bois en parfait état; ce qui n'eût 
pu avoir lieu si l'action ignée s'était produite sur l'emplace- 
ment même. Enfin, pour expliquer l'irisation métallique, les 
concrétions calcaires dont quelques os sont couverts, il 
suffit de se rappeler que tout autour et dans le gisement lui- 
môme, il se trouve des sources minérales. 

Les gisements situés dans la région occidentale de Mada- 
gascar se présentent d'une façon un peu difl*érente; ils sont 
échelonnés sur la côte, à peu de distance de la mer, à quel- 
ques centaines de mètres seulement, dans les prairies maré- 
cageuses qui sont comprises entre la bande de sable littorale 
et les premières collines de la chaîne côtière. On en signale 
tout le long du canal de Mozambique, depuis rembouchure 

Jl) Baron (Rev.) et Mouneyres (cap.). Rapports sur une tournée géologique 
effectuée en 1903 dans l'ouest et le nord-ouest de Madagascar, Tananarive* 
Bull, économique de Madagascar, 1*' trinicBtre 1904, pp. 1-20. 

(2) Standing (H. F.) Rapports sur des ossements suh-fossiles provenant d'Am^ 
pasambazimba Tananarive, Bulletin trimestriel de rAcadémie malgache. 
4* trimestre 1903 {V* partie, pp. 227-235 a^ec pi.). 



LES ANIMAUX DISPARUS 117 

de la Tsiribihina jusqu'au pays Mahafaly; mais les princi- 
paux points où des fouilles sérieuses ont été effectuées sont, 
en allant du nord au sud, Ankevo, Belo, Lamboharana et 
Ambolisatra. Il faut remarquer que toutes ces localités sont 
célèbres parmi les indigènes des environs comme des points 
d'eau douce ; celle-ci est en effet, sauf aux embouchures des 
fleuves, relativement rare dans toute la région côtière. 

A Lamboharana, près du village de pécheurs d'Itampolo- 
vé, le gisement, au lieu d'être dans une prairie maréca- 
geuse, affecte la forme d'une cuvette entourée d'une cein- 
ture de roches calcaires qui vient "affleurer le sol. Elle 
a une centaine de mètres de diamètre, et est remplie 
de terre végétale à travers laquelle Teau source cons- 
tamment. Les ossements sont à une profondeur assez 
faible, qui ne dépasse jamais deux mètres ; ils sont enchâs- 
sés dans un humus compact, qui, pendant les travaux, se 
transforme rapidement en boue à cause de Teau qui envahit 
de suite les fouilles au fur et à mesure qu'on creuse ; c'est 
même là l'obstacle le plus considérable à la conduite métho- 
dique des recherches et qui, aussi bien dans la région occiden- 
tale que dans le centre de l'Ile, empêche de trouver des sque- 
lettes complets; car on est obligé de tâter les ossements 
immergés soit avec une bêche, soit avec la main ou le pied, 
selon la profondeur à laquelle ils sont situés sous l'eau et de 
les retirer un par un, en un mot, d'opérer, à l'aveuglette. Il 
est juste d'ajouter que certains de ces gisements sont d'une 
extrême richesse; à Lamboharana en particulier, les débris 
des animaux les plus divers sont en contact les uns avec les 
autres, et il semble que la terre a eu pour unique rôle de 
combler les insterstices d'un immense ossuaire. 

A Andrahomana, qui est situé au sud et non loin de Fort- 
Dauphin, nous nous trouvons en présence d'un gisement d'un 
tout autre ordre ; c'est dans le sol des grottes creusées à la 
base de la couche de calcaire, au point où elle est en contact 
avec les roches cristallophylliennes qui forment le soubasse- 
ment de la côte orientale de Madagascar, qu'on trouve les 
fossiles. 

La principale de ces excavations, celle où Sikora, 



118 REVUE DE MADAGASCAR 

M. Alluaud, le lieutenant Gaubert et moi-même (1) avons fait 
de si fructueuses récoltes, est une caverne de très grande 
dimension dont la seule entrée domine la mer par un à-pic 
d'une dizaine de mètres. [La voûte, dont la hauteur moyenne 
peut être approximativement fixée à une vingtaine de mètres^ 
s'est effondrée dans la partie la plus éloignée de l'entrée. C'est 
à cette circonstance que la grotte doit son merveilleux pitto- 
resque, car, par cette ouverture béante, pénètrent non seule- 
ment les rayons de soleil qui en éclairent l'intérieur, mais 
aussi de nombreuses lianes et des plantes grimpantes ; mal- 
heureusement aussi, de ce fait, le sol est jonché d'énormes 
blocs détachés du toit ou entraînés par sa chute; leur pré- 
sence est une*-gône et un danger pour les fouilles, qu'on ne 
peut effectuer que par petites tranchées verticales entre eux. 
C'est parce trou probablement aussi que beaucoup d'animaux 
postérieurement à cet éboulement sont entrés ou tombés acci- 
dentellement dans la grotte, d'où ils n'ont pu ressortir; leurs 
débris jonchent le sol ou sont à peu de profondeur dans un 
sable fin et sec, qui les a conservés d'une remarquable façon. 
Si les gisements de^la côte occidentale, comme Ambolisatra, 
où, depuis sa découverte par mon père en 1865 pas un voya- 
geur n'es passé sans y faire des recherches, paraissent iné- 
puisables, la caverne d'Andrahomana a été par contre très 
rapidement épuisée. 

Les animaux dont on retrouvé les débris dans ces ossuaires 
étaient nombreux; la majorité d'entre eux étaient de grande 
taille; ils sont aujourd'hui disparus, mais formaient encore, à 
une époque récente, toute une faune, dont il importe de pré- 
ciser les éléments, non seulement parce qu'il est intéressant 
de connaître ce qu'étai'^nt ces animaux par eux-mêmes, mais 
aussi quel était le caractère général de cette faune. 

Jusqu'à présent, on n'a trouvé que peu d'invertébrés; quel- 
ques fragments de carapace de crabes qu'on peut rapporter 
au genre Telphusa ei de nombreuses coquilles^de mollusques 
terrestres ou d'eau douce tels que Bulimus, Hélix, Cyclos- 
toma.,,^. etc. 

(l) GRANDioiEn {G.).l0b8e* vaiions sur les Lémuriens disparus de Madagascar 
{collections Alluaud, Gauberf, Grandidier). Paris, Bull. Mus. Hist. Nat. 1902, 
nov. pp. 497-505. et déc. pp 'JOy-bQ?, avec flg. 



LES ANIMAUX DISPARUS 1 19 

Tous ces animaux sont encore abondants dans le voisinage 
des gisements de fossiles. 

On n'a encore rencontré aucun vestige de Poisson qui fût 
déterminable et pas la moindre trace de Batracien, mais, par 
contre, beaucoup de débris de Reptiles. Les Serpents sont 
représentés par de nombreux os, surtout des vertèbres et des 
côtes, peu de mâchoires; par leur taille, ils paraissent devoir 
être homologués aux Pelophilus et aux Heierodon qui sont 
actuellement les plus grands Ophidiens de la faune herpéto- 
logique malgache. Les Crocodiliens se signalent à Tattention 
des naturalistes par des débris abondants qui appartiennent 
tous à une même espèce, que Tévidence oblige à confondre 
avec le Crocodilus robusius (1), qui habite encore les grands 
lacs de Madagascar, tels que Tltasy et l'Alaotra ; il faut même 
remarquer qu'il n'existe plus que dans ces grandes étendues 
d'eau douce et que, partout ailleurs, dans toutes les rivières 
et même les ruisseaux, il est remplacé par une autre espèce, 
le Crocodilus madagascariensis^ qui seule y vit et y pullule. 
Les Chéloniens sub-fossiles ne se rencontrent à Madagascar 
que dans les gisements situés en terrain calcaire, c'est-à-dire 
sur la côte occidentale et à Andrahomana ; ils appartiennent à 
trois espèces : l'une petite, à carapace très bombée, doit être 
rapprochée, si ce n'est identifiée avec la Tesiudo radiata, 
qu'on trouve encore abondamment dans la brousse épineuse de 
la région méridionale de l'Ile ; les deux autres, très grandes, 
la Tesiudo abrupla (Grandidier) (2), la Tesiudo Grandidieri 
(Vaillant) (3) dont la carapace mesure 121 centimètres d'une 
extrémité à l'autre et 152 en suivant le contour dorsal, et qui 
sont aujourd'hui disparues. Par les caractères que présente sa 
carapace, ces Chéloniens appartiennent sans contredit au 
groupe des grandes tortues d'Aldabra, groupe d'îles où on trouve 
encore des individus vivants de ces animaux gigantesques ; 

(1) Vaillant (L.) et Grandidier. Sur le crocodile fossile cTAmboUsalra. Paris, 
Comptes Rendus^ Acad. Se, 12 juillet 1872, pp. 150-151. 

(2) Grandidier (A). .Sur ses découvertes :(oologiques faites récemment à 
Madagascar (description de..., de tortues colossales, etc.). Paris. Comptes 
Rendus, Acad. 5c., 14 déc. 1868, pp. 1165-1167, et Ann. Se. Nat. 1868, 
pp. 375-378. 

(3) Vaillant (L.). Remarques complémentaires sur les Tortues géantea de 
Madagascar. Paris, Comptes Rendus Ac. Se, 23 mars 1885, pp. 874-877. 



N 



120 REVUE DE MADAGASCAR 

celles-ci se distinguent cependant de celles de Madagascar 
par un plus grand aplatissement de la carapace. Il ne faut 
d'ailleurs pas oublier que toutes les' Iles qui a voisinent Mada- 
gascar, telles que Maurice, Rodrigues, la Réunion, les Sey- 
chelles, etc., ont été jadis peuplées de Tortues de grande 
taille, qui y ont été détruites par les premiers navigateurs 
européens qui les recherchaient pour leur chair. Ces terres 
isolées étaient en effet, jusqu'à cette époque, inhabitées, et les 
grandes tortues avaient pu y couler leur vie plus que cente- 
naire, n*ayant à lutter contre aucun ennemi. A Madagascar, 
il n'en avait pas été de même, à cause des indigènes et des 
Arabes, qui, depuis plus longtemps, relâchaient sur ses côtes; 
aussi leur disparition est-elle plus reculée; néanmoins, ces 
animaux, qui vivaient du temps des iEpyornis, des Hippopo- 
tames, des grands Lémuriens, ont été, comme eux, contem- 
porains de THomme, et il n'est pas téméraire de croire que 
celui-ci a hâté la disparition de ces inoffensifs et utiles Chélo- 
niens, comme il Ta fait pour les autres représentants de cette 
faune sub-fossile. 

Les Oiseaux qui faisaient partie de cette faune apparte- 
naient aux deux groupes des Ratites, ou oiseaux coureurs, et 
des Carinates, ou oiseaux capables de voler. Les premiers 
sont de beaucoup les plus importants non seulement par 
leur taille et l'abondance de leurs débris, mais encore, comme 
ce sont des animaux relativement sédentaires, par leurs ca- 
ractères anatomiques, qui indiquent la physionomie de la 
faune et de Tâge géologique; aussi les travaux qui ont trait à 
ces animaux, dont il existe deux familles, celle des /Epyornis 
et celle des Mallerornis, sont-ils très nombreux. Les premières 
notions sur le genre JEpyornis datent de 1851, époque à 
laquelle J. Geoffroy Saint-Hilaire montra à l'Académie des 
Sciences des œufs et quelques fragments osseux qui lui 
avaient été envoyés du pays Mahafaly, c'est-à-dire de l'èx- 
tréme sud de Madagascar. Depuis, les collections de mon 
père, de MM. Samat, Grevé, Major, Muller, Last, Bastard et 
les miennes ont permis Tétude détaillée des principales parties 
du squelette de ces animaux et les diagnoses de plusieurs es- 
pèces, dont la seule famille des iEpyornis comprend neuf; la 



LES ANIMAUX DISPARUS 121 

plus grande atteint 3 mètres de hauteur. Ces espèces sont 
JEp, maximus {GeoR. Saint-Hil.) (1); ^p. médius (M.-E. et 
Gr.) (2); jEp. modestus (M.-E. et Gr.) (^);JEp. ingens (M.-E. 
et Gr.) (4) ; JEp. Tilan (Andrews) (5) ; Mp. Hildebranli (Burck- 
hardl)(6); .«/>. cursor (M.-E. et Gr.)(7); Mp. lenius (M.-E. et 
Gr.) (8) et j^p, Mulleri (M.-E. et Gr.) (9). Ces oiseaux, qui 
diffèrent par la taille et les proportions relatives des diverses 
parties de leurs squelettes, ont cependant un caractère com- 
mun d'avoir des membres inférieurs lourds et massifs, dispo- 
sition que nous ne trouvons à un degré aussi marqué que 
chez les Dinornis de la Nouvelle-Zélande et chez quelques 
oiseaux, dont la place systématique est encore très hypothé- 
tique, comme le Gastornis, trouvé dans le conglomérat infé- 
rieur à Farbile plastique .du Bas-Meudon, ou V Eremopezus 
eocaenas du Fayum, récemment décrit par Andrews (10) 
d'après l'extrémité inférieure d'un tibia. 

Les Mullerornis, dont les premiers vestiges, ceux de deux 
espèces M. Betsilei (M.-E.^ et Gr.) (11) et M. Agilis (A. M.-E. 
et Gr.) (12), ont été rapportés d'Antsirabe par M. Muller, et 
ceux de la troisième M, Radis (M.-E. et Gr.) (13) des gise- 
ments de la côte ouest par M. Grevé, sont des animaux de 
taille moyenne qui n'avaient pas l'apparence lourde et mas- 
sive des iEpyornis; ils se rapprochaient davantage des 

(1) IsiD. Geoffroy Saint-Hilaire. Notice sur des ossements et des œufs 
trouvés à Madagascar dans des attuvions modernes et provenant d'un oiseau 
gigantesque. Paris. Comptes Rendus, Acad. Se, 27 janv. 1851, pp. 101-107 et 
Ann Se, Nat, Zoot., 1850, pp. 206-212 et note additionnelle pp. 213-216. 

(2) et (3) Milné-Edwards (A..), et Grandidibr (A). Nouvelles observations sur 
V^pyornis, Paris, Ann. Se. Nat. Zool.^ 1859, pp. 97-98, 

(4) (7) (8) (9) Milne-Edwards (A.) et Grandidibr (A.). Observations sur les 
JEpyornis de Madagascar. Paris, Comptes Rendus, Acad.. Se. 15 janvier 
1894. 

(5) Andrews (Ch. W.). Notes on a species of JEpyornis fJEp. Titan). 
Londres, Geologial Magazine, janvier 1894, p. 18-20. 

(6) BuRCKHARDT (R.). Ucber ^pyomis {lEp, Hildebranti). lena Paléontol. 
Abhaudi. nouv. série, t. II, 1893, pp. 128-145, avec 4 pi. 

(10) Andrews (G. W.). On the pelvis and hind timb of MuUerornis Betsilei. 
M. E. et G., with a note on the occurence of a ratile bird in the upper eocene 
beds of the Fayum, Egypt, Londres, Proc. Zool. Soc, 9 juin 1904, pp. 163-171 
avec pi. 

(11) (12) il3) Milne-Edwards (A.) et Grandidier (A.). Observations sur les 
JEpyornis de Madagascar. Paris. Comptes Rendus, Acad. Se, 12 janvier 
18 4, PI 



122 REVUE DE MADAGASCAR 

Casoars. Nous ne connaissons encore de ces oiseaux que quel- 
ques os des pattes; ils se distinguent cependant très nette- 
ment des autres Ratites disparus de Madagascar, et l'un 
d entre eux, le M. Biidis, présente même une particularité 
anatomique, c'est l'existence entre les poulies digitales mé- 
diane et externe d'un pertuis osseux destiné au passage du 
tendon du muscle adducteur du doigt externe. 

Les Carinates sont aussi représentés par de nombreux sque- 
lettes dans tous les gisements, tant dans le centre de Tlle que 
sur la côte ouest. Ces fossiles, si l'on en excepte le travail 
intéressant, mais bref, de M. Andrews relatif aux collections 
faites à Antsirabé par M. Forsyth Major (1), n'ont encore 
donné lieu à aucune publication importante, et beaucoup de 
documents sont encore à étudier. Quoi qu'il en soit, il est 
facile de voir que la plupart de ces ossements appartenaient à 
des animaux dont l'espèce existe encore à Madagascar. Ce 
sont des Ardea, des Platalea^ des Ploius^ des Anas, des Sar- 
cidiornis, etc. ; la plupart sont des oiseaux d'eau ou de proie 
qui sont encore très répandus sur les rives des lacs ou des 
marais. Parmi les espèces disparues, qui sont peu nombreuses 
d'ailleurs, et qui toutes viennent d'Antsirabé et ont été 
décrites par Andrews dans le travail dont nous venons de 
parler, il faut citer en première ligne le Centrornis Majoriy 
sorte d'Anséridé de grande taille se rapprochant de TOie 
d'Egypte ou Chenalopex sepypticus et d u Sarcidornis melanolus^ 
qui vit encore de nos jours à Madagascar; il en diffère par la 
dimension et la longueur de ses jambes. 

Avec les Mammifères, nous abordons le chapitre le plus 
intéressant et le plus important de l'étude delà faune disparue 
de Madagascar. 

Jusqu'à une date toute récente, les Edentés n'étaient re- 
présentés dans la Grande Ile que par lePlesiorycteropus mada- 
gascariensis (2), animal dont l'existence avait été révélée à 
M. Filhol par la portion postérieure d'un crâne trouvé à Belo 
et que, à cause de ses analogies avec les Orycteropus^ ce 

(1) Andrews (Ch. W.). One some fossil remains of carinate birds from central 
Madagascar, etc. Londres, Ibis, juil. 1897, pp. 343-359, et pi. VIIMX. 

(2) Filhol (H.) Obseroalions concernant les mammifères contemporains de 
l'^pyornis à Madagascar. Paris, Bull. Mus. Hisl. Nat. janv. 1895, pp. 12-14. 



LES ANIMAUX DISPARUS 123 

savant zoologiste avait placé, mais avec réserves, dans le 
groupe des Edentés. 

Mais, en 1901, j'ai décrit, sous le nom de Bradylherium 
madagascariense (l)^ un fémur dont les ressemblances avec 
celui du Bradypus tridactylus étaient frappantes, car il ne s'en 
distinguait que par une grande différence de taille et des détails 
anatomiques. La découverte de ce nouveau document, étant 
donné ses affinités, m'a paru montrer d'une manière indiscu- 
table l'existence d'Edentés à Madagascar, à l'époque préhis- 
torique, existence que plusieurs paléontologistes avaient cru 
pouvoir mettre en doute. Plusieurs os, tels qu'un métacar- 
pien très long, mince et incurvé mesurant 105 millimètres, 
que l'extrémité supérieure d'un cubitus, qu'un tibia prove- 
nant d'Ambolisatrà, comme le fémur, mais d'envois plus 
récents, paraissent aussi confirmer cette opinion, qui cepen- 
dant ne pourra être tranchée d'une manière définitive qu'après 
la découverte de crânes en bon état de conservation. 

L'ordre des Artiodactyles n'est représenté dans la faune 
subfossile malgache que par un Ruminant, le Bœuf, et deux 
Porcins, un Hippopotame et un Potamochère. 

Le Bœuf Bos madagascariensis, dont on retrouve des 
débris dans les gisements, est très probalement le même que 
celui qui vit encore actuellement à Madagascar, et qui, selon 
toutes vraisemblances, a été introduit par les Arabes, qui, les 
premiers, vinrent commercer et fonder des comptoirs sur les 
côtes de l'Ile. Le squelette de cet animal présente cependant 
une particularité qu'il importe de signaler, c'est la bifurcation 
très nette de l'apophyse dorsale des vertèbres dorsales. Ce 
caractère ne se présente d'une manière aussi accusée chez 
aucun des bœufs domestiques ou sauvages (c'est-à-dire mar- 
rons), qu'on rencontre encore à Madagascar. 

Cependant, les vertèbres de certains Bœ.ufs de l'Inde et de 
ceux qu'on retrouve momifiés en Egypte, où quelques-uns 
étaient vénérés comme animaux sacrés et que M. Lortet vient 
d'étudier, présentent aussi un évasement de la pointe de 
Tapophyse dorsale. Ce fait confirmerait ce que l'histoire nous 

(1) Grandidier (G.). Un nouvel édenté suh-fossile de Madagascar. Paris, Bull. 
Mus. Hisl. Sal.^ fév. 1901, pp. 54-56. avec flg. 



124 REVUE DE MADAGASCAR 

incitait déjà à croire, c'est Tintroduction du Bœuf à Mada- 
gascar par les Arabes qui ont pu l'apporter de deux régions : 
du golfe Persique, d'où chaque année, à l'époque de la mous- 
son favorable, il partait des flottes de trafiquants à destination 
de Zanzibar, des Comores, de la côte d'Afrique ou de Mada- 
gascar, ou d'Egypte» pays qui à plusieurs reprises, après les 
luttes religieuses qui, suivirent la mort de Mahomet, fut le 
point de départ d'exodes pour Madagascar, comme le mon- 
trent les monnaies d'or fatimites du x« siècle retrouvées dans 
les fouilles de l'ancienne ville arabe de Mahanara, sur la côte 
nord-ouest de Madagascar. 

Les Hippopotames, dont la présence à Madagascar à l'état 
sub-fossile avait été signalée brièvement, dès 1833, par 
Telfair dans une lettre à sir Alexander Jonhstone, n'est réelle- 
ment connu que depuis les collections rapportées par mon 
père en 1868. Depuis lors, trois espèces, VH, Lemerlei 
(A. G.) (1), VH. lepiorynchus (A. G. et Fil.) (2) et VH, mada- 
gascariensis (Guldberg) (3), ont été décrites. Quelle est la 
valeur de ces dénominations scientifiques? Faudra-t-il réduire 
à deux, comme il semble que c'est probable, ou môme à une 
le nombre de ces espèces? C'est ce qu'on ne saurait dire 
maintenant, car l'étude comparative des matériaux arrivés en 
quantité considérable depuis plusieurs années est encore à 
faire et ne peut être entreprise ici. 

Cependant cette abondance d'ossements a permis de recons- 
tituer, d'une manière presque impeccable, des squelettes 
complets; la longueur totale de l'animal est de 2"03. 
Cette profusion de matériaux a aussi montré l'extrême 
variabilité dans la disposition des os du crAne et dans la taille 
que présentent ces amphibiens. Si nous prenons, par exem- 
ple, les longueurs maxima des principaux os des membres 

(1) Grandidier (A). Sur ses découvertes zoologiques faites récemment à 
Madagascar (description d*un hippopotame nouveau). Paris, Comptes Rendus 
Acad, Se, 14 déc. 1868, pp. 1165-1167, et Ann, Se. Nat. lii6S, pp. 375-378. 

(2) Granoidier (A.) et Filhol. Observations relatives aux ossements d'hippo- 
potames trouvés dans les marais d'Ambolisatra. Paris, Ann. Se. Nat, Zool., 
7« série, tome XVI, pp. 151-190 et pi. VII-XV. 

(3) Guldberg. Undersogelser over en sub-fossile ftodhest pa Madagascar (mé- 
moire sur les hippopotames sub-fossiles d*Antsirabé) Christania. Videnskubs- 
selskebs Forhandlinger 1883, n* 6, 24 p. et 2 pi. 



LES ANIMAUX DISPARUS 125 

d'animaux adultes, nous trouvons que Thumérus peut varier 
de 22 à 29 centimètres, Favant-bras de 22 à 30 centimètres, 
le fémur de 26 à 33 centimètres et le tibia de 20 à 28 centi- 
mètres. 

Le Sanglier est peu intéressant, car ses restes se retrou- 
vent en général dans les fouilles près de la surface du sol et 
appartiennent à Tespèce encore vivante, le Polamochœrus 
EdwardsL Quelques personnes veulent assimiler cette espèce 
au P. laroatus d'Afrique ; cependant je crois qu'il faut la 
considérer comme distincte, c'était du moins Topinion de 
M il ne-Edwards. 

Jusqu'à présent, on n'a encore retrouvé, à Madagascar, 
aucun reste de Proboscidien, et il est peu probable qu'on en 
trouve jamais, cet ordre, comme celui des Périssodactyles, 
paraissant avoir été totalement étranger à la faune primitive 
de l'Ile ; il ne faut pas, en effet, attribuer à un animal autoch- 
tone la défense trouvée en 1901 dans le lit du Mandraré, 
non loin de Fort-Dauphin ; cette pièce que j'ai eue entre 
les mains avait certainement été apportée par des marchands 
arabes. 

Les Rongeurs sont peu nombreux dans les gisements; leurs 
squelettes ne se sont, d'ailleurs, conservés que dans les 
endroits abrités : dans la grotte d'Andrahomana, par 
exemple, ou dans Tabri sous roche appelé Lavajaza, ou grotte 
des Enfants, qui est situé à côté d'Antsirabe; c'est cepen- 
dant d'après une mâchoire trouvée ainsi à l'état sub-fossile 
que M. Forsyth Major a décrit le Brachyuromys ramirohilra^ 
animal qu'il a retrouvé plus tard vivant dans la grande forêt 
Tanala, aux environs du village de Vinanitelo. 

Dans ces grottes on trouve aussi de très nombreux osse- 
ments de Mus rattus^ de Mus musculus^ d'Eliurus Majori^ 
d^E. tanala^ et de Macrolarsomys Bastardi, tous animaux 
encore vivants dans les environs de ces excavations, où leurs 
débris ont été très vraisemblablement apportés par des oiseaux 
de proie. Cependant, à Andrahomana, j'ai retrouvé une espèce 
A^Hypogeomgs de grande taille jusqu'à présent inconnue à 
l'état vivant. Sa parenté avec YH, antimena est évidente, mais 
il s'en distingue suffisamment pour permettre de le rattacher 



126 REVUE DE MADAGASCAR 

à une espèce spéciale, YH. auslralis (G. G.) (!)• M. Forsyth 
Major, de son côté, étudie en ce moment même une coUeclion 
de Rongeurs de très petite taille provenant aussi d'Andraho- 
mana, et, quoique son travail soit encore inédit, il a bien 
voulu me faire part de quelques-unes de ces découvertes. Au 
milieu de nombreuses mâchoires de Mas et d'EliuraSy il en a 
trouvé qui appartenaient à deux genres nouveaux qui sont 
particulièrement intéressants par la forme de leurs molaires, 
qui les rapprochent des Cricétodons tertiaires. 

Les Carnassiers sont mal représentés dans la faune disparue 
de Madagascar; on trouve cependant dans la plupart des 
gisements, des ossements de Crgptoprocta ferox, mais leur 
taille est très supérieure à ceux de l'espèce vivante, et, pour 
ce fait, il m'a semblé utile de désigner sous le nom de Cryp- 
toprocia ferox, oar. spelea la variété disparue de cet animal, 
car c'est à Andrahomana que furent trouvés les premiers 
débris de ce puissant Carnassier. Il en est de même pour la 
Viverra fosa, animal encore vivant, mais rare et en voie de 
disparition, dont M. Alluaud a rapporté des ossements de 
grande taille et qu'on désigne sous le nom de V. fossa, var, 
Alluaudi. Des débris de Viverra Schlegeli sont aussi assez 
fréquents dans les fouilles. 

Dans la faune sub-fossile, il n y a pas de Chéiroptères, ni 
de Mammifères insectivores intéressants, quoique dans les 
grottes, à Andrahomana, en particulier, on rencontre en grande 
quantité à la partie superficielle, des squelettes de Pteropus 
Edwardsi et de Philorrhinus Commersonii, Des ossements de 
Centetes ecaudatas se trouvent dans tous les gisements ; au 
premier abord, leur taille avait fait croire qu'on se trouvait en 
présence d'une espèce, ou au moins d'une variété nouvelle, 
mais une étude comparative a montré qu'il y avait identité 
entre l'espèce contemporaine de l'yEpyornis et celle encore si 
répandue dans toute l'Ile. 

Les Lémuriens qui faisaient partie de cette faune disparue 
appartiennent à quatre familles, dont les types sont : les 
Megaladapis, les Lemur, les Palœopropithecus elles A rchœo- 



{V> Granoidier (G.). Description d'une nouvelle espèce de rongeur suh- fossile 
î Madagascar, l'Hypogeomys australis. Paris, Eu" 
1903, pp. 14-15, avecng. 



de Madagascar, l'Hypogeomys australis. Paris, Bull. Mus. Ùist. \at. janv. 



LES ANIMAUX DISPARUS 127 

lemiir. Les premiers ont à la fois des proches parents dans la 
faune tertiaire de France et parmi les animaux actuels, les 
Adapiis d'une part, et les Lepilemur de l'autre; les seconds 
ont' encore des congénères vivants; les Palœopropiihecus 
forment une -famille voisine, peut-être ancestrale, des Propi- 
thèques actuels; enfin les membres du groupe des Archaco- 
lemur unissent à leurs caractères de vrais Lémuriens quelques 
traits d'organisation des Singes. 

A quelle époque remonte la disparition de cette faune et à 
quelle cause faut-il l'attribuer? 11 est hors de doute maintenant 
que cette disparition est récente et que la plupart des grands 
animaux, dont nous neconnaissons plus aujourd'hui que les os- 
sements, ont été contemporains de l'homme. Non seulement les 
gisements eux-mêmes et l'état de conservation dans lequel on 
retrouve les os, mais encore les nombreuses traces de travail 
humain, d'entailles faites sur les os frais et à l'aide d'instruments 
de fer ou d'acier, le prouvent d'une manière indiscutable. Il est 
à remarquer toutefois que ces entailles ne se retrouvent que 
sur les fémurs d'Hippopotames et sur les tibias d'iEpyornis et 
qu*aucune autre partie du squelette de ces animaux n'est tou- 
chée. C'est là un fait qu'on ne s'explique pas, pas plus d'ail- 
leurs que la raison de ces entailles qui paraissent faites sans 
but précis et portent sans distinction sur toutes les parties de 
l'os. L'ejftraction de la moelle n'en est pas la cause, ni l'enlè- 
vement de la viande pour se nourrir, car aucun os ne porte de 
trace de feu. 

En outre, dans les gisements eux-mêmes, mêlés aux débris 
paléontologiques, on trouve des ornements tels que pierres 
brillantes, dents d'Aye-Aye (1) [Chiromys madagascariensis) 
percées pour être portées en collier, des poteries et enfin des 
silex, taillés en pierres à fusil exactement de la taille et de la 
forme de celles qu'emploient les indigènes pour les fusils de 
traite que les Arabes et les premiers Européens ont introduits 
dans l'Ile, mais jamais de débris humains. 

Dans ces conditions, étant donné le petit nombre de siècles 

(l) J'ai trouvé ces dents à Lamboharana, gisement situé sur la côte ouest. 
Il est assez extraordinaire d'exhumer de cette région des débris d'un 
animai qui vit aujourd hui exclusivement dans les grandes forêts tropicales 
de la région orientale. 



128 REVUE DE MADAGASCAR 

qui se sont écoulés depuis la disparition de ces animaux et 
les preuves manifestes de Tintervention de Thomme, il faut, 
semble-t-il, attribuer à celui-ci une part assez grande dans 
cette extinction. De plus, comme ce sont les animaux de 
grande taille qui seuls ont disparu, tous les^ petits ayant 
résisté, il est probable que nous assistons là au même phéno- 
mène de sélection que celui qui a amené dans le reste de la 
terre la disparition de la plupart des grandes espèces zoolo- 
giques. La vie de ces créatures gigantesques, est, en efTet, 
plus difQcile à tous les points de vue, nourriture, défense et 
reproduction et à Madagascar, pays relativement de peu 
d'étendue, au moins dans la période zoologique actuelle, est 
venue s'ajouter une autre cause, Tassèchement progressif et 
constant des grandes étendues d*eaudouce; à Antsirabe, jadis 
vaste dépression lacustre, comme le montre M. Jully, il ne 
reste plus que des marais de peu d'étendue ; le lac Alaotra est 
le seul vestige limnologique de cette immense fissure actuel- 
lement drainée par le Mangoro ; les sources minérales d'Am- 
pasambazimba sont, au dire de MM. Baron et Mouneyres, au 
centre d'une grande cuvette actuellement desséchée; les 
grandes prairies d'Ambolisatra, si riches en ossements, bor- 
dent le marécage de Ranobé, dont chaque année le niveau 
baisse, etc. Or, si nous nous rappelons que tous les gise- 
ments paléontologiques de Madagascar, sauf celui d'Andra- 
homana, qui se trouve dans une grotte, sont sur les rivages 
de ces grandes dépressions, n'est-il pas plausible de croire 
que. les derniers survivants des grands animaux qui nous occu- 
pent sont venus chercher leur nourri ture, devenue de jour en jour 
plus précaire et plus rare, sur ces berges où ils ont fini par 
succomber et où nous retrouvons maintenant leurs ossements. 
Cette hypothèse est corroborée par un autre fait, que nous 
signalions plus haut, c'est la présence du Crocodilus robustu» 
parmi les animaux fossiles ; or c'est encore de nos jours la seule 
espèce qu'on trouve dans les grands lacs d'Itasy, d'AIaotra, 
etc., et on ne la trouve que là. Dans toutes les rivières, mares 
et autres flaques d'eau, où à Madagascar les crocodiles pullu- 
lent, ils sont remplacés par le Crocodilus madagascariensis. 

G. Grandidier. 



MADAGASCAR A L'EXPOSITION DE HANOI 



RAPPORT GENERAL 

SUR 

l'Exposition de Hanoï 



DEUXIÈME PARTIE^^^ 

Dans le Tonkîn et autour du Tonkîn 



CHAPITRE Vil 

MACAO {suile) 

Nous entrons dès lors en plein dans Thistoire contempo- 
raine dont les événements de 1839 devaient dénoncer les dan- 
gereuses conséquences qui éclatèrent seulement en 1849. 
Lorsque dans la tourmente de 1839 les factoreries de Canton 
furent incendiées sur l'ordre du commissaire impérial Lin, les 
commerçants européens se réfugièrent A Macao. Avec une 
armée de deux mille hommes, Lin vint mettre le siège devant 
la ville et exigea le départ immédiat des sujets anglais qui se 
réfugièrent à Hong-Kong.. Brutalement, la Chine venait de 
prouver une dernière fois au Portugal qu'elle entendait 
conserver tous ses droits sur le territoire dont le tribut repré- 
sentait la location. 

Lassé de cette tutelle gênante, le Portugal riposta en faisant 
déclarer Macao port franc par décret royal du 20 novembre 
1845, et en nommant gouverneur Amaral. avec Tordre d'assurer 
Tautonomie absolue de la Colonie. Homme énergique, celui-ci 
vint occuper son poste le 21 avril 1846 et manifesta de suite 
ses dispositions à l'égard des mandarins. Le 8 octobre 1846, 
une troupe chinoise accompagnée de trois canons débarqua 

(1) Voir la Revue du 10 juillet 1905. 



130 



REVUE DE MADAGASCAR 



d'une quarantaine de jonques sur le rivage intérieur, s'avança 
en face de l'église Saint-Anthony et ouvrit le feu sur une 
escouade de cipayes; un renfort mit la troupe en fuite : elle 
se rembarqua précipitamment sur ses jonques dont la plupart^ 
poursuivies par les canons des forts et de la citadelle, coulèrent 
ou prirent feu. Comme dans te passé les mandarins répondirent 
en suspendant le ravitaillement de la ville : Amaral leur lit 
dire que si au bout de vingt-quatre heures les boutiques 




Entrée du jardin de Camoéns 

n'avaient pas repris leurs affaires, l'artillerie du Monte balaie- 
rait la place du marché : le lendemain matin toutes les 
boutiques étaient rouvertes. Enlin, par une proclamation en 
date du 5 mars 1849, le gouverneur abolit le ho-pu, c'est-à- 
dire la douane chinoise qui jusqu'alors avait subsisté à 
Macao : c'était l'émancipation définitive. 

Battus dans leurs derniers retranchements, les mandarins 
complotaient une revanche : ils la prirent lâchement, le 
22 août: 1849, en faisant assassiner Amaral par sept Chinois 
armés de bambous effilés qui l'assaillirent dans une prome- 



MADAGASCAR A L EXPOSITION DE HANOI 



131 



nadc à cheval faite avec son aitle de camp à proximité de la 
frontière. L'ofiîcier s'enfuil, le gouverneur fut jeté à terre et 
décapité. Ce ne fut que trois jours après que sa tête, 
emportée à Canton, fut renvoyée à Macao : i cette date, le 
20 août, par mesure générale, tous les Chinois habitant la 
presqu'île furent expulsés. Par ce coup de force, le Portugal 
affirmait des droits qui malheureusement depuis près de trois 
cents ans n'avaient jamais été reconnus catégoriquement : 




La pointe de Macao à rtnirée du chenal, avec l'hôtel de Boa- Vitia 

c'était une annexion brutale venant après une longue période 
de tergiversations où les reculs devaient être appréciés par la 
Chine comme des preuves manifestes de soumission. 

Lorsqu'en 15d0 celle-ci consentait à laisser l'étranger 
installer un comptoir à Macao elle lui imposait à la fois le 
tribut, la justice et les douanes, c'est-à-dire l'emprisonnait 
dans la main de ses mandarins. Si depuis lors, grâce aux libé- 
ralités souvent énormes du conseil général, les revendications 
chinoises avaient été étouffées ou les mesures de rigueur 
suspendues, il est indiscutable que Macao était restée jusqu'à 



132 REVUE DE MADAGASCAR 

Tarrivée d'Amaral, la vassale de la Chine en apparence et en 
réalité, situation d^autant plus gênante que Tisthme ne pouvait 
vivre sans la terre ferme à laquelle il se rattachait. Aussi à la 
suppression du ho-pu, les mandarins répondirent en faisant 
transporter les entrepôts des marchandises à Whampoa 
offrant de les ramener à Macao si le ho-pu était rétabli. Sentant 
que c'était pour elle une question de vie ou de mort, la 
colonie essaya de composer : les négociations échouèrent et 
le transfert des docks fut suivi de Témigration en masse des 
boutiques et des manœuvres qui en vivaient : c'était la 
ruine et quatre ans après la ville était en proie à une véri- 
table détresse financière. Des emprunts furent faits aux 
citoyens, une agence du gouvernement à Londres procura 
quelques fonds, enfin la taxe sur les maisons de jeu chinoises 
instituée contrairement au code pénal portugais, vint assurer 
de maigres ressources à la colonie agonisante. 

Le Portugal était exclu du concert des nations européennes 
en Chine et lors du traité de Tien-Tsin, Sieh-Huan, superin- 
tendant du commerce, déclara nettement que ce « petit pays » 
ne pouvait être placé sur le même pied que la France, TAngle- 
terre et les Etats-Unis. La leçon était dure : elle devait être 
suivie d'autres plus pénibles. Par le traité du 13 août 18621es 
plénipotentiaires chinois consentent il est vrai à reconnaître 
le territoire portugais sur les instances du comte Kleczs- 
kowski, chargé d'affaires de France, qui appuya les revendi- 
cations du gouverneur Guimaraes envoyée Tien-Tsin comme 
plénipotentiaire, mais c'était une reconnaissance platonique 
avec un sous-entendu relativement au rétablissement du 
ho-pu, car lorsqu'en 1864 Cœlho do Amaral revint à Tien- 
Tsin pour la ratification du traité, les ambassadeurs chinois 
proposèrent des modifications, c'est-à-dire des rétractations. 
Les négociations furent rompues et c'est seulement quatre 
ans après, en 1868, qu'un arrangement put être conclu, bien 
précaire sans doute, car, à nouveau, en 1886, la Chine sommait 
le Portugal d'évacuer Macao. C'était sans doute une réponse 
à la proposition faite aux Cortès en 1885 de céder Macao et la 
Guinée portugaise à la France moyennant certains territoires 
dans le Congo français, offre qui fut rejelée du reste. 



I 



I 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 133 

A rinstigation de Sir Robert Hart en 1887, une délégation 
des douanes impériales chinoises alla passer à Lisbonne un 
protocole qui promettait au Portugal dans le traité qui devait 
être signé à Pékin, la situation de la nation la plus favorisée 
et reconnaissait la possession définitive de Macao au Portugal 
à la condition expresse qu'il ne pourrait aliéner ce territoire 
ou ses dépendances sans Tassentiment de la Chine. L'Angle- 
terre mise en éveil par notre installation au Tonkin faisait 
bonne garde autour du Hong-Kong. Le traité fut signé à 
Pékin en décembre 1887 et ratifié le 28 août 1888 : le 
Portugal ne tarda pas à s'apercevoir qu'il était une fois de 
plus berné : Macao lui appartenait le jour où Hong-Kong 
avait définitivement aspiré dans ses docks tout le commerce 
du Quang-Toung! 

Nous avons vu, en étudiant la colonie anglaise, ce qu'était 
devenu en 1881 le mouvement commercial de son port, repré- 
senté par 16.000.000 de tonnes, résultat obtenu en quarante 
ans; l'Angleterre s'interposa réellement quand elle sut n'avoir 
plus rien à craindre de sa rivale abattue. La prospérité de 
celle-ci au xviii® siècle, momentanée, éphémère môme, a été 
comparée par de Beauvoir lors de son passage à Macao, à la 
douloureuse situation dans laquelle il trouva cette ville en 
1867 : « Plus Canton devenait inhabitable par suite des déla- 
tions des mandarins, plus Macao s'ouvrait à nos négociants 
d'Europe et, non seulement les jonques chargées de marchan- 
dises y convergeaient par milliers, mais cette ville était 
devenue un lieu de plaisance pour les nababs dépensiers, du 
trafic oriental... Mais en un jour tout cet édifice brillant 
s'écroule : il suffit qu'en 1841, grâce à l'admirable activité et 
aux capitaux de la Grande-Bretagne, un autre rocher désert 
du nom de Hong-Kong soit cédé à la reine des mers et déclaré 
port franc, pour que le centre de gravité se déplace. » 

Nous avons étudié les moyens employés par l'Angleterre à 
Hong-Kong, nous venons de voir ceux que le Portugal avait 
mis en œuvre à Macao. Le parallèle s'impose pour qiii visite 
le triangle dont Macao et Hong-Kong sont les deux bases 
tandis que le sommet, d'où vient la vie et le mouvement, 
réside à Canton. En 1865, le mouvement du port de Macao se 



REVUE DE MADAGASCAR 



résumait à 906 sorties de navires et le commerce était repré- 
senté par une importation d'opium de 16.000.000 et une expor- 
tation de thé de 3.500.000 francs, la ferme des jeux rappor- 
tait 500.000 francs environ, celles de l'opium et de la main- 
d'œuvre plus de 300.000 francs, soit en totalité les deux tiers 
du revenu de la colonie (1.200.000 francs). En 1900 la ferme 
de l'opium donne 400.000 francs et celle des jeux sensiblement 
le m(^me chiffre : le total n'a guère changé non plus. 




Restaurant chinois à Macao 

Ainsi, en 40 ans, Macao est parvenue péniblement à végéter, 
soutenant par les privations un budget dont les dépenses 
n'atteignent pas un million. C'est la misère orgueilleuse, 
jalouse du passé, insouciante de l'avenir! Mais n'est^e pas 
aussi le tableau brutal de l'enlisement d'un ancien monde 
sombrant dans le fatras de ses superstitions et de ses préjugés 
près de l'émergence d'une jeune activité dont le travail et 
l'argent sont les seuls mobiles? 

La France a eu le bonheur de naître riche : que seraient 
devenues sans cela les vieilles colonies que nous remorquons, 



MADAGASCAR A L EXPOSITION DE HANOÏ 



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nous aussi, comme les épaves du passé, glorieuses mais 
improductives? Macao est le château de famille dont les des- 
cendants sont impuissants à entretenir la splendeur, mais pour 
le maintient duquel ils ne reculent devant aucunes compro- 
missions : douloureuse consfatation qui peine et répugne tout 
à la Tois ! 

Apremenl ce ressouvenir saisit & la gorge sous les frais et 
vétustés ombrages qui garnissent le jardin de Camoëns : dans 



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Le Jardin public à Macao 

le sanctuaire où ce cuUe du passé s'est rérugié tout entier, 
autour de la grotte sous laquelle se dresse dans la pénombre 
le buste de leur génie, les Macaïstes dépensent les rares 
piastres à semer les fleurs et la verdure, le gouverneur touche 
à peine 20.000 francs par an, mais de nombreux jardiniers 
sont occupés à cette œuvre pieuse : c'est là seulement que vit 
encore le Macao de jadis. La végétation y est belle d'ailleurs, 
le climat étant excellent bien que très chaud pendant la mous- 
son de sud-ouest, époque des pluies abondantes. Avec la 
mousson du nord-est la température s'abaisse : elle est même 



136 REVUE DE MADAGASCAR 

froide pendant les mois de janvier et de février; la pureté de 
Talmosphère à cette époque donne au magnifique panorama 
qu'on aperçoit du haut du Monte un charme de pittoresque 
merveilleux : les vieilles demeures seigneuriales alternant 
avec les jardins, les forts avec les églises, les avenues ombra- 
gées avec les escaliers monumentaux. L'opposition du côté 
droit de la ville avec le flanc gauche longeant les quais du 
port s'accuse dans l'agglomération des constructions chinoises 
qui depuis les dernières pentes garnissent tout le bord du bras 
de mer où Tîle verte dresse ses flancs boisés au pied desquels 
fument quelques cheminées d'usine. 

Avec les dernières maisons chinoises, commence la cam- 
pagne basse et marécageuse où de nombreux jardins potagers 
sont admirablement cultivés : elle s'étend jusqu'à la route qui 
la relie à l'extrémité de la Praïa Grande en Ibi^geant les flancs 
abrupts de la montagne sur laquelle est perché le fort Guia; 
les collines sont garnies de bois où les pins dominent. C'est 
sur les terrains en bordure de cette route, dans la dépression 
séparant les forteresses de la ville, que les Chinois bâtissent 
aujourd'hui, soit des séries de petites constructions présentant 
une pièce en façade avec veranda-balcon et sur un modèle 
uniforme, soit de somptueuses demeures. Sur Tune de celles- 
ci on avait édifié lors de mon passage, une façade postiche 
en bambous, décorée de peintures et d'ornements polychromes. 
Le maître du logis se mariait : un défilé continu de parents 
et d'amis portant des cadeaux de noces, s'engouffrait dans le 
hall du rez-de-chaussée richement orné. Je suivis les visiteurs 
et pénétrai dans le salon sans que personne songeât à demander 
à l'intrus ce qu'il venait faire : on me montra môme complai- 
samment l'étalage des présents déjà reçus. Quant à la cons- 
truction de la façade elle était destinée à servir aux représen- 
tations théâtrales que le marié offrait au public du quartier, 
voulant faire participer à sa joie la foule que sa maison ne 
pouvait contenir. 

C'est ainsi que sans guide, j'ai pu pendant les quelques 
jours passés à Macao, voir de près la ville et surtout sa popu- 
lation. Beaucoup des petites cases qui garnissent ce nouveau 
quartier sont habitées par des Portugais possesseurs jadis des 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 137 

villas de Toppidum : deux pièces suffisent aujourd'hui à les 
abriter. Cases et terrains appartiennent bien entendu aux 
Chinois : dans un mouvement tournant lentement préparé ils 
se disposent à atteindre et absorber la Praïa Grande qui leur 
était jadis interdite : peut-être achèteront-ils aussi le Palais 
aux colonnes élégantes où sous le drapeau portugais, dernier 
vestige d'une suzeraineté nominale, le gouverneur réside ! 

C'est dans ce quartier, derrière la ville, que sur les flancs 
de la colline s'étend le cimetière : là encore, dans l'amoncel- 
lement des tombes prétentieuses où le marbre et le fer forgé 
étalent un luxe insolent dans des formes dénonçant le plus 
pitoyable mauvais goût, se retrouve l'orgueil stupide de ces 
quarts de sang destinés à finir dans l'impuissance et le ridi- 
cule. Prétentieuxégalement le jardin public minuscule, écrasé 
par des constructions majuscules, des portes massives et des 
balustrades pesantes découpant des carrés et des rectangles 
étroits. Presque en face, entre des charmilles de belle venue 
se dresse sur une esplanade la statue en bronze du gouver- 
neur Amaral, sur le piédestal de laquelle une inscription 
rappelle la souscription faite parmi les Chinois pour honorer 
leur victime : comme si celle-ci avait été insuffisante» la statue 
atteint à peine les trois quarts de la grandeur naturelle : il 
est impossible d'imaginer l'effet disgracieux que produit ce 
grand homme en raccourci, perdu dans la vaste place qui 
l'entoure : c'est la suite de l'épopée finissant en opéra-bouffe. 

Tandis que je remonte lentement vers l'hôtel de Boa-Vista, 
prenant successivement les rues qui se présentent à droite ou 
à gauche et revenant sur mes pas, contournant les églises du 
plus pur style jésuite, c'est-à-dire horribles, essayant de tout 
voir et de ne rien oublier, je suis frappé de l'absence presque 
complète des commerçants et de boutiques : des hôtels et des 
pharmaciens, un ou deux antiquaires, deux photographes et 
c'est tout : le vide et le silence. Par une échappée entre les 
vieilles murailles fermant la ruelle qui dévale, apparaît un 
poin de mer bleu sur laquelle, comme dans les frises d'un 
théâtre de féerie, est suspendue une jonque toutes voiles 
dehors; je note avec mon appareil photographique cette 
impression étrange et je poursuis ma promenade monotone. 



138 



REVUE DE MADAGASCAR 



Sur les pavés pointus et inégaux un pousse-pousse roule par 
saccades avec un bruit de ferrailles, c'est un Anglais de Shangaï, 
compagnon de table de Boa-Vista, venu pour se reposer pen- 
dant quelques jours. Arrivé de la veille il s'épanchait au lunch 
et résumait sa première promenade dans cette phrase mélan- 
colique : « C'était vraiment beaucoup triste. » Blotti dans sa 
djirinska, il ébauche un pâle sourire qui me redit lugubrement 
la même phrase. Aussi, décidé à rompre avec le fantôme de 




•elle ville sino-portugaise 



la vieille Europe, je me jette par un crochet à droite dans la 
ville chinoise et me fais conduire à la filature Yo-ChangetO'; 
là au moins, je vais retrouver du mouvement et du bruit. 
Devant les bassins d'eau chaude où les cocons sautillent, 
laissant échapper la soie précieuse qui court s'enrouler si rapi- 
dement et si méthodiquement qu'on soupçonne à peine le 
secours de l'ouvrière vigilante qui prépare et suit le mouve- 
ment, je suis frappé de l'habileté des dévideuses chinoises qui 
seraient pour nos Malgaches d'excellentes éducatrices. Elles 
sont huit cents de toutes les tailles, de tous les Ages, présen- 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ* 139 

tant les types les plus divers, depuis le Chinois le plus pur jus- 
qu'au macaïste le plus mêlé ; les unes mères porlanl le mioche 
dans le dos, les autres filles au visages mutin et coquet; la 
journée de travail est de dix heures et le salaire de douze 
cents, soitO fr. 30! 

Près de là se trouve la bouillerie d'opium : cette drogue qui 
depuis cinq cents ans bientôt a conquis les marchés de l'OrieuL 
«t continue à absorber l'énergie avec la richesse chinoise, est 



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File chej un riche chinoU à Macao 

importée ù Macao par les bateaux anglais de provenance 
ndienne, sous forme de boules. Cassées et transformées en 
pains aplatis par une exposition au feu, ces masses sont ensuite 
ramollies dans l'eau chaude où l'opium se dissout; une ébulli- 
tion prolongée transforme le liquide en sirop qui, évaporé 
presque jusqu'à dessication, e^t ensuite enfermé dans des boites 
de fer-blanc. 

L'opération est délicate s'il Faut en croire les préférences 
des fumeurs. L'opium de Macao est expédié surtout en Australie 
et en Amérique. En dehors de ces deux industries, on frabrique 



140 



REVUE DE UADAGASCAR 



également dans la colonie sïno-portugaiae du thé de deuxième 
qualité, du Ubac semblable k celui que nous avons vu blond 
et fin, passer sous le rabot des ouvriers dans les boutiques 
de Cnnlon, des nattes, des artifices, etc. Les quais sont encom- 
brés de poissons qui se dessècbent lentement aux rayons du 

soleil pour être 
empaquetés et 
expédiés dans 
l'intérieur. Une 
fabrique de ci- 
ment commen- 
çait à fonc- 
tionner lors de 
mon passage. 
Tout voya- 
geur doit une 
visite aux mai- 
sons de jeu qui 
constituent un 
des gros reve- 
nus du budget 
macaîste : il y 
en a de diffé- 
rentes classes, 
proportionnées 
sans doute aux 
pertes qu'on 
peut y faire. Le 

£/« r«. d. la .unie vilU à Mucao " ^^"13" ". jC" 

qu'on y prati- 
que, n'est en somme que le '< bacouen » des Annamites, même 
soucoupe recouvrant les jetons, mfime geste saccadé du crou- 
pier écartant par série de quatre tes jetons à moitié recouverts, 
mêmes tableaux portant les numéros I, 2, 3 et 4. Le chiffre de 
jetons restant sous la soucoupe quand la dernière série de quatre 
estenlevée donne le numéro gagnant. Avant d'encaisser l'argent 
des perles, le croupiercontrôle soigneusement la qualité delà 
monnaie fournie. Ces maisons sont au nombre de 16, plu- 




MADAGASCAR A l'eXPOSITION DKT HANOÏ 141 

sieurs d'entre elles sont garnies d'un balcon intérieur au pre- 
mier étage sur lequel se tiennent les joueurs : une petite sou- 
bique au bout d^une ficelle met chacun d'eux en relations avec 
le croupier, à chaque coup de banque l'argent monte et des- 
cend avec une régularité remarquable. C'est dans ces tripots 
que s'alimente pour le tiers au moins, le budget de Macao, 
Topium constituant le deuxième tiers ; pourquoi donc à côté 
des « fantan gambling house » cette inscription s'étale-t-elle 
orgueilleuse en grandes lettres dorées, sur le bâtiment massif 
du Sénat : Cidade do nome de Dios — Noa haoutra mais leab /... 

C'est avec l'impression pénible de mon arrivée que j'ai quitté 
Macao, et quelques mois après mon retour à Madagascar, je 
lisais dans les journaux de Chine la nouvelle que le vice-roi 
de Canton avait envoyé quelques jonques de guerre réclamer 
au gouverneur portugais un réfugie chinois! 

Voilà quels sont, après quatre cents ans, le résultat et les 
droits acquis par le Portugal sur cette terre qu'il a vaillam- 
ment défendue contre ses rivaux d'Europe ; telle est la conces- 
sion que lui faisait la Chine en 1886. Hong-Kong d'un côté, 
Canton de l'autre, entre les deux villes gonflées d'opulence, 
gît pantelante et misérable dans la décrépitude de sa vieillesse, 
la cité des d'Alburquerque et des Vasco de Gama. 

{A suivre.) A. Jully. 



Documents et Informations 



CORRESPONDANCE DE MADAGASCAR (mal 1905). — Le départ do séné* 
rai QalUenl. — La nonveau cadre des Services civils. — Les contrats 
d^eagasement et les ffokofi*olona. — Dans la province de Parafansana. 
— L'élevage du cheval. — Statistiques douanières. — Distribution 
des prix à TEcole de médecine. — Nécrologie. 

Tananarive, 30 mai 1905. 

L'événement important -qui a marqué la seconde quinzaine 
de mai a été le départ pour la France du général Gallieni. 

Avant de quitter Tananarive, le général Gallieni a reçu, le 
11 mai, à l'hôtel du Gouverneur général, M. le gouverneur 
Lépreux, M. l'administrateur en chef Vergues et les princi- 
paux fonctionnaires de la Capitale. En quelques mots, le géné- 
ral a remercié le personnel du concours précieux que tous, 
aux divers degrés de la hiérarchie, lui ont prêté pour l'accom- 
plissement de la mission que le Gouvernement de la Répu- 
blique lui avait confiée; il a terminé en exprimant l'espoir que 
tous les fonctionnaires continueront à M. Lépreux, chargé des 
fonctions intérimaires de Gouverneur général de Madagascar, 
le même attachement qu'ils lui ont personnellement témoi- 
gné. 

Le même jour, le général Gallieni recevait également les 
officiers de la garnison de Tananarive auxquels il a adressé de 
vifs remerciements pour la collaboration dévouée qu'ils n'ont, 
cessé de lui apporter en toute circonstance. 



INFORMATIONS 143 

Puis le 13 mai, ce fut la réception des membres de la 
Chambre consultative , des colons et des chefs de missions. 
Aux paroles de remerciements et d'adieu qui furent pronon- 
cées par le Chef de la Colonie, le Président de la Chambre 
Consultative, M. Sescau, a répondu par un discours dans 
lequel, au nom des colons, il a adressé, au Général et à sa 
famille, des souhaits de bon voyage et d'heureux séjour en 
France. Ayant parlé, ensuite, de l'œuvre entreprise à Mada- 
gascar depuis neuf années, M. Sescau a ajouté que les colons 
ne doutent pas que le général Gallieni continue dans la 
Métropole, à s'intéresser au développement de la Grande 
Ile. 

Enfin, le lendemain, les fonctionnaires et notables indigènes 
se présentaient à l'hôtel du Gouverneur général. 

Le Gouverneur principal de l'Imerina, M. Rasanjy, prit la 
parole pour exprimer au Chef de la Colonie les sentiments de 
reconnaissance et d'attachement de toute la population mal- 
gache. Après avoir remercié M. Rasanjy, le général Gallieni 
a longuement témoigné, à tous les fonctionnaires indigènes 
présents, sa satisfaction de les avoir toujours vus disposés 
à lui prêter un concours dévoué. 

Le lundi 15 mai, un grand nombre de fonctionnaires, d'of- 
ficiers et de colons sont venus saluer le Chef de la Colonie à 
l'heure du départ. Vers sept heures du matin, après avoir pris 
congé de tous les assistants, le général Gallieni et sa famille 
quittaient Tananarîve. Ils arrivaient à Tamatavele 17 et s'em- 
barquaient le 19 à bord du Melbourne^ des Messageries mari- 
times. 

Avant de quitter Madagascar, le général Gallieni avait 
adressé à M. Lépreux la lettre suivante : 

Tananarive, le 10 mai 1905. 
Mon cher Gouverneur. 

Avant de remettre entre vos mains les pouvoirs dont vous serez 
chargé pendant mon absence de la Colonie, je tiens à vous remercier 
du précieux concours que vous m*avez prêté depuis plusieurs années 
avec un dévouement et une compétence auxquels je considère comme 
un devoir de rendre un public hommage. 



144 REVUE DE MADAGASCAR 

J*attache non moins de prix au zèle inteltigent et soutenu qu*a 
déployé le personnel des bureaux du Gouvernement général pour nous 
seconder, vous et moi, dans notre lourde tâche, à la collaboration 
consciencieuse et féconde de MM. les chefs d^administration et de 
service, à Tactivité et au dévouement éclairé des administrateurs et 
officiers chargés de Tadministration provinciale et, en général, de tous 
les fonctionnaires en service dans la colonie, dont j'ai pu apprécier, 
en mainte circonstance, l'esprit de devoir et le sincère attachement 
aux intérêts de la Colonie. 

Je ne saurais oublier MM. les présidents et membres des Chambres 
consultatives, des comices agricoles et des commissions municipales, 
dont le savoir, Texpérience et la bonne volonté ne m'ont fait défaut 
en aucune circonstance et ont contribué, dans une large mesure, aux 
résultats obtenus depuis neuf ans dans la Grande lie. 

C'est donc avec la plus entière confiance que je vais me mettre en 
route vers la France, avec Tespoir d*y être encore utile à la Grande 
Ile, dont la prospérité ne cessera pas d'être ma préoccupation essen- 
tielle. Et je suis persuadé, mon cher Gouverneur, que sous votre 
direction ferme et éclairée, la colonie de Madagascar poursuivra son 
évolution normale vers le progrès, dans toutes ses manifestations, qui 

a été et restera le but de nos efforts communs. 

Galliem. 

Il avait également fait paraître l'Ordre général suivant, 
adressé aux officiers, sous-officiers et soldats des troupes du 
groupe de l'Afrique orientale : 

Au moment de quitter Madagascar, pour la seconde fois, je viens 
vous exprimer ma recoùnaissance pour le concours que vous m'avez 
prêté depuis cinq ans dans l'œuvre de pacification, d'organisation et de 
mise en valeur de la Colonie. 

Les qualités de solidarité, de courage, d'abnégation, d endurance 
et d'entrain que j'avais pu constater déjà pendant mon premier séjour, 
vous les avez affirmées de nouveau durant cette période et tout récem- 
ment encore, lors des opérations contre les fanatiques et belliqueuses 
populations du Sud, et aussi lors des cyclones qui ont ravagé cer- 
taines parties de la Grande lie. 

Je vous remercie tous pour la précieuse collaboration que vous 
m'avez apportée dans la mission que le Gouvernement de la Répu- 
blique m'a confiée. 

Je tiens en particulier à adresser des adieux émus et reconnaissants 
à la Légion étrangère, qui, après avoir marqué, par de nombreux 
actes d'héroïsme son long séjour à Madagascar et largement contribué 
à sa pacification, est sur le point de quitter définitivement la Colonie. 

Je remets le commandement à M. le général de Trentinian, dont le 
nom, intimement lié aux hauts faits de notre histoire coloniale, n'est 



INFORMATIONS 145 

inconnu d*aucun de vous. Sous un chef de sa valeur, vous saurez, en 
lui continuant le dévouement que vous m'avez prodigué, maintenir 
intactes les glorieuses traditions de Tarmée coloniale, au premier 
rang desquelles figurent la camaraderie, la confiance mutuelle à tous 
les degrés de la hiérarchie et les sentiments d'humanité à Tégard des 
populations indigènes de nos colonies. 

Tananarive, le 10 mai 1905. 

Gallieni. 



* 



Depuis longtemps déjà le Gouvernement delà Colonie avait 
reconnu Tutilité de fusionner les corps des Affaires Civiles et 
celui des comptables de Madagascar. Aussi, cette question 
fut-elle mise à Télude dès Tannée 1903 pour être enfin solu- 
tionnée par un arrêté local en date du 30 octobre 1904. 

Ce dernier texte, qui porte organisation d'un cadre unique 
sous la dénomination de personnel des services civils de Mada- 
gascar^ présente de réels avantages au point de vue adminis- 
tratif tout en favorisant indistinctement les agents des deux 
corps intéressés (1). 

Ainsi, pour ne citer que l'un des effets utiles des nouvelles 
dispositions, l'arrêté du 30 octobre 1904 permet de combler 
une lacune que présentait l'organisation ancienne du corps 
des Affaires Civiles. En effet, les agents de cette dernière for- 
mation chargés, pour la plupart, de fonctions purementadmi- 
nistratives, ne possédaient que des notions sommaires sur la 
comptabilité des provinces et districts. Promus, ensuite, dans 
le personnel des Administrateurs coloniaux, ils ne pouvaient 
diriger efficacement les opérations financières de leur cir- 
conscription. Il y avait là au point de vue de la bonne marche 
du service, des inconvénients qui disparaîtront du fait que le 
personnel des Services Civils exerce des attributions tant 
comptables qu'administratives. 

D'autre part, certains des agents en cause retireront d'im- 
portants avantages de la nouvelle organisation. C'est ainsi 
que le texte qui nous occupe offre actuellement un débouché 
aux anciens adjoints de première classe des Affaires Civiles, 
ne remplissant pas les conditions requises pour être nommés 

(1) NouR en publions le texte plus loin. 

10 



146 REVUE DE MADAGA5^C\R 



administrateurs adjoints, et le même acte officiel permet aux 
anciens comptables, et commis de comptabilité dont les ap- 
titudes seront reconnues suffisantes, d'être admis dans le 
iîorps des administrateurs coloniaux. 



* 



J'ai eu l'occasion, dans Tune de mes précédentes corres- 
pondances, de vous signaler une réforme importante : la sup- 
pression du visa administratif des contrats d'engagement. Les 
conventions ayant pour objet le louage de service ou d'ou- 
vrage sont, désormais, soumises au droit commun et ne peu- 
vent donner lieu, en cas d'inexécution, qu'aux seules sanc- 
tions prévues par le Code pénal. Mais, il reste entendu que 
les contrats intervenus sous l'empire du nouveau régime ne 
peuvent entraîner, sous aucun prétexte, la dispense des ser- 
vices de fokon'olona au profit des engagés. Le fokon'olona est, 
vous le savez déjà, une institution autochtone qui date de 
l'année 18^ et qui se compose de l'universalité des habitants 
d'un ou de plusieurs villages. Il est chargé d'assurer la sécu- 
rité des personnes et des biens et d'exécuter les travaux d'in- 
térêt général et local. Or, à la suite de la réforme signalée 
plus haut, qui est, pour ainsi dire, le terme de l'évolution vers 
la liberté du travail, il semblait utile, tout au moins pour 
rimerina, de réglementer, en quelque sorte, les obligations 
incombant aux fokon'olona. Une commission fut chargée 
d'étudier la question et c'est sur son avis que fut pris l'arrêté 
local en date du 10 mai 1905. Cet acte détermine d'une façon 
plus précise les obligations auxquelles sont soumis les 
fokon'olona et les conditions dans lesquelles les indigènes 
doivent s'en acquitter; il supprime, parle même fait, un cer- 
tain nombre d'abus auqxuels donnait lieu l'exécution de ces 
charges. 

Il me semble intéressant d'exposer, dans leurs lignes prin- 
cipales, les règles fixées par l'arrêté du 10 mai ainsi que 
quelques-unes des prescriptions qui précèdent et complètent 
ce texte. 

Les obligations auxquelles sont assujettis les membres de 
la communauté, peuvent se diviser en deux catégories. 



INFORMATIONS 147 

Ce sont d'abord celles qui se présentent à la suite d'un évé- 
nement imprévu ou qui offrent un caractère d'utilité tout à 
fait générale comme par exemple la désignation et l'arresta- 
tion des malfaiteurs, le secours en cas d'accident ou d'événe- 
ments calamiteux, la surveitlance des cultures, clôtures, 
bornes et signaux, etc. 

Ces obligations sont la conséquence de faits naturels ; il 
est impossible de les réglementer et par suite, elles n'ont fait 
l'objet d'aucune règle spéciale. 

La deuxième catégorie comporte : la garde de nuit, le trans- 
port des correspondances et les travaux d'intérêt local. 

En ce qui concerne la garde de nuit et les transports des 
correspondances, il n'est pas possible, pour le moment, d'or- 
ganiser d'une façon régulière ces services et l'on ne peut que 
demander aux chefs de circonscriptions de prendre les 
mesures qu'il convient afin d'alléger, autant que possible, ces 
charges très pénibles pour les habitants. Quant aux autres 
travaux d'intérêt local tels que : conservation et entretien des 
chemins, propreté des villages ; construction, ccHioçrvation, 
réparation des digues et canaux; Création de muraies, etc., 
ils ne pourront être exécutés qu'après avoir été autorisés par 
Tautorité supérieure, cette autorisation étant encore subor- 
donnée : P à une demande faite par les fokon'olona intéres- 
sés; 2° à une enquête effectuée sur place démontrant l'oppor- 
tunité des travaux à entreprendre. 

Enfln, il était nécessaire pour permettre aux indigènes de 
vaquer librement à leurs occupations journalières, de déter- 
miner la période pendant laquelle ces travaux devront être 
entrepris. Sur l'avis de la commission, la période adoptée 
fut celle comprise entre le !•' juin et le 31 août de chaque 
année. 

Ces nouvelles dispositions, il faut l'espérer, apporteront 
une amélioration sensible dans les conditions de la vie sociale 
de nos sujets malgaches et laisseront en même temps à la 
disposition des colons plus de main-d'œuvre indigène. 

« 
• « 

L'ordre semble entièrement rétabli dans la province de 



148 * HEVUE DE MADAGASCAR 

Tulear et dans le Cercle de Fort-Dauphin. D'autre part, les 
irréductibles ont été refoulés vers l'Ouest et forment actuel- 
lement deux bandes qui occupent des massifs forestiers situés 
dans le district de Midongy. 

Les troubles sont ainsi localisés dans une portion de terri- 
toire qui est investie par nos troupes et il est à présumer que 
les derniers rebelles seront définitivement réduits. 

Il était indispensable, à la suite du mouvement insurrec- 
tionnel, de fixer, dans la province de Farafangana, les règles, 
d'une organisation indigène en rapport avec la nature du 
pays, le caractère et les mœurs des habitants. Des instruc- 
tions ont été adressées, dans ce sens, par le Gouverneur géné- 
ral à l'administrateur chef de la province de Farafangana. 
Cette région est, en effet, habitée par un grand nombre de 
tribus d'importance variable mais toutes indépendantes les. 
unes des autres. Ces premiers groupements se subdivisent en 
clans ou sous-tribus qui comprennent enfin un ou plusieurs 
villages. A la tête de ces tribus sont placés des chefs élus par 
la population, mais toujours choisis parmi les familles les 
plus anciennes et les plus influentes. C est donc en faisant 
appel à l'autorité traditionnelle de ces chefs et en tenant 
compte de la nature du pays, des habitants et du but que Ton 
se propose, qu'il sera possible de jeter les bases d'une pre- 
mière organisation administrative indigène et, c'est en s'ap- 
puyant sur ces principes, qu'ont été tracées les règles à suivre 
par les fonctionnaires européens de cette partie de la Grande 
Ile. 

Plus tard, lorsque Tinstruction sera plus répandue, on 
pourra songer à former un cadre de fonctionnaires indigènes, 
ayant les mêmes attributions que ceux des pays Betsimisaraka. 
Le Gouvernement de la Colonie a déjà prévu celte réorgani- 
sation, en créant à Vangaindrano, au cœur même de la 
région qui s'était soulevée, une école régionale destinée à 
former des agents aptes à remplir tous les devoirs de leurs 
charges. 

UOfficiel de la Colonie, en date du 20 mai courant, a 



INFORMATIONS 149 

publié la statistique des importations et exportations pour 
Tannée 1904. Les importations se chiffrent : en poids, à 
69.372.298 kilogrammes, et en valeur, à 26.419.384 francs. 

En comparant ces totaux avec ceux de l'année 1903, l'on 
obtient une différence pour 1904 de 5.075.850 kilogrammes 
en plus, et de 6.687.787 francs en moins. 

Les exportations accusent les chiffres de : 15.718.841 kilo- 
grammes, représentant une valeur de 19.357.464 francs, soit, 
par comparaison avec Tannée 1903, une différence pour 1904 
de 2.165.166 kilogrammes en moins et de 2.886.336 francs 
en plus. 

Il résulte, des chiffres précédents, que la situation com- 
merciale est restée presque stationnaire pendant les deux 
annés 1903 et 1904. 

Toutefois, il y a lieu de constater une diminution dans le 
chiffre, en valeur, des importations pour 1904 ; la cause en 
est, évidemment, à la crise économique que subissait alors 
Madagascar; en revanche, les exportations accusent une aug- 
mentation de 2.886.336 francs. 

Quoi qu'il en soit, cette crise commerciale semble avoir 
atteint son terme, il suffît, pour s'en rendre compte, d'exa- 
miner un instant les recettes douanières des quatre premiers 
mois de Tannée 1905 : 

Janvier 275.915 fr. 99 

Février 264.411 fr. 87 

Mars 364.075 fr. 22 

Avril 411.560 fr. 36 

Total. . . 1.315.963 fr. 44 

Il convient de remarquer la progression continue de ces 
chiffres qui est Tindice d'une situation commerciale sensible- 
ment meilleure que celle de Tannée dernière, et il y a lieu 
d'espérer que le produit des douanes dépassera le chiffre de 

4.000.000 de francs. 

# 

Depuis que des expositions chevalines et des fêtes hip- 
piques ont été organisées à Tananarive et dans quelques 



150 REVUE DE MAUAGASCAH 

centres de la Grande Ile, Fusage du cheval est devenu, de 
jour en jour, plus répandu parmi les indigènes. Cette consta- 
tation a pu encore être faite lors de la réunion hippique qui a 
eu lieu le 30 avril dernier, sur le champ de courses de Maha- 
masina. Aux excellents produits amenés sur la piste par les 
éleveurs européens, les propriétaires malgaches avaient 
opposé des sujets présentant de réelles qualités de forme et 
d'endurance. Cette émulation de la part des indigènes est une 
preuve de l'intérêt toujours croissant qu'ils portent à Télevage 
du cheval. Que cette émulation ait pour cause l'espoir de 
quelques gains à réaliser ou uniquement la vanité, peu im- 
porte ; le but que Ton s'est proposé d'atteindre est seul à 
considérer. Or, les résultats obtenus sont des plus éloquents 
et ne peuvent désormais qu'inciter les Malgaches à persévérer 
dans la voie des efforts accomplis. 

Concurremment avec l'administration locale la Société 
d'Encouragement de Tananarive s'est constamment employée 
à développer et à améliorer la production chevaline. C'est 
encore elle qui avait organisé la dernière réunion et tout mis 
en œuvre pour assurer à cette fête le succès le plus complet. 



* 



Le 29 avril, avait eu lieu, au palais de Manjakamiadana, la 
distribution des prix aux élèves de l'Ecole de médecine d'An- 
kadinandriana. A cette cérémonie assistaient le général 
Gallieni et sa famille, M. Lépreux, le général Trentinian, 
la plupart des autorités civiles et militaires et enfin les pa- 
rents et amis des élèves. 

Dans un discours très soigné, M. le docteur Jourdran, direc- 
teur de l'Ecole de médecine, a rappelé à M. le Gouverneur 
général la période d'installation de l'école,] les difficultés du 
début surmontées peu à peu et, enfin, la réussite de Tœuvre 
qui a permis de doter la Colonie d'un corps de médecins de 
colonisation aptes à fournir des soins éclairés aux populations 
indigènes et dont le dévouement à notre cause est désormais 
indiscutable. Il fit, en outre, l'énumération des avantages 



INFORMATIONS 151 

retirés de la création de T Ecole de médecine tels que : relève- 
ment du niveau de l'instruction, disparition des préjugés et 
de lapathie de la race, extension de notre influence, divul- 
gation des règles de Thygiène et par contre-coup diminution 
de la mortalité. Enfin, M. le docteur Jourdran a fait ressortir, 
par quelques chiffres, le bilan de TEcole de médecine, après 
huit années d'existence. Depuis sa fondation, cet établissement 
a formé 89 étudiants diplômés ; 47 médecins indigènes de 
l'ancien régime et 1 dentiste ont régularisé leur situation. Il 
a donc été délivré 137 diplômes par l'Ecole; 29 élèves sages- 
femmes ont été diplômées depuis le début et 61 sages-femmes 
de l'ancien régioie se sont mises en règle avec les nouvelles 
obligations, ce qui porte à 90 le nombre des diplômes déli- 
vrés aux sages-femmes. 

Après ce discours, un étudiant et une élève sage-femme sont 
venus exprimer, en fort bons termes, leur reconnaissance 
envers le chef de la Colonie et, à son tour, le général 
Gallieni a pris la parole pour remercier M. le docteur Jour- 
dran et ses collaborateurs du zèle et du dévouement dont ils 
ont toujours fait preuve dans les fonctions qu'ils remplissent 
respectivement à TEcole de médecine. 

Enfin, il a été donné lecture du palmarès qui, outre les 
prix achetés sur les crédits de l'établissement, comportait des 
récompenses offertes par M. le Gouverneur général, la ville 
de Tananarive, la Province de l'Imerina centrale, le Comp- 
toir national d'Escompte, MM. Rasanjy et Rafanoharana, 
gouverneurs principaux, etc. 



* 



Une longue liste de décès vient, à mon grand regret, clore 
cette correspondance. Les disparus du dernier mois sont: 
MM. Janvier de la Motte (Marcel-Arthur-Charles), lieutenant 
d'infanterie tué à l'ennemi, le 15 avril, dans la province de 
Farafangana; Lesol(Adalbert-Fernand-Jules), lieutenant d'in- 
fanterie coloniale, décédé à l'hôpital militaire de Tamatave ; 
Carion, capitaine du génie, décédé à l'hôpital militaire de Tana- 
narive; Fauques (Prosper-Artistide), mécanicien, M"'^ Plion 
(Maria-Jeanne), et M. Zanetti (Pompée), décédés à Diego- 



152 BEVUE DE MADAGASCAR 

Suarez; MM. Boerner (Georges-Honoré), secrétaire archiviste 
à la chefferie d'Anivorano, décédé à l'hôpital de Tamalave; 
Gilis (Henry-Emile), géomètre du service topographique, dé- 
cédé à rhôpital de Tananarive; MM. de Perignon, prospec- 
teur et du Portail charpentier, décédés à Ambinanindrano et à 
Ampasimbola (circonscription de Mahatsara) ; Fort, préposé 
auxiliaire des douanes, décédé à Tamatave, M"»** de Coulhac- 
Mazérieux et M"® Rosaas, décédées à Tananarive. 

La mort de M"® Rosaas a enlevé l'un de ses membres les 
plus zélés à la mission norvégienne d'Antsirabe qui ne cesse 
de prodiguer des soins charitables et dévoués aux Malgaches 
de la province du Vakinankaratra. 

# # 

CORRESPONDANCE DE MADAGASCAR (juin 1905). — En rbonneur de 
M. Porter. — Médaille d*lionneur à M"*"" Poereld. — Tonrnol Interna- 
tional détenais. — M. Lépreux sur les cbantiers do cbemin de fer et 
• à Tamatave. — Les exportations de bœufs à Maurice, etc. 

Tananarive, 30 juin. 

C'est avec une vive satisfaction que nous enregistrons 
toutes les manifestations de nature à affirmer Tentente cor- 
diale qui, toujours, a régné entre le Gouvernement de la 
Colonie et les représentants des nations étrangères. A ce 
point de vue, il est intéressant de noter la cérémonie officielle 
qui a eu lieu samedi 4 juin, à Thôtel du Gouverneur général, 
è l'occasion de la remise à M. Porter, consul de Sa Majesté 
britannique, d*un objet d'art offert par le gouvernement de la 
République. 

Dès son arrivée à Tananarive, M. Porter avait su s'attirer 
l'estime de tous les Français de la capitale par la courtoisie 
de ses relations et sa parfaite correction vis-à-vis des repré- 
sentants de la France à Madagascar. Aussi, avant son départ 
de la Colonie, M. le général Gallieni avait-il tenu à témoigner 
sa sympathie à M. le consul de la Grande-Bretagne, en solli- 
citant pour lui la croix de la Légion d'honneur. Mais les règle- 



INFORMATIONS 153 

ments du gouvernement anglais interdisant le port d'une 
décoration étrangère aux membres du corps consulaire bri- 
iannique, le gouvernement de la République résolut d'offrir 
à M. Porter un objet d'art de grande valeur. 

C'est au milieu d'une assemblée composée des plus hautes 
personnalités de Tananarive que ce présent a été remis à M. le 
-consul de la Grande-Bretagne par M. Lépreux, gouverneur 
général par intérim. Dans le grand salon du Palais du Gou- 
vernement général, avaient pris place les membres du conseil 
d'administration, les personnages les plus autorisés de la 
colonie anglaise, les chefs des services civils et militaires, 
les principaux fonctionnaires et colons. 

Dans une courte allocution, M. Lépreux a rendu hommage 
à la dignité du caractère de M, Porter et aux sentiments de 
cordialité dont il n'a cessé de donner des preuves manifestes 
à l'égard de la France. 11 a remercié, en même temps, les 
membres des missions anglaises du concours dévoué et loyal 
qu'ils ont constamment prêté à l'œuvre d'enseignement et 
d'éducation que nous poursuivons à Madagascar. 

En termes émus, M. Porter a exprimé ses sincères remer- 
ciements pour le magniOque souvenir que le gouvernement 
de la République a bien voulu lui offrir et qu'il conservera 
précieusement. 11 a déclaré qu'il était très sensible à cette 
marque de haute estime qui lui a été décernée et qu'il était 
particulièrement touché de la cérémonie organisée en son 
honneur. 11 a affirmé hautement les sentiments de sympathie 
qui unissent l'Angleterre à la France. 

La Marseillaise et le God save the King exécutés par la 
musique du Gouvernement général avaient salué chacun de ces 
discours et la réunion s'est terminée enfin par un toast 
porté par M. Lépreux à M. Porter et à sa famille. 






Dans ma dernière correspondance, je vous ai signalé, 
à Toccasion du décès d'une de ses membres, l'œuvre charitable 
poursuivie avec tant de désintéressement par la mission nor- 
végienne. Je suis heureux aujourd'hui de vous faire part de 



154 RSVUB DE MADAGASCAR 

la distinction dont une diaconesse de celte mission a été 
Tobjet. 

Au début de ce mois, M. l'administrateur GoujoQ, chef de 
la province du Vakinankaratra, a remis, au nom du Gouver- 
neur général par intérim, à M"« Maria Foereid, diaconesse 
de la mission norvégienne, la médaille d'honneur des épidé- 
mies qui lui a été décernée par M. le ministre de l'Intérieur. 
La remise de cette récompense s'est effectuée à Antsirabe 
avec solennité, en présence d'une délégation nombreuse de 
missionnaires norvégiens et des fonctionnaires européens et 
indigènes en service au chef-lieu de la circonscription. 

Le chef de la province a rappelé en quelques mots le 
dévouement et Tabnégation dont M"*' Foereid a donné des^ 
preuves pendant quatorze années, en prodiguant ses soins aux 
lépreux de la province du Vakinankaratra. Il a ensuite trans- 
mis à M"« Foereid les félicitations du Gouverneur général par 
intérim et a terminé en déclarant que le gouvernement de la 
République tenait à honneur de reconnaître le dévouement 
des étrangers abrités sous son pavillon. 

* 
• # 

Le 16 mai dernier a commencé, aux arènes d'Anlsahavola^ 
un tournoi international de tennis organisé par le Sport Club 
de Tananarive. Le programme comportait : P un concours 
pour équipes doubles de Messieurs seniors: 2" un concours 
pour équipes doubles de Messieurs juniors; 3® un concours 
de singles pour Messieurs seniors ; 4** un concours de singles 
pour Messieurs juniors, et enfin 5® un concours pour équipes 
mixtes (Dames et Messieurs). Des prix consistant en ohjpt* 
d'art devaient être attribués aux vainqueurs de ces différentes- 
épreuves. 

La première partie du programme qui mettait en présence 
les meilleures raquettes de Tananarive a pris fin le 1'^ juin. 

Afin de donner quelque éclat aux épreuves finales du pre- 
mier concours, le Sport Club avait organisé le jeudi 1*^ juin 
une séance publique qui a été présidée par M. Lépreux, gou- 
verneur général par intérim. Cette réunion sportive a obtenu 
le succès le plus complet. 



INFORMATIONS 155 

Déjà particulièrement favorisé par sa situation dans un des 
sites les plus pittor^esques de Tananarive, remplacement des 
arènes d'Ants.ahavola avait été, en outre, décoré de la plus 
heureuse façon à Taide de drapeaux et d'oriflammes multico- 
lores disposés un peu partout dans les massifs de verdure. 
La présence de Texcellente musique du gouvernement général 
contribuait encore à l'éclat de cette fête. 

*A quatre heures précises, les luttes se sont engagées et se 
sont poursuivies avec ardeur jusque vers six heures du soir. 
Enfin l'équipe de MM. R. de Lyques et Leu est sortie victo- 
rieuse de ce premier match, battant difficilement celle de 
MM. Defurne et Simon. 

Le môme jour, un prix gracieusement offert par M. Lé- 
preux, était disputé par six équipes choisies parmi les joueurs 
qui n'avaient pas pris part au concours pour Messieurs se- 
niors. Cette dernière épreuve s'est terminée par la victoire 
de MM. Byramjee et llly. 

Le tournoi s'est continué par Texécution des autres parties 

du programme, avec le même entrain qui avait déjà si bien 

marqué la première réunion. 

« 
# # 

M. Lépreux vient d'effectuer une courte tournée sur les 
chantiers du chemin de fer et à Tamatave . Son déplacement 
avait surtout pour bat de se rendre compte de l'état d'avance- 
ment des travaux entrepris pour réparer les dégâts causés à 
la voie ferrée par les cyclones exceptionnels qui ont ravagé 
plusieurs régions de la Grande Ile pendant la dernière saison 
des pluies. Ces dégâts sont certainement importants, mais 
M. Lépreux a pu constater que les mesures ont été immédia- 
tement prises par le service constructeur en vue de les réparer 
dans le plus bref délai possible et de mettre désormais la voie 
à l'abri de nouvelles intempéries. 

En certains points, des déviations ont été établies dans le 
tracé qui était menacé par la rivière. Mais la nature du ter- 
rain n'ayant pas permis de procéder partout à de semblables 
modifications, il a fallu recourir à des travaux de maçonnerie 
pour remplacer des remblais enlevés. C'est ainsi que deux 



156 BEVUE DE MADAGASCAR 

brèches situées un peu avant le tunnel de Koma (kil. 100) 
seront comblées par la construction de deux viaducs composant 
une série d'arceaux en maçonnerie de 5 mètres de portée. 

Le Gouverneur par intérim a rapporté de sa visite Tim- 
pression que le personnel chargé de la construction du che- 
min de fer, loin de se décourager, était au contraire, plein de 
confiance dans l'avenir et travaillait avec entrain à remettre 
la voie en bon état. Les travaux, sont, d'autre part active- 
ment poussés du côté du Mangoro et il est à présumer que 
vers la fin du mois d'octobre le chemin de fer pourra fonc- 
tionner normalement de Brickaville au Mangoro. 

A Anivorano, M. Lépreux a rencontré M. l'ingénieur Cons- 
tantin chargé par M. le ministre des Colonies d'une mission 
d'inspection à Madagascar et à la Réunion. Il a continué 
ensuite sur Brickaville et s'est embarqué pour Tamatave sur 
une chaloupe des Messageries françaises. 

Dans cette dernière ville. M, Lépreux a profité de son court 
séjour pour traiter quelques affaires courantes ; il a reçu les 
personnes qui désiraient le voir et notamment une délégation 
de prospecteurs. Ceux-ci ont exposé au chef de la Colonie le 
préjudice grave occasionné aux colons qui se livrent à des 
recherches minières, par l'interdiction de poser des poteaux- 
signaux dans les terrains libres de la Grande Ile. Il convient 
de signaler à ce sujet, que le Journal Officiel de Madagascar 
du 25 juin courant a promulgué un décret du 23 du même 
mois qui apporte un certain tempérament aux prescriptions 
de l'arrêté local du 3 juin. 

Ce nouveau décret a été accueilli avec satisfaction par les 
intéressés et a calmé les inquiétudes provoquées par l'inter- 
diction absolue de recherches. 

Sous l'empire des nouvelles dispositions, les prospecteurs 
pourront, en effet, continuer à poser des poteaux-signaux 
comme par le passé. Toutefois, en attendant que la nouvelle 
réglementation, actuellement en préparation, ait fixé les con- 
ditions d'exploitation des terrains aurifères, les déclarations 
de pose de poteaux signaux n'auront d'autre effet que de dé- 
terminer la priorité des demandes. 

Parti de Tamatave le dimanche 18 juin à 5 heures du soir. 



INFORMATIONS 157 

M. Lépreux était de retour à Tananarive le lundi soir à la 
même heure, après avoir franchi en moins de 22 heures (dé- 
duction faite de différents arrêts) la distance qui sépare ces 
deux villes. Le parcours a pu être effectué avec une telle rapidité 
grâce au bon fonctionnement du service de navigation sur les 
Pangalanes et du service des automobiles. 11 faut également 
en tirer la conclusion que la route de l'Est est d'une manière 
générale en bon état de viabilité et permet aux commerçants 
d'assurer facilement le transport de leurs marchandises en 
attendant que le chemin de fer soit de nouveau ouvert à l'ex- 
ploitation publique. 



« 



Les transactions commerciales deviennent de plus en plus 
importantes, s'il faut en juger par les chiffres de recouvre- 
ments opérés par le service des Douanes pendant les 5 pre- 
miers mois de cette année. Ces recouvrements s'élèvent, en 
effet, à 1.820.009 francs dépassant de 345.018 francs les pré- 
visions budgétaires basées sur les résultats de l'exercice 1904. 
La différence qui est signalée par le Service des Douanes 
porte surtout sur les taxes de consommation qui frappent les 
produits importés. Le budget de l'exercice 1905 prévoit un 
chiffre de 1.045.833 francs pour les perceptions de cette nature, 
alors qu en réalité il a été perçu 1.365.639 francs. 






Les circonscriptions de Fort-Dauphin et de Tuléar pour- 
ront désormais expédier du bétail à Maurice, le Gouverne- 
ment de cette colonie ayant levé récemment l'interdiction qui 
frappait les animaux provenant des dites régions. L'importa- 
tion du bétail à Maurice s'effectuera dans les conditions stii- 
vantes : les animaux devront être soumis avant de quitter 
Madagascar, à l'épreuve de la tuberculine et accompagnés 
d'un certificat attestant qu'ils sont exempts de la tuberculose. 



« 



Une foire qui a obtenu le plus grand succès vient de se tenir 
à Antsohihy (Province d'Analalava), du 5 au 9 mai dernier. 



158 REVUE DE MADAGASCAR 

Plus de 6.000 personnes s'étaient rendues à cette réunion qui 
a provoqué dans la région un mouvement commercial impor- 
tant. Le chiffre des transactions s'est élevé à 77.244 francs, 
dont 62.974 francs concernant les produits d'exportation qui 
comprenaient notamment le raphia, le caoutchouc, la cire et 
le riz et qui ont été négociés à des prix très rémunérateurs. 






La foire annuelle de Fianarantsoa, instituée par un arrêté du 
10 août 1900, 'aura lieu prochainement. ARn d'encourager les 
indigènes au travail et de stimuler les transactions commer- 
ciales dans cette circonscription, des prix seront décernés à 
ceux qui auront apporté les plus beaux produits. Une somme 
de 2.000 francs sera mise à cet effet à la disposition du chef 
de la province. 



* 



Il me faut noter maintenant la disparition de plusieurs de 
nos compatriotes, ce sont : MM. Albert (Julien), prospecteur 
décédé à Mananjary; Dsiri (Joseph), charpentier, décédé à An- 
talavia; Lamarque (Henri Alexandre), employé de commerce, 
décédé à Ankareta, et Cape (François), prospecteur, décédé à 
Andevorante. 

J. ROLPH 



* # 



ATamatave. — Un de nos amis habitant Tamatave depuis 
de longues années et très au courant des choses de Madagas- 
car, a bien voulu nous promettre de nous adresser régulière- 
ment par chaque courrier quelques notes pour notre Revue. 
Nous l'en remercions vivement, persuadés que nos lecteurs 
nous sauront gré de reprendre une correspondance inter- 
rompue depuis si longtemps. 

Tamatave, le 15 juin 1905 

Je ne peux mieux commencer ces courtes notes qu'en vous don- 
nant un bref aperçu de l'expédition du trois-mâts norvégien ^cfë/e, 
arrivé dans notre port avec une cargaison de chevaux de Monlévi- 
déo« 



INFORMATIONS 159 

L'entreprise, toute privée, est dirigée par un de nos collègues du 
Comité, M. Dupuy, un Français de rUruguav, qui est venu dans noire 
Ile tenter un eommencement d'élevage hippique. Le voyage a été des 
plus durs. Sur 150 chevaux, 60 ont péri, assommés pour la plupart 
contre les parois du vaisseau, assailli par une tempête d'une violence 
inouïe. Les 90 chevaux survivants sont actuellement parqués sur le 
champ de courses de Tananarive et se remettent peu à peu des fa- 
tigues — le mot est peut-être un peu ironique — de leur traversée 
mouvementée. Les intentions de M. Dupuy ne sont pas encore bien 
connues, mais notre compatriote n'en mérite pas moins toutes les 
félicitations et les encouragements pour son initiative qui contribue 
À l'œuvre de colonisation en apportant sur le marché malgache un 
nouvel élément d'activité. 

— Le 11 juin, une soirée dansante réunissait à la Résidence les fonc- 
tionnaires officiers et plusieurs familles tamataviennes. Cette soirée 
qui était la première de la « saison » dans notre ville, a obtenu le plus 
vif succès. 

— L'arrêté du 3 juin suspendant la prospection à Madagascar, 
conformément auxinstructions ministérielles, a eu une répercussion 
assez vive parmi les nombreux prospecteurs en séjour à Tama- 
ta ve : mais il serait prématuré de porter un jugement définitif sur 
la question avant de connaître en détail les circonstances qui ont 
présidé à une mesure intéressant si intimement l'industrie la plus 
prospère de l'Ile. 

— Le 14, M. Lépreux, Gouverneur général par intérim, est arrivé à 
Tamatave, venant de Tananarive. Il venait à la rencontre de 
M°>« Gally-Aché, sa fille, dont le mari; chef d'escadron d'artillerie, 
vient d'être appelé à diriger le bureau militaire du Gouverneur 
général. Le séjour du chef de la Colonie n'a revêtu aucun caractère 
officiel. Néanmoins, de nombreuses personnes ont tenu à lui pré- 
senter leurs hommages, dès le lendemain de son arrivée. La malle 
de France ayant eu 24 heures de retard, M. Lépreux en a profité 
pour visiter, avec M. Hesling, notre administrateur-Maire, le cu- 
rieux village indigène de Tanambao et les divers travaux en 
cours sur le territoire de la commune. 

Tamatave, 30 juin 1905 

La M question chinoise » est à l'ordre du jour dans notre ville, et 
me suggère quelques réflexions que je crois d'un intérêt général et 
que je vous transmets à titre de renseignements. 

Depuis quelque temps déjà, les négociants européens de Tama- 



160 REVUE DE MADAGASCAR 

tave s'inquiètent de la tournure que prennent les opérations commer- 
ciales de certains marchands chinois de la ville. Dernièrement, la fail- 
lite assez importante d'un» Céleste ))fitdéborder la coupe et de partout 
s'élevèrent de nombreuses critiques et des récriminations sérieuses 
contre la manière dont commercent les Chinois à Madagascar. 

La question fut examinée sous ses nombreuses formes : concur- 
rence, sociétés clandestines, falsifications, mesures prises par 
l'administration. Il est incontestable que tous ces griefs ont leur 
importance, et, en une certaine mesure, ne peuvent être taxés 
d'animosité, car la concurrence chinoise ne peut pas nuire aux 
grandes maisons européennes établies dans Tlle, puisque ces mai- 
sons de gros ont comme principaux clients les Asiatiques eux- 
mêmes. Mais ces maisons ont eu peut-être le tort, ou pour mieux 
dire, se sont mises dans la nécessité de donner un certain crédit à 
ces clients dans la crainte que ceux-ci, se voyant forcés de payer 
leur commandes à courtes échéances, ne s'adressent à une maison 
rivale plus confiante. Il ne faudrait toutefois pas oublier que les 
bases d'opérations des Chinois de la Grande Ile sont très éloignées 
(Canton ou Hong-Kong) et que ces centres n'ont pas de lignes de 
correspondances directes avec Madagascar, ce qui nuit à la rapidité 
des affaires et des paiements . 

Mais la concurrence chinoise est vraiment directe et réelle pour 
le petit négociant européen, dont les principes commerciaux sont 
tout autres, et, ici, nous touchons à la délicate question de la falsi- 
fication des produits, art dans lequel les Chinois sont passés maîtres 
depuis longtemps. Du reste, toutes les personnes connaissant un 
peu la vie coloniale ont été à même d'apprécier ce talent qui permet 
aux marchands asiatiques de vendre à des prix bien inférieurs 
à ceux des magasins européens. Est-ce à dire cependant, que c'est 
par pur désir de tromperie que le Chinois falsifie ses marchandises? 
Souvent, il est obligé de dénaturer les produits pour plaire à sa 
clientèle malgache, car il ne faut pas oublier que ce reproche au 
sujet de la falsification vise surtout les Asiatiques vendant prin- 
cipalement aux indigènes. Je ne prendrai qu'un exemple, assez 
typique du reste. Le Chinois achète du rhum de la Réunion, pur et 
de première qualité ; s'il le revendait tel quel aux indigènes, ceux- 
ci l'apprécieraient peu ; aussi, le Chinois y mélange-t-il du piment 
et de l'eau-de-vie anisée afin de lui donner le « rApant » nécessaire 
aux gosiers malgaches ! 

Mais le point vraiment important est celui du crédit assez grand 
que les Chinois ont acquis sur la place; comme les gros commer- 



INFORMATIONS 



161 



^antssont impuissants à changer cet «Stat de choses, pour les raisons 
que nous avons indiquées plus haut, c'est peut-être à Tadministra- 
tion de prendre les mesures nécessaiï^s pour parer dans une cer- 
taine mesure aux inconvénients qui en résultent. 

Le Chinois, en effet, est encouragé en quelque sorte par cette 
confiance forcée, à faire de grosses commandes dont souvent 
l'échéance est éloignée en raison directe de l'importance de l'achat, 
et comme le Céleste, affilié aux nombreuses sociétés secrètes 
chinoises de l'Ile, peut disparaître on ne peut plus facilement lorsque 
sa situation commerciale devient critique, les créanciers européens 
n'ont aucun moyen de faire respecter la loi commerciale française 
et se trouvent fortement lésés dans leurs droits. H semble que l'on 
pourrait remédier à cette situation anormale en s'inspirant de la 
législation en vigueur à la Réunion, qui oblige tout Asiatique com- 
merçant à prévenir l'autorité quinze jours avant son départ de la 
circonscription où il est établi. Cette mesure permettrait de foire 
suivre à la faillite son cours ordinaire. 

Tananarive, du reste, vient d'avoir aussi une faillite chinoise 
retentissante, ce qui nous permet d'espérer de promptes mesures de 
la part de l'administration pour sauvegarder les intérêts des com- 
merçants français et européens qui forment la moitié de l'élément 

<3olonisateur de Madagascar. 

