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REVUE 



DB8 



LANGUES ROMANES 



REVUE 



LANGUES ROMANES 



TOMK LI 



IV° Série — Tomb I 



JA.N7IBR-FËVRIER 1908 




SOCIÉTÉ DES LANGUES ROMANES 
MONTPELLIER 



LA HONGRIE ET LES HONGROIS 

DANS 

LES CHANSONS DE GESTE » 



Gaston ^ Paris, a le premier soulevé la question de la signi- 
fication des noms propres dans la Chanson de Roland, Avant lui 
I. Haupt ^,s'était, il est vrai, occupé de ces noms propres, mais 
à tout autre point de vue. M. Langlois a depuis publié sa 
Table des Noms propres de toute nature compris dans les Chan- 
sons de Geste imprimées ^. L'introduction de ce consciencieux 
ouvrage en précise bien l'utilité : « Un coup d'œil jeté sur le 
présent volume permettra d'apprécier combien d'allusions s'y 
trouvent expliquées par le rapprochement de noms épars dans 
différents poèmes; combien d'identifications précédemment 
proposées ou admises devront être rectifiées ; combien d'autres 
il sera facile d'établir : de quelle lumière le problème encore si 
obscur de la filiation des poèmes s'en trouvera éclairé. » 

Nous nous sommes proposé de faire une partie de ce travail 
dans la présente étude où nous traiterons du nom de la Hon- 
grie et des Hongrois dans les Chansons de Geste. A la liste 
donnée par M. Langlois nous ajoutons Florence de Rome * qui 
va être publié et Charles le Chauve qui est inédit. Nous trouvons 

' ESn publiant cette étude, nous devons remplir un devoir agréable et 
remercier M. Hédier, professeur au collège de France, et M. Roques, pro- 
fesseur à la Sorbonne, qui ont bien voulu diriger Tautour dans ses recher- 
ches et l'aider dans son travail. 

^ 6. Paris, Noms des peupUê païens dans la Chanson de Boland, Ronu^ 
nia, 1873, t. II, p. 329, 4S0. 

' J. Haupt, le Palais ei le temple dace sur la colonne de Trajan^ 1870. 

* E. Langlois, Table des noms propres, etc. Paris, 1904. 
. 5 Florertce de Borne, chanson de geste publiée par Axel Wallenskold. 
Société des anciens Textes français. Paris, 1907. 



/9 ^^^ll, 



6 LA HONGRIE ET LES HONGROIS 

environ trois cents fois le nom du pays et celui du peuple en 
une cinquantaine d'épopées. Ces noms reviennent dans les 
conditions les plus variées. Un examen approfondi amène à 
adopter l'opinion du baron d'Avril sur les noms de peuple 
sarrazins : « Il n'est guère admissible que le trouvère, si exact 
dans ses mentions géographiques relatives à la France, ait 
imaginé arbitrairement les noms des pays sarrazins. Je crois 
que ces noms se rattachent tous à quelque souvenir et à quel- 
que tradition. » Le nom de la Hongrie, sauf peu d'exceptions, 
n'est pas douteux; mais l'introduction du nom dans un poème 
pourrait être l'effet soit d'un jeu d'imagination, soit d'un souci 
de vérité historique. A laquelle de ces deux opinions faut-il 
s'arrêter? 

La première partie de l'étude précisera la forme du nom 
dans le langage des trouvères. La seconde exposera les faits 
historiques relatifs aux rapport entre la France et la Hongrie 
du neuvième jusqu'au quatorzième siècle et cherchera les 
allusions à ces faits dans les Chansons de Geste. Un résumé 
terminera l'étude en faisant voir la Hongrie à travers les Chan- 
sons de Geste. On pourrait tirer des conclusions sur la source 
de celles-ci, quoique ce ne serait qu'une supposition. Mais nous 
sommes convaincus que plusieurs études pareilles jetteront 
un peu de lumière de différents côtés dans la forêt touffue 
des chansons et feront voir des chemins qu'on n'a pas encore 
découverts *. 

L — Le Nom 

Le nom de la Hongrie et celui des Hongrois étaient bien 
connus des chroniqueurs du moyen âge, malgré la confusion 
avec les Huns qui se produit dans les premiers documents. 

* Pour désigner les chansons de geste et d'autres indications bibliogra- 
phiques, nous^emploierons les abréviations de M. Langlois auxquelles nous 
ajouterons : 

ce. Charles le Chauve. Ms de la Bibl. Nat. n» 24, 372 (2724 la Vall..) 
Histoire littéraire de la France, t. XXVI, p. 94-96. 

FR» Florence de Rame, chanson de geste p. p. A. Wallenskuld. S. A. TF. 
Paris, 1907. 

Sayous. E. Sayous, Histoire générale des Hongrois, 2® éd. Paris, 1900. 



DANS LES CHANSONS DE fiKSTE 7 

lalroisiétne VicdeSainl Mèdnrd ' par ri?vé([ui' Radbodua 

1 onzième siècle, on lit : « Wandalorum, Hunnorum, Hun- 
1 imiptionibus devastata erat GalUa », et l'éditeur 

marque : n Hunni aono 451 duce Attila Galiias devasla- 
^unt. QuibuB Radbodus adjecit Hungaros, ut ab Hurmia 
dictinctos, qai subsecutis, saeculis idem fecerutit n. Un « Hun- 
gariua Cornes n est cité en 838 parmi les témoins d'un jugement ' 
On trouve encore les formes suivantes dans les chroniques : 
Ungari ', UngriS et le pays qu'ils habitent s'appelle Hun- 
garia ^. 

L'origine de ces noms n'a été ejcpliquée que tardivement. 
Jornatides dit :« llunuguri autem hinc sunt noti, quia ab ipsis 
pellium murinai'um venit cominercium ' ». Les auteurs italiens 
écrivent Hunni, les byzantins 'ouvnoi et Ko'lïvoi les grecs 
Ou77;>oi ^. Il faut renoncer à trois explications répandues au 
moyen âge : le nom de Hongrois ne vient ni de l'allemand 
an%d}OTene{,naa indigène), ni du latin an^aria (chariot), ni du 
château de Hungu près des Karpates, car il est antérieur à la 
conquête de la Dacie et aux invasions en Allemagne , Il faut 
le rattacher au nom Jougra, fréquent sur les flancs de l'Oural 
septentrional où se trouve la rivière Jougra et le peuple Jougra, 
signalé déjà par Nestor au onzième siècle et dont le nom est 
identiqueau grec'ouyypoi. Le nomilungarus se présente sous 
quatre formes principales : Hunugarus, Hungarus, Unuga- 
rus, Ungarus, suivant que la protimique non initiale et l'as- 
iration initiale sont ou non conservées. On retrouve l'équi- 

lent de ces quatre variantes dans les Chansons de Geste. 

G. Paris ' a divisé les noms des peuples païens de la manière 



4 



I DoiQ Bouquet, REcui-il des Histcrieas, Paris, 1869. t. HT. p. 454. Ms 
f-UBibl. N«t., ii°377i). 

> Dom Bouquet, Recueil des Historiena, Parin, 186S, p. 21)9. 
< Dom Bouquet, ib, t. VIH, pp. 54, 7*. 

1;! Dom Bouquet, ib., t, VII, pp. 70, 368, et t. VIII, p. 101. 

> Dom Bouquet, îb., t. VII, p. 260. 

' Mon. Germ, Hiet. t. V, p. 03. Vnriontea : hunugguri (P), uuiguri 
(L), hunucnrî (Ob ), hiinugir (Y) : Ovo^supoi ( E^isoua), piitria Onogoria 
(Rav,*, 2. p. 170). 
I 7 SayouB, p. 2. 
I • G. Paria, Nom« des pcuplei paUm, Eom. 1873, t, II, p. 325. 



8 LA HONGRIE ET LES HONGROIS 

suivante : « Ces noms sont de deux genres : ou bien le poète 
mentionne le pays ou la ville d'où proviennent les com- 
battants, ou bien il les appelle par leur ethnique propre ». 
Pour les Hongrois dans les Chansons de Geste c'est le premier 
genre qui l'emporte sur le second. Nous trouvons plus souvent 
le nom du pays que celui du peuple et ce dernier plus rare- 
ment encore comme adjectif. Pour le pays, on trouve au 
onzième siècle : Honguerie *, Hongrie ', Ongarie *, Onguerïe *, 
Ongrie ^; au douzième : Honguerie ", Hongherie \ Hungrie *, 
Hongrie', Ongaria*®, Ongarie**, Ongrie*^; au treizième : Hon- 
guerie", Hongerie*^, Hungerie**, Angarie (Angalie, Ungarie, 
Ulgarie, Urgalis, Tabarie)**, Hungrie *^ Hongrie *^ au qua- 
torzième : Honguerie*', Hungrie*', Hongrie'*, Onghrie**, 
Ongrie ^'. 

Le nom du peuple se présente avec l'orthographe suivante 
au onzième siècle : Hungre **, Hugrent *», Ongres **; au dou- 
zième : Hongre *\ H ogre **, Hongrois *•, Ongres '' ; au treizième 



» Pè. 

2 RRo*. 

3 4 5 R 

6 M. 

» Al. 

« HB,0. 

» B', CN, GL, G, N, JB, M, RM, Sa. 

1'," B',M. 

«2 B',EM,OB. 

13 AC, Aub, B, DM. 

»^ RC. 

«6 EL 

*« Ant. 

" A, Ant. 

'8 AN, Aub, B, DR, EO, FC, Go, Ng, Oo, PD, RM. Og, Ro^, RC, ATo. 

»» CF. 

20 GR. 

2» BS, J, F, Gir, HC, Be, CF. 

22 BS. 

23 GR, pp. 

2t 25 26 R 

27 Sa. 2« GL. 2» GL, Sa, B' »' Sa. 



DANS LES CHANSONS DE GESTE 9 

Hongre *, Hogre *, Hongrois'; au quatorzième: Hongre*, 
Hogre *. 

Toutes les formes sont dérivées d'une seule forme latine et 
leur variété n'est due qu'à l'incertitude orthographique du 
moyen âge. On peut distinguer deux périodes dans l'histoire 
du nom de pays : dans la première la protonique non initiale 
est conservée sous la forme de c ou a; dans la seconde elle 
tombe. Les deux formes restent dans l'usage jusqu'au qua- 
torzième siècle, à cette époque le premier semble s'effacer 
devant le second. L'étymologie du nom sera : 

a) 1. Hungaria > fr. Hungerie (Hongerie, Hongherie, Hon- 
guerie), Hungrie (Hongrie); 

b) 1. Ungaria > fr. Ongaria (Ongarie, Onguerie. Angarie) 
Onghrie (Ongrie). 

Le nom du peuple présente aussi deux types. L'accent por- 
tait sur la première syllabe du nom et la première voyelle 
posttonique était tombée dans toutes les variantes. Mais à 
l'aide d'un suffixe on a refait une forme nouvelle qui a donné 
la forme actuelle : 

1. a) 1. Hungarus »> fr. Hungre (Hugrent, Hogre, Hongre); 
b) 1. Ungarus > fr. Ongre; 

2. a) 1. Hungaricus > fr. Hongrois; 
b) 1. Ungaricus > fr. Ongrois. 

La vieille forme « Hongre » avec quelques dérivés a per- 
sisté en français moderne. On appelle « hongre » un cheval 
châtré; on trouve ce mot dans le sens actuel chez Robert 
Estienne en 1599 et de là les dérivés hongrer : châtrer, hon- 
greur : celui qui hongre (néol. *). Le même radical se retrouve 
dans hongrieur ou hongroyeur : ouvrier qui façonne le cuir de 
Hongrie, fe?^royer : préparer (le cuir) à la façon du cuir de 
Hongrie, hongroierie : commerce, atelier du hongroyeur. Un 
troisième mot est dérivé de ce radical, c'est hongreline : ancienne 

* Aub, DM, NA, PO. 

« Gv. 

3 B, EO. 

^ J, CF. 

5 CF. 

8 Littréy Dkt,, et Darmsteter-Hatzfeld, Dict, général. 



10 



LA HONGRIE ET LES nONGROJR 



sorte (le justaucorps que l'Académie a admis en 1694 ni sup- 
primé en 1798 '. Il est évident que hongre, hongrelinc et lion- 
groifeur remontent à la vieille forme du nom de peuple « hon- 
gre >J ou à la forme moderne « hongrois n, et ils n'ont rien à 
taire au point de vue de la phonétique avec In nom du pays 
Hongrie qui se trouve sous l'étymologie dans les dictionnaires. 

Le nom de la Hongrie et des Hongrois employé dans les 
Chansons de Geste est dérivé du nom latin qui se trouve dans 
les chroniques. Le nom fut introduit même avec un autre 
sens et sert encore à former des mots nouveaux. Mais à côté 
du nom latin Hungaras le peuple hongrois en connaît un 
autre, le seul qu'il emploie, c'est le nom de « magyar n. Au 
moyen âge on le faisait dériver de Magog, fiSs de Japhet ; ou 
de Magor, fils de Nemrod, ce qui permettrait de ne pas se 
séparer do la tradition biblique. La forme employée par les 
chroniqueurs était Moger, tandis que l'arabe Ibn-Dasta, dans 
son Livre du Trésor, écrivait Madschgar et Maçoudi, Bedjgar. 
C'est donc un nom fort ancien et reconnaissable sous de for- 
mes variées. 

Si ce nom était bien connu déjà au moyen âge, s'il fut 
employé par des écrivains étrangers, l'étymologie n'en reste 
pas moins incertaine, car son origine remonte aux temps 
les plus reculés. Suivant une étymologie qu'Amédée Thierry 
a cru pouvoir adopter, une tribu, celle des Megors aurait donné 
son nom au peuple tout entier. D'après Klaprath, le nom des 
Baskirs ou Bacbgird fournirait la clé de l'énigme. L'opinion 
la plus vraisemblable rapproche le mot mgyar du vogoul Ma- 
Kâr ou homme de la terre, indigène, entant de la terre *. Il 
remonte donc au séjour des Hongrois dans leur première 
patrie et appartient aussi bien à la couche la plus ancienne 
de la langue comme le mot Jougra (IIongriet-Mais tandisque 
Jougra dans sa forme latine fut connu à l'occident et donna 
naissance au nom Hongrie, le nom « magyar " ae conservait 
à l'Orient et fut la seule forme employée par les indigènes. 

Le français du moyen âge a connu la forme latinisée et elle 
a ignoré la forme orientale *.Daiis les Chansons de Geste nous 



dans quelques teites latine ; o Ea tompoatatc i 




DANS LES CHANSONS DE OESTP. 



If 

e trouvons aucune trace de cette dernière. Les auteurs de ce9-J| 
[chansons employaient le nom de la Hongrie et <le8 Hongrois ' 
jdans la forme latine qui resta le terme en français. On peut 
kupposer que les Français ont appris à connaître le peuple 
Venu en Europe au neuvième siècle par l'intermédiaire deâ.. 
Khroniques latines où les noms employés étaient Ilungariftil 

Hungari. Les dérivés de ces mots sont restés en français et o 
jie sont que les rapports modernes qui ont rendu le i 

i magyar " connu en France. 



IL — Histoire et poésie 
1, Période paienne 

G. Paris croit que les guerres de Charlemagne en HongnaJ 
^t contre les Bulgares sont encore bien connues de l'auteur di^fl 
Roland '. Laissons de côté la question des chansons perdues! 

■ et tâchons d'établir par le rapprochement des noms les allu-,, 
(i Bions aux événements du neuvième et du di.'ciémo siècle. 

Dans leur premier séjour, les Hongrois avaient pour voisintJ 
I divers peuples Finnois et Turcs : les Bulgares, les Baskirs 
l' Khazars et bientôt les Petchénègues et les Cumans. Les But< I 
L gares étaient des Finnois, les Cumans et les Petchénègues des,* 
I Turcs. Les Hongrois apparaissent avec ces peuples sur Ia-| 
[' Bcène de l'histoire. Les Bulgares furent absorbés par rélémentj| 
I slave danubien, les Cumans incorporés dans la nation honT.i 
Igroise. Mais cette fusion se produit beaucoup plus tard et Uj 

■ est inadmissible que les sept tribus cumanes aient été annexéos-J 
là l'armée d'Arpàd, comme le Notaire Anonyme le prétend. 

L'empereur byzantin Léon VI, monté sur le trône en 886 
1 envoya des ambassadeurs négocier une aUiance avec Arpâd. I 
ICe tait tut décisif pour l'apparition des Hongrois en Europe..^ 
J Ils franchirent la chaîne des Karpates vers 896 et occupèrent J 
f le territoire actuel de la Hongrie. Dans cette seconde patrie ils | 



[ magan pemogab 



la «aionas ». Ma, à la BibL Imp. de Vienne J 



I Cod. hist. EppI. n'' ciï (olim 37), p. 23 v Miracvia S 
I Cf. Aot. SS. Boil. 9 HBpt m. p. 343-355, 

', Hi»l. poH. de. Charlemagne, pp. 20^,454. 



LA UONGHIE ET LSS HONGHOIB 

avaient pour voisins des peuples slaves (Russes, Slovènes, 
Polonais, Tchèques), la mer Adriatique les séparait des Ita- 
liens ou plutôt les reliait à eux. Les Roumains n'étaient pas 
encore ni dans leur pays actuel, ni en Transsylvanie. On peut 
admettre la persistance d'un élément roman très réduit en 
nombre au nord du Danube, mais les historiens ont refusé 
l'hypothèse de la perpétuité du romanisme en Transsylvanie. 
Nous n'en trouvons aucune trace dans l'histoire au temps de 
Charlemagne et plus tard les Chansons de Geste ne les men- 
tionnent pas avec tes autres voisins des Hongrois. La popu- 
lation roumaine n'est venue s'établir en Transsylvanie qu'au 
treizième siècle. 

Le souvenir d'un peuple qui n'était pas contemporain vivait 
encore dans les chroniques et causait une confusion perpé- 
tuelle, c'étaient les Huns. Leur apparition fit, malgré la courte 
durée, une impression profonde. En 451 les Huns passèrent 
le Rhin, ils assiégèrent Metz, Trêves, Tongres, Orléans et 
en 453 ils furent vaincus à Châtons-sur-Marne par Aëtius. 
Les chroniques racontent que S. Nicaise, évêque de Reims et 
sa sœur Eutropie furent martyrisés et mentionnent on termes 
brefs cette invasion. Le pays d'où ils venaient fut appelé 
Hunia pendant des siècles ' et les Hongrois sont souvent con- 
fondus avec les Huns '. Il est à remarquer que cette confusion 
est bien rare dans les Chansons de Geste; on y trouve les Huns 
à côté des Hongrois, mais la provenance d^ deux noms prouve 
que la distinction est déjà faite. 

Au X^ siècle, sous le règne des princes, les Hongrois firent 
des invasions dans l'Europe occidentale. Il est difficile de 
dater ces expéditions, il faut s'en tenir aux dates probables. 
Leur première incursion les mena en Italie où ils vainquirent 
le roi Bérenger sur les bords de 1» Rrent». Vers 912 ils enva- 
hissent une première fois l'Alsace et la Lorraine où ils détrui- 
sent les monastères de Saint- Dié et de Remiremont '. En 917, 
ils attaquèrent les mêmes provinces; l'archevêque de Reims 
fit des préparatifs pour les sauver, mais le roi de France n'osa 

' Dora Bouquot, a. o. , t. V, pp 16, 360, 368. 
' diTOH. doKézai, de Thurôciy, 

' En 917 suivant la Chron. brève 3 VineenlH Meten«ia : Ungarii 
piimi rtigiium Lothnrii ïagFeesi sunt. 



DANS LES CHANSONS DE GESTE 

i quittersa forteressfi de Laun. La Provence fut envahie en 924; 

i de ritalic ils franchirent les Alpes, mais le roi de France Raoul 

L et le comte Huguet de Vienne les repoussèrent. Après avoir 

perdu leur arrière-garde ils se retirèrent dans la vallée du 

Rhône. Leur avant-garde parvenue jusqu'à Toulouse tut 

battue par le comte Raymond Pons. En 926, ils envahissent 

la Lorraine pour la troisième fois ' et ces incursions sont très 

. fréquentes jusqu'à Qbb. Ils sont signalés dans le pays messin 

en 937 et en 955 '. Le roi Haoul les menaça devant Reims, 

s la Champagne et la Bourgogne ne purent leur échapper 

1 et ils pénétrèrent même au sud d'Orléans. En 943, Luxeuil, 

> DGle, de nombreuses villes et de nombreux monastères furent 

L détruits. Depuis 955 la France ne revit plus les Hongrois. Sous 

Sgne du prince Geyza (972-997) commença leur conversion; 

b l'organisation du pays suivit rétablissement et la conversion, 

^•ils ne portèrent plus les armes dehors. La période remplie 

• par la conquête de la Hongrie par Charlemagne et par l'in- 

ion des Hongrois en France Unit avec le dixième siècle. 

f Cette période historique a-t-elle laissé des traces dans les Chan- 

f Bons de Geste des siècles suivants? 

Dans la Chanson de Roland (R) de 1081, la Hongrie est un 
■pays du roi Marsilie ' que Roland a conquis à son empereur 
p avec la Bohême et la Pologne'. Les « Hungre» sont des païens 
L ennemis des Français avec " li Saisne, Bugre, Puillain °; » la 
[-' seconde des dix échelles de l'amiral est formée par les Hunns, 
[.'la troisième par les Hongrois ' et parmi les morts on trouve 
- beaucoup de Turs et « de cens de Hongrie ' ». La traduction 
^ en vieil allemand les a même introduits où ils n'étaient pas 
mentionnés dans le texte français ; Blancandius dit en parlant 
I de Charlemagne : « Nu habet ir bethwungen Kriechen unde 
Ungeren Riuzzen unde Bôlân " ». L'auteur do la Chanson 

' Chron. breveS. VitieenUi Metentis. 

• Dom Calmet, HUloire it Lorraine. Nancy, 1728, 

» R 1915 (L). 



' R 3530 (CV») 
' R37I (dR 177U). 



14 



r.A HONGRIE ET LES HONGROIS 



connaît les chevaux de la Hongrie, car nn amène ii Girart 
« un destrier de Ongrie ' » et l'or de Hongrie est mentionné 
deux fois '. Une version de la Chansonparled'» un paile do 
Pavie » que Girart acheta en Hongrie * et fait traverser la 
Hongrie par le roi qui va parle Poitou et Cologne à Cliartrea *. 

La Chanson des Saxons de la fin du douzième siècle range les 
Hongrois aussi parmi les peuples païens : a Denois, Saisme, 
Lutif, Hongre, Roxet Hermin" "OU « Ongres, Turs et Escler °» 
sont sous le roi Guiteclin le Hongrois '. Pendant les piépa- 
ratifs à la guerre, les tentes sont chargées« sur murs de Hon- 
grie " » et les Saxons tirent « d'arc de Hongrie * ". 

Floovenl présente aussi les Français et les Hongrois engagés 
dans un combat. Anmarriz de Chartres frappe un roi de Hon- 
grie et il le tue avec ses frères Marauz et Guimer de Taharie. 
Ce dernier nom de pays se trouve aussi dans une variante 
de la Chanson iTAniioche et dans Florence de Rome; il est pro- 
bable qu'il indique la Hongrie par une confusion de nom assez 
fréquente au moyen âge. 

Le Roman de Garin le Loheratn range aussi les Hongrois 
du côté des Sarrazins qui attaquentl'étendard des chrétiens '". 
Ils y sont confondus avec les Huns et les Wandres et cette 
confusion remonte aux chroniques latines. Les Hongrois ont 
assemblé leiirs guerriers pour conquérir la Gaule et dévaster 
le pays, comme « la bible nous le dit » suivant l'auteur lehan 
de Flagy y pense au n grand livre as istoire-s » d Samt-Denis 
cité par Adenet le Roi. Dans la Prise d Orange li \avar et 
li Hongre » haïssent l'enfant". Cornumaran qui monte un 
<■ destrier de Hongrie "" dans la Conquête de Jérusalem dit à 

' B' p. 91 V. 12. 

2 R 1637 et 1331. 

3 Bm' p. 260 ï. 9. 
' Ro' 11.301 y. 4. 
'■ Sa n, 65. U3. 

e Sa U, 149 et lg4. 
' Sa II, 45. 
8 Sa II. 102. 
«Sali. 47. 



• GLti 
' POW 



XV. 



DANS I^S CHANSONS DE QESTE 15| 

I Amiraiit après la victoire de Robert, duc de Normandie ' que 1 
l'tous ses hommes sont morts « et li Bogre et li Hongre et lia 
l'Popeliquant ^ w. 

N<jus trouvons au treizième siècle trois chansons où lesl 
Hongrois sont des paions que les Français combattent. Gaulrei/\ 
fait préparer des hatcaux pour aller « en Honguerie sus paiena 1 
ostoier « qui sont commandés par le roi Gloriant '■ Ce roi 1 
emmène Gautrey et son compagnon Doon prisonniers. Maprin 
menace de brûler toute la Hongrie, si l'on ne les laisse pas 
retourner *. Le messager voyage sur un cbameau et il arrive 
1 la cbité de Hongrie ■' >i. La route de Barbel va vers ta 
^Hongrie dans une ville nommée Amandou". Le « port do Hon- 
ftguerie ^ » est aussi connu dans la chanson et après que Glorianl 
Ka été vaincu, Robastre qui a traversé la mer en dix jours et 
Kdemi devient roi de Hongrie ' et porte en même temps le titre i 
^^e l'amiral ou de sire de 11 ongrie *. 

La seconde chanson est Doon de Mayence dans laquelle 1 

( maint Hongre et maint Grifon et maint d'outre la mer « 

Efurent commandés pour détruire la cité" et Doon demande à i 

mn seigneur la •> terre de Honguerie'' «. 

Le troisième poème, la Morl Aimeii fait envoyer par le roi j 

rrazin Corsolz, des messagers '■ deux Hongre poignant o en J 

, en Alexandrie et 40.000 Sarrazins viennent à 



La Chanson de Roland associe le nom dos Hongrois avec les j 
wuples paicns qui, ù l'orient de l'Europe, étaient en lutta 
ïonstante avec les chrétiens. Les allusions de la plupart d 



'■> OaU32, 

* Qa 6223, 

' Oa. 8400, 17278. 
' Ga 2039. 
7 Ga 198S. 

* Ga 10273 
» Ga 10482 
'• DM278, 
" DM lU6ft 
'= MA 61 H. 



16 LA HONGRIE BT LES HONGROIS 

autres chansons ' semblent remonter à cette chanson. Avec 
Gautrey les renseignements deviennent plus riches. La Hongrie 
y est encore païenne, mais un grand royaume aous son roi 
Gloriant; elle a un port, des villes, on fait une guerre longue 
pour la conquérir. Ce n'est plus la Hongrie du dixième siècle. 
Si le peuple est païen, l'auteur y reste fidèle à la tradition des 
chroniques, mais tout ce qui caractérise le pays répond aux 
temps postérieurs et vient peut-être de renseignements con- 
temporains de la Chanson. 



2. Période chrétienne 

Les rapports entre la Hongrie et la France prirent un tout 
autre caractère à partir du onzième siècle. Les Hongrois furent 
convertis par des apôtres slaves, ils apprirent des prêtres ita- 
liens à lire et à écrire. C'est encore l'Eglise qui, dans son uni- 
versalité, avec ses entreprises a mis en contact des peuples 
relativement si éloignés l'un de l'autre que les Français et les 
Hongrois.Gerbertd'Aurillac, pape sous le nom de Sylvestre II, 
envoya au premier roi saint Etienne la couronne et le titre 
apostolique. Saint Martin,évêque de Tours, était né en Sabarie 
(Pannonie), on gardait son souvenir dans le pays, car son 
image se voyait sur les étendards de Saint-Etienne lorsqu'il 
combattait Koppàny, le chef des païens. A la fin du onzième 
siècle le pays était franchement catholique, saut les Cumans 
qui se révoltèrent encore contre la nouvelle religior. Ha furent 
vaincus par le mi saint Ladialas qui les établit dans un des 
districts militaires; depuis lors ils fournirent des archers aux 
armées royales. 

Saint Etienne déjà organisa l'Eglise, mais il fallait assurer 
un personnel capable de remplir les fonctions ecclésiastiques. 
Les élèves de la Société du Christ à Estrigun (ou Strigun) 
étudièrent à Paris et à Bologne. Fait remarquable ! Strigun 
est la seule ville de la Hongrie mentionnée dans les Chansons 
de Gesie qu'on puisse identifier avec certitude. C'étaient sur- 
tout les ordres d'origine française qui furent appelés à diriger 
les écoles. La royauté était prodigue de ses dons à l'égard des 



' s», F, DM, MA, CN, 01.. PO, J. 



DANS LES CHANSONS DE GESTE 17 

monastères. Saint Ladislas fonda à Somogyvâr le monastère 
bénédictin de Saint-Gilles (Egyed) qui était soumis à Saint- 
Gilles au bord du Rhône près de Nimes. L'abbé Odilon, le 
moine Pierre, un grammairien du Poitou, étaient venus en 
Hongrie pour conférer avec saint Ladislas * qui promit que les 
moines seraient toujours des français. Cet usage fut suivi 
pendant des siècles. Il y avait donc une véritable colonie 
française dans l'ouest de la Hongrie qui a probablement 
exercé une certaine influence sur la rédaction des premières 
chroniques * et ne fut pas étrangère à l'établissement d'une 
chancellerie sous Bêla III '. 

Les croisades ont ébranlé la Hongrie assez tard, mais la 
route de la terre sainte passait par la Hongrie et les pre- 
miers mouvements donnaient déjà occasion aux Français 
de venir dans le pays. Le duc d'Angoulême, Guillaume et 
l'abbé Richard de Verdun furent reçus par saint Etienne. 
Sous le chevalier Poissy 15.000 hommes traversent Gyœr, Albe 
Royale et Zimony. L'armée désordonnée de Pierre l'Ermite 
avec 40.000 hommes rencontra des difficultés. Après la prise 
de Zimony, les Hongrois, les Bulgares et les Cumans réunis 
l'attaquèrent et l'exterminèrent. Pareil accident contribuait à 
mal disposer les historiens des croisés pour les Hongrois, et le 
poète du Gaufrey donna une expression poétique à leurs griefs. 
Godefroi de Bouillon voulait assurer sa traversée et il eut à 
ce propos une entrevue avec le roi Coloman à Sopron et au 
Mont de Pannohie. Baudoin fut donné en otage, l'armée tra- 
versait le pays sans accident et Baudoin fut renvoyé. Sous le 
même roi Guillaume, duc d'Aquitaine, Hugues le Grand, 
Etienne de Blois, vinrent dans le pays et l'épisode historique 
du prétendant Borris se rattache à la présence des croisés 
français en Hongrie. 

Les Chansons de Geste reflètent bien le changement qui se 
fit voir au onzième siècle en Hongrie et dans le rapport des 
Français avec les Hongrois. Les rois et les ducs sont en relation. 



* Mon, Germ, Hist, Script, XXIII, p. 798. 

^ Bûdinger, Ein Buch, angariacher Ceachichie 1058-1100, p. 83. 
^ Kont, Etude aur Vinfiuence de la Littérature Françaiae en Hongrie, 
Paris, 1902. 



16 LA HONGRIE BT LES HONGROIS 

autres cliansoiis ' semblent remonter à cette chanson. Avec 
Gaufrey les renseignements deviennent plus riches. La Hongrie 
y est encore païenne, mais un grand royaume sous son roi 
Gloriant; elle a un port, des villes, on fait une guerre longue 
pour la conquérir. Ce n'est plus la Hongrie du dixième siècle. 
Si le peuple est ptuen, l'auteur y reste fidèle à la tradition des 
chroniques, mais tout ce qui caractérise le pays répond aux 
temps postérieurs et vient peut-être de renseignements con- 
temporains de la Chanson. 



2. Période chrétienne 

Les rapports entre la Hongrie et la France prirent un tout 
autre caractère à partir du onzième siècle. Les Hongrois furent 
convertis par des apôtres slaves, ils apprirent des prêtres ita- 
liens à lire et à écrire. C'est encore l'Eglise qui, dans son uni- 
versalité, avec ses entreprises a mis en contact des peuples 
relativement si éloignés l'un de l'autre que les Français et les 
H ongrois.Gerbert d'Aurillac, pape aoua le nom de Sylvestre II, 
envoya au premier roi saint Etienne la couronne et le titre 
apostolique. Saint Martin, évèque de Tours, était né en Sabarie 
(Pannonie), on gardait aon souvenir dans le pays, car son 
image se voyait sur les étendards de Saint-Etienne lorsqu'il 
combattait Koppàny, le chef des païens. A la fin du onzième 
siècle le pays était franchement catholique, sauf les Cumaus 
qui se révoltèrent encore contre la nouvelle religior. Ils furent 
vaincus par le roi saint Ladîslas qui les établit dans un des 
districts militaires; depuis lors ils fournirent des archers aux 
armées royales. 

Saint Etienne déjà organisa l'Eglise, mais il fallait asBurer 
un personnel capable de remplir les fonctions ecclésiastiques. 
Les élèves de la Société du Christ à Estrigun (ou Strigun) 
étudièrent à Paris et à Bologne. Fait remarquable ! Strigun 
est la seule ville de la Hongrie mentionnée dans les Chansons 
de Geste qu'on puisse identifier avec certitude. C'étaient sur- 
tout les ordres d'origine française qui furent appelés à diriger 
les écoles. La royauté était prodigue de ses dons à l'égard des 



' Sa. F, DM. MA, CX. OL, PO, J. 






DANS LES CHANSONS DE GESTE 17 

monastères. Saint Ladislas fonda à Somogyvâr le monastère 
bénédictin de Saint-Gilles (Egyed) qui était soumis à Saint- 
Gilles au bord du Rhône près de Nimes. L'abbé Odilon, le 
moine Pierre, un grammairien du Poitou, étaient venus en 
Hongrie pour conférer avec saint Ladislas * qui promit que les 
moines seraient toujours des français. Cet usage fut suivi 
pendant des siècles. Il y avait donc une véritable colonie 
française dans l'ouest de la Hongrie qui a probablement 
exercé une certaine influence sur la rédaction des premières 
chroniques * et ne fut pas étrangère à l'établissement d'une 
chancellerie sous Bêla III '. 

Les croisades ont ébranlé la Hongrie assez tard, mais la 
route de la terre sainte passait par la Hongrie et les pre- 
miers mouvements donnaient déjà occasion aux Français 
de venir dans le pays. Le duc d'Angoulême, Guillaume et 
l'abbé Richard de Verdun furent reçus par saint Etienne. 
Sous le chevalier Poissy 15.000 hommes traversent Gyœr, Albe 
Royale et Zimony. L'armée désordonnée de Pierre l'Ermite 
avec 40.000 hommes rencontra des difficultés. Après la prise 
de Zimony, les Hongrois, les Bulgares et les Cumans réunis 
l'attaquèrent et l'exterminèrent. Pareil accident contribuait à 
mal disposer les historiens des croisés pour les Hongrois, et le 
poète du Gaufrey donna une expression poétique à leurs griefs. 
Godefroi de Bouillon voulait assurer sa traversée et il eut à 
ce propos une entrevue avec le roi Coloman à Sopron et au 
Mont de Pannohie. Baudoin fut donné en otage, l'armée tra- 
versait le pays sans accident et Baudoin fut renvoyé. Sous le 
lïiême roi Guillaume, duc d'Aquitaine, Hugues le Grand, 
Etienne de Blois, vinrent dans le pays et l'épisode historique 
du prétendant Borris se rattache à la présence des croisés 
français en Hongrie. 

Les Chansons de Geste reflètent bien le changement qui se 
fît voir au onzième siècle en Hongrie et dans le rapport des 
Français avec les Hongrois. Les rois et les ducs sont en relation. 



* Mon, Germ, Hist, Script, XXIII, p. 798. 

2 Budinger, Ein Buch, ungarischer Ceachichie 1058-1100, p. 83. 

3 Kont, Etude sur Vinfiuence de la Littérature Française en Hongrie, 
Paris, 1902. 



18 LA. HONDRIE ET LES HONGROIS 

on trouve ilûs Hongrois à la cour du roi de France. Guillaume 
dans Aliscans est ollensé par la reine, on veut les réconcilier 
et M li dus de Hongrie » ramène la reine ', Le pommeau et 
l'aigle de l'empereur de France sontde l'or de Hongrie*, et le 
poète de Gui de Nanteuil,en parlant de l'amiral; dit que s'il 
avait été chrétien, i! n'aurait été tel chevalier « jusqu'as pors 
de Hongrie ' ». Jourdain ne voudrait renoncer à tuer la reine 
« por tout l'or de Hongrie ' ». 

Les croisadea donnent souvent occasion de parler de la 
Hongrie.Charlemagne dans le Pèlerinage traverse la Lorraine, 
la Bourgogne et la Hongrie; il chevauche par la Croatie, entre 
en Grèce, il voit les montagnes de Romanie et arrive en Tur- 
quie *. L'empereur selon la Chanson d'ylniiocAe, dévaste a la 
terre d'Angarie » que les Turcs n'y trouvent pas de vivres •. 
Bouillon dit de Robert de Normandie qu'il n'y a pas de meil- 
leur chevalier que lui « dusqu'as plains de Hungrie ' ". On y 
voit un ermite sur l'âne de Hongrie ' et dans Orson de Beauvais 
Ugon, après avoir trahi Orson, achète des palmes à « un 
paumier d'Ongrie » pour faire croire qu'il a été en Terre 
Sainte et il se rend de Rome à Paris '. 

Les chansons du treizième siècle ne sont pas moins riches en 
allusions. Savaris dans la Destruction de Home, était le fils du 
duc de Hongrie et il était cousin de Richard de Normandie". 
Otré, l'écuyer du Chevalier au Cygne, e&i né en Hongrie et il 
B homme plein de courtoisie". Après la question 
fatale, le Chevalier dit à Béatrix qu'il ne resterait " por tôt l'or 
e Hongrie " >>. Les chevaux de Hongrie sont mentionnés dans 




inf, lit. paliiiariuB T, 42 



DANS LES CHANSONS DE GESTE 19 

Godefroid de Bouillon * et les païens qui emmènent Elie passent 
par « Baudas » et « les terres d'Ongrie » en laissant à gauche 
Romaigne et Femenie, à droite la cité de Russie *. Les guerres 
intérieures avec les Cumans semblent aussi avoir trouvé leur 
retentissement dans les Enfances Ogier. Quand Charle- 
magne revenait de TEspagne, les messagers vinrent de la 
Hongrie annonçant que les Danois ont envahi une grande 
partie du pays et Gaufrey attaque Constance, la tante de l'em- 
pereur '. Charles promet justice * et Gaufrey doit faire amende • 
La reine de Hongrie fait savoir à Charles que Gaufrey lui a 
rendu service, car les Cumans se sont battus avec ses gens * ; en 
récompense Gaufrey épousera la reine de Hongrie et le fils 
de celle-ci Flandrine, la sœur d'Ogier ^ Un événement pareil 
nous est raconté dans le Roman de Charles le Chaui^e du XIV® 
siècle. Le roi de Hongrie Hilaire est assiégé dans sa ville de 
Montluisant par un géant sarrazin nommé Merlangier, Phi- 
lippe, le fils de Charles, a pris le chemin de Hongrie pour le 
délivrer. Mais Hilaire est tué et avant sa mort il reconnaît 
Philippe pour gendre et successeur; Philippe épouse Doraine, 
fille du roi et son nom se retrouve dans Florence de Rome où 
figurent ses fils Esmeré et Milon *. Charles le Chauve lui-même 
est d'origine hongroise; il s'appelait Melsian de Hongrie et 
c'est dans le baptême qu'il a reçu le nom de Charles le Chauve®. 
Quelques faits importants sont à relever dans cette série 
d'allusions. La situation géographique de la Hongrie semble 
y être plus précise (Pè) bien que le pays soit bien éloigné pour 
les auteurs et figure souvent pour désigner la plus grande dis- 
tance. Les plaines de la Hongrie sont connues et le port joue 
un grand rôle dans quelques chansons. Les rois et les ducs 

' Go 206, 3242. 

2 E 886. 

3 EO 60. 

* EO 198. 

^ EO 207,2025. 
« EO 7975 . 
•ï E0 8168. 

* Histoire littéraire de la France, t. XXVI. p. 96 ; ma. Bibl. nat. 
n« 24,372 (2724 La V^U.). 

» Hist. litt. t. XXVI, p. 94. 



20 



LA HONGRIE KT LES IIONGBOIS 



Hongrie sont en relations avec ceux de France, il y a même 
entre eux des alliances de famille, ils ujaisaent leurs forces 
contre les païens, leurs ennemis communs. Les Hongrois ne 
devaient pas être nombreux parmi les croisés, mais ils allaient 
en pèlerinage en Terre Sainte. 

Malgré le nombre des allusions, la soiutie des auteurs ne 
semble pas être la tradition orale ou la poésie populaire. Les 
événements historiques sont passes dans les chansons par 
l'intermédiaire des chroniques latines. Dans les autres cas 
les vies des saints de Hongrie ' ont suggéré à l'auteur le nom 
du pays ou il l'a pris dans les chansons qui lui servirent d^ 
modèle. 

Au douzième siècle il y avait trois voies par lesquelles le 
nom de la Hongrie pouvait être connu en France : par les 
mariages des rois et des nobles, par l'établissement des ordres 
français dans le pays et par les armées des croisés. Le roi Colo- 
man épousa la fille de Roger, duc de Normandie. Bêla 111 eut 
pour femme en premier mariage Anne de Châtillon et par son 
second mariage il devint beau-frêro do Pliilippe- Auguste en 
épousant Marguerite, fille de Louis VII. Emeric se mariait 
avec Constance, fille d'Alphonse II d'Aragon. Les grands 
seigneurs imitaient leur roi ; Alice, gouvernante du jeune duc 
André, devint femme de Batiz ban et un Caak avait épousé 
une Française. Le français était connu à la cour, on imitait les 
mœurs, les vêtements, les armures de la France. 

Les éducateurs du peuple, les premiers cultivateurs des 
terres étaient des moines français. Peu de temps après la créa- 
tion de l'ordre de Citeaux dans le diocèse de Ghalons-sur-Saône, 
Géza II {1141-1161) appela dans le pays les Cisterciens de 
lleiligenkreuz qui étaient venus de Morimont (près do Lan- 
gres) en Autriche. Ils fondèrent (1183) le monastère d'Egres 
sur le Maros dans le diocèse de Csanàd. L'abbé de Citeaux 
avait une entrevue avec Bêla III (1173-1196) et il lui promit 
que le monastère hongrois jouirait des mêmes droits que la 
maison-mère en France. Les moines de Pontigny en Cham- 



' S, Emoric: AA. 88. Boll. 4. Nov. II pra. 1. p. 487-491 ; S. Eli- 
sabeth : Scr. ror. Gorm. II, p. 2013 ; S, Miirguerito : AA. SS. Boll., 



DANS LES CHANSONS DE GESTE 21 

pagne allèrent en Iransylvanie et le couvent de Kercz (de 
Candela) est une de leurs créations (1202). Il y avait des 
moines français d'Acey (dioc. de Besançon) à l'abbaye de Pilis 
et ils fondèrent le couvent de Pâsztô (dioc. d'Eger). Emeric 
(1196-1205) fut le créateur de l'abbaye de Zircz, la fille de 
Clairvaux. Les moines de l'ordre de Prémontré, dans le diocèse 
de Laon et des maisons lorraines de Bar et de Valroy vinrent 
en Hongrie pendant le douzième siècle et ils y fondèrent le 
monastère de Garab (comital de Nogràd), de Szent Kereszt 
(diocèse de Pécs), les abbayes de Vàrad, de Lelesz et de Jâszô 
qui devint la maison-mère de l'ordre. Les novices des monas- 
tères de Saint-Bernard en Hongrie et les Cisterciens étudièrent 
au Bernardinum de Paris et gardèrent la tradition des maisons 
de France. Lucas Bànfîy, archevêque d'Estrigun, Ugrin 
prieur, Auguste, évoque de Zâgràb, le Notaire Anonyme de 
Bêla III firent leurs études à l'Université de Paris, mais leur 
nationalité n'y fut pas reconnue, on les rangeait dans la « natio 
Germanica ». Ce n'étaient que les membres des ordres qui 
avaient des rapports continuels avec la Hongrie et qui de- 
vaient souvent parler du pays où le roi et ses sujets prodi- 
guaient les donations et les legs aux monastères. 

Les ordres militaires formaient un autre lien entre la France 
et la Hongrie. Les Templiers apparaissent sous Etienne III 
(1161-1173) à Vrana et leur chef s'appelle « magister militiae 
Templi per Ungariam et Slavoniam ». Jacques Montroyal, 
chef des Templiers, prit part à la bataille de Sajô contre les 
Tartares. Les Hospitaliers furent dotés par Geyza II et établis 
à Abony (près d'Estrigun). La veuve du roi, Euphrosyne fonda 
la maison d'Albe- Royale « qui fut confirmée par Bêla III. 
Leur prieur se nommait « prior provincialis hospitalis Jero- 
solimitani in Hungaria ». 

A l'occasion des croisades, beaucoup de Français devaient 
venir en Hongrie. Le séjour du troubadour toulousain Peire 
Vidal à la cour du roi Emeric s'explique peut-être par ces 
événements. Il a loué l'hospitalité du roi dans une chanson : 

« Per ma vida gandir 
M'en anei en Ongria 
Al bon rei N'Aimeric 
On trobei bon abric 



2% LA HONGRIE ET LES HONGHOIB 

Et auram ses cor trie 
Servidor et amie ' ". 

Nows chercherions en vain dans les Chansons de Geste une 
allusion aussi précise et claire. Le caractère épique et l'origine 
plutôt savante de ces chansons ne lea admettent pas et il faut 
se contenter de rapprochements assez vagues. 

On trouve deux motifs dans les Chansons de Geste qui peu- 
vent être ramenés aux événements historiques : les relations 
entre les maisons royales des deux pays et les combats où les 
deux peuples prenaient part. La reine Blanchefleur persé- 
cutée vient avec son compagnon fidèle Varocher en Hongrie '. 
Elle y accouche d'un enfant » qu'elle veut faire baptiser dans 
un couvent * quand le roi de Hongrie y arrive avec ses che- 
valiers et s'uiïre k être le parrain de l'enfant auquel il donne 
son nom '. L'enfant tut appelé Charles et le roi fait beaucoup 
d'honneur à sa mère *. Il envoie des messagers au roi de France 
pour lui donner des nouvelles de son épouse '. Le roi Naimes 
est reconnaissant envers le roi de Hongrie ' qui plus tard lui 
donne du secours contre ses ennemis avec dix mille Hon- 
grois '. Le môme sujet que celui du Macaire est conservé dans 
des poèmes italien et allemand "", dans un roman espagnol et 
dans un livre populaire néerlandais". 

Berte est la seconde reine innocente, calomniée et enfin 
réhabihtêe qui introduitle nom de la Hongrie dans une Chan- 
son de Geste. Elle est la fille du roi de Hongrie, Flore, et de la 
reine Blanchefleur. Son histoire nous est conservée dans deux 



' Eaynouani, Choir dea poéHea originaiea dei Troubadeun, t. 
p. 342. Cf. Sobeatycn, Remède phMogie (E. Ph. K. ) ISSl, t. XV. 
' M 133*, 1395. 
3 M 1828 

• M 1410. 

* M 1476. 
"^ M 1674. 



" G. Paris. HUlcîr tjioitiqvn d- Cliarkmagn'., 



DANS LES CHANSONS DE GESTE 23 

versions : dans le roman français d'Adenet le Roi et dans un 
poème franco-italien. Le roi de Hongrie et Berte tiennent dans 
toutes les deux la même place et il suffit de suivre le roman 
d'Adenet qui est souvent plus précis. Le roi Pépin fait assem- 
bler ses gens pour demander la fille du roi de Hongrie *. Le 
dernier et la reine parlent bien le français, car le roi de Hongrie 
fut élevé en France et emmené tout petit du pays ^ Les mes- 
sagers partent de la France. 

« En Hongrie s'en vinrent un mardi au disner ; 
A une grant cité, Strigon, l'oï nommer. 
Là trovèrent le roi, qui moult fist à loer '. » 

Le roi accorde sa fille au roi de France, et Berte prend 
congé avant de partir pour la France avec les messagers. 
Namle de Bavière. 

« Liquens les herberga moult honnoréement ; 
Cousins ert le roi Floire à cui Hongrie apent *. » 

Le cortège traverse le Rhin, les Ardennent et arrive à Ros- 
temont-sur-Meuse ■. Mais Berte est laissée dans la forêt par 
les intrigues d'une dame d'honneur et la fille de celle-ci ame- 
née au roi Pépin •- Après quelque temps des messagers invi- 
tent la reine Blanchefleur à la cour du roi de Franee ^ La reine 
a le cœur plein de chagrin à cause de sa fille. 

« Un jour estoit rois Floires à un sien grant manoir. 
Tout droit en Honguerie un dymenche au soir, 
Delez lui Blanchefleur, qui cuer ot triste et noir 
Pour sa fille Bertain que désire à veoir ? * ». 

Le roi approuve le projet de la reine d'aller voir sa fille et il 
lui dit : 

iB 106. 112. 

« B 155. 

3 B 117. 

*B242. 

6B222. 

« B 990, 1464. 

7 B 1493, 1653 

8 B 1673. 



24 LA HONGRIE ET LES HONGROIS 

« Cent chevaliers menez en vostre conpaignie, 
Des plus vaillans qui soient en toute Honguerie. 
Ne vueil pas qu'i alez à petite maisnie, 



Car gent françoise sont de grant beubancerie 



1 



» 



La fausse reine est humiliée et Berte, que les Hongrois re- 
grettent beaucoup, mise à son rang. A cause de sa bonté, elle 
est appelé « Debonaire * ». 

Le roi Flore suit la reine, il est bien reçu par le roi de France 
et sa suite richement récompensée ®. Constance, la fille de 
Flore, suivit son père sur le trône : 

« Celé fut de Hongrie puis roïne clamée. 

Danois li murent guerre, dont moult fu destorbée; 

De ce ne vous iert ore plus raison racontée ^. » 

Cet événement se trouve développé dans les Enfances Ogier 
où la reine est assiégée par les Cumans et les Danois. Relevons 
encore quelques traits de la version franco-italienne. Le roi 
est sage, puissant, courtois et de belle figure. L'auteur carac- 
térise Berte par ces vers : 

« Fia d'un rois e de gran parenté 
De Ongarie et de quel régné *. » 

Sa mère est une maîtresse femme : 

« Non e çivaler en toto quel pais. 
Conte ni dux, principio ni marchis 
Qe la osast guarder par mi le vis ^ ». 

Les messagers : 

« Par Ongarie çivalçent trois jorni tôt entes 
Qe del so non spendent valisant un dîner ^ » 

et la reine avec sa suite « costoient d'Allemagne une partie ^ » 
Le roman d'Adenet est de 1275 et le poème du manuscrit de 

*B 1709. 

2 B 2429. 

3 B 34jr. . 
* B 3439 . 
^'- B' 228 

6 B' 732 

7 B> 1354. 



DANS LES CHANSONS DE GESTE 25 

Venise du douzième siècle. On n'y trouve aucun trait qui 
réponde à la vérité historique, sauf l'alliance de famille des rois 
de France avec le roi de Hongrie. Anseis de Carthage y fait 
aussi allusion. Anseïs donne la raison pour laquelle il ne se 
marie pas : 

« Jou n'en sai nule u prendre, 

El. toute Franche ne en toute Provenche, 

En Normandie ne en Flandres, le gente. 

Ne par decha devers les pors d'Otrente, 

En Honguerie ne en toute Alemaigre, 

En Lombardie ne en toute Romaigne, 

Ki ne me soit u cousine u parente 

U de tel point, ke jou ne la puis prendre * ». 

Cette énumération banale ne pourrait pas servir de preuve 
que l'auteur a pensé à quelque fait réel. 

Parise la Duchesse est la troisième reine poursuivie dont le 
sort est lié avec le nom de la Hongrie. Elle ne vint pas dans 
ce pays, elle resta à Cologne, mais son fils Hugue fut volé par 
trois larrons qui le portèrent en Hongrie. Il y fut accueilli et 
baptisé par le roi Hugon *. Sa vie était en danger et il s'enfuit 
à Cologne où il retrouva sa mère. Après l'avoir vengée, il 
revint en Hongrie et le roi Hugon lui donna sa fille et sa cou- 
ronne '. 

« Ce fut il qui conquist les XI III citez, 
Et roi fu de Hongrie [s'en fu] sire clamez. 
Puis fist ardoir en feu Beranger et Hardré, 
Sanson et Alori, et l'autre parenté, 
Et toz ses ennemis à chevauz traîner *. » 

Ne croirait-on pas entendre les chroniqueurs qui parlent des 
invasions des Hongrois ? Hugue était un roi cruel, mais aussi 
puissant : 

« Huguez fu rois d'Ongrie et toz sire clamez. 
Et s'ot à son domaine puis .XIIII. citez, 

« AC 340. 
2 PD 1468. 
a PD 2902. 
^ PD 839. 



Zb LA HONGRIE ET LES HONQROIS 

Et fit .XIIII. rois au sa cort asambler. 
Et tint puis Vauvenice et totc Vérité ' . « 

Dans Girart de Roassillon, nous trouvons une prinr.csae 
Berte qui se réfugie avec Girarl chez son oncle Oton, roi de 
Hongrie '. il est vrai qu'aucun prince do Hongrie n'a jamais 
porté le nom d'Oton, mais il est aussi peu probable que ce soit 
Oton d'Allemagne (936-1002), Oton est connu déjà dans 
Jourdain de Blaie, c'est un personnage sans aucun caractère 
distinct qui se présente comme roi de Hongrie '. 

Chemin faisant Berte et Girart rencontrent des marchands 
qui viennent du « réaurae d'Hungrie * ». Le roi est lie avec ie 
duc de Normandie, Richard d'Angleterre qui prit part à la 
troisième croisade (1190) '. 11 est l'allié du roi de France avec 
le roi d'Espagne, de Sicile, d'Arragon, de Navarre, de Galicie, 
de Séville *. Charles Martel fait savoir à Girart, s'il ne lui laisse 
pas la seigneurie du château, il lui montrera une armée de cent 
mille chevaliers de Lombardie, sans compter les Grecs, les 
Romains, " ceux d'Hongrie «, les Ecossais, les Anglais ^ 

Les rois de France et de Hongrie liés en paix et en guerre se 
présentent dans plusieurs chansons. Henaat de Montaaban dit 
qu'autour de Charles étaient Galeran, Naime, Ogier, le roi 
Salomon, Didier et le roi de Hongrie qu'on estimait bon 
gueri'ier '. L'empereur harangue sa noblesse dans Girarl de 
Vienne : 

•• Or escoutés, nobile chevalier, 

Français, et Hungre, et Normant, et Puier ' » 

Dans Hugue Capet, Dragon, fils d'Aymer roi de Venise, vient 
au secours de la reine Blanchefleur et il dit qu'on envoie cher- 



1 PD 2B02. 

> OR 1SQ9, Gît 40S. 

• Cf. (îir. P. Meyer. 

' QR 222)1, 2230. 

' GR 3794. 

= GR221. 



' CJir. Si 47. 
• RM II. 4B, 1 



12. 



DANS LES CHANSONS DE GESTE 



27 



'8 giiemprs en Hongrie '.Le roi Lothairedanfll'Odafiaw 
ËDvite ses vassaux à Paris au mariage et au couronacmont de 
Km fils. Il ne reste aucun en Normandie, en Poitou, en Bout- 
le, en Anjou, en Allemagne, on Russie et t en la terre de 
{longrie « qui ne soit pas venu '. 
■ La première de ces chansons (R M) est du douzième, la 
Kondo du treizième (G V), les auLres sont du quatorzième 
ftcle (G R, lie, Oc). Ces dates ne sont que probables * et il 
ait difficile de rattacher toile chanson à tel événement 
ftistorique. Les mêmes faits se répètent au siècle suivant, et 
sauf la chanson du douzième les allusions s'y laisseraient rap- 
porter. Mais on acceptant l'intermédiaire do la tradition 
littéraire, des chroniques et des légendes écrites, on n'a pas 
Bbesoin de préciser quel fait historique pouvait inspirer l'au- 
e la chanson. Il suffit d'une vraisemblance entre les faits 
■istoriquos et les récits des Chansons de Geste. Les rois de 
pongrie sont en relations de famille avec ceux de France 
ielon l'histoire et la légende. Ils ont fondé des monastères, 
Introduit des ordres français dans leur paya et ils se présen- 
ts les chansons comme bons chrétiens, charitables, 
jttotecteurs des enfants et des reines persécutées. Les croisa- 
des établirent des relations entre les deux pays et leurs nobles- 
e tait se reflète dans la poésie. 
Le treizième siècle amena en Hongrie la guerre civile. Emmè- 
ne (1196-1205) fit couronner son fils roi de Hongrie. Son père 
jidré ne renonça pas à toutes ses prétentions et il se ligua 
&Tec le roi Henri (1196-1204) contre le roi. L'évêque de 
jCayence trouva les moyens d'un arrangement. Après une 
Siouvelle révolte, les guerres civiles allaient recommencer, 
Toraque la mort du petit souverain permit à André il (1205- 
8235) de monter sur le trône. 

Les relations de ce roi avec la France, l'allusion à son 
•mariage avec Béatrix, la nièce du duc d'Azzo VII de Venise 
pnn 1234 ont fait le sujet d'une étude spéciale *. La légende de 

' HO 1100. 
3 Oo34 

' Soiiuit G. Paria B M et Oc Bout du XIII* aiAcle. 
* Zeitschiift f iit fruuùsiBohe Spraabe aaà Litteratur, 1007, t. XXX, 
1. 31-38, 



V8 LA EIONGHIE ET LES HONGROIS 

la reine Béatrix, racontée dans les chroniques italiennes, a 
beaucoup de ressemblancR avec l'histoiro des reines persé- 
cutées des Chansons de Geste, 

Les croisades continuèrent à mettre en rapports les Français 
et les Hongrois. L'armée de la quatrième croisade avec Simon 
de Montfort traversa la Hongrie. Le roi André II partit pour 
la cinquième croisade avec desAllemanda et ce fait laissa de 
trace dans la poésie allemande. La Hongrie fut éprouvée par 
l'invasion des Mongols et elle succomba dans la lutte contre 
les païens. Le pays dévasté fut rétabli par Bêla IV aidé des 
ordres français. 

André II créa de nouveaux monastères. Il demanda dos 
moines à Clairvaux pour le couvent de Toplicza. Les moines 
de Pécsvàrad sont venus de la Champagne (1327). Bêla IV 
établit les Chartreux à Rrcsi et André III les installe à Lito- 
kevi (1299). Pauius Ungarus, disciple de saint François 
d'Assise, fonda le premier couvent franciscain à Gyûr. Les 
Dominicains qui convertirent les Cumans en Hongrie vou- 
lurent faire de m?me avec les Hongrois restés dans leur pre- 
mière patrie en Asie, dans la « Grande Hongrie ». Les quatre 
premiers turent massacrés, mais Bêla IV en envoya d'autre*, 
dont le moine Julian qui trouva encore une tribu de langue 
hongroise. 

Dana la seconde moitié du siècle commencent les relations 
de la Hongrie avec la maison d'Anjou. Charles d'Anjou, Irére 
cadet de saint Louis, comte de Provence, mi de Naplos et de 
Sicile, demanda la main de Marguerite, fille de Bêla IV, mais 
la princesse se retira au couvent. Son fils, Charles II, le Boi- 
teux, épousa Marie, héritière de Hongrie, sœur de Ladislas IV 
et fdle d'Etienne V (1270-1272). Chartes 1" aida Ladislas IV le 
Cuman (1272-1290) pendant la révolte des Croates avec douze 
galères. Ladislas IV fut tué par les Cumans qu'il chérissait tant. 

Charles II adressa alors une proclamation au peuple hon- 
grois (1291) pour assurer sa succession au trône '. Son Sis 
Charles- Martel reçut la couronne hongroise des mains d'Henri 



' Pierre du Bois(t250-13O8) raconte la OorvjitOe delaHongrie par le 
roi de Sicile Charles II d'Anjou (Sumnuif^ brtvia à la Bibl. Nat,, ms. 



DANS LES CHANSONS DE GESTE 29 

de Vaudemont à Aix en Provence et il attaqua la Croatie et 
la Dalmatie (1295), mais il mourut avant de prendre posses- 
sion du pays (1296). Charles- Robert (ou Carobert), le fils de 
Charles-Martel fut couronné roi de Hongrie à Zagrab (1300). 
Avec les Anjous commença dans l'histoire hongroise une période 
brillante qui remplit le siècle suivant. 

Pendant le treizième siècle les relations entre la France et 
la Hongrie se multiplièrent. Il y avait des colonies françaises 
à Estrigun et à Egervôlgy qui conservèrent la langue française 
jusqu'au seizième siècle *. Des commerçants français venaient 
plus nombreux au pays et Girari de Roussillon y fit allusion. 
Des chevaliers français, comme le champenois Sambuccus, 
s'établirent dans le pays où ils changèrent de nom comme de 
patrie (Zsambok, Becse, etc.). Villars de Honnecourt (1244- 
1272) et peut-être encore d'autres architectes français séjour- 
naient en Hongrie et avaient une influence sur la création de 
quelques monuments *. Les chroniques de cette époque 
deviennent plus riches (Villehardouin, Joinville) et les auteurs 
y parlent de la Hongrie à l'occasion des croisades, des ambas- 
sades. Tous ces facteurs expliqueraient comment la Hongrie 
pouvait attirer l'attention des auteurs des Chansons de Geste. 

Un roman du XIV® siècle dont le récit fut déjà connu au 
treizième, Florence de Home, nous conte l'histoire de la que- 
relle de deux frères *. 

Le roi Philippe,» sires de Hongrie », a deux fils, Esmeré et 
Milon. Après la mort de leur père leur marâtre les force de 
quitter le pays *, ils vont chez le roi d'Esclavonie,puis à Rome 
chez l'empereur Othon *. 

« Esmerez sist cel jor on destrier d'Orquanie, 
A son col un escu, que fu fès en Hongrie, 
A un leonet d'or, que forment reflambie * 
où l'on reconnaît facilement le blason de Venise. 

* Cf. Kerékgyértô, Le dévdoppemerU de la eivUiatUian en Hongrief^, 123 

2 Carnet de voyage de Honnecourt à la Bibl Nat. ms, îr. 19093. 

' Florence de Rome, chanson de geste publiée par Axel Wallenskôld . 
Société des Anciens Textes français, 1907. Cf Hist. Litt. t. XXVI, 
p 335350 

^ FR 694. 

^ FR 936. 

6 FR 701. 



30 



LA HONGdlE ET [,ES 

Othon rpfusG la main de sa fille 



HONGROIS 

au roi des Grecs Gars ire, 



une grande guerre éclate dans laquelle les frères lui rendent 

service '. Mais le roi Othon est tué et Esmeré fait prisonnier '. 

Garsire lui rend la liberté, car jadis le roi Philippe lui donna 

du secours '. Esmeré rentre à Rome. 

" Au riche roi Garsire le vet un mes conter 
Qu'Esméré de Hongrie, qu'il en lesaa aler, 
Ont rendue la terre, si s'est fait coroncr, 
Et Florence de Roume li ont tête expouser '. u 

La jalousie de son frère Milon, qui l'a déjà trahi, trouble son 
bonheur en lui dérobant sa fiancée °. 

a De Florence de Romme, le tort cité garnie. 
Moût en moinne grant duel Esmeré de Hongrie, 
Si het Millon, son frère, que l'en avoit ravie °. > 

Après beaucoup d'aventures. Florence se retire à l'abbaye 
Beau Repaire où elle guérit des malades ''. Esmeré frappé d'une 
maladie, y vient ainsi que son frère, le traître Milon, avec ses 
complices '. Esmeré reconnaît sa fiancée, il est guéri et les 
traîtres sont punis après l'aveu de leurs crimes. 

H est remarquable qu'Esmeré de Hongrie garde ce titre 
jusqu'à la fin de la chanson, malgré sa dignité nouvelle d'em- 
pereur de Rome. Son nom est identique avec celui du roi 
Emeric qui fut aussi trahi par son frère. Le roi Philippe de 
Hongrie est un personnage connu dans lesChansons de Geste ', 
inconnu dans l'histoire, car le père d'Emeric et d'André s'ap- 
pelait Bêla m. 

André II, roi de Hongrie, se trouve mentionné da.RsAimeri 
de Narbonne parmi les personnes qui recherchent en mariage 



< FR 1103, 1304, 1467, 1491. 
2 FR 1S33. 
^ FR 2129 

* FR 2430 
» FR 3686. 

'■ FE5122, 
■" FB5580 
<rR6107. C212 



DANS LES CHANSONS DE GESTE 31 

Hermenjart. Il est riche, il possède dix cités, mais la jeune 
fille le refuse et épouse Aimeri. L'allusion au mariage du roi 
avec Béatrix permettrait de fixer la date de la chanson (1234). 

La Hongrie joue un rôle assez important dans Huon de Bor- 
deaux et les chansons qui complètent ou continuent ce poème, 
Auberon et Clarisse et Florent, Le père d'Auberon était Jules 
César qui régnait sur la « Hungrie » une tere sauvaige et sur 
l'Autriche *. Il avait vingt mille guerriers ' et quand il sonnait 
son cor on l'entendait dans toute la Hongrie et en Autriche *. 
Jules César laissa les Indes et Rome à Saint-Georges, la Hon- 
grie, l'Autriche et Monmur à Auberon ^. Auberon va en Hon- 
grie pour y être couronné, puis en Autriche '. 

Huon et Esclarmonde régnent à Bordeaux ils ont une fille, 
Clarisse, que beaucoup de rois et de princes demandent en 
mariage : 

« Li rois englès le demanda un jour 
Et rois Florens qui tenra Arragon 
Après son père qui Garins avoit non 
Li ro is de Hongres en veut avoir le don ^. » 

Il est venu à Blaives et « Toute la ville emplist tant i a gent» "^ 
qu'il a vêtue de soie ^ Dans son pays, le messager « le roy de 
Hongres ens un castel trova . » Son pays a un grand port : 

« Au point du jour que laube est esclairie 
Paien coisirent le nuef port de Hongrie 
Iluec avoit mainte nef atacie ^. » 

Pierre y est jeté en voulant aller en Aragon : 

« Pierres avait faite carchier la nef. l 

En Arragone le fait au roy mener .. ^, ... 

* HB 10. 

2 Aub. 1048. 
Aob. 1600,2132. 

* Aub. 1786 . 
» Aub. 2166. 
« CF 3600. 

^ CF 3627, C F 3629 
» CF 3989. 
» CF 8888. 



32 LA HONGRIE ET LES HONGROIS 

Mais la tourmente la voit fait arriver 
Droit au nuef port de Hongres arrester '. n 

Le roi de Hongrie menace sa vie ', mais il échappe * 
u Pierres li conte que Hongre sont pené 
De lui ocire et chiar qui Tôt menés 
Mais Diu merci nous somes escapés *. s 

Auberon laisse son pouvoir et sa dignité au roi Huon, Celui- 
ci fut roi 

« De Ilonguerie dusques en Rellemont 

D'Acre en Romaigne dusques en Montargon °. » 

Dans ce groupe de chansons on pourrait voir quelques 
faihlea reflets des faits et des événements pendant les croi- 
sades. H est remarquable que la Hongrie y apparaît pour la 
première fois liée avec Autriche, unies sous le même sceptre 
de Jules César, puis sous celui d'Auberon; Huon ne parle plus 
de l'Autriche. Que les Hongrois y poursuivent et tourmentent 
les étrangers venus dans le pays, ce tait peut dériver des chro- 
niques, qui racontent la défaite des croisés sous Pierre l'Ermite 
en Hongrie. Sans cela ce pays était toujours le refuge des rois 
et des princes persécutés. 
Le roi dit k Gautier dans Raoul de Cambrai : 

il Par Dieu, bastars, ensie n'ira il mie : ^^U 

Tu en pendras ou mor [r] as a hachie, ^^1 

Se ne t'en fuis en Puille ou en Hongrie ' » 

Ce sont pour l'auteur de Raoul les pays les plus éloignés; 
il dit d'un duel qu'il n'y eut pas d'homme « tant afast loing en 
Puille n'en Hongrie' » qui eût vu pareil. Holuls, de Ponthieu 
parle ainsi de son lîaneé Raoul : 



' CF33Q8 

' CF 40-23 
3 CF40S4. 
» CF4053. 
» CF a050. 
»RC 527fi. 
" Ei: 3066 



DANS LES CHANSONS DE GESTE 33 

« Qant vos seiés el destrier d'Orqanie 
Roi resambliés qi grant barnaige guie. 
Qant aviés çaint l'espée forbie, 
L'elme lacié sor la coife sarcie, 
N'avoit si bel desq'en Esclavonie, 
Ne tel vasal dusques en Hungerie *. » 

Le récit de la Naissance du chevalier au Cygne ou les Enfants 
changés en cygnes commence par ces vers : 

« Par defors Hungerie, si com lisant trovon, 
Marcissoit uns roiames qui ert et grant et Ions, 
Si le tenoit uns rois qui molt par fu preudon. 
Roi Phelipe l'apelent tôt cil de son roion *. » 

Cette chanson nous ramène à la poèéie d'imagination pure. 
Il serait vain d'y supposer aucun fait réel. Psndant que Huon 
de Bordeaux du douzième, Aimeri de Narbonne et Auberon 
du treizième, Clarisse et Florent, Florence de Rome du quator- 
zième siècle, laissent entrevoir des récits historiques, les allu- 
sions à la Hongrie dans Raoul de Cambrai et dans la Naissance 
du chevalier au Cygne sont de vagues souvenirs d'autres Chan- 
sons de Geste. 

Sous le règne des Anjous, la Hongrie a atteint son plus haut 
degré de puissance et l'influence française y a été plus sen- 
sible que jamais. L'influence des mœurs de France telles 
qu'efles étaient vers la fin du moyen âge est le trait distinctif 
du XIV® siècle hongrois '. La Hongrie jouait un rôle impor- 
tant dans la politique de l'Europe à cette époque. Les moines 
français continuaient leur travail pacifique dans le pays. Les 
rois les comblaient de leurs faveurs. Les donations et les legs 
aux évêchés, aux cloîtres, à l'ordre de Saint- Jean remplissent 
des volumes. Les étudiants et les novices ne cessaient pas 
d'aller faire leurs études à Paris, même quand on eut créé des 
universités dans le pays. La première était à Vesprém; Louis 
le Grand en fonda une autreàPécs qui fut confirmée par une 

1 RC 3670. 

2 El. p 15. Le nom de la Hongrie manque dans la version en prose 
(ms. Bibl. Nat. no781). 

3 Sayous, 184. 

3 



34 



LA HONQRIE ET LB3 HONGROIS 



bulle du ]iape l'rbain V datée d'Avignon du l" septombre 
1367. 

Ces rapports réciproques n'auraient pas manqué de faire 
attribuer une certaine place à la Hongrie dans la poésie épique 
do ce temps. Mais la création des Chansons de Geste a eusse, 
saut les essais d'une nouvelle épopée. Il n'y a <i cette épuque 
que des remaniements qui préparent la transition aux roreans 
en prose. Les œuvres originales qui appartiennent à ce siècle 
reflètent des faits antérieurs. Ainsi noua avons dû mentionner, 
en acceptant les dates probables des chansons dans leurs der- 
nières rédactions, Charles le Chauve avec les événements du 
onzième, Girart de Roussillon, Hugues Capel, Octavian avec 
ceux du douzième, Florence de Rome et Clarisse et Florent 
avec ceux du treizième siècle. Les chansons où la Hongrie est 
mentionnée encore ne contiennent que des allusions banales 
aux chevaux, au port de la Hongrie ou le nom de ce paya sert 
de terme pour désigner le pays le plus éloigné. Voici une 
énumération rapide de ces chansons : 

Elie dans ^i()/ abat son ennemi « del destrier de Hongrie' . » 

Dans Baudouin de Sebourc. les vassaux ont troussé les som- 
miers de Hongrie '. Le duc Jean trappe de l'éperon le m des- 
trier de Ongbrie ', u et Esmeré voit venir un vassal n galo- 
pant le destrier de Hongrie *. n Baudouin attaque si brusque- 
ment Corborant que lui et le cheval « qui estoit de Hongrie » 
restent abattus dans le champ '. Dans la Prise de Pampelune, 
Olivier et le roi de Franco frappent de l'éperon leur « buon 
detrier d'Ongrie ". » 

L'auteur nous dit d' A ubri qu'il n'y eut si bel homme « jua- 
qu'as pors de Hongrie^. » >4ioi contient la même pensée 
répétée deux fois ". 

Ces chansons ri'oll'rpnt plus aucun trait nouveau, comme 




DANS LES CUA.NSONS 1)E UBSTK 35 

l«iiiq chansons des siècles précédents que nous uvons laissées 
l'^e côté. Les chevaux de Hongrie étaient connus dans la Cke- 
KlnUerie Ogier de Danemarclie ' du douzième, dans Foucon de 
Candie ", Maugis (TA igremont ', les Narbonnais ' et Oiinel ' du 
treizième siècle. Pendant les siècles étudiés, la Hon^e avec 
l'Espagne fournissait les chevaux et ce fait laissait un souve- 
nir durable dans la langue avec le mot " hongre » et ses dérivés. 



1 



III. — Conclusion 



i 



La Hongrie n'a rien conservé de la poésie épique du moyen 
;e. Elle possédait probablement une épopée nationale dont 
nous retrouvons les débris dans les écrits en prose de l'époque 
postérieure selon l'hypothèse ingénieuse du poète Jean 
Arany '. Cette poésie n'a laissé aucune trace dans l'épopée 
française, car elle Fut négligée par les moines qui pouvaient la 
laire connaître en France ou la relier avec les Chansons de 
Geste, dont la plupart furent leurs créations. Mais grâce aux 
rapports, ecclésiastiques et mondains, la Hongrie et les Hon- 
grois vivaient devant les yeux des auteurs qui avaient même 
des conndasancea relativement précises et étendues des faits 
historiques importants. On peut donc parler d'une influence 
de la Hongrie sur la formation des Chansons de Geste; si cette 
influence n'est pas littéraire, elle est historique et d'autant 
plus importante. Les allusions fréquentes que nous avons 
étudiées avec leurs rapports historiques la prouvent et lui 
donnent une certaine portée. 

Les auteurs font jouer un grand rôle aux rois, aux reines, 
aux ducs de Hongrie. Les Hongrois se préiientent comme i 
guerriers, messagers; ils sont d'abord ennemis des Français, 
païens, puis leurs alliés. On connaît les rois Antelme, Glo- 



■ Og 12504 

' FC iip. 15,87. 
» Mg 2S32. 

■ N. ii426, 6568. 
■■ O, 721. 

' r. Arany, Notre ipaph nalioaate. (Nai 



epOBXunkl. (Eiivres, Prose. 



Î16 



l^A Hongrie et les honguots 



riant, Otiion, Guiteclin, Esmeré. Philippe et le prince Milon 
de Hongrie. Le pays est très éloigné de la France; aller jus- 
qu'en Hongrie désigne la plus grande distance. On y va sur- 
tout par mer, car elle a un grand purt. La route passe donc 
par l'Italie, mais plus tard souvent par l'Allemagne. Parmi 
les produits du pays, ce sont surtout les chevaux, mulets, 
ânes, qu'on exporte en France, mais l'or de Hongrie et l'arc 
de Hongrie ne sont pas inconnus. La Hongrie a beaucoup de 
cités, mais Strigun seul est nommd. Les Hongrois vivent 
parmi les peuples slaves (Esclavons, Bulgares, Russes), après 
la période païenne ils sont en guerre avec les Turcs et les Cu- 
mans. 

Telle est l'image du paya et du peuple que nous présentent 
dans l'ensemble les Chansons de Geste. H faudrait préciser 
encore à quel cycle se rattachent les chansons dans lesquelles 
on retrouve le nom de la Hongrie. A la geste du roi appar, 
tiennent : Floovenl, le Roman de Berte aux grands pieds, la 
Chanson des Saxons par Jean Bodel, Otinel, la Destruction de 
Rome, la Prise de Pampelune, le Pèlerinage de Charlemagne, la 
Chanson de Roland, Macaire, Hugues Capet, CItarles le 
Chauve et Anseïs de Cartilage. On a donc mêlé le nom de la 
Hongrie à l'histoire poétique des événements de famille des 
trois races royales, malgré que le peuple n'apparût en Earope 
qu'à l'époque des derniers Carlovingiens et devait être inconnu 
auparavant. La plupart des chansons du cycle méridional ou 
des guerres sarrasinea le mentionnent : Girard de Vienne, 
Aymeri de Narbonne, Guillaume d'Orange, Aliscans, la Mort 
Aymeri de Narbonne, les Narbonnais et Foucon de Candie. 
La geste de Doon de Mayence, en racontant les luttes féo- 
dales contre la royauté, réserve une place à la Hongrie dans le 
récit des événements. Ce sont les chansons de Z)oo« de jtfoie«ce, 
surtout Gaupsij, les Enfances Ogier, par Adenès li Roia, la 
Chevalerie Ogier de Danemarche,paT Raimbert do Paris, Gui de 
Nanteuil, Parise la Duchesse et Renaas de Montauban qui 
doivent être mentionnés. Dans la geste lorraine Garin le Lohe- 
rain, parmi les poèmes isolés de l'épopée féodale Glrart de 
RoussiUon, Maugis d'Aigremoni, Orson de Beauvais, Haon de 
Bordeaux, Aaberon, Clarisse et Florent, Raoul de Cambrai et 
.4 u/rr renferment des allusions à la Hongrie. La geste de Saint-* 



sie ue samt-^^H 



DANS LES CHANSONS DE GESTE 37 

Gilles avec Elle et Aiol, Jourdain de Blaives, Octavian et 
Florence de Rome parmi les épopées adventices en contiennent 
aussi. Le cycle de la croisade et de la famille de Bouillon con- 
naît les relations avec la Hongrie à cette époque dans le Che- 
valier au Cygne, Godefroid de Bouillon, la Chanson d^Antioche, 
la Conquête de Jérusalem et Baudouin de Sébourc, 

Toutes les gestes renferment des chansons qui réservent un 
rôle plus ou moins important à la Hongrie. D'où venait aux 
auteurs l'idée d'introduire la Hongrie dans l'épopée natio- 
nale? Sans vouloir résoudre cette question, on peut de cette 
étude tirer quelques conclusions utiles à la solution. Il est 
évident que les renseignements sur la Hongrie dans les chan- 
sons sont beaucoup postérieurs aux événements et ils ont 
souvent un caractère ecclésiastique. Les Hongrois sont 
d'abord ennemis des chrétiens, plus tard des chrétiens chari- 
tables.Leurs rois sont les représentants de la charité chrétienne. 
Les chroniques latines et françaises offrent aussi ce double 
aspect et les chansons postérieurs suivaient ces sources dans 
un sens ou l'autre. 

La Hongrie chrétienne était par ses rois en rapport avec 
l'Eglise en France. Les fondations des monastères, les riches 
donations faites aux moines, les pèlerinages et les croisades 
offraient des occasions d'obliger à la reconnaissance le clergé 
et les ordres. Supposé que dans beaucoup de cas les moines 
étaient les auteurs des Chansons de Geste comme ceux 
des chroniques, on pourrait admettre que c'étaient les gens 
de l'Eglise qui ont introduit le nom de la Hongrie 
dans leurs œuvres. Ils flétrissaient d'abord les Hon- 
grois païens, qui ravageaient la France, détruisaient les 
monastères et les églises; puis ils exprimaient leur recon- 
naissance envers les rois de Hongrie en leur réservant une 
place honorable. Les chroniques, la tradition littéraire, assu- 
raient cette place et les auteurs imitaient souvent leur modèle 
en faisant figurer des rois ou des reines de Hongrie. Il ne faut 
pas négliger les relations commerciales et la mention fréquente 
de chevaux de Hongrie en est la preuve. Mais l'origine ecclé- 
siastique des allusions à la Hongrie dans les chansons est 
beaucoup plus importante. Au neuvième et au dixième siècle, 
le peuple ravageait l'Europe. Il s'était assimilé assez vite les 



38 LA HONGRIE ET LES HONGROIS 

éléments de la civilisation pendant les siècles suivants pour 
gagner l'estime des gens de F Eglise qui représentaient alors en 
Europe presque toute la civilisation. 

Louis Karl. 



CHANSON FRANÇAISE INEDITE 



Le catalogue des mamiscrits de Pembroke Collège, Cam- 
bridge, que vient de publier le savant conservateur du Fitz- 
william Muséum, M. le docteur James, contient la copie 
diplomatique d'une vieille chanson avec musique. Etaot donnée 
la rareté des notations musicales dans les manuscrits des chan- 

ksonniers, j'ai cru devoir l'offrir au public de la Renne des 
Langues Romanes. M. Paul Meyer, dont les notices sur les mss. 
français de Cambridge paraissent dans la Romania depuis 
1879, m'a fait savoir qu'il publiera cette chanson quand il 
traitera des mss. de Pembroke: il m'a engagé, cependant à la 
faire paraître. 

Bien que la cour d'Aliénor de Poitiers fût le foyer de l'in- 
fluence provençale sur la littérature lyrique du Nord, ce genre 
ne semble pas s'être acclimaté avec beaucoup de succès en 
Angleterre. Les notices ' précitées en contiennent en effet quel- 
ques spécimens mais ils ne paraissent que confirmer l'opinion' 
dû Gaston Paris que i-ette poésie a été peu répandue en Angle- 
terre. 

La notation musicale dans le ms. de Pembroke est donnée, 
sur une portée de quatre lignes, pour la première strophe et 
pour le refrain, tandis que, les notes, sans toutefois les lignes 
de la portée, continuent jusqu'au premier mot du troisième 
vers de la seconde strophe. 

Le fait qu'un poète anglo-normand — les rimes et les formes 
démontrent amplement que notre chanson a été composée en 
Angleterre — possède à un si haut degré la technique de la 
chanson, semblerait indiquer un commerce considérable avec 
a poètes du continent ou du moins une connaissance appro- 
indie de leurs œuvres. 



I Bomania VIII, p. 305; XV p. 246; \ 
• Idtt. froDïoiBe. ^ 125. 



si Roin. IV p. 275. 



40 CHANSON FRANÇAISE INÉDITE 

La forme de la strophe est : 

abab aab aab 

8686 846 846 (b féminin). 



La bibliographie des chansonniers de Raynaud ne contient 


que les formes suivantes qui présentent une certaine analogie 


avec la nôtre : 






No 489 abab 


aab aab 




8 8 8 8 


4 4 8 4 4 8 


(a féminin). 


No 1470 abab 


aab aab 




7 7 7 7 


3 7 4 3 7 4 


(b féminin). 


No 1484 abab 


aab a b a 




8 6 8 6 


8 8 6 8 6 4 


(b féminin). 



La forme strophique de la chanson de Pembroke est celle 
du quatrain ordinaire à rimes croisées suivi d'une cauda, for- 
mée de la vieille strophe couée — aab aab. 

Le manuscrit où se trouve notre chanson est un manuscrit 
sur velin de petit format (185% sur 110) que le docteur James 
place à la fin du XI I™® siècle. Il contient des satires de Juvénal 
et de Perse; puis, — d'une main que je croirais plutôt du 
XI lime siècle, — la chanson qui suit, insérée entre les deux 
satiriques latins sur deux pages laissées en blanc : 

Texte 

(1) El tens d'iver quant vei pâlir, 

l'erbe pur la freidure, 
e les menuz oisels tapir 
en la ramee oscure: 
5 a grant dolur suvent suspir, 

tant vei eisir 
amur de sa nature : 
la bêle a qui jo(i)e pens e tir, 
senz rien merir, 
10 me gref a desmesure. 

En icel espérance, 
me délite ma peine, 

V.5 ma. sument. 




Iinir-i"u.| (i-piii u.i )uIirTrrlic pur u ^ibtan 



fmmuî Mfpirck|»r en l* «itiç utriirt. l^jrjn 



SGïrpimnit (liH'.r »«»' tinjnfifamiii' Sifli^ 
1 lielt^ctui imc »nrp"<ri'>ir (WïTirn mwf ; 






CHANSON FRANÇAISE INÊUITK 41 

ki les amanz avance 
d(e) aveir goie certeine. 

(2) Celé ki tant aim e désir, 

m(e) ocit senz forfeiture, 
quant si sultif me lait languir, 
qu(e) ele ne m'aseure; 
16 ker tut sui sons a sun pleisir, 

senz repentir, 
si ke d'altre n'ai cure; 
purquant si m'est gref [cest martir] 
tuz tens suffrir 
20 f et vivre] en aventure. 

En icele 

(3) Joe vei un usage tenir 

as dames senz dreiture, 
dunt eles funt vite p^rir 
amur verai[e] e pure; 
25 e les amanz sovent marrir, 

e revertir 
en grant desconfiture . 
ceste me fait a poi mûrir, 

e pur ceo m'ir 
qu(e) ele (m)est si fere e dure. 
En icele 

(4) Entre dous nez pot l'em veer 

ke la terce est maure, 
mais une ne poi une coisir, 
ki ne m'ait este sure; 
35 purquant si ne m'em pus partir, 

n(e) aillurs guenchir, 
ain[s] sofre [a] cr [uel] fure. 
cist las ne set que devenir, 
ne u fuir : 
40 ceo li pluvist e jure. 

En icele 

V. 20 ms. en; v. 37 le ms. semble avoir ci; on ne peut lire que la partie 
Bupérieuro de Tf . 



^l2' CHANSON FRANÇAISE INÉDITE 

(5) Li custumer d'eles trair, 

trovent large pasture, 
mes a mei ki ne sai mentir, 
fu d'amur l'ambleure; 
45 amer e preier e fallir 

me fait frémir, 
e me tient en rancure; 
kar unques ne me poi saisir, 
ceo puis plevir, 
50 d'anel ne de ceinture. 

En icele 

(6) Laial amant doivent haïr.. 

feint[e] amur e tafure, 

kar a (i) ceos ki'n doivent goir, 
n'at mester ouverture; 
55 en merveille deit l'em tenir, 

de fa[u]s ouvrir, 
oumment nus quers l'endure : 
pur 000 vei duz amur languir, 
e esbaïr 
60 sur tote créature. 

En icele 

Traduction 

(1) Au temps d'hiver quand je vois l'herbe que fait pâlir le 
froid et les petits oiseaux se blottir sous la ramée obscure» 
profondément affligé, souvent je soupire, tant je vois l'amour 
s'écarter de sa nature propre. La belle à qui je pense, vers 
qui je me tourne, me chagrine outre mesure, sans me récom- 
penser en rien. 

Refrain : Dans cette espérance, ma peine me réjouit le cœur, 
elle assure les amants d'un bonheur certain. 

(2) Celle que j'aime et désire tant me tue sans qu'il y ait 
crime, en me laissant ainsi languir à l'écart, sans me donner 

V. 45. pour faUir je comprends faillir. 



CHANSON FBANCAISE INÉDITK 43 

aucun gage, car je suis sien à son bon plaisir, sans repentir 
(c'est-à-dire à tout jamais) au point de n'avoir cure d'aucune 
autre; cependant cela m'afflige et me torture de toujours 
souffrir en pareille aventure. 

(3) Je vois observer aux dames sans droiture un usage, grâce 
auquel elles font vite mourir l'amour vrai et pur et souvent 
tourmentent leurs amants et leur infligent grande déconfi- 
ture. Peu s'en faut que celle-ci ne me fasse mourir et aussi 
m'indigné-je qu'elle soit si fière et si dure envers moi. 

(4) D'après deux noix on peut voir si la troisième est mûre, 
mais moi je n'ai jamais pu en choisir une qui ne m'ait été 
acide (désagréable au goût) ; il m'est à ce point difficile de m'en 
séparer et de me rendre ailleurs que je préfère souffrir cruel- 
lement. Ce pauvre hère (que je suis) ne sait que devenir ni où 
fuir : voilà ce qu'il lui assure et jure. 

(5) Ceux qui ont coutume de les (les dames) trahir ont un 
vaste champ, mais pour moi, qui ne sais mentir, l'amour a été 
l'amble (c'est-à-dire a eu le trot dur, pénible). Aimer, prier 
et faillir (à l'objet de riia prière : c'est-à-dire ne rien obtenir) 
me fait frémir et me tient en méchante humeur, car jamais je 
n'ai pu obtenir (voilà ce que je puis jurer) ni anneau ni ceinture 
(cadeaux, gages d'amour). 

(6) Les amants fidèles doivent haïr l'amour feint et la per- 
fldie,car ceux qui en doivent jouir n'ont pas besoin de se cacher. 
C est merveille comment un cœur se résigne à de perfides dis- 
simulations : aussi vois- je le doux amour languir et trembler 
plus que toute (autre) créature. 

A. T. Baker. 

Sheffield, novembre 1907. 

M. le professeur Jeanroy a eu Textrême obligeance de m'aider de ses 
conseils pour le texte et la traduction. 



LE CHANT DE SAINT FARON 



I 

Nous avons deux rédactions de la « Vie de Saint Faron » : 
Tune publiée par Mabillon, Acta SS. 0. S, B., II, 607; l'autre 
par les Bollandistes, Acta SS, Oct., X 609 (T. XII de la collec- 
tion). Si l'on y ajoute encore une courte vie métrique et un 
traité des miracles, nous aurons énuméré tous les documents 
se rapportant à la vie de l'évêque de Meaux ^ Cette vie pré- 
sente tous les caractères des vies des Saints de l'époque méro- 
vingienne, qui paraissent, pour ainsi dire, coulées dans le 
même moule : d'abord le futur saint est envoyé à la cour, où il 
cultive l'art militaire et s'instruit dans les règles propres 
à former un haut fonctionnaire *; puis il quitte la cour et 
s'adonne à des œuvres de piété. Que l'on interroge la Vie de 
saint Léger ®, par exemple, la Vita Arnulphi *, et celles de 
Licinius ', Aredius ®, Austregisilus "^ et d'autres encore : on y 
trouvera toujours le même système et quelquefois des expres- 
sions presque identiques. 

Mais la Vie de Saint Faron offre un double intérêt au point 
de vue de sa structure et de ses rédactions. Que l'une dépende 

* y.BiUiotheca agiographica latina,F&TO ep. meldensis, j^B cca.672 oct. 28. 
Dans la seconde édition de Mabillon, la vie se trouve à p. 581. D'après Mabil- 
lon, on en a donné des « excerpta »: Duchbsnb, Hist. Franc, script^ I, 567 et 
Bouquet, Rec, des hist. des Oavles, III, 501. La vie métrique a été publiée 
par SucHiBB, Zeitschrift f. roman. Phild., XVIII, 193, et le traité des mira- 
cles est édité dans les Acta Sanctorum, XII, 616-9. 

2 Vacandabï), La « scola » du palais mérovingien, dans la RevTie des 
questions historiques, XVII (1897), 490. 

* A consulter Dom Pitra, Histoire de Saint Léger, Paris, 1846. 

* Mabillon, Acta 88., II, 150. 

^ Historiens des Oavles, III, 456. 

* Historiens des Oavles, III, 143. 
7 Mabillon, Acta, II, 95. 



LE CHANT DK SAINT FAHON 45 

de l'autre, c'est ce qui ne laisse aucun doute : il suffira au lec- 
teur de jeter un coup d'œil sur les quelques passages, que je 
fais suivre : 

Mabilion, p. 686 Acta ss., xn, p. 609 

Ut ergo tanta ac talis lucerna Eté nim genitor hujus sanoti viri, 

Ohristi paulatim pullulare potuisset, Hagnericus nomine, ex gente Bur- 

a primœvo flore tenerae javentutis gundionum duxit prosapiam : atque 

ifUra aulam régis Theodoberti nobi- in avla régis Theodéberti inUr pri- 

liter cum doctrina Christiana nu* mores et proceres non medriooriter 

triendo lactavit. Genitor quippe fulsit. Erat namque consiliis rega- 

ejw irUer Primores Praeeresque ïWius libus notus, ac nobilitate sapientiae 

Régis non mediocritei fulsit. Polie- vallatus. 
bat namque insignis de nomine 
Agnericus, consiliis Regalibus gra- 
tDS ac nobilikUe sapientiae vaUatus. 

p. 688 p. 610, D. 

.... squalebat in pav'.mento sor- .... lacryinisque terram ubertim 

didula haec virgo Fara sic orans : irrigans , his verbis orahat : 

Petre^ qui cœli régna Justis reseras Petre, qui justis régna reseras cœles- 

Dei misericordia^ injustisque obseras tici 6 obseras injnstis, hue ad tua 

eiusdem iustitia, data tibi cognitio- confvA/% limina^ tua volens esse vir- 

nis bonorum malorum clavicula, gunctda. 
Mens conftufi hue ad tua sacra limina 
pavida ego ancillula Ohristi et tua 
roiens esse virguncula. 

Cela suffit pour nous convaincre qu'entre les deux rédac- 
tions il y a certainement un lien bien étroit; mais s'il s'agit 
de déterminer la nature de ce lien, force est de déclarer qu'une 
solution définitive n'a pas été trouvée jusqu'à présent. Quant 
à moi, je crois fermement, avec Mabillon et d'autres, que la 
Vie de saint Hildegaire est la plus ancienne, et j'appuie mes 
convictions sur les arguments spéciaux que je vais indiquer. 
Je remarque que dans la vie publiée par Mabillon — la plus 
longue, écrite par l'évêque Hildegaire, dans la seconde moitié 
du IX^ siècle — il est question, dans cinq passages, d'une 
vie « de Sancto Killiano, » dans laquelle l'auteur a puisé am- 
plement : 

1. Chapitre 70 (Mabillon, p. 589) : in tantum ut in des- 



criptionibus B. Chilleni. viri ScoUicae genlîs. cxaniiiim vîtlcatur 



2. Chap. 79 (p. 590). Est et aliud non silenlio de eo tegendum, 
ut in fila beati Chilleni fam dicli invenimus. 

3. Chap. 100 (p. 591). !pse namque egregius Faro virum 
gratta Dei plénum, nomine Ckillenum, ex génère Scoltorum 
ortum, sanctis exkortationibus ad procinciam Atrabatensem 
misit, quant doctrina sana Christo acqitîsivil, etc. 

4. Cliap. 101 {p. 592). Non est quoque ejus virtas a memoria 
abolenda, per quem hoc in Monasterio cum beatissimo Farone 
divina per eum gratta est operata. Nam cum quadam die secun- 
dum debitum corporis Chillenus sanctus cum antistite Farone 
convivaretur, pincema casu excessionis calicem, qao vinum 
epulantibiis propinabat, qui vtlreali elemento injido compositus 
erat, fregit. At beatus Chillenus inluens faciem mintstri prae 
nimio pavore pallentem, particulas calicis sibi tribui latenter 
poscit: super quas oratione compostta, invisibiliter redintegreta 
est calicis fabrica et sic oculis omnium in mlraculo est conversa. 

5. Chap. 103 (p. 592). Hoc namque miraciilum, quod placidis 
audiloribus inferemus, in denolationibus Vitae B. CkUleni 
nostrae notiliae adsumptimus. 

Or, l'auteur de l'autre vie plus courte, publii^e dans les 
Acta SS. cito également la vie desaint Killenua, presque avec 
les mêmes mots : 

Acta, p. 612 : at in descriptionibus cïtae Beati Chileni, ex 
Scotca natione, etc. 

Acta, p. 613 : Idem quoque egregius Faro virum gralia Dei plé- 
num, ex génie ortum Scotorum, nomine Ckillenum crebris exkor- 
tationibus provocaium ad procinciam atrebatensem misit, etc. 
Celte citation correspond à la troisième et à la quatrième de la 
vie précéilente de saint Hildegaire et c'est la dernière que nous 
trouvons dans la vie des Acta SS. Mm, h p.6l4,cette vie raconte 
le miracle opéré par saint Faron sur un enfant aveugle, sans 
citer la vie « de beato Cbilleno n, tandis que le même miracle 
est raconté par saint Hildegtire (chap. 103) qui ajoute : in 
denolationibus vitae B. Chilleni nostrae notiliae adsumpsimus. 
Or, voici mon raisonnement : si la vie de saint Hildegaire 
dépend de l'autre plus courte des Acta desBollandistes, ou ne 
peut pas expliquer cette citatiun. A mon avis, saint Hilde- 



LE CHANT DE SAINT FARON 47 

gaire aurait certainement pu travailler de fantaisie, mais il 
n'aurait jamais imaginé que le miracle de l'enfant aveugle 
se trouvât dans la Vie de saint Chillene ; tandis que les choses 
deviennent tout à fait claires, si nous avançons la supposition 
contraire, à savoir que la Vita plus courte soit un abrégé de 
celle de saint Hildegaire. Mais, ici, je suis arrêté par une 
objection, à laquelle il faut bien attacher une certaine impor- 
tance. Saint Hildegaire était un savant pour son temps; il 
écrit dans un style ampoulé, en vogue à son époque, mais 
toujours correct ; et il se pourrait qu'il eût fait des recherches 
sur son héros et qu'il eût trouvé justement cette vie de beato 
Chilleno, dont il est question. Il aurait pu alors ajouter à la 
vie plus courte quelques indications qui y manquaient. La 
chose ne se présente pas comme très probable, mais elle est pos- 
sible. Malheureusement, ce qui est vrai n'est pas toujours vrai- 
semblable. Je remarque encore, quant à la citation n°II de saint 
Hildegaire, qu'il y est question d'un coupable « libertati res- 
titutus » et que la vie plus courte, cette fois encore, ne dit rien 
de saint Chillene. Tous les passages, en somme, indiqués dans 
la vie de saint Hildegaire comme tirés de la vie de saint Chillene 
se trouvent en résumé dans la vie plus courte ; seulement, dans 
celle-ci, il manque quelquefois l'indication de la source. Serait- 
^I vraisemblable que saint Hildegaire se fût limité, s'il avait 
eu sous la main la vie de saint Chillene, à ajouter aux narra- 
tions de la vie la plus courte ces deux uniques citations, sans 
en extraire quelques autres traits? H cite pourtant diligem- 
ment sa source. Cependant, on pourrait alléguer que, dans la 
Vie de saint Chillene, il n'y avait peut-être pas d'autres traits 
se rapportant à saint Faron. Mais en voici un autre qui, ajouté 
aux précédents, me paraît trancher la question. Dans la Vie 
de saint Hildegaire (chap. 106) et dans celle des Acta (chap. 17), 
il est parlé de Bidechildis presque avec les mêmes mots. 
Toutefois, Hildegaire ajoute qu'il a tiré sa notice de la bouche 
de quelques vieillards (secundum quod ex relatione publica 
antiqiiissimorum virorum qui canitie lactea compositi erant 
comperimus). Ces mots manquent dans la rédaction plus courte 
et il est évident que saint Hildegaire n'aurait pu faire cette 
déclaration, s'il avait puisé dans une source écrite. Cette cons- 
tatation nous permet de conclure que les rapports entre les 



48 LE CHANT DE SAINT FARON 

deu\ \n?s '^p présentent désormais au critique d'une façon 
évidente la Vie plus i ourte est un extrait do celle de saint 
Hildegairu, qui seuly a droit d'être prise en considération, 
étant la plus ancienne 

Ce genre de rapport, entrevu déjè par Mabillon, n'avait pas 
encore ete étlauci de manière à lever tous les doutes. 



11 



Saint llildegaii'e écrivit sa Vie environ deux siècles après la 
mort de saint Faron ', puisant pour cela dans des sources qu'il 
indique expressément [Vie de saint Coluniban, chap- 12, 29; 
Gesla Francorum (ou Liber historiae Franrorum, ainsi que l'a 
appelé Krusch, Mon. G. Hist., script. RR. Merov., Il, chap. 29, 
Vita Sancli Easlasi, chap. 38, 60, 102; Vita Sancû Killeni, 70, 
79, 100, lOt, 103; et peut-être Vita Fefri, 98, et Beda, 65) ou 
tirant parfois ses notices de la tradition orale : il parle des 
viri... canilie laclea compositi (chap. 106) et d'un informateur, 
l'ahbé Lupua ferrariensis (chap. 118)'. 

Or, il y a huit chapitres (71-78) de saint Hildegaire deve- 
nus, à bon droit, célèbres : ils nous dépeignent une scène qui 
se passe vers 620 à la cour du roi des Francs. Une ambassade 
se présente à Clotaire II (584-628) de )a part de Bertoald, roi 
des Saxons, et lui déclare que ce roi considère comme son propre 
domaine l'Etat des Francs. Bertoald se propose m@me de trans- 
porter sa demeure dans le pays de Clotaire. Ce qui suit est 
connu de tous : Clotaire éclate de colère, ordonne à ses hommes 
d'emprisonner les messagers et de les mettre à mort. Si l'ordre 
de Clotaire ne tut pas exécuté, c'est grâce à saint Faron, qui 
intercède pour obtenir un délai d'une nuit, pendant laquelle 
il réussit à convertir les ambassadeurs à la foi chrétienne. 
Néanmoins, Clotaire , quelque temps après, déclare la guerre 



* 8. Faron naquit vers 6B5, fut créé évêquc en 626, tiiourut en 672 (Âcta 
e»., Xn, p. 597). Saint Hildegaire ocoapa le aièga éiriacopal de la ville 
natale do Saint Faron (Meaiiï) entre 855 e 873. 

* Voir, aur cet abbé, qui au coura du IX""* siècle « princïpeni loeuiii intor 
is tebenat k, TBAtrBB, Poitae latint aevi carolini, JH, 431, 



LE CHANT DE SAINT FARON 49 

à Bertoald ; il envahit son territoire et fait un véritable mas- 
sacre des Saxons. Il n'accorde la vie qu'à ceux qui ne dépas- 
saient pas la longueur de son épée. « Ex qua Victoria — nous 
» dit Hildegaire — carmen publicum juxta rusticitatem per 
» omniun pêne volitabat ora ita canentium, feminaeque 
» choros inde plaudendo componebant : 

De Chlotario est canere Rege Francoriim, 

Qui ivit pugnare in gentem Saxoniim. 

Quam graviter provenisset misais Saxonum, 

Si non fuisset inolytus Faro de gente Rurgundionum ! 

« Et in fine hujus carminis : 

Quando veniunt missi Saxonum in terra Francorum, 
Faro ubi erat Princeps, 
' nstinctu Dei transeunt per urbem Meldorum, 
Ne interficiantur a Rege Fiancorum. 

« Hoc enim rustico cantico placuit ostendere, quantum ab 

omnibus celeberrimus habebatur.» 

M. Rajna, le premier, a fait la remarque que cet épisode 
semble avoir été tiré, par Hildegaire, de cette w'ieBeati Chilleni, 
que notre auteur cite cinq fois ; effectivement, nous trouvons 
une citation de Ghillene dans le chapitre précédant les huit 
qui traitent de l'ambassade et de la guerre des Saxons (71-78) 
et dans le chap. 79. Mais la première citation est intercalée 
dans une période tout que claire : la seconde commence : Est 
et aliud non silentio de eo tegendum ut in Vita Beati Chilleni 
jamdicti invenimus, * 

La question de savoir si, vraiment, l'épisode de la guerre des 
Saxons a été tiré de la Vie Sancti Chilleni ne présente pas, à 
mon avis, l'importance qu'elle semblait avoir autrefois, puis- 
qu'on a publié récemment une vie de ce saint et que l'époque 
de Chillenus est celle même do S. Faron.Il y a plus : dans la 
Vita Chilleni publiée par Boyens *, on ne trouve pas l'histoire 

^ Rajna et^Grober pensent que c'est bien de la Vita Chilleni que saint Hil- 
degaire a tiré le passage. Suchier, au contraire, a exprimé Topinion que 
saint Hildegaire a répété un conte oral. G. Paris, après avoir accepté les 
raisons de M. Suchier, s'est ensuite rallié à l'opinion de M. Grober. Nous ver- 
rons tout à l'heure que la question n'est pas très importante. Du reste, 
à l'état de nos connaissances, je la considère insoluble. 

