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Full text of "Revue de phonétique"

PURCHASED FOR THE 

UNÎVERSITY OF TORONTO LIBRARY 

FROM THE 

CANADA COUNCIL SPECIAL GRANT 

FOR 

LINGUISTICS 



HANDBOUND 
AT THE 



UNIVERSITY OF 
TORONTO PRESS 



irf 3^ 



REVUE 



DE 



PHONÉTIQUE 



HEVUÉ 

de 



PHONÉTIQUE 



PUBLIEE PAR 



l'Abbé ROUSSELOT et Hubert PERNOT 



TOME TROISIÈME ' <<?(/^//e^e 



PARIS 

23, RUE DES FOSSÉS- SAINT- JACQUES, 23 
I913 



f 




J 



s 



PHONÉTIQUE MALGACHE 
DIALECTE MÉRINA 



CONSONNES 



De toutes les consonnes malgaches, il n'y en a que deux qui 
soient nouvelles pour nous. Ces deux consonnes ont paru aux 
Arabes^ qui les premiers ont écrit le malgache, comme une modi- 
fication 'le l''' (j j j 1 ) î ^ux missionnaires anglais, qui ont intro- 
duit en 1820 l'alphabet latin à Madagascar, comme identiques à 
leur tr dr. Quelque différentes que paraissent ces deux graphies, 
elles peuvent s'interpréter de la même façon et convenir égale- 
ment à une mi-occlusive qui serait, avec une certaine r, dans le 
même rapport que i ^ (ts dz) avec s ;(. Nous placerons donc ces 
deux consonnes à leur place et nous en parlerons après les spi- 
rantes et les occlusives, afin d'en mieux comprendre la nature. 
Mais je tiens à dire dès maintenant que leur étude m'a fait faire 
des réflexions qui ont modifié complètement ma manière de voir 
sur la caractéristique physiologique des consonnes. 

C'est une idée généralement reçue que explosive dentale et / d, 
de même que explosive gutturale et kg, sont synonymes; que le 
/ et le k, malgré des variantes dans le lieu d'articulation que tout 
le monde connaît, sont essentiellement distingués par ce fait que 
l'un est dental et l'autre guttural. Cette idée, je viens de l'aban- 
donner. C'est d'une observation commune que IV peut être 
labiale, dentale ou gutturale, sans cesser d'être comprise 
comme une ;■, c'est-à-dire sans perdre essentiellement son carac- 



LABBE ROUSSELOT 



tère acoustique. Pour qui a fait des études avec le palais arti- 
ficiel, la même conclusion ne saurait faire difficulté pour / (com- 
parez VI française et celles des Américains du Nord). Et, en voyant 
les changements de place que révèle sur les palais l'articulation 
de / Ê? et de ^ g, je m'étonne de n'avoir pas compris plus tôt 
qu'il y a une espèce / d, une autre k g, comme il y a une espèce r 
et une espèce / indépendamment de la qualité de dentale ou de 
gutturale ; en d'autres termes, qu'il peut exister un / guttural et 
un k dental. Il a fallu, pour m'amener à cette conception, la vue 
des tracés si variables, chez nos trois sujets, des sons tr et dr. 

Mais, si ^ ^ et ^ ^ ne sont pas caractérisés par la place de l'arti- 
culation, à quoi doivent-ils la différence qui les distingue? A. la 
façon dont la langue opère l'occlusion. Pour / d, elle s'appuie 
sur le palais par la pointe ; pour k g par le dos. Qu'on fasse l'ex- 
périence ; elle est facile . Tant que l'on présentera la pointe de la 
langue au palais, à quelque place que ce soit, dans la région des 
dents, au milieu du palais, aussi en arrière que possible dans la 
bouche, on produira un / et un d, qui changeront de nuance, 
sans doute, mais qui seront toujours reconnaissables. De même, 
on peut appuyer le dos de la langue contre le palais dans des 
régions diverses depuis le palais mou jusqu'à proximité des dents; 
si l'arrachement est brusque, on articulera toujours ^ou^. 

Une occlusion produite par le dos de la langue s'appuyant, 
non plus directement sur le palais, mais sur les dents supé- 
rieures, et cela à n'importe quel niveau, serait analogue à celle 
de la pointe et produirait aussi t d. Mais j'aurai l'occasion de 
revenir sur le même sujet à propos du chaldéen. 

Donc nous avons des espèces consonantiques déterminées et 
la place articulatoire n'intervient qu'accidentellement pour pro- 
duire des variétés de timbre. 

Quoique la région d'articulation des labiales soit bien réduite, 
les pb,fv, n'échappent pas à cette loi, surtout / z^ (comparez le 
î^ et le w hollandais avec le v français, etc.). 



PHOXETiaUE MALGACHH 7 

Place d'articulation et régime du souffle^ 

Vibrantes. 

l. — VI la plus en arrière est celle de A, c'est aussi la plus 
forte. Par rapport à celle-ci, les / de B et de C sont relativement 
faibles (fig. 47). L7 chez B peut être strictement dentale (voir 
var. 2, avec une région d'articulation limitée par la ligne poin- 
tillée et les dents). 



rcpc- 




I, la. — 2. variante. 
Ftg. 47. 

La faiblesse du courant d'air, obstrué par l'application de la 
pointe de la langue contre le palais, suffit toujours pour séparer 
1'/ des voyelles contiguës (fig. 48). De plus, un léger échappe- 




/ ê 

Fig. 48. 



(A.) 



ment de l'air par le nez vient contrôler cette donnée et écarter 
toute incertitude. Ce fait se retrouve, avec des variantes que je 
signalerai (voir nasalité), pourj les trois sujets. 



L ABBE ROUSSELOT 
B 




2. ra. — 2 et 3, variantes. 

FiG. 49. 




a 

FiG. 50. 



rc.) 




â r 

FiG. SI. 



(A.) 




FiG. 52. 



(B. 



PHONETIQUE MALGACHE 



;-. — LV répond assez bien à 17 : plus en arrière pour A que 
pour C (fig. 49). D'autre part la langue, pendant qu'elle vibre, 
est plus voisine du palais chez C, puisqu'elle fait une marque 
continue en arrière des dents; moins chez A, puisque le tracé est 
interrompu vers le milieu ; moins encore chez B, car la variante (2) 
ne s'est produite qu'une fois sur un grand nombre d'expériences. 
L'r chez B est donc en train de se modifier. Ces obser\'ations 
se constatent aussi dans la forme des interruptions du courant d'air : 
plusieurs petits coups saccadés chez C (fig. 50), des battements 
moins rapides chez A (fig. 5i)etun écoulement d'air plusabon- 
dant chez B(fig. 52). 

L'r est naturellement plus forte à l'initiale qu'à la médiale 
devant une voyelle atone. Comparez (fig. 50-52) la i"^^ r avec 
la 2^ 

Le nombre des battements varie dans les proportions sui- 
vantes : 

rary : i" r A 3 . 2' r A 2 

B 4 et 3 B 3 et 2 

C 5 et 3 C 2 



rora 



ki 



raro 



îsara 



r^ 1 A 3 et 2 
B 4 et 3 
C3 
/ A 2 2' 

• B 2 
C I et 2 



A 3 et 2 

B 2 

C 3 et 2 



2* r A 
B 
C 

harana 



' r A 3 et 2 
B 3 et2 
C 3 et 2 

et 2 (une fois). 



et 



A 2 et 3 
B 3 et 2 
C 2 et 3 



Spirantes. 

f. V. — Le courant d'air pour f est plus fort que pour les 
voyelles contiguës A (fig. 53); il est faible pour v A (fig. 54). Le 



10 



L ABBE ROUSSELOT 



tracé de l'/ reste le même pour nos trois sujets. Celui du i» varie: 
il est pour C conforme au type de A, dans vava; mais il se rap- 
proche du tracé de 1'/ dans vûrni (fig. 55). B est plus avancé; car 
son V, par la force du souffle, est encore plus voisin de 1'/. vava 
(fig. 56). 




/ 



e I 

Fig. 53. 



(A.) 




(A.) 



Fig. 54. 



s ^. — Ces consonnes ont leur torme normale chez B(fig. 57). 
Pour A, l'articulation tend à devenir occlusive (comparez les 
trois variantes). Pour C, la langue, se portant en arrière, est sur 
le chemin du ^ {ch français). 

Le courant d'air est naturellement plus fort pour s que pour;^, 
puisque la glotte est ouverte pour la première consonne et fer- 
mée pour la seconde. Nous voyons (B fig. 58 et 59) que dans 
sqsœ le courant d'air est plus fort pour 5 que pour a, et que dans 
\â:^œ, au contraire, le courant d'air fléchit pour ;(. Les vibrations 
nasales qui accompagnent ^ nous permettent aisément de l'isoler 
et d'en marquer le début et la fin. Pour A et C, Vs n'oftre, au 
point de vue qui nous occupe, rien de particulier. Mais le ;^ 



PHONETIQUE MALGACHE 



II 




V il V 

FiG. 5>. 



(B.) 




a V a 

FiG. 56. 



(B.) 




I et I . jo. 



2. :(a. 
FiG. 57. 



— 3. 5/. 




FiG. s8. 



(B.) 



12 



l'abbé rousselot 



exige, à la médiale, moins de souffle que la voyelle chez A, :(d:(œ 
(fig. 60), tandis qu'il en demande davantage chez C, se rappro- 
chant ainsi de Vs (fig. 61). A l'initiale, le régime du souffle est 
variable chez le même sujet : comparez pour A, les figures 41 
et éo. 

Le é (ch tr.^ n'est pas représenté dans l'alphabet, mais il se pro- 
duit à l'insudu sujet comme variante de Vs dans certains mots 




Fig. 59. 



œ 



(B.) 




a 

Fig. 60. 



a 



(A.) 



où, par suite de la chute d'une atone, il se trouve en contact 
avec une autre consonne, par exemple A : ma^nce (niasina 
« saint »), 'aenœ {hasina « vertu »). 

h. — Je ne vois pas dans cette consonne une simple aspirée, 
mais le^ (ch dur ail.) et sa sonore /;. Le fait est sûr pour Bdans 
mândéha et mandera, mpàndèca, a£u (fig, 62), et pour A avec la 
seule sonore màndéha, mpàndèha, ahô (fig. 63). A l'initiale, je 
n'hésiterais guère pour B : caran (^harana) (fig. 64), où le tracé 
reproduit, quoique affaibli, le type du f de ac-ii; mais pour A, je 
crois plutôt à une simple aspiration (fig. 65); j'ai même un 



PHONÉTIQUE MALGACHE 



13 




;( a i œ 

FiG. 61. 



(C.) 




a eu C^^-) 

FiG. 62. 




a h ô (A-) 

FlG. 63. 




(f û r an ^^O 

FiG. 64. 



^4 



l'abbé ROtjSSELO't 



exemple où l'aspirée manque presque totalement (fig. (>C). En 
tout cas, même chez B, le ^ est trèsmou et moinsfort que le ^alle- 
mand et chaldéen, qui ont, comme l'r, des battements dus aux 




a r a n à (A.) 

FiG. 65. 




r a n à (A.) 
FiG. 66. 




/; c h 

FiG. 67. 



(A.) 



mouvements des parties niolles de l'isthme du gosier. Du reste, 
l'affaiblissement du h est visible chez A : comparez les figures 62 
et 63. C a conservé Vh àznsalm ; mais il a perdu toute trace d'as- 
piration dans iiiândéa (fig. 10) et dans arana. A lui-même a 
perdu y h dans aky, \)Ou\e (akoho). 




tHOKÉTiaUH MALGACHE 

B C 




I et I . ta — 2. da. 

FiG. 68. 

B 



rœ.' 




vqta u caisse » (Le mot entier). 
FiG. 69. 




d i d i (A.) 

FiG. 71. 



i6 



L ABBE ROUSSELOT 



Occlusives. 

p. h. — Aucune remarque à faire sur l'articulation de ces 
consonnes. Quant au régime de l'air différent dans p et dans/;, 
comparer par exemple les figures 15 {papàngti') et 67 Qnbî) K. 

A B C 




I . ku, gu. — 2. ka. — 3 . ga. — 4. ké. — 5 , 

7. ki. 
FiG. 72. 



6. oi. 




I et i'. — lia. — 2. kc. — 3. ki. — 4. ga. 

B* est unt simplification de B. 
FiG. 75. 



5- gi- 



t. d. — Le / et le d sont interdentals chez B, simplement 
alvéolaires chez A, et très en arrière chez C (fig. 68). Cette 
différence subsiste pour le / intervocalique. Voyez vqia «caisse» 
(fig. 69, où le / seul a pu laisser une trace sur le palais). 



PHONETIQjQE MALGACHE IJ 

Le régime du souffle est analogue à celui du p b. Voir les 
tigures 70 Qeti) et 7 1 {dîài) A. 

k. g. — Ces consonnes se présentent sous deux formes : elles 
sont dures ou mouillées^ quoiqu'elles n'aient qu'un seul signe 
dans l'alphabet. J'ai noté : kètaka (A, B, C), ^irârn (B, C) et 
kirâm (A), tifkœna et s'i^œ (A), (jokatm « unique », tsika 
« notre »), gagœ (B) et gâgœ (A, C). 



b 




è t a 
FiG. 74. 



k a (A.) 




r 

FiG. 



a 
75- 



w (A.) 



k g durs se produisent un peu en arrière, la langue prenant 
position sur le palais mou (fig. 72). 

k g mouillés s'articulent en avant, mais encore assez loin de la 
région dentale (fig. 73), ce qui fait croire que la mouillure est 
récente . 

Le régime du souffle se différencie nettement pour k g àe celui 
de p h, t d. Au lieu de partir vivement, comme un trait, ce quia 
lieu après la rupture d'un obstacle peu étendu, tel que peuvent 

Revue de phonétique. 3 



i8 



LABBE ROUSSELOT 



en opposer les lèvres ou la pointe de la langue, il sort plus mol- 
lement. Voir: gaga A (fig. 42) et ketaka A (fig. 74). 

Pour le ^ etle^ mouillés, l'air est encore projeté avec moins 
de force (comparer ^irarn, fig, 75, A). 

Le dos de la langue est en effet moins mobile que la pointe, 
et ne se sépare pas du palais aussi brusquement. 

Mi-occlusives. 

s. X.' — Que les mi-occlusives i et 5; ne soient n\t-\-s, ni d -\- ^, 
il suffit, pour s'en convaincre, de comparer les traces laissées sur 
le palais par ces consonnes (fig. 76) avec celles que produit l'arti- 




I et I . sa. — 2. zci. 

FlG. 76. 



culation du / et du c? (fig. 68) et encore le régime du souffle pour 
s dans safigana, A (fig. 11-14) dans àsi, B C (fig. 5-7) et dans 
^e^ (fig. 36) avec celui de t d. Toutefois s ^ peuvent être plus 
ou moins rapprochés de ts d^ en raison de l'importance de l'élé- 
ment occlusif, plus grande chez C (fig. 12 et 14), moindre chez 
A et B (fig. II et 13). Dans le premier cas la ligne de l'explo- 
sion prend une direction brusquement ascendante; dans le second, 
la courbe est plus allongée comme pour les spirantes. 

Quant à la région d'articulation, elle présente des variétés pour 



PHONÉTiaUE MALGACHE 



19 



nos trois sujets (fig. 76) : elle ne comprend guère que les dents 
chez B ; elle envahit le palais chez A; elle ne commence qu'après 
les alvéoles chez C. 




ra 



(une variante pointillée) 
Fig. 77. 




I . ra. — 2 . ru. 

Fig. 78. 

J'arrive à l'articulation, qu'à la suite des missionnaires anglais, 
on transcrit par //- dr, et que les Arabes écrivent par une seule 
lettre. La première fois que je l'ai entendue (de la bouche de C), 
j'ai cru à un / reculé et légèrement spirant; à la médiale, je sen- 
tais quelquefois une r. Avec le second sujet (A), l'impression a 
été tout à fait changée, c'était Vr qui don"inait avec un léger 
élément dental. Autre impression encore avec B : initiale ou 



iô 



L*ABBÉ ROUSSËLOÏ 



médiale, la consonne me paraît, comme chez le premier sujet, 
n'être qu'un / reculé et spirant; après une n, je n'entends plus 
qu'une sorte d'r. 

Les expériences m'ont donné également des formes variables. 

L'énergie de l'élément occlusif chez C n'est pas contredite 
par le peu d'étendue du contact derrière les dents : la langue 
fortement contractée touche moins, au lieu que le relâchement 
du muscle a pour effet d'étendre la région de contact. Le 
régime du souffle complète heureusement les données du palais 
artificiel. 




La région d'articulation recule avec les sujets B, A, C (fig. 77, 78 
et 79), et dans des proportions très notables. L'élément occlusif 
peut même faire défaut par interruption de la région de contact, 
B (fig. 78). L'articulation ne contient donc aucun /, ni aucun d, 
comparables à ceux que nous avons étudiés plus haut. 

Chez C, le régime du souffle indique un léger mouvement 
vibratoire surtout après une ;/ ou à la médiale, plus rarement à 
l'initiale. La forme la plus commune est représentée par la figure 
80 (/n7ry,C)et la plus franchementspirante par lafigure8i Çlritry, 
C), qui se sont suivies dans une même série d'expériences. Voir 
aussi tondra (fig. 25, 26) et tondro (fig. 27). Mais la caractéris- 
tique de l'r manque (comparez la fig. 50). Nous avons donc 
affaire à un t modifié; et j'écrirai /Âj(/. 



PHONÉTIQ.UE MALGACHE 



2t 




t i 



t i (c.) 



FiG. 80. 




fi f i (C.) 

FiG. 81. 




t i t i (B-) 

FiG. 82. 




t ù n f u (A.) 

FiG. 83. 



22 



L ABBE ROUSSELOT 



Chez B, l'élément occlusif domine aussi : titj (fig. 82), tnnra 
(fig. 24). 

Mais chez A, c'est l'élément vibratoire qui prend le plus d'im- 
portance : tondra (ûg. 22 et 23), tondro (fig. 83), tritry (fig. 84), 
qui seraient convenablement représentés par tiinra, tunru, fifi. 

Je vois donc dans cette articulation une semi-occlusive f 




t r' 

Fig. 84. 



(A.) 



sonore et f sourde % de laquelle peuvent se dégager l'élément 
occlusif jf ou l'élément vibrant r, ou r plus reculée que Yr nor- 
male malgache. C'est bien, d'une façon approchée, le /r anglais 
dans tree. 

Nasales. 



m. — Rien à dire sur le lieu d'articulation, qui est les lèvres. 

Mais le régime du souffle est très spécial. L'explosion buccale 
est faible et l'écoulement d'air le plus important se fait par le 
nez. D'ordinaire, les vibrations nasales se montrent avant l'ou- 
verture des lèvres ; mais elles peuvent aussi n'apparaître qu'en 
même temps. Comme ce fait n'est qu'un cas particulier de la 

I. Le signe de cette semi-occlusive devrait être le même que celui de s Je 
me contente provisoirement de f pour éviter une fonte no uveUe. 



PHONÉTIQUE MALGACHE 
ABC 



23 




na 

FiG. 85. 





manda « mur » (le mot entier) 

FiG. 87. 



24 



L ABBE ROUSSELOT 



sonorité des consonnes, nous y reviendrons à cette occasion. 
Voir mandeha A (fig. 8), B(iîg. 9), C (fig. i6),mibàbi A({\g. 33), 
B(fig. 34, 44, 45), C (fig. 35), midifdu A (fig. 46), mamyA, B, 
C (fig. 30-32). 




I. liga. — 2. nga (variante). 
Fig. 88. 



^.nga. —4. ngt. 




m 



an r a 
Fig. 89. 



(A.) 



L'm s'associe à. pb : mpàndéÇa B, tnpàndeha A (fig. 40), mpàmpia- 
Wû!| B (fig. 19). Mais dans cette position l'm tend à s'amuïr 
comme nous le verrons à propos de h sonorité ; et, de fait, elle 
est complètement tombée dans pàmpianaia C (fig. 30) etpàmpya- 
nar'a A (fig. 18). 

n. — La position articulatoire de Vn initiale est nettement 
marquée (fig. 85) avec ses variantes A, B, C. 

Le régime du souffle est comparable à celui de 1';//. Cependant 
l'explosion buccale est plus forte, mais pour A seulement. 



PHONÉTIQUE MALGACHE 2$ 

Quoique l'écriture ne signale qu'une n, il y en a deux très nettes, 
dans les compositions avec t d, k g, chacune s'accommodant à la 
consonne suivante : dentale avec d (fig. 86 et 87), gutturale avec 
e(fig. 88). 

Quant au degré de conservation de Vn après les voyelles nasa- 
lisées, j'en ai déjàdit un mot à propos des voyelles ; mais il importe 
d'y revenir. Nous allons donc considérer Vn -\- d s {r, et Vn 
4- g, et nous songerons aussi au sort fait à la consonne associée à 
n ;■/ dans ces combinaisons. 

nd, ni, n^, nr. — Dans ces groupes, Vn est toujours contenue 
dans l'occlusion buccale, qui ne dépasse jamais en durée celle 
d'une consonne simple, et cesse à un moment variable suivant 
la nature de la voyelle précédente, de la consonne qui suit, et 
la qualité du sujet en expérience. Pour bien comprendre le phé- 
nomène et se rendre un compte exact des chiffres que l'on va 
lire, il ne sera peut-être pas superflu d'étudier un tracé en détail, 
par exemple celui qui répond à la figure 89 et qui représente 
mandray prononcé par A. Les lignes pointillées délimitent les 
premières articulations du mot. Le début de Vn est très précis : 
il coïncide avec la fermeture de la bouche et une ouverture plus 
grande des fosses nasales. Ce second caractère n'existe pas tou- 
jours avec autant de netteté qu'ici ; mais le premier ne fait jamais 
défaut. L'n commence donc avec la ligne (3). L'explosion du r 
est également très claire; elle commence avec la ligne (5). Il reste 
donc à fixer entre ces deux points (3 et 5) la fin de Vn et le 
commencement du f. Ici la rigueur absolue me paraît impossible ; 
mais nous ne serons pas loin de la vérité si nous choisissons pour 
délimiter Vn le moment où la ligne du nez indique franchement, 
en s'abaissant, la fermeture de la voie nasale. L'indécision vient du 
fait que cette fermeture ne s'opère pas brusquement sans durée 
appréciable, autrement la ligne ascendante aurait une direction plus 
verticale, comme on peut s'en convaincre par un examen atten- 
tif des autres tracés, et de cet autre fait, tout expérimental, qui 



26 



L ABBE ROUSSELOT 



tient à l'inertie de la membrane et à la résistance de l'air dans l'in- 
térieur du tambour. Pour ces raisons, je ne présente la ligne (4) 
que comme hypothétique. Cependant je ne crois point que les 
résultats signalés s'écartent sensiblement de la réalité. J'indique 
par un premier chiffre la durée que j'attribue à Vn et par un 
second celle de l'occlusion totale. La durée est, comme toujours, 
comptée en centièmes de seconde : 

mandeha : A. 5/9, 5/9I, 5/8 (fig. 6), 5/9I, 5/8, 5/9, é/io. 

B. 6/9 (fig. 7), 6/10,4/7, 5/8, 6/9. 

C. 10/13,8/11, 10/13,6/10. 
mandray : A. 5/7, 4I, 6 1/2 (fig. 99), 4/5, 5/7, 4/5. 

P- 7/10, 7/9, 7/10, 7/10. etc. 
C. 10/12, 8/10, ir/i2, 9/10, 12/13. 
tondra : A. 4/7, 6/7 (fig. 21), etc.,« = totalité (8/8), fig. 20. 

B. n = totalité de l'occlusion (fig. 22) : 9/9 (4 fois) 
10/10. 

C. 7/12 I, 6/10 trois fois, 4/8, 6/8. 
tondro : A. 6/7, 6/j,etc. 

B. 11 = totalité de l'occlusion : 9/9, ii/ii, 9/9, 10/10, 
21/11. 

C. 4/9, 6/1 1, 11/16, 5/9. 

antsy : A. 4/7,2/5,1/2, 1/4 (fig. 3), i r/2/5, 2/5, 1/5. 

B. 4/8 (fig. 4), 5/8, 5/9, 5/9- 

C. 4/12, 3/1 1, 2/1 1, 2/12, 1/8, 3/9. 
kanjo (kan^u) : A 4/6, n = totalité (^6/6), 4/5, 4/5. 

Conclusions à tirer de ce tableau : 

1° La différence d'audition, que j'ai notée chez B pour le r sui- 
vant qu'il est précédé ou suivi d'une w, s'explique par la persis- 
tance de l'écoulement de l'air nasal pendant toute l'occlusion 
buccale (tondra, tondro). En réalité nous avons n -\- r, l'explosion 
marquée sur la ligne de la bouche étant, par suite de l'abaisse- 
ment persistant du voile du palais, celle non d'un d, mais bien 
d'une n ou plutôt d'un r nasalisé. 



PHOXÉTiaUE MALGACHE 27 

2" L'impression différente, produite par le groupe ndr dans 
mandray et dans tondra chez B, se justifie également. Je sentais 
un léger élément occlusif dans le premier exemple et non dans 
le second, mais c'était tout. Ce que je ne pouvais pas deviner, 
apparaît dans le tracé : rocclu5ion buccale existe pour les deux 
exemples, mais l'émission nasale n'est interrompue que pour le 
premier : d'où la production d une sorte de d qui constitue la 
différence entre les deux cas. 

3° Devant ;^ un fait analogue est à noter chez A, et n^ peut se 
réduire presque à n~, l'occlusion de la bouche ne dépassant que 
de I ou 2 centièmes de seconde celle des voies nasales. 

4° Au contraire, devant s c'est Vn qui se trouve entamée : sauf 
une fois, elle ne dure que i ou 2 centièmes de seconde chez A, 
2 ou 3 chez C, ce qui est peu, comparé aux autres cas. Mais chez 
B, 1';; a conservé toute sa valeur. 

5° De la comparaison des chiffres on peut dégager les formules 
suivantes, tant pour la durée de l'occlusion nasale, qui est en 
rapport avec la force occlusive de la consonne qui suit n, que 
pour la durée même de 1';/ en raison des conditions variables où 
elle se trouve placée : 

a) Occlusion nasale : n-|-^>« -f- r(jnandfha et mandray. 

«-j-rfl|^ « + ro (^AB) (tmdra et tondro). 
w -f- i >> n-\-r (C) {antsy et tondra, ton- 
dro'). 

^) Durée de I'm : « ~\- d^ n + r (tnandeha et mandray). 

( r {mandray, tondra). 
^ (A, B) Qondra). 

n -\- r tonique ^ « + f atone (C) (totidro et 

mandray). 

D'où l'on concluera : a) que l'élément occlusif est plus fort 

que d que dans r (ce qui n'a rien que de très naturel), dans s 

que dans r (ce que l'on aurait pu ne pas supposer), enfin que la 



28 l'abbé rousselot 

voyelle finale peut n'être pas indifférente pour le sort de la con- 
sonne contiguë ; — f) que la conservation de Vn dépend de la 
qualité de la consonne suivante, et peut-être aussi de sa place rela- 
tivement à l'accent du mot (la tonique exerçant une influence 
favorable) et du timbre de la voyelle qui précède (l'absorption se 
faisant mieux avec u qu'avec a, malgré l'action préservatrice de 
Taccent). 

ng. — L'occlusion buccale de ces deux consonnes n'excède 
pas non plus la durée qui convient à une seule. L'émission 




n g i :{ n œ (B-) 

FiG. 90. 

nasale est variable suivant les sujets. Elle dure à peu près tout 
le temps de l'occlusion buccale et même de l'explosion du g 
chez B, ngi^nœ (fig. 90) sàngana (fig. 13) et papàûgu (fig. 16), si 
bien que le g se trouve nasalisé (cf. tnnrœ fig. 24). Chez A et 
C, nous avons pour ngizina : 

A. 7/11,8/12, 4/8, 6/1 1. 

C. 6/12, 6/1 1, 7/12 (fig. 100), 7/12 I, 5/1 1 ; 
pour tsangana : 

A. 4/6, 3/6, 4/7 (fig. Il), 4/7. 

C. 5/10, 4/8 (fig. 12), 10/13 (fig. 14), 3/7, 3/8. 

A l'initiale, l'occlusion propre au ^ est complète dans la bouche 
2 ou 3 centièmes de seconde avant l'explosion pour A, 4 ou 5 
pour C. Elle est également moins longue dans tsangana chez A 
(fig. Il) que chez C (fig. 12 et 14). C'est dire que le ^ est moins 
fort chez le premier que chez le second. De même, Vn paraît un 
peu moins stable chez A, avec une durée moyenne de 5 centièmes 
de seconde contre 5 | chez C. 



PHONHTIQt'E MALGACHE 



29 



En dehors des consonnes proprement nasales (///, «, w), les 
autres consonnes peuvent, comme les voyelles, être plus ou 
moins infectées d'une nasalisation inconsciente. Les tracés nous 
le montrent très clairement. Je ne m'arrête pas ici au fait que 
h certaines consonnes non nasales sont marquées sur la ligne du 
nez par de pures résonances ; mais je veux parler de celles qui 
s'accompagnent dans leur articulation d'un écoulement notable 
d'air par les tosses nasales. 

Cette particularité ne peut être que sans effet acoustique bien 
appréciable pour les consonnes sourdes, surtout au moment de 
leur tenue, les vibrations lar}nigiennes faisant alors défaut. Mais 
elle est très sensible pour les sonores. 




e 
FiG. 91. 



œ 



(B.) 



Les plus facilement nasalisées sont les constrictives, je veux 
dire les consonnes qui, n'utilisant qu'un simple resserrement du 
tube vocal et non une occlusion complète, ont une articulation 
moins énergique et laissent dès lors le courant d'air pénétrer 
avec moins de peine dans les fosses nasales. J'ai trouvé nasa- 
lisés : /; A et B, y A, B, C (fig. 20-21), r A, B, C (fig. 50-52), 
/ B (fig. 91) ; i' A, B, C(fig. 98), i A, B (fig. 59-éo). 

Les sonores d g ne laissent voir que des résonances plus 
fortes pendant l'occlusion A, B, C (fig, 38, 71, 101-104) ; mais 
le b est nettement nasalisé chez B dans Hbl (fig. 37), et mibàbi 
(fig. 34, 44, 45), toutes les fois; quelquefois seulement chez C, 
bàbi (fig. 106-107). 



30 L ABBE ROUSSELOT 

L'implosion et l'explosion des occlusives sourdes sont souvent 
nasalisées mais faiblement. Par exception, la nasalité est forte- 
ment marquée dans alî A (fig. 92). 

Lorsqu'un mot renferme des nasales, la nasalisation des autres 
consonnes est naturellement favorisée : iùnipîintAm et tvmpùnitâni 
B (fig. 28, 29). 

En somme le phénomènes de la nasalisation des consonnes est 
surtout notable chez B et pour l,b. ^ 




Sonorité des consonnes'. 

La sonorité des consonnes a pour mesure la part que le larynx 
prend à leur production. Une consonne entièrement sonore est 
celle qui est accompagnée des vibrations laryngiennes pendant 
les trois temps de sa durée : tension ou implosion, tenue et détente 
ou explosion. De même une consonne entièrement sourde, c'est 
celle qui, à aucun moment de sa durée, ne s'accompagne de 
vibrations laryngiennes. Dans la plupart des cas, la sonorité est 
limitée et peut se rencontrer même dans les sourdes. 

Le degré de sonorité pour la même consonne n'est pas tou- 
jours constant : il peut varier quand le mot qui la renferme est 
répété plusieurs fois. On sait que la répétition d'un même mot ' 

I. Y dix Synthèse plionéli que ÇLz Parole, nov. 1901). 



PHONETiaUE MALGACHE 



31 



est un bon procédé pour mettre en évidence les tendances pho- 
néiiques. En général, chaque mot a été répété six ou sept fois 
pendant une révolution du cylindre. 

Les semi-voyelles sont naturellement sonores. Mais elles 
peuvent s'assourdir au contact d'une consonne sourde. Ainsi "j 
dans iiipanpianatra, sonore pour B et C (fig. 19-21), est sourd 
pour A (fig. 18). On en juge aisément par la comparaison de 
pa et de pia dans le même mot. 




è l 

Fig. 95. 



œ (C.) 




/ (C.) 



Fig. 94. 



L'/ est sonore dès le début, c'est-à-dire dès le moment où l'air 
s'écoule par les bords de la langue chez B : lelœ (fig. 91). Mais 
pour les deux autres sujets, les vibrations du larj'nx subissent 
un léger retard : 

C. 2, 2 3, 5, o, 3 centièmes de seconde. 

A. 6, 8, 2 (fig. 48), 9, 2. 

Le début le plus sourd correspond au courant d'air le plus 
tort. Comparez C (fig. 93 et 94) : dans le premier exemple 
courant d'air fort (marqué par l'élévation de la ligne), retard du 
larjmx ; dans le second, courant d'air très faible et à début syn- 
hronique avec les vibrations du larynx. 



^2 



L ABBE ROUSSELOT 



La sonorité de l'r est très variable, elle peut commencer avec 
le courant d'air, rùra A (fig. 95), éprouver un léger retard, ràri 
C (fig. 50) et B (fig. 52), et même un retard considérable. Celui 
de nos sujets qui offre le plus de constance, c'est B. Pour A, la 
sonorité de l'r est plus grande pour ru (jura) que pour m {rarà); 




r u r 
Fig. 95. 



a (A.) 




r u r 
Fig. 96. 



(A.) 



après quatre exemples de rti tout à fait sonores (fig. 95), j'en 
ai inscrit deux qui sont sourds jusqu'au premier battement (fig. 
96). Quant à C, il semble que l'influence de la voyelle est 
nulle ; mais il faut accorder à la répétition du mot une action 
sur l'assourdissement : après quatre exemples de Vr sonore dans 
ru..., j'en trouve trois d'assourdis; pour ra..., j'en ai deux 
sonores, un sourd, un sonore, trois sourds. 

/, V. — Je n'ai rencontré qu'un exemple de Vf intervoca- 
lique devenue sonore dQ.nsfafa A (fig. 97). 

Le V est sonore dès le début, dès que l'air commence à 



il 



PHONÉTIQ.UE MALGACHE 



33 




fa fa (A.) 

FiG. 97. 
Les vibrations de 1'/ sonore C/')sont visibles sur les deux ligues mais surtout sur 
celle du nez. 



w 




■ va v' a (C.) 

FiG. 98. 
Pour v\ considérer surtout l.i ligue du nez qui est la meilleure : les vibrations n'cMStent 
qu'au début. Comparer avec le i' initial qui est entièrement sonore. 




a i 

FiG. 99. 



a (A.) 




n g i s 

FiG. 100. 
Revue de phonétique. 



n a (C.) 



34 L ABBE ROUSSËLOT 

s'écouler entre les lèvres et les dents supérieures. Entre voyelles, 
il y a une tendance à s'assourdir. J'ai relevé un cas d'assourdisse- 
ment à peu près complet pour C (fig. 98), au milieu d'autres 
presque semblables (sur six exemples de vava qui se suivent, un 
seul est nettement sonore). 

Sy :^. — Us ne devient pas sonore entre voyelles. Mais, dans 
cette position, le ;^ tend à s'assourdir. Dans :(a{cti le second ;^ a 
été : A, assourdi deux fois (fig. 99), contre quatre fois où il a 
été sonore (fig. 41) ; C assourdi une fois sur six cas. 

Mis en contact avec n par la chute d'une voyelle Çngi^ina 
devenant l'igiina), le ^ est toujours complètement sonore pour B, 
mais il tend à s'assourdir pour A et surtout pour C. Chez A, 
le :( est nettement sonore dans les quatre premiers exemples, 
assourdi dans les deux derniers; chez C, la tendance est encore 
plus puissante, et nous trouvons un cas où le ;( peut être consi- 
déré comme entièrement sourd (fig. 100). C'est encore un 
exemple de la perte de sonorité provoquée par une nasale à 
début sourd, étudiée dans Synthèse phonétique \ Nous verrons 
en effet que Vn en malgache est de nature à provoquer cette évo- 
lution. 

Lorsqu'il devient final (B), le ;( reste sonore au début, mais il 
finit sourd (fig. 59). 

Occlusives et mi-occlusives. — La tenue des occlusives sourdes 
(j) t k^} se fait naturellement sans vibration du larynx. L'explo- 
sion seule peut être en tout ou en partie sonore. 

A la médiale, l'explosion a été sonore dans kdaka pour / et k 
(A, fig. 74), pour / seulement (B, fig. 39, et C). Dans les autres 
mots, elle a été sourde : 

p : 2 cent, de sec. (pa/)ango. A, fig. 15). 

3 — (pa/)ango, B, fig. 16, tom/?ontany (fig . 28, 

29). 

I. La Parole, nov. 1901, 



fHONÉTKlUE MALGACHE 35 

1 — (pa/>ango,C, fig. 17). 
/ : 1/2 — (a/y, A, fig. 92). 

2 — (tompon/any, B, fig. 28). 
2 et 3 — (te/y, C). 

A l'initiale, je n'ai rencontré d'explosion entièrement sonore 
que dans le seul mot /ety (A, fig. 70). Partout ailleurs elle a été 

sourde : 

p : 2 cent, de sec. A (fig. 15 et 18). 
2 et î — B (fig. lé et 27). 

2 — C (fig. 17). 

/ : 3 — A (fig. 22 et 2}). 

3 — B (fig. 24 et 28). 
2, 3, 3 r/2, 4 successivement C (/ety). 

2, 3, 4, 2 — C (tondra). 
8, 2, 2, 4, 5, 6 — C Qondro). 

k : 4 cent, de sec. A (fig. 74). 
2 — B (fig. 79). 

3, 2, 3, I C (/cetaka). 
Â; : 5 cent, de sec. A (kiraro). 

4 — C (kéraro). 

Sauf le /?, qui a pu être mouillé quand la partie sourde a 
dépassé 2 ou 3 centièmes de seconde, sauf le / dans tondra et 
surtout dans tondro pour C, les durées sont assez constantes et 
ne dépassent pas celles des sourdes à explosion à peu près sonore 
comme celles du français. Pour tondro C, on est en droit de pen- 
ser que le / initial a été influencé par le r de la syllabe suivante. 

En eff"et le tracé (fig. 27) dénonce nettement dans la ligne du 
nez un / spirant. 

Les mi-occlusives i et r ne se présentent pas tout à fait dans 
les mêmes conditions. 

Pour s initial, la partie occlusive n'a pas une durée constante. 
Impossible à déterminer dans les tracés de B (voir sàngana, 



3 6 l'abbé rousselot 

fîg. 1 6)^ quoiqu'elle soit claire à la médiale Çànsi, fig. 6), elle 
n'a duré que 6 centièmes de seconde pour A Qàngana, fig. ii), 
tandis qu'elle s'est prolongée jusqu'à i6 pour C (fig. 14). De 
plus l'écoulement de l'air a été lent pour A (fig. 11), brusque 
comme dans une occlusive pour C (fig. 14). 

Au contraire, l'occlusion est très nette pour r chez les trois 
sujets. Elle a duré 11 centièmes de seconde pour A (r'/r'/,fig.84); 
à peu près autant pour B (fig. 82) et pour C (fig. 81), mais 
aussi 21 centièmes de seconde (fig. 80). On serait donc auto- 
risé à y voir l'occlusion d'un /, si nous n'avions d'autres raisons 
pour penser autrement. 

Initial Médiat 

s : 12 cent, de sec. A (fig. 11). 4 cent, de sec. A (fig. 5) 
8 - C(fig. 14). II - C(fig.7) 

8 - B(fig. 6) 

( 6, 5,5,6 success' A (nr'/). 12, 7, 5, 11 success'A (f/fO 
l 6, 7, 10 — AÇfâr'a). 7, 11, 10 — A(fàfa) 
4, B (fig. 80. I B(fig.8o) 

5,4,5,3 1/2,5,3 i/2C(îm). 6,5,4,5,5,6 C(/m)- 
3, 1/2, 3,2,0 CÇlah). 5, 1,3 C Qata) 



r 



t. 



L'élément spirant domine pour |, l'occlusif pour r. L'impor- 
tance de chacun est en rapport inverse de la valeur de l'autre. 

Les douces (b d g) sont toujours sonores chez A pendant l'oc- 
clusion (fig. 33, 46, 67, 71) : elles appartiennent au type fran- 
çais. Mais chez B et surtout chez C, elles tendent à s'assourdir. 

B. — htb est toujours sonore (fig. 37, 44, 45). Il en est de 
même du ^ dans « midodo ». Mais des variantes se produisent 
pour didy et gaga. 

Didy. — Le deuxième d a toujours été sonore ; une fois seule- 
ment, les vibrations ont perdu de leur amplitude, surtout vers la 



PHONÉTIQUE MALGACHE 



37 



fin de l'occlusion, c'est qu'il est devenu final. Le premier d a 
été sonore avant l'explosion, successivement pendant : 

II, 15 (fig. ici), o (fig. 102), 5 (fig. 103), o 9 centièmes de 





/ d i (B.) 

FiG. 102. 




/ d i 
Fig. 105. 



(B.) 



seconde : c'est-à-dire sourd deux fois, et de faible sonorité une 
fois. De plus, l'explosion même a été sourde une fois pendant 
I centième de seconde (fig. 102). 

Gaga. — Le deuxième g a toujours été sonore. Le premier a 
été sonore avant l'explosion successivement pendant : 

13, 16 (fig. 104), 12, o, o (fig. 105), 14, 7 centièmes de 
seconde : c'est-à-dire sourd deux fois. Le 2^ exemple présente un 



38 l'abbé rousselot 

léger assourdissement au moment de l'explosion (fig. 104), et 
le 5^ une explosion sourde pendant i centième de seconde 
(fig. 105). 

C. — Toutes les douces sont atteintes, mais surtout à la 
médiale. 

b. — Biby, V b, sonore avant l'explosion pendant : 

II, 7 (fig. 106), 10, 10, (fig. 107) centièmes de seconde; 

2' b, sourd avant l'explosion pendant : 

4, 3 1/2 (fig, 106), 0, 3, (fig. 107) centièmes de seconde. 




g à ^ œ (B-) 

Fig. 104, 

Déplus dans le 2^ exemple de la série, l'explosion a été sourde 
pendant 3 1/2 centièmes de seconde (fig. 106). 

Mibaby. — i" b sourd ou fortement assourdi avant l'explosion 
pendant : 

2, 2, 3, 2 (fig. 35)^ 0, o centièmes de seconde ; 
à l'explosion : 

0,0, 3, o (fig. 35), 0,0 — 

2^ /;, avant l'explosion : 

4, 5, 0,0 (fig, 35), o, 6 — 

à l'explosion : 

o, o, o, o (fig. 35), en totalité (fig. 108). 

Les deux derniers cas sortent de la série, car le b est devenu 
final par suite de l'amuïssement de la voyelle finale (fig. 108). 

d. — Didy: i"^, sonore avant l'explosion pendant : 

8, 12, o, o, o, o (fig. 38) cent, de sec. 



PHONÉTIQUE MALGACHE 



39 




FiG. 105. 



ce 



(B.) 




/ b i (C-) 

FiG. 106. 




b i b i (C.) 

FiG. 107. 




m t 



b à 
FiG. 108. 



b i (C.) 



40 



l'abbé rousselot 



avec une explosion sourde de : 
0,0, 2, 2, 2, 4(fig. 38) — 

2" d. Sourd ou de faible sonorité pendant : 
4, 2,3, 5, 3, 2 (fig. 38) — 
midodo. — Le i" J a toujours été sonore. 

2" d, sourd avant l'explosion : 




m î 



u 
Fig. 109. 



(C.) 




Fig. iio. 



œ 



(C.) 



3j 4> 3. 3^ 4' 3 cent, de sec. : 
avec une explosion sourde pendant : 

o, o, o, totalité, totalité, totalité (fig. 109). 
mais dans les trois derniers exemples le d est devenu final. 

g. — Gaga. Le ^ initial est sourd. Une seule fois, trois vibra- 
tions bien faibles se montrent pendant l'occlusion (fig. 1 10) : 
elles semblent négligeables. L'explosion même n'est que bien 



PHONÉTIQUE MALGACHE 



41 




K e i i (C.) 

FiG. III. 



\_>^^ 



-\ 



FiG. 112. 




i é 

FiG. 113. 



Z t 



(C.) 




FiG. 114. 



42 l'abbé rousselot 

faiblement sonore (fig. i ro). En revanche, le 2^ g n'est jamais 
sourd . 

^. — Le ;( a une forte tendance à s'assourdir. 

Pour la partie occlusive, il peut être sonore (A, fig. m), mi- 
sonore (A, fig. 35), sourd (A, fig. 112). La mi-sonore débute 
avec des vibrations laryngiennes qu'elle perd à l'approche de 
l'explosion pour les reprendre ensuite (fig. 36). Or sur 
onze exemples à l'initiale que j'ai recueillis les uns à la suite 
des autres de la bouche de A, le :^ a été sonore quatre fois, mais 
si peu (3 centièmes de seconde), une fois mi-sonore (fig. 113), 
quatre fois sourd. 

La partie spirante, quand l'occlusion est sourde, peut être elle 
même privée des vibrations du larynx pendant une durée plus 
ou moins considérable, à savoir : 

A 4 4 4 6 cent, de sec. 

C 4 5 3 5 1/2 (fig. 114) et 6 1/2 — 

A la médiale, ^ a toujours été sonore pour A, mais il tend à 
s'assourdir chez C : sauf une fois (dans le dernier exemple ins- 
crit) les vibrations sont si faibles à l'occlusion qu'elles pourraient 
être considérées comme nulles (fig. 113); l'explosion a été sonore 
trois fois et une fois sourde pendant 4 centièmes de seconde 
(fig. 113). 

A la finale, après la chute de la consonne, toute la partie spi- 
rante du ;^ a été sourde deux fois (fig. 114). 

Cet assourdissement des sonores entre voyelles est un phéno- 
mène peu commun, c'est ce qui en augmente l'intérêt, surtout 
lorsqu'on le rencontre, comme ici, à l'état naissant. L'assourdis- 
sement du X. s'est également produit dans une région du midi 
de la France dont le centre semble être formé par les départe- 
ments de l'Aveyron, de la Lozère, du Tarn et de l'Hérault avec 
des prolongements plus ou moins considérables sur la Dordogne, 
le Cantal, l'Aude, le Tarn-et-Garonne, le Lot-et-Garonne et la 
Dordogne. 



PHONÉTIQUE MALGACHE 



43 



Je n'ai pas rencontré d'exemple d'un s devenant sonore entre 
voyelles; mais j'en ai un de f' (sourd) qui est changé en f 
(sonore) : r'ara Qratra)C (fig. 115). 

Les nasales (;;/ «) initiales débutent ordinairement par un jet 
d'air sourd sortant par le nez, Ce jet d'air ne se confond pas avec 
celui de la respiration : il se montre après que l'écoulement 
expiratoire a été interrompu et que la provision d'air a été mise 




(C.) 



Fig. 113. 



sous pression pour la parole. Dans les tracés, la durée de l'émis- 
sion de cet air sourd varie chez nos trois sujets, suivant la vitesse 
de la prononciation, entre 5 et 12 centièmes de seconde : A, 
8(%-8), 9 (fig. 33), 5 (fig- 30) ; B, 10 (fig. 3.O, 6 (fig. 44); 
C 12 (fig. 35), 9 (fig- 32), etc. 

C'est l'émission sonore par le nez avant le moment de l'explo- 
sion, ou, si l'on veut, c'est l'avance des vibrations nasales sur 
celles de la bouche qui constitue la sonorité propre des nasales. 
Il n'y a de variété que pour les initiales : les nasales intervoca- 
Mques sont toujours sonores. 

La partie sonore nasale avant l'explosion a duré : 

7/nbaby, — A. 2,6 (fig. 33), 2, 6, 4 cent, de sec. 

B. 17, 6 (fig. 44), 5 (fig. 45), 10,6 — 

C. 8, 4 (fig. 35), 3, 2 — ■ 
w/itete. — A. 2, 3, o, o, 3 — 

C. 7, II, 6, 3,0, o — 



44 L ABBE ROUSSELOT 

widodo. — A. 2, o, o (fig. 46), 2,4 — 

C. 2, 4, 3,2,2,2 — 

wamy. — A. 2, 6, 10, 12^ 8, 9 — 

B. io(fig. 3i),8,6,6, 10, 12 — 

C. 8, 8 (fig. 32), 2, 8,6, 2, 5 — 
wamo. — A. 12, 10 (fig. 30), 6, 8, 9, 9 — 

C. 6, 5,4,2,0 — 

wandeha. — A. 1 1/2, 2 1/2, 4 (fig. 8), 4, 3, 5 — 

B. 25, 6 (fig. 9), 5, 5, 8 — 

C. toujours sourde (fig. 10), 4 fois — 
wandray. — A. 2, i, 2, i, 5 — 

B. 4, 10,6, 10, 5,0 — 

C. toujours sourde (5 fois) — 
n. — wana. — A. 12,10,7,9^9,9 — 

B. 18,17,12,11,16,13,10 — 

C. 10, 7,3, 10, 2,6 — 
weny. — A. 11, 11, 10,5, 14,11 — 

C. 13, 12, 5, 10, 6,4 — 

\Jtn a moins de sonorité que Vn. B possède les nasales les plus 
intenses ; A, les plus faibles. C perd la sonorité plus facilement 
que les deux autres sujets. Le cas de Vm de mandeha C (25 cent, 
de sec.) est exceptionnel : noter que la sonorité a été faible pen- 
dant les 17 centièmes de seconde, qui répondent au temps où 
l'écoulement de l'air nasal est sourd. 

Les nasales associées à d'autres consonnes sont naturellement 
exposées à perdre de leur sonorité. Étudions chacun des cas. 

mp. — Il n'y a pas trace d'w dans mpampimmtra pour C. La 
nasale se réduit pour A à un léger filet d'air sourd, qui sort p;ir- 
fois par le nez dans le temps de l'occlusion du p (fig. 116). B, 
au contraire, a conservé Vm entière (fig. 19 et 21) et sans excep- 
tion Dans mpandeha, A a émis deux fois un jet d'air sonore pen- 
dant l'occlusion du^ (fig. 11 7) et quatre fois un jet d'air sourd 



PHONETiaUE MALGACHE 



45 



(fig. 40) ; quant à B, il a, pour ce mot, sur sept exemples, cinq 
m sonores et deux sourdes. 

Le phénomène est intéressant à étudier de près. Le groupe est 
entier chez B (jnipanpianalra) : Vm et le g sont nettement sépa- 
rés; ils ont duré successivement, en comptant Vm jusqu'au 



I 




m p a m p y a 
Fig. 116. 



n a r a G^) 




m p à n d é 
Fig. 117. 



h a (A.) 



moment où le courant d'air nasal décroît et l'occlusion du /) à 
partir de ce moment jusqu'à l'explosion : 

m, 12, 6, 8 (fig. 19), 8, 9, i4(fig. 21) cent, de sec. 

occlusion du p, 12, 10, 16 (fig. 19), 8, 6, 6 (fig. 21). — 

Chez A Qiipandeha), l'élément nasal s'est réduit au seul temps 

I de l'occlusion du ^(12 centièmes de seconde environ, fig. 117 

j et 40), sonore encore (fig. 117), enfin sourd et sans effet acous- 

' tique important (fig. 40). Simple souvenir dans mpanpianatra 

pour A, \'m a entièrement dispaiu pour C. 



4é 



LABBE ROUSSELOT 



A l'intérieur du mot, voyelle -f- iiip s'est réduit à voyelle nasale 
-\- pB (fig. 20) ; mais \'m s'est conservée dans l'occlusion du p, 
A (fig. 18), B (fig. 19 et 20). La sonorité est entière (fig. 18 
et 19); elle est très diminuée^ sinon détruite (fig. 19), seul cas 
sur une série de six exemples. 

mt. — Ce groupe ne s'est produit qu'une fois par la chute 
complète de 1'/ dans mitete A (fig. 118). L'//i dans ce cas, s'est 
réduite à un simple jet d'air sourd, qui s'échappe du nez vers le 
milieu du temps propre à \'ni et cesse dès le début de l'occlu- 
sion du t. 




m i t è t e (^O 
Fig. 118. 

nd, ns,nr, ng. — Dans ces combinaisons Yn est toujours restée 
sonore. 

Discours suivis. 



J'ai inscrit cinq proverbes (A). 

I. — Ny valala tsy tuba mandry indroa aiu-bavahady, « Les 
sauterelles ne-pas attendent deux-fois à-la-porte-d'entrée ». 

IL — Adaladala toy ny Betsileo miarahaba soavaly. « Bête comme 
les Betsileo qui-saluent les-chevaux. » 

IlL — Ny mpiandry omby volavita tsy tompony, fa mpamerin- 
doha. « Les gardiens de-bœufs royaux [sont], non propriétaires, 
mais conducteurs. » 

IV. — Mahalala roa ho anUena ka tsy mahalala iriy ho a l'olona. 



PHONÉTIQUE MALGACHE 



47 



Qui-connaît deux pour son-corps, et ne pas connaît un pour 
un-autre. » 

V. — Misorona ondry tsy volotiy ka mankalix^a ny areliua. 
« Faire-le-sacrifice d'un-mouton ne-pas de choix et s'aggrave la 
maladie. »> 

En notation phonétique : 

I. — ni valàla iimbaà mànritnfûa àmbàvahàdi. 

II. — adaladàla twï m Besileu myarahàba szuavàli. 




ni val a l a s 

FiG. 119. 



i m b a 




a m 



a n r 



Un r iia à vib a 
FiG. 120. 



a h a 



/(A) 



III. 
IV. 



m vipyâr ùnéi vulavita s tùmpùn fâ mpatnerin dnha. 
Mahalala ruœ hi ànténa, ka s mahalala iraè hu aniil- 



nœ. 



V. -^ Mieiirnœ fmf si mflniy ka màkaluxa m arélina. 

Je reproduis un de ces proverbes en entier (fig. 119 et 120), 
afin qu'on puisse comparer la durée des éléments phoniques 
dans les mots isolés que nous avons étudiés jusqu'ici avec celle 
qu'ils prennent dans la phrase : 



48 



L ABBE ROUSSELOT 




t lu î m b e s lie ù (A.) 

FiG. 121. 




ù n r si (A-) 

FiG. 122. 




s t V m p ù n f à m p a m e 0^-) 

FiG. 123. 




k a s ma (A-) 

FiG. 124. 



â 



PHONETiaUE MALGACHE 



49 



m val a l a simbaà m à n fi l n f u à à m b av a h a d i. 
19 799 14711 5556611444462664538468125 

Enfin je ferai remarquer de nouveau : 

1° La nasalisation de ïi après n: m (64. 119); devant m : 
si mba... (fig. 119). fun m B... 2^ prov. (fig. 121), etc. 

2° L'assourdissement de 17 devant une consonne sourde : ...f 
si... 5' prov. (fig. 122); 




a m a 



k a l 
Fig. 125. 



a n i 



(A.) 




n î m p y à (A.) 
Fig. 126. 

s tum... 3= prov. (fig. 123) ; dans ... tm m besilen... 2= prov. 
(fig. 121); dans^ s tm... 5^ prov. (fig. 124). 

2° La chute de l'w dans màkahi^a... 5'' prov. (fig. 125). 

3° La conservation de l'w initiale d'un mot après la voyelle 
finale du mot précédent : nî mpya... 3^ prov. (fig. 126), fà 
m p... y prov. (fig. 12:;). 

4° L'assourdissement de y après p : mmpyân... 3* prov. 
(fig. 126); mais la sonorité du w après t : twî... 2^ prov. 
(fig. 121). 

(A suivre.) 

L'abbé Rousselot. 

Revue de phonétique. 4 



DICTIONNAIRE 
DE LA PRONONCIATION FRANÇAISE 

(Suite ) 

r double — aspiration — Élément atone des diphtongues françaises. 

AÇERRATiON : a 5,6. b 11,2. è 11,8. rr 6,2. à 14. 

s 10,6. y 4,5. Ô 13,5. 
ABET : a 8,4. b 13,5. è 19. 

ABÊTIR : a 7,9. b ^. è 9,5. / 10. / 20. 

ABÊTISSEMENT 

AB HOC ET AB HAC 

/ 10. a 12. b II. û( k. 

ABHORRER : a 5,6. b ^. 10. rrii,8. (f2i. 

Variantes actuelles : abêràsyô, abêtir^ abêtismà, abok-e-abak, ab- 
ok-e'-ab-ak, ab-oré. 

Variantes historiques : 

Aberration (mot scientifique, inscrit par Féraud en 1787 comme 
néologisme au sens figuré) : abéracion « é fermé tout bref »î 
(Féraud, 1787); a-bêr-ra-cion (Rolland, 1812); aber-racion (de*' 
Wailly, 1822), a-^^r-m-aow (Napoléon Landais, 1835); a-bè-rra- 
sion (Lit.) ; à-bèr-rà-syon ave 1' « a ouvert moyen » de « lante » 
{Dict. gén.y, abè(j)rà-syô^ avec les deux r facultatives et le i"" a 
grave (Passy). 

Abêtir : abêti, « e long » (Féraud, 1761); a-bè-tir (K.o\.^ ; a-bé- 
tir (N. Landais); « a-bé-tir; quelques-uns disent a-bé-tir » (Lit.); 
à-bé-ttr (JDict. gén.y, abè-tir (Pas.). 



r 13. 




a 6. b 


7,8. è 5. t 7,8. 


i 6,7. 


s 6,7. ni 2,5. m 5,6. 


à 18. 




a 7,8. b 


9,5. 6,7. k 7,2. e 4,5 



LA PRONONCIATION FRANÇAISE 5Ï 

Abêtissement (néologisme) : a-bé-ti^se-tnan (Lit.) ; à-bé-txsf- 
man {Dict. gén.^\ abé-tistiià (Pas.^ 

Ab hoc et ab hac : aspiré (Duez, 1639, dans Th. II, 404); 
abokétabak, tout bref (Fér. 1761 — y e fermé, 1787); a-bo-kè-ta- 
bak (Roi.); abokétabak (de Wailly); ab-ok-é-la-bak (N. Land.); a- 
b'ho-}^é-t'a-b'hac de Malvin-Casal, Pron. fr. (1846), p. 478; a-bo- 
ké-ta-bak (Lit.); Hb'-Ôk'-et'-âb'-âk' {Dict. gén.). 

Abhorrer : <s. Prononce^ aboré» (Richelet, 1680); bref (Hindret 
1687, Th. n, 606) ; « 2* \on. abôr- ré » (Fér., 1761, qui ortho- 
graphie aussi abhorrer « Vo étant long, il serait bon de le mar- 
quer de l'ace, cire. »(« pron. les deux r; 2= longue, 3' /fer. »); 
a-bôr-ré (Ko\. y, àbôr-rer (de W.); a-bôr-rc (N. Land.); a-bo-rré 
(Lit.); hy-br-ré (Dict. gén.); aboré (Pas.). 

Les variantes de 1'^, dans abêtir , abêtissement^ sont dues au con- 
flit des formes phonétiques (J) et des formes analogiques (e) 
empruntées à bètœ. Cette duplicité de formes avait été déjà notée 
par H. Estienne pour dans « œste & costé... vbi & longum & 
breuem fonum habet haec Utera » {Hypomn., p. 36); et par P. Cor- 
neille pour e quand il proposait d'écrire arrefle (avec une f longue 
« parce qu'elle allonge la fyllabe ») et f arrêtais « où elle ne fait 
cet effet » {Éd. de 1664, avis au lecteur, p. rv). 

Dans aberration, on peut songer à l'influence de IV, qui a la 
propriété d'ouvrir la voyelle. Vé fermé bref de Féraud était très 
près de Ve moyen, qu'il notait è. 

Quant à abhorrer, il faut remarquer que Féraud ne distingue 
que deux : l'aigu (0) et le grave (d) et qu'il prononce de même 
beau (bo) et corps (kôr). Roland prononçait aussi abhorrer avec 
un grave. C'est Vo moyen qui a prévalu, avec tendance à adop- 
ter les formes toniques « j'abhorre » (abàr). 

La formule latine ab hoc et ab hac perd le / de et chez les per- 
sonnes qui, ne sachant pas le latin, l'ont apprise par la lecture. 

Les différences de syllabation tiennent aussi à ce fait que cette 
locution peut être lue à la latine (ab-ok-et-ab-hac) ou à la fran- 
çaise (a-bo-ke-ta-bak). 



52 



LABBE ROUSSELOT 



■ J'ajoute quelques observations sur IV double, l'aspiration et 
l'élément atone de nos diphtongues. 

1° f double. — Le redoublement de Yr dans les mots d'origine 
savante est un signe d'éducation latine. Les personnes du peuple 
simplifient cette consonne, comme en général les consonnes 
doubles de la langue savante. 

La différence entre r et rr est très sensible à l'oreille, bien que 
celle-ci soit incapable de dire précisément en quoi elle consiste. 
Interrogeons les tracés. Le courant d'air buccal enregistré par un 
petit tambour assez flexible montre le plus souvent (pas toujours) 
pour r les divers battements qui caractérisent la consonne : les 




FiG. 49. 

r et rr entre voyelles. 

(Petit tambour. — Bouche.) 

I. [a]berraHon (avec une seule r). — 2. [a]bhorrc (avec une seule r). — 3. (avec deux r). 

Battements : i) Si faibles que le courant d'air n'a pas été interrompu. 2) i, fort ; 2, faible. 

— 3) I, 2, 3, forts; 4, faible. 



moments de fermeture sont marqués par des dépressions de la 
ligne. Nous pouvons donc compter ces battements : il y a i ou 
2 pour mon r, de 2 à 4 pour rr (fig. 49). Mais si nous voulons 
pousser l'analyse plus loin, il faut recourir à un tambour plus 
large et plus élastique, avec un levier à petit bras long, pour con- 
server les vibrations et ne pas exagérer les déplacements. En 
l'associant, au moyen d'un tube en Y, à un petit tambour très 
rigide, on obtient une seconde transcription du même phénomène, 
qui contrôle et complète la première (fig. 50). L'on peut alors 



LA PRONONCIATION FRANÇAISE 53 

comparer les battements comme durée et comme amplitude, et 
en plus se faire une idée du mouvement vibratoire. Dans abord, 
les deux battements ont duré chacun 4 centièmes de seconde ; 
dans aborré nous avons successivement : 2) 3" 1/2 3 3/4 3 1/2; 
i) 4 3 3/4 3 1/2 3 1/4 3 i/2- Ces mesures ont été prises d'une 
pointe à l'autre de la dentelure. L'amplitude varie aussi. La 
hauteur des ondulations est pour aboré (je ne compte que la 
principale) : 2 "'"'2; pour aborré : j) 3,8 3,2 3,22,5; 3) 1,3 0,7 
0,8 0,5. Il faut remarquer que la profondeur de l'ondulation (a), 
laquelle indique le degré de fermeture, va en grandissant de la 
i""^ à la 2*=, puis en diminuant un peu pour la 3^, et beaucoup 
pour la 4^ ; que la 2' (^) a moins d'amplitude que la i"^" et la y. 

Ces mesures et ces observations nous portent à croire que 
l'effort musculaire s'accroît du début jusque vers le miheu de rr 
et décroît ensuite jusqu'à la fin. C'est en effet ce que nous 
montrent les tracés de la langue pris avec une ampoule (fig. 51). 

LV double se comporte donc comme les autres consonnes redou- 
blées qui, doubles pour l'oreille, ne sont, au point de vue articula- 
toire, que des consonnes simples fortes et longues. La i'*=r entendue 
est une r implosive ; la 2% une r explosive. La limite entre les 
deux me paraît correspondre à la dentelure la plus profonde (a), 
ou à l'ondulation médiale la moins ample (p). 

Sans préjuger ce qui peut se passer dans d'autres langues, 
nous devons donc conclure qu'en français il faut épeler abor-ré. 

Cette conséquence s'appuie encore sur un autre tracé. Quand une 
voyelle est suivie d'une consonne double (je conserve le langage 
acoustique), le mouvement organique propre à la consonne com- 
mence pendant la voyelle avec laquelle l'implosive est étroitement 
unie. C'est ce qui a lieu pour abor-ré. Comparez l'explosion du b 
avec le début du mouvement de la langue destiné à produire l'r : 
les deux phénomènes commencent en même temps. D'autre part, 
étudions, du même point de vue, abo-rré prononcé en faisant effort 
pour séparer et rr (ce qui ne réussit qu'incomplètement), la 



56 



L ABBE ROUSSELOT 



FiG. 50. 

r et rr entre voyelles. 

(Petit tambour et grand tambour accouplés). 

I. [a]Wjorré avec une r. — 2 et 3. avec deux r. 

B. Bouche, petit tambour; B' grand tambour. — N. Nez. 

Le grand tambour a 40""" de diamètre, i""* 5 de profondeur. Le petit bras a 36"", 

le grand 88""". 

La fermeture se fait de a vers l, et l'ouverture de h en c. La ligne du nez prouve que, 
pendant ces deux moments, le larynx ne cesse pas de vibrer (voir 2) ; mais les vibra- 
tions sont plus amples pendant la fermeture (voir surtout 3). Pour la bouche (compa- 
rer B et B' dans les trois tracés, principalement dans 3), les vibrations sont pleines et 
nettes pendant l'ouverture, étouffées pendant la fermeture. 

Battements : i) i, fort; 2, faible. — 2) i, 2, forts; 3, 4, plus faibles. — 3) i, 2, 
3, 4, fermeture et ouverture très nettes; 5, fermeture encore trèsnette; l'ouverture appar- 
tient à la voyelle. 

Les dentelures ont été mesurées suivant la perpendiculaire abaissée de c sur la ligne 
pointillée horizontale. 

L'affaiblissement du second battement de 3 est mis en évidence par la pointillée qui 
réunit le premier sommet au 3°. 



FiG. SI. 

r rr et r (élévation de la langue). 

I. [a]bhorré, avec une r. — 2. avec rr. — 3. avec une r forte isolée de la voyelle 

précédente. 

B. Bouche. — N. Nez. — L. Langue. 

L'ampoule ayant gêné les battements de la langue, le courant d'air n'a pas été inter- 
rompu et la délimitation vigoureuse des r est impossible. Mais on peut approximative- 
ment attribuer à l'r l'espace compris entre les deux lignes pointillées (i). En tout cas le 
degré d'élévation de la langue est mesuré sûrement par la courbe du tracé au-dessus de 
la ligne pointillée horizontale. Quant à l'r double (2) telle que je la prononce, on est 
en droit de lui assigner, au moins comme début, le point où la courbe linguale atteint 
la hauteur viaxima de l'r simple ; et toute la partie du tracé qui dépasse l'horizontale 
pointillée lui appartient certainement. Enfin l'r forte, produite ici artificiellement (3), 
est clairement délimitée par les deux voyelles. Au début, elle ne peut être qu'une r 
faible ; mais bientôt elle est renforcée, si bien qu'elle dépasse l'r double par l'amplitude 
du mouvement organique. 

La comparaison des fig. jo et 51 montre que la différence de mouvement entre l'ouver- 
ture et la fermeture du canal vocal est d'autant plus petite que l'articulation est plus forte. , 



I 



LA PRONONCIATION FRANÇAISE 57 

langue ne part que plus tard et après la voyelle. Donc l'épellation 
de Littré est fautive. 

L'union de la consonne avec la voyelle précédente paraît moins 
intime pour r simple que pour r double : comparez aboré et aborré 
(fig. 50). Cela est naturel, puisque pour faire entendre rr, il 
importe de donner à l'implosion une valeur inusitée : autrement 
elle ne se détacherait pas assez de l'explosion. En effet le i" temps 
de la consonne (implosion) s'appuie sur la voyelle précédente, 
comme le 2*= (explosion) s'appuie sur la voyelle suivante. Et dans 
aboré, Yr est surtout explosif, la i""* partie étant faible et se con- 
fondant pour l'oreille avec la seconde. 

M. Sievers a bien vu l'importance du courant d'air et de l'union 
des voj-elles avec la consonne pour produire la dualité du son. 
Aussi s'est-il élevé contre la confusion entre la consonne longue 
et la consonne double {Grund. d. phon.y 1881, p. 176). Dans 
mes expériences de 1889, j'ai constaté l'unité articulatoire, la 
longueur et la force spéciales de l'articulation {Mod. phori. du 
lang., 1891, p. 84-86). Plus tard, j'ai montré que les deux con- 
sonnes acoustiques se produisent : l'une à l'implosion, l'autre à 
l'explosion {Principes, 1901, p. 349-351). Dans sa nouvelle édi- 
tion (1901), M. Sievers définit encore les consonnes doubles par 
la rupture du courant expiratoire ; et naturellement il est embar- 
rassé par les occlusives. S'il avait de tout le phénomène la vue 
claire qu'en donnent les expériences, bien qu'il ne les aime guère, je 
doute qu'il eût persévéré dans ses explications embrouillées. La 
prolongation du mouvement articulatoire n'est pas la cause du 
phénomène, mais elle en est la condition indispensable. De 
même, l'énergie de l'articulation est nécessaire pour communiquer 
à l'implosion un effet acoustique, et c'est elle qui, en rétrécissant 
le canal vocal, modère l'émission du souffle dans les constrictives. 
Mais cet affaiblissement du courant d'air n'est pas la cause première, 
on le voit, du redoublement de la consonne. 

De Bèze (1584) définit exactement Vr double. « Lorsque cette 



58 l'abbé rousselot 

lettre, dit-il, est redoublée, elle doit être émise avec force, l'une 
finissant la première syllabe, et l'autre annonçant la suivante : 
qiiuin ^eminatur, fortiler est efferenda, una qiddem priorem syllabam 
finiente, altéra vero sequentem inchoante » (p. 37), 

LV double latine est restée en France dans un petit domaine 
compact situé au sud-ouest, et dont Albi paraît être le centre : 
il comprendrait, outre le Tarn-et-Garonne, au nord, le Lot et 
une partie de l'Aveyron; à l'est, le Tarn, avec l'Aude et les 
Pyrénées-Orientales; au sud, le Gers, la Haute-Garonne, l'Ariège; 
à l'ouest, le Lot-et-Garonne avec les Hautes-Pyrénées (voir 
Atlas ling., les mots courir, qui donne les limites les plus étendues, 
terre et arracher, et comparer avec arête, mûre, par exemple, qui 
ne contiennent qu'une r simple). Mais le mot arriver suppose 
un territoire bien plus étendu, qui engloberait en plus la Gironde, 
les Landes, les Basses-Pyrénées, déborderait sur la Dordogne, la 
Corrèze^ atteindrait le Puy-de-Dôme, la Haute-Loire, l'Isère, les 
Hautes- Alpes, le Piémont et, au sud, du moins sporadiquement, 
la plupart des départements français. 

Au XVI* siècle, les Barois (Pillot, 1550, d'après H. Estiennequi 
le vise sans les nommer, Hypomn., p. 203), les Manceaux, les 
Poitevins, les Lorrains (d'après de Bèze, 1584) avaient déjà 
simplifié la double r. Mais Paris (H. Estienne» 1582) la conser- 
vait encore. Cependant elle était affaiblie, au témoignage de 
Godard (1620). Enfin elle n'était plus qu'une affaire d'éducation 
(1647), puisque Vaugelas note que plusieurs Parisiens... pro-^ 
• noncent Vr simple. Pour l'Anonyme de 1654, il n'y a plus qu'une^ 
r. Cela ressort également des Remarques de l'Académie (p. 60). 
Aussi Boileau faisait rimer terre avec chaire au grand scandale duj 
Gascon Coras (Thurot, II, 370-380). J'ai, moi-même, biei 
étonné M. Jean Barès, qui, je crois, était des environs d'AlbiJ 
Comme il me faisait part de ses projets de graphie pour soii| 
Réformiste, je lui dis qu'il était bien inutile de chercher le moyei 
de distinguer Vr et Vrr dans les mots où elles se prononçaient 



LA PRONONCIATION FRANÇAISE 59 

de même. « Comment, reprit-il vivement, vous prononcez la 
terre (en roulant fortement ses r) et se taire de la même manière ? 
— Mais oui. » Je suis sûr qu'il prit en pitié le français des gens 
du Nord. 

LV double est donc aujourd'hui dans la langue une nouveauté. 
Elle est conservée dans les futurs et conditionnels des verbes con- 
tenant r'r -\- ai, acquérir^ courir y mourir et qui se confondraient 
autrement avec le présent et l'imparfait; mais non dans ceux de 
pouvoir, voir, où rr est pour tr,dret\a confusion est impossible; 
elle est reproduite par les groupements de mots (Jer rond, encore 
roi...); enfin elle se retrouve dans les mots d'emprunt. 

2° Laspiratioii. — Ce phénomène n'est plus guère compris 
des Français. Aussi est-ce au dehors que nous devons en cher- 
cher la définition. Et ce qui complique la question, c'est la pos- 
sibilité de le confondre avec des articulations voisines : le c (ch 
ail.) et l'attaque forte. Arrêtons-nous donc à une étude d'en- 
semble. 

Ce qui caractérise Vh aspirée, c'est une émission de souffle sans 
mouvement spécial articulatoire. En effet la bouche prend d'or- 
dinaire la forme exigée par la voyelle contiguë. Toutefois, il n'est 
pas rare que la langue se raidisse par un mouvement plus brusque 
et se rapproche du plancher de la bouche, ou que les mâchoires 
s'écartent légèrement. L'expérience est facile à faire si l'on 
obser\'e à et hà. M. Meyer a constaté un rapprochement des cordes 
vocales. Ce serait une fricative lar}'ngienne. 

L'aspirée peut être sourde (/;) ou sonore (/i). 

La spiraute ^(c/; ail.) emploie aussi une forte émission du souffle, 
mais elle est caractérisée par une constriction de la langue qui se 
porte vers le palais, tantôt en arrière Çc de ach), tantôt en avant 
(f de ic})), alors elle est véritablement mouillée. C'est une con- 
strictive linguale. 

Elle est sourde c, 5, ou sonore g, y. 

Il est donc très facile de distinguer au point de vue articula- 



éo l'abbé rousselot 

toire h et t. Faites articuler à et hà : la langue reste dans la même 
position ou s'affaisse, c'est une /;. Demandez à et £à ou ad, sui- 
vant les langues que vous étudiez : la langue se porte vers le palais, 
c'est un £. 

L'attaque forte appartient à un autre système : c'est une 
occlusive laryngienne qui accompagne les voyelles initiales. 

Toutes ces articulations peuvent être fortes ou faibles ; et c'est 
ce qui amène, en dehors de l'expérimentation, des erreurs pour 
l'oreille. Un ^ affaibli est très voisin de l'/i sonore et finit par se 
confondre avec elle. Une h sourde et forte donne l'impression 
d'un c moins rude; et ce dernier peut être pris pour une /; un 
peu trop énergique. Enfin une attaque forte est quelquefois 
employée comme imitation de l'aspirée. 

Dans les observations qui suivent, je m'appuie presque uni- 
quement sur des expériences faites dans cette intention par moi 
ou par M. Chlumsky, en particulier, sur sa propre langue et sur 
l'allemand qui lui est familier dès l'enfance. 

Nous avons théoriquement : 

Sourde Sonore 

Aspirée : h Y) 

Spirante dure : c g 

— douce : ç y 

Attaque forte : 

Le tchèque possède l'/i sonore (liora « montagne »); un c, 
moins fort que celui des Allemands et ne donnant pas de batte^ 
ments dans les tracés Çcàpe « comprend ») ; un g, qui est' 
un c affaibli, rendu sonore par le voisinage d'une sonore (iiegreêi 
« laisse -nec- la parole »), et qui peut tomber jusqu'à /i dans la 
prononciation rapide (fig. 52,-54). 

L'allemand connaît toutes les variétés : h sourde qui peut deve- 
nir sonore, entre voyelles, ou entre sonore et voyelle : mêmeposi-j 



LA PRONONCIATION FRANÇAISE 




FiG. 52. 

C (lieu d'articulation). 

I. Tchèque (M. Chiumsky) : Pci. — 2. Allemand (M. Michal, de Bohême) : i. ClCy 
2. C isolé. — Russe (M. Bogorodislà). 



V 1 1 ; 


■ — 1 — ' 1 ■ — — — — 

B ( 1 1 .. 


j . . .-. 1 1 

3' 1 " "^ oc 
— "^ 1 1 


( - ! ■ 
3 1 




i /--T^--^ f 




1 ^ ^ ^^->J 

VA/V/VAAAAAAAAAA/VWVW 



FiG. 53. 

h tchèque (petit et grand tambours accouplés). 

I. bora (la fin du mot est reportée en dessous). — 2. [PrjaJa. 

N. Nez. — B. Bouche (petit tambour) ; B'. grand tambour. 

Remarquer les battements de IV, et les passages entre les voyelles et la consonne, qui 

sont très beaux. 




FiG. 54. 

C tchèque, initial et entre voyelles. 

Remarquer le moment de l'implosion parfaitement caractérisée en (2) (comp. avec i). 

La ligne du nez montre que la C est sonore au voisinage des voyelles (2). 




iwmAJWMJvmp 



FiG. 55. 
h allemande (Saxe) initiale et entre voyelles. 

I. hat. — 2, er bat. — 3. erhal[ten]. 

B. Bouche (petit tambour); B' (grand tambour). 

L'/j initiale est sourde (i), ainsi que celle de er/^alten (5) ; celle de er iat (2) est sonore. 



i 




FiG. 56. 
C alleraaud (Saxe). 

OC 

N. Nez. — R. Bouche (petit tambour) ; B' (grand tambour). 
C sourd avec battements (B'). 




h sonore. 



FiG. 57. 
h initiale et intervocalique et c en breton. 
I. hi[r]. — 2. meha[lon]. — 3. [:^. 

— c avec 3 vibrations, après celles qui caractérisent la voyelle. 



64 l'abbé rousselot 

tion que pour la voyelle, ou léger affaissement de la langue, ou léger 
écartement des mâchoires ; c' (et dans quelques dialectes, m'a t-on 
dit, g), qui s'accompagne de vibrations du dos de la langue, 
produites un peu en avant du point où se fait le gargarisme ; Ç 
(icJi) et y (/a). Vh de nahe est tombée ; elle est remplacée dans 
la prononciation apprise à l'école par une/; sourde (fig. 52, 55, 56). 

Le breton de M. Loth (Guémené-sur-Scorff) n'a que l'/i 
sonore, même à l'initiale Çhir « long ») ; le £ Q^ec « sec » siccus) 
avec ou sans mouvement vibratoire ; le g, qui est un c devenu 
sonore par position (jnœgalon « mon cœur » ; léonard, va càlun); 
Ç, ou c mouillée (^içet « soif », de ^e£). Le g et l'/i se confondent. 
L'affaissement de la langue dans Ym est très visible ainsi que le 
redressement du dos de cet organe dans cà (fig. 57). 

En basque, j'avoue que j'étais porté à trouver un c. C'est 
l'impression de mon oreille. De plus, j'ai quelques tracés qui 
indiquent un mouvement vibratoire. Les sujets que j'ai observés 
ne sentent qu'une simple poussée d'air sans aucun rétrécissement 
du côté du larynx. Enfin la présence d'une gutturale dans des dia- 
lectes de l'Espagne plaide aussi en faveur de la spirante. Mais 
l'exploration des mouvements de la langue faite avec le petit 
doigt ne révèle aucun changement de position ; c'est, sans plus, 
l'articulation de la voyelle. Il n'y a donc qu'une aspirée, dernier 
aboutissement d'une évolution qui a fort bien pu passer par le c. 
Cette aspirée est sourde à l'initiale et entre voyelles dans une pro- 
nonciation ferme et lente; mais elle peut devenir sonore entre 
voyelles dans une prononciation plus rapide (fig. 58). 

L'articulation saintongeaise correspondant au ch j français 
serait facilement assimilée à cg, si l'on n'avait que l'oreille pour 1^ 
juger. Mais l'exploration qui montre bien un redressement di 
dos de la langue vers le palais mou pour la sourde, ne révèle 
aucun déplacement pour la sonore. Il faut donc écrire : c h £û 
(champs) et M (Jean). 

Abordons maintenant l'aspirée française. Introduite parmi 



LA PRONONCIATION FRANÇAISE 



65 



nous par Télément germanique, elle a dû être très forte à l'origine. 
Dans l'Ouest, qui Ta en général éliminée, il en est resté des 
formes très dures : gràle (halé), kù (houx) ; M. Edmont a noté 




FiG. 58. 

/; initiale et interv'ocalique en basque. 

I. he[ben]. — 2. ahîi[n]. — 3. abua. 

B. Bouche (petit tambour) ; B', grand tambour. 
b sourd (i et 2), avec des battements comme un S (2) ; sonore au début (j) ; entière- 
ment sonore (4). 

rh dans l'Eure. De la langue vulgaire, l'aspiration est passée au 
latin durant les premières années de Scaliger (commencement du 
xvi^ siècle) et était encore conservée au xviii^ (Harduin, 1757). 
Aussi disait-on ab ^oc et ab /;ac (Duez, dans Thurot II, 404), hoc 
« jeu de cartes » {Ibid., p. 398), le Me (Acad. cahiers 1673). 

Rei'tie de phonétique. 5 



66 



L ABBE ROUSSELOT 



Mais l'aspiration est en train de disparaître, et ne conserve plus 
que deux petits territoires : l'un à l'Est, l'autre à l'Ouest. D'après 
V Atlas linguistique, le premier comprendrait l'est de la Belgique, 
l'ancien département de la Meurthe, les Vosges en entier avec une 
petite enclave dans la Haute-Marne (Graffigny-Chemin)et l'Alsace ; 
le second, l'ouest de l'Eure, le Calvados, la Manche et les îles, 




FiG. 59. 

h française de la Somme. 

I. Anne. — 2. haut. 

Nez. Bouche avec les deux tambours. 

h sourde, mais sonore au contact de la voyelle. 

l'ouest de l'Ille-et-Vilaine, les Côtes-du-Nord, le Morbihan, la 
Loire-Inférieure et l'ouest de la Vendée. (Voir surtout les cartes 
de hache, harnais, herse.^ Mais ces deux territoires se modifieront 
avec le temps et sans doute aussi avec une exploration plus com- 
plète. J'ai observé un homme de 65 ans, originaire de la Somme 
qui aspire d'une façon fort nette (fig. 59) et des jeunes gens des 
Vosges et du Morbihan qui n'aspirent plus. La carte de en haut 



LA PRONONCIATION FRANÇAISE 



67 



ferait croire à un prolongement vers le sud, qui engloberait, en 
tout ou en partie, la Charente-Inférieure, la Gironde, les Landes, 
les Basses et les Hautes-Pyrénées, le Gers et jusqu'à la Haute- 
Garonne ; mais on sent qu'il y a là une influence étrangère qui 
s'est exercée: celle de l'aspirée saintongeaise et de l'aspirée gasconne 
issue de 1'/ latine. 




FiG. 60. 
h de riUe-et-Vilaine (Saint-Brieuc). 

I. ma banc. — 2. bane (pantalon). 

Nez. Bouche avec les deux tambours. 

h entre voyelles, sonore (i) ; sourde avec une petite partie sonore, à l'initiale (2). 



Le xMidi, qui a toujours été réfractaire à l'aspiration germanique, 
transportait au xvi^ siècle ses habitudes de prononciation en fran- 
çais. L'Orléanais Etienne Dolet (15 40) était très choqué d'entendre: 
« les Auuergnats, les Prouuenceaulx, les Gascons, et toutes 
les prouinces de la langue d'Oc » dire ïann « le haren », 
l'aitlteur « la haulteur », des arens « des harens » etc. {Les accents 



68 l'abbé rousselot 

de la l. fr., p. 39 de la réimpression Tastu). Guil. des Autels 
(1548) fait le même reproche aux Bourguignons; de Bèze(i548) 
y associe les Lyonnais, les Aquitains et même les Berrichons, 
dont pourtant Geofroy Tory n'avait rien dit. L'Académie (167 3), 
suivant laquelle « l'H aspire fort », accuse non seulement « les 
gens des Provinces d'outre Loire », mais encore « le peuple de 
Paris » de s'efforcer de « l'abolir tout à fait » (Cahiers, p. 84). 
Mais il semble bien que, pour Paris, il faille incriminer de nou- 




FlG. 61. 

/; initiale de l'Ille-et-Vilaine (Saint-Brieuc). 

hane. Même disposition que fig. 59. 

h plus sourde que les précédentes. La prononciation a été plus forte. 

veaux venus, qui auraient apporté cette mode avec eux : « Cette 
vicieufe façon de prononcer, dit Ménage (1675), a paffé depuis 
quelques années jufqu'à Paris. J'y ay fouvent ouï dire à des per- 
fonnes favantes, & de la plus haute qualité, ... rha^^ard, l' halle- 
barde... » (Observ. I, p. 214). 

Le vrai développement phonétique a été tout autre. L'état 
actuel de l'aspirée française est déjà signalé dès la seconde moitié 
du xvii<= siècle. En 1670, le Picard Lartigaut écrivait : « Le 
propre èfêt de Vh au comancemant du mot et uniquemant d'anpê- 
cher l'élizion de la voyèle précédante... Çh) an pèche la liézon » 
(Th. II, 393). De même, Richelet (1680) réduit la valeur de Vh 



LA PRONONCIATION FRANÇAISE 6$ 

à ceci qu' « elle eft confidérée ainfi qu'une confonne, & que la 
voielle qui la précède ne fe perd point. » 

Que s'est-il passé auparavant? Avant d'essayer une réponse, 
voyons ce qu'est aujourd'hui l'aspirée là où elle s'est conservée. Dans 
la Somme (fig. 59) et dans l'Ille-et- Vilaine (fig. 60), l'aspirée ini- 
tiale est sourde ; elle est sonore entre voyelles (fig. éi). Tandis que 
la médiale, qui est la plus commune, est encore très ferme, l'initiale 
tend à s'eâfacer. Très nette chez les personnes âgées et encore 
chez un homme de 27 ans, elle est à peine sensible à l'oreille 
chez son frère de 20 ans. Toutefois elle est toujours marquée 
dans les tracés du souffle. La voyelle suivante profite aussi de la 
force du courant d'air : comparez Va de ^««^ (fig. 5 9) et celui de hane 
« pantalon » (fig. 60). Même il arrive que, contrairement à ce 
que nous pouvons remarquer en allemand et en basque, la plus 
forte émission de souffle affecte la voyelle. 

Nous retrouvons ces traits dans les remarques des grammai- 
riens. L'aspirée française était douce, plus douce que celle des Alle- 
mands (Tory', i526;deBèze, 1 584) et des Bretons français(Hin- 
dret, 1687). Elle a continué à s'affaiblir, et l'effort de l'aspiration s'est 
porté sur la voyelle^ : « elle fait prononcer plus fortement la lettre 
qui suit » (Delaunay, 17 19); « elle rend la prononciation d'une 
voyelle très rude et comme si elle partoit du gozier » (De Longue, 
1725). Enfin ce dernier effort est économisé : l'aspiration dis- 
paraît, laissant en présence les syllabes contiguës sans lien et 
sans élision. A Paris, sauf quelques erreurs et quelques confusions 
signalées par les grammairiens, les choses en sont restées là. 

1 . Parlant de l'aspiration latine, Ton,' dit que les Allemands la prononcent 
double et leur conseille de l'écrire par deux /;, de même qu'ils écrivent deux îi* 
(feuil. XLV). 

2. Il semblerait que Vh latine au temps d'Aulu Gelle (ic tiers du ii» siècle) 
était pour les lettrés à la même étape. Nous lisons au me chap. du Ile Hv. de 
ses « Nuits attiques» (je cite la traduction de Tory) : « que H. a este mise des 
Anciens & inférée es dictions pour leur bailler ung fon plus ferme & vigoreux». 
Cette /;, déjà tombée chez le peuple dès la fin de la République, était encore 
conservée avec soin par saint Augustin {Conjess. 1. I, c. xviii, cité par 
G. Paris, Mélanges Ung., 127). 



yo l'abbé rousselot 

Dans les autres lieux, l'évolution n'a certainennent pas été syn- 
chronique. Et Delaunay a pu observer l'avant-dernière étape 
ailleurs ou à Paris même dans un milieu cultivé. 

Depuis la fin du xvii' siècle, les auteurs se partagent. Restant, 
de Beauvais (1730), Beauzée, de Verdun (1767), le Nantais 
Roche (1777) recommandent une vraie aspiration. De Wailly 
(1768) laisse entendre que l'aspiration propre subsiste encore ou 
au moins vit par son influence sur la vo5'elle : « la lettre /; eft 
afpirée, dit-il, quand elle fait prononcer du gofier la voyelle qui 
la fuit ». L'Académie avait dit (1694) moins nettement de l'aspi- 
ration, qu'elle « rend la prononciation plus forte »; en 1762, 
elle précise : « aspirer... signifie, Prononcer de la gorge, en sorte 
que la prononciation soit fortement marquée », et elle cite comme 
exemples : hauteur, hardiesse, honte; en 1835, « aspirer. Prononcer 
plus ou moins fortement de la gorge » : même doctrine et mêmes 
exemples. Elle se répète encore en 1878. 

Mais le Franc-Comtois d'Olivet (1767) remarque que 1'^^ est 
le même dans abeille et dans haquenée, et que la seule difi*érence 
vient de ce que le second a « les propriétez d'une confonne » 
(expression qui sera encore répétée par Nap. Landais) et par 
conséquent ne se lie ni n'élide (p. 57). Le Bourguignon Boulliette ; 
(1760) parle d' « une afpiration forte » (p. 53); mais en 1788 
il s'explique dans le sens de d'Olivet (Th. II, 394), Lévizac 
(1801), sans remarquer l'inconséquence, définit comme de 
Wailly et conclut aussi comme d'Olivet. 

Domergue (an V) introduit une idée nouvelle. Toujours, 
selon lui, l'aspiration « s'exécute sans élision sans liaison ». Mais 
parmi les mots qui possèdent une /; aspirée, il distingue ceux qui 
sont « destinés à peindre un sentiment énergique : je hais...; à 
marquer le mépris : couvert de haillons...; à offrir une image : 
le hennissement des chevaux » ; ceux-ci sont prononcés « avec 
effort », les autres sans effort (p. 438). L'aspiration est donc bien 
morte ; mais on compte la faire revivre comme procédé oratoire. 



LA PRONONCIATION FRANÇAISE Jl 

Mais est-ce là une aspiration ? Pour les auteurs ou les orateurs 
nés sur le domaine de 17; aspirée, il n'y a pas de doute : cet 
effort est une aspiration; pour les autres, je crois bien plutôt 
à une attaque forte, semblable à celle des cochers qui crient au pas- 
sant, qu'ils craignent d'écraser : 'attmtion ! 

De Malvin-Cazal (1846) semble l'avoir compris ainsi quand il 
dit que la lettre /; « représente ce souffle sec que l'oreille sait dis- 
tinguer dans le discours » (p. 455). 

Littré, lui, pense à autre chose et nous ramènerait en arrière, 
si c'était en son pouvoir. « H initiale aspirée, dit-il, se prononce ». 
« Aujourd'hui, ajoute-t-il, surtout à Paris, beaucoup n'aspirent 
pas Vh et se contentent de marquer l'hiatus ; mais, dans plusieurs 
provinces, la Normandie entre autres, l'aspiration est très nette- 
ment conser\^ée. et cela vaut mieux. » 

Paul Passy admet carrément cette prononciation normande (Jjs 
sons du fransaisy 2^ éd., p. 32). Et, pour justifier son choix, il met 
en note : « Voici pourquoi : la prononsiacion (bariko) est touta- 
fait contraire au génie de notre langue, quiélide avant une voyèle; 
c'est un vrai barbarisme, du au pédantisme ignorant des grammai- 
riens, qui n'ont su ni conserver la prononsiacion (bariko), ni 
admètre la prononsiacion (lariko), la seule naturèle la ou (/;) est 
tombé. Un linguiste ne peut pas consacrer une aussi barbare absur- 
dité : il faut choizir entre (/j) vraimant aspiré et l'élizion, entre 
la prononsiacion Normande et cèle des enfans. » 

J'ai connu un vieux professeur de Troisième, originaire des 
Pyrénées, qui, le Littré en main, voulait nous imposer l'aspira- 
tion de 1'/;. Quel renfort il eût trouvé dans Passy ! 

Un fin lettré, Parisien de naissance, mais Normand d'origine, 
M. Paul Desjardins prononce lui aussi, au témoignage de Kosch- 
witz {Parlers Parisiens), « les h aspirées (ou même muettes) 
comme des /; allemandes, avec une véritable aspiration guttu- 
rale {houle, hoquet, hoquet, cohue) ». Il faut sans aucun doute 
supposer dans Y h de cohue une h sonore. 



72 l'abbé rousselot 

Dans son édition remaniée àesSons du français, M, Passy sup- 
prime sa note, mais conserve ses faveurs à 17; normande tout en 
prédisant le triomphe final de la prononciation des enfants 
(Jariko et lexfirikd). Cette prédiction se réalisera- t-elle ? C'est pos- 
sible : les Picards^ qui aspiraient certainement, ne connaissent 
plus l'hiatus (léi ètr « les hêtres », un a€ « une hache ». Atlas 
Img.'). Mais cela me paraît bien peu probable. C'est l'analogie 
toute seule qui pourrait amener ce changement, et son action est 
contrariée par l'éducation et les exigences de notre oreille, qui 
est intransigeante sur ce point. Le^ hêtres sonne faux; et, loin d'af- 
faiblir Vœ muet précédent, nous le renforçons : nous disons : 
un tablœ mais imœ a^, defàdrœ kurajœimà mais defàdrœ ardimà. 
Nous tenons à bien marquer l'hiatus. C'est tout ce qu'il est rai- 
sonnable de dire pour le moment. Il n'y a pas au reste parité 
entre la langue littéraire et les patois. Ceux-ci sont beaucoup plus 
libres. Et dans ceux qui ont gardé l'aspirée, la chute de Vœ final 
s'est produite en même temps aussi bien devant h que devant les 
consonnes (un hae et un tabï). En français, au contraire, l'avivait 
encore quand Vh est tombée. Ce n'est que plus tard qu'il est 
devenu muet devant les consonnes {iin tablœ). Mais, alors, la 
nécessité de bien marquer l'hiatus, reste de Vh aspirée, l'a con- 
servé (unœ a€). 

3° Vêlement atone des diphtongues françaises . — J'ai déjà parlé 
de Vi de -ation. Mais retrouvant la même terminaison dans les 
mots qui font l'objet de cette étude, je me sens porté à y revenir, 
pour embrasser d'un coup d'œil général l'élément consonnifiable 
des diphtongues françaises. 

Toutes nos diphtongues étant d'origine moderne et remontant 
à des sources diverses et à dates différentes, leur histoire est 
pleine d'enseignements. 

Les premiers éléments des diphtongues peuvent être au début 1 
purement vocaliques, ou, à la fois, vocaliques et consonantiques^ , 
comme par exemple : pied (pédem), fait (factum), où ie sort de ê 



LA PRONONCIATION FRANÇAISE 75 

latin, et 1'/ de ai, du c latin par rintermédiaire d'un Ç (ch doux 
ail.), enfin d'un y, dernière étape avant Vi voyelle. 

Toute diphtongue contient un élément fort (ou accentué) et 
un élément faible (ou atone). La place de l'accent n'est pas 
immuable. Elle varie suivant les dialectes pour des raisons par- 
ticulières où entrent des considérations phonétiques et psycho- 
logiques. Ainsi fuient est accentué sur fu dans la Chanson de 
Roland, il l'est aujourd'hui sur i; pied a son accent sur e en fran- 
çais, sur / dans beaucoup de patois. J'ai l'occasion d'observer à la 
campagne une pendule dont le balancier bat un coup fort et grave, 
et un autre plus grêle mais plus aigu. Selon que je dirige mon 
attention, je mets l'accent sur l'un ou sur l'autre des deux coups. 

Le sort ultérieur d'une diphtongue dépend de la place de son 
accent. L'élément atone s'abrège, se consonnifie ou tombe. 
C'est ainsi que nous avons perdu toutes nos diphtongues dont le 
premier élément n'a pu se consonnifier. 

L'étude de cette consonnification est précisément l'objet que je 
me propose ici. 

Ce n'est que graduellement et par des étapes très rapprochées 
que la voyelle évolue vers la consonne, et le mouvement qui 
l'entraîne n'a, ni dans tous les lieux, ni dans un même lieu pour 
tous les milieux sociaux, ni dans tous les mots, la même puis- 
sance. C'est ainsi que e, V, s'acheminent vers y; o, «, vers îl> ; u 
vers ïl'. 

Les semi-voyelles îu et w nous apparaissent pour le moment 
comme des points relativement fixes. Il en est autrement du y 
qui continue son évolution. Et ses étapes sont déjà sensibles : il 
est plus dur au Nord que vers le Sud ; même, dans certains 
patois, il s'est avancé jusqu'au £. C'est pour cette semi- voyelle en 
diphtongue que l'étude est particulièrement délicate, parce que 
les étapes sont nombreuses et difficiles à déterminer. L'oreille s'y 
perd, car elle prend pour mesure le son auquel elle est accoutu- 
mée. Un y presque entièrement sonore, comme le mien, paraî- 



74 l'abbé rousselot 

tra un / à qui possède un y plus sourd ; et un jy sourd sera déjà 
pour moi à sa seconde étape, tandis qu'il sera jugé à la première 
par le sujet qui le possède. J'en ai fait l'expérience dans des con- 
ditions très favorables, avec des linguistes très renseignés, mais 
d'origines différentes : deux Slaves' qui ont \Qy sonore ; un Breton', 
un Américain^ qui ont le y sourd, et un Parisien^ dont le}» est un 
peu plus sourd que le mien. Eh bien ! quand je àh pied, les 
Slavesentendent comme moi un y ; tous les autres entendent un i. 
Et cependant c'est bien un y que je prononce, les tracés en font 
foi. Il faut donc en ce point user avec prudence des documents 
qui reposent sur le seul témoignage de l'oreille. 

Pour nous renseigner sur les premiers débuts de l'évolution, 
nous n'avons que les diphtongues les plus récentes. 

Lorsque la voyelle, qui doit devenir atone, porte le sens du 
mot, le premier travail à intervenir est d'ordre psychique. Il est 
nécessaire que cette voyelle soit vidée de sa valeur significative ; 
sinon, elle ne pourrait être entraînée par le torrent phonétique : 
elle resterait une exception. Si nous avons une diphtongue ie 
dans miette, c'est que nous avons oublié mie ; et si, suivant le ' 
Dict. gên . nous disons li-ure, c'est que nous n'avons pas encore 
détaché ce mot de son primitif /V lie. 

Quand la première voyelle est ainsi libérée, la diphtongue 
prend naissance, non parce que, comme Ton dit, les deux 
voyelles sont prononcées d'une seule émission de voix — 
chaque voyelle conserve son articulation propre — , mais parce 
que les deux voyelles sont étroitement unies et que la première 
dépend de la seconde. 

Dès lors la voyelle atone s'abrégera graduellement, comme 
nous l'avons noté pour i dans -atioti ; et finira par être réduite à 



1. Dont M. Chlumsky. 

2. M. Loth. 

3. M. Barker. 

4. M. de Souza. 



LA PRONONCIATION FRANÇAISE 75 

un simple mouvement, qui gagnera en amplitude ce que l'articu- 
lation aura perdu en durée. Comparez les tracés des mouve- 
ments de la langue déjà signalés dans -siô et -syô (fig. 42-43). 

Les anciennes diphtongues ont depuis longtemps franchi cette 
étape. Aussi avons-nous de la peine à concevoir en français une 
diphtongue dont le premier élément ne serait pas consonnifié ; 
pour nous, ta, par exemple, est ou bien i-a en deux syllabes, ou 
ya en une seule ; il n'y a pas de milieu. Mais il n'en a pas tou- 
jours été ainsi, et la formation de nos diphtongues s'est échelon- 
née sur plusieurs siècles. 

Nous avons eu d'abord les diphtongues formées par le dédou- 
blement des voyelles, soit spontané, soit provoqué par une pala- 
tale, ou résultant de la vocalisation de certaines consonnes. 
Telles sont : piet (pédem), bien (béne), destrier (dextrarium) ; 
ittei moi (mé), rei roi (r^gem), voi:^ (vôcem), Blois (Blaesum) ; 
nuit (noctem), bruit (* brugitum) ; chiens (canes). Roi. 1874, 
aiiins 60, seiuns 46, pour de plus anciens *aiens,*seiens(^h2\n2ivs\\xs, 
*siamus), aie:^ 1045 (*habiatis), d'où les formes -ions, -ie:^, du 
présent et plus tardivement de l'imparfait du subjonctif, à la place 
de -ons -ei encore usités au xvi* siècle et même préférés par Syl- 
vlus (Isago)ge, I53i,p. 126); muriuns « mourions », Roi. 227, 
qui ne peut venir de moriamur. 

Tous ces groupes sont monosyllabiques au début et le sont 
restés jusqu'au xvi^ siècle. 

Moins anciennes sont les diphtongues issues des suffixes ver- 
baux -ïamus, -ïatis de l'imparfait et du conditionnel (^-iiens, 
i-ens, i-ons ; iie^, ie:^ et du suffixe nominal -ianum (-«V», i-en\ 
qui comptent d'abord pour deux syllabes : aviù « avions », Roi. 
1504, savicT^ 1146 (ms. d'Oxf.) chrestien, 102, Indien et Troien, 
(Benoît de Sainte-Maure vers 11 90, dans Constant, Chrestomathie 
p. ()(>). La diphtongue se serait constituée au cours du xiii' siècle 
(Mayer-Lûbke, Gr. II, p. 323); mais on continua à compter deux 
syllabes : ancien pouvait avoir encore trois syllabes pour Voltaire 



yé l'abbé rousselot 

et gardien en avait trois pour La Fontaine et Molière. Cest Jean 
le Maire au xvp siècle qui, le premier, compta, ien pour une seule 
syllabe dans chrestien, ancien (Quicherat, Vers, fr., p. 303). 

Nos diphtongues les plus récentes sont dues au rapprochement 
de deux voyelles appartenant primitivement à deux syllabes dif- 
férentes, ou se trouvant dans des mots étrangers, empruntés le plus 
souvent au latin ou au grec. C'est ainsi que fuir avait encore 
deux syllabes pour Malherbe et une seule pour Corneille, de 
même que fui. Il y eut des discussions à cet égard au xvii^ siècle 
(0-, p. 315). Mouelky malgré Sebillet, était encore compté pour 
trois syllabes par Ronsard, ainsi que fouet, fouettée, etc. Et le désac- 
cord continue encore aujourd'hui entre la prosodie et la pronon- 
ciation usuelle, preuve du peu d'ancienneté des diphtongues en 
question. Dans l'élément étranger, le temps et le caractère plus ou 
moins populaire du mot sont des facteurs non négligeables pour la 
constitution des diphtongues. Par exemple z'a duns diable, diacre, se 
lit en une seule syllabe, mais peut se lire en deux dans diabolique, 
diaconat, diadème : les premiers mots sont assez anciens et d'u- 
sage populaire ; les seconds, plus nouveaux et d'une langue plus 
savante. 

Pour qu'une voyelle, unie en diphtongue, passe le moment ; 
critique et se change en consonne, il est nécessaire qu'elle ne soit 
pas entravée par un groupe de consonnes capable de lui faire ] 
obstacle, ni contrariée par une action analogique. Une diphtongue 
ne peut être gênée par un groupe de consonnes tant qu'elle reste 
entièrement vocalique. Ainsi des groupes comme cl, gl, tr, vr, 
pi, etc., ne constituaient pendant le moyen âge aucun embarras 
pour la prononciation monosyllabique de ier, ions, ie^ (bou-clier, 
meur-trier, de-vrions, de-vriez, etc.), parce que 1'/ était voyelle. 
Mais les choses ont changé, quand il fut devenu consonne. Jodelle 
le remarqua, et, le premier, il compta ier dans ce cas pour deux 
syllabes ; Régnier suivit, et Corneille imposa l'usage malgré 
l'Académie. Ménage nous a donné la raison de son succès : « Les 



I 



LA PRONONCIATION FRANÇAISE 77 

Dames s'arreftoient, dit-il, comme à un mauvais pas, à ces mots 
de meurtrier, fanglier, boucJiery peuplier, & autres femblables, 
lorfqu'ils eftoient de deux fyllabes » (Obs., p. 499). C'est parce 
que, à Paris, -ions, -ie^ contiennent un y, que Ve muet est conservé- 
dans la syllabe précédente : nous chanterions, vous chanteriez. 

Les groupes de consonnes qui font obstacle à la consonnifica- 
tion de 1'/ n'ont pas eu le même effet sur celle de n et de u. Nous 
disons sans peine : drwa (droit), plwa (ploie), /nm (froid), frici 
(fruit) brivi (bruit), etc. Cependant l'épellation de mots comme 
cru-el, écrou-elles, bru-anl, et le changement de brui-r (xvii'= 
siècle) en bru-ir prouvent que, s'il n'a été efficace, l'obstacle n'a 
pas été complètement nul. L'analogie a été plus puissante : elle a 
maintenu l'indécision pour rouer, rouelle, ruer, ruelle ; elle a de 
même conservé ri-ant, ri-eur à côté de supé-rieur. 

Le moment critique de laconsonnification se remarque encore 
à certaines hésitations qui se produisent chez les métriciens; car 
des variantes de sons, inévitables juste au moment de l'arrivée à 
l'étape, donnent lieu à des interprétations différentes. C'est pour 
cela que Marot compte ni-èce, que Sebiliet entend mïel, fiel, que 
Ronsard, Régnier, Sarrazin, etc., lisent li-erre ; que, tout en 
conservant sa diphtongue historique (/V), hier est de deux syllabes 
pour Péletier, Malherbe, Rotrou MoUère, Boileau, Racine (voir 
Quicherat). Il est certain que l'évolution aété plus rapidedans la syl- 
labe intérieure qu'à l'initiale; et la diphtongue était dé]à ye dans 
avanl-hier, alors qu'elle était encore ie dans hier. La comparaison, 
faite à ce moment précis, ne pouvait qu'induire en erreur. 

Ce n'est donc pas à un défaut d'observation, mais bien plutôt 
à une observation mal comprise, ou égarée par les variantes de la 
prononciation, qu'il faut attribuer les controverses des poètes et 
des grammairiens sérieux, qui sont autre chose que des copistes. 
J'en dirai autant du désaccord survenu entre Péletier et Maigret 
au sujet de 1'/ « en chartier é les semblables » (Th., I, p. 285). 
Je suis disposé à croire qu'ils avaient raison tous les deux : Pèle- 



I 



78 l'abbé rousselot 

tier pour le Mans où ier était sans doute devenu yé, et Maigret 
pour Lyon où les deux voyelles pouvaient être « fort légèrement 
prononcées ^). De même, je soupçonne queDelille, qui était auver- 
gnat, quand, dans la i''* édition' de ses Géorgiques, il a compté 
sanglier pour deux syllabes, et de Malvin-Cazal (1846), quand 
il a m:iintenu cham-briêre, nieur-triére (p. 127), re-se-vriei(p. 139), 
ne faisaient qu'obéir à leur oreille ou à la possibilité de leur 
langue : ils devaient avoir un i voyelle, ou un v à peine formé. 
Je sens qu'avec un peu d'exercice j'arriverais sans trop de peine à 
la prononciation que je leur suppose. 

Au moment où se montraient les premières hésitations pour 
ie, il se produisit un fait important dans l'histoire de la diphtongue 
oè : tout un groupe de mots perdit l'élément atone: les impar- 
faits (chantoit) et les conditionnels (chanteroit)^ certains noms de 
peuple (les François^ et quelques autres, tous d'un usage très 
commun. Ne se rattacherait- il pas à la même cause, les difficultés 
du passage de la voyelle à la consonne surtout après les groupes 
de consonnes ? 

Tous les indices que je viens de relever prouvent que c'est au 
xvi'= siècle que s'est opérée la consonnification dans nos plus anciennes 
diphtongues. Mais on ne put pas se rendre compte alors de la 
nature du changement. « L'/, par manière de dire, ne s'apèle point i 
i ». Cette remarque de Péletier est assez nette ; elle ne pouvait ; 
guère l'être davantage. On n'avait pas la notion de la semi-voyelle, j 
La comparaison avec les sons analogues anglais ou allemands 
n'était pas suffisante. Les Allemands entendaient un / et l'exagé- 
raient (de Bèze). Duvivier, qui était de Gand et qui enseignait le 
français à Cologne (1566), bien placé pour reconnaître le y, note 
que /, à peine entendu dans disions, aimions, est parfaitement 
entendu dans r/m, rivière (Th., l, 286 en note). Daniel Martin, de 
Sedan (1632), qui se dévouait à Strasbourg « au service età l'avan- 
cement de la ieunesse allemande désireuse d'apprendre nostre 

I , Dans sa seconde édition, il a corrigé pour se conformer aux critiques qui 
lui avaient été faites. 






LA PRONONCIATION FRANÇAISE 79 

langue Françoise » (Th., I, p. lu), figure tient, rien, bien, par tjint, 
rjin, bjin, et sentier ineux par santiech viôÇTh. I, 286). Duez. que 
Thurot croit de Genève, et qui enseignait en HolIande(ié39), fait 
la même distinction dans son tableau (Z^ vray et parfait Guidon de 
langue française, éd. 1669, p. 3) : « ien als (comme) jing. Chien, 
bien, rien, sien. — ieu als iô. Vieux, mieux, adieu monsieur. » A 
la page 22, il distingue encore : ie (arrière) en une syllabe et 
non avec un z (}'f) allemand ; ien (rien) comme l'allemand ying ou 
jing; il' uÇD'iQu) comme l'allemand Z(?en une syllabe avec unt voyelle. 
Mais dans ses transcriptions phonétiques (p. 122 et suiv.) il écrit 
biing (bien), riing (rien), bier (bière) battlie (bàttelier), buntie 
(bonnetier), etc. La question reste douteuse. 

Il est certain, au reste, que le y en diphtongue, loin de se con- 
fondre avec le /allemand, diffère même de notre 3' dans « ayons, 
voyez », où Saint-Liens, qui habitait l'Angleterre, se refusait à 
voir autre chose qu'un /. C'est le Parisien Boindin (vers 1709), 
qui le premier a démontré l'existence du y, qu'il appelle « mouillé 
faible » dans ayeul, payen, Versayes « Versailles » {Rem. sur les 
sons de la langue, p. 31-35). Mais il a fallu attendre jusqu'au second 
tiers du xviii^ siècle pour trouver l'indication que l' « i a le son 
du mouillé imperceptible, quand il forme une diphtongue après 
une consonne qui le modifie comme dans bien, mieux... sortions » 
(Roche, dans Th., I, 287). 

Le y était si bien établi dans la prononciation des diphtongues 
de dernière formation dès 1846, que de Malvin-Cazal, s'étant 
posé la question à savoir si dans les vers -/(W pouvait être prononcé 
en deux syllabes, répond : <■<■ Rien ne sent plus le pédantisme et 
la gêne, rien n'est plus opposé à l'harmonie du langage que la 
prononciation dissyllabique des diphtongues auriculaires; elle 
est insupportable à l'oreille. Ce respect servile que l'on veut avoir 
dans ce cas pour la mesure des vers, nuit singulièrement d'ailleurs 
au charme des vers eux-mêmes ; il leur donne de la roideur et 
un traînement d'articulation qui attaque leur mélodie. Ce n'est 



8o 



LABBE ROUSSELOT 



point ainsi que les comédiens instruits les récitent au théâtre. On 
y sifflerait, et avec raison, l'acteur qui dirait de cette manière ces 
vers de Britannicus : 

Je ne m'étais chargé, dans cette occa-si-on, 
Que d'excuser César d'une seule ac-ti-on. 




FiG. 62. 
y initial et après consonne. 
I. yà. — 2. pyà. — 3. lyà. 
B. Bouclie. — N. Nez. — L. Langue. 
Le y initial est plus long. Il est sonore à partir de la ligne pointillée. Le commence- 
ment est sourd. Après /», le v est moins sonore, la première partie de l'articulation coïn- 
cidant avec celle du p. Après b, le y est entièrement sonore. Après une consonne, le y est 
plus court qu'à l'initiale. 

Pour mesurer l'amplitude du mouvement, comparer le tracé L avec la ligne poin- 
tillée horizontale, qui marque un point fixe. 




FiG. 65. 

y dans pied. 

_y dans pied. 

pied prononcé par moi (i). — 2 et 5 par M. de Souza. 

La durée de l'articulation se mesure à la longueur du tracé ; la force de l'articulation, 

à sa distance de la ligne placée au-dessus et considérée comme point de repaire. 

Revue de phonétique. 6 



82 l'abbé rousselot 

Le y de M. de S. est plus allongé et moins énergique que le mien. Celui de 2 est aussi 
sonore que chez moi ; mais celui de j est notablement assourdi : de toute la quantité 
comprise entre les deux pointillées. D'autre part, l'élévation de la langue a été plus grande 
qu'au 2. 

La différence de force d'articulation est reportée en i : P correspond à 5 ; y à 2. 

L'effort expiratoire est plus grand chez M. de S. Comparez la sortie brusque de l'air 
(2, B) avec l'explosion douce (i, B). 



et ceux-ci de Tartufe : 

Non, je ne hais rien tant que les contor-si-ons 
De tous ces grands faiseurs de prolesta-ti-ons. 

où l'on voit que les finales -ion et ions forment deux pieds ou 
syllabes, en dépit du principe grammatical qui en fait une diph- 
tongue » (p. 491). 

Pour se rendre compte de la différence que présente le y dans 
diverses positions, il suffit d'enregistrer, avec la parole, les mou- 
vements de la langue, au moyen d'une ampoule placée sur la 
pointe de l'organe. C'est ce que l'on peut voir (fig. 62) pour yà, 
pyà, byà. Les différences sautent aux yeux pour la durée, l'ampli- 
tude du mouvement organique, pour l'action simultanée du 
larynx. Le y est sonore pendant presque tout le temps de l'arti- 
culation dans le y initial, pour tout le temps dans b-\- y ; pendant 
une partie seulement dans p -\- y. Il n'est donc pas étonnant 
qu'une oreille fine entende dans ces trois syllabes trois y diffé- 
rents. , . 

Enfin, un dernier tracé (fig. 63), pris de la même manière, 
rend visible la différence qui existe entre mon y dans pied qui 
paraît un / à l'oreille d'un Parisien, et le y du même Parisien, 
également dd.ns pied. On voit que chez moi le mouvement est plus 
énergique, plus rapide et plus ample: le canal vocal est plus rétréci. 
Conséquence : le y parisien est plus soufflé, plus sourd ; c'est 
en effet ce qui paraît à l'oreille. On en pourrait conclure que le 
y parisien en diphtongue est plus ancien que celui de l'Angoumois, 
ce qui est, du reste, très vraisemblable. Pour une raison analogue, 



I 



I 



LA PRONONCIATION FRANÇAISE 83 

il semble que dans le Nord le y soit plus ancien qu'à Paris, puis- 
qu'il y est beaucoup plus dur. 

L'élément atone de nos diphtongues continue donc son évolu- 
tion comme consonne. Où aboutira-t-il ? On peut le prévoir. 
Pour le y, qui a un long passé dans les groupes anciens, nous 
connaissons les étapes ^sè s € c.Lq lu nous a donné v (veuve) ou 
g (guerre). Quant au ïO, le breton nous apprend qu'il est suscep- 
tible d'un développement parrallèie et aboutit à une fricative 
labiale : six se dit £wec (chwech) à Tréguier et dans le Léonnais, 
M'ec à Guémené-sur-Scor£F, fec à Pont-l'Abbé. 

L'Abbé RoussELOT. 
{A suivre.) 



L'APPAREIL DE M. MEYER 

POUR MESURER LA HAUTEUR MUSICALE 
DE LA PAROLE 

La mesure de la hauteur musicale est l'une des opérations les 
plus faciles dans la phonétique expérimentale, mais elle n'en est 
pas moins laborieuse, surtout si, au lieu de recourir aux moyennes, 
on veut se rendre compte, vibration par vibration, de la marche 
de la mélodie du langage. La perte de temps qu'entraîne, sup- 
pose-t-on, ce procédé est considérable. C'est pour y remédier 
que M. Meyer a imaginé un appareil spécial, basé sur ce prin- 
cipe bien connu, à savoir qu'une longueur horizontale peut être 
transformée en une longueur verticale, grâce au déplacement 
d'une ligne transversale croisant une verticale fixe. 

Je vais ici résumer brièvement la description donnée par l'auteur 
lui-même dans la Mediiinisch-paedagogische Monatsschrift 191 1 : 

Sur une table est fixée la platine métallique M, off"rant deux 
fenêtres parallèles, longues et étroites (fig. i). Dans la première 
fenêtre U sont installés deux chariots dont les roues se pressent 
contre les bords de la fenêtre au moyen de ressorts particuliers. 
Le premier des deux chariots V, caché sous sa petite platine P, 
porte une règle G. Le côté gauche de cette règle représente la 
droite verticale mentionnée plus haut. Le même chariot, grâce 
au prolongement de sa petite platine, est dans T en communi- 
cation avec le levier H, qui s'appuie sur la petite proéminence N 
du second chariot E, pour aller s'attacher à un troisième chariot 
S, installé dans la deuxième fenêtre O. Enfin YS porte un rail A, 
auquel est fixée une plaque d'acier ou de cuivre L dont le côté 
gauche représente la ligne transversale par rapport à la verticale 
de la règle. 



L APPAREIL DE M, MEYER 85 

Voici maintenant comment s'opèrent les mesures au moyen 
de cet appareil. Le tracé à mesurer se place sous la platine M, au 
milieu de la fenêtre U, de façon que le commencement soit sous 
le deuxième chariot E, à savoir sous sa partie vitrée qui est munie 
d'un trait vertical très fin. Dès que le commencement de la pre- 
mière vibration est arrivé sous ce trait, on approche le premier 
chariot V porteur de la règle, jusqu'à ce que les deux chariots se 




FiG. I. 

touchent. Le deuxième ne doit naturellement pas bouger. Voilà 
pourquoi il faut que le mouvement soit exécuté avec beaucoup de 
précaution. Après cette installation initiale, on déplace la plaque 
ayant le côté transversal, de la longueur de la première vibration, 
à l'aide du troisième chariot S. En avançant ce dernier, on incline 
le levier^ qui, grâce à son point d'appui AT, fait avancer le deuxième 
chariot E jusqu'à ce que le trait de la fenêtre vitrée arrive à la 
fin de la vibration. Ce mouvement exécuté, on marque sur une 
feuille de papier fixée par RR, le point où le côté gauche de la 
règle se croise avec la ligne transversale de la plaque. Ensuite 
l'opération se répète pour la deuxième vibration : on rapproche 



86 J. CHLUMSKt 

le chariot portant la règle du chariot vitré, ensuite on déplace la 
plaque suivant la durée de la deuxième vibration et l'on marque 
le point nouveau où le côté gauche de la règle se croise avec la 
ligne transversale de la plaque, et ainsi de suite pour les autres 
vibrations. En réunissant tous les points ainsi enregistrés, on 
obtient l'image de la marche de la mélodie pour les mots exa- 
minés. 

Il est encore à noter que dans l'appareil de M. Meyer la ligne 
transversale n'est pas une droite, mais une courbe logarithmique, 
destinée à égaliser pour la vue, dans la juste mesure, les espaces 
compris entre les notes et à rapprocher ces deux choses: l'image et 
l'impression acoustique, ce que la droite ne fait pas. Si, pour me 
servir de l'exemple de M. Meyer, p. 7 de son tirage à part, dans 
une série de vibrations séparées chacune par une octave, la plus 
aiguë a i mm. de longueur, la deuxième en aura 2, la troisième 
4, la quatrième 8, etc. Par conséquent une courbe dressée au 
moyen de ces longueurs, soit directement, soit à l'aide d'une 
transversale droite, nous donnera une progression géométrique 
1:2:4:8, etc., tandis que pour l'oreille il n'y aura qu'une série 
arithmétique i : 2:3:4 etc. Il n'est rien de plus facile que de 
rendre visible cette impression acoustique. Car, pour obtenir la 
progression arithmétique, il suffît de remplacer les valeurs brutes 
de la série géométrique par leurs logarithmes. C'est ce qu'a fait 
M. Meyer en mettant sa courbe logarithmique à la place de la 
transversale droite. 

Cependant l'avantage gagné par là a son inconvénient, ainsi 
que le dit l'auteur lui-même, p. 10. La courbe logarithmique 
limite l'enregistrement à une vitesse déterminée (M. Meyer a 
choisi celle de 30 cm. par seconde) et à une étendue de la voix 
déterminée (entre 50 et 200 v. d.). Pour une autre vitesse, aussi 
bien que pour les hauteurs de la voix dépassant la normale, il 
faut, dit-il, construire d'autres courbes logarithmiques. 

Grâce à l'opération que nous venons de décrire, ce sont tout 



L APPAREIL DE M. MEYER 



87 



d'abord les hauteurs relatives que l'on obtient. Pour déterminer 
la hauteur absolue, il faut avoir enregistré un tracé du temps. 
Dans ce but, M. Meyer se servant d'un diapason de 100 v. d., éta- 
blit sur le même papier, au moyen de sa courbe logarithmique, les 
points correspondants à 100 et à 200 v. d. Ces deux points lui 
permettent de trouver aussi les points intermédiaires, ensuite il 
tire des parallèles pour déterminer la note à laquelle correspond 
telle ou telle partie du tracé mesuré. 




FiG. 2. 
L'auteur de l'appareil croit que son procédé est de beaucoup 
plus rapide que celui qui est en usage (le microscope) et il évalue 
le temps gagné à 80 °/o et davantage. Peut-être. Mais il importe 
de savoir si son procédé est suffisamment précis. Les tracés qu'il 
donne (op. cit., pages 13 et suivantes) inspirent quelques doutes 
à cet égard. La dentelure beaucoup trop riche fait supposer des 
variations de hauteur plus considérables qu'on ne s'y attend et 
que ne m'a révélées lé microscope dans les analyses que j'ai faites. 
Cette irrégularité, visible sur la figure 2, n'a pas du reste échappé 
à M. Meyer. Il l'attribue (p. 13) en partie aux erreurs de mesure, 
en partie aussi aux irrégularités réelles de la voix. Mais pourquoi 
ne pas songer aussi aux imperfections possibles de l'appareil ? Et 
surtout pourquoi le contrôle n'a-t-il pas été fait? En attendant, on 
ne peut que se tenir sur la réser\'e et croire que, pour des mesures 



88 J. CHLUMSKY 

exigeant une certaine précision, le procédé direct au moyen du 
microscope reste toujours indispensable. 

C'est pourquoi on comprend un peu difficilement M. Calzia 
qui, dans une question aussi délicate que celle des intonations 
serbes, étudiée si consciencieusement par M. Ivcovitch {Revue 
de phonétique, 1912, p. 201 et suiv.), reproche à ce savant de ne 
pas s'être servi de l'appareil de M. Meyer. «Le procédé, dit-il, de 
mesurer chaque période au microscope est long (umstândlich) et 
vieilli (!). L'appareil de M. Meyer aurait considérablement facilité 
le travail de l'auteur» (Kojc, 1913, p. 67). Cette assertion montre 
une fois de plus que M, Calzia s'enthousiasme facilement: on se 
souvient de son enthousiasme assez récent pour l'appareil de 
M. Marbe qui paraît s'être vite refroidi depuis. Le critique semble 
oublier que ce qui importe avant tout en phonétique, c'est de mar- 
cher sûrement. C'était justement le but de M. Ivcovitch. 

En second lieu, même si l'appareil de M, Meyer donnait toutes 
les garanties d'une précision parfaite, dans le travail en question 
il n'aurait pas pu servir. Il ne s'agissait pas là seulement de la 
mélodie, mais en même temps de l'intensité, il fallait comparer 
les longueurs réelles des vibrations et leurs amplitudes, choses 
que l'appareil de M. Meyer ne donne pas. L'emploi de cet appareil 
aurait constitué un travail en plus dont M. Ivcovitch a bien fait 
de se dispenser. 

Postscriptum : A cette occasion je ne puis passer sous silence les 
critiques de M. Calzia à propos de l'intensité, puisqu'elles visent 
non seulement le travail de M. Ivcovitch, mais avant tout le mien 
{Comparaison des tracés du phonographe et de l'appareil enregistreur, 
Revue de phonétique, 19 12, p. 213). Ainsi il semble à M. Calzia que 
« limiter les recherches à la voyelle a est superflu et incomplet 
(einseitig) » (Vox, p. 68). Le critique parle ici comme s'il ignorait 
les difficultés du problème de l'intensité. Si moi-même et 
M, Ivcovitch, sur mon conseil, nous avons choisi des mots conte- 
nant une môme voyelle — c'est ainsi qu'il faut entendre la bra- 



l'appareil de m. meyer 89 

chylogie de M. Calzia — , nous l'avons fait exprès pour éviter les 
complications qu'offre la question du timbre, procédé toujours 
légitime et donnant des résultats complets là où on peut l'employer; 
cf. Pipping, Zur Phonetik der finnischen Sprache, p. 228. 

Plus grave est la critique qui m'est adressée directement à la 
p. 67 de Fox: « En ce qui concerne l'intensité, le procédé de 
l'auteur est hardi et n'inspire pas confiance (gewagt und unzu- 
verlâssig). Le parallélisme ne paraît pas aussi constant qu'on le 
lit, p. 238. » Ce jugement est un peu trop sommaire pour être 
juste. M. Calzia paraît ne pas avoir remarqué qu'il y a là deux 
sortes d'expériences nettement séparées quant à leur portée. S'il 
n'avait pas trouvé probante la seconde expérience sur la pronon- 
ciation forte, je le comprendrais, puisque moi-même je ne l'ai 
publiée que sous certaines réserves, comme le prouve la remarque, 
faite à la fin, p. 250. L'essentiel, dans mon travail, c'est l'analyse 
de la prononciation normale et, là, je crois avoir apporté quelque 
chose de nouveau et de sûr. Quant au parallélisme, je ne prétends 
nulle part qu'il soit parfait. Au contraire, j'ai relevé moi-même 
les petits écarts et je les ai expliqués. Ce qui importe, c'est qu'il 
soit suffisant pour autoriser l'emploi de l'un et de l'autre système 
d'enregistrement pour l'étude de l'intensité. La justesse de mes 
conclusions est confirmée par le contrôle p. 239, aussi bien que 
par les expériences de M. Ivcovitch, faites au moyen de deux 
tambours différents — chose qui a échappé à M. Calzia et qui l'a 
entraîné à sa conclusion téméraire, p. 68. — Les deux tambours 
employés étaient le petit modèle de M. Rousselot, puis un autre 
avec la plaque en mica, celle dont on se sert pour le gramophone 
et le phonographe. Les résultats obtenus avec ces différents tam- 
bours concordent. 

Enfin, je fais grâce à M. Calzia de sa Stimmpfeife. Ce conseil 
peut être bon pour un expérimentateur trop pressé ou novice. Ce 
n'est pas mon cas. 

Jos. Chlu.msky. 



COURS 

DE GRAMOPHONIE 

LE MOT 
DE Victor Hugo 

Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites : 
Tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes; 
Tout, la haine et le deuil. Et ne m'objectez pas 
Que vos amis sont sûrs et que vous parlez bas. 
5 Ecoutez bien ceci : tête à tête, en pantoufle. 
Portes closes, chez vous, sans un témoin qui soufile, 
Vous dites à l'oreille au plus mystérieux 
De vos amis de cœur, ou, si vous l'aimez mieux. 
Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire, 

10 Dans le fond d'une cave, à trente pieds sous terre, 
Un mot désagréable à quelque individu ; 
Ce mot que vous croyez qu'on n'a pas entendu. 
Que vous disiez tout bas dans un lieu sourd et sombre, 
Court, à peine lâché, part, bondit, sort de l'ombre. 

15 Tenez : il est dehors; il connaît son chemin; 
Il marche; il a deux pieds, un bâton à la main, 
De bons souliers ferrés, un passeport en règle ; 
Au besoin, il prendrait des ailes comme l'aigle ; 
Il vous échappe; il fuit; rien ne l'arrêtera. 

20 II suit le quai, franchit la place, et cœtera; 
Passe l'eau sans bateau dans la saison des crues ; 
Et va tout à travers un dédale de rues. 
Droit chez le citoyen dont vous avez parlé. 
Il sait le numéro, l'étage ; il a la clé. 

25 II monte l'escalier, ouvre la porte, passe. 

Entre, arrive, et, railleur, regardant l'homme en face. 
Dit : me voilà, je sors de la bouche d'un tel. 
Et c'est fait : vous avez un ennemi mortel. 



5! 



COURS DE GRAMOPHON'IE 9I 



Lœ mô 
de vihbr ugô. 

Brav jà, prœnê gard ô €0-^ hœ vu dit ; 

tu pœ sortir d à niô, h à pâsà vu perdîtœ : 

tu; la en, e lœ dœyœ, é tiœ m objektc pà 

hœ vÔ7^ ami sô sûr e kœ vu parlé bâ. [13'J 

5 éhité byè sœsi : têt a têt ; à pàiuflce, 

portœ klâi; U vu ; sài^ œ témzcè ki suflct; 

Vît, dit:( a l orèy, ô plu misieriœ 

dœ vô:^ ami dœ kœr, u si vu l tmé myœ; 

VU murmuré tu sœl; hrwayâ preskœ vu ter ; 
10 dà lœ fô d unœ kav ; a trât pyé su ter; 

œ mô dé'^agreablœ, a kelk èdividu. [42] 

sœ mô; kœ vu krwayé k ô n a pâx_ âtàdu; 

kœ vu di^yé tu bâ; dà\ œ lyœ sûr e sôbrœ; 

kûr, a pen lâ^é; par; bôdi; sàr dœ lô bra [S^] 

15 tœnê, il è dœbr ; il konè sô £œmè; 

il mar£ ; il a dœ pyé; œ bàtô a la mè ; 

dœ bâ sulyé féré; œ pàspbr à règlœ, 

ô bœ:;wly il prâdré dè^ èl kom l èglœ. [l'uT 

// vu:{ é^ap ; il fwi; ryè nœ l arètra. 
20 /■/ sibi lœ ké ; fràei la plas, et setera; 

pas l ô sâ'batô dà la se^^ô de krù. [i'22'] 

e va tut a travèr œ dedal dœ ru; 

drwa €é lœ sitzuayè, dô vu^ avé parlé. [l'^S"] 

// se lœ numéro; l étàj ; il a la klé; 
25 il mot l eskalyé; uvrœ la paît; pas; 

àtrœ; ariv; e râyàr ; rœgardà l om à fas ; [i'42''] 

di. ttiœ vwala; jœ sàr dœ la bu4 d œ tel. 

e se fè. wq avé:^ cm enmi mortel. [^'531 



92 MARGUERITE DE SAINT-GENES 

DICTION ET COMMENTAIRE PHONÉTIQUE 

Cette puissante personnification du mot désobligeant est 
effrayante dans sa familiarité. 

Le danger pour le diseur — ou la diseuse — est de tomber 
dans la monotonie. Il l'évitera en se pénétrant bien des détails, 
qui sont très variés, et en les exprimant dans leur naturel. 

Il prendra d'abord le ton sentencieux qui convient à la vérité 
morale énoncée, puis celui de la confidence qui est sûre de ses 
effets et qui, sans grands mots, nous amène à constater une réa- 
lité terrible. 



UN PEU DE MUSIQUE 
DE Victor Hugo 

Si tu veux, faisons un rêve. 
Montons sur deux palefrois ; 
Tu m'emmènes, je t'enlève. 
L'oiseau chante dans les bois. 

Je suis ton maître et ta proie; 
Partons, c'est la fin du jour; 
Mon cheval sera la joie. 
Ton cheval sera l'amour. 

Nous ferons toucher leurs tètes; 
Les voyages sont aisés; 
Nous donnerons à ces bêtes 
Une avoine de baisers. 

Viens ! nos doux chevaux mensonges 
Frappent du pied tous les deux. 






COURS DK GRAMOPHOKIE 93 

Le ton de M. de Féraudy est austère. On peut l'égayer un 
peu et le souligner avec des gestes fins et discrets. 

Ce morceau est à la mode dans les réunions mondaines et je 
l'ai entendu dire par une jeune fille avec beaucoup d'agrément 
et d'esprit. 

La prononciation est d'une correction parfaite et ne présente 
aucune particularité appelant quelques remarques. Je signalerai 
seulement le fort bel à chantant de cave^ les è de des^ Ve moyen 
de mortel qui est parfaitement juste. 

Je conseille à ceux qui ont la mauvaise habitude, empruntée 
à la société la plus vulgaire, de faire sauter VI de souliers et qui 
prononcent ^«y, d'imiter M. de Féraudy et, avec lui, tous ceux 
qui parlent bien. 



si tu vœ f^^ôi œ rêvœ, 

môlô sûr dœ palfrwUy 

tu m àmèn — jœ t àlèv — 

/ u'fl^ô €àtœ dà U biuà. \ 5'] 

jœ swi ta niètr e ta prwà, 

partôf s é la fè du jùr ; 

niô €œval sœra la jwa, 

ta £(eval sœra l amûr. \i i"J 

«w fœrô tneé làr tèt« ; 

U vwayajœ sôt éié, 

nu donr(K( a se bit 

un avwan dœ bé^é. [^7*1 

•uyêy nô dû eœvà maso] 
frapa du pyé tu le dœ; 



94 MARGUERITE DE SAINT-GENES 

Le mien au fond de mes songes^ 
Et le tien au fond des cieux. 



5 Un bagage est nécessaire; 
Nous emporterons nos vœux, 
Nos bonheurs, notre misère. 
Et la fleur de tes cheveux. 

6 Viens, le soir brunit les chênes. 
Le moineau rit; ce moqueur 
Entend le doux bruit des chaînes 
Que tu m'as mises au cœur. 

7 Ce ne sera point ma faute 
Si les forêts et les monts 
En nous voyant côte à côte, 
Ne murmurent pas : Aimons ! 

8 Viens, sois tendre, je suis ivre. 
O les verts taillis mouillés ! 
Ton souffle te fera suivre 

Des papillons réveillés. 

9 L'envieux oiseau nocturne. 
Triste, ouvrira son œil rond; 
Les nymphes, penchant leur urne, 
Dans les grottes souriront, 

10 Et diront : « Sommes-nous folles ! 
C'est Léandre avec Héro ; 

En écoutant leurs paroles 

Nous laissons tomber notre eau. » 



COURS DE GRAMOPHOKIE 95 

lœ myè, ô fô dœ mè i»)/ 

e lœ tyèy ô fô de syœ. [25*! 

œ hagaj è nesesèrj 

nu^ àporlœrô no vœ; 

nô bonœr notrœ mi:^èr ; 

e la flœr dœ tè £vœ [32"] 

vyèy lœ swâr bruni le €ènœ, 

lœ mwanô ri y sœ mohàr; 

àtà lœ dû brvA de €èn 

kœ tu m a mi:^œ:^ ô ^œr. [40'] 

sœ nœ sœra [pa\ via fôt 

si le for è^ e le inô; 

à nu vwayà kôt a kôly 

nœ murmtir /w;( êniô. [47"] 

vyèt swa tàdrœ jœ swi^ ivrœ; 

ô lé vér tâyî muyé. 

tô suflœ tœ fœra sibizrœ 

de papiyô reveyé. [52"] 

/ àvyœ^ waiô noktûrnœ 

Irist uvrîra son œy rô; 

le nèfœ [pà^ro] lœr urnœ 

dà lœr grotœ surir ôt l^^"] 

e dira : sotn mi fol ! 

s è leâdr avek érô; 

an ékutà lœr paroi 

nu lêsô tôbé îiotr ô. f i'8"] 



96 MARGUERITE DE SAINT-GENÊS 

1 1 Allons-nous-en par l'Autriche ! 
Nous aurons l'aube à nos fronts ; 
Je serai grand et toi riche, 
Puisque nous nous aimerons. 

12 Allons-nous-en par la terre, 

Sur nos deux chevaux charmants, 
Dans l'azur, dans le mystère, 
Dans les éblouissements. 

13 Nous entrerons à l'auberge, 
Et nous payerons l'hôtelier 
De ton sourire de vierge. 
De mon bonjour d'écolier. 

14 Tu seras dame et moi comte ; 
Viens, mon cœur s'épanouit. 
Viens, nous conterons ce conte 
Aux étoiles de la nuit. 

(Dit par M""" Sarah Bernhart, diaprés un disque de la Société du 
Graniophone.) 



DICTION 



Ce morceau est tiré de la Légende des siècles (Eviradnus). 

Pendant que la jeune et douce Mahaud se rend au sinistre 
château de Corbus, pour y passer dans une solitude effrayante la 
veillée du Couronnement, l'Empereur Sigismond et le roi Ladis- 
las la suivent, déguisés en jongleurs et animés de noirs desseins. 
Eviradnus, le vengeur des opprimés, les a vus. Il les précède dans 
l'antique salle à manger du château. C'est de là qu'il les entend 



i 



COURS DE GRAMOPHONIE 97 

alô nu:( à par l ôtrU, 

nu\ orô l ôb a nô frç ; 

\ê\ jœ s(xre grà e twa rie 

pmskœ nu nu:^ emrô. [l'isl 

alô ««:( à par la ter, 

sûr nô dœ €vô €armà, 

dà l d:(tir, dà l mis 1er, 

dà /è( éblidsmà [i'2o'] 

nuy^ àtrœrô:!^ a l ôberjœ; 

e nu perô l ôtelyé, 

dœ tô surir dœ vyerjœ, 

\ê\ dœ mô bôjûr d ékolyé. \}'^T\ 

tu sœrà dàm e miva hôtœ.; 

vyè; mô ^r s épanui ; 

vyè; nu kôtrô sœ kôt 

Cl étwalœ dœ la nwi. [i'??'! 



chanter, en s' accompagnant de la guitare, la symbolique chanson 
que ne comprend pas. la naïve souveraine. 

La diction doit être musicale, animée, tendre et passionnée 
(str. 7 et 8), exaltée (str. 1 1 et suivantes). 

Les mouvements de la pensée sont bien marqués parles mou- 
vements du débit : Comparer le temps employé pour les diffé- 
rentes strophes : 5' pour la r% 6 pour la 2^ et la 3% 8 pour la 
4^.., 10 pour la dernière. 

Une allusion historique à la strophe 10= : Léandre et Héro. 

Rtvue de phonétique 7 



98 MARGUERITE DE SAINT-GENES 

Léandre aimait Héro prêtresse de Vénus, et traversait chaque nuit 
l'Hellespont à la nage pour aller la visiter. Il périt dans une tem- 
pête et Héro se précipita dans la mer. 



COMMENTAIRE PHONÉTIQUE 

œ. — Cette voyelle est sujette à beaucoup de formes diverses. 

1° A la finale dans les fins de vers : rèvœ, àlèv (i), prwày 
jwa (2), etc. 

En résumé : 

Uœ est complètement muet après /, r, /, ch : fol, paroi, nescsèr, , 
iiiilèr, màsôj, sôj, rie, ôtrU. Il est toujours conservé par un groupe 1 
de consonnes : ivrœ, sivivrœ, nokturnœ, urnœ. Après v, /, les 
explosives et les nasales, il est instable : rèvœ, àlèv, tètœ, bèt, 
kôtœ, kot, €ènœ, eèn. 

Nous n'avons à expliquer la présence ou l'absence de Vœ 
muet, qu'après v, t, n. 

Strop. V. — Nous avons rèvœ avec un œ muet et àlèv sans 
œ muet. Rêve est un mot très important, sur lequel il est néces- 
saire d'appuyer. Mais je f enlève doit être dit rapidement pour 
peindre la chose par la parole; et Vœ muet tombe. 

Strop. 3. — Tête avec un œ muet est prononcé d'une façon 
pleine, tandis que bête perd son œ muet devant la voyelle sui- 
vante. 

Strop. 6. — Chênes avec un œ muet. Ce mot est prononcé 
pleinement, étant suivi d'un repos, tandis que chaînes est lié dans 
la prononciation au vers suivant et Vœ muet se trouve comme 
écrasé entre le n et le h. 

Strop. 14. — comte ^vQCMw œ muet est prononcé avec emphase 
et conte sans œ muet est un mot d'importance secondaire qui 
se lie au mot suivant. 



I 



COURS DE GRAMOPHONIE 99 

2" Etudions maintenant Vœ muet final dans le corps du vers. 
Vœ muet a disparu dans tu m'emmènes, par l'effet de la précipi- 
tation ; mais il est maintenu dans chante qui marque un ralentis- 
sement dans la pensée. 

Vœ muet, conservé dans les voyages pour éviter la rencontre 
de / s, est supprimé dans avoine, grâce à un très léger repos qui 
isole suffisamment n, d. 