A. Tarnawa. 



Qouvernemeiit général. — Par suite de la rentrée en France du 
général Gallieni, M. le Gouverneur de première classe Lépreux, 
Secrétaire général, est nommé Gouverneur général par intérim. 

M. Lépreux est remplacé dans ses fonctions de Secrétaire général 
par M. l'administrateur en chef Vergues, précédemment adjoint au 
Secrétaire général. 

M. l'administrateur Sasias remplace M. Guyon, en qualité de 
chef de cabinet du Gouverneur général, et M. l'administrateur- 
adjoint Demarsy est nommé chef de cabinet du Secrétaire généraL 

Le personnel local du service judiciaire a été réorganisé. Un 
arrêté du 30 avril fixe, ainsi qu'il suit, le mode de recrutement, le 
cadre et la solde des agents de ce service : 

Les agents locaux du service judiciaire sont nommés par le Gou- 
verneur général, sur la proposition du procureur général. 

Cadre et traitement de ces agents : 

11 



162 



REVUE DE MADAGASCAR 



Secrétaire en chef du parquet du procureur général : première 
classe, 6.000 francs; deuxième classe, 5.000 francs. 

Secrétaire rédacteur du4>arquet général : première classe, 4.500 
francs; deuxième classe, 4.000 francs. 

Parquets de première instance de Tananarive, Tamalave, Diego- 
Suarez et Majunga : secrétaire rédacteur de première classe : 3.500 
francs ; secrétaire rédacteur de deuxième classe : 3.000 francs. 

Un secrétaire en chef et un secrétaire rédacteur sont affectés au 
Parquet du procureur général ; un secrétaire rédacteur est affeclé à 
chacun des parquets de Tananarive, Tamatave, Diego-Suarez et 
Majunga. 

La solde d'Europe de ces agents est fîxée à la moitié du traite- 
ment colonial. 

Leur assimilation est déterminée, au point de vue des passages, 
des indemnités de route et de séjour et des hospitalisations, confor- 
mément aux indications du tableau de classement annexé au décret 
du 6 juillet 1904. 

Les candidats à ces emplois devront justifier de leur qualité de 
Français, avoir la jouissance de leurs droits civils, civiques et poli- 
tiques, être de bonne vie et mœurs et avoir satisfait aux obligations 
de la loi sur le recrutement de Tarmée. Ils devront en outre justifier 
de leur capacité. 

Les agents nouvellement admis dans le cadre, autres que les 
commis greffiers visés par le paragraphe ci-après, ne pourront être 
nommés qu'à la dernière classe des secrétaires de parquets. 

=Les avancements ne pourront être accordés qu'après un minimum 
de dix-huit mois de services elfectifs dans la colonie, passés dans 
remploi ou la classe inférieurs. Us seront attribués au choix sur la 
proposition du procureur général, et porteront sur un tableau arrêté 
par la commission de classement instituée par l'arrêté du 15 sep- 
tembre 1900, modifié par celui du 7 décembre 1903. 

Les commis greffiers pourront être nommés avec avancement 
aux divers emplois prévus ci-dessus. Les secrétaires des parquets 
pourront également être nommés avec avancement aux emplois de 
commis greffiers. 

Les peines disciplinaires senties suivantes : 1<* la réprimande ; 
2*» le blâme avec inscription au dossier; 3' une suspension de fonc- 
tions; 4* la révocation. 

La réprimande et le blâme sont prononcés par le procureur géné- 
ral. La suspension de fonctions est prononcée par le Gouverneur 
général, sur la proposition du procureur général, dans les condi- 



INFORMATIONS 163 

lions prévues à Tarticle 113 du décret du 23 décembre 1897, sur la 
solde et les accessoires de solde du personnel colonial. 

La révocation est prononcée par le Gouverneur général, après 
avis d'une commission d'enquête devant laquelle Tagent incriminé 
est entendu dans ses moyens de défense, soit verbalement, soit par 
écrit. La commission d'enquête est composée conformément au 
tableau ci-annexé. 

Enfin, les agents actuellement en fonctions, qui reçoivent un 
traitement inférieur à 3.000 francs, sont promus d'office à la 
deuxième classe de la nouvelle formation, sans qu'ils aient besoin 
de justifier d'un temps minimum de service. 

La contribution des patentes. — Depuis la mise en vigueur de 
l'arrêté du 28 octobre 1904, sur la contribution des patentes, le Gou- 
vernement général a reçu, tant de la part des commerçants que des 
chefs de circonscriptions, des protestations ou des demandes 
d'éclaircissement au sujet de certaines dispositions de ce texte. 

De l'ensemble de ces réclamations, il paraît résulter que les 
petits commerçants sont, d'une façon générale, trop lourdement 
taxés et que plusieurs lacunes rendent l'application de la nouvelle 
réglementation souvent délicate ; il conviendrait donc de remanier 
l'arrêté précité dans un sens plus libéral et de préciser davantage 
quelques-unes de ses prescriptions. 

Le Gouverneur général y parait décidé et il vient de prescrire une 
enquête auprès des Chambres consultatives à l'effet de modifier 
certaines dispositions de cet arrêté. 

Mutations. — M. Echalier, administrateur en chef de deuxième 
classe, est nommé chef de la province de l'Angavo-Mangoro, en 
remplacement de M. Compérat, en congé. 

M. le chef de bataillon Delaforge est nommé commandant du 
cercle de Maevatanana . 

M. le commissaire principal de deuxième classe Louisy est nom- 
mé directeur du commissariat à Madagascar, en remplacement de 
M. le commissaire principal Noguès, rentré en France. 

M. Roussel, receveur des domaines, est nommé chef de service 
des domaines par intérim, en remplacement de M. Loussert, rentré 
en France et promu inspecteur de deuxième classe. 

M. Arrighi, commis des Domaines, est chargé des fonctions de 
receveur des domaines à Tamatave en remplacement de M. Lota, 
en congé. 



164 REVUE DE MADAGASCAR 

M. Deslandes, sous-inspecteur d'agriculture, est nommé direc- 
teur de Tagriculture par intérim à Madagascar en remplacement 
de M. Prudhomme, en congé. 

M. Fauchère, sous-inspecteur d'agriculture, est affecté à Tama- 
tave en qualité de chef de la circonscription agricole de TEst. 

M. Bailly, chef d'imprimerie de deuxième classe, est nommé chef 
de rimprimerie officielle de Tananarive en remplacement de 
M. Leiffeit, rentré en France. 

M. Pétré, chimiste au service des mines de Tunis, est nommé 
chimiste au laboratoire du service des mines de Madagascar à Tana- 
narive. 

MM. les administrateurs-adjoints dont les noms suivent ont été 
affectés : 

MM. Bonneval à Tananarive, Bosquet à Vohipeno, Brunol à 
Mandridrano, Chanel à Manjakandriana, du Chaxel à Tananarive, 
Claude à Mandritsara, Coggia à Ambodilaza, Deitte à Vatomandry, 
Delpit à Ambalavao, Didelot à Tananarive (cabinet du Secrétaire 
général), Dirat à Ambositra, G. Fontoynont à Tananarive, Gau- 
thier à Farafangana^ Giresse à Tamatave, de Hansy h Vatomandry, 
Lassale à Solila, Pasteur à Analalava, Pédezerl à Tulear, Poirier à 
Midongy, Rivière à Mananjary, Roucayrol à Antsenavolo, Stryiens- 
ki à Tamatave et Teyssandier à Betafo. 

La troupe théâtrale, dirigée par M. Maurice Dupuis, a débuté le 
*27 mai à Tananarive. La première impression produite a été bonne 
et fait bien augurer du succès de la saison. Il importe, d'ailleurs, 
que la population de la capitale encourage par sa présence ces ma- 
nifestations artistiques, car Tadministration municipale paraît 
décidée h envisager Téventualité de supprimer, à Tavenir, la sub- 
vention accordée au directeur et dontTimportance serait véritable- 
ment disproportionnée au petit nombre des spectateurs qui ont fré- 
quenté, pendant les saisons 1903 et 1904, le théâtre municipal. 

La révolte du Sud. — Les derniers renseignements reçus de 
Madagascar (fin juin) sur la situation politique de la province de 
Farafangana démontrent que les opérations qui viennent d'avoir 
lieu dans les régions troublées ont produit d'excellents résultats. 
Les irréductibles, traqués de tous côtés, forment deux bandes qui 
se sont réfugiées dans les massifs escarpés et boisés du district de 
Midongy. 

La bande de Kotavy, comprenant les anciens miliciens d'Ampa- 



INFORMATIONS 



165 



rUiy, avait d'abord occupé le repaire d'Ialomany, qu'elle a été obligé 
d'évacuer, à la suite de sa renconire avec nos troupes le 15 avril 
dernier. Elle s'est repliée sur le massif de Papanga, à l'Ouest du 
poste de Befotaka, en un point à peu près inaccessible. Mais toutes 
les dispositions ont été prises pour investir les rebelles et empêcher 
leur ravitaillement. Il est permis d'espérer qu'ils ne tarderont pas, 
dans ces conditions, à être complètement réduits. 

La deuxième bande, à la tête de laquelle se trouve Befanoha, 
l'assassin du sergent Alfonsi, poursuivie vigoureusement dans la 
vallée de l'Itomampy, occupe actuellement un massif montagneux, 
d'accès très difficile, situé au point commun des limites des trois 
provinces de Fianarantsoa, de Tulear et de Farafangana. Des forces 
suffisantes ont été groupées à Betroky, point de ravitaillement de 
Befanoha, afin d'amener à bref délai la réduction de cette bande. 
Le poste de Betroky a été attaqué dans la nuit du 2 au 3 juin, mais 
les rebelles ont été vigoureusement repoussés et se sont enfuis en 
désordre vers l'Est, en emportant 4 ou 5 morts. Nos troupes n'ont 
éprouvé aucune perte. 

Des kabary ayant été tenus dans le district d'Ivohibe, M. l'admis- 
nistrateur Bénévent, chef delà province de Farafangana, s'est rendu 
lui-même à Karianga et à Ivohibe pour se rendre compte sur place 
de la situation et prendre immédiatement les mesures nécessaires 
pour arrêter toute manifestation. Grâce à la présence du chef de la 
circonscription, l'ordre n'a pas cessé de régner dans les régions 
signalées comme suspectes. 

La tribu des Bara Zafimepanany, qui habite le Sud-Ouest du dis- 
trict de Midongy, a fait sa soumission à la fin du mois de mai. 
D'autre part, les reconnaissances, malgré les difficultés de terrain, 
se rapprochent du massif des Papanga ; elles se trouvaient, le 6 juin, 
à une faible distance du repaire occupé par Kotavy. 

A Vondrozo, une certaine effervescence avait été provoquée par 
un kabary. Mais l'arrestation de plusieurs indigènes influents a 
ramené rapidement le calme dans le district. 

En résumé, il semble certain qu'aucune complication fâcheuse 
n*està redouter dans la province de Farafangana. 

On avait pu craindre, un moment, que la rébellion ne gagnât la 
parties sud-est de la province de Tulear. Quelques Baras Zafinidriaak 
s'étaient fortifiés dans un repaire à Ikoloky ; mais ils ont été facile- 
ment délogés ce point et se sont dispersés. Aujourd'hui, des recon- 
naissances suffisent pourempêcher la formation de nouvelles bandes 
et pour maintenir la tranquillité. 



166 REVUE DE MADAGASCAR 

Enfin, toutes les populations qui avaient pris part au mouvement 
de rébellion dans le cercle de Fort-Dauphin ont regagné leurs vil- 
lages dès la reddition de Regaky. Les impôts sont perçus sans diffi- 
culté ni contrainte, et les postes de la frontière Nord se bornent à 
exercer une surveillance très active, pour arrêter les infiltrations 
des rebelles du district de Midongy. 

Le nouveau corps des services civils. — Nous publions ci-après 
le texte complet de Tarrêté paru à VOfficiel de la colonie du 
13 mai 1905, par lequel le Gouverneur général de Madagascar crée 
un corps des services civils à Madagascar, en remplacement de celui 
des alTaires civiles et de celui des comptables qui ont été fusionnés. 
Notre correspondant de Tananarive apprécie plus haut les avan- 
tages qui découleront de cette nouvelle organisation. 

Article premier. ~ II est créé, sous la dénomination de Personnel 
des services civils de Madagascar, un cadre spécial comprenant : 
1» Des adjoints principaux hors classe; 
2** Des adjoints principaux de lr«, 2' et 3* classes; 
3<> Des adjoints de 1''" et 2* classes; 
4*" Des commis de 1***, 2« et 3« classes. 

Art. 2. — Le personnel des servicescivils est indistinctement appelé 
à des fonctions administratives ou chargé de l'exécution des services 
financiers et comptables, soit dans les bureaux du Gouvernement 
général, soit à la direction du contrôle financier, soit dans les pro- 
vinces, cercles, districts ou communes. 

Les agpents de la nouvelle formation peuvent être placés hors cadres 
et détachés dans les divers services civils de la Colonie. Dans cette 
situation, ils conservent leurs droits à l'avancement et à la retraite. 

Art. 3. — Le personnel des services civils constitue un cadre auxi- 
liaire du corps des administrateurs coloniaux. Les agents qui en font 
partie sont toujours subordonnés (sauf l'exception prévue au para- 
graphe ci-après) :à Tananarive, soit aux chefs des bureaux du Gouver- 
nement général, soit au chef des services dans lesquels ils sont déta- 
chés; dans les provinces, cercles, districts ou communes, aux admi- 
nistrateurs et administrateurs-adjoints ou aux officiers qui en rem- 
plissent les fonctions. 

Les adjoints principaux relèvent directement : à Tananarive, des 
chefs des bureaux du Gouvernement général ou des chefs des services 
dans lesquels ils sont détachés; dans les provinces, cercles, districts 
ou communes : du chef de province, commandant de cercle, chef de 
district ou administrateur-maire (que le chef de circonscription soit 
titulaire ou intérimaire), ou du délégué du chef de la circonscription, 
en cas d'absence de ce dernier. 



INFORMATIONS 



167 



Art. 4. — Le Gouverneur général nomme à tous les emplois et 
répartit les agents suivant les besoins du service. 

•HIÉRARCHIE, TRAITEMENT, CLASSEMENT ET EFFECTIF DU PERSONNEL 

Art. 5. — La liiérarchie, le traitement, le classement et l'effectif 
du personnel des services civils de Madagascar sont fixés conformé- 
ment aux indications du tableau ci -après : 



DESIGNATION 



des 
EMPLOIS 



Adjoints principaux hors classe. 
— del"cl. . . 



SOLDU 

COLONIALE 

(A) 



de 2« 
de 3« 



cl. . . 5 
cl. . . < 



Adjoints de 1'* classe. 

— de 2« cl. . . 
Commis de 1" cl. . . 

— de î« cl. . . 

— de 3« cl. . . 



10.000 

8.000 
À 9.000 

7.000 
à 7.500 

6.000 
à 6.!>00 

5.000 
4.500 
4.000 
3.500 
3.000 



CATEGORIE 

du tablbad 
de classemint 

(Annexe 

au décret 

du 6 juillet 1904) 



EFFECTIF 



l'" Catégorie B 
2« Catégorie (l) 

2< Catégorie 



3« Catégorie 



POOR 

CHAQUE 

EMPLOI 



PAR 
CATÉGOniK 

d'emploi 



l^/oHelM.! (. 
'2 - 

3 - 

4 - 



>lO«/o4el'ftff.tot. 



10 
15 
15 
«0 
30 



: 1» - 



►65 — 



(4) La solde d'Europe e^t flxée, d'une manière uniforme, à la moitié de la solde 
coloniale. 

(l){Ces fonclionnolresi, bien que compris à In 2* catégorie, voyagent toujours en 
1" classe à bord des paquebots. Cette faveur ne leur concède aucun droit aux autres 
avantages accordés aux offlciers supérieurs ou aux fonctionnaires assimilés (domes- 
ticité, bagages, etc.). 



CONDITIONS GÉNÉRALES DE RECRUTEMENT 

Art. 6. — Nul ne peut être admis dans le personnel des services 
civils s'il ne réunit les conditions suivantes : 

1° Etre Français; 

2<> Avoir satisfait aux obligations de la loi sur le recrutement de^ 
Tarmée; 

3° Etre âgé dé 30 ans au plus. Toutefois, cette limite d^âge pourra 
être portée à 35 ans pour les candidats justifiant de cinq années au 
moins de services militaires ou civils rendus à TEtat. 

Elle pourra, le cas échéant, être prorogée d'une durée égale à celle 
des services antérieurs rendus à la colonie et admissibles dans la liqui- 
dation de la pension de retraite. Cette régie s'applique spécialement 



168 REVUE DE MADAGASCAR 

aux demandes de permutation faites par des agents appartenant à 
d'autres formations locales; 

4'' Justifier, par un certificat médical délivré par un médecin mili- 
taire ou par un médecin des troupes coloniales, que le candidat pos- 
sède l'aptitude physique nécessaire pour servir aux colonies ; 

50 Produire un certificat de bonnes vie et mœurs, ainsi qu'un extrait 
du casier judiciaire, dûment légalisés et datant de six mois au 
maximum. 

DES COMMIS 

Art. 7. — Les commis de 3* classe sont choisis, dans la proportion • 
d'un tiers pour chaque catégorie, parmi les candidats énumérés ci- 
après : 

1° Les militaires et anciens militaires (sous-officiers, caporaux et 
brigadiers), des armées de terre et de mer, réunissant les conditions 
exigées par les articles 14 et 21 de la loi du 18 mars 1899 (sur le ren- 
gagement des sous-officiers) et 84 de la loi du 15 juillet 1899 (sur le 
recrutement de l'armée). 

2« Les jeunes gens pourvus d'un diplôme de bachelier, du brevet 
supérieur de l'enseignement primaire, du diplôme de fin d'études, de 
l'enseignement secondaire spécial ou du diplôme d'une école supé- 
rieure de commerce reconnue par l'Etat. 

3° Les agents des diverses administrations de la Métropole ou des 
colonies justifiant d'un traitement d'Europe d'au moins' 1.500 francs. 

Art. 8. — Lorsque le Gouverneur général devra procéderau recrute- 
ment de nouveaux commis des services civils, si aucun candidat ne 
s'est présenté dans l'une des catégories visées à l'arlicle précédent, le 
nombre des emplois vacants sera réparti par moitié entre les candidats 
des lieux autres catégories. Si une seule des trois catégories présente 
des candidats, la totalité des vacances sera attribuée à ces derniers. 

Art. 9. — Tout candidat, nommé dans le cadre des services civils, 
est astreinte un stage d'une année à la fin de laquelle il est, soit main- 
tenu dans les cadres, soit licencié sur un rapport du Secrétaire 
général, basé sur les appréciations dont l'agent aura été l'objet au 
cours de cette période. 

Art. 10. — Les emplois de commis de 2« et 1" classes sontattribués : 
1° Aux agents de la classe inférieure, comptant dans la classe au 

moins dix-huit mois d'ancienneté, dont un an de services eflectifs dans 

la Colonie; 

2" Aux agents des différentes administrations de la Métropole ou des 
colonies justifiant d'un traitement d'Europe d'au moins 1.800 francs 
pour les emplois de commis de 2« classe, et d'au moins 2.000 francs 
pour ceux de première. 

Un quart des vacances au maximum est réservé aux candidats de 
celle dernière catégorie. 



INFORMATIONS 169 



DES ADJOINTS 

Art. 11. — Les adjoints de 2' classe sont choisis : 

1» Parmi les commis de première classe comptant au moins dix-huit 
TOois d'ancienneté, dont un an de services efTectifs dans la colonie, et 
qui auront justifié de leurs connaissances professionnelles par un 
examen dont le programme et les conditions seront déterminais par 
arrêté du Gouverneur général. 

2* Parmi les candidats pourvus : soit d*un dipl6me de licence (es 
lettres, es sciences ou en droit), soit d'un diplôme de docteur en 
médecine, soit d'un diplôme de fin d'études de Técole coloniale, de 
Técole des Chartes ou de Técole des Sciences politiques, de Tlnstitut 
national agronomique ; des écoles nationales d*agriculture de Bennes, 
Grignon et Montpellier, de Técole des hantes études commerciales, 
«oit encore d'un certificat attestant qu'ils ont satisfait aux examens de 
isortie de l'école polytechnique, de Técole supérieure des mines, de 
récole centrale des arts et manufactures, dePécole nationale des ponts 
et chaussées, de l'école spéciale militaire de Saint-Cyr, de l'école 
forestière ou de l'école du génie maritime, soit d'un brevet d'officier 
des armées actives de terre et de mer; 

3^ Parmi les agents des diverses administrations de la Métropole ou 
des colonies justifiant d'un traitement d'Europe d'au moins 2.250 francs 
•et ayant subi avec succès les épreuves de l'examen prévu au paragraphe 
premier ci-dessus. 

Un quart des vacances au maximum est réservé aux candidats de ces 
•deux dernières catégories. 

Art. 12. — Les emplois d'adjoint de première classe sont réservés 
«exclusivement aux adjoints de deuxième classe comptant au moins 
deux ans d'ancienneté, dont dix-huit mois de services efiectifs dans 
la Colonie. 

Art. 13. — Les adjoints de première classe comptant au moins deux 
ans de services efTectifs dans la Colonie peuvent être proposés pour 
l'emploi d'administrateur-adjoint de troisième classe des colonies dans 
le<« conditions et les limites prévues par le décret du 19 septembre 1903. 

Les candidatures des adjoints de première classe proposés pour 
l'emploi d'administrateur-adjoint de troisième classe seront soumises, 
au préalable, à l'examen de la commission instituée par l'arrêté du 
15 septembre 1900, pour l'examen des titres à l'avancement des divers 
agents locaux. 

Les propositions susvisées restent acquises et peuvent êtres suivies 
d'efiet, même quand les intéressés ont été promus adjoints principaux 
de troisième classe et tant qu'ils se trouvent dans les conditions fixées 
par l'article 4 du décret du 19 septembre 1903. 



170 REVUE DE MADAGASCAR 

DBS ADJOINTS PRINCIPAUX 

Art. 14. — Les emplois d'adjoints principaux de troisième classe sont 
attribués en tptalité aux adjoints de première classe comptant au 
moins deux années d'ancienneté, dont dix-huit mois de services efiec- 
tifs dans la Colonie et qui, soit en raison de leur Age, soit pour couve- 
ninces personnelles ou pour tout autre cause, n'auront pas été admis 
dans le corps des administrateurs coloniaux. 

Art- 15. — Les emplois d'adjoints principaux de deuxième et de pre- 
mière classes sont exclusivement réservés aux agents de la classe 
immédiatement inférieure et comptant, dans cette classe, deux années 
d'ancienneté au minimum, dont dix-huit mois de services efiectifs 
dans la Colonie. 

Art. 16. — Les adjoints principaux de troisième, deuxième et pre- 
mière classes reçoivent toujours les traitements de débuts afférents ^ 
ces emplois. Mais ce traitement peut, dans la limite des crédits bud- 
gétaires et après neuf mois de services effectifs dans la Colonie avec 
la solde immédiatement inférieure, être porté, par augmentations d& 
500 francs, jusqu'au maximum flxé par l'article 5 du présent arrêté. 

Art. 17. — Les emplois d'adjoints principaux hors classe seront ex- 
clusivement réservés aux adjoints principaux de V* classe comptant 
trois années d'ancienneté, dont trente mois de services effectifs dans 
la Colonie. 

AVANCEMENTS 

Art. 18. — Les avancements sont attribués suivant les proportions 
indiquées ci-après : 

Un tiers à l'ancienneté et deux tiers au choix pour les emplois de 
commis de toutes classes; 

Exclusivement au choix et d'après le classement obtenu à l'examen 
prévu par l'art. H pour l'emploi d'adjoint de 2* classe; 

Moitié à l'ancienneté et moitié au choix pour les emplois d'adjoints 
de 1'" classe et d'adjoints principaux des trois classes, quelle que soit 
la solde de ces derniers ; 

Exclusivement au choix pour les adjoints principaux hors classe et 
quelle que soit la solde des concurrents dans l'emploi d'adjoint prin- 
cipal de l*** classe. 

Art. 19. — Le choix porte sur les candidats inscrits au tableau 
d'avancement, dressé par la commission de classement dont il est 
question à Tart. 13 et arrêté par le Gouverneur général. 

Art. 20. — Les promotions et les avancements au choix seront tou- 
jours accordés jusqu'à épuisement complet de la liste de classement 
et dans l'ordre du tableau d'avancement arrêté par le Gouverneur 
général. 



INFORMATIONS 



PEINBS DISCIPLINAIRES 



171 



Art. 21 . — Les peines disciplinaires applicables au personnel des 
services civils sont les suivantes : 

La réprimande ; 

Le blâme avec inscription au dossier; 

La suspension de fonctions ; 

La rétrogradation; 

La révocation. 

La réprimande est prononcée parle chef du service sous les ordres 
duquel Tagent est placé. 

Le blâme avec inscription au dossier est infligé par le Gouverneur 
Général) sur la proposition du même chef de service. 

La suspension de fonctions est prononcée par le Gouverneur Géné- 
ral, sur la proposition du chef de service, dans la forme et les condi- 
tions prévues à Tart. 113 du décret du 23 décembre 1897, sur la solde 
et les accessoires de solde des personnels coloniaux et locaux. 

La rétrogradation et la révocation sont prononcées par arrêté du 
Gouverneur Général, après avis d'une commission jd'enquéte composée 
conformément au tableau annexé au présent arrêté, et devant laquelle 
ragent est admis à présenter ses moyens de défense soit verbalement, 
soit par écrit. 

L'avis de la commission doit être visé dans Tarrété portant rétrogra- 
dation ou révocation et ne peut être modifié que dans un sens favo- 
rable à Tinculpé. 

Art. 22. — L'agent rétrogradé est replacé dans la classe ou l'emploi 
immédiatement inférieurs. Il y prend rang du jour de la décision pro- 
nonçant sa rétrogradation et ne peut être proposé pour l'avancement 
qu'après y être resté pendant la période minimum exigée pour être 
élevé à la classe ou à l'emploi supérieurs, sans qu'il lui soit tenu 
compte du temps qu'il y aurait antérieurement passé. 

DISPOSITIONS TRANSITOIRES 

Art. 23. — Les écrivains des affaires civiles en service au moment où 
le présent arrêté entrera en vigueur,'et inscrits au tableau d'avance- 
ment, seront nommés de plein droit à l'emploi de commis de 2* classe 
des services civils. 

Leur ancienneté comptera de la date de leur nomination à ce der- 
nier emploi. 

Art. 24. — Les écrivains des affaires civiles qui n'ont pas été inscrits 
au tableau seront nommés commis de 3" classe des services civils. 

ils prendront rang dans Tordre de leur nomination à l'emploi qu'ils 
occupent actuellement et à la suite des commis de troisième classe du 
corps des comptables, admis dans la nouvelle formation. 



172 



REVUE DE MADAGASCAR 



Leur ancienneté comptera de la date de leur nomination à remploi 
de commis de troisième classe des services civils. 

Art. 25. — Les indigènes qui occupent actuellement remploi d'écri- 
vains des affaires civiles seront versés d'office dans le cadre des écri- 
vains indigènes. 

Art. 26. — Les agents des affaires civiles et ceux du corps des comp- 
tables (à l'exception des trois chefs de bureau provenant de l'ancienne 
direction des finances et du contrôle et qui feront l'objet d'un arrêté 
spécial), seront incorporés dans le nouveau cadre conformément aux 
indications du tableau ci-après : 



DÉSIGNATION 

des emplois dans les cadres 

des affaires civiles 

et des comptables. 



Chef de bureau de deuxième classe du 

corps des comptables. 
Sous-chef de bureau de première classe 

du corps des comptables. 
Sous-chef de bureau de deuxième classe 

du corps des comptables. 
Adjoint de première classe des affaires 

civiles. 
Comptable de première classe. 
Adjoint de deuxième classe des affaires 

civiles. 
Comptable de deuxième classe. 
Commis de première classe des affaires 

civiles. 
Commis de première classe du corps 

des comptables. 
Commis de deuxième classe des affaires 

civiles. 
Commis de deuxième classe du corps 

des comptables. 
Ecrivains de première classe des affaires 

civiles inscrits au tableau. 
Commis de troisième classe du corps 

des comptables. 
Ecrivains dé première classe des affaires 

civiles non inscrits au tableau d'avan- 
cement. 



DÉSIGNATION 

des emplois du cadre des ser- 
vices civils dans lequel doivent 
être classés les agents des af- 
faires civiles et des comptables. 

S Adjoint principal de première 
classe des services civils. 
) Adjoint principal de deuxième 
) classe. 

Î Adjoint principal de troisième 
classe. 

Adjoint de première classe. 



> Adjoint de deuxième classe. 
Commis de première classe. 



Commis de deuxième classe. 



Commis de troisième classe. 



Art. 27. — Si la solde afférente au nouvel emploi attribué aux agents 
des corps des affaires civiles ou des comptables est inférieure à celle 
qu'ils recevaient dans leur ancien corps, la différence continuera à 



INFORMATIONS 173 

leur être acquise à titre de supplément personnel jusqu*à ce qu'un 
avancement en classe ou une promotion à Vemploi supérieur aient 
régularisé leur situation. 

Art. 28 — Les agents des affaires civiles et ceux du corps des comp- 
tables seront incorporés dans la nouvelle formation dans Tordre de 
leurs anciennetés respectives. 

Toutefois, pour tenir compte à la fois de la différence des condi- 
tions d'avancement dans les deux corps et des avantages pécuniaires 
que le personnel des affaires civiles retirera de la fusion des deux 
cadres, la priorité sera attribuée de plein droit aux agents provenant 
du corps des comptables lorsque ceux-ci auront été nommés, à rem- 
ploi qu'ils occupent actuellement, aux mêmes dates que les agents des 
affaires civiles qui se trouveront en concurrence avec eux. 

Entre les agents de même origine, Tordre d'ancienneté actuel sera 
rigoureusement maintenu. 

Le classement général du personnel des services civils sera effectué 
d'après les règles tracées ci-dessus, par un arrêté ultérieur du Gou- 
verneur général. 

Art. 29. — Les agents des corps des affaires civiles et des comp- 
tables inscrits au tableau d'avancement conserveront le bénéfice de 
leurs inscriptions et seront promus à la classe ou à l'emploi supérieurs 
à la date proposée.pour chacun d'eux par la commission, et sans qu'il 
soit tenu compte des nouveaux délais exigés pour l'avancement par le 
présent arrêté. 

Cette dernière disposition n'est pas applicable aux écrivains des 
afiaires oiviles, qui ont fait Tobjet d'une mesure spéciale prévue par 
l'article 23 du présent arrêté. 

Art. 30. — Par mesure bienveillante et dans le but de sauvegarder 
dans la plus large mesure les droits acquis, Texamen prévu par l'ar- 
ticle 11, paragraphe premier du présent arrêté, pour les commis de 
première classe, candidats à l'emploi d'adjoint de deuxième classe, ne 
sera exigé qu'à partir du 1«' janvier 1907. 

La détaxe des produits coloniaux. — Nous publions ci-après 
une lettre adressée récemment par la Chambre d'agriculture de 
Madagascar aux membres du groupe colonial de la Chambre 
des députés et du Sénat : 

Messieurs, 

La Chambre d'agriculture de Madagascar et dépendances, consti- 
tuée par arrêté local du 26 février 1902, et qui vient de tenir sa session, 
s'était, dès le début de ses travaux, préoccupée d'obtenir la détaxe 
complète des produits coloniaux qui, jusqu'à présent, ne bénéficient, 
à leur entrée dans la métropole, que d'une détaxe partielle égale à la 



174 REVUE DE MADAGASCAR 

moitié des droits du tarif minimum appliqué aux produits similaires 
étrangers. 

La question, déjà posée en 1902, avait été reprise en 1903 et traitée 
avec ampleur par M. le docteur Raulin qui, dans un rapport très docu- 
menté, concluait à Fadoption d'un vœu tendant à Tobtention de ladite 
détaxe. 

A Tunanimité, notre Compagnie approuva les conclusions de son 
rapporteur, celles-ci furent transmises au gouvernement de la colonie. 

Ce desideratum a lui-même rencontré Tadhésion bienveillante de 
M. le Gouverneur général qui s^est empressé de le transmettre au 
département, en raccompagnant d'une lettre où il expose tout l'intérêt 
qui s'attache à l'adoption d*une pareille mesure, éminemment favo- 
rable au développement économique de toutes les colonies françaises. 

M. le ministre des Colonies a répondu au général Gallieni dans les 
termes suivants: 

Vous avez bien voulu me transmettre un vœu exprimé par la Chambre 
d'agriculture de Madagascar, tendant à obtenir la détaxe des droits frap- 
pant les produits coloniaux è leur entrée dans la métropole 

Vous nignorez pas que, jusqu'à ce jour, le Parlement ne s'est pas montré 
partisan d'une réforme de ce genre, mais j'estime que le vœu de la 
Chambre d'agriculture de Madagascar mérite la plus sérieuse attention, 
et je m'efforcerai d'en tenir le plus grand compte si des circonstances 
favorables se présentent. 

La Chambre d'agriculture a considéré que la réponse vague et laco- 
nique de M. le ministre des Colonies ne constituait pas une solution 
suffisante; elle a décidé de poursuivre sa campagne en vue d'obtenir 
la détaxe. Il ne lui est pas apparu, en eflet, que le ministre, qui allè- 
gue que jusqu'à présent le Parlement ne s'est pas montré partisan de 
la réforme projetée, ait fait auprès de cette assemblée tout le néces- 
saire pour mieux éclairer sa religion et la faire revenir sur son opi- 
nion. Elle a pensé alors que ce soin revenait de droit au groupe colo- 
nial, qui a déjà pris cette cause en mains et dont la vigilance est tou- 
jours en éveil, lorsqu'il s'agit d'entreprendre la défense des intérêts 
économiques des colonies. 

Elle a estimé que c'était à lui qu'il appartenait d'entreprendre, au 
sein du Parlement, la campagne de propagande susceptible de déter^ 
miner dans cette assemblée la constitution d'une majorité favorable à 
la réforme, et capable de l'imposer par son vote. 

Elle a décidé, à cet eiTet, de réunir le rapport de M. le docteur Rau- 
lin, la lettre de M. le gouverneur général de Madagascar et la réponse 
de M. le ministre des Colonies en une plaquette qui serait adressée 
aux président et membres du groupe colonial de la Chambre des dé- 
putés et du Sénat, à tous les membres du Parlement, ainsi qu'aux 
Chambres d'agriculture des autres colonies. 

C'est cet opuscule que la Chambre d'agriculture de Madagascar a 



INFORMATIONS 175 

l'honneur de vous soumettre avec Tespoir qu'il retiendra votre haute 
et bienveillante attention, et que vous voudrez bien participer à la 
campagne de propagande en faveur de la proposition dont elle a pris 
l'initiative et dont elle poursuivra, avec une inlassable persévérance, 
la réalisation. 

Veuillez agréer, Messieurs, avec nos remerciements anticipés, les 
assurances de notre respectueux dévouement. 

Le Président Ch. Jénot 

Nous ne pouvons que souhaiter vivement de voir la demande si 
légitime de la Chambre d'agriculture de Madagascar, recevoir 
pleine et entière satisfaction. 

L'Exposition d'agriculture coloniale qui s'est tenue à Nogent- 
sur-Marne du 21 juin au 16 juillet, a obtenu le plus vif succès. Dans 
ce cadre merveilleux qu'est le Jardin colonial, M. Dybowski avait 
installé une exposition absolument remarquable, et nous regrettons 
bien vivement que le manque de place ne nous permette pas de 
nous étendre longuement sur cette belle manifestation de l'activité 
coloniale qui a attiré, pendant quatre semaines, un nombre considé- 
rable — et inespéré — de visiteurs. 

Par deux fois, le ministre des Colonies, M. Clémentel, a tenu à se 
rendre à l'Exposition, voulant ainsi témoigner à M. Dybowski et à ses 
collaborateurs son entière satisfaction pour les efforts vraiment 
méritoires dont ils avaient fait preuve dans son organisation. Le jour 
de l'inauguration,. nous avons noté la présence, autour de M. Clé- 
mentel, de MM. le général Gallieni, Strauss, Expert-Besançon, 
sénateurs ; Gerville-Réache, François Deloncle, Charles Deloncle, 
Maujan, Gaston Menier, de Lanessan, Henrique-Duluc, Ursleur, 
députés: Beau, directeur du cabinet du ministres des colonies; 
de Lamothe, Ormières, Ponty, gouverneurs des colonies; Binger, 
Boulteville, Delmas, Dubard, You, Duchône, directeurs au minis- 
tère des colonies; docteur Heim, Cl. Delhorbe, secrétaire -général 
du Comité de Madagascar ; Maclaud, Superville, G. Julien, admi- 
nistrateurs des colonies, etc. 

La section de Madagascar, organisée par M. Prudhomme, a paru 
vivement intéresser M. Clémentel. Cette exposition particulière de 
la Colonie, comprenait trois cases malgaches où des indigènes ven- 
daient des produits du pays : nattes, rabanes, chapeaux de paille, 
— ces derniers très admirés et rivalisant avec les véritables 
« panamas », — une serre contenant les principales variétés agri- 
colesde l'Ile : café, thé, cacao, canne à sucre, riz, ananas, noix de 



178 . REVUE DE MADAGASCAR 

COCOS, lianes à caoutchouc, ''etc. ; enfin, J'Exposition comportait 
aussi un certain nombre de moutons malgaches et d'oies royales qui 
furent très remarquées. 

Tous ces produits qui sont destinés à TExposition de Marseille, 
seront conservés au Jardin colonial, où ils formeront une section 
permanente de Madagascar. 

Mentionnons également la section des Beaux- Arts où, entre autres 
choses fort intéressantes, on remarquait les bustes et statuettes de 
Malgaches et de Dahqiiiéens de M. G. de Mellanville, un sculpteur 
de talent, lauréat de FEcole des Beaux-Arts, dont les œuvres avaient 
déjà été très appréciées à TExposition Universelle de 1900. Notons à 
cette occasion que M. de Mallanville a exécuté récemment un buste 
du général Gallieni, aussi remarquable par sa belle facture artis- 
tique que par sa parfaite ressemblance. 

Indiquons, enfin, que M. Le Deley a édité trois jolies séries de 
cartes postales, représentant les différents aspects de l'Exposition 
coloniale de Nogent. 

La question minière occupe toujours le premier plan de celles 
intéressant la Colonie. Par le dernier courrier de Madagascar nous 
est parvenu le texte de la protestation très énergique adressée par 
les colons de Tananarive aux pouvoirs publics. Elle est signée de 
MM. Baudin, Fantou, Hallot, Jacquinot, Pascal et Savarron, dési- 
gnés par l'assemblée des colons de la capitale tenue le 4 juin. 

A deux reprises déjà nous avons fait connaître notre opinion sur 
la mesure absolument inopportune prise par l'administration supé- 
rieure; nous n'y reviendrons donc pas. Nous nous bornerons à 
appeler de tous nos vœux une réglementation nouvelle, rapide et 
définitive; car ce serait porter le coup fatal à Tindustrie minière à 
MadagascaV^que de modifier à tout instant les arrêtés ou les décrets 
la conceiîoâtit ; c'est en ces sortes de choses surtout que le mieux est 
souvent l'ennemi du bien! 

On nous annonce comme prochaine Tapparition du nouveau 
décret, attendu avec une légitime impaticmce par tous les intépessés, 
Français ou étrangers. Bon nombre de journaux anglais suivent, 
d'ailleurs, de très près cette question de la réglementation minière, 
un grand-[,nombre de leurs nationaux a/ant des intérêts considé- 
rables dans les placers de la Grande lie, et toiit' comme les organes 
français s'occupant d'affaires coloniales, ils se sont élevés 
contre jles ' procédés récemment employés, demandant que je 
^ décret nouveau, tout en réservant les droits légitimes de l'Etat, 



INFORMATIONS 179 

ne comporte pas de trop lourdes charges pour les exploitants. 
De nouvelles sociétés ayant pour objet les exploitations aurifères 
sont actuellement en formation, tant en France que dans la Colonie. 
Au Transvaal on ne reste pas non plus inactif, et un télégramme de 
Durban nous annonce que le 22 juillet, nombre de prospecteurs de 
Johannesburg, se sont embarqués pour Madagascar. 

Légion d*honneur. — C'est avec le plus grand plaisir que nous 
avons appris les nominations et promotions suivantes de quelques- 
uns de nos amis dans Tordre de la Légion d'honneur; nous prions 
ceux de nos collègues qui ont été Tobjet de ces flatteuses distinctions 
de vouloir bien trouver ici l'expression de nos plus sincères féli- 
citations. 

Grand officier de la Légion d'honneur : M. le général Bailloud, 
l'ancien directeur des services de l'arrière pendant la campagne de 
Madagascar. 

Commandeur de la Légion d'honneur : M. le général Lyautey, 
-commandant les troupes non embrigadées de la région d'Aïn- 
Sefra. 

Officier de la Légion d'honneur: M. Dybowski, inspecteur général 
de l'Agriculture coloniale. 

Chevaliers de la Légion d'honneur : M. Millet, trésorier-payeur à 
Madagascar, et M. Guyon, administrateur des colonies, chef du 
cabinet du Gouverneur général, le collaborateur si dévoué et si actif 
du général Gallieni. 

M. Lallier du Coudray, dont on n'a pas oublié le long séjour à 
Madagascar où il a occupé de hautes et importantes fonctions, vient 
d'être nommé commissaire général des troupes coloniales, direc- 
teur du service colonial en Indo-Chine. Nous félicitons vivement 
notre distingué collègue de cet avancement si mérité, auquel ses 
nombreux amis ne manqueront pas d'applaudir. 

Le mariage de M^^« Qallleni avec M. le capitaine Gruss, officier 
d'ordonnance du général Gallieni, a été célébré le mercredi 19 juil- 
let à Saint-Raphaël, au milieu d'un grand concours d'amis venus 
témoigner aux jeunes époux et à leurs familles, leurs sentiments 
d'estime et de vive sympathie. 

La cérémonie civile à- eu lieu h la mairie de Fréjus, la villa di* 
général se trouvant sur le territoire de cette commune, et, de là, le 



180 REVUE DE MADAGASCAR 

-cortège s est rendu à Téglise paroissiale de Saint-Raphaël, où 
M. Tabbé Crépeaux a donné la bénédiction nuptiale et prononcé une 
remarquable allocution. M. Tabbé Crépeaux, aujourd'hui curé à 
Nice, est un camarade de Saint-Cyr du général Gailieni ; il était 
lieutenant-colonel et officier de la Légion-d'honneur, quand il a 
donné sa démission pour entrer dans le clergé. 

Dans l'assistance très nombreuse, on remarquait MM. les géné- 
raux Joffre, Houry, Vimard el Lyautey, ainsi que Famiral Bouvier. 
Les témoins de la mariée étaient le général Houry et M. Gheusi ; 
ceux du capitaine Grûss, le baron Le Vavasseuret legénéral Lyautey. 

A rissue de la cérémonie religieuse, un grand dtner a eu lieu à THô- 
tel des Bains,oii tous les invités étaient d'ailleurs descendus,et un 
orchestre local dont le général Gailieni est membre d'honneur s'est 
fait entendre pendant tout le cours du repas. Au dessert, le général 
Houry et le général Lyautey ont porté, en termes choisis, la santé 
des nouveaux mariés et de leurs familles. 

Le Comité de Madagascar présente, en cette heureuse circons- 
tance, au capitaine et à M"'' Griiss ses sincères compliments et ses 
meilleurs vœux de bonheur. 

Administrateurs Coloniaux. — VOfficiel a publié récemment 
un décret du Président de la République, modifiant un certain 
nombre d'articles du décret du 6 avril 1900 qui régit le corps des 
administrateurs coloniaux et dont plusieurs dispositions concernant 
soit les conditions d'admission, soit le mode d'avancement, avaient 
été l'objet de critiques nombreuses de la part des intéressés. 

Le nouveau décret que nous publions ci-dessous, donne satisfac- 
tion à quelques-uns des desiderata exprimés, bien qu'on eût désiré 
y voir appliquer certaines dispositions plus libérales : 

Article premier. — Les articles 10 et 13 du décret du 6 avril 1900» 
déjà modifiés par le décret du 19 septembre 1903, sont modifiés ainsi 
qu'il suit : 

;^|.t. 10. — Des emplois d'administrateur de l^, 2* et 3« classe et 
d*admiuistrateur-adjoint de 1*^ 2« et 3* classe peuvent être attribués, 
après avis de la commission de classement mstituée par l'article 11 
ci-après : P à des fonctionnaires de Tadministration centrale du minis- 
tère des colonies dans les conditions prévues aux décrets portant orga- 
nisation de ladite administration; 2* sur un rapport motivé au prési- 
dent de la République, à titre exceptionnel et pour services éclatants 
rendus à la colonisation dans les pays d'outre-raer, aux citoyens fran- 
çais n'appartenant pas aux cadres des administrateurs ou à Tadminis- 



182 REVUE DE MADAGASCAR 

tration centrale du ministère des Colonies, et qui ont passé trois 
années, soit dans les colonies françaises, soit dans les pays de protec- 
torat ou dans les zones d*influence française. 

Le nombre de ces nominations exceptionnelles ne peut dépasser 
deux par an pour chacune de ces catégories. 

Elles sont imputées sur le contingent attribué aux fonctionnaires 
des secrétariats généraux et aux officiers. 

Art. 18. — Les nominations et promotions de classe des administra- 
teurs coloniaux sont faites par décret du président de la République. 

Les administrateurs nouvellement promus ne peuvent recevoir que 
le traitement de début attaché à leur classe personnelle; ce traitement 
peut être porté par arrêté du gouverneur de la colonie, et dans la 
limite des crédits budgétaires, jusqu'au maximum prévu par Tarticle 
premier du présent décret, par fraction de 500 francs. 

Aucun administrateur ne peut obtenir cette augmentation de traite- 
ment qu'après cinq mois de services efiectifsaux colonies avec letrai, 
ment inférieur. 

Nul administrateur ne peut être inscrit au tableau d'avancement 
pour la classe ou l'emploi supérieur, s'il ne réunit pas, au minimum 
deux années d'ancienneté dans la classe ou l'emploi immédiatement 
nférieur et si, d'autre part, il n'a pas accompli aux colonies, dans- 
cette même classe ou ce même emploi, un temps de service effectif 
minimum fixé comme suit : dix mois pour le Haut-Sénégal et Niger, la 
Guinée française, la C6te d'Ivoire, le Dahomey, le Congo français et 
dépendances ; un an pour le Sénégal et la C6te française des Somalis 
et dépendances ; dix-huit mois pour Madagascar et dépendances et 
Mayotte et dépendances; deux ans pour les autres colonies. 

Dans le cas de services rendus dans des colonies différentes, le 
séjour dans chacune d'elles entre en compte proportionnellement aux 
durées précitées, pour la fixation du minimum de séjour colonial 
exigible. 

Le temps de séjour colonial nécessaire pour l'inscription au tableau 
d'avancement est réduit, pour les administrateurs rentrant en France 
à l'expiration d'une mission accomplie dans les colonies ou dans les 
zones d'influence française et maintenus dans la métropole pour la mise 
au net de leurs travaux administratifs ou cartographiques, d'une 
durée égale à la moitié du temps passé en mission, sans cependant 
pouvoir excéder six mois. Les administrateurs détachés en qualité de 
professeur ou de répétiteur à l'Ecole coloniale ou à l'Ecole des langues 
orientales sont dispensés de même d'une durée de service colonial 
égale à la moitié de leur dernier séjour colonial sans cependant pou- 
voir excéder six mois. 

En aucun cas^ un administrateur -adjoint de l^ classe ne peut être 
promu au grade d'administrateur de 3* classe s'il n'a accompli, dans le 



INFORMATIONS 183 

corps des administrateurs, un séjour effectif aux colonies d*une durée 
minimum de quarante-huit mois, stage compris. 

Les administrateurs de l'^ classe ne peuvent en aucun cas être 
promus au grade d'administrateur en chef de 2« classe s'ils n'ont 
accompli cette même période de séjour colonial comme administra- 
teurs (3«, 2e et 1" classe). 

Ce temps de séjour est réduit respectivement à trente-deux mois 
et à seize mois pour les administrateurs-adjoints de l*** classe 
et administrateurs de l^^ classe entrés dans le corps en vertu des dispo- 
sitions de Tarticie 10 du présent décret, selon qu'ils ont été nommés 
d'emblée à la 2« ou à la l'^ classe de leur grade. 

Les administrateurs coloniaux prennent rang entre eux sur la liste 
d'ancienneté de chaque emploi du jour de leur nomination audit 
emploi, quelle que soit la quotité du traitement qu'ils reçoivent. 



bibliographie de madagascap 



Année 1905 (1) 



LIBRAIRIE 

Amené {lÎBui.), — La ferme hippique de l'Iboaka. In : Madagascar, de 
1896 à 1905, par le général Gallieni, tome II, pp. 527-533. 

BaateL — Rapport du chef des services de la sûreté. In : Madagas- 
car, de 1896 à 1905, par le général Gallieni, tome II, pp. 378-382. 

Bourdier. — Rapport du chef du service topographique. In : Mata- 
gascar, de 1896 à 1905, par le général Gallieni, tome II, pp. 406- 
420. 

Chaumet. — Rapport fait a la Chambre des députés sur le nouvel 
emprunt de 15 millions pour le chemin de fer de Madagascar. 
Paris, 1905, Documents parlementaires, n* 1672. 

C/igue {Marc), — Notice illustrée sir Madagascar, pp. 191-212. In : 
Les Colonies françaises à r Exposition de Liège. Paris, 1905. 1 vol. 
in-8<^ de 400 pages, publié par M. J.-L. Brunet, édition des Actua- 
lités diplomatiques et coloniales. 

Deachampa. — Rapport du chef du service de l'enseignement. In : 
Madagascar, de 1896 à 1905, par le général Gallieni, tome II, 
pp. 294-309. 

Durand (A. •/.) — Abrégé colonial illustré : Madagascar par provinces, 
avec préface de M. Fr. Deloncle. Paris, 1905, 1 vol. petit in-4, de 
1-42 pages, avec cartes et gravures. 

(1) Voir la Revue des 10 mars, 10 avril, 10 mai et 10 juin 1905. 

Malgré tout le soin que nous apportons à ce travail, nous n'avons pas la pré- 
tention de ne faire aucun oubli dans nos citations : aussi, serons- nous extrême- 
ment reconnaissants à nos lecteurs de nous signaler les ouvrages^ études, articles 
de revues ou journaux dont ils auraient pu avoir connaissance, parus tant en 
France qu*à l'étranger, et que noun aurions omis dans nos listes. 



BIBLIOGRAPHIE 185 

Galliem (général). — Madagascar de 1896 a 1905. (Rapport du général 
Gallieni, Gouverneur général, au Ministre des Colonies, 30 avril 
1905.) Tananarive, Imprimerie officielle, 2 vol. in-4« de 740 et 543 
pages, avec nombreuses cartes, tableaux et graphiques. 
Le tome I a été reproduit en grande partie par le Journal Officiel 
des 10, 18, 19 et 25 juillet 1905. 

Girard, — Rapport du chef du service judiciaire. In : Madagascar, 
de 1896 à 1905, par le général Gallieni, tome II, pp. 310-336. 

Grandidhr (A. 9t G,). — Collection des ouvrages anciens concernant 
Madagascar. Tome III. Paris, 1905. 1 Tol.in-8<* de 719 pages, cartes, 
plans et gravures. 

Grandîdîer(G.), — Recherches sur les Lémuriens disparus et en parti- 
culier sur CEUX QUI vivaient A MADAGASCAR. PaHs 1905, 1 volin-4^ 
de 143 pages, avec nombreuses planches et figures. Masson et C**. 

GrOss (eapitaln9). — Rapport du chef du service des automobiles. In : 
Madagascar, de 1896 à 1905, par le général Gallieni, tome II, 
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In : Madagascar, de 1896 à 1905, par le général Gallieni, tome II, 
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186 REVUE DE MADAGASCAR 

« 

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Publication du Gouvernement général. 



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mines d'or ; un rapport du général Gallieni). 

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lieni, 280-283, 7 photos. 



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SUR l'enseignement des indigènes (Madagascar), pp. 5.V56. 
À propos d'articles de M. Allier parus dans le Siècle et de M. Louis 
Carol dans VEcole Nouvelle, 

La Rottuo des Idé^ê. Paris, 15 juillet 1905. — Madagascar, pp. 550-556. 
Examen de la situation actuelle de la Colonie. 

Revue des produite chimiguee. Paris, 15 juin 1905. — Les matières tan- 
nantes A Madagascar. 
Extrait d*un rapport du général GaUieni sur cette question. 

La Semaine Coloniale. Paris, 27 juin 1905. — La Colonisation de Mada- 
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Coup d'œil d'ensemble sur la situation actuelle. 

le Tour du Monde. Paris, 3 juin 1905. — Les Cyclones de Madagascar 
pp. 173-174, avec 1 carte. 

La Vie coloniale. Paris, 15 juin 1905. — Numéro spécial sur MadagascaRv 
pp. 1-24, nombreuses photos. 



BULLETIN DU COMITÉ 



Avis. — Nous prions instamment tous nos collègues de^vouloir bien 
ne pas omettre de nous indiquer^ le cas échéant, leurs changements 
d'adresse; le service de la Revue devient forcément irrégulier, sinon 
impossible, quand nous ignorons l'adresse exacte à laquelle nous 
devons le faire, et donne lieu à des réclamations qui sont peu justi- 
fiées. Nous serions particulièrement reconnaissants à nos collègues 
de Madagascar^ qui rentrent en France ou qui retournent dans la 
Colonie après avoir passé quelque temps dans la métropole, de tenir 
compte de notre prière. 



OFFRES ET DEMANDES 

190 Homme marié. 42 ans, ayant fait 4 ans service comme marin 
de l'Etal, possédant aptitudes pour gérer exploitations forestières 
et scieries à vapeur pour le débit des bois, ameublement, charpente, 
menuiserie, etc., désirerait trouver emploi à Madagascar. S'adresser 
au Comité. 

2O0 Agriculteur, 31 ans, 3 diplômes agricoles (agriculture, lai- 
terie, aviculture), excellentes références, ayant occupé emploi chef 
de culture à Madagascar (côte ouest) demande emploi analogue de 
surveillant aux colonies de préférence à Madagascar. S'adresser à 
M.Alphonse Massin, à Fayl-Billot (Haute-Marne). 

2I0 Deux jeunes gens (20 et 24 ans), bonne instruction, deman- 
dent emploi chez commerçant ou industriel à Madagascar; dispo- 



192 REVUE DE MADAGASCAR 

seront prochainement de quelques capitaux. — S^adresser au Co- 
mité. 

25"* Un de nos collègues habitant Madagascar désirerait être mis 
en relations avec des maisons de commerce qui voudraient ouvrir 
des succursales dans la Grande Ile. — S adresser aux bureaux du 
Comité. 

ON CÉDERAIT"; Superbe installation forestière et agricole. 

Scierie à vapeur 36 chevaux, munie des derniers perfectionne- 
ments, au milieu d'une vaste concession forestière, bois de cons- 
truction et d'ébénisterie . 

Plantations de cocotiers, vanilles en plein rapport, etc. 

Nombreuses dépendances. 

Pour plus amples renseignements, s'adresser au bureau delà Revue. 

A VENDRE pour cause de décès, belle propriété située près de 
Tamatave (Madagascar) dans la vallée de Tivoloina et comprenant : 

Une maison cT habitation avec vastes dépendances, 5.000 cacaoyers^ 
2.000 caféiers en plein rapport, une vanillerie^ plusieurs milliers de 
bananiers, de nombreux arbres fruitiers, etc. 

Pour les conditions, s'adressera M. Emile Bensch, administra- 
teur-adjoint des colonies, à Majunga. 



Le secrétaire général du Comité de Madagascar 

Dikecteuk-Gerant : G. DELHORBE 

}8}|. — G. de Malherbe, ireprimeur I3, passa^re des Favorites. XV* 



MADAGASCAR 



DE 1896 A 1905 ''' 



IV 



Situation administrative, — L'influence acquise sur la 
plupart de nos populations malgaches est due, en grande partie, 
aux transformations progressivement apportées à notre admi- 
nistration, dans ses relations avec l'indigène. Le régime civil 
et les institutions déflnitives qui s'y rattachent s'appliquent, 
maintenant, à la plus grande partie de la colonie, puisque, 
seules, en sont exceptées les circonscriptions des Mahafaly, de 
Morondava, de Maintirano, de Fort-Dauphin et de M aevatana, 
cette dernière pour peu de temps. Les organismes indigènes 
ont été peu à peu reconstitués ; les trois types auxquels peut 
être rattachée, suivant les régions et sous réserve d'une 
adaption de détail, l'administration des diverses peuplades, 
facilitent le contact entre l'autorité française et le Malgache, 
puisque ce dernier participe à cette administration dans la 
mesure la plus large que permettent ses aptitudes. Au fur et 
à mesure des circonstances, les circonscriptions ont été déter- 
minées de fagon à tenir compte, aussi exactement que pos- 
sible, des différences ethniques, des nécessités de la politique 

(I) Voir la Revue du 10 août. 

* ' 18 



194 REVUE DE MADAGASCAR 

de race, dont le maintien est indispensable, et des conditions 
du développenient économique. C'est ce qui explique les 
remaniements territoriaux qui ont éXé fréquemment effectués 
en ces dernières années; je pense qu'il n'y a plus grand chan- 
gement à apportera la situation présente. 

La colonie, en faisant bénéficier la métropole, par Tannexion, 
de tous les avantages qui se rattachent au régime de la pleine 
souveraineté, s'est efforcée d'appliquer pour son organisation 
intérieure certains principes auxquels on attribue la supério- 
rité du régime du protectorat. Je crois qu'elle y a, en partie 
tout au moins, réussi, par des applications partielles qui, 
dans un avenir prochain, pourront être généralisées. 

Aujourd'hui le chef de circonscription est en mesure, tout 
en assurant le fonctionnement régulier des rouages dont il a 
la responsabilité, de donner à ses fonctions actives une large 
partie de son temps. 

L'unité de commandement qu'il réalise, la netteté avec 
laquelle on a eu soin de déterminer les attributions du 
personnel font que, dans la province, il peut donner l'impul- 
sion générale, s'assurer qu'elle est suivie, sans être trop 
absorbé par les détails. C'est grâce à ce système que l'initiative 
des chefs de circonscription a pu contribuer, de si heureuse 
façon, à la reconstitution des cultures détruites pendant la 
période insurrectionnelle, à leur extension, au développe- 
ment de l'enseignement et de l'assistance médicale. 

La province est, d'ailleurs, pourvue des organes nécessaires 
à la sauvegarde de tous les intérêts; dans son ensemble, son 
organisation peut être considérée comme complète. 

Je n'hésite pas, cependant, à reconnaître que des améliora- 
tions sont encore réalisables, surtout dans le sens de la sim- 
plification. Sans m'arréter aux nombreux détails de la comp- 
tabilité, qui dérivent de règlements dont l'application n'est 
pas spéciale à Madagascar, j'estime qu'il convient de réduire 
au minimum les travaux de correspondance entre les provinces 
et l'administration centrale de la colonie. Ce minimum sera 
atteint au moyen d'une certaine décentralisation permettant 
aux chefs de circonscription de régler, sans avoir à en référer 
au préalable — à condition, seulement, d'en rendre compte, 



MADAGASCAR DE 1896 A 1905 Itfô 

SOUS une forme simple et concise — nombre d'affaires 
coUranles qui n'engagent pas les finances de la colonie, ni ne 
touchent aux intérêts de la colonisation et aux principes de la 
politique indigène. Cette mesure aura pour résultat d'engager 
plus directement les responsabilités, de simplifier et de hâter 
l'expédition des affaires. . 

L'organisation de ces services généraux paraît, elle aussi, 
complète; peut-être y aura-t-il encore lieu d'examiner l'oppor- 
tunité de grouper en une « direction des affaires écono- 
miques » le service des domaines qui serait, alors, séparé de 
la conservation foncière, le service topographique, le service 
de l'agriculture et le service vétérinaire dont le rôle est pure- 
ment technique, afin de donner plus d'unité à l'étude des ques- 
tions économiques; mais le fonctionnement régulier de ces 
rouages, tels qu'ils existent à Theure actuelle, est assuré par des 
règles précises, progressivement adaptées au pays. Il s'y est 
crée, au cours de ces neuf années, de bonnes traditions. Il 
n'est donc plus nécessaire que le Gouvernement général inter- 
vienne dans maints détails, en quelque sorte d'ordre inté- 
rieur; il peut sans danger, puisque les services tels qu'ils sont 
actuellement constitués offrent les garanties les plus sérieuses, 
leur laisser, pour s'administrer, une plus grande latitude, les 
autoriser, par exemple, à correspondre directement entre eux 
et avec les chefs de province, pour le règlement de ces 
détails, leur accorder une initiative plus large pour la prépa- 
ration des solutions. 

La décentralisation ainsi comprise allégera notablement la 
tâche des bureaux du Gouvernement général, sans qu'il 
résulte, pour les autres rouages — services ou provinces — 
une augmentation de travail. C'est, à mon sens, le dernier 
progrès à réaliser, pour éviter, complètement, à la colonie le 
reproche de surabondance et de complication que nous 
rencontrons, parfois, dans les appréciations des Anglais sur 
notre organisation coloniale. Je ne crois pas, d'ailleurs, que 
ce reproche puisse, avec grande raison, être fait à Mada- 
gascar. 

Sans doute on a pu dire que <( si l'organisation sociale était 
plus avancée, si le commerce de l'Ile était beaucoup plus 



196 REVUE DE MADAGASCAR 

important, le nombre des fonctionnaires européens et indi- 
gènes serait suffisant pour faire face à tous les besoins. » 
Mais il faut mettre en ligne de compte, en même temps que 
le chiffre de la population et l'importance du commerce, des 
éléments essentiels, bien que négatifs en quelque sorte : la 
dispersion de cette population tant européenne qu'indigène ^ la 
nécessité de reconstituer ce que Tinsurrection avait détruit; 
rétendue du pays; la variété des intérêts. L'administration de 
groupements denses, laborieux, d'état social avancé, est relati- 
vement beaucoup moins difficile et coûteuse que celle des terri- 
toires désertiques où Ton rencontra de loin en loin des indigènes 
sauvages, méfiants, se déplaçant à la moindre fantaisie. 

En ce qui concerne spécialement le personnel de l'adminis- 
tration proprement dite, il doit être d'autant plus nombreux 
qu'il est plus difficile d'utiliser les organismes indigènes. 
D'une façon générale, une œuvre de création — et l'on sait 
qu'il y a beaucoup à créer à Madagascar — exige plus 
d'efTorts et, par conséquent, plus de monde que le soin de 
développer et de perfectionner, suivant l'expérience journa- 
lière, ce qui existe. 

Aussi, au fur et à mesure des progrès réalisés dans ce sens, 
la proportion des frais d'administration, par rapport aux 
dépenses budgétaires totales, est-elle allée en diminuant. Le 
seul fait de conserver les positions acquises accentuera cette 
diminution. Les remaniements territoriaux effectués depuis 
cinq ans ont permis de supprimer plusieurs emplois. Le déve- 
loppement de rinstruction, la reconstitution des organismes 
indigènes, le soin qui a présidé au recrutement des agents 
malgaches ont permis d'employer progressivement ces 
derniers dans tous les services et de les substituer en partie à 
l'élément français. La fusion récente, en un cadre unique, du 
corps des comptables et de celui des affaires civiles, donnera 
satisfaction aux quelques besoins nouveaux qui viendraient à 
se produire, tout en améliorant la situation d'agents dignes 
d'intérêt. En vertu même de la considération que j'ai rappelée 
tout à l'heure, la colonie pourra pourvoir, sans augmentation 
des cadres, au remplacement progressif du personnel mili- 
taire employé à l'administration du pays. 



MADAGASCAR DE 1896 A 1905 197 

Il va de soi que nos instituteurs, nos médecins sont appelés 
à être plus nombreux, puisqu^il faut donner encore un granc| 
développement à renseignement et à l'assistance médicale. 
Mais ce sont là des dépenses qui, même en dehors des motifs 
d'ordre humanitaire, doivent être considérées comme un place- 
ment de capital à gros intérêts. De même, le service des 
mines doit suivre le développement de Tindustrie minière : 
mais, dans ce cas, il est à présumer que la proportion des 
dépenses et des recettes ira en diminuant. 

On peut donc dire, aujourd'hui, que, dans son ensemble, 
l'effectif de personnel est fixé à son chiffre à peu près défi- 
nitif. Chiffre modeste — 1,204 — chiffre très modeste, si Ton 
en déduit, précisément, celui des fonctionnaires et agents 
employés aux œuvres d'assistance et d'enseignement et si Ton 
pense que ce personnel est réparti sur un pays aussi étendu 
que notre France de 1800. 



Situation financière. — Régime fiscal, — Au point de vue 
financier, Madagascar a bien certainement donné satisfaction 
aux désirs de la métropole. La subvention de 2 millions qui 
lui était servie à ses débuts a été réduite, chaque année, à 
partir de 1897, de fractions importantes, jusqu'à suppression 
complète, en 1903. Depuis, la colonie a pourvu à toutes ses 
dépenses, au moyen de ses seules ressources. Bien avant, elle 
avait pris à sa charge des dépenses que, dans d'autres de nos 
possessions, le budget de l'Etat a supportées pendant fort 
longtemps : gendarmerie et milice ; solde du personnel mili- 
taire employé à l'œuvre de conquête définitive — occupation, 
pacification et organisation du territoire — tâche qui ne pou- 
vait être scindée et qui correspond bien à ce que l'on entend 
par dépenses de souveraineté. Les budgets sont allés en 
s'accroissant jusqu'en 1904. Cette progression a été la consé- 
quence de l'augmentation du rendement des impôts, résultant 
elle-même du développement économique , des perfectionne- 
ments apportés à l'organisation politique et administrative ainsi 
qu'au fonctionnement des services financiers et comptables. 



198 REVUE DE MADAGASCAR 

Le fléchissement survenu en 1904 a eu pour unique cause la 
moins-value des recettes que procure le commerce d'impor- 
tation. Je me suis longuement expliqué sur cette situation, 
que j'ai tout lieu de croire passagère. Ni ce fléchissement, ni 
Tampleur donnée à Toutillage public, ni les sommes 
importantes consacrées aux œuvres philanthropiques et 
sociales, n'ont empêché que tous les exercices budgétaires, 
depuis 1897, ne se traduisent par d'importants excédents de 
recettes. La colonie a pu gager ses emprunts en toute sécu- 
rité; elle s'est constituée, malgré toutes les difficultés de ses 
premières années, une caisse de réserve de près de 7 millions. 
Elle a pu ainsi parer à tous les imprévus qui l'ont assaillie. 
Elle vient encore de secourir, au moyen de cette caisse, les 
victimes du violent cyclone qui, tout récemment, a occa- 
sionné, en plusieurs régions, de gros ravages. Ces résultats 
ont été obtenus grâce à la stricte discipline financière qu'elle 
a suivie et aux soins apportés par ses services financiers et 
comptables à la gestion de ses budgets. On remarquera, en 
efl'et, que les excédents de dépenses sont allés chaque année 
en diminuant, bien que, dans un pays neuf, il faille compter 
avec les besoins qui surgissent très souvent de façon 
inopinée. 

Il est donc permis de penser que la métropole ne saurait 
éprouver d'inquiétudes au sujet des finances de Madagascar, 
notamment en ce qui a trait au service des emprunts. 

La colonie n'a pas perdu de vue que là ne doivent pas 
s'arrêter ses efl'orts et qu'elle doit tendre toujours à la dimi- 
nution des charges qu'elle occasionne à la France. Ces 
charges consistent uniquement, depuis trois ans, dans les 
frais d'entretien des troupes. Toutefois, comme je l'écrivais 
dans mon rapport de 1899, le moyen à employer, pour les 
réduire, est non d'afl'aiblir les efl'ectifs — car Madagascar a un 
rôle important à remplir, au point de vue de la sauvegarde 
des intérêts français dans le monde — mais de faire parti- 
ciper progressivement le budget local aux dépenses militaires. 
La colonie est déjà entrée dans cette voie. Cette participation 
directe se fera plus importante, au fur et à mesure des 
progrès normaux du pays qui se traduiront naturellement. 



MADAGASCAR DE 1896 A 1905 199 

dans Tespace de quatre ou cinq ans, par une notable augmen- 
tation des ressources budgétaires ; celles-ci sont liées à 
Taccroissement de la richesse de Madagascar et l'on peut, 
sans optimisme, compter pour cela sur le développement de 
nos exportations, sur Textension des cultures indigènes qui 
fera bénéficier les Malgaches des sommes importantes encore 
affectées à Tachât de riz de l'extérieur, sur la reprise des 
affaires à l'importation. 

J'estime, cependant, qu'il conviendra de lui ménager les 
étapes; ce serait un mauvais calcul que de lui manifester, 
dans un court délai, de grosses exigences, d'autant plus que 
le budget colonial a trouvé et trouvera encore son profit — 
qui, pour être indirect, n'en est pas moins important — dans 
les progrès de l'organisation économique de notre jeune pos- 
session. 

On se souvient que la construction de la route de l'Est, 
l'amélioration des moyens de transport, tant par terre. que 
par eau, ont déjà contribué, dans une large mesure, à la dimi- 
nution des dépenses militaires. C'est dire qu'il y a, dans le 
développement qu'il importe encore de donner à l'outillage 
de la colonie, un autre moyen d'alléger les charges de la 
métropole, puisqu'il permet d'entretenir les troupes dans des 
conditions de moins en moins onéreuses. 

J'ai déjà exprimé l'opinion qu'il est permis d'escompter 
l'accroissement de nos ressources budgétaires dans une 
période relativement restreinte. Il va de soi que cet accroisse- 
ment est lié au régime fiscal. L'origine et le caractère des im- 
pôts et contributions en vigueur à Madagascar ont été, ailleurs, 
longuement analysés. La colonie devait satisfaire à la double 
nécessité de renoncer, en faveur de l'industrie nationale, 
à la plus grande partie des recettes douanières que lui 
aurait assurées l'établissement, sur les produits étrangers, 
d'un système de taxes modérées, et de suffire à tous ces 
besoins. La solution de ce problème était fort délicate et 
difficile; les tâtonnements étaient inévitables; c'est ce qui 
explique les modifications apportées, en plusieurs circons- 
tances, aux tarifs des taxes de consommation et des pa- 
tentes et celles que j'ai signalées comme devant être effec- 



200 REVUE DE MADAGASCAR 

tuées à nouveau. Les taxes de consommation ne peuvent 
être envisagées autrement, dans un pays neuf, que comme 
une charge pénible qu'il faut subir, à défaut d'importantes 
receltes douanières. J'en ai exposé les dangers au point de 
vue de Tessor des industries locales, lorsque ces taxes ont un 
caractère de généralité. 

Le gouvernement de la colonie a cherché à en alléger le 
poids le plus possible. J'ai indiqué les allégements qui me 
paraissent encore désirables pour que l'initiative privée ne 
soit pas entravée; j'ai lieu de penser que la moins-value qui 
pourra en résulter sera comblée par l'augmentation des 
recettes correspondant, sans majoration des taxes actuelles, 
aux progrès de Findustrie aurifère. Il est bon de retenir toute- 
fois qu'en ce qui concerne les indigènes, aussi bien le régime 
douanier prolecteur que les droits de consommation n'ont 
pas, en général, pour effet de leur imposer, comme consom- 
mateurs, des charges indirectes plus lourdes que celles qu'ils 
supportaient au moment de la conquête : c'esl là une des 
conséquences de l'amélioration des moyens de transport. El 
il faut remarquer encore que ce sont précisément les popu- 
lations les plus turbulentes qui sont le moins affectées par ces 
charges, car, très primitives, elles achètent peu. 

Il eût été évidemment préférable que, du fait de l'extension 
de l'outillage public, la faculté d'achat de nos populations du 
centre se fût trouvée augmentée par la diminution du prix des 
articles d'importation. Mais, en l'état actuel, le régime 
fiscal, dans ses éléments qui dérivent du commerce tant 
extérieur qu'intérieur, n'a pas de répercussion politique et 
n'est, par suite, pas de nature à influencer les dépenses 
militaires. 

Quant aux impôts indigènes, je me résumerai en rappelant 
qu'on s'est efforcé d'enlever aux obligations fiscales de nos 
sujets tout ce qu'elles avaient d'arbitraire et d'abusif au temps 
du gouvernement malgache. Le système en vigueur a fait 
disparaître les inégalités ; il entoure le contribuable, quel 
qu'il soit, des garanties les plus sérieuses contre les exac- 
tions. Celles-ci sont devenues très rares, grâce au contrôle 
minutieux exercé sur les conditions du recouvrement, grâce 



MADAGASCAR DE 1896 A 1905 201 

aussi, il faut bien le reconnaître, à ramélioration de notre 
personnel de fonctionnaires indigènes. 

Envisagé en soi, ce régime d'impôts n'est sans doute pas 
à son état défmitif ; il doit suivre, comme toule chose à Mada- 
gascar, les transformations du pays. Le gouvernement de la 
colonie a toujours cherché à le mettre en harmonie avec les 
facultés de nos diverses populations et lés conditions nor- 
males de leur évolution. Il ne saurait être augmenté; mais, si 
des modiflcations de détail doivent être encore recherchées 
en ce qui concerne son assiette — ces modifications sont 
d'ailleurs à l'étude — il n'est pas trop lourd dans son 
ensemble. L'administration tient compte, autant que possible, 
par les larges dégrèvements qu'elle accorde, des différences 
de situation des contribuables, des charges de famille, etc. ; 
elle cherche en ce moment à réaliser un nouveau progrès, en 
étudiant un système de taxation graduée. 

Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai dit du caractère poli- 
tique de l'impôt indigène. Pour certaines tribus, il est la sanc- 
tion indispensable de notre autorité; y renoncer serait 
renoncer, du même coup, à la transformation de nos indigènes 
belliqueux et pillards par atavisme, en groupements tran- 
quilles et policés. Ce serait aussi vouloir prolonger indéfi- 
niment l'occupation militaire et se mouvoir par conséquent 
dans un cercle vicieux. Ce serait encore donner à nos popu- 
lations pacifiques de légitimes motifs d'humeur, interdire au 
commerce et à la colonisation des régions qui, par l'abon- 
dance de leurs produits naturels et leurs ressources latentes, 
semblent tout particulièrement aptes à procurer de sérieux 
profits et offrent au Malgache de grandes facilités pour 
s'acquitter de la taxe. 

Précisément, au point de vue de la colonisation, l'impôt a 
grandement contribué à résoudre la question si délicate de la 
main-d'œuvre. C'est en grande partie à son influence indirecte 
que nous devons d'avoir pu donner à l'indigène un régime de 
liberté complète, alors que, dans bien des colonies de domi- 
nation et d'exploitation comme Madagascar, on tend encore à 
rechercher la solution dans le système de l'obligation au 
travail, avec sanction pénale. 



202 REVUE DE MADAGASCAR 

L'impôt a été et demeure le stimulant efficace du travail et 
de la production ; le recrutement, par les entreprises privées, 
de la main-d'œuvre qui leur est nécessaire, est devenu de moins 
en moins difficile ; depuis trois ans, les plaintes auxquelles il 
donnait lieu de la part des colons sont allées en se faisant 
moins vives et moins nombreuses, bien que la main-d'œuvre 
soit encore plus importante que loffre de la part des Mal- 
gaches. Les exportations dues au travail des indigènes n'ont 
pas cessé d'avoir un mouvement ascendant. L'importance de 
la propriété bâtie indigène s'est accrue dans les principaux 
centres de l'imerina et du Betsileo. Les Malgaches ont 
aussi notablement augmenté la superficie de leurs cultures, 
sur le plateau central et même dans certaines circonscriptions 
côtières. Ils ont reconstitué et développé leur cheptel. Nos 
Hova se sont mis avec entrain à l'application des méthodes 
que nous leur enseignons pour le développement de certaines 
industries : la sériciculture, par exemple. Il y a loin de ces 
résultats à l'appauvrissement et au découragement que pro- 
voque un impôt excessif. 

Pour les indigènes du plateau central en particulier, la 
véritable amélioration de leur situation consiste à leur pro- 
curer les moyens d'augmenter leur production et d'en obtenir 
un placement plus avantageux. 

Bien entendu, le poids de l'impôt peut varier avec la façon 
dont les recouvrements sont effectués. Il ne suffit pas de 
préserver le contribuable des exactions ; il faut encore que les 
exigences des perceptions concordent avec les moments où 
l'indigène peut le plus facilement s'acquitter. C'est une ques- 
tion de mesure et de tact; le gouvernement de la colonie doit 
y veiller de très près. 



VI 



Etat social, — En retour de la charge de Timpôt, nous 
avons doté les indigènes d'institutions qui, tout en respectant 
leurs traditions et leurs coutumes, sont démocratiques, le 
rapprochent de nous, lui donnent pour sa personne, pour 



MADAGASCAR DE 1896 A 1905 203 

sa famille et pour ses biens, les garanties issues des principes 
de notre civilisation. 

Après la libératio;i des esclaves, la suppression des privi- 
lèges féodaux, celle des prestations, puis Toctroi aux indi- 
gènes du bénéfice du droit commun en matière de louage 
d'ouvrages et de services ont fait passer dans la pratique, avec 
les transitions et les ménagements nécessaires, le principe de 
la liberté individuelle. L'état civil, que Tancien gouverne- 
ment malgache avait essayé d'organiser, a été régularisé et 
développé dans les régions du centre de façon à sauvegarder 
les droits et l'avenir de la famille. Il a été étendu aux autres 
parties de la colonie, pour resserrer le lien familial, assez 
lâche ailleurs que chez les populations du centre. Il y a beau- 
coup à faire, dans ce sens, parmi nos indigènes des provinces 
excentriques; quelques résultats ont, cependant, été obtenus. 
En Imerina et dans le Betsileo, l'état civil fonctionne dans 
d'excellentes conditions et nos Malgaches savent en apprécier 
les avantages. 

Les indigènes ont reconnu aussi l'impartialité et l'inté- 
grité de notre justice; ils n'hésitent pas à lui soumettre leurs 
différends; peut-être même faut-il voir une preuve de la 
grande faveur dont elle jouit partout, dans l'esprit processif 
des Malgaches, qui, certainement, s'est beaucoup développé, 
depuis la conquête, particulièrement pendant les premières 
années. 

Les diverses juridictions fonctionnent dans des conditions 
très satisfaisantes. L'indigène jouit auprès d'elles des mêmes 
garanties qui sont accordées à l'Européen devant les siennes 
et je crois que, lorsque les quelques questions actuellement à 
l'étude auront été résolues, notre justice indigène, à Mada- 
gascar, échappera à toute critique. 

En dehors d'une bonne justice, l'indigène a été l'objet de 
tout un ensemble de mesures destinées à sauvegarder ses 
droits et à améliorer sa condition matérielle. J'ai déjà rappelé 
tout ce qui a été fait pour le protéger contre les exactions de 
la part de ses chefs naturels ou de nos fonctionnaires mal- 
gaches. Ses droits sur le sol, ses droits d'usage ont été 
respectés avec le plus grand soin. Nous nous sommes toujours 



204 REVUE DE MADAGASCAR 

abstenus, soit de Texpropriation des Malgaches, soit d'un 
monopole quelconque sur la terre et ses produits; dans 
Toctroi des concessions de terres, les réserves indigènes ont 
toujours été très largement et nettement déterminées. Pour les 
forêts, tout en s'efforçant d'en assurer la conservation, le gou- 
vernement de la colonie a, par des règlements soigneusement 
adaptés aux régions et aux circonstances, évité de gêner l'indi- 
gène dans la récolte des produits naturels, qui constituent 
pour lui une véritable richesse, et dans la satisfaction de ses 
besoins matériels. 

A toutes ces mesures bienveillantes sont venues s'ajouter 
nos œuvres d'assistance médicale et d'enseignement. 

La première ne peut encore être jugée dans ses résultats 
directs; ce n'est pas en six ans qu'on peut faire disparaître la 
misère physiologique d'une race et certaines pratiques qui ont 
facilité la propagation des maladies et produit la déchéance 
physique. Nous devons savoir attendre. L'empressement que 
mettent les indigènes à fréquenter les formations sanitaires, les 
heureux effets indirects de l'assistance médicale, déjà cons- 
tatés — j'entends, parla, les sympathies qu'elle nous a gagnées 
dans les milieux malgaches — les facultés proliliques de la 
plupart des populations indigènes, sont bien de nature à nous 
rendre cette attente facile et à nous encourager à persé- 
vérer. 

On a objecté, contre l'assistance médicale, le supplément de 
charges qu'elle impose aux contribuables, sous forme d'une 
taxe spéciale. Il faut, pour soutenir cette opinion, n'avoir pas 
vu l'enthousiasme avec lequel l'installation des formations 
sanitaires a été accueillie dans la plupart des provinces; il est 
arrivé fréquemment que cette installation a été provoquée 
par les populations elles-mêmes : l'indigène se rend parfaite- 
ment compte que sa taxe lui est rendue sous forme de soins 
médicaux et de médicaments qu'il ne pourrait certainement 
pas se procurer à ce prix. Si l'on déduit du produit de cette 
taxe les fonds affectés aux constructions de locaux sanitaires, 
aux traitements et salaires du personnel indigène de l'assis- 
tance médicale, à la nourriture des malades, au mobilier, 
fonds qui, eux aussi, restent dans la région et reviennent aux 



MADAGASCAR DE 1896 A 1905 205 

Malgaches, on est conduit à reconnaître que la taxe est très 
légère et que son poids est insignifiant par rapport à tous les 
avantages qu'en retirent les populations. 

Quant à renseignement conçu dans un sens à la fois utili- 
taire et moral, il paraît aujourd'hui tout à fait au point. Il 
attribue une place prépondérante à Tinstruclion pratique et 
professionnelle, sans négliger le côté intellectuel. Déjà, nos 
services publics, nos colons ont pu trouver, parmi les élèves 
des écoles, des auxiliaires formés à Tidée du travail, telle que 
nous la concevons, et aptes à recevoir et à exécuter inlelli- 
gemment leurs indications. 

A côté de cette instruction pratique, les méthodes adoptées, 
en ce qui concerne renseignement général, tendent, aussi 
bien dans les écoles de degré supérieur que dans celles des 
campagnes, à faciliter, entre Européens et Malgaches, cette 
communication de la pensée, si désirable pour les bons rap- 
ports de l'un et l'autre élément et, par suite, pour le progrès 
général de la colonie. Bien souvent, cette espèce d'hostilité 
sourde qui provoque, dans les relations de l'Européen et de 
l'indigène, une tension pénible, vient uniquement de ce que 
Ton ne s'est pas compris. Je ne parle pas seulement de la 
connaissance du langage pour les relations courantes de la 
vie, mais de la façon de mettre les idées à la portée de ceux 
qu'elles concernent. 

Il s'agit maintenant non plus de déterminer la voie à suivre, 
mais de développer l'œuvre existante. J'ai dit que la colonie 
est en mesure d'assumer complètement cette tâche, et j'ai 
exprimé l'opinion qu'il y a même avantage à ce qu'il en soit 
ainsi, soutenue qu'elle est par le concours de l'Alliance fran- 
çaise et par celui de la Mission laïque qui lui assure le recru- 
tement d'un personnel enseignant de choix. L'enseignement 
contribuera parla de plus en plus à raffermissement de notre 
influence morale, en même temps qu'à la mise en valeur plus 
active du pays. 

Les précautions qui ont été prises pour garantir les intérêts 
des indigènes, les sacrifices consentis pour l'amélioration de 
la condition matérielle et sociale de nos sujets malgaches, 
quelque importants qu'ils soient, ne sauraient être considérés 



206 REVUB DE MADAGASCAR 

comme ayant détourné de la colonisation européenne une part 
de la sollicitude administrative à laquelle celle-ci a droit. 

L'Européen a absolument besoin, à Madagascar, du con- 
cours de rindigène et tout ce qui est de nature à faire cet 
auxiliaire meilleur sert sûrement, bien qu'indirectement, les 
véritables intérêts de la colonisation. 

Il peut arriver que le double souci de conserver à l'Euro- 
péen son prestige nioral et de faire respecter les droits de 
l'indigène crée à l'administration une situation délicate ; mais 
ce conflit, qui peut naître sous l'impression de faits particu- 
liers, de nécessités du moment, n'est pas obligataire ; à Mada- 
gascar, où nos sujets ne sont pas figes dans une civilisation 
caractérisée et spéciale créant autour d'eux une atmosphère 
d'isolement, l'entente entre le colon et l'indigène est moins 
difficile qu'on ne le croit généralement; c'est y aider beau- 
coup que de donner au Malgache la notion que ni sa personne 
ni ses biens ne dépendent de l'arbitraire. 



Vil 

Oulillaye public. — Depuis cinq ans, la colonie a consacré 
un gros efTort à son outillage public ; les travaux de campagne 
entrepris pendant la première période, en vue de la pénétra- 
tion et de l'occupation du territoire, on fait place à des œuvres 
définitives. Le développement de l'outillage public est l'affir- 
mation éclatante de l'incorporation d'un pays au domaine 
national. C'est la condition essentielle de la mise en valeur 
d'une colonie neuve. Aussi les dépenses faites ou engagées à 
ce titre sont-elles considérables, eu égard aux budgets succes- 
sifs de Madagascar. J'ai toujours pensé, en effet, que la 
colonie devait tendre à faire à son outillage public une part 
de plus en plus importante dans l'emploi de ses ressources ; 
j'ai considéré, de plus, que, tout en prenant toutes les pré- 
cautions que comporte l'exécution de grands travaux, il fallait 
éviter les pertes de temps, sous peine de décourager les initia- 
tives privées et la bonne volonté de nos populations indigènes 
elles-mêmes dans ce pays qui, avant notre arrivée, était 



MADAGASCAR DE 1896 A 1905 207 

privé de tout. Toutefois, cet effort n'a été donné qu'après que 
nous avons eu une connaissance suffisante de Tensemble de 
Madagascar et des ressources qu'il est permis d'attendre des 
diverses régions ; c'est ainsi que, les besoins une fois sériés 
par ordre d'urgence, les travaux ont été localisés. 

Aujourd'hui, les services publics sont en presque totalité 
pourvus, sans luxe, mais dans des conditions de confortable 
suffisantes, des installations que comportent leur bon fonc- 
tionnement. L'exécution du programme d'éclairage et de bali- 
sage des côtes est très avancée, et ce qui est fait donne d'ores 
et déjà de grandes sécurités à la navigation. Les moyens 
d'embarquement et de débarquement dans les principaux ports 
ont été notablement améliorés. Quelques travaux doivent être 
encore poursuivis ou entrepris dans le même but, mais je ne 
pense pas qu'il y ait lieu pour la colonie de se lancer dans 
de gros travaux de création de ports, que, même à Tama- 
lave et à Majunga, l'importance du commerce ne justifiera 
pas de longtemps. 

De même, son réseau télégraphique et son organisation pos- 
tale n'exigeront plus, pendant plusieurs années, d'impor- 
tants sacrifices pour des créations nouvelles. La colonie est 
partout très largement desservie par les courriers existants ; 
le réseau électrique se développe sur plus de 5,000 kilomètres. 
Tout à peu près aura été fait pour une longue période lors- 
qu'on aura pourvu, au fur et à mesure de l'amélioration des 
moyens de transport, à la substitution d'appuis métalliques 
aux poteaux en bois et quand les deux lignes optiques reliant 
au réseau les circonscriptions sakalava de l'Ouest, celles du 
Nord-Ouest, (y compris l'île de Nossi-Bé) et de Diego-Suarez, 
auront été remplacées par des lignes électriques. 

En dehors des lignes de navigation côtière, dont les sub- 
ventions figurent au budget local pour des sommes élevées, 
et qui devront, dans un avenir prochain, être complétées par 
un service entre Madagascar et la côte d'Afrique, le gouver- 
nement de la colonie a entrepris l'exécution d'un programme 
de communications intérieures pour faciliter l'accès des 
régions les plus aptes au progrès économique et leur ouvrir, 
le plus tôt possible, des débouchés. Le chiffre de la popula- 



208 REVUE DE MADAGASCAR 

tion de Tlmerina et du Betsileo, les facultés des indigènes de 
ces régions, les ressources quMls peuvent mettre en œuvre 
suffisent à justifier les travaux faits, ceux en cours et en 
projet, pour relier à la côte et entre elles, ces parties du 
plateau central. Il est intéressant de noter, à ce propos, que 
rachèvement de nos grandes routes de TEst, de Fianarantsoa 
à Mananjary, de l'Ouest dans la partie qui traverse le pays 
hova, des tronçons reliant Tananarive à quelques centres 
importants ou à des régions plus fertiles, a été suivi, presque 
immédiatement, de déplacements spontanés de population et 
de création de cultures le long de ces voies de communication. 
C'est là encore un indice de Taptitude de nos indigènes à 
révolution. Cette constatation, la création, parles Européens, 
de quelques industries nouvelles, création réalisée aussitôt 
que l'ouverture de la route de l'Est eût permis le transport 
en Imerina d'un certain outillage, l'activité plus grande que 
les dernières découvertes de riches gisements aurifères impri- 
ment déjà à l'initiative européenne, l'expérience acquise, qui 
met nos colons en mesure d'employer désormais leur énergie 
avec une sûreté beaucoup plus grande que par le passé, sont 
autant d'excellentes raisons pour que la colonie persévère dans 
le programme de travaux dont elle a déjà poussé très avant 
Texécution. 

En ce qui concerne particulièrement le chemin de fer, il 
n'est pas d'exemple d'un groupement de 1 million d'individus 
aussi intéressants que les Hova, comparable certainement, 
au point de vue des aptitudes de production et d'expansion, 
à des populations rurales de pays d'une civilisation beaucoup 
plus ancienne, qui n'ait pas suffi à alimenter le trafic d'une 
voie ferrée coûtant une soixantaine de millions, et à en tirer 
parti. Il en sera ainsi a fortiori lorsque sera achevé le réseau 
routier desservant complètement l'Imerina. Ces routes inté- 
rieures, dont d'importants tronçons sont terminés, ont d'ail- 
leurs été étudiées de façon à se prêter à l'établissement de 
tramways à traction électrique, que justifient le chiffre de la 
popu]ation et l'importance que cette partie de la colonie paraît 
appelée à prendre au point de vue industriel, et que facilitent 
les conditions climatériques et orographiques de l'Imerina. 



MADAGASCAR DE 1896 A 1905 209 

Enfin, les travaux d*édililé et d'assainissement entrepris 
dans les principaux centres de Tlle ont beaucoup amélioré les 
conditions de Texistence de la population européenne, 
devenue plus nombreuse. C'est ainsi qu'à Tamatave, si tris- 
tement réputée il y a neuf ans, pour son insalubrité, la mor- 
talité s'est baissée de 113pour 1,000 en I898,à23 pour 1,000 en 
1904. 

VIII 

Situation économique. — Depuis environ deux ans, la 
situation économique de Madagascar a donné lieu à de nom- 
breuses discussions. Des appréciations très défavorables ont 
été formulées. On est allé jusqu'à dire que la conquête de la 
Grande Ile était, en définitive, une mauvaise affaire, et que 
notre jeune possession ne valait pas les frais d'occupation 
qu'elle entraîne. Le seul fait que cette condamnation succédait 
à un grand engouement, qu'elle a été prononcée huit ans à 
peine après l'entrée de nos troupes à Tananarive et presque 
au lendemain de Toccupation complète du territoire de la 
colonie, suffit à la rendre sujette à revision. Elle est la con- 
séquence du fléchissement du commerce, survenu depuis 1902, 
crise, qui a affecté uniquement le commerce d'importation. 

La question doit être envisagée dans son ensemble, et non 
pas seulement en ce qui a trait à une branche de l'activité et 
à des circonstances temporaires. On ne saurait exiger qu'une 
colonie neuve payât, dans un aussi court délai que celui qui 
nous sépare de la conquête, les sacrifices qu'a exigés la prise 
de possession. Ce n'est pas pendant sa période d'organisation 
qu'une grosse affaire donne généralement des bénéfices. Pour- 
tant, avant que cette période se soit terminée, Madagascar a 
procuré à la métropole des avantages qui commencent tout 
au moins à chiflrer. Par la prime de près de 17 millions que 
représente l'abandon, en faveur de l'industrie métropolitaine, 
des droits de douane qu'elle aurait pu percevoir, à un tarif 
largement protecteur cependant sur les marchandises étran- 
gères, la colonie a assuré à la France, depuis 1897, le place- 
ment de près de 240 millions de produits. Notre industrie et 

11 



210 REVUE DE MADAGASCAR 

notre commerce ont, en quelque sorte, le monopole des 
affaires d'importation, puisque leur part dépasse 91 p. 100. 

Le commerce extérieur de Madagascar a presque triplé de 
1896 à 1904, passant de 17.593.000 francs. à45.776.000 francs. 
Ses exportations ont plus que quintuplé pendant le même 
délai, s'élevant, en huit ans, de 3.606.000 francs à 19.357.000 
francs, et encore ce dernier chiffre ne traduit-il pas toute la 
production de l'île, car aujourd'hui et depuis quelques années 
déjà, la consommation, tant des Européens que des indigènes, 
trouve sur place maints produits qu'elle absorbe et qu'elle 
demandait, précédemment, à l'extérieur. 

Pour activer cette production, l'administration de Mada- 
gascar a toujours, depuis le début, placé au premier rang de 
ses préoccupations l'étude des mesures les plus propres à 
faciliter l'installation des colons et le succès de leurs entre- 
prises. 

Sans prétendre tracera chacun sa voie, ce qui ne pouvait 
être dans son rôle, ni rentrer dans le cadre de ses responsa- 
bilités, elle a mis à la portée de tous les renseignements 
recueillis par ses fonctionnaires, officiers, agents de diverses 
catégories. 

Aujourd'hui, si beaucoup de ressources nous sont encore 
cachées, on peut dire pourtant que, grâce au travail d'inves- 
tigations auquel on s'est livré à Madagascar, pendant ces 
neuf années, la colonie est connue dans son ensemble. 

Les futurs colons peuvent s'y épargner les pénibles et 
décevantes aventures qui ont eu trop souvent leur origine 
dans des indications vagues, exagérées ou fantaisistes. La 
vogue de Madagascar, au moment de la conquête, sur la foi 
de renseignements superficiels et de généralisations hâtives, 
dont il est si difficile d'annihiler l'influence, a amené dans la 
Grande-Ile un grand nombre de colons ; malgré les élimina- 
tions qui se sont produites, la colonie possède aujourd'hui 
près de 7.000 de nos compatriotes qui vivent de ses ressources 
et travaillent à sa mise en valeur. Nous avons donc, à Mada- 
gascar, un noyau de Français fort important par rapport au 
court espace de temps qui s'est écoulé depuis l'annexion ; il 
tire sa valeur non seulement du nombre, qu'aucune de nos 



MADAGASCAR DE 1896 A 1905 211 

colonies, je crois, n'a atteint à la même époquede son histoire, 
mais encore de ce fait que rétablissement de la plupart de 
nos nationaux paraît bien prendre, depuis quelque temps, ce 
caractère de stabilité qui est Tune des conditions essentielles 
d'un avenir prospère. Pour ne point gêner ces initiatives privées 
on a cherché à s'abstenir, en ce qui touche la colonisation, 
comme pour toutes autres matières, de réglementations 
rigides et uniformes. C'est pourquoi, d'ailleurs, ces régle- 
mentations ont été modifiées au fur et à mesure que la con- 
naissance de la colonie et des besoins divers s'étendait et se 
précisait. J'ai lieu de croire que les textes essentiels, ceux qui 
concernent, notamment, l'exploitation du sol donnent, en 
général, satisfaction. Des mesures spéciales ont été prises en 
vue de faciliter l'exploitation, par les colons, des produits des 
forêts, suivant les régions, la nature des peuplements, les 
débouchés, etc. Le régime de VAct Torrens, sous lequel est 
placée la propriété à Madagascar, ne soulève aucune difficulté, 
tant dans son application que dans son principe lui-même. 
Il jouit d'une grande faveur parmi les Européens. 

D'autre part, j'ai pensé qu'il ne fallait pas négliger aucun 
projet émanant de l'initiative privée et présentant de sérieuses 
garanties, lorsqu'il s'agissait d'une contribution d'activité et 
de capitaux susceptible d'être apportée pour le développement 
économique. C'est l'esprit dans lequel ont été rédigés les 
contrats spéciaux accordant de grandes concessions à plusieurs 
sociétés et particuliers, sous certaines conditions appropriées 
au pays, de justification des capitaux nécessaires et de mise 
en valeur. 

Quant au commerce extérieur de Madagascar, il a donné 
à la France de très appréciables satisfactions ; on a constaté 
que ses deux éléments — importations et exportations — ten- 
dent à un équilibre bienfaisant, par l'augmentation continue 
des exportations. 

Cette augmentation est due surtout, d'une part à l'activité 
croissante de l'exploitation, par les Malgaches, du sol et de 
ses produits, d'autre part à l'essor de l'industrie aurifère, 
consécutif à des découvertes de plus en plus encourageantes. 

Dans les régions centrales, l'agriculture indigène ne 



212 REVUE DE MADAGASCAR 

demande que des débouchés pour produire davantage. Dès la 
première année qui a suivi l'ouverture de la roule de Fiana- 
rantsoa à Mananjary, 6.000 tonnes de riz ont été expédiées du 
Betsileo à la côte. Les riz de Tlmerina ont pu arriver jusqu'à 
Tamatave par la route carrossable- Que le chemin de fer 
s'achève et ils seront exportés, avec bien d'autres produits, 
jusqu'à la Réunion, Maurice et la côte d'Afrique. Le but à 
poursuivre, à ce point de vue, consiste à procurer aux Mal- 
gaches de nouvelles facilités de culture par l'organisation de 
l'hydraulique agricole et par l'apprentissage de certaines 
méthodes culturales susceptibles d^augmenter le rendement 
derla main-d'œuvre et celui de la terre. On peut donc compter, 
de ce côté, sur un développement certain de la richesse. 