2 Analecta BoU„ XX (1901). p 434. 

4 



50 



LE CHANT DE SAINT FAHON 



concernant S. Faron et Clotaire; il faudrait donc admettre que 
llildegaire ait eu recours à une autre vie, aujourd'hui disparue, 
de saint Chillene, presque à une Secunda Vila résultant de la 
première, avec l'adjonction de certains épisodes de saint Faron. 
Dans tous les cas, la source d'Hildegaire ne serait pas tréa 
ancienne, et cela a une importance capitale pour notre question, 
ainsi que nous le verrons tout à l'heure. 

Ceci établi, il nous reste à étudier de plus près les huit vers 
conservés par Hildegaire. Ouvrons encore une fois les Acta 
SS. 0. B„ II, 590, et relisons les premiers vers du célèbre 
chant : De Chlolario est canere... — Qu'il fût consacré à Clo- 
taire plutôt qu'à saint Faron, c'est ce que l'on a répété plus 
d'une fois, sans pourtant arriver à une solution satisfaisante, 
faute d'arguments décisifs. Mais, on peut toutefois atteindre 
un certain degré de probabilité, sinon la certitude absolue, 
si l'on compare ces deux premiers vers aux commencements 
des plus anciennes chansons de g;este, à savoir de celles, oi^ 
se fait justement sentir d'une manière asscK évidente In con- 
continuation des motifs mérovingiens. Il est possible que G. 
Paris soit dans le vrai, quand il affirme imaginaire la ressem- 
blance trouvée par Rajna (p. 273} — et déjà par Gauthier 
(Epopées, I, 51) — entre le début du chant de Saint Faron et 
celui de plusieurs chansons de geste. Ce qui est caractéristi- 
que, pour Gauthier, c'est la charpente mËme que dévoile ce 
chant, à son commencement. Ici, pas de préface, pas d'intro- 
duction, pas de résumé, on somme. Le poète entre brusque- 
ment au milieu de l'action et nous annonce avec une grande 
simplicité le nom de son héros, Clotaire. Ainsi taisaient — 
nous dit Gautior — les auteurs des plus anciennes chansons de 
geste', p. ex. 

Chev(derie Ogier : 
. . . . Ce eal d'Ogïer lo duc de Dfineraarche 
vi le laïssn en ostage,.. 



M chant 
rt nés, le vailltuit... 



'aprè» Gaiîtibr, Epopées ', I, p. 374, n. 




LE CHANT DE SAINT FARON 51 

Mort (TAimeri de Narbonne : 

■ .C'est d'Aymeri de Narbonne le ber 
Et de son fils le ohetif Aymer... 

Prise de Cardrea: 

.... C'est d' Aymer, lou hardi corageus 
Et de Boutor, un païen... 

Et on pourrait en citer bien d'autres encore. Il est vrai que 
ces débuts sont précédés toujours de quelques vers à peu prés 
identiques dans tous les poèmes : 

Seignor, plait vos oir gloriose chançon ? 

Ou bien : 

Oez, seignor, que Dex vous soit aidant... 

mais ces vers ont été écrits pour les jongleurs, qui devaient 
s'adresser à leur auditoire, en lui indiquant le sujet, et ne peu- 
vent donc pas être pris pour le véritable commencement de 
la chanson de geste. Il reste donc que les deux premiers vers : 

De Chlotario est camere Rege Francorum 
Qui ivit pugnare in gentem Saxorum. 

présentent, selon Gautier, le type des débuts des chansons 
françaises. Il affirme qu'ils sont leur plus ancien modèle. 

Je trouve aussi que M. Rajna a insisté davantage sur les 
vers 3 et 4, où le poète parle de l'ambassade du roi des Saxons. 

Quam graviter provenisset missi Saxorum, etc. 

A bon droit, on doit rapprocher de ce passage plusieurs autres 
traits semblables dans les chansons de geste. La tâche m'est 
facilitée par le livre de M. Rajna (pp. 257-259) et par un mé- 
moire de M. B. Haase *. Ce dernier ne parle pas de notre chant, 
bien qu'il eût été facile de le faire d'après Rajna. 

Il arrive assez souvent, dans les chansons de geste, qu'un 
roi se fâche contre des ambassadeurs venant lui apporter de 
désagréables nouvelles pour lui-même ou pour son royaume. 
Ainsi, par ex., dans Gaydoriy nous trouvons que Naimon et 

* Uéber die OeaaruUen in den altfranzo&iachen Chanaonê de geate, Halle^ 1891 



52 LE CHANT DE SAINT FARON 

Ogier empêchent l'empereur de lever sol- couteau sur Ferraut, 
en le saisissant par le bras avec ces mots ^ : 

Hé, sire rois, que avez empansé? 
Messagiers est, ne doit iestre adesez; 
Se mal li faites, vos en serez blasmez. 

(w. 3625-3627). 

Dans la Chanson de Roland, le Roi Marsilc aurait sans doute 
blessé Ganelon, s'il n'avait pas été arrêté par ses hommes : 

Li reis Marsilies en fut mult esfreez : 
Un algier tint ki d'or fut enpenez. 
Ferir l'en volt, se n'en fust destumez. 

Toutefois, ce n'est pas nécessairement le roi qui exerce lui- 
même sa vengeance; il suffit qu'il ordonne à ses guerriers, 
réunis autour de lui, de s'emparer du messager. — Dans 
VAspremont^, il y a une scène qui doit être rapprochée de celle 
de notre chant. Naymon réussit à apaiser la colère de Gharle- 
magne, allumée par un ambassadeur du roi Agolant, et parle 
ensuite au messager d'une manière si touchante et profonde, 
que celui-ci part avec le propos de se laver dans l'eau baptis- 
male. Nous avons ici, à peu de choses près, la même scène que 
dans le chant rapporté par saint Hildegaire. Est-ce le hasard ? 
En vérité, je suis porté à le croire. Du reste, nous ne som- 
mes pas autorisés à conclure que tout le chant roulait autour 
de la conversion des ambassadeurs, dû moment que Hildegaire 
nous dit clairement qu'il chantait aussi la victoire de Glotairo '. 

' Haasb, Ueber di Ocsandten, p. 34. 

'^ Ra JNA, Le Origini, p. 259. 

3 M. Gbobber, Der Inhàlt des Farcliedes « Raocolta di studii critici dedi- 
cata ad A. d'Ancona, Firenze, 1901, p. 598 est d'un autre avis : « Der Inhalt 
» des Faroliedes beschrilnkte sich daher auf Folgendes.Es fiihrte die Sâchsi- 
» schen Gesandten zu Chlothar. Sie forderten ihn zurUnterwerfung unter 
)) die Herrschaft des Sachsenf iirsten auf. Chlothar verurtheilte sie zum 
» Tode. Faro bestimmt ihn, die Hinrichtung auf den Folgenden Tag zu 
» verschieben und sie bis dahin gefangen zu halten. Faro iiberredet in der 
)) Nacht die Gefangenen, das Christenthum anzunehmen und lasst sie am 
» andem Morgen vor dem Konig und seinen Grossen in Taufkleidem 
» erscheinen.Der Krmig verzeiht den Gesandten. Sie kehren in ihr Vaterland 



LE CHANT DE SAINT FARON 53 

Mais, selon Hildegaire,le chant finissait par la glorification 
de saint Faron, ce qui ne s'explique pas aisément, si le sujet 
était vraiment la guerre des Saxons plutôt que le baptême des 
messagers. 

Pour éliminer cette difficulté, il est utile d'examiner la 
seconde partie du chant, c'est-à-dire les quatre derniers vers. 
D'abord, le mot princeps, appliqué à saint Faron, oppose une 
difficulté que l'on a cherché à enlever, soit en supprimant tout 
levers ou l'émistiche Faro uhi erat princeps, comme s'il s'agis- 
sait d'une glose, soit en traduisant pr inceps par « comte ». 
M. Suchier accepte une proposition de La Ravaillière, Poésies 
duroy de Navarre, Paris, 1742, I, 193, et lit : 

Quando veniunt in terram régis Franconim, 
Faro ubi erat princeps, misai Saxonum. 

Là-dessus, M. F. Lot a remarqué que « Faro n'était pas roi 
» de la terre des Francs. Si grand qu'il pût être, l'épithète de 
» princeps ne lui eût pas été appliquée dans la langue du IX™® 
» siècle. Il faut lire Chlotarius au lieu de Faro, Je restituerais 
» ainsi les vers 5 et 6 : 

Quando veniunt in terram régis Francorum, 
CMotariua ubi erat princeps, missi Saxonum. 

Quant à moi, je pense que tout le monde jugera très accep- 
table l'arrangement de La Havallièro, qui corrige deux vers 
d'un seul coup; mais je ne sais si l'opinion de M. Lot trouvera 
beaucoup d'adeptes. Il a raison, d'ailleurs, quand il considère 
comme trop hardie et inexacte la traduction de G. Paris de 
princeps par « comte ». Je crois qu'ici princeps veut dire « évê- 
que », c'est-à-dire Prince de l'Eglise. Ce mot se trouve pour 
la première fois, que je sache, dans cette signification, 
dans les « Responsoria » de Sancto llaimhrammo *. 

> zurûck .Gott lenkte die Sohritte der Sachsenboten, als sie durchdie Stadt 
» des Faro zogen, wodurch es geschah, dass sie nicht getotet wurden. — Das 
» ist der Stoff zu einem Zeitgedicht,aber nicht zu einem Epos mit Kâmpfen 

> nnd Schlachten. » 

* Monum, O, Hist. RR. Mérov. IV, 525, 32. Je consulte les index des 
documents mérovingiens et je trouve que « princeps » signifie toujours, 
dans les autres cas, « imperator ou rex ». 



54 LE CHANT DE SAINT FÀRON 

D'ailleurs, Faron n'était paa encore évêque lors do ambâs" 
sade des Saxons, il était au contraire très jeune, ainsi que nous 
l'atteste la vie même de saint Hildegaire. Toutes ces diffi- 
cultés s'expliquent aisément, si l'on admet que les quatre der- 
niers vers sont une adjonction, peut-être, du IX"" siècle. On 
aiu-ait pris un chant populaire dédié à une guerre entre les 
Saxons et un roi des Francs (Clotaire) et l'on en aurait tiré un 
hymne en l'honneur de saint Faron '. Mais il y a plus : dans 
la chanson populaire, il ne devait pas être question de saint 
Faron; mais seulement d'un noble Bourguignon, qui aiu'ait 
joué le même rôle que Naimon dans VAspremonl. On sait que 
les nobles Bourguignons étaient appelés Bargundae farones et 
que ce nom n'était déjà plus compris au IX™* siècle'. Dans la 
préface à la Passto Sancli Sigismondi régis, Krusch a montré 
que ce précieux document a été écrit sans doute après le VII"^ 
siècle; « cum scriptor Burgondo farones (C. I) pro ipso populi 
jinominevetusto acceperit — Burgundofarones, inquit, nunca- 
I) patisunt et usqiie hodie Bargundiones uocantur — quos Bur- 
M gundionum proceres fuisse, nullus Fredegarii aequabs igno- 
n rare potuit ' » 

Bien que saint Hildegaire cite soigneusement ses sources, 
il est évident qu'il n'a paa cité la principale, c'est-à-dire la vie, 
aujourd'hui disparue, de saint Faron qu'il a dû avoir sous les 
yeux et qu'il a réduite à une forme littéraire ; puisqu'il est clair 
qu'il n'apas pu inventer laviedeson saint. Sinon une vie en prose 
ou métrique, au moins aura-t-il utilisé des narrations, des docu- 
ments, des fragments, en somme, d'histoire sur saint Fai'On, 
Les mots volitabat, componebant, etc.. au passé, laissent sup- 
poser que saint Hildegaire a emprunté à quelque ouvrage les 
huit vers qu'il a reproduits. 



' C'est une espèce d'emprunt i la poésie populaire, dont la lyrique de 
Franoe noua ofire des exemples remarijuables. Voyez A. Jeanroy, Les 
origines de la pfiisie lyrique en France au moyen-âge'. Parie, Champion, 1B04, 
lime partie. 

' Kogel, Dk allgermanische Fara, dana la Zeitschrifl /. devteclics Aller- 
Ihvm, XXXVI (1893), p. 217. 

' if. G. B. Uemm Merov, II, p. 320. V. aussi WniTK.Dcuteif. Yerlnuiiung»- 
geiehithte, Kiel, 1380, 1, p. 81. 




1 



^I 



LE CHANT 1>E SMNT FARON 33 

L'hymne sur saint Fanm aiii'ail diinc été composé, entre la 
fin du VI l"p siècle t>t la ihi du I X"^, parun religieux qui, ne com- 
prenant plus le Burgnndae/aro de la chanson populaire sur la 
guerre contre les Saxons, crut qu'il y avait là le nom de saint 
Faron et attribua à celui-ci les exploits d'un Burgonde à 
la cour du roi des Francs. 



ni 



De cpioUe nature était ce chant populaire? Avant tout, 
remarquons qu'une fois établi que le Furo de génie Btirgun.' 
dwniim n'est pas saint Faro, mais un noble Burgonde, dont 
nous ne connaissons pas !e nom, il n'y a plus aucune raison de 
prétendre que le roi des Francs, nommé dans le chant, soit 
Clolaire II plutôt que Clotaire I^'. D'abord, la guerre entre 
Clotaire I^ et les Saxons fut très célèbre, et les rapports des 
chroniqueurs le démontrent suffisamment ', et puis, en dehors 
du liber Hisioriae ', qui a puisé certainement à des sources 
liques, étant donné la nature assez invraisemblable de son 
it ', aucun document ne parle d'une guerre do Clotaire II 

;' Brégoire de Tours, Frèdègairt. Liber Hialoriae.^Dam !ea piutioDUritéa 
If rioit de Grégoire, ÏL Bnjnn a recnanu la légeade : u o'6 ionegabilmente 
ftdri poetico; si direbbe di seotire l'eco di un ouito saBBoae. Poiticolor- 
a corne qunlcosa di epîco In, triplice ambaaoiata dei Sassonî 
< col creaosndo délie offerte e il tripice rifiutu dei Fr&ncbi. Origini, p. 126. 

■ Cu abgervatianB — dit ill,KjjRTn,fïi3loirr, poétique des MfromngieM.'PtziB, 
•1603, p. 384, qui exsitère les idées de Rajtia — sont fort justes, et en por- 

IT celle qui eet relative b la trijUciti des offres des Saxooa. L'épopée, 

■ Domine le Dieu de Virgile, aime ce numenia im^par. t Je oroia qu'il y a un 
poud'eiagératioii. 

' La Vita Dagoberti (M. O. E. Rer. Merov., II, 404) oopie, avec des malen- 
l^uB, la L&tT Hùtorïae. V. O. Kurth, Histoire poiliqae dai Mérovingitns, 

W'S.wm, p. 43G : > Celui qui refuserait de reconnaître ici le squelette 

1 poème, dit excellemment M. Rajna. devrait rononcor auwi à le 

ans un résumé de l'Iliade nu de la chanson do Roland. 

Pvidenoe est toUe, qu'elle ne frappe paa seulement le regard eiercé de 

ame Gaston Paris, Monod et Darmeeteler, mais qu'elle a été 

e même par des écrivains qui vivaient /i une époque peu au cou- 

bt du eltOBea de la légende (Â. de Valois), o Mais M. Kurth exagère. 



56 LE CHANT DE SAINT FARON 

contra les Saxons. Le grand historien de ce prince, Frédé- 
gaire, affirme, au contraire, qu'il vécut en paix avec les peuples 
voisins; il est donc admissible que la narration du liber his- 
torim (écrit à un siècle de distance) dérive directement d'un 
chant populaire sur la guerre de Clotaire I^, dont les échos 
épiques se font déjà sentir dans la cbronique de Grégoire de 
Tours. Très possible qu'on ait appliqué ce chant à Clotaire II, 
grâce surtout à l'identité des noms. 

Si le roi de la chanson est Clotaire I*^, il faut reculer la date 
de sa composition et plus nous remontons haut, plus la suppo- 
sition que le chant fut en langue germanique acquiert de certi- 
tude. Je ne dis pas que ce chant fût une véritable épopée 
germanique, ni un chant lyrico-épique ' (dans le sens que 
l'on attribue è cette expression), destiné à fixer le souvenir 
delà guerre contre les Saxons et à célébrer le roi vainqueur. 
Ce que je dis, c'est que nous avons là une traduction en latin 
d'une poésie tudesque et que Faro de gente Burgiintlionam. est 
une mauvaise version de Burgtindaefaro. L'équivoque qui 
naquit avec le temps sur ce mot est due à cet auteur de 
l'hymne sur saint Faron, dont nous avons parlé. 11 a attribué 
à son saint les exploits d'un noble bourgonde quelconque*. 
Peut-être, à cette époque, le chant germanique commençait-il 
à ne plus être en vogue et il se peut que le début fût chanté, 
comme s'il était un épisode à lui seul. Peu à peu il aurait dis- 
paru tout à fait, si l'on ne l'avait fixé dans notre hymne h 
saint Faron. Les chants historiques, par suite des événements. 

Les différentes études, rëcemment publiées paiM. J. Kédior bui tes légendes 
épiques, noua montrent qu'il est très facile, aai ce terrain, de se laisser 
entrataer par la fantaisie. 
' G. PiHia, Bojnania, XIII. 

' L'opinion que 8. Faron n'est pas le nprincej)a>i est partagée par M. G. 
Kœ.btiso, Dos o FaroliEd » in Zeilschrifl j. franzïisische Sprache u. Liti- 
ratuT, XVI (1S94}- p. ^t>3 : " ^ Ùnd (wenigstena wahracheinlich) zwei. 
> Faro zu tinterscheiden ; ein itérer (der Staatsmann) und eîn jungenir 
Il (der Bischot),.. Das Farolied war e\n (hymnisclies) Loblied auf Fnro, und 
n Ewar — TOrausgoaetzt, dass zwei Faro anïunohracm seion, — in der ura- 
Ji prîinglichen Fassung auf den iUteren Fnro (den Staatamann,(ion PrÎTtetpê) 
" ia der spiit«ren Fasaung auf den (mit dem Sta.afsiiiann sagcnhaFt versch' 
g molienen) Bisoliof Faro, n On voit que je n'hi-site pas à fitire un pas en 



LE CHANT DE SAINT FARON 57 

sont destinés à faire naufrage, et c'est déjà beaucoup que Ton 
puisse en retrouver encore, par ci par là, des traces, presque 
des épaves arrivées jusqu'à nous par hasard. C'est à la critique 
de découvrir ces derniers vestiges et de les identifier, soit qu'ils 
se cachent derrière les sèches narrations des chroniqueurs, ou 
qu'ils aient été introduits dans un chant d'église. 11 en a été 
de même des chants longobards, dont les quelques traces, qui 
nous sont restées dans les pays romans se sont introduites 
dans les récits carolingiens; et c'est à ceux-ci, exclusivement 
à ceux-ci, que nous en sommes redevables. 

Saint Hildegaire a trouvé, dans sa source, que la chanson 
était sur toutes les lèvres et qu'elle était chantée par les femmes. 
Cela s'applique au chant germanique, servi àl'auteiy de l'hymne 
sur saint Faron, et non pas à l'hymne même. En effet, ces 
rondes de femmes sont très fréquentes, non seulement dans 
les pays romans, mais encore dans les contrées germaniques 
au Moyen-âge. La légende des danseurs maudits nous offre en 
Allemagne, au XI"^^ siècle, une rondo d'hommes et de femmes 
dansant au son d'une chanson à refrain. Nous avons même 
traduit en latin les deux premiers vers et le refrain accompa- 
iniant la carole : 

Equitabat dux Bovo per silvam frondosam; 
Ducebat sibi Mersuindem formosam. 
Cur stamus f cur non imiLs ?^ 

En Scandinavie, en Suède et (»n Danemark, les dartses furent 
accompagnées de chansons d'un caractère sérieux et sombre 
quelquefois. C'étaient des contes héroïques de guerre, de crime, 
de vengeance. Il en est de même, ce me semble, de notre chant 
populaire sur Clotaire et les Saxons. Peut-être, ne fut-il pas 
composé en Bourgondie, bien que le religieux qui le recueillit 
et en fit un hymne fut sans doute Bourgonde, puisque seule- 
ment dans le pays de Saint Faron on aurait pu songer à iden- 
tifier Burgondaefaro avec l'évoque do Meaux. 

L'allusion à la vogue dont jouissait ou avait joui, le chant 

* M. Schrjder a démontré que ces vers sont la transcription latine d'une 
chanson allemande (de la basse Saxe). V. Romania^ XXV, p. 341. 
Cette allusion se trouvait donc déjà dans la source de saint Hildegaire. 



58 



LK CHANT DE SAINT FARON 



germanique ut; fut pas comprise par saint Hildogaire, qui 
paraît avoir attribué sa diffusion à la rusticilas de la langue. 
Comme ce mol désigne la langue latine parlée ou le bas-latin, 
je pense que saint Hildegaire voulait parler de l'hymne même. 
Et l'hymne était vraiment rustique pour saint Hildegaire, 
étant mm pas métrique, mais rythmique- 
M. Thurnoysen a déjà fait la remarque que les vers : 
Qvanda vemtmt tnien / Saionum »n ferrom FraiKorum 
Instinctu Dei / traneeunt per •arbem Mddorum 

présentent le type des hexamètres rythmiques, que M. W. 
Meyera appelés A, I et A, III pour le premier hémistiche et 
B, II pour le second hémistiche ' : 

A.I! XX I 

A, m : X X I 

« »,n:| XXX ' 



Il a fait observer encore (jue les antres vers se laissent recon- 
duire très aisément aux modèles de la poésie rythmique, à 
l'aide de quelques changements très compréhensibles, p. ex. : 

De Chlotaohftiio / est rânece rege Franoùrura 
Qai ambulAvit / pngnàre in géntam Saïonum... 
Si non fuiaset FAro /degpûtc Burgonr3i6iinm. 

Un Goimaisseur de la langue latine, tel que saint Hildegaire 
se décèle par sa Vie de saint Faron, ne pouvait que juger très 



' Thubseysen, Der Weg vom daelylUiAen HexameieT sam tpiMhen 
ZehnaSbeT der Framoeen, daaa la Zeitschrifi /. roman. Pkilol,, XJ, p, 321. 
Inutile de rappeler ici que la poésie rythmique est i^elle, où a an die Stelle 
n der lacgen Silben, die deii Versictua li^gen, betonte Silben gezetzt worden 

* Voir les travaiiit do M. W. Mbvbb, Rademns Gcdiehl Sber TheophUua 
(Siteungsberichie der phi Iob.- phi loi. Kl. der K. b. Akademie d. WiM. Eu 
Miischen), 1ST3, 49; Der Liidua de Ântichrislo u-nd BemeTkKngtn &XT die 
latfin. Bhjtkmen desXll JahrlmBderlg (Situmgsber. 1882. I. S): An-ang 
vnd Urupruiig iltr lattinincJien und grierkiifchfn rhythmifelirii Die.hlifq, 
(Abhandt. der k. bayer. Akademiader Wiaaenscb:} I ki., XVII, II, 2U7. 



LE CHANT DE SAINT PARON 59 

rustiques de pareils vers. Si saint Hildegaire avait eu à com- 
poser Thymne, il est certain qu'il aurait fait preuve de vir- 
tuosité et aurait écrit de splendides hexamètres métriques. 
Mais il n'a pu qu'introduire, dans sa Vie, des vers déjà 
composés par d'autres et il s'est limité à changer quelques 
expressions, qui ne lui paraissaient pas tout à fait dignes de 
son latin ampoulé. 

Je conclus : le chant de saint Faron ne nous permet donc pas 
de supposer une épopée mérovingienne française sur la guerre 
deClotaire contre les Saxons. Nous avons affaire uniquement 
à un chant germanique disparu, et c'est par hasard que nous 
en avons maintenant, dans une traduction latine rythmique, 
les quatre premiers vers. 

Giulio Bertoni. 



RESTITUTION DE QUELQUES NOMS DE' LIEUX 



DANS L'OISANS 



On sait quels obstacles de toute nature les graâes officielles 
opposent aux recherches de toponimie. La restitution des 
formes autentiques, surtout quand il s'agit de noms désignant 
des détails orografiques, ne peut guère être faite que 
sur place et par des personnes à qui le parler local est fami- 
lier. Mais ici se présente un obstacle d'origine récente, dont 
la genèse est fort bien expliquée par M. Ferrand : « Ces re- 
cherches de la véritable ortografe et de la signification des 
noms de montagnes deviennent de plus en plus difficiles à 
cause de la disparition des noms patois chez les montagnards 
eux-mêmes. Par suite du frottement plus fréquent avec les 
voyageurs, les gens du pays adoptent les formes de langage 
de ceux-ci, le nom devient pour eux un mot abstrait et sans 
signification, et les vieillards, qui seuls ont conservé l'ancienne 
dénomination, hésitent à la dire, craignant de donner à 
rire par leur patois *. » On trouvera ci-dessous plusieurs 
exemples de ce fénomène. Cependant, au cours d*un récent 
voyage en Oisans, j'ai pu restituer quelques noms de lieux de 
ce pays, grâce au très obligeant concours de plusieurs per- 
sonnes bien au fait de Fidiome local, parmi lesquelles je dois 
remercier tout particulièrement M. Clôt, garde-cadastre à 
la Grave, et M. Claude Turc, adjoint au maire de Saint-Cris- 
tofe. Cet idiome, ou plutôt ces idiomes, car la Grave ne parle 
pas entièrement comme Saint Cristofe, ont un caractère 
provençal assez marqué pour que les indigènes puissent en les 



ï De Vorthographe des noms de lieux^ Màcon, Protat frères, impri- 
meurs, 1903 (tir. à part du 28"« Annuaire du Club alpin français), 
p. 21. 



RESTITUTION DE NOMS DE LIEUX DANS l/OISANS 61 

parlant comprendre les bergers provençaux parlant le dialecte 
d^Arles et se faire comprendre d'eux. 

Le cadastre de la Grave mentionne une Roche Girouge^ 
mais les gens du pays ne disent plus guère que Girose^ suivant 
Tappellation française devenue usuelle. Rocha Giroujo ^ serait 
la vraie forme indigène, avec chz=6^ g eij = ^, r douce de 
/ intervocalique latine. Girose change ^ en z^ o ûnal en 9, 
conserve r'intervocalique et intervertit le suffixe adjectif. 

Le Trésor dôu Felihrige donne pour le torrent du Vénéon la 
forme Venioun^ diaprés un renseignement qui n*est peut-être 
pas absolument sûr*. Les gens du pays disent Vénéon^ à la 
française, ou, plus communément, la grosso aigo. 

Les Chasots ou Chazots des environs de la Grave sont des 
Chasaus, jardins potagers. Le Chazelet (ibid.) est un diminu- 
tif CAtsara^ avec r douce de /intervocalique et passage de a 
ki devant Taccent. Le Peyron duJeas (cad. de la Grave, sect. 
A. f. 9) est la Pèiro dou Jalh ', la Pierre du Coq. 

Ravin, glacier, Aiguille du Plat de la Selle^ à Saint- Cristofe. 
Stllo signifie chaise dans le parler local. 

Rivèiro^ au cadastre de Saint-Cristofe, est tantôt transcrit 
Rmyre, tantôt traduit par //(>;té}*e. Le sens propre, sauf erreur, 
est rivage, 

La plupart des cartes donnent à un groupe de chalets de 
Vallouise et à Tun des grands pics de TOisans « le nom quel- 
que peu surprenant à" Aile froide,,.. Très anciennement connu, 
ce nom avait affecté des ortografes fort diverses. D'après 
M. J Roman {Dictionnaire topographique des Hautes-Alfjes, 
1884), de vieux titres de 1319 et de 1394 portaient Montanea 
Akfngide ; dans les Mémoires de la Blottière (1709) on trouve 
VaUée Froide, tandis que sa carte indique Lallefroide, La carte 
de Cassini a écrit Alefroide et celle de Bourcet tAlefrede ; les 
Mémoires de Bourcet écrivent successivement Valfroide^ 
Ailée Froide^ Alfroide, Elie de Beaumont, en 1834, a adopté 
AlefroidCy ainsi que le géologue Ch. Lory(1860). La Statistique 



* Roche gelée ou gélive (*gelotica). 

* Trésor dôu Felibrige^ v" Venioun : « Veniowiy n. d. 1. La vallée de 
Venéon (Hautes- Alpes ^. » Sic, Venéon, La vallée dépend administrati- 
tivement du département de Tlsère. 

* Ck = c, fiu = awy s et / finaux sonnent, j =■ ^, //* = /mouillée. 



6? RESTITUTION DE QUKLQUES NOMS DE LIEUX 

de thère (1844) écrit Allefroide, ainsi que le Dauphiné de 
Taylor (1854), Les premiers exeursionriistes anglais {Peah, 
Passes and Glacers, 1862) mentionnent Aièft-oide, Alefi-ed, 
même Alfred, et k partir de 1803 tout le monde copie imper- 
turbablement l'Ailefroide del'Etat-Major. Même dans le pays, 
la jeune génération, a'inspirant des touriatea, prononce 
maintenant .4i/e/roirfe '. " M. Claude Turc, lui, prononce 
Aio-Ffuido, avec une l presque vélaire ; pour froid il dit 
fr3[d), fém. /riiido ; il prononce Al toutes les Alp innombra- 
bles de son p&ys {Al{p) dôu Pin, de Vin6[sc), eta....] que le 
cadastre écrit Lai ou /.'Aile, et la carte Alp ; il ne doute en 
aucune façon que VAlo-Fraido ne soit une Alp comme les 
autres, malgré l'o qu'il intercale dans le groupe triconsonan- 
tique Ifr. 

La Meije, depuis la carte de Bourcet (1749-1754) jusqu'à 
la Description géologique du Dauphins par Ch. Lory (1860-1861) 
a été appelée Aigurile du iVùUjoa Aiguille du Midi de la Grave. 
Certains, comme Klie de Beaumont (1834) et Ànnibal de 
Saluées (1845), ajoutent x ou Meidje ». La grafle Meije 
domine depuis 1863 (carto de TEtat-Major au 80.000", ouvra- 
ges alpins de Joanne, Bail, Tuckett); cependant la carte du 
Dépôt de la Guerre au 500.000e écrit Medje *. 

A la Grave tous les vieux du pays disent la IHètdio, et plus 
souvent, sans article, Mèidio : mounlà à Mèidio, ura pormenado 
à Mèidio (très nettement-rfî/o, et non-yo, le son !/ étant au 
reste courant dans le parler local). Les autres disent généra- 
lement Mei/e, à la française. Mèidio désigne toute la Meije, et 
spécialement l'aiguille cotée 39ST m. Les cadastres ne nom- 
ment pas spécialement ce sommet ou ces sommets. 

Si l'ou en croit M. de Vlnols ', le subs. fém. mèdîa signi- 
fierait au Puy méridienne, repos de midi, A coup sur il est à 
ma connaissance personnelle qu'à Ambert mèidio, fém., signi- 
fie midi (r»t/t'eu du Jour et jwrf). Dans l'Oisans Mèidio ne paraît 



I Ferrand, De CoHIiografihf des noms dt lieux, p. J9. 

■ Ferrand, D' l'oiifiogriiplie des noms de lieux, p. IK. 

' Vo(a6iitairet palais veHavien-l^'unçaia et /rançais-paloi^ veltai 
publiés /lar la Société d'af/rieullure, des B<:ie)icei,desarls e 
du Puy, rédigés par le baron de Vittols, La Puj, imp. Prados-Fi 



DANS l'oisans 63 

connu que comme nom propre de montagne. Milieu du jour 
et sud se disent mejour à la Grave (j = g) comme à Saint- 
Cristofe (j = i). Un sommet situé droit au sud de Saint-Cris- 
tofe s'appelle Ajulho dàu Mejour *• 

Il se peut évidemment que, délogé de toute autre acception 
précédemment admise, mediam diern^mèidio ' soit en Oisans 
resté pétrifié dans un nom de lieu, les sens milieu du jour et 
ittâf étant rendus par le composé moderne mejour^ masculin et 
oxiton. Sémantîquement, il resterait quelque peu bizarre 
qa*un sommet s'appelât Midi tout court, et non Pic du J\Iidi, 
Aiguille du Midi^ ou Pic de Midi, Aiguille de Midi^ etc., et que 
le nom propre Mèidio en cette fonction restât — à ma con- 
naissance du moins — entièrement isolé dans les montagnes 
de langue d*Oc à l'état de paroxiton disillabique féminin. 

Jules RONJAT. 



' Le premier j = y, le second = z. 

' En Oisans, avec réduction normale du premier di à i ; en Yelai, 
média, a^rec élimination de Tun des deux dt en superposition sillabique. 



LATIN VULGMRK *T['DARE «FRAPPKR, TUER» 



I.a seule étjmologie accepLable, au point de vue sémantique, 
que l'on ait proposée pour le français tuer, l'a déjà été par 
le fondateur de la linguistique romane. Diez proposait 
luditare, sorte de fréquentatif de ttmdere, qui, au point de vue 
sémantique et étymologique, est apparenté à l'allemand stos- 
stn (got. 'stoutan); racine réduite (s}ftid- nasalisée en latin. 
Pour le sens, en effet, cette explication est excellente, car 
dans presque toutes les langues indo-européennes, les mots 
qui signifient frapper, ont eu même temps le sens de tuer, cf. 
Sk, hânii sil frappe, il tues, — hana- vmeurtreu (dans les c(im- 
posés) gr. Biivùi, çovot; iat. caedo «je frappen, occido «je tuen; irl. 
benim; v. si. bili sfrapper», ubili ntuere; ail- schtagtn ufrappero, 
enchlagen ntuers et aussi avec le mot de même racine que 
le Iat. tundere (slnssen) le verbe composé erstosien. M. Korting 
dans sonifiKintïcA-romûniïcAes Wôi-(er6HcA( 3. aufl.) aurait donc 
dii donner la préférence à cette étjmologie et surtout ne pas 
laisser croire eu le marquant d'un astérique que ludilàre 
n'existe [las, car il est bien attesté au participe présent dans 
la littérature archaïque, chez Eunius et chez Lucrèce. P. ex. : 
JVec iuditantia rem cessant exlrinsecus illam 
Corpora eonficere, Lucr, de ISat. rerum, II, 1142'. 

Toutefois, le sens de tûdi/àre est plutôt celui de a marteler » 
et, chez Eiinius, celui de a faire quelque chose avec agitation s. 
C'est qu'en réalité tudïlâre n'est pas le fréquentatif de tundere. 
mais le dérivé d'un mot de même racine que lui, savoir tûdei, 
-isou-îlis «raarteaUB, de même ijua ludicutûre «imprimer, gra- 
ver, agir, tourmenter» n'est lui-même qu'un dérivé du substantif 
(udicu/a (pressoir à huile). Le véritable fréquentatif, à en juger 
d'après faclilàre, diclilâre, etc.. qui sont formés sur le parli- 



I Cf. m, 3'J4 titditantia et Enr 



LATIN VOLGAJBE * TODAHE « FnAPPER, TUER )i 



65 



cipe du simple, serait *tiisilùrf ou *iunstlàre d'après lasus 
écrit quelquefois tunaui (WaiJe. Lat.-eij'inol. Wb., p, 642). 

Daulre pari, tûdïlàTe a Vu bref, ca qui ne oonvient pas pour 
le françHÎa tuer qui demRn<.le ua Q. Même ai l'on supgiose une 
variaota *tfidïlare, ce qui n'est pas absolument imposiiibte, 
puisqu'on peut dans le participe tûsut voir aussi bien nae 
forme *lûd-\-tos qu'une forme, *lund-\-to:i (lunius^lûius dans 
lï prononciation oourante), toutes les difScultës ne sont pas 
écartées du point de vue roman. On sait, en eifet qu'un latin 
tel que *tudUâre eût abouti dès la période romane à ^ludt&rO 
'tu'làre. d'où en frauçaia **touter ou **tuUr suivant la lon- 
gueur ou la brévité de la voyelle en syllabe initiale. Il est 
impossible de songer ici à une superposition l'yllabique qui 
eût fait de "lUdttàre *tûtàre, à cause de la différence de aono- 
rité et de sourdité existant entre li et t, et aussi parce que la 
superposition ne peut avoir lieu qu'entre deux éléments mor- 
phologiques différents, sentis comme tels par le sujet parlant*, 
M qui n'est pas ici le cas. 

Comme l'hypothèse d'une superposition ayllabique est inac- 
eeptable. qu'en outre il faudrait faire celle de *tfulilù,rv au lieu 
dflfJWifflrf, et qu'enlin, môme à ce prix, la sémantique n'est 
pai pleinement satisfaite, il faut songer k autre chose. 

Sans abandonner donc le rapprocliement de tuer avec un 
mot apparenté à lat. lumière, rapprochement si plausible au 
point de vue du sens, on proposera l'explication suivante. A 
cùté de tundere, il existait en latin un verbe populaire •îûddre, 
aoQ itératif, qui n'est pas attesté dans la littérature, mais 
qa'il n'y a pas une grande hardiesse à postuler, vu l'extrême 
banalité du type verbal en -are. 

En tant qu'itératif, l'existence de *tudâre en latin est ren- 
due vraisemblable par les assez nombreux exemples de forma- 
tions HMalogues que M. Meillet a reconnues pour cette langue 
(MSL. IX, p. 55-57). .. Lej itératifs à voyelle longue 

radicale, dit M. Meillet, ont constitué en latin — ou du 

fflcins en italique commun — une classe assez importante pour 
provoquer des formations analogiques ii. On pourrait consi- 
dérer *(ftrfâve oomme un de ces itératifs à degré réduit long 



I 



et. Orammont, Ln dis: 



n conao 080 tiqua, p. 147. 



66 LATIN VOLOAIHE *TDJÏARE « FHAPPBR, TUER» 
spécialement latin analogues à v. si. na-ricati en face de v. si. 
rtci (racine rek^-) bien que ce degré lud- soit assez mai attesté 
par lUstii qui, on l'a dit, peut s'interpréter par *lund-\-lo-s. 
Mais on peut également y voir un itératif avec la racine au 
degré -0- [vocâre,itolâre,rogàre.etc.; (^irf. p.56)', soit *toud-â- 
dont la partie radicale équivaudrait esactement à celle du got. 
Uanl-an, v. s. stOlnn, v. h. a slOzon (stossen), de même que le 
skr. lundale, ags, sUjntan, (prég. *slunl-ian) cotitieunent exac- 
tement le thème *tun(i'/t- du latin tundO. Cf. encore v. ial. 
j(H((r «court» de prégerm. *stunU'x (Walde, op. cit., p. 642). 
C'est même cette dernière supposition : *tottd-â- qui est !a plus 
vraisemblable à cause de rexisteuce en latin et en germanique 
de présents à degré o(g. mafon, lat. mû/ër?), à cause de la proxi- 
mité géographique et dialectale de l'ilalique et du germanique et 
enfin à cause de la brève des types à racine réduite, (Wîcâre (of. 
dicere). edûcàre (cf. dUcere), tâbâre (cf. lâbi, Meillet, ibid., p. 
55) qui ' ferait plutôt attendre *tvdâfe avec une brève dans la 
racine. *Tudâre serait ainsi un exemple d'itératif en -â- à 
ajouter aux 20 ou 30 eiemples que M. Meillel a réunis pour le . 
latin. La longue radicale ne serait pas plus étonnante que celle 
de plàcàre, sufjrâgân. Dana la langue classique, ce «erait 
tûdità'e qui, dérivé de lûdes, lûdilis, mais ressemblant aux 
itératifs eu -iiàre par sa finale, aurait fait oublier l'archaïque 
*tiidâre. Celui-ci aurait été conservé par la langue populaire 
et maintenu sur une aire déterminée du domaine roman malgré 
la concurrence de occldere {occire) dont il c'aurait triomphé 
qu'à partir du XVIi« siècle. 

A. CuNï. 



' Ou même à degré 
fondent evec Oi(>" 
■ Dana le es.» du de 



LES QUATRE FILS AYMON 

{Suitt) 



5 S'ttlonii à Montbandttl où Charles est séant; 
Si DOS i coiubatoiis bien et hardie tuent. 
Quaul 
Tôt a 



s vaincu Olivier et RoUaiit, 



â acuité dsii en Oriant. 
de Gasaoi^ne, corn tu as sens d'enfant, 
5870 Quant tu ven Ctarlemaigne euides avoir g^arant ! 
A lui ne puet durer ne roi ne amirant, 
Renaua n'a en Gascoigue ne ami ne parant, 
Ne onques li siens pères, certes, ii'j ot noiant. 
Non doit avoir II fiU, s'il vos vietit à talant. 
, 5875 Plusest dotés Renaus en Oascoigne !a forant, 
Àallars et Oiiichars et Maugis h tirant, 
Que vos n'ietes, dans rois, jel vos dis eu oiant. 
Rendes Reuaut à Charle comme son sosduiant. 
Si venres à repos désormais en avant. » 
) Quant li roi Yus l'entant, ai se va etubronehaat ; 
Onques mais & nul jor n'ot le ouer si dotant. 
I M 156 Apres ceatui parla li viâqueas d'Âvingnon. 
a Sire, dist il au roi, entendes ma raison. 
Vos nos querea conseil que noa le vos doignon. 
[ 68% Dites se vos feres cou que nos loeron ? » 
H Oïl, ce diat li roia, laisior ne le poom. n 
iSire, dist li visquens, et nos le voadlrom. 
Je i'ai bien oï dire et de â le savom, 
Que Charles tint aa cort à la cist de Loon, 
) 11 i manda Girart, le ducde Rosillon, 
Et DoOD de Nantueil et duo Bue d'Aigremon ; 
[N'i degoierent venir, poi dotèrent Cliailon. 

■"Se9i58ffi Sic Metï. - Terle da L: Siala e\ mesaga LoihiBr, la QU 
CliaFloii, Â .CGC. chavaliers qui forent compaignon. Lacune évideitle. 



DB LK3 QUATRE FILS AYMON 

Li rois en fu dolens, plainst soi à ses barons. 
Loihier i envoia. n'avoit enoor grenon,] 
5895 A. ,occ. chevaliers [iiu'il ot à] compaignon ; 
Sa ineslerentau duo el paleis d'Aigreoion. 
Tant i monta [la noise] et la grande laiiQon, 
[Ja li traniiha la teste li du» Bues d'Âigremont. 
Charles en fu dolens el moult en fu embrona. 
5000 Puis en fu grans la guerre et puis l'auordoisoD, 
Che fu h. une feste saint Johan le baron 
Que Charles tint grant corf à Paris sa maison, 
El] menda en conduit le duc Buef d'Aigremon. 
El conduit Gharlemaigne fu tués è. bandon, 
5905 Puis eu dura la guerre longement. ce savom. 
Qirars le guerroia, li dus de Rosillon, 
Et dans Do de Nanlueil parfiere aontençon ; 
Karil estoient frère, que de û le set on. 
Il desoonârent Charle, lui et ses compaignona ; 
5910 S'eneslora Saint Père de Gluignile baron 
Et puis la Charité et Verzelai selonc, 
Saint Beneoit sur Loire, là où si moine sont. 
Tfll bonor i fiai [Des por Girart et Doon] 
Que acordé se furent en .i. Jor à Charlon 
5915 Et trestout lor parages, fors tant que lor nevou 
Qui estoient adonques bacheler et guiton. 
Onques ne voiront querre à lui acordisson. 
Renaus le haoit molt de vielle gorgueçon ; 
Por ^ou tua il puis Bertolai le baron, 
5920 A Paris, en la sate, devant le roi Charlon, 
D'un esohekier d'argent, par tel devisjon 
Conques puis ne pot estre trovés eus el roion. 

68fi7 SitOB Metx,manqiieà L. 

5898-5903 Sic Meti. — L Loihiers pcrdi )a loetc par closon le menton. 
Tanl durèrent ias trive», li rsspil au liaron Qu'il. — Beuve» fmd la tfte 
df toi/lier {«. 700. Cf. cependant ^^^). Quant aiix lrû»B» et au répit. 
mentionnés au lieu lie la guerre, c'eal emprunt aux versions uii la guerre 
Bit placée aprii la mort de Beut-es. 

5913 Sic Ueti. L Cbitrlas à lui et au baron. 

&918 Mets ; gorgenchon. 

5921 Mett : talilier k 

592* MeU : Qu'il l'esmia trestot ausi corn .i. moton. 




LES QUATRE PILS \YMON bi 

NeB&i que vos celasse ne por ooi mentiason. 
Délivrée Charlemaigne les .un. fils A^'moD ; 
I 157 5925 Car, se voasi tiel faites, mora eatea à bandon. i 
Li dus de Monbamlel a après lui parlé, 
Et dist au roi Von : > Cestui pas ne orées ; 
En fin vos veut honir qui oe ïos a loé. 
Quant HenauH vint à vos, de seignor esgarés, 
5930 Certes il n'i vint mie povreraent atoroéa, 
Ainsavoit avec lui .cccc. adobéa. 
Ses pires esauiers îert de gris afublés. 
Ne ohevalchoieDt mie les roneins atrotés. 
Mais bona chevaus d'Espaigne, corans et abrivés ; 
5935 Et eQçois qu'il eiist aaa gj^rnemen? ostés, 

Vos diat il voiremant qu'il ierC au roi masléa 
Et vos la reteaistes volontiers et de gréa. 
Montauban li donastes et une ducheé 
Dont il puet eu bataille .u. chevaliers mener. 
5940 Vo aereur li donaatas à raoilliar et à per. 
Renaus en a .ii. fila que molt deves amer. 
Quant il vînt en Oasooigne, poi eaties amé. 
En Bascla n'en Navare oremus ne redotés; 
Il a vos anémia etplaiaiéaet matés. 
5945 Apres si li jurastes, par bones loialtés. 

Que ne li faudries, por home qui fust nés. 
Et se vos, por paor, k Charlon le rendes. 
Vos en seras [honnis] et traïson feres. 
Bnoor n'aves perdu ne chastiaus ne cités, 
5950 Fors, sens plus, Monbandel, qui iert ma fermelôa, 
Et Norment et Anglots sont ja dedans entrés. 
Cni chaut se l'ai perdu ? Dex me donra asses 
Por Deu, na faites chosse qui vos soit reprovés, 
Ne crées tel conseil qui vos tort à viltés. a 
5055 Apres parla Hunaua à la barbe florie : 
Cil fu de TaiUeboro, Jhesus Cris le maadie, 
N'ot plus mal traïtor deai en Tabarie. 



SOSl Ce vert a iti omis par Miehdanl. 
593Z Mtl» : Ses mamlrea c-nquiers. 
5»38 Sic Hatt. L destruia. 



LES QUATRE FILS AYMON 



n Sire, diat il au roi, 



estui 



1 crées mie. 



5960 Je G 



Enfin vos [vueit] honir qui ensi vos chaatie. 



i barbe floria ; 



Tant fu oitrecuidiés. ne vos mentirai mie, 
Aine ne daing[n]a servir Charlemaigne en sa vie ; 
Ains [ee fist orgeJloz par sa chevalerie.] 
M 15S Quant Renaus vint à vos et vos le retenistes, 

5965 Vo sereur li donastes o molt grant seignorie ; 
Montauban li donastea aor la roche naïe. 
Plus est dotés Renaiis en Gasaoingne la riche, 
Et Âallars ses frères et Maugis li traîtres, 
Que vos n'iestes, dans rois, nel vos cèlerai mie. 

5970 Ne sai que le celasce ne por coi en mentisse. 
Se il puet esploitier, il vos toldra la vie. 
Je vos lo en droit moi que que li autre dient : 
Rendes à Charlemaigne Renaut et sa maisnie ; 
C'est li mieldres coosaus que Je vos sache dire. ■ 

597S Apres parla Raimons, .i. quens qui tiut Toiosa ; 
Cil estoit molt poisans et si estoit preudome. 
Il Sire, ce dist li quens, cestuî ne crées onques. 
Enfin vos velt honir qui tel conseil vos dooe. 
Je conuis bien Aymon à la fîère persone ; 

3980 II est molt jentis hom, si a en lui preudome . 
A grant tort ooist Charles son frère Buef le 
Se Renaus s'en venja de Bertolai le conte, 
Ja nus frans chevaliers nel doit tenir à honte. 
Si fera il des autres, se a lui s'abandonent ; 

5985 Car bons chevaliers est, nul itel iie savomes. 
Ne li deves faillir por riens qu'il soit el monde 
Qui à Renautfalra, dame Dex le confonde, n 



nte ; 



G959 3k Metz B. Le mot manqvx à L. 

5962 L dainga. ^ 

5963 Sic Metz B. L fu cointes et noblea por sa chérie. — C'eit wU 
maladroUe corrccfion, car Hunnaut ne peut faire ici l'éloge iCAymes. — ' 
Hottr les traits communs à Mets et B, maigri la différence eiaentielletlî 

5965-5066 Metz : et une manantie. Montauban le caatel. 

S970 Après ce vers Met?. Bajoutenl : Voua ne sereipasroi» ila ï^iq 

5916 Met! ; st moult i ot preudome. 



a 

I 



LES QUATRE FILS AYMON 71 

ÀpreB parla Antoinea qui le poil ot fiori ; 
Dame Dex le confonde, qui onques ne menti. 

H ' Sire, Foie de Oascoigne, entendes ça à mi. 
Uolt RV68 povre sens, por voir !e voa afl, 
Quilaieies les barons l'un l'autre deementir. 
Voles vos conseil querre. dont vos puissios garir 
Et vo gent et vo terre i grant honor tenir ? » 

5 II Oïl, diat roia Yona, por amor Deu voa pri, 
Sor le péril de l'ame, par devant Jheau Crisi, 
Gommenciâs la parole, ai pen^ea <1b1 fenir. u 
« Dont nos widiea la chambi'e, i li viaqiiens li a dît. 
Li roia iat do la cliambre et dolans et maris ; 

Venus est en la sale inés et eababia. 
Le duc de Monbendel mena ensamble li, 

9 Et sii fu Raimons, cil qui Tolouse tint; 
Tuit .ii[. sa eunt assis en .i, lit cordeîs 
Et li autre remeaent, oui Ja Dex nea aïat. 

3 t Seigooi*, ce dist Huaaua, aoi aotnea malbailli ; 
Li roia Yqs de Gaaeoigne nos wenl en fln honir. 
Bien nos veut nos honora et nos terres tolir, 
Por seulement Renaut et le larro[n] Maugis. ■ 
« Par foi, dist li visquena, il n'ira mie issi. 

) Seignor, entraidona nos. por Deu qui ne menti ; 
Car vers Charlon de France ne puet nus hom garir. 
Ne chastiaua ne cité nel pitet contretenir. » 
À.taDt dient ensamble, Dex les puist maleïr: 
H Nos ne vos falrons ja des! que au morir. n 

ô Atant ont fait lea Sains isneltement venir ; 
Ulueo se aunt tôt .iii. et juré et plevi. 
Se Renaua n'est rendus, qu'il fauront le roi Y ; 
Si en iront à Cbarle, le fort roi aeignori. 
I] ne weut riens conquerra, ne soit à lui aclin. 

> Atant es voa le duc de Monbendel [i] vint 






mbl3 i> 



!b détibéraiion des eonaeillers du roi de, Qaecogne 



n 



LES QUATRE FILS AYMON 



Et si entre en la chambre où sunt li anemi. 

Quant cil qui laiena furent, orent le duc choisi. 

Vers lui sunt aprochié, si le courent saisir ; 

As grans coutiaus à pointe le voloient mordrir. 
6025 Quant li dus l'a veii, molt ta espoerts. 

< Seignor. ce diat li daa, par amor Deu, meroi. 

Vostre voloir ferai, n'i aura contredit, 

Et jurerai sor Sains, trestot à vo devis. 

Toutes vos volontés ; si me laiaies garir. n 
6030 Et raspondent 11 autre : a Or aves vos bien dit. • 

Lors li ont fait sor Sains et jurer et plevir 

Qu'il sera lor compains à cou que il ont dit. 

Atant es vos le roi de Gascoigne, oii il vint, 

Où qu'il voit les barons, ses a à raison mis. 
6035 ■ Seignor, ce disl. li rois, que! conseil aves prie ? 

Et diat Hunaus li fel : Ja le vos aurom dit. 

Ja ne vos iert celé de grant ne de petit. 

Nos Bomes entre nos aflé et plevi, 

Se Renaus n'est rendus, lot vos somes failli ; 
■ M 160 6O40 A Charlon en irons, ie fort roi seignori. " 

Quant li rois l'entendi, tint soi por malbailli. 

Il commence à plorer des biaus ieus de son vis 



lea jormca de laqueHe j'aurai à revenir, une retnarqae est néeeseaire. 
L'hietoire antérieaTe des Fila Aymon y est réatimée; nuUe part U n'est fait 
{^allusion à Vépisode iei Ardennet. Après la mori de Berîotais et sa mp- 
mee Charles, Renaud vient offrir ses services av roi Ye el le protige 
: eu ennemis de Basile et de Navarre. La guerre avec les Sarrasins 
de ToidoosÉ n'est pas mantionnie; l'un des conseillers, Saimon, est indiqui 
\e tenant T<nUrntse,oil d'aiiievre Ys a aa résidence habiiitdle. De Bègue 
si question nulle part. La condusian manifeste est que l'histoire primi- 
tive des Fàa Âgnum ne eonienait ni l'épisode des Ardennes td que nous 
13, ni la guerre avec les Sarrasins, On sait que j'y vois des emprvnla 
à la légende de CharlesMartel. — Je note que dans les mss. A B C M les 
barons Boni ou nomiire de sept : Oodefroi; neveu du loi C'a, le vicomte 
d'Avignon, le comte de Monbentlel, Antoine (ou Antiaumes) k la barbe 
florie, Ooimara un duc qui Cint Bayonne, Hunnaua lï vies, Bertians à U 
obenue barbe. Aucune trace d'un complot el de riolenees des adversaires des 
Fila Aymon. Dana moti introduction, j'ai eu ù parler de cette jorme de la 
iilAératioft. 



I 



LES QnATRE FILS AYMON 
Et diat entre ses dens, que nus ne l'entendi : 
a Ahi ! BJre Renaus, frans chevalier hardi, 

6045 Corn or ieates iui vilHinemeat traï ! » 

« Seignor, ce diît [ii rois], por Dhu et por son 
Se Renaus s'aperçoit de ceate traïson, 
Ja. n'aurai â garant ne chaste! ne donjon, 
Qu'il ne me faue ardoir à feu et à charbon. » 

6050 I En lamoiefoi. sira, diat liquena d'Avingnon. 
Es plains de Waucolors menra on les barona; 
Bcna raeuliaus d'escarlate lor afubleraon; 
S'auront peliçons gris qua «oa Jorbailleron 
Et seront trestot ,iiit. sor mules aragons, 

6055 II u'i porteront arme ne eapié ne bjaitoa, 

Haubero, eacu ne helme por lor deafeiiaion. 
A .XXX. chevaliers coudiiira les feron 
Ou à ,xx. ou à .XV.. ensiooo nos volrom, 
Et Charles i venra d. .un. M. barons, 

6060 Adobéi de lor armes, sor le^ chevaua gascoita ; 
Ses en face mener à Rains ou à Soisons. 
Renaus a tant en France et parena et nevous, 
Ja uel lairont destruîre, encoia l'en garderont . 
Miola en venront àahiet'que nos neferiom. » 

6065 Quant 11 roia l'entendi, si taint comme charbon, 
Et dist entre sea denscoiement, sens tençon : 
[ a Aï Renaus, fait il, com mortel traïaon ! " ] 
« En la moie foie, sire, ce dlst IJ dus Raimon, 



fl046 Sir Metz. L. Rftmon. Tout numlre d'iiUUara que e'eil bien U roi 
Ysqui cntUimte à 'parler. 

S066 Sic Metz. — L iiukI ce q-ae U roi Ye dit ainti ooiement. &' Arsenal 
e( B V donnent une narionfe de earaetère pins tendre : leçon de B ; 
Ahi I suer, douoe amie, hui perdes y 
Pur Diu, aire Reaaut, boise 
Danio Diu en perdrai aans nul autm 
Ja n'en arai ncorde paurnule ri 
Pour Renautj fist Dix ^oat mirBole le jour, etc. 
Montpellier 1res diffirenl : 

vos randroi moult mauïoa guerredon 
De ce que ma ïenjaales de Margot la Frison 
Qui ne m'avait laiasic fermeté ne donjon. 




:ll 



Pour RBûttnt j fiât Dix grant miraclo le jour. 
La oambre i)ai fu painto, si maa la conlor, 
Si devint inde et perse et noire coia charbun. 
Quant li roÎB Tua le voit, à poi d'ire ne font. 
le miraclE. La sainieii de Renaud, la tnetUion de la iMane ott 
iiaienl conservif à Tremoigne (Dortmiind) sont des emprunté 
failt à la légende Itajioyraphiqw çai fiait par dore la Chanson de geste . 

60T5 L illuequas derint inda et parae coin charbon. Co'-rigé d'après 
B V Meti. 

6090 M E V ajoutent En lor maiaB flora de coaee pour lor ?ora doporter. 
Ce iUail était eiiaeniicl. 



Mia 



74 LES QUATRE FILS AYMON 

r Renaus vos aime plus que home de cast mont ; 

16070 Vos ne li querras olioase qu'il ne faoe à batidon. 
Et li rots Yus se pasme desor le duc Raimon. 
Por saint Renaut fist Dei illuec grant monatris 
Esorit eat k Treiuoingoe en U Aertre au baron ; 
La chambre qui fu blanche en mua sa color ; W7 

6075 [Si] devint inde el perse [et noire] com obarbon, j.^^i 

Et li .1. ne vit l'autre, ains chaïrent trestot. , ^ 

Uria grant pièce jurent illuec en pamiaon, j g 

Puis issent de la chambre, lor conseil flué ont. 
M 16S De la chambre issealfors, li oongeus eatÛnés ; 
6O80 Li rois sist aor .i. banc, qui fu tous treapensés. 
Son chapelain Qontart a li rois apelé : 

I« Amis, oe dist li rois, à moi en enten iea. 
Faites moi tost .i. brief, de cire enseellé ; 
Si i metea tôt çou que vos conter m'oes : 
6085 Que je mant à Karlon salua et amisté ; 
Se il me fait tôt cou qu'en son brief ai trové. 
Les -im. fils Aymon li ferai délivrer ; 
Es plains de Waucolors les li ferai mener ; 
S'auront -iiii. mentiaus d'eacarlate afiiblé, 
6090 .1111. peliçona gri:^, de fln orfroi bandé; 

6070 Metz : Ne li roveres. 

8072 Mets : Por Renauti. — Montpellier dii : 

ILe jour fiât Dei miracle pour Renaut le baron. 
I La ohambre où se aeoit le riche roi Yon 

I Devint otyode et blanche, vermeille tout entoDr. 

W Tel paour ot roi Yb qu'il s'en fui à bandoft. 



i 



LES QUATRE FILS AYUON 75 

Si gart que il [i] ait le miels de son barné, 

Car Beil li eschapent, puis ne m'en doit blasmer. ii 
iSire, ue digt lioleri. faites Ibs raoi tiomer, » 

■ Non ferai, di^t li rois, carje le weil aeler. » 
6095 Cil a escrit la ohartre et le brief saelé ; 

VenuH est a» meeage, el poing li a bote. 
Li rois en apela son corliu âalutre : 

■ Au aiege, h Monbandel, a Cbarlon m'en ire?. 
Si les donea cest brief, en cire seelé, 

6100 Si vos pri, biaus amis, ostages en prenes. * 

« Volentiera, biaus dou» aires •, ce respont Salaires. 

Li mesages Charlon l'en a molt bien guié. 

Qui avoit en la vile .mi. jors aejorné. 

Et trespasse les marches et les amples régnés ; 

6105 Deai à Monbandel ne s'i est areslés. 

Et vient au tref Charlon, le fort roi coroné, 
Et salua le roi, ensi con vos orras ; 1 

I Cil dame [>ex de glore, qui tôt a estoré, I 

Si saut et beueïe le uieillor coroné 

6110 Qui onijue^ fust en terre n'en la crestienté. 
Li rois Yus de Qascoigne, au corafra aduré, 
Ci vos envoie .i. brief. en uire aeellé, 
N'i ait fors vos et moi, quant lire le feres. » 
Eu une chambre à vote en sunt endui entré, 

6115 Charles, nostre empererea, si a brisié la cire ; 
Quant it fu jovencîaus, si ot apris à lire, 
[ 163 Et esgarda la letre ; si commença à rire. 

Quant vit la traïson que les lettres li dirent. 
Quant vit la mort Allart, tendrement en sospire, 

6120 Et quant vit la Ouichart. d'en .ii. les iela lermie. 
Et quand vit la Renaut, dont ne se tenist mie 
Qu'il li donast tôt l'or l'amiral de Peraie. 



Ilestchens pasmés sor une roche bise, 



6091 Ml Ri 
«100 Aprit 



S« ma terra a de lui trieves 
Aina que demain soit respre 
Que je ferai tout che que au 



(6 I,ES QUATRE FILS ATMON 

Puis dist entre sas deos, o'oti ne l'antendi mie : 
6125 •■ A.hil Renaut, mar fustes et va che[v&le]rie. 
Hui muert la [fl]orB del mont, de la bachelerte. 
Mes cousins estiea, s'en ai an cuer ^rant ire. 
Jamais n'auerai joie, à Qnl jor de ma vie. 
Ce vos a porchaoié MaugÏB, li fors traîtres, 
6130 Que j'ai vo mort jurée et desor Sains pie vie. n 
H Sire, dist li mesagea, por Deu, le ûl Marie, 
Se vos i vees chosse qui tort à vilonie, 
Si le dites en bas que on ne l'oie mie, n 

• Amis, dist Charlemaignes, or as dit cortoisie, 
6135 Mais en droit moi en est toute la vilonie. 

Se oou me fait rois Yus, que les letrea me dieut, 
Sa terre aura de moi en pais et gareutie. 
Vers tos homes del mont li ferai grant aïe . 
Fors tant à Jheau Criât ne m'aatis je mie. * 

6140 » Sire, dist li mesages, piégea eii went mea sirea. i 
Et respont l'empereres : < Je li donrai moU riches. 
Je li doin;; tôt avant le fil sainte Marie 
Et saint Denis de France, de nostre avoerie ; 
Si me di ton aeignor, ne li oeler tu mie, 

6145 Que toujors maîa aura la moie druerie. « 

Charles, nostre empererea, a son clerc apelé. 

* Or toat, ce diat li rois, n'i ait plus demoré, 
Faites moi toat .i. brief, en cire seelé -, 

Si i metea tôt çoa que vos conter ra'oes : 
6150 [Qu]e mantan rot Yon salus et amistés ; 

ISe] il me fait tôt çou qu'en son brief ai trovê, 
[De] .xiiii. cités li croîtrai s'ireté 
[Et l]es .un. mantiaus li ferai aporter, 
[TJreatot de tel samblant, corne il a rové ; 
M 163 3155 [Li].iiii. peliçon seront à or baadé. 





u V. 0187. 


6Î25 L chérie. 




612fi Lfors. 




fllM Oit rtmarquc la dialinction qus CItarUa lait cnir 


e ies Fils Ay 


Mavgû. 




S160 et tnivanU. J'ai imprimé, comme exemple, ect 


■e mite m ma 


Im inilUdet tuppHvUea por le relier. 





J 



I.BS QUATRE FILS AVMON 
[Qua]nt il mes anémia fera el val mener, 

[Qiie]ahasoune en ait .i. k son colafublé; 
[C]ar je ne weil, nus autres soit por el* afolés, 
« [3i]re, ce (liât 11 olers, et car les me nomes, ii 
61â0 • [N]on ferai, dist ii rois, car je le weil celer. 



[C]il 
[Vje, 



e brief et molt bie 



seelë ; 
iD^ lia bote 



[Et] l'anel de son doi Ii a Ii roia doné . 

[.!.] bon mul de Sulie Ii avoit {iresenté 
6165 [Et] les .iiii. meiitiaus a derrier lui iroasé 

[Et] .un. peliçona qui sunt à or bandé. 

Or s'en va Ii mt-sages, s'a congiâ demendé. 
Or s'en va ii meaagea, oonffié a prie del roi, 

Et Charles est remes, si a'apoia au dois. 
G170 Fouque de Morillon en apelaà sol, 

[Et] a'apelao lui Ogier, le bon Danois, 

t [En]tendeB moi, diat Charles, franc cbevaliercortoiB, 

[.1,] conseil vos weil dire, mais ce ierl aor vos fois, 

[Que] Hesiau besoing nel sauront que [n]o8 trois, 
6175 [H]ui flnera la guerre dont je aui si deatrois, 

[U]r oea .i. petit, dirai vos mes secrois. > 

[S]ire, ce diat Ogieia, tant vos sent à cortoia 
[Que] ne nos querree choaae qui noa tort à aordois. « 
Il [N]onvoir, diatCharlemaignea, jamarleui de rois. 

6180 [ËJb plains de Wuuaolors le matin m'en irois ; 
[.ini.] mil chevaliers ensamble o vos menroia ; 
[iiii.] fores i a où vos embuncheroia. 
[Lea] .ini. fils Aymoii illuee.jueB troveroia. " 

[J]e comani, mora ou vis, que vos les me rendois. n 

6185 [Qu]aut oeatafaire entant Ogierti, Ii bona Danois, 
[S]avoii- pOdS et croire que n[iolt en fu destroia, 
[Et] dist entre ses dena que nus ne l'entendoit : 

1 [J]a dame Ueu ne place, qui haut siet et loing voit, 
[Que] vos ja les aies par home qui ci soit. » 

6190 « [A]les ent, ce di>jl Charica, ai feres mon esploit 
[Et] ae vos bien ie faites, par la foi que vos doi, 
[J]a ne volres en France que doné ne vos soit. ■ 



6174, 619S L V 



lit. Foules du serSie. 



LES QUATRE FILS AYMON 

« [J]a n'en conois je nu! ii, ce rtiat 1i bons Danois 

I [S]i faites, par mon chief, ce dist Charles li rois, 
« [C]ar il Bunt vo cousin, li traïtor re[n]oit. 

[D]e tant sui je soupris que le vos dis ençoîe. 
[M}ais vos me jureres, aor la veraie crois, 
[Qa]ant vos en Vaucolors les barons troverois, 
[A] vo pooir feres, ja ne vos en faindrois, 

I [N]e par home de char savoir ne lorferois. » 
[Jja li jura sor sains Ogiers, li bons Danois ; 
[M]ais il dist coiement, que ne l'antent li rois : 
n [Par] ioel saint Seignorqui hautsietet loing voit, 
rN]e vos en rendroie .i. por la cité de Blois. » 

} [C]il 86 suDt adobé qui iron[t] as destrois, 
[.iiii.] mil chevaliers, adobés à hernois ; 
[Fjorment sunt merveillié que lop voioitli rois. 
[I]! vestent les haubers, prenent hiaumes turoois 
[E] oaignentles espées et preaent lor conrois 

I [Et] montent es chevaus sors et baucens et noirs. 

II mandèrent lor homes à force et à esploit ; 
De l'ost se ^unt parti bêlement et tuit coi 
Et passent Balençon et toi le sablonoi. 
S'or le seûst Renaus, et si frère tôt troi, 

i II n'i venissent mie à guise de borgois ; 
Ençois venissent là con chevalier cortois. 



I, qui fu B 



(1 lac 



Peor auront de mort encois demain au aoir. 
BU brueil stint embunchié li baron oatural ; 
) Bien furenl.iiii. m. chascuns ot bon oeval. 

Pouques de Morillon ses homes apela : 

a Seîgnor, franc chevalier, moll doi haïr Renaut. 

A grant tort m'a oois mon honcle Bertolai. 

Il venront ja ici, de vérité le sai ; 
i Rois Yui les a trais à Charlemaigne d'Ais. 

Sempres au bien ferir qui m'aidera, verrai. « 



6S03 Ici le bon Ogier l'taçnije daju Un 
dront It biànu da deux partia. 



3 11 n'eal dit nuUt part ailieiin qu'il y • 
BertoUîB al Fouques. 



lenlalci qui lui 




LES QUATRE FILS AYMON 

Et il H râspondirent : ■ Ne vos esmaies ja, 
Se Beulement as ioels povana veoir Reoaut, 
De oest jor ea avant ne nos eBchafiera. •> 
6230 Li rae» au roi Yon pas ne s'aseûra ; 
M 165 Venus est àTolose, son selgaor i trova. 
Il li tendi le briaf que Charles envoi» î 
Son chapelain le baille, les lettres esgarda. 
Si a chosi la mort Aelart et Quiohart 
G235 Et RicharC le menor et Renaut le vasal ; 
Ne se puet atenir que des iola ne plorast. 
S'il osast por le roi, volentiers la calast. 
a Sire, ce disllî roia, nel me celés vos ja. 
Que racontent les lettres que Charles envola?* 
6240 H En la moiefoî, sire, ce lia dit GonlarB, 
Molt par est for^ h lire ceste premiers pars, 
Li clera fu nés de Frise qui le brîef seela. » 

Li chapelains fu sages et coitois et membres. 
La purole ne pot à. son seignor celer. 
6345 A une part se trait, si Ta araisoné : 

a Saves que mande Charles, 11 gentius et li ber 7 
Se vos li faites çou qu'en vo brief a trové, 
De .mil. chastiaus vos croîstra l'ireté 
Et si vos iloneen plege le roi de majesté 

£50 Et saint Denis de France, cui tient à avoé, 

.1111. mentiauB vos fait par voslra home aportar, 
Trestot en tel manière com aves devisé, 
Que vos les dus Aj'inon feres el val aler; 
Que chascuns en ait .i. à son col afublë, 

355 Qu'il ne weut que nus autres soit por eus agrevës. 
Se les lettres ne mentent que ci vos ai conté. 
Es plains de Vaucoulors aunt ja su gent entré, 
Fouquea de Morillon el Ogiers li aenée ; 
A.'weo aus .un. M. de chevaliers armés. 

260 Les ftusAymon atemtent, qua vos deves livrer, n 
Quant l'oï li rois Yus, durement s'est hastés. 
II flst sonar ses graiies, et sa gent fiât monter. 
A .ii.U. chevaliers issi de la cité; 
Desi à Montauban n'i ot reine tiré. 

265 Par la porte Foucon sunt en la vile entré, 




LES QUATRE FILS AYMON 



Cil chevaliei 



a bore lor osles. 



r porprennent p 
Li rois Yu8 de Gaacoigoe est el chastel eutréa ; 
Sa tuer ala eucontre, o le viaire cler; 
3 SI !e pi-ist k la manchs de l'ermin angolé ; 
> Si levoloit baisier, mais il ganchist le nés 
Etdist, malades est, ne puet à Ji parler, 
Por lagrant félonie que il ot enpensé. 
,1. lit li Qssent faire el palais principe ; 
La keute fu de paile galasien fresé ; 
D Li eovertor de soie furent de gris forré, 
Et li rois se [coucha], s'a son cors repossé, 
Mais il ne doimist mie por .xiin. cités. 
a atome son pensé 
s bêlement et souef : 



Deaor les flua Aymc 

Et dist entre ses dei 

I n Ahi ! pères de gloi 

Dea .[lEi. meillors pr 



, comje 



ivrë 



s de la crestienté. 
Que j'ai vendus à Cliarle et traïa et livrée 1 
Demain seront pendu, ja n'iereut trestorné. 
En la loi de Judas ai je pris mon ostel. 

a Dame Deu en perdrai en fin sens recovper. 
Ja par home de char ne serai acordës ; 
Mais tôt ai l'estuet faire, comje l'ai devisé, o 
Sor la keute de paile latsa son chief cliner. 
A. l'issue de Mai, k'estéa est comenciéi^, 

Sefu li roisYon el chastel herbergiés. 
Venusfu de Toulouse, la fort cité, le sié, 
Et a les fius Aymon trais et engingniés. 
Renaus. Il riches ber, repaire de chacier 
De laforeat d'Argone où il fu archoier. 

5 .1111. [somiersj amainede venison chargîés; 
S'a pris .nii. aenglers qui molt l'ont traveillé ; 
Ënsamble o lui ses frères que li bers ot molt chiei 
Et ses chiens et ses viautrea et sea veneora fiers 
Et bien trente aergens qu'à cheval que à pié, 

Q Qui portent ara d'atiborc et aajetea d'acier. 
En Montaubaii entrèrent par la porte Fouchior. 



6ï76 L, chouca. 
6295 L. 9«nglers 



Beni 



LES QUATHB KILS AYMON 
a ot par ces ruea tioise des escuiera 



I 



Et des iiaubei'B roler dt des abevaustorchléa 
Et crier par ces perchas ces faucoos monteDiera, 
9305 Adont cuida li dus, ce fusa^nl chevalier 

Qui là fussent [venu] por avoir gaaignier. 
M 167 «Ué Dex ! ce disl Ketmus. qui sunt cist ahevalier 
Qui sunt en Montauban eittfé seijs mon congié ) * 
Il Sire, diat .t. borgois, c'est li rois Vus li âers ; 

6310 Vos sires de Gascoigne que vos aves tant ohier. 
Par dedaas Montauban vient à vos conseilller ». 
» Hé Dex ! ce dist Reiiaus, qui en croîs fu dreoiés, 
Porqi s'est ai mes sires penée et traveilli^s 7 
J[e] alaase à lui de grés et volontiers 

6315 Bl si menasse o moi .cccc. ohevaliera, u 
11 CD a apelé son seneschal Gautier : 
a Aportea moi mon cor, Dondin que tant al chier. 
La joie moa seignor doi je bien easauoier. ■ 
Et cil a respondu : < Biau sire, volentiera, > 

6320 Maintenant li tend! par la guige à ormier. 

A ohasuun de ses frères ra il baillié lo sien. 
Qui là oïst lea contes corner et grailoier, 
Ne poïaton entendre nisDeu tonani el ciel. 
Montauban en tentist et li palais pleaiers ; 

G325 Del mosiier saint Nieol en tentist li olochiers. 
.Xiiil. cor 1 Bonent, estre les meauiera. 
Sos ciel n'a si dur cuer que n'en presist pitiés. 
Li rois levadel lit, àl'uis tôt droit an vient ; 
As fenestreâ s'apuie del hnut palais plonier. 

6330 Com il oï les oontea corner et grailoier. 

Il dist entre sas deua, que nus ne l'enlendie ; 
t Ahi I coin mar i fustes, nobile ohevalier I 
Por coi me faites joie? vos le comperres ohier, 
Car je vos ai traïa Cliarlemaigiie au vis fier. 

t>335 Demain seres pendus, ja trestornâ n'en iert. 
[Ena au liu de Judas me sui ai herbergié] ; 




6306 manque à L. 




6314 1, Ja'iUsse i'. 


■■ ^ Joalaspeà lui. 


(1336 -S'ic A, rnurt'jui 


: A L B ù U loi de Jud^a. 



b2 LE3 QUATRE FILS ATMON 

Dame [>eu en perdrai eo fin sena reûovrier ; 
Ne serai acordéa par nul home sos ciel. 
Car qui traïst tex liomes, bien a Deu reiioié 
6340 Et bien a son corage au diable apoié. u 

Sor la quête de paile se rest alâs couctiier. 
Et tôt li .1111. frère deacendiretit à. [lié 
Et montent en la aale, aua el palais pleiiier, 
Com les voit li rois Yus. encontre s'est dreciéa 
6345 Et a dit à Reuaut : u Ne vos eamerveillies 
M 168 De çou qae ae vos vo-a acoler et baiaier. 

Que je xui molt de mal (testrois ei angoisiéa. 
Par le mien escient, .xv. jors a entiers, 
Certea, que je ne poi ne boire ne mengier. » 
6350 nSire, ne dist li dus, et car vos aai»ies, 
Et je voB servirai de gré et volentiers. » 
[o Regnaus, ce dit li rois, envers moi entendez. 
A ceste Penthecoste que on doit célébrer, 
Droit à Tolose estoie, m'amirabte cité ; 
6355 De mon païa i furent les barons assemblé, 
N'i daiguatez venir por ma cort honorer ; 
Or sui venus à vous à Montauban parler, i 
B Sire, ce dist Regnaus, Diex en soit aorez. 
Se m'ait Diei de gloire, ae m'eiisaienz mendé, 
6360 \ .iiii.c. barons i fusse tost alez. »] 
SoD aeneschal en a li roia Yua apelë : 



6339 B tel gant. 

6352-5360 vers pHs de A, manquent L. Texls rfe B : 

Kenaat, chou diat li rois, moult me puis merreillici 
Ainspuis que «ous donnai ma seror à moullier, 
QarUse la vaillant qui tant fait à proiaier, 
Montauban le l^a^tel a tout ,ti. cbeialiers, 
Onques plus ne daignastes à ma court repairier 
Que du9[[a'à Pentecoate que an doit coartoier 
Ne fuates à [Talouse] à mon demains fief. 
Le joac i reveatk plus de .a. chevaliers 
Et donnai vaïr et gris et ermius ploiléa. 
VoaaeQsaiez le voatre, car forment loas al chîer. 
Uaia je les voua aporte en malle tous ploiiéa, 
Boins ruantiaua d'escarlate grana. largez et plenleri 



Son aeuBschBl... Lu laisae a 






LES QtlATftK FILS AVMON 

c MeB mentiaus d'eauarlate me faites aporter ; 

Donrai le [s] à aies homes qua }b lioi molt amer. : 

Et il are8|>on<lu : » A vostre volenté. u 
6366 Isnellament at tust en vint à soii oatel 

Ht dudQovi-j le corro o'uns mes ol aporté ; 

Si en IraiBt les luentiaus qui de gris aunt forré. 

El palais en enUa, voiaat tôt le liarné, 

St Reiiaut el ses frères ea avoît ai)|)alâ : 
6370 «Seignor, franc chevalier, de-p«r le roi prenaa 

Ceiit presant qua voi f&s, bien le deves amer. > 

■ Certes, diifl AaUrii, il fait molt Âloer. 

Por l'amiatié rie lui lea tenrons en chierté, n 

Lie onte les afiiblent, ne s'en aorent garder. 
0;.n5 Ahi I laa, dolereua, mar iea virent ovrer 1 

Ce sunt les eonnoisenoes dont seront ver^oadé. 

Or oQtli .1111. conte les luatitiaus alublés. 

[Li rois) Yus les esgarde, s'a da pitié ploré, 

Plusde ,c. chevaliers environ, de tos les, 
6380 Qui la truison savent, n'osent .i. mot soner. 

Renaus demanda l'eve, s'est asis au soper. 

Cilseneschal servirent de vin et de claré, 

De paons et de cisnes, cliascuns en ot planté. 

Tant prièrent le roi qu'il a .i. poi aopé, 
6385 Da .x. mes ou de .xv. out à lor volenté. 

Quant il orent mengié, font la vin aporter. 

Sor lor pies se dreoerent .xl. baoheler 

Qui le vin lor portèrent as hanas et es nés. 

Li roi Vus de Qasooigne s'en est en piéa levéa ; 
0390 Où qu'il vit la Ranaut, ai l'en a aresoé : 

« Gentis dus debonaires, à moi en eniendas. 

.1. conseil vos veil dire que na vos voil oelar 
M 169 Entra vos at vos frères que Je doi mult amer, 

Je fui à Monbendel, a Charlon au vis cler. 
6305 De traïsou i fui por vos .iiii. apelés, 

Por gou que je vos lieng en icatui régné. 
Devant l'ampereor fu mes gages portés. 



S4 LES QUATRE FILS AYMON 

Il q'Î ot Ei hardi, qui mot oasat soner. 
Es plaJDS deWaucûlora le matin en ires, 
S400 Ensamble o vos [.vu.] contes de molt grant parenté, 
C'est Guis de Monpancieret Hunaus li membres, 
Bernars et quena Guimars el Doona li sénés, 
Antoines et Hertaus où aine n'ot fanaetég. 
Là troveres !e roi GLarlemaigne a.a vis cler 
6405 Et Naimon à la barbe et Ogier le aené. 
L'empereor de France i ferois seiirté 
Et il vos enaement, puis serois aoordé. 
Adonc aurois vos terres et vos grana iretés. » 
« Sire, ce dlat Renaus, merci, por amor Dé. 
6410 Ja saves vos do &, l'empereres noa het 

Et sa il nos puet prendre, à mort somes livr^. 
De trestot l'or del moDt ne serons raohaté. 
Que ne scions pendu et en haut eocroé. > 
« Certes, ce diat li rois, por noiant en parles, 
6415 Que je ai flancié le miels de sou barné. 
Cheval ne palefroi avec vos ne menres, 
Mais deseure ces muls vos mentiaus afublés 
En vos mains flora de roaae por vos cors déporter. ■ 
a Sire, ce dist Renaus, si com vos comendes. 
6-120 Nos irons volontiers puisque vos le voles, n 
H Hé Dex 1 dist Aailara, qui oï oiiques tel ? 
Chevaliers qui se doute, c'on desfent à armer ! 
J'ai 01 l'emperere et plevir et jurer 
Que se il nos puet prendre, les chies aro[ii]B copés, 
64^5 Se g'i vois sens mes armes, Dei me puîst ciaventer. • 
« Baron, ce dist Renaus, car me laisies ester. 
Ja dame Deu ne place, qui en crois fu penéa, 
Qae je de riena mescroie mon seignor naturel. 
Nos irons volenliara com il iert ajorné. 
6430 Le cornant mon seig^nor ne doi pas refuser. » 
170 u Baron, ce dist Renaus, bien nos a Des aidiés. 
J'ai guerroie le roi tes .vri. ans tos entiers. 
Que je ne ^iu en bore ne en chastel plenier, 



p 



LES QUATRE FII.S AYMON 

Mais en bos ou en [plains} comme lerres foHsiera. 

6435 L'amistié mon seignor ma doiat Dei porcbacîer. 
Su langes en iroie duaqu'al moat Saint Michel. » 
Li dus Renaui avale contreval le plaDchié 
Et enaontre sa famé, le suer Yon le Ror. 
Ciarisce la cortoise, au gent cors envoisié, 

6440 Qui plus estoît vermeille que rosae de roBSter 

Et plus blance d'aaaea que n'est la noia soc gial ; 
Avecli ses anfans qua cle ot forment cliiers, 
Aymonet et Yonet qui molt font à prisier. 
La dame voit Renaut, si le corl embraoïer. 

6445 « Dame, ce dlst Renaus, à oeler nol voa quier ; 
Molt voa doi tenir cbiere et amer et priaier. 
Car li rois vostre frarea a'eat por moi traveilliéa, 
En la cort Charlemaigne duremenl laidengié 
Et si m'a envers lui acordé et pâté. 

6450 Ce ne peiiat pas faire Rollana ue OlÎTiers 

Ne nus des .xit. pers qui molt font à prisier. 
Quitea tenrons de lui noa terres et nos fiés 
Et si aurons assea et argent et ormier. 
Si en donrona asaea aa barons chevaliers, 

C455 As soiloiers del reine, qui vo? auront mestier. s 
c Sire, ce diat la dame, Des an soit graciés. 
Où sera l'acordance ? gardes, nel me noies. * 
« Dame, ce diat Renaua, jel dirai volentiera. 
Es plains rie Wauoolors nos covient obevaueier, 

6460 Entre moi et mes frères que je ai forment cier, 
Aallart et Guichart et Richardat le fier ; 
Mais nos n'I aurons ja palefroi ne destrier, 
Riche hauberc ne biaume ne eaeu de quartier, 
Sornos mulsaragons irons esbanoier. 

6465 S'aurons rosses es mains et flora par amistiâ. 
Illuecques trovarons Charlemaigne au via âer 
Et Naimon à la barbe et le Danois Ogier. n 



I 6434 l. bcs DU m boa. 
[ 6444 Le mt. de MeU.. qui, ni>, 
"S pour Venli-etien de Clam 
â tt plut diveioppée. 



86 LES QUATRE FILS AYMON H 


■ 


Quant l'entendi la dame, le aens cuide changier ; ' 


^ 


M 171 Où que foit non aeignor, dis', li sens detpier ; 


Â^ 


6470 « Sire, tob n'ires mie, ae le voles laiaier. 


I.n 


^_ Li plain de Vaucolora font molt à resoi^nier. llivo^ 


^^B Une roce i a haute, contremont, vera la ciel; 




^^P Molteatl'eve parfonde et grant aunt li roohier. 


Wb*^ 


^B .1111, forea i a, ai cora j'oi tesmoignier ; 


«à- J 


6475 Li raendre tient .vu. liues à .i. errant à pié. 




Pranea avenant jor qui mes face à prisier, 


Hv« 


Par devant Moctaoban, droit enmi le gravier; 
Là soit Charles de France, o son barnage fier, 




Et vos i serea, sire, aor Baiait, vo destrier; 


6480 vos aeront vo frère, ki tant font à prisier. 




^^L Lk Hoit ta concordance del faire ou del laisier, 


kT0M 


^^M Et Boient owea vos .cccc. chevalier. 


tlltoNi 


^r Si les aura Maugis, vos cousina, embuoiéa; 


}".: 


Se besoing en aves, ai vos vendront aidier. 


hM9 


6485 Anuit [aonjai un] songe miravilleua et fier, 




Que g'ealoie ià sus, soz le tronc au paumier; 


^^L Del parfont bos d'Aguiae, qui eat grans et pleniers, 


^M Vi issir mil sanglera del bos, tos eslaisiés, 


«ui 


^f Lea dens hors de ie geule, tranchantes com aoiera. 




6490 Si voa voloient, aire, ocirre et deatrancier. 


Les tors de Montaubaii vi à torre plaiaier; 




.1. karriaus desceudoit del plus maiaire sollier ; 


, hl£. 


Aalart oonsiuoit, voatre frère priaié. 


I.«a. 


Le destra bras del cora li vi je earacier; 


!l,»a 


6495 Li poumons et li foies li chaoit jua as piéa. 


I..»» 

•Ml 


^^ Saint Nicol de Waucoia revi .je trebucliier ; 


^^m Lea jraages ploroienl des hiaus iols de lor ohief 


^P Et .![[]. aigles venoi[en]t amont devers le ciel, 


HbW 


Ki prenoient Richart, le gentil chevalier; 


V* 


fôOO Si le pendoieiit, sire, à .i. fust de pomier. 


Si 1 


1! esorioit : Ranaut, car me veues aidier. 


WJ 


6481 L faires. 


El a 
l«4 


8485 L Anuil songe mirarilleuB. A sonjai un songe. 


'y 


6486 L lop. M V soï. ^3ir^^^^^^^^^J 


M 


6487 La forêt ilHJ^^^^^^^^^H 


H 


6498 h faut un ^^^^^^^^^^^^H 


■ 



LES QUATRE FILS AYMON 87 

Vos i alies, sire, sor Baiart vo destrier; 
Mais desous vos chaoit 11 auferrans oorsiers. 
Vos ne li poïes secorre ne aidier. 
6505 Li songes est molt fort, j'en ai le ouer irié. » 



6505 Voici les principales formes du songe de Clarisse : 

A — Ennuit sonjai un songe qui mont par estoit fier, 

Que j'estoie laissus en ce palais plenier. 

Je ▼! venir .y. ors corrans tous oslaissiez 

Qui me voloient du tout les [membres] esragier. 

5 Je ne me poi vers eus ne tancer ne aidier. 

Apres vint un dragon corans tous eslaissiez 

Qui vous voloit, biaz sire, dévorer et mangier, 

Se ne fust la grant force de Baiart vo destrier 

Que vous aliens sus comme bons chevalier. 

10 La teste li tranchiez à Tespôe d'acier. 

Apres icellui somme, quant me dui esviller, 
Si me fu bien advis, mentir ne vous en quier, 

Que ce palais veisse verser et trebuchier. 

.1. perron descendoit jus dou mestre rochier 
15 Quiferoit si Aalart, vo frère le prisié, 

Si que trestout le corps li faisoit depecier. 

Et .1. autre quarriaz descendoit du rochier, 

Qui assenoit Richart le menor chevalier 

Que le cors et les membrez li vis toz debrisier. 
20 Apres vinreot .c. aiglez, volans devers le ciel, 

Qui saisirent Ouichart, le vaillant chevalier. 

Le destre braz li vi fors du cors esraigier {sic) 

Où il criait : Regnaus, c'or me venez aidier. 

Vous i alienz, sire, sor Baiart vo destrier, 
25 Si combatiez as aiglez com vaillans chevalier, 

Tant com sos vos chaioit li auferrant destrier. 

Vous ne lor poiez paz secorre ne aidier. 

Li songez est mont fort, si me fait esmaier. 

Dame, ce dit Renaus, faites piiz, si m'oiez. 
30 Li bons qui croit en songe, il a Dieu renoiô. 

Par Dieu, ce dit Alars, n'i porterai les piez. 

Ne je, ce dit Guichart. 
M — Ennuit songei .i. songe mirabilex et fier. 

Que iere en Argonne dessous .i. grant pommier. 

Et vi encontre moi .ini. englois (sic) eslessier, 

Les denz avoient grans et trenchans comme achier. 
5 Si vous voloient, [sire], ochirre et detrenchier. 

La tour de Montauban vi à terre abessier. 

.1. quarrel descendi du grant palez plenier, 

Aalart consuï, mort le fist trebuchier. 

Le destre bras i vi à Guichart esrachier, 



88 LES QUATRE FILS AVMO^ 

M 172 « Dame, ce dist Renaiis, faites paix, si m'oies. 
Li hom qui croit en aongo a bien Deu renoié. n 
< Par Deu, diat AfillitrB, n'i porterai le pië. • 
« Ne je, ce diat Guiohars, par la vertu del ciel. » 

0510 • Saignor, ce distRichars, nobile chevalier. 

Car prenons nos haubers et noa helmes vergiés 
Et caignons nos espéea et montons es destriers, 
Frère, menés Baiart qui tant fait à prisier. 
Bien portera nos ,iin., s'en avomes meatier. 

8515 Ja por tost oorre et bien ne le querons ohangier ; 
Car por tout l'ost Cbarlon ne aeroit il [bailliés.] n 

1(1 Le foi« «t le poumnn li vi jus trabuchter. 
Saint Nicolas i vî à la terre coui^hier. 
Les jmnges plouroient chaauun en son moustisr. 

Bt prenoient Richart, le mendre chsTolier; 
15 Si lo pendoiant, aira, 4 ,i. fual do pommier 
11 escrioil ; Ranaul, car tne Tenes aidier. 
Voua i aliez, sire, ans Bainrt vn destrier. 
Dasaoïia youa Irehuchoit le bon courant dealriar 
Ne porrÏBS l'enfant seCûuiTe ne aidier. 
20 Dama, chen diat Ranaus, que [teisiei], si m'oas. 
Ja ne cresroi en songe pour rien qao dit m'aîei. 
Par Dieu, chan dist Richara, nU porteroi mes pieu. 
Ne moi, chen dist Ouicijara, de verte le sachiez. 
B — Sire, chou dist la dama, ne le volas lessier. 
Je ne vous deHenc mie, Rire, que n'i voislea. 
El non d'ii^hcl Seii^nor qui pardonna pechiet, 
Qu'il gariase ro cors de mort et li'oncombpiep 
5 Et TOUS ramaint à joie en chel palais plenier : 
Car onques nuls dame n'ot meillnr chevalier, 
Tant prpu ne tant hardi ne tant fâche à prisier. 
Ne TOUS raerreille?, mie se j'ai de voua pité 
Et de vos ,11. enfana qui tous siéent as pjéa. 
10 Sire, se il voua perdent, tout sont desconseillé. 
Anuit song:ai un songe qui me fait eamaier, 
Que g'îere i Montauban la caslel di'oiturier, 
Ens en ma cambre k raute painlurée â ormier. 
En .T. lit mi et vous par moolt grsnt amistié. 
15 Un aÎRle vi volant contremont vbts le chiel, 
Le feste de vo sala briaa en .ii. moitiés ; 
Toute U cnuverture abati k ses piéa, 
6516 L changii'a, ijiii. cnmme Mkhelinl If nolf. nfl inintelUi/ihlr 
bailli«s. 



LES QUATRE FILS AYMON 89 

« Seignor, oe dist Renaus, g'irai por le oongié. » 
To8 les degrés de marbre a maintenant paies ; 
Où que il voit le roi, si l'apele premier. 

Et prendoit moi et tous, nobilez cheTalier, 

Et fi nous emportoit amont deyers le chiel ; 
20 Mail puis li etcapamez. De chou fumez irié 

Et caismez à terre. Si estiez moult blechié ; 

Anchoii que li vos cors, estoit 11 miens sor piez, 

Si que je tous roloie contremont redrechier. 

Si ariez une quisse et lez .ii. bras brisiez. 
25 Je regardai sor destre à .vii.c. chevaliers, 

La tour de Montauban si caoit à mes piez, 

.1. des maistres quarriaux descendoit sans targier 

Et consivoit to frère Aalart le proisié ; 

Le brach à tout Tespaule li faisoit esrachior ; 
80 Li foies, li poumons li paroit par dorrier, 

Li destre[iex] de son chief li caioit à sez pioés. 

S. Nichol(as) de Vauchois vi je jus tresbuchier, 

Les [murH] et les autiers vers la terre plaissier. 

Les ymages plouroient des biax [ieus] de lor chiés 
35 .111. crois et une bière issoient du moustier 

[S*] aloient ou palais voianl maint chevalier. 

Uns efîoudrez vermeil venoil devers lo chiel 

Et ataignoit Guichart vo frore le legier, 

Tout esmioit l'enfant jusques ens ou braier; 
40 Et Richars, vostre frère, le vaillant chevalier, 

Avoit les yez bendezet lez .ii. puins liés. 

Très par mi liu des onglez li vi le sanc raier, 

Si pendoit contremont à .i. fust de pumier. 

Il escrioit : Renaut, car me venos aidier. 
45 [Et vos si faisiies sor Daiart vo destrier, 

Mais vos ne li poies socorre ne aidier], 

Par dessous voua caioit Baiars, vostre destrier, 

Si qu'il avoit le col hrisio en .ii. moitié.' 

Li songes est moult fors, moult fait à resongnier. 
50 Si me dout durement que n'i soies gaitiés. 

Li rois [Ys] est mes frerez, qui do Gascongne est chiés. 

Par ichol S. apostre qu'omme à Romme requiert, 

N'a si mau traïtor jusqu'au mont S. Michiel. 

Je n'i aurai flanche, de verte le sachies. 
55 Atant cay pasmée [as pies] le duc proisié, 

Et Renaui le rcdroche, li vailians chevaliers. 

Metz, comme j'en ai averti plus haut, suit ici le même texte que H. 

Cela permet de corriger ou compléter H. Je note les principales variantes. 

3 En l'onor cel Segnor qui pardonne. 7 tant fosi.st à. 9 Endroit vos. 10 

Sire, s'il vos i perdent, n'aront ami sos siel. 15 Uns grifons vint. 20 Mais 



90 LES QUATRE FILS AYMON 

6520 a Sire> ce dist Renaus, por le vertu del oiel, 
Molt se sunt tôt mi frère hui cest jor esmaié. 

nos li eschapions dont il fu moult iriés. 21 Et chaïsmes tôt droit al pon 
SOS le laurier. 24 et .i. des bras. 25 si vi mil chevalier. 26 vl chaoir. 27 del 
terrier. 29 li avoit esrachié. 30 B Li destres de. Metz ; Li destre iex de. 
32 B Nicholas. Metz*. Nicol de Valcois. 33 B marbrez. Metz : murs. 34 
B biax de. Metz ; biax ex de. 35 del mostier. 36 B Et aloient ou. Metz : 
S'aloient el. 37 Une fodre vermelle vi descendre du chiel. 38 frère, ce 
sachies. 39 Que tôt ardoit l'enfant dusqu'al neu del. 40 menor chevalier. 
k^ manque à Metz. 43 là amont... pomier, 45-46 Pris de Metz, omis dans 
B. 49 me fait esmaier. 51 B Yves, Metz^ Yx. 52 icel apostre c*on. 54 Ja n*i 
aurai. 55 B après. Metz : as pies. 56 li vassaus droituriers. — Texte des 
vers qui dans Metz et B précèdent immédiatement. 

Renaus va la duchoise acoler et baisier. 

Dame, ce dist Renaus, grans mercis en aies, 

Car bien sai et connois que bien me conseilles. 

Mais rois Yx est me sire, vostre frère, li fiers, 
5 Et vos estes sa suer que jo ai à moUier; 

De lui tien Montauban à tôt .m. chevalier, 

Si sui ses liges hom et de lui tieng mon fief, 

Et mi fil ambedoi si nevou droiturier. 

Chertés j a ne cresrai qu'il me volsist boisier. 
10 Qui son segnor mescroit, bien a Deu renoié. 

Sire, ce dist la dame, nel 

Dans cette forme du récit disparaît: Li hom qui croit en songe, bien a 
Dieu renoié. 

V — Anuit sonjai .i. songe espoentous et fier 

Que j'estoie là sus soz le tronc [du pomier]. 

Del bois parfont d'Argonce qui est aut et plenier, 

V. eissir mil senglers del bos toz eslescier, 
5 Des denz ors de la goule trecantes comme acier. 

Si vous vouloient il (sire) ocirre e destrenchier. 

Les tors de Montauban vi à terre pleisier. 

Un carel vi descendre del plus maistre [soUier], 

Aalart conssivoit vostre frère prisier. 
10 Le destre braz del cors li vi je esrachier ; 

Le poumon et le foie li zaeit jusqu'as piez. 

Saint Nichol de Vauquois je vi retrebuchier. 

Les ymages ploroient des biaus elz de l[or] zief. 

Et dui aigle venoient volant devers le ciel 
15 E prenoient Richart le menor chevalier; 

Si le pendoient, sire, à un fust de pom'îer. 

Il escrioit ; Renaut, car me venez aidier I 

Vos i allez, sire, sor Baiart le destrier, 

E desoz vos chaeit li auferrant corsier. 
20 Vos ne li poïez secorre ne aidier. 
En laissant de côté ce qui est simple altération ou addition^ Von note 



LES QUATRE FILS AÏMOS 91 

Car nos dones congié de mener dos deatriera 

Et retenes à vob tos les .vu. chevaliers 

Qui DOS doivent conduire el parfonl boa plenier. 

6535 Se nos Baiart avons, qui tant fait à prisier, 
Home ne doterons qui soit desos le ciel, n 
Il Je n'en ferai noiant. dist li rois, par mon chief ; 
Car molt doute rois Charles vos cors et vo destriers, 
Vos armes et vos frere», quant sunt apareillié. 

6530 J'en ai doné ostages, votant .m. chevaliers. 

Que n'i porteres armes ne n'I menres destrier. 
Se n'est mie [li] règnes gastéa ne essilliés. 
C'est de bien fait col frait, dont me sui traveilliés. 
Je vos ai à Charlon acordés et paies, 

6535 Et se vos ne! voles graer et otroier, 

Jamais jor de ma vie ne m'en orres plaidier. n 
a Sire, ce dist Renaus. tôt à. voalre congié. n 
Au plus tost que il pot avala le plaaohiË. 
Encontre ala aa famé, Clarise an cors legier, 

6540 Aallars et Guichars et Kicbars !i proiaiés. 

Bêlement li demandent ; ■ Con aves esploitié ? 
Monronies nos Baiart, vostre oorant destrier ? r 
a Par Deu, ce dist Renaus, n'en puis avoir oongié. 
M 173 Li rois est molt preudom et loiaus chevaliers. 

6545 11 ne me traïrolt por les membres tranohiar. 
Conduire qos fera à .vu. contes priaiés. 
Cil sires me coufunde, qui lâi sus maint el ciel, 
QQftnt je ja mescrerai mon aeignor droiturier. » 
Et respondent si frere : k Atant l'avons laisié. 

fi550 Puis que vos le voJea, nos irons volentiers. » 
Li fll Ajmon montèrent au palais prinoepel, 
Firent faire lor lit, ai se vont reposser. 
Li dus Renaus ae oolohe et ea famé dales ; 

fUeL et V sont seuls à omettre (•omptHemenlQukhtvd. Il est à présumer 
([Ue e'eil le fait des scribea et que chacun def frères nvtiit sa pari. Quant 
au texte de Venise, on comtate i/u'ieiilse s^re peud? la version don'iée 
dans L, alors qu'ailleurs, pour l'ensemble de la narralion, il est de mime 
famille que B. 
S32: L mie règnes. 

1 La plaee de l'initiale eti dans la lettre peinte, ce qui l'n saiwée tlu 
I. Miehelant ajoute Et, ee qui fait un vers faux. 




LES QUATRE FILS AYMON 

De l'autre part e\ frère, qui molt font à loar. 
65Ô5 Desi à lendemain que il fu ajorné, 

Li duB ReuauB s'eaveille et choisi le clarté ; 

Il a dit à ses frères : n Biirou, cur vos levés. 

Se l'empereres est en Vaucolor entrés 

Et il ne nos i trueve, saura nos ent mal gré. ■ 
6560 Et respondent ai frère : ti A vostre volenté. » 

Isnellement se sunt et vestii et levé. 

Au raostier saint Niool aunt por orer aie ; 

Molt fu grande l'ofrande qu'il ont mis sof l'autel. 

Quant la messe fu dite et li mestiers fines, 
65Q5 Del mostter sunt îs^tu, lor mula ont demendéa, 

Et cil les amenèrent qui les orent gardés. 

[.s]i[. conte montèrent garni et conreé 

Dont li .vui. eeurent bien la traisou mortel. 

Li .1111. fil Aymon furent bien devisé ; 
667n Chaacuns avoit meotel d'escarlate sfublé. 

Il çaignent les espéea, nel volreot obiier; 

Renaus a çaint Froberge où molt se pot fier, 

Il li ot grant mestier aina qu'il fust avespré ; 

Portèrent flors de rosses por lor cors déporter ; 
6575 Par la porte Poucon sunt del cbaatel torné. 

Or les garisse Dex qui en crois fu penés. 

Se dame Dex n'en pense par la suie bonté. 

Jamais en Montauban ne seront retorné. 

Li rois Yus de Gascoigne, quant les en vit aler, 

été rogné. 