Strop. 4. — Frappent du pied avec œ. Uœ muet est réclamé 
par le rythme et l'harmonie, 

Strop. 6. - Le, ce, conservent normalement leur œ dans une pro- 
nonciation soignée. Mais str. 12 dans le ravissenunt, le a perdu 
le sien parce qu'il est intérieur. Comparez je f pardonne (Le disque 
et le train). 

Vœ de mises au cœur est réclamé par la mesure ; et c'est aussi 
beaucoup plus doux. 

Strop. 9. — Vœ est conservé dans nymphes et dans grottes pour 
adoucir la prononciation. 

Strop. 14. — ét-wàlœ avec un (g final. Ce mot est prononcé avec 
une emphase remarquable. 

Vœ muet est régulièrement conservé après des groupes de con- 
sonnes : notre (str. 5), tendre, souffle (str. 8) ; et disparaît dans 
l'élision (strop. 6, etc.). 

3° Passons à l'œ muet intérieur, celui qui se trouve dans le corps 
des mots. Nous avons 7 mots de cette sorte : 

2 substantifs : palefrois (str. i) et éblouissement (sir. 12) qui ont 
perdu leur œ intérieur. Le groupe fr n'a pas maintenu le i^""; le 
second est tombé régulièrement. Un 3^ substantif (hôtelier) avec 
un e moyen au lieu de œ constitue un parisianisme. En province, 
on dit régulièrement ôtœlyé. 

4 futurs : 3 sans œ donnerons (str. 3), aimerons (str. 11), con- 
terons (str. 14) ; 2 avec œ emporterons (str. 5), entrerons (str. 13) 
où VœQst conservé par le groupe de consonnes. 

Strop. 9. — Il semble bien que M""' Sarah Bernhardt ait dit 



100 MARGUERITE DE SAINT-GENES 

pencheront pour penchant, qui est dans le texte. Vœ muet aurait 
été aussi enlevé. 

4° Enfin terminons par Vœ qui se trouve dans la i'"'' sj'^llabe. 

Cet œ est conservé : faisons (str. i), sera (str. 2, 7 etc.), fera 
(str. 8), cheval (str. 2). Remarquons la différence d'intonation dans 
ce mot vers 3 et vers 4 : mô -eœval, tô £opval. M"'= Sarah B. appuyé 
sur Vœ du second cheval et y porte l'accent. 

Deux mots seulement ont perdu leur œ : cheveux (str. 5) et 
chevaux (str. 12) tandis que chevaux a gardé son œ (str. 4). 

La chute de Vœ tient à ce que la voix s'est arrêtée sur tes et 
sur deux et Vœ de cheveux a été traité comme intérieur. 

On peut retenir de cette étude qu'une suppression systéma- 
tique des te muets, telle que la pratiquent certains auteurs est loin 
de répondre à l'état réel de la langue. 

Nous pouvons observer en outre que la suppression de certains 
de ces œ donnerait à la prononciation quelque chose de sec et de 
dur, défaut qu'a si heureusement évité M"^ S. B. 

Je n'entrerai pas dans l'examen des conséquences qu'offre 
pour la versification la suppression des œ muets. La question est 
bien trop complexe pour être traitée ici. 

Qu'il me suffise de suggérer les réflexions suivantes : 

I" On ne peut pas accuser M™^ Sarah B. de ne pas sentir l'har- 
monie des vers. Donc, son débit doit être considéré comme réel- 
lement poétique. Et, si elle supprime certains œ, c'est que ces œ 
ne sont pas nécessaires à la vraie mesure du vers. 

2° — Ou bien la chute de Vœ ne diminue pas le nombre des 
syllabes, tant que la consonne de la syllabe muette persiste. 

Ou bien, si la chute de Vœ prive les vers d'une syllabe, il est à 
croire que le nombre des syllabes n'est pas rigoureusement néces- 
saire pour le vers. 

Ajoutons encore quelques remarques : 

Strop. 3. — Nous avons entendu ^';(^, hé^^é. Ces deux mots nous 
révèlent une loi très intéressante de la phonétique parisiennes 



COURS DE GRAMOPHONIE lOI 

(voirie Pràis de Pron.Jranç.) dont j'ai déjà dit un mot(/<« Évan- 
gile): 

Quand, par suite de la dérivation, un é ouvert tonique devient 
atone, il se change en é fermé. 

De là les correspondances : 

tonique atone 

èi {aise) é^é (aisés) 

bài(haisé) bé:(é (baisers) 

A la strophe lo, nous trouvons une exception à cette règle : 
mi lésô (laissons) au lieu de lésô. C'est qu'il y a une tendance 
à donner à chaque verbe un radical invariable. 

Je lès (laisse) entraîne nu lésô (laissons). C'est le fait de l'analo- 
gie, qui est si puissante dans la conjugaison. 

Strop. 8. — ô lé vér tâyi inuyé ! Dans le frisson qu'elle rend si 
bien M"^ S. a fermé Vé de vert qui est régulièrement ouvert. 

Nous disons tayi (taillis) avec un à. C'est un parisianisme dû 
à l'extension analogique du radical tây, qui n'appartient qu'aux 
formes toniques. On devrait conjuguer : 

je taille (à) 
tu tailles (à) 
il taille [à) 
mais : nous taillons (jayo) 
vous taillez Qayé), 

qui ont normalement un a moyen, et l'ont gardé en province. 

Strop. 9 :sôn œy rô. Il y a une double prononciation : sônœy, 
c'est celle de M"^ S. B. et imn âj, c'est celle de M. de Féraudy, 
dans Le Disque et le Train. 

Strop. 10. — Souriront — et diront, emjambement d'un grand 
effet. 

Strop. 14. — étwalœ, bel exemple d'un a chantant. 

Marguerite de Saint-Genès. 



BIBLIOGRAPHIE PHONETiaUE 
DES LANGUES ROMANES ' 

(1911-1912). 



DOMAINE COMMUN 



1 . Bertoni, G., Ancora di -/- italico e -/- latino e dei loro conlinuatori 
roman^i. Rivista di filologia e di istru%îone classica, XXXVIII, i. 

2. Gouilllaut, C, La réforme de la prononciation latine. Paris, Bloud, 
1911, 8°, XIII-174 p. 

3. Espinosa, A. M., Metipsimus in Spanish and French. Pnhlications 
of the Modem Langnage Association of America, 191 1, 356-78. [Compte 
rendu critique dans Rev. d. Lang. Rom., LV, 422-3, par G. Millardet. 
M. Espinosa propose de tirer v. esp. meïsmo, v. fr. medisme de *met- 
ïpsimu. Mais comment expliquer cette dernière forme ? Je propose 
de partir de *îpse, *ipsï, où le passage àt e k i par mctaphonie sous 
l'influence de -l final est comparable au traitement de ïllî > *lllî, 
ïstï > *Isti, etc.] 

4. Haberl, B., Zur Kenntnis des Gallischen. i. Der Wandelvon e tji i, 
he\w. a in den fran\ôsischen Ortsnamen gallischen Ursprungs. 3. Die 
Ortsnamen fri. Nîmes, und Blismes. 4. Derfrani. Ortsname Arras 
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von G vor j ^u e. 8. Die Betonung ini Gallischen. Zeitsch. f. celtische 
Philologie, y m, i. 

5. Niedermann, M., Historische Lautlehre des Lateinischen . 2 Aufl., 
191 1, XV11-124 p., 2 M. Indogerm. Bibl. hg. v. Hirt, u. Streitberg. 
[Comptes rendus dans Rev. d. Lang. Rom., LIV, 32e, par M. Gram- 
mont, Bul. Soc. Ling., XVII, LXXI-LXXIV, par A. Meillet. Manuel 
excellent.] 

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7 . Âhlqulst, H., Studien \ur spâilateinischen M u 1 o m e d i c i n a C h i - 

I. La bibliographie du domaine italien sera publiée à part. 



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dans Bulkt. Soc. Ling., 191 1, LXXXI, par A. Ernout.] 

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RoiissiUoii. Diss. Giessen, 1911, 40 p. 8°. Extr. de Rev. de dial. rom., 
III, 144-83,287-338. 

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u. Lautlehre. Diss, Greifswald, 1911. 8° 56 p. [Sans grand intérêt au 
point de vue phonétique. — Comptes rendus critiques dans Rev. de 
Phil.fr. et de litt., XXV, 219-21, par Porteau ; 5«//. dial. rom., IV, 
20-1, par W. Suchier; Rev. Lang. Rom., LV, 125-8, par Millardet. A 
propos de la p. 20, 1. 38 de la dissertation, j'ai eu tort de signaler 
nlumelk comme français. Il ne s'agit pas du substantif bien connu mais 
d'un verbe forgé par le rédacteur de la version franco-italienne.] 

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romanischen Sprachen. Bh. Zeit. rom. PhiL, XXVII (1911), 57-143. 

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DOMAINE FRANÇAIS 

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relative à la phonétique est assez médiocre.] 



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51. Viez, H. A., Vocalisme du patois de Coleinhert (Boulonnais). Ib., 
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52. Bourciez, E., Compte rendu de Boillot, Le patois de la C"^ de 
la Grand'Combe. Doubs. Paris, Champion, 1910, 8°, v-394 p., dans 
Rev. Critique, 1911, n° 26. Voir un autre compte rendu dans Rcv. de 
Phil. fr. et de Litt., 191 1, 50-3, par Clédat. 

53. Balcke, C, Der anorganische Nasallaut ini Franxpsischen vom 
laiitphysiologischen Standpunkte hetrachtet. Dissertation de Kônigsberg, 
8°, 34 p. A paru comme appendice à la Zeit. f. rom. Phil., fascicule 
39. Halle, Niemeyer, 1912, 8°, vr-74 p. 3 M. 

54. Rosset, Th., Les origines de la prononciation moderne étudiées au 
XVII^ siècle d'après les remarques des grammairiens et les textes en patois 
de la banlieue parisienne. Thèse. Paris, A. Colin, 191 1, 8°-42i p. Appen- 
dice : D/x co7î/eV^;ïcg5 g» /)«/<)«, 1649-1660, ib., S^', 85 p. [Compte rendu 
important par Grammont, Revue des l. rom., LV(i9i2), 120-1 ; cf. 
Mediiinisch-pâdagog. Monatschr. f. die gesammte Sprachheilknnde, 191 1, 
164-7 (Chlumsky) ; Arch. f. d. stud. der neucrcn spr. n. Litt., XXVHI 
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[Touche à certains points de phonétique, notamment à la question 
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40 ; A. Thomas dans Ronmnia, XXXIX, 395-6 ; A. Zauner dans Lit. 
Zentralblûtt, 1911,21; Meyer-Lûbke dans Deutsche Literaturieitimor, 
XXXII(i9ii),i8 ; Terracher dans Mod. Language Notes, XXVI, 6. 

77. Nicollet, F.N ., Mélanges de linguistique provençale. III. Le pro- 
vençal d'Arles au XIIL siècle {suite'). Annales de la Société d'Études Pro- 
vençales, VII, 47-64. 

78. Merlo, C, Da un « Saggio fonetico-morfologico sul dialetto franco- 
provenifile di Valtournanche ». Note fouetiche (adunanza del 6 Juglio 
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du pays. 49e Congrès des Sociétés savantes à Caen Çi^ii), section de géo- 
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sur l'ancien pays de Comhraille. Mém. de la Soc. des sciences naturelles et 
archéol. de la Creuse, XVII, 2^ partie, 276-340. 

83. Fankhauser, F., Das Patois von Val d'Illiei (JJnterufallis). Tirage 
à part de la Rev. de dial. rom., II-III, 1-76 (suiv.). Hambourg, 1911, 
8°, 224 p. [Compte rendu de G. Millardet dans Rev. d. lang. rom., LV 
(1912), 138 suiv.] 

84. Vey, E., Le dialecte de Saint-Ètienne au XV Ib siècle. Paris, Cham- 
pion, 191 1, 8°, xxxii-579 p. 

85. Porschke, A., Laut- und Formenlehre des « Cartulaire de Limoges », 
vergliclmi mit der Sprachc der Ûhersei~^ung des Johannesevangeliums. Ein 
Beitrag \umStudium des limousinischen Diakldcs. Dissert., Breslau, 1912, 
54 P- 8°. 

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in-i6, 120 p. 

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192-210. 

(^ suivre,') G. M. 



REVUE DES PÉRIODIQUES 



Bulletin de la Société de Linguistique, no 60. — Dauzat, La philosophie du 
langage. Auprès du public lettré, qui ne tient généralement pas à approfondir 
et se contente d'une certaine approximation, le livre obtiendra du succès. — 
Priniipienfragen der romaniscben Sprachwissenschajt , W. Meyer-Liïhke gewidniet, 
Teil IL Gamillscheg, Uber Lantsiibslitution. Série de faits remarquables 
observés avec précision et décrits avec clarté, mais conclusion trop absolue. 
RiCHTER, Der innere Zîisammenhang in der Entwicklung der romanischenSprachen, 
Tentative intéressante, mais les matériaux employés ne sont pas encore suffi- 
samment solides. — PoiROT, Die Phonetik. Travail personnel, original et critique. 

— RuDNiCKi, Studya psychofonetyc'^ne L Assymilacya. Un résumé en allemand 
a paru dans le Bulletin de V Académie des sciences de Cracovie, juin-juillet-octobre 
191 1, p. 111-124. L'auteur s'est proposé de faire une théorie complète de l'as- 
similation ; il se borne en général à exprimer en termes philosophiques les phé- 
nomènes linguistiques. — • E.-A. Meyer, Untersnclmngen ûher Laiithildung. 
Résultats exposés d'une manière claire et qui les rend aisément utilisables. — 
Élise Richter, Wie ivir sprechen. Ouvrage de vulgarisation, clairement écrit. 

— Môller, Vergleichendes indogernianisch-semitiches Wôrterhuch. Travail plein 
de conscience et d'érudition, mais résultats contestables. — Meillet, Intro- 
duction à l'étude comparative des langues indo-européennes, 3e édit. Le succès de 
cet ouvrage tient à la clarté de l'exposé, à la rigueur de la méthode, à 
l'étendue et à la solidité de l'argumentation, enfin à l'absolue bonne foi scien- 
tifique de l'auteur. — Porzezinskij, Ocerk sravniteVnoj fonetiki drevneindijskovo, 
greceskovo, latinskovo i staroslavjanskovo jaxykov. Posobie klekcijam. Précis 
de phonétique comparée du sanskrit, du grec, du latin et du vieux slave. Les 
étudiants russes auront entre les mains un bon instrument de travail. — Leu- 
MANN, Zur nordarischen Sprache und Literatur. Travail original. — Hjuler, 
The languages spoken in the Western Pamir. Notions grammaticales très som- 
maires et petit vocabulaire. — Wright, Comparative Grammar of the Greek Lan- 
guage. Pâle reflet de la science allemande, qui eût pu être remplacé par la 
simple traduction d'un bon ouvrage germanique. — Ehrlich, Untersuchungen 
liber die Natur der griechischen Betonung. L'auteur exclut l'intensité du ton grec. 
Livre utile et agréable à un linguiste. — Salonius, De dialectis Epirotarum, 
Acarnanum, Etolorum, Aenianum, Phthiotaruni. Cette dissertation apporte à 
l'histoire de la langue grecque des données utiles. — Moulton, Einleitung in 
die Sprache des Neuen Testaments. Radermacher, Neutestamentliche Gram- 
m.atik. R0BERTSON, Grammaire du Nouveau Testament, trad. Montet. Les 



Revue des périodiques îi^ 

deux premiers ouvrages sont bons et utiles ; le troisième est misérable et ridi- 
cule sous sa forme française. — Grammont, Petit traité de versification fran- 
çaise, 2e édit. Ojncis, clair et précis. — Meunier, Étude morphologique sur les 
hronoms personnels dans les parlers actuels du Nivernais et Monographie plxyné- 
:i que du parler de Chaulgnes. Le premier de ces deux ouvrages est un travail 
consciencieux et abondamment documenté, mais l'élaboration manque d'habi- 
leté et donne lieu à de sérieuses réserves. Le second eut pu être avantageuse- 
ment réduit. — Feller, Notes de philologie tvallonne. — Kluge, Die Elemente 
des gotisclKu, 3e édit. Ouvrage nouveau, destiné à servir d'introduction à la phi- 
lologie germanique et où le gothique apparaît en pleine lumière. — Beh.\ghel, 
Geschichte der deuischen Sprache. La matière est émiettée, mais on consultera 
toujours cet ouvrage avec profit. — Bravne, AWiochdeutsche Grawmatik. Réper- 
toire admirable de précision et de sûreté, mais compact. — Michels, Mittel- 
'•ochdeutsches Elenieutarhuch, 2^ édit. Livre sérieusement remanié et qui n'est pas 
le moins bon numéro de la collection dont il fait partie. — Jespersex, Giouih 
and Structure 0/ the English Language, 2^ édit. Il n'y a plus à faire l'éloge de ce 
livre dont la seconde édition reproduit avec très peu de changements la pre- 
mière. — Koc:^nik slau'isl\c:^ny (Revue slavistique), tome IV. — Resetar, Dig 
serbokroatischen Kolonien Sûditaliens. Curieuse description d'un parler serbe isolé 
du groupe depuis plusieurs siècles et en contact avec l'italien. — Sbornick filo- 
logicky vyddvd lll. Trida ceské akadeviie. Rocnickl. — Ivsic', Prilog ^a slavenski 
akceuat. — Materyaly i prace konisiyi jç^kou.'ej Akademii uniiejftnos'ci w Kra- 
kou-ie, tome V. — Scerb.\, Russkie glasnye v kaccstvcnnoin i kolicestvenncm otno- 
senii. L'auteur n'est pas seulement un phonéticien, il est aussi un linguiste 
général ; mais dans l'ensemble il s'agit d'une recherche de phonétique pure, 
conduite avec grand soin et où les problèmes sont fouillés dans le détail. — 
DoRiTSCH, Beitrâge :(ur litauischen Dialektologie. Livre très instructif et qui sera 
précieux. — Buga, Baltica. Origine du ^ en lituanien, diphtongue ui, notes éty- 
mologiques. — Huschardz.w, Festschrift aus Anlass des loo-jàhrigen Bestandes 
der Mechitlxiristen-kongregation in Wien (1811-1911) und des fïinfitndiu'an:^igsten 
faln-gangs der philologischen Monatschrift « Handes Amsorya ». — Marçais, 
Textes arabes de Tanger. Ouvrage très documenté et qui, de plus, fait faire un 
grand progrès à la connaissance phonétique du maghrébin. — Cadière, Le 
dialecte du Bas-Annani, esquisse de phonétique. Plaquette importante pour 
l'indo-chinois et même pour la linguistique générale. — Boas, Handbook of 
American Languages, Part I. Manuel utile à bien des points de wvlq. 

Le Maître phonétique. Janvier-février 191 3. — P. 1-2, Camilli, Semivo- 
cali e semicousonauli in ilaliano. — P. 3-4, Compte rendu. Dauzat, La philoso- 
phie du langage. « Je pourrais relever dans ce livre d'autres défauts ou lacunes. 
N'en concluez pas que j'ai une mauvaise opinion de l'ensemble ; au contraire, 
je le recommande de grand cœur à ceux qui veulent se faire une idée générale- 
ment juste et suffisamment complète des faits qui constituent la science du lan- 



114 REVUE t)ES PÉRIODIQUES 

gage. » — Mars-avril 1913. — P. 45-47. Camerlynck, Pour la liberté des 
articles en orthographe ordinaire. — P. 48-52. Compte rendu de Colton, La 
phonétique castillane. Ce travail doit être largement connu. — P. 53-60. Spéci- 
mens dialectaux et divers. 

Leuvensche Bijdragen, x^ année, 3^ livraison, 1913. — P. 283-353, 
Groçtaers, De quantiteit der vocalen in het dialect van Tongeren (suite). — 
P. 355-366, Compte rendu. Roudet, Eléments de phonétique générale. L'auteur 
a atteint son but. Ce livre est à recommander aux phonéticiens, aux étudiants 
et en particulier aux professeurs de langues anciennes et modernes. — Poirot, 
DiePhonetik. Ouvrage des plus recommandables. — Kirckpatrick, Handbook of 
Idiomatic English, as now written and spoken. Pratique et qui sera bien accueilli. 

Revue Critique, 191 3. N" i. Nachmanson, Beitràge ^ur Kenntnis der 
altgriechischen Volkssprache. Utile, mais avec des réserves sur les conclusions de 
l'auteur. — No 2 Université de Michigan, vol. Xlil, no 6, Reforin in gram- 
matical nomenclature. — No 4. Loth, Remarques et additions à /'Introduction to 
Early Welsh de John Strachan. Complément indispensable du livre de Stra- 
chan. — No 5. Ernault, U ancien vers breton. Rassemble les données essentielles. 
Sainéan, Les sources de Vargot ancien. Recueil très intéressant, bien compris et 
bien exécuté. Balcke, Der anorganische Nasallaut ini Fran^ôsischen. Première 
liste un peu ample des exemples français de nasale inorganique. Meunier, Mono- 
graphie phonétique du parler de Chaulgnes et Etude morphologique sur les pronoms 
personnels dans les parlers actuels du Nivernais. Les résultats obtenus ne sont 
peut-être pas en rapport avec l'effort déployé. — No 8. Legrand et Gûys, 
Bibliographie albanaise. — N° 11. Gauchat et Jean]aq.uet, Bibliographie lin- 
guistique de la Suisse romande. Œuvre de science et de patience. — No 12. 
Gamillscheg, Die romanischen Elemente in der deutschen Mundart von Luseru, 
Courte mais substantielle étude, langue mixte intéressante au point de vue 
phonétique. Battisti, Le dentali esplosive inlcruocaliche nei dialetti italiani. Le 
sujet est traité avec toute l'ampleur désirable. Feller, Notes de philologie wal- 
lonne. Ce recueil présente de la variété et de l'intérêt . Dauzat, La défense de 
la langue française . Se laisse lire. 

Remania, no 165, Janvier 1913. P. 1-22, Borland et Ritchie, Fragments 
d'une traduction française en vers de la Chronique en prose de Guillaume le 
Breton. — P. 23-33, Dauzat, Notes sur la palatalisation des consonnes. — P. 34-75, 
Parducci, La istoria di Susanna e Daniello, poemetto popolare italiano antico. — 
P. 76-87, Mélanges. De Boer, Sur un fragment publié de /'Ovide moralisé. 
Jeanroy, Prov.far col e cais. Thomas, Le De claustro anime et le Roman de 
Troie. A propos de fehan de Brie. Sur la date de la chute du d intervocalique en 
Gaule. — P. 87-131, Comptes rendus. — P. 132-143, Périodiques. — P. 144- 
160, Chronique. 



REVUE DES PERIODIQUES IIJ 

Sprachkunde, Blâtter fur Sprachforschung und Sprachlehre herausgegeben 
von der Langenscheidtschen Verlagsbuchhandiung. I. Jahrgang. Heft i . — P. 1-5, 
Thiessen, Spiachkuiide. — P. 5-7, Feyerabend, SprachgebUte utid Spracherler- 
ming. — P. 7-9, Jansen, Etymologische Plaudereien. — P. 9-12, Kleinere Miltei- 
luugen. — P. 13-16, Divers. 

Heft 2. — P. 17-19, Platzhoff-Lejeune, Fur und gegen das Sprachenhrnen. 

— P. 19-20. Jansek, EtymologisclK Plaudereien. — P. 20-23, Scherffig, Isldas 
Englische eine fornietiarme Spracbe } — P. 25-28, Feyerabend, Die keltisclxn 
Bestandteih des etiglischen IVortscImt^^es. — P . 28-30, Kleinere Milteihingen. — 
P. 30-52, Divers. 

Vox, 191 3, Heft I. — P. 1-3, Gutzmann et Paxconcelli-Calzia. Vor- 
wort. — P. 5-6, ViÉTOR, Zur Einfùhrung. — P. 7-21, Zwaardemaker, 
Ueber den dynamischen Silbenakzent. — P. 22-26, Meimhof, Die Bedeutung 
der experimentellen Phonetik fur die Erforschung der afrikanischen Sprachen. 

— P. 27-32, Clara Hoffmann, Wissenschaftund praktische Stimmbildung. — 
P. 53-41, GuTZ.MANN, Ans der Praxis der experimentellen Phonetik. I. Zur 
graphischen Darstellung des musikalischen Akzentes. II. Einige Ergànzungen 
zum Lioretgraphen. — P. 41-57, Zumsteeg, Die funktionnellen Stimmstô- 
rungen. — P. 59-75, Panconcelli-C\lzia, Bibliographia phonetica, 1913. — 
P. 76-80, P.\nconcelu-Calzia, Annotationes phoneticae. 



CHRONIQUE 

Soutenances de thèses. — M. Jean Poirot, chargé du cours de 
phonétique à l'Université de Helsingfors, a soutenu en Sorbonne, le 
8 janvier 191 3, les deux thèses suivantes pour le doctorat es lettres : 
Thèse principale, Recherches expérimentales sur le timbre des voyelles 
françaises (Jury : MM. Brunot, Guillet, Verrier). Thèse complémen- 
taire : Beitrâge Tjir Kenntnis der Oiiantitàt in den finnisch-ugrischen 
Sprachen (Jury : MM, Andler, Meillet, Pernot). Président: M. Brunot. 
M. Poirot a obtenu le grade de docteur avec mention très honorable. 

M. Georges Lote, lecteur à l'Université de Bonn, soutiendra en 
Sorbonne, le 23 avril, les deux thèses suivantes pour le doctorat es 
lettres : Thèse principale, L'alexandrin français d'après la phonétique expé- 
rimentale. Thèse secondaire, La rime et V enjambement étudiés dans 
V alexandrin français . 

M. Robert Gauthiot, directeur adjoint à l'École des Hautes Etudes, 
soutiendra en Sorbonne, le 29 avril, les deux thèses suivantes pour 
le doctorat es lettres : Thèse principale, La fin de mot en indo-européen. 
Thèse secondaire. Essai sur le vocalisme du sogdien. 

Nominations. — M. Chlumsky a été nommé docent de phonétique 
générale et spécialement de phonétique expérimentale à l'Université 
de Prague, par un arrêté ministériel en date du 7 août 191 2. 

M. Pernot a été nommé en novembre dernier chargé du cours de 
langue et littérature grecques modernes (fondation du Gouvernement 
hellénique) à la Faculté des lettres de l'Université de Paris. 

M. Thooris vient d'être nommé directeur du Laboratoire debiolo- 
gie expérimentale et de morphologie à l'Hôtel des Invalides. 

— La revue de M. Gutzmann vient de se transformer sous le nom 
de Vox en une revue de phonétique expérimentale, sous la direction 
de MM. Gutzmann et Panconcelli-Caizia, avec une subvention de la 
ville de Hambourg. 

Son programme est à peu près le même que celui de La Parole, et 
ses conditions de publication sont assez semblables. 



CHRONIQUE 117 

Nous ne pouvons que nous réjouir de ce secours qui nous vient de 
travailleurs amis et dévoués à la même science que nous. La moisson 
est abondante et attend les moissonneurs. La création nouvelle ne peut 
qu'accroître le nombre des ouvriers et susciter une heureuse émula- 
tion. 

OUVRAGES REÇUS 

Allegemeine Akustik und Mechanik des menschlichen Stimmorgans . Von 
Dr Albert Musehold. Mit 18 Photographien des menschlichen Kehl- 
kopfs auf 6 Tafein und 53 Abbildungen im Text. Berlin, J. Springer, 
1913, 134 p. in-80. Prix: 10 M. 

Materials for the Stiidy of the Ainu Langttage and Folklore coUected 
and prepared for publication by Bronislaw Pilsudski, edited under 
the supervision of J. Rozwadowski . Cracow, published by the Impé- 
rial Academy of Sciences. 19 12, xxvi-242 p. in-8°. 

Etude sur la phonétique historique de la langue annamite. Les initiales. 
Par Henry Maspero (Bulletin de VËcole française d'Extrême-Orient, 
tome XII, n° i), 1912, 126 p. in-40. Prix: 5 fr. 

Etudesde géographie linguistique d'après Y Atlas linguistique de la France, 
par Jules Gilliéron et Mario Roques. Avec tableau et cartes. Paris, 
Champion, 1912, 153p. in-S". Prix : 10 fr. 

The Pronunciation ofEnglishin Scotland, by William Grant. Cam- 
bridge, University Press, 191 3, xvi et 207 p. in-8°. Prix : 3 sh. 6. 

Phonelic Readings in English, hy Daniel Jones. Heidelberg, C. Win- 
ter, 1912, XII et 98 p. in-8°. Prix : iM. 60. 

ouvrages récemment parus 

Aperçu d'une histoire de la langue grecque, par A. Meillet. Paris, 
Hachette, 191 3, 368 p. in-8°. Prix : 3 fr. 50. 

Bibliographie albanaise. Description raisonnée des ouvrages publiés 
en albanais ou relatifs à l'Albanie, du xv^ siècle à l'année 1900, par 
Emile Legrand. Œuvre postume complétée et publiée par Henry 
GÛYS (préface de H. Pernot). Paris, Welter ; Athènes, Élefthérouda- 
kis et Barth, 1912. viii et 228 p. in-8°. Prix: 10 fr. 



Il8 CHRONiaUE 

' EpojTOTTai'yvia ÇChaiisons d'amour) publiées d'après un manuscrit 
du xv= siècle avec une traduction, une étude critique sur les 'Exaxo- 
Xoya (Chanson des cent mots), des observations grammaticales et un 
index, par D. C. Hesselixg et Hubert Pernot. Paris, Welter, Athènes, 
Elefthéroudakis et Barth, 1913. xxxv et 187 p. Prix: 7 f r 50. 

Le Gérant : J. Rousselot. 



MAÇON, PROTAT FRERES, IMPRIMEURS. 



PHONÉTIQUE MALGACHE 

(Suile) 
II 

DIALECTE BETSILEO 

Le dialecte des Betsileo, population agricole et industrieuse, 
présente plusieurs particularités qui le distinguent de celui de 
Tananarive. 

Grâce aux recherches de M. Ferrand, j'ai pu voir un Betsileo, 
M. Randriamasy, natif de Fianarantsoa, cîgé de 28 ans qui 
habite Paris depuis cinq ans. 

J'ai répété avec lui les expériences faites avec les trois Mal- 
gaches de Tananarive ; et, de plus, j'ai inscrit la prononciation 
des mots suivants : 

andra « action de lever la tète » (fîg. 192). 

andro « jour » (fig. 194). 

andry « pilier » (fig. 193). 

ditra « entêtement » (fig. 187), 

henatra « honte » (fig. 189). 

hetra « impôt » (fig. 164). 

katra « jeu de dames » (fig. 185). 

lanitra « ciel » (fig. 141). 

manarahi « accompagner ». 

manta « vert, non mûr » (fig. 138). 

maraina « matin ». 

masina « saint » (fig. 139). 

rotra « acajou » (fig. 188). 

tahotra « peur » (fig. 167). 

Revue de phonétique. 9 



120 L ABBE ROUSSELOT 

trarantitra « devenez vieux! » (fig. i86, 197). 

vohitra « montagne » (fïg. 167). 

T^aitra « couture » (fig. 165). 

Je ne relèverai dans ces notes que les traits qui m'ont paru 
dignes de remarques, passant rapidement sur ceux qui se trouvent 
être communs au betsileo et au dialecte Mérina de Tananarive. 

L'acuité du ton sur lequel les mots ont été prononcés m'a 



(VNAAAAAAA/VVVAAAAAAA'V 

' n< î(i 30 +û 



Ëclielle pour le Betsilec. 
Fig. 127. 

obligé à agrandir les tracés suivant l'échelle (fig. 127). Malgré 
cet agrandissement, un certain nombre de vibrations sont 
venues indistinctes à la gravure. Mais, s'il n'est pas facile de les 
compter, on en reconnaîtra sans peine la présence, ne serait-ce 
qu'à l'épaisseur inusitée du tracé. 

VOYELLES 

Il semble que le pomt d'articulation, je veux dire celui du plus 
grand soulèvement de la langue, au lieu de se porter soit en avant, 
soit en arrière, reste sensiblement le même et que la langue se 
soulève en totalité. C'est du moins ce que je crois reconnaître 
dans les tracés laissés par la langue pour a è é i (fig. 128) et ô u û 
(fig. 129). Uà est sous-palatal. L'd est rare et se présente 
comme la réduction du diphtongue ao dans les mots d'un usage 
très fréquent, comme ixp (izao) « maintenant ». 

Vi final atone sonne souvent à mon oreille à peu près comme 
un é. Mais c'est une erreur : il s'agit ici d'un ï (i ouvert). Le 
fait est mis hors de doute par la figure 130 où sont représentés 
les lieux d'articulation des deux syllabes H tonique (i) et bi atone 



PHONETIQUE MALGACHE 



121 



(2) dans le mot bfbi. La comparaison de (i) et de (2) montre 
la différence de fermeture des deux /, qui se distinguent non seu- 




FlG. 128. 



Fig. 128. 



I. a. 



2. e. 



3. e. — 4. t. 




Fig. 150. 
I. bi. — 2. bï. 

La partie ombrée figure la région de contact; les pointillés indiquent (n° 2), le pre- 
mier la limite des è, le deuxième celle de 1'». Les deux lignes croisillées sont des 
variantes de la syllabe bi. La partie supérieure des deux croquis laissée en blanc, mais 
limité soit par une ligne pleine (n° 1), soit par des points (n" 2), a été d'une façon 
inconstante touchée par la langue : c'est l'effet du rapprochement des mâchoires pour la 
consonne b. 



lement par l'intensité et l'acuité pures, mais bien par l'articula- 
tion elle-même. Nous voyons en outre par le n** 2, grâce aux 



122 



L ABBE ROUSSELOT 



pointillés qui limitent l'un la région de Vé, l'autre celle de Vî que 
nous avons affaire à un / qui, étant donnée l'impression de 
l'oreille, ne peut être qu'un / ouvert, plus voisin de Vé que notre 
i moyen (celui de « Paris »). 




^FiG. 131. 
I. fi'i. — /«[na]. 

La différence des deux u dans fîf.funa (fofona) « respiration » 
est de même mis en évidence par la figure 131 : (^i)fu tonique, 
{2) fu atone. 




n a n a 

FiG. 132. 

La nasalisation est plus réduite qu'à Tananarive. Elle subsiste 
sous l'influence d'une m ou d'une n initiales par exemple : nâna 
(fig. 132), devant un^, sàngana (fig. 133), papaàngu (fig. 134), 
mais dans ce dernier exemple, sans doute sous l'influence de 
l'occlusive précédente, elle a été réduite, de près de moitié. 
Elle est instable devant d et f, ayant duré en comparaison de la 
durée de la voyelle : 



PHONÉTIQUE MALGACHE 



123 



mpandeha : 4/8, 4/7, 9/11, 2/8 (fig. 135), 7 (fig. 136), 4/9, 3/8. 
mitondra: 10/15, 4/16, 5/20, 5/20, 15/24, 4/ié (fig. 137), 

le premier chiffre indiquant la durée de la nasalité, le 2* celle de 
la voyelle entière. 




a 71 g a 11 

Fig. 133. 




' a a 
Fig. 134. 




?np 



n d e 
Fig. 135. 



Dans la formule de politesse d'un emploi courant, trarantitrh 
Qaras) Va n'est nasal qu'une fois sur sept exemples et seulement 
4 centièmes de seconde pour une durée totale de 11 (fig. 183 
et 191). 



124 



l'abbé rousselot 




p a 11 d e ha 
FlG. 136. 




mi t un n fa 
FiG. 137. 




m a à ta 

FiG. 138. 



PHONETiaUE MALGACHE 



125 



La nasalité disparaît devant/) / : papyanas (fig. 181), tuputani 
(fig. 142 et 144) tupiinitani (fig, 145). 

Mais, si la voyelle est précédée d'une consonne nasale, elle est 
en partie, quelquefois en totalité, préservée de la dénasalisation : 

mania : Va a été nasal successivement 10 centièmes de seconde 
sur 17, 14/16, 8/15, 16, 12/14, 7A4, 14/15» 9/15 (fig- 138). 

Il a donc été désanalisé : 

7, 2, 7, o, 2, 7, I, 6 centièmes de seconde avant l'occlusion 
du/. 

J'ai noté plusieurs fois la chute de certaines atones non finales 




m a 



€ î n 

Fig. 159. 



dans le dialecte de Tananarive : / dans ma^nœ (masina), aaia 
(hasina), u dans amilna (anolona^, mihii (l'olony), sans insister 
sur ce phénomène qui paraît clair à l'oreille, j'ai seulement 
donné les tracés attestant la chute de 17 dans s (j^y)- (^ oir fig- 123 
et 124, qui par erreur a été renversée.) Mais des exemples betsileo 
me permettent de mieux préciser le phénomène. 

Masina (entendu ma^na). — La présence ou l'absence de Vi 
est facile à constater, car la fin de la sourde s et le début de Vn 
sont très nets; si, entre les deux, il y a des vibrations, on est 
sûr d'avoir soit un /, soit un ï, suivant que ces vibrations sont 
purement buccales ou non. Or sur huit exemples, 1'/ n'a jamais 
été nul ; mais il n'a duré que : 

4, 2, 2 1/2 (fig. 139), 3, 3, 2, 2, 3 centièmes de seconde. 



126 



L ABBE ROUSSELOT 



Ce qui égare l'oreille c'est que Vi est fortement nasal et se 
confond avec Vn. 

Comme terme de comparaison, je reproduis un tracé fait par 
moi du mot machna tel que nous le prononcerions sans / 
(fig. 140). La différence est évidente; le temps qui s'écoule 




m a 



Fig. 140. 



entre le début de l'abaissement du voile du palais et l'occlusion 
complète de la voie buccale a été rempli par des vibrations du 
larynx chez le betsileo (c'est son 7') ; il s'est passé sans vibrations 
de larynx chez moi (absence complète de la voyelle). 




a ni 
Fig. 141. 



(Lanitra entendu lânksœ). — La voyelle qui suit Yn, y compris 
l'explosion buccale de cette voyelle a duré : m 

3, 3, 4, 4, 4, 4, 4, 3 centièmes de seconde (fig. 141). Au 
moment précis où, après l'occlusion buccale de Vn, l'air com- 



PHONÉTIQUE MALGACHE 



127 



mence à sortir par la bouche (a), la voie nasale se ferme (a, avec 
la correction nécessitée par la direction circulaire de la plume et 
l'ampleur du tracé '), à ce moment-là commence la voyelle pour 
finir avec la seconde occlusion de ks, dont je n'ai pas à m'occu- 
per ici. 

Tompontany (entendu tupîitanî). — C'est la syllabe pu qui est 
exposée à tomber. On la voit bien (fig. 142) quoiqu'elle soit très 
réduite; mais il ne semble pas qu'il yen ait des traces (fig. 143, 




but a 
Fig. 142. 



a 11 



201 et 144). Ces tracés valent la peine d'être étudiés de 
près, car il s'agit ici d'une question curieuse en soi et d'un inté- 
rêt général. Deux points sont parfaitement clairs, ■n^l 
la fin de la syllabe hi (pointillé 3) et le début de IfJ^I 
l'occlusion du / dans tani (pointillé 5) : ils sont H^l 
visibles à la fois sur la ligne de la bouche et sur H^H 
celle du nez. C'est entre les deux qu'il faut cher- H^H 
cher la représentation de pu. Nous y trouvons B9I 



I. Corrections des tracés. — La ligne de la bouche étant 
en B, celle du nez en N (fig. 141 his), la plume se déplace 
suivant la courbe et non selon la verticale. D'où il suit que, 
si l'un des tracés a plus d'ampleur que l'autre, il devient né- 
cessaire d'opérer une correction d'après l'écart qui, selon la 
hauteur des tracés, existe entre la courbe et la verticale . 



Fig. 141 bii. 



128 



L ABBE ROUSSELOT 



une occlusion seulement (fig. 143 et 144), une occlusion suivie 
d'une petite explosion (fig. 142). C'est le cas le plus ordinaire, 
car nous le rencontrons six fois sur huit. La durée de cette 




b t i 

Fig. 143. 



n 1 




t u b t â à n i 

Fig. 144. 

Les vibrations du b se voient assez (fig. 142 et 144); mais elles ont disparu (fig. 143) 
dans le travail de la gravure. Pour réparer ce défaut, j'ai fait refaire le cliché sur une 
plus grande échelle. On le trouvera en appendice à la page 151. 

explosion a été de deux centièmes de seconde; elle a été 
sonore ainsi que l'occlusion précédente et cette occlusion elle- 
même a été moins complète que celle du / (comparer sur la 
figure). Nous ne pouvons donc avoir qu'une syllabe bu ou plutôt 
un b suivi de son explosion. Là où cette explosion manque 
(fig. 143, 144), l'occlusion est modérée et sonore. C'est encore 



PHONÉTIQUE MALGACHE 129 

un b, mais seulement un b implosif. Ce dernier caractère est 
attesté par le tracé de la voyelle précédente qui montre très 
nettement l'augmentation du courant d'air nécessaire à l'implo- 
sion (comparez à cet égard fig. 143 et 144 avec 142 où \eb est 
explosif). Le b de la figure 144 est d'une sonorité plus faible; 
il se rapproche davantage du p auquel doit conduire le voisinage 
du t. Notons enfin que les trois tracés (fig. 142-144), comptés 
de l'explosion du premier / jusqu'à l'occlusion de 1'/; (jnbta) sont 
sensiblement de même longueur. Le mot n"a pas été accourci 
par la perte de l'explosion du b ou de la voyelle u. La première 
syllabe a bénéficié d'un surcroît de durée, ce qui s'explique : 
l'explosive ayant été remplacée par une implosive, il n'y a qu'un 
simple déplacement de force. 

D'après cela, il semble qu'on pourrait établir les étapes sui- 
vantes pour une syllabe atone placée entre une initiale forte et 
une tonique commençant par une occlusive sourde : 1° affaiblis- 
sement de l'atone, ce qui permet le changement de la sourde en 
sonore ; 2° réduction de la voyelle à n'être plus que l'explosion 
de la consonne ; 3° perte de l'explosion et son remplacement par 
une implosion ; 4° assimilation de l'occlusion sonore à l'occlu- 
sion sourde de la consonne suivante; 5° confusion des deux 
occlusions et 6°, comme conséquence, disparition de l'implosion, 
ce qui consomme la disparition de la syllabe atone. 

Si j'appliquais tout ceci à un exemple latin, je dirais que, 
pour devenir rk/<?/ (cheptel), capitale a pris les formes suivantes, 
dans lesquelles je tiens compte surtout du point qui nous 
occupe : \° ca-bi-taî, 2° ca-b-tal (b explosif), 3° cab-tal {b implo- 
sif), 4° cabtal (occlusion assourdie de la consonne), 5° chatel 
avec implosion encore sensible), 6° chatel, chetel. ■ 

Tomponny iany (entendu tupunitàni). Ici il y a deux atones 
intérieures : pîi et ni. La plus atteinte est la i"(fig. 145), la 2" 
(fig. 146). La différence doit être due à l'allongement de la 
tonique dans le 2^ exemple (fig. 146). Du reste, l'explication 
du phénomène est la même que pour le mot précédent. 



130 



L ABBE ROUSSELOT 



La chute des finales atones est aussi plus avancée dans le 
Betsileo qu'à Tananarive, et se produit dans des conditions dif- 
férentes. Ce n'est pas Va qui tombe le plus facilement, c'est 1'/ 
et Vu. A la lecture j'ai noté : papyànasœ, kétakœ, sàganœ, ngîjnœ, 
gàgUy nânœ,fâfa, vâva, léla, sara, jâja, carana, cénasœ, césœ, dîsœ, 
vulsœ, rtisœ, tàhsœ, jaisœ, mànaraka, lànksœ, maranœ... 




p u n i t 
FiG. 145. 



p ù n i t 
FiG. 146. 



Va n'a été supprimé que dans màndeh, far\ rur, mitiïnr, eaf, 
saras, kàr . Vi m'a semblé / dans mibàbi, è dans màmë, nênëj œ 
dans tètœ, rarœ ; u dans ^iu ; il m'a paru tombé dans did, fef, as. 
Vu n'a pas été entendu dans kirâr, vuv, ah. 



PHONETIQUE MALGACHE 



131 



Quelques mots ont été inscrits à voix très faible. C'était le 
début. Mais dans la suite, les expériences ayant été faites à voix 
très forte, j'ai fait reprendre les premiers mots, ce qui nous 
donne pour huit mots une double inscription. 

Dans les premiers tracés, la finale est toujours muette : papya- 
mii(fig. i^-),papaàng(^g. 148), w«M^ (fig. 149), ^^^(fig. 150), 



i 




p y a à n a 
FiG. 147. 




a a n 

FiG. 14S. 




m / 



a 

FiG. 149. 



tèt (fig. 151), S2.UÎ didi (fig. 152), qui garde son i sans excep- 
tion. 

Dans les seconds, la perte de la voyelle finale est rare : cons- 
tante pour fefy elle est accidentelle pour ah (4 fois contre ahîi 
4 fois), vuv (2 fois contre vuvu 6 fois), sâr 6 fois contre sarà 
2 fois), kirar (4 fois contre kiraru i fois), mitùnr (i fois contre 



1^2 



L ABBE KOUSSELOT 




b i h 

FiG. 1)0. 





d î d i 

FiG. 152. 




d i d i 

FiG. 153. 



PHONÉTIQPE MALGACHE 



Ï33 



milûnfa 5 fois) ; mais dans certains mots l'intensité est tellement 
diminuée relativement à celle de la tonique que l'impression 
auditive a dû être assez confuse par exemple : didi (fig. 153), bibi 
(fig. 154), keteka (fig. 155), lela (fig. 156), vovo (fig. 157). 

Sans vouloir entrer, pour le moment, dans les détails que 
réclame l'étude de l'intensité je me bornerai à faire remarquer : 




b i 



Fig. 154. 



1° Que la différence de hauteur musicale entre Tatone et la 
tonique est considérable : 

di — di bi — bi ihl—vu ke — ta — ka 

éoo 440 600 400 600 400 560 560 400 
On voit que le ton a été très aigu, car 400 = so\%2, (le médium 
de la voix d'homme), 440 = laij, (environ), 560 = réb; (envi- 
ron), 600 = ré 5. 




è t a 
Fig. 155. 



k^ a 



2° Que la longueur moyenne des vibrations, mesurée en mil- 
limètres, a été : 

di — di bi — bi vu — vu ke — ta — ka 

0,20 0,27 0,30 0,33 0,20, 0,33 0,20 0,20, 0,33 



134 L ABBE ROUSSELOT 

3° Que l'amplitude également mesurée en millimètres a été : 

di — di bi — bi vu — vu ke — ta — ka 

0,80 0,20 1,20 0,20 0,68 0,12 0,56 0,16 0,12 

4° Que le rapport de l'amplitude de la vibration avec sa durée 
est d'environ : 

di — di bi — bi vil — vu ke — ta — ka 

4 0,74 6 0,60 3,4 0,36 2,8 0,80 0,36 




/ 
FiG. 156. 




FiG. 157. 



ce qui peut se ramener a : 

di — di hebi vu — vu ke ta ka 

5,4 I 10 I 9,7 I 7,77 2,5 I 

expression approximative de l'intensité relative des toniques par 
rapport aux atones. 

Comme vérification expérimentale, j'ai fait répéter le mot bibi 
dans la cour intérieure du Collège de France, long boyau d'en- 
viron 70 mètres de long. Or le i" / a été très bien entendu 



PHONETIQUE MALGACHE I35 

d'un bout à l'autre et l'aurait été bien plus loin tandis que le 
second n'a été net qu'à une distance de 2 mètres. 

J'ai voulu renouveler la même expérience pour vuvu : Le pre- 
mier n était parfaitement entendu à 70 mètres; jusqu'à quelques 
centimètres, il m'a été impossible d'entendre autre chose que 
vtiv. 

CONSONNES 

L'articulation de 1'/ se produit tout à fait en avant (fig. 158). 

J.-<^\^y\ ^^''n~^T\ J^<^T^r^ 



Fig. 158. 
I. la. — 2. ra (et variantes). — 3. ri. 

Pour Vr la pointe de la langue n'arrive pas à toucher le palais 
(fig. 158). Ur médiale est plus forte que l'initiale (fig. 159); 
de même la 2^ r de kiràru est plus forte que la i""^. 

Le courant d'air qui produit l'/se présente sous deux formes; 
l'une qui est propre aux spirantes et qui marque un écoulement 
continu (fig. 160), l'autre qui est celle des occlusives avec 
un arrêt complet suivi d'une explosion (fig. léi). Les deux 
types peuvent se trouver dans le même mot ; mais alors c'est Vf 
initiale qui est du i^'. Sur quatorze exemples, neuf/ sont du 
I" genre, et cinq du 2= pour fef. Sur quinze, quatre sont du 
I" genre et onze du 2^ pour faf a. 

Le V appartient toujours au 2^ type (fig. 157). 

Revue de phonétique. lo 



136 



l'abbé '-ROUSSELOT 




r a r 

FiG. 159. 




FiG. 160. 




/ à f a 

FiG. 161. 




FiG. 162. 
I. €a dans sasa. — 2. e dans masina. — 3. ei. — 4 ^^ 5- h^ 
dans ;{fl;^^. 



PHONÉTIQUE MALGACHE 



137 



Vs et le ;^ sont remplacés par € j (fig. 162) : €a£a, jâja. Le 
courant d'air est toujours moins fort pour le i" € que pour le 2* 
(fig. 163). Comparez les deux r de ràrœ. La diflférence est moins 
prononcée pour le / ; même la relation peut être renversée. 




£ a € 

Fig. 163. 



œ 



L'h n'est jamais supprimée, quoi qu'il semble à l'oreille. 
Sourde à l'initiale, elle est toujours sonore à la médiale, même 
quand elle devient finale par la chute de la voyelle. Comparez 
h initiale et voyelle -\- tr (fig. 164) et ai -\" tr (fig. 165) avec 




œ 



Fig. 164. 



ohi -j- tr (fig. 166), que l'on entend ui, et aJjo -\- tr (fig. 167). 

L'articulation de t d (fig. 198) et celle de kgÇûg. 169) ne pré- 
sentent aucune particularité. Remarquer seulement combien 
l'articulation est avancée pour A'/, sans cesser d'être dure. 

Un point intéressant à noter, c'est la façon très claire dont 
l'explosion de la consonne se sépare de la voyelle suivante, 
même sur la ligne du nez. Voir principalement les figures 134, 
142, i54> 155- 



L ABBE ROUSSELOT 




j a t S œ 

FiG. 165. 




V H h i S œ 

FiG. 166. 




a h 

FiG. 167. 



5 œ 



PHONETIQ.UE MALGACHE 



139 



La force de l'explosion du b a. paru très nettement dans l'expé- 
rience faite dans la cour du Collège de France pour bîbi : elle est 
beaucoup plus grande que celle d'un b français. 




FiG. 170. 

— sa dans sàgana et variante, 

— sârœ (l'r ne marque pas sur le palais) et variante. 

— ^é dans ^é{ît. 



L'élément occlusif est très faible dans s et l (fig. 170). La 
langue ne porte que sur les dents. Au reste, je ne l'ai pas entendu 
dans as (antsy) ni dans le i" ;; de îé^u (jejy). 



140 



LABBE ROUSSELOT 




sa r a 

FiG. 171. 




sa r a 

FiG. 172. 




s a r a 

FiG. 173. 




a s i 

FiG. 174. 



PHONETiaUE MALGACHE 



141 



C'est qu'en effet il est inconstant et sujet à des variations assez 
notables. Par exemple, dans tsara, l'occlusion est nette (fig. 171), 
hésitante (fig. 172), nulle (fig. 173). Comparez de même antsy 




a s 

Fig. 175. 




Fig. 176. 




X 



Fig. 177. 



(fig. 174) et (fig. 175), jejy (fig. 176) et (fig. 177). L'occlusion 
ne disparaît que dans une prononciation molle et négligée. 
Même dans ce cas, 1'^ est spéciale et ne correspond point à notre 
s fi-ançaise : la pointe de la langue, au lieu de s'appuyer derrière 
les dents d'en bas, reste élevée vers les dents supérieures, gardant 



142 



L ABBE ROUSSELOT 



à peu près la même position que pour s l- C'est pourquoi je 
marque les lettres s :( d'un accent. 

La tr se présente sous quatre formes : ?, f, s, s (tafœ tufôgœ, 
trotrongy, « action de tomber sur la figure », kâf, sdrâs, « tra- 
rantitra », cétiasce, déso, disœ, vuhisœ, ru'sœ, tâhsa lànksoe). Le s 
remplace le s dans une prononciation moins énergique ; mais dr 
sonne toujours f ou r (mànfaè, tûnrœ, tùnru, ànfi, ànfu, mànPé, 
ànràfœ, » andrandra », mànnrinœ, & ^nandrendrika », inàrérika, 
niànruruna, « mandrendrona »). Le r apparaît après n, quand 
l'explosion est nasale (niânrœ, etc.). Ces formes répondant à un 
développement normal, nous avons comme point de départ un 
t spirant pour lequel la langue touche seulement le palais 
sans appuyer; il devient f' ou s suivant que la langue après s'être 
séparée du palais exécute quelques roulements ou reste immo- 
bile comme pour une sifflante; r' et s sont des formes affaiblies 
de f' s. 

Sur le palais artificiel, l (fig. 178-183), se distingue nette- 
ment de s (fig. 179). Mais je ne vois pas de différence entre i 
et r' : Ce mot katra (fig. 180), qui sonne toujours kâf' articulé 
en entier avec le palais artificiel (on le peut, car le tracé du k ne 
vient pas brouiller celui du ir) ne donne pas un autre résultat que s 




Fig. 178. Fig. 179. 

Fig. 178. — /a dans tar'œ. 

Fig. 179. — I. — iamj-' (trarantitra) le mot tout entier. 
— 2. = rusœ (rotra), le mot tout entier. 



PHONÉTIQUE MALGACHE 



143 




Fig. 180 
Fis. 181. 



Fig. 180. 



-iG. 181. 



, — h'af, le mot entier. 

— I . césœ (hetra) le mot entier. 

— 2. céfjasœ, le mot entier. 



Il est facile de distinguer, dans les figures 180 et 181, (2) la partie de la région tou- 
chée qui appartient au tr (la supérieure) de celle qui est propre à i et à ^ (l'iuférieure). 




I 



Fig. 182. 
Jâniksa (lanitra). 



(fig. 179). La chose du reste s'explique, la différence entre s et 
f résultant de l'inertie et de la vibration de la pointe de la 
langue et non de la position initiale de l'organe. On remarquera 
en outre que f' i ne se confondent point avec le s issu de is 
(fig. 170) : la limite intérieure de la région de contact est ronde 
pour ts, elle forme un petit angle rentrant pour tr. On sent déjà 
dans cette forme se préparer le / (fig. i8i), que j'ai pu recueillir 



144 



L ABBE ROUSSELOT 



plusieurs fois en faisant prononcer des mots entiers de façon à 
conserver à la consonne son caractère d'atone. 

L'apparition du k dans lanitra est franchement marquée 
(fig. 182). 




FiG. 183. 

1. — î'a (dra). 

2. — ànfi, ànrîi. 

3 . — ànfi. 




y a a 
Fig. 18. 



n a s a 



Le dr est moins dental que le tr (fig. 183). Il est en effet 
moins avancé dans son évolution, étant resté à l'étape r même à 
l'atone âwrâ, ànfi, ànfu (fig. 183). 

L'étude du courant d'air nous apporte aussi des renseigne- 
ments utiles. Nous ne pouvons rien tirer de la figure 147 qui 






PHONETIQ.UE MALGACHE 



HS 




a r œ 

FiG. 185. 




y a r a i œ 

FiG. 186. 



mwV 



à i s' œ 

FiG. 187. 




r u 

FiG. 18: 



/ œ 



146 



L ABBE ROUSSELOT 



représente une émission de souffle trop peu énergique pour 
offrir une caractéristique bien claire. Mais nous voyons nette- 
ment (fig. 184), que le sa demande une occlusion, moins forte 
toutefois que pya (comparer ces deux syllabes). Quant au mou- 
vement vibratoire, naturellement il ne se montre pas ici; mais 
il est très bien marqué (fig. 185) dans hâr'œ (katrd) ; il est aussi 
très sensible à l'oreille. L'occlusion du s est partout indiquée 




ce n a s œ 
Fig. 189. 

dans les tracés, ainsi que Vs, très différente du t (fig. 141, 164- 
167, 186-189). Pourtant il se rencontre des types très voisins 
de celui de papyanasa (fig. 184), par exemple, ceux des figures 
164, 166, 167, 168. Ce sont des formes intermédiaires, moins 
spirantes que celle de la figure 186. 

Les figures 189 et 141 offrent deux particularités à noter : la 
i""^ nous montre une légère explosion nasale coïncidant avec la 
fermeture de la bouche (quelque chose comme cénân'^ce) ; la 
seconde la substitution d'un élément guttural à l'élément dental 
de s sous l'influence d'une n Çaniksœ). 

Pour le dr, la forme du tracé varie aussi et indique un mou- 
vement plus (fig. 190) ou moins (fig. 137) vibratoire. Ces deux 
types se succèdent pour mitondra et mandray; le i'^'' seul se pré- 
sente dans iondro (fig. 191). Comparez les trois dr dans les mots 
ânra, ànfi, ànru (fig. 192-294) qui ne diffèrent que par la 
voyelle finale. 



PHONETIQUE MALGACHE 



147 




m a n r a e 
FiG. 190. 




tu il 11 f u 

FiG. 191. 




a n r a 

FiG. 192. 




a n r i 

FiG. 193. 



148 



L ABBE ROUSSELOT 




a n r u 
FiG. 194. 



Le] betsileo possède, à côté de n dentale et de Vrï gutturale, 
qui se rencontre en dehors du groupe ng (tnànaraka), une n 
mouillée (fig. 195). 






FlG. 


195 


I. 


— na. 




2. 


— r/flj. 




3- 


— mafia dans manaraha. 





Vn devient naturellement un peu palatale devant /; elle s'as- 
socie à une dentale comme n à une gutturale (fig. 196). 

Nous avons déjà vu que la voyelle nasale s'est dénasalisée 
devant p t ts tr. Dans les mêmes conditions Vn est tombée, sauf 
une seule fois dans trarantitra, saraànsa (fig. 137), où elle est 
réduite à environ 2 centièmes de seconde. C'est ainsi que les 
sons, avant de disparaître entièrement, se produisent quelque- 
fois grâce à un mouvement organique à peine ébauché. 



PHONÉTIQUE MALGACHE 

3 



FiG. 196. 



I. 

2. 



ni. 



3f- 



mànda « mur » le mot entier. 
nga. 



149 





sa r a an s 
FiG. 197. 




p a à n d e h a 
FiG. 198. 



150 



L ABBE ROUSSELOT 



Vn s'est bien conservée devant dr mànraè (fig. 190), tùm 
(fig. 191), mitùnra (fig. 137), à tel point qu'elle a absorbé l'élé- 
ment dental de df, il en est autrement dans andm, andri, andro 
(fig. 192-194). Devant d, Vn est moins solide, et tend à s'effa- 
cer : comparez mpandcha, le i" exemple de la série (fig. 198), et 




a à n d e 
Fig. 199. 



/; a 




? a g a 

Fig. 200. 

le dernier (fig. 199). (Les figures 135 et 136 marquent des étapes 
moyennes.) Le iî persiste également devant g : papaàngu 
(fig. 134), sànganœ{ûg. 133). 

Les consonnes, sauf les fortes, sont régulièrement sonores : 
y dans py (fig. 147, 184), / (fig. 156), r (fig. 159), v (fig. 157), 
; (fig. 164), h médial (fig. 135, 166, 167), b (fig. 150), d (fig. 
152, 187), ^ (fig. 200). 

Les fortes ont l'explosion sourde, mais elle est de très courte 
durée : (fig. 160, i6r), ^ (fig. 163), h (fig. 164, 180), p (fig. 
134, 137, 148), t (fig. 142-146, 151), k (fig. 155). 

En somme, au point de vue de la sonorité, les consonnes 
betsileo se comportent à peu près comme les consonnes fran- 
çaises. 

L'abbé Rousselot. 



i- 



PHONETiaUE MALGACHE I5I 

P.-S. La figure 143 ayant souffert dans le clichage est repro- 
duite ici agrandie (fig. 20 r). 

En mai 1906, M. Ferrand, qui préparait alors sa thèse de doc- 
torat, me demanda d'inscrire 29 mots nouveaux en vue de l'étude 
de ngy nk en mérina. Le résultat a été publié dans son livre : 
Essai de phonétique comparée du malais et des dialectes malgaches^ 




Fig. 201. 

Paris, 1909, qu'il faut lire, et dont je voudrais pouvoir rendre 
compte comme il le mérite. Mais dès maintenant, je dois dire 
que, par ma faute sans doute, les tracés attribués à un seul sujet 
sont en réalité de deux. MM. Ranaivo et Rasamoelina. Pour 
l'objet qui était en vue, cette erreur est sans importance. On 
peut même facilement la corriger toutes les fois que le tableau 
(p. 101-103) présente 4 variantes : les deux premières sont de 
M. Ranaivo ; les deux autres, de M. Rasamoelina. L'assourdisse- 
ment des sonores est caractéristique du parler de ce dernier. 

Au reste, je compte revenir avant peu sur ce sujet avec une 
analyse plus complète et les expériences souhaitées par le savant 
président de la Société de Linguistique. 

P. R. 



kevue de phonétique. t\ 



ÉTUDE SUR LA NATURE DE L'ACCENT LETTE 



Tout phénomène phonétique est complexe et l'on ne peut en sai- 
sir l'ensemble qu'après l'avoir étudié successivement dans cha- 
cun de ses détails. Dans cet article nous offrons au lecteur les 
résultats de quelques observations expérimentales sur l'accent 
lette considér'é à un seul point de vue, notamment sur le mou- 
vement du ton suivant qu'il se manifeste d'après les inscriptions 
prises au moyen de V oreille inscriptrice de l'abbé Rousselot. Cette 
dernière, dans nos expériences, était recouverte d'une membrane 
non de caoutchouc, mais de parchemin, dont la faible élasticité 
faisait que les vibrations du ton se marquaient sur une ligne 
parfaitement horizontale. On pouvait ainsi calculer la hauteur 
musicale sans faire de rectifications. En outre, l'embouchure fut 
réunie à l'oreille inscriptrice au moyen d'un tube de caoutchouc 
beaucoup plus long (o"' 3 o) que dans l'appareil de l'abbé Rousselot à 
en juger par le dessin qu'il en donne à^iXis sqs Principes de phoné- 
tique expérimentale (I, 1902, p. 136, fig. 64). Grâce à cela, nous 
avons pu obtenir des vibrations de faible amplitude, de sorte 
que, en faisant l'inscription avec la vitesse moyenne du kymo- 
graphedeCh. Verdin, nous avons obtenu des tracés très com- 
modes pour le calcul. Toutes les inscriptions ont été faites sur le 
troisième tour; la vitesse était alors parfaitement régulière, car 
toutes les vibrations du diapason qui ont servi d'unité de mesure, 
ont été vérifiées au microscope muni d'un oculaire micromé- 
trique et trouvées de même longueur. 

Nous avons choisi pour ces expériences des mots lettes, com- 
posés presque des mêmes sons, mais avec une accentuation diffé- 
rente, à savoir (fig. i) : 



DE L ACCENT LETTE 



153 



àda « elle tricote » (avec accent bref) ; 

âdams « Adam » (accent long ascendant) ; 

àda « la peau » (accent descendant avec interruption) ; 

prononcés chacun trois fois par M. Plakiss, natif de Kabilenska 
(district de Talssen, gouv. de Courlande). Dans ces mots, notre 
appareil, avec l'enregistrement fait à la vitesse moyenne, ne don- 
nait de vibrations que pour les voyelles (accentuées et non-aceen- 



Agrt 



î>i- 




FiG. I. 



tuées ; car les consonnes mtld sont des occlusives et le courant 
d'air est interrompu \s est une sourde. 

Présentons maintenant les résultats de notre calcul. 

I. Dura moyenne des mots ' ; 



I. En parlant de la durée du mot entier, nous avons ici en vue non la 
vraie durée du mot d'après le travail entier des articulations ; mais seulement 
le temps de fonctionnement du larynx. Dans tous ces mots, le son d se dis- 
tingue graphiquement par un simple trait de pause entre les vibrations voca- 
liques des deux voyelles. Les finales ms dans le deuxième exemple ne sont pas 
marquées sur le tracé et n'ont pu être mesurées. De cettte manière, les gra- 
phiques de ces trois mots représentent presque la même combinaison de sons 
ada, seulement avec accentuation différente de la voyelle initiale . 



154 ^' BOGORODITSKY 

àda^= 35 centièmes de seconde. 

âda (ms) ^=48 — — 

àda = 65 — — 

Par ces nombres nous voyons clairement, que la différence 
d'accentuation affecte dans la langue lette la durée du mot 
entier. 

Quant à la durée des éléments des mots étudiés, elle peut être 
représentée pour chaque mot par trois nombres correspondant 
aux trois sons considérés dans ces mots : 



àda ^ 


II" + 


12" 


+ 12 


âda {m^^ = 


27 + 


9 


+ 12 


àda = 


41 + 


12 


+ 12 



En comparant les données obtenues, nous voyons que les pre- 
miers nombres, qui expriment la durée des voyelles accentuées, 
présentent une différence considérable, conséquence du genre de 
l'accentuation. La plus petite durée appartient naturellement à 
la voyelle frappée de l'accent bref. Quant aux voyelles avec 
accent ascendant et descendant, elles ont une durée plus considé- 
rable, principalement la voyelle portant l'accent descendant avec 
interruption médiale (pour ce dernier cas le temps de l'interrup- 
tion est compris dans la durée générale de la voyelle). Dès lors 
le rapport de durée des voyelles ainsi accentuées peut être à peu 
près exprimé par les nombres suivants : 

à : â : â : ■=. i : ■^ '. ^. 

Remarquons que la durée de la voyelle entrecoupée avec 
accent descendant se compose à son tour de trois moments : la 
partie initiale, la pause et la deuxième partie, qui peuvent s'ex- 
primer ainsi, en chiffres moyens : 

à — 12,5 + 13,7 -|- 14,7 

On voit que la partie de la voyelle qui suit l'interruption est 



DE L ACCENT LETTE 155 

un peu plus longue que la première. Quant à la pause marquant 
l'interruption, elle est par sa durée intermédiaire entre les deux 
parties de la voyelle. Mais ici la longueur si considérable de 
l'interruption a été causée par une prononciation exagérée dans 
l'une des trois expériences, en sorte, que si nous laissons de côté 
le cas exceptionnel, les nombres moyens seront : 

à = 12,8 +6,8 4 i6,8 

Ainsi l'allongement de l'interruption se fait aux dépens de la 
deuxième partie. 

En passant à l'examen de la syllabe inaccentuée dans nos 
exemples, nous voyons que la consonne d et Va non accentué 
sont égaux en durée et en même temps que cette durée paraît à 
peu près constante. L'exception fournie par l'exemple âda (jns), 
c'est-à-dire un égal raccourcissement des deux éléments, dépend 
selon toute probabilité des deux consonnes qui terminent la 
syllabe non accentuée. 

n. Nombre des vibrations et variations de la hauteur et de la force. 

Dans nos exemples, le nombre moyen des vibrations de la 
voyelle accentuée et non accentuée peut être ainsi représenté : 

àda à = 13 v., a = 12 \\ 

âda (ms.). . . a = 35 v., a = 8 v. 

àda à = 2^ y. Q= 16 -\- 13), a = 11 v. 

On voit par là que le plus petit nombre de vibrations appar- 
tient au mot avec uiie accentuation brève et que la voyelle 
accentuée et inaccentuée de ce mot sont à peu près égales à ce 
point de vue. 

Le plus grand nombre de vibrations se trouve dans le mot 
avec un accent ascendant, et l'augmentation du nombre des vibra- 
tions porte exclusivement sur la voyelle accentuée. 

Quant au mot a3'ant l'accent descendant avec interruption, il 



156 B. BOGORODITSKY 

le cède un peu à cet égard au mot âda (ms.), malgré sa grande 
durée, qui dépend, comme on l'a vu, de la présence de l'inter- 
ruption dans la voyelle accentuée. 

Étudions maintenant les variations de hauteur et de force dans 





























I 






























„ 




























































Ir 






































































































































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n 










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nos exemples. Et pour aider la compréhension, figurons-les dans 
des diagrammes où sont marquées les hauteurs du ton, non pour 
les vibrations séparées, mais en moyenne pour des groupes (com- 
posés presque toujours chacun de quatre vibrations). Cette dispo- 
sition permet d'observer plus facilement le type général du phé- 



i 



DE L ACCENT LETTE I57 

nomène étudié. Les rangs horizontaux de chiffres au-dessus des 
carrés du tableau indiquent l'ordre des vibrations dans leur suc- 
cession, et les verticaux — à côté du tableau — le nombre des 
divisions du micromètre, revenant en moyenne à chaque vibra- 
tion dans le groupe et correspondant aux notes suivantes : 



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Enfin, les signes musicaux — crescendo (<;) et diminuendo 
(>>) — marquent le mouvement de l'amplitude. Li ligne ondulée 
placée au-dessus de la note indique un son un peu plus aigu. 

1° àda (fig. 2). — Le mouvement du ton dans la voyelle 
accentuée, paraît, d'après le calcul, un peu descendant-ascendant ' 
ou simplement ascendant. L'intervalle entre la note supérieure et 
l'inférieure varie entre un ton et un ton et demi. 

Avec le mouvement du ton descendant-ascendant la fin de 
la voyelle se trouve plus basse que le début. Quand le mouve- 
ment est seulement descendant, la fin de la voyelle est naturelle- 
ment la plus haute. 

L'amplitude des vibrations de la voyelle avec l'accent bref 
représente dans tous les graphiques une croissance bien carac- 
téristique vers la fin du son, diminuant sur la dernière ou sur 
les deux dernières vibrations. A mesure que l'amplitude s'accroît, 
le caractère de timbre devient plus net. 

Le mouvement du ton de la voyelle inaccentuée est ou conti- 
nuellement ascendant, ou descendant-ascendant, sa tessiture étant 
beaucoup plus basse que celle de la voyelle accentuée, à peu près 
d'une tierce. Quant à l'amplitude de la voyelle inaccentuée, elle 
croît pour les trois premières vibrations, puis reste sans change- 
ment visible pour les suivantes (de 3 à 5 vibrations) : après quoi 



I . C'est-à-dire d'abord descendant, puis ascendant. 



15^ B. BOGORODITSKY 

elle diminue vers la fin. Les vibrations laissent soupçonner le 
timbre, à l'exception des trois dernières qui ont déjà le carac- 
tère de simples sinusoïdes. En comparant l'amplitude de la 
voyelle inaccentuée avec celle de la voyelle accentuée, nous 





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voyons que le maximum de cette dernière surpasse un peu 
l'amplitude maxima de la voyelle inaccentuée. 

2) ADAms (fig. 3). Le mouvement du ton de la voyelle accen- 
tuée se montre en général ascendant-descendant, et cependant la 
fin de la voyelle est toujours d'un ton ou deux plus haute que 
le commencement. L'élévation du ton se fait ou brusquement ou 



DE L ACCENT LETTE 



159 



lentement. Dans le premier cas, le maximum de hauteur est 
atteint dans la première moitié de la voyelle; ensuite le ton 
s'abaisse lentement et avec quelques inégalités dans la seconde 
partie. Dans le second cas, le maximum de hauteur se produit 



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vers la deuxième moitié de la hauteur et se maintient presque 
jusqu'à la fin. 

L'amplitude croît et décroît suivant une marche parallèle. 
Quant au timbre, c'est dans la partie la plus aiguë de la voyelle 
que, dans nos graphiques, il est le plus visible. 



léo B. BOGORODISTKY 

La voyelle inaccentuée, qui se trouve ici en syllabe fermée, con- 
trairement à celle du cas précédent, montre un ton un peu des- 
cent, avec un abaissement d'un ton ou d'un ton et demi. Elle 
est plus grave dès le commencement, en sorte que sa tessiture est 
considérablement plus basse que celle de la voyelle accentuée. 
L'amplitude des vibrations de la voyelle inaccentuée est moindre 
que celle de la voyelle accentuée, et diminue vers la fin, en 
même temps que le caractère du timbre, qui est en outre peu 
marqué, se perd entièrement. 

3) AD A (fig. 4). La voyelle accentuée avec le ton descendant 
et entrecoupée, se divise, comme nous l'avons vu, par une pause 
en deux parties. Le mouvement du ton dans la première moitié de 
la voyelle a un caractère ascendant-descendant et l'élévation du 
ton est plus lente que l'abaissement. Elle se produit régulière- 
ment dès le début ou bien est interrompue par un léger fléchis- 
sement de la hauteur initiale. L'intervalle entre la note supé- 
rieure et l'inférieure atteint deux tons; et la note finale peut 
égaler en hauteur la note initiale ou être plus basse. La plus 
grande amplitude correspond au milieu et va en diminuant vers 
les extrémités. Dans la deuxième moitié de la voyelle, après la 
pause, l'accent est continuellement descendant, avec un inter- 
valle d'un ou deux tons. La hauteur initiale est un peu plus basse 
que la finale de la première partie de la voyelle, et la hauteur 
finale est presque de trois tons plus basse que le début de la pre- 
mière moitié. Le caractère particulier de cette deuxième partie de 
la voyelle consiste dans l'augmentation de l'amplitude vers la fin, 
jointe à l'abaissement du ton. 

Le mouvement de la voix dans la voyelle inaccentuée paraît, 
dans les deux premières inscriptions, comme ascendant avec un 
intervalle qui va jusqu'à un ton et demi; dans la dernière, qui 
est conclusive, il est descendant avec un intervalle d'un ton. Le 
commencement de la voyelle inaccentuée est à peu près de même 
hauteur que la fin de la voyelle accentuée. L'amplitude, plus 



DE l'accent LETTE lél 

forte pour les vibrations initiales, diminue peu à peu vers la fin, 
semblablement à ce que nous avons vu dans les cas précédents. 

Eu résumant tout ce que nous avons dit du mouvement de 
l'intonation dans les accents lettes, nous pouvons faire les 
remarques suivantes : 

1° L'accent bref se caractérise par le mouvement descendant- 
ascendant du ton. L'accent long, au contraire, est ascendant-des- 
cendant. L'accent entrecoupé est dans la première partie de la 
voyelle ascendant-descendant, comme le précédent, mais avec 
cette différence que la fin est .plus grave que le début, tandis que 
pour Taccent long c'est l'inverse qui a lieu; la deuxième partie 
de la voyelle, après l'interruption, se caractérise par le simple 
abaissement du ton. 

2° La voyelle inaccentuée de la syllabe finale ouverte tend a 
devenir plus aiguë ', et, dans la syllabe finale fermée (devant m), 
à devenir plus grave . 

3° Pour ce qui concerne l'amplitude, elle varie de la façon sui- 
vante dans nos exemples ; sous l'accent bref, ainsi que dans la 
deuxième moitié de la voyelle accentuée entrecoupée, elle va en 
croissant et puis se maintient jusqu'à la fin ; sous l'accent ascen- 
dant, elle croît au commencement et diminue à la fin, de façon 
qu'elle se maintient forte pendant la plus grande partie de la 
voyelle; enfin dans la première moitié de la voyelle entrecoupée 
accentuée, elle présente au commencement le crescendo et vers 
la fin le diminuendo. Enfin elle est un peu plus faible dans la 
voyelle inaccentuée que dans la voyelle accentuée, et présente 
un crescendo au commencement, un diminuendo à la fin. 

4° Parallèlement à l'accroissement de l'amplitude, devient plus 
visible le caractère du timbre : plus l'amplitude est considérable, 
plus il est précis. 

L'étude attentive des graphiques par vibrations isolées, nous 
'révèle encore les détails suivants : 

I . L'abaissement du ton remarqué dans un cas s'explique ainsi, que le mot 
prononcé était le dernier dans les expériences. 



l62 B. BOGORODITSKY 

d) Pendant la tenue du ton à n'importe quelle hauteur, ainsi 
que pendant l'élévation lente ou l'abaissement lent du ton, se 
rencontrent souvent des inégalités dans les vibrations, c'est-à- 
dire l'alternance de deux ou trois notes voisines, dont l'une paraît 
prédominante ; cela dépend, selon toute probabilité, de ce que la 
voix ne peut pas toujours se retenir juste à une même hau- 
teur. 

b) Dans la syllabe inaccentuée, quelquefois nous avons dans 
nos graphiques une vibration initiale tout à fait basse, paraissant, 
semble-t-il, comme transitoire avec la consonne précédente 
sonore (d). 

B. BOGORODITSKY. 

Kasan, 7/20 déc. 191 1. 



LE TÉMOIGNAGE DE DENYS D'HALICARNASSE 
SUR L'ACCENT GREC 

Dans les ouvrages relatifs à la prononciation et à l'accent grecs, 
on cite universellement le témoignage de Denys d'Halicarnasse 
(^De comp. verb., ii) et l'on semble toujours y ajouter foi. On 
admet en particulier, en se fondant sur ce texte, que la syllabe 
marquée de l'accent aigu était plus élevée d'une quinte que la 
syllabe non accentuée . 

Mais ce témoignage a-t-il toute la valeur qu'on lui attribue ? 

Les progrès de la phonétique expérimentale ont montré qu'on 
ne peut se fier à l'oreille pour juger de la prononciation et en 
particulier de l'accent, M. l'abbé Rousselot a donné de nombreux 
exemples des erreurs commises ordinairement dans la perception 
directe des sons {Principes de phon. expér., I, p. 34-40, 44-45, 
629-630, etc.). Les instruments précis dont on dispose mainte- 
nant lui ont fait constater dans sa propre prononciation des sons 
différents de ceux qu'il croyait émettre ÇRev. des patois gallo- 
romans y V, p. 140- 141). Son étude de l'accent français, mon- 
trant les éléments variables et séparables de hauteur, d'intensité 
et aussi de durée, a mis en lumière des résultats qu'on ne soup- 
çonnait pas à la simple audition {Principes de phon. expér., II, 
p. 989-1100; Pron. fr., p. 88-100). 

M. Pernot, ayant appliqué à la prononciation grecque 
moderne les méthodes de la phonétique expérimentale, a fait 
une découverte qui modifie complètement l'idée qu'on se faisait 
de l'accent grec moderne : on le disait caractérisé surtout par 
l'intensité (Vendryès, Accentuation, p. 28-29); M. Pernot a éta- 
bli que « les éléments constitutifs de l'accent néo-grec sont, 
« d'abord la longueur, en second lieu la hauteur, enfin, dans 



164 L. LAURAND 

« une mesure encore incertaine mais beaucoup moindre, l'inten- 
« site » (Phonétique des parler s de Chio, p. 61); il a aussi démon- 
tré pour le grec moderne, comme M. Rousselot pour d'autres 
langues, une variété bien plus grande qu'on ne le soupçonnait ; 
si dans les mots isolés ou les groupes simples, la voyelle accen- 
tuée est aussi la plus aiguë, il n'en est pas toujours de même 
dans un récit suivi ; il y a des changements produits par le sens 
et la syntaxe (p. 52-57); il y a aussi des différences suivant les 
personnes soumises aux expériences : de deux sujets étudiés à ce 
point de vue par M. Pernot, l'un faisait coïncider plus souvent 
que l'autre la hauteur et l'intensité (p. 55). 

Toutes ces constatations sont contraires à ce que l'on avait cru 
précédemment en se fondant sur la simple audition et M. Per- 
not conclut avec raison : « Nous avons montré précédemment 
combien l'oreille est un guide peu sûr pour ce qui touche à 
l'accent » (p. 61). 

Or, c'est ce guide peu sûr que suit Denys, puisqu'il ne dispo- 
sait évidemment d'aucun des instruments de précision qui per- 
mettent aujourd'hui de corriger le témoignage des sens. 

Le génie même n'aurait pas suppléé à des conditions aussi 
défavorables. Mais Denys était, de plus, une intelligence fort bor- 
née : ein àussersl bornierler Kopf, dit avec raison M. Norden (Ant. 
Kunstpr., I, p. 79); et, comme l'a bien vu le même savant, il 
n'a de bon que ce qu'il copie (p. 80-81, 884-885); or, absolu- 
ment rien ne prouve qu'il s'inspire ici d'un auteur antérieur. 

On peut d'ailleurs constater que sur d'autres questions de pro- 
nonciation, Denys s'est trompé certainement, commettant des 
erreurs communes à tous ceux qui ne font point usage de la 
phonétique expérimentale. Dans la description qu'il donne de la 
longueur des syllabes (De comp. verb., 15), il suppose évidem- 
ment que la durée des voyelles et des consonnes s'additionne 
purement et simplement, que plus il y a de consonnes avec la 
même voyelle, plus la syllabe doit être longue. Or, en réalité, il 



l'accent grec 165 

en va tout différemment; les voyelles et les consonnes ont bien 
une durée normale ; mais en s'unissant elles se modifient, et la 
durée totale n'est pas toujours proportionnelle au nombre des 
éléments : karp est plus court que kap ; palpa, plus court que 
papa (Rousselot, Rev. pat. ront., V, p. 155; Pron. fr., p. 88). 

On ne se tromperait donc pas en n'accordant aux affirmations 
de Denys qu'une confiance très limitée, même s'il prétendait 
nous donner une description complète de l'accent grec, comme 
on le suppose souvent. 

Mais Denys n'avait pas même cette prétention ; et c'est exagé- 
rer fort la portée de ses paroles que de la lui attribuer. C'est en 
passant qu'il touche à la question de l'accent : il veut montrer 
que la distinction entre la parole chantée et la parole récitée n'est 
qu'une différence de degré ; à ce propos il mentionne la liberté 
beaucoup plus grande du chant, la parole récitée se limitant 
à un intervalle de quinte environ. Il s'exprime ainsi : A'.aXr/.Tc-j 
;a£v ouv [jlsXoç âvl [XETpîîTai siaoTr,[ji.x:i tw AEYOlXiVw Sià t£vt£ w^ 
h^^fVTza, xat cuT£ £7:i-£iV£Tai ic£pa "lûv -piôv tôvwv xai TjiAiTovisu kz\ 
To o^ù out' àvΣTai Toj yiùpioj tsjtsu zaéov ït:\ -0 ^apû (^De comp. 
verb.f II, p. 40-41 Usener-Radermacher). Ce que M. Ruelle 
traduit ainsi : « Le chant du langage parlé se mesure approxima- 
tivement au moyen d'un seul inter\-alle, celui qu'on nomme la 
diapente (la quinte). Il ne se surtend pas (ne s'élève pas) dans 
l'aigu au delà de trois tons et demi et ne se relâche pas plus que 
de cette étendue dans le grave » (Ann. Et. gr., 1882, p. 96). 

Denys se contente.de signaler un élément de l'accent, distin- 
gué par lui tant bien que mal, il ne dit pas que cet élément soit 
le seul. 

L'intervalle de quinte n'est d'ailleurs pour lui qu'une approxi- 
mation : d)ç h(yi:y-x. M. Ruelle traduit bien : approximativetnent. 
Et M. Roberts as nearly as possible, approximately (édition du De 
comp. verb., p. 126, n. 4). 

Il reste donc en vérité peu de chose des affirmations fondées 



l66 L. LAURAND 

sur ce passage célèbre. On pourra sans doute admettre que l'ac- 
cent grec au temps de Denys comprenait un élément de hau- 
teur; cette assertion générale est corroborée par assez d'autres 
indices pour pouvoir être admise comme certaine ; mais on doit 
se souvenir qu'elle est une affirmation, non une exclusion et que 
d'autres éléments ont pu coexister. 

L'affirmation relative à l'intervalle de quinte est beaucoup plus 
suspecte; elle garde une certaine probabilité, à condition d'être 
comprise très largement : on ne doit pas oublier que c'est une 
approximation, ni supposer une régularité monotone, une stabi- 
lité parfaite, contraires à toute expérience. 

Les données de la phonétique expérimentale, spécialement dans 
le domaine du grec moderne, aideront à éviter cet excès en mon- 
trant la variété des faits réels et en mettant en garde contre les 
simplifications erronées de la perception directe. 

L. Laurand. 



MÉTHODES POUR OBTENIR LE PROFIL DE LA 
LANGUE PENDANT L'ARTICULATION 

Si, dans une enquête phonétique, on s'est contenté de déter- 
miner le point d'articulation principal des sons, il peut arriver 
que l'on ait à regretter de n'avoir pas aussi le profil de la langue. 
Mais les difficultés d'expérimentation sont considérables et nous 
ne pouvons pas dire qu'elles soient vaincues à l'heure actuelle. 
M. Meyer, dans son travail intitulé Unlerstichungen iiber die Lauthil- 
dung (tira.ge à part de la Festschrift W. Victor^ Marburg, 191-1), 
énumère les méthodes tentées dans ce but et connues pour 
la plupart grâce aux travaux de MM. Rousselot, Scripture et 
Poirot. C'est tout d'abord l'application sur le palais d'une couleur 
spéciale que la langue enlève, procédé remplacé dans la suite et 
rendu pratique par l'usage du palais artificiel et fournissant des 
renseignements indirects sur la forme de la langue pendant l'arti- 
culation. Plus nombreuses sont les méthodes directes : introduc- 
tion de mesures dans la bouche pour établir les distances entre 
la langue et le palais, procédé dû à M. Grandgent et utilisé sou- 
vent depuis, surtout par MM. Rousselot et Bremer ' ; l'emploi 
semblable d'un fil de fer coulissant dans un tube ou simplement 
recourbé à la main : le premier imaginé par M. Atkinson (v. 
Neiiere Sprachen, 1899, p. 494), le dernier pratiqué par M. Stein 
{Materialy i prace kom.' jeiykowej, 1907); l'introduction dans la 
bouche d'une bande de godiva ramolli, due à M . Atkinson et 
reprise par M. Laclotte (^La Parole, 1899, p. 343 et suiv.). 

I. Ce dernier s'en est servi pour la construction de ses figures, Table II, de 
sa Deutsche Phonetik. Je le conclus d'après les indications données à la p. 6^ 
du même ouvrage. M. Meyer (op. cit., p. i) suppose que M. Bremer s'est servi 
de la méthode indirecte. 

Revue de phonétique. 12 



l68 J. CHLUMSKY 

M. Meyer aurait bien pu mentionner aussi l'enregistrement du 
profil de la langue au moyen des tambours flexibles, mis en 
communication avec une ampoule appropriée, introduite dans la 
bouche, procédé dû à M. Rousselot {Principes, p. 664). 

Les méthodes qu'énumère M. Meyer sont d'après lui labo- 
rieuses et de plus, n'offrent pas toujours la précision nécessaire. 

C'est pour avoir des données plus exactes que M. Meyer a eu 
recours aux rayons x dont l'importance pour la physiologie et la 
phonétique a été relevée dès le début par M. Scheier. En ren- 
forçant les contours de la langue et du palais au moyen de légères 
chaînettes, composées de petites plaques de plomb, M. Meyer a 
obtenu des photographies des voyelles et des consonnes de sa pro- 
nonciation allemande du Nord et a publié ses résultats dans la 
Medi:(inisch-paedagog . Monatsschrift (1907), en même temps que 
VArchiv fur Laryngologie communiquait à ses lecteurs les résul- 
tats d'expériences analogues faites par MM. Barth et Grunmach. 

Le procédé de M. Meyer, surtout l'emploi des plaques en 
plomb, a été vivement critiqué par M. Scheier. Toutefois 
M. Meyer ne croit pas que ces petits poids appliqués à la langue 
puissent altérer l'articulation. Le seul inconvénient qu'il consi- 
dère comme sérieux, c'est la longue durée de l'exposition à l'in- 
fluence des rayons x, qui a été de près d'une minute pour chaque 
son dans ses expériences. En outre, on sait que les rayons x ne 
sont pas sans danger pour la santé et M. Meyer s'en est aperçu à 
sa chevelure. 

Grâce au progrès de la technique, ces inconvénients ont été 
sensiblement réduits depuis par M. Grisson, et M. Scheier a pu 
obtenir, après un éclairage de 1/2-2 secondes, des photographies 
assez nettes, quoiqu'il n'ait introduit aucun corps étranger dans 
la bouche pour renforcer les contours (Archiv f. LaryngoL, 1909^ 
p. 175). Plus nettes encore, mais retouchées, sont les photogra- 
phies publiées par MM. Handek et Frôschels, /. c, 191 1, p. 319. 

Tout en reconnaissant les grands avantages de cette méthode. 



LE PROFIL DE LA LANGUE PENDANT l' ARTICULATION 169 

qui donne le profil de tout l'appareil phonateur, M. Meyer en 
voit le côté faible. Elle est assez coûteuse, ce qui constituerait un 
grand obstacle pour son emploi en phonétique. En outre, il trouve 
le temps de l'exposition encore trop long pour permettre d'arri- 
ver à des résultats tout à fait satisfaisants. Même pendant la durée 
de 1/2-2 secondes, il ne serait pas possible de maintenir toutes les 
parties des organes phonateurs dans une position rigoureusement 
la même (p. 7). « Pendant ce temps, on est obligé de faire effort 
sciemment pour maintenir les organes phonateurs dans la posi- 
tion caractéristique, une fois prise, du son en question. Par con- 
séquent, on est forcé de tenir le son sur la même note, de le 
chanter, et en outre, de le prononcer aussi avec la même force 
pendant tout le temps de l'éclairage... Avec la méthode des rayons 
X nous examinons donc les sons dans une articulation extrême, 
telle qu'elle ne se présente qu'exceptionnellement dans le discours. 
Et, avant tout, la méthode nous abandonne quand il s'agit d'un 
groupe entier de sons dont la définition est justement du plus 
haut intérêt pour la phonétique. La durée d'une voyelle brève a 
en moyenne à peu près 10 centièmes de seconde. Mais durant ce 
court espace de temps, la langue ne reste nullement dans la même 
position. La position de la langue que nous considérons comme 
caractéristique pour une voyelle brève, ne constitue généralement 
que le sommet du mouvement que la langue exécute durant cette 
voyelle. Même avec la cinématographie au moyen des rayons x 
nous aurions ici peu de chose à attendre, puisqu'on ne réussira 
pas de sitôt à faire des photographies instantanées assez vite l'une 
après l'autre, pour fixer sûrement sur une plaque le sommet 
du mouvement de la langue » (p. 12 et i^). 

M. Meyer peint ici un peu trop en noir, me semble-t-il, les 
côtés faibles de cette méthode qu'il considère lui-même comme 
précieuse. Toutefois il a raison d'insister sur ce fait que la durée 
de l'éclairage impose des conditions modifiant dans une certaine 
mesure la prononciation normale et que, pour le moment, ses 



lyO J. CHLUMSKY 

résultats ne peuvent répondre que d'une façon incomplète aux 
questions qui intéressent les phonéticiens. Mais les progrès 
accomplis en font espérer d'autres et l'on peut dès maintenant 
entrevoir la solution de certains problèmes intéressants. 

Le désir d'avoir des renseignements un peu précis sur la posi- 
tion de la langue dans la prononciation tout à fait naturelle des 
voyelles, a amené M. Meyer à imaginer une autre méthode, simple 
et peu coûteuse : il munit le palais artificiel, suivant sa ligne 
médiane, de fils de plomb dressés à peu près verticalement par 
rapport à la langue. L'articulation de cette dernière recourbe ces 
fils qui donneraient ainsi l'image fidèle de la position la plus 
haute de la langue dans la prononciation de la voyelle examinée. 
Comme c'est la langue qui agit ici d'une façon plastique, M. Meyer 
appelle son procédé méthode plastographique. 

Comme matière, pour son palais artificiel, il emploie une 
feuille d'étain de o mm. 15 d'épaisseur, en coupe im morceau 
convenable qu'il estampe d'abord sur l'empreinte au godiva, 
ensuite sur le moulage en plâtre. Quant aux fils, il les confec- 
tionne avec une de ces feuilles d'étain dont on se sert pour faire 
des capsules à bouteilles. Après avoir fixé sur une aiguille à tri- 
coter un morceau convenable, il coupe au moyen des ciseaux 
verticalement contre l'aiguille, en faisant alterner des fils très fins, 
de l'épaisseur d'un cheveu, avec d'autres larges d'un millimètre. 
Puis il découpe ces derniers, afin d'obtenir une sorte de peigne 
qu'il colle par sa base, large de 2 millimètres, sur la partie 
médiane du palais artificiel, ensuite il redresse les fils qu'il aurait 
courbés dans l'opération. Comme l'élévation varie avec les 
voyelles, il emploie, suivant les besoins, des fils de dimensions 
différentes : longs, pour les positions basses de la langue, et courts, 
pour les hautes. 

Enfin pour dessiner le profil, M. Meyer a construit un appareil 
également simple : c'est un cadre en bois, fixé verticalement au 
milieu d'une planche et portant une série d'aiguilles à tricoter qui 



LE PROFIL DE LA LAXGUE PENDANT L ARTICULATION I7I 

se meuvent verticalement dans la fenêtre formée par le cadre et 
se dirigent vers la ligne médiane du moulage collé au dessous, 
sur la planche (v. fig. i). Tout d'abord il prend le profil de la 
ligne médiale du palais comme il est donné par le moulage, en 
faisant descendre les aiguilles. Il ne reste plus qu'à enlever le 




Fig. I. 



cadre et à dessiner sur un papier les contours indiqués par la 
pointe des aiguilles. 

Ensuite on place dans le même moulage le palais artificiel 
dont les fils ont été recourbés pendant l'articulation et on recom- 
mence la même opération que ci-dessus : les aiguilles sont abais- 
sées jusqu'au point le plus haut de chaque fil recourbé. Le profil 



172 J. CHLUMSKY 

de la langue ainsi obtenu est transporté, dans les mêmes condi- 
tions, sur le papier qui a été utilisé pour les contours du palais 
dur et les deux tracés donnent l'image du rapport qu'il y a entre 
l'élévation de la langue et le palais. 

Il va de soi que cette méthode — suivant la remarque de l'au- 
teur lui-même — est utilisable seulement pour les sons articulés 
contre le palais dur et contre la partie la plus avancée du palais 
mou. 

C'est à l'aide de ce procédé que M. Meyer a étudié les sons de 
sept langues (allemand, hollandais, anglais, suédois, norvégien, 
français et italien) et il est arrivé à des résultats fort intéres- 
sants. 

Pour pouvoir parler de cette méthode avec compétence, je l'ai 
essayée pour ma propre prononciation, en suivant les indications 
données par l'auteur. Le seul écart que je me sois permis est de gar- 
der mon palais artificiel en celluloïde déjà fait, que je préfère du 
reste à celui que recommande M. Meyer, car le palais en cellu- 
loïde peut non seulement être très mince — l'épaisseur du mien 
est de 0, 17mm. — mais il épouse les sinuosités du palais réel mieux 
que ne le fait l'étain, même patiemment estampé. En outre il 
garde mieux la forme, tient mieux et gêne moins. Par conséquent, 
l'assertion de M. Meyer à la page 13 : « seul un palais en métal 
peut satisfaire à cette condition », à savoir être très mince et 
épouser parfaitement les inégalités du palais dur, est sûrement 
exagérée. Remarquez en outre que le palais en étain est commode 
pour une enquête rapide, mais qu'il a le grand inconvénient de 
se déformer. Voir aussi à ce propos les observations de M. Rous- 
selot dans la première partie des Principes (1897), P- 5^> ^^ ^^^^ 
la deuxième (1902), p. 615. 

Après avoir expérimenté avec le palais artificiel armé de fils 
d'étain, je dois avouer à mon grand regret que je n'ai pas été aussi 
satisfait des résultats obtenus que l'auteur de la méthode lui-même. 
J'ai constaté que les fils ne se recourbent pas toujours à l'endroit 



LE PROFIL DE LA LANGUE PENDANT L ARTICULATION I73 

juste OÙ la langue touche, mais assez souvent ailleurs et que, par 
là, on n'a pas la certitude que la courbe obtenue au moyen de ces 
fils donne vraiment l'image fidèle de l'élévation de la langue. Il est 
facile de s'en rendre compte en touchant avec le doigt la rangée 
de fils collés sur le palais. On s'aperçoit ainsi que l'effet de la 
pression n'est pas partout pareil, les fils faisant leur coude à des 
niveaux différents ; et si l'on ne suivait pas le mouvement du 
doigt, mais qu'on en vît seulement le résultat, on serait fort 
embarrassé pour déterminer rigoureusement le point touché, sur 
un fil ainsi recourbé ; on peut donc se demander si c'est le coude 
lui-même ou un autre point situé plus haut qui correspond à la 
position de la langue. 

Au commencement j'ai été tenté de mettre en cause la feuille 
d'étain que je m'étais procurée. Mais en examinant un peu plus 
attentivement la figure donnée par M. Meyer, p. 17, et reproduite 
plus haut, je vois cette même irrégularité de courbure des fils, 
que j'ai constatée pour mes expériences. Espérons que M. Meyer 
nous éclairera sur ce point. En attendant je m'abstiens de porter 
un jugement définitif sur sa méthode et ses résultats. 

Jos. Chlumsky. 



COURS 

DE GRAMOPHONIE 



REVES AMBITIEUX 

Si j'avais un arpent de sol, mont, val ou plaine. 
Avec un filet d'eau, torrent, source ou ruisseau, 
J'y planterais un arbre, olivier, saule ou frêne. 
J'y bâtirais un toit, chaume, tuile ou roseau. 

5 Sur mon arbre un doux nid, gramen, duvet ou laine 
Retiendrait un chanteur, pinson, merle ou moineau. 
Sous mon toit un doux lit, hamac, natte ou berceau 
Retiendrait une enfant brune, blonde ou châtaine. 

Je ne veux qu'un arpent ; pour le mesurer mieux, 
10 Je dirais à l'enfant la plus belle à mes yeux : 
Tiens-toi debout devant le soleil qui se lève ; 

Aussi loin que ton ombre ira sur le gazon. 

Aussi loin je m'en vais tracer mon horizon : 

Tout bonheur que la main n'atteint pas n'est qu'un rêve. 



COMMENTAIRE 

Un mot étonne, c'est toit (vers 4 et 7) avec un a grave. On 
dit twa. 

Les e muels n'ont pas tous été élidés à la finale devant la 



COURS DE GRAMOPHONIE 175 

rfe^ àhisyœ 

sorte dœ Sulari, 

di par mœsyœ koklè éné. 

Si j avèi œn arpà dœ sol; mô, val, u plèricty 

avek ce filé d ô; torrà, surs, n rdisô, 

j i plàîrèi œn arhrœ; olivyé, soi, u frên ; 

y / hâtirè^ œ twâ; €Ôin, twil, u rô^ô. [23"] 

5 sûr tnôn arbr, œ du 7ii; grainen, duvè, u Ima 

rœtyèdrèt œ mtœr ; peso, inerlœ, u inwanô. 
su mô tîvâ, œ du H ; amah, nal, u hersô 
rœtyèdrèt un àfà, brunœ, blôd, u eâtèna. [48*] 

jœ nœvékœn arpà. pur lœ mœ^uré myœ; 
10 jœ diré:!^ a l àfà, la phi bel a vit^ yœ. 

tyè twa dœbà, dœvà lœ solèy ki s lèvœ [i'^"] 

ôsi Iwè kœ ton ôbrœ, ira sur lœ gâ:(ô; 

ôsi Iwè, jœ m à vè frasé mon ori^ô; 

tu bonœr, kœ la me n atè pà, né k œ rèv. [l'i^"] 

(D'après un disque de la Société du Gramophone.^ 



voyelle initiale des mots suivants, à cause de la lenteur de la pro- 
nonciation. 

Remarquer mon ori:^Ô (vers 13), à côté de ton ôbrœ (vers 16). 



176 MARGUERITE DE SAINT-GENES 

L'HUITRE ET LES PLAIDEURS 

Un jour deux pèlerins sur le sable rencontrent 
Une huître que le flot y venait d'apporter : 
Ils l'avalent des yeux, du doigt ils se la montrent, 
A l'égard de la dent il fallut contester. 
L'un se baissait déjà pour amasser la proie, 
L'autre le pousse, et dit : Il est bon de savoir 

Qui de nous en aura la joie. 
Celui qui le premier a pu l'apercevoir 
En sera le gobeur, l'autre le verra faire. 

— Si par là l'on juge l'affaire. 
Reprit son compagnon, j'ai l'œil bon. Dieu merci. 

— Je ne l'ai pas mauvais aussi. 

Dit l'autre ; et je l'ai vue avant vous, sur ma vie. 
— Hé bien ! vous l'avez vue ; et moi je Tai sentie. 

Pendant tout ce bel incident, 
Perrin Dandin arrive : ils le prennent pour juge. 
Perrin, fort gravement, ouvre l'huître et la gruge. 

Nos deux messieurs le regardant. 
Ce repas fait, il dit d'un ton de président : 
Tenez, la Cour vous donne à chacun une écaille 
Sans dépens ; et qu'en paix chacun chez soi s'en aille. 

Mettez ce qu'il en coûte à plaider aujourd'hui ; 
Comptez ce qu'il en reste à beaucoup de familles : 
Vous verrez que Perrin tire l'argent à lui. 
Et ne laisse aux plaideurs que le sac et les quilles. 

(Dit par M. Dumény de la Comédie-Française.) 



COURS DE GRAMOPHONIE l'J'J 

L ûHtr, e lé plèdcer. 

œ jnr, ✠pelœrê sûr lœ sàbl ràkdtr 
un ûntrœ; kœ lœflô i vœne d aporté. [6"] 

il l avalœ dèiyœ; du diva, il sœ la môtrœ; 
a l égàr dœ la dà, il falu kôteste. 
l âtt sœ bèse déjà, pur amdsé la prwâ. [i^"] 

/ ôtrœ lœ pi'is e di, il è bô dœ savwàr 

hi dœ nu an or a la jwa. 
sœlwi ki lœ prœmyé a pu l apersœvivàr, 
à sœra lœ gobœr ; l ôtr lœ vèrafèr. [27"] 

si par la lô juj l afèr, 
rœpri sô kôpanô j e l œy bô. — dyœ mersi, 

jœ nœ l e pâ movéx^ osi 
rœpri l ôtrœ, e jœ l é vu avà vu, sûr via vî, [3?"] 

— e byè vu l avé vu e mwa jœ l e sàti. 

pâdà tu sœ bel èsidâ, 
péri dàdè arivœ ; il lœ prenœ pî'ir juj. 
pérë, fôr gravœnià, uvrœ l witrœ, e la gruj [46"] 

nô bô mésyœ lœ rœgardà. 
sœ rœpâ fè, il di d œ tô de pré:(idà, [54l 

iœné, la kûr vu don a £akœ un ékày ; 
sa dépà, e k à pé sakœ -eé swa s an ây. [^'2"] 

meté sœ k il à kut a pléder ôjvrdûn ; 

kôté sœ k il à rest a bôku d famiyœ, 

vu vèré kœ péri tir l arjà a lûn, 

e nœ lès ô plèdœr, kœ lœ sak e le kiyœ. [i'i4'] 

(^D'après un disque de la Société du Gravwplxme.') 



178 MARGUERITE DE SAINT-GENÈS 

COMMENTAIRE 

Un défaut dans la gravure fait sentir un léger blèsement, 
comme si le diseur avait placé la langue entre les dents pour 
quelques s et quelques ^. De même, il semble qu'il ait dit : sô 
frôiô (son front au...). Ce sont des imperfections dont il n'y a 
pas à tenir compte. 

Il en va tout autrement du nasonnement du juge. C'est un 
trait de nature. Les hommes habitués à répéter machinalement 
certaines formules ne se donnent pas la peine de soulever leur 
voile du palais pour les voyelles pures. De là vient qu'ils parlent 
du nez. 

Dieu merci, qui appartient au discours du premier pèlerin, a 
été rattaché à celui du second. Il en résulte un enjambement, 
étranger à la rythmique du xvii^ siècle, mais tout à fait dans le 
goût de notre époque. Il aurait choqué La Fontaine. Les 
acteurs aiment ces coupes qui ont, pour eux, l'avantage de 
rompre la monotonie de l'alexandrin. 

{A suivre.^ Marguerite de Saint-Genès. 



BIBLIOGRAPHIE PHONETIQUE 

ITALIE 
1910-1911. 

1 . Bellini, Ca^ che, chi, co, eu. (Délia parlata fiorentina e délia legge 
fonica délie consonanti nella pronuncia toscana.) Conferenza. Prato 
Toscana. Soc. tip. Pratese, T. Grassi & C, 1910, pp. 39. 

2. Camilli, A., Gradi comotmntki in italiano (dauna pronunzia ogra- 
fia deir italiano moderno di prossima pubblicazione). Classici e Neola- 
îatini, V (1909), 260-4. 

3. Camilli, A., Scioglilitigua iti italiatw. Le maître phon(étique), 1910, 
76-9. [BihlÇwgraphid) phon{elica), V(i9io), n° 248]. 

4. Camilli, A., Einleilung -« einem Wôrterhiich der italien. Aiissprache. 
Die neueren Sprachen, XVIII (1910), 187-191. 

5. Camilli, A., Dubbi di pronuncia. Le tnaitre phon., 1911, 50-51. 
[Bibl. phon., XXVI (191 1), n» 349, V. n° 21]. 

6. Camilli, A., Ancoradei raffor[atnenti ini^iali in italiano. Le maître 
phon., 191 1, 72-74. [Bibl. phon., VI, n° 350]. 

7. Camilli, A., jei in italiano. Le maître phon., 191 1, 74-75. [Bibl. 
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8. Camilli, A.., Il nuovo Archivio glottologico italiano. Le maître phon., 
191 1, ioé-8. [Bibl. phon., VI, n» 352], 

9. Camilli, A., Le nasali condi:jonate in italiano. Le maître phon., 
1910, 44-45. [Bibl. phon., V, n° 126]. 

9 bis. Camilli, A., Alcune varietà regionali nella pronuruia delV ita- 
liano letterorio. Le maître phon., 191 1, 142-143. 

10. Gampailla, E., Rùonan^a caratteristica délie vocal i nel dialetto di 
Pala^iplo-Acreide (Campobasso), Studi Glottol. Ital., V (19 10), 174- 
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11. D'Ovidio, F., Versificaiione italiana e arte poetica medioevale. 
Milano, Hoepli 1910, 750 pp. (Dieresi e sineresi nella poesia ita- 
liana. — Un curioso particolare nella storia délia nostra rima. Ancora 
dello zêta in rima). 

12. D'Ovidio, F., Per la storia dello ^eta. Miscellanea di studi critici in 
onore di P. Rajna. Firenze, 1912, p. 231-51. 



l80 B.-A. TERRACINI 

13. Goidànich P. G., Per la fisiologia délie rattrattec, c, ^. Estratto 
dalla Miscellanea dt studi in onore di Attilio Hortis. Trieste, 1910, 929- 
945. \Bihl. phon., V, n° 274]. 

14. Goidànich, P. G., Prefazione : II. Indicazioni etrascrizioni fone- 
tiche. Arch{ivio) gloUol{ogic6) ital(iano), XVII, p. xxiii-xxiv. [Bibl. 
phon., V, n" 275]. 

iS . Goidànich, P. G., Proposta di uiia riforma delV alfabeto. RivÇista) 
Pedag(ogica), 19 10, 46 segg. 

lé. Goidànich, P. G., Nuovi studi e proposte ntiove. Modena, Formig- 
gini, 1910, 16 pp. Les n"^ 14 et 15 ont paru aussi ensemble avec le 
titre : 

17. Goidànich, P. G., 5»/ perfe^îonamento deW oriografia naTJonale e 
per la foiidaiioiie di uua società ortografica italiana (Biblioteca filologica 
e letteraria). Modena, Formiggini, V. n° 21. 

18. Goidànich, P. G., Osservaiioni e aggiunte (au n° 21). Boll(^etti)io) 
(^della) Soc^ietà) oriogr{afica^ italÇiatia), II, 26-60. 

19. Luciani, L., Per la riforma ortografica. Atti délia Società ital. 
per il progressa délie Scienie. Napoli, 1910. 

20. Luciani, L., Di uua riforma ortografica hasata sulla fonetica 
fisiologica. Modena, Formiggini, 1910, 52 pp. (Extrait de la Rivista 
pedagogica, 19 10). 

21. Malagoli, G., Dei segnihej; dei plurali dei iwiiii, in-io ; degli 
acceiiti akuto, grave e cirkoiiflesso ; degli accenti sulle sdrucciole. Bollet. 
Soc. ortogr. ital., II, 8-25. 

22. Malagoli, G. e Panconcelli Calzia, G., Tahella dei suoni italiaiii. 
Marburg. Elvert, 1910. [Bibl. Phon., V, 156]. 

23. Naef, A proposito di un nuovo diTJonario italiano . Le maître phon., 
1910, i55-i56.[5f/;/. Phoii., VI, 58]. 

24. Panconcelli Calzia, G., Metodo Fernot a hase intuitiva adattato 
alla lingua italiana. Esslingen, 19 10. 

25. Panconcelli Calzia G., Die Sprachmelodie in italienischen Sàt\en 
und einem ital. Gedicht. (S. Abdr. aus in Med. pàdag. Monatschrift fur 
die gesamte Sprachheilknnde XXI lahrg. (191 1), luni-Heft). 

26. Panconcelli Calzia, G., Italiano. Fonetica. Morfologia. Testi 
(Skizzen lebender Sprachen, IV). Leipzig, Teubner, 191 1 [Bullet. de la 
Soc. de Linguistique, Septembre 191 1, XCIV-XCV (Meillet). Cultura, 
XXX, 21 (Zanetti). Neuphilol. Mitteilungen , 191 1, 5-6 (Wallenskôld) 
Archiv f. d. Studium d. neueren Spr., CXXVII, 271 (Morf). Bibl. 
Phon.Vl, 134 (Panconcelli). Musikpddagogische Blàtter, 19 n, 433-5, 
454-5]- 



BIBLIOGRAPHIE PHONÉTiaUE l8l 

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[Rassegna hihliografica délia letUrattira iialiatia, XIX, 43 (Délia Torre). 
Giornale (TJtalia ij II 1911 (Cesâreo). La critica, 191 1 (Croce). // 
Marificco 12 II 191 1 (Parodi). La Cultura, XXXI, 228 (Zanetti), 
Rivista di Roma, 191 1, 20-22 (Giacchetti) ; 102 sgg. (Il nostro réfé- 
rendum sulla riforma ortografica : (Morselli, Goidànich, Graf, Camilli, 
etc.). Rivista pedagogica, 191 1 (B. phon., VI, 48). Lingue moderne^ 
1911, 22-23 (Lovera). UeducaTJone dei sordo-mutiy 1910, 171, 212, 246 
(Fornari). Rivista di pedagogia etneiidatrice, 191 o, 155-159 (Picozzi) 
Mail, phon., 191 1, 52 (Vincent)]. 

28. Stefanini, A., I recenti studi suite vocali. Archivio Italiano di 
otologia, rinol. e laringol., XX (1909), 388-404, L'aiialisi délie vocali, 
id., XXII (1911), 459-473. [Bibl. phon., VI, n» 399]. 



29. Wohlfahrt, Th., Ueber die stimmhafte oder siimmlose Aussprache 
derKonson. a. -. Tj^im Italianischen . Progr. Mùnchen, 191 1, 38 pp. 

Les recherches de phonétique italienne exécutées à l'aide de la méthode 
graphique sont loin d'être nombreuses. Certaines études d'acoustique 
générale font aussi une place à l'italien. Nous citerons, à côté des 
travaux de M. Gradexigo (Bi'W. phon., VI, n° 21), ceux de M. Ste- 
FAKiNi [28]. Celui-ci, continuant sa revue des méthodes pour l'ana- 
lyse des voyelles, s'occupe, cette fois, surtout de l'examen microsco- 
pique (agrandissement 10-15 diam.) des tracés phonographiques. Il 
donne les clichés et les dessins schématiques d'un certain nombre de 
voyelles isolées ou enfermées dans le mot. L'analyse qu'il en fait, sur- 
tout pour démontrer les défauts de cette méthode, est très détaillée. 
Elle n'est peut-être pas sans défauts aux yeux d'un phonéticien. 
L'auteur oublie de nous dire par ex., si les oet lesc dont il est ques- 
tion à la p. 463 sont ouverts ou fermés. 

M. Campailla [10] cherche la résonance caractéristique de toutes 
les voyelles de son patois (Palazzolo-Acreide, Abruzzi) d'après la 
méthode des diapasons, contrôlée par celle du résonateur universel 
Rousselot. Ses recherches nous paraissent assez soigneuses ; il est à 
regretter qu'elles soient encombrées de considérations méthodiques et 
théoriques dont l'auteur eût très bien pu se passer. Peut-être y a-l-il 
un peu d'incertitude, quant à la notation des voyelles étudiées à la 
p. 193, on donne à comme un a moyen. Le patois de Palazzolo pos- 



l82 B.-A. TERRACINI 

sède des gammes vocaliques qui sont de quelques vibrations (a : 920) 
plus aiguës que celles des gammes françaises K 

L'auteur a saisi le côté important de sa recherche. Il tâche, en effet, 
d'établir si cette différence a une valeur 'générale pour toute l'Italie. 
Il a fait des expériences sur des sujets de Termoli, Spezia, P. Mau- 
rizio, Sassuolo (Modène), Venise, et il trouve justement que la hau- 
teur des gammes vocaliques décroît à mesure qu'on s'approche de la 
France ; mais il est persuadé le premier que cette étude comparative 
est tout à fait insuffisante : en effet, il n'a étudié que quelques 
voyelles de chaque patois ; les voyelles fondamentales, dit-il, expres- 
sion d'autant plus vague qu'il ne se soucie pas de nous en donner tou- 
jours une notation quelque peu rigoureuse. 

L'essai que nous présente M. Panconcelli-Calzia [25] est un des 
premiers où l'on soumette à une analyse fidèle et objective la mélo- 
die de l'italien. Les expériences ont été exécutées à l'aide de l'appareil 
de Marbe. L'auteur débute par l'analyse de la phrase « Cameriere, me 
lo portate questo bicchiere d'acqua ? » prononcée d'un ton tant soit 
peu irrité et selon deux prononciations : celle de Rome, qui est la 
sienne, et celle de la Toscane, qu'il croit pouvoir imiter en toute 
sûreté. 11 ressort de l'analyse de cette phrase que les deux mélodies 
suivent à peu près la même marche ; en Toscane les intervalles entre 
les diverses notes sont plus considérables, c'est-à-dire la modulation 
serait plus vive. Suit l'analyse d'un morceau de Stecchetti, lu d'abord 
à haute voix et ensuite déclamé par M, Panconcelli (A), et par un 
italien du Sud (B). (V. p. 9-1 1, les graphiques de la hauteur des 
voyelles dressées d'après trois expériences.) L'auteur indique le mini- 
mum, le maximum et la moyenne de la hauteur musicale que A et B 
ont atteinte dans chaque expérience. Il essaie ensuite de déterminer, 
d'après la modulation de la phrase, de quelle façon chaque diseur a 
interprété le morceau. Enfin dans une courte conclusion, il déclare 
avec cette prudence qui est une de ses plus remarquables qualités, que 
son étude n'a pour but que de poser une question de principe : Wie ist 
die Mélodie in der Sprache auf Grund von objektiven Untersuchungen 
aufzufassen, zu deuten und auf Gesetze zurûckzufûhren (p. 15)? 

Il termine en exprimant ses doutes sur la valeur qu'on prête ordi- 
nairement à la hauteur du son, comme moyen d'expression. 

Quels que soient les rapports entre hauteur et expression, j'avoue 

I. Rousselot. Principes de Phon. expèiimentale. Paris, 1901-8, p. 739-7S9- 



BIBLIOGRAPHIE PHONÉTiaUE 183 

que, à mon tour, j'ai des doutes sur la méthode qu'a suivie l'auteur 
dans l'interprétation stylistique de ses matériaux (p. 13-14). Je crois 
utile d'en discuter ici un point : le morceau dont il est question se 
compose de quatre couples de vers qui ont tous la même allure syn- 
taxique : 

S'io fossi ricco, d'oro e di gioielli 

ti vorrei ricoprir da cape a piede. 
S'io fossi papa, per quest'occhi belli 

in Vatican rinnegherei la fede. 
Sic fossi imperator de) monde intero, 

sol per un bacio tuo darei l'impero. 
S'io fossi Iddio, con me ti condurrei 

ed in ginocchio in ciel t'adorerei. 

L'auteur s'étonne de ce que, dans les propositions conditionnées, il 
a élevé la voix sur les compléments ; d'oro e di gioielli, per quest'occhi 
belli, sol per uu bacio tuo, in ginocchio. Mais tous les compléments 
sont placés au début de la phrase; c'est en effet en tète de la 
phrase que l'italien aime placer les membres dont il veut mar- 
quer l'importance. Si M. Paxconxelli trouve après coup que 
c'est ailleurs qu'il eût dû appuyer de la voix, cela tient uniquement 
à ce que dans sa première lecture il n'a fait que suivre aveuglé- 
ment le schéma mélodique que la langue ordinaire aime pour cette 
-sorte de constructions syntaxiques. Il est bien plus étonnant que le 
sujet B ait appuyé sur les verbes : vorrei, rinnegherei, darei, condurrei, 
adorerei, qui ordinairement ne portent pas d'accent ; la mélodie 
de B serait donc plus originale ; mais peut-être, dans l'intention du 
poète, l'uniformité même de la forme conditionnelle quatre fois 
répétée place ici le verbe au premier plan. 

En conclusion, nous avons affaire ici à une mélodie encadrée dans 
une forme métrique à laquelle se superpose l'interprétation esthétique 
de chaque lecteur ; mais n'oublions pas que poète et lecteur peuvent 
jeter à tout instant leur phrase tout simplement dans le moule de la 
modulation ordinaire et traditionnelle'. Or, celle-ci nous est presque 
inconnue, si l'on excepte les quelques conjectures qu'on peut tirer de 
l'étude du placement des mots ^. C'est pourtant par celle-ci qu'il 

2. Voy. p. 13, les très intéressantes remarques de l'auteur sur « fossi » qui 
prouvent très bien quelle est la force de la prononciation habituelle dans ces 
cas-là. 

5. Meyer-Luebke. Grammaire des langues romanes. Paris, 1900, III, 792. 
E. Richter, Beihefte ^tir Zeitschrift fiir romanisclx Philologie, XXVIII, 154. 

Revue de phonétique. 13 



184 B.-A. TERRACINI 

faudrait commencer. Mais il est inutile d'insister sur ce sujet. M. Pan- 
concelli ayant l'intention, si je ne me trompe, de reprendre ses 
recherches sur la mélodie du langage et d'aborder la question de son 
véritable côté. 

M. GoiDÀNiCH [13] s'est occupé de l'analyse physiologique des con- 
sonnes mouillées dont l'italien est particulièrement riche. Il manquait 
à l'italien un terme pour indiquer le mouillement et raUniTJone, 
rattratte, que M. Goidànich propose, peuvent très bien rester dans 
notre terminologie. L'auteur s'occupe exclusivement de^, ^, ;('. 
Il démontre brièvement que l'articulation mouillée des trois con- 
sonnes est foncièrement la même « intendo per rattrazione quel par- 
ticolare giuoco délia lingua per cui essa si dispone nella sua parte 
anteriore a foggia di fogliao cucchiaio, formando nelle continue e pre- 
parando per le esplosive, nel suo mezzo, per l'uscita dell'aria, un seno 
di forma irregolare » (p. 931). Pour ^^ ê, ^, il y a seulement une 
différence dans la position de l'articulation : ^ est prononcé sur le 
palais en arrière, ^ et ;^ sont plus avancés ; la surface des bords du 
palais, touchée par la langue, est moindre pour | que pour ê- M. G. 
discute et repousse la vieille théorie de Lenz qui veut établir une 
différence essentielle entre ^ et ^ d'après le lieu de leur articulation 
(p. 932-4). Il en vient ensuite à l'opinion de M. l'abbé Rousselot 
d'après laquelle le ê serait à ranger parmi les consonnes mi-occlu- 
sives et il démontre, à l'aide aussi du palais artificiel et de l'analyse du 
souffle 2, qu'il s'agit de véritables mouillées qui par surcroît sont des 
explosives. J'avoue que je ne sais où M. l'abbé Rousselot a eu l'oc- 
casion de s'occuper du^ italien î. Du reste, il serait d'accord le pre- 
mier avec M. Goidànich, une mi-occlusive ne cessant pas pour lui 
d'être une mouillée 4. M. Goidànich examine aussi l'opinion de 
M. Josselyn : comme la ligne du souffle après l'explosion de ê ne 

1. Pour indiquer le c de camicia je fais emploi, faute de mieux, de ê parce 
que € ne peut indiquer que la spirante entre voyelles qu'on entend en Toscane 
(dieci). 

2. On ne donne que des calques ; pour la valeur d'une partie des expériences, 
voy. Bihl. Phon., V, no 274. 

3. Il n'est pas question de ê ou dey dans les chapitres sur les mi-occlusives 
ou sur les mouillées, p. 603-652. A la page 585 on signale, d'après Josselyn, 
le g de gente et de dugenio comme une occlusive devenue spirante. 

4. Rousselot, p. 618. 



BIBLIOGRAPHIE PHONÉTIQUE 185 

retombe pas toujours presque en ligne droite, mais elle dessine encore 
une petite bosse allongée, ce savant s'est cru endroit d'en conclure que 
€ est une consonne composée d'une palatale occlusive à laquelle est 
étroitement soudée une fricative. M. G. se fait fort du témoignage de 
son sens musculaire pour affirmer que è est un son simple ' et il 
explique la petite bosse des tracés par le fait que l'issue du courant de 
l'air, après l'explosion, trouve un obstacle dans la position spéciale que 
la langue avait déjà prise, même avant l'implosion de la consonne ; 
on ne peut donc pas soutenir que ce sifflement qui se produit parfois 
après le relâchement de l'occlusion soit une partie indépendante de la 
consonne. Il a parfaitement raison à mon avis ; mais oîi il a peut-être 
poussé trop loin sa pensée c'est, lorsque, à propos de l'erreur de 
M. Josselyn, il s'insurge contre la méthode de la phonétique expé- 
rimentale qui donne trop de poids aux données des appareils et néglige 
tout à fait celles de la sensation. La fausse analyse de M. Josselyn 
n'est nullement une erreur de méthode, elle n'est qu'une expérience 
mal préparée. Si ce savant avait mesuré aussi les différentes positions 
de la langue pendant l'implosion du i au lieu de recueillir simplement 
la trace du souffle 2, il aurait mieux interprété la trace du souffle et ses 
conclusions auraient été parfaitement d'accord avec le témoignage 
subjectif de ceux qui possèdent le son dans leur propre langue. 
L'expérimentateur est bien loin de mépriser cette espèce de témoi- 
gnage ; c'est justement après l'analyse des mi-occlusives que 
M. l'abbé Rousselot a l'occasion de faire, en ce sens, des déclarations 
tout à fait explicites 3. 



Ces deux années ont vu paraître plusieurs descriptions générales de 
sons de l'italien ; mais, dans ces travaux, la méthode graphique ne 
joue qu'un rôle secoodaire. M. Panconcelli-Calzia [26] vient à 
l'aide des étrangers qui apprennent l'italien avec un petit livre écrit 

1. M. Camilli[2, 5, 8] repousse assez à la hâte cette analyse et prétend que 
c, g, ^ sont des sons composés. Il se retranche, au grand étonnement du lec- 
teur, derrière l'opinion de M. l'abbé Rousselot qui dit notamment le con- 
traire, Rousselot, p. 618. L'étude de M. Goidànich est suivie de l'examen des 
idées de Ascoli sur les mouillées ; cette partie n'a qu'un intérêt rétrospectif. 

2. Rousselot, p. 623. 
5. Rousselot, p. 622. 



l86 B.-A. TERRACINI 

dans un but essentiellement pratique. Il donne une description très 
détaillée des sons et de leurs articulations en ajoutant des remarques 
sur Tagencement des mots, sur la mélodie de la phrase et sur Tortho- 
graphe (p, 1-30). Suit un court aperçu de la morphologie italienne 
(p. 30-50) ; dans la troisième partie (52-139) on a un petit choix de 
textes tirés de toutes les périodes de la littérature italienne avec la 
transcription phonétique en regard. 

On a reproché à l'auteur d'avoir écrit son livre en italien : en réalité 
le livre n'est pas fait pour des débutants, mais le lecteur qui est déjà 
en mesure de lire et de comprendre la troisième partie, peut très bien 
se tirer d'affaire avec ce qui précède. Quelque élémentaires que soient 
ses explications, M. P. s'est efforcé de leur donner une base stricte- 
ment scientifique. Bien qu'il déclare que sur plusieurs points l'état de 
nos connaissances est tout à fait insuffisant, on doit lui savoir gré 
d'avoir réussi à nous donner, à l'aide de quelques matériaux sûrs que 
lui fournissait la phonétique expérimentale, une description des sons 
de l'italien qui a des mérites incomparables d'exactitude et de clarté. 
Il est cependant fâcheux que les préoccupations du phonéticien se 
trahissent çà et là plus qu'il ne convient au caractère élémentaire de 
ce livre. Trop souvent l'auteur sent le besoin d'avouer son incerti- 
tude sur tel ou tel point, ce qui peut lui gagner la considération des 
savants spécialistes, mais aussi dérouter quelquefois les lecteurs aux- 
quels il s'adresse. La peur de trop s'éloigner des données rigoureuse- 
ment établies par une recherche scientifique a parfois fait manquer à 
l'auteur son but pratique : il glisse par exemple, ou peut s'en faut, sur 
le timbre des voyelles, surtout des voyelles atones. M. P. a bien pris le 
soin d'indiquer les fautes de prononciation des étrangers qui choquent 
le plus une oreille italienne : puisque quelquefois il s'est placé ainsi 
dans la relativité, pourquoi n'y est-il pas resté plus souvent, et pour- 
quoi, après nous avoir dit par exemple ce que c'est qu'une voyelle 
tonique longue ou ouverte, n'a-t-il pas rendu sa définition plus claire 
par des comparaisons avec les langues étrangères ? 

Quoique M. P. repousse préalablement toute critique négative à son 
ouvrage, je me permettrai quelques observations '. § 11. Est-ce quew 
peut être classé simplement avec /cjO- dans les occlusions vélaires?§ 13. 
L'articulation est bien plus faible et bien souvent il ne doit pas y avoir 
d'occlusion ^.s,-ê, Zt f ^^"^ rangés parmi les mi-occlusives; voir sur 

I. Josselyn, Etudes expcritn. de phoiicl. italienne, p. 99-100. 



BIBLIOGRAPHIE PHONÉTIQUE 187 

cette question l'opinion contraire de M. Goidànich [13]- § 35. L'absence 
d'assimilation dans les mots savants tels que kripta, ehdomadarjo etc., 
est due à la langue écrite plus qu'à la prononciation de l'Italie du Nord. 
§ 41, i, ^y y, /, sont donnés avec raison comme « per loro natura 
lunghe » : mais quelques-uns d'entre eux peuvent très bien être allon- 
gés ' ; M. Panconcelli, qui s'en tient à sa prononciation de Rome, pos- 
sède un s qui est toujours long ; il n'en est pas de même pour la Tos- 
cane et une grande partie de l'Italie. Il fallait au moins dire pourquoi 
on l'écrit tantôt simple, tantôt double. § 5 7-60. Puisque, dans des 
paragraphes touchant le redoublement de la consonne initiale avant 
les mots accentués sur la dernière voyelle, l'auteur ne dédaigne pas de 
descendre aux détails ^ ; il eût fallu être plus clair et plus complet 3. 
Quanta la troisième partie, la notation des textes me paraît excellente. 
Je suis heureux de ne pas devoir rendre compte de la morphologie, 
maigre esquisse qui est bien au-dessous des autres parties de ce 
livre. 

Dans son court exposé M. Luciani [20] prend en examen tous les 
sons des principales langues; ce qu'il dit sur la coupe des syllabes 
(p. 913), sa définition des semi-voyelles (p. 901) et d'autres choses 
encore ayant trait à la phonétique générale pourrait donner lieu à 
une ample discussion ; je me borne à faire quelques remarques sur la 
partie italienne qui a ici une place d'honneur. P. 901. Dans: ancora, 
petisiero, ponte, Vn n'est pas tout simplement « un segno di nasalizza- 
zione délia vocale », il indique aussi une véritable articulation con- 
sonantique qui suit la voyelle plus ou moins nasalisée '. P. 906, 
pourquoi v dans vulcano serait-il plus fort que dans vetro ? P. 907, h ne 
manque pas en italien : il est bien connu dans le système de la Tos- 
cane. P. 914, on a depuis longtemps reconnu que les consonnes 
doubles ne sont que des consonnes longues et fortes, mais on sait 

1. Hacker, II picœlo italiano. Freiburg, 19 10, p. 9, signale un renforcement 
dans: da sciocchi, fuscelto. 

2. On a maintenant un bon résumé de cette question par Malagôli, Ortoepia 
e Ortografia italiana vioderna. Milano, 1912, p. 100. 

5. Contrairement à ce qu'on dit dans ce §, le renforcement est presque tou- 
jours marqué par la graphie quand les deux mots ne sont pas séparés : soprai- 
tutto. 

4. M. Luciani se laisse aller à écrire que le signe - superposé aux voyelles 
suivies d'un n dans les anciens manuscrits, loin d'être une abréviation de «, 
n'indique que la nasalisation de la voyelle. Il suffit d'observer que par une 
graphie telle que mw (anno) on indique bien un renforcement de la con- 
sonne. 



lôO B.-A TERRACINI 

aussi que la syllabation traditionnelle at-to n'est pas complètement 
arbitraire '. 

L'avant-propos [15] de M. Goidànich, directeur du nouvel Archivio 
doit., contient un chapitre consacré à la modification de l'ancienne 
graphie de V Archivio, graphie qui était encore, ou peu s'en faut, celle 
qu'avait introduit Ascoli ^. On ne discute pas sur le choix d'un alpha- 
bet phonétique : celui que propose ici M. Goidànicha a surtout l'avan- 
tage d'être clair, simple, d'une lecture aisée. Je crois que presque 
tous les sons, ceux du moins qu'on peut entendre dans la péninsule 
italienne, y trouvent leur graphie. Il y a pourtant de petites excep- 
tions ; par ex. on emploie n pour ankôra (italien), marhânt (bolo- 
nais), kadenfm (Montferrat), où il y a seulement un rétrécissement 
vélaire (y de Jespersen), il n'y a pas un signe pour le w intervoca- 
lique du piémontais : kadena (selon l'ancienne graphie de Ascoli) 
qui est une véritable occlusive J. 



Abordons maintenant des sujets d'un ordre plus spécial. C'est d'une 
foule de questions que s'occupe M. Camilli dans ses petits articles 
où, à côté de parties qui sont à peu près inutiles et parfois inexactes, 
il y a des remarques qui témoignent d'un bon esprit d'observation. Il 
constate [7], ce que d'ailleurs avait déjà vu Josselyn 4, que l'italien 
possède plusieurs variétés de / s'échelonnant entre i et /, consonne 
spirante. Il propose une échelle provisoire, dit-il, de mots types mar- 
quant celte gradation. Cette échelle est à peu près sans valeur >. Des 

1. Sievers, Griindihge der Phonetik. Leipzig?, 1901, p. 555 sv. ; Victor, Ele- 
mente der Phonetick. Leipzig?, 1904, pi. 132, sv. ; Rousselot, p. 993. 

2. Archivio Glott. It., I, p. xi. 

3. A quelques obscurités près, il n'y a rien dans ce système qui puisse jus- 
tifier l'âpre critique de M. Camilli [8]. S'il le trouve trop compliqué c'est que, 
peut-être, il n'a pas une idée exacte de ce que doit être le système graphique 
d'une revue telle que V Archivio, ou, selon la remarque de M. G., c'est aux 
collaborateurs de ne pas abuser des moyens qu'on doit mettre à leur disposi- 
tion. V. d'ailleurs Schaedel, Bull, de dialectologie romane, II, 1-29. 

4. Josselyn, p. 110, 116. 

5. Par ex. M. Camilli remarque que dans pa/m, c'est-à-dire après cons. + r,^ 
/ est plus vocalique que dans fiore, ce qui est confirmé par les recherches dé 
M. Goidànich ; il se demande même si : tréma, preme, prova n'ont pas dû 
remplacer les anciennes formes: triema, prieme, truova, pruova à cause de la 



BIBLIOGRAPHIE PHONÉTIQUE 189 

variétés de / ont déjà été indirectement étudiées avec une tout autre 
ampleur par M. D'Ovidio [ii] ', et plus récemment par M. Goidà- 
NiCH [18] 2. Ces degrés ne sont au fond que les diverses étapes de la 
marche d'un / devant voyelle, hérité du latin dans les mots d'origine 
savante {patria, audacia) vers la semi-consonne. Cette consonnisation 
avance depuis des siècles, plus ou moins rapidement selon la nature 
de la consonne qui précède. M. Camili.i [2] observe encore que les 
consonnes italiennes ont plusieurs degrés, c'est-à-dire qu'elles sont 
plus ou moins longues et fortes selon la position qu'elles occupent 
dans le mot : ara (faible), arma (moyen), arra (fort) ; pour ce qui 
est de la longueur on eût pu profiter des recherches de Josselyn î. 
Ce que M. Camilli [9] dit sur les nuances de la consonne nasale dans 
une syllabe fermée ^ n'est que très connu. Quant à l'opinion de ce 
même savant [5] sur la composition de ê et de g^ voir p. 185. Il 
remarque aussi [6] que l'allongement de la consonne initiale après 
une voyelle accentuée ou un monosyllabe (a kkasa, verra ddotnaiii) n'a 
pas lieu, si l'on appuie de la voix sur la voyelle en la rendant aiguë. 
Ce ne doit pas être la hauteur musicale qui empêche dans ce cas le 
renforcement. C'est que celui-ci manque, quand la voyelle n'est pas 
brève et comme soudée au mot qui suit. Or la hauteur de la voyelle 
signifie qu'on veut la faire ressortir dans la phrase. Elle est par con- 
séquent indépendante du mot qui suit, même s'il n'y a pas une véri- 
table pause 5. 

M. Camilli [2] constate l'existence d'un ^ moyen à côté du ^ long. 
Mais il se trompe lorsqu'il dit que l'Italie méridionale ne connaît que 
~ long et la Toscane que ^ moyen. Cette question a été reprise aussi 
par M. d'Ovidio [12]. Partant d'un traité inconnu d'un grammairien 
Siennois du xvi^ siècle, ce savant a occasion de toucher à la pronon- 
ciation des mots tels que : graiia, a^ione qui ont été introduits relati- 
vement plus tard dans la langue ; les Florentins prononcent dans ce 

difficulté de prononcer une diphtongue après r. D'autres exemples (niega-tugà) 
et l'histoire de la langue prouvent qu'il s'agit ici de phénomènes purement 
analogiques. 

1. Surtout, pp. 29-54. 

2. P. 54-58 ; il s'occupe surtout du/ dans la dernière syllabe du mot. 

3. Josselyn, p. 149-173- 

4. Ce n'est qu'inutile et dangereux d'employer le mot « condizionata » 
pour indiquer une consonne dans une syllabe fermée. 

5. V. aussi Malagôli, p. 154-5. 



190 B.-A. TERRACINI 

cas aussi le ^ long, tandis qu'au xvi'^ siècle ils réservaient cette pro- 
nonciation aux mots tels que aiione (c'est-à-dire aux mots où en latin 
y était précédé d'une seule consonne qui a été assimilée), ce que font 
encore aujourd'hui les Napolitains. 

Cette étude est très intéressante parce qu'elle nous montre un cas 
frappant du rôle que peut jouer, surtout chez les non Toscans, une 
mauvaise orthographe dans la langue littéraire; c'est à cause de ce 
même défaut qu'on remarque des oscillations dans la prononciation du 
y et du i sourd ou sonore ; ce dernier point a été éclairci par 
M. d'Ovidio [ii]; il montre que la distinction de i sourd et sonore 
qui pendant les premiers siècles a été strictement observée dans la 
rime, s'est perdue avec les poètes qui ne s'en sont plus tenus à la 
tradition toscane et qui n'avaient pas de guide dans leur italien pro- 
vincial. 

Depuis deux années on a aussi une question orthographique : des 
débats de ce genre ne nous étaient pas inconnus, mais M. Goidànich 
[15-16] leur donna un nouvel essor. 11 plaida avec chaleur dans une 
conférence la réforme de notre orthographe, en vue surtout de ses 
indéniables avantages pédagogiques. On veut en somme ôter aux 
enfants qui apprennent à écrire la peine que leur donnent les quelques 
difficultés de notre alphabet. Le mouvement s'est répandu grâce sur- 
tout à l'intérêt que témoigna à cette question un physiologue, M. Lu- 
ciANi, au congrès des sciences de Naples (1910). Elle a été discutée 
aussi dans les grands journaux ; enfin le mouvement a abouti à la cons- 
titution d'une Società Ortografica Italiana, qui a pour but de résoudre 
les différents problèmes que présente l'orthographe et de gagner des 
adhérents à la réforme, surtout parmi ceux qui y sont le plus directe- 
ment intéressés : les instituteurs et les gens d'école. Même ceux qui 
ne sont pas des spécialistes sont la plupart favorables à la réforme. 
C'est seulement sur les moyens pratiques qu'il y a eu des tâtonne- 
ments. Dans une première période on a proposé le remède extrême : 
pour chaque son un seul signe. Mais on a été amené par des raisons 
d'ordre pratique à simplifier le programme ; et on a maintenant un 
programme minime ; pour chaque son toujours la même lettre ou la 
même combinaison de lettres. La réforme, qui touche surtout à l'or- 
thographe des mouillées, a donc été limitée de la façon que voici ^ 
suivant la formule qu'a adoptée le deuxième congrès de la S. O. L 
(Rome, 191 1) et qu'applique déjà pratiquement le Bulletin delà même 
société : « Sono... 1° aboliti /;, q, j ; 2°: usati k e q per le qutturali ; 



BIBLIOGRAPHIE PHONÉTIQUE I9I 

3° : usati ql, se davanti a tutte le vokali per ^r(i), ^/(»), senza IV 
ortografiko : é konsenato gn ; 4° : le forme monosillabike del verbo 
« avère » sono segnate koU'accento ». Dans l'ensemble des idées et des 
faits qu'ont mis en lumière ces longues discussions il y a des points 
qui sont particulièrement dignes de remarque. Nous ne saurions dis- 
cuter ici le point de vue de ceux qui s'opposent à la réforme au nom 
du goût % ni d'examiner le côté historique de la question. Plusieurs 
réformistes, en effet, n'hésitent pas à ennoblir leurs propositions en les 
rattachant aux longs débats que la même question a soulevés au 
xvi^ siècle. Le point de vue qui est le plus intéressant pour nous est 
celui de M. Goidànich ; il est d'avis qu'il faut se borner à un pro- 
gramme très modeste, non seulement pour des raisons pratiques, 
mais aussi pour ne pas se fermer la voie à l'adoption d'un alphabet 
international unique. Ces débats nous font connaître indirectement où 
nous en sommes quant à l'expansion d'une prononciation à peu près 
uniforme dans les classes moyennes de toute l'Italie. Pour ce qui est 
de la distinction du ;;;^ et du s, des voyelles ouvertes ou fermées, de 
la valeur de / après consonne à la fin du mot, on a dû s'abstenir de 
proposer une réforme quelconque parce qu'on a pensé que, dans plu- 
sieurs provinces de l'Italie, la plupart des instituteurs ne sont pas à 
même de connaître, dans chaque cas, quelle est la véritable pronon- 
ciation. Ce n'est pas enfin le moindre avantage de ces études prépara- 
toires que d'avoir donné lieu à une partie des recherches de phoné- 
tique dont nous venons de rendre compte. 



Dans les études de dialectologie il n'y a que très peu à glaner pour 
les phonéticiens. M. Ziccardi signale un h (aspirata sonora) * à 
Agnone (Molise), sans le décrire ; M. Bottiglioxi ne s'arrête pas 
davantage sur ^, g^ mouillés à Massa, et sur J, un son qui, si je ne 
me trompe, est, dans cette région, parfaitement isolé du son sem- 
blable de l'Italie du Sud 3. M. Malagoli 4 nous donne au contraire une 
description très soignée des sons de son patois (Novellara-Reggio 

1. La question a été traitée par Croce [v. 27]. 

2. Zeitschrift fur rom. Phil., XXXIV. 

3. Revue de dialectologie romane, III, 78. 

4. Archivio Glottologico Haliano, XVII, 41-52. 



192 



B.-A. TERRACINI 



Emilia). A remarquer ce qu'il dit sur l'articulation des explosives, sur 
ê Qi g dont la mouillure est seulement prépalatale, sur ^ ' et sur les 
nasales ^. 