Par contre, nous sommes encore, pour l'agriculture euro- 
péenne, dans la période d'études et de recherches. L'activité 
des colons qui, en dehors du commerce, s'était surtout 
employée, pendant les premières années, à la création de 
plantes tropicales — café, cacao, vanille, caoutchouc — n'a 
pas encore donné, dans cette voie, des résultats saisissants ; 
mais on sait à combien de tâtonnements et d*expcriences est 
subordonnée la solution de ces sortes de questions. La réus- 
site des efforts des planteurs dépend non seulement de la 
possibilité de telle ou telle culture, mais de la concurrence 
des autres pays. Il importait donc que le gouvernement de 
la colonie évitât aux colons cette étude préalable très oné- 
reuse. Le service de ragricullure a été organisé dans ce but, 
en môme temps que pour développer certaines cultures et 
industries agricoles — mûrier, cocotier, élevage du ver à soie 
— que les indigènes peuvent pratiquer avec grands profits. A 
ce dernier point de vue, je crois qu'il est permis, d'ore» et 
déjà, de compter sur la réussite. Le dernier concours agri- 
cole de Tananariye vient de révéler de très grands progrès 
réalisés par nos Malgaches du Centre dans l'élevage du ver à 
soie, tant pour la qualité que pour la quantité des produits. 

En ce qui concerne Tagriculturc européenne, la question de 
la culture du cacao sur des emplacements judicieusement 
choisis, qu'il est possible de trouver en divers points de la 
côte Est, paraît résolue. Pour la vanille, il n'y a lieu de faire 



MADAGASCAR DE 1896 A 1905 213 

de réserves qu'en raison de Tavilissement des prix de vente. 
Les résultats obtenus dans la culture du cocotier semblent 
encourageants. Le service de Tagriculture a introduit de 
nombreuses essences d'une exploitation rémunératrice dans 
d'autres pays tropicaux. La culture du coton vient d'être mise 
à l'étude. Il faut donc, à Madagascar, savoir attendre les 
résultats de ces travaux expérimentaux et s'inspirer de 
l'exemple que nous ont donné d'autres puissances pour la 
mise en valeur agricole de leurs colonies. Pour le moment, 
l'initiative privée ne doit s'engager qu'avec une extrême pru- 
dence dans la voie de l'agriculture et, avant de rien entre- 
prendre, se documenter pratiquement, avec le plus grand soin, 
auprès des quelques colons qui ont obtenu des résultats 
positifs, et auprès du service technique, qui est, d'ores et 
déjà, en mesure de fournir d'utiles indications pratiques. 

L'histoire de la crise commerciale des dernières années est 
un peu celle des affaires d'élevage. Après la guerre anglo-boer, 
les colonies sud-africaines se sont naturellement adressées à 
Madagascar, le pays d'élevage le plus voisin, pour leur con- 
sommation et pour la reconstitution de leurs troupeaux. Nos 
exportations de bœufs se sont chiffrées, en 1901 et 1902, par 
des sommes très importantes, et tout le monde à peu près 
dans la colonie s'en est occupé. Beaucoup d'Européens et 
d'indigènes ont réalisé des bénéfices considérables : les affaires 
d'élevage étaient alors à l'ordre du jour. Puis, sur ce terrain 
aussi, la concurrence est venue, concurrence victorieuse au 
profit du Texas, de l'Argentine, de l'Australie, en raison du 
faible poids de nos bœufs ; les exportations ont fléchi dans 
une très forte proportion. Il n'en est pas moins certain que le 
bœuf, à Madagascar, est un véritable capital qui, dans 
quelques années, portera des intérêts par le fait de l'accrois- 
sement régulier des troupeaux, à la faveur de la sécurité et 
des mesures qui ont mis un terme aux razzias et grâce 
à Taniélioration de l'élevage sous l'influence du service 
vétérinaire pour l'organisation et le développement duquel 
Madagascar s'est imposé et doit consentir encore des sacri- 
fices. 

En dehors du bœuf, les résultats déjà obtenus pour l'accli- 



214 REVUE DE MADAGASCAR 

maternent du mouton à laine, dû encore à Tinitiative de la 
colonie, font concevoir des espérances sérieuses. 

L'élevage de Tautruche, entrepris de même par l'adminis- 
tration locale, semble aussi devoir réussir. Celui du porc, 
dans la région centrale, a déjà provoqué la création, par un 
Européen, de l'industrie des salaisons, vraisemblablement ap- 
pelée à se développer. 

L'élevage, quand bien même il ne serait pratiqué que 
par rindigène, est donc, pour Madagascar, une source de 
profits sérieux, dans un avenir qui ne me semble pas très 
éloigné ; ces profits peuvent être plus importants par l'asso- 
ciation de l'Européen et du Malgache, pour améliorer la qua- 
lité du bétail. 

L'exploitation des forêts, en outre des produits qu'en retire 
l'indigène, commence à alimenter quelques industries euro- 
péennes. Il est fort possible que la mise en exploitation du 
chemin de fer lui donne une plus grande activité. Dès main- 
tenant, elle entre pour une part notable dans les exportations. 

Enfin, l'industrie aurifère, qui a tâtonné pendant les pre- 
mières années, vient d'aboutir à des conclusions décisives ; 
l'existence du filon, énergiquement contestée il y a quelque 
temps pour Madagascar, n'est plus discutée ; la preuve parait 
complètement faite. Déjà l'exploitation des alluvions, pratiquée 
dans presque toutes les régions de l'Ile, avait notablement 
accru la production. Celle du filon va être le point de départ 
d'un essor nouveau. Aussi, depuis plusieurs mois, voyons- 
nous arriver à Madagascar de nombreux immigrants étrangers 
venant de divers côtés, mais surtout de la côte d'Afrique et 
se livrant activement à la recherche de l'or. 



IX 



Questions militaires. — Pendant la période de neuf années 
qui s'est écoulée depuis ma prise de commandement, les 
troupes et services du corps d'occupation ont accompli avec 
des effectifs et des moyens restreints une tâche considérable, 
en pacifiant et pénétrant Madagascar, en conduisant l'organi- 



MADAGASCAR DE 1896 A 1905 215 

sation défensive de Diego-Suarez, jusqu'à rachèveraent du 
programme qui avait été tracé en 1900, enfîn, en faisant une 
étude approfondie des questions de défense de l'Ile et en pré- 
parant, pour l'éventualité d'une attaque extérieure, la meilleure 
utilisation possible des forces stationnées dans la colonie. 

A ces divers points de vue, et notamment à celui de la 
défense, il se pose encore diverses questions que j'ai le devoir 
de signaler et dont il importe de ne pas différer la solution. 

Les principaux desiderata ont trait : 

Au rôle des troupes à Madagascar, à leurs efTectifs, à leur 
composition en éléments européens et indigènes; 

A l'administration militaire; 

Au commandement ; 

A l'organisation de la défense, soit qu'il s'agisse de la 
défense isolée de la colonie ou de celle du groupe de l'Afrique 
orientale, soit qu'on envisage cette défense comme rattachée 
en totalité ou en partie à celle de l'ensemble de nos posses- 
sions. 

A ces divers points de vue, mes conclusions se résument 
ainsi : 

1" Nos troupes ayant été, pendant plusieurs années, 
employées en très grande partie à la pacification et à la péné- 
tration des diverses régions de l'Ile, l'opinion publique s'est 
habituée à tort à les considérer comme surtout destinées à 
l'accomplissement de cette mission, temporaire par nature. 
Cette conception a eu sa répercussion sur les décisions prises 
en France au sujet des effectifs attribués à Madagascar et il est 
presque rigoureusement exact de dire qu'une diminution de 
ceux-ci a suivi chaque progrès accompli dans le sens de la 
pacification. Il a été passé outre à ce sujet aux demandes 
instantes de la colonie et aussi aux avis des comités techni- 
ques militaires de la métropole qui, appelés à diverses 
reprises à se prononcer sur ces questions, ont indiqué, après 
des études sérieuses et mûries, les effectifs minima, au-dessous 
desquels il semble impossible de descendre sans compro- 
mettre gravement les intérêts de la défense. 

Il y a donc eu, sinon dans la forme, tout au moins en fait, 
deux doctrines en présence au sujet de l'importance des troupes 



216 REVUE DE MADAGASCAR 

à attribuera Madagascar, et la doctrine qui a prévalu, ratta- 
chant trop, à mon avis, la question des effectifs à celle du 
maintien de la sécurité intérieure, n'a pas tenu un compte 
suffisant — après le rétablissement de Tordre — de la néces- 
sité de mettre la colonie en état de résister à l'attaque d'un 
ennemi extérieur. 

Or, c*est là une conception absolument dangereuse si Ton 
admet — comme je le crois indispensable pour le maintien de 
notre puissance coloniale — qu'il faut assurer une défense 
solide, sinon de toutes les îles qui forment le groupe de l'A- 
frique orientale, du moins de celle qui, dans cet archipel, 
constitue le noyau principal. D'ailleurs, la nécessité de cette 
défense et les principes sur lesquels elles repose résultent — 
sous réserve de quelques lacunes ou anomalies, qui seront 
signalées plus loin — des termes môme du décret du 26 mai 
1903, portant organisation des groupes de colonies. 

D'autre part, la réduction trop considérable et trop rapide 
des effectifs en est arrivée à être préjudiciable à la sécurité 
intérieure elle-même. 

Les retraits définitifs de troupes — pour cause de diminu- 
tion d'effectifs — n'ont pu passer inaperçus chez les peuplades 
guerrières de certaines régions de l'Ile, où le terrain nous 
avait été chaudement disputé. La fidélité de ces groupements 
indigènes, faite surtout de notre force, s'en est trouvée ébran- 
lée et c'est ainsi que certaines tribus peuvent — comme le 
fait s'est produit récemment dans le Sud — devenir plus faci- 
lement accessibles aux excitations de quelques anciens chefs, 
à la fois militaires et religieux, restés irréconciliables parce 
que l'occupation française, en supprimant le vol et le pillage, 
les a privés de leur principale source de revenus. 

En outre, il est de toute évidence que le développement 
économique de Madagascar pourra avoir pour effet d'augmenter 
les convoitises étrangères, et qu'à ce point de vue encore, la 
prudence et la logique commandent de développer et non de 
réduire l'organisation de la défense. 

Les inconvénients graves des remaniements d'effectifs 
opérés depuis deux ans ont été atténués, en apparence, par la 
création de corps indigènes nouveaux, qui, numériquement. 



MADAGASCAR DE 1896 A 1905 217 

ont semblé compenser les réductions successives apportées 
aux corps européens. Mais on ne saurait se faire illusion ; la 
compensation n'est que fictive et il faut regarder à autre chose 
qu au nombre pour apprécier la valeur d'une troupe. En 
réalité, les corps malgaches nouvellement constitués peuvent 
déjà contenir de bons éléments et montrer d'heureuses dispo- 
sitions, mais ils sont loin de posséder Tinstruclion, l'entraî- 
nement et la valeur de résistance des éléments européens 
auxquels ils ont été substitués. Ce n'est que dans quelques 
années qu'ils seront à même de porter en campagne et au 
feu le titre de « régiment » qu'ils ont déjà sur le papier. 
D'ailleurs, alors même que leurs qualités militaires donneraient 
déjà toute satisfaction, la conquête est encore trop récente et 
la fidélité des Malgaches trop insuffisamment éprouvée pour 
qu'on puisse, sans péril, laisser les indigènes former dans 
nos effectifs une majorité considérable de 4/1, dont la pro- 
portion n'est admise par aucune autre puissance coloniale et 
dans laquelles les éléments européens se trouveraient, en cas 
de guerre, à l'état de complète dissémination. 

En résumé, la sécurité intérieure étant aujourd'hui, à part 
quelques cas d'effervescence locale, entièrement rétablie, il 
est de toute nécessité de donner aux forces militaires de 
Madagascar des effectifs et une composition en éléments 
européens appropriés au rôle de défense qui constitue leur 
mission principale. Je ne puis mieux faire à ce sujet que 
d'insister pour l'adoption de mes propositions antérieures, 
conformes, à quelques détails près, aux avis émis par les 
comités techniques militaires de la métropole. 

2® La centralisation en France d'un grand nombre d'affaires 
administratives entraîne des retards qui sont souvent préjudi- 
ciables aux intérêts matériels des troupes et à leur bonne uti- 
lisation. Ces inconvénients pourraient être évités en laissant 
plus d'initiative à la colonie pour la passation des marchés, 
l'exécution des travaux de construction et, d'une manière gé- 
nérale, pour remploi des crédits qui lui sont alloués. Il est à 
désirer que ces crédits, aussitôt qu'ils ont été votés par le Par- 
lement, soient délégués sans retard et en bloc à la colonie. Les 
délégations incomplètes, tardives, présentant souvent dans 



218 REVUE DE MADAGASCAR 

leur total des écarts notables avec les crédits figurant au bud- 
get général, apportent la gêne dans les services et entraînent, 
dans l'exécution des commandes ou des travaux, des modifi- 
cations, en fin de compte, onéreuses pour le budget de TEtat. 

Par extension des mêmes principes, il est nécessaire d'as- 
souplir les règlements et de laisser aux services généraux de 
la colonie toute latitude pour décentraliser leur propre admi- 
nistration. Il y aurait lieu, notamment, de permettre la géné- 
ralisation du système des masses collectives et l'application 
complète au logement et à Thabillement des troupes, de ce 
procédé d'administration, qui, pour Talimentation, a considé- 
rablement amélioré la vie matérielle du soldat, tout, en fai- 
sant réaliser d'importantes économies au budget de TEtat. 

Enfin, la faculté, aussi complète que possible, laissée à 
l'administration militaire de recourir au commerce local pour 
pourvoir aux besoins particuliers ou généraux des troupes 
serait des plus profitables au développement économique de 
notre possession et constituerait un encouragement précieux 
pour la colonisation. Ainsi que je l'indiquais plus haut, il ne 
me paraît pas douteux que, dans ces dernières années, la pas- 
sation en France de marchés importants, qui auraient pu être 
conclus dans des conditions tout aussi avantageuses à Mada- 
gascar, et qui, dans un cas comme dans l'autre, auraient pro- 
fité au commerce national, a été l'une des causes du non 
écoulemejil d'une quantité considérable de marchandises im- 
portées dans nie et a contribué ainsi largement au malaise 
qui, depuis deux ans, a pesé sur certaines branches du com- 
merce de la colonie. 

3** Les troupes du groupe de l'Afrique orientale, ayant un 
effectif supérieur à une division et dont le commandement 
comporterait en France un général de division et deux géné- 
raux de brigade avec les états-majors correspondants, vont 
être commandées en fait par un seul général de brigade. 
Cette centralisation est excessive ; les lacunes qu'elle crée à 
tous les degrés de la hiérarchie et les cumuls d'attributions 
qui en résultent sont préjudiciables à la discipline des corps, 
au fonctionnement des services et à la préparation de la mo- 
bilisation. 



MADAGASCAR DE 1896 A 1905 219 

4® La défense doit être considérée à deux points de vue: 

La défense propre de Tlle, et sa défense envisagée comme 
se rattachante celle de Tensemble de notre domaine colonial. 

Le fait qu'une colonie se développe et représente ainsi une 
part plus importante du patrimoine national peut conduire à 
lui créer une défense propre, mais il n'y a pas cependant, en 
cela, nécessité absolue, et il peut être préférable, dans un in- 
térêt général, de concentrer ailleurs tous les efforts. 

Au contraire, la nécessité s'impose d'une protection mili- 
taire, méthodiquement étudiée d'avance, s'il est établi qu'in- 
dépendamment de son caractère local, cette défense doit être 
de quelque utilité dans les opérations d'ensemble prévues 
pour la défense générale de nos possessions. Or, pour Mada- 
gascar, ce caractère d'utilité générale de la défense ne saurait 
être révoqué en doute, et c'est la raison pour laquelle le Par- 
lement a décidé, en 1900, l'organisation, à Diego-Suarez, 
d'un point d'appui dont l'importance a été classée tout d'abord 
en première ligne. 

Depuis lors, des considérations diverses, qui ont prévalu à 
rencontre des propositions de la colonie, ont amené à attri- 
buer à Madagascar et à son point d'appui un rôle militaire 
de plus en plus atténué dans la défense générale. Diego, 
après avoir occupé tout d'abord le premier rang dans l'ordre 
d'importance des points d'appui, se trouve classé aujourd'hui 
en troisième ligne. 

J'estime que certains événements récents de la guerre russo- 
japonaise, et en particulier le long séjour de Tescadre de 
l'amiral Hodjestvinsky dans les parages de Madagascar, 
imposent un nouvel examen de la question et fourniront, à 
cet égard, des renseignements, dont il sera nécessaire de 
tenir compte. 

Entre autres constatations, il convient de remarquer que, 
malgré les sujétions étroites imposées à l'escadre du fait de 
l'application exacte, et plutôt rigoureuse, des règles de la neu- 
tralité adoptées par les grandes puissances pendant la guerre 
de 1898, l'amiral russe, n'empruntant rien aux ressources de 
la colonie et n'obtenant de celle-ci aucun concours, direct ou 
indirect, a tiré cependant d'un simple stationnement, en 



220 REVUE DE MADAGASCAR 

dehors même des eaux territoriales de la Grande Ile, des 
avantages qui ne sauraient être contestés. 

Ceci étant, il est évident, a fortiori^ qu'une escadre fran- 
çaise de renfort envoyée d'Europe en Extrême-Orient et arri- 
vant à Madagascar fatiguée par le voyage, diminuée dans ses 
moyens et sa valeur militaire, pourrait s'y refaire complète- 
ment et dans des conditions autrement avantageuses que l'es- 
cadre russe, puisqu'elle aurait, à l'inverse de celle-ci, la fa- 
culté de s'abriter dans les ports et d'y reconstituer ses 
approvisionnements. 

La conclusion évidente à tirer des faits récents et des ré- 
flexions qu'ils inspirent est qu'en raison de l'énorme distance 
entre la France et ses possessions d'Extrême-Orient, il faut, 
de toute nécessité, qu'en cas de conflit dans les mers de Chine, 
Madagascar puisse offrir à nos escadres une base d'opérations 
intermédiaire, solidement défendue, abondamment approvi- 
sionnée et pourvue d'un port de guerre organisé pour rece- 
voir nos navires et leur permettre de se réparer et de se ravi- 
tailler en toute sécurité. 

C'est ainsi, en somme, que se définissent les conditions de la 
défense de Madagascar, et de cette définition même, résulte 
aussi la nécessité de deux théâtres d'opérations, celui de l'Ile pro- 
prement dite, considérée en quelque sorte comme magasin au 
point de vue des ressources de toute nature qu'elle peut offrir et 
qu'il faut conserver, et celui de Diego-Suarez, .envisagé princi- 
palement comme point d'appui pour nos forces maritimes. 

A ce dernier point de vue, et en cas de conflit en Extrême- 
Orient, c'est évidemment à Diego-Suarez qu'il y aurait lieu 
défaire, dans des conditions autrement avantageuses que 
celles rencontrées par l'escadre russe dans la baie de Passan- 
dava, la concentration des forces navales venant des mers 
d'Europe, et peut-être même de celles qui, pour cause d'infé- 
riorité numérique, auraient pu être amenées à quitter mo- 
mentanément l'Extrême-Orient. 

Ces considérations montrent combien il est indispensable 
de faire examiner à nouveau, en tenant compte des événe- 
ments, l'importance militaire à attribuer à Madagascar et au 
point d'appui de Diego-Suarez. 



MADAGASCAR DE 1896 A 1905 221 

Il ne me paraît pas douteux que cette étude conduira à 
l'adoption des propositions que j'ai faites antérieurement pour 
augmenter les effectifs militaires et développer l'organisation 
défensive de Diego-Suarez ; cette adoption concordera d'ail- 
leurs avec les mesures qu'a déjà prises le département de la 
marine pour doter le port de Diego d'installations importantes, 
quais, magasin, etc., y concentrer six torpilleurs et entre- 
prendre la construction d'un bassin de radoub dont les tra- 
vaux seront prochainement commencés. 

Enfin, il est indispensable aussi, et pour les raisons déjà 
développées, d'attribuer aux eaux de Madagascar, avec point 
d'attache à Diego, une force navale effective de quelques bons 
croiseurs, prête à tout moment à une action offensive immé- 
diate et, dès le temps de paix, préparant la mobilisation et 
étudiant les principaux buts à poursuivre. 

Le croiseur de 2* classe Infernet^ qui existe seul actuelle- 
ment dans les eaux de Madagascar, représente à ce point de 
vue une force trop manifestement insignifiante pour que l'en- 
nemi puisse en tenir compte. 

Enfin, je dois mentionner ici quelques observations aux- 
quelles donne lieu le rapprochement des textes de la loi du 
6 juillet 1900, portant organisation des troupes coloniales, et 
du décret du 25 mai 1903, relatif au groupement des forces 
militaires stationnées aux colonies. 

Sans contester, dans leur ensemble, les avantages du grou- 
pement organisé par le décret, il faut reconnaître cependant 
qu'en pratique, certaines dispositions de détail énoncées par 
ce décret offrent l'inconvénient très réel de n'avoir pas été 
mises en harmonie avec les prescriptions de la loi du 7 juillet 
1900, dont l'autorité reste prépondérante. 

Cette loi énonce que le commandant supérieur des troupes 
d'une colonie est responsable, vis-à-vis du gouverneur de cette 
colonie, de l'emploi des troupes et de la défense, et que le 
gouverneur est responsable dans les mêmes conditions vis-à- 
vis du département et du pays. 

Le texte du décret du 26 mai 1903, organisant le comman- 
dement militaire, non plus par colonie, mais par groupes de 
colonies, contredit par ce seul fait aux termes de la loi et peut 



222 REVUE DE MADAGASCAR 

amener des conflits d'attributions. S'il faut admettre, con- 
trairement à la loi de 1900, que le décret de 1903 transfère la 
responsabilité de la défense de toutes les colonies du groupe 
au gouverneur de la colonie principale, il importerait que 
cette responsabilité fût nettement spécifiée aux lieu et place de 
celle du gouverneur de la colonie secondaire. 

D'autre part, si telle est la solution adoptée, la nécessité 
primordiale de Tunité de direction exigera que les gouver- 
neurs des colonies secondaires soient, pour toutes les ques- 
tions de défense et, par suite, pour toutes les questions mili- 
taires dans lesquelles ils sont appelés à intervenir, les subor- 
donnés du gouverneur de la colonie principale. 

En ce qui concerne le groupe de l'Afrique orientale, l'uti- 
lité de cette solution ne serait d'ailleurs pas d'ordre général. 
Il y a lieu de remarquer, en effet, qu'avec ses nombreuses 
classes de réservistes et de territoriaux, la colonie de la 
Réunion serait, dans certaines circonstances, susceptible 
d'une défense propre concourant au but général, mais dans 
laquelle la colonie principale ne pourrait que difficilement 
intervenir, surtout en l'absence d'une force navale sérieuse 
permettant d'établir la liaison entre les deux colonies. 

Pour Mayotte et les Comores, qui n'ont pas de défense 
propre possible, mais qui peuvent, en revanche, fournir de 
bons contingents pour les régiments malgaches, la question 
de dépendance précise, au point de vue du recrutement, 
pourrait être examinée. 

Quoi qu'il en soit, ces considérations montrent la nécessité 
de réviser certaines dispositions du décret de 1903, ou la loi 
de 1900, et de mettre en harmonie les deux documents. 

Enfin, ces questions, jointes à celles des effectifs et de 
l'importance militaire à attribuer à Madagascar et au point 
d'appui de Diego-Suarez, méritent à mon avis une étude 
approfondie, à laquelle les événements récents de la guerre 
d'Extrême-Orient donnent un réel caractère d'actualité et de 
nécessité. 

X 

En résumé, si tous les efforts que je viens d'analyser 
n'avaient pas été faits, nous en serions encore à ignorer la 



MADAGASCAR DE 1896 A 1905 223 

majeure partie du lerriloire de la Grande Ile, puisque nous 
nous serions arrêtés là où nous aurions rencontré des diffi- 
cultés ou des résistances, qu'elles vinssent du pays ou des 
hommes. 

Les populations excentriques nous demeureraient à peu 
près étrangères et certaines régions, où les recherches de nos 
colons, les travaux de nos fonctionnaires et officiers ont mis 
à jour des ressources, amené l'indigène à augmenter la pro- 
duction, nous demeureraient fermées. Pourtant, il faudrait le 
même corps d'occupation pour protéger les parties de la co- 
lonie où nous serions établis contre les incursions des nom- 
breuses tribus belliqueuses que, pour éviter le reproche de 
faire trop grand, par crainte de complications et de difficultés 
passagères, nous n'aurions pas placées sous l'autorité effec- 
tive de la France ; il faudrait aussi la même organisation judi- 
ciaire, les mêmes services financiers et comptables, la même 
administration centrale, c'est-à-dire les mêmes dépenses mi- 
litaires et, à très peu de chose près, les mêmes frais d'admi- 
nistration générale que comporte l'organisation actuelle ; mais 
la période au delà de laquelle il eût été possible de tirer quel- 
que profit de Madagascar se fût indéfiniment prolongée. 

Je demeure convaincu que, pour qu'une colonie puisse se 
développer, il faut la pourvoir des organismes correspondant 
aux ressources et aux facultés que révèle l'étude expérimen- 
tale. Ainsi, par exemple, nos exportations de bœufs, après 
avoir été très bien accueillies à la côte d'Afrique et y avoir 
trouvé un débouché fort important, ont été très sérieusement 
entravées par les mesures sanitaires prises par les autorités 
de ce pays contre le bétail provenant de l'extérieur. Nous avons 
créé alors un service vétérinaire pour donner aux acheteurs 
sud-africains toutes les garanties désirables. Il en est résulté, 
pour le budget local, une assez grosse dépense et il n'est pas 
sûr qu'une reprise active de nos exportations de bœufs se 
produise très rapidement du seul fait que le service vétéri- 
naire existe; mais s'il n'avait pas été organisé, il est bien 
certain que cette reprise ne se produirait pas, que la barrière 
sanitaire opposée à l'introduction, dans l'Afrique australe, du 
bétail de Madagascar, serait infranchissable. Par surcroît, le 



224 REVUE DE MADAGASCAR 

service ainsi créé, en provoquant Tamélioration des procédés 
d'élevage, contribuera vraisemblablement à faciliter la con- 
currence contre les autres pays qui participent à Talimenla- 
tion du marché sud-africain. Ce n'est, en somme, qu'en cou- 
rant quelques risques qu'on peut provoquer des résultats. 

Les organismes dont Madagascar a été pourvue ont été 
constitués parallèlement à l'éclosion des besoins. Ils sont 
appelés à subir encore des modifications, mais je ne pense 
pas que ce doive être dans le sens d'une atrophie. Pareille 
mesure serait arbitraire en présence des résultats déjà acquis; 
elle ne saurart trouver rationnellement sa justification dans 
l'épreuve du temps. 

C'est dire que le très court passé de notre grande posses- 
sion indo-africaine ne permet pas de porter sur l'avenir un 
jugement complet. On peut cependant y trouver de sérieuses 
présomptions. 

A dix ans d'intervalle, les opinions les plus opposées ont 
été émises sur les destinées de la Grande Ile. Je ne partage, 
par exemple, ni celle formulée en 1894 par le voyageur alle- 
mand WoIiT, pour qui Madagascar était « une chambre pleine 
de trésors », ni celle donnée par un autre explorateur, le pro- 
fesseur allemand Voeltzkow, d'après laquelle « même les 
Français reconnaissent que l'acquisition de Madagascar a 
été, en somme, une grave erreur ». 

Le grand tort de notre jeune possession est d'être très vaste 
avec des régions désertiques et d'avoir peu de population. 
Mais cette population est, en général, prolifique etapte au pro- 
grès. Elle produit déjà et peut produire beaucoup plus, soit 
d'elle-même, ^^ous la tutelle de notre administration, soit 
comme auxiliaire des colons qui, en définitive, trouvent en 
elle un concours de plus en plus intelligent et actif. Mada- 
gascar serait une acquisition profitable, quand bien même on 
ne pourrait compter, pour son développement futur, que sur 
rélément indigène, instruit et élevé par nous à un degré 
social supérieur. A cet élément vient s'ajouter celui de nos 
colons, de nos compatriotes, qui ont donné maintes preuves 
d'énergie. Notre colonie de TOcéan Indien a pour elle une 
grande diversité de ressources, dont un certain nombre sont 



MADAGASCAR DE 1896 A 1905 225 

déjà contrôlées et les autres suffisamment mises à jour pour 
que l'éventualité de leur exploitation fructueuse n'apparaisse 
pas trop lointaine. 

La vaste étendue de Madagascar exige une administration 
simple et peu coûteuse, de façon que la plus grande part des 
fonds dont dispose la colonie soit précisément consacrée à la 
mise en œuvre de ces diverses sources de profits, par l'exten- 
sion de son outillage économique et par le perfectionnement 
des indiscutables aptitudes au progrès de nos populations 
indigènes. 

Mais il faut qu'on soit bien convaincu que le Malgache est 
d'esprit très mobile, que la politique indigène se présente 
sous des aspects très divers et que, pour éviter de fâcheuses 
surprises, l'administration locale doit lui réserver une très 
large place dans ses préoccupations. 

Il convient enfin, pour maintenir et perfectionner les résul- 
tats obtenus dans ce grand pays où les difficultés sont encore 
nombreuses, que l'activité de tous demeure en éveil et que le 
gouvernement de laiColonie, sans entraver les initiatives de ses 
collaborateurs, ne néglige jamais de les diriger, en ayant soin 
de se documenter sur place, le plus souvent possible. 

* * 

Aces conditions, dont la réalisation implique de nouveaux 
et persévérants efforts, j'ai foi dans l'avenir de la Grande 
lie. 

Je ne saurais terminer cette étude sans rappeler, que grâce 
à cette même confiance qu'ont eus eu Madagascar les hommes 
éminents qui m'y ont précédé, la France a pu étendre son 
influence dans celte partie du monde et s'y créer une posi- 
tion qui peut être très forte dans l'éventualité d'un conflit 
extérieur. 

Pour ma part, la tâche m'a été facilitée par les travaux de 
nos résidents généraux, du général Duchesne, de mon pré- 
décesseur immédiat, M. le résident général Laroche. J'ai 
toujours été secondé, de la manière la plus efficace, non seule- 
ment par le bienveillant appui du Département, mais aussi 
par le dévouement et la conviction de tous mes collabora- 
is 



226 REVUE DE MADAGASCAR 

leurs, offlciers et soldats du corps d'occupation, fonctionnaires 
civils des divers services, par la grande majorité de nos colons 
français, par nos indigènes, enfin, qui, particulièrement sur le 
plateau central, se pénètrent chaque jour davantage de nos idées 
et deviennent des auxiliaires de plus en plus précieux de Tœuvre 
du gouvernement de la République à Madagascar. Grâce à eux 
tous, j'ai lieu d'espérer que cette œuvre ne sera pas vaine et 
qu'elle procurera à la France, aussi bien des profits matériels 
que rhonneur d'avoir apporté à un peuple nouveau le bienfait 
de son influence civilisatrice. 



Général Gallieni. 



MADAGASCAR A L'EXPOSITION DE HANOI 



RAPPORT GENERAL 

SUR 

l'Exposition de Hanoï 



DEUXIEME PARTIE (^"^ 

Dans le Tonkin et autour du Tonkin 



CHAPITRE VIII 

TOURANE 

« La baie de Tourane est une des plus sûres et des mieux 
défendues de rExtrême-Orient... La position militaire est tel- 
lement forte, l'entrée de la baie est si bien gardée par plu- 
sieurs points culminants où Ton pourrait élever des ouvrages 
redoutables, que des écrivains anglais n'ont pas hésité à 
nommer Tourane « le Gibraltar de TAsie ». Pourquoi a-t-il 
fallu qu'une déplorable fatalité vînt enlever ce port à la 
France au moment où un traité le lui livrait? » 

Ainsi s'exprimait dans son Voyage en Chine (1845), 
M. A. Haussmann, attaché à la légation de M. de Lagrené. 

Ouvert au commerce fci^nçais par le traité de Saigon du 
5 juin 1862, le port de Tourane est devenu concession fran- 
çaise par l'ordonnance royale de Dong-Khanh en date du 
3 octobre 1888 : hàtons-nous de dire que les travaux entrepris 
depuis lors sur ce point pour améliorer sott le port, soit la 
défense, sont insignifîants, et que Tourane ne semble pas en 
passe de devenir le Gibraltar de l'Asie. 

(1) Reproduction et traduction interdites. Voir la Revue depuis ie;10Juin 1904. 



228 REVUE DE MADAGASCAR 

Cesl ce qu'il m'est permis de constater dès mon arrivée le 
samedi 28 février 1903 : la Tamise^ des Messageries Maritimes, 
qui fait le service régulier entre Haïphonget Saigon, mouille 
à une grande distance de terre. Pas de moyens de débarque- 
ment en dehors des sampans et ceux-ci pour regagner la rive 
sont obligés d'aller chercher par un grand détour vers le Nord, 
l'entrée de la rivière, obstruée par des bancs de sable qui 
découvrent presque à marée basse. Il est vrai qu'une sorte de 
quai constitué par un perré en pierres sèches encore inachevé 
permet aux sampans de débarquer leurs passagers dans des 
conditions assurément meilleures que celles où il les a embar- 
qués. 

Une élégante et confortable chaloupe à vapeur fait 
bien la navette entre le paquebot et la terre : elle appartient 
aux Messageries Maritimes, mais cette compagnie ne garan- 
tissant pas le débarquement de ses passagers, on ne peut être 
admis à son bord qu'avec de pressantes sollicitations. 

Le boulevard qui longe le quai est spacieux et agréable : 
il constitue à la nuit tombante une délicieuse promenade où 
la fraîcheur de la rivière tempère les derniers rayons d'un 
soleil brûlant. Le climat de Tourane pendant la saison sèche 
est en effet plutôt pénible : la campagne s'en ressent aux envi- 
rons immédiats de la ville, où une maigre brousse desséchée 
indique un retard annuel prolongé dans la végétation. On s'en 
rend compte dès le débarquement et même du pont du paque- 
bot : la ceinture de collines qui enserre le delta de la rivière 
du côté nord est la seule masse de verdure qu'on aperçoive ; 
le delta lui-même, assez loin dans l'intérieur des terres, offre 
un aspect dénudé et sablonneux, en cette saison du moins. 

Aimablement accueilli, je me rends de suite à la résidence 
afin d'y régler les conditions de mon départ pour Hué et obte- 
nir la chaise à porteurs et les coolies qui me seront néces- 
saires et, décidé à me familiariser de suite avec l'architecture 
Tyame, dont" le culte à l'Ecole Française d'Extrême-Orient 
supplante pour l'instant celui de l'architecture Khmer, je 
gagne le jardin public, à l'extrémité ouest de la ville. 

Là, en effet, l'ancien résident de Tourane, M. Lemire, a 
groupé un certain nombre de débris trouvés sur des points 



MADAGASCAR A L*EXPOSlTION DE HANOÏ 229 

différents de la province, particulièrement à Tra-Kieu et à 
Kuong-My : ce sont les épaves des grands monuments qui 
marquèrent l'apogée du royaume du Tchampa. Les travaux 
épigraphiques de M. Aymonnier et du regretté M. Bergaigne 
ont permis de reconstituer historiquement et même chronolo- 
giquement une partie des annales de ce grand empire. Sous 
rimpulsion des pensionnaires de l'Ecole d' Extrême-Orient, les 
découvertes se suivent nombreuses aujourd'hui et permettent 
de compléter les travaux de ces savants. 

Le Tchampa, pays des Tchames ou des Tyames, pour 
employer la prononciation actuellement admise, fut au début, 
antérieurement à Tère chrétienne, une colonie hindoue qui se 
développa librement pendant plusieurs siècles sur les bords 
du Mékong et des rivières de la Cochinchine. Les annales 
annamites comme les traditions orales qui survivent encore 
chez les rares descendants de ce peuple, établissent l'existence 
de trois grandes villes : Shri-Banœuy dans le Quang-Binh 
actuel ; Bal Hangov dont nous verrons les traces dans la cam- 
pagne de Hué, et Bal-Angoué dont les remparts se sont con- 
servés près de Qui-Nhôn, dans le Binh-Dinh. Au iv' siècle 
commencent les hostilités entre les Tyames et les Chinois : 
ces derniers installés au Tonkin convoitent les richesses du 
vieil empire et leurs incursions se succèdent pendant quatre 
cents ans. 

Au viii® siècle les pirates malais attaquent à leur tour les 
vaincus des Chinois et ravagent leurs temples. Au x' siècle 
enfin, les Annamites ayant secoué le joug des Chinois se 
retournent contre leurs voisins du Sud et depuis lors, avec 
des alternatives de succès et de revers, le Tchampa voit se 
précipiter sa ruine. 

Presque démembré au xv' siècle, il tombe définitivement 
en 1471 sous les coups du monarque annamite Le-Thanh-Tong, 
qui prend la capitale, massacre quarante mille hommes et 
emmène trente mille captifs. L'autonomie de ce malheureux 
royaume est supprimée et le territoire qui lui restait est par- 
tagé en trois principautés à la tête desquelles sont placés des 
mandarins annamites. Les épaves de cette population se ren- 
contrent encore dans les vallées du Binh-Huan, tribus ou 



230 



REVUE DE MADAGASCAR 



familles éparses, sans cohésion, faibles et craintives (1). Il est 
évident qu'un groupement social aussi important que fut celui 
du Tchampa, agglomération d'individus issus d'une race de 
constructeurs comme les Hindous, a laissé des monuments 
d'une architecture spéciale où doivent se retrouver les carac- 
tères d'origine adaptés aux matériaux du pays. En étudiant 
ces monuments, M. Aymonnier leur donne comme signe dis- 
tinct! f général le nom de tours : celui qu'ils portent dans la 
langue du pays est « Koulane ». Ce sont en somme les pra- 
sat que nous retrouverons au Cambodge et à Ceylan, mais 
autrement simples : il y a cependant une certaine similitude 
entre le Sat-Mahal prasada de Polonnaruwa et les plus beaux 
Koulanes des Tyames, celui de Po-Klong-Garaï par exemple. 
Le système architectonique est le même et la similitude est 
encore accentuée par l'emploi de matériaux semblables, la 
brique rouge solide et bien faite constituant l'ossature de la 
masse, le granit dur et fin formant les linteaux et les encadre- 
ments des portes : les motifs d'ornementation se ressemblent 
bien entendu également, étant empruntés aux traditions et 
aux légendes de deux religions issues d'un même point de 
départ à des époques différentes. 

L'inventaire des monuments existant encore, à l'état de 

(1) Dans l'opuscule intitulé Recherches et mélanges sur les Chams et les 
Khmers, M. Aymonnier, dans la deuxième partie, page 21, a publié un voca- 
bulaire contenant une quarantaine de mots dans les trois dialectes Bani, 
Cham et Dalil. Quelques mots dans le Cham et plusieurs dans le Bani. 
offrent une grande similitude avec les équivalents malgaches. 

Ainsi, par exemple 



Français 
Mois 
Lune 
Ciel 

Terre 

Feu 

Mère 

Fils 

Garçon 

Œil 

Main 

Année 

Mort 

Le dialecte cham 
bani est le dialecte 



Malgache 
Volana 
Volana 
Lanitraou Lan- 

gitra 
Tany 
Afo 

Neny ou ineny 
Zanaka 
Laky ou Iaky 
Maso 
Tanana 
Taona 
Maty 



Bani 
Bulan 
Ea bulan 

Langik 

Apœy 

Enœu 

Anak 

Laki 

Mala 

Tangan 

Thun 

Matav 



Cham 
Balan 
Car balan 



Tanah (lanϞ) 

Anœu 

Anak 

Laki 

Meta 

Tangan 

Thun 

Matay 



est celui employé couramment par les Tyames de race, le 
des Tyames musulmans et le dalil est le langage sacré. 



MADAGASCAR A L EXPOSITION ] 



231 



ruines, bien entendu, a été élabii par M. A}>inonier; il com- 
prend, en parlant du cap Saint-Jacques et en suivant vers le 
nord la côte annamite : trois tours près de Phan-Thiet, plu- 
sieurs édicules et pierres tombales dans la vallée de Phan- 
Ri, le temple de Po-Romé et celui de Po-Klong Caraï dans la 
vallée de Pban-Rang, le temple de Po-Nagar k Khanh-IIoa, 
près de Nha-Trang, les ruines de la cité de Bal Angové près 
de Qui-NhAn. Les inscriptions composées en sanscrit jusqu'au 




Les débrii de sculpture lyame dans le jardin public de Tourane 

x" siècle et en tyame postérieurement à cette époque, ont 
permis de déterminer les dates auxquelles ont été construits 
la plupart de ces monuments. 

En 1902, l'Ecole Française a chargé spécialement l'un de 
ses pensionnaires, M. Parmentier, architecte, ancien élève 
de l'Ecole des Beaux-Arts, de reprendre l'inventaire com- 
mencé par M. Aymonnier et de le compléter. Des fouilles ont 
été menées méthodiquement dans les sanctuaires de Dong- 
DuoDg et de Mison. Un voyage effectué par M. Parmentier, 
en compagnie du P. Durand, missionnaire à Pbaii-Ri, permit 



232 REVUE DE MADAGASCAR 

de retrouver et d'inventorier le trésor royal des Tyames et 
d'étudier la tour de Chéo-Réo. Nous avons vu, d'autre part, à 
l'Exposition d'Hanoï, les relevés intéressants exécutés par 
M. Parmentier à Po-Nagar; le temple de Po-Romé a été 
décrit dans le Bulletin de T École Française de 1903 (vol. 4), 
parle P. Durand. Dans le même bulletin, M. L. Finota étudié 
les monuments et les inscriptions de Phan-Rang, qui repré- 
sente le centre de l'ancien royaume Tyame désigné dans les 
inscriptions chams par Panrang et dans les sanscrites par 
Panduranga, qu'on retrouve dans le nom du cap qui limite la 
baie au sud : Padaran. 

Si les inscriptions des Tyames offrent des documents pré- 
cieux au point de vue historique, ce qui reste de leurs monu- 
ments présente un moindre intérêt au point de vue artistique ; 
pas de large conception comme dans les monuments Khmers 
où une composition savante coordonne des éléments divers en 
vue d'un ensemble, tel qu'Angkor-Wat, Angkor-Thom, etc., 
mais des cubes plus ou moins massifs avec une ornementa- 
tion parcimonieuse, semblant indiquer un art à la période 
primitive ou à celle d'extrême décadence. Entre ces deux 
hypothèses, la première paraît la plus vraisemblable. En effet, 
les dates données par les inscriptions fixent l'édification ou la 
restauration de certains monuments de Phan-Rang vers l'an 
800 après J.-C, celles de Po-Nagar de 750 à 850. Mais s'il 
faut s'en rapporter à la chronologie khmer de Bergaigne, la 
construction de Bakou, que nous étudierons au Cambodge, 
serait duc à Indravarman et daterait de 879; celle de Loley 
élevée par Yaçovannan serait de 895. Or, les types des prasat 
de Loley et de Bakou ne diffèrent pas sensiblement des 
Koulanes et des Tyames, comme en témoignent les photo- 
graphies. 

Les uns et les autres sont évidemment des œuvres d'artistes 
qui s'essayaient et le mouvement architectural qui prenait 
naissance dans le royaume Khmer s'étendait jusqu'au littoral. 
Dans le Tchampa, il devait être arrêté dans son évolution par 
les invasions et les guerres, tandis qu'au Cambodge, il suivait 
les progrès du royaume Khmer lui-même pour parvenir à son 
apogée vers le xii' siècle. Les débris rassemblés à Tourane 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 233 

donnent une faible idée de ce que pouvait être cet art; séparés 
du monument pour lequel ils avaient été conçus et de la place 
qu'ils devaient décorer, ils gisent inertes, sans raison d'être, 
comme les motifs de sculpture décorative entassés dans nos 
musées ; dieux et déesses, éléphants et bœufs, chimères et 
monstres, regrettent au plein soleil Fombre mystérieuse de 
leurs temples, exposés ainsi brutalement à l'indifférence du 
passant. 

Une journée entière me restant avant le départ pour Hué, 
j'allai dans la matinée voir les montagnes de marbre et l'après- 
midi faire une promenade dans les plantations. A sept heures 
le sampan est à quai prêt à partir : une brise fraîche nous porte 
rapidement au fond de la rivière très large à l'extrémité de la 
ville et qui dans une série de méandres se rétrécit ensuite. 
Au bout d'une heure et demie, nous accostons sur un petit 
promontoire bordé de semis de riz : un sentier boisé nous con- 
duit parmi quelques habitations, puis il débouche dans une 
plaine vallonnée et sablonneuse, à l'extrémité de laquelle se 
dressent les rochers. Dans ce sable si ténu qu'il s'amoncelle 
comme la neige contre le moindre obstacle au souffle du vent, 
la marche est pénible et le soleil, bien qu'il soit seulement 
neuf heures, est brûlant. Au pied du rocher principal un ren- 
flement du sol indique le départ d'un escalier enseveli : les 
marches réapparaissent plus haut à une quinzaine de mètres, 
dégagées de leur gangue sablonneuse, et de place en place des 
sièges taillés dans le roc permettent de se reposer : l'escalier 
comprend au total 150 marches. Il débouche sur une espla- 
nade grossièrement dallée d'où, par Téchancrure abrupte et 
boisée, on aperçoit la montagne qui fait vis-à-vis émergeant de 
la plaine de sable que l'ardent soleil transforme en une mer 
miroitante. 

C'est sur cette plateforme que s'écroulent dans la misère 
et.l'indifférence les bâtiments réservés aux bonzes. Quand le 
résident Baille les visita, ils contenaient çncore une quin- 
zaine de prêtres : deux seulement se présentent à nous loque- 
teux et souffreteux. A travers les constructions branlantes, 
vides de portes et aux toitures effondrées, au delà d'un jardin 
de presbytère, nous atteignons Tanfractuosité allongée et 



234 REVUE DE MADAGASCAR 

étroite qui donne accès à la grotte principale. Eblouis par la 
lumière aveuglante que nous venons de traverser, c'est à 
tâtons que nous cherchons le chemin le long de la muraille 
rocheuse et humide : une faible lueur nous guide, elle augmente, 
et brusquement, au détour d'un angle aigu, nous sommes 
au sommet de quelques marches qui descendent dans la nef. 
Car c'est une vraie nef de cathédrale que cette grotte presque 
circulaire, haute d'une trentaine de mètres, large de vingt-cinq, 
énorme coupole dont le sommet au lieu de clef présente une 
ouverture ronde par laquelle du ciel bleu tombe une lumière 
suffisante mais discrète, sans que le soleil jamais l'accom- 
pagne. 

Effleurant les arêtes rigides du calcaire, fûts de colonnes 
robustes où le suintement des eaux de pluies a incrusté des 
cannelures irisées de teintes verdâtres, la clarté inonde la 
partie centrale en laissant dans Tombre les recoins et les 
angle profonds. Dans ceux-ci des autels de pierre abritent des 
divinités cachées devant lesquelles les vases rituels évoquent 
le souvenir d'un culte presque disparu. Adroite, le toit d'un 
temple précédé d'une balustrade jette une ombre vigoureuse 
où les ors des inscriptions, le rouge des étoffes et les fleurs 
multicolores accrochent la lumière. Les quatres gardiens aux 
costumes éclatants veillent sur l'entrée de chaque côté de 
l'escalier, immobiles et la face hilare, monstrueusement 
comiques dans le silence, le vide et l'abandon ! Que de géné- 
rations en efl^etontdû venir chercher dans la pénombre de ce 
sanctuaire un aliment à leurs convictions! Que de prières et 
de chants en langues difl'érentes, mêlés aux fumées de l'en- 
cens et peut-être aussi jadis à celles des sacrifices, sont mon- 
tés jusqu'à cette baie ouverte sur l'infini, d'où tombait dans 
une cuve de bronze l'eau lustrale réservée aux ablutions! 
Comme des chaînes de lustres sacrés, quelques racines et 
lianes pendent du sommet, immobiles. 

L'édifice, c'en.est un au sens absolu du mot, bien que natu- 
rel, estr une œuvre admirable devant laquelle l'architecture 
religieuse trop compliquée dans son eflTort doit s'avouer 
vaincue. L'unité de cette crypte rocheuse, aplatissant par le 
seul efi'et de sa masse la créature et ses créations, était un 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOI 235 

centre merveilleux de prière, une préparation aux élans mys^ 
ti(}ues! Les croyants n'y viennent plus pratiquer, mais les 
artistes lui doivent une visite : ils y trouveront une formule 
réalisée : l'accord de la proportion, de la décoration et de la 
lumière, trois éléments dont la coordination assure le beau. 

Sous la crudité du plçin jour le paysage que nous retrou- 
vons à la sortie est .morne: un autre temple souterrain mais 
de petites dimensions et sans intérêts existe un peu plus loin : 
près de là, une arcade taillée en plein roc mène dans une 
gorge étroite à l'extrémité de laquelle une échappée sur la 
mer permet d'apercevoir le groupe des îles Cu-lao-Cham et 
la ville sino-annamite de Fai-fo. C'est ce point culminant, but 
forcé de promenade, que le roi Minh-Mang, bienfaiteur de 
l'ancien monastère, a choisi pour y faire placer une stèle com- 
mémorative, relatant ses libéralités : statues, « vases sacrés, 
gongs, édifices, ont été élevés ou restaurés par sa piété : il 
vint lui-même à deux reprises vers 1835 faire des sacrifices 
aux génies protecteurs. 

Tourane, Cu-lao-Cham, Fai-fo et les montagnes de marbre 
avaient été en effet cédés à perpétuité au roi Louis XVI et à 
ses héritiers par le roi Gia-Long en vertu du traité du 
28 novembre 1787. Les successeurs se soucièrent médiocre- 
ment d'en exécuter les clauses et à partir de 1830, nos natio- 
naux qui tentèrent de s'installer sur ce point furent soumis à 
des vexations continuelles. 

En 1831, le capitaine Laplace vint jeter l'ancre dans la baie 
de Tourane pour faire des représentations à la cour de Hué. 
En 1843, c'est le commandant Lévêque qui avec VHérane 
vient faire une démonstration. En 1845, le contre-amiral 
Cécille envoie VAlcmène réclamer l'évêque Lefèvre empri- 
sonné à Hué. Haussmann, qui se trouvait sur ce bateau de 
guerre, nous a laissé un récit intéressant de sa visite à Tou- 
rane. L'épisode suivant donne une idée des rapports qui 
existaient alors entre la France et la cour d'Annam : « Le 
4 juin, un chrétien cochinchinois remet à un matelot de 
ri4/cméne, près du débarcadère, une lettre de l'évêque captif 
adressée au commandant. Mais cette lettre est aperçue par un 
agent de police qui saisit le malhaureux messager et lui fait 



236 REVUE DE MADAGASCAR 

administrer une rude correction de coups de bambou. Nous 
avons appris depuis que ce pauvre diable a été décapité. » 

Minh-Mang étant mort en 1841, Trieu-Tri occupait alors le 
trône : il mourut en 1847 et eut pour successeur Tu-Duc. Les 
persécutions redoublent et la cour de Hué refusant même de 
recevoir nos ambassadeurs, Tamiral Rigault de Genouilly 
s'empara de Tourane le 1«' septembre 1858 avec un corps de 
troupes composé de Français et de Philippins. C'est seule- 
ment un an après que les retranchements annamites du col 
des Nuages furent occupés, et ce n'est qu'en 1888 que nous 
pûmes être définitivement maîtres du pays. La lenteur de 
notre politique étrangère avait mieux protégé l'empire de 
Minh-Mang que les génies des montagnes de marbre. 

Je consacre l'après-midi aux essais de plantations faits par 
nos compatriotes : une très confortable victoria nous mène 
rapidement à la concession de M. B***, située à sept kilo- 
mètres de la ville, au pied des premières collines, qui s'étagent 
vers rOuest. La propriété assise sur le coteau comprend à la 
fois des terrains plats et d'autres en pentes : le tout forme 
quatre cents hectares d'un seul tenant. La colline est plantée 
•en caféiers et théiers; la plaine en aréquiers et jacquiers ser- 
vant de tuteurs à des poiriers. Au début le contraire avait été 
fait, mais dans les terrains sablonneux des rizières, les caféiers 
ont mal réussi : actuellement 30.000 pieds de café sont plan- 
tés dont 7.000 Arabica et le reste en Libéria. La propriété est 
entretenue par 24 engagés payés 5 piastres par mois, soit 
11 francs environ chacun. L'aréquier est mis en pépinière, 
puis transplanté; le jacquier doit être semé sur place. Trois 
cascades s'étagent dans la montagne ; une saignée faite 
au-dessus de Tune d'elles a permis l'adduction de l'eau dans 
deux réservoirs superposés d'une contenance totale de 
150 mètres cubes : ces réservoirs permettent l'irrigation d'une 
partie de la plantation pendant la saison sèche, précaution 
indispensable étant donné le vent brûlant qui sévit alors pen- 
dant plusieurs semaines. A première vue il est évident que le 
propriétaire s'est déjà donné beaucoup de mal et que des 
sommes importantes ont été dépensées dans ce coin de 
brousse. Depuis huit ans en effet, énergiquement il lutte 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 237 

contre la terre ingrate sur plusieurs points, contre la main- 
d'œuvre souvent insuffisante, contre le climat où les tornades 
succèdent parfois aux sécheresses. Dans la partie basse de 
la concession, le terrain est un mélange de sable et d'argile 
rouge, le premier étant en excès ; sur les collines Targile est 
mélangée de gros graviers et de roches : quand le sol mau- 
vais est rencontré, l'effort se porte ailleurs. 

Les pépinières de thé sont belles; les plantations souffrent 
sur plusieurs points. Quant aux caféiers, l'espèce Arabica 
semble mal réussir tandis que le Libéria présente une végéta- 
tion vigoureuse. M. B*** se préparait à greffer le premier sur 
le second : je ne sais si le succès a répondu à ses espérances. 
Aréquiers, jacquiers et poiriers viennent à merveille, bien 
entendu. Tout en parcourant les allées de cette propriété très 
soignée, je voudrais donner des encouragements à mon com- 
pagnon ; malheureusement, je reste sceptique sur l'issue de 
son entreprise, quant aux caféiers du moins, et je serais tenté 
de reprendre mes conversations de Tuyen-Quang sur la colo- 
nisation européenne dont le succès est intimement lié à la solu- 
tion du problème de la main-d'œuvre. Cette solution est-elle 
possible avec notre esprit, nos mœurs et nos lois? J'en doute 
de plus en plus. M. B*** porte d'ailleurs le dernier coup à mes 
hésitations en me montrant sur la route qui nous famène à 
Tourane une vaste esplanade sablonneuse admirablement 
labourée, mais sans végétation : c'est une concession dans 
laquelle pendant plusieurs années trois employés des douanes 
ont englouti leurs économies à raison de 50 piastres par 
mois chacun, soit au taux d'alors 125 francs environ, c'est-à- 
dire 375 francs en tout mensuellement. Ils essayèrent au 
début du ricin qui s'obstina à ne pas pousser, puis du manioc 
qui réussit encore moins et finalement ils lâchèrent la partie 
en s'avouant vaincus. Mon guide, comme contre-partie, me 
cite l'exemple du Chinois Chang qui a acheté il y a dix-huit 
mois une ancienne plantation européenne. Il possède actuelle- 
ment 18.000 pieds de thé, compte dépenser encore 8.000 francs 
et commence à faire venir des Chinois pour la préparation. 
Loin d'être en désaccord avec les conclusions de ma prome- 
nade, ce dernier argument me semble concluant et je passe du 



238 REVUE DE MADAGASCAR 

doute à la conviction : je demeure donc décidé plus que 
jamais à détourner mes compatriotes d'aller faire de Tagricul- 
ture dans nos colonies. 

Sur la terrasse de Thôtel où dix personnes sont rassemblées 
tous les soirs, on cause politique : il y a dans la ville même 
un hôtelier, un commerçant, un pharmacien, un entrepreneur, 
un mécanicien et un avocat contre une quarantaine de fonc- 
tionnaires et trois ou quatre douteux. Je range dans cette 
dernière catégorie les représentants et agents des Messageries. 
Maritimes, de la Banque d'Indo-Ghine, etc.. grandes admi- 
nistrations qui forment des fonctionnaires. Une chambre 
mixte de commerce et d'agriculture tient des séances ora- 
geuses; des correspondances acerbes prennent la malle régu- 
lièrement et sont décochées sur Hanoï ; elles foudroient suc- 
cessivement les travaux publics, les douanes et régies, 
l'administration en général, la vraie, la seule cause de la 
stagnation des affaires. Mais colons et fonctionnaires croient 
à TAnnam ou plutôt à Tourane et vers dix heures chaque soir 
la ville s'endort, grosse d'espoirs futurs, se recueillant pour 
un avenir doré. 

A quatre heures, dans la nuit encore épaisse, vaguement 
éclairée par le photophore avec lequel mon hôte aimable 
m'accompagne, je sors sur l'avenue qui borde le quai ij les 
coolies sont là, mais la chaise manque. C'est dimanche et 
M. l'Interprète de la résidence a négligé de s'occuper d'une 
question si petite. Tandis qu'on court à sa recherche, je fais 
les cent pas : l'air est tiède, une brise légère monte du fleuve, 
les barques dont les voiles et les mâts se confondaient en 
une masse sombre commencent à se détailler. Du côlé de la 
pleine mer, le ciel s'éclaircit et lentement le jour paraît; il est 
six heures quand la chaise doublée de lustrine verte fait son 
apparition : M. l'Interprète n'avait pas couché chez lui. Il va 
falloir rattraper ce retard, toutes les étapes jusqu'à la lagune 
de Cau-haï étant méthodiquement comptées avec les relais et 
le trajet jusqu'à Hué, mathématiquement kilométré. Aussi 
d'un pas rapide et allongé mes porteurs franchissent les cinq 
kilomètres qui séparent Tourane de Thanh-Khé, à travers les 
dunes. Comme nos bourjanes, ils arpentent d'un pas dégagé 



MADAGASCAR A L'eXPOSITION DE HANOÏ 2:19 

ce sol instable sur lequel nous avons tant de peine à marcher. 
A partir de là, la route suit le bord de ta mer pendant plus de 
sept kilomètres, monotone jusqu'à Nam-0, village au bord de 
l'estuaire d'une rivière qui, se répandant sur cette plaine 
basse, forme en ce point une véritable lagune; des pirogues 
nous permettent d'en traverser les deux bras; sur notre droite 
nous apercevons les travaux du pont destiné au chemin de 
fer; les fondations des piles sont en cours, et si j'en juge 




Sur la plattfor 

par ie nombre de pilotis qui dressent leur tête frettée en 
bataillons serrés, le sol doit être mauvais. 

Le commandeur court en avant et en quelques minutes les 
dix coolies nécessaires sont prêts, je règle les autres et nous 
repartons. Contournantlefond de la baie de Tourane, la route 
presque immédiatement commence l'escalade des rochers qui 
bordent celle-ci à l'ouest. Bien tracée, cette roule s'élève 
rapidement par une série de cols vers hi trouée connue sous 
le nom de col des nuages. Sur la droite, au fond des vallées, 
on aperçoit les terrassements de lu, future voie ferrée qui 



240 REVUE DE MADAGASCAR 

contourne le massif rocheux ; les gueules béantes des tunnels 
s'ouvrent dans chaque contrefort, les coups de mines par- 
viennent jusqu'à nos oreilles, mais à en juger par les déblais 
déjà sortis et le cube des remblais elTectués, le travail restant 
à faire est encore considérable. Nous montons rapidement; 
les cultures des vallées dessinent de vastes échiquiers et les 
villages deviennent propres et réguliers, heureux effet de 
Téloignement. Les pentes sont boisées, sur les hauteurs à 
gauche, la vraie forêt fait son apparition et au détour d'un 
contrefort de montée rapide nous nous trouvons dans des 
traînées de brouillard qui fuient emportés vers la mer par 
l'irrésistible courant d'air. Un quart d'heure après nous 
pénétrons dans cette brume froide qui humecte et détrempe 
tout. 

Vainement mes yeux cherchent à deviner ce qui m'entoure, 
le rempart de nuages est impénétrable et je me demande ce 
qui se passe, quand les porteurs brusquement me déposent 
à terre sur la route ; en les suivant à dix pas je rencontre une 
case que je touche en môme temps que je la vois; des indi- 
gènes sont assis contre la muraille, gelés quoique serrés. Le 
gong retentit, nous sommes à Nam-Hoa, deuxième relai, déci- 
dément bien nommé col des nuages (470 mètres d'altitude). 
Il paraît que derrière cette case existe un village et derrière 
ce village, les anciennes fortifications à l'aide desquelles, en 
1858, les Annamites essayèrent de s'opposer à notre marche 
sur Hué. A la hâte, je mange le repas froid que mon hôte 
prudent m'a fait emporter. Il est midi; les deux heures de 
retard ne sont pas encore rattrapées. Aussi dèsqus les coolies 
sont relevés nous repartons hâtivement. Un pan de muraille 
apparaît contre la route, et nous passons sur l'autre versant 
de la pente, dégringolade rapide. Au bout d'un quart d'heure, 
la brume s'éclaircit et découvre la forôt avec de beaux arbres 
et des cascades sur la gauche, tandis que le bruit de la mer bri- 
sant sur les récifs à droite, laisse deviner là-bas, très bas, après 
une succession de sommets et de vallées encore novés dans la 
brume, la mer toujours mauvaise dans ces parages. Des 
madriers et des planches arrimés sur le bord de la route 
prouvent que la forêt est exploitée ; des coups de haches 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 241 

résonnent en effet dans sa profondeur et une clairière dénudée 
nous démontre qu'elle est mise en coupe réglée plutôt que 
régulière. Le paysage offre une certaine analogie avec celui 
de la Mandraka, sur un côté du moins, la route de Hué étant 
sur Tautre, complètement débouchée vers le large. Le vent, 
contre lequel nous étions abrités sur Tautre versant, souffle 
avec rage et menace d'enlever la frôle toiture de rotin de la 
chaise; les porteurs s'en soucient peu et courent de leur trot 
cadencé qui «imprime à mon siège un mouvement houleux 
désagréable. 

Vers la fin de la descente, nous croisons la vieille route 
mandarine qui dévale directement au hasard de la pente vers 
la plage. Par une série de lacets, la route neuve, construite 
en 1896, nous mène très convenablement à la lagune de Phu- 
Gia ; le bras profond qui relie celle-ci à la mer est en ce 
moment agité et nous sommes obligés d'attendre que deux 
pirogues accouplées fassent un bac assez stable pour tenir 
contre la vague; le courant, d'ailleurs, est rapide et les sam- 
paniers sont obligés de remonter assez haut pour ne pas 
manquer l'autre rive dont la pointe sablonneuse est étroite; 
sur cette pointe est le village de Lang-^-Go, ensoleillé, dont la 
population de pêcheurs assez misérable ne se presse guère 
pour répondre à l'appel du gong. Le commandeur et les 
autorités locales crient, hurlent et tempêtent : il manque 
encore trois ou quatre coolies. En un tour de main, trois 
passants paisibles sont arrêtés, ils piaillent jusqu'au joug, 
mais dès que le bambou est placé sur leurs épaules, ils mon- 
trent dans un large rire leurs dents noires et semblent trouver 
la plaisanterie très drôle. Au pas de course, cette fois, nous 
contournons la lagune sur un terrain moitié argileux, moitié 
tourbeux, pendant sept kilomètres, jusqu'à un petit village com- 
posé de cinq ou six misérables cases contre lesquelles des tas 
de coquilles vides, de moules, de clovis et de praires, tout 
en me renseignant sur les mets habituels des indigènes, évo- 
quent chez le vieux colonial le souvenir des repas de débar- 
quement à Marseille, la fringale de marée et de gibier dont 
presque tous les terriens tropicaux sont atteints au retour. Les 
moules larges et dodues que j'aperçois dans un panier me 

16 



242 REVUE DE MADAGASCAR 

tentent, mais les porteurs grommellent, il est déjà quatre 
heures, il faut se hâter. 

Après avoir escaladé un petit col nous tombons dans une 
plaine de rizières bien irriguées que la vieille route mandarine, 
plantée de beaux arbres et réparée, traverse dans sa longueur. 
Nous sommes loin de la mer dont des collines nous séparent 
sur la droite : à gauche les montagnes de la chaîne annami- 
tique s'étagent. Quelle différence de végétation et d'aspect 
entre ces vallées et Tourane ! 

A cinq heures, nous atteignons le tram (relai) de Thua-Lùn, 
village dissimulé sous les arbres à la tête d'un pont qui tra- 
verse la rivière de Cua-Kieng partagée en trois bras diffé- 
rents. Dès que nous avons passé le dernier, le terrain se 
relève et vers six heures nous sommes à la base d'une petite 
chaîne montagneuse qui nous sépare des grandes lagunes de 
Hué. Deux ou trois cases se trouvent à mi-côté de la pente 
douce qui doit nous mener au col, quelques coolies vont y 
acheter des torches et nous continuons la route, les porteurs 
pressant le pas de plus en plus. Ils s'animent, deviennent 
bruyants au fur et à mesure que la nuit tombe : à six heures et 
demie ils allument les torches, s'appellent et font le plus de 
tapage possible, c'est l'heure où le tigre rôde en quête de son 
dîner et les hauteurs de Cao-Haï sont paraît-il très fréquentées 
parle « Seigneur ». Ignorant la langue, je ne puis suivre la 
conversation, mais il y a gros à parier qu'ils honorent d'épi- 
thètes flatteuses et de compliments, le redoutable adversaire 
auquel ils prodigueront des injures quand ils se sentiront en 
sûreté. A mi-côte nous croisons quelques indigènes portant 
également des torches ou tapant à tour de bras sur des tams- 
tams. 

Peu rassurés et pressés d'arriver, les coolies prennent la 
vieille route mandarine, préférant le raccourci bien que le 
chemin encombré de pierres aux arêtes aiguës soit détestable. 
Ils dégringolent les pentes aux cailloux roulants et ne s'arrê- 
tent qu'aux premières maisons du village. 11 fait nuit noire 
d'ailleurs: à leurs cris répondent les appels des habitants : on 
se heurte, on court, des torches s'allument, des lampes à pé- 
trole paraissent, des enfants piaillent et le gong résonne. Une 



MADAGASCAR A L EXPOSITION DE HANOI 



243 



demi-heure se passe, et on me prévient que \v. sampan est 
pr€t. J'emmagasine mes bagages sous la paillette, la chaise 
prend place dessus et allongé sur la natte, à la lumière d'une 
petite lampe, je mange de bon appétit le second repas froid 
sagement emporté. Le sampan s'est mis en route et descend 
un arroyo étroit si j'en juge par les branches d'arbres qui 
fouettent la toiture. Nous talonnons sur des bancs de sable, le 
sampanicr et ses aides se mettent à l'eau et hâlent pénible- 




if temple de (a montagne de marbre dans la grande grotte 



ment l'embarcation qui recommence à flotter : le bruitcadencé 
des rames prouve que nous avons pris le large: le rythme 
d'une chanson murmurée parles sampan ières achève dem'en- 
dormir dans le léger roulis que chaque coup d'aviron imprime 
au bateau. 

Cinq heures du malin ; nous sommes dans la rivière de Phu- 
Cam, étroite avec des perspectives d'arbres qui rappellent les 
canaux du nord de la France; l'eau est calme, sur les rives, 
entre les broussailles émergent des têtes d'indigènes venus 
sans doute pour faire dans le fleuve leur toilette matinale. A 



244 liEVUE UE MADAGASCAR 

un tournant, groupe nombreux d'hommes sur les deux rives 
et au milieu du chenal une quarantaine gesticulant enlèvent 
avec des paniers le sable qui s'est amoncelé et obstrue le 
passage. On prépare la voie pour la chaloupe du gouverneur 
général qui doit prochainement se rendre à Hué. De temps en 
temps les coups précipités du gong excitent au travail la 
corvée que le mandarin surveille placidement : plus de cent 
individus sur la berge les incitent de leurs cris tout comme à 
Madagascar, jadis. Au bout de la longue perspective, sur la 
gauche, les collines artificielles qui bordent les tombeaux des 
empereurs commencent à apparaître, puis le chenal se rétrécit 
et les villages se resserrent, ils se touchent presque. Les 
pêcheurs nombreux jettent leurs filets bordés de coquillages 
en guise de plombs : ils s'interpellent et interrogent mon sam- 
pan ier. Un pont se présente, arqué et vieillot : nous entrons 
dans un canal dont Teau stagnante est couverte de plantes 
aquatiques entre lesquelles le fond sablonneux apparaît, et 
brusquement, après une dernière sinuosité, le sampan dé- 
bouche dans une large nappe d'eau : c'est la rivière de Hué, 
sur la rive droite de laquelle au pied d'un quai inachevé, dans 
Tencombrement de pierres et de troncs d'arbres, le sampanier 
me débarque avec mes bagages. 

Il est neuf heures ; parti à six heures la veille, j'ai mis vingt- 
sept heures pour faire 107 kilomètres en marchant d'une façon 
constante, les relais et les bacs pouvant représenter en tout 
une heure de retard. 

A titre de renseignement, pour ceux qui seraient appelés à 
faire le trajet dans les mêmes conditions, je joins le tableau 
ci-dessous : 



RELAIS DISTANCES 

De Tourane à Nam-0 11 kil. 

De Nam-0 à Nam-hoa 9 

De Nam-hoa à Lang-Go 10 

De Lang-Co à Thua-Lùn ..... 13 

De Thua-Lùn à Cau-Haï 13 

De Cau-Haï à Hué (par sampan). . 50 



PRIX \ PAYER 


PAR HOMME 




Piast Cts 




» 20 




» 15 


400 


.. 15 


700 


» 15 


200 


» 12 




2.00 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 245 

Il faut compter pour la chaise huit coolies et deux pour les 
bagages soit en tout 10 hommes c'esb-à-dire une dépense de 
0,77 X 10 = 7,70 à laquelle s'ajoutent 2 piastres pour le sam- 
pan soit en tout 9 piastres 70 ou au taux du jour 21 fr. 35. A 
cette dépense relativement minime, viennent bien entendu 
s'ajouter, comme à Madagascar, les cadeaux, les pirogues 
etc.... Le voyage est donc facile et relativement peu coûteux. 



A. JULLY, 



{A suivre,) 



GOMPENDIUM 

DES 



PLANTES MALGACHES 



HYDROPHYLLACEAE 

Hydrolea glabra, Schum. (=//. Guineensis Choisy). — Herbe. — 
Juin. — N.-O. Madag. — M. et universelle. 

Hydrolea madagascarlensU, Choisy. — Herbe. — M. 

Hydrolea zeyfantca, Vahl. — Herbe. — Juin. — Côte N.-E. — 
M. et partout sous les tropiques. 

BORAGINEAE 

Cordiamyxa, L. — Arbre, probablement d'introduction. — Oct. 
mai. — M., Inde et disséminé d'Egypte jusqu'en Chine, Cochinchine 
et Australie, mais fréquemment cultivé. 

Cordla subcordata, Lam. — Petit arbre. — Tsimiranja (An- 
tankar.). — Mars. oct. — Pays découvert. — Côtes N. et N.-O., 
Antomboka, Nosy-bé. — M. et en général dans l'Ancien Monde. 

Ehrctia corymbosa, Bojer. — Arbuste. — Juin. — Pays décou- 
vert. — Côte N.-O. — M. et Comores. 

Tournefortia puberula, Baker. — Arbuste. — FI. et fr. nov.- 
déc. — Forêts. — De l'Imerina à Analamazaotra, Antsih. — M. 

Tournefortia argentea, L. fil. (=/. velutina Smith). — Arbuste. 
— M., Maurice, Rodriguez, Seychelles et en général, sous les tro- 
piques, bien qu'il ne paraisse pas habiter le continent africain 
ou américain. 

Hellotroplum indlcum, L. (= Heliophytum indicum DC^ et 
Tiaridium indicum^ Lehm). — Herbe. — Juin, sept, nov., fr. juin- 

(i) Voir la Revue'jAM lo mars 1905. 



COMPENDIUM DES PLANTES MALGACHES 247 

— Pays découvert.— GôteE., N. Androna, N. O. Madag, Nosy-bé. 

— M. Maurice, Rodriguez, Seychelles, et partoutsous les tropiques. 
Heliotroplum panlculatum, R. Br. (= //. linifolium Lehm). 

Herbe. — Oct., mars. — N.-O. Madag. — M., Inde, Siam et Aus- 
tralie. 

Heliotroplum ovallfollum, Forsk. (= H. Coromandelianum 
Lehm). Herbe. — nov. — Pays découvert. — N.-O. Madag. — M. — 
Afrique tropicale, Inde et Australie. 

Trlchodesma zeyianicum, R. Br. — Herbe. — Juin, fév. — 
N.-O. Madag. — M., Comores et dans Tancien monde en général. 

C3moglossum Rochella, A. DC. (= Rochelia borbonica^ R, etS.). 

— Herbe. Cette espèce et probablement une autre espèce de Cyno- 
glosse est employée par les Betsileo comme un charme pour les 
air.ants. — Lelosy(lxxiQT .) Mandraitsiresina (Bets) Parakinamboa (Bets) 

— FI. toute Tannée. — Pays découvert, spécialement près du bord 
des rizières. — Imer., Bets., Antsih-, côte N.-E., M* Ambohitra 
(N. Madag.) — M. Maurice et La Réunion. 

Cynoglossum monophleblum, Baker. — Herbe. — Lelosy(Y3k.k). 

— Oct.-déc; fr. déc. — Pays découvert, sur le bord des rizières, 
etc. — Vak. A. —M. 

Cnoylossum borbonlcum, Bory ( = Rochelia strigosa, R. et S.). 

— Herbe. — Oct.-déc. Imer. — M. et la Réunion. 
Cynoglossum cernuum, Baker. — Herbe. — Déc. ; fr. janv. — 

Pays découvert. — Vak. A. (près du sommet de TAnkaratra). — 
M. 

Cynoglossum discolor, Baker. — Herbe. — Nov. — Pays décou- 
vert. — Vak. A. (Pied nord de l'Ankaratra). — M. 

CONVOLVULACEAE 

Humbertla madagascariensls, Lam. — Arbre au bois très dur. 

— CôteS.-E. — M, 

Ipomaea paniculata, R. Br. {=J.mauritiana^Jacq.^J.digitata^ 
L., J. platensis^ Bot., Reg.^J. instgnis Andrews^ Batatas paniculata^ 
Choisy^ et Convolvulus^ paniculatus., L.). — Plante grimpante. — O. 
Madag. (Ankavandra). — M., iMaurice, Rodriguez, Seychelles et 
partout sous les tropiques. 

Ipomaea Homel, Baker. — Plante rampante. — Bets. — M. et 
Seychelles. 

Ipomaea pterygccaiilis fGhoisy) (== Batatas pterygocaulis Choisy). 

— Plante grimpante. — Vahinkdaka (O. Imer.), Lavadia (Bets.). — 



248 REVUE DE MADAGASCAR 

Juil.-scpt. — Pays découvert. — O. Imer., N.-O. Madag. M. et 
Abyssinie. 

Ipomaea reptans, Païr(I.aquattca^ Forsk,^ L repens, Roth.^ Con- 
volvulus reptans^ L,^ et C. repens^ Vahl). — Plante grimpante. — 
Mai. — N.-O. Madag. — M. {>) 

Ipomaea unlllora (R. et S.) (= Aniseia unifiora R. et S.) — 
Plante grimpante. — Nov. — O. et N.-O. Madag. — M., Afrique 
tropicale^ Inde, Java, Malaisie jusqu'aux lies Fidji. 

Ipomaea rubro-vifidis, Baker. — Plantegrimpante. — O.Madag. 
(Ankavandra). — M. 

Ipomaea syringaefolla, Baker. — Arbuste droit. — O. Madag. 
(Ankavandra). — M. 

Ipomaea Bona-nox. (= Calonyction speciosum^ var. \>ulgare 
Choisy). — Plante grimpante. — La belle de nuit. — Juil.-nov. 
— Côtes N.-E. et N.-O. — M., Comores, Inde, Hong-Kong, mais 
originaire de l'Amérique tropicale. 

Ipomaea Bona-nox, var. muricata, Jacq. (= Calonyction 
speciosum^ var. muricatum^ Choisy). — Variété de I. Bona-nox. — M., 
Inde, Chine et Japon. 

Ipomaea obscura, Ker. (== Convolvulus obscurus L.^C. gemel- 
/tts, Vahl et C. gonatodes^ S/eu(i.)Plante grimpante. — Juin-sept. — 
Bords de la mer. — Côtes E. et N.-E., Nosy-bé. — M., Comores^ 
Maurice, Inde, Chine, Abyssinie, Timor, Java et Australie. 

Ipomaea cymosa, Choisy (= Convolvulus cymosus^ Desr.j et C. 
bifidus^ Vahl). Plante grimpante. — M. Seychelles, Asie tropicale, 
Afrique et Australie. 

Ipomaea Wightli, Choisy (= /. arachnoidea, Bojer). — Plante 
grimpante. — Tsingovihosy (Imer.),A^3^(Bets.). — Mai, juin. — Pays 
découvert. — Imer., Bets., entre la Capitale et Majunga (Malatsy). — 
M. et Inde. 

Ipomaea palmata» Forsk (= /. cairica, Sweet^ I. tuberculata^ R.et 
S., /. Stipulât a,, Jacq. Batatas venosa^ Bojer et Convolvulus cairicus^ 
L,) — Plante grimpante. — Anambararata (O. Imer.), /Inam^o/o/ara 
Antsih.), Vahintsatsaka (Antsih.), Vahimporinondry (Sak.). — Mai- 
oct. (ou probablement toute Tannée). Parties boisées. — Imer., 
Antsih., Androna, côtes N.-E., N.-O. Madag. — M. Rodriguez, 
Seychelles et partout sous les tropiques. 

Ipomaea desinophylla, Choisy. — Plante grimpante. — Janv.— 
Imer., Bets. — M. 

Ipomaea pes-caprae» Roth(=: I biloba, Forsk. ^ I. maritima, R.^ 
Br., Batatas maritima, Bojer et Convolvulus pes-caprae^ L.). — 



COMPENDIUM DES PLANTES MALGACHES 249 

Plante sarmenteuse. — Vahindalandona (Betsim.). — Toute 
Tannée. — Partout sur une côte sablonneuse. — Très abon- 
dante sur le littoral, où elle s'éparpille sur de longues étendues, et 
aussi dans les terrains sablonneux loin dans l'intérieur, comme à 
Maevatanana. — M., Maurice, Rodriguez, partout sous les tropiques, 
ainsi que dans quelques régions subtropicales. 

Ipomaea peltata, Cholsy (= Spiranihera peltata^ Bojer^ et Con- 
volvulus peltatus^ L.). — Plante grimpante. — Oct.-déc. — N.-O. 
Madag., Nosy-bé. — M., Comores, Maurice, Rodriguez, Seychellcs 
et Polynésie. 

Ipon aea palmatlsecta» Bojer. — Herbe. — M. (et Zanzibar >). 

Ipomaea fimbrio-sepala, DC. — Plante grimpante. — M. 

Ipomaea involucrata, P. B. — Plante grimpante (>). — M., 
Comores, Afrique tropicale et Batavia. 

Ipomaea sessiflora (Roth). — Plante grimpante. — Mai, oct.; 
fl. et fr. j'uin. — Parties boisées. — Imer., N. Ank., Androna, côte 
N.-O. — M., Comores, Afrique et Asie tropicales. 

Ipomaea racemosa* Bojer. — Arbuste (ou herbe?). — Côte E. 

— M. 

Ipomaea quadrangularis, Bojer. — Plante grimpante? — CôteE. 

— M. 

Ipomaea aspera, Wall. — Plante grimpante. — Août,' sept. — 
Nosy-bé. — M. et Comores. 

Ipomaea Batatas, Lam. (= F. fastigiata^ Sweet^ Convolvulus 
Batatas, L., et Batatas edulis^ Choisy). La bonne pomme déterre. 

— Cultivée et aussi à demi sauvage. — D'introduction. — Vamanga 
(Imer.), Ovihazo (Bets.), Vihazo (Bets.), Mbizo (Bets.), Isimanga 
(Ank., Anisih. ^ Beisim.) Anantaraona} (Antsih.), Bêle (Bets), Bêle 
(Sak.). — Mai-juil., dans toute Tîle. — M., on doute si elle est d'ori- 
gine américaine ou asiatique. 

Ipomaea beraviensis, Vatke. — Plante grimpante. — Mai-juil. 

— Côte N.-O. — M. 

Ipomaea mojangensis, Vatke. — Plante grimpante. — Av.- 
mai. —Côte N.-O. —M. 

Ipomaea phylloneura, Baker. (= Aniseta hastata, Meissn.) — 
Plante grimpante. — Mai, juin. — Côte E. — M., mais originaire 
du Brésil. 

Ipomaea filicaulis, Blume (^= F. angustifolia, Jacq.) — 
Plante grimpante. — Janv.-juin. — Pays découvert. — O. Imer., 
côte N.-E. — M., Inde, Chine et Japon et sous les tropiques en géné- 
ral. 



250 REVUE DE MADAGASCAR 

Ipomaea Turpethum, R. Br. f= L anceps^ R. et S., Con- 
volvulusTurpethum^ L. et Sptranthera Turpelhum, Bojer). — Plante 
grimpante. — Oct.-nov. — Pays découvert. — Androna, N.-O., 
Madag. — M., Maurice, Seychelles, Asie tropicale, Polynésie et 
Australie. 

Ipomaea Lindieyi, Cholsy (= Pharbitis fragrans, Bojer et Ipo- 
maea fragrans^ Bojer). — Plante grimpante pourvue d'une superbe 
fleur rouge. — Voankelana (Antsih.). — Mai-sept. — Pays décou- 
vert. — Côte N.-E., particulièrement dans le voisinage d'Antsaham- 
bavavy. — M., Comores, Maurice (cultivé), Rodriguez (d'introduc- 
tion)), et Afrique tropicale. 

Ipomaea Nil, Roth (= /. barbata, Roth.^ I. triloba^ Thunb.^ /, 
caerulea^ Kœn, , Pharbitis triioba^ Miq., P. hederacea^ Choisy^ P. Nil. , P. 
diversifolia^ LindL), — Plante grimpante. — Av. -mai. — Côte N.-O. 

— M., Rodriguez, et universellement répandue dans les régions 
tropicales et subtropicales. 

Ipomaea médium, Choisy (=:/. médium., Vatke., et Aniseia mé- 
dium .^Choisy). — Herbe, — Mars-sept. — Pays découvert. — Imer., 
N. Ank.,côte E. (Fenoarivo), Antomboka, Nosy-bé. — M., Comores, 
Afrique tropicale, Inde (?) et Java (?). 

Ipomaea purpurea, Roth (= Pharbitis hispidà, Choisy). — 
Plante grimpante. — D'introduction. — Sarisarimb jmanga (Imer.), 
Sarisarivomanga (imer.)., Vahin tsidity} (B&isïm.). — Janv.-août. — 
Pays découvert autour des villages. — Tananarive (très commune), 
côte E. et N.-E. — M. et Rodriguez, mais native d'Amérique. 

Ipomaea leucantha* Jacq. (= Convolvulus leucanthus^ Desr.) 

— Plante grimpante. — Ampelantsifotra (Betsim). — Juil.-oct. — 
Pays découvert. — Androna, côteE..O. Madag. (Ankavandra). — 
M., Rodriguez, Seychelles et Amérique tropicale. 

Hewittia bicolor, Wis^lit (= Convolvulus involucratus Ker., et 
Shuteria bicolor.^ Choisy). — Plante grimpante. — Août-oct. — Par- 
ties boisées. — N.-O. Madag. — M. Asie tropicale et Afrique. 

Jacquemontia capitata. Don. — Plante grimpante. — Av.-juil. 

— Pays découvert. — Côte N.-E., O. Madag. (Ankavandra), 
Nosy-bé. — M., Maurice et Afrique tropicale. 

Convolvulus parviflorus, Vahl (= C. ianthinus^ Hance et Jacque- 
montia violacea., Benth). — Plante grimpante (?). — Mai-août. — 
Nosy-bé. — M. Comores, Inde, Java, Timor et Nouvelle-Hollande. 

Convolvulus oligadontus, Baker. — Plante grimpante. — FI. et 
fr. juil. — Localité indéterminée entre l' Imer. et la côte E. — M. 

Evolvulus alsinoides. L. (= E. Chinensis, Choisy^ E. pudicus 



COMPENDIUM DES PLANTES MALGACHES 251 

Hance^ E. linifolius^ L., F. htrsutus^ Latn. et E. sinicus^ Mid,) — 
Herbe. — Vahimpasika (Imer.). — Fév., août. — Pays découvert. — 
Imer., côte E. et N.-E., O. Madag. (Ankavandra), Nosy-bé^ — M. 
Comores, et les régions tropicales et subtropicales des deux hémi- 
sphères. 

Evolvulus madas^ascariensis, Vatke. — Arbuste. — Mai, juin, 
dôc. — Imer.,N.-0. Madag. — M. 

Evolvulus Rutenbei^ianus, Vatke. — Petit arbuste. — Oct., 
déc. — M. 

Cardiochlamys madas^ascariensis, Olio. — Plante grimpante. 

— Fév., av. — Parties boisées. — Imer. (Ampananina), E. Bets. 

— M. 

Breweria abscissa, DC. — Plante grimpante (>). — Côte E. — M. 

Breweria spectabills, Choisy. — Plante grimpante pourvue de 
jolies fleurs bleues. — Mai, juil., oct. nov. — Pays découvert. — 
N.-O. Imer., Androna, N.-O. Madag. jusqu'à la côte, M. 

Breweria Hildebrandtil, Vatke. — Plante grimpante. — Av. — 
Nosy-bé. — M. 

Breweria madagascariensis, Choisy. — Plante grimpante (>) 

— Av., juil., nov. déc. ; fr. mai-juil. — Côte E. — M. 
Breweria tlUaefolla, Baker. — Plante grimpante. — O. Madag. 

(Ankavandra). — M. 

Breweria denslflora, Baker. — Plante grimpante. — Nov. — 
N.-O. Madag. — M. 

Bonnamia madagascarlensis, Choisy. — Arbuste. — Côte E. et 
N.-E. — M. 

Bonnamia Thouarsii. — Arbuste. — Forêts. — Fort-Dauphin. — M. 

Dlchondrarepens, Forst. — Herbe. — Fanarondrimbana (Bets.). 

— Août. — Bets. — M., Maurice et partout dans les pays tropicaux 
et subtropicaux. 

Cressa cretica, L. — Herbe. — Mai-sept. — Pays découvert. — 
Côte N.-O. — M., et tout autour du monde sous les tropiques. • 

Cuscuta chinensis, Lam. (= hyalina^ Wight^ et C. /tmbriata^ 
Bunge). — Herbe grimpante parasitaire. — Bonaka (Antsih.). — 
Mai-sept. — Pays découvert. — Vak. A. (Sommet du Vavato, Antsih. 

— Abondante sur les bords du lac Alaotra). — M., Perse et Afgha- 
nistan, à l'est de la Chine et du Japon et au sud de l'Australie. 

SOLANACEAE 

Lycoperslcum esculentum, Miller. — La tomate. — D'intro- 
duction. — Les Betsileo l'emploient pour soigner les maladies des 



252 REVUE DE MADAGASCAR 

yeux ; à cet effet, la racine est broyée, puis appliquée sur la partie 
malade. En Imerina, les feuilles servent à composer une substance 
qui remplace l'encre. On les mélange avec des feuilles de Solanum 
nigrum^ et on pile le tout, en ayant soin d'ajouter un peu d eau. La 
suie provenant d'une marmite à riz est ensuite confondue avec lesuc« 
lequel est exposé au soleil. L'encre ainsi obtenue n'est pas de nature 
à se conserver bien longtemps. Le fruit, avec la suie, est également 
employée comme matière noircissante. — Voatabiha (Imer.), Voan- 
gihy (Bets. ), Baton^a (Antsih.), Voabonga (Antsih.), Voandamora 
(corruption de l'expression française « Pomme d'amour »). — Fév.- 
mai. — Imer., Bets., Ank., Antsih. — M., etc., mais native de l'Amé- 
rique du Sud. 

Solanum auriculatum. Ait. — Arbuste. — Les indigènes pré- 
tendent que cet arbuste est d'introduction relativement récente. Les 
grains, mûrs, sont grillés puis appliqués sur les pieds du malade 
parvenu aux dernières périodes de la syphilis dites farasisa, — 
FI. toute l'année. — Dans tout le centre et tout l'est de Madagascar. 

— Voampobé (Imer.), Sevabé (Imer.), Tambakolahy (Antsih.). — 
Autour des villages principalement. — M. (d'introduction?), Maurice 
et partout sous les tropiques. 

Solanum melongena^ L. — L'aubergine. — D'introduction. — 
Baranjely (Betsim.), Baranjely (Imer.), Toreraka (O.Imer.), Voabana 
(Betsim.), Bana (Betsim.). — Sept.-nov., mars. — Près des villages. 

— Imer., côte E. et quelque peu dans l'intérieur, Antombaka, O. 
Madag. — M., Maurice, Rodriguez, Seychelles et partout sous les 
tropiques de l'ancien monde, mais probablement originaire et native 
de rinde. 

Solanum nodiflorum, Jacq. (S. nigrum^ var. patulum^ L.). — 
Herbe. — Cette plante (ou S. nigrum?) est employée sous forme de 
décoction comme médicament contre la toux. Les Betsileo en font 
un remède contre l'hydrophobie et procèdent, à cet effet, de la 
manière suivante : on fait griller la peau d'une banane, sur laquelle 
se répand le suc de la plante, qu'on a exprimé, et que l'on applique 
ainsi sur la partie mordue. — Anamamy (\ïnQT.)^Anantsatria (Bets.). 
Mailo^ Anantsmdrana (Betsim). — Nov. — Pays découvert. — Imer., 
Bets., côte E. — M. (d'introduction >), Maurice, Rodriguez et 
partout sous les tropiques. 

Solanum aphananthum, Baker. — Arbuste. — Ranendo (Imer.). 

— Imer. — M. 

Solanum nitens, Baker. — Arbuste. — Voamaiiy (Bets.). Forêts. 

— O. Bets. —M. 



ÇOMPENDIUM DES PLANTES MALGACHES 253 

Solanum macrocarpum, L. — Arbuste. Probablement d'intro- 
duction. — M. Comores, Maurice et Rodriguez. 

Solanum nifijum, L. — Herbe. La morelle noire. Employée 
•comme aliment, et aussi (en Imerina) contre la dysenterie et les 
•crachements de sang. — Anamamy (Im^r, ) ^ Anama/aitra (Imer.), 
Anantsatria (Bets.). — Nov.-mai. — Pays découvert. — Imer. — 
Bets., Ank., côtes E. et N.-E., Nosy-bé. — M. (d'introduction (>) et 
Maurice, mais universellement répandue dans les régions tempérées 
ou tropicales. 

Solanum nosslbeense, Vatke. — Petit arbuste piquant. — Août, 
sept. — Nosy-bé. — M. 

Solanum eiythracanthum, Bojer. — Arbuste piquant. — Les 
Betsileo, après en avoir gratté la racine et la tige, en font des cata- 
plasmes pour guérir les furoncles et les tumeurs; ils emploient 
encore le fruit pour se tatouer, une fois que leur peau a subi la 
piqûre. On en fait également usage dans les soins donnés aux 
maladies des yeux. En médecine, cette plante est dite Fahavalon- 
kazo. — Hery (Imer.), Angivy {Imtr.)^ Voangivy (Imer.), Roingivy 
(Bets.), Fahavalonkazo (Bets.). — Fleurit toute l'année. — Pays 
découvert. — Imer., Bets., Vak. A., Ank. E. Androna, Antomboka 
(Ambohimarina) — M. 

Solanum Imamense, Dunal. — Arbuste. Le nom spécifique 
paraît se rapporter au district d'Imamo en Imerina, où il a été pro- 
bablement découvert pour la première fois. — Nov.-fév. — Parties 
boisées. — Imer. (Alasora, etc.), Antsih. — M. 

Solanum indien m, L. (=S. Angniviy Bojer^ S. violaceum^ Ortega. 
S. chinense Dunal. — Arbuste piquant. — Voampo (Imer.), Voapo 
(Bets.). Ankivy (Betsim.). — Mars-août. — Pays découvert. — 
Imer., entre l'Imerina et la côte E. (Beforona) côte N.-E.. Bets., 
Tan. — Maurice, Rodriguez et partout sous les tropiques de l'An- 
cien Monde. 

Solanum madagascariense, Dunal. — Plante grimpante (?). — 
M. 

Solanum apocynifolium, Baker. — Arbuste. — Nov.; fr. déc. — 
Forêts. — E. Imer. — M. 

Solanum flagelliferum, Baker. — Arbuste à branches sarmen- 
teuseset piquantes. — Juil.-sept. — Forêts. — Alamazoatra. — M. 

Solanum myoxotrichum, Baker. — Arbuste piquant. — Toute 
l'année. — Lisières des forêts. — E. Imer., Antsih. — M. 

Solanum Richardi, Dunal. — Arbuste. — Voabana (Antsih.). — 
Sept. — Antsih. — M., Comores et Martinique. 



254 RETVUE D£ MADAGASCAR 

Physalis angulata, L. — Herbe. Mars, juin, juil. — Côte N.-O. 
Nosy-bé. — M. Maurice, Seychelles, et très largement répandu sous 
les tropiques. 

Physalis peruviana, L. (= P. Edulis^ Sims), — La groseille du 
Cap. D'introduction. On en pile les feuilles, dont une infusion se 
boit dans les cas de coliques. Les indigènes prétendent que cette 
plante est d'introduction récente. — Voanantsindrano (Imer.). Voa- 
naki (Bets.). — Produit des fleurs et des fruits toute l'année. — 
Principalement dans les parties boisées. — De l'Imerina jusqu'à 
Analamazoatra,Vak. A. Bets., M.Maurice, Rodriguez, Seychelles et 
les plus chaudes régions du globe, mais, selon toutes probabilités, 
originaire du Pérou. 

Capsicum frutescens, L. — Arbuste. — Produit le poivre de 
Cayenne. Les fruits sont appelés Capsicum et sont employés comme 
digestifs et entrent dans la composition de gargarismes. Le fruit est 
d'un usage fréquent comme condiment parmi les indigènes, et les 
feuilles y sont utilisées comme comestible. — D'introduction. — 
Sakay (Imer.), Pilopilo (Sak.). — Oct. — Parties boisées. — Imer. — 
Côte N.-E. — M. et très répandu sous les tropiques, mais originaire 
d'Amérique 

Capsicum aumum, L. — Arbuste. — Produit le poivre de 
Cayenne. Le fruit est utilisé comme coadiment, les feuilles comme 
comestible. — D'introduction, mais pousse de lui-même actuelle- 
ment. — Sakay (Imer.), Sakaibé (Imer.), Pilopilo (Sak.). — Janv. — 
Parties boisées. — Partout dans l'île. — M. (d'introduction) et très 
répandu sous les tropiques, mais, sans doute, originaire du Brésil. 

Nicandra physaloïdes, Qaertn. — Herbe. D'introduction. — Une 
infusion de ses feuilles a, dit-on, la propriété de purifier une cheve- 
lure envahie par la vermine. Boreda (Imer.), Tsipoapoabaïaha 
(Antsih.). — FI. et fr. fév.-juin. — Terrains vagues. — Imer., Bets , 
Ank., Antsih. — M. et Maurice, mais native d'Amérique. 

Datura alba. Nées C= D. Siramonium^ Bojer et D. Bojer Delile). — 
Espèce de pomme épineuse ou stramonium pourvue de grandes 
fleurs blanches . Applications médicinales nombreuses. En Cochin- 
chine, une forte décoction de ses feuilles passe pour constituer un 
remède très efficace contre l'hydrophobie. Cette plante, de môme 
que D, Tatula^ contient dans ses feuilles et dans ses graines le poi- 
son aux propriétés narcotiques appelé daturine, appréciable en tant 
que sédatif. On en fume les feuilles pour combattre l'asthme. D'in- 
troduction. — Romiary (Imer.), Maimbobe (Imer.). — Dec. -juin. — 
Imer., entre la capitale et Majunga (Malatsy), Bets, Antsih., Antom- 



COMPENDIUM DES PLANTES MALGACHES 255 

boka, côteN.-O. — M. Maurice Rodriguez. et répandue dans les 
régions tempérées et dans les régions chaudes des deux hémisphères; 
probablement originaire de Tlnde. 

Datura Tatuia, L. — Sorte de pomme épineuse ou stramonium 
pourvue de grandes fleurs de couleur pourpre. — Mêmes appli- 
cations médicinales que D, alba^ désignée ci-dessus. — D'introduc- 
tion. — Ramiary (Imer.), Maimbole (Imer.). — Dec. -mai. — Terrains 
incultes. — Imer.,Bets., Ank., Antsih. — Distribution géogra- 
phique à peu prés semblable à celle de D. alba. Probablement 
originaire de l'Amérique centrale. 

Nicotlana Tabacum L. — Le tabac de Virginie. — D'introduc- 
tion. — Planté dans presque toute Tîle. — Originaire d'Amérique, 
mais actuellement fort répandu. 

Pétunia nyctafi:iniflora, Juss. — Herbe. — D'introduction. — 
Jardins. — Native de La Plata. 