1, qai tn suit ici, donnent : Car j3 orant li 

ibuiasiés. Il n'esl pa» question dn roi Ys et Con passt 

de Vaaeoulears qui commence ainsi {texte 

ia, pour Diu al pour son non. 
Si porrei ja OIT glorÏBaSB canchon ; 
Aioa nefu miBudra oie Ires le lans Salemon. 
Renaii9 et si troi frece clievsuchenl à bandon. 
5 Onimars de ia .Sajette et li dua d'Avignnn, 
Hunnaua de TsiUe[bourc]. de roulette Rnimon, 
Antones li chenus, .i. traïlea félon, 
Cbil chfl'auchant ensanle aïeuc les fti Aimon. 
De Montauban issirent par la porte Foulton. 
10 Aalars et Quicbara commenchierent .1. son. 
Varianlei de MeU ; 5 Oaimara. 6 B Taille. IfW» : TaiUeborc a 




LES QUATnK FILS AYMON 93 

66^0 .1111, fois 86 [laama aor le masbre listé, 

'I Sire, dient si home, molt grant tort en aves. 
Se Renans vos perçoit, ja sera retornés. » 
Hé ! Des, ce diat li roi^, car fust çou vérités 
Que Renaua retornast li jaotis et li bers ; 

0585 N'esteroie ai Iîl's pof .xiin. cités, 

Car cou est mes aerorges et mes hom aflés. u 
Or vient bone ohanoons, s'entendrn le voies, 
Des .1111. Sus Aimon qu'il eu âst là aler 
As bornes Cbarlemaigue en Valeolor parler ; 

6590 Onques puis en QascoigQe n'en ot roi ooroné 
Por oelc traïson dont vos m'oes conter. 
Or chevalche Renaus, H gentis et li ber ; 
lui sunt si .m. frère cui Jhesus puist salver 
Qui en la sainte crois laisa Bon cors pener. 
M 175 Ô595 Or cbevalcbent H conte à joie et à baldor, 
Cbascuus porte en sa main uoe molt bêle flor. 
De Montauban issirent par la poste Foucon ; 
Se dam le Dex n'en pense, jamais a'y entreront. 
Aallars et Guichars commenceront ,[. son, 

0600 Gaaconois fu li dis et liraoains li ton, 

Et Riohars ior bordons bêlement par desos ; 
D'une grande hucbie entendre les puet on. 

Haimon, 7 Antoicsa li cnnus q\>\ Dsmleilex mal douât, i Avec Renaut 
cheTslcbent li traïtor félon. 

6587 M Or >i«nl lionno canchon el l'îcha à escoutet : De meillor a* 
TOUi puel nul juglfor es n ter. 

6589 M ajoute : Maïs il le compeiront moult cbier ains l'BTespré. 

659i A ajoute : Car se Charles les tient, tult seront degmembré. 

6600 De eeltc dûEinclion on peu! condure que h Wouvère dietinçttait 
Igalrment let dialecte limousin ft gaecon. — Celte tranefie du cycle ut de 
Irfa haute valeur épigiie. Tout d'abord le cojiiTaele cnlrc la sécurité naire et 
joSeute det troit frire» et l'inquiétude de Renaud; pui» leur effroi à tout 
juaiid Ua se voient trahi*: la colère tonlrt Renaud tt la touchante rieoH- 
eitiatio» ; la tariéié des caracl^rea it det aentimtnti, forment iin« iiUroduc - 
Hou dramaligite el large qui prépare admirablement aux eombata ierribUa 
qui vont suivre. A chaque pas, l'on peut noter des Irait» heureux. J'ai déjà 
averti que pour celte partie. Us digére-aeea entre les versionn sont peu 
importante». Par sa beauté héroïque, efle s'impotait au respect des 



14 LBS QUATRE FILS AYMON 

Âinc rote ne viele ne nul psalterion 
Na voH pleiÎBt si bien comme li troi baron. 

Cô05 Or les conduis Dex qui vint à passion, 

Cor s'en votit âgrantjaie à leui' confusion ; 
Mais Jclenaus vair, dcBriere ki ot le ciiiefeubronc 
Et regarde ses frères ki boticlievalier sunt; 
Tex Jostaorâ de lance ue tiovast ou el motit. 

0610 De vrai cuer et de bou commeiice une oriaon : 

Qui formastes le ciel k vostre eleciiou 
El fesistes la terre sor le marbrin perron, 
Biau sire, si fesistes ewe douce ei poisson, 

6615 Eli terre coiiversastea, biau sire, com autre hom, 
Marie MaJaiglaine fesistes le pardon, 
Biau sire, en Betanie suscitas La^arou 
Et Daniel salvaa en la fosse au lion 
E)t garistes Jonas el ventre del poison ; 

6620 Pierea, Andrius et Pois, tôt troi li compaignon, 
Ki en la cuer estoient, peachoientau poison, 
llluec les oonvertistea par bone eutenciou ; 
Judas, li raaus traîtres, vos vend! à bandon 
As mescreans Gius, molt en ot povre don, 
M 176. 6625 .xsx. deniers ea prist, ci ot grant meaprison. 
Biau aire, en aainta croia, sofristes passioji 
El Longis vos fer! d'une lance à bandon ; 
N'avoit aine veii goûte, que de fi le set on , 
Lisans vint avalant par la liaute â bandon ; 

Ô&30 I) le lei't à ses ioU. si oi alumoison. 
Sire, le jor de Parques eiis surresion 
Et montastea el ciel à jor d'Aceiision 
Et revenis à nos, si com nos le trovoo ; 
Ensi com cou est voir et nos bien le creon, 

6635 Si garis hui mon cors de mort et de pri«ou. 

Et mes frères tos .iti. qui bons chevalier sunt. 
Je ne sai où jes maing, mais en grant péri) vont. > 
Adonu plora des iola flenaus li ûla Aymon. 



LES QUATRE FILS AYMON 95 

Aallars le regarde, si Ta mis à raison : 

6640 « Ahi ! frère Renaut, ses i tu se bien non ? 

En tantes fîeres coites avons requis Charlon ; 
Si n'estions que .v. o Maugis le larron, 
Et Charles i avoit .11. mile compaignons. 
Ne te vi mais piorer por nul home del mont. 

6645 Frère, por cel seignor qui Longis fist pardon, 
Di moi se tu i ses nule riens se bien non.» 
« Naie, ce dist Renaus, si ait m'ame pardon, n 
« Sire, por amor Deu, por coi plores vos donc ? 
Li plais que Ton resoigne vient à bien, ce dist Ton. 

6650 Hui est venus li termes que acordés serom. 
Or alons liement et bel nos contenon 
Et si menons grant joie tant come nos vivon : 
Puis que li home est mors, ne vaut il .1. bouton. 
Ahi! Renaus, car chantes, ja as tu si bel ton; 

6655 Molt est longue la voie, si nos obiierom. » 

« Volentiers, dist Renaus, ja nel refuserom. » 
Lors comence à chanter Renaup li fils Aymon, 
Et cil vont chevauchant Tambleiire selonc ; 
Jamais ne ûneront des! en Vauoolor. 

6660 Ne saves que ce est, je croi, aucun de vos ; 
Se je ne le vos di, n'en saures la raison. 
Une roche i a haute del tans ancianor ; 
M 177 .VII. If. pierres a rengies tôt entor; 

.1111. fores plenieres li bâtent environ, 

Ô6Ô5 La menor a .vn. liues à .1. mul ambleor; 
.1111. ewes ravineuses ]a cloent, ce savom ; 
L'une a à nom Gironde et Tautre a nom Dordon, 
La tierce Vairepaine, la quarte Balençon. 
.1. jaiant le ferma qui Fortibiaus ot nom, 

6640 Sic L B Met%. M i ses tu. Cf. 6646. 

6644 Metz : nul meschief. 

6660 ClaHsse en a parlé. 

6663 M Metz : .vii.m. B .iiii.xx. 

6668. Balençon fait penser à Valence; mais qu'est Vairepaine ? M Val- 
repaire. B. Pennevaire. Metz : Vairepenne. 

6669 B Fortimbrans. Faut-il voir là le nom du prince de Norvège, 
Fortinbras, dans Hamlet ? Metz : Fortibras. 



96 AVIS DE CONCOUaS 

C670 Qui ferma [MontbenJel] aor la coste del moni. 
A .ni. liuâs enlor n'a ue bore ne maison, 
Chastel ne fermeté, ne babitacioa. 
Et Ift fu porparlée la mortel traÏBon. 
.iiii. chemin départent desor le pui francor ; 
6675 Si va U .1. en France, à Raina ou à Soisons, 
Li autres en Galice, li tiers eu Karion 
Et li quars en Gaacoigne, droit vera les flls Aymon. 
lin cliascuns des chemins que noméa vos avon, 
Avoit -M. chevaliers, fermés les confanons, 
{A suivr-) P. Castëts 

6670 B Melz : Moutbendel. L Orbendel dont U n'est parlé nulle pai(. 
6676 Le Pseudo-Turpin, nu ch. m, de nomioibua civitatom Hiapaniae, 
donne Oamon (KsirioiiBin) entre Léon )Leglo) el Bwgos (Burgaa). 



AVIS DE CONCOURS 



Le prix Anatole Boucherie, fondé par la Société pour 
l'étude des Langues romanes, d'une valeur de 100 francs, sera 
décerné par la Faculté des Lettres de Montpellier, à la an 
de l'année 1908, à l'auteur du meilleur travail sur un sujet, 
laissé au choix dea concurrents, d'histoire littéraire ou de phi- 
lologie romane, comme, par exemple, une étude sur un trou- 
badour ou un trouvère, sur un texte en vera ou en prose du 
moyen âge, sur un dialecte de la langue d'oc ou de la langue 
d'oil. 

Les mémoires présentés au concours devront parvenir au 
secrétariat de la Faculté des lettres, au plus tard le 1^ décem- 
bre 1008. 

ERRATUM 

Revue des Langces homanrs, t. L, p. 284, 1, 14, au lieu de 



LES STRENGLEIKAR ET LE LAI DU LECHEOR 



r 



On sait que les Strengleikar S composés vers le milieu du 
XIII® siècle sur l'ordre du roi Haakor, nous offrent la tra- 
duction norwégienne d'un important recueil de lais ou contes 
français qui n'est pas venu jusqu'à nous. Mais nous avons 
deux autres collections de lais * qui nous permettent de 
combler à peu près cette lacune. Des 21 pièces que renfer- 
mait l'original des Strengleikarnous n'en connaissons pas moins 
de 17 par le ms. Harléien ou le ms. B N 1104. Des 4 qui res- 
tent dans la traduction norwégienne, deux seulement sont 
complètes^. On comprend que dans ces conditions, on ait jugé 
en général que les Strengleikar présentaient plus d'intérêt 
pour l'étude des littératures Scandinaves que pour celle de 
notre moyen-âge français ''. M. Warnke, il est vrai, a, dans 
son édition de Marie ", soigneusement comparé le texte des 
douze lais de la poétesse avec leur traduction norwégienne ; 
mais en dehors de lui et dans toutes les discussions qui se 
sont engagées autour des lais, on ne s'est en général référé 
aux Strengleikar qu'en passant et pour mémoire ®. Peut-être 

^ Publiés par B. Keyser et C. R. Unger, Christiania, 1850. 

' L'une est contenue dans un ms. du Hritish Muséum à Londres, Bibl. 
Harl. 978 (cf. Ward, CatalogiLe oj Romances, I, 4Q7 ss.) ; Tautre dans un 
nis. de la Bibliothèque Nationale à Paris, n^' 1104 (cf. G. Paris, Romania» 
Vm, 29 ss.) 

' Le Ouruns îiod et le Strandar liod sont complets ; nous n*avons que 
U première partie de Ricar hinn garnit et des fragments d*un quatrième 
conte (Strengleikar, pp. 84-89) dont le titre même est incertain. 

^ C'est de ce point de vue que les a étudiés M. Rudolf M eissner, Die 
Strengleikar, HaUe, 1 902. 

* Die Lais der Marie de Frartee, Halle, 190Q. 

^ n faut faire exception pour M. Axel AhlstrOm, dont le livre du reste, 
Studieri den Fomfranaka Lais-Litteraturen, Upsala, 1892, ne semble pas 
avoir été autant lu qu'il le mérite. 

7 



98 LES STRENGLEIKAR 

a-t-on eu tort ? * En tout cas, dans un article récent de la 
Reçue Celtique ^ M. Philippot vient de montrer à propos du 
lai du Lecheor que, même pour les contes dont nous avons 
l'original français, la version norwégienne peut nous fournir 
des secours inattendus et appréciables. Du Leikara liod ^ le 
début seulement s'est conservé dans l'unique ms. des Stren- 
gleikar que nous possédions, mais ce fragment « porte au- 
dessous du titre une précieuse indication qui fait totalement 
défaut dans le manuscrit français : « Leikara liod en i brezkv 
heitir pessi strengleicr Gumbelauc » ; c'est-à-dire : « le lai du 
Lecheor dont la mélodie («strengleicr» , le lai chanté) s'ap- 
pelle en breton Gumbelauc ^. » Or Gumbelauc est bien, sem- 
ble-t-il, un mot celtique comme l'avait autrefois pressenti 
G. Paris ^, et plus particulièrement, suivant M. J. Loth«, un 
mot gallois. On ajoute que c'est, pour le sens, un équivalent 
très exact de notre mot lecheor, qui n'en est donc que la 
traduction. L'auteur norwégien a dû emprunter cette indi- 
cation à un manuscrit du Lecheor plus ancien que celui 
que nous avons. Et M. Philippot, plutôt que de voir en 
notre auteur français un mystificateur par trop machia- 
vélique, est amené à admettre «une relation réelle entre le 



' Il faut bien dire aussi — pour être tout à fait franc — qu'il 
n'est pas donné à tous les romanistes de lire le vieux norwégien, aussi 
couramment que le fait M. Philippot. J*en parle par expérience. Et ici je 
voudrais remercier comme je le dois ceux qui m*ont autrefois prêté les 
lumières que je n'avais pas : M. Torild Amoldson, alors maître de confé- 
rences à l'Université de Chicago, qui m'a traduit en anglais la moitié du 
lai Ourun, et mon collègue à Bryn Mawr, M. Tenney Frank, qui m'a tra- 
duit en anglais aussi le reste du lai Qurun, le lai de la Plage, le fragment 
de Richard le Vieux, et la préface du recueil norwégien . En plus, M. Frank 
a bien voulu revoir les quelques traductions que j'ai tentées dans cet arti- 
cle et me donner à l'occasion plus d'un précieux renseignement. Qu'il me 
permette de lui en exprimer ici toute ma gratitude. 

2 J. Loth et E . Philippot, //€ Lai du T^cJieor, Gumbelauc, Revue Celtique, 
XXVTII 119071, pp. 327 ss. 

^ Strengleikar, p. 68. 

* Art. cit., p. 329. 

& Cf. Revue Celtique, II, p. 141. 

6 Art. cit., pp. 334-36. 



ET LE LAI DU LECHEOR 99 

lai français du Lecheor et un lai musical gallois * ». La con- 
clusion ne me semble nullement s'imposer, mais il n'en est 
pas moins vrai que M. Philippot a soulevé là un problème 
intéressant. Je voudrais l'examiner à mon tour. 

Notons tout d'abord que si le Leikara liod est le seul des 
lais norwégiens qui porte en tête une indication aussi inté- 
ressante, il n'est pas le seul qui soit précédé de quelques mots 
d'introduction : le contraire serait étonnant, car ces quelques 
mots, dans le cas du Leikara liod comme ailleurs, ne sont ni plus 
ni moins qu'un titre. Les suscriptions des différents conter, 
telles que nous les trouvons dans le texte imprimé, sont du 
fait des éditeurs; comme ils nous l'expliquent eux-mêmes 
dans leur préface *, ils ont voulu ici régulariser et unifor- 
miser, mais ils ont eu soin de reproduire toujours en note 
l'énoncé exact du titre tel que le donne le manuscrit. Le pro- 
logue et deux contes n'offrent aucune indication de ce 
genre; le début de trois autres manque, de telle sorte qu'on 
ne peut savoir quel en-tête ils portaient ; la plupart des 
seize autres sont précédés de la mention : voici le lai de — , 

ou encore ce lai s'appelle Trois portent un titre plus 

détaillé : Désiré, le Chèvrefeuille, sur lesquels nous revien- 
drons, et le lai du Lecheor, Ne disons donc pas que notre 
fragment porte « au-dessous du titre une précieuse indi- 
cation » , mais affirmons qu'elle en est dans le manuscrit le 
titre même. 

Cette constatation va nous amener à modifier légèrement la 
traduction que nous en offre M. Philippot, « Le lai du Lecheor 
dont la mélodie ( « strengleicr » , le lai chanté) s'appelle en 
breton Gumbelauc ». Y a-t-il dans l'original norwégien une 
opposition de ce genre entre le lai (narratif) et la mélodie 
(« lai chanté»), entre liod et strengleicr'^ Je ne le crois pas. 
Quand notre traducteur a abordé sa tâche laborieuse, il s'est 
trouvé en face d'une petite difficulté qui n'a pas laissé d'en 

' Ibid., p, 332. 

^ Strengleikar, p. XXI : « Titleme til de enkelte Stykker mangle i Codex 
ved flere og ère ved andre feilagtig tilsatte eller slet redigerede ; vi hâve 
i deone HenseenJe tilladt os nogle smaa Forandringer, hvilke dog altid 
nedennnder ère bemœrkede. » 



100 LES STRENGLEIKAR 

arrêter de nos jours de bien plus savants que lui. D'un cfité 
lies dénominations qui s'appliquaient clairement à des airs 
de musique et à dus chansona — lais.notes, harpes, etc. — de 
l'autre des pièces purement narratives, sans attache spéciale 
que leur titre avec le chant ou la musique. Cumment se tirer 
delà? L'auteur des Strengkikar, comme il est naturel, n'y a 
pas cherché malice. Il a tout simplement accepté l'explica- 
tion que fournissaient les prologues de Marie et de plus d'un 
de ses successeurs. Chacun des coûtes de sa collection est le 
récit d'une aventure li* propos de laqu<:île- les Bretons ont fait 
niai. Et ces contes, qui ne sont pas le lai mais en men- 
tionnent l'origine, pourquoi, pour éviterles périphrases et les 
C'rconloeutirjns, ne pas les appeler des lais aussi ? Marie 
elle-même l'avait fait ici ou là. quoique rarement. D'autres 
l'avaient fait à sa suite. Le Norwégien les imitera sans scru- 
pule. Ecouten plutôt : n Ce livre, le gracieux roi Hakon l'a 
fait traduire du français en nurwégien : on peut l'appeler 
UoAa bok (livre de chansons), car des contes (sogiim) qui y 
brillent les poètes de la Bretagne du sud, qui est en Franco, 
ont fait des chants {lioiison^a) qu'un exécute sur la harpe, 
la gigue, la symphonie, l'orgue, le tympan, le psaltérion, le 
chorou et tous les autres instruments que les hommes font 
pour leur plaisir et celui des autres '. u Ainsi le recueil nor- 
wégien s'appellera lioda bok '. C'est un titre qui ne devrai 
s'appliquer en réalité qu'à une collection de chants, mais le 
traducteur nous a expliqué cotte singularité et il est désor- 
mais tranquille sur ce point : liod, liodsôiigr, slrengleikr, stren- 
gleiksljod, autant de termes qui se réfèrent au chant breton 
(prétendu ou réel), mais qui ici ou là, pour la commodité de 
la phrase, pourront s'appliquer aux octosyllabes français do 
son modèle et à sa propre traduction en prose '. Du reste 
il est remarquable que, sous prétexte de commodité, il ne 

' SIrengleilcar, p. 1. 

' n semble donc que les édit«iire 
cher dani ce passage le titre que le m 
préféré le mot alrengUitar qu 
diiïéreats mocceaui. (Voir le 
oqL CQoseryé l'autre désïgaati 



I auraient dû aller cher- 
ne 1b nia. DB leur fournissait pas, Ilfl ont 
■avient souvent au début ou à la fin des 
introduction, p. XXI.) T! eut vrai qu'ils 
en aoiiB- titre : Streogleikor eda, Liodahok, 



•' Cf. l'Introduction de Keyaer et Unger, 3lrtngteikar, p. Xll s. 



ET LE LAI DU LECHEOR 101 

cherche pas à embrouiller les choses plus que de raison. En 
somme, dans la plupart des cas. les mots que nous venons 
de citer sont employés clairement à désigner l'air ou la 
chanson composés à l'occasion de l'aventure; mais pour 
nommer le récit de l'aventure, le mot saga que méritent 
proprement ces traductions en prose n'est pas rare * ; on 
trouve aussi strengleikssaga, expression très juste en l'occur- 
rence et qui signifie exactement « conte d'un lai » : « Nv med 
puï at ec vic/rlaeita at gsora oc saegia ydr lioc/a oc straenglaeiks 
sagur,j5avil ecseigi glœyma Bisclaret ^ Puisque j'ai commencé 
à faire et à dire des lais et des contes de lais, je ne veux pas 
oublier Bisclavret. » Ou encore : « Nv er at segia fra ^eirre 
strengleics sogu er Bretar calla Tidorel, med hverium haette 
er ^at gerdizc ^. Maintenant il faut dire d'un conte de lai 
que les Bretons appellent 1 ydorel, de quelle façon il fut 
fait. » De tout ceci retenons que lioà et strengleicr ont exac- 
tement le même sens et que la seule dénomination qui semble 
se distinguer des autres par une nuance sensible est strengleics 
saga. Si l'opposition qu'indique la traduction de M. Philippot 

' Voir par exemple le début de Milun, p. 61 : « ^eir er sogvr vilia 
aegia, ha, samir ^eim med sundrskiftilegum hœtti up hefia. Ceux qui 
▼eulent dire des « sagas », il leur convient de commencer de différentes 
façQiiB. » Cf. aussi les deux dernières lignes du même récit, p. 65. Au 
fond, à regarder les choses d'un peu près, on voit que notre auteur dis- 
tingue nettement deux « moments » dans le procédé complexe par lequel 
se font les lais : une aventure arrive, on la rapporte et on en compose une 
saga — puis la saga sert de thème à son tour à un lai chanté dont la com- 
position est ainsi postérieure à celle du « conte ». Voir par exemple 
Pépilogue de Désiré, p. 48 : « En Bretar gerdo pessa sogu til aminningar, 
at ei skyllde ^essi atbure^r gleymazc ne tynazc, oc af peaaom. atbur(2 
&graii strengleic, ^ann er T^ir calla Désire strengleic oc \iod ». Ou encore 
la fin de Chetovd, p. 60 : « Dessi saga var efni oc upphaf, oc af ^esso var 
ftrmgleicrenn gorr oc callac^r chetovel i volsku » . Et c'est bien là ce 
qu'avait voulu dire Marie dans le prologue de Ouigemar par exemple 
(v. 19-21). On avouera que c'est une façon autrement naturelle de se 
représenter les choses que d'admettre avec certains critiques modernes le 
procédé inverse et faire dériver le conte du lai chanté. 

' Strengleikar, p. 30 

3 Ibid.,p. 48. 



102 LES STRENGLEIKAR 

n'existe pas, comment donc faut-il traduire ce titre ? Notez 
(pie ce n'est pas ici le lieu de faire des distinctions plus ou 
moins subtiles entre chanson ou mélodie et conte ; dans tous 
les cas le titre se réfère sans le moindre doute au récit qui suit : 
c'est le titre du conte qu'on entend nous donner en tête du 
conte, et les mots liod et slrengleicr {les seuls de la série plus 
haut mentionnée qu'on retrouve dans les suscriptions) s'ap- 
pliquent pour le bénéfice du lecteur iiorwégien à la saga 
noi'wégienne. Je traduirais donc : n [Voici le] laidu Lecheor, 
et il s'appelle en breton Gumbelauc. •> Ce n'est pas très 
différent de ce que propose M. Phitippot, mais pourtant il 
faut bien noter que, dans ce passage-ci, i! n'est pas question 
de mélodie, et que Uoà etslrtngleicr, qui tous deux signifient 
au propre lai chanté {ou chant), désignent tous deux ici le 
récit qui suit. 

11 est curieux néanmoins que notre traducteur éprouve le 
besoin de renseigner son lecteur sur la dénomination que 
porte dans un lointain paya le conte qu'il lui redit. Mais il 
n'y a pas là un cas isolé. En tète de Désiré, nous lisons : 
« ce lai s'appelle en français Désiré et en norwégien tilfysi- 
legr '. » En tête du Chèvrefeuille : " les Brelou'i [l'jappellent 
Gotulœf et noua [l']appelon8 Geitarlauf o; il est vrai qu'ici 
nous reconnaissons tout de suite un emprunt fait au testo 
même du récit, lequel, dans le second passage tout au moins, 
n'était à son tour que l'écho plus ou moins fidèle de l'original 
français. Devons-nous expliquer de façon analogue la suscrip- 
tion du Lecheor ? Avant de répondre à cette question, de- 
mandons-nous qui a bien pu mettre ces titres en tête de 
chaque morceau des Slrengleihar. 

Jusqu'à présent noua avons supposé qu'ils étaient du fait 
du traducteur. Mais à examiner les choses de près, cela 
semble bien douteux. Les initiales et les rubriques sont on 
caractères ornés, très différents de ceux qui sont employôs 
dans le courant du texte ', et il est extrêmement probable 



' Ibid.,p. 37. n. 2. 

" Ibid.,p. 65, n. 2. 

' Les rubriques sont en rouge, — dans la plupart des cas, ajoutent las 
éditeuiB; mais ne voulent-ils pas simplement exclure p&r là les trois 
morccDUi qui n'ont pan de tilrc? Les initiales août en rouge et on bleu. 
Slrenglâkaf, p. XIX. 




ET LE LAI DU LECHEOR 103 

qu'ici comme souvent elles n'ont été ajoutées qu'après coup, 
le manuscrit une fois terminé. Les éditeurs norwégiens ont 
déterminé que la rédaction de la copie est due à deux scribes, 
et dans les suscriptions et initiales dont nous venons de parler 
ils reconnaissent la main du second scribe ^ Comment celui- 
ci a-t-il procédé en mettant les titres ? Le manuscrit est si 
soigné, si exempt de fautes et en même temps si ancien que 
Keyser et Unger y voient une copie exécutée sur l'original 
même de l'auteur et probablement sous sa direction ^. Cet 
original donnait-il déjà les titres ? C'est douteux, car en ce 
cas on serait en droit de s'attendre ici à quelque exactitude 
et à quelque méthode; mais c'est tout le contraire que nous 
trouvons : la préface et les deux premiers morceaux n'ont 
pas de titre ^, cinq sont introduits par la formule « voici le 
iai de — » ^ ; sur ces cinq trois sont qualifiés strengleicr et deux 
lioà. ^ deux sont précédés de « voici » accolé directement au 
nom du lai ®, un autre est intitulé « la saga de Gracient "^ », 
un second « le strengleicr de Nabaret * », un troisième « les 
Deux Amants » tout court ^ ; deux nous préviennent que 
« ce lai s'appelle — *° » ; enfin Désiré *S le Chèvrefeuille^^ et le 

' Cela est sûr pour les titres, probable pour les initiales. Cf. ibid., 
p. XIX. Le facsimilé que les éditeurs ont inséré à la fin de leur édition 
montre bien les différences entre les deux mains, et permet de se faire une 
idée très précise de l'aspect du ms . 

« Strengleikar, p . XIX. 

' Ovianutr, ^akiu; cf. p. 1, n. 1, p. 2, n. 1, p. 15, n. 1. 

* Equitans strengleicr er her, p. 23, n . 3; Biaclaretz liod er her, p. 30, 
n. 3; f/iustikê lioder her, p. 36, n. l; Her er Guruns strengleicr, p. 57, 
n. 1; Her er Jfcfi^wn« strengleicr, p. 61, n. 2. On remarquera que nous 
ayons trois fois «er her» avant le nom du conte, et deux fois «her er» après. 

* Voir la note précédente. 

* Oeitarlauf er her, p. 67, n. 2 ; notez que. par étourderie, ce titre a été 
oûs en tête du Lai de la Plage; peut-être y a-t-il là une inadvertance des 
éditeurs norwégiens. Ricar hinn gamli er her, p. 82, n . 3. 

^ Ordentz saga, p. 89 et 127. 
^ -ATa^oreM stieingleior, p. 81, n. 1. 
^ Tveggia dscandi, p. 54, n. 1. 

1^ /)oun hèitir ^essi strengleicr, p. 51, n. 2; lonei heitir ^essi stren- 
gleicr, p. 74, n. 6. 

'' ^essi strengleicr heitir i volsku mali Ikaire en (i) norrœnv tilfysilegr, 
P.37,n. 2. 
^^ Bretar calla gotulsef en ver koUvm Oeitarlauf, p. 65,n. 2. 



l04 LES STHENGLEIKAR 

Lecheor portent, comme nous l'avons vu, des désignations 
plus étendues '. N'est-on pas en droit de conclure çue, sa 
copie une fois terminée, le second scribe a refeuilleté son 
manuscrit d'un bout à l'autre pour y insérer les initiales 
d'après l'original qu'il suivait, les rubriques en se réglant sur 
le début ou la Tn de haque morceau ? C'est lui qui, du texte 
même a dû extra e le t très, un peu au petit bonheur et à 
la hâte. De Id le pelé mêle que nous venons de noter, de là 
les erreurs et les om s s qu'il a faites. ,\insi, en tète du 
Slrandar liod no s 1 sons « GeitarlauF er her ' n, ce qui con- 
vient au lai pre edent as non au lai de la Plage; Tydoret 
est introduit par n heitir ^essi strengleicr, ce lai s'appelle ' » , 
mais la phrase reste incomplète ; si l'on noua dit comment 
s'appelle « i volsku mali " le lai appelé tilfysilegr en norrois ', 
n'aurait-il pas fallu mentionner que les Français appellent le 
geitarlauf n chefretuillena n ^ ? N'était-il pas indiqué de donner 
les équivalents français et anglais du breton « laustik • » ? 
Clairement dans tous ces cas l'auteur semble hors de cause. 
C'est donc le scribe qui est responsable des titres que por- 
tent les lais norwégiens, — ou plutôt de la rédaction de ces 
titres, car le fond il a dû l'emprunter au manuscrit qu'il 
venait de copier. Il est facile de vérifier le fait dans tous les 
cas, saut un ■". Est-ce la version norwégienne du Lecheor qui 

' Le début manque dans Chtlovd, p. 49, Janiuà,, p. OQ, et le fragment 
inséré aui pp. 84 sa. Quant à ridorei, voir plus baa. 

ï P. 67, n. 2. Cf. la note 6 de lu p. 103. 

'_Hffltir AeBisi strengleicr, p. 48, e. 3. Voir le lacaimilc qui reptoduij 
préoiaémont le début da Tidord. 

' P. 37, n, 2. 

'• P. 67, 11 . 5-6 : « BreUr kall» gotulief, vakkir mftim eAir/rc/uia,Bn ver 
megnm kalla geitarlauf. » 

' Ils étaient donnés dès le début dn réoit, p. 3il, II. 2.3 : u Sua er kallat 
ï briFzko maie [laiiatik], en i folehi rtitsinol, en i triuka nicligal. « 

' Comparer par eiemplo le titre du Déswi, p, 37, n. 1 avec la ligna 
1 de la page 38 du rrnit; le titre du Oeilarlnul, p. 66, n. 2 avec les lignes 
6-5 de la p. 67 du récit ou oncoro le titre de Donn, p. 51, n, 2 avec la 
première ligne du récit (p. SI, 1.4). Ou peut i-n demander ni, dans les ons 
où la rubrique ne reproduit pas toutes lea jndicationa auxquelles on 
s'attendrait, ce n'est pas simplement que te copiite n'avait pas laissé assez 
de place, entre la fin d'un morceau et le début du suivant, pour on titre 
plus complet. 



ET LE LAI DU LECHEOR 105 

luiafuumi le mat de gambelaac. voilàceque nous ne pouvons 
positivement affirmer : c'est que noua n'en avons conservé 
que les premières lignes et que nous ignorons po que pouvait 
contenir la partie qui a disparu; mais n'est-il pas extrême- 
ment vraisemblable que le nibricatcur a procédé dans ce 
cas comme dans lea quatorze autres ? Le contraire serait bien 
surprenant. Il n'est pas démontré, mais il est très probable, 
ïoyona-nous, que le mot gambelaac se trouvait dans le lai 
rwégien. A quel endroit ? Si le terme signifie lecheor, 
mme le croit M. Loth ', il devait vraisemblablement appa- 
p dans la traduction au passage qui correspondait au 
s 120 de l'original. Mais est-il bien .sûr que ce soit là le 
■. Notez que le titre nonvégien n'est pas lecheor, mais 
Itikara. Or leikari ne veut pas précisément dire débauché, 
mais joueur d'instruments do musique, jongleur. Le traduc- 
tenr a-l-il été trompé par la ressemblance des mots, ou poui 
lui comme pour bien d'autres au moyen-âge, jongleur était' 
il synonyme de débauché', il est difficile de le déterminer 
mais il est certain qu'il a intitulé sa version le lai des jon 
gleurs. Gambelaac ne semble pas être nn équivalent de ce 
titre-là. Je croirais plutôt que G. Paris avait raison et qu'il 
taiitvoir dans ce mot une traduction de Vavîre nom du lai 
(rançais. Une traduction en quelle langue ? La version nor- 
roise nous le donnait-elle comme un mot celtique, comme 
un des titres du lai breton? J'en doute. Le mot gambelaac 
appartient à une famille très vivante dans les langues ger- 
maniques. Les dialectes celtiques, en dehors du terme en 
question, ne nous offrent qu'un mot breton dont la celticité, 
selon M. J. Loth lui-même ^ est sujette à caution. Je ne puis 
m'empêcher de croire que giimhelauc était donné comme 
l'équivalent narrais de ce titre Ininentionnable '. De toute 



' cf. Ahlatrôm, ouïr, cit., p. 151, n. I. 

'Art. oit., p. 336. 

' Je ma garderaj bien de m'aventurer daus le domfiine de la philologie 
""'tique ou scaDdlnave, et il n'y a là bien (entendu do ma part qu'une Bug- 
psiiaQ que je aeraie honreus de voir examiner, ■■! accepter ou rejeter, par 
liM^QB plus coropélenta. Je me bornerai à dire qu'il eatpeut-£tre iiapru- 
dmt d'accueillir dana les diutionnairea celtiques un mot dont la celticité 



106 



LES STRENOLEIKAR 



façim le mol français ', n'étant pas un nom propre, devait, 
suivant les habitudes de notre auteur ', être traduit en nor- 
wégien. C'est ainsi qu'il nous donne en sa langue un équiva- 
lent pour [rêne, pour bisclaret ', pour Désiro, pour quatre 
deuOa. pour chaitivcl, pour deux annants, pour chèvre- 
feuille '.Il ne pouvait faire une exception pour le mot en 
question qui demandait tout aussi impérieusement une 
glose. Cette glose, qu'est-elle devenue ? N'est-ce pas notre 
gitmbelauc ? Dans ce cas pourquoi le rubricateur noua a-t-il 
trompés ? Tout d'abord il a pu commettre une étourderio : 
nous avous vu qu'il en a de très certaines à son actif. Puis il 
n'est pas dit que la méprlsG ne vienne pas de son original : 
ne lit-on pas â la fin du Oeilarlauf a Bretar kalla gotidaf, 
valskir menn chaefrol'uill, en ver megum kalla geitarlauf 'm, 
alors qu'il est bien certain que ce sont les Anglais et non 
pas les Bretons qui disaient gotelet? Mais il me semble plus 
probable que l'erreur du rubricateur provient d'une méprise 
d'une autre sorte : l'auteur a pu écrire ; « on en fit un lai, 
les Bretons l'appelèrent gumbelauc », entendant par là non 
pas reproduira le mot breton mais aimpleniunt en donner le 
sens. C'est ainsi que nous pourrions dire en français : n le fruit 
que nous nommons ananas, il est curieux que les Anglais 
l'appellent pomme de pin «; et par là nous ne prétendrions 
pas affirmer que les Anglais disent réellement « pomme de 
pin", mms nous voudrions simplement rendre le sens do 
pineapple. Mais, dira-t-on, ce serait très bien si le texte 
français ofîrait réellement ici un inot breton ; en fait, il 



no semble anoure attestée que par Tnffirmation très équivoque d'un nibci- 

' Si l'on veut U toute force (gue gumbelauc aoït l'équiTtilent de lecheor, 
le ] B4Bonnenient loslera le même. 

' Cf. MBisaaer, ouvr. cit., p. 2M as. 

3 On plutdt pour la oorceapoadont « Dorinand d du breton bisolaTret, 
qu'il faille lire danfl Marie (v, 4 et 9) garwaf ou gantait avec le nu. 
hacléiea ou oorciger en garidj (Warnkej ou garuiidl (G. Parie). 

* .f jkiii, vargulf, tilfyselegr, harimfvllr, veslengr, tveg^ia eUkanndi, 
geitalauf Voyez nusai avuc quoi soin il ouplique à se» luctBiira ce que 
c'est qu'un rossignol, p. 30, 11. 3-5 (f. Meiaaner, ouïr, cit., p. 257). 

^ Stre-agleikar,p. 67, 



ET LE LAI DU LECHEOR 107 

donne un mot qui quoique très « gaulois », n'a rien à voir 
avec les Celtes. Je répondrai qu'à travers ce terme notre 
norwégien entrevoit le mot breton possible dont l'autre ne lui 
est après tout donné dans son texte que comme un équivalent. 
C'est ainsi qu'un Allemand qui ne saurait pas l'anglais pour- 
rait tout de même rendre ainsi notre phrase de tout à l'heure : 
«esist merkwûrdig, dass die Englander der Frucht, die wir 
Ananas nennen, den Namen Tannenapjel geben »; etTannen- 
apfel, quoique traduit en fait du français, serait en droit 
une traduction de l'anglais. Qu'on ne m'accuse pas de subti- 
lité : c'est certainement ainsi qu'a procédé notre auteur au 
début de sa version du Frêne, Frêne est un mot très fran- 
çais et Marie ne nous donne aucun équivalent celtique ; elle 
nous dit simplement, suivant la formule, que les Bretons en 
firent un lai. Mais c'en est assez pour que notre traducteur se 
croie autorisé à écrire : « Her saegir nu annan atburrf an- 
narrar sogu oc var af ^essare ^at liorf gort er Brœttar kalla 
aeskiuliod •. [Mon original! dit maintenant un autre conte 
d'une autre aventure dont fut fait ce lai que les Bretons 
appelleint aeskiuliod (entendez : si nous traduisons en norwé- 
gien l'expression dont ils se servent). Ce n'est qu'à la fin du 
lai que l'auteur, répétant d'abord sa formule « ^a likarfi 
Brœttom at koma ^essa sogu i strenglaeiks liorf, oc kallarfo 
^œtta aeskio liod», y ajoute «en i valsko lai de fraec^ni^ ». 
J'imagine que pareillement, après la phrase que nous lui 
avons prêtée plus haut, notre auteur ajoutait « et les Fran- 
çais l'appellent — ^ ». Mais on voit combien dans ces condi- 

'Ibid., p. 15. 

» Ibid., p. 23. 

' B y a UD passage analogue, quoique moins clair, dans Bisdaret, p. 30 : 
«Bisclaret het hanni brsezsko maie, en Nore^mandini^ar kallac^o hanvar-- 
goU. » Sans doute a Nore^mandigar » pourrait designer ici les compatriotes 
du traducteur» et il faudrait alors comprendre : « et nous Norwégiens nous 
l'&ppelons vargulf ». Mais une autre explication est possible et me semble 
préférable ; c'est également celle qu'adoptent les éditeurs des Strengleikar 
(voir p. 102) : « Nordmandigar » n'est qu'une traduction du « Norman » 
de Marie (Garwaf l'apelent li Norman, Bisdavret v. 4), et signifie les 
Normands de France, les habitants de la Normandie ; et il faut alors tra- 
duire : a et les Normands l'appellent vargolf [entendez : Si nous rendons 



LES 3TBENQLEIKAR 

lions la mépriai! du copiste était choso naturelle, 11 est 
fâcheux qu'il n'ait pas mis de titre au Frêne : nous saurions 
peut-être définitivoment à quoi nous en tenir sur ce point. 

C'est ainsi quii noua expliquerions les choses. Ce n'est pas 
là une démonstration sans réplique, nous l'admettons 
volontiers, ce n'est qu'une hypothèse, qui pourtant, mieux 
que n'importe quelle autre, semble rendre compte des faits. 
Mais d'autres sont possibles, encore que moins vraisemblables. 
Le mot giimbelauc pourrait bien être malgré tout d'une celti- 
cité plus sûre que uous ne aommosincliné à le croire, et notre 
auteur a pu en toute justice l'attribuer aux Bretons. Dans 
ce cas ij adonné de lui-même ce renseignement à ses lecteurs, 
ou bien il l'a emprunté â son original. Si cette science est de 
son tait, nous conclurons qu'un Norwégi;'n cultivé du milieu du 
XIII« siècle n'était pas si loin du monde celtique qu'il ne pût 
savoir quelques mots du vocabulaire gallois. Mais il est bien 
curieux, que dans cette supposition, il ait borné à cet unique 
vocable ses révélations linguistiques. De nos deux hypo- 
th^os accessoires, c'est encore la seconde qui est la plus 
probable, et c'est celle que présente M. Pbilippot : l'auteur 
norwégien a emprunté la mention de gumbeiauc à son original 
français. Seulement il ne peut plus être question d'une 
notule II àffixée à son lai par l'auteur français' : outre 
qu'on aurait probablement quelque peine à trouver au Xll» 
et au XIll^ sièriesun autre exemple d'un procédé semblable, 
il est bien évident que cette hypothèse est fondée sur une 
interprétation erroni5e (nous l'avons vu) de la suacription 
norwégienne. Si gumbelaac se trouvait déjà dans l'original 
français, clairement « le précieux titre gallois « a dû être 
Il enchâssé dans le corps même du lai ». Mais nous avons 
cet original, et gumôe/aMC ne s'y trouve pas. Dirons-nous que 
l'unique manuscrit du Lecheor que nous possédions est de la 
fin du XlIlB siècle, et que, les Strengleika^ étant du milieu 

leur expression par un équivalent norwégian] s. Il y a du reste uns parenté 
évidente entre le garuiaf ou garualf des o Norman u de Marie et le ivTgull 
du traducteur uorwégien. mais il n'est pas sâr qu'il l'ait apei^ue. 

' Encore raoina peut-il e'agir de l'interpolation d'un copiste. M. l'hilippot 
(art. oit., p. 332) éuarM lui-même, pour de bonnes et suffisantes raisona, 
toute idée d'une intervention de ce genre. 



ET LB LAI DU LBCHEOR 



109 



dnXni'siêclGjeuroriginal en ce qui concerne le Lecfoor di?- 
vait être un manuscrit sensiblement phis ancien que celui que 
QOLsavouset'peut-être d'une rédaction quelque peu différen- 
te'? Ce n'est pas impossible, mais est-ce bien vraisemblable ? 
Supposons que cela ait été ainsi, Serait-il nécessaire d'aii- 
mellre, comme conséquence, « une relation réelle entre le 
iailraiiçais du Z,ee/ieor et un lai musical gallois' po Je deman- 
derais d'abord qu'on voulût bien dire en quoi consistait 
cette relation. Je crois qu'on aurait de la peine à la définir 
danB le cas du Leckeor comme dans celui du Chaitivd '. Une 



' PhQippot, &rt. cit., p. 331 ■, H. Phîlippot a étudii de près le ms. 
l! N. 1104 an vue d'one édition de f)ieiTi qu'il prépare. Cette éditios sera 
laliieoTeaue ; il est vraiment regrettable qu'un poème qu'on a ai souvent 
cM dîna les demiàreB années soit testé si peu oiioesaible. (On peut en dira 
mlmiànOradent.) 
'Phîlippot, tttt. fit., p. 332. 

'Cintun rapproche ment qui est fait par M. Philippot, art, cit. p. 333 9. 
Ileateneffetd'ncoord avec M. Ahlatriim (Slmlier. etc., pp. 150 et 151) 
pour proposer une interprétation assez nouv<^lle du Chailivel de Marie. 
■ Un chevalier a, été blesaé en nn point délicat de sa personne, tandis que 
itfh autrce chevaliers soupirant pour la même dame que lui, ont été tués 
ou tournoi. Qui faut-il plaindre le plus, ou ceux qui sont morts pour tout 
do bon ou celui qui. par sa blessure, est mort qui joies de l'aniour ? Lo 
BujeluuB fois donné — et il est intéressant do constater qu'un pareil sujet 
pouvait se rattacher au répertoire dos harpeura liretons et qu'une femme 
n'i jjaa hésité i l'adopter, — il faut louer Marie do France do l'avoir 
ifailÉ avec une diafirùtion et une mélancolie bien féminines. « J'avoue 
lue ce n'est pas ainsi que j'avais compris le sujet du conte, et M. Philippot 
tais tromyé. Le chevalier blessé j n nofrez 
enz el cors — si que la lance parut loraii] 
son sort, mais à mon avis pour une toute 
lorts, il pouvait eapérer que la dame se 
;. Mais celle-ci songe plus à sa vanité et 
' u • gloire 11 qa'b, son amour. Elle a fait soigner le blessé et vient souvent 
" TÏMter ; roaîa aa guériaon ne lui rendra pas ce iiu'elle a perdu : l'amonr 
at le BBcvioe de quatre incomparables chovaliera. Cette ooquetic qui pan - 
âtt' ai longtemps a joué avec cea quatre hommes ne peut se consolet de 
lu, fin de aon manège et delà perte de aon pouvoir. Loin de voir une comptai- 
latioii dons l'amour aincère de celui qui survit, elle a'attarde dans la 
contemplation assez égoïste d'un paasé glorieux et disparu pour toujours. 
Cst cette • aventure u détormais dose qu'elle veut célébrer dana le iai 
"les IJuatre Deuils, Et le convalescent, qui ne s'y trompe pas, lui demande 



m m'a pas persuadé que je n 
lit msl mia — par mi la quiase 
Et convalescent lamente en effi 
mire raison. Sea trois rivaux 
pranoncerait enfin déiiultivemi 



110 LES STRENGLEIKAIl 

autre conclusion— à rester toujours dans notie supposition 
— me paraîli'ail plus sûreet plus importante : c'est que agumbe- 
lauc se classerait ' avec le laastic de Marie de France, parmi 
les très rares substaulits authentiques que les idiomes celti- 
ques aient déposés dans notre littérature romanesque et 
courtoise des Xll" et Xlll^ siècles ". Le rapprooliement me 
parait très juste, d'autant plus qu'il n'est pas impossible que 
le Leeheor ait été écrit, lui aussi, en Angteti-rre', quoique 
plusieurs générations sans doute après Marie. La question est 
de savoir si Marie et l'autelir du Leeheor n'ont pas eu plus 
d'un moyen à leur disposition de faire connaissance avec tel 
ou tel terme celtique, et s'il est bien vraisemblable d'admettre 
dans chaque cas un lai breton ou gallois dont l'unique fonc- 
tion consistait, semble-t-il, à fournir une pittoresque appel- 
lation pour disparaître ensuite on ne sait trop où. Le lai 
M breton j àuLauslic, comme le lai « gallois nde Gumbelauc, 
m' apparaissent comme de très ingénieuses fictions, qu'il y 
aurait peut-être avantage à ne pas prendre trop au sérieux ' . 

Lucien Foiilet. 
Hcyn Mawr Collège (U. S. A.). 

trÏBtemeat s'il a'aurftit pus mieux valu qu'il inouriît lui aiisni comme les 
trois autres que de aur^ivra et — snpplica à peine endurable — voir sa 
dauie et lui parler chaque jour sans pouvoir jamais eapéret plus. Elle en 
conviont [raticheiiient, et plaignant de bonne foi le mallieur de son pauvre 
sou jiLruiit, elle oonaentà appeler le lai qu'elle projetait n lai de l'Infortuné ». 

' Le conditionnel e»t de moi. 

' C'est du moins ce quo suppose M. Ahlattom, ouvr. cit., p, 151. 

■' Je dis fiction et non mystification. Il est possible du reste que dons 
mes préuédenU articles j'aie un peu trop appuya sur les irartïSceBS 
et lus I plagiats d des successours de Mûrie, n Plagiat u suppose une inten- 
tion bien ariftÉe de tromper aon monde. Aujourd'hui je serais incliné li 
voir dans cesu imitations « (elles sont indéniables) une question de modo : 
c'est une sorte d'école qui s'est formée, o<\ jjendant longtemps on a imité, 
peut Être en toute admiration et parfois en toute naïveté, les maîtres du 
genre. Ce n'est pas une raison pour ne pas relever l'ironie qu'on si>nt dans 
le Ltcheor et dans Jgnaure, En oe qui concerne ijaint Pantelion. j'ai cosaf 
de voir, dans la mention de ce saint o au nom bizarre ji. ■• une facétie de 
ne prendre ^ partie pour cette remar. 
B apEri;u do mon ijtourdcrie et que je 



pin» 11. M. PUilippot a bien 
quO. Il y a lungteiiipi: que 
la regrette : mais il eût mi 



ï-alu n 






J 



CHANTS DE TRAVAIL 



MÉTIERS, CRIS DES RUES 



LE LABOUR 

Il n^est aucun chant plus répandu, plu^ populaire dans toute 
\a région méridionale, que celui du bouiè; il doit, sans doute, 
cette popularité à sa belle mélodie qui emprunte à la tonalité 
grégorienne (1*' mode du plain-chaut) un caractère de calme 
mélancolique^ de douce quiétude, en parfaite harmonie avec 
le lent et pénible labeur qu'elle accompagne de son rythme 
traînant; car le sujet de la chanson — le laboureur, rentrant 
au logisaprès sa journée, trouve sa femme ivre, — est vrai- 
ment peu intéressant. 

On trouve ce chant — avec ou sans musique — dans de 
nombreux recueils de chants populaires du Midi (1). 

Dans un charmant volume de souvenirs des premières 
années, M™® Michelet a parfaitement rendu le sens intime et 
le caractère de ces chants des laboureurs de nos [)ays. On ne 
saurait mieux faire que de rapporter le passage en entier : 

« Dans les longues journées de labour, Tattelage par mo- 
» ment s'attarde. Il pèse sur le sillon, et semble y traîner son 

(1) Cf. — J.-F. Bladb. Poésies pop. de la Gascogne, t. II, p. 250; 
Damasb Arbaud, Ch. pop. de la Provence, t. II, p. 171; Anacharsis 
Tombes. Gh. pop. du pays Gastrais, p. 35; E. Solkville, Gh. pop. du 
Bas-Quercy, p. 34 (cette version est reproduite dans : E. Rolland, Gh. 
pop. t. IV, p. 51); J. Daymard, Vieux ch. pop. rec. en Quercy, p. 95; 
Cbnac Moncaut, Litt. pop. de la Gascogne, p. 310; M™e Michelet, 
Mémoires d'une enfant, p. 272; Almanach patoues de rAriejo, 1893, p. 18; 
ce chant est encore cité dans : Birat, Poésies Narbonnaises, t. II, p. 153, 
comme timbre d'une chanson connue, avec le refrain : lÉ 1 etc. 



112 



CHANTS DE TRAVAIL 

e faut pas le maltraiter, 



rait la rendra 
) fou, il emporterait la charrue. 

» Il vaut mieux le soutenir, l'éveiller. Rien, n'y fait plus 
)i qu'uae longue complainte, ou l'une de nos graves mélodies. 
a Les nôtres tiennent encore de la montagne, du Rouergue 
B qui est derrière. Elles n'ont pas la douceur de la jilaine 
n onduleuae ; mais au f jnrl, quelque clioad de mieux (\ae la sua- 
vite : elles gardent l'accent qui pénètre le cœur. 

» Ce sont ce^ chants que noâ générations ngricoles ont 
» répétés d'âge en âge. Ils n'ont pas varié. Le paysan les a 
B faits de lui-même. Ils sont nés de son aspiration souffrante, 
» d'une même émotion, d'une même image [jui le suit au 
u travail. 

t On voit bien que câ n'est pis p>iir lui tout seul qu'ji 
Il chante. Jetée et soutenue, la voix se prolonge de lui aux 
» bœufs. Il veut être entamlu de tous. C'est pour les deux en 
Il avant (souvent jeunes) qu'il appuie son chant, le poujse au 
ij loin sur U plaine. Il le tremble au tremblement de la ohar- 
H rue. Il le traîne au pas lent Je sos boeufs. Tout autre 
» gérait le oliant au pas nerveux, rapide, enlevé, des clievaus. 

» Le plus souvent il leur chante sa pensée, ses soucia, la 
» maison absente, sa femme. Ce sont ses confidents discrets. 

• A ce labour d'octobre, il leur conte le fait réoeut de la 
u dernière veudunge. Chant triste et gai, mais vraiment 
" noble. On sent com'ne au midi l'agreste est moins rustique, 
1) moins dur que ilans le norii. 

n L'harmonie de ce chaut est saisissante. Dans le silence Je 
R la campagne, on s'arrête, on écoute. Sans respirer, on reste 
» suspendu à, cette voix qui lance la note, la soutient à perte 
D d'haleine, et remplit l'air d'un frémissant écho (1). a 

Lou fin bouiè, l'iue sur U lego, 

E la cansoun entre 11 brego, 
l'anavo à pas tranquile, en teneiit soulameii 
L'estevo drecho. (2) 



(1) .Vl-J. MlCHBLBT, Mcn 



. Paris, L. Hacheli 



CHANTS DK TRAVAIL 



lia 



I. — Le Bouié 



Lento 



ir i\ ^' J rrl^ ^=fej^ lTT7 l 



Quan le bou - iô — ben de lau - rà, Quan le bou- 



J F^^ 



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iè — ben de lau - rà, Plan-to soun a- gu-lha-do, 




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-I — ir 

Haï Plan - to soun a - gu - Iha — 



-^. 



do. 



1) Quan le bouié ben de laurà {hh) planto soun agulhado, 

Ha I Planto soun agulhado. 
2j Trobo Margot al pè del foc, tristo^ descounsoulado : 

3) c — Se n*es malauto, digo m'oc, te farea un poutage, 

4) (( Dambé 'no felho de caulet, uno alauzeto magro. » 

(1) 

5) « — Se ne morres, t'entarraren al pus prioun de la oabo^ 

6) « Les pèds birats bès la paret, le cap jouts la canelo ; 

7) « Les pèlerins que passaran prendran d^aigo segnado, 

8) t Diran : Pater, Ave Maria, per la paupo Bernado. 

9) c T'en aniras al paradis, paradis de las crabos ; 

10) « Aquiloas azes soun cournuts, las saumos descouetados. 

Hal las saumos descouetados. » 

M. Paul Barbe, Buzet (Haute-Garonne). 

Le BOUVIER. — 1) Quand le bouvier revient du labour (bis)^ 
il plante son aiguillon. — Hal II plante son aiguillon. 
2)11 trouve Margot au coin du feu, triste, inconsolable : 
^^1 c — Si tu es malade, dis-le moi, nous te ferons un potage, 
4) avec une feuille de chou, une alouette maigre. » 

(1) 

(1) Il manque ici plusieurs couplets ; cette lacune est indiquée par 
M"* Michelet. On retrouve les couplets manquants dans deux versions 

8 



114 CHANTS DE TRAVAIL 

5) a — Si tu meurs, nous t'enterrerons au plus profond de 
la cave, 

6) [nous te mettrons] les pieds contre le mur, la tête sous 
le robinet ; 

7) — les pèlerins qui passeront prendront de Teau bénite, 

8) — ils diront un Pater^ un Ave Maria pour la pauvre 
malheureuse. 

9) — Tu t'en iras en paradis, au paradis des chèvres ; 

10) — là les ânes ont des cornes, et les ânesses n'ont point 
de queue. 

Variantes 

1) Quan lou bouviè vene das champs — paaso soun agu- 
Ihado. — 2) Trobo sa fenno per lou sôu — touto embabarau- 
chado : — 4) Te faren eno soupo au chou, eno soupo de rabo ; 

— li metren per Tavigoussà la coueto d'enochabro. » — « léu 
n'ame pas la soupo au chou, ni la soupo de rabo ; — ame que 
la soupo de ris, acô's ma camarade. — Me li ame miei en 
bouon lebrau que la couô d'eno chabro. — 5) Quan serei 
mouorto, entarra-me au fin foun de la cavo, — 6) mous pès 
vira vei la paret, ma teste seul la guilho ; — quan la cham- 
brieiro vendrô au vi, m'arrousarô ma gorjo ; — aub'eno 
crousto de pan blanc, aqui faren sicholo. — Refrain : Voul ! 

— M. le docteur Chaussinand, Coux (Ardèche). 

4) And'unofelho de joulbert, une lauzetomagro. » — o M*ai- 
mariô mai un bon capou, qu'une lauzeto magro. v> 5j « Si te 
moros, ~ 7) Quan les pelegrins passaran. — Refrain : Hà! — 
Mme Catherine Pinaud, Belesta (Ariège). 

4| And'uno cargo (une charretée) de caulets, Mlle Marie 
Lambert, Belesta (Ariège). 

1) Quan lou paure ome ven dal camp, trobo sa fenno morto. 

— 3) ce Se n'es malauto, digo bo,4) Am uno felho de jalbert, 
e quatre semais d'aigo ; — i'ajustaren, per dounà goust, las 
banos d'une crabo. — 7) Si as talen, n'auras pas set, pouiras 
heure uno gouto. — Si n'es pas countento de iéu. Ai ! que 

recueillies dans le département du Gard, à Colognac et à Alais, par 
M. le pasteur Fesquet et M. Albert Arna vielle. (Voir II et Var.). 



CHANTS DE THAVAIL t 15 

l*aze tefouto. » Refraiû : lÈH ! — M. le docteur Guibaud, 
Narbonne. 

Autre variante du même : 10) Aqui loas azes soun cournuts, 
las saumos esooutiado3. 

Refrain : 




^ l J- J =:^ 



E I O U 



9) Que Dieu la meto en paradis, paradis de las crabos. — 



i^ 



Refrain : 



I I 



E I O U 

M. MiQUEL, Bëdarieux (Hérault) 

1) Quan lou bouiô ven de laura, planto aqui sa gulhado, 
3) Si es malauto, dies-ou me, — 4) Une soupeto arabe un iôu, 
ires quintals de froumage. ^ une carrado de caulech, uno lau- 
zeto magre. — Refrain : GUÈ I — Mlle Anna Lauret, Millau 
(Aveyron). 

l)».. plantôqui sa gulhardo. — 2)... touto deparapoulhado. 
— Refrain: la la la la la. — M. Fkrrand, Lanuéjols (Lo- 
xère). 

4) embétres flolhas de jauvert, e quatre semaus d'aiga. — 
Refrain : A, E, I, O, U. — M. Bouquet, Monlpellier. 

II. — Lou Bouio 

1) Qaan lou paure ome ven del bos, trobo sa fenno 
embrialgo, 

Ai ! trobo sa fenno embriaigo : 

2) « — Se siès malauto digos-ou, ti faren un poutage, 

3) « Un poutage embé de caulets, un quintau de froumage. 



116 



CHANTS DE TRAVAIL 

ledeci, lou medeci das azea ; 



4) •' Ànaren querre u 

5) Lou medeoi coum^odatô de béure pas f\ue d'aigo. » 

6) « — 3ehe¥ed'aigo mourirai, dîn très joursar«i raorto. ■> 

7) 1 ~ Se mourissea t'enUrraren al fin foun de la cabo, 
S) a — Loua pezea croate la paret, e la testo jout l'eaco. 
9] ■ — Lous pelegria qae pa^aarôu prendraa d^atgo 

Bognado ; 

10) '( E dirùu quau ea mort aici ? Acô's la pauro Jano. ■ 
Ai ! Aco's la pauro Jano. 

M. le pasteui- Fesqubt, Cobgnac (Gaidj. 

Le BorviBR). — Quand le pauvre homme revient du bois, 
il trouve sa femme ivre ; — Ai! \\ trouve aa femme ivre, 
2} a — Si tu es malade, dis-le, nous te ferons un potage, 

3) UD potage avec des choui, un quintal de fromage. 

4) Nous iron^ elierctier uo médecin, le médecin des ânes ; 

5) Ce médecin ordonnera de ne boire que de l'eau. » 

g) I — Si je ne bois que de l'eau, je mouprai, dans trois 
jours je serai morte, n 

7} « — Si tu meurs nous t'enterrerons tout au fond de la 
cave, 

8) les pieds contre le mur, la tête sous le robinet. 

9) Les pèlerins qui passeront prendront de l'eau bénite ; 
10) ils diront : qui est mort ici ? C'est la pauvre Jeanne. » 



Varianlea 

3) Uno BOupeto de caulet, très quintaus de froumage. 

7) Se mourisses t'enlerrareu au fin soun de la cavo, 

8) toun ventre souto lou tinau, — 9) cade degout 
toumbarà, toumbarà din ta gorjo. 



. Albert Arnavi 






Parmi les nombreuses versions de ce chant, reeueillies dans 
l'Ardêclifl, l'Ariôge, l'Aude, l'Aveyron, l'Héraull, la Haute- 
Garonne, le Gard, le Tarn, etc., on ne constate aucune 
raodiGcation dans la mi-'lodie : elle est toujours identique à la 
notation qui précède; le refrain seul varie ; on en trouvera 
es diverses formas dana les variantes ci-dessus. 



CHANTS DE TRAVAIL 



117 



Malgré la grande popularité de cette mélodie, il existe un 
autre air, dont j'ai noté deux versions qui, quoique provenant 
de départements très distants Tun de Tautre, — la Lozère et 
TAriége — offrent entre elles de si minimes différences qu'on 
peut les considérer comme ayant une origine commune. 



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le bou - iè ven de lau - rà 

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de lau - rà Plan 



to ' qui 



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rà, la la la la 






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11 



la, Plan - to 'qui sa gui 



har — do. 



Version de Lanuéjols (Lozère), notée à Montpellier, sous 
la dictée de M. Fbrrand, alors étudiant, aujourd'hui docteur 
en médecine, qui ajoutait cette observation : c sur les notes 
surmontées d'un point d'orgue, le chanteur prolonge très 
longtemps le son, en faisant vibrer sa voix en une sorte de 
trémolo qui va diminuant graduellement. > 



IV 



Lento 




Quan le bou - iè bé de lau - rà, Quan le bou- 




iè bé de lau 



rà, bé de lau - rà, plan- 



118 



CHANTS DE TRAVAIL 




'J=îi=Ji=Z^Z=SiZl 



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to soun a - gui - ha — do, bé de lau — rà, ta la la 






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la^ plan 



-if — i^ 

to soun a - gui - ha — 



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do. 



Version de Belesta (Ariège), notée sous la dictée de M. Bap- 
tiste ROUZAUD. 

Enfin voici une version du Périgord, dont le texte a été 
recueilli par M. Roger Drouault, et l'air noté par M. Petit 
de Pias. 



Adagio 



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Quan lu bou 



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vé dau la - bour 




Quan lu bou - vie vé dau la - bour En treinant sa gui- 



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^«ia — 

ha - do Vé! En trei - nant sa gui - ha — do. 



1) Quan la bou vie vé dau labour, (bis) en treinant sa gulhado, 

Vél En treinant sa gulhado 

2) Trobo 80 fenno au foujié qu'ei touto eibourissado. 

3) « — Emei, ma fenno, qu'as-tu doun? sié si eibourissado?» 

4) « — L*ome, si vendes noutre vi, sirei toujour malaudo ; 

5) L'orne, si gardes noutre vi, sirei toujour paihardo. » 

MM. Roger Drouault et Pbtit db Pl\s, 
St-Pardoux-la- Rivière (Dordogne). 



CHANTS DE TRAVAIL 119 

VI. — La pauro Jàno 

1) La Jano n'es malauto, malaato din soun leit; 

2) Dîgù nou la vai veire, seque Pierre soun filh : 

3) I dits si'n vol poutage ou si n'en vol mouri? 

4^ « — Nou'n voli pas poutage, ni nou*n voli mouri, 

5) Mais si près cas me mori m'enterres pas achi : 

6) Voli esse enterrado que dins un chai de vi, 

7) Les pèds darré la porto e le cap jou Tdouzil. 

8) Toutoi lai gens que passoun diran : qu'es mort achi ? 

9) Ac6*s la pauro Jano qu'aimabo le boun vi. » 

M*'* Marie Lambert, Belesta (Ariège). 

La pauvre Jeanne 

1) Jeanne est malade, malade dans son lit ; 

2) personne ne va la voir, rien que Pierre son fils ; 

3) il lui demande si elle veut un potage, ou si elle veut 
mourir ? 

4) « — Je ne veux pas de potage, ni ne veux mourir, 

5) mais si par cas je meurs, ne m'enterrez pas ici : 

6) je [ne] veux être enterrée que dans une cave à vin, 

7) les pieds derrière la porte, la tête sous le robinet. 

8) Tous les passants diront : qui est mort ici ? 

9) C'est la pauvre Jeanne qui aimait le bon vin. » 

Vil. — Lei Bouiès 

1) Chanten, braves messies 
La chansoun tan aimablo 
D'aqueles bouens bouiès. 
En fasen lour journado 

Au champ. 
Tout en lavouran. 

2) A Taubo, amai pas niéu, 
Lou bouon boulé se lêvo, 



120 CHANTS DE TRAVAIL 

Se chausso e prié Dieu ; 
Pièi lou bouiè se dino 

De bourlo, 
Qu*an n'es la sesoun. 

3) Quan tout a ben dinà 
L'orne dis à sa feno : 

« Fai m*aqui de bèu blad, 
Li piagnis pas ta peino, 

Belèu 
L*an que ven Tauren bèu. » 

4) Quan yen Taprès-dinar : 
(c S'en anaren ei Sensos, 
M'adurrès moun goustar 
Ëme'n pauc de semenso, 

E Laurens 
Per estendre de fens. » 

5) O lou marri lavourar 
Que n'es aquelo terro 1 
Fui que de s'eiieissar ; 
Acô's uno misère, 

La rié 
N'es toujoor remplie. 

6) Ac6 n'es qu'un clapié 
Li aurièjamai à faire 
Qua-n-à toutes lei ries 
Foudriè curar l'araire. 

De paugous 
N'ai déjà roumpu dous. 

7) L'araire es coumpousa 
De trente une pèsso ; 
Aquèu que l'a'nventa, 
Fariè qu'ague d'adresse ; 

Segur 
Qu'èro quauque meussur. 

M™« Pascal, TEpine (Hautes-Alpes). 



CHANTS DE TRAVAIL 121 



Les Laboureurs 

1 ) Chantons, bons amis, — la chanson si aimable — de ces 
bons laboureurs — en faisant leur journée — aux champs — 
tout en labourant. 

2) A l'aube, et même avant, — le bon laboureur se lève, — 
se chausse et prie Dieu ; — puis il mange la soupe — de 
farine — quand c'est la saison. 

3) Lorsqu'il a bien dîné, — le mari dit à sa femme : — 
« soigne bien le blé (1), — n'y plains pas ta peine, — peut- 
être — Tannée prochaine il sera abondant. » 

4) Quand vient Taprès-midi : a J'irai aux Sences, — tu 
m'apporteras mon goûter — avec un peu de semence — et 
Laurent [viendra] — pour répandre le fumier. » 

5) « O le mauvais labour — qu'est cette terre I — Elle ne 
fait que s'effondrer, — c'est une misère ; — le sillon — est 
toujours rempli. » 

6) a Ce n*est qu'un clapier, — il faudrait toujours, — à 
chaque sillon — curer la charrue. — Des attelles du joug — 
j'ai déjà rompu deux.» 

7) La charrue est composée — de trente-une pièces ; — 
celui qui Ta inventée — devait avoir de l'adresse ; — bien 
sûr — c'était quelque Monsieur. 



Noms donnés aux bœufs de labour dans L'AniàoB 

1. Mâles 

Saura, blanc (dans le Tarn : Albà). 

Laurbt, rouge aux cornes relevées . 

RoussBT, roux. 

Castan, châtain. 

Braquet, marron, aux cornes courtes (2). 

Mourbu ou Moubbt, entièrement noir. 

Gajbt, gris tacheté de noir ou de roux. 

(1) Littéralement : Fais-moi de beau blé. 

(2) Les bœufs aux cornes courtes sont les meilleurs pour le travail, 



122 



CHANTS DE TRAVAIL 



Mascaret, Hos grisâtre, bigarré de taches noires (danj? le 
Tarn : Galiiol). 

PaRdou, ojoucheté de roux. 

II. Femelles 

Barou (la barouno), roux. 

Castano, châtain. 

MouRANO, noire. 

Braqueto, marron. 

M. PouYTBS, Maire de Benaix (Ariège), 



VIII. — Air des Montagnes de l'Ariège 

Noté par M. le Comte Roger d'ADHÉMAR 



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II 

LA MOISSON 
I. — Lous Segairbs 




Allegretto 



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L'orne en - de la fen-no n'a - ne - pou se - gà ; 




N'a - nô - rou se 



CHANTS DE TRAVAIL 



123 



gà, Toino c 



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fen -no, 




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N'a - ne - rou se 



gà Al pa - ïs 



bas. 



1) L'orue eDde la fenno n'anérou segà ; (bis) 

N'anèpou segà 
L'ome e la fenno ; 
N'anérou segà 
Al païs bas (1). 

2) Mais quan ie seguèrou, pas ras pèr manjà ; (bis) 

Pas res pèr manjà, 
L/ome e la fenno ; 
Pas res pèr manjà 
Al païs bas, 

3) (( E iéu t'acounselhe que biren en naut, (bis) 

Que biren en naut 
Nostros mountagnos, 
Que biren en naut 
A nostre oustau. » 

4) Souto la gabèlo metièu lou voulam, (bis) 

Metièu lou voulam 
Sont' la gabèlo, 
Metièu lou voulam 
Pèr un autre an. 

Mlle Marthe Hkrmbt, Genolhac (Gard). 



Les Moissonneurs 

1 ) Le mari et la femme allèrent moissonner ; (bis) — allèrent 
moissonner — le mari et la femme ; — allèrent moissonner au 
paj'S bas (dans la plaine). 

(1) lÀ prefachié de la mountagno 

Venien, brun e pôussous, meîssouna nosti champ. 

Mistral, Mirôio, ch. vu. 



12', 



NTS DE TRAVAIL 



2) Mais quand ils Turent en route, [ils n'eurent] rien à 
manger; (bis) — rien à mmiger, — le mari et la femma ; — 
rien à manger — au paya bas. 

3) tf — Moi ja conaeille que nous retournionH là liaut — à 
nos montagnes, — que nous retournions là haut — à notre 
maison. » 



4) So„. 

la faucille 
autre an. 



t gerbe ils inettaient la faucille, {bis) — meirniaiit 
ms la gerbe, — mettaient la faucille — pour ud 



II. — Lus SBQUBiROLS (I] 

1) Se n'eroun très brai segueiroU que nièu s'en bon 
aegà'n Espagne; 

2) Lon pus pitil, lou pus joli àro lou que milhou leg&bo. 

3) Main la danio d'un président d'oquel d'oquî b'os ogro- 
dado. 

4) a — BraL BQgueirol, brai BBgneirol, boudrèa tu mëdre 
mocibadoî. 

5) B — Ombé, darao del président, lo segorai, pervi 
que ni aize. 

6) « Belo damo del président, onnt obes bous bostro 
cibado ? • 

7) « — De per dessus moun blan ginoul qno's oqui que 
l'ai to foundado. b 

S) El la coumenso o meizo ne, l'otzè ânido o pountzo 
d'albo. 

9] Il — Brai aegueirol, brai sagueirol, ses tu counten 
de lojonrnado. » 

10) u — Ombé, damo del président, su bien countent de 
mo journado, » 

11) B — Braisegueiroi, brai aegueirol, tournoras-tu uno 
autro onnado ? 



(1) - Ca chant est dit da h 
tonai deux fois de suite par 
en chœur également deux fo. 
chant les encourage, empt'cl 
{NotedtM. Landes.) 



i 



CHANTS DK TRAVAIL 



125 



12) < — Ombé, damo del président, io tournorai quaus 

ofas qu*atzi. » 

M. Justin Landss, Sarlat; 



III. — Le Goujat 



Allegretto 




L'au - tre joun ièu se - ga - bi, ièu se - ga - bi de 



il^^ip^l^^^li^^i 



blat; — de-jouts u - no ga - bè - lo ei trou- bat un gou- 



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be - se^ e 



be - nés 



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be - se, ma mai - re, qu'ei trou - bat. 



1) — L'autre joan ièu segabi, ièu segabi de blat ; 

Dejouts uDo gabèlo ei troubat un goujat. 
E ! ùenès besel (bis) ma maire qa*ei troubat. 

2) Dejouts une gabèlo ei troubat un goujat. 

« — Ma filbo, part n'en boli, n'en boli la mitât. » 
3 « — Aniren à Toulouso per [ilaidejà Tgoujat. » 

4) « — Adisâias moussu 1* jutje, e moussu Taboucat, 

5) Sèn aici maire e lllho pér plaidejà'n goujat. » 

6) Al cap de cinq semanos lou proucès s'es jutjat : 

7) ((Le blat es perla maire, laâibo pel goujat.» 

8) « — Maudit si6 d'aquel jutje que ta mal a jutjat, 

9) La filho es joubenoto, auriô pla prou troubat, 
10) La filho es joubenoto, auriô pla prou troubat, 

Mes ièu que soun bielboto, n'en troubarei pas cap. » 
E I benès bese I (bis) ma maire qu'ei troubat 

M. Paul Babbe, Buzet Haute-Garonne).) 



126 



CHANTS DE TRAVAIL 



Le Jeune Garçon. 

1) L'autre jour je sciais, je moissonnais du blé ; — sous 
une javelle j'ai trouvé un jeune garçon. 

— Héî venez voir! (bis) ma mère^ ce que f ai trouvé. 

2) « — Ma fille, j'en veux ma part, j'en veux la moitié. » 

3) a — Nous irons à Toulouse pour plaider [à qui appar- 
tiendra] le jeune garçon. 

4) « — Bonjour, monsieur le juge, et monsieur l'avocat, 

5) nous venons ici, mère et ûlle^ pour plaider un jeune 
o^arcon. » 

6) Au bout de cinq semaines, le procès fut jugé : 

7) — Le blé est pour la mère, la fille pour le jeune garçon. 

8) « — Maudit soit ce juge qui a si mal jugé, 

9) la fille est toute jeune, elle en aurait bien trouvé, 
10) mais moi qui suis vieillote, je n en trouverai point. ^ 



Variantes 

3) Aniren à Toulouse, pèr que siogue jutjat. 

6) Al cap de cinq semanos lou proucès s'es jutjat ; 

Aqui, le qu'éra mage, sul fet a prounounsat : 
8) Maudit siô d'aquel jutje, amai de Taboucat. 



ÏV. — Lou Goujat 



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fil - ha s'es lou - ga - da pèr a- 




nà se- gà lou blat ; A la pru-mièi-ra gar-bè -la rencoun- 




trô • rou lou gou - jat 



Se - ga- ho, li - a - ba, Ion 



CHANTS DE TRAVAIL 127 




^ ^ ^^^ i; i; - I i rz 



drol - /e, se - ga - 6a, li - a - ba lou blat. 



1) Maire e âlha s*es lougada, pèr anà segà lou blat, 
A la prumièira garbèla rencountrèrou lou goujat. 

Segaba, liaba, lou droite y 
Segaba, liaba lou blat. 

2) La maira dis à sa âlha : iéu n'en bole la mitât. » 
La ûlha dis à sa maire : Taze fica s'es bertat. » 

3) « — Nou*n anarén à Toulousa pèr plaidejà lou goujat.» 

ce — Adessias, moussu lou juge, amai moussu Taboucat. 

4) S'en aici maire e ûlha pèr plaidej i un goujat. » 

« — Tournarés dln très semmanas, lou prouccs serôjujat.» 

5) Al bout de las très semmanas, lou proucès sioguet jujat : 

A la maire la garbèla, à la filha lou goujat. 
6] ce — Lou diaple emporte lou jug^, amai moussu Taboucat ! 

Ma filha èrajouveoeta, auiô troubat un goujat. 
7) Ma filha èrajouveneta, auiô troubat un goujat, 

E iéu, paura bielha ransa, iéu n*atraparai pas cap. » 

M. Rouis, Lodève. 

Le Jeune Gars 

1) Mère et fille se sont louées pour aller moissonner le blé ; 

— à la première javelle elles trouvèrent un jeune garçon. 

// sciait^ il liait, te drôle, il sciait, il liait le blé. 

2) La mère dit à sa fille : « j'en veux la moitié. » — La 
fille dit à sa mère : c de par Tâne ! cela ne sera pas. » 

3) a — - Nous irons à Toulouse, pour plaider le jeune gars. » 

— « — Bonjour, monsieur le juge, ainsi qu'à vous, monsieur 
l'avocat ; 

4) Nous voici, mère et fille, pour plaider un jeune gars.» 
~ a — Vous reviendrez dans trois semaines, le procès sera 
jugé. » 

5) Au bout de trois semaines, le procès fut jugé : — à la 
mère la gerbe, à la fille le jeune gars. 

6) « — Que le diable emporte le juge, ainsi que Tavocat! — 
ma fille était jeunette, elle aurait trouvé un jeune garçon. 



I?8 CHANTS RK TRAVAIL 

7) Ma Qlle était jeunette, elle aurait trouvé un jeune garçon, 
— et moi, pauvre vieille rancie, je n'en trouverai plus. . 



V, — La Seoairbto 




1) Sua ta ra-îloiilho del froument 
l'a'no tant, belo segaîrelo 
Que segabo touto aouleto. 

2) Praqui'n moussu ben à passa : 
n — DigRB, la belo segaireto, 
Languisses pas toiito souleto 7 » 

3) fi — Mouasu, de-qué languiriù iiiu j 
Qiian boli trabalhà, Iruballie, 
Quan boli m'aj^ausà, m'apause. » 

4) Tout en parlen, tout en diguen, 
TouJDun le moussu a'abansabo, 
K la belo (|ue requiulabo. 

5) ff — Moussu, bous abanaeta pos tant, 
Que moun marit es din U prado, 
Boue dounaiô de sa gulhado. t 

0) Le beau monsieur a'es avancé. 
Si l'a /irise, t'a embras'ite. 
Sur «on chsvitl il l'a montée. 

7) Qiian fouaquàroun un bouci Ibens 
Toujoiin la belo ae biralio: 
K Adieu bouié de la laurudo ! » 



CHANTS DE TRAVAIL 129 

8) « Ai ! qae*n dira le miu marit, 
Quan tournarà de la laurado 
Troubarà la porto tampado ? » 

9) « — Bé lai besiDas i diran : 
Sou galant que Ta tant aimado 
A soun païs se Ta^nmenado. » 

M*»* Grauby, Belesta (Ariège). 

1) Sur le chaume du froment — il j a une belle moisson- 
neuse — qui moissonnait toute seule. 

2) Parla vient à passer un monsieur: — a Dites, belle 
moissonneuse, — ne languissez-vous pas toute seule ? » 

3) c — Monsieur, pourquoi lariguirai-je moi; — quand je 
veux travailler, je travaille, — quand je veux me reposer, je 
me repose. » 

4) Tout en parlant, tout en disant, — toujours le monsieur 
B*avançait — et la belle se reculait. 

5) — Monsieur, ne vous avancez pas tant, — car mon mari 
est dans la prairie, — il vous donnerait de Taiguillade . > 

6) 

7) Quand ils furent un peu loin, — toujours la belle se 

retournait: « Adieu, bouvier de notre cbamp! 

8) Ah ! que dira mon mari — quand revenant du labour — 
il trouvera la porte fermée ? x> 

9) (f — Les voisines lui diront : — son galant qui Taime 
tant — à son pajs Ta emmenée. 



VI. — Lbi Mkissouniê 

1) Filhos, garsouus, prepara-vous, 
Veici lou temps de la meissou. 
Lei blas soun mavuras; 

lanla deranla ! 
Lei mestre lei faran toumbar. 

2) Quan se saren ben acoublas, 
De bouenos liairos fau chassar. 
Que tiroun ben lou liam, 

E ben fa sautar lou riban. 

9 



130 CHANTS DE TRAVAIL 

3) Quan n'en vendra lou dejunar, 
Lou gran bèure mancara pas, 
E la soupo à miejour; 

La sarado vendra'soun tour. 

4) Quan n'aguèron tout acaba : 

« Mei bouens enfants, fau se quitar. » 
Gran toucamen de man : 

lanla deranla î 
Adiéussias pèr jusqu'à'n autre an I 

M™e Pascal, L'Epine (Hautes-Alpes). 



Les Moissonneurs 

1) Filles, garçons, préparez- vous, — voici le temps de la 
moisson. — Les blés sont mûrs. — lanla (teranla f — les 
maîtres les feront couper. 

2) Quand nous serons bien accouplés. — il faut choisir de 
bonnes lieuses, — qui serrent bien le lien — et fassent bien 
sauter le ruban. (?) 

3) Quand viendra [l'heure du] déjeuner, — les vivres ne 
manqueront pas (1), — puis la soupe à midi; — la salade (2) 
viendra à son tour. 

4) Quand ils eurent tout achevé : — a mes bons enfants, il 
faut nous quitter. » — Grands serrements de mains : — 
« adieu ! jusqu^à une autre année ! » 



VII. — NoTRO Damo de Founreau(3) 

1) Onen, onen, mas zentas ûlhas, 
E vous aussi, bravei garsous, 
Ëmpluias bien vostras faucilhas 
En entounon milo sonsous. 

(1) Lou gran beurre, (2) la sarado^ v. Mistral, Memori e raconte. 
Paris, 1906, p. 157 et 158. 

(3) Cette chanson se chante sur l'air de Lo Poloumbo blonso (la Pa- 
lombe blanche), qui ne m'est pas connu. 



CHANTS DE TRAVAIL 131 

2) Yeiqui lou temps de las meitivas, 
Pèr lous volouns blas soun modurs ; 
Dirion de Tor din las compognas : 
Dieu o'ooumblà notrei bounurs. 

3) Un sei d'eitiéu, Pierre e Zoneto 
Se roDcountren près de lo fount, 
Tous dous soulei, lour selho pleno, 
Se sieteren sur lou gozoun. 

4) « — Quond voulei-tu, mo saro mio, 
Quond voulei-tu nous morida ? » 
Disset Pierre o so Zoneto^ 

« Quond voulei-tu nous morida? s 

5) a — Quond tu Voudras, moun brave Pierre, 
Dei doumô, disset lo bruneto ; 

lou t'aime tout que iou désire 
Deveni to fenno au pus tôt 1 » 

6) Ma tout d*un cop, din lou fulhaze, 
Uno damo au voile blon 
Oporeguè sur un nuaze, 
Interroumpen notrei galons : 

7) c — Qu'ei IOU que sei la damoblonso, 
Rossuras vous, mous omourous, 

Co n'ei pas lou temps de la donso ; 
Auro fau'na din lous silhous. 

8) « Anen Pierre, îinen Zoneto, 
Lous blas reclamen vostrei bras ; 
Un pau pus tard vendro lo fèto, 
Sirô tems de vous morida. » 

9) Quond furen passa las meitivas, 
Coumo lo damo s'oviô dit. 

De Teigleizo toutas las clossas 
'nounoèren lo nosso au païs. 

M. Massoqbbb, Celles, arrondissement de Ribérac. 



132 CHANTS DE TRAVAIL 



Notre Dame db Fonreau 

1) Allons, allons, génies Ûlles, — et vous aussi, braves 
garçons, employez bien vos faucilles — en entonnant mille 
chansons. 

2) Voici le temps de la moisson, — pour les grandes fau- 
cilles les blés sont mûrs, — on dirait de l'or dans la cam*^ 
pagne, — Dieu a comblé notre bonheur. 

3) Un soir d'été, Pierre et Jeannette — se rencontrèrent 
près de la fontaine; — tous deux seuls, leurs seaux pleins, — 
ils s'assirent sur le gazon. 

4) c — Quand veux-tu, ma chère amie,— quand veux-tu que 
nous nous mariions ? — dit Pierre à sa Jeannette ; — quand 
veux-tu que nous nous mariions? » 

5) « — Quand tu voudras, mon cher Pierre, — dès demain, » 
dit la brunette : — je t'aime tant, que je désire — devenir ta 
femme au plus tôt. » 

6) Mais tout à coup, dans la feuillée, — une dame au voile 
blanc, — apparut dans un nuage, ^ interrompant nos amou« 
reux : 

7) c — C'est moi qui suis la dame blanche, — rassurez- 
vous mes amoureux; — ce n'est pas l'heure de la danse ; — 
maintenant il faut aller dans les sillons. » 

8) (( Allons Pierre, allons Jeannette, — les blés réclament 
vos bras, — un peu plus tard viendra la fête, — il sera temps 
alors de vous marier. » 

9) Quand furent faites les moissons, — ainsi que la dame 
l'avait dit, — toutes les cloches de l'église — annoncèrent 
leur noce au pays. 

III 

LA FENAISON 

I. — Lei Dalhairbs 

Allegretto 






Car - na •• ba - let n'esar-ri - bat. Que tantle de-si- 



CHANTS DE TRAVAIL 



133 



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bat, Que tant nous en tri - ga - bo, Ë nous a - 



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noun-ço le prin 



tems As pau - ris tra - bal- 



i*a de pus coun- 



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hai — res; E so que 



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tent, Al joun de bèi, soun lei dal ^ hai — res. 

1) Carnabalet n'es arribat, 

Que tant le desiraboun ; 

Aro rhiber n*e8 aoabat, 

Que tant nous en trigabo ; 
E nous anounso le printems, 

As pauris trabalhaires ; 
E so que Ta de pus countent, 
Al joun de bèi, soun lei dalhaires 

2) L*aibre qu'es plantât al canton 
Rejouits la nature 

E nous anounso la sasou 

De dalhà la pasturo, 
La dalho n'es en boun estât, 

Lai fouroos pla pounchados, 
E li rastelbs soun pla margats ; 
Pouden fè de bounis journados. 

3) Moussegne! (1) nousbourdriots lougà, 



(1) Moussegne est le nom donné au chef des moissonneurs, c'est lui 
qui dirige le travail, marche le premier pour ouvrir les sillons, règle la 



134 GHANTS DE TRAVAIL 

La oolho touto entièro ? 
Bostre aire nous agrado pla, « 

Sustout la prefaitièro : 
Pus lèu ande elo, qu'ande bous 

Pouirion parla d'afalres ; 
Sigur qu*ande soun aire dous 
Cadun boudriô esse Tsiu dalhaire.. 

4) Benjan quant nous bourdriots dounà ? 

Charmanto prefaitièro ; 
Bostre aire nous agrado pla, 

Fasquats poi tant la ûèro ; 
Trento cinq sôus boulen gagna, 

Le bi que pouiren béure ; 
Aurets bostre argent assoulidat : 
James n*aben pos aimât béure, 

5) Ande nostre ooudiè dabant, 

Prengan nostre passage, 
Achi tenen so qu'aguzan, 

Pèr milhoù fô Toubrage. 
A tour de bras, coumo i^ anan, 

Bezets si n'deben faire ? 
Les que beiran nostre traballi 
Diran : qu*em de bounis dalhaires. 

6) Tu, treijo, qu'es un boun bibant, 

Noun faras poi la nioho ; 
Nous bourdriots poi jougà'n passant 

Un brioou de musico ? 
Tu qu'as un poulit oop de pot, 

Pèr pla jougà les aires, 
Faj-me rouflà le cagarot 
Que dioun : aci sou lei dalhaires ! 

M™« Catherine Finaud, Beicsta (Ariège). 

distance entre les ouvriers, pour éviter les accidents, et assure la nourri- 
ture de la bande *. 

* . e lou vièi capoulié 

Traucant dins lou blad nous e marchant lou proumié, 
Duerb un camin à tout Teissame. 
Mistral, Lia Uclo d*or, Avignon, 1876, in-8®, p. 262. 



CHANTS DR TRAVAIL 135 



Lbs Faucheurs 

1) Le carnaval est enfin arrivé^ — on le désirait tant ; — 
Vhiver est achevé ; — il nous en tardait beaucoup ; — il 
annonce le printemps — aux pauvres travailleurs ; ceux qui 
sont le plus contents^ — aujourd'hui ce sont les faucheurs. 

2) L*arbre planté au bout du champ — réjouit la nature 
(par son feuillage vert) — et nous annonce Tépoque favorable 

— à la coupe des foins. — Les faux sont en bon état, — les 
fourches bien pointues, — les râteaux sont solidement emman- 
chés : nous pouvons faire de bonnes journées. 

3) Maître ! voudriez - vous louer — notre bande tout 
entière ? — votre air bienveillant nous plaît, — surtout [nous 
plaît] la fermière : — plutôt avec elle qu'avec vous — nous 
pourrions parler d'affaires ; — car avec sa figure avenante — 
chacun désirerait être son faucheur. 

4) Vojez combien vous pourriez nous donner? — charmante 
fermière; — votre air nous plaît beaucoup, — ne soyez pas 
trop exigeante ; — trente cinq sous nous voulons gagner, — 
[de plus] le vin que nous pourrons boire ; — vous aurez bien 
placé votre argent, — car nous n'avons jamais aimé de [trop] 
boire. 

5) Avec notre coffin devant, — prenons notre passage, — 
là nous tenons la pierre à aiguiser, — pour mieux faire 
l'ouvrage. — A tour de bras, comme nous y allons, — voyez 
si nous en devons faire? — Ceux qui verront notre travail ^ 
diront : que nous sommes de bons faucheurs. 

6) Toi, Trèje (1), qui es un bon vivant, — ne nous fais pas 
de niches ; — ne voudrais-tu pas nous jouer, en passant, — 
an petit morceau de musique ? — Tu as de si bonnes lèvres 

— pour bien jouer les airs, — fais-nous ronfler ton escargot, 

— que Ton dise: voici les faucheurs! 



(1) Trèjo, ou Treijo marche le dernier, c'est lui qui tient le cagarau^ 
(le buccin, conque marine) avec lequel il appelle les ouvriers le matin, 
pour aller aux champs, et sonne aux heures fixées pour les repas, celles 
du repos et la rentrée à la ferme. 



136 



CHANTS DE TRAVAIL 



II. — Lous Dalhairbs 



Allegretto 




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- nan o lo moun - to - gno, - cô de l'a - ni- 



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mau» Béu - re de tras-so d'ai-go, Man - jà de mi - chan 



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mi - tat de goi - rou tos, E 




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Tau - tre Que 



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tes - to nou'n 



dol. 



1) Onan o lo mountogno, 
Oc6 de Tonimau, 
Béure de trasso cl*aigo, 
Manjà de michan pan : 
Lo mitât de goiroutos (I) 
E lo mitât de gol, (2); 
Nous diguen l'un à Tautre 
Que lo testo nou'n dol. (3) 

2) — Venès dinà segaires. 
Que Tovès pla gognat. » 



(1) Goiroutos : gesse cultivée^ Laty rus cicera. 

(2) Gol : Ivraie enivrante, Lolium temeleiitum, 

(3) Ivraie enivrante, vulgairement Zizanie. Lolium temelentun L. 
Graminées. Le grain est vénéneux, stupéfiant ; mêlé aux céréales, il peut 
déterminer des empoisonnements, des vertiges. » Mklghior Barthâs, 
Glossaire botanique, Montpellier, 1873, voc. Gèl, Irago. 



CHANTS DE TRAVAIL 137 

« — E tu, fripoun de bouire, 
Ton mal Tas aprestat : 
Uno fedo gomado, 
Que pot pas cominà ; 
Oici Vo lous dalhaires, 
Lo oal aprouûtà. » 

3) Nous boilèrou lo testo, 
Lo testo sens pela ; 
Nous boilèrou lous pèses, 
Lous pèses sens ronlà ; 
Nous boilèrou les tripos 
Los tripos sens lova : 

a — Es tu, fripoun de bouire 
Que nous bos fa crebà. » 

4) Quand seguèreno lo pago, 
Lou diaple loi seguèt ; 

De lo man o lo pocho, 

Lo serp lou mourdeguèt^ 

« — Bouto, fripoun de bouire, 

Tî foren be pogà : 

Oven uno mahoulo, 

Lo ti foren tas ta. » 

Meyrueis (Lozère). Mlle Anna Gausse. 

1) Nous allons à la montagne — chez le mattre cupide, 
(Litt. : ranimai) — boire de Teau trouble, — manger de mau- 
vais pain, — [fait] moitié avec des gesses — et moitié avec de 
rivraie, — nous nous disons Pun à l'autre — que la tète nous 
fait mal. 

2) « — Venez diner, moissonneurs, — vous l'avez bien 
gagné. » — « Et toi, cuisinier malpropre, — tu Tas si mal 
apprêté ; — [tu t'es dit : nous avon^] une brebis malade — 
qui ne peut plus marcher ; — puisque ici nous avons les mois- 
sonneurs, — il faut la mettre à profit. » 

3) « On nous donna la tète, — la tète sans la peler ; — on 
nous donna les pieds — les pieds à peine cuits ; — on nous 
donna les tripes, — les tripes sans les laver. — C'est toi, 
fripon de cuisinier qui veux nous faire crever. » 



138 CHANTS DE TRAVAIL 

4) Quiind arriva le payement, — le dialile s'en mâla ; — 
ea iiiettaru la main À la poohe, — le serpent le mordit : (il 
sortit la main vide) — « Va! fripon, noua te ferons bien 
payer : — nous avoiis «ne trique, et te la ferons l&ter. a 



Variànten 

1) Béure de marrido digo, — man.jàiie mari'id pan — faoh 
embé de gHiroul.oa — e bravamen de diôu [Lolium), 
4) « — Assà I oouquj de bouire, — tu nous vos fa crebà. 

— D'argent diii U semmaiio, — d'argent ti chu bailà, » — 
Il D'argent din la aemano ! D'argent ! mais iéu D'ai paa : 

— flsperaa s. dimenohe, — que vous pagarai pla. a 
4) Quan seguen à dimenaha, lou diaple i snguet. 

Version de Colognac (Qard) par M. le pasteur Fbsquet. 




o d'il - ha, lu fiou - lelhi 



1) Obal, pel lo ribièro 

la houteiho la, la bouteiho, 

se n'io'n prat o dolhà, 
la bottU'iho entre mes brat. 

2) Soun très joines dolhaîres que l'on près dolhà. 
3} Soun très jouitieto damos, l'on près o feuettà. 
4) Lo pus joino de toutes bai querre lou dioà. ; 

5| Nou oresoun pas qu'i siaseo, l'on bisto retourna, 
6) Bai fa so repôusado o l'oucobro d'un olbà : 



CHANTS DE TRAVAIL l.lS 

7} M — Benès din;t, ilolhairas, se l'obéi ofoiià. u 

8) De trea, lu doui s'omodoun, l'autre s'es ossiifi. 

9) < — Qu'obè bouafat à l'autre, (jUan nou betiiasditiàîi 

10) N — N'obèti boni rout lo dallio, ou penlii ]'o|,'iizà?» 

11) « — lo n'ai pas rout lo dalho, ni jjerdu l'oguzà ; 

12) Co'a bostro omour, lo belo, m'opaUo de dinà. n 

13) — Golan, se m'oraour bole, lo te cal domondà, 
14] S'oquéu d'oqui-z-ou holoun, lou raoridage es fa. 
15) S'o(|Dâu d'oqui non bolouu, n'en codrà pus porlâ. ■ 

M. JimliM LiKDKB, SarUt. 



Lbs t'AUCUBuns 

I) Là bas, près de la rivièri;, il y a un pré à fainiher. — 
Refrain : la liouteille ertlremei brai. 

^) Trois jeunes faucheurs l'ont pris à faucher. 

3) Trois jeunes dames l'ont pris à faner. 

4) La plus jeune de toutes va cherehar le dîner. 

5) [Les fauebeurs] ne croyaient pas qu'elle y fût allée, 
(jo'ils l'ont vue revenir. 

6) Elle vu se reposer à l'ombre d'un saule blanc ; 

7) " — Venez dtner, faucheurs, si vous l'avez gagne (par 
voire travail), n 

8) Des trois, deux s'en vont (dtner), l'autre s'est assis. 

9) « — Qu'avez -vous fait à l'autre, pour qu'il ne vienne pas 
dlnerî a 

10) ■ — Avez-vous rompu la faux, ou perdu la pierre à 
aiguiser} ii 

II) « — Je n'ai pas rompu la faux, ni perdu la pierre à 
aiguiser, 

12) C'est votre amour, la belle qui m'empôche de diner. > 
13|a— Qalant, si mou amour tu veux, il ta le faut demander : 

14) Si oaux-ui le veulent, le mariage est lait ; 

16) Si ceux-ci ne (le) veulent, il n'en faudra plus parler, r. 



CHANTS DE THAVAH. 



IV. — Loue très [>OLHAiBBt< 




bel prsl 



D bel prat o dolhà 



I) Obal, (lia noBtro prado, 

que la ta lu 
i'o'n bel prat o dolhà 

5) Se ne Hoan trei dolhaires que l'on près à dolhà. 

3) 1 vai tr'ei fenezairos, l'on prea à fenezà(l). 

4) Lo pua j6uiio de toutoi bai querre Ioq dinà. 
5} 1 lo cresioQ pa'nquèro, la bezëroun tourna. 

6) « — Venès, venès, dolhaii-e^ bea aquî lou dinÉi. • 

7) Lou pua jouine dolhaîre ne poitdiô pas dinà. 

8) i — Qu'obës, qu'obèa, dolhaire, quan poudèa paa dinà?* 
91 « — Co'is teia omoura, lo beln, m'empachon de dinâ, w 
10} « — Golau, ai m'oraours bolei, loi te eorô dounà; 

II) Parlo ne o moun paire, o niouQ fraire l'einà, 
12) Se oquëu douia jou bolea. n'iô lo mettà de fa. n 

que la la la 
n'iô lo meità de fa 
M, le Vicomte de GounauBS, Lauquais {Dordogne), 

1) Là-bas, dans notre prairie, il ^ a un grand pré à faucher. 

2) Il y a Iroia faucheurs qui l'ont pris à faucher. 

3) Il y va trois faneuaes qui l'ont pris à faner. 
4] La plus jeune de toutes va charoher le diner. 

(1} Vsr : raatelà. 



CHANTS DE TRAVAIL 



141 



5) On ne Yj crojait pas encore, on la vit revenir. 
C) « — Venez, venez, faucheurs, voilà le dîner. » 

7) Le plus jeune faucheur ne pouvait pas dîner. 

8) « — Qu*avez-vou8, qu'avez-vou^, faucheur, que vous ne 
paissiez pas dîner ? » 

0) « — Ce sont tes amours, la belle, qui m*empôchent de 
dîner?» 

10) « — Galant, si tu veux mes amours, il faudra te les 
donner ; 

11) Parles-en à mon père, à mon frère Taîoé, 

12) Si ces deux le veulent, il y en aura la moitié de fait. » 



V. — Variantes 



Allegretto 



l ii^^^ ^^m^^pi 



- bAl lou loun de la ri 



biè - ro i'a 'no 



l^^ipi^ISi^^ 




tou e lou7i lan -la de ' vi - ti 



ta — E loun lan- 




^Ê^^^^^Êm 



la de ' ri - ti - tou e loun lan -la de - ri - ti - ta. 

M"» Sophie Akouel, Curan (Aveyrou) 



1) Abal, à larebièiro, i'o un prat à dalhà. (Colognac, 
Gard). 

3) Ni venguet très Ûlhetos pèr lou fë rastelà. (Golognac, 
Gard). 

7) Un des jouves dalhaires vouliè pa^ res manjà. (Golo- 
gnac, Gard). 



142 CHANTS DB TRAVAIL 

9) De tant qu'à tus iéu pensa, pode pas res manjà. Golo- 
gnac, Gard). 

10) Se moun cor bous agrado, bous lou oal demanda. 
(Ouran, Avejron). 

11) Demandas à ma maire si ne me vôu maridà. (Co- 
lognao). 

11) Demandas à moun paire que bous lou dounarà. 
(Curan). 

12) Se Tpaire lai bous douno, iéu bous refuse pas. 
(Curan). 

(A suivre,) L. Lambbrt. 



LES QUATllW KILrt AYMON 

{Suite) 



(k580 Adobës de lor armes sor les ohevaus gaaooua, 
Qui jurée ont la mort Renaut, le Ûl Aymon, 
Et ses frères toua trois qui molt sunt bon baron, 
Dont Jhesus les desfende par sa beneïçon. 
Atant es vos les oontes brochant à osperou, 

Ô085 Sor les muls ambleors, as mentiaus vormeillous. 
Premiers les voit Ogiers, il et si oompaignon. 
François sunt desrengié à guise de fauoon. 
Quant Ogiers l'a veii, ai dolans ne fu hom. 
Il saut en Broiefort^ en aa main .i. baston, 

ÔÔOO Ses ohevaliers apele, nea a mis à raison. 

« Meroif oe dist Ogiers, fraua chevalier baron^ 
Ja estes vos mi home et mi bon oompaignon 
Et cist sunt mi cousin qui vont en la prison, 
En deatroit de la mort ; ja vif n'en ostordront. 

OC95 Ne [s] verroie morir por nul avoir del mont. 
Chascun de voa donrai ou chaatol ou donjon 
Ou tant de mon avoir qu'il aéra riches hom, 
Si vos traies ariere le trait à un bojou. » 
Et il li respondirenl : « Voairo commant feron. » 
0700 Et cil s'en pÀaseut oltre qu*aperoeu nés ont; 
M 178 Vindrent en la valôe trestot el plus parfont ; 
Quant nM voient nului, forment esgarë sont. 
Aallars en apele Guichart le fll Aymon : 
a Molt te voi [or pâlir] le vis et le menton ; 

<^8H& Mtftz : mur 4. 
0694 Mftz : El de«troit. 
0095 L nel. B M Mttz u**n. 
0704 L moJt to yoi pale. 



144 LES QUATRE FILS AYMON 

6705 Frère, ke t'en est vis? conte moi ta raison. » 

«Je n'os, oe dist Guichars, por Renaut le baron. » 
« Si feres, dist Allars, ja n'aurois se bien non. » 
[ « Par foi, ce dist Guichars, et nos le vos diron]. 
Ja me tramble li cors soz Termin peliçon ; 

G710 Unques mais en ma vi[e] n'oi ausi grant friçon. 
Si me dreoe li peus tôt droit enoontremont. 
Molt me criem et redote k'i n*i a[i]t traïson ; 
Certes trais nos a li rioes rois Yon. » 
Lor apelent Renaut, si l'ont mis à raison : 

6715 « Prere, ke faison ci, quant nului n'i trovon? 
S'or avoit ci arme jusqu'à .iiil garçons, 
Mener nos en poroient comme .un. bricons ; 
Et nos avons en France tant enimis félons 
Ki de la mort nos heent sans nule raençon. 

6720 Ki cerf cace, cerf prent, pieça ke le dit on. 
Unques ne vosis croire oose que deïsson. 
Renaus, alons nos ent, por Deu et por son non, 
Tôt droit à Montaiban en la mestre maison ; 
Car se estiens là sus en cel maistre dognon, 

6725 Si eiÎKsiens Baiart et Maugis le laron, 

Ne doterie[n]s Gharle vallant .i. esporon. 
Alons nos ent, por Deu, n*est se folie non. 
Certes li rois Yon nos tient bien por bricon, 
Ki ci nos âst venir as mantiaus vermellons. 

6730 Je ne cerroie mie k'il n'i ait traison. » 

« Par foi, ce dist Renaus, nos le vos otroions. 
Or descendons à tierre, nos mule recenglon. » 
Et il si firent senpres sans nul arestiaon. 
Atant se regarda Renaus, li fil Aymon ; 

6735 Al gués de Vairepaine, encontre Balençon, 
.M. chevaliers ooisi, fremës les confanons ; 
Il les conuit molt bien, quant il vit lor ados 



G708 Pris de M. 

G710 L vi. 