B.-A. Terracini. 



1. V. aussi [13], p. 932. 

2. L'examen de [4] et de [9 bis] touchant à la prononciation de l'italien litté- 
raire dans les provinces autres que la Toscane, nous porterait hors du cadre de 
ce compte rendu. 



COMPTES RENDUS 



Otto Jesperseti : Elementarhtch der Phonetik, 1912, in-S», chez Teubner, Leip- 
zig-Berlin, prix M. 2,60. 

Ce livre, nous apprend la préface, p. m, n'est qu'un extrait du Manuel (Lehr- 
btich derPlwnetik, 1904) du même auteur. On pourrait dire mieux : une seconde 
édition limitée aux trois bngues : allemand, anglais, français, et réimprimée à 
peu près sans changement. En effet, l'auteur a conser\'é non seulement le même 
plan (qui contient 1° l'Analyse de la part que prend chaque organe dans la pro- 
duction de chaque son ; 2° la Synthèse de ces éléments dans les sons ; 3" la 
Combinaison des sons dans le discours suivi ; 4° la Systématique nationale, c'est- 
à-dire les traits caractéristiques de chacune des langues examinées), mais aussi 
partout textuellement le même exposé, laissant seulement de côté les passages 
dépourvus de rapport direct avec les trois langues en question. Il faut dire tout 
de suite que, parmi ces suppressions, il y en a qui ont été fort utiles. Ainsi 
dans la note consacrée aux voyelles, p. 44, l'auteur ne dit plus que le point d'ar- 
ticulation peut être indiqué avec une grande précision dans son système « anal- 
phabétique » (Manuel, p. 55), il avoue même que les mesures récentes des 
voyelles faites par M. Meyer ont ébranlé toute la théorie sur les vovelles, ce 
qui, d'un autre côté, ne l'empêche pas de garder son ancien système, bien 
entendu, comme quelque chose de provisoire (Ekmentarhuch, p. 45). De 
même, on n'y trouve plus la phrase trop affirmative du Manuel, p. 1 59 : « Aussi 
je ne vois pas qu'au moyen des mesures des voyelles ou bien des moulages 
ou de la cartographie de la bouche on soit arrivé à quelque chose de meil- 
leur que grâce à l'appréciation des phonéticiens les mieux renseignés (der 
kundigsten Phonetiker). » Est-ce que l'auteur aurait maintenant plus de sym- 
pathies pour la méthode expérimentale ? — Il nous dit tout simplement qu'il 
s'est abstenu de discuter les opinions en désaccord avec les siennes (abwei- 
chend), afin de gagner plus de place pour un exposé suffisant et systématique 
de la phonétique des trois langues principales. Pour plus de renseignements, 
il renvoie à son Manuel. . . Mais quel que soit le motif qui a occasionné ces 
changements, il est certain que l'auteur a adouci le ton et que le livre y a 
gagné. 

Sauf ce point, il n'y a pas de changements sérieux, comme si toutes les opi- 
nions exprimées il y a huit ans par M. J. étaient restées solides, n'ayant besoin 
d'aucun remaniement, d'aucune retouche. Cela doit surprendre un peu. C'est 
aussi ce qui m'a amené à examiner plus attentivement le Uvre. 

Tout d'abord je ne suis pas étonné de voir que dans cette nouvelle édition 



194 COMPTES RENDUS 

M. J. a gardé son vieux système de notation des sons. C'est son enfant chéri 
qui lui a coûté pas mal de travail ; en outre, on ne peut nier que le désir de 
donner par là plus de précision n'y soit très réel. Mais dans un livre élémentaire 
destiné aux étudiants et aux maîtres de langues, ces formules un peu chimiques 
— pour me servir de sa propre comparaison — me paraissent jurer avec le 
titre lui-même, puisque, au lieu de simplifier, elles compliquent, sans apporter 
aucun avantage réel, fait qui dès le commencement a été bien remarqué par 
M. Klinghardt dans la Revue D/e NeuerenSprachen, 1900-1901, p. 150 (Compte- 
rendu sur l'édition danoise du livre de M. J. publiée en 1899). Voici textuelle- 
ment ce que dit ce dernier : «Je ne crois pas que ce système de notation anal- 
phabétique trouve beaucoup d'amis : il correspond à la tendance de M. J. vers 
la précision des sciences naturelles plus qu'à un besoin réel. Si des formules 
pareilles doivent être utiles, il faut que l'on puisse rapidement (blitzschnell) les 
lire et écrire, mais l'avantage qu'elles procurent est si minime que ce n'est pas 
la peine d'employer relativement beaucoup de temps pour acquérir une habi- 
leté pareille ». Ces formules ont encore cet inconvénient de faire croire aux 
lecteurs non initiés — et c'est justement à ceux-là que s'adresse ce petit livre — 
que la notation a quelque chose de mathématique, de précis, ce qui serait une 
erreur. Il est vrai que plus loin, p. 45, M. J. indique un peu ce qu'il faut 
penser de son système, mais une remarque nette au commencement de son 
traité n'aurait sûrement pas été déplacée. 

Que sa notation y soit bien souvent loin d'être précise, c'est ce dont on n'aura 
pas beaucoup de mal à se rendre compte. 

Prenons tout d'abord dans ses formules les caractères latins/^ /; i j k repré- 
sentant les parties du palais contre lesquelles la langue peut articuler et lisons 
les définitions. Par exemple : p. 27 « g est un point sur la partie antérieure du 
palais dur. .. Ce point^ est déterminé par la façon dont il est situé juste au 
milieu entre/ et h ». Bon. Ce n'est pas très clair ; mais on peut espérer que, par 
la suite, cette définition s'éclaircira grâce à celles de / et h. Et l'on trouve p. 26 : 
« f — alvéoles 0---> ^"^ petite proéminence (ein kleiner vorspringender kon- 
vexer Kamm) située un peu au-dessus des dents... elle forme la limite posté- 
rieure des gencives ». Voilà comment se détermine la limite entremet /. C'est 
un peu vague, il est vrai, mais on peut s'y retrouver à la rigueur. Il ne reste qu'à 
établir la limite postérieure. Dans ce but, on lira la définition de /; : « /; — 
l'endroit où le palais est le plus haut ». 

Nous voici bien renseignés et satisfaits de voir définie une inconnue par une 

I. J'emploie ici un terme condamné par M. J. En effet, il n'est pas aussi 
mauvais que l'auteur du « Manuel » veut le faire croire : Le mot alet'oU, tout en 
signifiant les cavités où sont plantées les dents, peut très bien être employé 
pour désigner la région environnante. Puis, il a cet avantage d'être compréhen- 
sible pour tout le monde. Il en est de même pour plusieurs autres termes qui 
déplaisent à M. J. 



COMPTES RENDUS I95 

autre inconnue . Le plus étrange est qu'on doit opérer avec ces signes comme 
avec des quantités bien déterminées. Cependant si M. J. avait usé du palais 
artificiel, il aurait trouvé le moyen — du moins pour le palais dur — d'en déli- 
miter les parties avec plus deprécision. Ce moyen est donné parla position des 
dcnls et MM. Rousselot, Bremer, Bogoroditzki et d'autres l'ont bien utilisé dans 
leurs travaux de sorte que je n'ai pas besoin d'insister davantage. 

La délimitation vague du palais n'est pas la seule source d'imprécision et 
d'erreur. Il y en a bien d'autres qui pour la plupart tiennent, elles aussi, au 
manque d'expériences faites au moyen du palais artificiel ou des appareils 
enregistreurs : Ainsi, p. 28, M. J. suppose que l'articulation normale à^ t d n 
dans la plupart des langues romanes et slaves est contre la surface postérieure 
des dents d'en haut. Les expériences montrent que ce n'est vrai que pour la 
minorité des langues en question : pour l'espagnol et le portugais, quelques 
patois français, parmi les langues romanes, et pour le serbe seulement parmi 
les slaves. Par conséquent, ces deux groupes de langues permettent difficile- 
ment la conjecture que l'articulation mentionnée les dentales aurait été « l'arti- 
culation primitive dans toute notre famille de langues » (p. 28, Manuel, p. 32). 

De même il n'est pas tout à fait exact de vouloir placer derrière les alvéoles 
l'articulation normale de Vr formée par la pointe de la langue (p. 34, Mamul, 
p. 40). Au reste, p. 105, Manuel, p. 132, cette assertion n'est plus répétée et on 
y trouve une description plus acceptable : la pointe, la plupart du temps, vient 
toucher les alvéoles. 

11 n'est pas correct non plus de dire que, pour cette r, la pointe doit être 
recourbée en arrière (p. 26, Manuel, p. 38). Si ce mouvement existe en anglais 
on ne peut le généraliser, ni pour l'allemand, ni surtout pour le français où il 
ne s'agit que d'un soulèvement de la pointe. 

En outre la même description (/. c.) aussi bien que p. 105, pourrait faire croire 
que Vr alvéolaire suppose 'plusieurs battements de la langue, tandis qu'un seul 
est bien suffisant. Ainsi Vr française du Centre, dans le discours suivi, se con- 
tente d'un seul battement pour toutes les positions. Ce n'est qu'au commence- 
ment du discours que la grande provision d'air emmagasiné dans les poumons 
permet de lui donner plus de force et de produire deux battements . Aussi cette 
r française est bien douce. Plus bruyante est déjàl'r des Méridionaux ou des 
Espagnols, qui peut avoir plus de battements, mais aussi est souvent caractérisée 
par un seul. Quanta la prononciation allemande, j'ai eu l'occasion d'examiner 
ce son chez deux Autrichiens et un Westphalien, et j'ai trouvé — de nouveau 
pour le discours suivi — que les battements peuvent être plus nombreux qu'en 
français et l'rplus « dure », mais que, d'ordinaire, le chiffre varie entre un et 
deux et que, même pour l'r forte, régulièrement il ne dépasse pas le nombre 3. 
M. J. indique, p. 33, des chiffres plus élevés : A l'initiale, il compte trois batte- 
ments ; quatre ou cinq, pour la prononciation particulièrement claire ; à l'inté- 
rieur, il en reconnaît deux après une voyelle longue, trois après une voyelle 
brève, et ce n'est qu'à la finale qu'il se contente d'un seul battement. Dans son 



196 COMPTES RENDUS 

Eleineiitarhuch, l'auteur ne nous dit pas d'où il a tiré ces chiffres, mais dans 
son Manuel, p. 39, nous apprenons qu'il les a empruntés à M. Viëtor, qui pour 
ses enregistrements s'était servi de l'appareil de M. Wagner, muni d'un tambour 
élastique. Or, il est bien possible que grâce à son élasticitéj ce tambour lui ait 
donné plus de battements qu'il n'y en a eu en réalité. Les chiffres pour mes 
trois sujets Allemands me le font croire. Mais supposons que les résultats de 
M. Viëtor soient exacts, ils ne représenteraient qu'une prononciation allemande, 
et c'est à tort que M. J. les a généralisés. Ce sont probablement eux qui lui 
ont suggéré sa description de l'7' alvéolaire et lui ont enlevé toute sympathie pour 
cette articulation, ce qui était d'autant plus facile que M. J. ne la possède pas. 

D'après lui l'r alvéolaire demanderait un certain effort, par conséquent con- 
viendrait à la prononciation très forte (sehr laut) et non pas au langage adouci 
des salons de l'homme civilisé moderne. Voilà pourquoi elle serait sur le point 
d'être remplacée par des sons moins bruyants et plus faciles à produire (p. 105, 
Manuel, 133). Cette explication n'est pas juste. Outre l'évolution naturelle qui 
se fait de l'une à l'autre, il y a encore la mode. Ce n'est pas tant la difficulté 
de prononciation qui nous fait changer. M. Bremer, dans sa Deutsche Phonetik, 
a bien relevé à plusieurs reprises, l'importance de la mode pour l'allemand. 
En France, l'influence de cette mode est peut-être plus marquée encore : On 
ne veut à aucun prix avoir l'air d'un provincial, et comme c'est justement l'r 
alvéolaire qui trahit le campagnard, c'est d'elle qu'on cherche à se débarrasser. 
Des preuves ne manquent pas ; les domestiques eux-mêmes après un séjour de 
quelques mois à Paris, écorchent déjà l'articulation uvulaire pour se donner 
l'air de Parisiens. C'est aussi la modequi paraît avoir influencé l'exposé de M. J. 
En tout cas, le point de vue esthétique de M. J. ne manque pas d'intérêt et 
pourra probablement séduire ses lecteurs notamment ceux de nationalité 
italienne : ils se décideront à abandonner leur r vibrante afin de devenir plus 
aptes à la conversation des salons et de mériter le compliment des gens civilisés. 

La description de / présente aussi quelques imprécisions. Pour ce son, l'air 
s'échapperait sur les deux côtés de la pointe de la langue (p. 34, Manuel, 41). 
Cependant il serait plus juste de dire que c'est en arrière plutôt'que vers la pointe. 
En outre d'après la p. 103, Manuel, p. 129, l française serait articulée la pointe 
contre les dents ou bien contre les gencives. En réalité c'est contre tous les 
deux en même temps. 

Le passage sur Z dure russe, p. 105, Manuel, p. 131, auraitmérité d'être com- 
plété par les données fournies par M. Scerba (M. 5. L., 1910, p. 281), d'après 
lesquelles ce n'est pas le contact du dos de la langue avec le voile du palais qui 
constitue le caractère essentiel de ce son, mais tout simplement l'abaissement 
de tout le corps de la langue, la pointe articulant contre les alvéoles. Voir aussi 
M. Roudet, Eléments de phonétique générale, p. 140 ^ 



I. Je m'aperçois que dans la 2' édition du Manuel que je viens de recevoir les résul 
tats de M. Scerba ont été utilises. 



COMPTES RENDUS 1^7 

P. 50 et 101-2, Manuel, 34 et 127-8, ni la description, ni les formules de 
M. J. ne nous donnent l'image exacte de V$ française normale. Nulle part on 
n'apprend dans ces deux livres que la pointe de la langue se place derrière les 
dents inférieures. Voir M. Rousselot, Précis de prononciation française, p. 59. 

P. 102, Manuel, p. 128, s ne différerait de ;ç que par le manque de vibrations 
lar}-ngiennes. Il en serait de même pour le rapport entre £ et/, p. 39, Manuel, 
p. 46. Mais le palais artificiel montre qu'il y a dans les deux cas aussi une 
certaine différence articulatoire. Même observation pour p et b. Voir le Précis 
de prononciation française, p. 60, 62 et 50, puis la remarque de M. Meyer dans 
son compte rendu du Manuel de M. J., publié dans dieNeueren Sprachen, 1906- 
7, p. 304. 

Plus intéressante que tous ces menus détails, est la façon dont est établie la 
différence entre 5 et ^, p. 39. M. J. avait déjà constaté dans son Ma«H^/, p. 46, 
que la doctrine de la production de 5 et ^ et de leur rapport mutuel est l'une 
des plus difficiles de toute la phonétique et a proposé — avec une certaine 
réserve, visible dans le point d'interrogation qu'il ajoute — une solution assez 
curieuse. Dans le Hvtc actuel, le point d'interrogation a disparu et la solution 
est présentée comme définitive. C'est pourquoi elle mérite notre attention. 
Voici alors en quoi consisterait la différence entre ces deux catégories de sons : 
« Pour les €, la partie de la langue qui articule n'est pas identique à celle qui, 
au moment du repos, se trouve en face du point opposé de la voûte palatine. » 
Pour les 5, cette identité existerait. Ou bien en d'autres termes: « pour le s 
une partie de la langue collabore avec son vis-à-vis ; pour le £ elle collabore 
avec le voisinage de son vis-à-vis. » In concreto alors, p. 40, Manuel, p. 47, pour 
€ anglais « la partie de la langue située bien en avant (presque tout à fait près 
de la pointe'), et qui au moment du repos est opposée aux dents supérieures (?) 
ou bien à la partie antérieure des gencives, agit contre la partie de la voûte qui 
se trouve plus en arriére » . Pour € allemand et aussi, paraît-il, pour le € fran- 
çais, « c'est une partie du dos de la langue qui articule contre un point de la 
voûte, situé plus «M avant que son vis-à-vis normal ». — Mais cette régie comporte 
une restriction significative : « Si les dents supérieures sont touchées, nous obte- 
nons toujours une sorte de s, même dans le cas où articule une partie 
de la langue qui est bien en arrière. » Et inversement : « Si nous allons 
tout à fait en arrière, vers le palais mou,... nous obtenons toujours l'im- 
pression plutôt d'un £ que d'un i ». « Mais entre ces deux extrêmes la dite 
règle a sa pleine valeur. » Oui, si les dites exceptions ne l'ont pas tuée. En 
effet, ce n'est que dans ces exceptions que se trou%'e la partie saine de la règle 
de M. J., ainsi que nous allons le voir plus loin. 

La seconde différence qui existe entre 5 et ^ serait une cavité spéciale de 
résonance (Kesselraura, lôffelfôrmige Aushôhlung = cavité en forme de 
cuvette, en forme de cuillère), déterminant le son creux du £. Il y en aurait 



198 COMPTES RENDUS 

deux sortes pour ces trois langues: en anglais, cette cavité serait à l'intérieur 
de la bouche, derrière le point d'articulation ; en allemand et en français, elle se 
trouverait non pas derrière, mais en avant de ce point et serait augmentée encore 
par l'avancement des lèvres. Par contre, r5 ne serait pas caractérisée par une 
cavité de ce genre. 

Voilà une solution bien singulière, prouvant unefois de plus que l'acoustique n'a 
jamais été la prédilection de M. J. Autrement il aurait remarqué que la résonance 
qui nous frappe le plus et devient ainsi caractéristique d'un son, est ordinaire- 
ment celle de la cavité la plus proche et que, par conséquent, c'est dans la cavité 
antérieure qu'il faut chercher la différence entre les ^ aussi bienquecelle entre les 
£ et les s, ces derniers sons n'étant pas dépourvus non plus de leur chambre de 
résonance. Seulement pour les^la cavité est plus longue avec une ouverture plus 
réduite, les deux choses susceptibles de contribuer à la production de notes plus 
graves (creuses) que celle des s qui disposent d'une cavité relativement petite et 
largement ouverte. L'essentiel pour le e, je le répète encore une fois, c'est l'allon- 
gement de la cavité antérieure. Par quels moyens la langue y arrivera-l-elle ? 
c'est d'ordre secondaire. Ainsi le -e français est formé par la partie antérieure 
de la langue comme ïs, avec cette différence que normalement la pointe ne reste 
pas derrière les dents inférieures (voir plus haut), mais se soulève et recule à 
peu près à 6 mm. en arrière des dents supérieures, par conséquent elle allonge 
sensiblement la cavité par rapport à celle de Vs où le dos de la langue, appliqué 
contre les alvéoles et la racine des dents supérieures, ne laisse qu'un espace assez 
réduit. — Mais le même 4 français peut être réalisé aussi d'une autre façon, 
analogue à la production de r5 : La pointe peut se tenir derrière les dents 
inférieures et le dos se soulever vers le palais pour se mettre plus en arrière 
que pour Vs, articulation qui permet le plus facilement de se rendre compte 
de l'allongement de la cavité, effectué pour le -e. J'ai eu le plaisir de rencontrer 
ces deux articulations dans une même famille française pour deux frères qui 
n'avaient pas du tout le sentiment d'articuler chacun à sa façon, puisque à 
l'oreille ou ne remarquait pas de différence dans la prononciation de leurs €. 
Autre cas intéressant, j'ai constaté qu'un étudiant allemand des environs de 
Francfort employait indifféremment pour son £ les deux sortes d'articulation . 
Quant à mes s et £, je peux renvoyer à mon article sur le r tchèque {Revue de 
Phonétique, 191 1, p. 40 et suiv.). Comparer aussi à cet égard la description 
des i et des ; tchèques donnée par Czech et citée par Techmer dans son article 
Zur Lautschrift {Internationale Zeitschrift fiïr a. Sprachwissenscherft IV, i, 
p. 121). Ces observations permettent de conclure qu'il suffit de s'en tenir au 
rapport des cavités de résonance pour les deux sons sans avoir besoin de courir 
le risque des exceptions auxquelles entraînent les dangereux vis-à-vis de M. J. 

Plus loin, p. 37, Manuel, p. 44, il est assez curieux de voir que la nouvelle 
édition maintient encore la vieille erreur, répandue à l'étranger sur la prononcia- 



COMPTES RENDUS I99 

tion de Vu mouillée française. M. J. admet pour ce son, entre autres variétés, 
l'existence d'une n palatalisée suivie d'un y et celle d'un y nasalisé et il ajoute : 
« Un V réel ne suit pas nécessairement une « mouillée, mais il se produit tout 
de même facilement devant une voyelle comme dans enseigner, agneau, etc. » 
Puis p. 38, Manuel, 45, les mots tels que signe se prononceraient sans, ou avec 
un y ; cette dernière prononciation aurait lieu la plupart du temps dans le style 
soutenu. — Il est vrai que les sons mouillés peuvent produire cette impression 
sur une oreille non habituée . Aussi, quand j'ai entendu pour la première fois 
Vr mouillée russe dans le mot carb (rr tsar), moi aussi bien que mes amis fran- 
çais, nous avions senti un ^ à la fin de Vr. C'est une sensation analogue que 
r« mouillée peut produire sur l'oreille germanique en invitant à décomposer 
le son inconnu en deux sons voisins connus : « -\-y, ce qui est d'autant plus 
facile que l'articulation se fait à l'endroit d'un v . Des expériences au palais arti- 
ficiel corrigent aisément ces erreurs causées par différentes habitudes linguisti- 
ques. Voir le Précis de prononciation française, p. 71 et 72. — Quanta l'autre 
variété que M. J. représente par un_y nasalisé, on peut difficilement la trouver 
dans la prononciation normale. Mais il est possible qu'à distance on entende Yn 
mouillée comme un 3^ nasalisé. Voir Principes de Phonétique, p. 1073. En tout 
ceci M. J. a suivi les indications de M. P. Passy (Les sons du français, p. 103) 
et même les a aggravées, puisqu'il considère les variétés énumérées comme 
plus ou moins légitimes (gleichberechtigt) à côté de la prononciation normale, 
ce que M. Passy ne dit pas. 

P. 41, Manuel, 49, la remarque faite à propos du mot hier est en partie 
juste, ce mot ayant deux prononciations : 1° i- yer en deux syllabes, s'il est 
seul ; 2° yer en une syllabe p. e. hier matin, avant-hier. Voir Rousselot, Dic- 
tionnaire de la prononciation française, p. 77 . 

P. 40 et 102, Manuel, 48 et 128, il faudrait ajouter que pour _y la langue touche 
non seulement la partie antérieure du palais dur, mais aussi un peu les alvéoles 
postérieures. Voir le Precw, p. 56, Bremer, Deutsche Phonetik, table II. Même 
obser\'ation pour / (p. 42). 

P. 102, Manuel, p. 128, / arrondi dans l'Allemand du Nord du Junge et l'An- 
glais New-York rappellerait le w français de nuit. Cette opinion est difficilement 
défendable. 

Le manque d'expériences au palais artificiel ou d'autres est plus sensible 
encore pour les voyelles où M. J. reconnaît lui-même la difficulté, surtout pour 
les voyelles basses et postérieures, de déterminer exaaement la position de la 
langue (p. 113 et 126, Lehrbuch 157). Mais les voyelles antérieures mêmes 
dont la description lui paraît plus facile, n'offrent pas plus de précision . Toute- 
fois, du moins pour le français, la chose était assez aisée, puisque ce sont 
justement les voyelles de cette langue qui ont été le plus soigneusement décrites. 
M. J. n'a pas tenu compte de ces résultats et réimprime purement et simple- 
ment ce qu'il avait dit en 1904. Ainsi pour Vi français, il a été établi que ce 
phonème a deux nuances bien distinctes aux deux points de vues : acoustique 
Revue de phonétique. 14 



200 COMPTES RENDUS 

et articulatoire, V. Principes, p. 648 ; Précis, p.33, 34. Les figures montrent bien 
quel'/ aigu (fermé) a l'articulation plus avancée que l'ï moyen. M. J., p. 42 et 
114, Manuel, "g. 51 et 142, n'entend dans 1'/ français que des différences de quan- 
tité : un i long dans dire, demi-long dans dirai, bref dans fini, vite, la vie, 
ami = amie. Parmi ces exemples, c'est surtout le mot fini qui est le plus frap- 
pant : d'après M. J. les deux i de fini seraient pareils, tandis que, en réalité, 
il y a ici deux nuances bien distinctes et pour le timbre et pour l'articulation, 
l'î final étant aigu, l'autre moyen à Paris. Cette confusion est d'autant plus 
surprenante que la différence est bien sensible à l'oreille, qu'elle a été relevée 
aussi par M. Gilliéron et que, enfin, M. J. sait bien lui-même que la quantité 
ne joue en français qu'un rôle secondaire, puisque p. 144, Manuel, p. 184, il va 
même jusqu'à dire qu'en français, les voyelles brèves et longues sont qualita- 
tivement pareilles. 

Il en est de même pour ii et u (ou) français qui ont également deux nuances 
bien distinctes (Principes, p. 674; Précis, 37 et 41). M. J. n'y entend que des 
différences de quantité et distingue un u long dans amuse, un m demi-long dans 
amuser et un u bref dans pu, lutte, lune, sur la terre. Ensuite pour w il se con- 
tente de deux longueurs (u long dans tour et u bref dans tout, toute, pousse = 
pouce) . 

Pour les autres voyelles, M. J. se rapproche, dans une certaine mesure, des 
données françaises. Ainsi dans e et œ, il distingue bien trois timbres pour 
chacune des voyelles aussi bien que M. Rousselot, mais la description et les 
exemples qu'il donne, surtout pour le timbre moyen et grave, montrent le 
peu de certitude qu'il a dans son classement. Ainsi il met dans la catégorie de 
Ve grave (=: très ouvert), les mots suivants : fête, fer = faire et dette, perdent^ 
messe etc. et n'y voit de nouveau d'autre différence que celle de quantité Qéte... 
long, dette... bref, voir p. 118, 119, Manuel, p. 147); le son serait essentielle- 
ment pareil pour les deux é(«der Laut ist im wesentlichen gleich ob lang oder 
kurz », p. 118), l'articulation le serait aussi, preuve la formule qu'il ajoute 
p. 119. Cependant les expériences montrent que Vedeféte et celui de dette dif- 
fèrent sérieusement, le premier s'articulant plus en arrière et donnant par con- 
séquent un son plus grave que le dernier qui se place entre Ve grave etl'e aigu, 
d'où son nom : e moyen. En effet, on ne peut pas les confondre si on les entend 
de la bouche d'un Parisien. — On peut deviner ce qui a séduit M. J., aussi bien 
que M. Passy, pour réunir ces deux sons dans une seule catégorie ; c'est 
que ces deux e ont la même valeur significative ; on peut les retrouver dans le 
même mot, suivant que celui-ci est tonique ou atone : ainsi e dans Seine peut 
être grave (= ouvert) et long, s'il est accentué, et devenir moyen et bref, s'il 
perd son accent, sans que la signification du mot en ait souffert. Mais ce n'est pas 
à ce point de vue, c'est-à-dire au point de vue des phonèmes, que M. J. étudie les 
sons français dans son livre, il s'intéresse à toutes les nuances qu'il peut saisir ; par 
exemple, il admet aussi l'existence d'un e moyen en français, mais il voudrait — 



COMPTES RENDUS 201 

assez arbitrairement — le limiter aux syllabes atones. — Jetons maintenant un 
coup d'œil sur les exemples qu'il donne pour IV moyen, p. 1 16, Manuel, p. 144. 
Ce sont : maison, aime, médecin, puis les, mes, tes dans la combinaison telle que 
les Jwmnus, etc. Pour ces e dans lessyllabes atones, — ajoute M. J. — la pronon- 
ciation varierait beaucoup : on entendrait tantôt un e entièrement ou presque 
fermé, tantôt un son voisin d'un e ouvert ou bien un e ouvert lui-même. Mais 
parmi ces six exemples, il n'y en a qu'un seul qui soit réellement bon ; c'est 
médecin. L'e du mot aimer peut être moyen ou aigu. Dans la prononciation 
normale des quatre autres exemples on entend un e aigu (= fermé), v. Précis, 
p. 148 et 145. Quant aux variations du timbre, elles sont réelles pour les, mes, 
tes qui, à côté de la prononciation normale avec un e aigu, en ont encore une 
autre, artificielle, dans la déclamation et le style soutenu (e grave). Mais ce 
ne sont pas là des variations fortuites, ainsi que l'on pourrait le croire d'après les 
paroles de M. J., mais liées à des circonstances déterminées. Le seul timbreoù 
les exemples sont bien choisis, est celui de Ve aigu si l'on excepte toutefois 
résine qui a un « moyen. 

Ce sont à peu près les mêmes obser\'ations qui sont à faire à propos des 
autres voyelles. Ainsi pour œ grave (= ouvert), on aurait le même timbre dans 
peur, netive, œil et seul, neuf, peuple, sauf que les trois premiers exemples seraient 
longs, les trois derniers brefs (p. 119, Manuel, 148). En réalité il y a là de 
nouveau une différenee articulatoire et acoustique, v. Précis, p. 35 et 36, ce 
qui fait que les trois premiers tv sont graves, les trois derniers seulement moyens. 
Ce timbre intermédiaire (œ moyen), M. J. le connaît aussi, mais il ne le trouve 
que dans Ve dit muet, qui comporte réellement beaucoup de variations. — 
Il y a aussi quelques mots à dire à propos du petit œ qui se fait entendre à la 
fin de la phrase dans les mots écrits avec un e final et même dans ceux sans 
cet e. M. J. attribue son apparition ou son absence à des circonstances fortuites 
« par exemple à la provision d'air dans les poumons de la personne qui parle 
etc. », p. 117, Manuel, 145. Non, ce phénomène n'est pas fortuit, mais tient 
tout simplement à la fermeté de la prononciation française qui frappe les étran- 
gers, surtout ceux de langue germanique. C'est elle qui fait nettement entendre 
la fin de l'occlusion ou de la constriction des finales, et c'est également elle 
qui contribue à la production de ce petit œ final, du moment qu'on appuie un 
peu sur la dernière syllabe, ce qui arrive régulièrement à la fin des phrases 
aussi bien qu'à l'intérieur, devant une pause. — Les exemples pour Vœ aigu 
(=: fermé) long dans creuse, Ijonteuse, etc. sont bons. Quant à voiu, peu, que l'auteur 
fait brefs, le premier est toujours long, le second est aigu et long, s'il est 
tonique, par exemple : Il s'en faut de peu ; bref et moyen quand il est atone : 
Il est peu charitable. 

L'o français n'aurait que deux variétés : i°o grave (=: fermé), long dans rose et 
bref (?) dans^M = pot, faux = faut; 2° aigu (=: ouvert), avec trois nuances 
distinctes aussi parleur articulation : a) tonique long dans /or/, loge; b) tonique 
bref dans comme, botte; c) atone et bref dans tw«w«n/, v. p. 122-124, M'^- 



202 COMPTES RENDUS 

nuel, p. 153-155. En somme, M. J. compte alors quatre différents et se rap- 
proche ainsi de la classification de M. Rousselot, d'autant plus que les diffé- 
rences entre \'o de comme et celui de comment sont valables seulement par la pro- 
nonciation vulgaire et non pour la normale, dans laquelle ces derniers deux 
peuvent être réunis sous une même nuance, celle de Vo moyen. Toutefois un 
désaccord subsiste entre les deux phonéticiens: 1° M. J. entend le même 
dans /or/ et loge, pour M. Rousselot, ce sont deux différents, celui de Jort est 
clair (ouvert), celui de loge seulement moyen ; v. Précis, p. 131 et 128 ; 2° 
M. J. place le point d'articulation des sous la partie postérieure du palais mou, 
M. Rousselot sous la partie antérieure (comparer les chiffres. Principes, p. 647-8) ; 
30 d'après M. J., l'o moyen de botte, comme, comment serait plus en avant que 
Vo defort, tandis que M. Rousselot place le premier entre l'o aigu (= ouvert) 
et l'o grave (== fermé). 

Enfin pour a, il suffira de dire que M . J. ignore la nuance claire (= ouverte), 
contenue dans les mots tels que : art, qui du reste est aussi ignoré en France 
hors Paris, et il la confond avec l'a moyen de patte, travail, v. p. 127, Manuel, 
158 et Précis, p. 130, 118 et 139. Les exemples pour l'a grave (:= fermé): pas 
(bref), passe (long) sont mieux choisis. M. J. aurait bien pu y joindre encore 
carreau, larron où il croit entendre, avec M. P. Passy {Les sons du français, 
p. 90), un son intermédiaire entre celui dans pas et patte (p. 1 27). Ces mots 
se prononcent à Paris avec un a grave. 

Quant aux voyelles nasales, les explications de M. J. sont plus justes. A pro- 
pos de l'o nasal, M. J. dit que ce son « paraît souvent formé avec une distance 
plus petite entre la latngue et le palais que l'o ouvert non nasal », p. 124, Ma- 
nuel, 155. Un rapprochement plus grand des mâchoires est sûr, v. Principes 
et Précis, p. 43 et 46. Mais il est contestable 1° que l'o nasal « sonne presque 
souvent comme l'o nasalisé de beau » ; 2° que son articulation se fasse sous la par- 
tie postérieure du palais mou, près de la luette. 

Peu plausible est aussi l'explication qu'il donne ' de ce fait que les nasales 
françaises font, dit-il, sur les Allemands du Nord l'impression d'une voyelle 
suivie de w vélaire, et qui serait dû à l'abaissement très considérable du voile du 
palais qui se rapprocherait ainsi davantage de la langue et par là de la position 
exigée pourn postérieure. — Cette explication ne tient pas suffisamment compte 
de l'essentiel, c'est-à-dire du point d'articulation de cette n. Ce point se trouve 
sur la partie antérieure du palais mou à savoir à l'endroit où l'abaissement est 
le moins sensible et où le rapprochement se produit surtout grâce à l'élévation 
de la langue. C'est justement l'endroit où on peut encore assez aisément opérer 
avec le palais artificiel. Or, pour e et œ, on peut difficilement parler d'un rap- 
prochement entre le dos de la langue et le voile du palais, la masse de la 
langue se portant en avant, et pour à et ô la distance entre les parties articu- 

I. Comparez Stoïlu, Eiiglische philologie, p. 60. 



I 



COMPTES RENDUS 203 

lantes reste encore trop considérable pour que l'effet supposé par M. J. puisse 
se produire. On peut aisément se rendre compte du fait par la vue même en 
éclairant suffisamment la cavité buccale pendant la prononciation des voyelles 
françaises nasales. Par conséquent, l'explication de l'effet acoustique de ces 
voyelles sur une oreille allemande sera 'à chercher ailleurs, c'est-à-dire dans le 
fait commun qui est le suivant : les étrangers qui ne possèdent pas les voyelles 
nasales, assimilent tout simplement ces sons nouveaux pour eux à ceux de 
leur propre langue. Or, les voyelles allemandes suivies d'un n vélaire sont 
fortement nasalisées, par conséquent leur rapprochement avec les nasales fran- 
çaises est tout naturel. Puis les Français du Midi où la prononciation : voyelle 
+ n postérieure au lieu des nasales pures est bien vivante même chez les gens 
cultivés, et qui vont en Allemagne comme maîtres de langue française, ont 
bien pu contribuer à accréditer cette erreur aussi bien que la tradition scolaire 
conservant encore des souvenirs de l'époque (xviie siècle) où même dans le 
Nord de la France on prononçait les voyelles nasales avec un n vélaire ; voir 
M. Rousselot, Dictionnaire de la prononciation française, p. 177 de la Revue de 
Phonétique, 191 1. 

C'est non seulement dans la description des sons, mais aussi dans celle des 
organes phonateurs qu'il y a des imprécisions qui méritent d'être relevées. Ainsi, 
p. 57, Manuel, p. 69, sont mentionnés les ventricules de Morgagni « qui pro- 
curent de la place (Platz schaffen) aux vibrations des cordes vocales et qui 
forment aussi en prenant différentes formes, une cavité de résonance conve- 
nable pour chaque son qui doit être produit ». C'est possible, mais nous n'en 
savons rien. — D'après la p. 59, Manuel 71, le fonctionnement des cordes 
vocales consisterait dans des mouvements verticaux (Auf- und Abbewegungen 
der Stimmbànder), tandis qu'on est plutôt porté à croire que ce sont les mou- 
vements horizontaux qui prévalent, et que les deux cordes agissent à la façon 
des sifflets munis de lèvres pouvant s'écarter et se rapprocher sous l'action des 
poussées d'air, voir W. Nagel, Physiologie der Stimmwerkieuge, p. 735 etsuiv. ; 
H. Gutzmann, Physiologie der Stimme und Sprache, p. îi-32 ; Musehold, Allgé- 
meine Akustik und Mechanik des menschlichen Stimmorgans, p. 121. La com- 
paraison des cordes vocales avec celles du violon ou du piano, ou enfin avec 
les lames d'une trompette d'enfant, même sous les réser\'es que fait M. J., est 
inexacte et susceptible d'égarer les lecteurs auxquels s'adresse le livre. 

Quant aux tons perceptibles par l'oreille humaine, p. 61, Manuel, p. 72, 
M. J. donne de 24.000 jusqu'à 38.000 V. D. La question est toujours à 
l'étude. Avec les diapasons, on arrive à une moyenne de 20.000; avec des 
sifflets cette limite est largement dépassée. M. J. n'indique pas la méthode à 
laquelle il se réfère. 

En parlant de 1'/; française, p, j^. Manuel, p. 95, M. J. prétend que la liaison: 
lei ariko au lieu de le-ariko serait entrée d'une façon générale même dansla pro- 
nonciation des gens cultivés. C'est une assertion que je ne peux pas confirmer, 
et même au restaurant, de la bouche des bonnes, je n'entends autrement 
qu' « un plat aux \ haricots verts ou avec des \ haricots verts ». 



204 COMPTES RENDUS 

En ce qui concerne la terminologie « behaucht » pour les occlusives sourdes 
allemandes et anglaises, et « beblasen » pour les danoises, p. 86, Manuel, 
p. 105-6, c'est à mon avis une complication inutile, et cela d'autant plus que 
des précisions sur les degrés de l'ouverture de la glotte manquent. Il vaut 
mieux s'en tenir aux vieux termes « aspiré » et « fortement aspiré » qui sont 
suffisamment clairs et généralement connus. 

P. 87-8, Manuel, 106, dans les occlusives françaises sourdes, suivies d'une 
voyelle, la voix se ferait entendre immédiatement après l'ouverture (Sprengung) 
de l'occlusion, et l'ouverture de la bouche et le commencement de la voix s'y 
produiraient simultanément avec la précision qui accompagne un com- 
mandement militaire. L'étude des tracés des occlusives en question remet les 
choses au point en montrant que cette simultanéité est possible, mais qu'elle 
n'est pas du tout militaire, mais plutôt — pour rester dans l'ordre d'idées de 
M. J. — un peu « vétérane », puisque les cordes vocales peuvent entrer en 
vibration environ 1/2 — 2 centièmes de secondes et même davantage après le 
commencement de l'explosion, de sorte que la partie sourde peut quelquefois, 
très exceptionnellement, se rapprocher de la durée de l'aspiration allemande, 
V. Principes, p. 454, sans toutefois donner la même impression (du souffle 
allemand) . Cela se conçoit aisément grâce à la différence dans l'articulation 
des deux langues, la glotte étant ouverte pour les occlusives sourdes allemandes 
et fermée pour les françaises, empêchant pour les dernières toute sortie de l'air 
des poumons pendant l'occlusion et la partie sourde de l'explosion, et excluant 
par là aussi le développement du bruit caractéristique à l'explosion allemande. 

P. 88, les occlusives allemandes initiales telles que dans bitte, dann, geh, 
seraient demi-sonores. Il aurait été utile d'ajouter dans la prononciation alle- 
mande du Nord. 

Après avoir rappelé dans son résumé, p. 89 que, dans les langues analysées, 
il faut compter six classes d'occlusives (Ma?ïMe/, p. m, cinq): 1° tenues forte- 
ment aspirées; 2° tenues aspirées; 3° tenues pures; 4° mediae sourdes ; 5° 
mediae demi-sonores ; 6° mediae sonores, M. J. dit que, pour distinguer des 
mots, chacune de ces langues se contente seulement de deux classes, c'est-à- 
dire de celles qui diffèrent fortement l'une de l'autre; ainsi par exemple, l'alle- 
mand et l'anglais aurait la 2^ et la 5e... Il serait plus exact de dire que l'alle- 
mand et l'anglais possèdent quatre classes les 2^, 4e, 5e, 6^, mais que pour dis- 
tinguer les mots, les trois dernières ne font qu'une seule catégorie qui s'op- 
pose à celle qui est représentée par le chiffre 2. 

Enfin, quanta la différence entre les consonnes et les voyelles, M. J. ne la 
considère pas comme fondamentale et, pour l'établir, il combine deux élé- 
ments : l'un physiologique (le degré d'ouverture des organes articulateurs), 
et l'autre acoustique (le bruit de frottement). La limite serait là où une aspira- 
tion égale, naturelle, calme, cesse de produire un bruit nettement perceptible, 
provenant du frottement, p. 97-8, Manuel, p. 148. Mes expériences avec le 
palais artificiel me font croire que cette différence est moins conventionnelle 



COMPTES RENDUS 205 

que M. J. ne le supf>ose. Car pour les voyelles, le renforcement de la pronon- 
ciation amène une diminution du contact sur le palais ce qui correspond à un 
élargissement du canal buccal'. Pour les consonnes, c'est le contraire qui se 
produit : un agrandissement du contact sur le palais et par là un rétrécisse- 
ment du canal, en d'autres termes, les voyelles ont la tendance de faire ouvrir 
la bouche, les consonnes de la resserrer, constatation qui a déjà été faite par 
Techmer (Jiiternationale leitschrift fïir allgemeim sprachavissenscJjaft ï, 1884, 
p. 148 et suiv. : « mundôffner » et « mundschlieszer »), M. Bogoroditzki (Phy- 
siologie de la prononciation œmmune russe, p. 4 et suiv.) et d'autres. Il n'y a qu'une 
consonne qui semble faire exception : c'est Vh sonore et sourde, puisque, pour la 
prononciation forte, il n'y a pas de resserrement sensible du canal buccal, la bouche 
prenant d'avance toujours la position de la voyelle qui suit, fait qui a amené 
quelques phonéticiens à ranger ce son parmi les voyelles. Mais la contradiction 
est plutôt apparente que réelle, le point d'articulation ne se trouvant pas dans la 
cavité buccale, mais dans la glotte qui est moins resserrée pour h que pour les 
voyelles; v. M. Meyer, Stimmhaftes h, dans die Keueren Sprachen, 1900-1901. 
Par conséquent le caractère consonantique de Vh n'est pas douteux. — En outre, 
l'aspect, sur les tracés, des vibrations laryngiennes de mon h, ressemblant à 
celui des autres consonnes sonores, me fait croire que même pour ces der- 
nières la glotte serait plus ouverte que pour les voyelles et nous offrirait ainsi 
le second élément distinctif. 

Après avoir ainsi décrit les sons du langage et leurs éléments constitutifs, 
l'auteur en arrive au discours suivi. Tout d'abord, p. 128, Manuel, p. 161, il 
s'occupe des passages (Ab- und Abglitte) entre les sons. Ces passages n'auraient 
a sauf des exceptions fort rares, aucun intérêt pratique ; car ils se produisent 
si vite que l'oreille n'en est pas particulièrement impressionnée ». Parmi ces 
cas exceptionnels figurent les explosions qui cependant ne sont pas rares du 
tout. En outre vouloir nier tout intérêt pratique aux passages qui donnent sou- 
vent naissance à des sons nouveaux et indépendants, c'est sûrement exagéré. 
Voir aussi à cet égard la remarque de M. Meyer, Die Neueren Sprachen 
XIV, 1906-7, p. 305. 

P. 130, Manuel 163, l'assibilation par exemple de k en ê, est définie comme 
développement de la détente de la consonne (Abglitt) en un son indépendant. 
Toutefois ce n'est pas la détente qui est ici en jeu, mais la tenue (= occlusion) 
qui se relâche et modifie par là aussi la détente. En second lieu, ce n'est pas 
un son indépendant qui s'y développe, puisque £ sorti de k continue à être 
senti comme un son unique. 

I. Cette assertion surprendra peut-être, car en renforçant, un 1 par exemple, on 
peut rapprocher la langue du palais. Mais alors on change le timbre. Pour rester dans 
les données du problème, il faut renforcer la voyelle sans modifier le timbre. Cela est 
difficile, sans doute ; mais pour l'avoir expérimenté sur toutes mes voyelles au palais 
artificiel, je sais que c'est possible. 



206 COMPTES RENDUS 

Dans le chapitre sur l'assimilation, p. 134, Manuel, p. 169, / assourdi sous 
l'influence de la consonne suivante est transcrit par -e : -età pri (je t'en prie), 
■esïui (je suis), notation qui n'est pas à recommander, étant capable d'égarer 
le lecteur : car sous l'influence du signe 4, celui-là est tenté d'employer une 
forte au lieu de la douce usitée dans la prononciation réelle, v. M. Rousselot, 
Dictionnaire de la prononciation française, p. 159 et suiv. de la Revue de Pho- 
nétique 1912. Plus grave est encore de vouloir transcrire feuilleter par fœçté, 
l'assimilai ion n'étant ici que partielle. Cette transcription fautive est tirée de 
la communication de M. Havet-Ballu M. S. L. II, 219, qui, à côté de 
choses justes contient aussi quelques exagérations, si l'on en juge d'après les 
expériences récentes faites sur des Parisiens. 

P. 153, Manuel, p. 198, la coupe forte (fester Anschlusz, stark geschnittener 
Akzent) serait déterminée par une consonne coupant la voyelle au moment 
de sa plus grande force . Les expériences montrent qu'à ce moment la voyelle 
est en effet forte, mais non pas la plus forte. 

A la même page et Manuel,^. 197, l'explication des consonnes doubles par un 
« abaissement de la sonorité (rrr intensité) suivi d'un renforcement pendant que 
consonne dure encore » n'est pas heureuse. Le cas est plus compliqué qu'il ne 
semble à l'auteur. Ce n'est pas seulement la sonorité qui est en cause, ni la pres- 
sion respiratoire toute seule, mais aussi et surtout la force articulatoire. Voir 
M. Rousselot, Dictionnaire de la prononciation française, p. 57 et suiv. de la 
Revue 191 3, où l'on trouvera également ce qu'on doit penser des diphtongues 
que M. J. voit dans pied, nuit, w/oî (comparer p. 159-160, Manuel, p. 206). 

Quant à la durée, il est tout naturel qu'on ne puisse pas chercher beaucoup 
de précision dans un livre de phonétique auditive, et il serait déplacé de vou- 
loir chicaner l'auteur à ce propos. Toutefois, il est indispensable de mettre au 
point quelques-unes de ses observations. Ainsi p. 129, Manuel, 162, la durée 
d'un son correspondrait au temps pendant lequel les organes tiennent la posi- 
tion. D'après ce passage, M. J. fait abstraction des sons transitoires (glides)qui 
se produisent pendant que les organes passent d'une position à une autre. Mais 
p. 137, Manuel, p. 173, il dit : « Un son dure depuis sa tension (Anglitt) jusqu'à 
sa détente (Abglitt). » Or ici, il tient compte des passages et je crois aussi que 
cette fois il a raison et que, par conséquent, il faudra rectifier un peu ce qu'il 
dit sur la durée des occlusives, p. 129. Si l'on ne peut pas contester que la 
chose commune à toutes les occlusives est l'occlusion, cela ne veut pas dire 
que c'est seulement celle-là, c'est-à-dire la pause qui doit représenter la durée 
d'un p ou d'un t long. Là où il y a une explosion — et c'est dans la majorité 
des cas — il faut en tenir compte aussi dans les mesures de la durée. 

Toutefois si l'idée exprimée p. 157 paraît plus juste que celle de la p. 129, il 
n'est pas moins vrai qu'elle reste dans le vague. Elle ne dit pas s'il faut compter 
la durée d'un son depuis le commencement de la tension jusqu'à la fin ou seu- 
lement jusqu'au commencement de la détente ou bien inversement. Il en est 



COMPTES RENDUS 207 

de même pour la durée des svllabes qui est calculée depuis la tension du pre- 
mier son jusqu'à la détente du dernier (/. c). Puisque, comme le sait aussi 
M. J., pendant la détente d'un son se prépare ordinairement la tension du 
suivant, si l'on se décide à englober les deux passages (tension + détente) dans 
une même syllabe, on compte ainsi chaque passage deux fois : d'abord pour la 
syllabe précédente, ensuite pour la suivante, ce qui est en contradiction avec 
la façon dont nous percevons les sons. Ou bien si l'on fait abstraction des pas- 
sages, il y aura des parties intermédiaires fort nombreuses qui ne seront pas 
mesurées. 

Je n'insiste plus sur ce qu'il y a de vague dans les indications sur la durée 
et j'en arrive à une autre question qui est plus intéressante, celle de la syl- 
labe. M. J. conserve à cet égard son point de vue exprimé dans le Manuel, 
p. i86 et suiv., car il continue à considérer la sonorité comme le principe 
essentiel de la syllabation — et il faut le dire tout de suite — en le simplifiant 
un peu trop : parmi les sourdes il n'y aurait que des différences minimes de 
sonorité (p. 145, Manuel, 186), voilà pourquoi elles sont représentées seule- 
ment par une seule valeur (v. à ce propos aussi l'observation de M. Meyer, Die 
Neueren Sprachen XIV, 1906-7, p. 306). M. J. n'a recours au principe de la 
pression que là où les différences de sonorité lui deviennent moins évidentes, 
c'est-à-dire là où deux sons pareils se touchent, et il résume son point de 
vue, p. 155, Manuel, p. 201 : « C'est la sonorité ascendante et descendante qui 
nous amène à séparer le courant du langage en syllabes. » « L'intensité de la 
voix (= pression) ne joue à cet égard qu'un rôle secondaire : elle est quelque 
chose de ce qui détermine la sonorité et devient le principe séparant les 
syllabes seulement là où tout le reste est pareil. » Outre que ce passage ne se 
distingue pas par trop de clarté, M. J. a tort de ne pas voir le rapport intime 
qui existe entre le principe de sonorité et celui de pression, qui cependant il y 
a deux ans a été si bien mis en évidence par M. Roudet dans ses Eléments de 
phonétique générale, p. 182-187. 

C'est justement parce qu'il ne se rend pas assez compte du principe de 
pression qu'il éprouve des difficultés à expliquer, p. 150, Manuel, 194, pourquoi 
le groupe te, ta, io est une fois compris comme une syllabe, une autre fois — 
surtout après des groupes consonantiques comme dans Cimhria, prière — 
comme deux. Il veut en voir la cause dans les différences de la sonorité de l'en- 
tourage, car « il est établi (es gilt) qu'un son qui suit un autre son moinssonore, 
peut être compris comme sommet » (= centre d'une syllabe) « même dans le 
cas où il est immédiatement suivi d'un autre son plus sonore, en d'autres 
termes, il est entendu déjà comme sommet avant que le son suivant vienne ». 
Mais pourquoi il est entendu comme sommet dans un cas et non pas dans 
l'autre, c'est ce que M. J. ne nous dit pas. 

On peut ne pas être tout à fait d'accord sur ce qu'il dit, p. 153, Manuel, 
p. 198: dans les mots « tels que komme, batte, harte, feste, singe, il est abso- 
lument impossible de montrer un point déterminé et de dire : voici la fin de la 



208 COMPTES RENDUS 

première syllabe et voici le commencement de l'autre... » Discuter sur la 
limite des syllabes serait « aussi oiseux que de chercher dans une vallée, dans 
la nature, une limite déterminée entre deux montagnes ». En se servant de la 
même image, M. Meyer (Die Neueren Sprachen XIV, 1906-7, p. 307), lui a 
répondu : « Eh bien, un ruisseau parcourant la vallée, indiquera cette limite 
avec une certitude suffisante. » — Il est vrai que le problème n'est pas facile, 
surtout pour la phonétique purement auditive, mais on a le droit d'espérer que 
la méthode expérimentale qui sait bien déterminer le corps des sons, les pas- 
sages, et à mon avis aussi les cas de syllabaiion simples, aura plus de chance 
pour le résoudre. 

N'est pas tout à fait exact ce que M. J. dit sur le groupement des sons dans 
les syllabes, p. 149, Manuel, p. 191 : « Les groupes rt, Ip, nk qu'on ne trouve 
pas au commencement d'une syllabe peuvent fort bien être employés à la fin », 
assertion qui se rencontre dans plusieurs manuels de phonétique et aussi dans 
celui de M. Roudet, et qui, juste pour les trois langues de Y Eîementarbuch de 
M. J., a été à tort généralisée pour toutes les autres. Ainsi ri et Ip peuvent 
fort bien commencer des syllabes en tchèque dans les mots tels que rty 
rr lèvres ou îpi =r (il) tient (à quelque chose), dans les deux il n'y a qu'une 
seule syllabe. Voir aussi à ce propos le travail de M. Frinta, Novoceskd vyslovnost 
(prononciation du tchèque moderne), p. 92. Toutefois les consonnes en ques- 
tion ne sont pas sourdes ni assourdies, mais au contraire bien sonores et bien 
articulées comme les r et les l tchèques en général. On peut surtout bien le 
voir pour r qui, dans le cas en question, peut avoir un ou deux battements et 
peut être prononcée avec différents degrés de force sans détruire l'unité sylla- 
biquede rty. Ainsi la phrase prudente de M. J. : « Si dans différentes langues 
on trouve des règles différentes sur l'aptitude d'une consonne à former des 
groupes au commencement d'une syllabe, on a le droit de supposer que der- 
rière les mêmes lettres se cache une prononciation différente » ne sauve pas sa 
théorie. Ce qui rend possible ce groupement en tchèque, ce n'est pas une 
prononciation différente, mais tout simplement une différence d'acuité et d'in- 
tensité de ces / et r par rapport aux autres sons de la même syllable : / et r 
sont émises sur une note relativement grave et moins intense par rapport à la 
voyelle suivante qui, grâce à son acuité et intensité plus grandes, continue 
tout de même à dominer sur des sons bien sonores séparés d'elle par une con- 
sonne sourde et à les réunir dans une même syllabe '. 

I . Ce fait m'explique pourquoi le son vocalique qui suit Vr finale en tchèque 
par exemple dans var, de même en français dans car, et aussi dans d'autres 
langues, ne contribue pas — malgré sa durée souvent assez considérable — à 
former le centre d'une syllabe nouvelle : Le ton, aussi bien que l'intensité 
baissent considérablement par rapport à la voyelle qui précède. Il en est de 
même pour les petits œ faibles qui se produisent, comme nous l'avons déjà 
dit, après les consonnes françaises finales devant une pause. 

De même, il y a des groupes consonantiques en tchèque contenant une 



COMPTES RENDUS 209 

Enfin, il me resterait encore à parler d'une dernière question, à savoir si le 
mot est une unité phonétique ou non. Mais comme la chose a été suffisam- 
ment éclaircie par M. Roudet, Éléments de phonétique générale, p. 259-260, je 
me contente d'y renvoyer . 

Après avoir critiqué la nouvelle édition du Manuel de M. J., je devrais rele- 
ver aussi ses mérites. Je n'ai garde de les contester. Mais, comme ils sont uni- 
versellement connus, il est peut-être inutile d'y insister davantage. 

Jos. Chlumsk'Ç'. 

Otto Jespersen. — Lehrbuch der Phonetik, 2* édition, 191 3, Leipzig, Teub- 
ner, 260 pages in-S» -|- 2 tables. Prix : 5 m. 20. 

Ce n'est qu'après avoir rédigé mon compte rendu sur V Elententarbuch du 
même auteur que j'ai reçu la seconde édition du Manuel (Lehrbuch) . En par- 
courant ce dernier livre je vois que les observations publiées plus haut s'appli- 
quent aussi à la nouvelle édition complète et que je n'ai que quelques remarques 
à ajouter. Les voici : 

P . 80, en note, M. J. reste convaincu que pour le sted danois la glotte doit 
se fermer entièrement, et se méfie des tracés de sa propre prononciation publiés 
dans les Principes p. 875, sans toutefois donner une raison quelconque pour 
iustifier son opinion. Cependant il ne contesterait pas que pour les autres 
occlusives la fermeture du canal buccal peut être plus ou moins solide, que par 
exemple un d peut oflfrir sur le tracé buccal non seulement une ligne unie 
(= occlusion complète), mais aussi souvent des petites vibrations (= occlu- 
sion relâchée), sans que l'oreille soit sensiblement frappée de la différence. Ce 
qui se rencontre pour les occlusives en général, peut se présenter aussi pour 
les occlusives laryngiennes dont le stffd n'est qu'une variété . 

La page 166 apporte une modification intéressante de l'opinion de M. J. 
sur la valeur des sons transitoires (glides). Tandis que dans la première édition, 
p. 161, aussi bien que récemment dans son Elementarbuch, p. 128, l'auteur 
ne voulait accorder à ces sons « aucun intérêt pratique », dans le nouveau 
Manuel il écrit : « Ces sons transitoires ont, à quelques exceptions près, très 
peu d'intérêt pratique ». Donc cependant une concession. 

Je passe l'appréciation un peu singulière des expériences de M. Rousselot 
sur la sonorité p. 192 — les Éléments de Phonétique générale de M. Roudet, p. 220 
donnent des renseignements plus justes et plus compétents — et je veuxm'occu- 
per d'une autre question intéressante, traitée p. 116 et suiv. C'est le problème 
de l'intensité dans les syllabes. A ce propos M. J. dit qu' « une mesure objec- 

voyelle sombre (voir mon Essai de mesure dans la Reime de PJjonétique, 191 2, 
p. 258) qui toutefois ne devient pas le centre d'une syllabe nouvelle. Ainsi on a 
une telle voyelle entre t et m dans le mot tma (= ténèbres, obscurité), cepen- 
dant le mot est senti comme monosyllabe, puisque le son vocalique entre / et 
ni est grave, faible et bref. 



210 COMPTES RENDUS 

tive n'est pas réalisable ». Cette fois son jugement est plus catégorique que 
dans la première édition où la même phrase est accompagnée de la restriction sui- 
vante : ...« du moins avec nos appareils actuels». Pour appuyer son assertion, il 
renvoie à ses Grimdfragen, p. 133, livre qui est de 1904, et par conséquent un 
peu vieux. Je pense qu'il aurait mieux valu prendre des tracés, par exemple 
une transcription phonographique, pour satisfaire tout le monde, et les étudier. 
En choisissant le cas le plus simple, à savoir des mots contenant la même 
voyelle, M. J. y verrait que le rapport des amplitudes avec les durées des périodes 
est représenté par des chiffres plus élevés dans la syllable forte que dans la faible. 
Donc l'impression acoustique, subjective, des différences de l'intensité trouve 
son expression objective dans le tracé, ce qui permet la conclusion que la 
mesure objective de l'intensité est sûrement réalisable pour le cas en question 
c'est-à-dire pour les mots ou les phrases contenant partout la même voyelle . 
Voilà une chose acquise que personne ne peut contester. Ce qui reste à solu- 
tionner, c'est la question de l'intensité dans des mots ayant des voyelles diffé- 
rentes. Mais même là il y a une méthode proposée par M. Rousselot et utilisée 
par M. G. Lote dans sa thèse L'alexandrin fiançais d'après la phonétique expéri- 
mentale et qui paraît avoir donné des résultats satisfaisants, de sorte que l'étude 
de l'accent de l'intensité est moins désespérée que M. J. ne le dit. Si toutefois 
il le croit, il s'abuse et il abuse aussi ses lecteurs voulant parler avec compétence 
d'un domaine qui n'est pas le sien. 

P. 118, M. J. expose de nouveau la théorie de M. Forchhammer, relative à 
l'intensité. Ce dernier, se basant sur l'observation du langage des sourds-muets 
et du sien, suppose que l'intensité dépend essentiellement du rétrécissement de 
la glotte. Plus les cordes sont rapprochées, plus la dépense d'air est petite et 
plus la voix est forte, et inversement. 

Après avoir ainsi exposé la théorie de son compatriote, M. J. adopte celle 
de M. van Ginneken (Principes de Linguistique physiologique, 292) qui cherche 
à concilier les deux doctrines, celle qui voit l'intensité dans l'augmentation 
de la dépense d'air, et celle qui la fait dépendre du rétrécissement de la glotte : 
le dernier phénomène aurait lieu dans les voyelles accentuées, le premier 
(augmentation de la dépense d'air) dans les consonnes des syllabes toniques. 
La seule modification que M. J. y apporte, c'est qu'il étend l'intensité « glot- 
tale » aussi aux consonnes sonores : chez ces dernières, sous l'accent, il se 
produirait un rétrécissement analogue à celui qui est supposé pour les voyelles 
toniques. 

C'est en effet une théorie séduisante qui attend seulement sa confirmation de 
la méthode expérimentale. 

P. 226, à propos des rapports de la hauteur musicale et de l'intensité, après 
avoir relevé que pour la plupart des langues, l'augmentation de l'intensité est 
ordinairement accompagnée d'un ton plus haut, M. J. insiste avec raison sur le 
fait que ce parallélisme n'est pas nécessaire et il ajoute : « Une circonstance 
qui rend énormément difficile tout ce problème (die ganze Behandlung dièses 



COMPTES RENDUS 211 

gegenstandes), c'est le fait relevé d'abord par M. Sievers, à savoir que la plupart 
des dialectes allemands du Sud ont souvent le ton grave là où les parlers alle- 
mands du Nord mettent le ton aigu ». 

A mon avis, les deux choses mentionnées ne sont pas si difficiles à conci- 
lier. Pendant mes études à Strasbourg et à Berlin, j'ai eu assez d'occasion pour 
comparer les deux sortes d'intonation et comme beaucoup d'autres, j'ai été 
vivement frappé de la mélodie du langage des Allemands du Sud, qui en effet 
est si différente de celle du Nord et aussi de celle de ma propre langue. Il me 
sonne encore à l'oreille cette phrase que nous entendions tous les jours de la 
bouche du surveillant de la Bibliothèque du séminaire roman de la faculté des 
Lettres de Strasbourg, phrase qui nous annonçait l'heure de la fermeture : 

na rs son 

Mî- He- zist Tsi't 

La mélodie du Nord donnerait le contrepied de celle que je \'iens d'indiquei 
grossièrement ici. Elle serait à peu près comme ceci : Mae- Hem ist Tsaet. 

na ez son 

En imitant et en reproduisant la mélodie du Sud, je constatais toujours que 
les notes graves de la dernière me demandaient un effort plus grand que les 
aiguës. Un effort analogue, je l'éprouvais pour les syllabes fortes et aiguës du 
langage du Nord. Mais aucun effort sensible pour les syllables faibles des deux 
sortes de parlers. En outre, j'ai pu me rendre compte que les mêmes syllabes 
faibles atteignaient à peu près la même hauteur dans les deux mélodies de 
sorte que, pour les deux parlers, on pourrait reproduire la même phrase 
grosso modo ainsi : 

Mae- Hem (e)zist Tsaei 

na (-rs) son 

Mî- He- zist Tsi>i 

Les syllabes faibles des deux parlers correspondent sensiblement à la posi- 
tion la plus commode, la moins fatigante des cordes vocales = médium de 
la voix. Du moment que l'on s'écarte de cette position dans l'un ou l'autre 
sens, vers le haut ou vers le bas, l'effort s'accroît et l'intensité se fait sen- 
tir. 

Ce rapprochement m'explique dans une certaine mesure pourquoi dans les 
phrases interrogatives, le renversement de la mélodie n'amène pas un renver- 
sement de l'intensité. Pour corroborer ces idées, j'espère pouvoir bientôt 
apporter des données expérimentales tout à fait précises. 

Jos. Chlumsky 

Laura Soames. — Introduction to engUsch, french and german Phonetics with 
reading Lessons and Exercises. Third Edition, revised and partly rewritten 
by W. ViËTOR, 267 pages in-S», Londres, Macmilian, 191 3. Prix : 6 sh. net. 



212 COMPTES RENDUS 

Une nouvelle édition du livre de M™c Soames témoigne de la popularité 
dont jouit ce travail près du public anglais et surtout étranger, popularité 
à laquelle n'est pas étranger le bienveillant compte rendu de M. Storm 
(Englische Philologie, p. 446). L'intérêt du livre réside surtout dans la partie 
consacrée à la langue maternelle de l'auteur. Car si, pour le français et l'alle- 
mand, M™e Soames a suivi MM. Passy et Viëtor, la partie anglaise est plus 
indépendante et contient d'intéressantes observations personnelles. Le tout est 
présenté sans aucune prétention et vise avant tout le côté pratique. C'est à ce 
point de vue que le livre de M^e Soames pourra toujours rendre des services. 

L'exposé se termine par des textes reproduits dans la notation de M. Passy, 
introduite dans le livre par M. Viëtor qui a pris le soin de le rééditer et qui 
s'en est acquitté avec beaucoup de tact en respectant scrupuleusement les idées 
de l'auteur, même là où il ne les approuvait pas. Comme exemple il suffit de 
citer la transcription vraiment vulgaire des textes français p. 257 : iw au lieii de 
sur, st ont (cet homme'), s^èU pas (ce ri'ètait), paskœ (parce que), prési\mà (préci- 
sément) etc. Cette transcription surprend d'autant plus que pour les textes 
anglais M™e Soames a toujours tâché de donner la bonne prononciation et que, 
parfois même cette tendance chez elle peut paraître un peu pédante. Voir aussi 
à cet égard la remarque de l'éditeur aussi bien que celle du phonéticien anglais 
M. Rippmann à la p. 257. Pour la notation -e parlé et quelques autres détails je 
renvoie au compte rendu des livres de M. Jespersen. 

Jos. Crlumsk^î. 

Laura Soames. — Soames Phonetic Method for Learning to read : The 
Teachers Manuel Part 1 : The sounds of English. Edited by W. Viëtor. Second 
Edition, revised, 90 pages in-80, Londres, Macmilian, 191 3, Prix : 2 sh. 6d. 

Laura Soames. — The Teachers Manuel, Part II : The Teachers Method with 
copious word Lists. Edited by W. Viëtor. Second Edition, revised and rew- 
riten. 117 pages in-80, Londres, Macmilian, 1913. Prix : 2 sh. 6 d. 

Ce sont là deux livres classiques, dont le premier est une édition abrégée et 
revue des chapitres correspondants de l'Introduction to Phonetics citée plus haut. 
Le second contient des notes sur la méthode à suivre pour apprendre aux 
enfants à lire et une copieuse liste de mots. Le dernier ouvrage est fort ins- 
tructif en ce qu'il montre les difficultés avec lesquelles se trouve aux prises un 
enfant anglais lorsqu'il apprend à lire. 

Jos. Chlumsky. 

Dr Albert Musehold. — Allgemeine Akustik und Mechanik des menschlichen 
Stimniorgans, in-S» 134 pages -\- 6 tables de photographies du larynx, chez 
Springer, Berlin, 10 Marks. 

L'auteur, connu par ses études sur le fonctionnement des cordes vocales, 
explique d'abord les notions générales relatives à la production du son, puis il 
passe aux instruments que l'on a le plus souvent comparés avec le larynx, c'est- 



COMPTES RENDUS 21 3 

à-dire les sifflets à fente et à lamelle, après cela il arrive à l'organe humain lui- 
même, à son mécanisme, à son fonctionnement, à ses sons et aux doctrines 
qui s'y rattachent. Enfin il expose ses expériences personnelles qui lui permet- 
tent la conclusion suivante : 

Pour la voix de poitrine, il n'y a pas lieu de parler de mouvements de bas 
en haut et inversement des cordes vocales (ein Auf- und Abwârtsschwingen 
kann durchaus nicht stattfinden) . Leur mouvement est essentiellement 
horizontal, composé de fermetures et ouvertures successives de la glotte, et 
comportant la phase de la fermeture plus longue que celle de l'ouverture. Le 
mouvement vertical, dû à la pression du courant phonateur, n'est ici que 
secondaire. 

La voix de fausset offre un mécanisme un peu différent, la glotte y restant 
toujours ouverte et le son se produisant grâce au rétrécissement et à l'élargisse- 
ment du passage de l'air. C'est cette ouverture constante de la glotte qui aug- 
mente la dépense de l'air aussi bien que la tension et l'amincissement des bords 
des cordes vocales et qui permet ici mieux la combinaison du mouvement 
horizontal avec le mouvement vertical. 

Le fonctionnement des cordes dans les deux registres est comparable à celui 
des lèvres d'un joueur de clairon. M. Musehold a pu démontrer par la voie 
stroboscopique que, pour le son perçant (stoszend) des clairons, les lèvres se 
pressaient l'une contre l'autre, et qu'elles fermaient la fente comme les cordes 
pour la voix de poitrine. Par contre, pour le son mou, rempli de souffle, 
la fermeture complète n'a pas eu lieu. 

L'exposé lumineux de l'auteur est accompagné de 19 photographies bien 
réussies du larynx. Le livre se lit facilement et pourra intéresser non seule- 
ment les médecins auxquels il s'adresse, mais aussi tous ceux qui s'occupent de 
l'étude de la parole. 

Jos. Chlumsky. 



G. Panconxelli-Calzia : Ùber Sprachmelodie und den Itetitigen Stand der 
Forschungen auf diesem Gehiete, (= Sur la mélodie du langage et sur l'état actuel 
des recherches dans ce domaine). Conférence faite au xve Congrès néophilolo- 
gique à Francfort 191 2. Tirage à part de la Revue Die Keueren Sprachen, 
8 pages in-8°. 

Après avoir rappelé à ses auditeurs l'insuffisance de l'oreille dans les recher- 
ches sur la mélodie et .la nécessité de recourir à la phonétique expérimentale, 
l'auteur s'est occupé des deux points de vue, physiologique et physique, sous 
lesquels la hauteur musicale peut être envisagée . Le côté physiologique ou 
l'étude des mouvements des organes phonateurs (fonctionnement du larj-nx et 
des cavités superposées) a occupé peu de place. M. Calzia donne quelques 
indications rapides et se contente d'attirer l'attention sur l'emploi des rayons X 
et sur les photographies cinématographiques qu'il a obtenues suivant le procédé 



214 COMPTES RENDUS 

du Dr Levi-Dorn (Berlin). Il est à regretter que la conférence imprimée n'en 
apporte aucun spécimen •. 

M. Calzia a fait une plus large part à l'élément physique de la hauteur, à 
son enregistrement (au moyen de l'appareil inscripteur ou bien à l'aide de la 
combinaison de cet appareil et du phonographe ou enfin au moyen du phono- 
graphe seul) et aux procédés de mesure (celui des moyennes suivant lequel on 
cherche à abréger le travail en comptant les vibrations comprises dans une por- 
tion d'une seconde, et l'appareil de M . Meyer) . Chose curieuse, dans cette 
énumération, M. Calzia a oublié le procédé le plus important et le plus précis, 
à savoir l'emploi du microscope. A ce propos, aussi bien que pour l'appareil 
de M. Meyér, je renvoie à la Revue, 191 3, p. 37 et suiv. 

Ensuite M . Calzia arrive à l'explication des courbes mesurées, aux termes 
« ascendant », « descendant » qui lui déplaisent : « Ils n'indiquent que la 
marche de la courbe, tandis que ce qui importe avant tout c'est la place dans le 
registre de la voix (Stimmlage) » p. 592. Pour le démontrer, il cite les mots 
hottentots or«' (racheter) et orà (se cabrer) qui se distingueraient seulement (?) 
par leur place dans le registre de la voix, orè étant plus haut, 010 plus bas ; par 
conséquent, il serait plus juste de parler d'un ton aigu, moyen et grave (Hoch- 
Mittel- und Tiefton). — A cela il faut ajouter que : 1° cette observation ne 
rend pas inutiles les termes incriminés, la place du ton et sa marche étant deux 
choses différentes ; 2° que les termes « aigu », « moyen » et « grave » pour 
caractériser les tons se trouvent déjà dans les Principes, p . ici i . 

Après avoir encore effleuré la question du ton dans la racine, le mot et la 
phrase, M. Calzia indique quelques points utiles à étudier dont l'importance 
n'a pas échappé aux phonéticiens. Je n'insiste pas davantage, attendu qu'on 
ne peut pas demander à une conférence qui s'adresse au grand public, des pré- 
cisions scientifiques. 

Jos. Chlumsky. 

Panconcelli-Calzia, Zum Stand der Frage « Sprechmaschine und Schule ». 
Tir. à p. de Die Neueren Sprachen, 1912, vol. XX, p. 507-511. L'auteur répond 
à diverses questions posées par la rédaction relativement à l'emploi du gramo- 
phone et du phonographe. Selon lui, les progrès réalisés avec ces appareils au 
point de vue de la reproduction de la parole, sont encore insuffisants et on ne 
saurait guère en espérer davantage; néanmoins il y a lieu d'en recommander 
l'emploi dans les écoles, sous certaines restrictions. 

H. P. 

Panconcelli-Calzia, Mitteilung ïiber das :(weite Arheitsjahr (i. Oktober 
191 1 bis 30. September 1912) des phonetischen Làboratoriums des Seminars fur 

I. Depuis, M. Calzia a publié quelques photographies dans Vox 191?, en nous pro- 
mettant de nouveaux détails. 



COMPTES RENDUS 21 5 

Kolontahpnichen ^u Hamhurg. Tir. à p. de Mediiiuisdhpàdagogische Monatsschrift 
f. d.gesammte Sprachheilkunde, vol. XXII, 1912, nov.-déc, 12 p. i. Ràumliche 
Entwicklung des Laboratoriums. 2. Sonstige Fortschritte des Laboratoriums 
(création d'un poste d'assistante et acquisition d'un appareil Lioret). 5. Das 
Laboratorium als wissenschaftliche Untersuchungsanstalt (étude d'un dialecte 
hottentot, qui paraîtra en volume, enregistrement d'échantillons de ce dia- 
lecte avec le concours de la maison Pathé, expériences sur d'autres parlers, 
conférences). 4. Die Benutzung des Laboratoriums fur den phonetischen 
Unterricht (cours : introduction à la phonétique générale, spécialement au 
point de vue des langues africaines ; phonétique pratique à l'usage des lin- 
guistes ; conférences sur la formation et l'hygiène de la voix ; travaux particu- 
liers). 5. Wissenschaftliche Publikationen. Apparate und dergl. die aus dem 
Laboratorium hervorgegangen sind. 

H. P. 

J. J. Salverda de Grave. De gramofoon in de Sorhonne. Extrait de la Revue 
De Gids, 1913, n» 4. 

M. Salverda de Grave, professeur à l'Université de Groningue, qui a fait en 
janvier dernier, à l'Université de Paris, quatre leçons sur les emprunts du 
hollandais au français, et a eu l'occasion de visiter une fois de plus les Archives 
de la parole, expose dans cet article au public des Pays-Bas le fonctionnement et 
le but de l'œuvre que dirige M. Brunot. — Les conférences de M. S. viennent 
de paraître en librairie sous le titre : L' influence de la langue française en Hol- 
lande d'après les mots empruntés. Paris, Champion, 191 5, 174 p. in-80. 

H. P. 

El congresso de Orienlalistas y el jubileo de la Universitad de Grecia, informe 
presentado al senor Secretario de Instruccion Publica y Bellas Artes, por el 
Delegado de la Republica de Cuba Dr. Juan M. Dihigo. Habana, Imprenta 
« El siglo XX », 1912, 103 p. in-40. 

M. Dihigo, délégué de la République de Cuba au Congrès des orientalistes, 
expose, dans ce rapport illustré de photographies, l'organisation et les travaux 
du Congrès, ainsi que l'état de l'enseignement en Syrie, particulièrement à la 
Faculté de Beyrouth. Les pages 93-103 sont consacrées au Laboratoire de 
phonétique au Collège de France, aux travaux qui s'y sont faits et à la phoné- 
tique expérimentale dont M. Dihigo s'est fait le champion déjà dans plusieurs 
de ses ouvrages. 

H. P. 

Daniel Jones, Phonetic Readings in English. Heidelberg, Cari Winter, 191 2, 
98 p. in-80. Prix : I m. 60. 

Ce petit volume vient s'ajouter à la liste déjà longue des ouvrages rédigés 
par M. Jones en vue d'aider à l'étude pratique de la langue anglaise, et il sera 
Revue de pbanétique. ij 



2 lé COMPTES RENDUS 

sans doute aussi bien accueilli que ses devanciers. Il comprend 52 pages de 
textes notés d'après le système de l'Association phonétique internationale, dont 
un avec des courbes d'intonation. Ces textes sont reproduits en orthographe 
courante, p. 53-98, et l'auteur lui-même les a dits au gramophone : les disques 
mis dans le commerce seront une aide de plus pour ceux qui tiennent à acqué- 
rir une prononciation correcte. 

H. P. 

Jules GiLLiÉRON et Mario Roq.ues. Etudes de géographie linguistique d'après 

l'Atlas linguistique de la France. Paris, Champion, 191 2, 153 p., in-80. Prix : 

10 fr. 

MM. Gilliéron et Roques ont réuni en un volume, qui vient d'être couronné 
par l'Académie des Inscriptions, treize articles antérieurement parus dans la 
Revue de'philologie française et de littérature et dont les titres sont : I. Déchéances 
phonétiques : oblitare. — II. Le merle dans le nord de la France. — III. 
Traire, mulgere et molere. — IV. Echalotte et cive. — V. Comment 
cubare a hérité de o vare. — VI. Pièce et nièce. — VII. Plumer =^peler. — 
VIII. Mirages phonétiques. — IX. Le sel ; aires disparues. — X. Les noms 
gallo-romans des jours de la semaine. — XI. Di, jour, et leurs composés. — 
XII. Mots en collision : A. Le coq et le chat. — XIII. B. Épi et épine. 

En dehors du huitième chapitre, où les auteurs envisagent les conséquences 
de l'importation des mots au point de vue de la tradition phonétique, nom- 
breuses sont les observations phonétiques répandues dans cet ouvrage. Son 
originalité consiste dans l'utilisation systématique des données de l'Atlas lin- 
guistique. Dix-sept cartes et cartons en couleurs permettent de suivre l'argu^ 
mentation. 

H. P. 



REVUE DES PÉRIODIQUES 



Ânglia. Zeitschrift fur englische Philologie, 191 5. Heft. i. A. Trampe 
BôDTKER, Questions of Stress and Pause in Modem English, p. 27-40. — 
J. H. Kern, Zum vokalismus einiger lehnwôrter im Altenglischen, p. 54-61. 
Zu ne. oven, p. 61-62. 

Beiblatt zur Anglia. 191 3, no i. A Symposium on the Reform in Gram- 
matical Nomenclature (c. r. de Th. Zeiger), p. 2J-24. — N» 3. Jespersen, 
Elementarbuch der Phonetik et Engelsk Fonetik (c. r. de A. Trampe Bôdtker), 
P- 75- 

Archiv fur das Studium der neueren Sprachen und Literaturen, 

vol. CXXX(i9i3), Heft i u. 2. H. C. Wyld et A. Br.\ndl, Henry Sweet 
(avec portrait), p. i-ii. — S. Merian, Dialektologische Exkursion des Roma- 
nischen Seminars in Basel, p. 156-160 (curieuses observations phonétiques, 
p. 158). — Ph. Martinon, Les strophes (c. r. de Ph. Aug. Becker), p. 
187-191. 

Archiv ftir slavische Philologie, t. XLIII(i9i3), fasc. 5 et 4. Scerba, 
Russische Vokale (c. r. de A. Thomson), p. 560-578. — Karlgren, Forma- 
tion du gén. plur. en serbe (c. r. de M. Resetar), p. 588-591. — Ant. 
Breznik, Sloven. Aussprache in der Dichtung (c. r. de L. Pintar), p. 595- 
598. — L. Pintar, Ersatz des v durch / (en slovène), p. 625-626. 

Beitrâge zur' Geschichte der deutschen Sprache und Literatur, t. 
XXXVIII (1913), fasc. 3. A. Tritschler, Zur aussprache des neuhochdeut- 
schen im 18. jahrhundert, p. 373-458. 

Berliner philologische Wochenschrift, 191 3. N» 10. Alcide Macé, La 
prononciation du latin (c. r. de Max Xiedermann), p- 308-310. 

Deutsche Literaturzeitung, t. XXXIV (1913). No 3, Curt Balcke, Der 
anorganische Nasallaut im Franzisôschen, (c. r. de Meyer-Lùbke), p. 168- 
169, — No 5, GustavThurau, Singen und Sagen (c. r, de Kurt Glaser). 
p. 289-290. — No 8, Paul Passy, Petite phonétique comparée des princi- 
pales langues indo-européennes, 2* édit. (c. r.), p. 475. 

Glotta, t. V(i9i3), fasc. 1-2. Boutouras, Ueber den urationalen Nasal im 
Griechischen, p. 170-190. 

Indogermanische Forschungen, t. XXXII (191 3), fasc. 1-2. E. Lewy, 



21 8 REVUE DES PÉRIODIQUES 

Preussisches, p. 160-179. K. Brugmann, Zu den Ablautverhàltnissen der soge- 
nannten starken verba des Germanischen, p. 179-195. 

Kritischer Jahresbericht ùber die Fortschritte der Romanischen Philo- 
logie, t. XII (1909-1910), fasc. 2-3, paru en février 1913. E. Herzog, Franzô- 
sische Laut-und Formenlehre 1902-1911, p. 151-183. — J. Anglade, Pro- 
venzalische Sprache (1909-1910), p. 222-228. — J.-J. Nunes, Portugiesische 
Sprache (1910-1911), p. 228-239. J- Geddes Jr., Canadian-French (1909), p, 
240-306 (Language, p. 269-274). E. Stengel, Romanische Metrik (1908. 
1910), p. 306-316. 

Revue des langues romanes, t. LVI (191?) fasc. i. Maurice Grammont- 
Fonétique istorique et fonétique expérimentale (c. r. de J. Ronj.\t), p. 116, 

— C. VoRETZSCH, Einfùhrung in das Studium der altfranzosischen Sprache 
(c. r. de J. Acher), p. T18-123. 

Romanische Forschungen, t. XXXII, fasc. 3 (191 3). Jakob Fourmann, 
Ùber die Sprache des Mystère de S. Bernard de Menthon mit einer Einleitung 
ùber seine Uberlieferung, p. 625-747. 

The Athenaeum, 1913. No 4449. Pilsudski, Materialfor the Study of the 
Ainu Language and Folk-Lore (c. r. de M.), p. 134-135, cf. p. 166. 

The Classical Review, 1913. No i. Reform in Grammatical Nomencla- 
ture (c. r. de E. A. Sonnenschein), p. 28-29. — No 2. Meillet, Introduction 
à l'étude comparative des langues indo-européennes, 3^ édit. (c. r. de L. Mary 
Bagge), p. 66-67. 

The Modem Language Review, t, VIII (191 3), fasc. i. Jespersen, 
Growth and Structure of the English Language (c. r. de A. M.), p. 133-134. 

— Fasc. 2. MiLDRED K. Pope, A Note on the Dialect of Beroul's 'Tristan' and 
a Conjecture, p. 189-192. — Frederick Bliss Luquiens, An Introduction to 
Old French Phonology and Morphology (c. r. de M. K. Pope), p. 248-251. 

Zeitschrift fur deutsche Mundarten, 191 3, fasc. i. Hermann Teuchert, 
Die niederdeutsche Mundart von Putzig in der Provinz Posen, p. 3-44. — 
WiLHELM ScHOOF, Die Schwàlmer Mundart, p. 70-83. — Hans W. Pollak, 
Die Aufnahme deutscher Mundarten durch das Phonogramm-Archiv der kai- 
serl. Akademie der Wissenschaften in Wien, p. 83-88. — Wilhelm Schoof, 
Die Zeitbestimmungen in der Schwàlmer Mundart (c. r. de O. Weise), p. 
88-89. — Fasc. 2. Hermann Teuchert, Die niederdeutsche Mundart von 
Putzig in der Provinz Posen, p. 97-105 — Wilhelm Schoof, Die Schwàlmer 
Mundart, p. 146-181. — Albert Bachmann, Beitràge zur Schweitzerdeut- 
schen Grammatik, III et IV (c. r. de Hermann Fischer), p. 187-188. 



REVUE DES PERIODIQUES 219 

Zeitschrift fur romanische Philologie, t. XXXVII (191 5), fasc. 2. H. 
ScHUCHARDT, Zur Lautbeschreibung, p. 204-205 (/>, b, allemands et français). 

Zeitschrift fur vergleichende Sprachforschung, t. XLV, fasc. 3 (191 3). 
G. N. H.\TziD.\Kis, Der Ausfall der Vokale im pontischen Dialekt, p. 245- 
252. H. P. 

OUVRAGES REÇUS 

Acta societatis scientiarum fennicae tom. XLII, n° 3. Studien iiber 
die Funktion des Trommelfeîls von Hugo Pipping. Helsingfors, 191 3, 
46 p. et 3 tables, in-4°. 

Griechische Grammatik. Lautlehre, Stammbildungs und Flexions- 
lehre, Syntax von Dr. Karl Brugmaxn, vierte verraehrte Auflage 
bearbeitet von Dr. Albert Thumb. ÇHandbuch der klass. Altertumswis- 
senschaft herausgeg. von Dr. Iwan von Mûller, zweiter Band, 
I. Abt. Mùnchen, Beck, 191 3, xx et 772 p. in-8°. Prix : 14 m. 50. 

Franifisische Intonationsûbungeti fiir Lehrer und Siudieretide. Texte 
und Intonationsbilder mit Einleitung und Anmerkungen. Von 
H. Klinghardt und M. de Fourmestraux. Côthen, Schulze, 191 1, 
VII -f- 114 -j- 35 p. in-8°. Prix: 3 m. 80. 

A Phonetic Dictiotmry of the English Language by Herman'k 
Michaelis and Daniel Joxes. Hannover et Berlin, Cari Meyer; 
Paris, Le Soudier, xxiii-447 p. in-80. Prix : br. 6 M., rel. 7 M. 

Les sons du français. Leur formation. Leur combinaison. Leur 
représentation, par Paul Passy. Septième édition revue et corrigée. 
Paris, Henri Didier, 1913, 164 p. in-ié. Prix: 2 fr. 

M. Bogoroditzki : Ob^êty» Kurs russkoy gramafiki, 4« éd., Kazan, 
1913. 

O. HujER : Génitif singulâru indoevropskych lâjmen osobtiich (= Le 
génitif sg. des pronoms personnels en indoeuropéen). Recueil philo- 
logique de l'Académie tchèque de Prague, III« année, 1912. 

M. G. Bartoli : Lingiia letteraria, Kritischer Jahresbericht û. d. 
Fortschritte d. roman. Philologie, XII, 191 2. 



CHRONIQUE 



LABORATOIRES 

Bréda. — M. le Dr Struycken : perfectionnements de son appareil et 
recherches sur le timbre des voyelles. 

Helsingfors. — M. Poirot : recherches sur le timbre des voyelles françaises. 

Paris. — Collège de France : M. le professeur Loth ; expériences sur la 
prononciation galloise. — M. Rousselot, expériences sur la prononciation 
irlandaise et recherches sur le mode de vibration des diapasons. — M. Chlumsky ; 
recherches sur le tchèque, l'allemand, l'espagnol, le français, l'anglais, etc. — 
M. Barker: comparaison des prononciations anglaise et française. — 
M. Lacombe, secrétaire de la Revue basque ; études de prononciation basque. — 
M. Durrent Fox, M. A, F.C.P, examiner for the University of London and 
the London and Kent Education committees : prononciation anglaise. — 
M. Farcy: prononciation picarde. — M. Dufresne, professeur au lycée 
d'Hanoï : intonation annamite. — M. Porteau, chargé du Cours de Phonétique 
expérimentale à l'Université de Lyon : recherches sur la prononciation 
parisienne. 

Utrecht. — M. le professeur Zwaardemaker : expériences sur l'intensité. 



M. Georges Lote. Thèse principale: L'alexandrin français d'après la phoné- 
tique expérimentale. Thèse complémentaire : La rime et Venjambement. Jury : 
MM. Lanson, Brunot, Jeanroy, Pernot, Roques, Rousselot. Note : Mention 
très honorable. 

M. Juret. Thèse principale : Dominance et résistance de la phonétique latine. 
Thèse complémentaire : Glossaire du patois de Pierrecourt (Hzute-Saàne) . Jury: 
MM. Havet, Thomas, Vendryès, Pernot, Roques, Delbost. Note : Mention 
très honorable. 

M. Gauthiot. Thèse principale : Fin des mots en indo-européen. Thèse com- 
plémentaire : Dialecte sogdien. Jury : MM. Croiset, Havet, Meillet, Vendryès, 
Foucher, Israël Lévy. Note : Mention très honorable. 

M. Bruneau. Thèse principale : Etude phonétique des patois d'Ardenne. Thèse 
complémentaire : La limite des dialectes wallon, champenois et lorrain en Ardenne. 
Jury : MM. Thomas, Brunot, Pfister, Gallois, Huguet, Roques. Note: Men- 
tion très honorable. 

Le Gérant : J. Rousselot. 

MACOfl, PROTAT FRÈRES, IMPRIMEURS 



^^\ 



LA CÉSURE 
DANS L'ALEXANDRIN FRANÇAIS^ 

Les notions que nous avons aujourd'hui de la césure sont 
assez obscures, et les définitions que nous fournissent les traités 
sont généralement contradictoires. La cause en est dans les 
transformations qu'a subies depuis un siècle la technique du vers 
français et qu'il est indispensable de rappeler brièvement avant de 
chercher à savoir en quoi consiste, dans la déclamation contem- 
poraine, le phénomène que nous nous proposons d'étudier. On 
commencera donc par un rapide historique de la question, et 
Ion classera les opinions courantes, en se réser\'ant de les citer 
plus complètement lorsque la discussion qui suivra en fera appa- 
raître la nécessité. 

La césure, pour les poètes et les théoriciens classiques, est un 
fort arrêt de sens, un repos qui se produit au milieu du vers, 
à la quatrième syllabe dans le décasyllabe ^, à la sixième dans 
l'alexandrin. Jusqu'au xix^ siècle, les traités sont le plus souvent 

1. Les vers cités sont empruntés presque tous à Corneille (Cinua I, 4; II, i, 
et le Cid, III, 4), à Racine {Aiuirotnaque, IV, 5, et Bérénice, II, 2) et à Hugo 
(Hertmni, V, 3, Ruy Bhis, III, 2 et Les Pauvres gens). Ils ont été déclamés 
par plusieurs sujets désignés par une lettre alphabétique (R.B 25 G = Ruy 
Blas, vers 25 du passage inscrit, sujet G), quelques alexandrins, enregistrés 
isolément, sont notés par un chiffre romain. Les durées sont calculées en 
centièmes de seconde (accent indiqué par — ), les hauteurs musicales en vibra- 
tions simples (accent désigné par q), les intensités en mètres d'audibilité (avec 
l'indice A pour l'accent)'. Les temps secondaires, selon leur nature, sont notés 
y • ▲, les syllabes brèves ^. Le soupir musical *J suivi d'un nombre indique 
qu'il y a eu silence et la valeur temporelle de ce silence. Les signes guident 
dans la lecture des chiffres . Pour plus de détails on se reportera à la note pré- 
liminaire de notre article sur le Silence et la ponctuation dans T alexandrin fran- 
çais (Reviu de phonétique, 191 1). 

2. On s'en tient ici aux faits généraux. 

Revue de phonétique. 16 



221 G. LOTÉ 

d'accord pour déclarer qu'elle n'existe pas dans les autres sortes 
de vers. Par conséquent, il y en a une dans ces exemples : 

Le Dieu que nous servons — est le dieu des combats. (Racine.) 
Reviens au moins — pour hâter mon trépas. (Rousseau.) 

Il n'y en a pas dans cet autre : 

C'étaient trois sujets excellents, (Florian.) 

pas plus que dans les vers de moindre longueur. 

Les poètes romantiques, tout en construisant parfois leurs 
vers selon la formule classique, ont imaginé d'autre part de 
déplacer le « repos » médian ou mieux encore de lui substituer 
deux autres « repos » mobiles qui affectent dans l'alexandrin 
d'autres places que la sixième syllabe; mais ils ont exigé que 
celle-ci fût constituée par un mot accentué ou une fin de mot 
afin de lui conserver toujours une partie de sa valeur normale. 

Livre mignon, — vêtu d'argent — sur parchemin. (Sully Prudhomme.) 
Le murmure — d'un son qui tremble — et s'évapore. (Hugo.) 

Dans le décasyllabe ils n'ont pas considéré que l'arrêt de sens 
fût possible seulement à la quatrième syllabe et ils l'ont admis 
ailleurs. 

De plus, les études rythmiques auxquelles on s'est livré dès 
le début du xix^ siècle ont fait découvrir, à l'intérieur des deux 
grands vers, des coupes ' que la déclamation primitive ignorait 
sans doute, et l'on en a reconnu de semblables dans les vers de 
neuf, huit, sept, six syllabjs et au-dessous. Enfin l'évolution du 
vers romantique a continué ; l'on en est venu dans l'alexandrin 
à renoncer à l'obligation maintenue par Hugo et ses disciples 
directs de marquer la sixième syllabe par une tonique destinée à 

I. Ces coupes sont connues par les musiciens depuis la fin du xviie s. Cf. 
mon article, Revue de Phonétique, 1912, fasc. IV. 



LA CÉSURE DANS l'aLEXANDRIN FRANÇAIS 2^3 

laisser subsister jusqu'à un certain point la tradition, et l'on a 
écrit des vers comme les suivants : 

Comme des merles — dans l'épaisseur — des buissons. (Leconte de Lisle.) 
A des hampes — des tendelets — étaient dressés. (H. de Régnier.) 

Étant donnés ces faits, il n'est pas étonnant que les définitions 
soient quelque peu différentes selon les traités. Les théoriciens 
qui se souviennent des prescriptions classiques, comme Quiche- 
rat, réservent le nom de césure au « repos » qui se manifeste à 
place fixe, c'est-à-dire à l'hémistiche dans l'alexandrin et le déca- 
syllabe, appelant « coupe » les arrêts qui interviennent ailleurs 
et ceux qui se rencontrent dans les petits vers. D'autres manuels, 
influencés par la doctrine et par la technique romantiques, 
nomment « césure » l'accent le plus important du vers, admettent 
qu'il affecte l'hémistiche dans l'alexandrin et le décasyllabe clas- 
siques, qu'il est remplacé par deux accents mobiles dans l'alexan- 
drin romantique, et qu'il existe sans détermination aucune dans 
le décasyllabe et les vers de moindre longueur. D'autres encore 
estiment qu'il faut appeler « césure » tout temps marqué 
auquel fait suite un silence. Certains enfin supposent que la 
coupe médiane n'est à notre époque aucunement nécessaire et 
qu'elle n'est nullement indispensable à la constitution de 
l'alexandrin. 

Comme on le voit, notre tâche sera complexe et toutes ces 
théories devront être successivement examinées. Nous nous bor- 
nerons ici au seul vers de douze syllabes qui fait l'objet de ce 
travail, mais les conclusions qu'on pourra tirer des résultats aux- 
quels nous arriverons seront valables pour tous les vers auxquels 
se sont exercés les poètes. Nous chercherons à savoir comment la 
césure se distingue des autres temps marqués de l'alexandrin, si 
le silence joue dans le phénomène un rôle obligatoire, enfin si 
le repos médian "est un élément dont le grand vers ne puisse se 
passer pour demeurer vers. 



:i24 G- LO*rÈ 

Nous commencerons par l'alexandrin classique et nous cite- 
rons l'opinion de quelques théoriciens estimés : « Le mot 
césure, écrit Quicherat ', veut dire coupure. La césure d'un vers 
est l'endroit où il est coupé. Le mot hémistiche vient du grec et 
signifie demi-vers. Dans l'alexandrin, il y a toujours une césure 
après la sixième syllabe ; le vers se trouve ainsi partagé en deux 
hémistiches égaux... Quoique le vers alexandrin puisse se cou- 
per en différents endroits, et par conséquent avoir différentes 
césures, nous entendrons par ce mot la césure par excellence, 
c'est-à-dire celle de l'hémistiche... Pour les autres césures du 
grand vers, césures variables et arbitraires, nous nous servirons 
plus tard des mots coupe, suspension. » Selon MM. Le Goffic et 
Thieulin ^, « la césure est un repos de la voix, marqué à l'inté- 
rieur du vers par une syllabe tonique plus fortement accentuée 
que les autres toniques du vers », et cette tonique plus fortement 
accentuée se rencontre toujours à la sixième syllabe de l'alexan- 
drin classique. Mais la plupart des manuels évitent de donner 
des précisions semblables. Pour Tobler, c'est une coupe à l'in- 
térieur du vers, survenant après un nombre fixe de syllabes dont 
la dernière est accentuée. Lubarsch ' a tenté une explication de 
même ordre : « Le vers français, dit-il, quand il a un certain 
nombre de syllabes, doit contenir une syllabe accentuée à place 
fixe, dont l'accentuation s'appelle coupe rythmique ou césure. 
Cette syllabe accentuée, revenant toujours à la même place, a 
pour but, dans les vers français qui se composent d'éléments 
métriques différents, de donner aux vers un semblant de confor- 
mité rythmique. » 

Evidemment ces définitions, sauf celle de MM. Le Goffic et 
Thieulin, ne nous apprennent pas grand chose, et font preuve 
d'une réserve dont il conviendrait peut-être de louer les auteurs 

1. Traité de versification française, 2^ éd., 1830, p. 11. 

2. Le Goffic et Thieulin, Nouveau traité de versification française, 3= éd., 
1897, p. 86 et 95. 

3. Lubarsch, Fran:(^osische Verslehre, p. 114. 



LA CESURE DANS L ALEXANDRIN FRANÇAIS 225 

cités. Nous essaierons cependant d'apporter quelque clarté dans 
la matière. 

L'accent de la sixième syllabe partage-t-il le vers en deux 
hémistiches égaux, comme le veut Quicherat et comme paraît 
l'indiquer Lubarsch ' ? Il n'en est rien. S'il faut entendre cette 
assertion au point de vue de la durée, les faits la contredisent, 
car il n'y a identité de temps ni entre les groupes rythmiques, 
ni entre les hémistiches d'un même vers. Soit cet exemple : 

Bois, prés, fontaines, fleurs, qui voyez mon teint blême. 



Bwâ 


pré 


fô 


té 


nœ 




flœr 


50 


50 


27 


28 


13 




66 


_ 


_ 


v^ 


v^ 


yj 




_ - 22 


ki 


vwa 


yé 


mô 


tè 




blé m(œ) 


18 


30 


22 


22 


28 




47 ^^ 


\j 


- 


\j 


\j 


\j 


(XII 


,S20.) 



Le premier hémistiche, abstraction faite du silence, est de 2", 
34", et le second de i", 67". 

S'il s'agit au contraire d'une égalité numérique, l'hypothèse 
n'est pas davantage fondée. Pour s'en tenir au vers écrit, le pre- 
mier hémistiche est de six syllabes et le second, où la rime est 
féminine, de sept. Bien qu'on ait l'habitude de prétendre que la 
dernière syllabe « muette » ne compte pas, on l'articule assez 
souvent et alors elle ne le cède en rien, quant à sa valeur tem- 
porelle, à d'autres syllabes atones du vers. 

Mais il faut faire remarquer que les différences sont encore 
bien plus notables dans la déclamation contemporaine, puisque 
la voix ne se fait aucun scrupule de supprimer Ve « muet », et 
qu'il s'ensuit des réductions qui transforment complètement le 

I. Ajouter Becq de Fouquières : « L'hémistiche... partage également... le 
temps et le nombre » (^Traité général, p. 79). 



226 G. LOTE 

texte écrit. Le morceau de Bérénice que nous avons fait enregis- 
trer est de 37 vers, et il a été dit par quatre sujets différents, soit 
un total de 148 alexandrins. Or, si l'on retient à la fois les 
rimes féminines, les synérèses non prévues par le poète, les cas 
où Ve « muet » n'a pas été prononcé et ceux où il a été pro- 
noncé indûment; si d'autre part on défalque du catalogue ainsi 
constitué les cas où Ve « muet » non écrit est révélé par le tracé 
et vient corriger l'inégalité résultant des diverses suppressions, il 
reste que dans 54 vers, soit un peu plus du tiers, les deux hémis- 
tiches ont un nombre de syllabes différent. On se préoccupe 
donc assez peu que l'accent, qui dans le texte frappe la sixième 
syllabe, partage réellement le vers en deux parties numérique- 
ment identiques, et ce n'est point là ce qui caractérise la césure '. 
Mais cette syllabe elle-même est-elle plus longue que les 
autres temps marqués ? Il peut en être ainsi quelquefois, comme 
le montre l'exemple précité, mais le contraire est également pos- 
sible. Dans ce vers de Racine : 

L'Éternel est son nom, le monde est son ouvrage, 
la déclamation de H 2° est la suivante : 



Le 


ter 


nèl 


e 


sô 


nô 


17 


39 


47 


12 


36 


41 


\j 


\j 





v 


<^ 


- '?33 


lœ 


môd 


e 


sô 


nu 


vra J(œ) 


29 


57 


20 


26 


27 


é^^ 



(V.) 

I. Dans les pages qui vont suivre, nous continuerons cependant de nous 
servir des termes traditionnels : coupe médiane ou repos médian, accent de la 
6e syllabe, etc., pour désigner la coupe ou l'accent qui frappent dans le texte 
écrit l'hémistiche. Ces mots ont l'avantage d'être compris de tous : terminolo- 
gie fausse sans doute, mais d'un emploi commode et qu'on peut adopter 
quand les réserves nécessaires ont été faites. 



I 



LA CÉSURE DANS l'aLEXANDRFN FRANÇAIS 227 

La sixième syllabe est moins longue que tous les autres accents 
du vers. Dans le morceau de Bérénice que nous avons mentionné 
plus haut, 105 alexandrins, c'est-à-dire plus des deux tiers, pré- 
sentent une sixième syllabe inférieure en durée soit à la rime, 
soit à tout autre temps marqué du vers. 

Il en est de même pour la hauteur musicale. L'accent médian 
peut être l'un des deux plus hauts du vers, le second étant celui 
de la rime dans le cas de suspension, ou le plus haut, si la fin 
du vers est une conclusion : 

Et que le choix des Dieux, contraire à mes amours . . . 

E kœ le ewa de Dyœ 

260 360 400 420 340 440 380 420 380 400 460 

• O 

ko trèr a me xfl- ^^^^ 

360 380 340 420 380 400 400 420 320 380 400 440-460 320 

O • O 

(Bér., 20 J.) 

Je me dois par ta mort, montrer digne de toi. 

Jœ mœ dwa par ta mbr 

180 180 180 240 240 220 260-280 200 240 260 240 32O-360 300 

O O 

mô tre di nœ dœ twa 

200 200 200 220 180 200 200 180 200 220 180 180 

O O 

{Cid, 28 J.) 

Mais ce n'est point là une règle absolue, il s'en faut de beaucoup, 
et très souvent la sixième syllabe est moins haute que les autres 
accents du vers : 

D'un courtisan flatteur la présence importune. . . 



Dœ 


hir 


ti 


là 


fia 


iœr 


280 340 


400 400 


420 


320 440 



320 360 


400 380 




228 G. LOTE 

la pre ^às e por tu nœ 

380 380 380 380-380 340 420 380 380 380 440-460 440 440 

O O 

(Cm., II, 6 C.) 

Pour en revenir au morceau de Bérénice, on rencontre sur 148 vers 
88 exemples dans lesquels l'accent d'acuité du groupe rythmique 
auquel appartient la syllabe médiane se trouve primé par un 
temps marqué autre que celui de la rime. 

Par contre, la déclamation populaire représentée par a est 
basée sur un tout autre système : il est visible que pour ce sujet 
l'alexandrin consiste en deux membres parallèles ayant tous les 
deux leur sommet musical, l'un à la sixième syllabe, l'autre à la 
rime, si tous les deux se terminent par une suspension de sens, 
mais dont le premier seul répond à cette définition si la fin du 
vers est en même temps fin de sens '. On constate donc la pré- 
sence de deux phrases mélodiques qui s'opposent suspension 
contre suspension, ou suspension contre conclusion, et les vers 
se succèdent dans une formule presque invariable, du moins avec 
un accent médian qui reste identique dans tous les alexandrins 
prononcés. Je donne un exemple des deux types auxquels se 
réduit cette diction particulièrement uniforme et monotone : 

Je voulais que ton zèle achevât en secret 
De confondre un amour qui se tait à regret. 



£œ vu 


U 


kœ ta 7Jl 


520 480 520 


520 580 


560 580 520 600 540 










a €œ 


va 


à s{ce) hé 


540 560 


540 580 


580 560 600 




I . M. Verrier a, lui aussi, noté le phénomène : Métrique anglaise, I, p. 88 : 
« Aujourd'hui encore, surtout dans la diction schématique des illettrés, nos 
alexandrins présentent régulièrement une intonation circonflexe, ascendante 
jusqu'à la césure et descendante ensuite. » 



LA CÉSURE DANS l'alexandrin FRANÇAIS 229 



Dœ 


ko 


fô drœ 


na 


mur 


500 500 


500 


560 540 440 540 



540 540 


540 600 560 



ki 


sœ 


îè a 


rœ 


gré 


540 


540 


580-540 540 



480 560 


(Bér., 


500 500 480 
4-S a.) 



Sur 35 vers dits par a et qui procèdent de la technique classique, 
il y a seulement quatre exceptions ' dans lesquelles, pour mar- 
quer un effet, l'accent d'acuité de la syllabe médiane se trouve 
dépossédé de son ordinaire suprématie au profit d'un autre 
groupe rythmique : partout ailleurs, la coupe reste immuable. 

Que faut-il penser de l'opposition si nettement accusée entre 
la diction de a et celles de C G J R ? Il n'est point douteux que 
la première ne reflète un état primitif, grossier et sans nuances, de 
la déclamation du vers, et que ce schéma ne soit celui qui s'im- 
pose tout d'abord aux illettrés, comme on pourrait s'en rendre 
compte en écoutant de petits enfants réciter dans une école des 
fragments d'Esther ou le songe d'Athalie. 

Mais il est aussi très certain, comme nous l'avons exposé ici- 
même ^, que c'était bien là le caractère spécifique de la césure 
pour une oreille classique ; on nommait de ce nom la plus forte 
suspension intérieure. Le dessin mélodique que cette suspension 
détermine correspond tout naturellement à des besoins esthé- 
tiques embryonnaires et peu raffinés, et j'indique que a n'a 
jamais lu d'autres vers que ceux qu'on lui faisait apprendre chez 
les religieuses de son bourg natal : des fables de La Fontaine et 
des poésies spirituelles du xvii^ siècle et du xviii^. J'ai moi- 
même le souvenir que je lisais ainsi quand j'avais dix ans, et, 

1. En voici le détail : Cid, I : accent principal sur Ah ! — Cid, 13, sur Hélas 
— Cid, 16, sur Punique — Bér., 6, sur Bérénice. 

2, Cf. Rei'ue de phonétique, 1912, tasc. 4. 



230 G. LOTE 

lorsque je fus chargé de la classe de cinquième au lycée de Tour- 
coing, en 1907, je pus constater que mes élèves, âgés de onze 
à treize ans, récitaient de même. Cette déclamation, toujours 
vivante dans le peuple, est aujourd'hui morte pour les personnes 
cultivées qui se préoccupent surtout de faire prédominer l'ex- 
pression, et qui sacrifient l'accent du vers à l'accent de la 
phrase \ 

Reste enfin l'intensité. La syllabe médiane est-elle plus forte 
que les autres temps marqués du vers ? Il y en a des exemples, 
et nous en citerons au moins un : 

Même soin me regarde, et j'ai pour m'afBiger. . . 

Me mce swè mœ rœ gard 

80 185 150 285-140 150 165 34O-15 
A A 

e je pur ma fli je 

165 265-245 80 240 140 270-175 

A A A 

(Cid, II C.) 

Toutefois le contraire est infiniment plus fréquent : 
Mais, Seigneur, en un jour ce serait trop de joie. . . 



Mè 


se 




nœr 


à 


nœ 


jûr 


190-30 


45 




115-20 


3 


20 


120-45 


A 






A 






A 


sœ sœ 




re 


trô 


• dœ 




jzoa (œ) 


70 35 




75 


125 


100 




^ôTiwT 


▲ 






A 






A 
(Andr., 22 A.) 



I. Le sujet I paraît quelquefois encore influencé par d'anciennes habitudes, 
mais ce n'est chez lui qu'une légère préférence, apparaissant sporadiquemerr 
et qui n'a pas la régularité qu'on constate chez le sujet a. 



LA CÉSURE DANS l'aLEXANDRIN FRANÇAIS 23 1 

Sur les 74 vers du tragment de Bérénice dont j'ai pu examiner 
l'intensité, j'ai rencontré 48 exemples, c'est-à-dire plus de la 
moitié, dans lesquels la plus forte audibilité du groupe ryth- 
mique auquel appartient la syllabe médiane ', se trouve dépas- 
sée par un temps marqué autre que celui de la rime. 

Ainsi, aux définitions qui, comme celles de MM. Le Gofiîc et 
Thieulin, ou même de Clair Tisseur ^, accordent à la sixième 
syllabe un accent supérieur aux autres accents du vers, on peut 
opposer la réalité des faits, et seuls aujourd'hui des diseurs peu 
exercés éprouvent le besoin de maintenir, sous la forme d'un 
accent musical plus important, une suprématie qui chaque jour, 
sous l'influence de l'éducation littéraire et par une évolution 
naturelle, s'efface de plus en plus. 

Certains cependant ont essayé des précisions différentes. Becq 
de Fouquières admet que dans la déclamation l'on sépare les 
hémistiches par un léger temps d'arrêt qui se traduit à l'oreille 
par un silence, et il nomme cette coupe de vers césure. Cette 
théorie ne paraît pas être chez lui primitive, puisqu'il avait 
d'abord déclaré que le vers dure « une expiration » : c'est cepen- 
dant à elle qu'il s'est définitivement rallié quand il lui a fallu 
indiquer la caractéristique du phénomène. Mais il s'évade déjà 
de la tradition en ce sens qu'il ne réserve plus le terme usuel à la 
désignation d'une place déterminée du vers : « Scander un vers, 
écrit-il ', c'est le diviser en ses éléments rythmiques et faire sen- 
tir d'abord la césure obligatoire de l'hémistiche, et ensuite les 
autres césures, s'il y en a, ce qui arrive chaque fois que l'accent 
rythmique porte sur la dernière syllabe forte d'un mot, et que le 



1. Cette formule, déjà employée d'une façon analogue à propos de la hau- 
teur musicale, me permet de tenir compte dans ma statistique des accents dépla- 
cés oratoirement. 

2. Clair Tisseur, Modestes observations, p. 8. 

5. Becq de Fouquières, Traité général de versification, p. 49 et 57 ; cf. aussi 
p. 81. 



232 G. LOTE 

sens permet un repos si léger qu'il soit... Dans le vers de Racine : 

Le dessein — en est pris; — je pars, — cher Théramène, 
A A A 

il y a trois césures (je ne compte pas la fin du vers) après dessein, 

A 
pris et pars. Il n'y en a qu'une dans le vers suivant, après 
A A 

séjour : 
A 

Et qui — te le séjour — de l'aima — ble Trézène ». 

A A A A 

En d'autres termes, et c'est ce qui ressort des différents textes de 
Becq de Fouquières, le vers classique a toujours une césure con- 
sistant en un silence à la sixième syllabe lorsque l'accent ryth- 
mique porte sur une finale masculine, mais ce silence peut aussi 
se manifester à d'autres places du vers et par conséquent il peut 
y avoir plusieurs césures. Tobler estimait au contraire que l'ar- 
rêt de la voix, loin d'être nécessaire, est seulement possible ; 
Guyau ', bien que s'exprimant en termes assez obscurs, est du 
même avis, et l'on me permettra de le citer : « On a dit que la 
césure marquait un repos, une suspension de la voix ; ce n'est 
pas très exact, car, si la voix insiste à cet endroit, elle peut fort 
bien ne pas se suspendre, et le doit même dans la plupart des 
cas. » 

Or c'est Tobler et Guyau qui ont raison contre Becq de Fou- 
quières. Si nous considérons ce vers : 

Je suis romaine, hélas, puisque Horace est romain, (HI.) 

nous constatons qu'il est conforme à ceux dont Becq de Fou- 
quières suppose qu'ils doivent présenter une pause à l'hémistiche, 
puisque l'accent rythmique de la sixième syllabe porte sur une 
finale masculine. La déclamation de S 2° est pourtant la sui- 
vante : 

I. Guyau, Problêmes de Vesthétique contemporaine, -p. 188. 



La césure dans l^alexandrin français 2^^ 

Jœ swi ro mèn e lâs 

14 20 15 39 18 51 

\j W Vm» .^^W 

puis ko ras e ro ml 

28 30 38 20 15 46 



Il y a bien un silence sans doute, mais il est à la quatrième, 
non à la sixième syllabe. Le même vers a été prononcé douze fois 
par différents sujets : deux fois il y a pause après le mot 
romaine, une seule fois à l'hémistiche ; partout ailleurs, les 
groupes de voyelles et de consonnes se sont succédé sans inter- 
ruption. 

Pour prendre un autre exemple, le fragment à^ Andromaque 
inscrit est de 32 vers dits par cinq personnes, soit un total de 
160 alexandrins dont 35 présentent un accent médian suivi 
d'une finale féminine à éhsion prévue. Il y en aurait donc 125 qui 
devraient se plier à la loi de Becq de Fouquières si elle était 
exacte. Or sur ces 125 vers, il y en a exactement 109 qui ne 
présentent aucune pause à la place attendue, quoiqu'ils ne se 
privent pas de l'admettre ailleurs. Le sujet x lui-même, qui 
marque si soigneusement la coupe musicale, et qui, nous l'avons 
dit, continue une tradition archaïque, ne laisse apparaître que 
deux fois un arrêt de la voix à la sixième syllabe dans les deux 
morceaux qu'il a déclamés. D'ailleurs, même dans l'hypothèse 
de Becq de Fcuquières, le silence ne serait pas caractéristique du 
phénomène étudié, puisque ce critique admet lui-même qu'il peut 
être omis dans certaines circonstances que nous avons indiquées, 
et, d'autre part, qu'il peut se rencontrer en d'autres endroits du 
vers. 

Au cours de cette enquête, sauf l'exception signalée pour le 
sujet a, nous n'avons donc pas découvert dans l'alexandrin clas- 
sique, pas plus en ce qui concerne l'accent qu'en ce qui concerne 



234 ^- ^OTE 

le silence, un seul signe spécifique qui méritât, par son retour 
constant et nécessaire, de recevoir le nom de césure, et d'autre 
part l'extension de ce terme, si elle doit être adoptée, ne doit 
pas l'être pour les raisons que propose l'auteur du Traité général. 

Des questions analogues à celles que nous venons de résoudre 
se posent pour le vers romantique. Les deux accents mobiles 
par lesquels les poètes de 1830 ont voulu remplacer la coupe 
médiane ancienne présentent-ils une durée, une hauteur musi- 
cale, une intensité particulières ? Sont-ils chacun suivis réguliè- 
rement d'un silence ? La discussion sera infiniment moins longue, 
puisque nous pouvons dès maintenant nous appuyer sur les 
résultats précédemment obtenus. 

Les théoriciens reconnaissent que les vers romantiques 
peuvent être de différents types que tour à tour Clair Tisseur, 
Becq de Fouquières et bien d'autres avec eux se sont efforcés de 
classer, mais en se basant uniquement sur leur oreille. Nous 
admettrons néanmoins pour un moment les formules ryth- 
miques qu'ils nous proposent et nous emprunterons au Traité 
général un exemple de chacune d'elles ' : 

On s'adorait — d'un bout à l'au — tre de la vie. (4 -|- 4 -f 4.) 

De la fleur, — de l'oiseau chantant, — du roc muet. (34-5+4.) 

La tempe — te est la sœur fau — ve de la bataille. (3 + 4 + 5.) 

Le duel reprend. — La mort pla — ne, le sang ruisselle. (4+3 + 5.) 

Il est grand et blond ; — l'autre est petit, — pâle et brun. (5 + 4+3.) 

Un ruisseau de pour — pre erre et fu — me dans le val. (5 + 3 + 4.) 

On ne sait pas — à quel dénouement — on assiste. (4 + 5 + 3.) 

Semblait — le bâillement noir — de l'éternité. (2 + 5 + 5.) 

L'apparition — prit un brin de pail — le et dit. . . (5 + 5 + 2.) 

Et sans vous traiter, — vous prin — ces, et vos compagnes... (5 + 2 + 5.) 

Elle a — des tribunaux d'amour — qu'elle préside. (2 + 6 + 4.) 

La mélodi — e encor quelques instants — se traîne. . , (4 + 6 + 2.) 

Il élevait — au-dessus de la mer — son cimier. (3 + 6 + 3.) 

Il résulte de ce tableau que les deux accents tombent à des 

I. Becq de Fouquières, op. cit., p. 1 36-141 : tous les vers sont tirés de la 
Légende des Siècles. Je conserve exactement les divisions du critique. 



LA CÉSURE DANS l'aLEXANDRIN FRANÇAIS 23^ 

places variables, le premier pouvant affecter la deuxième, la 
troisième, la quatrième ou la cinquième syllabe, le second pou- 
vant frapper la septième, la huitième, la neuvième ou la 
dixième '. La qualité de ces deux accents passe pour être iden- 
tique, à quelque endroit qu'ils se manifestent; nous n'aurons 
par conséquent pas besoin d'apporter des exemples pour chaque 
type de vers : quelques-uns suffiront et les constatations aux- 
quelles nous aboutirons seront valables pour tous les autres. 
Soit un vers comme celui-ci : 

Il est nuit. La cabane est pauvre, mais bien close. 

Becq de Fouquières et Tisseur indiqueraient évidemment qu'il 
est construit selon la formule 3 + 5 -}- 4. Or les mesures donnent 
pour le sujet J les chiffres suivants : 

/ le mui La ka ba ne 

13 23 51 20 19 30 20 

260 280320 280200200-180 200200 280 260340320 320320 

O • 

20 90 5 5-5 30 iio 130 80 

A A 

pô vrœ me hyl klôs 

64 33 25 43 82 

— vy vy w 

300-340 300 300 320 200 220 220 220 260 200 200-1 éo 

O O 

200-85 25 45 65 65 40-10 

A A 

(P. G., I.) 

Il y a en effet, sans parler de la rime, deux accents temporels, 

I. Il faut les admettre également à la première et à la onzième syllabe dans 
les formules comme i -h S 4" S + i que d'autres théoriciens indiquent. 



^3^ &• LOTË 

l'un sur la troisième, l'autre sur la huitième syllabe, mais ils ne 
sont pas d'égale longueur, et le premier seul est suivi d'un 
silence. En outre le premier groupe rythmique, constituant une 
phrase isolée, voit ses accents de hauteur musicale et d'intensité 
remonter d'une syllabe tandis que dans le second groupe, qui 
est suspension, les trois temps marqués coïncident. 
Pour prendre encore un autre exemple, ce vers : 

Pluie ou bourrasque, il faut qu'il sorte, il faut qu'il aille. . . 

devient dans la bouche de B : 

Plïùi u bu rask il fô kil 

49 14 26 53 15 27 20 



v-J \J 



180 200 280 260 200 260 240-280 240 2 20 240 260 240 

o 00 

5 160 115 130 40-50 40 100 90 

A A A • 

sort il fô la la yœ 

63 14 18 14 52 20 

220 220 200 200 200 240 220 200-l8o 160 I 60 

O 

30 5 35 30 10-5 10 



A 



(P. G., 18.) 



Ce serait donc ici la formule i+3-|-4-l-4, ou plus grossiè- 
rement, selon les critiques, 4 -|- 4 -|- 4. Cependant aucun des 
deux accents mobiles n'est suivi d'un silence; ils ne sont iden- 
tiques l'un à l'autre ni en durée, ni en acuité, ni en force; de 
plus, si le temps marqué temporel subsiste à sa place normale, 
la hauteur musicale et l'intensité, tout comme à l'hémistiche des 
vers classiques ou à l'intérieur des groupes rythmiques ordi- 



LA césURE DANS l'aLEXANDRIN FRANÇAIS 237 

naires, n'éprouvent aucune difficulté à se déplacer sous l'em- 
phase. 

Que faut-il conclure ? Évidemment, comme pour la césure 
du XVII' siècle et du xviii% qu'il n'y a pas de signe spécifique 
par lequel les accents mobiles employés par les poètes roman- 
tiques pour remplacer la coupe traditionnelle se distinguent des 
autres accents du vers. 

Mais il est une condition à laquelle devait répondre l'alexan- 
drin construit selon cette dernière formule : « Dans les vers que 
nous avons appelés romantiques, déclare Clair Tisseur ', la 
césure classique n'est pas supprimée, mais légèrement affaiblie ; 
la demi-lève sur la sixième syllabe doit attirer légèrement l'atten- 
tion et permettre à celui qui débite le vers, non pas d'insister 
sur cette syllabe, mais de la marquer légèrement au passage, de 
façon que l'oreille puisse indistinctement reconnaître le nombre 
de syllabes composant le vers. Bien se rappeler que la césure n'a 
pas été inventée pour autre chose que pour cela. » 

Guyau^ d'ailleurs raisonnait de même, et, citant des vers de 
Hugo dont j'extrais ces deux-ci : 

La porte tout à coup s'ouvrit, bruyante et claire. . . 

Le preux se courbe au seuil du puits, son œil s'y plonge. . . , 

il leur adjoint ce commentaire : « Remarquons que l'effet cher- 
ché dans tous ces vers disparaît si, en les lisant, on ne fait pas 
sentir légèrement avec la voix le point où devrait tomber le 
temps fort. Qu'on lise par exemple le vers suivant comme le 
voudraient certains versificateurs d'aujourd'hui avec MM. Renou- 
vier et Becq de Fouquières, en le coupant en trois tronçons : 

Les dieux dressés — voyaient grandir — l'être effrayant, 

toute la force du mot grandir, mise en relief par le contre-temps, 

1. Clair Tisseur, op. cit., p. 82. 

2. Guyau, op. cit., p. 208-210. 

Revue de phonétique. ij 



238 G. LOTE 

s'efface, et le vers devient non seulement boiteux, mais banal. » 
Il maintient pour l'alexandrin la nécessité d'avoir toujours à la 
sixième syllabe une finale portant accent tonique; il affirme 
que les poètes et les esthéticiens modernes font de fausses ana- 
lyses quand ils découvrent dans Hugo des vers qui ne répondent 
pas à cette condition; il attribue à ce temps marqué médian un 
rôle défini, celui de rendre la mesure sensible, comme en 
musique le bâton du chef d'orchestre ; il traite enfin de prose 
ces exemples qu'il emprunte à Leconte de Lisle : 

Et les taureaux, et les dromadaires aussi. . . 
Et triomphant dans sa hideuse déraison . . . 

Son idéal, ainsi que celui de Tisseur, est donc que l'alexan- 
drin conserve en son milieu un demi-accent ou accent secon- 
daire destiné à rappeler que la coupe classique était à cette 
place : par ce moyen la tradition n'est qu'à demi détruite, elle 
n'existe plus tout en existant encore, les vers romantiques sont 
romantiques, mais demeurent en même temps classiques, et la 
chauve-souris de La Fontaine, tantôt oiseau, tantôt rat, a trouvé 
des disciples. Hugo lui-même criait à la cacophonie quand il 
voyait des poètes faire tomber l'hémistiche sur des articles, des 
pronoms ou des conjonctions. Nous allons donc rechercher si la 
nécessité d'un léger temps marqué à la sixième syllabe est aussi 
universelle et aussi généralement sentie que la majorité des 
poètes et des critiques du xix^ siècle l'ont supposé, ou s'il faut 
au contraire donner raison à quelques théoriciens qui, comme 
Renouvier ', ont cru que l'accent médian n'est pas indispen- 
sable à la cadence. 

Cet accent peut être triple, à la fois durée, acuité et force, 
comme dans l'avant-dernier des exemples précités, où la syllabe 
tonique du mot cabane est à la fois plus longue, plus haute et 
plus intense que celles dont elle est entourée. Il peut n'être que 

I. Renouvier, Critique philosophique, septembre 1885. 



LA CESURE DANS L ALEXANDRIN FRANÇAIS 239 

double, comme dans le dernier exemple que nous avons 
emprunté à nos tableaux généraux, à la fois force et acuité, ou 
durée et force (cf. faut P. G., 18 B). Il peut enfin être simple, 
soit qu'il se réduise à la seule durée : 

Il est nuit. La cabane est pauvre, mais bien close, 

/ le nwi La ka ba ne 

15 25 61 15 16 26 16 

- 82 

260 280 280 260 240 240-160 180200 240 200240 240240 

o 

5 50 5 10-5 5 20 25 30 
A 

pô vrœ me byè klô:^ 

56 20 17 37 61 

\^ \j \j — 

260-240 200 220 220 220 220 200 180 220 200 200-160 140 

O o 

65-40 20 45 20 85 40-20 

A A 

(P. G., I B.) 

soit qu'il offre seulement un accident de hauteur musicale : 
Dans les brisants, parmi les lames en démence, 

Dà le bri :(à par mi 

16 14 34 41 28 15 

yj \j \j !=;'-' 

220 260 260 280 260 260 300 200 260-240 240 240 240 280 

O O 

75 125 125 100-30 120 100 

A A 

le la mœ :^à de ma sœ 

14 26 12 18 17 55 19 

V-" W W >_» \J 

260 260 240 240 240 240 180 220 220 260 240 240-220 200 

O 

65 50 45 30 45 30-5 5 

A 
(P. G., 29 B.) 



240 G. LOTE 

soit que l'on constate seulement la présence d'une intensité plus 
forte : 

La guitare des monts d'Inspruck, reconnaissahle... 



La 

13 


21 


ta 1 


(œ) 


de 
19 


18 


\j 


w 


— 




\j 


w 


240 240 


220 240 


280 240 



240 240 


240 240 


25 


éo 


105 
A 




95 


110 

▲ . 


dln 


spruk 


rœ 


h 


ne 


sa bl(œ) 


18 


64 

_ 7 20 


15 


12 


13 


54 

-7 13 



240 240 240 240 240-260 220 240 240 220 240 260-240 240 240 
O O 

45 55-80 60 75 75 80-25 

A A 

(A. 0.5.) 

Ces déclamations ne sont pourtant pas aussi probantes qu'elles 
pourraient le sembler aux défenseurs irréductibles de l'accent 
traditionnel de l'hémistiche. Sans doute il y a bien temps marqué 
secondaire quand on voit apparaître à la sixième syllabe un léger 
accident de durée, soit seul, soit accompagné d'un relief musical 
ou intensif. Mais il ne semble pas que l'acuité ou l'intensité seules, 
non concomitantes d'une coupe temporelle secondaire, suffisent à 
produire l'eifet cherché, puisque nous savons que certains timbres, 
à force égale, produisent une audibilité plus grande, et que les 
accents d'acuité et d'intensité, étant donné leur extrême mobilité, 
ne sont pas les facteurs les plus importants du rythme. D'ailleurs, 
dans le second des trois exemples qui précèdent, il est invraisem- 
blable de supposer que la syllabe qui paraît tonique soit celle de 
l'hémistiche, car elle est seulement plus haute, tandis que celle 
dont elle est précédée est à la fois plus longue et plus intense. 



LA CESURE DANS L ALEXANDRIN FRANÇAIS 24I 

Le système soutenu par Guyau et Tisseur, qui s'inspiraient 
eux-mêmes des théories dues aux poètes romantiques, est en effet 
inacceptable a priori, sans qu'on ait besoin de se livrer à des 
expériences spéciales. Voici un certain nombre d'exemples que 
nous empruntons au catalogue déjà cité de Becq de Fouquières : 

Il teint sa dague avec du suc de mandragore. 
A pris forme et s'en est allé dans le bois sombre. 
Les dieux, les fléaux, ceux d'à présent, ceux d'ensuite. 
Sans que la vie autour des enfants s'assombrisse. 
J'ai pensé que j'avais eu tort d'être bien aise. 

Ces vers, nous l'avons dit, sont extraits de la Légende des Siècles : 
ils montrent que Hugo, qui avait scrupule à faire tomber l'hé- 
mistiche dans le corps d'un mot ou sur des conjonctions, admet- 
tait à cette place des prépositions, des verbes auxiliaires, et, quoi 
qu'on en ait dit, des pronoms : tous ces termes, aptes sans doute 
à supporter l'accent sous certaines conditions, ne le reçoivent 
qu'exceptionnellement et quand ils ne se rattachent pas, comme 
ici, à des éléments dont ils sont inséparables. Dans les exemples 
qui précèdent, seule en effet une inflexion artificielle et assez 
gauche marquerait la césure. 

D'autre part, pour que la théorie fût juste, il faudrait tout au 
moins que le temps marqué secondaire ne fût possible qu'à la 
sixième syllabe et à- l'intérieur du groupe rythmique dont elle 
fait partie. Or, si l'on suppose que dans le troisième de ces 
alexandrins le premier pronom ceux sera affecté d'un relief quel- 
conque, pourquoi ne pas supposer aussi que le second le sera de 
même, et, s'ils le sont tous les deux, par quoi donc se caractérise 
l'hémistiche, ou, si l'on aime mieux, un temps fort devait-il de 
toute nécessité tomber également sur la dixième syllabe, puisqu'elle 
se trouve dans notre hypothèse également affectée d'un accent 
secondaire ■ ? 

Autre remarque encore. Certains groupements rythmiques 
qu'on rencontre chez Hugo excluent la possibilité admise par 

I. Cf. mon Alexandrin français, p. 103 et 378. 



242 G. LOTE 

Guyau et Tisseur. Nous relevons en effet dans Becq de Fou- 
quières de nombreux exemples comme les suivants : 

Par la chaî — ne des mœurs pu — res et des lois sages. (3+4+5-) 

Et l'on dirait — qu'au choc brus — que d'un vent qui tombe... (4 + 3 + 5.) 
Dans l'om — bre, d'une voix len — te, psalmodiée. (2 + 5 + 5.) 

Comment faire sentir l'accent secondaire de la sixième syllabe 
dans des alexandrins semblablement construits ? C'est à propre- 
ment parler impossible, à moins qu'on n'arrête la voix sur les 
mots de l'hémistiche qui seraient alors affectés du temps marqué 
principal, nîais alors on aboutirait à une déclamation ridicule ou 
incompréhensible, et le conservateur le plus redoutable n'oserait 
sans doute s'y risquer, car le sens s'y oppose. 

Cependant les observations que nous venons de présenter se 
justifient toutes par l'examen des tracés. Il y a des mots, au milieu 
du vers romantique, qui attirent plus que d'autres un accent 
secondaire sur leur finale : ce sont les substantifs ou les verbes 
liés par le sens à un adjectif ou à un complément qui termine 
le membre rythmique, ou bien encore le premier de deux verbes 
ou de deux adjectifs qui forment un même groupement. Ce vers : 

Le siècle ingrat, le siècle affreux, le siècle immonde, 

est traduit par K 2° de la manière suivante : 

Lœ syè klè gra lœ syè kla 

21 37 37 38 lé 41 16 

KJ ^ <u I J^ \J v^ w 

440600 620640 560660 600600680 400540 560600 540540 

o • 

frœ lœ syè klim mô dœ 

46 14 34 33 51 15 

7 4° \j \j w — ^ 

600 720 380 480 480 640 520 560 560 560 440 280 280 



O O 



(XXI.) 



LA CESURE DANS L ALEXANDRIN FRANÇAIS 243 

c'est-à-dire que la voix a tellement appuyé sur la sixième syllabe 
que celle-ci se trouve presque aussi longue que la huitième. 

Ce n'est pas là pourtant un caractère spécial à rhémistiche. 
Dans un vers construit selon la même formule : 

Des flots bénis, des bois sacrés, des arbres prêtres, 

deux déclamations dues à deux sujets différents montrent que 
dans le ternaire romantique l'accent secondaire peut se mani- 
fester à l'intérieur de tous les groupes rythmiques, mais que 
d'autre part il peut exister dans le premier et le troisième, tandis 
qu'il sera omis précisément là où les théoriciens le regardent 
comme indispensable : 

De flô be ni de bwa 

O 2° 23 28 25 29 18 23 

1^ W W \J w 

260300 320360 420460 440360 320320 300 300 320 

o 
D 1° 28 40 28 33 21 29 
w w \_» — \j \j 

300 400 420440 300460360400-300320360 320 340 380 
O 

sa kré de :(ar hrœ pré trœ 

20 33 22 22 17 37 18 

360 440 480 320320 340440 360 280 340340 380-300 280 

o • o 

32 49 29 48 26 50 ij 

yj — \j Kj \j \j 

400 420560-600 260300 320400 380 300280280 360240-220 220 

O • o 

(XVII.) 

Par ce dernier exemple nous arrivons au point capital de la 
question qui est celui-ci : l'oreille moderne reconnaît-elle qu'un 
accent secondaire est nécessaire à l'hémistiche du vers roman- 



i44 ^' LOTE 

tique, et la voix prend-elle soin de le marquer régulièrement ? 
On ne voit pas pour quelle raison il en serait ainsi, puisque, tout 
comme dans le vers classique et pour les mêmes causes, la légère 
coupe médiane exigée par les traités ne saurait établir en fait, 
entre les deux groupes qu'elle sépare, ni une égalité de temps, ni 
une égalité de syllabes. L'existence de cette coupe, malgré l'as- 
sertion de Guyau \ est indifférente à la mesure générale de 
l'alexandrin, puisque celle-ci n'a rien d'absolument fixe, et il 
n'est pas vrai de dire que l'absence de césure, pour nous servir 
du mot traditionnel, signifie absence de rythme. 

Certes il se trouve plusieurs déclamations qui semblent con- 
firmer l'opinion des théoriciens, mais ce n'est là qu'une apparence. 
L'on serait en effet tenté à première vue de reconnaître aux vers 
que nous allons citer une constitution romantique, et de sépa- 
rer leurs divers membres comme nous allons le faire ^ : 

Le temps — de respirer et de voir — seulement. (Hem., 2) (2 + 7 + 3) 

Je me sentais — joyeuse et cal — me, ô mon amant ! (Hem., 1 3) (4 + 4 + 4) 

Et j'aurais bien — voulu mourir — en ce moment ! (Hem., 14) (4 -f 4 -j- 4) 

L'État — est épuisé de trou — pes et d'argent. (R. B., 3 1) (2 + 6 + 4) 

Tout près, — un matelas s'étend — sur de vieux bancs. (P. G., 8)(2 + 6 + 4) 

Ce n'est qu'un point; — c'est grand deux fois — comme la chambre. (P. G., 33) 

[(4 + 4 + 4) 
Comme il faut — combiner sûrement — les manœuvres ! (P. G., 37) 

[(3 + 6 -f 3) 

Cependant certains sujets substituent à ces divisions d'autres 

combinaisons : 

1. Guyau, op. cit., p. 203, et Tisseur, op. cit., p. 82. 

2. Ces transcriptions, inspirées par celles de B. de Fouquières, sont assez peu 
satisfaisantes (je les ai combattues cf. mon Alexandrin français, p. 78 et sq.), 
car elles ne rendent compte ni du rapport des finales muettes avec les syllabes 
accentuées qui les précèdent, ni du nombre réel des syllabes qu'on indique seu- 
lement d'après le texte écrit. Telles qu'elles sont, cependant, elles suffisent 
pour la démonstration qu'on va faire. Employées jusqu'à la fin du présent 
article, elles n'ont qu'une seule raison d'être : c'est qu'elles permettent de 
mieux suivre les discussions des divers critiques. 



LA CESURE DANS L ALEXANDRIN FRANÇAIS 



2^5 



Le temps — de respirer — et de voir — seulement (AGJR)(2-|-4-|-3-|-3) 
Je me sentais — joyeu — se et cal — me, ô mon amant ! (A) (4 + 2 + 2 -|- 4) 
Et j'aurais bien — voulu — mourir — en ce moment ! (J) (4 -f 2 -}- 2 -f- 4) 
L'État — est épuisé — de trou — pes et d'argent. (E R) (2 -f- 4 + 2 + 4) 
Tout près, — un matelas — s'étend — sur de vieux bancs. (B E J R) 

[(2 + 4 + 2 + 4) 
Ce n'est qu'un point ; — c'est grand — deux fois — comme la chambre. (B E J) 

[(4 + 2 + 2+4) 
Comme il faut — combiner — sûrement — les manœuvres ! (B J)(3 + 3 + 3 + ?) 

On obtient de la sorte des chiffres comme ceux-ci : 



Lœ 


ta 


dœ 


res 




pi 




ré 


20 


53 


19 


38 




38 




74 


yj 





\j 


\j 




v-» 




-"17 


280 


300-320 



280 280 


280 ; 


,20 


340 





280 300 


80 


30-25 


100 




70 


85 




80 


A 




A 






A 






re 


dœ 


vwàr 




sœ 


J^ 




ma 


10 


17 


55 




3 


2 




éo 


\j 


\j 


- 73 





w 




-7 107 


280 


260 280 



240 200 240 


240 


240 



220 


22c 


) 200-160 


50 


80 


20 80 
A 




45 
A 






3-2 










(Hem., 2 


A 


) 



Comment expliquer ce rythme ? Faut-il admettre que les sujets 
ont cédé à la nécessité impérieuse de marquer l'accent médian } 
Tel n'est point notre avis. De deux choses l'une en effet : ou 
bien la seconde scansion était rendue possible par la présence à 
l'hémistiche d'un mot important qui sollicitait une insistance de 
la voix, de sorte que les sujets avaient à choisir entre deux inter- 
prétations également satisfaisantes; ou bien il se trouve que le 
membre rythmique central, présentant une étendue considérable, 
a dû se plier à la loi que nous avons déjà signalée ', et selon laquelle 
les groupes un peu longs, quelque place qu'ils occupent dans 

Cf. Alexandrin français, p. 98 et sq. 



246 G. LOTE 

l'alexandrin, ont tendance à se scinder naturellement. Il n'y a 
aucune différence entre la coupe que nous venons de citer et 
celle que nous rencontrons dans ce vers déclamé par I : 

Et par — un beau trépas — couron — ne un beau dessein (Cin., I, 10) 

[(2 + 4 + 2+4) 

tandis que les autres sujets préfèrent une interprétation différente : 

Et par un beau trépas — couron — ne un beau dessein (6 + 2 + 4) 

On pourra encore opposer ces dictions : 

Cette grandeur — sans bor — ne et cet illus — tre rang... (C/«., II, 3 C) 

[(4 + 2 + 4 + 2) 
L'ambition — déplaît — quand elle est — assouvie. (Cin., II, 9 C) (4 + 2 + 3 + 3) 
Rien — que la nuit — et nous. — Félicité — parfaite ! (Hem., 4 A) 

[(1 + 3 + 2 + 3 + 3) 
Et — comme un voyageur — sur un fleu — ve emporté... (Hem., 17 A) 

[(1 + 5 + 3 + 3) 
Lalu — ne tout à l'heu — reà l'horizon — moniâii. (Hem., 10 A)(2 + 4 + 4 + 2) 
Des filets — de pêcheur — sont accrochés — au mur. (P. G., 4 B) (3 + 3 +4 + 2) 

aux suivantes : 

Cette grandeur — sans bor — ne et cet illustre rang... (I) (4 + 2 + 6) 
L'ambition — déplaît — quand elle est assouvie. (I) (4 + 2 + 6) 
Rien — que la nuit — et nous. — Félicité parfaite ! (E G R) (i + 3 +2 + 6) 
Et comme un voyageur — sur un fleu — ve emporté. . . (G) (6 + 3 + 3) 
La lu — ne tout à l'heu — re à l'horizon montait. (J R) (2 + 4 + 6) 
Des filets de pêcheur — sont accrochés au mur. (E) (6 + 6) 

Pour ce dernier exemple on comparera utilement les chiffres : 



De 


fi 


Ve 


d{œ) 


pe 


€&r 


20 


22 


25 


13 


27 


54 


\j 


\j 


.._ 


\j 


\j 





220 


300 



280 280 


280 280 


280 


300-260 260 



10 


80 

A 


70 


55 


80 
A 


40-30 



LA CÉSURE DANS l'aLEXANDRIN FRANÇAIS 247 



: I 


8 


17 


17 






32 


41 


280 


320 


440 460 460 






460 


480-520 460 





100 


105 


120 






140 
A 


125-120 


sô 


ta 


kro 


ێ 


10 






mûr 


22 


lé 


25 


30 


22 






62 

_ •• 105 


220 


240 


240 


240 



180 200 


220 


220-iéo 160 



5 


20 


30 


45 
A 




10 




15-5 
A 


18 

320 


16 
360 


20 
340 380 


20 

400 



19 
280 3 


20 


180 


45 

-"38 
280-200 180 


40 


55 


65 


los 
A 




95 




75-5 



Toute la série de vers qu'on vient de citer prouve donc que l'ac- 
cent médian, survenant dans des vers d'apparence romantique, 
n'est pas dû à l'obligation de marquer la syllabe de l'hémistiche 
par une insistance particulière de la voix. D'autres exemples d'ail- 
leurs vont le montrer surabondamment, mais quelques considé- 
rations sont auparavant nécessaires. 