SCROPHULARINEAE 

Angelonia Qardneri, Hoock. — Herbe. — D'introduction. — 
Oct.-sept. — Nosy-bé. — Native du Brésil. 

Diclls ovata, Benth. — Herbe. — Dec. -av. — Sur les talus en 
pays découvert. — Imer., Bets. — M. 

Halleria Ugustrifolia, Baker. — Arbuste. — Isatsoy (Bets.). — 
Oct.-fév — Dans les forêts ou près d'elles. — Vak. A. E. Bets. — 
M. 

Halleria tetragona, Baker. — Arbuste. — lanterakala (Imtv.), — 
Sept.-nov. — Parties boisées. — Vak. A. (Ankaratra et Vavavato); 
Bets.,N. Antsih. (extrêmement abondant). — M. 

Limnophila torenioldes, Baker. — Mimulus madagascariensis^ 
Benlh).— Herbe. — Marotonona (Imer.), Rami/aritra (Imer.), Fanon- 
drehana (Imer.). — Oct.-janv., juin. — Pays découvert. — Imer., 
Bets., Androna. — M. 

Hydrotriche hottoniacflora, Zucc. — [Plante aquatique. — Volon- 
kotona (Imer.). Fév.-mai. — Etangs. — Imer. — N.-O. Madag. — 

M. 
Herpestls madagascariensis, Benth. — Herbe. — Mai-juin. — 

Côte E. M. 

Herpestls florlbunda, R. Br. — Herbe. — M. et très répandue 
sous les tropiques de l'Ancien Monde. 

Herpestls Monnicrla, H. B. K. (==//. cuneifolia.Pursh. — Herbe. 
— Juin.-nov. — Terrains marécageux en pays découvert. — Bets. 



^6 REVUE DE MADAGASCAR 

(Antsirabé, tout près des sources thermales), Côte E., N.-Est et 
N. M. Maurice, Rodriguez et partout sous les tropiques. 

Torenia stolonifera, Bojer. — Herbe. — Mai.-oct.,déc. — Pays 
découvert. — Imer., Antsih., E. Androna, Côte E. — M. 

Torenia parviflora, Hamllt. (= Nortenia Thouarsii, Cham. et 
Schlect). — Herbe. — Sept., déc. — Pays découvert. — Cent. Ma- 
<iag.. côte N.-E., N.-O. Madag. Nosy-bé — M. 

Afrique tropicale, Inde, Chine, Java et Amérique tropicale. 

Vandellia crustacea, Benth (= Capraria cruslacea L. Horneman- 
niaovata^ Link et Otto^ et Tittmannia ovata^ Reick-) — Herbe. — Fév. 
— Imer. (}). — M. Maurice et partout sous les tropiques de Tancien 
monde; — en Amérique aussi où elle a été probablement intro- 
•duite. 

Vandellia scabra, Benth. — Herbe. — M. — Afrique du Sud, 
Inde, Ceylan, Chine, Bornéo et Philippines. 

Vandellia diffusa, L. — Herbe. — M. Inde, îles Caribbeau. 

Vandellia corymbosa Baker. — Herbe. — Fév. — Autour des 
rizières. — Imer. — M. 

Hysanthes rotundifolia, Benth. (= Gratiola rotundifolia, L.). — 
Herbe. — Août-fév. — Terrain humide en pays découvert. — Imer., 
Antsih. — M. Maurice et Inde. 

Hysanthes oblonfi^ifolia, Baker. — Herbe. — Toute ou à peu 
près toute Tannée. — Terrain humide en pays découvert. — 
Jmer. — M. 

Limosella aquatica, L. var.^tenui/olia. — Herbe aquatique, sorte 
d'armoise. — Sept. — Pays découvert. — Bords des marais. — 
Vak. A. — M. et dans les régions tempérées du N. et du S. 

Scoparia dulcis, L. — Arbuste. — Les Sihanaka Tutilisent pour 
soigner les maux d'estomac. — Tsinjiajia (Betsim.) Fama/antsambo 
iAalsih.) Jamalanjirika (Sak.). — FI. toute Tannée. — Pays décou- 
vert. — Bets., Tan., Antsih., Androna, Antomboka, côtes E. et 
N.-E., O., N. et N.-O. Madag., Antankar. — M. Comores, Maurice, 
•et partout sous les tropiques, mais probablement originaire 
•d'Amérique. 

Alectra melampyroides, Benth. — Herbe parasite? — Juin-oct. 
— Pays découvert. — E. Androna, côtes E. et N.-E. et dans Tinté- 
rieur. — M., colonie du Cap et Natal. 

Alectra Senegalensis, Benth. — Herbe parasite (>). — Nov.- 
av. — Pays découvert. — Imer., Vak. A. (Ankaratra). — M. et 
Sénégambie. 

Alectra pedicularioides, Baker. — Herbe parasite.. — FI. et fr. 



COMPENDIUM DES PLANTES MALGACHES 257 

— Nov. — Pays découvert. — Vak. A. (à mi-chetnia sur le ver- 
sant E. de TAnkaratra). — M. 

Tetraspidium laxiflorum, Baker. — Herbe parasite. Les indi- 
gènes en font usage pour se noircir les dents. — Laingontsintsina 
(Vak. A.). — Nov.-mars. — Pays découvert. — Vak. A. (Pied 
Est de l'Ankaratra. — M. 

Harveya obtusifxilla (Benth.) (= Aulava obtusifolh^ Benth.). — 
Herbe. — Parakimamboa (Imer.). Sarinalsipelana (Imer.). — Nov.- 
mars. — Pays découvert. — Imer., Bets. — M. 

Buchnera capitata, Benth. — Herbe. — Tambolondiano (Ank.). 

— Mars-juin. — Pays découvert. — O. Imer., N. Ank. — M. 
Buchnera dura, Benth. — M. et colonie du Cap. 

Buchnera hlspida» Ham — Herbe. — M. Afrique tropicale et 
Inde. 

Buchnera leptostachya, Benth. — Herbe. — Les indigènes 
l'utilisent pour se noircir les dents. — Tambolo (Imer.), Tambori- 
kijoa (Bets.). — FI. toute l'année. — Pays découvert. — Imer., 
Bets., Ank., Antsih., côte N.-E., Nosy-bé. — M. et Afrique tropi- 
cale. 

Buchnera verbenoldes, Kiotzsch. — Herbe. — Av. -mai. — 
Côte N.-O. — M. et Mozambique. 

Striga hlrsuta, Benth. (=S. /a/e.i, Lour^ S. coccinea,.Benlh,,S. 
phœnicea Benlh.^ S. parvula^ -^i-Jy Campuleia coccinea^ Hook.^ 
Buchnera coccinea^ Benth. et B. Phœniciay Benth.). — Herbe para- 
site!» — Av. -nov. — Côtes E., N.-E. et N.-O. — M., Maurice, 
Seychelles et partout dans les régions tropicales ou subtropicales de 
l'ancien monde. 

Striga Forbesil, Benth. — Herbe parasite? — Juin., juil. — Pays 
découvert. — Côte N.-E. — M. et Afrique du Sud. 



Rév. R. Baron. 



fA suivre.) 



17 



Documents et Informations 



CORRESPONDANCE DE MADAGASCAR (juillet 1905). — Reprise de? 
affaires commerciales. — Exportations de bétail à Lourenço-Marquez. 
— Le voyage de M. Piaspecteur Constantin. — Grande foire à 
Penoarivo. — Le 14 juillet h Tananarive, à Tamatave et dans les 
provinces. — La rébellion du Sud. — Nécrologie, etc. 



Tananarive, le 30 juillet. 

On se rappelle sans doute encore les nombreux commen- 
taires auxquels a donné lieu naguère ce qu'on a appelé la 
crise commerciale de Madagascar. L'on n'était pas très éloi- 
gné, semble-t-il, à ce moment, de proclamer la faillite même 
de la Grande Ile et les doléances, à certains égards justifiés, 
des commerçants lésés par Tarrét ou le ralentissement des 
affaires, avaient trouvé un écho retentissant dans la presse 
métropolitaine, d'autant plus émue de cette situation, que des 
esprits inquiets et mécontents se complaisaient systématique- 
ment à la représenter plus sombre encore que nature. 

Quelques-uns de ces derniers, trop enclins à blâmer l'ad- 
ministration dans ses moindres actes, songèrent à lui attribuer 
dans la circonstance un échec qui n'était imputable en somme 
qu'à rimprévoyance manifeste des intéressés et prétendirent 
que les impôts, dont on accablait littéralement la population 
malgache, était l'unique cause de tout le mal, rendant ainsi 
le gouvernement de l'Ile moralement responsable de la crise. 



INFORMATIONS 



259 



C'est en vain que le général Gallieni, par l'explication 
loyale qu'il en donna dans une lettre rendue publique (1), 
s'efforça d'en faire reconnaître les véritables causes, annon- 
çant sans optimisme mais avec une entière connaissance des 
faits, le relèvement relatif prochain de la situation commer- 
ciale ; en vain, que pour justifier ses conclusions et ramener 
Topinion, il retraça avec toute la clarté désirable, la genèse 
exacte de cette crise, longuement provoquée, on le sait, par 
l'accroissement insolite du nombre des commerçants et Taccu- 
mulation imprudente, pendant ces dernières années, de stocks 
trop considérables et mal proportionnés aux besoins du pays.' 
L'étude remarquable que fit aussi de la question, l'un de nos 
plus fervents coloniaux, M. Marcel Saint-Germain, sénateur 
d'Oran, alors rapporteur du Budget des Colonies, et l'un des 
plus distingués collaborateurs de la Dépêche coloniale^ abou- 
tissait aux mêmes conclusions, mais ne parvint pas davantage 
à détruire complètement toutes Iqs préventions. 

Or, quelques mois seulement se sont écoulés et voici que se 
réalisent déjà les pronostics prétendus optimistes du chef de 
la Colonie. Les recettes générales des douanes, qui sont en 
celte matière notre meilleur critérium, font ressortir pour 
les cinq premiers mois de 1905, une plus-value énorme sur 
les constatations correspondantes de l'année dernière et sur 
les évaluations budgétaires de l'année courante. Ces recettes, 
qui marquent nettement la reprise régulière des affaires et 
l'ascension progressive du mouvement commercial, ont atteint, 
pour l'ensemble des opérations, le chiffre de L820.000 francs, 
en augmentation de 345.010 francs sur les prévisions du 
budget de Texercice en cours (2). L'impôt n'ayant encore été 
l'objet d'aucune -atténuation, ces chiffres démontrent aujour- 
d'hui d'une façon assez péremptoire, le peu de part qu'il eut 
dans l'affaissement du marché et l'exagération notoire des 
récriminations précédemment formulées. 

Il ne s'en suit nullement, cependant, que la question de 

(1) Voir la Revue du 10 février 1905. 

(2) Dans sa réponse aux objections formulées par M. Conly à l'Assemblée 
générale du Comité de Madagascar, le général Gallieni faisait prévoir ce relè- 
vement que signale aujourd'hui notre correspondant de Tananarive. (Voir la 
Revue du 10 juillet, pp. 90-94.} 



260 REVUE DE MADAGASCAn 

l'impôt soit tout à fait dépourvue d'intérêt et ne mérite en ce 
moment aucun examen de la part de l'Administration locale; 
à cette question sont intimement liés et la situation présente 
et le sort à venir des populations indigènes qui, à tous égards 
et à plus d'un titre, ont droit évidemment à son entière solli- 
citude. C'est donc avec une attention bienveillante et soutenue 
qu'elle doit, au contraire, veiller en tout temps à ce que la 
contribution réclamée à ces populations ne soit pas hors de pro- 
portion avec le développement dûment constaté de la fortune 
publique. 

D'un autre côté, il ne faut pas perdre de vue, non plus, que 
l'impôt dans ce pays, comme du reste dans la plupart de nos 
autres colonies d'Afrique, outre qu'il est nécessaire et doit 
être en rapport avec les besoins forcément multiples du 
budget local, a une portée sociale considérable; il oblige 
progressivement tous ceux qu'il atteint à un travail plus 
régulier, et par là même, modifie avantageusement à la 
longue leur manière de vivre. Au point de vue économique, 
et en attendant l'accroissement de la population, devenu 
depuis quelque temps l'un des objectifs les plus importants de 
nos œuvres d'assistance, il constituera pendant longtemps 
encore le moyen le plus efficace de nous procurer la main- 
d'œuvre indispensable à toute exploitation coloniale et qui, 
malheureusement, nous a toujours fait jusqu'à présent presque 
totalement défaut. 

Que de fois n'a-t-on pas dit, à ce propos, qu'il fallait créer 
aux naturels de nos colonies, des besoins nouveaux capables 
de les déterminer, en dépit de leur apathie, soit à augmenter 
et à varier leurs productions, soit par l'appât d'un salaire 
libérateur, à rechercher dans les factoreries; l'industrie, les 
exploitations rurales ou minières, l'emploi de leurs bras 
inactifs? L'impôt n'est-il pas, d'autre part, le moins éludable 
et le plus constant comme le plus moral de ces besoins? Mais, 
dans cet ordre d'idées, il ne doit jamais être au-dessous des 
facultés des impositaires, dont il ne peut concourir réellement 
à transformer le caractère fruste et indolent qu'à la condition 
de les placer dans une situation sans autre issue et dans 
l'obligation, par conséquent, d'accomplir l'effort utile. Il est, 



INFORMATIONS 261 

en d'autres termes, une mesure exacte à laquelle il faut 
atteindre tout en se gardant bien de la dépasser, sous 
peine de produire, sans profit certain pour la Colonie, une 
compression inique et dangereuse et de tarir, d'un coup, une 
source de richesses et de revenus qu'il faut savoir ména- 
ger. 

Une commission spéciale a d'ailleurs été instituée par les 
soins du Gouverneur général à l'effet de procéder, à ce point 
de vue, à l'étude consciencieuse de la situation économique 
de nie et d'établir sur une base solide le calcul des taxes et 
impositions diverses à percevoir en 1906. Cette commission, 
dont la composition a été récemment complétée par l'addition 
de deux membres indigènes et qui est présidée par le 
Directeur du contrôle financier, comprend septautres membres 
parmi lesquels un délégué de la Chambre consultative de 
Conimerce de Tananarive. Elle est tout particulièrement 
compétente pour solutionner le problème de la refonte de» 
impôts indigènes, et il ne peut résulter de ses réunions qu'une 
œuvre pondérée et susceptible, en tout cas, d'éclairer le 
Gouvernement de la Colonie sur la nature et la quotité des 
charges qui peuvent et doivent incomber aux populations 
indigènes de Madagascar. 

* * 

Un lot de bétail très important a été exporté de Majunga, à 
destination de Lourenço-Marquès, après avoir subi l'opération 
de la tuberculinisation. De tous les animaux ainsi expédiés, 
une huitaine, au plus, auraient été reconnus tuberculeux à 
l'arrivée du troupeau. 

Ces constatations sont évidemment des plus favorables. à la 
reprise régulière et à l'accroissement de notre commerce de 
bétail que les autorités portugaises, prévenues par quelques 
envois malheureux, menaçaient de frapper d'interdiction. 

Il y a lieu d'espérer, grâce à elles, que nos expéditions de 
bœufs en Afrique orientale reprendront bientôt plus réguliè- 
ment, au grand profit de nos éleveurs et de l'avenir d'une des 
branches les plus importantes de notre commerce d'expor. 
tation. 



262 REVUE DE MADAGASCAR 

Le 8 juillet, à 9 heures du soir, un grand dîner officiel, 
offert par M. Lépreux, Gouverneur général par intérim, en 
rhonneur de M. Constantin, ingénieur-inspecteur des Tra- 
vaux publics, envoyé en mission à Madagascar par M. le 
ministre des Colonies, réunissait à la Résidence les notabi- 
lités officielles de Tananarive. 

A rissue de ce dîner, M. Lépreux a prononcé une intéres- 
sante allocution que le Journal officiel de la Colonie repro- 
duit in extenso et qui restera, dans son élégante concision, 
comme l'exposé le plus précis et le plus réconfortant de la 
situation économique actuelle de Madagascar. 

Après avoir souhaité à M. Tinspecteur Constantin une cor- 
diale bienvenue, M. Lépreux a exprimé chaleureusement les 
sentiments de gratitude qu'inspire à la Colonie tout entière, 
mais plus particulièrement au Gouvernement général de la 
Grande Ile, la mission d'inspection ordonnée par le Départe- 
ment en ce qui concerne la construction du chemin de fer de 
Tananarive à la côte orientale. Il a déclaré se réjouir non 
seulement de cette enquête, instamment réclamée depuis long- 
temps, et qui bientôt aura fait enfin justice des critiques 
imméritées et tant de fois formulées à l'égard du Chef de la 
Colonie, mais encore du choix de l'ingénieur émérite qui en 
a été chargé, et dont l'esprit éclairé et les conseils autorisés 
pourront être d'un si grand profit pour le pays. 

Entrant, ensuite, dans le vif de son sujet, M. Lépreux 
exposa à grands traits l'état de cette grosse question. Il mon- 
tra comment les dégâts considérables causés à la nouvelle 
ligne par le cyclone du mois d'avril, ne sauraient être attri- 
bués, comme on a pu le croire, ni à des erreurs ni à des mal- 
façons, mais uniquement à la violence extrême et impossible 
à prévoir, de perturbations atmosphériques jusqu'alors incon- 
nues dans ces régions. Il rappela les' efforts persévérants 
tentés depuis neuf ans par le Gouvernement local dans le but 
d'améliorer toujours et de parfaire l'œuvre déjà considérable 
accomplie à Madagascar, et, dans une bienveillante et géné- 
reuse pensée, rendit hommage à la valeur professionnelle, au 
dévouement et à l'inlassable énergie du personnel, militaire 
et civil, qui sous Tintelligente impulsion du colonel Roques, 



INFORMATIONS 263 

directeur du Génie, a travaillé ou travaille encore à la cons- 
truction de la voie ferrée, à cette entreprise de longue haleine 
dont les difficultés sans nombre opposées par la nature ren- 
dent l'exécution si pénible et qui est destinée, avec le réseau 
de routes actuellement en instance d'achèvement, à compléter 
utilement l'outillage économique si insuffisant de notre grande 
possession de la mer des Indes. 

Puis, ayant examiné rapidement les avantages certains qui 
résulteront de l'établissement de cette ligne et noté, en 
passant, l'état satisfaisant des ressources financières de la 
Colonie ainsi que le relèvement de bon augure donlonlbénéficié 
les recettes douanières au cours de ces derniers mois, M. Lépreux 
a terminé en levant son verre en Thonneur de M. Clémentel, 
Ministre des Colonies, à qui il adressa les vœux respectueux 
du Gouvernement local, et en faisant appel aux sentiments de 
justice de M. l'ingénieur Constantin, en qui il espère, a-t-il dit, 
que la Colonie aura enfin désormais, auprès du chef du Dépar- 
tement, un avocat influent et écouté. 

Répondant à M. Lépreux, M. Constantin a affirmé son 
dévouement absolu à l'œuvre admirable que poursuit le 
Gouvernement de Madagascar. 

« J'ai suivi pas à pas, a déclaré M. Constantin, tous les 
chantiers du chemin de fer. J'ai pris conscience des difficultés 
considérables qui devaient être surmontées pour la réalisation 
de cette œuvre grandiose, j'en ai pris conscience par les yeux 
de ringénieur, j'en ai pris conscience par le cœur en 
saluant avec émotion, semées bien nombreuses hélas le 
long de ma route, les tombes des collaborateurs grands et 
petits qui ont donné leur vie pour le succès de la colosale 
entreprise. Puisse la généreuse terre malgache fructifier par 
cette semence précieuse que la mère-patrie ne lui a pas 
ménagée ! 

« Je dirai fidèlement à M. le Ministre tout ce que j'ai 
vu,les difficultés vaincues, le dévouement et la foi dans l'avenir 
de tous vos collaborateurs de cette grande œuvre, je dirai les 
efforts déployés en vue de la création d'un réseau de routes 
dans cet immense territoire, les travaux nombreux de voirie et 
d'édilité exécutés dans les villes, les progrès réalisés en vue 



264 REVUE UE MADAGASCAR 

de donner à Tlle de Madagascar Toutillage qui lui permettra 
de tenir la place à laquelle elle a droit dans le inonde. » 

M. Constantin a promis, enfin, d'ôtre à Paris Tavocat 
dévoué de la Colonie, et remerciant le Gouverneur général de 
ses paroles de bienvenue si cordiales, a levé son verre en 
l'honneur de M. Lépreux, en l'honneur de tous les collabora- 
teurs de la grande œuvre décolonisation, et bu à la prospérité 
de Madagascar. 



* 



Les 7 et r8 juillet courant, a eu lieu à Fenoarivo (province 
de rimerina centrale), une grande foire à laquelle ont assisté 
plus de 50.000 personnes. 

Au cours des deux journées, les transactions ont porté sur 
plus de 2.500 animaux de race bovine, porcine ou ovine, 
indépendamment des volailles nombreuses et des produits de 
toutes sortes apportés en grande quantité sur cet important 
marché. 

M. Lépreux avait tenu à présider en personne Touverture 
de la foire et s'y était rendu le vendredi matin à dix heures 
accompagné du directeur du Contrôle financier et de M. l'admi- 
nistrateur Gerbinis, chef de la province de Flmerina centrale. 
Le chef de la Colonie a d'ailleurs profité de cette occasion 
exceptionnelle pour organisé sur le marché un grand kabary 
au cours duquel il a vivement engagé les indigènes à s'adonner 
à la culture et à Télevage et à prêter leur concours aux entre- 
prises des colons européens. 

M. Lépreux ayant ensuite annoncé que les chanteurs 
malgaches seraient désormais exempts de patentes, et qu'il se 
proposait de faire étudier la possibilité de dégrever les riz de 
tous droits de place sur les marchés, ses paroles ont été saluées 
par les acclamations enthousiastes de la foule. 
• La cérémonie s'est terminée par les danses et les chants 
habituels, exécutés sur la place de Fenoarivo, artistement 
décorée pour la circonstance. 



* 
# # 



C'est avec tout l'éclat accoutumé que la Fête nationale vient 
d'être célébrée à Tananarive. L'animation la plus extraor- 



INFORMATIONS 265 

dinaire n'a cessé de régner pendant les deux journées 
des 13 et 14 juillet dans les rues et sur les places de la capi- 
tale malgache, magnifiquement pavoisées par les soins de la 
municipalité et du service des Bâtiments civils ; toujours 
même concours des populations, accourues en masse de tous 
les villages environnants pour assister à la fête et prendre 
leur part des divertissements traditionnels. 

Depuis plusieurs jours, de grandes affiches tricolores, pla- 
cardées sur tous les murs, en détaillaient complaisamment 
Talléchant programme ; des rumeurs inusitées, les détona- 
tions des pétards, les répétitions musicales que trahissaient 
les sons, stridents ou voilés, apportés jusque dans les quar- 
tiers les plus reculés par les caprices de la brise, la décora- 
tion des édifices publics, toutes ces dispositions familières 
qui précédent les jours de grande liesse populaire, avaient 
mis la ville en joie bien avant Touverture officielle des 
réjouissances. 

Un soleil radieux se leva sur la journée du 13 et des 
groupes nombreux de flâneurs malgaches, parés pour la plu- 
part de lambas immaculés, se mirent à circuler, dès le matin, 
observant, avec une curiosité avide et sympathique, les der- 
niers préparatifs de la fête. A une heure, une distribution de 
secours et de vêtements eut lieu à la Mairie au profit des 
indigents, et cet heureux prologue, très goûté, d'ailleurs, des 
bénéficiaires, ne laissa pas de stimuler davantage les ardeurs 
joyeuses de la foule. A cinq heures, des salves d'artillerie, 
répétées par tous les échos, se flrent entendre dans la direc- 
tion du Fort-Duchesne et enfin, à huit heures, de multiples 
illuminations, dont plusieurs, très remarquables, ont été jus- 
tement admirées, communiquaient aux principaux quartiers de 
Tananarive, un aspect vraiment féerique. Celles de la place 
d'Andohalo surtout, qui (iguraientau programme comme Tune 
de grandes attractions de la soirée, ont été très réussies et 
produisaient, au sein des vertes frondaisons qui bordent cette 
charmante promenade, un très heureux effet. 

Une superbe retraite aux flambeaux, exécutée avec le con- 
cours des clairons de la garnison et des deux musiques des 
Tirailleurs malgaches et du Gouvernement général, puis un 



266 REVUE DE MADAGASCAR 

concert donné sur la même place par la musique du 13' régi- 
ment d'Infanterie coloniale, ont agréablement terminé cette 
première journée de fête. 

Au lendemain, 14, était naturellement réservée la partie la 
plus chargée du programme. Vers huit heures et demie, nou- 
velles salves d'artillerie pendant qu'une irrésistible marée 
humaine envahissait les abords de l'avenue de France où a 
été passée à neuf heures par M. le général de Trentinian une 
brillante revue des troupes. Celles-ci défilèrent en bon ordre, 
aux accents d'une marche entraînante entre les deux tribunes 
disposées de part et d'autre de l'avenue et dont l'une était 
occupée par M. Lépreux, Gouverneur général par intérim, 
entouré des principaux fonctionnaires de Tananarive. 

A l'issue de la revue, s'ouvrirent les jeux traditionnels de 
Mahamasina et les jeux nautiques sur le lac d'Anosy. Toute 
la population indigène de la ville et des environs, pittoresque- 
ment massée sur le plateau et la partie de la route circulaire 
qui avoisinent le lac, au pied des collines de Tananarive, assis- 
tait ou prenait part à ces réjouissances auxquels succédèrent 
dans raprès-midi des courses pédestres fort amusantes et de 
nouveaux jeux constituant un spectacle des plus intéressants 
et des plus mouvementés, organisés par le Sport-Club avec 
le concours de la musique du l*^*" Tirailleurs malgaches. 

Simultanément, avait lieu, au théAtrc, une représentation 
populaire et gratuite de la Fille du Tambour-Major, offerte 
également avec la participation de la musique du 13" régiment 
d'infanterie coloniale, qui s'est prodiguée sans compter 
pendant toute la durée de la fête. A quatre heures, 
(les courses de bicyclettes pour Malgaches et pour 
européens, clôturaient cette longue série de divertissements. 

Le soir, après neuf heures, un grand feu d'artifices, tiré sur 
la digue du lac d'Anosy, obtint un succès complet. Le lac 
d'Anosy semblait transformé pour la circonstance en une 
lagune vénitienne, que sillonnaient dans la nuit des gondoles 
chargées de lanternes, d'un effet merveilleux. 

Enfin, une soirée dansante était offerte par M. Lépreux aux 
officiers, fonctionnaires et habitants européens de Tananarive, 
dans les salons de la Hésidence où une foule énorme s'est 



INFORMATIONS 267 

franchement amusée jusqu'au matin, aux accords d'un orches- 
tre excellent. Le cotillon final, très réussi et très brillant, a 
été conduit par M"« Tullia Bruelle et M. le capitaine Gauthé, 
de Tartillerie coloniale. 

Dans les différentes provinces de Tlle, la Fête Nationale a 
également été célébrée avec le plus grand éclat. Toutes ont 
rivalisé d'entrain et d^animation, mais la palme revient sans 
conteste à la ville de Tamatave dont les réjouissances multi- 
ples compçsaient un programme des plus complets. La fêle y 
a commencé, le 13 au soir, par la traditionnelle retraite aux 
flambeaux, exécutée avec le brillant concours de la fanfare 
militaire. A noter, toutefois, cette particularité, bien nouvelle 
et très originale, que le cortège comprenait plusieurs pousse- 
pousse décorés avec beaucoup de goût et d'habileté et un grand 
char allégorique superbe, figurant l'entrée du Roi de l'Or dans 
sa bonne ville de Tamatave. Naturellement, sur tout le par- 
cours du défilé, les maisons particulières et les édifices publics 
avaient été magnifiquement pavoises et illuminés et des prix 
ont été décernés aux propriétaires des immeubles ornés avec 
le plus grand art. 

La journée du 14 a commencé, comme toujours, par une 
généreuse distribution de secours aux indigents ; puis, des 
régates et des courses de bicyclettes ont entièrement rempli 
la matinée. L'après-midi, malheureusement, la fête a été légè- 
rement contrariée par le mauvais temps et bien des jeux ont 
du être ajournés, mais l'animation a repris de plus belle, dans 
la soirée, au cours d'un grand bal populaire qui a eu lieu au 
marché couvert, et n'a pris fin qu'à une heure avancée de la 
nuit. 

M. E. Hesling, administrateur-maire de Tamatave, et 
M"'*" Hesling, ont offert le lendemain à la Résidence, une seconde 
soirée dansante à laquelle assistaient plus de cent invités. 
Cette soirée s'est terminée par un grand cotillon conduit avec 
une grâce toute charmante par M"*' Doquin, secondée par 
M. l'administrateur-adjoint Stryienski. 

A Manjakandriana, Ambositra, Antsirabc, Ankazobe, Manan- 
jary ; à Fiaranlsoa, Vatomandry et Majunga, les fêtes du 
14 Juillet, très brillamment organisées, ont été marquées par 



.268 REVUE DE MADAGASCAR 

un très bel entrain. A Fianarantsoaetà Va tomandry, surtout, 
l'animation a été très grande. De nombreux indigènes s'y 
étaient rendus des points les plus reculés pour assister à la 
Fête, vraiment favorisée, dans ces régions, par un temps 
splendide. 

Nul incident fâcheux n'est venu troubler un seul instant le 
cours joyeux des divertissements populaires et la bonne har- 
monie n'a cessé, pendant les deux journées consacrées aux 
réjouissances, de régner d'un bout à l'autre de la Grande Ile, 
parmi les populations européennes ou indigènes. 

Et maintenant, s'il est permis de philosopher quelque peu, 
et de chercher à retirer de l'histoire de ces deux jours de fêtes 
un enseignement utile, nous nous demanderons si la joie 
exubérante et sincère qu'éprouvent nos sujets malgaches à 
fêter le 14 Juilletet à se faire ainsi l'écho si fidèle de notre propre 
joie, n'a pas d'autre cause que le vain attrait du plaisir et du 
bruit? Nous inclinerons à croire, quant à nous, qu'il faut 
aussi y voir un peu de cet attachement à la grande France 
que sont bien capables, après tout, de leur inspirer, nos saines 
et bonnes traditions faites de justice, d'indulgence et de vigi- 
lante sollicitude. 

* 

La situation politique continue de s'améliorer et les nou- 
velles, reçues du Sud, loin de justifier les alarmes inconsidé- 
rées qui se sont manifestées au commencement de la rébellion, 
sont, au contraire, de jour en jour plus rassurantes. C'est 
ainsi, qu'au début de cette quinzaine, un télégramme nous a 
appris que le redoutable Inapaka, le chef des rebelles de 
l'Isalo, avait été tué au cours d'une reconnaissance dirigée 
par le capitaine Sévignac. 

Un autre télégramme plus récent a annoncé, d'autre part, 
que le grand chef Zafinindrika, de Betroka, venait de faire sa 
soumission. Ihora s'est, en effet, rendu, avec de nombreux 
rebelles, à l'administrateur Bastard, chef du district de Be- 
troka (Province de Tuléar). Enfin, les tribus du district de 
Vondrozo qui, obéissant à la voix de Befanoha, avait pris une 
attitude hostile, ont également fait leur soumission. 



INFORMATIONS 269 

Quant au chef Befanoha lui-même, fuyant toujours devant 
nos troupes, il s'est réfugié avec ses partisans dans la forêt 
du Kalambatilra où les difficultés du terrain rendent, il est 
vrai, la poursuite des plus difficiles, mais des postes nom- 
breux surveillent activement tous ses mouvements et, par 
des reconnaissances fréquentes, harcèlent sans trêve ces der- 
niers irréductibles qui paraissent, d'ailleurs, manquer de mu- 
nitions et donnent déjà des signes non équivoques de 
découragement. 

Tout porte à croire, dans ces conditions, que la pacification 
complète des territoires insurgés sera sous peu un fait 
accompli et que s'ouvrira bientôt, de nouveau, une ère de 
calme et de sécurité, féconde pour la colonisation de ces ré- 
gions déjà rendues en grande partie au commerce et au tra- 
vail des champs. 






Il me faut hélas! terminer, cette fois, ma correspondance, 
par un obituaire assez chargé. Nous avons, en effet, depuis la 
dernière quinzaine, plusieurs décès à déplorer; c'est, d'abord, 
celui de M. Cahuzac, président de la Cour d'appel de Tana- 
narive, survenu le 13 juillet, puis celui de M. Souquet- 
Bassiège, avocat-défenseur à Tamatave, qui a eu lieu deux 
jours après, et, enfin, ceux de MM. Victor Boyer, colon à 
Ântalaha, Antoni Couchoud, planteur à Amboasary, et 
Auguste François, garde régional à Marolambo, survenus 
respectivement les 15, 19 et 21 juillet. 

M. Albert Cahuzac était né à Albi le 12 février 1856. Il était 
encore dans la force de Tâge lorsqu'une mort cruelle et inexo- 
rable est venue le surprendre au milieu d'une famille éplorée 
dont la douleur faisait peine à voir. 

Les obsèques du regretté président ont eu lieu le jour de la 
Fête nationale. Toute la population européenne de Tanana- 
rive, tristement impressionnée par cette mort inattendue, 
faisant trêve aux réjouissances traditionnelles, avait tenu à 
accompagner la dépouille mortelle de M. Cahuzac jusqu'au 
cimetière. 

M. Lépreux, gouverneur général par intérim, M. de Lyques, 



270 REVUE DE MADAGASCAR 

procureur général intérimaire, chef du Service de la Justice, 
M. Legendre, conseiller à la Cour, M. Bruelle, enfin, avocal- 
défenseur et conseiller honoraire, ont prononcé des discours 
et fait réloge du défunt dont ils ont retracé la vie lahorieuse 
et féconde. 

— Né à Saint-Pierre de la Martinique le 14 novembre 1859, 
M. Souquetr-Bassiège, obligé de quitter son pays à la suite de 
l'épouvantable catastrophe du 8 mai 1902, qui l'avait complè- 
tement ruiné, était venu à Madagascar pour tenter de se créer 
une nouvelle situation. Il est mort presque subitement, au 
moment où il avait su conquérir par son talent oratoire, la 
rectitude de son jugement et l'étendue de son savoir profes- 
sionnel, une place importante au barreau de Tamatave. Ses 
obsèques ont eu lieu le 16 juillet en présence d'une foule 
nombreuse et recueillie et M* Le Garrec, collègue et ami du 
défunt, a rappelé sa vie courageuse, faite de sacrifice et de 
labeur. M» Souquet-Bassiège laisse, à Tamatave, une veuve et 
cinq enfants que sa soudaine disparition a plongés dans la 
plus affreuse douleur. 

— Déjà parvenu au déclin de la vie, M. Victor Boyer était 
âgé de soixante-quinze ans quand la mort est venue le ravir à 
Taffection des siens. Gérant depuis 1898 d'une plantation 
importante de vanille à Antalaha, ce colon était très connu et 
très estimé dans toute la province de Vohémar. Il laisse une 
veuve et trois enfants dont deux sont encore en bas-âge. 

— M. Antoni Couchoud était un ancien élève de TEcole des 
Mines de Saint-Etienne où il était né en 1845. Il avait déjà 
passé une bonne partie de sa vie aux colonies et à l'étranger 
lorsqu'il vint s'établir à Madagascar, en 1895. Dirigeant, en 
qualité d'ingénieur, plusieurs exploitations minières, il don- 
nait, en même temps, ses soins les plus assidus à* une vaste 
plantation de café qu'il avait créée lui-même à Amboasary et 
avait égalementfondé une fabrique assez importante de beurre 
et de fromage qui est aujourd'hui très prospère . 

— Enfin, M. PVançois, garde régional, était originaire des 
pays annexés, étant né à Sarralbe (Lorraine), le 18 mars 1868. 
Engagé volontaire à 19 ans, au titre étranger, il servit éga- 
IfMiient dans l'infanterie coloniale et fit successivement les 



INFORMATIONS 271 

campagnes d'Afrique, du Tonkin et de Madagascar. Libéré 
en qualité d'adjudant et décoré de la médaille militaire, il fut 
nommé, le 18 octobre 1904, garde régional et affecté à la pro- 
vince des Betsimîsaraka du Sud. C'est là qu'il vient de mou- 
rir sincèrement regretté de toute la popuation de la province 
et plus particulièrement de ses chefs hiérarchiques qui appré- 
ciaient fort ses services, son dévouement et son caractère. 

J . ROLPH. 



ik 



A Tamatave. — Notre collaborateur A. Tarnawa nous 
adresse de Tamatave, à la date du 31 juillet, les quelques 
notes ci-après: 

Depuis un certain temps déjà les provinces des Belsimisaraka 
du centre et des Betanimena, ainsi que les districts environnants, 
étaient inquiétés par une bande d'indigènes qui s'attaquaient sur- 
tout aux villages éloignés et grâce, sans doute, à la terreur qu'ils 
inspiraient, pouvaient échapper aux poursuites en se réfugiant dans 
les taillis inextricables de la grande forêt. Mais cette fausse sécurité, 
à laquelle ils s'habituèrent vite, excita leur cupidité. Ils descen- 
dirent dans les régions de brousse rase et même dans la plaine 
côtière. C'est ainsi qu'ils poussèrent l'audace jusqu'à assassiner un 
Européen, M. Fontex, qu'ils tuèrent en pleine nuit, au milieu de son 
sommeil, suivant la coutume malgache, car la moindre résistance 
d'un* Vazaha » les aurait fait fuir. Des brigades de police indigènes 
furent lancées à leurs trousses ainsi que plusieurs agents de la 
sûreté. L'arrestation de toute la bande fut un soulagement pour 
tous, et les principaux auteurs du crime sont actuellement en pré- 
vention à la prison de Tamatave. Cette affaire venant fort peu de 
tomps après le meurtre retentissant d'un prospecteur de la pro- 
vince d'Antsirabe, avait ému l'opinion surtout à une époque où la 
brousse est parcourue par un si grand nombre de mineurs. Dans le 
pays même, cet événement est considéré comme un simple « fait 
divers », ayant son côté triste et regrettable, mais ne revêtant en 
aucune façon un caractère politique d'extermination de l'Européen. 
Il faut noter, en effet, que bien qu'il soit originaire de la Malaisie, 
le Malgache n'a aucune tendance à s'affilier à une société secrète ni 
à prêcher la guerre sainte. Quand donc nous quaUlions cet assassi- 
nat de « faits divers » nous voulons simplement indiquer par là qu'il 



272 REVUE DE MADAGASCAR 

n'a aucun rapport avec les récents événements du Sud, afin d'éviter 
des rapprochements que les personnes étrangères aux choses de 
Madagascar seraient peut-être tentées de faire. 

— De même qu'en France un événement, sensationnel un jour est 
oublié le lendemain, de môme Tintérôt soulevé par le meurtre de 
Fontex s'est perdu dans l'écho des fêtes du 14 Juillet, qui, cette 
année, ontété particulièrement réussies à Tamatave. Le programme 
classique des fêtes et courses a été amplifié par de nombreuses in- 
novations. La retraite aux flambeaux, a été remplacée par V Entrée 
solennelle du Roi de VOr à Tamatave le 1*^ au soir. Le lendemain le 
(( Tout Tamatave » assistait à des épreuves sportives et nautiques, 
et à un concours de pousse-pousse fleuris qui a provoqué une 
bataille acharnée de serpentins. 

Le soir, le Marché couvert renvoyait les joyeuses ritournelles des 
valses et des polkas du bal indigène où tirailleurs, bourjanes et ra- 
matoa aux robes bariolées se mêlaient dans un enchevêtrement des 
plus pittoresques. 

La soirée du 15 réunissait à la Mairie les fonctionnaires, les offi- 
ciers et les colons de la ville en un bal très bien préparé qui ne prit 
fin qu'à quatre heures et demie du matin après un cotillon et une 
farandole aux lanternes^ dont les « anneaux » phosphorescents se 
sont déroulés sur toutes les vérandahs de la Résidence. 

— L'entrée du « Roi de l'Or » a entraîné la venue de nombreux 
(( courtisans » dans notre ville. Une dizaine de prospecteurs anglais 
du Transvaal viennent de débarquer d'un vapeur de la Castle Une. 
Cette compagnie va même créer un service régulier entre Durban 
et Madagascar. Aussi peut-on prévoir une recrudescence prochaine 
dans le travail minier de la Grande Ile et par conséquent une reprise 
générale du commerce. La question de l'or h Madagascar olTre de 
jour en jour un intérêt plus grand. Nous comptons du reste en par- 
ler sous peu. 

A. Tarnawa. 

/Vladas^ascar au Jardin colonial de Nogient. — .Nous avons relaté 
dans notre précédent numéro le vif succès obtenu par l'Exposition 
coloniale de Nogent. La Dépêche coloniale illustrée, qui a consacré 
son numéro du 15 août à celte belle manifestation de l'activité colo- 
niale restera, pour tous ceux qui ont visité l'Exposition, le plus 
agréable et le plus instructif des souvenirs . 

Notre aimable confrère a bien voulu nous permettre de lui em- 




La Salle d'exposition des produits de Madagascar . 



Il Jardin rolonial de NogenI 
(Oépèche Coloniale lUuiIrée) 



274 REVUE DE MADAGASCAR 

prunter une de ses meilleures photographies, celle qui représente la 
salle consacrée à la colonie de Madagascar, salle qui n'a pas disparu 
avec les autres constructions éphémères de l'Exposition, mais cons- 
tituera une exposition permanente des produits du sol et du sous- 
sol de la Grande Ile africaine. 

Les collections qu'elle renferme seront conservées avec le plus 
grand soin par M. Dybowski et ses collaborateurs ; elles seront cons- 
tamment tenues à jour par de fréquents envois du Gouvernement 
général de l'Ile, de telle façon que les nombreux visiteurs du Jardin 
colonial de Nogent-sur-Marne soient toujours à même de se docu- 
menter utilement et de se rendre un compte exact de l'état de la 
colonisation agricole ou industrielle de Madagascar. 

Nominations. — Par décret en date du 12 août, ont été nommés 
ou promus dans le personnel des administrateurs coloniaux : 

Administrateurs de P^ classe. — MM. Berthier, Sasias, Gerbinis 
et Bénévent. 

Administrateur de 2* classe, — M. Goujon. 

Administrateurs de îi^ classe. — MM. Menguy et Talvas. 

Administrateurs-adjoints de 1^ classe. — MM. Bonneval, Barreau, 
Alglave etDemarsy. 

Administrateurs-adjoints de 2^ classe, — MM. Chardon, du 
Chaxel, Mouttet, Charvet, Claude, de Juzancourt, Leloup, Fraud, 
Pillias, Boveil, Roméas, Bontemps et Didelo. 

Administrateurs-adjoints de 3^ classe. — MM. La Barbe, Bournas, 
Docler-Fourestier, de Villèle, Ancelin, Hambaud, Coureau, Gau- 
thier, Krotoll, Vautrain et Roquet. 

Le Comité de Madagascar est heureux d'adresser aux nouveaux 
promusses plus sincères félicitations. 

Tableau d'avancement. — Par arrêté du ministre des Colonies 
en date du 10 août, ont été inscrits à la suite du tableau d'avance- 
ment, en plus des administrateurs dont nous signalons plus haut la 
nomination : 

Pour l'emploi d'administrateur-adjoint de l"^* classe, MM. Deltel 
et Cradier. 

Pour l'emploi d administrateur-adjoint de 2* classe, MM. Mar- 
chand, Charles, Teyssandier, Campan et Butel. 

L'étain à Madag^ascar. — Un échantillon de minerai d'étain a 
été envoyé à l'Impérial Institute par M. T.-P. Porter, consul d'An- 



INFORMATIONS 275 

gleterre à Tananarive, avec prière de Tanalyser et de déterminer sa 
valeur commerciale. 

Ce minerai fut examiné par la Section technique et scientifique 
qui reconnut que c'était un bloc massif de cassitérite. Analysé, on 
obtint les résultats suivants : 

Oxyde stanique SnOV 97,98 0/0 ) équivalent à 75,5 0/0 

Oxyde ferriqueFe'O*. 0,15 0/0 ) d'étain métallique. 

Chaux CaO 0,V0 0/0 

Résidu insoluble, prin- 
cipalement oxydes 
niobique et tanta- 
lique 1,55 0/0 

Ce spécimen est donc un excellent minerai d'étain puisqu'il con- 
tient 77,5 pour 100 d'étain métallique, alors que les meilleures mi- 
nerais exploités ne donnent que 59 ou 72 pour 100 d'étain. Mais il 
ne faut pas espérer qu'une fois exploité sur une grande échelle on 
continue à obtenir un rendement aussi fort. Le spécimen envoyé de 
Madagascar est exempt de fer et d'autres impuretés et donnerait un 
métal relativement pur à la première fusion. 

Du minerai de même qualité que ce spécimen vaudrait probable- 
ment environ 90 £ (2.250 fr.) la tonne dans les centres usiniers ha- 
bituels où l'étain en lingot vaut 135 £ (3.375 fr ). 

Modifications au recrutement des administrateurs-adjoints. 

— M. Clémentel, ministre des Colonies, vient de soumettre à la 
signature du Président de la République un décret modifiant le mode 
de recrutement des administrateurs-adjoints des colonies. 

Aux termes du nouveau décret, les élèves brevetés de l'Ecole 
coloniale seront désormais assujettis, avant d'être nommés adminis- 
trateurs, à un stage d'une année dans les divers bureaux du chef- 
lieu de la colonie où ils seront appelés. Ils passeront ensuite un 
examen pratique, dont la sanction, en cas d'échec, serait le licen- 
ciement. 

D'autre part, les adjoints de première classe des services civils ou 
des affaires indigènes, les fonctionnaires des diverses administra- 
tions coloniales, les officiers des troupes coloniales ou assimilés et 
les explorateurs, qui voudront être nommés administrateurs, seront 
tenus de suivre auparavant pendant un an des cours spéciaux, insti- 
tués à l'Ecole coloniale, et aux termes desquels ils devront obtenir 
un certificat d'aptitude. 

Le décret annoncé n'ayant pas encore paru au Journal Officiel 



276 



REVUE DE MADAGASCAR 



au moment où noire Revue s'imprime, nous ne pouvons indiquer 
à partir de quelle date sont applicables les nouvelles dispositions 
arrêtées par M. Clémentel. 

Le voyage dé M. Lépreux — Le gouverneur général par intérim 
a quitté Tananarive le 14 août pour effectuer dans le sud et Test 
de nie une tournée d'inspection. Son absence de Tananarive durera 
environ deux mois et demi. L'itinéraire général du voyage comprend 
le cercle de Fort-Dauphin, la province de Farafangana, la province 
de Mananjary, la province des Betsimisaraka du Sud (Vatomandry- 
Mahanoro), la provincedes Betanimena(Andevorante)etla province 
des Betsimisaraka du centre (chef-lieu Tamatave). 

M. Lépreux est arrivé à Fort-Dauphin le 29 août. Il a trouvé la 
région absolument calme, et il a immédiatement réuni les chefs 
indigènes en un kabary où il a reçu d'eux le serment que la tran- 
quillité ne serait plus troublée. Les chefs malgaches ont emporté de 
cette réunion solennelle une vive impression; les troupes cantonnées 
à Fort-Dauphin assistaient au kabary. 

Après un court séjour à Fort-Dauphin, M. Lépreux doit revenir 
à Tamatave, par terre. 11 s'arrêtera dans les principales localités 
récemment affectées par les troubles du Sud : Ranomafana, Van- 
gaindrano, Farafangana, Vohipeno^ etc.; de nombreux kabary 
seront faits en sa présence aux habitants de ces turbulentes régions. 

C'est vers la fin de septembre que M. Lépreux sera de retour à 
Tamatave, où il séjournera jusqu'au 4 ou 5 novembre. Dans le cou- 
rant d'octobre, il visitera les chantiers du chemin de fer en compa- 
gnie du colonel Roques, qui doit rentrer en France à cette époque 
avec sa famille. Indiquons, en passant, que les travaux de réfection 
de la voie ferrée, poussés avec une grande activité, sont très avancés 
et qu'en octobre la ligne sera rendue à l'exploitation, depuis Bricka- 
ville jusqu'au Mangoro. 

M. Lépreux sera accompagné dans sa tournée par MM. l'admi- 
nistrateur Sasias, chef du cabinet civil; le commandant Galy-Aché, 
chef du bureau militaire; le docteur Jourdran, directeur de l'Ecole 
de médecine de Tananarive; les administrateurs Carde et de Guise 
chefs des premier et deuxième bureaux du Gouvernement général. 

Etoile d*Anjouaii. — Nous apprenons avec plaisir que le si dévoué 
président de notre section de Poitiers, M. Hild, doyen de la Faculté, 
des lettres, vient d'être promu officier de l'Etoile d'Anjouan. Nous 
lui adressons, en cette circonstance, nos bien sincères félicitations, 



il 

9 Ë 

a » 

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278 REVUE DE MADAGASCAR 

Deux Jeunes dentellières malgraches, amenées en France par le 
général Gallieni, suivent depuis deux mois les cours de Técole 
municipale des filles de Charonne, 40 rue des Pyrénées, dirigée par 
M"« Charles, et y donnent toute satisfaction à leurs professeurs. 

Razanamanga et Rafara, — c'est le nom des petites Hova — 
apprennent également le dessin au cours spécial de la Chambre 
syndicale des dentelles et broderies de Paris, 25, rue Croix des Petits- 
(^J)amps, et témoignent à cet égard un goût des plus vifs et une 
application véritablement extraordinaire. 

Quand elles se seront complètement familiarisées avec les diffi- 
cultés de leur métier, et seront devenues de bonnes échantillon- 
neuses, — cela, dans 2 ou 3 ans, — elles retourneront à Madagascar 
pour enseigner à leurs compagnes ce qu'elles-mêmes auront appris 
en France, et développer ainsi dans la Grande Ile l'industrie dentel- 
lière qui semble appelée à devenir une source très sérieuse de profils 
pour la Colonie et nos nouveaux sujets. 

(L'excellente revue féminine La Femme d'aujourd'hui a publié dans 
son numéro d'août une très intéressante étude sur les dentellières 
malgaches, ornée de dessins et de photographies). 

Le Mals^ache à l*Institut colonial de Nancy. — Pour la première 
fois, à la session de juillet 1905, TUniversité a fait passer les exa- 
mens du diplôme d'études coloniales avec mentions de langue mal- 
gache et de langue annamite. 

Pour répondre aux besoins du commerce et de la colonisation 
à Madagascar, un cours de langue malgache est créé à Tlnstitut 
colonial de Nancy et s'ouvrira le 15 novembre prochain. 

Par décision du 30 juillet, M. Daeschner, ancien adjudant, chrf 
de district dans la colonie de Madagascar,- a été nommé répétiteur 
de langue malgache à Tlnstitut colonial de TUniversilé de Nancy, 
pour Tannée scolaire 1905-1906. 

La question minière continue à préoccuper vivement tous ceux 
qui s'intéressent aux choses de Madagascar, et Ton attend avec une 
certaine impatience le nouveau décret qui doit réglementer les ex- 
ploitations et les concessions aurifères. Au moment où nous écri- 
vons ces lignes (4 septembre), on annonceque cette réglementation, 
enfin arrêtée, sera soumise par M. Clémentel à Tapprobation du 
prochain conseil des ministres; espérons que cette nouvelle est 
exacte et que, dès lors, nous allons être promptemenl fixés. Les 
intéressés commencent, en effet, à trouver le temps long, des pro- 



/ 



INFORMATIONS 279 

testations motivées et qui ne sont vraiment que trop justifiées nous 
arrivent de la Colonie, signalant que tout travail sérieux est de- 
venu impossible tant que les termes du décret ne seront pas connus; 
il importe donc que le Gouvernement mette fin le plus tôt possible 
à cette situation très préjudiciable aux intérêts de la Colonie et des 
paiticuliers. 

Sur les exploitations aurifères elles-mêmes il nV a rien de bien 
saillant à noter. Nous avons signalé dans notre dernier numéro 
Texode î\ Madagascar d'un grand nombre de prospecteurs de 
l'Afrique du Sud, et la constitution, tant à Madagascar qu'au Trans- 
vaal et en France, de sociétés et de syndicats ayant pour objet la 
recherche de Tor. Des ouvriers mineurs venant de Johannesburg 
se sont également rendus à Madagascar et, — naturellement — n'y 
ont pas trouvé à s'employer, aucune exploitation industrielle des 
gisements aurifères n'ayant été encore entreprise. Il leur faudra 
donc retourner au Transvaal, et afin d'éviter de nouvelles décep- 
tions, M. Porter, consul d'Angleterre à Tananarive, a, sur l'invita- 
tion de M. Lépreux, fait savoir officiellement à ses nationaux qu'ils 
aient à s'abstenir de venir — pour le moment du moins — chercher 
du travail à Madagascar dans les mines d'or. 

Notons, enfin, qu'une baisse assez considérable s'est produite le 
mois dernier, à la suite d'une campagne de presse, sur les actions 
du Syndicat lyonnais, et. en général,sur toutes les affaires minières 
de rile, principalement sur celles constituées par les différents 
groupes ou syndicats du Transvaal. Il n'y a rien là qui soit 
de nature à faire mal .augurer de l'avenir des exploitations auri- 
fères, la spéculation étant l'unique cause de ces fluctuations, trop 
exagérées dans un sens comme dans l'autre, pour reposer sur des 
bases sérieuses. 

Nous devons mettre aussi le public en garde contre une campagne 
tendant à déprécier les mines d'or de Madagascar, entreprise ces 
temps derniers tatit en France qu'en Angleterre, par ceux-là mêmes 
qui s'empressent, pour leur compte personnel, de planter des mil- 
liers de piquets à Madagascar ! 



'-# 



La Colonie de Madagascar 

à l'Exposition de Marseille en 1906 



Les expositions semblent avoir quelque peu lassé le public, celles 
du moins qui sont qualifiées d*universelles. Chicago, Paris, Saint- 
Louis, Liège ont successivement tenté de retenir laitention. La 
grande fête de 1900 seule paraît ne pas avoir déçu Tattentedes orga- 
nisateurs sinon des concessionnaires. Outre, en effet, que le mot 
universel a par lui-môme une apparence légèrement prétentieuse, 
Textension démesurée des esplanades, des palais et des galeries 
fatigue le visiteur. Celui qui veut voir Texposition par simple cu- 
riosité se contente d'aller aux « clous » signalés par Topinion pu- 
blique, c'est-à-dire la réclame de la presse, faite par intérêts ou 
par snobisme. L'homme spécialisé se cantonne de parti pris dans ce 
qu'il croit pouvoir être utile à son genre d'études. Le système des 
bons avec entrée fut éminemment ingénieux en 1900, car sans cette 
carte forcée, beaucoup de gens n'auraient franchi l'enceinte qu'un 
nombre de fois très limité et certainement inférieur à 25. Aucune 
statistique n'a d'ailleurs été faite. 

On se spécialise forcément volontiers à notre époque, le genre 
« universel » commençant à être difficile à tenir, sauf pour les journa- 
listes qui en font de nai-sance et d'habitude. Eux seuls, peuvent se 
permettre tous les sujets, surtout eh première page ! Ceux qui ne le 
sont pas n'ont le droit de parler que de ce qu'ils connaissent. 
Cette caractéristique différencie les « intellectuels »des(( manuels •. 

J'ai ouï dire qu'actuellement il fallait cinq ouvriers au moins 
pour fnire un bouton de manchette. 11 en faut davantage pour faire 
une colonie. Le métier de colonial étant de ceux où l'on doit agir 
autant que penser, paraît d'ailleurs susceptible de rentrer dans la 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE MARSEILLE 



^81 



catégorie des c manuels » et au risque d'étonner beaucoup de gens 
en France nous prétendons, au delà de Port-Saïd, que pour être colo^ 
niai il faut se spécialiser. Ce n'est Fa vis ni de certaines sociétés de 
colonisation soucieuses de satisfaire aux demandes de métropoli- 
tains désabusés ou ruinés, ni des pères de famille qui envoient leurs 
fils aux colonies comme dans des maisons de correction. Se spécia- 
liser, pour celui qui va vers Toutre-mer, c'est partir avec Tidée ferme 
et bien arrêtée de planter sa tente dans les pays nouveaux et d'y diri- 
ger son existence vers un labeur de plusieurs années, rude parfois, 
actif toujours. Se spécialiser, pour celui qui s'installe dans les régions 
nouvelles, c'est donner à son activité et à son énergie une tâche en 
rapport avec ses aptitudes, et à laquelle, appliqué dès le début, il se 
consacrera tout entier, presque sans esprit de retour. Cette dernière 
idée, je le sais, est peu française: pas un de nous n'a encore osé 
donner pour titre à un volume Quarante et un ans dans les Indes 
comme le fit le feld-maréchal Lord Roberts ! Patience, pourtant, 
cela viendra et la vocation coloniale sur ce point encore triompher» 
du respect humain. Caril y a maintenant aux colonies des coloniaux,, 
de vrais coloniaux, en nombre tel que leur groupement commencée 
faire en France une opinion, f^inon encore l'opinion ! Et ces coloniaux 
se sont spécialisés ; chacun dans sa spécialité a étudié sa colonie et 
il en résulte qu^actuellement on commence à connaître des pays où, 
dans l'auréole de l'inconnu, se plaçaient jusqu'alors les dessins à la 
Riou et les aventures à la Jules Verne. 

De cette spécialisation est née l'Exposition de Marseille qui en sera 
une elle-même. L'idée d'une exposition purement coloniale a germé 
dans plusieurs cerveaux en même temps, car elle venait à son heure, 
c'est-à-dire au moment précis oii d'une part on ne voulait plus d'ex- 
position universelle et où, de l'autre, les colonies étudiées par des 
spécialistes de tout genre étaient à même de présenter au public un 
inventaire méthodique et raisonné de leurs ressources, sinon com- 
plet, du moins assez avancé pour que le bon ou le mauvais, le suc- 
cès ou l'échec puissent être mis en relief. 

Hanoï avait pris d'ailleurs l'initiative d'une manifestation sem- 
blable; tous ceux qui ont eu la foi d'y aller en ont rapporté le sou- 
venir d'une juxtaposition, insuffisamment peut-être coordonnée, 
mais déjà très importante et présentant pour les coloniaux un inté- 
rêt de premier ordre, celui de la documentation vraie. Hanoï, mal- 
heureusement, était trop loin et les visiteurs y furent rares. Il en 
sera tout autrement à Marseille que sa situation au débouché de la 
Méditerranée et sur la ligne des stations hivernales fait un peu cos- 



282* 



REVUE DE MADAGASCAR 



mopolite et presque coloniale; c'est une escale sur la route deTEx- 
tréme-Orîent, et une station sur la voie du « Rapide-Azur ». 

Aucune ville ne pouvait être mieux choisie pourdonneraux Euro- 
péens ridée des pays du soleil ; sous celui du Midi, les constructions 
aux couleurs vives seront en pleine valeur dans le jeu d'ombres et 
de lumières, tandis que les indigènes seronten pleine vigueur dans 
un climat qui se rapproche du leur, depuis le mois de mai jusqu'à 
celui d'od^obre. Marseille, par les relations commerciales qu^^elle 
entretient avec nos diverses possessions, paraît, de plus, directement 
intéressée à une exposition de ce genre; je dis, parait, carde crainte 
sans doute d'être taxée d'exagération, la vieille colonie phocéenne 
s'est recueillie jusqu'à ce jour, et semble même un peu gênée par 
l'impétuosité juvénile de ses sœurs. Elle attend sans doute la mani- 
festation matérielle de cet élan, traduit parles exécutions des édifices 
dont elle n'a vu jusqu'ici que les images. C'est son droit d'aînée, 
sage et pratique; sa reconnaissance suivra lesactes desàulres; pour 
le moment elle ofTre son hospitalité, aimablement, comme une belle 
provençale . 

Donc c'est à Marseille qu'en 1906, les colonies se donnent rendez- 
vous. Madagascar y sera, simplement et discrètement, avec la juste 
témérité que donnent aux jeunes personnes les critiques ou les 
éloges hyperboliques, qui ne lui ont pas manqué, mais avec la 
ferme volonté d'être et de paraître, ce qu'elle est. Le même soin, du 
reste, qui guidait le commissaire général de l'Exposition, M. J. 
Charles-Roux, quand il composait la classification d'ensemble, ins- 
pirait au général Gallieni sa circulaire du 7 juin 1904, car les 
grandes divisions correspondent sensiblement dans ces deux actes 
organiques: 

Celles de la classification: 1" ressources naturelles du domaine 
colonial; 2<> organisation de la colonie; 3<> hygiène aux colonies; 4° 
outillage de la colonie; 5^ mise en valeur ;6'' industrie; 7° commerce 
et navigation; 8** exportation ; 9° océanographie ; 10^ lettres, sciences 
et arts, — peuvent être rangés dans les deux groupes qui constituent 
les bases des instructions du général Gallieni: 1** ce qui existe; 2^ 
ce qui a pu être fait par l'homme: indigène, colon, fonctionnaire ou 
officier. Le premier groupe est certainement celui qui demande 
l'étude la plus complète et la plus impartiale à Madagascar.La Grande 
lie, en effet, par la longueur de son axe principal orienté Nord-Sud, 
et s'étendant au 12° degré de latitude nord jusqu'au 26° degré de 
latitude sud, présente déjà des différences de climat sur les divers 
points que viennent accentuer encore les différences d'altitudes et 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE MARSEILLE 283 

que modifie la situation découverte ou abritée de ces points, par 
rapport aux moussons de TOcéan Indien. Tandis qu'en effet il pleut 
toute Tannée sur la côte Est, de Vohémar à Mananjary, la côte Ouest 
présente deux saisons bien tranchées comme les hauts plateaux ; 
pendant qu'en juillet le thermomètre à Tamatave marque 30^ il 
atteint à peine 18° à Tananarive. 

Ces différences de climat ont pour conséquences naturelles des 
différences de productions : la flore et la faune se modifient suivant 
les conditions climatériques et Thomme lui-même, manifestation 
principale de cette faune, est adapté aux diverses régions. C'est à 
Madagascar plus qu'ailleurs qu'Elisée Reclus aurait pu voir la justi- 
fication la plus éclatante de sa théorie dans la Terre et t Homme Tin- 
digène dans chaque tribu participe de la région comme les animaux 
qui y vivent, les plantes qui s'y développent. Si de nombreux métis- 
sages provoqués par les diverses immigrations qui se sont produites 
depuis les temps les plus reculés à Madagascar, modifie l'apparence 
extérieure, ç'est-à-dire la teinte, les cheveux, les traits de ces di- 
verses tribus, la diversité des climats avait déjà, au cours des siècles, 
différencié par ces tribus une race qui doit avoir une origine com- 
mune puisque sur 14 degrés de largeur, elle parle une langue sen- 
siblement semblable. Il est donc nécessaire et indispensable dans 
l'inventaire général des ressources malgaches de comprendre l'étude 
en nombre et en qualité de celle qui doit assurer à notre colonisa- 
tion, le secours le plus efficace: la main-d'œuvre. Car si les traits 
du visage et la couleur de la peau diffèrent de tribu à tribu, de 
classe à classe, les aptitudes modifiées par les coutumes présentent 
des divergences dont toute tentative de colonisation doit se préoc- 
cuper? 

Madagascar compte dans sa population des pasteurs, des cultiva- 
teurs, des industriels, des guerriers et des marins, elle compte aussi 
malheureusement des nomades dont le seul travail était jusqu'à ces 
temps derniers la rapine, habitude ancestrale, prête à se réveiller: 
ceux-là, d'ailleurs, vivent dans des régions ingrates, marécageuses 
l'hiver, desséchées l'été. Toutes les tribus ont été étudiées plus ou 
moins consciencieusement ou savamment par des explorateurs, des 
officiers, des fonctionnaires et des colons; la coordination de ces 
études n'avait pas encore été faite jusqu'à ce jour que de façon in- 
complète dans des ouvrages spéciaux et au point de vue ethnogra- 
phique pur. Aidé par l'Académie malgache, le commissariat de 
l'exposition compte grouper à Marseille cet ensemble méthodique- 
ment présenté et le juxtaposer aux divers spécimens qui dans la faune 



284 REVUE DE MADAGASCAR 

et la flore caractérisent les difTérences de région occupées par les 
diverses tribus. Il est à souhaiter que de celte juxte^position, une 
idée nette se dégage, une seule idée qui évitera le retour de décep- 
tions comme celles dont nous avons été témoins ; il est à espérer que 
nous ne reverrons plus des essais de plantes convenant à la région 
basse pratiqués par exemple par les Hauts Plateaux, l'assimilation 
du Hova au Sakalave, celle de TAntankara au Betsimisaraka, etc.. 
Combien nombreux les récits de voyageurs qui ont parlé de Mada- 
gascar en général après avoir vécu deux ans à Tamatave. Ils sont 
tombés dans des erreurs aussi monstrueuses que ceux qui en ont 
parlé, n'ayant jamais été nulle part! C'est, on le voit, une spéciali- 
sation que nous cherchons à obtenir chez le visiteur: elle n'est 
pas, il faut l'avouer, bien difficile; nous tâcherons que la présenta- 
tion la simplifie encore. 

Cette présentation impose forcément un classement général des 
collections qui devront, pour accuser les différences, juxtaposer 
dans l'ordre géographique les diverses provinces. Les provinces, il 
est vrai, depuis le début et surtout au début, ont subi des modifica- 
tions de frontières qui font sur certains points empiéter les uns sur 
les autres les groupements ethniques. Toutefois, l'administration 
du général Gallieni, si soucieuse de la politique de races qu'elle 
s'est préoccupée parfois de celle de clans, à juste titre, d'ailleurs, 
tend depuis deux ans à donner aux provinces leurs frontières pri- 
mitives. Les chances d'erreurs seront donc bien légères ; une carte 
ethnographique à grande échelle délimitant exactement les terri- 
toires de répartition, sera là pour signaler celles qui subsiste- 
raient. 

Cette présentation par provinces fut la dominante depuis le pre- 
mier jour du système adopté pour le bâtiment d'exposition; la 
vérandah qui règne autour de cet édifice (1) doit, en effet, dans 
chacune de ses travées recevoir la carte murale de chacune des 
provinces. Dès l'extérieur, le visiteur sera donc prévenu de la clas- 

(1) La superficie totale du terrain affecté à la Colonie est de 4.000 mètres 
environ, sur lesquels le pavillon où seront exposés les produits de la Grande 
Ile occupera une surface approximative de 1.500 mètres, y compris le trot- 
toir et les abords. 

Sur les 2.500 mètres disponibles, 1.500 seraient mis à la disposition dun 
industriel pour y édifier, à ses frais, un café qui porterait le nom de café de 
Madagascar. Le concessionnaire prendrait également à sa charge la cons- 
truction d'un kiosque dans lequel la musique malgache jouerait régulière- 
ment tous les soirs, de cinq heures à sept heures. 

Sur les 1.000 autres mètres seraient construits cinq ou six petits kiosques 
pour la vente des produits provenant de la Colonie et qui sont déjà connus 
et recherchés en France. 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE MARSEILLE 285 

sification adoptée dans Tintérieur et c'est après une préparation 
préliminaire qu*il parcourra les vitrines combinées en surfaces 
verticales et horizontales de manière à loger le maximum de docu- 
ments dans le minimum de place. Ainsi, dans des conditions rigou- 
reusement similaires, chaque province pourra grouper son inven- 
taire catalogué dans les deux grandes divisions ci-dessus : ce sera 
naturellement,ce qui aura été fait manuellement. Près des provinces, 
adossé au mur principal de pourtour, l'exposition de chacun des 
services de la colonie condensera la documentation provinciale, 
c'est-à-dire en présentera l'extrait global en rapport avec sa spécia- 
lité de métier. Entre l'exposition des services et celle des provinces 
seront groupés les exposants particuliers personnifiant les efforts 
industriels, mettant à profit les ressources naturelles avec le 
concours des efforts généraux, c'est-à-dire des services. 

Tel est, dans son ensemble, le schéma de l'Exposition de Mada- 
gascar, telle sera, si l'effort est unanime, Tidée maîtresse de cette 
exposition. Dans un prochain article nous étudierons en détail, 
comment autour du bâtiment d'exposition proprement dit, forcément 
un peu froid parce que méthodique, nous nous proposons de 
grouper les éléments de distraction, et comment nous voudrions 
par ces éléments eux-mêmes obtenir la mise en relief de certains 
produits de Madagascar qui, sous des noms plus ou moins exotiques 
mais rarement malgaches, commencent à donner lieu sur le marché 
français à une importation qu'il faut développer et encourager. 

Ant. Jully. 

Architecte et commissaire de la Colonie 
à TExposilion de Marseille 



Qibliogpapbie de (Dadagaseap 



Année 1905 (ï) 



REVUES 

Baron (R6¥. 8j. — Rock cavities in (îranite in Madagascar. Londres, 
Geological 3/a^ar/ne, janvier 1905, pp. 17-20. 

Bergèa (AehWé) , — Les chemins de fer de Madagascar. Paris, VEfforf, 
août 1905. pp. 127-138. 

Etude critique du chemin de fer de BrickavilleàTananarive. L'au- 
teur préconise l'établissement dans l'Ile de chemins de fer à trac- 
tion électrique. 

Bertrand [Gabriel). — Sur les cafés sans caféine. (Cafés de la Grande 
Comore et de la Montagne d'Ambre). Paris, Comptes rendus Ac. 
.Se, séance du 17 juillet 1905, pp. 209-211. 

Boivin (R, P,) — Echos et Nouvelles du Betsileo (voyage de Mananjary 
à Fianarantsoa). Abbeville, Chine y (]eijlnn^ Madagascar, juin 1905, 
pp. 401-408. 

Caateta (R. P.). — V^icariat apostolique de Madagascar central (lettre). 
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Chesnay (R.P.). — Echos et Nouvelles du Betsileo. Abbeville, Chine 
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(l) Voir \a Bévue des 10 mare. 10 avril. 10 mai, 10 juin el 10 août 1905. 



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Au sujet de la candidature de M. Augagneur, maire de Lyon, comme 
Gouverneur général de Madagascar. 

Le Petit Journal militaire, maritime et cohniaL Paris 20 août 1905. — Les 

ADMINISTRATEURS INDIGÈNES A MADAGASCAR. aVCC 2 ph . 



JOURNAUX 

A. C— Notes sur Madagascar. Pari«. L'Europe Coloniale, 1^' juin 1905. 

Afbret (Louis tf). -- Dix ans après. Pari.<». L'Événement, 1 juin 1905. 
L'œuvre du général Gallieni à Madagascar. 

B — Le RETOUR DU GÉNÉRAL Gallieni. Paris. Le Gaulois, 15 juin 1905. 

Ceccaldi (A. F.). — A Madagascar. Paris. Le Rappel, 28 juin 1905. 
Critiques de Tadministration du général Gallieni et considérations 
sur le choix éventuel de son successeur. 

Clique (Marc). — A Madagascar: Agriculture, Commerce, Industrie. 
Paris, La Liberté, 28 juillet, 31 juillet et 5 août 1905. 
Reproduit par Y Egypte (Le Caire) des 6, 8 et 12 août 1905. 

Comél/{J.). — Une bonne journée. Paris. Le Siècle, 16 juin 1905. 
Appréciation de l'œuvre du général Gallieni. 

Courtois (A.) — Courrier de Madagascar. Paris. L'Europe Coloniale, 
2 juillet 1905. 
Renseignements divers sur la colonie. 



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J^epaêêe (Hector), — La Grande Ile. Paris. Le Radical, 30 mai 1905. 
Pensons a nos colonies. Paris. Le Radical, 14 janvier 1905. 
A propos du successeur éventuel du général Gallieni. 

Jiidter (Paul), — Le retour du général Gallieni. Paris. La Dépéc he 
Coloniale, 16 juin 1905. 

€aly (Gaspard), — Retour du général Gallieni. (Une interview du gou - 
verneur général). Paris. Le Journal, 15 juin 1905. 

3ro8claude, — Les Truffes de Madagasgar. Paris. L'Echo de Paris, 22 
juin 1905. 
Protestation contre Tarrôlé suspensif des permis de prospection. 

Jienri Êfaret — A Madagascar. Paris. Le Rappel, 12 juin 1905. 
Appréciation de Fœuvre du général Gallieni. 

Léotard (Jacquen), — L'oeuvre du général Gallieni. Marseille. Le Jour- 
nal de* Colonies, 16 juin 1905. 

Le général Gallieni a Marseille. Marseille. Le Sémaphore, 

15 juin 1905. 
Compte-rendu complet du banquet offert au général Gallieni par la 

Société de géographie. 

Maurice Ordinaire, — Madagascar. Paris. La République Française, 15 
juin 1905. 
Etude sur la situation actuelle de Tlle. 

Monifray (P,} — Etes-vous franc-maçon? Paris. ULnivers et le Monde, 
3 juillet 1905. 
Un instituteur raconte qu'il n'a pu être envoyé à Madagascar parce 
qu'il n'était pas franc-maçon. 

Payen (Edouard). — Le général Gallieni. Paris. Le Journal des Débats, 
15 juin 1905. 
L'or a Madagascar. Paris. Le Journal des Débats, 30 juin 1905. 
Protestation contre les entraves apportées aux exploitations auri- 
fères. 
L'oeuvre de la France a Madagascar. Paris. Le Journal des Débats, 
6 août 1905. 



Le secrétaire général du Comité de Madagascar 

Directeuk-Gerant : G. DELHORBE 



1^3;. . Q. de Malherbe, imprimeur la, passage des FaToritea» XV* 



DANS L'ATTENTE 



d'une 



LÉGISLATION MINIÈRE 



Des Français notables établis de longue date à Madagascar, 
MM. Baudin, Hallot, Jacquinot, Pascal et Savarron, ont 
publié un mémoire sur Tarrêté du 3 juin 19()5 qui suspend, sur 
Tordre du ministre des Colonies, les recherches minières. Ils y 
discutent avec des arguments fondés et logiquement déduits 
la légalité de l'arrêté du 3 juin 1905; ils recherchent les 
motifs qui ont pu inspirer cette mesure, ils eu indiquent les 
conséquences économiques dont la portée ne saurait échapper 
à personne. 

Nous espérons que ce mémoire est parvenu à destination 
et .qu'il a rencontré bon entendeur. Nous attirons sur cette 
remarquable et substantielle étude l'attention de tous ceux qui 
s*intéressent à la situation de notre colonie malgache. Mais 
fidèles au programme et à la tradition du Comité de Mada- 
gascar, nous ne nous répandrons pas en lamentations en 
présence d'un fait accompli. Nous formons ungroupede colons, 
c'est-à-dire d'hommes d'action; c'est donc le présent et l'avenir 
que nous envisageons, non pas en déplorant ce qui a été fait, 
mais en indiquant ce qu'il reste à faire. 

Jusqu'au 3 juin 1905, la réglementation de la recherche et 
de l'exploitation de l'or était fixée à Madagascar par le décret 
du 20 février 1902. 

19 



290 REVUE DE MADAGASCAR 

L'article I'*' en était ainsi conçu : 

« La recherche et Texploitation des gîtes naturels d'or, de 
métaux précieux, tels que Targent et le platine, et de pierres 
précieuses en alluvions, amas, couches ou filons existant dans 
le territoire de la colonie de Madagascar sont soumises aux 
dispositions du présent décret. » 

Nous soulignons le mot filons^ il est inscrit dans le 
texte . 

Le législateur qui doit prévoir — puisque gouverner c'est 
prévoir — avait donc prévu que le décret de 1902 s'applique- 
rait à des filons. Et cependant pour abroger ce décret, on n'a 
pas attendu qu'un filon fût exploité. 

Aucun filon n'est encore industriellement exploité dans la 
Grande Ile; on a peut-être déjà exploité des filons malgaches, 
mais c'est autre part qiie dans la mer des Indes, et autrement 
qu'industriellement ! 

Pour que l'arrêté du 3 juin 1905 parût, il a suffi qu'un filon 
fût découvert. 

Que la législation minière établisse en général une distinc- 
tion entre une exploitation d'alluvions et une exploitation de 
filons, cela se conçoit aisément. Autre chose est la battée que 
Ton pratique à Madagascar en passant sur de vastes espaces 
pour obtenir, des alluvions traitées, un mince rendement à la 
tonne, autre chose est Tinstallation industrielle, durable, 
permanente, immobilière que nécessite, en un lieu restreint et 
déterminé, l'extraction de l'or d'un gisement filonien. 

La législation des Etats-Unis précise ce qu'il faut entendre 
par gisement filonien d'une part, paralluvion d'autre part. Aux 
termes de la loi du 10 mai 1872 les gisements filoniens sont 
ceux qui contiennent des couches ou filons de quartz ou autre 
roche en place tenant de l'or ou de l'argent, du cinabre, du 
plomb, de l'étain ou autre dépôt de valeur. On envisage par 
ailleurs « tous les gisements (a// /brms of deposil) excepté les 
veines de quartz ou autres roches en place ». 

Ainsi, les deux classes sont bien nettement caractérisées par 
l'existence ou l'absence de la roche en place, 

La propriété des gisements filoniens s'acquiert aux Etats- 
Unis par l'obtention d'un « patent » délivré par le gouverne- 



DANS L ATTKNTE d'uNE LÉGISLATION MINIERE 291 

inenl fédéral au prix de 5 dollars par acre compris dans le 
claiin ,02 fr. 7)0 par hectare). 

La procédure d'acquisition est la même pour les alluvions 
que pour les claims (iloniens, mais le prix d'achat est moitié 
moindre, 2 dollars 1/2 par acre ou 3 fr. 25 par hectare. Le 
« patent » pour exploitation alluvionnaire ne confère pas, 
comme le « patent » pour exploitation filonienne, de droit de 
suite sur le gisement. 

Si dans un gisement filonien on découvre un filon, le déten- 
teur du « patent » pour exploitation alluvionnaire ne peut l'ex- 
ploiter qu'après l'obtention d'un « patent » spécial au prix de 
31 fr. 25 par hectare filonien. 

En Autriche, de même qu'aux Etats-Unis, la législation 
diffère suivant qu'il s'agit de gisements filoniens ou alluvion- 
naires. Les permis d'exploration et d'exploitation sont dis- 
tincts suivant les cas. 

On a pu songer qu^il y avait à cet égard une lacune à com- 
bler dans le décret de 1902. 

A vrai dire, le statu quo n'aurait pas entravé le développe • 
ment de la colonisation. C'est surtout au point de vue fiscal 
que l'on conçoit la différence de mesures législatives à 
appliquer suivant qu'on se trouve en présence d'un filon ou 
d'un simple gisement alluvionnaire. Nous respectons le point 
de vue fiscal. Mais si l'on introduit dans un décret nouveau, 
applicable à Madagascar, deux catégories de taxes à appliquer, 
Tune au filon, l'autre aux gisements alluvionnaires, il impor- 
tera d'y établir aussi très clairement deux catégories de 
recherches, deux catégories d'exploitation et d'y donner des 
définitions précises et sans ambages. Si un colon, autorisé à 
exploiter plusieurs kilomètres carrés d^alluvions, découvre 
sur cette surface un filon de peu d'importance et d'étendue, 
il convient qu'on n'impose pas à l'ensemble de l'exploitation 
les taxes qui seraient applicables au filou seul. 

Nous craignons en réalité que la pénurie du Trésor, la 
nécessité de créer des ressources nouvelles au budget de 
Madagascar, le besoin de tirer un produit immédiat pour le 
Trésor des premières espérances d'une • industrie encore à 
créer, soient les véritables, âinon les seuls motifs de l'arrêté 



292 REVUE DE MADAGASCAH 

du 3 juin 1905 et du projet de modification à introduire dans 
le régime minier de Tlle. 

Examinons donc ce que les exploitations aurifères devaient 
fournir au Trésor d'après le régime de 1902 et cherchons dans 
quel sens et dans quelle mesure lés taxes anciennes pourraient 
être changées. 

Le titre II du décret de 1902 réglait les conditions de la 
recherche des gîtes aurifères. 

D'après les articles 13 et 14, le permis de recherches 
s'acquérait moyennant un droit de 100 francs ; il était valable 
pour un an, la durée de sa validité pouvait être prorogée 
par période d'un an et deux fois au maximum moyennant 
payement d'un droit de 200 francs pour la première proro- 
gation et de 500 francs pour la deuxième. 

Le titre III du décret fixait les conditions de Texploitation. 

D'après Tarticlc 23, toute exploitation était soumise à une 
taxe fixée à 5 de la valeur des matières extraites au lieu 
d'extraction. 

MM. Hallot, Baudin, Jacquinot, Pascal et Savarron se 
sont livrés à une étude des résultats de onze exploitations 
d'alluvions parmi les plus riches de Madagascar. Ils ont 
trouvé que le prix moyen d'un kilogramme d'or revenait à 
2.733 francs, la taxe de 5 0/0 non comprise. Le bénéfice, sans 
déduction de cette taxe, si l'on compte le prix moyen de vente 
de l'or à 3.200 francs, est donc de 467 francs. La taxe de 5 0/0 
se percevant sur le prix du kilogramme d'or compté à 
3.000 francs, sans déduction de frais, est de 150 francs. En 
Borte que sur un bénéfice de 467 francs par kilogramme 
d'or, lexploitalion paie 150 francs, soit plus de trente-deux 
pour cent, au Trésor. 

La proportion .est raisonnable et l'on se demande ce que 
l'Etat peut exiger déplus sans risquer de décourager la for- 
mation de toute entreprise considérable et sérieuse dans notre 
colonie. Mais s'il est dangereux d'augmenter le chiffre de 
l'impôt, il est peutrêtre possible, il peut paraître utile d'en 
changer ce qu'on e&t convenu d'en appeler l'assiette. 

On peut concevoir dilTérentes sortes de taxations sur les 
raines : d'après le décret de 1902, oh ne taxait que le produit 



DANS l'attente d'uNE LÉGISLATION MINIERE 293 

de rcxploilation et le produit brut. La préoccupation d'en- 
traver les accaparements des gisements aurifères a inspiré 
dans certains paysTidéedela/ax^d/a surface. D'autre part, on 
peut aussi envisager une taxe frappant non le produit brut, 
mais le produit net. 

Avant déjuger a priori, il est bon de comparer, de recher- 
cher des exemples, de profiter de l'expérience d'autrui, 
d'examiner ce qui a été fait dans les pays aurifères de 
colonisation qui peuvent être assimilés à Madagascar. 

Si Ton pose, à Paris, à un colonisateur en chambre, la 
question suivante : « A quel pays producteur d'or comparerez- 
vous Madagascar? » — Si Ton suppose que ce colonisateur en 
chambre — ou en bureau — n'a pas de connaissances 
techniques en matière minière — il y a gros à parier que la 
réponse sera une énorme bêtise. « Comparer Madagascar à 
un autre pays aurifère? Oh! c'est bien simple, il n'y a qu'à 
traverser le canal de Mozambique. — Prenez le Transvaal! » 

Et quand on commence par dire une grosse bêtise, on est 
bien près d'en commettre une pire. Le Transvaal est un pays 
où l'industrie de l'or a atteint son plein développement. Les 
gisements aurifères sont d'une nature telle qu'on n'en a ren- 
contré nulle part ailleurs un second exemple. Ce sont des 
couches d'or, dont la densité, la richesse et la régularité sont 
hors pair. On peut aller jusqu'à dire qu'on récolte l'or au 
Transvaal comme on récolte le charbon en Angleterre et en 
Belgique. L'analogie est frappante. 

A Madagascar, on s'est borné jusqu'ici à traiter à la battée 
des alluvions de très faible teneur. On a trouvé des filons, 
mais si on en peut affirmer l'existence, nul n'a pu, même appro- 
ximativement, en évaluer jusqu'ici le contenu. « Ce pays n'a 
pas encore été prospecté, » nous écrivait récemment un spé- 
cialiste, en voyage dans la Grande Ile. « Ce que sera au juste 
« l'industrie aurifère dans ce pays, nous disent MM. Baudin, 
« Hallotet consorts, le ministre des Colonies, s'il le sait, ferait 
« bien de nous renseigner, car nous qui en sommes les créateurs 
« et les artisans, nous n'en savons rien à l'heure actuelle. Nous 
« savons que Madagascar, spécialement dans certaines régions, 
« possède des richesses minières qui peut-être sont considé- 



294 REVUE DE MADAGASCAR 

« rables et dépasseront loiit ce que nous pouvionsespérer. Mais 
« où donc en est la démonstration pratique? ()ue nous réserve 
« Tétude approfondie, complète, de ces riches gisements ? Quel 
« procédé industriel conviendra à leur traitement? Que coûte- 
« ront les installations d'usines dans ce pays au sol tourmenté 
« où il n'existe qu'une seule route carrossable pouvant réelle- 
« ment servir aux transports énormes du matériel et des ma- 
« chines?...» Quels éléments de taxation peut-on imaginer dans 
de pareilles conditions? Et comment pourrait-on prendre 
comme point de comparaison le Transvaal où tous les pro- 
blèmes qu'on pose à Madagascar sont depuis longtemps 
résolus dans des conditions exceptionnellement favorables. 
Autant comparer une forêt vierge à la Beauce! Fixer l'impôt 
foncière percevoir en Annam d'après les chiffres qu'appliquent 
nos percepteurs en Normandie. On n'amène pas de moisson- 
neuse sur un terrain en friche! 

C'est ailleurs qu'au Transvaal qu'il convient de chercher 
un exemple de législation minière à introduire à Madagascar. 

Dans la Colombie britannique, on peut moyennant 5 dollars 
acquérir un certificat de franc mineur qui donne à son titu- 
laire le droit de pénétrer dans toutes les terres de la Couronne 
et dans toutes les autres terres disponibles et d'y rechercher 
des minéraux précieux. Le droit de îS dollars est porté à 50 
quand il s'agit non d'un individu, mais d'une Société dont le 
capital est inférieur à 500.000 dollars ou moins, et à 100 dol- 
lars pour une société dont le capital est supérieur à 500.000 dol- 
lars. Le certificat de franc-mineur n'est pas identique au per- 
mis de recherche de Madagascar. Le permis de recherche 
confère un droit exclusif sur une surface déterminée. Le cer- 
tificat de franc-mineur est une manière de permis de chasse. 

On trouve dans la législation minière de la Colombie bn- 
tannique la dualité de taxation : taxe à la surface et taxe sur 
la valeur de l'or extrait. Les mines, placcrs ou claims octroyés 
par la Couronne sont soumis à une taxe annuelle de 25 sous, 
c'est-à-dire de 1 fr. '25 par acre soit environ 3 fr. par hectare); 
mais cette taxe n'est pas perçue quand l'exploitant a dépensé 
dans l'année 200 dollars en travaux isoil 1.000 francs). 

Un droit régalien annuel de 2,50 pour cent est perçu sur la 



DANS l'attente d'uNE LÉGISLATION MINIÈRE !?9r> 

valeur de Tor extrait; mais si la production annuelle d'une 
mine est inférieure à 5.000 dollars, la moitié de cette taxe est 
restituée à l'exploitant; si un placer n'obtient pas un produit 
brut de plus de 2.000 dollars en un an, l'administration restitue 
au contribuable la totalité de la taxe. 

Les intérêts du Trésor ne sont donc pas négligés, car on 
peut considérer comme appréciables les deux taxes précitées. 
Tune de 3 francs par hectare en chiffre rond, l'autre de 2,50 
pour cent sur le produit brut de la mine. Mais certaines dis- 
positions favorii^ent le travail d'exploitation et sauvegardent 
les intérêts d'une industrie débutanle. Ce sont là des incJica- 
tions à retenir et, le cas échéant, à imiter. 

On a souvent comparé Madagascar aux Indes Néerlandaises. 
Les affinités malaises de notre Grande Ile sont consacrées par 
les affirmations de la science officielle. Il n'est pas inopportun 
de le rappeler ici. 

Aux Indes Néerlandaises, le titulaire d'un permis de 
recherches de métaux précieux est soumis à un droit fixe 
annuel proportionnel à la surface de son terrain d'explora- 
tion. Ce droit est de florin,02 par hectare. Ce n'est pas trop 
cher. 

En ce qui concerne le permis d'exploitation, le gouverne- 
ment perçoit sur chaque concession : 

l** Un droit fixe annuel de florin 25 par hectare, payable 
d'avance (soit moins de fr. 55 centimes par hectare) . 

2** Un impôt annuel s'élevant à 4 0/0 du produit brut de 
l'exploitation. Cependant, si le concessionnaire prouve que 
l'exploitation de •l'année écoulée a produit des pertes ou 
qu'elle serait en déficit après déduction de ces taxes, l'impôt 
de 4 0/0 sur le produit brut sera diminué d'une somme à fixer 
par le (iouverneur général, sans que toutefois la somme à 
percevoir puisse descendre au-dessous de 1 0/0 du produit 
brut. 

Modération relative des taxes, précaulions et exceptions 

spéciales pour empêcher l'industrie aurifère de péricliter, 

telles sont les caractéristiques de la législation minière aux 

Indes Néerlandaises comme dans la Colombie britannique. 

Le principe de la laxe à la surface y trouve une applica- 



296 REVUE DE MADAGASCAR 

tion. Ce principe est justifié par la crainte de voir des étendues 
excessives couvrant le pays presque entier aux mains d'un 
petit nombre de spéculateurs. Il suffit cependant d'une taxe 
modérée pour écarter les abus de ce genre. 

Une taxe à la surface, si elle est excessive, devient une 
véritable prime à la fraude. 

N'oublions pas que Madagascar est fort vaste, que le con- 
trôle des mines, à moins de devenir fort coûteux, n'y peut être 
assuré que par un petit nombre de fonctionnaires. Les moyens 
de communications sont encore primitifs sur les territoires de 
prospection, le contrôleur y voyage encore en filanzane et 
son arrivée est signalée plusieurs jours à l'avance à l'exploi- 
tant. 

Le fraudeur, dont le périmètre d'exploitation comprendra 
sur un rayon d'un ou de plusieurs kilomètres le cours d'une 
rivière et de ses affluents, prendra soin de ne déclarer au fisc 
qu'un petit quadrilatère suivant les bords de la rivière 
principale. Il ne se gênera pas pour faire la battée le long des 
affluents, mais si le contrôleur trouve que le terrain de ce 
côté-là paraît fraîchement remué on pourra toujours attribuer 
ce délit à un indigène en maraude ou à quelque prospecteur 
inconnu qui ne dit pas son nom et qu'on n'a pas revu ! 

Il serait téméraire pour le Trésor d'escompter de trop 
grosses recettes sur le principe delà taxe à la surface. 

Quant à Tidée de substituer à la taxe au produit brut celle 
qui serait prélevée sur le produit net, elle est à certains points 
de vue défendable, elle n'est pas non plus sans inconvénient. 
Evitons le plus possible l'inquisition administrative dans le 
détail de nos affaires industrielles. 

Le décret de 1902 imposait aux mineurs de Madagascar des 
redevances^assez lourdes. Si l'on veut en modifier le prin- 
cipe, qu'on se garde d'en aggraver la charge. 

La prospérité financière des pays neufs où l'industrie de 
l'or a pris depuis quelques années un grand développement 
ne résulte pas de l'élévation des taxes qui frappent directe- 
ment celte industrie. C'est le progrès général du pays, c'est 
l'afflux d'une population immigrante qui évolue autour de 
la mine d'or et qui mange, boit, s'habille, fume et jouit 



DANS i/ATTENTE d'uNE LÉGISLATION MINIÈRE 297 

avidement de rexislence, c'est Fabondance des salaires 
que touchent les ouvriers de l'exploitation et dont le montant 
atteint au moins la moitié de la valeur de Tor produit, c'est 
le mouvement des transports, c'est l'importance de toutes les 
transactions qui apportent au Trésor public une somme con- 
sidérable d'impôts indirects, très supérieure au chiffre produit 
par les taxes minières proprement dites. Ce n'est pas sur la 
mine mais autour de la mine que l'Etat ramasse le métal pré- 
cieux. Si l'Etat français veut sa juste part de l'or malgache, 
qu'il le laisse au moins sortir du gîte. 

Laissez le fleuve se répandre en dehors de sa source, il fera 
verdoyer la croûte terrestre, drainera les germes féconds, 
portera les plus lourds fardeaux, ébranlera les plus puissants 
moteurs, donnera la vie, la force, la lumière, et sur ses rives 
on verra surgir les cités bourdonnantes et populeuses. 

Captez la source, et il n'y aura plus rien que sécheresse, 
misère et désolation ! 

HOBEPIT DUMERAY. 



PLANTAIN LE PIRATE 



a 



GRAND ROI DE MADAGASCAR" 



DÀPHIIS CLf:.\fK\T I)0\VM\(:. SOS IIISTOniKX (l) 



John Plantain, un des plus fameux pirates de Madagascar, 
naquit à Tîle de la Jamaïque vers 1700, en un lieu que .l'on 
appelait Chocolaté Ilole « le trou au chocolat». Ses parents, 
qui étaient de nationalité anglaise, eurent soin d'inculquer à 
leur fils l'éducation.. . négative qu'eux-mêmes avaient reçue, 
comme du reste tout le bas peuple dans ces pays : dès 
que John Plantain put articuler son premier mot, il ap- 
prit donc à jurer, à blasphémer, à dire des horreurs; il 
fréquenta bien pendant quelque temps Técole; il y apprit 
même à lire, mais faute d'avoir l'occasion d'utiliser son savoir, 
il l'oublia rapidement. 

A treize ans, notre héros entra dans la carrière où il devait 
se distinguer plus tard, en débutant par les fonctions de 
groom, chez le capitaine d'un petit sloop, qui, sous prétexte 
de se livrer au commerce du bois de campêche, donnait la 
chasse aux embarcations espagnoles et, pour employer l'ex- 
pression de l'auteur, « marronnait les Espagnols ». 

Quelques années plus tard — il devait avoir vingt ans — 
Plantain fit à Hhode-Island la connaissance d'une bande de 

{\) CeUe étude est lirée d'un des documents réunis par MM. Alfred et 
Ouillaunie Grandidier, pour la Collection des oiimujes anciens concernant Ma' 
dagascar, éditée parle Comité de Madagascar, 



PLANTAIN LE PIRATE 299 

pirates qui n'eurent aucune peine à rembauclicr et c'est sur 
les côtes de la Guinée qu'il accomplit ses premiers exploits. 
Là, en effet, les compagnons flibustiers eurent vite fait de 
s'emparer, par force ou ruse, d'une demi-douzaine de navires : 
c'était trop pour continuer à écumer la côte de Guinée; ce 
n'était pas assez pour résister à une escadre de guerre an- 
glaise, qu'ils savaient ôtre à leurs trousses. On résolut donc de 
se séparer. Une partie des pirates s'adjugea comme domaine 
l'Atlantique, où ils eurent du reste, peu de temps après, la 
fâcheuse idée de tomber entre les mains de l'escadre anglaise, 
sous les ordres de sir Chalower-Ogle, qui s'empressa de les 
faire pendre en guirlande, le long de la côte de Guinée. 

Les autres, parmi lesquels se trouvaient Plantain et le capi- 
taine England — singulier nom pour un forban anglais — 
se dirigèrent sur la merdes Indes. A la baie de Saint-Augus- 
tin, où les pirates mirent pour la première lois le pied sur le 
sol malgache, le docteur fit transporter à terre les malades. 
On s'étonnera peut-être d'apprendre qu'il y avait un docteur 
à bord de ces navires; il faut cependant noter que lorsque les 
pirates capturaient un navire, leur premier acte était toujours 
— une fois le massacre des récalcitrants terminé — de deman- 
der aux survivants de s'enrôler dans leur équipage : la plu- 
part refusaient; les flibustiers s'en débarrassaient alors, soit 
en les laissant partir sur une embarcation disponible, soit en 
les déposant sur une côte à proximité, ou plus souvent en les 
faisant périr. Mais, généralement, ils contraignaient le chi- 
rurgien et le charpentier à venir avec eux : le chirurgien 
devait soigner la carcasse des hommes, le charpentier celle 
du navire, au moins aussi précieuse! 

De la baie de Saint-A'uguslin, les pirates, après avoir touché 
à Mozambique, puis à Anjouan, une des îles Comores, allèrent 
faire une croisière à l'entrée de la mer Houge. Ils capturèrent 
un navire maure, richement chargé, avec lequel ils gagnèrent 
l'île Sainte-Marie, où le roi indigène, n'ayant pas eu depuis 
longtemps la visite de pirates chargés de butin, les accueillit 
avec enthousiasme. A Sainte-Marie, Plantain lit avec ses 
hommes un horrible carnage des Maures, dont ils se parta- 
gèrent les biens et les femmes. Après quoi, ils retournèrent 



300 REVUE DE MADAGASCAU 

à Anjouan, où ils eurent un combat extrêmement sérieux avec 
un navire de guerre anglais, le Cassandra; ils s'en emparèrent 
et comme fiche de consolation, ou en signe d'admiration pour 
la vaillance du capitaine Mackray, le commandant de ce na- 
vire, ils lui abandonnèrent un de leurs bateaux, pour lui per- 
mettre de s'en aller. 

Pendant les deux années qui suivirent ils capturèrent un 
navire portugais, sur la côte de l'Inde, puis un autre vaisseau 
maure, venant de Chine. Se croyant alors suffisamment 
riches pour s'installer à Madagascar, ils se dirigèrent sur 
Fort-Dauphin, que la compagnie et le gouvernement français 
avaient abandonné depuis longtemps, puis ils gagnèrent 
Gharnock-Point, aujourd'hui Pointe à Larrée, la langue de 
terre qui semble vouloir piquer, sans y parvenir, Fîle Sainte- 
Marieen son plein milieu. Ici, lespirates étaient chez eux. Ils dé- 
chargèrent leurs navires, emmagasinèrentlespro visions de bou- 
che, les liqueurs, cachèrent l'argent, les bijoux et les diamants. 