6712 L at. 

6726 L doleries. 

6730 Cerroie =: kerroie ■=■ creroie. 



LKS QUATHE KILS AYMON 145 

Et ooisist des vers hiauiuea Torguel et la buor, 

El premier oief devant Fouque de Morelon, 
M 179 6740 L'orne kl plus le heo soz la cape del mont. 

Quant Benaus Ta veii, si grant du[e]l u*ot qus hom. 

« Helas, oe dist li bers, oaitis quel le feron ? 

Hoi nos oovient morir, que ja n'en estordron. » 

« Frère, dist Aallars, por Deu, que dites vos? b 
Ô745 « Par foi, ce dist Renaus^ jo voi grande dolors. 

Ësgardes, Aallars, con grant percussions. • 

Quant li bers les perçoit, à poi que il ne font. 

Il est oeiis pamës del mulet arragon 

Et Richars etGuiobars et tuit .m. li baron ; 
6750 II tirent lor ceveus et lorgris peliçons. 

Dex ne âst borne en terre, por voir le vos dison, 

Qui n*en eiist pitié, s'il veïst lor dolor. 

«Aallars, [dist] Guicbars, moi et vos i moron 

ËtRicbars ensement, ja vif n'en estordron. 
6755 Nostre mort est jurée, de verte le savon. 

Por amor dame Deu, quel consei en prendron? 

Renaus nos a traïs, bien nos apercevon. 

H nos i amena o volsisson ou non. 

Certes il savoit bien le morte traïson. 
6760 Ki s'en ûera mais en nul home del mont ! 

Quant Tun frère vent Pautre^ci a grant mesprii^on. 

Richars, car trai Tespée ; por Deu, si Tocium ! 

Si morra avec nos li Iruïtes félon. 

Bien doit morir à honte hom qui fait traïson. » 
6765 Lor traient lor espées tuit .m. li compaignon 

Et vi[n]rent à Renaut, irié comme lion, 

Et com Renaus les voit, si lor rist par amor. 

«fié las ! se dist Richars, caitis quel le feron ? 

Ne ferroie mon frère por lot l'avoir del mont. » 



6738 Metz : bruor. B bruiour. 

6741 L dul. 

6746 L percussions . M persecussion. Mungufà B, 

6753 M donne dist ifui ist nécessaire, 

6762 Metz : Quichart. 

6764 Manque à Metz. 

6766 L Tirent. 

10 



l4b LKS QUATHK FILS AÏMON 

6770 . Ne je, liist Aallars, si ait m'ame paniou. o 

il vontbaisier Renaut le vis et le tnenton 

Et pleurent tuit ensamble li nobile baron. 
< Sire, diat Aallars, ki les oevels ot blona, 

Por eoi nos a[8] traïs, jantis flx k baron ? 
G775 Ja n'estions nos mie Normant ne Bor^enon 

Ne Flamenc ne Engloîs, Poitevin ne Breton; 

Anoois somes [tuit frère], près nos apertenon, 
M 180 D'un père et d'une mère, molt dos enlramioii. 

Vos estes nostre sire etnoslre confanon. 
0780 For Deu, sire Heoaus, dont vint la traison ï 

Ja aomea nos neveu Qerart «le Rosellon 

Et Doon de Nantuel et duc BusT d'Aigi'emont. 

Icil .111. furent frère, n'en ot melloi-s el mont. 

Unques vostre linages ne pensa traïson. ii 
67S5 « Begnor. ce dist Renaua, jo ai pecié de vas, 

Jo vos i amenai ou volsissies ou non ; 

Se Deu plaist et sa mère, si vos en ramenron. 

Or nos consautois sire ki Longis fiât pardon. 

Aideres nos vos ore, li viacuena d'Avignonî 
6790 Et vos, segnor baron, ja nos conduisies vo8?d 

Et cil ont respondu : te Ja nos [D']eii niellerons 

Ja de nos n'i aurois aide ne seoora; 

Aina noïi en fuirons ja lacoste de cel mont. 

Ou nos nos rendrons pris; ne sai lequel façons 
6795 Ki son cors puet gartr, c'est bêle raençons. > 

< Segnor, ce dist Renaus, tôt estea traïtor ; 

Mais par loel apoatre c'on quiert el pré Noiroi 

Se dame Dei ce done, ki vint li paaion, 

Que nos de cest péril esoaper peiisson, 
6800 Trancerai vos lea testes par desoz le menton, i 

6774 L a. 

B776 Manque d Heti. 

(?777 L d'un peco répété au vers suivant.B Mels : laut frère. 

0784 L pecié. B .\l pitii*. Mfli : granl pecbié ai de rtn. 

6789-6790 Afed : Aiderea no» vos or, li risqueni d'ATingiion, U 
de la Sajeti-, Uunaus de TaiUeborH, Ânloines li ciaqueiiB, vos el 
Raimon ? Segnor franc cbevalier. et ja cnnduisie» nos, 

679) Looa bq. B Met%: ne noas en, 

6693 L U MtU ja. 



^ 



, dtst Aal 



et I 



9 aleudoi 



Bien a luoi't, deHorvie hoiu ki fait traiann. n 
Kenau*! jioint le raulail rlea traiiçaii* espérons 
Kl a traite l'cspée dont à or eit li poiia, 

6806 B)t vait ferir premier le oonta d'Avignon. 
Ce fu oil ki doua conseil au roi You 
Et l(i plus li loa la mortel trai^ou, 
Henaua leferi ai, li fli au viel Ajmoo, 
Que tôt le porfendi desi ijue ol potuoii ; 

UUIO A ses pies l'abat mort devant lui >;l itablun. 
Li autre vont fuiant entor et environ, 
l'It Kanaus point et brooe le mulet arrat^on ; 
Mais il nel pot porter, aina li oint el salilon, 
(lar tant (u grana Kenaiia, ,\v. pies ot de loiui ; 

U81& li^ncor est ii l.iesinoing la fierté del baron. 
M 181 KenauB clu'ï à terre del mulet arragon, 

Lor regrete Baiart, son destrier misaudor. 

> Hé, Baiart, bons aevax, que je ne aui sor von I 

Kl puis si Tusse armés de mus melllorsadous, 

08^0 Molt me vendisso oliierains <iua mort i fussorm. 
" Frère, ce dist OuioharB. por Deu, où garrons w 
Venir voi iiostre mort, Ja voir n'en estordroii. 
Car je voi ol venir Poui]U6 de Morillon, 
L'ome ki plus nos het de Irestos ceua del nionl. 

(îK2rj Ve» le ai où il vient, lu trait h ,i. boujon, 

Kenau», biaus Ires doua frère, [ter Deu elpor son n 
Car faites une olionsa (|uu nos vos loeron. 
Que nos passons celeewe, ja à no» ne venrunt. 
Et montons soi' oel terl.re, aor le ooing de uest mon 

&Hm u Wa, fols, oedi^tRenaus,tu me tiens k briuon. 
Mulea ne puet fuir vers dustriur arag^on. 
Miex vautlmors] fihonorque vivre i. deihouor. 
Qui en fuiant morra, ja n'ait s'ame pardoa. t 

C814 Ce v»ri et le nuiunnl font tache daiu ce beau ilvmne. Ht» 

v'e't pat unnéant. B écfit XI. 

iMlû J'ai hi tistnioln); dans L et M. Il ldet% donneant Ti^aamolj^ns, 
6889 Meti ajouli- : Cai'tos o'bsI hune fuit» qui trnit à garison, 
6S3i L ninrir {iiiw x/Uabe lie trop). M mon à honour quo rccr 

morrons. Mel: ; Moi truH mon i onor que nici'BBni tlvon. 




148 



r.KS uiiAïii 



Y MON 



u Hé Dex ! ce diat Riobara, con noa couseiileroji ! 
6835 N'avons hauberc ne hiaume iieeactt à lion 

Ne boD cliev»! ocrant sor coi monter puison. 
Ne [eapietl tranchant; n'i vaut mie ,i. bouton, 
Et vees ci venir Fouque de Moriiillon 
Et aunten aa compaigne plus rie mil cotnpaignon : 
Ô840 N'i a cel ne noa baie de mort et de prison. 
Car descendonfl £i terre et si nos confessoa 
Et des peu3 de celé berbe nos aisommenion, 
L'una soit confea à l'autre, quant preatre n'i avoQ 
Et die aes pecbiéa par bone entencioii. 
6845 Ja fu Ihesus trais de Judas le félon. 

Si aomea noa, seignor ; bui cest jor flniron. n 
Ki là veïst aa frères démener lor dolor, 
Com il tirent lor orina ii nobile baron, 
Com il [tordent] lor poins et font grant ploriaon ; 
6850 Soa ciel n'a si dur cuer cuj n'en presist tenror. 
(i Seignor, diatAallars, entendes ma raison. 
Puisque aomea aouprisqueja n'eneatordron, 
Car faisonaor tel chose dont nos bonor aion, 
M 182 Que noa lor escriona premerains Vaucolor. 
S655 Ce iert grant envaïe que nos .iiii. feron, 
Ja aomes nos [neveu] ÛirHrt de Rosillon 
Et Doon de Nantueil et duc Buef d'Aigremon. 
Onques nostre linagea ne fist jor se bien non. 
Bien devrions retraire aa nobiles barons. 
6860 Dabaz ait qui fuira, tant com vivre pulson. 
Aina en ooirrai .xxx. que desconât soiom. > 
Quant Eenaua l'entendi, liais au viel Ajmon, 
Docement Ii baisa le vis et la menton. 



6837 L espée. Je pfo>iote épinu, pat-ce 
prèle (file idée : El dfBeiise d'espée ne v 
6840 L hacH ou baia. B hee. M het. 
6813 M aioule : Que ne saions Bousprii 
61143 Melî : pu bonne «ntenùon. et ai 



4 



ic 1b geM Noiron. 

■s euivant : quant praste n 




LES QUATRE FILS A.YHON J 49 

« [Amis, ce dist Renaus, por Dieu et por son iionj 
5 Moi et vos [aomes] frère, preia dos apartenoii ; 

Jamais ne vos faudron tant cota vivra puison. » 

a Sire, dient li autre, e' nos vos aîieron. * 

Et ReoauB les baiaa par merveilleuse amor. 

■ Aallars, dist Renaus, se armes euson, 
D Nosn'en vaussîssiens mie .nir. ne .v. De .11. ; 

Encoren vausissiens .cccc. daa meillors. ■ 

Il cria Montauban et Guichajs Balençon ; 

Aallars, saint Niahole lies plains de Wnioûlor, 

Que il face as eufans et aï de et secors. 
7 Richars crie Dordoae, ce fu l'ensaigne Ajmon . 

Hé Des ! (jueJes ensaignes escriées i ont ! 

S'il ensaento eus .cccc. nom pai gnons, 

Descorjfit les eiisaent, ja n'en alast .1. sous. 

Fouques cria s ensaigne, ioil de Morillon : 
] * Par Deu. trais vos a li rtcties rois Yons. 

Enoni perdres les testes, ja n'aures raençon. 

Que je vos lacerai ei col le chaieînnon. 

Si m'aï^it Uex, Renaus, or iestesvoa embrons ; 

Or iastes vos venus à vo confusion ; 
I Or vos 1 est] eslongiés Maugis li fors larons ; 

Or corC Baiat's trop lent, ne l'avea mie o vos. 

k tort l'aves ehaiigié àmuletarragon. 

Marve'ùtes la mort Bertolai le bamn, 

Le neveu Cburlemaigne, le roi île Moutloon, 
1 Et que feres vos oie, Renaut li fins A.ymoD ? 

Desfendres vos ore ou vos rendras prison ? 

Ne vautvostre desfense le pris d'un esperon. 
3 Je vos ouirrai tos, ja u'aures raençon. > 

« Certes, ce dist Renaus, vos parles en pardon. 
i Ençois estera Chartes droitement à Soison, 

4 Pris de M. 

5 Somes manque ù L. B sammei. 
■6879 BcriB Moûjoie. 

688S Sic M. lAarujut à L. Gf. 7280. 

6ST2-6S7Ë Med : Montaubao escFia Renaus li Qei Ajmon Et OuicharR 
Vairepeae et spres Balenchon ; Aalars S, Nicbol des plains de Valcolor. 
Richars crie Dordone, tefu l'ensaigna Aymon. Hé Dexl quelea banisres 
escriâsB i ont I 



Paria 



■EB QUATRE FILS AVMON 

rlieQH et RaiiiB it Moiiloon, 



Que vos nos rendea pris TeiDijereor ChaHon. 
Aias i aures perdu le maistre chajieroD. 
Se vos ataiug à cop, ja n'aiirea gariason, 

6900 Fouquea, es dist Renaus, ce fu gran^ mesprisaii 
Quant avoir en donasles au rici^e roi Yon, 
Ne avoir en preaisteâ ; ce fu grant traÏBoii, 
C'est li plus grana pechiês que puiat faire nus lioi». 
Une riens vos dirai, tnoJt feres que preudon, 

6905 Dont aurea los et pris el roiaume Uharlon, 

Ne ne du'a ja nus que qou soit tcaï^on, ^H 

Et li vostre home lige tôt .1111. devenron ; -I^H 

Si vos donrai HaiarC, mon destrier arragon , ^| 

Certes que ne douasse por nul avoir del mont ; 

6910 Uontauban vos donrai, la tor et le doogoii. 

Se Charles vos fait guerre, nos vos reaeteron; 

Ja mar auront del vostre vaillisjant ,[. boton. 
Tant guerreoierons Charle que acordéa aeroœ. 
6915 Ja ne seres restés que çon soit tiaiaon. 

Si nos partes .1. champ que nos vos nomeron ; 
 tuescliief le prendrai, mais avant ne poon 
Que vos prenes à eliois .xx. de vos compaignons 
Des meillors chevaliers que trover i puist on, 

6920 Ou François ou Normansou Englois ou Bretons ; 
Ja mar i perdront d'armes vaillisant .1, boton. 
Nos ne somea que .ii'n. as mules arragons, 
Et ii nen avons armes tors nos brans de eolor. 
El non saint Espertt, si uos i combatron, 

3925 Et s'i nos pueent vaintre, uo mort vos pardouon ; 
Et se dame Dex dooe que vaintre les puisson. 
Que nos ii'j aions garde de tos vos compaignons. 
Qou vos requérons nos, gentis flua à baron.» 
■ ParDeu, ce respont, Fouquea, vos parles en pardon. 

6830 Je n'en prendroie mîe mil livres de mangoD ; 

M 184 Aine lunis ne fustes vos soupris à nul besong 

Que n'eûsies Baiart et Maugis le larron. 



^Bm6 



LES QUATRE FILS AYMON 
Eocui vos sera mie el col lî obaieiognon. 
Cou cuit je ores bien, Renaua li flux Aymotij 
6935 Que vos(re agait aiea na gairea de ci luing, 
Rt si DOS cuidiea ore sosnietre en lor broion ; 
Mais je cornant mes iiomaa, tôt isi oora il aunt, 
Et aa oompaignoQs Charle, tôt si com piavi l'ont, 
Qoe assaillir vos voisent sens Duie arestison. » 
6940 « Par fol, ce dist Henaus, et dos dos desteudrom. 
Aailart. dist Renaus. cornant esploiterom ? 
Il a'i a. plus oe mains, la bataille averom. 
Or nos en conaaul D^isqui par Anonciom 
Naaqui en Belleem a guisaa d'eiifançou. 
6945 Aallart, biaus «lous frei-e, .ii. et .ii. qo^ metom ; 
Deafendes moi derrière et je voa à. bandon ; 
Et eatre moi et vos dos .u. frères metoii ; 
Endui suDt li plua jooe et li mains aé de DOS. » 
« Fi'erâ, ce diat RJoliara, ja voir ne vos faudron. < 
6950 u Reuaut, ee dist Allais, aiderea ûoa voa dono? n 
■ Oi'l, ce dist Renaua, se Deu plaiat et son nom. » 
" Hé Dex ! ce dist Alar^, com fol pensé aviom 
Ki cuidiens que Ranaitâ seiiat la traïaon 
Et que il nos livrast l'empereor Charlon. 
6955 Cei'tes il nel feist por nul avoii' del moût. . 

u pHr foi. oe dist Ouichar^, or n'ai je se bien non 
Puis que Reaaus 11 ber ae teiira (levers nos. 
Tant con Reoaus vivra, tant garîrommea noa, 
Maia puis qu'il sera mort, Ja u'eu esuhaperoD. » 
6960 Puis commandent Renaul à Deu et a son nom, 
Et il comeiidaeus au cors saint Symion. 
Devant eus ont tornéa loi' mentiaos vei'millons; 
E'tea vos assemblés les .iiii. compaiguons 
Qui por peor de mort ja jor ne se faudront. 
6965 Fûuques point ie cheval des tranohana espérons ; 
11 a brandi la hante, deatort le coofanom 
.It ferirRenaut el mentel vermeillon. 



Naaqui en Bethléem ei 



152 



LHS QUATRE FILS AYMON 



L'e^oarlate li Iratiche et l'ermin peliçau ; 
M 1S5 La chemise de lin ne li fist ^arisHon ; 
6970 De la cuise li trancha le |ilu8 maistre braon. 

Desos lui est chaùa li mulsH uragons ; 

Mais li bers se tint bien, aiaa nu mut des arçons. 

Aallars a'escria: a Heiaa 1 perdu l'avom. 

Mors est li bers Renaus qui îert Qostre secors ; 
6975 Or ne poous durer que nos mort ne saiom ; 

Il n'i a plus ne mains, or nos rendons prison, s 

Et Renaus lor eserje : « [Taisies], malvaia garçon. 

Ënoor Bui sains et sans, si nés pns .i. botoii ; 

Ain3 nos vendrons molt chier que dos mort i soion 
6980 Renaus sailli en pies, Il flus au viel Aymon, 

Et a prise la lanue Fou'|ue de Moreillon ; 

De sa Quise l'arache à force et à bandon. 

As barbiaus de la lance pendoient li braon. 

Molt sofri grant aogoiae Renaus. li flus Aymon ; 
6985 Fuis a traite l'espée qui li peni au giron. 

A Uaute vois s'escrie r ■ Ponques de Morillon, 

Se o moi descendes, molt feres que preudon. » 

Ht Fouqnes li reCorne, iriés comme lion, 

Et Renaus le fiert si, li flus au viel Ayraon, 
6990 De Proberge s'espée qui li pent au giron ; 

Tel cop li a doné desor l'iaume reont, 

Onques haubers ne liiauraes ne li flst garison. 

Trestot le porfendi desi qu'ens el ponnon ; 

lliuec l'abaii luort devant lui el sabloo. 
6995 Renaus prent le olieval, si monta en l'arçon, 

L'eseu pent à son col sens nule arestison. 

S'or ne s'i gardent Franc, il ont mal oompaignon. 

Jamais por nul qui soit ne guerpira l'arçon. 
Es eatriers s'aÛcha, mais trop li turent cort, 
7000 Que li ouirsli alonge, li fers ploie desous 
Et estendent les aunes, si froiaent li arçon. 



69SB Miohelanl im 
que celui-ci. 
6977 Sic M. L fuie; 



( T, 7128 71,1 est le même 
aliiiel dane la bùuche dt 



LES QUATRE FILS A.YMON I 

Li chevaus sor qu'il siat, n'i responl .t. boton. 

Lors regreta Baiart. aon (iaatrier arrag:on : 

■ Hél Baiart, bons chevaua, que je ne aui sor ïos 
7005 Certes mar acolutassent la mortel truïâon. u 

Lors broche le uheTal Renaua, li fius Ajmon. 
M 186 Et a brandie l'ante, deatort le uont'anou : 

Vait ferir en l'escu le conte [Haguenon] , 

.1. gentil chevaiisr qui fu nés de Soison, 
70IO Que l'escu li perça et l'aubero li derront. 

Parmi le liora li mist et l'ante et le panon, 

Del cheval L'iibat mort devant lui el aablon ; 

Puis a traite l'espéa qui ii peat au giron 

Bt vait ferir Robert, le 8eij,'nor de Digon, 
7015 .1. jentil chevalier, fiua Aubri le Borgon . 

La teste o tôt le hiaume flst voler el aablon ; 

Aine arme qu'il emi ne h àst garison; 

Tôt le fendi li bers entrée! qu'el menton. 

Bien en a oois .x. trealot en .i. randon, 
7O20 Puis crie ■ Montaubau «, clerement, à haut ton, 

« Hé Dez I où sunt mi frère ? Sire, gardes lea nos. 

1 rop me sunt eslongié, jamais n'asembleron. a 

Atant es vos venu AaJiara le baron ; 

Cheval of reoovré, si aeoit en l'arçon. 
7025 Escu avoit el col et forte lance el poin, 

Et si avoit ocia .i. chevalier baron 

De la maianie Gharle, le roi de Moutloon ; 

Mais il estoit navré d'un espié à bandon. 

Delea Benaut a'acoate Aallara li frans hom 
7030 Et Quichara eoaemem. et Richars li menor. 

Et OQt dit à Renaut le nobile baron ; 

t Jamais ne voa laudron tant comme nos vivon. n 

Este» voa assemblé les .im. compaignona ; 

Des Françoia qu'il troverent font grant confusion. 
7035 « Par foi dist l'un à l'autre, or revient Finemons. 



7O08M Hagnenon. B Bagaenon L le conte d'Angnan. Miehelant dan* 
sa nofe ne s'e/on'ie pomt que U onmte d' Avii/non a 
oublie que Heiiiiud « déjù lue le comte /l'Atiignoa, cil ki dona t 

â Yen Bt kiplasii loa la mortel Icaiso 

~ SI 11 vraohi grant Fineaon. 



8 6799-6806. 



154 LES QUATRE FILS AYMON 

Faisons lor bons assaus à force et à bandoa. • 

Et il si firent sempres, aens nule areatiaon. 

Plua de .LX. eapiêa lancèrent aa barons ; 

Là les ont despartis, ou il weillent ou non. 
7040 Benaus a'en est partia troa par mi liu i'eua tous, 

Bt Aallars le aîut à coite d'esperon. 

Kiehara vint à poignant à la roche Mabon . 

Deaos âuicliartont mort son [mulet] arragon 

Et lui el oors navré de ,ii. eapiés parfont. 
M 187 7045 Illuec ont pria Ouishart, ou il vossiat ou non, 

Bt ai il ont liés el les pies et les pous. 

Li sans vermaus li â!e des! à l'esperon. 

Or eomaioent Qnichart à guiae de larron. 

Hé Dex I ûom il le baLent ei angoise li font ! 
7050 Durement le menacent qu'il le rendront Cbarlon. 

Enuni sera pendus el pui de Montfaucon. 

Henaua l'a entendu, à poi que il ne font; 

Et Guicbara la regrete, ki molt oL graiit peor : 

fl Ahil Renaut, biau frei-e, à Deu vos commendom. 
7055 Ghastiana de Montauban , jamais ne voa vorron. i 

Il plore tearement et maine ^rant dolor. 

Renaus a entendu les mos et la raison ; 

Aallart en apele, son frère le greignor. 

« Frère, ce diat Renaua, por Deu, don[c] n'oes vos 
7060 Com Guichars se démente, li flx au vi[o]l Ayraon î 

Certes ce aeroit dex, 
• Sire, dist Aallars, ue 
Ne Bomaa ci ke dui ki 
7065 Et cil 3unt molt grant 



;e ensi le perdon. • 
sai lequel façon, 
aidier nos puisaon, 
jant qui l[e] mainent priaon . n 



i [Hé] Dex ! ce diat Renaua, por ta redeuiptioi 
Se Charles pent mon frère, )ama[i]s n'auerai < 



7039 L daatrisr. M mulet, liuicliard n'a 
eg moment on a tué la mulet arragon dr 
roche -.-r. 711)7-7117. 

7055 L don. 

7056 L Yuil. Il faut viol, ylul ou viol. 
7Û6I Sic M. Lquii mainsnt en prison. 

7066 LEt Dei. 

7067 L jamaa. 



•a un cheval qu'au v. 7105; , 
khai'd qui ne réfugie à le 



LES QUATRE FILS AYHON 11 

Je ne roldroie ja en bons corl nul jor, 
Au doi ne me mostrassent et Nortuant et Breton, 

7070 [Et diroient entr'eus II grant et 11 menor ; ] 
Vea là Renaut le duc, le lil au viel Ajmon. 
Cbarlea pendi aon frère au puis de Montfauoon, 
Certes, ce dist Elenauâ, com ci a mal sornon ; 
Certea miels vol morir ijue après n'en alous, 

7075 Aallart, siveB moi, car après en ifon. » 

a Sire, dist Aalara, [nos povoira en feron],» 
L'escu (,'eta à terre Henaus, li fix Ajmon, 
Le oora abandona, iriés comme lian ; 
Neli caut mais de lui vallant a. eaporoii, 

7080 Et tint traite l'espée don[t] à or est li puns. 
One carpentiera en bois ne fevra ne maçon 
Ne démena tel noise, tant eust grant beaoiiig, 
Com i fait sor lea hiaumea del bon branu de color. 
M 188 A l'un trauça le foie, à l'autre ie pomon. 

7U85 Françoia li firent voie, ou ilvollaritou non. 
Li melor a'en aiargeut por Ogier le baron. 
Cil ae Bont regardé kimainent le prison; 
Com il voient Renaut, si orent grant paor 
Et diat li uns à l'autre : ■ Or revieut Fineruoul. 
, 7090 Ki se laira ocire, ja n'ait a'ame pardon. » 
En fuie sont torné, s'ont laiarié lor prison. 



Diat Renaus Aallart : 
Venea ent a Guioliart. 
Deslies li, biax frère, 
) Et a[i] li desbendea L 
Et le faites monter ao 
Le fort eaeu au col, e 



(I Biax frère, ([Ue feron ? 

, et les pies et les pongs, 
dsbia1[s] iols de aon front, 
r .t. ceval gaacon, 
I poing le confanon ; 
i jo sivrai ces aulrea ki par deçà a'en vont, 
ait aeroDt desconât li traiter félon, a 
PIOO • Sire, dist Aallars, entendes ma raiaon. 
Je di certainement, ae nos nos departon, 

TtaO Manque à L, pris de M 

7076 Sic M. L ne sai lequel façon, i-êpèlé de 1Q6S. 

7080 Sic M. Ldon. 

7081 Cf. '1.9063. 
7095 LEtse biaU 



156 LBS QUATRE FILS AÏMON 

Jamais por nul pooir ne nos asambleron ; 

Mais tenons nos ensamble, tant corne nos vivons. d 

Guiahart ont desliâ at lea pies et les poins, 
7t05 Et si l'ont fait montei' sor .[. ceval gascon. 

Un bon eacu au col et forte lanea el poing. 

Or sunt II .Ht. monté des .un. flx Âymoa 

Et li quars se combat à force et à vigor. 

C'e.'tt Richars li menor, kl cuar ot de baron, 
7110 Ki tos sois fu rames à la rooo Maboo. 

Dtisoz lui orent mort ^on uiuiet arragon 

Et lui el cors navré, molt eatoit anguissos. 

Sas plaies li dsstraignent, dont il a graat dolor. 

Mais il lor a ocis .v. chevaliers barons 
7115 De la mainia Cbarle, le roi de Mo[n]loon. 

Il ne puât mais sofrîr, tant e^toit anguisos; 

Il fuit entor la roce por avoir garison. 

Oirars de Valcorant i vint à esporon, 

Et se pains d'ataindre, il ait maleïçoii. 
7120 Et cil eatoitcosina Fouqua de Morellon ; 

Mort le t[-ove gisant par delea .i. boisson. 
M 189 II le p[(]aint et ragrete : « Mar fustes, gentils on 

Se ne vos puis vengier, ne me pris .i, boton, » 

Puis broco le ceval par grant airison 
7125 Et a brandie l'anste, destort la confanon. 

Et vait ferir Riohart el mantel vermallon , 

L'eacarlate li tranca et l'armin paliçoa ; 

La oemise de lin ne H &st garison. 

Parmi le cors li mist la lance et la penoi 
7130 Uuec l'a abatu devant lui el sablon. 



7106 Mefi: .1. libaUlierent et l'ans< 
7109 Meli : li mainsnés 
Till Mets : De3os lui ont Franc moi 
7J15 LMoloon. A/jris ce vers Met 

plaieï le dastraiaent dont il ert en d 

7117. 
7119 Metz . MouU se pjine d'nchiri 
712' Meli ; Focon dal Mnrillen. 

7121 Metz: buison. 

7122 Lpaint. M Mtlz : plaint. 
7128 Manque à Meti. 



4 



,11 ait malelchon. 



LES QUATRE FILS AYMON 157 

Au retraire la lance, or oies grant dolor, 

Li caï la boele*8or Termin peliçon. 

Par la plaie li pert le foie et le porno n « 

A haute vois s'escrie li traites félon : 
7135 « Or sont descompaigni[é] li iiii. ûl Ajmon ; 

Richart lor ai ocis, ki estoit li menor. 

Par ma foi, il n'ert mie li mains cevaleros, 

Ançois estoit li mieldres, fors Renaut Torguelos. 

Tuit i seront [destruit et ocis] à dolor. 
7140 Li rois les fera pendre ains le solel escons; 

Ja nièrent raoaté por nul avoir del mont. » 

Qant Richars et passée Tanguisse et la dolor. 

Et li gentis vassax revint de pamisson, 

Il est salis en pies, n'i fist arestison, 
7145 Et empoigna la plaie de son ventre en son poing; 

Ses boiax i rebote et lie à son giron, 

Et a traite Tespée ki [trenche de randon]; 

Vers Girart s*aproça et li dist par iror : 

(( Hél glos, ce dist Richars, menti aves del tôt. 
7150 Ja n'en aura reproce Renaus, li fix Ajmon, 

Que ja Richars, ses frères, i soit ocis par vos. » 

Il tint traite Tespée, haucie la contremon : 

Un entredeus 11 gete à guise de Breton ; 

Entre Tiaume et Tescu vint li cols de randon, 
7155 La mance del hauberc ne li vaut .i. boton ; 

Âinsli trença Tespaule et le coste li ront 

7132 Metz : Il saicha la boele. 

7133 Metz : li foie et li polmoii. 

7135 L descompagni. Metz : descompaignié. 

7136 Metz: Richardet ai ocis, cil estoit li menors. 

7137 Metz : ce n*iert mie des mains. 

7138 Metz : li meudres. 

7139 Sic Metz. L ocis et pendu . 

7141 Metz : ierent... nule riens. 

7142 Metz : passé. 

714*5 Metz : et son ventre. 

7147 Sic Metz. L li pent al gieron. 

7152 Metz : l'espée nue, lance la contremont. 

7153 Metz : à guise de baron. 

7154 Metz : Tint li brans de color. 



LES QtlATHK FILS A 



MON 



Et la quiase et la hanoe et andeus les arçons. 
Le ceval desoz lui li miat en .n. tronçon», 
Tôt abat devant lui li enfeB el sablon. 
M 190 7160 Puis li a escrié à raolt haute raison : 
11 Mar vos i envoia l'emperere Charlon ; 
Ne vos en VH[n]tere9 à nul des compalgnoiiB 
Que nos aies toliit Tallaat .i. esperon. ii 
Puis receï pâmés après cesie raison, 
7165 Etplore tenrement des biaas œls de son front, 
Et re^rela ses Creres dont il est anguisaos. 
« Atii! frère Renaut, or départirons noa; 

Castel de Montauban, à Deu vos commandon. 

7170 Ahi ! rois Yon, [sire] que nos demandes vos? 
Por coi nos a irais et vendus à Charlon 7 
Abi ! père de glorie, sire de tôt le mont, 
Seoores à mes frères, je ne sai où il sont ; 
Car de moi n'aueront il aïde ne socora. 

7175 Ja ne verai le vespre, ai raorrai à dolor. « 
Renaus l'a entendu, ki eetoit en l'estor 
Où se combat à force o Âallari le blonc 
Et Guieart le oortois, ki ot cuer de baron ; 
Forment sunt apressé, Dex soit garde [d'aua ti 

7180 Ne fuat une cavée d'un deatroit, les .i. m[ûnt], 
Dont il ont fait castel, mort fussent li baron. 
RenaUB ot entendu Ri'chart, le fil A^'mon : 
Aallart en apele, ai li diat par amor : 
n Frère, qu'aves vos fait de Richart le menor 

7185 Ke je vos baillai bui au premerain estor? « 
u Par foit, dist Aallars, jamais ne le verooi. 

7161 Metz: et, glos, ce dist Richars, op remaiires o nos. 

7165 LTaulerus. 

7166 Me(i: dontil a grant tenror. 

71S7 UeU : Abi I Bensos, biai frère, bui. 

7170 Ver^ faux. l'ompWé de M, Me/: ; HÉ ! rois Yi de Gasconne, 

7171 L B trais et. M as trais ne. Meti : a trais et. 

7173-7174. Hichard, -f sfnlant mouri'; regrelte ieuteMtnt d 
pouvoir secourir ses frères. Ce sentiment héroïque est exprimé avei 
limplicité qui atteint au tabiime. 

T179-7180. Mott déchirés, bien complétés par Micketant. 



LES OUATHE FILS AVMON 

Tele entente ai < 

Que je guerpis Richsit deles cel pui aucor. 

Na sai qu'est devenus, ja est mora à dolor. 
7190 Des ait merci de s'arme par la soie doiçor. » 

« Par mon cief, dist Keni 

N'est mie encore mors, mais [en maleiae est molt]. 

Durement se démente, regraile 

Jo uait, François l'ont pris, Il iraïtor Telon. 
7195 Lairona l'en nos mener, ou nos le socorrun 

B Sire, dist Aallars, entendes 

LaiaieH ester Ricliart, Dez H face pardon. 
M 191 Dame Dex en ait l'ame par aa rédemption 

Car ja n'auera de nos aide ne sooors. 
7200 Ke nos voidroit l'aler qanc 

Ja ne verons le vespre ne ia aolel eacons ; 

Tant est grans li mesciéa, ja [nos] ne l'endurrons. 

Il Hé malvais, que dis-tu ? ce dit Guiohars li btons ; 

FaudroQ nos nostre frère Ricbact, le fil A^mon? • 
7205 » Nenil, ce dist Renaus, parle cors saint Stm 

Et ki li aidera, puis que nos li faudron ? m 

(i Sire, dist Aallars, diable sont en vou». 

Ames le miels lui sol que ne faciès no^ tos? n 

ï Taiâiea, ce dist Renaus, vos parles en pardon. 
7210 Certes ne le lairoie por tôt l'or de ce mont. 

Que je ne le socorre; ançois irai tos ses. > 

< Voire, dist Aallars ; mais se nos départons, 

Je di certainement, jamais n asamblerons ; 

Mais tenons nos ensambie, tant comme nos vivons. : 
7215 ■■ Voire, ce diat Renaus, mais ti'est mie raisc 

Que nos somea ci .lit. et il est là tos sols. 

Or penst caseuna de soi, jamais ne l'i lairons ; 

Ou tuit mort ou tuit pris, ja altre n'en ferons, a 

« Par foi, dist Aallars, jamaif ne vos faudroDS. > 

7192. Fin de vers prise de ti pour ^cilcr une nipfl'liondemot. Liia gtant 
dolor. Au t. 8057, Alaiit rappelle Iréa juslement à Renaud qui se 
guertUair m-fc Ogiei; qu'il faut penser à Richard; Ne ai ' 
car mal erl aeisiéa. 

7202 Manque nne syllabe. Oh tien : endurei'oiis. 

7218 M ou loua mort ou tous tis. 



LES QV\- 



FILS AYMON 



7220 Lor brooe le ceval Raiiaua, li flx Ayraon, 

Et vint en \n valée de dejoate le mont, 

Et a trové gisant Richart sor le gabion. 

La boiele ot sortie sor l'eroiin peliuon ; 

Par la plaie li pert le foie et la poraon. 
7225 Qant Hsnaus l'a veii, si grant dnel n'ot nus hom. 

Il li ala baisier le bouce et le menton ; 

Durement le regrete RenauB, li fis Aymon. 

a Ahi : dist-il, Richart. jantia flx à baron, 

Tant marfu vostre cora, vostre gente façon 1 
7230 Unques nesun de noa tant ne fu coragoa ; 

Mort t'a par grant peeié li rioea rois Yon, 

Ki si nos a traïs et mis en tel dolor. 

Maia se ,)a Dex donoit, par sa bene'içon, 

7235 Je le ferai ardoir on un fu de earbon. 
M 192 Ne le porolt gai'ir tos li ors de cest mont. 
Hé Dei ! ce diet Renaus, biax père glorioa, 
Bui main eatiens .iiii,, tuit ahevalier baron, 
[Kngendré d'juue mère, molt nos entramion ; 

7240 [Or nesom]es que .m. icien sospeçon. » 
[AtajntesAallart descowflt de t'eator, 
[Et dant] Gruichart, son frère, broçant à eaperou ; 
Durement les encauce et Normant et Breton. 
Aallara s'escria: «Renaus, kefaitea voua? 

7245 Montes sor cel ceval, si nos faites so'iaovs. t 
Richara les entendi, ki gisait el sablon. 
Et a dit à ses frères : « Ci ke demores voa? 
Vees là uae roce, à un jet d'un baaton ; •• i 

.vn.M. pierres i a reagiea environ. I 

7250 3e vos tant poes faire que [n]os iluec aoioD, I 

Je cuit, par aventure, qu'eacor i gariron. 



7S39-72iï Déchirure ù Fauyle du/euillel: compltlé uiiii pi 
d'aprèi BC. H Ouicbardin. 

7243 M enchaucenl. L cocauce. 

7248 C'est ta rùche Mabcn -jui domina la flainf de Vaucoi 
il a été parlé déjà. 

TKO L TOï. Mett : noa. — 72â3 cisune \ 7254 il ne Uisseroii 
feroit secors. 



LKS QUATRE FILS AYMON 161 

Et se Jhesus donoit par sa beneïçon 
Que Maugis le seùst par aucune raison, 

n nos vendroit aidier à ooite d'esporon. » 

7*^355 « Car i fussons nos ore », li dus Renaus respont. 

II leyerent Riohart entr'els en carregnon. 

Âallars le porta, ki navrés estot molt, 

Et Renaus et Guichars li font voie selonc. 

Renaus tenoit F[ro]berge, le bon brano de color ; 
7260 Gui il ataint à oop, bien est mors à dolor. 

A la roce s'en vienent, ou [Franc] voilent ou non. 

Renaus, li fix Âymon, nés mist pas en sejor ; 

Plus de .XX. chevaliers i a ocis des lor. 

Richart ont descendu desor un plat perron ; 
7265 Li sans li ist des plaies à force et à bandon ; 

Et montent en la roce li nobile baron. 

Sainte Marie dame, comment i dure[r]ont, 

Quant il ont là desus ne castel ne donjon ! 

Mais que la roce ert haute le jet à un baston. 
7270 II pecoient les planées et les voies desfont. 

Ënsi com il montèrent en la roce Mabon, 

Âtant es vos Ogiers le nobile baron. 

Et ot en sa compaigne maint chevalier baron . 
M 193 El, d'autre part lor saut Maenços li Frisons, 
7275 II et Guimars le conte à tôt mil compaignons. 

Tuit escrient : « Renaus, hui est venus vos jors. 

Yostre mort est jurée^ ja n'aurois raençon. 

Or estes vos che[ii]s en doleros broion. 

Por folie creïstes le rice roi Yon, 
7280 Or vos est eslongiés Maugis, li fors larron ; 

Jamais ne vos verra sain ne sauf à nul jor. » 

« Aallart, dist Guiohars, vees ci grant dolor. 

7259 L Forberge. Metz: Li bers tenoit Froberge. 

7260 Metz ajoute : Et Guichars li aide à torche et à vigor. 

7261 Sic Metz. L il, qui détruit le sens. 
7267 L dureont. Metz : duerront, 
7270 Manque à Metz. M planchez. 
7272 Metz : le vaillant poingneor. 

7274 M Amargot le Frison. Metz : Maiengot U. 

7278 L chens. — Maenços et Guimars réfètent à peu près ce qu'a dit 
Fouquesde Morillon v. 6S19suiv. Le vers 12S0 reproduit le v, 6885. 

1^1 



^^^^^^^^F 


165 LES QUATRE FILS AYMON 


Ki Bsambla tant jant por .nu. compaignoa 1 


Se estiens .v.c, n'en estordroit uns sots. » 


7285 « Certes, tlisL Aallars, molt en ai grant [friçon]. 


Ce n'eal mie damages ne de moi no de vob, 


Ne de Richart le conte, ae nos .m, i moron ; 


Mais del baron Renaut par ert tele dolor, 


Onques ne fu si graiit por nul home del mont. ■ 


7290 II vont baisier Kenaut le pié et le taloti. 


" Ahi ! frère, font il, car nos dones .i. doa, 


Por amor ce! aeignor ki vint à passion, n 


• âegQor, ce dist Renaus, ke me demandes voâ ? 


Je ne vos puis aidier ne faire nu! socora. 


7295 Hui ¥03 verai morir devant moi k dolor. " 


■ Sire, dist Aallars, oes ke nos queroo. 


Encor s'adobent Franc en cel bruellet reont. 


^. Descendes de la roce, Renaut, Ûx à baron, 1 


^^^^ Montes en vo destrier ki bons est et gascons. ^^^| 


^^M 7300 Vos aves tel espée ki n'a mellor et mont. ^^H 


^^H Bien vos pores garir et nos ci remandron . ^^^^ 


^^V N'ert mie grant damage, se nos .in. i moron. 


^^H Et vos en ires, sire, broçant à esporon. 


^^H Tôt droit à Montalban, ens el maisire donjon. 


^^M 7305 Se avïes Baïart, le destrier aragon. 


^^M Se damel Deu plaisoit, bien averiens socors. 


^^H Biax sire, car le faites, por Deu et por ses nona. 


^^H Nos remandrons ici et si nos combatrons ; 


^^H Molt nos i vendrons cier, ains que nos i moron, ■ 


^H 7310 <i Seguor, ce dist Renaus, vos parles en pardon. 


^^M Certes, je nel feroie por tôt l'or de cest mont. 


^H M 194 Ne por tote i'onor le rice roi Yon, 


^^K Molt aeroie mauvais, foi que doi saint Simon, 


^H Se je vos i laisoie ci de mort à bandon . 


^^B 7315 Ou noa i garron tuit, ou nos tuit i moron. 


^^Ê Ja nus ne faudra l'autre, tant comme noa vivon. 


^H 7285 M fricon. L dolor, déjà Iroii lignes plus haut et iiui revient troii 


^H lign-i plui bas. HeU : iror. 7281 L M le conte. Mili : de Richarl l'anfanl. 


^H 12ii^ L U 9i grant. Meti : grengnor. 


^H 7-^90 inanifue à tinlL. M Is vis el le menton. 


^H ISflS Sic L M. Metz : gent«x fiei à. 


^H 7305 Sic L H. Metz : aTiiea, 



LES QUATRE FILS AYMOW 



Or nos conseil ci aire ki vin 

Segnor, or faites pais po: 

A l'estor vint poignant, ai c< 

) Ogiors et oui 



. è. puasion. u 
Deu ki ne menti. 
mme je vos di, 
i] ja Jhesu n'aït. 



Et eacrient Renaut : <> Vasaaus, vos estes pria. 

Vos àevea à grant duel en ia roae morir, 

Qant vos creea Yon ki tant mal a apris, 

Ki vos vendi & Charle, vo mortel ananai. 
7325 Certes plual'amies que vo cosin Maugî ; 

Or le vos a li fel raauvaisement meri. 

Mais c'aves eDpensé? Mostres moi voatre avis. 

Desfendei'ea vos plus, ou vos renderea pris ? » 

■ Certes, oe dist Renaus, pornoiant as ce dit. 
7330 Jamais ne me rândrai, tant com jo soie via, 

Or nos en ait Dei, li père Jheau Cria, n 
En l'estor est venus Ogiers li poigneop, 

11 et li cuena Guimars [et Faua de Monjancm] ; 

Renaut ont esorié : i< Car vos rendes prison. 
7335 Deafend[a]re3 vos plus? contes nos vo raison, 
Par foi, traï vos a li ricea rois Yon. 

Ne vos poons valoir le pris d'un esperon. u 

« De par Deu, dist Ronaua, Des nos faue soeors. 

Ja ne nos anmenres, tant comme vif soion. 
7340 Miels vol ici morir ke me pende Charlon ; 

Car je n'ai rien emblé, par la foi que doi vos. > 

Dist Ogiers II Danois : « Car les asalona dont. 

Ja n'i remandroiit mie, se no foi n'i menton. 

Mais ja nés asaudrai, par la foi que doi vos, 
7345 Car je aui tos armés, si ai mil compaignons. 

Ne ja n'aueres de moi aïde ne socora. 

731» H i9si com Je tous di. Met: : Ogiera, si com jo di. 

7320 L Ki. M à quir Meti : le ii. manque. 

7328 L T03 nos renderea. M vous voua rendrez. Metz : vos renderei. 

7330 M. soit en oide le rui du paradis, MbIi. le i>. maii</iie. 

7333 L le Irailor félon. M at Paus de Monoisona. C'eM Faus de Monjan 
cou qui avec Ouimars cooimande les Fran(aia\plus loin ils sommeni Ogit 
de leur donner son aide. — Meli : de Mongenchon. 

7335 L desfendrea. 

7346-7347 Tvate deUeU : 



19 de n 



aïde n 



a aobers fremillor 



16'i 



LES QUATHE FILS f 



Se vos DBS poes prendre, molt dos mervellei 
EtrespondcDt François: « Et nos les assaurons. 
Ogiers se trai9[t] arîere le trait à u[nj bougon, 
M 1957360 Et tire ses eevex et maine grant dolor ; 
Regrete son neveu, Renaut, le fil Aymon, 
Et Aallart l'ainé et Ricliart le menor : 
« Cosia somos germain, près nos apartenon ; 
Mais tant fort aui aclin vers mon segnor Charloii 

735!!> Ke ne lor puis aidier ne valoir .r. bouton, 
Dont je sui si dolens, à poi ke je ne font.* 
Se la geste ne ment, Ogiers se faint le jor ; 
Treatuit fussent il pris, ou volsissent ou non, 
Mais Ogiers les détint par plait et par aermo», 

7300 Car cuers ne puet mentir, pieca que le dit on. 
.iiii. costea avoit en la rooe Mabon; 
A cascune asalloient .c. chevalier baron. 
Renaus avoit les .11. à desfendre toa sols. 
Et Richara jut navrés amont sor le peron, 

73S5 II ne lor puet aidier ne faire nul secors. 
Aallars fu navrés del dar à un geldon, 
Trea tôt droit en la quise, deaore le genol. 
Tant eatafebloiés qu'il ciet à genelon. 
« Frère, dist Aallars, por Deu, quel le feron? 

7370 Ne voi mais nul aecors ; car nos rendon prison. > 
I. Frère, ce dist Renaus, por Deu, que dites vos? 
Vos estes toa H graindrea et li aisnéa de nos. 
De vos deitst venir vaselage et socors. 
Et vos estes li pires, ja nel vos celeroti. 

7375 Une riens vos dirai, que je aai à estroua. 
Se cuidoie garir por or et por mangona, 
Por caatiel ne por terre ne por avoir el mon!. 
Je me fuse rendua, très hui matin, prison. 
Mais nos savons molt bien qu'avoir ne raençon 

El ai De sont que .m.; del quart n'ont nul secora. 

Et si sota mi uosin doDt aï plus de dolor. 

Se vos nés po es prendre, moult nos merrellerom. 

7.Si9L traïB.,. u, 

ISil Après ce v. Metz ajoult: Alaiii Ogiera It? Laua homea s ma 
tôt par non Et. M esl conforme à h. 



LES QUATRE FILS AÏMON lOf 

7380 Ne voaauroit mestier, se iiosteDoit Gharlon, 
Et hom qui çou atant, molt doit estre prodom ; 
Molt Be doit bien deafeodce por avoir gariaon. 
Âallart, socoi- nos, por cale passion 
Que Dex aoufri enterre pur no rédemption. 
"^85 Ja ne somes nos inie ne Normantne Breton ; 
Ânuois somes tôt Trere; près nos apertenon, 
D'an pare et d'une mère et d'une nation. .1 

M 196 « Vos dites voir, biaiis sire, dist Aallara li blons ; 
Mais ne vos pais aidier, tant par suî anguissos, 

7390 Car à mort au! navrda.Jaû'dn escaperons. h 
(I Certes, ce dbt Renaua, au cuer en ai dolor. 
TanL com voa puise aidier, ae voa faudrai nul jor. : 
Ki là veïat Renaut, le nobile baron, 
Knuarge[r] lea grana pierea et le ruista perron. 

7395 Ne le levassent mie .v. vilain â beaoing 

Et Renaua les enoarge à aoR col trestos sols. 
Et cort parles desfenses enlor et environ 
Et deafent por aea frères et por lui à son tor. 
Plus de .xs. en a mort, que ja ne veront jor, 

7400 De grant pierea cornuea et de caliaus roons ; 
Par miliu de [sa boce saut le aano de randoa] ; 
Tant lu al'ebloiésk'il ert à genillon, 
Qant l'ot veii Riohara ki [j]ut sor le perron. 
Li vaaaus est navrés, dont il est graut dolor. 

7405 La boele ot sortie sor l'ermin peliçon ; 
Par la plaie li pert li foie el le pomon. 
Il a levéleciefuu petit contremoiit, 
Et adit à Renaut, & moit basse raison : 
H Or me dites, Renaut, frère, aiderai je vos ! " 

7410 » Frère, ce diat Renaua, ja ne pories vos. • 

u Si ferai, dist Richaia, tant comme vif aoion. 
Or m'en trenciea .i, pan decest mie[nj aiglaton. 
Si m'estraingiea lea flans enlor et environ, 



. J'aipi-is la leçon de M qui pré- 




LES QUATRE FILS ATMON 
S'irEti à la (JesfeDsa, si vos i aideron. » 
7415 iHéDex! ce diatRenaus, tantpar vaut .1. solshom ! » 
Qant Aullars l'oï, si ot molt graiit tendror; 
Grant duel a de aea frères ki se demflnte[nt] (oolt. 
Et Aallara B'escrie: Ogier, quedites vosî 
J'ai eti graot fiance quaat vos vi en l'estor. 
7420 Ja aomes vos neveu, preis nos aparlenom. 
[Se tu nous lais morir, ae sera mesprison: 
Reproobié te ^era mais en très toutes coria] , u 
Quant Ogiers l'entendi, à poi de duet ne font. 
Dont n'i vossist il estre pop tôt l'or de cesl mont. 
7425 li saut en Broiefort, en sa main .1. baston ; 
A ia roche s'en vint, poignant à esporoii, 
M 197 El apela François et Normeus et Bretons. 
■ Seignor, aies en sus, le gietà .1. basLon. 
Je parlerai as contes, savoir s'il se rend [rlonl. 
7430 Se prendre les poona, molt bon plait [fait] auron... 
Et cil li respondirent: ■ Voatre cornant ferom, 
Ogier de Danemarche, nos les vos ooraandom, 
De par Charle de France, que nos ne les perdom. « 
a Hé Dex I dist li Danois, aine n'amai traison ; 
7435 Or ne comencerai, s<! Deu plaist et son nom. n 
Venus est à la roche, s'apela les barons ; 
Bêlement lor a dit, à molt basse raison : 
« Seignor, franc chevalier, por Deu assees vos. 
Reprenes vos alainea, mestier en avea molt. 
7440 Desfendes vos tosjors à force et à bandon ; 
[Car, se Charles vos tient, ja n'ares raençon 
Qu'il ne vos face pendre ou bruir en Carbon] . 
Esforcier vos covient por salver vos honors : 
Savoir se ja Maugis vos vendroit au secors. a 
7445 ■■ Cousins, dist Aallars, tu en auras guerdon. n 
le Voire, ce dist Renaus, se escbaper poom, 



7429 L rendont. 

7430 Manque une syll:/,p. Complété de 
7441-744Î Prh de M , 




LES QUATBE FILS AÏMON 1 

Porioel saint apcatro c'oii i^uiert en pré Noiron, 
Ne Je garroit chastiaus, fermetés ne dongon. 
Ne le ferisae ai cors d'un espié à bandon ; 
7450 Car je bas plus le mien, s'il me Mt traïâon, 

Que je ne l'as .i. autre, par Deu et par son nom. > 
• Renaut, je n'eo puis mais, si ait m'ame pardon. 
[Cliarles me âst plevir, ou je volsisse ou non, 
Que ne vos aideroie le pris d'un esperon]. 
7455 De tant cou je en fas, aurai mal {^uerredon. * 

IJ se dist voir; Ogjers molt en fa [puis embronaj ; 
RollaoB l'en apelade mortel traïson 
Ens el tref Charlemaigne, voiant tos ses barons. 
Atant s'asiet Kenaua et Aalars H blone 
7460 Et Guiohara 11 cortois (|ui molt fu engoisous; 

Mais tost resaut en pies Renaus, li âus Aymon, 
Et asseiuble les pieres dont il se desfendront 
Et garnist les desfenses ou si frère seront. 
Kt François s'escrierent, et Normaut et Breton : 
7465 € Ogierde Danemarohe, ei amoltlonc sermon. 
Que dient il là sus? aaves s'il se râud[r]ont ? > 
• Nenil, ce dist Ogiers, tant con vivre porront. * 
Et respondent François : ■ Et nos les aiaui.lroti. n 
M 198 « Seignor, oe dist Ogiers, et nos l'esgarderom. » 
7470 Ce dist li quens Guimara et Paus de Monjançon : 
M Ogier de Danemarche, par nom vos semonom, 
De par le roi de France, que veiies en l'eator. 
Se nos aidies de cuer, aparmaia les auron. •> 
« Seigiior, ce disi Ogiera, franc chevalier baron, 
7475 Ja ce sunt nai cousin qui vont en la prisou. 
[Merci vos pri por Deu qui aoufri passion] : 
Chaacun de vos donrai ou chaste) ou dongon 
Ou tant de mon avoir qu'il sera riches houi. 



7449 L espii. Mîchelant d' 
7453-7454 PrU de M. 
7fôG Sii^ M. L fu engoisous. 
7460 M ajoute : Il ot senglant 
7466 L rendonl. — 7467 M ne 
7473 M ajOHie : Qua por l'amo 
7476 Pris de M. 






e targent li baron. 



LES QUATRE 

laisies aler à lor 
li respondirent : 




FILS AYMON 



.Ivatiom. ■ 

Jh, ensi ne) ferom. 

3e, nos le diroiii Charlon 

molt malvai^ guerredon]. s 



Si 

7480 Kt 

Par saint Denis A 
[El il vos en raniii 

Quant Ogiera l'enteiidi, k poi que il ne foni 
à moi, dist Ogiera, franc baron. 

7485 Por icel saiiit apostra c'oii quiert en pre Noiron 
Il n'i a nul de vos. qui tant soil riches hom. 
Se il prent nul dea frères et il les rent Cbarloti, 
Je n'en praiugne la teste par deaos le menton, » 
Et François li reapondent u Ja por çou nel lairon 

7490 [Ne savon que fares, ruais treatos les pendron]. 
Qui les noa rescoupa, no» le dirons Cbarlon. » 
Uil se sunt atonie, qui à l'estor iront. 
Renaus iert en la roche destrois et angoisous 
Et regrete BoventMaugis le bon larron, 

7495 <i Ahi! cousins Maugis, car nos faites aeuors. 
Je vos laisai encore .xv.m. gascons 



1 



[Entre lassoudoiers que mandé avions], 
Dont dévoie asaillir l'empereor Charlon. 
Hé Dez ! il ne le set, ne dit ne li a om. 

7500 [Si en fui fol musars et s'en sui à dolor.] 

Hé Baiart 1 boDS thevaus, queje ne sui sor vos ! 
Je n'entrasse hui en roche por François orgue 
Ençois i perdist Charles le miels de ses barons. > 
[Lors commença à plorer Renaus li fii Aymon, 

7505 For l'amor He ses frères qu'il Tit si aiigoîssoua.] 
Ugiera cho[i]88ist lea contes qui sunt eit la doloi 
11 gilora tenrement des biaus iels de son front. 
Ses .[i. mams a tendues envers noatre Seignor 
<i Glorieus sire père, par vo saÎDtisiDe non, 

7510 Conseillies moi, bian aire, par vo rédemption : 
Cornent ferai aide à Renaut le baron ? i 



17482 Pritdetl. 
7i90 Pris diU. 
7497 Priide M. Dans L, il a . 
7MU PrU de A. 
7SOt-7505 Prii de A. 
7506 L choasiit. H coisi. A chi 



LES QUATRE FILS ÀYMON 169 

Ogiers ohoisist les contes qui si sunt tormenté ; 
M 199 Trestos li plus aidans ne puet sor pies ester. 

Quant Ogiers l'a veû, si comence à plorer, 
7515 D'une molt grant voisdie se prist à porpenser. 

DantGirart PEspanois comenoe àapeler. 

« Girart, ce dist Ogiers, à moi en entendes. 

Vestes en vostre dos .i. blanc hauberc safré, 

De trestotes vos armes molt bien vos conrees ; 
7520 Menés en vo conduit .c. chevaliers armés. 

El mont de laHansoie, là vos ires ester. 

Gardes vers Montauban tôt le chemin ferré, 

Que n'en isse nus hom qui soit de mère nés. 

Car se iMaugis en ot mot tentir ne soner, 
7525 II nos envoiera si fort mes au disner 

K'a tôt le plus hardi saigneront li costé. » 

« Sire, ce dist Girars, à vostre volenté. » 

Lors a vestu Tauberc, lacé Telme gesmé, 

Et a çainte Tespée au senestre costé, 
7530 Et monte en son corsier ki bien est ab rivés, 

Et prent en sa compaigne dusqu*à .g. bachelers. 

El mont de la Hansoie s'en sunt trestot aie ; 

Li plusor descendirent des destriers abrivés, 

Et li auquant s*apuient sor les arçons dorés ; 
7535 Gardent vers Montauban tôt le chemin ferré. 

Ogiers ne le ôat mie por François aïder ; 

Ains Yoloit ceux dedans durement esfreer, 

Savoir se ja Maugis se poïst apenser 

Que il feïst secors son seignor naturel. 
7540 Or vos lairons ici de ces barons ester, 

[Et quant lieu en sera, bien en saron parler] ; 

Si dirons de Gontart, le waillant clerc letré, 

Qui ot liute la chartre où la traïsons ert. 

De gentil duc Renaut se prist à porpenser 
7545 Et [d'Aalart son frère, le vaillant bacheler, 

Et] de ses autres frères qui molt font à amer, 



7521 M de la Hosaie. 
7541 Pris de M. 
7545-7546 Pris de M. 




170 LES QUATRE F1L6 AYMON 

Ki sunt eo Waucolor par traïson aie. " * 
Des biaus ieux de aoii chief aoraraença s. plorar ; 
Il oQcoQtra MaugU, le bon larron prové, 
7550 Qui vait en !e cuisine poi' le meugler haster ; 
[Le roi Yoa devoit servir à son disner. 
Mais il ne savoit mie la truiKon mortel]. 
Ëi quant li clera le voit, ai l'en a apelé : 
u Maugis, entent à moi, por l'amer dame Dé. n 
M 200 7555 Li gentia olers Gontara, qui tant âat à priait 
En apola Maugis, le [vaillant] chevalier : 
tt Conter voa weil, biaus sire, .i. mortel encombrie 
Que 11 rois Yua a l'ait; molt a mal esploitié. 
Il atraï Reuaut, de verte le aaohies, 
7560 Aallart et Guichurt et Richardet le fier, 
Es plains de Wauoolors ou les a eiivoiéa. » 
a Hastea vos tost del dire, aa dii^t Maugis li Sers ; 
Tuit me faillent li membre, ne puis ester sor pies. 
Bien vota aperoevant maa slrea est boiaiéa, i> 
7565 « Cartes, voa dites voir, dist Goniars li proiaiée, 
Ei plains de Waucolors où il aunt envoie ; 
Car il iont trové le bon ûauois Ogiâr, 
Fouque de Morillon et Maiencort le Ser 
Et le conta Guimart o trois .m. clievalieis. 
7570 Jamais ne las verres sains ne saus ne entiers. > 
Comme Maugis l'entent, à poi n'eat eni'agiéa. 
[Il est caiî pasmé saur le marbra listés ; 
En trois liaus a le front et les sorcis briaiéH], 
Eça pris ,i. coustal durement apointié ; 
7575 [Farir se vost el cor:^, por l'ame fora sachiar , 



ra 

ill À 

lut ad 



Cif4 






7551-7552 Prit de M. 

7556 L gentil. B M Taillanl. B M ajuutent : D'une partie meafl, si fa 
araisonné (B et 9l l'a arainté), Biaus sire, entendec moi pour l'amour 
Dieu du ciel . 

7557 B Si vous cDaLerai ja. M Conterai tous, Uaugîs. 
7568 B Maraagoa U Ae:'. U arec mil chevalier. 

I 7571 Mel^ erragiés. M mafroiéE. Ce vers et le précédent manquent à B. 
l 7572-7;<73 Prù d". U Metz. CeUi-à a-nams, soi', entaillic, lei, la sorcii. 

La pâmoisùn est urdinaire chez nos uhevaliers sous U cou/i d'une i:motïon 

lotidaine et violente. 
1575-7576 Le couteau du relieur a reti-aiichi ces deux ««-s ; le texte egt 

priSide B M Meti. 



1* 



LES QUATRE FILS AYMON 1 

Quaiitli clera li eaorie; c Ne ferea, chevalier]. 

Ber, ne t'ocirre mie, por la vertu deu oiel ; 

Mais montea sor Baiart, le bon corant deatriar, 

Ki plus toat vos ira que ne vole espreviera, 
7580 Et saures des barons aa l'on lor puaC aidier, 

[S'il sont mort ou oeis et comment il lor iert]. 
« Maugia, ce dist li ciers, entendes ma raison. 

Certes conterai voa une grant traïson 

Que li rois Yus a t*ait, Ja n'ait a'ame pardon . 
7585 11 a traia toa .un, les fius au viel Ajmon , 

Il les a envoies ea plains de Waucolorg. 

llluecques ont trové Fougue de Morillon, 

Et le conte Ouimart et Fauc de Mongeuçoii, 

Et Ogier le Dauois o .m. m. conipai^nons 
7590 Qui les heent de mort, iasi coq nos dis.son ; 

Jamais nul n'en verroia ne sains ne en valor. • 

Corn Maugis rentendi, ai maine grant dolor. 

Et regrete les contes par merveilleuse amor. 

<( Âhi I tant mar i fustes, fi'aDC chevalier baron I 
M 201 759d Vos ieates mi iiousiu, près nos apartemin. 

Bjei) sai, se Je vos pert, jamais n'aurai honor. 

Mais par ioel apostre o'on quierten preNoiron. 

Bien vos i gaitiea, Charle, li rois de Monlloon, 

Que se vos ocies .i. aanl dea fiua Aymon, 

7581 Dapréë B C M, manque à L. Texte de Melz : 
Quantli dera li escrie : Ne fsira, chevalier. 
Maïs monte sor Baiart, le bon corant dBBtrier ; 
Si les aléa secorre, se lor poes aidiar, ) 
Si saichies s'il sont mort ou comment il lor iert ; 

Et fera le seivîse itel corn li aBert. 
7585 Meti deux vers : Il a Irai Reoaut tt Aalart le blent Et Richïrt 
et Guichart qui oioult sont Tranc; bacon. 
7&88 Metz : Mongenchon. 
T589 Mtti : Obvier l'adurE. 

7592 MeU : a poi d'ire aa font. 

7593 Met-. : al maine grant dolor. 
7596 M henour, B joie n'auron. 
75y7 Metz : ce saint apostre. 

7âU9 M Metî : Renaut le fils A;mon Ne Aiart na Quichirt |ns Ri char- 
det le blnnt, Par icel Deu de. glorajqui estora le mont, Me vos gairra. 



li LES QUATRE FILS AYMON 

7600 Ne voB garra cliastiaus, fermetés ne donj 

Ne gaite n'eachergaite ne nul riens del moct, 
Que ne perJes la teste ains que paat li tiers jors. a 
Lora comajence son charaie Maugis li bons larron, 
Maintenant endormirent la gent trestot entor. 

7605 Hé Des.', tlenaua î ot à ami maint baron ; 
Ceua eaveilla Maugis, de çâ .kii., ci dons ; 
L'afaire lor conta et la grant iraïaon 
Que roia Yua hvoIi. fait de Renaut son baron. 
[11 mainent jurant dolor quant entendu l'u on.] 

7610 Kt Maugis ne ae large, oui Dex doint grant honor ; 
Bon<iJn a pris, .i. cor, sel soiia par vigor, 
Et il courent as armes maintenant sens demor. 
El [ctaslel] s'adobereiit auquanl at li jiluaor ; 
Quant oent de Renaut conter la traïaon. 

7(il5 [Tel duel firent entr'eU et si grant ploreson], 
A poi que il ne dervent, tant ont duel et iror 




7605 U He Dsi I il i aroit maint nobils baron Qui moQlt aiuiBQt Henaut 
su ïiel Aymon Et Ricliart et Guichart at Aalart aolonc. — Metz : 
E Dell Renaus i ot desi à mil barone Qui l'aiment mauU forment et 
Aalart le bloat. 
Texie de UeU jusqu'au v. ^62S : 

Cei es?eUa Maugis et oha .m. et ctia doU. 
Del palais les geta coiement a larron ; 
L'afaire lor conta et la grant mesproison 
Que rois Yi aroit fait de Benaat lor segnor. 
b Gomme cil l'entendirent, moult grant dolor tn font. 
Amaugis ne n'atarge, i^ui Dei envnit honor. 
Bondin mlst à sa bouche, sel sona par vigor. 
A Montauhan aroit tel costume à cel jor, 
Quant ooienl soner Bondin par tel arror, 
10 Qu'il cornïent as armes maintenant aaas demor. 
El chastel s'adoberent auquaut at li pluisor. 
Quant oent de Henaut conter la liaison, 
A poi que il ne desvont, si grant dolor en font. 
Les frères rsgieterent et font grant marïson. 
15 Abil tant mar i fustsa, 
7603 Pris de M, 

7612 M ICt cil courent as armes qaà entendant le ton. B. Et couroient 
■s armes ti cheralier baron . — 7613 Pris de Uetz. L palais. 
76)5 PrU de H. B Tel duel en font entre eus, aîns si grant ne vit on. 
7616 iror eil liiiàle, maigri la note de Michelant. 



fi 



Iv 



LES QUATRE FILS AYMON 173 

Et regretent Renaut, le ûl au viel Âymon, 
Aallart et Guichart et Richart le mener, 
c Ahi ! tant mar i fustes, nobile poigneor, 
7620 Jamais jor de nos vies, ce croi, ne vos verrom ! 
[Tant esties vassaus et plains de grant valor !] 
Qui nos donra mais armes ne chevaus ne adous ? » 
[Isnelement s'adobent, nel mistrent en sejor 
Et] vestent les haubers, lacent hielmes reons, 

7625 Ëtçaignent Idsespées as senestres girons, 
Et montent es chevaus auferrans et gascons. 
Quant il furent monté, bien .xv. mile sunt 
Et bien .vu.c. archier as ars turcois qu'il ont. 
Et Maugis li jantis, qui tant estoit preudom, 

7630 .1. escuier Renaut en a mis à raison. 

« Amis, ce dist Maugis, entendes envers nous. 
Metes moi tost la sele sor Baiart Tarragon ; 
Si le menroi Renaut, son droiturier seignor. o 
(( Sire, dist Tescuiers, baisies vostre raison. 

7635 Renaus me fist plevir, ou je vossise ou nom, 

Devant qu'il revenroit, n*i monteroit nus hom. » 
M 202 Quant Maugis Tentendi, à poi dire ne font. 

Il fiert celui del poing qu'il le mist à genous ; 
Puis en vint à Baiart le destrier arragon. 

7640 11 a froncié del nés et geté contremont ; 
D'une lance pleniere n'i puet habiter hom, 
Ne mais que seul Renaut et Tescuier selonc, 
Aallart et Guichart et Richart le menor : 
Car il les conoist bien et lor estre et lor nons. 

7645 Maugis li corut seure, iriés comme lions, 
Et garda à ses pies, si choisi .i. baston; 
A .11. mains Ta saisi par grant aïroison, 

7621 Pris de M Metz. 

1622 M Qui nous donra jamez nul destrier misaudour. Metz : Qui nous 
donra jaiuais bliaus ne siglatons, Gheraus ne palefrois ne armes ne adols ? 
Isnelement s'adobent. 

7623 Pris de M. 

7624 M Et. L Lors. 

7633 M ajoute : Je me crain et redout qu'il n'i ait traïson. 
7641 M aprochier hom. Metz : abiter comme L, mais altère le texte aux 
deius vers suivants. 



74 LES QUAGRE FILS AYMON 

Et va ferir Baiart parmi le chief amont. 

AgHiioillier le fait ou il voaaist ou non. 
7050 [Tôt l'orgueil en abat dans Maugis le baron]. 

[L]e frain li miat el chief, sans nul areatisou, 

[L]a aele soi- le dos, dont bon sunt li arçon, 

[Le poitral li ferma devers le chief amont]. 

[Â]preia s'aima Maugia vistemeat, oom preudi 
7^5 [Et pei 

lEt] [niât sa grosae lanct 

[Et] monta S' 

[C]om il fu à cheval, biei 

[N']ot plus bel clie 



e k tôt le confanon, 
i bailla arçon. 
a resembla baron ; 
rjusqu'en Carfanaon, 



7660 [Ne n'ot en nulle teVre nul plus muatre larron. 

Forment fu preus Maugia, inolt i ot bon barou]; 
[T]el jostoor de lance n'avoit-il ena el mont, 
[D]e Montauhau iaai par la porte Foucou, 
[0] lui de chevaliers et planté et foiaon. 

7fi65 [Bjieii furent .xv, mile as ars turcois qu'il ont, 
[Qu]i por paor de mort jamais ne se fauront. 
[DJurement chevalcherent à force et à bandon; 
[Le bois de la Serpente treapaaaent li baron] 
[Et] regretent forment Renaut le fil Aj'mon. 

7670 a [A.]hi ! tant mar i fusteti, gentiiis fiua à baron I 
[D]ame Dex, nostrea perea, qui ^ofri paaaion, 
[0]aris3e voatre cors de mort et de prison ! » 
[L]oTa chevalchent enaamble par grant aïroiaon. 
[S"] or ne s'i gardent Franc, il auront tel puison 

7675 Dont maint bons chevaliers widera son arçon. 
Or lairons de Maugis ki maine le secora ; 
Si dirom de Renaut le nobile baron, 



7tl5U iVrs l'u^n^ par le felieui; 'donné d'apfès B C M Mels. On 
çuc Baywd, le deitrier faé, ne connaît pag Maugia ; il appanit 
propre à Renaud. 

7651 Lff initiales it'une suite de i>ft'8 sont rognées var le relieu 

7tl53 Sk M. B Trama devant le pi; reont. Manque à L. 

7655 Sic M B. Mangue à L. 

7660-766] Sic M B. Manque à L. 

7766 M mie ne 11 faudront. 

7668 Fris lie M B, matique a L. 



LES QUATRE FILS AYMON 175 

Ki estoit en la roche destroiâ et angoisous. 

Il a gardé sor destre, el bos de Colençon ; 
M 203 7680 Droit vers le Serpentine, choisist .m. compaignons. 

Il les conut molt bien, quant il vit lor adous; 

El premier chief devant Maugis, le bon larron, 

Ei seoit sor Baiart, le destrier arragon. 

Baiars ne venoit mie le pas ne le troton, 
7685 Âins se venoist plus tost que nus esmerillon, 

Au menor saut qu'il fait, .xxx. pies el sablon. 

Quant Renaus Ta veii, tel joie n*ot nus hom. 

Il a dit à ses frères : « Or ne nos esmaion. 

Ne sai qui l'a conté Amaugis le larron; 
7690 Ves le ci oti il vient sor Baiart l'arragon. 

[Toz Torgueil de Gascoingne vient ci à esperon] . 

S'or ierentFranc .xx. mile, n'en estordroit .i. sous.» 

a Hé Dex! dist Aallars^ aurons nos donc secors 7 » 

« Oïl, ce dist Renaus, aine plus gent ne vit hom, 
7695 [Car bien sunt .xv.m. de chevaliers baron. »] 

Et Richars Tentendi, qui jut sor le perron, 

Ki tos iert amuis et perdoit la raison. 

Si entent la parole, com fust avision ; 

Lors a levé le chief bêlement contremont 
7700 Et apele Renaut à molt basse raison. 

a Or vos oï nomer Maugis, le fort larron. 

Ce me fu or avis ou ce fu avisiom ? » 

« Par foi, ce dist Renaus, orendroites Taurom. » 

« Frère, ce dist Richars, por Deu, monstres le nos. 
7705 Certes se jel veoie ençois que morusom, 

M'ame en iroit plus lie devant nostre Seignor. » 

c Frère, ce dist Renaus, nos le vos monstreron. » 

Il le prit par Taisele, sel leva contremont. 

Quant Richars vit Maugis, si grant joie n'ot hom ; 
7710 .un. fois se pasraa, aine ne dit o ne nom ; 

Et quant fu revenus, si dist fiere raison : 

7686 M II saut à chascun pas .xxx. pies u sablon. 
7691 Pris de M B, manque à L. 
7695 Pris de M, manque à L B. 

7706 M gâte ce vers admirable : Plus aeise en mourroie, pour yoir le 
TOUS dison. 



QUATRE FIL.5 A Y MON 

ui garia, ne sent mal ii 



«Certes, or 

(1 Ranaiit, ce dist Ûuîchara, dites 

Se François aperçoivent Maugis 



o dolor. H 

hon baron 
orrendroit s'enfaii 
aie por tôt l'or de cast moût. 

nentierea qu'il entendront à m 
vendra à coite d'esperon. t 
dist ReoauB, noa le vos otrion: 




7715 Par saint Dai 

Je nel volroie n 

Descendons de I 

Bien sai, en dei 

Que Maugia lor 
I M -204 7720 « Frère, ce 

Lors s'esmuevent li .m.; li quars remest amont ; 

Ce (a Riehars, li raenres, qui molt fu angoiaoua ; 

[Et Renaus s'en dévale et li dui compaignon]. 

Franuois les ont veiis, et Noriuent et Breton, 
772E5 Lors diat li .i. à l'autre : « Pris sunt li fil Aymon. 

Nés ocions nos mie, por Deu et por son nom, 

Ains les rendomea via l'empereor Charlon. > 

[ De totes pars lor orient ; b Pleviesies vos, baron.] 

Mais h moi ! mais à moi ! [diat chascun à cler ton]. 

TJ14 M. larron. 

7723 Pris de M B, maniiue à L. 

7728 Les tellree de a vers dans L tant coupées à mi-hauteuy. 
le crois déchiffrer : Il courent, puis toi crient : Prenes les vos 
[ prison. Mîchelant : Il courent, puis lor crient : Ren toi à moi prison. 
vers et partie du suitant, f emprunte à M. 
, ce liient li baron. — Texte de Met! de 7620 à 7732 : 
Frère, te dist Renaus, volenliers le ferom. 
Voatre Toloir ferai el ensi le loom. 
Lors s'en vont 11 .m. frère, li quars remeat amonl, 
Cbe fu li proi Richara qui tant lu angoisBoa, 
5 Et Renaus a'en dévale et Aalars li blona 
Et Guichara enaement qui cuer ot de lion. 
IJuanl François les perchurent et Normant et Breton, 
Si dist li .1. à l'autre : Pris sont li fll Ajmon. 
Or n'i a plus ne mains ja les arona prison. 
10 Nea ûcies vos mie por Dau et por son nom, 
Ama lea rendrons tôt .lui. rempereor Challon. 
De toLea para lor uricat : Pleriaaies nos prisons. 
Mais à moil mais à moi I ce dient li pluiaor, 
No3 prierou por vos Challe l'empereor. 
15 Que il an ait mer ci, por dau 1« creator. 
Quant Ogiera l'antendi, ai dolena ne fu hoiu. 
\^Sciaecai'actéristùiue du lemp^, Les Fraitçain tiement ù les /irendre 
vants parce qu'iU espèrenl en tirer de grùsses rançons. 



kol 



1^ 



LES QUATRE FILS AYMON 177 

7730 Nos en prierons Gharle, le nostre enapereor, 

Que il en ait merci, por Deu et por son nom. 9 
Quant Ogiers Ta veii, si dolans ne fu hom. 
Dont n*i vossist il estre por .1. mui de mengons. 
Il saut en Broiefort, en sa main .1. baston; 
7735 Venus est à la roche à coite d*esperon. 

« Seignor, ce dist Ogiers, je vos tieng à bricons, 
Ki guerpissies la roche qui vos iert garissons. 
Vos perdres bui les testes, sens nule arestisons. 
Ne vos puis déporter, car je sui hom Charlon. 
7740 Certes ce poise moi, au cuer en ai dolor. » 
Atant se regarda Ogiers, li poigneor^ 
Le chemin droiturier qui vient de Colençon ; 
•M. chevaliers choisist, fermés les confanons ; 
II les connut moltbien, quant il vit lor adous; 
7745 El premier chief devant fu Maugis li larron, 
Et seoit sor Baiari, le destrier arragon. 
Quant Ogiers Ta veli, si grant joie n'ot hom. 
Grant demi pié en crut par deseure Tarçon, 
Et a dit à ses homes : « Seignor, quel la feron ? 
7750 Diable Tont conté Amaugis le larron. 

Ves le ci où il vient sor Baiart Tarragon. 
Ciertes il nos amené fiere porcession. 
Tos l'orgueil de Oascoigne vient ci à esperon. 
[S'or estion .xx.m., n'en estordroit .1. sol]. 
7755 Hui verres le deluive qui carra desor nos. » 
Atant es vos Maugis brochant à esperon ; 
Où qu'il voit le Danois, si Ta mis à raison : 
4; Ogier de Danemarce, je vos tieng à bricon. 
Quant vos ici venistes par le cornant Charlon. 
M 205 7760 Malvais garant vos iert, ains le soleil escons. 
Je vos chalenc Renaut, le fil au viel Aynaon. 
Se Deu plaist et sa mère, nos le replegeron. 

7754 Sic M B Metz, manque à L. 

7755 Metz : le dolor. M le déluge qui carra. 
7758 Metz : por félon. 

7765 M ajoute : Si mal parage a ci et si mal compaignon. B si mal 
parent. 

7766 B ne fist ains, Metz : ne fist jour. 

12 



no LES QUATRE FILS AYMON 

Par Deu, sire Danois, n'afertst mie 
Que venisHiea traïr ReDaut, le fil Aymon. 

7765 Vos lestes de son lin, à Deu maleïçon 

Unques li vostrea pères ne fu sens traïsoo ; 
11 vos laiaa en France forostagié Charli 
A. Saint Orner en Flandres, par tel devision 
Dont V03 iestes cuivers et sougiés à Charlon, 

7770 .1111. déniera rondana del chief et del menton. 
Ogier de Danemarche, entendes ma raison. 
Ja fustea vos cousins Qirart de Rossillon 
Et Doon de Nantueil et duo Buof d'Aigreraon. 
Icil .111. furent frère au riche duc Ajmon. 

7775 Ne traies à lor geste vaillant ,i. porion, 

Aios [rejtraies as [maus], as traïtors félons. 
Ogier, je vos desfl, n'en aai autre sermon. » 
Lors lait corre Baiart, le destrier arragon, 
Et il li cort plus tost que ne vole fauoona, 

7780 Et vait ferir Ogier en l'escu au lion. 

Desos la bocie d'or li peçoie et eonfont. 
Et l'auberc de sou dos li desmatlle et desront. 
Durement l'a féru par eneoste l'arçon, 
Que sa lanoe peçoie et vole par tronçons ; 

7785 En l'escu est remes ii vermaus confanons. 
Quant Ogiera l'a veii, àpoi d'ire ne font ; 
Tornés fust sor Maugis à coite d'esperon. 
Quant Baiars se regarde vers la roche Mabo, 
S'a veû son segnor, Renaut, le fil Atmon. 

7790 II le conut plus tost que famé son baron. 

Uaiars i vint poignant, Maugia vossist ou nom 
Quant vint devant Renaut, oies de l'arragon : 
Sas [Maugis] s'agenoille illuecques el sablon ; 
Maugis descent à terre del bon destrier gascon 

7795 Et a rendu ses armes Renaut, le fil A^i 
Il a vestu l'auberc, lacié l'iaume reoat, 

7761 Melz : en Flandres. 

7768 Melz : El horc de .S. Orner. 

7775 L traies as mauTaia. M m» parait vieilli 

7790 Vers excellent. 

7793 L Baiart. M Msugia. 






Bcrl 







LÈâ QUATRE FILS AYMON 179 

Puis si a çaint Froberge aa senestre giron 
M 206 Et pendi à son col .1. esou à lion ; 

Et monta sor Baiart, le destrier arragon, 

7800 Et il li saut avant .xxx. pies el sablon. 

Or il fu plus seûrs qu'en la tor d'Avignon 

N'en dedans Montauban, sus el maistre dongon ; 

Et vait ferir Ogier, le nobile baron. 

De Broiefort Tabat, ou il vossist ou nom. 

7805 Renaus descent à terre, sans nule arestison, 
Son cheval amena Ogier le poigneor, 
Puis li tint son estrier ; Ogiers monte en Tarçon. 
c Cousins, ce dist Renaus, or as tu guerredon 
De la roche Mabon où orrains estion. 

7810 Tu n*i assaillis mie, tant feïs que preudom. 
Selonc celui servise as ci le guerredon. 
Mais de tant te tieng je a traïtor félon 
Conques à nul de nos n'i feïs garisson. 
Huimais vos i gardes, car nos vos desôom. 

7815 Par icel saint apostre, c'onquiert en pré Noiron, 
Ne vos espargnerai, quant hom estes Charlon. » 
« Sire, dist li Danois, et nos nos desfendron. » 
Seignor, [s]e là fussies desor le pui ancour 
Où François assemblèrent as .1111. ôus Aymon I 

7820 Tante lance i ot fraite, tant escu à lion, 
Et tant bon chevalier abatu de Tarçon, 
Et Maugis point et broche le destrier arragon, 
Et a brandie Tante, destort le confanon, 
[Et va ferir Guimart en Tescu au lion. 

7825 Devant li Tabati trestout mort el sablon. 
Puis a traite Tespée qui li pent au giron 
Et va ferir en l'elme Fauque de Mongençon ; 
Trestout le porfendi desiques el menton]. 
Puis crie Montauban, clerement à haut ton : 

7830 « Feres» franc chevalier, à force et à bandon. 
Se Ogiers nos esohape, jamais honor n'aurom. » 



7818 L ce. 

7824-7828 Pris de M. — La seulement : Et feri en l'escu Fauque de 
Mongençon : Devant lui l'abat mort del destrier arragon. Il omet le 
com/e Guimart. Cf. v. 7850. 



180 



LES QUATRE FILS AYMON 



Donc eitjbrce la noise et la grana chaplolson. 

Là vaïssîes Francoia morip à grant dolor; 

Ne pueentmais sofrîr le ehaple ne l'estor. 
7835 Ogiera a'en va fuiant à coite d'esperon ; 

Venus est k Dordone, ens se Sertà bandon. 

Broiefort l'emporte oltre de merveilleiis randon. 

De l'autre part descent de la rive el sablon, 

Li dus Renaus l'apele par canlralioison. 
M 207 7840 « Ogiers, ce dist Renana, estes vos pesoheorî 

Se tu as pris anguilea ou troites ou saumon, 

Pai m'ent tel compaignie, com doit faire frans Jiom ; 

Ou tu passes celé ewe, si vieti joster à nos. 

Fiua à putain, traîtres, lechierea, malvaia hom, 
7845 Vo foi aves mentie à vo seignor Charlon. 

Mes cousins deves estre, preia noa apartenom ; 

Envers trestot le monde deuasiea eatre o Doa : 
Ne DOS aves aidic vaillant .i. esperon. 
En gage nos laisies Fouque de Morillon 
7S50 Et le conte Quimart et Pauc de Mongençon, 
Et .cccc. chevaliers de! barnage Charlon. 
Mal daUaz ait Rollans et Oliviers U hlons 
Et Charles l'emperere, ii rois de Monloon, 
S'il ne vos pent encui com .i. altre larron. » 
7855 « Dex en soit aorés, dient li Borgoingnon 

[Et François et Engloia et Normans et Breton]. 
Ogiers de Danemarce, or aves guerredon ; 
Certes se volsissies, pris fussent li gloton. » 
[Dont n'i volsist il estre por tôt l'or de cest mont]. 
7860 Ogiers remaint tos seua awec .x. compaignons ; 
Dame Deu reclama par son saintisme non. 
( Hé Dex ! dist li Danoia, biaus père glorious, 
Com ai maie mérite de tos mes compaignona 1 
C'est de bien fait col frait, ce conte le leçon. " 
78fj5 Quant entent li Danois qu'il est contraliéa, 
Tel mal talent ea a, à poi n'est enragiés. 



7856 Prii de M. 
7859 Prù de M. 

7861 Met» ce chanle Is eanclion. M Ch'ei 
Renant le baron. 



du liienfsl qu'ai fat i 



I LÈS OUATItE FILS AVMON 181 

u Reiiaat, dist li Danoia, à droit me blaatengies. 
Voir j'ai bien desarvî çou que ci tue paies. 
Car voir se je ne fusse, de verte le sachies, 

7870 Ains Duit fussies pen'lus, radiâtes tie fussiez, 
Et vos frères tottroi ; ce fust diols et peahiés. 
De tôt l'avoir del moat ne fussies rapleglas, 
Ja li aecora Maugis ne vos eiiat meatier. 
Or m'en rens guerredon com al Deu renoié, 

7875 Car laidement en aui de vos contraliés. 

Pesoeor me claoïes, oom fusse lierengier - 
Mais par icel apostre r'oh à Rome requiert, 
Se n'i avoia garde fors tant de vostre espié, 
M 208 Je firoia ferir en l'cseu de qartier. » 

7880 « Dano[rs, ce dist Renaus, par les iola de moD oief, 
Ne pasaeriea oltre pop .i. mui de deniers. » 
Il Si ferai, par ma barbe, dit H Dano[i]9 Ogiers. 
Ce pora vos peser, ce cuit, aina l'auuitier. » 
Broietort poi[n]t et broce des esporons d'ormier, 

7885 Et ReQHUS laise corre Baiart, sou boo destrier ; 
Et liDanois i vint, as armes tos molliés. 
Qant Kenaiis l'a veu, si l'eu prist grans pitiéa ; 
Oes com faitement il avoit araisnié. 
« Danois, ce dist Renaus, raies vos ant arier. 

7890 Car de moi ne seras adeséa ne tociéa. 

Bien sai et reconnois que vos m'aves aidié. n 
« Reiiaut, dist li Danois, molt m'avea laidoié 
Et clamé tra'itor, volant lea chevaliers 
Ki or s'en sont aie à loges repairie [r]. 

7895 Cil diront Cbarlemaigne que por vos l'ai boisié. 
Ma lance est tôle entie[r]e et mes escus entiers. 

I laidoies. Uaii iU n'uni 



786T M à lort 


me leidengiea 


Melz: 


pat leviTs suin 


nt quiiu 


sli/ie 


à droit 


7870-7812 M et mu le. 


mine 


nt cas d 


L. «a«( i.fi.,m 


ni mieux 






787* M ciiiim 


e faus rei 


oies 


Mel%: 


7»80 L Danos 








7882 L DanoB 








788* L po.st. 








78W L rep»ir 


B, 






7896 L entire 









ï LES QUATRE FILS AYMON 

Fouques de Morelon ï a pardu le cief ; 

Jamais ne montera sor Morel son destrier. 

Et .rii.c. chevalier que Charles avoit ciers. 
7900 Mol(, me hara H rois, a'aiiera droit, par mon cief; 

Tost me feroit li roia srdoir et graelHer. 

A V03 me combatrat au fer de mon espié. 

Gestes miels voii morir qu'ariare repairier. 

Se tu me ^u[e]s oonquerra, si me cope le aief, 
7905 Et se jo vos puis |irendre, que Dex l'ait olroié, 

Je vos rendrai à Chaile, si me piiist Dex aidier. 

Jamais nus cosinages ne vos aura meatier. » 

Com RenauB l'a oï, à poi n'est esrag'iés, 

■ Danois, je vos de[a]â ; de mou oopa vos gaities i 
7910 « Et je vos ensement, » dist 11 Danois Ogiers. 

Anriui se deaflerent li vallant chevalier. 

Renaus broce Baiart des eaporons d'ormier 

Et Ogiera laise corre son bon eorant destrier ; 

La terre font crollar li eeval soz lo[r] pies ; 
7915 Grans demie loâ[e] en dure li terapie[r]s 

Et li fuset lifers en vole vers le ciel. 
209 Qrans cos se vont doner es eacua de cartier ; 

Desoz le[s] bocles d'or les ont frais et percîés, 



^^^B 7904 L pus. M puas. 

^^M 7909 L 

^^H 7914 L SOT los. M lor. 

^^M 7SIS Lloe... tempisa. 

^^M 7919 L 

^^1 7923 Pris de M. 

^H 7924 L COI. M qu'il 



Et lea haubers deaos ronpua et desmailliés. 

7920 A. la force des bras et aa corans destriers 
Si sont entrecontré des fers et des aciers, 
[Si angoisseuaement por els miei: embroier] 
Que ronpeiit lea aoaceinglea et fausent li poitrier. 
Que très parmi les crupes des auferrans destriers 

79'^5 Se sont entrabatu li vallant chevalier, 

Et molt en faut petit k'i n'ont lea co[l]9 brisiés ; 
Mais cascuns fu vasax et de corage fier. 
Isnelefflent et tost résout venu en pies 




LES QUATRE FILS AYMON l83 

Et traient lor espées li vallant chevalier, 
7930 Que sont andai au caple li bon baron prisié. 

Ja i auera dolor, se Dex n'en prent pitié. 

Oies de lor oevas com il ont esploitié : 

Quant voient lor segnor ensi for[t] gramoier, 

Li uns cort sore l'autre com soient esragié ; 
7935 II se mordent as dens et s'esgratent as pies. 

Autresi se conbatent comme dui chevalier. 

Quant li Danois le voit, à poi n*est enragiés ; 

De Broiefort dota, car Baiart fu plus fiers. 

11 a traite Certain k'il li voloit aidier ; 
7940 Vers Baiart est venus, durement aïriés 

Et Renaus li escrie : « Que vels tu faire, Ogier ? 

Laisse Ie[8] .ii. cevax ensamble esbanoier. 

Se vos voles bataille, à moi le commencies. » 

Il a traite Froberge dont li pons fu d'ormier, 
7945 Et vait ferir Ogier en son hiaume vergié 

Que les fiors et les piere[s] en a jus trebucié 

Et .CL. malles de son hauberc doblier ; 

De la car de la hance li a .i. poi trenoié ; 

Se li brans ne tornast el poing au chevalier, 
7950 Jamais li bons Danois n'eiist à hom mestier. 

Tôt contre val le hance est li brans glaçoiés, 

Les espérons à or li a andeus tranciés ; 

Jusqu'à heut est li brans en la terre ficiés ; 

Et Renaus li escrie : « Deçà vos ai toucié ; 

a » 

7955 Vo hauberc et vo haume vos ai bien enpirié. 
M 210 Plus aves la car blance que nois sor le ramier. 

C'est costume as Danois, car sovent sunt baignié. » 
Qant Ogiers Ta veii, prist soi à enragier 
Et tint traite Certaine, le brant trenchant d'acier. 
7960 « Ahi ! Certain, fait il, molt vos oï prisier ; 
En tante f[i]ere coite m*aves eii mestier, 

7933 L for. 

7943 Lie 

7046 L piere. 

7947 L Et .G. et .l malles. 

7956 M que n'est flour en esté. 

7961 L fere. 



104 LES QUATRE FILS AYMON 

Et mai[iit] vice baroo aves descevauoié. 
Ens el perron à Aia te as jo essaier. 
Rollana i feri primes et li cueus Oliviers 

7965 Et je feri après, s'en trençai demi-piê. 
Iluec vos brisai jo, le cuer en ai irié. 
Por vostre grant bonté l'os fia je apointier, 
Por cou aves non corte, ne! vos quiere à noicr. 
S'or ne prenes venjance del gloton renoié, 

7970 Jamais jor ne pendras à flanc de ciievalier. > 
Lors enbraee l'eceu li bons Danois Ogiers, 
E vait ferir Renaut desos l'iaume vergié 
Que les flors et les pierres en a jus envoie 
Et .Cf.. raalles de son haubero doblier ; 

7975 Durement l'a navré de son flanc seneatrier. 
Li dus Renaus cancele, à poi que il ne ciet, 
Et Ogiers li escrie : i Or vos ai repaie. 
Des coa aomes ingal, voles recommencier? i 
a Oïl, ce dist Renaus, tos en sui aesiiis. 

7980 Plus désir la batalle que boJvre ne mangier. i 
Or revienent ensanble au fer et à l'acier, 
Et ne remansist mie sans [nul] d'els damagier, 
Qant i vint à poignant, parmi le sabloniar, 
Aallars li cortois et Guiuhars li prisiés. ^Ê 

7985 CJant li Danois les vit, n'ot cure de largier ; H 
Il saut en Bi'oiefort, son bon corant destrier. ^| 
Venus est en Dordone, ens maintenant se fert. 
Molt est Renaus dolana, ki lance son espié ; 
Merci nostre Seignor, ne l'a mie tocié. 

7990 [Vautre part la riv[ijere dascendî el gravier. 
Li dus Renaus l'apele, molt Ta contralié. 
• Ogier, ce dist Renaus, molt saves bien pescier. 
Molt vos doi Cbarlemaignes et amer et prtsier, 
M211 Car à plenté li doues poisson à son mangier, 

7995 Se vo» aves meauisc, s'en faites bon marcié. t 
Ogiers fu molt doleiis, qant s'ot oontralier; 
Mais n'avoit point de sele en son corant destrier. 

1HS2 L mait. 

1982 L ul. M un d'eua. Afaniiie à B. 

79H0 Lrivere. 



LES QUATRE FILS AYMON lOO 

Deçà estoit remés où il se combaiie, 

Qant les ceingles roapîi'ent et il fu trebuciû. 

I 8000 El Renaus li eacrie, et dîst : ■ Danois Ogiar, 
Venes por vostre sele que vos m'aves laisié ; 
II est lait à tiaul. home sans sele cevaucîer, 
Et saciea bien ko molt vos cuidassa eujiirier ; 
Se nos fussons ensanble desi à l'anuitier, 

I 8005 Jamais ne veïsaies Cbarlemaigne au vis fier, 
Ki ça vos envùia à loi de pautonier. » 
« Renaut, diat IJ Daaoia, trop menés grant daugier ; 
Mais ore sacies bien, sans mot de mençoigriier, 
Se vostre agait ne fust, ke vos bien saviea, 
8010 A Charie voa rendisse ains k'i fust anuiLié. i 

t Danois, ce diat Renaus, bous fustes chevalier 
Ki paBsastes Dordone por mon cors essaier. 
Atenderies me vos sor Broi[e]fûrt le fier, _ 
Se je repas là outre, aor Baiart mon destrier ï 

I 8015 <c Oïl, dist li Danois, si me puiat Dex aidier. 
Par foi, ce dist Ogiers, se vos çou feïasies, 
Adont diroie jo que fuasiea chevaliers, s 
Et Renaua pointetbroce l!taiarl, aon bon destrier. 
Ferir ae volt en l'eve, le confanon laoié, 

I 8O20 Qant Âllars et Guicbars le reaauent aiier ; 

L'uns le tint par le resne, l'autre par le musel. 
<t Avois, font il, Renaut, trop estea marvoiés. 
Certes ki bien voa fait, il a mal euploié. 
Se DeiL ne fust et il, noa fusaous eugignié. 
)25 Jtt li soeors Maugi ne vos eiist mesiier. 

Laiaaies Ogier ester k'il est bona ohevaliers. 
Unquea loieidrea de lui ne monta sor destrier, m 
Atant ea [vos] Maugi» ki lor eat aprociéa 
Et a dit à barons : i Qu'aves vos, uhevalier ? » 
)30 « Cousin, jel vos lUrai, dist Renaus, li plua f[i]ei-3. 



8013 L Broie fort. 

EKtl6 L M Ogiers. B li Danois. Miekelant se 
mire d'attribuer ce vers à Renaud. 
SOIS L lacié. B baissié. M et ou parfont gra 

i Llor. B M V0U9. 

L fera. B che diat Renaus Li ëci's. M a 



50 LES QUATRE FILS ATUON 

Li Danois me requiert que je passe le biés, 
M 212 Et il m'i atandra sor son coraiit destrier ; 
A moi se combatra au fer et à l'acier, 
Dont ma donra le pris des barons clievaliers. 

8035 Mais Guîohars De me laise, ne Aallars li fier. » 
« Sire, ae dist Maugis, une rien bien sacies, 
Guichars ameroît toials jueae dame à baiaier 
K'il ne feroit joster [encontre] chevalier. 
Par saint Denis de France, vos passeras le blés. 

8040 Desi au tref le roi mar laiaeres Ogier, 

Se li Danois ra'escape, molt en serai iriés. » 
Qant Aallars l'entent, molt en est aïriés, 
Et dist: « Cosins Maugis, ne nos oontralies. 
Vos estes de ma jeste, fils mon oncle le fier, 

8045 Kt Ogiers li Dano[i]s, fils m'antain, par mon ciel. 
Mais par îcel apostre k.ô l'on à Rome quiert, 
Il n'a en tote France ai vallant chevalier 
Que s'il pase Dordone por aaaiir Ogier, 
C'a mon tre[n]çant espiel ja ne li voise aidier, 

8050 Fors sol Reaaut mon frère, ke je n'os corooier. 
Laiaaie[s] ester le conte, k'il nos aja aidié. n 
c Danois, dist Â.alJara, aies à Deu del ciel. 
Deu merci et la vostre, vos nos aves aidié. > 
a Renaut, dist Aallars, laisaies en pais Ogier. 

8055 Manbre vos de Richart ki ariere est iaissiés, 
Lassus en celé roce, dolere^ujs et plaies. 
Ne sai se il est mors, car mal ert aeisiés. > 
« Far ma foi, dist Renaus, bien fait à otroier. > 
■ Renaus, li flx Aymon, dist Ogiers li Danois, 

8060 Desconfis nos aves, vos et cil de Yauçoia ; 

Mais par icel segnor ki haut siet et loîng voit, 
Nos revendrons sor vos à aï rioes conrois. 
Par le mien ensiant, que ja preu D'i aurois, 



1 



8038 L contre un cbevalier 

sots L Danos. 

Bl)i9 L Car mon Irecant. 

Wbi L Laissler. 

8056 L dotarens. M doulerc 

8063 L mient 



M à 



LES QUATRE FILS AYMON 187 

En milieu de vo terre prendrons [nos] vos avoirs ; 

8065 Ja ne seres si fors ke vos nos requerois. » 
a Or manecies soef, dist Renaus li cortois, 
Que nos avons castias, tes .iiii. ou tex .m., 
Où nos vos atendrons et Charle vostre roi, 
Se il en est mestiers, plus de .xiui. mois. 
M 213 8070 Ains que vos les aies, ara caut li plus frois. 
En iceste contrée cort point vostre bofois. 
Comment que il en prene, vostres est li sordois. 
Fouque de Morellon poes porter le roi ; 
De moie part li dites que jo ço li envoi. 

8075 N'ira mais en batalle ne en cembel des mois. » 
Et respondi Ogiers : c Certes, ce poise moi. )) 

Atant s*en vait Ogiers, si remest la tençons, 
Et vint à Monbendel où ert li très Charlon. 
Là descendi Ogiers devant son pavellon. 

8080 Molt se contint li bers et dolans et enbron. 
Atant i est venus Tempereres Charlon, 
Oliviers de Viane et Rollans au cief Mont, 
Salemons de Bretaigne, Estols li fix Odon, 
Ri cars de Normendie, li Baiviers Ydelon, 

8085 Et dist li uns à Tautre : « Caitis, quel le ferons, 
Qant anoui verons pendre Renaut, [le] ôl Aymon, 
Et AUart et Guichart et Richart le mener ? 
Cosin somes germain, près nos apertenon. 
Se nos les laissons pendre, jamais honor n'aron.» 

8090 a Ogier, dist Temperere, où sunt li fil Aymon? 
Aves les vos ocis, ou jes auerai prison? » 

8064 L prendrons vo3 avoirs. M nous nos arois. 

8066 L mavecis. M menachiez. 

8067 M castiaux... tex... tex. 

8071 M dont poi. 

8072 M Gomment que le plet aille, vostre en est li sordois. 

8073 M Moreillon. 

8074 M itel li. 

808J M Atant es vous venir Tempereor. 
. 8084 M Huidelon. 

8086 M verron pendre Renaut le. LU fil. 

8087 M Guichardin. 
8089 M Joie n'aron. 



SB LES QUATHB FILS AYMON 

Il Sire, tp diat Ogiers, baisies voetre raison. 

Ce ne sont mie lièvre k fuir par sablon ; 

Ains sont bou chevalier, nul m[e]llor ne aavon, 
8095 Voirement Ie[s] trovamea es plains de [Valcolor] 

Desor les mul anblaiis, as mantiaus verinellon. 

Bien vos tint covenent li ricea roia Yon ; 

Mais lor mules cangierent por destriers aragon, 

Si orent bons escns et eapiés à fuiaon. 
8100 Premerains i fu mors Fouquea de Morellon ; 

Son oeva] enmena Henaus, li âi Aimon. 

Richars i fust ocis, li mendrea fix A.ymon. 

Tuit fussent mort li autre et mené en priaon, 
8105 Quant i sorvint Maugis aor Baiartraragon, 

A ,ï.M. Gascons et fiers et org[u]ello3. 

Malement nos menèrent ; tos desconfia nos ont. i 
M 314 ■ Eslt] çou voirs, dist H rois, que eacapé me soni 

« Oïl, ce dist Ogiers, par la vertu dal mont. i> 
8110 Qant Charles l'anteodi, si enbronça le front. 

• Hé Dex! ce dist li roia, biax père gloriua. 

Coin parsui or dolaus de ces mauvais glotons ! 

Cerlea se je[8] teaise, nés tenaaat tos li mous, 

Ke il ne fusent ars et brui en carbon. n 
8115 < Sire, ce dist Ogiers, par De[u] qui tos nos flst, 

Desi à une roce menâmes les caitis. 

Là fuat Richars, li mandrea, tôt maintenant ocis ; 

Treatuit fuaaent li autre et retenu et pris, 

Qant à .ï.u. Gascons le[3] aocorut Maugia, 
8120 Sor Baiarl l'aragon ki tant [est] aegnoris. •> 

M094 M hardis comme lion. L mUor. 

8095 L la. ValençomM les Irouvasmaz as plains de Vaucoulour. M. 
Jordan avait proposé d'écrire Valcolor au heu de Valençon. CeUe cor. 
lion est donc justifiée. 

3102 Lmenans. 

81(16 Lorgellos. 

81(18 L Ea çou t 

8113 L je. M 36 

8115 L Dei. — ) 

8119 Lie, 

8120 L Unt aegnopia. M Saur Baiart li 






■ 



LÉS QÙATHE FILS AYMO^ 189 

« Voire, dist Charleraaignes, de Deu soit il maudis. 