Historiquement il faut admettre que l'alexandrin ternaire, 
inauguré par Hugo et son école, et dont nous avons rencontré 
au cours de ce chapitre plusieurs échantillons, a introduit dans 
la déclamation des coupes que les poètes classiques ignoraient, et 
contre lesquelles protestait du reste toute leur esthétique, depuis 
Malherbe jusqu'à Voltaire et au delà. La force même des choses 
exigeait à la fois que le semblant de césure maintenu par la nou- 
velle école fût exposé à disparaître dans la diction, mais aussi que 
la formule récente, lorsque le sens s'y prêtait^ s'imposât à son 



248 ' G. LOTE 

tour aux vers anciens. L'on apprit donc à scander ainsi ces vers 
de Racine dont nous empruntons le schéma à Becq de Fou- 
quières ' : 

Ouvrez vos yeux : — Songez qu'Ores — te est devant vous. 
Et je n'ai pu — trouver de pla — ce pour frapper. 
Ai-je besoin — du sang des boucs — et des génisses ? 
Quelquefois — elle appelle Ores — te à son secours. 
Dont votre amour — le vient d'outrager — à mes yeux. 
Quand l'empi — re devait sui — vrc son hyménée. 

Il est bien évident qu'ici, comme le notent justement certains 
théoriciens, les classiques maintenaient la césure de l'hémistiche, 
mais il est également certain que la scansion de Becq de Fou- 
quières est aujourd'hui courante, et que les alexandrins de Racine 
sont traités comme ceux de Hugo, Partant de cette remarque, 
nous pourrons donc réunir les vers classiques et les vers roman- 
tiques dans une même série d'observations. Nous pourrons dire 
par conséquent que dans tout alexandrin français, la sixième syl- 
labe peut se trouver privée de toute accentuation, soit faible, 
soit forte, pour trois raisons qui sont les suivantes : ou bien il 
y a déplacement oratoire, de telle sorte que le temps marqué 
remonte ; ou bien il y a possibilité de deux accents successifs, 
l'un à la 6% l'autre à la 7^ syllabe, et le premier d'entre eux obéit 
à la tendance déjà signalée de se subordonner au second ^; ou bien, 
à l'intérieur d'un vers de forme romantique, que ce vers soit tel 
par la volonté du poète ou qu'il le soit seulement du fait de la 

1. Becq de Fouquières, op. cit., p. 115 et sq. 

2. Cf. mon Alexandrin français, p. 94 et sq. Il faut bien remarquer que dans 
certains vers romantiques, c'est non seulement une possibilité, mais une obliga- 
tion, et l'on rappellera le vers déjà cité : 

Dans l'om — bre, d'une voix len — te, psalmodiée. 
Ce sont des combinaisons semblables qui ont influencé l'alexandrin classique et 
qui l'ont transformé de la manière dont nos exemples font foi : 

Toujours — vers quelque objet pou% — se quelque désir. 

{Cin., II, 12 C i.) 



LA CÉSURE DANS l'aLEXA\DRIN FRANÇAIS 249 

déclamation, le groupe rythmique médian ne laisse place à aucune 
coupe secondaire. Tous les sujets, comédiens ou autres, se com- 
portent absolument de même, et l'on peut donner les exemples 
suivants : 

1° L'alexandrin est de construction classique, mais il y a eu 
i déplacement d'accent : 

Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe ! 



Fo 


swa 


yœr 




h 


vœ 


né 


20 


16 


38 




18 


22 


19 


^^ 


\j 


_ 




\j 





\j 


240 


260 


280 280 



240 


240 


200 260 



240 240 


85 


15 


25 85 




25 


115 


55 


▲ 




A 






A 




lœ 




vo 


lé 


dà 


sa 


tô b(œ) 


10 




16 


20 


15 


15 


T6 



240 240 240 240 24Ô 260 220 240 240 260-200 240 

O O 

éo 100 25 20 20 35-5 

A A 

(i^. 5.,9R.) 

2° L'alexandrin est de construction classique ou romantique, 
mais la 7^ syllabe porte l'accent et efface ainsi l'hémistiche : 

Je ne rendais qu'à moi compte de mes désirs. 
Dis, ne voudrais-tu pas voir une étoile au fond ? 



Jœ 


nœ 


rà 


dé 


ka 


mwa 


15 


16 


20 


23 


17 


44 



240 280 280 280 220 300 280 2éo 260 260 240 260 

O 
80 45 75 85 25 60 65 
▲ A 



250 






G. LOTE 






ko 


tœ 


dœ 


me 


de 


^/r 


50 


10 


10 

<-< 


16 


18 


44 

_ 798 


220-280 


260 


240 240 


240 260 


240 240 


240 240 240 
















75 
A 


20 


30 


35 


120 
A 

(Bér. 


90 

,i3J-) 


Dt 




nœ 


vu 


dre 


/w / 


32 




12 


16 


19 


15 2 



22 

360 500-440 400 400 400 520 480 480 540 500 500 

O O 

120-75 75 115 215 135 80 

A A 

vwàr u ne twal fô 

48 8 15 39 16 32 

— \j \j _ v^_740 

480 400 440-420 400 400 380 400 400 440 500 360 280 

O o 

25 35-45 50 90 20 30 40 30 

A A 

(Hem., 22 E.) 

Le même résultat peut être obtenu par une suppression d'e 
muet : 

Le peuple — j'en ai fait le compte, et c'est ainsi ! — 



Lœ 


pœ 


plœ 


jà 


ne 


fe 


16. 


36 


2é 


12 


12 


16 


\j 


_ 


w 740 


\j 


^ 


\j 


280 360 


500-280 



240 220 


200 220 


240 260 


260 


55 


105-20 
A 


5 


20 


20 


20 



LA CÉSURE DANS l'aLEXANDRIN FRANÇAIS 



251 



IÇœ) kôt 


e 


se 


te 




si 


47^~^ 


7 


15 


30 




36 

_ 7 45 


240 280-240 



240 


240 


220-260 





200-180 


35-40 
A 


15 


30 


10-35 
A 




2-2 








{R. B., 


35 


R.) 



3° L'alexandrin, ramené par le sujet à la forme romantique, 
ou romantique de nature, ne reçoit aucun accent secondaire à 
l'hémistiche : 

Ta funeste valeur m'instruit par ta victoire 

L'homme est en mer. Depuis l'enfance matelot. . . 



Ta 


fu 


nés 


tœ 




va 


lœr 


19 


22 


26 


19 




20 


24 


w 


<-> 


— 


w 




w 


vy 


400 


580 


560 540-520 


460 


440 520 


460 460 460 













• 




45 


60 


265-160 
A 


155 




265 

▲ 


65 


mes 




trïûi par 




ta 


vik 


tiua r{œ) 


30 




39 lé 




16 


22 


54 


\j 




— v^ 




w 


V-l 


- 751 



360 360-460 400 400 380 420 340 380 360 340 340 340-260 220 

o o 

ÎIO-2I5 170 165 70 220 140 150-195 25 

A ▲ A 











{Cid, 9 C.) 




Lotn 


e 


ta 


vièr 


Dœ 


pwi 


40 


10 


24 


46 


17 


22 



200 280 260 200 220 180 180-160 160 180 200 200 260 

O O 

60 20 25 20-5 20 5 25 

A A 



i.'yi G. LÔtE 



là 


/à s(œ) 


ma 


t(œ) lô 


24 


50 


20 


^^"^4? 


\J 


— 


\j 


_ 


260 260 


280-240 


220 220 


240 260 












30 


65-30 


25 


40 




A 




A 






(P- 


G., 16 B.) 



L'avant-dernier de ces deux vers présente sur la cinquième syl- 
labe un accident de hauteur musicale et d'intensité : c'est l'accent 
secondaire qui aurait dû coïncider avec la fin du mot, mais qui 
s'est déplacé par suite de l'expression oratoire. En voici un autre 
exemple, mais cette fois pour la durée : 

Dans les brisants, parmi les lames en démence . . . 

Dà le bri :(â par mi 

24 15 28 33 25 17 

\j Kj \j — 7 3 ^d w 

300 360 380 400 360 360 440 360 440-480 320 360 380 400 

O 

40 185 130 25-25 35 95 
A 

le la tnœ :(â de ma sœ 

15 27 10 23 22 43 21 

V-» w V ^ — '^ : }j 

400 420 380 440-420 400 400 340 400 320 400 400 400-460 440 

O o 

95 80-115 40 35 185 90-110 105 
A A 

(P.G., 29E.) 

Si le temps marqué de l'hémistiche était aussi nécessaire que 
l'ont prétendu les théoriciens, il est hors de doute que la voix 
l'aurait maintenu dans les deux cas que nous venons de citer, au 
lieu de le laisser quitter la syllabe à laquelle normalement il 



LA CESURE DANS L ALEXANDRIN FRANÇAIS 253 

devrait être attaché. Ajoutons enfin que le morceau d'Hernani 

que nous avons fait enregistrer est de 30 vers, et qu'il a été dit 

par cinq sujets différents, soit un total de 150 alexandrins, dont 

25, à en juger par le texte imprimé, paraissent écrits selon la 

formule romantique. Or, pour l'une de ces trois causes que nous 

avons énumérées, 35 ne présentent aucun accent de durée, et 72 

aucun accent de hauteur musicale à la sixième syllabe. Pour 

90 vers seulement nous avons pu analyser aussi l'intensité, et sur 

ce total 15 vers seulement, à en juger toujours par le texte 

imprimé, paraissent écrits selon la formule romantique : mais 

22 ne sont frappés à l'hémistiche d'aucun accent de durée, 35 

d'aucun accent d'acuité, 5^ d'aucun accent d'intensité; 13 ne 

laissent apercevoir à cette place aucun temps marqué, même 

secondaire, de quelque espèce que ce soit. 

Que faut-il conclure ? D'abord, au point de vue pratique, que 

les poètes n'ont pas à se préoccuper de faire coïncider la sixième 

syllabe avec un monosyllabe ou une fin de mot, et que les 

libertés inaugurées par Banville, imitées après lui par les poètes 

les plus récents, sont parfaitement légitimes. Il n'y a donc aucune 

objection de principe qu'on puisse opposer à des alexandrins 

comme les suivants : . 

Elle filait — pensivement — la blanche laine « . (Banville.) 

En attendant — l'assomption — dans ma lumière. (Verlaine.) 

Je parlerai — dans l'attitude — du linceul. (H. de Régnier.) 

Pour labourer — profondément — vos cœurs secrets. (Charles Guérin.) 

•Chacun d'eux pourra en effet recevoir dans la déclamation un 
faible accent à la sixième syllabe ^ ou en être complètement 
^ privé, et cependant le vers restera vers dans les deux cas. 

1. M. Martinon (Le triviètre : Mercure de France, 1909) indique que Banville, 
|très puriste, a ensuite corrigé son vers sous la forme suivante : 

Elle filait — d'un doigt pensif — la blanche laine. 

2. Nous avons cité ailleurs cet exemple : 
Nabuchodonosor était roi d'AssjTie, 

|par lequel nous avons montré que l'accent secondaire tombe fort bien à 
[l'intérieur d'un mot. 

Revue de phonétique. i8 



254 G. LOTE 

Il ressort en outre de cette enquête qu'il n'y a plus à pro- 
prement parler de césure dans l'alexandrin français. L'accent 
médian ne sépare en effet jamais deux hémistiches égaux en 
durée, ni même le plus souvent des nombres identiques, puisque 
notre déclamation ne se fait point scrupule d'omettre Ye muet, 
ou d'opérer contre la volonté du poète la synérèse des diphtongues, 
ou encore de prononcer des syllabes non écrites. Il n'est pas non 
plus, indispensable, sauf dans la prononciation populaire que nous 
avons analysée, et sous la forme que nous avons indiquée : par- 
tout ailleurs il témoigne d'une instabilité qui ne laisse aucun 
doute sur le peu d'importance qu'on lui attribue, et jamais, 
quand il existe, il ne se différencie par un caractère quelconque 
des autres temps marqués du vers '. 

Si donc l'on veut conserver le terme traditionnel et lui donner 
une signification qui ne serait pas purement d'ordre historique, 
il faudrait l'appliquer indistinctement à tous les jalons du vers, 
et dire qu'il y a césure chaque fois qu'il y a accent. C'est la solu- 
tion que nous adoptons, et c'est également celle qu'a proposée 
M. Grammont^ en quelques lignes clairvoyantes et judicieuses : 

1. Les conséquences logiques des observations qui précèdent seraient les 
suivantes : 

a) On pourrait admettre 1'^ muet à l'hémistiche et approuver ces vers que 
Quicherat (p. 1 3) trouve vicieux : 

L'ingrat, il me hisse cet embarras funeste . . . 
Mais bientôt les Tprètres nous ont enveloppés . . . 

b) On pourrait admettre également Ve muet à la 7e syllabe, puisqu'il est reçu 
après les autres accents rythmiques, et écrire : 

Oui, je viens dans son temple prier l'Eternel, 
puisqu'on accepte sans difficulté 

S'approche pour trancher une si belle vie. 

Mettons- nous à l'abri des 'm]ures du temps. 
Pourtant d'autres solutions, en ce qui concerne 1'^ muet, seraient sans doute 
meilleures. Du reste les règles classiques, comme on l'exposera ailleurs, se 
justifiaient par la déclamation de l'époque, et, pour ce qui est des réformes, 
certains poètes contemporains s'évadent peu à peu de la tradition. 

2. Grammont, Revue des langues romanes, 1903, p. 135. 



LA CÉSURE DANS l'aLEXANDRIN FRANÇAIS 255 

« Si nous voulons, dédare-t-il, conserver ce terme : la coiipe 
(c'est ainsi qu'il appelle la césure), nous devons le définir : le 
passage d'une mesure à une autre mesure. Il n'est plus question 
dès lors uniquement de la coupe à l'hémistiche; il peut y avoir 
une coupe à n'importe quelle place du vers, et il y a autant de 
coupes dans un vers que d'accents rythmiques, le dernier accent 
r}'thmique d'un vers étant suivi d'une coupe qui sépare ce vers du 
suivant ou plutôt sa dernière mesure de la première du suivant. » 

On sait que l'ancienne poésie française autorisait, après l'accent 
de l'hémistiche, la présence d'une syllabe féminine en surnombre, 
et que, au moyen âge, les exemples comme les suivants sont 
fréquents '. 

S'ait chacun bonnes zrmes et bon corant destrier. . . 
Que li ribaud dépouil/^«f pour avoir le breuvage. . ., 

OU, dans des décasyllabes : 

Par grans batail/« jouster et définir. . . 
Sont archevêqi<^5 et évêques occis . . . 

C'était la césure féminine, proscrite au début du xvi' siècle par 
Jean I^maire de Belges, condamnée avant lui par George Châ- 
telain et Jean Molinet ^, et que Marot, après l'avoir employée 
dans sa jeunesse, abandonna plus tard. Supprimée dans l'écriture, 
mais ayant sans doute survécu dans la prononciation dès le 
moment où on prétendait l'avoir abrogée, elle existe dans la 
déclamation contemporaine, par la force même des choses, alors 
que les poètes la croient absente. Clair Tisseur ' est le seul à 

1. Je les emprunte à Quicherat, op. cit., p. 325-526 et je les transcris par 
conséquent avec l'orthographe qu'il leur a donnée. 

2. Kastner, Revue des langues romanes, juillet-août 1903. 

3. Clair Tisseur, op. cit., p. 49. 



2$é 



G. LOTE 



avoir pensé que les poètes pourraient la réintroduire sans dom- 
mage dans leurs vers, mais il en limitait l'emploi à l'hémisiiche, 
ce qui n'a aucune raison d'être, puisque la sixième syllabe ne se 
distingue pas des autres accents du vers. On peut dire, en effet, 
si l'on accorde au mot l'extension de sens que nous avons pro- 
posée, qu'elle peut se rencontrer après chacune des césures du 
vers, c'est-à-dire après chaque accent rythmique, à la suite d'une 
consonne ou d'un groupe de consonnes réellement prononcées. 
Le phénomène se produit de préférence devant une pause, et alors 
deux cas peuvent se présenter : ou bien Ve muet est écrit et le 
silence seul empêche de faire l'élision indiquée par le poète; ou 
bien Ve muet n'existe pas dans le texte, mais on en constate 
cependant l'existence dans le tracé, et il forme syllabe avec la 
consonne précédente dont il n'est en somme que la résolution 
faite sur le mode sonore. Dans les vers suivants : 

Je suis romaine, hélas, puisque Horace est romain . . . 
L'Éternel est son nom, le monde est son ouvrage. . . 
Même soin me regarde, et j'ai pour m'afRiger. . . 
Hélas ! ton intérêt ici me désespère. . . 
J'espérais que du moins mon trouble et ma douleur. . . 

j'ai rencontré ces exemples : 



Tœ 
13 



SîVl 

27 



ro 

24 



me 
30 



nœ 
16 



e îàs puis ko ras e 
10 82 34 25 45 10 



— w / 



16 



Le ter nèl 
13 33 (>G 



e so 
13 41 



no 
56 
-•748 



\j 



(III, S i°.) 



lœ niô dœ 
15 73 15 



e 
12 



so 
23 



nu 
14 



v — 



39 



Me mœ swè mœ rœ gar dœ 
22 13 53 n II 45 15 



(V, M.) 
e je pur ma 



14 51 14 



lé 



_ w / 



40 



(Cid, II J.) 



ro 
20 



me 

24 



vràj(jx) 
106 



// je 
24 57 



LA CÉSURE DANS l'aLEXANDRIN FRANÇAIS 



257 



E 
9 



là 
38 



sœ tô ne te rè ti si mœ de \es pè rœ 

23 lé 19 20 22 15 23 12 19 21 34 25 

(Cid, 13 R.) 

/«"i pe rê kœ du mwe mô tru hlœ e nia du lœr 

27 27 43 19 22 41 32 43 16 6 15 17 50 



31 



\j — 



' 21 ^ ^ 
ÇBér., 22 C.) 



v-» 



Mais le silence n'est pas la condition indispensable de la césure 
féminine. Je l'ai rencontrée en l'absence de toute pause dans ces 
vers : 



Viens voir la belle nuit. — Mon duc, rien qu'un moment ! 
C'est la mère. Elle est seule. Et dehors, blanc d'écume. . . 

dont les tracés révèlent les prononciations suivantes : 

Fyê vwàr la he lœ yitbi mô du kœ rye kœ vio ma 
53 89 15 30 13 52 28 43 24 52 17 30 49 

{Hem., I J.) 

e dœ b rœ blà de ktim mœ 
II 21 41 10 33 21 30 20 



Se la înér 
20 14 60 



e le sœl 
7 16 63 



- / / 



76 



41 



<-< 



{P. G., 13 E.) 



Dans tous ces exemples il y a césure féminine, avec ou sans 
pause de la voix, et elle se produit indistinctement à toutes les 
places du vers. Le point particulier que nous venons d'examiner 
vérifie donc encore une fois cette loi générale : que la déclama- 
tion contemporaine.se soucie peu des barrières dressées par les 
traités et les théoriciens, qu'elle bouscule les règles qui veulent 
l'asservir, et que celles-ci, pour avoir chance d'être observées, 
doivent s'adapter à la parole au lieu de prétendre la modeler. 



PHÉNOMÈNES DE CONTRACTION 
EN GREC MODERNE 

En regard des contractions assez complexes du grec ancien, le 
grec moderne, par suite de son système vocalique relativement 
peu varié, offre des contractions d'une remarquable simplicité. 

Quand les voyelles qui se contractent sont semblables, elles se 
réduisent à une seule de même nature qu'elles : oi-q-^cZ^iai liigîlme 
« je raconte » -» oi-{ou\).ixi :(igî}me, zpoooejw proozevo « je pro- 
gresse » -> T:poc£Û(.) pro:(evo., AsysTe Jeyete « vous dites » -> 'kie-s. -> 
XsT£ le te, etc. 

Quand ces voyelles sont dissemblables, elles se classent, au 
point de vue de la contraction, dans l'ordre que voici : a, o, îi, 
e, i, chacune d'elles l'emportant sur toutes les suivantes. La con- 
traction de deux voyelles, dont l'une sera a, se fera donc tou- 
jours en a; absorbera u, e, /, et ainsi de suite. Ex. : yjxiùvto 
(dérivé de x^^?) caono -» yâvw dâno « je perds », va 'éyjù na edo 
« que j'aie » -> vax'»i nâco, ypewaTO) creosto « je dois » -» ^(pwaTO) 
crosto, [xoy elxs mu îpe « il m'a dit » -» [aoutus fnûpe, etc. 

On a, pendant un temps, attribué cette prédominance des 
voyelles l'une sur l'autre à leur force respective, la voyelle a 
étant considérée comme la plus forte et / au contraire comme la 
plus faible de toutes. C'était là substituer à un fait obscur un 
autre qui ne l'était pas moins ; on changeait ainsi les termes du 
problème, mais celui-ci subsistait tout entier. 

J'ai proposé, pour ce phénomène, une explication qu'il ne sera 
peut-être pas inutile de répéter ici '. Partons du schéma que 
voici : 

I. Pernot, Études de linguistique néo-hellénique, 1907, p. 179 sqq. 



i 



CONTRACTION EN GREC MODERNE 259 

i u 

\ / 

t 

\/ 
a 

Il représente, comme on sait, les mouvements de la langue 
dans la production des diverses voyelles. La langue, relevée à la 
base pour u, s'abaisse insensiblement jusqu'à Va; puis, du son ^ 
au son /, elle se relève par sa partie antérieure, en même temps 
qu'elle avance dans la direction des incisives. Dire que les voyelles 
prédominent l'une sur l'autre dans l'ordre a, o, «, e, i, c'est donc 
dire ceci : 1° lorsque les deux voyelles qui se contractent sont 
de même nature (toutes deux antérieures ou toutes deux posté- 
rieures. Va étant considéré comme une voyelle neutre), la con- 
traction se fait en faveur de celle qui exige la moindre élévation 
de la langue ; 2° lorsqu'elles sont, l'une antérieure, l'autre posté- 
rieure, la contraction se fait en faveur de cette dernière. En 
d'autres termes, quand, en grec moderne, on contracte deux 
voyelles, on évite à la langue, d'abord le mouvement d'élévation, 
en second lieu le mouvement en avant. 

La règle générale ci-dessus posée comporte quelques dévia- 
tions. 

1° Bien que d'ordinaire la contraction soit indépendante de 
l'accent, on observe dialectalement des cas où un / accentué 
l'emporte sur un e atone : \}.izoi. el; tt;v m^sa is tin « dans la » 
-> ;j-£a' ar/; -> [aîy] mei -> \i.r^ mi, rfit\zv isekn « il voulait » -> r,cv 
ien -> t;v in (particule servant à la formation du conditionnel). 
Ainsi s'expliquent en grec courant les formes -/.ai eXya ke Vca « et 
j'avais » -> •/.' siya h ica, y.ai 'jrrspa ke ptera « et après » -> ■/,' 
uTTspa h islera, etc. L'accent, le voisinage articulatoire de e et de 
i et le peu de consistance dans la phrase de ces formes avec e 
expliquent cette première exception. 

2° En grec courant cexaoxTw :^ekaokto « dix-huit » est devenu 
Sexo^TÔ) lekocto. On attendrait oexa/Tw. La langue, fixée au palais 



26o H. PERNOT 

pour k, choisit le moindre mouvement et ne descend que jusqu'à 
0. Ceci est moins une exception qu'un corollaire à notre règle. 
Si, en grec courant, on n'en trouve l'application que dans le 
mot oexoyxd), c'est que ce mot est seul à renfermer le groupe kao, 
le subjonctif va xaû na kaô « que je brûle » devant être laissé de 
côté, pour des raisons morphologiques qu'on examinera tout à 
l'heure. Certains dialectes, dans lesquels le groupe kao est plus 
fréquent, attestent la régularité du phénomène kao -> ko, ainsi 
que de pao -> po, dont les conditions sont semblables, avec cette 
seule différence que, dans ce dernier cas, ce sont les lèvres qui 
entrent surtout en jeu. 

3° Dans beaucoup de régions, la contraction de u-\- e se fait, 
non pas en u, mais en o : ttou 'éyj.i pu eÇi « qui a » -» r.z'/^ei poçi, 
au lieu de TCc'jyôt pûçi. Ce phénomène semble dû, lui aussi, à 
l'action des lèvres, qui, toujours en vue d'une diminution de 
l'effort, prennent une position intermédiaire entre u et e. 

Quand on envisage, au point de vue de la contraction, les 
formes du grec commun, elles peuvent se ramener à trois caté- 
gories : 

a. Les formes contractées. 

b. Les formes qui, pour des raisons psychologiques, ont échappé 
à la contraction. Asys'.ç leyis « tu dis » est devenu assiç leis, puis 
)i; les, mais Xlvei leyi « il dit » s'est arrêté à 'kiv. lei et n'est pas 
devenu Xe le, parce que, dans le paradigme de ce temps (Xsw, \iq, 
\izi, X£[j.s, XIts, Xévs), £1 a été senti comme désinence nécessaire 
de sing. 3 . C'est pour un motif du même ordre que va /.xoî, précé- 
demment cité, est resté intact '. Nombreux sont les phénomènes 
de ce genre. Le plus caractéristique peut-être est le fait que, d'un 

I. Certains parlers en revanche connaissent XHyst -> \i, brA-^zi ipayi « il va » 
-» Tiaei pai -» 7Ta pq, et M. Koukoules, Otvouvttaxa, p. 174, cite même Tpo')(Y)ro 
« je mange » » -> xpw trà, (AtXà(o milôO « je parle » -> [iikd milu, :î£ivàw 
pinâo « j'ai faim » -> r.tiwi. pinci^ tî^o) p^ « je vais » -> r.i pa, etc. 



I 



CONTRACTION EN GREC MODERNE lél 

mot à l'autre, la contraction n'est pas obligatoire; l'individualité 
lu mot a maintenu dans ce c.is les formes non contractes à côté 
des formes contractes ; on dit à volonté va t/jo na eco « que j'aie », 
à côté de va/w, Oà sT;x2', sa tnie « je serai », à côté de Ozy-x'. sâme, 
etc. '. 

c. Les formes, indigènes ou étrangères, qui sont apparues dans 
la langue commune au moment où les règles de contraction 
n'étaient plus en vigueur : xsAaïsw kelai^ô « je chante », v£piïca 
nerâi:;^a « néréide », aïvTs hâinde « allons », Yaï-râv. gai tant 
« ganse », etc. Dans cette catégorie rentrent peut-être des mots 
comme àï;oivi aî:;pni « rossignol », àîtôç -^ àïTo; aitôs, ctépoL: aéras 
i< air, vent », où la non contraction peut provenir de la présence, 
puis de la disparition d'un y;h forme i';époL: ayeras =^ 2ip:z: est 
encore aujourd'hui très fréquente. 

Des formes comme xsAaïBw, vcpaïoa, etc., etc., montrent que, 
dans la langue commune, la contraction traverse actuellement 
une période d'accalmie. Il est vraisemblable que, dans un avenir 
lointain, quand notamment la disparition probable des o (j) et 
des Y (g et ^) intervocaliques aura multiplié les rencontres de 
voyelles, le phénomène reprendra de la vitalité. Tel est déjà le 
cas dans des pays comme Chio, où, la dissimilation consonantique 
aidant, fréquentes sont les rencontres de ce genre, de sorte qu'on 
peut y étudier la contraction, non plus seulement sur le papier, 
mais en pleine activité. Voir mes Études, p, 179 sqq. 

On sait quelle importance a eu la contraction en grec ancien, 
au point de vue morphologique ; elle a abouti par exemple à la 
création d'une triple conjugaison, T'.;j.âw -ô, s-.XIw -w, cr,/«:(i) -to. 

Le grec moderne connaît des évolutions analogues. Ainsi les 
formes de l'ind. prés, du verbe « aller » 6-2(7)0), •j'::i(;()v.ç, iza- 

I. A Pyrghi (Chio) -(yj pu emplové comme relatif subit la contraction : roù 
Ëvpw en « qui est » -> -ov' pon. Employé comme interrogatif, -oj garde au 
contraire sa forme indépendante : noy Iv' pu en « où est-il ? » 



262 H. PERNOT 

(y)£'-, 6Tta(Y)o;j,£v, !Jza(Y)2Te, Û7:à(Y)ojv sont devenues Tuawp^o, zà; 
pas, Tcâst /)^/, 'r;a;j,s pâme, irars /)rt/g, 7:âv£ /)â«^, par le simple jeu 
de la contraction. Des formes comme a£(y)îi? ltCy)is « tu dis », 
Aé(Y)sT£ le(^y)ele « vous dites » ont, pour la même raison, donné 
Vtz, les et A£T£ lete, puis, l'analogie aidant, on a eu le paradigme 

X£0), A£Ç, \hl, >v£[;-£, >v£T£, A£V£, aU HcU dc AÉYW, A£Y£t? A£Y£l, 

ÀjY2;^.£v, A£Y£T£, X£Youv(£); et ainsi s'est créé un type de conju- 
gaison moderne, caractérisé par la présence d'une voyelle devant 
les désinences en partie nouvelles -o), -q, -ti, -\).t, --£, -v£. Les 
exemples en sont : izônù pqx) « je vais », A£w leo « je dis », xXato) 
hleo « je pleure », xatw l^o « je brûle », ^laiw -> ç-rauo jteo « c'est 
ma faute », àxoûw akiio « j'entends », xpou.) troo « je mange », 
va çdcu) nafâo « que je mange », auxquels il faut ajouter, pour 
certaines régions, le groupe très considérable dont le modèle est 
à^oL-ii)) agapào « j'aime », «y^'?? agapas, «Ya^ast agapâi, «Ya-a^As 
agapânie, oL-'^x'Ka.iz agapàte, h.^^ct.'Kx^t agapâne. 

Les formes aYazao), àYa~i£i rappellent les formes non contractes 
anciennes Tijxàw, zf.[xxei, mais il va de soi que la ressemblance est 
purement fortuite, celles-ci s'étant changées en tijj-w, tiixSç dès 
une haute antiquité, celles-là au contraire n'apparaissant en grec 
moderne qu'à une époque des plus tardives. Pour les expliquer 
M. Hatzidakis ' part de àyocizy., auquel on aurait ajouté la désinence 
-II. Une telle hypothèse est assurément licite, car on observe en 
grec moderne des phénomènes de ce genre. Cependant nous ne 
croyons pas qu'il y ait lieu de la retenir ici. Pour nous, c'est 
l'identité de iràç et de «Ya-Kaç qui a fait créer analogiquement ijoi- 
ziei, puis àYaxao), sur le modèle de 7:a£t, Tcâu). 

Si, du grec moderne commun, on passe aux dialectes, non 
moins nombreux sont les cas où la morphologie se trouve modi- 
fiée par des phénomènes de contraction, et les patois sont loin 
d'avoir dit leur dernier mot à ce sujet. Nous rappellerons, en ter- 

I. Hatzidakis, Meaaiwvixa xal vÉa 'EXXrjvtxà, Athènes, 1905, p. 47 sqq. 



CONTRACTION EN GREC MODERNE 26$ 

minant, deux exemples, qui l'un est l'autre ont pour point de départ 
la contraction e-\-i = e. 

Le premier est le suffixe -évoc, usitée dans les îles de la mer 
Egée, ainsi que dans le Pont, et correspondant à -évisç de la langue 
commune. Ce suffixe -évisç, qu'on trouve dans âfnfjjjtsvioç asitiifiios 
« d'argent », ;j.aÀa;j.aT£vioç malamathjos « d'or », '/wi^aTÉvisc coma- 
tçtjos « de terre », tittstévioç tipotenos « de rien », etc., a été rat- 
taché avec raison par M. Hatzidakis à un ancien -éïvcç. Des sub- 
stantifs comme zr/.ix « figuier », xaTravéa « noyer » ont d'abord 
donné suxé-ïvoç, xaaravÉ-ïvcç ; de là est venu (TTaTwX-iïvcç, blâmé 
par le grammairien Phrynichus, donc déjà très usité de son temps, 
.puis T-rr^'^Àviz^, EyAsïvsç, etc., qui existent encore aujourd'hui en 
[Macédoine '. 

Pour passer de -éïvsç -çinos à -s'vioç -enos, M. Hatzidakis admet 
Fune métathèse de y. Quant à la forme -évoç -eiios, elle est, pour 
Hui comme pour M. Dieterich % le résultat d'une démouillure de 
\fi. 

La réalité de cette métathèse, pour étrange qu'elle paraisse 
|au premier abord, vu le sens dans lequel elle s'opère, est démon- 
[trée par l'existence de va icw na izp « que je voie » -> vi $«o na 
)'o dans le parler de Constantinople, et de nombreuses autres 
formes dialectales très bien mises en lumière par M. Kretschmer, 
^Lesbos^ 124 sqq. ; cf. Iv^apa egiara « j'ai écorché » -> eyiara -> 
lyara, Phavis, rXwjî'.y.ai è-wxs'isiç, Athènes, 191 1, p. 35. Quant 

-iv2;, ce n'est pas l'aboutissant de -ivwç, mais simplement le 
résultat de la contraction -sïvo;; -> -iv5ç, comme l'a déjà vu M. 
[retschmer, op. cit. 

Le second exemple est ^x^ùà^ vasiVes « roi », forme attestée à 
Ihio, Lesbos, Samos, Kalymnos, Mykonos, en Crète, à Ikaria, 
lonc dans une grande partie, sinon dans la totalité de la mer Egée. 

1. Hatzidakis, Einleitung, ip. 181. 

2. Dieterich, Sprache niui Volksiiberlieferungen der Sûdlichen Sporaden, 1908, 
72-73- 



264 H. PERNOT 

Dans le même sens la langue commune dit ^oLsCki-xq vasths, qui 
représente '^jxiûAxq vasileas, nominatif refliit sur l'accusatif ancien 
jSajiXéa. On a donné de ^^u'.Xkç diverses explications, qui ont 
ceci de commun qu'elles ne satisfont guère ceux-Là même qui les 
ont proposées. MM. Psichari ' et Hatzidakis^ partent du grec 
savant ^xi'Xthq vasilèfs, dont le groupe consonantique final aurait 
été simplifié en -ç parle peuple, pour l'accommoder à la morpho- 
logie courante, et M. Kretschmer ' se range en hésitant à cette 
manière de voir, qui a l'inconvénient d'expliquer une forme 
tout à fait populaire par une forme livresque. John Schmitt ^ tire 
^(xa(kïq de (âaaiXsaç par une contraction qu'on observerait dans 
^opÉaç -» ^opiq, çovsacv; -^ ?-''^Çj [vtfhia. -» ;rr;/,é, et dont on peut 
dire, pour le moins, que ses limites géographiques ne corres- 
pondent nullement à celles de [iaaùdç. M. Thumb enfin >, en 
désespoir de cause, remonte à une contraction dorienne de [îauf.Xsa 
en ^ajiAY;, dans laquelle •/; n'aurait pas pris la valeur de /, qui 
est celle qu'il a en grec moderne, mais aurait conservé le son de 
e ouvert. 

Les difficultés soulevées par cette forme disparaissent si l'on 
part du pluriel [iajtAÉïBs; vasiîeiies, donné par Legrand, Gramm., 
p. 25 et par M. Thumb, Handhuch^, p. 46. L'aboutissant phoné- 
tique de '^y.f^Ckiios.q est '^y.iùdozq, dont le singulier ne peut être 
que ,3a7'.A£ç. Comparer sing. -/.a^è; « café », plur. -/.aoéoeç, sing. 
[ji,£vs;£ç « violette », plur. [j.evs^£$£ç, et le crétois -(o^ûq gonp 
« père » refait sur le pluriel Yov£fo£ç gonjxes = yov£?ç. 

Hubert Pernot. 



1. Psichari, Essais, II, p. ci sqq. 

2. Hatzidakis, rXa)jao)voy'.xat [AEXÉTai, t. I, 1901, p. 425, note. 

3. Kretschmer, Lesbos, 122. 

4. Idg. An^., XII, 76. 

5. Thumb, Die griechische Sprache, 95-99. Idg. An^., XXII, 36. 



UNE INDICATION PHONETIQUE 
MAL COMPRISE 

On trouve à partir du iii^ siècle avant J.-C. dans les inscriptions 
et les papyrus, et dans des manuscrits du vii^ au xn^ siècle de 
notre ère, des formes comme vy; -mi Osw-, b;m, xssaXv., où.rfiffi, 
dans lesquelles l'w et Vr, finaux sont suivis d'un '. anormal '. Tous 
ceux qui se sont occupés de cette graphie l'expliquent ainsi : 
à l'époque où elle apparaît, on ne prononçait plus 1'- souscrit; 
ces formes ne seraient donc que des fautes d'orthographe, com- 
mises par des gens qui ne connaissaient plus l'usage de l'i souscrit; 
le datif twi ôsiôi se prononçant tw Osw on aurait écrit au duel twi 
Oîwi, au lieu de tw Oew ^. 

Pareille explication, acceptable quand il s'agit de documents 
mal orthographiés, ne saurait être adoptée lorsque les copistes 
font preuve par ailleurs d'une parfiiite connaissance des règles 
orthographiques. Tel est par exemple le cas pour Papyrus 
d'Oxyrhynchus I, n° 37 (49 après J.-C, acte officiel); citons 
quelques lignes : nsusupic, -j-ïp cZ Aévwi..., àvsj-rr/. r; 7:pobzc[i.ia. 

1 . Cet '. anormal se lit aussi à l'intérieur des mots, mais les cas ne sont pas 
réquents. Meisterhans-Schwyzer (Grammatik d. ait. Ittschr., p. 67, § 13) 
ft Crônert (Memoria gr. herculanensis, p. 45), citent quelques rares exemples 
i'un a suivi d'un i anormal ; ce sont des erreurs d'orthographe isolées, prove- 
lant de graphie inverse . 

2. Voir Blass {Atissprache d. Gr 3., p. 48, note 1 39), G. Meyer (Gr. Grawtnatik, 
187), Meisterhans-Schwyzer (G /•aH/;Hfl//t^.fl//. Inschr., p. 67,5 13), Schwvzer 

{Grammatik d. perg . Inschr., p. 47), Nachmanson (Lauteti. Fortnen d. niagn. 
tnschr., p. 53), Crônert (Memoria gr. herculanensis, p. 40-45), Helbing (Gram- 
Mtikd. Seplnaginta, p. 3 et suiv.), Radermacher (Byi. Zeitsch., 1908, p. 494), 
lyser (Grammatik d.gr. Papyri, pp. 123, 125 et suiv.). M. Mayser(o. I., 
1 34) admet que l't anormal est dû en partie au désir de rendre la prononcia- 
ion qui évitait l'hiatus (« eine zeitweilige, vielleicht durch Hiatusrùcksichten 
ùtbestimmte Neigung der Aussprache [ist] anzuerkennen j»). 



266 D. C. HESSELING 

Tou o£UT£ps"j ivauTOu..., OTt oà xauta àX'/;6Y5i Asy^i.., I^wt 'J^pw^ov 
Ypa[j,;j.a..., toùtojv awj^-dé-iov |;.oi Ivs^^eipiaôr^t..., sXaSov Tcap'ajxwv tojç 
Tuav-aç ôxTwi (jTatYjpaç, etc. Voir aussi : Pap. Oxyrh., I, n° 99 (55 
après J.-C, acte de vente), Pap. Oxyrh., II, n° 272 (68 après 
J.-C, contrat), Pap. Oxyrh. ,11, n° 278 (17 après J.-C, bail), etc. 

Il faut donc de toute nécessité chercher ailleurs la solution de 
ce problème. 

On sait que le grec ancien distinguait par l'écriture trois sortes 
d'o et trois sortes à'e : 

o fermé bref (0) = : Xô^oc. 

o fermé long (0) = ou : hooùq. 

o ouvert long (0) = w : twv Swpwv. 

e fermé bref (e) = ^ : XéveTe. 

e fermé long (e) = ei : xiOeiç. 

e ouvert long (I) = y; : y.sçaAr,. 

On sait également que dans le cours des siècles, certains de ces 
sons ont changé de nature : Ve long ouvert, y), est devenu / en 
passant par e fermé; Vo long ouvert, o), a subi une évolution 
analogue et a abouti à : tôtcwv se prononce exactement aujour- 
d'hui comme tôtcov. 

Nous croyons pour notre part que la graphie avec i dont nous 
cherchons l'explication cache une réalité phonétique. En écrivant 
7.$cpaAr,t, on aura voulu indiquer le caractère fermé de r,. Le fait 
que W est la plus fermée des voyelles le désignait pour cet usage. 
L\ ayant ainsi pris la valeur d'une voyelle fermante, on s'en sera 
ensuite servi pour marquer la fermeture de l'w, d'où h{ô)i. 

Il est certain que cette explication ne peut s'appliquer à tous 
les cas où l'on trouve dans les documents un i anormal. Le fait 
que depuis les derniers siècles avant notre ère l'iota souscrit 
ne se prononçait plus, a dû donner naissance à des graphies 
inverses. En étudiant les inscriptions et les papyrus il nous 
restera difficile de discerner dans un mot ou une phrase isolés 
pareille graphie inverse de l'indication phonétique que nous 



UNE INDICATION PHONÉTiaUE MAL COMPRISE 267 

supposons. Quant aux manuscrits, W anormal ne s'y trouve 
qu'à partir du vii^ siècle de notre ère ', ce qui prouve que dans 
ces documents nous avons affaire à une graphie savante qui ne 
rend pas la prononciation contemporaine, Vr, étant devenu au 
vii^ siècle un simple i. Cependant il nous semble que le caractère 
même de cette graphie milite en faveur de notre hypothèse : on 
conçoit mal que les scribes aient remis en honneur une simple 
erreur d'orthographe, tandis qu'on s'explique très bien qu'ils aient 
adopté une graphie dont le caractère régulier dans certaines 
pièces ne leur avait pas échappé. 

D'autres langues connaissent également l'i comme signe d'allon- 
gement et de fermeture ; le hollandais par exemple présente heir, 
mier à côté de heer (armée), vieer (lac). On trouve, en allemand, 
des noms propres tels que Voigt, Voigtîànder (pron. vogl) et en 
hollandais Oirsclwt, Oisterzaijk, noms de villages, oirsprong, au 
moyen âge, à côté de oorsprong (origine), etc., etc. Le Grand 
dictionnaire de la langue Jjollandaise, t. X, col. 14, dit : 
« Certains copistes du moyen âge indiquent l'allongement de Vo 
dans quelques mots par l'adjonction d'un /, surtout devant r, 
et écrivent par exemple hoir [rejeton], doir [jaune d'œuf], oirloge 
[horloge, montre], oie [aussi] et, plus tard encore, quelques 
auteurs ont préféré la graphie air dans les mots tels que oorsprong 
[origine], oor~aak [cause], etc. » Toutefois il est bon de noter que 
le français hoir (lat. haeres) a passé en hollandais sous la forme 
phonétique or, tout en gardant la graphie oir. On peut donc se 
demander si dans certains de ces mots (p. ex. oirsprong^ la gra- 
phie par 0/, au lieu de 00, n'est pas un souvenir de l'orthographe 
française hoir. 

Leiden, 191 3. 

D. C. Hesseling. 

I . Notamment les plus anciens manuscrits de la Bible ne connaissent pas l'i 
anormal. Au me siècle de notre ère cet i disparaît des papyrus. Voir Crônert, 
Memorîa gr. herculanmsis, p. 46. 



ETUDES 
DE PRONONCIATIONS CATALANES 



Dans mes Études de prononciations catalanes à Vaide du palais 
artificiel (Revue de Phonétique, t. II, p. 58 sqq.), je relevais une 




FiG. I. 

ié-fé 

A. Mouvements des mâchoires. Elles se séparent à mesure que la ligne remonte. 

B. Souffle buccal. Les vibrations de la voyelle se distinguent aisément de celles de la 
consonne sonore (b). Les premières sont complexes ; les secondes paraissent plus simples. 
Le déplacement de la ligne marque seul la consonne sourde (/). 

Les pointillées verticales établissent le synchronisme entre les tracés du souffle et 
des mâchoires. 

Les pointillées horizontales fournissent des points de repères pour mesurer le degré 
d'écartement des mâchoires. 

Le diapason est de 200 v. d. à la seconde. Il vaut pour les fig. 1-4. 

anomalie d'articulation au sujet de la production de Vé (v. ibid., 
p. 56). Des expériences faites avec le palais artificiel, il résultait 



ETUDES DE PRONONCIATIONS CATALANES 



269 



que la zone articulatoire de IV est plus étendue, si cet é est pré- 
cédé de /que s'il est précédé àtb (comp. ib.y p. 52, fig. 52 et 
5, respect.). Il s'agissait de trouver une explication de ce fait. 
D'après le conseil de mon honorable maître M. l'abbé Rousselot 
et avec le concours aimable de M. Chlumsky, je me suis adressé 
à un moyen d'expérimentation autre que le palais. Ce sont les 




FlG. 2. 
hé-Jé 

Voir les observations tig. i. — Par erreur la ligne de construction horizontale de Je 
n'a pas été pointillée. 

ampoules exploratrices (cf. Rousselot, Principes de phonétique 
expérimentale, I, Paris 1 897-1 901, p. 86, Poirot, P/xTw^f/^, Leipzig, 
i9ii,p. 48). 

Dans notre cas il s'agissait de savoir en définitive si le rappro- 
chement des mâchoires était en cause comme nous l'avons pensé 
tout d'abord . En conséquence et d'après le procédé de l'auteur 

Rex-ve de phonétique, 19 



270 



p. BARNILS 



des Principes de phon. exp., t. II, p. 710 s.^ je mis entre les deux 
premières molaires une ampoule assez épaisse en la reliant à un 
grand tambour de l'appareil inscripteur de la parole, pendant 
que je recueillais le souffle au moyen d'un petit tambour. 

Nous obtenons ainsi les divers degrés d'écartement et en même 
temps les vibrations de la voyelle (grand tambour), et les vibra- 




FlG. 3 . 

fé-bé 

Voir fig. I. • — Les lignes de construction horizontales concordent avec le tracé pris à 
vide et ont placées en bas. 

tions seules, mais d'une façon plus nette et plus précise sur la 
ligne de la bouche (petit tambour). 

Les mots prononcés à diverses reprises et avec des alternances 
différentes, sont : fé (fer) 'faire' et bé (be) 'bien'. — Le départ 
pour l'Espagne de mon ami M. Antoni Griera m'obligea de limi- 
ter mes expériences à ma seule prononciation. 

B indique la ligne du souffle (petit tambour). 

A (ampoule et grand tambour), marque le rapprochement ou 
l'écartement des mâchoires. 



ÉTUDES DE PRONONCIATIONS CATALANES 



371- 



Pour les figures i, 2, 3 et 4 l'ampoule a été gardée à la même 
place. 

L'ordre de prononciation a été tel que nous l'offre l'exposé des 
expériences. 

A en juger par les tracés verticaux qui délimitent la fréquence 
vibratoire des consonnes et des voyelles, nous observons un fait 




Même disposition que fig. 3. 



FiG. 4. 
fé-bê 



bien éloquent. En général la ligne A des quatre figures en ques- 
tion tend à une descente plus rapide pour b que pour /pendant 
la production de la voyelle é II faut cependant avouer que, hors 
l'exemple/^' (fig. 4) le maximum d'amplitude de la courbe et par 
conséquent le maximum du rapprochement des mâchoires cor- 
respond à l'explosive bilabiale sonore. Nous avons donc deux points 
de vue : 

I. Dans tous les exemples l'ampoule reste plus longtemps 
resserrée entre les mâchoires pour ^é que pour bé. 



272 p. BARNILS 

2. Le resserrement de l'ampoule, bien que d'une durée 
moindre, est plus intense pour bé que pour fé, sauf le cas que 
nous avons signalé. 

Je ne saurais trouver d'explication pour concilier ces deux 
extrêmes que dans la physiologie, c'est-à-dire dans une manière 
différente d'articuler les deux consonnes. Leb initial du catalan a 
un caractère essentiellement explosif, en conséquence l'articula- 
tion mandibulaire devient plus forte ; on attaque avec une éner- 
gie plus grande le son à produire, d'où il résulte une pression 
violente de l'ampoule. Le/, au contraire, est comme l'on sait une 
consonne fricative : l'attaque pour l'articulation se fait doucement; 
de là, une moindre élévation de la ligne A. On peut remarquer 
aussi la forme d'élévation que présentent les tracés de A pour les 
divers exemples, et l'on verra que celui de fé se reproduit d'une 
façon pour ainsi dire tranquille, tandis que celui de bé se fait d'une 
manière brusque et soudaine. Ce sont là précisément les raisons 
que je crois pouvoir invoquer pour expliquer le plus de durée de 
tension de A pour// par rapport à bé. L'articulation complète du 
son étant doucement atteinte, l'organe s'y repose en conservant 
sa tenue qui semble se heurter à une négligence pour glisser à 
la détente, qui exhausse la tension du son suivant. 

Et si maintenant nous revenons au problème posé ci-dessus au 
sujet de la zone articulatoire de Yé sur le palais artificiel, nous ne 
nous étonnerons point de la plus grande partie ombrée àe fé en 
regard de bé. Quand se produit la voyelle (exemple bé), l'écarte- 
ment des mâchoires déjà sensiblement commencé pendant la 
consonne, s'accentue de plus en plus (comp. les lignes A des 
quatre figures). Rien d'étrange alors que la langue entraînée aussi 
quelque peu par ce mouvement d'ouverture, ne touche pas une 
partie du palais aussi considérable qu'on l'attendrait. C'est presque 
tout le contraire qui se passe pour//, et ainsi l'on conçoit la diffé- 
rence des deux /sur les palatogrammes. 

La différence d'élévation de A pour// dans la séné fé-be (fig. 



ÉTUDES DE PRONONCIATIONS CATALANES 



273 



3 et 4), à l'égard du même /g' dans la série bé-fé (jig. i et 2) peut 
s'expliquer par l'ordre des mots. Le premier serait le produit 




FiG. 5. 

bé-bê, fé-fé 
Même disposition que fig. } . 

d'une articulation de soi plus énergique peut-être due à la force 



274 



p. BARNILS 



expiràtoire accumulée au moment de commencer l'expérience 
On pourrait aussi y voir un résultat logique dû à une nuance de 




FiG. 6. 

fé-féyhé-bé 
Même disposition quefig. 3. — fé-fé a été inscrit avant bé- 



ÉTUDES DE PRONONCIATIONS CATALANES 275 

sens : fé béc'esl-à. dire 'faire du bien'. C'est dans l'exemple relevé 
ci-dessus (fig. 4) que nous en aurions une preuve frappante. 

Les résultats obtenus en changeant l'ordre des mots viennent 
corroborer ce que nous avons constaté jusqu'ici. 

Les mots fé, bé, ont été prononcés : 

bé-bé ; fé-fé (dg. s)- 

fé-fé ; bé-bé (fig. 6). 

Pour ces expériences l'ampoule exploratrice, après un moment 
de repos, fut remise de nouveau en place. C'est à cette circons- 
tance qu'on rattacherait les différences purement de forme ondu- 
latoire qu'on remarque sur les figures 5 et 6. 

D'ailleurs nous voyons la pression, exercée par les maxillaires 
sur l'ampoule, se refléter sur le papier à peu près sous la même 
forme. La fig. 5 est surtout frappante. La voyelle é n'est pas encore 
tout à fait éteinte pour bé bé, que la ligne A nous présente déjà 
un decrescendo considérable. Au contraire, pour fé-Jé nous obte- 
nons même (fig. 5) une augmentation de pression de l'ampoule 
lorsque les dernières vibrations de la voyelle sont en train de 
disparaître (premier exemple) ou elles sont déjà tout à fait dis- 
parues (deuxième exemple). 

Bien qu'en apparence un peu anormaux, les tracés fournis par 
la figure 6 ne s'opposent point à nos conclusions. On voit en 
effet la courbe A des expériences bé-bé remonter largement 
ondulante, celle des expériences fé-fé rester plus aplatie que 
d'habitude. Aussi la longueur de la base de l'arceau est ici pour 
bé-bé plus grande que dans les autres figures. Mais c'est un fait 
incontestable que, malgré tout, la tenue de A pour les exemples 
bé n'est ni si constante ni si durable que pour les exemples fé. 

Afin d'explorer jusqu'à quel point la nature des deux consonnes 
en question pouvait agir sur IV suivant, au cas où ceci pourrait 
contribuer encore à éclaircir le problème, j'ai mesuré la durée de 
cette voyelle dans tous les exemples. J'ai dressé plusieurs petits 
tableaux des chiffres ainsi obtenus, en faisant toute sorte de com- 



276 



p. BARNILS 



binaisons d'après les exemples prononcés et leur rang d'inscription 
sans réussir pourtant à y découvrir des parallélismes ou des 
analogies satisfaisantes. Cela demanderait quelque travail expé- 
rimental sur la durée des sons en catalan, travail qui n'existe 
pas encore et que je ne peux pas entreprendre pour le moment. 




FiG, 7. 

fé-bé, hè-fé 

Remarquer que dans fc-hè, le h présente des vibrations avant le rapprochement des 
mâchoires, ce qui ne se produit pas dans hé-fè. 

Je me borne donc à constater la durée des é sans tenir compte de 
l'ordre dans lequel les mots ont été émis. 

On sait que le diapason de notre appareil enregistreur donne 
un centième de seconde (c. s.) pour deux vibrations doubles. 

Nous avons donc pour 

fé 21 es., fig. 2. (minimum de durée). 
» 22 1/4 » " 5- 



ÉTUDES DE PRONONCIATIONS CATALANES 277 



» 23 


1/2 » 


» 


6. 




» 24 


» 


» 


3- 




» 25 


» 


» 


I. 




» 27 


1/4 » 


» 


4- 




» 29 


3/4 » 


» 


6. 




» 36 


» 


M 


5 


(maximum de durée). 


bé 18 


es., 


fig- 


3 


(minimum de durée). 


» 19 


» 


» 


5- 




» 20 


» 


» 


5. 




» 24 


1/4» 


)) 


I. 




» 24 


1/2 » 


» 


4- 




» 25 


1/2 » 


» 


2. 




» 26 


» 


» 


6. 




» 2é 


1/2 » 


» 


6 


(maximum de durée). 



Quant aux exemples de la série bé nous faisons naturellement 
abstraction de l'occlusion sonore de la consonne, comprise entre 
la première perpendiculaire et les vibrations caractéristiques de 
IV. Aussi pour la série fé nous laissons de côté la partie de la ten- 
sion du / d'ailleurs bien remarquable par le soulèvement des tra- 
cés B (v. les figures) qui précède les vibrations vocaliques. 

D'après ces données nous remarquons néanmoins que la durée 
minima de Vé correspond au groupe bé : i8 centièmes de seconde 
(fig. 3) contre 21 centièmes id. (fig. 2). Nous voyons aussi que 
le maximum de durée correspond au groupe fé : 36 centièmes 
(fig. 5) contre 26 1/2 (fig. 6). C'est là une simple constatation 
que nous venons de faire sans vouloir d'ailleurs lui attribuer trop 
de valeur. Après des analyses faites sur la durée des sons catalans 
et dans d'autres expériences plus détaillées et avec plus d'individus, 
il faudra revenir sur la question. 

Ce n'est qu'à titre de spécimen que je voudrais, avant de finir, 
attirer l'attention du lecteur sur la fig. 7. Celle-ci nous donne 
seulement la courbe de l'ampoule, l'embouchure pour le souffle 



278 p. BARNILS 

buccal ayant été laissée de côté pendant l'expérience. C'est pen- 
dant le séjour que fit à Paris, au printemps de 1 9 1 2, M. Antoni Alco- 
verque, grâce à son extrême amabilité et à son enthousiasme pour 
notre langue, nous pûmes faire quelques expériences trop rapides. 
L'emploi des ampoules est plus difficile qu'il ne paraît à première 
vue. Aussi M. Alcover ne réussit pas tout à fait dans ses essais. 
J'ai beau maintenant revoir et étudier de plus près les feuilles 
enfumées je ne trouve guère que les tracés reproduits sur la 
fig. 7, qui soient utilisables. Quoi qu'il en soit, il semble que le 
résultat donné par la ligne A ne vient pas contredire nos assertions. 
Il y a seulement l'exemple bédo la première série (fig. 7 en haut) 
qui nous apparaît assez anormale. A la suite de cet exemple, 
venait sur la feuille le tracé de fé, dont la pression organique se 
montre tout de suite en pleine action, comme s'il y manquait la 
détente du son précédent ou la tension de celui qui doit le succé- 
der. En outre l'absence du tracé du petit tambour rend aussi bien 
difficile une appréciation complètement juste de la valeur de nos 
courbes. Il faudrait remarquer encore qu'il ne s'agit pas ici du 
catalan proprement dit, mais d'une variété dialectale plus incon- 
nue et moins étudiée jusqu'ici, celle que l'on parle en Majorque. 

P. Barnils. 



QUESTIONS DE TECHNIQUE ET DE MÉTHODE 

J'ai tenté de réunir ' les méthodes particulières de la phoné- 
tique expérimentale. Sous la présente rubrique je me propose 
soit d'aborder des questions qui, selon le plan du manuel, ne 
pouvaient être traitées dans la section spéciale consacrée à la 
phonétique, soit de compléter ou de rectifier l'exposé d'autres 
questions, surtout d'après les résultats de mon expérience per- 
sonnelle, soit enfin de le tenir au courant de progrès réalisés 
depuis l'apparition du livre. 

I. — SUR l'analyse HARMONiaUE AU MOYEN DES ANALYSEURS, 
EN PARTICULIER CELUI DE MADER 

L'analyse des courbes vibratoires en séries de Fourier, même 
avec les simplifications qu'assurent les formulaires, grilles, etc., 
comporte des calculs longs et compliqués, où les sources d'er- 
reurs sont nombreuses. L'emploi d'appareils permettant de rem- 
placer une plus ou moins grande partie des calculs par des opéra- 
tions mécaniques moins fatigantes facilite les analyses, et ce 
progrès peut contribuer à répandre parmi les phonéticiens le 
goût des recherches sur le timbre. Il est très heureux que la 
renaissance de ces études qu'on constate depuis quelque temps 
ait coïncidé avec l'invention d'analyseurs vraiment pratiques. 

Les premiers analyseurs harmoniques, sans parler de leurs 
dimensions et de leur prix élevé, offraient un sérieux défaut : ils 
exigeaient soit la mesure d'un nombre fixe d'ordonnées équidis- 
tantes (appareil de Michelson et Stratton), soit la reconstruction 

I. J. Poirot. Die Phonetik = Handbuch der physiologischen Methodik 
herausgegebea von R. Tigerstedt, Bd III, 6. Leipzig, Hirzel, 191 1. Je citerai 
par la suite cet ouvrage sous l'abréviation : P/wn . 



28o J. POIROT 

graphique de la courbe sur une abscisse de longueur fixe (appa- 
reils de W. Thomson, Henrici-Coradi, Wiechert et Sommer- 
feld, Yule et Lecomte, etc.). Ces opérations ajoutaient les erreurs 
de mesure ou de dessin à celles commises par l'appareil dans 
l'analyse de la courbe telle quelle. La première condition 
que devait remplir un appareil pratique était évidemment de 
pouvoir analyser sur l'original les courbes d'abscisse variable 
que donnent les appareils. Du jour où l'industrie eut besoin, elle 
aussi, d'analyses harmoniques (courbes de courants alternatifs), 
le problème ne tarda pas à être résolu. 

A ma connaissance il existe deux appareils de ce genre, celui 
de Rowe, paru le premier, et celui de Mader. Ils se ressemblent 
en ce qu'ils ne donnent les constantes qu'une à une, et en ce 
qu'ils constituent eux aussi une application de la méthode Clii- 
ford-Finsterwalder : on fait décrire à un planimètre une courbe 
fermée qui est une fonction bien déterminée de la constante 
qu'il s'agit d'obtenir. Les déplacements du planimètre sont la 
résultante de trois mouvements : deux mouvements rectilignes 
alternatifs orientés à angle droit l'un sur l'autre, et un mouve- 
ment circulaire, la pointe du planimètre étant mise en relation 
avec la partie du système qui décrit le mouvement circulaire. 
Une pointe fixée à l'extrémité libre du système et promenée le 
long de la courbe entraîne le mouvement de l'ensemble. Mais 
dans le détail les deux appareils différent assez sensiblement. 

Dans l'appareil de Rowe ' les quatre parties du système, ainsi 
que la courbe à analyser, sont étagées l'une au-dessus de l'autre. 
Le rayon du mouvement circulaire peut être changé par le dépla- 
cement d'un curseur le long d'une échelle graduée; selon ce 

I . Je n'en ai eu connaissance que maintenant, par un catalogue (Circulars 
from Wm. Gaertner & Co 5345-5349 Lake Avenue, Chicago). Le constructeur 
est Albert B. Porter, 324 Dearborn Str., Chicago. La théorie de l'appareil est 
donnée par l'auteur dans un article de The electrical world, 25 mars 1905. Le 
modèle définitif date de 1908. Prix avec le planimètre 227,50 dollars. 



QUESTIONS DE TECMNICLUE ET DE METHODE 201 

rayon, les courbes décrites par le planimètre fournissent la valeur 
et le signe des constantes d'intégration de la série de Fourier 
comprises entre les indices i et 15. L'abscisse de la courbe peut 
aller jusqu'à 6 pouces. 

Dans l'appareil de Mader ' les quatre parties du mécanisme et 
la courbe sont situées à côté les unes des autres. La pointe qui 
suit la courbe peut glisser sur le bras libre d'un levier coudé, et 




Kewe Harmonie An»lys«p 

on la fixe à une distance de l'axe du levier égale à l'abscisse, 
qui peut varier entre 2 et 32 cm. -. Le levier entraîne une tige 
dentée qui se meut seulement dans le sens vertical (selon l'axe 
des ordonnées), et qui fait tourner une roue dentée pleine dont 
la face supérieure porte deux enfoncements, correspondant aux 
points 0° et 90° sur une circonférence orientée, et servant à 

1. V. la description et la théorie, Pbon., p. 180-185. ti^ne partie des rensei- 
gnements d'ordre pratique et technique m'ont été fournis par les constructeurs, 
MM. Stàrzl frères, en réponse à des observations et questions de ma part. J'ai 
cru rendre service à mes confrères en phonétique en leur en faisant part. 

2. A cet égard, et par le prix (moins de la moitié), l'appareil Mader est 
encore supérieur à celui de Rowe. 



282 J. POIROT 

recevoir la pointe du planimètre. Selon le choix qui est fait de 
la roue et l'enfoncement dans lequel est placée la pointe du 
planimètre, on obtient une des constantes de la série de Fou- 
rier. Tel qu'il est actuellement livré, l'appareil comporte un jeu 
de roues pour tous les indices de i à 9 et les indices impairs de 
II à 19; les indices 1-6 et 8 ne nécessitent qu'une roue, les 
autres un couple de roues. Pour les indices 11- 19 le rayon de la 
circonférence décrite par la pointe du planimètre eût été trop 
petit, et il a fallu, pour éviter de trop grandes erreurs, lui don- 
ner une dimension double. L'aire de la surface décrite est donc 
2^ fois trop grande, et la lecture du planimètre doit être divisée 
par 4, comme il est indiqué sur les roues. Pour les indices pairs 
au-dessus de 10, il n'y a pas de roues spéciales, et on doit recou- 
rir à l'intégration par moitiés en se servant des roues correspon- 
dantes (5, 6, etc.). C'est un inconvénient, la perte de temps 
étant considérable ; les constructeurs m'ont écrit qu'ils étudie- 
raient la construction de roues pour ces indices pairs. L'appareil, 
n'ayant qu'un planimètre, ne donne qu'une constante à la fois. 
Théoriquement il pourrait en fournir plusieurs, si on allongeait 
la tige dentée et qu'on y alignât plusieurs roues; mais le gain 
serait problématique, car on accroîtrait, outre les dimensions et 
le prix, les frottements, source importante d'erreurs. 

La courbe à analyser doit être placée de sorte que la ligne 
d'abscisse soit perpendiculaire à la tige dentée (axe des ordon- 
nées), et que le milieu de la période se trouve exactement dans 
le prolongement de l'axe du levier coudé (ordonnée conespon- 
dant à l'abscisse tc). Pour faciliter cette disposition, le construc- 
teur joint à l'appareil une espèce d'équerre dont la grande 
branche, graduée dans les deux sens à partir du milieu (point o), 
indique l'abscisse, tandis que la petite branche, pourvue de deux 
saillants longitudinaux, glisse dans la rainure de la barre qui 
guide le chariot et forme l'axe des ordonnées. On place la 
courbe de sorte que la période suive le bord de l'échelle, le 



QUESTIONS DE TECHNiaUE ET DE MÉTHODE 283 

milieu ' correspondant au zéro. Le levier coudé étant poussé à 
fond vers la gauche (jusqu'à ce qu'il bute contre le taquet d'en 
haut), on fixe la pointe à la hauteur du début de l'onde 
(abscisse o) ; en reportant le levier vers la droite jusqu'au bout 
de sa course, la pointe devra se trouver à la hauteur de la fin de 
l'onde (abscisse 2 ::). Si elle tombe à côté, c'est que le zéro de 
l'équerre est mal placé, comme cela est le cas dans l'exemplaire 
de mon laboratoire. Il pourrait être assez délicat de corriger l'er- 
reur sur l'équerre ; le mieux est d'évaluer une fois pour toutes 
de combien le milieu doit être déplacé par rapport au zéro, de 
placer approximativement le milieu de l'abscisse, et de chercher 
par tâtonnement sa place exacte, comme ci-dessus ; avec un peu 
d'habitude on y arrive vite. Du reste, si on analyse une courbe 
dessinée sur du papier quadrillé, dont les carrés ne sont jamais 
parfaits, il faudra recourir à ce procédé. 

Pour l'exactitude des résultats, il est indispensable que la 
pointe suive exactement les limites de la courbe à intégrer, 
c'est-à-dire les ordonnées limites o et 2 z, la courbe elle-même 
et l'abscisse de 2 z à o. C'est évident pour la courbe : quant à 
l'abscisse, il faut noter que, si on s'en écarte, on a analysé har- 
moniquement non la fonction / (jc) qu'on veut étudier, mais la 
différence entre cette fonction et une autre fonction de .y déter- 
minée par l'écart entre l'abscisse et la ligne suivie au retour. Les 
ordonnées limites sont nulles si l'abscisse passe par les deux 
points extrêmes de la courbe ; sinon elles constituent des lignes 
verticales qu'il est facile de suivre sans erreur, puisque le levier, 
dans ces positions, est arrêté, et que le chariot ne peut que 
suivre l'axe des y. Le long de la courbe il faut suivre attentive- 

I. Le plus sûr est encore de déterminer le milieu (r) par la construction 
graphique connue (par le milieu d'une droite lui élever une perpendiculaire) ; 
on obtient ainsi le tracé exact de l'ordonnée _)'_ qui sert de limite entre les deux 
moitiés pour l'intégration par parties. On trouvera de même, pour cette inté- 
gration, les points - et — . 
2 2 



284 j. POIROf 

ment les sinuosités; et, avec l'habitude, on arrive à manœuvrer 
le chariot sans peine, les frottements étant minimes. Mon expé- 
rience me porte à croire que la conduite du chariot est plus 
aisée dans les parties où la dérivée a une grande valeur numé- 
rique (montée ou descente raides) que dans les parties d'aligne- 
ment sensiblement horizontal, surtout quand celles-ci sont 
situées vers la fin de la période. Cette inégalité tient à la fois à 
la construction de l'appareil, les déplacements selon Taxe des 
y provoquant moins de frictions et de résistances que ceux selon 
l'axe des x, et aussi au fait que les déplacements de la main 
dans le sens latéral sont moins sûrs que ceux en sens perpendi- 
culaire . 

Quant au retour le long de l'abscisse, qui est une ligne droite, 
il peut se faire le long d'une règle; mais il est indispensable que 
cette règle soit toujours posée de même. Le mieux est, je crois, de 
procéder de la façon suivante. Une fois la courbe placée exacte- 
ment et fixée, il faut ôter l'équerre pour laisser le champ libre 
au chariot. On aligne alors la règle de l'équerre, tournée du côté 
non gradué, le long de l'abscisse, à une distance égale à l'épais- 
seur de la pointe ; en enfonçant trois punaises, deux sur le bord 
inférieur et une sur le côté gauche près du bord supérieur, on 
assure la règle dans cette position, sans pourtant que les punaises 
pressent dessus. Comme en effet la courbe peut être si haute 
que le bas du levier dépasse à un moment donné le bord infé- 
rieur de la règle, il est bon que celle-ci puisse être refoulée vers 
le haut, et ramenée à sa position quand la pointe arrive à l'ab- 
cisse 2 ■:: et glisse vers (comme elle frotte un peu, elle entraî- 
nerait la règle vers la gauche si la y punaise ne l'arrêtait). 
Dans ces conditions le retour se fait suivant une abscisse inva- 
riable. 

Dans ce déplacement sur l'abscisse le mouvement circulaire de 
la roue est, pour une même vitesse de la pointe, plus rapide 
que lorsqu'on suit la courbe. Ce mouvement est provoqué par 



QUESTIONS DE TECHNIQUE ET DE METHODE 285 

celui de la tige dentée; il est donc évident, comme le déplace- 
ment périphérique est identique pour une même vitesse de la 
pointe, que la vitesse angulaire de la roue sera inversement pro- 
portionnelle au rayon ; et, comme la pointe du planimètre est 
solidaire des mouvements de la roue, les déplacements du rou- 
leau du planimètre sur son support prennent de plus en plus le 
caractère de rapides tournoiements dans une aire restreinte, à 
mesure que le rayon de la roue devient plus petit et la vitesse 
angulaire plus grande. Il peut en résulter de graves erreurs si le 
planimètre vient à glisser sans rouler. La vitesse avec laquelle on 
ramène la pointe le long de l'abscisse doit donc être modérée, et 
d'autant plus modérée que le rayon de la roue est plus petit ; il 
faut résister à la tentation d'aller vite. 

Dans l'intégration par moitiés, on déterminera d'abord toutes 

les constantes Ap, Bp (j) = lo, 12, 18) pour la première 

moitié de la courbe, et ensuite pour la seconde. 

Un avantage évident des analyseurs harmoniques, outre la 
suppression des erreurs de calcul, est de réaliser une économie 
de temps appréciable. Comme on le sait par les recherches sur le 
timbre, le nombre des harmoniques de valeur significative com- 
pris dans une courbe est en somme assez restreint ; souvent les 
renforcements ne s'étendent pas au delà du 8^, et, si le son fon- 
damental n'est pas très bas, dépassent rarement le 13^. Quand 
on doit calculer ces harmoniques en partant de n ordonnées 
équidistantes (dans la pratique n varie entre 36 et 48), le nombre 
des opérations, et par suite le temps emplo3é est presque aussi 

grand, qu'on s'arrête aux termes de rang — ou qu'on pousse jus- 

4 

qu'au terme de rang — (les termes à partir de — -j- i s'ob- 
2 4 

tiennent par de simples soustractions, v. Phon., p. 194). Il y a 

d'ailleurs intérêt à pousser le calcul jusque là, les termes non 

Revue de phonétique. 30 



286 J. POIROT 

significatifs pouvant servir de base au calcul des erreurs. Avec 
l'analyseur, le temps employé est proportionnel au nombre 
de termes qu'on juge utile de déterminer. 

Il va de soi que les résultats des mesures ont besoin d'être 
contrôlés. Une méthode s'offre d'abord, qui est théoriquement 
exacte. Supposons en effet qu'on ait déterminé les termes de la 
série de Fourier jusqu'à un indice [>. assez élevé pour qu'on ait 
dépassé la dernière constante significative. Si on se donne un 
argument quelconque 9 compris entre et 2 tt, la série 

v(z,) — Ao + s A^ cos /) ç + S Bpsinp^f 
p=zi p=i 

doit restituer la valeur de l'ordonnée y(^z>) telle qu'on l'obtien- 
drait par mesure directe ', les « restes » ou différences entre 

I. J'ai écrit Phon., p. 167, note i que la formule 

y(cp)z=Ao+ ^ Cpsin(/ç + Op) 

est plus commode pour ce calcul. C'est inexact, car elle suppose le calcul 
préalable des phases, qui prend beaucoup de temps ; la formule donnée dans le 
texte est plus rapide. En choisissant convenablement ?, de sorte que v(ç) soit 
une ordonnée de grandes dimensions, et pourtant ç un argument commode 

(tï, , - OU leurs multiples), les calculs sont peu compliqués. Quand on déter- 
2 4 

mine les constantes par le calcul à l'aide de n ordonnées équidistantes, ce mode 
de contrôle sera toujours applicable, et peut-être utile à certains égards; je 
donnerai par suite les formules générales pour quelques valeurs commodes de 
l'argument, en supposant que n est multiple de 8, et en les appliquant au cas 
spécial îi = 48. 

11/2 
yo = Ao + S Ap jyo= ] 

P=^' / Ao + (A2 + A4 + Ao + . . . + A24) 

rj,=Ao+ s (— i)pAp y2r, = \ ^(Ai + A3+... +A23); 

p = i ] 

en désignant par [x un nombre impair, par v un nombre pair et par un 
nombre nul ou entier (o, i, 2), on a 

yK ] 

nJA n/4 — I \ /h/8 — i 



2 

2 



/ nlA «/4 — I \ /«/o — I 

Ao + ^ Aav — S A2JJ, ) ± S Bi + 



4p 



QUESTIONS DE TECHNIQUE ET DE ^MÉTHODE 287 

l'ordonnée mesurée et l'ordonnée calculée provenant des erreurs 
de mesure (et de calcul). 

Mais l'expérience m'a montré que ce moyen de contrôle n'est 
pas pratique, la détermination de Ao étant difficile. Elle se fait 
avec le planimètre seul, qui, comme on le sait, doit rouler sur 
une surface absolument plane. D'autre part les courbes fournies 
par les appareils, pour avoir les dimensions exigées par l'analy- 
seur, doivent être agrandies soit sur du papier quadrillé, soit 
photographiquement ou mécaniquement. Les feuilles de papier 
sur lesquelles sont portées les courbes ne sont pas planes, et il 
faut les coller sur du carton. De plus leurs dimensions seront 
en général telles que le rouleau du planimètre, au cours de l'in- 
tégration, devra ou les quitter ou y pénétrer; le glissement sur 
le rebord est d'autant plus difficile que la translation générale 
de l'appareil est plus oblique par rapport à ce bord, et il amène 
des erreurs, comme je m'en suis convaincu. 



«/8— I 
— S 63+45 

p=: 

d'où 

-- Vio = K^ ^ |-(A^ + As + ... + A24) - (Ao + Ae + ... + A2,)] 
V37: _ ± [(Bi + B5 + ... + B^,) - (83 + B, + ... + B23)] 

— — ym-] 

Pour l'argument - ^ 45° et ses multiples, les indices des sommes deviennent 

4 _ 
compliqués ; je donnerai les formules spéciales pour n =: 48, dont la symétrie 

ressort très nette 

\Ao+([(A8 + Ai6 + Ao4)-(A4 + A,2 + A2o)]+[(B2+B,o 

■^=ye= j + Bis) - (Be + Bi4 + B,^)l) 

^'._ l ± sin ou cos 450 ([(Al + A9 + Ai7 + A, + A^r, + Aog) — 

— = J30 = (A3 + Ah + A19 + A5 + Ai3 + A,0] + [(Bi+ B9+ Bi,+ 
'^ B, + B3 + Bii + Bi9)-(B3 + Bi3 + B.,i + B, + Bi5 + B,3)J) 

■^-Y=Ji8 = ) A + ([(A +...)-(A +•••)] -[(Bo + ...)-(B6 + •••)]) 
^ ± sin ou cos 45° ([(Bi + ... + B19) - (B- + ... + 8,3)] - 

^-^= y^ = [(Al + ... + A23)-(A3 + ... + A.,,)]) 



288 J. POIROT 

En outre la reconstitution de l'ordonnée indique bien s'il y 
a des erreurs dans la valeur des constantes, mais ne permet d'en 
déterminer ni le nombre ni la place. Pour ces deux raisons, j'ai 
dû y renoncer, et remplacer ce contrôle par le système des 
déterminations doubles. C'est un procédé auquel on recourt sou- 
vent aussi dans les analyses par le calcul : on effectue les calculs 
en double. Mais le second calcul prend le même temps que le 
premier (on n'économise que la mesure des ordonnées, qui est 
la plus rapide de toutes les opérations à effectuer). L'analyseur 
offre au contraire une sérieuse économie de temps, si on effec- 
tue immédiatement la seconde détermination en prenant pour 
lecture initiale du planimètre la lecture finale de la première 
détermination. De plus la seconde mesure se fait sur une région 
différente du planimètre, ce qui est encore un avantage . 

Le procédé le plus pratique, comme je l'ai vu après quelques 
tâtonnements, consiste à effectuer l'analyse avec un aide. La 
courbe mise en place ainsi que l'appareil avec la roue i, on fait 
pour la détermination de Ai une première lecture du plani- 
mètre, inscrite par l'aide. Une fois revenu au point de départ, 
on fait une nouvelle lecture et on repart pour la seconde déter- 
mination ; pendant ce temps l'aide fait la soustraction, et, la 
3^ lecture annoncée, peut dire si les valeurs concordent ou si une 
nouvelle détermination est nécessaire. On mesure alors Bi; 
l'aide, en attendant la 2^ lecture, peut à l'aide d'une table, déter- 
miner Ai^. Une fois Bi mesuré, il faut changer de roue, et déter- 
miner d'abord A2; pendant ce temps l'aide calcule Bi^, ainsi que 
Ci^ = Ai^ -f Bi^, et Ci, l'intensité II et au besoin 61, opérations 
rapides avec des tables appropriées. Le calcul des éléments défi- 
nitifs avance donc du même train que les mesures. Avec un 
peu d'habitude, et surtout si on dispose d'une machine à calcu- 
ler, l'aide arrivera même, pendant les intervalles libres (chan- 
gement de courbe, mesure de la première moitié dans les inté- 
grations partielles), à calculer les amplitudes et intensités rela- 



aUESTIONS DE TECHNIQUE ET DE MÉTHODE 289 

tives. Pour cette série d'opérations on se construira des formu- 
laires. 

Si on doit mesurer un certain nombre d'ondes d'un même 
^imbre et qu'elles se ressemblent, il ne sera pas toujours néces- 
saire de pousser l'analyse jusqu'à l'index 19. L'analyse de 
quelques exemples montrera où s'arrêtent les constantes signifi- 
catives, et on pourra pour les autres interrompre la série un 
peu au delà de la dernière de ces constantes. Souvent on peut 
s'arrêter à l'index 9, ce qui épargne l'intégration partielle pour 
l'index 10. 

Comme le recommandent les constructeurs, il faut dresser 
une table de correction du planimètre. Le mieux est de n'em- 
ployer qu'une région déterminée du planimètre, par exemple 
entre o et rooo, ce qui réduit le travail de correction. Celui-ci 
s'opère en mesurant des figures de surface connue, par exemple 
une série de rectangles de dimensions croissantes. Un moyen 
simple et qui élimine les erreurs dues à l'opérateur, est d'em- 
ployer les roues du planimètre. On mesure exactement le rayon r 
compris entre le centre de la roue et l'enfoncement où se place 
le planimètre ; on met la roue et le planimètre en place, et on fait 
accomplir à la roue, à l'aide du levier coudé, une (ou plusieurs) 
révolutions complètes. Le planimètre doit indiquer la surface 
7: r^, qui varie avec le rayon de la roue. 

Pour se faire une idée de la précision de l'analyseur lui" 
même, on lui fait analyser une fonction de régime analytique 
connu, et on obtient, par la différence entre les valeurs mesu- 
rées et calculées, Terreur absolue et relative. Ici encore, pour évi- 
ter les erreurs de l'opérateur, on peut choisir une fonction limi- 
tée par des lignes droites (triangle rectangle, l'abscisse étant 
constituée par un côté de l'angle droit; triangle rectangle iso- 
cèle posé sur l'hypothénuse comme abscisse; trapèze équilaté- 
ral, etc.). Pour étudier la précision des intégrations partielles, on 
pourra mesurer les harmoniques d'une courbe pour les indices 



290» J. POIROT 

pairs de 2 à 8 directement et par intégration partielle à l'aide des 
roues 1-4 (la plupart des fonctions ci-dessus sont malheureuse- 
ment inutilisables, parce que les termes pairs y sont tous nuls). 
Helsingfors, décembre 191 2. 

J. PoiROT. 



COURS 

DE GRAMOPHONIE 

LA JEUNE VEUVE 

La perte d'un époux ne va point sans soupirs. 
On fait beaucoup de bruit, et puis on se console : 
Sur les ailes du Temps la tristesse s'envole ; 

Le Temps ramène les plaisirs. 

Entre la veuve d'une année 

Et la veuve d'une journée 
La différence est grande : on ne croirait jamais 

Que ce fût la même personne. 
L'une fait fuir les gens, et l'autre a mille attraits. 
Aux soupirs vrais ou faux celle-là s'abandonne ; 
C'est toujours même note et pareil entretien ; 

On dit qu'on est inconsolable; 

On le dit, mais il n'en est rien. 

Comme on verra par cette fable. 

Ou plutôt par la vérité. 

L'époux d'une jeune beauté 
Partait pour l'autre monde. A ses côtés sa femme 
Lui criait : « Attends-moi, je te suis; et mon âme, 
Aussi bien que la tienne, est prête à s'envoler. » 

Le mari fait seul le voyage. 
La belle avait un père, homme prudent et sage : 

Il laissa le torrent couler. 

A la fin, pour la consoler : 
« Ma fiUe^ lui dit-il, c'est trop verser de larmes : 
Qu'a besoin le défunt que vous noyiez vos charmes ? 
Puisqu'il est des vivants, ne songez plus aux morts. 

Je ne dis pas que tout à l'heure 



292 MARGUERITE DE SAINT-GENES 

Une condition meilleure 

Change en des noces ces transports; 
Mais, après certain temps, souffrez qu'on vous propose 
Un époux beau, bien fait, jeune et tout autre chose 

Que le défunt. — Ah ! dit-elle aussitôt. 

Un cloître est l'époux qu'il me faut. » 
Le père lui laissa digérer sa disgrâce. 

Un mois de la sorte se passe. 
Uautre mois, on l'emploie à changer tous les jours 
Quelque chose à l'habit, au linge, à la coiffure : 

Le deuil enfin sert de parure, 

En attendant d'autres atours. 

Toute la bande des Amours 
Revient au colombier : les jeux, les ris, la danse, 

Ont aussi leur tour à la fin ; 

On se plonge soir et matin 

Dans la fontaine de Jouvence. 
Le père ne craint plus ce défunt tant chéri ; 
Mais comme il ne parlait de rien à notre belle: 

« Où donc est le jeune mari 

Que vous m'avez promis ? » dit-elle. 



La jœnœ vœv. 

La pertce d œn épû nœ va pwl sa supîr. 

ô fe bôku d hrwi ; e piùi:( ô s kôsolœ. [io"J 

stir lè:( èlœ du ta la tristesœ s âvolœ ; 

le ta ramènœ le ple:(ir. 

àtrœ la vœvœ d un ané 

e la vœvœ d unœ jurné, 
la diférâs è grâd. ô n krwàre jamè 

kœ sœ fu la mèm. person [29'! 

un fefwîr le jà, e l ôtr a mil atrè. 



Très lent 



COURS DE GRAMOPHONIE 

â snplr vrè^ ufô sella s ahàdon ; 
s è tujûr mèm not [a] parey àlrœtye. 

ô di k on et ekôsolablœ. 

ô l di; niéi il n an é ryè, 

kom ô vèra par set fâblœ 

u pliUfl, par la vérité. 

l épû d unœ jœnœ bôté, 
parte pî'ir l ôtrœ môdœ; a se koté, safavi 
Iwi kriè attà mwa; jœ tœ swi ; e mon âmœ 
ôsi hye kœ là tyènœ e prêt a s àvolé. 
lœ mari y je sœl lœ vzuayàj. 
la helœ, avet œ pèr, om priidàt e sàj. 
il lésa lœ tord knlé. 
a lafè,pîïr la kôsolé. 
ma fiyœ. Iwi dit il ; s è tro versé dœ làrmœ. 
k a hœ^we lœ défœ kœ vu nwayyévô earmœ ? 
pwisk il è de vivà, nœ sôjé plû'^ ô môr. 
jœ nx di pâ kœ, tut a l œr, 
unœ kôdisyô nieyœr 
mj à de nosœ se trâspàr. 
mè^ apré sertè ta, sufré ko vu propô^ 
œn épii, bô, bye je, jœnœ, e lut ôtrœ €6%^ 
kœ lœ déjà. — al dit èl ôsitô; 

œ klwàtrœ è lépûk il mœfô. 
lœ pèr, Iwi lésa dijéré sa dis gras, 
œ mwà dœ la sortœ sœ pas ; 
l ôtrœ mwà, ô l àplwa, a mjé tù lé jûr 
kelkœ ^«( a l obi; ô lèj ; a la kwafàr. 
■ lœ dœy àfè sér dœ parûr, 
an atàdà d ôtrœi atûr. 
tutœ la bàdœ dè:(^ amûr, 
rœvyèt ô kolôbyé. lé jœ; lé ri; la dâsœ. 



293 
[40"J 

[48"] 



[i'8"| 



[2'8"J 
[2'22"J 



294 MARGUERITE DE SAINT-GENES 

ôt ôsi làr tûr a la fè. 

ô sœ plôjœ swàr e mate 

dà la fôtènœ dœ juvdsœ. [^'40"] 

lœ pèr, nœ krë pi à sœ défœ, ta €éri, 
?îiê ; kom il nœ parlé dœ ryè a notrœ helœ. 

u dôk è lœ jœnœ mari 

kœ vu m avé pronii ? dit elœ. [2' 5 6 J 

(Dit par M. Delaunay, de la Comédie Française, d'après un 
disque de la Compagnie du Gramophone.^ 



COMMENTAIRE 

Le fabuliste tient ici le principal rôle. Et ce rôle est difficile. Car 
rien n'est varié et délicat comme la satire. Le ton du début est 
successivement ému, emphatique, railleur, dogmatique. 

C'est avec une solennité comique qu'il annonce le départ de 
l'époux pour l'autre monde; avec un soin malicieux qu'il détaille 
les diverses phases du retour de la jeune femme à la joie de vivre 
et au désir d'un nouvel époux. 

La veuve fait éclater d'abord sa douleur avec vivacité et rejette 
bien loin toute consolation. C'est le contraste entre l'excès de son 
désespoir et son oubli si rapide qui fait le principal charme de la 
fable. 

Le père parle en homme attendri et sage, sûr que le temps fera 
le miracle qu'il espère. 

Au point de vue phonétique, les observations déjà faites sur la 
prononciation de M. Delaunay nous dispensent d'entrer en aucun 
détail. Le lecteur trouvera de lui-même tout ce que je pourrais 
lui suggérer. 



COURS DE GRAMOPHONIE 295 

LES VIEUX 

PAR M"^ Edmond Rostand, 
dits par M^" Sarah Bernardt. 

Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille. 
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs. 
Au mois de mai, dans le jardin qui s'ensoleille. 
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants. 
5 Comme le renouveau mettra nos cœurs en fête 
Nous nous croirons encore de jeunes amoureux; 
Et je te sourirai tout en branlant la tête. 
Et nous ferons un couple adorable de vieux. 
Nous nous regarderons, assis sous notre treille, 
10 Avec de petits yeux attendris et brillants. 
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille, 
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs. 

Sur notre banc, ami, tout verdâtre de mousse 
Sur le banc d'autrefois, nous reviendrons causer. 

15 Nous aurons une joie attendrie et très douce, 
La phrase finissant souvent par un baiser. 
Combien de fois jadis, j'ai pu dire : je t'aime ! 
Alors, avec grand soin, nous le recompterons ; 
Nous nous ressouviendrons de mille choses, même 

20 De petits riens exquis dont nous radoterons. 
Un rayon descendra, d'une caresse douce 
Parmi nos cheveux blancs, tout rose se poser 
Quand sur notre vieux banc, tout verdâtre de mousse. 
Sur le banc d'autrefois nous reviendrons causer. 

25 Et comme chaque jour je t'aime davantage : 

Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain. 



296 MARGUERITE DE SAINT-GENÉs 

Qu'importeront alors les rides du visage ? 

Mon amour se fera plus grave et plus serein. 

Songe que tous les jours des souvenirs s'entassent : 
30 Mes souvenirs à moi seront aussi les tiens. 

Ces communs souvenirs toujours plus nous enlacent, 

Et sans cesse entre nous tissent d'autres liens. 

C'est vrai, nous serons vieux, très vieux, faiblis par l'âge. 

Mais plus fort chaque jour, je serrerai ta main, 
35 Car vois-tu, chaque jour je t'aime davantage, 

Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain. 

Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille. 

Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs. 

Au mois de mai, dans le jardin qui s'ensoleille, 

40 Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants. 
Comme le renouveau mettra nos cœurs en fête, 
Nous nous croirons encore de jeunes amoureux ; 
Et je te sourirai tout en branlant la tête. 
Et nous ferons un couple adorable de vieux. 

45 Nous nous regarderons^ assis sous notre treille. 
Avec de petits yeux attendris et brillants, 
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille, 
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs. 



Le vyœ, 

par madam édmô Rostà, 

di par madain Sara Bernart. 

Lorskœ tu sœra vycé, e kœ jœ sœre vyêyœ, 
Lorskœ mè €œvœ blô, sœrô de £œvà blà ; 
ô mwâ dœ mé, dà lœ jardè ki s âsolêyœ, 



COURS DE GRAMOtHONIE ^9/ 

«w:( irô re£Ôfé nô vyœ màbrœ iràblà. [22") 

5 kom lœ rœnuvô metra m kàr:^ à fètœ, 

nu nu krivarô:{ àkbr dœ jœuai amurœ ; 
e jœ iœ surirez tut à bràlà la tètœ, 
e nu jœrcrx^ œ hipl adorablœ dœ vyœ. 
nu nu rœgarderô, asi su notrœ tréyœ, 
10 avek dœ pœli:^ yœ^ attàdriz^ e briyà ; 

Lorskœ tu sœra vycéy e kœ jœ sœre vyèyœ, 

Lorskœ vie eœvcé blô, sœrô dé £œvœ blà [55"] 

sûr notrœ bà ami, tu verdàtrœ dœ musœ, 

sur lœ bà d ôtrœfwUy nu rœvyèdrô kô^é. 
15 nuz^ orô:^ unœ jwâ^ attàdri e trè dûsœ; 

la Jrd:(ce finîsâ suvà par œ bé:^é. 

kôbyè dœ fwa jadis, j é pu dîr, jœtèm! L^'^^'l 

alàr, avek grà swë, nu lœ rœkôtœrô. 

nu nu rœsuvyêdrô dœ milœ €Ôx^, mèm<t 
20 dœ pœti rye^ ekski, dô nu radotœrô. [i 30'] 

œ reyô desâdra d unœ karesœ dûsœ, 

parmi no sœvœ blà, tu rô:;œ sœ pâ:(é, 

kà sûr notrœ vyœ bà tu verdàtrœ dœ musœ, 

sûr lœ bà d ôtrœfwa, nu rœvyèdrô kô:(é. [i'45''] 

25 é kom £akœ jt'ir jœ t èmœ davâtajœ, 

ôjurdwi plus ka yèr, e tnwè byè kœ dœmè, [ i 55"] 
k èportœrôt albr le ridœ du vi:(àj? 
mon amûr sœfœra phi gràv, e plu sœrè. \^'4'\ 

sôj kœ tù II jûr, de suvœnîr s àlâsa. 



30 



se komœ suvœnir tu jûr plû nu^ àlâsœ, [2' 16"] 

é sa fés àtrœ nu, tis d ôtrœ lyè; 
s é vrè, nu sœrô vyœ, trè vyœ, \Jèblœ\par l àj, 
mè plu for, £akœ jûr, jœ sèrœré ta me 
3 5 kar vwa tu sakœ jûr jœ t émœ davàtaj. 



298 MARGUERITE DE SAINT-GENES 

ôjurdwi phi kœ yêr e mwè bye kœ dœmè. [^'3 5"J 

Lorshœ lu sœra vyœ, e kœ jœ sœre vyéyœ, 
Lorskœ mè eœvœ blô sœrô de €œvœ blà, 
â mwâ dœ mè, dà lœ jardè ki s àsolèyœ, 

40 nw^ ira rewfé né vyœ màbrœ tràblà. [^'so"] 

kom lœ rœnuvô meira nô kœtx à fètœ ; 
nu nu h'warÔTi ^^^^^ ^^ jœnœi amurœ; [3"] 

e jœ tœ suriré, tut à bràlà la tètœ, 
e nu fœrô:( œ kupl, adorablœ dœ vyœ. 

45 nu nu rœgardœrô^ asi su notrœ trèyœ, 

avek dœ pœti:(^ yœ:{ alàdri^ e briyà, [s'^^'^ 

Lorskœ tu sœra vyœ, e kœ jœ sœre vyèyœ, 
Lorskœ mè £œvœ blô, sœrô de £œvœ blà. [3'2o"l 

(^D'après nu disque de la Société du Gramophone.^ 



COMMENTAIRE 

Ce morceau est fortement scandé, d'une diction continue, avec 
peu de repos. Une erreur d'un mot s'enlassent pour /entassent, qui 
a troublé la 3^ strophe, et quelques autres changements n'ont 
point détruit le charme de ce morceau. 

Remarquer la conservation de Ye muet dans radoterons (vers 1 9) 
à côté de recompterons (vers 18) prononcée normalement (rœkô- 
tro). 

La 2^ personne du futur {sœra^ est un a moyen à Paris. La 
forme ancienne (sœra) existe encore en province. 

La i""^ personne du future/ (e) devient g dans un débit lent 
comme ici. 

Les deux t dans attàdri sont dus à l'emphase d'un début théâtral. 

Le poète a fait hier (vers 26 et 36) de deux syllabes. Conformé- 
ment à l'histoire du mot, M""^ S. B. n'a compté qu'une syllabe, 
mais elle a conservé, sans l'élider, Ve de que. 



COURS DE GRAMOPHONIE 299 



LES PAPIERS 



Je suis un homme méticuleux. Aujourd'hui on ne saurait 
prendre trop de précautions, vous savez. Ce qu'il me faut à moi, 
ce sont des preuves, des papiers. Ainsi, tenez. Hier, je prends 
l'onmibus. Et à peine installé un Monsieur me réclame quinze 
centimes. 

— Pardon, lui dis-je. Monsieur, qui êtes- vous ? 

— Je suis... le conducteur. 

— Vous me le dites. Monsieur, je veux bien le croire. Mais 
avez-vous des papiers ? 

— Quels papiers ? 

— Des papiers vous autorisant à percevoir l'argent des yoya- 
geurs. 

— Ah ! je vois ce que c'est, me dit le Monsieur, vous ne vou- 
lez pas payer, vous, hein ! Nous allons voir ça ! 

A la première station, un autre monsieur monte en disant : 

— Quel est le voyageur qui ne veut pas payer? 

— Mais, pardon, lui dis-je, je n'ai pas dit que je ne voulais 
pas payer; j'ai demandé à Monsieur s'il avait des papiers. 

— Des papiers? Eh bien! moi je vous dis qu'il faut payer, 
moi, le contrôleur. 

— Vous me le dites. Monsieur, vous êtes contrôleur ; je veux 
bien le croire; mais avez-vous des papiers prouvant que... 

— Ah ! en voilà assez, hein 1 Vous ne voulez pas payer ? Je 
mets sur la feuille: voyageur sans argent. Allez, en route! 

A ce moment mon voisin de droite médit : C'est assommant! 
Voyons. Voilà dix minutes que vous nous faites perdre avec vos 
papiers! Je vas rater mon bureau, moi. 

— Votre bureau, Monsieur, mais qui êtes-vousdonc ? 

— Je suis employé au ministère. 

— Vous me le dites, Monsieur; je veux bien le croire. Mais 
avez-vous des... papiers prouvant?... 



jÔO MARGUERITE DE SAINT-GENES 

— Mais, Monsieur... 

— Oh ! pardon. Un employé du ministère qui n'a pas de 
papiers!... 

Là-dessus, une grosse dame s'écrie : Ah ! mais il nous embête 
cet oiseau-là avec ses papiers ! . . . 

— Madame, lui dis-je, vous êtes très bien élevée. 

— Moi, bien élevée ; vous avez l'air de dire ça pour me chi- 
ner. Bien élevée, moi, moi. Oh ! c'est-il possible ? Oui, Monsieur, 
je suis bien élevée. Je suis une femme née près du trône. 

— Où êtes-vous donc. Madame ? 

— Je tiens un chalet de nécessité à la... 

— Ah ! Vous me le dites, je veux bien le croire. Mais avez- 
vous des papiers ? 

— ■' Des papiers? Ah ! quelle bêtise! Ah ! assez ! la jambe ! la 
ferme ! Faites-le descendre ? 

Pour éviter toutes ces discussions, je suis descendu de voiture 
et je suis allé déposer à l'assistance publique les quinze centimes 
de ma place pour qu'on les distribue aux pauvres qui auront des 
papiers prouvant leur parfait dénûment. 

(^Monologue dit par Victor Lejal.^ 



Lé papye 



Jœ swi:( œn oui tnetikuJœ; ojurdïOi, ô n sore pràdrœ tro d prékâsyô, 

' vu savé. sœ k il tnœ fât a miva ; sœ sô dé prâv ; dé papyé. esi tœné. 

yèr, jœ prà l omnibus ; e a pen eslalé, œ luœsyœ tiiœ reklàm kex. 

sàtimce. [15"] 

— pcirdô Iwi dij mœsyœ ki et ml ? 

— jœ sivi. . . ; sïvi lœ kôduhtœr. 



COURS DE GRAMOPHONIE jOl 

— VU mœ l dit mœsyœ j vœ byè l krwàr, luè ; avé vu dé papyé? 

— kel papyé ? 

— dé papyé viix^ otort^à a persoewàr l arjà dé vwayajœr. [30"] 

— àà! jvwa s kœ s e mœ di l mœsyœ; vu ne vulé pà peye, vu ? ê, 
irè byè! nu^^ alô vwàr sa. 

— a la prœmyèr stâsyô, œn ôtrœ mœsyœ mot à dii^à : kel è l vwaya- 
jœr ki n vœ pà peye ? 

— mè par do Iwi di /. jœ n e pà di kœ jœ n imlé pà peye, jœ 
dœmàd a mœsyœ s il a dé papyé. [50'] 

— dé papyé? é byè mwa ; j ini di k il fô peyé; miua, lœ kolrôlœr. 

— vu mœ l dit mœsyœ; vu:(^ et kotrôlœr ; jœ vœ byè l krwàr ; mè 
avé vu dé. . . papyé pruvà kœ. . . 

— à à viuala usé, e ! vu n vtilé pà peyé, j mè sûr la fœy, vwaya- 
iœr sà:^ arjà ; aie! à rutœ. 

a s momà, mo vwazè ddrwat mœ di : mè sètasomà! vwayô. vwala 
di min ut kœ vu nu fet perdr avek vô papyè! j va raté mo burô mwa. 

— volrœ- burô mœsyœ? mè ki et vu dok. 

— jœ swi:{ âplwayé ô minister. 

— vu mœ l dit mœsyœ, jœ vœ byè l krwàr ;mè, avé vu, dé... papyé 
pruvà... [1^26''] 

— mè mœsyœ... 

— ô! pardô; œn àplwayé dœ minister ki n a pà d papyé... 

— la dsû un gros dam s ékri : à ! mè il nu:(^ àbêtœ st waxp la avek 
se papyé! [l'jS"] 

— madam, lïbi di j vu:( et trè byèn élve. 

— mwa byèn élvé, vu^ avé l èr dœ dir sa pur m éeiné ! byèn élvé, 
iiiiua, mwa, ô! s et i posibiœ. wi mœsyœ jœ swibyèn élvé; jœ swi:^ un 
fam né pré du trôn ! 

— u et vu dok madam ! 

— jœ tyèx^ œ £àlè d nesesité a la... 

— à! Vît mœ l dit, madam, jœ vœ byè l krwàr; mè:^ avé vu dé 
papyé. 

— dé papyé! à kel béti^ ! à! asè! la jàb, la ferm ! fet lœ désàd! [2'^ "] 

Revue de phonétique, ai 



302 MARGUERITE DE SAINT-GENÈS 

pîtr évité tut se diskusyo, jœ sïvi désàdu dœ vwatûr, e jœ sibi^ aie 
dépose a l asistàs publikœ le kè:{ sàtim dœ ma plas, pur ko lé distribû 
ô pôvr, qui oro dé papyé pruvà lœr parfè dénumà. [2' 1 5 "] 

CD' après un disque de la Société du Gramophone.^. 

COMMENTAIRE 

Ce morceau, fait pour les réunions populaires, représente des 
types bien connus: un homme de bonne société, mais maniaque; 
deux erhployés d'omnibus avec leur accent spécial, moitié autori- 
taire, moitiégouailleur ; un employé de ministère déjà un peu ga^a, 
enfin une femme du genre voyou. Tout cet ensemble est très amu- 
sant. 

L'homme méticuleux parle la langue de la bonne société, mais 
familière. Il ne dit pas, comme on l'enseigne au Conservatoire, 
de (des), se (ces), le (les), mais dé, sé^ lé. Il donne aux terminai- 
sons en oir des a très clairs. Il fait peu de liaisons. 

L'employé de ministère parle sur un ton aigu et traînant, après 
avoir débuté d'une voix grasse et embarrassée. Il emploie une 
forme archaïque : / va (je vas). 

La femme se sert de la langue des rues : st wa^ô la (cet oiseau- 
là), s éti posibl (c'est-il possible) ; et des mots d'argot : la jàb ! (je 
m'en moque, je fais passer sous la jambe^, la fermœ (tais-toi, il 
faut que tu la fermes, ta boîte, ta bouche). 

Sa plaisanterie est tout à fait populaire. Elle joue sur les mots : 
elle est née près du trône, c'est-à- dire près de la Place du Trône, 
aujourd'hui, place de la Nation. 

J'entends m esine ; mais on dit ordinairement : ma eine. 

Kel béti^ ! est la forme phonétique : bèti'^^ doit son è à l'analogie 
de bête ;/<?/ lœ désàd (faites le descendre). 

(J suivre^ Marguerite de Saint-Genès 



COMPTES RENDUS 



William Grant, The Pronunciation of English in Scotland. Cambridge, Uni 

versity Press, 191 3, in-12, xvi-207 p. 

L'ouvrage de M. Grant fait partie de la collection de Primers of pronunciatton 
publiée sous la direction de M. David Jones. Il a pour objet l'étude phoné- 
tique de l'anglais tel qu'on le prononce en Ecosse dans les milieux cultivés. 
L'auteur l'a écrit en premier lieu pour les élèves des Écoles normales écossaises 
(Trainiitg Collèges and Junior Student Centres). En Ecosse, en effet, la phoné- 
tique élémentaire fait partie du programme d'études des futurs maîtres de l'en- 
seignement primaire. En France nous n'en sommes pas encore là, nous en 
sommes même loin. L'auteur a d'ailleurs voulu que son livre pût intéresser 
d'autres catégories de lecteurs, notamment les linguistes et les phonéticiens. 

On trouve donc dans l'ouvrage deux ordres de notions distinaes : i«> Les 
premiers éléments de la phonétique générale ; 2° l'étude phonétique de l'anglais 
parlé en Ecosse. 

Il y a peu de chose à dire sur la manière dont l'auteur expose les éléments 
de la phonétique. L'exposition est claire, ce qui est un grand mérite dans un 
ouvTage de cette nature, mais comme il est naturel, elle ne renferme aucune 
théorie originale. L'auteur s'en tient, dans l'ensemble, à la doctrine de Bell 
amendée par M. Sweet qui est devenue classique en Angleterre. Il attache une 
grande importance à la transcription phonétique, et il emploie l'alphabet de 
l'Association phonétique internationale. Critiquer cette partie de l'ouvrage 
reviendrait à critiquer les théories qui lui servent de base. On l'a fait trop sou- 
vent pour qu'il soit utile de le refaire. 

L'intérêt principal du livre pour les phonéticiens et les linguistes est dans la 
détermination précise des caractères phonétiques de ce que l'auteur appelle 
Standard Scottish, c'est-à-dire l'anglais tel qu'il est parlé en Ecosse par la majo- 
rité des sujets appartenant aux classes moyennes cultivées : clergé, barreau, 
milieux universitaires, etc. 

Toute cette partie de l'ouvrage est résumée dans un tableau que l'auteur, on 
ne sait pourquoi, relègue dans un appendice. C'est le tableau des différences 
entre la prononciation écossaise et la prononciation du Sud de l'Angleterre. Ce 
tableau est fort instructif; il est fâcheux seulement que l'auteur ne distingue 
pas les différences proprement phonétiques et les différences ortJx>e'piqiies. Quand 
un Anglais du Sud prononce les mots loose, vieat, hoat,fale avec une voyelle 
diphotonguée, alors qu'un Écossais les prononce avec une voyelle fermée 
simple, il y a là une différence phonétique. Sans un entraînement préalable. 



5 04 COMPTÉS RENDUS 

l'Anglais ne pourra prononcer la voyelle fermée simple, l'Écossais ne pourra 
prononcer la voyelle diphtonguée . Au contraire, lorsque l'Écossais prononce 
les mots afford, report, sword avec un o fermé tandis que l'Anglais les pro- 
nonce avec un o ouvert, c'est là une différence orthoépique : l'Écossais pourrait 
prononcer un o ouvert puisqu'il en prononce un dans la majorité des mots où 
précède r suivi d'une consonne, tels que lord, short, Jorni, etc. De même, si 
l'Écossais prononce le mot nian avec une voyelle semblable à celle du mot 
français patte, alors que l'Anglais du Sud le prononce avec une voyelle beau- 
coup plus avancée, c'est une différence phonétique. La voyelle anglaise n'existe 
pas dans le parler écossais, la voyelle écossaise n'existe pas dans le parler 
anglais du Sud. Au contraire quand l'Écossais prononce luith, though, thence 
avec une fricative sourde tandis que l'Anglais les prononce avec une sonore, 
c'est une différence orthoépique : la sourde et la sonore existent dans le 
parler anglais du Sud comme dans le parler écossais, mais elles ne sont pas 
employées dans les mêmes cas. Les différences phonétiques tiennent au sys- 
tème des sons de chaque parler et elles résultent de tendances physiologiques 
inconscientes et difficiles à modifier. Au contraire les différences orthoépiques 
résultent d'habitudes relativement conscientes, et par suite plus faciles à modi- 
fier. Il y avait donc le plus grand intérêt scientifique et pratique à les distin- 
guer. 

D'après M. Grant la prononciation du Standard Scottish est une forme survi- 
vante de la prononciation anglaise du xviiie siècle modifiée par trois facteurs : 
1° L'influence des habitudes articulatoires du vieux dialecte écossais, old 
Scotch Standard dialecl, très peu différent du dialecte actuel du Lothian (région 
voisine d'Edimbourg). 

2° L'influence des plus anciens dictionnaires de prononciation anglaise, 
^o L'influence de la prononciation anglaise du Sud qui s'est fait sentir sur- 
tout depuis un quart de siècle. 

M. Grant semble un peu trop mettre ces trois facteurs sur le même plan. Il 
est bien certain qu'ils n'ont eu ni la même importance ni le même rôle. L'in- 
fluence des dictionnaires de prononciation n'est pas niable, mais elle n'a agi 
que sur quelques particularités orthoépiques et son action présente semble 
négligeable . Au contraire le premier et le troisième facteur sont essentiels et 
toujours efficaces, mais ils agissent en sens inverse l'un de l'autre, et la pronon- 
ciation écossaise résulte de leur antagonisme et de leur équilibre. Les habi- 
tudes articulatoires des dialectes écossais ont donné à l'anglais d'Ecosse certains 
de ses caractères orthoépiques, mais surtout ses caractères phonétiques. Ces 
derniers caractères résultent, on l'a déjà dit, de tendances physiologiques héré- 
ditaires et inconscientes, difficiles à déraciner. C'est pourquoi l'action du pre- 
mier facteur continue à se faire sentir, même chez les sujets qui ne parlent pas 
de dialectes. L'influence de l'anglais du Sud est permanente aussi, et de jour 
en jour plus puissante, mais si elle agit rapidement sur les caractères orthoé- 
piques, comme le livre de M. Grant en fournit la preuve, elle n'agit que très 



COMPTES RENDUS 305 

lentement sur les caractères phonétiques de l'anglais d'Ecosse . Il semble donc 
que l'on peut prévoir le moment où les Écossais cultivés, tout en conservant le 
système de sons qui leur est propre, prononceront l'anglais avec les habitudes 
orthoépiques de l'Angleterre méridionale. 

Dans tout le cours de l'ouvrage, l'auteur a relevé avec soin les particula- 
rités phonétiques qui sont dues à l'influence des dialectes celtiques ou anglo- 
saxons encore parlés en Ecosse. 

Le chapitre sur l'intonation est illustré de courbes représentatives obtenues 
au moyen de la méthode déjà employée par M. David Jones. Cette méthode, 
bien que n'étant pas d'une rigueur parfaite, peut rendre des services appré- 
ciables, surtout dans des li%Tes d'un caractère élémentaire et pratique. 

La deuxième partie de l'ouvrage est un recueil de vingt-deux morceaux 
transcrits au moyen de l'alphabet de l'Association phonétique internationale et 
rangés sous quatre chefs : 1° Débit oratoire et poétique (declamatory style) ; 
2° Prononciation soignée (carefiil conversai tonal style) ; 3° Prononciation fami- 
lière (^rapid conversational style) ; 4° Prononciation dialectale (Scotch dialect). 
Certaines transcriptions présentent un intérêt particulier. Le n"* 19 est transcrit 
d'abord d'après la prononciation écossaise, et ensuite d'après la prononciation 
anglaise du Sud. Dans le no 20 et le n» 21, l'intonation est entièrement notée 
au moyen de courbes. Deux morceaux seulement représentent la prononcia- 
tion dialectale. Le n" 21 écrit en dialecte du comté d'Aberdeen a été transcrit 
d'après la prononciation exacte de ce dialecte. Le n" 22 est un passage de 
Walter Scott qui contient une ballade en un dialecte de l'Ecosse centrale 
transcrite par M. Grant avec une prononciation que lui-même nous dit être un 
peu conventionnelle. Plus d'un lecteur, sans doute, aurait aimé à trouver dans 
cette seaion une poésie de Burns. 

L'ouvrage se termine par un questionnaire et une série d'exercices phoné- 
tiques. 

En somme le livre de M. Grant rendra certainement les plus grands services 
aux maîtres et aux étudiants écossais auxquels il est spécialement destiné, et 
d'autre part les anglicisants et les phonéticiens de tous les pays pourront v 
trouver nombre de faits d'un très grand intérêt. 

Léonce Roudet. 

Henri Maspéro. — Etudes sur la phonétique historique de la langue annamite 
Les initiales. Bulletin de l'École française d'Extrême-Orient. Tome XII, n° i, 
(19 12), 126 p. in-4°. Prix : 5 francs. 

M. H. Maspéro, qui avait déjà publié une étude sur le système phonétique 
des langues thai i vient' encore d'enrichir la philologie indo-chinoise d'un tra- 
vail des plus intéressants sur la phonétique historique de la langue annamite. 

On ne saurait trop féliciter M. M. d'avoir apporté dans cette partie des études 

I, Ihid. T. XI, no 1-2 (191 1). 



306 COMPTES RENDUS 

de la langue annamite, jusqu'ici si en retard et si négligée, son utile contribu- 
tion. Mieux préparé que quiconque par ses recherches antérieures et sa con - 
naissance des méthodes précises de la linguistique et de la phonétique pour 
entreprendre et mener à bien une tâche très délicate et très difficile, M. M. a 
réussi à nous donner un ouvrage sûr et sérieux que les annamitisants et les 
personnes qui s'occupent de la langue annamite au point de vue de la linguis- 
tique générale accueilleront avec la plus vive reconnaissance. 

C'est sans contredit le meilleur qui ait été publié sur ce sujet spécial. 

Après avoir donné quelques notions générales sur les différents parlers anna- 
mites et muong constituant dans leur ensemble la famille linguistique de 
langue annamite, M. M. dans son introduction qualifie cette étude d' « exclu- 
sivement historique » et en expose le but précis : essayer d'expliquer l'évolu- 
tion des consonnes initiales annamites au moyen : 1° de la comparaison des 
formes du sino-annamite moderne avec les formes chinoises, qui permet de 
déterminer les principales lois de cette évolution ; 2° de la comparaison de 
l'annamite avec les dialectes muong qui, en montrant que les faits attestés par 
l'étude des formes sino-annamites se retrouvent identiques dans la langue 
annamite, sert de confirmation ; 3° de la comparaison des mots annamites 
d'origine mon-khmer etthai avec les mots de ces langues, qui achève la démons- 
tration en même temps qu'elle permet de déterminer approximativement l'é- 
poque et les conditions de l'introduction de ces mots. 

Dans une première partie, M. M. étudie « les modifications des consonnes 
initiales chinoises en sino-annamite en examinant successivement le traitement 
des gutturales, des palatales, des dentales, des labiales (occlusives et spirantes), 
des sifflantes (dentales et palatales), des aspirées, des nasales, etc. ». 

Dans une deuxième partie, M. M. traite d'une façon très lumineuse la ques- 
tion si intéressante des préfixes en annamite qui, à notre connaisance, n'avait 
jamais été étudiée jusqu'ici. 

Une troisième partie est consacrée à l'étude comparative des tons annamites 
et chinois. Dans une quatrième partie M. M. examine les différents phénomènes 
qui se présentent dans la formation des mots annamites composés par redou- 
blement. Enfin dans une cinquième partie, qui est une conclusion, M. M., après 
avoir résumé les termes essentiels de l'évolution des consonnes initiales dans 
ce qu'il appelle le pré-annamite et l'annamite moderne et examiné à quelle 
famille linguistique extrême orientale paraît devoir se rattacher la langue anna- 
mite, formule l'opinion suivante : 

« Mais, quoi que les études futures apportent de nouveau, il me semble 
acquis que l'annamite moderne est le résultat très compliqué de dialectes de 
toutes sortes. Ayant formé successivement, aux différentes époques de son 
histoire, la limite Nord des langues mon-khmer, la limite Est des langues thai, 
et la limite Sud du chinois, il a subi l'influence de toutes ces familles. Le pré- 
annamite est né de la fusion d'un dialecte mon-khmer, d'un dialecte thai et 
peut-être même d'une troisième langue encore inconnue, et postérieurement 



COMPTES RENDUS 307 

l'annamite a emprunté une masse énorme de mots chinois. Mais la langue dont 
l'influence dominante a donné à l'annamite sa forme moderne, était certaine- 
ment à mon avis, une langue thai, et c'est, je pense, à la famille thai que la 
langue annamite doit être rattachée. » 

M. M. a joint à son étude une série de palatogrammes fixant la prononcia- 
tion de certains sons annamites pour le Tonkin, le haut Annam et la Cochin- 
chine. Ces palatogrammes ne manqueront pas non plus d'intéresser très vive- 
ment tous les annamitisants, car ils fixent d'une façon précise, pour les trois 
régions de l'Indochine indiquées plus haut, les différences d'articulation de 
sons représentés par les mêmes lettres et dont la prononciation donnait lieu 
à toutes sortes de controverses. 

R. Deloustal. 

A. RocHETTE, L'alexandrin che^ Victor Hu^o, Paris, 191 1, 605 p., gr. in-80. 

Si volumineux que soit cet ouvrage, il est loin d'épuiser la matière. L'auteur 
est le premier à le reconnaître. Encore prétend-il ne considérer les alexandrins 
de V. Hugo que pris isolément. Mais il lui arrive de dépasser les bornes de ce 
programme. On pourra aussi trouver que deux chapitres relatifs à la syntaxe, 
ou plus exactement à l'ordre des mois, ne se rattachent pas assez étroitement 
au sujet traité. 

L'œuvre comprend six parties. La première est une introduction touchant 
le rythme en général, et en particulier celui du vers étudié. Les deux suivantes 
traitent des rapports du rythme avec la syntaxe, d'abord en eux-mêmes, puis 
pour leur valeur expressive. A vrai dire il ne s'agit pas seulement ici de la syn- 
taxe, mais parfois aussi du sens, des figures, et de l'ordre des mots. Cette étude 
du rythme s'achève dans une quatrième partie, par où elle eût dû commencer, 
par celle de la constitution des syllabes et de la distribution des accents. Les 
deux dernières parties sont consacrées au timbre et à la rime. 

M. Rochette a dépouillé très attentivement l'œuvre énorme du poète, dont 
il admire presque sans réserve la versification. On trouvera dans «on travail 
un examen intéressant des habitudes de V. Hugo à cet égard, et de grands 
catalogues d'exemples qui pourront servir même à d'autres recherches. La par- 
tie théorique, s'il faut l'avouer, nous a moins satisfait. Pour nous en tenir à la 
question du rythme, qui aussi bien est la plus importante à plusieurs égards, 
M. R. prétend ramener les alexandrins de toute sorte à un type invariable de 
douze temps alternativement faibles et forts, que couperait un silence médian 
de deux temps. Or ce n'est là certainement qu'une vue de l'esprit, comme il 
s'en rencontre tant chez les théoriciens du rythme, et à quoi répondent fort 
peu de vers dans la réalité. Pour tous les autres un tel schéma subira je ne sais 
combien de déformations, d'ailleurs aussi arbitraires que lui-même. 

Au demeurant ce fantôme métaphysique ou mathématique n'empêche pas 
l'auteur de découvrir les vrais problèmes et les bonnes solutions. M. R. s'est 
surtout attaché, avec raison, à l'étude de l'alexandrin romantique, et à celle des 



308 COMPTES RENDUS 

deux procédés qui, même chez les classiques, rompent à demi la structure con- 
ventionnelle du vers, à savoir d'une part le rejet intérieur, celui qui s'dpère 
d'un hémistiche à l'autre, et d'autre part le procédé inverse, qu'il appelle a 
« prolepse » et que M. Grammont nommait le contre-rejet. Il y a rejet intérieu 
dans un vers comme celui-ci : 

La grande vision du sort. Et par moment ' 

Il y a contre-rejet dans celui-ci : 

Le gouffre attire. Pris d'un vertige trompeur 

En revanche le vers suivant, qui a tant d'analogues dans V. Hugo : 

Tantôt des mers, tantôt des bois, tantôt des nues 

est un alexandrin romantique ^. 

Comment Hugo concevait-il un vers pareil? C'est la question la plus intéres- 
sante que pose la lecture de l'ouvrage que nous analysons, et la réponse don- 
née à cette question est ce qu'il renferme de plus curieux. On nous permettra de 
nous y arrêter pour finir. 

M. R. n'hésite pas à poser tout d'abord en principe que l'alexandrin de Hugo, 
j'entends même celui qui passe pour ternaire, est toujours binaire essentielle- 
ment. C'est une opinion paradoxale, et pourtant j'ai fini par m'y rallier. 

A défaut de documents sur la prononciation du poète, on peut raisonner sur 
ses textes. Et d'abord nous savons qu'il termine toujours le premier hémistiche 
sur un mot. Chez lui pas de vers comme celui-ci : 

Elle filait pensivement la laine blanche. 

L'unique exception relevée par M. Rochette : 

Mon bien-aimé, mon bien-aimé, mon bien-aimé 



1. Toutes nos citations sont empruntées à l'ouvrage de M. Rochette. On 
nous pardonnera d'avoir omis les références. 

2. Au reste il peut y avoir incertitude ou désaccord quand il s'agit d'appli- 
quer cette distinction aux cas particuliers. Ainsi je verrais un alexandrin roman- 
tique dans ce vers où M. Rochette ne discerne qu'un rejet : 

Les mois, les jours, les flots des mers, les yeux qui pleurent. 
D'autre part il faut signaler que M. R., aux trois procédés que nous venons 
d'énumérer, en ajoute un quatrième, la syllepse, qui serait composée d'une pro- 
lepse et d'un rejet. Mais cette catégorie nous paraît se résoudre, selon les cas, 
dans la première ou la troisième. Il n'y a pas de prolepse ou de contre-rejet, il 
n'y a qu'un rejet dans ce vers-ci : 

Le spectre de Monsieur Romieu, la Jacquerie 
Et en quoi celui-ci : 

On s'adorait d'un bout à l'autre de la vie 
diffère-t-il d'un vers romantique ? 



COMPTES RENDUS 



309 



est une négligence ou une licence hypocrite, comme elles pullulent chez les 
meilleurs poètes. 

Non seulement le premier hémistiche se termine par un mot, mais ce mot 
n'est jamais atone. M. Rochette rappelle d'après les Propos de table de R. Les- 
dide (p. 225) que lepoètè eut un mouvement d'épouvante quand on lui signala 
dans son œuvre un vers construit sur ce type : 

Dans les palais, dans les châteaux, dans les chaumières. 

On serait ici tenté de nous opposer des vers comme celui-ci : 

Si lumineux qu'il ait paru dans notre horreur 

où le mot ait devrait être normalement proclitique. Mais le poète l'accentuait 
certainement. La preuve, c'est que le verbe auxiliaire reçoit un accent manifeste 
dans des vers comme les suivants qui, sans cela, ne feraient plus figure de 
vers : 

Car si tu l'avais eue en état de veille... 
Qu'aucun de vous ne 50// vu de cette maison... 

Pareillement V. Hugo accentue, même sans effet particulier et sans pause 
consécutive les atones : comme, avec, etc. C'est au point qu'il n'est pas rare chez 
lui de rencontrer tous ces mots à la rime. J'ai constaté chez un poète contem- 
t)orain, M. Abel Bonnard, héritier même à d'autres titres de V. Hugo, cette 
tendance à multiplier les accents. 

Nous dirons donc que l'alexandrin romantique de Hugo est essentiellement 
constitué : 1° par la' présence de deux fortes coupes (une à l'intérieur de chacun 
des deux hémistiches) qui le divisent en trois fragments égaux ou à peu près 
égaux de 3, 4 ou 5 syllabes ; 2° par celle d'une coupe médiane qui, si l'on 
n'avait égard qu'au sens ou à la syntaxe, serait la moins importante des trois, 
mais qui, par l'effet de la convention, de la tradition, et du voisinage des vers 
franchement binaires, si peu marquée qu'elle soit pour l'oreille, devient du fait 
même qu'elle existe la principale pour notre esprit. 

C'est là, comme on voit, une conception bâtarde, qui n'est explicable que 
par l'histoire de ce vers. M. Grammont, dans son étude sur Ragotin et le vers 
romantique (Reviie des langiU'i romanes, t. XL VI) paraît avoir établi que les pro- 
cédés employés par V. Hugo pour assouplir l'alexandrin dérivent de la comédie 
en vers du xviie siècle, dont il voulait dans son drame imiter le ton, la langue 
et la versification en les mêlant à ceux de la tragédie. Or la structure du vers 
comique est justifiée par des effets de diction. Ainsi dans ce vers de Cromwell : 

Une autre fois de mieux choisir vos commensaux 

l'ironie met certainement une légère pause après mieux et un accent oratoire 
sur choisir. Le tort de notre poète a été d'étendre aux vers sérieux, et de trans- 
porter hors de la scène cette allure libre et familière qui jadis était réser\'ée à 



310 COMPTES RENI>US 

la comédie. Il en est arrivé ainsi à écrire des vers comme celui que nous avons 
cité : 

Tantôt des bois, tantôt des mers, tantôt des nues 

où la coupe médiane n'est justifiée ni par une coupure du sens ou de la syntaxe, 
ni par un effet de diction. La conséquence inévitable, c'est qu'on devait sentir 
de moins en moins la nécessité de la coupe médiane, et déjà sans doute V. 
Hugo lui-même ne la respectait plus que par convention. Quelques-uns de ses suc- 
cesseurs l'ont délibérément abolie, ce qui eût été impossible avec l'alexandrin 
comique du xviie siècle, et ce qui a le grave inconvénient de mêler deux rythmes 
hétéroclites : ceux de l'alexandrin binaire et ternaire. 
En somme lorsque V. Hugo fait cette déclaration : 

J'ai disloqué ce grand niais d'alexandrin, 

il donne l'exemple en même temps que le précepte : un tel vers ne reste binaire 
qu'à la condition de mettre sur grand un accent que ne justifie pas la locution 
toute faite : grand niais. Mais d'autre part il se vante. Je ne sache pas qu'il y 
ait beaucoup de niaiserie dans l'alexandrin de la Phèdre de Racine, et celui des 
Plaideurs est déjà « disloqué » à souhait. 

E. Landry. 

L'abbé RoUSSELOT. Conférences sur l'emploi des machines parlantes dans ren- 
seignement de la prononciationjrançaise . 

A l'imitation du Cours de Vacances de Greifswald, le premier en date qui 
compte véritablement, presque tous ceux qui se sont fondés depuis, ont porté à 
leur programme la Phonétique expérimentale et ses applications à l'enseigne- 
ment des langues vivantes. 

En 191 1, ces cours ont été particulièrement nombreux. Le Courrier, bulletin 
de l'Institut Pédagogique Internationnal, dans son numéro de Mars, en annon- 
çait 6 pour l'Allemagne, 4 pour l'Angleterre et l'Ecosse, i pour l'Autriche, 
I pour la Belgique, 22 pour la France, i pour l'Italie, i pour l'Espagne, 3 pour 
la Suisse et i pour Tunis. 

A Paris, M. l'abbé Rousselot avait annoncé pour son cours à l'alliance Fran- 
çaise, en juillet le sujet suivant : « Dans quelle mesure les machines parlantes 
peuvent-elles faciliter le travail des maîtres dans l'enseignement de la pronon- 
ciation française. » 

Un auditeur suédois M. Uhrstrom en a rendu compte dans un journal de 
Stockholm . C'est son article que nous reproduisons, en l'abrégeant, d'après la 
traduction de Jonko, professeur à l'Université tchèque de Prague : 

« Toutes ces conférences suivies avec une vive attention par un nombreux 
auditoire international de professeurs, étaient accompagnées d'expériences aux 
quelles les récentes controverses donnaient un intérêt tout particulier. Après 
une introduction générale sur les qualités des machines parlantes, M. Rousse- 



COMPTES RENDUS 3II 

lot nous a présenté le phonographe Edison dernier modèle, qui a reproduit 
admirablement une pièce lue par M. Le Marchand du Théâtre de Sarah Bern- 
hard. Puis il prie tous ceux qui avaient tout compris de vouloir bien lever la 
main et il lit le même morceau lui-même. Sur nouvelle invitation du 
conférencier, tous ceux qui avaient compris levaient la main. Leur nombre 
était devenu bien plus grand. La démonstration était faite et l'assertion du 
conférencier confirmée, à savoir que même la meilleure reproduction des voix 
des meilleurs orateurs ne peut égaler la voix humaine. 

La conférence suivante fut consacrée au gramophone et a donné le même 
résultat que la précédente, c'est-à-dire que la machine parlante peut être un 
moyen excellent pour apprendre la mélodie d'une langue, mais que, pour la 
netteté, elle ne peut pas se mesurer avec la voix humaine. 

C'est la troisième conférence qui, à mon avis, a été la plus intéressante et 
apportait le plus au point de vue pédagogique pratique de l'enseignement des 
langues. Un appareil tout récent nous a été présenté, le pathégraphe. C'est un 
appareil à disques de Pathé devant lequel un mécanisme ingénieux du docteur 
de Pezzer déroule un texte écrit en gros caractères bien visibles et fait passer 
devant une aiguille les mots au fur et à mesure qu'ils sont prononcés. C'est ainsi 
qu'a été reproduite la fable de Lafontaine « Le Renard et le Corbeau ». L'im- 
pression a été grande. Cette nouvelle variante des machines parlantes me paraît 
d'une grande importance pour l'enseige ment, surtout dans les classes des 
commençants. Et si cela se peut, cet appareil serait un moven qui, le cas 
échéant, pourrait remplacer l'enseignement personnel. Dans la classe, il doit 
être d'un concours excellent pour le maître. Les nombreux maîtres de langues qui 
sont obligés d'instruire les commençants dans plusieurs classes parallèles savent 
mieux que personne combien il est fatigant — pour le corps et pout l'esprit — 
de lire et relire toujours le même morceau aux élèves. » 

L'auteur néglige l'appareil de Poulsen qui n'est pas encore utilisable et ne 
parle que de la dernière conférence qui, d'après lui « a eu de T'ntérêt comme 
curiosité, quoiqu'on puisse y voir aussi un moyen pour l'enseignement ». Sur la 
demande de M. Rousselot, la Maison Gaumont a invité les auditeurs à assister 
à la représentation faite avec les films parlants c'est-à-dire, une combinaison d'une 
machine parlante et du cinématographe. M. Rousselot estime que placer l'é- 
lève dans le milieu où se parle une langue et frapper à la fois ses oreilles et 
ses yeux, c'est se rapprocher le plus possible de laiaçon matérielle d'acquérir le 
langage. 

Paris, septembre 191 2. 

Jos. Chlu.msk^ . 



BIBLIOGRAPHIE PHONÉTiaUE 

DOMAINE ITALIEN ' 
1911-1912 

1. Argentina, N., Il dialetto francavillese. Rivista storica salentina 
V, 5-é. 

2. Battisti, Z.,'Le dentali esplosive intervocaUche nei dialetti italiani. 
Bh. Zeitsch. rom. Philol. XXVIII a (1912) 248 pp. [Très intéressante 
aussi, au point de vue phonétique, la partie qui étudie le passage de 
la dentale sonore à la Unis et à la fricative dans l'Italie centrale et 
méridionale^. 

3. Bartoli, M. G., Lingiia letteraria 1907-8, 1^09-10, Kritischer Jah- 
resherichi. XI (191 1), I 142-8; XII (1912). 

4. Bottiglioni, 6., Dalla Magra al Frigido, Saggio fonetico. Revue 
de Dialect. rom. III, 77-143. [Phonétique des principales variétés dia- 
lectales de la région. (Massa-Carrara).] 

5. Ferri, G., Prospetto grammaticale e lessico délie poésie di Jacopone da 
Todi, seconda Vediiione fiorentina del 1490. Perugia. Unione tip. coop. 

1910, 8°, XI, 139 pp. 

6. Ginotta, M., // dialetto di Barge. Parte I Fonologia. Bologna tip. 
Mareggiani 191 2, 8°, $4 pp. 

7. Goidanich, P. G., Il vocalismo di buono, bello e hene in proclisi nel 
Toscano. Arch. Glottol. Ital. XVII, 255-272. 

8. Guarnerio, P. E., Dialetti Sardi 1907-8 Kritischer Jahresb. XI 
(1911), I, 148-83. 

9. Jaberg, K., Notes sur F s final libre dans les patois franco-proven- 
çaux et provençaux du Piémont. Bullet. du Gloss. des Patois de la Suisse 
Rom. X (191 1), 49-79. 

10. Malagoli, G., Varticolo maschile singolare nel dialetto di Piande- 
lagotti (Modena) Archiv. Glottol. Ital. XVII, 250-4. 

11. Malagoli, G., Dialettologia marchigiana. Le Marche IX, 5-6 

I, La bibliographie des études concernant la phonétique purement descrip- 
tive (1910-1911) est donnée dans le compte rendu paru dans ce tome à la 
p. 179 et suiv. 



BIËLIOGAPHIE PHONETIQtJÊ 3I3 

[rend compte de ce qui a paru dans le domaine des Marches de 1905 
à 1909]. 

12. Mal3igoli, G., Studi sui dialetti reggiani. Archiv. Gloitol. liai. 
XVII, 29-197. [Étude très soignée de phonétique descriptive et his- 
torique.] 

13. Merlo, C, I dialetti italiani centro-meridionali e le sorti délia 
declina:^ionc latina. St. lett. e litig. dedic. a P. Rajua. Milano 191 1, 
607-673. [VUmlaiit des patois italiens confirme la théorie de Diez 
qui voit dans l'accusatif latin la seule base de la déclinaison italienne.] 

14. Merlo, C. e Zagaria., Lessicodel dialetto di Anohria (Bari) Apulia 
II 1/2 3/4 (191 1) Introduizione. Vocalismo [à suivre]. 

15. Monaci, E., Crestoina:iia italiaiia dei pritni secoli, con prospetto 
délie flessioni grammaticali e glossario Yz%c. 3 (fine). S. Lapi. Citta di 
Castello 1912, 521-704, XVI pp. [avec des compléments biogra- 
phiques très importants]. 

16. Pieri, S., Delta Toponomastica delta Valle delfArno. Rendic. Ace. 
Lincei. XX (1912), 62 pp. 

17. Ribbezo, F., Il dialetto apulo-saleittitw di Francavilla Foutaua. 
Introduizione. Apulia II 3/4. 

18. Salvioni, C, Osserva^ioni stilVantico vocalismo milanese, desutite 
dal métro e dalla rimadelcod. berlinese di Bonvesin de la Riva Studi lett. 
eling. dedicati a Pio Rajua. Milano 191 1, 367-88. 

19. Salvioni, C, Appunti per la storia del vocalismo tonico ital. Zeit- 
sch. rom. Philol. XXXV, 486-8 [on recherche les traces de diph- 
tongues toscanes é aussi dans une sillabe fermée]. 

20. Salvioni, C, Per la fouet ica e la morfologia délie parlate meridio- 
nali d'Italia. Milano Cogliati 1912. 47 pp. 

21. Salvioni, C, Osserva\iom varie sui dialetti meridionali di terra- 
ferma. Série l-Ill Rendic. Ist. Lombardo. XLIV, 759, 811; 933-46. 

22. Snbak, L, Sûditalienische Dialekte 1905-1906 Kritischer Jahres- 
hericht. X, I 124-8; XI (1911) 183-8. 

13. Terracini, B. A., Il parlare d'Usseglio. Archiv. Glottol. Ital. 
XVII, 198-249 [Description des sons et phonétique des voyelles (à 
suivre)] . 

24. Wagner, Passagio di r -{- ks> s -\- es e viceversa in dialetti Lo- 
goduresi. Revue Dialect. Romane. II (1910), 97-101. 

25. Ziccardi, G., Il dialetto diAgnone. Zeitsch. Philol. XXXIV, 403- 
36. 

B. A. T. 



OUVRAGES REÇUS 



Communications des Archives phonographiques de Vienne: 

Fr. Herzog : Franxpsische Photwgrammstudien, 1912 (XXV). 

E. Felber-B. Geiger : Die indische Musik der vedischen und der klas- 
sischen Zeit, 19 12 (XXIII). 

M. MuRKO : Bericht ûber phonographische Aufnahmen epischer, meist 
mohamedanischer Volkslieder fimnordwestlichen Bosnien, 19 13 (XXX). 

A. Pfalz : Die Mundart des Marchfeldes, 191 3 (XXVII). 

H. PoLLAK : Proben schwediicher Sprache und Mundart, 191 3 (XXII). 

L. Réthi : Phonographische Uniersuchungen der Konsonanten (avec 
3 planches), 1912 (XXVIII). 

R. PôCH : Beschreibung und Gebrauchsanweisung \ur Type IV des Ar- 
chiiphonographen, 1912 (XXIX). 

M. G. Bartoli : Lingua letteraria, 1909-1911, Extrait du Kritischer 
Jahresbericht u. d. Fortschritte der romanischen Philologie, Vol. 
XII. 

Stefanini e Tonietti : Su un apparecchio atto à controllare Vintensità 
délia voce afona, Estrattodal Vol. XXII dal Archivio italiano di Otologia, 
1911. 

G. Poli : Atti del XV congresso délia società italiana di laringologia, 
otologia e rinologia , 1 9 1 2 , 

H. Struycken : Beobachtungen ûber die physiologische obère H'orgrenie 
fûrLuJt- und Knochenleitung, Extrait des Beitrdge Tjur Analomie, Physio- 
logie, Pathologie und Thérapie des Ohres, der Nase und des Halses, 191 1. 

Gradenigo, Biaggi, Stefanini : Le applicaiioni délia fonetica speri- 
mentale alla Clinica, Relazione al XV Congresso délia Società italiana 
di Laringologia e di Otologia, Venezia, 1912, Siena, 1913. 

A . Stefanini : L'analyse des voyelles. Extrait des Archives de Laryn- 
gologie, d'Otologie et de Rhinologie, 19 11. 



LIVRES REÇUS 



315 



C. EvERETT CoNANT : The Pepel Law in Philippine LanguageSy Extrait 
de VAnthropoSy 1912. 

\V. A. Read : Some variant pronunciations in ihe New South, Uni- 
versity Bulletin Louisiana State University, 191 2. 

P. ExKo : Essai ^application des rayons X à Fétude des articulations, 
avec 36 intéressantes figures des sons russes et 2 schémas, Saint- 
Pétersbourg, 191 3 . 

Jaksek : Ueber franiôsische Lautlelyre Bericht ù . den Ferienkurs an 
der Alliance Française im August, 1912 (Die Mittelschule, 1913). 

C. Meikhof : Dissimilation der nasalverhindungen im Bantu (Zeits- 
chrift fur Kolonialsprachen, 19 12-3). 

H. Rehse ; Die Sprache der Ba:;jha in Deutsch-Ostafrika (Zeitschrift 
fur Kolonialsprachen, 191 3). 

F, BoRK : Zu den neuen Sprachen von Sûd-Kordofan (Zeitschrift fur 
Kolonialsprachen, 191 3). 



CHRONIQUE 

Pendant les vacances dernières s'est éteint un homme, dont le nom ne doit 
pas être oublié des phonéticiens, et que, pour ma part, la reconnaissance me 
fait un devoir de tenir en très grand honneur. C'est M . le comte de Tourtou- 
lon. 

Le premier en France, il a pris l'initiative, avec son ami Bringuier, d'une 
exploration phonétique sur place . Sous les auspices du ministère de l'Instruc- 
tion publique, il a essayé de déterminer la limite géographique de la langue d'oc 
et de la langue d'oil, et publié le résultat de son enquête dans les Archives des 
missions scientifiques et littéraires (3= série, tome III, 2e livraison). 

M. Paul Meyer, avec sa sagacité ordinaire, en a rendu compte dans la 
Rom a nia (VI, 630-633). 

Comme dans toute conception scientifique, le point de vue initial, où Va 
priori joue toujours un grand rôle, a besoin d'être rectifié par l'expérience. 
Je ne doute que, si M. de Tourtoulon, eût coiitinué son travail interrompu, 
les faits et la réflexion n'eussent corrigé les imperfections qui me frappèrent du 
premier coup, et qui ne furent point étrangères à la résolution que je pris de 
marcher sur ses traces : une œuvre parfaite ne m'eût pas laissé l'espoir de 
mieux faire. 

Mais l'essai de M. de Tourtoulon était assez suggestif pour me convaincre 
de l'intérêt que présentait mon patois et faire pencher mon esprit alors hésitant 
du côté des études romanes. P. R. 

LABORATOIRES. 

Helsingfors. — M. Poirot : Courte série sur la quantité en hongrois; il 
imprime ses recherches sur la quantité en tchérémisse . 

D'' Kettunen imprime des recherches sur la phonétique du dialecte esthonien 
de Kodafer. 

Dr Laurosela : Recherches sur la quantité dans les dialectes finnois de l'Otro- 
bothnie méridionale. 

Paris. — M. J. Loth, professeur au Collège de France, a consacré plusieurs 
mois en Irlande à l'étude des dialectes indigènes. 

M. Pernot a profité de ses vacances pour faire en Grèce des études dialec- 
tologiques, littéraires et artistiques. 

Malheureusement, nous sommes sans nouvelles de M. Ivkovitch, qui n'a 
cessé de nous écrire pendant la première guerre des Balkans. 

Le Gérant : J. Rousselot. 