Des lettres laissées par un navire de guerre anglais à des 
indigènes de la baie de Saint-Augustin, pour être remises 'à 
un autre bâtiment de guerre anglais furent interceptées par 
les pirates, qui apprirent ainsi que la mer allait être peu sûre 
pour eux, qu'il leur faudra se tenir tranquille pendant quelque 
temps, ou tout au moins suspendre les opérations maritimes, 
jusqu'au départ de la flotte de guerre de Sa Majesté britan- 
nique. Le mot d'ordre fut donc de se disperser sur le conti- 
nent malgache. 

Plantain s'installa avec ses deux lieutenants, James Adair, 
Ecossais, et HansBurgen, Danois, à Hauler-Bay ou Hautabé, 
à l'attache méridionale de la petite presqu'île de la Pointe à 
Larrée. Il construisit un chAteau fort ?), prit possession du 
territoire environnant et se proclama roi de Rantabé. 

Qu'avaient-ils fait de leurs navires? L'historien de Plantain 
ne le dit pas. Sans doute, ils les avaient immergés près de la 
côte et quand le Salisbury, navire de guerre anglais, arriva à 
la Pointe à Larrée, il ne trouva plus aucun bateau pirate. Les 
forces anglaises avaient ordre de donner la chasse aux flibus- 
tiers sur mer, mais non d'inquiélor des aventuriers blancs sur 
la terre ferme. 



PLANTAIN ï.e MnATE 301 

Un jour, rhistorien de Plantain, Downing, alors officier à 
bord du Salisbury^ fut. abordé par un individu vêtu de hail- 
lons et portant deux pistolets à la ceinture. C'était Plantain 
qui lui demanda ce que les Anglais venaient faire à Mada- 
gascar et s'ils étaient à la^poursuite des pirates, lui avouant 
qu'il en avait lui-même fait partie et qu'il vivait aujourd'hui à 
Rantabé. Comble d'ironie : Plantain chargea Downing de 
faire au commodore des offres de service pour l'approvision- 
nement des navires de guerre anglais, en bétail ou autres 
vivres ! 

Plantain s'était installé dans son « castel )>à Hantabé avec 
tout le confortable d'un roi malgache et d'un pirate retiré des 
affaires. Il prit un grand nombre de femmes auxquelles il 
donna de riches vêtements de soie et des diamants, mais il 
en désirait une plus belle et c'est pour sa possession qu'il 
entreprit les luttes meurtrières que nous allons relater. 

Plantain avait entendu parlerd'une femme merveilleusement 
belle, issue de sang royal par sa mère et de sang anglais par 
son père. C'était la petite-fîlle du roi de Mazalagem, dans la 
baie de Boina, au nord- ouest de la Grande Ile. Klle s'appelait 
Eléonora Brown. Son père qui se livrait à la traite des nègres 
lui avait appris à parler anglais et à adorer le Dieu des chré- 
tiens. Il lui faisait réciter le Credo et le Paier, matin et soir. 
Plantain, devenu roi, voulait avoir comme compagne royale, 
une femme d'extraction anglaise, une Lady : c'était Eléonora 
qu'il lui fallait. 

Il envoya donc demander sa main à son grand-père, le roi 
Dick; celui-ci était assez disposé à accueillir la demandé de 
Plantain, du moins il n'avait aucune raison personnelle de la 
repousser, mais c'est alors que les aflTaires se compliquèrent. 

Lorsque les pirates se dispersèrent, une soixantaine envi- 
ron, y compris le capitaine England, pénétrèrent dans l'inté- 
rieur de l'île; quelques-uns d'entre eux s'étaient rendus auprès 
du roi Dick et étaient devenus ses conseillers écoutés; ils ne 
se souciaient donc guère de renouer des relations avec Plan- 
tain. Un d'entre eux était même entré fort avant dans les 
faveurs d'Eléonora Brown, la belle Anglo-Malgache, et il était 
devenu son amant. Les Anglais résidant à la cour du roi 



302 REVUE DE MADAGASCAR 

Dick, exhortèrent donc celui-ci à repousser la demande de 
Plantain. 

Mal lui en prit, car Plantain lui déclara la guerre et rassem- 
bla une armée. Il tira de Tile Sainte-Marie un millier 
d'hommes qui lui étaient dévoués coVps et âme; nombre de 
roitelets, les uns ses tributaires, les autres ennemis du roi 
Dick, ou simplement attirés dans la lutte par la perspective 
de l'immanquable butin en esclaves et bétail, le rallièrent 
avec leurs guerriers; enfin, le roi Kelly, de Managore, promit 
d'amener, moyennant finances, un millier de combattants. 

Plantain avait, de plus, d'excellents lieutenants, tels que 
Molatto Tom, qui passait pour être le fils du capitaine Avery 
— autre pirate fameux dans les annales de Madagascar — 
l'Ecossais James Adair et le Danois Burgen. La bataille eut 
lieu. Plantain avait arboré le drapeau anglais, Adair qui 
commandait le flanc droit l'étendard de Saint-André et Hans 
Burgen qui commandait l'aile gauche s'abritait sous les cou- 
leurs danoises. Grâce aux blancs qui encadraient fortement 
les troupes noires et aux hommes de confiance armés de 
mousquets que Plantain avait intelligemment disséminés 
parmi les nègres armés de lances, le roi Dick fut écrasé malgré 
la trahison du roi Kelly qui, au moment suprême, abandonna 
Plantain. Le roi Dick put fuir, mais Plantain captura quelques- 
uns de ses conseillers anglais responsables de la guerre. Il 
les livra à un supplice atroce. Toute la nuit, on fit un grand 
feu ; au matin, on déblaya un terrain comme pour un cirque et 
on le sabla de charbons ardents; les nègres armés de lances 
formaient une haie autour de cette brillante arène dans laquelle 
on poussa les prisonniers anglais. Entre cette muraille 
humaine hérissée de pics, sur ce sol embrasé, les prisonniers 
bondissaientet rebondissaient, voletaientetsautillaient, grima- 
çaient et hurlaient, en faisant désespérément la navette^ 
jusqu'à ce que l'insuccès d'un suprême et angoissant efl*ort, 
les fît s'abattre inertes devant les nègres amusés. Un dernier 
coup de lance mit fin aux derniers spasmes qui convulsaient 
les suppliciés. 

Au point de vue de la férocité, les indigènes ne le cédaient 
guère aux pirates. A la baie de Saint-Augustin, ils attachaient 



PLANTAIN LE PIRATE 303 

leurs prisonniers à un arbre, bras et mains sol^lement ligottés 
et ils mettaient entre les doigts de leurs victimes des mèches 
allumées. Ce supplice durait plusieurs jours et les nègres 
corsaient de railleries cette lente agonie. 

Plantain venait de remporter un premier avantage, sa soif 
de vengeance avait obtenu un commencement de satisfaction, 
mais il ignorait encore que la femme convoitée avait un 
amant, qu'elle lui avait accordé ses dernièjes faveurs, et que 
son rival se trouvait parmi les prisonniers qu'il venait de 
supplicier. 

Une partie de l'armée du roi Dick avait rejoint les troupes 
du roi Kelly contre lesquelles Plantain marcha. Une nouvelle 
bataille eut lieu; indécise à la fin du premier jour, elle se 
termina à l'avantage de Plantain, grâce aux encouragements 
qu'il prodigua la nuit à ses hommes sous la forme concrète 
de rations d'eau-de-vie. Pirates et Malgaches étaient égaux 
dans leur commun amour de Talcool ; ce n'était que dans la 
façon de cuver leur ivresse qu'ils se distinguaient les uns des 
autres ; les pirates se couchant à l'ombre, tandis que les noirs 
allaient dormir au soleil! Plantain fit de nouveaux prison- 
niers tant blancs que noirs. Parmi eux se trouvaient John 
Darby, de Chester, et William Mills, de Yosport, près Ports- 
mouth. Tous furent suppliciés avec le même raffinement que 
les précédents. Cependant, les rois Dick et Kelly échappèrent 
encore à Plantain, qui marcha sur la capitale du roi Dick, 
mais fut contraint de se retirer devant la résistance des habi- 
tants de Mazalagem. Downing, son historien, prétend qu'à ce 
moment^là, les Européens dispersés dans l'île de Madagascar, 
complotaient d'attaquer la citadelle de Plantain à Rantabé où 
de très gros trésors étaient cachés. 

La guerre traîna alors en longueur. Plantain dut attaquer 
un à un les principicules indigènes alliés des rois Dick et 
Kelly, afin de réduire ceux-ci à merci ; ce dernier put s'enfuir 
auprès de son frère roi de Fort-Dauphin; mais le roi Dick fut 
enfin capturé et avec lui sa petite-fille, la belle Eléonora, 
butin tant convoité et si chèrement payé. Une surprise était 
réservée à Plaintain en la voyant, surprise qui changea un 
mouvement de générosité naissant en un accès de colère sau- 



304 REVUE DE MADAGASCAR 

vage. Eléonora *était enceinte des œuvres de son amant, 
supplicié au début de la guerre. La fureur sanguinaire de 
Plantain se retourna contre le roi Dick, qui souffrit à son tour 
Tatrocemort des charbons ardents. Tous les Anglais et Hol- 
landais qui avaient combattu contre Plantain partagèrent le 
sort du vieux roi. La mort de celui-ci brisa la résistance de sa 
capitale Mazalagem: Plantain la livra au pillage et aux 
flammes après sVtre emparé du trésor royal, et les habitants 
devenus ses esclaves furent dirigés sur Rantabé où il les fit 
travailler dans ses plantations de canne à sucre. Après Maza- 
lagem ce fut le tour de Mannagore, la capitale du roi Kelly. 
Plantain, si nous en croyons son historien, jouait maintenant 
au despote, vis-à-vis des indigènes, sur toute Tétendue de 
Tîle de Madagascar. 

Le supplice de son grand-père et de son amant n'empêcha 
en aucune façon Kléonora Brown de devenir Tépouse aimée 
et aimante de leur féroce meurtrier. On le trouvera peut-être 
étrange, mais, au moral, Eléonora ne se distinguait pas des 
autres femmes malgaches, dont le lot était en temps de 
guerre de devenir la proie du vainqueur qui en faisait, à son 
gré, ou la plus inaperçue de ses esclaves, ou la plus enviée 
de ses femmes. Sa mère était fille du roi Dick; mais peut-être 
sa grand' mère était-elle tombée au pouvoir de celui-ci de la 
même façon qu'Eléonora tombait aujourd'hui au pouvoir de- 
Plantain. Le sang anglais qui coulait dans les veines d'Eléo- 
nora avait modifié son physique à son avantage; elle avait le 
teint plus pâle, le nez moins camard, et la chevelure plus 
soyeuse; sans doute, aussi, son intelligence était supérieure 
à la moyenne indigène; mais l'influence du milieu en avait 
empêché le développement, et les quelques notions de reli- 
gion qu'elle eut du marchand de nègres, son père, n'avaient 
pu créer de toutes pièces en elle un fond d'idées .morales, 
auquel les points d'appui ambiants auraient complètement 
fait défaut. Eléonora Brown devint donc la femme de Plan- 
tain. 

Plantain ne Taima pas moins parce qu'elle était enceinte 
du fait d'un rival. Il l'aima éperdûment et eut plusieurs enfants 
d'elle. Il ne prenait nullement ombrage de son habitude de 



PLANTAIN LE IMHATE 305 

réciter le Pater, le Credo et les dix commandemenls, et de lui 
parler de Dieu. Il lui remit le gouvernement de ses affaires 
domestiques et congédia quelques-unes de ses autres femmes; 
il la para des plus beaux joyaux et constitua vingt filles 
esclaves à son service. Et certain jour, il alla jusqu'à brûler la 
cervelle à un officier de la marine anglaise, du nom de Ghris- 
topher Lisie, qui avait déserté dans l'intention de faire la cour 
à la belle reine de Ranlabé, à Nelly, comme l'appelait Plantain. 
Sa lune de miel finie, notre héros reprit la campagne contre 
le roi Kelly qui s'était réfugié à Port-Dauphin, et sur sa route, 
il détruisit tout ce qui s'opposait à sa marche. Le roi de Port- 
Dauphin s'était solidement fortifié ; il avait mis en batterie, 
sur de vieux affûts sans roues, des canons abandonnés autre- 
fois par des pirates, et, de cette façon, il en imposait aux 
soldats noirs de Plantain. Le siège fut long; le fidèle lieute- 
nant de Plantain, le Danois Burgen, y trouva la mort; par 
deux fois, Plantain fut forcé de retourner avec ses troupes 
à Rantabé, qu'il eut la surprise de trouver assiégée; ses 
ennemis le sachant au loin avaient, en effet, investi la cita- 
delle. Plantain les obligea à la retraite et pour faire diversion, 
donna ostensiblement à Molatto Tom, le fils du capitaine 
Avery, Tordre de marcher sur les capitales des rois alliés 
contre lui. Le stratagème réussit, les rois indigènes rega- 
gnèrent leurs Etats. Le jeune Avery avait réussi à surprendre 
une des capitales, et Plantain, survenant à son tour, cerna 
une partie de ses adversaires, au moment où ils essayaient 
de sauver leur ville que le jeune Avery avait livrée aux 
flammes. Malgré le terrible massacre qu'il fit parmi eux il 
put encore emmener comme prisonniers cinq cents hommes. 
Toute résistante semblait finie, et Plantain songea alors à se 
faire proclamer roi de toute l'Ile. Avec ses prisonniers il se 
dirigea sur la baie de Saint-Augustin, où régnait le prince 
William qui lui était tout dévoué; le hasard voulut que trois 
négriers anglais vinssent justement relâcher à ce moment 
dans la baie; Plantain leur vendit ses prisonniers contre des 
perles, des armes à feu, des uniformes brodés, des souliers, 
des bas et des chapeaux; le prince William et ses sujets pro- 
fitèrent de l'aubaine et en témoignage de reconnaissance ils 



306 REVUE DE MADAGASCAR 

appelèrent Plantain a Grand Roi de Madagascar». A la baie 
de Saint-Augustin Plantain avait découvert deux canons qu'il 
fit mettre sur des affûts; plusieurs couples de bœufs les traî- 
nèrent à Fort-Dauphin où se trouvaient les derniers ennemis 
de Plantain. 

Le siège fut alors repris et au bout de dix jours de canon- 
nade ininterrompue, la place se rendit à discrétion. Comme 
à son ordinaire Plantain traita de la façon la plus barbare les 
habitants et les deux rois. Notre héros était donc maintenant 
le maître incontesté de Tiie; les indigènes lui semblaient très 
soumis, et néanmoins, dit Downing, le vaisseau de guerre 
anglais, le Salisbury aurait pu s'emparer de lui; mais il ne le 
fit pas. 

De retour à son château-fort. Plantain « Grand Roi de Mada- 
gascar » n'eut plus d'autre souci que de donner de belles fêtes 
auxquelles il conviait tous les Européens de Tlle : Anglais, 
Français et Hollandais; il n'y manquait que des Portugais 
pour que l'ironie du spectacle se dégageât avec son maximum 
d'intensité : les nationaux de quatre puissances européennes, 
ayant des visées sur Madagascar, invités du pirate-roi, origi- 
naire de la vieille Amérique. 

Le ciel éternellement bleu, le bonheur toujours égal, la 
prospérité sans traverse, la vie sans souci, l'amour sans obs- 
tacle, engendrent la mélancolie. Plantain et ses camarades 
commençaient à s'ennuyer; quelques-uns soupiraient après 
leur patrie en Europe. En passant en revue ses compagnons 
de la première heure, Plantain constata que la moitié, plus de 
soixante-dix, étaient morts de maladie ou sur les champs de 
bataille. Le capitaine England venait, lui aussi, de mourir 
d'épuisement rongé par les remords et en préchant la morale. 

Plantain, las de sa royauté, résolut alors de s'en aller ; ses 
compagnons l'approuvèrent et on décida de construire un 
sloop assez spacieux, pouvant les transporter tous avec leurs 
trésors dans l'Inde; au pis-aller on irait se réfugier chez 
Angria, pirate fameux qui s'était taillé un empire dans cette 
vaste contrée. La construction du sloop fut longue ; pour ne 
pas éveiller les soupçons des indigènes, on leur dit que Plan- 
tain tenait à avoir un bateau de plaisance. Grâce à deux char- 



PLANTAIN LE PIRATE 



307 



pentiers qu^ils avaient parmi eux, Plantain et ses amis arri- 
vèrent cependant à leurs fins, après avoir été obligés de 
relever un navire, autrefois coulé par eux à Tîle Sainte-Marie, 
pour lui prendre ses ferrures. Quand le sloop fut prêt, on 
porta à bord les trésors, Plantain prit avec lui une seule de 
ses femmes, Nelly Brown, et Ton partit. Une fois en pleine 
mer, le pirate qui sommeillait dans Plantain et ses compa- 
gnons se réveilla, mais leur faible effectif les empêcha de se 
livrer à de nouveaux méfaits; 'cependant de petits larcins 
furent commis en route au détriment de quelques navires 
dans des ports de relâche et des indigènes sans défense 
durent subir leurs violences. 

Ils arrivèrent enfin chez Angria qui les accueillit en frères, 
et les excellents vins de Perse et Teau-de-vie que Ton avait en 
abondance dans l'Inde, eurent vite consolé Plantain de la 
perte de sa royauté malgache. 

Ainsi finit Thistoire de John Plantain, le pirate. Grand Roi 
de Madagascar. 

Etienne Hamélius. 



•. > 



f 



NOTICE 



SUR 



L'ÀUMENTATION DES SÀKÂLAVES 



DE LA COTE OUEST 



A rexception de ceux de la zone immédiatement côtière, 
d'origine africaine plus ou moins récente, les habitants de la 
côte ouest, qu'on est convenu d'appeler Sakalaves, bien que 
les descendants de la vraie souche sakalave aient tendance à 
disparaître et à devenir de plus en plus rares, ne mangeaient 
que peu ou pas de riz . 

Les terrains peu propice» à rétablissement de rizières, les 
nuées de sauterelles qui ravagent continuellement cette région 
ot surtout rincurable paresse qui est le seul point commun, 
la seule marque bien caractéristique de cet ensemble de races 
hétérogènes, sont les principales causes de cette exception à 
une règle presque générale. La nourriture ordinaire de ces 
indigènes consiste, ou plutôt consistait — avant que l'occupa- 
tion du pays par nos troupes n'en ait complètement changé 
les conditions économiques par la suppression du pillage, des 
vols de bœufs, et surtout des esclaves — en manioc, patates, 
ignames, maïs, doliques et haricots ; mais, par suite de ces 
changements et du régime de liberté que l'administration 
leur a accordé, les cultures ont été délaissées et d'épouvan- 
tables famines séviraient dans cette partie de Tlle, si la na- 
ture clémente n'avait mis à leur portée d'innombrables res- 
sources, piètres aliments il est vrai, mais qui les sauvent, 
tout au moins, du danger d'être décimés par la faim. 



r/ ALIMENTATION DES SAKALAVES 309 

Tout repas sakalave se compose d'un plat de résistance, 
accompagné, dans les jours d'abondance, du Ara6a/ra6a/ra ou du 
loky^ assaisonnements, mets ou sauces diverses, qui y tiennent 
lieu, si Ton veut, de hors-d'œuvres. Laissant de côté les ali- 
ments provenant des cultures, consommés par toutes les peu- 
plades des pays tropicaux, nous étudierons d'abord les fécu- 
lents indigènes qui forment le fond, l'utile des repas sakalaves 
en cas très ordinaire de disette, pour nous occuper ensuite de 
ce qui y tient lieu de superflu et d'agréable. 

Féculents. — Le plus grand nombre des plantes naturelles 
au sol, fournissant les féculents alimentaires, appartiennent 
au grand genre Dioscorée, dont les espèces utilisées dans les 
autres pays chauds sont innombrables et dont plusieurs 
d'entre elles, les ignames, sont cultivées partout sous les 
tropiques. Ce sont des plantes à tige volubile ordinairement 
herbacées, rarement ligneuse, à tubercules volumineux, com- 
munes dans les bois et sur leurs lisières. 

Sur la côte ouest les espèces les plus remarquables de ce 
genre sont : 

h'Antaly, à tiges volubiles nombreuses, à larges feuilles 
orbiculaires, dont un seul pied peut fournir plus de trente 
kilos de gros tubercules allongés. Ces tubercules ne peuvent 
être mangés tels quels, car ils sont gorgés d'un suc amer et 
dangereux qu'on ne parvient à éliminer complètement qu'en 
les faisant détremper, préalablement découpés en tranches 
minces, dans un fort courant d'eau. Bien préparé, Vantaly 
n'est pas un mauvais légume, et son goût, mieux «que 
n'importe quel autre des tubercules spéciaux aux tropiques, 
peut se comparer à celui de nos pommes de terre. 

Le Macabiha^ qui ne diffère de la précédente que par ses 
tubercules plus volumineux encore et ses feuilles à cumen très 
allongé et la remplace dans la zone calcaire ; il doit être pré- 
paré de la même façon que Vanlaly pour devenir comes- 
tible. 

L'Ovi-mojery^ quelquefois cultivé, assimilable à certaines 
variétés d'ignames quant au goût, à tige légèrement ailée, à 
tubercules plus gros encore mais moins nombreux. 



310 REVUE DE MADAGASCAR 

Le Macila^ que les Sakalaves prisent beaucotip, a les 
feuilles plus petites que Vantaly, les tiges plus grêles et des 
tubercules en petit nombre mais atteignant souvent un poids 
de 4 à 5 kilos; de bon goût, sans principe dangereux, ils sont 
ordinairement mangés, comme ceux de Vovi-mojery^ simple- 
ment bouillis ou grillés. 

Le Soso^ à tige volubile, herbacée à feuilles lancéolées, à 
tubercule souvent unique, mais allongé. 

Le Bemandry^ fort semblable àla précédente et n*en diflTérant 
que par sa tige presque ligneuse, munie de rares aiguillons. 

Les tubercules de ces deux dernières Dioscorées, aqueux, 
u.n peu sucrés et rafraîchissants, sont d'une grande ressource 
dans les lieux secs où ils poussent et sont consommés crus, 
sans aucune préparation. Bien que moins sucrés, ils ne 
peuvent être comparés avec quelque exactitude qu'aux 
tranches de pastèque de nos régions méridionales. 

Les autres féculents appartiennent à difTérentes familles. 
C'est, dans la famille des Taccacées : le Kalitso (Tacca)^ 
plante bizarre à feuille composée, à longue hampe de un à 
deux mètres, terminée par un capitate de fleurs brunâtres 
entremêlées de longs filaments bruns, très commune dans les 
ravins et sur la lisière des forêts; son tubercule est solitaire, 
arrondi, un peu aplati et fortement venimeux ; néanmoins 
Tamidon qu'on retire avec les procédés ordinaires (râpage, 
lavages et décantations successives) sert d'aliment, pendant 
la saison sèche, à tous les habitants des villages sakalaves 
situés dans la zone arepacée. Cet amidon est consommé ordi- 
nairement bouilli et ce mets a l'aspect et le goût de la vulgaire 
colle de nos tapissiers ! Une espèce voisine, le Tacca Leonto- 
petaloides, est exploitée industriellement en Océanie et fournit 
Tamidon connu dans le commerce sous le nom d'Arrow-root 
d'OtakilL 

Dans la famille des Arvidées : le Vika^ Mangilo ou Mangoka 
{Tiphonodorum Lindleyanum) superbe plante, croissant dans 
les marais et dont les grandes feuilles en fer de lance et les 
longues spathes blanches sont Tornement des bords de lacs et 
des cours d'eau. Les parties qu'on utilise dans cette plante 
sont les fruits et le collet de la racine qui se renfle en une 



l'alimentation des sakalaves 311 

grosse masse qui peut peser parfois plus de 10 kilos. Toute 
celle plante est gorgée d'un suc irritant qui cause d'atroces 
démangeaisons mais qu'on peut éliminer facilement parévapo- 
ration ; les fruits sont séchés, grillés ensuite et séchés de 
nouveau ; ils ont le goût du maïs. Le collet après avoir été 
soigneusement privé de son bourgeon terminal est râpé, puis 
séché également au feu; mais il ne devient réellement comes- 
tible qu'après une très longue cuisson sans laquelle tout 
dégustateui* de l'espèce de galette qu'on en fabrique, est 
exposé à des démangeaisons internes à effets très bizarres. 

Le Fanganga, lui, est une Passiflorée dont la tige volubile 
et grêle se renfle à la surface de terre en une masse rugueuse 
et crevassée, un peu aplatie et souvent' de grande dimension. 
C'est encore une plante vénéneuse, mais d'après les indigènes, 
le principe actif est localisé à la base des rameaux aériens, 
et il suffit d'enlever soigneusement cette partie pour que le 
reste de ce renflement devienne comestible après simple 
cuisson; mais c'est probablement un aliment de goût fort 
mauvais, car les Sakalaves ne se décident à y toucher qu'en 
cas d'excessive disette. 

Les Thigomes du gracieux Nymphéa Cœrulea (en malgache 
Agoaga-Makambg) et ceux des Ouvirandra et des Aponogeton 
(en malgache Ovirano , plantes aquatiques, sont également 
mangées par les habitants des bords des rivières et des lacs. 
Les tubercules de Nymphéa sont amers et leur valeur alimen- 
taire peut être comparée à celle de nos glands; ceux des Ovi- 
cano ont un goût meilleur et nous en avons mangé souvent 
avec plaisir; ils sont ordinairement consommés cuits sous la 
cendre ou bouillis. 

Les petites racines tubercijleuses du Kadorka, une Convol- 
vulacéeà jolies fleurs roses, peuvent se manger crues ou cuites. 
Elles sont de bonne qualité, un peu sucrées et très tendres, 
et la culture pourrait peut-être tirer de cette plante un légume 
d'autant plus précieux qu'elle pousse très bien sur les col- 
lines arides et sèches, si abondantes malheureusement sur la 
côte ouest. 

Un palmier, le Madenia Nobilis ou Latrana-be, fournit en 
abondance une moelle farineuse, un peu sucrée d'abord, puis 



312 REVUE DE MADAGASCAR 

ensuite légèrement amère : réserve inépuisable dans laquelle 
puisent souvent les indigènes dans leurs courses vagabondes. 

Les pulpes des fruits de raphia, désignées par les noms 
sakalaves de Voanpiso et de Moranada^ sont aussi, grâce à 
la matière grasse qu'elles contiennent, un des meilleurs ali- 
ments que produit le pays. Malheureusement pour ce palmier 
si utile, le Çpuit n'en est pas la seule partie comestible, son 
bourgeon terminal et sa sève sont aussi une des friandises pré- 
férées des Sakalaves, et, de ce fait, des millions rie raphias 
succombent chaque année sous la hache malgache. 

Un Artocorpus Slipa ou Tobory fournit aussi des graines 
comestibles dont usent quelquefois les colons européens; — 
et, pour clore cette liste déjà longue, nous n'aurons plus qu'à 
citer les graines de deux plantés cosmopolites, très répandues 
dans la région sakalave : celles de VAnacardium occidentale 
(en sakalave : Corosso Mabibo)^ bien connues, et celles du 
Macuna Pruriens (en sakalave : Takiltra), qui ne deviennent 
réellement mangeables qu'après une longue et minutieuse 
préparation. 

Autres aliments. — Les aliments autres que les féculents, 
que nous n'osons pas appeler aliments de luxe bien qu'ils ne 
soient pas autres pour le famélique Sakalave, et que le sol 
produit naturellement, consistent en gibier, poissons, légumes 
et aussi en insectes, car le Sakalave plus encore que les autres 
peuples de Madagascar est remarquablement... insectivore. 

Le gibier est, à peu de choses près, ce qu'il est ailleurs 
dans nie, avec cette différence que, les oiseaux aquatiques 
exceptés, il est devenu beaucoup plus rare par suite de la 
chasse îicharnéc dont il est l'objet; le sanglier pourtant est 
encore commun; il se tue à la sagaie. (Juant aux oiseaux, ils 
sont pris ordinairement au piège ou abattus à Taide du tso- 
bolo, longue sarbacane, qui est devenu l'instrument favori des 
Sakalaves depuis qu'ils ont été forcés d'abandonner leurs 
grands fusils à pierre. 

Les poissons sont rares aussi, sauf dans certains lacs, et l'in- 
nombrable fretin qui peuple les mares au moment de la saison 
sèche sont les seuls dont il est consommé une grande quantité. 



l'alimentation des sakalaves 313 

Les légumes aussi sont peu variés; moins friand des 
herbacées que le Hova, le Sakalave use pourtant d'un grand 
nombre de plantes appartenant aux familles les plus diverses, 
plantes qui n'ont ordinairement qu'un caractère commun 
entre elles, c'est d'être d'une amertume assez prononcée. Parmi 
elles, nous pouvons citer VAnamami/ (solanacées) ; deux 
convolvulacése : VAnanabararata et YAnanampiandriomby; 
une caryophilléc : VAnamangidy et deux fougères dont un 
Ophiaglossum : le Tokansofïna et VAnandrofia. 

Les espèces d'insectes qui entrent dans Talimentation saka- 
lave sont plus nombreuses et l'une d'elles, le Sakondro, est 
recherchée et mangée par toutes les peuplades malgaches : 
c'est la nymphe du Fulgora Tenebrosa: cette nymphe vit 
dans les endroits humides, sur les tiges de différentes légu- 
mineuses que les Malgaches appellent du nom générique de 
Vaheansakondro : jeune encore, elle est entourée d'une sorte 
de végétation blanche qui ressemble à s'y méprendre à certains 
mycélium, puis peu à peu elle grandit, l'abdomen devient 
gras et dodu, des moignons d'ailes apparaissent, c'est le mo- 
ment de la récolte; les pattes une fois enlevées, bien grillée, 
cette intéressante petite bête n'a pas du tout l'aspect répu- 
gnant : elle ressemble assez alors à un bouton de fleur, dont 
le rostre serait le pédoncule, les moignons d'ailes le calice, et 
l'abdomen les pétales prêtes à s'éclore. Au goût, elle a une 
vague saveur de noisette et bien des Européens, vieux habi- 
tants de l'Ile et non des moindres, ne dédaignent pas de la 
laisser paraître de temps à autre sur leucs tables ; mais c'est 
un mets indigeste, même pour les Sakalaves. 

Les autres insectes consommés dans la région ont beaucoup 
moins d'attraits; on se demande même avec terreur comment 
un être humain peut avaler des insectescomme les Dystiques, 
les Hydrophiles et leurs larves, insectes qui laissent écouler 
lorsqu'on les touche un suc acre et nauséabond; cela doit être 
horrible! mais le Sakalave n'y regarde sans doute pas de si 
près car il les croque avec plaisir; il mange aussi avec délices 
les larves des guêpes et des abeilles, d'innombrables espèces 
de coléoptères qu'ils désignent sous le nom générique de 
Voangorif, et qui sont toutes des Melolonthées ou hannetons, 



314 HEVUE DE MADAGASCAR 

et les grosses larves de Cerambycides qu'on trouve dans cer- 
tains bois pourris; un de ses passe-temps favoris est de croquer, 
délicatement grillées sur la braise, les chrysalides d'une espèce 
de bombycide, le Landinalika^ qui tisse de gros nids de soies 
grisâtres sur le tronc des grands arbres. 

Pourtant, à l'encontre des Hova, il manifeste peu de goût 
pour les sauterelles malheureusement si communes, mais les 
criquets plus jeunes et partant probablement plus tendres sont 
une de ses friandises préférées. 

Si Ton ajoute qu'il dédaigne les escargots pourtant si com- 
muns pendant les pluies et qu^il fait peu de cas des champi- 
gnons, qui apparaissent au printemps en si grand nombre et 
qui sont délicieux, on pourra se faire une idée de Testhétique 
du goût chez les Sakalaves, esthétique, on le voit, légèrement 
différente de la nôtre. 

D'ailleurs ce n'est pas par goût ni même par nécessité que 
le Sakalave se résout à se nourrir de ces pauvretés au milieu 
de terres fertiles qui pourraient faire vivre des millions 
d'hommes, mais plutôt par paresse et par manque absolu 
d'habitude au travail, résultant de l'ancien régime social. Il est 
même attristant de constater que l'abandon des cultures et la 
famine perpétuelle qui en résulte, sont la conséquence directe 
de notre établissement dans le pays. Le Sakalave, en effet, 
qui passait sa vie à voler des esclaves et à vivre de leur tra- 
vail, ne se mettra que difficilement à la culture, et il faudra, 
dès lors, probablement, se résoudre à l'y contraindre. 

C'est là une œuvre de haute humanité et un devoir auxquels 
l'Administration française ne doit pas [)lus longtemps chercher 
à se soustraire. 

11. P. 



MADAGASCAR A L'EXPOSITION DE HANOI 



RAPPORT GENERAL 

SUR 

l'Exposition de Hanoï 



DEUXIÈME PARTIE ^^^ 

Dans le Tonkîn et autour du Tonkîn 



CHAPITRE IX 
HUÉ 

Neuf heures du matin. Sous un sojeil ardent dont la lumière 
éblouissante donne une teinte grise aux arbres et au paysage 
tout entier, la ville de Hué s'étend le long des deux bords de 
la large rivière calme, sur laquelle plane une légère buée. La 
rive droite est habitée par les Européens, la rive gauche est 
occupée en majeure partie par l'immense citadelle qui enclôt 
le Palais Royal et la ville administrative. 

A l'époque où nous exercions encore sur TAnnam un pro- 
tectorat plus que fictif, la légation de France avait été bâtie 
sur ce côté du fleuve pour plus de sécurité sans doute. Mais 
la nécessité de posséder un poste solide de troupes en pleine 
citadelle n'avait pas échappé à notre ministre plénipotentiaire 
M. Patenôtre, qui avait choisi dans la citadelle Tangle nord, 
connu sous le nom de Mang-Ka, pour Ty installer. Ce fut seu- 
lement en août 1 884 que cette installation put être faite à l'aide de 
troupes envoyées à Hué pour assister à l'investiture du nouveau 
roi : la Résidence d'un côté, le poste militaire de l'autre, ces 
deux organes séparés par une distance de plusieurs kilomètres 

(1) Reproduction et traduction interdites. Voir la Revue dep. le 10 juin 1904. 



316 REVUE DE MADAGASCAR 

et surtout par une rivière large de près de 400 mètres, telle 
fut la faute capitale dont nous devions subir les conséquences 
un an après. 

Le 4 juillet 1885 au soir, après que la réception organisée 
par le général de Courcy à la légation eut pris fin, les officiers 
qui y avaient assisté regagnèrent leur logement de la citadelle. 
Vers une heure du matin, au moment où le sommeil accablait 
tout le poste fatigué de cette journée de fête, un coup de canon 
retentit et des bandes d'Annamites se précipitent sur les senti- 
nelles, mettant le feu aux paillotes, tandis que d'autres atta- 
quent la légation que bombardent les canons du palais. On se 
battit jusqu'au jour sur les deux rives et c'est seulement vers 
7 heures que le colonel Pernot, après s'être emparé par 
assauts successifs des ministères et du palais lui-même, put 
faire amener le pavillon annamite et hisser notre drapeau, ce 
qui mit en déroute les assaillants de la légation : la cour, bien 
entendu, avait pris la fuite. 

Aujourd'hui, un superbe pont relie la. ville européenne à la 
ville indigène, dont la population, d'ailleurs considérablement 
diminuée, vit, trafique et travaille à côté d'un roi sans auto- 
rité. C'est à la tête de ce pont, côté France, que le cercle 
fondé par nos compatriotes de Hué ouvre ses spacieuses 
vérandahs bien aérées, d'où la vue s'étend sur le fleuve et la 
ville indigène. Et tandis qu'accoudé sur la balustrade en 
pierre, je parcours du regard la vaste nappe d'eau où les 
sampans et les jonques sont rares, où l'activité commerciale 
est presque nulle, les cultivateurs font les semis de riz sur 
les berges limoneuses, comme nos Malgaches pendant la 
saison sèche. De la masse grisâtre qui couvre la rive gauche, 
bien rares sont les maisons qui émergent : seuls les murs de 
la citadelle, robustement bâtis et d'une hauteur de près de dix 
mètres, dressent, de place en place, leurs masses sombres, 
évoquant les souvenirs de nos vieilles places fortes de France, 
avec leurs rentrants et leurs saillants combinés, entre lesquels 
les portes surélevées à la chinoise rompent la ligne droite 
par leurs toits recourbés. Sur l'cpuvre de nos officiers français, 
les Annamites ont placé leur estampille, et cette combinaison 
d'une architecture méthodique el froidement scientifique, avec 



MADAGASCAR A L EXPOSITION 1)E HANOÏ 



317 



l'autre purement imaginativc et follement désordonnée, est 
d"un étrange effet. 

Les remparts et le pont de fer hardi que terminent deux 
travées en pente à chaque extrémité, voilà tout ce qui arrête 
le regard au premier moment dans Fétendue de la ville. A la 
longue les yeux distinguent en bordure du fleuve l'embarca- 
dère du roi, ilanqué de deux chaloupes aux formes étranges, 
bnlées sur la berge. Sont-ce les restes de vaisseaux de guerre 




Rond-point de la Légation : vue sur la rivière des Parfums 

que l'empereur Minh-Mang avail fait copier sur nne frégate 
française naufragée qu'il fit démonter et transporter pièce par 
pièce dans sa capitale, ou bien plutôt quelques bâtiments hors 
d'usage qu'un commis-voyageur a chèrement vendu au jeune 
roi Thanh-Taï? A combien d'assauts de ce genre sa cassette 
nest-elle pas livrée? On peut en juger par les voitures auto- 
mobiles et objets divers, qui gisent dans les coins du palais, 
inutilisés. 

C'est pour visiter ce palais que l'interprète annamite, aima- 
blement envoyé par le Résident supérieur, vient me chercher 
après déjeuner : des pousse-pousse nous emmènent rapide- 



318 



REVUE DE MADAGASCAR 



ment à la porte du Nord, celle qui donne sur la ville indigène, 
aux ruelles serrées où se réfugie le peu d'animation et de 
mouvement qui survit encore dans la cité morte. Aussitôt le 
pont-levis dépassé, les longues avenues bordées de jardins en 
végétation folle, à Tentrée desquels des portiques aux enduits 
décolorés s'effritent, s'étendent lamentablement silencieuses. 
Dans cette enceinte où se serraient jadis près de 40.000 per- 
sonnes, mandarins de tous grades, avec leur innombrable 
suite, le vide s'est fait. Capitale historique désormais. Hué a 
renvoyé dans leurs provinces ou à Hanoï, devenu capitale à 
son tour, les courtisans et les fonctionnaires. Aussi la plupart 
des vieilles demeures seigneuriales sont vides et dans celles 
encore habitées, les propriétaires ne peuvent faire exécuter 
les réparations indispensables. Comme le royaunae d'Annam, 
la ville de Hué tombe en ruines et cette ruine est accentuée 
encore par Thumidité et la moisissure, conséquences de la 
situation de la citadelle au bord du fleuve sur un terrain donl 
les premières crues submergent les dépressions qui occupent 
les deux tiers de la surface. 

Dans les avenues vides, nous croisons parfois un mandarin 
au costume bariolé, renfoncé dans son pousse-pousse ou sa 
carriole, et sa robe chatoyante évoque brutalement le passé 
brillant dans la misère actuelle. 

Nous sommes devant la porte du palais, étroite ouverture, 
percée dans la muraille noire; entre deux murs élevés nous 
suivons une ruelle; derrière celui de droite s'étend la partie 
réservée, celle où le jeune roi se donne l'illusion de régner! 
Dans ces quelques centaines de mètres seulement il lui est 
permis de rester le maître : est-il étonnant que son autorité 
devienne parfois féroce? Sur les sujets qui demeurent siens et 
dont le nombre est strictement limité, femmes, domestiques et 
jeunes courtisans, il exerce les fantaisies de son royal abrutis- 
sement jusqu'à ce que l'extravagance même de ses cruautés 
provoque une semonce résidentielle lui rappelant sa propre 
sujétion. De ce domaine privé, Tordre du conquérant l'arrache 
aussi parfois pour le convier aux cérémonies officielles et sur 
le trône massif orné de soies et d'ors, il vient, fantôme pâlot 
des Gia-Long et des Minh-Mang, sanctionner par sa présence, 



MADAGASCAI) A LEXPOSITION DE HANOl 



319 



les ordres donné» par tes liabils noirs qui rcntourent et se 
tiennent,» dislanco, hypocritement respectueux. Oh! l'étrange 
comédie qu'il serait Ibu de croire durable en la qualiliant de 
protectorat! Est-il possible en effet que les Annamites recon- 
naissent en ce gamin de 2ï) ans, investi par nous du pouvoir, 
" l'empereur auguste et saint, père et mère du peuple, manda- 
taire du Ciel ! » tandis que dernèje les hautes murailles de son 
enceinte réservée il martyrise qiirlques-uns de ses soulîre- 




r des grands brûtt-parji, 



Palais royal ae Hué 



douleurs ou que dans les rues du quartier chinois:, il promène 
en Victoria, de débits en débits, son ivresse ou sa luxure. Than- 
Thaï est honni des vieux Annamites et méprisé des jeunes ; it 
reste comme une épave entre le passé et le présent, n'étant 
d'aucune génération, ni même d'aucun pays. 

Lorsqii'en 1877, Luro écrivait sa remarquable élude sur le 
pays d'Annam et son oi^anisation politique et sociale, il défi- 
nissait ainsi le principe d'autorité du souverain annamite : 
H Tout arrive donc en dernière analyse au monarque; tout 
repose sur lui, c'est-à-dire sur un homme ordinairement élevé 



320 KEVUE DE MADAGASCAR 

dans le harem et par conséquent tenu à l'écart des afTaires 
pendant sa jeunesse. Les fonctionnaires n'ayant d'autre con- 
trôle que Tautorité du roi dont la volonté, Tintelligence, la 
puissance de travail sont toujours au-dessous d'une pareille 
tâche et ce moteur souverain, dans cette machine si puissam- 
ment centralisée, étant toujours inerte, l'administration ne 
reçoit pas d'impulsion régulatrice et le peuple est fatalement 
mal gouverné. » 

Devant une conclusion aussi nette, formulée il y a près de 
vingt ans par un des hommes qui connaissait le mieux l'Anna- 
mite, il semble qu'après la révolte de Ham-Nghi, le conseil 
connu sous le nom de Cornai et présidé par le résident euro- 
péen eût dû recevoir les rênes du gouvernement : il était inu- 
tile sinon dangereux de replacer sur ce trône vide par la faute 
du dernier occupant, un fantoche imposé, alors que l'autorité 
passait tout entière aux mains du représentant de la France 
qui logiquement et pratiquement devenait Tempereurd'Annam, 
puisqu'il lui appartenait désormais de présider les réunions 
du Conseil privé. C'était la vraie formule du protectorat, étant 
donné que nous n'avons plus en face de nous un monarque 
héréditaire de par la volonté du peuple ou des mandarins. Une 
seuleobjection pouvait seprésenterau sujet de la célébration des 
rites,rempereurétantdedroit le grand pontife idu culte national. 
En ce qui concerne le culte des ancêtres, l'héritier légitime de 
la famille royale eût pu célébrer aux époques fixées les cérémo- 
nies traditionnelles; quant [aux 'fêtes d'Etat, comme celle du 
printemps, du Nam-Yao, etc.. le mandarin le plus élevé en 
eût assuré l'exécution aussi bien que le souverain, en admet- 
tant même que la plupart de celles-ci n'aient pu être suppri- 
mées sans inconvénients, telle la cérémonie de Nam-Yao ! 
Mais les événements, sinon les hommes, en ont décidé autre- 
ment et l'empereur Thanh-Thaï est resté locataire du palais 
royal de Hué : une dotation annuelle de 700.000 francs sub- 
vient à l'entretien de la cour «ItJut entière; sur cette somme 
62.500 francs sont payés aux trois reines-mères, épouses 
des empereurs défunts et, enfin, de compte, il reste au 
monarque pour ses menus plaisirs et sa table 120.000 francs 
par an. 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 321 

Laissant derrière les grandes murailles le mystère des 
journées et des nuits royales, nous sommes attirés par la pre- 
mière porte qui s'ouvre devant nous à gauche, toutes les 
autres étant restées rébarbativement fermées. Une cour silen- 
cieuse est aperçue, pavée de dalles, fermée par des murs sur 
trois côtés et par une construction basse et allongée sur le 
quatrième : des stores en joncs sur lesquels sont dessinés des 
animaux hiératiques dissimulent des portes fermées, elles 
aussi ; sur des socles de bronze des vases de faïences contien- 
nent des fleurs ; deux grands brûle-parfums en fer fondu et 
forgé garnissent la cour. C'est le temple de Ta-Mieu, dans 
lequel on ne pénètre pas. Nouvelle promenade entre des 
murs décorés de porches élevés où les ventaux des portes 
sont soigneusement joints et nous nous trouvons sur Tesplanade 
qui donne accès à la salle du trône ; dominant de quelques- 
mètres les jardins dans lesquels les canaux et les avenues des- 
sinent des^reclangles monotones, cette large plate-forme dallée! 
reçoit dans les grandes fêtes les mandarins auxquels des- 
stèles de marbre blanc assignent leurs places respectives. Un 
bâtiment très bas et très long, percé dans toute sa façade 
d'ouvertures que ferment des portes sculptées en. plein, 
laquées rouge et or, sert aux grandes réceptions offi- 
cielles. Surmonté d'une triple toiture, il abrite une vaste 
salle entièrement décorée de bois sculpté. Entre les colonnes 
laquées sur lesquelles serpentent des nuages d'or, une 
estrade de trois marches en bois sculpté et doré supporte un 
fauteuil massif, sorte de chaise curule ; des glaces, des 
tableaux étranges provenant de Chine et des broderies multi- 
colores enlèvent à cette salle le caractère majestueux que lui 
donneraient le plafond à larges caissons avec poutres appa- 
rentes, les colonnes trapues et le carrelage verni qui compo- 
sent sa décoration primitive. Deux portes latérales donnent 
accès dans une vaste cour, sur les côtés de laquelle s'allon- 
gent aussi une grande salle assez banale qui sert aux 
audiences privées, une salle à manger où sur un bufFet 
moderne de provenance parisienne sont rangées pêle-mêle 
d'horribles porcelaines à côté de vieilles faïences indigènes et 
un salon dont les meubles Louis XV ont des prétentions exo- 

21 



SSi REVUE DE MADAGASCAR 

tiques. Combien plus belle dans ses proportions énormes la 
bassine de bronze, gigantesque réservoir monté sur de 
robustes pieds, qui dans le milieu de la cour s'épanouit 
pansue 1 

Un couloir nous mène sur l'esplande du temple de Han- 
Mieu, semblable aux précédents, puis, par une porte de 
côté, nous pénétrons dans une cour où devant un petit sanc- 
tuaire sont d'admirables brûle-parfums en bronze, fondus 





^J^M^ 


, , . . ^_ ■■-='^1^^-'»^ ,.-. 1 







Let jardins du Palais royal de Hué et la salle du trône 

d'un seul jet, d'une simplicité et d'une élégance de formes 
admirables. 

Derrière ce massif de constructions et de cours qui se 
recoupent à angles droits sont le musée, te théâtre, les appar- 
tements du roi, le trésor, etc., tout le petit espace où s'est 
réfugié la vie, mais qui reste interdit aux visiteurs. Force 
nous est donc de revenir sur la grande esplanade qui précède 
la salle du trône et de nous diriger par l'avenue centrale déco- 
rée de deux arcs de triomphe en bronzes et émaux vers ta 
porte monumentale, véritable forteresse qui troue la muraille 



MADAGASCAR A L EXPOSITION DE HANOI 



:i>3 



cl donne accès sur l'esplanade du cavalier. La base, d'allure 
loute militaire, est percée de trois larges baies à linteaux; 
sur la terrasse du premier otage une construction avec des 
portiques' et un double rang de toits retroussés, enche- 
vêtrés et polychromes, donne à l'ensemble une note pittores- 
que : c'est la porte du Ngo-Mon. 

Un pont de pierre monumental, Jeté au-dessus du fossi^ de 
défense, nous conduit dans un vaste chemin de ronde qui 




La porte de Ngo-Mon, entrée principale du Palais royal de Hué 



sépare'le palais du mur de la citadelle. Là, sous un hangar, 
sont les canons fondus ^sous Minh-Mang, connus sous le 
nom des neuf soeurs, qui ont quatre ou cinq mètres de lon- 
gueur et reposent sur des affûts de bois à roues massives, 
grotesques dans leurénormité. Ces vestiges du passé ont dû & 
leur masse de ne pas être emportés comme objets de curio 
site ; plus heureux que bien des bibelots rares qui ont dis- 
paru, ils demeurent à leur place primitive. Dans le palais, 
en effet, bien peu d'objets intéressants subsistent encore ! 
Pourquoi, dès le lendemain de notre installation à Hné, au 



324 REVUE DE MADAGASCAR 

moment où les troupes du général de Courcy ont enlevé au 
trésor royal les douze millions qui s'y trouvaient, n'avons- 
nous pas constitué un musée dans les grandes salles, en y 
rassemblant les merveilles éparses qui s'en sont allées au 
hasard des collectionneurs? Comme je faisais part de mon 
étonnement à l'un de nos compatriotes, il me confessa que 
deux mois avant mon arrivée, on avait encore vendu à Tencan 
les meubles et les bibelots qui remplissaient un magasin du 
palais. Fréquemment, pendant mon court séjour, j'ai vu la 
presse indo-chinoise protester contre ces faits et demander 
le groupement et la surveillance de ce qui pouvait encore 
rester; il semble qu'un typhon ait passé dans les monuments 
de Hué, vidant l'intérieur des temples et respectant les murs 
mais non toujours leurs décorations. Quand ceux-ci à leuè 
tour se seront eflTrités sous la morsure des années et du rii-*' 
mal, que restera-t-il du vieil Annam dans la vieille cité? Hien i 
nous en demeurons exclusivement responsables. j; 

Il est évident que le budget est pauvre : sa situation aiî 
30 juin 190'-? se soldait comme suit pour l'exercice 1901 : :f 

Piastres Cents 

Receltes réelles de l'exercice. . . . 2.138.043 32 
Dépenses payées 2.131 .462 64 

Excédent des recettes 6.570 68 

• 

La caisse de réserve d'autre part contenait en chiffres ronds 
à la même date 800.000 piastres. La situation serait donc 
cependant satisfaisante si dans le rapport même qui fut lu au 
Conseil supérieur en 1902 nous n'étions prévenus que « les 
excédents de recettes sur les dépenses constatés sur les précé^ 
dents exercices proviennent en partie des incomplets de per- 
sonnel. Les ressources budgétaires n'ont pas permis d'ins- 
crire chaque année au chapitre Travaux les sommes voulues 
pour l'entretien et la construction de routes et bâtiments, 
irrigations, etc. » II est évident que dans ces conditions nous 
nous avouons incapables de conserver à la vieille capitale 
^on faste d'antan. Peut-être alors aurait-il mieux valu faire la 
part du « temps » aussi terrible que le ieu et démolir ce qu'on 
ne pouvait conserver. Les ruines de monuments en pierre sont 



MADAGASCAR A L EXI'OSITIOX DE IIAXO' 



3-25 



toujours belles : il n'en est pas ainsi de constructions dont les 
plâtras s'en vont en bouillie multicolore et s'effondrent en un 
tas de boue. 

C'est pour donner au lecteur une idée de cet art annainile 
tout de clinquant que j'ai pris en sortant du Palais la photo- 
graphie de l'écran qui masque, suivant la rituelle habitude, 
l'entrée du bâtiment réservé aux séances du Cornai. D'une 
conception élégante avec les volutes qui simulent les plis 




^>lychmin:; d. 



fa^ide 



d'une étofTc ^'enroulant sur les ailes aux deux extrémilés, ce 
peitt monument esl un chef-d'œuvre de décoralion fouillée, 
mais non chargée. Les couleurs vives qui en rehaussent les 
détails donnent à Penscinblc vu de loin un aspect chatoyant 
de céramique artistique : mais dès que l'œil de plus prés peut 
distinguer la construction, il voit un conglomérat de cliau: 
et de vieilles faïences brisées, nougat fondant au soleil et à 
la pluie. Plus de monument, mais une pièce montée, éphé- 
mère comme celles qui figurent sur les tables dressées pour 
les repas de corps. Ainsi en est-il des élégants faîtages qui 



326 lŒVUE DE MADAGASCAR 

surmontent les toitures des temples, ainsi des obélisques et 
des portraits qui les précèdent! Séduits par la céramique chi- 
noise qui, celle-ci, n*a rien de chiqué, les Annamites dans leur 
imitation se sont contentés de l'apparence. La couleur à Teau 
fait la plupart du temps les frais de ces décorations poly- 
chromes, la vaisselle cassée étant déjà une amélioration : 
quanta la vraie céramique elle n'existe pas. On conçoit que 
dans ces conditions les édifices exigent un entretien constant 
qui leur manque toujours : d'où Taspect délabré de Tarchitec- 
ture annamite et tonkinoise. 

Combien lamentable aussi, le temple qui se trouve dans les 
terrains affectés à TEcoIe d'Agriculture, logée aussi dans la 
citadelle. C'est sur l'ancienne fabrique de sapèques établie par 
Minh-Mang si je ne me trompe, qu'on a décidé d'installer le 
jardin d'essais : dans cette terre abondamment pourvue de 
scories de fer, de cuivre et de zinc, les plantes ont quelque 
peine à loger leurs racines : le directeur me montre tristement 
les mètres cubes qu'il a déjà extraits et je lui confesse qu'en 
France dans mon coin de campagne on se servait de maté- 
riaux semblables pour empêcher l'herbe de pousser dans les 
allées : ilest vrai qu'avec la végétation luxuriante des tro- 
piques... 

... Hélas! celle que nous parcourons est plutôt maigre : les 
caféiers sont timides, les arbres à caoutchouc manquent d'au- 
dace, quant aux légumes ils poussent dans ce milieu indigène 
comme des incompris, sauf les choux qui font preuve d'une 
fatuité asiatique. A eux seuls cependant les légumes occupent 
les trois quarts du terrain : ils sont les bienvenus sur les 
tables administratives sans doute et l'estomac satisfait, le 
cerveau est souvent indulgent : les jardiniers plus que tout 
autre subordonné en sont convaincus. 

Plus rassurantes dans l'intérêt général sont les prairies 
voisines : l'inondation leur donne chaque année une alimen- 
tation qui semble leur réussir mieux qu'aux plantes du jardin, 
car il serait téméraire de croire que ces terrains si secs en 
certaines périodes le restent constamment : ils sont abreuvés 
pendant six bons mois de l'année au delà de leur soif et la 
ligne verdâtre qui entoure comme d'une ceinture la maison 



MADAGASCAR A i/eXPOSITION DE HANOÏ 327 

du directeur est le témoin irrécusable d'une précédente crue ; 
le pauvre homme rentrait en bateau chez lui. Il a obtenu 
qu'on élevât de quelques marches le sol du rez-de-chaussée, 
Teau trop abondante n'étant pas plus propice à la santé des 
humains qu'à la pousse des légumes. 

Cette eau qui se répand à intervalles réguliers dans la 
plaine de Hué est d'ailleurs une des causes principalesde son 
insalubrité ; c'est généralement au moment où le fleuve sort 
de son lit que le choléra bat son plein et on attribue ce fait 
indéniable à la multitude de tombes qui entourent la vieille 
capitale où les infiltrations vont chercher les germes mor- 
bides des épidémies passées. Il est toutefois à remarquer que 
c'est avec les premières pluies que l'épidémie apparaît. La 
chaleur bien entendu joue également un rôle important comme 
coadjuteur de l'infection, lemaxima dans les mois de juillet 
et d'août oscillant entre 36 et 37'', tandis que la pluie atteint 
pendant le mois de juillet un total mensuel de 20"*/™ environ 
contre 262 millimètres pendant le mois d'août. La consé- 
quence de cet état de choses est l'intoxication des habitants 
réduits à boire l'eau du fleuve, car si l'humidité pendant les 
pluies fait champignonner partout les murs, la ville néan- 
moins manque d'eau potable. Il y a donc à Hué comme à 
Tananarive une question de l'eau, mais autrement inquiétante 
dans l'Annam qu'à Madagascar. 

Aussi claironnants que ceux de M. Joly dans VEcho, 
sont les appels lancés par la presse indo-chinoise. Qu'on en 
juge par celui-ci, extrait du Courrier de Haïphong en juin 
1903 : « La situation sanitaire ici reste stationnaire, le choléra 
fait toujours des ravages parmi la population annamite et 
chinoise. Les services administratifs ont fait un appel d'offres 
pour la fourniture de l'eau nécessaire aux besoin de la gar- 
nison, l'eau — dit le cahier des charges — devra être prise 
dans le fleuve en amont de la ville. Or voici quatre ou cinq 
mille dollars qui vont être affectés à fournir à nos soldats 
l'eau empoisonnée de la rivière qui, desservant de nombreux 
villages, charrie dans soni cours toutes sortes de détritus, 
voire même des cadavres! » Et cet autre du mois de juillet, 
après le décès d'un conducteur des travaux publics dû à l'épi- 



328 REVUE DE MADAGASCAR 

demie : « Le pays est malsain et fiévreux, entouré de mares 
d'eau stagnante qui, avec l'eau putride des fossés de la cita- 
delle constituent autant de foyers d'infection permanente. » 

Sous une forme simple mais autrement concluante, le 
rapport au Conseil supérieur confirme le fait pour 1901 : 

« La population de Hué paraît avoir été la plus éprouvée ; 

nous avons eu à déplorer la perte de vingtr-trois Européens. 
On ne saurait estimer le nombre des indigènes décédés à Hué 
du choléra. 11 y a lieu toutefois de supposer que le chiffre en 
est fort élevé, puisque nous savons qu'il est mort cent 
quarante mandarins ou agents de l'administration indi- 
gène. » 

Contre un pareil fléau, il est regrettable que des mesures 
sérieuses n'aient pas été prises et que l'adduction d'eau potable 
à Hué soit restée dans la catégorie des projets dont on parle 
toujours sans les exécuter jamais. Nous avons vu les sacrifices 
énormes consentis par la ville de Hong-Kong pour fournir à 
ses habitants l'eau potable. Hanoï n'a pas marchandé l'argent; 
Saigon vient de faire un emprunt dans le même but. Le pro- 
tectorat de l'Annam, soucieux de la santé de ses administrés, 
avait inscrit à son budget un crédit de trois cent mille 
piastres pour l'adduction de l'eau à Hué, la Cour annamite 
de son côté en avait promis autant. La dépense totale devant 
s'élever approximativement à un million de piastres, il appar- 
tenait au budget général de parfaire la somme, ce qui entraî- 
nait pour lui une dépense de 500.000 piastres. Pourquoi la 
solution est-elle encore attendue? Je ne sache pas cependant 
que cette question soit compliquée, comme à Madagascar, 
d'un contrat régulier restant inexécuté. Le problème est vital, 
c'est le cas de le dire pour la ville de Hué, où l'Européen 
comme l'indigène paierait cher au mois de juin un verre d'eau 
pure. 

Quant à l'Ecole d'Agriculture ce n'est pas seulement contre 
les scories des sapèques, les grandes sécheresses et les inon- 
dations qu'elle doit lutter : son directeur a plus de mal 
encore avec ses élèves. L'arrêté organisant l'école prévoyait 
en effet le recrutement de ceux-ci parmi les lettrés. 

L'allégorie de la Fête du printemps, au cours de laquelle 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 329 

Tempereur conduit lui-même la charrue dans le sillon com- 
mencé avait inspiré aux organisateurs Tidée que les futurs 
mandarins imiteraient volontiers l'exemple du souverain et se 
transformeraient en cultivateurs, c'est-à-dire en ouvriers 
manuels. Mais l'allégorie perpétuait un souvenir que depuis 
plusieurs générations les mandarins ont oublié de mettre en 
pratique : aussi les jeunes élégants aux robes de soie nom- 
breuses et multicolores, aux escarpins vernis et aux ongles 
démesurés soigneusement entretenus, trouvèrent la plaisan- 
terie mauvaise quand on leur commanda le travail des 
champs. Restaient les cours théoriques : ceux-ci étant 
professés en fran<;ais furent inintelligibles pour cette élite 
intellectuelle qui se pique de connaître les formes oratoires 
des ancêtres et les maximes de Confucius, mais se soucie peu 
de la langue de Bossuet. Il fallut donc renoncer aux lettrés 
qu'on renvoya aux études transcendantes et choisir des gens 
de mœurs simples : une corvée de 150 linhs appartenant à la 
milice du roi fut désignée d'office. Sur les bancs de l'école 
théorique ils restèrent muets comme des carpes, d'autant que 
la paternelle administration de l'empereur avait prévu leur 
remplacement tous les six mois. Les cours théoriques furent 
donc supprimés : aux travaux pratiques, les élèves jeunes ou 
vieux, désintéressés des choses d'ici-bas et décidés à passer 
le plus tranquillement possible leurs six mois, déployèrent une 
fainéantise remarquablement convaincue et laissèrent les 
légumes pousser tout seuls respectant la paresse des autres. 
Tout le monde était donc content, sauf le directeur que la 
malechance a fait naître consciencieux. Honnêtement et philo- 
sophiquement il s'est rabattu sur l'élevage : quand le trou- 
peau est aux champs, les linhs peuvent s'asseoir à l'ombre 
protectrice des grands arbres. Cinquante vaches en parfait 
état paissent dans la prairie encore verte : le rendement du 
lait n'est guère meilleur par exemple qu'à Madagascar : à 
peine un litre par bête. Dans une autre prairie les jeunes che- 
vaux prennent leur ébats : ils sont de petite race mais vigou- 
reux. 

A côté de l'Ecole d'Agriculture, est l'Ecole Professionnelle 
dont j'ai longuement parlé à la page 4*^ du rapport sur l'Expo- 



330 REVUE DE MADAGASCAR 

silion de Hanoï : je n'y reviendrai pas ayant insisté par des 
chiffres sur les difficultés que son directeur, homme actif et 
pratique, éprouve à la faire progresser avec un budget insuf- 
fisant de 44.000 francs environ,, dont la majeure partie est 
absorbée par la rémunération donnée aux élèves. 

Tandis que nous sommes encore en ville, jetons un rapide 
coup d'œil sur la situation économique de la colonie fran- 
çaise qui y travaille. En dehors du bataillon caserne dans la 
citadelle, cette population comprend 23 Européens. La 
première industrie en voie de succès est jusqu'à ce jour 
l'exploitation de la pierre à chaux et la fabrication de la chaux 
hydraulique installée à Lang-Hué près de Hué par M. Bogaert. 
L'usine est pratiquement agencée et contient huit fours : des 
machines à broyer, à cribler et à mettre en sac fonctionnent 
normalement : la production mensuelle est de 4 à 500 tonnes ; 
un matériel pour la fabrication des carreaux et des tuiles était 
attendu lors de mon passage. A noter également la fabrica- 
tion de la petite bijouterie fausse, entreprise par M.Pierre, 
qui ne pourra donner à son créateur de sérieux bénéfices que 
le jour où il se procurera sur place la matière première et 
fera lui-môme la dorure et l'argenture de ses produits sans 
être obligé de les réexpédier en France. 

Tels sont les deux seuls essais industriels tentés jusqu'à cette 
année (1903). Au point de vue commercial un seul hôtel de 
voyageurs dont le rez-de-chaussée est occupé par une 
épicerie-bazar. Le commerce est donc presque entièrement 
dans les mains des Annamites et des Chinois : les approvi- 
sionnements se faisant par les chaloupes chinoises, qui sont 
forcées de franchir la barre de Thuan-An, subissent parfois 
des retards considérables, celle-ci étant très souvent imprati- 
cable. Aussi le prix des denrées reste élevé et quelquefois 
certains objets de première nécessité manquent : il s'agit bien 
entendu des articles d'importation car le marché de Hué est 
pourvu de denrées produites dans le pays. 

Voici les prix courants des principales, lors de mon pas- 
sage : 

Riz décortiqué 25 fr. les 100 kilos 

Riz en paille 12 » » 



MADAGASCAR A l'eX!»0S1T10N DE HANOÏ 331 

Bœuf 40 le kilo 

Porc. 45 » 

Poulets maigres 1 10 la paire 

Poulets gras 1 80 » 

Œufs de poule 2 20 le cent 

Œufs de cane 1 60 » 

Pomme de terre de France 40 » 

Oignons de* France ... 80 » 

Choux de Hong-Kong . . 65 pièce 

Haricots vert? 40 le kilo 

Le prix de Thôtel est de 10 francs par jour, chambre et 
eux repas. La vie, en tenant compte du prix des denrées 
d'importation, n'est donc pas absolument bon marché dans la 
capitale de TAnnam et il ne saurait en être autrement dans 
une ville qui souffre du même mal que Tananarive : la diffi- 
culté des communications. La capitale malgache avec son 
service régulier de porteurs semblent même mieux dotée : Hué 
attend son chemin de fer et rien n'a été fait pour améliorer la 
barre de Thuan-An. 

A quelques kilomètres de la mer, on se sent complètement 
isolé, au milieu de la poignée de Français dont on revoit les 
visages connus à toute heure de la journée ; c'est la vie morne 
et monotone qui chaque jour recommence et l'ennui pèse 
lourdement sur ces exilés. En 1903, un essai de courses a été 
fait et le correspondant du Courrier de Haïphong célébrait 
ainsi ce dérivatif : « Elles constituent une distraction qui 
rompt la monotonie des longues heures que l'inclément 
climat nous oblige à subir sans distractions possibles pendant 
les longs jours soi-disant de repos où administration et com- 
merce ferment leurs bureaux. Elles tirent Hué de sa torpeur et 
rompent l'immense ennui qui pesant sur la ville, tient ses 
habitants dans une douce somnolence. » Si les maîtres de la 
maison le constatent, il est permis aux invités de le confesser. 
Oui, la vieille capitale est bien une ville morte et il est peu 
probable qu'elle retrouve jamais la vie toute factice qui l'ani- 
mait. Déchue de son rôle privilégié, devenue une simple étape 
sur la route mandarine, elle gît à proximité de la frontière du 



**i32 REVUE DE MADAGASCAR 

Laos sans qu'une roule la relie à Tintérieur. Est-ce dans sa 
propre campagne qu'elle peut trouver un aliment de vitalité? 
La chaîne annamitique dresse dans l'Ouest ses sommets 
comme une barrière implacable et vers l'Est la surface liquide 
des lagunes est de beaucoup plus importante que celle des 
terres cultivables. 

Le projet primitif du chemin de fer côtier desservant Hué 
et sa banlieue, aurait évidemment donné iln regain d'activité 
à c(»tte région en la rattachant au Tonkin : mais ce n'est un 
mystère pour personne qu'au lieu de se résoudre à cette voie, 
dangereuse stratégiquement par le voisinage immédiat de la 
mer, infructueuse commercialement par le voisinage des mon- 
tagnes qui la séparent de l'intérieur, on se préoccupe de 
l'arrêter dans les environs de Vinh pour la lancer en plein 
hinlerland. 

Une commission a été envoyée l'année derrière pour lui 
trouver un passage dans la chaîne annamitique, et, si nous ne 
nous trompons, le col cherché a été rencontré. 

Dans ces conditions il est probable que les vieilles frontières 
seront modifiées par la force des choses et que les provinces 
du Nord-Annam seront rattachées au Tonkin, tandis que celles 
du sud reviendront h la (^ochinchine. 11 en est déjà question 
d'ailleurs : une maison de Vinh avait saisi la Chambre de 
commerce de Hanoï d'un vœu formulé dans ce sens. On com- 
prend difficilement en effet que Vinh pour régler ses questions 
commerciales doive s'adresser à la Chambre de Tourane, 
alors que tout son trafic et ses intérêts sont dans le Tonkin. 
L'arrivée du rail à Vinh tranchera évidemment la question, 
si, comme il est probable, son avancement n'est pas poussé 
plus loin vers le sud. Or de Vinh à Hué par la route mandarine, 
c'est pour les Irams un trajet de six jours : les commerçants 
de Vinh peuvent donc être tranquilles : d'ores et déjà ils sont 
rattachés pratiquement et commercialement au Tonkin. 

(^est indubitablement la ruine de Hué, mais elle me semble 
fatale. 11 suffit pour s'en convaincre de lire les statistiques de 
la population et de voir le vide qui se fait autour de ce grand 
palais inutile. En 1890 on évaluait à quatre-vingt mille le 
nombre des habitants indigènes; en 1898 les évaluations les 



MADAGASCAR A L EXPOSITION DE HANOÏ 



:î:ï:i 



plus optimistes le maintenaient à cinquante mille: en I90lt on 
parlait timidement d'un total de trente mille. Que pour une 
raison ou pour une autre, la bonne certainement, la monarchie 
annamite soit supprimée, nous verrons presque immédiate- 
ment cette population tombera vingt mille et qui sait'.' peut- 
être au-dessous. C'est obligé : le commerce et rin<lustrie, ces 
deux ferments de la concentration, y manquent. 

Si avec sa citadelle et son palais, ses avenues mornes et ses 




Le temple et la pagode de Conft 



rues vides, la ville de Hué peut être appelée le Versailles de 
l'Extrême-Orient, ses tombeaux royaux en font le Saint-Denis. 
Situés sur lehaut-lleuve dansl'ouest-sud delà ville, ils cons- 
tituent une immense nécropole dans laquelle l'imagination des 
détunls s'est complu à se créer pour l'éternel avenir des 
demeures élégantes et somptueuses. L'éloignementde ce Heu 
saint exige un voyage qui demande une bonne journée : il se 
fait agréablement et commodément par le fleuve, surtout 
quand on peut profiler d'une sortie de la chaloupe à vapeur que 
l'aimable résident supérieur meta la disposition de ses invités. 



334 REVUE DE MADAGASCAR 

Au petit jour nous embarquons et quelques tours d'hélice 
mènent Tembarcation au milieu de la Rivière des Parfums, 
qu'elle remonte allègrement. V^oici bientôt à gauche l'usine 
Bogaert dont j'ai parlé et un peu plus loin, à droite, le temple 
de Confucius avec sa pagode élancée et les nombreux bâti- 
ments qui Tencadrent. C'est là que se célèbrent les grandes 
cérémonies. Hardiment campé sur un promontoire qui s'avance 
dans le fleuve, ce temple est du plus heureux effet : sa pagode 
est le seul édifice qui dépasse la masse de la ville et la colline 
élevée d'une vingtaine de mètres qui supporte son ensemble 
lui fait un robuste soubassement. Un large escalier y donne 
accès : les marches inférieures sont baignées par la rivière et 
les embarcations accostent contre leur base. Le porche d'entrée 
simple ouvre sur une vaste cour au centre de laquelle se dresse 
la pagode à sept étages : quatre petits édicules à jour marquent 
les bissectrices des angles de la cour; ils contiennent des 
cloches, des tams-tams et des stèles commémora tives. Au fond 
un portail à trois arcs dans lesquels veillent les génies [rébar- 
batifs ou hilares avec lesquels nous avons déjà fait connais- 
sance à Canton, ouvre sur une deuxième cour. A droite et et 
gauche de celle-ci, un petit temple contenant chacun trois 
génies, guerriers à l'armement compliqué! A l'autre extrémité" 
de l'esplanade, le temple proprement dit comprenant deux 
bâtiments allongés et parallèles, séparés par une distance de 
quelques mètres : dans le premier, trois bouddhas avec les 
emblèmes du culte et des tablettes; dans le second un seul 
bouddha, joufflu, radieux et bon vivant. 

L'ensemble, de date récente, a été construit par Tieu-Tri. 
Honorant l'agriculture, les bonzes ont transformé la seconde 
cour en un champ proprement labouré dans lequel ils se pré- 
parent à planter du manioc ou des patates : une nuée de 
gamins nous fait cortège et cherche à augmenter par une 
mendicité inlassable les ressources du monastère, où la fer- 
veur des fidèles ne semble pas se presser. Il est vrai que les 
Annamites ne vont aux temples que dans les fêtes et préfèrent 
leur religion ancestrale commode à pratiquer sans dérange- 
ments, entre la salle à manger et la cuisine. La religion de 
Confucius est bien une religion d'Etat, et comme l'Etat à Huè 



MADAGASCAR A l'EXPOSITION DE HANOÏ 



335 



est conliné entre les quatre nim-is du Palais, le temple de la 
Rivière des Parfums doit être délaissé. 

Héembarqués dans la chaloupe, nous suivons la large 
rivière qui, après un brusque coude dans lequel elle reçoit un 
arUuont venu du Nord, se rétrécit à 5 kilomètres environ de 
Hué et commence à dessiner des méandres. Nous laissons 
sur la rive les premiers tombeaux pour gagner le plus éloigné ; 
celui de Gia-l.ong, situé au delà du confluent des deux 




Le mauioUe de Cia-Long 

rivières principales, à une vingtaine de kilomètres du pont de 
la Légation. 

[.epaysageesl complètement changé ;aulieu des rives basse» 
et de la plaine sablonneuse, des collines élevées, tourmentées, 
sur lesquelles des pins maritimes et des ficus étalent un feuil- 
lage sombre, resserrent le cours d'eau qui a cherché pénible- 
ment sa voie dans leurs sinuosités. Une petite baie où des 
cultures sont pratiquées est notre point terminus et la cha- 
loupe accoste la plage de sable sur laquelle on nous débarque : 
par un crochet dans les terres labourées nous rejoignons une 



336 REVUE DE MADAGASCAR 

avenue de grands arbres qui conduit au mausolée: des stèles 
élevées de place en place indiquent la voie funéraire. Malgré 
l'ombrage, il fait chaud sous ces pins, les aiguilles dessé- 
chées craquent sous nos pas et rendent le sol glissant. A droite 
nous apecevons une enceinte moussue peu élevée, mon guide 
me la présente comme le tombeau d'une reine, femme du roi 
Quang-Hung; j^inscris le nom sur mon carnet, mal sans doute, 
et ignorant Tannamite je ne cherche pas qui pouvait être ce 
monarque, s'il appartenait aux rebelles Tayson ou aux Nguyen. 

Près de là, le tombeaude lamèrede Gia-Long et le temple 
qui l'accompagne, puis les tombeaux et les temples de la 
deuxième et troisième femme de Gia-Long qui sont réunis au 
mausolée de ce monarque par un canal d'eau courante. De 
proportions grandioses et d'une simplicité de lignes robustes, 
Tensemble du tombeau de Gia-Long avec son cadre sauvage 
de;hauteurs de forêts et de brousse impénétrable est digne 
du guerrier qui sut reconquérir et réorganiser le royaume de 
se§ pères épuisé par une guerre de trente ans. Il prend pour; 
nous un intérêt d'autant plus grand que l'hisloire de Tévêque j 
d'Adran, Pigneau de Béhaine, réclamant et obtenant de' 
Louis XVI des secours pour le chef annamite fugitif, était le 
prélude de la conquête de la Cochinchine et pouvait nous 
donner Tlndo-Chine si les gouvernements ultérieurs avaient 
su profiter immédiatement de cette intervention. 

Un vaste fer à cheval de maçonnerie, entouré de murs 
entre lesquels descendent des rampes douces, est précédé à 
la base d'une large esplanade sur laquelle les éléphants de 
guerre, les chevaux et les mandarins sculptés dans le granit, 
s'alignent de chaque côté, gardiens éternellement fidèles de 
Tempereur défunt. L'escalier monumental, qui, par une série 
de gradins et de paliers, conduit à la plate-forme du fer ache- 
vai, allonge ses rampes droites, dont le seul ornement est à 
la base, un énorme dragon compliqué et contourné. En haut 
de cet escalier, un mur nu, élevé, au centre duquel une porte 
massive fermée par une lourde barre de bois, donne accès 
dans la crypte à ciel ouvert où gisent les deux sarcophages, 
sous lesquels sont censés reposer Gia-Long et sa première 
femme. Comme des maisons de pierre, de môme forme que 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 337 

les /ra/io ma/îarr/, tombeaux Andriana de rimerina, ces deux 
cénotaphes ont pris au coursdes saisons des pluies une patine 
verte el grise qui leur donne l'apparence de vieux bronzes, et 
la stèle qui se dresse à la tête du côté Est est la seule orne- 
mentation de cette rigide enceinte majestueusement vide. 

En face, suivant le rite du culte des ancêtres, une colline 
artificielle couverte de pins, masque le soleil couchant, gigan- 
tesque écran de verdure dont les grands arbres balancés par 
la brise, ornent le contour de panaches ondoyants. Sur les 
bords du canal, envahis par une végétation folle, les taillis 
serrés servent de gîtes aux bêtes sauvages dont le respect de 
la mort préserve la vie : tandis que nous descendons l'espla- 
nade, de Tangle d'un fourré, comme une fusée multicolore 
s'envole lourdement un paon. Il va se poser à quelques mètres 
plus loin, confiant dans les visiteurs et dans le silence qu'ils 
observent. Le tigre lui-même hante cette brousse, paraît-il, 
et les gardiens (descendants des familiers de l'empereur) qui 
vivent dans cette retraite à laquelle la coutume les condamne, 
nous racontent ses visites. Avec la placidité du devoir quo- 
tidiennement accompli, ces vieilles gens végètent dans la 
nécropole ignorant eux-mêmes Tendroit où les cadavres res- 
pectés reposent! Car les deux tombeaux sont vides, Gia-Long 
et ses successeurs ayant voulu sauver leurs dépouilles mor- 
telles des profanations semblables à celles que pratiquèrent 
les rebelles Tayson sur les tombeaux des dynasties précé- 
dentes. En un coin quelconque de la forêt, ils dorment et les 
destructeurs futurs ne trouveront que des statues et des stèles 
à briser. L'ensemble des allées, des rampes, des escaliers et 
des murs, car il n*y a pas de bâtiments dans le mausolée, 
présente comme conception un mélage de l'art annamite pri- 
mitif et de l'architecture du grand siècle en France : il est dû 
à la présence des officiers qui vécurent aux côtés de Gia-Long 
vers la fin de sa vie et qui collaborèrent sans aucun doute à 
l'exécution de la tombe impériale. Ainsi chacun de nous, loin 
<le la patrie, aime à fixer dans la pierre sous un ciel nouveau, 
les souvenirs de son enfance, les Français de Hué se rappe- 
laient évidemment les terrasses et les escaliers de Versailles 
en donnant des ordres aux tailleurs de pierre annamites. Ces 

22 



338 



l MADAGASCAR 



derniers les onttraduils dans l'ensemble, tout en introduisant 
dans les détails l'onicmentation ù laquelle ils étaient eux- 
mêmes habitués. 

C'esl avec une grande impression que je m'éloigne à regret 
de cette œuvre émouvante dont la perspective est restée gra- 
vée dans mon cerveau, nette et lumineuse avec ses couleurs. 
L'harmonie dans la simplicité est bien décidément la véiité 
de l'art, une et même par toute la surface du monde. 




édifices 



Avec Minh-Mang, situé ft quelques kilomrtres eu aval au 
confluent des deux rivières, l'arl annamite reprend des allures 
désordonnées, bien que l'unité du plan soit encore conservée. 
Mon confrère et ancien camarade M. Lichtenfcldor, architecte 
des bâtiments civils au Tonkin. a publié en IS'Jli à l'impri- 
merie Schneider, une excellente notice sur les sépultures des 
rois d'.\nnam aux environs de Hué. Il y analyse tout spécia- 
lement celle de Mîiili-Mang en citant un extrait des annales 
du'ii a accompagné de savants commentaires. Bien que nous 
difl"érions d'avis sur l'arcliitecture de ce dernier tombeau qui 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 339 

comparéà celui de Gia-Long me semble une décadence plulôt 
qu'un progresse reconnais avec lui que l'unité de composi- 
tion a été habilement suivie et que rorientalion de tous les 
bâtiments sur un grand axe, ménage aux visiteurs une heu- 
reuse perspective. Mais la profusion delà décoration, le désir 
d'entasser dans des espaces restreints un maximum d'objets 
tel que l'œil ne trouve plus où s'arrêter, engendre une confu- 
sion bien éloignée de la simplicité du premier mausolée. 




C'est la conséquence sans doute des années que passa Minh- 
Mang à préparer son œuvre; il s'en occupa dès les premiers 
jours de son avènement et régna vîngt-et-un ans, laissant à 
ses successeurs le terrain préparé, les canalisations faites, les 
mur» de quai et de soutènement parachevés, les jardins des- 
sinés : les bâtiments seuls manquaient, ils furent construits 
par Thieii-Tri, son fds et successeur. 

Voici, très simplifiée, d'après l'extrait des annales cite par 
M. Lichtenfelder, la description rie l'ensemble. 

Nous laissons de côté les canaux, les bassins et les kiosqbes 



340 REVUE DE MADAGASCAR 

que les annales désignent sous des noms distincts allégoriques 
et prétentieux, et au lieu de commencer la visite parle tombeau 
proprement dit, nous entrons par Tesplanade qui précède 
l'édifice quadrangulairc où se trouve la stèle. Vaste et de 
dimensions presque carrées, cette cour est garnie à droite et 
à gauche de lions en bronze doré et des statues de gardes, 
de pages, de chevaux et d'éléphants. De chaque côté du 
pavillon de la stèle quelques marches donnent accès dans 
une seconde cour au centre de laquelle sur un autel pour les 
sacrifices on immolait jadis des buffles, des chèvres et des 
porcs ; cette cour est fermée par un porche couvert à trois 
ouvertures ; au-dessus de celle du milieu s'élève un belvédère; 
les portes sont laquées rouge et or. Par ce porche on pénètre 
dans une troisième enceinte, contenant dans une première 
cour deux bâtiments consacrés respectivement à la mémoire 
des mandarins civils et militaires qui se sont signalés au 
service du roi et dans une deuxième cour, les logements des 
femmes du défunt roi et de leurs servantes qui doivent rester 
jusqu'à leur mort dans cette retraite, vouées au culte de la 
mémoire royale; Tune de ces femmes vivait encore en 1893, 
lors de la visite de M. Lichtenfelder. 

C'est au delà de cette enceinte que se trouve la pagode 
sacrée où sont déposées les tablettes du roi et de sa première 
femme. Divers objets leur ayant appartenu y sont conservés : 
service à thé, sceptres de jade, brûle-parfums, etc. ; une 
demi-obscurité règne dans ce sanctuaire précédé d'une salle 
d'attente. La toiture est supportée par soixante-quatre colonnes 
en bois et la charpente, apparente dans la première salle, est 
sculptée, laquée et rehaussée d'or. Après être passé sur le 
canal qui entoure cette quatrième enceinte on entre dans le 
palais de Minh-Lau, élevé sur trente-six colonnes en bois de 
Uni dont vingt forment le pourtour extérieur tandis que les 
seize autres supportent un premier étage. Cette maison vide 
et dont un simple lit occupe le centre à chaque étage semble 
bien procéder de la même idée que celle qui a déterminé les 
souverains de l'Imerina à ériger sur leurs tombeaux une case 
de repos. Elle précède immédiatement la sépulture dont elle 
n'est séparée que par des jardins. Sous sa vérandah confor- 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 341 

table où des frises en incrustations de nacre et d'ivoire relient 
les colonnes, nous nous sommes arrêtés pour jouir' de la 
perspective qui s'étend sur les deux faces principales. Vers 
rentrée, c'est la suite des cours, des enceintes et des bâtiments 
se prolongeant par les terrasses et les escaliers dans un débor- 
dement de maçonnerie qui a dû immobiliser pendant des 
années les ouvriers d'art de Hué ; de Tautre, c'est une série de 
jardins dont les plates-bandes d'un mètre de largeur entourées 
de céramiques se coupent et se recoupent à angles» droits, 
pour aboutir à un canal profond que traverse un pont de 
pierre. A l'entrée et à la sortie de ce pont se dressent deux 
arcs de triomphe composés chacun , de quatre colonnes de 
bronze reliées par des linteaux où sont encastrées des plaques 
d'émail. Au delà du pont, une colline couverte d'arbres ferme 
brutalement l'horizon; un mur de plus de trois mètres de 
haut entoure sa base et dans l'axe de la grande perspective, 
une porte de marbre fermée par de lourds battants de bronze, 
signale la dernière enceinte sacrée, infranchissable. 

Les terrasses, les jardins, les canaux et les lacs, la colline 
de l'extrémité ont été faits de main d'homme, bien entendu ! 
D'après les renseignements recueillis par M. Lichtenfelder, 
l'enceinte sacrée est circulaire et contient à l'intérieur un 
tumulus inculte : vers l'extrémité opposée à celle de la porte 
d'entrée serait un énorme rocher qui abriterait la dépouille 
royale si elle a été réellement déposée entre ces murs. 

Telle est dans son ensemble la sépulture de Minh-Mang. 
Dans certains détails de décoration, mon collègue croit re- 
trouver une influence japonaise; il est certain que les combi- 
naisons de céramiques qui limitent les allées des jardins, tout 
aussi bien que les arcs de triomphe multicolores, dénotent un 
art nouveau chez les Annamites qui ne procède en aucune 
façon de l'ancien. Dans la pagode située sur les terrains de 
l'École d'Agriculture et dont j'ai plus haut déploré l'abandon, 
pagode qui servait, paraît-il, de logement à une des femmes 
de Minh-Mang, j'ai retrouvé des balustrades émaillées qui 
me paraisssent se rattacher à celles du tombeau et révèlent 
nettement une influence étrangère. Y avait-il sous Minh-Mang 
et Thieu-tri à la cour d'Annam, des Japonais éducateurs? Le 



'dA'2 REVUE DE MADAGASCAR 

fait serait intéressant à contrôler, car j'ai déjà signalé en 
parlant des industries artistiques de Hanoï la similitude qui 
m'avait frappé entre celles-ci et celles du Japon. Elle s'ex- 
pliquerait dès lors et démontrerait pourquoi l'art annamite 
procédant du chinois a plus de points de contact actuellement 
avec l'art du Japon qu'avec le premier. Une éducation momen- 
tanée donnée par des individus de race approchante, aurait 
permis aux artisans de Hué de progresser rapidement dans la 




ioWtde Tliieu-Tii 



voie où les dirigeait leur évolulîon naturelle. A ce titre, la 
décoration de sépullure de M in h-Mang, luxueusement et déme- 
surément grandiose, est intéressante. 

\ous nous réeiitharquons après avoir passé plus de deux 
heures sous ses ombrages et la chaloupe descend la rivière 
calme, où les embarcations sont rares. .Nous apercevons bien- 
tôt à droite, le mausolée de Gia-Duc, père de Gia-Long, dont 
la tombe fut violée par les rebelles Tayson au moment de la 
prise de Hué par leur chef, frère de Nhac. Au pied d'une berge 
abrupte qu'escalade un mauvais sentier, la chaloupe s'arrête; 



MADAGASCAR A I. EXPOSITION DK HANOI 



:m3 



c'est sans doute un raccourci ou, pcul-êire, les Huropôens ne 
doivenl-ils pas fouler au pied le débarcadère royal accédant 
li la grande avenue. Par un petit cliemin qui serpente en lacet 
sous la brousse épaisse, nous rejoignons celle-ci et après un 
bon kilomètre de marche nous arrivons à l'étang sacré, en- 
combré de joncs, entre lesquels de rares flaques d'eau sub- 
sistent, qui bordent l'avenue en face du mausolée de Thieu-Tri. 
Un portique à trois ouvertures en bronze et émail semblable 




L'csf!jiiacle et le hilimeiil Je la sidie an maiisuh'e de Thieu-Tri 

à CL'ux des jardins de Minh-Mang se dresse sur le mur de 
quai face à l'escalier monumental qui conduit aux terrasses. 
C'est le même plan déj^ décrit, moins gi'andiose que le pré- 
cédent ; un porche A trois ouvertures donne accès sur l'espla- 
nade où veillent les animaux et les hommes de pierre. A l'ex- 
trémité de cette cour trois escaliers sur les rampes desquels 
se déroulent d'énormes dragons conduisent A une deuxième 
terrasse, sur laquelle est bAli, au-dessus d'un mur de trois 
mètres, le brttiment carré qui abrite la stèle relatant les hauts 
faits du monarque. Une dernière terrasse soutient ta pagode 



344 REVUE DE MADAGASCAR 

près de laquelle se dresse un obélisque, par derrière, dans 
l'ombre de la forêt, le tombeau. Sur Tune des terrasses sont 
les bâtiments servant de magasins ou de logements aux 
femmes du roi. La sépulture de Thieu-Tri semble moins res- 
pectée que les autres et quelque peu abandonnée; elle couvre 
d'ailleurs une superficie moins grande que les précédentes et 
est rapidement visitée. Quand nous rejoignons la chaloupe, 
la fraîcheur de la soirée commence à se faire sentir ; nous 
irons en voiture le lendemain visiter les tombeaux de Tu-Duc 
et de Dong-Khanh. 

Une bonne route qui n'est que la prolongation de l'avenue 
sur laquelle sont édifiées les maisons européennes permet de 
se rendre de Hué à ces derniers tombeaux, plus rapidement 
que par la rivière qui fait un coude prononcé vers l'ouest. 
Après avoir traversé les villages qui constituent la banlieue 
,de la capitale, agglomération de cases dissimulées entre les 
bambous, les aréquiers et les arbres fruitiers, la route atteint 
la campagne ; sur une colline elle est coupée par des vallonne- 
ments et des fossés qui indiqueraient remplacement de l'an- 
cienne forteresse des Tyames. Les fouilles faites en ce point 
n'ont donné, si je ne me trompe, aucun résultat; peut-être 
n'ontr-elles pas été faites avec la méthode et la persévérance 
voulues. 

A droite de la route, dans le fond de la vallée, une sorte 
de tour massive en ruine, basse et d'un grand diamètre, est 
tout ce qui reste des arènes où les souverains de l'Annam fai- 
saient battrejadis les éléphants, les panthères, les tigres et les 
buffles. Un fauve saufa, dit-on, jusque sur les spectateurs dans 
une fête donnée pour l'empereur : ce serait depuis lors que ces 
jeux auraient cessé. Il semble plus probable d'en attribuer la 
suppression aux nécessités budgétaires, car depuis long- 
temps déjà la cour d'Annam avait réduit son faste avant que 
nous occupions sa capitale. 

Dans les bois de pins qui garnissent la colline est un monu- 
ment sans architecture d'ailleurs, car il se compose seule- 
ment d'une esplanade de pierres bordée de balustrades, de 
laquelle émergent deux autres terrasses. Autour de ce vaste 
espace désert les pins sont particulièrement beaux : pas 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION UE HANOÏ 340 

d'habitation, pas même de logement pour des gardiens, par- 
tout le silence absolu qui est troublé seulement tous les trois 
ans quand se célèbre la fête nocturne de Nam-Yao. C'est dans 
quelques jours précisément que doit venir la date fixée par 
les rites et déjà depuis quarante-huit heures, l'empereur 
enfermé dans la pagode sacrée se recueille pour la grande 
fêle fétichiste dans laquelle il doit jouer le rôle de pontife 
sacrificateur. Il restera onze jours dans la méditation, puis le 
soir du onzième, au moment du coucher du soleil, il se ren- 
dra proce^sionnellement avec toute la cour sur Tesplanade où 
suivant des lignes et des combinaisons géométriques déter- 
minées, les cadavres des buffles égorgés et dépouillés, trace- 
ront des allées symboliques. Entre ces corps sanguinolents, 
afTaisés sur les genoux, des porcs, des veaux, des volailles 
auront été égorgés rituellement, et parmi ces tas de chairs 
pantelantes des autels seront prêts pour les sacrifices. De sa 
propre main, le souverain devra immoler une victime ; alors 
sur les bûchers les chairs crépiteront et tandis que vers le ciel 
montera la fumée des offrandes, les fidèles dessineront par 
d^s groupements successifs les figures cabalistiques qui doi- 
vent rendre Fholocauste propice. La cérémonie durera ainsi 
jusqu'au matin; avec les premières heures du jour, l'empereur 
rejgagnera son palais et les acteurs de la fête emporteront 
chez eux le quartier de viande consacré. 

N'y a-t-il pas entre cette cérémonie et celle du Fandroana 
malgache suivant l'ancien rite, une analogie frappante ? A 
Tananarive, c'est par l'immolation d'un coq rouge que les 
fêtes commençaient. Après ce premier sacrifice, il était inter- 
dit de tuer ou de manger des quadrupèdes jusqu'au premier 
jour de l'année. Dès six heures du matin, à cette date, le roi 
immolait un bœuf et, aussitôt, par toute la ville la tuerie se 
propageait ; on s'envoyait en cadeaux des quartiers de viande 
pantelante, le sang ruisselait sur les places et dans les rues. 
Le culte des morts intervenait dans cette fête à Madagascar, 
sous formes de visites aux tombeaux avec présentation 
d'offrandes; nous n'avons pu savoir si dans le Nam-Yao il en 
était de même. Il est à remarquer toutefois que les tablettes 
rituelles de certains empereurs y sont apportées. Il serait éga- 



346 REVtE DIC MADAGASCAR 

lemciit inléressaiit d'apprendre pourquoi la fête se célèbre, 
tous les trois ans seulement et avec quelle date astronomi- 
que ou historique elle coïncide. Estelle fixe ou déterminée 
après chaque période de trois ans par une consultation de 
géomancie? 

Cette date était pour l'année 1903, le 14 mars. La fête porte 
la désignation très vague de sacrifices au Ciel et à la Terre : 
le nom de A'anj-)'aydésigne remplacement où elle se célèbre 




Le lac sacré devant le temple an mausolée de Tu-Duc 

et signifie plaine tlti sud. La première terrasse circulaire 
symboliserait le ciel ; lu deuxième, carrée, serait l'emblème 
(le la terre; la troisième est également carrée. Les divers 
uutels pour les sacrifices sont dédiés au soleil, à la lune, à la 
pluie, au vent, aux montagnes, etc.. Le costume de l'empe- 
reur lui-même est symbolique: son bonnet cylindrique, sur- 
monté d'une partie carrée, représente le Ciel et la Terre, 
tandis que sur sa robe sont dessinées des montagnes, des 
fleurs, etc. 

Une coutume an:ilogue aurait existé en Cliine, vers le 



MADAGASCAR A L EXPOSITION DE HANOI 



347 



xii" siècle avant J.-C. sous la dynastie des (".hau. Elle aurait 
étécélébréc pourla première fois en Annam sous le règne de 
Lv-Anh-Tong de la troisième dynastie vers le xiu' siècle de 
notre ère. 11 semble que cette étrange cérémonie soil un 
mélange composé des vieilles coutumes propres aux Anna- 
miles et des rites de la religion chinoise modifiée par le 
taoïsme. 

Désolé de ne pouvoir assisler à cette fête qui aura lieu 






L'esplanade et le bâtiment de la stile a 



lolèe de Tu-Duc 



après mon départ, je continue avec mon aimable guide ma 
route vors le tombeau de Tu-Duc. De tous les mausolées, 
celui-ci est assurémcut le plus luxueux : la vaste enceinte qui 
l'entoure se dresse liaute dans le fond de la vallée boisée ; 
par une porto de côté nous y pénétrons. Une superbe allée 
de grands arbres longe un lac entouré de quais de forme 
contournée où, sous les lotus, l'eau stagnante est limpide. 
Sur chaque côlé, des constructions élevées, moitié sur la 
terre ferme et moitié sur pilotis, se reflètent dans la surface 
liquide. Placé sur une des rives et taisant l'ace à l'entrée de 



348 REVUE DE MADAGASCAR 

la pagode, je prends un cliché de cette belle nappe d'eau. 
L'empereur Tu-Duc qui n'avait pas d'enfants etcraignant que 
les honneurs funèbres ne lui soient pas rendus après sa mort 
a bien fait les choses . Monté sur le trône en 1848, il a fait tra- 
vailler à sa sépulture d'une façon constante pendant son 
long règne. Aussi est-ce un véritable dédale de canaux et de 
ponts, de terrasses et de lacs, de jardins et de bosquets. 

Le porche à trois ouvertures qui ouvre au-dessus du lac de 
l'entrée, donne accès dans une vaste esplanade de chaque 
côté de laquelle sont les logements et les. magasins; au fond, 
s'allonge, bas et sombre, le temple où sont les tablettes du 
roi et de sa première femme. Des nattes fines garnissent la 
cour au devant du sanctuaire dont les stores soigneusement 
fermés abritent le mystère ; sur des tables et des meubles 
précieux, devant l'autel couvert de draperies rouges, tous les 
objets chers au défunt sont amoncelés. Des femmes, ' des 
suivantes sans doute, nous suivent et nous épient; ce maga- 
sin royal ressemble fort à l'arrière-boutique d'un bric-à-brac ; 
les bibelots de valeur y sont rares et la pacotille cosmopo- 
lite s'y étale insolemment. Les baguettes d'encens se consu- 
ment dans les brûle-parfums, attestant que le culte est tou- 
jours soigneusement rendu aux mânes royales. Dans une 
seconde enceinte située derrière la pagode se trouvent, du 
reste, les appartements des femmes du défunt; c'est là que 
dernièrement fut internée une vieille turbulente, mère ou 
tante de Tempereur actuel, qui jetait la discorde dans le 
palais. N'en voulant pas au séjour des vivants, on l'expédia 
dans l'enceinte des morts. 

Après quelques coups d'œil jetés à la dérobée dans le sérail 
posthume, nous regagnons le portail d'entrée, les autres bâti- 
ments se trouvant non plus comme au tombeau de Mink- 
Mang sur le même axe, mais juxtaposés. Nous traversons 
sur un pont de bois un des nombreux canaux trop bien 
maçonnés qui décrivent leurs méandres à angles droits dans 
le parc et par deux terrasses, nous pénétrons sur Tesplanade 
où les figures de pierres s'alignent en files rigides. 