Plas dout jo le laron ke home ki soit vis. 

S*or avoie Renaut dedans ma prison mis 

Et Âalart Tainé et Quichart autresi, 
8125 Si Teiisse sor Sains et juré et plevi 

Ke jo les garderoie desi à le matin, 

Si les aroit enblés ains mienuit Ma[ugis]. 

Par Deu le glorius ki pardon fist Longis, 

For cou le hé jo plus ke home ki soit vis, 
8130 Et je pri Damel Peu ki en la crois fu mis, 

K'i me face saisi del fel cuvers Maugis. 

Ne seroie si liés por le trésor Davi. >» 

Mais por noient le dit Charles o le f[i]er vis, 

Que tenir le pora ains demain miedi. 
8135 « Sire, ce dit Ogiers, par Deu le vos plevis ; 

Itel cop me dona Renaus enmi le pis 

Que le coing de mon hiaume fist elsablon ferir. 

Por coi en mentiroie ? Je m'en sui afuïs. 

Sire, drois emperere, par verte le vos di : 
8140 De .III. M. chevaliers ke je menai tos vis. 

N'en ramenai .xl. ; tôt sunt et mort et pris, 

[Dont je sui molt dolens, mais les ravoir ne puis. »] 

« Ogier, ce dist Rollans, vos estes molt hardis ; 

Vos n'aves compaignon ki miels sace fuir. 
8145 Jamais par cel apostre que quierent pèlerin, 

Si mauvais [cerf] coart de mère ne nasqui. 
M 215 Unques de Danemarce ne vi prodome issir. 

Fix à putain, coars, mauvais sers acatis, 

Par .1111. deniers Tan estes aculvertis, 
8150 En une grande borse seront li denier mis, 

Au col d'une levriere et lié et assis. 

François doivent le cien bien batre et bien ferir, 

8127 L Magis. 

8132 M ajoute : Que il in*a moult pené et trayeillié toudis. 

8133 L fers. M fier. 

8134 M ains que pasi le tiers dis. 
8142 Sic M; manque à L. 

8146 L cef . M cerf. 
8148 M racatis. 



.90 I.ËS QUATRE flLS AYMON 

Tiintk'i vegne as p|^i]âs Gharle : ilu[e]c doit il garii 
Vos avea Charlomaigna, voatre sagnor, traï, 

8155 Certes, ae volsisîea, il fussent pieça pria, 

Car vos les eaparnaates, car il sunt voatre ami. 
Pel soitli emperere, ki France a à ballir, 
S'il ne ¥08 fait ardoir et les menbroa tolir. » 
Com Ogiers l'entendi, si est en pies salis. 

SICO m Rollant, vos i mentes, par Deu ki tos uoâ flat. 
Sire, ves ci mon gage por conbatre vers li, 
Ke jo ne sui culvera acatés ne conquis. 
Onqiiea li mietis linage àçou ne ae tramist, 
Ains aui de mieua de France et de meloi's amia 

8166 Ke Rollana voatre niés ki tant m'a ahati. 
Gerara de lîoaaellon, mes onciea, me nori, 
Et dans Doa de Nantuel ki tant est aegnoris ; 
Li diia Bues d' Aigrement [iert mes oncle autreai]. 
Cil .111. furent rai oncle ki ra'ont soef nori . 

8170 Vivians d'Aigrement fu me [a] prociens ooains. 
Si est de mon lignage Tarcevesque Torpins, 
Richais de Norniendi[e] o le grenon flori, 
[Et Ajmee de Dordonne iert mon oncle autreai] , 
Renaua, li fix Aj'mon, Aallars [ii jentis] 

8175 Et Quichara etRicliara, li pre[u] et li hardi 
[Sunt mi cosin proçain, de verte le vos di] . 
Rollant, vostre linage, fetea le moi venir. 
Par saint Dénia de France à cui vuel obéir, 
Bien me ferai vers vos loial à rescremir. d 



8153 Lp6s... iluc, Mpiei...iluec. 




S15S M »o cousin. 




8162 M cuvart ne en char ne en cuir. Melz co. 


meL. 


8168 Sic M. L. Ki tant est sanoris. B qui ob ! 


poil flauri. 


8169 M qua jo tous ai nommé cbi. Melz ; que 


os rendirent 


8170 Michslanl lit Unnaus <iui fait le vin fa 


j;. A B Mel 


d'Aigremonl. M Viïîen ds Monhranc. 




8172 L Nopmendi. 




8173 M ajoute ce vers. 




Sm Sic U.lBaalreBi. 




8175 L pra. M. preus. 




8176 M ajoute ee vers, Sîel: : En toU Franco n 


a baclielors 


Sm M Melz : vaïr. B où sont li Toalre car le 


meï {sic) nom 



I 




Les quatre fils ayuon 



8180 Comme Rollans l'entent, 1sb< 
ils 



cuide n 

uide ferir. 



Vers Ogier s avança, si l 
Quant Ogiera l'a veû, encontre lui sali. 
Charles voit ses barons l'un à l'autre aliatir, 
Durement l'en pesa, ne vos en quier mentir. 
8185 Entr'eh aali Dus Naimes et li ouens Aimeris, 

Ydelon H Baivers et Estos li liardia. 
M 216 « Avois, font il, RoUant, qu'avea vos ent[re]tiri8 
Par mon oief, li afaires n'en ira mie enài. 
Ogiers n'est mie encore itant en aval mis 
8190 Que vos le doies batre ne touoier ne ferir. 
Ancui aeroit li plaia à grant mal revertia, 
Se il ne ramanoit [lor Ciiarle de Paris. 
Ogiera eat molt prodom et chevaliers eslis. 
Onquea en boq linage traïaon ne nasqui ; 
8]!)5 Ains eat li plus poiaans de France le païa. " 

* Biaua nias, diatCharlesmaignus, or le laiales e 
DeBique à demain que jo t'aiierat enquia, 
Etaejo puis savoir, apreridre ne oïr 
Ke Ogiers ait vers moi mal plait fait et baati, 
8200 Par aaint Dénia de France, bien li sera meri. 
Tôt li avoir del mont nel poroit garandir, 
Ke ne face del cora et dea menbres honir. » 
a Sire, ce dist Ogiera, par bone foi l'otri; 
Mais il n'a home en France si preu ne si hardi, 



I 



8205 S'ima voloit prover ^ 


;iue ja vos ai tr 


aï, 




Que jo ne me comba 


[t]6 aubonbranc a» 


jerin. 


Ja VOIP ne mentirai d 


açou que jou i 


âa. 




Se le voliea entendre. 


ja vos seroit j 


ehi. 




Qant je ving à la roce 


1 où il furent ac 


.upria 




8210 lln'estoientque .un. 


et nos estions 


mil. 




8181 B s-adrecha. 








818a B M vari l'outra. 








8187 Sic B M. L eut en pris. M Mnli : Lrop sves bi 


ilrepri: 




8189 B issi entre pi«3 mis. H alm 


li abastflrdi. MeU 


: ; del tôt si ab( 


8202 M Tergonder et honnir. 








8206 L combace. M ; combate au 


branc d'ochier ti 


ersli. 




8207 Dans jou i rsl exponctué; c 


■■est san$ doute u gu'il 


voulait 



LES QUATRE FILS AYMON 



NeJD 
Ancoii 



s Ion 



e irai 



Sie 



Qu. 
8220 Jam 



a iiriera, ses laïaai oonvenir ; 
igardai le duel ilo me [s] proçciins cousin 
Or vos ai reconté tôt çou que jou i fia, 
) Mais par le foi que doi monsegiior saint Deni 
Se jou jamaÏB veoie où fusent entrop[r]ia, 
Se jou .c. fois l'avoie et juré et plevi, 
Jo ne lairoie mie, por la teste à tolir, 

jou ne lor aiJase ; par verte le vo di. 
is ne lor faudrai, por tant que soie via 
Aina aiderai Renaut à dis .m. fervcstia. 
Bien me doit tôt li mons et blâmer et honnii 
Qant onquea me[8] neveus à tel besoin fall. 
Mais par ioe seignor ki de mor auraxi, 
M 217 8225 A mes couains germains ne faudrai mais 
Trop s'est ore RoUans, vostra niés, aatis 
Dea cola de ia batalle contre moi à ferir. 
Maiss'i veoit Renaut sor Baiartl'arabi, 
S'eiiat l'eapée traite, l'eacu devant son pia, 
8230 Certes, ne l'alendroit por tôt l'or que Dex f 
Comme Rollana l'oï, s'en fu ongramoïs. 
(1 Ogiep, ce diat Rollans, trop estes de granl 
Trop le metes avant, trop le faites hardi. 
Mais je pri cel Segnor ki de Virgene naski, 
8235 K'i le me laiat trover sor Baiart l'arabi. 
Tôt ensi atorné que vos aves dit ci. » 
Si fera il sans fal, ja n'en sera desdis. 
Unques nuls prolere si bien n'en averti, 

821ii Ldesme. 

S211 M je conté tout chen que je en Sa. 

8216 L. antrepÎB. 

S219 H ctien sauMeï, tous delD. 

SÎÎ2 M le monde et Llasmer et laidir. 

8223 L me. 

8224 M qui de vierge nasqui. 
8227 M s'il. 



i M si 



a fu a 



S2IJ4 M répéle qui de vierge UBsqui. VIrgen 
8239 M aferi. 



pour Tirgine doil être lu 



d 



LES QUATRE FILS AYMON lil 

Car il l'enconterra ains demain miedi, 
8240 Adoubé ricement sor liaiHrt l'arabi. 

Or lairona de Roliant et d"Ogier le hardi, 
Si dirons de Kenitut ki ot le cuev mari 
Por Ric[hart] , son lioii frei'e, ki lant est malbailli. 
« Helast çoii dist Rt;iiaus, ke iioroiiH devenir, 
8245 Qant ai perdu mon frère et mou melior ami? ■ 
Aallars et Guichars le plorent autresi ; 
Por Ric[tiarll firent duel li ulievalier hardi. 
Segnor, or faites pais, por Deu le glorios. 
S'oea bone cançon, onc n'oïstes melior. 
S250 Durement se démente Ratiaus, li âx A^mon, 
Bttuit li autre frère deroainent grant dolor 
Por Richart le menor dont [il suiit en] trislor. 
« Abi ! pei-e de glore, diatHenaus, i]ue ferons ? 
Uui main estîens .iiti., tôt chevaliers baron, 
8255 D'un père et d'une mère et d'une nascion, 
Or ne somme ijue .tu., ne nos pris .i. boton. 
Certes or n'aurai [je jamais] joie à nuljor. o 
Dont se pâma Renaus à molt très grant dolor. 
Ataot i vint Ma[u]gia, li nobile baron, 
8260 Ki aiat sor Broieguerre, sou destrier aragon. 
Fors Baiart le Renaut, n'avoit melior el mont; 
Et tenoit en sa mai[n] d'une lance .i, tronçon. 
M 218 Molt a'eatoit combatus aa gaés aoz BalenQon. 
Comme il vit [i]es frères démener tel dolor, 
8265 laiielement départ la preaae sans demor. 
Venus est à Richart ki jut sor le perron, 
Le bon vasal navré, dont il est grant dolor. 

8240 M et d'armez bien yarni. 
8243 L Rider. 

8251 L msnent grant. U il aunl en trisLor, U dont sont en gr 
frichon, L subil i'inipressUm tiu vers précédent, 

__8857 1. Certes or n'aurai joie à nul jor. M or n'aroi je jainei joie : 
'. B manque. 
~9 L Magis. 
B H BrDtegrise son destrier misaudour. 
(«ses L mai. 

i. M Et quant il vit aa. 




194 LES QUATRE PILS AYMON 

Laboele ot freinée sor l'ermiD peliçon. 
Par la, plaie li [)er[t] le foie et le poumon. 

8270 Ses plaies a tantées entor et eûviron. 

Puis en vint à Renaut, si Va. mis à raison. 

n Entendes moi, fait il, jantis ûx à baron. 

Vos estes mi cosin, près nos apartenon , 

L'uns ne doit faillir l'autre por or ne por mangon. 

8375 Por vos ai sofeit paiae et traval et labor. 

Plm me het Charleraaignes que ne fait nul de vos. 
L'autr" ier ocisl mon père, dont au cuer ai dolop. 
Renaut, ce fu vostre oncle, si fu por vostre amor. 
â'or endroit m'aûes devant tos ces barons 

8280 Qu'anuit en ceste nuit irons al tré Charlon 
Et requeiTona le roi dedans son pavellon 
Et ferrons de nos lances se as oela le veons, 
Je vos rendrai Riuhart sain et sau[f] ains .iir. jor[B], 
Armé sor son ceval, séant dejoste vos. i 

8285 Qant Renaus l'a oï, forment en fu joios ; 
À Maugis a baisié et pies et esporons. 
n Cosin, ce dist Renaus, se çou me fasJes vos, 
Que jo mon frère eijsce tôt sain et en vigor, 
Totes vos volentoa feroie sans demor. » 

8290 B Oïl, ce dist Maugis, por voir le vos diaon. 

Tôt sain le vos rendrai, sans mal et sans iangor. n 
Maugis ot pris blanc vin k'il ot mis em ver bos ; 
Les plaies li lava environ et entor; 
Le sanc vermeil en oste et le trancié braon ; 
8295 Puis prist .[, oigement k'il avoit mervellos, 
As plaies li toça environ et entor; 
Balient et rejoignent maintenant sans demor : 
Puis li ovie les dens à un cotel raont, 



8269 L per. 

82 75-8278 Ce passage est Irèi 

mort de Loois était imputée 

8277 L B L'Eutrier, M L'su 

S234 L armés. B M armé. 



LES QUATRE FILS AVMON 1 

SI cor li avala d'une mainte puîsoQ. 
M 219 830O Si toBt oomms Riuhars en senti la flairor. 
Il estsalia en pies, com s'il n'eiist dolor. 
A haute vois s'escrie Ricliars, li fix Aj'mon : 
i> Biax sire, où est Ogtera, il et ai coiupaigiion ? > 
H Frera, ce dist Renan^, deaconfis les avons, 
8305 Dau merci et Maugis ki nos flsl le aooors ; 
Rendu ï08 [a] le vie, ne aolas en friçon. 
Plus devons nos amer Maugja, le bon larou. 
Que en trestot le monde amis rgue oos aJon. >y 
« Maugis, ce ilist Etenaus, entendes envers no9. 
8310 Forment me dueit la cuiae, pai' deaor le ganol ; 
Pop amor Deu, biau aire, doues moi gariaon. w 
■ Se li loiers m'agrée, dit Maugia le laron, 
ToBt vos arai gari et Guichart le baron, 
El Allart en l'espalle dont il a grant dolor. « 
8315 Lea plaiea lor lava environ et entor ; 

L'ongeinenl i atoce, ki valt lot l'or del moût. 
Maintenant sont plua aaiu ke ne soient poisson. 
Il on[tJ baisié Maugi[s] le vis et le menton, 
Et font monter Richarl sor .i. raul ambleor ; 
8320 Baut et liet et joiant a'entornerent à tôt. 
Uns meaages a'entorne à coite d'esporon, 
Besi au Montalban n'i ot arestiaon. 
Roi Yon i trova, si l'a mis àraison. 
« Sire, roia de Gaseoigne, raervelles vos diron, 
8325 Ja repaire Renaus des plains de Vauiïobr, 
Et Guiohars et Richars et Aallars li blons. 
^H Tuit en sont escapê, kl n'o[n]t mai ne dolor. ii 

^H « Helaa I ce dist li roia, caitif, quel le feron ï 

^^K Dont ne troverent pas Foucon de Morelon, 

^HSSSO Ne Ogierle Danois ne Fauo de UoDJançon, 
^^H Na le ooDte Guimart, à tôt .u. compaignan 7 • 



3 L Tosle. 
8318 L on... Uaugi. Ces 
noter. Cf. 8343, 8368, 
8327 L n'ot. 
83S9 L pai. 



•régime. Je le corrije ici pouf a\ 



lyO LES QUATRE FILS AYMON 

H Si furent, psr mon oief ; cil i furent trestot. 
Molt i furent deatroît li .un. fil Âimon 
Et plaie et navré et forment anguisaos. 

8335 Ja nus n'en fu iteators por nul avoir del mont, 
Se par Maugis ne fuat ki ior fist gent hococs 
Là i fu premiers mors Pouques Aa Morellon, 
Il et Giiimars li cuens et Fauo de Monjançon. 
M 220 Et que ferole ci plus lonje acoattisonî 

8340 Tait llrcnt desconfit, François et Bergoignoii, 
Bt Flamenc et En^-loia et Noimant et Breton, 
Ne Ogiers li Danois s'enfui à bandoo, b 
K Alii! las doleroï, ce dist li rois Yen, 
Se je atan Renaut, le nobile baron, 

8345 Ne Aallart l'ainé ne Riubart le meiior, 

Ne Guiohart le coi'tois ne Maugi le laroii, 
Bienaai k'i m'ociront, ja n'aurai garison ; 
Ne me garra castîaus, fremetéa ne donjon 
Certes ee sera drois, n'i aura mesprison, 

8K0 Bien m'orent encanté Pilale[s] elNoiron, 
Qant por paor de raor traï itex barons, 
Âhi I seror Clarise, hui départirons nos. 
Jamais ne me veres ne je ne verai vos. 
Hui vos guerpi Qaacoigne, jamais n'ienterron. n 

8355 Puis escrie aes homes, hautement, à cler ton: 
lanelement, Ior diat, montes à eaperon ; 
Ne vestes paahaubera ue voa hiaumea reons. 
Ne ceigniea voa eapéea àaenestres gierong, 
Ne menés palefrois ne mules aragona, 

8360 Mais bona cevaus corana, le* melena que avons. 
Se ce vient au besoing, que bien fuir puisaon. 
El boa de la Serpente prendrons herberoison, 
A une gratit abeie del cora aaînt Laseron ; 
Moines i a prodomea, de grant relegion. 



8337-8338 lia fallu plus 
tioH de la tnorl de Guiniara 
8350 LPlIfltB. M PilalBi 
8352 M aarica. B Clarias 
8360 B meillorB, 
836a-83e8 M du cors saint 



cuniplÉtei- le t 



LES QUATRE FILS AYMON 197 

8365 Se là poomes traire, jo cuit que gariron. 

Là prendrons [nos] TabiCt] et moine deven[dr]on. 

Jo conois tant Renaut et Aallart le blont 

Et Richart et Guichart et Maugi le laron, 

Pais que nos serons moine, ne nos regarderon. » 
8370 Et il li respondirent : « Vostre commaut feront. » 

Illuec ot une espie ki Pinax avoit non ; 

Et oil estot de Frise ; .xv. pies ot de lonc, 

Et voloit contrefaire Maugis le fort laron. 

Unques li rois Yons ne dist nule raison 
8375 Que li glous n'escreïst dedens son caregnon. 
M 221 De Montauben issi par le porte Foucon ; 

Le bois de la Serpente traversa à bandon 

Et encontra les frères à gués de Balençon ; 

Relient lor navrési départent lor prison. 
8380 Li leres les encline les la coste d*un mont. 

A Monbendel en vint où fu lirois Charlon. 

Rollant, le neveu Charle, en apele par non . 

a Sire, çou dist Pinax, entendes ma raison. 

Jo vos dirai tel cose où nos gaaigneron. 
8385 Li rois Yon s*enfuità coite d'esperon, 

Et sont tuit desarmé sor les cevax gascons . 

Au bois de la Ser[p]ente prendront herbergison 

Dedens .i. abaie del cors saint Lazeron ; 

Moines i a prodomes de grant religion. 
8390 Là prendront il TabiCt] et moine de venront. » 

a Par mon clef, dist Rollans, et nos les conquerron. 

Jo lor métrai devant .iiii.m. compaignon. 

Ancui en vengerai Renaut, le fil Aymon. 

8366 L,prendronsrabie....devenon. MpiMjndronnousabit.... derendron. 
8369 M Ja d'eus garde n'aron. 

837 1 B Pinars. M Maupin. A Pinaut. 

8372 LM Frise; B France ; B .x. pies. 
8375 M escrisist. 

8379 Traits caractéristiques. Cf. le pa'i.-iafje où les Français^ croyant 
que les Fils Aymon vont se rendre^ sont tiur le point de se disputer les 
prisonniers . 

8380 Meschive. — 8387 LSertente. 

8390 L Table. Mabit, 



LES QUATRE FILB AYMON 



3'i n'a 


at anoui pei 


dus, ja n'ai m'arme pardon 


8395 Unquea en mon v 


vant n'amai jor traïaon ; 


Orne 


commence 


rai, se Dieu plaiat et son non 


« Sire 


ce dist Pi 


as, entendes ma raison. 


Au bo 


a (le la Serp 


ente, dejoate Balençon, 


Poroi 


ja encontrer Reiiaut, la fil Aimou, 


8400 Et IQu 


icbardiD] 8 


n frère et Aallart le blont 


Et Rie 


hart le men 


or et Maugis le laron. 


Helien 


t lor navrés 


, départent lor prison. 



Tuit sont sain et haitié, il a'i ont se bien non. » 
n Par mon cief, dist Rollans, ge te fera[i] baa[t] dai 

8405 Tôt l'or de mes escrins te métrai à bandon. ■ 
Olivier en apele, son vallant compaiguon. 
(. Vos i venres ausi, H Baivier Ydelon, 
Ria[hart] de Normendie, Esr.ous, U fix Odon . 
Ogierde Danemarce, pa[r] n[on| vos somounona, 

8410 Aies vos adober, car nos voa somonon. 

Si ve['ra[ij la proece Renaut, le fll Aymon. 
iiiii.M, enmenrona o nos de bons bamns. ■ 
Et cil li reapondirent : u Volentiers le feron. » 
M 232 Lor se aont adoubé sans nul arestison. 

8415 11 vestent les haubers, lacent biamnas reons, 
Et çaigiierjt lor espées à seneatrea gierona, 
Et montent ea oevaua auferrans et gascons. 
Et li leres les guîe lea l'eve de [Djordon. 

8306 Solavd eet la laj/avti même; dane aa jeune ardeur, sans te deman- 
der ce qu'en pSJMeM «on onde, il décide de châtier te Iratln. Par respect 
du devoir envers son suzerain et des liens de jamille, Renaud se riioudra A 
saitver le Toi l'on, fiais il ne ^'y résoudra g"' aprèt mûre riftexion, et il 
tiendra à donner Us raisons de sa conduite. L'opposition des deux tarac- 
tirea héroïques est très heureusement marquée. 

gteO L El Guichart, vers faux. M Guichardin. ' 

8W L fera., haa. 

8408 L Ricier. 

8409 L pas ne vos somounons. B noua tous en aemonnona. M par 



8410 B car nous tous i mcnrona. M jnan'/ue. 



J 



LES QUATRE FILS AYMON 199 

Le paÏ8 vont ardant entor et environ ; 

8420 Le bois de la Serpente traversent à bandon. 

Li rois Yons de Gascoigne, il et si compaignon, 
Erent en Tabeie venu par contençon. 
Parlé ot à Tabé, pris ot le caperon ; 
Mounes est devenus), à Deu maleïçon, 

Si t^Gw inolt tost s'en fui, ou il vosist ou non. 
Estes vos Olivier et Reliant le baron ; 
El moustier s*en entrèrent et tuit si compaignon. 
Li abes vint encontre et li prier selonc 
Et trestos li convens cantent lor orison^ 

8430 Et dient à RoUant : a Sire, que queres vos ? » 
« Nos querons, dist RoUans, le mal vais traiter 
Que vos aves çà ens, le roi Yen gascon. 
Ancui li lacerai el col le caenon. » 
« Sire, ce dist li abes, baisies vostre raison. 

8435 Li rois est nostre moines^ s'a pris le caperon. 
Envers trestot le monde garandir le devons. » 
Quant RoUans ot l'abé ki II dist tel raison. 
Par le froc Ta saisi et par le caperon ; 
Oliviers, le prier ki estoit par selonc ; 

8440 II le bota et hurte si forment au peron 

Que il li âst voler andeus les oels del front. 

« Or tost, ce dist Rollans, tues moi ces glotons. » 

Qant li moune ont veû le grant destrution^ 

8419 L B M aidant. Michelant gardant. 

8435 B manque. 

8442 Ce passage paraîtra peut-être confirmer en partie V opinion de 
Taine citée au commencement de r introduction : nVidée raisonnable de 
l'utile et du juste n'avait qu'une faible prise sur les hommes; à chaque 
instant l'explosion des instincts farouches venait déchirer le tissu régulier 
dans lequel toute Société tend à s'enfermer. » Mais il y a des circonstances 
attén/uantes : Vabhé a grand tort de donner asile au plus odieux des traîtres, 
de le déguiser en moine, V indignation des chevaliers est justifiée, leur tort 
est d'agir avec une brutalité inutile. Renaud à son tour va traiter aussi bru" 
ialement sa femme et ses enfants; mais ses frères qui en jugent plus froide- 
ment, n*hésitent pas à le corriger et il se conforme à leur conseil. Si vio- 
lenies que soient les âmes «Tidce raisonnable de l'utile et de jiistevygarde 
une prise suffisante. 



il kytaoa 
[ii|iereor Charloa ? 
mortel tfaïaoQ . 
auvaie ^uerredon, 



iOO LES QUATRE PILS AYMON 

En fuie sont tornë et aval et amont. 
8445 ftolUns vint en l'enotoiatra, Il niés au roi Charlon, 

S'espce en sa main destre, ki Durendiil ot non. 

Tant a [qjuis et ceruié k'il trova roi Yon 

Par {levant une image, gisant à orison ; 

Le froc avoit vestn, el clef le caperon ; 
8450 En an santier murmure, na aavoit o ne non. 

QantRollaaM l'a veii. bien conut le baron, 
M 223 Car il l'avoït veu avec le roi Charlon. 

Parmi le froc le prist et par le caperon. 

H Sire mounes, dist il, aaves vos [vo] liçon ? 
8455 Levés vos tost île ci, à Deu maleïçon. 

Trop aves ci esté, venes h roi Charlon ; 

Âncui vos fera pendre à guise de laron. 

Miiuvais rois et traites, où a 

Que vos deiistes renrlre 
8460 Certes, mar aooiutastes le 

Renaua en ert vengiés et Aalara li blona 
Et Ouichars et Ricbai's ki taiU ont bonrenon. » 
Atant le font monter sor un mui aragon, 
8435 Les poins li font lier et lea pies à bandon. 

Et li fisent bencier aniieua les oiela del front ; 
PitisJi fuQt enfi-emer el cief le caperon. 
El mulet l'ont assis trestot à reculons ; 
Paa de devers la coe li ont torné le front. 

8470 Unqites plus dolans hom ne sist mais en arçon, 
Sovant a regretd Renaut, le fil Ayraon 
Et A.allart son frera et Guichart le baron, 
Et Ricbart le menor, ki ot cuer de baron : 
■ Aïii 1 mar vos traï, nobile compaignon , 

8475 ÂDcui en aiierai je molt [majivaia guerredon. ii 
.xz, cbavaliers apele ki sont de sa maison. 

S445 B M s'en vint ou cloistre. 
S441 Lcuis. BM quis. 

8462 Cda n'est dit nvUe part ailUuri' et ite concorda jae avec la i 
deu jaita. 

8454 L sares vna li,-"n. U «oslre. B savez vous tos liijon. 

8475 L mivals. 

8476 B .X. M .IV. 



i non. 



LES QUATRB FILS AYMON 

■ Segnor, <:e diat 11 rois, ;ior lieu et por s 
iles â Moritalban, broçaiit ii es]ioroiis. 
Si me ilites Renaui et Aaiart le blont 
8480 K'il me vienne aocorre, k'il est me[*] ligei liom 
Et ne [irene pa[B] ganle ï tna grant taesprison ; 
Car s'il me laist destruire, à mal le tendra on. 
Si en ara reprooe, ce sai bien, sans purdon. 
Honte en anerontai oir ki simt mi neveçon. 
84SÔ Hla'i me puet secorre, que dame Dex li doiast, 
Si me fa<:s trenciet' et les pié.i elles [poinsi 
Kt la langue [esracier] dont dii^ )a traïson. x 
hit il li respondirânt : « Biau sire, non feron. s 
u Si feroi", dist li rois, parla vertu del mont. 
M 224 8490 Ja voit-iiiie c'aie fait, no le contrediront, 

Car trop sont preu ti conte, n'a si vallant el morit, 
U me venront socorre à (janque il porout, i> 
Lor parla Oliviers à Rollant le baron : 
« Dites, Hi[i'e] compains, (jiiele par[t] tornerons 7 
8405 [Par devera Monbeiidel|. ce dist li niés Charlon ; 
CevauceroDs serré des! à Monfaucon, 
llueques voirai pendre le rice roi Yon . 
Les forces sont levées, lâfeste contreraont 
Charles i cuida pendre Henaut, le fll Â.jman ; 
8500 Mais jes estrinerai de cest culvers félon, 
Par Coleneon tornes, si pases Baiençon ; 
Savoir se Dax donroit par sa beneïçon 
Que poï^ae encontrer Renaut, le fll Aymon, 
Et Aallart sou frère et Guioliart le baron 

issus El Richart le meaor et Maugis le laron. » 
Il Hé Dex I oe dist Ogiera, par ton saintime non, 



8480 Lma. 

8481 L pa. 

8485 B s'il. M Car s'il me paet conqaerre. 

8486 L mains. U et le pié et le poing. B et les puini. 
:ouper. G hors traire. B osraoliier. 

M Cai' pour chen que j'ai fet. 




Kide 



Si dire 
Si des 



LES QDATRB FILS AYMOî* 

]ort suscitas le cors saint Lazeron 
Et sauvas Daniel eo lafose au lion. 
Et gareais Jona^ el ventre [del] poison, 
8510 Doues hui, biaus doua sire, par vo beneïcon, 
Que Rollana puisL trover Renaut, le fil Aimon, 
Il m'a liiii molt laidi devan t la roi Charlon . » 
Orvûslairons ioidelrioe roi Yo]:, 

snaul.le fil au viel Ayraoïi. 
mtalbaa an vi[ii]rent li nobile baron ; 
tscend^iDt k tiere soz l« pin au peron. 
Devant lor vint Clarise à la clere façon, 
Avec lui si (loi fil Aymonet at Yon, 
Ki tant ae aont hurtê au mur et au perron, 
8520 Ne lor pert iols ne bouce, viaire ne menton 
Por l'amor de lor père dont fu la traïaon. 
Il vont baisier lor pore te pie et le talon, 
Et Renaua les enpaint del pié par tel iror, 
Por po! ne lor a fait voler lea lots del front. 
8525 Et la duçoiae vait tost baisier aon baron. 

t Dame, ce dist Renaus, fuie^ voa de aor nos. 
Aies k vostre frère, le mauvais traïtor. 
M225 Jamais à mon vivant n'arai à vos amor. 



I 

4 



Ne remest mie en I 
8530 Oreo ira^ â lui, à p 
N'enporteres del m 
Ânçois vos liverrai 
Gomme fems vénal 
Et mes enfatis pendi 
8535 Cl 



que perdu ne fuiaon. 

<n vallant un esporon. 

3S abandoneron ; 
[i] Aymonet et Yon, 
sont del linage au trdïtor félon, i 
« Sire, ea diat la dame, merci, por Deu amor. 
Sor Sains vos iar[er]ai orendroit à bandon, 

mfi L de, M du. 
K515 L virent. 

8511 M ajoute: Adobù de ses armes, aop lîaiart raragnn. Si «erro 
Rollans retendra le bacon. 

8513 M ajoule : Que Rollans en eninaine nioult dolent el embroi 

8527 5tc L U. B le vis et le menton. 

g&29 M pendu. 

8532 M et gascbon. — 8534 L pendra. 

B537 L jurai, H jurerai. B juenai. 



LES QUATRE FILS AYMON ' 

Que iiel 801 ne oïpar nule an[ono]ion, 

Aius en oi graiit dotuDoe [lot] porl'aviBion 
8540 Que avoia aotj^iâ, et vos dis par aiaor 

Ja soitore mes frerea, sel niesareoie don. 

Sire, ge n'i ai ^o[u]pes, |>ar Deii ki Ûsl le mont. 

Atant aeï pâmée la dame de doloi- ; 

8545 Parla maiti la dreç» UuiubarB, li flx Aj'iuoa. 

• Dame, oe dist Quiuliard, <|ite vos [dementes]vas 
La[i]sieâ dire Renaut son talent et son bon. 
Que vos estes no dame et bien le oonniaon, 
Mar vos esma(i]eres tant uorarae nos vivons; 

8550 Car se Renaus vos fant. nos vos serons baron. 
Trop vos troverona vair et hermins peliçons, 
Cevaus et palefrois et or an et niangons. n 
t Frère, ce disl Riohars, por Ueu, ear l'en prions. 
La dame n'i a eoupes, par Lieu et par ses noDS. 

85^ Se l'eujssiens creii, nos pies n'i portisson . 
Ci doivent bienparoirli liermin peliçon 
Et H vaire et 11 gris et li bon siglatoii, 
Li mul et li cevaiilont nos a fait le don. 
Ançoia nos vestoit ele que Renaut, son baron. 

8560 Or li devons aidier, oar il en est besoing. » 

Par foi, vos dites voir, dist Aallars li bloas. » 
Atant vont à Renaut, s\ l'ont mis à raison. 
( Sire, dist Aallars, ne soies si iros. 
N'estes pas li aines, par mon cief, de nos tos. 

8565 Nos [vos] prions por Dbu ki soufri pasioii, 
M 226 Et por icel sepucre que l'on va querre loing, 
Dont il resui'cita au lier jor, ce savon, 



8538 L anvertion. M ai 
85S9 L et B M tout. 
8540 M si voua dis. 
BS43 L oopaa M coupas 
8546 L eamsiea f/iH e> 
démente 9. 
g&47 L la aies 
8M9 L ssmaeres. 
8565 Sic B M. L nos pri 






LES QDATHB FILS AYMON 

[Que l'acorde soit faite orendroit devant noa] 



Den 



eClai 



ne durement amon, 
8570 [Car] ele n"i a co[u]|ie. de verte le savon. » 

H Sire, ce diat RenaTii", nos le vos otrion. 

Mon mautelent et m'ird volantiers li pardon, i 

Atant le va baisiep tôt devant ses barons. 

Adont i ot grant joie e! (lalais aontremont, 
8575 Puis demandèrent l'eve li chevalier baron ; 

Il orent à |»lenté pain et vin et p[o]i3on9 . 

Atant es voh venu les .xv, compaignona 

Que rois Yus i treraia[t] Renaut le lil Aymoc, 

8580 Que il le aocoruat por Deu et por aon non 

[Vers François orgueillos '|uel tiennent en p 
Il montent en la aale par les degrés amont ; 
Oiiik'i voient Renaut, treatuit au pié li vont. 
I Sire, Font il, merci, por la surrection 

8685 Doat Dex resurcita le cors aaint Lazeron. 
Ja enmaine Rollans le rice roi Yon, 
Les piéa ii a liés sor .i, mul ambleor. 
Or vos mande li roia et merci et aocors. 
Se vos oDijues l'amastes ne aa gente aeror, 

8590 Que vos le sonores, por Deu le glorios. 

Ne prenes mie garde à sa granfc mesprison. 
Car Jhesug fu traïa de [JJudas le félon, 
Pnia pardon» la mort, et Longis fist pardon 
Ki le feri el cors d'une lance à bandon. 

8595 Or vos mande li rois, et nos le vos disom, 
Se le poes secorre et mètre à garisora, 
Que li tranchies la teste, mar en aura pardon. 
Bien a mort deservie, bien oonoist 8a façon. » I 
I Dahaz ait, dist Allars, qu'en donroit .i. botoo ? 

8600 Bien doit avoir grant honte, morir à. deshonor. 

8568 Pris de M B, manque à L. B que l'acordancho soit. 

8570 L que.. . cape. M quar.,. coapes. 

8577 L pisons. B M poisson. 

8579 L tFemis. B U tramisL. 

S581 Sic M Manque â L B. 

859£ L gudaa , 



I 



LBS QUATRE FILS AYMON 205 

Et Rollans ait dahé el col et el menton 
Se il nel pent encui oom .i. autre larron. » 
Quant Renaus Ta oï, si enbronoha le front. 
Or fu si entrepris qu'il ne dit o ne non. 

8605 II regarde ses frères qui bon chevalier sunt^ 
M 227 Et plore tenrement des biaus oels de son front ; 

Car cuers ne puet mentir, quant ce vient au besoing. 
Une pièce pensa, puis dist comme preudom ; 
Jamais nus chevaliers ne dira tel raison. 

8610 « Segnor, ce dist Renaus, oies et entendes. 
Si porres ja oïr com fui deserités 
Et de la douce France partis et desevrés. 
Ce fu à Pentecoste, une feste en esté, 
Que Charles tint sa cort à Loon sa cité ; 

8615 Et ot ensamble o lui .xxx. rois coronés. 
Et si ot bien .c. contes et autretant abez, 
Estre Tautre barnage dont il i ot planté. 
Il m'ot ocis mon honcle, dont je fui molt irés, 
Le duc Buef d'Âigremont ki tant ot de bonté. 

8620 Je Ten demendai droit, voiant tôt le barné. 
Li rois m*en apela malvais garçon enflé. 
Je regardai mes frères que moit avoie amé ; 
Je conui bien lor cuers et lor ruite flerté. 
Et mi anemi furent de van l mol assemblé ; 

8625 Où les alasse querre, quant là furent trové? 
Je pris un eskekier c'on ot d'or painturé, 
Bertelai en feri .i. cop desmesuré, 
.1. neveu Gharlemaigne que molt avoit amé. 
Que les ex de son chief li fls endeus voler 

8630 Et le cuer de son ventre partir et desevrer. 
Adono me prist 11 rois de France à regarder, 

8601 M Et Rollans soit maudit u cors et u menton. 

8609 Dans ce résumé de sa vie^ Renaud répète ce qui a été dit dans la 
délibération des conseillers du roi Yon, Il ne fait aucune allusion à 
Vépisode des Ardennes et à la guerre avec les Sarrasins de Toulouse. 

8625 Dans V introduction, en décrivant le ms. de Peter-House, fai cité^ 
d* après ce manuscrit et celui de T Arsenal, une forme du récit de la 
querelle de Renaud et Bertelais qui est exactement conforme à ce que 
dit ici Betiaud, mais diffère notablement de la narration par laquelle 
commence dans L l'histoire propre des Fils Aymon, 



06 LES QUATHK FILS ATKON 

Qu'il me voloit ooirre et les membres coper. 

Men linages nel pot sofi ir ne endurer ; 

Mainte barbe i ot traite et mai[n]t kevel tiré. 
8635 [.à me tist à mon i>ere guerpir et degfier. 

Que jamais eiilor lui ne prendroie i, disner. 

Je n'oi si bon parent qui m'oBsast receter, 

Ne qui mosast baillier ohasfel ne fermeté. 

Je m'en alai del règne liolana et eagarés ; 
8640 Ne chevaiçoie mie les roncins atrotés, 

Mes bons desti-iera eorans. richement afeurréa 

Enaamble o moi [avoie] ,cccc. bactae [le] rs ; 

Mes [mandres] eacuiera iert de gris afublés. 

Li roia Yua de Gaacoigne, qui gentis est et bei 
8645 Si me manda S lui et g'i alai parler. 

Il me retint o lui voientiera el de gré. 

EuQois que Je eiisse mes esperona ostés, 

Li dis je voirement k'à Charle fui meslén. 

Sa aeroi' me dona et une ducheé, 
8650 Montauban le chastel qui tant est aeignorés, 

Dont je puis en bataille .u. chevaliers mener. 

Mi El sunt si neveu que vos ici vees, 

Yonet et Ayroonet, ensi sunt apelé. 

En Ba[8c!e] n'en Navaire n'esloit gaires amés, 
8655 Sea anemis li ai et plaisiez et matés ; 

Tos les plus orgueilleus ai a ses piéa menés. 

Aine mais ne vi en lui hoidie ne laslé ; 

Mais Charles est si fors et poisans, ce saves. 

Si a lantda preudomes et vaincus el matés, 
S660 Se l'ois Yus le douta, ae âat pas à blasmer, 

Que vera lui ne se tieut chastiaus ne fermetés, 
le rendi a Charle, ce fu par foibletéH, 

Ou par malvais conseil qui tost li (a donés. 

Dex ne fist si preudome u'on ne puist mal loer. 
866B"Comment le guerpirai quant ne l'ai desfié. 




LBS QTJATRB PILS AYMON ' 

Ne je n'ai mio encore à mon seignor parlé? 

Contre ga félonie 11 doi rendre; lionté. 

Si le diat l'Rseriature et II bon clerc letrë 

Que ensi le doit faire qui a le ciier gêné. 
) S'il va el puis d'itifer, je n'i weil mie aler. 

Adobes vos, baron, ne soies deiuoré; 

Si seoorrons le roic'on ne l'on ait mené. 

Car se Rollans l'enmaîne, tosl l'auroit vergondé. 

( Par foi, dist Aallars, tôt sens moi i ires. 
i N'i porterai les pies ne n'i serai trovës. » 

t Ne jp, ce dist Guiuhar^, si me garisse Dés. ii 

Dist Ricliara 11 petis : n Biau signor, si feres. 

Puis que Renaus le weut, contredit n'i metes. 

Ja n'i aura si riche que n'i ooviengne aler, » 
[) . iiii.M. Gascon li sont au \>\é aie : 

« Beneoiteaoit l'eure, Renaut, que fustes nés, 
9 Que li vostres secors n'est mie demorés. 

Nos vos rendrons Gasooîgne et des ohastiaua 



et avoés. 
1 corolles. 



7eprové. ■ 
'OS dites V 



Si en seres tos maistres, sir 
S Jamais nus autres rois n'i s 

Mais ae François l'eumaim 

A vos ei à vos oirs esterolti 

u Par foi, ca dist Henaua, \ 

Atant a pris Boudin, si l'a .in. fois soné. 
) Montauban en tentist environ et en lé ; 

As armes aunt corn, n'i sunt plus deraoré. 

Ftenaus vesti l'aubero, laça l'elme jemé, 

Et a çainte l'espée au seiLestre coaté, 

Et pendi à son col .1. fort esou listé, 
j Et saisi .1. espié par molt ruiste âerté, 

A. T. clans de un or le confanon fermé. 

Li fers fu poitevins, tranebaos et afllés. 

Puis monta sor Baiart, ç'on li ot apresté, 

Et si homea'adobent el palais aeignoré. 
) De Montauban isairant et reugié et serré. 

Bien furent .xx. millier quant furent assemblé, 

Et bien .vii.o. archier as ara turcois dalés, 

Ki ne fuiront por mort .t. plain pié mesuré. 



208 LES QUATRE PILS AYMON 

Renaus sist sor Baiart qui tant pooit errer; 
S705 Bien sembla ohevalieraet vaaans adurés. 
Ses homaa en apele et si lar a conté 
Une jante raison, et il ont escouté. 

« Seignor, ce dist Renaus, par pesant aventure 
CommeiiCB l'on tel chosse qui malt loDgemenl dure 
8710 Quant dus Unes d'Aigremont ot la teste perdue. 
Durement m'en pesa et si fu bien droiture, 
Bertelai en feri d'un eachec à paiature, 
.1. neveu Charlemaigne, par tele'desoieaure, 
Nel pot garir U tes ne la cervele dure 
8715 Que totine l'esmiase desi en la çainture. 

Saves par coi l'ai dit? ne vos iert paa teiie. 
Rollans, li niés Charlon, a aa gent esmeîie ; 
S'enmaine roi Yon com oiael pria en mue. 
Encui aéra pendus, se de moi n'a aiue. 

M 230 87:eO Mais, par icel Seignor qui flst soleil et nue, 
Mies vodroie que m'ame fust de mon cors issue, 
K'II enmenaatle roi par tel descovenue. 









Gardes que la bataille soit très bien maintenue, i 
8725 Lora ebevauiient enaamble, graut force les argue. 
Or chavauoe Reuaus oui Jbesus puist salver, 

Et sa QompaJgua o lui, que il doit molt amer, 

Que por s'amar ae wellent traveillier et pener. 

Et Rollans, li niés Gharle, se prist à legarder ; 
8730 Si a veiî Renaus qui tant est preus et ber, 

A.aliart et ûuiobart qui tant font â loer 

Bt Maugis le larron ki tant iist à douter. 

L'arcevesque Torpin en prist à, apeler, 

8710 L B perdue. M tolue. 

8724 Lfe ekeralitrs dans ctltt Chanson parlent lova souvint <' longvb- 
ment; maU riaitevr de cttle branche a itvdié Ifs diatmirs de Renaud atce U 
loin ividtnl de faire rMsorh'r h sens ft In noblesse de cataclère di btm htroe. 
Lee romanciers Hdliena ont bien m que Senaad de ilonlaiiban ilait margtti 
pour devenir le protagoniste de la légende renoutUée, maig ei l'on veut 
apprètier exacltmenl la itiZeur dti personnage, c'est ptutdl à Cipopie homi- 
riqve qu'il convient d'em'prunter Ua UèmeiiiBde la tomparaiaon. ,Le Benauil 
Irançaie tient à la foie d'Achille et d'Vlyaae. ,,, ,{ 



LBS QUATRE FILS AYMON 209 

YdeloQ le Baivier qu'il vit les lui ester. 

8735 « Seignor, ce dist Rollau^, plaist vos à escouter. 
Seroit çou ja Renaus que je voi là errer, 
Aallars et Guichars, ki tant fontd*aus parler, 
Et Riohars li menor qui tant fait à loer ? » 
« Oïl, dist Tarcevesques, ce sunt il li boa ber. 

8740 11 se font bien conoistre là où wellent torner. 

Jamais sens joste faire n'eu perrons eschaper. » 
a Hé Dex! ce dist Ogiers, toi en puisse aorer. 
Voir ne fusse si liés, qui me vossist doner 
• G. livres de fin or, autretant d'argent oler; 

8745 Car or aura Rollans trestot son desirrer. 
Si pora on veoir à Renaut esprover 
S*i le prendra à force et Aaliart le ber 
Et Richart et Guichart qui molt font à amer, 
Et Maugis le larron qui tant fait à douter, 

8750 Ki ne doute chastel ne mur à esfondrer, > 

Quant Ogiers vit Renaut qui si vint abrivés, 
Ne fust mie si liés por .m. [mars] d'or pesés. 
(( Hé Dex! ce dist Ogiers, tu soies aorés ; 
Car or aura Rollans trestot son desirrer. » 

8755 (( Rollant, ce dist Ogiers, soies aseûrés, 

Cor aures vos Renaut que vos tant desirres. 
Certes molt ensui liés que encontrés Taves, 

M 231 Car or verromes nos comment vos [le] prend res. 
Maintes fois nos aura traveilliés et penés, 

8760 Certes, se il avient que vos vif le prenes, 

Et vos tant voles fairo que vos le me rendes, 
Ja puis que je l'aurai, mar m'en responderes. 
Bien le ferai lier; estroit iert enserrés; 
A Charlon le rendrai, qui en fera ses ses. 
8765 Si sera lor baras trestos par asomés. » 

a Danois, ce dist Rollans, or ne me ramprones. 
Par saint Denis de France, ains le vespre verres 
Li ques chaplera miex de l'espée del les. » 

8752 B G mars. L manque, M pour .xiiii. chités. 

8758 BMle. Lies. 

8764 M ja n'en sera tensés. 

14 



210 LES QUATRE FILS AYMON 

Lors escrie ses homes : <c Aies, ai vo8 armas, 
8770 Edcuî aérâmes cors vers Renaut esprovés. » 

Prapçoia courent aa armes, nus n'i eal. demorêa. 
il vestent les haubers, lacent iielmes geméa 
Et çaingnent les eapées as aenestres costéa, 
Et montent, es cbevaus ferrans et pomelés 
8775 Et tieiient en lor poins les fors espiés karrés. 
Bien furent .nii. mite, à tant les ont esméu. 
Rouaus, li fliiK Ajmon, lea a molt bien mirés ; 
Aallart les luoiistra, qui estoit H ains nés, 
Et Guiciiart et Richart et Maugis le aené, 
8780 « Seignor, ce dist Renaus, à moi en entendes. 
Ves là François venir, bien las ai avisés. 
Ja est çou li niés Ctiarle, Rollans li adurës, 
Et Names à la barbe, li sages, li membres. 
Et Ogiers li Danois et Torpina l'orcienés, 
8785 Ealous, li fius OeJou, Salemons li aenés, 
Isacar de Monmor kl si est renomés, 
Hichars de Normendie ki tant est redoutes, 
EtMorans de Riviers et l'FIscoz Gilemera 
Et Kenuzd'Engteterre, le plus biaua bacelera 
8790 Qui soit en Paiannime n'en la Crestienté. 

Ce est la flora de FrtLnce que avons encontre. 
[CeJ ne aunt pas Lombartne Anglois d'outre mer, 
Ains sunt li meillor priuce que l'on puiase trover. 
Or covient chascun eatre hardi comme aangler ; 
8795 Si li covient luoll bien de la lance joster. 
M 232 Or vos pri je, porDeu, que molt bien I feras; 
Car il nos est mestiers, iasi oon vos saves, 
Que HoUana ne s'en puîst à Olivier gaber. 
Qu'il [ait les] .ilii. frères comme pastors trovés. » 



ilient si linme, : 



indes. 



Tôt est e 



I Aallart, dist Renaui 



e Oeu, le joi de majesté. » 



En ubaacune si ait .u. chevaliers armés. 

8792 L. Se. M elle ne sonl pas Lorabarl, jel vous di par verte. B Lom- 
bart ne païen ae Bscler, Daia L, li ^ a contradietion entre ix vert et lé 
V. 8789. 

8Tfla M B njoutenl : Sa toi toIos arrière à Monlauban alar. 

8799 Sic C. L qu'il sisnt .iiii. frères. 



LES QUATHE FILS AYMON 



88C6 Aallart, meuea l'une, i 
Et [Guiohars] menra 1' 
[Richard] nienra !a ti« 
[l]l se rendra o moi, c 
Trop est bardis et prei 

8810 An^alier <1a Oa»coi 
Cbp à meillor de lui 
Aageliera, 'Jiat Rei 
Vos anvez (>lua de ] 
Or me gardes m'oQ 



utre. el noi 



gns 



insnéa, 

L de dama Dé, 

oe, si l'avona atiré. 
r trop est desreés, 

por premiera nssambler. 
a quarie baillerea, 
lier lie la poea. 

molt lestes Hlosaéa. 
■e (jiie nua tioni qui : 
mon droit mainlene 



)it néa; 



8815 A dant Oirart da Biaive^ la quinte livreras. 

Li baroD de Gascoigne me doivent molt amer, 
Car oaqoes n'en vos .i. laidoier ne blaamer. n 
« Sire, ce dist Girars, vos ditea vérité. 
[J]e ne vos faudrai ja en traslot mon aé. ii 

8820 H Par mon chief, diat Ranaus Je V05 rendrai la gré. 
Et vos, couaina Maugia, la siste guierts. 
Vos remenrea derrière, l'arriére ban ferea ; 
Se meatier en avons, et voa nos secorres. s 
" Sire, ce dist Maugia, trop poes sermoner. 

8825 Faites delivrement, car trop i demorea, 

Que puissons à Reliant, à Olivier Joster. a 
Il Cousins, ce diat Renaua, or aves dit queber; 
[E]ncor n'ai meillor [frère] quant tu iea bien armés, 
[Et] je menrai la sepme, ainsi l'ai esgardë, 

8830 [D]evant chevaucerai à .iiii.u. d'adobéa, 

Por l'orgueil de Rollant que voirai enoontrer. » 

Aallara et Guichara le courent acoler. 

« Merci, frère Renaut, por sainte Charité ; 

8606 L. Richars. M B. Guichar?. 

8807 L. Quichars. M B Ricliars. 

8808 L'initiale manque. 

8809 M Tcop est hardi BJehais. J".)u( cr-^n r'apiiHqutmieux à Richard. 

881 Pïoudo-Tarpio, c. XI, dan* la lUH da chtia dt l'armée de Oharlt 
rnagne : Bngeleius dm Aquitaniœ, oiun quatuor millibua viroium bella- 
toram : ïsti eraDt docti amuibua ormie, maxime arcubua et angittis, eto. 
Ct pertontage figure déjà daru la Chanaoa de Roland, ntaia le Irouvirr'. 
ici paraU ('tnapircr de la ehronigue lutine. 

8819 Initiale rognée, ainti qu'à d'autres ueis pluf baf. 
S82£ Sic M B. L ni«illor quant. 



!lZ LES QUATRE FILS ATMON 

M 233 Voles vos doQC vos frères à .i. seul oop tuerî 
8835 Trop par est preus Rollans por ses armes porter. 

Ja nel puet on en char ne blecier ne navrer. 

Asaas i a des autres, laistes RoUant ester. • 

« Segnor, ce dist Renaus, plaist vos à eacouter. 

Bien sai i|uo il est preus, aine ne vit on son per ; 
8840 Mais j'ai droit, et il tort, qui bien li puet grever. 

Au bon droit que je ai, ne U quier eskiver. 

S'il weut paia et mesure, liien le porra trover, 

Et se il veut balaille, [,je] li porrai livrer. 

Je weil miets tost morir que longhement jiener. 
8845 Seigiior, ce dist Uenaus, tôt çou laisies ester. 

Les galoa et le poindre n'ai soJng de desroer. 

Si vos tenes ensamble. le petit pas serré. 

Que li .1. ne part l'autre .i. andain mesuré ; 

Et si portes enbrons les vershelmes gemés 
8850 Et tenes devant vos vos espiés tioielés, 

Car François vos voirons as premiers eos passer 

Et il sevent molt bien lor anenii» grever. 

Mais vos seres preudome et bien vos desfendres. 

Et il ont respondu : a Vos aves bien parlé, i 
8855 Ki donc veïst lor gens rengiar et ordener. 

Et joster les batailles, les eschieles serrer j 

Se preïssiea .i. gant tgui fust ftor parés. 

Sel getissies d'en haut eof les helmes gemés, 

Ençois poïssies estre demie iiue aies 
8860 Que il oheïst à terre, tant estoient serré. 

Rollans les oonut bien et Oliviers li ber. 

■ Seignor, ce distTorpins, Renautpoes viser. 

Onques ne fu en tene li siens paraus trovéa. 

Plus set Reraus du guerre que nus hom ki soit nés 
8865 Hé Des 1 où prant il ores cou que 



8835-S83ti 0/i peut entendre que Roland est iiwulnèeable gi-û 
artnure. Lesecund vers est ptvt-dlrf une nddil'OH. Tuics deux 
L B M 7Ki représentent l'entemble de» nwsions. 

8840 Cdfe peng^e revieni «ouvenf. Là etth ressoii noral g^ 
Benaud, là e^tla jvetification de» vaieaKc révoilés contre Charlet, 

8K43 L li porrai livrer. B bien l'en porrai. M asses Tan cuit. 

B8i6 M ne Tueii pas oublier. 



Ib ^ 



ut 
irr 




LES QUATRE FILS AYMON 213 

Tant hauberc et tant hiaume ot tant brant acéré, 
Tantbliaut entaillié, tant hermin engolé, 
Tant mal et tant cheval? franc chevalier, vees. 
En cest siècle n'a home ki sache armes porter, 

8870 Se il vient à Renaut, puisk'il soit esgarés, 

K'il ne soit retenus : dont n*est çou grant bontés ? 
M 234 Car pleûstor àDeu, ki en crois fu penés, 
Qu*il fa à Charlemaigne paies et acordés. 
A chascun de nos homes en a il .m. armés. 

8875 Nosipoons bien perdre, se Dex Ta destiné . » 

« Voire, ce dist RoUans, mais Gascoing sunt jant tel 
Que au ferir des lances sunt tost desbareté. » 
c Voire, distTarcevesques, mais il ont conduit tel, 
Je croi qu'il n'a meillor en la crestienté. 

8880 Li preudon fait les autres entor lui demorer. » 
Quant Rollans Ta oï, à poi n'est forsenés; 
Com il oï Renaut à sa gant si loer, 
Il en ot molt grant duel, si en fa molt irés. 
Il broche Viellentin par en .ii. les costés. 

8885 Tos sens, sens compaignon s'en est Rollans tornés. 
Et vint contre Renaut .i. arpent mesuré. 
Son espié que il tint ficha enmi le pré, 
Le confanon de soie au vent desvelopé. 
Quant Renaus l'a veii, si l'a bien avisé 

8890 Et dist à Aallart : «Biau frère, ça venes. 
Awec toute ma gent en cel val arestes ; 
Mar s'en partira .i., tant k'arrier me raves. 
Je voi venir RoUant sor son cheval armés ; 
Ausi revoirai jou encontre lui aler. » 

8895 Quant Aallars Tentent, si le cort acoler. 
a Merci, sire Renaus, por icele pité 
Que Dex ot en la crois, quant il i fu penés, 
De Marie sa mère, quant il la vit plorer, 
Et il la commenda saint Jehan à garder. 

8900 Voles vos tos vos frères à .i. seul cop tuer? 
Li .1. de nos ira, li ques que vos volres. » 
« Mais jou, ce dist Renaus, irai à lui parler. » 
Baiart, son bon cheval, a maintenant çainglé ; 
Son poitral de devant li a molt bien fermé. 



Et )) 



LES QUATRE FILS AYMON 

par le^ eiiarmes a devant lui torné 
3 fort es]>ié, tranchEiLit et nfilé, 



A .¥1. clos lie fin or la confanon fermé ; 
Puiâsuiili en Biiiart, eatrier n'i ti coubré. 
Or a'on torna Reiiaua aor Baiart l'aduré ; 
M 235 8910 Aallars et Guiuhara et Kiohars autU y-Asmé. 
a Siiiiil Siiueun, font il, qui teiiis le cora Dé, 
Garde Renaut, biau aire, qu'il oe soit afolé, n 
EtRenaus clievauiiiia parmolt ruiate fierté. 
Ki donc veï^t Baiart celé terre eatamer, 

8915 A.U [oenor aaut qu'il fait, .xxx. piéa mesuréa ; 
Âviâ est qui l'esgarde que il doie voler, 
Ne li Vfïasiea pié ne jumberemufir , 
Et vient contre RollaDt A. ar[ient mesuré; 
Lors deacendi àterre da Baiaft ie faé, 

8920 Sou espié que il tint a flalilé etis el pré, 
Baiart i areana son destrier abrivé; 
Et a deaçaint Froberge, son bon brane acéré. 
Et a pria aon eacu, sor aon braa l'a levé, 
Et ïJQt au neveu Cliarle. Oies quela pité ! 

8925 Son esuu et son branc li a as pies geté 



Et a 



) Dé. 



Si liaut com Renaus [u. li est au pié aléa, 
Plua de .v[i. fois U baise les espérons dorés. 
<• Merci, fait il, Rollaiit, por icele pité 

8930 Que Dex ot en la croia, quant on l'i ot pené, 
De Marie sa mère, quant ii la vit plorer ; 
Et il la commanda saint Jeiian à garder. 
A.ies pitié de moi, geatiahom, fius de ber ; 
Ja sui je de vo geste et de vo parenté, 

8935 Se le voiies dire de povre bacheler. 

Je devendrai voa hom ot jdevia et juréa 
Et Aallars mea frères et Guichara autretel, 
Et Richars tous li metidres, se voa le comendes 
Montauban vos donrai environ et eu lés 

8940 Et Baiart mon cheval que j'ai ci amené, 
Si nos faites au roi paier et acorder. 
En la merci le roi seront nos iretés. 
Se çou ne voa agrée, encor vos dirai el. 



M 236 

895U 



^0 8970 
8976 



LBS QUATRE FILS AYMON À 

Mi frère treatuit .m., ai soient acordé. 
i Je forjurerai France à Irestot mou aé. 
Que jaraaia en nia vie mar i serai trovés. 
Entre moi et Maugis nos gai'irona aasea. 
Au beoeoit Sepnlcre, por la vostre amisté, 
Kn irai je tôt droit sens uhauca et sens solier. i 
Quantâollans l'a oï, si uommence à [ilorer 
Et del cuer de son ventre l'ormeiit à aospirer. 
«JPar Deu, ce diat Hollanâ, n'en oser[ai] parler, 
S'en la merci le roi vos membres ne metes 
Et Maugia le larron vo aousin ne rendes. > 
• Uelas 1 dont n'iert ce ja, ca dlst Renaua li ber ; 
Trop est Charles maus hom por ses gens agrever. 
Si grant duel a Renaua que il ne puet durer. 
Il a piia son eauu et son branc acéré, 
Venus eat à Baiart, ea arçons est montéa 
Et saiaist son eapié, si l'a amont levé. 
Merveilleuse avanture s'en prist à retorner. 
Oii que il voit Rollant, si l'a araisoné. 
II Rollant, ce dist Renaua, mar vos en vauteres, 
En la terre de France, as legiers bacbelers 
Que ce soit coardisae que j'ai merci crié. 
Vos aves molt grant gent aweo vos amené 
Et je rai maint proudome, la merci dame Dé. 
Se il viennent ensemble, li chaples iert mortes. 
Et por coi en morroit taat clievalier armé 
Et tante riche terre en chierroit en vilté î 
Tante veve feriens, tant orfenim elaméî 
Faiaomea que noatre oat soient tostretorné. 
Vos lestes por le droit Charlon, vostre avoé, 
Etjereaui ioiiiorma leste garder. 
Sa vos me poea vaintie, mar me deporteres 



8952 L oaaroie, M oseroi. B Ji'en on au rny parller 

8961 B MervelileuB aloûre s'en iiriat à galoper. M jnafique le veri. Mi. 
chdant irUro^it le mol aleure, eu disant ju'avauturo n'offre point de lena 
Le (routée nom aniioiiee que Renaud, doiil l'offre de aoumlseioil Uail déjà 
tneroeillBiise, va, itoita éioimcr ancorc daima-tage. 

89G9L morroieiit. M moi-roil. tJ morrunt. 

8>)74 A. M ii terre. 



Elb LES QUATRE PILS AYMON 

Que VOS honclea ne face da moi aea volentéa. 
Et aeje vos pais vaintre, que Des l'ait destiné, 
Là dedana Montauban seras o moi menés, 
Ja n'i seres del cors bleaiéa ne adeséa. 

8980 Ci a molt grant meschief de bataille campel. 
Àlons endui ensamble des eapéesdel lés. 
Si en ai cil l'otior, oui Dei l'a destiné. » 
<i Le feres voa, Renaut, si com vos devises ? > 
« Oïl, ce diat li ber, si m'aïst dame Dés. » 

8985 a Par mon cliief, diat Rollans, vos le m'afleres. s 
M 237 Illuec sunt li baron plevi et aflé, 

L'ons revenra à l'autre isnellement parler. 

[' Renaut, ce distRolUns, .i. petit m'atendas. 

G'irai à Olivier le congié demander, 

8990 Car il est mes compains pldvis et afiéa. 

Ne puis prendre bataille vers iiome qui soit nés, 
Que li quens ne la face, se il It vient à gré. » 
n Aléa donc, dist Reiiaus, gardes, ne demores. » 
u Non ferai je, biau sire, aparmain me raures. » 

8995 a [Il brochent les chevaua, eslea vos dessevréa]. 
Renaus vint a aea homes dont il estoit tornés. 
Quant si frère le voient, Deu en ont mercié. 
Rollans revint as siens, sena point de deraorer. 
EatouB, li fius Oedon, l'en priât à apeler. 

9000 Devant lui vint Ogiers et Oliviers liber. 

« Sire, font il au conte, que aves vos trové? 
Que dist li dtia Renaus ? avea à lui parlé ? > 
« Oïl, oediatRollana, molt eat proua et aenéa. 
Et sages et oortois et bien enlatimés. 

F. Castets. 

{A stiivir.) 



81179 B ajoute : Tant qiie voua me ferei h voatre oncle HPoRisr. HicKe- 
laM en dit : uerwiinBchte ergSnziin .', complément amibaitén; mais 3 egl tn 
toniradielinii avec ec qui a été dit deg dispoiiilion.i irricoaciliablea de Ch irler, 

8987 E Que riin Tenro à faulre a balaille camper. 

S9% Sic A B M. L 11 broulie le cheval por aiidsua les costéa. 



LE VERBE FRANÇAIS TUER. 



Dans le numéro de janvier-février 1908 de la Reçue des 
Langues Romanes, M Cuny a publié une note intéressante 
sur les origines de notre verbe tuer. Je crois qu'il a raison de 
l'avoir rattaché à tundere : toutefois, en faisant ressortir 
les impossibilités de l'étymon tuditare jadis posé par Diez, 
il aurait dû rappeler qu'à côté de ce tuditare, Littré, dans son 
Dictionnaire, met déjà timidement en avant un type tudare. 
Pour ma part, je regrette d'avoir encore maintenu Tétymo- 
logie par tutari (c'est-à-dire tuer le feu, etc.) dans une récente 
édition de mon Précis historique de Phonétique française : 
décidément cela ne vaut rien, et n'est guère soutenable 
au point de vue sémantique. J'admets donc *tûdare. Mais, 
si M. Cuny a démontré la possibilité de ce type en latin, il 
reste à déterminer pourquoi le mot n'apparaît cependant 
qu'en Gaule, surtout au Nord, et pourquoi aussi il y a fait 
fortune. 

En y réfléchissant, il me semble qu'on peut faire remon- 
ter la chose au bruit qu'a fait chez les Francs le fameux 
Charles Martel, et aux souvenirs de la journée de Poitiers. 
Plusieurs écrivains du IX® siècle cités par Du Cange (s. v. 
martus) donnent précisément comme synonymes au surnom 
de Martellus les termes Tudites ou même Tudis ; et, fait à 
remarquer, c'est que - quelle qu'en soit la raison — 1'» de 
ces mots est considéré comme long par les poètes Carolin- 
giens, ainsi que le prouve ce médiocre vers de l'un d'entre 
eux : 

Dietus TudiUs vtUgari MaUeus ore 



218 LE VERBE FRANÇAIS TIIEH 

Si le verbe *lûdare existait antérieurement (ce qui est pos- 
sible), il est donc probable d'autre part que c'est à ce surnom 
de Tudis qu'il a dû depuis le VIII'' siècle un regain de 
faveur : c'est là peut-être ce qui l'a sauvé, et lui a même 
assuré une certaine diffusion, précisément au nord de la 
Gaiile (en provençal les formes tuar, tudar viennent esseati- 
ellement du Nord, car si *t\iâare était ancien au Midi, il 
y serait devenu Huzar). Au début, la diffusion fut plutôt 
modeste, si nous en jugeons par l'emploi qu'on a fait de iucr 
en ancien français. Cependant les exemples en sont un peu 
moins rares qu'on ne l'a prétendu quelquefois, et il est facile 
du s'en assurer par une enquête même des plus sommaires. 
Ainsi, pimr le XII' et le XIII* siècle, Littré cite quatre 
exemples ; un recueil aussi peu étendu que celui de Bartsoh- 
Horning en ajoute trois, qui sont distincts. D'autre part, si 
Villehardouin ne paraît pas connaître ce verbe, le vocabulaire 
de Joinville, dressé par de Wailly. n'en offre pas moins de 
douze formes différentes- Le sens originaire du mot (comme 
le prouvent nombre de ces exemples) doit avoir été « assom- ' 
mer à l'aide d'une masse », et dans le baut moyen fige il a dû 
être surtout un terme de boucherie, appliqué à l'abatage 
des animaux, ainsi que maiseler {=i * macellare). Mais c'était 
un terme plutôt grossier et trivial, qui n'aura commencé à 
se répandre vraiment, que vers la fin du Xlli" siècle, et n'a 
fait une concurrence sérieuse au classique ocire que pendant 
la période suivante. Notons que c'est aussi le moment uù 
plusieurs verbes, jusque-là très usuels, ont été supplantés 
en français par des mots populaires et presque de jargon: ainsi 
ckeoir par tomber {désignant à l'origine les cabrioles des 
jongleurs), etc. 

A propos de l'évolution sémantique de tuer, telle que je 
viens de l'usquisser, j'ajouterai que l'bispano-portugais matar 
peut nous fournir sans doute un point de comparaison assez 
exact. Ce verbe, en effet, ne provient pas directement de 
maclare (qui serait *mecbar en castillan, et *meitar en por- 
tugais); le persan et arabe m&l, qu'on a invoqué parfois, ne 



LE VERBB FRANÇAIS TUER 219 

me parait pas non plus en cause, et les faits remontent 
probablement plus haut. Le type *mattare me semble résulter 
d'une contamination qui se sera produite de bonne heure dans 
le latin d'ibérie, entre mactare et un autre verbe *matteare 
« assommer le bétail », provenant lui-même de *m<Utea « masse»: 
l'espagnol a conserA é mazar^ mais au sens de «battre le lait 
pour en faire du beurre » . 

E. BOURCIEZ. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE DBS REVUES 



Bnltf^tln du parler fcançals au Ciaarïa. VI, 4 i 7. — Ph. 

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Baiat : Zur romaniBchen WortgeBchiehl«, p. 31; — E. Herîog : Ein Fro- 
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— B. Schuchardt r Lat. rom, a oonfluentee, intecamnes i = hiap. - kelt. 
uoomplutuino= iber. - bask. mirbi-, Biaoarr- •; — n Maraoppiura s rapax 
* thyanina ; — port, u alabSo o, Budfr. « alevo n, p. 77; — B.-R Iftng : 
Zum Cancioneiro da Âjuda, p. 129; — L. Foulel : Marie de France at la 
Légende de TriBtAn, p. ISl ; — F. Eeehnilz : Der Refrain in der unter dom 
Namen ir La ohançun de Willame i> veroffenllichten Handsolirift, p. 184; 

— 0. Saisi : Zn Robert do Boron, p. 231 ; — H. SchuchardI : Transitive 
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Archiv fQr da.s studium der ntuerea ïprachea undlitera- 
tureo, CXIX, 3u. 4. — H. Morj : Die romaniflohe Soliweiï unddie Mua- 
dartenforsohung, p. 399. 

ZeliBclirift fOr TranzfiBiKChD Sprache und Lltteratnr, 
XXXII, 5. — J. Spatke. : Die Oediolito Jehaufl de Renti und Oedes de la 
Cooroierie, p. 157; — W. Farster : Zur Teitfcritik von Rigoroeca SchloaH- 
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Neuphiiologische Mltiellungea. 190S, 1, 2. — W.-O. Slreng : 
Ueber oinige Benennungen des Weinkellecs in PrankrBich, p, l ; ^ — A. Wal- 
leruikOld : Le aort des Toyellea poattoni(]UBs Ënales du latin en ancien fran 

C'iltura espafiola, IX. — C. MicltnUis de, VofoinceUos : Estudoa 
sobre o Romanceica peninsnlar, p, 93. 



Archlvlo storlco pei 

MM ; La lingaa araba nel dialetto 



Sicil 



îa orientale, IV, 3. - 

lliano, p. 407. 



0. Mczza^ 



m^ 



BIBLIOGRAPHIE 221 

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p. 9; — F. Marsan: DiotouB der» Batd'Auro, p, 31. 

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/*. Barbier fiU : Notas étjmologiqneï, p. 241 ; — F, Borluc : L'emploi da 
l'auiiliure ■ être « ea français dans la conjugaison du verbe ou de l'aoxi- 
liaire u élre ■, p. 259; — J. Qiiiièron et J. Motiçia ; Etodea de géogra- 
phie liiigiiiBtiqne,lX, p. 263; — i. Roudcl: La déaaccentuationet ledépla. 
cernent d'aocent ea français moderne, p. 207. 

Ramanla, XXVII, n" 146. — E. Muret : De quelque» démnences de 
noniE de lieu, partie uljjrement fréquentée dans la Suisse roiuande el en 
Savoie, p. 1 ; — J. BédieT : Les cliaofiona dt geste et Us routes d'Italie, p. 47 ; 
— P. Jtajna ; L' Attila di Nicolfl dn Càsola, p. 80; — A. Thomas : Note» itj- 
mologiquea et lexïcographiquee, p. 1 11; — £. Schaedd : La frontière entre 
le gascon et le catalan, p. 140: ~ Milaiigfs, p. 157. 

BnlUtin périoiltque de U Société AriëgealBe dts sciences, 
lettres et ans, XI, 5. - — P. Siere : Eléments de grammaire du diaieute 
deFoix,p.274. 

COMPTES RENDUS 

Easéne Rigal. — Molière, 2 vol. in-16, de 309-335 pages; Parie, Ba- 

chrtU, 1908. Prix : 7 fr. les 2 vol. 

Nous D'avons pB£ besoin de parler longuement de ces deux volumes. En 
lisant les nombroui articles et comptes. rendus que notre collaborateur, 
M. Rïgal, a publiés dans cette revue, nos lecteiire ont depuis longtemps 
appris W apprécier l'indépendance de son esprit,la sûreté de son jugement 
et l'étendue de ses oonnaissancae. Ils savent donc qu'on ne {«ut attendre 
da lui que des ouvrages remarquables par la variété des points de vue, par 
la solidité des concliiaiDne,par la finesse de la dialectique, par la logique des 
développements. Ils savent aussi comme ses travaux antérieurs sur notre 
théâtre classique l'avaient bien préparé i nous entretenirdu principal maî- 
tre de ce théâtre : Molière. — Sans se piquer d'érudition, sans avoir ta pré- 
tention d'être complet en un sujet oii personne ne peut l'être, il sait In 
carrière du grand dramaturge, marque les étapes de son génie, caractérise 
BuoceBsivement ses Œuvres. Une idée directrice, eelle de la genèsn par la 
faree de la comédie do Molière, donne k l'ouvrage une grande unité. Mais il 
s'en faut que cette idée soit poussée k l'extrême, ni qu'elle empêche l'auteur 
d'examiner les nombreunes et fort diverses questions qui s'imposent à notre 
attention, quand nous étudions le théâtre de Molière. La plupart de ces 




;EKDris 

questions, M. Rîgal Ina aborde lésolunient en face, Ik où l'occaBiou s'offre 
le plus naturellement de le fuira. Ainaî il noua montre : en étudiaint t'Avare 
et Tnriaffe, comment et ])Durquoi la ponifdie de Molière reste toujours 
franehemeut, copieuaemeut plaisante, niêiue dans les sujets tristes (voir 
surtout une remarquable analyse du coroct^j^ de Tortufle): — en étudiant 
i>on J?«i?i et i'J«are,t'omment Molière tire parti pour la peinture des carac- 
tèrea même des invrai semblancee que lui imposent certains sujets; ^ en 
étudiant le lUiaanlirope, comment l'art classique eat, malgré les apporeaces, 
fécond en ressources et triomphe des obstacles qui semblent lui interdire 
une large peinture de la vie, combien on a eu tort de reprocher à ce même 
art d'Être abstrait; — en étudiant l'Ecole des Femmes, Don Juan, Tartuffe, 
les Femmes Savantes, ce que furent au juste les idées de Molière sur la reli- 
gion, la morale, l'éducation (toutes les questions soulevées par ces quatre 
comédies sont trwtées par M. Bigat avec une entière indépendance d'esprit 
et un grand bon aens; voir aussi la fin du chapitre suc Amphitryon); — en 
étudiant toutes les pièces, comment Molière reste, avant tout, quelque autre 
dessein qu'il oit en faisant une comMie, un dramaturge, doué, comme per- 
Bonne ne le fut peut-être jamais, du sens du théâtre (voir notamment let 
chapitres sur la Oritiquede t'EeoU des Femmes, l'Improinpiti de VtrsaUle^ et 
Us Femmes SavaTUes), — Un chapitre sur les Théories littéTaires de Moltfre 
sert de conclusion à l'ouvrage et en rappelle les principales idées tout en les 
présentant d'un point de vue nouveau. — Ajoutons que le livre est écrit 
avec beaucoup d'entrain : on sent que l'auteur est plein de 
ajme ce sujet, que l'art de Molière lui est très familier el 
poète très sympathique. — Je ne crois pas qu'il y ait en ce i 
laut ouvrage d'ensemble sur Molière que ces deux voluir 
publier notre collaborateur. 



n sujet et qu'il 
du 



BlbliothitcH. romaaica. — Numéro 4 : Descartea> Discours de Is 

Méthode; — N. 0: Restif delà Bretonne. L'an 2000; — N. 18-20 :Caauda 

Tilliec, Mon oncle Benjamin. — Strasbourg, Btitz. 

Nolie collaborateur, M. Rigal, a annoncé dans un précédent numéro 
l'apparition de cette collection, qui peut rendre de grands services. 

L'introduction du N. 4 explique avec beaucoup de précision pourquoi 
le Discours de la Méthode occupe une si grande place dans l'histoire dta 
idées. — On ne peut qu'approuver les éditeurs d'avoir modernisé l'ortho- 
graphe de Doaoart«s. Mais on est étonné que, sous prétexte de modOTni»or 
l'octhographe, ils aient corrigé ;ue je die en q-ae je dise : ce n'est phis [k 
une simple question d'orthographe; d'ailleurs cotte forme verbale je dit 
se trouve dans des textes classiques si connus qu'elle ne pouvait embarrasser 
aucun lecteur. 

L'introduction du M. 9 n'est pas très satisfaisante. On no voit pas bien 



COMPTES RENDUS 223 

cl&irement aprèa l'&TDir lae : ni quelto ploco Restif de la Bretonne ooonpe 
SiU îust« dans l'histoire de notre littérature, ni pourquoi un lui fait en ce 
momeat im «accès si peu en proportion avec son talent, ni enfin quel inUrât 
il pouvait bien y avoir ioïhumer cette niaiserie qu'est i'iln 2000. 

Pourquoi Claude Tillior «et-il même encoru aujourd'hui, — après qa'il a 
cependant susi^ité chez nous un assez brillant disciplo en Eugèi.e Le Roy, 
l'auteur de Jneçuott h Croqwt'o.t, — peu connu en France, tandis qu'il est 
populaire et aimé a l'étrangerîTelloest la question que aa pose tout ioctenr 
f rançOiis de Mon oncU Benjamin. Telle est aussi la première question que se 
pose l'auteur de la notice qui pràiente ce roman aux lecteurs de la BSiU- 
theea romaniea. D'après cette notice, la cause de l 'impopularité de Tillier 
chex nous serait qu' a en Franoe. au moment de la publication da YOncU 
Benjamin (1841), l'Intérêt des lecteurs était tourné — il l'est resté depuis — 
TBTB la vie de la ^ande v-illeqiie décrivaient romans et drames à sensation, 
beaucoup plus que vers la petite vie provinciale h. laquelle s'attachait Til- 
lier a. Je ne méconnais pas la justesse de cette observation, mais elle ne 
Hoffit pas k m'eipHquer que Tillier continue chez nous à avoir un succès 
médiocre. Sans prétendre aucunement résoudre ici la question, ja me bor- 
nerai à dire en peu de mots quelles impressions m'a toujours produites la 
lecture de Mon ondt Btnjamin.— Je trouve dans ce roman beaucoup d'hu- 
mour sans doute, mais cet humour me parait aussi passablement monotone; 
ce sont toujours les mêmes effets et le même (çenre d'images; et je crois que 
si cette monotonie facilite la lecture de l'ouvrage aui étrangers, elle lasse 
1»« Ftançais. — Tillier connaît la vie provinciale françaisede l'ancien régime, 
c'est évident; mais !a peinture qu'il en fait m'en parait cependant aaaei 
superficielle : il me semble y avoir cent fois plus de vrai réalisme dans les 
llaitrea Saanaira de Oeorgc Sand, romancier qui passe cependant pour 
embellir la léaUté. C'est prohablem?nt parce que la peinture de la vie pro- 
vinciale française n'est pas bien profonde chez Tillier qu'elle plait aux 
étrangers, pour qui elle n'offre aucune obscurité, et qu'elle piait médiocre- 
mont BUS Français, à qui elle parait insoffisaote. Le nouvel éditeur de if on 
oncie Benjamin semble mettre ce roman bien au-dessus du Tarlarin do Dau- 
det X si populaire cependant u. Tariarin est populaire surtout, parce que, 
malgré la charge, le caractère méridional y est merveilleusement dépeint. 
H 7 a dans Tariarin une foule de mots, de gestes, d'incidents dont je suis 
persuadé qu'un étranger ne doit pas fort bien comprendre la profonde 
vérité, — Enfin, sans méconnaître l'originalité do Tillier, je trouve à son style 
quelque chose d'un peu factice : sa manière est en partie spontanée, en partie 
acqiiise.Son nouvel éditeur note avec heaucoupde justesse qu'il a subi l'in- 
1. Sa parenté avec ces deus écrivains 
succès dans les pays germaniques. Mais 
irt manque jusqu'il un certain point de 
te nouvelle édition de Jfon oncle Ben- 



fluence de Toepffer et d'Hoffmi 
eiplique certMnement en partie s 



spontanéité. — Je soubaitf 





224 COMPTES RENDUS 

jamin lui attire quelques leoMurs nouveaux eu FraDoo. Mais js douta qu'il 
y devienne jamais bien popuJaira. — La notice de la nouvelle Mition dooiu 
une bibliographie fort prfcise de l'ouvrage de Tillier. Joseph ViAnay. 



A. Santl. — IlCamoBiere di Dante Alighieri, vol. H, in-S", 606 p. 

Uoma, E. Lascher. 1907. 

Cette ëditiEin critique conimenoe par le second volume. uDacB le 
premier, dit l'auteur dans aa pittaca, nous nous ocouperons des Bïmes 
qui cOQcerueut Béatrix ou de celles qui ont été éoriten avant septembre 
1291 ; dans le trois lé me, des correejwndanoes ou lemoni entre Dante et 
poètes de son temps, des Rimes d'autbentïolté douteuse et de toutes celles 
qui appartiennent k une Époque postérieure À 1309 : dons le prient volumie 
nous nouB lommea occupé de toutes [ea rimes de caractère amoureux 
moral.lqui furent écrites entre septembre 129Ut 1309; e'eflt-à-dire dee deux 
eantorti morales du Coitvifo, des Bimes qtiï ont rapport A la Donna gtn- 
IQt et k la Faiçoleila. De cette façon, notre CamoHirrt sera ordonné 
conformément k la chronologie et les poésies seront rangées suivant le 
temps de leur oompositioD. . . Nous pouvons dire que la matière de ce 
volume est celle qui devait être traitée dane le Con ii'Id . n L'on acceptera 
le plan que suit M. S., mais on me permettra de regretter que, bien qun 
l'ordre chionolugique ait en elEet du bon, on commence par ne pas l'ob- 
server dans la pnblication. 

Mais qu'importe T les poésies qui noua sont présentées aujourd'hui, < 
une édition critique basée sur l'étude et la collation des manuscrits, eu 
chie de notes aboudantes et instructives, imprimée avec autant de luie 
que de soin, prennent rang dés k présent parmi les volumes que doit 
posséder toute collection dantesque. 11 faut applaudir k l'effort et au 
résultat. 

Plus de la moitié de ce livre (311 p.) est consacrée à une introduction 
oâ il est traité surtout de la Donna getiMe et de la Fargoletta. Après 
Balbo, mais de manière autrement démonstlative, M. S. Droit prouver 
que la Donna gentUe n'est autre que la femme du poète, Qemma Dottati. 
On lira l'argumentation très étudiée, et on jugera. Elle rencontrera des 
résistanoeB et certains estimeront que, dans le doute, il est parfois pru- 
dent de s'abutenir. D'aiileurs M, S. n'est pas sans prévoir les objectiona 
qui seront faites k sa thèse. Quant à l'amour ^us Dante ressent al vivement 
pour la PargaUlln , M. S. en décrit fort bien les circonstanres de Ueii et 
de temps, mais il reconnaît que l'on ne saurait aller plus loin. Dante a 
déclaré lui-même que personne ne saurait qui était la PiirgoleUa. Udus 
l'ignorerons comme l'ont ignoré les contemporains du poète. 

Sonhaitons que le Can30iiia'e se complète, s'achève. Alors il j aura liea 
d'étudier cette belle édition avec toute l'attention dont déjà elleest digne. 
Ferdinand C^btits. 



COMPTES RENDUS 225 

Paolo Savi Lopes. — Trovatori e Poeti. Studi di [iiriea antica. 
in-So, 246 p. Mémo Sandron, Ed,, Milano-Palermo-Napolt, 1907. 

Le n^ 30 de la bibliothèque Sandron est formé de six articles d'un 
style agréable ; je ne sais si l'explication donnée à la naissance du dolce 
ëtU nuovo ne paraîtra point un peu superficielle. Quant aux pages consa- 
crées à Guiraut Riquier, Vvltimo trovcUore, elles perdent vraiment leur 
intérêt en raison de la publication du livre de M. Anglade. A propos de 
Rudel il est traité de la mystique profane, et M. S. L. a raison d'enga- 
ger à étudier les rapports de la lyrique italienne et de la poésie des trou- 
▼èree. — A propos de la mort de Laure, quelques pages où la douleur 
de Pétrarque est comparée à celle que ressentirent Ëdgard Poe, Rossetti, 
I .amartine, Novalis, celui-ci surtout, dans des circonstances analogues . 
M. S. Ij. a raison de renvoyer à l'article. de Graf : Uamore dopo la morte, 
dans Nuova Anidogia, 16 nov. 1904. 

Les oiseaux dans la poésie et la légende offrent un sujet qui ne peut être 

qn'esquissé dans un si court article . D'agréables citations ne sauraient 

loffire. Mais le public auquel s'adresse évidemment l'auteur, ne se mon- 

Irara pas exigeant. M. S. L. a essayé de reconstruire une nouvelle 

d'Arnaud de Carcasses. Rien de plus légitime. Mais M . J . Coulet, dans ia 

Sevuedes Langues Romanes (1902) s'est permis de proposer une autre 

fiçon de considérer l'histoire du texte et d'en déterminer les caractères 

originaux. M. S. L. se fâche tout de bon : « Spero che la mia risiHJsta 

pubblieata in Oermania aJbhia fatto giustizia di un toi tentativo.C*eHt im]>rimé, 

p. l6l. Je crois que M. Goulet a raison pour le fond du di^bat, mais 

pour ma part je ne me croirai jamais autoiisé à faire justice de l'opinion 

d*an confrère. 

I o dernier article, le plus intéressant peut-être du recueil, a pour objet 

la Ijrrique espagnole en Italie. 

F. 0. 

temmedie scelte di Giovanni Giraud (Paulo Costa), Satire di 
Giovanni Giraud (Tommaso Cîiioli), 2 vol. in-S", Roma, Lrschrr, 
1903-1904. 

Cette édition, dont la rocoiuIo partie est inédite, a le mérite de rappeler les 
titres d'un des meilleurs comiques italiens, de celui qui au commencement 
du XIX°** siècle reprit avec un caractère très personnel la tradition de 
Molière et de Goldoni. L'étude de M. Costa, • n têtt des comédies, et la bio- 
graphie du comte Giraud ])ar M. Gnoli au second volume, seront lues avec 
autant d'intérêt que de profit. M. Costa (p. 130) rappelle avec raison qu'Eu- 
gène Scribe dans le Précis historiquv.de la comédie en France et en Italie qu'il 
lut à l'Académie Français ^ le 8 janvier 1839 (cinq ans après la mort de 
Giraud), a jugé le comique italien plus exactement et plus favorableuient 

15 



226 COMPTES RENDUS 

qu'il ne Ta été dans son propre pays où l'on s'est habitué à l'opposer, sans 
plus, au froid et moralisant Albert Nota. L'Homme de bien d'Augier (1845) 
a de fortes analogies avec leOalantuomo per transazione qui. composé entre 
1831 et 1833 ne fut représenté qu'en 1841; mais M. Costa ne croit pas, étant 
donné le caractère à peu près inédit de la comédie de Oiraud, aconoscivia 
nella stessa Italia, qu'Augier l'ait lue et s'en soit inspiré. D'après lui Augier 
n'a guère qu'effleuré le sujet, tandis que Giraud l'a traité à fond. 

F. C. 

H. Garrington Xiancaster. — The French Tragi-comedy, its origin 
and development from 1552 to 1628, in-8o, 189 p. Baltimore, 1907. 

La thèse pour le doctorat que M. Garrington- Lancaster a soutenue devant 
l'Université de John Hopkins, aurait été admise sans difficulté par un") 
Faculté française. En effet l'auteur, à la connaissance très complète de ce qui 
avait été écrit avant lui sur son sujet, joint des recherches personnelles 
fort étendues. Il synthétise les travaux d'autrui et les siens en un ensemble 
bien composé et bien lié. Aussi il nous donne l'histoire de « tout un genr3, 
et d'un genre très important et précieux », ainsi que M. Faguet le définit 
dans la Tragédie française au XVI^^ siècle. Trois appendices ajoutent à 
l'utilité de ce livre. 

A. Tragi-comédies non françaises écrites avant l'année 1582. 

B. Tragi-comédies françaises de 1552 à 1636. 
Bibliographie. 

C'est très bien, mais un index terminerait avantageusement le volume. 

Un erratum ne gâterait rien. Ainsi à la page 63, à propos de \& BradamatUe 
deGarnier, l'on rencontre un Nymes, c'est le bon Naymes, conseiller ordi- 
naira de Charles, le Dusnamo des Italiens ; telle famille française porte le 
nom de Dunaime. 

Le petit eurrindum viiae, placé à la fin, nous apprend que l'auteur est 
né en 1882. Pour un homme de vingt-cinq ans, cette thèse est un excellent 
début et promet. F. C. 

Amalia Gesano. — Hans Sachs ed i suoi rapporti con la letteratura 
italiana, in-S**, 102 p. Roma, 1904. 

A])rès une courte biographie de Hans Sachs, l'auteur relève minutieuse- 
mont tout ce c^uo le poète allemand doit à Pétrarque et à Boccace. Il ne se 
dissimule j)oint que chercher son inspiration dans \eDecamerone semble peu 
naturel de la ])art d'un ardent et fougueux partisan de la réforme que Luther 
prêchait. Si l'histoire du moyen-âge lui était plus familière ou même s'il 
avait lu la Commedia avec toute l'attention que réclame ce merveilleux 
tableau d'une époque, il saurait que l'on n'avait pas attendu la peste pour 
s'écarter de cet ascétisme chrétien dont l'on a je ne sais quelle tendance à 



COMPTES RENDUS 227 

exagérer la part et Tintlueiice dans la vie de nos aïeux. A vrai dire, toutoR 
les fois que Tauteur sort de son sujet, Ton est tenté de le combattre. Je sou- 
haiterais qiiMl lût les études de Cebhart sur l'Italie : il y verrait comment 
Ton pei t et Ton doit parler de la Renaissance. 

Il est regrettable qu*au moins en note on n'ait point mentionné le parti 
que notre Musset a tiré de Boccace. M. d'Anoona a écrit à ce sujet deux 
pages charmantes (Varietà Sioriche e letterarie, I, p. 18(i-187) : il s'agit de 
SUviOf de Simone et de Carmoaine, v quando Vimitatore è un poeta délia 
forza di Alfredo, Vimitazione è seconda creazione. Passe pour les Contes de La 
Fontaine dont on ne peut exiger la lecture do tout le Qionde, mais quand on 
a la bonne fortune de rencontrer Hans Sachs et Musset travaillant sur les 
mêmes sujets, les comparer mérite d'être essayé. Toute question littéraire 
a son agrément : le lui refuser est en réduire l'intérêt, en altérer le caractère. 
3iai8 ces remarques me faisaient néglitrer de dire ({uc Tauteur connaît très 
bien Boccace et Hans Sachs, et (pie dans les limites <pi'il s'est tracées, il a 
vraiment épuisé le sujet. 

Dans une thèse, Sandras avait montré tout ce (pio Chaucer doit à Pétrar- 
qne et surtout à Boccace. L'influence de l'auteur du Decamerone fut de bonne 
lieiire très grande et a duré. 

F. V. 

Adèle Vitagliano. — Storia délia Poesia ostemporanea nolla lettcra- 
tura italiana, gr. in-S», XVIII, 270, 1905, Roma, Lœscher. 

Cet ouvrage comble une lacune. On faisait allusion aux improvisatourH 

eélèbxes. Nulle part, un sujet si italien n'était vraiment traité. A la page 51, 

l*Miteur promettait de parler de la Commedia dell'Arte; il n'a pu, faute du 

temps nécessaire, remplir cette ])artie de son })lan ; mais il nous fait espérer 

* %a'il n'y renonce pas. 

L'improvisation en vers s'est continuée avec succès jusqu'au XIX""^ siè- 
cle. La faveur des princes et des ])a])<w, l'adiniration ])opulaire, sombluient 
acquises de droit aux improvisateurs bien doués: plusieurs furent (iouruu- 
nés au Capitole. Mais on ne saurait résumer un livre où les faits abondent : 
on conseille bien volontiers de le lire. Il est clair, bien ordonné, intéressant 
par la variété et la nouveauté do la matière. 

Tels sujets proposés devaient fort embarrasser le poète: une jeune iille 
est recherchée par un aveugle, un boiteux et un muet ; on demande à qui 
elle doit accorder sa préférence. — Est-il pire d'avoir la fièvre tierce ou une 
femme vicieuse et indocile? Et surtout celui-ci: Une tête d'âne a été vendue 
quarante écus : on demande combien aurait coûté celle d'un bœuf. 

Parmi les nombreuses citations, certaines sont d'un réel mérite. Les vers 
de Gianni sur les trois soldats français qui se dévouèrent pour sauver la 
vie à trois Irlandais et furent fusillés à leur place, sont d'un pathétique vrai. 



228 COMPTES RENTIUS 

On troiire des exemploe de tous les genres. L'on a ainsi une vue do I 

l'histoiro liUtraire Bt de r histoire nifime de l'Italie. 

A tfll endroit l'on reasBut une inquiétude. Est-ce qu'en Italie lo goi'it des 
études clussiijues, du bon liumanisuie. irait s'uffuJbliBaant? On lit à la page 4, 
à propos des jeiproTiBateurB latins: Ormia parla di tin cerlo Luc-Uio, U qaaU 
era capaee di gtttar gié cento no» sjiregeuali verai sa due pierfi. Un certain 
Lucilius ] celui qui a inspiré à Juvéual son imitatEur les beaux vert o 
c'ompare l'i-'loqucacedii viens [loete à une ôpée dont le siffienient fait rougir 
et Buer d'effroi ncux dont la l'onspiencp est lOiargée de criuioa ! I.iiciliua, le 
créateur de 1» Saljre! Pourquoi oies deux piedsj, puisque ce mode de atation 
n'a, rien de |mrCicuUer ! Voîl-i les vei-a d'Horace et lu reprocbc qu'il faiiait 
icelui dont il hiî refusait, par [inidencQ ou naturelle inodc-ration, k ai 



dutuB oam|)onere versus. 
Nam fuit hoc ritiosus : ïn hora aa-pe dueentos. 
Ut magnum, versus dictabat stans pede iu uno. (1) 

la liberté do la ComéJie An- 



Sous Auguste, il eiitélé daugereu-X 
tienne, et déjA les Athéniens ne l'avai 
it définitivement triumph 



,t ph, 



H ]0I 



ù ladâ- 



EuilUo Calvl. — Bibliografia analilica Petrarcheeca, 1877-1904, { 
in-S", xn-IOO p. un supplément de quatre pages. Rama, Lœ/irher, 1904, 
M. C'alvi donne une suite à la Bibliograpbie de Fertazzi, suite rendue très 
nécessaire par le nombre et l'importance des travaux dont la vie et las 
vres du grand poète, humaniat) et homme d'Etat, ont été l'objet durant 
les treute dernièrea annéoH. L'auteur, dans sa préface, rappelle commeD 
Vini^CeuleDaïre les doux sœurs du latin mngiic yentile s'unirent pour célébrer 
le génie deriioninic sur la mémoire duquel L-hacuno revendique ua droit! 
rai', i^omulB M, Nigra lo disait avec un heureux choix d'expression, t 
l'Italia liii'dc al l'tlrarea lu nairilA, Iri Ungaa f ta tomba, la Francia gCitpi- 
ravi U Consouiere ed il lungo sospir délia piO dolco Musa. Cette bibliogra- 
phie, dressée avec un aoîn extrême, complète jusque dans le peUt détail, 
rendra rje très grands services. 

F. a 



(l) Sermon. I, 4, 8. Ecrivain sévère, Horace ne peut admirer l'abon- 
dance négligée de son prédécesseur. Différance de tempérament . 
différence d'époqui Expliquent un jugement dont l'équité paraîtra tou- 
jours oontestable. J'use ii [leine noter rjiie n ue tenant )ur un pied ■ 
une hyperbole. 



COMPTES RENDUS 229 

Fernando de Rojas, La C'eleatina, Trapicomedia do ( -alinto y Melibea. 
[Biblioteca cldsica, tomo CC^XVI.J Madrid, librcr'ia de Perlado, Pàcz y 
C; 1907. 1 vol. in- 16, xx.342 pp. 

C'est yraiment l'édition classique de la CelesUna, conune le veut le titre 
de la bibliothèque dans laquelle elle est ])ubliée. Elle sera indispensable à 
quiconque désirera, sans entreprendre une étude approfondie de la Celestinr, 
se mettre an courant de tout ce qu'un hispanisant modérément instruit n'a 
pas le droit d'ignorer, soit sur l'œuvre elle-même, soit sur l'histoire de sa 
publication. M. Cayo Ortega y Mayor, qui a pris soin de cette nouvelle édi- 
tion, a écrit une Introduction sobre et nourrie, dans laquelle il a très claire- 
ment résumé les récents travaux relatifs à la Cdcatina et les discussions 
auxquelles ils ont donné lieu. Il dégage avec netteté les conclusions qui 
semblent aujourd'hui acquises : 1° les vingt et un actes de l'œuvre sont dus 
à un seul et même auteur; 2<> cet auteur était un juif converti, nommé 
Fernando de Rojas et né à la Puebla de Montalb^n à la fin du second tiers 
du XV«e siècle (1); 3° c'est à Tolède que se déroule l'intrigue de l'œuvre. 
Des notes abondantes renvoyent le lecteur curieux aux dissertations origi- 
nales dont cette Introduction ne peut que résumer l'essentiel. N'aurait-il 
pas mieux valu, cependant, au lieu de disperser la bibliographie du sujet, la 
présenter d'ensemble, sous une forme suivie et méthodique? En la disposant 
ainsi, l'éditeur n'aurait pas omis des articles intéressants ou utiles, — comme 
c^ui de M™® C. Michaclis de Vasconcellos {Literaturblatt fur germanischc 
und romanische Philologie, 1901, n<* 1), celui de M. Martinenche {BvUetin 
hispanique, IV, 95), celui de M. Bonilla y San Martin {Anales de Literatura, 
Madrid, 1904), — dont l'omission est passée inaperçue à ses yeux parce 
qu'il a négligé de construire un cadre bibliographique complet. 

Le texte de la Cdestine a été réimprimé d'après l'édition valencienne de 
1614, mais les différences que cette édition présente avec celle de Burgos, 
1499, et de Séville, 1501, sont indi([uées au moyen de notes et de crochets, 
celles du moins « qui modifient lo texte » ou qui présentent quelque autre 
intérêt. En outre l'orthographe de 1514 a été conservée. Remercions l'édi- 
teur d'avoir rompu avec l'habitude si ( spagiiole do moderniser les textes 
aziciens et d'avoir introduit cotte préoccupation d 3 fidélité dans une collec- 
tion où elle s'est trop rarement nianifestco. Mais ne lui demandons pas à 
quoi il reconnaît les variantes « intéressantes », ni s'il n'aurait pas mieux 
valu les noter toutes, sans exception ; et ne lui disons pas que l'orthographe 
qu'il nous donne diffère parfois de l'édition qu'il prétend reproduire (2). 
Félicitons-le plutôt pour son travail, dont on profitera partout oii on lit et 
commente la Celestina. Henri Mébimée. 



(1) Et non du XVI'"'' nièclc, comme l'imprime par une faute évidente 
M. O. y M. (p. V). 

(2) Par exemple, sur le facsimile de l'édit. de 1514 publié page IV, on 



230 COMPTES RENDUS 

R. J. Guervo. — Apuntaciones criticas sobre el lenguaje bogotano, con 
frecuente referencia al de los paises de Hispano- America. — Quinta 
ediciôn muy aumentada y en su mayor parte completamente refundida. 
— Paris, Roger y Chemoviz, 1907; in-S®, xl-692 pages. 

C'est en 1867-72 que celui qui est devenu le grand maître de la philologie 
espagnole, D. Rufino José Cuervo, publia à Bogota la première édition des 
Apuntdciones criticas sobre el lenguaje bogotano. Mais quelle différence entre 
la publication primitive et celle de 1907 ! Assurément la méthode est restée 
la même : elle consiste à faire connaître la langue castillane non par l'arbi- 
traire énumération de règles impératives, mais par la comparaison de l'usage 
des écrivains aux diverses époques de la Uttérature espagnole. Cependant, si 
le principe n'a point varié, il suffit de feuilleter le nouvel ouvrage pour cons- 
tater l'ampleur que l'exécution a prise. A mesure que ^L Cuervo dépouillait 
un plus grand nombre d'auteurs, apportant dans ce dépouillement un scru- 
pule qui, à défaut de textes critiques, le faisait s'attacher exclusivement aux 
éditions primitives, — il recueillait plus d'exemples topiques, et il précisait 
ainsi l'exposé historique, bref mais lumineux, qu'il a coutume de donner sur 
chaque point. Cet effort vers la précision est sensible à chaque page et jus- 
que dans le titre des chapitres. [Cf. notamment le chap. V et les chap. IX- 
XII J. Sans cesse renouvelé et toujours couronné de succès, il a produit ce 
résultat que le livre actuel est devenu une admirable Stylistique du castillan. 
Aussi bien par la doctrine qu'il professe que par la méthode dont il donne 
l'exemple, il mérite d'être à la place d'honneur sur la table de travail de tout 
étudiant en espagnol; et auprès de M. Cuervo nous ne sommes tous que do 
très modestes étudiants. 

Henri Mérimée. 

Bmile Faguet, de l'Académie française. — Propos de théâtre, quatrième 
série. — Paris, Société française d'imprimerie et de librairie, t7i-18 jésus^ 
1907, 3 fr. 50. 

La quatrième série des Propos de théâtre se compose de deux parties. 

La plus étendue de beaucoup (puisqu'elle ne comprend pas moins de trois 
cents pages) est formée d'articles déjà publiés dans le Journal des débats sur 
de récentes œuvres dramatiques de MM. Sardou, Mendès, Adam, Bergerat, 
Jullien, Beyerlein, Lemaître, Veyrin, Hervieu, Lavedan, Donnay, Capus, 
Courteline, Bataille, Brieux, Rostand, Rod, Bernst-^in. Analyses lumineuses, 
rapprochements instructifs, vues ingénieuses et qui font réfléchir, un peu trop 
de fantaisie parfois dans les idées et dans le style, mais, somme toute, une 
critique vivante et pénétrante, voilà ce qu'on trouve ici comme dans les 

lit nettement Argumento del tercero auto; et pourtant le texte imprimé 
porte Argumento del tercer avLcto. 