MAÇON, PROTAT FRÈRES, IMPRIMEURS 



V 



I 



L'ACCENT 
DANS LE GAELIQUE DU MUNSTER' 

On peut poser comme règle pour l'irlandais, depuis l'époque 
historique, que l'accent est sur la première syllabe. Cette loi 
s'appliquait en vieil irlandais à tous les mots formant une unité 
réelle à l'époque du vieux-celtique (mots simples en y compre- 
nant le verbe, composés nominaux, sans excepter l'infinitif et 
les participes) ^. En revanche, des composés relativement récents 
lui échappent. Actuellement, seul, le dialecte de Munster, dans 
une certaine mesure, semble avoir innové en ce qui concerne 
les voyelles longues anciennement atones et restées telles dans 
les autres dialectes. Les grammaires de l'irlandais moderne, à ce 
sujet, sont souvent inexactes ou peu précises. C'est ainsi que 
dans une grammaire justement appréciée, Ylrish Grammar ofthe 
Christian Brothers (4'' éd., p. 7, 13), on lit que dans les mots 
dérivés de deux ou plusieurs syllabes, en Munster, l'accent est 

1. La forme irlandaise pour Munster est au nominatif Miitiiha, au génitif 
Mumhaii. C'est la forme Muinban qui a prévalu (prononcez Mwn). Suivant la 
situation géographique, la province se divise en Thomoiid ou Nord-Munster 
(T«^-W««, exactement Til^ViUl=^Tuath-inhumhan), Desmond ou Sud-Munster 
{Dqs-vwn : Deas-mhumhan) ; Oruiond ou Est-Munster (îir-vwn ou Ervûn 
= Ur-mhnmhan ou Or-mhumhaii), et lar- vûll ou Ouest-Munster (lar-mhumhati). 
Au point de vue linguistique, on ne fait que trois divisions : 1° Thomond 
(Clare, Limerick); 2° Desmond (Cork, Kerry); 3° le pays des Dési (Waterford 
et la partie sud de Tipperary. Cf. Henebry, Soiiiids, p. 4. 

2. Dans les verbes composés avec une ou plusieurs prépositions ou pré- 
verbes, c'est le second élément qui porte l'accent. Les composés véritables où 
le préverbe est accentué rentrent, en somme, dans la règle générale (cf. 
Pedersen, Vergleichende Grammatik der keltischen Sprachen, p. 257-259 ; cf. 
Thuneyseu. Handbiich der Alt-irischcn, i, p. 25-29). 

Revue de phonétique. 22 



^l8 J. LOTH 

sur la terminaison ou la seconde syllabe. Les Simple lessons on Irish 
d'O'Growney ne sont pas plus exactes à ce sujet. 

Pedersen a résumé ce que l'on sait de plus certain sur l'accent 
du Munster dans sa Verglcicheiide Grmnmatik der keltischen Sprachen 
(I, p. 262, Rem., § 167) : a Le déplacement de l'accent (en 
faveur de la vo^'elle longue non accentuée) a pris en Munster un 
grand développement. Une description détaillée des phénomènes 
manque encore et les conditions de ce déplacement, dans le 
détail, ne sont pas claires (non seulement la voyelle longue 
mais encore l'allongement par position peut le provoquer; c'est 
ainsi que -ach a. la valeur d'une longue ; marcâch, cavalier, mais 
gén. mârcaigh' : cf. Molloy, p. 12; Henebry, p. 8 et suiv.). » 

Les observations du D'' Henebry dans son consciencieux travail 
sur les sons de l'irlandais du Munster^ sont, en général, judi- 
cieuses, mais trop sommaires et, sur certains points, peu pré- 
cises. J'ai profité d'un séjour de sept semaines à Ballingeary, dans 
le nord-ouest du comté de Cork, pour faire à ce sujet quelques 
recherches. Mes observations sont loin d'être complètes, mais 
telles qu'elles, elles élucident, je crois, les points les plus impor- 
tants du problème. Elles seront facilement complétées par les 
savants irlandais du pays. 

Ma principale autorité est M. Tadhg O'Shea, qui enseigne le 
gaélique à Ballingeary et quelques hameaux voisins, avec autant 
de dévouement que de compétence. Je ne saurais trop le 
remercier de sa complaisance et, parfois, de sa patience que j'ai 
mise assez souvent à l'épreuve. Le gaélique est sa langue 
maternelle; il le parle parfiiitement. et sa connaissance du voca- 
bulaire est très étendue. Il est natif d'Aghina, à quelques lieues 
de Ballingeary. J'ai contrôlé sa prononciation, au point de vue 
de l'accent, par celle de M. J. Crowley, natif des environs du 



1. On prononce ;;/?ra/'^, mais mdrcig. 

2. The soiiuch of MinisU'r Irish. Dublin, 1898. 



L ACCENT DANS LE GAELIQUE DU MUNSTER 319 

Glengarifte, non loin de Ballingeary, homme de 55 ans qui ne 
connaît guère la langue littéraire mais parle parfaitement le 
gaélique populaire, sa langue maternelle. Il habite aujourd'hui 
Youghall, comté de Cork. Je n'ai constaté que de rares et peu 
importantes différences. 

Enfin j'ai revu mes collections de mots avec mon savant 
collègue, le Prof. Bergin, natif de Cork, qui possède à fond le 
dialecte du Munster. Ses observations m'ont évité plus d'une 
inexactitude dans ma transcription et m'ont aussi amené à éli- 
miner des mots qui n'étaient pas à leur place ou des formes 
douteuses. 

L'accent du Munster ne paraît différer de celui des autres 
provinces que par l'attraction exercée par une vo3^elle longue. Il 
y a lieu de distinguer entre la longue ancienne constaUe en vieil 
irlandais, simple ou diphtongue; la longue nouvelle par con- 
traction, et la longue par position. Si l'accent se porte sur la 
longue ancienne, quelle que soit la place de la longue, il n'en 
est pas toujours de même pour la longue par contraction, ni 
surtout pour la longue par position. Il y a donc à considérer la 
nature de la longue, et sa place dans le mot. J'examine d'abord 
l'action de la longue dans les mots simples, puis dans les mots 
composés par préfixe et les composés nominaux. 

Comme je l'indique à la fin de cette étude, l'accentuation du 
Munster comparée à celle des autres provinces a une portée 
beaucoup plus grande qu'on ne l'a cru. Il se peut que la solution 
des problèmes qu'elle soulève modifie les idées reçues au sujet 
de la nature de l'accent en vieil-irlandais et puisse contribuer à 
jeter une certaine lumière sur le problème aujourd'hui encore 
si obscur de l'évolution de l'accent en celtique. Les langues brit- 
toniques se séparent, en effet, nettement des langues gaéliques en 
ce qui concerne l'accent. Il est certain, d'après les emprunts latins, 
que l'accent dans les langues brittoniques, du i" au iv^ siècle de 
notre ère, était sur la pénultième du mot brève ou longue. En 



320 J. LOTH 

gaulois % l'accent paraît avoir eu plus de liberté que dans le celtique 
insulaire : l'antépénultième ^ peut porter l'accent aussi bien que 
la pénultième et peut-être que la dernière. Il y a malheureuse- 
ment en ce qui concerne les noms de lieu gaulois, à compter avec 
l'influence latine. 

Les signes dont je me suis servi pour la transcription phoné- 
tique sont, en général, ceux qui sont ordinairement employés 
dans la Revue de phonétique. Comme j'ai à indiquer l'accent dans 
tous les mots cités, j'ai adopté pour les voyelles ouvertes et 
fermées les signes en usage dans beaucoup de revues sous 
les voyelles Ço = o ouvert; 0=^0 fermé). Pour les spirantes, 
les palatales, les nasales, les sons mouillés, j'emploie les signes 
de la Revue : c, g sont des spirantes gutturales ; ç, g sont des 
occlusives palatales, n est un n mouillé; à est un a nasal; ô 
indique le son eu français. 

Pour figurer une voyelle décolorée atone analogue à Ve français 
dans petit, je fais usage d'un petit e. J'emploie rarement le signe 
9 (jchwa) dont on me parait avoir abusé. Je n'en use que lorsque 
la voyelle est extrêmement réduite et assimilable à un son de 
transition. Pour la terminaison non accentuée, -ach où a prend 
un son intermédiaire entre ç et 0, j'emploie e accolés mais non 
réunis. 

Pour e final, je l'ai figuré par e, c'est-à-dire e fermé. Cette 
notation n'est pas parfaitement exacte. Ce son se rapproche 
de e (e français dans Je petit), mais se distingue cependant net- 
tement de a final, qui lui se figure assez exactement par e ou ô 
très bref. Le son e fermé est net, quand un / accentué précède 
immédiatement : Die (Dia, Dieu) K 

N'ayant nullement l'intention de faire une étude minutieuse 

1. Cf. Meyer-Lûbke, Die Betoniing des Gallischen (Sitzungsberichte d. Kais. 
Ak. d. W. in Wien, phil., hist. Kl. CXLIII, II). 

2. Il est douteux que l'accent ait été sur le quatrième avant la fin. 

3. Henebry figure aussi bien i( final que e par s. 



L ACCENT DANS LE GAELIQUE DU MUNSTER 32 1 

de la phonétique du Munster, j'ai réduit les signes phonétiques 
au strict nécessaire. 

Les sons irlandais sont extrêmement variés et souvent d'une 
notation difficile. Les Irlandais ont à leur disposition un clavier 
double et complet de sons ; le clavier guttural et le clavier pala- 
tal, sans compter des sons intermédiaires. De même qu'ils ont des 
voyelles larges (a, o, «) et des voyelles minces {e, i), ils ont deux 
catégories de consonnes correspondantes. Toute consonne irlan- 
daise peut être large ou mince. En règle générale, une consonne 
irlandaise est large quad elle précède ou suit immédiatement 
une voyelle large; elle est mince, quand elle précède ou suit 
immédiatement une voyelle mince\ Une autre source de variété 
pour les consonnes irlandaises, c'est ce qu'on a appelé ^aspiration 
et ce que dans la grammaire savante on appelle adoucissement. 
Dans l'articulation de la consonne, l'occlusion est plus lâche, la 
bouche plus ouverte. Toutes les consonnes simples entre voyelles 
ou entre voyelles plus u ou v; toutes les occlusives, ainsi que 
w, s, u entre voyelles et /, r, n, y sont soumises. Dans les nom- 
breux cas de liaisons syntactiques, c'est-à-dire lorsque deux mots 
sont intimement unis par le sens et la prononciation, les con- 
sonnes initiales sont traitées comme les consonnes médianes et 
soumises à l'adoucissement dans des conditions analogues-. 

D'une façon générale, je n'ai pas distingué par des signes par- 
ticuliers r, /, m, n. La voyelle qui les accompagne suffit, en effet, 
à indiquer leur nature. Il y a dialectalement des exceptions. En 
Munster, r initial suivi d'une voyelle palatale ne se distingue pas 

1. Cf. Abbé Rousselot. Les articulations irlandaises étudiées à Faide du palais 
artificiel (tirage à part de la Parole, 1899). — Pedersen, Vergl. grammatik der 
kell. Sprachen, I, passim, particul. p. 9 et 10 ; on y trouvera une bibliographie 
du sujet. — Pour le Munster spécialement, v. Henebry, Sounds (déjà cité). 
An Cônggar, Irish simplified, compiled by R. O' Daly, O. J. Bergin, and Shân 
O' Cuiv, Dublin, 19 10. 

2. Sur ce phénomène, v. Pedersen, Aspiration in Irsk, et Vergl. Grammatik, 
I, p. 427 et suiv. ; cf. Thumeysen, Haudbuch, I, p. 68. 



322 J. LOTH 

de r large ou ;- suivi d'une voyelle gutturale'. En dehors d'un 
double nn flanqué de voyelles palatales et de certains groupes de 
consonnes dans la même situation, par exemple / plus u, ou 
-nd-^, il n'y a plus à Ballingeary de sons qu'on puisse appeler 
proprement mouillés : n dans neam, ciel, n'est pas mouillé : c'est 
un n mince ou n réduit, qui paraît alvéolaire '. L mince est un / 
alvéolaire; parfois, devant le groupe voyelle palatale plus voyelle, la 
première devenant semi-voyelle, / se rapproche de / mouillé : [wn 
(liom), avec moi ; de même jî'uS (fliuch) mouillé, humide. 
Dans ces cas, /, n, r me paraissent voisins de /, n, r mouillés 
réduits en situation adoucie dans les autres dialectes 4. 

Je distingue c vélaire par q : qilàn (cuileân), jeune chien ; 
qislân (caisleân), château. En dehors de ces cas où, dans la pro- 
nonciation, la consonne vélaire est suivie d'une voyelle palatale, 
je conserve c; si le c est palatal, le c est distingué par le signe 
ordinaire c', àe même pour g palatal. Pour^ et / vélaires, suivis 
de voyelles palatales, je les distingue en leur accolant au-dessus 
de la ligne un petit ?/ : V'ersac (tuirseach), fatigué. 

J'indique assez rarement le caractère palatal de t : cependant 
bon-ât (bnnâit^, principale résidence, fondation. 

En dehors de ces cas, je ne distingue par aucun signe/ d; c g; 
p h suivis de voyelles d'arrière {a, o, «); il en est de même pour 
t d, p b, suivis de voyelles palatales ; la voyelle qui les suit est une 
indication suffisante. 

Pour caractériser certains sons de transition, j'emploie une 
voyelle réduite au-dessus de la ligne à la droite de la consonne : 
mn'ntô'r (mûinteôir) professeur. Il va sans dire que r final ici est 

1. Cf. Henebry, >9oî(mf5, p. 74 L'i qui suit cet r initial (/"/, roi) tend à /7. 

2 . Par exemple, tatjeb (taithneâmh), briller, plaire ; anii (aindeis), peu soigné, 
gauche. 

3. Cf. Henebry, Sounds, p. 67-2. Chez les Dési n dans le groupe initial 
n -\- y(nea-), par exemple, est mouillé (//'?W.,p- 67, 4). 

4. Irish Gratnniar by the Christian Brothers, p. 10-18; lyouar, livre (leabhar) 
mais VIO lowar (mo leabhar), mon livre. 



•■Ci 

I 



L ACCENT DANS LE GAELIQUE DU MUNSTER 



y-^y 



palatal, même légèrement mouillé, mais j'entends nettement un 
élément palatal entre la voyelle longue et r. Pour certaines con- 
sonnes pour lesquelles le signe palatal ordinaire ne me paraissait 
pas suffisant, j'ai employé le même artifice : drif'i'ir (deirbh- 
shiur), sœur. 

I. — Accent dans les mots slviples. 

A. — Accentdansles mots qui ont unevoyeUe longue envieil irlandais ' : 

V accent est sur la longue^ en général, quelle que soit sa place 

dans le mot. 

a) dérivées en -au ^ : cniedân (amadân), un fou — màontecàn (man- 
ntachdn), qui a les dents ébréchées — O' Siiletà'n (nom propre : 
O' Sûilleabhâin) — cliebân (cliabhdn), berceau — babMn (bal- 
bhân), muet — begân (beagân), un peu, peu — qjlàn ' (cuileân) 
jeune chien — beràne^x.hrânQÀorka), épingle, un rien — bredànÇhrz- 
ddn), saumon — qiilan (caisleân), château — portàn (portân), crabe 
— erân (arân), pain — cupân (cupân), coupe — elàn (oileân), 
île — scâhân (scâthdn), mirroir, à côté de scAûn {scathcvt), 
buisson — môrtin (marin), beaucoup — aa'/Y/n (abhnin), poème, 
chant — boctàn (bochtan), un pauvre. 

h) Dérivés en -in : capA'in (capaillin), petit cheval ; — lan^btn 
(leanbhln), petit enfant ; — q7/m(caih'n), fillette ; — gcrtin (guir- 
tin), petit champ ; — tnhin (troighthin), petit pied ; — gynttn 
(aintin), tante ; — spalpin (spailpin), journalier, laboureur 
errant ; — crfûctn (crûiscin), cruche ; — câbîn (cdibin), vieux 
chapeau ; — drolin (dreoilin), roitelet ; — bôrhin (bôithrin), petit 

1. On entend par vieil irlandais, la période qui va du viii« au x-xi^ siècle. 
Le moyen irlandais part du xi-xn* siècle et s'étend jusqu'au commencement du 
xvie siècle. 

2. Cet a long, dans l'Est du Munster, et même en Kerry, semble-t-il, est 
plus fermé qu'à Ballingeary, et est voisin de p. 

5. La terminaison -«'«-du vieil irlandais a été supplantée par -dn. 



324 J- LOTH 

sentier; — trà'^nîn (tràithnîn), brin d'herbe ; — crï^în (craoibhin), 
petite branche. 

c) Dérivés en -çg ' : finog ^ (fuinneôg), fenêtre ; — fmniog 
(fuinnseôg), frêne; — cesog^ (casôg), veston ; — fwisçg (fuiseôg), 
alouette : 9n isçg (an fhuiseôg), l'alouette . 

d) Dérivés en^/r' ; qmlçir (coinnleôir), chandelier; dlldôîr 
(dligheadôir), homme de loi , — mû'ntç'r (mûinteôir), profes- 
seur ; — âerso'r (aidhbheirseôir), l'adversaire (le diable) ; 
slàtichô'r (slânuightheôir)^ le sauveur 4. 

e) Noms divers : krbôl (sgiobôl), grenier ; — minai (muineâl), 
cou; cahir (cathaoir), siège; — citai (anal), haleine ; — citnâd 5 
(coimeâd), garder, protéger ; — lehed (leithéid), espèce, sorte, de 
cette sorte ; — mecmitocci (macdntacht), honnêteté ; — lûcscanoec 
(luascanach), instable, remuant : — slahcv (soldthar), provisions, 
aller aux provisions ; — jdà'n (folldin), sain, salubre ; — crc^n 
(corôin), couronne (pièce de monnaie), règne d'un roi ; — 
îdo'd (umhlôid) humilité. 

Lorsque le mot accentué sur la longue reçoit une syllabe de 
plus par dérivation, cette syllabe eût-elle une voyelle longue 
également, l'accent ne paraît pas changer de place : beganïn (bea- 
gâinin), un petit peu ; — calïnî (cailinidhe), fillettes; — rphànïn 
(rothdinin), petite roue. 

1 . Vo long est moins fermé que ne l'est fermé en français et en breton ; il 
ressemble à Vo long gallois. 

2. Régulièrement, on devrait avoir fwinôg. C'est un effet du voisinage 
immédiat de la terminaison longue accentuée; cf. plus bas /;«'w^/ (muineâl). 
Dans les exemples contraires, c'est la tradition qui l'emporte. Bergin croit que 
/ mince peut aussi être dû au fait qu'en cas d'adoucissement/disparaît et amène 
ainsi l'intrusion d'un/ incorrect. 

3. ôir représente la terminaison latine -ârhis et est venu aux Irlandais par le 
brittonique. 

4. Il est assez difficile de décider où est l'accent principal dans ce mot, en 
raison de la voyelle longue dans la syllabe initiale. Dans le gémûi slânehçrc 
(slânuightheôra), l'accent principal est sur la pénultième. 

5 . Contrairement à l'orthographe le c n'est pas vélaire ; il est palatal : cf. le 
son de l'anglais h dans hin et de l'allemand ^ dans Mnâ ; cf. note 2. 



L ACCENT DANS LE GAELIQUE DU MUNSTER 325 

Lorsque deux voyelles longues se suivent dans un dissyllabe, 
les deux paraissent à l'oreille, à peu près également accentuées . 
Elles exigent, de fait, sensiblement le même effort de prononcia- 
tion. Il m'a cependant semblé que la finale était quelque peu 
avantagée, ce qui m'a déterminé à l'accentuer (ûl&dy scâhâny 
trà^nin, etc '). 

Dans le cas d'un allongement par position de la voyelle de 
la première svllabe, on est également embarrassé : c'est ainsi que 
pour finipo ou ôinpo (iompodh), action de tourner, et autres 
cas du même genre, Henebr}^ (JSoiuids, p. 9, note) est d'avis 
que l'accent principal est sur la première syllabe. Pour moi, 
les deux syllabes, au point de vue de l'accent, me semblent au 
même niveau. Je serais même porté à donner la préférence à 
la dernière, au moins dans la plupart des cas : pàrdén . 

Dans le cas où un dissyllabe ayant une voyelle longue dans 
chaque syllabe s'accroît par dérivation d'une syllabe à voyelle 
longue, l'ancienne finale devenue pénultième me paraît légère- 
ment diminuée : càbçgin (cabôigin), vieux-chapeau, rustre. 

Les mots empruntés ayant une voyelle longue (ou allongée) 
se comportent comme les mots indigènes : qînSt^s ^ (coinsias), 
conscience; — /j^-Z/r (peiléar), pilier; — pâlâs (pâlas), palais ; — 
sôlâs (sôlâs), satisfaction, consolation ; — bagun (vieux-français 
bacon'), lard ; — garsén (garsûn), garçon ; — cabdife (cabdiste), 
choux ; — colàste et claste (coMiâslé), collège ; — //"rpi/^ (paroiste), 
paroisse ; — orâ'ste (orâiste). 

B. — Accent dans les mots où il y aune voyelle longue par contraction. 

ir y a lieu de faire une catégorie à part pour le cas où la 
contraction a pour résultat de terminer le mot par une 
voyelle longue : c'est le cas pour -aighe, -uighe, -ighe, -aidhe, 

1. Dans naoidheamn, petit enfant, l'accent est nettement sur la première 
S5'llabe : ninân (vieil irl. nôidendii). Mais, il faut remarquer que la voyelle de la 
fe syllabe est une diphtongue et qu'elle a bénéficié d'une contraction. 

2. Henebry (5aj/w</5, p. 14) : hnvnus. 



32é J. LOTH 

^uidhe, -idhe donnant f final, et pour iighadh, -hhadh, -mhadh don- 
nant -n. Dans cette catégorie où la contraction est assez récente, 
dans les dissyllabes, l'accent est sur la dernière, à moins que la 
voyelle de la première syllabe ne soit elle-même longue par con- 
traction : 9 gônl ', (î gcombniiidhe), habituellement. L'oreille est 
également impuissante à distinguer nettement où est l'accent 
principal, lorsque la voyelle de la première syllabe est allongée par 
un groupement de consonnes : slawinpwî (stampuidhe), timbres- 
poste; i^7;//^// (simplidhe), simple, niais. Dans les trisyllabes de 
cette catégorie, l'accent est sur la première syllabe quand la 
voyelle de cette syllabe est longue : diam{déidheanaighe : h déidhea- 
naighe, dernièrement, récemment. Cette catégorie, mise à part, 
on peut poser comme règle, que l'accent est sur la vo5'-elle con- 
tractée. 

a) Terminaisons en -aighencht, -uigheacht, -igheachf, -aidheacht, 
-tiidheacht, -idheacht, contractées en -Ict : erict (aeraidheacht), pro- 
menade d'agrément, divertissement en plein ^\ï;'— àn^tvct {p\n- 
mhidheacht), bestial, brutal ; — canict (ceannuigheacht), action 
d'acheter; — coslct (coisidheacht), voyage à pied, aptitude à bien 
marcher ; — qïmcl (cuimhnigheacht), se rappeler ; — josut (fo- 
suigheacht), terre à pâture; — ïqtct (iocaidheacht), tenir une 
ferme; — marqlct (marcaidheacht), aller à cheval; — sâal'icl 
(scéalaidheacht), conte, récit, action de raconter. 

h) Contraction de -luhn-, -m-, intervocaliques : hihùnorc (bi- 
theamhnach), voleur, malfaiteur; hrelmus (breitheamhnas), ju- 
ment^ décision du juge ; — caltniocc (cailleamhnach), qui perd ; 
-— fçlmioec (follamhnach), qui soutient ; — scentinoeÇ (scein- 
neamhnach), qui s'agite, étourdi ; — çrttnocc (oireamhnach), 
opportun, convenable ; — f(/m)/orr/ (ceanamhlacht), affection ; 
— Ccsûloect (cosamhlacht), ressemblance; — fàrtéhect (fortamh- 

I. Il semble que « final se comporte autrement dans ce cas, à en juger par 
qinû (cuimhnuighadh), rappeler. 



L ACCENT DANS LE GAELIQUE DU MUKSTER 327 

lacht), force ; flghtines (flaitheamhnas), royaume, domination ; 

— figh't'nl (geallamhaint), promesse, apparence (pour le temps, 
par exemple); — ksçti'l ' (leisceamhail), paresseux, indolent; — 
fgrii'l (fearamhail), viril; — kjuii'l (beanamhail), comme une 
femme, modestement ; — - di^gesti'} (diadhasamhail), dévot ; 
]ag3suIoect (éagsamhlacht), diversité, différence ; — lànû'n (\à- 
namhain), couple marié; — ^(/r«// (dearmhad), oubli; — sil 
taliin (sugha talmhan), fraises. 

c) Contractions diverses : hm'is (bunadhas), origine, fonde- 
ment ; — hnàsoec (bunadhasach), primitif, qui est à l'origine ; 

— çartic (cearrbhach), joueur de profession ; — sgrés (searbhas), 
amertume; — artir (arbhar), blé ; gaJtin (gealbhan), moineau ; 

— bgrhi (bairghean), gâteau, pain ; — baurhi (bainrioghain), 
reine ; — nncirin (muirighin), fardeau, famille nombreuse à 
nourrir; — faits (faithchios), peur; — dolîs (doilgheas), afflic- 
tion, chagrin ; — cûntm'rt (contabhairt), doute, risque ; génit. 
ciinUlr''c (contabhartha); — inUn (inghean), fille; — 9myôd 
(imtheochad), je m'en irai (i"^^ pers, du fut. ind.); — àMr 
(duilleabhar), feuillage. 

d) Contractions en -7 et -fi final : 

a) -1 (jai^h, nighe, -ighe, -aidhe ; -iiiâhe, -idhe, -gjje (précédé de 
voyelle irrationnelle) : stoqi (stocaidhe), plur. de stoca, bas, chaus- 
sette ; — pgq'î (peacaidhe), péchés; — gglt, gén. de geaJach, la 
lune; — igst (tasuighe), chaud; — Côrql, Cork, génitif: nom. 
sg. Côrqig (Corcaigh) ; prâti (prdtaidhe), pommes de terre; — 
pâsfi (pastaidhe), enfants ; — hài'sti (baistighe), ondées de pluie ; 

— slmplï- (simplidhe), simple, un peu niais; — s^rî (suirghe), 
action de courtiser; — eyri (éirghe), lever, se lever; — der9m 
(deireannaighe), le deireannaighe, récemment; — comdrt (com- 
raidhe), protection. Mais 9 gônî (i gcomhnuidhe), habituelle- 

1 . L'îZ contracté est quelque peu nasal. 

2. Henebry (Soiinds, p. 24, 4) donne sa tnipîJ qui est sans doute une pronon- 
ciation particulière aux Dcsi. 



328 J. LOTH 

ment ; — dîanï (déidheanaighe) : le déidheanaighe, dernièrement ; 
peut-être stàwmpiuî (stampaidhe), timbres-poste. 

b) Contraction de : -ughadh, -hhadh, -mhadh en ?7 ; heru (bear- 
bhadh), bouillir ; — balû (bailiughadh), ramasser, économiser ; 
— àhrû (athrughadli), changer ; — fij^Hi (fiosrughadh), s'in- 
former; -- mrtfe/w (meathlughadh), défaillir, faiblir; — babtm 
(balbhughadh), faire taire, rendre muet; — qinû (cuimhniu- 
ghadh), rappeler. 

Dans les adjectifs numéraux, où la contraction se foit en -m, 
l'accent est sur la première syllabe, en exceptant çarti (ceath- 
ramhad), quatrième : triù (triomhadh), cû^û (cûigmhadh), cin- 
quième; sefi (sémhadh), sixième ; sgctu (seachtmhadh), septième ; 
çctû (ochtmhadh), huitième ; neu (naomhadh), neuvième. On 
remarquera que dans tous cqs cas, ou la voyelle de la première 
syllabe est longue par nature, ou elle est suivie du groupe et qui 
provoque l'allongement par position. De plus u final est abrégé 
fréquemment, l'adjectif numéral précédant le substantif. C'est le 
fait qui se produit aussi pour-/ long final, quand un adjectif uni 
étroitement par le sens et la prononciation suit : caJînî, fillettes, 
mais calmi âge, jeunes filles (cailînidhe ou cailini ôgd). 

C. — Accent sur la longue par position. 

La seule catégorie importante est celle des noms en -a£ (-ach, 
-each). D'après le témoignage des langues brittoniques, ce suf- 
fixe représenterait le plus souvent un vieux-celtique -âco-s -âcâ, 
-âcô-n. On pouvait donc se demander, si la présence de l'accent, 
dans des conditions particulières, il est vrai, sur ce suffixe 
n'était pas un reste d'une ancienne accentuation, n'était pas due 
à l'influence de la longue ancienne. L'analogie suffisait à faire 
rejeter cette hypothèse. Toutes les longues finales du vieux-cel- 
tique, en effet, apparaissent déjà abrégées en vieil-irlandais, ce 



L ACCENT DANS LE GAELIQUE DU MUNSTER 329 

qui était une conséquence de l'accentuation sur la première syl- 
labe '. Il est donc sûr qu'à l'époque du vieil-irlandais, en Muns- 
ter comme ailleurs, - âco- a été abrégé en -ach. L'allongement est 
donc postérieur. Il est dû uniquement à la présence de la spirante 
gutturale sourde à la fin du mot. Ce qui le prouve le plus clai- 
rement, c'est que ce suffixe -ach représente non seulement une 
terminaison à voyelle longue, vieille-celtique, mais même des 
terminaisons à voyelle brève. L'irlandais broUach pour bron-lachy 
qui a tous les sens du latin sinus est, en effet, identique au gal- 
lois bron-Uech, estomac '. Or le gallois avait l'accent sur le 
deuxième terme et a très sûrement conservé l'ancienne quantité. 
La syllabe -ach ayant été allongée, l'accent s'y est porté comme 
sur les longues d'origine secondaire du \-ieil-irlandais, mais à 
une époque relativement récente. De toutes les syllabes à 
voyelle nouvellement longue, c'est -ach qui exerce sur l'accent 
l'action la plus faible, comme nous allons le voir : elle n'attire 
l'accent que dans les diss3'llabes, et encore, lorsque la voyelle de 
la syllabe précédente est brève et ne subit pas d'allongement par 
position. L'action de l'accent se montre aussi dans la qualité 
de la voyelle -ach. Si -ach est accentué, a garde sa qualité et 
devient simplement plus fermé; si -ach n'est pas accentué, a 
devient un son difficile à déterminer : c'est un son entre o ti ô : 
je l'ai figuré par petit o accolé à petit e K 

1. Lorsqu'une longue se montre, en syllabe atone, en vieil-irlandais, on 
peut être sur qu'elle n'est pas vieille-celtique : sur ce point, cf. Thurnevsen, 
Gramiiuitik, p. 29-32, §§41-46. 

2. V. J. Loth, Bronlach, bronllech, dans Mémoires de la Soc. de Liiig., de 
Paris, 191 5. 

3. Henebry (Sounds, p. 65, s) ne parait pas distinguer entre -ach accentué 
et -ach atone ; pour lui, c change a en à (son à est le son de l'anglais a dans 
u-hat (ibid., p. 6). C'est sans doute une inadvertance, car, p. 9, II, il fait net- 
tement cette distinction : accentué -ach se prononce -âch ; atone, il se pro- 
nonce -cech- L'a de -ach accentué, dans certaines parties du Munster et, 
semble-t-il, du Kerrv, est voisiu de -0. 



330 J. LOTH 

1°. — ach DANS LES MOTS DE PLUS DE DEUX SYLLABES : 
l'accent est sur la PREMIÈRE SYLLABE 

âgcfhoec (agarthach), vindicatif — àheroec (atharrach), change- 
ment — bâgeVoc (bagarach), menaçant — bàhAocc (bathalach), 
hutte, maison mal construite — brçhcLcc (brothalach) très chaud, 
brûlant, en parlant de la température) — cogdhocc (coigealtach), 
économe — càradocc (caradach), amical — /^ok^wo,.: (putharnach), 
action de souffler — râgcrnwc (ragairneach), inconstant — r'ucte- 
Uoet, (riachtanach), une personne nécessiteuse — Sàsmocc (Sasa- 
nach), Anglais — <:Mo-(/7/o<c(clagarnach), pluie battante — âçrctiocc 
(deireannach) dernier, tard. — ErcUocc (Eireannach), Irlandais 
— gâucSocc (geanasach), modeste — gchAocc (giobalach) dégue- 
nillé, déchiré (en parlant des vêtements) — me^ckec (meigeallach), 
barbu, barbu comme un bouc • — — mogehcch (mogallach), 
luxuriant (en parlant de cheveux), touflîi — w(^/'5f»pc^(mursanach), 
tyrannique — scrnpcloec (scrupalach), scrupuleux. 



2°. MOTS DE DEUX SYLLABES PORTES A TROIS 

PAR UNE VOYELLE DE RESONNANCE : 
l'accent est SUR LA PREMIERE SYLLABE 

â/'-'/z/of^ (armach), belliqueux — bâcdocc(h-àdAc\\), grand nombre 
de gens — /;()/''o-o^^ (bolgach), ampoule, pustule; id. (adjectiQ : 
qui a un gros ventre — câdorocc), (caidreach), amical — 
cqlcgoec (cdWgt^icK), piquant, armé de piquants. — çâhgoclr- (ceal- 
gach), trompeur — çqngdoec (ceanglach), lien, attache — carcbocc 
cearbach), en guenilles, galeux — cohgccc (colgach), pointu — 
crâhrocc (crathrach), fondrière — crîJ'roec (criathrach), marais — 
^aMo(;^(dealbhach), beau — dabgceciàtzigd.cK), épineux — dqrdhoec 
(dearbhach), sûr, que l'on peut prouver — (^tJnvc (eitreach), 



L ACCENT DANS LE GAELIQUE DU MUNSTER 33 I 

sillon; ancien adjectif : sillonné — fiacdîocê (fiaclach), qui a de 
grandes dents — gàbroec, (galrach) malade (ad), et subst.) — 
^gr<ibocc (gearbach), couvert de croûtes — gçhlxc (goblach), 
bouchée — lérJgoec (leargach), en pente, à pente rapide — lib^roec 
(liobrach), aux lèvres épaisses — mascdhod ' (meascthach), qui 
se mêle facilement — mçc^lœch (muclach), troupeau de porcs — 
niabJrc-c (niamhrach), brillant — tçbgœc (tolgach), orgueilleux. 
Cf. plus bas 3". 

3°. — ACCENT DANS LES DISSYLLABES EN -och^ 
AVEC PREMIER TERME A VOYELLE LONGUE I 
l'accent EST SUR LA PREMIERE SYLLABE 

A. — Dissyllabes à voyelle longue par nature (ou diphtongue 
ancienne) ou par contraction ou par position dans la première syllabe : 

a) longue par nature : jrédbod {ivàoch^xch)- , couvert de bruyère — 
mo^oo' (géagach), qui a des branches — gnibœc (gniomhach), actif 

— iasco^ (iascach), poissonneux — li^hœc (liathach), pâle, blême 

— Ittbœc (lûhach), qui plie, au moral, subtil — sçiabœc {sc\zinzc\ï), 
beau — bréMocc (braonach), humide, qui tombe goutte à goutte 
(se dit aussi des larmes) — briagocc (bréagach), menteur, menson- 
ger — ~ilot'C (aoileach), fumier — ^'noec (aonach), foire, assemblée 

— àxoec (drach), garantie, secours — bi^^tocc (biadhtach), qui 
nourrit (les pauvres), hospitalier — bigote (biodhgach), vigou- 
reux (en parlant de la voix) — bùdcœc (buacach) qui a la tête 
haute, fier — c'éboec (caobach), grossier, gauche — c^élœc 
(caolach), linum silvestre, jeune plant — chUsoec (clùasach), qui a 
l'oreille paresseuse — cr^ésoec (craosach), avide — fn^doec (fua- 
dach), action de piller, d'enlever de force — sci't^bœc (scuabach), 

1 . C est targe, j (et e) étant une voyelle d'arrière. 

2. On donne généralement ao en Munster comme équivalent à e (Heneby, 
Souuiis, p. 34, §5 23, i) : tév, côté (taobh). Pour moi, j'entends un son très 
atténué après r : tCcb dans certaines monosyllabes. En revanche j'entends 
seulement e dans canaheb, pourquoi, pour quel motif (iW n-a thaobJi). 



332 J. LOTH 

qui balaie, qui brosse — fédoech' (t^ohhsLch), latéral, qui a des 
côtés (au moral; qui a du goût, de l'inclination pour) — tisoec 
(taoiseach), chef, commandant — lor^niocc (tôrmach), accroisse- 
ment — tÛ9toec (tûataclî), rustique, gauche — îÎJlrc (ualach), far- 
deau — îi^noec (uamhnach), craintif. 

b) dissyllabes à voyelles longues par contraction (et vocalisation de 
consonnes) : sûLc (siubhlach), voyageur (au sens adj. : rapide) 

— ///(r^(teimhleach), obscur — <///af (coinnleach), chaume — min- 
ûrccc (min-iubhrach), cruche — gilœc (geimhleach), tenu en escla- 
vage — c-ùda-c (cumhdach), action de couvrir — sdwrœc (sea- 
bhrach), courageux, vigoureux — méwlœç (meabhlach), trom- 
peur — ;/l«cï^(neimhnach), venimeux — càiulœc tl^ciihliXîich tighe), 
maison vide — gàwlœc (gabhlach), fourchu — mâiuntœc (mann- 
tach), qui a les dents ébréchées. 

c) dissyllabes à voyelle allongée par position : qîltœc (coillteach), 
boisé — ôniplœc (amplach), avide — g^rca-c (gearrcach), oisillon 
• — slintac (slinnteach), ardoises, tuiles. 

B. — Dissyllabes avec groupe de consonnes : 

a) précédant -ach : L accent est sur la première syllabe : (dans la 

plupart des cas, la voyelle de la première syllabe est semi-longue). 

bldctœc (bleachtach), vache à lait — cd'lçœc (cailcach), crayeux 

— fldscœc (fleascach), jeune homme — làyrœc (laidhreach), 
ayant de gros doigts de pied — /(5^/a'f (lochtach). fautif — mângac 
(meangach), subtil, trompeur — fçl'^^^c (foltach), chevelu — 
scçl^œc (scoilteach), bois qui se fend — sdscac (seascach), vache 
stérile — sésçœç (seascach), abondant en joncs — tôctac (tochtach), 
silencieux — trgscœc (troscach), qui jeûne — 7/r/a'^(uchtach), sein 

— ûltœd (Ultach), homme d'Ulster. 

Il semble qu'il y ait flottement pour les groupes -ri-, -rc- : bdr- 
/u;c(beartach), actif — /p'rfa^ (feartach), actif, énergique — g(yrtxc^ 

I. Henebry (Sounds, p. 9, II) donne un exemple en vers de gorldch accentué 
à la pause. 



h 



L ACCENT DANS LE GAELIQUE DU MUNSTER 333 

(gortach), qui a faim — stalcœc (sialcach), raide, entêté. Mais : 
scertàc (scairteach), fourré, taillis — portàc et pertàd (portach), 
marais — fçrcâc (forcach), fourchu — mercàc (marcach), cheva- 
lier, qui va à cheval — ^elcâc (giolcach), espèce de roseaux qui 
pousse dans un marais. 

On peut citer encore fersâè (tuirseach), fatigué ; mais ici le 
groupe consonantique est particulier : il se peut que -r's- n'ait 
pas la même influence qu'un groupe où entre une explosive. 

b) groupe de consonnes en tête du mot : V accent est aussi sur la pre- 
mière syllabe : cnâsoec (cneasach), à écorce ou à peau — cnçcœc 
(cnocach), montagneux — 5;wJ(k^ (snosach), lustré — slçgacÇsXo- 
gach), abondant en trous — scâgœc (scâgach), qui fuit, qui fait 
eau — sniôgoec (smugach), qui a l'habitude de cracher. 

Cependant sfdâc (spadach), plein de mottes. 

c) Quand -ach est précédé immédiatement de /; représentant 
une ancienne spirante dentale ou gutturale sourde, l'accent est sur la 
première syllabe :câhoeê (cathach), frisé, bouclé — c/^'W(cleathach), 
à côtes, fait d'entrelacs — cléhœc (cluicheach), qui aime le jeu, 
qui joue des tours — crâhec (crathach), qui agite, remue — 
crçhoec (cruthach), bien fait, bien bâti — fàhcec (fathach), géant 
— grôhoed (gruthach), caillé — çdhœd (ceathach), à ondées — 
gçhoed (gothach), retentissant, qui répond — sçdhoec (sceathach), 
couvert de buissons, touffu. 

Si dy h ou m, spirantes inter\-ocaliques, précédent -ach, il y a 
contraction par disparition de la spirante : sclàt (sclamhach), 
avide — ûenod (uamhnach), peureux — tràwc (treabhach), un 
laboureur — lac (Umhach), action . de tirer — dàwc (dabhach), 
vase — ciid£ (cumhach), affligé — fi^C (fiadhach), action de 
chasser — blâc (bladhach), renommé — lac (laghach), aimable, 
oblioeant. 



Revue de phonétique. 2} 



334 J- LOTH 

4°. — L'accent est sur -ach final dans les dissyllabes où 

LA VOYELLE DE LA PREMIERE SYLLABE EST BREVE (eN DEHORS 
DES CONDITIONS PRÉCÉDENTES 3" ; B : a) F) i). 

bécçLë (bacach), boiteux, estropié, mendiant — chbaë (clabach), 
aux lèvres épaisses — belaê (bealach), route — bisdC (biseach), 
accroissement — begâ£(hog3.c\i), mou, tendre — bogaé (bogach), 
marais — berdc (hioradi), épingle — /';'t'/(Z<;(bratach), étendard, robe 

— b remdc (htom3.ch), poulain — ^//(ï^ (cailleach), sorcière — çini^d 
(ciomach), torchon, personne malpropre — brcdd£ (bradach), 
porté à de menus larcins — brelô^d (breallach), noueux — broIéS 
et breJâd (brollach) ^ sein — cetàc (ciotach), gaucher — cijâc 
(ciseach), chaussée — qildc (coileach), coq — cçld^ (cuUach), 
verrat. 

cer0-ê (corach et corrach), marais — dromçid (dromach), courroie 
avec agrafes ou boucles que l'on passe par-dessus la croupe du 
cheval attelé à la charrue — crêic (earrach), printemps — cs^c 
(easach), chute d'eau — fcldc (folach), action de cacher, caché 
(subst. et adj.) — fisdc (fiosach), qui connaît, intelligent 

— galdc (gealach), la lune : génitif ^alî (gealaighe) — cresàc 
(crosach), rayé, croisé — desdc (dosach), touffu, qui a des buis- 
sons — //vi-fif? (frasach), à ondées, productif — gcbd'c (giobach), 
velu, rugueux — ghh^ (gliobach), chevelu, à longs cheveux 

— glisàc (glaiseach), fondrière — grelûic (greallach), argile, 
terre glaise — hc^c (leacach), abondant en pierres plates — 
mercg,c (marcach), cavalier -r pcccic (peacach), pécheur — prcsijic 
(praiseach), potage — slêL£ (salach), sale — scrg£ (searrach), 
poulain — sctnçic (siomach), truite ressemblant à une an- 
guille, se dit d'un homme grand et mince — scuçiic (sionach), 
renard — nedg,c (neadach), qui appartient, se rapporte à un 
nid — gebçLc (gobach), à bec — gcrœc (gorach), inflam- 

I. Génitif /'/■dZ/'o-. En poésie, d'après Henebry {Soumh, p. 75, 5), on trouve 
bçrloec. 



L ACCENT DANS LE GAEL1Q.UE DU MUNSTER $35 

niable — tolçic (tollach), troué — lesçtc (tosach), commence- 
ment — tredçLc (troideach), querelleur, combattif. 

Il y a quelques exceptions : niçgctë (mugach), adonné aux 
plaisanteries — tuàsac (maiseach), beau. 

Dans mogach, la voyelle de la première syllabe est semi- 
longue, ce qui suffirait à retenir l'accent. Pour maiseachy il 
est possible que ce soit un mot plutôt employé en poésie. La 
poésie est conser\^atrice. Des mots accentués sur la dernière, 
dans la langue populaire, sont prononcés avec l'accent sur la pre- 
mière dans la langue poétique : en Munster, en vers, agam, avec 
moi, agat, avec toi, sont accentués sur la première syllabe, tandis 
qu'on prononce couramment egi'im, egiït. 

Henebry {Soiiuds, p. 9, II) paraît poser en principe que dans 
les substantifs -ach serait accentué, mais non dans les adjectifs ; 
il distingue entre bnkâch, un boiteux, et bàkitch boiteux, qui boite 
(son// représente dit-il, l'anglais// dans ptiss, et l'allemand // dans 
miiss (.^) p. 7), également écrits hacach. Cette distinction n'existe 
sûrement pas dans la région de Ballingeary, et paraît bien arti- 
ficielle. 

Il y a, en Munster, une catégorie de terminaisons en -ach qui 
reste toujours atone : c'est la terminaison -ach évolution de -adh 
(jcadh^, terminaison de la 3^ personne du sing. de l'imparfait et 
du conditionnel des verbes. 

Une première remarque s'impose : la terminaison si fréquente 
des substantifs verbaux en -adh, n'a pas suivi l'évolution de la 
terminaison verbale personnelle : le dh ne se prononce plus : 
moladh, louer, se prononce mçle. Il est clair que la différence ici 
est due à un facteur psychologique. Que la terminaison -adh de 
l'infinitif s'atténue ou disparaisse, le sens n'en souffre pas '. 

I. La terminaison passive -adh se prononce -ag (ôg) : niolôg (moladh). 
C'est peut-être un tait d'analogie. La terminaison verbale -idh devient régulière- 
ment -ig après avoir passé par -iy (évolution bien connue, et qui notamment 
atteint yod dans le vannetais maritime (Ile-aux-moines). Bergin me dit que 



336 J. LOTH 

C'est le contraire pour -adh de l'imparfait et du conditionnel. Il 
est certain que les formes verbales ne marchent pas toujours du 
même pas que les formes nominales, et que parfois l'évolution 
phonétique y est contrariée ou retardée par d'autres facteurs. On 
comprend a priori que la terminaison -ac Ç-adh) ait pu ne pas 
évoluer en même temps que la terminaison nominale -ac. Mais 
il y a une raison de fait qui doit entrer en ligne de compte, 
c'est que cette terminaison est généralement atténuée ou abrégée 
dans la prononciation. Dans la conjugaison impersonnelle, elle 
est suivie des pronoms-sujets, qui forment une union intime de 
sens et de prononciation avec elle. Dans la conjugaison person- 
nelle même, la construction à la 3^ personne du singulier et à la 
2" du pluriel est analytique. Il n'est pas rare même qu'en 
liaison de syntaxe ou de prononciation avec des mots à initiale 
consonantique, l'aspirée finale de -acné se prononce pas. 

Le suffixe -acht paraît avoir la même action que -ach : cf. 
cesact et cesg.ctaoec (casachtach), toux — benact (beannacht), béné- 
diction — mdact (mallacht), malédiction — qidactin (cuideach- 
tain), compagnie. 

II. — Accent dans les composés. 

D'une façon générale, lorsque dans le second terme, il y a une 
voyelle longue par nature, contraction ou position, l'accent est 
sur le second terme. Je ne prétends pas donner ici une étude 
complète sur un sujet aussi vaste et aussi complexe : je me borne 
à constater l'action de la voyelle longue par quelques exemples, 
dans des composés avec des préfixes encore vivants. 

A. — L accent dans les composés avec préfixe. 

AITH-; ATH- " : 

a.) âditiê (ath-chuinghe), requête, demande — ^/jPm (aith-ris), 

beaucoup de gens à Ballingeary même prononcent -et, -ub et que c'est la 
prononciation habituelle de là à l'ouest, surtout le district de Béarra. 
I. Gaulois rt/^; a le sens du latin re et aussi de dis-. 



I 



L ACCENT DANS LE GAELIQUE DU MUNSTER 337 

action d'imiter, relater — âhne (aithne)', connaissance, action 
de reconnaître — âcomer (ath-comair), près — àh-ise (aith-bhri- 
seadh), je brise de nouveau ; 

b) atfloec (aidh-bhéileach), très grand, extraordinaire — aêia- 
noi> (aith-dhéanam), refaire — alhfh- (aith-lionadh), remplir de 
lîouveau — aviale (aith-méala), regret — avâr^ (ath-bharr), 
une deuxième récolte. 

AN., privatif: 

a) gn^h's (ain-bhfios), ignorance — qtjis (aindeis), peu soigné, 
misérable, gauche — ân-ygrl (ancheart), injuste — iàârom 
(éadtrom), léger ; 

b) ati-h'ifj (an-aoibhinn), déplaisant — àn-ga (an-ghdbhadh), 
inutile — àn?cn (anchroidhe), malveillance — anôla'n (an-fhol- 
lâin), malsain — lago^n (éagcéir), injustice, iniquité — egrhie 
(êig-crionna), non sage, imprudent. 

AS-, EAS- : cf. latin ex : 

a) agetie (aigne), intention, esprit — gspe (easbaidh et easba), 
manque, besoin — asnôh (easnamh), manque, insuffisance; 

b) qscàrdè (eascdirde), ennemis (sg. âscere (eascara) — as- 
brdû (eas-ordughadh), désordre — qsûk (easumhla), désobéis- 
sance — qslàn (easlân), mal portant — qslâ'nte (easldinte), 
mauvaise santé. 

coM-, coLvi- +j CON- (avec) : 

1. La composition n'est plus sentie dans ce mot. Dans presque tous les 
exemples que je donne, elle est au contraire sentie. 

2. En Munster, la double liquide se réduit et la vo3'elle s'allonge. 

3 . Dans iagfSÛl (éagsamhail), différent, dissemblable, varié, il est difficile 
de dire où est l'accent principal. Dans iageSlVoeCt (éagsamhlacht), variété, 

[diversité, l'accent principal paraît bien être sur la pénultième. Le son de tran- 
ssition e dans iaç^Ô^r est entre » et ^. 

o ^ 

4. Sur la qualité de la voyelle des préfixes, en particulier com-, originaire- 
î ment non accentués, cf. Henebry , Soutids, p . 15. U y a des différences pour 

la qualité de entre le sud et l'est du Munster. 



338 J. LOTH 

a) cçale (comhalladh), remplir, accomplir — cçer (comhair), 
présence — cçcrh (comhartha), signe — cûnod (congnamh), secours, 
assistance — ■ ctinUed (congantach), qui secourt, disposé à secourir. 

b) cô-isel ' (coimh-iseal), uni, de même plan — côre'r (côimh- 
réir), conformité, accord — cô-brah-er (cômh-bhrâthair), cousin- 
germain, confrère — cô-âymsir (cômh-aimsear), le même temps 

— cô-hydngel (coimh-cheangal), conspiration, alliance, pacte — 

— cûntnrt (contabhairt), danger (génit. cimtùr^'e ■= cuntabhartha). 
Dî, privatif : dî-credeh (di-chreideamh), incrédulité ; mais : 

dî-càredoé (dîo-châirdeach), sans ami, non amical — dùwin 
(dio-mhaoin), inutile — dî-£ine (dio-chuimhne), oubli, 
manque de mémoire — dimwidc (diombuidheach), ingrat — 
di-bgP'e et di-bôhe (dîo-mholta), blâmé, désapprouvé. 

DO- (péjoratif : cf. grec oua) dô-gine (do-dhuine), mauvaise 
personne (homme ou femme) — dâmcles (domblas), bile, fiel, 
mauvais goût; mais : demlàste (domblasta), au sens figuré, mé- 
prisant — de-gniisoec (do-ghniiiseach), disgracié, laid — de^nn 
(doi-mhian), mauvais désir. 

FOR- (sur, au-dessus, et sens intensif) : fârdores (fâr-doras) % 
linteau — fôrlahan (foir-leathan), très large ; mais : for-eginoec 
(foir-éigneach), très violent — fôrliiic (for-Honad), remplir, 
entièrement, compléter. 

Mi-, MÎo- (particule péjorative, idée de >;?«/). 

mî-hyart (mi-cheart), injuste, incorrect ; mais : ml-vigs (mî- 
bhéas), mauvaises manières — mi-hâste (mio-shasta), non satis- 
fait, difficile à satisfaire. 

NEAMH- (particule négative) : nâ- hôleb (neamh-ollamh), non 

préparé, qui n'est pas prêt 7/a-|/a« (neam-ghlan), pas propre, 

sale ; mais : na-co^r (neamh-chôir), injustice, tort na-vlâste 

(neamh-bhlasta), insipide, sans goût. 

1 . L'o de co- est semi-long et légèrement nasal . 

2. fànioras : la voyelle est régulièrement allongée dans le groupe r + con- 
soniie . 



L ACCENT DANS LE GAELIdUE DU MUNSTER 339 

so- (bon, idée de bien) : s(>-bilis (soi-milis), très doux ; mais : 
St^rêg (soi-réidlî), agréable, condescendant — s.-hi'hi (so-mhaoin), 
grande fortune, richesse — se-yiaule (soi-dhéanta), facile à faire 
— s,~biasoec (so-bhéasach), de bonnes manières, bien élevé — Sc- 
bldste (so-bhlasta), bien goûté, savoureux. 

B. — Accent dans les composés nominaux. 

hdn-care (ban-chara), amie, femme. 
bgn^-corse (ban-chomharsa), voisine. 
bgn-Cû (ban-chù), chienne. 

bâr-gores (barr-dhoras),haut du linteau d'une porte. 
bâr-glôrocc (barr-ghlôrach), bruyant, à la voix forte. 
bln-hyol (binn-cheol), mélodie, musique suave. 
bla-holte (blâth-fholta), aux chevaux blonds. 
bpk-cçsoec ' (bolg-chosach), à la jambe torse. 
bgleg-hIJoec (bolg-shuileach), aux yeux saillants. 
bon-at (hun-inl), fondement, principale résidence. 
bgn-bân (bun-bhean), grosse femme de petite taille. 
câom-cosad (cam-chos2ic\i), bancal, aux jambes arquées. 
caom-hron (cam-shrôn), au nez crochu. 
r/W/n (céadaoin), le mercredi (le i'^"' jeume). 
çgrt-làr (ceart-hir), le milieu précis, le centre. 
cru^-tâs (cruadh-châs), situation dangereuse, embarrassante. 
dâ-vlas (deagh-bhlas), bon goût, saveur. 
dâ-gii:e (deagh-dhuine), homme bon. 
dâ-ober (deagh-obajr), bonne œuvre. 
dd-}j^l (deagh-thoil), bienveillance, bonne volonté. 
dg-nos (deagh-nos), bonne habitude. 

dg-gm~iiccc (deagh-ghnûiseach), de bonne complexion, ave- 
nant. 

dribâ'r (dearbh-bhràthair^, frère. 
drif'iir (deirbh-shiur), sœur. 



340 J. LOTH 

dràtlas (droch-bhlas), mauvais goût, mépris. 

droUàste (droch-bhlasta), qui a mauvais goût, 

drçcàH (droch-châil) ; mauvaise réputation. 

drçcâynt (droch-chaint), langage injurieux, mauvais propos. 

drçdn (droch-chroidhe), méchanceté, mauvaise disposition. 

dû-gor°m (dubh-ghorm), bleu sombre. 

dûhçle (dubh-chodladh), profond sommeil. 

du-hlàn (dubh-shlân), cartel, provocation. 

jir-tare (fior-chara), vrai ami. 

Jïr-hnïe (fîor-thrùagh) vraiment digne 'de pitié. 

il-dahoe£ (iol-dathach), de diverses couleurs. 

il-Uasoec (il-bhéasach), versatile, astucieux. 

ildànoec (iol-dânach), habile en plusieurs métiers, ingénieux . 

la-Sè^c (leath-caoch), borgne. 

la-dlûes (leath-chliias, une oreille. 

Ue-gorom (liath-ghorm), bleu-pâle. 

Ue-Mn (liath-bân), pâle. 

lîte-ga^r (luath-ghâir), allégresse, rire. 

lue-làd (luath-ldmhach), adroit, à la main prompte. 

min-face (min-pheacadh), péché véniel. 

min-tUc ' (min-chloch), caillou. 

.f^'M-p^«/(sean-fhocal), proverbe, vieux dicton. 

Sân-dinç (sean-duine), vieillard. 

san-dtne (sean-daoine), vieillards. 

san9-Mher (seau-mhâthair), grand-mère. 

San-rà (sean-râdh), proverbe. 

sîcà^n (sîoth-châin), paix. 

CONCLUSIONS. 

L'attraction exercée par la voyelle longue sur l'accent varie 
suivant la place de la voyelle et sa nature. 

I . Le groupe H suivi de ^ à la finale a donné à £ld£ la valeur d'une syllabe 
longue. 



L ACCENT DANS LE GAELIQUE DU ML'NSTER 34 1 

La longue, par position, à la finale, n'attire l'accent que dans 
les dissyllabes, et, même dans ce cas, son aaion est limitée : 
la syllabe initiale garde l'accent, si elle a une voyelle longue, ou 
certains groupes consonnantiques ou une spirante gutturale 
sourde même réduite. 

La longue par contraction a une action plus étendue : elle 
s'exerce même dans les mots de plus de deux syllabes. Dans ce cas 
cependant, à la finale, il n'est pas sûr qu'elle porte toujours 
l'accent le plus intense. 

C'est l'ancienne longue, la longue constatée en vieil-irlandais, 
qui exerce l'attraction la plus nette, en toute situation, sur l'ac- 
cent. 

L'accentuation sur la longue par contraction, ne peut être 
plus ancienne que les contractions elles-mêmes, et par consé- 
quent, est relativement récente. Pour la longue par position, 
nous avons vu qu'elle est due à la spirante gutturale sourde qui 
termine la syllabe ; la terminaison -aç non seulement représente 
un suffixe à voyelle longue vieux-celtique, mais encore des ter- 
minaisons à voyelle brève. 

Il est d'ailleurs évident que -ac = -àcô-^ avait une voyelle 
brève en vieil-irlandais, ainsi qu'en moyen-irlandais. Ce genre 
d'accentuation ne peut être bien ancien. 

Reste l'accentuation sur la voyelle constatée longue en vieil- 
irlandais. Si le dialecte de Munster, à ce point de vue, est isolé, 
il y a de fortes présomptions que cette accentuation n'est pas 
archaïque. En Ulster et dans le gaélique d'Ecosse, la longue 
même est abrégée : eran (arân), pain (Munster) ; àràn (gaël. 
d'Ecosse et deDonegal). En revanche, en Connaught, l'accent d'in- 
tensité, dans ce cas, est sur la première syllabe, mais la longue est 
conservée : ârân ' . Il semblerait donc que le Connaught ait con- 

I . Bergîn me fait remarquer que, dans certaines parties du Connaught on 
prononce 9ràn, ràn et que cette prononciation a été relevée par Finck (Arauer 
Mundart). 



342 J- LOT H 

serve l'accentuation que l'on suppose au vieil-irlandais. Or, 
certaines dégradations vocaliques sur lesquelles mon collègue de 
rUniversity Collège de Galway, O'Maille, a attiré mon attention 
prouvent que là aussi (c'est son opinion) antérieurement, l'accent 
principal a été sur la longue : Munster : scadàn (scadân), hareng; 
Connaught : sâdân ou sg'ddàn. Il est de toute évidence que l'ac- 
cent s'est reporté de la terminaison sur la première syllabe, après 
que la voyelle de cette syllabe avait été réduite par suite de l'atonie. 
Comme la voyelle longue n'est nullement abrégée, il paraît cer- 
tain que l'accent sur la première syllabe est un accent de hau- 
teur. Un iait analogue s'est produit en vieux-gallois : le pluriel 
de llvjch, étang (vieux-breton liih pour lucli) est en vieux- 
gallois lichou avec accent évidemment sur -on. En moyen-gallois, 
au moins à l'époque la plus ancienne, la diphtongue était con- 
servée, mais / était accentué : Uycheu, (Jôcey) ce qui prouve qu'à 
cette époque, l'accent de la première syllabe était surtout un accent 
de hauteur. En gallois-moderne, -eu(aii) est réduità çou f, mais 
cette voyelle, d'après des expériences faites au laboratoire de pho- 
nétique du Collège de France, est plus longue souvent que la 
voyelle dite accentuée delà syllabe qui la précède. 

Dans ces conditions, on est en droit de se demander si l'ac- 
centuation sur la longue n'est pas très ancienne et si l'accentua- 
tion du Munster, loin d'être une innovation, ne représente pas 
l'ancien état de chose, et ne remonte pas à une certaine époque 
du vieil irlandais, où toutes les longues simples avaient déjà 
été réduites. L'état de la voyelle de la syllabe initiale dans les 
mots à voyelle longue finale, en vieil-irlandais, ne paraît pas en 
faveur de cette hypothèse, mais il ne faut pas oublier que l'ini- 
tiale jouit souvent d'un accent secondaire. 

Il serait nécessaire d'étudier à fond l'accent dans les différents 
dialectes gaéliques, aussi bien dans les composés que dans les 
mots simples. Il n'est pas impossible que ces études amènent à 
des résultats inattendus ou tout au moins de nature à éclairer 



l'accent dans le GAELiaUE DU MUNSTER 343 

l'histoire de l'accent en irlandais et à' nous fixer sur sa 
véritable nature. Pour l'accent en Munster, cette étude est très 
loin d'épuiser la question. Il sera facile à des savants irlandais 
comme Henebr}- et Bergin, pour ne citer qu'eux, de la com- 
pléter, et au besoin de la rectifier. Les recherches expérimentales 
que je compte poursuivre au laboratoire de phonétique du Collège 
de France sur cet accent comparé à celui du Connaught pourront 
peut-être permettre de déterminer ses caractères essentiels et sa 
vraie nature. 

J. LOTH. 



QUESTIONS DE TECHNIQUE 
ET DE MÉTHODE 

II, — Q.UEL DEGRÉ DE CONFIANCE MÉRITENT LES TRACÉS DES 
TRANSCRIPTEURS PHONOGRAPHiaUES ? 

Les appareils destinés à l'enregistrement graphique des sons 
peuvent être rangés, d'après un caractère évidemment secondaire, 
mais important pour la question étudiée dans le présent article, 
en deux catégories : 

1° Appareils donnant directement une courbe plane ; ce sont 
ceux où le levier fixé à la membrane inscrit sur papier noirci^ sur 
verre, ou par l'enregistrement photographique ; 

2° Appareils donnant une courbe vibratoire qui doit être 
ensuite transformée en courbe plane destinée à l'étude. Ce sont 
avant tout les appareils « glyphiques ' » : le phonographe et le 
grammophone, et aussi le microphone en tant qu'accouplé à un 
récepteur électrique (électromètre capillaire, oscillographe, 
etc.). 

L'appareil complémentaire, dans les dispositifs du 2." groupe, 
ajoute de nouvelles erreurs à celles de la membrane ou appareil 
primaire, et il faut étudier la déformation des vibrations primaires 
dans le passage à travers l'appareil qui les transforme en courbes 
planes, et que j'appellerai par la suite « transcripteur ». La 
théorie des transcripteurs électriques (électromètre capillaire, 
oscillographe, rhéographe), a conduit à des formules de correc- 
tions sur la portée desquelles il ne faut pas se faire trop d'illu- 
sions, mais qui sont évidemment de grande utilité. Celle des 

I. Ce terme, employé (introduit?) par M. Panconcelli-Caizia, mérite par sa 
brièveté d'être généralement adopté. 



QUESTIONS DE TECHNIQUE ET DE METHODE. II 3-|5 

transcripteurs des appareils glyphiques est beaucoup moins avan- 
cée. Pour l'appareil de Hauser (2' forme) M. Benndorf ' a donné, 
avec une théorie sommaire, des tables relatives aux déforma- 
tions ; pour les transcripteurs Scripture, Lioret et Hermann on 
n'a pas de semblables données, mais seulement la garantie qui 
réside dans l'habileté et le sens critique des inventeurs. 

Les questions que pose le fonctionnement de ces transcripteurs 
sont multiples ; je n'en étudierai ici qu'une, qui a été soulevée 
récemment. Le saphir mousse situé à une extrémité du trans- 
cripteur est placé pour la copie dans le sillon tracé par le saphir 
graveur. Il doit suivre exactement le fond de ce sillon ; et, pour 
que l'appareil soit bon, il faut aussi que, le transcripteur une 
fois réglé, le saphir reste en place. 

Les appareils offrent-ils bien cette garantie ? Comme on sait, 
M. Rosset- le conteste, en se basant sur l'épreuve qu'il a faite 
avec un transcripteur à miroir ; il a été ainsi amené à substituer, 
au transcripteur à levier unique (simple ou composé) des sys- 
tèmes précédents, un transcripteur-duplicateur dont les deux 
branches doivent accomplir des mouvements soUdaires l'un de 
l'autre, et dont, par un contrôle préalable à l'oreille, on a cons- 
taté le bon réglage. 

La possibilité d'un déréglage du transcripteur ne saurait être 
niée en principe ; la question est de savoir si elle a des chances 
de se produire sans qu'on s'en aperçoive ou qu'on puisse s'en 
douter. Il se peut que, sur les phonographes à cylindres, il soit 
difficile de contrôler par la seule inspection la posititon du 
saphir, surtout si le levier est placé latéralement et non au-dessus 
du cylindre ; cependant Hermann ' déclare qu'il n'a jamais 

1. H. Benndorf u. R. Pôch, Zur Darstellung phonographischer Wellèn.- 
Sitzungsber. der Wiener Akad., mathem.-naturwiss. Klasse, vol. 120, section 
II a, Décembre 191 1. — L'appareil est décrit Phon., p. 134 sqq. 

2. Th. Rosset, Recherches expérimentales pour l'inscription de la voix parlée, 
p. 57 et planche IV bis. 

5. Jahresbericht ùber die Fortschritte der Physiologie 1910, p. 178 (C. R. 
de la note de M . Rosset à l'Académie des Sciences). 



34^ J. POIROT 

constaté de glissements ou déplacements de ce genre. Mais, sur 
les phonographes à plaques, on peut, en éclairant la plaque en 
arrière du levier, voir si le saphir suit le fond du sillon, ou s'il 
est monté sur la crête ou même à mi-côte. Dans l'appareil dont 
je me sers (celui du Phonogramm-Archiv de Vienne, transcrip- 
teur de Hauser), on voit en effet selon le cas un profil qui est 
schématiquement un de ceux-ci (fig. i), sur lesquels on ne peut 
se méprendre \ 

Il est du reste facile de refaire avec ce transcripteur l'expé- 
rience qui a inspiré à M. Rosset de la défiance envers ce genre 
d'appareils. J'ai inscrit sur le phonographe un â (dans le mot tue), 
prononcé sur une des notes les plus basses où je puisse émettre 






Profil selon le régUgle : ii) bon réglage; b, c) réglage défectueux (schématique) 

cette voyelle sans qu'elle perde son timbre (env. ré.,, gamme de 
Kônig). J'ai choisi cette voyelle parce que le phonographe arrive 
encore à l'enregistrer d'une façon satisfaisante. Emise avec une 
faible intensité, sur une note basse, et dans un pavillon en carton 
épais qui amortit fortement le son, elle doit fournir une courbe 
où le son fondamental sera faible et où la résonance supérieure 
correspondra à un harmonique élevé ; on aura donc une suite de 
fiiibles ondulations d'où la période du son fondamental ne se 
dégagera pas nettement à première vue. Une courbe de ce genre 
est difficile à bien transcrire, et facile à défigurer. J'ai copié avec 

I . J'ai essayé de photographier ces profils, mais sans succès, vu la difficulté 
technique. 



Q.UESTIONS DE TECHNiaUE ET DE METHODE. H 347 

le traiiscripteur Hauser un dixième de tour de plaque ; puis, 
après avoir déplacé latéralement le levier et fait revenir la plaque 
en arrière, j'ai remis le saphir en place et transcrit une seconde 
et une troisième fois ce même secteur. Voici tel quel le résultat 
de la triple copie (fig. 2). Pour l'intelligence de la figure, je 
noterai qu'on trace sur la plaque, avant la transcription, dix rayons 
équidistants ; ces rayons, coupant les sillons enregistrés, créent 
des fosses où tombe la plume ; on les voit en a et b sur la 
figure. 

D'autre part j'ai enregistré la voyelle è sur une note plus 
élevée (env. 170-180 v. d. soit fa^-faî^^). Sur cette note je puis 
sans effort la donner avec intensité, et obtenir ainsi, malgré le fort 
amortissement dû au pavillon et à la membrane (bois de chêne, 
épaisseur o mm. 6) des amplitudes notables, donc le type opposé 
au précédent. J'ai copié deux fois un secteur (fig. 2). 

A l'œil on constate une grande ressemblance entre les tracés 
des deux voyelles. Les voyelles sont très étalées. Pour û l'abs- 
cisse correspondant à une vibration (il y en a un peu moins de 
9 sur l'arc transcrit) est de 23 à 24 mm. ; on compte 11 ondula- 
tions par période. Pour è l'abscisse est de 18 à 20 mm. ; on 
compte par période 4 fortes ondulations, présentant toutes un 
double sommet plus ou moins net. — En un endroit du 2^ 
tracé de // la ligne est un peu tremblée, ce qui doit tenir à des 
secousses accidentelles (sans doute des ébranlements dans les 
pièces voisines). 11 serait du reste aisé de corriger le tracé par 
interpolation graphique. — Dans le premier tracé de è on 
remarquera au cours des vibrations 9 et 10 des irrégularités dues 
au glissement d'une corde de transmission sur une poulie. J'ai 
néanmoins conservé ce secteur, parce qu'on y voit que l'appareil 
peut rentrer de lui-même en ordre'. 

I . Le glissement a commencé en réalité avec la 4e ondulation de la 8« vibra- 
tion. Les cordes de transmission sont en soie chirurgicale du plus fort calibre 
que j'aie trouvé (n" 12): elles sont très résistantes, et durent des années. 



Q.UEST10NS DE TECHNIQUE ET DE METHODE. H 



3-19 




1-M d. Q 



Revue de phonétique. 



H 



350 J. POIROT 

Mais il faut procéder à des mesures plus précises. On doit 
demander que les deux tracés rendent de la même manière ce 
qu'on attend de l'enregistrement phonographique : la hauteur 
musicale, le timbre, au moins dans sa structure grossière, c'est- 
à-dire la position des groupes d'amplitudes renforcées, l'impor- 
tance relative des amplitudes dans chaque groupe, et la position 
qu'on en peut tirer pour les résonances en jeu, et enfin l'intensité 
relative de vibration en vibration. 



I. — Hauteur musicale. 

J'ai déterminé pendant l'enregistrement la vitesse de rotation 
du phonographe par demi-tours, la durée correspondant au sec- 
teur ab étant naturellement le cinquième de cette durée'. 

Dans le premier tracé de ê on ne peut mesurer directement la 
valeur de d ; mais, en comparant la longueur des vibrations 1-7 
et 11-12 sur les deux copies, on peut en tirer, pour la première 
copie, la longueur que le secteur aurait dû avoir normalement. 
— Les irrégularités de longue période dans la marche du moteur 
font que les valeurs de d ne concordent pas ; elles n'influent 
d'ailleurs pas sur la transcription, parce que le phonographe est 
entraîné par le cylindre. 

On a: 

/'/ r""^ fois d = 2043 ; 2^ et 3^ fois^ = 2045 
é •>■> d = 2090 ; 2^ — d =z 2083 

Quand elles sont neuves elles ne glissent pas ; à la longue il peut arriver qu'elles 
le fassent ; mais il suffit de les enduire de colophane. 

I. Si on appelle d la longueur comprise entre a et b dans chacun des tracés, 
et par x la longueur variable de chacune des vibrations vocaliques (unité de lon- 
gueur = 0,1 mm.), la hauteur v est donnée parla formule : 

t'=r 16,48 - . 



aUESTIONS DE TECHNIQUE ET DE METHODE. H 35 I 









U 










I 


■« fois 


2* 


fois 




3e fois 


Vibr. 


X 


V 


X 


V 




X V 


I 


255 


144,5 


234 


144,0 




254 144,0 


2 


241 


139.7 


241 


159,8 




259 141,1 


5 


240 


140,3 


241 


139,8 




242 139,2 


4 


235 


143,0 


237 


142,2 




236 142,8 


5 


243 


138,7 


242 


139.2 




243 138,7 


6 


237 


142,1 


241 


139,8 




241 139,8 


7 


256 


142,7 


237 


142,2 




237 142,2 


8 


253 


144,5 


235 


143,4 




232 145,3 


9 


235 


143,0 


232 

è 


145,3 




233 144,6 


Vibr. 


X 


V 






X 


V 


I 


194 


177,5 






195 


176,0 


2 


198 


173,9 






199 


173,0 


5 


204 


168,8 






200 


171,6 


4 


196 


175,7 






194 


176,9 


5 


195 


176,7 






195 


176,0 


6 


195 


178,4 






192 


178,8 


7 


195 


178,4 






192 


178,8 


8 


(179) 








195 


177,8 


9 










194 


176,9 


10 










191 


179,7 


II 


185 


186,2 






186 


184,6 


12 


184 


187,2 






182 


188,6 



Les mesures sont prises à une unité près ; un écart d'une 
unité détermine, comme on le voit, une différence de plus d'une 
demi-vibration. Dans ces conditions, l'accord est satisfaisant. Il 
est d'ailleurs un peu malaisé de fixer la limite des vibrations pour 
il, et un écart insignifiant dans le tracé de la dernière ondulation 
partielle amène une incertitude d'une ou deux unités. Les écarts 
entre les abscisses successives se compensent généralement si on 
les groupe par 2 ou 3. 

IL — Timbre. 

Sous la ligne des voyelles l'axe des abscisses a été tracé par une 
pointe immobile. Mais les tracés s'élèvent obliquement, évidem- 



352 J. POIROT 

ment par suite d'un mal plat, toujours difficile à éviter, et du reste 
faible (agrandissement 1500 fois). Dans la transcription de û par 
exemple, la fin de la vibration 8 s'élève par rapport à la fin de la 
vibration i, la première fois de 228 unités, la seconde de 208, 
la troisième de 206. Il paraît donc y avoir de faibles écarts dans 
la position du saphir et dans le fonctionnement du levier. 

Les vibrations, rapportées à l'abscisse fixe, ne seraient pas 
périodiques ; il vaut mieux, pour l'analyse harmonique, faire 
passer l'abscisse par les deux points limites. J'ai mesuré sur 
chaque période 48 ordonnées équidistantes et j'obtiens ainsi les 
23 premiers sons partiels. Les résultats de l'analyse sont consi- 
gnés dans les tableaux ci-dessous, où^ désigne l'amplitude absolue 
(en centièmes de mm) du son partiel (^/j) et P l'amplitude relative 
en 7o de l'amplitude maxima. — J'ai en outre donné pour chaque 
période analysée le rang et la valeur numérique des ordonnées 
maxima (mx) et minima (mn) ; la différence entre ces deux 
valeurs constitue l'élongation maxima (double amplitude) de la 
vibration telle qu'elle résulte de la mesure de 48 ordonnées équi- 
distantes. — Les périodes à l'intérieur desquelles tombent les 
sillons limites du secteur copié ont bien entendu été négligées, — 
Les calculs ont été soit faits entièrement à la machine, soit effec- 
tués en double. 



ire fois 



sp 


P 


P 


I 


8,7 


43>S 


2 


20,0 


100,0 


3 


6,9 


34,5 


4 


3,3 


16,5 


5 


4,4 


22,0 


6 


3>7 


i8,S 


7 


1,0 


S,o 


8 


3,3 


16,5 


9 


2,3 


II, S 


10 


2,6 


13,0 


II 


13,4 


67,0 



n n" 


2 


2^ 


fois 


P 


P 


10,5 


43>o 


24,4 


100,0 


%6 


39,4 


7,1 


29,1 


5,0 


20,5 


1,5 


6,2 


3,8 


15,6 


2,6 


10,7 


3,3 


13,5 


1,7 


7,0 


17,3 


70,9 



3* 


lois 


P 


P 


8,0 


33,5 


23>9 


100,0 


8,7 


36,4 


4>9 


20,5 


3,7 


15,5 


4,0 


16,7 


2,1 


8,8 


3.9 


16,5 


0,7 


29.3 


2,6 


10,9 


15,0 


62,7 



QUESTIONS DE TECHNIQUE ET DE METHODE. II 353 



12 


5,4 


27,0 


6,0 


24,0 


4,3 


18,0 


13 


1,6 


8,0 


2,3 


9,4 


2,5 


10,5 


14 


4,3 


21,5 


4,7 


19,3 


4,8 


20,1 


I) 


1,9 


9,5 


2,6 


10,7 


3,3 


13,8 


16 


0,5 


2,5 


0,4 


1,6 


0,4 


1,7 


17 


0,5 


2,5 


0,4 


1,6 


1,1 


4,6 


18 


0,8 


4,0 


0,8 


3,3 


0,6 


2,5 


19 


0,9 


4,5 


1,0 


4,1 


0,7 


2,9 


20 


o,S 


2,5 


2,4 


9,8 


0,9 


3,8 


21 


0,2 


1,0 


1,9 


3,7 


0,5 


2,1 


22 


0,9 


4,5 


0.4 


1,6 


1,1 


4,6 


23 


0,4 


2,0 


1,1 


4,5 


0,9 


3,8 


mx 


y2 = 


121 


y2, Xg 


= 120 


72 = 


113 


mn 


yi7 = 


: 10 


718 


= 13 
107 


yi-= 


4 


él. 


III 


109 



Les ordonnées étant mesurées à l'aide d'un réseau micromé- 
trique au dixième de mmq. appliqué sur la courbe, les centièmes 
de mm. sont appréciés à l'œil, et l'erreur possible e peut être évaluée 
a priori à une ou deux unités du dernier chiffre des ordonnées. 
Dans ces conditions le calcul des probabilités indique (P/ww., 
p. 176) pour l'erreur moyenne des constantes p de la série de 
Fourier E = t s/ 2 : ^^ = 0,4. 

A la lecture du tableau on sera évidemment frappé d'abord 
par les divergences des résultats. Mais dans quelle mesure ces 
divergences affectent-elles les conclusions sur le timbre ? Dans 
les trois analyses ressortent trois groupes de renforcement cons- 
titués, le premier par les trois amplitudes p^ — p^, le second par 
les amplitudes p^^^ — />^2, ^^ un troisième, immédiatement au- 
dessus du second, par les amplitudes p^^ — p^^. D'autres appa- 
raissent moins nets vers p^, vers p^, et très haut vers />.„, ce der- 
nier visiblement à l'octave de p^^. 

Les études antérieures sur le timbre ' permettent de regarder 

I. L'analyse ne livre que la valeur des constantes telle qu'elle figure dans le 
tableau. Pour raisonner efficacement sur le timbre, il faut les interpréter. Le 
principe suivi est le suivant : Les cavités de l'appareil phonateur doivent influer 
sur le son produit par le larynx, et il paraît naturel d'admettre que cette 
influence se traduit dans les renforcements d'amplitudes que révèle l'analyse. 
On suppose en outre que chaque cavité a un son propre de position déterminée 



354 J- PoiROT 

le renforcement en /j^q — p^^ comme dû à l'action de la cavité 
buccale proprement dite, en avant du rétrécissement palatal ; 
je l'appellerai Rb (résonance buccale) ; la résonance inférieure 
doit être due à la partie postérieure de la cavité bucco-pharyn- 
gienne. Le renforcement secondaire marqué en p^^ est plus diffi- 
cile à expliquer; pour des raisons diverses, je suis porté à y voir 
un son additionnel de la résonance buccale et de la résonance 
inférieure. En appliquant à ces trois renforcements le calcul 
barycentrique, on a (dans ce tableau s.f. désigne le son fonda- 
mental) : 

s. f. rés. inf. p^ — p-^ Rb pif, — /^^ ^^^- sup- As — Piô 

posit. de 

n V n V n rés, inf. 

1 1-e fois 159 1,95 271 uti^jj ii.iyi; i5S3<sol5 14,05 n=:2,88 

26 — 140 1,98 i-jj^utt-j 11,17 1564 sol- 14,03 n = 2,86 

3e — 141 2,01 283>uti;3 11,08 1562 S0I5 14,08 n= 3,0 

La concordance des résultats est frappante, et même assez 
surprenante étant donné la divergence des données primaires. 
Pour Rb l'écart des valeurs extrêmes 1564 : 1553 est de 1,007, 
soit la moitié d'un comma; pour la résonance inférieure il est 
de 1,044, so^^ ^^ demi-ton mineur'. 

(hypothèse en réalité inexacte, vu la forme irrégulière des cavités; mais on 
peut parler au moins d'un centre de résonance maxiwa). On établit par induction 
la position de ce centre de résonance en partant du groupe formé par un maxi- 
mum d'amplitude et les amplitudes voisines. Les procédés employés par les 
différents auteurs (Hermann, Pipping, Lloyd, Scripture) reviennent à appliquer, 
avec ou sans modifications, le calcul servant à déterminer le centre de niasse 
d'un système matériel (calcul barycentrique). On aura par exemple pour la 
résonance inférieure, la première fois, un rang n donné par les opérations : 

„ _ (8,7 XI) + (20,0X2) + (6,9X3) _ , o- 
"- 8,7+20,0 + 6,9 -''9^- 

Le centre de cette résonance aurait donc pour hauteur v =rr 139 X i,95 =^ 
271 v.d. 

I. La valeur trouvée est probablement erronée. Si la résonance supérieure 

st bien un son additionnel, la position de la résonance inférieure varierait 

entre n = 2,86 et n = 3,0, ce que confirmeraient assez bien les renforcements 

secondaires en p^, si on y veut voir l'octave de cette résonance. La forte ampli- 



I 



QUESTIONS DE TECHNIQUE ET DE MÉTHODE. II 355 

Pour les vibrations suivantes, le raisonnement étant le même, 
j'indiquerai en général seulement les résultats. 



5 e fois 





I": 


fois 


Sp 


P 


P 


I 


5,2 


31,7 


2 


16,4 


100,0 


5 


9.2 


56,1 


4 


i>9 


11,6 


5 


3,8 


23,2 


6 


5,7 


22,6 


7 


2,1 


12,8 


8 


1,0 


6,1 


9 


î,8 


23,2 


10 


3.4 


20,7 


II 


ii,î 


68,9 


12 


4,8 


29,3 


15 


3,0 


18,3 


U 


5-1 


18,9 


15 


1,5 


7,9 


16 


0,4 


2,4 


17 


0,2 


1,2 


18 


0,6 


5,7 


19 


0,8 


4,9 


20 


0,9 


5,5 


21 


o,i 


1,8 


22 


0,7 


4,5 


25 


1,0 


6,1 


mx 


y6 


104 


mn 


Xo. yi7', 
y44 


50 


él. 


74 



n° 3 




2= 


fois 


p 


p 


8,5 


52,2 


15,6 


95,7 


7,7 


47,2 


5,7 


22,7 


5,4 


20,9 


5,3 


20,2 


1,8 


11,0 


0,5 


5,1 


4,5 


27,6 


4,0 


24,5 


16,3 


100,0 


5,3 


52,5 


4,4 


27,0 


4,4 


27,0 


1,6 


9.8 


0,8 


4,9 


0,2 


1,2 


1,2 


7.4 


0,4 


2,5 


0,5 


5,1 


0,6 


5,7 


0,8 


4,9 


0,3 


1,8 


ye 


"3 


y39 


18 



P 


p 


13.4 


79.7 


16,8 


100,0 


7,7 


45,8 


5,0 


29,8 


3.5 


20,8 


1,2 


7,1 


5.9 


23,2 


1,9 


11,5 


3.8 


22,6 


4.4 


26,2 


13.9 


82,7 


5,4 


52,1 


5,6 


21,4 


2.9 


17.5 


1,0 


5,6 


0,4 


2,4 


0,5 


1,8 


1,5 


8,9 


1,4 


8,5 


1,2 


7,1 


0.7 


4,2 


0,9 


5,4 


0,1 


0,6 


yo 


113 


y44 


5 



95 108 

tude pi est alors inexplicable, si on n'admet qu'il y a encore, au-dessous et 
probablement près de n =2, une troisième résonance. Ce serait celle sur 
laquelle M. Pipping a attiré l'attention, et qui se montre très nettement dans 
l'arulyse d'autres voyelles, surtout sur des notes très basses, par exemple celle- 
ci : (7 s. f. 96 sol, : 

Pi 18,0 pe 13,4 Pli 2,6 

P2 26,2 p- 32,8 P12 5,8 

Ps 6,1 ps 21,5 Pi3 5,0 

P4 4,1 Pe 14,0 Pi4 4,1 

?-o 15,7 Pio 29,0 pi5 3,1 



35^ J. POIROT 

L'amplitude relative du son fondamental varie notablement 
d'un tracé à l'autre, et surtout du second au troisième. Mais il 
suffit d'une irrégularité à longue période pour déplacer légère- 
ment la position d'équilibre et modifier énormément l'amplitude 
des sons partiels les plus bas, spécialement du son fondamental. 
On en reverra d'autres exemples. La détermination de la réso- 
nance inférieure doit alors laisser place à des écarts plus grands 
que tout à l'heure. On a : 

rés. inf. Rb rés. sup. 

d'où pour 

s.f. n V n V n rés. inf. 

I" fois 140 2,13 298 <; réCg 11,08 i55i<sol5 13,76 n = 2,68 

26 » 140 1,97 276 ré|73 11,05 1547 " 13,73 nr=:2,68 

3e » 139 1,85 257 utg 11,04 1334 » 13,65 n=:2,6i 

Dans la détermination de Rb, l'écart maximum est de 1,011 
(un comma) ; pour la détermination de la résonance inférieure, 
l'écart maximum (de la l'^à la 3'' copie) est de 1,160 (un ton 
majeur diézé) ; de la première à la seconde copie, il est de 1,080 
(seconde diminuée); de la seconde à la troisième il est de 1,074 
(un demi-ton majeur). 



Sp 

I 

2 

3 
4 
S 
6 

7 
8 

9 
10 
II 
12 

13 
14 
15 







u no 4 




ire 


fois 


26 


fois 


P 


P 


P 


P 


13,3 


76,5 


7,2 


35,8 


17.4 


100,0 


19,7 


98,0 


10,8 


62,1 


9,5 


47,3 


5,2 


29,9 


5,5 


27,3 


3.5 


20,1 


3,7 


18,4 


5,3 


30,5 


1,6 


8,0 


i>3 


7,5 


1,0 


5,0 


1,2 


6,9 


2,5 


12,4 


3,7 


21,3 


3,8 


18,9 


5,5 


31,6 


6,2 


30,8 


14,7 


84,5 


20,1 


100,0 


3,3 


19,0 


4,7 


23,4 


3,0 


17,2 


3,2 


15,9 


3,7 


21,3 


5,1 


25,4 


1,4 


8,0 


1,6 


8,0 



5= 


fois 


P 


P 


14,7 


88,1 


16,7 


100,0 


9,^ 


57,5 


AA 


26,4 


2,9 


17,4 


1,6 


%(> 


4,7 


28,2 


0,4 


2,4 


4,9 


29,4 


6,3 


37,7 


15,1 


90,4 


1,6 


9,6 


3,1 


18,6 


3,2 


19,2 


1,8 


10,8 



QUESTIONS DE TECHNIQUE ET DE MÉTHODE. II 357 



i6 




1,6 


9,2 


0,1 


o,S 




0,6 


3,6 


17 




0,2 


1,2 


1,1 


5.S 




3,1 


18,6 


18 




0,8 


4,6 


0,î 


1,5 




0,2 


1,2 


19 




0,2 


1,2 


0,1 


o,S 




0,5 


5,0 


20 




1,0 


5,7 


0.7 


3,5 




0,5 


5,0 


21 




0,8 


4,6 


0,5 


2,5 




0,5 


3,0 


22 




i.i 


6,5 


0,5 


2,5 




0,2 


1,2 


25 




0,4 


2,3 


0,6 


3,0 




0,1 


0,6 


mx 




Ve 


IIO 


ye 


105 




ye 


109 


mn 




yi8 


II 


yi8 







y4, yi8 


10 


él. 






99 




lOS 






99 


Le calcul donne : 
















rés 


. inf. 




Rb 




rés. 


sup. 




s.f. 


n 


V 


n 




V 


n d' 


où rés. inf. 


i« fois 


145 


1,94 


277 -éba 


10,91 


i56o<sol5 


15,80 


n:=2,89 


2« » 


142 


2,06 


292 ré 3 


i'>,95 


1555 


» 


15,84 


n=:2,89 


3e >, 


I4Î 


1,88 


269 utja 


10,80 


1544 


» 


13,84 


n = 3,o4 



Pour la résonance inférieure, l'écart extrême est de i,o8é 
(seconde diminuée), le plus petit écart 277 : 269 est de 1,030 
(moins d'un demi-ton mineur). Pour Rb, l'écart minimum est 
de 1,003 (un quart de comma), l'écart maximum de 1,010 (un 
comma). 



Sp 
I 

2 

3 
4 
5 
6 



9 
10 

II 







M no 5 




ne 


fois 


2e 


fois 


p 


P 


P 


P 


9,9 


47,4 


15,6 


64,7 


20,9 


100,0 


24,1 


100,0 


9,1 


43,5 


5,6 


23,2 


6,0 


28,7 


10,1 


41,9 


3,8 


18,2 


4,0 


16,6 


3,6 


17,2 


3,0 


12,4 


1,0 


4,8 


5,9 


24,5 


0,9 


4,3 


1,7 


7.1 


3,9 


18,7 


2,4 


10,0 


4,2 


20,1 


4,2 


17,4 


15,4 


73,7 


17,1 


71,0 



3 e fois 



P 


P 


10,6 


56,4 


18,8 


100,0 


8,2 


43,6 


7,ï 


37,8 


4,9 


26,1 


3,0 


16,0 


1,1 


5.9 


1,5 


6,4 


4,5 


23,9 


5,2 


27,7 


16,1 


85,6 



358 



6,2 


29-7 


4,5 


21,5 


5,o 


23,9 


1,3 


6,2 


lo 


6,2 


o,i 


o,S 


o,5 


2,4 


o,6 


2,9 


0.5 


2,4 


0,2 


i,o 


i,o 


4,8 


o,9 


4,3 


yo 


117 


yi2. yi7 


I 




10) 



POIROT 




7.7 


32,0 


5,0 


20,8 


6,1 


25,3 


0,9 


3,7 


1,8 


7,5 


0,9 


3,7 


o,6 


2,5 


o,3 


1,2 


o,6 


2,5 


0,9 


5,7 


1,8 


7,5 


1,1 


4,6 


yo 


120 


2V,. 


10 



12 

14 

16 

17 
18 

19 
20 

21 
22 
23 

mx 
mn 



La seconde copie montre un écart considérable pour la valeur 
de Pi ; on peut voir à l'œil nu que la courbe présente vers le 
milieu un relèvement qui manque aux deux autres. Dans ces 
conditions la détermination de la résonance inférieure doit offrir 
aussi un écart sensible. Le calcul fournit : 



7,0 


37,2 


5,5 


29,3 


6,3 


33,5 


2,2 


11,7 


1,1 


5,8 


0,5 


2,7 


0,8 


4,3 


0,4 


2,1 


0,6 


3,2 


0,7 


5,7 


0,6 


3,2 


0,9 


4,8 


ye 


122 


yi8 


12 







rés. 


inf. 


Rb 




rés. sup. 




s. f. 


n 


V 


n 


V 


n d'où rés. inf. 


pe fois 


139 


1,98 


275 réf?:! 


11,08 ; 


[540 S0I5 


13,70 n=;2,62 


2^ » 


.139 


1,56 


217 > la2 


11,12 


1546 » 


15,66 n=r2,S4 


5e >) 


139 


1,94 


270 > uti:3 


11,06 


1537 » 


13,76 n=:2,70 



Pour la résonance inférieure l'écart maximum (de la première à 
la seconde copie) est de 1,268 ou une tierce majeure, l'écart 
minimum d'un comma. Pour Rb l'écart maximum atteint la moi- 
tié d'un comma (i,ooé). 







H 


no 6. 








ire fois 




2e 


fois 


3e fois 


Sp 


P P 




P 


P 


P P 


I 


S,7 26,2 




1,5 


6,4 


8,9 49,4 


2 


21,8 100,0 




23,5 


100,0 


18,0 100,0 



Q.UESTIONS DE TECHNIQUE ET DE MÉTHODE. II 3 59 



3 


9.9 


4S.4 


9>2 


39. ï 


4,3 


23,9 


4 


5,9 


27,1 


5,0 


14,0 


5,1 


28,3 


5 


3,5 


15,1 


2,8 


11,9 


4,1 


22,8 


6 


P,i 


o,5 


2,6 


. ïï,i 


1,9 


10,6 


7 


2o 


io,6 


1,0 


4,2 


2,1 


11,7 


8 


5,6 


i6,) 


1,4 


6,0 


2,5 


13,9 


9 


5,o 


13,8 


2,7 


11,5 


2,7 


15,0 


10 


8,8 


40,4 


10,3 


45,8 


7,9 


48,9 


II 


i6,o 


75,4 


18,7 


79,6 


17,4 


96,6 


12 


6,4 


29,4 


4,9 


20,8 


1,1 


6,1 


I> 


5,9 


17,9 


1,8 


7,7 


3,1 


17,2 


14 


5,2 


14,7 


6,3 


26,8 


4,5 


25,0 


15 


1,5 


6,9 


0,8 


5,4 


1,5 


7,2 


i6 


o,4 


1,9 


1,1 


4,7 


0,5 


2,8 


17 


o,8 


5,7 


2,9 


12,5 


0,2 


1,1 


i8 


1-5 


6,9 


1,2 


5,1 


0,4 


2,2 


19 


1,4 


6,4 


1,6 


6,8 


0,4 


2,2 


20 


I.O 


4,6 


1,1 


4,8 


0,8 


4,4 


21 


o,7 


5,2 


0.9 


3-8 


0,3 


1,7 


22 


1,5 


6,0 


1,5 


6,4 


0,9 


S,o 


23 


o,5 


1,4 


1,8 


7,7 


0,1 


0,6 


mx 


yc 


105 


yc 


112 


yo 


86 


mn 


yi3 


4 


yi8 


5 


Vn, yi8 


6 


él 




99 




107 




80 



La faiblesse de l'amplitude p, dans la 2^ copie amène naturel- 
lement un écart sensible dans la détermination de la résonance 
inférieure. On a 



rés. inf. 



Rb 





S. f. 






ire fois 


142 


2,17 


508 mi [73 


2* » 


140 


2,22 


311 > inij^a 


3e >, 


140 


1,85 


259 uts 



10,92 i5 5i>sol3 

10,84 I522<SOlg 



res. sup. 
n d'où rés. inf. 

15,73 n = 2,8i 

13,89 nr=5,05 

10,72 i50i>sol[7-, 13,80 n=3,o8 

Pour la résonance inférieure, l'écart maximum est de 311 : 
259 = 1,201 ou une tierce mineure. La résonance buccale est 
déterminée avec un écart maximum d'un demi-ton mineur 
(155 1 : 1501 = 1,03 3X et un écart minimum un peu supérieur 
à un comma (1,014). 



360 






J- 


POIROT 












û n° 7. 












ire 


fois 


2e 


fois 


3 e fois 


Sp 




P 


P 


P 


P 


P 


P 


I 




11,9 


59>8 • 


13,7 


60,8 


18,7 


99ry 


2 




19.9 


100,0 


22,5 


100,0 


18,8 


100,0 


3 




9.5 


47,7 


6,5 


28,9 


7,7 


41,0 


4 




6,8 


54,2 


7,0 


31,1 


6,2 


35,0 


5 




4,3 


21,6 


5,8 


25,8 


5,7 


30,3 


6 




4,0 


20,1 


4,5 


20,0 


1,1 


5,8 


7 




1,5 


7,5 


2,7 


12,0 


2,4 


12,8 


8 




2,5 


12,6 


2,7 


12,0 


1,1 


5,8 


9 




2,9 


14,6 


2,6 


11,5 . 


2,9 


15,4 


lO 




5,5 


27,6 


5,6 


24,9 


4,3 


22,9 


II 




19,3 


97,0 


18,7 


83,0 


17,4 


92,6 


12 




6,6 


33,2 


6,7 


29,8 


6,3 


35,5 


13 




4,5 


22,6 


■y -y 


14,7 


4,3 


22,9 


14 




5,8 


29,1 


5,8 


25,8 


5,4 


28,7 


is 




1,9 


9,5 


2,4 


10,7 


1,7 


9,0 


16 




0,8 


4,0 


0,5 


2,2 


0,5 


2,7 


17 




0,4 


2,0 


1,0 


4,4 


1,4 


7,4 


18 




0,4 


2,0 


1,3 


5,8 


0,4 


2,1 


19 




0,1 


0,5 


0,4 


1,8 


0,4 


2,1 


20 




0,6 


3,0 


0,1 


0,4 


0,7 


3,7 


21 




0,8 


1,0 


0,2 


0,9 


1,6 


8,5 


22 




1,2 


6,0 


0,9 


4,0 


0,5 


2,7 


25 




0,4 


2,0 


0,3 


1,3 


0,3 


1,6 


mn 




yo 


120 


Ys 


127 


yr, 


III 


mx 




Yis 


18 


yi8 


21 


y35 





él 






102 




114 




III 


Le calcul 


indique 














rés. i 


inf. 




Rb 


rés 


i. sup. 






n 


V 


n 


V 


n d'où rés. inf. 




s.f. 














I^e fois 


143 


1,94 


277 ré [73 


11,04 


iS78>solS5 


13,79 


n = 2,75 


26 » 


142 


1,85 


260>Ut3 


11,04 


is68sol.-sol#5 


13,92 


n = 2,88 


3* » 


142 


1,80 


256 Utg 


11,07 


l872<S0l#5 


13,68 


n = 2,6i 



L'écart maximum, pour la résonance inférieure, atteint une 
seconde diminuée (1,082), l'écart minimum (1,016) est un peu 



QUESTIONS DE TECHNIQUE ET DE MÉTHODE. II 



361 



supérieur à un comma. Pour Rb, l'écart varie entre la moitié et 
quart d'un comma. 









ù no 8. 










Ii-e 


fois 


2» 


fois 


3« 


fois 


Sp 


P 


P 


P 


P 


P 


P 


I 


8,8 


53,7 


9,1 


54,1 


iï,7 


80,1 


2 


16,4 


100,0 


16,8 


100,0 


14,6 


100,0 


3 


3,8 


23,2 


6,4 


38,1 


5,3 


22,6 


4 


S,o 


30,5 


5,8 


34,5 


4,9 


35,6 


S 


4,4 


26,8 


4,3 


25,6 


4,6 


31,5 


6 


3,4 


20,7 


2,9 


17,3 


2,5 


17,1 


7 


1,0 


6,1 


0,1 


0,6 


1,5 


10,5 


8 


0,7 


4,5 


1,6 


9,5 


0,9 


6,2 


9 


3,3 


20,1 


2,1 


12,5 


1,6 


11,0 


10 


2,9 


17,7 


3,4 


20,2 


ï,7 


11,6 


II 


13,4 


81,7 


13,3 


79,1 


10, s 


71,9 


12 


4,7 


28,7 


6,2 


36,9 


5,6 


58,4 


13 


2,9 


17,7 


3,4 


20,2 


5,9 


26,7 


14 


5,2 


31,7 


5,1 


30,3 


6.3 


45,2 


15 


0,1 


0,6 


0,6 


3,6 


2,2 


15,1 


16 


0,2 


1,2 


1,3 


7,7 


0,5 


5,4 


17 


0,9 


5,5 


0,4 


2,4 


0,2 


1,4 


18 


i,S 


9,2 


1,0 


6,0 


0,1 


0,7 


19 


0,6 


3,7 


1,2 


7,ï 


0,8 


5,5 


20 


0,9 


5,5 


0,1 


0,6 


0,4 


2,7 


21 


1,0 


6,1 


0,7 


4,2 


0,4 


2,7 


22 


0,9 


5,5 


0,5 


1,8 


0,2 


1,4 


23 


0,5 


3,0 


1,0 


6,0 


0,5 


5,4 


mx 


ye 


no 


Yg 


119 . 


y2 


100 


mn 
él 


yi7, yi8 


21 


yi7 


19 
100 


yi7 


9 
91 



On a : 



, 




rés. 


inf. 


" 




n 


V 




S.f. 






!« fois 


144 


1,85 


264 < ut $3 


2* » 


145 


1,91 


275<ré?3 


3e » 


145 


1,72 


249>Utj>3 



Rb 



11,09 1597 sol$5 
11,12 i59o<solÎ5 
11,22 i627<laf^5 



res. sup. 
n d'où rés. inf. 



13, S8 n = 2,5i 
15,60 n = 2,48 
15,86 0^2,64 



362 J. POIROT 

L'écart maximum, pour la résonance inférieure, est de 1,09e 
(moins d'un ton mineur), l'écart minimum de 273 : 264 = 1,034 
(moins d'un demi-ton mineur); pour Rb l'écart varie entre 1,023 
(deux commas) et 1,005 (un demi-comma). 

Je résume dans le tableau ci-dessous les résultats de l'analyse. 
Le tableau comprend, pour chaque copie : la hauteur trouvée 
pour la résonance inférieure (r . i . ) et la résonance buccale (r . b.), 
avec la moyenne pour les 7 vibrations étudiées, l'élongation (él) 
et l'amplitude du son partiel prépondérant (a. p.). 

ire fois 2» fois 3= fois 

r.i. r.b. él a. p. r.i. r.b. él a. p. r.i. r.b. cl a. p. 

2 271 1553 III 20,0 277 1564 107 24,4 283 1562 109 23,9 

3 298 1551 74 16,4 276 1547 95 16,3 257 IS34 108 16,8 

4 277 1560 99 17,4 292 155) 105 19,7 269 1544 99 16,7 

5 275 1540 105 20,9 217 1546 no 24,1 270 1537 iio 18,8 

6 308 1551 99 21,8 311 1522 107 23,5 259 1501 80 18,0 

7 277 1578 102 19,9 260 1568 114 22,5 256 1572 III 18,8 

8 264 1597 89 16,4 273 1590 100 16,8 249 1627 91 14,6 
moy. 281 1561 273 1556 263 1554 

réJ73-ré3>sol5 ré^s >sol5 <utJJ3>sol5 

Comme on a pu le voir, les analyses ne fournissent pas de 
résultats identiques, et en particulier l'amplitude du son fonda- 
mental y varie parfois beaucoup. Mais, à cette exception près, la 
distribution générale des amplitudes reste bien la même : pz et 
Pu sont les amplitudes prédominantes, et p^ est partout la plus 
forte (seules exceptions n°* 3 et 4, deuxième copie). Le renfor- 
cement de l'amplitude pj4 se maintient aussi avec une constance 
remarquable. 11 n'est pas jusqu'à l'amplitude P22 (octave de p,,) 
qui ne ressorte généralement sur ses voisines, — L'ordonnée 
maxima est presque partout y 6, qui correspond au sommet de la 
seconde ondulation (quelquefois c'est y 2, sommet de la première); 
dans la majorité des cas l'ordonnée minima est ji-j ou y, s- On 
notera d'ailleurs que les élongations sont très faibles; elles 
dépassent à peine un mm. malgré le fort grossissement, et on 



QUESTIONS DE TECHNIQUE ET DE MÉTHODE. Il 363 

ne s'étonnera guère qu'un appareil à leviers inscrivant sur papier 
noirci, donc avec des frottements nombreux, sensibles et facile- 
ment variables, ne fournisse pas d'identité plus complète. La 
seconde copie présente en général les valeurs les plus fortes pour 
l'élongation et l'amplitude du son partiel prépondérant; il est 
probable que le réglage a été plus parfait cette fois-là. 

Les valeurs moyennes des résonances vont en baissant, de la 
première à la troisième copie, ce qui est surtout sensible pour la 
résonance inférieure : hasard, usure légère ? — Pour la résonance 
inférieure, l'écart maximum est de 281 : 263^1,069 ou un 
demi-ton majeur; de la première à la seconde copie l'écart dépasse 
deux commas (1,029); de la seconde à la troisième il est infé- 
rieur à un demi-ton mineur (1,038). Pour la résonance buccale 
l'écart de la première à la troisième fois n'atteint pas la moitié 
d'un comma; de la première à la seconde il est d'un quart de 
comma, de la seconde à la troisième il est insignifiant. 

L'écart maximum, pour la résonance inférieure, est donc 
plus grand en valeur absolue ; mais il faut obser\'er que les sons 
partiels d'après lesquels on a calculé cette résonance sont séparés 
par des intervalles plus grands que les sons partiels qui servent à 
fixer la résonance buccale. Du 10^ au 12"' sp. l'intervalle est d'une 
tierce mineure : l'écart maximum observé pour la résonance 
buccale n'atteint pas le trentième de cet intervalle. En raisonnant 
de même, on voit que l'intervalle de douzième entre les sons 
partiels i est 3 est égal à 32 fois l'écart maximum (16 : 15) avec 
lequel on a pu déterminer la résonance inférieure. I^ précision 
est la même dans les deux cas. Est-elle satisfaisante ? Il me semble 
qu'on peut l'estimer telle. On sera peut-être étonné de voir des 
données aussi divergentes aboutir à des résultats aussi voisins, et 
on en pourra tirer, sur la valeur de nos méthodes de calcul et 
l'approximation de nos résultats, des conclusions peu flatteuses. 
C'est un point sur lequel je reviendrai dans un article prochain. 
J'espère montrer que maintenant, où nous cherchons seulement 



364 J- POIROT 

à fixer les grandes lignes d'une classification acoustique des sons 
du langage, de telles erreurs, et les incertitudes de nos calculs ne 
sont encore que secondaires. 

Passons à l'analyse de è. J'ai dû exclure, outre les vibrations 
9 et 10, la vibration 8 qui vers la fin n'est plus comparable, et la 
sixième, parce que, sur la première copie, une tache a rendu le 
tracé trop peu sûr pour des mesures de précision. Il reste donc 
les six périodes n°^ 2 à 5, 7 et i r. Partout les ordonnées extrêmes 
(yo et y48) sont égales à 10 unités de longueur; il suffit donc 
d'indiquer l'ordonnée maxima; en retranchant 10 on obtient 
l'élongation. 

(' 11° 2 

irc fois 2C fois ire fois 2^ fois 



Sp 


P 


P 


P 


P 


Sp 


P 


P 


P 


p 


I 


lA 


3,9 


26,5 


14,8 


13 


8,4 


4,4 


8,5 


4,7 


2 


7,0 


3,7 


14,6 


8,1 


14 


1,8 


0,9 


4,3 


2,4 


3 


105,6 


55,4 


104,1 


58,1 


15 


2,7 


1,4 


3,3 


1,8 


4 


190,5 


100,0 


179,4 


100,0 


16 


4,8 


2,5 


4,6 


2,6 


S 


58,6 


30,8 


47,7 


25,5 


17 


2,9 


1,5 


5,6 


5,1 


6 


1,3 


0,7 


4,5 


2,5 


18 


2,5 


1,3 


1,1 


0,6 


7 


27,9 


14,6 


33,5 


18,7 


19 


3,1 


1,6 


2,5 


1,4 


8 


46,6 


24,5 


50,1 


28,0 


20 


3,1 


1,6 


6,8 


3.8 


9 


20,4 


10,7 


42,7 


23,8 


21 


0,8 


0,4 


0,4 


0,2 


10 


10,4 


5,6 


10,1 


5,6 


22 


2,8 


1,5 


3,4 


1,9 


II 


14,4 


7,6 


• 18,0 


10,0 


23 


0,9 


0,5 


1,2 


0,7 


12 


13,8 


7,2 


20,1 


11,2 


mx 


78 


774 


ys 


725 



Ici encore, il n'y a pas identité dans les valeurs des amplitudes; 
mais leur distribution générale reste bien la même. On voit 
d'abord, séparés par la faible amplitude pe, les deux domaines de 
fortes amplitudes pj-pj et P7-P9; au-dessous, le groupe Pi-p2, et 
au-dessus des renforcements en pii-pi2, p,6 (piy), Pi9-p2o- En 
appliquant le calcul barycentrique, on a, pour le rang n des 
centres de renforcement : 



aUESTIONS DE TECHNiaUE ET DE METHODE. Il 



365 





ire fois 


26 fois 


i^e rés. P1-P2 


1,49 


1,36 


2"= >> P3-P5 


3,87 


3.82 


î« » P--P'.. 


7,92 


8,07 



ire fois 2= fois 

4e rés. Pii-Pi3 11,84' 11,80 

5' " Pl5"Pl7 16,02 16,69^ 

6"= » Pi'j-P2o 19,50 19,79 

L'analogie d'autres analyses montre qu'il faut voir en pg-p^ la 
la résonance postérieure (pharynx), en p,-?» la résonance 
antérieure (bouche) ; en p^-p^ je vois la marque de la troisième 
résonance, la plus basse, située vers la limite inférieure de la 
3^ octave (ut3-c'). Quant aux résonances supérieures, on serait 
tenté de les interpréter de la façon suivante : 



Calcule. Trouvé, 

son additionnel du premier ordre (p+q) i^ fois 3,87 + 7,92= 11,79 11,84 

2e fois 3,82 + 8,07^=11,89 11,80 

son additionnel du second ordre î (p+2q) i» fois 3,87+15,84=19,71 19,50 

2' fois 3,82 + 16,14=19,96 19,79 

le fois 7,92X2 1=15,84 16,02 

2* fois 8,07X2 =16,14 16,69 



octave de pr-p-j 

On a donc en définitive : 

le fois 
n V 

! résonance 1,49 259 > uts 
» (r. p.) 3,87 673 < fa4 
» (r.b.) 7,92 1378 > fa. 



écart des deux copies 



2e fois 
n V 

1,36 235 siJ72-si2 1,102 < ton mineur 
3,82 661 mii4 1,018 I 1/2 comma 
8,07 1396 hô-isCô 1,014 > comma 



1. En prenant seulement Pn-pi2 on aurait n := 1 1,49. 

2. D'après pi6-pi8. 

3 . Ce renforcement est naturellement faible, et, dans la première copie, 
voisin delà limite des erreurs. L'erreur moyenne des mesures, et par suite des 
constantes est en effet ici plus grande, surtout dans les régions où la courbe 
montre une pente très raide. Je ne donne l'interprétation ci-dessus que sous 
réserves, car l'existence de pareils sons combinatoires pose des problèmes théo- 
riques ardus. Il faut que la membrane soit asymétrique, ce qui est sûrement 
le cas, mais en outre que le facteur asymétrie ait une valeur déterminée. Il 
n'est pas impossible qu'il y ait à ces endroits un renforcement dû au voisinage 
d'un des sons propres de la membrane. Je me propose d'étudier la question 
en détail. 

Revue de phonétique. 25 



366 j. PoiROT 





I»-' fois 


2<^ fois 




i« fois 


2^- fois 


Sp 


p p 


p p 


Sp 


P P 


p p 


I 


28,2 15,8 


23,0 12,9 


13 


6,1 5.4 


16,1 9,0 


2 


8,9 5,o 


16,3 9,2 


14 


4,4 2,5 


9.4 5.3 


5 


105,5 59.4 


94,7 53.2 


15 


5,0 2,8 


6,7 3,8 


4 


177,8 100,0 


178,0 100,0 


16 


7.7 4,3 


13.9 7,8 


5 


39.4 22,1 


46,8 26,4 


17 


4,4 2,5 


7.8 4.4 


6 


9,9 5,6 


2,9 1,6 


18 


2,2 1,2 


4,9 2,8 


7 


36,4 20,5 


28,5 16,0 


19 


7.0 3.9 


3,8 2,1 


8 


48,1 27,0 


47.5 26,8 


20 


5.0 1,7 


10,8 6,1 


9 


41,3 25,2 


45,4 25,5 


21 


4.1 2,3 


4,7 2,6 


lO 


12,7 7,1 


11,6 6,5 


22 


1,1 0,6 


9.0 5,1 


II 


21,3 12,0 


22,0 12,4 


23 


2,4 1,3 


3,1 1.7 


12 


18,8 10,6 


28,2 15,8 


my 


y!i722 


■ y'.i7i5 



Même disposition des groupes de renforcement. On a donc : 

I'; fois a*-' fois i^ fois 2^ fois 

rés. i) P1-P2 1,24 1,41 rés. 4) pio"Pi2 11. 16 11,91' (son addit. 2 + 3) 
2)P3-P5 3.80 3,8s 5) Pi5-Pi7 15.96 16,04 (octave de 3) 

3)P7-P9 8,04 8,14 6)pis-poo 19.07 20,05^ [son addit. 2 -f 

(2X3)]. 

On obtient pour les trois premières résonances : 

écart des deux copies 

1,157 < seconde augmentée 
1,031 <^ 1/2 ton mineur 
1,030 » 

è \\° 4 



le fois (s. f. 169) 


2e fois (s. f. 172) 


rés. I V — 210 < Lio 


V -^ 243 > sio 


rés. 2 v=:=642 mi/j 


V = 662 m\t\ 


rés. 3 v:=i359<fa5 


v:^ 1400 fajis 





ic fois 


2c fois 




i^ fois 


2C fois 


Sp 


P P 


p p 


Sp 


P P 


p p 


I 


4,1 2,3 


7,2 3.8 


13 


16,0 8,9 


13.5 7,1 


2 


5.4 3.0 


6,5 3.4 


14 


4.5 2,5 


4,8 2,5 


3 


88,9 49.7 


91,8 48,3 


15 


7.9 4,4 


7.4 3.9 



1. D'après p,a-pi3. 

2. D'aprtls PurP-.!- En p^o on voit encore une amplitude notable. 



QUESTIONS DE TECHNiaUE ET DE METHODE. Il 



367 



4 


178,8 


100,0 


190,2 100,0 


16 


7,7 


4,5 


9,5 


5,0 


5 


46,9 


26,2 


47,5 24,9 


17 


8,9 


5:0 


7,5 


5,8 


6 


",5 


6,5 


16,2 8,5 


18 


4,5 


2,5 


4,9 


2,6 


7 


51,7 


17,7 


55,2 18,5 


19 


6,0 


5,4 


7,1 


5,7 


8 


50,2 


28,1 


50,5 26,5 


20 


7,0 


5,9 


7,0 


5,7 


9 


44,5 


24,9 


44,4 25,4 


21 


8,4 


4,7 


5,1 


2,7 


10 


10,6 


5,9 


9,6 5,0 


22 


5,1 


1,7 


1,7 


0,9 


II 


22,0 


12,5 


27,0 14,2 


25 


5,2 


2,9 


5,4 


2,8 


12 


20,6 


11,5 


22,0 11,5 


nix 


}'■> 


671 


y-j 


698 



La faiblesse des deux premiers sons partiels fait exception dans 
cette série d'analyses. 



Le calcul donne 










i-; fois 


2e fois 


le fois 


2^ fois 




rés. i) pi-p2 1,57 


1,47 


rés. 4) pii-pio 11,48 


11,45' 


sou add. 2 + 3 


2) P3-P.-. 5,87 


5,86 


5)Pi5-Pi7 16,04 


16,00 


octave de 3 


5) Pt-P«.' 8,09 


8,07 


6) piirp 20, 1 1 


19-30' 


sonadd.2 -j- 
(5X2) 



I 



et pour les trois premières résonances : 



ic lois (s.f. 176) 
rés. i %• := 276 réj>3 
» 2 \ ■:= 681 fa^ 
» 5 V :^ 1424 fa^j 



2e fois (s.f. 1 77) 

V =z 260 >• Ut3 

V = 685 fai 

V ::= 1428 {jC.-} 



écart des deux copies 
1,062 1/2 ton majeur 
1,005 i/4decomma 
1,004 1/5 *lc comma 



e n° 5 





le 


fois 


2* fois 




lel 


ois 2e 


fois 




p 


P 


P 


P 


P 


Sp 


p 


P 


P 


P 


I 


26,6 


14,6 


28,0 


15,4 


15 


6,7 


5,7 


10,6 


5,8 


2 


15,3 


8,4 


19,7 


10,8 


14 


2,0 


1,1 


5,6 


5,1 


5 


106,5 


58,5 


109,6 


60,2 


15 


5,7 


2,0 


5,8 


5,2 


4 


182,8 


100,0 


182,1 


100,0 


16 


5,1 


2,8 


6,5 


5,5 


5 


42,5 


25,2 


57,2 


20,4 


17 


4,5 


2,5 


13,8 


7,6 


6 


7,7 


4,2 


8,9 


4,9 


18 


2,1 


1,1 


2,3 


1,2 


/ 


40,5 


22,2 


49,8 


27,5 


19 


4.1 


2,2 


5,9 


2,1 


8 


41,8 


22,9 


45,1 


24,8 


20 


4,2 


2,5 


2,5 


1,2 



1. D'après Pii-pi3 on aurait n = 11,84. 

2. D'après p,.rPj.r 



368 



J. l'OlKOT 



9 
10 

II 

12 



42Ô 

12,1 

25 2 



25,2 
6.6 

12,7 



41,6 
12,9 
20,6 
14,8 



22,8 
8,1 



5>) i>9 i>9 i>o 

1,2 0,7 1,6 0,9 

1,8 1,0 7,2 4,0 

Yo 733 y-J 730 



On obtient 



le fois 26 fois 

rés. i) pi-p2 1,37 1,41 
rés. 2) P3-P5 3>8i 3 J8 
rés. 3) prPo 8,02 7,94 



le fois 2e fois 

rés. 4) pj„-pi2 11.07 11.59 son add. 2-J-3 
rés. S)Pi,-,-Pi7 16,06 16,69 ' octave de 3 
rés. 6) p|,,-p.jj 19.93 19.38" son add. 2 + 

(3 X 2) 



On en tire pour les trois résonances inférieures : 



2e fois (s. f. 176) écart entre les deux copies. 



le fois (s. f. 177) 

rés. i) V =: 242 sig V = 248 ut \).y 

rés. 2) V r= 674 < fa,, v ^665 >fa[74 

rés. 3) V L_i420 ÏA*:, v := 1 3 97 < fa^ 



1,025 2 commas 
1,014 i 1/3 comma 
1,040 I 2 ton mineur. 



e \r 





le 


fois 


2e 


lois 




le fois 


2e 


fois 


Sp 


P 


P 


P 


P 


Sp 


P 


p 


P 


P 


I 


54.6 


20,4 


43.0 


25,5 


13 


4,0 


2,4 


2.9 


1,7 


2 


26,9 


15,9 


20,7 


12,2 


14 


8,2 


4,8 


6,1 


3,6 


5 


1 1 1,9 


-66,0 


114,5 


67,2 


15 


10,2 


6,0 


10,5 


6,2 


4 


169,5 


100,0 


170,2 


100,0 


16 


12,0 


7,1 


10,6 


6,2 


5 


33,4 


'9,7 


36,3 


21,3 


17 


7,3 


4,3 


7.1 


4,2 


6 


13.7 


8,1 


6,9 


4,1 


18 


4,6 


2,7 


2,5 


1,5 


7 


45,7 


27,0 


43.3 


25,5 


19 


0,9 


4,1 


7,0 


4,1 


8 


49,8 


29,4 


50,2 


29,5 


20 


7.7 


4,5 


6,7 


3,9 


9 


40,3 


23,8 


40,5 


23,7 


21 


4.3 


2,5 


5,5 


3,0 


10 


21,5 


12,7 


20,8 


12,2 


22 


3.6 


2,1 


4,3 


2,5 


II 


28,1 


16,6 


25,8 


15,2 


25 


7.6 


4,5 


5,0 


2,9 


12 


16,5 


9.7 


18,1 


10,6 


nix 


yio 


749 


yo 


745 



1. D'après Pjc,-Pi7- 

2. D'après Pi,,-p,.„- 



aUESTIONS DE TECHNIQUE ET DE MÉTHODE. Il 



369 



On a: ' 

le fois 2* fois 

rés. i)pi-p2 1,52 1,44 
2) Pa-Ps 3 J6 3,75 

3)P7-P9 7»98 7.96 



d'où : 

le fois (s. f. 179) 

rés. i) V = 236 sir^o-sio 
rés. 2) V = 673 < fa* 
rés. 3) V = 1428 fai;^ 



le fois 2* fois 
rés. 4) Pi,-p,2 '0,96 10,92 son add. 2+5 
)) P15-P17 i5>88' 15, 57 octave de 3 
6) pj,,-p.2o 19,49 19,86' son add. 2 -f- 

(3 X2). 



2e fois (s. f. 178) écart des deux copies 

V :^ 2)6 ut3 1,085 seconde diminuée 

V r= 668 miS4 1,008 2/3 de comma 

V =1417 faj5 1,008 » 











f n" 


II. 












ire 


fois 


2e 


fois 




fe 


fois 


2e 


fois 


Sp 


P 


P 


P 


P 


Sp 


P 


P 


p 


P 


I 


58,8 


21,7 


23,6 


15,8 


13 


6,1 


5,4 


6,4 


3,7 


2 


11,5 


6,4 


16,5 


9,6 


14 


7,1 


4,0 


8,2 


4,8 


3 


91,8 


51,4 


92,4 


53,9 


15 


6,8 


3,8 


II, I 


6,5 


4 


178,7 


100,0 


171,5 


100,0 


16 


4,7 


2,6 


10,8 


6,3 


5 


Î7>i 


20,8 


29,8 


17,4 


17 


3,6 


2,0 


7,6 


4,4 


6 


5,4 


3,0 


3,3 


1^9 


18 


8,8 


4,9 


11,3 


6,6 


7 


36,5 


20,4 


49,8 


28,7 


19 


9,9 


5,5 


11,3 


6,6 


8 


38,1 


21,3 


49,6 


28,9 


20 


5,2 


2,9 


6,5 


3,7 


9 


32,2 


18,0 


26.5 


15,4 


21 


5-5 


2,0 


1,6 


0,9 


10 


15,3 


8,6 


12,1 


7,1 


22 


7»! 


4,0 


5,9 


3»4 


II 


26,3 


14,7 


30,4 


17>7 


23 


5,8 


3,2 


9,7 


5,7 


12 


21,3 


11,9 


29,4 


i7>i 


mx 


yo 


690 


XlO 


701 



Vers les 22^ et 23^ sons partiels on trouve encore un renforce- 
ment secondaire dont l'explication est assez malaisée (deuxième 
octave de la y résonance ?) 



Le calcul donne : 

ire fois 2e fois 
rés. i) pi-po 1,23 1,41 
rés. 2) P3-P5 3,70 3,79 
rés. 3) p.^-p9 7,96 7,82 



rés. 4) pio-Pi2 
rés. 5) Pi5-Pi6 
rés. 6) P18-P20 



ire fois 2e fois 

11,96 11,24 

mal marquée 15,50 

18,85 18,50 



1. D'après pi5-p^B O" aurait 15,50. 

2. D'après pjçrp.j,. 



370 J. POIROT 

On a, pour les résonances : 

ire fois (s. f. i86) 2^ fois (s. f. 185) écart des copies 

rcs. i) v=:229 sir>2 v = 26i ut3-utî;;j i,i4o>un ton majeur, 

rés. 2) v=.-688 fa^ v^70i<faj;/, 1,019 i 1/2 comma. 

rés. 3) v=i48i sol [7,- v = 1 447 > fa jf- 1,024 2 commas. 

En comparant les résultats de l'analyse harmonique on trou- 
vera pour chaque vibration (surtout dans la colonne P) une plus 
grande concordance entre les copies de è qu'entre celles de û. Il 
y avait lieu de le prévoir, parce que les amplitudes prépondé- 
rantes pour è sont très grandes, au lieu que pour û elles sont 
petites en valeur absolue. Seules les amplitudes faibles (jusqu'à 
2 % environ de l'amplitude maxima) sont beaucoup plus variables 
d'un tracé à l'autre dans les copies ded; mais elles doivent être 
voisines de la valeur de l'erreur moyenne. 

On peut donc présumer que les résultats du calcul barycentrique 
concorderont encore mieux que pour //. On a en effet, pour les 
trois résonances inférieures (le tableau est disposé comme celui 
de la p. 362). 

ire copie 2e copie 

Vibr. rés. I rés. 2 rés. 5 él a. p. 

2 255 661 1396 764 105,6 

3 210 642 1359 712 177,8 

4 276 681 1424 661 178,8 

5 242 674 1420 723 182,8 
7 256 668 1417 759 169,5 
II 229 688 1481 680 178,7 

moy. 242 669 141 6 251 676 141 5 

sio xmt-k <far.-, utfjg-uta <fa,, <fai;5 

En raisonnant comme il a été fait pour û, on voit que : 
i" pour la résonance la plus basse, l'écart des deux copies est 
de 251 : 242 = 1,041 ou un demi-ton mineur, égal à ^ de l'in- 
tervalle d'octave qui sépare les deux premiers sons partiels ; 
2° pour la 2^ résonance (celle de la cavité postérieure), l'écart 



-es. I 


res. 2 


res. 3 


él 


a. p. 


259 


673 


1378 


715 


104,1 


243 


662 


1400 


705 


178,0 


260 


683 


1428 


688 


190,2 


248 


665 


1397 


720 


182,1 


236 


673 


1428 


733 


170,2 


261 


701 


1447 


691 


I7i>5 



QUESTIONS DE TECHNIQUE ET DE METHODE. II 37 1 

est (le 1,01 1 OU un comma, égal à ^ de l'intervalle 5 : 3 entre les 
sons partiels utilisés; 

3° pour la 3*^ résonance (cavité antérieure), l'écart est insigni- 
fiant; il atteint 1,002 (le sixième d'un comma), soit 1/200 de 
l'intervalle entre les sons partiels 7 et 9. Comme les valeurs du 
son fondamental ne sont exactes qu'à une vibration près, et par 
suite celle des résonances à n vibrations près, on peut dire que 
les valeurs de la 3"^ résonance sont absolument concordantes. 

III. — Intensité 

J'ai calculé l'intensité p/j^'j/^//^, pour chaque vibration, par deux 
méthodes : 

1° en multipliant le carré de l'élongation par le carré de la 
hauteur vibratoire ; 

2" en additionnant les intensités des sons partiels obtenus 
par l'analvse harmonique, donc en formant la somme 

É p^ k^ v^ 

Dans les tableaux je ne donnerai que les intensités relatives, cal- 
culées en pour cent de celle de la vibration n° 2, séparément 
pour chaque méthode. Pour la 2^ (et 3'') copie, j'ai indiqué en 
outre, entre ]>arenthèses, les valeurs de l'intensité relative en 
pour cent de la valeur de la vibration n° 2 dans la première copie, 
pour qu'on puisse se faire une idée de la variation des intensités 
absolues d'un tracé à l'autre. La colonne 2/^ indique les résultats 
de la seconde méthode, la colonne él^ ceux de la première. 







A. Voyelle //. 




br. 


ire fois 


2e fois 


je fois 




}:? él-' 


li^ éh 


ili^ él' 


2 


100 100 


100 (164) 100 (94) 


100 (145) 100 (99) 


3 


85 49 


81 (152) 79 (74) 


70 (100) 95 (94) 



4 


126 


5 


143 


6 


169 


7 


210 



J- 


POIROT 






120 (197) 


99 (93) 


92 (131) 


8s (84) 


114 (188) 


104 (98) 


121 (173) 


99 (98) 


130 (214) 


100 (94) 


106 (151) 


53 (53) 


122 (200) 


I 17 (i 10) 


122 (174) 


105 (104) 



372 

85 
89 

83 
89 

8 114 69 73 (120) 91 (86) 69 (98) 74 (73) 

Il n'y a, comme on le voit, aucune concordance entre les 
résultats des deux méthodes; le calcul par le carré des élonga- 
tions donne des valeurs généralement plus faibles, mais moins 
variables que le calcul par la somme des intensités, partielles. En 
examinant la première colonne de chnque tracé, on constate une 
assez grande concordance dans la courbe de l'intensité, sauf pour 
les vibrations 6 et 7 du premier tracé. Il ne faut pas oublier en 
effet que la sensibilité de l'oreille pour les différences d'intensité 
est faible (les données les plus favorables, celles de Zwaardemaker, 
indiquent ^, d'autres admettent - comme valeur limite). 

Les variations incontestables de l'intensité dans la première 
colonne et d'une méthode à l'autre tiennent d'ailleurs pour une 
grande part à la constitution harmonique de la courbe. La méthode 
de calcul par le carré des élongations revient à considérer la 
courbe comme une vibration simple. On conçoit qu'elle se jus- 
tifie dans les cas où l'analyse harmonique fournirait un groupe 
serré de sp caractéristiques, les valeurs du terme k^ variant 
alors relativement peu. Ici au contraire on a deux groupes de 
fortes amplitudes, pi-p, et pio-pi4, et les amplitudes p^ et pi, 
sont du même ordre de grandeur. Or le terme ¥ a pour ^=2 
la valeur 4, pour ^=11 la valeur 121. A valeur égale de l'am- 
plitude, le 1 1*= s. p. pèsera donc 30 fois plus que le 2^ dans le calcul 
des intensités. Ce qui en définitive décidera, c'est non pas l'élon- 
gation maxima, mais les petites ondulations correspondant au 
11= s. p. 

Ce qui le prouve bien, c'est que, si on calcule l'intensité exclu- 
sivement d'après le produit p\^. t;% les valeurs obtenues ressemblent 
d'une façon frappante à celles des premières colonnes dans le 
tableau précédent : 



QUESTIONS DE TECHNIQUE ET DE MÉTHODE. II 373 









Intensité d'après p,^ 


seul 






Vibr. 


ire fois 


2e fois 


5e fois 


Vibr. 


ire fois 


2e fois 


3 e fois 


2 


100 


100 (171) 


100 (129) 


6 


150 


116 (199) 


132 (171) 


5 


73 


80(137) 


76 (98) 


7 


220 


120 (205) 


137 (205) 


4 


127 


138 (236) 


104 (134) 


8 


109 


61 (105) 


52 (105) 


5 


154 


95 (163) 


112 (145) 











L'influence de la forte amplitude p,, dans la 7' vibration du 
premier tracé ressort encore plus nette; on voit aussi que le rôle 
des autres s. p. est en somme faible. 

B. Voyelle è. 

Les résultats du calcul sont les suivants : 

Vibr. i" fois 2^ fois 





Si- 


él^ 


Si' 


él= 


2 


100 


100 


100 (109) 


100 (86) 


3 


104 


82 


1x8 (129) 


96 (83) 


4 


124 


77 


125 (136) 


97 (84) 


5 


116 


93 


115 (125) 


105 (91) 


7 


132 


91 


118 (129) 


112 (97) 


II 


126 


90 


136 (148) 


107 (92) 



Il n'y a pas non plus d'accord entre les résultats des deux 
méthodes; mais les résultats d'un tracé à l'autre s'accordent en 
somme mieux que pour la voyelle // ; les vibrations 7 et 1 1 font 
seules exception. Ce résultat plus favorable doit tenir à ce que les 
amplitudes les plus importantes, celles qui correspondent aux 
résonances postérieure et antérieure, forment un groupe serré 
(P3-P9) et que leurs valeurs relatives se maintiennent avec une 
grande constance : le s. p. 3 varie entre la moitié et les deux 
tiers, le s. p. 5 entre le cinquième et le quart, les sp. 7 à 9 entre 
le quart et le tiers de l'amplitude p^, partout la plus forte. Si on 
ne tient compte que des amplitudes P5-P9 (pé est partout insigni- 
fiant), on obtient le tableau suivant : 

Vibr. ire fois 2^ fois 

2 100 100 (103) 

3 96 96 (99) 



374 







J- 


POIROT 




4 


los 






112 (ii6) 


3 


tu 






io6 (no) 


7 


io6 






104 (108) 


II 


lOO 






100 (103) 



L'accord des deux séries devient ici tout à fait frappant; de 
même l'accord avec la colonne él^ du tableau précédent est plus 
satisfaisant. Les divergences dans le tableau précédent (d'après 
-i^) tiennent donc à l'influence des harmoniques supérieurs. En 
pour cent de la somme totale pour les valeurs k= 1,2,. . .23, 
la part des termes k= 10,1 1^ ... 23 (celle des termes i et 2 est 
insignifiante) est pour chaque vibration : 



ibr. 


l'e fois 


2e fois 


2 


9 


14 


3 


16 


31 


4 


23 


23 


5 


15 


21 


n 


27 


24 


1 1 


28 


37 



Dans la seconde copie les renforcements supérieurs ont donc pris 
une importance plus grande. Une question se pose ici : peut-on 
fiiire figurer ces résonances, qui ont paru n'être que des sons 
combinatoires ou des renforcements à l'octave, dans le calcul de 
l'intensité de la voyelle ? Si ces sons combinatoires ont leur 
origine exclusivement dans la membrane du phonographe, on 
serait évidemment tenté de les éliminer; mais il faut se rappe- 
ler que la membrane du tympan doit, elle aussi, donner naissance 
à des sons de ce genre. C'est là une des diflRcultés du problème 
de l'intensité acoustique, et on sait de reste qu'il n'y a pas de 
formule satisfaisante pour calculer cette intensité. 

CONCLUSIONS 

Les résultats des présentes recherches peuvent se formuler 
dans les termes suivants : 



QUESTIONS DE TECHNIQUE ET DE METHODE. II 375 

1° le transcripteur de Hauser, quand on lui fait répéter le tra- 
cé d'une voyelle, donne des tracés très ressemblants à l'œil ; 

2° la hauteur vibratoire est rendue avec une concordance qu'on 
peut considérer comme complète ; 

3" les courbes ne sont pas superposables : les élongations dif- 
fèrent d'un tracé à l'autre, et l'analyse harmonique donne des 
séries d'amplitudes différentes ; 

4° les divergences varient selon le caractère de la courbe : les 
courbes à fortes amplitudes et où les ondulations secondaires sont 
peu nombreuses (comme celles des voyelles basses prononcées 
dans le registre moyen) sont rendues avec une constance bien 
plus grande que les courbes à faibles amplitudes avec des ondu- 
lations nombreuses (type des voyelles supérieures de la série 
palatale) ; 

5° malgré ces divergences, l'application d'une méthode uni- 
forme à la série harmonique fournit, pour la détermination des 
centres de résonance, des valeurs très rapprochées. Dans le cas le 
plus défavorable (courbes de voyelles supérieures) les valeurs 
sont obtenues avec un écart égal au trentième environ de l'in- 
ter\'alle entre les harmoniques utilisés ; dans le cas le plus favo- 
rable, l'écart n'est que d'un soixantième à un deux-centième de cet 
intervalle. En proportion des erreurs résultant de la défor- 
mation par la membrane du phonographe, des variations de 
période à période et des difficultés que soulève la théorie elle- 
même, ces erreurs secondaires sont en définitive faibles. Si Ton 
veut s'en tenir aux résultats bruts de l'analyse (groupes de ren- 
forcement) l'accord est complet ; 

6° pour les intensités il y a aussi un désaccord, moindre dans 
.les courbes du premier type que dans celles du second. Mais, 
comme il y a un désaccord au moins aussi grand entre les résul- 
tats de diverses méthodes appliquées à un seul et même tracé, et 
que la théorie même est visiblement incertaine, on ne peut 
mettre exclusivement au compte de l'appareil le défaut de con- 
cordance des résultats. 



376 J. POIROT 

Il ressort de là que, si on s'en tient au degré de précision 
auquel nous pouvons prétendre actuellement, on peut accepter 
les tracés fournis par ce transcripteur. Je ne doute pas qu'il ne 
soit possible d'en obtenir éventuellement de meilleurs encore. 
Je n'ai pas fait un choix entre plusieurs courbes, mais j'ai pris 
telles quelles les premières obtenues. 

Il ne paraît donc pas que la défiance de M. Rosset soit justi- 
fiée par les faits. Il serait bon pourtant d'être fixé par des expé- 
riences analogues entreprises avec les autres transcripteurs. Il 
n'est pas impossible que les tracés du transcripteur Lioret, où le 
levier est placé verticalement, soient à cet égard encore supé- 
rieurs à ceux du transcripteur Hauser, Pour les appareils 
optiques, comme le transcripteur Hermann, on peut s'attendre 
aussi à une plus grande concordance, les dimensions de l'appareil 
réduisant le frottement au minimum. 

La question se pose maintenant : comment se comportent à 
cet égard les duplicateurs ? On n'en sait rien à l'heure actuelle. 
Les tracés communiqués par M. l'abbé Rousselot (Revue de 
phon., vol. I, p. 225-6) montrent deux types, un des duplicateurs 
agrandissant le tracé d'une copie à la suivante, l'autre le rapetis- 
sant ; et on pourrait faire une analyse des tracés. iMais, ces 
courbes ayant été transcrites au Lioretgraphe, on ne saurait pas 
ce qui doit être mis au compte du duplicateur. 

Quant au transcripteur-dupHcateur de M. Rosset, le tracé 
reproduit dans le travail précité (planche VIII) ne se prête pas à 
l'analyse harmonique, et permettrait d'ailleurs seulement de dire 
comment fonctionnent les deux branches de l'appareil dans une 
seule et même copie. L'expérience demanderait à être refaite dans 
les conditions suivantes : 

1° il faut une vitesse d'enregistrement (au moins 2 m. à la 
seconde) telle que l'on puisse commodément mesurer 40 ou 48 
ordonnées par période, c'est-à-dire que les courbes soient bien éta- 
lées en largeur, et que les ondulations secondaires des hautes 
vovelles rcssortent avec netteté; 



QUESTIONS DE TECHNIQUE ET DE METHODE. H 377 

2° le réglage de l'appareil se faisant à l'audition, l'expérience, 
pour être comparable aux précédentes, suppose qu'après un 
premier réglage suivi de transcription l'appareil sera ramené au 
point de départ, réglé de nouveau à l'audition, et qu'une nou- 
velle transcription aura lieu qu'on comparera à la première. 
— Le problème que j'ai étudié ci-dessus pour un transcripteur 
ordinaire était en effet celui-ci : deux réglages successifs jugés 
bons à l'œil fournissent-ils des tracés identiques, et, en cas de 
négative, quelles sont les divergences ? Pour un transcripteur- 
duplicateur le problème identique est par conséquent : deux 
réglages consécutifs jugés bons à l'oreille fournissent-ils des tra- 
cés identiques, et, en cas de négative, quelles sont les diver- 
gences ? C'est seulement quand on connaîtra les résultats d'une 
semblable expérience qu'on pourra savoir si l'un des systèmes 
est supérieur à l'autre, et lequel. 

J. POIROT. 

Note additiomieUe relative à la nature du timbre. — Il peut être 
intéressant de comparer les analyses du timbre données ci-dessus 
à celles que j'ai publiées dans un travail antérieur '. En réunis- 
sant les résultats du calcul des résonances on a - : 

Selon l'analyse Selon Redierches Intervalle 

ci-dessus (ler tracé) Voyelles^, 

s. f. moyenne 177 ta :;., 185 sol \} , i>045 ^1- to" mineur 

rés. poster. 669 nii^ ^ 756 sol j> , 1,100 ton mineur, 

rés. antér. 1416 < fa^,- i45ofa^--sol>>5 i ,024 2 coramas. 

Voyelles û. 

s. f. moyenne 142 ré o 249 si i, 1,754 < 7<-' mineure, 

rés. antér. 1561 >sol5 1874 si ^5-515 1,201 tierce mineure. 

1. J. Poirot. Recherches expérimentales sur le timbre des voyelles fran- 
çaises. Helsingfors, 191 2. Cité Qnsmic RecherdKS. 

2. J'ai laissé de côté les résonances les plus basses, celles marquées par les 
s. p. I et 2, parce qu'elles ne se laissent pas déterminer avec une précisfon 
suffisante. Les valeurs marquées Recherclxs sont celles corrigées à l'erratum. 



378 J. POIROT 

On observe donc que, quand le son fondamental baisse, la posi- 
tion des résonances baisse aussi, mais dans des proportions 
moindres. La résonance postérieure de è fait exception en ce 
qu'elle offre un écart supérieur ; mais ce fait est sans doute acci- 
dentel. En effet, les analyses que j'ai faites de 4 vibrations de à 
sur une note très basse (j'en ai donné un spécimen p. 354 en 
note) montrent, comparées à celles du travail précité, les résul- 
tats suivants : 

à dans ces analyses d dans Recherches écart 

s. f. moyenne 94<soli 191 solo 2,0519 > octave 

réson. poster. 675<;fa/, 787 sol^-sol 2/j 1,170 seconde augm. 

réjon . antér . 918 si [74 iii5>ré!75 i,2i5> tierce mineure 

Il semblerait donc que la position des résonances de l'appa- 
reil vocal ne fût pas strictement fixe, bien que les variations 
auxquelles elles sont soumises soient fiiibles en comparai- 
raison de celle du son fondamental. Mais il est remarquable 
que l'intervalle qui sépare ces résonances reste presque invariable 
à travers ces variations de la hauteur des résonances elles- 
mêmes. On a en effet : 

pour (■ : d'après l'anal, ci-dessus. interv. 1416: 669 = 2, 1 16 >• octave 

« Recherches » «1450: 736 = i, 970< octave 

pour (/: d'après les anal, précitées. interv. 918: 673 =1, 364 quarte- 

quarte augm. 
« Recherches » 1115:787 = 1, 417 quarte 

augm. — quinte dimin. 