Quelle décadence artistique éclate dans la comparaison 
entre celles-ci et les premières que nous vîmes au tombeau de 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 349 

Gia-Long ! Le cheval aux patles courtes avec un long cou 
surmonté d'une tête énorme est absolument grotesque et les 
mandarins avec leurs bras esquissés sur la robe ressemblent 
aux poupées d'un jeu de massacre. Mais plus orgueilleuse que 
toutes les autres, la stèle de granit se dresse sous Tédicule 
prétentieux de la seconde cour, entre deux énormes colonnes 
laquées sur le fond rouge desquelles se détachent les nuages 
hiératiques des dessins annamites. Un obélisque à droite de 
la stèle symbolise la mémoire « de la première colonne de 
Tempire » . 

De cette terrasse on redescend vers une autre qui mène à 
une troisième et sur chacune, des jardins dessinés dans le 
goût de ceux de Minh-Mang et bordés de balustrades en pierre 
ou en céramique contiennent des arbres rares et des plantes 
d'ornement. Au fond de la dernière, juchée sur un soubasse- 
ment monumental au sommet duquel un escalier massif donne 
accès, on aperçoit la porte de Tenceinte sacrée, du tombeau 
proprement dit, véritable arc de triomphe aux toits super- 
posés, décoré de tuiles vernies et d'ornements polychromes. 
Derrière cette porte, la forêt dont les grands arbres arrivent 
avec peine à émerger au-dessus de Tenceinte. Je fais grâce au 
lecteur des kiosques, des pavillons, des colonnes et des édi- 
cules qui parsèment le jardin. Dans toute Tenceinte aucun 
monument ne m'a donné l'impression du petit lac de l'entrée 
si merveilleusement ombragé et d'un calme si complet. Tout 
le reste porte l'empreinte d'un faste turbulent qui caractérise 
parfaitement d'ailleurs le souverain orgueilleux et cruel que 
fut Tu-Duc. L'histoire nous apprend que les soldats et les 
corvéables qui travaillaient à cette nécropole, exaspérés par 
la dureté de l'empereur et ses exigences, se révoltèrent. La 
rébellion put être étouffée et le mausolée fut continué : 
c'était la dernière manifestation du pouvoir absolu des empe- 
reurs d'Annam, aux mains desquels le sceptre de jade deve- 
nait trop lourd. 

Bien modeste en effet, comparée à ces luxeux tombeaux, est 
la sépulture de Dong-Khanh située près de là sur le versant 
d'une colline qui fait face à une large plaine : une enceinte 
quadrangulaire d'une trentaine de mètres de côté, flanquée de 



350 REVUE DE MADAGASCAR 

deux édicules en avant des angles de la façade et d*une porte 
au centre, protège la dépouille impériale de celui qui dut à la 
France Thonneur de monter sur le trône de ses pères, tandis 
que le véritable roi était emmené par le ministre de la Guerre 
Thuyet dans la montagne : c'était au lendemain du guet-apens 
manqué de 1885. Le tombeau de Bong-Khanh est le dernier 
sans doute de la dynastie des Nguyen : Tempereur actuel ne 
semble pas s être encore préoccupé de la construction du sien. 
En tout cas il doit rarement rendre visite à celui de son pré- 
décesseur, car une herbe folle croît tout autour du mausolée 
et les quelques colonnes, obélisques ou petites pagodes épars 
au-devant de Tenceinte sacrée, émergent avec peine de la 
brousse : plus de traces de chemin dans la plaine; un étroit 
sentier permet au visiteur d'approcher de la muraille dans 
laquelle sont incrustées en guise d'émaux, des assiettes repré- 
sentant les châteaux de France! 

Au trot rapide du petit cheval, la charrette nous emporte 
cette fois vers la nécropole vivante dont les bâtiments admi- 
nistratifs forment l'allée funéraire. Nous passons rapidement 
devant les douanes, les travaux publics, la gendarmerie, le 
trésor, etc.; sur les façades tristes les volets et les portes 
restent fermés : l'heure de clôture pour le bureau a sonné et 
la poignée de Français qui administre et gère les destinées de 
l'Annam prend ses ébats au Cercle : nous allons Vy rejoindre. 
Dans une conversation avec un haut fonctionnaire de Hué, 
ma première impression se confirme : « L'Annam, me dit-il, 
est un pays où pour peu de bras il y a beaucoup de terre : le 
résultat est que Tindustrie ne se développe pas. Au Tonkin 
et en Cochinchine les bras sont nombreux et la terre manque : 
la pléthore de culture force les habitants à recourir à 
rindustrie. » L'Annam proprement dit est faiblement peuplé : 
voilà un fait indiscutable et je suis loin de partager les prévi- 
sions optimistes du Directeur de la Quinzaine Coloniale qui 
après avoir critiqué les chiffres que j'avais donnés en a 
proposé d'autres très au-dessus des évaluations reconnues 
actuellement comme les plus vraisemblables. La statistique 
étant encore peu et mal établie, le seul chiffre officiel est celui 
desinscritsen dessous de la réalité assurément dans certaines 



L I, EXPOSITION DE HANOI 



:îr>i 



régions, mais au-dessus peut-être dans d'autres qui se sont 
dépeuplées indiscutablement pour les raisons que j'ai déjà 
visées. 

Il ne faut pas oublier en outre qu'une grande partie des ter- 
ritoires dépendant de l'Annam est occupée par des Mois, que 
ces régions sont presque insoumises et que la population y est 
très clairsemée. \'oici comment, M. Lavalléc, dans le Ballelin 
de l'École Française d' Extrême-Orient , conclut l'étude qu'il a 




( la porte d' 



Tombeau de Dang-Khanhg 



faite de ces peuplades : " 11 semble que la race moï restera 
toujours une force inutilisable pour l'action civilisatrice à 
Inquelle elle ne créera que des obstacles. Sa piètre vitalité ne 
lui permettra pas d'ailleurs de maintenir son rang au niveau 
des races plus actives de l'Annam et du Laos qui l'enserrent 
et la pénèlrenl un peu plus chaque jour. » Il y a toutefois 
entre les Annamites et les Mois une haine qui se manifeste 
dans les provinces frontières et restera un obstacle à la péné- 
tration que souhaite M. Lavallée. Qm sait s'il ne sera pas 
nécessaire sur ce point encore de recourir à l'importation 
d'une main-d'œuvre étrangère pour venir en aide aux expioi- 



352 REVUE DE MADAGASCAR 

talions de nos compatriotes. Mon interlocuteur m'en cite quel- 
ques-unes qui semblent réussir : elles se trouvent dans les 
provinces de Hatinh, de Binh-dinh et du Khanh-hoa et consis- 
tent surtout en rizières et plantations de cocotiers. Quant à 
l'élevage il donnerait d'excellents résultats sans les épizooties 
fréquentes qui déciment les troupeaux à des époques pério- 
diques. 

En résumé, les seules entreprises qui semblent devoir 
assurer des profits aux Européens, sont comme au Tonkin les 
entreprises industrielles. Je n'ai malheureusement pas pu aller 
voir à Quinhon les installations de la Société Delignon et 
Paris dont j'ai signalé dans mon premier rapport l'intéres- 
sante exposition ; ni les houillères de Nong-Son qui semblent 
devoir par l'établissement d'une voie Decauville les reliant à 
Tourane, assurer un entrepôt sérieux dans ce dernier port. Le 
faible rendement (6.000 francs par mois en moyenne) des mines 
d'or de Bong-Mieu est peu encourageant et ne permet pas 
d'augurer si l'exploitation mécanique du filon projetée par 
la compagnie sera suffisamment rémunératrice. Quant à 
l'administration tous ses efforts se portent sur les routes géné- 
ralement difficiles à exécuter et encore plus à entretenir dans 
cette région montagneuse, ainsi que sur les études du chemin 
de fer. J'ai déjà dit les modifications qu'on se proposait de 
faire au tracé primitif : une lacune reste toujours entre Vinh 
ou Matinh dans le nord, et Hué vers le sud. Comment 
sera-t-elle comblée et dans combien de temps? L'avenir de 
Hué réside dans la solution de ce problème. 

Je rentre à Tourane par la même voie que pour l'aller, la 
barre de Thuan-An étant toujours infranchissable. Embarqué 
le soir à 9 heures, je suis le lendemain matin à Cau-Haï vers 
9 heures 20 et j'atteins le but à dix heures du soir seulement, 
après m'être arrêté un quart d'heure pour déjeuner. Douze 
heures de sampan et douze heures de chaise à porteurs 
semblent donc indispensables pour faire normalement ce 
trajet. 

A Tourane, au cercle où l'accueil est cordial si le local est 
modeste, on discute la question du port. J'apprends ainsi que 
la Société des Houillères a obtenu en 1897 la concession pen- 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 353 

dant soixante ans de Tilot de TObservatoire, situé à gauche de 
l'entrée de la baie, moyennant certaines obligations dont en 
particulier la construction d'un appontemenl et de quais, 
rétablissement d'un matériel de débarquement, l'éclairage et 
le balisage des abords. Les avantages qui lui étaient faits 
consistaient dans le droit de percevoir des taxes d'arrimage, 
d'accostage, d'emmagasinage, etc. Les travaux devaient 
être exécutés en deux ans, soit en mai 1899 : depuis lors, des 
délais, appuyés sur des motifs bien entendu toujours plau- 
sibles, furent accordés. Les Travaux Publics de leur côté 
avaient rédigé un projet de port sur la rive gauche du fleuve, 
contre la ville, à proximité de la gare ou plutôt de son empla- 
cement. La dépense était évaluée à cinq millions. Ce projet, 
adopté par la Commission puis par le Conseil supérieur, 
devait être mis en adjudication le 15 février 1902. La société 
concessionnaire de l'îlot, sur ces entrefaites, s'étant prétendue 
lésée, avait suspendu ses travaux et réclamé une indemnité : 
un arrangement à l'amiable fut conclu avec le protectorat. 
Tout semblait donc réglé et mûr pour l'exécution qui depuis 
lors s'est fait attendre. L'adjudication renvoyée à une date 
ultérieure n'a pas encore eu lieu : des entrepreneurs de la 
métropole se proposeraient de venir soumissionner; depuis 
deux ans ils se préparent au voyage ! 

Après le port de Tourane, c'est le sanatorium du Lang 
Kiang qui fait les frais de la conversation. J'apprends qu'il y 
fait très chaud le jour et très froid la nuit, qu'il y pleut à tor- 
rents pendant quatre mois de l'année et que la sécheresse est 
inexorable pendant les huit autres. Ou dit du bien de l'élevage 
et beaucoup de mal des essais de culture. Mais la question 
de Port-Dagot passionne surtout l'opinion; une mission vient 
d'aller visiter toute la baie de Nha-trang ; il s'agit, au dire 
de quelques gens bien informés, de la création d'un port de 
guerre, de commerce, d'un arsenal, etc., enfin le Gibraltar qui 
devait d'abord se faire à Tourane : on en parlait en 1841. La 
baie d'Along, Haïphong, Tourane, Saigon, voilà bien des 
ports où il reste sinon tout, du moins beaucoup à faire, soit 
au point de vue marine de guerre, soit au point de vue marine 
de commerce. Avant de songer à de nouveaux havres, il 

23 



354 REVUE DE MADAGASCAR 

serait sage d'aménager d'abord ceux que les circonstances et 
les exigences commerciales nous ont amené à utiliser. Pas 
un seul n'est encore à point, même celui de Saigon où l'on 
travaille toujours : Port-Dago peut donc attendre. Qu'on 
s'occupe d'abord de celui de Tourane ! 

En me rembarquant le soir sur la Gironde, je constate à 
nouveau les inconvénients que ce dernier présente et je passe 
une partie de la nuit sur le bateau des Travaux publics à « es- 
pérer » le paquebot qui ne vient pas. Vers deux heures du 
matin les yeux brillants des sabords percent enfin la brume : 
avec la chaloupe à vapeur, cette fois, nous allons accoster : 
me voici en roule, ou bien près de l'être, pour^Saïgon et le 
Cambodge. 



Ant. Jully. 



(A suivre,) 



Documents et Informations 



CORRESPONDANCE DE MADAGASCAR (août 1905). — La situation dans 
le snd de Plie . — Les gisements de pierres précieuses . — Travaux 
publics. — Doux incendies. — M. Aobcrt àTamalave. — Reprise 
générale des ailnires. — Publications diverses. — Nécrologie, etc. 

Tananarive, 31 août. 

L'amélioration de la situation politique du Sud, signalée 
dans ma correspondance du 31 juillet, s*est encore accentuée 
au cours de la quinzaine écoulée. Les bandes insurgées ont 
continué de se désagréger ; c'est ainsi que l'un des princi- 
paux lieutenants de Befanoha, Imboay, chef influent de la 
région d'Iakora, a fait sa soumission à Betroky avec plus de 
cent partisans et que le vieux chef Bemalanto s'est également 
rendu, à Midongy, avec tous ses gens. D'autres groupes 
encore ont fait leur soumission, à Tsivory et sur plusieurs 
autres points. 

Les dernières nouvelles sont tout aussi favorables. Les 
rebelles du Kalambatitra ont été complètement dispersés par 
l'action convergente des troupes postées à proximité de leurs 
refuges, et l'ancien brigadier de milice Kotavy, dont la pré- 
sence a été dénoncée dans le district de Vangaindrano, ne 
serait plus accompagné ' actuellement que de quelques rares 
partisans. 

Enfin, de nouveaux détachements poursuivent sans répit un 
parti de rebelles échappé du Kalambatitra et qui est parvenu 



356 REVUE DE iVIADAGASCAR 

à se reformer dans les massifs montagneux situés entre 
lonaivo et Itomampy ; ces rebelles font partie des bandes de 
Befanoha, et il faut sans doute s'attendre à ne les voir rentrer 
dans Tordre et regagner leurs villages, qu'après la soumis- 
sion dé leur chef. 

Nos troupes poursuivent, d'ailleurs, très activement ces 
irréductibles et, les 13 et 14 août, la bande de Befanoha, 
surprise près de Begogo, a perdu dans une escarmouche une 
dizaine de partisans. De nouvelles soumissions se sont encore 
produites depuis, ainsi que quelques remises d'armes. Enfin, 
la région de Midongy, qui avait été complètement évacuée par 
les tribus insurgées, se repeuple très rapidement, et il résulte 
des dernières nouvelles reçues de cette région, que les impôts 
indigènes commencent à y rentrer aussi, et même plus 
aisément qu'avant la rébellion. 

Dans le cercle de Fort-Dauphin, le mouvement commercial 
dont l'arrêt, presque complet au début de Tannée, avait eu 
pour résultat de réduire les exportations des quatre premiers 
mois à 38. 141 kilogrammes, représentant seulement une valeur 
de 71.970 francs, a repris son ancienne activité. Les exporta- 
tions effectuées en mai et juin, par exemple, ont atteint 
158.712 francs. 

Des renseignements recueillis dans l'intérieur du cercle, 
permettent, de plus, d'espérer que malgré la baisse énorme des 
premiers mois, les exportations totales de Tannée ne resteront 
pas au-dessous du chiffre de 1904. 

Les importations, consistant principalement en tissus, 
cotonnades, boissons et denrées coloniales, se sont élevées, 
pendant les six premiers mois de 1905, à la somme totale de 
505.957 francs. 

La situation,, on le voit, s'est rapidement améliorée. 

* * 

Parmi les questions d'importance qui, depuis quelque temps 
déjà, ont attiré sur Madagascar Tattention du monde minier, 
celle qu'a soulevée la présence certaine dans la Grande Ile de 
gisements de pierres précieuses, mérite assurément d'être 
placée au premier rang. Cette question présente, en effet., 



I N FORM ATI ON S 357 

le plus grand intérêt pour Tavenir de la Colonie, et le Gouver- 
nement local vient précisément de confier à un lapidaire, 
M. Vuillerme, le soin de l'étudier. 

Ce spécialiste a déjà commencé ses recherches dans la 
région comprise entre Ambatolampy et Antsirabe et y a trouvé 
des zircons, des grenats, des saphirs, des tourmalines et des 
béryls de diverses*couleurs. Il doit procéder prochainement à 
un examen minutieux de ces pierres et fera connaître ensuite 
l'intérêt réel qu'elles peuvent offrir au point de vue commer- 
cial. 






* 



Les travaux de la route du Sud sont actuellement en pleine 
activité, et M. Tingénieur-inspecteur Constantin, qui a visité 
tous les chantiers, en a rapporté une bonne impression. L'état 
sanitaire des travailleurs, dont l'administration a toujours eu 
justement souci, est des plus satisfaisants et tout concourt à 
assurer, de ce côté, une rapide exécution des travaux. 

Ceux de la route charretière projetée entre Ambatondrazaka 
et Moramanga, en vue de faciliter l'écoulement des produits 
de la région sihanaka, ne seront pas entrepris avant l'année 
prochaine. Les études sont terminées depuis le mois de juin 
dernier et le piquetage achevé, et l'on se propose, en atten- 
dant les crédits nécessaires pour passer à l'exécution, d'ouvrir 
dès maintenant un sentier de un mètre de largeur, suivant 
l'axe de la future voie, ce qui permettra, en cas de disparition 
des piquets, de faire plus tard les travaux sans procéder à 
de nouvelles études. 

Au sud d' Ambatondrazaka, la route suivra la haute vallée 
du Mangoro, par Antianmenakely et Amboasary, et au delà, 
vers Moramanga, adoptera dans ses grandes lignes la direction 
du sentier malgache qui relie actuellement Moramanga à Am- 
tondrazaka. 



* * 



Deux incendies d'une certaine importance sont survenus 
depuis le 31 juillet; Tun le l'"" août, à midi, au village de 
Mandritsara Ambany, s'est étendu à tout un quartier très 



358 REVUE DE MADAGASCAR 

habité, sans cependant causer d'accidents de personne. Poussé 
par un vent- violent, le feu qui avait pris naissance dans une 
cuisine, s'est très rapidement propagé et en moins d'une 
heure, quarante-quatre maisons ont été plus ou moins tou- 
chées par les flammes. 

Néanmoins, les dégâts, qui se résument dans la perte unique 
des toitures, sont insignifiants. Ce sinistre, dont les consé- 
quences auraient pu être beaucoup plus graves, a été attribué 
à une imprudence commise par des enfants. 

L'autre s'est déclaré, le 5 août, au village de Mahabibo 
(province de Majunga), et n'a été circonscrit qu'avec le 
concours des troupes. Cinquante cases ont été la proie des 
flammes et les pertes subies de ce chef par les malheureux 
sinistrés sont relativement élevées. 

Le feu s'est déclaré vers dix heures et demie du soir, dans 
l'habitation d'une femme indigène nommée Noro. S'étanl 
endormie sans lumière, cette femme fut réveillée par le crépi- 
tement des flammes qui déjà consumaient la toiture, faite de 
branches et de feuilles de lataniers ; elle sortit aussitôt pour 
demander du secours, et des voisins accoururent, mais 
l'incendie avait fait sur ces entrefaites de rapides progrès et 
tous leurs efi*orts furent impuissants à en arrêter la marche. 
Activées et poussées par un très fort vent d'Est, les flammes 
ne tardèrent pas à se communiquer aux cases environnantes et 
s'étendirent bientôt jusqu'à la limite ouest du village. 

Les premiers secours furent organisés par les gardes 
régionaux du poste de Mahabibo, MM. Bonnemaisonet Boyer, 
qui firent preuve en cette circonstance d'un louable sang- 
froid. Faisantla part dufeu, ils déridèrent d'abattre leç maisons 
voisines du foyer de l'incendie, afin d'empêcher ainsi sa 
propagation au reste du village. 

Grâce à cette sage mesure, au concours dévoué d'un déta- 
chement de tirailleurs sénégalais venu do Majunga sous la 
conduite de deux lieutenants, et au zèle déployé par la popula- 
tion indigène elle-même, le sinistre a pu être circonscrit et le 
lendemain, vers cinq heures du matin, tout danger avait enfin 
disparu. 

La plupart des familles éprouvées par l'incendie, ou dont 



INFORMATIONS 359 

les maisons ont été détruites, se sont trouvées plongées dans 
une extrême misère. La société de bienfaisance des Dames de 
Majunga, parant au plus pressé, leur a immédiatement envoyé 
du riz et des vêtements. Des secours en argent ont été 
également distribués aux sinistrés les plus dignes d'intérêt par 
les soins de M. Moriceau, chef de la province, afin de leur 
permettre de faire procéder à la reconstruction de leurs 
habitations. 



# 
* * 



L'extension prise par Miandrivazo comme centre d exploita- 
lions minières a suggéré au commandant du cercle de Moron- 
dava, ridée decréer dans cette localité, jusqu'alors dépourvue 
de marché, des foires périodiques dont la première, tenue le 
l*' juin dernier, a obtenu, malgré l'insuffisance notoire de 
publicité, un résultat qui justifie pleinement cette heureuse 
initiative. 

Ce premier marché a été, en effet, des plus animés et la 
vente des bovidés y a donné lieu notamment à d'importantes 
transactions. 1017 animaux de cette race ont été rapidement 
enlevés sur les 1105 qui y avaient été amenés et le montant 
général des ventes effectuées pendant la courte durée de la 
foire a dépassé le chiffre de 33.000 francs. 

Devant cet heureux résultat il a été décidé qu'il y aurait 
désormais à Miandrivazo deux foires nouvelles qui se tiendront 
en juin et en octobre. 



# « 



Pendant toute cette dernière semaine, la pluie n'a cessé de 
tomber à Fort-Dauphin et dans la région côtière du secteur 
du Faux-Cap. On signale môme des pluies assez fréquentes 
dans la région la plus sèche de l'Androy. Ces pluies sont 
absolument anormales en cette saison et ne peuvent être que la 
conséquence des modifications survenues depuis quelques 
mois dans le régime climératérique de certaines contrées de 
l'Ile. 



* « 



M. le D*" Auber, député de la Réunion, se rendant en France, 
a été l'objet le 18 juillet, à son passage à Tamatave, d'une 



360 REVUE DE MADAGASCAR 

chaleureuse réception. Salué à l'arrivée du paquebot par une 
délégation de la population européenne, il était invité, le soir, 
à un grand punch organisé à son intention et qui réunissait à 
rhôtel de l'Univers près de 250 personnes. 

Plusieurs discours ont été successivement prononcés, 
par MM. Dupuy, président du comité d'organisation du 
punch, de Buschère, président de la section de la Ligue des 
Droits de THomme, et M. Martin, avocat, qui a pris la 
parole au nom des prospecteurs et exploitants miniers de la 
région. 

M. le député Auber a gracieusement répondu à chacun de 
ces discours, assurant la population de Tamatave de son 
dévouement et promettant de s'employer résolument à la sau- 
vegarde de ses intérêts. Puis un toast a été porté en l'hon- 
neur de M. Lépreux. 

Le lendemain, M. le député Auber et M™* Auber ont pris 
part à un déjeuner offert à la Résidence par M. Hesling, admi- 
nistrateur-maire, et M"*® Hesling, et se sont embarqués à 
2 heures de l'après-midi. M. Auber a adfessé avant de partir 
à M. Lépreux un télégramme témoignant de sa gratitude pour 
l'accueil qui lui avait été fait à Tamatave et lui donnant l'assu- 
rance qu'il défendra, au Parlement, les intérêts de la Grande Ile. 

« 

Suivant la statistique des exportations, le port de Majunga 
a expédié pendant le semestre écoulé, 1.623 bœufs à destina- 
tion de Beïra et de Lourenço-Marquès 

La prospérité commerciale de Majunga s'affirme, d'ailleurs, 
par l'accroissement constant de ses exportations. Celles-ci 
se sont élevées, en effet, pour le premier semestre 1905, à la 
somme considérable de 1.991.075 francs 70, contre 1.420.222 
francs en 1904, accusant ainsi une plus-value supérieure à 
570.000 francs. 

Dans la province de Mananjary, les recettes douanières ont 
atteint, pour la même période, la somme de 203.610 fr. 87, 
en augmentation de 94.981 fr. 17 sur les recouvrements cor- 
respondants de 1904 et témoignent ainsi d'une reprise impor- 
tante du commerce local. 



INFORMATIONS 361 

D'après le pointage entrepris au chef-lieu du district d'Ant- 
senavolo, et dont les résultats ont été publiés au Journal Offi- 
c/e/dela Colonie, plusde 12.000charrettes et bourjanes chargés 
ont circulé, pendant les seuls derniers trois mois du semestre, 
sur la route carrossable de Mananjary à Fianarantsoa. 

Dans rintérieur, l'ascension du mouvement commercial et 
la reprise active des affaires est tout aussi manifeste. Je vous 
ai naguère entretenu du succès remporté par la foire de 
Fenoarivo, et, plus haut, de celle de Miandrivazo; celle d'Ant- 
sohihy, qui a eu lieu récemment, n'a pas eu un/ésultat moins 
heureux. Le montant total des transactions y a dépassé le 
chiffre de 150.000 francs, et dans la statistique des produits 
vendus à cette foire les produits d'exportation tels que le 
raphia, le caoutchouc et la cire, figurent à eux seuls pour la 
somme importante de 96.000 francs. 

Les achats de toutes natures effectués, d'autre part, chex 
des commerçants européens par des indigènes venus des 
différent-s points de la région, ont atteint le chiffre élevé de 
34.000 francs. 

De tous côtés, enfin, on signale la même tendance favorable 
dans révolution commerciale de la Grande lie, dont la situa- 
tion économique actuelle peut être considérée comme des 
plus satisfaisantes. 

* * 

De nombreux vols de sauterelles ont été aperçus le 8 août 
dans le district de Betafo (province du Vakinankaratra) . Ces 
acridiens, venant de TOuest, ont passé sans s'arrêter sur 
Ambohimasina, se dirigeant vers l'Est. 

Plusieurs autres vols, assez importants et suivant la même 
direction, ont également, pendant les journées des 12 et 
13 août, traversé, sans atterrir, le district d'Antsirabe. 



Suivant une information du consul de France à Maurice, 
onze cas de peste ont été constatés dans cette tle pendant la 
période du 29 juillet dernier au 11 août courant; neuf cas ont 
été suivis de mort. 



362 REVUE DE MADAGASCAR 

MM. Marias et Ary Leblond, rédacteurs à la Revue de 
Paris et à la Revue des Deux-Mondes, ont été chargés d'une 
mission officielle gratuite à Madagascar où ils se proposent 
d'étudier les conditions de la production industrielle. 

MM. Marius et Ary Leblond, qui avaient quitté Marseille 
par le paquebot du 25 juillet, sont arrivés à Tananarive depuis 

((uelques jours. 

* 
* « 

L'Imprimerie officielle de Tananarive vient de publier, en 
une brochure de 180 pages, le procès-verbal de la troisième 
session de la Chambre d'agriculture qui a siégé à Tamatave 
du 10 au 26 décembre dernier. 

La seule énumération des questions traitées dans le cours 
de cette session donne une idée de l'intérêt que présente pour 
tous ceux qui s'occupent d'agriculture coloniale, la lecture 
de cet opuscule. La Chambre d'agriculture a successivement 
délibéré, en effet, sur le régime des taxes de consommation, 
l'élevage et la suppression des droits de sortie, la main- 
d'œuvre, les encouragements qu'il convient de donner à l'agri- 
culture, les voies de communications, les expositions agri- 
coles, etc., etc. Elle a entendu la lecture d'intéressants 
rapports sur les questions les plus diverses, concernant la 
vanille, le coton, les cocotiers, l'élevage et les primes à la 
fabriction, etc., toutes questions dont se préoccupe à juste 
titre la colonie agricole et industrielle. 






L'Académie malgache a récemment livré au public son 
bulletin afférent au deuxième trimestre de l'année 1904. Cette 
brochure qui compte près de 200 pages, renferme diverses 
éludes du plus haut intérêt et dont une surtout, signée P. Tho- 
mas, doit retenir particulièrement l'attention du lecteur. 

Il s'agit d'une discussion très scientifique qui a pour titre : 
Noms de Nombre (Notes de Philologie comparée) ; l'auteur de 
ces notes, s'appuya nt sur des observations antérieurement 
faites par un missionnaire espagnol au sujet des analogies 
que présentent entre eux le tagalog et le sanscrit, montre, en 



INFORMATIONS 363 

les étendant, que les différents dialectes inalayo-polynésiens, 
€t, avec eux, Tidiome malgache, dérivent de la langue primi- 
tive de rinde. 

M. Thomas commence aujourd'hui par identifier quelques 
noms de nombre. Il nous promet de nous montrer également, 
dans un prochain travail, les origines sanscrites du calendrier 
malgache et nous laisse entrevoir la possibilité prochaine de 
trouver, enfin, une solution satisfaisante du problèr.*e si pas- 
sionnant des origines malgaches. 

Deux autres études méritent aussi une mention spéciale : 
Tune, concernant les règles de V « Orthographe malgache », 
€st signée V. Malzac; l'autre, ayant pour titre « Gisements 
fossilifères d'Ampasambazimba », porte la signature autorisée 
de MM. A. JuUy et Standing; elle se complète d'une carte sché- 
matique de la vallée de Mazy, de Vasiana à Mahatsinjo, et 
contient sur les formations et la paléontologie de cette vallée, 
des renseignements inédits, précieux pour Thistoire géologique 
de la contrée. 

Le Bulletin économique du Gouvernement général (pre- 
mier trimestre de Tannée 1905) vient également de paraître. 
Cette utile publication renferme des renseignements écono- 
miques très variés et plusieurs articles, dont les titres seuls 
décèlent toute Tactualité. Ce sont, notamment : 

(( L'Industrie minière à Madagascar pendant Tannée 1904, )) par 
le capitaine Mouneyres, chef du service des Mines. 

« Aperçu sur la prospection d'un filon de quartz aurifère, » par 
M. Eiié, contrôleur des Mines. 

{( L'eau de Boisson, » par M. le D"' Nciret. 

« L'Elevage dans le Nord-Ouest, m par les vétérinaires Schuler et 
Bordes. 

(( Les eaux thermales et minérales d'Antsirabe, ))par M. Réiand, 
pharmacien-major de P* classe. 

« Le commerce de Beïra, » par M. (Chausson, Consul de 
France, etc., etc. 

Plusieurs de ces articles sont accompagnés des planches 
nécessaires à Tintelligence du texte et constituent des études 



364 REVUE DE MADAGASCAR 

détaillées et très complètes sur des questions propres à 
passionner Topinion publique et intéressant au plus haut 
point Favenir commercial de la Colonie. 

* 

* * 

Un ouvrage qui aura pour titre : Code annoté de la Législa- 
tion et Dictionnaire de la Réglementation de Madagascar et 
dépendances^ est actuellement en préparation à rimprimerie 
Officielle. Cet ouvrage, dû à M. Gamon, Conseiller à la Cour 
d'appel de Tananarive, est susceptible de rendre les plus 
grands services, car il contiendra toutes les dispositions légis- 
latives et réglementaires concernant Madagascar et consti- 
tuera en quelque sorte un véritable Code de la législation 
actuelle de la Colonie. 



A l'occasion de son prochain départ en tournée, les mem- 
bres du Cercle de rUnion, de Tananarive, ont offert, le 
samedi 5 août, à M. Lépreux, une soirée musicale et dansante 
qui a obtenu le plus vif succès. 

De nombreuses invitations avaient été lancées et, dès neuf 
heures, une foule élégante se pressait dans les salons du 
cercle, éclairés « a giorno » et ornés avec goût. 

Les meilleurs artistes du théâtre municipal prêtaient leurs 
concours. Après VOuuerture de Zampa^ que Torchestre, sous 
rhabile direction de M. Daclin, a exécuté à la perfection, 
M"* d'Horny et M. Spark ont très finement interprété les 
rôles de Marthe et de Bernard d'une comédie en un acte de 
Grenet-Dancourt, Le Phoque, 

Les heureux invités et membres du cercle ont pu ensuite 
applaudir tout à loisir les artistes favoris de la saison au cours 
d'un long intermède dont les numéros avaient été soigneuse- 
ment choisis. 

Enfin, M. Spark s'est fait entendre dans son répertoire de 
chansons montmartroises sur lesquelles le rideau s'est relevé 
pour Chonchette^ opéra-bouffe en un acte de MM. Caillavet et 
de Fiers, musique de Claude Terrasse, dont la consciencieuse 
interprétation a mérité d'unanimes applaudissements. 



INFORMATIONS 365 

Le concert terminé, les danses ont commencé et se sont 
poursuivies, pleines d'entrain et d'animation, jusque fort avant 
dans la nuit, clôturées par un excellent souper chez 
MM. Martel frères, au Grand Hôtel d'Andohalo. 

* 

Le jeudi 10 août, a eu lieu d'autre part, au théâtre muni- 
cipal de Tananarive une représenlation des P'tites Michu^ 
oiTerte par la troupe de M. Dupuis au bénéfice des pauvres de 
la ville. C'est en foule que le public tananarivien, toujours 
bien disposé lorsqu'il s'agit d'œuvres charitables, s'était rendu 
à cette représentation. Un empressement si louable a eu 
d'ailleurs sa récompense, la charmante opérette de 
MM. Vanloo et Duval ayant été interprétée d'une façon tout 
à fait remarquable. 

Les rôles de Marie-Blanche et de Blanchc-Marie, qui étaient 
tenus par MM"''''' Dupuis et Avezac, ont, une fois de plus, 
permis à ces sympathiques artistes de nous faire admirer leur 
jeu naturel et aisé, ainsi que la souplesse et le charme de 
leurs jolies voix. M. Le Tertre a fait un « capitaine Rigault » 
accompli à qui les spectateurs n'ont pas ménagé les applau- 
dissements. Quant aux autres artistes, ils ont été de tous 
points parfaits. 

Il n'est pas jusqu'à l'ensemble et la justesse des chœurs qui 
n'aient été très remarqués et je dois ajouter enfin, pour 
n'oublier personne, que l'orchestre, conduit avec beaucoup de 
talent et d'autorité par M. Daclin, a contribué pour une 
large part au franc succès de la représentation, l'une des 
meilleures peut-être de la saison. 

On ne pourra qu'en regretter davantage le départ imminent 
de l'excellente troupe à laquelle nous devons d'avoir, au cours 
de ces trois mois, passé de si agréables soirées. 






Encore trois décès à ajouter, avant de clore cette corres- 
pondance, au long obituaire des derniers mois : ceux de 
MM. Salin, prospecteur, Léon Marchand, employé de com- 
merce, et Louis Warsmann, adjoint principal des services 



366 REVUE DE MADAGASr.AR 

civils, survenus respectivement à Maevatanana, Majung'a et 
Fort-Dauphin les 8, 21 et 22 août courant. 

Notre collègue, M. Warsinann, était né à Paris le 16 juil- 
let 1874. D'abord attaché au ministère des Finances, il fut 
nommé, le 6 novembre 1896, commis de 2** classe de la Direc- 
tion du Contrôle et des Finances, (;t affecté àTamatave. Promu 
successivement commis de 1" classe à Tananarive, commis 
principal, sous-chef de bureau de 2*^ puis de 1'* classe à Fiana- 
rantsoa, il avait été versé, lors de la suppression du Corps 
des Comptables, dans le cadre des Services Civils en qualité 
d'adjoint principal de 2* classe et affecté à Fort-Dauphin. 

C'est dans cette dernière localité qu'il vient de succomber, 
à râgede31 ans, à la cruelle maladie qui le minait depuis 
longtemps çt dont deux congés de convalescence passés en 
France n'avaient pu enrayer la marche impitoyable. 

Cette mor^ à causé à Fort-Dauphin et parmi les nombreux 
amis du défunt, de profonds et sincères regrets. 

J. ROLPH. 

# * 

Le voyage de M. Lépreux. — Nous recevons de Tamatave quel- 
ques renseignements complémentaires sur le. voyage, dans le sud 
de rile, de M, le gouverneur général Lépreux, dont nous avons déjà 
annoncé Tarrjvée à Fort-Dauphin à la fin d'août. 

C*est le 21 août que M. Lépreux et les personnes de sa suite ont 
quitté Tamatave à bord de la Ville de Pernambuco. Le voyage s'est 
effectué, par une mer assez grosse qui a fort gêné les communica- 
tions avec la terre, à Tescale de Vatomandry, et les a rendues com- 
plètement impossibles à celle de Farafangana. Arrivé à Fort- 
Dauphin le 25, M. Lépreux a été salué à bord par le chef de batail- 
lon Tra|boux, commandant du cercle, son adjoint, le capitaine 
Gramont, et Tadministrateur-adjoint Pouperon, chef du secteur de 
Fort-Dauphin. Les officiers, les fonctionnaires, les membres de la 
Chambre consultative locale du Commerce et de l'Industrie, les 
commerçants et les représentants des diverses missions étaient 
réunis près de l'appontement. 

Les honneurs ont été rendus par les troupes européennes et 
indigènes de la garnison qui formaient la haie sur tout le parcours 
de l'avenue de la résidence, et la musique de la mission lazariste, 



INFORMATIONS 367 

prêtant gracieusement son concours, rehaussait encore Téclat de 
cette solennité. 

En débarquant, M. Lépreux s'est rendu à la résidence où il a 
immédiatement reçu les officiers et les fonctionnaires du cercle. Le 
lendemain matin, prenant plus directement contact avec la popu- 
lation, il a reçu les commerçants et toutes les personnes qui 
ont demandé à Tentretenir; organes des intérêts de la région, 
visiteurs simplement désireux de le complimenter ou porteurs de 
réclamations, tous ont été accueillis avec une condescendance 
affable et bienveillante. 

M. Lépreux a ensuite présidé une séance extraordinaire de la 
Chambre consultative où les desiderata de la population lui ont été 
présentés, et il a pu donner sur-le-champ satisfaction à quelques- 
uns des vœux dont il était saisi. Il a assisté, enfin, à un vin d'honneur 
qui lui était offert par les membres de la Chambre consultative et 
les commerçants de Fort-Dauphin. 

L'après-midi du 26 aoôt a été consacrée à la visite de Tambulance 
et des établissements scolaires de la mission lazariste, placée sous 
Tautorité de Mgr Crouzet, de la mission protestante, dirigée par 
M. le pasteur Stolée et des Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul. 
M. Lépreux s'est montré très satisfait de ses différentes visites. 

Le dimanche 27 août, à neuf heures et demie du matin, M. Lé- 
preux a adressé à toute la population indigène, assemblée sur la 
place du marché, un long et important kabary sur les événements 
malheureux qui se sont produits dans le Sud; après leur avoir 
expliqué qu'ils avaient eu tort de méconnaître les bienfaits que leur 
a apportés l'occupation française, le Chef de la Colonie leur a 
déclaré qu'il se montrerait toujours bienveillant pour eux, mais qu'il 
était bien décidé aussi a sévir rigoureusement contre les fauteurs 
de troubles. Le long discours qu'il a prononcé a été écouté par de 
nombreux indigènes venus de toutes les régions du cercle ; les 
chefs Antandroy et Tanosy, notamment, y assistaient. Tous ont 
paru vivement impressionnés ; selon la coutume, des danses antan- 
droy ont terminé le kabary 

Le même jour, M. Lépreux a réuni à sa table les principaux fonc- 
tionnaires, officiers et commerçants du cercle, ainsi que les repré- 
sentants des missions, et a visité dans l'après-midi le jardin d'essai 
de Nahimpohana. Il a félicité M. Delgove, agent de culture, chef de 
la station, et M. Bousquet, jardinier, des efforts qu'ils ont déployés 
et des résultats qu'ils ont obtenus. 

M* Lépreux a quitté Fort-Dauphin le 28 août, à une heure de 



368 REVUE DE MADAGASCAR 

Taprès-midi poursuivant sa route vers.Farafangana en passant par 
F^anomafana, Mananlenina et Vangaindrano. 11 a constaté chez les 
indigènes un état d'esprit satisfaisant, et le commandant Tralboux 
lui a donné Tassurance que la tranquillité règne actuellement dans 
toute l'étendue du cercle. 

La situation financière de la Colonie. — A la clôture de Texer- 
cice 1904, le compte définitif approuvé par le Conseil d'administra- 
tion, le 5 août, a été arrêté au 30 juin 1905. Il accuse 24 millions 
865.299 fr. 60 de recettes et 22 millions 433.932 fr. 71 de dépenses, 
d'où un excédent de recettes de 2 millions 431 .366 fr. 89, qui a été 
versé à la caisse de réserve. 

Les résultats de l'exercice 1904 peuvent être considérés comme 
étant parmi les ipeilleurs que le gouvernement de la Colonie ait eu 
à enregistrer jusqu'ici. Ils méritent d'autant plus de retenir l'atten- 
tion que les débuts de cet exercice ont été particulièrement difficiles. 
En effet, le fléchissement considérable qui s'était produit dans les 
derniers mois de l'année 1903 sur le rendement des recettes doua- 
nières, n'a fait que s'accentuer pendant Tannée 1904, puisqu'il s'est 
traduit en fin d'exercice par une différence de 1 .056.899 fr. 26 par 
rapport aux résultats obtenus au cours de l'exercice précédent. 
D'autre part les annuités des emprunts ont occasionné une dépense 
supérieure de 957 .278 fr. 14 à celles de l'exercice 1903. Enfin, pour 
la première fois, le département a imposé à la Colonie une charge 
de 100.000 francs à titre de participation aux dépenses militaires. 

Le concours de ces diverses circonstances ayant paru de nature à 
compromettre un instant l'équilibre financier de la Colonie, le gou- 
vernement local fut amené à prendre l'arrêté du 24 mars 1904 portant 
augmentation de certaines catégories de recettes: Dans le même 
ordre d'idées, d'importantes économies furent réalisées sur plusieurs 
chapitres du budget. C'est grâce à ces dispositions et à une disci- 
pline financière rigoureusement suivie, que le budget s'est trouvé à 
même de supporter encore une dépense de 200.000 francs pour 
l'organisation de la caisse locale de retraites, et que le compte définitif 
fait ressortir les résultats satisfaisants énoncés plus haut, qui 
permettent d'envisager avec la plus entière confiance l'avenir réservé 
à la Colonie . 

Les cours de l'école Jules-Ferry (mission laïque française) pour 
l'année scolaire 1905-1906 commenceront le l*r novembre prochain. 
L'École admettra cette année des instituteurs et des ménages d'ins- 
tituteurs et d'institutrices. 



INFORMATIONS 369 

Les élèves seront répartis en trois sections : 1*» Section de Mada- 
gascar; 2° Section de F Afrique: Colonies du Dahomey, de la côte 
d*lvoire, du Sénégal, de la Guinée et du Soudan ; 3® Section de 
l'Asie et de VOcëanie : Colonies de Tlndo-Chine, de l*inde fran- 
çaise, Établissements du Pacifique (instituteurs seulement) . 

Conditions d'admission. — Les instituteurs et institutrices, can- 
didats à rÉcole Jules-Ferry, doivent justifier delà possession du 
brevet supérieur et du certificat d*aptitude pédagogique. Ils doivent 
être titularisés en France au moment de leur admission. Les insti- 
tuteurs doivent avoir satisfait aux obligations militaires. 

Les candidats adressent c//rec/e/nefi/ une demande d*admission au 
Président de la Mission laïque française, 6, rue des Ursulines, à 
Paris, en indiquant la section à laquelle ils désirent être inscrits. 
Toutefois, ils sont prévenus que les nécessités de services et les 
règles suivies par les administrations coloniales ne permettent pas 
de désigner à Tavance, dans chaque section, la colonie à laquelle 
ils doivent être affectés. 

Cette demande doit être accompagnée : 

a) D'une notice individuelle indiquant: lo leur état civil (nom, 
prénoms, lieu et date de naissance) ; 2* leurs titres universitaires 
(date et lieu d'obtention); 3° les établissements scolaires quUls ont 
fréquentés ; 4^ les postes qu'ils ont occupés, la date de leur pre- 
mière nomination et celle de leur titularisation^ la classe dans 
laquelle ils sont rangés ; 5<> leur situation au point de vue mili- 
taire ; 6^ leurs charges de famille, s'ils sont mariés; 7" leurs études 
spéciales ou leurs aptitudes particulières en agriculture et en travail 
manuel ; 

6) D'un certificat médical légalisé constatant qu'ils sont aptes à 
séjourner aux colonies, émanant, autant que possible, d'un docteur 
en médecine attaché à une administration publique (médecin des 
écoles ou des hôpitaux) ; 

c) D'une note indiquant les références qui peuvent être consultées 
par la direction de l'École Jules-Ferry. Les candidats sont invités à 
présenter eux-mêmes des références ou certificats émanant de 
leurs chefs hiérarchiques. 

Admission. — Les admissions sont prononcées par le Conseil 
d'administration de la Mission laïque française. Il n'est pas institué 
de concours d'entrée. Le Conseil se réserve le droit de prendre, en 
dehors des dossiers et des références fournis par les candidats, tous 
les renseignements relatifs à leur valeur intellectuelle, à leur mora- 

24 



370 REVUE DE MADAGASCAR 

lité, à leur aptitude professionnelle, et de leur faire subir, avant 
leur admission, un second examen médical. 

Le nombre des candidats à admettre est établi d'après les chiffres 
de vacances de postes éventuels indiqués par les administrations 
coloniales intéressées. 

Au reçu de leur avis d'admission, c*est-à-dire dans la première 
quinzaine d*octobre, les candidats admis doivent obtenir de l'ins- 
pection académique leur mise en congé, sans traitement, pour con- 
venances personnelles, du l**^ novembre, date de la rentrée, au 
31 juillet, date de la clôture des cours. 

Bourses cTentretien, — Les études sont gratuites. Le régime de 
l'école est l'externat. Les élèves ont à pourvoir eux-mêmes à leur 
logement et à leur entretien pendant toute Tannée scolaire. Pour 
leur venir en aide, le Conseil de la Mission laïque française et les 
administrations coloniales ont créé un certain nombre de bourses 
et demi-bourses d'entretien. Elles sont payées sous la forme de 
mensualités de cinquante ou de cent francs. Les instituteurs mariés 
etchargésde famille peuvent obtenir des allocations supplémentaires 
fixées par le Conseil et proportionnées à leurs charges. Les élèves 
boursiers s'engagent par écrit, vis-à-vis de la Mission laïque fran- 
çaise ou de la colonie donatrice, à rembourser les sommes dont ils 
ont bénéficié s'ils n'exercent pas pendant trois ans dans les écoles 
publiques des colonies ou dans celles de la Mission laïque, sauf le 
cas de force majeure. 

Les demandes de bourse doivent être jointes à la demande d'ad- 
mission et adressées, avec les renseignements justificatifs, au pré- 
sident de la Mission laïque française. 

Nomination aux colonies, — A la fin de la scolarité, qui est de 
dix mois environ, le Conseil de la Mission laïque française présente 
à la nomination du ministre des Colonies ou des gouverneurs 
généraux les élèves dont les études, la conduite et les aptitudes 
sont jugées satisfaisantes. La Mission laïque ne garantit pas la 
nomination immédiate des élèves ; elle s'efforce, dans la mesure du 
possible, de faire concorder la nomination aux colonies avec la fin 
de la scolarité. En cas de retard apporté à la nomination, des allo- 
cations temporaires renouvelables jusqu'au départ peuvent être 
accordées par le Conseil à ceux des anciens élèves qui n'auraient 
pu, à leur sortie de l'école et en attendant leur affectation aux colo- 
nies, être remis en activité dans leur département d'origine. 



UN ESSAI D'INTRODUCTION 

DE 

Chevaux Américains à Madagascar 



Voyage mouvementé de Montevideo à Tamatave 

Le 9 juin dernier, ainsi que la Bévue de Madagascar Ta déjà 
relaté, le trois-mâts norvégien Y Adèle entrait dans le port de 
Tamatave, avec une cargaison de chevaux de TUruguay. 

Le navire avait été affrété par un Français de Montevideo, 
membre fondateur du comité de Madagascar, M. Dupuy, au carac- 
tère à la fois aventureux et entreprenant, qui, depuis longtemps 
déjà, avait eu l'idée de créer des relations commerciales entre 
la Grande Ile et TAmérique du Sud. Il s'était entouré de renseigne- 
ments, avait écrit au Gouvernement général de Madagascar pour 
lui soumettre ses projets et en avait reçu de nombreuses indications 
touchant rélevage hippique à Madagascar. M. Dupuy forma alors 
une société ayant pour but l'importation des chevaux dans notre 
Ile. Malheureusement, les événements politiques qui se déroulaient 
à cette époque en Uruguay, une des nombreuses révolutions sud- 
américaines, arrêtèrent complètement le commerce des chevaux; 
tous les animaux étaient réquisitionnés, et le stock nécessaire au 
chargement du navire ne put pas être réuni. En novembre 1903, 
une autre société fut formée et M. Dupuy était chargé d'aller pré- 
senter sur les marchés malgaches quelques échantillons de chevaux 
sud-américains qui, tout en ayant une constitution très robuste, 
sont habitués à un climat à peu près semblable à celui de Mada- 
gascar. La société aurait voulu affréter un vapeur, mais la surpro- 
duction de la laine en République Argentine porta le fret à un taux 
si élevé, que la société fut obligée de prendre le|premier§navire 
qui voulut bien accepter le contrat. Le départ fut précipité ; une 



372 



REVUE DE MADAt 



seconde révolution se préparait, et la 
^ociélé fut contrainte d'acheter des che- 




vaux non- 
dressés. 

Le capi - 
laine de IM- 
déie, le trois- 
mftts affré- 
té, promet- 
tait défaire 
le voyage en qui 
rante jours, 
mais devant 
les aléas et 
les surprises 
d'un pareil 
voyage, M. Du 
pnv embarqua poiii' 
soixante jours de vjvii "^ L .1- 
dèle mit à la voile !<' '■'•** man : 
le 17 avril aulargi- il>- '] 'rist.iii 
d'Acunha le naviri' l'nl M-^sHlIii 
par une tempête ''■pniit^iiil;i- 
ble,il tanguait et roulait il'uiu' 
façon désordonné", ii'i''l;iiil 
pas suffisamment i^liurgi'. [.r>s 
vagues passaient par-ilcssuH 
bord; dans la cale, li'schevaux 
étaient écrasés pelc-nn'ii', ;ui 
milieu des débris de liildii^r-, 
de poutres, de chaînes; il r'l:iil 
impossible de les il/i;.!!.'!'!', N' 
balancement du i):ivii>' iitlii 
disant touteentrëedaaslacale. 



Dcbar^uemtnt des chevaux à Tappontement 



INTRODUCTION DE CHEVAUX AMÉRICAINS 373 

Quand la tempête fut un peu calmée, on constata que trente ani- 
maux étaient assommés, parmi lesquels les plus belles juments du 
lot, la plupart pleines ; beaucoup étaient blessés, Técurie était 
pleine de sang et de débris de toute sorte. Mais, la chose la plus 
terrible, fut le bris de presque toutes les futailles d'eau douce; 
et comme aucune escale ne put être faite pendant tout le voyage, 
les chevaux durent être rationnés parcimonieusement. 

Le capitaine tenta de gagner Capetown pour y faire de l'eau, 
mais les vents contraires rejetèrent V Adèle au delà du 40*' Sud 
et plusieurs chevaux tombèrent malades à la suite de ce brusque 
changement de température. Après de nombreuses difficultés, le 
cap de Bonne-Espérance fut enfin doublé, malgré une seconde tem- 
pête, presque aussi rude que la première : M. Dupuy avait heureu- 
sement pu faire prendre à temps de nouvelles dispositions dans 
Tentrepont ; les chevaux étaient mieux installés, les ratefiers mieux 
assujettis et la mortalité des chevaux fut bien moins grande que lors 
de la tempête essuyée devant Tristan d*Acunha. Les passagers furent 
rationnés à leur tour ; les chevaux fatigués de ce rude voyage el de la 
basse température avaient besoin de rations complètes et surtout 
d'eau; car les deux litres quotidiens qu'on leur donnait étaient moins 
que suffisants. C'est pourquoi le capitaine mit le cap sur Port- 
Natal, sans succès du reste,car les vents contraires rejetaient tou- 
jours le navire au large dans la direction de Madagascar. Le voilier 
fila pendant trois jours aune allure insensée, bondissant au-dessus 
des vagues et à travers la rafale qui recommençait pour la troisième 
fois. Puis, le temps se radoucit et bientôt le calme le plus plat suc- 
céda à l'ouragan. V Adèle mit dès lors un mois à atteindre Mada- 
gascar. Le manque d'eau devenait une vraie souffrance pour les 
animaux. Au large d'Andevorante le trois-mâts fut encore forcé de 
louvoyer pendant quinze jours, faute de vent favorable. Enfin, le 
9 juin, le navire entrait à Tamatave et le débarquement commençait 
aussitôt. 

Le récit de la traversée mouvementée de VAdèle fut assez vite 
connu et beaucoup de personnes allèrent en curieux regarder les 
animaux paître et se reposer à l'ombre des gros manguiers qui avoi- 
sinentle champ de course, sur le terrain mis gratuitement à la dis- 
position de M. Dupuy par la commune de Tamatave. Les animaux 
se sont promptement ressentis des bienfaits de la « vie en plein 
air». Ils courent sous la surveillance de deux cavaliers « gauchos », 
et le coup d'œil ne manque pas de pittoresque. Tantôt les gauchos 
galopent aux côtés du troupeau en brandissant un petit fouet à large 



374 REVUE DE MADAGASCAR 

lanière, tantôt ils se reposent sur leur « puncho » étalé à 
terre, en suçant le « mate » national avec un petit chalumeau de 
métal. La sonorité de la langue espagnole accentue les échos de 
leurs rires et de leurs plaisanteries. 

M. Dupuy s*inspirera des circonstances avant de prendre un parti 
et d'arrêter remploi qu*il compte faire de son lot de chevaux, lequel 
comprend 3 étalons, 30 hongres, 28 juments, en outre 27 mulets 
et 4 béliers de Rambouillet; mais d'ores et déjà il entend s'établir 
complètement à Madagascar pour plusieurs années comme repré- 
sentant de la société qui a affrété VAdeie, Malgré les pertes et les 
dégâts subis en cours de route, il compte faire venir une seconde 
cargaison, mieux aménagée, qui constituerait, avec les chevaux 
déjà débarqués, le premier stock d'une sérieuse entreprise commer- 
ciale. 

Nous ne pouvons qu'encourager notre compatriote et le féliciter 
d'être venu prêter son concours à notre effort de colonisation, en 
créant sur les marchés malgaches, une nouvelle source de bénéfices 
pour le commerce de l'Ile. 

S. 




Quelques essais de Cultures riches 

à la Station de l'foololna (') 

Les premières préparations de thé. — Les théiers plantés à la 
station d'essais furent mis en terre en avril-mai 1902, et comprennent 
quatre variétés : les théiers d'Assam, de Manipury, de Maurice et de 
Nanisana. La croissance de ces diverses variétés est loin d'être 
uniforme. La variété de Manipury es( de beaucoup la plus vigou- 
reuse et donne des feuilles plus larges que les autres, puis viennent 
ensuite, au point de vue de la puissance de végétation, les théiers 
d'Assam, moins vigoureux, et dont les feuilles sont moins grandes, 
et en dernier lieu ceux de Maurice et de Nasinana, à croissance 
faible et feuilles petites, surtout les derniers. Comme le sol, de quan- 
tité médiocre, est sensiblement uniforme sur toute Tétendue de la 
plaotation actuelle, et composé de sable grossier et de petits cailloux 
mélangés à un peu de terre franche, la croissance de ces diverses 
variétés est très concluante, et indique nettement que les théiers de 
Manipury et d*Assam doivent être plantés de préférence aux variétés 
de Maurice et de Nanisana. 

La variété de Maurice provient probablement de thé « hybrid » 
introduit de Ceylan. Quant au thé de Nanisana qui a été importé à 
Madagascar par Rainilaiarivony, il est venu sans doute de Maurice 
ou de la Réunion. Ces théiers, dont on ignore Torigine première, 
semblent avoir formé une variété assez bien fixée, à feuilles de 
petite dimension et assez dures. Les plants obtenus sur la Côte Est 
présentent, malgré la différence de climat, le même aspect que ceux 
de Nanisana, qui ont fourni les semences dont on les a obtenus. 

La première taille, qui a été faite en 1903, consistait à couper les 
tiges à 0<°20 au-dessus du sol et à supprimer les branches latérales; 

(I) Voir la Revue des 10 avril et 10 mai 1905. 



376 REVUE DE MADAGASCAR 

une deuxième taille fut faite en septembre 1904; les branches, qui 
avaient repoussé nombreuses, furent coupées horizontalement à 
0"»(îO au-dessus du sol pour les théiers de Manipury, très vigoureux- 
et à 0'°40 pour les autres variélés (il est à noter que la variété Mani- 
pury est considérée, à Ceylan, comme peu vigoureuse). 

Un mois après cette taille, une première cueillette put être faite; 
la première récolte en feuilles (les limbes cueillis séparément, sans 
les pétioles et sans les extrémités de tiges) fut de 1 k.270 pour le thé 
de Maurice donnant k. 292 de thé sec; le thé de Nanisana fournit 
1 k. 912 de feuilles vertes donnant Ok. 545 de thé sec, pour le thé 
de Manipury 10 k. 320 en vert donnèrent 2 k. 390 de thé sec, pour le 
thé d'Assam, 2 k. 180 donnèrent k. 430 de thé sec. 

Les différences que Ton peut constater dans les rapports entre le 
poids des feuilles fournies par l(»s théiers de chaque variété et le thé 
préparé correspondant proviennent en partie du degré d'humidité 
des feuilles au moment de la cueillette. Mais au bout d'un certain 
nombre de préparations on obtient des moyennes sensiblement 
exactes, que nous indiquons plus loin. 

Au début, le thé était cueilli feuille par feuille, ce qui rendait 
l'opération très lente, un ouvrier ne récoltant que 500 grammes de 
feuilles; ce n'est qu'après quelques essais comparatifs que les 
pétioles et la partie postérieure des limbes les plus jeunes furent 
cueillies et préparées pour faire du thé; un ouvrier récoltait alors 
environ 2 kil. 500 à 3 kilogrammes de thé vert par jour. 

Cueillette. — Pour la cueillette, on attend que les jeunes pousses 
aient 4 feuilles, et on coupe au-dessus de la 2« feuille, conservant 
pour le thé k préparer 2 feuilles et le bourgeon terminal; pour le 

thé de Manipury, qui pousse plus vite que les autres variétés, la 
troisième feuille est généralement suffisamment tendre pour pouvoir 
être cueillie. 

A 1 1 heures, la cueillette de la matinée est pesée, puis étalée sur 
des nattes, en couche mince où elle est laissée à flétrir pendant 
environ 24 heures; si l'atmosphère est humide, il est nécessaire de 
laisser plus longtemps; souvent, au contraire, le roulage peut être 
commencé dès le lendemain matin, c'est-à-dire environ 18 heures 
après la fin de la cueillette. Les feuilles sont roulées à la main. 

Le premier essai de préparation fut fait en roulant trois fois le 
thé; chaque roulage durait une demi-heure et était séparé du sui- 
vant ou du séchage par une fermentation d'une demi-heure. Mais 
ce procédé demande trop de main d'oeuvre, et on s'est arrêté au 
suivant, qui donne du thé de qualité presque égale : les feuilles 



CHRONIQUE COMMERCIALE, INDUSTRIELLE ET AGRICOLE 377 

subissent deux roulages de dix minutes avec intervalle de fermen- 
tation de deux heures, le deuxième roulage étant suivi d'une fer- 
mentation de deux heures ou de une heure. Après la dernière 
fermentation, le thé est exposé en plein soleil, sur des nattes, pour 
le séchage; malheureusement il nV a pas toujours de soleil, et quel- 
quefois le thé reste longtemps au séchage, faute d*une température 
suffisante; il devient alors gris, au lieu d'avoir la teinte noire qui 
doit le caractériser, et ne possède pas un parfum aussi fin. De plus, 
sa conservation est plus délicate. 

A la station de Tlvoloina, la première cueillette a eu lieu le 10 
octobre 1904, et de cette date au 16 mars 1905, il a été récolté et 
.préparé,209 kil. 957 de thé en feuilles vertes qui ontfourni52kil.882 
de thé préparé. Par conséquent, pour produire 1 kilogramme de thé 
commercial, il a fallu 3 kil. 970 de thé en feuilles. 

Les rapports existant, pour les quatre variétés mises à Fessai, 
entre les poids de feuilles vertes et les poids de thé préparé, sont les 
suivants: 

Thé de Manipury 3.86 

— Assam 4.11 

— Nanisana 4.11 

— Maurice 3.8$ 

Le rendement en thé préparé fourni par 1.000 plants de chaque 
variété, du 1*' octobre au 16 mars, a été de : 

Théiers Manipury 17 kil. 93 

— Assam 18 

— Nanisana 11 kil. 67 

— Maurice 15 kil. 75 

11 faudrait tenir compte que, surtout dans les théiers de Nanisana 
et de Maurice, moins vigoureux, un assez grand nombre de pieds 
trop faibles n'ont pu être exploités encore. En outre, ces rendements, 
cités à titre de renseignement, ne se rapportent, il faut le remar- 
quer, qu'à de jeunes plants commençant à être exploités, et très 
loin par conséquent de fournir la production qu'on peut espérer 
d'une plantation arrivée à son apogée. 

Une assez grande quantité de remplacements ont dû être faits 
dans les Manipury, principalement à la suite d'entraînement de 
plants par les eaux ou d'ensablement d'autres pieds. Aussi ne peut- 
on attacher aux rendements par pieds notés ci-dessus qu'une valeur 
relative. 



'YJH REVUE DE MADAGASCAR 

Le Manipury, par exemple, semble fournir un rendement moyen 
supérieur à celui de FAssam. 

La cueillette et la préparation ont exigé 204 journées d'hommes, 
soit à peine 4 journées par kilogramme de thé préparé. 

Mais il faut tenir compte de ce que, au début, on a été obligé de 
tâtonner, que la main d'oeuvre n'était aucunement habituée au tra- 
vail de récolte ou de préparation, et aussi de ce qu*on a essayé des 
procédés qui, tout en donnant un très bon produit, ont été jugés 
trop longs, et ont été remplacés, sans modification sensible de la 
qualité, par d'autres qui n exigent qu'une main-d'œuvre bien moins 
considérable. Aussi, dès à présent (fin mars) le kilogramme de 
thé préparé ne demande-t-il, en dehors des soins d'entretien de la. 
plantation, que 3 journées d'hommes environ. 

Il est certain que les cueilleurs et rouleurs se perfectionneront 
encore. De plus, la cueillette deviendra plus facile lorsque les plants 
seront un peu plus âgés, plus garnis de rameaux et de jeunes 
feuilles. Mais il est certain que pour une exploitation de quelque 
importance, il sera de toute nécessité de se pourvoir d'une machine 
k rouler, qui réduira de beaucoup les frais de préparation. 

Deslandes. 



Qibliogpaphie de ffiadagascap 



Année 1905(1) 



REVUES 

à 
t 

Défri9 (eommandant). — Com-'érenck sur Madagascar. Tours, Bulletin de 
la Société de Géographie, 2© trimestre 1905, pp. 52-54. 

Ihêmidt (/?. P,), — Echos et Nouvelles du Bbtsilbo. Abbeville, Chine, 
Ceylan, Madagascar, juin 1905, p. 398. 

DiMoi (Jl,). — Notre oeuvre a Madagascar. P9X\%, Revue Bleue, 12 août 
1905, pp. 220-223. 

Dubard. — Trois espèces nouvelles de caféier de Madagascar (Massif 
de la Montagne d*Ambrê) : <• CofTea Gallienii », » C. Bonnieri », 
« C. .Mogeneti ». Paris, L'Agriculture pratique des pays chauds, fé- 
vrier 1905. 

Dubard(M,)9t ïïiguiw ^/?.y — Le système radiculaire del'EuphorbiaIntisy. 
Paris. Bev. gén, de botanique, t. XVfl, 19a'), pp. 260-271, avec fig. 

Dubois (H.P.) — l,K petite quinzaine (événements survenus dans 
LE Betsileo du 1*' octobre 1904 AU 14 février 1905). Abbeville, 
Chine, Ceylan, Madagascar, ju'in 1905, pp. 359-395. 

Fontanié (/?. P,) — L'Alsace MALCAciiEidistrict d'Ambatolampy). Abbe- 
ville, Chine, Ceylan, Madagascar, juin 1905, pp. 411-414, avec gra- 
vures. 

Guinsa (•/. (/•). — Dentellières malgaches. Paris, La Femme d'aujour- 
d'hui, n° 26, août 1905, pp. 265-267, avec 5 photos. 

(1^ Voir \ii Revue depuis le lOmar» 1905. 



380 REVUE DE MADAGASCAR 

Greffier (K.). — Pages oubliées dk notre épopée coloniale (Le patrio- 
tisme des Missionnaires). — Lyon. Les Missions calholiques, 18 
août 1905, pp. 395-597 av. fig.: -25 août, pp. 404-408; 1" sep- 
tembre, pp. 415-419, av. 2phot. 

Etude sur les missions des Lazaristes et des Jésuites à Mada- 
gascar. 

LemoinB {Paul). — Le Jurassique d'Analalava, d'après les envois de 
M. Colcanap. Paris, Comptes rendus des séances de la Soc. Géolog. 
de France, 19 juin 1905, pp. 112-114. 

Leroy (/?. P.). - - Echos et Nouvelles du Betsileo (oct.-déc. 1904). Ab- 
beville, Chine, Ceylan, Madagascar, juin 1905, pp. 396-398. 

Leroy- Bêau/i9U (Pierre). — Le rapport du général Gallieni sur la situa- 
tion DE Madagascar. Paris. VEconomisle français, 29 juillet, pp. 
165-166 et 12 août 1905, pp. 238-241. 

Payen (Edouard) . — Huit ans de Gouvernement a Madagascar. Paris. 
Bulletin du Comité de P Afrique française, août 1905, pp. 302-304. 

Pio/et (abbé). — Du commerce a Madagascar (suite). Paris, Questions 
Diplomatiques et Coloniales, 15 août 1905, pp. 213-229. 

Roêtoul (Â.). — La laïcisation a Madagascar. Paris. La Vérité fran- 
çaise, n" du 10 février 1905, reproduit dans Chine, Ceylan, Mada- 
gascar, juin 1905, pp. 414-416. 



JOURNAUX 

BodriguesfEd.). —Gallieni et Madagascar. Marseille. Le Sémaphore. 
13 juin 1905. 
L'œuvre du général à Madagascar. 

flouaaet (GuBfareJ. — Le bluff Gallieni /Paris. L'Humanité, 30 juin 1905. 
Les crimes coloniaux. Paris. L'Humanité, 6 juillet 1905. 

Thomas, — L'arrivée du gknéraj. Gallieni. Paris. Le Figaro, 15 juin 
1905.. 
Interview du général Gallieni. 

Troui/let (J.-Paul). — Le général Galliem. Paris. La Dépêche Coloniale, 
16 juin 1905. 



BIBLIOGRAPHIE 381 

Anonymes 

La France militaire, Paris, 26 mai.— Politique coloniale. Considérations 
sur la politique générale de la France aux colonies, à propos de 
retour du général Gallieni et des critiques dont il est Tobjet. 

— Paris, 30 juin 1905. — La Situation a Madagascar. Interview du 
général Gallieni. 

Journal des Colonies, Marseille, 27 juin 1905. — Courrier de Madagas- 
car. 

La Lanterne j Paris 18 juin 1905. — A Madagascar. 
Critiques de Tadministration de M. Moriccauà Majunga. 

— 11 et 12 juillet. Un Bluff colossal : Le général Gallieni a Mada- 
gascar. 

Critique de Tadministration du général Gallieni. 

Le Matin, Paris, 25 juin 1905. — L'Or a Madagascar : Un Décret de 
M. Clémentel. Avec une carte. 

Le Mourelliste de Lyon. Lyon, 14 mai 1905. — La colonisation de Mada- 
gascar. 
Résumé de la situation actuelle d'après Touvragede M. You. 
Même article dans le Nouvelliste de Bretagne (Rennes) du 21 juin . 

Paris-Capital, Paris, 5 juillet 1905. — Compagnie Occidentale de Mada- 
gascar. 
Compte rendu de TAssemblée générale du 27 juin. 

La Patrie. Paris, 13 juillet 1905. — Contre le général Gallieni. 
Réponse aux articles de la La/i/er/i« signalés plus haut. 

Les Pyrénées, Tarbes, 9juinl905. — L'Ile de Madagascar. 
Aperçu sur la situation actuelle de la colonie. 

Le Soir. Paris, 17 juin 1905. — L'oeuvre du général Gallieni. 
Lettre critique d'un colon sur Tadministration du général. 

Les Sports, Paris, 30 juin 1905. — L'Automobile a Madagascar. 
Extrait du rapport du capitaine Grûss. 

Le Temps, Paris, 15 juin 1905. — Arrivée du général Gallieni a Mar- 
seille. 
Interview du général. 

30 juin 1906. ~ L'Automobile a Madagascar. 
Extrait du rapport du capitaine Grûss. 

La Vie Financière^ PariStl.S juin 1905. — L'Or a Madagascar, av. 1 carte. 
Renseignements très précis sur la question aurifère. 

— 28 juin 1905. — Compagnie occidentale de Madagascar. 
Compte rendu de l'Assemblée générale du 27 juin. 



BULLETIN DU COMITÉ 



Avis. — Nous prions instamment tous nos collègues de vouloir bien 
ne pas omettre de nous indiquer^ le cas échéant, leurs changements 
d'adresse; le service de la Revue devient forcément irrégulier , sinon 
impossible, quand nous ignorons l'adresse exacte à laquelle nous 
devons le faire, et donne lieu à des réclamations qui sont peu justi- 
fiées» Nous serions particulièrement reconnaissants à nos collègues 
de Madagascar^ qui rentrent en France ou qui retournent dans la 
Colonie après avoir passé quelque temps dans la métropole, de tenir 
compte de notre prière, 

OFFRES ET DEMANDES 

5« Jeune homme 27 ans, en cours d'études à TEcoIe Nationale des 
Eaux et Forêts (Forêts coloniales] et à l'Université de Nancy 
(Sectioii de TEnseignement colonial), parlant allemant, possédant 
connaissances techniques, pratiques et commerciales de Texploita- 
tion forestière, désire s'entendre avec Compagnie ou Société ayant 
des concessions à mettre en valeur à Madagascar. Références pre- 
mier ordre. 

Ecrire au Comité de Madagascar. 

7<> Un des plus anciens colons de Madagascar, établi à Majunga, 
possédant 1000 hectares de pâturages avec pacage, etc., mettrait 
volontiers ces ressources à la disposition des commerçants en 
bétail. S'occuperait aussi, au besoin, de l'embarquement, etc. 

8^ Propriété de 4 hectares à vendre, sise dans la baie d'Antongil, 
province de Ma roantsetra; 17.000 pieds de vanille, 1.500 caféiers 



BULLETIN DU COMITÉ 38-{ 

arabica, 200 jeunes cocotiers, 3.000 bananiers; deux cases mal- 
gaches; close par haie nalurelie. Sur rivière navigable et acces- 
sible aux navires ne dépassant pas 60 tonneaux. Occasion excep- 
tionnelle. Ecrire au Comité. 

9^ Un colon de Madagascar recherche un associé possédant un 
capital minimum de 30.000 fr. pour une afTaire d'élevage. Rensei- 
gnements au bureau du Comité. 

10° Propriété à vendre située près d'Antalaha, province de 
Vohemar, 60 hectares en partie exploités. Vanille 16.000 pieds. Café 
arabica 16.000 pieds. Rapport cette année. Maison avec dépendances. 
Route de Vohemar à Maroantsetra. Rivière navigable avec pirogues, 
conduisant au port d'Antalaha. S'adresser au Comité. 

IP M. S..., 33 ans, connaissant comptabilité partie double, pro- 
duits chimiques et pharmaceutiques, ayant séjourné en Guinée et 
en Chine, meilleures références, demande poste agent commercial, 
Madagascar. 

r2o M. F...,gan:on restaurateur ayant servi dans les meilleurs 
restaurants de Paris, connaissant cuisine, désirerait place gérant ou 
maître d'hôtel à Madagascar. 

\9^ Homme marié. 42 ans, avant fait 4 ans servire comme marin 
de TËtat, possédant aptitudes pour gérer exploitations forestières 
et scieries à vapeur pour le débit des bois, ameublement, charpente, 
menuiserie, etc., désirerait trouver emploi à Madagascar. S'adresser 
au Comité. 

20<' Agriculteur, 31 ans, 3 diplômes agricoles (agriculture, lai- 
terie, aviculture), excellentes références, ayant occupé emploi chef 
de culture à Madagascar (côte ouest) demande emploi analogue de 
surveillant aux colonies de préférence à Madagascar. S'adresser à 
M. Alphonse Massin, à Fayl-Billot (Haute-Marne). 

21® Deux jeunes gens (20 et 24 ans), bonne instruction, deman- 
dent emploi chez commerçant ou industriel h Madagascar; dispo- 
seront prochainement de quelques capitaux. — S'adresser au 
Comité . 

25'> Un de nos collègues habitant Madagascar, désirerait être mis 
en relations avec des maisons des commerce qui voudrait ouvrir 
des succursales dans la Grande Ile. — S'adresser anx bureaux du 
Comité. 



384 REVUE DE MADAGASCAR 

A VENDRE. — Vanïllerïe à proximité de Farafangana. 
S'adresser à M. Jean Leconile, 105, Cours Henri, à Lyon. 

A VENDRE, pour cause de décès, Cyrano, sur Tlvoloina (60 
hectares environ), à 20 kilomètres de Tamatave, avec route car- 
rossable et rivière navigable. Propriété crée par M. O. Bensch, pré- 
sident de la Chambre d'agriculture de Madagascar. 

Maison d'habitation, dépendances importantes, magasins, cuisine, 
basse-cour, etc. Moulin Pilter distribuant Teau dans la propriété. 
Outils et machines agricoles. 

Plantations. — 1° Cacaoyers 4.920 pieds : s'échelonnent sur 3 
années, ceux de la première entrant en rapport en 1905 (ont donné 
1/2 tonne de cacao préparé au 1"^ juin 1905). 

2° Cafés: 2.900 Libéria (5 ans) en rapport; 250 cafés Stenophyla 
et Hybride Manès, de très belle venue. 

3o Cocotiers : 428. Une centaine en rapport, les autres âgés de 3 et 
4 ans. Très belle venue. 

4'' Bananiers : 9.987; donnant de 3 à 4.000 régimes. 

5^ Ananas Victoria : 9.897. 

6° V anillerie de 2.500 pieds, en rapport. Est fort belle. 

7*» 222 arbres fruitiers divers, en plein rapport; lelchis, orangers, 
mandariniers, manguiers, pommiers, pruniers, mangoustans, ceri- 
siers du Brésil, avocatiers, etc. 

Les letchis seuls donnent un revenu pendant le mois de décembre 
de 1.000 à 1.200 francs. 

8» Colatiers, muscadiers, girofliers, ylang-ylang. 

Pqur les conditions de vente, s'adresser à M. Bensch, administra- 
. teur-adjoint à Majunga, ou aux bureaux du Comité. 

A VENDRE àl'amiablepour cause de départ (fondsdecommerce), 
Grand Hôtel de France, café-restaurant; J. Bourgeac, propriétaire 
rue Guillain, en face le théâtre (Tananarive). 

Établissement de 1** ordre, le mieux situé de la ville; chambres 
meublées, bains et douches, installation complète. Affaire de grand 
avenir étant donné le développement considérable des terrains auri- 
fères aux environs de Tananarive. 

Nota. — M. Bourgeac continuera à servir sa clientèle jusqu'à 
l'arrivée de son successeur, s'il y a lieu. 

Le secrétaire général du Comité de Madagascar 

Dirbcteuk-Gerant : G. DELHORBE 

400a. — G. de Malherbe, imprimeur i3, passage des Favorites, XV* 



^\ 



Le 



Gouvernement Général 

de Madagascar 



Par décret en date du 3 novembre 1905, rendu sur le 
rapport du ministre des Colonies : 

M. le général Gallieni a été relevé, sur sa demande, de ses 
fonctions de gouverneur général de la colonie de Madagascar 
et dépendances. 

M. Augagneur (Victor), député du Rhône, a été nommé 
gouverneur général de la colonie de Madagascar et dépen- 
dances, en remplacement de M. le général Gallieni. 

Par décret du Président de la République en date du 
3 novembre 1905, rendu sur la proposition du ministre de la 
Guerre et du ministre des Colonies, M. le général de division 
Gallieni est nommé, pour Tannée 1905, inspecteur général 
des troupes stationnées dans les groupes de TAfrique occi- 
dentale, de TAfrique orientale, des Antilles et du Pacifique. 

Par le même décret, M. le général Gallieni est, en outre, 
chargé d'une mission relative à la défense générale de ces 
possessions et à la mise en application de la loi du 21 mars 
1905 sur le recrutement de Tannée. 

Par décret du Président de la République en date du 
6 novembre 1905, rendu sur la proposition du ministre de la 



386 REVUE DE MADAGASCAR 

Guerre, a été élevé à la dignité de grand-croix dans la Légion 
d'honneur : 

M. Gallîeni, général de division, commandant supérieur des 
troupes du groupe de T Afrique orientale, commandant en 
chef le corps d'occupation de Madagascar, gouverneur général 
de Madagascar ; 37 ans de services, 29 campagnes. Grand- 
officier du 31 mai 1898. 



* * 



Précédemment à ces nominations, arrêtées au Conseil 
des ministres du vendredi 3 novembre, les deux lettres ci- 
après avaient été échangées entre M. le général Gallieni et 
M. Clémentel, ministre des Colonies. 

Paris, 17 octobre. 
Monsieur le Ministre, 

Vous avez bien voulu m'annoncer que, d'après les câblogrammes 
que vous a adressés M. le Gouverneur général par intérim, au cours 
de sa derrière tournée, la tranquillité était entièreinent rétablie dans 
la province de Farafangana. 

La pacification, un instant remise en cause sur unpoint particulier 
et par des incidents purement locaux, est donc aujourd'hui redevenue 
complète dans la Grande Ile. 

D'autre part, M. l'inspecteur des travaux publics Constantin, que 
ivous aviez chargé d'aller examiner sur place les travaux du chemin 
ëe fer de Tananarive à la mer, vous a rendu compte des efforts 
accomplis par tous pour mener k bien cette grande œuvre. L'exploi- 
tEtion sera reprise incessamment dans la première partie de la ligne; 
les chantiers viennent d'être ouverts dans la deuxième partie et le 
15' lot, celui des gorges de la Mandraka, où existent les principaux 
obstacles, a été adjugé à l'un de nos entrepreneurs de Tananarive 
avec un rabais de 36 0/0. Les plus grosses difficultés de l'entreprise 
paraissent donc résolues, et tout fait espérer que le rail atteindra Tana- 
narive dans les délais prévus et sans dépasser les disponibilités du 
dernier emprunt. 

.'- D'autre part^ M- le gouverneur Lépreux, en vous adressant le 
/GÔmpte rënddde la délibération du. conseil d'administration portant 



LE GOUVERNEMENT GÉNÉRAL DE MADAGASCAR 387 

approbation du compte définitif de l'exercice 1904, annonce un excé- 
dent de 2.431.336 fr. 89. Cet excédent, venant s*ajouter à ceux des 
exercices précédents, constitue à la colonie un actif global en réserve 
s'élevant à 8.048.108 fr. 29, dont 5.810.006 fr. 92 immédiatement 
disponibles. Vous avez pu aussi, par un ensemble de prescriptions 
récentes, diminuer dans des proportions appréciables un certain 
nombre de taxes frappant plus particulièrement les indigènes. 

En outre, comme vous le savez, nos œuvres d'administration, 
d'enseignement et d'assistance médicale indigènes ont reçu depuis 
neuf ans à Madagascar un développement considérable et donnent 
déjà les résultats les plus satisfaisants. 

Enfin, le rapport d'ensemble que je vous ai remis à mon arrivée à 
Paris, le 16 juin dernier, et qui sera complété par un volume de 
statistiques actuellement à l'impression, vous a donné sur tous les 
points les renseignements les plus détaillés. 

Je considère donc comme terminée ma tâche à Madagascar, et je 
demande au gouvernement de la République, qui m'a fait l'honneur 
de me la confier, de me désigner un successeur auquel incombera le 
soin de continuer l'œuvre entreprise parla France dans notre posses- 
sion de l'Océan Indien. 

En quittant le gouvernement général de Madagascar, je tiens, 
Monsieur le Ministre, à vous exprimer ma profonde et respectueuse 
reconnaissance pour la confiance que vous et vos prédécesseurs 
m'avez toujours témoignée. 

Pendant cette longue période de neuf années, l'appui du départe- 
ment ne m'a jamais fait défaut et m'a seul permis, avec la collabo- 
ration de nos soldats, de nos fonctionnaires, de nos colons et de nos 
populations indigènes, de remplir la mission qui m'avait été tracée 
au mois d'août 1896, lorsque, pour la première fois, je prenais la 
route de la Grande Ile. 

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'hommage de mon respec- 
tueux dévouement. 

Gallieni. 



M. Glémentel a répondu dans les termes suivants : 

Général, 

J'ai l'honneUr de vous accuser réception de la lettre par laquelle 
vous m'avez fait part de votre désir de résigner vos fonctions de gou- 



388 REVUE DE MADAGASCAR 

verneur de Madagascar. Le Gouvernement, après en avoir pris con- 
naissance, m'a chargé de vous exprimer les regrets que lui cause 
votre détermination. 

Au moment où vous quittez le poste que vous avez occupé sans 
défaillance depuis 1896, j'ai le devoir de vous adresser l'expression de 
la reconnaissance du Gouvernement de la République pour les 
éminents services que vous avez rendus à la cause de notre expansion 
coloniale dans l'Océan Indien. Je suis d'ailleurs convaincu que dans, 
les nouvelles fonctions auxquelles vous allez être appelé, et qui me 
permettront de compter encore sur votre précieuse collaboration, vous 
continuerez à rendre à la France les services qu'elle attend de 
vous. 

Clémentel. 






C'est avec le plus vif regret que nous voyons le général 
Gallieni, malgré les pressantes sollicitations dont il fut Tobjet 
de la part de tous ses amis, abandonner l'œuvre à laquelle, 
depuis neuf ans, il n'avait cessé de consacrer le meilleur de 
son inlassable activité, de son dévouement et de ses remar- 
quables qualités d'organisateur et de soldat. 

L'on n'attend pas de nous, dans cette Revue où nous avons 
suivi chaque jour et pas à pas l'œuvre grandiose accomplie à 
Madagascar par le général Gallieni, où nous avons, de loin, 
partagé, depuis 1896, et ses angoisses et ses espérances, — 
que nous exposions longuement les raisons qui nous font 
regretter si vivement que, pour de longues années encore, le 
général Gallieni ne soit maintenu à la tête de notre grande 
colonie de l'Océan Indien.] 

Mais puisqu'il a désiré qu'un autre champ d'action soit 
donné à son intelligence^ puisqu'il a souhaité que le lourd 
fardeau du Gouvernement général de Madagascar soit remis 
entre d'autres mains, — c'est avec une joie bien vive que nous 
avons accueilli la nouvelle de sa promotion dans la Légion 
d^honneur, et c'est bien sincèrement que nous félicitons le 
pacificateur de Madagascar de la haute distinction que le 



LE GOUVERNEMENT GÉNÉRAL DE MADAGASCAR 389 

Gouvernement de la République vient de lui octroyer, et qu'il 
réserve uniquement aux plus illustres de ses enfants. 



• 



Le successeur du général Gallieni,M. le docteur Augagneur, 
député du Rhône et maire de Lyon, est âgé de 50 ans. Il a 
fait preuve dans l'administration de la grande cité lyonnaise 
de beaucoup d'initiative et d'une énergie qui lui ont fait une 
juste réputation d'homme d'action et de vouloir réfléchi. 

Sur ce vaste champ d'action qu'est Madagascar, où les 
questions de politique pure et de partis se trouvent forcément 
et heureusement reléguées au second plan, — M. Augagneur 
aura certainement l'occasion de réaliser les espérances que 
ses amis fondent sur sa grande expérience des affaires admi- 
nistratives et sur ses réelles qualités d'habile organisateur. 

Les paroles prononcées à Marseille par M. Augagneur à la 
veille de son embarquement pour Madagascar, au cours 
du banquet qui lui a été offert par la chambre de Commerce, 
sont, d'ailleurs, pour nous, d'un heureux augure : 

« Je pars, a-t-il dit, pour faire œuvre française et, par con- 
« séquent, républicaine. 

« De l'administration, avec les pouvoirs qui sont donnés 
« au Gouverneur général, il doit sortir forcément un travail 
« utile; et, en ce qui concerne la colonisation, c'est surtout 
« de vous, de votre concours que peut dépendre le succès, 

« Pour ma part, je promets une étude attentive, lente peut- 
« être, mais sérieuse toujours, de toutes les questions éco- 
« nomiques et commerciales qui me seront posées. 

« Cette tâche m'aura été facilitée par les conversations 
« fréquentes que j'ai eues, ces temps derniers, avec mon 
c< éminent prédécesseur, le général Gallieni, grâce aux rensei- 
« gnements qu'il a bien voulu me fournir. 

« Reconnaissant, Messieurs de la Chambre de Commerce, 
« pour votre accueil, je remercie également les représentants 
« éminentsdu gouvernement, de la municipalité, du départe- 
« ment des Bouches-du-Rhône, de l'armée qui se sont joints 
« à vous pour me souhaiter la bienvenue et heureux voyage. 

« Je bois à la ville de Marseille et aux représentants de la 



390 REVUE DE MADAGASCAR 

« chambre de Commerce, dont les travaux assurent la pros- 
« péri té. » 

A l'issue de celte réception, M. Augagneur s'est rendu sur 
les chantiers de l'Exposition coloniale qu'il a visitée en détail. 
Répondant au discours de bienvenue de M. Heckel, le Gou- 
verneur général de Madagascar a promis de faire son pos- 
sible, dès son arrivée dans la Grande Ile, pour que la Colonie 
soit dignement représentée à la belle manifestation projetée de 
1906. 



Nos lecteurs excuseront le retard apporté dans la publicaiion de 
ce numéro de la Revue de Madagascar. Nous avons tenu, en effet, à 
y insérer le décret, si impatiemment attendu et si souvent promis, 
fixant le régime minier de la Grande Ile, 

Annoncé pour les premiers Jours du mois de novembre, il n'a été 
signé qu'au Conseil des Ministres du 21, et n'a été publié qu'à 
rOfficiel du 24, Nous en donnons ci-^contre le texte complet, 
accompagné de six cartes établies spécialement pour la Revue de 
Madagascar d'après des documents officiels. 



Le 



NOUVEAU RÉGIME MINIER 

de Madagascar 



Le décret minier, si longtemps attendu, vient de paraître 
enfin au Journal Officiel de la République française du 
24 novembre. 

Nous ne reviendrons pas sur le préjudice causé à la coloni- 
sation, non seulement par Tarrét subit des prospections, par 
les spéculations qui en ont résulté sur les piquets placés 
antérieurement à cette mesure, mais aussi par les lenteurs, 
les tergiversations, les nouvelles alarmantes et contradictoires 
qui ont précédé la rédaction définitive et la publication du. 
décret actuel. 

Ce décret, comme on le craignait, a un caractère presque , 
exclusivement fiscal. 

Les taxes qui y sont inscrites sont heureusement inférieures 
aux chiffres que, d'après certains renseignements officieux, il y, 
avait lieu de redouter; il semble même que des amendements 
raisonnables aient modifié les projets primitifs, mais notre 
jeune industrie aurifère est néanmoins grièvement frappée et 
péniblement entravée dans son développement. 

Nous publierons dans le prochain numéro de la Revue de , 
Madagascar^ une étude complète de cette question, nous; 
bornant, dans ce fascicule, à reproduire in-extenso, le texte 
du décret, précédé du rapport du ministre des Colonies au* 
Président de la République. 



392 REVUE DE MADAGASCAR 

ê 

RAPPORT AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE 

FRANÇAISE 

Paria, le 23 novembre 1905. 

Monsieur le Président, 

Au lendemain de la conquête de Madagascar, il était du 
devoir du Gouvernement d'assurer une mise en valeur aussi 
rapide que possible des richesses de la Grande Ile et d'encou- 
rager, par suite, par une législation exceptionnellement favo- 
rable, l'immigration des colons et l'afflux des capitaux. 

C'est pour répondre à ces préoccupations que mon dépar- 
tement soumit à l'approbation du Président de la République 
les décrets des 17 juillet 1896 et 20 février 1902, réglementant 
l'exploitation des gisements aurifères de la colonie. 

Aux termes de ces textes, les prospecteurs de toute natio- 
nalité pouvaient obtenir, soit moyennant une faible rede- 
vance, des permis de recherche leur conférant un monopole 
d'études et d'extraction dans un cercle de 2 kilomètres de 
rayon, soit des permis d'exploitation de durée presque illi- 
mitée, obligeant uniquement leurs détenteurs à abandonner 
au trésor local 5 pour 100 de la valeur de l'or extrait. 

Toutefois, un pareil régime ne pouvait être que temporaire, 
car s'il était juste de faciliter Tessor d'une industrie que la 
pacification incomplète du pays, la pauvreté des sables auri- 
fères et l'imperfection des procédés d'exploitation entravaient 
dans une notable mesure, il eût paru inadmissible que l'Etat, 
propriétaire de la majeure partie des terres aurifères, aban- 
donnât tous ses droits au métal précieux découvert, moyennant 
un simple prélèvement de 5 pour 100 sur l'or extrait. 

Or, de grands progrès ont été accomplis à ce jour par l'in- 
dustrie aurifère à Madagascar ; si en 1899 la colonie n'expor- 
tait que 386 kilogrammes valant 1 .043.253 francs, ces chiffres 
s'élevaient en 1904 à 2.460 kilogrammes, valant 7.380.000 fr. 
D'autre part, on a constaté récemment la présence de filons 
dont l'exploitation ne manquera pas d'être plus fructueuse que 



LE NOUVEAU RÉGIME MINIER 



393 




Fbft-Oauphin 



Etat^des découvertes minières (or) en 1896 



Les parties grisées indiquent les points aurifères reconnus 

à celte époqi.e. 



394 REVUE DE MADAGASCAR 

celle des alluvions, seules prospectées jusque maintenant. 
L'heure paraît donc venue de mettre fin au régime sanctionné 
par les décrets de 1896 et de 1902, et de donner aux mines de 
Madagascar un nouveau statut qui, tout en laissant aux con- 
cessionnaires les bénéfices sur lesquels ils sont en droit de 
compter légitimement, fera une plus large part à l'autorité 
concédante, propriétaire ou tout au moins souveraine du 
domaine exploité. 

C'est dans cet esprit qu'a été préparé le décret que j'ai 
l'honneur de soumettre à votre haute sanction. 

La distinction essentielle entre les permis de recherche et les 
permis d'exploitation a été maintenue, mais en même temps 
que les rayons des périmètres ont été réduits de 2 à 1 kilo- 
mètre, la redevance a été diminuée de 100 à 25 francs. 11 
convient, en effet, d'encourager les prospecteurs dont les 
recherches intelligentes ont amené des découvertes si heu- 
reuses, et qui le plus souvent n'ont pour tout capital que leur 
audace entreprenante. 

En ce qui concerne les permis d'exploitation, une différence 
a été établie entre les exploitations alluvionnaires, où le ren- 
dement est minime et obtenu au prix de gros efforts, et les 
exploitations filoniennes qui peuvent, au contraire, donner 
des bénéfices considérables. 

Le décret définit les caractères distinctifs de ces deux 
espèces de gisements, et des arrêtés du Gouverneur général, 
pris en conseil d'administration, sur la proposition du service 
local des mines, fixeront, d'après ces bases, dans chaque cas 
particulier, le classement des gisements dans l'une ou l'autre 
catégorie. 

Les taxes d'exploitation pour ces deux catégories seront les 
suivantes : 

La taxe actuelle de 5 pour 100 sur la valeur du métal extrait 
est maintenue. En outre, il a paru nécessaire de prévoir une 
taxe de superficie pour empêcher qu'un seul concessionnaire 
n'accapare de grands espaces dans le seul but de favoriser la 
spéculation. Cette taxe, perçue d'ailleurs dans toutes nos 
colonies minières, sera de 2 francs par hectare pour les gise- 
ments alluvionnaires ; eUe a été intentionnellement fixée à un 



LE NOUVEAU REGIME MINIER 



395 



Diégo-SMarK 




Tuléar t 



fort- Dauphin 



Etat des découvertes minières (or) en 1900 

Les parties grisées indiquent les points aurifères reconnus 

à celte époque. 



396 REVUE DE MADAGASCAR 

taux suffisamment minime pour ne pas constituer à Texploi- 
lant une charge excessive. 

Pour les gisements filoniens, il était nécessaire de prévoir 
une taxe de superficie beaucoup plus élevée. En effet, alors 
que l'exploitation alluvionnaire s'étend, de par sa nature 
même, à des espaces considérables, l'exploitation filonienne 
s'efTectue en profondeur sur des espaces relativement res- 
treints. Il n'y a donc aucun inconvénient à imposer ces 
concessions d'une manière plus sévère ; la taxe de 100 francs 
prévue au décret est d'ailleurs inférieure à celle exigée dans 
d autres pays, et notamment au Transvaal, où elle atteint 
300 francs. 

Ces taxes ne peuvent d'ailleurs constituer l'unique charge 
des exploitations donnant des bénéfices exceptionnels; c'est 
pourquoi le décret prévoit une participation fixée à 5 pour 100 
de l'excédent des bénéfices nets au delà d'un chiffre annuel de 
250.000 francs. Le système de la déclaration contrôlée per- 
mettra d'apprécier ces bénéfices sans procédés vexatoires. 

Il a paru par contre équitable de prévoir la réduction ou la 
suppression de la taxe de 5 pour 100 sur les matières extraites 
pour les exploitations filoniennes dans lesquelles, pendant la 
période de début, les dépenses de premier établissement pour 
les installations de machines et d'outillage que comporte cette 
nature de gisements viendraient à absorber tout le produit 
net. De cette façon, aucune entrave fiscale ne sera apportée au 
développement normal de l'industrie aurifère de la Grande 
Ile. Il appartiendra d'ailleurs aux exploitants de fournir les 
justifications nécessaires à l'appui de leurs demandes d'exo- 
nération ou de modération de taxes, et il sera statué par le 
Gouverneur général en conseil d'administration. 

Enfin, les intérêts des titulaires actuels de permis de re- 
cherche et d'exploitation ont été sauvegardés par des mesures 
transitoires, qui prévoient l'application progressive des 
mesures fiscales édictés par le nouveau décret. 

Quant au décret du 27 juin 19(fô, qui n'avait d'autre objet 
que de régler une situation spéciale et temporaire, il est 
purement et simplement abrogé. 

En résumé, le projet de décret que j'ai l'honneur de vous 



LE NOUVEAU REGIME MINIER 



397 



Diégo-Sujjnez, 




fôrt-Oauphin 



Etat des découvertes minières (or) en 1905 

Les parties grisées indiquent les points aurifères reconnus 

à cetle époque. 



398 REVUE DÉ MADAGASCAR 

soumettre paraît répondre assez exactement aux préoccupa- 
tions de l'heure présente et aux prévisions de l'avenir. 

Ses dispositions ont un caractère définitif et me paraissent 
concilier dans une mesure convenable les intérêts privés et 
ceux de la colonie. 

J'ai, en conséquence, Thonneur de vous prier, si vous 
approuvez ces propositions, de vouloir bien revêtir de votre 
signature le projet du décret ci-joint. 

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, Thommage 

de mon profond respect. 

Le minisire des Colonies^ 

Clémbntel . 
DÉCRET 

Le Président de la République française, 

Vu Tarticle 18 du sénaius-consulte du 3 mai 1854, 

Vu le décret du 11 décembre 1895, déterminant les pouvoirs du 
résident général de Madagascar; 

Vu le décret du 30 juillet 1897, créant Temploi de Gouverneur 
général de Madagascar et dépendances et en fixant les attribu- 
tions; 

Vu les décrets des 28 décembre 1895, 9 juin 1896 et 25 octobre 
1898, relatifs à l'organisation du service de la justice à Madagascar; 

Vu la loi du 6 août 1896, déclarant Madagascar et les îles qui en 
dépendent colonie française ; 

Vu le décret du 16 juillet 1897, portant règlement sur la propriété 
foncière dans la colonie de Madagascar et dépendances ; 

Vu l'arrêté local du 4 novembre 1897, rendu en exécution du 
décret susvisé ; 

Vu les décrets des 3 août 1896 et 6 mars 1897, instituant un conseil 
d'administration près le résident général de Madagascar; 

Vu le décret du 20 février 1902, portant réglementation de la 
recherche et de l'exploitation de Tor, des métaux précieux et des 
pierres précieuses à Madagascar; 

Vu le décret du 23 juin 1905, portant dispositions complémen- 
taires au décret du 20 février 1902 ; 

Sur le rapport du ministre des Colonies, 

Décrète : 

Article premier. — Sont modifiés comme suit les articles 
suivants du décret du 20 février 1902 : 



LE NOUVEAU REGIME MINIER 



399 



CtpdAmtrf 

Diégo-Suares 



Uti*^ 



VsIpHun 




nanjdry 



fMingènà 



Tuléar 



fôrt-DiMiplMt 



MMtM* 



• « 



Etat des expipitatipns aurtfèri6s particulières, en J905 



•i 



;v[ ; •':! 



400 REVUE DE MADAGASCAR 

Art. i«^ — La recherche et Texploitation des gisements 
naturels d'or, de métaux précieux, tels que l'argent et le pla* 
tine, et des pierres précieuses en alluvions» amas, couches 
ou filons, existant dans le territoire de la colonie de Afada* 
gascar, sont soumises aux dispositions du présent décret. 

La recherche et l'exploitation des autres substances miné- 
rales sont soumises à un décret spécial . 

Si un gisement contient à la fois des métaux précieux et 
des métaux usuels, le Gouverneur général décidera, après 
enquête, auquel des deux décrets doit être soumise son 
exploitation. 