COMPTES RENDUS 231 

préoédmits volumes. N'oublionB pas la HÎncérit^, qiio Ton Reni même quand 
on ne partage \ms les sentimentH do Tautour. « Kt aprÔH tout », dit-il à pro- 
poR de r Aiglon, « comme je puin nio troiii})cr! MaiK il h'ohI (pie le mot de 
Luther: « Voilà! je ne poux pa» dire autremout. Si j'orro, c|ue Dieu me par- 
donne ! Amen ! » 

La première imriio du volume, hmw remonter, comme les précédentefi 
sériesy jusqu^au théâtre antique ou au théâtre claHsiipie franvain, noun parle 
cependant d'œuvrefl phia aucienues. KUe est fornuV par une étude rapide sur 
deux drames postumes do Viotor Hugo : Amy Rdyanrt et Ivft Jumeaux^ par 
un article sur le Théâtre de MuASvtdei M. I^afoscade et par deux notices nécro- 
logiques, où sont nettejuentrarai'.tériHés le rôle, révolution, Tintluence d'An- 
gier et de Dumas tils. 

Ck>nmie transition, un article sur hiChudir de (îeorpe Sand, jouée pour la 
première fois on ISôl, reprise ou 11)04 : M. Faguet y fait Thistoiredo la pièce 
d*aprè6 la correspondance inédite do Ooorge Sand, c^ue possède M. Roche- 

blave. 

F^ugèno IlidAi.. 

JalMi Ijemaltre, de TAcadéuiie française. — Fai marge dos vieux livres. 
Contes. Deuxième séri«. — Pari^^ Société françmac d'imprimerie et de librai- 
rie, in-lii, 1907, 3 fr. 50. 

Lorsque a paru la première série de ces contes en marge des rieux livreii,no\iH 
avons indique comment avait été sans doute auioné à les (composer un fin 
lettré, à Tosprit curieux, à Tiuiagination prompte, (pii aime à comparer les 
divers âges de Tliumanité et à démonter, si je ])uis dire, le mécanisme des 
âmes humaines, qui d'instinct envisage tout avet; une douce philosophie, une 
clairvoyante indulgence, et une ironie aimable nullement incomjiatible avec 
J'émotion et la pitié. 

La nouvelle série, que précède une agréable lecture faite à l'Académie fran- 
çaise sur le charme des vieux livres, contient, comme son aînée, d'exquis 
petits oheffl-d'reuvre. (J'o^t la Vierge aux aiujcs^ où les angelots qui veulent, 
malgré la Vierge, servir l'enfant Jésus, sont y)oints d'une fayon finement 
plaisante, ot où le bon Jo8eï)h, (jui voudrait bien tirer quehjuo profit de son 
titre de mari delà mère de Diou, s'oppose plaisamment, mais sans irrévérence, 
& celle qui est tout dévouement ot tout sacrilioo. — ( ''est le curieux diptyque 
I^eux saintetés, dont les deux panneaux représentent face à face un orgueil- 
leux ascète hindou et une humble fille du christianisme. — C*est le Cheval de 
bais, discrète et cependant très amusante parodie d'un épisode do l'Enéido. 
— C'cHt, en marge do Villohartlouin, la curieuse histoire (Vun Chevalier 
franc et d^une dame de Constantinoplc ou, en marge de Joinville, celle d*un 
RénégcU. — C'est l'ingénieuse, naturelle ot mélancolique suite de Orisélidis. — 
C'est Panurge inarié, où la verve de Rabelais s'aiguise d'une finesse toute 
nouvelle. — C'est Dulcinée, contrepartie du Don Quichotte, où est étudiée 



232 COMPTER RENDUS 

l'iiinp, toile qu'elle nnrait pu esîster, de relie que le dievalier Ha lu Manche 
avait prise poiirdnme d ■ een pimsiea, et où y^jt inarr|urB l'antion bionfaîan-ite 
que l'adorateur et l'adorée auraient jm exercer l'un sur l'autre. — Ce sont 
cea délicates études psychologiques : HTèrr et fiUe, oùaontdélifiiouBemeiit mis 
en scène les rapporta péniblesde M""' de Sévïgné et de aa trop aimée fille; — (e 
Jimrnal au duc de Bourgogne, aveo les réflexionB mnlicieuBes d'un ïuteUiftent 
i^tève sur la conduite, les leçons ut les écrits « pédagogiiiiira n de son maitre 
rénelon;— Mjie fieirniVi:, addition à Saiiit-SimonT M. doTrévilleTaplierchM 
à Port-Boyal un refuge contre le monde, et peu à. peu, parce qu'il était mal 
préparé sans doute, y trouve des raisons de s'intéresser davantage à on 
monde, auquel il revient. 

J'aime moins un ou deus autres moroenux, oorame l'Enfant Jéaua it le. 
bon taaçoii; mMS je pourrais citer le I'ieu de Vivien, La Fontaine chez Isa 
Foieur», d'autres contes encore. 

Que M. J. Lemaître continue à noircir d'encre les marges de» bouquins vé- 
nérables qu'il aime, puisqu'il Sijoule aiosi nu teste de si jolis ornements. 
Eugène Rio il. 

A Joannldès. — La Comédie-française, 1907. — Paris, Plon-NoumiÊ 

1908, in-8<i, 7 fr, 50. 

L'historiographede la Coniédie-Franfaise, M. Joannidès, continuel relater 
avec une extrême précision et dans de beaux volumes tous les faits qui ont 
marqué la vie de la Maison de Molière. Les moindres remaniements opéréa 
dans les œuvres, les moindres changements apportés dans t 'interprétation, 
et jusqu'au nombre des ii rappela " dont 1» répétitions générales et les pr»- 
mièrea représentations ont été favorisées sont enr^istrés avec conscieneo. 
A propos delà etdistrïbutionude J/arioiiiJcLornif et à propos dea râles joué* 
par M. Delaunay, nous apprenons même qua la u V'oii sortant de ia litï 
au cinquième acte du drame de Victor Hugo était sans doute la voix de a«t 

Enlisunt les e.itraits si utiles de la critique, j'ai été frappé par laBévérité, 

de la presse à l'éganl de cette même Manon. Cette sévérité a-t-elle été v: 

ment unanime(l)F En tons cas, la pièce a été mieux accueilbe ])ar le public, 

comme le prouvent les quarante repréasatations notées par M. Joannid' 

Eugène Rioai- 

Naera. — Les idé«a d'une femme sur le féminisme. — Tradoit de rîtali«n 
par H"" U.Douëanel, avec unepréfac«de M.Th. Joran. — Parig.Oiardet 
Brière, lOOS, in-l8, 3 /ranci. 
Après avoir combattu lui-même à deux reprises le féminisme, M. Th. Joran 

(1) Au tome II du Thiatrf de Victor Uu;o, dans l'édition de l'Impri- 
merie nationale, M (lustavo Simon a toutréi:emm<!ut b-ouvc lo moyeii 
de ne citer que des articlea favurablea à la pièce. 



COMPTES RENDUS 233 

— non sans abuser peut-être des invectives et den jeux de mots — a le plaisir 
de présenter au public un réquisitoire nouveau contre la doctrine qu'il 
déteste; et ce réquisitoire est d*une femme; et cette femme est un écrivain 
qui n'a pas, tant s'en faut, de raison personnelle pour maudire l'émancipa- 
tion des femmes, puisque ses romans, fort aimés en Italie, ont été traduits en 
diverses langues et lui ont valu une réputation enviable. 

Spiritualiste convaincue et moraliste attachée à la morale traditionnelle, 
M"^® Radius-Zuocari (Neera) vise surtout à combattre de grossières théories 
sur le droit au bonheur et à montrer l'immoralité foncière du féminisme, tel 
que certains et certaines le préconisent. Elle le fait dans une sorte de causerie 
que je n'ai ici ai à discuter ni même à résumer, et que rendent attrayante 
l'expérience de la femme et la finesse psychologique du romancier. 

Eugène EiGAL. 

BrneRt Dupuy. — Poèmes. — Paris^ Société française d^ imprimerie et de 
librairie, 1908, m- 16, 3 fr. 60. 

M. Dnpuy s'était promis de ne pas rééditer les Parques, publiées en 1884; 
et, si ce poème philosophique ouvre cependant le recueil que nous annonçons, 
c'est parce qu'une anthologie en a indiscrètement donné une partie, qui ris- 
quait de donner une idée fausse de l'ensemble. Remercions l'anthologie indis- 
crète, sans laquelle les Parques seraient restées inaccessibles au plus grand 
nombre des lecteurs. L'apparition saisissante des trois déesses Clotho, 
Lachésis et Atropoe, en qui se symbolisent sans doute les forces de la nature; 
la forte et sombre plainte de l'aède ; les réponses amèrement encourageantes 
des Parques forment un très bel ensemble qui fait songer, tout en restant 
pleinement original, à tels passages du Sati/re, de Plein Ciel et des Destinées 
des deux grands poètes que M. Dupuy a étudiés dans ses livres de critique : 
Victor Hugo et Vigny. De Vigny surtout M. Dupuy a souvent le vers plein, 
puissant et débordant de pensée. 

Pœstum (1885) n'est plus un poème philosophique, mais un poème descrip- 
tif, où la description est pittoresque et expressive. 

Puis viennent des poèmes historiques ou légendaires, qui forment comme 
des fragments d'une légende des siècles : VAbbé de la Cava (1886), curieuse et 
poétique peinture d'un moine austère et bon ; — la Fuite de Jason et de Médée 
(1901), belle variante agrandie d'uu passage des Argonautiques; — et sur- 
tout le Roman de Chimène (1896), récit exquis, d'une simplicité magnifique, 
où des âmes chevaleresques et chrétiennes vivent dans une nature qui les 
complète et qui les explique. Citons ce calme paysage de Bivar : 

Un ramage d'oiseaux passe avec un bruit d'ailes; 
Il monte une rumeur d'abeilles du verger; 
Une flûte résonne aux lèvres d'un berger 
Pwdu, comme un grillon, dans un pli de ravine. 



234 COMPTES RENDUS 

Comme cette douceur de rautomne est divine ! ^ 
' Par places sur le sol sonore tombe un fruit; 

Il reste quelques fleurs qui s'effeuillent sans bruit; 

L'air est tout embaumé de ces roses tardives; 

L'ivresse du raisin fait délirer les grives. 

Le soleil attiédi sur l'horizon descend, 

Puis la lune nouvelle élève son croissant, 

Puis les bruits du hameau commencent. à se taire, 

Et les champs de labour entrent dans le mystère. 

Citons encore ces vers sur le couvent où, pendant douze ans, a vécu Chi- 
raène : 

De confiance en Dieu les âmes sont remplies. 
Une fête s'éloigne, une autre fête suit, 
Les cierges odorants brûlent, l'autel reluit; 
L'encens fume et s'élève en légères nuées : 
I^s tristesses aussi flottent atténuées. 

Et, comme contraste, donnons cette vision de champ de bataille : 

Les barons castillans, si hardis, si superbes. 

Sont couchés sur le dos, par milliers, dans les herbes ; 

La rosée au matin ruisselle sur leurs dents ; 

Le soleil, à midi, de ses rayons ardents 

Fouille au fond de leurs yeux; la vivante nuée 

Des corbeaux tourne autour de cette chair tuée; 

De tous les monts voisins les vautours sont venus; 

Ils allongent leurs cous pareils à des bras nus 

Sur le corps que l'émir leur jeta pour pâture 

Et trébuchent le soir, ivres de pourriture. 

Presque tout serait à citer dans le dernier poème, écrit en 1906 : Dana 
Ithaque. C'est de 1 a poésie homérique rajeunie par une idée qu'Homôre 
n'avait garde d'avoir, qu'a suggérée le poète de la Divine Comédie et qui a 
aussi inspiré M. Gebhardt dans son livre: d^ Ulysse à Pant^r^e. La joie intense 
du retour fait place dans l'âme d'Ulysse à un vague ennui d'abord, puis à la 
nostalgie de la mer et des dangers. Il se confie à Eumée. Celui-ci, avec 
affection, exhorte son maître à jouir d'un repos et d'un bonheur si longue- 
ment cherchés. Mais, quand il croit l'avoir convaincu, et quand, un instant, 
il l'a convaincu, en effet, Ulysse se livre une fois de plus aux hasards, laissant 
son île chérie, laissant son fils, laissant Pénélope : 

Le navire descend déjà sous l'horizon. 

Ici encore la simplicité est grande, l'art est savant, et l'effet de mélan- 
colie produit est inte ^se. 

Eugène Riqal. 



COMPTES RENDUS 235 

S. de Haidobro. — Palabras, Giros y Bellezaa del lenguaje popular de la 
Montana, SatUander, imp, la Propaganda caiMica, liK)?. 

Cet opuscule a été présenté et courorné au concourH ({irorgauÎRait Tuni- 
versité de Deusto en Thonneur de J.-M.do Pereda, l'un dos inaîtreR les pluR 
savoureusement personnels du roman espagnol ('ontein]>orain. On y trouve 
traduits en castillan et soigneusement ox])li<[ués Ioh termeH^lcH locutions et 
les tours propres à la langue qu'on parle dans la « Montagne » o'est-à-diro 
dans la région de Santander. L'auteur, K. de Huidobro^est de cette province 
comme Pereda et il connaît à fond cette langue : ausHi oo livra est -il des plus 
précieux pour ceux qui s'intéressent aux dialectes espagnols. 

Il ne fait cependant pas oublier l'étude très précise que P. de Mugica, 
l'écrivain si connu par ses travaux ])hilologiques, a consacrée dans Be» Dialec- 
tes casteUanoa (Berlin, Heinrich et Komke, 1892) au dialecte « montagnard » 
P. de Mugica ne se borne pas à dresser la liste dos termes dialectaux ; il expli- 
que comment ils se sont formés, quelles transformations des voyelles et des 
consonnes ils ont subies, et il vivifie son étude par des rapprocheuîents avec 
les mots de quelques autres dialectes transpyrénéens ou avec des vocables 
provençaux, français, anglais, voire allemands. Bref il élargit son sujet pour 
le plus grand profit de ses lecteurs. 

F. Vbzinbt. 

J. Haber. — L'Evangile de l'enfance en provençal (Ms. Bibl. nat. nouv. 
acq. fr. 10463), extrait des Romanischc. Fomchungcn, vol. XXIL — Erlnn- 
gcriy Junge et fils, 1907. 

ÎjA version publiée par M. Huber est la plus complète des versions rimées 
connues. Le manuscrit date du milieu du XIV* siècle environ. lia été décrit 
par M. Paul Meyer, qui en a publié d'importants fragments dans Romania, 
1906, p. 337. M. Paul Meyer le considérait comme un original; M. Huber i 
Toît une copie, et donne d'excellentes raisons à l'appui de son opinion. Pour 
permettre la comparaison avec le texte latin que l'écrivain provençal a eu 
sous les ieux, M. Huber a transcrit au bas des pages les passages correspon- 
dants des Evangiles apocrifes. L'intérêt du manuscrit (2348 vers) est pure- 
ment linguistique. Son étude à ce ]>()int de vue conduit l'éditeur à admettre 
qne l'original était seulement un peu plus ancien (pie la copie (la conservation 
de la déclinaison à deux cas, notée p. 983, § 57, semblerait cependant indi- 
quer une date plus reculée), que le copiste était Daufinois, et le rédacteur 
primitif Provençal d'entre Manosque et Comps. Pour cette localisation, 
appuyée d'une carte avec limites de traits, M. Huber a utilisé V Atlas lin- 
guistique de la France en i relevant dix traits différents, ce qui paraît écarter 
la possibilité d'une erreur considérable. Rectifications notées au coiu^ d'une 
lecture rapide : vers 1736, Jusieu, sans doute, et non Jusien; — p. 971, § 8, 
locum, focum donneraient généralement luec, fucc en Provence, loc, foc ou 



236 COMPTES HENDT'S 

lune, fuor BU hangaediK ; nnn: -»o- entan Provence une étape antérie 
B -lie-, Attestée par d'innombrables documents jusqu'en plein XVI' «ècle, 
opaque à laquiUe -no- bifurque eu -io- (Arles, Avignon) et -us- (Miiraeill^ 
haute Provence). 

J. R. 

ProuvAnço I nuriflour de U Caueo felibcenoo, flamejo un cop pèr m 
— Avignoun, IBir. JîounwniMF. Segound semestre de 1907. 

La preHentanioun d'aquéu joiimau estent faoho i logôire de nosto Revieto 
deapièi lou darrié fnacïele de 1907, p. .'i52, o" stènt dï ço que ié fai uno plaça 
bèa à deapart dius l'estampo felibreuco, ara me bastara culi \a floor de Bi 
Boumàri: pouèmode F. Miatral en Jiiliet,l lutobreeNouvèœbre {lou Oaudre, 
de ritme tout nouvèu au mens en lengo prouvençalo, un sonnet en vers de 
quatorge silabo, oadon fonrma de très verset de quatre, que li doua ptouinié 
n'en aoun blanc e de cadènci femenino), de P. Devoluy en Ûutobre, de J. 
d'Arbaud en Âvoust e Desèmbre, de Laforéten Desâœbre; La Qaerrodigra- 
Ttouia e dï /ara, traducbo dùu grè pèr J. Bourrilly en un prouvençau tras-que 
grana (Xoiivèmbree Deièmbie); article de soucioulougioetde poulemicode 
.Tau Ma1an,J. d'Arbaud e J.Patarin sas la boulegado di vigueïroon mieiour- 
nau, lis acusacïoun de separatieme cantroli felibre el'euiigraciouu italianoea 
Prouvènço; La Bataio de Mtiret, pèr P. Devoluy [Setèmhre), estùdi d'istùri 
militari d'auto valour e de proiimiero man. 

Prouvinço \ desparèis emé l'annado 1907, e sa redacioun, tonjour diregido 
pèr P. Devoluy, passo au jonrnau l'ipo Prawuéiifo I saguida de Prtmvinfo ! 
e tambèn raesadié, mai ca'ipént 6 pajo au li |^ de 4 (abounamen, 4 fr. pir la 
Fraaço e 4 fr. 60 pèr l'estrangié. vers Jan R^nadièu, balouard Siete lanard, 
29 bis, Avignoiin). 

J. R. 



Daniel Fryfalund. — Les changements de signification des expresaïons 
de droite et de gauche dans les langues rouianea et apécialement en fran- 
L/aie, thèse pour le doctorat.— Upsal, imprimerie Almqviatet WiiaeU,l907. 
I.a substance de ce travail aurait pu sans inconvénient être un peu pluK 
concentrée; tel qu'il est, il constitue un curieux répertoire de noms et de sur- 
noms dans les langnes romanes et aussi dan» les langues ^rmaniques, avsc 
d'intéressant«sdérîvationsde sens; ou dirait nn chapitre — enrichi d'oxam- 
plee nouveaux et aureste copieuaement délayé -- do la Vie dti mott d« 
Darmesteter. 

J. R. 



A. T. Dnmitrascn. — Alanii, migra^iimi, graiu, credin^ii. Buevrrjjti, 
imi. de rwte grafiee Cand aôbl, 1907. 
En ouvrant ce petit livre j'ai vu que les Alaius seraient venus de GÉorgio, 



COMPTES RENDUS 237 

muoia du rotaoisme, en auraient doté la plaine danubienne, puis les vallée» 
vaudoiaes, et se seraient ensuite établis en Catalogne. Cevi m'a ])aru beau. 
Li* auteur appelle rotacisme le passade de / et n intervocaliquea k r. Bon. Kn 
Roumanie on a i ^ r; dans les vallées vaudoiso.H (et nombre d'autres dans les 
Alpes) également i > r; en Briançonnais, Oisans, etc., aussi, et, de ])lus, 
» ^ r; en Catalogne il me semble bien que / et n restent. En cherchant quoi- 
que explication là-dessus chez notre auteur, j'ai vu tjuMl tirait Vlah^ Valaque, 
Valachiey etc... du nom des Alains, 

Et je n'ai poft trouvé cela ai ridicule. .1. R. 

L. Aabert et J. Boarrilly. — La costume d'Arles, ])ar J. Bourrilly^ 
Objets et rites talismaniques on Provence, d'après les collections du 
Museon Arlaten, par L. Aubert et J. Bourrilly. Valence, imjïrimerie lyilen- 
tinoise, 1907. (Congrès des Sociétés savantes de Provence, lîKM).) 

Deux courtes plaquettes que les folkloristes pourront consulter avec fruit. 

Elles nous suggèrent le souait qu'en s'installant dans son nouveau domicile 

del'ôtel de Laval le Museon Arlaten se donne et nous donne un catalogue, 

pour lequel Objets et rites talismaniques est un bon commencement. Pourquoi 

tant de coquilles dans les mots provençaux cités? 

J. B. 

David Martin. — Le patois de I^Ué en Bas Champsaur, dans Bulletin de 
la Société d'Etudes des Hautes- Alpes, 4^ trimestre d» 1907. — Oap, Louis 
JeanetPeyrot, imprimeurs-éditeurs, 1907. 

Série d'indications de formes présentées dans un ordre bizarre et commen- 
cement (jusqu'au mot chaixiire) d'un vocabulaire par familles do mots, le 
tout dans un sistéme gratique étrange, aggravé de nombreuses coquilles, 
p. ex. travalioun, p. 212, pensa, p. 215, avec accent d'intensité indiqué sur 
aiin et cw, au lieu de va et a (cf. les paradigmes). De cet informe recueil 
de matériaux on peut tirer (|uel(|ucs renseignements utiles et reconstituer 
tant bien que mal plusieurs traits du ])arler considéré. Voici (|uelques-uns 
de ceux qui me paraissent le dilTérenoior de plusieurs de ses voisins dans la 
région alpine, dont les traits principaux {ca lat. ^ cha, chute des dentales 
intervocaliques et finales romanes, etc., etc.) sont généralement coimus. 
J'emploierai pour les noter la grafie félibréenue, en i ajoutant quelques 
signes çà et là utiles. 

Los anciennes diftongues ie, oue, ie sont passées à ia, oua, ia, et leur pre- 
luier élôment est devenu principal : niar, - içir, nouastra, fuac, ugch <^ ni- 
grum, -arium, uostram, jocum, octo, — déplacement d'équilibre que j'ai 
observé moi-même, au moins à l'état de tendance, à Oap et à Aix. i tonique 
développe un a dans diasou, je dis, et sans doute dans beaucoup d'autres 
mots (cf. eu, ia si fréquents en Briançonnais). 



238 COMPTES RENDUS 

l intervocalique, notée capricieusement l et r, doit probablement passer 
à r douce, comme dans les parlers voisins. 

n fin. rom. tombe et l est vocalisée après toutes les voyelles. Les autres 
consonnes paraissent rester, notamment r à l'infinitif, probablement dans 
les mêmes conditions qu'à Gap {ei Vouro de parlar; parlar aut; ana dansar). 

s fin. rom. reste, sauf dans certaines formes verbales; passe à ch (c) dans 
-ach <^ -aceum, brach <C bracMum, jach, postverbal de jacere, etc.; se 
fond en ch {c) avec la dentale précédente dans les pluriels grandi, courch, etc., 
de grand, court, etc.; reste ou passe à i, suivant l'initiale du mot suivant 
au pluriel des articles, déterminatifs, adjectifs devant substantifs, pro- 
noms devant verbes (les pluriels féminins, dans les mêmes conditions, 
sont en - cw ou en - ei). 

Les possessifs jnhi, t)u, mi ont trois formes au féminin : ia, - lujia, 

- ïana. 

Les verbes gardent s à la 2^ pers. du sing., mais la laissent tomber an plur. 
l>*e pers, sing. - (m, 3® plur. - oun (sauf à l'imparfait - \en). 

Imparfait indicatif des verbes en - er, -re, - e, -i- (e dans counouisse^ 
touarse, etc. ; - i après n, gn : crégni, craindre, plàni, plaindre, etc.). ir : -lit, 

- ]as, - ïa, - ian, - jà, - ïen (la grafie de M. Martin ne permet pas de pré- 
ciser la valeur sillabique ou non de a, e aux 2^ et 3*^ pers. sing., 3« plur.). Futur 
avec e tonic^ue à toutes les ])ersonnes. Présent subjonctif pour toutes con- 
jugaisons : - lou, -is, -i, -Ian, -là, -loun ; prétérit, mêmes désinences, 
précédées d^ -ess-. Participe présent indifféremment -an< ou -en/, sauf 
-issent toujours pour les verbes à inf. -ir. Temps périfrastiques dî'èstre 
construits avec aver. A côté de ai, as, a, avèn, avè, an, les paradigmes indi- 
quent pour le présent indicatif une deuxième forme àgou {agon est évi- 
demment une coquille), àguis, ague, agnen, aguè, àgoun. 

J. R. 

R -L. Graeme Ritchie, M. A. Recherches sur la sintaxe de la conjonc- 
tion « que }} dans l'ancien français depuis les origines de la langue 
jusqu'au commencement du XIII*-* siècle. Tèse pour le doctorat d'Uni- 
versité présentée à la Faculté des lettres de Paris. Paria, Honoré Cham- 
pion, 1907. 8° de xxvni-197 p. 

Ce louable travail eût sans doute encore gagné si l'auteur avait condensé 
davantage les exemples cités — ce n'est pas ime masse d'exemples qui 
importe, mais le bon exemple sur chaque fénomène — et développé davan- 
tage les explications qui pénètrent vraiment dans la vie du sujet traité. Tel 
qu'il est, il constitue un répertoire commode dressé sur un^ lecture abon- 
dante, avec un index facilitant les recherches à travers les différents cha- 
pitres : çwe amenant une subordonnée directe, consécutif, final, causal, tem- 
porel, comparatif, conditionnel et concessif, sa place dans la frase, son 



COMPTES RENDIS 230 

<r omission » (l'auteur emploie octto expression pour sa brièveté, après avoir 
expliqué qu'elle ne rend pas la nature du fènoniène), son eni])loi pour èvitor 
une ambiguïté pofwible. 

I^'auteur distingue fort sagement la sintaxo du français écrit de crlU' <lii 
français parlé et dit qu'u un lecteur français n'aura pas de peine à mettre 
en regard de presque toutes les vieilles constructions mentionnées des Unir- 
nures analogues d'aujourd'hui » (p. 183). Cette observation aurait ])u être 
placée en tête du livre et non vers la tin. Kn tout cas l'explication donnée 
n'est pas pleinement satisfaisante. « La sintaxe change fort )Hni. Le langage 
l>opulaire d'aujourdui conserve mainte tournure de l'ancienne langue. 
C'est que le français des gens du ])eu])le évolue aussi librement, <7, p(ir con- 
séquent, aussi lenU'nifHt{'!) que celui des poètes du Xll'"*' siècle, car ni les 
uns ni les autres ne (connaissent <rAcadémieet tous les deux sont en (|uel(|ue 
sorte supra grammaticain. » Au-dessus <le la grammaire des Académies, oui, 
mais non en dehors de la grammaire générale. Dire après Ayer et Meyer- 
Lûbke : « parce que est em])loyé (piand celui cpii ])arle a déjà de prime 
abord l'intention d'ajouter une])reuve; car est employé quand la preuve 
n'est ajoutée qu'après cou]) » (p. 08), n'est-ce i)as couper les cheveux en 
quatre? Il semble bien ({ue le sens est le mêm^ (piand on dit Je nt' peux pas 
ailer en SuisseyCnr ou jxirce que je iCai /mis (Targeut, ou encore, sans aucune 
conjonction. Je ne peux pas aller en Suisse. Je nai jms iVargent^ comme 
M. Ritchie l'indique lui-même (p. 127). La frase forme un tout, ([uels que 
soient les signes de ponctuation ou les conjom^tions qui en séparent tipogra- 
fiquement et en relient semant iquement les membres. Affaire de stile 
plutôt que de sintaxe. Pourquoi vers la fin une comparaison au moins inu- 
tile avec le provençal? il aurait « tant identifié l'emploi àeque avec l'expres- 
sion nette de la ))ensée que dans ses patois cette conjonction fait partie 
intégrante de la morfologie du verbe » (p. 184). Cela veut dire sans doute 
que plusieurs i)arlers de Chiscogno pré])osent volontiers que aux formes 
verbales exprimant une affinuati<m nette. 11 aurait fallu le dire autrement, 
si toutefois il i avait intérêt à le dire. .1. K. 

Cbarles Eugley Mathevrs. Cist and nV, a syntactical study. Bal- 
timore ^ J. II. Furst conijHinij, 1907. 8^" de x-1 17 p. 

■ 

Travail comme le i>rt'c(''dent abondant eu exemples, un peu long et un peu 
froid, couqjlémeut utile aux travaux de Ciosecke (llostock, 1880), (ianzlin 
(Cîreifsw.ld, 1888) et Kricli Leunne (Rostock, liK)0) sur les démonstratifs 
en vieux français. tl. R. 

Carlo Salvioui. Xote varie sulle i)arlate lombardo-sicule. Milano, 
Ulriro Hoepli, 1007 (Memorie dcl K. Istituto lombardo di scieuze e lettere, 
vol. XXI, XII délia série III, f»isc. VI). 4'> de 48 p. 
Il s'agit des parlers de San Fratello, Novara, Piazza Armerina, Aidone, 



COMPTES RENDUS 
situées en Sicile, i 



240 

Nicosia et Spetlinga, communes situées en Sicile, mais peupli^i dopuïs des 
siècles par des Lombards, Ils présentent une fonétique lombarde, uuo 
aintaxe et un vocubulaire sicilien», une niurfologie mixte. M. Salvioni 
annonce une étude apdciOileaurdirore points pour jeter une nouvelle lumière 
sur 066 intéressantes pénétrations rôniproqueB de dialectes difîéreats. Le 
présent fascicule se compose (après un préambule sur les traits généraux 
permettant de rattacher les parlera oonsidécés au dialeetfl du nord-ouest de 
la Lombardie) d'artiuiea détacliéa présentant de coyiieuses observations, 
surtout fonèli'iuoB, sur 2(11 mots présenli's en série alful)éli(|ue. 



Carlo Salvloni. Lingna e dialettî délia âvizzera italiana. MSano, 

tipo-lil. RebearÂitti di Turati e C. liKI7. 8'= do 10 p., tirage i part dea 

flendiconfi dd S. dit. Umb. di se. •; leU., ser. U, vol. XL, 

Version étendue d'un article de vulgarisation destiné au Dielionnain 

géograjiqae. de la Suisse en co]u« de publication dies les frères Attinger à 

Neuchatel. Elle contient une classification dea parlera considéré» inspirée 

par les principes ascoliena, quantité de détails intèreesunte sur leur fcméti- 

que, leur morfologie et leur vocabulaire et un aperçu bibliografiqiie sur 

ietira monument» écrits. J. R, 



Mario RoiiQes. — Recherches sur les conjonctions ooiiditionnellea sa, 
de, diirA en ancien roumain. Verlag und Drack vem Fr, Jutige, EHungeii, 
1907 (lu p., tirage à part des Mélangée C'habaneaii). 
Le latin ai a, donné en roumain ne, puis aâ, a peu près complètement 
eliasaé ile l'usage, au nord du Danulie et au sens conditionnel, pur de, puis 
par dacâ (anciennement deçà, deaca), dont l'origine rosto obacure. Lea docu- 
ments uonnus ne permettant de saisir aucune régularité dans l'emploi de 
eu (vivant jusqu'à la fin du XVII™* siècle) et de de; on n'a que peu d'exem- 
ples certains de i^ccu avant le XVll'"'' siècle, Los textes considérés géné- 
ralement l'ouiuiB les plus ancieus ignorent coin]ilôtBment de conditionnel; 
les Svangiles, qui représentent des état« linguistiques divers, mais ne peu- 
vent être postérieurs à 1661, montrent de en lutte avec aâ; les progrès de 
de ne sont pas également rapides sur tous les points, l'ipotèse de l'identité 
de de condilionel et de de coordinant n'est pus coulirmée par les faits, qui 
donneraient plutôt à penser que la conjonction slave rfa a joué un rûle àeau 
t'istoire de de conditionnel roumain . J, R. 



Le Gérant ; Paul Hiihkuw. 
lE GÉNÉRALE DU ICIDI, 



UN MANUSCRIT FRAGMENTAIRE 



DE 



RENAUT DE MONTAUBAN 



ESSAI DE CLASSIFICATION DE SIX MANUSCRITS DU POÈME 



Le feuillet de parchemin dont je publie ci-dessous le texte 
a été découvert en février 1899 par M. Gieules, attaché à la 
Bibliothèque universitaire de Toulouse, dans un lot de vieux 
papiers de famille; il servait alors de chemise à une liasse; 
une cassure, dans le sens de la largeur, atteste qu'il a été 
longtemps employé à cet usage. Il parait avoir été antérieure- 
ment encastré dans une reliure. 

Au bas du recto sont écrits, d'une écriture de la fin du 
XVIII™® çiècle, les mots : Monsieur le maire de la ville de Muret. 
Il mesure 34 centimètres sur 23,75. L'écriture est de la fin 
du XIII® siècle ou du commencement du xiv«; les vers, au 
nombre de quarante à la page, sont répartis sur deux colon- 
nes • . Le recto est très usé et l'écriture y est, par endroits, pres- 
que effacée; une déchirure à gauche du recto, et, çà et là, 
quelques trous ont occasionné d'autres lacunes, qui seront 
soigneusement indiquées ici. Je reproduis exactement le 
manuscrit, sauf que je ponctue et résous les abréviations 
(excepté toutefois celles qui affectent les noms propres): 
les /, les V et les majuscules initiales que l'on trouvera çà 
et là sont dans le manuscrit. 11 me paraît superflu d'en étu- 
dier la langue et de signaler par exemple les nombreux picar- 
dismes qui frapperont d'eux-mêmes les yeux des lecteurs 
compétents. 

> Initiales ornées, altomativement bleues et rouges aux vers 15 et 73 
du recto. 

16 



542 UN MANUSCRIT FRAGMENTAlllE 

Il m'a paru bon d'ajouter un peu à l'intL'i'êt de cette publi- 
cation en comparant la leçon de ue fragment avec celle de 
quelques autres manuscrits et en procédant à ce propos à une 
classification desdita manuscrits. 

Ceux que j'ai étudiés {en dehors du fragment ici publié 
désigné par G) sont les suivants ' ; 

A : Arsenal 2990 (ancien 205 B); le fragment commence- 
au fol. 38, r", col. 2. 

B : Bib. nat. 775 (fol. 40, \°, col. 2). 

G : I. 11 766 (fol. 99, v", col. 1). 

L : n » 24387 (fol. 18, v°, col. 2). 

M : Metz, n° 192 (fol. 43, v», col. 2). 

Enfin Bib. Nat. 764 (fol. 31, v^, col. 2)>. 

Il faut d'abord mettre à part le nis. 764, du xv^ siècle seu- 
lement, qui contient, comme l'avait déjà remarqué Michelant, 
une rédaction très différente de toutes les autres, beaucoup 
plus moderne et sans la moindre valeur littéraire : 1l> style en 
est banal, traînant, bourré de cheviUes; on en pourra jugef 
par les trente-aix vers que je publie en appendice et qui cor- 
respondent au début de notre morceau. 

Les autres mss. se divisent très nettement en deux groupes : 
A L d'une part (x), C G M de l'autre {y); B offre cette parti- 
cularité très singulière de se rattacher au premier groupe dans 
aa première partie et au second à partir du vers 73. Un examen 
même superficiel permet de relever entre ces deux groupes des 
difTêrencea notables : la rédaction x est plus brève (122 vers 
contre 160); elle ne contient pas plusieurs épisodes assez Ion- 
guement développés dans l'autre ; nous n'y voyons point par 
exemple, Clarice inaiter auprès du roi Yon pour qu'il loge 
chez elle {y, v. 50-64), ni le « bon clerc ii souhaiter la mort du 
traître (71-2); il n'y est pas question non plus de cette lassitude 
éprouvée par Renaut au retour de la chasse et que dissipe 



< Sur les autres nianLiBcritB, conBerréB ou Égarés, voy. la diasertation d* 
Zwictt, CTer die Spratht des Renaiia de Montauban, Halle, 1884, p. B-7. 
Je conserve les Bigles de Michelant et ZwicL. 

' I« fragment correspond au v. 3 de la pai;e l(i5 de l'édition. Toutaa 
lea copiaa ont été faites directeniant sut les mas. Jo dois celle de C à 
l'obligeance de M. Brnndin, 



DK RRNAUT DE MONTAUBAN 243 

si brusquement sa joie do revoir le roi Yon (73-113). Inver- 
sement, la rédaction x prête à Yon deux monotones, conçus 
à peu près dans les mêmes termes, où il flétrit lui-même son 
infamie (48-55 et 100-107). Les deux premiers do ces épisodes 
ne me paraissent pas porter la marque d'une haute antiquité; 
le troisième, au reste ingénieux et bien présenté, est d'une 
invention trop raffinée pour être bien ancien. La répétition 
épique que j'ai signalée en dernier lieu étant d'autre part un 
trait archaïque, j'inclinerais à considérer la famille x comme 
se rapprochant davantage de l'original. 



Famille y (CGM B") 

Si nous considérons maintenant la famille y, nous consta- 
tons d'abord qu'aucun des trois mss. qui la composent n'est 
la source de l'autre : chacun, en effet, a des lacunes ou des 
fautes qui lui sont propres. Par exemple M (où les lacunes 
sont le plus fréquentes) omet les v(M's 20, 49, 54, 68, 77, 82, 
95, 98, 112, 122, 137-8; à C inan(|uerit 8, 37-40, 64; à G, 
26 bis; à B, 104, 110, 148-9. (D'autre part C ajoute 28 bis, 
134 bis, 146 bis, ter, quater, G 159). 

Un examen un peu plus approfondi nous permet de cons- 
tater ensuite que G M vont souvent d'accord (sans qu'aucune 
des leçons communes soit d'une fausseté manifeste) contre 
C, dont les divergences sont aussi nombreuses que graves. 
La bonne leçon doit donc être donnée par l'accord de CM 
contre G, de CG contre M. C'est en effet ce que (confirme 
l'examen des leçons. 

a) CM contre G* : 

7 Ce dist li rois G; lisiez ces letres CM. La leçon de CM 
présente un sens meilleur; l'hémistiche fourni par G ferait 
avec le premier hémistiche du vers suivant un parallélisme 
choquant. 

55 molt en iert alars liés. Cet hémistiche est faux, la forme 
aalars ayant toujours été employée par l'auteur. 

* La leçon donnée la première ou à Texclusion d'une autre est toujours 
celle de Q. 



244 UN MANUSCRIT FRAGMENTAIRE 

56 et Amaugis li ber. C'est avec raison que Maugis, qui 
n'appartient pas à la plus ancienne rédaction, n'est pas nommé 
dans C M. 

58 brisiez n'a pas de sens (beter n'en a pas beaucoup plus, 
il est vrai) et fausse l'assonajice. 

76 e li pré sont foillu (li gaut CM; li bois B). L'épithète ne 
convient pas au premier substantif; l'accord, quant au sens, 
de C M avec B est une preuve de plus contre G. 

116 voient, faute évidente pour crient (crier B). 

159 Jhesu vos vueille aidier est évidemment une formule 
banale, bien inférieure, ici surtout, à Jhesus le vous aliet, 
hémistiche qui aura disparu à cause de la forme rare aliet. 

Dans quelques autres cas, la faute est moins évidente ; pour- 
tant la leçon de G est visiblement inférieure à celle de C M : 

61 s'i fait est inférieur à la font. 

61 cointement est inférieur à ricement. 

109 de ço vos vueil proier — qui tout as a baillier (cheville 
pour cheville, la seconde est plus fréquente et par conséquent 
plus vraisemblable ici). 

144 fieste est inférieur à joie (C M est appuyé par B). 

156 si mal est inférieur à si grant (C M est appuyé par B). 

b) CG contre M * : 

13 conter fausse le sens. 

19-20 sont à tort resserrés en un seul vers, qui est fautif, 
la condition imposée par Charlemagne n'étant pas énoncée. 

25 del morillon; del est évidemment fautif. 

33 les autres régnez; la leçon de C G (les amples r.) est une 
formule fréquente, bien à sa place ici. 

79 il s'agit ici d'une bête de somme; c'est donc somier 
(C G) qui convient, non destrier. 

83 de lor armes est inférieur à ricement (C G sont appuyés 
par B). 

91 et vo gent rehaitier n'a pas de sens (C G sont appuyés 
par B). 

121 tr avons est inférieur à donés. 

C'est aussi à cette sous-famille que se rattache B dans sa 

^ La leçon donnée saus autre indication est celle de M. 



DE RENAUT DE MONTAUBAN 245 

seconde partie et il est beaucoup plus voisin de G que de M ; 
en voici quelques preuves : 

80 ont est une faute commune à B G pour ot, appelé par le 
sens et appuyé par l'accord de MC. 

154 por ce se ne (^os vois acoler et baisier est appuyé par un 
ms. de l'autre famille (L); la leçon de y a donc été refaite, 
et B G la donnent sous une forme identique : se je ne (fous ai 
tous (ore M) acolés et baisiés. 

157 nous avons vu que Jhesus vous vueille aidier est une 
leçon fautive de G; or elle lui est commune avec B (qui a seu- 
lement puist au lieu de vueille). 

Enfin B et G s'accordent pour introduire un vers de rem- 
plissage (159) pour lequel ils ne donnent pas du reste le même 
texte). 

G forme donc à lui seul une sous-famille; celle-ci pouvant 
être plus rapprochée de l'original que le prototype de G M, 
G nous offrirait dans ce cas la bonne leçon contre ceux-ci. 
En fait il n'en est pas ainsi. Je n'ai pas rencontré un seul 
exemple assuré de ce cas; il y en a une foule au contraire où 
C donne une leçon sûrement inférieure à G M ; par exemple : 

13 forment en sospira est une formule banale; durement le 
coita est exigé par le sens. 

29 donez est un non-sens. 

35 es ombres est un non-sens. 

50 dame est une faute pour seignor. 

59 aporter est une faute pour apr ester. 

89 com avez esploitiéa peu do sens; G M est appnyr par H. 

107 poignant a peu do S(mis; plorant est exigé par le sons ot 
appuyé par B. 

114 garçon, faute évidente pour gascoing (Ci M -|- B). 

117 chevalier, faute évidente pour soudoier (G M + B). 

Dans un grand nombre d'autres passages, on peut hésiter 
entre C et M G. Pourtant c'est en général la leçon des deux 
derniers mss. qui est préférable : voyez pur exemple 9, 12, 27, 
36, 41, 47, 48, 52, 66, 74, 81, 87, 99, 100, 142, 154. 

Famille x (A L B'). 

Le groupe x est formé par les deux ms. LA, auxquels 
s'ajoute B dans sa première partie (v. 1-72). Ces trois mss., 



546 



UN MANUSCBIT PRAQHENTAIHE 



qui ofl'rent entre eux de très grandes divergences, se laissent 
difficilement répartir en bo us-familles ; c'est entre L et A qu'il 
y a le plus de rapports, bien que les différences soient consi- 
dérables ' ; mais aucune faute commune n'autorise à les faire 
dériver directement d'un œèrae original. 

En revanche B se distingue par plusieurs traits bien carac- 
téristiques ; il réunit en un les vers 2 et 3; il omet 15, 55, 
ajoute 31 bis, 54 bis et 1er. Il a une quantité de leçons qui lui 
sont propres (12, 21, 37, 42-3, 51, etc.); parmi celles qui 
l'opposent le plus nettement à AL, je citerai les suivantes : 

6 pas contre /o. 

7 la letre contre les letres. 

9 chesle partie cka contre ceste première pars. 
25 aie, contre entré. 

La bonne leçon doit donc résulter de l'accord de B A contre 
L ou de B L contre A; c'est en effet ce que nous permet de 
constater l'étude des passages où la divergence se présente; 
non pas majbeureusement que le sens nous dicte impérieuse- 
ment notre choix; mais dans quelques cas trop rares, la leçon 
de la famille y nous fournit un précieux moyen de contrôle. 

a) B A contre Tj. 

10 cesl, leçon do B A, contre le, est confirmée par G M. 

17 si vos en dont; contre et si vos done; BA est appuyé 
par C M. 

23 qu'autres hom... afolés, contre nos autre... agreçés; B A 
appuyé par G M'. 

&) B L contre A : 

6 amis A contre sire B L {sire appuyé par G M C). 



' A ]iar exemple préaente de très nombreusea lacunes (69-60, 66-9, 
72,78, 89-BI, 102, 105.8. 115-10), dea intecrersioiis (83-4), des additions 
(enUu 110 et 120). 

- Une aeule leçon fournirait un orgumcnt oonlro uion eyslèmc : au 
V. 10 la loçon di B A croialrn vosire ireté (appuyée pnr I.) ost videmment 
la bonne; oc celle de L (non» croistra Vireli) nu do t elre fautive, est 
appuyée par M, nu. de l'autre famille; il fant donc adn ettie que M et I« 
qui ne pataiBsent pas avoir on de rapport» ont f t ndcpendamment la 
même faute, qui était du reste facile ft oommettre. 



DE RENAUX DE MONTAUBAN 247 

Il résulte de cet examen que Michelant, eu publiant L, a fait 
un heureux choix * : c'est on efîet le meilleur ms. de la famille x, 
elle-même la plus rapprochée de l'original, mais il eût mieux 
valu y ajouter les variantes de A que celles de C, qui appar- 
tient à la famille y. Dans celle-ci, qui peut servir utilement à 
contrôler la première, C représente un texte fort médiocre et 
très altéré ; M et B se rapprochaient beaucoup plus de l'original ; 
G ayant des rapports très étroits avec B, la perte presque 
totale de ce ms. est donc médiocrement regrettable. 

Ce système est résumé dans le tableau suivant (où, naturelle- 
ment, je ne préjuge pas le nombre des intermédiaires pro- 
bables) : 




Si on prend la peine de le comparer avec celui que M. Cas- 
tets a exposé plus haut (Revue des L rom. 1907, 165), on verra 
cpi'il s'accorde avec lui sur plusieurs points. Comme mon 
savant collègue, je réunis AL d'une part, B C de l'autre. Nous 
différons d'avis sur la place à attribuer à M, que je rattache 
au second groupe et M. Castets au premier. Mais il peut se 
faire que ce ms., comme B, offre deux rédactions juxtaposées 
et que nous ayons raison l'un et l'autre en ce qui concerne 
les passages que nous avons étudiés. 

A. Jeanroy. 

*■ On sait que son édition reproduit — et avec une remarquable fidélité 
— le ms. L jusqu'à la page 410 (corrigé par C jusqu'à la page 430) ; à 
partir de la page 411, c'est le ms. 6 qui est reproduit. 



248 UN MANUSCRIT FRAGMENTAIRE 



Texte de G 
Variantes de C M (et de B, à partir de 73). 

Recto 

1. cire, les letres esgarda, 

aelart, 

ricart ; 

pirast, 

5 Des biaus jels de son front tenrement en plora; 
Li roys .y. de Gascoigne durement le hasta : 
« A. is, ce dist li rois, dites moi qu'il j a ». 
— « Sire, ce dist li clers, nel vous cèlerai ja : 
Il est molt fort a lire en cest fueil par decha; 

10 Li clers fu nés de frise qui cest brief saiela; 
M. leois soit de dieu qui ces letres tourna. 
M. .ns bons cheualiers por cestui hrieî morra. 
Li rois .y. de gascoigne durement le coita : 
« D...es moi tost, fait il, nel me celer tu ja. » 

15 Li bons clers ordenés se prist a porpenser, 
N'osa a son seignor la parole celer : 
« S... ce dist li clers, or poés escouter; 

1. e il pechoie la cire la letre regarda M; il desploie le brief 
1. 1. regarda C. — 2 et uit (lut C) le (la C) mort escrite R. et 
aalart MC. — 3 et guichart le cortois et lor frère richart M; 
et gui ensement et le comte Rt C. — 4 ne puet muer li clers 
que il ne sospirast MC. — 5 d. biax ex d. s. chief M; et des 
iaulz de son chief tendrement ne plorast G. — 6 et li rois de 
g. d. se h. C. — 7 amis lisies (lisiez C) ces letres MC; dites moi] 
et dites C. — 8 manque C. — 9 fort] mal ; fueil] pan M ; mit par 
est fors a lire mauese letre i a C. — 10 seela M; qui la letre 
forma C. — 11 tourna] forma M; dahaait hui de dieu qui cest 
brief seela C — 12 que tant bon cheualier M; que tant bons 
cheualiers sa uie i fmera C. — 13 de gascoigne] l'entendi MC ; 
forment en sospira C. — 14 dites... ne M; dites tost fait li rois 
nel me celez vous ja C. — 16 a son seigneur nosa MC; celer] 



DE RBNAUT DE MONTAUBAN 249 

VOUS mant salus et amistés, 

tent que uous i ue.és 

20 li faites 

. . . XVIII casteaus ités, 



Ogiers est ja el ual entrés, 

25 Fo. ques de moreillon et .m. mile d'armés, 
Et les .iiiT. manteaus uous fait il aporter. 
Quant uous ses anemis ferés el ual entrer, 
Que cascuns en ait .i. a son col affublé, 
Qm'i7 ne ueut c'autres hom soit por aus affolé. » 
30 « Hé las, cou dist rois .y., or ai trop demoré. » 
Lors a mandé ses houmes enuiron et en lé, 
Et issi de toul...e, l'amirablo cités, 
Trespasant les teres et les amples régnés, 

V ent a montauban le castel seignoré, 

35 Et desc.ndent a tere sous le pin au degré. 

conter M. — 17 sire c. M C; or] ce C. — 18 li rois chall. vous 
mande M; klm. vous mande C. — 19 se les (cez C) letres ne 
mentent MG; quen cest brief ai troué M; que uos ici ueez C. 
— 20 manque M; se vos fêtes ice que jai el brief troué C. — 
21 de xiiii chastiax (chastiaus C) MG; uos croistra lireté M; 
croistra uostre hérité G. — 22 si uos en done en plege jhu de 
maiesté MG. — 23 et s. dénis de france quil tient por auoué 
MC. — 24 et ogiers li danois MG; est ja el val entrés M; en 
est e. u. aies G. — 25 foques del m. a .m. m. adobés M; foq. 
de m. a .m. c. ferarmés G. — 26 les quatre matiaus uairs 
(mantiaux roges G) vous a fet aportor MG. — 26 bis et 
.iiii- plichons gris qui sont dorfroi bendé M; et .un. peli- 
cons qui sont de gris orlé G. — 27 ses] noz G; feroiz el ual 
aler G. — 28 chasqs G. — 28 bis sire ce dist li clers ia ne uous 
ert celé G. — 29 car ne ueult qualtres h. M; hom manque G; 
en soit por els donez G. — 30 rois Ys] li rois M; he las] he dex 
C. — 31 1. a m. s. h. et ses a asamblés M ; et ses a aûnez G. — 
32 de tolose MG. — 33 trespasent] trespassé M; trespassa G; 
les marces et les autres régnez M. — 34 uinrent M ; uindrent C ; 
seignoré] aduré M; principel G. — 35 et descent a la terre sos 



250 UN MANUSCRIT FRAQMBNTAJRE 

Eacontre uait clariae, la biele au cors molle, 
Auoec lui ses .111. Bus, qwi molt font a loer, 
Aymonnet et yon que tant pooit amer. 
II... urent lor oncle baisi'er et acoler; 

40 l'enbracha que molt deiist amer. 

Col. 2 Quant la dame le uaut baisier por am...., 

" Dame, dist li rois .y., pour dieu ne ra'adese 
.Si mal ai en mon cief ne puis sour pies ester, 
Jou... manjai de pain il a trois iors pas... 

45 U est B., mes sire, que j'auoie mandé? " 

— B U s'en ala cacier as pors et as sanglera; 
Si venra orendroit car i! le m'a mandé; 
Li chien sont ja uenu, la mez-ci damedé; 
V... sa veniaon de coi semis serés. " 

50 — " Seignor, cou diat li rois, mon osteil me prendés, 
La aual en cel bore ciéa (?) mon oate en (?) irés. » 

— « Sire, cou diat la dame, s'il uous plaist, non ferés, 
Ains remanrés od nous en cel pala... listes: 

Com en vostre caatel i serés honorés. 
55 Molt en iert alars liés et R. li sénés. 



le pint [sic) M ; nt deacendent ca ombres deaoz le pin ramé C. — 
36 uait] uint M ; biele] bêle M ; e. ua sa suer clans le uis clep 
C. — 37-40 manquera C. — 37 .ni.] doi M. — 38 a. e y. bel 
sont et honeré M. — 39 qui corurent M. ^ 40 et sa auer M. — 
41 volt] uaut; baisieret acoler M; quant la dame le uoit si le 
uet acoler C. — 42 adesés M ; dame ce dist li reis C. — 43 si] 
tel C. — 44 io ne maniai de p, li tier ior sont paaaé M; bien a 
.m. i. p. C. — 45 u] ou MC; mes] no MC. — 46 sire il ala 
chasier a. p. e al sengler M ; sire alez oat chacier C. — 47 
orendroit] anquenuit; car] que M; il doit uenir anuit queC. — l 
48 la sont uanu li chien MC; dui et dui acoplê C — 49 manque 
M; ueez... dont uoss. seroizC- — 50 s. dist U rois Ys...pregnés 
M; dame ce diat li reia... prenéa C. — 51 ehiés mon oste en 
irés M C (iré C). ^ 52 cou] ce M ; ha frère dist la dame se dieu 
plest C. — 53 e. c. castel M ; e. ceat pales C. — 54 manque M ; 
et en noalre cbaatel esseroiz honorez C. — 55 molt en iert 
(ert C) R. liés (liez C) et aalars (aal. C) lains nez MC. — 



DE RBNADT DE MONTAUBAN 
_'"i<'. et guich, et amaugis li bera. » 
y"^ <1 onc voïst la dame pur mi sa rort aler. 
*■* «ï >i(TB fait escorchier et ces uurs fait br. ser, 
I I-, *^~*-îlieu de la sale fait .i. lit apreater, 
g„ *~i<3ea kieutes pointes, de pailes autretel. 
■•"^•-"it (?) le roi yon coucUr et reposer... 



r^ Li :m — ~ ^ mandés. 

l)e—!s^ ^~~^ ^^ -y- ^' palais ao gisoit molt souet, 
^j -^ ^^^ ~*ire -ini. kieutes de vert pailc... 
j - ■*- ^*nchoel sont de soie molt oointement ouuro, 

^^^^ ^Cnuertoir de aable en uos (?) do bon cendel. 
— soit li rois .y. qui diex puist mal douner. 

O 'pi ~^~— — ... se piaignoit 

— , ^^a bons niera en p... le cors s dé, 

I ^i^^^" jamais a nui iour ne se puist releuer. 
L|(-~^'^^^^^ "Seignntir, nr faites pais, por dieu le vous requier, 
F fv^-fc-^~~*" "afiM^ dirai cancon que milt fait a prisier. 
^ €i »^ ~*^*"Ô8 la pentecouste, que lî iour sont plenier 
»-i pré sont fueilli (?) efflori li. 

-,®'*^~ '^ui molt uos ont amé MC. — 57 par celé corl M. — 
g,*^ -^K, ^ ç^ *^liierse.M; oea] les C; etce8{les C) grans ors beter 
iA* ^ ' ''int .1. 1. aprestor M. — 60 de riches coûtes p. MC; 

I* ^v* Ue cendés M ; d. p. dotre mer C. — 61 ai fait] la font 
&r, -^ ^2 puis font aual la cort la liureson crier M; p. f. la 
tjo^*'^^ a. I. c. C. — 63-4 qui not que .m. chevax auec lui 
^eiiÉs — a V en pregne auaîne et on li a liuré M; u/i vtrs 
gtn^'^ent dans C : cil qui ont les cheuax en ont pria a plenté. — 
6^ "^ gisoit el p. M. — 66 . . . ] roé M ; soz loi ot .un. coûtes 
*;' ' " p. roé C. — 67 cointement] richement MC; U linchoel] 
liiiuOi (-.^ — gg flanque M; li couertoirs estoit tôt forrez de 
«enaç,, c, _ (39 _ _ _ la ^ig^it M ; la se g. rois .y. dex li p. C. — 
.Virement se p. et not mie (si na mie C) de mel MC. — 71 
^ ,*^ jliu de maieaté M; prie meisme le cors dé G. — 72 ne se 
^^t] en puisse sains M ; ne puisse C, — 73 ... ] requier 
oMï::, — 74 iou] si BM; aoroiz bone chancon C. — 75 la] 
*"■' li] chii B.— 76 que cil (li C) gaut sont Voilli (foillu C) cil 




UN MANU3CHIT FHAOMBNTAlItB 

Et cantent li oisel pour aus esleeoier, 
R. li Bus aicnon repair... de carier, 
Et avoit .1111. cers trossé sur .i. somier; 
80 A force les ont pris a .ini. loiemiers... 



Verso 

... en lor compaigne .cccc. chevaliers. 
Les blans oubers uestus et les elraes laoit 
Adoubés ricement cascuns sor son destrier, ' 
Car il doutoit formfnt KaHematne au uis fier. 

85 Une menue plueue lor vint deuera le ciel, 
Li cien et li ceual en furent tout moillié. 
Li bers vait aoumillant armé sor son destrter. 
Quant alars le voit, si l'en a araisniet : 
« Haï, R., dist il, com nous voi enbroneiés; 

90 Or deiisciéa en joie tenir vos Chevaliers, 
Juer et boubourder et les lances brisier : 
Mom qui a ai grant guerre si doit molt faire ïier. 
A. .c mais en mon viuant ne vous vi debaitié, » 
— « Aelart, dist R., a tort me laidoiés; 

95 Jou ne sai que iou ai, forment suj esmaiés, 

(li C) pré et cil (li C) uergier MC; et chil boia rauerdissent et 
trestout cil uergier B. — 77 manque M; li] chil B; 
esbanoier B; chantent li oîseillon por ela eabanoier C. 
repaire BMC. — 79 aor les destriers M; sor .ii. somiers C. — 
80 a] par B; ont] ot MC. — 81 sot en sa r.ompaignie B; et ot 
en sa compaigne M; et auoit on sa rote C. — 82 manque M; 
haubera BC. —83 richement BC; de lor armes M. — 84 dou- 
toit] doutent BC; kim le fier BC. — 85 pluie MC; lor uint] 
upnoit B. — 86 chien... cheuai BMC. — 87 uait] ua BM, 
uet C; aor son corant destrier M, sor le col du (del C) destrier 
BC. — 88 quant le uoit aalart B; q. aalars le uoit (uil C) 
M C ; se prent a areanier C. — 89 h. r. fet il com auez esploilié 
C. — 90 en] a B. — -91 les] uos B, ces C; et uo gent rebaitier 
M.— 92molt]bienB;terres.d.m.tenirf.C.— 9.3 aine MC, 
ains B ; dehaitié] embronchié M, esmaié C. — 94 a tort] or 
lie M ; a tart {sic) ine blafengiez C. — 95 manque M ; mais molt 



DE RENAUT DR MONTAUBAN 



2E 



ÛO 





^ 



1 ^>oi.^ 







o falent li niombre a poi ke ion no kiec : 
"tout l'auoir del mont n'ostopoio soiir pies. 
*îere a mont aubûAz, jon soroio c-onrits. » 
^iire, dist aelars, se dieu plaist, ^on ost l)/nis. 
l'ic^u nosiTQ père, qui tout a a Jugier, 

ITende vo cors de mort et d'onro/whrior. 
«-*e5 ne fu tous payne ro//tno de tant ca... 

^Dus aviés .i. peu ei boû et gié, 

i après vo feme ei vo cors aaisié, 
sériés, biaus dous sire, ei Joians ei haitiés. » 
en passa outre, li gontio//s ç\\eva\iex%, 
elart remaint, pleure dos icîls del cief, 
e dieu reclama qui tout a a Jugter : 
lorious sire pero, de cou uous uocil proier; 
isciés nous .K. de mort ei (i'encr;mbrtor; 
t com il uiuera tant sero/nnos adic, 
^uis qu'il nous faura, n'arons ami sow.9 ciel. » 
mont aubflfAi entreront \mr la portcî fouki'er. 

dehaitiez HG. — î)7 por tôt lor d(» cost m. i 
« en pioz G. — 98 manque M; sor on» a m. iostoni 



^O^ ^V" i^ \:^ > sestoic a m. ia G. — ÎK) s. oho d. alart li; cou Oî- 

cy^^ ^ , -x * * ^^ ^^^^ ^^^ ^^"^ '^^' uous osmaioz G. — 100 jhus li 
o^ 'çA ' J^_ ^ uous coniantG; a iugiorj oin haillior H, a bailli 



V'^b 



.tfî*; 



11 






l 



^^1 uo cors] nos mombros M; (juo uostn» cors <i(»ITo 

- >, - , 102 mais ains no fu toi paino connio do tant cachi 

A\ ^ • ^^ que cost grant paino dab^ souont cachior M; il lui 

,ç^ 8x*ant paino com il ost do chaoior G. — 10'> s(î or M, s 

^C» ^engié BMG. — 104 manque M; apros] iostcî M, auoc i 

^o^ ^ C. a. G. — 105 froroz dont sori(v. \\ tos soriios u( 

^\ U Çj ifQtQ MG. — lOf) son] so M; goûtions] uaillans M 

^7 pleure] plourant \\\ alars romaint pl(»rant dos biax i 

^ ^n chief M; et aa, sos frôros poignant sor son dostrior 

3^8 a a jugier] puot insli(lii(»r H, a a baillior MG. — K 

^ ^Out as a buillior B; ([ui tôt puos iustichior (puoz iostisi 

-*' Me. — 110 manque H; nos manque G. — 111 tant en 

Uiura BMG; tant serons nous aidiô H, soromos nos aid 

» ^ant nos porrons aidior G. — 112 manque M; ot (juant 

^' *• B, puisquil nous faudra G; m'- uaudrons uji donior G. 



UN MANIISGHIT KHAGMKNTAIBK 

it ces gascons par cel bore Aerbregier, 
■ea Iiaubers roller el ces ceuauj torctcr, 
ent par ces pierces ostoirs el eapreuiers ; 
: quida R. ce fuissent soudoicr 
enissent a lui por sa Guerre enforcier : 
iieua, ce diat R., qui sont cil oheualter? 
!, beaua dous frore, faites les herbergîer, 

ddounés assés a boire el a 

?rre et do l'auaiue aient molt » 

eapont .1. borgois : « Beaus sire, voie 

'ois .y. de gaacoigne qui deués auoi 

liex, or dist R., que iou nel aoc dès ier • 
liaae a lui uenus de grés et volentters. 
;oi s'eat tant mes sire penés ni traiiiWiés ? » 
lande bondin, son cor que il ot cier, 
cun de ses frères .1. grade munuier 1 
jieur, faites grant ioie del l'ui yon le lier. 




m entrent 13.— ll'l sont (sa M) uou les (ces M^ ^ 
lins M) BM; si aen uoot li garçon C; cel] ^--^^5~ 

it] et B, ot M, manque C; tursier] turser B. 
rient MC) par ces perches (perces M) BMi 
BB;osloir et espreuier MC. — 117soudoi( 

118 guerre] gent B; enforcier] esforcbier B. 

, cist C. — 121 si lor trouuéa B, a. 1. trouo: 

Z; a boiure (boire B) et a mengier BMC. ■ 

; del f... li destrier B; del foin et de lauoi' 

Z. — 123 et ii li respondi biaus frère uolenti 

lars par les iex; de mon chief M; et reapont li 

e par mon chief C. — 124 car chest yuez d. ^- 

hier BM ; que uous auez tant chier C. — 125 — ~Q 

doi gracier — baron or feaons ioie del roi .^^ ^^ 
or lamor de lui resui ci toz baitiez — adonc 
isin gautier — aportez moi bondin rann c 
■ et cil H a liuré par la guige dormier - 
îres a il le suen baillié. — 126 uenus] aies B^^ 
i M. — 127 me sirez B, me sire M. — 128 qufc- 

— 129 et] a M; et a cascun des frerez fist .1^^ 





"1 

cas 



f^ ~\* ar l'amor de lia 

*ioiit oist tes coa 

^loîe a lor seignof! 

^nembrer lor peOf 

^■laut et alart moÈ 

-^^ les mains se terii 

ic. et guic. les ail 

les manteauBsei 

dos Ica vont sinfl 

rois .y. se giaoit fli 

a pleure tenreraealf 

... voit les liu. aiil 

-■ «ra dist entre ses 4 

^ Pour coi me faites â 

^^^^or le mien ensciant 

'^ ia loi de judas me j 

»Hom qui troM teil ^ 

■Ct bien a son corage" 



^9>- /^iaillier B.— 131 car ^ 

VT-I^n^t] yp|j,t M; souner] à 

«ï>|'«vil,ier] fraueillier M; et d 

«®>»Wb. — 131 lor] li nC;] 

^ ioute : montauban en tanti 

/j^^alars (aalart M) monterei 

^ par les mains senlrettentl 

f^ ^ manque M; e ri. et gui C| 

L ^ier B. — 138 manque M; a^ 

p ,^^^ "^. li nobile guerrier C. — 13 

e^^^..laia droiturier BMC. — l4 

,^Viet BMC. — 14'2 quant iiil 

^ ^^on BM; les .iiii. frerea C; 

■ 143 il dist C; on] nus BM.nii 

13 compatToiz C. — C ajoute 

a baillier — damedieu en p 

^^"^^rai racordé pour nule rien" 

^^^ bien dieu renoié BC; est biei 

^^*;et si a... apoiéC; et bien est 



UN MANUSCRIT FRAGMBNTAIHB 
la tere, car ouurés, et si m'engloutissiés! » 
l tant es uou3 Renaut et aelart le fier, 
! Ricart et Guîcart qui molt font a prtsier; 
i vns s'assist au cief et li autre, as pies : 
I R. dist li rois .y., ne uous eameruilliéa 
p iou ne uous ai tous acolés et bais . . . 

a .XV. iours que j'ai mal en mon cief, 
t mal que iou ne puis ne boire ne mangter, w 
11 Sh'e, cou dist R., ikesus uous voeille aidier! 
r coi ions estes uous penés et (roMilliés? 
1 m'eûsciés mandé par .i. garçon a piet, 
Iou fuisse a uous aies de grés et volentters . . . 



iftçue R; ahi terre car oures M; cor] car C; si me 
liez G. — 151 et guicb. et rich. M ; molt] tant BG. 
n B; li uns sasist au piez et li autres au chief G. — 
11 (ce M.) dist li roys 13 M; or ne uos mcrueilliés M; 
merueilliez C. — 154 tous] ore M; por ce se ne uo» 
letbaisierC. — 155 que mal ai BC. 156 mal] grant 
wille] puist B; jhus le uous aliet M C. — 158 
I B, si C; et] ne M. — 159 manque MC; se un petit 
fieussiez enuoié B. — 160 ie fusse alûs a uos B; ie 
los alissiens a uos C. 

Texte de L» 

liantes de A (et fie B pour les vers 1-56) 

■on chapelain le baille, les lettres esgarda, 

X chrtsi la mort Aelart et Guicbart, 
pt Rich. le nienor. et R. le vasal; 

i se puet atenir que des iols ne plorast. 
1 usaat por le roi, volentiers le celast : 
est d«jâ imprimé plus haut, p. 79. 

s brisa la chire los 1. u B; cil le ra baillié son chap- 

,. — 3 et a coisi la mort as frcroz natural B. — 

IB ; le menor] le gentil A. ^ 4 puet] pot B. — 6 amis 

. no me clielés vous pas B ; amis d. 1. r. Ys ne me 



DE RÉNAUT DE MONTAUBAN 257 

<c Sire, ce dist li rois, nel mo celés vos ja, 
xie racontent les lettres que K. mNmvcMa? 
lin la moie foi, siro, ce li a dit Gontars, 
^^^ oit par est fors a lire ceste preiniertî pars : 
clers fu nés de Prisse qui le brief seela. 
Li chapelains fu sages et cortois et membres; 
i parole ne pot a son seignor celer ; 
une part se trait, si l'a araisoné : 
^^ Savés que mande K., li gentius et li bor? 
"^^ Se vous li faites cou qu'en vo brief a trové, 
Tl^e xiiii chastiaus vos croistra l'ireté, 
l32t si vos donc en plege le roi do majesté 
TSt saint Denis de France cui tient a avoé; 
.1111. mentiaus vos fait par vostre home apoi'ter, 
-^^ Trestot en tel manière com avés devisé, 
Que vos les fins Ay. fer es cl vr' aler : 
Que chascuns en ait .i. a son col afublé, 
Qu'il ne wuet que nus autres soit por eus agrovés. 
Se les lettres ne mentent que ci vos ai conté, 
25 Es plains de Vaucoulors sont ja sa gent entré, 
Fouques de Morillon et Ogiers li sénés, 
Awuec aus .un. m. de chevaliers armés; 
Les fius Ay. atendent que vos (levés livriM*. » 

celé tu ia A. — 7 q. raconte la letre B. — 8 chou (ce A) res- 
pondi gontart BA. — \) première pars] partie cha B; elle est 
mit fort a dire (sic) A. — 10 le] cest B, ce A. — 12 pot] uot A ; 
la raison nosa il le sien seignor cheler B. — 13 de lune part 
BA. — 14 li fors rois couronés B, li fort roy coroné A. — 
15 manque B; s. v. faites ice qu'il a ou b. troué A. — 16 crois- 
tera (croistra A) vostre ireté F^A. — 17 si vous en doue en plege 
BA. — 18 qui est sen (ces) auoué BA. — 19 vostre] son A. — 

20 t. ditel sanlant (semblant A) BA; com uos oit aués A. — 

21 que uos ferez les lix aimon a uaucoulor aler B ; quant uos 
le.s fiz ay. li ferez deliurer A. — 23 quil (car A) ne veut (vuet 
A) quautres hom s. p. e. afolez BA. — 24 que ci oir (ueoir A) 
poos BA. — 25 entre] aie B. — 2G forques A; de moreillon B. 
— - 27 et (si A) ont en lor compaigne BA ; .m. m. dadoubés 
B, v. m. bachelers A. — 28 uos] lor BA. — 29 et li roys yues 

17 



■2hU UN MANUscfirr fragmkntaihe 

i:< u Hfl De\' if liist lî fiui suiit nat chevalier 
(,hii sunt m Minitauban entré sens moa oongii-i' » 
— ■ < Siii (tisl un b irjçdH t e^t h lois Y. li fiers, 
Vns bire tif bascnigiip (]in \i)a avps tant cliier; 
Par dedans Montauban vient a vos conseillier ». 

80 — " He Dex' ce dist R qui en crois tua drecîés, 
Por roi s'est si mes sires pêne** et traveillés 
Ja atasse je a lui de grès et \olentiers. 
Et SI menaise o moi cccc rhevaliers. » 
J! en a apele son seuPschal Gautior 

fif) a Apurt^s mo! mon cur Bondin que tant ai chier, 
La jnie mon seignor doi jp bien essaucier. » 
Et ni a respondu i Biau iire volentiers. « 
Maintenant le tendi par la guige a or mier. 
A cbaieun de »ies frères ra il baitlie le sien. 

90 Qui la oïst les contes cnmer et grailoier, 
Ne poïst on entendre nis Deu tenant el ciei, 
Montauban en tenttst et le palais plenler, 
Del mostier saint Nicol en tentist li clochiera- 
.xiin cors i sooent estre les menuiers : 

95 Sos ciel n'a si dur cupf qup n'en presist pitié. 
Li rois leva del lit a 1 uis tôt droit en vient. 
As fenestres s'apuie del haut palais plenier; 
Corn il oï lea contes corner et grailoier, 
Il dist entre '.ei dens que nul ne l'pntendié : 
100 « Ahi, com raar i fuates, nobile chevalier! 

Por coi me faites joie? Vos le comperrés chier, 
Car je vos ai traïs Kl. ai via fier : 

74 p. 1. 1'. uenu por auoir a g. — 76 qui dedans montauban sont 
venu herbergier. — 77 ce est rois y. — 78 manque. — 79 qui 
uient a m. auec nous c. — 81 sij tant. — 82 ie alasse a lui, — 
S^ si menasse auee moi. — 84 son mestro despencîer, — 85 
apeliez {sic) m. b. m. c. que iai si c. — 87 et cil li a doné sans 
autre destorbier. — 88 il le mist a sa bouche et le sona mit 
bien. — 89-91 mmiquenl. — 92 tentist] tonist. — 96 aus 
Fenest.ros son uiont. — 97 mani/nt: — !)8 quant il oit si les 
Treres c. — 99 di>nl. d.,. i\nv on ni' lontcndi mie. — 100 a. tant 
m. — 102 mantjiir. — lO.'î in destorni^ nonquier. — 103 ia 




DE RENAUT DB MONTAUBAN 261 

Demain serés pendu, je trestorné n'en iert; 
Damedieu en perdrai en fin sens recovrier : 

105 Ne serai acordés por nul home sos ciel; 

Car qui traïst tex homes bien a Dieu renoié, 
Et bien a son corage au diabhî apoié. » 
Sor la quête de paile se rest aies couchier, 
Et tôt li .lin. frère descendirent a pic; 

110 Et montent en la sale sus el palais plenier. 

Com les voit li rois Yus, encontre s'est dreciés, 
Et a dist a H.; « Ne vos esmerveilliés 
De cou que ne vos vois acoler et baisier, 
Que je sui mult de mal destrois et angoissiés : 

115 Par le mien escient .xv. jors a entiers, 

Certes, que je ne poi ne boire ne mengier. » 
— « Sire, ce dist li dus, et car vos aaisiés. 
Et je vos servirai de gré et volenticrs. » 
Son seneschal en a li rois Y. apelé : 

120 « Mes mantiaus d'escarlate me faites aporter, 
Donrai le a mes homes que je doi mult amer. » 
Et il a respondu : « A vostre volenté ».... 

acordé nen iert. — 105-8 manquent, — 109 et tuit. — 110 du 
grant palais plenier. — 111-3 sont remplacées par quatre 
i^ers : cil qui noient le roy uont seoir a ces piez — sor bons 
eschamiaz qui sont bien entailliez — Li rois ys. de gasc. les 
apela premiers — ne uos meruilliez mie se ne nous uueil bai- 
sier. — 114 car je suis (sic) mot lassez penez et trauilliez. — 
115-6 manquent. — 117 s. v, d. Hen. doncquez u. a. — 118 et 
nous uous seruirons. — Entre cette laisse et la suivante, dont il 
est inutile de donner le texte, A intercale neuf vers, — 119 son 
chapelain apele li roys ys sa uenez. 



APPENDICE 
Texte or ms. B N. 764 

Va s'en le roi Yon, sans nulle demeurée, 
Jusques au mont Auben, n' i a fait arestee; 
La a trouvé R. aveucquez s'espousee, 



UN MANUSCHiT FRAGMBNTAIHK 

Et Aiart et Guichart et Richart sans fausser; 
31 I" 5 Maugia estoit aies chassier en !a rammee. 
Ne la endroit ne tu la nuyt ne la journée : 
S'il fust au moMt auben, c'est vérité prouvée, 
La chose ne fust point si faitement alee; 
Maie allé fu chassier une beste dervee. 

10 Or vous diron du roi qui nt main peosee ; 

Il a trouvée {sic) Regnault et sa suer iionnouree M 
De Dieu le salua, qui fiât ciel et rousee. 
Et quant Regnault le vit, si li list enclinee, 
Et le roy li a dist a moult haulte alenee : 

15 II Sire Regnault, dist il, j'ay vo pais confermee'l 
Contre le roi Karlort et trestoute accordée. 
Et vo frères osay por moy est devisee : 
Aler voMs fault demain, droit a la matinée, 
Au roy prier mercy, tout à la matinnee. 

20 Es plains de Vaucoulour par desa la ramee; 
Trouverez vous le roy qui vieut a grant armée e 
Mercy li prières, sans nulle demouree, 
Et le roy vous a bien la chose pardonnee 
Par ice que ung voiage ferés que li agrée, 

25 Ce! qu'il devisera, aussi est sa penssee. 

Mais par vo bon lignage qfii a vostre pais bee, 
Pourra bien en la fin l'amende eatre quitee. 
Or vous humiliés, signeura, s'il vous agrée. 
Aussi comme il affiert au roy de renommée, 

30 Et ne portés haubert ne lance ne espeo, 
lieaulme n'auqueton ne la targe dorée. 
Fors que rains d'olivier c'on prent {sic) dans la pree. 
Car aussy ay la chose a Karlon accordée, 
Car vo pais est de lui par ytel point jurée. « 

35 Et quant le ber R. a la chose escoutee, 
Ne fust mie si liés pour l'or d'une contrée... 



MÉLANGES D'ÉTYMOLOGIE ROMANE 



— " 1 esp. amelgar 

L'esp. amelgar est traduit dans le Sobrino Aumentado o 
Nueco Diccionario des Las Lengiias Espanola, Francesa y 
Latina par François Gormon (Anvers, 1776) de la façon sui- 
vante : « faire des petits creux dans la terre avec la bêche, ou 
tel autre instrument, pour marquer qu'on en prend possession, 
ou pour tel autre fin »; amelgado, « marqué par des bêchées de 
terre, de distance en distance, en signe de prise de possession ». 

J'ajoute les indications plus complètes du Diccionario de la 
Lengua Castellana de T Académie Royale Espagnole (3® édition, 
Madrid, 1791) : 

amelgar. v. a. Agr, Hacer surcos de distancia en distancia, 
proporcionadamente para sembrar con igualdad. 

2. p. Arag. Amojonar alguna parte de tierra, 6 terreno en 
seôal del derecho, ô posesion que en ella tiene algun sugeto. 

amelga. s. f. Agr, El espacio que se dexa entre surco y surco 
para amelgar. 

Je propose d'expliquer amelgar par * admëtïcâre. On se sou- 
viendra que Tobler, dans son édition du Dit dou vrai aniel 
(p. 24), a tiré le v. f. amoier d' * admëtàre (tiré de meta) au sens 
de « diriger vers un but ». * Admeticare, tiré aussi de meta, qui 
a le sens de borne aussi bien que celui de but, aura eu le sens de 
« diriger vers un but » et de « tracer, établir des limites ». 
Au point de vue phonétique * admëtïcâre >► esp. amelgar 
viendrait se placer à côté de natïca >> esp. nalga, fesse, mëd^ca 
(influence du radical de mëdïcus pour expliquer Vie de l'esp.) >> 
esp. mielga, sainfoin, tous deux déjà indiqués par Diez, pour 
témoigner d'un assez curieux changement. 

2. esp. comadreja 

Diez a proposé d'expliquer l'esp. comadreja, belette, par 
* commcUercula (dim^ de commater), et Kôrting à l'art 2361 de 



264 MÉLANGES d'ÉTYMOLOGIE ROMAME. 

son Laleinisch-Rnmanisdies W/irlerbuck (3"^ édit. 1907) répète 
sans commentaire l'hypothèse de son devancier. 

L'esp. comadreja ne peut représenter * commalercula qui 
aboutirait a * mmadecha, comme marculum en espagnol altou- 
tit à macho, sarculum à sacho, et ainsi de suite. 

* Matrïcula de nialer Konimp fentrïculim de ventera pu exister. 
* Commatricula > esp. cumailreju satisferait aux exigences 
phonétif|ues. 

3. il,, cozzare, fr. rosser, rnlir, elc. 
On a proposé plusieurs explicatintis de l'it. cozzare parmi 



a) • coicliare (tire de coicliis, p.p. de eoicerc) V. Diez, Sehe- 
1er; Karting. 2'"b édit., art. 2312. 

Mais noter que voyelle -(- -ctiare aboutit normalement en 
italien à voyelle -\ — cciare. 

b) cûtere : v. ICiirting, 2<^^ édit., art. 2723. 

Mais noter que les mots romans que nous traitons ici postu* 
lent ô. 

Ces explications n'étant pas satisfaisantes, il me semble 
qu'il y a des raisons qui militent en faveur du radical ( 
qui a pu exister en latin populairo et qui uo trouve dans le 
grec »TT», KOTTn, xorrij, xôtts:, tête, derrière de la tête '. 

Un premier verbe à désinonoo -o, * coltr-o, * coUare, aurait 
donné le v. prov, colnr, se heurter à (Lévy). prov. mod. coula, 
frapper, donner des taloches (Mistral); 

Un second verbe, à désinence -io, • mlt-in, aurait varié 
pour l'infinitif entre : 

a) "cotl-iare > it. cozzare, heurter de la tète, en parlant 
des béliers, etc. Cf. cazzo dans dar di cozzo, donner de la tête. 

et b) * cotl-ire > v. prov. cotir (Levy : « Schiagen, Stosaon »), 
prov. mod. cauti (.Mistral); 

> fr. cMir (attesté dès le Xlll"" siècle), 1. sens de l'iU 
cnzzare. Cf. " cotir la teste au mur ". Ex. de 1377 dans Gode- 
Froy. 

2. frapper, meurtrir (un fruit). 

* Cf. Coiaon. Diiqits dans Is VulaU at dans le canlon de Vaud. 



mAlanoes d'étymologie romane. 265 

3. faire craquer, grincer (en parlant des dents : « Cotir les 
dents » V. Godefroy). Schéler et, après lui, le Dictionnaire 
général ont soupçonné l'origine commune de cotir et cosser; 
mais le Dictionnaire Général tire cosser do l'it. cozzare, tout 
simplement, j'imagine, parce que le sens est le môme pour 
CCS deux mots et qu'on n'a pas encore trouvé d'exemple de 
cosser antérieur à Ronsard. 

A ce propos, je ferai remarcjuer deux choses : 

a) * cottiare, s'il explique Fit. vozzare, n'en explique pas 
moins bien un v. f. * coder, fr. mod. cosser, un picard coichier, 
cochieTy cocher. 

b) cosser est employé au sens 2 de cotir , par ex. dans le 
dialecte berrichon. Lire Fart, suivant du petit Dictionnaire 
Berrichon de Jean Tissier (1884): a cosser, frapper un fruit 
pour en extraire le jus.Cower une pomme. Se cosser, se dit d'un 
fruit qui reçoit un coup en tombant ou autrement. Ces fruits 
se sont cosses. S'emploie aussi pour les personnes. Je me suis 
eossé la tête » . 

Il est invraisemblable, pour ne pas dire plus, que cosser, 
dialectal au sens 2 de cotir soit emprunté à l'it. cozzare. Ce 
serait déjà assez pour en dire autant de cosser au sens 1 de 
eotir, quand même les formes picardes que j'ai citées n'exis- 
teraient point pour appuyer ce point de vue. Le hasard d'une 
signification très spéciale, sans compter l'existence parallèle 
dé cotir, suffirait pour expliquer l'absence d'un texte où cosser 
serait employé avant le XVI "^^ siècle. 

4. Dérivés du latin fërûla 

L'art. 3707 de Kôrting (\\û traite des dérivés de ferula est 
assez court : 

Fërûla, -am f., Rute; obwald. fiarla; span. (canà) herla. 
Vgl. Meyer-L., Z. f. '6. G. 1891, p. 770 : sicil. ferra, sferza. 
veron. ferla, etc.; niittelsard. feûrra; [dieselbe eigenartige 
Umgestaltung zeigen harula > aûrra und merula zu meùrra). 
Vgl. Nigra, A. G. XV, 485. 

Les textes latins attestent pour fërûla les sens suivants : 

a) bâton. 

b) bâton pour s'appuyer (Pline). 



266 



MÉLANGES d'ÉTYMOLOOIB ROMA.NE. 



c) plante dite férate. Ce sens semble secondaire par rapport 
au sens (a); le nom de la plante viendra de sa longue Lige; 
cf. ait. rute, bâton, ratsnkraut, plante dite férule. 

d) êcliase pour les fractures (Celsius). 

e) dagues, bois des jeunes cerfs. 
On peut encore voir dans Ducange le bas. latin ferula, ferle 

an sens de béquille. 

De fëriila dérivent l'it. ferla, 1. croaee de boiteux (Duez) 
2 férule, herbe (Duez), 3, " liawk's perch « (Florio; pour c< 
sens cf. graccia dans Duez, 1. une crosse ou potence de boiteux, 
2. un bloc pour tenir un oiseau dessus); it. ferola, 1- palett< 
à donner talochesur la main (Duez), 2. férule, une herbe (Duez); 
it. ferula, 1. « a palmer or férule used in school for correction • 
(Florio), 2. feruJe, une herbe (Duez). 

Ajouter pour les dialectes italiens le sarde du centre feùrra\ 
véronajs ferla; parmesan (voir les dictionnaires de Peschieri 
1828, et de Malaspina, 1856-9) ferla, farla béquille. 

Ajouter aussi : obwald. flarla : v. prov. ferla [Reo. d£s Lan- 
gues Romanes, XXXV, p. 67, col. a), férule, plante, d'oil 
ferleda, ferlada, lieu planté de férules; esp. herla dans cahm 
herla. 

Pour le français, on a d'abord le mot savant férale = 

1. bâton pour frapper les élèves à l'école. Voir un ex. de 
1385 de farrule dans Godetroy à férule et et. un ex. de 1552 
dans Rabelais (IV, bi): « plus leur est contraire... que n'est la 
férule et le boulas aux escholiers de Navarre ». 

2. Plante dite férule. Ex. du XIV^ s. tiré de Corbichoa, 
V. le Dict. Gén. — Cf. férulacê dans Rabelais IV, 49. 

3. Eclisse pour les fractures. Ex. de 1611 dans Cotgrave. 
On trouve aussi ferole comme nom de la plante dite férule ; 
ce mot évidemment emprunté a été lu par Godefrny dans la 
traduction de Columella par Cotereau, publiée en 1551. 

Y aurait-il en français des dérivés populaires de fêrûla? 

J'expliquerais volontiers comme des dérivés populairaa de 
fêrûia les mots suivants : 

a) Le subst. mase. ferlet. d'origine inconnue d.'après le 
Dict. Gén. qui tire son premier exemple du mot de l'édition 
de 1752 du Dictionnaire de Trévoux. 

L'édition de 177! de ce Dictionnaire dit à l'art fer 



MÉLANGES o'éTYMOLOCIE ROMANE. 



267 



I « espèce d'instrument de bois en forme de T, dont on se sert 
^KpB les papeteries pour jetter les feuille!) de papier les unes 
^^BAs les autres sur les (ordoa qui sont dans les éteiidoirs, 
^^por les faire sécher, après qu'elles ont été collées et pressées ». 
lie nom de cet instrument viendra de sa forme (ef. it. ferla, 
nom de la béquille). 

Comparer les dictionnaires parmesans de Peschieri {à l'art. 
ferla o ferletta) et de Mataspina (à l'art, farletta) : n gli artefici 
in générale danno il nome di gruccia a qualsivoglia pezzo di 
legno, metalln n altro a loggia di gruccia " di croce per diversi 
"; et Malaspina (à l'art. ferUtta dla fibbia} : « quel fer- 
ruzzo fatto a gruccia che e uel mezzo délia fibbia da scarpe al 
quale si Ferma la codotla ». 

A côté de ferlet on trouve la forme métathétique freUt 
(Raymond, Dkl. Gén., 1832} ou plutôt frOet {Boiste, Dicl. 
Vniv.. éd. 1834). — 

6) Le terme de marine f/rler et ses dérivés déferler, éferler 
(V- Ménage, DicL Etym., éd. 1750, à ferler), ferlage, etc. — 

Ferler est aussi d'origine inconnue d'après le Dicl. Gén. qui 
ajoute ; « l'ancienne forme fresler semble exclure un rappro- 
ehement avec l'angl. to furl de même signification, qui se 
rattache par les formes to furdle, to fardle à l'anc. fr. fardekr, 
empaqueter. 

L'hypothèse que furl se rattacherait à furdle, fardle est 
due au Dicl. Elym. de Skeat. Mais furdle >■ furl est sans 
exemple en anglais. D'ailleurs furl (le premier exemple cité 
par le New Engllsh Dictionan/ de Murray est de 1556) semble 
plus ancien que furdle (premier exemple du iV. E. D. est de 
1594); on croirait donc plutôt à une contamination de fardle 
par furl. 

L'origine de fardle « v. fr. fardeler) est claire. 
Quelle est celle de furl? 

Il est infiniment probable que des relations de primitif à 
dérivé existent entre l'angl. furl et le franc, ferler. 

IDans ces conditions, des raisons phonétiques militent en 
faveiu" de la thèse qup c'est l'anglais furl qui viendra du fran- 
çais ferler plutôt que l'inverse. On peut comparer l'angl. 
pearl (< fr. perle), l'angl, merle (< fr. merle.); dans pearl, 
merle, furl, malgré les variantes graphiques, on trouve que 



268 MÉI-ANGES d'ÈTYMOLOGIB ROMAHE. 

l'e Diivert du français devant r s'est toujours transformé e 
un même son. 

Lo Diclionnaire Général donne commG le plus ancien exemi 
pie de fresler qui, selon lui, est la forme ancienne, un text 
de 1606; on trouve déjà fresler en 1599 dans le Recueil à 
Dictionaires de Hornkens. Mais l'angl. /«ri (attesté dès ISôfr 
ne peut venir de fresler; ferler seul peut en rendre compte e 
serait donc an moins aussi ancien que fresler. 

Je crois d'ailleurs que Vs de fresler est inorganique; fresia 
est une graphie facilement explicable de frêler qu'on trouvl 
encore dans le dictionnaire de Raymond en 1832 et qui pi 
vient lui-même d'une métalhése de ferler (CF. frêlet pour fer 
plus haut). Au XVII'"^ siècle (certains dictionnaires (Cetp-av* 
DuBz,etc.)ne donnent que /reste/-, freler, d'autres (Pomey, etc. 
ne donnent que ferler. 

Si ferler est la forme primitive, il s'agit d'en saisir l'étym 
logie. Ferler se dit dans la marine de l'action de plier, de roui 
une voile le long de la vergue. Le mot i-ergue est la foni 
normanno- picarde du lat. uirga qui a certains sens an cornrM 
avec ferala, notamment celui de bâton, de baguette. Je pt 
pose de tirer ferler de * ferùlare au sens de rouler les voilfl 
d'un vaisseau autour de la ferûla ou cirga. 

5. esp. Itacho, hacha, port, facko, fâcha. 

A l'art. 3580 de la 3"^ édition de son Lateinisch-ftomanii 
ckes WSrlerbiick, KOrting répète ce que Diez a dit des dériva 
du lat. facula et, comme Diez, rattache à facala l'esp. kadl 
et le port, fâcha. 

Mais ni l'esp. hacha ni le port, fâcha ne représentent phoné 
tiquement facula; facala donnerait en espagnol "haja et ei 
portugais *faVia. 

11 faut donc expliquer d'autre façon les mots en tête d( 
cette notice. 

Le sens primitif du lat. fascis (faisceau) n'est pas le seul 
attesté; déjà Hirtiua l'emploie au sens de fagnt {fascis virgali 
toram); plus tard saint Jérôme l'emploie comme le fr. /au 
{fascis peccatornm). Fasciculus (Horace, Cicéron), de fasciA, 
a passé à *fascidas comme piscicalas (Cicéron), de piscis, 
à piscalus attesté par le grammairien Charisius. Or c'est 
justement * fasciihis qui explique l'esp. hacho (« hacho deM 



MiLANHES n'ÉTYMOI.OGIE ROMANE. 269 

frontera, ^^ falot ou fanal, una lampa o lanterna », dans 
CViidiu, Tr^-^or des Trois Langues 1617), lo port, fachoy fanal. 
Pas (Vo AiîUciilté an point (in vne plHMH''li(juo; un pont- coin- 
parer pour le traitement dn gronpn -S(1L- : 
MASCuLÛM > esp. port, macho, 

♦MISCULARE > esp. mechar, larder, port, mechar,, faire 
un mélange de vin et de soufre. 

* RASCULARE (de rado). > port, rachar, fendre. Au point 
de vue sémantique, pas de difficulté non plus. Le sens primi- 
tif de ]*esp. hachOy du port, facho est celui de faisceau, de fagot, 
lesens de flambeau, de fanal, en est dérivé, témoin les articles 
suivants : 

(i) Esp. haclio de lena, « a bundle of stickes » (Minslieu, 

Yûcabularium Hispanico-Latinum et Anglicuni, Londres, 1017). 

(2) Esp. hachoriy « torclie faite de jonc trompé dans do la poix » 

}rmon, Sobrino Aumentado, Anvers, 1776). — Ce qui est 

lant, c'est que le Diccionario de la Lengua Castellana 

^(3» édit., Madrid, 1791) de l'Académie Royale Espagnole, 

^prés avoir expliqué que hacho, hachon, s'applique à une torche 

[hite de faisceaux de joncs recouverts de poix, traduit ces 

mots par le lat. fasciculus picatus, 

(3) Port, facho, « a faggot or bundle of brushwood. that thoy 
036 to kindle upon a high place by the sea, as a token for tlio 
people to take arms; also two stakos set in fasliion of a cross, 
and pitched upon a watcli-towor, on wliich they use to hang 
f lights as a token of the enemy's approuch, or coming nigh to » 
(Vieyra, Dict. of the English and Portuguese Langiiages, Lon- 
don, 1794). 

Il est donc clair que le lat. fasciculus survit dans la pénin- 
sule ibérique. A côté de * fasculus, un féminin * fascula (* fas- 
c^cùlà) a abouti à l'esp. hacha, au port, fâcha, torche, flambeau *. 
* Fascula viendra se placer à côté de * fasculum comme fascia 
à côté de * fascium. Je termine en rappelant que *fascium, 
d'où rit. fascio, survit en portugais sous la forme faxo [pw 
argot : bois) * qui manque à l'arl . .'3646 du dictionnaire de 
Kôrting. 

* Le développement sémanti(|no a naturel leinent éU* le même ({ue celui 
de hacho^ facho, 

3 Vieyra, loc. cit. supra. 



I 



270 MÉLANGES il'ÉTYMor-OniB BOMANK. 

fi, fr. javart. 

Du iMilii'al GAB-, (ii.sior, f-orge, il faut tirw V\\. gtivini 
guvigne'. amygdales, gcnUnare, taiiori d'un bœuf, et eneta" 
gavoUa (Duez ; oheville liu pied). On ne peut hésiter pour c 
dernier sens quand on constate le même développement sw 
mantique pour le fraiH'. cou de pied ni l'esp. garganta deî pie. 

Je suis donc porté à croire qu'il faut expliquer par le radie 
GAB-. au sens dégorge, puis de cheville, le berrichon gavaiM-a 
gavaade (Tissier, Dict. Berrichon, 1884 ; « qui se frappe l< 
chevilles en marciiant), gavauder (Tissier, loc. dt. ; « marcheà 
eu gavaud "). Le vieux français a gavard, adjectif dont Gode- 
froy fournit un exemple et qu'il traduit » qui a les jambes 
arquées ". eu le rapprochant de gavard {à Domcecy-sur-Cure,' 
Yonne) « qui a les jambes arquées, qui marche en dehors 
La graphie gavar que Cîodefroy cite pour le Morvan est m\ 
leuro au point de vue historique que gavard. Cotgrave doi 
l'adj. gavar avec un féminin gavarre (et non *gavarde) et ti 
duit; « shaling, splay-footed or baker-legd (at Tours) ». Gai 
gavarre est tiré d'un type *gabarras dont je vais démon! 
l'existence en traitant de l'étymologie du fr. javart. 

Car c'est encore à un radical GAB- au sens (a) de gorge (b), 
de cheville qu'il faut rattacher le Ir.japarl, tumeur qui vient an 
pied du cheval, du bœuf, entre le paturon et ta couronne. Li- 
mât est d'origine inconnue, dit le Dictionnaire Général qui tire' 
son plus ancien exemple du Menagier du XIV« siècle où la^ 
graphie juvarl se montre déjà. On trouve cependant javar dftm^ 
le Oicliannaire deTrévouj:; /avar, javttrre, à côté de javard daia' 
Cotgrave; javar encore dans le Recueil des Dictionnaires de 
Hornkens (Bruxelles, l,'jy9); enfin le New English Dictionary 
donne un exemple unique de 1616 de l'angl. javar de même 
signification. C'est javar qui est la forme primitive; javarl. 
javard sont des graphies analogues à homard pour homar 
« V. nord, hamarr-). Cela est prouv(5 : 

' Nigra {Areh. OtoB. itat. XIV. 2B1) TOadrait faii« venir ^in'iK, gaviçne 
du radical ds eapiU; Kôrting {Lal.-Rom. Wlirl aux art. 1907, 2037, 2040) 
propose un • eaolnto de cavwi, ROnsuh {lahrtnieh (. Km. u. enjrf. lAteratvt 
XIV. 170), a vu juïtt), à tnoutivia, en ruppruiihant gavijna du fr. jfAoL 



^r UÈLANOES d'ÉTYMOLOOIK ROMANE. 271 

I (a) pur k iién\C' français javarrt, javarl. (Gmlufriiy : « sorliî 

B de rliawïp »; nialatlif des chcvaiu diml. |mrli> 0. île Seriva, 

Kr<4. iAgrù: VllI. «. Ô.I. 1015). 
' ^^1 |Ji)par l'esp. ^a/'i'irro, M. tti. (Cujmtiri, Suùriiio Aumentmln, 
'^^■1775 ; j'flvart... liimfiur contenue entre nuir et chair qui vient 
■'■Wiii-desaoïiB du boulet et du pfltnrim du cheval "); par le purt. 
'•'Bpiwwro, s, m. (Vieyra, IHcl. port, angi, éd. 1794 ; a swelling in 
1 .1 B tlis hollow of a horse'a pastern). 

i-i'« L'eep. gabarrn, le port, gavarru, le fr. /'avar indiquent un 
'■I priraitif * gabarras: le sulfixe est augmentatif et le sens de 
"■ m pu5M gorge a dû précéder les sens dérivés. On verra un môme 
^«Moppement sémantique dans certains mots italiens tirés 
j-B du radical GAB-etdont la signification est très proche de celle 
^mifjtvart (tumeur) : 
^'1 it. ^avazza (Uuez :« une louppe ou grosse gorge ») d'où 

'^Ap^uzzare (Uuez : 1. « rire à gor^'O desployée «, 2. u Sauter et 

'"•fcttsor de joye, faire du hruit de grande resjouissanre »} d'où 

"'Hpwmi (Duez : ns desmesuré, joye excessive) '. 

'H it. gavezzolo, gavoccio, gavocciolo (Florio : u a bile, a blane, 

'^ttlioleli, a plague sore ■) d'où gavocciolare, gavacciart (Florio : 

^■to îwellround as a bile, a botch or a plague sore). 

H il. gavone (Duez ; une aorte de tumeur). 

H 7. lat. lapatkum, luppa. 

M Cimiiiii' en l'ranr;ais on a (lonrké h lu mercuriuii! annuelle les 

■ VmB de /oirunde, foireuse, joirole, tirés du radical du foirer, 

■ Ib Grecs indiquaient la patience, espèce de plante du genre 
I dseille par les mots lanie», ï^iraSev, tirés du radical de lané^ta, 
I lÂcber le ventre, foirer. Le Dictionnaire Générul croit que le 
I mot français patience pourrait être une corruption de lapa- 
I thium, attesté en latin à câté de lapalhum, lapalhus, lapaihos; 

l(f /«-initial aurait été confondu avec l'article féminin. 

A ce propos, on peut rappeler un jeu de mots de Habelais : 
lapathium acutum l>ei (lib. III, prol,), où l'on retrouve la pro- 
uonciation latine des écoles ; la passion. 

L'art, liipalhum de la 3" édition du Latrinisch-Hoiiiuiiisclies 

,B port, garçiilh'idii de riaa. éclat violant do rîro, __ 



'212 MÉLANOKS ll'ÉTYMOLOGIE ROMANE. 

\VlirlerlJucht\p KDrtingdpinanile à être complètement remanié; 
Li' vuici : 

f>431) tâiiâlham il.{Uit«&)ï), h. /a/io(A(«m, Sauerampfer; sard, 
atabattii; aicW.lapazzu; loinh. la^dz, sldvàz; (\l>w. lavazza: span. 
lampazo, vgl. Meycr-Labke, Z. f. a G. 1891, p. 771, Sal- 
vioiiî, Post 12; dass daraus cat. paradella, span. paradfUi 
nic.ht enstanden aein kaun, bemerken Baist, Z. f. R. P. v. 560, 
u. Scheler im Anhang zu Dz. 808 sehr mit Reeht. 

Il faut d'abord retirer l'csp. lampazo, nom de !a bardane, 
qui n'a rien à voir ici mais dont noua allons reparier. 

Ensuite lapatkum même ne semble avoir donné que la form* 
sarde citée plus haut et peut-ôrei'ît. /npdfo dont l'api^ontuation, 
donnée par Florio, doit cependant 5tro romarqui^e. 

Les trois autres formes que donne KUrting remontent i 
lapatkium, * tapatkia ; c'est sans doute aussi te cas pour l'e«p, 
lubiizai. (Minshou, Vacabalarium Hispanico-lntinam, 1617),] 
port, liihaça (Vieyra, Dict. of the Pnrt. el Eng. Lang., 
« tbe herb called monk'a rbubarh w). Ici néanmoins on tvcH 
l'it. lapaccio (Veneroni, Dict. ital. fr.. éd. 1729) : 
patience, herbe »), lapacciuolo, la ppacciuolo {Daez = lapt 
qui font supposer un type *lapticms; or l'esp. labaza, le po| 
hibaça peuvent remonter à * lapacea aussi bien qu'à *lapi 
t(h)ia. 

* Lapax a dû se Irouvcr â côté do * lapàféùs; of. capi 
* mpttveiis; Umax, limaceus, etc. L'it. lapace (Florio) dérive d 
" lapacem. .\ noter encore l'it lapare (Florio). 

On trouve un assez grand nombre de formes plus on moiif^ 
savantes : l'italien a tapazio, lapatio (Duez) et peut-être e 
liipalo, cité plus haut. 

A moins de supposer une action de lappa sur lapatkum (nous! 
parlerons plus loin de l'origine commune do ces deux r 
cf. dans Ducange lappacium pro lapathum), le p intervnca-l 
lique semblerait trahir le v.prov. inp(/ci (Raynouard : patience! 
niç. lapas (S. P., Essai d'un Dict. Niz., 1894 : n parelte, pa-l 
lience »), le fr. /(i/>ffs(Cotgrave : « patience, monk'srhubarb ii),l 



I Oiidîn, Trésor tloB trois langii'B, 



11)17. e.liibtKa;(iaAetToy, kVaxt. Uipaee,\ 
ùlilion d'Ouilin de UV&i. Rgt-oe 



M&LANQKS d'&TYHOLOGIE ROMANE, 273 

Inpacf (Ducz, Uict. fr. -il,, lti59 : « lapatîo, rombiut' ut romiuo, 
htirba »). Ajoutez aux mots savauta ou l'raui;'aia lapacion 
(Godetniy, un ox. de 1581 ; synoriynit! de lapace. — God. croit 
évidemment (jtip u'eat la bartlane ^labn^ V. |)lus loin. 
L.apacion est une transcriptinn savant'.' ili> lapathium; et. In juu 
de mol de Rabelais cité plus haut), lapatlium ( Muymund, Uict. 
Gen., 1832), lupalum et même iiipate. (liirt. /r.-iiU. de Mozin, 
éd. Pescihier, 187;t')- 

11 impurte, noua l'avons déjA vu, de distinguer les dt'rivi^s 
de lapathum et consorts de ceux de lappa (Virg., Plin. ; = bar- 
dane) qui donne l'it. lappa, lapa (Florio : any Itind of bur, 
dot bur. burdock), cat. lapa. esp. lapa {Sabrino Àumentado, 
éd. lllb : iibardane «; Dicl.esp.-angl. de Neunian et iîaretti, 
éd. Seoane, 18.31 : « galium aparine a, c'esl-à-dire le gaillel qui 
s'appelle glouteron comme la bardane), port lapa, v. f. lape, 
lappe (deux ex. dans Godefroy ), poit. lappt (Lalanne: « bardane») 
berrichon lappe, tdte, capitule de la bardane, mais qui n'en est 
pas nitiins oublié dans la deuxième édition du Dictionnaire de 
Kôrlin^ '*. 