Pour // il est difficile d'établir une comparaison, parce que 
la résonance postérieure ne se laisse pas aisément séparer du 
centre le plus bas awqc lequel elle est en contact. J'ai admis 
dans Recherches (p. 80) que l'on pouvait la placer avec une 
approximation assez grossière vers i'=^374. Dans les analyses ci- 
dessus, la résonance secondaire que, en m'appuyant sur les ana- 
lyses de è, je crois pouvoir regarder comme un son additionnel, 
exigerait la présence d'une résonance entre le 2^ et le 3" sp. ; on 



aUESTlONS DE TECHKIQUE ET DE METHODE. II 379 

peut la placer hypothétiquement vers w^2,5, soit i'=^^<). On 
voit dès lors que, d'après Recherches, l'intervalle entre la résonance 
antérieure et la résonance postérieure serait d'environ 5,0, et, 
d'après les analyses du présent article, d'environ 4, 4 : l'accord 
est très satisfaisant si on tient compte de la grande incertitude 
dont est affectée la résonance postérieure. 

Il est évident qu'on ne saurait tirer de ces quelques exemples 
des conclusions étendues. Outre qu'il faut faire la part du hasard, 
il est toujours possible qu'une voyelle prononcée très bas soit 
modifiée légèrement dans son timbre. Mais il paraît bien qu'on 
doit définir le timbre à la fois par la position des résonances et 
par leur intervalle. Et il y a en tout cas l'indication d'un pro- 
blème que je me propose d'aborder dans une nouvelle série 
d'expériences. 

D'autre part les analyses de d sur la note solj m'amènent à 
aborder un détail de la pratique du calcul barycentrique. Dans 
mes Recherches, où la voyelle â était émise une octave plus haut, 
l'analyse montrait souvent un groupement des amplitudes tel 
que celui-ci (p. 48, vibr. n" 6). 



sp 


P 


sp 


P 


I 


2,1 


5 


9.9 


2 


2.3 


6 


11.7 


5 


5.4 


7 


4,1 


4 


12,9 







Quand en a ainsi deux tortes amplitudes séparées par une plus 
faible (d'autres exemples se retrouvent dans les analyses de a, 
à, etc.), Hermann ' emploie les trois amplitudes et les 
traite comme si elles étaient dues à une seule résonance. Il 
l'explique par une considération théorique : si une vibration 
correspondant à un harmonique déterminé change brusquement 
de phase au cours de la période, l'analyse en série de Fourier 

I. Hermann, Phonophotogr. Studien V, Pilûgers Archiv., vol. 58, p. 276 
sqq. (Appendice). 



380 J. POIROT 

donne souvent ce résultat que les amplitudes des harmoniques 
qui l'encadrent sont plus fortes que celle de cet harmonique lui- 
même. 

Dans mes Recherches je n'ai pourtant pas adopté ce procédé de 
calcul, d'abord parce que l'hypothèse de Hermann exige que 
la dérivée de la courbe soit discontinue au point correspondant 
au changement de phase, ce que je n'ai jamais remarqué dans 
mes courbes. En outre il me semblait plus simple, en tenant 
compte des résultats fournis par l'analyse d'autres voyelles où 
ressort d'une manière incontestable l'existence de deux réso- 
nances séparées par un intervalle assez grand et variable de 
voyelle à voyelle, d'admettre que les deux résonances se sont 
rapprochées au point que leurs maxima ne sont séparés que par 
un harmonique. 

L'analyse de â sur la note sol^ ne paraît justifier cette manière 
de voir, puisque les deux amplitudes maxima sont maintenant 
séparées par deux harmoniques, l'intervalle entre les centres des 
deux résonances restant toujours le même. 

J.P. 
Helsingfors, mai 19 13. 



ISOCHRONISME ET ANACRUSE 

M. Maurice Grammont, dans la deuxième édition de son 
Vers français (Paris, 191 3), consacre un chapitre à la métrique 
française expérimentale. Il y parle des travaux antérieurs, p. 86, 
en termes empreints de modestie et d'aménité : 

Nous ne faisons pas allusion ici aux travaux qui ont été publiés jusqu'à pré- 
sent sur ces questions : ils sont tous sans valeur et plusieurs même sont ridi- 
cules. Leurs défauts viennent de ce que ceux qui les ont faits ignoraient ce 
que c'est qu'un vers français et ne savaient pas se servir des appareils qu'ils 
avaient entre les mains. 

Après cette exécution en masse, chacun en reçoit, comme on 
dit, pour son argent. Voici, paraît-il, qui me revient : 

D'autres, partant de cette idée que les temps marqués devaient tomber à des 
inter\'alles mathématiquement égaux, ont voulu les réduire de force à cette 
égalité ; après avoir amputé le commencement du vers sous couleur d'ana- 
cruse ' et la fin sous quelque autre prétexte, ils ont divisé ce qui restait en 
tranches arbitraires et barbares qu'ils ont décorées du nom de pieds et qu'ils se 
sont efforcés, mais en vain, de rendre égales. 

Est-ce bien à moi que s'adressent ces compliments ? S'il en 
est ainsi, comme j'ai lieu de le penser, à quoi attribuer pareille 
déformation de la vérité ? A l'inintelligence ou à la mauvaise foi ? 
N'imitons pas dans nos jugements la désinvolture de M. Gram- 
mont. L'explication est sans doute beaucoup plus simple. Sur 
les brochures d'un inconnu tel que votre serviteur, l'illustre 

I. [Note de M. Grammont :] L'anacruse est une invention saugrenue d'un 
philologue allemand du siècle dernier, qui eut recours à cet artifice pour scan- 
der certains vers grecs dont il ne pouvait venir à bout sans ce subterfuge ; les 
Grecs n'en avaient jamais eu besoin. 

Revue de phonétique. 26 



382 PAUL VERRIER 

savant n'a dû jeter qu'un rapide coup d'œil, — rapide autant 
que dédaigneux. De là ses erreurs. 

C'est à peu près comme si l'on ouvrait son livre au hasard, à 
la page 384, par exemple, et qu'on déclarât sa méthode « arbi- 
traire », « barbare », « ridicule », en alléguant la forme qu'il 
donne, pour l'analyser, à un vers célèbre de Lamartine : 

sur la I mer de || plage \ où la j| sonore \ Sor rente '. 

Encore serait-ce là citer ce qu'il a vraiment écrit, tandis qu'i. 
va jusqu'à m'imputer ce.que je n'ai dit nulle part. 

* 
* * 

Il me représente comme « partant de cette idée que les temps 
marqués devaient tomber à des intervalles mathématiquement 
égaux ». C'est faux : il n'est pas un de mes livres sur le rythme, 
pas un de mes articles, où je n'expose et ne démontre que si les 
mesures sont isochrones en principe, au point de vue subjectif, 
elles ne doivent ni ne peuvent l'être « mathématiquement » 
dans la pratique, dans la réalité objective \ 

1 . Sur la plage sonore où la mer de Sorrente. 

2. Dans le présent article, suivant l'exemple de M. Grammont, j'étends aux 
pieds des vers le nom de « mesures ». Sur V Isochronisme dans h vers 
français (Paris, Alcan, 19 12), L' isochronisme en musique et en poésie {Jour- 
nal de Psychologie, 19 12) et Les Variations temporelles du Rythme (ib., 191 5), 
V. le compte rendu de M. Meillet dans le Bulletin de la Société de Linguistique, 
t. XVIII. Quant à ma Métrique anglaise (Paris, Welter, 1909), voici ce que dit 
The Nation (Vol. 89, New York) : « Perhaps the most important feature of 
Volume II is the fulness with which the fact is brought out, and its signi- 
ficance made clear, that in ail rhythms of art wc hâve to do with the subjec- 
tive sensé of rhythm, not with the actual duration of the intervais. Perfect 
accuracy of measurement is impossible, both for performer and for listener ; 
perfect regularity would be intolérable if it were possible ; departures from 
the exact pattern are both unconsciously and consciously made in obédience 
to the artistic sensé » (Th. D. Goodell). Nous voilà bien loin de mesures 
« mathématiquement égales ». 



ISOCHRONISME ET ANACRUSE 383 

J'aurais, paraît-il, « voulu les réduire de force à cette égalité ». 
C'est faux : je signale partout avec le plus grand soin dans 
quelles proportions elles s'éloignent de l'isochronisme absolu. 
Soin inutile, sans doute, aux yeux de M. Grammont : à son avis 
(v. p. 85), les mesures les plus diversement inégales n'en sont 
pas moins uniformément égales pour l'oreille, — organe évidem- 
ment facile à « satisfaire », — et elles présentent par suite, à cet 
égard, la même qualité de rythme. Qu'importe que la simple 
observation y contredise, — sans parler d'expériences comme 
celles de M. Wallin, — qu'importe ! M. Grammont n'en a cure. 

Il m'accuse d'avoir « amputé le commencement du vers sous 
couleur d'anacruse et la fin sous quelque autre prétexte ». C'est 
faux : je n'ai cessé de rappeler cette vérité de la Palisse, vérité 
quelquefois méconnue par les métriciens, que toutes les syl- 
labes du vers en font évidemment partie; j'ai montré que les 
premières et les dernières y jouent un rôle important. Celles-ci, 
initiales ou finales, il m'arrive de les mesurer à part, soit : est- 
donc vous amputer que de vous mesurer séparément la main et 
Tavant-bras, ou la tête et le cou ? Car je mesure l'anacruse et la 
cadence rythmique tout comme le reste ; je tiens compte des 
mesures qu'elles forment ; bref, je leur reconnais la place qui 
leur revient dans le rj-thme '. 

Si quelqu'un mérite le reproche que m'adresse M. Gram- 
mont, c'est lui-même. Voici comment il s'exprime à propos 
d'une strophe de Victor Hugo : 

Courbés comme un cheval qui sent venir son maître, 
Ils se disaient entre eux : Quelqu'un de grand va naître, 
L'immense empire attend un héritier demain ; 
Qu'est-ce que le Seigneur va donner à cet ho | mme, 
Qui plus grand que César, plus grand même que Ro | me. 
Absorbe dans son sort le sort du genre humain. 

(pp. 88-89.) 

I. V. Visochronisme dans le vers français, exemples 26, 29, 51, 35, 35 et 36. 



384 PAUL VERRIER 

C'est pour ces raisons ' qu'aux deux premiers vers nous avons mis à part la 
syllabe sourde -tr qui les termine : elle est en dehors du rythme et tombe 
dans la pause. De même aux vers 4 et 5 nous avons mis à part Vm de « homme, 
Rome », parce que, même sans prononcer Ve, c'est une résonnance essentiel- 
lement explosive. 

(p. 92, note). 

Comment des consonnes et des syllabes prononcées peuvent- 
elles bien « tomber dans la pause », c'est-à-dire faire partie d'un 
silence ? Comment, placées qu'elles sont au milieu d'une strophe, 
au corps d'une phrase, peuvent-elles bien se trouver « en dehors 
du rythme »? M. Grammont les y met. Voilà, du coup, une 
amputation déclarée. Pour la rendre bien patente, il sabre d'une 
barre les mots v ho | mme, Ro | me ». Quel opérateur! Il est 
mal venu d'attribuer aux autres, malgré leurs protestations, ce 
genre de chirurgie. 

Mais examinons quelques-unes de ses opérations. Pourquoi, 
« sous couleur » d'explosion ou d'implosion, enlève-t-il ou 
rattache-t-il aux syllabes rythmiques telle ou telle consonne ? 
Pourquoi ses mesures commencent-elles ou finissent-elles indif- 
féremment par le « temps marqué » ? Pourquoi sont-elles 
égales en théorie, si l'oreille est incapable d'en reconnaître l'éga- 
lité ou l'inégalité ? Pourquoi, afin d'évaluer l'intensité auditive, 
suffit-il de calculer l'intensité mécanique ? Parce que c'est comme 
ça. Je ne vois pas qu'il en donne d'autre raison . 

Pour lui, encore, « le temps marqué porte sur toute la syl- 
labe qu'il frappe, tant sur les éléments consonantiques que sur la 
partie vocalique » (p. 91, note). L'intensité du temps marqué, 
soit, — elle se fait même sentir, en anglais au moins, dès la fin 
de la syllabe précédente et parfois jusque sur la suivante, — 
mais non le temps marqué lui-même, c'est-à-dire l'endroit où 
l'on bat la mesure et où l'accroissement d'intensité atteint le 
maximum : il tombe au commencement de la voyelle (ou de la 

I. Parce qu'il s'agit de « consonnes essentiellement explosives ». 



ISOCHRONISME ET ANACRUSE 38) 

consonne) syllabante. Pour s'en convaincre, il suffit de chanter 
Le Roi Dûgobert ou de réciter n'importe quels vers bien rythmés. 

* 
* * 

Revenons à nos moutons, — s'il est permis de désigner ainsi 
les critiques de M. Grammont, qui n'ont rien de la douceur du 
mouton. Nous avons vu comme il traite cette pauvre anacruse : 
« L'anacruse est une invention saugrenue d'un philologue alle- 
mand du siècle dernier, qui eut recours à cet artifice pour scan- 
der certains vers grecs dont il ne pouvait venir à bout sans ce 
subterfuge ». Voilà qui manque de clarté, — comme explication, 
— et encore plus de courtoisie. Mais, en outre, cest faux. 

Dans la scansion rationnelle, ou normale, toute mesure com- 
mence et se termine à un temps marqué, et ce qui précède le 
premier temps marqué d'une phrase musicale ou d'un vers en 
précède par là même la première mesure, forme une avant- 
mesure, ou anacruse. 

« Saugrenue » ou non, cette notation du r}'thme n'a pas le 
moins du monde été inventée par le philologue allemand incri- 
miné, G. Hermann, qui a simplement, dans un livre écrit en 
latin, baptisé l'avant-mesure du nom d'auacrusis ^ 

Elle ne remonte pas seulement au « siècle dernier », mais au 

I . 'Avaxpojj'; semble à première vue calqué sur l'allemand Àiiflakt : ivi, 
auf « (de bas) en haut », parce qu'à l'avant-mesure on lève le pied ou la main, 
en scandant, pour l'abaisser au premier temps marqué, pour /.aTay.soj£'.v iaa 
Tw -ooi « frapper du pied » (ScIkI. Aeschiu. in Tim., § 126). Il n'en est rien. 
Auftaki n'existait peut-être pas encore (il ne se trouve ni dans Adelung ni 
dans Campe). Hermann, en tout cas, n'a fait que donner un sens restreint 
au mot grec àvaxco-jj;; « intonation, prélude » :... anacrusin vocamus, propte- 
rea quod quasi introductio quaedam est ad numerum, quem deinde ictus ordi- 
tur » (G. Hermann, Elementa doctrinae metricae, Leipzig, 1816, p. 11). Ce n'est 
pas non plus l'Allemand Hermann mais l'Aiiglais Bentley (1662-1742), — chez 
les modernes, du moins (cf. Augustin, de Mus., V, 6), - - qui a sans doute 
appliqué le premier aux vers la scansion anacrusique. 



386 



PAUL VERRIER 



xvii^, OÙ les musiciens ont commencé à mettre régulièrement la 
barre de la mesure avant le temps marqué, et elle a obtenu un 
si grand succès que depuis environ deux cents ans on l'applique 
sans exception dans tous les morceaux de musique, voire dans 
les transcriptions de musique grecque. Voici, par exemple, com- 
ment on note Le Roi Dagobert' : 



L© bOn roi DS go bCrt A vS/t sa eu lObbe à l'en vCps. Le grand 



saint E io/* lui dit "O mon roî , Vo tre Ma jes té Est mal 



cl/ lot té'. J C'est vra/ ' lui dit le r-o/ je va/s la ne mettre é l'en- 




Si j'ai choisi Le Roi Dagohert, ce n'est pas seulement parce que 
l'air en est connu, c'est aussi parce que le rythme en est crois- 
sant. Les faibles se rattachent, dans le chant, à la forte suivante : 
« Le bon roi Da gob^rt » etc. Ces groupes rythmiques crois- 
sants chevauchent sur les mesures : voyez la musique. Et l'ana- 
cruse ? En tète du morceau (« Le »), elle n'appartient à aucune 
mesure; ailleurs, elle fait presque toujours partie de la même 
mesure que la fin du vers précédent (« -v^rs. Le grand », etc.). 
Mesures à cheval sur deux groupes rythmiques et même sur 

I. La mesure à 6/8 se compose de deux mesures simples à 3/8, dont la 
première commence par le temps marqué principal et la seconde par le temps 
marqué secondaire. Principal ou secondaire, le temps marqué tombe au com- 
mencement de la voyelle imprimée ici en italique. Les notes ou les syllabes 
qui le reçoivent s'appellent /or/«' (principales ou secondaires); les autres s'ap- 
pellent /fliW« . Dans notre notation musicale, on ne met de barre qu'avant le 
temps marqué principal. 



ISOCHRONISME El ANACRUSE 



387 



deux phrases, isolement de la première anacruse, que sais-je 
encore ! voilà, en apparence du moins, bien des complications 
« arbitraires ». 

N'est-il pas beaucoup plus simple, beaucoup plus naturel, de 
scander comme M. Grammont? A rythme croissant, scansion 
croissante : on fait commencer la première mesure avec le pre- 
mier son de la phrase musicale ou du vers ; on met la barre de 
la mesure, non pas avant la forte, mais « immédiatement après » 
(p.i r). Rien de plus facile '. 

B 



i 



^^ 



Le bon roi dô - go - bcrt 



-■—H 



f^=^ 



£ 



va/t , sa eu- lotte à I en -vers 



^ 



Le grand saint E - lo/ 



u u 



Lui dit: O mon no/. 



^ 



Vo tre !Aa jes - té 

^ ^ J I _Nz =zr=; 

» ^ — ! 



Esfc mal cU - lo - ttéfl 



I. Pour plus de clarté, j'imprime la barre de la mesure en trait plein après 
les fortes principales, en pointillé après les fortes secondaires. — M. Gram- 
mont scande chaque vers à part (v. p. 88 et suiv.). 



388 



PAUL VERRIER 



1 



C'est vrai, lui d/b le rot ; 



tf I ! I > f- I ^ h =F=F 

^- I 1 I 1 1 ^ I L ^ L - L 

1 v^ 1 >f 1, 1 _ — — , ,. — 



je va/s la re-me - ttp'à l'en - dro/b ". 

Rien de plus facile, encore une fois, que de supprimer l'ana- 
cruse : est-ce que les notes n'ont pas conservé leur valeur ? les 
temps marqués, leur place et leur graduation ? 

En effet, le résultat est édifiant. Évaluons en croches la durée 
que présentent, dans cette scansion à la Grammont, les mesures 
simples (S) et les couples de mesures (C) ' : 



ler vers 






2e vers 






3e 


vers 




4e vers 


s. 3 
C. 


3 
6 


4 




3 


I 
4 


3 5 

8 




4 


2 
6 




4 2 
6 


5 e vers 






6e 


vers 




7e vers 






8e 


vers 




4 2 
6 






4 


3 

7 




3 3 
6 


4 




3 


I 

4 


3 7 
10 



Que devient l'égalité théorique des mesures, cette égalité sans 
laquelle « le rythme serait détruit » (p. 12)^ ? 

Calculons, au contraire, la durée des mesures dans la scansion 
à anacruse (A) : chaque mesure simple vaut trois croches; 
chaque couple de mesures en vaut six. En outre, ces couples de 
mesures sont bien des mesures composées, qui commencent 
chacune par le temps marqué principal. Voilà, et sans complica- 
tions réelles, le rythme parfaitement rétabli dans la notation. 
« Artifice » ou « subterfuge », l'anacruseadu bon. 

2. Voici la valeur des mesures que donne la scansion croissante de la SîAi 
Brahim (les chiffres entre parenthèses représentent les sons qui (c tombent dans 
la pause ») : 3 noires, 3/4, 6 1/4, — 2 1/2, i 1/4, s 1/4 (i 1/2), — i, i 3/4, 
S 1/4 (i 3/4), — 2, 2, 3 1/4, — 3/4, 2 1/4, 3 (i 3/4), — 2, 2, 3 1/4, — 3/4, 2 1/4, 
3 (172). Voilà pourquoi, sans doute, cette musique aide si bien à marcher au pas! 



ISOCHRONISME ET ANACRUSE 389 

Mais « les Grecs n'en avaient jamais eu besoin ». Le bel argu- 
ment ! En mathématiques, non plus, ils n'ont jamais eu besoin, 
semble-t-il, ni de « l'artifice » sur lequel repose la notation 
arabe des nombres, ni des c artifices » qui constituent la notation 
algébrique. M. Grammont va-t-il nous contraindre, pour 
cette raison, à faire nos calculs avec leurs chiffres ou ceux des 
Romains? Ce sera commode ! Les Grecs eux-mêmes, faute 
d'avoir connu ces divers « artifices », n'ont pas réussi à résoudre 
nombre de problèmes, en métrique aussi bien qu'en mathéma- 
tiques . 

Est-il bien sûr, d'ailleurs, qu'ils n'aient jamais mesuré le 
rythme, poétique ou musical, en tenant compte de l'anacruse ? 
Les métriciens, peut-être. Il n'en est pas de même des poètes : 
pour eux, chez les Grecs aussi bien que chez les Hindous et les 
Germains, toute syllabe rj'thmique commence avec une sylla- 
bante, voyelle ou consonne, et se termine à la suivante ' ; il 
s'ensuit que toute mesure commence avec la syllabante d'une 
forte et que toute faible initiale forme anacruse. Et en effet, la 
place et la valeur des syllabes irrationnelles, les résolutions, les 
coupes, la loi de Porson, etc., tout prouve bien qu'au point de 
vue de la répartition en mesures les poètes grecs traitaient les vers 
iambiques comme des vers trochaïques à anacruse ^. 

Une expérience des plus simples suffit à montrer qu'il est im- 
possible de scander autrement sans aller à l'encontre des faits. 
C'est M. Wm. Thomson qui l'indique dans son intéressante 
brochure Rhythm and Scansion (p. 8). Si la mesure n'est pas 
une pure invention de musicologue ou de métricien, si elle 
existe bien dans la réalité, objective ou subjective, n'importe, 

1. Même au point de vue purement linguistique « le compte de la quantité 
part du commencement de la voyelle « (Meillet, Introduction, 3e édition, 
Paris, 1912, p. 108). 

2. V. Louis Havet, Métrique, § 244-248, et Alfred Croiset, La Poésie de 
Pindare, 2» édition, Paris 1886, p. 36. 



390 PAUL VERRIER 

nous devons pouvoir en signaler le commencement et la fin, 
dans le chant comme dans la diction, par un mouvement net et 
décidé : en frappant du pied, par exemple, dans une marche 
cadencée. 

C'esç là ce qui se fait presque machinalement, instinctivement, 
irrésistiblement, pour les mesures de la scansion rationnelle ou 
■normale, qui commencent et finissent à un temps marqué. Pour 
le constater, on n'a qu'à regarder marcher les soldats au 
•son du tambour et du clairon. On peut l'essayer soi-même sur la 
scansion A du Roi Dagobert : on frappera du pied, du gauche et 
du droit alternativement, au commencement de toute voyelle 
imprimée en italique (il faut lever le pied gauche à l'anacruse 
jnitiale). On peut même l'essayer, non seulement sur un alexan- 
drin présentant « la belle régularité du vers type » (p. 15), 
comme 

Où Cologne et Strasbo?/rg, Notre-D^me et Saint-Pierre..., 

•mais encore sur de moins régulièrement rythmés, tels que les 
suivants ; 

Regrettez-vo!/s le te»/ps où d'un siècle barbare 
Naqu/t un siècle d'or, plus fert/Ie et plus beau ? 
Où le v\e\\ uniwrs fend/t avec Lazare 
De son fro;/t rajeun? la pi^'rre du tombeau ? 

Passons maintenant à la scansion de M. Grammont. Nous 
l'avons appliquée à une chanson. Le Roi Dagohert (B). Appli- 
quons-la aux fragments de Rolla cités plus haut : 

Où Cologne [ et Strasbourg, | Notre-Dame | et Saint-Pierre... 

Regrettez-vous | le temps | où d'un siè|cle barbare 

Naquit | un siècle d'or | plus fertile | et plus beau ? 

Où le vieil | univers | fendit | avec Lazare 

De son front | rajeuni | la pie | rre du tombeau • ? 

I. Pour le premier vers, je reproduis la scansion donnée par M. Grammont 
à la p. 15. Pour les quatre autres, je tâche d'appliquer ses indications et d'imi- 



ISOCHRONISME ET ANACRUSE 391 

Qu'on cherche, dans la chanson et dans les vers, dans la chan- 
son d'abord, qu'on cherche à frapper du pied, en marchant, au 
commencement et à la fin des mesures, c'est-à-dire à l'attaque 
consonantique ou vocalique de la première syllabe, dans chaque 
vers, et de toute syllabe qui suit une barre quelconque : « on gi- 
gotera en vain de l'air piteux d'une poule qui court sur un gril 
brûlant » (Wm. Thomson). Exercice ridicule ! dira sans doute 
M. Grammont. Oh oui ! et combien ! Mais alors? 

Mais alors c'est bien aux temps marqués, et non ailleurs, que 
commencent et se terminent les mesures. 

En scandant ainsi on divise le vers en « tranches arbitraires et 
barbares »! « Arbitraires », non : nous venons de le voir'. 
« Barbares », pas davantage : pourquoi serait-il barbare de prendre 
pour point de départ d'une durée tel phonème plutôt que tel 
autre ? Ah ! sans doute, si l'on s'avise de « couper » le vers dans 
la prononciation à la fin des mesures, ce sera une singulière 
mutilation. Mais j'ai tant de fois protesté contre pareille « scan- 
sion » parlée, et si énergiquement, qu'on n'a pas le droit de 
m'en attribuer le « ridicule ». Puisque M. Grammont se fait cette 
conception de la mesure, il « coupe » évidemment de la sorte 
en « scandant », et l'accusation qu'il lance contre moi retombe 
sur lui. Ce sont bien des « tranches barbares » que « -ve 
souffre », « -me vis », « -gne le mal », « -les descends », 
dans les scansions que voici : 

Nais, I grandis, ( rêlve, souffre, | ai'^me, vis, | vieillis, | tombe... 

(p. 80) 
Satan | rè||gne, le mal ] fait loi, || l'enfer | c'est l'ordre... 
Descends,' Char|| les, descends, | Frédéric. || descends, | Pierre... 

(p. 81) 

ter ses exemples, qui ne s'accordent pas toujours et manquent parfois de 
clarté. 

I. V. aussi La mesure des durées rytlnniques dans les vers (Revue de Phoné- 
tique, t. II. iqi2, p. 69-75). 



392 PAUL VERRIER 

Pour moi, je le répète, ce que je a divise en tranches », ce 
n'est pas la matière du rythme, c'est-à-dire les syllabes du vers, 
mais la durée. Qu'importe alors que la limite de deux « tranches » 
tombe au milieu d'un mot ? Est-ce qu'elle le dépèce en deux 
tronçons ^ Pas plus que la ligne de partage des eaux ne scinde 
un terrain. Afin de prévenir toute méprise, j'ai banni la barre de 
mes scansions, et j'évite autant que possible de citer à part l'en- 
semble des sons qui remplissent une mesure. Il paraît que ce 
n'est pas suffisant. 

Parce que M. Vidal de la Blache, dans son Atlas, peint en 
couleurs différentes les bassins de nos fleuves, il y aura toujours 
de petits élèves qui se les représenteront comme des « tranches» 
distinctes, d'autres qui accuseront l'auteur d'avoir découpé la 
France en « tranches arbitraires et barbares », dont la démarca- 
tion ne correspond à aucune « coupure » du sol et passe peut- 
être au beau milieu des routes, des champs, des jardins, des 
maisons. Il faut s'y résigner. L'eau n'en continuera pas moins à 
s'écouler sur la pente des versants, — les mesures à s'égrener 
de temps marqué à temps marqué. 

Il est probable, d'ailleurs, que si nous n'y sommes pas tous 
restés, nous avons tous passé par l'erreur de ces petits élèves, — 
en métrique du moins : la scansion trochaïque des vers iambiques, 
avec son anacruse, apparaît à première vue comme quelque 
chose d^arbitraire, de barbare, de ridicule ; pour les vers à rythme 
croissant, tels que les nôtres, la scansion croissante semble 
d'abord s'imposer. Dans une Métrique française rédigée en 1886, 
— le manuscrit dort au fond d'un placard, avec la lettre de 
recommandation qu'Arsène Darmesteter m'avait donnée pour 
m'aider à trouver un éditeur, — je scandais nos alexandrins 
exactement comme M. Grammont : 

Où Cologne [ et Strasbourg, | Notre-Dame | et Saint-Pierre... 

(P- 15) 
due vous êjtes joli ! | Que vous me semblez | beau !... 

(P- 95) 



ISOCHRONISME ET ANACRUSE 393 

J'ai reconnu plus tard que j'avais tort. Je l'ai reconnu d'abord 
à propos du vers germanique, juste après avoir publié des No- 
tions simplifiées de versification allemande et des Notions simplifiées 
de versification anglaise (Paris, 1891), où la scansion croissante 
figure à côté de la scansion décroissante. Depuis cette date loin- 
taine, l'étude de la versification et de la musique, sous toutes 
leurs formes, l'observation auditive et la phonétique expérimen- 
tale n'ont cessé d'affermir cette conviction. 

En retrouvant chez M . Grammont mes opinions d'autrefois, 
sans nouvel argument à l'appui, comment n'estimerais-je pas 
qu'il se trompe ? Je lai déjà dit (JL'Isochronisme dans le vers fran- 
çais, p. 5). J'ajouterai aujourd'hui que sa scansion erronée 
entraîne forcément d'autres inexactitudes : dans les explications 
qu'il donne sur les accélérations et les ralentissements du débit, 
sur l'allongement de certaines consonnes, etc., etc. Mais je n'au- 
rai pas l'outrecuidance de proclamer, pour cette raison, qu'il 
« ignore ce que c'est qu'un vers français ». Il prend pour des 
mesures les groupes rythmiques ou autre chose, voilà tout '. 

Je ne chercherai pas non plus à tourner en ridicule, — ce ne 
serait que trop facile, — soit l'accent qu'il s'obstine à mettre sur 
« -blez » dans le vers de La Fontaine déjà cité : 

Que vous é ; tes joli ! | Que vous me semW^^ | beau ! 

(P- 95) 

soit la complexité de ces correspondances vocaliques dont il fait 
un critère infaillible pour apprécier et coter l'harmonie des vers 
français, soit l'attirail d'accolades qu'il emploie à cette fin et dont 
voici un exemple relativement simple, pour un vers qui « va 
bien », 

I . Reprenons ce vers de Musset (le temps marqué tombe sur les voyelles en 
italique) : 

Regrettez-vous le t^wjps où d'un si^de barbare... 
Il semble que le troisième groupe rythmique se termine juste avant « bar- 



394 l'^UL VERRIER 

« On craint qu'il n'essuyât les larmes de sa mère... 



(p. 384) ' 

soit la gymnastique par laquelle « nous avons essayé de faire 
passer notre oreille par-dessus la césure de l'hémistiche de la 
manière suivante : 

C'est que, lorsque Junon vit son beau sein d'ivoire 
è é è û 11" i u" ô e'i i a 



(pp. 450-0 '• 



Tourner en ridicule, à quoi bon? Qu'est-ce que cela prouve- 
rait? Rien. Aux yeux du grand public, on est ridicule quand on 
écrit « orne », au lieu de « homme » (M. Grammont doit le 
savoir), quand on rattache « legs » à « laisser », ou le nom 
de poisson « aigrefin » au hollandais « schelvis », quand on fait 

bare », Mais il est impossible, dans la scansion parlée, de couper le vers à cet 
endroit. Comme nous avons perdu l'habitude de prononcer nettement un c 
faible à la fin des mots ou groupes de mots isolés, nous ne pouvons nous 
arrêter que sur les svllabes fortes, c'est-a-dire ici sur « sit- ». On « scande » 
donc : 

Regrettez-vt}(/s | le tt'wps | où d'un sit'jcle barb(/r'}... 

Ces « tranches » terminées par une forte servent à compter les syllabes ; c'es^ 
pourquoi M. Landry les appelle « groupes syllabiques ». Telles sont les me- 
sures de M. Grammont. 

1. On trouvera des combinaisons beaucoup plus compliquées pp. 126-7 *-'f 
surtout 446-8. 

2. «Mais... dans les vers de coupe vraiment classique notre oreille n'a 
jamais pu s'habituera faire un pareil saut » (p. 431). C'est peut-être faute 
d'exercice. « Cette construction ne peut se faire que sur le papier » (ib.). Et les 
autres ? 



ISOCHRONISME ET ANACRUSE 395 

remonter le français « loup » et l'allemand « wolf » à une forme 
unique et aussi « barbare », aussi impossible que *wlk'^'os. Ridi- 
cule, barbare, ces mots traduisent des impressions personnelles, 
justifiées ou non. Ils n'ont aucune valeur au point de vue de la 
science, qui ne distingue qu'entre vrai et faux, exact et inexact. 
Je conclus donc tout simplement : i° les imputations de 
M. Grammont sont fausses ; 2° sa scansion est inexacte. 

Paul Verrier. 



LE FONCTIONNEMENT DES CORDES VOCALES 
POUR LES OCCLUSIVES. 

Ce problème a fait couler beaucoup d'encre. Les discussions 
qu'il a soulevées, ont donné naissance aux expériences du D"" Rosa- 
pelly décrites dans les M.S.L. IX, 488. 11 était clair pour ce 
savant que le meilleur moyen d'obtenir la solution, c'était d'ob- 
server directement l'action des cordes vocales. Pour y arriver, il 
plaçait entre les dents de ses sujets, un bouchon permettant d'in- 
troduire le laryngoscope dans la cavité buccale. Ensuite, il fai- 
sait prononcer des mots tels que aba, apa ; et il a pu constater 
que le larynx se comportait différemment pour les deux séries de 
sons examinés : pour le p de apa, les cordes vocales formaient 
un triangle comme pour la respiration normale; pour b de aba, 
elles gardaient la position qu'elles avaient prise pour la voyelle 
précédente. Etant donné les conditions un peu anormales de la 
prononciation, les expériences du D"" Rosapelly ne sont pas tout 
à fait convaincantes (v. Jespersen, Griindfragen, p. 130). 

C'est à peu près de la même façon qu'ont été faites les expé- 
riences de M. Zûnd-Burguet ^Archives internationales de Laryn- 
gologie, 1903, p. 28-30). La seule différence consiste en ce que le 
bouchon y a été remplacé par un anneau métallique et celui-ci 
relié par un tube en caoutchouc avec un tambour inscripteur pour 
enregistrer les efforts musculaires des lèvres. Dans la très grande 
majorité des cas, les faits observés pour les sons français ont été 
les suivants : « 1° Pour m, les cordes vocales se rapprochent sur 
toute leur longueur visible, et ne laissent entre elles qu'une très 
petite fente. 2° Pour b, ce rapprochement se montre plus accen- 
tué aux deux extrémités des cordes, ce qui donne à la fente glot- 



LE FONCTIONNEMENT DES CORDES VOCALES 397 

tique une forme légèrement convexe. 3° Pour p, la fermeture de 
la glotte est complète. Parfois même les cordes vocales se croisent 
faiblement sur leur partie postérieure. 4° Dans la prononciation 
française du p aspiré (j> suivi immédiatement d'une sorte de h, 
comme on peut l'entendre sur la scène), les cordes se touchent 
d'abord complètement comme pour le p ordinaire, ensuite elles 
s'ouvrent assez largement, pour se mettre aussitôt dans la posi- 
tion propre à la voyelle qui suit l'explosion du p. » 

Ces expériences ayant été faites la bouche ouverte, on peut 
leur faire la même objection qu'à celles du D' Rosapelly. C'est 
pourquoi M. Meyer les a reprises en vue d'arriver à quelque 
chose de plus sûr. A cet effet, il a modifié le procédé du D' Rosa- 
pelly, en remplaçant le bouchon par un verre de lunettes plan, 
entouré à sa circonférence par une bande de carton, perpendicu- 
laire à la surface du verre. Ce verre, ainsi arrangé et placé entre 
les dents, constitue une véritable fenêtre buccale. Dans le voisi- 
nage immédiat est introduit le laryngoscope. C'est à travers cette 
fenêtre qu'un réflecteur, projetant la lumière sur le miroir, éclaire 
les cordes vocales et en rend possible l'obserN'ation. Tandis que 
dans les expériences du D"^ Rosapelly et de M. Zûnd-Burguet, 
l'occlusion n'était pas réalisée, mais seulement intentionnée, la 
fenêtre buccale, suivant l'assertion de M. Meyer, permet de pro- 
noncer des mots tels que bà, pà, etc. et d'y réaliser, pour les con- 
sonnes, une occlusion buccale complète. Au moyen de cette 
méthode, M. Meyer a observé le fonctionnement des cordes 
vocales pendant l'articulation des occlusives labiales chez trois 
Allemands, un Suédois, un Danois et un Français. 

Un autre moyen d'observer les cordes vocales pendant la fer- 
meture des lèvres et utilisé également par M. Meyer, est fourni 
par l'endoscope de Flatau. Cet appareil est un tube métallique por- 
tant à un bout une lentille accompagnée de deux petites lampes 
électriques pour éclairer le larynx. La lentille projette limage 
de la glotte sur un prisme qui la dirige sur une autre lentille pla- 

Revue de phonétique. 27 



398 J. CHLUMSKY 

cée à l'autre bout du tube, et la présente ainsi agrandie à l'œil de 
l'observateur. C'est au laboratoire de Hambourg que M. Meyer a 
mis à profit ce procédé pour observer les cordes vocales pendant 
la prononciation du p italien de M. Calzia. 

Voici textuellement les résultats de ses recherches faites au 
moyen des deux procédés mentionnés : 

« Pour la tenue aspirée ph dans phà, àphà, àph de l'allemand 
du nord, du suédois et du danois, la glotte est largement ouverte 
au moment de l'occlusion du p. La distance des cordes vocales 
pour le p danois fortement aspiré semble — chose singulière — 
plus petite que pour le p allemand qui est moins aspiré. 

Au moment juste de l'explosion du p, les cordes vocales se 
mettent en mouvement afin de réaliser la fermeture de la glotte 
nécessaire pour la voyelle (observé seulement pour l'allemand du 
nord). 

Pour la tenue non aspirée (pure) p dans pà, àpà en français et 
en italien, pendant l'occlusion du p, les aryténoïdes sont entiè- 
rement rapprochés dans leur partie postérieure; la glotte forme 
une fente étroite (d'environ r/2 — 3/4 mm.), qui devient poin- 
tue en avant et quelquefois aussi en arrière, ce qui est dû proba- 
blement à l'absence de la tension du muscle vocal. 

L'occlusive sourde b de l'allemand moyen montre essentielle- 
ment la même image que la tenue pure française et italienne. Les 
aryténoïdes sont toujours rapprochés, quoique la pression de 
l'un contre l'autre soit un peu plus petite par rapport à la posi- 
tion vocalique. Pour M. H. S. (de Francfort s./M.), les cordes 
vocales étaient quelquefois entièrement rapprochées l'une de 
l'autre dans toute leur longueur. Mais même ici, une fente étroite 
était ordinairement visible, et dans un cas, celui de M. H. C. 
(d'Ubigau), pour le b sourd dans àbà, les aryténoïdes eux aussi 
pouvaient s'écarter un tout petit peu. Pour le b sourd du haut- 
allemand (oberdeutsch) et du danois, la pression des cordes vocales 
semblait également plus petite que pour la voyelle, sans qu'une 
fente nette fût visible. 



\ 



LE FONCTIONNExMENT DES CORDES VOCALES 399 

Pour le b sourd de l'allemand du nord (à l'initiale absolue: bà, 
ou bien après une sourde: af ba), les aryténoïdessont, en arrière, 
entièrement rapprochés ; la glotte forme une fente de largeur égale 
(d'environ i mm.) d'avant en arrière. 

Toutes les positions des cordes vocales décrites plus haut sont 
prises dès le commencement de la fermeture labiale, et non pas 
après, pendant la durée de l'occlusion. » 

Ce sont certes des résultats intéressants qui complètent utile- 
ment nos connaissances sur le fonctionnement des cordes vocales. 
M. Meyer promet dans son article Das Problem der Vokalspannung^ 
Die Neiieren Sprachen, t. 21, p. 160, défaire sur ce point une 
étude systématique pour un plus grand nombre de langues tant 
européennes que parlées hors de l'Europe. On ne peut que 
souhaiter qu'il puisse bientôt réaliser cette promesse. 

Jos. Chlumsky. 



Revue de phonétique. 27* 



COMPTE RENDU 



H. GuTZMANN, Untersuchuiigen ûber das Wesen der NasaliliU (Recherches sur 
ce qui constitue la nasalité), tirage à part de VArchiv fi'ir Laryngohgie uiul 
Rhinologie, t. 27, fasc. le"", 1913, 67 pages, avec deux tables de tracés et 18 fi- 
gures dans le texte. 

Ce que l'auteur s'est proposé dans cette étude, c'est de réunir les résultats 
des travaux sur la nasalité (^ nasillement), dispersés en différents endroits, et 
de rendre service au laryngologiste praticien « qui, pour le moment, reste tou- 
jours encore un peu étranger aux travaux scientifiques de la phonétique expé- 
rimentale » (p. i). C'est donc surtout au point de vue médical que l'auteur 
s'est placé. Cependant les renseignements qu'il apporte peuvent intéresser aussi 
les linguistes, étant donné que le nasillement ne reste pas toujours seulement 
une particularité individuelle, mais qu'il peut s'étendre sur une langue entière 
et en influencer le système phonétique. Un exemple de ce genre a été étudié 
par M. Caballero dans sa Contribution à la connaissance de la phonétique du 
guarani, Revue, 191 1, p. 158 et suiv. D'un autre côté, envisagé comme parti- 
cularité individuelle, le nasillement intéresse l'apprentissage des langues. Par 
conséquent, il sera utile pour les lecteurs de la Revue de résumer brièvement 
le travail de M. Gutzmann. 

Dans la première partie, l'auteur précise d'abord la conception du nasille- 
ment au point de vue clinique, en énumérant les trois formes du phénomène : 
1° la rhinolalie close (rhinolalia clausa), dans laquelle les cavités nasales sont 
fermées par des obstacles d'ordre pathologique (rhinolalia clausa organica), ou 
bien par la contraction maladive du voile du palais qui, pendant la parole, se 
tient collé contre la paroi du pharynx (rhinolalia clausa fonctionalis). Dans ces 
deux cas, la fermeture rend impossible la production correcte des consonnes 
nasales et modifie aussi les voyelles placées dans le voisinage des nasales : 
2° la rhinolalie ouverte (rhinolalia aperta), où le voile du palais n'arrive pas à 
bien fermer la cavité nasale. L'air, en s'échappant toujours par le nez, modifie 
la prononciation ; 30 la rhinolalie mixte (rhinolalia mixta), qui est une combi- 
naison des deux formes précédentes. 

Ceci indiqué, M. Gutzmann parle des expériences qui ont été entreprises en 
vue de se rendre compte, dans une certaine mesure, du mécanisme du nasil- 
lement'. Voici la première série de ces expériences : on pratique artificiellement 



I . A cette occasion, M. Gutzmann fait remarquer que les méthodes employées 
pour étudier la question, ont souvent péché faute d'une définition exacte de 
ce que chaque chercheur entendait par la « nasalité », et il rappelle en même 



I 



COMPTE RENDU 4OI 

dans la cavité nasale, des modifîcations semblables à celles qui se produisent 
naturellement et amènent le nasillement ; on enregistre le courant nasal au 
moven d'une olive reliée à un tambour inscripteur ; ou bien on le fait au moyen 



temps que c'est Griitzner qui fait une distinction tout à fait juste entre la voix 
nasale (Nasenstimme) et la voix nasillée, nasillarde (nâselnde Stimme), et qui 
a tâché aussi de l'expliquer. A cause de l'intérêt que pourrait avoir l'exposé de 
Grûtzner, j'en cite quelques passages reproduits par M. Gutzmann p. 14 et 
suiv. : « Ce qui est sur, c'est que la voix nasale se produit toujours, quand les 
cavités du nez et leur entourage se mettent à résonner suffisamment fort. C'est 
d'après la sorte et la force de cette résonance par rapport à celle de la bouche 
qu'il faut distinguer une voix nasale et une voix nasillarde. » « Si nous renfor- 
çons au maximum — d'après l'opinion générale — , la résonnance des 
cavités nasales, en chantant, la bouche fermée, n'importe quelles notes 
aiguës ou graves, nous chassons tout naturellement, le voile du palais étant 
ouvert, tout l'air expiratoire à travers le nez, nous produisons en bourdon- 
nant le son m, maisia voix n'est pas nasillarde du tout et ne le deviendra pas 
non plus, même si nous chantons de toutes nos forces, en faisant vibrer fort 
même les narines. A la suite de ces faits, parce que la voix s'échappe par le 
nez, nous pouvons la nommer voix nasale, mais nous n'attribuerons jamais le 
caraaére de nasillement aux sons de la voix produits de cette manière. » 

« Ce changement frappant du timbre » (= de la voix en voix nasillée) «s'ef- 
fectue de la façon suivante : Tout d'abord nous soulevons le larynx en tenant 
le voile ouvert, et plus le nasillement doit devenir sensible, plus nous rappro- 
chons du voile la partie postérieure de la langue. Si pendant ce temps, les lèvres 
sont fermées, le son de Vin (ou plus exactement du son que nous produisons 
les lèvres fermées) devient nasillard ; si elles sont ouvertes, ce sont les voyelles, 
produites suivant les dimensions et les formes de la cavité buccale, qui seront 
nasalisées. » 

« Ce qui doit frapper tout d'abord, c'est que, si pendant la production de 
Vui, toute la masse vibrante de l'air est chassée à travers le nez, la voix ne prend 
toutefois nullement le caractère nasillard, tandis qu'un petit changement dans 
la position du larynx et de son entourage change la voix d'une façon aussi 
frappante. Ceci repose sur le fait suivant: Le son que l'on entend ordinairement 
quand on produit la voix pendant la fermeture des lèvres, ressemble à un 
murmure sombre et rappelle Vu. Comme cette voyelle, il ne contient que peu 
de notes composantes d'une intensité appréciable . C'est seulement la pre- 
mière note composante qui est bien audible, mais toutes les autres sont exces- 
sivement faibles. Elles le sont par cette raison que le tube phonateur qui, comme 
on sait, donne le timbre, représente respectivement, dans le cas en question, 
plusieurs cavités ayant une ouverture étroite, à savoir la cavité buccale, 
les cavités nasales et la cavité nasopharvngicune située en arrière, laquelle va à 
partir de la position basse du larynx jusqu'à la base du crâne. Abstraction 
faite de leurs dimensions, les cavités de la bouche et du pharynx sont entourées 
de parois lâches qui anéantissent l'existence des notes composantes aiguës, 
même si celles-ci se trouvent originairement dans le son. — Mais plus nous 
soulevons le larvnx et plus nous reculons la langue, plus nous diminuons aussi 



402 COMPTE RENDU 

de Vaérodromoiiiètre de M. Zwaardemaker (un petit rond eu aluminium, main- 
tenu entre deux ressorts en spirale et enfermé avec ces ressorts dans un tube 
en verre, est mû par l'air sortant du nez et ses mouvements sont photogra- 
phiés); on écoute tout simplement le son des voyelles a-f, prononcées alterna- 
tivement, le nez bouché, ensuite le nez libre (épreuve a-i de M. Gutzmann) et 
d'après la qualité du son, on conclut à la qualité du nasillement, etc. 

Dans la deuxième série d'expériences, on imite le mécanisme réel ou sup- 
posé pour le nasillement. C'est à ce genre qu'appartient la machine parlante de 
Kempelen qui produisait une vi, si pendant la fermeture de la bouche on 
découvrait extérieurement, les deux petits tubes servant de cavités nasales ;une«, 
si l'on n'en découvrait qu'un seul. Une imitation plus fidèle des organes phona- 
teurs et surtout du voile du palais, permettant de réaliser intérieurement, la 
fermeture du nez, est fournie par les modèles de M. Gutzmann et de M. Muse- 
hold (celui de M. Musehold, très simple, en carton). 

Après cet exposé consacré spécialement à la production du nasillement, 
M. Gutzmann passe à l'analyse du son lui-même, aux expériences de Helm- 
holtz faites au moyen de résonateurs, aux observations de Helmholtz et de 
Mach à savoir que les sons dépourvus de notes composantes paires sonnent 
creux et nasillard, à l'assertion de Helmholtz lui-même que le nasillement 
nécessiterait, — à côté des harmoniques supérieures impaires — encore leur 
présence en un plus grand nombre, assertion qui est en désaccord avec les 
résultats de l'analyse mathématique de M. Gutzmann. Malgré ce désaccord, 
l'auteur ne rejette nullement l'analyse subjective, mais il l'apprécie à sa valeur ; 
il l'a mise même à contribution, dans ce travail, en cherchant à établir, dans 
le chuchotement, le rapport des voyelles orales et des voyelles nasillées, pro- 
cédé qui lui a permis de distinguer, dans les voyelles nasillées, deux notes, 
l'une ordinairement plus grave, l'autre plus aiguë ou bien ayant la même hau- 
teur que la note des voyelles orales correspondantes chuchotées . Il reconnaît 
aussi, contrairement à M. Thomson (^Archiv fur slav'ische Philologie, t, XXXIV, 
p. 565, compte rendu du travail de M. Scerba, Voyelles russes), l'utilité des 
expériences faites au moyen des diapasons : « Assez souvent, dans le désaccord 
d'opinions, c'était pour moi extrêmement réconfortant (ûberaus beruhigend) de 
pouvoir constater de nouveau les zones de renforcement des voyelles normales 
non seulement au moyen de l'analyse mathématique, mais aussi grâce au dia- 



cet espace et sa communication avec le larynx, tandis que, grâce à l'abaisse- 
ment profond du voile du palais, une communication large se rétablit avec les 
cavités nasales. C'est dans ces cavités, et cela presque uniquement, que se pro- 
duit maintenant la résonance qui, à cause des petites dimensions de ces cavi- 
tés et de leurs parois fermes et élastiques, favorise naturellement le renforce- 
ment des notes composantes supérieures. » 

Ce sont les doctrines de Grùtzner qui ont servi de base pour les expériences 
ultérieures etles résultats de M. Gutzmann, ainsi qu'il le dit p. 14. 



COMPTE RENDU 4O3 

pason et à l'expérience pure et simple portant sur la résonance de la cavité 
buccale, installée pour une voyelle donnée » (p. 25). Bref, l'analyse subjective 
est, suivant M. Gutzniann, un contrôle utile de l'analyse objective. 

C'est à cette dernière qu'il s'est appliqué tout particulièrement, c'est aussi 
elle qui, dans son travail, occupe le plus de place (près des deux tiers du tout). 
Après avoir renvoyé, pour les consonnes nasales', aux recherches fondamentales 
de M. Hermann, il mentionne le travail de M. Katzenstein qui a fait le premier, 
l'analyse mathématique des voyelles nasillées (Passows und Schàfers Beitrâge, 
t. III, p. 291 et suiv.), et il arrive enfin à ses expériences personnelles sur le 
même sujet, faites d'abord au moyen de Vappareil Martens-Leppin (deux petits 
miroirs parallèles, collés verticalement à une plaque gramophonique, l'un 
recevant un ravon lumineux qu'il transmet au second et celui-ci au papier 
photographique), ensuite à l'aide de l'appareil Lioret, acquis récemment par 
l'auteur, acquisition qui lui a été facilitée par la Faculté de médecine de l'Uni- 
versité de Berlin et grâce aune fondation spéciale de la comtesse Bose. Ce der- 
nier appareil étant moins connu en Allemagne surtout parmi le public médical, 
M. Gutzmann en donne une description détaillée, en fait ressortir les avan- 
tages, la précision, la possibilité de contrôler à l'oreille l'inscription qu'il s'agit 
d'analvser, la finesse des tracés qui, avec l'agrandissement de mille fois, per- 
met de se passer de l'enregistrement photographique qui a ses inconvénients 
(opération mal commode, courbes grosses et d'une épaisseur variable, ce qui 
devient fort gênant si l'on veut les utiliser pour l'analyse mathématique, p. 33). 
Il apprécie aussi le mérite du mécanicien M. Lioret et enfin il décrit les addi- 
tions personnelles qu'il a apportées à l'appareil et dont l'utilité lui a été suggé- 
rée par la pratique : 1° pour pouvoir faire des transcriptions plus étendues, 
M. Gutzmann s'est fait construire un bâti spécial permettant d'employer une 
bande de papier noirci de 25 mm. (p. 37) ; 2° la transcription se taisant en arc 
et nécessitant une correction avant d'être utilisée pour l'analyse mathématique, 
M. Gutzmann a imaginé un appareil spécial rendant la correction facile et 
sûre (une simple tige mobile autour d'un point et servant à dessiner sur le 
tracé, un nombre voulu d'arcs pareils à ceux qu'exécute le levier transcrip- 
teur, p. 51). 



I. A propos des consonnes nasales, M. Gutzmann dit à la p. 59 : « Il est 
très frappant que les consonnes m et 11, chantées en bourdonnant sur une note 
donnée, n'ont rien de ce qu'on pourrait appeler caractère nasal »(= nasillard; 
comp. aussi p. 25). « Au contraire, ce caractère nasal » (=: nasillard) se mani- 
feste déjà fort sensiblement dans la troisième consonne nasale à savoir dans n 
vélaire, chose sur laquelle jusqu'à présent personne, autant que je sache, n'a 
attiré l'attention ; ce caractère devient d'autant plus iort que cette u est arti- 
culée plus en arrière. ^) Pour tu et n « le courant d'air phonateur s'échappe par 
le nez. Mais une partie plus ou moins grande de la cavité buccale est encore 
mise à contribution ». " Pour n vélaire, ... la cavité de résonance est repor- 
tée essentiellement plus en arrière, et quant à la cavité buccale, il n'en entre 
presque rien en ligne de compte. » 



404 COMPTE RENDU 

Au moyen de ces appareils, M. Gutzmann a enregistré des voyelles nasillées 
et les consonnes nasales — les deux groupes ont été chantés sur des notes 
données — et il résume les résultats de ses recherches en ces termes : 

« A. — Au point de vue de la méthode : 

I" Dans les résultats actuels des recherches sur la nasalité (=: nasillement) 
on trouve tant de contradictions qu'une enquête systématique et étendue sur la 
question paraît être indiquée pour des raisons scientifiques et thérapeutiques 
pratiques ; pour cela il faut naturellement qu'une méthode irréprochable et 
toujours facile à contrôler fournisse la base. Ceci ne peut être jusqu'à présent 
fait qu'au moyen de courbes phonographiques faciles à reproduire et à tran- 
crire d'une manière exacte. 

2° La méthode offrant la base la plus commode pour le moment et la 
plus sûre pour l'analyse mathématique consiste à transformer les inscriptions 
phonographiques en courbes tracées dans le noir de fumée au moyen d'un 
agrandissement de 300 à i. 000 fois. Mais, pour l'appareil employé ici » (l'ap- 
pareil Lioret), « avant l'analyse mathématique, les ordonnées en arc au moyen 
desquelles le levier d'agrandissement dessine les courbes, doivent être trans- 
formées et ordonnées à angle droit par rapport à la base des courbes. Ceci se 
fait d'une manière facile et rapide grâce à un appareil à dessin, construit spé- 
cialement à cet effet, appareil qui peut être facilement ajusté à chaque micros- 
cope. . . 

B. — Résultats de l'analyse mathématique : 

10 Pour la rhinolalie ouverte des voyelles, on trouve dans l'analyse un 
indice de l'existence des notes composantes aiguës qui sont cause que les 
courbes des voyelles à caractéristique grave apparaissent plus dentelées et plus 
compliquées, tandis que les courbes des voyelles ayant une caractéristique aiguë 
dans leur production orale (par exemple i) apparaissent plus simples si elles 
sont nasillées. D'après cela, la cavité de résonance suprapalatale » (n= nasale) 
« renforce, dans le nasillement ouvert, les notes composantes supérieures qui 
se trouvent dans la troisième octave entre e^ et /;5 (mi5 et si5). Ceci est parfai- 
tement d'accord avec l'exposé de Grûtznes et d'autres ». (Comparer Principes 
(Je Phonétique, 1901, p. 572 et s. et Phonétique expérimentale et surdité, 1903, 
p. 89, où pour le timbre nasal est indiquée la note 1050, c'est-à-dire ut5.) 

2° « Si, pour la voyelle nasillée ou bien (suivant la démonstration qui a été 
faite ici pour la première fois) pour les consonnes nasales vi, n et n vélaire le 
nez est rétréci ou bouché, les notes composantes aiguës manquent, ce que des 
raisons purement acoustiques permettaient de prévoir. En outre on y voit que 
la note fondamentale y est tellement renforcée que les autres notes compo- 
santes s'effacent de beaucoup par rapport à celle-ci. Il s'ensuit que toutes les 
courbes des consonnes nasales ainsi enregistrées ont une ressemblance frap- 
pante. La rhinolalie clause ainsi produite des consonnes nasales est donc carac- 
térisée par une disposition semblable des notes composantes, mais non par 
une note caractéristique. » 

Jos. Chlumsky. 



TABLE DES FIGURES 

I. Phonéticiue malgache 

Pages. 

47-126 7-49 

127-201 151 

II. La prononciation française. 

49 . r et rr entré voyelles 52 

50. r et rr entre voyelles (petit et grand tambour) * 54 

51. r rr et r {élévation de la langue) 55 

52. c {lieu d'articulation) 61 

53./; tchèque — 6 1 

54 . r thèque, initial et entre voyelles 62 

55. /; allemande — — 62 

56. c allemand (Saxe) 63 

57 . h initiale et intervocalique et c breton 63 

58. /; initiale et intervoc. en basque 65 

59 . h française de la Somme ■ 66 

60-61 . h de l'Ile-et-Vilaine (Saint-Brieuc) 67-68 

62 . V initial et après consonne 80 

6}. y dans pied • 81 

III. Études de prononciations catalanes. 

1 . bé-fé 268 

2 . bé-fé 269 

3 . fé-bé 270 

4 . fé-bé 271 



406 TABLE DES FIGURES 

5 . bc-hé, fé-fé 273 

6 . fé-fé, bé-bé 274 

7 . fé-bé, bé-fé 276 

IV. Divers. 

1. Appareil Meyer (hauteur musicale de la parole). 84 

2. Courbe fournie par l'appareil Meyer 87 

1 . Courbes pour l'étude de l'accent lette (B. Bogoro- 

ditsky) 153 

2. Diagrammes marquant les hauteurs du ton 15e 

3-4. Diagrammes marquant les hauteurs du ton 158-159 

I. Appareil Meyer : Méthode plastographique 170 

Rowe Harmonie Analyzer 281 

1 . Profils donnés par la transcription Hauser 346 

Double copie de <?' 348 

2 . Triple copie à^ û 349 



TABLE DES MATIERES 

Pages. 

Phonétique malgache (suite). Consonnes du dialecte 
mérina (avec 80 fig.)' P^'' l'Abbé Rousselot 5 

Dictionnaire de la prononciation française (suite) (avec 
15 fig.), par l'Abbé Rousselot 50 

L'appareil de M. Meyer pour mesurer la hauteur musi- 
cale de la parole (avec 2 fig.), par J. Chlumsky 84 

Cours de gramophonie, par Marguerite de Scdnt-Genès. 90 

Bibliographie phonétique des langues romanes, par G. M. 102 

Revue des périodiques : Bull, de la Soc. de ling., Le maître 
ph. Leuv. Bydragen, Rev. critiq., Romania, Sprachhinde, 
Fox 113 

Chronique 116 

Phonétique malgache (suite). II. Dialecte betsiléo (avec 
75 fig.), par l'Abbé Rousselot 119 

Etude sur la nature de l'accent lette (avec 4 fig.)> P^r 
B. Bogoroditsky 152 

Le Témoignage de Denys d'Halicarnasse sur l'accent grec, 
par L. Laurand 163 

Méthodes pour obtenir le profil de la langue pendant l'ar- 
ticulation (avec I fig.), par J. Chlumsky 167 

Cours de gramophonie, par Marguerite de Saint-Genès. 174 

Bibliographie phonétique (Italie, 1910-1911), par 
B. A. Terracini 179 

Comptes rendus : Otto Jespersen : Elementarbuch der Pho- 
netic Lehrbuch der Phonetic. — Laura Soames. Phone- 
tic method for leanning to read. — D"" Albert Musehold. 
Allg. Akustik u. mechanik des mensch. Stimmorgans. — 



408 TABLE DES MATIERES 

G. Panconcelli-CaÏT^ia. Ueber sparchmelodie. u. . ., par 
J, Chlumsky. — Pane. Cailla. Sur l'emploi des machines 
parlantes à l'école, sur le lab. de Hambourg. — Salverda 
de Grave. Sur legramophone. — Dibigo. Sur le congrès 
des Orientalistes. — Daniel Jones. Sur la phonétique pra- 
tique. — Jules Gillieron et Mario Roques. Études de géo- 
graphie linguistique, par H. P 193 

Revue des périodiques. Ouvrages reçus 217 

Chronique 220 

La césure dans l'alexandrin français, par G. Lote 221 

Phénomènes de contraction en grec moderne, par H. Per- 

not 258 

Une indication phonétique mal comprise, par D. C. Hesse- 

ling 265 

Etudes de prononciations catalanes (avec 7 fig.), par 

P. Barnils 268 

Questions de technique et de méthode. T. Sur l'analyse 
harmonique au moyen des analyseurs, en particulier 

celui de Mader (avec i fig.), par J. Poirot 279 

Cours de gramophonie, par Marguerite de Saint- Genè s . 291 
Comptes rendus : WilUotn Grant. The pronunciation of 
Englishin Scotland, par L. Roudet. — Henri Maspero. 
-Études sur la phonétique historique de la langue anna- 
mite, par R. Deloustal. — A. Rochelle. L'alexandrin de 
Victor Hugo, par E. Landry. — Abbé Rousselot . Confé- 
rences sur l'emploi des machines parlantes dans l'ensei- 
gnement de la prononciation française, par J. Chlumsky. 303 

Bibliographie phonétique, par B. A. E 312 

Ouvrages reçus 314 

Chronique 316 

L'accent dans le gaélique du Munster, par J.Loth 317 

Questions de technique et de méthode. IL Quel degré de 
confiance méritent les tracés des transcriptions phonogra- 
phiques ? (avec 2 fig.), par J. Poirot 344 



TABLE DES MATIERES 409 

Isochronisme et anacruse, par Paul Verrier 381 

Le fonctionnement des cordes vocales pour les occlusives, 

par J. Chlumsky 396 

Compte rendu : Gul^tnatm. Recherches sur ce qui consti- 
tue la nasalité (en allemand), par J. Chlumsky 400 

Table des figures 405 

Table des matières 407 

Index alphabétique 410 

Transcription phonétique 415 



INDEX ALPHABÉTIQUE 



a fr., 202 ; 298. 

Accent : alsacien, 211 ; français 
(voy. accentuée devenue 
atone par dérivation), 50; 
demi-accent, 258; ace. de la 
6^ sylL, 226; du vers roman- 
tique, 234; temporel, 235; 
médian, 247 ; rythmique, 
254; — grec, 163; — dans les 
langues britanniques (gallois, 
cornique,breton-arnioricain), 
319; en gallois, 330; en vieil 
irlandais, 317, 342; en ir- 
landais moderne (Connaught, 
Donegal, Munster), 341-343 ; 
en irlandais du Munster, 317- 
343 ; mots accentués diffé- 
remment en poésie et en 
prose en irlandais, 335; dé- 
doublement de l'accent dans 
les mots à syllabe longue : 
accentuée finale en Con- 
naught, 341-342; action 
exercée en irl. sur l'accent 
par la voyelle longue, 3 1 9 et 
suiv., 341; par la longue par 
contraction, 326 et suiv. ; 
par la longue par position, 
328 et suiv. ; dans les mots 
composés, 336 et suiv. ; obs- 



tacles à l'attraction de la 
longue en syllabe finale, 330- 
334; différence d'accentua- 
tion dans les préfixes vivants 
et les préfixes figés, 336 et 
suiv. ; voyelles longues éga- 
lement accentuées dans un 
dissyllabe 325; accentuation 
des mots d'origine fi"ançaise, 
325 ; déplacement de l'accent 
de la diphtongue finale en gal- 
lois, 342 ; — latte (bref, ascen- 
dant long, desc. avec inter- 
ruption), 152. 

Allongement de la voy. + r -|- 
cons. en irl., 338. 

Amplitude de la tonique et de 
l'atone, 158. 

Anacruse, 381, 385. 

Analyse : mathématique, 402- 
404; objective, 403 ; subjec- 
tive, 402. 

Analyseurs, 279 ; avantages, 
285 ; contrôle, 286; de Rowe, 
280; de Mader, 282. 

Anglais^ 211, 212. 

Appareils : Atkinson, 167; 
Gutzmann pour la correction 
des tracés, 403 ; Lioret, 403 ; 
Mortens-Leppin, 403 ; Meyer 



INDEX ALPHABÉTIQUE 



411 



pour la hauteur musicale, 84; 

Poulsen, 311 ; Wagner, 196; 

— ampoule, 168; aérodromo- 

mètre de M. Zwaardemaker, 

402; diapason, 203, 402; 

endoscope de Flatau, 397 ; 

films parlants, 311; gramo- 

phone, 3 1 1 ; transcripteur de 

Hauser, 346;deRosset, 376; 

machines parlantes, 310; de 

Kemplelen, 402 ; palais artifi- 
ciel, 167, 170, 172, 194, 204; 

Pathégraphe, 311; phono- 
graphe, 88, 311, 404. Voir 

analyseurs. 
— as fr. (futur), 298. 
Aspiration, 12, 59, 204; asp. 

et adoucissement en irl ., 3 2 1 . 
Assourdissement de 17, 49 ; des 

cons. sonores, 34, 36, 42, 

49- 

Atones : / et u tombent plus 
facilement que a, 130; syl- 
labes atones, 127, 155; chute 
des finales, 130; chute favo- 
risée par une voix faible, 131. 

Attaque forte, 60. 

Audibilité des toniques et des 
atones, 133, 134; atones non 

entendues et subsistantes d, 16, 36, 38, 195, 209. 
cependant, 127; /; supprimée Déclamation fr. contemporaine, 
à l'oreille seulement, 137; — 257. 
tons perceptibles, 203. Denys d'Halicarnasse sur l'ac- 

Avant-mesure, 385. cent, 164. 

Diphtongues françaises : leur 

b, lé, 36, 38, 139, 197, 396- élément atone, développe- 



399; /> sourd, 398, 399; — 
-}- é en catalan, 268. 

Calcul barycentrique, 354, 379- 

Caractéristique des voy., 181. 

Césure fr., 221,231, 237,254, 
255. 

Chant et parole récitée, 165. 

Chuchotement, 402. 

Cinématographie, 213, 311. 

Consonnes : définition 204; ca- 
ractéristique physiologique, 
5, 6 ; doubles, 57, 206 ; 
nasales, 403 , 404 ; nasalisées, 
29; caduques; étapes de la 
chute, 127, 129 ; — en 
groupes syntactiques, 321. 

Cordes vocales, 203, 212, 396. 

Coupe en fr., 224, 226, 227, 
233» 255. 

Cours de vacances, 310. 

c vélaire en irl., 322, 324. 

€, 12, 197. 

f, 12, 60; tchèque, 60; ail., 59, 
61 ; breton, 64 ; saintongeois, 
64 ; basque, 64. 

è, 205. 



412 



INDEX ALPHABETIQUE 



ment historique et physiolo- 
gique, 72 et suiv. 

Dissyllabesdevenant trissyllabes 
en irl., 330. 

dr. anglais, 5 ; malgache, 5, 144. 

Durée, 153, 154, 206; conser- 
vée dans le mot malgré la 
perte d'une syllabe, 129. 

e, fr. 200; grecs, 26e, 267. 

e muet fr., 98, 100, 200, 201, 
254, 298. 

Enseignement de la pron. fr., 
310. 

Évolutions phonétiques : élé- 
ment psychique, 74; contra- 
riées par facteur psych. en 
irl., 335-336. 

Epreuve a-i de Gutzman, 402. 

^', 10, 135, intervoc. devenue 
sonore, 32 ; vélaire dev. pala- 
tale, 324; -\-éen cat., 268. 

Ferrand, note sur sa phon. 
comp. du malais et du malg., 

151- 
Force : variations suivant la 

nature de l'accent, 156. 

^, 37, 40; de vélaire devenu 
palatal, 322; — mouillé, 17. 
g, 60, 64. 

/;, 12, 203, 205 ; sa caractéris- 
tique physiol., 59; douce, 
forte, sonore, sourde, 60; 
bretonne 67, fr. 51, picarde 



66, saintongeaise 64, tchèque 
éo; — son évolution, 65 et 
suiv. 

Harmoniques : // 3 5 2 ; è 364. 

Hauteur musicale, 84, 350; va- 
riations, 1 5 5 ; hauteur music. 
et intensité, 210. 

Hémistiche, 224. 

/ ouvert, 120; tonique et atone, 
121, 125; français, 199, 200; 
signe de fermeture en grec, 
266; d'allongement, 267. 

Intensité, 88, 209-211, 230, 
37 ij 375} sensibilité de l'o- 
reille, 372 ; résonances supé- 
rieures, 374. 

Intonation circonflexe, 228; — 
serbes, 88. 

Isochronisme, 381. 

/> 197- 
k, 17, 137. 

l> 7, 31. 135. 196, 322. 
Langue (profil), 167. 
Laryngoscopie, 396 et suiv. 
Liaisons, 203. 

tn, 22, 43, 396, 402, 403 ; — 
chute, 49 ; en groupes : mp, 
44; /;//, 46. I 

Mader (analyseur), 28, 279 et 
suiv. 

Mélodie, 211, 213; de l'italien, 
182, 186 ; des dial. ail., 211 ; 



INDEX ALPHABÉTIQUE 



413 



Mi-occlusives, 18. 

Mouillées (consonnes) en it., 
184, 192. 

Mot, unité phonétique, 209. 

Mots — ail. Voigty 26j; — 
français : aberration^ abet, 
abêtir, abêtissement, ab fx>c et 
ab hoc, abJjorrer, 50; feuilleter 
206 ; hier, 199, 298 ; nies, tes, 
ses, 302; — grecs : èvw'. 
•/.esaX-f,'., 265 ; — hollandais : 
heir, niier, Oirschot, ïmr, doir, 
oie, 267; — lettes : àda, 
âdams, àda, 153; — tchè- 
ques : Ipi, 208 ; rty, 208 ; 
tma, 209. 

Munster (div. Hng. et politiq.), 
317- 

w, 24,43, 148. 195.402, 403. 

fly 25, 148, 202, 203. 

P, 199- 

n + voy. palatale en irl., 322. 
Chute de 1'//. 148. 
[Dans les groupes, 25, 28, 46, 

^ 150. 
[Nasale (explosion), 146; liaison 

de la nasale en fr., loi. 
Nasalisation, 49, 125, ^00. 
Nasillement, 400. 

0, fr. 201 ; grecs, 266. 
Occlusion des sonores, 36; des 

semi-occlusives, 35. 
Occlusives, 206 ; sourdes, 204; 

ail., 398; danoises, 398; fr. 



396-398 ;it., 398 ; suéd., 398. 
Orthographe it. (réforme), 190. 

p, 16, 197, 397, 398; aspiré, 

397, 398. 
Passages entre les sons, 205, 

2oé, 209. 
Phonographiques (inscripteurs 

et transcripteurs, 344; tracés 

étudiés au microscope. 181). 
Photographie de la voix, 403 ; 

parles rayons X, 168. 
Plastographique (méthode), 

170. 
Pression, 207. 

;-, 32, 135, 195, 208; nombre 
de battements, 9 ; mouillée 
199; semi-occlusive, 5, 19, 
20 ; dépalatalisée en irl., 321- 
322. 

/■ + voyelles palatales. 322. 

r double, 50, 52, 57, 58. 

Répétition, moyen de mettre 
en évidence les tendances 
phonétiques, 30. 

Repos médian, 226. 

Résonance, 402; centres de 
rés., 353, 363, 370, 375. 

Rhinolalie, 400, 

s, 10, 137, 197; issue de s, 

141; s, 139. 
Scansion, 231, 390. 
Sonorité, 30, 207, 209. 
Sons irlandais (double série), 

321; ital., 186-188. 



414 INDEX ALPHABETIQUE 

Souffle^ 17. Vitesse pour l'enregistrement, 

Spirante gutturale finale allon- 376. 

géant la voy. précédente, 328 Voile du palais, 400. 

etsuiv. Voix de fausset, de poitrine, 

St0d danois, 209. 213. 

Stroboscopie, 213. Voyelles : orales, 402; entre- 
Suspension, 229, 234. coupées, 154; sombres en 
Syllabe, 51, 207, 208. tchèque, 209; de transition 

en irl., 322 et suiv., 330; 

t, 16, 195; — vélaire, 322. nasales, 202; nasillées 402- 

tr anglais, 5 ; malgache, 5, 43, 404. 

142. Voyelles betsileo, 120; russes. 

Temps marqué, 384. 402. 
Timbre, 89, 351. 377- 

Transcription phonétique, 60, - ^j. ^^ 

194, 206, 212. 

Tourtoulon (O^ de), 314. 

y, 199; sourd, 31; étapes de 

r son évolution en diphtongue, 

" ■' ' 82. 

ufr. 200; en betsileo, 122, 125. 

;(, 10, 197; en betsileo, 137; 

V, 10, 34, 135. tendant à s'assourdir entre 

Ventricules de Morgagni, 203. voyelles, 34. 

Vers français, 381 ; grecs, 389. ^, 139; assourdi, 42. 



Le Gérant : J. Rousselot. 



MAÇON, PROTAT FRERES, IMPRIMEURS. 



t^y 



TRANSCRIPTION PHONETIQUE 

Musique. V. D., vibration double. V. S., vibration simple. 

Tracés. D, diapason. B, bouche. L, larynx. N, nez. 

Alphabet. Sauf indication contraire, les lettres ont la même 
valeur qu'en français. 

Voyelles : u (ou fr.), œ (eu fr.j, u (russe). 

Semi-voyelles : u, u, i (presque voyelles) ; (lu fr. ouï), w (fr. 
pMis), y (yod). 

Consonnes : n (n guttural). 

^ et ; (/' fr.), s et -e (ch fr.). 

Ç (ch doux ail.), c (ch dur ail.), g (g continu), 

d etp (b etp continus). 

f (r grasseyé)_, f (voisin de £), r (tchèque). 

/; aspiration sourde ; /;' aspiration sonore. 

Signes diacritiques. Voyelle ouverte ou grave ' (à), fermée ou 
aiguë '(à), moyenne (sans signe, fl); nasale '(i), demi-nasale "(5); 
accentuée , (a) ; longue ' (a), brève " (a), moyenne ~ ou sans 
signe (â ou a). Consonne mouillée „ (i), semi-occlusive ' (c = 
t€ en un son,/ = dj en un son etc.). Interdentales . (^, î). Varia- 
tion de sonorité ' (è'). 

O hauteur musicale ou ton^ • ton secondaire, A intensité, ▲ 
intensité secondaire, " silence. 

Sons intermédiaires : lettres superposées. 

Sons mourants ou naissants : petits caractères. 

Sons inspiratoires : lettres renversées. 

La valeur des caractères non mentionnés ici est indiquée dans les articles où ils 
■ sont employés. 



REVUE 



DE 



PHONÉTIQUE 



I 



I^EVUE 

de 

PHONÉTIQUE 



PUBLIEE PAR 



l'Abbé ROUSSELOT et Hubert PERNOT 



TOME QUATRIÈME 



PARIS 

23, RUE DES FOSSÉS-SAINT-JACQUES, 23 
I9I4 



■?\. 



A z^'-. 




,. . 1967 



CE QU'UN PHONÉTICIEN PEUT APPRENDRE 
D'UNE PENDULE 

Voyelles : timbre et accent. 

Nos études de phonétique ont d'ordinaire pour but de décou- 
vrir la réalité objective cachée sous les impressions subjectives de 
notre oreille. Le but de celle-ci est tout autre. 

En présence de deux sons, dont chacun est toujours identique 
à lui-même, étant le produit d'un mécanisme à marche régulière, 
il s'agit pour nous de rechercher comment se comporte notre 
oreille, quand elle est placée dans des conditions variées de santé, 
de temps et de lieu. 

L'objectif est censé connu; c'est la part du subjectif que nous 
avons à observer, à définir, à expliquer. 

C'est une nouvelle manière d'envisager la question phoné- 
tique. Ce n'est pas le son que nous voulons connaître ; c'est nous- 
même, parle moyen du son. 

La première fois que le problème s'est posé à moi sous cette 
forme, c'est à Arcachon dans la petite chapelle des sœurs del'Es- 
fpérance. J'étais seul, faisant mon action de grâce. Aucun bruit 
lautour de moi, sauf le tictac d'une petite pendule : à un moment, 
je fus frappé par la différence d'accentuation que prenaient pour 
mon oreille les deux sons du balancier. La pendule me paraissait 
dire quelque chose comme /r/7/, friti..., et, si je continuais à 
écouter, je croyais entendre tifri,tijri... 

L'observation me parut avoir de l'importance pour l'étude de 
l'accent. Quant au changement de son en lui-même, il n'avait 
rien pour me surprendre; car j'ai remarqué depuis longtemps 



6 l'abbé rousselot 

les variations d'un même son pour l'oreille {Princ. de phon. 
exp., p. 1007). Aussi, quand j'eus constaté que je pouvais à mon 
gré, faire apparaître l'une ou l'autre accentuation, je m'en tins là. 

Au départ d'Arcachon, quelques jours plus tard, je dus attendre 
à Lamothe, le train de Bayonne. Pendant ce temps, la locomo- 
tive, qui nous avait amenés, fonctionnait à vide. Le piston faisait 
entendre deux notes très distinctes : l'une, aiguë et grêle, té ; 
l'autre, grave et lourde, cun. Celle-ci portait toujours l'accent. 
Dans le composé disyllabique que je formais, j'étais maître de 
l'ordre des syllabes, mais non de l'accent. Je pouvais donc, en 
dirigeant mon attention, entendre à volonté té£î,m, técy-n..., etc., 
ou cî^nté, cy.nté. C'était un accent d'intensité . Jamais la voyelle 
aiguë ne devenait prédominante. 

Ces deux observations en appelaient d'autres plus précises et 
d'une plus longue durée. L'occasion m'en fut heureusement four- 
nie par de fréquents séjours que je fis à Chaville, l'hiver de 
1912-1913, avec ma cousine, M™^ Marguerite de Saint-Genès, 
dont on connaît le goût pour la phonétique. Dans la salle à man- 
ger de la villa où nous restions habituellement du samedi soir 
au lundi matin, il y avait une pendule telle que je la pouvais 
souhaiter. Ses deux coups inégaux et très distincts m'invitaient à 
des recherches systématiques. Je me mis donc à l'observer. Je 
notais chaque fois que l'occasion s'en présentait, ce que j'enten- 
dais, ce que ma cousine entendait. Je ne songeais alors qu'à l'ac- 
cent. C'est seulement en dépouillant mes notes que j'en ai aperçu 
la portée plus grande. Mon unique préoccupation était donc de 
transcrire fidèlement le son entendu et de réunir les éléments 
utiles pour l'interprétation. 

La pendule rendait deux sons : l'un, plus aigu et plus grêle ; 
l'autre, plus grave et plus sourd. Je ne remarquai pas d'abord à 
quel coup du balancier chacun d'eux répondait. La chose était 
facile pourtant : il suffisait de suivre de l'œil le mouvement du 
balancier, qui était à découvert. 



CE qu'un phonéticien peut apprendre d'une pendule 7 

Le son aigu correspondait au coup de gauche ; le son grave, à 
celui de droite. 

Ces deux sons se prêtaient à des interprétations diverses; mais 
ils paraissaient toujours former un groupe de deux syllabes 
comprenant une ou deux consonnes initiales, et une voyelle soït 
libre, soit suivie d'une consonne ; par exemple, idti, tiktok, tyç 
twa..., etc. 

Je me propose d'étudier successivement : i° le timbre des 
voyelles ; 2° l'accent ; 3° les consonnes ; 4° la quantité des 
voyelles. 

I 

le timbre des voyelles. 

On sait que, dans une masse sonore, ce qui nous donne l'im- 
pression d'une voyelle, c'est la présence d'une note correspon- 
dant à la résonance de la cavité buccale disposée pour cette 
voyelle. 

Cette note est la caractéristique. 

Les voyelles sont divisées en aiguës et en graves, suivant que 
leur caractéristique est aiguë ou grave. A chacun des deux coups 
de l'horloge, doit donc correspondre une voyelle différente. 

J'ai noté : i 74 fois, ti 4, e 9, ^20, œ aigu 19, — œ grave 13, 
œ I, a très aigu i, a 73, ^ 4, 39, ô 9, soit, en réunissant toutes 
ces voyelles en deux classes : voyelles à caractéristique aiguë, 12e ; 
voyelles à caractéristique grave, 136. 

Ces chiffres semblent révéler une erreur, mais légère, puisqu'il 
suffirait de faire passer cinq voyelles graves parmi les aiguës pour 
rétablir l'équilibre. Mais on sent bien que c'est pour les voyelles 
moyennes que l'erreur a dû se produire. Ce que j'ai noté a très 
aigu etœ pourrait appartenir à la classe aiguë, ainsi que trois a? 
notés graves. Quoi qu'il en soit, nous allons le voir, il y a des 
raisons pour accepter les chiffres tels quels, sans chercher à les 
mettre d'accord. 



8 l'abbé rousselot 

Sur ces 131 observations, il n'y en a que 37 dans lesquelles les 
voyelles ont été identifiées avec les coups du balancier. Nous 
ne pouvons raisonner que sur celles-ci. 

Or, toutes les fois qu'une voyelle sonne i ou u, elle correspond 
au coup de gauche c'est-à-dire au son aigu : tiktok (5 fois), krikkrak, 
flikflak, titœ, tutœ, t4ti (4), tôti (3), tôti, iœtt). 

Toutes les fois qu'une voyelle sonne ou p, celle-ci corres- 
pond au coup de droite, c'est-à-dire au son grave. 

Il n'y a de variantes que pour é, è, œ et a. 

Quand l'une des voyelles est e ou ê, celle-ci est attribuée par moi 
4 fois au coup de gauche (jyètwa (2 fois), kèkwa, kekta), i fois au 
coup de droite (tëta) ; par ma cousine, r fois au coup de gauche 
Qyèt wd), 4 fois au coup de droite (tye twa (2 fois), tye mwa, kekta), 
comme s'il correspondait pour elle au son grave et non point 
au son aigu. 

Quand la première voyelle est un a et la seconde un œ, Va m'a 
paru formé à droite 4 fois, à gauche 5 fois, en d'autres termes Vœ 
a été identifié 4 fois avec le son aigu, 5 fois avec le son grave. 

Y a-t-il eu des erreurs dans la localisation du son ? C'est pos- 
sible . Mais il n'y en a point eu quand l'une des voyelles est un 
i ou un 0. Je crois plutôt à des variations auditives qui ont amené 
des interprétations diverses. Les voyelles extrêmes, /', 0, échappent 
à toute hésitation. Mais les voyelles moyennes, ^,<:k, a, sont plus 
exposées à se confondre entre elles. 

J'en vois la cause dans une insuffisance de l'accommoda- 
tion des muscles de l'oreille. 

L'oreille, en effet, n'est pas un organe passif; elle est douée 
d'activité à l'égal de l'œil : elle s'accommode au son, comme l'œil à 
la lumière. Dès qu'elle est tirée de son inertie, elle se tend ou se 
relâche pour happer le son qui se présente. Tendue, elle est dis- 
posée pour les sons aigus ; relâchée, pour les sons graves. Elle 
ne peut saisir le son dans toute sa pureté que si l'acconimodation 
est parfaitement juste : un excès de tension augmentera l'impres- 



CE du'UN PHONÉTICIEN PEUT APPRENDRE d'uNE PENDULE 9 

sion d'acuité; un excès de détente la diminuera. Ainsi l'effet pro- 
duit par un même son sera différent suivant l'état de nos 
muscles. 

Le phénomène se montre très nettement dans certains cas de sur- 
dité : une même note paraîtra aiguë à l'une des deux oreilles, et 
grave à l'autre, c'est-à-dire qu'une même voyelle sera sentie avec une 
caractéristique aiguë d'un côté, avec une caractéristique grave de 
l'autre. Il se peut, par exemple, qu'un œ sonne a à l'oreille droite 
et / à la gauche. Dans ce cas, l'oreille malade est incapable d'ac- 
commodation : elle reste tendue et ne reçoit que les notes aiguës. 
Une oreille saine peut même subir quelque chose d'analogue. En 
prolongeant trop l'attention, on fatigue l'organe. Et celui-ci perd 
le point, le reprend pour le perdre de nouveau : il tremblote en 
quelque sorte. Dans ce cas, un diapason, convenablement ébranlé 
qui ne donne aucun harmonique, paraît cependant se mettre 
à ronronner. La preuve que le ronronnement est bien dans 
l'oreille et non dans le diapason, c'est que, si on laisse l'oreille 
se reposer, et si l'on se remet à écouter, le ronronnement a dis- 
paru. 

Ainsi, dans l'audition courante, une oreille saine peut être 
insuffisamment accommodée, soit parce qu'elle sera surprise, 
soit parce que son travail sera gêné par une cause quelconque, 
volontaire ou non. Cette insuffisance d'accommodation sera sans 
effet appréciable pour les voyelles à caractéristiques extrêmes, 
mais ne manquera pas de se faire sentir pour les voyelles 
moyennes, qui exigent, si je puis parler de la sorte, un doigté 
bien plus délicat, surtout quand le son avec lequel on cherche à 
les identifier est plus vague, comme dans le tictac d'une pendule. 

La variante de ^ à droite est pour moi de cette sorte. Ma cou- 
sine annonce un soir, le 21 avril, après souper : tyl twa, droite 
gauche. — Je me mets à écouter, les yeux sur le balancier, et je 
note tètâ également, droite gauche. Mais Va est très aigu. L'ins- 
tant d'après j'entends : tyè twa, gauche droite. L'accommodation, 



10 l'abbé rousselot 

incomplète dès l'abord, était rectifiée ; et l'audition, correcte. A 
moins donc d'une exception analogue, Ve correspond bien pour 
moi au son aigu. 

Pour un seul cas, ma cousine a fait pareille identification. 
C'était le i^"" mars à 8 heures du matin. Elle avait reconnu 
tô pyé, que je pouvais entendre aussi. Un peu après, j'annonce 
kèkwa^ gauche droite ; elle note également tyet lua, gauche 
droite. 

Puis le 21 avril, après déjeuner, à midi et demi, je suivais sur 
le balancier toti, droite gauche. Alors ma cousine dit spontané- 
ment : tyemiua^ droite gauche. Le soir, après souper, elle reprit 
tyçtîua, droite gauche. Enfin le 27 avril, après souper, j'entendais 
tyê twa gauche droite. Ma cousine répliqua : tyç twa, droite 
gauche. 

Je crois cependant que cette interprétation, exceptionnelle chez 
ma cousine, est due, comme chez moi, à une erreur d'accommo- 
dation. Nous étions à la fin de notre séjour avec l'embarras d'un 
petit déménagement à faire. Dans ces circonstances, une hyper- 
excitation nerveuse est naturelle. L'oreille a pu être accommo- 
dée à l'aigu, donner la prédominance aux harmoniques aigus du 
son grave, et, l'imagination aidant, amener l'identification avec 
tiens-moi, tiens-toi. 

Quant à tâtœ, on s'attend à la localisation : droite gauche, — 
comme pour toli, tôti, tôti. Et je crois que c'est normal. La loca- 
lisation ^aMc/;^ droite est exceptionnelle et transitoire. Le 2 mars, 
après déjeuner à i heure, je note deux fois tâtœ, gauche droite; 
mais je rectifie un quart d'heure après : droite gauche ; et je 
remarque bien que œ est le plus aigu. Je retrouve tâtœ, gauche 
droite, le 8; mais à une minute de distance, l'entends fdti, droite 
gauche. Le 3 avril, ma cousine annonçant krikkrak, gauche droite, 
je note de même tâkœ qui devient tout de suite après titœ. La 
notation tâtœ, gauche droite, du 6 avril, est isolée. Mais tâtœ, du 
16, a fait l'objet d'une étude réfléchie et d'observations variées. 



CE qu'un phonéticien peut apprendre d'une pendule II 

Enfin tatœ, gauche droite, du 22 est également une notation 
isolée, répondant à une première impression. 

La même conclusion vaut donc pour tous les cas : toutes les 
exceptions sont dues à des insuffisances d'accommodation, et ne 
peuvent pas être supposées lorsque l'observation a été attentive 
et prolongée. 

Nous pouvons donc admettre comme règle générale que /, e, ê, 
se rapportent au son aigu ; a, à, 0, ô, au son grave. La voyelle œ, 
pouvant passer d'une classe à l'autre comme modification d'un e 
ou d'un 0, restera indécise et ne pourra être déterminée que par 
la localisation certaine du son ou par comparaison avec l'autre 
voyelle du groupe. Ainsi, elle est certainement grave dans tœtiy 
droite, gauche ; dans titœ, gauche droite ; et même dans tâtœ, 
gauche droite, où Va est noté très aigu ; mais aiguë dans tâtœ, 
droite gauche, où Va est sûrement plus grave. 

Cette première difficulté résolue, nous pouvons entrer dans le 
vif de la question. Pourquoi un même son mécanique peut-il 
nous donner tantôt l'impression d'un /, tantôt celle d'un g, s'iden- 
tifier un moment avec un a, un autre moment avec un ? 
Les caractéristiques de ces deux groupes de voyelles sont censées 
différer entre elles d'un intervalle d'octave. N'est-ce pas beaucoup 
à une oreille saine que de lui demander un pareil écart d'accom- 
modation, ou à l'esprit que de lui accorder une telle liberté d'in- 
terprétation ? C'est un doute jeté sur le calcul des caractéris- 
tiques. Et ce n'est pas le premier. Je sais de bons esprits qui 
se refusent à admettre entre les caractéristiques des intervalles 
aussi considérables. 

Les anciennes expériences sont donc à reprendre ; et de nou- 
velles sont à tenter. Depuis longtemps déjà, j'ai eu l'idée de con- 
trôler les résultats obtenus en essayant de reproduire les voyelles 
par la seule caractéristique interrompue périodiquement selon 
le rj^hme de la fondamentale, qui est la note du larynx dans le 
discours parlé. Partant du disque découpé par Kœnig pour la 



12 



l'abbé rousselot 



voyelle à (fig. r), j'avais choisi celle des encoches correspon- 
dant à la caractéristique qui est la plus complète et je l'avais fait 
tailler dans un disque semblable et aux mêmes places. La courbe 
sonore se trouvait donc réduite à un simple vide triangulaire qui 
découvrait périodiquement la fente du porte-vent et imprimait, 
quand la vitesse de rotation était convenable, un mouvement ondu- 
latoire égal en vibrations à celui de la caractéristique. Le bord 
du disque privé de découpures complétait la période fondamen- 
tale et correspondait à un silence relatif. Le résultat fut excellent. 
Le disque ainsi simplifié me donna un à plus beau que le disque 
de Kœnig avec tous les accidents de sa courbe. 




A. Une période de la voyelle à (Kœnig). 
voyelle. 



B. La caractéristique seule de cette 



J'espérais qu'en doublant la vitesse et en élevant ainsi la carac- 
ractéristique à l'octave, j'obtiendrais un é. Cette fois, je fus 
trompé dans mon attente. Et, je ne sais plus pourquoi, je passai 
à autre chose . 

Les vacances dernières (juillet 191 3), le vieux disque, mis de 
côté, me tomba sous la main ; et, mes pensées s'étant de nouveau 
portées vers l'analyse du timbre, réveilla mes anciens projets. 

Cette fois j'abandonnai l'idée de modifier la caractéristique 
par la seule vitesse. Je fis découper dans d'autres disques (fig. 2) des 
entailles correspondantes aux caractéristiques des voyelles, u, 0, 
e, i, en donnant à chacune une base égale respectivement à celle 
de Va X 4 (u), X 2 (0), : 2 (é), : 4 (/). 



CE aU*UN PHONÉTICIEN PEUT APPRENDRE D*UNE PENDULE I3 

L'expérience fut satisfaisante pour ù et ô, absolument mau- 
vaise pour é et /. Le disque de IV donnait Va, et celui de 1/ ne 
faisait entendre qu'un è. 




Fig. 2. 
Caractéristiques des voyelles î, é, à, à, ù. 



Je pensai que la caractéristique, qui n'était produite qu'une 
fois dans la période, était trop faible. En effet, la caractéristique 
de Va occupe sur mon disque la septième partie de la période ; celle 
de Vé la treî:{iême ; celle de Vi la vingt-deuxitme. Je fis donc 



14 



l'abbé rousselot 



découper de nouveaux disques (fig. 3) en multipliant le nombre 
des entailles dans chaque période : 3, 5, 10, sur les disques de 
IV; 2, 4, 6, 16, sur ceux de Vf. 

L'effet attendu se réalisa. Plus le nombre des entailles aug- 
mente, c'est-à-dire plus la caractéristique se fait sentir dans la 
période, plus on se rapproche de la voyelle cherchée. Et cela 
jusqu'à une certaine limite. Mais, si cette limite est dépassée, le 
timbre de la voyelle se perd et devient plus aigu. 




Fig- 3- 
Caractéristiques de éet de i, répétées plusieurs fois dans la même période. 

Le disque de Vé donne un d inclinant vers è avec 3 entailles ; 
è très net avec 5 ; é même peut incliner vers / avec 10. 

Le disque de Vi donne un e avec 2 entailles ; un é parfait avec 
4 ou 6, et arrive à i si l'on augmente la vitesse ; enfin i avec lé. 

Tous les disques, sauf le dernier, ont été essayés avec le con- 
cours de M. Chlumsky; plusieurs, en présence de MM. Lioret, 
Hentrich, Rigal, dont les impressions ont été concordantes pour 
les résultats obtenus. 

Mais, pour tirer une conclusion ferme, les conditions de l'ex- 
périence devaient être améliorées. Je n'étais pas sûr de la régula- 
rité du mouvement, ni du nombre de tours faits à la seconde. 



CE au'UN PHONÉTICIEN PEUT APPRENDRE d'uNE PENDULE I5 

ni, par conséquent, de la justesse de la caractéristique. Ma souf- 
flerie aussi laissait à désirer et je ne pouvais mesurer la pression 
de l'air. 

Toutefois, il était clair dès lors : 

1° Oue la caractéristique, seule si elle est grave, répétée plu- 
sieurs fois si elle est aiguë, dans la période de la fondamentale, 
suffit à donner Timpression de la voyelle ; 

2° Que, dans la reproduction artificielle, la justesse de la carac- 
téristique n'est pas nécessairement seule en jeu, l'acuité pouvant. 




Fig. 4. 
Sirène à ondes. 
A. Le disque. — B, B'. Le piston qui livre le passage à la lame d'air par la fente (b). 
G. Le régulateur. — D. L'aiguille qui indique le nombre de tours. — E. Le mouve- 
ment. — F. Le tube à gaz. 

dans une certaine mesure, être corrigée par la masse de l'ébran- 
lement périodique ; 

3° Que cette condition ne pouvant se présenter dans l'émis- 
sion normale des voyelles, le principe de la nécessité d'une carac- 
téristique juste n'est pas ébranlé. 

J'ai donc fait adapter à mon appareil un indicateur de vitesse, 
que je complétai avec un compteur de tours (fig. 4). Quand je 
repris mes expériences, le compteur de tours me manquait. Je dus 
donc travailler avec l'indicateur de vitesse seul, me réservant de 
compter les tours après. Cette circonstance, fâcheuse en soi, ne 



tè l'abbé ROÙSSELOf 

fut point sans présenter des avantages : nous ne pouvions 
influencer notre oreille par des idées préconçues. 

Or, voici ce qui arriva. L'appareil avait une marche beaucoup 
plus lente que je ne pensais, si bien que la vitesse la plus rapide 
était diminuée presque d'un tiers. Aucune des caractéristiques 
que je faisais entendre n'était exacte. 

L'expérience fut faite d'abord avec M. Chlumsky seul. Nous 
reconnaissions bien des voyelles ; mais presque aucune ne nous 
contentait. Seul un à grave, produit par le disque de Ye avec 
I entaille, un è du même disque avec 3 entailles, un é donné 
par le disque de 1'/ avec 6 entailles nous parurent justes. Ce fut 
une déception. Mais le calcul des vitesses me rendit bientôt la 
confiance un moment ébranlée. Les voyelles reconnues corres- 
pondaient assez exactement aux chifi'res des caractéristiques vraies : 
ICI 9, au lieu de 912 (a), 1279 au lieu de 1368 (ê), 1848 au 
lieu de 1824 (è). Ces constatations, faites après coup, montrèrent 
même le nouveau parti que je pouvais tirer de l'appareil. 

Mais ce qui me donna de réelles espérances et me fit conce- 
voir l'idée d'un détecteur de caractéristiques, ce fut l'expérience 
suivante. Huit personnes y ont collaboré: un Esthonien (i), un 
Suédois (2), un Roumain de Hongrie (3), deux Berlinoises 
(4, 5), deux Français (6, 7) et un Allemand du Palatinat (8). 
Le son était donné par le disque de Vi avec 16 entailles. Voici 
comment il a été interprété : i /, — 2 i ordinaire, — 3 / ouvert, 

— 4 ^ allant vers /, — $ i, — 6 é très fermé, — j é allant vers /, 

— Si ouvert. Or la note donnée par le disque était de 21 12 v. d. 
La caractéristique de mon é étant 1824, de mon i (qui est un i 
moyen) 2736, les impressions des auditeurs sont parfaitement 
justifiées, et la possibilité d'un détecteur mécanique des caracté- 
ristiques basé sur ce principe, démontrée parle fait même. 

Déjà pour moi la machine était construite et je la voyais 
fonctionner dans mon imagination. Des disques convenables 
existaient pour chaque famille de voyelles. Son choix fait, le 



CE au'UN PHONÉTICIEN PEUT APPRENDRE d'uNE PENDULE 17 

phonéticien n'avait plus qu'à accélérer ou à ralentir le mouve- 
ment jusqu'à ce que le sujet en expérience eût reconnu sa voyelle 
et constaté l'identité entre le son produit et celui qu'il avait dans 
la pensée. A ce moment précis, l'expérimentateur n'a qu'à lire sur 
son compteur le nombre de tours que fait le disque à la seconde : 
une opération facile lui donne la hauteur de la caractéristique. 
D'autres épreuves avec des disques à nombres d'entailles variés 
lui en diront l'intensité. 

Ces nouvelles expériences m'ont appris d'autres choses encore. 
D'abord^ elles ont confirmé les résultats de la première expé- 
rience d'essai, tant sur l'insuffisance des caractéristiques aiguës 
produites une fois par période, que sur la suppléance pos- 
sible des caractéristiques graves par de plus aiguës, pourvu que 
celles-ci ne soient pas trop répétées. 

Puis, les habitudes d'oreille et de langue se montrent très 
nettement dans les impressions manifestées par les auditeurs. 
Les œ ont surtout été sentis par un Suédois. Un Italien n'enten- 
dait qu'un é très fermé là où les personnes des pays du Nord 
comprenaient un i ouvert; et ce que les autres sentaient comme 
un é n'était pour lui qu'un è ouvert, etc. 

L'imperfection du timbre est la même, soit que l'on n'atteigne 
pas, soit que l'on dépasse la limite. Une caractéristique de 
1456 v. d. donnée par le disque de l'^ avec une seule entaille, 
fait entendre un à aigu (caractéristique 1140), avec deux 
entailles è (1368), mais avec 5 entailles le son devient confus : 
pour un auditeur c'est un a allant vers 0, pour un second un è 
un peu fermé, pour d'autres un è allant vers a ou encore œ. 

Certaines oreilles sont très exigeantes et ne sentent aucune 
voyelle quand les caractéristiques ne sont pas justes; d'autres y 
mettent plus de complaisance et identifient tout son avec une 
voyelle approchante. 

Après avoir expérimenté avec des caractéristiques incertaines, 
fausses ou simplement approchées, j'avais à expérimenter avec 

Revue de phonétique. 2 



iS l'abbé rousselot 

des caractéristiques justes. C'est ce que je viens de faire. Et les 
résultats se sont montrés suffisants. Ils ont contenté la plupart des 
auditeurs, mais non pas tous. Cela s'explique par le fait que les 
habitudes particulières d'oreille conservent leur influence et que 
la voyelle, réduite à sa seule caractéristique, est forcément modi- 
fiée. Tout ce qu'on peut demander, c'est qu'elle soit reconnais- 
sable. Au surplus, bien des imperfections, naturelles dans un 
appareil d'essai, disparaîtront dans un appareil définitif. 

11 me restait un dernier perfectionnement à réaliser : rempla- 
cer ma soufflerie par un tube de gaz dont je pourrais régler à 
mon gré la pression et le débit. Par là, j'ai appris qu'une pres- 
sion trop forte donne naissance à des bruits parasites qui nuisent 
à la pureté de la voyelle. Une pression de 5 kilos est conve- 
nable. De plus, un fait très intéressant a été mis en évidence. 
Avec même hauteur de la caractéristique, même pression de 
gaz, la durée du jet seule suffit à changer le timbre : la voyelle é, 
longue, est fermée et tendue ; brève, elle apparaît moyenne et 
relâchée. 

Enfin j'ai dû me préoccuper d'une objection qu'on serait en 
droit de me faire. En voulant trop simplifier et en remplaçant 
l'ouverture sinusoïdale de la sirène par une entaille triangulaire, 
ne me suis-je pas exposé à produire des harmoniques et non un 
son simple ? Que, dans la sirène, des sons parasites s'ajoutent aux 
sons simples, ce n'est que trop vrai, et certains auditeurs ont de 
la peine à s'en abstraire. Mais y a-t-il là une cause d'erreur ca- 
pable de tromper un expérimentateur averti ? Pour m'en rendre 
compte, j'ai eu recours à deux autres expériences que j'ai faites 
avec l'aide de M. Chlumsky. 

Nous avons enregistré \a grave au moyen du petit tambour à 
caoutchouc durci. Or il n'y a pas de traces visibles d'harmo- 
niques. Mais l'unique entaille produit, soit par suite de l'élasti- 
cité de l'air, soit par la persistance du mouvement dans la mem- 
brane, non pas une seule vibration comme on pourrait le sup- 



CE Q.U UN PHONETICIEN PEUT APPRENDRE D UNE PENDULE 1 9 

poser (fig. 5), mais deux ou trois et souvent davantage ', si bien 



Fig- S- 
Représentation schématique de l'a produit par le disque. 

A. schéma du tracé hypothéthique. 

B. schéma dn tracé réel. 




Fig. 6. 

La voyelle a produite par le disque de la caractéristique de cette voyelle 
avec une seule entaille. 
(Diapason de 200 v. d. à la seconde.) 
Les diverses tranches appartiennent à une même voyelle prise à différents moments. 

I. Note ADDITIONNELLE. — Pour résoudre le petit problème qui est ici posé, 
j'ai fait l'expérience suivante. La membrane du tambour inscripteur, déplacée 
au moyen d'un fil que je brûlais ou sur lequel j'exerçais de légères tractions, a 
inscrit son mouvement sur le cylindre noirci. Or, d'une part, la sinuosité pro- 
voquée par moi, s'est renouvelée trois fois en s'affaiblissant chaque fois de 
moitié, les amplitudes successives ayant été en dixièmes de millimètres de 
6 3 i>5 o,7S 



20 L*ABBÉ ROUSSELOT 

que le tracé obtenu a le même aspect que celui de la voyelle nor- 
male (fig. 5). L'entaille triangulaire paraît donc suffisante. 

Pour plus de sûreté, j'ai contrôlé les résultats obtenus, avec la 
sirène à ondes de Kônig, qui permet de faire entendre simultané- 
ment 16 sons composants harmoniques d'intensités variables à 
volonté. Le thème était celui-ci : reproduire la voyelle à avec 
tous les harmoniques révélés par l'analyse et les éteindre succes- 
sivement de façon à isoler celui ou ceux qui sont nécessaires à la 
pureté du timbre. J'ai pris comme base l'analyse insérée dans mes 
Principes, p. 361. En donnant à l'appareil la vitesse voulue pour 
reproduire exactement la hauteur musicale de Va analysé, je puis 
supprimer tous les sons composants autres que i, 4 et 7, sans 
changer le timbre, qui est excellent. Si je supprime le fondamen- 
tal ', la note s'élève naturellement, mais le timbre reste encore 
bon. Avec i et 7, Va prend par comparaison un timbre plus clair 
et moins sombre que celui de la voyelle parlée. Avec i et 4, il perd 
beaucoup de sa netteté, ou pour mieux dire ce n'est plus un a. 
Le 4 cependant est nécessaire pour corriger le 7, qui est trop élevé 
(968 V. d.). Le 7 tout seul, interrompu fréquemment, donne 
bien l'impression d'un a, mais aigu. Avec une vitesse plus ra- 
pide, calculée de manière que 4 atteigne environ 900 v. d., 
celui-ci me paraît faire entendre, avec le fondamental et même 
tout seul, un û! très net \ 

Au reste, les diapasons des notes caractéristiques, alternative- 

avec une fréquence de 71 à la seconde. D'autre part, l'amplitude maxima de la 
caractéristique n'a pas atteint 0,75 et s'est répétée environ 900 fois à la 
seconde. Donc le mouvement propre de la membrane pour la voyelle aurait 
été imperceptible, et les deux espèces de vibrations n'auraient pu se confondre. 
Donc l'élasticité de l'air est seule en cause. 

I. Cf. Hebmann, Sur la synthèse des voyelles. Arch.f. die g es. Physiol., Bd 
91, année 1902. Le savant professeur de Kônigsberg a bien voulu me mon- 
trer en 1903 ses expériences et reproduire devant moi ses voyelles artificielles, 
si nettes et si pures. Il les obtient au moyen d'un téléphone dans lequel le 
mouvement vibratoire est provoqué par un disque à dents découpées d'après la 
caractéristique, chaque période étant marquée par une interruption. 



CE QP'UN PHONÉTICIEN PEUT APPRENDRE d'uNE PENDULE 2Î 

ment rapprochés et écartés de l'oreille, donnent bien clairement 
la sensation de leurs voyelles respectives. 

De ces constatations, qu'il m'a paru bon de rapporter briève- 
ment, nous conclurons pour le cas qui nous intéresse ici : que les 
voyelles artificielles n'ont pas besoin, pour être reconnues, de con- 
tenir absolument les caractéristiques que possèdent dans notre 
bouche les voyelles naturelles ; et que les faits révélés par le son 
de la pendule, loin de pouvoir être opposés aux analyses faites sur 
le timbre de celles-ci, en sont bien plutôt la confirmation. 

Pour que, dans un son complexe quelconque, notre oreille 
puisse reconnaître une voyelle, il suffit que, grâce à une accom- 
modation appropriée (volontaire ou non), elle mette en évidence 
tel ou tel son composant qui, par sa hauteur ou seulement par 
son intensité dans la période, rappelle une voyelle connue. 

U 

l'accent 

La syllabe accentuée est celle qui frappe le plus notre oreille. 

Trois éléments, soit isolés, soit réunis, peuvent constituer 
l'accent : la hauteur du ton, le degré de force, la quantité. 

La place de l'accent peut paraître fixe ou variable. 

Rien ne changeait dans les syllabes du groupe observé : ni la 
hauteur, ni la force, ni la quantité. Et cependant l'accent me 
semblait changer de place et s'accompagnait toujours d'une sen- 
sation de force. 

Pourquoi donc une même syllabe était-elle pour moi tantôt 
forte, tantôt faible ? 

C'est encore affaire d'accommodation. Lorsque, avec mes 
yeux de presbyte, je regarde sans effort un objet trop près, il me 
semble flou : les contours se multiplient et les couleurs me font 
l'effet d'une grisaille. Mais, si je cligne fortement de l'œil, la 
vision se précise, et la couleur devient franche et nette. Ainsi 



22 l'abbé ROUSSELOT 

en est-il de Toreille. Un même son lui paraîtra ou fort ou faible, 
suivant qu'elle y sera plus ou moins accommodée. Pour des 
sons très différents de force, elle ne se trompera pas. Mais pour 
des sons voisins, la force semblera passer à 1 aigu ou au grave, 
selon que dans l'instant nous aurons plus de facilité à tendre ou 
à relâcher nos muscles. C'est ce qui ressort clairement des obser- 
vations. 

Je ne m'arrêterai pas sur le cas de la locomotive. La diffé- 
rence des deux coups était trop grande pour ne pas s'imposer à 
l'attention; et l'observation a été trop courte. 

Le cas de la pendule d'Arcachon est à retenir. Au reste, il est, 
semble-t-il, assez banal. Plusieurs personnes, à qui j'en ai parlé, 
m'ont dit avoir fait des remarques analogues \ Ce qu'il contient 
d'intéressant, c'est que la fatigue produite par une attention un 
peu prolongée suffit à dérégler l'accommodation au point de 
faire croire que le mécanisme change de pas. 

Mais bien plus démonstratif est le cas de la pendule de Cha- 
ville. L'accent a porté, pour mon oreille, tantôt sur le son 
grave tantôt sur l'aigu, suivant une loi qu'il est facile 
de dégager. L'accentuation sur le grave est celle du repos, du 
parfait équilibre de mes nerfs, du matin, ou d'une après-midi 
calme; l'accentuation sur l'aigu se montre avec la fatigue, la 
tension nerveuse, et, sauf de rares exceptions,, celle du soir. 

Je ne le remarquai pas dès l'abord. Je notai pour le i" jan- 
vier : toktâ, kè hua, puis toktik, et je remarquai que l'accent était 
alors un accent d'intensité avec atone aiguë. La même impres- 
sion se maintint jusqu'au soir (tôtï). C'était aussi celle de ma 
cousine (joti). 

Le samedi 4, ma cousine entendait encore tôti. Je pouvais 
aussi y conformer mon audition. Mais ce qui me revenait natu- 
rellement, c'était tiktok. L'accentuation était changée. Je ne m'in- 
quiétai pas de la cause. Mais je voulus m'assurer du fait. Ma 

I. Cf. 'Konn^r. Eléments de Phonétique générale, p. 262. 



CE qu'un phonéticien peut apprendre d'une pendule 23 

cousine et moi, nous nous éloignons de la pendule pas à pas : 
pour elle, tô se fait entendre le plus loin et le plus fort ; pour moi, 
c'est //. J'écoute alors tiés pà (n'est-ce pas ?). C'est la syllabe nés 
qui domine. Mais ma cousine finit par entendre tyê sa (tiens-ça), 
comme le lendemain elle passera de pôpet à pinpo. 

La recherche de la cause s'imposait. Le samedi, 18 janvier, 
dans l'après-midi, je note tàti, mais aussi ûktà. Le dimanche 
matin tdtœet après déjeuner tali (avec un a grave). Mais le soir, 
j'entends de nouveau tiktok. Le lundi matin, je suis revenu à 
tqsti, équivalent de tâti. 

La loi commençait à se manifester. Elle se dévoila tout à fait, 
du jeudi 30 janvier au dimanche 2 février. 

Le jeudi soir, jour de l'arrivée, l'accent passa du grave à 
l'aigu entre 7 h. 20 (tâti), à 7 h. 35 ÇtittcB). Le lendemain, il 
était encore sur Va (tatœ) à midi moins 5^ Le déjeuner se faisant 
attendre (et j'avais grand faim), à midi 10, il passe sur Vi 
(tœlik). En sortant de table à i h. 5', j'entends d'abord Qœti), 
mais tout d'un coup et très clairement : tiktœ. Le soir avant et 
pendant le dîner (Jiktok), et aussi après (jiktce), à 8 h. (œtek), à 
8 h. 1/2 (tiktok, pœtt), la même accentuation persiste et très 
nette. Le samedi, j'étais allé à Paris pour différentes affaires. 
J'en revins très fatigué, au point que certaines odeurs, indiffé- 
rentes pour les autres, étaient désagréables pour moi. J'entendais 
(6 h.) tiktok, avec la première syllabe bien plus sensible et per- 
ceptible à une plus grande distance; (6 h. 1/2) t}ta, tilœ avec 
un îtrès aigu; (7 h. 1/2) tiktœ, tita ; (7 h. 35') /o//. Le dimanche 
matin à 9 h. 1/2, j'étais revenu à tâtœ, et je constatai, l'œil 
sur le balancier, que l'a était le plus fort, et que, depuis la veille, 
l'intensité était passée pour moi du coup de gauche à celui de 
droite. 

Le samedi, 15 février, j'écris en arrivant à 3 h. 1/2 : tâtœ; 
après souper tatœ et je remarque que je suis alors plus frappé 
par la note aiguë. M'étais-je fatigué entre les deux, je ne l'ai pas 



2/\ l'abbé rousselot 

noté. Mais le surlendemain (lundi), je restai au travail, et sans 
interruption, de 7 h. 1/2 à ii h. 1/2. J'étais alors très énervé et 
très fatigué. J'entendis alors : tfktok. De même à midi et après 
déjeuner. Plus tard, je notai : totû, dont l'accentuation est iden- 
tique quant à la place du temps fort. 

Le r" mars, samedi, à l'arrivée 3 h. 10 : tati. A 8 h. encore 
pour ma cousine et pour moi tôpyé. Mais tout de suite après, pour 
nous deux : tyë tzva (gauche, droite), et plus tard : tiktok. Le 
dimanche, 2 mars, à 1 h. 1/4 : tâtœ, le grave l'emportant en force 
sur l'aigu; à 7 h. 1/2, j'ai noté tàti; mais bientôt après tiktak. 

Huit jours après, le samedi, 8 mars, après déjeuner, tâti (droite, 
gauche). A 7 h. 1/2, tiktok. Je m'efforce de changer le groupe. 
Je n'y réussis qu'avec peine. Je passe par toti pour arriver à toti, 
ce que je cherchais. 

L'influence de la volonté et de l'attention s'est encore mani- 
festée le jeudi 3 avril. Je note tâtœ. Mais, sous l'inspiration de 
ma cousine qui annonce krik krak(g. d.) j'arrive vite à //te (g. d.). 
De même, le lendemain au soir, j'entendais lœti (d. g.), ma cou- 
sine tiktak (g. d.). J'arrive à conformer mon audition à la sienne. 
Je signale en passant les observations du vendredi, 4 ; avant 
déjeuner, titœ', après, tœti; le soir, tœti', du dimanche, 6 : tâtœ\ 
du lundi, 7 : tyè twa, et tout de suite après, tâtœ, tûtœ (g. d.), 
enfin tàti (d. g.); du dimanche, 13 : matin, tati (d. g.); écouté 
de loin, c'est ta qui domine ; soir : kekta (g. d.). 

Et j'arrive à l'importante observation du mercredi, 16 avril, 
qui rappelle et confirme les accentuations sur le grave du matin. 
J'étais venu de Paris à 8 h. 1/4 par un temps frais. J'entends : 
tâta (d. g.) avec un a qui me paraît bien plus fort à la porte de la 
salle à manger. J'essaie d'entendre tiktak ; mais en m'écartant, je 
reviens à tàtœ. Je réussis à fixer tiktak dans mon oreille ; mais 
l'accent se porte sur tak (tiktak, d. g.). C'est tak que j'entends le 
plus fort, soit que je m'éloigne, soit que je m'approche. C'est 
encore tak que je saisis le dernier de loin quand tik s'est com- 



CE qu'un phonéticien peut apprendre d'une pendule 25 

plètement effacé, et le premier quand je me rapproche après avoir 
cessé d'entendre. 

Le lundi, 21 avril, après déjeuner, à midi 1/2, j'entends : tjk- 
tok(d. g.) et je sens // comme le plus fort. Mais il m'est possible 
de changer l'accentuation et les yeux sur le balancier, d'entendre 
à volonté tàti (d. g.) ou tiktok (g. d.), mais plus facilement 
mi (d. g.). 

Je n'ai pas suivi avec autant de soin l'audition de ma cousine, 
la question de l'accent étant fort délicate. Mais je remarque que 
les cas certains d'accentuation sur l'aigu se rapportent tous au 
soir après souper. 

Arrivé à la fin de ces observations, je tenais à connaître l'im- 
pression d'un autre phonéticien et je demandai à M. Chlumsky 
de venir écouter ma pendule, ce qu'il fit le dimanche, 27 avril. 

Tout de suite il fixa les regards sur le balancier pour localiser 
le son, et me dit : « A droite, le son est plus haut et un peu plus 
fort. » Puis il s'éloigna, revint, observa de nouveau : « Non, 
dit-il, c'est à gauche.. » Il observa de nouveau : « Oui, c'est bien 
cela. A gauche plus aigu ; à droite plus grave et plus rond. » 
Nous étions d'accord . Sa première impression avait été une sur- 
prise de l'oreille qui s'était mal accommodée, ainsi que cela 
m'était arrivé plusieurs fois. Dès lors, au point de vue de la 
hauteur musicale, son impression ne changea pas. 

Restait à observer la force ou l'intensité du son. Sur 7 fois, 
soit en regardant, soit sans regarder la pendule, M. Chlumsky 
localisa le son le plus fort à droite 4 fois, et à gauche 3 fois, 
c'est-à-dire que, s'il s'était prononcé au hasard sans avoir écouté, 
le résultat aurait sans doute été le même. Mais les conditions 
d'audition ne pouvant guère changer dans le cours d'une visite, 
il ne parut pas utile de pousser plus loin. Nous en restâmes à 
cette idée que. même pour une oreille très exercée, le degré de 
force était bien plus difficile à reconnaître que celui de hauteur 
musicale, et bien plus soumis que celui-ci aux dispositions phy- 
siques de l'auditeur. 



26 l'abbé rousselot 

Il est clair après cela que le caractère de force prédominante 
que j'attribuais tantôt à une syllabe, tantôt à l'autre, dans des 
circonstances aussi nettement définies, n'a rien d'arbitraire et 
et qu'il dépendait uniquement de moi, en d'autres termes, de la 
façon dont j'accommodais mon oreille. Aux heures de calme, le 
matin, ou de légère excitation après le déjeuner de midi, je 
pouvais relâcher mes muscles assez pour donner toute sa valeur 
au grave. Mais dans les moments de fatigue, de surmenage du 
matin, ou d'énervement du soir, mes nerfs naturellement tendus 
étaient plus impressionnés par l'aigu. 

L'intensité du son réside donc pour une part en nous-mêmes. 

Dans un groupe artificiel comme celui que nous étudions, on 
s'attendrait à ce que la première syllabe qui frappe l'oreille, fût 
aussi celle qui retienne l'accent. Et de fait, il en est ainsi pour le 
plus grand nombre des cas. J'en ai compté 64 contre 9. Mais ces 
chiffres sont loin de représenter la proportion réelle. J'étais sur- 
tout frappé par les exceptions, que j'ai toutes notées; et je suis 
loin d'avoir noté tous les cas observés qui sont dans la règle. 

L'accentuation sur la finale frappe presque toujours l'aiguë. Et 
c'est une accentuation de surprise (i" janvier), ou de passage 
(19 janvier et 8 mars), du soir (i" février, 4 avril), ou de grande 
fatigue (17 février). Cela s'explique. Dans ces conditions, si la 
note grave a pu fixer l'attention et déterminer le commencement 
du groupe, elle n'a pu^ étant relativement faible, s'emparer de 
l'accent, qui s'est porté sur l'aiguë. 

L'histoire des langues montre que l'accent a une tendance à 
abandonner les finales. Pour nous en tenir à l'histoire du français, 
nous remarquons que les atones latines, qui étaient assez fortes, 
sont tombées, et que, dans certaines régions, à Paris même, dans 
le parler tout à fait populaire, l'accent est en train de reculer 
vers l'initiale. Une tendance contraire existe aussi quand l'atone 
finale devient lourde par l'amuissement d'une consonne; mais 
c'est un cas particulier. 



CE aU*UN PHONÉTICIEN PEUT APPRENDRE d'uNE PENDULE 2'] 

Quand j'ai étudié la forme rythmique que prenait dans ma 
bouclie un groupe artificiel de deux syllabes, j'ai observé que 
l'accent frappait la seconde quand j'étais en bonne santé, la pre- 
mière quand j'étais fatigué'. N'y a-t-ilpas contradiction? Sans 
doute. Mais il s'agit de deux organes différents. L'articulation met 
en jeu des muscles importants que la fatigue déprime. Nous ne 
le sentons que trop. L'audition n'utilise que deux muscles grêles 
qui peuvent être contractures par l'énervement ou, ce qui revien- 
drait au même, perdre leur faculté de se détendre suffisamment. 
La contradiction ne porte donc pas sur le même objet et ne sau- 
rait faire obstacle. 

Enfin, il y a un autre point à relever et qui est d'une grande 
importance. La distance d'audibilité s'est toujours montrée d'ac- 
cord avec l'impression de force et aurait pu en servir de mesure. 
La moindre audibilité des harmoniques graves, qui commu- 
niquent au son plus de rondeur et de plénitude, s'est trouvée 
sans influence. Ainsi le procédé que j'ai imaginé pour exprimer 
l'intensité subjective à un moment donné, tout en faisant les 
réserves nécessaires, reçoit ici une confirmation sur laquelle je 
ne comptais pas. 

Et plus j'y réfléchis, plus je me convaincs que je pris alors la 
bonne voie. Le son est une vibration entendue, comme la 
lumière est une vibration vue. En dehors de nous, il n'y a ni 
lumière, ni son : il n'y a que des mouvements vibratoires. Com- 
ment en mesurer la force active sans tenir compte de notre œil 
ou de notre oreille ? Les opticiens l'ont bien compris. Ils jugent 
du pouvoir d'une source lumineuse par comparaison avec une 
autre source choisie comme unité, et ils demandent à l'œil de 
se prononcer sur l'égalité d'éclairage en lui facilitant la tâche par 
divers procédés. 

Qu'ai-je fait autre chose pour le son, et cela, je l'avoue, sans 
avoir songé à l'analogie des deux phénomènes ? 

I . Les Modif. phon. du langage, p . 94. 



28 l'abbé rousselot 

Mais, comme l'oreille ne saurait se prononcer sur l'égalité de 
deux sons que dans un seul cas, celui où ils se trouvent à la 
limite d'audibilité, c'est ce point-là que j'ai choisi pour établir 
la comparaison. Dès lors, la distance de deux sources sonores 
donne la mesure de leur puissance. 

C'est ainsi que j'ai été amené à évaluer en mètres d'audibilité 
pour les sons simples, de compréhensibilité pour les sons com- 
plexes du langage, les différents degrés de l'intensité. Et je n'ai 
utilisé l'amplitude de la vibration que comme moyen de compa- 
raison entre deux sons, dont l'un, connu d'avance, servait de 
mesure à l'autre. 

Des expériences nouvelles me permettent de pousser plus loin. 
Elles ont rapport à l'analyse des courbes, à la comparaison de la 
force avec l'amplitude, et de celle-ci avec l'audibilité, enfin au 
choix d'une mesure de l'intensité. Je dois en dire quelque 
chose. 

Ma première idée pour l'analyse des courbes, il y a près de 
trente ans, fut de comparer les tracés, obtenus pour le son à étu- 
dier, avec d'autres tracés analogues de sons connus. La difficulté 
était d'avoir des sons connus et d'en établir les courbes. J'avais 
cru pouvoir utiliser dans ce but des lames d'harmonium comme 
sources sonores, et des tambours comme enregistreurs. Je n'ai 
pas à faire la critique de ces moyens par trop défectueux. L'idée 
fut vite abandonnée. Aujourd'hui, mieux outillé, je puis la 
reprendre. Je possédais les diapasons depuis longtemps déjà; 
mais l'enregistreur me manquait, le loisir et les ressources 
pour le chercher m'ayant jusqu'ici fait défaut. Celui du 
D"" Strucken, de Breda, est venu à point. 

Pour me rendre compte de la composition des courbes so- 
nores, j'ai enregistré le 800 v. s. de Kônig(fig. 7, A); puis, ébran- 
lés simultanément, le 800 et le 8.000 seuls (B), et avec le 1.600 
et le 4.000 (C), enfin le 800, le i.éoo, le 4.000 et le 1.620 
(D). 



CE au'UN PHONÉTICIEN PEUT APPRENDRE d'uNE PENDULE 29 

Le 8.000 s'enregistre très bien, soit seul, soit avec un harmo- 
nique grave (800). Les deux sons restent parfaitement distincts 
et s'analysent par la seule mesure de leurs périodes. 

Pourtant, je ne vois pas le 8.000 dans le tracé plus complexe 
que j'ai pris. Il y a lieu de croire que ce diapason, qui s'éteint 
vite, ne vibrait plus au moment de l'enregistrement . 



A 

"t ""^ "s" ■ ' ■ y 

c 

D 



■ AAMAAAMAAA<{ 

Fig- 7- 
Vibrations photographiées avec l'appareil Struycken. 

A. 800 V. s. de Kœnig. 

B. 800 et 8000 de Kœnig, ébranlés en même temps, et photographiés à différents 
instants de l'amortissement après : i) 40 centièmes de seconde ; 2) 60 ; 3) 80 ; 4) 100; 
5) 120; 6) 140 ; 7) 160 8); 180 9), 200. 

C. Diapasons 800, 1600, 4000 v. s. (K). Les points placés en dessous limitent la 
période telle qu'elle a été décrite. 

D. Diapasons 800, 1600, 1920 et 4.000 v. s. (K). — x) Le point à partir duquel ont été 
comptés les groupes de 2 v. d. — P). celui où commence la période entière, groupe- 
ment en cinq. — y) où les groupements interrompus recommencent. 

E. Voyelle » agrandissement 1280 fois. — i/iomm. = 1/13 [i. L'harmonique est très 
juste. 

F. Diapason C2 avec son harmonique. Agr'. 1 580. On voit que l'harmonique n'est 
pas juste, à la variante qui se remarque à la partie négative de la période : tantôt 
une pointe, tantôt deux. 

G. Le Co. amplitude 250 a; et le/;\, 20 a. Agr». 1380 qui ne sont pas entre eux 
exactement harmoniques, comme cela se voit par la comparaison des périodes. 

Les tracés E, F, G ont été communiqués par M. Struycken. 



30 



l'abbè rousselot 



Les tracés de plusieurs harmoniques sont tout à fait réguliers : 
une seule période suffit pour les retrouver, même si on les étu- 
die bien, pour en deviner l'amplitude et les différences de phase. 
Ainsi dans la figure 7 (C), on reconnaît sans peine, outre le son 
fondamental (800), le 5^ son composant (4.000). Le 2= (1.600) 
ne saute pas aux yeux du premier coup ; mais on le dégage à la 
réflexion. On voit même très nettement qu'il a plus d'ampli- 




Fig. 8. 

Essai de reconstitution de la courbe. 

(Fig. 7. C.) 

tude que le fondamental, puisqu'il provoque de fortes dentelures. 
De plus, sa place est facile à déterminer : son maximum négatif 
doit concorder avec celui du fondamental. Enfin le maximum 
positif du 5^ son composant coïncide avec le maximum négatif 
du fondamental. On a la preuve que cette analyse est juste en 
construisant avec ces données (fig. 8) un croquis qui reproduit 
les traits essentiels de la courbe analysée. 

Les tracés de sons non-harmoniques se reconnaissent aussi et 
se prêtent à cette sorte d'analyse. Mais une période ne suffit pas; 
il en faut plusieurs. Suivons la fig. 7 (D). On distingue d'abord 
très clairement un son de 4.000, qui se reproduit sans affaiblisse- 
ment sensible tout le long de la courbe. Et l'on voit de même 



I 



CE CIU'UN PHONÉTICIEN PEUT APPRENDRE d'uNE PENDULE 3I 

que le groupe de sons contient un élément perturbateur. En effet, 
nous avons d'abord en (a) des groupes de deux vibrations qui 
se reproduisent 4 fois en 5°"" 5, ce qui fait pour chacune i°""375. 
L'échelle étant de 13 """2 par centième de seconde, c'est un son 
de 960 V. d. (le 1.920 de Kônig). Un peu plus loin (^), se 
montre un groupement en cinq, qui, par le même calcul, nous 
donne 400 v. d. (le 800 de Kônig) : c'est le fondamental. Enfin 
nous pouvons retrouver l'octave (1.600) comme plus haut 
(fig. 7, C). Par intervalles, le 1.920, le 1.600 et même le 800 
sont plus ou moins éteints par l'interférence et le 4.000 semble 
subsister seul. Et plus loin, les combinaisons déjà étudiées 
réapparaissent. Rien ne serait plus facile que de figurer dans 
un croquis ces variations périodiques. 

Ces sons élémentaires reconnus, on peut en mesurer l'inten- 
sité. J'ai été préparé à ces nouvelles recherches parles expériences 
que j'ai faites sur l'amortissement des diapasons avec un jeune 
physicien, mon ami, M. Arthur Loth, et sur leur audibilité avec 
M. André Denardou, qui m'aide dans l'éducation des sourds et 
dont l'oreille est très exercée. Il suffira de les indiquer briève- 
ment. 

Le diapason d'Edelmann (1.016 v. d.), avec micromètre Struy- 
cken offre un champ facile d'observation depuis ioo[x (ou mil- 
lièmes de mm.) jusqu'à i;x. M. Loth lisait le point de départ, 
puis les variations successives de 10 en io;j.; er, averti par un 
signal bref, je notais le temps. La décroissance initiale est de 50 [).; 
et pour chacune des autres tranches de 10'', de 1/2 sur la précé- 
dente. 

L'œil ne suit plus le mouvement vibratoire au delà de i \i. Mais 
l'oreille continue à le percevoir encore pendant 92 secondes. D'où 
il suit que, si la progression observée se continue jusqu'au bout, 
l'oreille, pour cette note, serait sensible à 3/1000 de^x. 

Nous avons, en effet, les deux progressions suivantes : 



ji l'abbé roùsselot 



-H 


10 


20 


30 


40... 


150 


Zil 100 H- : 


100 


100 


100 


100 


100 


. 


2 


1^ • 


2î ' 


2+ ■■': 


2'7 


lOOl^ 


50 


25 


12,5 


6,25... 


0,003 



soit 



Nos appareils inscripteurs ne sauraient prétendre à une telle 
perfection. 

Le diapason de Kônig (128 v. s.), modèle du grand tono- 
mètre (longueur des branches 714 mm., largeur 55, épaisseur 35), 
a été observé à l'aide du triangle de Gradenigo . A partir du moment 
où l'amplitude a été de 2 mm. jusqu'à celui où le diapason cesse 
d'être entendu, il s'est écoulé 478 secondes. Nous pouvons 
donc écrire conformément à la courbe tracée sur les données 
expérimentales : 

-r o" 28 28X2 28x3 28x4 28X17(478) 
-ff- 2'""' 22 22 2 

2 2* 2' 24 2'7 



soit : 



0,5 0,25 0,125 0,000,015 ouoi-'oi5 



Un autre diapason de Kônig, également de 128 v. s., mais à 
branches minces (20 mm. sur 12) et à curseurs, ne met que 
5" pour passer de 2 mm. d'amplitude à i mm. ; il atteint 0,5 en 
10", et 0,1 en 20", et n'est entendu en tout que pendant 97". 

Le grand intérêt que présente la comparaison de ces deux dia- 
pasons réside dans leur différence d'audibilité. Le gros s'en- 
tend : 

aux amplitudes de : 2 mm. 1,5 0,5 i 0,1 
à des distances de : 8 m. 6 4 2 0,40 

tandis que le petit avec 2 mm. d'amplitude ne s'entend qu'à 
m. 30. 



CE qu'un phonéticien peut apprendre d'une pendule 33 

Le son étant produit à chaque vibration simple, si notre oreille 
était impressionnée par 1/128 de seconde, et si la résistance de 
l'air et si la largeur des branches ' étaient négligeables, nous 
devrions entendre ces deux diapasons à la même distance quand 
leurs branches parcourent le même chemin. Or, cela n'est pas. 
Il ne suffit donc pas pour définir l'intensité d'un son, d'en faire 
connaître la hauteur musicale et l'amplitude. Il faut encore tenir 
compte de son amortissement. 

La loi de l'amortissement donne la mesure de l'énergie qu'un 
diapason est capable d'emmagasiner et de la force vive qu'il 
déploie. 

Deux coups de maillet sensiblement égaux feront écarter les 
branches du petit diapason de 2 mm. et celle du gros de o°"°075 
environ ^. Et ces deux coups produisent sensiblement le même effet 
acoustique, les deux diapasons étant perceptibles à la même dis- 
tance, à 30 cm. 

Cette concordance peut être établie d'une façon rigoureuse 
pour un même diapason. Si on l'ébranlé — nous avons fait l'ex- 
périence pour celui d'Edelmann — au moyen de poids suspendus 
à l'une des branches par un fil que l'on brûle, les déplacements 
obtenus sont proportionnels au poids, et la durée d'audibilité est 
proportionnelle aux déplacements. Nous venons de voir que les 
distances d'audibilité sont proportionnelles aux amplitudes. En 
effet, portons (fig. 9) en abcisses les amplitudes : 

2 mm. 1,5 I 0,5 0,1 

1 . L'influence de la longueur des branches est réelle, mais très faible. En 
collant à l'une des branches du petit diapason un carré de carton de la largeur 
du gros, je n'ai augmenté de ce côté la distance d'audibilité que de moitié : 
20 cm. au lieu de 10 pour la même amplitude. 

2. Pour mesurer cette petite quantité, que le triangle n'indique pas, j'ai 
compté le temps que le son du diapason est perceptible après le coup de mail- 
let. Cette durée (soit 5' 45"), retranchée de la durée totale de l'audibilité, à 
partir de l'amplitude de 2 mm. (à savoir 8'), fait connaître le moment où le 
diapason atteint l'amplitude cherchée. Ce calcul est confirmé par le tracé lui- 
même (fig. 9). 

Revue de phonétique. j 



54 l'abbé rousselot 

et en ordonnées les distances d'audibilité : 

8 m. 6 42 0,40 

nous obtiendrons une ligne droite. Renversons la figure en por- 
tant en abcisses les distances et les amplitudes en ordonnées, nous 
aurons encore une ligne droite ; et, si nous adoptons pour les 
millimètres une échelle convenable, les deux lignes se recouvri- 
ront exactement. Donc il y a, dans les cas envisagés, égalité 
entre la force dépensée, l'intensité mécanique et l'audibilité, et 
l'une de ces valeurs peut être substituée à l'autre. 

C'est sous l'empire de ces idées que j'avais porté à Breda des 
diapasons, dont les tracés devaient me servir à établir l'intensité 
des sons élémentaires de la parole. Mais j'ai été mal servi par le 
temps et il ne m'a pas été possible d'enregistrer et encore impar- 
faitement que les vibrations du diapason de 4.000 v.d. (8.000 v. s. 
de Kônig sans curseurs). 

De la façon dont je l'ébranlé habituellement, ce diapason 
reste sous mon archet 6/10 de seconde et vibre en tout, entendu 
à l'oreille, pendant 5 secondes. Les tracés m'ont appris que je 
ne lance pas le diapason, mais que je l'anime peu à peu, et qu'au 
point maximum que je puis atteindre, je l'abandonne. 

Les expériences de Breda sont concordantes pour la durée de 
l'ébranlement. Malheureusement, elles sont incomplètes pour la 
période d'amortissement. Je puis cependant, en en réunissant deux, 
construire une courbe approximative. Mais, pour m'aider dans 
cette reconstitution, j'ai dû faire des expériences complémentaires. 
Le 8.000 V. s. de Kônig tenu à la main, — car il ne vibre pas 
sur le support du chariot et il ne m'a pas paru nécessaire de lui 
en préparer un autre — s'inscrit très bien sur le cyHndre enre- 
gistreur au moyen d'une légère plume en papier de timbre-poste 
collée à l'une de ses branches. Cette plume agrandit la vibration 
de 2/10. J'ai deux bons tracés, dont les amplitudes ont été mesu- 
rées sous le microscope par M. Chlumsky. La durée de l'ébranlé- 



CE au'uN PHONÉTICIEN PEUT APPRENDRE d'uNE PENDULE 35 

ment a été une fois de 7/10 de seconde, l'autre fois de 8/10. Cela 
n'a rien d'anormal, étant donné la difficulté que j'avais à exciter 
mon diapason dans une position incommode. Il semble donc que 




Fig. 9. 
Comparaison de l'amplitude et de l'audibilité. 

la vibration a été inscrite dès le premier instant où elle a été pro- 
duite. Mais il en va tout autrement pour la période d'amortisse- 
ment. Alors que l'oreille suit le diapason pendant 4"4, la vibra- 
tion n'est plus mesurable après 0^74 (A) ou 0^7 (B) de seconde. 
De nouvelles expériences, avec des procédés plus sensibles, sont 
donc à faire. Toutefois on peut tracer une courbe avec ces 



i6 



LABBE ROUSSELOT 




Fig. 10. 
Variations de l'amplitude et de l'audibilité du diapason 8.000 
de Kœnig (v. s.) 
ôy. Accroissement d'après une expérience faite avec l'appareil Struycken. 
yx. Amortissement d'après des tracés obtenus directement. Les courbes du Lioret et 
du Struycken sont indiquées par des points et des croix. 

La courbe de l'audibilité est seulement marquée par des points encadrés d'un petit 
cercle. Ce sont les données brutes de l'expérience. Les écarts, vu la grandeur de l'é- 
chelle, seront jugés minimes ; et l'accord de toutes les courbes, démontré. 

Sur l'axe oy, chaque division représente i/io du mm. pour l'amplitude, et 10 m. 
pour la distance d'audibilité. 



CE au'UN PHONÉTICIEN PEUT APPRENDRE d'uNE PENDULE 37 

données, en y joignant la limite d'audibilité. En retranchant 
l'épaisseur du trait (environ 3/100 de millimètre) et l'agran- 
dissement produit par la plume 2/10), et en ramenant les am- 
plitudes à une même échelle — pour des raisons que j'expli- 
querai plus tard, j'ai choisi pour représenter l'amplitude maxima 
25 cm. à raison de i cm. par dixième de mm. (fig. 10) — 
j'ai obtenu une courbe qui a la même loi que le 128 de Kônig. 
Pour des tranches successives, exprimées en centièmes de 
seconde, de : 

28 56 84... 

l'amortissement est de : 

1 I I 

2 2^ 2' . . . 

L'amplitude initiale est de 0""° 072 pour l'une des expériences 
(A), de G™™ 096 pour l'autre (B). L'amplitude finale serait donc 
d'environ i ou i,4miUièmes de [j.. 

L'enregistrement avec l'appareil Lioret a été fait deux fois. La 
i"^ fois, le saphir fut réglé pour une faible pénétration et le son a 
été inscrit pendant i"775, soit : 4 dixièmes 5 pour l'ébranle- 
ment et 13,25 pour l'amortissement. Mais la transcription pré- 
senta des difficultés. La seconde fois, le saphir mordit davantage : 
la transcription devint facile ; mais l'inscription fut diminuée : 

Sur l'axe ox et son prolongement oô, chaque division correspond à 2/10 de seconde. 

Le ^éro du temps concorde avec le moment de la plus grande amplitude, et avec les 6 
dixièmes de seconde à partir du premier ébranlement du diapason. 

Pour juger de l'amplitude à un moment donné, on lit le temps en abcisse, par 
exemple, o"2 pour l'accroissement ; l'amplitude sera de o mm. 8, de même que i" après 
le début de l'amortissement, l'amplitude ne sera plus que de o mm. 22. 

La distance d'audibilité et l'amplitude sont en rapport direct : quand l'amplitude 
est, par exemple, de o mm. 8, le diapason peut s'entendre à 80 m. .\vec i/io de mm. 
il s'entend à i m. 