Sont considérés comme gisements filoniens les couches ou 
filons de quartz ou autre roche en place contenant de Tor ou 
autres métaux précieux ou pierres précieuses. 

Tous autres gisements sont considérés comme gisements 
alluvionnaires. 

Art. 2. — Les Européens et assimilés ont le droit d'obtenir 
des permis de recherche et d'exploitation des mines dans les 
conditions du présent décret, les indigènes et assimilés 
doivent au préalable être autorisés par le Gouverneur 
général. 

Il est interdit au personnel de l'Etat ou de la Colonie en 
service à Madagascar et dans ses dépendances de prendre 
des intérêts directs ou indirects dans la recherche ou l'exploi- 
tation des mines . 

Art. 3. — Les sociétés formées pour la recherche et l'exploi- 
tation des mines doivent être constituées conformément aux 
lois françaises et avoir leur siège social, soit en France, soit 
dans les colonies françaises. 

Art. 6, — Le Gouverneur Général peut, par arrêté pris en 
conseil d'administration, fermer certaines régions à la 
recherche, soit pour une durée déterminée, soit sine die. Dans 
ce dernier cas, l'arrêté est soumis à la ratification du ministre 
des Colonies. Tous travaux de recherche sont interdits dans 
ces régions. 

Tous travaux de recherche et d'exploitation sont, en outre, 
interdits à l'intérieur et dans une zone de 50 mètres à l'entour 
des propriétés closes, maisons, puits, lieux de sépulture, 



LE NOUVEAU REGIME MINIER 



401 







^Sttf» 



Z 

Ul 






- dfêm/kn^iiê O 



O 



Tuléftr 



^ft-Dauphin 



•^t*r*m 



Exploitations aurifères par régions avec l'indication 
de la prodttctiond'or pour chaque groupe 



26 



402 REVUE DE MADAGASCAR 

voies de communication et tous travaux d'utilité publique ou 
ouvrages d'art. 

Mais cette interdiction peut être levée et la distance de 
50 mètres réduite, de Tassentiment du propriétaire, s'il sagit 
de propriété privée, et du Gouverneur général ou de son 
délégué, s'il s'agit du domaine public. 

Art. 9. — Le permis de recherche donne le droit exclusif 
de faire, sous réserve des droits antérieurs et sauf les inter- 
dictions stipulées à l'article 6, tous travaux de fouilles et de 
sondages à toute profondeur à l'intérieur d'un périmètre 
délimité par un cercle de 1 kilomètre de rayon. 

Art. 10, — L'occupation d'un périmètre de recherche doit, 
pour être valable, avoir été, préalablement à l'envoi de la 
demande de permis, matériellement marquée sur le sol d'une 
façon bien apparente. 

A cet effet, il doit être planté au centre du cercle un 
poteau-signal avec écriteau portant, en langue française, 
l'indication de l'objet de la recherche, le nom de la personne 
ou société pour qui sera demandé le permis et la date de la 
pose du poteau-signal- 

Un poteau-signal ne peut être placé à moins de 1 kilomètre 
de tout poteau-signal déjà établi, non plus qu'à l'intérieur d'un 
périmètre d'exploitation préexistant. 

Aucun poteau-signal ne peut être placé dans une région 
fermée sine die à la recherche . 

Art. 13, — Les demandes de permis de recherche qui 
s'appliqueraient à des périmètres situés dans une région 
fermée sine die à la recherche sont nulles et non avenues de 
plein droit, et il ne leur est donné aucune suite. 

11 est sursis à statuer sur les demandes de permis de 
recherche s'appliquant à des régions fermées à la recherche 
pour une durée déterminée jusqu'à la réouverture de ces 
régions, et il est alors procédé, comme il est dit ci-après, en 
tenant compte de l'ordre de priorité de ces demandes, confor- 
mément aux dispositions de l'article précédent. 

En ce qui concerne les demandes de permis de recherche 
dans les terrains libres, le chef du service des mines, après 
avoir reconnu la régularité de la demande, adresse au deman- 



LE NOUVEAU RÉCIMB MINIER 



403 






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Les sisemesU fUontons 



1. CompagQJe Occidentale 

2. Compagnie LjODnais^ç 

3. Talbol et Bourgouin 

4. Syndicat Lytnmais • 



5. 

7. 

8, Lecomte 









404 REYUE DE MADAGASCAR 

deur un ordre de versement de la somme de 25 francs pour 
droit de permis de recherche. 

La quittance attestant que le payement de cette somme a 
été effectué dans une caisse publique de la colonie doit être 
envoyé au chef du service des Mines. 

Sur le vu de cette quittance, le chef du service des Mines 
établit le permis de recherche. 

Si, par la faute du demandeur, la quittance n'est pas reçue 
trois mois après Tenvoi de Tordre de versement, la demande 
est annulée de plein droit. 

Art. 14, — Le permis de recherche est valable pour un an 
à compter du jour de sa délivrance. 

La durée de sa validité peut être prorogée par période d'un 
an et deux fois au maximum, quels que soient les titulaires 
entre les mains desquels aura passé le permis, et moyennant 
le payement d'un droit de 100 francs pour la première pro- 
rogation et de 250 francs pour la deuxième. 

Arl. 19. — La demande de permis d'exploitation doit être 
adressée par le titulaire du permis de recherche, ou par son 
mandataire régulier, au commissaire des Mines duquel relève 
le terrain demandé. Elle doit être accompagnée d'un plan com- 
plet à l'échelle de 1/10.000» du périmètre sollicité rapporté au 
Nord vrai et sur lequel sera indiqué l'emplacement du poteau- 
signal. Elle doit, en outre, faire connaître la nature et le 
caractère du gisement. 

Un arrêté du Gouverneur général pris en conseil d'adminis- 
tration sur la proposition du chef du service des mines fixe le 
caractère du gisement et, s'il y a lieu, la surface partielle à 
laquelle sera faite l'application de la taxe spéciale prévue à 
l'article 23 ci-après pour les gisements filoniens. 

Sur le vu de cet arrêté, le permis d'exploitation est délivré, 
dans le plus bref délai possible, parle commissaire des Mines 
de la circonscription minière. 

Le permis sera refusé si, par la faute de l'intéressé, la de- 
mande parvient après l'expiration du permis de recherche ou 
si elle ne satisfait pas aux conditions ci-dessus définies. 

Des modifications ultérieures peuvent d'ailleurs être 
apportées dans la même forme à l'arrêté précité, soit sur la 



LE NOUVEAU REGIME MINIER 405 

demande du permissionnaire, soit si des découvertes nou- 
velles de gisements (iloniens le justifient, sur la proposition 
du service des Mines. 

Art. 22. — Tout permissionnaire doit tenir àjour pour chaque 
périmètre d^exploitation ou de recherche, s'il y a Heu, un 
registre d'extraction et un registre de vente ou d'expédition, 
dre«5sés dans les formes qu'indiquera un arrêté du Gouverneur 
général, et qui devront être cotés et paraphés par le commis- 
saire des mines. 

Ces registres doivent être présentés à toute réquisition des 
agents du service des Mines, ou de tous autres agents de 
l'administration spécialement délégués à l'eiTet de les vérifier. 

Tout permissionnaire doit porter sans délai à la connais- 
sance du commissaire des Mines l'existence des gisements 
filoniens qui auraient été reconnus dans l'étendue de son 
périmètre. 

Art 23. — Toute exploitation est soumise aux taxes sui- 
vantes : 

l**Taxe superficielle annuelle par hectare, toute fraction 
d'hectare comptant pour 1 hectare, fixée à 2 francs pour les 
gisements alluvionnaires, et à 100 francs pour les gisements 
filoniens. 

La taxe de 100 francs s'applique uniquement à la surface 
des gisements filoniens proprement dits, telle qu'elle est 
déterminée par l'arrêté visé à l'article 19 ci-dessus, le reste 
de la superficie du périmètre d'exploitation étant taxé au 
même taux que les gisements alluvionnaires. 

2* Taxe de 5 pour 100 de la valeur des matières extraites 
au lieu d'extraction. 

Les bases de l'évaluation de cette taxe seront déterminées 
chaque année par arrêté du Gouverneur général. 

3^ Taxe de 5 pour 100 sur la partie du produit annuel de 
l'exploitation dépassant 250.000 francs. 

Cette taxe sera perçue sur le produit net, tel qu'il est 
défini par les lois applicables à cet objet dans la métropole, 
de toutes les exploitations minières possédées ou exploitées 
par la même personne ou par la même société. 

Art. 24. — Les taxes superficielles prévues à l'article 23 



40& . REVUE DE MADAGASCAR 

seront payables par trimestre échu, à partir de la date de la 
délivrance du permis d'exploitation, sur un ordre de verse- 
ment établi par le commissaire des Mines. 

La taxe de 5 pour 100 prévue au paragraphe 2® de l'article 23 
ei-dessus est calculée sur la production de chaque trimestre, 
ainsi qu'il est indiqué à l'article 25 ci-dessous, sans pouvoir 
être inférieure à 250 francs par trimestre pour chaque exploi- 
tation. 

Toutefois, des exonérations ou modération de cette même 
t&xe de5pour 100 pourront être accordées, par voiede détaxe, 
sur la demande des intéressés, par arrêtés du Gouverneur 
général en conseil d'administration, pour les exploitations de 
gisements filoniens, qui, d'après justifications, n'auraient, en 
raison des dépenses occasionnées par les installations faites 
sur place, donné aucun produit net pendant l'année écoulée. 
Cette taxe de 5 pour 100 est payable par trimestre échu à 
partir de la date de délivrance du permis d'exploitation. 

Toutefois, une somme égale au minimum fixé pour un tri- 
mestre est exigible d'avance et reste dans la caisse de la 
colonie jusqu'à la liquidation du compte du dernier trimestre 
d'exploitation ; Tordre de versement de cette somme est remis 
à l'exploitant en môme temps que le permis d'exploitation. 

Dans les cas de mise en vente de l'exploitation par le com- 
missaire des Mines, visés au titre IV, cette somme de 250 fr. 
pestera acquise à la colonie à titre d'amende, sans venir en 
déduction des sommes dues. 

Art. 25, — Après l'expiration de chaque trimestre à compter 
de la date de la délivrance du permis d'exploitation, et dans un 
délai maximum d'un mois, tout permissionnaire doit adresser, 
pour chaque exploitation, au commissaire des Mines duquel 
relève cette exploitation, l'indication du total de sa produc- 
Uoa dans le trimestre écoulé. y 

C'est sur cette base et- après vérification qu'est établi par le 
commissaire des Mines, conformément à Tarticlc 23 ci-dessus, 
l'ordre de versement pour le trimestre écoulé, de la taxe de 
5 pour 100 sur les matières extraites. 

Après l'expiration de chaque année à compter de la date. de 
délivrance dû permis d'exploitation et dans un délai maximum 



LE N0UVEA\J régime MINIER 407 

de dix mois, tout permissionnaire doit adresser au Gouverneur 
général de la colonie tous les renseignements nécessaires à 
rétablissement, s'il y a lieu, de la taxe sur le produit net 
instituée par l'article 23 ci-dessus. 

C'est sur ces bases, et après vérification, qu'est établi, con- 
formément à l'article 23 ci-dessus, l'ordre du versement pour 
l'année écoulée. 

Le Gouverneur général peut d'ailleurs procéder à toutes les 
vérifications nécessaires pour contrôler l'exactitude des chiffres 
fournis par l'exploitant. 

Arl, 26. — Tout exploitant qui veut abandonner son exploi- 
tation doit en faire la déclaration au commissaire des Mines 
et lui retourner le permis d'exploitation. 

Le commissaire des Mines notifie l'abandon au conservateur 
de la propriété foncière, et Texploitalion abandonnée fait retour 
aux terrains ouverts à la recherche, si elle n'est grevée 
d'aucun droit réel. 

Les taxes superficielles ainsi que la taxe de 5 pour 100 sur 
les matières extraites seront exigibles pour tout le trimestre 
en cours. 

Si le montant de celte dernière taxe pour le dernier trimestre 
excède le minimum prévu par l'article 24, la différence seule 
donnera lieu à rétablissement d'un ordre de versement. 

Arl. 2. — Les titulaires de permis de recherche délivrés 
antérieurement à la date de la promulgation du présent décret 
pourront, jusqu'au 31 décembre 1906, obtenir des permis 
d'exploitation s'appliquant à des périmètres définis comme il 
est dit à l'article 18 du décret du 20 février 1902. Ils seront 
d'ailleurs soumis aux redevances fixées par le présent décret. 

Les titulaires de permis d'exploitation délivrés antérieure- 
ment à la date de la promulgation du présent décret pourront, 
jusqu'au 31 décembre 1908 , obtenir, sur leur demande, la 
réduction des surfaces de leurs périmètres d'exploitation. Il 
sera procédé comme il est stipulé à l'article 26 du décret du 
20 février 1902 modifié par le présent décret. Ces permission- 
naires resteront uniquement soumis, jusqu'au 31 décembre 
1908, et nonobstant les dispositions contraires du présent 



408 REVUE DE MADAGASCAR 

décret, à la taxe d'exploitation fixée par rarlicle 23 du décret 
du 20 février 1902. 

Art. 3. — Le Gouverneur général de Madagascar prend 
tous les arrêtés nécessaires à l'application du présent décret. 

Art, 4. — Sont abrogés le décret du 23 juin 1905, ainsi que 
toutes dispositions antérieures contraires au présent décret. 

Art. 5. — Le ministre des Colonies est chargé de Tcxécutioii 
du présent décret, qui sera publié au Journal officiel de la 
République française, ainsi qu'au Journal officiel de Madagas- 
car, et inséré au Bulletin des lois et au Bulletin du ministère 
des Colonies, 

Fait à Paris, le 23 novembre 1905. 

Emile Loubet 

Par le Président de la République : 

Le Ministre des Colonies^ 
Clémentel. 




8. s s 



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si § 5 

5 ï î; 5 
fe p 8. 



MADAGASCAR A L'EXiPOSITION DE HANOI 



RAPPORT GENERAL 

SUR 

l'Exposition de Hanoï 



DEUXIÈME PARTIE i^) 

Dans le Tonkin et autour du Tonkin 



CHAPITRE X 

LA COCHINCHINE 

Entre Tourane et Quinhon, le paquebot ne fait pas d'escale. 
La vaste baie sur laquelle est assis ce dernier village ne 
présente malheureusement pas assez de fond pour servir de 
port : une langue de sable formée par les apports des deux 
rivières qui s'y jettent, constitue d'ailleurs un obstacle à 
toute idée d'aménagements. Le fait est d'autant plus regret- 
table que sur ce point débouche une route fréquentée, qui 
donne accès vers l'intérieur à une région qui pourrait être 
exploitée, paraît-il : c'est celle qui mène à An-Klié et aux vallées 
montagneuses habitées par les Bahnars. Cette tribu qui se 
rattache à la race Moï, a été étudiée par le P. Dourîsboure, 
des Missions étrangères, qui a publié un dictionnaire de leur 
langue. Celle-ci, qui n'est nas chantante comme l'annamite 
ou le chinois, présente simplement l'accentuation longue ou 
brève : elle oflFre aueloufesinlilitude de grammaire avec le 

conslMSuon des phrases, les temps des 



malgache pour la ^ 

verbes, la forme passive^l^e^réflxes ajoutant un sens aux 

racmes. 

(1) Reproduction et traduction interdites. Voir la Revue dep. le 10 juin 1904. 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 411 

Au point de vue anthropologique, les Bahnars ont leâ carac- 
tères distinctifs des Mois : petite taille, dolichocéphalie, pig- 
ment de la peau rougeâtre, cheveux ondulés, yeux droits : ils 
sont en somme très différents des Annamites qui, par la 
conquête du littoral, les ont repoussés vers Fintérieur. 

Le village d'An-Khé présente un marché bien approvi- 
sionné de soies grèges et, par suite des installations indus- 
trielles, entreprises par la société Delignon et Paris à 
Quinhon, est appelé à prendre de l'importance. 

Comme sur toute la côte d'Annam, les débarquements sont 
difficiles. En sortant de Quinhon, le paquebot, prenant sa 
route au sud, va reconnaître le cap Varella : c'e^l le point 
le plus oriental de la côte indo-chinoise qui s'infléchit dès 
lors vers le sud-ouest. La baie de Nha-Trang est rapidement 
atteinte : la présence des ruines tyames aux environs de 
Khanh-Hoa et Tinstallalion du laboratoire, dirigé par le 
docteur Yersin, à Nha-Trang même, ont donné à ce point un 
regain d'activité. Nous avons déjà parlé des ruines tyames 
et des travaux entrepris à Po-Nagar spécialement, par l'Ecole 
française d'Extrême-Orient. Quant à l'Institut Pasteur de 
Nha-Trang, nous avons eu la bonne fortune devoir plusieurs 
fois le docteur Yei*sin à Hanoï, et même de le retrouvera bord 
du paquebot qui nous emmenait à Saigon. Nous avons donc 
pu obtenir de lui-même, difficilement il est vrai, car il a la 
qualité dominante du vrai savant, les renseignements sur son 
œuvre. L'installation en tant que bâtiments est actuellement 
achevée et déjà cependant le laboratoire paraît insuffisant : 
son matériel est complet et il est bien approvisonné en eau, 
gaz et électricité. Le personnel comprend le docteur et trois 
vétérinaires, quatre aides préparateurs, un mécanicien, 
quatre matelots, quatorze palfreniers et une quarantaine dt 
manœuvres, employés comme charretiers ou gardiens de 
bœufs. C'est en 1897 que les premiers essais de traitement faits 
sur des pestiférés en Chine, ont permis d'espérer, sinon le 
succès complet, tout au moins une forte atténuation de la mor- 
talité. En 1897, le docteur Yersin reprit ses expériences dans les 
Indes anglaises : on constata une réduction de 50 0/0 dans la 
mortalité : les essais du docteur Calmette et du docteUa^ 



412 REVUE DE MADAGASCAR 

Métin à Oporto en 1899, permirent de descendre à 18 0/0. 
Depuis ce moment, le laboratoire de Nha-Trang a toujours 
une forte réserve de sérum. Concurremment avec la peste 
humaine on y étudie la peste bovine, qui cause dans toute 
rindo-Chine, et principalement au Tonkin nous Tavons vu, 
de terribles ravages. Les essais, jusqu'à ce jour, ont été satis- 
faisants quoique pas encore définitifs. Les autres épizooties 
sont également étudiées : elle sont nombreuses au Cambodge 
et au Tonkin. 

Mentionnons à 18 kilomètres de Nha-Trang, une plantation 
qui dépend également de l'Institut Pasteur, où divers essais 
de culture' ont été pratiqués spécialement pour les plantes à 
caoutchouc. 

De Nha-Trang à Phan-Rang, le trajet est court, mais le 
paquebot brûle cette escale et pique directement sur le cap 
Saint-Jacques après avoir reconnu le feu du phare de Padaran. 
Sur cette immense plaine basse, formée par Testuaire aux 
mille branches du Mékong et du Donai, le rocher du cap 
Saint-Jacques se dresse comme le dernier efTort de la chaîne 
annamilique, à laquelle il se relie par une série d'émergences 
dans la direction de Baria. Vers la mer uniformément jaune et 
sale, les palétuviers nains ont les apparences d'une brousse 
verdoyante entre laquelle serpentent dans les méandres les 
plus capricieux, les innombrables arroyos : l'eau glisse limo- 
neuse entre les berges basses d'argile. Vers Tune des bouches 
largement ouverte, le paquebot se dirige après avoir longé la 
falaise presque abrupte du cap. De la passerelle, nous avons 
aperçu la petite ville qui, dans la saison chaude, sert de sana- 
torium aux Saîgonnais. De confortables villas s'étagent sur le 
flanc de la colline dirigé vers Tintérieur : celle du gouverneur 
étale, par-dessus toutes, lourdement, son toit rouge. Une 
échancrure horizontale dans la falaise qui regarde la passe et 
le large, indique une batterie : il y en a quatre disposées de 
façon à défendre l'entrée de la baie. 

Saigon, en effet, dont la défense avait été complètement 
négligée jusqu'en 1893, inspira, lors de nos premiers démêlés 
avec le Siam, de sérieuses inquiétudes qui eurent pour résul- 
tat de faire commencer immédiatement les travaux destinés 



MADAGASCAR A l'eXPOS^TION DE HANOÏ 41S 

à fermer rembouchure de la rivière. Bien entendu, dès que 
les craintes furent dissipées, Tactivité se ralentit pour se mani- 
fester à nouveau en 1897. Le rapport de M. Doumer nous 
apprend que « les travaux étaient menés avec une telle len- 
teur qu'au début de 1897, une seule batterie était achevée; 
encore lui manquait-il ses appareils de ravitaillement, ses 
approvisionnements en munitions. De plus, ses affûts défec- 
tueux' étaient à changer et sa position adossée à la montagne 
et sans protection, la rendait intenable sous le feu nourri des 
navires voulant forcer la passe ». 

Survinrent les affaires de Fachoda, qui eurent du moins 
l'immense avantage de nous mettre face à face avec Téven- 
tualité d'une guerre contre une puissance maritime formidable 
et de poser nettement le problème de la défense de nos colo- 
nies. Cédant à l'impulsion irrésistible de Topinion publique, 
le Gouvernement prépara un projet de défense dans lequel 
celle des colonies seules figuraient pour 200 millions. 
L'ouverture par la loi du 20 juillet 1900 d'un crédit de 
61.275.000 francs, permit de commencer à travailler sérieuse- 
ment dans les trois points d'appui reconnus : Saigon, Diego- 
Suarez et Dakar, ou tout au moins dans les deux premiers, 
car le plan de défense de la ville et du port de Dakar ne fut 
arrêté définitivement qu'en mars 1903. Dès lors une rivalité 
constante anima respectivement les constructeurs de Mada- 
gascar et ceux de Cochinchine : l'activité de part et d'autre se 
traduisit par une dépense qui doit atteindre en ce moment 
30 millions. Tandis qu'à Diégo-Suarez, le colonel JofTre, 
aujourd'hui général, établissait un système de défense, 
attaqué par plusieurs spécialistes qui lui reprochent d'être 
la reproduction « du plan de Nevers », c'est-à-dire d'une 
«colle» d'examen, mais qui a le mérite d'avoir été exécuté dans 
son ensemble, les généraux Borgnis-Desbordes et Delambre 
proposaient comme complément aux batteries du cap Saint- 
Jacques la construction de batteries de ruptures avec batteries 
de soutien sur le Nhabé, de batteries de canons-revolvers pro- 
tégeant les lignes de torpilles des rivières, d'une batterie de 
rupture avec batterie de soutien sur le Soirap et le cours infé- 
rieur du Vaïco. De plus, la transformation de Saigon en camp 



414 . REVUE DE MADAGASCAR 

retranché exigeait rétablissement de seize ouvrages détachés 
autour de la ville, complétant la défense naturelle constituée 
par les arroyos. 

L'exécution de ce plan se continue : les batteries du cap 
Saint-Jacques sont actuellement totalement terminées, les 
batteries du Nhabé doivent l'être aussi; lors de mon passage, 
une seule était achevée et les fondations de l'autre, par suite 
de fonds vaseux, étaient d'un établissement pénible. Les 
effectifs ont de plus été considérablement renforcés et il 
semble que la Cochinchine soit dès maintenant à l'abri 
d'un coup de main immédiat : qu'arriverait-il en cas de 
blocus ? 

Jusqu'à présent, les deux points d'appui de Diégo-Suarez 
et de Saigon ont été considérés seulement comme agissant 
dans leurs sphères respectives, le premier pour abriter notre 
division de l'Océan Indien, le second pour recevoir notre 
escadre d'Extrême-Orient. La proximité toutefois de ces deux 
points entre eux, comparée à la distance qui sépare Toulon de 
Saigon par exemple, permet déconsidérer Madagascar comme 
une étape intermédiaire (médiane môme) qui permettrait, dans 
le cas d'une guerre avec un ennemi venu d'Extrême-Orient, 
le Japonais par exemple, dont nous savons aujourd'hui les 
intentions, de coopérer rapidement en cas de besoin, avec 
notre réserve deDiego-Suarez en bateaux ou en hommes, à la 
défense de Tlndo-Chine : en 14 jours nous pourrions utilement 
intervenir. Le principe de cette idée a été posé nettement par 
M. Dubief : nous souhaitons que cette cause de la défense 
unie à celle des intérêts économiques que nous aurons l'oc- 
casion de signaler au sujet de l'immigration de la main-d'œuvre 
chinoise, détermine les gouvernements respectifs des deux 
colonies à une entente que la métropole a tout intérêt à favo- 
riser pour l'établissement de relations suivies : c'est dans cet 
esprit que je tiens à citer la conclusion de l'article de M. Du- 
bief : 

' « Si de Marseille à Saigon il y a 7.300 milles, de Diego- 
Suarez à Saigon il n'y en a que 4.000. Cette distance n'est pas 
Ihôme le double de celle qui sépare Nagasaki de la capitale de 
Ta Cochinchine. Rien, dans Thypothèse d'une guerre avec le 



MADAGASCAR A L EXPOSITION DE HANOÏ 



415 



Japon, n'empêcherait DOS vaisseaux, ravitaillés et réparés au 
besoin, à Diego-Suarez.d'arriverdans leseaux de l'Indo-Chine 
si peu que la résistance de la colonie se puisse soutenir. Une 
fois maîtres de la mer, la partie serait gagnée, n 

Il est impossible d'exprimer plus nettement ce fait que 
Diego-Suarez est le complément de Saigon, le point intermé- 
diaire indispensable, dont le siège de Port-Arthur lui-même 
démontre l'utilité. Cette constatation établit donc la nécessité 




Saigon. — Confinent de Varroyo chinoit el delà rivière. 



de l'achèvement immédiat des travaux de Diego et en particu- 
lier du bassin de radoub : c'est la réfutation de la théorie que 
j'ai entendu exprimer en Indo-Chine par des bommesi du mé- 
tier cependant, mais qui, travaillant sur leur objectif réduit et 
dans le louable désir de voir les efforts s'y concentrer pour un 
résultat immédiat, posaient l'axiome : « Saïgon d'abord, et 
Diego ensuite. » Or, entre Toulon et Saïgon, quelle est la terre 
française suffisamment approvisionnée et défendue pour per- 
mettre aux secours venant de la métropole de se ravitailler, de 
se réparer ou de s'appuyer même en cas de besoin? Serait-ce 



416 REVUE DE MADAGASCAR 

Djibouti ou Pondîchéry? La longue odyssée de la flotte delà 
Baltique et les difflcultés qu'elle rencontra en cours de route 
répondent éloquemment. Il faut que les aménagements et les 
approvisionnements nécessaires soient faits à Diego, il faut 
surtout que ce bassin de radoub, réclamé par la marine mar- 
chande depuis si longtemps, soit construit sans retard, et cela 
en vue de l'éventualité d'une guerre extrême-orientale, qui 
semble plus probable aujourd'hui qu'une guerre européenne : 
Vainqueur ou vaincu, le Japon sera pour Flndo-Chine un 
voisin turbulent, redoutable par sa flotte commerciale et sa 
réserve d'hommes. Qu'on se hâte donc de mettre Hanoï et 
Saigon en état de soutenir le premier choc, Diego-Suarez en 
mesure de coopérer à la poussée générale, vers l'est, de nos 
forces navales et de nos transports. 

Nous stoppons sous les batteries pour prendre le pilote et à 
petite allure, nous gagnons le Soi-Rap, bouche principale du 
Doraï. Aussitôt engagé dans la passe, le paquebot augmente 
sa vitesse pour laisser au gouvernail toute son action dans les 
sinuosités du fleuve: il est étonnant de voir avec quelle doci- 
lité la lourde masse du bâtiment prend les tangentes qu'on lui 
impose. Sous l'efl'ort de la roue les drosses se tendent en grin- 
çant; tout à coup le bruit sec d'une détonation retentit; on 
court au bastingage et les passagers voient avec surprise le 
paquebot qui ne gouverne plus, piquer directement sur une 
des berges qui se présente normalement à sa direction dans 
un tournant. Son avant effilé trace dans l'argile un sillon 
ascendant, l'arrière baisse vers le fleuve, la lourde coque 
s'incline légèrement sur bâbord. Cinq minutes de panique, 
puis on constate que l'échouementn'ofl're pas de danger, mais 
qu'il est assez complet pour nous condamner à une immobi- 
lité qui se prolongera jusqu'à la prochaine marée. C'est la 
drosse du gouvernail qui, terminée par des cordes à boyaux 
dans le gaillard d'arrière, procédé ancien qui subsiste encore 
sur quelques bateaux des Messageries, a cassé net près de 
rattache. 

Il a fallu près de douze heures et des efl*or(s combinés, 
voire même ceux d'un stamer allemand, pour dégager notre 
Tamise de sa prison de vase, et au lieu d'atteindre Saigon 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 417 

dans la soirée, c'est le lendemain matin seulement que nous y 
fîmes notre entrée. 

Près du confluent du Donai avec la rivière de Saigon, Tap- 
parition soudaine des tours de la cathédrale fait deviner la 
grande ville ; les deux cubes allongés de brique rouge, peu 
élégants du reste, passent tantôt à tribord et tantôt à bâbord, 
suivant les méandres capricieux de la rivière, puis quelques 
constructions apparaissent, des cheminées, des mâts de vais- 
seaux, mais nulle part la ville. Allongée dans cette plaine 
basse, elle ne se présente pas d'ensemble et déjà les construc- 
tions situées en bordures des quais masquent les autres qu'on 
a pu entrevoir à peine. Majestueusement, comme pour une 
parade, le paquebot continue son chemin et remonte le fleuve ; 
il dépasse le port de guerre, et au point ou le champ lui reste 
libre, il ralentit sa marche et vient doucement piquer son 
avant dans la vase : le flot montant, aidé de quelques tours d'hé- 
lice et du gouvernail, le fait pivoter sur son point d'appui et 
c'est l'avant vers la mer, qu'il vient cette fois s'amarrer aux 
pontons de débarquement. La manœuvre est simple et peu 
coûteuse: elle vaut mieux que les évolutions longues et com- 
pliquées faites àl'aide d'amarres. Une passerelle avec escalier 
est approchée du flanc de notre prison, et nous foulons bientôt 
ce sol rouge et boueux qui borde Tappontement. Beaucoup 
d'animation provoquée dans un petit espace par les arrivants 
et ceux qui les attendent, un peu d'encombrements causé par 
les pousse-pousse et les voitures dites « malabars » en 
quête de clients, mais rien de ce mouvement exclusivement 
d'afl'aires et activement coordonné qui caractérise les ports de 
Hong-Kong et de Singapoure par exemple. Le mouvement 
des bateaux français et étrangers à Hong-Kong dépasse en 
efl'et 10.000 annuellement, et celui des jonques chinoises est 
supérieur à 60.000 (voir Revue de Madagascar à\x lOnov. 1904). 
Or les entrées dans le port de Saigon ont été en 1901 de 595 
vapeurs et 5 voiliers, les sorties de 586 vapeurs et 16 voiliers; 
11 jonques chinoises sont entrées et 12 sont sorties. 

Dès le débarquement, les inconvénients de la douane inhé- 
rents à chacun de nos ports commencent; elle est particuliè- 
rement tracassière à Saigon, se méflant de la contrebande de 

27 



418 REVUE DE MADAGASCAR 

Vopium, si facile à introduire du reste; les matetots et parfois 
les garçons de paquebots se font pincer dans cette fraude lucra- 
tive et tentante. 

Un pousse-pousse charge le voyageur, une charrette dont 
tous les hôtels sont pourvus, attend la livraison Jes bagages. 
L*appontement des Messageries est séparé de la ville par 
Farroyo chinois; ce bras de rivière permet aux sampans 
d'aller décharger le paddy et charger le riz décortiqué au pied 
des usines de Cholon: il est Tartère vivifiante de la ville 
chinoise comme nous le verrons. Un pont tournant, terminé 
actuellement, était en construction lors de mon passage pour 
permettre les relations directes du quai du commerce au 
débarcadère des Messageries et éviter le long détour que 
force à faire l'ancien pont en pierre et brique situé en face la 
rue d'Adran . 

Entre Tarroyo chinois et l'arroyo de l'Avalanche, toute « la 
façade » de Saigon sur la rivière est continue : c'est sur cette 
Base que la ville se développe en éventail, ses avenues 
principales y aboutissant. La plus importante, non comme 
dimensions, mais à cause de l'agglomération et du mouvement 
qui l'animent à toute heure du jour, est la rue Catinat. La 
première observation qui frappe le nouveau débarqué est la 
présence, parmi les nombreux et riches magasins qui 
garnissent les côtés de cette voie, de commerçants chinois, 
installés non pas dans des échoppes sordides, mais dans de 
confortables boutiques, largement aérées et éclairées. La 
statistique nous donne en effet pour la ville de Saigon elle^ 
môme près de 2.000 patentés de cette nationalité, chiffre qui 
indique suffisamment combien le rôle du Chinois dans le 
commerce de la Cochinchine est différeni de celui qui lui est 
réservé au Tonkin. Alors, en effet, que nous avons pu voir 
dans la ville de Hanoï les commerçants chinois relégués dans 
Ib quartier annamite et réduits à tenir de petites boutiques dé 
détail à l'exception de deux égarés rue Paul-Bert, dont la 
presse locale réclame d'ailleurs la relégation, nous voyons à 
Saigon le Chinois travailler partout, de la rue de Canton où 
se trouve l'agglomération principale, jusqu'au boulevard de 
la ' citadelle. De Taccueil qui lui est fait, découle comme 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 419 

conséquence directe son attitude. N'étant plus un objet de 
méfiance il perd la sienne ; se sentant libre de gagner il 
n'hésite pas à posséder; sûr du lendemain, il s'installe et 
accomode au goût de la clientèle le magasin bien tenu et bien 
approvisionné. Que lui importe la loi restrictive de Minh- 
Huong qui est encore et qu'il sera sage de tenir longtemps en 
vigueur : tout enfant né de père chinois et de mère annamite 
est Annamite. Il sait bien que cet enfant, classé sous l'étiquette 
de Minh-Huong pourra posséder et que sa propriété comme sa 
personne sera garantie par nos lois. Il sait qu'il travaille pour 
lui à un avenir sûr et il le fait consciencieusement, en 
bon père de famille: il garde le plus possible l'enfant chez 
lui, c'est vrai, parce que renseignement n'a pas prévu encore, 
malheureusement, d'école chinoise, de caractères et de morale 
où il pourrait l'envoyer. Il y a en tout à Saigon près de 
600 Minh-Huong : il y en a le double à Cholon, soit actuelle- 
ment un total de 2.000 environ pour les deux villes; la 
Cochinchine tout entière en comprend 40.000. C'est donc un 
élément de population qu'il serait sage de ne pas négliger et 
qui vaut bien qu'on songe à lui donner un enseignement 
adéquat et conforme à ses aptitudes. Le Minh-Huong est en 
général intelligent: il aies qualités du Chinois; une éducation 
appropriée produirait certainement une sélection profitable à 
nos intérêts et aux développement des Annamites eux- 
mêmes. 

En exemptant les Minh-Huong du droit d'immatriculation 
on a manifesté à leur égard une tendance protectrice qu'il 
serait avisé d'étendre à d'autres privilèges, peut-être à 
l'instruction sans aucun doute. J'ai déjà signalé dans la 
première partie de mon rapport (à la page 43), le danger 
actuel qui se manifeste dans les chiffres du service de l'immi- 
gration et ceux delà statistique de 1901. Il est sorti 5.348 en- 
fants Minh-Huong, il en est entré 10.817. 

Sur cet excédent de 3.521 sorties, combien d'enfants ont 
été envoyés en Chine par leurs pères pour y être élevés? Le 
métis Sino-Annamite de Cochinchine n'a pas l'aspect du métis 
Sino-Cambodgien, généralement decouleur foncée. Le premier 
se distingue difficilement d'un Chinois pur et peut sans incon* 



420 REVUE DE MADAGASCAR 

vénient prendre rang dans la société chinoise. II peut donc, il 
doit donc y avoir actuellement une émigration de ces produits 
assimilables et je ne puis que répéter ce que j'écrivais à la 
même page déjà citée : « De l'avis de plusieurs personnes 
compétentes il y aurait donc lieu d'installer à Cholon, une 
école où tout en apprenant à connaître la France et à parler 
sa langue, le Minh-Huong apprendrait aussi le chinois. Cette 
mesure serait peutrêtre le meilleur trait d'union entre le 
peuple conquérant et celui qui devant un jour être conquis 
est son coadjurateur futur. » 

La seconde observation d'un nouveau débarqué s'applique 
à l'Annamite. Autant j'ai trouvé de simil itude entre l'indigène 
de Hué et celui du Tonkin, autant l'Annamite de Cochinchine 
m'a paru, comparé aux deux premiers, présenter des carac- 
tères différents, dans une plus grande finesse de traits et des 
formes moins grêles. 

Au lieu du chignon simplement roulé comme celui du 
Tonkinois, il le porte maintenu par un peigne d'écaillé, exac- 
tement comme le Singalais des régions basses; les domes- 
tiques d'un hôtel de Saigon, par exemple, et ceux d'un hôtel 
de Colombo, ont la chevelure disposée de façon absolument 
semblable. Or les derniers sont indiscutablement d'origine 
malaise; il semble donc que l'Annamite de Cochinchine ait 
subi un métissage que le voisinage des îles de la Sonde et les 
immigrations successives expliquent suffisamment. De plus, 
en contact avec notre civilisation depuis quarante ans, il 
a pris des goûts de luxe et de dépense que l'Annamite du 
Tonkin commence seulement à connaître;- est-ce une vraie 
civilisation ou seulement une apparence? 

Quoi qu'il en soit, aussitôt débarqué, l'étranger est séduit 
par l'aspect propre et cossu des indigènes, aussi bien que par 
le charme des grandes avenues largement tracées et ombra- 
gées. Dès que la chaleur du jour est un peu tombée et qu*un 
semblant de fraîcheur paraît résulter de la chute du soleil, 
les maisons s'ouvrent, les lourds écrans se relèvent, les rues 
s'emplissent de piétons, et la chaussée se couvre de voitures 
de tous genres, depuis les équipages somptueux jusqu'aux 
modestes fiacres découverts. Tous les véhicules, comme 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANVT 



421 



animés d'une pensée commune, prennent la même direction : 
c'est le tour de l'inspection sur la belle route de Gia-Dinh. 
Une h une, les voitures se suivent dans une file montante 
et une descendante ; la nombreuse colonie européenne 
(3.000 Français) se salue, papote, rit et s'égaye, expansive et 
en quête de plaisirs nouveaux. Car il est juste de laisser 
à Saigon son joyeux caractère : dans les chaudes journées de 
juillet comme sous la température plus clémente du mois de 




Choton. — Le quai dt Varroyo 

février, les Salgonnais gardent leur bonne humeur que la 
belle végétation et la lumière contribuent sans doute à entre- 
tenir. Considérablement amélioré par les travaux de voirie 
qui ont transformé les marécages en avenues ou en squares, 
l'état sanitaire n'est plus aujourd'hui ce qu'il fut longtemps. 
L'humidité des nuits reste encore, il est vrai, une cause fré- 
quente de cette terrible dysenterie qui fit tant de ravages, 
mais les habitations plus confortables, les soins plus intelli- 
gents, la pureté de l'eau pour laquelle la ville vient de faire 
encore un lourd sacrifice, atténueront d'année en année la 



422 REVUE DE MADAGASCAR 

violence du mal. Il semble déjà se circonscrire de plus en 
plus aux agglomérations : malheureusement, celle de nos 
troupes casernées à Saîgon est considérable. Elle a été encore 
très éprouvée Tannée dernière. Aussi le lieutenant-gouverneur 
disait-il avec raison au Conseil colonial : « Un jour prochain 
on reconnaîtra, nous Tespérons du moins, que les troupes 
européennes doivent former une réserve et qu'il faut les ins- 
taller sur un plateau élevé, sain, relié à la capitale par une 
voie ferrée... Ce sera une façon de dégager les casernes de 
Saigon et d'éviter l'encombrement de Thôpital militaire. » 
Une campagne violente avait été dirigée en 1903 contre cet 
hôpital dont le tort est, peutr^tre, de présenter des bâtiments 
de grandes dimensions au lieu des pavillons restreints dont 
le système est aujourd'hui généralement adopté. A la suite de 
cette campagne, une commission fut nommée dont les conclu- 
sions furent le remaniement complet des bâtiments actuels, la 
modification des canalisations d'eaux et des égouts, le trans- 
fert de rinstitut Pasteur dans un local en dehors de l'hôpital 
et le remplacement de tous les meubles en bois par des 
meubles en métal. A l'unanimité la Commission exprima le 
vœu que l'adduction d'une eau potable et abondante fût déci- 
dée. La solution la meilleure qui se présentait était de prendre 
l'eau du Donaï au-dessus des rapides du Trian, à quarante-huit 
kilomètres de Saigon ; le comité d'hygiène exprima un avis 
favorable et sur le rapport de M. Rodier, le Conseil colonial 
décida le principe d'un emprunt de 15.500.000 francs destinés 
à faire face aux dépenses de l'adduction d'eau, de l'installa- 
tion du tout à l'égout, et du comblement du marais Boresse. 
Toujours soucieuse de l'amélioration de l'état sanitaire, Tédî-- 
lité saigonnaise, on le voit, ne recule devant aucun sacrifice 
pour l'assurer. 

Il serait à souhaiter que la question des hôtels de voya- 
geurs subisse également la même influence progressive. Je 
voudrais éviter les personnalités dans une question si délicate, 
parce que commerciale, mais de l'avis des Saïgonnais eux- 
mêmes, si la cuisine est bonne dans l'un des hôtels, les 
chambres y sont plus que défectueuses et si les chambres sont 
passables dans rautre,'c'est la cuisine qu'on y trouve médiocre. 



MADAGASCAR X l'eXPOSITION DE HANOÏ 423 

On peut évidemment concilier les choses en prenant sa 
chambre dans le second et ses repas dans le premier, mais il 
est franchement regrettable qu'une grande ville où tant de 
choses ont été faites pour rendre la vie facile et agréable» 
manqueencore d'hôtel confortable. Hanoï avec le « Métropole » 
a comblé la lacune. Que Saigon se hâte d'en faire autanti 
Nous aurons au moins deux villes coloniales où l'étranger 
pourra s'arrêter, car c'est une constatation pénible, mais rigou- 
reusement exacte : dans aucun des ports de nos autres colonies 
il n'y a d'hôtel véritable; je n'en excepterai pas Tamatave 
avec ses chambres séparées par des cloisons en bois, sans 
cabinet de toilette, exiguës et chaudes; ainsi à Djibouti, de 
même à la Réunion, etc^ 

Peut-être est-ce la vraie pierre de touche de la prospérité 
du pays: la proposition semblerait vraie en comparant avec 
Hong-Kong, Singapour, Colombo, où le voyageur moyennant 
une somme un peu plus élevéeque dans nos auberges participe 
à tous les avantages du confort combinés pour l'hôtel 
moderne. L'infériorité est rendue encore plus pénible à 
Saigon pour le fait qu'on y est largement et aimablement 
hospitalier et que la nourriture est excellente dans les maisons 
particulières: le retour à la pitance des restaurants semble 
cruel ! 

Trois lignes de tramways à vapeur contribuent avec les 
voitures et les pousse-pousse à faciliter les communications, 
deux sur Cholon et Go-Nap, une en consti*uction lors de mon 
.passage sur le nouveau port. 

Inévitablement, dans la première promenade faite à Saigon, 
on est dirigé, entraîné vers le jardin botanique, c'est le début 
du tour de l'inspection. Pittoresquement accoté à Tàrroyo de 
l'Avalanche auquel il emprunte son irrigation, le jardin 
botanique avec ses beaux ombrages, ses étangs et ses mares 
couverts de plantes d'eau et surtout ses kiosques et abris 
destinés aux animaux divers pris dans la colonie est une 
attraction de valeur, inférieure sans doute au superbe jardin 
de Kandy, mais égale sinon supérieure à celui de Singapour. 
.Une seule chose y manque, c'est une combinaison de nivella- 
jlions qui corrige la monotonie de son terrain plat. La grande 



424 REVUE DE MADAGASCAR 

volière est agencée avec art et présente un aspect captivant 
avec ses échassiers qui constituent le motif de décoration le 
plus fréquent des broderies annamites. Intéressantes aussi les 
tanières de panthères et de tigres, et les cages où les singes 
si différents de nos maques, avec leurs pelages multicolores, 
prennent leurs ébats. L'éléphant qui se trouvait là lors de mon 
passage a dû être renvoyé au Cambodge, son caractère en 
vieillisant était devenu déplorable: remis au pâturage avec 
ses congénères demi-sauvages attachés au service de Norodom, 
il a été presque de suite éventré par eux. Je suis sûr que les 
bambins de Saigon regrettent encore ses saluts et ses génu- 
flexions! 

Sur la rive gauche de l'arroya est un jardin d'essais 
dépendant du jardin botanique où quelques expériences ont 
été tentées sur la vanille, le cacao, le poivre, etc., toutesces 
terribles cultures riches qu'on croyait être pendant le siècle 
dernier le seul avenir des colonies et qui pour la plupart ont 
si mal répondu aux espérances. 

Contre le jardin botanique et masquant malheureusement 
son débouché sur le fleuve est ; l'arsenal où l'importance 
actuelle de Saigon comme point d'appui a dû faire perfec- 
tionner l'outillage et le matériel: un bassin de radoub de 
168 mètres de longueur y est annexé, de vastes ateliers à fer 
et à bois où sont employés plus de cinq cents ouvriers sont en 
état d'assurer les réparations nécessaires à la flotte qui s'est 
considérablement augmentée depuis deux ans, ainsi que la 
garnison du reste, dont Teffectif pour la Cochinchine doit 
comprendre cinq bataillons d'infanterie coloniale, six bataillons 
de tirailleurs annamites et dix batteries. 

Une visite particulièrement intéressante que je conseille 
ensuite au lecteur est celle du service de l'immigration et de 
l'identification sur le fonctionnement duquel je me suis étendu 
longuement dans la première partie de ce rapport (page 63) ; 
cette visite doit être faite au moment de l'arrivée d'un paquebot 
chargé d'immrgrants. Il suffit ici de poser la question 
générale : l'immigration chinoise doit-elle être encouragée? 
Pourvus d'éléments d'étude plus complets qu'au moment où 
nous étions sur les frontières tonkinoises, nous pouvons tirer 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 425 

des faits des déductions plus précises. Avec une netteté de 
vues qui lui a créé dès le début des adversaires, M. le Gou- 
verneur général de Tlndo-Chine a posé résolument Taffirmative 
è[ cette question ; il Ta formulée vigoureusement dans son 
discours du 28 août 1903 au Conseil supérieur: « L'immigration 
chinoise est considérée par beaucoup de personnes comme 
n'apportant pas au pays qui l'utilise un enrichissement 
durable; il s'est créé à cet égard dans les régions de Tlndo- 
Chine ou existe l'immigration chinoise une sorte d'état 
d'esprit protectionniste qui serait funeste à la colonie s'il 
pouvait jamais triompher. » 

C'était, il faut nous en souvenir, la conclusion de M. de 
Lanessan : elle est indiscutable. Saigon et Cholon peuvent, 
comme je l'ai constaté dès mon arrivée, fournir aux visiteurs 
qui consentent à voir et à étudier impartialement la preuve 
palpable que là où le Chinois est bien traité, il vit et s'installe. 
« Quant à l'exode de leurs capitaux vers la Chine, continuait 
M. Beau, une visite à Cholon permet tout d'abord de réduire 
à sa juste valeur Taccusation portée contre la race laborieuse 
qui détient actuellement l'industrie la plus puissante d'Indo- 
Chine. Peut-on nier que la plus grande part de leurs capitaux 
ne soit employée à augmenter leurs industries dans le pays 
même? Mettez en parallèle l'indigène qui enfouit dans les 
cachettes ou transforme en bijoux le prix de son travail et le 
Chinois dont les bénéfices commerciaux et les salaires 
circulent constamment sous forme d'envoi de fonds ou de 
marchandises entre l'Indo-Chine et la Chine. » 

L'objection est précise : un pays où le commerce est pros- 
père, c'est-à-dire où l'exportation compense ou dépasse l'im- 
portation, ne peut s'appauvrir. Or le Chinois est exportateur 
du jour où il peut envoyer chez lui directement et avec sécu- 
rité des produits locaux. « L'utilité du Chinois ne saurait enfin 
être niée par personne, quand il s'agit de la mise en valeur 
du sol. Ce sont d'admirables cultivateurs fixés à la terre. » 
Solidement établi sur cette argumentation que la place ne me 
permet pas de suivre dans ses détails, M. Beau conclut avec 
raison que l'immigrant chinois est un élément de colonisation 
important dont il est nécessaire de tenir compte et qu'il faut 



.426 REVUE DE MADAGASCAR . . 

se garder de décourager. C'est pourquoi il s'élève contre les 
taxes qui le frappent en Cochinchine, taxes qui se décom- 
posent ainsi : 

1® Droit d'immatriculation de 10 pour 100 des centimes 
additionnels au profit des budgets municipaux, variant de 
50 cents à 3 piastres. 

2'' Des prestations i^'élevant de 1 p. 50 cents à 2 p. 50 cents, 
« de sorte que le montant personnel acquitté par l'Asiatique 
étranger de la dernière catégorie s'élève de 12 piastres à 
15 p. 50 cents. Il y a lieu d'ajouter les contributions aux 
congrégations allant de 50 cents à 1 p. 70 cents et les taxes 
de consommation qui profitent au budget général. » 

Aux taxes s'ajoutent les vexations de toutes sortes, laisser- 
passer, autorisation de séjour, qui placent le Chinois pour 
ainsi dire « sous la surveillance de la haute police ». 

Lorsque dans la première partie de ce rapport j'ai donné 
à l'organisation du service de l'immigration les éloges qu'il 
méritait, je n'ai pas voulu signaler les inconvénients qu'il pré- 
sentait, les dangers même inhérents à son fonctionnement. 
J'étais bien fixé sur ces dangers par la lecture du rapport 
officiel de M. Pottecher que j'ai eu entre les mains, incidem- 
ment, pendant mon séjour à Saïgon. En parler alors eût été 
condamner les idées de l'auteur, peut-être lui nuire, ce que je 
voulais par-dessus tout éviter. Les changements survenus 
depuis lors me permettent de donner plus nettement mon 
avis. Le service de l'immatriculation (je laisse de côté l'iden- 
tification qui rend à la justice comme à l'administration des 
services indiscutables) présente le grave inconvénient, outre 
les vexations relevées par le Gouverneur général, de singula- 
riser l'individu, c'est-à-dire de développer sa responsabilité 
personnelle et directe. Si ce résultat est désirable avec l'Eu- 
ropéen, il est dangereux avec le Chinois, contre lequel notre 
meilleure arme est précisément la responsabilité commune, 
celle de la congrégation. Tandis que nos efi*orts passés, en 
Cochinchine, avaient contribué à augmenter, à définir cette 
. responsabilité commune, les tendances obligatoires du service 
de l'immigration en sapaient annuellement les bases. Et la 
, preuve irréfutable est dans les conclusions du rapport de 



MADAGASCAR A L*EXPOSlTION DE HANOÏ 427 

M. Pottecher qui dénonce Finutilité, et par suite demande la 
suppression de la congrégation. 

Avec la logique brutale de son système, cet esprit métho- 
dique aboutissait justement au but qu*il se défendait de cher- 
cher : Tamoindrissement de Tinfluence chinoise globale ; 
l'individu étant catalogué et étiqueté, facilement reconnais- 
sable, par suite la congrégation devient inutile, puisqu'elle 
n'a plus de responsabilité commune. Le seul défaut de cette 
argumentation est la pétition de principes : en rétablissant les 
faits on constate que la congrégation n*a plus de responsabi- 
lité commune parce que nous nous adressons à l'individu. 

Par un plaidoyer énergique en faveur de ses idées, la péti- 
tion de principes subsistant bien entendu jusqu'au bout, Tau- 
teur cherchait à établir le point de départ et les déviations de 
la congrégation dont le but primitif était la nécessité d'avoir 
un représentant de chaque région parlant un dialecte différent, 
près de Tautorité mandarinale. La conclusion était que Tarrêté 
de 1890 reste inapplicable dans plusieurs de ses détails, que 
le syndicat constitué par la congrégation est un paravent tenu 
par un homme de paille et derrière lequel s'abrite une société 
que nous ignorons, d'autant plus inquiétante que les fonctions 
de chef de congrégation sont mises en adjudication. S'ap- 
puyant sur ce fait que, alors qu'aux termes des règlements la 
congrégation est responsable de l'impôt de ses inscrits et 
doit le recevoir pour le compte du Trésor, c'est le service de 
l'immigration qui recherche les réfractaires et les trouve par- 
fois chez leur propre chef de congrégation. M. Pottecher ne 
voyait qu'une alternative : ou si l'état des choses actuel sub- 
sistait, donner une police à la congrégation, ce qui constitue- 
rait, à son avis, un terrible danger, ou supprimer ladite congré- 
gation et placer le Chinois sous notre autorité directe. Le 
malheur est que la majorité de nos compatriotes établis 
depuis de longues années à Saïgon et qualifiés par une expé- 
rience éprouvée pour exprimer leur avis, pensent tout diffé- 
remment et estiment que la suppression de la congrégation 
serait un danger, qu'il faut, sous son couvert, largement favo- 
riser l'immigration chinoise dont la force pécuniaire et morale 
réside dans l'association. 



428 REVUE DE MADAGASCAR 

A Tappui d^ailleurs de celte thèse, l'un des négociants les 
plus autorisés de Saigon me cita Texemple récent d'un contrat 
de fourniture de riz où malgré la hausse des prix et de grosses 
pertes d'argent, les contractants chinois ont tenu à faire face 
à leurs engagements et ont obtenu l'appui des banques qui 
sont venues à leur aide, sur signatures collectives. Mon in- 
terlocuteur ajouta que personnellement, comme commerçant, 
il n^a jamais eu de difficulté avec les Chinois et que d'autre part, 
comme juge au tribunal de commerce, il a pu voir que leurs 
réclamations étaient fondées, presque toujours. 

Je laisse aux lecteurs le soin de conclure, l'ayant fait moi- 
môme depuis ma visite en Extrême-Orient, et convaincu que 
le Gouverneur général en favorisant cette immigration rend 
service à la colonisation de l'Indo-Chine. Il s'occupe actuel- 
lement de donner aux Chinois la propriété du terrain mis en 
valeur par lui, persuadé « que Ton peut arriver par ce moyen 
au repeuplement progressif de certaines parties actuellement 
incultes de TAnnam, du Cambodge et du Laos ». J'ai la môme 
conviction pour les deltas incultes de la côte Est dont la mise 
en valeur serait une garantie sérieuse de l'avenir de Mada- 
gascar. Mais tant de projets divers d'introduction de main- 
d'œuvre ont été mis en avant déjà, que je tiens particulière- 
ment à préciser ma pensée. Si je suis d'avis de favoriser, par 
tous les moyens que je développerai, l'immigration chinoise à 
Madagascar, je demeure absolument opposé à l'introduction 
de coolies à l'aide d'intermédiaires européens plus ou moins 
expérimentés et plus ou moins consciencieux. C'est par le 
Chinois que nous amènerons le Chinois dans notre Ile et c'est 
d'abord en favorisant l'installation de celui qui existe que 
nous déterminerons d'autres à venir. Il faut commencer par 
autoriser et môme encourager ceux qui sont déjà sur place 
à créer tout ce qu'ils trouvent à Cholon par exemple, c'est-à- 
dire la congrégation avec ses bâtiments servant aux réunions 
et à la célébration des fôtes en commun, le théâtre avec ses 
distractions et môme au besoin la fumerie d'opium, puisque 
ce vice est invétéré actuellement dans la race au point de créer 
pour tous une véritable privation quand ils ne peuvent la satis- 
faire. 11 faut aussi que les taxes et patentes soient établies de 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 429 

façon à encourager les patrons à faire venir des employés : 
des dégrèvements partiels proportionnels au nombre d'em- 
ployés agricoles introduits dans la colonie pourraient môme 
être étudiés. Il faut enfin que le gouvernement local puisse, le 
cas échéant, accorder à ceux qui le méritent des concessions 
de terres comme cela se passe en Indo-Chine, d*une conte- 
nance maximum de 5 hectares et rendre propriétaire définitif 
du terrain celui qui Taura mis en valeur. Lorsque de sem- 
blables mesures nettement protectrices auront bien convaincu 
les Chinois habitant sur nos côtes qu'ils peuvent, avec la pleine 
sécurité du lendemain, faire fructifier leur travail et fixer à 
notre sol une fortune immobilière susceptible d'être cédée ou 
transmise librement à quelqu'un des leurs, il sera de toute 
nécessité d'avoir un service de paquebots qui, moyennant 
quatre voyages, aller et retour, par an, assurera des commu- 
nications régulières entre nos ports et les centres populeux 
de Canton, de Soatow et de Fou-Tchéou. C'est ce que l'An- 
gleterre a fait immédiatement pour sa colonie de TÂfrique du 
Sud, du jour où les chambres des mines ont décidé d'avoir 
recours à la main-d'œuvre chinoise, et il suffit de lire les jour- 
naux du Cap en ce moment, pour voir que les Anglais sont 
loin de s'en repentir. 

L'établissement d'une ligne directe avec des escales régu- 
lières est en effet pour le Chinois le meilleur gage de rapports 
constants avec sa patrie, soit pour en faire venir les petits ob- 
jets exigés par l'accoutumance de sa vie quotidienne, soit 
pour y expédier des produits de consommation courante chez 
ses congénères, soit enfin pour assurer, en cas de mort, le 
retour de ses cendres au pays des ancêtres. C'est cette ligne 
qui déversera régulièrement quelques douzaines au début, 
puis quelques centaines et enfin peut-être quelques milliers 
d'immigrants sur iios terres incultes, dans un avenir relative- 
ment prochain. L'organisation de la société chinoise que nous 
avons pu étudier à Canton, la solidarité qui relie les membres 
de chaque groupement et les divers groupements entre eux a 
pour conséquence en effet la diffusion rapide dans les grands 
centres des nouvelles venues du dehors, et c'est avec raison 
que M. Beau a pu dire : « Les bénéfices commerciaux et les 



430 REVUE DE MADAGASCAR 

salaires circulent constamment, répandent au loin dans les 
centres populeux la bonne réputation de Tlndo-Chine où l'on 
gagne de Targent. » Madagascar, il ne faut pas nous le dissi-v 
muler, jouit pour l'instant d'une très mauvaise réputation 
dans le Sud de la Chine, et un négociant de Fou-Tchéou m'a 
confié les mécomptes de ses compatriotes, tout en reconnais- 
sant que Texpérience tentée avait été faite dans de mauvaises 
conditions. Or le souvenir le plus pénible que ces Asiatiques 
aient gardé est celui des pérégrinations maritimes et des sé- 
jours dans certains ports, qui transformaient Témigration en 
une véritable relégation sur une terre étrangère sans relations 
directes avec le pays natal. C'est un fait indiscutable et qui 
me fut confirmé par M. Marty, négociant français de Hong- 
Kong, dont j'ai déjà eu Toccasion de parler. 

Désireux de me rendre compte des frais que pouvait 
entraîner l'établissement d'une lignedirecte, jel'ai questionné. 
Les chiffres sont ceux que peut fournir un armateur en pareille 
occasion, c'est-à-dire fortement majorés, mais je me rensei- 
gnais simplement et n'avais pas qualité pour discuter. Voici 
la conversation : de Hong-Kong à Tamatave, il faut compter 
avec les escales environ 5.500 milles soit 50 jours à 9 nœuds 
ou 46 jours à 10 nœuds, aller et retour. Trois milles tonnes 
donnent 450 piastres par jour, de dépense, soit 132.000 piastres 
par an. En tenant compte ue la prime à la navigation et du 
bénéfice à réaliser, ce serait une somme approximative de 
112.000 piastres dont il faudrait faire l'appoint, soit 224.000 
francs pour 4 voyages par an avec un bateau ou 700.000 pour 
3 bateaux à raison d'un voyage par mois : or quatre voyages 
aller et retour semblent très suffisants pour assurer des com- 
munications régulières. Ce serait donc pour la colonie une 
dépense maximum de 224.000 francs comme subvention. 

Je donne le chiffre sans discuter dansquelle limite il pourrait 
être abaissé, soit par voie de concurrence, soit par suite d'en- 
tente avec d'autres colonies, soit enfin par la possibilité d'un 
fret qui n'est môme pas envisagé et qui se produirait cependant 
infailliblement. Hong-Kong est à peu près à la même distance 
de Tamatave que de Melbourne, et cependant la Chine méri- 
dionale et l'Australie sont en relations constantes. Une pareille 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 431 

ligne aurait de plusTavàntage considérable de relier la colonie 
de Madagascar à celle de Flndo-Chine, ce qui, même en sup* 
posant que les relations commerciales ne l'exigent pas encore, 
semble commandé, ainsi que nous Tavons constaté plus haut, 
par les nécessités de notre politique extérieure générale el 
produirait une cohésion de noa forces dans TOcéan Indien en 
attendant la coordination de nos intérêts économiques. L'im> 
migration asiatique dans TÂfrique du Sud est. de nature à 
hâter la solution du problème, puisque Madagascar est une 
étape intermédiaire et devrait même devenir un point de ravi- 
taillement obligé. Puissions-nous donc voir un jour s'installer 
la ligne Durban-Madagascar-Saïgon-Hong-Kong, au pliis 
grand profit de notre propre colonie; nous avons la ferme 
conviction que ce jour-là l'irritant problème de la repopulation 
entrera dans la voie certaine d'une résolution pratique. Mais 
pas d'introduction forcée de main-d'œuvre, pas d'exode obliga- 
toire de coolies plus ou moins déprimés, écume des ports dont 
on trouve les équivalents sur nos quais d'Europe, troupeau 
qu'on embarque au hasard d'un recrutement profitable aux 
seuls racoleurs, que la fatigue de la traversée décime et qui 
débarque hâve et chancelant. L'immigration doit se faire len- 
tement après avoir été méthodiquement et longuement préparée 
dans ce double but: provoquer le départ des immigrants par 
des avantages et des garanties, mettre la colonie en état de 
les leur assurer et de les y maintenir. 

Près du service d'immigration se trouvent les bâtiments de 
la prison. Conçus pour l'ensemble et les détails suivant un 
plan qui satisfaisait à toutes les exigences judiciaires et médi- 
cales consacrées par la théorie et la pratique il y a vingt ans, 
ces bâtiments très vastes, mais agglomérés par paquets sur 
plusieurs étages de hauteur, ne sont plus d'accord avec les 
principes de l'hygiène moderne qui prime toute considération 
d'un ordre différent. La prison de Saïgon comprend un pavil- 
lon central donnant en façade sur la rue La Grandière où se 
trouvent au rez-de-chaussée le greffe, les archives et les bu- 
reaux des gardiens, au premier étage le logement du personnel. 
Une vaste cour plantée d'arbres, véritable jardin, suit ce pre- 
mier bâtiment: à droite, en retour d'aile bordant la rue Philip- 



432 REVUE DE MADAGASCAR 

pini, une grande construction à trois étages réservée aux 
Européens contient dans le sous-sol des magasins, au premier 
les détenus militaires et les femmes, au deuxième les détenus 
civils, les prisonniers pour dettes et les mineurs. Fermant le 
jardin du côté sud, un long bâtiment semblable au précédent 
est affecté aux Chinois et aux Annamites. Enfln le dernier 
côté ouvert du rectangle est occupé par les cellules, la buan- 
derie, la cuisine, etc. Le type des salles communes pour les 
indigènes est unique: il comporte deux grilles suivant chaque 
salle dans sa longueur entre lesquelles un couloir central est 
ménagé pour la surveillance. L'ensemble m'a paru très propre, 
bien éclairé et bien aéré : des épidémies cependant ont déjà 
frappé le quartier indigène, et le béribéri en particulier y a 
fait des ravages en 1901 au point que Ion s'est déjà préocupé 
d'élever de nouvelles constructions. L'agglomération est 
cependant atténuée par le fait que tous les condamnés dont la 
peine est inférieure à deux ans sont détenus dans cette prison: 
les autres sont dirigés sur le pénitentier de Poulo-Condor. 
L'île de Poulo-Condor, la plus grande de l'archipel, est située 
à 110 milles environ au sud du cap Saint-Jacquès, à peu près 
par le travers de la pointe Ca Mau, extrémité méridionale de 
la Cochinchine : un service hebdomadaire de vapeurs la relie 
à Saïgon. 

Les détenus sont employés aux plantations et aux construc- 
tions : un personnel européen très restreint est chargé de 
leur surveillance. Le nombre des détenus était au 31 décembre 
1901, de 259 hommes, 22 femmes et 1 mineur. L'indigène 
asiatique résiste difficilement à la transportation, absolument 
du reste, comme le Malgache. Bien que Tîle de Poulo-Condor 
en effet, par sa situation, son altitude et les travaux qui y ont 
été effectués, soit actuellement saine, il s'est produit au cours 
de Tannée 1901, 93 décès d'hommes et 1 de femme, soit 
36 0/0 des hommes contre 4, 5 0/0 des femmes. Le travail 
est-il la cause de cet énorme différence? Le pénitencier coûte 
à l'Indo-Chine, une somme annuelle de 35.000 piastres environ, 
soit, approximativement, une somme de 80.000 francs. Sur les 
détenus figurant à l'effectif de 1901, 63 étaient coupables de 
meurtres, 105 de vols, 43 de rébellions ou violences. 



MADAGASCAR A l'eXPOSITION DE HANOÏ 4*^3 

Pour la môme époque (31 décembre 1901), reffeclif de la 
prison centrale de Saigon était de 14 militaires et 3 civils 
européens, 263 Annamites hommes et 25 Annamites femines, 
5 Cambodgiens, 30 Chinois et 2 Indiens ou Malais. Le total 
des entrées pendant Tannée 1901, a été de 234 militaires, 
62 marins et 15 civils européens, 2.591 Annamites hommes, 
356 Annamites femmes, 162 Tonkinois, 65 Cambodgiens, 1.084 
Chinois et 19 Indiens ou Malais. Sur Teffectif de 1901, il y a 
eu 222 décès d'hommes et 3 de femmes, dus au béribéri 
ou à la fièvre, 21 hommes et 1 de femme dus à des ulcères 
divers, 4 d'hommes dus à la pneumonie, 9 à la diarrhée ou 
au choléra, 3 à des blessures, soit un total de 261 décès pour 
les hommes et 4 décès pour les femmes donnant un pourcen- 
tage de 15 0/0 pour les hommes et 1,06 0/0 pour les femmes. 
La dépense annuelle incombant à la colonie pour l'entretien 
de la prison est de 58.000 piastres, défalcation faite des 
recettes, soit approximativement 130.0Q0 francs. Les vols et 
vagabondages tiennent la tête dans le relevé des délits, puis 
viennent les jeux de hasard et la contrebande de Topium. 

En regard de ces chifi'res doivent figurer les arrestations 
opérées à Saigon et à Cholon, pendant la même année 1901 : 
elles se sont élevées à 7.875, frappant 7.082 hommes et 793 
femmes; les crimes ou délits ayant motivé ces arrestations 
étaient : contre Tordre public, 3.651; contre les personnes, 
1.946; contre les propriétés, 1.076; le reste étant motivé par 
des contraventions de police ou délits divers. Les coupables 
les plus nombreux étaient âgés de 15 à 25 ans. 

Il peut être intéressant de comparer ces chiffres avec ceux 
des années précédentes : nous nous contenterons de le faire 
pour 5 années. 

1897 1898 1899 1900 1901 

Total delà population de Sai- 
gon et Cholon 172.855 185.768 175.546 111.972 110.814 

Arrestations opérées dans 
ces villes 10.146 8.189 7.271 7.822 7.875 

Edeclifà la prison ccnlrale 
de Salgonau 31 décembre. 624 706 460 602 347 

Edectif du pônilcncicr de 

Poulo-Condor ou 31 dcc. . . 602 : 3 1 237 350 282 

':8 



434 REVUE DE MADAGASa.\R 

La diminution constante des arrestations opérées est d'au- 
tant plus intéressante que les chiffres indiqués par les états 
officiels de la population diminuent en présentant une brusque 
transition entre Tannée 1899 et Tannée 1900. N'ayant trouvé 
nulle part Texplication de ce changement et ne sachant s'il 
doit être attribué à des erreurs dans les recensements précé- 
dents ou à une décentralisation réelle, je ne puis en tirer des 
conséquences : je me permettrai seulement de faire remarquer 
que s'il y a eu diminution de population, elle doit porter uni- 
quement sur la population indigène, car les statistiques de 
Timmigration asiatique indiquent, au contraire, pour la 
Cochinchine, un excédent constant d'entrées sur les sorties, 
sauf pour 1900, résultat momentané dû à la guerre de Chine 
et qui, en tous cas, ne justifierait pas pour cette année-là, 
Ténorme diminution constatée. 

Excédent des sorties 
Excédent des entrées sur les sorties sur les entrées 



1898 1899 1901 1902 1900 

6.228 4.233 6.454 10.630 4.442 

Les états ci-dessus de la criminalité permettent de voir que 
si au contact de notre civilisation, l'Annamite recherche 
davantage la propriété, le confortable et même le luxe à 
Saigon, il est devenu, par contre, turbulent et voleur, atta- 
quant les personnes et les immeubles. Ces deux délits figurent 
pour le maximum dans ceux qui motivent les arrestations. 

La domesticité est en général défectueuse : c'est ce qui 
explique la présence dans les hôtels de garçons chinois, dont 
le service, à tous points de vue, est préférable à celui des 
Annamites : un des principaux avantages consiste précisément 
dans la responsabilité collective. 



A. JULLY. 



(A suivre). 



L'ÉLEVAGE 



DE L'AUTRUCHE 



A MADAGASCAR 



Lorsqu'au mois de novembre 1902, M. Lewison, directeur 
de la Société Madagascar Sud-Africaine, fit don au Gouver- 
nement de l'Ile de quelques couples d'autruches provenant du 
Sud-Africain, ce fut une ironie générale sur la côte Ouest. 

Que pourrait-on faire avec des autruches à Madagascar? Le 
pays était^il assez fertile pour permettre d'en faire un élevage 
consciencieux ? Trouverait-on quelqu'un qui serait au courant 
des procédés à employer pour mener à bien une œuvre aussi 
délicate? Et Ton émit une série d'hypothèses plutôt défavo- 
rables sur le résultat qui serait obtenu en tentant l'élevage de 
l'autruche à Madagascar. 

Cependant, les détracteurs comptaient sans l'expérience des 
vétérinaires qui avaient été chargés par le gouvernement de 
nie de mener à bonne fin cette entreprise, et sans les soins 
véritablement scrupuleux qu'ils apportèrent à sa réussite. 

MM. les vétérinaires Geoffroy et Grandmougin nous exposent 
dans leur très intéressant rapport (paru dans les Annexes au 
rapport du général Gallieni), la façon dont ils s'y sont 
pris. 

Ce rapport, très détaillé, est un historique de ce qui a élc 
fait à Tuléar pour l'acclimatation et la reproduction de cc« 
cchassiers. 



436 REVUE DE MADAGASCAR 

En novembre 1902, neuf autruches sont importées à 
Madagascar : elles sont offertes au gouvernement par 
M. Lewison, qui les débarque à Tuléar. Elles viennent du 
Sud-Âfricain ; un mâle est mort pendant une tempête qui 
assaillit le bateau dans le canal de Mozambique; il ne reste 
donc que quatre mâles et cinq femelles. 

Après étude des lieux les plus favorables pour leur instal- 
lation, on décida de les mettre dans un enclos situé à proxi- 
mité de la résidence de Tuléar. Mais leur état de santé étant 
moins bon, et la période des chaleurs s'approchant, on les 
transporta dans un parc plus vaste situé à un kilomètre au 
nord-ouest de la ville, près du village d'Anketraka. 

Cet enclos est divisé en trois parties dans chacune desquel- 
les on installe un couple; les palissades sont formées de 
gaulettes de deux mètres de hauteur, fixées par du fil de 
fer; chacun a de 300 à 400 mètres de longueur sur 100 de 
largeur. 

Le sol est sablonneux; la seule verdure est constituée par 
des buissons épineux et des tamariniers à Tombre desquels 
les animaux se reposent. La cabane du gardien, le soldat 
Simon, spécialement préposé à leur surveillance, se trouve à 
proximité. 

Ce terrain ne saurait être très favorable. En effet, en dehors 
de leur ration, les oiseaux ne trouvent à picorer que les bran- 
chesbassesdes tamariniers. Aussifaut-il, dèsle début, s'occuper 
tout spécialement de leur préparer chaque jour une nourriture 
abondante et conforme à leurs goûts. 

Ce sont des feuilles de cactus hachées, du maïs et de petits 
cailloux roulés, qu'ils digèrent parfaitement, à condition qu'ils 
soient enfoncés avec la main jusque dans leur gosier. 

Ce régime semble devoir réussir aux animaux qui sont alors 
en bonne santé et d'un embonpoint convenable. Cependant ils 
souffrent de la fraîcheur des nuits, et la proximité des lagons 
les incommode par la piqûre des moustiques qui y pullulent. 

Leur acclimatement, on le voit, est assez difficile. Et pourtant 
M faut les avoir auprès d'un» centre où ces oiseaux peuvent 
être surveillés, étudiés et soignés journellement. 

Les premiers temps on éprouve quelques déceptions. Une 



l'élevage de l'autruche 437 

femelle meurt d'une maladie de foie; à son autopsie, celui-ci 
offre une analogie avec le yellow-liver. Une aulre femelle 
meurt d'un ramollissement cardiaque avec un dépôt séro- 
gélatineux dans le péricarde. Enfln, un mâle qui s'est échappé 
de son enclos, meurt en cherchant à se soustraire à une bande 
de chiens qui le poursuivaient. 

Par contre, un couple, le plus beau, reproduit déjà, et 
treize œufs sont pondus. Mais les parents s'en occupent mal; 
le gardien est obligé de veiller à ce que ces œufs ne se refroi- 
dissent pas, puis le mâle les fait tomber du nid en cherchant 
à les couver. Celle première ponte est perdue. Dans ces con- 
ditions, on fait venir de la métropole une très grande cou- 
veuse artificielle. 

Vers la fin de 1903, les autruches semblent reprendre le 
dessus. Cela est dû aux soins constants dont on les entoure, 
notamment à ceux du soldat Simon, à la garde de qui ils sont 
confiés. 

Lors de leur arrivée, on privait ces oiseaux de boisson, 
sous prétexte que les plumes sont plus belles lorsqu'ils ne 
boivent qu'une fois par semaine. Mais on abandonna avec 
raison ce système pour ne s'occuper que de leur régime et de 
leur reproduction. 

La nourriture des trois couples se compose tous les jours 
de 10 kilos de maïs, d'eau et de plantes vertes à discrétion : 
de la salade, des patates, du manioc, etc., puis des coquil- 
lages, des os piles et de petits cailloux. 

Enfin, vers les derniers mois de 1904 et les premiers de 
1905, ils s'accouplent. Mais ces accouplements sont sans 
résultat. Les mâles ne font que le simulacre, car ils s'inquiè- 
tent les uns des autres et s'observent jalousement par-dessus 
leurs barrières. Puis ils sont troublés par les nombreux 
curieux européens et indigènes qui viennent assister à leurs 
ébats. 

On élève alors des palissades, et les accouplements qui ont 
lieu, cette fois, en toute tranquillité, sont bientôt suivis d'un 
résultat satisfaisant. 

Néanmoins les premières couvées sont sans grand succès, 
le mâle ne couvant pas les œufs pendant la nuit. 



438 REVUE DE MADAGASCAR 

On a alors recours à la couveuse artificielle; Tincubation 
y dure de quarante-deux à cinquante jours. L'appareil ne 
fonctionne pas cependant ainsi qu'il faudrait; le thermomètre 
est détérioré et le soldat Simon doit veiller nuit et jour avec 
la plus grande sollicitude pour que la température soit toujours 
égale. 

On place des œufs de poule à côté des œufs d'autruche. Ils 
éclosent presque tous vers le vingt et unième jour; on en 
remet une nouvelle série qui donne aussi de bons résultats. 

Cinquante-trois œufs d'autruche placés dans la couveuse 
donnent trois naissances, mais Tun des autruchons meurt 
presque aussitôt, ayant été blessé par Téclosion. 

On brise alors les coques et l'on trouve treize œufs fécondés 
sur cinquante-trois. Soit une proportion de 25 pour 100. 

Devant ces résultats peu encourageants on abandonne ce 
procédé. Et les mâles se décidant, d'ailleurs, à couver pendant 
la nuit, on laisse les œufs aux couples. 

Treize œufs couvés par incubation naturelle donnent huit 
petits. Un autre couple donne quatre autruchons sur dix œufs. 
Et le troisième couple six autruchons sur quinze œufs. 

On observe toutefois que ce système a besoin d'être accom- 
pagné des plus grands soins. 

Des œufs ayant été abandonnés momentanément sur le 
sable furent littéralement cuits par le soleil. En effet, la tem- 
pérature du sable était en cet endrait de 70 à 75 degrés; les 
bourjanes eux-mêmes ne pouvaient y marcher pieds nus. 

Les petits s'élèvent alors et grandissent parfaitement. Dès 
le jour de leur naissance ils commencent à marcher en cher- 
chant leur nourriture. 

Dans les premiers temps, on les nourrit légèrement d'œufs 
cuits et de légumes verts. Puis, comme les légumes 
manquent, on a recours aux feuilles de patates et de tama- 
rinier. 

Cependant des intempéries surviennent et causent une légère 
dépresssion dans la santé des autruchons. L'un d'eux, pour 
supporter un abaissement de température, doit être réchauffé 
dans des couvertures. Enfin, on rend les petits à leurs 
parents. 



l'élevage de l autruche 439 

En terminant tson rapport, M. Grandmougin conclut en 
disant que Ton peut continuer l'élevage des autruches, tout 
en cherchant des améliorations. 

En effet, le résultat n'est pas mauvais : trois couples ont 
donné vingt autruchons. 

De dix-huit mois à deux ans, à l'époque du pelage, on peut 
distinguer à leurs plumes, le sexe des autruches. A trois ans 
ils ont leur première couvée. 

Jusqu'alors, on ne s'était pas occupé de la question des 
plumes, la période de reproduction étant la plus importante. 

Mais on pourra bientôt procéder à leur récolte, plusieurs 
mâles en possédant de belles. Cette récolte se fait tous les 
neuf mois. 

M. Grandmougin, avec la connaissance qu'il a de cette 
région, estime que l'on trouvera facilement dans l'Ile, des . 
endroits favorables à l'élevage des autruches. Dans le Cercle 
de Tuléar, il indique notamment la région comprise entre le 
cap Saint-Vincent et le Faux-Cap. Les environs de Manombe, 
de Saint-Augustin, de Betroky, d'Ejeda et d'Ampanihy con- 
viendraient également. On y trouve des terrains isuffisamment 
humides et dont la végétation abonde en tamariniers et en 
sakoas. 

Malgré les difficultés éprouvées dans les débuts, on peut 
dire que l'élevage de l'autruche est un des plus intéressants 
à tenter dans la Grande Ile. 

Le prix de revient de l'installation et de la nourriture est 
presque nul, et le débouché des plumes est assuré par les 
principales maisons de la Métropole. 

C'est à celui qui tentera cet élevage, de le perfectionner par 
ses soins et son expérience, et l'on arrivera assurément à de . 
bons résultats quand l'initiative individuelle viendra com- 
pléter Tœuvrede la sollicitude administrative. 

S. P.-N. 



Documents et Informations 



CORRESPONDANCE DE SEPTEMBRE. — Le voyage de M. Uprenx : 
soumission générale des tribus révoltées; téceptions chaleureuses du 
chef de la Colonie dans les provinces de Parafangana» Mananjary, 
Vatomandry, Andevorante et Tamatave. 



Tananarivc, 30 septembre 1905. 

Ma dernière chronique débutait par la relation détaillée 
d'une partie de la longue tournée que vient d'effectuer 
M. Lépreux, Gouverneur général intérimaire, dans les 
circonscriptions du Sud de la côte orientale de l'Ile. Je 
m'empresse de vous adresser aujourd'hui la suite et la fin de 
celte relation, le voyage du chef de la Colonie devant bientôt 
être achevé. 

M. Lépreux, qui avait quitté Fort-Dauphin le 28 août, dans 
.l'après-midi, accompagné du commandant Tralboux, chef de 
la circonscription, est arrivé le lendemain soir à Ranomafana; 
le capitaine Dayre, chef de ce district, était allé l'attendre au 
col de 1:1 Sakavelona, situé à une altitude de huit cents 
mètres, au sein d'une superbe forél, et la population indi- 
gène, s'étant elle-même portée en foule au devant de lui, 
l'accueillit avec les plus vives démonstrations. 

Ce fut, chez ces populations assagies par une dure expé- 
rience, une véritable explosion d'enthousiasme, et le 30, au 



INFORMATIONS 441 

matin, tous les principaux chefs de la contrée et une très 
nombreuse assistance prenaient place au kabary offîciel . Le 
Gouverneur général leur rappela les actes de rébellion dont ils 
se sont rendus coupables, notamment la destruction du poste 
et Tincendie du village de Ranomafana ; il leur en exprima 
tout son mécontentement et leur montra les conséquences, si 
désastreuses pour eux-mêmes, de leur fâcheuse conduite. Il 
leur déclara, cependant, que le gouvernement était tout 
disposé à oublier leur faute et à faire preuve de mansuétude 
à leur égard à la condition qu'ils s'en montreraient dignes et 
sauraient reconnaître par une attitude plus correcte les 
bienfaits qu'ils doivent à notre occupation. Ces paroles ont 
produit une excellente impression sur les indigènes qui, par 
la voix de leurs chefs, promirent formellement obéissance et 
fidélité. 

De Ranomafana, qu'il quitta le 30 août, dans l'après-midi, 
M. Lépreux se dirigea sur Manantenina, en passant par 
Andasibe et Ampasimena; dans ces localités, des kabary 
furent également adressés à la population dans le même sens 
que celui de Ranomafana, sauf à Andasibe où le Gouverneur 
général félicita certains clans qui étaient restés fidèles à notre 
cause. Avant de quitter Manantenina, M. Lépreux, accom- 
pagné de tout son personnel, visita le cimetière où se trouvent 
les tombes de l'adjoint des services civils Hartmann et du 
sergent Casalonga, tués à l'ennemi pendant l'insurrection. 

Le chef de la province de Farafangana, M. Bénévent 
accompagné du chef du district de Vangaindrano, M. le capi- 
taine Bourgeron, attendait déjà M. Lépreux. Le voyage se 
continua vers Sandravinariy, où le chef de la Colonie arriva 
le 1*' septembre, dans la soirée. Dans cette localité, centre 
principal de l'insurrection, M. Lépreux flétrit, en termes très 
énergiques, la conduite des habitants, qui tous, à des degrés 
divers, ont participé à l'assassinat du sergent Vinay et du 
colon Choppy; comme à Ranomafana cependant, il leur 
promit le pardon de leurs crimes, mais sous réserve qu'ils 
devraient mériter cette faveur et sans leur laisser ignorer que 
l'autorité était prête à sévir avec la plus grande rigueur contre 
toute nouvelle tentative de rébellion. 



442 REVUE DE MADAGASCAR 

De Sandravinany à Vangaindrano, où il arriva le4 septembre, 
dans la matinée, le Gouverneur général adressa les mêmes 
remontrances aux diverses tribus qu'il traversa et, partout, les 
chefs indigènes s'empressèrent sur son passage pour lui 
apporter la promesse formelle de leur soumission. Au moment 
de son arrivée, la riche et populeuse plaine du Vangaindrano 
présentait Taspect le plus animé et comme un air de fête. 

L'après-midi et la journée du lendemain, 5, furent consacrés 
à la réception des colons, la visite des établissements officiels, 
notamment de l'école, qui, installée dans de très bonnes con- 
ditions, vient d'être ouverte et placée sous la direction de 
M. Salle. Dans la matinée du 5, un kabary avait réuni un 
nombre considérable d'indigènes que le Gouverneur général 
tint à féliciter, non seulement de leur fidélité au cours des 
derniers troubles, mais aussi des efforts louables qu'ils 
déploient pour mettre en valeur une région malheureusement 
peu fertile. I 

Entre Vangaindrano et Farafangana, M. Lépreux s'arrêta 
au poste d'Ankarana et félicita les gens du pays pour le con- 
cours qu'ils nous ont prêté pendant l'insurrection. Son entrée 
à Farafangana eut lieu dans la soirée du 7, en présence d'une 
affluence considérable de population indigène, au milieu de 
toute la colonie européenne ; la ville était brillamment pavoi- 
sée et la colonie hova avait élevé sur le passage du Gouver- 
neur général un magnifique arc de triomphe en verdure. Le 
lendemain, 8 septembre, les indigènes réunis au chef-lieu et dont 
beaucoup étaient venus des points les plus éloignés de l'Ouest 
de la province, se pressaient au kabary tenu dans la cour de 
la Résidence; M. l'administrateur Bénévent, M. l'adjoint Gau- 
tier, le capitaine Cardon, le lieutenant Cautellier et M. l'ad- 
joint des services civils Bastard, chefs respectifs des districts 
de Farafangana, d'Ivohibe, de Vondrozo et de Karianga, y 
assistaient. Après avoir adressé de vifs reproches aux tribus 
qui ont pris part à l'insurrection et remercié, au contraire, 
celles qui nous sont restées fidèles, M. Lépreux, prenant 
acte des promesses de soumission faites par les chefs, 
les assura par avance de son indulgente sollicitude, si désor- 
mais leur conduite devait rester exempte de reproches. 



INFORMATIONS 443 

Le kabary terminé, M. Lépreux se rendit au camp de la 
milice, où il reçut la soumission du chef Befanoha. Il visita 
ensuite les travaux de construction de la nouvelle prison, puis, 
divers exercices exécutés par les miliciens lui permirent d'ap- 
précier la parfaite instruction militaire de ces agents. Dans 
l'après-midi, le Gouverneur général reçut tous les colons de 
Farafangana, ainsi que les représentants des diverses mis- 
sions. 

Le lendemain, 9, eut lieu la visite de tous les établisse- 
ments privés et publics de la localité: léproserie et école delà 
mission lazariste, école de la mission norvégienne, bureaux 
des divers services, camp des tirailleurs sénégalais et ambu- 
lance. Le Gouverneur général se montra très satisfaitdu résul- 
tat de cette visite et particulièrement des efforts accomplis 
par la mission lazariste pour l'installation de la léproserie et 
de l'amélioration du sort des incurables, qui y sont entretenus 
au nombre de 450. Le dimanche, 10, il réunissait à sa table les 
principaux fonctionnaires et officiers de la province et, le 
môme jour, à 5 heures, il offrait à toute la colonie européenne 
de Farafangana, une collation dans le jardin delà Résidence. 
Au cours de cette réunion, M. Lépreux fît part à l'assistance 
des résultats qu'il avait partout constatés, heureux de pouvoir 
présager un avenir de paix et de prospérité pour la région; 
il remercia tous ceux qui, à des titres divers, fonction- 
naires, officiers, colons et missionnaires, travaillent pour 
le développement de l'idée civilisatrice, dans une région où 
la mentalité arriérée des populations rend cette tâche beau- 
coup plus difficile et plus délicate que sur tous les autres 
points de la Colonie. Il leur recommanda, en terminant, 
comme le plus sûr moyen d'atteindre le but poursuivi, de 
traiter l'indigène avec bienveillance et surtout avec la plus 
grande équité. Enfin, M. l'administrateur Bénévent exprima 
en quelques mots, au chef de la Colonie, toute la gratitude 
des habitants pour la visite qu'il a bien voulu leur faire et 
l'assura du dévouement de tous à sa personne et à l'œuvre 
que la France a entreprise à Madagascar. 

Le 11 septembre, le Gouverneur général reprenait son 
voyage et arrivait à Vohipeno le 12, à 2 heures de l'après- 



444 REVUE DE MADAGASCAR 

midi, son escorte s'étant augmentée, à Vohidava, de M. Tad- 
ministrateur-adjoinl Bosquet, chef du district de Voliipeno, 
et de M. le lieutenant Adeline, chef du district de l'Ikongo. 
Peut-être encore plus laborieuse que la population de Van- 
gaindrano, celle du district de Vohipeno, composée en majeure 
partie d'Antaimoroj fit au chef de la Colonie l'accueil le plus 
chaleureux. Au kabary qui fut organisé dans ^la soirée, plus 
de 10.000 indigènes se pressaient dans la cours du Rova; 
parmi eux figuraient les Tanala de Tlkongo, sous la conduite 
de leurs chefs, Ramalama et Andriamanapaka. Aux félicita- 
tions qui leur furent adressées pour leur attachement à la 
France et leurs aptitudes remarquables pour la culture, tous 
les chefs indigènes répondirent par des protestations de fidé- 
lité que les assistants appuyèrent de leurs acclamations. 

* * 

Le 13 septembre, au matin, M. Lépreux quittait Vohipeno, 
couchait le soir du même jour à Manakara et arrivai! le 14, à 
Il heures du matin, à Loharano, limite de la province de 
Farafangana, où Tattendaicnt MM. Godel, administrateur, 
chef de la province de Mananjary, et Ravel, chef du district 
de Loholoka. 

En ce point, le Gouverneur général prit congé de M. Béné- 
vent, et, continuant son voyage, atteignait dans la soirée le 
village de Loholoka, où de nombreux indigènes vinrent lui 
souhaiter la bienvenue et assister au kabary du chef de la 
colonie; un trajet d'un jour et demi amenait ensuite le Gou- 
verneur général à Mananjary, où il fit son entrée le 16, à 
11 heures du matin. 

Les principaux réprésentants de la colonie européenne 
s'étaient portés à sa rencontre sur la rive droite du fleuve, et 
c'est au milieu d'un important concours de population indi- 
gène qu'eut lieu son débarquement sur l'appontement de la 
douane, où se trouvaient réunis les fonctionnaires présents 
au. chef-lieu. La ville était entièrement pavoisée et de nom- 
breux orchestres indigènes mêlaient le bruit assourdissant 
de leurs lamtams aux sons plus harmonieux de la flûte Tanala. 



INFORMATIONS 445 

Dans Taprès-midi du même jour, un groupe de colons venait 
présenter au Gouverneur général, les desideratera du com- 
merce local et le convier à un vin d'honneur que la population 
européenne désirait lui offrir le jour suivant; en remerciant 
ces délégués de leur invitation, M. Lépreux leur fit connaître 
qu'il prenait bonne note de leurs demandes, ajoutant que quel- 
ques-uns de leurs vœux avaient déjà reçu satisfaction, Tun, par 
exemple, concernant l'allocation de crédits pour la réfection 
des lignes télégraphiques, et leur donnant l'assurance que 
les autres recevraient une suite favorable dans la mesure où 
la réalisation en serait reconnue possible. Vers 5 heures, un 
kabary réunissait, sur la grande place du marché, les divers 
groupements indigènes du district central et des districts de 
l'ouest de la province ; à chacun d'eux, le Gouverneur général 
adressa les recommandations expresses les plus propres à 
amener les populations indigènes à participer au développe- 
ment économique du pays par un travail assidu et une mise 
en valeur plus intensive des terres. Il les félicita de leur bon 
esprit et de leur attitude correcte lors des derniers événements 
insurrectionnels. 

Dans la matinée du 17, les représentants du syndicat minier 
qui s'est récemment constitué à Mananjary, vinrent entretenir 
le Gouverneur général de toutes les questions intéres- 
sant les prospecteurs, particulièrement nombreux dans la 
région. A 4 heures de l'après-midi, avait lieu, dans la salle 
du- tribunal, fort bien décorée pour la circonstance, le vin 
d'honneur offert par la population européenne. Au nom de 
cette dernière, M. Lauratet, un des plus anciens colons de 
Mananjary, remercia le chef de la Colonie de sa visite et de la 
bienveillance qu'il a toujours témoignée aux habitants de la 
province, notamment au cours et à la suite de la tournée qu'il 
a déjà faite l'année dernière ; il l'assura des sentiments de 
respectueuse sympathie que toute la colonie européenne pro- 
fesse à son égard et qui ne feront, a-t-il dit, que s'affirmer à la 
suite de cette nouvelle entrevue- 

Remerciant l'assistance des paroles que M. Lauratet venait 
de prononcer en son nom, M. Lépreux dit combien il était 
heureux de se retrouver au milieu de ceux qui représen- 



446 REVUE DE MADAGASCAR 

tent si dignement la civilisation et le progrès dans une contrée 
où leffort de la colonisation s'est plus particulièrement porté ; 
il déclara que le précieux concours de tous était nécessaire 
pour permettre à l'administration de mener à bonne fin la 
lourde tâche qui lui incombe, et il se félicita, à ce sujet, de la 
bonne entente qui règne dans la circonscription entre les 
colons et les représentants de l'autorité. Parlant de. son 
voyage dans le Sud, il fit connaître combien les résultats en 
étaient satisfaisants, puisqu'ils permettaient d'entrevoir une 
ère de paix et de tranquillité, sinon absolument définitive, du 
moins d'une durée d*autant plus longue, que nous saurions 
amener complètement à nous des peuplades encore très 
impressionnables et imbues de préjugés, voire même d'un 
certain fanatisme; ces résultats dépendaient, d'ailleurs, en 
grande partie, des procédés employés à leur égard par tous 
ceux, fonctionnaires ou particuliers, qui sont appelés à entrer 
en relations avec elles, procédés dont la caractéristique 
devait être toujours la bienveillance et surtout l'équité. 
Répondant aux divers desiderata qui lui avaient été soumis, 
le chef de la Colonie indiqua la suite qu'il lui paraissait pos- 
sible de réserver à chacun d'eux. Il termina son allocution eu 
formant des vœux pour la prospérité de tous les membres de 
la colonie européenne. 

La matinée de lundi, 18, fut consacrée à la visite des éta- 
blissements officiels (prison, école, postes et télégraphes, 
mines, douanes) ; au cours de l'après-midi, M, Lépreux reçut 
de nombreuses personnes qui avaient exprimé le désir d'être 
admises en audiences particulières. Enfin, le chef de la 
Colonie réunissait, le soir, à sa table, les fonctionnaires et lea 
colons notables du chef-lieu. 

Ayant quitté Mananjary le 19 au matin, le Gouverneur 
général atteignait, vers 11 heures, la riche agglomération 
de Mahela. Reçu à l'entrée du village par M. Colombel, 
colon réunionnais, qui, entouré d'une multitude enthousiaste 
d'indigènes, prononça une allocution vibrante de patriotisme, 
il invita à sa table ce colon de la première heure, qui compte 
35 ans de séjour à Madagascar, dont 25 ans à Mahela; le len- 
demain 20, le chef de la Colonie arrivait dans la matinée à 



INFORMATIONS 



447 



Nosivarika, chef-lieu du district de Sahavato, où il employa 
Taprès-midiàla réception de quelques colons de cette localité» 



# # 



Parti de Nosivarika le 21 septembre, au matin, le Gouver- 
neur général était attendu le même jour, à Ambinanivolo, par 
MM. Marcoz, chef de la province des Betsimisaraka du Sud, 
et Ravon, chef du district de Mahanoro, et arrivait, dans la 
matinée du 23, au chef-lieu de cette subdivision territoriale, 
où se trouvait réunie une affluence considérable de population 
indigène. Toute la colonie européenne, s'étant portée à sa 
rencontre, lui fut immédiatement présentée et, à 3 heures de 
l'après-midi, un kabary rassemblait plusieurs milliers d'au- 
diteurs, auxquels le chef de la Colonie prodigua ses conseils 
et ses encouragements, les exhortant, notamment, au déve- 
loppement de la culture des rizières de marais, pour laquelle 
point n'est besoin de détruire des forêts, qui offrent au com- 
merce, gj'âce aux produits naturels qu'elles renferment, une 
source inépuisable de revenus. Le kabary terminé, M. Lé- 
preux se rendit à l'école anglicane, où il put constater les 
efforts réels que déploient les missionnaires pour donner aux 
enfants une instruction pratique et conforme aux programmes 
de l'enseignement officiel. Dans la soirée, il assistait au vin 
d'honneur que lui offrait la colonie européenne. Au nom de 
celle-ci et dans une brillante allocution, M. Campan lui sou- 
haita la bienvenue et lui exposa les desiderata des colons. Le 
Gouverneur général, après avoir remercié la population de 
l'accueil chaleureux qui lui a été fait, promit d'examiner ces 
vœux avec bienveillance et d'y donner satisfaction dans la plus 
large mesure possible. Il dit tout l'intérêt qu'il portait aux 
planteurs victimes du cyclone qui, au mois d'avril dernier, 
causa tant de ravages dans la région de Mahanoro, et son 
désir de leur venir en aide, dans la limite des moyens dont il 
dispose. 

Le lendemain matin, après avoir reçu individuellement les 
visiteurs qui désiraient l'entretenir de questions personnelles, 
M. Lépreux inspecta en détail l'école régionale. Situé sur un 



448 REVUE DE MADAGASCAR 

plateau planté de manguiers, le grand établissement qui doit 
fournir à la côte Est ses instituteurs, ses fonctionnaires et ses 
ouvriers d'art, présente Taspect le* plus riant. Bien que de créa- 
lion assez récente, il est fréquenté par quatre cents élèves 
environ, garçons et filles, et témoigne, par les résultats déjà 
obtenus, dans les classes comme dans les ateliers, du 
zèle et du dévouement apportés par les divers maîtres 
à Taccomplissement d'une tâche d'autant plus ardue, que 
les Betsimisaraka offrent des éléments moins préparés 
que ne Tétaient les Hova à recevoir les bienfaits de 
rinstruction. Dans l'après-midi, le Gouverneur général visita 
la concession de M. de Sardelys, située sur les bords du Man- 
goro. Il put ainsi se rendre compte des ravages considérables 
causés à cette splendide plantation par la tourmente du 
mois d'avril et constata aussi, par les aménagements encore 
existants et les nombreux caféiers, de très belle venue, qui ont 
échappé au désastre, les efforts vraiment méritoires qu'a 
déployés M. de Sardelys pour mettre en valeur cette pro- 
priété. 