Dans les dictionnaires modernes ordinaires, l'it. lappa au 
sens Atà bardane disparaît généralement et c'est son diminutif 
lappola qui persiste. De lappula', lappolare (Florio : « to 
stick like a bur "); cola fait comprendre l'origine du v. tr. 
laper, poitevin /u/)rrz (LaUiuic : " sai.'tir, empoigner, coller»), de 



' M. Lovy dans son PTOveaîaliin^hes Sapj^.-WiirteTbw.k a un urticle ; 

Armoiiini:, ojnpoiiBf, acordio, lapdaii. 

(ReoettesmAd,. Aamnnùi xii, 103.} 

&»glir. (budnnD, arelmm lappa, ^Tnanth^réo. i 

1,'Oiford llietiùnary doMurrriy m'ripproiid que lapdanum e»t une graphie 
■«chaliiue de labdanum, ladnnum [i-niu-io-,) ; c'est In goiume lé^ine qu'on 
ratire do pluaieuri efl|iècBB da cUW» at notamment du ciate du Cfète. 

' Je fais obBerrnr que lu locution italienne bien aunnue : a il aulo li fa 
lapgX) lappe n, il a liien peur, eat traduite par Florio par l'angl. ■ bis toll 
niakes liura or buttons, o 

■'■ Lappoia et bo dî'riv^a ont Eiubi une diasiinilation qu'on vuit dans nnjM- 
lirrt (Florio'. uf. les oiiipnintn français mipolier, napolîrt (Dueï). 

\H 



274 



MÉLANGES d' 

7(n 



ÉTÏ 



MOLOOIE BOMASE. 



môme que lappolosa (Fiorio : burry, closo-sticking) éclaire le 
champenois lappeiix, gras, gluant, le poit, lapinou, laptnouse 
(Lalanne : " gras >i en parlant de la terre). 

Pline s'est servi de l'adj. lappàcëûs au sens de « ressemblant 
à la bardane ». Cette forme explique : l'esp. lapaza (nom pru- 
vincial du panic verticillé d'après l'éd. Seoane du Dicl. esp.- 
angt. de Neuman et Baretti), le port, lapuça bardane (Minsheu, 
Guide inio Tangues, 1617, à l'art, barre), le prov. lapns, alapas, 
bardane, le v. f. lapace (trois ex. dans Godefroy dont le troi- 
sième est faux) qui survit en Berry, en Poitou, en Saintonge, 
en Aunis, et qui y indique soit la bardane elle-même, soit la 
tête de cette plante. 

Reste à noter deux ou trois autres ntuns provençaux de la 
bardane tirés du radical lapp ~ : lapus, lapeto, et surtout iap- 
pn/rass» (pour ce dernier Barthés, Gloss. Botan.de l' Arrrmdissf- 
ment de St-Pons, 1873). 

Il est difficile de dire avec assurance qu'une forme * iampa 
ait existé en latin à côté de lappa au sens de bardane. Les pro- 
babilités n'en sont pas moins pour cette hypothèse. On se sou*' 
viendra que Diez a expliqué l'esp. lapa, •> pellicule ou mousse 
qui se forme sur la surface du vin », en rapportant ce mot auz 
termes grecs Isbni (radical de iimu, laper, lamper, puis lâcher 
le ventre comme ianOiu), WfinTj, qui ont eu tous les deux le 
même sens. On sait que la bardane comme la patience est dépa— 
rative; le radical latin lupp'd<} lappa doit correspondre à celui 
du grec iàrert-, et comme celui de SiÔTna) est le même que celui 
de ïanàfw, (apaiAH/w et kppa auront en définitive un radical 
primitif commun, dû aux propriétés purgatives des plantes 
qu'ils dénotent. Le grec lix-i} pourrait donc correspondre à 
lappa (forme qui explique l'esp. lapa, au sens qu'on vient de 
citer) et làpinj a pu agir dans au moins un sens, par voie de 
contamination. 

Quoi qu'il en soiL, un radical lamp- transparaît dans une 
foule de noms romans des bardanes et des glouterons. La dif- 
ficulté de séparer les dérivés de lapatham et de lappa, dilTiculté 
qui.devient compréhensible une fois qu'on a constaté l'identité 
de leurs radicaux, se présente encore ici, car lamp- qui a 
déteint sur lappa se retrouve aussi, mais bien moins souvent, 
dans les noms des patiences. C'esL ainsi qu'on aurait le pri- 




MÉLANGES d'ÈTYMOI 



21ïy 



mitil * lampa lui-mêms dans ie (r. lampe' que Duez {Dict. 
Iranc-it, 1659) traduit : « sorte d'oaeiUe, tapatio, rombice, 
'"oftiice, rumice •>; c'est encore ainsi que Venernni {éd. 1724) 
dunne Tit. lampazio cuninio variante de lapazio. 

Pour les noms dus bardaatjs et des glituterons, lamp- est 
plu» Traquent. A isôté de lappdcëus, un * lampâcHu semble 
assuré par l'it, hmpaccio, lampaszo (Flurio), fesp. lampaso, 
lampaut (Minaheu, GuiUe inle Tongiies, 1017), nftins de la 
Wdmie. et lampasse nom d'un oliardoii duns t'Aunis, dit 
nmï lapasse (v. Ijodefvoy k lapacs)i. 

D'autre partj le v. prov. laporda (Levy. Provenî. Suppl. 
Wârto'b.} survit dans le prov. lapourdo, ItipourJie, iapourdoun, 
aums de la bardane ii côté de lampourdo, Uimpourilie, de même 
Jniflcation. Enfin Iû fr. tampourde est cité parLittréfjiii donne 
s signili cations : 
11) num du |i^iire xarulùum, dit aiistii giouteron, comme la 
niant, le gaillol.etc. — Le xun^ftt'uma'appelle aussi herbe aux 
lulks, parce qu'on lui attribuait la propriété de guérir les 
MUfllles (cf. esp. lamparones, écrouelles dans Hornkens, 
ttit de Diclionaires etc., Bruxelles, 1599). 
ma} petite masse de graisse ou de suinl qui se trouva au bout 
fi miches des toisons de la Camarf^e. 

w'allusion à la Camargue fait croire que le sens 2 est d'ori- 

to provençale. Il est d'ailluura certain que tamfiourds au sens 

t le mêmii mut que Uimpourde au sens 2. La lanipoarde 

sigioateroH, modification par étymologle populaire 

^lelteron, dini. du v. fr. glelon emprunté aux langues gcr 

niques {v. h. a chlëtlo, ail. mod Kletle). Or lampourde au 

ms 2 se traduit en allemand : Sclimutz-klelte, et en fraudais 

l'action d'enlever les lampourdes s'appelle « déglouteronner, 

égratteronner les laines * «. 

' Daûa !Mh Se/iiit der Ouylachtr TiUe, d'Edouard MellBmii (Rotterdam, 
1630) le tliiiu. jxitiencf kruyl est traduit ; patience, Uimpt, F. — Coigrave 
a lampe, lampt de mar')ia, 

'■> Cf. port, lawpaau (Viayr», Dict. port.-nng!,, 1794 ; « the potty mul- 
IJMi, woolbUdo, tomli- wved. bigh tapor, img-wort. » Ce wnit la molèoe 
-DU bouillon blftno {vtftnKnm). — Le Diut. iMnçuedocien-FrantOH do 
LI>.S.(Nioe, ITS5) doaae lapataea au sons de moline ou bouillon blimo. 
pourdt, a genre de plantas de la lomills de* urtioéw i> w trouve 




MÉLANGES d'ÉTYMOIOGIE ROMANE. 



Je terminerai en 



constatant qu il y a rencontre entre If 
radical LA MP~ dans deux autres cas très 



radical LAPP-H 
intéressants. 

Le premier, c'est celui de l'it. lampozze (Veneroni, Dici 
it. -franc, éd. 1729 : « morceaux de bois qu'on attache aux 
antennes ou arbres, pour empêcher que l'éclat ne se fasse 
plus grand ») qu'on pourra comparer avec l'it. lupazze (D'al- 
berti di Villanova, Dict. it.-franç. ià. 1811 : « pezzi di legnit 
che si attaccano aglialberi délie naviperafforzargli. — Contons. 
Chiamaai lapazza délia traversa délie bitte un pezzo di 
legno, che s'incastra dietro a quelle per fortificarll. Chevet 
du traversin des bittes ») De lapazza, lapazzare, jumeller. — Cf. 
encore le tr. lapas, s. masc, akpasse, s. fém. de même signi' 
llcation. 

Y a-t-il eu comparaison avec la tête de la bardane qui s'atta- 
che à la laine des brebis, .s'accroche aux vêtements, etc. 

Le second cas qui nous intéresse, c'est celui de lampole, 
nom à Fécamp du coquillage bivalve dit patelle (1857, Vital, 
Quinze fours de Vacanres dans Rolland, Faune Pop. lit, 192J 
à côté de l'esp., gallic, port, lapa, esp. lapadt, prov. mod> 
lapedo, alapedo {arape à Nice, arapo, arapedo dans les Bouches- 
du-Rbône, lapa dans les basses -Pyrénées, etc., v. Rolland. 
lot. cit.). M, Antoine Thomas, dans ses Essais de Philologie 
Française (1897, pp. 334 sq.), en expliquant le mot lauignon, 
nom de la patelle, qu'il fait remonter par * lepadellionem k 
lepas (Jinrw), termine en disant qu'il semblerait que îepas, déa 
l'époque ancienne, soit devenu * lapas, à en juger d'après les 
dérivés romans. Mais il ne fait pas grand fond de son hypo- 
thèse parce que, dit-il, on s'attendrait en espagnol, en proven- 
çal, à la transformation du P intervocalique en S. Ne semble- 
t-il pas que c'est l'attraction do tappa, bardane, et de ses 
nombreux dérivés qui aura agi, non seulement pour faire paS' 
ser VE de lepas a .-l, mais pour renforcer l'articulation du P 



dans Raymond, Dût. gin. 1832. Xm m^me diotionnairo donne lampomrde, 
i b&nc de moellon inFérieiir an bnnc de roche i>,ou le mot semble synonyme, 
de tamltoarde. — Rnfin un a enuora Invipourdt dun" Diiei, Dirl. fr.-il., 105!) 
et Vennroni, Ofet. fr.-it., èA. 17!it an sens do gros dnip {pauno grofi">j. Pour 
co dernier sens, comparer lanijinf, Ininjiaiu»; tlofïf do amv 



MÉLANGES d'ÉTYMOLOGIE ROMANE. 277 

qui a pereisté dans les dorivps romniis, ot inômo pour ainonor 
une contamination par LAMP- attostno par lampote à Vv- 
rampPOn sait que la patollo s'arcrocho, so colle aux rochor». 
De là une comparaison ù la tôto do la bardano qui aura fait 
tout le mal. 

8. fr. mortine, 

Littré donne : 

MORTINE, s. f., fouille do inyrto ot do divorsoa autres plan- 
tes pour la tannerie, 

et en explique Tétymologio par une vieille forme morte, (jui 

»€ serait trouv(^o on v. français comme nom du myrtile «\ côté 

de mirtef murte, meurte. 

[ Myrtinus (* mûrtinûs. vî., nnirta dam^ ('aton) est employc 

comme adjectif par Apulée et (](dius Aun^lianus; il a survécu 

80U8 sa forme féminine dans Fit. mortina, fruit du myrte 

(Florio). En français, la forme populaire correspondante serait 

^mourtine, non mortine; il faut donc supposer (juo ce dornior 

mot est pris à Titalien. 

9. osp. sohon, 

A côté de supUnum qui a en latin le sons d'insouciant, d'in- 
dolent, d'apathiquo (cf. le niinquam deliciae supiniores de 
Martial), ne faudra-t-il pas supposer un *.vûponcm, d'où Tesp* 

sobon, homme fainéant, paresseux, d'où sobonazo do môme 

signification. 



Paul lUnniER flis. 



Unlv«nité do Leeds 
le 20 Janvier 1008. 



CORRESPONDANCE DE LA VILLE DE PERPIGNAN 

{Suite) 



LXII 
Lettre de créance pour Johan Ramon 

1461, 27 mars. 

Molt honorables e de molt gran saviesa senyors. Rebuda per 
lo honorable en Johan Ramon, hun de nostres embaxadors, 
vostra letra de vintequatre del mes présent, e ell oyt a pie sobre 
lo contengut en dita vostra letra, lo havem a pie informat de 
nostra voluntat,e a elle altres sos conembaxadors havem donat 
encarrech per nostres letres e instruccions aquella expliquen a 
vostres molt grans savieses. Placiaus darlos fe e crehença com 
a nosaltres si présents les explicavem a vostres molt honorables 
savieses, de les quais la Trinitat infmida sia continua proteccio* 
Scrita en Perpenya a. xxvij. de marc del any m.cccc. saxanta 
hu. Los Consols de la vila de Perpenya a vostra honor appa- 
rellats. 

LXIII 
Lettres de créance pour les représentants de Perpignan 

1461, 8 avril. 

Molt honorables e de molt gran saviesa senyors. Per certs 
actes que entenem a prosseguir per haver reintegracio de 
grans prejudicis fets e irrogats a privilegis, usos, costums e 
libertats de aquesta vila, constitucions e leys de la terra, en 
gran dan publich, havem per nostres letres a pie informats 



CORRESPONDANCE DE LA. VILLE DE PERPIGNAN 279 

nostres embaxadors de certes coses, lesquals han carrech 
explicar a vostres molt honorables savieses. Flaciaus darlos fe 
e crehença com a nosaltres si presencialment les explicaveiu a 
vostres molt honorables savieses, de lesquals la Trinitat 
increada sia continua proteccio. Rescrivintnos totes coses que 
plaent vos sien. Scrita en Perpenya a vuyt d'abril del any 
Mcccc saxanta hu. Los consols de la vila de Perpenya a vostra 
honor apparellats. 

LXIV 

Emprisonnement de Père Asamar 

1461, 11 mai. 

Molt honorables e de molt gran saviesa senyors. Rebuda 
havem dels molt révérends, egregi, nobles, magnifichs, hono- 
rables e de molt gran providencia mossenyors los Diputats, 
e Conseil en virtut de la comissio de la Cort elegit, una letra 
data a. ij. del présent mes pregantnos vullam condescendre e 
dar loch misser Père Asamar ischa ab certa segurtat de la 
preso en la quai es detengut a instancia de nosaltres per los 
prejudicis fets e irrogats a les constitucions de Cathalunya, 
privilegis e libertats comuns e particulars, en grandissima des- 
tniccio de aquesta vila e dan de les generalitats ; femlos res- 
posta justificant la capcio e detencio del dit misser Asamar e 
que per res nunchaconsentriem* isques de la preso sens deguda 
punicio e castich. E per tant, car vostres molt grans savieses, 
segons per vostres letres nos es manifestât, han grandissim 
voler en tôt be avenir de aquesta vila e la honor de aquella, 
vos pregam,ab la major aiïeccioa nos possibla, que, del fet del 
dit misser Asamar e de tots altres qui culpables se trobaran, vos 
placia intreposar vostres vous en lo consistori dels dits dipu- 
tats e Conseil e particularmeut lia lion vos semblara necessari, 
en manera que sta vila acouseguescha justiciadels qui l'an vil- 
menada e trepejada, e tal com vosaltres volets sia fêta dels qui 
a instancia vostra stan presos segons llurs demerits. Del dit 
negoci nosaltres scrivim largament a nostres embaxadors 
donantlos carrech vos ho expliquen stesament : placiaus 



280 COURESPCINOANCË DE LA. VILLE DE PERPIGNAN 

darloa fe e creliença en lotos cosea cam a nnsallres si présents 
les expiicavem a voatres moH grans savieses, de les quais 
supplicam la sancta e infinida Trinitat sîa continua proteccio. 
Rescrivintnos !o queplaent vos aia. Scrita en Perpenyaa.xj, de 
maigdei any mcccc. saxanta hu. Los Consnls de la vila de 
Perpenya a vostra hooor apparellats. 

LXV 

Lettres de CRiA.NCE pour Thomas Taqui, Fhances 
Përicoles et Johan Ramon 



Moll honorables e de molt gran saviesa senyors. Los hono- 
rables mossen Thomas Taqui, Frrancea Pericoles et Johan 
Ramon nustres emhaxadors, a pie informât» per nosaltres, 
vos explicaran oertes coses sobre lo negoci per lo quai lo dit 
honorable en Johan Ramon es stat trames a nosaltres per los 
molt révérends, egregi, nobles, magnifichs, honorablea e de 
molt gran providencia mossenyors de Diputats e Concell. 
Placiaus darlos fe e crehença en totes coses com de nosaltrea 
per llur miga proferides. E la Sancta e inlinida Trinitat, mol- 
honorables et de molt gran saviesa senyors, sia continua pro- 
teccio vostra. Scrita en Perpenya a.xij. de Maig del any 
MCCCC aaxanta hu. Les Consols de la vila de Perpe nya, 
vostra honor apparellats. 

LXVI 



fCi.r avec la reine* 
1461, 26 jnia. 
Molt honorables e de molt gran saviesa senyors. Dues voa- 
tres letres havem rebudes, la una de .xx. e l'altra de .xxj. del 1 



' n s'agit du traité du 21 Juin oonnii, dons l'histoire de Catalogne, aona 
U nom de t Capitulation de VillafTanca-del-Panadàa. ■ 

Ce truite conaicrait m o menton ément lo triomplie de l'ineucrettion Data- 



CORRESPONDANCE DE LA VILLE DE PERPIGNAN 281 

mes corrent, per la quai de vint o hu nos scrivits corn la dita 
jomada, a .viij. hores de mayti, la illustrissima senyora Reyna 
ha fermada la capitulacio per part de aqucîst Principat derre- 
ramcnt a sa senyoria prosentada, sens mutacio aljçuna, per 
femos participants de tant sinjçular nova e per conreiTerirne 
a nostre Senyor Deu e a la sua gloriosa mare gracies e lahors de 
tanta gracia quens ha fêta de conduhir lo negoci a bon fi. De^ 
contengut en la primera letra, per nostres letres scrivim a 
nostres embaxadors, los quais, a pie informats de nostra ferma 
e inconmutabla intencio, la vos explicaran. Placiaus darlos fe 
e crehença com a nosaltres si présents la dehiem a vostres 
molt grans savieses, de les quais la Trinitat increada sia con- 
tinua proteccio e garda. Scrita en Perpenya a.xxv. de Juny 
del any m.cccc. saxanta hu. Los Consols de la vila de Per- 
penya a vostra honor apparollats. 

LXVIÎ 
Lettre de créance pour Gabriel Girau, Consul second 

1461, 16 juillet. 

Molt honorables e de molt gran saviesa senyors. Lo hono- 
rable mossen Gabriel Girau, Consol segon en orde, de nosaltres 
cert per son entreveniment e per nostra informacio, vos expli- 
cara certes coses. Placiaus per ço molt honorables e de molt 
gran saviesa senyors, darh fe e crehença en totes coses com de 
nosaltres per son miga proferides a vostres molt gran savieses, 
de les quais la Trinitat increada sia continua proteccio. Rescri- 
vintnos totes coses que plaents vos sien. Scrita en Perpenya 
a. XV. de Juliol del any m.cccc. saxanta hu. Los Consols de la 
vila de Perpenya a vostra honor apparellats. 

LXVIII 
Confirmation de l'accord conclu avec la reine 

U61, 21 juillet. 

Molt honorables e de molt gran saviesa senyors. Hir, a les 
set hores après mig jorn, de vostres molt grans savieses havem 



282 COHBESPONDANCE DE LA V[LLE DE PERPIGNAN 

rebuda una letra de ,xv. del mes présent, scrivinlnos qu( 
jalsia lo Conseil de .xxxij. e de .xvj. a vosialtres e al dit Gon] 
sell assticiats, c<nii haventsne plenissima facultat p potesti^ 
del Conseil de Cent jurats de aquexa Ciutat, haguessen feii 
mada e jurada la capitulacio fermada per la illustrissinu 
senyora Reyna, com a proouradriu gênerai del senyor Rey, i 
per lo3 Diputats de Cathalunya e Conseil llur, aquesl Principaj 
présentants, encara la dita Senyora, a sobrehabundant cautel^ 
ha volgut la dita capitulacio esser ïermada e jurada per U 
Conseil General de aqueixa Ciutat, e, per complaure a ss 
Senyoria, axi es stat fet, e per lo semblant vol la ferma e iurî| 
de noatre Conseil General b de les altres unîveraitats, segonii 
nos acriven los dita Diputats. Havem nosaltres a no poch.^ 
raaravella que per nostres embaxadors no siam avisats d^ 
nogoci : si es per que vostres molt honorables savieses n(t^ 
hajen notificada vostra dita letra e tramesa. o per tarda hi 
llur scriure, es incert a nosaltres. E per ço que nostres da4 
embasadors, com es ralio, ne sien avisats e dells cobrem rerf 
posta, los scrivim de la fabena, alTi que, dells cobrada dmSi 
reaposta, puxam donar compliment en lo que fer devem. E 
Trinitat increada, molt honorables e de molL gran saviœa 
senyora, sia continua ppotoccîo vostra. Scrita en Perpen^ 
a .xxj. de Juliol del any m.cccc. aaxanta hu. Los Consols — 
la vila de Perpenya a vostra honor apparellats. 



LXIX 



Lettres de créance pour Gabriel Girau et Johan Ramo^ 
1461, 19 août. 
Molt honorables e de molt gran saviesa senyors. Los hona 
rablea inossen Gabriel Girau, consol segon de nosaltres, 
Johaii Ramon, embaxador de aquesta vila, a pie, informats- 
vos explicaran certes cosea ; placiaua dajrlos fe e crehença cooi 
de nosaltres per lliir miga proferidea a vostres molt grar: 
savieses, de les quais la Trinitat sancta sia continua protecci» 
Scrita en Perpenya a .xviiij. d'agost del any .w.cccc. saxanti 
hu. Los Consola dû la vila de Perpenya a vostra honor app« 
reliais. 



Pî' 



CORRESPONDANCE DE LA VILLE DE PERPIGNAN 28(^ 

LXX 

Miracles accomplis par les reliques de Don Carlos * 

1461» 30 octobre. 



J Molt honorables e de molt gran saviesa senyors. Vostra 

i\m letra havem rebuda per correu de vint e vuyt del mes passât, 

er;f fahentnos certs dels innumerables miracles quel glorios cors 

del illustrissimo senyor don Karles, de diva recordacio, Pri- 

mogenit de Arago, après sa mort ha fets e continua fer, per 

sM î^6 hajam participi en vostra consolacio per algun tant de 

y^ remey a là gran tribulacio e conguxa que presa havem per la 

naort del dit illustre Primogenit : molt vos ho regraciam. Im- 

^msi es la gracia que Nostre Senyor Deus per sa infmida 

clemencia fa a aquest Principat de loar e aprovar per mira* 

^'es la empresa gloriosa fêta per la liberacio de la persona 

^6J dit Senyor Primogenit, de que tots devem continuament 

'^^ gracies a Deu e a la sua beneyta Mare, font de tota gracia, 

P^^forsantnos esser uniformes e en res no deviar en la manu- 

^^cio e deffensio de la capitulacio, la quai concerneix laor do 

^^* servey del senyor Hey, benefTici e repos del dit Principat 

®^ totes altres coses concernents lo tranquille stat e benifet 

P *^uch de aquel. E la Potencia increade, molt honorables e de 

^^ Wan saviesa senyors, sia protoccio vostra. Scrita en Por- 

~! ^y^ a très d'octobre del anyM.cccc. saxanta hu.Losconsols 

^ ^ila de Perpenya a vostra honor apparellats. 

LXXI 
Lettres de créance pour Johan Ramon 

I46I, 19 octobre. 

^^U honorables e de molt gran saviesa senyors. Lo hono- 

^mme les reliques de D. Carlos faisaient des miracles, un dominicain 
^*Mi, Juan Gualbes, en fit le sujet de prêches politiques (Blanoh é Illa, 

^^^""Ui hist., p. 34) et les autorités catalanes demandèrent la canonisation 
^ prince défunt à la Cour de Rome qui, d'ailleurs, 8*y refusa (Gonsalo de 

^ta Maria, éd. Paz y Melia, p. 196). 



284 CORRESPONDANCE DE L\ VILLE Dlî PERPIGNAN 

rable en Johan Ramon, embaxador de aqueala vUa, informât 
a pie per noatres letres e dell conseil, vos explicara certes cose». 
Placiaus darli fe e crehença com a nosaltres si présents per part 
nostra e del dit Conseil les explicaveni a vostres irolt grana 
saviesea, de les quais la Trinitat increada sia continua pro- 
teecio. Scrita en Perpenya a .xviiij". d'octtibre del any M.cccc. 
saxanta hu. Los Consols de la vita de Perpenya a vostra honor 
apparellats. 

LXXIT 



461, 8 novembre. 

Molt honorables e de mclt gran saviesa senyors. Lo honora- 
ble en J ohan Ramon, embaxador de aquesta vila, informât a plo 
per nostres letres, vos explicara certes coses. Placiaus darli fe 6 
crehença com a nosaltres si présents les explicavem a vostrea 
molt grans savieses. Delsquals la Trinitat increada sia continua 
proteccio. Scrita en Perpenya a. viij. de noembre det any 
M.cccc. saxanta bu. Los Consola de la viJa de Perpenya a 
vostra honor apparellats. 



LXXIII 



. LA COUB ET INDIGNITÉ DE JaCME Vii 
SECRÉTAIRE DE LA HEINE 



1482, 2 janvier. 
Molt honorables e de molt gran saviesa senyors. La obra ha 
demonstrat quant aquesta vila es anada unidament en los 
negocis occorrents ab aqueixa Ciutat, de que per avant no 
enten en manera alguna deviar, e lo poder que ara derrera- 
ment es stat levât als embaxadors o sindicbs de aquesta vila 
es stat fet per certs bons respectes, sempre stants ab ferra pro- 
posit de anar en uoitat ab aqueixa Ciutat, e per tant, car seriem 
certificats la senyora Reyna ha posât en nomina enfre los secre- 
taris en Jacme de Vila, lo quai ha procurats molt dans e incon- 
vénients en aquesta vila, e persona molt odiosa e sospitosa, no 



CORRESPONDANCE DE LA VILLE DE PERPIGNAN 285 

merexedor esser secretari de tanta senyoria, perque es originari 
de Ffrança * e ja lo senyor Rey benaventuradament régnant 
l'a privât una volta de secretari e li leva lo sagell, e a suppli- 
cacio de alguns cessa punirio corporalment. Placiaus per ço 
donar orde lo dit Jacme Vila sia repellit com a odios e sospitos 
a aquesta vila, e sera servar la capitulacio e nosaltres qui ho 
regraciarem molt a vostres molt grans savieses, de les quais la 
sancta e infinida Trinitat sia continua proteccio. Scrita en 
Perpenya a dos de Janer del any m.cccc. saxanta dos. Los 
consols de la vila de Perpenya a vostra honor apparellats. 



LXXIV 

Mesures prises pour assurer l'entente de Perpignan 

ET DE Barcelone 

1462, 5 janvier. 

Molt honorables e de molt gran saviesa senyors. Per en 
Thomas Carrerres, correu, havem rebuda una letra de vostres 
ïûolt grans savieses de trenta hu del prop passât mes de Dé- 
cembre. E per ço, car molts del Conseil per los negocis occor- 
^ûts a nos donat son absents de la vila, nons es stat possible 
*ÇueJ aplegar, e havem provehit de aplegario dema. Speram 
^0 dit Conseil provehira en lo contengut de vostre dita letra en 
^ manera que vosaltres serets contents. E regraciantvos 
^o^t vostre bon avis, vos pregam, ab la major afîeccio a nos 
possihia, queus placia sobreseure en delliberar en lo article en 
vostra dita letra deduhit fins a tant que en lo cloure e passar 
^^ell hajats la delliberacio del dit Conseil e siam participants 
ensemps ab vosaltres en lo negoci ab la bona unitat e concor- 
^^ que aquesta vila sempre es anade e ira ab aqueixa Ciutat. 
E la Potencia increada, molt honorables e de molt gran sa. 
vi^sa senyors, sia continua proteccio vostra. Scrita en Perpenya 
asinch de janer del any m.cccc. saxanta dos. Los consols de la 
vila de Perpenya a vostra honor apparellats. 

' Jacme Vila a été mêlé aux négociations franco- espagnoles deTépoque 
(cf. I/niiê XI f Jean II et la Révclviion catalane, p. 1 93). Puisqu'il était 
français, il est assez naturel de voir en lui l'un des intermédiaires dos 
deux cours de France et d'Aragon. 



OnRESPOSDANC; 



.1.E IIE PERPIGNAN 



ISNAITBE JoHA> CnDALET COMME ASSESSEï 

DU CiOliVF.BNEMENT 



14â2, B avriL 



Moit honorables e de molt ^an aavieaa senyors. Lo honora- 
ble misaer Johan Codalet, doctor en Décrets, de aquesta vila, 
s'es présentât a nosaltrea e al Conseil de la vintesetena, dient 
com lo senyor Rey lo hauria provehit de l'oflici de la assesoria 
de Governador de aquets Condats, e a nosaltres ne al dit Con- 
seil lo ditmisser Johan Codalet no[s]e9odiosneaospito8', Per, 
ço, instant lo dit misser Johan Codalet, ho iiotificani a vostres 
molt grans savieses, de les qiials laTrinitat increada sia c 
tinua proteccio. Scrita en Perpenya a vini" d'avril del any 
M.cccc saxanta dos. Les Consola de la vila de Perpenya i 
vostra honor apparcUats. 



LXXVl 

Mis-ion ue Johan Mayans a Perpignan' 

14H2, 12 mai. 

Molt honorables e de moit gran saviesa senyors. Tant prest 
rebuda vostra lelra du vintequatre del prespaaaat mes d'abri! 



I La Cour d'Aragon ?:■ (-ifoccupait alora d'asBurer le passage ea Bob» 
siUon aux secours ftan;aiti dont elle avait sollicité l'appui oontre Barce- 
lone. C'est ce qui explique k la fois la nomination de Joban Codalet et 
l'attitude des Perpiguanais à son égard. 

' Le 9 mai avait été signé le traité de Bayonne qui livrait à la Franoa 
le Roussillon à titre de gage eu échange de l'envoi d'une armée de atoonrH 
destinée à dompter Barcelone an profit liu roi d'Aragon, Le bruit publi 
aoouaait le roi d'Arugon, depuis plusieurs semaines, de t démeoibrer la 
Principatn. C'est dans cette situation critique que Mayans fut envoyé à 
Pecpignao. (Cf. sur ce prsonnage, louig XI, Jeiui II et la Rivolutt 
eatohne, p. 22.) 



CORRESPONDANCE DE LA VILLE DE PERPIGNAN 287 

a nosaltres e al Conseil de vinteset dirigida per lo discret en 
Johan Mayhans, notari e scriva del Racional de aqueixa 
Ciutat, havem fet aplegar lo dit Conseil en lo quai s'es legida la 
dita letra, e mes amplament e difusa e ab gran discrecio e orde 
lo dit Conseil es stat informat per lo dit en Johan de Mayhans 
de les coses deduhides en la dita letra e altres negocis occur- 
rents. E regraciamvos molt nosaltres el dit Conseil com ha 
plagut a vostres molt grans savieses avisarnos de les occur- 
rencies dels actes passats e présents, no tantsolament per letra 
mas encara per viva veu, la quai ha molt mes impressio en los 
coratges dels hoynts que no la letra, que no sona mes sino tant 
com es posada. E. havem per cert e u monstra experiencia, 
magistra de totes coses, com vostres molt grans savieses tenen 
per sempre en llurs penses e coratges lo que Cathalans han 
loablament acostumat, ço es ab quanta virilitat, attencio e 
perseverancia stan vostres savieses en la laor de la Maj estât 
divina e a la integritat e servici de la Corona reyal, repos e 
l' tranquille stat del dit Principat e conservacio e tuicio de la 
republica de aquell, posant vos en segur nosaltres el conseil 
esser uniformes e ab ferm e inconmutable proposit en prosse- 
guir ho, per lo semblant, juxta forma de la capitulacio e en la 
tuicio e conservacio de la cosa publica e de les libertats del dit 
Principat. Supplicant la Potencia increada sia de sa merce 
dirigir hun cascun a ben obrar e preservarnos de tots inconvé- 
nients a laor de nostre senyor Deu, honor e servici de la Ma- 
jestat del senyor Rey e de la senyora Reyna e del illustrissimo 
Primogenit, tranquille stat e repos del dit Principat Tant com 
es trametessem nostre sindich o sindichs, vist haveu com, ans 
de la recepcio de vostres letres per nosaltres e dit conseil, hi 
era donat compliment. E la sancta e infmida Trinitat, molt 
honorables e de molt gran saviesa senyors, sia proteccio con- 
tinua de vostres molt grans savieses. Scrita en Perpenya 
a .xij. de maig del any m.cccclx dos. Los Consols de la vila 
de Perpenya a vostra honor apparellats ^ 



1 Le lendemain, Johan Mayans écrivit à la municipalité de Perpignan 
une lettre explicite dont l'intérêt est considérable et qui figurera à sa date 
dans l'appendice de la présente publication. 



288 CORRESPONDANCE DE LA VILLE DE PERPIGNAN 



LXXVII 

Lettre de créance pour Johan Traginer 

ET Franges Comte 

1462, 17 mai. 

Molt honorables e de molt gran saviesa senyors. Los hon 
râbles mossen Johan Traginer e Frances Comte, a pie informa 
e instruits de nosaltres,explicaran avostresmolt grans sa vies 
certes coses de nostra part. Placiaus darlos fe e crehença co 
si per nosaltres eren explicades a vostres molt grans saviesi 
de lesquals la Trinitat increada sia continua proteccio. Scri 
en Perpenya a.xvij. de maig del any mcccc. saxanta dos. L 
consols de la vila de Perpenya a vostra honor apparellats *. 

^ Une autre lettre semblable figure à la suite, sous la date du 23 m 
et une autre encore, sous la date du 2Ô du même mois. 



(A suivre). 



J. Calmette et E.-G. Hurtebise. 



LES QUATRE FILS AYMON 

(Suite) 



9005 11 me requiert bataille, cors à cors, per à per ; 
Si ferons nos grans gens arrière retorner. 
Dites, sire Olivier, se por nos la feres, 
Ou mon cors ou le vostre i covendra aler ? 
« Sire, dist Oliviers, ne place dame Dé 
9010 Que je 11 face mal en trestot mon aé 

Por tant que je le puisse guerpir ne eschiver. 9 
Estons, li ûus Oedon, Ten prist à apeier 
Et Yudelons 11 quens et Torpins Tordenés. 
« Merci, sire Rollant, por l*amor dame Dé. 

9015 Renaus est de no geste et de no parenté. 
Se l'avies ocis, ne vos porrons amer. 
Si requeres le plait que il soit acordés, 
Ou vos faites nos gens contre les siens aler. 
Miex est que il i muirent .c. chevalier armé 

9020 Et .G. en soient pris et d'avoir racliaté, 

Que Renaus i soit mors ne vos desalossés. 
Quant Deu plaira et Charle, si seront acordé. » 
« Seignor, ce dist Rollant, s'iert à vo volenté. » 
M 238 François sunt descendu, si se sunt ferarmé 

9025 Et chevaucent ensamble et rengié et serré. 

Renaus crie s'ensaigne Montauban, haut et cler, 
Et a dit à ses homes : c De bien ferir penses. » 
Tante ricbe baniere i veïssies porter, 
Tant [escu] à lion et tant [espié] doré. 

9030 L'uns chevauce vers Fautre por la mort encontrer. 

9016 L M porrons. 

9021 M pris ne tous desbaretés. 

9029 L Tant espié à lion, et tant esou doré. CTest distraction du copiste. 



LES QUATRE FILS AYMON 



iblei 



lUDt a 



e busia 



) aoDé. 
ua d'oF liâtes 
chsvalier mambré- 
lop donë, 



K'il n i ot cor 

Li Fil Ajraon les fièrent es ea 

Et François les reçoivent con 

8035 Là peiist on veoir tani^ ruiate 

Tante lance briaie, tant escu esiroé 
Et ttint hanberc rompu et tant baron navré, 
L'un mort duseure l'autre trebuebié et versé. 
Et tant -iheval corant, sor la montaigoe aler, 

9O40 Dont li aeignor gunt mort et en l'estor remes. 
Reaaus, li fiua Aymon, ne s'est aseûréa. 
Aallara et Ouichars et Ri.:liars li sénés, 
Cil i âerent grans cos des espiés neelléa. 
Ki là veïst Renaut ferir et enoontrer ; 

9045 Soveut i:ne g'ensaigne Montauban, bautei cler. 
Hichars fu d'autre part, ki bien lea aot grever. 
Une esehiele de Frans a entr'eua .11, passé. 
Riuhars crie s'ensaigne por sa gent assembler. 
« Abi ! Renaut, biau trere, où testas vos aléaï 

9050 Vees com li François aunt çà outre passé. 
Or ferea de l'eapée qui vos pent au ooaté, 
Je ferrai de oesti qui niolt fait à loar. 
Que pn puisse de nos jusqu'il Paris parler. » 
Quant Renaus l'a oï, forment l'en a amé. 

9065 11 a traite l'eapée de son seneatre lé. 

Qui donc veïst Renaut ses cos abandoner 
Et fei'ir de Froberj^e et ces hiauraes ooper. 
Ces esaus et oea hiaumes fendre et escartelep. 
Aine cbarpentiera de bos ne home rgui soit nés, 

9 >60 Ne démena tel cbaple eu parfont bos ramé 

Comme falsoit Renaus sor ces hîaumes jamës, 

903! M neis an mot soné. 

0063 Richard est laujoars le plaa wacitux tU ee qut Con dira ie leur» 
hanl» faila. Ici Rentatd ne peut s'empêdier de l'approuver. Le trouvère, 
enth<niiiaite det beaux combat», praid le jeune guerrier pour inltrprAa de 
aes eeniimtnu. Le caraetire féodai et chemleresqut des Fils Aymon fit 
tHceès immédiat et ditrahle, malgré la concurrence des romans hretoru. 

e(>56 Vyaaoa comme au v. 9043. M coups. B Bon cors. 

0061 M gai jui évite la répétilîon de boa. 



lAs ouatrb fils aymon 
M 239 11 etRichars aes frerea as esjiëes <lel 



lés. 



François voieat lor perte, s'uat Rollant ( 

n Rollant, li niés Charlon, oà iestes vos aléat 

9085 Venes vo gent aecorre, qui niolt sunt agrevé. ii 
Quant Rollans l'a oï, à poi n'est foraenés. 
Com il vit ms esohielea à tel dolor torner. 
Il eaerie Monjoie. à sa vois liaut et cler. 
• Renaut, li fins Aymon, oii iestes vos aies î 

9070 Près sui de la bataille que requisse m'avea. » 
Quant RenauB l'a oj, celé paît est tornés, 
Et a dit à Ruilant : « Où aves vo-: esté î 
Avas vos puis dormi, tant aves demoré î 
Or est gratiide la perte, grant pechié i aves. n 

9075 Tantost com il sa voient, si ae vont ajoster, 

Et François et Gascons les laissent assemblai'. 
II n'i a si liardi qui ost lance lever. 
Chascuna s'en va as rens de la bataille ester 
Por esgarder la joate des nieillors bachelera 

9080 Qui aine fussent en France ne el monde trové. 
Ki donc veïst blstout et Salemon plorer. 
Et Ogier le Danois et Torpin l'ordené. 
YidoloD de Baivièra a Es.ous Bpelé 
Et Torpins l'ai'oeveskes et Oliviers li ber : 

9085 a Aléa eut à Rollaat de par nos tous parler. 
Si nOB dites au comte qu'il ment sa loialte 
Et s'il oaist Renaut, noa nel perrons amer: 
AÏDS aern de nos tous orendruit desliés. 
Mais guerpisse l'espié por la noatre amisté 

9090 Et si prenge une lance, si voist a lui joater; 
Si le fiere .i. saul cop por sa foi aquiter. » 



« Seignor, di 
Kar laisies U 
[Je aai bien i 
M 9095 Cuîdiea vos .| 
Nenil, par sti 



tli D: 

i barons 



le [il] a 
lit Déni 



, tôt c 



. petit e 



laisies ester; 

prover. 
LUS sel aea armes porter], 
lit [por nos] espoontéaî 
e, Ja mar le cuideres. 



9064 L lor. H la. 
9<JGS L sBS homonjoiG. 
9094 Sic B MeU. Mnnq,. 




LES QUATRE PILS AYMON 



por .XLiii. cités. 



Rollans sera molt Iah, aitis qu'il en soit toraés.l 
N'i volpoit ei 
Maia laisies les burona 
240 9100 Je trovai ja Ranaut » 
Il ma doaa tel cop sor i 
N'i valast mes hauber . 



. patitet joer. 
a Balençnn, aa ftués. 
esûu lis'té, ~ 

enjer moneé. 
La cercle de mon helme vi el sablon torner. 
II Ogier, ce dit Estous. car nos laisles ester. » 

9105 II ftpele Yudelou et Torpio l'ordeaé. 

• Aies prendre les trivea vers Reliant l'aduré,! 
Dites ao9 le vaaal qu'il ment sa loialté, 
Et s'il ociat Renaul, chier sera uomparé; 
Mais guerpisse l'espié por la nostre amisté 

9110 Et si praingiie .i. lance, ai voiat à [11] joster. 
Si l'en âare .i. seul cop por sa foi acuiter, 
Ou ja verra bien tost le mal en pis torner. » 
Cil sunt Tenu au conta, si l'ont araisoné : 
t Estons vos mande, aire, li chevalieia membres, 

9115 Que a'ociea Renaut, ne vos porra amer ; 
Mais prenes .i, lance, laisles l'eapié karrô ; 
Si l'en donea j. oop por vo foi acuiter. ■ 
Comme Rollaos l'oï, a poi n'est forsenéa. 
• Hé I traïior, fait il, toa voa confonde Dés, 

9120 Kl tôles à mon honcle a'onor a conqueater. 
Je ferai orrendroit molt de vo volentés, h 
Puis a dit à Renaut : « Bien aoieadesâéa. 
Nos devons bien nos cors esaaier et prover. » 
11 brochent lor chevaua, es les voa des[sevré9]. 1 



9097 Metz. Roll, en ierl. 

!<100 H Je encontrai Renact. fdett : J'encontrai ja Renaut soa Uon 
tauban. 
9103 M tourner. Meli : entrer. 
SlOl M que me teastea. Meli : di9t Ydelons, car nos. 
gt(l5 Metz : Estes en spela. 
fillOSic B M, Lmoî. 

9113 Metz : Et Eslous respondi : Si con vas commandes, 

9114 Metz : Namea vos mande, sire, et Ydalona li ber, OlivieFs de Vi 
et lor grens parentés. 

9116 M Metz : s un fer acéré. 
9124 Sic B M. L iîelz : deaflés. 



4 




LES QUATRE FILS AYMON 



293 



Vis TantoBt com il 8e voient, les oovint assembler. 
Qui donc veïst as contes ces fors encue lever 
Ex oes riches eapiéti paumoier et sroler. 
.As .11. meillors de France \ef peait on [tsmer]. 

De ç"u flst molt RolUna que preuset que cortois. 
9130 due il prist .i. lance à Guilleme de Blois. 

^uaot Renaus l'a, veii, molt en fu ses cuers noirs 

*'Ei diat entre ses dena que nul ne l'entendoit : 
«< Rollant, li niéiCharion, trop menés grant bofoi, 
Qui ne daigniea espiâ por'er encontre moi. 
fl'^^ Non ferai je vers vos, se ï>ax m'aïst et Fois, t 
[L]or8 geta son espié très ennii le raaroia, 
[E]t « prise une lanue [daol] flirarl l'espanoia 
^^Ê Et lait corre Baiart con chevaliers adroia, 

^^V>&^41 Oe en aéra la joste, ne puet mais remaaoir. 



9^40 Qrana 

DeSOS I 

[D]eB h 
El fout 
[11] bris 
9145 Se ce fusat-nt 
N'i ot si bon à 



9 se vont doner es e»ous vianois; 
boucles d'or les perceront manois. 
bers c'oDt vestus dearompirent les ploi 
t fera passer les les costes los frois, 
ent lor lances et firent grana eafrois. 

mort fussent amraedoi . 

cui l'esobine ne ploit. 



Renaus abut Rollant très entni le c 
Ce ne vos di je mie, ne ne dirai des mois, 
Conques Roilans oheïat por conte ne por roi; 
9)50 Mais se li chevaus verse, et il peri ses conrois. 
[Djont n'en pot mais Rollann, s'il le covint ohat 
Ei li coina de son hiaume Suha si sablonoi. 
[N^] ne voB di je mie, ne ne m'oes conter 
C'onqups Roilans ehaïst por chevalier armé; 



9155 Maia quant li chevaus 


1 verse et est deSAfeutres, 


rD]onl n'en [puet] n 
Quant RolUns l'a ve 


lais [li bons], s'il le [convient] 
ii. à poi n'est forsenéa. 



9128 Sic B M. L Metz : conter. — 9130 Met: : Gossiaume. B U à un 
for TiennoiB. -9131 Metz : ae pot merTeUoir. — 9137 M dant. Mt-t: : à 
L, mangue. — 9147 8 aioutt : Et Rennue tresbucha trez enmi le marois. 
— 9152 Sic L B. manque à Metz; main L le pince après lu nerf 9150 

9156L. jUei; Dont n'en pot maifl BoUans, si le covint vecBet.Ce*i«mp:s 
réjiilition, H de même. J'ai préfiri ta leçon de M. On notera que beaucoup 
Sinitialu tout rofjTUet. 




9160 Mal 



[Et] vint à s 



i QUATBË FILS AYMON 

[)iés et trait le hranc letré 
ni, le chief 11 voat ci 



roncjri coart a son destrier clamé. 

Par iael saint apostre c'on quiert sn Noiroo pré 

A poi que ne vos faa celé teste voler, 

Quant le cop d'un garçon ne poïtea porter. 

Jamais n'aurai honorencaat siècle mortel, d 
9165 RenauH riist àRollant: « Toit aves, en non Dé. 

Trop aunt François esohara à Tavaine doaer. 

Poi en out 11 cheval, quant vient à l'avesprer ; 

Mais Baiars a l'avaine desi àrajoriier, 

La fontaine et le fueire et l'orge bien vané. 
9170 [S'jil pooit mengieror, s'en auroit il asseB. 

Beneoite 90it l'eure que tes clievaus fu nés, 

Car ne fu tex destriers en la crestienté. » 
Quant Baiars se regarde et voit Reliant à terre, 

Les pies derrière giete, bruiant comme tempeate. 
917& [Baiars s'en va fuiaiit, quant l'a laschié la resne], I 

Fiort le chaval Reliant sor l'oreille senestre. 

Ou il vossist ou non , H flst rompre sa reine, 
M 242 Btli chevaua s'enfuit esbahis desori'eve. 

Quant Rollans l'a vetî, a poi que il ne dsrve. 
0180 [l]l a trail Uureudart 1 la cleie alemele; 

Vers Baiart est venus, voat h irancier la teste. 

Quant Renaut l'a veii, ne le tint mie à befe 

Et a dit à Rollant ; n Que est ce que vos fêles ? 

[J]a est çou vilenie à home de vo geste. 
9185 Que demauiles Baiart? Ja est cou une beste. 

Se vos voles bataille, vers moi le venes querre ; 

Vos en aures asses, par les loU de ma teste. 

Laisies moi mon destrier, il n'a meillor en terre. 

Et si est mes chevaus, bien est drois qu'il ma serve. 
9160 Lors a traite Froberge, dal fuarro le deserro, 

Et va lerir Rollant amont, parmi ao!i lielme. 

Que les flors et les jiieres pn vont jus à le terre. 

Et l'esou de son col li fent et erchantele, 

9169 B M Afel: : La fonlaine âourjaiit, 

0172 M ajoute : Ai< no deaoenb Reaaua de Bai&rt l'adurâ, 

917S Pria dt M, manque it LB. 



g 



LES QUATRE Fir.S AYMON i 

Elt le pan del haiilierc devront et desclavele, 
W9S lîn jusques à la cuise H nus brans li apreane. 
X3ex le gari de mort et !i ben> oaina Estever.ea. 
Ij'esperon lie fin or li trancha jusqu'en [l'erbe] ; 
Mais on'iues en I» cliar ne li pot riens forfaire. 
EIntreci que au haut feri Froberge en terre, 

»î20C> Puis li aria Renaua : « M'esiiée vos apres^e. 
Miels vos vunist, ce cuit, enoore as tenlesestre i 
Quant Rolians l'entendi, fi se prist à irestre. 
Rollaoa, Il niés Cliarlon au oora^e g^aillart, 
A veii ooBU Renaus aea grans cos li départ, 
ï^^^ Se vongier ne se puet, ja se tenra por raat. 
_ Il tint sa bone espée c'on claJme Durendart ; 

Renaut en va ferir del tHillant, non del plat. 
Amont parmi son lielme : molt i fi>t ^rant escart. 
Les breimes et les fiors contreval en abat, 
®*10 Et l'escn de son col en .ir. moitiés li part. 

Par derrière s'en lorne li bons brans contreval ; 
Le dossel dei haubere li trancli[>< et met aval], 
Et le pan de derrière à l'eepée emporta. 
Et les II. esnerona à fin oi' 11 irencba, 
9215 Durendal fiert en terre ju^iju'al heot A e8ra«l, 
M 243 Puis li a dit RoiUn- : . R-naut. traies ïos ça. 
Vos parlercs â moi eiiçois que iione past. 
Je t'ai bien repHié ce c'oraina me prestas. 
S'il ne te vient à gré. Je l'amenderai ja. 
6220 Or aomes descopa per, qui recommencera? • 

a Je. par fol, dist Renaua, dahait qui vos faudra. 
Or ferrai je à certes ; primea feri à gaa. 

Or reviennent enaamble li oobile vasal ; 
9225 II ne s'en fuient mie, ains preudent bon estai. 
Ja i fust grant la perle, qu'il ue remansist ja, 



9IS4 M ajoute : El la coil'e de l'er et 
91116 Eaavaneii vful ilevx tylmhei 
Ttrge la Puciilld. 

9107 Sic M. L t«rre ripiti à lalUtL 
9212 L 11 trsinctia oontrevaL C'ett réj. 



1 pelicbe bêla. 



la kçen deiL C li eoupe et trait aval. B li ronpi et copa. 



i-j prMdfl. Je prtnde 




J,KS QUATRE FILS AV.MON 

Quant Maugis vinl poignant le pendant d'un coat 

Aallars li ainanés et Guichai'a li vaaal, 

Et .cccc. Gascon ; chascuna ot bon chRvsl. 
3 Baiart li ont rendu et BeDaus i monta. 

D'antre part vint Ogierg cui molt entalenta ; 

Eatous, li âua Oedon, mie ne s'i cela, 

Oliviers de Viane au corage loial ; 

A. Rollant 8unt venu et li quena remonta. 
î Lora reviennent ensambla au chaple commun&l 

Où Gasiioirig aaemblerent à Rollant le baron. 

Là ot tante hante fraite, tant escu à lion, 

Tant hiaume esquartelé et tant hauberc desront, 
^ Et tant bon chevalier abatu de l'arçon ; 

Tant i est grans la noiae, n'est ae merveille non, 

Rollaiis crie Monjoie à sa fiere raison. 

t Où ieatea vos aléa, Ranaut, li flua Àymoa î 

Traions nos d'une part ; eiieor 
i Car encor ne aet on qu'est vaat 
! liist Retiau», euer a' 
ii en preaent, o tôt m 



. Sire, I 
Veame 






qui non. » 

haroD, 

olos croire, autrement le feron. 

esgardent Norment ei. Borgoignon 
Et Gascoing et mi frère qui de mot peor ont. 
Ne nos lairont combatre, ne le nos aoferront. 
Rollant, tu as cheval, qui bien vaut .i.roion. 
Et, je ai ai Baiart, k'il n'a meillor el mont. 
Car nos en tornona ores, brochant à esperon , 
Si passons la rivière de deaoa Ralençon, 
El bois de la Serpente où antiv 9unt li mont, 
La valée parfonde et li brueilliuet reont ; 
Là noB porrons combatre et ferir à bandon. 
Iliuec ne nos nuira nashom qui Boit el mont. 
Si porra on savoir qui vaura miels de noa. a 
« Certes, ce ilist Rollans, Renaut, moUiestea prous, 



9363 Michdanî a prit un i pour une e par miite de VhabitMde gn' 
serAe dans ctttt partit du me. de prolonger eur la tnarge Ua Irai 
des iettret à la première et à la d^rnUre ligne de la colonne. V, 



M 344 
9255 



LES QUATHE FILS AYMON 

Et je l'otroi iasi ; ja ci ne reraenroii. " 

Lors s"en tornent ensamble et œuevent rfe rand 

Et François se deatendent, broçant à esperon, 

9Sœ Ogiera et Oliviers et H queos Ydelon. 

D'autre part Aailara et Guichars li baron, 
Et Richars li vaiilans et Maugi» li larron. 
Tant i fièrent et cliaplent, n'est se merveille no 
Oliviers prent Roilant et li ber Salemon ; 

9270 Si l'ont mené arrière ou il vos^iiat ou non ; 
Mais à Baiart ne puet nus mètre l'eaperon. 
RenauB passe le tertre et le val à bandon 
Et garde devant lui en un brueillet parfont. 



lllueoques a choisi le 

9275 Où en prison le tienc 

Quant l'a veii Henau 

Il a broché Baiart dei 

a traite l'espée 



ehe r 



i Yoa, 



it .i[i[. XX. Borgoignon 
, sauhies, molt li fu bon ; 

tranchans 

trance de : 



saperons 



a troton, 



luragarisaon. 
lit s'ame pardon. 



Gelé part va li quens plus tost qi 
9280 Et cil s'unt regardé, s'unt veii le 

Et dist li .1. à l'autre : <■ Or vient 

Qui l'atendra à cop, ja 

Qui SB laira ocirre, ja 

Atant tornent en fuie, ai laisent lor prison. 
9285 Et Renaus est venus au riche roi Yon, 

Si li adesbandés les biaus iax de son front 

Et si li dealoia et les pies et les pons. 

Apres li dist Renans : i Que pensas, malvaia hon. 

Ki ensi nos vendis et trais à Cliarlon î 
9290 En toi ne remest mie que pendu ne fusson. 

Or perdras celé teste, ja n'auras raençon. t 
M 245 « Certes, ca est bien drois, serorgea, gentis hon. 

kBien ai mort deservie, ja ne) contrediron. 
Mais trance moi la teste, Renaut, fius à baron, 
9295 Et ia langue ensemeut dont [d]is la traïson. 
Et tôt çou me flat faire li viscuens d'Avignon, 



9281 Finemons etl déjà appliqué à Renaud a 
O vescbi lu tenchon. 
9296 Sic M. Lfie. 



S5. Jci M donne 




LES QUATRE FILS AYMON 

:)iueali ulmnua, Uuuaus de Tailleborc 
m tranceâ la teste, ne quier mai 
i]weilquBlu ra'ocies, que me paiidist 
aas l'a fait monter sor .i. mui Hmbleor 
■ en venas, ilist il, si parleres à tios. s 
i ohevauce Renaus, s'eniunine roi Yoc 
tollana s'en torna et tôt si compaignon 
asaa la rivière, l'ewe de Raiençou. 
ionds est Rolland, forment en eut embi 
ârs de DaDBmarclie l'en a mis ft raiaon. 
sllnnt, ce dist Ogiers, gentiua fius à baron, 

vos a dearompu ae\ autiei-o fremillon ? 
vos a embarrd nel vert hiaume reonl 
lavré va destrier le cuise et le orepon ? 
jnat h aeneatre, ce me aamble, el sablon, 
OB coûtes aiisi, bien pert au |)elicon. 
uit que vos trovastes Renaul, le Ql Âymon. 
■es vos or ouis ou il vient en prisonî 
le aunt mie lièvre à fuir {lar sablom. > 
nt RoUana l'^ntendi, à poi que il ne fonl ; 
naltalentet d'it-e lougiit comme cliarbon 
. trait Durenlal dont à or est. li poos ; 
r en vost Ogier parmi le oliief amont, 
nt Oliviers li tost et li ban Yudelona. 
es ont départie, ou vo-^sisseut ou rom. 
quele avanture uvint as flus Ajmon. 
nt ea voa Richars, [li iiietioi-, ce savon]; 
aute vois escrie h. Rol'ant le baron: 
lidementen aie?, Roilant, li nias Charlon ; 
faites une joate, nos vos en semonom, » 



monture jontcra un long épisode, ir^j habilement compilai, le 
: a'prU ceiui de Vimeindevr. L'histoire s'y renouvelle en ra-Uon 
iirl rimpnidenl gui a osé défier Roland, et du conflit violent 
ni et «M barons, maii To» descend de la rigion hiroigue, car 
augis, sans le cheval foi, Richard fintesait au gSiet. 
h rifitt M fiue au viel Âjmon M le meaor, ahea dit on. 




; 







LES QUATRE FILS AYMON 29^ 

Vaaau8, ce distRollans, ja ne vos en faudron.» 
J brocent les chevaus des tranchans espérons ; 

rans cols se vont douer es escus [à lion] 

esor les booies d'or les fraingnent à bandon. 

es lances sunt froisies, s^en volent li tronçon ; 
esous sunt remes li vermeil ooufanou. 

llaeofu abatus Ricars, li ûus Ajmon. 

ais tost resailli sus à guisse de baron. 

snellement et tost est saillis e^: arçons. 
Haas cria.: t Monjoie I C'est .i. des ûus Ajmon 

laà nom Richart, des autres le menor. 
Par ceste moie barbe qui me pent au menton, 
Se icist vos esohape, je le dirai Gharlon 
Que je nM oi de vos aide ne se cors. » 
François sunt retorné, ki doutent le baron ; 
A Richart ont lanciés .c. espiés à bandon. 
DamleDex le gari, par sa rédemption^ 
Que il ne Font oois maintenant el sabion. 
•xiiu. Ten enbatent en Tescu à lion ; 
Desous lui li ont mort son destrier arragon, 
Qu'à terre li caï li foie et li pomon. 
Richara se vit à terre, aine tel duel n'en ot om, 
Adono le regreta à guisse de baron : 
« Ahi ! tant mar i fustes, bons destriers arragon ! 
S*or ne vos puis vengier, ne me pris .i. bouton. 
Chastel de Montauban, à Deu vos comendon. 
Ahi ! Renaut, biaus frère, hui départirons nos. 
Jamais ne me verres, ne je [ne] verrai vos. » 
Lors a traite Tespëe ki li pent au giron, 
Et vait ferir Antelme, [.i. conte molt félon], 
Durement Ta navré, mais ne inorutadonc; 
Puis a gardé sor destre, vit Hunaut le baron 



Il à bandon, pris du vers suivant. M à lion. 
Metz : molt est chevalerox. 
L M se Tit. 
L ne je verrai. 
*7L le seignor d*Ayignon. M Antiaume .i. conte moult félon.A Antoii 
'"^e. M a raison, car le comte (T Avignon eH mort dès Vaucovleurs. 
M liuart le baron. Il s*agitd^un des conseillers du roi Y on qx 
à la colère de Renaud^ Hunaus de Tailleboro . 



iOU LES QUATBE FILS AYMON 

9360 Qui le voloit ferir d'uae lance h bandoi 

Et RJcharB li trestome, Ij âus au viel Aymon :l 
Tel cop li a doné, volant tous les barons, 
Qu'il l'a mort abatu devant lui el a;iblo". 
Rollatia trait Dureadart donc à or est li pon: 

9365 Et escrie Richart hautement, à cler ton : 

a fiiaua amis, Richardet, et car te rens prieoi 
M 247 Ce sera grana damages, se nos ci t'ocion. 
Je te plevia ma foi orendroit à bandon, 
Qae tu n'i auras mal dont aidier te puison. i> 

9370 ■ Sire, ce diet Richara, et donc me rendrai jou. i 
Lors a rendu s'espée à Rollact le baron. 
Rollans te fait monter sor .i- mul arragon ; 
Liés et baus et joiana s'en est tornéa à tout. 
Encui sera menés as puis de Monfaucon ; 

9375 S'aura el col la bart o tôt le caiaignon, 

Se dame Dex n'en penxe et Maugis II larron, 
Encui sera livrés à grant destrucion , 
Uns messagiers s'en torne, brochant il esperon, I 
Qui dira la novele Renaut, le Û1 Âimon. 

9380 LA. où il voit Renaut, si l'a mis à raison : 
« Noveles vos sai dire, gentius ûus à baron. 
Par le mien essiant, où nos perdu avom. » 
• Comment! ce dist Renaua, contes vostre raisom. » 
« Par foi, ce dîat (i mes, ja ne le oeleron. 

9385 Roltana enmaina pris Ricliardet le menor. i 

(I Est-ce voir? i> dist Renaus. ce Oïl, par saint Simoa n. 
Quant Renaus l'entendi, si cliiet en pamisaon. 
Et Aallars l' aînés et Ouicbars au chief blont. 
Et tirent lor cheveus et destordent lor pona, 

9390 Hé Dex I com ils desrampent lor bermms paliçoMh 
En haut parla Renaus, li fins au viel A 
a Dame Dex, sire père, par vo saintisme non, 






9374 Esl-ii 'iiaisaairc de noter que, pour le iroacAre, Moatfauoon ett i, 
terne ginirique, le lieu où la justice du rot s'e.<.erce par la pendaitonf Let 
toorohes, on l'a vu, n'y eoiU pas permanentes ; eUea avaient été dreasiea à 
l'inbmlVon. Aea Fils Âymon; jfliis Btiaiid comptait y faire manteT Yon, te 
rot traitre. Renaud y pendra Bip«U8 tt quina de» drus de Ohaideinagne. 



LES QUATRE FILS AYMON 



301 



Ki alaates par terre à guise de povre hom 
Et gariates Jonas el ventre d'un [loison ; 
ï'JiO Sains Andrius et aaios Père ierent vo compaignoo ; 
1 1 eatoient en mer por peschier au poison. 
ïlui main estions .iiii., tult chevalier baron, 
XZ>'dd père etd'une mère, molt nos entramiom, 
Okr ne somes que .iil,, ne nos pria .1. boton. 
lOL3 -Ahi ! mors, car me prens ; jamais n'aurai honor. » 
E'Ius de .vil. fois se paame Kenaus, li âus Ajmon. 
Aallars se leva aor aea piéa, contremont, 
Bt a dit à son frère clerement, oiant tous : 
« Ce DOS aves vos fait, Renaut, fia k baron, 
1V> ^405 Qui ci nos amenastes, ou vossisaons ou non. 
^ Of est graindre la perte durement endroit nos. 

^L Ci venistes rescoure le IraiCorYon. 

^M Perdu aves Riahart, le meillor oompaignon, » 

^^ « E>[u]ichart, dist Aalars, dei roi Yon le vengon. » 

^1 9410 II traient lor eapéea. irié uomme lion, 
^H Et vienent au roi Yon desoa le pin reont. 

^V Sa teste eilasent prisse sens autre raengon, 

F Quant Renaus lor esune ; « Soiaa an pais, baroD. 

' Il est à moi rendus ; n'i aura se bien non . 

Il 9415 Ailes vos ent, por Deu, tantoat k esperon, 

Tôt droit à Montauban, sus el maiatre donjon. 
Là menés mon barnage ovec le roi Yon^ 
Et je si remenrai tous seua, aena compaignoa, 
Sor Baiart, mon destrier, qui cort de grant raodon, 
19420 Et Proberge m'eapëe; plus n'i ruia compaig;non. 
Jamais ne ânerai desî au pHveillon. 
Par saint Pol de Havane, por coi celeroit on ? 
Ou je aurai Richart ou autre tel prison, a 
Atant broahe Ba[i]art des tranclians espérons, 
^S435 Quant GuJcbara le aaiaiat à l'ermin peliçon, 
Aallars à la reane da Baiart l'arragou : 
u N'i porterea les pies. Renaut, par aaint Simon. 
Miels volons Riohara muîra que nos vos 1 perdom. n 
Lors ae paament li frère tôt .111. en .t. randon, 



)2 LES QUATRE FILS AYMON 

9i30 Atant i vint Maugîs brochant à esperon ; 

Et & choisi les frares qui mainent tel dolor. 

Quant les vît iloloaer, molt ep fu an^oisous ; 

Hautement lor escrie : « Que avez vos. baron? h 

I Cousins, dist Aallara, et nos lo vos dirom. 
0435 Ja eniuBine Rollans Richart, le âl Aymon. 



Il n'i n 



u preu 



I al c 



1 esperoM. 



Fora Renaut seulemetit, le nobile baron 
Renaus i veut alei-, ou nous waiHons ou 
Et se li ber i va, .jamaïa ne le vermm. « 
9440 a Renaut, ce ilist Maugis, ci a foie raisc 
N'i vaudroit vo^t^e aler le pria 
Aies à Montauban, à vo bone a 
M 249 Bt Je retornerai to^ aeas, sem compaigoon. 
Se Ricliara, mes couaina. avoit tant He aejor 
9445 Que il fust nais en chartre ou en celîer parfont, ' 
Sel voasist on garder entres! que au jor, 
Si fust fondés de marbre, de brun karel ontor, 
Ne priaeroie tout vaillant .i, poHon, 
Je vos rendrai Rioliai't, maia que bien poit Karlod! 
9450 a Cousins, ce diat Renaus, se voa me faitoa çou, 
A tous les jora del monde, serai vos liges hom. » 
Il Oïl, ce diat Maugi^, or laiaies latençoii. 
Je le vos rendrai bien, se Deu plaiat et Bon noo . « 
Lora vont à Montauban, n'i font areatiaon. 
94K 11 ne parolent [raie] de ju ne de chançon. 

11 Ahi, Richart, font il, con estiea preudom I 
Onques mieudrea de voa ne monta en arçon. 
Bien somea abaisié par le neveu Charlon. u 
En Montauban entrèrent par la porle Fouoon ; 
948U Là descendent à piiï so :s le pin au perron. 

Par tes degrés en monte Renaus, li genlis liom ; 
Encontre vient sa famé et si .il enfançon. 
N'i H oel qui n'apott en sa main .i. baaton; 



S439 L B M se. 
9455 M B mie. \fanque à L. 
B458 B M par la ffiree Cbai-loii. 

0402 Cette courte s'ine ut la taiilreparlU dv, paaiagi ' 
Sahara si ditrttntnt m jeinme el tce /ila (ui-. 8ûl7 sqq,] 



Benaud traitt 



LES QUATRE FILS AYMON 303 

-^ liante voix escrient : « Car nos rendes Yon, 
i}4oo N'ogtre honcle le malvais qui fist la traïson. 
I^l en aura encui molt malvais guerredon. » 
^ Biaus niés, dist A.aliars, or i a grant dolor ; 
Or en force la perte durement endroit nos. » 
« Comment ? » respont la dame et li .ir. enfançon. 
Ç47V3 ^ Pj^p f^^^ jjg|, ^allars, et nos le vos dirora. 

1^08 avomes perdu Richart, no compaignon. 

Mené Ten a RoUaos à son onole Charlon. 

Se Dame Dex n'en pense, jamais ne le verron. » 

€ Est ce voir ?» dist la dame. « Oïl, par saint Simon. » 

9^*^ Ele chaï pasmée sos .i. arbre reont. 

« Lasse, ce dist la dame, chaitive, que ferom ? 
Quant Richars est perdus, jamais joie n^aurom. 
Par lui oi je la pais à Renaut, mon seignor, 
Par Aallart son frère et Guichart le baron. > 
9480 Or dirons de Maugis qui nel mist en sejor, 

M 250 Qui s'en est retornés à son ostel, el bore. 
lUuec se desarma Maugis, li bon larron. 
Et 8*osta son bliaut et Termin peliçon, 
Sa chemise et ses braies et chances et chauçon. 

9485 Tous nus se despoilla Amaugis, li larron, 

Puis a mengié d'une herbe, enflés fu comme bous. 
Apres se taint d'une autre, noirs fu comme cherbon, 
Et ot lesiex tornés, mesiaus resambla donc. 
Jamais n'iert reconus par nul home del mont. 

9490 II prist chape locue à .i. grant chaperon, 

Et chauça .i. trebus,puis a pris .i. bordon ; 
Et les paumes au col, Tescrepe environ, 
Bien samble pèlerin k'ait geii en prison. 

ptngnarU va le» détourner de châtier le traître que Von oubliera désormais 
dans Ick prison o/H il languira jvsqu*au départ de Montauban. 

V478-9479 V. vv, 8545-8573. 

9491 M Et caucha unez trubiez 

9493 La prison semble tout d^abord un asile mal choisi pour un pèlerin, 
mais aller sur les routes devint sans doute un métier, et certains péHeHns ou 
ermites inspiraient médiocre confiance aux habitants des villes. A Montpel- 
liett une stattieUe et une inscription marquent Vendroit oà Roch fut arrêté, 
à son entrée dans la cité où sa mémoire devait être Pobjet d'un culte. 



t04 LES QUATRE FILS AYMON 

De MoutaubaD s'en ht par la porte Foucon. 

9495 Qaaiitil vint au cheiuin, s'akinttel galopoa, j 
Ne se teniat à lui .i. muiea arragoa. 
Le boa de la Serpente traversa abandon. 
Et vint à Monbendel où lu li très Charlon 
Envois est il as tentes que Rollana, li frans hom. 

9500 11 esgarde le roi devant son paveillon ; 
Ne 11 dira ja mot, ai verra sa façon. 
De l'un pié va clocant, de l'autre del talon. 
A .11. mains s'apota Maugis à son bordon, 
Et tenoit .i. œil clos et l'autre contremont. 

9505 Autresi se contient con fust en someillon. 
Il est venus el tref l'ampereor Charlon 
Et salua le roi, voiant toa ses barons : 
< Cil Dame Dex de glore qui vint à paaaioD, 
Ki âst et ciel et terra, la mer et le poison, 

9510 Eifistlaa bestea mues, les oiaiaus à bandon, ^ 
I! saut et beneïe l'empereor Charlon, 
Et toute sa corapaigne de chevaliera baron, 
n [Vaaaal], Des te confonde, l'amperero respon* 
Jan'araerai paumierpor Maugis le larron. 

9515 Maint damage m'a fait, maint grant anui félon . 

Quant il veut a'est paumiers, et quant il veut preudoi 
[La tierce] eat chevalier et la quarte eat prison ; 
M 251 La quinte eat seroaonerea, aine meillor ne vit hon. 
Et aporte ses fiertres et dit sa traïaon. 

9520 Certes, se jal lenoia et par aaint Simion, .^H 

Ne aeroit rachatés de tôt l'avoir del mont, ^| 

N'en fesisse justice, ausi corn d'un larron, s ^1 
Comme Maugis l'oV, ai ne diat o ne non, 
Dont n'i voaaist il eatre por .m. mars de mangon ; 

9525 Puia respondi au roi, si corn nos vos diron. 



9509-9510 Manquent à UeU. 
!t512 Sic M Mets. L Paumier. 
95i6 U guedon. Mets geudon. 
iie^ajoule : Et quant il veut a' 
9517 Sic Metz. L Le tiers. 
9523 U en guiae ( 
9525 M respondi 1 



Met! 



^H LES QUATRE FILS AYMUN d05 

^^^^c Sira, ce dial Maugis, par la foi que doi vos, 
~* 1 ne besoigne roie que tuit soient larron. 
-^V ^ se Deu plaistle père, qui forma tout le mont, 

— ^V « désir plus aanté, [que faire meaproisitons] ; 
— ^^^ases ai autre entente, [il me pert bien al froutj. 
— "I^^ e vieng de Iht^rusaleni, del temple Salenjoii, 
5:-_J3i m'en vinj; droit par Rome, [à] aaJut Père au baron, 
^^F-^uia alai à Saint Jaske, et avant au Perron ; 
^^E'uis m'en ving par Bspaigne, <<i pasai [Karrion]. 
^^ Gironde en entrai, biau aire, en i. droraon ; 
^^ moi servir avoie jusqu'à .x. compaignoiia. 
^■•iir devers Moniaubaii [arivai el aablon], 

t^Slluaoquea me portèrent Pilâtes et Noiron, 
^ar deaos Montauban [en .i. brueillet reont] 
là trovai je, biau sire, jusk'à .v. robeors. i 

Puis 01 je conter an païaans entor ^^^M 

Que ce estoient, sire, li .un, fil Aymon ; ^^^| 

^j^_^ 3'avoîent avec aua Amaugis le larron. _^^^| 

Cii me saça del doa mon hermin peliçon ; 

P Certes ne me laisa ne oliauce ne chauçon. 

Dex lor doint ai grant mal comme nos voldrion. 
ToH mes homes ont mort et tôt l'avoir en ont. 
^p. Et Maugia me lia et les piéa et les pons, 

*^^**^ Et puis si me banda les .11. iola de mon front. 

q^^ ■&! Deu le roi. Mft% : Sa Damledeu ne place. 
<^^ Sic Matz, L empereres frana hoin. H que fera Iraïson. 
9^'4^ SiC M Metz. L que faire traison. 
9^â3 L par. lUdz : à Rome, à saiat 

Q'rïi ChaHemagae ij jias'it, d'apiéa la Chronique de Tuipin, (c. 11) en 
.gvinani df son péleniage à Compost-Ile, et y plongen sa lanrx dans la 
I rfier '■ * Petronum ïevo illam petram vocabanl cui ralis alligata tuaral, 
I rfMfl ■sncti lacobi corpus Irlam aduaierat, et ab bac ïoca aumpsil Iria 
I fîaTÏ» Bomen nosum, El Pedron. quod uunc paulo mulatum El Padron 
I sooat. 1 G. Paria, De Pseudo-Turpino, p, "iO. 

95^ M Gsrion. L Kaclion. Psevdo-Twpm : Karriooem, Le vers man- 
que à MeU. 

g537-9S40 J'ai riiabli l'ordre dea aeconda hémialichea de 
gue L avait ml»verlis. M \Iet7, oiil la 1 
9&41 M MeC lleuc (MeC ; lluec) tro 





LES QUATRE FILS ATHOK ^^^^^^H 


^^^H 


jnael bos me jeta en .1. espesboison ; ^^^^^^^| 


^^^^^^H 


iBiaardes et aoluevres i avoit à foisom. ^^^| 


^^^^^^^^^1 


encore en ai enûà le viaire et le froDt. ^H 


^^^^^^^^^1 


li sui alaina, biau sire, ja ne respaseroD. ^^ 


^^^^^^^^^1 


lois ieates de la terre et sires de oeat mont ; 


^^^^^^^^M 


n apreisDitme Deu ne sai meillor de vos. 


^^^^^^^^Ê 


L vos me vieng clamer des un. âus Aymon ; 


^^^^^^^^M 


;i si me faites droit de Maugis le larron. 


^^^^^^^^M 


'os mes homes ont morà et getéa en prison . » 


^^I^^^^H 


}uant Charlemai^nes l'ot, si dreça le mentoQ : 


^^■^^^^H 


1 Paumier, est cou doiio voirqua ai t'atorna Too ? u 


j 


Oïl. oe distMau^i-<, si m'a'nt saint Simon. » 


" ? CIO" 


Paumier, oe dist li rois, comment as tu à nom î » 




Sire, ce dist li leres. on m'apele Sanson, 


**a 


St sui nés de Bretaigne, durement sui frana bon. 


L TDS me vieng clamer, que justice en aiom ». 


-«ro^i 


N'en puis mais, ce dist Charles, car nés ai en prison. 


'ertea, se jes tenoie, avoir ne raençon 


«osi,^* 


■Je lorseroit garans qua nea pendisse tous. ■ 




1 Je n'en aurai ja droit, dist Maugis li larron. 


^^^M 


3ei m'en aohat veDJaoce qui viol à passion. 


*^^^H 


'uisque si est aie que tôt perdu avom, 


^^^1 


)e Tostre carité, por Deu. vos demendom. » 


4 


Sire, dient FrançolE, il nos samble preudom. 


.ao9--»"«^ 


i^es quel cors et quels membres, quel piz et quel fbçon. 


jar li dones [dol] vostre, et nos vos en priom. » 


■^ _^ 


Yolentiers, dist 11 rois, grant pitié en avom. » 




XXX. livres 11 fait donner de deniers bons, 




5tMa,ugis les a rais dedans son chaperon; 




-"uis dist entre ses dens, que ne l'entendi bon : 




Deniers m'aves doné, je vos tieng à bricon. 


1 * " 


iolt chierlea vos vendrai, aios que oosdeparton. ■ 


Paumiers, es dist li rois, va t en là jua el bore. 


i 


ledon. L Mets : Sanson. 


1 i 


»z quai eora, quel lis, quiei bras el quel menton. Me/s -. 


I 'A 


r> et qnaa membres, quel vis et quai raenlon. 


Jl 


.. M du .ostra. Mftz : del. 


/^ 


■(ï : de lions msngons. 


îi-i manqas à, Uatz, qui. au uere suivant, a : le los rendrai. 


/*^*-4 




Ai*J 



LES QUATBB FILS AYUON 

Si t'i fai aaisier, car tu en as beson. 
^âî me sambla de toi, ja ne verras tiers jor. 
"-XVametfHi toi mes mires qui bien te gariront. 
^Si tu doia respattser. i) te lionroiit (loiâon. « 
^Sire, ce diat Maugis, baiaies vostre raison. 
*^ant par sui oreiidroit de mon mat angoiaons; 
^24e movroje le i>ié por nul avoir del mont. 
IHetenes voa déniera, ja mestier ne m'auront ; 
_À mangier me donea, por Deu et por son nom. 
^e mecigai de la bouce, bien a paaaé tiers jor. a 
* Par foi, dient François, s'en aures k fuiaon. » 
On li [a] aporté un eachekier reont. 
Si li font aporter tôt .i, roeti paon 
Et aimlea buletés et vin clei- plaine boni, 
Une blanche toaille et .i. coutel aelonc ; 
Puis li vont doner i'awe .1111. fil de contor. 
A lui aervir a mia li rois .ini. barons. 
« Paumiers, or dei mangier et nos vos tranceroni 
Et Maugis, Il bons leres, ne dit ne ne nom, 
Ains regarda le roi toudis eomi le front, 
QaRDt le voit Charletuaignea, si l'a mis à raison. 
^^^ « Paumiers, oe dist li rois, ne me fai telison. 
Por coi m'as legardé si forment tote jor ? « 
« Sire, ce diat li lares et nos le voa dirom. 
Aparmain en aaurois trestoute l'ouoiaon. 
Je ai cercbié la terre joaqu'en Carfanaon ; 
^0 Jusqu'en Coatenlinoble conoia je les barons ; 
Si alai au sépulcre et au flun à bandom. 



^^1 M 






■II. gB! 

^. M de 
^^■^U. Metz 



aupprime le niaiwnis effft de la répétition de aporter. 
buletés et han tïh de laUon. 
iBtéa. Puis l'un a ; B Si li ont aporté .1. bon 
fnu/' Cflpnn, négligence, puisqre M ail u. 9642 a 



s bulet 



^^01 Sic L Meti. B M s< 
^03 M tons jors. B toi 
SfiOa L B sk. U tant hi 
«08 B -iii prèi Noirnn. 

[Wll B Bum. M âeu. 



SS'QUATRK FILS AÏMON 

pria, [bi«u] aire, en ^pant chaitiviaon, 
nés à Meo où fu II grana Mahons, 
lai en [air] comme noï> vos dirom, 
d'aiment quel tieoent environ. 
tne derrière, [lor voir le vos diaom. 
chaodelarbre qui ardent nuitetjor ; 
nt ne por pluie jamais D'en eataindront, 
'agietiserent vaillîsaant .i- bouton. 
t en l'orfroie Tervagan et Mahon. 
irent à Rome, celé bons maiaoo ; 
'esmerveiUeat por coi les i laisom. 
ai veii, diat Maugîa )i larron, 
molt, biau aire, princea et aumauors ; 
.1. ai biau prince ne vi en tôt le mont, 
ant richesse corn il apent à vos, 
le aambiant que [voi] el paveîllon. 
leriniige [que conté voa avon} 
lié par mi, sire, vos en donon. n 
ïot Frauçois, reeaves ent le don- " 
e, dist Charles, il me aamble praudom. 
n a saisi molt tost par le bordon. 
it François, or li croisies son don. a 
dist Maugis, [plus ne quier guerredon.] 
s soi malades que dire ne puisom, 
mais mestier ne herbe ne poison. 
ai jamais, se tôt ensauible noa. 
Faites cou que nos vos conterom. 
mie à fable, que ja n'en menttrom. 



Meskes. M B o 



i que j'ai el paTeilloa. U que nommé 

trnl : De tntea les menles quH nos en attendons, 

alts que non» i attendona, ce qui parait 



dent QUI a Hé tffaci. non rwFWtto 





LES QUATRE R 



mgai .1. s 



ngo, 



V 



» se voa me tuilliesdl 

—1 simte bulaté et sail 

. e premier morsel qoi 

metes en U bouche, 

-n sai certainement q 

maint très biau min 

^ re, (lient François, p 

-^Dlentiers, dist li rois, 

□ oillons se met l'en 

a pria .1. coutel, ai: 

s a pria .1. morsel, si 

'aumier, œvre la boa< 

Dgis œvre la geule & , 

Charles li mist ans I0 

B qu'il n'i failli, s» 

e Maugis ne le priât < 

dist entre ses dens, q< 

ïl c"or ne me vois, ] 

)n anemi martel qui p 

,8 ealre devant moi ici 

Bert iai et tailtt 

iceste parole que no» 1 

■*3lra Rollaria al iref, il 

^Sit tint par le blanc .loi '. 

^-^liviers et Oi^iers l'en 

~St Namea à la barbe et 



■ ,. -^ °1 dupamenl ra'inoua. 

'^ri "ill"» bel. 
€^HMn,.le»lido.t, 
^^^'^ M De.ant Maugis ae miït lo roi 
î^]2^^ M Et coupa le. 

H et nous l'i bouteron. 
M Maugis béo la lioucheen. 
U ans par bons entencion, 
U ajoute ; Paumier. bonnoi df 
^Wgi, s'an Bat ris dadena aon cflporor 
^1 H Fea astre. 
^MBH parle bras désire. 




QUATRE FILS ATMON 

t il, RolU 
de mort 
î voles H' 
i rendes 



[iii. fins A.;aion, 
Riobart l'etnpereorî 
saragrunt dolor. 



ce diat Rollana, voireraent li rendron. 
harlemaigne que c'est autre prisoD . 
el puis faire, no3 ie delivreron. » 

itRichart dedans le paveilloD. 

mesage à cuî Dex grant, mal dont, 
nt aleiire sor .i. roui arragon ; 
t desceot et vient au roi Cbarlon : 
os sai dire, qui bones vos seront. 

encontre as gués de Balençon . 
lien oontenus Renans, li fins Aymon, 
it vo neveu; ne le doute .1. bouton. » 
isTentendi, si sailli contremont : 
'Ole à moi. conte-raoi ta raison. 
de Rollant, mon neveu, que yaim molt ? • 
smbaù as .iiii. fins Ajmon. 
t desfendu, por voir le vos diaom. 
na en amené .1. daa plus orgueillos, 

le menor, qui molt est coragons. d 
'B l'entent, tel joie n'ot nus hon. 
3 si liés por tôt l'avoir del mont. 
t et tost s'en ist del paveillon 
îvant lui, voit Riehart le baron, 
le menoient et Ogiars et Namlon 

Widelons et li ber Salemon. 
ut Riebart. le fil au viel Âimon. 
oit Rollant, si li dist à cler ton : 
ta, or i parut que fustes àl'estor. 
:i'i faasies, ne fust pris li glotons. 



rendrons. M riz 



vnUs 



] d^ecllié 1b front. I 





LES QUA^ 

^m m'a trHÏ OgU 

Tiart, je vos pM 

De parjum 

, disl li val) 

az ait haï el oq 

ti sire Charlesai 

ohoBse k'aie a 

t corarne Ren» 

vos garroit ohi 

m^ perdissies la ta 

&nt Charlamaig 

ert parmi Is a 

uir li a tranoit 

ana li est colél 

.t Ricara ne fu ml 

iB saisist Charle 

Charles enaerae 

ibettui s'entrabi 

iert Riuars saill 

aiit Ogiers i a» 

^voi, sire empM 

KDertes, n'est pas l 

IKn une autra man 

^uaDt Maugis l'a ' 

iBnellement et toS' 

Jl .II. maiaa le ieri 

Le fer en a brisié i 

~ Li frona li est roU| 

"^V> Il entaiifloient tôt 

Lors a parlé Mau| 

t^^^^^lO l'eue fie M : Je n'si 



M Quant 
ar grant a 



IQDATRB FILS AYMON 

n'iestea ci RenuiiB, li dus Àymon, 
uiobara et Baiara l'arrugron ! 



iOO! 






' Por 



r del n 



a Riohart, le chevalier baron, n 
st Charletnaignea. de vos dos vaag'erom 
, dist Cliarieniai^iies, trop parles à belloi 
hui ma barbe, se vos vis m'e8tord[roi 
Richardes, parles .i. poi à moi. 
list avoir mors en vo petit doi 
si hardis que vos me paadisaois, 
ât Renaut où je me Û et oroi, 
aillant, et Quichart le cortois 
6 larron qui miels vaut de .m. rois. » 
vaut, dist Charlemaignes, aertes, Maugia 
[de toi 
dont je lui que home qui via soit. 
ore à Deu qui haut siet et loîng voit, 
ores ci en cest tref devant moi : 
3 pandroie, Bichart, dejoste toi. » 
se regarde : derrière .i. palefroi, 
augis à son caperon noir, 
la bien, s'enbroncha .iiii. fois, 
'e ses dens, que nua ne l'entendoit : 
eiu Maugis, oom aves le cuer noir I 
s garisse, qui haut siet et loing voit. 
rande paine aves esté por moi. > 
li cena bêlement en reooi, 
dast [Cbarlon] que il fera de soi. 
ia empereres, dist Riehara li oortois, 
m'aves pris, certes çou potae moi, 
Deu, biau aire, que ferea vos de moi ? 
prendries vos raençon ne avoir? s 

plu. Mil. 

, Ce/a répond à une leçon voir. D'autre pm 

ir esi d'usage couranl. 

ligna. 

Cbarlon. 



w 












*X- 










nie, dist Charlemai^nea, ai mV 

DUC me dones respit .xv. jopi' 

t quel sache Aallars et Renan 

on ferui, ce disL Cbarlea, | ar I 

pendus ains que li n 

çouî por Deu, . 

u puis de MontfaucoD, ce ilist 

Renaiis et vo frere^ 

• disl Richars. tant ii 

chaut, par ma foi, » ce ( 

ot Maugis oï tôt queiique il qa 

Sftvoit bien de fi qu< 

mia en priaon, tant le d( 
bêlement, i 
barons, que ne le vii 
; au chemin, s'akiut i 
*j ae teniit àfui .1. mules eapani 
MaDgis s'en ist del tref ooiemai 

'*^=*ufe.- Et Uaugis la larron qua je dnn 

^uel plus grai. 

^*- tercale ici un de «a ipUodes jwt caraeli 

_^ Quant oc entent Maugii, le boin lar» 

"'-' «ul le deiilenient l'emparaor Kalion, 

^^uB il pendroil Richacl au puî de MonI 

w^augis li ot clugnié qui ot oaer de bal 

Qu'il lui feroit si 

%t Maugia a'en (arnn qui n 

Ne s'i teniat au cours .i. mulei 
^'J Le bas de U Serpente traversa à bandi 
Et acueille son oirre tout droit à Balail 
dedsn9 le bos ret 
Homme iarent Oli'ier le nobile 
Cascuna menoit en destre un destrier 1 
li Si rienent d'abrerer des gueï de Balen 
Quant Maugis les coisi, si drecha le ml 

,lt font i 
breulet, près ert du trespl 
îû Quant Maugis les coisi, entoc priât ■ g 
Mais oaqaai ne vit bomme a 



314 LES QUATRE FILS AYMON 

Quftnt il Tint au ahemiD, si akîiit .i. Iroton, 
Ne s'i tenist à cors .i. mulet arragon. 
M 2b*i La boB de la Serpente traversa à bandon; 
Onquea ne treafina, ai vint à Colençon. 



For» 



5 qui 1 



A haute rnis et clere commenchs . 
A qui sont U deslrierT Gardez ne 

S5 Et chil ont respondu ; Bien le sai 
Il sont à OiWier qui moult fait à li 
Chertei, cbaa dlat Mangia, chou i 
Plus chier ai jou le sien, je tous i 
Que de trestous icheua qui sont c 

30 A icheU parole va le bourdon le» 



t l'ui 

Merreilleus c 

Del keral l'ai 



p li donne, ns 
it mort qui qu' 



a po.n 



Qusnt li aatrez 

35 II brocha U chi 

Et Maugis le SHÎtiist qui bii 
Il h^uche le puings destre. 
Tout eitendu le fait du ch 
Sur l'un des oheTausmnn 

40 Tout droit iBrs Montaubar 
Oies de l'eacaier qu'il iistj 
Quant il fu deadorrais, sor 
n compaignon regrete. 



Mer I, uheler. 

oi B effraer. 
cuida a 1er. 

i li donne .i. cop tel. 



Fuiai 
45 Quant OHt! 



'S le 



logei ( 



li commonche à 
iitqu«z il pot has 



Uon compaignon a mort et, . 
Tout droit Ters Montauhan s 
t Oliiii 






afliar 



55 Par foi. diat Oliiiera, clie me puet m 

E Diei 1 dtal Kllem , com puîa la aens derrer 

Or lairons noua ichi du rlcba ray. Kll. 
Si dirona de Maugia la nobiia baron 
60 Qui lint à Montauban, brocbant à eiperoa. 
Le bois de la Secpeale trsspaasi à bsDdon. 



LES QUATRE FILS AYMON AU 

9785 ReoauB estoit as eatrea et AalUrs li blona 

Et QuioharB et la dama et li .ii. eiifaiiçon. 

Henaua garda sor destre par devers •^olençou; 

Si a veii Maiifriti venir de {{rant rendon. 

Quant Renaud l'aperçoit, k poi ijueil ne font; 
9790 PluH de .vu. foia se pasme par desua le perron. 

Quant AalUra le voit et Guicharsau poi) bloot, 

• Que avea vos? font il, Renaut, ditea le nous. ■ 

• Traïtor, dist Renaus, Des vos confonde loua. 
Tolu ni'aves Richart, mon meillor oompaignon; 

9705 Bien l'eusse reaaous ençois lea paveillona; 

Mais vos ue rae laiaastea, jamais ne le verrons. 

Je voi venir Maugia tou[t] seul, aens oompaignon. 

Onques mais ne failli Maugia à nul du nous, 

Tantfussom enfermé en parfonde prison, n 
9800 Quant Aailara l'oï, si chiet àgenoillona 

Et Guichara et la dame et li dui cnfançon. 

Or enforce li delà el palais oontremont. 

Alaut es vos Maugis les degrés à ban 'Ion. 

Quant le vit Âailars. si l'a mi^ à raiaon; 
9805 Et ReoauB li eaorie, li fiua au viel Aymon : 



<i Qu'as-tu fait de mon 
Maugii', je te demant i 
Et Maugia li a dit .m. 
( Je ai ci .XXX. livres < 
0810 Ses métrai à usure, si 
Ains .1111. ans serona r 



frère. Richardet l'orgueilloa? 



! ile 



m retraçon : 
e doua Charlon; 



9785 LU 3n estrsa. B iert as feneEtres 

9186-9787 mani/Henl à B M. 

9797 L ton. 

980U manque (i B. M sur le perron. 

98|il manque d B M Et Ouichart cnien 

9S02 M manque, 

9603 M tous Ua degrés amont. 



i M h 



lent à 



y806 M Où Ra gu^rpi ninn frère R. le fii Ajmon î B Mar guarpasi; 
moafrare Richart le BL Ajman. 
tWOT M E mangue. 

9808 H Jiii. mos de randon. B par contralaison. 
9810 M Les melroi as eiehes (aie) orendroit à baudon. 



LES QUATRE FILS AYMON 

l'aions nos del voNtre Tnillant ,i. porion; 
os garroiis nos bien del porohas que feroD. 
ant ont bons vie, jamais na la lairon. n 
ime Reaaus l'oï, à poi que il ne font, 
abaisn aval, si a pria .[. baston, 
ost Cerirel chief Arnaugia le larron : 
sa putain, traîtres, Il oora Deu mal te dont 
3 damant mon frère dont je sui angoisos, 
u me vas contant ioi ta tra'i^on. 
è me rem mon frère, dont je sui dolerous, 
Etisjor lia ta vie ne seras avec nous.» 
re, dist Aallars, opendroit l'ooiom, 
na nos dist iioveles de Richart le baron. « 
ignor, ua di^t Maugia, entendes ma raiaon. 
'les en a juré le cors saint Lasaron 
il pendra Riobart au pui^ de Monfancoa. 
forahea sont dreoiea et l'eschiele est amont. 



u*. B orendroit t'ochirron. 
baissa s terre, si a pris .i. baston 

ferir au chief Amaugis le barpn. 

disl Aslara, par Dieu meivlii. frani him ! 
ue voit Amlugis, si l'a mis à raison ; 
ins, qu'est deieiius Ricliars lî Rei Ajrmon? 
nrlleg l'a ochi9, ou le tient eii prison? 

cbou dist Uaugis. 

), dist Aalirs. m«rchi pour D>eu du mont. 
ue il Toit Maagis. si l'a mis ii raison. 
gis. qu'eit devenus IUoh*r.-i le Sx Kjmon? 
i la roi oohji ou il l'a en prison T 
:ors. rhen diat Uaugis. 

tn p-ncion lif t ('» Inin/til l^rit* *r> •lëgligeners A. 
-MM»iiir<-it(>v L «( B. cni'vlfe rfdnnr au même eniir- 

• almtdf HanoW; Mii'i («MM» B *Vt ne mentionne 
mfiHfs et elle f*U inUrveiti- Al«ini dune manière ^^ 
fue diïii L nu ra'-aelfr« He l'aine rf« Filu .it/m»n. ^■-. 
' ^Ittifar prin^ à H* i-MrM fii'HMF twrttHan.L'arroiil w^ 
I m 4^U«tm tmfortitHl, «m- H iw t'Mvtir suére de L. 





j 






LES QUATRE FILS AYMON ûl 

iDtme doute li rois, ja n'iert mîa en prison. 
vos arnes Riahart, or ii faites aecora. » 
'uant Renaus l'ontendi, tel joie n'ot nus hom ; 

li corut baisier le via et le menton. 

Di moi, oouBJns Maugis, jantius fliis à baron, 

:t donque^ via Richara, cil <\U6 noa tant araon? 

or Deu , veïa le tu dedans le paveillon ^ < 

Oïl, oe diat Maugis, par le oora saint Simon, 
leatroit et à malHise. bandéa les ioladel front. ■ 

Hé Dex 1 00 dist Reoaus, se noa le veïom, 
çoia que il Tuât mors, le nobile baron I 
Certes, se je n'avoie fora Baiart t'arragoa 
IBt Aallart mon frère et (}uii:harl qu'est prendom. 
Et Maugis, mon cousin, qui molt est gentia hom; 
Se Charles i avoit .11. m. uûmpaignons, 
Si voidroie resqueure Richart le poigneor. » 
Mist Bondin à la bouche, sel sona par vigor. 
A MoDtauban avoit tel coatume k cel jor. 
Quant ooient soner Bondin, sens nul trestor 
Estoient en esfroi li grant et 11 menor. 
El palais s'adouboient, n'i queroient aejor. 
Tôt oontreval ta ville, el bora et el donjon. 
Il veatent les haubers, lacent hiaumes reona 
Et çaignent les espées aa seneatres girons 
Et montèrent es selea r]eg destriers arragons. 
Quant il suDt asemblé. bien ,kv,m. sunt, 
■^ Et bien .vii.c. arohîers as ars turcoîa qu'il ont. 
Renaus fu a'Iobés sor Baiart l'arragon, 
Aallars et Guichars, oha^cuns aor .1. gascon. 
Et Maugis li larrons a'i fiât pas lono sejor; 
^60 Aina a'eu est pepairiéa à son ostel el bore, 
Et a osté sa chape o tout aon chaperon 
Et les trebua des jambes et del poing le bordon 
Et l'eskerpe del col et le ohapel del front. 



^^ fon a don, 


: band^ (« 


iieiii u 


I HKliard aw 


f^Ontguf M^ugi 


f lu, fr,i,a, 


t. 




^ M Si se«.u, 








""^^^Cr.lanoi. 


au V. IfiOâ, 






^*°62 B El les curbei Jes p 


iéB. M 


irubleï d«a \ 



SiS LES QUATRE FILS AVMON 

Lora a mangié d'une herbe, blanc devint oomme flor ; 
Et d'nne autre en a pria, ai desonfla treatos. 
9865 II a ohemiae et braiaa et .1. bon ciglaton ; 

» Chances de fer avoit et doréa esperona 
El Teati en son doa .1, hauberc freraillon. 
Et laça en son chief .1. vert halme reont 

Et a çainte reapée au aeiiestre giron, 
9870 Et monte en Broieguerre, son destrier arragon, 

Que il embla le roi as puis de Mont Loon. 

En l'oat n'avoit si bon, fora Baiart l'arragon. 

N"ot plus bel chevalier jusqu'en Carfanaon ; 

Tel josi.eor ite lance ne trovast l'on el mont ; 
9875 N'ot plua maiatre larron deai à Beaençon, 

Mais aine n'embla vilain vaillant .1. esperon 

Molt par fu preus Maugis, moUot baie raison 

Poralever tos cens qui de sa geste sont. 

De Montaubaii s'en issent par la porte Pouoon ; 
QSSO Le boa de la Serpente traversent à banilon . 

Onques ne tresânerent desi à Colençon ; 

9873 Cf p/issuye i-eiiraditU leiidroil où Maugia monle Bai/n'd el 
laH au secours lies Fila Aymou à Vaucouleur, vv. 7658 sqq. Il mangue 
ci dans L le premier vers qui eil ntetssaiye. Texte de M : 
Quant il fu à charal. bJËii rassemble bsren. 
N'ot plus bel bachelor jusqu'à Carphanattni, 
Ne n'ot en ouïe lecre nul plus mealre larron. 
Mais onc n'emljlu rilain vaillant un eiperon. 
Tel jousleoF de lanche ne trouvait on ou mont. 
Moult estait Maugia preus. 
Les ver» 9874-9876 manquent rt B. 

9878 Le tovci de CirtiiTtt des vilains e*(un de* taraclirei ia Fib Aymon. 
^'on a ru eonmenl Ridiard de Normandie jéiiciU OltarU» pour avoir iitii~ 
«ntenJ interdit («ut piilage (v. 6449 Bq.). Dang Maugii d'Aigremont EtpitI 
namrage aitui Maugii qvti >e plaint de leur mitire : 

Meillor lariun de voa u'a jusqu'en Orient, 

Si emblerons assez at doaroas largament; 
Tolons as riches homes, douons i pOTrs genl. 
Ja n'en peasrs Dsu le père omnipotent. 

P. tl!3 J9. 
9S77-B87S Ce» deux vers définiiacnt erartemnl U rôle 4e Mauj^i^dcmm toute 
a l^ende t ili'tmplme utiiqiiement à eervir les intirita du Fila Agmon. 
S8H1 MColenchoQ. B. Balenchon. 




j^-3 



LES QUATRE VILS AYHON 



319 






Se Prar 



Quant 
Et cil 



t^uia en vindrent tos droit as puU de Monfaucon ; 
^E^ea forces aunt dreciea, li Teste contremoot 
Sleiiaua disL à ses tiomes : c Entendes moi, baron. 
foi me douta li roia qui France a en son non, 
<3ui ci ma cui<ie pendre Riohart, le fll Ajmon. 
^3e Deu plaist et ss mère, nos le raptegeron. 
^allHrg, dht Renaus, et iiar nos descendoD 
Et si nos embunohon en ce bmillet reont. 
Sien sai qu'endementieres que as forces vendront, 
lis m'aperçoiTont, raaintenatil s'en fuiront; 
itre manière mon frère m'ocirront. 
lion arrière, si nos embunaeron, 
'enrout à forces, toutes para asauron. u 
respondui" Vostre comment faron. • 
Lors 88 sunt embuiicbiê en ,i. brueiliet reont. 
* V A senestre a'onbuuche Renaus, ii fins Aymon, 
BtAaIlara à désire, qui moJt estvaillana hom ; 
En lu queue derrière Amaugis, li larron, 
®"^^ les .vii.c. archiers as ars turcoia qu'il ont, 

EEt jurent Dame Oeu qui vint & passion. 
De quel part que or viengne Riohars, li fius Ajmon, 
SeloDc le lor pooir, il le raplegeront. 
Bien l'aves entendu, franc olievalier baron, 
9805 Quant Renaus fu traïa es plains de Waucolors, 
Où roia Yus le traï et vendi à Gharlon ; 
Puis n'otroi en Gascoingne por oeletraïaon ; 
Molt i BofFÎ garant paine Renaus, li fîus Âjmon, 
Apres s'ala combatre à Rollant le baron, 
9010 SI oom avea oï es vers de la clian^on. 
Quant il ala secorre le rioba roi Yon ; 



^883 M l< 






_ . __ I chel granth 

9891 M s'BperchoiTent. 
g89<! B psrfont. M eus u brueill 
9895 B M Et Ouicbsrs U frana h 
ï. 8317. 

9900 B matiqu 
U Com s 
^11 U 



illet il 



agnors 



noua eitibuscbon, 
iiiqitoi t'oiiblierl On 



LBS QUATRE FILS AYMON 

c fu pris Riohars, li HIs au viel A^moa 
nmena Rollans, il et ai oompaiguon, 
ma D'avoit dormi, passé avoit tiers jor, 
au est une chosae que ne puet porter hom. 
irmia est Renaua, li fils au vie) A^mon, 
allara ses frères etOuîchara II baron ; 

etistDexde Rictiart par aabeaeïçon, 
le JhesuB n'en paiiae, ja n'i aura asoors. 
chars estoit astres angoiseua et destrois ; 
œls avoit bandéis, les poiua liés egtroia ; 
par miiiu des ongles en va li sans tos frois. 
zhart, diat l'emperere, vos pancires orendroit. » 
rtes, ce dist li eufea, sire, ce poise moi. o 

art do Normendie et Ullage l'englois- 
nseilliesmoi, dist Charles, franc chevalier cortois. 
ara, liâus A^moti, est de molt grant pooir. 
Renausj vient as forces n'Aallars li irois, 
Mangis] li dervés ijui molt fait k cramoir, 
ii liome i covient de moie part avoir 
Richartface pandre et qui me gart mon droit, i 
. en apele Charles Berangier le galois. 
erangier, biaus arais, entendes envers moi. 
tenes de moi Oales et la terre aa Irois ; 
ce et Danemarche deves tenir de moi. 