La masse du son perçue par l'oreille correspond à la surface (/yx. L'auditeur placé à o 
est affecté par la masse sonore tout entière. Celui qui est en v ne perçoit qu'un point. 
Aux distances intermédiaires, à 80 m. par exemple l'auditeur reçoit une masse sonore 
correspondant : 1° au rectangle a ^ v 8, qui serait la mesure exacte pour un son de source 
constante; et 2", comme le son est d'abord croissant puis décroissant, au triangle 



38 l'abbé rousselot 

3 dixièmes de seconde pour l'ébranlement et 9 pour l'amor- 
tissement, en tout 12 dixièmes de seconde au lieu de 17, près 
de 18, que nous avions obtenus la première fois, mais l'am- 
plitude est la même dans les deux tracés. L'amplitude initiale, 
au moment du décroissement est, moins l'épaisseur du trait (0""" 3), 
de o™"'37. L'agrandissement a cet avantage de permettre de suivre 
la vibration plus loin que dans l'inscription directe. Le trans- 
cripteur est censé agrandir 200 fois : l'amplitude réelle de la vi- 
bration gravée dans la cire serait donc de o"™ 0018 au lieu de 
G™'" 08 en moyenne que donne l'enregistrement direct. Mais, 
grâce au levier transcripteur, l'agrandissement est en somme 
d'environ 5 fois. La courbe ainsi obtenue a la même loi que 
la précédente, et je n'ai qu'à la ramener à la même échelle pour 
qu'elle la recouvre à peu près exactement ^ 

Revenons maintenant à la photographie des vibrations de notre 
diapason avec la double membrane de Struycken. On peut 
suivre entièrement la mise en train depuis le moment où l'archet 
se pose sur le diapason, et pendant plus de la moitié de l'amortisse- 
ment 2 secondes 1/2, moitié plus qu'avec le Lioret et 2 secondes de 
moins qu'avec l'oreille . L'agrandissement du Struycken est con- 
sidérable. Nous avons eu 6 mm. comme amplitude maxima. En 
ne tenant compte que de l'expérience qui donne la fin de l'amor- 
tissement, on construit une courbe qui se superpose aux précé- 
dentes et qui les continue presque jusqu'à 2 5 8/ 1 00 de seconde . Pour 
faire le raccord, je n'ai eu qu'à reporter la courbe nouvelle sur 
les anciennes, en faisant coïncider le temps au 34/100 de se- 
conde, à partir du début de l'amortissement, ou à 258/100 avant 
la fin de l'audibilité (car ces deux données concordent), le reste 
s'est trouvé juste. 

I. Je dois à l'inépuisable complaisance de M. Chlumsky la transcription de 
ces courbes, et ce n'est pas un mince travail. Chaque quart de tour du cylindre 
demande 20 minutes. Si l'on allait trop vite, le levier se mettrait à vibrer pour 
son propre compte, et les amplitudes seraient démesurément et irrégulièrement 
agrandies. M. Chlumsky a aussi mesuré pour moi au microscope l'amplitude 
des petites vibrations. 



CE qu'un phonéticien peut apprendre d'une pendule 39 

Les courbes sont donc vérifiées les unes par les autres. D'autre 
part, leurs rapports sont faciles à établir. Il suffit de les ramener 
chacune à leur échelle : les amplitudes de l'inscription directe 
ont été muhipliées (A) par 3,47, (B) par 2,6, celles du Lioret, 
par 0,676, de façon à arrivera une amplitude maxima de G""" 25. 
Les amplitudes de Struycken ont été gardées telles qu'elles se 
présentent dans le tracé photographique, avec l'épaisseur du 
trait en moins. Nous n'avons donc pas de modifications à faire 
subir à notre schéma, puisque les courbes préparatoires n'ont eu 
d'autre but que de contrôler la dernière, et que c'est celle-ci seule 
que nous avons à utiliser. 

Pour avoir la courbe entière du son et être à même de l'em- 
brasser pendant toute sa durée, comme pour toutes les distances 
où il est perceptible, il nous reste à tracer la courbe d'ébranle- 
ment du diapason. Le diapason de 8.000 demande, ai-je dit, 
avec la force dont je l'attaque avec mon archet, en moyenne 
6/10 de seconde. Or c'est exactement le temps que je trouve 
dans le tracé obtenu avec l'appareil de M. Struycken. 

Il me suffit donc de porter à gauche du point o(fig. 10), les du- 
rées en abcisses et les amplitudes en ordonnées. Tous les points 
ainsi obtenus se disposent suivant une ligne droite : nous avons 
une progression arithmétique, qui figure l'application régulière et 
continue de la force. Les choses ne se passent pas toujours ainsi, 
car il peut y avoir des hésitations dans le coup d'archet. Mais les 
variantes, en partie corrigées par les moyennes, ne peuvent ame- 
ner que des erreurs légères. Nous possédons donc la courbe 
complète des amplitudes : o'y pour l'accroissemenr progressif; 
j)'A:pour l'amortissement. 

Dès lors, nous pouvons entreprendre de tracer la courbe de 
l'audibilité ; et, en la superposant à celle des amplitudes, préparer 
la comparaison de ces deux aspects d'un même phénomène. 

Nous ferons coïncider le ^éro d'amplitude, en 0', et le maxi- 
mum d'audibilité avec le maximum d'amplitude, en y. L'axe oy 



40 L ABBÉ ROUSSELOT 

mesurera donc les distances d'audition comptées sur cette base 
que la limite d'audibilité est à 250 m., ce qui donne une échelle 
de I mm. par mètre. D'autre part, l'oblique o'y représente le 
début de l'audition pour chacune des distances portées sur oy. 
En effet, ce moment est déterminé par le retard qui existe entre 
l'attaque du diapason par l'archet et le début de l'audition, moins 
le temps nécessaire pour la propagation des ondes sonores dans 
l'air. La vitesse de propagation est connue. Il n'y a donc qu'à 
mesurer le temps qui s'écoule entre l'attaque et l'audition. Opé- 
ration facile. Au moment où je posais mon archet, je mettais en 
mouvement une montre à seconde, que j'arrêtais sur un signal 
fait par l'auditeur, posté à une distance convenue. Une expérience 
préliminaire m'avait appris que le seul maniement de la montre, 
pour marquer l'instantanéité, prend 2/10 de seconde. Chaque 
retard devra donc être diminué de 2/10. Or à la limite d'audibi- 
lité, à 250 m., l'audition a été en retard de 17/10 de seconde, 
que nous réduirons à 15. Sur ces 15, la propagation du son, à 
raison de 330"* 7 par seconde et à 0°, (nous avions — 6°) en 
prend 9 . Il reste donc 6 dixièmes de seconde, temps égal à 
celui de l'ébranlement complet du diapason. 

Des expériences analogues, faites à des distances intermé- 
diaires, donnent des résultats concordants. La ligne éy marque 
donc bien réellement le début de l'audition. 

Pour trouver la courbe finale {jx), il suffit de connaître la 
durée de l'audition à des distances déterminées. Nous posséde- 
rons alors les deux limites du phénomène, le commencement et 
la fin . Les expériences ont été faites d'abord au Luxembourg, 
ensuite en plein champ, à Bourg-la-Reine. J'ébranlais le diapason 
au maximum ; M. Denardou écoutait et comptait avec une 
montre à secondes. Les distances choisies ont été : à l'oreille, à 
I m., à 10 mm. etpuis de 10 en 10 m. jusqu'à la limite. Les va- 
riantes obtenues s'expliquent toutes par une insuffisance du coup 
d'archet ou par des accidents qui favorisaient ou gênaient l'au- 



CE dJUN PHONETICIEN PEUT APPRENDRE DUKE PENDULE 4I 

dition. Les durées, contrôlées, corrigées les unes par les autres, 
sont portées en abcisses, à partir de la ligne o'y, sur une parallèle 
à ox passant par les points correspondant aux distances mesurées 
sur l'axe oy. La courbe, ainsi obtenue, concorde avec celle de 
l'amplitude. 

Nous pouvons donc sur un tracé quelconque, obtenu au 
moven de l'appareil Struycken, non seulement reconnaître la 
note de 4.000 v. d., mais, par la simple mesure de son ampli- 
tude, dire à quelle distance elle peut être entendue. Et si nous 
possédions les mêmes données pour tous les sons contenus dans 
une période, il nous serait facile d'en déduire les variations et la 
somme totale de l'audibilité, et par là l'intensité. 

Il est, en effet, possible de transformer la distance d'audibilité en 
unités acoustiques pouvant s'additionner entre elles. Personne n'i- 
gnore que les limites d'audibilité sont formées par des surfaces de 




Fig. II. 
Rapport des sphères d'audibilité. 

sphères concentriques (fig. 11), qui sont entre elles comme les 
carrés de leurs rayons. D'où il suit que, pour deux sons simples le 
carré de la distance à laquelle ils cessent d'être perceptibles est la 
mesure réciproque de leur intensité. L'expérience prouve la théorie. 
Je prends, non pas deux sons quelconques qui pourraient présen- 
ter des différences de phases, des interférences, mais les sons 
simples de deux diapasons parfaitement réglés, assez graves pour 
que l'amplitude puisse être mesurée à l'œil au moyen d'un petit 



42 L ABBE ROUSSELOT 

triangle, 25év. s. deKônig, par exemple. Les branches sont fortes; 
et, avec un ébranlement modéré, aucun harmonique ne se fait 
entendre. De plus les diapasons sont assez semblables pour que 
la différence d'amortissement soit négligeable (l'un cessant de 
vibrer pour l'oreille après ii'2o", l'autre après 9' lo" à partir 
d'une amplitude de i""" 5). 

Dans ces conditions', je perçois le son d'un diapason seul à 
4 m., et celui des deux diapasons réunis à 5"" 67 : ce qui donne 
les carrés lé et 32. Or, le rapport d'une seule source avec les 
deux réunis étant de i à 2, le rapport des carrés de leurs dis- 
tances d'audibilité se trouve identique, à savoir de lé à 32. Rien 
donc n'empêche de prendre comme unité de comparaison un 
son perceptible à i m., d'après lequel tous les autres seraient 
mesurés par le carré des distances d'audibilité. Cette unité de- 
vrait recevoir un nom. Je propose celui de phonie, à l'imitation 
de calorie, unité de chaleur. Et comme cette unité serait très 
petite, on pourrait compter par grandes phonies (<î») valant 
100 petites (0). 

Mais, qu'on ne l'oublie pas, le carré de la distance de percep- 
tibilité ne suffit à mesurer que la puissance d'une source sonore 
constante ou la puissance maxima d'une source variable, comme 
il ressort du croquis lui-même (fig. 10). Une définition physique 
devrait tenir compte de tous les facteurs qui peuvent intervenir. 
Il y a là des recherches à faire qui ont de quoi tenter. Mais en 
attendant une unité parfaitement établie, il faut bien nous con- 
tenter d'une unité provisoire, qui ait au moins le mérite d'être 
pratique. Et, comme les sons qui nous intéressent sont ceux de 

I. Limite d'audition pour un seul diapason : OA ; pour les deux: OB. La 
surface de la sphère A = le grand cercle A multiplié par le diamètre, ou 2 - R 
X 2R ou 47: R^. De même pour la sphère B. Les deux surfaces sont donc 
entre elles comme OA^ esta OB% comme 4* est à 5,67% comme 16 est à 32. 
La surface de B est le double de la surface de A, comme la source qui agit 
jusqu'en B est le double de celle qui s'épuise en A. Le carré de la distance de 
la source à l'oreille est donc ici la mesure de l'intensité auditive. 



CE au UN PHONETICIEN PEUT APPRENDRE D UNE PENDULE 43 

la parole, c'est à la parole que je la demanderais. La valeur de <p 
pourrait être fournie par une voyelle (a par exemple), dont la 
limite de perception serait i m. (elle ne pourrait qu'être chucho- 
tée) ; et comme valeur de 4> la même voyelle dite de façon à être 
entendue à lo m. Chacun peut acquérir une notion exacte de 
cette unité. Il suffit d'en faire l'essai avec un ami, qui joue alter- 
nativement le rôle d'auditeur et de parleur. On obtiendra ainsi 
bien vite la conscience de la force d'émission et de l'impression 
auditive. 

Appliquons le procédé à un exemple. J'ai été frappé dernière- 
ment dans les tramways de Rome, par la prononciation des con- 
ducteurs réclamant le prix des places : bigUetto! biglielli ! L'atone 
est longue et la tonique brève, et la différence d'acuité me parais- 
sait être la quinte réclamée par Denys d'Halicarnasse, avec plus 
de hauteur pour le pluriel que pour le singulier. Une expérience 
faite à mon retour avec M. Mulitsch, qui travaillait au Labora- 
toire, m'a appris que é dure de 8 à lo centièmes de seconde, 
ou / de i8 à 20 ou 25 . Quant à la hauteur musicale, j'ai compté 
dans deux exemples mesurés, pour hilyéttà : é, 200 v. d. ; ô, 140 
132 128; pour bilyétti : é, 210 220; /, 152 148 140 128. C'est 
bien la quinte de soU (195 v. d.)à ut(i3o), ou de la^ (217) 
à ré (146). Mais comment apprécier l'intensité? De près, mon 
oreille sentait une différence sans être capable de la définir. J'ai 
pris deux auditeurs avec moi. M. Mulitsch, placé à un bout de 
la cour intérieure du Collège de France, répétait toujours le 
même mot. Chacun de nous, chargé d'écouter une seule voyelle, 
s'éloignait jusqu'à la limite oii il cessait de comprendre et s'}' 
tenait, rectifiant la position, jusqu'à ce que nous fussions tous 
d'accord . La limite a été pour 1'/ de la première syllabe 44°"° 5 , 
pour Vé 50™ 5, pour 34™ 5, pour Tï final 40". Les carrés de ces 
chiff"res sont : 1980,25, 2250,25, 11190,25, 1600. Ce sont 
autant de petites phonies (s) . Nous n'avons qu'à diviser 
par 100 pour avoir les grandes phonies (<!>), ce qui donnerait 
pour l'intensité 



44 






LABBÉ R( 


3USSELO*r 








bi 


lyét 


to 


K 


lyét 


?/ 




19,8 


25,5 


11,9 


19,8 


25,5 


16 



Ce n'est là assurément qu'une approximation. Mais pour 
le moment, pouvons-nous avoir quelque chose de mieux et de 
plus expressif? 

J'ai proposé, dans mes Principes de phonét. expér., un procédé 
pour évaluer l'amplitude des tracés en distance d'audibilité. Mon 
but était d'introduire dans la mesure de l'intensité les correctifs 
nécessités par les différences de hauteur et de timbre . 

C'est sur cette base que M. Lote s'est appuyé pour construire 
son beau travail sur l'intensité dans l'alexandrin français. L'en- 
semble des résultats me parait être la meilleure justification de 
la méthode. Cependant quelques évaluations font naître des 
doutes, par exemple celles-ci : 

Et mon cœur aussi/o7 percé de mille coups ... 

330"! 120™ 
De confondre un amour qui se tait à regret. . . 

85m jm 

J'ai été curieux de contrôler ces chiffres par une expérience 
directe. Dans un espace libre, de 160 m. environ, en arrière des 
fortifications, le long du boulevard, j'ai prié M. Lote de me dé- 
clamer ces vers. Ni le lieu, ni le temps, n'étaient ce que j'aurais 
souhaité de meilleur: il y avait du bruit et du vent. Userait donc 
imprudent d'attribuer aux mesures que j'ai prises une valeur 
absolue. Aussi n'était-ce pas ce que je cherchais. J'avais en vue 
seulement le rapport qui peut exister, pour la puissance auditive, 
entre la syllabe la plus forte et la plus faible d'un vers. J'ai 
compté : 

tôt 150m iper 34 con 12,20 grets 0,88 

Si nous transformons les distances déduites par M. Lote (a), puis 
celles qui ont été mesurées (,3) en petites phonies, et si nous 
divisons la syllabe forte par la faible, nous trouvons : 



CE au UN PHONETICIEN PEUT APPRENDRE D UNE PENDULE 45 

Valeurs déduites (a) : toi 108.900 per 14.400 con 7.225 grrts 2> 

— mesurées (^) : — 22.500 — 1.156 — 148,84 — 0,77 
Rapports a) : 7 289 

— h) : 19 193 

Un autre vers, débité à la suite, de façon à fournir le maximum 
de l'écart, a donné : 

Dis, ne voudrais-tu pas voir une étoile au fond 

145" 2,50 

Soit en phonies : 

toile 21.025 (ond 6,25 Rapport: 3.364 

En face de ces chiffres, les évaluations de M. Lote n'ont rien 
d'invraisemblable. 

On jugera que me voilà bien loin de ma pendule et de son 
tictac. Mais j'espère qu'on me le pardonnera. Je crois, au reste, 
en être moins loin qu'il ne semble. J'avais besoin d'expliquer 
l'impression de force et de préparer l'analyse des consonnes qui 
va suivre. 

Abbé RoussELOT. 



LA PHOTOGRAPHIE DES ARTICULATIONS 

DESSINÉES AU PALAIS ARTIFICIEL 

Les premières photographies de ce genre ont été publiées dans 
le travail de Hagelin, Stomatoskopiska undersôkningar af franska 
sprâkljud, Stockholm, 1889. Elles sont au nombre de soixante- 
dix-sept et presque toutes présentent des contours flous. Cer- 
tains phonéticiens en ont tiré la conclusion que la photographie 
ne donne pas ici d'images nettes. D'autres, à savoir ceux qui 
n'ont pas travaillé au palais artificiel, sont souvent portés à sus- 
pecter le palais lui-même et à lui attribuer ce manque de netteté 
visible sur les planches de HageHn. 

Ce qui est sûr, c'est que l'exemple du savant suédois n'est 
pas particulièrement encourageant et qu'il n'a pas trouvé beau- 
coup d'imitateurs. Il n'y a — que je sache — qu'un seul essai 
de ce genre entrepris, par M. Bogoroditzki pour le russe. Mais 
ses très intéressantes photographies n'apprennent rien au lecteur 
sur la netteté des images, étant donné que les contours y sont 
renforcés à la plume. 

Pour me rendre compte moi-même de ce qu'on peut obtenir 
par le procédé photographique et pour apporter en même temps 
des matériaux de comparaison avec les sons russes photographiés 
par M. Bogoroditzki, je me suis mis, les vacances dernières, à 
faire des photographies de la prononciation praguoise. J'ai profité 
pour cela de l'obligeance de mes compatriotes : M. Schwarzer 
qui manie bien le palais artificiel — il a travaillé déjà avec moi 
au Laboratoire de Phonétique du Collège de France en 19 10 — 
et M. Holub qui a mis son atelier photographique à ma dispo- 
sition. Grâce à cet aimable concours j'ai obtenu des résultats 
très satisfaisants. On peut s'en faire une idée d'après les repro- 



LA PHOTOGRAPHIE DES ARTICULATIONS 47 

ductions qui suivent et qui, malgré la perte que subit la photo- 
graphie par le clichage, ne représentent pas trop défavorablement 
l'original, sans toutefois pouvoir le remplacer. Il m'aurait été 
facile d'arriver à une netteté plus grande, si j'avais voulu suivre 
le procédé bien connu des photograveurs, qui consiste à dimi- 
nuer la perte possible en renforçant à la main les parties sus- 
ceptibles de devenir floues sur la reproduction. J'ai préféré tout 
naturellement laisser les images telles quelles, sans aucune 
retouche. J'ajoute que je leur ai conservé la grandeur naturelle, 
pour ne pas compliquer la comparaison avec les photographies 
des sons russes qui sont aussi de mêmes dimensions. 

Voici maintenant la façon dont les expériences ont été faites. 
Le procédé en lui-même n'a rien que d'ordinaire. Un carton 
de couleur foncée a été fixé verticalement sur un support, en 
face de l'appareil photographique, et placé à une distance qui 
permettait d'obtenir la grandeur naturelle de l'original. Sur ce 
carton a été attaché le moulage du palais au moyen de trois clous : 
deux droits le soutenaient en bas, le troisième, recourbé, main- 
tenait solidement le haut au moyen de son crochet qui entrait 
dans un petit creux pratiqué exprès, au-dessus des dents. Le 
moulage ainsi fixé recevait le palais artificiel qu'il s'agissait de 
photographier. Pour l'empêcher de tomber — ce qui aurait été 
inévitable, la position du moulage étant verticale — j'y mettais, 
à trois endroits, un peu de colle de relieur. Voilà pour l'ins- 
tallation dans l'atelier photographique. 

Ainsi l'attention tout entière pouvait être concentrée sur le 
maniement du palais artificiel. La première précaution à prendre 
c'est de ne répandre qu'une couche de poudre la plus fine et 
la plus légère possible, afin qu'elle puisse être facilement enlevée 
par la langue. On y arrive aisément, si l'on fait sécher la poudre 
avant l'expérience et si, après avoir écrasé les flocons qui pour- 
raient s'y trouver, on la répand sur le palais, sans toutefois le 
toucher avec le tampon d'ouate qui sert à cette opération. Car, 
le contact du tampon rendrait la poudre plus adhérente. 



48 j. CHLUMSKY 

Les autres opérations qui sont : blanchir les doigts avec 
lesquels on touche le palais, fixer bien l'appareil dans la bouche, 
prononcer nettement et enlever ensuite le palais — tout cela 
et d'autres détails ont été décrits tant de fois, notamment dans 
les Principes , p. 58 et suiv., qu'il suffit d'y renvoyer. 

Si la prononciation avait été naturelle au double point de vue 
articulatoire et acoustique, le palais était rapidement transporté 
sur le moulage, fixé et photographié. L'exposition ne durait que 
quelques secondes et elle n'était prolongée que dans la soirée, 
quand la lumière baissait. 

C'est de cette façon qu'ont été obtenues les photographies des 
consonnes intervocaliques et des voyelles '. Si je n'ai pas poussé 
plus loin ce travail, je dois maintenant en donner les raisons. 
Le procédé est facile, mais il n'en est pas moins vrai qu'il est 
coûteux et — ce qui est plus grave — il ne constitue pas l'éco- 
nomie de temps que l'on serait tenté de supposer. Car pour un 
croquis on n'a pas besoin d'employer autant de précautions qu'il 
en faut pour la photographie et on peut obtenir quand même 
des contours suffisamment nets. Quant à la fidélité de ceux-ci 
elle est assurée par les échancrures des dents et les trous percés 
dans le palais artificiel, surtout s'ils sont nombreux; pour 
les parties plus difficiles, par l'emploi d'un compas tenu 
dans le plan horizontal, et au besoin, de la loupe, s'il faut me- 
surer des écarts très petits. Mais généralement on n'a pas 
besoin de pousser aussi loin la précision, d'autant plus que 
chaque articulation a une zone où évoluent ses nuances depuis 
la plus faible jusqu'à la plus forte ^. 

Bref, la conclusion de mes expériences est celle-ci : Dans la 
plupart des cas, les croquis des figures obtenues au palais arti- 

1 . On a employé le papier au bromure d'argent ; un papier citrate brillant 
eût donné encore de meilleurs résultats. 

2. Toutefois pour la même force du même son on a d'ordinaire la même 
image. Les nombreuses expériences que j'ai faites ne me permettent pas le 
moindre doute à cet égard. 



LA PHOTOGRAPHIE DES ARTICULATIONS 



49 



ficiel sont bien suffisants pour nous renseigner sur le point 
d'articulation. Mais si l'on désire une reproduction avec tous 
les détails, permettant de se rendre compte aussi de la hauteur 
du palais réel, de son élévation sur la partie antérieure, etc., il 
vaut mieux recourir à la photographie. Celle-ci donne — con- 
trairement à ce qu'on disait — des figures nettes, si l'on prend 
les précautions nécessaires. En outre elle a sûrement l'avantage 
de mieux flatter l'œil et de satisfaire même ceux qui se méfient 
des dessinateurs. 

Jos. Chlumsky. 




FiG. I. 

/ dans le moi vaia {=. ouaie). 



Revue de phonétique. 



50 



J. CHLUMSKY 




FiG, 2. 

d dans vada (= défaut). 




FiG. 3. 
n dans vana (= baignoire). 



LA PHOTOGRAPHiE DES ARTICULATIONS 



St 




FiG. 4. 
r dans Mdra (nom propre). 





^^v 




^^H 


B 


ji 




^H 


9^ 


■ 


^B^^^H 




y 


B 


^p"^ 


rJ 


■ÉlMHiH 





FiG. 5. 
f dans Afâfa (nom propre). 



52 



J. CHLUMSKY 




FiG. 6. 

/ dans oJoz'o (= plomb). 




FiG. 7. 
s dans vmsu (datif de maso = viande). 



I 



LA PHOTOGRAPHIE DES ARTICULATIONS 



53 




FiG. 8. 
;j dans ma:^u (datif de mai) " corps gras pour graissage ». 




FiG. 9, 

S dans vase (la vôtre). 

7- dont nous ne donnons pas la figure offre un tracé analogue mais un peu plus faible- 



54 



J. CHLUMSKY 




FiG. 10. 

di dans divedd (dial. = il lève). 
ts dont nous ne donnons pas la figure, offre un tracé analogue, mais un peu plus fort. 




FiG. II. 



C daps cpa- (cpavy, orth. cpavy = d'une odeur pénétrante). 



LA PHOTOGRAPHIE DES ARTICULATIONS 



55 




FiG. 12. 

/ dans jba- Qbdn, orth. cbâtl = cruche). 




FiG. 13. 
y dans mayo- ÇMayolena = nom propre). 



56 



J. CHLUMSKt 




FiG. 14. 
t dans bâta (orth. bâta'). 




FiG. 15. 
d dans — âda Vlâda = nom propre). 



LA PHOTOGRAPHIE DES ARTICULATIONS 57 




FiG. i6. 
n dansMawa (orth. Mafia, nom propre). 




FiG. 17. 
^dans Bakof(pnh. Bakov, nom de ville). 



58 



J. CHLUMSKY 




FiG. i8. 
g dans hago (= mégot) . 




FiG. 19. 
C dans Mâia (orth. Mâcha = nom propre). 



RÉPONSE A L'ARTICLE DE ^L P. \'ERRIER 

Isochronisme et anacruse {Revue de Pljouétique, t. III, 381-395). 

M. Verrier prend à son compte la plupart des critiques que 
j'ai adressées en termes généraux à divers incompétents; se sent- 
il donc si coupable ? 

Quoi qu'il en soit, il vient de faire une nouvelle découverte 
qui lui paraît propre à confirmer ses doctrines antérieures, er, en 
même temps, à me confondre. 

On peut aligner sur une table des petits sous et des gros sous, 
en les entremêlant irrégulièrement, mais de telle sorte que 
toute la ligne soit divisible d'un bout à l'autre en tranches 
valant exactement trois sous. Si après ce premier travail on 
ajoute un petit sou devant la ligne et que l'on veuille recom- 
mencer, en comptant ce premier sou, à la partager en tranches 
de trois sous, la nouvelle division sera impossible toutes les fois 
que les groupes primitifs se terminaient par un gros sou : la 
coupure tomberait au milieu d'une pièce de deux sous. 

Telle est la dernière trouvaille de M. Verrier; mais, en abile 
omme qu'il est, il se garde bien de l'exposer ainsi : tout le monde 
comprendrait. Il opère avec des notes de musique et du coup 
cela paraît plus fort et plus mistérieux. Ma cuisinière comprend 
très bien la chose avec des sous ; avec des notes de musique elle 
i renonce. 

Il prend pour exemple « Le bon roi Dagobert » ; il en donne 
une notation musicale qui laisse en deors des mesures la première 
sillabe « Le » ; il « frappe du pied » après chaque barre de 
mesure, et il constate que d'un coup de pied au suivant il a 
toujours exactement la même durée de six croches. 

Puis il imagine une autre notation : sans rien changer à la 



6o 



M. GRAMMONT 



valeur des notes de chacune des sillabes, il fait entrer la sillabe 
« Le » dans les mesures, et il place chaque barre de mesure 
après la sillabe qu'elle précédait. Voici cette notation originale : 



É 



m ^^ 



N î N ~fr 



L»|7C L 1 



^ 



? 



ip^î 



M—^ 



-lut A- vit ■>«. JH» l»itt_-«l i ftu y 



-.«u<n^4«Ài4 £ lei 



É 



^ 



T-frA 



S 



S 



^+li-^^-^ 



: 1 1 



4=5 



iH. i ÀJt m«LttL_ya--i%t.iIW-iA^b^--£.4tmAl cm.-1aJU ' C'i^ ItU ivt 



r-' 



^ 



^ 



È 



^ 



ïï=v 



^.1^ 



H"- 



J!n**4_ 



■ul >Lt mt» ïtl'èiitm.ÀnsiXr. 



Là M. Verrier ne sait plus exactement où frapper du pied, et 
il compte que les croches additionnées d'une barre à l'autre donnent 
des totaux différents. C'était à prévoir. Il conclut que dans le 
premier cas le ritme est parfaitement établi par l'égale durée des 
mesures, et que dans k second, les mesures étant inégales, il n'i 
a plus de ritme. 

Il a donc la gracieuseté de m'attribuer la seconde notation, 
bien que je n'aie pas sollicité ce cadeau. Le but de cette cons- 
truction musicale est en effet de montrer que je ne sais pas 
« scander » un vers français. Or je ne scande pas les vers français ; 
je les ritme, et quand je les lis je ne donne de coups de pied à 
rien ni à personne. La « scansion » qu'il a imaginée pour les 
besoins de sa démonstration, et qui, d'après lui, serait ma scan- 
sion, dénote de la part de son auteur une connaissance si obs- 
cure de la langue française, sur laquelle il prétend se régler, que 
je ne puis, à mon grand regret, rien en accepter. 

Au reste il n'a pas vu que la notation musicale, grâce à un 
simple artifice grafique, que l'on nomme la sinccpe, permet d'ob- 



RÉPONSE A l'article i)E k. P. VERRIER 



6i 



tenir à volonté l'égalité des mesures, quel que soit le point de 
départ du calcul : 




CUtuf ^- i^ 



fr-f^n^ 




C/ V V K 1, ^ 



Dans cette nouvelle notation toutes les mesures sont rigoureu- 
sement égales, et les ictus, que j'ai indiqués par le signe V, qui 
est admis en musique pour cet usage, tombent dans chaque 
mesure à la même place, à savoir après une croche. Ils gardent 
dans les paroles la position qu'ils occupaient avec la notation 
qui a servi de point de départ à M. Verrier. 

Je ne donne cette notation que pour ce qu'elle est, c'est-à-dire 
une construction propre à montrer combien M. Verrier a eu la 
main maleureuse en recourant pour sa discussion à la musique, 
qui précisément permet de « partager les gros sous ». Je remar- 
querai pourtant que cette musique ainsi notée est en outre par- 
faitement exécutable, tandis que celle dont M. Verrier a voulu 
me faire présent n'est que désarroi et incoérence. Mais je n'aurai 
pas la cruauté d'insister davantage sur cette dernière, et je reviens 
à la première, à celle où M. Verrier croit trouver une base solide 
pour asseoir sa téorie. 

Quelle peut être sa valeur pour juger du ritme des paroles et 
de la durée des sillabes ? Nulle. Rien n'empêche de chanter Le 
roi Dagobert sur un autre air, et si l'on en voulait un qui coin- 



62 M. GRAMMONT 

cidât avec le mouvement des paroles il serait tout différent de 
celui-là. Cette musique est appliquée sur les paroles comme une 
cuirasse d'acier qui n'en épouse point les contours; elle n'est en 
aucune mesure modelée sur elles. Elle a des temps marqués où 
les paroles n'en peuvent pas admettre, par exemple sur « bon » 
dans « Le bon roi » (sans qu'il soit nécessaire de recourir aux 
autres couplets^ comme le deuxième qui commence par ces mots: 
« Comme il la remettait, — Un peu trop il se découvrait » ; 
M. Verrier appelle cela des vers !). Elle a fait des longues avec 
les brèves ; par exemple les deux sillabes a- de « avait » et je de 
« je vais », qui sont parmi les plus brèves de tout le couplet, 
deviennent dans la musique égales aux plus longues : elles i 
valent une noire pointée. Pourquoi? Parce que la musique de 
Dagobert est de la musique instrumentale ; c'est un air de trompe 
sous lequel on a mis après coup des paroles qui s'i adaptent fort 
mal. Il était difficile de choisir un cas moins probant. Si l'on voulait 
tirer de la musique quelques indices relativement à la versification, 
il semble qu'il aurait fallu au moins recourir à un exemple de 
musique vocale, et le choisir tel que la mélodie et le ritme de la 
musique fussent rigoureusement d'accord avec le sens et le 
ritme des paroles. 

Au surplus, même dans ces conditions, la comparaison de la 
versification avec la musique est à peine légitime. La musique 
est un art et la versification en est un autre ; je l'ai toujours dit 
et ne l'ai pas inventé. La démonstration en est facile et il n'est 
vraiment pas utile de la refaire. La versification française n'étant 
pas quantitative, son ritme est constitué non par des durées, mais 
pas des temps marqués entre lesquels il i a des intervalles qui 
tendent à s'égaliser. 

Mais la musique elle-même est-elle bien telle que M. Verrier 
la décrit ? Il serait piquant que ses lumières fussent aussi pâles 
sur ce domaine que sur celui de la versification. Ignore-t-il donc 
que l'égale durée des mesures, si elle est abituelle en musique. 



RÉPONSE A l'article DE M. P. VERRIER 6$ 

n'i est pas nécessaire, ni dans l'exécution ni dans la composition ? 
Ne sait-il pas que l'exécutant peut, dans des mesures isocrones, 
ralentir l'une ou accélérer l'autre en vue de l'expression ? A-t-il 
oublié que les téoriciens admettent en musique la « modulation 
ritmique», et qu'il est fréquent de rencontrer dans les chansons 
vraiment populaires les ritmes ternaire et binaire mélangés ? 
(Cf. par es. G. Millardet : Revue de philologie française et de litté- 
rature, XXV, p. 230 ; — Vincent d'Indy, Chansons populaires du 
Vivarais, passim.) 

Une frase musicale n'est pas composée de mesures, mais de 
périodes, et le fait apparaît nettement dans Dagobert lui-même. 
La musique de cet air si simple, considérée comme musique ins- 
trumentale, ce qu'elle est, ne peut pas être « scandée » par les 
procédés de M. Verrier. Il en a copié la notation probablement 
dans Larousse, article Dagobert ; c'est regrettable. Toute autre 
notation l'eût averti de ce qu'il n'a pas vu : quiconque chantera 
Dagobert ou le jouera sur la trompe de chasse marquera de lui- 
même l'arrêt sur le 2^ degré (là) à la fin de la 2^ période (après 
culotté(e). La notation qui garde partout 6/8 est un contresens 
ritmique et mélodique. Il faut noter, comme tout le monde 
chante ou joue, en intercalant une mesure ternaire 9/8 entre les 
binaires 6/8, ou alors mettre un point d'orgue ^, suivant la 
notation usuelle. Mais ce point d'orgue, suspendant le battage 
de mesure, n'est qu'un grossier subterfuge pour voiler le 
ritme véritable en ayant l'air de maintenir le prétendu principe 
de mesure. 

M . Verrier confond mesure et ritnie, et ceux qui voudront être 
au clair sur la question feront prudemment de ne point s'adresser 
à lui. « Battre la mesure et rythmer une phrase musicale sont deux 
opérations complètement différentes, souvent opposées. Les 
nécessités de l'exécution d'ensemble obligent à discerner par le 
geste les temps de la mesure, mais le premier temps qu'on appelle 
frappé est tout à fait indépendant de V accentuation rythmique... La 



64 M. GRAMMONT 

coïncidence du rythme et de la mesure est un cas tout à fait 
particulier qu'on a malencontreusement voulu généraliser, en 
propageant cette erreur que « le premier temps de la mesure est 
toujours fort. » Cette identification du rythme et de la mesure a 
eu pour la musique des conséquences déplorables , c'est même une 
des plus fâcheuses innovations que nous ait léguées le xvii^ siècle, 
si fertile en fausses théories... » (Vincent d'Indy, Cours de com- 
position musicale, l" livre, p. 27. — A comparer s.v.p. avec ce 
que dit M. Verrier aux pages 385 et 386 de son article.) 
M. Verrier ne voit la musique que dans les barres de mesure, 
comme un maître d'école qui trouverait dans l'ortografe fran- 
çaise une fidèle image de la prononciation. 

Mais quel est ce procédé qui consiste à parler de musique lorsqu'il 
s'agit de versification ? Quel est ce procédé qui consiste à ima- 
giner, pour attaquer quelqu'un, un certain nombre d'absurdités, 
à les lui attribuer bien qu'il ne les ait jamais ni dites ni pensées, 
et à les lui reprocher ensuite ? Quel est ce procédé enfin qui 
consiste à extraire une frase d'un développement de l'Introduction 
de M. Meillet, et à s'appuyer sur elle en lui attribuant un sens 
qu'elle n'a pas dans le contexte ? On connaît depuis Laubarde- 
mont, et même avant, cette manière de faire en politique ; mais 
elle n'avait pas encore été utilisée pour étayer une téorie débile 
sur la versification, et il ne semble pas que cela s'imposât. En 
tout cas ces diverses pratiques constituent une métode de discus- 
sion que beaucoup de lecteurs jugeront sévèrement. 

Maurice Grammont. 



REPONSE 
A LA RÉPONSE DE M. GRAMMONT 

« Quel est ce procédé », comme dit M. Grammont, qui 
consiste à attaquer les gens par derrière, — sans les nommer, — 



RÉPONSE A LA RÉPONSE DE M. GRAMMONT 6$ 

et à faire le bon apôtre quand ils se retournent pour se défendre ? 
Si l'auteur du Vers français visait quelqu'un d'autre que le 
soussigné, non point dans ses « critiques... adressées en termes 
généraux à divers incompétents », — je ne m'en suis pas occupé, 
— mais dans ses railleries sur la démonstration de l'isochronisme 
rythmique par la métrique expérimentale, eh bien ! qu'il le nomme ! 

J'ai « pris à mon compte » ce qui s'adressait à moi. Non 
que je me « sente coupable » : il ne s'agit pas de critiques, 
mais d'imputations fausses. C'est précisément cette fausseté que 
j'ai dénoncée dans mon article, en même temps que je relevais 
chez mon agresseur, par la même occasion, soit d'autres erreurs 
de fait, soit des assertions dogmatiques et sans preuve. 

Au lieu de me répondre, il continue, et de plus belle. Il va 
jusqu'à m'accuser d'une « manière de faire » à la « Laubarde- 
mont ». 

Pourquoi ? Voici mon forfait : afin de montrer combien est 
mal fondée la scansion que M. Grammont impose aux vers 
français, je l'ai appliquée à la musique du Roi Dagohert. C'était 
« légitime » : dans les deux cas il s'agit pour lui de « mesures ». 
J'ai suivi exactement ses indications : dans chaque membre de 
phrase musicale pris à part, comme lui dans chaque vers, j'ai 
mis la barre de mesure immédiatement après le temps marqué, 
c'est-à-dire, comme il l'entend, après la forte tout entière'. 
Cette musique ainsi notée « n'est que désarroi et incoérence ». 
Il le reconnaît. Moi non plus, « je n'aurai pas la cruauté d'in- 
sister ». 

A cette scansion établie d'après son principe erroné, mais 
principe tout de même, il en oppose une de pure fantaisie, mais 
où les « mesures », tout en commençant par une note faible, 

1 . « Elles [les mesures] commencent immédiatement après un temps mar- 
qué... Le temps marqué porte sur toute la sillabe qu'il frappe » (Grammont, 
Le vers français, 2^ éd., p. 91, note). — « La coupe [de la mesure] vient en 
effet toujours immédiatement après une sillabe tonique » {Ib., p. 11). 
Revue de phonétique. j 



66 p. VERRIER 

n'en sont pas moins égales. Puisque les notes sont toujours 
divisibles sur le papier, il est bien évident que sur le papier on 
peut découper un air à peu près n'importe comment en « mesures » 
égales. Mais ces nouvelles « mesures » de M. Grammont, avec 
leurs dépeçages de notes, qui rappellent la manière dont il sabre 
les mots (bien plus qu'ils ne ressemblent aux véritables syn- 
copes), et qui se répéteraient sans cesse dans un morceau moins 
simple que Le Roi Dagobert, — ces « mesures » où le temps 
marqué principal est séparé de la barre précédente par une croche 
et le temps marqué secondaire de la barre suivante par deux 
croches, tandis qu'ils sont séparés l'un de l'autre par trois croches, 
— ces « mesures » dont rien n'indique pour l'oreille ni le com- 
mencement ni la fin, — ces « mesures » qu'il est même impos- 
sible de battre et qui ne répondent par conséquent ni aux 
« nécessités de l'exécution d'ensemble » ni à rien, — qu'est-ce 
que c'est ? Cela n'existe que sur le papier. 

Tout ce qu'on y peut voir, c'est un simple « calcul », comme 
il le dit fort bien : additions et soustractions des valeurs, — ou 
durées des notes, — arithmétique aussi vaine qu'abstraite et 
arbitraire, voilà tout. 

Si c'était là des mesures, on ne pourrait donner de la mesure 
ni définition théorique ni définition applicable dans la pratique. 
Quelle diflférence y aurait-il, d'ailleurs, entre une mesure à 
4/4 et deux à 2/4, entre deux mesures à 3/4 et trois à 2/4 ? Le 
nombre et la position des temps marqués ? Mais c'est par « une 
des plus fâcheuses innovations que nous ait léguées le xvii* 
siècle, si fertile en fausses théories », par une malencontreuse 
« identification du rythme et de la mesure », par une déplorable 
confusion du frappé avec le temps marqué, ou accent rythmique, 
que ce temps marqué passe pour fixé de quatre en quatre noires, 
ou de deux en deux, ou de trois en trois, etc., c'est-à-dire après 
les barres de la notation courante, en tête de nos mesures : tel 
est, on le sait, l'avis de M. Grammont. 



RÉPONSE A LA RÉPONSE DE M. GRAMMONT 67 

On pourra trouver étrange que, pour lui, le temps marqué 
n'ait point de place fixe dans la mesure musicale, tandis que 
dans les vers français il est attaché à la dernière syllabe de la 
« mesure ». Pourquoi, si j'ose dire, deux poids et deux mesures? 

AUéguera-t-il, comme raison, qu'il ne « scande pas les vers 
français », qu'il les « ritme » ? Comprenne qui pourra, surtout 
après les lui avoir vu scander, dans son livre, à coups de barres. 
Au lieu de discuter sur les choses, il joue avec agrément, sans 
doute, mais non sans une obscurité énigmatique sur les mots 
« mesure », « ritme », scansion ». 

Scander (jcandere, ^^ttveiv), au sens primitif, c'est marquer 
l'accent rythmique ou temps marqué en frappant du pied, — « à 
coups de pied », comme s'exprime élégamment M. Grammont. 
Au sens dérivé, c'est indiquer sur le papier l'accentuation ryth- 
mique et, s'il y a lieu, la durée rythmique des sons ou des syl- 
labes ; c'est encore faire ressortir l'une ou l'autre, ou bien toutes 
les deux, par une diction pour ainsi dire schématique, dépouillée 
de toute nuance expressive et même de toute mélodie, — arti- 
ficielle, par conséquent, et bonne tout au plus comme grossier 
moyen de contrôle. Scander, qu'il s'agisse de cette prononcia- 
tion factice, de signes écrits ou d'un geste, c'est donc avant 
tout marquer le rj^thme, puisqu'il repose sur l'accentuation 
rj^thmique, sur le temps marqué. Du même coup, n'en déplaise 
à M. Grammont, on marque aussi la division rationnelle en 
mesures ou en pieds. 

Si l'on trouve ainsi dans le Roi Dagobert, après une anacruse 
d'une croche, des mesures égales qui commencent et se terminent 
toujours avec une note, — sans « partager les gros sous », — ce 
résultat tient évidemment au rythme de la chanson : pour l'at- 
teindre, je ne me suis certes pas amusé, ni moi ni personne, à 
« entremêler » artificieusement des notes de valeur diverse, — les 
« petits sous et les gros sous » de M. Grammont. 

Sa comparaison des mesures avec une « ligne » de sous 



éS P. VERRIER 

serait exacte, — aussi bien que probante en faveur de la scansion 
anacrusique, — si les mesures s'obtenaient simplement par une 
addition arbitraire de valeurs. Mais elle est inexacte. 

Dans la notation actuelle, il ne s'agit aucunement de couper 
le morceau de musique, comme une galette, en tranches égales 
de n'importe quelle dimension, simplement « pour les néces- 
sités de l'exécution d'ensemble » . Il ne s'agit pas non plus de 
transporter, de gré ou de force, le temps marqué au commen- 
cement des mesures. On met une barre devant chaque temps 
marqué : le texte musical se trouve ainsi divisé en mesures 
qui commencent par le temps marqué et qui sont presque tou- 
jours sensiblement égales. Presque toujours, mais non toujours : 
l'égalité en peut être suspendue par de brusques changements 
de tempo ou des modulations rythmiques, tantôt précisés dans 
la notation, comme par un chiffre du métronome ou par la 
substitution de 9/8 à 6/8, tantôt indiqués sans limitation aucune, 
ad libitum, comme par le mot italien rallentando ou par un 
point d'orgue. 

Le point d'orgue du Roi Dagobert ne « voile » donc absolu- 
ment rien : il laisse pleine liberté aux exécutants. Les uns, à 
tort sans doute en ce cas particulier, déforment tout à fait la 
mesure . La plupart au contraire, respectent l'isochronisme du 
rythme : soit complètement, c'est-à-dire dans la mesure com- 
posée (6/8), dont ils conservent ou doublent la durée; soit 
partiellement, c'est-à-dire dans la mesure simple (3/8), en sub- 
stituant 9/8 à 6/8, ainsi que le demande M. Grammont, — 
avec raison, je crois. Ce point d'orgue, je ne l'ai pas noté dans 
ma transcription, pas plus que les autres nuances de l'interpré- 
tation, pas plus que le silence qui tombe d'ordinaire au même 
endroit : c'est qu'il y a là une question de goût individuel. 

S'il est une notation qui « voile » la modulation rythmique, 
c'est celle qui dans un morceau à quatre temps, par exemple, 
au lieu de déplacer la barre pour la mettre après une mesure 



RÉPONSE A LA RÉPONSE DE M. GRAMMONT 69 

intercalaire à 2/4 ou à 3/4, continue machinalement à la répéter 
après chaque somme de quatre noires, — d'où contretemps, 
« sincopes », et le reste. Il est certain qu'en pareil cas le temps 
marqué cesse de tomber au commencement de la mesure ; mais 
c'est par une erreur de notation. 

Toujours à propos du Roi Dagoberty M. Grammont se remet 
encore une fois à me donner des leçons : il m'apprend qu'il y a 
en musique des changements de tempo, des modulations ryth- 
miques, etc. Si c'est par compassion pour mon ignorance, cette 
compassion part d'un bon naturel. Mais il pourrait s'épargner 
la peine de porter de l'eau à la rivière. Je me suis déjà permis 
de signaler, dans mon précédent article, ce que j'ai écrit là- 
dessus. 

Non que j'aie la prétention de demander qu'il le lise ! A quoi 
bon, d'ailleurs ? 

Il sait mieux que moi ce que je pense et ce que je fais : il sait 
que je ne soupçonne pas l'existence des variations temporelles 
du rythme (c'est le sujet d'un de mes articles) ; il sait qu'avant 
de citer la phrase de M. Meillet, très précise du reste et très 
claire (« le compte de la quantité part du commencement de la 
voyelle »), je n'ai pas eu soin d'en vérifier le sens; il sait qu'en 
analysant au point de vue de la mesure la musique du Roi 
Dagobert, je me figurais analyser des vers au point de vue de 
l'accentuation et de la quantité; il sait que la « mesure », — 
entendez la division en intervalles égaux, — est pour moi tout 
le rythme de la musique et de la poésie ; il sait qu'à mes yeux 
la phrase musicale « est composée de mesures » ; il sait que 
je confonds le rythme de la poésie avec celui de la musique, 
bien que, pour insister sur la distinction, j'emploie pied dans un 
cas et mesure dans l'autre ; il sait que je prends mes textes de 
musique dans le Larousse. Il sait tout. 

Qui de nous deux « attribue » à l'autre des « absurdités », 
pour lui tomber dessus à bras raccourcis ? Ce n'est certes pas 



70 p. VERRIER 

moi : je ne cite comme de lui que ce qui est bien de lui ; je ne 
travestis point ses paroles; je ne me permets sur son compte 
aucune supposition. Il ne donnera le change à personne. 

Scansion en l'air, querelles de mots, plaisanteries déplacées, 
épithètes malsonnantes, imputations fausses, accusations inju- 
rieuses (« Laubardemont ») : il peut continuer. Je renonce à 
lui répondre. Paul Verrier. 



Je suis tout à fait d'accord avec M. Verrier, mais sur un point 
seulement : c'est qu'il i a lieu de clore la discussion. Le public a 
entre les mains toutes les pièces du procès et peut juger en con- 
naisance de cause. Il a jugé déjà. 

M. G. 



DICTIONNAIRE 
DE LA PRONONCIATION FRANÇAISE 

(Suile) 

Quantité. Nasaîité. Le muet final. Syllabation des consonnes finales . 
Toniques et atones. Groupe fitml et. Va de -able, -âble. 

ABÎME : R. a 8. è 13. / 24. w 12. œ 8. 

L. 8. 13. II. 21. 8. 

ABÎMER : R. a 8. b 12. î 13. m 11. e 29. 

L. 4,5. 12. 7,5. 12. 13. 

AB INTESTAT : R. a 6. ^ 9,5. ? lO. < 7- ^ 10. 

s 10. ? 10. a 22. 

L. 7. 10. 6,5. 10. 5. 

10. 12. 14. 

AB IRATO : R. fl 9. ^ II. i 12,25. r 9. à 13. 

/ II. ô 17. 

L. 7. 15. 5. 8. 12. 
15. 13. 

ABJECT : L. a 5,5. ^ 10,5. y i-i. ^14. 

ABJECT,-E : R. û 7. b 10. / 14. e 13. kt' 

L. 6. 9. II. 10. 20. œ 6. 

ABJECTION : R. a j. b 10. ; 6. e 10. )b5 18. 

y S. 12. 

L. 6. 6. 6,5. 7,5. ^ 6. ^ 15. 
8. II. 

a 6. b S. j 9. « 12. r À 17. 

„ 1 5 13. V 6. 14. 

ABJURATION ! R. < "^ ^ , „ 

5,5. 7. 10. 11,5. r 4. a 18. 

13. 7. 14- 



ABJURER : R. 



72 l'abbé rousselot 

L. 6. 6. 10. 6,5. 8. 8,5. 

13. 4. 13. 

a S. b 7,5. / 12,5. u 10. f 8. ^ 28. 

5. bj 16. 15.5. 10. 22. 

L. 6. 7. 10. 9. 5. 17. 

ABLATIF : R. a 7. ^ 10. / 6,5. û! II. t 12. i I4. 

L. 6. 7. 4. 7. 14. 10. 

15- 

ABLATION : L. a 4. ^8. / 4,5. à j. s 15. 3; 2,5, 

15. 

-able :R. «^21. Z'ii. / 7. «13. 

L. 25. 8. 12. 

-âble : R. à 31. b 12. / 10. ^9. 

L. 22. 10. 16. 

ABLÉGAT : R. a 12. ^ 10,5. / 6,5. ^ 12. ^ 10. a 25. 

L. 6,5. 8,5. 4,5. 7. 9. 18. 

ABLETTE : R. fl 8. ^ 11,5. ^ 8- ^ i^. f 13. « 8. 

L. 8. 10,3. 5,5. II. 17. 

ABLUTION : K. a S. b 13. / 10. u 9. i- 14. >'i2,5. 

ô 15,5. 

L. 8. II. 7. 5,5. 14. 5. 

15- 

ABNÉGATION : R. a J. b II. n 7,7. « 6,75. g 6, S- à 
16,5. s 12,5.}' 7,8. Ô 22. 
L. 7. 5. 10. 5. 5. 

10,5. II. 2. 19,5- 

Observations : 

1° Quantité. — Les variantes de quantité sont relativement 
faibles pour un même sujet, quand il est placé plusieurs fois 
dans des conditions analogues. Comparer, par exemple, les 
mesures fournies par des expériences que j'ai renouvelées à deux 
ou trois années d'intervalle (abjuration, abjurer. R). 



LA PRONONCIATION FRANÇAISE 



73 



Les variantes sont plus importantes, si l'on compare la prononcia- 
tion de deux sujets différents, la mienne (R) et celle de M. George 
Lote (L.). Je suis né et j ai vécu trente-quatre ans en Angou- 
mois. Depuis, j'ai habité Paris ; mais je ne me suis pas appliqué à 
effacer quelques traits de ma prononciation que je retrouvais chez 
les Parisiens les plus âgés, M. Lote est né à Lorient d'un père 
Breton et d'une mère Parisienne, qui me semble avoir eu sur sa 
langue une influence dominatrice. Nos deux prononciations ne 
diffèrent pas sensiblement pour le commencement des mots. A 
noter cependant que la première consonne d'un groupe est presque 




(L) 
Fig. 64. 
Une voyelle nasale à la fin d'un mot. 
(syô dans ablusyô). 

N. Nez. — B. Bouche (petit tambour;); B\ Bouche (grand tambour). Les deux 
tambours accouplés reçoivent le même courant d'air. 

Remarquez que le courant d'air n'est obstrué par la bouche à aucun instant. Mais 
les vibrations s'atténuent, sans disparaître toutefois, rapidement, pendant qu'elles restent 
fortes sur le courant d'air nasal. 

toujours plus courte chez M. Lote que chez moi. Une différence 
sensible se montre dans les atones intérieures : elles sont nota- 
blement plus brèves pour M. Lote : abîmer, ab intfitat, ab /rato, 
ablegat, abjection, etc. Mais la différence essentielle se montre 
dans les syllabes toniques. La voyelle pure est plus brève pour 
M. Lote que pour moi : abîme, abîmer, ab irato, abjurer, ablatzf, 
ablégat, abjrcte. La consonne est d'ordinaire plus longue chez 
Lote : abîwe, abîmer ab intestat, ab ira/o, ab/e, able//e ; elle 
s'est trouvée plus courte dans abjurer, ablé^at. Les voyelles 
nasales ont pour nous deux une longueur sensiblement égale. 



74 L ABBE ROUSSELOT 

2° Nasalite. — Pour M, Lote comme pour moi, le courant 
d'air nasal prend beaucoup plus d'importance à la finale pour -yô 
que le courant d'air buccal. C'est au point que l'on serait tenté 
de croire à la production d'une consonne nasale, si l'on ne cons- 
tatait en même temps que la langue reste abaissée et que l'air 
continue à sortir par la bouche (fig. 64). Cela ne doit pas nous 
étonner attendu que les voyelles pures à la finale sont plus ou 
moins infectées de vibrations nasales, plus pour M. Lote que 
pour moi. Comparez nos deux tracés à'ablégat (fig. 65), abjecte 
lL.),-âble(K.)(ûg.66). 

3° L'e muet final. — Cette voyelle est instable pour nous 
deux. Si nous l'avons l'un et l'autre d^ns abîme Çûg. 6j)^ je ne Tai 
pas dans abjecte, où M. Lote l'a prononcée ; mais je l'ai eue dans 
ablette et M. Lote l'a supprimée. J'ai dit nettement un œ dans 
-able, âblé (fig. (>è), et je ne distingue pas nettement dans les tra- 
cés de M. Lote un tracé vocalique; je crois plutôt à une / son- 
nante. 

4° Syllabation des consonnes finales. — La question qui se pose 
est celle-ci : la consonne devenue finale par la chute d'un e muet 
demeure-t-elle isolée de la voyelle précédente, qui resterait libre, 
ou bien s'appuie-t-elle sur cette voyelle de façon à l'entraver et à 
constituer avec elle une syllabe fermée ? Littré paraît favoriser la 
première hypothèse, puisqu'il coupe ainsi a-bî-m', ab-jê-kt\ a-bV . 
Le Dict. gèn. adopte la seconde : à-bini, db-jekt\ àbl\ Cette nota- 
tion est à peu près celle de N. Landais et de Passy. 

Après la perte de Ye muet, la consonne devenue finale, est-elle 
encore à la fois implosive et explosive, ou seulement implosive ? 
Tout est là. Dans le premier cas, c'est Littré qui aurait raison ; 
dans le deuxième, ce serait le Dict. gén. Il y a un moyen simple 
de juger le différend. Quand l'organe a pris la position de la 
consonne finale, s'ouvre-t-il pour une explosion, si légère soit- 
elle ? la consonne est encore explosive. L'organe se ferme-t-il ? la 
consonne est purement explosive. Les tracés sont toujours con- 



LA PRONONCIATION FRANÇAISE 



75 



; N 




(i. L;2. R) 
Fig. 6s. 
Un a final nasalisé. 
(ga dans ahlegd). 
N. Nez. — B. Bouche (petit tambour) ; B' (grand tambour). — L. Langue (ampoule 
ronde) . 

A la fin de la voyelle, les vibrations nasales ont pris beaucoup plus d'importance pour 
L. que pour R. 




(r.L; 2. R) 



Fig. 66. 

œ final. 
(Dans èfektœ L. — câhh R.) 
Même disposition que fig. 65. 



7 6 l'abbé rousselot 

suites avec fruit. D'abord, on s'assure quel'g muet est bien tombé. 
Après les sourdes, c'est facile ; après les sonores, il y faut un peu 
d'attention : on reconnaît l'explosion sonore à la simplicité de la 
courbe, la voyelle à sa complexité. L'explosion ne peut faire de 
doute : dans les tracés pris avec des tambours, elle est marquée par 
une déviation de la ligne. 

Le type graphique serait donc donné par ablatif (ûg. 68), mais 
ce type, je ne le retrouve pas dans les exemples que je viens de 
citer. Toujours, il y a une explosion, même pour abîme dont j'ai 
9 exemples sous les yeux : 2 de M. Lote et 7 de moi. J'en ai cité 
un de M. Lote (fig. 67). Ablatif, où la qualité de 1'/, qui ne peut 
faire de doute, s'accompagne même chez M. Lote et quelquefois 
chez moi d'une émission d'air parle nez au moment de la détente. 
C'est un indice du caractère explosif qu'ont en français les con- 
sonnes finales. Aussi dans une prononciation forte et dans léchant 
peuvent-elles s'accompagner d'un e muet, sans blesser notre 
oreille. 

Dans une chanson de marche déjà ancienne, puisqu'elle est 
populaire au Canada, « la chanson de la vigne », cep et fleur riment 
avec les mots terminés par un e muet : cèpe, fleure. 

5° Toniques et atones . — Suivant la loi phonétique, Vi de abînie 
doit être long et aigu, parce qu'il porte l'accent ; celui de abîmer, 
bref et moyen, étant atone. C'est ainsi que l'a noté Féraud 
(1761); il insiste en 1787 : « abîme (Yi est long et doit être accen- 
tué d'un accent circonflexe) ... abimé(et non pas abîmé avec l'ace, 
cire, puisque Vi est bref). » Littré et le Dict. gén. maintiennent la 
distinction : a-bî-m\ a-bi-mé, (Litt.); à-bîm', à-bi-mé {D. gén.y 
Pour ces auteurs, le timbre se confond avec la durée : f =r /, ? ^ 
i moyen. 

Mais l'analogie peut détruire cette alternance. Rolland, Wailly, 
Napoléon Landais, Féline (185 1), Passy, ne font pas de distinc- 
tion. Dans ma prononciation, je ne fais pas non plus de diffé- 
rence de timbre, tout en maintenant une notable différence de 



LA PRONONCIATION FRANÇAISE 



11 




(L) 



Fig. 67. 

œ final. 

(dans [fl] hiniœ). 

Même disposition que fig. 66. 




(i. L ; 2. R) 
Fig. 68. 
/ finale, 
(dans ablatij). 
Même disposition que fig. 65. 
Ly se marque sur la ligne B' par l'écoulement de l'air, notable surtout à l'implosion 
(a) et à l'explosion (^). Pendant la production de cette consonne, la langue (L) quitte 
la position de 1'» pour prendre celle du repos. 

Une déviation dans la ligne (i. N) indique une sortie de l'air par le nez sur la fin de 
Vf. On peut voir quelque chose d'analogue (2. N). 



7 8 l'abbé rousselot 

quantité : 24 centièmes de seconde pour Vi d'abîme, et 13 seu- 
lement pour celui d'abîmer. M. Lote fait aussi une différence de 
quantité ; mais elle est minime : 11" pour ab/me et 7,5 pour abî- 
mer. 

6" Groupe final -et. — Il ne se trouve que dans des mots 
transcrits du latin. De là, les difficultés de la prononciation. 
Admis tel quel par les savants, il a été naturellement simplifié 
par le peuple. Deux de ces mots ont même perdu le c primitif : 
contrat et défunt; un autre a gagné un e : pacte (ancien pact^; 
amict, qui s'écrivait amit au xii^ siècle, a repris son c, mais dans 
l'écriture seulement. Par contre, intellect, qui n'est jamais devenu 
populaire, a toujours conservé sa prononciation latine. 

D'une façon générale, le groupe s'est montré moins solide 
dans les substantifs que dans les adjectifs, sans doute sous l'in- 
fluence divergente du pluriel pour les uns, du féminin pour les 
autres. 

Au XVI® siècle, Lanoue (1596) fait rimer : pact, exact, contract ; 
infect, abject, aspect, respect, suspect, direct, correct, indirect, incorrect ; 
instinct, distinct. Mais il note que contract, se prononce « coutu- 
mierement » sans c, que infect et abject se peuvent prononcer 
sans c et respect sans t. Mais déjà Tabourot avait mis en rime 
avec les mots en et : aspect, respect, infect, correct, direct (Thurot, 
II, 104). 

Au xvii^ siècle, Chifflet dans son Essay d\me parfaite gram. 
de la langue fr. (1668), voudrait qu'on supprimât le c dans la 
prononciation et l'écriture de respect, suspect, instinct, distinct ; il 
le conserve avec le / pour correct, direct, indirect, exact. Mais les 
éditeurs de sa grammaire à partir de 1687, lui font prononcer le 
c sans t dans tous les mots. Corneille écrivait abjet. « Il n'y a 
que les doctes, disait à propos d'abject, respect, Frémont d'Ablan- 
court en 1654, qui prononcent et écrivent avec un c» (cité par 
Thurot). D'Aisy (1674) donne pour règle de prononcer le c 
devant une woyeWe (aspect, respect, suspect). Mais Milleran (1692) 



LA PRONONCIATION FRANÇAISE 79 

garde le c et le f dans abject; Hindret (1687) dans suspect et cir- 
conspect. 

Le xviii' siècle accentue le progrès des formes pleines : exacty 
suspect (Regnier-Desmarais, 1706), tact, exact, suspect, correct, cir- 
conspect, direct (Billecoq, 17 11, BouUiette, 1760). Mais Féraud 
montre des hésitations. En 1 761, il admet abjé, été, afpek, eg-:^a, 
einf-ek, sircons-pek (jamais le t'), dirék, dif-tein sans le c), einf-tein, 
ré/pè et rèjpek suivi d'une voyelle, suf-pè. Et en 1787, il condamne 
abjè, abjète, rejetant la faute sur la mauvaise orthographe de Tré- 
voux; il donne un t à distinct, instinct et respect. En l'an V, 
Domerge conserve le c dans suspect, respect, circonspect ; et dans 
correct. « L'usage est partagé, dit-il, p. 420, sur exact et inexact ; 
les savants prononcent eg:^aqt, ineg:^aqt, et les gens du monde 
egia, ineg'^a. » 

Durant le xix^ siècle, excut, malgré les prescriptions de Wailly, 
N. Landais, Féline, de l'Académie, 1835 et 1878, et les préférences 
de Littré, est « vieilli » au dire du Dict. gèn. qui préfère la forme 
populaire exa. De son côté, abjè a encore des partisans à Paris ; cette 
forme est attestée par Littré et Passy ; Rolland (1812) et N. Lan- 
dais (1835) donnent abjec; les autres abjecte (avec c/). L'unanimité 
s'est faite sur les autres adjectifs : infect, correct, direct, bien que 
Littré ait entendu quelquefois prononcer di-rè, ce qui est plus 
doux et plus analogique » et que, selon lui « la prononciation la 
meilleure serait de prononcer corrects (au pluriel) comme respects, 
c'est-à-dire co-rrè, comme rè-spè ». Quant à aspect, circonspect, res- 
pect, suspect, de Wailly prononce le c seul, avec la variante respe ; 
suspect gagne en plus son t avec Napoléon Landais et le Dict. gén. ; 
circonspect, avec Féline, Littré et Passy. Les deux prononciations, 
è, ec, sont notées par Littré, avec préférences pour la première. 
Passy s'en tient à -è sauf pour circonspect. Le Dict. gèn. enregistre 
aspèetaspec -f- voyelle, et note respè comme vieilli. Enfin, inslin 
est universellement admis; à noter instinc (Féline) et instinc -\- 
voyelle (Littré). Les deux adjectifs distinct et succinct se pronon- 



\mi. 



80 l'abbé RÔUSSÈLOf 

ceraient : -in (Littré, Passy); -inc (de Wailly); -inct (Féline, 
quelques-uns à tort selon Littré, le Dict. gén. qui regarde disHn 
comme vieilli). Napoléon Landais disait distinc, mais succinct : 
cela se comprend, ce dernier mot étant le moins populaire (voir 
Thurot, II, p. 103-106). 

Si maintenant on désire savoir comment prononce autour de 
moi les Parisiens instruits, voici : sur 8 personnes interrogées, 
toutes disent respè aspè este, abjekt, egiakt (avec cette restriction 
que dans les phrases communes l'une dit eg:(a, es^^ah dans la 
langue savante ; six suspect (dont un : les suspè ) et deux suspè (adj) ; 
quatre distekt et quatre distè; un suksekt et sept sukse. En liaison 
quatre font sonner le k dans respek, et trois dans aspêk ; les autres 
font carrément le hiatus respè unie, aspè emable. 

7° -able et -âble. — A l'Est, dans un domaine que ï Atlas 
ling. de la Fr . laisse deviner, mais ne permet pas de définir (voir 
table et écurie^, et qui comprend en gros le Doubs, la Haute- 
Saône, la Haute-Marne, la Côte-d'Or, Saône-et-Loire, la Loire, le 
Rhône, l'Isère, l'Ain, le Jura, les Vosges, la Meuse, on pourrait 
y ajouter une partie de l'Aube, de l'Yonne, de la Nièvre, de l'Al- 
lier, Va de -ahle est grave comme celui de -âble. On dit : la tà^ble, 
c'est abominable. Ailleurs, Va est moyen : table, abominable. 
Mais à Paris, Va devient long et aigu : Va de « aimable » pro- 
noncé sans emphase a duré 25 centièmes de seconde, plus qu'au- 
cune des autres voyelles du tableau. Dans la prononciation 
emphatique des Parisiens, cet a s'allonge encore et devient 
encore plus aigu. 

Le Parisien H. Estienne (1582), qui distingue très soigneu- 
sement Va bref (aigu) et Va long (grave), tolère un léger allon- 
gement, demandé par plusieurs, sur l'a des adverbes « Honorable- 
ment..., Verilablemenl... » ; mais il veut qu'il soit à peine per- 
ceptible « talem nimirum vt aures eam (productionem) vix 
sentiant » {Hypomneses de gall. ling., p. 9). C'était bien un a 
aigu. 



LA PRONONCIATION FRANÇAISE 8l 

Mais pour le Bourbonnais St-Liens (1580), les mots en able 
sont longs; pour le Franc-Comtois Chifflet (1658), « l'A est 
long "ux mots terminez en ...able... : sans exception ». Un 
autre Franc-Comtois, d'Olivet, né à Salins (Jura), note ces a 
comme douteux (1736). Ses relations parisiennes (il fit ses 
études de théologie à Paris et il était de l'Académie Française 
depuis 1723) avaient insuffisamment modifié son oreille. C'est 
ce point, me semble-t-il, qui choquait particulièrement le Pari- 
sien D'Alembert. « On ne peut dissimuler que l'abbé d'Olivet, 
qui était né loin de la capitale, et qui n'y était pas venu d'assez 
bonne heure, s'est trompé sur la quantité de quelques syllabes 
qu'il prononçait à la manière de sa province » {Eloge de Fabbé 
D'Olivet). Il avait averti le roi de Prusse (10 avril 1767) qu'il 
y a des fautes « essentielles » dans la prosodie de l'abbé d'Olivet, 
ajoutant : « je ne conseillerais pas aux étrangers d'ajouter foi à 
un grand nombre de ses règles » (Thurot, I, p. lxxix). C'était 
sévère et, je crois, injuste. L'une de ces fautes, au moins, était 
corrigée dans l'édition de 1769 : « abky bref dans tous les 
adjectif ». 

Le Marseillais Féraud, qui professait à Besançon, suit la pre- 
mière édition de d'Olivet : « able pénult. douteufe dans les 
adjectifs » (1761). Et, à propos à' aimable y il s'explique : la 2' 
voyelle « est brève, si le mot est dans le cours de la phrase ; 
longue, s'il la termine » (1787). 

Le Breton Hindret (1787) dit que « les Normans, les Bretons, 
les Angevins et tous les habitans des villes situées le long de la 
Loire prononcent ...aimable, agréable^ table comme rable » (d'après 
Thurot, n, 704). Et, de fait, M. Edmont a relevé les formes : 
tàbl ou tàb (ce qui est son a grave) dans l'Oise, la Seine-Infé- 
rieure, l'Eure, le Calvados, la Manche; etetab dans le Cher, la 
Seine-et-Marne et jusqu'en Seine-et-Oise, aux portes de Paris. 

Tout cela porte à croire que -able avec un a moyen est une 
forme proprement parisienne, qui se propage, remplaçant les 
prononciations locales divergentes. 

Revue de phonétique. 6 



82 l'aÈBÉ ROtfSSËLOT 

Il est commode de distinguer, dans les mots en -ahle, les adjec- 
tifs et les substantifs. 

Dès le début, dans la langue normale, les adjectifs ont géné- 
ralement les a moyens. Lanoue (1596) en excepte pourtant : 
affable, capable, incapable, coupable qui riment avec cable, fable. 
Parmi les autres, il admet des nuances. Ainsi, selon lui, épouvan- 
table s'accommode plus aisément avec diable que incroyable. 
Mais, en dehors des influences provinciales, la règle paraît ensuite 
bien établie. Un seul adjectif, pour moi, fait exception : affable. 
Je fais Va grave. Et je me suis demandé pourquoi. Les diction- 
naires que j'ai consultés (Passy, Die. gén., Littré, N. Landais, 
de Wailly, Féraud) me donnent tort. Un, celui du Parisien 
Féline (185 1), qui, au sentiment de Thurot, est le guide le plus 
sûr, pense comme moi : il note « afâbl », qui est en effet la pro- 
nonciation de la plupart des Parisiens que j'ai interrogés, celle 
de 8 sur 10, et encore les deux exceptions sont-elles dues sûre- 
ment à l'influence des écoles. Même j'ai trouvé ineffable i fois 
sur 10. C'est la prononciation savante du xvi* siècle. 

Les substantifs présentent plus de difficultés. Pour Lanoue, 
ont un a bref (moyen) : érable, sable (sablon et terme d'armoirie), 
table, étable, coneftable ; un a long (grave) : cable, fable, diable, 
râble (d'un lièvre). Pour d'Olivet, able est « long dans la plu- 
part des substantifs » et il ne cite que des noms possédant en 
effet cet a : « câble, fable, diable, râble, fable ». Si nous ajoutons 
hâble la liste est complète. Les autres substantifs ont des a moyens 
ou aigus : sable serait donc passé depuis Lanoue dans la série des 
graves ; fable, diable y étaient déjà. Je me figure que le premier 
est un provincial non dégrossi, et que les deux autres sont 
des lettrés, qui n'ont pas encore dépouillé leur costume latin (cf. 
affable, et au xvi^ s. capable, coupable^ ; câble est régulier (anc. fr. 
caable pour chaable, chasble, 142 1), ainsi que râble (jinc. fr. roable, 
raàblè). Hâble est espagnol. Le provincial éràbl (érable), accueilli 
par Oudin, Giffard, Féraud, Domergue et Thurot, n'a pas eu 



LA PRONONCIATION FRANÇAISE 83 

de cb-'nce : Féline, Littré, le Dict. gén- le repoussent. Diable 
(a moyen) est admis par N. Landais, Littré. le Dict. gén. et 
Passy, qui préfère pourtant Va grave. Fable (avec a moyen) peut 
s'autoriser de Littré et d'une tolérance de Passy. Sable (avec a 
moyen) a été mieux traité encore. Littré présente sa défense : 
« Quelques-uns (on sait ce que cela veut dire, lisez : les Pari- 
siens) prononcent sâ-bV ; mais il n'y a aucune raison de lui 
donner le son de l'a comme dans âme. » Le Dù:t. gén. l'admet, 
et Passy lui accorde le droit d'entrer. Mais Paris résiste. J'entends 
dire autour de moi : dyàbl, jàbl, sàbl, tout comme âme. Plus 
exactement, j'ai entendu sable i fois sur lo. . 
ÇA suivre.) 

L'Abbé RoussELOT. 



COURS 

DE GRAMOPHONIE 

LES SOUCIS DE CADET 

par Edouard Noël, 

dit par Coquelin Cadet. 

Bien souvent, Messieurs, j'entends dire : 
C'est le cadet de mes soucis. 
Ces gens-là vraiment me font rire. 
Ils ne sont pas assez précis. 

5 Car enfin jusqu'ici personne 

Ne s'est parmi vous demandé, 
De Paris et de Syvetonne, 
Quels sont les soucis de Cadet. 

Des soucis. Messieurs, j'en ai l'âme 
10 Toute pleine ; on peut voir dedans ; 

C'en est tout noir et je proclame 
Qu'ils m'ont parfois mis sur les dents. 

J'en ai, lorsque j'apprends un rôle 
Que je veux mettre à son vrai point, 
1 5 Pour contenter l'auteur, un drôle. 

Qui de gré ne me saura point. 

J'en ai de noirs de mon théâtre 
Français chéri, j'en suis perclus. 
Vous me croyez d'humeur folâtre ? 
20 Ce n'est pas vrai. Je ne ris plus. 



I 



COURS DE GRAMOPHONIE 

C'est pour être trop bon peut-être. 
Qu'ici-bas j'ai trop de soucis. 
Us ont envahi tout mon être. 
Depuis les pieds jusqu'aux sourcils. 

25 Des soucis ! c'est insupportable 

A la fin ! j'en trouve partout. 
Quand je déjeune, sur ma table, 
Dans mon lit, quand je dors debout. 

Je rage, je bous, j'entre en ire : 
30 Mes chagrins sont par trop grossis. 

Non ! plus le cadet qu'il faut dire. 
Non 1 c'est l'aîné de mes soucis. 



85 



35 



Quand pourra-t-on dire à ma gloire. 
En me voyant passer aussi, 
Comme le meunier de l'histoire : 
Voilà le Cadet sans souci ? 



U susi d kadê 

par edwàr noèl, 

di par koklè kadê. 

Byï suvà mésyœ j âtâ dir : 
s èlœ kadè, dœ nié sust; 
se jà lay vremà m fô rir ; 
il nœ sô pâ^ asé presi. 

har àfè, jush isi personœ ; 
n se parmi vu dmàdé 



b'] 



S6 MARGUERITE DE SAINT-GENES 



dœ pari e dœ sivtonœ, 

kel sô lé sùsi d kadè. [15"] 

dé susi; mésyœ; j an e l âm 

tut plenœ; ô pœ vwàr dœdà; 

s an e tu nzvàr ; e jœ proklâm ; 

k il m ô parfwa, mi sûr U dà. . [25"] 

y an é; lorskœ j aprâ:^ œ roi, 

kce j VŒ metr a sô vrè pwe, 

pur kôteté l ôtàr, œ dr'ol, 

ki dœ gré, nœ m sora pwe. [3 6"] 

y an é dœ rnvâr, dœ, niô teàt 

fràsè €éri ; j à swi perklû ; 

mi m kriuayé d umœr folâtr, 

sœ n é pâ vrè; jœ n ri plu. [45"] 

s é pur étrœ tro bo pœt ètrœ 

k isi bâ y e tro d susi. 

il^i ôt àvai tu mon ètrœ; 

dœpiùi lé pyé, jusk ô sursi. [54"] 

dé sursi... susi... esuportabl 

a la fè; j à truv par tu, 

kâ y déjœn, sûr ma tablœ ; 

dâ mô li, kâ j dàr dœbu. V^'a"] 

jœ ràj, jœ bû, j âtr an ir ; 

mé sagrè sô par tro grosi. 

nô ; plû lœ kadè k il fô dir, 

nô ; sèl éné dœ niè susi. [ i ' 1 5 ] 

kà pur a t 5 dir a ma glwàr, 
à mœ vwayà pâser ôsi. 



COURS DE GRAMOPHONIE 87 

kom lœ mànyé dœ l istwàr : 

vwalà, lœ kadé sa susi. [^'^4'] 



COMMENTAIRE 

On trouve dans ce morceau un mélange de formes populaires 
et phonétiques : s é (s'est), lé (les), téât fràsè (théâtre français), s é 
(c'est), dé (des) ; et savantes ou analogiques : mè (mes), se (ces), 
lé (les), n è (n'est), s è (c'est). 

C'est la lutte de la nature et de l'éducation. 

Remarquer les coupes qui sont nombreuses et les silences qui 
sont prolongés. 

Au vers 25, répétition fautive du dernier mot de la strophe 
précédente et hésitation. Le vers est facile à restituer. 



LE CHÊNE ET LE ROSEAU 

Le chêne un jour dit au roseau : 
Vous avez bien sujet d'accuser la nature ; 
Un roitelet pour vous est un pesant fardeau : 

Le moindre vent qui d'aventure 

Fait rider la face de l'eau. 

Vous oblige à baisser la tête, 
Cependant que mon front au Caucase pareil. 
Non content d'arrêter les rayons du soleil. 

Brave l'effort de la tempête. 
Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr. 
Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage 

Dont je couvre le voisinage, 



88 MARGUERITE DE SAINT-GENÈS 

Vous n'auriez pas tant à souffrir; 

Je vous défendrais de l'orage : 

Mais vous naissez le plus souvent 
Sur les humides bords des royaumes du vent. 
La nature envers vous me semble bien injuste. 
— Votre compassion, lui répondit l'arbuste. 
Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci ; 

Les vents me sont moins qu'à vous redoutables ; 
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici 

Contre leurs coups épouvantables 

Résisté sans courber le dos ; 
Mais attendons la fin. — Comme il disait ces mots, 
Du bout de l'horizon accourt avec furie 

Le plus terrible des enfants 
Que le nord eût portés jusque-là dans ses flancs. 

L'arbre tient bon ; le roseau plie. 

Le vent redouble ses efforts. 
Et fait si bien qu'il déracine 
Celui de qui la tête au ciel était voisine, 
Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts. 

(Dit par M. Dumény de la Comédie-Française.) 



Lœ £èn, e lœ ràxà. 

Lœ sèriy œ jùr dit ô rô-^ô 
vu^ avé hyl sujè d akhû^é la natûr ; 
œ nvatle, pur vu^^ et ce pœ^à fardô; [lo"] 

lœ mivedrœ va ki d avàtûr 

fe ridé la fasœ dœ l ô, 

vu^ ohlij a bésé la tétœ; 
sœpàdà kœ mô frô ô kôkâ^ pârêyœ 



COURS DE GRAMOPHONIE 89 

nô kôtà d arèté U reyô du solèyœ, 

bràvy l efbr dœ la tàpètœ ; [26'] 

tu vu:(^ é akilô; tu mœ sàblœ léfir. 
àkbr, si vu nèsyt^ a l abri dufœyaj. 

dô jœ huvrœ lœ vwa:^inajcc 

vu n oryé pâ tàt a sufrir ; [40*] 

jœ vu défàdrè dœ î oraj. 

mè vu nésé lœ plu suvà, 
sûr /è( umidœ hbr de rwayôinœ du va. 
la natûr àvèr vu mœ sàblœ byen ejustœ. [S^'] 

votrœ kdpâsydy Iwi repôdi l arbustœ, 
par d œ bô naturel; mé, hité sœ susi. 
lé va mœ sô, mwè kavu rœdutahlœ. 
jœ pliyœ e nœ rô pâ. vui avé jusk isi 

kôtrœ 1er hû:^ épuvâtablœ 

ré:(isté sa kurbé lœ dô. 
mè:^ attâdô lafè. kom il di^ê se mô. [l'i^T 

du bu dœ l ori:(ô, akûr avek furiyœ, 

lœ plu terriblœ dè:^ âfà 
kœ lœ nàr u porté juskœ la dà se flâ. 

l arbrœ tyè bô; lœ rô%ô pliyœ; 

lœ va rœduhlœ sà^ éfor ; 

e fé si byè, k il dérasin 
sœlwi dœ ki la tét ô syel ete vwa:(innœ, 
e dô lé pyé tùeét a l àpir dé mbr. [i'3 5 'J 

(^D'après un disque de la Société du Gramophone.^ 
Marguerite de Saint-Genès. 



I 



COMPTE RENDU 



E. A. Meyer : Dus Prohîem àer Vdkahpannung (Le problème de la tension 
vocalique), tirage à part de la revue Die Neiieren Sprachen, t. 21 (19 13), fasc. 
2 et 3. 

Cet article est le complément d'un autre travail de M. Meyer : Untersuchun 
gen ûber Lautbildung, ipii, consacré à l'étude du profil de la langue pendant 
l'articulation (v. Revue de Phonétique, 191 3, p. 167 et s.) où l'auteur s'est 
trouvé en désaccord avec la doctrine courante sur les voyelles, laquelle est basée 
principalement sur Sweet. Voici ce que cette doctrine enseigne : pour les 
voyelles tendues (narrow) la langue est fortement convexe à la suite d'une 
contraction énergique du muscle lingual ; pour les voyelles relâchées (wide) 
elle est relativement plate et plus éloignée du palais ; la distance entre la langue 
et le palais permettrait donc la classification suivante des voyelles: i i, é eè etc. 
Contrairement à cette doctrine, M. Meyer croit avoir démontré dans son tra- 
vail de 191 1 que 1° la partie articulante de la langue ne serait pas caractérisée 
par une convexité plus forte pour les voyelles tendues ; 2° qu'il n'est pas néces- 
saire que la position linguale d'une voyelle non tendue se trouve, dans la 
série, entre les positions des deux voyelles tendues, voisines au point de vue 
acoustique ; car, d'après ses expériences, l'élévation de la langue pour Vi relâ- 
ché de l'allemand du nord serait de beaucoup moindre que celle de Vé tendu : 
elle serait même presque identique avec celle de l'a. 

Ces résultats, M. Meyer les a obtenus au moyen de sa méthode plastogra- 
phique (palais artificiel muni, sur sa ligne médiane, d'un peigne de fils de 
plomb que la langue recourbe pendant l'articulation), méthode que j'ai égale- 
ment essayée et que je n'ai pas trouvée aussi satisfaisante que son inventeur 
(v. Rez'ue, 1913, p. 172). 

Si l'on accepte ses résultats, la phonétique serait placée devant un problème 
nouveau. Les deux voyelles i et à ayant une élévation presque identique de la 
langue, comment expliquer que, au point de vue acoustique, elles soient si 
éloignées l'une de l'autre et que 1'/ soit plus près de Vi que de Va. 

M. Meyer s'est déjà posé cette question dans ses Untersuchungen iïher Laut- 
bildung. C'est dans la différence de la pression des cordes vocales et par consé- 
quent dans la différence de la dépense d'air qui en résulte, qu'il voyait la 
réponse. Pour vérifier cette supposition, M. Meyer a mesuré ensuite la dépense 
d'air pour les voyelles tendues et les voyelles relâchées et, dans le travail 
actuel, il apporte les résultats de ses mesures en indiquant aussi les procédés 
dont il s'est servi et les raisons qui l'ont empêché de recourir à d'autres. La 
méthode de M. Rousselot qui fait envoyer l'air dans une bonbonne mise en 



COMPTE RENDU 9I 

communication avec un appareil enregistreur, n'a pas l'approbation de M. Meyer. 
L'air chassé dans un espace renfermé créerait, d'après M. Meyer, des condi- 
tions complètement différentes de celles de la prononciation normale, ce qui 
exercerait une influence perturbatrice sur la respiration. Le jaugeage ne cons- 
tituerait pas non plus un correctif suffisant. M. Meyer critique également les 
méthodes employées en phvsiologie pour mesurer la dépense d'air, telles que 
le spiromètre Hutchisson, l'aéroplethysmographe de Gad et ne trouve bons 
que deux procédés: le sien et celui de MM. Gutzman-Wethlo, les seuls qu'il 
utilise dans son travail. Voici en quoi consiste le premier: l'air recueilli dans 
une embouchure est amené en face de l'orifice d'un tambour Marey, écarté de 
I mm. Cet arrangement a pour but d'empêcher l'accumulation de l'air et d'as- 
surer une régularité constante à l'action de la masse entière sur la membrane 
du tambour. Quant aux excursions de la membrane, M. Mever les considère 
— pour ses expériences — comme à peu près proportionnelles à la quantité du 
souffle traversant la cavité buccale, ce qui se justifierait par le raisonnement 
suivant : plus la quantité d'air buccale est grande, plus l'est aussi la vitesse de 
son écoulement à la sortie du tuvau conducteur, par conséquent plus l'est aussi 
la force vive avec laquelle le même courant d'air agit contre la membrane. Et 
si le tambour est couvert d'une membrane en caoutchouc très fin et tout frais, 
le jaugeage au moyen d'un manomètre à eau a montré à M. Meyer que, dans 
les limites données par les expériences, à une augmentation égale de la pression 
à l'intérieur du tambour correspondent — pratiquement — des excursions 
égales de la membrane. 

Afin de pouvoir comparer la dépense d'air pour les voyelles tendues et relâ- 
chées, il a enfermé les voyelles entre les mêmes consonnes. Et les mots ainsi 
forgés (did, dtd etc.), il s'appliquait à les prononcer avec la même « force 
expiratoire ». Enfin, pour éliminer l'influence des consonnes sur la dépense 
vocalique, il ne tient compte dans ses mesures que de la partie médiane des 
voyelles. 

La comparaison des mesures ainsi obtenues lui montre une élévation plus 
grande de la courbe pour la voyelle brève (non tendue) que pour la longue 
(tendue) et il en conclut à une dépense plus grande pour cette première voyelle. 

L'exposé est accompagné de quelques tracés qui illustrent les expériences 
(P- 73)- Ceux-ci nous avertissent que le procédé de M. Meyer, acceptable dans 
les modestes limites assignées par ses expériences, est sujet à caution. En exa- 
minant les tracés des mots dét, dût, on remarquera que l'action du t sur la 
voyelle s'y manifeste déjà entre 16 et 19 mm. avant le commencement de l'oc- 
clusion de la consonne. La durée de la partie vocalique dans dét, dût, comprise 
entre la fin de l'explosion du d et le commencement de l'occlusion du / étant 
seulement de 14 à 15 mm., donc plus courte que la durée de l'influence du t, 
il est à craindre que la courbe de la voyelle ne soit entièrement faussée par 
• l'influence de la consonne finale. Par conséquent les expériences telles que 
M. Mever nous les a présentées laissent subsister des doutes sur la valeur des 
conclusions basées sur elles. 



92 COMPTE RENDU 

Viennent ensuite les mesures de la dépense d'air effectuées au moyen de 
l'appareil Gutzman-Wethlo (soufflet à air armé d'un plateau qui, agissant 
comme un levier, fait enregistrer ses déplacements à un style inscripteur). Malgré 
les mauvaises conditions dans lesquelles les expériences ont été faites : [l'em- 
bouchure ne serrait pas hermétiquement ; M. Meyer était obligé de fermer et 
de rouvrir lui-même le robinet de l'appareil, ce qui « exerçait une influence 
défavorable sur l'égalité des conditions de la prononciation » — après l'explo- 
sion du d l'appareil avait un mouvement propre, ce qui ne permettait pas bien 
de mesurer la dépense pour la partie dumilieu de la voyelle, mais, suivant 
M. Meyer, n'avait pas d'influence perturbatrice sur la constatation de la 
dépense pour la voyelle entière], alors malgré ces mauvaises conditions, dis-je, 
ces nouvelles expériences corroborent aux yeux de M. Meyer les résultats 
obtenus avec la méthode précédente. Néanmoins, je ne sais pas si elles peuvent 
dissiper les doutes qui entourent ses résultats. 

Avec le même appareil Gutzmann-Wethlo, muni cette fois d'un entonnoir 
collant mieux, M. Meyer a fait encore deux séries d'expériences du même genre 
sur la prononciation anglaise; et il a obtenu une nouvelle confirmation des 
mesures réalisées d'après sa propre méthode. 

Après avoir ainsi trouvé la dépense plus grande pour les voyelles brèves relâ- 
chées, M. Meyer revient à la question de savoir pourquoi 1'/ bref (non tendu), 
malgré la position linguale très basse sonne plutôt commet que comme â. Il 
l'attribue à un écoulement plus énergique de l'air à travers la cavité buccale. 
Les expériences de M. Rousselot (Pi-incipes, 838-840), faites avec une série de 
boules de verre réunies à l'imitation des cavités des organes phonateurs, et 
dans lesquelles l'augmentation du souffle (force et débit) donnait l'impression 
d'une voyelle de plus en plus fermée, lui paraissent justifier son hypothèse. 

Suit (p. 83) une digression concernant le désaccord entre les résultats de 
M. Meyer et ceux de M. Roudet. Le savant français a trouvé un rapport cons- 
tant entre la dépense d'air et l'élévation de la langue, rapport qui n'apparaît 
pas dans les mesures de M. Meyer, du moins, pour la prononciation allemande. 
D'après ce dernier, la dépense d'air serait la plus grande pour e i, plus petite 
pour a, la plus petite pour U (p. 85). Ce désaccord, M. Meyer l'attribue à ce 
fait que M. Roudet a chanté les voyelles sur la même note et qu'il a changé 
ainsi les conditions réelles de la prononciation dans laquelle, d'après les expé- 
riences de M. Meyer, toute voyelle tonique ayant une élévation linguale plus 
grande, serait prononcée sur une note plus élevée que toute voyelle caractérisée 
par une position linguale plus basse. D'après M. Meyer, les résultats de M. Rou- 
det seraient valables pour le chant, « mais non sans restriction (nicht ohne 
weiteres) pour la prononciation normale des voyelles françaises » . 

D'après ce que j'ai exposé plus haut, j'aurais plutôt des doutes sur les résul- 
tats de M. Meyer concernant sa prononciation allemande, d'autant plus que ses 
expériences sur l'anglais, exécutées dans des conditions relativement meilleures, 
concordent avec celles de M. Roudet. Espérons que le phonéticien mis ici en 
question dira aussi son mot. 



COMPTE RENDU 93 

Après cette digression, M. Meyer cherche à déterminer la cause de l'aug- 
mentation de la dépense d'air pour les voyelles brèves non tendues. Ne pouvant 
pas l'attribuer aux différences de l'élévation de la langue et à la grandeur du 
canal buccal, il ne voit que deux explications possibles : à savoir une pression 
pulmonaire plus grande ou un moindre rapprochement des cordes vocales. 

La première possibilité : une plus grande pression pulmonaire pour les 
voyelles relâchées que pour les voyelles tendues, M. Meyer la rejette comme 
étant en contradiction avec l'idée que l'on se fait généralement de l'accent d'in- 
tensité (d'après la conception courante, c'est justement cette pression qui cons- 
titue la mesure de l'accent dynamique). Toutefois il relève l'intérêt qu'il y 
aurait à avoir des données objectives sur ce point. A cause de la difficulté qu'il 
y a à enregistrer le fonctionnement de tous les muscles intéressés pour per- 
mettre une conclusion certaine sur le degré de la pression pulmonaire, il ne 
resterait qu'un seul moyen de déterminer la pression sous-glottale pendant la 
parole, ce qui suppose un sujet ayant une fistule. M. Meyer a trouvé le sujet 
désiré, un Suédois, et il a pu faire ainsi les expériences dont il avait besoin. A 
cet effet, il a mis la fistule en communication avec un tambour Marey (20 mm. 
* de diamètre, 3 mm. de profondeur) au moyen d'un tube de caoutchouc et il a 
fait prononcer à son sujet une série de mots tels que Mb, Inb etc. Simultané- 
ment avec la pression pulmonaire s'enregistrait la pression intrabuccale grâce à 
un autre tambour qui communiquait avec la bouche au moyen d'un tuyau en 
caoutchouc terminé par un tube en verre que le sujet maintenait entre ses 
lèvres. 

Des figures illustrent ces expériences. Malheureusement, elles sont repro- 
duites, non d'après l'original, mais d'après des tracés redessinés, ce qui a été 
nécessité — nous dit M. Meyer — par l'enregistrement en spirale. L'original 
aurait été sûrement préférable: il nous aurait peut-être mieux fixés sur les 
vibrations vocaliques aussi bien que sur la délimitation des sons qui, chez 
M. Meyer, n'est pas particulièrement satisfaisante. Voir à cet égard son expli- 
cation à la p. 72 et suiv. de son Problem der Vokalspannung où il répète ses 
vieilles théories critiquées par moi dans l'article : Question du passage des sons. 
Revue de phonétique, tome II, 1912, p. 82 et suiv.. 

Les mesures opérées d'après ces expériences n'ont pas révélé, à M. Meyer 
une différence constante plus appréciable pour les deux sortes de voyelles, ce 
qui lui semble confirmer sa supposition que la dépense d'air, plus grande pour 
les voyelles brèves (relâchées et toniques), doit être attribuée uniquement à 
une ouverture plus grande des cordes vocales. C'est la larjiigoscopie qui devait 
lui procurer la certitude sur ce point. En s'obser\'ant lui-même au moyen de 
cette méthode, M. Meyer a trouvé que pour hà bref les cordes vocales se pressent 
moins l'une contre l'autre que pour hà long, sans toutefois aller trop loin dans 
ce relâchement, à savoir sans cesser de fonctionner à la façon des lamelles but- 
tant l'une contre l'autre (gegenschlagend). La différence de pression devenait 
encore plus sensible, quand M. Meyer prononçait tout bas ces deux soncs de 
voyelles ou quand il les chuchotait. 



<^4 COMPtE RENDU 

Cette question liquidée, M. Meyer va plus loin : il se demande pourquoi, 
dans différentes langues, ces voyelles longues et brèves se sont éloignées les 
unes des autres d'une façon aussi différente au point de vue qualitatif ; pour- 
quoi, dans les dialectes hauts allemands, cet écartement est relativement petit 
par rapport au bas-allemand dont \'i bref p. e. est marqué, dans beaucoup de 
transcriptions phonétiques, comme un e fermé. Il ne trouve pas satisfaisantes 
les explications données jusqu'ici. Celle de Techmer-Passy qui attribuent cette 
évolution (à savoir la réduction de l'élévation linguale pour les voyelles brèves) 
à la brièveté du temps pendant lequel la prononciation se fait, est contredite 
par les langues où ces deux choses : abrègement et réduction de l'élévation 
linguale, ne vont pas parallèlement. Celle de Franke, acceptée par M. Jes- 
persen, qui rattache cette évolution aux différentes formes de la coupe sylla- 
bique (connues sous le nom de stark geschnittener et schwach geschnittener 
akzent), renferme une contradiction en elle-même. Car d'après Franke, la 
voyelle tendue (narrow) exigerait plus de force que la voyelle relâchée (wide) 
et, le glide et la consonne étant prononcés avec plus d'énergie après une 
voyelle brève, cette voyelle perdrait et deviendrait ainsi relâchée. Mais c'est 
justement pour le même cas que M. Sievers parle de l'énergie articulatoire de 
la voyelle brève. 

Pour sortir de cet embroglio et pour trouver une réponse juste à la ques- 
tion qu'il s'est posée, M. Meyer croit qu'il faut recourir à une autre explica- 
tion des coupes syllabiques (stark et schwach geschnittener Akzent) que celle 
de M. Sievers, et il la voit dans le degré de l'audibilité de l'implosion conso- 
nantique qui est plus grande dans les langues germaniques que dans les langues 
romanes ou slaves. La coupe forte a plusieurs degrés. Son caractère est le plus 
nettement marqué dans les mots où une voyelle brève est suivie d'une con- 
sonne forte (sourde). Dans les langues germaniques cette forte est aspirée, 
dans les langues romanes et slaves, elle est sans aspiration. Le catactère diffé- 
rent de ces consonnes — glotte ouverte pour le germanique, fermée pour le 
roman et le slave — entraîne aussi une différence pour les passages de voyelles 
à consonnes. En germanique, l'ouverture de la glotte se prépare déjà durant le 
passage, pendant que la voyelle s'éteint. Le souffle qui s'échappe produit un 
bruit assez sensible, surtout grâce à l'arrêt brusque causé par l'occlusion qui 
suit. La voyelle, suivie d'une tenue pure (sans aspiration) n'a pas cet échappe- 
ment de l'air pour son passage : il n'y a là qu'un affaiblissement progressif de la 
sonorité. C'est pourquoi l'implosion de la tenue pure est presque inaudible. 

En revenant par ce détour à la question qu'il s'était posée, à savoir pourquoi 
cette grande différenciation de la qualité vocalique, surtout en germanique, et 
non pas en roman, ni en slave — M. Meyer voit la réponse dans le fonction- 
nement différent des cordes vocales dans les deux groupes de langues. En 
germanique, ce n'est pas seulement pendant le passage de voyelle à consonne 
que se produit un relâchement des cordes vocales, mais, dans une certaine 
mesure, pour la voyelle entière. Cette influence assimilatrice se manifeste natu- 



CÔMt>TE RENbÙ 9^ 

rellement davantage dans une voyelle brève que dans une longue. Cette expli- 
cation de M. Meyer est en effet assez plausible, sûrement plus que la fin qui 
suit : mais le bruit produit par l'augmentation du souffle pendant la durée de 
la voyelle brève altérait sensiblement le caractère de la voyelle, surtout pour i 
et u. C'est pour y parer que la réduction de l'élévation linguale se serait pro- 
duite, tout d'abord pour les deux sons extrêmes i et u, et ce n'est qu'ensuite 
qu'elle se serait étendue à tout le système vocalique. 

Malgré les critiques que je viens de formuler, on voit que le travail de 
M. Meyer contient des observations intéressantes. 

Jos, Chlumsky. 



CHRONiaUE 

Barcelone. — La phonétique expérimentale a eu la bonne chance de ren- 
contrer à Barcelone le Mécène qu'elle attend un peu partout. M. Enric Prat de 
la Riba, qui est le véritable promoteur du mouvement scientifique en Catalogne, 
installe un laboratoire dans le Palau de la Diputaciô provincial, dont il est le 
président. h'Institut d'Esttidis catalans, qui s'est fait remarquer par ses nom- 
breuses publications, les Bureaux dHnvestigation linguistique, les dialectologues 
et les patoisants, amoureux de leur langue, auront à cœur de profiter du nouvel 
instrument de travail qui leur est si généreusement offert. 

Dublin. — M. Steinberger continue l'installation de son laboratoire. 

Hambourg. — \J Association internationale de phonétique expérimentale, 
fondée par le D"" Gradenigo de Turin, a tenu après Pâques son premier con- 
grès. 

Kazan. — M. Bogoroditzky enrichit son laboratoire d'appareils nouveaux. 
Ses études sur le lette, commencées dans la Revue (III, 152), sont continuées 
par son élève, M. Plakis. 

Lyon. — Un laboratoire de phonétique est en voie d'installation. 

Paris. — Laboratoire du Collège de France. Sous la direction de M. Chlumsky, 
ont étudié leurs articulations au palais artificiel : MM. Balk, d'Oxford ; Kidder, 
de Londres ; Orellana, professeur à l'École des Sourds-Muets de Madrid ; Pan- 
telides, professeur à l'École des Sourds-Muets de Constantinople ; Mulitsch, 
d'Istrie ; Metzger, de Wurtenberg ; Mlles von Stegmann, de Berlin ; Hennings- 
son. Suédoise ; Lindahl, de Stockholm ; MM. Descourtis et Loison, étudiants 
français. M. Bernhard Karlgren, Suédois, a étudié ses articulations propres et les 
intonations chinoises. M. Fromaigeat, professeur au Technicum de Winterthum 
(Suisse) s'est livré à des expériences sur ses articulations et ses voyelles. M. J. 
Loth a constitué ses recherches sur la prononciation galloise avec M. Watkin. 
M. Meillet, M"* Homburger et M. le duc de Rohan-Chabot ont étudié au 
palais artificiel et avec l'appareil enregistreur, la prononciation de deux nègres 
d'Angola. MM. Alexander, de Londres; Thoma, de Spire; Babescou, de 
Transylvanie, ont travaillé au palais artificiel. 

Prague. — Le laboratoire de M. Chlumsky à l'Université tchèque ouvrira 
après les vacances. 

Skoplyè (Uskub). — M. Ivkovitch, qui a heureusement traversé la guerre 
des Balkans, a reçu les crédits nécessaires pour organiser un laboratoire, où il 
continue les expériences commencées à Paris. 

Toulouse. — M. le Doyen de la Faculté des Lettres de Toulouse est venu 
au Collège de France se renseigner sur l'installation d'un laboratoire pour 
lequel on a mis 30.000 fr. à sa disposition. 

Le Gérant : J. Rousselot. 



MAÇON, PROTAT FRERES, IMPRIMEURS. 



NOTES DE PHONÉTIQUE HISTORIQUE 

II 

LES GROUPES /.t, -- (-/O, 9O) PROVENANT EN GREC DE 

ks (ghs), k^s (gpjs) ET DE ps (bhs) INDO-EUROPÉENS 



L'ancien français, on le sait, ne possédait aucun groupe ks ou 
ps, ceux que le latin présentait ayant été éliminés ' (cf. lat. 
coxa -> fr. cuisse, \2X. capsa -> fr. {^ro\-.^ caisse, ht. ad ipstim -» v. fr. 
ades etc.). L'envahissement progressif de la langue par les mots 
d'origine savante a réintroduit ces groupes en assez grand nombre : 
absent, absinthe; axe, vexer, vexant, excellent (êksèla) etc., etc. 
Quelques-uns des mots qui les présentent, bien que savants à 
l'origine, sont devenus par la suite tout à fait populaires. Ils 
n'en étaient pas moins contraires aux habitudes phonétiques de 
la langue vraiment vivante et risquaient par là même de subir des 
altérations plus ou moins profondes. M. M. Grammont a montré, 
pour prendre un exemple analogue, que les mots qui, comme le 
français caleçon, présentaient, après la chute régulière de Ve dit 
muet, un groupe / + consonne (Jkalso) étaient altérés dans la 
langue populaire ^, celle-ci ignorant tout groupe de ce genre, les 
groupes / -)- consonne qui existaient en latin, ayant été totale- 
ment éliminés dès le vieux français (alteru -> autre, etc.), par 
la transformation de / en / -» iv. C'est de la même façon que le 

1. Le latin comme un grand nombre de langues avait de lui-même réduit 
le groupe is à ss, s. 

2. Ce qui explique la forme caneçon (kanso) au lieu de caleçon (kalso). 
Revue de phonétique. 7 



98 À. CUNY 

mot capsule qui, dans certaines parties de la Champagne et de 
la Bourgogne, désigne couramment un chapeau haut-de-forme 
par suite d'une assimilation plaisante à une capsule de fusil, 
était, il y a peu de temps encore, prononcé captule dans deux 
localités déterminées de la première de ces deux provinces, savoir 
Avreuil et Vallières, villages situés à sept kilomètres' l'un de 
l'autre dans la partie sud-ouest du département de l'Aube (canton 
de Chaource, arrondissement de Bar-sur- Seine, presque à la limite 
des départements de l'Aube et de l'Yonne et à peu de distance de 
celui de la Côte-d'Or). Les renseignements qui concernent ce mot, 
ainsi que ceux qui suivent, ont été recueillis et obligeamment 
fournis par M. Clément Deviras, actuellement directeur de l'école 
supérieure de Batna (Algérie). Observateur excellent, ayant au reste 
l'oreille très exercée par une connaissance pratique approfondie 
de l'espagnol et de l'allemand, il a entendu captule pendant de 
longues années (1890 à 1900) de la bouche de sa grand'-mère, 
Justine Fays, née à Avreuil en 18 17, morte en 1900 sans avoir 
jamais quitté la région. De plus, la mère de M. Cl. Deviras née 
à Vallières en 1844 et dont les souvenirs sont bien nets, affirme 
avoir entendu dans son enfance des vieillards prononcer de 
même captule. Enfin, diverses personnes assurent à M. Deviras 
qu'elles ont entendu dire ektellent (éktêla), ekteption (èktèptyo) au 
lieu de excellent {èksèla), exception (éksèpsyo), sans oser toutefois 
affirmer que ce soit de la bouche de personnes du pays, adultes 
et de prononciation normale. En revanche, captule est absolument 
sûr et doit être considéré comme un dernier témoin des effets 
d'une loi phonétique qui, au commencement du xix' siècle encore, 
atteignait sans doute sur une certaine aire tous les mots d'ori- 
gine savante contenant les groupes ps ou ks, effets qui ont été 
peu à peu submergés par la prononciation du français commun. 
En effet, la généralité du fait est très heureusement confirmée 

I . Toutes les distances kilométriques dorinées ici sont calculées sur la route 
et non à vol d'oiseau. 



KOTES DE PHONéTIQUE HISTORIQUE 



99 



LÉGENDE 

-\ — I — |- Limite des dépar- 
tements actuels. 



Limite des anciennes 
provinces. 




par le témoignage de M. Haillot, instituteur à ^ernon (quelques 
kilomètres au sud d'Avreuil et à l'ouest de Vallières '), lequel a 
certifié à M. Deviras avoir connu un certain Jean-Baptiste Mor- 
tinat qui prononçait / au lieu de s dans les groupes ks et ps. 
Il articulait nettement èkîèlà, éklèptyd (excellent , exception) et aptâ 
pour apsâ (absent) ; « l'ensemble de sa prononciation était entaché 
de ce défaut ». Les parents de J.-B. Mortinat étaient originaires 
de Tissey (Yonne") à une vingtaine de kilomètres au sud d'A- 
vreuil et de Vallières ^ (sur ce point du moins la limite des deux 

1. Bernon est exactement à 6 km. ï/2 d'Avreuil, à 5 km. seulement de 
Vallières. 

2. Distance exacte d'Avreuil à Tissey : 24 km. ; de Vallières, à Tissey : 
18 km. 



100 A. CUNY 

départements, Aube et Yonne, ne coïncide pas avec la limite des 
anciennes provinces de Champagne et de Bourgogne : cette der- 
nière, après avoir franchi la Seine en amont de Bar, allait du 
nord au sud et passait assez à l'est de Tissey comme d'Avreuil et 
de Vallières). Tissey appartient donc au même coin dé la même 
province ' que les deux villages susnommés et l'aire du phéno- 
mène ks -» h, ps -^ pt les englobait sans doute tous trois. Il 
faut ajouter que J.-B. Mortinat était né à Paris en 1854, mais qu'il 
avait été amené à Tissey dès sa naissance et élevé par ses grands- 
parents. Il était venu se fixer à Bernon dès l'âge de dix- 
huit ans. Il prononçait déjà kt, pt au lieu de ks, ps quand il vint 
s'établir à Bernon (1872). Il exerçait dans ce village les fonctions 
de garde-champêtre et y est mort en 1909, ce qui a empêché 
M. Devirasde vérifier par lui-même les fiiits, son attention n'ayant 
été attirée sur ce point qu'en juillet 1913. 

Il s'agit, en ce qui concerne captule, d'une évolution phonétique 
qui a eu lieu au moment où le mot capsule est passé d'un milieu 
plus cultivé dans le milieu populaire où l'on relevait naguère 
encore la forme présentant -pt- au lieu de -ps-. Cette évolution, 
étrange au premier abord, ne saurait surprendre ceux qui ont lu 
avec attention un article de M. A. Meillet intitulé : De la diffé- 
renciation des phonèmes (^MSL., t. XII [1901J, pp. 16-34). ^^^^^ 
au contraire on peut dire que la constatation en était attendue. 
On lit en effet dans le travail cité (p. 25) : « Autant des groupes 
comme /if, xt sont fréquents, autant la disposition inverse //, tx 
est rare et instable là où elle vient à se produire. On rencontre sou- 
vent spirante plus occlusive, mais explosive plus spirante ne subsiste 
nulle part à la longue. » Et plus bas : « Le principe est que, 
dans ceux des groupes de consonnes proprement dites qui com- 
portent une occlusion, le maximum de fermeture tend à se trouver 
immédiatement devant l'explosion qui termine le groupe; ainsi st est 
un groupe des plus stables, tandis que ts ne subsiste pas en géné- 

I. Même bassin, celui de l'Armançon. 



NOTES DE PHOKETiaUE HISTORIQUE lOI 

rai ; les jeunes entants qui ne peuvent prononcer ks disent sk à 
la place, et le latin a en effet renversé ps en sp, par exemple, dans 
uespa issu de *wopsà (lit. vapsa); de même m,-h.-a. wespe a pris 
la place de v.-h,-a. u/efsa, et anglais wasp, la place de2.gs. wœps. » 
(Suivent des exemples empruntés au vieux slave, en particulier 
le mot savant psalùmû, pris au grec ^jcajas;, et quelquefois 
écntsûpalûm-, c'est-à-dire spahn-^ cf. aspinfiï (i'I'.vHcç) '. 

Il y a donc un principe de phonétique générale en vertu 
duquel les groupes occlusive -\- spirante, ps, ks par exemple, répu- 
gnent à la plupart des langues * qui arrivent tôt ou tard à 
écarter l'incommodité psychologique inconsciente > qu'ils consti- 
tuent. 

Mais M. Meillet qui l'a formulé, n'a indiqué qu'un des moyens 
employés -» pour écarter ces groupes gênants : la métathèse . On 
peut en concevoir deux autres dont l'un consisterait, les pho- 
nèmes qui composent le groupe restant dans l'ordre primitif (/>.?, 
ks\ à substituer une occlusive à la spirante : pt, kt ; l'autre, à 
laisser tomber complètement cette dernière : p, h. 

Toutefois, dans un article paru un an auparavant (MSL., t. XI 
[1900], pp. 313-317), à propos du grec Trcupsjjiai « avoir peur », 
qu'il rapprochait de façon très plausible du zend fsar?màt « par 
honte » (soit un thème indo-européen *psor-mo-), M. Meillet 
avait souligné le parallélisme qui existe entre le traitement ■::■: de 
i.-e. ps et le traitement /- de i.-e. ks. Sans doute il écrivait plus 
tard {MSL., XII, p. 17) : « Il n'y a aucun passage direct d'une 

1. Voir des exemples analogues chez M. Brugmann {Abrégé de gr. compa- 
rée, p. 258) : attique vulgaire ejo-/ i;jLïvo; (Ej^aasvo;), éol. dor. crxtço; (^Jso;), 
éol. fjTziXkiov QléXÀioy), bas-latin ispe (ipse"), spalhre (psallerè), m.-h.-a. respen 
(refseti), v. norrois gœispa (^gœipsa) bâiller », \'ieux-croate spm-ati de v. slave 
ptsovati « injurier », slovène plandovati « faire la sieste » de pladne « midi » 
(h est une continue, d une occlusive), allemaud met-{gen au lieu dé *megl^ett 
(suisse makse) du latin mactare. 

2. Il s'agit avant tout ici des parlers vraiment populaires. 

3. V. Meillet (article cité, p. 16). 

4. Inconsciemment bien entendu. 



102 A. CUKY 

sifflante à une occlusive », mais il admettra sans doute qu'il 
peut y avoir passage indirect de l'une à l'autre (par transformation 
préalable de s qu. ^). Les deux phonèmes ont en effet beau- 
coup de caractères communs : la sourdité, la continuité, le point 
d'articulation (quand le ^ est post-dental) et ils peuvent facilement 
prendre la place l'un de l'autre ainsi qu'ils l'ont fait par exemple 
en latin préhistorique *sngos (cf. gr. ptvoç) -» * frigos intermé- 
diaire obligé pour arriver à frlgus) et dans le passage du sémi- 
tique commun à l'éthiopien'. D'autre part, f est extrêmement 
voisin de / ; « /, j>, x sont » en effet « les formes que prennent 
immédiatement les occlusives (/?, t, k) quand l'occlusion vient à 
se relâcher ». On conçoit donc bien une évolution ^^ -> *pf -> 
*pi (et de même ks -> *^^ -^ kt'). — Toutefois, « les sifflantes 
sont des phonèmes essentiellement continus et ne peuvent 
guère perdre la continuité sans changer complètement de nature». 
Cette dernière remarque qui est encore de M. Meillet, éclaire la 
possibilité de la troisième solution : ps, ks -^ p, k, solution qu'il 
admettait sans doute implicitement elle aussi, puisque, dans la 
note SUT r.-ipo\).xi (MSL., t. XI, p. 31e), il ajoutait, après avoir 
signalé le parallélisme de zt (<pG) <- ps (bhs) ex. de y.- (yG) «- ks 
Çghs^ ' : « on y retrouve d'une manière caractéristique la fré- 
quence du doublet consonne double — consonne simple qu'on 
observe par exemple dans xieivo) : -/.aivw, àpxTo; = skr. j'k^ah, arm. 
ar), lat. ursus : gr. àpxoç (on a ajouté depuis "Apy.aâsç, cf. Zupi- 
tza, KZ., XXXVII, p. 392, note) = persan xirs . . .; yOwv, cf. 
skr. kfam- : yjx^yi, zd. T^dm-, lat. humus etc. . . » ^. 

1. Brockelmann, Précis de linguistique sémitique (p. 71). Les équivalences 
sont des plus instructives pour ce qui est de l'affinité qui existe entre s (s), f 
et /. On a en effet : arabe class. ^ =r éth. s =: hébr. assyr. s ^ arani. /. Les 
langues romanes fourniraient des exemples analogues. 

2. Quoi qu'en dise M. J. Schrijnen (KZ.,XLIW), ce n'est pas à M. Hirt que 
revient le mérite d'avoir rapproché les traitements xt (y 9) et r.- (où) de i.-e ks 
(ghs) et ps (bhs), car le Handbuch der gr . Laut- und Formenlehre n'a paru en 
première édition (v. dans cet ouvrage la p. 179 suiv.) qu'en 1902 et l'article 
de M. Meillet est de 1901. 



NOTES DE PHONÉTiaUE HISTORIQUE I03 

Soit à l'initiale de mot, soit à l'initiale de syllabe ', les grou- 
pements phonétiques Jpsa- \ Iksa-, -/psa-, -/ksa-^ peuvent donc 
être ramenés à une forme normale de trois façons : 

I. Par interversion des articulations : spa-, ska- (^-spa-, ska-) : 
fr. risque < rixe, etc. . . 

II. Par substitution non immédiate d'une occlusive à s (français 
littéraire capsule -> pop. *capfule ' -» captule, fr. litt. éksèlà -* 
*êk-pe]à <- èktêla). 

III. Par suppression de la spirante : gr. xzitM <C*kn-yô : skr. 
haijûti « il blesse » (ks^n-y, skr. hhuj- « plier », gr. rt-My- de 
*oB\iy- dans --jyr, etc. . . (Meillet MSL., t. XI, p. 316), soit (au 
degré ^éro) deux formes de la même racine : *bhug (/;)- et *bhsugÇhy, 
en notation ordinaire *b:(hug(hy. 

Toute cette théorie des groupes labiale -f- s, gutturale + s, 
peut être regardée comme contenue en germe dans les deux 
anicles cités plus haut de M. Meillet. Aussi, malgré le parallèle 
instructif et nouveau que fournissent captule, abtent (absent), 
ekteption, ehtellent (exception, excellent), on ne se serait pas per- 
mis de revenir sur la question si M. H. Jacobsohn (KZ., XLII, 
pp. 264 suiv.) et plus récemment M. J. Schrijnen, en 191 1 
(KZ., XLIV, pp. 17-22) n'avaient donné, l'un pour le problème 
que pose --: : ::, le second pour celui que posent -t : t: et xt : x 
en grec des solutions totalement dltférentes de celle de M. Meil- 
let et qui ne présentent, il faut bien le dire, aucune vraisem- 
blance. 

1. Cf. ce que M. Meillet notait en 1893 (MSL. t. VIII, p. 501) : « Le trai- 
tement XT apparaît là où il existe à côté de ks un doublet x- : . . . téxtiov : TÉxu.wp 
en face de té/ vr, . . . Cette coïncidence ne saurait être fortuite. » 

2. a désigne ici une voyelle quelconque. La barre verticale indique la limite 
antérieure des syllabes. 

3. Mais ce *capi^ule (kap^ïiT) est sans doute, entre capsule et captule, une 
de ces phases dépourvues de durée sur lesquelles M. Grammont a attiré l'at- 
tention d'abord dans les MSL. (t. X, p. 171), puis dans ses Oh sen-a lions sûr le 
langage iTun enfant (Mélanges Meillet, 1902). Voir sunout p. 66 . 



T04 A. CUNY 

M. Schrijnen a lui-même apprécié l'article de M, Jacobsohn en 
lui donnant raison d'avoir considéré les deux termes de doublet 
7:t: : r. comme existant dès l'époque du grec commun et tort de 
n'avoir pas en même temps accordé son attention au doublet xt : 
y.. Il le loue en revanche d'avoir admis piv comme une des 
sources possibles du tct en question. On sait d'autre part que l'é- 
volution phonétique/))' -> ::- est assez généralement admise pour 
le grec '. M. Schrijnen reconnaît donc pw aussi bien que py 
comme origine possible de •ât et dresse le tableau suivant (en 
prenant comme exemple la racine de rSki<; : tctoXiç) : 

i.-e. pel 



I. pel py/^el 



2. p l^el 3. p<f>el 

C'est par infixation que y et w (M. Schrijnen leur applique en 
effet à chacun le nom d' « élément informatif ») seraient venus 
compliquer l'initiale de la racine, et c'est phonétiquement que 
*pfel (cf. zTiXi;) serait sorti de *p^l^-eL En dehors même de la 
question de savoir si le second phonème des groupes consonan- 
tiques 7:- et •/-. a appartenu de tout temps à la racine, on voit ce 
que ce système a de compliqué et d'arbitraire. Il est à la fois plus 
simple et plus satisfaisant de poser à l'origine (par exemple pour 

I. Mais, dans les exemples sûrs, il s'agit toujours de formes dérivées où 
entre un morphème commençant par y, c'est-à-dire de groupes phonétiques 
dans lesquels p Qt y n'appartenaient pas dès l'origine à la même syllabe : 
*/%ki--yM -» yaXÉZToj, *}XirD-yi<-> -^ pÀa-tro etc.. Jamais au contraire, il 
n'y a eu de limite de syllabe à l'intérieur du z: de 7:toX'.c ou du xt- de /.tsivw. 



NOTES DE PHONÉTIQUE HISTORIQ.UE IO5 

les mots qui signifient « tuer, blesser » v.tîîvo), kfandli etc . . . ) : 
i.-e *ksen- (kfanôti) 



\ 



\ 



*sken- (y.aTa7/.ïvï;), *kfen- (jr.zbiuî), *km- (xa-vw), 
ou bien, pour le nom du « poil, duvet » : 

i.-e. *psi-lo- ' (dor. Ç/iacv) 
\ 



\ 



\ 



\ 



*spi-Jo- (jTriAÔa)), *pjn-lo- (ztCasv) ; *pi-lo- (lat. pilus). 

Ceci permet en effet de ramener dans chaque cas (suivant un 
principe reconnu par ailleurs, ce qui exclut l'arbitraire) tous les 
aspects phonétiques de la racine à une forme unique et d'échap- 
per sans artifice à la lourde tâche de rendre compte du second 
phonème des groupes en question, puisque cette forme unique 
suffit à justifier l'existence de ce phonème. 

Si l'article de M. Schrijnen n'est pas un progrès dans l'inter- 
prétation des groupes y.-:, r.- (7O, 56' correspondant à skr. kstlc...^ 
il a pourtant le mérite de donner une bonne liste d'exemples 
qui ne se trouvaient pas tous dans la note de M, Meillet et dont 
plusieurs sont très importants au point de vue de la théorie rap- 

I. Ct. lette spil-w-a « Woligras » . Pour la formation de *psi-lo-, ci. celle de 
"ksu-ro-, « rasoir », skr. ksurdh, gr. ;jpo; (Çjso'v) de rac. *ksett- (gr. Çâto), 
avec infixation nasale *ksneu-. skr. ksnaùti, lat, nouâcula (^xnoudcula « rasoir »). 



I06 A. CUNY 

pelée plus haut. Il peut être intéressant de revoir l'ensemble de ces 
exemples à la lumière qu'elle fournit. 



I. SÉRIE LABIALE. 

1. TzôMq : 7:T6}a; (TCToXisOpoVjXToXiTTopOoçjetc). — On rapproche 
skr. pur, lit. pilîs. Ce rapprochement est regardé comme très bon. 
Mais il convient peut-être de séparer r.bXiq de la racine qui a 
donné tcoXijç, iziix-l-qp.i, skr. punih, piparmi, got. filu, etc. Si l'on 
ne peut s'y résigner, on pourra considérer le doublet tct : t. dans 
xÔAiç comme imité de mots où ce doublet existait phonétique- 
ment dès l'origine. Le mot 7:0X1; comme celui qui va suivre est 
en effet très fréquent dans l'ancienne épopée et peut avoir été 
soumis à des influences littéraires. Une autre solution consiste- 
rait à admettre que la racine *peb- « remplir, être nombreux » 
avait un doublet *pseld- {*p'}>eb-) dont le grec serait le seul à con- 
server la trace danszxiXiç. Mais pourquoi seulement dans ce mot 
et pas aussi dans xcXJç, etc. ? Il vaut encore mieux reconnaître 
l'indépendance d'un mot racine *peb- : *psel9- signifiant « château 
fort ». (En face de ttt : ■:: du grec, on n'a jamais que p en sans- 
krit.). 

2. TuôXefji.oç, T:o\e\).i'Ç<j), xâXX(o : tttoXeixoç, nToX£[j.aïoç, NeoTrxiXs- 
[).oq. — On a comparé à la racine de tous ces mots celle du go- 
tique us-filma « erschrocken », v.-norrois/âi/mû; « [sich schwan- 
kend bewegen » et aussi celle du lui. pello, pellere (^pel-d-o). Faut- 
il penser comme pour %xbh.ç que des influences littéraires se sont 
fait jour ici grâce à la circonstance que des composés comme 
*Ncot:6X£[j.o; auraient présenté une succession de plus de deux 
brèves ? Mais *[loKe\).7.ioq (ww_) ne présentait pas cet inconvé- 
nient, et pourtant on a U':cke\).oLXoc. Il vaut donc mieux croire 
que T.':-i\z\).oç conservé dans NeoTTTÔXsixoç est la forme du dialecte 



NOTES DE PHONETIQUE HISTORIQUE IO7 

attique (entre autres) et que ztsai; et --:iAsy.cr, mots de civili- 
sation, ont été remplacés, en dehors des composés, par -ÔKz\j.oq 
et -:a'.; sous l'influence d'autres dialectes devenus, plus ancien- 
nement que l'attique, langues littéraires. 

3. -ép^^x : TTTÉpva. — Le doublet rspva (j== pernd) : zTc'sva (cf. 
got. Jair:(îia, skr. pàrsnih fém., zd. pâina- masc.) est indiscu- 
table. Il s'agit bien d'un indo-européen *psernà-, *psemi- d'où 
(gr. comm.) *pferny9 (gr. -Tscva d'une part et *pernà (lat. 
perna), de l'autre. Mais il faut sortir du grec pour avoir l'attesta- 
tion de ce doublet, car le soi-disant grec tésvx (sic Schrijnen) ne 
se lit que chez Strabon (i" siècle de notre ère), puis chez Athé- 
née (iii^ siècle) et n'est évidemment que la translittération du 
latin pérna, d'autant plus que, dans ces deux auteurs, rspva signi- 
fie « jambon » comme en latin, sens que n'a jamais le seul mot 
vraiment grec zTÉpva. En revanche, le got. fair^na (v.-h.-a. 
fërsand) issu de *persanâ- et le skr. pàrsni-, de *persni- continuent 
peut-être indirectement d'anciennes formes *psêrnà-, *psèrni- avec 
une métathèse de s analogue à celle que l'on admet couramment 
(v. p. ex. Brugniann, Abrégé de gr. comp., p. 258, note) entre 
le slave ino:^H « moelle » et le lituanien sniâg-enês « cerveau », 
métathèse déterminée dans *psërni- -» *pêrsni- par la répugnance 
de la langue à maintenir s à une place du mot qui demandait le 
« maximum de fermeture » '. 

4. -ta-w : -xiiù etc. — Ces mots avaient été rappelés déjà par 
M. Meillet et rapprochés par lui de lat. paiiire « frapper » et 
patière « être frappé d'épouvante, avoir peur ». Ce doublet, 
comme le précédent, est sans aucun doute de date indo-euro- 
péenne. — M. Schrijnen (art. cité, p. 19) sépare paueô de pa- 
uiô et le rapproche de -tc.éco, -izéiù « j'effraye », xxcia, ~-zx 
« effroi ». En effet patieô peut continuer un ancien *pôueô <C 
*powèyô (cf caued : -/.céw) et le sens est à peu près identique dans 
les deux langues. Mais comme il en rapproche aussi r.-jpz-^ion, 

I . Le jour où celui-ci eût glissé de /» à 5. V. plus bas. 



I08 A. CUNY 

(rac. *pser- -» *p^er-\ on peut y rattacher également r.aiiù pauiô : 
T.zy.m « frapper ». Il n'y aurait au fond pour tous ces verbes 
qu'une seule et même racine à déterminatif variable (*psew-, 
*pser-). D'une façon comme de l'autre, la parenté de pautre et de 
patiêre est donc admissible. 

5 . Épidaure iceXea : xTsXea. — Ce doublet est attesté à Tinté- 
rieur du grec même. Personne ne voudrait en séparer absolu- 
ment l'arménien theli, bien que le rapport de theli et de irTSAsa 
soit conçu de diverses façons- — Si avec M. Pedersen (^KZ., 
XXXIX, p. 342) on y voit, non pas un emprunt au grec, mais 
un mot apparenté à TcxsAsa, il faut admettre que l'arménien a 
d'abord fait subir à *ps- (*p^-) le même traitement que le grec, 
soit *pt-, d'où *phth-, et par réduction du groupe, th-. On rap- 
proche aussi de r.xekiot. le v.-h.-a. jëlawa « saule » et, avec doute, 
l'ossète/arw/^ « aune » qui présentent la même initiale que ire- 
Xsa (v. Walde, Wtb. % s. u. tilid). En tout cas, le lat. tïlia peut et 
sans doute doit être considéré comme un emprunt fait au grec, 
car il n'y a aucun autre exemple qui prouve que le latin ait eu 
quelque chose d'analogue à gr. xx-. Il a toujours p ou sp. Voir 
plus bas. 

6. T.-ziaQh) : skr. pi-tid-sti\ lat. pinsô etc. — Le doublet *p^eis- : 
peis- est intéressant en ce sens que la tendance à la dissimilation 
excluait sans doute dès une époque très ancienne l'aspect *pseis-^. 
Le grec ne connaît que des représentants de *p^eis-, les autres 
langues, que des représentants de *peis- : Tcspi-Ti7[Aa-a « marcs de 
raisin », TrTiaao) etc. ; skr. pi-nâ-sti , lat. pinsô, lit. paisyti « den 
Gerstenkôrnern die Grannen abschlagen », v. si. p)sq « stosse », 
m. -h, -a. vtsel « mortier ». 

7. ITtûov, tttéov « van » : germ. *fawjan « Getreide reinigen » 

1 . Au lieu de *pi-nd-s-ti par analogie de pista-, pesjàr- etc. 

2. De même *g^hses- (soit *giilKs-) « hier » avait peut-être dû céder la place 
ou bien à l'aspect *g^âhes- (gr . /Oi;)» celtique *gd- d'où d (voir plus bas), ou 
bien à l'aspect *gihes- (lat. heri, hèsternus, v.-h.-a. gestaron, got. gislra-, etc.). 



NOTES DE PHONÉTIQUE HISTORIQUE IO9 

m.-h.-a..vaewen,\\Imr^.,p. 144. — Ihysv, zticv représentent, l'un 
*p^ir-om, l'autre, *pfeiv-o-, racine *pseîv-, -> pj>eu'-, dont le germ. 
*/att'/fl« (cité par M. Sch ri jnen) atteste le doublet *pezv-, cf. sans 
doute aussi skr. pàvi-tum « purifier », verbal pûtà-y lat. parus, etc. 

8 et 9. — IljîXsç : -tJsacc ' et-jy.âua) : --s/.iZtù paraissent être 
purement grecs, et l'on peut se demander sans pouvoir répondre 
à la question, si leur consonantisme initial remonte à i.-e.^ : ps- 
i,pf~) o^ ^'^^ n^sx. pas une imitation postérieure du résultat grec 
de doublets de ce genre. (Suivant G. xMeyer, Gr. Gr. ', p. 345, 
la forme -tjsXs; est ionienne.) 

10. Lat. pilus : r.-Cko^ etc. — Le dorien «iîXov qui a les mêmes 
significations que -tîacv, savoir : « poil, duvet » est sans doute 
une conservation dialectale de l'aspect *psei- de la racine, -^z-iKz^t 
évoquant *pfei- et pilus, *pei-. On peut ajoutera ces mots l'adjec- 
tif --iacçk privé de cils, nu ))^ (en parlant des paupières). En 
effet, la quasi-identité de sens ne permet guère de séparer ces deux 
mots, et le fait qu'à côté du lette spihua « WoUgras », le lette 
spilicens « Bettkissen » présente un sens identique à celui qui est 
attesté (entre autres) pour tt-iacv, semble assurer le rappro- 
chement de cet adjectif avec la racine *psei- -» *p^ei- : *pei- de 
-tOvOv, pilus, laquelle en conséquence devait signifier à peu près 
« arracher les plumes, les poils ». — D'autre part, l'initiale bal- 
tique sp- en face de ps- (-ifAcv) s'explique sans difficulté par une 
simple métathèse de ce dernier groupe. Il est inutile d'imaginer 
une autre forme de racine, soit **spei-K En effet on retrouve la 

1 . Le sens n'interdit pas de rapporter ttjeào; : rrr-jEÀo; à la même racine 
que -fjov, T.-io-/ si l'on y réunit le skr. pdvitum etc. Dans ce cas le mot rentre 
dans l'exemple 7. 

2. On ne pourrait en rapprocher l'adjectif ^'."kô^ « dégarni de cheveux, de 
poils, de plumes » qu'en supposant qu'il s'agit d'un mot dorien passé de très 
bonne heure dans tous les dialectes. La différence de quantité de 1'; ne ferait 
pas autrement difficulté puisque quelques racines comme *bherf-, *bher- « por- 
ter » présentent à la fois une forme monosyllabique et une forme dissyllabique. 
Mais ^ suppose p -\- sou bb -\- s, soit par ex. une base **blKS-€y-e?. 

5 . **spei- ne serait donc qu'un autre aspect de la racine, produit de la 
raéuthèse, comme l'est par exemple «jxev- dans crétois (Gortyne) xaTa-axevE-.. 



IIO A. CUNY 

même transposition des éléments consonantiques dans le nom de 
r « aile » : v. si. pero, russe perô (v. si. perq « je vole », skr. parnâ-, 
m. -h. -a. varn « fougère » ; gr. T,i:épo^) (soit un doublet indo- 
européen *pser- -> pfer- : *per-), lit. sparnas au lieu de *psafnas 
(thème *psorno- '). On objectera que le lituanien n'a pas pratiqué 
la métathèse dans vapsà (différant en cela du latin uespa) et qu'il y 
a gardé l'ordre indo-européen des phonèmes composants. A cela 
on peut répondre que^ à l'intérieur du mot, ce qu'avait de cho- 
quant l'articulation de la continue s au temps du « maximum 
de fermeture » pouvait facilement être masqué par une légère 
modification de la coupe des syllabes : valpsà au lieu de vap/sà, 
soit donc (malgré l'ordre des phonèmes) un p fort et un s faible 
au lieu d'un/) faible et d'un s fort^. Rien n'indique au reste que 
dans le prototype indo-européen de vapsà (^wopsa), il pût s'agir du 
même^jquedans r.-épo^, pero etc. '. S'il en eût été ainsi, la coupe 

1. Il convient donc de séparer TTTspov aussi bien que r.xiXov de la racine 
pets- « voler » (ttetetivov « oiseau » etc.). Leur t.t- ne vaut pas p -\- t (par chute 
de e (comme par exemple celui de l'aoriste jzTÉaôat « voler » (£-::T-d-[AY]v). 

2. C'est sans doute la même raison phonétique qui rend compte de ce qu'en 
grec les mots contenant les groupes intervocaliques occlusive -|- ^', h *", " 
(groupes dans lesquels, dans la langue homérique [p. ex. [AÎr-pov, tty-vr)], l'oc- 
clusive était attribuée à la syllabe antécédente et la sonante à la syllabe subsé- 
quente, ont subi en attique un changement dans la coupe des syllabes : \i.t- 
Toov, Tt-yvT] etc. En effet, avec la coupe homérique des syllabes, l'occlusive 
était en position faible et la sonante (continue) en position forte, inconvénient 
auquel remédiait la coupe attique des syllabes : l'occlusive commençant désor- 
mais une syllabe était en position forte, la sonante qui était à l'explosion, en 
position faible, et tout était dans l'ordre naturel. La prononciation hindoue de 
putrdh, puttràh remédiait d'une autre façon au même inconvénient. Il n'est 
peut-être pas absolument prouvé que cette prononciation -attra- d'un groupe 
-atra- fût la seule existante en indo-européen et en gr. commun (çixpdç). En 
effet, s'il en avait été ainsi, la « correptio attica « n'eût pas eu l'occasion de se 
produire. Il y avait sans doute ici des divergences dialectales, le germanique 
p. ex. s'accordant avec le sanskrit et l'ensemble du grec, mais certains dia- 
lectes de la même langue en différant sur ce point. Cf. Meillet, Introduction*, 
p. 109, MSL., t. XVIII, pp. 31 1-3 14, et déjà F. de Saussure MSL., t. VI, 
pp. 246-257). 

3. Le contraire est môme sûr d'après le témoignage du germanique, v. Kluge 
WôrterhT.y s.u. Wespe. Le i est suffixal comme dans^fl«5 à côté de germano- 
latin ganta. 



NOTES DE PHONÉTIQUE HISTORIQUE ÎII 

des syllabes aurait été *wolpsà dès rorigine et aucune question ne 
se serait posée. — Enfin, la métathèse */)jafnfl5 -» spafnas paraît 
assurée par le parallèle ks -> sk (également à l'initiale) dans les 
exemples baltiques que cite M. Boisacq, Dictionnaire, s. u. ^jw : 
lit. skù-s-ti « raser », lette skuwejs « barbier » de ^2 su-, degré 
plein kl seu- (sans doute d'une base **k2es-eu-). 

La ressource fournie par l'attribution de tout le groupe ps à une 
même syllabe faisait défaut à l'initiale où précisément l'ordre pr- 
êtait rendu moins supportable par le fait qu'à l'attaque des mots 
les consonnes. ont une force particulière, d'où la métathèse (dans 
certaines langues). 

1 1 . II-:'"*(i) : -kj-t-wO), pljujq etc. — Si l'on admet cette explication 
de spilwa, spafnas et si l'on note que, pour l'initiale consonan- 
tique, le slave pljujq « je crache » est au lituanien spiâuju ce 
que le slave pero est au lituanien spafnas, on aura l'avantage 
de pouvoir expliquer par un doublet indo-européen : *ps- 
(-> *pf-^ : *p- les formes si diverses que revêt le verbe signifiant 
« cracher » dans les différentes langues. Le noyau le 
plus ancien de la racine est sans doute l'onomatopée *ps- (et 
avec une alternance consonantique, **hhs- ainsi qu'on le verra 
par ce qui suit) ' . Une première forme de la racine comporte à 
la fois les deux déterminatifs -eu>- et -e3-, soit (avec conser\-ation 
d'un seul e) : *pseic'9-, degré zéro *psu'p- {*psû- devant consonne, 
*psu- devant voyelle). Cette forme (ou mieux son équivalent 
*p^aud, *p'^û-) est conservée dans le grec ztuw, Tz-.ii^siù) ^, --rjaXoç, 
-TuaXÇo). C'est elle qui se retrouve aussi, mais avec la métathèse 
indiquée plus haut, dans le lit. spiâuju <C *speu.{9J -yç <C *psew9- 

1. Cf. l'onomatopée **pst- dans le verbe qui signifie « étemuer ». Ici les 
déterminatifs sont -er- -\- -ew- (au lieu de -eu;- -\- -ei- ou -ey- -\- -nu- -}- -«?- dans 
le mot « cracher »). Cf. gr. nTaçvvaai, lat. sternuô etc. V. Walde, fVtb.* s. uerbo. 
IlTatpw « j'étemue » ne contient qu'un seul déterminatif : -er-. 

2. Les formes telles que -73 jw (elles sont assez nombreuses) attestent sans 
doute une forme plus simple de la racine, soit *psew-, *psu- (sans le détermina- 
tif -ej-, -/-). 



112 A. CUNY 

yô, lat . spilo de *spûô, spûtiim, v. norrois spyja (prêter, spûâd) de 
germ. *spû-jô, *spû- valant (au moins en latin) *spwd- < i.-e. 
*psw9-. La forme sans s, soit pewd-, degré zéro *pù- est attestée 
à la fois par le v. si. pljujo (serbe pljfijèm avec intonation 
rude) qui suppose *peu\9]-yô (transformé quant à la désinence) et 
par legr. TTû-TiCw où il n'est pas nécessaire de voir avec M. Schri- 
jnen, qui a introduit cette famille de mots dans le débat, une 
chute de - par dissimilation. 

Une forme exactement parallèle de la même racine, mais avec 
bhs- au lieu de ps-, soit *bhsaud- (^b^hewd-^, degré zéro *bhsû- 
(*^;(/;m-) est à la base du grec \OjCw ' (dor. çGjcîo)) attesté par 
i-isÔjacoiTa dans deux passages de Théocrite (2, 62 et 7, 127). 
— Quant à 4''jttw, que cite également M. Schrijnen, il peut s'ex- 
pliquer comme étant l'équivalent dialectal de *oh'j-':M (*bhsù-), 
cf. Cretois tiivovrcç, d^ii^-Évo) =ç9iv:v-:sç, çOt[jivsu ou bien par *psu- 
-» *p^û- comme -tjw, cf. tc-O.sv, dyfAov etc. Dans l'un et dans 
l'autre cas, il témoigne clairement en faveur de s comme second 
élément du groupe initial de ce verbe. 

Les formes ordinaires du germanique : got. speiwan, v.-angl. 
spiwan, v.-h.-a. spîwan, v. -frison spîa se réfèrent à un exem- 
plaire de la racine différant de *psew3- >> *spaud- par la présence 
d'un déterminatif-g}'- en plus, soit une base **ps-ey-ew-e9, d'où 
(après chute des e sauf un seul) : *pseyiud- (et avec métathèse des 
éléments consonantiques comme p. ex. dans le norrois spyja) : 
*speyu\d-\ germ. comm. *splw-, puisque p disparaît de toute 
façon en seconde syllabe sur ce domaine. 

Si enfin on admet que arm. /M/ correspond phonétiquement 
à r.-théx (soit *ptel- <- *pfel- 4- psel-), comme en grec, on peut 
songer à expliquer ihhh-anem (représentant un ancien *thiikhanem 
ainsi que le prouve l'aoriste e-thukh « il cracha » et le substantif 
thukh « crachat ») comme valant de la même façon *pteuk- <- 

I. *bhsÛd-yÔ (^b:(hnd-yo). Ce mot ainsi que |ûtxw était déjà signalé 
dans la Gr. Gr. (3e éd.) de G. Meyer, p. 346 . 



NOTES DE PHONETiaUE HISTORIQUE II 3 

*ptouk-, soit *pteu- ^ *pseu-y augmenté d'un déterminatif k, cf. 
Ikhanem de racine indo-europ. *leik^ « laisser » '. 

Au contraire pour ce qui est de skr. sthivati « il crache », 
verbal sthyûtâh, on ne peut penser à l'expliquer que par une 
racine *kstheyiu9- exactement parallèle en un sens à *speyu'9, mais 
reposant sur une onomatopée différente : **kslh- (au lieu de 
**ps- : **bhs) -. Le présent sthivati (cf. sivyati « il coud » [Meillet]) 
continue sans doute un *kslhiiL[9\-e-ti (présanskrit *ksthîvati, le 
verbal sthyûtâh (cf. syûtâh), un *ksthyu^-tâs (préskr. *kfthyntàh. 
En tout cas (la remarque est de M. A. Walde, Wth.^s. u. spud), 
il est impossible de comparer directement fthîvati aux verbes des 
autres langues indo-européennes signifiant « cracher » *. 