Le 15 septembre, le Gouverneur général quittait Mahanoro 
et gagnait Marosiky, où il inaugurait la rizerie construite par 
MM. Itey et Rodet Judicieusement installé à l'embouchure du 
Manampotsy, cet établissement industriel, le premier du 
genre sur la côte Est, a été conçu dans des conditions qui 
permettent d'augurer très favorablement de sa réussite. Au 
banquet qui, à cette occasion, réunissait la plupart des 
colons de la province, M. Lépreux, après avoir remercié 
l'assistance des paroles de bienvenue qui lui avaient été adres- 
sées, félicita les propriétaires, dont il proposa en exemple 
l'heureuse initiative et forma des vœux pour la prospérité de 
leur usine. 

Le 26, dans la matinée, ayant suivi le canal qui doit, après 
son percement complet, permettre la communication par voie 
fluviale entre Mahanoro et le chef-lieu de la province, le Gou- 
verneur général arrivait à Vatomandry, au milieu des accla- 
mations d'une multitude d'indigènes qui, pour la circonstance, 
avaient revêtu leurs plus beaux habits de fête. Tous les colons 
français et étrangers l'attendaient, avec les fonctionnaires, à' 



INFORMATIONS 449 

l'entrée de la ville, où M. Jénot lui adressa quelques mots 
de bienvenue. Après les présentations, le cortège [reprit sa 
marche vers la résidence, sous une voûte presque ininterrom- 
pue d'arcs de triomphe élégamment décorés. Un kabary, fait 
dans l'après-midi, répéta aux indigènes les conseils donnés à 
Mahanoro et leur fit connaître en même temps toute la satis- 
faction qu'éprouvait le Gouvernement à les savoir calmes et 
• tranquilles. Le chef de la Colonie les encouragea, en outre, 
à secouer résolument leur apathie pour le plus grand bien de 
la colonisation et du développement économique du pays, 
autant que pour l'amélioration de leur condition. La visite de 
l'hôpital indigène, en voie de construction, des écoles offi- 
cielles et privées et des divers établissements administratifs 
permit enfin, à M. Lépreux d'apprécier les résultats obtenus 
dans les diverses branches des services et de s'assurer, 
d'autre part, de leurs besoins. Il conviait le soir, à sa 
table, la plupart des colons et des fonctionnaires présents au 
chef-lieu , puis une fête nautique fort réussie, organisée sur 
la lagune par la colonie étrangère, et une sauterie, clôtu- 
rèrent cette réception, qui laissera, dans l'esprit de tous, un 
souvenir cordial des plus agréable?. 

Après les réceptions individuelles, qui eurent lieu dans la 
matinée du lendemain, le Gouverneur général présida, à 
2 h. 1/2, une réunion plénière delà Chambre consultative et 
du comice agricole. Il accueillit favorablement divers vœux 
formulés par les membres de ces deux assemblées en ce qui 
concerne, notamment, la réfection du quai de Vatomandry, 
l'aménagement des voies de communication dans l'intérieur de 
la province et l'étude du percementdesPangalanes entre Vato- 
mandry et Mahanoro. Au vin d'honneur, qui réunissait à nou- 
veau, à la sortie de cette séance, les colons et les fonction- 
naires, M. Lépreux, répondant aux discours par lesquels 
MM. Jénot et Lebihan lui affirmèrent la bonne harmonie qui 
existait dans la circonscription entre les représentants de 
l'autorité et les particuliers, témoigna toute la satisfaction qu'il 
ressentait de cette déclaration, ajoutant que d'une telle 
entente ne pouvait que résulter une ère féconde de prospérité 
pour le pays. 

29 



450 REVUE DE MADAGASCAR 

Le 28 septembre, le Gouverneur général ayant quitté 
Vatomandry, rencontra, à Antsiramihanana, M. Vally, chef 
de la province des Betanimena, accompagné de M. Mirio, 
directeur de la compagnie des Messageries françaises. A partir 
d'Analalava, il accomplit une partie du trajet en pirogue dans 
le canal qui doit relier le bassin de Tlaroka à Vatomandry et 
dont les travaux sont poussés avec la plus grande activité. Il 
arriva dans la soirée à Andevoranto, où les indigènes Taccueil- 
lirent, comme sur tout le parcours de son voyage, avec les 
plus vives démonstrations. Il reçut aussitôt toute la colonie 
européenne, et dans la matinée du 29, après avoir inspecté tous 
les services, hôpital, postes et télégraphes, douanes, police, 
écoles officielles, garde régionale et prisons, il prononça 
dans la cour de la résidence, un kabary qu'en dépit d'un 
temps défavorable un grand nombre d'indigènes étaient venus 
écouter. Profilant du vin d'honneur que lui offrait la colonie 
européenne et prenant acte des déclarations, qu'au nom de 
tous, venait de lui faire M. Goudard, le chef de la colonie se 
félicita de voir comme à Vatomandry, régner à Andevoranto 
une harmonie complète entre les divers éléments de la popu- 
lation. 11 ajouta qu'il appréciait à sa très haute valeur le labeur 
incessant des colons, qui, agissant selon leurs facultés et 
leurs moyens, avaient su faire d'Andevoranto un centre com- 
mercial important et fit des vœux pour le plein succès de leurs 
entreprises. 

Le soir, il invita à sa table colons et fonctionnaires et le 
lendemain il quittait Andevoranto pour se rendre à Tamatave. 
Accompagné, depuis Ivondro, par M. l'administrateur en 
chef Faucon, M. l'adminisirateur-maire Ilesling et M. le 
colonel Gallois, le chef de la Colonie reçut dès son arrivée, 
vers cinq heures du soir, à sa résidence de Tamatave, les corps 
constitués, commission municipale et chambre consultative, 
ainsi que les fonctionnaires des divers services. 

* * 

De la longue tournée qu'il vient d'effectuer sur la côte Est, 
M. Lépreux rapporte une excellente impression. Au point de 
vue politique, les constatations qu'il a faites permettent d'envi- 



INFORMATIONS 451 

sager la situation du Sud de la Colonie sous le jour le plus 
favorable. Dans le cercle de Fort-Dauphin, les tribus Antanosy, 
qui avaient pris part auw^ ^.<tiiient insurrectionnel, sont 
rentrées depuis plusieurs mois dans leurs villages et ont 
remis immédiatement leurs terres en culture, signe évident 
qu'ils n'ont pas l'intention de reprendre la brousse. 

Mis d'ailleurs en confiance par les conseils que leur a donnés 
le commandant du cercle, conseils renouvelés par le chef de 
la Colonie, ils semblent avoir compris de quel côté se trouvent 
leurs véritables intérêts et pressenti les conséquences fâcheu- 
ses qu'aurait pour eux toute nouvelle tentative de soulèvement 
Un fait remarquable à signaler, est que les tribus Antandroy, 
naguère si turbulentes, ont refusé d'obéir aux suggestions des 
ombiasy qui les incitaient à prendre les armes contre nous ; 
vous avez, ont-ils répondu à leurs émissaires, porté autrefois 
les bagages des Français lorsque nous étions en lutte avec eux; 
à notre tour, aujourd'hui, nous allons les aider contre vous. 

Dans la province de Farafangana, centre principal de l'effer- 
vescence, où le mouvement était dirigé par des chefs résolus 
et écoutés, la pacification, bien qu'ayant progressé plus len- 
tement, est aujourd'hui un fait accompli. La prise de Befanoha 
et de Kotavy peut être considérée comme le terme de la 
période troublée qui, malheureusement, a fait de trop nom- 
breuses victimes. Partout où le Gouverneur général a passé, 
les populations empressées sont venues protester de leur 
désir de se soumettre définitivement. La reprise générale des 
travaux agricoles et la reconstitution des rizières de marais 
sont, d'ailleurs, comme à Fort-Dauphin, la meilleure caracté- 
ristique de leur état d'esprit. Il ne faudrait pourtant pas s'y 
tromper et accorder une confiance aveugle à des promesses 
de fidélité consécutives à la répression. De tempérament bel- 
liqueux et fanatique, de caractère mobile et méfiant, entiè- 
rement inféodés à leurs sorciers, les habitants des circons- 
criptions de Farafangana et de Fort-Dauphin, à quelles tribus 
qu'ils appartiennent, ont une tendance naturelle et instinctive 
à recourir à la force, dès qu'ils sont ou se croient victimes 
d'une injustice ou d'un abus de pouvoir. Aussi, est-ce avec 
de grands ménagements, n'excluant pas, au surplus, la fermeté^ 



452 REVUE DE MADAGASJAR 

qu'il faut les amener à se plier aux exigences de la nouvelle 
organisation sociale résultant nécessairement de notre occu- 
pation du pays. Eviter de heurter trop ouvertement les cou- 
tumes et les préjugés ancestraux, user de persuasion plutôt 
que de contrainte, ne jamais refuser d'écouter les doléances, 
agir toujours, enfin, avec la plus grande équité, tels sont les 
moyens, lents, sans doute, mais réellement efficaces, à mettre 
en œuvre pour ramener à nous ces peuplades, qui, récemment 
encore, jouissaient d'une indépendance absolue. C'est de ces 
principes qui, étant d'ordre général, s'appliquent évidemment 
à toute la Colonie, que doivent s'inspirer nos fonctionnaires et 
nos colons dans leurs relations avec les indigènes. 

• 
* • 

L'examen de la situation économique a permis au Gou- 
verneur général de se rendre compte que, de tous côtés, la 
reprise des affaires était en voie de progression. L'exploita- 
tion des placers aurifères, dans les provinces de Mananjary 
et des Betsimisaraka du Sud, prend un développement très 
important; les plantations agricoles des régions de Vatoman- 
dry et de Mahanoro, qui n'ont pas été détruites par le cyclone 
du mois d'avril, sont très prospères, et quelques-unes entrent 
déjà dans la période de rapport ; enfin, les transactions com- 
merciales, à l'importation comme à l'exportation, suivent une 
marche ascendante. En résumé, grâce aux constatations 
qu'il a pu faire lui-mômc, M. Lépreux a eu la perception 
très nette qu'il convient d'envisager avec la plus entière con- 
fiance l'avenir des régions qu'il a parcourues et qu'une ère de 
calme et de prospérité va succéder à la période difficile, 
qu'aux deux points de vue politique et économique, elles 
viennent de traverser. 



« 
* * 



Le Gouverneur général a adressé de Vatomandry, au géné- 
ral commandant supérieur par intérim des troupes du groupe 
de l'Afrique Orientale, en tournée d'inspection à Diego-Suarez, 



INFORMATIONS 453 

la lettre de félicitations suivante, concernant les officiers et 
hommes de troupe qui ont pris part aux opérations du Sud : 

Vatomandry, le 27 septembre 1905. 

Le Gouverneur général par intérim de Madagascar et Dépendances, à 
M. le Général commandant supérieur des troupes du groupe de TAfrique 
Orientale. 

« Au cours de la tournée que je viens d'effectuer dans les 
territoires du Sud de Tlle, j'aî traversé la plupart des villages 
où se sont déroulés les déplorables événements qui ont mar- 
qué Torigine de la rébellion. J'ai eu la satisfaction de cons- 
tatej' que celles des tribus qui avaient participé à ces troubles 
étaient aujourd'hui revenues au calme et que, sous la direc- 
tion de leurs administrateurs civils ou militaires, elles s'occu- 
paient activement, aprè^ avoir relevé leurs habitations, à 
cultiver de nouveau leurs champs et leurs rizières, laissés en 
friche depuis le commencement de la révolte. 

« Partout, j'ai vu les populations se porter avec empresse- 
ment au devant du chef de la Colonie pour affirmer la sincé- 
rité de leur soumission. En particulier, les habitants des 
villages de Ranomafana, Ampasimena, Manantenina, Sandra- 
vinany et Ampanihy, dont les noms évoquent les souvenirs 
les plus tragiques de la première phase de la rébellion, ont 
accueilli avec enthousiasme le représentant du Gouverne- 
ment de la République. Ils lui ont manifesté solennellement, 
par la voix de leurs chefs, le vif repentir de leurs crimes et 
ont humblement imploré l'oubli d'un passé odieux et qu'ils 
paraissent regretter profondément. 

« Le 31 août, au sortir du village d'Ampasimena, dont 
l'église, aux murs calcinés, rappelle l'héroïsme du sergent 
Casalonga et de ses braves Sénégalais, une dépêche m'annon- 
çait officiellement que Befanoha, cédant enfin aux dernières 
cl pressantes sommations que je lui avais fait adresser dès 
mon arrivée à Fort-Dauphin, s'était présenté spontanément, 
à Tsivory, au capitaine Vacher, lui demandant à être conduit 
en ma présence pour solliciter sa grâce. La soumission de cet 
audacieux chef rebelle, dont l'énergie indomptable avait 
groupé en une bande compacte les derniers irréductibles, 



454 REVUE DE MADAGASCAR 

survenant en même temps, que la capture de Tancien briga- 
dier de milice Kotavy, qui depuis quelque temps, errait à 
l'aventure dans le district de Vangaindrano, théâtre de ses 
abominables forfaits, marquait la fin de la rébellion. 

« En effet, à la date du 1" septembre, en dehors des 
rebelles réfugiés dans l'Isalo, dont la dispersion et la soumis- 
sion sont aujourd'hui un fait accompli, aucune bande de 
quelque importance ne tenait plus la campagne, et je pouvais 
dès lors, ce même jour, annoncer par câble au Ministre que 
la pacification du Sud de Tlle devait enfin être considérée 
comme entière et complète. 

« Il vous appartiendra, mon cher général, dès que vous 
aurez reçu les derniers rapports sur les opérations du Sud, 
d'adresser aux vaillantes troupes dont le courage et le dévoue- 
ment ont amené les résultats décisifs que je viens de rappeler, 
un ordre général de félicitations, dans lequel vous ferez sans 
doute ressortir les mérites de tous ceux qui se seront spécia- 
lement signalés, et, aussi, de me faire parvenir, pour être 
transmises au Ministre, des propositions spéciales de récom- 
penses pour les officiers et hommes de troupe dont la con- 
duite a été plus particulièrement élogieuse. 

« Mais, sans vouloir en aucune façon déterminer prématu- 
rément la part qui revient à chacun dans la répression de la 
révolte et la pacification des esprits, qui en est le complément 
nécessaire, je vous prie de vouloir bien exprimer à nouveau, 
à M. le lieutenant-colonel Berdoulat, toute ma satisfaction 
pour la manière brillante dont il s'est acquitté de la difficile 
mission que je lui avais confiée avec votre assentiment. Je 
dois aussi rendre hommage aux qualités exceptionnelles d'en- 
train, de vigueur et de ténacité déployées par les troupes 
européennes et indigènes qui ont pris part aux opérations. 
C'est, en particulier, grâce à leur zèle inlassable que les 
mouvements convergents de nos colonnes mobiles, judicieu- 
sement ordonnés par le lieutenant-colonel Berdoulat, . ont 
amené rapidement la dislocation des bandes de Befanoha, 
réfugiées dans le Kalambatitra, massif montagneux couvert 
de forêts et jusque-là réputé inaccessible à des troupes euro- 
péennes. 



INFORMATIONS 455 

« Je suis également heureux de constater que, en même temps 
qu'ils prêtaient leur concours à cette énergique action mi- 
litaire, les commandants de troupe et de postes s'appliquaient, 
chacun dans sa sphère, par des négociations conduites avec 
habileté, à ramener dans le devoir les tribus égarées et à prendre 
ensuite toutes les mesures propres à les y maintenir en leur 
inspirant confiance. 

« En tempérant ainsi, par la douceur et la bienveillance, 
l'énergie et la fermeté inséparables de toute action militaire, 
ces officiers ont montré qu'ils avaient pleinement conscience 
de leurs devoirs envers l'humanité et envers la patrie. 

« Je vous serais reconnaissant de vouloir bien leur trans- 
mettre, ainsi qu'aux autres officiers et aux hommes de troupe 
qui ont pris part aux opérations du Sud, mes biens vives 
félicitations et la gratitude de la Colonie tout entière. 

« Lépreux. » 

M. Vergues, administrateur en chef des Colonies, faisant 
fonctions de secrétaire général, a présidé la semaine dernière 
à l'inauguration de l'hôpital indigène, récemment construit à 
Fihaonana (province de Tlmerina du Nord). 

Répondante l'invitation de M. l'administrateur Compagnon, 
chef de la province, le Secrétaire général par intérim s'était, 
comme délégué du Gouverneur général, rendu à cette intéres- 
sante cérémonie le 5 octobre au matin, en compagnie de M. le 
D' Vaysse, directeur du service de santé, et de M. l'adminis- 
trateur-adjoint Didelot. 

Ayant quitté Tananarive en voiture automobile, à 7 heures 
du matin, et stoppé un moment à l'entrée du pont jeté sur 
l'Anjomoka, petite rivière séparant les deux provinces de 
rimerina centrale et de l'Imerina du Nord, afin de prendre 
M. Compagnon, venu à la rencontre de ses invités, il arrivait, 
vers 9 heures, au poste de Fihaonana, qui, pour la circons- 
tance, avait été brillamment pavoisé. 

Après la présentation des fonctionnaires européens et 
indigènes et des colons, au nombre desquels se trouvaient 



456 REVUE DE MADAGASCAR 

M. le pasteur et M™*' Parisot, ainsi que des principaux- 
groupes et délégations des populations de la région, il a été 
procédé à l'inauguration de l'hôpital. 

Les fonctionnaires européens et les colons se sont groupés 
sous le péristyle du pavillon central, les chefs et la population 
indigène se sont massés dans la cour d'entrée, et le chef de la 
province, après avoir remis au Secrétaire général un 
rapport détaillé sur le fonctionnement de Tassistance médi- 
cale indigène dans la province et la construction de l'hôpital 
de Fihaonana, a prononcé un discours que le Journal Officiel 
de la Colonie reproduit in-extenso, et fait Thistorique du 
service de l'assistance médicale dans la province de l'Iraerina 
du Nord. Le représentant élu du fokon'olona du gouvernement 
de Fihaonana, Rainibary, a ensuite exprimé en quelques mois 
les sentiments de reconnaissance et de sincère attachement à 
la France qu'inspirent aux populations malgaches l'intérêt et 
la bienveillante sollicitude que ne cessent de leur témoigner 
le chef et les autorités de la Colonie. 

Enfin, M. Vergues, prenant à son tour la parole, a pro- 
noncé une chaude allocution qui, immédiatement traduite 
en langue malgache, a produit une impression profonde sur 
la nombreuse assistance. 

Les discours étant terminés, il fut procédé à la visite 
détaillée des divers locaux de Thôpitaloù des malades avaient 
déjà été admis depuis quelques jours. 

A la suite de cette visite, les invités se sont rendus au 
déjeuner offert par le chef de la province dans le réfectoire 
même de l'hôpital et auquel étaient également conviés 
M'""" et M. Parisot cl tous les fonctionnaires européens 
présents à l'inauguration. 

Le Secrétaire général, le Directeur du Service de Santé 
et M. Didelot sont rentrés à Tananarive, à trois heures de 
l'après-midi. 

« 
* * 

Rien de saillant ni d'intéressant à vous signaler hors de la 
tournée gouvernementale qui semble effectivement avoir 
attiré et concentré sur la côte Est toute la vie de la Colonie. 



INFORMATIONS 



457 



Les fortes chaleurs qui servent de prélude à la saison des 
pluies commencent à se faire sentir en Imerina et sur le 
plateau central où des nombreux et violents orages accompa- 
gnés de grêle ont déjà été signalés dans plusieurs provinces, 
occasionnant quelques dommages aux semis de riz. La foudre 
a fait quelques victimes et incendié une maison habitée dans 
le gouvernement d'Anjozorobe. 

Enfin, une note du Consul de France à Maurice, parue au 
Journal Officiel de ce jour, annonce que 22 cas de peste, dont 
20 ont été suivis de mort, se sont encore déclarés dans cetle 
île, pendant la période du 30 août au 12 septembre. 

Aucune nouvelle information ne nous est parvenue au 
cours de cette quinzaine, en ce qui concerne Tépidémic de 
peste également survenue à Zanzibar vers le commencement 
du mois. 

J . ROLPH. 



M. Augagneur, Gouverneur général de Madagascar, s'embar- 
quera à Marseille le 25 novembre à bord du Djemnah^ pour rejoin- 
dre son poste. 

Il a l'intention de se rendre directement à Tananarive pour se 
mettre au courant des différents services, et il entreprendra ensuite 
une tournée dans l'Ile. 

M. Augagneur a choisi comme chef de cabinet M. l'administra- 
teur des colonies Poiret, qui a déjà servi à Madagascar il y a quel- 
ques années, et occupa les mêmes fonctions auprès de M. Laroche. 

M. Delhorbe, secrétaire général du Comité de Madagascar, 'est 
embarqué le 10 octobre à Marseille à bord de Ylraoïiaddy, se ren- 
dant à Madagascar. 

Son absence sera de courte durée, M. Delhorbe comptant être de 
retour en France à la fin du mois de janvier prochain. 

Deux Conférences sur Madagascar. — La Société de Géo- 
graphie commerciale de Paris a tenu, le 3 novembre, une séance, 
au cours de laquelle notre collègue M. Georges Richard, avocat, 
membre du Conseil d'Administration de la Colonie de Madagascar, 
a fait une conférence sur la Grande Ile madécasse. 

M. Georges Richard a d'abord fait ressortir les difficultés que 



458 REVUE DE MADAGASCAR 

Ton éprouvait jadis pour effectuer le trajet qui séparait Tamatave 
de Tananarive. Il a dépeint avec pittoresque Timprévu des longues 
étapes en filanzane et en pousse-pousse, par monts et par vaux, à 
travers forêts et plateaux, pangalanes et torrents. 

Il a parlé ensuite des progrès qui avaient été eflfectnés. L'amélio- 
ration progressive des différents modes de transport : l'automobile, 
et enfin le chemin de fer qui constitue un « véritable musée de pit- 
toresque mais aussi de difficultés ». 

Le conférencier a terminé en faisant projeter les portraits de la 
reine Ranavalo dans son costume de cour, et celui de M. de Mahy, 
ancien ministre de la Marine et des Colonies, dont le nom est glo- 
rieusement attaché à l'histoire de notre grande Colonie de Tocéan 
Indien. 

— Quelques jours après, notre collègue M. Charles Michel, dans 
une conférence faite à la Société d'économie industrielle et com- 
merciale, a attiré l'attention sur les retards prolongés du gouverne- 
ment à publier le nouveau décret concernant le régime minier à 
Madagascar, alors qu'il a suspendu depuis de longs mois déjà 
(arrêté du 3 juin 1905), au détriment non seulement des intérêts 
miniers mais de ceux de l'Ile entière, le décret en vigueur depuis 
1902. 

Après avoir entendu l'exposé très documenté de M. Charles 

Michel sur la question, la Société a voté un vœu, dont le texte suit» 

se réservan de mettre à nouveau la question à son ordre du jour, 

pour provoquer une discussion complète sur cet important 

sujet : 

(( La Société d'économie industrielle et commerciale signale le 
danger qu'il y a à élever du premier coup à un maximum qui serait 
même inacceptable sur un territoire minier dont les richesses sont 
déjà inventoriées, comme au Transvaal par exemple, les taxes mi- 
nières dans une colonie dont le sous-sol est encore pratiquement 
inconnu. 

« Elle exprime l'espoir que pour faire cesser une situation qui 
profite seulement à la spéculation et jette le discrédit sur les entre- 
prises sérieuses à Madagascar, le gouvernement publie dans le plus 
court délai un décret sur les mines, assurant une base certaine à 
leur exploitation. 

c D'autre part, constatant que la colonie de Madagascar coûte 
annuellement au budget métropolitain une somme supérieure à 
25 millions et que le seul moyen d'équilibrer son budget se trouve 



INFORMATIONS 459 

dans le développement des richesses naturelles de Tlle, au premier 
rang desquelles se place aujourd'hui Texploitation du sous-sol; 

(( Elle espère que le nouveau décret sera conçu dans un sens assez 
libéral pour que l'avenir de Tindustrie minière ne soit pas compro- 
mis; il lui apparaît que les taxes de surface ne sauraient dépasser, 
en tout cas, la taxe appliquée dans les autres colonies françaises 
(1 franc par hectare pour l'Afrique occidentale) et que le total des 
droits perçus doit être, dans une mesure à déterminer, inférieur à 
celui des droits supportés actuellement par Tindustrie minière au 
Transvaa). » 

L*adduction de Teau potable à Tananarive semble enfin sur le 
point d'être réalisée ; nous apprenons, en effet, la constitution à 
Lyon d'une nouvelle société au capital de 500.000 francs, qui a 
pour dénomination : « Compagnie foncière et minière de Madagas- 
car. » 

L'objet principal de la Société sera la mise en valeur de 100.000 hec- 
tares de terres domaniales concédées en pleine propriété et à choi- 
sir sur le territoire de la Colonie. Elle s'occupera également de 
recherches aurifères, et de l'exploitation de divers monopoles com- 
merciaux et industriels. 

Le siège de la Société est à Lyon, 8, rue de la Charité, et les 
services commerciaux sont établis à Paris, 19, rue Auber. 

Cette affaire fait partie d'un lot de concessions que M. Florens- 
Orville avait obtenues précédemment du gouvernement de la reine 
et qui ont fait l'objet ultérieurement de concessions régulières de la 
part du gouvernement français. 

Parmi les concessions se trouve notamment le privilège exclusif 
de l'adduction de l'eau potable et de l'électricité à Tananarive. 
La concession a une durée de cinquante années et le gouvernement 
français a pris l'engagement de consommer pour les services 
publics une quantité d'eau et d'éclairage pour une somme annuelle, 
minima, de 300.000 francs pendant ce laps de temps. La Société 
a reçu gratuitement la propriété des chutes, sources et terrains et a 
obtenu des exemptions d'impôts et de droits de douane et frais de 
transport qui permettront l'établissement des installations, dans 
des conditions particulièrement économiques. 

Une deuxième Société, qui aura pour objet l'exploitation de ces 
monopoles, sera prochainement constituée par le même groupe qui 
a l'intention de créer une série d'affaires destinées à contribuer 
au développement de la Grande Ile. 



460 REVUE DE MADAGASCAR 

m 

Le programme de M. Augagneur. — Le Gouverneur général 
de Madagascar a fait à un rédacteur du Temps les déclarations 
suivantes, qui nous paraissent de nature à intéresser nos lec- 
teurs : 

— Depuis trois mois que j'ai entrevu la possibilité d'aller à Mada- 
gascar, a-t-il dit, j'ai lu tout ce qui a été publié sur Tlle et causé 
à peu près avec toutes les personnes en état de me renseigner. Je 
crois donc en savoir tout ce qu'en peut savoir un homme qui ne Ta 
pas encore visitée. Mais ce n'est pas sur une enquête à distance que 
je me permettrai de juger l'organisation malgache. Je pars donc 
avec l'intention, tout en continuant mon examen sur place, de ne 
rien changer aux créations de mon prédécesseur. Mais si je ne 
suis pas disposé à toucher aux services, je n'en dis pas autant pour le 
personnel. Le général Gallieni, ayant tout à construire, a pu quelque- 
fois multiplier les agents pour obtenir immédiatement des résultats. 
Et peut-être toutes les fonctions dont les nécessités momentanéesont 
justifié l'institution ne sont-elles plus aujourd'hui également indis- 
pensables. Le vêtement a été taillé trop large du premier coup; il 
faut maintenant le rajuster. Mon premier soin sera de faire un tra- 
vail de revision pour ramener les cadres à des proportions plus 
modestes. Le ministère me demande une réduction de 
1.400.000 francs sur les dépenses. Avec un ordre sévère dans 
l'administration et une clarté aussi grande que possible dans le 
budget, je compte y arriver sans nuire au bon fonctionnement des 
services. 

— Il semble qu'une partie des dépenses d'administration aitélé 
jusqu'ici supportée parle budget militaire. Si, pour la clarté, vous 
les faites rentrer dans le budget civil, vous aurez surcroît de 
dépenses d'une part et réduction de 1.400.000 francs de l'autre; ne 
craignez-vous pas le déficit? 

— Non. En territoire militaire, l'administrateur militaire n'est pas 
le commandant des troupes. Là aussi on peut donc réunir plusieurs 
fonctions sur la même tête. Et s'il y est besoin de fonctionnaires 
civils, il n'y aura qu'à en demander aux autres provinces. Il y en 
a trois cents, rien qu'à Tananarive. Cela me parait beaucoup. 

(( Voilà pour le côté administratif. Mais mon désir est de donner 
tout ce que je pourrai d'attention au côté économique de mes fonc- 
lions. On compte beaucoup sur l'or pour développer la richesse de 
l'Ile. Ce n'est pas moi qui ferai rien pour décourager ces espé- 
rances, et il va de soi que toute ma bienveillance est assurée à 
l'induslrie minière Mais les mines ne sont qu'une source de pro- 



INFORMATIONS 461 

duction passagère. Assurément elles sont toujours une bonne for- 
tune, et plus particulièrement pour une colonie naissante ; elles 
appellent l'attention sur elle et elles peuvent Taider à constituer son 
budget et à passer plus commodément la période ingrate des débuts ; 
mais elles s'épuisent. Il n'y a que Tagriculture qui puisse fonder 
une prospérité permanente pour un pays. Que vaut Madagascar à 
ce point de vue ? Mon impression est qu'on en a dit tantôt trop de 
bien, tantôt trop de mal. Quoi qu'il en soit, il me semble impossible 
qu'un pays de cette étendue, avec sa variété de climat et d'altitude, 
ne trouve pas des plantes de grande culture capables d'alimenter 
un jour son exportation. Il faut voir ce qui convient à chaque 
région. Le riz et la soie sur le plateau, le cacaoyer sur la côte et 
le cocotier et l'élevage sur la côte Ouest, le coton en différents 
endroits doivent réussir. En tout cas, il faut les étudier. 

— Oui, mais ces études n'ont chance d'aboutir qu'à la condition 
que le gouvernement s'en charge. Il y faut des dépenses désinté- 
ressées, une ampleur d'informations et un esprit de suite qu'on ne 
saurait attendre des particuliers. 

— Aussi ai-je bien l'intention de les prendre en main et de charger 
la colonie des frais d'expérience nécessaires. Je veux avoir un bon 
service d'agriculture. Je songe même dès maintenant aux moyens 
par lesquels, une culture étant reconnue pratique, on pourrait en 
répandre rapidement l'usage parmi les indigènes. Ainsi, il semble 
bien que la dernière insurrection a été amenée par l'excès des 
impôts. Je n'ai pas l'intention de les réduire purement et simple- 
ment. Ce serait une prime à la révolte, et si les indigènes étaient 
amenés à croire qu'il leur suffit de se soulever pour obtenir une 
décharge, que deviendrait la tranquillité de l'Ile? Mais je voudrais 
voir si, en leur accordant une diminution d'impôts, il ne serait pas 
possible de leur dire : « En échange, vous ferez telle ou telle culture 
dans telles et telles conditions. » Faudra-t-il leur demander une 
partie de la récolte comme compensation de l'impôt supprimé? 
C'est une question à étudier. L'important est d'amener les indigènes 
à adopter aussi promptement que possible des cultures qui puissent 
fournir un trafic à l'exploitation et enrichir le pays. Je ne me fais 
pas d'illusion. En agriculture, les entreprises sont toujours de 
longue haleine. Il faut du temps aux arbres pour pousser et aux 
habitudes locales pour se transformer. Mes efforts pour mettre en 
train une meilleure exploitation agricole de l'Ile ne donneront donc 
peut-être leurs pleins résultats que quand je n'y serai plus pour en 
recueillir l'honneur. Mais je considère que c'est là une des princi- 



462 REVUE DE MADAGASCAR 

pales parties de ma tâche et je mV appliquerai de toute mon énergie. 

— Avec quels sentiments allez-vous aborder les questions indi- 
gènes ? 

— La direction à la France et aux Français, je n'ai pas besoin de 
le dire. Mais ceci posé, tout ce qui sera possible pour améliorer 
le bien-être des indigènes et aider leur progrès, je le ferai. Des trois 
races principales que nous avons dans nos colonies, la race mal- 
gache me paraît la plus apte à se pénétrer de notre civilisation. Les 
noirs du continent sont encore pour la plupart dans un état social 
beaucoup plus éloigné du nôtre. Les jaunes de Tlndo-Chine ont une 
civilisation propre dans laquelle ils sont comme incrustés. Les Mal- 
gaches, au contraire, ont atteint déjà un développement assez 
avancé pour avoir des vues d'avenir, des aspirations vers un sort 
meilleur, et ils n'ont pas encore de traditions assez fortes pour 
gêner leur évolution. Le service médical organisé par le général 
Gallieni me parait fort intéressant pour Thygiène et la multiplication 
de la population. Je me propose d'y joindre un service vétérinaire 
pour lequel on pourra former de jeunes Malgaches qui apprendront 
à défendre les troupeaux de l'Ile contre les épizooties. Et je ne 
négligerai rien pour l'enseignement. 

— Le régime douanier imposé à l'Ile donne Heu à beaucoup de 
plaintes. On lui attribue, en grande partie, le malaise qui a peso sur 
les affaires en ces derniers temps. Le Gouverneur général n'en est 
pas responsable. Mais on a reproché au général Gallieni do s'y être 
trop aisément résigné. Que comptez- vous faire à cet égard? 

— Étant donné l'état d'esprit qui règne en France, je ne crois pas 
qu'il y ait lieu de songer à rien faire changer à la situation privilé- 
giée des marchandises françaises à Madagascar. Mais jusqu'à plus 
ample informé, il me semble que la réciprocité devrait être établie 
pour l'Ile et que les produits malgaches devraient à leur tour entrer 
en franchise en France. Les droits de douane dont on les frappe 
sont une raison pour qu'ils recherchent les marchés étrangers. Or, 
le commerce est un échange. Si les exportations de Madagascar 
vont à l'étranger, ses importations auront une tendance fatale à en 
venir en retour. Une situation pareille, qui crée une sorte de prime 
au profit de l'étranger, est finalement nuisible aux producteurs fran- 
çais aussi bien qu'aux producteurs malgaches. J'étudierai la ques- 
tion sur place, et quand je me serai fait une opinion bien motivée, 
je vous prie de le croire, moi, je ne serai pas un résigné. 

(( D'ailleurs, ajoute-t-il, je vais avoir à m'occuper tout de suite 
d'une question douanière. Il s'agit des rapports entre Madagascar et 



INFORMATIONS 463 

r Afrique du Sud. En raison de leur proximité, les deux pays de- 
vraient servir de débouchés l'un à Tautre. C'est ce qui est arrivé 
pendant un moment, après la peste bovine qui avait ravagé les trou- 
peaux de l'Afrique du Sud. Madagascar y a fait des envois considé- 
rables de bétail; mais depuis, soit au moyen de taxes, soit au moyen 
de mesures soi-disant sanitaires, on est en train d'élever autour de 
l'Afrique du Sud une barrière absolument prohibitive. Dès que je 
serai en état de formuler des propositions précises, je saisirai le 
ministère des Affaires étrangères. Étant donnée l'entente cordiale 
avec l'Angleterre, il doit être possible d'établir entre Madagascar et 
l'Afrique du Sud un régime moins draconien. » 

La reine Ranavalo en France. — L'ex-reine de Madagascar 
vient de faire en France un séjour d'un mois et demi. Elle avait 
choisi comme résidence Saint-Germain-en-Laye, dont la proximité 
de Paris lui permettait de venir tous les jours visiter les magasins et 
passer ses soirées dans quelques-uns des théâtres de la capitale. 
M. Clémentel a regu Ranavalo avec une affabilité dont elle s'est 
montrée très touchée. II l'a invitée à son mariage et Ta présentée 
dans sa famille. Elle a assisté en compagnie de sa tante et 
d'un attaché du ministère des Colonies, à des représentations de 
rOpéra et de la Comédie-Française; elle s'est rendue dans diffé- 
rentes expositions, et même à une séance tuinnlluenso de la Chambre 
des députés I L'ex-souveraine, redoutant le climat hivernal des envi- 
rons de Paris, vient de quitter Saint-Germain et se rend à Hvères 
d'où elle regagnera Alger. Elle a laissé à Versailles sa petite nièce 
Marie-Louise, qui va commencer son éducation dans un pensionnat 
de cette ville. 

Le coton à Madagascar. — M. Herscher a présenté, à la 
dernière réunion delà Chambre d'Agriculture de Tamatave, un inté- 
ressant rapport sur la culture du coton à Nossi-Bé. 

M. Herscher estime que la culture du riz est compromise dans le 
nord-ouest de l'Ile par l'invasion des sauterelles. A son avis, il faut 
trouver une culture facile et peu fatigante qui rapporte à l'indigène 
des bénéfices immédiats. Le coton semble indiqué. Il n'exige pas 
une mise de fonds importante, et il produit au bout de quatre à cinq 
mois. Enfin, le coton, avec ses graines, trouverait acheteur au 
chef-lieu de la province où se centraliserait toute la récolte de la 
région qui y serait égrenée, emballée et exportée, provoquant ainsi 
un trafic qui pourrait devenir considérable. 



464 REVUE DE MADAGASCAH 

Des échantillons de coton envoyés récemment de Nossi-Bé au 
Havre ont été examinés : le type « Sea Island » a été estimé égal 
aux cotons venus d'Amérique. La qualité de ces cotons et la facilité 
avec laquelle on pourrait les cultiver, va donc faire Tobjet d'une étude 
sérieuse par quelques maisons de tissus de la métropole, et tout 
fait croire qu'avec une organisation spéciale et étudiée on obtiendra 
dans le nord-ouest de l'Ile des résultats satisfaisants pour cette impor- 
tante culture. 

Mariage. — Nous avons appris avec plaisir le mariage de 
M. l'administrateur Guyon, chef du cabinet du Général Gallieni, 
avec M"« Flurin. La cérémonie a été célébrée à Cauterets le 
19 octobre, et a été pour notre sympathique collègue, Toccasion de 
recevoir de ses nombreux amis l'expression de leur cordiales félici- 
tations auxquelles nous joignons les nôtres bien sincères. 

Malgaches prospecteurs. — A propos de la prospection, l'Écho 
de Madagascar^ dans un article sur les mines d'or de la colonie, dit 
qu'après une période d'optimisme peut-être excessif, on est tombé 
par réaction dans un pessimisme très exagéré. Il proteste, de plus, 
parce qu'un jeune Malgache, qui a récemment obtenu, en France, 
le diplôme de docteur en médecine, a sollicité du gouvernement 
local l'autorisation de se livrer à la recherche de l'or, qui est inter- 
dite aux indigènes. A ce propos, notre excellent confrère s'exprime 
en ces termes : 

« Si l'on accordait à ce jeune docteur le droit de prospecter, il n'y 
aurait d'ailleurs aucune raison pour qu'on le refusât à n'importe 
quel indigène qui remplirait les conditions exigées. 

(( Mais notre avis est, et ce sera sans aucun doute celui de Tadmi- 
nistration locale, qu'il ne faut rien faire dans cet ordre d'idées avant 
que plusieurs sociétés filoniennes aient obtenu d'indiscutables 
résultats . 

(( Il ne faut rien faire avant que les exploitations alluvionnaires 
aient été reléguées au second plan. 

(( Il ne faut pas accorder d'autorisation de ce genre parce que, du 
jour au lendemain, les Européens verraient leurs chantiers aban- 
donnés. Si la main-d'œuvre était abondante, peut-être les inconvé- 
nients seraient-ils moins grands, mais ce n'est pas le cas ici. 

(( Toute la hiérarchie indigène marcherait comme un seul homme 
pour l'indigène, et quoi que fissent les Européens, ils ne trouve- 
raient plus un seul ouvrier à engager sur leur chantiers. » 



INFORMATIONS 465 

Madagascar à TOlympia! — Le deuxième tableau de Tabracada- 
branle fantaisie A qui V million? représentée à l'Olympia, se passe à 
Diego-Suarez ! ! I Les artistes qui composèrent les décors n*ont 
certainement jamais vu notre grand port malgache, car rien ne peut 
rappeler, dans leur toile, Diego, Antsirane ou ses environs. Les cos- 
tumes n'ont rien de la couleur locale, mais les Malgaches du corps 
de ballet sont, inutile de le dire, légèrement plus séduisantes que 
celles que Ton voit à Diego I 



» 




Une invasion de Sauterelles. — La revue coloniale allemande la 
Deutsche Jagerzeilunga publié récemment sous la plume de M. Otto 
Brugmann une description fort pittoresque d'une invasion de saute- 
relles dans le sud de Madagascar; nous en reproduisons, ci-après» 
de larges extraits : 

(( Pendant mon séjour prolongé à Madagascar, j'eus l'occasion» 
écrit M. Otto Brugmann, d'observer, au cours d'un voyage que je fis 
sur la côte sud-est de l'île, de Farafangana à Vangaindrano, localité 
située à une centaine de kilomètres plus au sud, une nuée ou plutôt 
des nuées de sauterelles. Ce phénomène m'impressionna tellement 
que j'essayai aussitôt de mettre mes sensations par écrit. 

(( J'étais descendu chez un ami à Vangaindrano. Sa maison était 
située sur une des nombreuses collines qui s'étendent autour de 
cette localité. De chacune des deux terrasses de l'habitation on 
jouissait d'une vue admirable sur le pays qui s'étendait tout alentour. 
Au sud et à l'ouest, on apercevait des chaînes de collines basses» 
entre lesquelles se développaient des marécages et des champs de 
riz; au nord, le terrain se relevait insensiblement, et, à Test, on 
rencontrait la région côtière qui est fort plane. Par les journées 
claires, il était possible de voir les lourdes vagues de la mer se 
briser sur le sable, en agitant leurs crêtes d'écume. 

« Un jour, nous étions assis sous la véranda — il était environ 
11 heures du matin — quand nous vîmes accourir, hors d'haleine et 
les traits décomposés, un couple d'indigènes. Ils criaient : Valala 
avy valala! (Sauterelles! Les sauterelles arrivent!) Et, en effet» 
elles s'approchaient. J'en vis bientôt tourbillonner quelques cen- 
taines dans le voisinage de la maison. Je commençais à croire que 



CHRONIQUE COMMERCIALE, INDUSTRIELLE ET AGRICOLE 467 

TaiTaire n'avait aucune importance quand nous fûmes de nouveau 
mis en émoi par les cris des indigènes. Nous courûmes vers la 
véranda qui dominait le côté de la campagne, et nous pûmes alors 
nous rendre compte de ce qui avait jeté le trouble parmi eux. En 
vérité, les sauterelles s'approchaient. Au loin, tout au bout de 
Thorizon, s'élevait un nuage de poussière jaune; il passait par- 
dessus une colline : l'œil pouvait à peine le découvrir. Il ne fallut 
cependant pas attendre longtemps pour qu'il eût atteint notre 
village. Nous assistâmes alors à une scène indescriptible. Les indi- 
gènes criaient, hurlaient, se démenaient, couraient çà et là comme 
des insensés, allumaient du feu ; ils faisaient tout ce qui leur parais- 
sait utile pour détourner la nuée. Ce fut en vain! Le nuage s'appro- 
chait de plus en plus; bientôt la malédiction fut sur euxl Alors se 
posa une question terrible : les insectes resteront-ils ici ou iront-ils 
plus loin? A en juger par l'heure il ne semblait pas probable qu'ils 
s'arrêteraient. Il était midi environ. Les sauterelles mangent le 
matin, vers huit heures, puis elles s'envolent plus loin pour prendre 
un deuxième repas vers le soir. Elles pouvaient cependant se 
sentir disposées à faire une collation intermédiaire en apercevant 
les nombreux champs de riz ainsi que les plantations de thé, de café 
et de sucre qui se rencontrent autour de Yangaindrano. On était 
donc en grande inquiétude. Là où ces insectes s'abattent, il n'y a 
pas à songer à les chasser. Des récoltes qui ont souvent coûté au 
planteur des années de travail assidu sont détruites en moins d'une 
heure, et le malheureux propriétaire se voit ruiné tout-à-coup. Il lui 
faut alors recommencer ses efforts, à nouveaux frais, pour tomber 
parfois, quelques années plus tard, victime de la môme misère. Le 
8ort du planteur est souvent bien dur I 

« Peu à peu, la première troupe était arrivée. Spectacle gran- 
diose I Tajidis que quelques centaines ou peut-être un millier 
d'avant-cou rcurs voletaient innocemment autour de la maison et ne 
semblaient savoir au juste s'ils s'arrêteraient ou passeraient outre, 
ou attendraient le gros de la troupe, celle-ci survint tout-à-coup. Il 
est impossible de décrire le spectacle auquel nous assistâmes quand^ 
après avoir laissé derrière elle la colline qui se trouvait en face de 
nous, la nuée passa au-dessus de notre maison. Tant que dura son 
passage, le soleil resta obscurci. Nous pûmes alors l'observer tout 
à l'aise. Elle s'avançait à dix ou quinze mètres au-dessus du sol; 
avec la vitesse d'un moineau luttant contre le vent. Pendant plusieurs 
minutes nous restâmes là, muets, ne pouvant trouver un mot pour 
exprimer les sensations que cet imposant spectacle faisait naître en 



468 REVUE DE MADAGASCAR 

nous. La seule comparaison qui puisse donner une idée de ce 
phénomène, est, à mon avis, celle-ci ; supposez que vous vous 
trouviez, en hiver, au balcon d'une maison solitaire, située sur une 
colline, et qu'il se produise une tempête de neige, épaisse et serrée, 
que le vent emporte sans interruption au-dessus de votre tête. Seu- 
lement, au lieu de flocons blancs, figurez-vous des sauterelles 
brunes, scintillantau soleil, un bruissement incessant et un continue 
mouvement d^ondulation accompagné d'un bourdonnement aigu. 

« Le bruit, les cris et les imprécations des indigènes montèrent 
jusqu'au paroxysme, car il s'agissait d'empêcher le nuage de 
s'abattre. La maison du résident se trouvait sur une colline postée 
en face de la nôIre, à environ sept cents mètres de distance. Les rési- 
dents possèdent des jardins potagers et de petites plantations qui 
sont toujours bien entretenus et auxquels on consacre beaucoup 
de temps et de peines. Il aurait fallu voir comme on se démenait k 
cet endroit quand les Valalas s'approchèrent I — Tous les prison- 
niers — ils étaient une vingtaine — furent aussitôt tirés de leur 
cachot. On les arma de gourdins et de bâtons et on leur remit des 
bidons à pétrole vides. Ils se mirent immédiatement à faire un tel 
vacarme en frappant sur leurs instruments que l'on ne pouvait plus 
ni voir ni entendre. Ils exprimaient ainsi à la fois leur joie d'être 
sortis de leur prison et leur haine à l'égard des sauterelles. Rien ne 
pouvait ralentir leur ardeur. Et voyez le résultat! Le gros de la 
troupe, qui avait heureusement abandonné notre village, se diri- 
geait en ligne droite vers les plantations du résident, quand le 
tapage éclata. Rien de plus curieux que de voir l'avant-garde de la 
colonne, qui s'avançait comme un épais nuage, s'arrêter tout à coup 
en entendant ce bruit infernal, puis, se redresser comme la tête d'un 
serpent et changer de direction. Les premiers rangs de la troupe 
n'eurent qu'un moment d'hésitation ; ils se détournèrent aussitôt : 
les jardins du résident étaient sauvés. 

(( La colonne se dirigea ensuite vers l'Est, par-dessus des marais 
el de petites plantations de riz, vers la mer. Là, elle dut faire halte. 
Les sauterelles ne restèrent cependant pas longtemps en suspens. 
La pointe extrême de la troupe se concentra encore une fois, comme 
une nuée d'orage vue à distance, puis, les insectes remorqués par le 
^ent, se dirigèrent de nouveau vers l'intérieur dans la direction 
sud-ouest. Ils disparurent insensiblement à l'horizon. 

i( Cette nuée, que suivirent d'autres troupes venant de diverses 
directions, mit trois heures à s'écouler. En tenant compte de la 
vitesse avec laquelle les insectes volaient, on peut estimer la ion- 



CHRONIQUE COMMERCIALE, INDUSTRIELLE ET AGRICOLE 469 

gueur de la colonne à douze kilomètres. La largeur pouvait en ôtre 
d'un kilomètre au moins. Jusqu'au soir et même jusqu^au lendemain 
matin, on put apercevoir des sauterelles isolées . On les laissa aller 
en paix. On était trop heureux d'être débarrassé du gros de la 
troupe. Il arrive souvent que, par suite d'une saute de vent, la môme 
nuée reparaisse peu de jours après. Ce ne fut heureusement pas le 
cas, cette fois. » 



Qîbliogpaphîe de (Dadagaseap 



Année 1905 {1) 



REVUES 

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carte. 

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peu CONNUES de LA REGION DU SuD-EsT DE MADAGASCAR, rapportées 

par M. Geay ; 2" Tableau Synoptique des Euphorbes de Mada- 
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(1). Voir la i^ei^ue depuis le 10 mars 1905 



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Eclair, septembre 1905. 

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le Havre-Eclair du Havre, 15 sept. 1905. 

Critique de Tétat économique de la Colonie, au sujet de la candi- 
dature de M. Augagneur. 

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21 sept. 1905. 

Article élogieux sur M. Augagneur. 

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Madagascar. 

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Historique de la Grande Ile. 

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Eloge de Tétat financier de la Colonie» 

Le Temps. Paris, 23 octobre 1905. — Le général Gallieni. 

L'œuvre militaire du général; considérations sur son adminis- 
tration. 



BULLETIN DU COMITÉ 



Avis. — Nous prions instamment tous nos collègues de vouloir bien 
ne pas omettre de nous indiquer^ le cas échéant y leurs changements 
d'adresse; le service de la Revue devient forcément irrégulier, sinon 
impossible^ quand nous ignorons l'adresse exacte à laquelle nous 
devons le faire, et donne lieu à des réclamations qui sont peu Justin 
fiées. Nous serions particulièrement reconnaissants à nos collègues 
de Madagascar^ qui rentrent en France ou qui retournent dans la 
Colonie après avoir passé quelque temps dans la métropole, de tenir 
compte de notre prière, 

OFFRES ET DEMANDES 

50 Jeune homme, 27 ans, en cours d'études à TEcole Nationale de& 
Eaux et Forêts (Forêts coloniales) et à TUniversité de Nancy 
(Section de TEnseignement colonial), parlant allemand, possédant 
connaissances techniques, pratiques et commerciales de l'exploita- 
tion forestière, désire s'entendre avec Compagnie ou Société ayant 
des concessions à mettre en valeur à Madagascar. Références pre- 
mier ordre. 

Ecrire au Comité de Madagascar. 

70 Un des plus anciens colons de Madagascar, établi à Majunga, 
possédant 1000 hectares de pâturaj^es avec pacage, etc., mettrait 
volontiers ces ressources à la disposition des commerçants en 
bétail. S'occuperait aussi, au besoin, de l'embarquement, etc. 

S* Propriété de 4 hectares à vendre, sise dans la baie d'Antongil^ 
province de Maroantsetra; 17.000 pieds de vanille, 1.500 caféiers. 



BULLETIN DU COMITÉ 479 

arabica, 200 jeunes cocotieris, 3.000 bananiers; deux cases mal- 
gaches; close par haie naturelle. Sur rivière navigable et acces- 
sible aux navires ne cl(^passant pas 60 tonneaux. Occasion excep- 
tionnelle. Ecrire au Comité. 

9^ Un colon de Madagascar recherche un associé possédant un 
capital minimum de 30.000 fr. pour une affaire d'élevage. Rensei- 
gnements au bureau du Comité. 

10<* Propriété à vendre située près d'Antalaha, province de 
Vohemar, 60 hectares en partie exploités. Vanille 16.000 pieds. Café 
arabica 16.000 pieds. Rapport cette année. Maison avec dépendances. 
Route de Vohemar àMaroantsetra. Rivière navigable avec pirogues, 
conduisant au port d'Antalaha. S'adresser au Comité. 

12° M. F..., garçon restaurateur ayant servi dans les meilleurs 
restaurants de Paris, connaissant cuisine, désirerait place gérant ou 
maître d'hôtel à Madagascar. 

19^ Homme marié, 4*2 ans, ayant fait 4 ans service comme marin 
de l'Etat, possédant aptitudes pour gérer exploitations forestières 
et scieries à vapeur pour le débit des bois, ameublement, charpente, 
menuiserie, etc., désirerait trouver emploi à Madagascar. S'adresser 
au Comité. 

20o Agriculteur, 31 ans, 3 diplômes agricoles (agriculture, lai- 
terie, aviculture), excellentes références, ayant occupé emploi chef 
de culture à Madagascar (côte ouest) demande emploi analogue de 
surveillant aux colonies, de préférence à Madagascar. S'adresser à 
M. Alphonse Massin, à Fayl-Billot (Haute-Marne). 

21o Deux jeunes gens (20 et 24 ans), bonne instruction, deman- 
dent emploi chez commerçant ou industriel à Madagascar; dispo- 
seront prochainement de quelques capitaux. — S'adresser au 
Comité. 

25o Un de nos collègues habitant Madagascar, désirerait être mis 
en relations avec des maisons de commerce qui voudraient ouvrir 
des succursales dans la Grande lie. — S'adresser anx bureaux du 
ComUé. 

PROSPECTEUR ayant pratiqué quinze ans dans l'Amérique du 
Sud, demande emploi dans concession aurifère à Madagascar. 
Bonnes références. Ecrire à M. David E. Headley, aux bons soins 
de M. J. R. Saint-Phillippie et C'S à Cayenne (Guyane française); 



480 REVUE DE MADAGASCAR 

A VENDRE. — Vanillerie à proximité de Farafangana. 
S'adresser à M. Jean Lecomte, 105, Cours Henri, à Lyon. 

A VENDRE, pour cause de décès, Cyrano, sur l'Ivoloîna (60 
hectares environ), à 20 kilomètres de Tamatave, avec route car- 
rossable et rivière navigable. Propriété crée par M. 0. Bensch, pré- 
sident de la Chambre d'agriculture de Madagascar. 

Maison d'habitation, dépendances importantes, magasins, cuisine, 
basse-cour, etc. Moulin Pilter distribuant Teau dans la propriété. 
Outils et machines agricoles. 

Plantations. — !<> Cacaoyers 4.920 pieds : s'échelonnent sur 3 
années, ceux de la première entrant en rapport en 1905 (ont donné 
1/2 tonne de cacao préparé au 1**^ juin 1905). 

2° Cafés : 2.900 Libéria (5 ans) en rapport ; 250 cafés Stenophyla 
et Hybride Manès, de très belle venue. 

3» Cocotiers : 428. Une centaine en rapport, les autres âgés de 3 et 
4 ans. Très belle venue, 

4*» Bananiers : 9.987; donnant de 3 à 4.000 régimes. 

5° Ananas Victoria : 9.897. 

6° Vanillerie de 2.500 pieds, en rapport. Est fort belle. 

7° 222 arbres fruitiers divers, en plein rapport; letchis, orangers, 
mandariniers, manguiers, pommiers, pruniers, mangoustans, ceri- 
siers du Brésil, avocatiers, etc. 

Les letchis seuls donnent un revenu pendant le mots de décembre 
de 1.000 à 1.200 francs. 

8<» Colatiers, muscadiers, girofliers, ylang-ylang. 

Pour les conditions de vente, s'adresser à M. Bensch, administra- 
teur-adjoint à Majunga, ou aux bureaux du Comité. 

A VENDRE à l'amiable pour cause de départ (fonds de commerce), 
Grand Hôtel de France, café-restaurant; J. Bourgeac, propriétaire 
rue Guillain, en face le théâtre (Tananarive). 

Établissement de 1" ordre, le mieux situé de la ville; chambres 
meublées, bains et douches, installation complète. Affaire de grand 
avenir étant donné le développement considérable des terrains auri- 
fères aux environs de Tananarive. 

Nota. — M. Bourgeac continuera à servir sa clientèle jusqu'à 
l'arrivée de son successeur, s'il y a lieu. 



Le secrétaire général du Comité de Madagascar 

Dirbcteuk-Gérant : C. DELHORBE 



408a. — G. de Malherbe, imprimeur 12, passage des FaTorifes, XV* 



DANS L'ATTENTE 



d'une 



NOUVELLE LÉGISLATION 

MINIÈRE 



Du 3 juin 1905 au 21 novembre de la même année, notre 
colonie de Madagascar est restée sans législation minière. A 
cette suspension des piesures administratives a naturellement 
correspondu Tarrêt d'une activité naissante et d'exportations 
déjà croissantes, mais non pas un ralentissement de la spécu- 
lation. La spéculation a prolité, comme on aurait dû s'yaiten- 
dre, de la période d'incorlilude et d'attente, pleine de rumeurs 
fAcheuses, de hruils contradictoires, d'espérances éphémères 
et d'alarmes prolongées. 

Si les bonnes méthodes de puériculture nous prescrivent, 
pour nos enfants, l'habitude hygiénique d'une activité continue 
mais sans fatigue, sans à-coup, ni soubresaut, et des précau- 
tions qui écartent toute occasion d'oisiveté malsaine, tout 
danger de fièvre pernicieuse, il faut avouer que notre jeune 
colonie est une adolescente dont la croissance est bien mal 
surveillée ! 

Le ministère des Colonies a consacré un semestre presque 
entier à la revision du décret minier du 20 février 1902. 

On pouvait donc à bon droit s'attendre à une œuvre 
approfondie et définitive. 

Le décret de 1902 avait un caractère provisoire et sur plus 
d'un point on pouvait trouver bon de préciser et de dévelop- 

31 



482 REVUE DE MADAGASCAR 

per certaines dispositions prises un peu hâtivement, alors que 
la colonisation de la Grande Ile ne faisait que débuter encore. 

On aurait pu, notamment, reviser les règles qui fixent trop 
sommairement les relations entre les mineurs et les cultiva- 
teurs, entre le colon industriel et le colon agriculteur, entre le 
concessionnaire du sous-sol ou le prospecteur pourvu d'un 
perihis d'exploitation alluvionnaire et le propriétaire de la 
surface. Mais le nouveau décret ne fait que reproduire les 
principales dispositions de la législation antérieure. Son 
caractère, bien défini, est, comme nous le pressentions (1), 
purement et nettement liscal. 

Ce décret est manifestement incomplet et ne fait, en plus 
d'un endroit, que laisser au Gouverneur général de la (îrandc 
Ile le soin de rédiger et de faire paraître des arrêtés qui 
pourront d'ailleurs varier suivant l'humeur de ce haut fonc- 
tionnaire et la personne du concessionnaire en cause. 

L'œuvre n'est donc pas approfondie, mais nous nous en 
consolerons en songeant qu'elle n'est pas non plus définitive, 
et qu^après une étude sérieuse de la situation et des besoins 
réels de Madagascar, le nouveau (Gouverneur général prendra 
l'initiative de renoncer à quelques-uns des pouvoirs exborbi- 
tants dont on l'investit et de proposer un remaniement nou- 
veau de toute cette législation. 

Nous avons cité, dans un précédent article, les diverses 
taxes qu'on pouvait appliquer à des mines d'or : taxe à la 
surface, taxe au produit brut, taxe au produit net. Le décret 
du *2H novembre les applique toutes, il ne nous fait grâce 
d'aucune. Je vous avais dit qu'il serait terriblement fiscal. 

La taxe superficielle est fixée à 2 francs par hectare pour les 
gisements alluvionnaires, à KKJ francs pour les gisements 
iilonicns. I^n taxe sur le prodiiii brut est de 5 p. 1(H) el s'ap- 
pli(|uc également aux alluvions et aux liions. Une taxe sur le 
produit net dépassant 250.(XK) francs nous menace aussi, 
mais j'oppose à cette menace un front serein et un sourire 
stéréotypé qu'envieraient les premiers sujets de notre corps 
de ballet national : le jour où la Société dont je suis action- 
anirc recueillera un produit net supérieur à 250.000 francs, jr 

'1 Voir la Revue de Madagascar du 10 octobre llK)r>. 



DANS l'attente d'uNE NOUVELLE LEGISLATION MINIÈRE 483 

deviendrai actionnaire de deux sociétés, recueillant chacune 
un produit net légèrement supérieur à 125.000 francs, et voilà 
tout! 

On peut remarquer, d'après des renseignements exposés dans 
mon précédent article, que la législation minière des Indes 
Néerlandaises et celle de la Colombie britannique présentent 
le cumul de la taxe à la surface et de la taxe au produit brut. 

Mais si la taxe superficielle est élevée (environ 3 francs par 
hectare) dans la Colombie britannique, la taxe sur Tor extrait 
n*y est que de 2 fr. 50 pour 100; et si, aux Indes Néerlan- 
daises, la taxe sur le produit brut est de 4 pour 100, la taxe 
à la surface y est insignifiante. A Madagascar, Timpôt frappe 
de toutes parts et frappe toujours fort. 

Et puis, je regrette, vivement que le décret du 23nov^embre 
ne dissipe pas, sur une question essentielle, l'ignorance pro- 
fonde dont je soufl're. 

Je voudrais bien savoir comment on va définir i\ quelh* sur- 
face s'appliquert) la taxe superficielle qui vise rexploilulion 
d'un filon. 

La surface du filon exploité varie d'une heure à l'autre à 
mesure que les travaux avancent. Et même à un moment 
donné je me demande comment on mesurera, pour la taxer, 
celle surface de Texploilation souterraine. 

Veut-on considérer la projection de ce filon exploité sur Je 
sol? Le sol de Madagascar n'est pas un plan, il s'en faut de 
beaucoup. Et puis il |)ourrait y avoir des filons eimemis du fisc 
sinon de la fraude, qui se présenteraient perj^endiculairemenl 
au sol, de sorte que la projection en serait réduite aune sim- 
ple ligne de faible épaisseur. Je pensais que la taxe superfi- 
cielle devait frapper non le gisement, alluvion ou filon, mais 
le permis d'exploitation. 11 n'en est rien et mon esprit se débat 
dans les ténèbres. Oui nie tirera du doute? Un arrêté du 
(fouverneur ^'^énéral peul-Otre. On nous en promet j>artout. 

J'ai imaginé le cas d'un colon autorisé à exploiter plusieurs 
kilomètres carrés d'alluvion et découvrant sur cette superficie 

un filon de peu d'importance et d'étendue Il convient qu'on 

n'impose pas h l'ensemble de l'exploitation les taxes qui 
seraient applicables au filon seul. 



484 REVUE DE MADAGASCAR 

Ce cas a été prévu par le décret nouveau : « Un arrêté du 
Gouverneur général pris en Conseil d'administration sur la 
proposition du chef du service des mines, fixe le caractère du 
gisement et, s'il y a lieu, la surface partielle à laquelle sera 
faite l'application de la taxe spéciale prévue pour les gise- 
ments filoniens. » 

De sorte que le colon payera ce qu'il plaira au Gouverneur 
général ! 

Le Gouverneur général a d'ailleurs bien d'autres facultés : il 
peut fermer certaines régions à la recherche de Tor, soit pour 
une durée déterminée, soit sine die. Il peut ainsi non seule- 
ment interdire la délivrance de nouveaux permis, mais suppri- 
mer Teffet de permis, déjà existants. 

Il peut d'ailleurs accorder des exonérations ou modérations 
de la taxe de 5 pour 100 sur le produit brut des exploita- 
tions. 

Si, au cours du xxe siècle, le pouvoir personnel est banni de 
tous les pays du monde, il aura trouvé un refuge dans la 
Grande-Ile africaine. 

Le Comité de Madagascar a interrogé, au sujet de la nou- 
velle législation minière, plusieurs personnes compétentes 
dont il serait bon, en haut lieu, de méditer les avis. Ou'on 
entende les cris de désappointement, de découragement et de 
détresse de ceux qui jadis ont fondé des espérances sur l'ave- 
nir des colonies françaises. Qu'on comprenne aussi les soupirs 
de soulagement, plus suggestifs encore, des colons résignés 
à tout, qui ont tout subi, que rien n'étonne plus et qui se féli- 
citent d'un moindre mal parce qu'ils appréhendaient un dé- 
sastre complet. 

La satisfaction contenue de ceux-ci ne donne pas moins à 
réfléchir que les critiques de ceux-là. 

Je crains seulement qu'on tienne trop peu compte des opi- 
nions émises par les colons. 

Le colon est un être qui se sent attiré vers un pays loin- 
tain par le désir du lucre, et l'on sait que notre législation 
coloniale réprime sévèrement pareil appétit ! 

Et pourtant, sans l'espoir légitime d'un gain respectable, 
il n'y aura pas d'esprit d'initiative. El c'est l'esprit d'initiative 



DANS i/aTTENTE d'uNE NOUVELLE LÉGISLATION MINIERE 485 

qui devrait inspirer notre expansion coloniale trop souvent 
compromise par Tesprit d'aventure. 

Robert Dumeray. 



L'Opinion de$ Intéressés 

Nous avons pensé qu'il y avait quelque intérêt à recueillir^ 
sur le nouveau décret minier et ses conséquences pour Vavenir 
de In Colonie, l'opinion de quelques personnes qui, par leur 
situation, se trouvaient à même de donner sur cette question 
capitale un avis autorisé. 

Nous publions ces réponses dans l'ordre où elles nous sont 
parvenues^ et nous en remercions bien sincèrement les auteurs. 

C« 4U« pens« M. l'InjénlMr Uvaf 

Vous m'avez demandé de vous faire connaître mon avis 
sur la nouvelle législation minière de Madagascar. Sa lecture 
a confirmé les craintes dont je faisais part à V Union (^olo- 
niftle dans sa réunion du 23 novembre dernier (communication 
relative à l'ensemble de nos législations minières aux colo- 
nies). La fiscalité excessive de ce nouveau décret minier ne 
fait que continuer, en l'accentuant, le régime dont tous les 
intéressés se plaignent à juste titre et qui est de nature à 
étoufTer nos industries minières existantes ou à créer. 

Mais je ne saurais m'élever avec trop d'énergie contre la 
double innovation âe principe, très grave, qui se fait jour 
dans ce document et qui s'affirme nettement dans Texposé 
des motifs. 

L'autorité concédante (la Colonie dans l'espèce) nous est 
présentée, dit le texte, comme « propriétaire » ou tout au 
moins souveraine du domaine exploité. Le mol de propriétaire 
y est tempéré, il est vrai, par l'expression de souveraine qui 
lui fait suite, mais l'idée est facile à suivre dans le texte, car, 
un peu plus loin, le même exposé des motifs nous apprend 
que, en outre de la taxe superficielle et de la taxe de 5 0/0 sur 



486 REVUE DE MADAGASCAR 

le poids brut récolté, nous aurons à payer une participation : 
je cite textuellement : 

<( Ces taxes ne peuvent d'ailleurs constituer Tunique charge 
des exploitations donnant des bénéfices exceptionnels; c'est 
pourquoi le décret prévoit une participation fixée à 5 pour 
100 de l'excédant des bénéfices nets au delà d'un chiffre annuel 
de 250.000 francs. » 

C'est donc bien la Colonie, propriétaire du gisement , qui en 
concède l'exploitation moyennant une participation dans les 
bénéfices, en sus des taxes fixes. 

On croit i*éver en voyant une rédaction pareille dans un 
document officiel. Jamais le Conseil dos Mines n'anrail laissa 
passer l'énoncé d'un pareil principe. Il est do droit minier élé- 
mentaire en France que, avant sa concession, une mine est 
res niillius que nul ne peut exploiter et dont nul ne peut dispo- 
ser, pas même le propriétaire du sol. 

N'allez pas croire que ce soit là une querelle de mot. La 
suite nous prouvera, hélas à nos dépens, que la participation 
est chose élastique et qu'elle peut ^tre augmentée si l'exploi- 
tant réalise des bénéfices par trop « exceptionnels ». 11 y a 
d'ailleurs un précédent, que j'ai signalé l'autre jour, c'est 
celui du nickel en Nouvelle-Calédonie. Le ministre nous dit 
bien, en terminant que « les dispositions du décret ont un 
caractère définitif eiparaissenl concilier dans une mesure con- 
venable les intérêts privés et ceux de la Colonie ». 

Malheureusement, cette assurance ne se trouve que dans 
l'exposé des motifs, ce qui ne constitue nullement un engage- 
ment formel. 



* 



Le décret innove un principe des plus dangereux, qui, 
par ces temps de suspicion acharnée, va créerde graves ennuis 
si Ion applique les articles qui prévoient Timmîxion du Gou- 
verneur dans la recherche et dans l'exploitation des mines 
d'or dans la Colonie. 

En ce qui concerne tout d'abord les recherches, il va y 
avoir trois genres de territoires où s'exécuteront les 



DANS l'attente d'uNE NOUVELLE LÉGISLATION MINIERE 487 

recherches : le Paradis^ le Purgatoire et l'Enfer. En eJÏet : 
^ « Art. 6i — Le Gouverneur général peut, par arrêté pris en 

Conseil d'administration, fermer certaines régions à la 
recherche, soit pour une durée déterminée (c'est le Purgatoire), 
soit sine die (l'Enfer). Dans ce derniei^ cas, l'arrêté est sôtinîis 
à la ratification du ministre des Colonies et tous travaûdô de 
recherches sout interdits dans ces régions, » 

Ceux qui trouveront de Tor dans les lerHtoirr^s fermés lem- 
porairement attendront sous rorme qu'il plaise k Fâdmiliis- 
tration que l'interdiction soit levée, mais leurs droits de prio- 
rité seront respectés. Quant à ceux qui trouveront de l'or dans 
les territoires fermés sine dic^ ils sont dans reniV*r où, rohime 
Ta dit le poète : 

Lûsciate ogni Speranza, 

ils ne pourront môme pas, ces malheureux, planter un poteau- 
signal, car : 

Art. 10. — Aucun poteau-signal ne peut êtt*e placé dans 
une région fermée «i/ic diek la recherche. 

Comble ces terrains tabou ne seront certainement pas déli- 
mités d'une façon visible siir le sol, je conseille ^i mes col- 
lègues en prospection, s'ils ont la chance de trouver de Tor, 
de bien s'assurer au préalable qu'ils ne risquent pas, en fai- 
sant naïvement leur déclaration, de perdre le fruit de leur 
travail. On pourrait, en effet, leur apposer l'article 13 : « Les 
demandes de permis de recherche qui s'appliqueraient à des 
périmètres situés dans une région fermée sine die à la recherche 
sont nulles et non avenues de plein droit et il ne leur est donné 
aucune suite. » 

Ils seraient, en efTet, nettoyés comme des petits saint Jean, 
mais, par contre, leur tuyau pourrait être utilisé très facilement 
et sans peine, le jour où, le sine die ayant été levé, les petits 
dossiers étouffés dans des cartons verts prendraient instanta- 
nément de la valeur poiir ceux qui seraient admis à y mettre 
» le nez . . . 

L'exposé des motifs ne nous donne pas la clef de ce mys- 
tère. On m'a dit que ces dispositifs inusités étaient destinés à 
empêcher la prospection dans des régions peu sûres de la 



488 REVUE DE MADAGASCAR 

Colonie, où on craint de voir s'engager les prospecteurs 
hardis, risquant leur peau, qui, s'ils étaient assassinés, obli- 
geraient le Gouvernement à tirer vengeance. J'avoue ne pas 
comprendre cette raison, si on la donne, car elle ne diminue 
en rien, au contraire, le droit primordial de Tinvcnteur, qui 
est le fondement de toutes les législations minières colo- 
niales. La plupart des autres pays prévoient une prime : 
exemption de droits, faculté de se choisir le meilleur poste, 
etc., en faveur de Tinventeur d'une région aurifère précédem- 
ment inconnue. On est en train d'introduire une clause de ce 
genre, sur notre demande expresse, dans la législation mi- 
nière guyanaise. A Madagascar, cette initiative cera punie. 

J'ai idée que ces clauses draconiennes mises à la dispo- 
sition du fîouverneur général lui paraîtront, à juste titre, 
dangereuses, décourageantes et ne seront jamais ajipliquées. 
il eût été bien préférable de ne pas les introduire. 

L'administration va être aussi dispensatrice d'autres bien- 
faits. L'article 24 dit, en effet, que « des exonérations ou 
modérations de la taxe de 5 pour 100 (sur la valeur des matières 
extraites au lieu d'extraction) pourront (^tre accordées, par 
voie de détaxe, sur la demande des intéressés, par arrt^tés du 
Gouverneur général en Conseil d'Administration; pour les 
exploitations de gisements Hloniensqui, d'après justifications, 
n'auraient, en raison d(\s dépenses occasionnées parles instal- 
lations faites sur place, donné aucun produit net pendant 
l'année écoulée ». Suivant l'état d'esprit de ceux qui auront à 
appliquer les divers membres de phrase incidents de cette 
rédaction tourmentée, on pourra faire amortir les dépenses de 
premier établissement dans un délai très court et ne faire 
ressortir ainsi aucun bénéfice pendant plusieurs exercices, ou 
bien n'en admettre qu'une portion restreinte, si les postulants 
ne sont pas bien en cour. Vous voyez d'ici les conséquences. 
Les réclamations vont pleuvoir au Pavillon de Flore et les 
instituteurs qui tiennent à voir M. le ministre des Colonies 
sans attendre dans la salle des Pas-Perdus feront bien de se 
hâter : la liste d'audience va s'allonger encore. 

Taxes de surface. — 2 francs par hectare et par an pour les 
alluvions constitue une charge écrasante pour la plupart des 



DANS l'attente d'uNE NOUVELLE LÉGISLATION MINIERE 489 

petits exploilants alluvionnaires. Ce chiffre est absolument 
exagéré ; on en aura la preuve dès Iç début de Tapplication . 
Tous ceux qui ont vu de près Texploitation alluvionnaire à la 
bâtée, système le plus généralement répandu dans Tlle, 
savent qu'il faut de grands espaces pour réaliser un gain 
modéré. 

Le Malgache travaille sur les chantiers, à son gré et à son 
heure. S'il entend parler d'une alluvion située dans le voisi- 
nage, qui paie mieux que la sienne, il y court, déserte le chan- 
tier, et laisse son patron en plan. Si ce dernier n'est pas pro- 
tégé par un périmètre suffisant, il n'a plus qu'à plier bagage et 
à perdre ses frais avancés. C'est ce que nous allons voir se 
produire à très bref dôlai si on n'apporte pas d*îidoucissement 
au décret. Malheureusement on ne paraît pas avoir prévu Ir 
ras. 

La faveur de la détaxe est réservée aux seuls exploitants 
liloniens. (Cependant les laveurs d'or ont bien aussi leur 
importance puisque la presque totalité de l'or actuellement 
produit par Madagascar n'a pas d'autre origine. Notez aussi 
que ces exploitants vont payer 5 pour 100 non pas sur du 
minerai aurifère tenant plus ou moins de métal précieux, 
mais bien T) pour 100 sur de la poudre d'or, e'est-à-dire sur 
un produit fini, ayant une valeur non discutable. Toutes ces 
(juestions vont (^Ire laissées à l'appréciation du Gouverneur 
général : c'est une bien grande responsabilité qu'il doit assu- 
mer de ce chef. 

Même incertitude en ce qui concerne la classification des 
gisements. Pour distinguer les gisements filoniens (100 francs 
par hectare) des alluvionnaires (2 francs par hectare), nous 
n'avons que la courte définition de l'article I" : 

(( Sont considérés comme gisements filoniens les couches 
ou filons de quartz ou autre roche en place contenant de l'or 
ou autres métaux précieux ou pierres précieuses. 

a Tous autres gisements sont considérés comme gisements 
alluvionnaires. » 

Ouid des conglomérats, comme ceux du Transvvaal, qui ne 
sont pas delà roche en place? Quid de la latérite, qui n'est 
pas en place non plus et qui est formée par des gneiss auri- 



490 REVUE DE MADAGASCAR 

fëres, qui, eux, rentrent dans la oalégoriedes filons. Où (inilTun, 
où commence l'autre ? Nous allons entrer dans des discus- 
sions d^ordre géologique dont nous ne sortirons jamais si on 
veut appliquer la définition à la lettre. Tout cela est bien 
inquiétant. 

L'article 23, dans son dernier paragraphe, nous promet 
aussi des surprises périlleuses : 

« Les bases de Tévaluatlon de cette taxe (5 pour 100 de la 
valeur den matières extraites au lieu d'extraction i, seront 
déterminées chaque année par arrêté du (Gouverneur général. 

Une vaut une tonne de minerai de quartz aurifère contenant 
1 once (31 grammes) d'or sur le lieu d'extraction, en forêt, a 
Madagascar? Zéro, s'il faut l'exporter. C'est, au contraire, une 
teneur très satisfaisante si on la broie sur place. 

Il faudra donc, contradictoirement, établir les frais de trai- 
tement pour les déduire de la valeur du minerai. Mais ces 
frais varieront considérablement suivant le coût de l'extrac- 
tion, la nature du minerai, le mode de traitement^ suivant 
que l'or sera op non combiné à des minéraux rebelles, tellu- 
rures, etc. Il faudra, sous peine d'inégalités flagrantes, rendre 
des arrêtés pour chaque mine et ces arrêtés seront variables 
d'année en annexe? 

Aucune exploitation minière ne peut vivre sous un régime 
aussi précaire et, comme je le disais plus haut, le décret n est 
viable que s'il est appliqué dans un esprit différent de sa 
lettre. 

On sent, à la lecture de l'exposé des motifs, que le décret a 
été préparé sous l'empire d'une émotion causée par le c< boom » 
du printemps dernier, annonçant dans la Colonie, des Eldo- 
rados à côté desquels pâlirait leTransvaal. On s'est emballé 
au ministère, sans se rendre compte que ces fluctuations sont 
inséparables des débuts de tout pays aurifère et qu'il ne faut 
leur accorder qu'une valeur relative. En réalité, Madagascar, 
comme tous les autres pays aurifères, aura besoin de beau- 
coup de capitaux pour développer ses richesses minières î on ne 
pouvailpas suivre une politique plus néfaste que celle adoptée, 
en les effrayant par des expressions malheureuses. Qu'est^e 
que c'est que des bénéfices exceptionnels dont on nous parle? 



DANS l'aTTKNTK UVSK NOUVELLE LÉGISLATION MINIERE 491 

Où sont-ils, que j'y coure? II semble que c'est au delà de 
250.000 par an qu'on doit commencer à considérer le bénéfice 
comme exceptionnel, puisque c'est à ce chiffre que la pénalité 
commence. Mais tout dépend du capital engagé pour arrivera 
ce chiffre fatidique. S'il a fallu exposer 2.500.000 francs, ce qui 
n'est pas considérable quand il s'agit de monter pilons et 
cyanuration dans la brousse, avec tous les aléas du climat et 
de Téloignement, c'est un bénéfice de 10 pour 100 qu'on con- 
sidère comme exceptionnel. Mais toute personne raisonnable 
vous dira que c'est le minimum de ce qu'il faut payer aux 
actionnaires pour que l'affaire puisse Otro classée comme 
moyennement payante. 

Si la mine demande une immobilisation supérieure à 
2.500.000 francs ce sera bien pis, car elle sera obligéef de 
donner à la Colonie 5 pour 100 de son bénéfice, même si elle 
ne distribue qu'un dividende infime. C'est fermer d'avance la 
porte aux grandes installations économiques et au traitement 
des minerais pauvres pour lesquels il faudrait construire de 
vastes usines de cyanuration. Ce sera le règne des petites 
affaires et de Técrémage des meilleurs gîtes. Nous souffrons 
en Guyane, du même mal, dû aux mêmes causes et comme 
cette colonie est plus anciennement exploiti^c que Madagascar, 
ou peut juger par ce qui s'y passe des résultats que je prédis. 
On ne peut exploiter en Guyane que les gisements très riches, 
en les écrémant, le reste est à l'abandon et Tindustrie aurifère 
ne sort pas de la médiocrité, bien qu'il y ait dans cette colo- 
nie des gîtes reconnus et prouvés comme très payants. Voilù 
le résultat fatal auquel conduisent des mesures de ce 
genre. 

J'ai donné, dans ma récente communication à V Union Colo- 
niale, des chiffres tirés des comptes rendus de sociétés gUya- 
naises existantes, indiscutables par conséquent, qui démon- 
trent qu'avec le système de l'impôt sur le produit brut, on 
travaille surtout pour la Colonie. Pour les sociétés les plus 
prospères de la Guyane, l'ensemble des impôts miniers payés 
par elles dépasse de beaucoup la totalité des dividendes 
qu'elles ont distribués : je vous laisse à penser ce qu'il en est 
des affaires moins avantageuses. 



492 REVUE DE MADAGASCAR 

11 est réellement désolant de voir que Tévidence des faits 
n'ouvre pas les yeux de rAdministralion et que, malgré nos 
réclamations, l'attitude vis-à-vis des exploitants courageux 
qui risquent leur argent, leur santé et leur vie dans les 
affaires minières coloniales, non seulement ne varie pas, mais 
qu'elle empire à chaque législation nouvelle. 

En ce qui concerne Madagascar, je crois vous avoir claire- 
ment prouvé que tout dépendra de la façon dont notre nouveau 
Gouverneur général entendra l'application du décret du 
'23 novembre. 

Je suis pour ma part, convaincu que s'il l'exécute à la lettre 
on sera, à très bref délai, obligé de changer cette législation, 
sous la pression unanime de l'opinion publique. 

Je causais, ces jours derniers, de cette question de légis- 
lation coloniale avec une personnalité des plus en vue du 
Corps des Mines, qui jouit d'une autorité méritée dans ce genre 
de questions. 

« Pouvez-vous me dire, mon cher Levât, me dit-il avec son 
fin sourire, combien de fois on a changé la législation minière 
de la Nouvelle-Calédonie? 

« Décrets des 13 septembre 1873, 22 juillet 1883, ir> octo- 
bre 1892, 24 juin 1893, 17 octobre 1896, 27 avril 190r>, plus un 
<lornier en enfantement au Conseil d'EItat, lui dis-je sans 
broncher. 

« Très bien. Cela fait sept en vingt-huit ans, soit une 
moyenne de quatre ans par décret. Et pour Madagascar? 

«' Décrets des 17 juillet 1896, 20 février 1902 et enlîn 
22 novembre 1905. 

« Elève Levât, je vous marque un zéro. \'ous avez oublié le 
décret du 23 juin 1905 qui dit. que tout est supprimé. Cela fait 
quatre en neuf ans, un tous les deux ans; la moyenne s'abaisse. 
Vous voyez donc que vous n'avez pas longtemps à attendre 
pour qu'on vous donne encore du neuf. 

(( Mais, lui dis-je épouvanté, à chaque fois on nous charge 
un peu plus : nous finirons par crever. 

« On a raison, vous pouvez payer apparemment, puisque 
vous ne vous plaignez que timidement en tirailleurs isolés. 
Organisez-vous, on vous écoutera peut-être.» 



DANS L ATTliNTE u'UNE NOL\^LLE LEGISLATION MINIERE 493 

Le conseil est bon. Il ne tient qu'à nous de le suivre. 

D. Levât 

Membre du Conseil supérieur des Colonies. 

L'Opinion de flt. Besson 

Bien que la nouvelle réglementation minière, en ne s'appli- 
quant qu'aux exploitations établies postérieurement à sa pro- 
mulgation, offre rinconvénient de constituer une troisième 
catégorie de concessions, elle nous paraît dans son ensemble 
assez satisfaisante et Ton ne peut regretter qu'une chose, c'est 
que le retard apporté à sa promulgation ait paralyse pendant 
plusieurs mois les initiatives qui s'étaient portées vers ces 
affaires. 

On s'était ému à Madagascar du projet du Gouvernement 
concernant la taxe superficielle des exploitations filoniennes, 
taxe qui était exagérée, si on la calculait sur la surface totale 
des piquets. Les termes du décret nous rassurent : le droit de 
100 francs ne sera appliqué que sur la surface des gisements 
nioniens proprement dits, le reste des exploitations étant 
taxé à '2 francs par hectare. 

Il y a cependant un point du décret qui mérite des réserves, 
c'est la taxe de .") pour 100 sur la partie du revenu des exploi- 
tations dépassant 250.000 francs. 

Le principe de cette taxe est excellent, puisqu'il atteint 
seulement des exploitations donnant des résultats et constitue 
en quelque sorte un impôt sur le revenu, mais il consacre 
l'ingérence de Tadministration dans la comptabilité des 
affaires minières, car nous ne supposons pas qu'on accepte 
sans les contrôler, les déclarations des exploitants. 

Comme cette taxe pourrait donner lieu à des divergences 
de vues entre les sociétés et l'administration sur la question 
d'établissement des bénéfices, il sera nécessaire qu'un règle- 
ment très précis soit élaboré qui ne laisse rien à l'arbitraire, 
si l'on veut donner toute confiance aux capitaux qu'il est indis- 
pensable d'intéresser à ces affaires aurifères. 

Ainsi, dans l'établissement des bénéfices, il est d'usage de 



494 REVUE DE MADAGASCAR 

• 

tenir compte d'un amortissement des frais de premier établis- 
sement et de matériel, amortissement dont létaux varie avec 
chaque société. 

De ce fait, certaines exploitations très prudentes consacrent 
la totalité des premiers bénéfices à l'amortissement total de 
leur matériel et de leurs frais de premier établissement, tandis 
que d'autres ne font que des amortissements insignifiants. 

Le règlement projeté devra donc déterminer d'une façon 
très précise les diverses éventualités qui devront se produire. 

Nous nous demandons d'autre part si, pour une société, ce 
revenu de 250.000 francs s'appliquera à un seul piquet, ou à 
l'ensemble de ses exploitations. 

Dans ce dernier cas, le décret projeté ne tendrait-il pas à rien 
moinsqu'à engager les sociétésàcréer autant de fîlialesqu'elles 
possèdent de piquets, de façon à ne pas atteindre le minimum 
de 250.000 francs? 

Sous les réserves qui précèdent, nous ne pouvons r(u'ap- 
plaudir à cette nouvelle réglementation qui donne enfin une 
hasiî certaine de la législation minière. 

L. Besson. 

Les Critiques de M. Thirion 

Il faudrait de longues pages pour relever les erreurs de faits 
ot d'expressions, ainsi que les appréciations (|uc contient le 
Happorl du ministre qui précède ce décret; il en faudrait de 
plus longues encore pour discuter ce dernier qui semblt» 
ouvrir, plus larges que jamais, les portes au régime du Bon 
plaisir Qi qui viole le principe de non rétroactivité inscrit en 
l('»te de nos codes. 

Malheureusement, une fois de plus, nous assisîtons à l'éclo- 
sion d'une mesure prise, — avec les meilleures intentions du 
inonde, je le veux croire — sans les études préalables sur place 
cl sans avoir interrogé ni consulté \ immense niajorifé des inlê- 
fessés. 

11 faut placer ce décret à côté de ceux qui onl pour objet de 
doubler les taxes de consommation sur les matières dont 
l'importation à Madagascar doublent ou triplent, alors que la 



DANS l'attente d'UNE NOUVELLE LÉGISLATION MINIÈRE 495 

saine raison indiquerait de les diminuer dana la même propor- 
tion. 

Touie^ ces meauresi aoni des remèdea qu'on p«ut comparer 
au coup de fouet qu'on administre à une rosse haletante et 
poussive qui i^efuse d'avancer; elle fait un bond... et elle 
meurt ! 

Thirion. 

Ce que M M. LUnon 

Le nouveau règlement minier aggrave sensiblement les 
charges supportées par les exploitations aurifères à Mada- 
gascar. 

Sans contester qu'il y eût lieu, à l'heure présente, de 
modifier les règlements antérieurs et d'admettre le pouvoir 
concédant à une part raisonnable des profits retirés par les 
concessionnaires, il nous paraît que les taxes qui viennent 
d'être décrétées sont un peu prématurées et par suite exagé- 
rées. 

La réglementation proprement dite est juste et nécessaire. 
Rien à dire non plus de la réduction à un kilomètre de rayon 
de l'unité du permis. 

Cette réduction aura même l'avantage de rendre les bases 
deTimpôt plus exactes, si cet impôt ne porte que sur la partie 
utile du terrain concédé. 

C'est là, à notre avis, le point essentiel du nouveau régime 
fiscal. 

La taxe de deux francs par hectare pour les exploitations 
alluvionnaires sera supportable ou ruineuse et l'industrie nou- 
velle qui se prépare à Madagascar prendra un grand essor 
ou s'arrf^tera vite, suivant que l'impôt s'appliquera à des sur- 
faces réellement productives ou portera sur des périmètres 
globaux.^ richesse casuelle et hypothétique. 

Qu'il s'agisse de filous ou d alluvion§, l'impôt et la matiéie 
imposable doivent demeurer en rapport direct et procéder, 
pour ainsi dire, d'un gîte commun. 

S'il en est autrement, nous ne croyons pas que la grande 
majorité des exploitations actuelles puisse supporter les 



4% REVUE DE MADAGASCAR 

nouvelles charges, ce qui serait contraire au but poursuivi. 

Nous espérons, et nous avons même des raisons de croire 
que c'est ainsi que les taxes seront appliquées, bien que le 
décret du ^^3 novembre ne l'indique pas. 

Mais cela ne nous empêche pas de trouver excessif le taux 
des impôts nouveaux et d'estimer qu'il eût été plus sage de 
les ajourner encore quelque temps, jusqu'à ce qu'il soit bien 
démontré que les prospecteurs et les exploitants sont en état 
de les supporter. 

LiGNON. 

Président de la Compagnie Connnerciale 
et Minière de Madagascar. 

Les flpprécUtions de M. Buhan 

11 est bien difficile de prévoir Tinfluence que le décret du 
23 novembre est susceptible d'exercer sur l'avenir de Tindus- 
Irie aurifère à Madagascar; mais j'estime que les modifications 
apportées aux conditions de l'exploitation des alluvions ne sont 
pas sans présenter quelque danger, précisément parce qu'il 
n'esl guère possible d'en calculer dès maintenant la portée. 
Sans pouvoir, heureusement, prétendre d'une manière posi- 
tive que les nouvelles charges imposées aux exploitants et 
les nouv(*lles difficultés de recrutement de la main-d'œuvre 
devant provenir de la réduction des périmètres soient de 
nature à arrêter l'essor minier de la Grande Ile, on peut trou- 
ver regrettable que les pouvoirs publics aient agi de manière 
à ce que cette question puisse se poser. 

Un fait est certain : depuis trois ans, sous l'égide de la 
précédente réglementation, l'industrie aurifère avait suivi une 
marche très satisfaisante. 

(Juoi qu'on ait pud ire, la part de la colonie dans les résul- 
tats des exploitations était suffisante, puisqu'elle représentait, 
d'après une évaluation très modérée, un minimum de 25 0/0 
du bénéfice net réalisé par l'industriel au prix d'un travail qui 
n'était exempt ni de périls ni de déboires. 

Or les tentatives agricoles et industrielles laites à Mada- 
gascar n'ont pas eu de tels succès qu'il fût opportun de 
remettre en question la prospérité de la seule industrie qui 



DANS i/aTTENÏK d'uNE NOUVELLE LÉG1SL\T10N MINIÈRE 497 

eût vraiment réussi et qui fît concevoir de sérieuses espé- 
rances. 

En faisant suspendre brusquement, sans aucune mesure 
transitoire, la recherche de Tor au mois de juin dernier, sur 
des bruits de découvertes insuffisamment démontrées, et sans 
tenir compte d'intérêts respectables engagés sur la foi d'un 
règlement relativement récent, le gouvernement de la Métro- 
pole a fait preuve d'une impressionnabililé qui semblerait 
devoir être bannie de tout exercice du pouvoir souverain; il a 
contribué à l'entraînement de la spéculation qui devait croire 
bien fondées des nouvelles auxquelles ces mesures donnaient 
pour ainsi dire une consécration officielle, et il a rendu par 
suite plus profonde la chute d'illusions surexcitées, risquant 
ainsi de détourner des entreprises minières de Madagascar le 
courant actuel d'activités et de capitaux rendus désormais cir- 
conspects parla crainte de nouveaux mécomptes et par l'insé- 
curité résultant de Tinstabilité du droit minier de la Colonie! 

Il eût fallu rassurer ces intérêts en détruisant avant tout 
cette dernière préoccupation et ramener la confiance dans 
l'esprit des prospecteurs en leur permettant de compter sur 
une certaine stabilité dans la législation. Le moyen n'était-il 
pas de revenir simplement au régime antérieur en ce qui 
concernait l'exploitation des alluvions aurifères et de limiter 
les modifications aux règles relatives à l'exploitation des 
gisements filoniens? Le temps écoulé entre les décrets de 
juin et novembre, s'il paraissait critiquable en raison de sa 
trop longue durée, avait du moins présenté l'avantage de 
donner au législateur tout le loisir de la réflexion et la faculté 
de constater le peu de consistance des causes qui avaient 
provoqué sa première intervention. La cause s'évanouissant, 
TefTet ne devait-il pas disparaître? 

II ne suffit pas que le rapport qui précède le décret du 
23 novembre affirme le caraclère définitif des nouvelles 
dispositions pour leur assurer le caractère de perpétuité et 
pour donner aux intéressés les garanties désirables. Si celte 
affirmation était prise au pied de la lettre et tenue pour cer- 
taine, elle n'en serait que nlus dangereuse : elle créerait une 
sécurité illusoire. 

3? 



49S REVUE DE MADAGASCAR 

Le législateur d'aujourd'hui ne saurait par de semblables 
déclarations lier celui de demain cl, en fait, Texpérience a 
démontré Tinanité, dans des cas analogues, de pareilles pré- 
tentions. 

Au lieu de paraître imposer à ses successeurs l'obligation 
vaine de ne pas céder dans l'avenir à un entraînement auquel 
lui-même n'avait pas résisté, le législateur n'eût-il pas agi d'une 
manière plus conforme aux intérêts de la Colonie, en restau- 
rant un régime qui avait fait ses preuves? Il eût assuré les 
intérêts sans mettre de nouveau en question la prospérité de 
l'industrie î^urifère à Madagascar. 

Eugène Buiian. 



Pe M. Henri Lorin dMs la '' Pépiche Coloniale 



19 



Bien que la rigueur des projets d'abord admis par les 
pouvoirs publics, ait été adoucie, il serait excessif de prétendre 
que le nouveau décret soit franchement libéral. Mais pour 
l'apprécier justement, il faut comprendre la situation respec- 
tive des colons prospecteurs et de l'administration à Mada- 
gascar mrme; la découverte de raines d'or a été, pour les uns 
comme pour l'autre, une aubaine mespérée, à l'instant précis 
où les constatations les plus impartiales venaient d'établir la 
pauvreté générale de l'Ile et la faible densité de sa population. 

Depuis environ trois ans, on sait, en effet, que notre colo- 
nie se débat en pleine crise économique : les cultures 
coloniales, qui ont d'abord attiré des planteurs sur la côle 
orientale, sont des placements à longs termes, sujets à des 
risques considérables, et les marchés des denrées d'expor- 
tation ainsi produites sont restreints ou se développent 
lentement; le commerce des bœufs avec l'Afrique australe, 
qui est évidemment l'une des meilleures possibilités de 
Madagascar, a été lancé d'abord avec quelque imprudence, 
sans qu on ait posé comme terme préalable et nécessaire la 
régénération de rélevage ; la cueillette du caoutchouc a pris 
une extension notable, mais là encore il faudrait s'inquiéter de 
ne pas sacrifier Tavenir au présent. Quant au commerce 
d'importation, l'introduction à Madagascar de notre régime 



DANS i/aTTENTE d'uNE NOUVELLE LEGISLATION MINIÈHE 499 

prolecteur a bien éliminé la concurrence des colonnades 
étrangères, mais la prime ainsi accordée à nos usines natio- 
nales a détermine la constitution de stocks disproportionnés 
avec les besoins- d'une population très grossière encore, de 
sorte que les prix dans Tintérieurde la zone protégée, se sont 
déprimés, et que plusieurs maisons furent acculées à la faillite. 
Après de vastes espoirs on en venait à la période deâ réali- 
sations en déficit, c'est-à-dire dos mécontentements et des 
récriminations. 

Quand au gouvernement, il lui fallait de l'argent, beaucoup 
(Targenl, ])Our achever ronlillage primaire de la colonie; 
nous avons, ici-mrme, défendu Tidée du chemin de fer de la 
côte malgtiche à Tananarive, sinon celle du Iracé par TRst; le 
moindre mérite du général Gallieni ne demeurera pas d'avoir 
tenu bon pour Tachèvement de cette ligne, malgré l'invrai- 
semblable accumulation des difficultés techniques et des 
malechances atmosphériques; le chemin de fer est l'instru- 
ment nécessaire de la souveraineté militaire et économique de 
la France à Madagascar; il distribuera autour de la citadelle 
centrale de l'Ile, le riz de TEmyrue, les bestiaux et aussi les 
auxiliaires indigènes dont la colonisation française ne peut se 
passer; il suppose, évidemment un grand effort de persis- 
tance, de même qu'il exprime un souci de prévoyance pour 
lequel on ne saurait trop louer ses premiers initiateurs. Au 
Congo belge, alors que le chemin de fer de Matadi au Stanley 
Pool n'atteignait pas encore, après trois ans écoulés, son 
trentième kilomètre, il y eut, parmi les plus ardents champions 
de Tentreprise, un instant de découragement; le point mort 
fui dépassé, pourtant, et l'on sait ce que vaut aujourd'hui ce 
chemin de fer achevé. Certes, il y aurait présomption à 
comparer Madagascar au Congo belge mais, ici comme là, 
force est bien d'avouer que la première tâche des pouvoirs 
directeurs était d'ouvrir un chemin de fer de pénétration. 

Donc, à Madagascar, les colons se plaignaient, cependant 
que le gouvernement étendait et régularis