— Il est clair que des formes de racines comportant simplement 
à l'initiale des groupes *puf- (^bhiv-^ ou *py- (hhy-^ n'expliqueraient 
suffisamment aucun des faits rappelés plus haut '. Uhypothèse 
de M. Schrijnen ne saurait en particulier rendre compte de l'un 
d'entre eux auquel on a déjà fait allusion, savoir qu'on rencontre 
quelquefois -i (et même tt, [75 ?]) en face de 06 et de r,- dans des 
cas où évidemment il ne s'agit pas de z, 3, ? -j- 6 ou + a. L'exis- 
tence de <|;iv5VToç et de i'.îxévw à Gortyne, celle de ifioiq (oôbi?), 
d/e{p£i (çOeipei), 'ia-ajôa'. (çôivw) dont il sera question plus loin, 
au nombre des gloses d'Hésychius, celle de -i/t'Àcv = -tiacv dans 
un parler dorien, etc., sont au contraire la preuve manifeste que, 

1. Il faut avouer cependant que le traitement arménien çill de i.-e. *hlno- 
en face de gr. îxtïvo; (^kSîtio-) n'est pas en faveur de l'explication donnée par 
M. Pedersen de theli par *ptel- provenant de *psel-. De plus M. Meillet a fait 
obsers'er tout récemment qu'on attendrait *t1}eki et non theli, s'il ne s'agissait 
pas d'un mot d'emprunt. 

2. Le fait que ces verbes reposeraient sur deux onomatopées différentes en 
indo-européen ne serait pas plus étonnant que celui qui est constaté en germa- 
nique pour les verbes qui signifient « éternuer ». Pour expliquer toutes les 
formes, il faut en effet poser non seulement *ksneus- (avec variante *ktieus-), 
mais encore *bneus-. V. Kluge Et. Wtb. ^ [1910], s. u. u. niesen, Pfnîisel. 

3. 11 faudrait prouver du reste que pw aboutit à ^-. en grec comme le font 
peut-être certains /'v (en réalité -p -f- _)'-)• 

Revue de pbowlique. 8 



114 ^- CUNY 

dans certains cas, ©6, tct proviennent de *b:(h- (ou de son équi- 
valent au point de vue grec :g2^:(h-, skr. ki) et *ps- (ou ki^s-). C'est 
elle qui autorise à interpréter (krj^-f()ù-Çaoo>.cQc) comme reposant 
sur *b:(hn- (*bhsâ-), bien qu'un doublet *bhii- n'en soit pas attesté 
parallèlement à pu- (7:y-Tt!^(o, v. si. pljujo) puisque le v. slave 
bljujq « vomir » se rapporte à la même racine que le grec ©Xûo) 
(àxocpAûsiv • àTTspsjYSffôai Hésychius) d'après l'enseignement de 
M. Meillet (MSL., t. XIV, pp. 354 et 360), cf. le lituanien 
bliàuju « brûllen », bliûvil « in BrûUen ausbrechen » (Berneker, 
SI. etytn, Wlb., p. 64 '). — Un tel doublet est au contraire claire- 
ment attesté par : 

12. LegrecxTux^ <^*<?^^%-'('i « pli », racine *bhsng(}i)- en face 
de skr. bhuj- (racine *bhugQj)- ^ Le sanskrit lui-même n'avait 
pas complètement perdu tout souvenir de la forme à initiale 
complexe puisque, (fait de première importance relevé par 
M. Meillet, MSL., t. XI, p. 31e), le bh fait encore position dans 
paribhuja et dans dàçabhujih (ce dernier dans le R.g-veda), c'est- 
à-dire qu'à l'époque des premières compositions védiques on 
prononçait peut-être encore quelque chose comme parib^huja et 
daçab^hujîhy la langue n'ayant pas encore complètement perdu le 
7^ (et le si bien conservés par l'iranien '. 

13. Un exemple intéressant du phonème ^;(/;(= Z)/?^) à l'intérieur 
est ^wbipoi en face de ovbipy, (Hésych.). D'après Boisacq, Dict., 

1 . Serait-il permis de penser que dans bljujo « je vomis » ont conflué deux 
racines, l'une, *bheiu3- signifiant « cracher, vomir » (cf. œOu-), l'autre, *bhhw3- 
signifiant « rugir » ? 

2. Peut-être aussi par tz'jxtîov, tzuxtî; « tablette » (racine -uy- de *?y"/-) sans 
qu'il soit besoin de recourir à la dissimilation, cf. tiûtiÇm (Meillet, MSL., t. X, 
p. 276). 

3. C'est sans doute avec le zend Jsav9inût (et, indirectement, avec le skr. 
pàr^lli-^ zd. pâma-) la seule trace de l'initiale complexe i.-e. *ps-, *bhs- 
sur le domaine indo-iranien. Partout ailleurs on n'a que des p, bh ordinaires. 
Le ps- de psâti etc. et le kf de kfUrâh etc. ne sont pas exactement compa- 
rables. V. plus bas. 



NOTES DE PHONÉTIQ.UE H1STORIQ.UE II5 

p. 191, qui cite F. de Saussure, MSL., t. VII, p. 91), il y a un 
rapport probable entre ce mot et SsÇ/w « tanner ». L'i qui fait 
difficulté s'explique par une étymologie populaire de c-.^Osca 
(ovbxpx), par oîç et zbtîpiù (-^cipto). Or, à côté de zvbui on a aussi 
c£5w « (fouler), pétrir, assouplir » (pour l'attribution de oisOépa 
à cette racine, cf. encore ii'bz gl. « peau tannée »). Le v.-nor- 
rois tifa, m. -h. -a. lipfen « piétiner, trépigner » et le v.-h.-a. 
^abalôn (cf. ail. mod. :^appehi) représentent une forme *debh-, 
*dobh- de la racine. Quant à v.-h.-a. ::Jspen « marcher sur, heur- 
ter » (germ. *tisp-), il peut continuer un i.-e. *deps 2.vec la même 
métathèse que *spiwan etc. 

Le grec ici atteste donc à la fois : 

*dehhs- (dek(h-) Sétla, oé-iw 

et *debh- Séço) 

La seconde forme se retrouve également bien en germanique. 
La première y est indirectement signalée par la forme en alter- 
nance *deps-. 

IL — SÉRIE GUTTURALE. 

On peut passer également en revue les exemples de xt, '/6 (et 
de -T, ©6 quand ces groupes correspondent à skr. ks), et l'on 
verra que la théorie qui reconnaît une sorte de s dans le second 
élément du groupe consonantique originaire est la seule lumineuse 
et satisfaisante. Ici du reste, c'est la seule admise (à part la nuance 
f au lieu de s). Personne en effet n'a proposé, sauf pour les deux 
cas isolés hyàh « hier » et çyenàh (oiseau de proie) de mettre, à la 
base des initiales attestées, les groupes *ghy-, *ky-, etc.. A plus 
forte raison n'a-t-il jamais été question de *ghw-, *kw-, etc.. Ceci 
encore est un argument sérieux, soit dit en passant, contre l'expli- 
cation de --- par *pu'- et même par py-. 



I 



Il6 A. CUNY 

a) Variété labio-vélaire. 

Il faut rappeler d'abord que, lorsque le groupe consonantique 
comportant s à l'explosion commençait par une labio-vélaire, le 
résultat était le même (©Oivw etc..) que pour les groupes analogues 
commençant par une labiale. On doit donc s'attendre à trouver 
en grec certains tcx (: 6) : t: ou ©ô (: <];) : © provenant de kz^s, 
-» kz^^ d'une part et de ki^ de l'autre (respectivement de gz^'hs 
-» gz^^h [gz^'âh-] et de g^^^h). Et en effet le doublet *h'^s- : *h^ est 
directement attesté (à l'intérieur du mot) par un exemple : skr. 
âk^i « œil », gr. laconien ozt-i-aoç ' (i.-e. *oks- et *ok2^s- -> *ok2^'^- 
en face de V. slave 0^-0, Y\Vi2.n.ak-ï-s,\2iX..oc-iilu5, etc. (i.-e. *o^2"^'-)*. 
On peut utiliser aussi h<^^aK\xô^ ici. Pour l'expliquer autrement que 
comme un composé de hiz- « œil » et de *0aX[j.oç doublet de 
OaXa;j.oç (Brugmann), ce que la différence de la place du ton et 
le postulat sémantique rendent incertain, il suffirait d'admettre 
comme pour r.-u- : ©6u- « cracher » une alternance de sourde à 
sonore aspirée, chose qui se rencontre fréquemment à la fin des 
racines, soit donc *og2^hs — > ogi^Xh- à côté de *ok2^s- et valant 
*og2^dh- à côté de *ok2^^-. De ce *ogi^'dh-, avec le morphème en / 
du latin oculus (contenu également dans le béotien oxTaAAoç 
«- *o^^-/-^o-^ et dans le laconien ôttt-î-Ao-ç), et par l'intermédiaire 
d'un verbe dérivé en -yô (*ô<p6aAXw), on a pu former de façon 
très naturelle le substantif osOaAi^.i; qui présente le ton de la 
plupart des noms en -[j.ôç (©opij.oç, xsp[j.6ç, etc.). On pourrait en 
outre expliquer le duel sajs aussi bien par l'aspect *og2^âh- de la 
racine que par l'aspect *ok:^- que l'on suppose d'ordinaire 5. En 
effet ©sffcraAÔç <- *g2^"he-g2^dhy-Ho-s {MSL., t. XVI, p. 323), à côté 
de IIsTÔacAoç <r- *g2^he-g2^hdh-Ho-s semble indiquer qu'un groupe 

1. \J\ de QT^-z-'.-'koç, est sans doute le même que celui du skr. âks-i, zd. as-i-, 

2. ^'Or.-biii-ct. (p. ex.) est à or.T-iXoi ce que apxo? est à apxto;. 

3. La forme *ok2^"^- (peut-être aussi *ok^-') serait également admissible. 
En effet -kz^'fy- doit aboutir à -aa-. Pour ^o"'»'^'» cf. oaua, de racine *we'k'^^-. 



I 



\OTES DE PHONÉTIQUE HISTORIQUE II 7 

*g2^dh- ne pouvait manquer de se palataliser quand il était suivi 
de y. 

Quoi qu'il en soit de ce dernier point, on ne dissimule générale- 
ment pas qu'au lieu du béotien l-f-xWoz (cy-aXXs; • h s56aX;j.5; 
rasiRî'.wTcî^Hésych., V. Thumb Handbuch d. gr.Dial., p. 226), 
on attendrait **'6r.-:oLWo;. Thumb trouvait en effet Iv-x/Xzz surpre- 
nant au même titre que béot. icpKTveùç en face de att. TzpisStiç. 
Toutefois il se peut que zpvTytuc doive son y à rpiV;u; 
(lequel est régulier puisque gi^'u aboutit à gu) mais que, 
pour cxTaXXsç, il faille songer à un aspect *pki- de la racine 
(cf. *akt- et *ak2- pour la racine qui signifie « être pointu »), 
forme qui peut-être est nécessaire pour expliquer le zd. asi 
en face de gr. ôzTt(-Ac;;), (skr. âk^t), soit *oki^-l-yo-s ^ aboutissant 

1. Dans le nom. -ace. sg. neutre âkf-i -i- n'est pas une désinence, mais 
un moq)hème (avec désinence zéro au nom.-acc.) alternant avec un mor- 
phème en -n- (gén. skr. aks-tt-âh). Il n'est donc pas étonnant de le retrouver 
dans le nom.-acc. duel oiiz qui provient de *0g2^'dhye (de *ok,^'ye suivant 
l'explication courante). Voir au contraire dans -y e\e cumul de deux désinences 
de duel neutre : ~i et -£ n'est satisfaisant ni au point de \aie morphologique ni 
au point de vue phonétique. 

2. C'est ce qu'admettent sans plus d'explication MM. Brugmann et Thumb 
{Gr. Gr.* [191 3], p. 450). Leur notation (^) indique clairement qu'ils sup- 
posent ici un k^ (palatal). Il est donc peut-être permis de rappeler que, malgré 
la différence des gutturales, on a quelquefois rapproché txTHoo? « maladie de 
foie, jaunisse » du mot r-.%ç. « foie » *j.g^-,«y_^ zd. yâhar?, lat. iecur, skr. 
yàkrt, Vit. jehios (*yek2^'-n-), etc.. En effet, le degré zéro de v?- est/- (cf. par 
ex. skr. istâ- de mj- « sacrifier » et le zt de "xteso; pourrait valoir ks(-^k^), 
-£?- étant le degré plein de -ao < *-r dans r^r.^p (avec une dentale ou non 
en plus, cf. skr. yâkr-t). Ce qui est à remarquer en tout cas, c'est que : 

ixTEpoî oxTaXXo; 



^~»p p. ex. ihr.i (dans l'expression et? 

wrra), soit en phonétique indo-européenne, 

*ikf>-(eros) _ *okf-{l-yos) 
Cf. encore skr. ndktam (gr. vu?, lat. nox etc.) avec kj^, tnais skr. ntçâh « de 



Il8 A. CUNY 

à '6v.zoc\Xoq, cf. zd. ar^sô, apy.Toç (skr. fksah), téxtmv, zd. taian- 
(skr. tâksan-) etc.. '. 

Par ailleurs çôfoiç. skr. ^///fi^ « destruction », ksinâti « il 
anéantit », -i/ivaSsç Hes. = çOivaoeç, ^ivoi).y.i mot technique chez 
Théophraste = çôivoij-ai (racine *g2^hsey-^ *g2^îhey-'); oOsipo), skr. 
hsàrati « il s'écoule », zd. vi-^(^âraye'ti « il fait déborder » (racine 
g2^hser--^ g2^\her-) suffisent à bien illustrer le traitement des labio- 
vélaires combinées avec s finale de groupe. Pour l'un de ces deux 
verbes, le doublet sans s est même sans doute attesté. On peut 
remarquer en effet que, puisque (x\j\io()dpiù signifie proprement 
« mélanger des couleurs » et que sûpw a un sens à peu près 
identique, savoir « délayer, détremper », si l'on explique r.-ûpo- 
\ix'. par une racine *pser-, il n'y a aucune raison pour ne pas 
rendre compte de çupo) par l'aspect *g2^^'her- de la racine gi^^her- 
(çOsp-). On a vu plus haut qu'à côté des aspects *g2^'-'dher-, *g2^"dhey-, 
(aboutissant directement à op6ep-, sQs'.-), l'aspect à sifflante pro- 
prement dite (5 : i) se retrouve encore en grec dans des mot 
dialectaux rapportés par Hésychius 'i)ia:z, 'Izipei (on est autorisé 
par tJ/ivovToç, 'J;i[X£va) à penser qu'ils sont crétois, cf. Kretschmer, 
Glotta, I, 355). On a cité en même temps 'I/aTaiOa', ' xpo^aïa- 
)va[;,5xv£'.v, i];ar^a-ai ' TCpcetTCstv, 'J/asvai ' ©ôanai connus par le même 
compilateur. Ces gloses permettent donc de reconnaître dans çOavo) 
un mot rentrant pour l'initiale dans la série en question. Il s'agit 
en effet dans (l/at-aaGai d'un dérivé du verbal *'\ia-bç = *a>9a-côç de 
çOdévœ « praeoccupare » soit, sous forme indo-européenne, *g2^âhi}- 
tôs, V Û2ir\t* g 2^ hsii-tôs, car sémantiquement sOôvo; se rattache bien 
à cette racine et indique une racine en e : *g2^^'hden- V2.hni*g2^sheji-. 

nuit » avec k^. Il est connu du reste que les alternances consonantiques qui ne 
subsistent plus en indo-européen qu'à l'état d'anomalies (il en est de même en 
sémitique), ont dû jouer dans des périodes plus anciennes un rôle considérable. 
I. Le skr. âksi peut au reste représenter aussi bien *âk^s- que *oh^s- comme 
on le voit par î'ksah et autres. C'est ce qu'admettent implicitement MM. Brug- 
mann et Thumb (Joe, cit.). 



NOTES DE PHONÉTiaUE HISTORIQUE II9 

Comme le montrent l'iranien et l'indien lui-même (moyen- 
indien), le k^ du sanskrit remonte (dans kfi-ti-h et dans kfârati 
p. ex.) à un *gh^. On a en effet prâkrit jharaî = skr. k^âraii, zd. 
^'Xar-, (sOsîpo)); prâkrit //;J;./fl = skr, kfim-, (90îvo))et phWjhâyati = 
skr. ksâyati '. De même en effet que ks aboutit en indo-iranien à ki, 
de même ^/;:^ (ou g:;^h) — on n'a pas d'exemple de la sonore simple 
dans ces sortes de combinaisons, — aboutit à indo-iranien gh{{g{V) 
qui subsiste en sanskrit et en iranien (à part la mutation de ^ en y 
en iranien, mutation naturelle puisqu'on, a en iranien xs^t h\ p. 
ex, gén. sg. xsyd « perniciei » «- *ksy-àhj de la même racine que 
56i-Ti;etc,.,). Ce groupe se palatalise dans les prâkrits, soit *g{har- 
aboutissant à ^^^h/ar (= *j\har-). Le ^ indo-iranien (ancien 
^ ^ s) ne peut naturellement rester distinct du ; Q^O qui précède 
et l'on comprend le résultat prâkrit : jh ^, En revanche, le sans- 
krit proprement dit qui ne palatalise jamais la sourde ks (on a 
^j même quand il s'agit de kiS (nom. sg. dik « point cardinal », 
de dîç-, soit *dikiS -^ *diks;dksah, v. slave ost, lit. as^ïs, lat. axis, 
gr. arwv etc.), n'avait aucune raison de palataliser ^:^/; (ghQ. 
En outre, ^ éliminé partout ailleurs de la langue ne pouvait 
subsister qu'en se transformant soit en r (avec maintien de la 
sonorité), soit en s (avec perte de la sonorité et maintien du 
caractère chuintant). La seconde solution tient sans doute à ce 
que, par sa place, le i^ était devenu fort, le « maximum de fer- 
meture » ayant été déplacé. Une fois assourdi, il assourdissait 
nécessairement l'occlusive précédente, d'où finalement^ 5. 

1. Faits capitaux signalés par M. Meillet, MSL.,t. VIII [289 3], pp. 300-301. 
Pour le dernier exemple, cf. ksâràh « brûlant » auquel on compare (v. Boisacq 
s. u.). ç/;po'; [çiio'ç]. Mais en réalité on attendrait */.-r^pôi ou *::Tr,pd; ou *5Ôr,c6ç 
suivant la nuance de la gutturale primitive. 

2. Cf. pour la sourde ardhamâgachî : chlyamâna « étemuant » d'une racine 
*k^sei- parallèle à *k,s-eu- (degré zéro ksu-) skr. ksu- « étemuer » (cité pav M. J. 
Wackemagel (KZ., t. XLVI [1914], p. 270, d'après Pischel, Grammatik der 
Prdkril-Spracheti) . 

3 . En ce qui concerne le sanskrit, ces raisonnements s'appliquent également 
au cas de ks provenant de g^hs (£1^1}) palatal. Cf. par exemple plus bas kfOin- 
« terre ». 



120 A. CUNY 



|5) Variété palatale. 

1. Pour le verbe qui signifie « tuer » (y.TS'ivco, hanôti : y.xivo), 
h.Tio-4, xÉxova), l'aspect *ksen- (*k<^en- à côté de *^^?î-)est indirec- 
tement attesté en grec même par la forme à métathèse : gortyn. 
xaTa-ax£vit = aol-ol-ax-vt^, so\l*sken-\ cf. 1'^ conservée mais sans 
métathèse dans d/ivovTs;, (];i[jivw également crétois. L'aspect */^m 
est à la base du zd. sàna- « Vernichtung » et du v.-pers. vi-san- 
.« tuer » (G. Meyer, Gr. Gr.^, p. 344). 

2. Le doublet àpxoç, pers. xîVj (àpxfAcç, 'Apy.aoeç) : skr. rksah, 
zd. ûf^^iô, lat. ursus...'Si déjà été rappelé à plusieurs reprises. Cf. 
encore p. 122, n. i. 

3. Pour le mot qui signifie « terre », les deux aspects de la 
racine existent en grec (v. Meillet MSL., t. XI, p. 31e) : ^Ocov, 
)^6a[j.aXiç (aspect *gihsôni, *gihs''m-^ : '/x\mi (aspect gib>în-) veo- 
yy.ôç, et en sanskrit : ksam- (aspect *gihsem-^, gén. J7nàh (c.-à-d. 
*gi(Jy)m-^los^^; les autres langues ne connaissent que la forme 
sans 5 (^) : lat. humus, humilis); zend :(3m- (nom. :{à 5), lit. i^mèy 
V. si. x^emlja, tokharien B (koutchéen) kem, v. MSL., t. XVIII, 
p. 406, cf. got. guma(y . lat. hemo, lat. homd) avec ïorm.Q*gih°m- 
de la racine ; pour le sens : « homme » ^ * le terrestre, par 
opposition aux dieux qui sont « célestes » (Meillet). 

4. Dans le mot qui signifie « poisson », le grec est seul à 
témoigner en faveur de *gi:(hû- (*gjdhû-) équivalent de *gihsû-. 

1. *pgen-, Boisacq, Dictionnaire, p. 392, d'après Kretschmer et Brugmann, v. 
perse axsata- « unversehrt » str:s\x.\.-Q*k^sn-tô-. 

2. Et aussi gmah de *g(h)im-as. Ni l'un ni l'autre de ces génitifs n'est 
strictement phonétique . On attendrait *hmdh au lieu de jmdh (car avec palata- 
lisation la forme ancienne devait être *jhmds) et *ksmàh au lieu de gmàh, la 
forme ancienne étant ici *gîhonds ^gh\onds) . 

3. Cf. pour la formation du nominatif : skr. fad(-5), soient des nominatifs 
i.-e. *g^hô, *giihô qui sont à gr. yOoiv, i.-e. *g^ihdm, [*g^dhû)n] ce que p. ex. 
*kiwô(skr. çvà, lit. s:(^)esî à gr. xjwv (i.-e. *k^ii'^ôn). 



I 



KOTES DE PHONÉTIQ.UE HISTORIQUE 121 

Les quelques autres langues qui possèdent le mot, attestent sim- 
plement *gibû- : lit. ~nv-i-s « poisson », iuv-e (f^ soupe aux pois- 
sons », V. prussien suckans (^;m-) ace. plus. ; arm. ju-kn. C'est par 
prothèse ' de j que **/9jç est devenu *jx^3? et par dissimilation 
de u par û qu'il a abouti à la forme lyOyç. La présence de yO dans 
le mot explique qu'on ait l'esprit doux et non le rude comme 
dans ï-zs;, ancien *j^"'^*^Oi- de *ekiWos (Meillet.)Si l'on se rappelle 
d'autre part que le morphème -ro- alterne fréquemment avec le 
morphème -«-, p. ex. YXuxepâç, vXyxûç, on sera porté à croire 
que la glose d'Hésychius h-xpx « poissons » suppose un nomina- 
tif *i7.Tj; parallèle à lyjiuç, qui, comme lui, doit s'expliquer par 
des intermédiaires *jy.-:3ç, *y.TOç. La forme *xtjç de son côté repo- 
serait sur un indo-européen *kiSû-, (->*â:i^m-) avec alternance de 
sourde simple à sonore aspirée à l'initiale de la racine comme 
dans sOj- (à-isOJacs'.ja) : rtj- (-t-jw, rrjjoj) étudiée plus haut 
(*psil- : *bhsH-). 

5 . A part l'alternance consonantique, le cas est exactement le 
même pour le mot qui signifie « hier » : gr. /Oéç, iyHz (*gidhes-, 
c.-à-d. *gh^es-, *gihses-\ v. irl. in-dé, gallois doe., v. comique doy 
(v. Meillet MSL., t. XI, p. 317, explication adoptée par M. R. 
Thurneysen Handbuch des Altirischen, p. 113). Le traitement 
*gd- (d'où ^-) de *^i:^^ est rigoureusement parallèle à celui de 
-^,5- dans *artos « ours » gaulois latinisé (deaè) Artioni, gr. i^x-zc^ 
(Zupitza, /(?f:. a/., et Thurneysen //'/tf., p. 112). «Ces formes sont à 
heri, v.-h-a. géstaron, got. gistra- » (on peut ajouter albanais dje 
de *de) (G. Meyer, BB., Mil, 187), « ce que y6wv est à '/x\xm » 
(Meillet). Elles représentent l'aspect *gihes^. 

1. Cf. à ce point de vue l'a initial de t/U; et 1'? initial de îxtîvoç. La pré- 
sence de l'augment aux temps secondaires et celle des préverbes à finale voca- 
lique dans les composés verbaux, explique peut-être que dans les verbes on ne 
constate pas de prothèse analogue à celle des substantifs. 

2. A la différence de M. Thurneysen et d'autres linguistes, M. Meillet ne 
voit pas dans le y de skr. hydh (M. Thurneysen rappelle encore l'équivalent zend 
:^vô) le représentant du ^ou du ^ indp-européen. Il dit (loc. cit., p. 317) : « le y 



122 A. CUNY 

6. Il faut citer également ici le nom d'un oiseau de proie 
( « milan » en grec) qui se présente sous les formes : gr. Ixxîvoç 
soit *ksmo- (*kifîno-) ou *ksyîno- (*k^yîno-^, arménien aw (repré- 
sentant *ksmo- ou *ksytno-), skr. çyendh (d'une forme *kfloi-no- 
(« aigle, faucon »), zend sàêna-, iranien *saina- (d'un aspect 
*k//oi-no- (sans s ni 3'). Le mot grec et le mot arménien pourraient 
sans grande difficulté s'accommoder du y du mot sanskrit dont 
il n'y a pas de trace en zend. La forme la plus complète de 
l'élément radical est peut-être : *kjsyei- (kifyei-') avec les doublets 
*kiyeî-, *hei-. V. la note de la page précédente ' . D'après G. Meyer, 
cet élément se retrouve aussi (au degré zéro) dont axiç « belette », 
y.Tiç chez Hésychius, adj. -/.tBôc; K 456. Le sens général serait 
donc ft animal de proie ». 

7. Skr. ksitih et zend iitis, cf. skr. kséti, ksiyâti, zend iaê'ti 
<( il demeure », lit. s^eirriyna « domestiques » supposent une racine 
*kiSei-, *kisi-;\e gr. xiiciç (xtiJ^w), hm. h-YM-y.evoq, rhod. /.Toivâ 

de skr. hydJp, cf. pehkvi dlk, persan dl, est un ancien jy comme celui de skr. 
çyendh en regard de zend saêna- et de arm. çin, gr. îzxïvo; et c'est à tort qu'on 
pose parfois gr. y^Ô =: skr. hy. » Ne pourrait-on considérer pourtant le y comme 
le résultat d'une dissimilation indo-iranienne de i(^) par Ys qui suivait (*p}ias- 
-^ *jhyas -» skr. hydh, zd. ;yô) } Le y de çyenàh ne pourrait alors provenir 
que de l'assimilation de s (5) au y suivant (*k^soyno- '-¥ préskr. *k^sayna- -» 
*k^yayna — ^ çyenâ-. Mais yàyam de *yûîa7n (zend yû^dtii [Meillet]) montre que 
l'assimilation d'une chuintante à y est régressive et non progressive. 

I . En ce qui concerne çifl, cf. Meillet, Esquisse d'une grammaire comparée de 
V arménien classique, p. 19 : « Après k, s, est aussi s en indo- iranien et en letto- 
slave; au premier abord l'arménien ne laisse rien voir de pareil, car c'est ç qui 
répond à *ks tout comme à sk, veç « six » cf. gr. *f sÇ et de même aussi au 
groupe Y.- (correspondant à skr. k^) dans çiîl « milan », cf. gr. îxTtvoç, mais 
ce ç a été anciennement chuintant, car là où devant consonne il perd son 
caractère mi-occlusif, il devient non pas s, mais! : ves-tasan, « seize », et là 
où après r il devient sonore..., il devient non pas ; {d:(), mais j» {d^} : arj 
« ours », gr. apzTo;, skr. rksah, lat. iirsus (indo-européen *rksos et*arksos 
(*[A]rksos et *Arksos), celtique *arktos -> artos (dans Artioni, peut-être albanais 
ari). Le persan xirs, iranien ancien *irsa-, plus anciennement encore *rça- 
prouve que apzoç est un doublet indo-européen de apxToç(Hùbschmann, KZ., 
t. XXXVI, p. 164 suiv., Meillet, MSL. t«XI, p. 316 suiv.). 



NOTES DE PHONÉTiaUE HISTORiaUE I23 

etc., en présentent l'équivalent *kpei-, *k'fn-, cf. Brugmannn 
Abrégé, § 242, Gr. Gr. *, § 117. Un doublet *kiei- est peut-être ce 
que l'on considère comme une racine indépendante dans skr. 
çéte = gr. 'A.z'.-:3.<., cf. x:îty;, got. haims (^kioi-) etc. 

8. Le rapport est presque exactement le même entre skr. 
hsâyatiy zend x'sayc'ti « il domine » (soit un i.-e. *ksi)'ett) et le gr. 
•/.-ic;j.at (thème de présent *^^?-//o-). Le y appartient-il à la 
racine? On pourrait analyser dans ce sens le v. perse xÈâya^iiya-^ 
et aussi les verbes cités (type ttid-àti), mais ksatrâm, iranien 
x'safra- « imperium » font supposer le contraire sans être bien 
clairs dans l'autre hypothèse. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il 
s'agit d'une initiale ks- Çk^-). 

9. Le skr. rksah, gr. xp-A-o: etc. n'est pas l'unique exemple du 
groupe -/ks-, /kp à l'intérieur du mot. Il y a aussi le nom 
d'agent bien connu skr. tàksan-, zend ta'san- (soit *tek^s-'), gr. 
Tî'y.Twv (soit *tekf-'). Le latin texô présente la même phonétique 
que' ursiis (*orcsos), cf. aussi le v.-h.-a. dehsala (*^exslô^ « hache » 
et le V. slave tesla ' (d'après Brugmann-Thumb ÇGr. Gr. ^, § 117, 
pp. 150-15 1), La coupe des syllabes était sans doute dès l'époque 
indo-européenne *telksen- (*te/kfen-} ce qui donnait k fort et s 
faible en conformité avec la nature des deux consonnes. Le dou- 
blet -lA-, suivant l'observation de M. Meillet rappelée plus haut *, 
est attesté par le gr. -{/.-[XMp (-:E/.;a.aipcij.a'.). On en rapproche quel- 
quefois aussi Tey.îîv (tiv-tw de *-'--y-iù ou peut-être plutôt de *ti- 
-y.T-M : avec *tk^- degré zéro àt*lekf- dans t£-/,tojv), ts-xvcv (germ. 
*fe-nia- « Degen ») qui présentent le même aspect *teki-. 

10. On ne peut que mentionner ici k^ayati « il brûle » 
ksârâh « brûlant, corrodant » que l'on compare au gr. lr,pbç 
(;£c:ç). Ceci supposerait en effet qu'on a affaire dans zr,piç 
(;£:;;) à une racine *ksë- (*k'f>ê-), degré zéro *ks?- C^f'f), cf. tîBtjixi, 
Oet:;), que le k est palatal et que, exceptionnellement, on peut 

1 . Valant *tek^là comme desna vaudrait *dekinà ? 

2. Il s'agit de MSL., t. VIII, p. 301. 



I2-j A. CUNY 

avoir en grec ç, au lieu de xt ou du groupe métathésé c/.. Cela 
fait beaucoup de difficultés à la fois et il vaut sans doute mieux 
ne pas maintenir ce rapprochement. 

1 1 . Les difficultés sont moindres pour celui de y.Tr,-5(.')v « fibre 
du bois, veine des pierres » £j7.TY;$a)v « facile à fendre » et -/.e-a^w 
« fendre » que l'on trouve chez G. Meyer (Gr. Gr. ', 344) et 
que signale, tout en le repoussant, M. Boisacq {Dict.). Il suffirait 
d'admettre une racine *ksè- Qk^l-') possédant un doublet *'kl- 
(degré zéro *ki- avec le même ^ que 6£-ôç). Dans ce cas xs-âCw 
serait à xr/j-âwv ce que y.abco est à -/.tôivo), à'py.oç à apx-o; etc.. Tou- 
tefois, pour étayer cette interprétation de xty;Swv, il serait à dési- 
rer que des mots de la même famille fussent attestés dans d'autres 
langues. (G. Meyer rapprochait le skr. çàsati « il fend » mais 
supposait * xî5-aCo) pour le verbe grec). 

12. Aux trois exemples présentant 76 de *gxh = *gihs ÇgiâF) 
il convient de joindre tpéy^Qu) « j'ébranle », si l'on admet le rap- 
prochement que MM. Brugmann et Thumb (Gr. Gr."^, § 117, 
cf. Abrégé, § 242) en font avec le skr. ràksah, zend rasô « tour- 
ment », tout en les rapportant à une racine **rek^h- de même 
qu'ils restituent sous la forme *k2^fhey- (dans leur notation 
*q'''phey-) la racine du gr. cpO''vw, skr. ksiuann. Aucun des 
exemples clairs de yO et de 56 (y.OÉç par ex. ou oOsipo), zd. 
ït^'") ^^ montre, en combinaison intime avec s, qu'une sonore 
aspirée (^gihs -> g^h ou *g2^hs -^'gi^xh ou bien une sourde simple 
(xTstva), y.^v,xoz, ; 7:-c6po[;,ai, ôtt-iXoç, soit k^s, ps, k^^s) et l'on ne voit 
pas pourquoi il serait fait exception pour èpiyôo) et ç6ivw qui 
seraient ainsi seuls à attester une sourde aspirée dans une com- 
binaison analogue alors que précisément les sourdes aspirées sont 
déjà une rareté en indo-européen et que MM. Brugmann etThumb 
signalent eux-mêmes qu'on ne trouve pas de parallèle sonore ' 
zh -^ XT, ghs -^ y9, h^s -» --, g2^^hs -> 06. La sourde aspirée 

I. Avec occlusive sonore simple. 



NOTES DE PHONÉTldUE HISTORIQUE I25 

est d'autant moins vraisemblable dans l'un de ces deux exemples 
que <fbvm (kfinâmi) et sôs-pw (^irâm/) forment un couple séman- 
tiquement inséparable et qu'il s'agit au fond d'une même « base » 
avec des déterminatifs différents (*g2^'\hey- et *g2^lher-). Or, le 
zend vi-\'i(irayë'li prouve la sonore aspirée pour le prototype de 
çOstpu) — hàrati. Au reste, fait décisif signalé dès 1893 par M. Meil- 
let et déjà utilisé, le pâli jhina = skr. ksina- ne saurait s'accom- 
moder d'une forme de racine à occlusive initiale sourde et sup- 
pose nécessairement i.-e. *g^h. — Epr/^o) resterait donc tout à 
fait isolé avec son soi-disant **^^/;, et, comme son --/O- peut tout 
aussi bien s'expliquer par *giâh (== *gi\h, *gihs) ainsi que le 
montrent -/ôwv, -/Oé; et mieux encore iyjiéq, ^/Ôj-:, il faut évidem- 
ment, si l'on maintient le rapprochement avec râk?ah, reconsti- 
tuer la racine avec une sonore aspirée, soit *regihs- alternant avec 
*rekiS- (à cause du zend rasô) ', le skr, ràk^ah restant indifférent 
entre l'aspect *regiS- et l'aspect *rekiS-. De plus, comme il y a en 
grec un assez grand nombre de présents en -Ooi (teXéôu) etc.) et 
que le sens n'impose pas le rapprochement ip^/ôw : ràksah avec 
évidence, la combinaison de ces mots resterait assez incertaine 
si Ton ne pouvait citer en sa faveur 'Epr/Tr,; = 'EpeyOcJç sur 
un vase attique du v^ siècle. 

13. Si donc avec M. Schrijnen (^KZ., XLIV, p. 21), on range 
ici les doublets tels que o'.-ybi : ci— /a où l'on retrouve la même 
alternance que dans yOa;zaAs; : '/3.\j.7.[, on restituera --/Oa, -yx 
avec une aspirée sonore et non pas sourde, soit *gihs3y *gâhd : 
*gih3. On sait que les deux aspects se reflètent dans les adjectifs 
en -yo- dérivés de cette sorte d'adverbes o'.;s;, T£Tpa;6? valant 
*sA-x6-jyiç, *-:£Tpa-xe-)'2-; (*dwi-gdh-yô-s etc.), s'.~;ç conti- 
nuant au contraire *oF'.y-yb-ç (^diui-gh-yo-s). Les premiers sont 
ioniens, les seconds attiques, y.zGzz étant une forme de compro- 
mis entre z\--iz et 2i;ô;. On peut raisonnablement en tirer la 

I . En effet, d'une racine *regihs- on ne saurait guère attendre que zd. *rj^ô 
(tout au plus *ru-y^o). 



126 A. CUNY 

conjecture que l'aspect --/ôa était une conservation ionienne de 
-gidh, --/a ^ -*gh^ relevant d'autres dialectes. 

14. C'est ici que se range aussi les mots presque identiques 
[hôpoh;, Dioscoride et [xspsyôo-; Galien « espèce de craie pour 
blanchir les vêtements », soit -ghs- devenant -ghd- ou bien 
restant sifflant. Malheureusement l'étymologie est inconnue 
(Prellwitz ',299). Cf. pourtant gaul. marg-a avec un simple gh. 

En dehors du grec on pourrait citer : skr. ksam- « prendre 
patience » à côté de çam- « être calme », v.-h.-a. scio^:(an 
(avec métathèse) « schiessen » en face de skr. ksiid- « erschûttern, 
erregen», got. (af-)skiuban, v.-h.-a. scioban, v.-sl. skubgii « tirer, 
tirailler, harceler » (métathèse), en face de skr. ksûbh- « coup 
brusque », mais sauf dans le premier cas, le caractère palatal de 
la gutturale n'est pas évident. 



En résumé, dans les combinaisons spéciales de s avec une gut- 
turale ou une labiale indo-européenne, il ne s'agit jamais que de 
la sourde simple ou de la sonore aspirée. Ceci s'accorde avec une 
observation faite depuis assez longtemps, savoir que, à la fin des 
racines au moins', la sourde alterne normalement avec la sonore 
aspirée (beaucouji plus rarement avec la sonore et presque jamais 
avec la sourde aspirée). On avait en somme (désormais s sera 
mis en exposant pour indiquer qu'il ne s'agit pas d'une addition 
morphologique de s à. p, kz^', ki, etc.) : 

I. / ; bh^ (soit b'^h). 

II. k,"^' ; gz'^h' (soit gz'^-h). 

III. k' ; grh' (soit g^'^h), 

I. Un exemple connu d'alternance consonantique analogue au commence- 
ment d'une racine est g^h : k^ dans les noms du « cœur » : gr. xapoîa, lat. 
cor, got. hairtô, lit, s:(irdts, v. si. srùdîce, arm. sirt avec ki, zend laz'gd- (persan 
dil), skr. hrd, avec g^h. Cf. les exemples rencontrés plus haut : ::tu- : çGj-,*/6Ci- : 
*XTU-, ("tÛco, ij:t^0Jaoot3a ; î/Oi^, IV.Tafa.). 



\ 



NOTES DE PHONÉTiaUE HISTORIQUE I27 

Un caraaère important de ces combinaisons spéciales paraît 
avoir été le groupement indivisible de l'occlusive et de la sifflante, 
Tune et l'autre ne formant sans doute qu'un seul phonème, de sorte 
que p. ex. un k-s ou un p-s d'origine morphologique relativement 
récente tel que l'initiale de skr. k^u-râ-b, gr. çusôç (racine *kseu-, 
base **kes-m-) ou de skr. psàti, gr. 'bitù, -At) <- *'Hs- (racine *ps-i- «- 
*bhs-ê-', base **bhes-ê-, cf. la racine bhes-, skr. bhaSy y singulier 
bâbhasti^ y pluriel bàpsatî) serait à distinguer de ^ et de />* p. 
ex. dans skr. kfatj-, gr. xtev- ou dor. (lOvOv, lette spilwa (^psil-w-af : 
ztCacv) au même titre que k^-w ou ^i/Mi' doit l'être des phéno- 
mènes complexes mais uns auxquels on a donné le nom de « labio- 
vélaires » (ki^y f a"'^)> cf. l'opposition connue de *ek,wos (skr. 
dçvahy lit. as:(và fém., gr. Ir.r.cq etc.) et de *sek2^'-'/o- (skr. sâcaie, 
gr. irexa'., lit. if^/i etc.) ou celle de *gihwn- (y. slave ;(vm, lit. 
:<;yèrisy gr. Or,p*) ou bien encore celle de racine *gihwâ- « appe- 
ler, crier » (skr. hvà-, zd. ibâ-, v. slave :(va- dans :;va-telî) et des 
dérivés de la racine *g2^'her-j gz^'hor- « être chaud », skr. ghar- 
mâh « chaleur », v. perse garma-Qiada-)^ nom d'un mois, v. 
slave gorê-ti « être brûlant », gr. Osp-j-ôç ^, etc. 

Par rapport à la nature de ces combinaisons, M. H. Pedersen 
{IF., V, 85 et KZ., XXXVI, 107) a exprimé l'opinion sui- 
vante : en grec la différence de traitement des divers corres- 
pondants du skr. ks, savoir ; et xt (on a en effet des cas tels 
que liziôq, skr. dàksinah, zend da'sina- etc., v. Meillet Introduc- 
tion^, p. 75) tiendrait à une différence d'origine, ; grec remon- 
tant à un ancien ^j tandis que i-e. ks, ghs auraient abouti régu- 

1 . On aperçoit ici une autre différence entre hh-s d'origine morphologique 
et ^//. Le second est toujours soumis à la loi de Bartholomae (soit b^h\y et n'est 
jamais représenté en sanskrit que par bh faisant position ou non. (A moins 
qu'on ne suppose (pour *pS'ê-) *pes- : *b}}es-). 

2. En grec, il n'y a ici identité des aboutissants de gz^'h et de g^ Imu que 
parce qu'il s'agit de l'initiale du mot, cette langue comme en général les langues 
indo-européennes, ignorant la gémination des consonnes dans cette position. 



128 A. CUNY 

lièrement à grec xt, -/O en passant par ks, g^h. Le gr. àcwv 
(skr. âk^ah, lat. axis, lit. as:(îs, v. slave ost, v.-h.-a. ahsala etc.) 
serait assez propre à étayer cette théorie, car il est vraisemblable 
qu'il s'agit dans ce mot d'un dérivé de la racine *agi- « pousser » 
(skr. âjdini, gr. ayo), lat. ago, v. norrois aka), mais les autres 
exemples de gr. ç = skr. k^ remontent soit à ks, soit à ghs '). En 
effet ^atvu) (^*ksen-), çiw (*kses-), ;û(.) (racine *kseu-) peuvent être 
sous une forme plus simple */^i*5-(v. si. ces-atia étriller, peigner », 
lit. kasyti « gratter »), ^avOô; et ^ouOôç Ç*ksan- et *kseii-') relèvent 
d'une autre racine simple *kes- que l'on a retrouvée dans le v. 
angl. hasu (adj.); csvo; (;iv>Foç) continue une ancienne forme 
*ghs-en-ivo-s dont la partie radicale (base **ghes-en-) a été ramenée 
à la racine *ghes- (skr. ghas- « manger » que l'on reconnaît gé- 
néralement pour être celle du lat. hostis, got. gasts, runique 
-yasliR, V. slave 005^^, soit i.-e. *ghostis « ^évo; ». Et l'on ne voit 
pas, p. ex., comment on pourrait prouver que le z, de osH-iç repré- 
sente un ancien ^ -|- •^• 

Une formule acceptable ne serait-elle pas la suivante ? 

i) On a en grec ^ (et (|^) en face de skr. ks (et ps^ quand k et p^) 
étaient venus en contact avec 5 à une époque relativement récente 
(bien qu'indo-européenne) en vertu d'un phénomène phonétique 
ou morphologique, ce phénomène pouvant au reste être l'un et 
l'autre à la fois (chute de e, addition d'un morphème à initiale s\ 
soit, p. ex., pour les gutturales : ^uw, skr. k^uaûti etc., rac. *kseu-, 
plus anciennement **keseu-, pour les labiales : gr. àxM, 'b^ de 
*'i)r,-v., skr. psâti, rac. *psê-, plus anciennement **bhes-e-, et de 
même : racine *^g/^i- « montrer», thème d'aor. sigmatique *deikiS-, 
dikiS-, ^jo-, gr. (£)o£i;a(*^ deiks-ip), skr. â-dik^am (*e dikiSoni), ou 
bien encore thème-racine *dhrigh- « cheveu » dat. plur. Opiçt, 

1. En dehors de formes telles que gr. a^w où ? vaut en effet g-\-s. On pour- 
rait citer aussi à(f)£Çcj skr. vaksati (cf. aiigeo, got. aiikan etc. . .) Mais il y a 
encore plus de ? ou ks valant k -{■ s ou gh -\- s. 

2. Et aussi g, gh et /', bh. Cf. les exemples cités plus haut. 



NOTES DE PHONETIQUE HISTOFIQUE I29 

thème-racine dihi-, skr.fdat. plur. dilifii, cf. nomsg. dik de 
*diks <- *dikt-s, thème-racine -liki^'- « qui laisse, qui est laissé » 
gr. (jxr{C)\<.^y cf. skr.-nV- {nom. -rik) à la fin des composés, 
gr. l'bo]}.a\ {*ok2^ -f- ^/V), skr. vâkfyâmi (^wekz^ -{- Jj'/o") ^^^• 
etc. 

2) Au contraire on a /.t (et-t) en grec en face de skr. k^ (mais/> ') 
quand il s'agit d'un groupement d'articulations ^ (et f^ existant 
(pour autant du moins que nous le savons) dès l'origine et non 
obtenu comme précédemment par la rencontre accidentelle de k 
(ou p) et de J : t}'pe xTeîvw, k^anôti, r.-.zh.q, skr. pur etc . 

Il est bien vrai que pour un exemple tel que osçicç «droit », v. 
irl. dess, skr. dàk^inah « droit », zd. dasina-, v. slave desna 
« main droite », lat. dexter, got. taihswô (Meillet, Introduction -*, 
p. 75), on ne peut guère savoir^ par l'analyse étymologique si 
hs y valait oui ou non k-\-s {2. moins que par hasard le v . slave 
desna ne continue directement un ancien *dekinà ?) \ mais cette 
interprétation du ks de os^iôç etc. est au moins aussi vraisem- 
blable (cf. -s'/u, soit -s -\- / 0U+ «, désinence de dat. plur. en 
grec, loc. plur. en indo-iranien) que la supposition inverse 
et l'on est peut-être en droit d'inférer de la règle suggérée par 
les autres exemples que précisément ici ks a une origine com- 
plexe, ce qui peut guider dans la recherche étymologique ulté- 
rieure. 

Cette formule dispenserait de poser pour ceçtôç etc. d'une part. 



1. En sanskrit, car lefs du zend fiar^ntât ne se distingue pas dep-\- 5, cf. 
nom. sg. âfs « eau » anciennement *âp-\- s . 

2. Il n'en est pas de même, on l'a vu, du Ç de à(f)HÇa>. aù^avw qui résulte de 
^2 + s. Là labialisation s'est perdue à cause de Vu qui précède dans des formes 
telles que à-jÇ- (cf. auxilitim, atigeo etc.). 

3 . Tous ces adjectifs sont sans doute des dérivés d'une forme adverbiale 
*deksi K à droite » ou d'une forme plus courte *deks(c{. skr. mdksu et lat. mox). 
Pour le latin dex-ter, v. C. Juret, Dominance et résistance dans la phonétique latine, 
p. 118 et, pour le v. slave desna, A. Meillet, ibidem, note 2. 

Rcvut de phonétique. o 



II 



130 A. CUNY 

ap7.-oq etc., de l'autre « des fricatives différentes dans les deux 
cas » comme on le fait généralement en Allemagne et comme 
M. Meillet (^Introduction'^, p. 75) ne paraît pas répugner à le 
faire. En un mot il deviendrait inutile de supposer ici pour l'indo- 
européen k^, p<^ à côté de h, ps ou gâh (c . -à-d . ghd), bâh (c . -à- 
d . bhâ) à côté de gzh (c . -à-d . ghs) ou de b^h (c . -à-d . bhs) . En 
effet la différence signalée plus haut entre k\ p^ et h, ps etc. 
suffirait à expliquer qu'on se trouve en présence de traitements 
différents. Au reste, la conservation de la fricative sous la forme 
d'une sifflante dans certains dialectes grecs (crétois) p. ex. 
ax£v- « tuer », (J^sp- « corrompre », (l^tXov etc. invite à croire que 
la nuance consonantique héritée de l'indo-européen était bien 
une sifflante. S'il en était autrement, il faudrait admettre le dé- 
tour suivant: i) dans des conditions indéterminées ^.f tt ps etc. 
deviennent/?^ eXp^ etc . (en indo-européen ou en grec commun) ; 

2) ces k^ et pf etc. aboutissent à xt, ttx etc, dans la plupart des 
dialectes grecs (quand ils ne se réduisent pas simplement à y., 7: etc.); 

3) dans certains dialectes, ces/?^, p^ etc. redeviennent ^j", ps etc. % 
d'où avec métathèse ax et œtc (aTClXXiov = •hiWiov, (jzCKotù). Ces 
évolutions rétrogrades et compliquées ne sont pas impossibles, sur- 
tout quand il s'agit de pays de langues mélangées comme la Crète 
ancienne, mais lorsqu'elles ne sont pas prouvées, il vaut mieux sans 
doute admettre l'évolution directe, étant donné surtout que les 
groupes en question fournissaient l'unique cas de spirantes autres 
que s (et que sa forme sonore i) en indo-européen. Toutefois, la 
remarque que fait M . Meillet à propos des ^, d attribués ici à 
l'indo-européen (hitr. ^ 4, page 76), savoir « qu'on ne peut fixer 
avec précision le nombre des phonèmes employés pour l'indo- 
européen », garde toute sa valeur dans l'hypothèse, émise plus 
haut, que cette langue possédait des phonèmes k^, p^ (f//, bh^) 
différant à la fois de k, p (gh, bh) et de s ordinaire, de même que kz^' 

1 . Ou bien *pk, *pp avec métathèse, d'où 5^, sp (Kretschmer, Brugmann, 
Boisacq, v. plus haut p. 120, n. i). 



NOTES DE PHONÉTIQUE HISTORIQUE I3I 

(gi^'h) se distingue tout à la fois de k {g}i) et de zf ". Comme dans 
ces derniers phonèmes, l'articulation principale et « dominante » 
était sans doute la première (occlusion gutturale ou labiale), la 
seconde en revanche était plus faible Q) que s au commencement 
d'un mot ou d'une syllabe, position où elle détient aussi bien 
qu'une occlusive le « maximum de fermeture » bien qu'à 
un moindre degré (p. ex. dans *sed-y skr. sad-y lat. sed-êrc, 
got. sit-an etc., *rég2'"cjsos, skr. ràja/sah, gr. hom. èpé^suç 
(*£p£3e/jcç), got. riqijiis). Cette faiblesse particulière de ' 
devenait très choquante pour le sujet parlant lorsque, en grec 
(à la différence de l'indo-européen) on en vint dans la pronon- 
ciation à lui attribuer le « maximum de fermeture » au lieu de 
l'attribuer comme à l'origine à l'occlusive antécédente^. En 
d'autres termes, il y avait tout d'abord une très grande diffé- 
rence entre la manière dont les ancêtres (^indo-européens) 
des Grecs articulaient p. ex. *ksen- « racler » d'une part et *^m- 
« tuer » de l'autre. Abstraction faite de la différence de ^etde/, 
le premier mot, *ksm- était articulé de la même façon que par 
ex. *hen- « peigne ^ » 5 et f n'étaient pas seulement explosifs, 
mais détenaient le « maximum de fermeture ». Au contraire, dans 
*}^en, *fi-lo-, le « maximum de fermeture » était tout entier 
avant l'explosion qui se produisait pendant la légère durée de * ; 

1 . Parallèlement à p^, y^ l'indo-européen aurait-il eu aussi un V ? Par méta- 
thèse il en serait sorti si, par chute de *, t, par assimilation de ^, tt. Mais tt 

devait se confondre soit avec si, soit avec t. Le doublet st : t existe bien, p. 
ex. dans la racine *{s)tâ- « voler », skr. stâ-, tâyiï- « voleur », dor. ■zi.-ioii.j.'., 
hm. TTiJTio;, got. st-ilan, mais on explique autrement le doublet ; — dlf (d^h) 
se retrouverait peut-être pourtant dans la désinence duel -o6ov, skr. -dhvam et 
celle d'infinitif -aôa-., skr. -dhyai (?). 

2. x-ei;, /.TEvôç, thème *kten- d'un ancien *pkten-, cf. lat. pecten. L'ordre 
de force dans*^i/- était ascendant. *p''t-en-. La consonne la plus faible de toutes 
p a disparu. La seconde a subsisté, mais elle est subordonnée à la dernière /. 

3. Ce qui s'est produit sans doute parce que, dans les autres groupes de 
deux consonnes, c'était la seconde qui détenait ce maximum. 



H 



132 A. CUNY 

autrement dit, /)% k^ (bh^, gh^) étaient des labiales et des guttu- 
rales à explosion sifflante. Un jour vint où cette façon d'articuler 
(k^, etc.), très spéciale, se perdit au profit de la première, très com- 
mune. Alors, ^ eut besoin d'être renforcé; le mouvement nécessaire 
à ce renforcement fut exagéré et l'on dépassa le stade s et même le 
stade P ' pour aboutir à / (t), lorsque du moins on ne maintint 
pas à l'occlusive initiale (/>, k, etc.) sa forme originelle en 
exagérant en sens inverse la faiblesse de ^ ce qui en entraîna la 
chute définitive. Les différents traitements (-/.tsivo), xaivw, et zTiXtç, 
xôXiç) doivent sans doute être attribués à des dialectes diffé- 
rents et ceci est bien au fond l'opinion de tous ceux qui se sont 
occupés de la question. Mais il s'agit d'abord de divergences dia- 
lectales à l'intérieur de l'indo-européen lui-même, car les dou- 
blets reconnus sont souvent de date indo-européenne, on l'a vu . 
De leur côté, les dialectes grecs paraissent avoir fait leur choix 
parmi les doublets hérités de la langue commune. En effet la 
plus grande partie d'entre eux semble avoir adopté la solution tu 
(6) pour les gutturales (x-eivw, yjii{) et même pour les labiales 
(zxepva, xTiXciv, o6tv(o etc. ^). Ce n'est qu'une faible partie (sans 
doute l'éolien) qui a développé la gutturale ou la labiale simple 
(xatvd), TCÔXtç). Enfin c'est à une des extrémités du domaine lin- 
guistique grec que l'on constate la conservation de la nuance ^ 
(généralement avec métathèse, pourtant on a ledorien 'ViÀcv à côté 
de dor. (;/.(©oç pour ^t?oç). Cet état de choses autorise à penser que 
le grec commun, pas plus que l'indo-européen, n'avait encore 
réglé de façon définitive le sort des phonèmes spéciaux p^ (ph^), 
y (^/;^). Faut-il admettre du moins qu'à cette époque la spirante^^ 
avait pris la place de la sifflante ^ ? On a dit qu'il semblait plus 

1 . Ici encore P peut être considéré comme une « phase dépourvue de durée ». 

2. IloX'.;, TîoXsixo; aussi bien que eîpTfvr) [MeilletJ peuvent être regardés 
comme des « mots de civilisation » et ne pas refléter la phonétique indigène. 
En revanche Nso-n-dXeij.0; est purement attique ainsi qu'on l'a admis plus haut. 
Des grammairiens anciens l'attestent en effet (G.Meyer, Gr. Gr. 345). 



I 



NOTES DE PHONÉTIQUE HISTORiaUE I33 

méthodique d'admettre le contraire, étam donné surtout que la 
phase P pourrait avoir été « dépourvue de durée ». Et si l'on con- 
çoit les choses de cette façon pour le grec, il ne semble pas qu'il 
faille le faire de façon différente pour le celtique (et éventuelle- 
ment pour l'arménien). De même que l'évolution ksy ps -» kt^ pt 
était une possibilité de phonétique générale un moment réalisée 
sur une aire très modeste dans les parlers français (faible partie de 
la Champagne), de même, l'évolution analogue J^, p^ -^ ht, pt ne 
s'est produite que sur une portion ou deux du domaine indo- 
européen (domaines hellénique et celtique, lesquels n'ont entre 
eux aucun rapport historique spécial), de façon très douteuse sur 
un troisième, l'arménien. Au rebours de cette situation, si on 
envisage le domaine hellénique seul, on constate que le phéno- 
mène phonétique qui a fini par avorter en France ' et dont les 
dernières traces auront sans doute bientôt disparu, avait fait en 
Grèce une très grande fortune, sans toutefois que les autres expé- 
dients phonétiques qui remédiaient dès l'indo-européen à l'équi- 
libre phonétique instable dont il avait profité, aient disparu 
avant l'extension de la langue commune (-/.civr,). Encore celle-ci 
a-t-elle gardé les traces d'autres solutions dans des mots ancienne- 
ment adoptés par le dialecte sur lequel elle repose : -sXiç, ::cX£[jt,cç, 
mots propagés sous l'influence de l'attique après avoir été adoptés 
par lui. 

A. CUNY. 

I . \J occasion du mouvement phonétique n'ayant du reste pas été la même 
dans les deux cas. Cette occasion pour le grec était l'existence de phonèmes 
spéciaux en indo-européen . Pour le français populaire, elle consistait dans l'in- 
troduction de ps, ks dans un idiome qui ignorait complètement ces groupes. 



LA QUANTITÉ 

La question de la quantité n'intéresse pas seulement la versi- 
fication, la prosodie et la métrique, mais encore la grammaire. 
En général, cependant, les phonéticiens la négligent ou l'abordent 
un peu au petit bonheur. Il ne sera donc pas inutile d'y revenir 
encore une fois, sinon pour la résoudre définitivement, — ce 
qui exigerait de nombreuses expériences, — au moins pour la 
poser sous une forme correcte '. 

* * 

La quantité, comme le sait tout le monde, c'est la durée des 
syllabes. Rien de plus clair, semble-t-il, que cette définition. 
Rien de plus obscur, en réalité, rien qui prête davantage aux 
interprétations les plus diverses, les plus contradictoires. Il faut 
préciser. C'est facile : les faits sont complexes, mais ce sont des 
faits. 

Il ne faut pas confondre la quantité avec la durée brute, occa- 
sionnelle, absolue. La durée de n'importe quelle syllabe peut 
varier, soit avec l'allure du débit, soit par un effet d'expression : 
« chat » [sa], par exemple, sera deux fois plus long dans telle 
phrase que « châssse » [sàs] dans telle autre. La quantité, au 
contraire, est fixe : longue dans « châsse » et brève dans « chat ». 
Pour la constater, il faut comparer les syllabes en les pronon- 
çant avec un même tempo. Comme elle tient par suite à leur 

I. Le signe _, quand il est au-dessus d'une voyelle, indique qu'elle est 
longue. Autrement, _ et ^ représentent des durées rythmiques ; une ou deux 
fois seulement, comme il ressortira du contexte, la quantité des syllabes. 



1 



LA QUANTITÉ 135 

composition, indépendamment de toute influence extérieure, 
c'est pour ainsi dire leur durée intrinsèque '. 

La quantité est donc la durée intrinsèque des syllabes. Mais 
que faut-il entendre ici par syllabe ? Voilà où les avis se par- 
tagent. C'est faute de distinguer entre syllabe proprement dite 
et syllabe quantitative. Il y a entre les deux une différence 
essentielle. 

La syllabe proprement dite est un groupe de sons constitué par 
une voyelle ou une consonne en relief, la syllabante, à laquelle 
de moins sonores s'adjoignent, d'ordinaire, en s'y subordonnant. 
Ainsi les trois syllabes du mot « abatoir » [âbâîwâr] sont con- 
stituées chacune par la syllabante [à], d'abord toute seule [d], 
puis précédée d'une consonne [pà], enfin flanquée de phonèmes 
divers [/zf^r]. 

La syllabe quantitative est un intervalle de temps qui com- 
mence avec une syllabante. Chacune des trois syllabes quanti- 
tatives que forme le mot « abatoir » commence avec la sylla- 
bante \a\. L'ensemble des sons qui remplissent la syllabe quanti- 
tative sert à la définir : àb, âtWy àr. Mais il ne faut pas le regarder 
comme un groupe phonétique, — pas plus que, dans l'analyse 
morphologique, la racine et les morphèmes, le thème et la dési- 
nence, le radical et la terminaison (Tî'pz-svr-îç ou Tipic-o-vT-s;, 
etc., lat. li-n-qu-i-i, etc.). 

Syllabes proprement dites et syllabes quantitatives ne se cor- 
respondent qu'à deux points de vue : elles reposent sur les 
mêmes syllabantes; elles sont en nombre égal. Quant au reste, 
elles ne coïncident presque jamais; presque jamais elles n'ont 
les mêmes limites . 

Aussi s'expose-t-on en les confondant, comme on le fait, à 
toutes sortes d'erreurs, à des difficultés inextricables. 

I. Cf. Jespersen, Fonetik, Copenhague, 1897-99, § 5^1 • — 0° <^i^ aussi, par 
extension, quantité des voyelles, quantité des consonnes. Ici encore il s'agit de 
la durée intrinsèque, non de la durée absolue. 



136 PAUL VERRIER 

Pour ceux qui les appliquent aux syllabes proprement dites, 
où elles n'ont rien à voir, les « règles de quantité » sont 
fausses, inexplicables. Naturellement ! 

Pour ceux qui y cherchent des syllabes proprement dites, 
c'est-à-dire des groupes de sons, les syllabes quantitatives ne 
sont que des tranches artificielles et arbitraires, voire barbares et 
ridicules. Évidemment ! 

La mesure des durées, en grammaire aussi bien qu'en 
métrique, s'effectue sur les syllabes quantitatives. C'est à cela 
qu'elles servent, et elles seules, mais à rien d'autre. 

Pourquoi, alors, pourquoi ne pas s'en tenir aux syllabes pro- 
prement dites ? A quoi rime cette répartition en syllabes quanti- 
tatives, que la plupart du temps on ne peut même pas citer sépa- 
rément de vive voix ? N'est-ce pas là une pure invention de 
métricien ou de grammairien ? Non. 

C'est par leurs limites, et par leurs limites seulement, que 
contrastent entre elles la syllabe proprement dite et la syllabe 
quantitative. Or, la délimitation courante des syllabes propre- 
ment dites, différente d'ailleurs dans les différentes langues, se 
fonde presque uniquement sur des impressions auditives, qui 
parfois manquent de précision ou varient d'un observateur à 
l'autre : on ne peut s'empêcher de se demander en bien des cas 
s'il n'y a pas là une simple convention. La délimitation des 
syllabes quantitatives est, au contraire, indiquée avec une indis- 
cutable netteté, et partout sous la même forme, par des faits 
objectifs absolument incontestables : on ne saurait donc y voir 
une convention. 

Examinons de plus près ces deux espèces de syllabes. 

La syllabe proprement dite. 

Chaque langue a une syllabation particuHère. Il n'y a qu'un 
principe de commun à toutes : les consonnes initiales du mot, — 



LA QUANTITE 137 

sauf peut-être en cas de redoublement, comme en italien et en 
grec homérique (« a Roma » = arrôtnd), — appartiennent à la 
première syllabe de ce mot. Hors de là, plus d'accord '. 

En français, quand il n'y a qu'une seule consonne entre deux 
voyelles, on la rattache à la suivante; quand il y en a plus 
d'une, à moins que la seconde, et la seconde seulement, ne soit 
une semi-voyelle ou une liquide (/, r), on les répartit entre les 
deux syllabes, en rattachant la première à la voyelle précédente 
et le reste à la suivante. Ex : pa-pa, Em-ma, al-to, Syl-la, ex- 
tra [èk-strà], é-pier, a-près ^ 

En sanscrit, il en était de même, à cela près qu'on traitait les 
sifflantes comme les liquides et qu'il se rencontrait après r et h 
des consonnes géminées dont la première partie se rattachait à la 
voyelle précédente (ark-ka) K 

En islandais, les consonnes qui suivent une voyelle s'y rat- 
tachent toutes (excepté quand la dernière est /, î; ou r) : ask-a, 
sett-u, hôfâ-in-u, marg-ir, hesl-ar Qegg-jum, hôgg-va, veâ-rit)^. 

En grec ancien, c'était l'inverse, ou à peu près : on coupait 
les syllabes après la voyelle (excepté quand il y avait une con- 

1 . Il va sans dire que toute consonne intervocalique se rattache par l'attaque 
à la voyelle précédente et par la détente à la suivante. Mais pour l'oreille, 
semble-t-il, elle appartient à la première syllabe ou à la seconde, suivant que 
l'attaque ou la détente ressort davantage. 

2. Même règle, dit-on, entre deux mots. Sweet (Primer of Phonetics, i" éd., 
§ 272) et Miss Soames (Plwnetics, fe éd., p. 158) entendent [kè-Iâ-^a-til] 
ft quel âge a-t-il ? » Pour M. G. Lote, toute consonne qui suit immédiate- 
ment une voyelle accentuée doit s'y rattacher : [kè- lâ^- a-til]. Pour M. Gram- 
mont, elle s'y rattache ou s'en sépare, au moins avant une pause, suivant 
qu'elle est essentiellement implosive ou explosive : il coupe « maî-tre », 
« ho-mme », etc., même quand Ye final ne se prononce pas (!). Quoi qu'il en 
soit, il y a une différence entre « comte Roland » [kôt-rà-lJ] et « contrôlant » 
(kô-trâ-là], « la petite » [Id-ptit] et « lape-t-il » [Idp-til], etc. (v. Rousselot, 
Principes, II, pp. 972 et suiv.. Revue de PlMiiétique, II, p. 165 etsuiv.). 

3. V. Wackernagel, AltindiscJje Grammatik, I, Gôttingen, 1896, p. 278, 
S 240. 

4. Cette syllabation, sur laquelle se fondent les assonances et consonnances 
des scaldes, s'enseigne et se pratique encore aujourd'hui en Islande. 



138 PAUL VERRIER 

sonne redoublée ou une liquide suivie d'une autre consonne), 
comme dans "E-XTwp, |3â-7,Tpcv, xa-To-Kxpov, 7:\Bi-axoi (tcoa-Xw, 
Bax-^^oç, a}x-(7oç, àv-opwv) '. 

En anglais, enfin, la division varie suivant que la voyelle est 
longue, comme dans me-tre, ou brève, comme dans met-al, — 
accentuée, comme dans civ-il, ou inaccentuée, comme dans 
ci-vil-i-ty. Quand une consonne se trouve entre deux voyelles 
inaccentuées, comme ss [s] dans mcessary, il est presque impos- 
sible de dire à quelle syllabe elle se rattache ^. 

Qu'y a-t-il de vraiment phonétique dans ces diverses syl- 
labations ? qu'y a-t-il de conventionnel ? On ne l'a pas encore 
bien étudié et on ne rétablira pas sans peine '. Elles nous 
frappent surtout, en attendant, et par leur diversité même et par 
des fluctuations multiples (v. p. 137, note 2). 



La syllabe quantitative. 

Les syllabes quantitatives, au contraire, suivent partout le 
même principe : le compte de la quantité part du commence- 
ment de la syllabante +. Ce n'est pas là une théorie de gram- 
mairien ou de métricien : c'est un fait. 

Consciemment ou inconsciemment, inconsciemment sans 

1 . Nous possédons sur la syllabation grecque le témoignage des inscriptions, 
des manuscrits et des grammairiens. Dans les groupes a 4- consonne, deux 
manuscrits rattachent le a à la voyelle précédente : un texte d'Hypéride copié 
par un « Aegyptius, credo, homo Graeceque parum doctus » (Blass, Hyperides, 
3e éd., p. xvii) et un traité d'astronomie (Notices et Extraits des Man., XVIII 
2). Le a se trouve alors traité comme les liquides. II y avait donc pour cette 
consonne, au moins à un moment donné, une certaine fluctuation, dont parle 
Sextus Empiricus (p. 638 Bk). 

2. V. Sweet, /. c, §§ 148-160. 

3. M. Rousselot a commencé à étudier la question au point de vue expéri- 
mental (v, p. 137, note 2). 

4. V. Meillet, Introduction, 3«éd., 1912, p. 108. 



LA QUANTITÉ 139 

doute dans la plupart des cas, c'est ainsi que se mesure la quan- 
tité dans toutes les versifications qui en tiennent compte. 

Voici, par exemple, le commencement d'un hexamètre dacty- 
lique et la fin d'un trimètre iambique : 



(Théocrite, I, I.) 






.y.aTÔ<{»iov 



\j \j 



(Euripide, Hippol., 30.) 



Pour le compte de la quantité, le groupe <b [ps] ne se rattache 
pas à la voyelle suivante, mais à la précédente. 
Dans ces deux vers anapestiques, 

(Aristophane, Nuées, 446.) 

(Euripide, Hippol., 1353.) 

ni 35 ni 77 n'appartiennent à la première syllabe quantitative, 
une brève, qu'ils ne pourraient laisser d'allonger. 

En grec ancien, par conséquent, l'analyse quantitative procède 
à l'inverse de la syllabation : 

Syllabation : "E-y.Tcop, 3a-y.-:pov, ttoa-Xû, àv-opwv ; 
Quantité : "Exx-wp, (3)ax-rp-ov, (x)oXA-a), àvop-wv. 
Passons du grec ancien à l'ancien anglais, c'est-à-dire d'une 
versification purement quantitative à une versification essentiel- 
lement accentuelle. Soit, par exemple, cet hémistiche normal 
(type A) : 

stôd on stapole \ 
_ X nW< X 

(Béou'ulf, 927 a.) 

I. X représente une « syllabe » de durée quelconque; ^ x est la résolu- 
non de — . Ici, les signes se rapportent à la quantité, non i. la durée ryth- 
mique. 



140 PAUL VERRIER 

La première « syllabe » du dernier mot est traitée comme 
brève, malgré la force et la longueur du groupe allitérant st- : 
c'est que le compte de la quantité, la syllabe quantitative, part 
de l'attaque de la voyelle (a) . 

Pour les poètes grecs et germains, aussi bien que pour les 
hindous, la syllabe quantitative commençait avec une sylla- 
bante. Cette concordance ne peut reposer sur une convention : 
où donc les auteurs des premiers hymnes du Rig-Véda (2000 av. 
J.-C. ?), de V Iliade (1000 av. J.-C. ?) et du Bêowulf (700 ap. 
J.-C?) auraient-ils pu se rencontrer pour se concerter ainsi, et 
à quel moment ? Quant à une tradition commune, remontant 
jusqu'à la période indo-européenne proethnique à travers les 
modifications subies par leurs langues au cours des siècles, il 
n'y faut pas songer. D'ailleurs, les vers les plus anciens de notre 
famille linguistique ne sont qu'à demi quantitatifs, ou pas 
du tout. Enfin, c'est le même principe qu'on retrouve dans 
toutes les versifications quantitatives, qu'il s'agisse du finnois 
ou des idiomes africains, aussi bien que des dialectes indo-euro- 
péens. 

Et puis, si ce n'était qu'une convention, on n'aurait pas pu 
l'appliquer sans en avoir conscience. 

Or les Islandais, qui, seuls d'entre les anciens Germains, nous 
ont laissé des traités de grammaire et de métrique indigènes, ne 
nous donnent aucun renseignement sur la quantité et ne semblent 
pas se douter qu'elle joue un rôle dans leur versification . 

En Grèce même, les grammairiens et les métriciens s'embar- 
rassent dans leurs explications, parce qu'ils veulent tout expli- 
quer en se fondant sur les syllabes proprement dites. D'après 
Denys d'Halicarnasse, la première syllabe augmente de durée 
d'un mot à l'autre, dans la liste suivante, par l'addition d'une 
consonne initiale : h-obz, 'P6-ooç, Tpô-Tuoç, aTpô-jpoç(Z)g comp. verb., 
p. 87). Mais, dit-il, elle n'en reste pas moins brève : pourquoi ? 
« il n'est pas nécessaire de l'examiner ici » (ib., p. 89). S'il avait 



LA QUANTITÉ I4I 

essayé d'en donner la raison, son exposé montre que ce n'aurait 
pas été la bonne : il ne distingue pas, en effet, entre les syllabes 
proprement dites, b-, pb-. -pi-, a-.pb-, dont la durée va en aug- 
mentant peu ou prou de l'une à l'autre, et les syllabes quantita- 
tives, i$-, -;c-, -bû-, -35-, qui présentent bien la même quan- 
tité. Héphestion déclare gravement que la première syllabe est 
longue dans "E-xTwp parce qu'elle est suivie de deux consonnes 
« dans la syllabe suivante » (p. 410) : autant prétendre qu'un 
pauvre diable roule sur l'or parce qu'il a pour voisin un mil- 
lionnaire . 

La syllabe quantitative n'a donc été inventée ni par les gram- 
mairiens ni par les métriciens de l'antiquité : ils en ignoraient 
l'existence . 

C'est d'instinct que les poètes évaluent la quantité en partant 
des syllabantes. Pourquoi ? Le seul point de repère net et uni- 
forme qu'offre une suite de phonèmes, pour la mesure des 
durées, c'est le rapide et considérable accroissement d'intensité 
qui se produit à l'arrivée des syllabantes. Peu importe, d'ailleurs, 
l'explication. Le fait est indéniable : les poètes mesurent par 
syllabes quantitatives. Les grammairiens et les métriciens, ceux 
d'aujourd'hui comme ceux d'autrefois, ne connaissent d'ordi- 
naire que les syllabes proprement dites. De là leur embarras en 
présence des « règles de quantité », 

Ce ne sont pas des « règles », pourtant, mais des lois. En s'y 
conformant dans leurs vers, les poètes n'ont pas agi autrement 
que le commun des mortels dans le parler de tous les jours. 
Elles se manifestent, en effet, avec une évidente clarté dans 
toutes les langues, elles en dirigent souvent l'évolution. Dans les 
langues germaniques anciennes, elles dominent, pour ainsi dire, 
la déclinaison et la conjugaison. C'est la quantité du radical qui 
explique, par exemple, tantôt la présence ou l'absence de l'in- 
flexion {Utnlaut), comme en vieux norrois dans : 



I4I PAUL VERRÎER 

[ elg < *alg-i(ji) « élan » (ace . ), 

} sta^ <C *staâ-i{n) <~( lieu » (ace . ), 

[ erffa < *arh-iâô(n') « j'ai hérité », 

{ glap'pci <C *glap-iâô{n) « j'ai déconcerté » ', 

tantôt la persistance ou la disparition d'une voyelle suffixale 
ou désinentielle, comme en vieil anglais dans : 

strec-u « sévères » (plur. neutre). 
orf <i*orf-u « troupeaux » (id.), 

ou en vieux haut allemand dans : 

[ strew-ita « j'ai répandu », 

( miscta <C *misk-ita « j'ai mêlé ». 

On remarquera que dans tous ces exemples la quantité du 
radical est déterminée par les consonnes qui suivent la voyelle, 
brève partout, jamais par celles qui la précèdent : 



V. n. 


V. a. 


V. h. ail 


elg-, erf-, 


orf-, 


{i}i)isc-, 


{st)a^-, (gl)ap-, 


{str)ec-. 


(str)ew-. 



Il e.n résulte : 1° que le compte de la quantité, c'est-à-dire la 
syllabe quantitative, part bien du commencement de la sylla- 
bante ; 2° que les consonnes jouent bien un rôle dans la quan- 
tité, dans la durée. 

Voici, sur le second point, une confirmation intéressante : 
en vieux norrois, la première syllabe est brève, au point de vue 
de la morphologie et de la métrique, dans bû-e « à l'habitation » 
aussi bien que dans bur-e « au fils ». Pour être longue, en 

I . Les inscriptions en runes anciennes ont encore la terminaison -idô, après 
radical bref ou long: tawidô (Gallehus) « j'ai façonné y), faihiâô « j'ai gravé » 
(Einang), hlaiwiâô « j'ai enterré » (Strand), etc. 



LA QUANTITÉ I43 

d'autres termes, il faut qu'une syllabe non finale contienne une 
voyelle longue suivie d'une consonne ou une voyelle brève sui- 
vie d'au moins deux consonnes : ainsi, comme l'inflexion par 
un i disparu ensuite n'a eu lieu qu'en syllabe longue, elle 
manque dans â^e <C * à-idè « il fit halte avec son cheval », aussi 
bien que dans ar^e <! *ar-idè « il laboura », — auprès de âl^e 
"< *àl-iâè « il coulait en rapide » et ermfe •< *arm-îâê « il appau- 
vrit ». — Il y a quelque chose d'analogue chez Homère : 
toute voyelle longue, à moins de recevoir le temps marqué, ne 
forme qu'une syllabe brève quand elle est suivie d'une autre 
voyelle '. 

Examinons de plus près nos exemples germaniques. Il serait 
trop long d'élucider ici la forme des mots vieux norrois. Conten- 
tons-nous du vieil anglais et du vieux haut allemand : strecu et 
orf <C *orfu, strevAta et miscta <C *miskita. La différence de traite- 
ment entre les deux mots de chaque couple ne saurait tenir à la 
division en syllabes proprement dites : la syllabation à l'anglaise, 
strec-u et *or-fu, aurait dû amener la chute de Vu dans strec-ti, où 
il est isolé, plutôt que dans *or-fu, où il s'appuie sur/ et l'appuie; 

I . On ne saurait expliquer ces faits, par exemple *â-iâi >• âpe auprès de 
*âl-idé > xlpe, en alléguant qu'une voyelle longue s'abrège avant une autre 
voyelle, d'où *â-iâê > *a-idé > âpe (avec disparition de 1'/ et allongement com- 
pensatoire de a), comme *a-ridê >• arpc. D'abord, en ce qui concerne en parti- 
culier cet exemple, â ne s'est jamais abrégé en hiatus, comme le prouvent et 
l'orthographe, àzns fâer, f air « peu » (pi.) etc., et la prononciation actuelle 
\fau'ir\ etc. ; il est d'ailleurs probable que *a-idê aurait donné *aidê > *eipe, 
comme *haiikr (^<^'haivukR ■< *haoukR') aboutit à Imukr « faucon » . Ensuite, 
comme le montre la divergence entre v. norv. sêa >■ v. norv. v. irl. *sed > 
sjâ et scand. or. sêa > v. dan. v. suéd. se, ê, ï, ô et û avaient conservé 
leur longueur avant une voyelle, au moins une voyelle inaccentuée, au 
moment où sont tombés les i et les m inaccentués dont il a été ou sera ques- 
tion dans cet article. Même en v. islandais, û et ô sont restés longs avant une 
voyelle inaccentuée : autrement bûa « habiter » serait devenu *bifâ, comme 
*baduare > Bopuarr (ou sêa > sia). Il en est de même d'é et d't après t- ou y 
et en d'autres cas. L'exactitude de l'orthographe ancienne est prouvée par la 
prononciation moderne (/ et u fermés, etc.). La formule « vocalis ante voca- 



144 P-'^UL VERRIER 

la syllabation à l'islandaise, strec-u et *orf-u, ou à la française, 
stre-cu et *or-fu, ne saurait jeter aucune lumière sur l'évolution 
divergente des deux mots. On peut en dire autant de strewita et 
miscta <C *niiskita. 

L'explication ne se trouve évidemment que dans la quantité 
elle-même : après un radical monosyllabique bref Çstrec-, strew-^, 
l'intensité de l'accent se fait encore sentir, bien plus en tout cas 
qu'après un radical monosyllabique long (or/-, niisk-), et elle 
empêche ainsi la voyelle suivante de tomber, d'où strecu et stre- 
wita, auprès de orf et miscta (cf. Verrier, Métrique anglaise, I, 
§§ 51, 104, 106, no; II, 121; III, 93, 352, 372). C'est pour 
la même raison qu'en vieux norrois, à l'âge des vikings, les 
voyelles inaccentuées sont tombées après un radical monosylla- 
bique long plus tôt qu'après un bref: dans VAbecedarium normanni- 
cum (x^ siècle), nous trouvons encore lagu «. liquide » ( > log) 
et /m « bétail » ( >/^), mais déjà soi <i *sôlu « soleil » et ôs 
(= ôss) <C *àsuR « dieu » ; dans les inscriptions runiques, gtidu- 
(mund) n. pr., auprès de âsÇmund) <C*âs-ti-, sunu « fils » (ace), 
auprès de (^gudu)mund <C *-mundu, etc. '. 

Le temps marqué de l'accent, c'est-à-dire l'endroit où Vaccrois- 
sement d'intensité atteint le maximum, se trouve au commence- 
ment de la syllabante : s'il tombait au commencement de la 
syllabe proprement dite, l'effet en serait bien plus affaibli après 
strec- (5 sons) qu'après orf- (3 sons), et la persistance de Vu 
dans strecu, à côté de orf<i*orfu, ne s'expliquerait plus. 

On peut en conclure que le temps marqué rythmique, dans 
les vers, tombe aussi au commencement des syllabantes fortes, 
et que les pieds doivent par conséquent se mesurer à partir de 
cet endroit (cf. Revue de Phonétique, III, p. 38e et suiv.). 

lem corripitur » a été fabriquée par les métriciens, qui scandaient par syllabes 
proprement dites, afin d'expliquer comment une voyelle longue forme une 
« syllabe brève » quand elle est suivie d'une autre voyelle. L'abrègement n'en 
a pas moins eu lieu en certains cas, comme le montrent quelques-uns des 
exemples précédents, mais il faut se garder d'en faire une règle générale. 
I. Cf., en latin, sitis, mais côs (gén. cdtis), etc. 



LA QUANTITE I45 






A propos de métrique, il y a lieu de signaler au moins rapi- 
dement quelques points d'une réelle importance. 

Il faut bien se garder de confondre la quantité d'une syllabe 
quantitative, brève, longue ou commune, soit avec sa durée 
métrique, c'est-à-dire la durée imposée par le mètre, soit avec 
son adaptation plus ou moins imparfaite à cette durée dans la 
bouche du diseur. Ce sont là, comme s'expriment les mathéma- 
ticiens, trois grandeurs d'ordre différent. On leur applique mal- 
heureusemen t et les mêmes noms et les mêmes signes, qui, pour 
comble d'amphibologie, servent encore à d'autres fins. Voici, 
par exemple, ce que peut signifier le symbole ^ : 

1° la syllabe a une voyelle brève (latin èrat, est « il est »), ce 
qui ne l'empêche pas d'être longue par position (est)-, 

2° la syllabe est brève au sens propre, au point de vue de la 
quantité, c'est-à-dire normalement inférieure en durée à une syl- 
labe longue ; 

3° la syllabe vaut une brève métrique, c'est-à-dire l'unité de 
durée, ou la moitié d'une longue métrique normale (— ); 

4° la syllabe est regardée comme brève dans la diction, soit 
par l'auditeur, soit par le lecteur d'un tracé, parce qu'elle n'atteint 
pas telle durée arbitrairement choisie ; 

5" la syllabe est inaccentuée, comme la seconde de l'allemand 
bittèst « (tu) pries », ou de l'anglais lâuëst « (tu) aimes ». 

Aux confusions qui résultent forcément de cette quintuple 
complication, ajoutez la confusion ordinaire entre syllabes quan- 
titatives et syllabes proprement dites : comment s y reconnaître ? 
comment arriver à s'entendre ? 

Et ce n'est pas tout : comment veut-on que nos malheureux 
élèves s'habituent à la quantité des langues anciennes, ou même 
y comprennent quelque chose, tant qu'on leur enseignera une 

Revue de phonétique. lo 



146 PAtJL VERRIER 

prononciation contraire à cette quantité? Après avoir répété pen- 
dant deux ans le latin mater, par exemple, avec un a bref et un 
e long [mater], ils apprennent soudain, en quatrième, que la pre- 
mière syllabe est longue et la seconde brève. Comment peuvent- 
ils y voir autre chose qu'une convention assommante et difficile 
à retenir? 

Il n'est pas étrange, au milieu de ce chaos, que la métrique 
passe à leurs yeux pour le plus effrayant et le plus niais des casse- 
tête chinois. 

Il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet. Force nous est de nous 
borner à de brèves explications, 

La quantité est fixe, mais à un moment et dans un milieu 
donnés. Les syllabes, à ce point de vue, sont brèves, longues 
ou communes. Le rapport de durée entre ces trois degrés n'est 
certainement pas constant : même prononcées avec un tempo 
uniforme, les brèves n'ont sans doute pas exactement la même 
durée, puisqu'elles se composent tantôt d'une voyelle brève, 
comme ^(ap), tantôt d'une voyelle brève et d'une consonne, 
comme ev(apa); les longues encore moins, puisqu'elles présentent 
des formes aussi diverses que 'H(sT{a)v), ï^,{ji;(£poç), lvT(£pov), 
£v9p(ov(Ç<i)), at(T6(«vo!i.ai), i^a"/,('^[jLsva)ç), 7)(jO(Y)j/.ai), èv 2Tp(u{Aivi), 
(TCX)-r(V I!-cp(u[JLovoç), etc. Bien que les sons s'abrègent un peu au 
fur et à mesure qu'ils s'entassent dans une même syllabe quan- 
titative, la durée de cette syllabe ne s'en accroît pas moins avec 
leur nombre. 

Il ne faut pas oublier, d'ailleurs, que la durée des syllabes 
varie avec le tempo. Puisque les unités rythmiques tendent à 
l'isochronisme, les syllabes longues et les brèves ne peuvent bien 
se comparer entre elles, en prose comme en vers, que si elles 
appartiennent à une même mesure, ou pied, de mouvement uni- 
forme, ou bien à des mesures de forme semblable ou équiva- 
lente (_ww équivaut à ). Dans angl. short, shorter, shorter again 

« court, plus court, encore plus court », (sh)ort et -er s'abrègent. 



LA QUANTITÉ ï^j 

à chaque répétition, proportionnellement à leur quantité (v. 
Métrique anglaise, I, § 112-117, et III, §§ 68, 80, 86, 87, 89, 96, 
103). 

D'autre part, les syllabes s'allongent plus ou moins légère- 
ment en raison de leur force (v. ib., I, § 1 10, et III, §§ 132-140, 
etc.) : la première du spondée, dans l'hexamètre, l'emporte un 
peu en durée sur la seconde. 

On sait, enfin, que la voix traîne sur les finales : cf. en anglais 
(sy), -Q^er dans / think so too, I feel a better man et dans I think 
so, thafs better (v. ib., I, § iio, et lU, § 83, etc.). 

Il n'en reste pas moins que les brèves se distinguent toutes des 
longues par un minimum de durée intrinsèque. Ce qui importe 
davantage encore, peut-être, au point de vue de la diction poé- 
tique et surtout du chant, c'est que les longues sont prolongeables, 
tandis que les brèves ne le sont pas. Nous y reviendrons dans 
un instant. 

Passons aux syllabes communes. 

En italien, toute consonne suivie d'une autre ebt longue après 
une voyelle brève, par exemple /, n et s dans quattro, qnanto, costa. 
En danois, il n'en est ainsi que pour les consonnes voisées, 
comme w et r dans samJe « assembler », Farve « couleur », 
tandis que les invoisées sont brèves, comme ^ et r dans koste 
« coûter » et Vxrten « l'hôte » /. Chez Homère et dans le Véda, 
nous devons, semble-t-il, supposer une prononciation analogue 
à l'italienne : le t était long dans -a-:pi; « du père » et putrdh 
« fils », dont la première syllabe quantitative compte pour 
longue ^. Plus tard, les muettes invoisées paraissent s'être 

1. Voisé : voiced, stimmhaft. Invoisé : zviceless, stimmlos. 

2. Cf. Meillet, Introduction, 5e éd., pp. 108 et suiv. — Les inscriptions 
redoublent parfois la consonne ainsi allongée : "ExxTwp, Èxx-ôiv, àtp'.aara, £•!;; 
t6 (v. Blass, Misceîl. epigiaph., Berlin, 1878, p. 121 et suiv., Meisterhans, 
Grammat. der attisch. Insclir., 3* éd., Berlin, 1900, pp. 89 et 90); cf., par 
suite du même phénomène, Ti? novoa;, âpyovto Sx'.GOsopiôivoî (Meisterhans, 
pp. 90-91). Il n'y a rien là qui contredise absolument la syllabation "E-xtwo, 



148 PAUL VERRIER 

abrégées, en grec, avant X, p. et v au corps d'un même mot (cf. 
le danois), les voisées comme les invoisées avant p : à7.[x(-^) 
« pointe » a ainsi une durée moindre que aYf-(a) « fragment », 
mais plus grande que àx(o-(^) « ouïe ». Voilà, sans doute, ce qui 
explique en partie la « quantité commune » de ù%\>.(i,\ etc., 
auprès de la quantité longue de àY[jL(a), etc. En part seulement, 
car ici encore l'élasticité des syllabes doit jouer u rôle impor- 
tant : dans les mots en question, il était probablement moins 
choquant d'allonger le % (bref) que d'abréger le ; (long), avant 
le [X, de manière à ramener la syllabe, là à la durée d'une longue, 
ici à la durée d'une brève. 

Les duras métriques (ou rythmiques) sont aussi précises en 
poésie qu'en musique : v, _, l_!, i_i et lu valent respectivement 
un, deux, trois, quatre ou cinq temps premiers, exactement 
comme une noire vaut deux croches, etc. Dans les versifications 
quantitatives, on attribue aux durées brèves (w) des syllabes 
brèves ou communes, aux durées longues (— , l_, i_i, lu) des syl- 
labes longues ou communes. 

Comme les syllabes longues et surtout les communes ne 
valent pas toujours deux brèves, à plus forte raison trois ou 
davantage encore, il faut en pareil cas les étendre un peu. 
Elles se distinguent en effet des brèves, les longues surtout, par 
ce fait qu'elles sont prolongeables ' : on en prolonge la voyelle, 

avec première syllabe ouverte (cf. Sweet, /. c, § 159 : « Open stress. . . sounds 
less abrupt than close stress, and to an unaccustomed ear suggests doubling of 
the consonant »). Il n'en est pas moins probable qu'il y a eu, en certains 
milieux et à un moment donné, tendance à prononcer oioia-(i)TX, etc. C'est 
ce qui a dû se produire pour le a, dont le redoublement est de beaucoup le 
plus fréquent dans les inscriptions (cf. p. 5, note 6). 

I. Les syllabes sont prolongeables ou non, suivant qu'on peut ou non les 
prolonger, par comparaison avec leurs voisines, sans défigurer l'aspect du mot, 
sans « faire violence à la langue ». Sous ce rapport, la sensibilité varie d'un 
idiome à l'autre, parfois avec des différences très considérables (v. Verrier, 
Métrique anglaise, I, § 109, et Sievers, Phonetik, 5<= éd., 1901, § 694, 704 et 
suiv.). 



LA aUAMTITE 149 

quand elle est longue; sinon, la consonne suivante (qui était 
longue en grec ancien). Ce second mode d'accommodation est 
moins agréable peut-être à l'oreille, moins satisfaisant, surtout 
quand la consonne à prolonger est invoisée et que la durée mé- 
trique dépasse deux temps premiers. Aussi préfère-t-on souvent 
prolonger dans le chant les voyelles brèves, comme nous le fai- 
sons d'ordinaire en français '. Mais notre versification n'est pas 
quantitative. Comment les choses se passaient chez les Grecs, 
nous ne pouvons que le conjecturer. Dans les hymnes à Apollon, 
la voyelle brève est écrite deux fois quand la syllabe se chante 
sur deux notes de hauteur différente : c'est là un cas distinct du 
simple allongement, sur lequel il ne peut guère nous renseigner. 
Et puis ces hymnes ne remontent sans doute qu'à la fin du ii' 
siècle avant notre ère. Il est probable qu'à l'origine, où la mu- 
sique était d'ailleurs plus simple, on ne prolongeait la voyelle 
que si elle était longue. Jamais il n'a dû cesser d'en être ainsi 
dans la diction poétique correcte (avant le jour, du moins, où 
la quantité des voyelles a été bouleversée par la transformation 
du « ton » en accent). 

L'adaptation de la quantité aux durées métriques n'est jamais 
parfaite, pas plus dans le chant que dans la poésie : on ne se 
rapproche que plus ou moins des rapports indiqués par les notes 
ou par les signes w, _, etc. ; il arrive même parfois qu'on les ren- 
verse (v. Rousselot, Principes, II, p. 1099, et Verrier, Métrique 
anglaise^ IQ, §§ 217, 229, 253). Il faut, naturellement, tenir 
compte des silences. Il est clair qu'une syllabe quantitative se ter- 
mine avec son dernier son, si bien qu'elle ne peut être prolongée 
par un silence. Mais, comme les durées rythmiques, ou métriques, 
commencent et se terminent à l'attaque d'une syllabante, tout 

I. II n'est pas rare, cependant, que dans la diction poétique nous prolongions 
les consonnes initiales (MM. Landry et Grammont l'ont aussi observé) : c'est 
afin de donner aux durées rythmiques, en particulier aux pieds, la valeur 
requise par le mètre ou par l'isochronisme. 



150 PAUL VERRIER 

silence appartient à la même durée rythmique que la syllabe pré- 
cédente, du moins à l'intérieur d'un pied, et peut ainsi s'ajouter 
à une brève afin de parfaire la valeur d'une longue. Il va sans 
dire qu'on n'obtient jamais qu'une approximation plus ou moins 
grande. Et puis il y a des « silences morts », qui ne comptent 
pas dans la mesure, mais où, quand, comment ? Quant aux 
« points d'orgue », il est facile d'en régler la durée de manière 
à ne pas interrompre l'isochronisme : on donne à la mesure ou 
au pied la valeur de deux (v. Landry, La théorie du rythme, Paris, 
191 1, pp. 402 et suiv., Verrier, L'isochronisme dans le vers fran- 
çais, Paris, 1912, ex. IV, etc.). 

Toutes ces considérations auraient besoin d'être plus longue- 
ment développées. Mais ce n'est pas de métrique ni de musique 
qu'il s'agit ici : c'est de la quantité en général. 

* 

■H * 

Le présent article avait pour but d'établir qu'auprès des syllabes 
proprement dites, dont la délimitation semble parfois encore 
incertaine, il y a des syllabes quantitatives, c'est-à-dire des inter- 
valles de temps qui commencent chacun avec une syllabante, 
voyelle ou consonne, voyelle presque toujours. La démonstration 
est faite : la quantité s'évalue bien à partir de la syllabante, inclu- 
sivement, en tenant compte des semi-voyelles ou des consonnes 
dont elle est suivie. 

Ce qu'il faut mesurer, au point de vue de la phonétique his- 
torique, de la morphologie et de la métrique, ce sont les syllabes 
quantitatives. 

Paul Verrier. 



NOTE SUR LA VERSIFICATION FINNOISE 



La versification finnoise n'est qu'à demi quantitative, et sous 
une forme si spéciale qu'on n'y saurait aucunement voir un 
emprunt aux peuples voisins, Germains ou Slaves. 

Le vers populaire, celui du Kalevala, constitue une tripodie 
trochaïque précédée d'une base. On ne tient compte de la quan- 
tité que dans les syllabes accentuées : par conséquent, elles 
reçoivent le temps marqué et conservent leur accent quand elles 
sont longues, elles tombent dans la partie faible du pied et 
perdent leur accent quand elles sont brèves. D'après une récente 
communication de M. Serruys à la Société de linguistique, il en 
a été de même dans la versification grecque au moment où elle 
allait cesser d'être « quantitative » (d'après la prononciation 
ancienne) pour devenir « accentuelle ». Cette concordance 
montre que le phénomène, si étrange qu'il paraisse à première 
vue, n'est pas le résultat d'une convention. 

Autre particularité de la versification finnoise : quand la syl- 
labe proprement dite contient une diphtongue croissante, comme 
uo dans sucnni, on a toujours une longue. Il semble donc qu'en 
pareil cas le compte de la quantité ne commence pas avec la syl- 
labante (o), mais avec la semi-voyelle précédente («). C'est qu'au 
moment où s'est fixée la versification, ces diphtongues étaient 
décroissantes, comme le prouve l'aplanissement de uo en uu [w] 
dans certains mots, à moins qu'elles ne fussent encore des 
voyelles simples : \o\ >• [«/ôj > [?7], comme dans l'allemand gôt > 
guot >• gûl, ou bien \o\ > [f/p] >> \iio\, à peu près comme dans 



152 LA VERSIFICATION FINNOISE 

l'italien bôno >> buono. Aujourd'hui, d'ailleurs, le second élément, 
c'est-à-dire la syllabante actuelle, dans suomi, etc., se prolonge 
au besoin dans la prononciation. M. Wicklund, d'Upsal, le fin- 
nologue bien connu, m'a confirmé ces deux explications, que je 
lui ai soumises, sans parler de métrique, comme de simples faits 
de phonétique historique ou auditive. 

Dernière remarque : les diseurs de runot se conforment au 
rythme du vers, dans le chant, la mélopée ou la Tixp3.Y.7.iixXo-(r„ en 
marquant l'ictus aux dépens de l'accent; mais les lecteurs ordi- 
naires sacrifient presque toujours le rythme poétique à l'accen- 
tuation. 

Paul Verrier, 



NOTES 
SUR LE DIALECTE TSAKONIEN 

Pour les lecteurs de cette Revue auxquels serait peu familière 
la dialectologie néo-hellénique je rappelle que la Tsakonie est 
une région du Péloponnèse située au sud du golfe de Nauplie, 
bornée à l'est par la mer et s'appuyant à peu près dans toutes 
les autres directions sur les contreforts du Parnon. Le chef-lieu 
en est Léonidhion, vulgairement Lénidhi, au nord ou nord- 
ouest duquel sont situés les villages ou hameaux de Pramateftl, 
Pèra Mèlana, Tyrôs, Saint-André, Phoùska, Sitiena, Kastànitsa, 
Prastôs, Sokhà, Voskina. Le tout compte environ 8000 habi- 
tants, dont la moitié réside à Lénidhi. 

Le tsakonien est un dialecte très éloigné du grec commun. 
« Comment te portes-tu, m. à m. comment es-tu ? », gr. com. 
■rzà); sTaai, s'y dit pimr est. Gr. com. wpa xockt, « bonne (vous 
soit 1') heure », tsak. ura ka. Gr. com. /.aXwç (iip'.îîç « sois le 
bienvenu, m. à m. tu as bien ordonné », tsak. kaur ekokaere = 
xaXôç éxoTuiaijEc, m. à m. « tu as bien pris la peine ». Gr. com. 
6à r.icù (TTC (Txt-i « j'irai à la maison », tsak. sa :(au than d^ea = 
ei Bagw (T^'ôv vSkkol. Gr. com. Swts iaou tl/wjAi « donne-moi du 
pain », tsak. ^f mi ande= Uzt [xs âp-rcv. Les Grecs qui entendent 
ce parler pour la première fois ne se doutent ordinairement pas 
qu'ils ont affaire à une variété de leur propre langue. 

L'intérêt du tsakonien au point de vue néo-hellénique est 
assez grand. On sait que les patois grecs modernes reposent 
non pas sur les anciens dialectes, mais sur la langue commune, 
la xcivt;. Or, le tsakonien a passé pendant longtemps pour un 
descendant direct du dorien, voire même du laconien. Il s'agit 
donc de savoir dans quelle mesure et de quelle façon des popu- 



154 HUBERT PERNOT 

lations péloponnésiennes ont pu se soustraire pendant une aussi 
longue suite de siècles à des influences extérieures. 

Le sujet vient d'être traité une fois de plus par M. C. A. Scutt 
dans une étude qu'il a intitulée The Tsakonian Dialectal publiée aux 
tomesXIXetXX, pages 133-173 et 18-31 de l'Annuaire de l'École 
anglaise d'Athènes. Ces deux articles comprennent, l'un quelques 
considérations historiques et bibliographiques, suivies d'un bref 
aperçu phonétique et morphologique, l'autre cinq contes avec 
leur traduction. L'ensemble représente un louable effort pour 
mettre sous les yeux des lecteurs qui n'ont pas pratiqué les 
travaux spéciaux sur la matière, tels que ceux d'Ikonomos, de 
Deville et de Deffner, un tableau des particularités les plus mar- 
quantes du dialecte tsakonien. 

Comme l'auteur, au cours de son exposé, a repris en détail, 
avec des vues nouvelles, quelques-unes des questions que j'avais 
antérieurement envisagées et m'a implicitement invité à une 
courtoise discussion, je vais, dans la première partie de ces notes, 
m'efforcer de répondre à ses critiques point par point, en décla- 
rant dès maintenant qu'elles ne m'ont nullement convaincu et 
en lui faisant à mon tour diverses objections. 

L Disparition du o- intervocalique. — Après avoir observé à 
Chio des faits non douteux de dissimilation du a intervocalique, 
corroborés par une foule d'autres sur toute l'étendue du terri- 
toire hellénique, j'en ai rapproché des phénomènes du même 
genre attestés dans les dialectes grecs de l'Italie méridionale, 
puis le traitement du a intervocalique en Tsakonie'. Constatant 
en l'espèce entre le bovésien et le tsakonien, une correspondance 
aussi rigoureuse que pouvait le permettre l'état des deux dia- 
lectes, j'en ai conclu que la disparition du a intervocalique était, 
en Tsakonie comme à Bova et comme dans tous les patois grecs 

I. Etudes de linguistique néo-hellénique, I, 444-^4$. 



I 



NOTES SUR LE DIALECTE TSAKONIEN I55 

connus de moi, un fait de dissimilation néo-hellénique n'ayant 
par conséquent rien de commun avec le laconien Kuvc2i»p£îç = 
Kuvoffoupsîç, ;ji.cÔa = ixcuia, etc. M. Scutt est d'accord avec moi 
pour rejeter la vieille théorie, mais il ne me suit pas au delà et 
fait à celle que j'ai soutenue les critiques que voici : 

1° « The fact that thèse phenomena occur only in particular 
verb forms is as fatal to Pernot's as to the earlier explanation. There 
is nothing in Tsakonian like the forms which Pernot quotes 
from Chios : b Ilupxsûrjç, Tca njpxoûoi;, o». Fljpxsuffci, and r.ôtç 
(= -sacç), but r.z<70, r.ôar,. » Ainsi, parce qu'en tsakonien les 
verbes seuls, comme on le sait, ont perdu le g intervocalique, il 
ne saurait, d'après M. Scutt, y être question d'une dissimilation 
du G. Mais tout d'abord le bovésien, lui aussi, ne connaît plus 
cette dissimilation que dans les verbes. Que pense de cela 
M. Scutt ? En outre, à Chio même, la dissimilation est un phé- 
nomène beaucoup moins fréquent dans les substantifs et adjectifs 
que dans les verbes. Nulle part dans cette île, à ma connais- 
sance, les formes nominales dissimilées, non seulement ne se 
sont étendues analogiquement à tout un paradigme, comme cela 
est le cas dans certaines localités chiotes pour les formes verbales, 
mais même n'en ont entraîné une seul autre : tsu Ilupxoyay;, ol 
Ilupxojjoi, etc. gardent leur a, malgré c Il\jpxzj(^a)r,^, tandis 
qu'on voit vi yiÇ7)r^: entraîner va '/a(7)(o, vi "/^(Ot!»^^ '/^(O"" 
tJLs, vi ■/a(c7)e-:£, va -/à(j)sj. Il ressort nettement des exemples 
chiotes recueillis que le nom. sing. et l'ace, plur. n'ont nul- 
lement, au point de vue de l'analogie, une influence comparable 
à celle de la 2" pers. du sing. qui, elle, joue un rôle prépon- 
dérant. On trouve aujourd'hui à Chio Ilypxsjtn;; -» II-jpxsjY;; et 
TTsceç -» ~2î;, parce que la règle de dissimilation est encore en 
vigueur. Ce qu'on sait du dialecte montre que, le jour où il n'en 
sera plus ainsi, on rétablira njpxsJ7Tr;ç, totsç sous l'influence des 
autres cas : comparer -iratSix'.-^ r.œ.îiï (avec dissimilation du x 
intervocalique sous l'influence de la conjonction xxî) qui prend 



15e HUBERT PERNOT 

la forme zaïâctTo'i ' à cause de TraiSax-oO peiakyu -» :caiSa-:aoîj peiatsîjt, 
T.xiooi.Y.i(x peiqkya -» xa'.§a-aa pezatsa, etc. A Chio aussi, les 
verbes seuls garderont alors trace du phénomène. Je ne vois 
dans tout cela rien de si funeste à mon explication ; bien au 
contraire. 

2° « AU the forms in which the dissimilation is supposed to 
bave occurred are with one exception hypothetical and may 
never bave existed. » La première des formes hypothétiques 
blâmées par M. Scutt est le pluriel *5poï£ç pour (*6poua£ç) = 
opôaai, par laquelle j'ai expliqué le nominatif singulier tsakonien 
opoua = ôpwtja. On ne peut échapper ici à une hypothèse, 
puisque le fém. plur. est maintenant identique au masc, opouvTs 
= 6po)v-r£ç, et que de toute évidence (telle est aussi l'opinion 
de M. Scutt) il s'agit d'un masculin qui a remplacé un féminin 
X, dont subsiste le nom. sing. cpoîia. Quelle était cette forme x ? 
Pour M. Scutt le plur. de ^ç>oX)<s<s(x [-{kZ^Qaot) étant gry,se, où il 
convient de voir Ypou7jai(YXwaaat, c'est en effet l'orthographe par 
-oLi qu'adopte l'auteur dans ses paradigmes, p. 168), ail n'y a pas 
le moindre témoignage d'un plur. en -sç dans les mots de ce 
genre en tsakonien ». 

A mon avis, les faits que nous atteignons prouvent exacte- 
ment le contraire. Dans ses désinences plurielles, le tsakonien a 
suivi l'évolution du grec commun, qui a partout remplacé ana- 
logiquement -ai par -eç : gr. anc. al -^[jLspai, al Y^^waaai, gr. mod. 
ol îxepeç, ol yX^aasç. Ce dialecte a de plus pratiqué, à une date 
ultérieure, la suppression du ç final, conformément à une règle 
sur laquelle je me suis également expliqué ^ ; des exemples de 
ce phénomène en tsakonien sont youvaixa, plur. nom. et ace. 
Youvafxas (vuvafxeç), <hoLpL ((iapaç), plur. nom. et acc. «iapââe 
(Ç^apâ'îsç), oTTois (pour ÔTûoto; avec changement de oen e après y et 

1. Revue des Etudes grecques, XVIII (1905), p. 253 sqq. ; Etudes de lin- 
guistique nèo-hellênique, I, 454-471. 

2. Etudes, I, 425-429. 



J 



NOTES SDR LE DIALECTE TSAKONIEN I57 

disparition du ç), ôzoïa, 'àTzzu (pour ôzoïov), mot d'importation 
récente, plur. fém. nom. et ace. czsis (pour czoïe;), etc., etc., 
sans oublier le masc. plur. àpoiivTs pour ôpouvT£i;= spÔivTîç. Cette 
suppression du q final, que M.Scutt a traitée, me semble-t-il, par 
prétérition, n'est pas spéciale au tsakonien ; elle est attestée à 
Chio, à Bova, ailleurs encore et, qui plus est, dans le Pélopon- 
nèse. Je n'ignore pas qu'on l'a expliquée en tsakonien par un 
changement préalable de ; en p, puis par la disparition de ce p, 
et je ne sais si M. Scutt partage cette opinion ; mais elle me 
semble difficilement soutenable. 

Toute hypothétique qu'elle soit, la forme *bpo^atq s'appuie donc 
sur un certain nombre de réalités. En revanche, c'est le maintien 
de la désinence -ai, prononcer e, dont part l'auteur pour contester 
*5p2jj£ç, qui demeure, jusqu'à plus ample informé, hypothétique 
et gratuit. Une objection tirée du fait qu'on est en présence d'une 
forme nominale avec extension analogique, *5poj((T)£ç, 5pcy((j)a 
paraîtrait plus légitime. Encore serait-il aisé de répondre que le 
paradigme en question se trouve dans une situation exception- 
nelle, puisqu'il est ramené à deux formes seulement, l'une pour 
le singulier et l'autre pour le pluriel. On sait en effet que ces 
participes tsakoniens ne se sont conservés que dans les formes 
périphrastiques du verbe : masc. sing. : eni oni (zh^oc. cpôiv), est 
orif, eni om, plur. eme orunde, ethe on^nde, ini orunde ; fém. sing. 
er}i orya, etc., plur. emeoriinde, etc. ; neutre sing. ew ortfnda^ etc.; 
plur. eme on^nda, etc., ce neutre sing. semblant n'être autre 
chose que le neutre plur. lui-même '. On peut noter en passant, 
car il en sera question plus loin, l'étrangeté de ce dialecte qui 
emploie des masculins pour des féminins et peut-être des plur. 
neutres pour des sing. neutres. 

La suite de l'exposé de M. Scutt est d'une rédaction peu 
heureuse, car un lecteur n'ayant pas mon article sous les yeux 

I . J'emploie ici le dubitatif, à cause de l'existence en grec commun d'un 
participe invariable, sorte de gérondif, terminé en -a en grec médiéval et en 
-aj en grec moderne : yoiçovTo;, àvazwvTa;, etc. 



158 HUBERT PERNOT 

peut en conclure, à tort, que j'ai cru à l'existence dans le tsako- 
nien actuel de nombre de formes qui lui sont parfaitement 
inconnues. M, Scutt n'a vraisemblablement voulu qu'exprimer 
ses doutes sur les types *6à bpiÇa^r,:, *6à 7:ct(a)-/;ç, *6à 6pâ(<7)o)ai ', 
*6à 'r:oi((7)w!7t, *£Ypad^a((7)', en tant que types de vieux tsakonien. 
Le tsakonien moderne donne en effet 6à cpape (= 6à opasps), 
6à Tcoieps, Oà opavi, 6à Ttoioiï, k^pi^xï. Pour justifier ""ôà 6pâ((7)Y;ç, 
*0à 7:oi(a)Y;ç, * Ha -à: '.((7)0) ((7)1, je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai écrit 
antérieurement et qui n'a pas convaincu l'auteur, ni rien à en 
retrancher; on verra plus loin quelle explication il propose lui- 
même. En ce qui concerne *k^pix'l)(xÇa)i, je ne puis que répéter ce 
que j'ai déjà dit et que n'a pas discuté M. Scutt : le tsakonien 
emploie maintenant, au lieu d'ind. aor. de ce genre, des 
formes en -xa, en -,3a, ou en -a, k]).-Kciy.a (kr^oir^sot.^ , kypi^x 
(lypad'a), èXr/via (àXr/vtcra), mais le maintien de subjonctifs 
comme va ypx^o\> (va ^pààcô^, va ^àd/ou (va pâJ^w), etc. atteste 
suffisamment l'existence tsakonienne du type l-rpa-ia. 

3° «In ail the analogies assumed, it is ahvays a small num- 
ber of cases which causes analogous changes in a much larger 
number, instead of the larger number affecting the smaller, 
which is what one would naturally expect, and what does in 
fact happen in ail well-established cases of analogy. » Cette 
objection est d'un grammairien, mais non d'un linguiste. Le 
nombre des formes, établi d'après un paradigme, est factice. Il 
s'agit de savoir ce qui se passe dans le langage parlé. Or, un 
fait indubitable est que par exemple la 2^ pers. du sing. impose 
son traitement du a à toutes les autres. Les paradigmes de 
Pyrghi comparés à ceux de Vessa (Chio) donnent à cet égard la 
plus complète certitude ^. On trouve dans le village de Pyrghi : 

1 . *0à ôpcic(a)'oji, que je m'étais à dessein abstenu de citer, est un cas 
spécial. Les probabilités sont ici, autant que j'en puis juger, en faveur d'un 
fut. aor. dissimilé (6à ôpaou, etc.), confondu, au point de vue de la forme, à 
une date toute récente, avec le type commun de futur imperfectif Oà àya-âw, 
etc. ; d'où la 3e pers. du plur. 6à ôpavt=: 6à ôpave, comme 6à k^a.-KÔi'^i. 

2. htudes, I, 457-461. 



ÎJOTES SUR LE DIALECTE TSAKONlEîI r$9 

và ;(a<Ja), va X^COTi?) ''^ 7.^^' ''^ '/^fTWiJ-Sj va '/icz-t, va X^'^'^j 
avec dissimilation à sing. 2. Le village de Vessa présente : và 

7a(j)to, và x^(Ot»Ç> ^^ Z^(Ot<' "'^ 7^(0'»'l^^' "*'^ •X'^CO-"^' ^^ 
yy.(ji)z\i. Qu'est-ce là, sinon une extension analogique de la 
deuxième personne aux cinq autres ? Quand de plus on retrouve 
dans l'Italie méridionale, à Bova : và -(T£pà(j)fa) (=và çspàtjw), 
và T(j£pà((T)Y;(ç) (avec disparition ultérieure du ; final), và 
Ta£pdé(ff)ï;, và TJ£pà(a)co;ji.£, và Tff£pi(o-)£T£, và Tj£pà((j)ouji, n'est- 
il pas d'une bonne méthode d'expliquer de même le tsakonien 
và •i:ci(a)îu (= và irotTjja)), và rci((j)£p£ (avec remplacement 
ultérieur du ; final par p'), và zci (= và -iwCi^Otî)' ''^ T.z'.{p^iù\i.t, 
và TCo(((r)sT£, và z5{(a)wff'- -» và Trot'œï (ce dernier sur le modèle 
de và Ypà'i(,)(a)'., où il s'agit encore d'une dissimilation) ? 

4° « In the one case, where if anywhere dissimilation of <t 
would inevitably hâve occurred, the future and subj. forms of 
-Ç<o verbs, it does not take place . Thus the future of yisupiÇou is 
9à Yis'jpiîTou, 6à Yisupîcjcpî, 8à yioopiTY;, Gà Y'S'Jpît^sujJiE, 6à y's'^P''" 
ff£T£, 6à Yicup{(T(j)ï, and the futures of vupi^ou ((Aupt^o)), *//p{rou 
(=TrA'jvu)), 6aj|xà^ou are similarly formed. » M. Scutt n'ignore 
pas, puisqu'il en cite lui-même des exemples, p. 153, que les 
verbes vraiment tsakoniens de ce type présentent nd au lieu de ^ : 
«j/£ipcv70j('{/£ip(^(i)), ;a.a!v-:3J (;j.ao{sw), yi /-ou ÇyiZdi), -£p(vTCj(9£pÇa)), 
etc.^ Le subj. aor. de ces verbes est en --scu, évolution phoné- 
tique de ;a)5, qui lui-même est un remplaçant analogique de -jw : 
và àzipi-GO'j (và '^£tptHa), gr. com. ^eip'.aiù), và [ihUgou (= ;jLaBt^ci), 
gr. com. ;ji.a3tT(i)), etc. La question de dissimilation du 7 inter- 
vocalique ne s'est donc pas posée ici. Quant aux formes en -^w 

1. Pour l'ï, voir Etudes, I, 92 sqq. 

2. Encore un laconisme suspect. M. Scutt y voit, après d'autres, l'évolu- 
tion ^d -» dd -> w^. Avant de me ranger à cette opinion je voudrais me per- 
suader qu'un groupe nd^ ne saurait aboutir à nd en tsakonien, ce dont je ne 
suis rien moins que sûr. Le chiote moderne (Etudes, 1, 295-297) connaît dans 
des cas semblables l'évolution Z~^ IZ"^ "^l '■> ^^ bovésien en est à l'étape d^. 

3. On a vu plus haut que cette évolution existe également à Bova : và ^spadw 
-> và TJ£câ(a)a). 



l6o HUBERT PERNOT 

citées par M. S., elles constituent en tsakonien des néologismes. 
Importées dans le dialecte à une époque où la désinence de sing. 
2 était en -epe et non plus en -y;?, elles ne pouvaient que garder 
leur a intervocalique . 

Voici maintenant quel est le point de vue de M. Scutt. 

1° Type va TCobu. — Les verbes auxquels appartient ce type 
ont un passé en -xa. Parmi les formes de cette catégorie Oà 6usu, 
6à ôpaou sont des fut. imperfectifs. De plus jj-apaivou, 6à p-apavcu, 
k\).o(.pà-^Y.x, Tr'eipou (azetpa)), Gà z'sipou, èTî'etpxa, àp-z^y/ou (aïpo)), 
6à apou ànga(*apxa) offrent un aoriste non sigmatiqueen regard du 
passé en --/.a. Enfin, ya'vou (tuivo)) donne également : passé ângtxa, 
fut. 6à xi'ou. Toutes ces formes ont amené par analogie des 
futurs non sigmatiques correspondant à des passés en -xa: çopou, 
6à oopsou, sçopexa (^opw) T(Jt[ji.ou, 6à Tffi|Ji.r(OU, £-!ji[xr//,a (^£[;,w), véaou, 
6à V£ou, èvexa (yvéôc»)). 

Je doute que Oà ôpàou soit en tsakonien un futur imperfectif. 
M. Scutt cite lui-même, p. 169 : (6pw), ind. prés, opoO, subj. 
prés, va oprjvou, fut. imperf. 6à bpr^^cu. Qu'il y ait pour le para- 
digme de 6à ôpàou, et dans une certaine mesure, possibilité d'une 
confusion de formes avec le grec commun Oà y^^^^TIj ^^ YsXavs 
(cf. 6à cpavi), oui. Mais 0à ôpàou ne me paraît pas plus un fut. 
imperfectif que Gà Tff£pâo)=Gà çepaaw à Bova, ou Gi 7àw = Gà 
ydtjw à Chio. Et il en va pareillement de 6à Gûou. L'opinion de 
M. Scutt fût-elle juste sur ce point, il resterait encore que je ne 
saurais me représenter un paysan, même tsakonien, opérant 
une analogie du genre de celle qui a été posée par lui. 

2° Type opoua. — A côté du part. prés, cpou, ôpoua, opouvxa, le 
tsakonien possède un participe aoriste cpaxoû^ opaxoûa, opaxouvxa, 
que M. S. rattache à iwpay.wç, ufa, oç. Puis il ajoute: «The 
tv^o sets of terminations hâve been contaminated, and the 
perfect ending -oua (-uîa) has prevailed in the fem. sg. » Ainsi 
1° wpax'jfa serait devenu phonétiquement {opaxoua, et 2°, wpaxoua 
agissant sur le part. prés. ôpoOaa ou spwja, l'aurait changé en 



NOTES SUR LE DIALECTE TSAKONIEN l6l 

bpzja. Admettons pour un instant l'hypothèse de M. Scutt. Au 
féminin le parfait influe sur le présent : wpaxsua amène zpoXxx. 
Mais le neutre est «ôpaxoOvra (au lieu de Étopaxi;) : ce serait donc 
ici le présent qui aurait influé sur le parfait : àpcuvTa amenant 
wpaxsOvTa. Pourquoi ce chassé-croisé ? L'hypothèse du reste se 
heurte à une impossibilité phonétique : le tsakonien, qui donne 
[il'jIol mu:;ay uldç i:^, aurait changé ci paxuTa en oraku^a et non en 
orakua. 

Je ne découvre donc là aucun fait tangible et préfère conti- 
nuer à voir dans les formes en question, pour le présent, cpwv, 
cpzj<jx, pour le passé, les désinences -wv, -2j(7)a de ciztôv, 
lowv, Xa^wv, etc., développées dans ce dialecte au point de 
former des participes nouveaux à l'aide du thème du passé : 
b(pi'^x (passé de Ypisfi)); -(pa^cù, Ypa^cya, ypa^suvra (= YpaSûv, 
ypxîoXicx, Y?3ccôv:a) è^^f-^ (passé de ^a'-Cw), ^aïcû, ^otïcîia. ^oUzj'f-tx' 
ùipx/.T. (passé de opîii), cpaxsj, opaxoja, cpaxcuv-a, etc. Les parlers 
de l'Italie méridionale ont conservé des participes de ce genre ', 
mais sous une forme invariable et avec un accent souvent modi- 
fié analogiquement : cpâ-jj-cvra, IpTovxa, 9û(Y)ovTa, ^iXcvTa, 
swvaccvTa, joiîcjov-ra (o-siccv-a), [ji.£'.vcvTa, inrstpcvTa, aupovTa ; 
cf. les dissyllabiques civ-ra (IccvTa:), rôvTa (cl-ivTa) ainsi que 
TTajôvxa refait sur *è(TTacjTf;v (èorâÔTjv). 

3° -aï, -o)ï. Types hçpi''^7:i^ fut. Oi ^(pi-ltSi, passé passif Iy?^" 
çTa- . — "In the fut. act. of -aw verbs, and in the fut. pass. of ail 
verbs the 3rd pi. is in -vi. e. g. 6à 'pavt, Gà cpa-r'sîivi, 6à yP^?" 
Tcjv'.. From this it appears that at some time the -v of the 
imperfect and aor. spread to ail 3rd plurals in Tsakonian as 
generally in Modem Greek. " Rien encore n'est moins sûr. 
M . Scutt sait comme moi que la désinence -ji s'est maintenue 
jusqu'à ce jour dans un grand nombre de dialectes néo-hellé- 
niques. On est donc autorisé à chercher -ai'., (ùz<. dans les dési- 

I. Morosi, Otrante, 138. 
RevM de phonétique. 7X 



l62 HUBERT PERNOT 

nences tsakoniennes -aï, -wï. L'm de wï (Oi y'^'I^HO ^^^ ^^i^ ^^i" 
son de plus ; on verra ci-dessous que, pour faire concorder cet w 
avec sa théorie, M. Scutt doit recourir à un étrange *6à Ypaswv 
au lieu de 6à ypaocuv. D'autre part on sait que la désinence -ai 
n'est évincée que progressivement dans les dialectes : certains 
temps sont atteints avant d'autres et le subj. aor. pass. tsakonien, 
sur lequel s'appuie M. Scutt pour conclure à une généralisation 
de la désinence -v dans ce parler, porte plutôt la marque d'une 
influence récente de la langue commune que d'une longue 
persistance dialectale : comparer l'actif d'aspect ancien 6à yptxàMi/.e, 
6à Ypà({^£T£, 6à YpatLwt et le passif d'aspect moderne 6à vpaçToyjxe, 
ôà Ypa(pT?jT£, 6à ypa'sxo'ù^i (=6à Ypaçioivs). Quant à 6à 'pavi, il 
en a été question ci-dessus (p. 158, n. i et p. 160); son carac- 
tère de forme influencée, elle aussi, par la langue commune 
lui enlève toute valeur. 

Mais faisons abstraction de ces diverses objections : l'explica- 
tion même de M. Scutt va nous en donner de plus fortes encore. 

Partant du principe ainsi posé par lui, l'auteur rétablit en tsa- 
konien des pluriels *(bpaxav, *£Ypa[3av, *{bpat'av, *iYpâ<pTav, *6à 
Ypiçwv (?), *6i 'pav, *9à 'paT'ojv, *0à ^paoToù^, auxquels il s'agit 
d'ajouter un i final. Cet -i M. Scutt l'emprunte à des formes 
du verbe être, elvi et r^ngi, prés, et imparf. plur. 3. Je 
cherche en vain dans cette explication de quelle façon le v final 
de l'étrange *6à Gpàçwv aurait cédé la place à t pour donner 6à 
Ypaçwï ; M. Scutt déclare seulement que le maintien du v dans 
6à 'pavi, Oà 'pa-r'ouvi, 6à yP^?''^-^''' ^ pour cause la position de 
l'accent. Voilà qui est vite dit. 

Je ne dresserai pas à mon tour, pour conclure, la liste des 
formes et des faits hypothétiques auxquels a eu recours M. Scutt 
afin d'étayer son argumentation et me bornerai à rappeler 
comme dernière observation, que nulle part il n'a tenu compte 
du bovésien. Ce dialecte doit d'autant moins être mis purement 
et simplement à l'écart qu'il off"re sur tous ces points une con- 
cordance pour ainsi dire mathématique avec le tsakonien. 



NOTES SUR LE DIALECTE TSAKONIEN 163 

II. Changement de H en 7\ — Le tsakonien, suivant l'auteur, 
est en ceci l'héritier du laconien ; le changement de en j à 
Symi et à Ikaria (et à Bova et en Asie mineure) n'a rien à voir 
avec la question de =ff en tsakonien. Ainsi envisagé, le problème 
est insoluble pratiquement et c'est pourquoi il me paraît inutile 
de reprendre en détail les objections de M. Scutt. Nous sommes, 
lui et moi, d'accord sur un point : le nombre de mots tsakoniens 
attestant un changement de 6 en a est trop restreint pour qu'il 
y ait lieu d'admettre une évolution phonétique dans toute sa 
plénitude. Mais je ne saurais le suivre, quand il déclare que 
« the only explanation is that at the time when Laconian 
used {j for Q, a number of such words spread to the Tsakonian 
district, and hâve since become reduced under the influence of 
Modem Greek ». L'existence d'un laconien *5a{ea) pour ox'm 
(tsak. ^esu) me laisse sceptique. Si dans àAsOo) alesu le s était 
laconien, ce verbe aurait-il Ve que le gr. com. àXiQÔo) a pris à 
xKzax ? Quand on voit le gr. mod . /.soiOa (fém. refait sur le 
neutre À£6(6'.) correspondre au gr. anc. eXu-ivc, par une évolution 
phonétique d'ailleurs obscure, et qu'on retrouve à peu de chose 
près cette évolution dans le tsak. lenisa pourA£{x'.Oa, un s laconien 
est bien peu vraisemblable. Je m'en tiens donc à ce que j'ai écrit : 
« les rapports entre la substitution laconienne du j au 6 et le 
changement tsakonien de en t sont vraiment trop vagues pour 
qu'on puisse songer, dans le cas présent, à une survivance de 
formes anciennes ». Ce sont sans doute les questions connexes 
et la diminution croissante des prétendus laconismes du tsakonien 
qui auront ici raison des dernières hésitations. 

III. Verbe être ^. — M. Scutt fait à mon exposé deux cri- 
tiques : il est improbable que la voyelle initiale d'une seule 

1. Etudes,!, "^12-^1^. J'ai prétendu qu'en tsakonien 6 n'était devenue 
que devant i ou e et rapproché à ce point de vue le tsakonien d'autres dialeaes 
modernes . 

2. Revue des Etudes grecques, XXIII (1910), p. 62-71. 



164 HUBERT PERNOT 

forme (sing. 3 eni) ait pu s'étendre à tant d'autres et, en se pla- 
çant à ce point de vue, il est difficile de voir pourquoi plur. 3 
garde intact son i initial (jni). Je ne m'arrête plus à la première 
objection; voir d'ailleurs Dawkins, Asie min\, 282. Quant à la 
seconde, les textes médiévaux y répondent en attestant une 
certaine répugnance à l'unification vocalique initiale de sing. 
3 et de plur. 3. On a dit d'abord Ivt aux deux nombres. Au 
pluriel, cet evt s'est changé en *£vai-> elva-., qui est courant dans 
les textes dès le xii^-xiii^ siècle. Pour le singulier, l'évolution a 
été la même, mais svai a duré et c'est seulement au xv^ siècle 
qu'on s'est décidé à l'unification vocalique évitée jusque là : 
elvai sing. 3 et plur. 3 (à côté de eîij.at, thoLi, £'{[j,£Ga, eiaxe). Au 
xvi% le grammairien corfiote Sophianos donne toujours sing. 3 
è'vat, plur. elvai et, parmi les dialectes modernes, ceux d'Otrante, 
quelques-uns d'Asie mineure ^, d'autres encore, continuent à 
faire la même distinction, dont la portée linguistique subsiste, 
malgré l'état du grec commun, qui a opéré la confusion. 

Pour l'auteur, les formes tsakoniennes mi (=£iJ,t)5, çsi, eme 
proviennent du dorien £|j.;j.i, £aa(, £i[;iv ou e\\i.éç; ethe remonte à 
è7T£ par un laconien I'tte; /?;/ est £ifft, avec changement de -ji 
en -VI, sous l'influence de eni ou des plur. en -vi. Il n'est arrêté 
dans cette voie, ni par la contradiction que présentent è'vi, forme 
commune 4, et èi^iji-i, èaai, formes dialectales, ni par l'aspect tout 
moderne de l'imparfait, pour lequel il reproduit dans ses grandes 
lignes l'explication que j'ai moi-même donnée. Enfin il tombe 
dans un cercle vicieux, puisqu'il a déjà attribué (p. 150), l'i 
des plur. en -vi à l'influence de /?;/, et n'explique en aucune façon 
comment il se fait, si itii contient la finale de çni, qu'il ait un n 
mouillé, alors que eni n'en a pas. 

1. Dawkins, Modem Greek in Asia mwor (Journal of Hell. Stud., XXX, 
1910). 

2. Dawkins, ouvr. cité, p. 127. 

3. La forme fwî s'est conservée à Kastanitsa ; le lénidiote change phonéti- 
quement mi en ni . 

4. Mém. de la Soc. de ling., IX (1896), 170-188. 



NOTES SUR LE DIALECTE TSAKONIEN l6$ 

IV. Tels sont les points principaux sur lesquels je tenais à 
revenir, après l'exposé de M. Scutt. Ce ne sont pas les seuls qui, 
dans son étude, donnent prise à la critique. Parmi les phéno- 
mènes soi-disant exclusivement attestés en tsakonien l'auteur cite 
(p. 154), ; -> T-, qui se retrouve à Bova, -i -» xt, connu à Lesbos 
et à Mesta (Chio). L'étymologie àva{aOï;Tcç admise pour h'r-oq 
= ayavToç à Symi (p. 155) est des plus sujettes à caution; 
£Ï;j.st'£ dans cette île ne remonte pas à £Î}ji.£(r:£, maik à cï}i.£0a'. 
Le chapitre des pronoms (p. 162 sqq.) est peu satisfaisant. 
Les comparaisons avec d'autres dialectes y manquent presque 
totalement . Il y avait lieu de rapprocher de èÇoû = £7^ le chy- 
priote £Ytw et d'en tirer la conclusion que dans è^sù le Z rem- 
place non pas un •^, mais un yod, tout comme du reste dans 
;j,:«oy (ijlovùv) (fut. Oi [xc^aou, passé i-fXc^âxa), formes analogiques 
de celles, conservées ou non, dans lesquelles le y précédait e, i. 

Ces comparaisons dialectales sont essentielles dans la question 
du tsakonien et donnent lieu, pour enderi (toOtoç) par exemple, 
à de tout autres parallèles que â'vSa, a-j-nj, Kuzp-ot ccmzo^z, toÙ 
ajTsO Itsuç, Aiy.«v£ç (Hésychius) et même que xcJvBo, rsJvSa 
(Bova). De même, lorsqu'on se trouve en présence d'un para- 
digme tsakonien comme le suivant, qui est celui du pronom per- 
sonnel non emphatique de la 3' pers. « lui, elle » : Sing. ace. m", 
gén, si ; Plur. acc.-gén. si, c'est rester de parti pris dans le 
domaine hypothétique que d'y voir un ancien vîv (ou jaiv, 
suivant Thumb) en laissant si de côté ; ou restreindre considé- 
rablement les chances d'une bonne solution, que de demander 
au seul tsakonien l'explication de ce si, comme le fait M. Scutt. 
La première question qui se pose est de savoir si le gén . si et 
l'ace, si ne peuvent s'expliquer par le grec moderne et provenir 
par exemple de -r,z et de -ci; ; à Kastanitsa, le gén. plur. est sou, 
cf. Tsjç. Pour M/ = viv, on a d'autant plus le droit de se montrer 

I. Voir sur ces aspirées mes Études, I. p. 409-415, 425 n. i . 



léé HUBERT PERNOT 

sceptique qu'on trouve ni à Skopélos et à Aenos (Thrace), 
comme aboutissant phonétique de r/;v£'. 

Plus je considère le tsakonien, plus je me persuade que 
presque tous les vestiges laconiens ou doriens qu'on y a voulu 
découvrir sont illusoires. Le seul qui résiste à la critique est l'a 
pour -q, dans des formes comme à à\xépix (ji ii]j.épa), xàv à[t.ép(x 
(i;y;v r,\).ipoi), \)Àz-q ([j//^TY)p), aa'xspe (ffY;jj.£pciv), p.aXt ([/.yJXov). D'ail- 
leurs, ici encore, on a été trop loin. Les données d'autres dia- 
lectes permettent d'éliminer un certain nombre de ces prétendus 
dorismes. Ainsi, les formes pontiques ccT,akâ\L(x (^aXaiAY;), à-q 
FiwpYtTaç (à*r) Vt.b)pyix-qç, où àrj = àyioç), 'Ay.p{-aç ('AxpiT"/;ç), 
àyy.Ksoy.'kéffxaç (àY'/-tfftpoxXé©r/jç, en parlant d'un poisson)^ 
rendent très problématique le dorisme des finales tsakoniennes 
en -a et -a(ç) dans des mots tels que r.7.Aa\)/q pâma, àa-pir/;? 
astrfta, xXsçtvjç krefta, etc. Cependant cette élimination opérée, 
on se trouve en présence d'un résidu difficilement réductible. 
En sera-t-il toujours ainsi ? C'est possible. Mais un fait de ce 
genre saurait d'autant moins servir de base à toute une 
méthode de recherches, que d'autres, très caractéristiques à 
mon sens, nous poussent dans une direction différente. 

Lénidi, chef-lieu de la Tsakonie, est situé dans une vallée, 
à quelques kilomètres seulement de la mer, et l'on y arrive, de 
l'escale, sans la moindre difficulté, à travers des jardins et des 
oliviers. Certains villages tsakoniens occupent, il est vrai, une 
position plus abrupte, mais enfin il y a quelque chose de sur- 
prenant à ce qu'un dialecte dorien se soit maintenu précisément 
ici, à l'exclusion de toutes les régions autrefois doriennes du 
Péloponnèse et notamment du Magne, dont les habitants, renom- 

1. Kretschmer, Lesbos, 256. Cf. Archélaos, Sinasos, xïivwpaç, 7:00 ôXîyou, à 
Silata vïiwpà;. 

2. Valavanis, Pont, 13 ssq. 



NOTES SUR LE DIALECTE TSAKONIEN léy 

mes pour leur rudesse, se sont toujours laissé si difficilement 
pénétrer. 

Il n'est pas moins étrange de constater que les Tsakoniens ne 
possèdent aucune littérature populaire, car on ne peut donner ce 
nom aux quelques vers publiés par Ikonomos, ni aux contes de 
M. Scutt, d'importation manifestement récente. L'indigence du 
tsakonien à ce point de vue est telle que Ikonomos, désireux de 
donner dans sa grammaire un texte en prose, a fabriqué de toutes 
pièces un dialogue. Pour avoir des spécimens du dialecte, j'ai dû 
moi-même demander à des enfants de me dire en tsakonien les 
récits de l'Évangile qu'on leur enseignait à l'école. C'est là un 
phénomène qu'on est tenté d'appeler non hellénique. 

Extraordinaire également est l'absence de gradations dialec- 
tales. Le parler de Kastanitsa diffère de celui de Lénidhi sur 
certains points, phonétiques et morphologiques ; on trouve 
dans quelques hameaux des variations de minime importance, 
mais l'ensemble n'offre pas cet état normal bien connu des dialec- 
tisants et qui si souvent leur permet de découvrir, de village à 
village, les divers degrés de telle ou telle évolution. 

Et que d'autres singularités dans la morphologie ! Des accu- 
satifs pluriels sont employés en fonction de nominatifs : c- cvou 
(= ci ovour, au lieu de ol svst, gr. com. -zx Yaïoo-jp'.a), cl ovtou 
(=0- CÔVT2JÇ, au lieu de cl z^-.c, gr. com. -zx SôvT'.a), etc. Des 
gén, plur. servent également de nominatifs : k'^o\>(== jjxûv), pro- 
bablement aussi oî ojOi5uv£ (= ot cotwvs, gr. com. -x çi5ta), 
cl -:7(cuv£(= cl Tfj'lwvs, ital. :(io, gr. com. cl \ixxp'^-xi-^^, etc. Des 
passés en -xa sont refaits sur des subj. aor. : va vtavcu, èvuyxa (gr. 
com.£Y'.ava), va \i.xpxvc-j, è;j.7pxYy.a(gr. com. {jL.-?pava), etc. Des pré- 
sents et des imparfaits sont remplacés par des formes périphras- 
tiques : vn -^pivca (cT;a.at -^pxzbiv, gr. com. vsdtsio), ï\i.x' -^piocj 
(7^;j.av = TjiXYjv Yp20(i)v, gr. com. ïypxox^. Des parfaits et des plus- 
que-parfaits ont des aspects comme ceux-ci : Ivi èycj opx-é (^d\iai 
r/wv ôpaTÔv, gr. com. ïyjiù (V)^ti), fjxaï ïyp'jYzs. bpa-:é (eïjxaat^ 



lé8 HUBERT PERNOT 

£Ï;x£6a £'/ovT£<; ôpaTÔv, gr. com. lyo]}.t (i)B£î), ï'^a 'éyo\j ôpaiÉ 
(•}^[ji,av ::= r^iiri^ e'^^wv opaxôv, gr. com. elya (l)o£î), etc., etc. 

M. Hesseling, frappé par des constatations de ce genre et 
guidé par ses recherches antérieures sur certaines langues mixtes, 
telle que celle des Boers et le négro-hoUandais des Antilles, a, 
dans une étude à laquelle on ne paraît pas avoir accordé encore 
toute l'attention qu'elle mérite ', émis l'opinion que le tsakonien 
est, lui aussi, un dialecte mixte, renfermant par conséquent une 
part d'éléments étrangers. A l'appui de sa thèse M, Hesseling a 
produit un intéressant passage de la chronique de Monembasie 2, 
où sont relatés les faits que voici : 

Au temps de Justinien, des peuplades nomades (yévoç ol "A[3ap£ç, 
l'ôvoç Oivf/.ov xoà BouAYapiy.Qv), chassées du sud du Caucase, lon- 
gèrent le Pont-Euxin et vinrent demander asile à l'empereur, 
qui leur permit de s'établir à Dorostolos en Mésie, où elles pros- 
pérèrent et d'où elles se répandirent en Thrace et en Macédoine. 
Sous le règne de Maurice (582-602), elles envahirent au mépris 
des traités, la Thessalie, l'Hellade, TAttique, l'Eubée et même le 
Péloponnèse. Ce fut alors que les gens de Fatras s'enfuirent à 
Reggio de Calabre (cf. Bova)... Parmi les Lacédémoniens, les uns 
gagnèrent la Sicile, d'autres fondèrent la ville côtièrede Monem- 
basie ; ceux qui étaient cultivateurs et bergers, allèrent s'instal- 
ler avec leur bétail dans la région qui fut appelée Taay.wvîat '. 
Les envahisseurs restèrent dans ces parages pendant 218 ans, et 
n'en furent chassés que sous Nicéphore P''. 

Quelque opinion que l'on professe sur le détail de cette chro- 
nique, il ne semble pas qu'il y ait lieu de la rejeter en bloc, et 
des érudits comme Gelzer^ et Vasilief admettent le fait d'une 

1 . Hesseling, De Koine en de oude dialekten van Griekenland (Comptes rendus 
de l'Acad. à! K.vas\.trà2Lm,Letterkunde, 4e série. VIII^ part.). Amsterdam, 1906, 
2+ 37 pag., in-80. 

2. Lambros, 'laxopr/.à ix£X£TrJij.aTa, Athènes, 1884, in-80, p. 97-128. 

3. Toutes les tentatives pour tirer Taaxojvi'a de Aaxwvîa et TtJdtxwveç de 
Aàxtovsç n'ont donné jusqu'ici aucun résultat satisfaisant ; voir Thumb, Die 
ethnographische Stellung. der Zakonen {Indog. Forsch., IV), 212. 

4. Krumbacher, By^. Litt., p. 944. 



NOTES SUR LE DIALECTE TSAKONIEN l6$ 

immigration étrangère, avare et slave, dans ces régions, durant 
le règne de Maurice. 

Le lexique tsakonien n'a encore rien fourni de positif à cet 
égard, et il est présumable que, s'il renferme des données, 
parmi les mots dont on ignore l'étymologie, elles sont en 
nombre minime. Quant à la morphologie, elle n'est guère suscep- 
tible d'utilisation, puisque le second terme de comparaison fait 
défaut. En revanche, il me semble que le traitement des groupes 
de consonnes peut être ici de quelque intérêt. Déjà M. Hesse- 
ling a signalé les « assimilations consonantiques exagérées du 
tsakonien, compréhensibles dans des bouches non indigènes ». 
A ce p