LES QUATRE FILS AYMON 

i deçà ]a mer servige ne ferois, 

les Richnrt pendre et je molt vos sa proi 

Elenaiia i vieiiC. si i ifiirilaa mon droit. > 

, dist Berangiei-a, car me soufres .i, po 

le est moltgranttiarice à moi el à tos rois; 

mant cou m'avea rei)uis, ne m'ames pRa bien 

a ne pandrai Rioliart, gi m'aïst Dex et Fois, 

reiirtea touie vo terre, ae vob le comemlois. 

ahHX ait qui por honte weut son flef retenol 

Charles en apel» le baJvier Yudelon. 

Baivierx, disi l'empHreres, tu ies mea ligei ) 

OB me deves servir à .x m. coDipaignons. 
r me pandes Kichait. le &\ au viel Aymon, 
tja vog baillerai .X.m. compaignons. 
fl nie devej» fnillir, quant ce vient au beaoii 
Itje vos en donrai la cité d'Avalon. 
Si mainteneg mon droit vera Maugis la larrOE 
• Sire, diat li Baiviara, en raoia foi je non. 
Cousin siitues germain, près nos apartenom. 
Jh n'aura Riobars mal dont garder le puiaon 
Quant l'entant l'empereres, 6, poi d'ire ne fat 
«Va, gloa, ce diat li roia. li cora Deu mal te d 
Kicliart. je voa pendrai, par mon florî grenoi 

Charles en apela Ogierle poigneor. 
> Danois, dist l'empereres, ru lea mealigeg I 
L'autrierme fu conté qu'es plains de W&uot 



i^'^'* "M chen seroit honte à moi. 
J'*' 15 par la toi qua vous doi. 
g'-^ttï U Ne Larrs ne tendroi pour faire tel beslai. 
^<ii M Va, glous. diat l'empei-ere, tu Roies maleoît. Hicbn 

Sic LABU. Vers omis piii Michelml qui néanmoins don 
,g l/foii de G : De mol tenea vos Baule el Maience selonc. It ^ 
f^isBit que cela dilermine U dommne ilt Widelon. 

" B la chUé de Soiaaon, «u lieu de celle répétition. 

■onvienl pas dans le texte de L, pni-ee que plue 

lotion detuidonner AmIoti (Michelanl). 

' 9957 M la cliite de Vallon. , 

8959 M par ma foi, non feron. { 



LES QUATRE FILS AYMON 
i Renaut me fasistea molt grande traÏBOD. 
Or voirai esprover se cou fu voir ou nom, 
)970 Et ae cou ue fu voir, bon gré vos en saurooj. 
Or VOB covienl à jianfire Richait, le fli Ajmon, 
A tôt ,M. chevaliers que noa vos bailleroii. 
Qui garderont les forces por Maugia le larron. 
S63Ët je vos en dont-ai Pavie. oltre les moQS, 
fâ75 VersiauB et Yvorie et Plaiaenci 



.tiii. 



chevalie 



t feront. » 



JaiDaia deçà les raoua servise i 

* Sire, ce dist Ogiers, ouite vos eu clamon. 

Cousin somea germain, prea noa apartenoii, 
}d80 Maia qui Hicbart pandra, de mortle desdoni; 

Je aiderai Rt-naut o m. m. compaignons; 

Jamais ne li faudra! par nul home del mont, a 

« Hé glous 1 diat l'emperere, li cnra Deu mal te doint ! 

Richart, ju voa pandraij par mon flori grenon . 
)9S^ Ogierde Danemarcbe, widies mon paveillon. 

Semais vos puis baiilier, parle cors saint Simon, 

Je vos ferai ardoir et bruir en charbon. 

Ja par borne qui vive n'en aurois gariaon. » 

Charles en apela l'archevcaque Torpin. 

)g90 i< Bit vos, sire archevesques, l'empereres a dit, 

Voa me deves servir k .x.m, ferveatis. 

Quant or vient al besoing, ne me deves faillir. 

Li premiers apoatoles qui iert à Rome mis. 

Par saint Denis de France, voa i serea asifi, 
)995 Si m'aies Richart pandre, mon mortel anemi, 

tôt .M. chevaliers armés et fervearia, 

Qui garderont mon droit por le larron Maugia . ii 

a Sire, diat l'arcevesijUeB. or aves voa trop dit. 

Quant j'ai messe chantée jel faa por Deu servir ; 
lOOO Adonc vest mon hauberc et mon helme bruni ; 

Si vois en la bataille aor Celons Sarrasins. 

Certes molt en sui liés, quant j'en voi .i. morir ; 

I M 11 vos estuet or pendre. 
4 Ces noms sont pris de la régioj 
légende d'Ogier. " 

^ Û decba Mongi serriie, 




Mai 



LES QUATRE FILS AYMON 

. hom crestiena n'estru par me 



Ne nel comeDcerai à Riohart mon cousin, » 
' «Va, glos. dial l'empereres, de Deu soies maudis. 
Riohart, je vos [landriii, par mon grenon flori. » 
e Bretaigne 






Cil se 
■ Dites 



1 [.Il 



Ltit il a'oï r 



e demandes. 



Ves me ci en presant, dites ce que voles, s 
" Salemon, dist ii rois, en vos me rioi fier. 
4 De moi lenes Bretai^ne et le Maine àh\éa. 
A ,111. mil chevaliers servisse me deves. 
Je vos donrai Anjou, se Richart me pwndee, 
*-^Ol5 Qui tant m'a traveillié, ici com vos suves, » 
« Sire, dist Salemons. ne volies vos el t 
Je sui est.ran^es hom et. d'autre terre nés ; 
Si p'ai en eesl païs parant n'ami ciiariiel, 
Prenes toute vo terre puisque vos la voles. 
lOOSO Ja Richars n'aura mal dont, le puise garder. » 
I ■ Va, glous, diatCharlamaignes,tot te confonde Dés I 

^^L Richart, je vos pandrai, par mon grenon mellé, 

^^1 Que je ne parJLiroie por toute tu'ireté. » 

^^B R [Et] va.4, biauB niés Rollans, l'empererea a dit, 

^^MO025 Quant ce vient al besoing, ne me deves fallir. 
^^^V Biaus niéa, ne vecs vos com François m'ont traï ? 

^^f Or le vos covient pandre, puis<jue vos l'aveu pris, 

I Etjflvoseu donrai Couloigne sor le Rin 

r Et Ballet et Tremoigne et Hollande à tenir, 

f 10030 Et le val Saint Dié. c'est .i. lius barbarins, 

Et trestoute la terre dasi à Valentin ; 
.M. livres vos vaudront chascun jor li chemia. 
Del fi-^f vos serviront .x.m, fervesti. 



10(103 Sic L. B Ja hommez urestisns n'eatera par moi ochis. Michtlunl 
dit qu'il manque une syllabe dans L el corrige: liais js haines. Zmick a 
déjà noté Cftte en-ear. M Ains nul hom crEStien nefu. 

10024 Me ot, 

10030 Ce vers peut servir à dater celte partie du poèrae : dans S' Dié 
in den Vogesen ats wild and Dnliebant beieïclinet wïrd, scbeint »aC 
eïne fràhe entatehungsïsit du gedîchla hinzuweiaen, aicht lange oach 
dar oostehunjï des atifia (Miclielanl). Dans A manquent 10029-10030; 
mais comme M il suppHme au hasard, ici des discours entiers. 




^ I 




dV4 LES QUATRE FILS AYMON 

Et faites Richart panrire à .1. anfant petit. • 
10035 ■ Sire, ce dist RolUns, or m'avez vos aoupria, 

Oar je lî aSai, eoçois que il fust pria, 

Que il n'i aurait garde por liome qui fust vis : 

Et se je ment ma foi, dont sui Je Ântecris. 

Jamais honor n'auroie nul jop an nul païs, 
1040 A.inB seroie honis, dolereiis et mendia, 

Ela 1 .XII. per de France, k tous vos ori merci, 

Que n'ocias Richart, mal seroie bailli. 

NUis ki Ricbart pandra, de m'amor le dasfi ; 

A Durendart m'eapée ie covendra roopîr. 
lUOtË Et se il avient chosse que Ricliars soit ocis, 

A Renaut ma rendrai et serai comme pris 

Li nona le duc tiollant sera mis en obli ; 

S'aurai à nom Richart et lor cbarnex amia ; 

Molt lor aiderai bien lor guerre à maintenir'. 
M 265 10050 Se plus me quiertRenaua, bien iert de sens faillis.! 

( Hë, glous, dit l'empereres, de Deu soies maldis 1 

Richart. je vos pandrai, malt vos valdra petit. > 
Le duc Joifroi d'Anjo[ii] a ii rois apelé ; 

Cil se leva en pies, quant il s'oï nomer, 
10055 lit vint devant le rui, ai l'a araisoné : 

n Biau sire, que vos plaiat? dîtea vo volonté. ■ 

(1 Joifroi, ce dist li rois, je vos ai molt araé. 

Renaus ocist ton père sos Balençon au gué, 

10037 L garde. B C mal. 

1004G M B : A Becaut m'en irai, à lui me rendrai pria. 

M iilafX ici le discours â Olivier sur une rime en âge : 

Et TOUS, sire Olivier, dist l'emperere asge, 

Vous estez de Viane, de moult riche parage, 

Onques le Tostre père ne nie Est jor outrage 

Db Valence et Lion arei lesognoraga. 
5 Si m'aies Ekhart pendre, que ni ait areatage 

Sire, dist Oliriers, je ne Terni tel rage. 

Va glout, diat l'empereres. Dix te meite à liontage. 
Par mes grenona, dist Kalla., oiant tant son barnage, 
10 Je ne lairoiu mie par les Salua de Cartage, 

Richart, qua ue »os pende, maugré voatre lignage . 
Li ipiena Gieffitiy d'Anjou a le roi apelei. 
10053 L Anjo. 
10058 A M oncle. Fait non mentionné (itlleuvs. 



Vairepane es prea ; 
iingier vos en poe*. 
B vostre anemi mortel. 
Ire. le fil AymoQ le ber, 



LES QUATRE FILS AYMON 325 

Aallars, ion neveu, so» 
lOOOO Se vos n'iesles coara. v 

Vosdevea bien destruir 

Or m'aies Richart pani 

A tôt .u. chevaliers qi: 

Jana voidroia on France que ne vos soit livré. « 
10065 « Sire, ce diat Joifroia, ne voldriea vos el7 

Par iael saint apoatre c'on cjuiert en Noiron pré, 

Je nel feroie inio, pop quant^ue vos aves. 

Se il m'ocist mon père, ne le Sat paa de gré; 

Trop est près da ma terre, se vos plaist, arestés ; 
1(1070 S'op avoia Riohart pandu neafolé. 

Certes, s'il n'i avoit fors Maudis le faé, 

Ne me seroit garana ne diaatel ne cité. 

Tant donrai à Henaut or fin et argent oler, 

Ke antre moi et lui aerooiea acordé. n 
10075 ■ Va. gloua, diat Ctiarlemaignes, tu soies vargondés I 

Richart, je vos paudrai par mon grenon mellé. n 
x [Blj vos, sire Oliviers, l'empei-eres cespont, 

Vos iestea de Viane, de ma meillor maison, 

Onquea Reniera, vos père, ne fiât j or se bien non, 
10080 Ne dans Oirara, mes tiom , voatre honcles qu'eal 
[l>reudon. 

Je vos donrai Viane et la otat de Liom, 

Et a'aurea Janvra et Pise tôt an voatre abandon. 

Dont vos aures en fief .z.ta. compaignons ; 

Si m'alea Richart pen ire, le &\ au viel Aimon, 
10085 tôt mil chevaliers que nos vos baillaron. 

Qui garderont les forces por Maugia le larron, ii 

n Sire, dist Olivier?, en moie foi, je non. 
M 266Je ne veil ores mie marin mon compaignon, 

Ne ferai contre lui qui vaille i. e»peron. 



1O0C5 M ne 'oliezTous el. A ne me voliei vi 

lUCHiS M Trop sont pfos de ma terre aez f 
cependant de Montauban. à l'Anjou. 

\mn Après es iiem M MeU ajuulcnt : Na 
membres couper. Cf. v, 10371) si/, 

10076 A/irès m uera M ajoute : Que ne par 
chités. 

loon L ot. 



a el. 



I 



Oïb LES QUATRE FILS AÏMON 

10060 Je seroie parjura et trop dealoiaus liom, 

N'il ne fait jiaa à pandre ; iioa piéa n'i porterom. » 
a Hé Dexl dist Charleraaignes.oom j'&i tuai vais baroiia 
Ki reBoignentà pandre .1, maleoit glouton. 
Ricliart, je vos pandrai, par mon flori grenon. 

10095 L'empereres de France s'en est en pies levé 
De mal talent et d'jre eat treatous treasuéa, 
Et a dit as François : « Seignor, or m'esooutes. 

Et Bertain la roïne qui tant ot le vis clep. 
10100 II fu mordris en France et à tort enherbés, 
Etje chaciés de Fraime dolans, eachaitieéa. 
En Espaigne en alai à Qalafre sormer. 
Illueo fui je forment dolans et esgaréa , 
Fora jetés de ma terre et de mon parenté. 

10105 Là fisje tant par armea que je fui adobés 
Et conquis Oaliene m'amie, o le vis cler ; 
Si laiaa por m'amor .xv. roia coronéa. 

Li apoatoles Miles m'aida à ooroner. 
Je ving en doloe France o mon riche barné. 
10110 Et si pris toa lea sera qui furent el l'egQé. 

10097 Pow ce résumé des Enfances de Charles, v. G. PaH/, HiBloiro 
poétique de Ch., ioules les histoires de l'épopée française au moifen dge, 
et Bnmania, IV, {article de G. Paris sur le Mainel. 

10102 Galafra est le fat auprès duquel Charles seréfUgie. Cei quelques 
vers me paiaissenl altérés. L'ordre lui-même est suspect'. Je conjectu- 
rerai: àGalafra le fier, 

10106 Le nom de Gslienne que rimpèratria conservera daju toute 
la légende, dérive de celui que porte dans le Mainel la belle Sarraiine 
gui devient l'épouse de Vkarles, Orioiide Galle, La fillt de Gatafre 
eonnall les AHs, sait prédire l'avenir el consulte le eiel dans un miroir 
magique. Pluf lord le nom de Galîenne sera allribui à une fée dont 
Galien le Bhétoré. Peut-être le miroir que Oalienne consulte pûuv 
connaître le paasé el l'uvenir, est-il l'origine du procédé que Marsils em- 
ploie dans l'Entrée de Spagne pour savoir de quel côté Charte» sa con- 
duire son année. V. Romania, IV, l'article de G. Paris sur le Mainet p. 
311-312, el farlirle de M. Rojna ««r Ogier le Danois, p. 416. Ce nom 
d'Orinnde aerait-H la marque de rapjilicttlinii aii.r Enfances da Charles 
d^unevnri mite des légende/ germaniques fur (Hrviaadil etOreadel? V, 
Simrock. Deutsche Mythalogia, 4* édition, 24.^247. — Galie serail-il ni 
d'une mauvaise lerlure d'une ahréviaiian du nom de Galauint»? — M Oa- 





LK3 QUATRE FILS AYMON O-iT 

^BB &a toa ariloir et la poudre venter. 
^3110 me fia en France, meroi Deu, coronor, 

• lieDe lu'amiea grant joie eapouser. 

* aot je cuidai avoir tôt mon règne aquité, 
^Dt jurereut mu mort Ireuiot II .xii. per ; 

me durent mordrif par .1. jor de Noël. 
«X me menda par l'angle que je alaase embler ; 
^/'oirement i alai, ne l'osadi rel'uaer. 
'^t.»->. « e n'oi clef ne sosclave poi' trésor esfondrer ; 
t)ei me tramiat à moi .1, fort larron prové ; 

■ BaaiiiB avoit à nom, mena me en la ferté, 

Et ai entra dedans por l'avoir assembler, 
llluec oï Gerin le conseil demouatrer, 
Qui le dist à xa famé coiemeii, à celé. 
^ '1^5 Baaioa le me conta, quant il fu retornéB. 
S'' '87 Je atendi le terme et si lea pria provés. 

Les coiitiaua eus es manubea, tranchana et aâléa. 

k Pendre, ardoir et de»ti-ujre et les meiubrea coper. 

1O130 Mais par cete corone ([u'eii mon chief doi porter, 
Il n'i u nul de vos, de loa les .xii. pera, 
Qui ne aoit par »ion nom orendroit apeléa. 
Cil qui l'esoondira, gj me garisse Déa, 
Je le ferai ardoir et la poudre vanter; 
LOI^ De moi ne teura terre en treatot aon aé. 3 

Quant Françoia l'ont 01 molt en aunt eafraé. 
H n'i a si hardi eut n'estuece trambler ; 
Dont n'i voaaiaaent eatrepor I'op de .x. cités. 
Estout, le fil (Edon, a Charlea apelé : 
IOI4O K Yenea avant, biau frère, car molt vos ai amë. 
De moi terie:^ Borgoingne et Langres ma cité ; 
A .XX. M. chevaliers serviaae me deves. 
Aies moi Riuhart pendre, le ûl Âjmon le ber. 
De fief voa en croitrat .u, chevaliers armés. 

lOiSO-iOiai B Dei ma Iramiat Baain, .1. fort larron, prouvé, Chis 
Baaia ma mena en la graut formaté. 
10133-10138 Manquent à B. 
loua B amis. 
lOlU Uangus à B. 



LES QUATRE FILS AYMON 

Je vos doingen Auvergne Clarmont, ma grant a 
El avec Monferras, se prenire le voles, 
Monpnnonet Monsae et l'Eatole dalée. u 
M Sira, ce distEstous, merci, jior araor Dé. 



Vas 11 Œ.ion, 
Onques n'ei 



ÂdoDo ferai je, 
H Par saint Dei 
Je me sui pur le 



m père, qui tient les iretéa. 
jcoi- ne chastel ne cité ; 
B Rollant de mes armes porter; 
armes corn autre baoelera. 
la terre et lenrai l'ipelé, 
re, toute vo volenté. i 
I, dist Charles, vos i covient aler. 
autres à vo cors aboutéa. » 
« Sire, est ce donc à certes que vos ia*i parles ? u 
e dist !i rois, si me gariase Dés. s 
oi, ce diat E»toua. or vos oi je jurer; 
:orone que vos deves porter, 
estre aloaaignon fermer, 
Empereres da France, por .xiiii. cités. >> 
« Oes, sire, tliitt GneneH, con vos a raraprosné. n 
c Voire, ce dist li rois, tut le confonde Dex I 
Charles tint .1. baston, s'a Eatout regardé ; 
Par mal talent ii giete, (ju'il le cuide afoler ; 

)li7 Manquent à B. 



« Par foi, 
Mais par 1 
Vos ne v( 




. Qanez. 

'jCa imitataira ilalieni ne pouvaient négliger cet poriraita ainsi 

des cèl&iree barons de CharUmagle. Estous, U hitrdi et p'aimal 
1 de Rolond, est deelini à la plue heureuse farturie, car en Italie il 

Aatolfo linpleaejde Langree, langroia, l'Angrois, l'Anglois), le 
ce d" Ângklerre, gui, en dépit de qudquee travers, rtstera le plwi 
es Jetinef. Qonelon est A peine itiifiçu^ ici, mais il a une telle 
leuves d'Aigremont que cda luj/ît, et d aiUeuti Pinabel, Rispeus, 
Fouqviea Bowi rft aa jf«s, de celte giete dea ti aîtres, ju i dans . 
alienne est conslammeiU opposée d h geste loyaie.Y. G. Paris, 
•oitiçue, p. 183-1S9; Muaaafia, préface de la Prise Je Pampe- 
Sftutiec, Epop. nation., 2" édition, III, p. 177 ; Pio Rajna, Fro- 

ann. IV, p. 83, Cf. Thom&a, Recherches snr l'Enlrie de Spaçne 
\m« Btchtrchu. -p. 338-244. 





LES QUATBE FILS AYMON 329 

i fiert en ane estaohe, toute la fait trambler ; 

Ml Tetist conseû, il l'eûst afolé. 

stons, li fius Œdon, s'en est issus del tref ; 
Li plus de oeuâ de France sunt apreis lui tornë. 
X Names, dist Charlemaignes, où sunt mi per aie ? 
cSire, dist li dus Names, merci, por amor Dé. 

i sui de vos servir près et abandonés. 
Vonsaves tons vos princes et banis et només; 

esiiers de Pavie est en sa terre aies. 
De tous les .xii. pers n'i a que .11, remës, 
C'est Richars de Ruhem que vos ici vees, 
Et moi drois empereres, à cui vos or pairies. » 
[Qant Charles Ta oï, s'a Richart apelë :] 
« Venes avant, Richart de Ruhem la cité. 
Vos lestes .1. de ceus où plus me sui âés. 
Onques de vo linage ne me vint fausetés. 
Or vos oovient, amis, que Richart me pandes. » 
« Sire, ce dist li dns, volontiers et de grés ; 
Car je sui vos hom liges, si nel vos os veher. 
Mais par mon chief, dans rois, je nel vos quier celer, 
Se maing Richart as forches, ovec moi en vendres ; 
Et je irai o vos, des armes aprestés, 
tôt mil chevaliers, se vos les me livres ; 
Et faites Richart pandre à cui que vos voles. 
Se Renaus vos requiert ne Aailars Tains nés, 
Por vos sera mes cors vers eus abandonnés, 
Et ferrai le premier, se jel puis encontrer. 
Richars est de ma jeste et de mon parenté ; 
Je nel pandroie mie, por quanque vos aves. » 
(( Hé glos, dist Charlemaigties, tôt te confonde Dex. 

^Ç^*^^ B Namlez. 

*^ "^ A Vees me ci deventvous qui suis abandonnez. 
^,^^ '4 B banis et eskivés. A Vous avez tos voshommez batus et mal- 
j^rv^^ • W perdus et adirés. 
^^T^*^^ A d'Espaingne.B son oirre. 
il^-^'*^*? A li Normens. 

-I-^**^^ Sic A. Manque à L. B Gomme Kalles Toi, s'a Richart apelé. 
^ *^0 B. Rouen. A je vous ai mont amé. 
^^*S^ B se vous le commandes. 
^*^ B au quel que. 






■ 


■ 


PIPI 










UATRE FILS AYMON 

. li roÎB, quel conaeil me donres ? » 






lus Names. quel conseil demandes? 






-, «N 


conseil et croire nel voles. 


^ 




.&« 


lars auDl bien da Fiance né; 


\ 




.&« 


guerre, li ,xx. anssnnl passé. 


A 




- e^-»'"^ 


an bataille .m. olievalier armé. 


' 




r Renaut et Aallarl l'ainané. 


It."\ 




Maugia.que Ricbart lor rendres ; 


!!■>?. , 




• ._ &-»^ 


t vostre home, foi plevi et juré ; 


hs!'- 






aus soient des. xii. pera. 






•1 


u.salem en seres plus doutés, 






j 


moras .nu. bachelera. 






; aolbl* 


rois la guerre et vos plus i perdrea ; 








jvalier hiardi et aduré, 


Ub'i 


L 


1 


geste et de vo parenté 


l, ■ Il 


1 


« ■* 


lor père, ai que bîen le saves. « 


El 73 


■ 


t Charlemaigne9,oarRenaua m'a fausé. 
Bpa.udrai, par mon grenon mellé. . 




f 




dus Names. se vos plaist, non feres. 




h 


. eoi»^ 


js parafes sofrJr ne andurer. 


ir 


m 




France, qui ci sunt assemblé, 


j 


■ 




es, ait'e, eu séries blasméa. 


iBo osa. 


■ 




oeirre, raeillor conseil prendes 




■ 


ei4 


n chartra ou en uelier pierre, 




1 




pies et le charchan fermé ; 




1 


J 


au sire, à .c. liomea garder. 




f 


^^^^^^^H 


jgera ne de pain ne de blé ; 


<^tiM 




^^^^^^^H 


3ute crue devant lui li metes. 




^^^^^^^H 


tement, aina iert lues afaméa. b 






^^^^^ 


Charlemaignea, or m'avez vos gabé. 








ugia via, qui toa est anehantêa. 




- 


àd«^ 


naul laiens emprisoné, 








B. 






.^y^' 


;/7"ei let paiis oui <iuilté la tente du roi. 


m 


â 






■£«.« 


*• 



a LES QUATRE FILS AYMON 

Et voB, aire Rollans, je weil â vos parler, 
A une part les tome Richara aonii le pré, 
(I Seignor, les vos meicis et de tdoî et de De, 

10205 Molt Ï03 iestes por moi traveillié et pi 
Aies i.<nellement, por Deu, si descendes 
Et offres droit à Charle, au raeillor coroDé, 
Qui onques fust en terre par ses armes porter ; 
Et faites vo seignor son talent et son gré. 

10270 Miela est que je i muire, sans corapaignon et pei 
Que vas fussies por moi trestot deserité, m 
Dist Ogiers li Danois : < Que as tu dit, desvés ? 
Or seras-tu pandus, il ne puet demorer. i 
« Rollant, ce dist Ricbars, cuites soies clamés 

1U275 De çou que me plevistes sos Balençon as gués. : 
Quant Ogiers l'a oï, à poi n'est forsenés. 
a Rollant, ce dist Ogiers, merci por charité. 
Mais teries à Richart molt bien vo lotalté. » 

M 271 H Ogier, ce dist Rollans. car me laisies ester. 
Je ferai à Richart toute sa volenté, •> 
> Sire, tous soies quiten, ce dist Ricbars 11 ber. 
Miel voidroie morir que longeraent pener. » 
Richars apele Ogier : « Biau cosins, çà venes. 
Je vos requier por Deu que m'en laisies aler. a 
a Non ferai, dist Ogiers, ja, se Deu plaist, n'ii'e 
» Si ferai, dist Ricbars, gardes, ne m'arestes. 
Jou ai veû Maugis o le cliaperon lé. 
Puis que je fui venu, l'ai je veii as très. 
Ne cuidies ores mie que i) m'ait oblié. 

10290 Tex ra'ira encui pandre qui mal sera loués. . 

Diat Ogiers li Danois : « For Deu, est cou vertes 
Que tu veïj Maugis. le chevalier manbré ? n 
« Oïl, ce dist Kichars, ai me garisse Dés. > 
Dist Ogiers 11 Danois : a Or sui aseiiiés. 
10395 Quant tu veïs Maugis, je ne dout home né. « 
Lors descendent à pié trestot li .XJi. per ; 



1 



I 

^H 10274 B Sire, che dist Rit^hars, l" 

^^M 10275-10286 Manquent ii B. La pa' 

^^M 10291-10294 M-inquenl à B. 



J 



^F LES QUATRE FILS AYHON 333 ^^^| 


^r ACharle sunt venu, si l'o 


^^^^Ê 


« Sire, droia empereres. 
Koa vos euidasmes, sire 


VOS plaist, entendes. ^^^H 
del lot espoenter, ^^^^| 


IKJOO Que Riobart no cousin feïssies délivrer. ^^H 


^^^ ï^os Bomea toL vostre home plevi et A&é ; ^^^^| 


H Si n% vos ossohs pUu correcier na ^H 


^^ Mais cil qui l'irn pandre 


soit à nos acordés. ^^H 


Faire ie poes panilre à c 


que vos « ^H 


10305 «Par foi ce diat li rois, 


or avez bien parié. ^^^| 


Par saint Denis de Fran 


e, moltgrant preu, i auren. ^^^| 


Et voa, biauâ niés Rolls 


(is. dites quel le feres. » ^^H 


u Sire, ce dist Roilsns, je vos di autre tel ; ^^B 


Mais qu'il D"i voist ,i. s 


eus de tos les .xii. pers. a ^^^| 


10310 . Par mon chief, diat li 


oia, vos aves bien parlé, n ^^^| 


L'empererea de France 


est en pies levét . ^^| 


■ Seignor, diat Charlem 


Ignés, à moi en entendes. ^^^H 


Qui weut estre de Fran 


e et proisii's et «mes, ^^^^H 


Et bien de mon liarnage 
10315 Or se devroït en pies to 


et mes amis privés, ^^^^H 
desseuionsQevei], » ^^^^| 


Onques n'i ot .i ^eul qu 


^^^1 


M 272 Fors seulement Riapeu 


cil est en piës levés. ^^^H 


' Cefu .L mal traîtres, de 


Ribemoiitfu nés, ^^^| 


Et vint devant le roi, si 


^^^^1 


lua-M < Sire, drois empereres 


bien vos ai ^^^^| 


Renaus ociat mon peie 
[La venjance en prendr 
El de Foucon, mon bon 


RDS Balençon as gués. ^^^^| 

ai, se vos le comandes,] ^^^^| 

qui de Morillon ert, ^^^| 


A la roûho Maboa où lu 


^^H 


^B 10325 Onques II siens linagea 


^m 


^1^0301 Mangue à B. 
^^10303-1030* Manquent il 11. 

10309 1Ù3I6 Sont remplacée dans B 
cliois : Seigneur baron, oiea. Li quels 
'e'î Treslaut se tinrent coi li baron e 
■'• motaouner 
"0315 L lares 

103ÎÏ Sic B. manqut iiLCC donne 
«*3- ce ,jui justifierait El de Foucon, ( 


par quatre vers : Il apele Fran- ^^^H 
pendr» Richart, mon anemi mor- ^^^H 
li per. Aioa n'i ot Û hardi qui OBl ^^^| 

u V. précédent : danl je suis corro- ^^^H 
oui en diipenianl d'emprunter un ^^^H 


^^0^2.10325, Hian^uenfclA B. Dans 


ce vers 10326, danoé aussi -par Metz, ^^H 



à.ii LES QUATRE FILS AVMON 

Dist Ogiera !l Daiioia : .. Or avea bien parlé. 
Se vosn'ieates malvais, veogier vos en poes. a 

( Sire, droia empererea, s'il vos plaist, antenâes. 

Or me bailliea Ricliart, délivrés en serea 
10330 Et je Tirai ja pendra, par mon grenoii mellé. » 

t Par mon cief, disl 11 roia, tôt aparraain l'auras. ■ 

Gbarles vint à Ripeu, par le poing l'a coubré ; 

Joste lui l'aaais, si l'a araiaoné. 

B Ripeu, diat l'empereres, or avea vos mon gré. 
10335 Or vos donrai .1. flef c'ainc mais ne voil doner. 

Cbamberlana de ma cbambre àtoujora mais seres; 

N'i veura dus ne queua, princes ne avoéa, 

Valet ne esouier, ne borne qui aoit nés, 

Por terre ne por flef avoir ne relever, 
10340 Que n'aies le meutel qu'il auraafublé 

Et le cbeval ausi qu'il aura amené. 

Ou aulre tel achat, com avoii' en volrea. * 

« Par mon oief, dist dus Names, riche fief li donree. 

Bien en porra en oat .u. chevaliers mener. » 
10345 Ripeua s'agenollla, au pié li est aléa ; 

Si en reeuat le gant, voiant tôt le barné. 

(dais ce fu .1. tex fiefs dont {letit fu fievéa ; 

Aaea l'achala chier, poi i a conquesté. 

(I RiapeuB, diat Charlemaignea, or toat ai en aies >. 
10350 " Sire, dist li traîtres, à moi ep entendes. 

Dont me faites plevir à tes les .111. pers 

K'il ae me feront mal quant serai retornés. » 



te trouvère rtconnail nettement Cexiatenet du 
BeavBB d'Aigremont, v. n. 1447-1450, 

llïiil B Mcls : Sa trop n'estes coara. — Apris ce se 
ligne m blanc pour matqiier qu'il manque t'ittdicati 
reprend la parole aprèe les deux vers d'Ogier. 

1U328-10331 TAiinqueni d B A. 

10344 B Voire, chou diat Ogiers, Fauques li pust dine 
FouquBS, onde de Ripeus, est mort : Ogier aouhiiile à Kipi 



félon mtntimné ii* te 



■c Ivi. 






à B. 




LES QUATRE PIL3 AYMON 335 

u Par foi, ce dist li rois, rotentiers et de gré. 

Venes avant. Rollaat, voa l'estuet afier. i 
10355 Oliviers de Viane et Eatotit te membre. 
M273 Rioliara de Normandie et Ydelon le her 

Li .1. en après l'autre le vont tôt aâer. 

t P«r mon ohief, ce dist Charles, ja mar en doteref. 

11 n'a si riche prince en la Crestienté, 
10360 S'il vos voloil reiesfaire, ne fuBt deaeritéB. s 

II Sire, oe dist Ripeus, k moi en entendes. 

Encor en i a .1. qui plus nj'a regardé ; 

C'est cil que plus redout, molF m'a bui rebol^. n 

H Qui est il ? dist li rois, molt weil qu'il eoit noméa. 1 
10365 a Par foi, ce est Ogiers, que je voi là eater. » 

« Venes avant, Ogier, vos l'estuet afier. > 

« Sire, ce diatOgiera, à voatre volenté. 

Je plevis â Ripeu la luoie loiamé : 

S'il maine à Monfaucon Richart por afoler, 
10370 Ne le garra cliastiaua, vile ne fermeté. 

Qu'il n'ait perdu la teste aina le liers jop passé, p 

Quant l'entendi lî rois, à poL n'est foraenés ; 

11 ne pot dire mot, tant par fu adolés. 

Rollans et Oliviera aunt à Ogier aie, 
10375 Et dus Names de France et Ydelons li ber : 

« Ogier, por Deu del ciel, por coi vos demores 7 

Car en laisies Richart isnellemenL aler. 

Guides vos que si fiere l'aient si oblié ? 
1038O Nenil, par aaint Denis, ja mar le cuiderea. 



10355-13651 Manquent ù B. 
10363 Manqiit d B M Meti. 
^ 103ffi B ajaule ua ners : Comme Charles l'entent, si l'en a i 
B Que ne prsnge la teste ains qne aoit avespré. 
î-1037t) Texte de B : 

Comme Kllei l'aiiteiit, moult en est aïrés. 
Ogier, chou dist li roys, c'atoï vous enpenaéî 

ntraitor tenaerî 
Sire, chou dist Ogiers, moult misi dire poss. 
Onijues ae fu^ traïtrei. n'hons de mnn parenté, 
Ogier, chou dint Rollaiis, pour coi vous demourez? 




afoléa, 



t l'u aseurê 



jeH alor, 

t nés. 



L conreé», 



Jdb LES QUATRE PILS AYMON 

Se DOS l'avions ore et plevi et juré 
Sor la cors saint Blaacart de Paris la oité, 
Ne vftudroit à Ripeu .1. denier mtineé, 
Sa Ricliars i est mors, oois 

10385 Qu'il ne perde la teste enç 
Tant out dit à Oftier ij^'il l' 
Qu'il n'aura de lui garde, t 
« Ripeu, dist Chariero alênes 
Jamai' doterois liome qui de 

10390 Menés .u. chevaliers garnis t 

Qu'il gardej'ont les forchea por Maugis le faé 
Que se Reiiauai vient, mon droit me uiainter 
1 Sire, cedist ftipeiis, se vos le comendes, 

M 274 Je n'eu métrai que c. por coiement aler. n 

1U395 » Ripeus, dist Cliarlemiignes, or aves bien 
Li gloua vesti l'auberc et a i'oirae fermé. 
Et a çainte l'espée au senestre costé 
Et pandi a son col ,I, fort enaa liaié, 
Et tint .1. fort espié à confanon fermé. 

10400 Et salli el cheval c'oo li ot apresté. 

Adonc li fu Hichars maintenant délivrée; 
Les poins avoit liés et les .n. cela bandés ; 
Sor .1. raul ambleor ont fait Ricliart monter. 
Ripeus de Ribemout, li traîtres prové, 



1038t < 



: luite. Trxle de B : 
Se l'ami sor sains et pla» 
N'i vauiToit à Ripeu .i.d. i 
Qu'il no prange la teste aii 
Tant ont dit à Ogier qu'U 



s basiez. B n 






10391 lielz ; Qui gardaront le camp. 

103»S-104(X) Mangaentà B. 
10399 Metz : roids eapié al. 

10401 li li fiex au viel Aymon lirrés. 

10402 B ichefu Ricardei qui ot les yei 1 

10403 B Mulel trotier. 

10104 JUetz : Riaiieus de Rispemont li 






a/„ 




LES QUATRE FILS AYMON 337 

10405 Oui Dame Dex confonde, li rois de majestés, 
Li lança .i. chevestre par andeus les costés. 
Molt fort li a eslraint par molt grant cruelté ; 
Tôt aatresi le maine comme larron prové. 
Por la pitié de lai ont maint baron ploré ; 

10410 Mais Tempereres Charles Ta si cueilli en hé, 
Qu'il n'en voloit oïr nul home qui fust né. 
Et Ripeus chevauça, ki fu acheminé, 
lui si compagnon c'en li avoit livré. 
Et Temperere Charles le convoia asses ; 

10415 Bonement le chastie, qu'il ne soit esfraés : 

« Vengiesmoi de Richart, et puis si retornes. 
Ja mar doterois home qui de mère soit nés. » 
« Sire, ce dist Ripeus, de cestiii pais aves ; 
Si fust ores Renaus et Maugis atornés, 

10420 Com Richars iert encui, ains qu'il soit esconsé I » 
c Certes, ce dist li rois, quant il lot escouté, 
Ot'i volroie avoir mis .un. de mes cités. » 
Or s'en torne Ripeus, molt s'est aseiirés. 

10405 Manque à B Metz. 

10407 Manque à B. 

10408 B Tout aussi le paumoie. 
10409« 10428 Texte de B : 

Que Kllez l'emperere Tôt ainsi commandé 
Et chil le fist moult bien tout à sa volenté. 
Quant Kllez. li fit faire, il ot moult fol pensé. 
Il ne ledeiist faire pour Tor d'une chité. 
5 Ainchois y fu sa honte, sachiez par vérité. 
Ripeu [en] apela, si Ta araisonné. 
Amis, chen dist li roys, ja mar en douterez 
Que vous n'i arez garde d'homme de mère né. 
Vengiez moi de Richart, puis vous en retornez. 
10 Sire, che dist Ripeus, [de cestui] pais avez. 
Or s'en torne Ripeus que n'i est arrestés. 
Qui lor veist Franchois par les tentez pâmer, 
Jamais de si grant duel n'orra nus hom parler, 
Com faisoient as tentez li demaine et li per. 
15 E Diex ! che dist Ogiers, or devroie derver. 
lOélO-HH Manquent à Nfetz. 

10415 Metz : Rispen, ce dist li rois, onques ne vos dotes. 
10417 Manque à Metz. 

22 



^^^^pm^^^ 


33fi LES QUATRE FILS AYMON 


Qui donc veïst Franuoia par ces terres [paamer] 


10425 h'I lor cheveus lierromppe et lor (iras deasirer ; 


Jamais <le si gi-arit duel n'orra nus hom parler. 


OgierB. li bons DmoiB, est venus à son tré. 


« Ha 0ex! ce diai Ogiers, corn m'aves oblié 1 


Maleolte soit l'eure que je fui engentlrés, 


10l30 QuKnl mon comin geriniiin voj as forces mener 


Et ne Bui t^nt haidi.i que je en os parler. 


M 215 Plus de .vu. fois se pasme en i. litoù il ert. 


Son e^ûiiier apeie : n Biaua amir-, ^a venes. 


Aies tost Broitfort mon oeval enaeler ; 


10435 Mon haubere et moii lielme gardea n'i obliee. 


Sel menés coiement là defora en uel pré. 


Je ne lairoie mie, por estredesmeujbréa, 


Ne voiae après Richart, mon cousin i'aduré. 


Je le voirai vengier, se Des l'a destiné. • 


IU440 Kl cil <i lespondi : > Si cum vos comendeB. » ^^J 


A ieeate parolu est li rois retornéa, ^^^| 


Et Ripeua chevauça baua et aseiirtfs. ^^H 


Riiîbari le âi Ayiuoii, eumaine eùiiheveiatré, ^^^ 


10424 L paaser. B. pâmer. P. pasmer. Mette pbrer. 


10420-10428 .l/an^ueni d Metz. 


[Qi-iiS Munque à B Metz. 


lOial B si hardis que je mos remuer. 


10432 Mm',ue âB. Meli. 


\OiU Manque à B. 


1043a B Car vengier le vaurrai. 


10143 TexIeUe ti dont P ili .u/fére peu. 


Et Kalles et si Franc le convolant aases. 


Ripeus, diït Kllra., de l'espioitier pecaez, 


Qus je as incngerai, si aerei retornés, 


Sire, elle dist Bipsua, apdrmain me rares. 


5 A Dame Diu de glore soies tous coinraaadei. ^^ 


Or cfmrauche Ripeus, ne s'ast mie airestci. ^^^H 


Richsrt le lil Aymon enmsine encaiené ^^^H 


Qui forment B le cuardolaiit elabosmé. cS^B 


Le p-tii cidrerieii Uif Chuiies et de Hiptiis a dis paru du texte tieL^f 




V sdaiexiede B P tjac mus citons. Le cu/iiite a fiasse Us vert inter- \ 


medinirey. | 


Ums.de Metz wn/ir/^ ceite remarîue, mois otrije à larl la suite. ^^É 



I 



LES QUATRE FILS AYHON à'. 

Kl forment a le cuer dolant etaboamé ; 
10445 Moll durement se crient o'oQ ue l'ait oblié. 
Dasi à MoQfauooû n'auronl reine tiré ; 
II passent Balençon, dont parfont sunt lî gaé. 
Tôt droit fi Monfauoon s'en est R-peaa aies ; 
Si a veii les l'orcas o'on i avoit levé ; 
10450 Por pendre roi Yon, le glouton deafaé. 

Las i fist li rois Charles at dreciee et l«ver. 
Or i ïoldront Richart, ce ra'eat via, encroer, 
Mais Dama Dex Ae gloru l'en puet bian délivrer, 
Ki ses amia [jorgarde qui de cuer l'ont amé. 
I 10455 Ripeus, li mais ti'aïtre^, ki Des [luiat mal doner, 
Ea apele Richart ki le cuer ot iré. 
Par raolt gpant felouie l'en prist à i-aniprosner : 
■ Si m'ait Dex, Riuhart, mai vos est encontre. 
EaoDi aères pandua a molt grande Uxté. 
lOiÔU A tous jors mais sera vos frères reproïé. 
Honte en auront li oir de voatre parenté. 



La mort Foucou u 
Que Renaua m'a o 
Or verrai ae Maug 



:1e vos ferai oomparar 
Balençon as gués 
aaebanter. 






Metî de 104*0 a 10*50. 

El cil 3 raspondu : Si com tos oomman 
Et Rispeua cevalcha baus et aaeiiré». 
L'emperere de France le cooToia asses 
Amis, dist Charlesniaignea, d'eaploitier 
Que jo ne disnerai devant que revenre! 
Sire, ce dist Riapaus. si corn, vos coma 
li traitiHS a en tome, del roi est desse 
Deai à Monfaucon ne s'est U areatéa. 
Si a vett les (orques c'en i avait levé 
Por pendre le roi Yen. le quivert desll 

10450 R le cuivert parjuré. 

10451 B Là [l'oUst] fait RoUafts drechier et enc 
1045-2 Bafoler. 

10451-10*54 Afnrtfuen' o B. 
■40459 Banuit... viuté. Afe/i : vilté. 
' iO4â0-10*6H Manqueiil à Metz. 

[0464-10168 Texle .le B : 




340 



LES QUATHB FILS AYMON 



10465 Bien a»ura des unittua et ai saura errer ^^H 

Se il de ci vos giete, aiiis qua soies fines. 
Ja Ogiers li Uanuis lii tant m'a reboisa, 
N'i veni-a mais i tans ne vos grans parentés. ■ 
Quant Richars a oï lesi Ripeu parier. 
M 276 10470 Toute la cliar li trerul)le, inolt est espoentéa, 
Quant il n'oï Baiart, le destrier abrivé, 
Que il «oloit entendre d'une lieuea aler, 
N'il n'oï à Renaut Montauban escrJer, 
N'Aallat't Vau'ejiano, l'ensaigne naturel ; 

10475 Dont cuiLle bien sans faille qu'il l'aient obiié. 
Lors a ditâ Ripeu, le Iraïtor prové : 
t Ahi I Ripeu, biau sife, aies de moi pité, 
Par icel saint Seignor ki tôt a estorë. ^^M 

Je n'ai pas deserri o'on me doie encroer. n ^^M 

10480 • Certes, se dist li fel, por noiant en parles. ^^M 

Ne Tos lairoie vivre por l'or de .i. cités. • 
« Sire, ce dist Riohars, dont vos pri je, por Dé, 
Que vos me faites ci le provoire amener. 
Où puisse mes pechies et jehir et conter, ■ 

10485 II Seignor, ce dist Richars, je wei] estre confea. > 

Penitance li donne de ses greignors mesfes. 
Illuao plora l'eavesques por l'enfant Richarciet, 
Et pria Dameldeu etie cors saint Marcel 

10490 Qu'il li face pardon à l'ame et vrai apel. 

Puis s'en torne l'esvesques très parmi .i. vaucel : 
El Richars fu illuec tos aeus ena el prael, 
Et Kipeus vinl à lui qui molt het le dancel. 
Maintenant li ferma ens el col. .i. hardel, 

10495 Puis monta sur l'eacbiele, ou lait li fuat ou bel. 
Richars monta l'eschiele, u'i fist arestJsson, 
Et Ripeus monte aprea, ferme le chaieignoD. 
Assis s'est sor le feste, en baut encontremont, 

I0i71-I0475 Manquent ù B. ~ 10472 mangue i Metz. 
10483 B un preudomme. - 101B4 Uelz : rejeMr. 
IU486 B l'evesque de Biauvès. - I04S7-10490 m'!nqufnl à Meli, 
1048K B RIcharl le cuurtols. La laisse conlinuf sur la rime en ait. Le 






l iei 



LES QUATRE FILS AYMON 341 

Et Riohars esoouta entor et environ. 

10500 11 nM o! Baiart le destrier arragon. 

Or a paor de mort Richars, li ôus Aymon. 
< Ahil dist il, Ripeu, gentils ûus à baron, 
Dones moi .1. respit que nos vos demandon, 
De dire une proiere que dire soliom. 

10505 Bien sai, se je la di, m'ame aura garison. » 

« Par mon obief, dist Ripeus, ja respit n'en donron. > 
c Sire^ dient si home, s'il vos plaist, si ferom. 

M 277 S'il puet s'ame salver, grant aumosne i auron. » 
Respit li ont doné, je cuit, où il perdront. 

10500 B S'il oïst ja Baiart. G S'il n'i oï. Michelant préfère à tort cette 
dernière leçon, Metz comme L, mais place après^ avec B, l'équivalent 
de 10472. 

10607 Meiz : par saint Pol si. 

10508 B moalt grant preu i a.ron. A Metz comme L. 

10509 B Et Ripeus li otrie et il dist s'orison. - La prière de Richard 
est dans L plus courte que dajis la plupart des autres versions ; il avait 
intérêt à retarder le moment fxxtal^ main avait-il Vesprit assez présent 
pour se rappeler toute V histoire sainte légendaire ? J'ai donné quelques 
versions de cette prière dans les notes de Maugis d' Aigrement p. 373 sq. 
Voici les textes de B. et de Metz. — Texte de B : 

Biaus sire Dix, dist il, qui formas tout le mont, 

Et alastez par terre aussi com un autre hom, 

Et gardastez Jonas el ventre du poisson, 

Et Daniel sauvastez en la fosse au lyon, 
5 Et douche iaue fesistez et salée selonc, 

Sire Diex, en Bethane suscitas Lazaron ; 

Marie Magdelaine en la maison Simon 

Si TOUS ploura as piez par bone entencion, 

El si les TOUS lava des larmes de son front, 
10 Puis vos les esaua à ses crins qu'ele ot blons ; 

D'un onguement les oint moult precieus et bon 

Qui moult souef rendoit une moult [douce] odour ; 

Judas li fel parla par contraliison : 

Et car ostez, biau sire, che maufé devant vous. 
15 Et vous li respondistez par moult boine raison : 

Che que elle me fait, me plaist et si m'est bon. 

Car je tieng ore tel moult près à compaignon 

Que cheste ara encore moult meillor guerredon 

Lassus amont el chiel à ma surrexion. 
20 Lors l'en levastez, sire, amont par le menton, 

De trestouz ses péchiez li fesistes pardon ; 

Les .iiii. vens meistez en l'air par contenchon 

Et encore vent il cascuns en sa saison. 



342 LES QCATRE FILS AYMON 

10510 Vers Oriant torDa son via et son meoton ; 

De bon cuap et de vrai commence .i. orisaon : 
i [)ame Dex, ^Jre |]ere. kiform^atea le mont 
Et alitâtes p^ir terre com autres pauvres hom, 
El garistes Jouas el ventre del poison; 



Et de la mer salée les closis enTiron. 
25 Diei, ta fesis Adan de terre de limon 
]Et d'une de ses costes Eve son campaigDon[ 
Et da saint Esperit fe)s lor compaignon; 
Le fruit de paradis Inr meiB à bandrin, 
Ne mais un seul parmi dont lor veas le don, 
30 Et il i enmangua, ne li Sil se mal non ; 
Encore en ont li iioir moult grant pepreaaion ; 






s felor 



Vous pendirent en crois poi 

Et Longis tous fed de la lancbe à bandon 
35 Que li sans en coula et l'iaue dusqu'as puins; 

Il an tocha ses iei, si ot alumlson 

Et Tos cria mercbï et 11 eut «n pardon. 

Sïra, le jour de Pasquea, il at aarreiion : 

En infer en alaatez, n'i eut delTension; 
4j Si en getastei chiaus qui aouftroient dotor; 

Ens ea chiex en montastez au jour d'Ascension 
ja, de Terté le saiona ; 
nt, Mans aire, que Bous iche ci'eons, 

Gariaaiez huî men cors de mort et de priaon, 
45 Que ne me penge ancui Ripeus de Ribemout. 

Ahi! Renaua, biau frère, hui départirons nous ; 

E las I Je vi je buï Amaugis le larron I 



Ripeua, fai ton pla 


isir, à Dieu non 


commendons . 


î.'s 26 est pris de A dont h texte, in 


complet au com 


s tméi-essant pour la 


seconde partie. 
Texte de Mets 




Adonay, Mau sire 


qui formas to' 


le mont 


Et alsstea par ter 


e à guise d'un 


utre hom, 


El gareala Jonaa 


1 ventre del po 


sson, 




s et aalée aelo 




5 Biau aire, en Beta 


nie, suscitas Laaaron 


El Daniel garis er 


la fosse al lion 




Et ses melTala en 


crois pardons a 


al larron. 


Quant vna panera 


t, sira, li mal juif falon ; 


Marie Hagdalene, 


en la maison Simon, 


tO Qui aToit mis ses 


ei sor TOa pies 


à bandon. 


Uuequaa plora ete 


par bons enten 


iion, 



LES QUATRE FILS AYMON Otà 

10515 Marie Magdaloine fesiates le pardon 

Et Daniel salvastea en la iosee au linn. 

De mort resusoilaste» le uora saïui Lazarun, 

Et feaiateg Adau de terre de limon. 

Et d un l'ruit li feÏHlea sire, desfension. 

10520 Et il en maoga puis, ne le fist se mal non; 
Issi com çou est voirs et no^ bien le cteoii. 
Si gariaaies mon uora de mort et, de prison 
Que ue mo pande iiui Ripeaa de Ribemoni. 
Chaste! de Montaubau, à Deu vos coniendom. 

105^5 Reiiaus, biaua très doua frère, jamais ne von verron, 
Ne Aaliart le preu ne Guiuhart le baron. 
Huï m'a traï Maugîa que ou tient a larron. 

El si las T09 lava antor at enTiron, 



Si les 


T09 assua à ses 


chevOT le 9 blons , 


Vos !■ 


n lerastea. aîra 


amoul parle menton; 


15 Judss 


li fol, ïoa dist 


.nti.mos s hsndon: 


Ostes 


elB, biau sire, 


caat maifé d'entre nos : 


Cen'e 


t pas bone cho 


se d'eatra ai pra»; de to9 


EtTOS 


li respondistes 


psr molt dolce raison : 


Or vo 


laisies, Judas 


car il m'est bel et bon. 


20 Car jo 


lieng or molt 


près tel à mon compaign 


QuBca 


Bts aura ancor 


moU mellor guerredon 


LllS»U3 




n ma salvaaion. 


Et Judas l'entendi, s' 


mbroncha lo manlon. 


De sas 


pecbiés f>t celé 


molt grant redcmplion, 



25 Car de toa ses mefyais li fesistes psi don ; 

Sire Sains Esperis, si com nos ce creom, 

Si garis hui mon cors de mofl et de prison, 

Que na me pende, aire, Bispeua de Hibemout. 

Castiai de Montaubau, à Dau roa commandon. 
3ù Ranaus, biais très dola frare. jamais na yos Terrom 

Ne Alarl le Taillant ne Guichardet le blont. 

Ué las ! bui m'a Crai Amaugis li larron. 

Rispeu, faï ton plaisir, à Deu nos commeudoQ. 
Sx l'on compare entre ellfs i'i versions de la prér-' <(•■ Ricliaid 
données ici et dam les w^les du Maugia, un recotinait que ly letele île 
1j e»t tomme UH sommaire des plus d- vetoppés et que Montpellier '( 
Metz sont dès vomiis l'un de fauirr. Au Maugia d Aigiemont 
fp. 181-183). l'on a "ne longue prière de Charleiiiagne q"i com/irend 
encore a'anlres élénenli. Cea morceaux donnent une idée de le que 
/Ut la conception pupuliiire de la fui euréU'Wie au Moyen Age. 



i44 LES QUATRE FILS AYMON 

Ripeu, fai ton plaisir, à Deu noa comendon . ■ 

Et 11 gloua est montés, ferme le chaiaignon 
10530 Etsiat enson le faste, tôt [iroit en cevauçona, 

Por Deu, seignor baron, bien l'aves oï tôt, 

QueBaiars fu faés, ii bonscevaus gascons; 

Si entondoit parole com se ce fiiat [.i.] hora. 

Venus est à Renaut, ens el brueillet reont 
10&35 On il ierl endormis si 1:0m trareilliés hom. 

Baiarâ oe pot parler, ne dit ne o ne non; 

Ains hauce le pié destre qu'il ot gros et reont. 

Et fiert l'escu Renaut .1. grant cop à bandon; 

De l'un chief dusqu'eu l'autre le peçoie et confoat; 
1054O Et Renaus s'esveilla, si sailli coolremont. 

Il a overt les lois, si garde droit amont 

Et a veii son frère ki fu sus l'escaillon. 

Quant 11 ber l'aperçoit, aine tel dolor n'ot hom ; 

Plus tost fu en Baiart que ne vole faucon, 
10545 Et ii chevnUB s'en tome le tertre contremoiit. 
M278 Aine ne l'es'ut le jor touchier do l'esperon ; 

Au menor saut qu'il fait, .xxx. pi^s el sablon ; 

Ne s'i teuist à vol ostor n'esmeriilon. 

De la noise B'esveille Aallars le greignor 
10550 Et Outcbars d'autre part, Ii âus au viel Avmon ; 

En la ceue derrière Amaugis Ii larron; 

A haute vois s'escrie : « Pilâtes et Noirom 

M'aves vos endormi par vo waleïçonî » 

Lors monte ea Broieguerre, son destrier arragOD ; 
I(K55 P0P8 Baiart le Renaut il n'i avoit meiUor. 

Renaus sist en Baiart qui Ii cort de randon ; 

La bouche porte ouverte, baée oontremont. 

Aine ne l'estut te jor toucier de l'esperoD ; 

Au menoi saut qu'il fait, .xxx. pies el sablon. 
10S60 Si heiiist et braidist rju'il fait teotir le mont. 

Bien le puet on o'ir d'une loée lonc. 

I0&B5 L fust hom. B Si enlent la 1 
que à MeU. 
10.138 Metz : Par ire Sert Ranaul 
1056S- 10669 Répétition dot ven 105*6-10547. 




LES QUATRE FILS AYMON Ski 

Sacbies, il n'aloit mie le pas ne le troton. 

N'il D'aloit l'anibleûre ne las galos reons ; 

AinB va lei aaus gilus tost que ne vole faucons 
l(ffi65 Et Ripeua fu raootég. ferme le cBHignon, 

Et vit covrir la (erre des ctievaliers baroos. 

Il fu ei esbahia qu'il ne dit o ne non ; 

Dont (l'i vossist il esire por nul avoir del mont. 

Lors a dit k Richart, le âl au viel A^iuon : 
10570 a Op vos vient .1. secora ; ains si grant ne vit lion. 

Or voi venir Renaut 30r Buiart l'arragon, 

Âallart et Ouîchart, le fil au viel Ajmon. 

Cist vos feront seoors, gentius fiua à baron. 

Si m'aïst Dex, fiicharr, je n'i quia se bien nom. 
10575 li n'i H plua ne tuaina, à vna me rent prison. 

Gardes, sire Rir.hara, n'i aie se bien nom. 

Je le fia por l'eatrif qui iert el paveilion ; 

Car je aavoîe bien que aurjea secora. ii 

Richars dist coiemerit, à molt basse raison: 
10580 » Poe coi me pabes ores, Hi-ipeu de Rlberaontî 

Certes fe t'ust or ci Renaus, li fius Aymon, 

Ne Aallars mes frères, ne Guicharali baron, 

Je ne cuit qu'il aoît hoiu nus si hardi el mont, 
M 279 Qui des mois me fermast el cnl le chaieignon.i 
11,585 . Par foi. ■ 

Vas le ci o 

Toa tans vi 
i( Ja ne soit il n 
lCfô90 Ripeu, s'il ne vos pent à cestui caaingnon. 
Et Renaus li esarie à molt haut raison. 



dist Ripe 


s, mie n 


e vos mentom. 




i. giet d 


3 baston. 


er mal fai 


e, avala 


l'eseaiDon. 


cri merci. 


gentius 


lus ï baron. n 


1 mes frère 


s, Renau 


s li flos Aymo 



1564 Dans le «ecoare porté par Maagis à Vaiito^tTire, Bayant est au 
second rang : ici il est au premier, car sans sa mgiîmiee RtcKard était 
perdu. Le chrval fai frappant le bouclier eut «ne des image» des édiiiims jm- 
pulaire» : la mpviiti de aa courie, en celte circonstance IragiiiKe, fit de lui 
le destrier par exedlence Ie\ileslà fapogie de sa destinée épiqae. L'itUi- 
rft qui s'attachr à s's faits ne -peut qne s'amoindrir jusqu'au moment oA 
sacrifié par ses maîtres i la eonclusion de la prjir. Usait tromper la ran- 
eune de Charlet et s enfuit dans l'Ardenne. 



(46 LES QUATRE FILS AYMON 

(I Si m'ait Des, dist il, Ripeii de Ribemont. 

Je V08 calenc Rtchart, nos le raplegeron. 

Maltais garant aureâ en vo aaignor ChaHon. ■ 
10595 Atant sa vo^ Maiigis brochant a esperon ; 

Ja II tenoit la lance sor le malatre girou, 

Quaut Renaus h escrie : < Non faire, gentius hom- 

Por Deu, ne l'atouchier, gentius flus à baron. 

Car ne volroîe mie por l'onor de Soiaon 
10600 Qne nua horn l'etist rnort, ae jou meïamea non. 

Alns vengeroi) no frère que durement amon. • 

Lora eaisiat son espié Renaus lî flus Ajmon, 

Et fiort deaus l'aubero Ripeu de Ribemon. 

Le cuar li a trancbié, le fié et le poumon, 
10605 II l'a mort abatu devant lui el sablon. 

Puis a dit à aes homea : • [Pranrlesjaea oompaignont. 

Mar en eatordra i. par le cors saint Simon, m 

Renaus desceut à terre de Baiart l'arragon ; 

Venua est à l'aschiele, ai monte i;ontremont, 
10610 Et a aaisi son frère qui eat sus l'eacaillon. 

Entre aea braa aporte contrerai le baron ; 

Si li a dealoiés et !ea pies et les pons. 

Plus de .c. fois li baise la bouce et lu menton. 

1 Fr^-re, porres garir ? « riiat Renaus lî frans hom. 
10615 . Oil, ee dtst Richara, se armea aviom. .. 

■ Par mon chief, dist Renaus, Hsaeg vos en querron. 

« Frère, ce dial Riuhars, en'endea ma raison. 

Je weil avoir les armes Bipeu de Ribemon, 

Son liauberc, aon eaou et aon helme reont, 
10620 Et a'aurai aa baniere et son destrier gaaoon. » 

a Par foi, bien avea dit : > diat Renaus au baron. 
MS80 Lors si vont desarmer Ripeu de Ribemont. 



lOOOQ L prandrea. B C pendei. On voit en egel au v. 10630 fue guinxe 
timl pendus, mais une fois laorls, comme Ripeaa, Midielanl juge i/ut la teçon 
de B O amcordt mifux avec la suite et Ciniroduil dang U texie- 

10618 Richard veut Ici armes de Ripeu» pour annoncer Ivi-mime, aima 
ce diguiaement, à Charlemagne comment les choses ont toarné oulremeTtl ifue ' 
l'an-pereur ne l'usait prévu. De là nouveau! tonAats et la c/iptivité de 
Maugia. 



LES QUATRE FILS AYMON 

3i li ferma Rensus ol col le oaningnon ; 
Il raeïameB aea cors le trait an contre m ont 

> Et .XV. de ses .Iru^ que Charles araoit mont. 

Frère, ce dist Renaus, oist garderont les mona. 
Çou seront li ostage que nos luirons Charlon. » 
ReuauB descent à terre des forces oontremont 
Et vait baisier RIchart la bouce et le menton. 

I Maugis et Aaliars ei Quichara li baron 
Le baisent et acolent entor et environ ; 
Molt demainent ^rant joie de Richart au poil bloj 
Or resunt assembla li .iii[. ûi Ayman. 
. Renaur. kl t'ess-eills ? dist Maugis li larron. 

i Dormis tu quant Ripeua fiât ceate t.raïson! » 
'I Oïl, ce diaL Ruuaua, ai ait in'ame iiardon. ii 
c El. k.i vos esveilla?» — ■ Uaiars, mes arragons. » 
K Hé Dex I ce dist Maugis, biaua pères glorinus, 
Maint bien noe aura fait Baiara li arragons. » 

) Lors l'aaolent et baisent ohascuua par uontençon, 
« Seignor, ce diat Renaus, et eomtuent le ferom? 
Bien nos est ejicontré, merci Ueu et son nom, 
Quant nos avons Ricbart sain et sauf de prison. 
Alons à Montauban brochant à esperon, 

> Si confortons ma famé et mes .a. enfaiiçons. 
Si mangerons à joie pain et char et poisons 
Et si ferons justisse del traïior Yon. 

Ne remest raie eu lui que pamiu ne fusson, 
Uusques k lendemain illuec reposserom. 
) Qiia nos requeronti Charle Et .x. mil oompaignoiis, 
E)i monstrerons le roi que raie ne l'amoiis. 
Ça de dena MontHuban ii. mil en laiseron 
Ki nos feront aecor^, se mestier en avon. » 

1 Par foi, ce diat Riehars, issi pas nel ferom; 
i Car vos ne saves mie le duel ne le tristor 

K'il aeûpor moi an tref l'empereor. 



10623-10627 Ce ir 
infidilee. 

lOG33(^ed'ai>goi 
10645 L saint. 



: rappdle Ulf/ssc puni 






f4a LES QUATRE FILS AYMON 

Molt par deves amer Hollant, le poigaeor, 
O^riar de Danemarche, Satot le fil (Eiloto, 
Richart de Norraendie, le baivier Widelon. 
J 281 10660 L'arcevesqueTurpin, Olivier la baron; 
A Charle sa mellerant dedans son paveillon . 
Renaut, oe firent il trastot por vostre amor, 
Onqiies ne ta tex deua veiis en tôt le mont, 
Com demainent en l'ot li nobile baron ; 

10665 Bien ouident que me panda Ripeua de Ribemont. 
Doneti moi le oongii^, et nos vos en prioa. 
Que je puisBQ monatrer Ogier !e poigneor, 
Ydelon le baivier, Eatout le fil Œdon, 
Que je sais esohapéa sains et sans de prison . 

10670 Onqiies ne fu tel joie com il en demenront. > 

n Par foi, ce dii<t Renaus, Ogiera ûal que preudon. 
On doit amer le sien, quant ce vient an be:4oîng-. 
Li jors e^t atalaiês et li solaua e^cona. 
Je me dout molt de voa s'ales a.i paveilloiis ; 

10675 Maia je voa baillerai .un. mil uompaignoiis, 

Adobéa de loi" armes bop les destriera gaacona ; 

Et je remanrai ci en cel brueîlluet reont, 

Et je et Aallarii et Maugia li larron 

El. Guichars, voatres frères, à x.m compaignona. 

10680 Si porterea Bondin, mon cor, enaainble o vos, 



Sel a 






ent, I 



vos a 





■ Sir 


e, ce dist Kicbars 




Cil 


e vont ad.ibei", qu 




II. 


atent les haubers, 


106B5 


Elç 


lignent les espées 



isi bien l'otriona. n 

acent belmea reons, 
a seneatrea girona. 
Et montèrent es aelea des auferrans gasoona. 
Et pendent à loi' coU les escus as lions. 
Et ont ea grosses lances fermé* les confanons. 
Et oi- s'en vont ensamble. et Richars devant tom, 
10690 Renaua les oomanda au cors 8ain[t] Lazaron, 
Et Ricbars a'achemine droit vers les paveillons. 
Si porte la baniere Ripen de Ribemont ; 



LES QUATRE FILS AYMON 



Il compaigDOD^ 
[, cheval gasfl< 



Et Oharles estoit fora, il et f 

Armés tnolt richemant sor . 

Li roJH estoit armés à guise 
10695 II garde deaor Hestra as puis de MonfauooD, 

S'a veii labaniere Ripeu de Ribcmont, 
M 2S'i SoQ escu et eia lança at son destrier gascon. 

Quant Ogiers l'apeiçoit, si graot Huai neii ot bom 
107(Ki « Ahi t diat-il . cbaitis, cornent nos contendrou 7 

Bien eat perdus Riehars et mis à desbonor. 

Las moi, dolans pechieres, jamais ae la rerron. 

Bien m'a traï Renaus et Vlangis H larron. 

Pandus iestea, Richan, à tort et aensraÎBon, 
1O705 Cousins, or ?os parut, n'avien» parens el mont. 

Se ne vos puis vengier, jamais joie n'aurom. » 

Il broca Broiefort des trHncbans eaperous 

Et [il] li vait plus tost <^ue nus esmerillons. 

II atraita Cortaîn dont à or est li pone ; 
10710 Et Charles se regarde, voit Ogier le baron 

Qui s'en vait vers Ripeu à coite d'esperon . 

II a dit à ses bomes : < Poignes xpres, baron. 

Qui est or mes amis, si laist cnrre à bandoD. 

Ves là venir Ripeu que je al m et pris molt ; 
10715 11 a fait moo aerviasa; sacbies qu'il est preu<Jom ; 

De Richart m'a vengié. le âl au viel Aimon. 

Or le me veut ooirre Ogiers en traïson. 

J'en ferai tel jusiisee, se tenir le poom. 

Par le mien esciant, aine tele ne vit. bom. d 
10720 Or desrangent François et Normant et Breton. 

L'empereres meïsmes lait corre à abandon ; 

Mais Ogiers fu devant, le trait s i. bougon, 

Qui sist Hor Broieforl, le destrier aragon ; 

En l'ost ii'avoit meillorc'ouques i seiist ou. 

Ogiers s'en vait poignant, plus est fier que lion, 

Et tint traite Cortain, haucie coniremont. 



l^072a 



10692 L Charles. B O^îen 






paigiioD. C donne auiii Charle», maU'.-u v. 36(10694) a 
ron a li autre ïdnt arméi. • Notr dt Michulanl. 

lUTOa L Et li Mit pliu toïl. 

10721 L Hic. Michflant : laine corre è baadoo- 



LES QUATRE FILS AYMON 

scrie Hichart, le ûl au vîel kjmon, 
l ouidoitque oe fuat Ripeus de Ribenaont ; 
m'aïst Des, Eipeu, voa estes malvais hom. 
/AÏS garant aurus en vo aeignor Karlon. 
perdres cele teste, ja n'aiires raen^on. 

i ares [landu Richart, le fil Aymon. 
\. ne vos dJ je bien, dedans le paveillon, 
os le paadies, k'en auries gerredon ! a 
ib 11 atraite Curtain qui trariuhe de randoii, 
oat ferir Riubart pariui son lielme amoDt, 
nt Richars ii escrie clerement k haut ton : 
iFoi, eouBin Ogier, por Deu et por son nom. 
a 8ui je Riahars, Ii flus au viel Ajnioni. 
ons pandu Ripeu, noatre anemi félon. 

m'a veugié Reiiaus et Mangis Ii larron ; 
i je me vieug monstrer.à voa et as barone 
je suis délivrés, merci Deu et aea nous, s 
<B mentes, dist Ogiera, Ripeu de Ribemont. 
'en irts vos mie par vo graot trBÏson 

ne perde» la teste »os cel bluume reont . » 
nt Richara entendi Ogier le polngneor, 
u luie merveille s'adonques ot paor. 
r Deu, Qouains, fait il ne me conissîea vos 7 » 
nil, ce dist Ogiera, si m'aïst saint Simon . 
oi oi la banjere Ripeu de Ribemont, 
baubere et son helme et aon escu à âor; 
liai le destrier qu'il ot à Uonfaucon. u 

Sa je, dist Rieharâ, por aperi^svcison. » 
ir foi, oe diat Ogiers, veoir veil ta façou . « 
it dealace l'elme Richars, Ii fiua Aymon ; 
at Ogiers l'a veû, bien conut le baron. 



lï dû déjà noitT comhien h trouvke laisse à leur rang If, 
lion. Benavd feiil petit Unir tUe à Roland el Ogier. Uaugig 
titra pas à rendrt ton tpée à Olivier. S'il jmii fam «ne 
Jharlemagnt, le eroia pou noir rejpliqaer en admettant yug t^ 
•moa hetil plus d'an prince mérovingien gue du rhcl j^ 






■■ 


LES QUATRE FILS AYlfl] 




■ 


Ptaa de .xi. fois li baise le ris g 


^Ê 


lo-rec^ 


^ Ricbart, par amor Deu qui vint] 
<3'ra8 tu fait de Ripeu, la maleoi 
«- Pandus est, dist Ricliars, au | 
^e1 laisa Reoaus pandre nul lioa 
« Par foi, ce dis'. Ogiers. il a fait 




1 


IRichart, or te garis, vois ci le rm 
Or s'en retorue Ogiers, à coite d' 

<Juant or l'a veii Charles, si i'a g 
• El dont venes, Ogier7 que fait ] 

Que doit que il n'avale le pui de , 




xo-r^<=^ 


« En lamoie foi, sire, li dus Ogiai 
Se vos aa me fuasies si près de Tf 
Je eusse uopé sod mait^tre chapei 
Mais ne l'os^ai touchier, tniit foii 




>« ^^^^^— ^ 


■= 11 a pBQdu Riûhxrt, le âl au vi«| 




^o-^ ^ 


I 1 «'oHae avant venir, car il me di 
VMeB. si ramenés, il n'a garde de 
« Par mon chief, disi li rois, iioi 


it- ^K 




«Charles point ie uheval, si a soupi 
"Et eacrin Richart, le fli au viel A 


^^ 


^o-^sc*. 


■«X Venes avanr, fait il, Ripeu dt { 
>da niar vos doterois do nul homa 
^t Ricliars li escrie à molt fiere i 


4. ^H 




^ Ce n'est mie Ripeus, aiiiM est sa 


^B 




-Je ai à non Richart, H dus au vl< 


^ ■ 


j-Ore^^^ 


Et sui frère Renaut et Gui.'hart 1 
Vos me feristes ier ena el cliief 
KaDaus vos a pandu Ripeu de Ri 


^B 




Et 108 ses homes mors, fors .xv. 


y ■ 




Cil aunt pandu les lui, si gardero 


^V 




Or vos gardes de moi, car nos v 




^^ftef^^ —2^^ C tant lort vos redoutons. « C'est 1« n 

X- ct^ ^^^ t. Jl/oudriiitalo>-s 103 au heu de le, mai 

«flt'rt'ï'^ -^S*^ -^ '■'doulT SIpeusen •ahon de tn priiàl 

l t»**** ^^^^^ *^~lain. interprète oiïet 6wii : Sice, .... aUtt 
i f^ *^*^^Jil> ^^~*^'») ""cn mal. Ojicrs dU qar: Ripeua n'd 






'J'outes ç 
A tant ea 
Aallafs i 
llluec 0| 
^O^^iU A Monta 
Molt fo 

|l(Sri8 Aallara « «f^ 
alorn qtts Von 
I. ai l'on corrig 



^H 


^^ 


QUATRE IflLS AYMON 


„oJ 


ante fraite, tant escu à Iîod, 


J 


hevalier abatu de l'arçon. 




et chaplent, n'est sa merveille non. 


■ois et navrés à fuiaon; 


1 


pas nombre n'en eseriat nel trovon. 


et d'autre iavoittoaint baron. 


. tio-ua^ 


! dist Renaua. bîaus pères glorioua, 


,BOoi^ol■S « 


albailli do! soleil qu'est esoona I i 


1 BCIOOB 
; CIOBBÎ-^ 


i dejor, auques nos vengisaon ; 1 


ralast des gens au roi Charlon. ■> 1 


MoDtauban cleremeot à haut ton M 


no* Jt/J3il 


Baiartki li cort de randon. 1 


.ai 


'ensaigne et Guichars Balençon ^t 


«ooriaf 


mains nés si esorie Dordon ' M 


. no 


Ltaiile et âere chaplison. ■ 




ensamble, n'est se merveille non . ^V 


. aon &ltU 


le France brochant à esperon, ^B 


.«o-««l 


lenaut, le fil au [vjiel Aj-mon. 1 


. rtc*t:af 


lisent oorre à force et à bandon, H 


,«ofc>a-«* 


nt mie, entreferjr ae vont, V^ 


.4 


perciés qui sunt paint à lion, ■ 


s haubers qui furent fremillon. ■ 


.no II M 
,-io-si^ 


int à force et par rulste vigor. 


unt rompues et brisié li arçon 




.les crupes des destriers arragona, 


) lor lancea a'abatent el sablon. ■ 




J 


iB, qui rormai toi le mont B 


M 


oiziolTritez passion, H 


^ 


)rt le cors saint Lizaron, ■ 


X^^ 

.■■:.<> 


lagdilene pardon, T 


1. Max sire, et nous bien le créons. 


corps de mort et do prison 


..lit. etMangis le baron. 


îaiart, si encontre Charlon. 


v»>^> 


Iroù vers le tombai de Sanson dom il ne sait ^ 


^^^ï 


prise de Euon du HaïkB. jM 


ns»igne ? f^ 


-""'^ï'j 


e pourkv. 10BB8. ' 




, 


■ù 




LES OUATRE fil. 



Aï» 



K saillent en piéB, chaacuns ' 

lias a trait Joieuse qui 11 pt 

Ben&us tiot Froberge qui tl 

"empererea de France est i 

âat traite Joieuss au poing-, 

enaus tint Froberge, sa 1 

les crie Moujoiâ à sa voïJi 

par .1. chevalier i sui pri 

ne [doi] rois je eatre ne 

lUt Renaus l'a oï, si s'est ta 

[ I ce-diat li dus, (]uii 

ist çou Charlemaignea à on 

mon linage ettutmoij 

la parlai à lui bien a .xx, i 

forfait le poingde^tre don 

i iert devant lui maintonai 

u faoe mes sires toute sa i 

int nue Fmberge et son ei 

vint à Charlemaigne, au pi 

r les pies le saisist et preat 

re, ce dist Renaus, merci, 

en la sainte Virge se dalf 

Te, dones moi trives, tant ^ 

"'•'-Or tost, dist CbarleraaignaB, 

^^^ ne aaî qui tu iea, mais mol 

Sire, ce dist Renaus, Des ei 

^- a jointes ses mains vers Chi 

^*- Merci, frana empererea, poi 

^^ae Dexoten la crois, quant 

V- ^* P^'' ■'■ "chevalier soi ne pris nq 

^0 .0)0 1- Donl no rois js eslrs. — Ce/ MU 

^0 ^j,« audilma-) du iTOitvére. Cliarita ett h 

^* (,t «u premitr rang dents liattunti. U « 

l^fl' jlle fait de Louis IX à la Maiiaourahi 

if il P"*''^ des9U3 toute aa gant, dès les 6ff 

ff'ji ^^ '^^ '^^'^'i '^"^ sspée d'Alemaigne m 

M'çchmit d'acoiV désarçonné Mn tuiti 

■ ifierpoui- les liens, >e refUianI 

f'iQ^eVîe, courloU. loyal, ami fidèle, le b{ 

.le "tclfal de l'homme d'honneur de aan i 



i 



LES QUATRE FILS AYMON 



Que ne puis envers vos la bone amor trover. 
Et puisqu'il est issi que vos me desfles, 
Et je me garderai, se je puis, en non Dé. » 
Charles a trait Joieuse, s'a Tescu acolé, 

0995 Et Reuaus fu tes cois, très en miliu del pré , 
Et voit venir Charlon vers lui tôt aïré. 
« Hé Dex ! ce dist Renaus, qui me fesistes né, 
Je voi ci mon seignor venir totabrivé. 
Ja nel ferrai premiers, ains saurai sa bonté. » 

1000 Challes le va ferir parmi Telme jemé; 

1 290 De Joieuse s'espée li a grant cop doné, 
Que les âors et les pieres en a jus craventé, 
Et Tescu de son col li a eschantelé. 
.G. et .L. mailles de son bauberc safré 

11005 Li abati à terre devant lui ens el pré. 
Dame Dex le gari par la siue bonté 
Qu'il ne Ta en la char ne plaie ne navré. 
L'esperon à fin or li a par mi colpé. 
Entre ci que au beutle fait el pré coler. 

.1010 Quant Ta veii Renaus, à poi n'est forsenés ; 
Ains nel vost de s'espée ferir ne adeser, 
Ains est passés avant, par les flans Ta coubré ; 
A son col l'encharga. qu'il l'en voloit porter 
Trestot droit à Baiart qui là est enselés. 

L1015 A sa vois haute et clere commença à crier : 

a 

a Où iestes vos, mi frère, et vos, Maugis li ber? 
.1. tel eschec ai fait, se l'en poons porter, 
Par lui serons en France paie et acordé. » 
Cil n'entendirent mie de Renaut Taduré, 

L1020 Et Charles d'autre part se rest haut escriés : 
« Ahi ! Rollant, biaus niés, où iestes vos aies ? 
Olivier de Viane, et car me secores. 
Et vos, sire dus Names» et Torpins Torlenés, 
Ja vos ai je forment et chieris et amés. » 

11025 RoUans l'a entendu et Oliviers li bers, 

Et dus Names de France et Torpins l'ordenés, 
Et Ogiers li Danois est celé part aies, 

1011 C/". V. 14053 «7. 




LES QUATRE FILS AYMON 359 

Efltoas li fias Œdon et Salemons li ber, 
>^y Gondebaes de Vandueil et Haes de Dancler. 
^30 Desi que à Renaut ne voire ni arester. 

D'autre part vint Guichars sor Vairon, ferarmés, 
Aallars et Guichars et Maugis Tadurés, 
A. GCCG. Gascons d'armes bien acesmés, 
Et d'une part et d'autre i fu grans li barnés. 
Là peiissies veoir .i. ester si mortel, 
Tant lance froisie, tant escu estroé, 
Tant jantil chevalier à la terre versé. 
Rollans point Viellantin des espérons dorés. 
Et a trait Durendart qui li peut au costé, 
Et vait ferir Renaut parmi Telme jemé ; 
Si grant cop li dona que Ta tôt estonné : 
« Mar encargastes Charle, mon seignor naturel. 
Trop est poisans li rois por ensemect porter ; 
Je cuit, c'est .i. afaires qui molt iert comparés. » 
Molt est dolans Renaus, quant il s'ot escrier, 
Et il se sent à cop parmi Telme fraper ; 
Il a traite Froberge au poing d'or neellé, 
Ettinr. bien Charlemaigne, nel laisa mie aler, 
Et a dit à BoUant, « Biaus amis, ça venes. 
Ne vos en [partes] mie, mais encor recovres. » 
Comme Rollans Toï, à poi n'est forsenés. 
Estes les vos ensamble as espées del lés ; 
Renaus guerpi le roi, aine ne l'en sot on gré. 
Atant es Aallars qui les a escriés 
^*^^5 Et Richars et Guichars ; à Reliant vont joster. 
Tôt .III. le vont ferir en son escu listé, 
Ou Rollans weille ou nom, del col li ont porté, 
Et Richars le coita à l'espée del lés. 
Rollans par estovoir lor a le dos torné, 
llOôO Venus est à l'ost Oharle dont il estoit sevrés. 
Renaus^ li fins Aymon, est en Baiart montés 

11043-11044 M Mar carchatez Gharlon mon segnor naturel, Trop est 
p^sanz le fez pour issi enporter. 
Il 050 L enportes. M en partes. 
11057 P Et moult en faut petit que il ne Tout versé. 








)MW perf en âiqni^ 
b Ibugis d'Aigremouj 
I lit finilirgttfceloil 1 



LES QUATRE P1L3 AÏMON 

it la maiatre corde qui deacendoit del tré, 

tint la maistra tante où l'escharboDoles ert. 

El aorde oolpée, en l'air le fait voler ; 

^le d'or en avale ^ui valolt .ui, cités, 

L tante chaï Charlon desor le nés. 

lagis, ce dist Kichara, biaus cousins, çà venes. 

alrai oest gaaiug à Moutauban porter, 

33 moi, se T03 plaist, que je l'aie ]evé, » 

■s, oe dist Maugis, ai coin vos comendea. ■ 

le cheval le lievent. Hichars s'en est aies 

dit à ses frères : « Seignor, car en venes. • 

ono veïat François à ces loges armés 

blancs haubera veatir, les vers heiraea fermer ; 

la les fins Ajmon commencent k chapler. 

leiissies veoir .1. estor aduré, 

^e lance brisier et tant eacu troé, 

: baron abatu mort et [iris et navré, 

ilaugia li cortois ne s'est aaeuréa ; 

roche le cheval des espérons dorés. 

|u'il vit Charlemaigne, si li a esorié : 

r mon ohief, ampereres, molt nos aves pené. 

erre de Qaaooigna molt chier achaterea. 

lort Buefd' Aigrement vos voirai demender. » 

I a brandi la hante, si lait l'eapié aler, 

1 en voat Cbarlemaigne parmi le cors doner. 

■las ohoisist le cop, d'autre part est tornés; 

ri ens el lit ofi Charlemaignea ert. 

'.searboaclt qui déjà dans la veraion B C, avait Ué enlevée 
haut rtxtmit en «oie ou u. 2280. B C, eommi L, la montre 
iv. roi, mata Biehard ne l'ea empare point, ne prend que 
• Feacarboa^e di la couronne, 1'. dans la mU au v. S003, 




V61U oU, fi ajoute : Jamais n'sront «ecoors de 
; La mort Buef d'Aigremont durement 
aort, se je puis 
etz ampli/is ; I 



I U 



ipacre»; Je 
Jamais n'ai 

Buef d'Aigremont vos voii jn 
sstoit mes père, ai me uorrl snef. Ocire le feslsles commu 
t s'erteciTo conduit, tos li siècles le set. A Toslre cort 
mandé. Hom qui fait traison n'a droit en roialté. Lora 
Âmau^s li taés. 







LBS QUATRE FILS AYMOW I 

ter et de l'acier i fait .11. piêa passer. ^ 
K'Ies an» Monjoie, qui moU fii eafrtiés : 
dU RoUaris, biauB niés, oti iestea vos alA 
^*- gardé aor liestre, s'a .i. espié trové, 
-^*5augis s'en lorna, n'i ossa plm ester. • 
* as del franc baron ! trop est aseiiréB, 
tenaus estait, ja à Balaticoa pusses; 
^^ — ^ sigillé 363 frères au braiic d'auier letré. 
■■ ^ns et Oliviers smit es chevau* monté; 
^*- *- aunt en l'ost ilolaot qu'il furent e'iorîé. 
• «. «js dist à ses homes : s De bien faire pft 
.^^* ' «»n tornent François et rengié et serré, 
^•"^ «lugia ohevauçoit son destrier sejorné, 
*-rde devant lui, s'a François encontre.' 
*^^3oe le cheva! par an ,11. les ooatés, 
^ brandi la hante l'espié neellé; 
~ ■«^ .1. home Olivier en son esou listé, 

L a bocle li perce, l'auberc li a fausé ; 
' *:aii le gros del cuer li fuit le fer passer ; 
e pluine sa lance l'abat luortena el pré 
vait fej'ir Franquet, cousins Olivier erl 
1 Milonde Fuille, d'Otrante la cité, 

l'eacn de son uol li a frait et troé, 

"~^^;^ ^^ t fu fors li haubera, n'en pot maille fam( 

'V.. Vue plaine sa lance j'abati au joatec, 

^^ ^~^ V'a crie Montauban à sa vois haut et clep 
,^^^hi 1 Renaut, biau aire, et nù iestea aléa?- 
_^^^ "^f arnop Dame Deu et car me aecores. 
^^e je aui retenus, graat damage i aures. • 
'y'^Ç^ ^4aia Renaus li oortois s'en fu devant aléa. 
> Atant es Olivier poignant tôt abrivé, 

tSt vait ferir Maugis en son esiîu listé. 
Desosla boucle à or li a frait et iroé 
Et l'auberc de son dos rompu et depané, 
V \ 5;. " l'onipaint par vertu et de grant poesté ; 
^ Toute plaine sa lance l'a del cheval porté. 
El Maugis li uortots s'en est en pies levés 

^^.^^ Metz : le hanstade. 
I *3 fl A Durement l'a navré au ïenoatre coslé. 

^ 1 



■^ ? 


LES QUATRE FILS AVMON 


aita l'eapée qui U pont au costé. 


a trait la siue qui molt fait à loer. . . 


la vit ppeu l'autre, car li jora fu aléa. " ^ 
foi, diat Oliviers, a'en prison ne veiies, '^ 1^ 
toidrai la teste, ja n'en ires parel. » "i 1 ' 
ment avez vos Domî dist Maugialî senéa. .»&«»» ^^ 


n'iestea preudom et de haut parenté, ' „ ^ 


vos ne serai ne conduit ne meoée. » 1 




roi. dist Oliviers, aparmain le saures. 


-B^ 


a de Viane sui par nom apeliSs, » 




Maugis l'entendi, sel recoaut asseï. 


. SC 


ce diat Maugia.gentius Frans honoréa, 


,B&1«»* 


randrai à vos sor vostre loiaité. 


.0 


e me remires mie à Cbarlon l'aduré. 


randes à lui, je Bui mora et fines, 




dua par la geule, oomme lerres provés. » 




foi, dist 0iîvier8,.iaainsln'envenr68; «&.^& ' 
rendrai à Charle aina que jora aoit fines. • 


Beroie mieà mon seignor ueler. > i ' 


oe diat Maugia, sor vostre loiaité | ^ «^ 


rai après vos. quel part que vos voiras; i -^■&^"'' 


ne vos puis mie, ce m'est vis, sormonter, ni" "^^ 


)t errament sor .i. cevat monter ; 


t et correeié l'eu a o lui mené. ^^ 


smeitt et tost en sunt venu as très. ^^ 


ona d'Aallart et de Renaut le ber, ^r ^ 
iûhart, de Rîchart, le vaillant baceler, ^l yT ^"^â^ 
jrte l'aigle d'or que il a eooquesté. ^^^^ ^ f} *' 


e rendist mie por .u, mars d'or pesés . w^^^^^_# ^"^ ' 


aut, ce dist Richars, or avons conqneaté. / ^^^^g ,^'ti 


vona tel esshec, la merci Dame Dé, 


^W «c 


3harlas iert dolaua en trestot sou aé. n 


,. ^"^Ït 


a, ce (listRenaua, bien furent e^crié, 


^ S 




n avons de .c. oois et afolés. » 






Dez! distAaIlara, où est Maugia aléa? » 

foi, ce dist Guichara, ne aai où est remés, n 






nop, ce dist Richars, mar vosesmaieraa. 


«^^ ^1236 B me 
__^^r»t* Et «ou 




ïuis ne raateï. A. no vaincus ne raatei. 


-'^ --aJ24l B A 






LES QUATRE FILS AYMON 

-^Sfaugia no cousin onques ne voij 

je cait qD'i[l] est ja à Mont&ubai 

rteB, ce dist Renaus, molt par es! 

lies mieutires de lui ne fu el moQ 

tes je ne volroie por .xuii. oités 

il fust mors ne pi-is ne de nos dd 

rona d'Olivier qui oat dedans sol 

istoit descendus et Maugis autreti 

B armes le deevestent li chevalier 

viera fist Maugis richement aoBin 

parlé à lui, si l'a araî^oné : 

os voidres vos déduire con cheval 

vos deduirois corne lerespn» 

ire, ce diat Maugis, onques maia1 

de chevalier me voldrai demen* 

me devoit ardoir et la poudre 1 

i déduire je com chevaliers loë| 

lOnc oou que li hom est, si gart sa i 

"^==^^: Par foi, dist Oliviers, vos le m'afl( 

^^^^=Jue vos corne prisons loialment vos ' 

■ "^St Maugis li respont : b Si coin vos i 

~ïl li a fianoié toute sa volonté. 

.1. mental d'escarlate ont Maugis afi 

En .[. lit cordeïs l'ont colchié molt t 

L'empereres de Rome fu venus à so 

31 se fait â ses homes maintenant de 

V~-^^ r>e son chief li deslaoeiit le vert helï 

Del dos li ont osté le blarn: hauberc i 

Plus de .vil. fois se pasme de duel el 

Il mande duc Namon et Torpin l'ord 

Oondehuef de Vauduei), lui et Milos 

iVibb Estout le fll Œdon et Salemon le bei 

Riohart de Normendie, le oonts Qx^ 



11225 L qui est. 
112ffi B Tos tenir. 

B modifie et ajoute : Jou voua ai pria par a 



11241 B ASalonc ch que o 



LES QUATRE FILS AYMON 
Trestous ses liaus barotm h li rois asembléa. 
Et les clerâ et les lais fait par tôt ajioster. 
Tant \}&r ta grniis li os, nua nel poiroit esmer. 

260 Quant furent devant lui, si a H rois pari'. 

« SeigQor, tiist Charleiiiaignes, £t moi eu entendes. 

Je vos ai maintenus, .xl. ans a paasés. 

Si vos ai mains païs, mains règnes aquités. 

Rendus vos ai vos âés et vos grans iretéB; 

265 Vos ne troves voisin qui vous ost aïf er. 

Je ne sui c'uns sens hom, s'aidier oa me voles. 

297 Vos m'avez por Kenaut arrière doa torné, 

VoB l'aves moll plusuhier de moi, si lu'aïat Dex. 
Molt [mis eslra (IoIhus qu'il m'a deserité 

S70 Kt dâsconfit en chanii), voianl tôt mon barné. 
Vous ne me daignies mais ne servir ne amer. 
Si m'aves porRenaut g;uerpi et adosé. 
Cerlea j'en ai graut duel et me tome à vilté 
Que por Renaut m'uves issi le dos torné. 

275 Saves que je ferai, que je aienpansé! 
Je voa rent lacorone ici et devant Ûé ; 
Jamais ne serai rois en trestot mon aë. 
Or i metea tel home que mei [do moi âmes] , 
Renaus aoit voatrea rois et à lui vos tenea. » 

280 Comme François l'oireot, à poi ne sunt dervé , 
LI .1. regarde l'autre et commence à crier : 
« En non Deu, empereres, se vos plaiat, non ferea. 
Certes vos aves droit, tôt aomes parjuré 
Et vers Deu et vers voa por Renaut déporter. 

285 Mais!, por amor Deu, sire, et poi' sa grant pitd, 
Keprenes vo corone et vo gent maintenes, 
Et vos fiëa et vos terres, iasi com voa solee. 



65 B ajoute : Na nieis prendre einers voua .1. denier monnée. A 

ai doii vostre ai< pris un denier monoïé. Or me semble par Dé 

ilu8 ïil me tenez, Ces deux terr me letnbleni bien amener le cri de 

■ragemeitt : ie ne aui c'uns aeus hom. 

.78 Ben iticomplel : Or i metea tel home que moi . Le vers (comme 

•re d'autres dans celte partie) ni«>iyue â B. Michelaitt a complété 

'èsC. 

t79 P aoit Totra lirea. 



r 




LSS QUATRE FILS AYMON 367 



^l300 



VOS servirons volentiers et de gré ; 
^ ^08 prametoD, par bone loialté, 

^08 ne finerons porvent ne por oré, 
^'^^ns Montauban contre terre versé. 
remanra pierre en mur ne en piler ; 
lastel destruirons et les murs par dalés. 
f x29& ^^^ ^"^^^i voidra Renaut n' Aallart déporter, 

uichartne Richart ne Maugisle faé, 
lantes fois vos a souduit et enchanté, 
lies, qui ceus«voldra aidier ne conforter, 
rocirrons à duel ; de nos iert desûés. » 
ignor, ce dist li rois, tôt çou laisies ester, 
lies, ja en ma vie. à roi ne me raures, 
porterai corone en trestot mon aé, 
i à icele eure que Renaut me rendres 
Maagis le larron que je durement hé. » 
mal talant s*en entre Charlemaigne en son tré. 
'06 De mal talant et d'ire a tôt le cuer enflé. 
uant François ont veii le roi si enflamé. 
Intr^els en sunt forment dolant et abosmé. 
A icestesparoles que vos dire m'oes. 
Est venus Oliviers, li vasaus adurés. 
Et a veii le roi qui molt fu aïrés. 
Quant Oliviers le vit, si Ta araisoné. 
I Sire, dist Oliviers, por coi vos démentes? 
De quoi iestes vos, sire, correciés et irés ? » 
-|^X^^ w,^^_ « P*r ^oJ> <56 ^ist dus Names, il nos a mal menés. 
^ G[u]erpi a sa corone et nos a desflé. » 

t Sire, dist Oliviers, se vos plaist, non feres. 
Mais prenes vo corone, vostre gent mai[n]tenes 
Et maintenes vo terre, si com faire soles. » 
XX.^^^,^^ « Olivier, ce dist Charles, por noiant en parles. 

Certes, je nel feroie por .xiiii. cités, 
Tant que j'aurai Maugis ocis et afolé. » 
« Sire, dist Oliviers, tôt cou laisies ester. 
Or soit vos tualtalens aa François pardonés ; 



*^*^a 



^ L gerpi. 
*7 L maitenes. 



\ 



368 



LES QUATRE FILS AYMON 



Je VOS rendrai Maugis, ja l'ai emprisoné. n 

1132") « Olivier de Viane, maint jor œ'aves gabé. 

Maugis voir ne vos doute .1. dénier moneé. » 
i< Sire, dist Oliviers, s'orendroit m'afies 
Que vos vostre corone maintenantrepi'enHre^ 
Kt maintanres vos bornes, si com faire soles, 

11330 Maugia vos rendrai je tout pria en vostre tref 
« Par foi, ce dist 11 rois, or aves bien parlii, 
fit je ferai del toi à vostre volenté. 
Si croîtrai vostre fief encflr de .111. cités, n 
a Sire, dist Oliviers, tôt aparmain Taures. 

UIÎ35 Verres sej'di voir dit ou se vos ai gabé. " 

Or s'en tome Oliviers, s'est venus à san tré . 
Rollans, li nies, Charlon, est avec lui aies 
Et saisissent Maugis en son lit, oii il ert. 
Il le priât par le main, contremont l'a levé ; 

1 1340 ( Or en venes, Maugis, ne vos puis mais oeier. 
Je vos rendrai au roi, mon seignor nature). » 
« Sire, ce dist Maugis, en fintraï m'aves. » 

M 2^9 Lors regrete Renaut Maugis lï honorés. 

I Ahi ! couaiue, dist il, jamais ne me verref. * 

11345 Oliviers de Viane l'a par le poing coubré, 
Et Rollans, li niés Charle, en est o lui aies, 
Molt par i'u gratis la presse des contes et des pers 
for veoir Amaugis que il ont desirré. 
K\ tref en sunt venu trestot li .xii. per. 

11350 « Sire, dist Oliviers, vos m'avez aflé 

Que vostre grant bonor à toudis maintenre^. 
Vos homes et vo terre, si aom faire sole.s. b 
1 Voire, dist Charlemaignes, se Maugis m> 
ic Sire, dist Ol/viers, bien vos ai escoaté. 

11355 Vees ici Maugis où je l'ai amené, a 

Quant Cbarles l'a oi, si s'est amont levés 
B Maugis, or vos ai je, tant vos ai desirré 



11324 U et si l'omprisonnei 
arai bien parlé. El je ferai du 
Olivier, maint jour m'avei galiii, 

11^2 B deveï. 

11356 B ajout! : He lus 



r Par foi, dis' 
. ïolent.'. I 




(t.S AYHON 

I lancier de mon tré 

, quant l'aigle en fu portâa. 
]gi9, gardes, Qel me cclea, 
lisne et mon p( 



LES QUATRE FH.S AYHON 369 

Or vos mercierai le 

Que me fesistea U 
11360 Sovenroit V09, Mi 

Que me fe^is mon cîsne et mon paoo aoper 

Et servir devant toi en miliu de mon tref, 

Quant tu venia Richart veoir el esgarder 

Ëttu l'alas Renaut à Moutauban conter. 
111105 A Uonfaucon feïs le aeoora amener. 

Molt ohier la te vandrai, ains qu'il soit ajorné. u 

( Sire, ce diat Mau^ia, voatre cornant feres. 

loi m'estoit mes termes tt mes jora ajornéa. 

Ne pooie plus vivre, Deu ne venoit à gré ; 
11370 Or en ait Jbeaua l'ame, car II cors e§t fines. ■ 

« Ahi! dist Charlemaignes, quel paor vos avea ! » 

Or dirona de Rcnaut, le vaaal aduré, 

Qui vint a Monlauban, le chastel seig'noré. 

Lb. descendi Renaua de^tos le pin ramé ; 
1 1375 Encont''e vail sa famé, au gent cot'8 honoré. 

Qii:\nt Eenaua vit la dame, si le cort acoler. 

il aire, ce diat la dame, où oat Ricliars li ber ï u 

• Dame, ce diat Renaua, ja l'avons amené. 

S'avona Ripeu pandu quil voloit ancroer. n 
11381) « Sire, ce;dist la dame, Des en soit aouréa. n 
M 300 Atant eî vos Riohars qui la vait acoler; 

Plua de .c. fois li bulae et la bouche et le néa. 

Or demainent granl joie et li prince et li per. 

« Dame, ce diat Renaus, à moi en entendes. 
113S5 Por amor Dame Deu de aalnte majesté, 

Veïates vos Maugis, mon couain l'aduré? n 

K Naïe, ce dist la dame, par sainte Karité. n 

Quant Renauâ l'a oï, tos en fu eafraés; 

Lors diat à Âallart : < Aies, ai le queres ; 
11390 Et vos Quiohart,bi«u frère, et Richart, li mains nés. 

Aies queire Maugis el bore à son oatel. » 

Cil s'en tornent molt tost, ne sunt aseiiré ; 

A l'ostel Maugis vienent por le baron trover. 

A l'oate demandèrent s'il eatoit retornés. 
^•11395 Par foi, ce dist !i osles, nen ai raie encontre, 
inques puis ne le vi qu'il fu o vos aléa. ■ 

24 



■1(11 LKS QUATIli: FK.S AYMIlN 

Quaot iiil i'onl entendu, si prennent à plorer, 

Et la genfil contesse conti'e terre à pasmer 

Et tôt l'autre barnage molt grani. dolor mener. 

11400 Jamais <ie si gi'aiit duel n'oiTii nus liom parler. 

H Maugia, eu dist Henau', mal nos est encontre. 
Que feroraaa nos ore chrtitif, loaleiird, 
Quatit nos iiTotis perdu iioBtre bon avoéï 
Or n'i a plua ne mains, mais osions nos solers, 

] 1405 S'en alons en essis, n'ftvoaa ami cliarnel ; 
Car ja à Montauban n'oserons domorer, 
Quant or est ^3augis mors qui nos a tant amé. t 
IfiGJ le regretoient li baron naturel. 
Quunt il ont longuement gramoié et ploré, 

11410 « Seignoi-, oe dist Henaus, or vos reeonfortea. 
Se Deu plaist et sa mère, iioveles ea oirtta. 
G'irai en l'abeïe à Qostre ebé parler ; 
Si ferai le gramaire et lire et conjurer. 
Se Maugis lest mors, ocia ne afolés, 

11415 II le sauront mult bien, ains qu'il aoit ajorné. ■ 
u Sire, dist Aallars, por Deu, or en penses. 
Irons nos ovec vos, por vohtre corsguier? ■ 
" Neuil, ce dist Renaus, voa pies n'i porterez. >i 

M 301 Renaus, li fins Ajmon, avala les degrés, 

114:;0 Puis en vint à Baiart en l'estable où il ert. 
A ses .11. bras l'acole, prist soi è: dementer. 
• Ha I Baiart, boas ohevans, que ne saves parler I 
De ma grande dolor m'eiissies conforté, n 
Mais Baiara li destriera ot féru et gratê, 

11425 Sa provende abalne eor le marbra listé. 

11412 Dam SOH ignorance naïve Renaud Irauve iialurd d'aUer prier un 
abbé de eoasidter le griiuoite (of. anglo-norinand gTaaio.iy). 

Data l'édition populaire an ne pouvait le maintenir ; a 11 tout aller »n 
bois de la Serpente pour parler à l'abbé de Saint-Ladre {tairU laiarvn) : 
il eaaura peut-être quelques nouvelleB. t On veira iTaiiieursqut Bînaud 



lut T 






l\4:2l Rtitnud aenC plus vieement te jiie Bayard af pour lui, parce qu'S 
eit bien réeola à ne pas revenir eana Maugia, qu'U ne vevt point ffut *tâ 
Irirea n ritqutnt aof. lui et qu'aingi il ne peut compter juç et 
fidUe, De là telaUeiidri»»!mzn.t d'une âme ni vitie el ai fière. 



LES QUATRE FILS AYMON 371 

Samblant faiâoit Baiars qu*ilveut estre enselës. 

Il li a mis le frain et lacié le poitrel ; 

E^troitement le ceugle d*un toisa d'or ovré. 

Baiars soloit Reuautet saillir etjuer ; 
1 1430 Mais or ne Tosse il veoir ne esgarder, 

Car bien voit li chevaux qu'il est molt aïrés. 

Renaus vesti Tauberc, si a Telme fermé, 

Et a çainte fespée au pontd*or noelé, 

Et pandi à son col .i. fort escu bouclé, 
11435 Et tint entre ses poins .i. espié acéré, 

As .iiL claus de fin or le confanon fermé ; 

Puis monta en Baiart le bon destrier faé. 

De Montauban s'en inf, le chastel seignoré, 

Et trespasse les terres et les amples régnés, 
11440 Et Baiart a le frain trestot abandoné. 

El bois de la Serpente s'en est Renaus entrés 

Et vint à Balençon^ si a passé le gué. 

.XX. escuiers encontre qui vienent d'abevrer 

Et choisissent Renaut, si Pont araisoné : 
11445 « Qui estes vos, vasals, qui cest chemin erres ? » 

Et Renaus lor respont : a Jel vo dirai asses. 

Je sui des gens Ripeu, qui sui vis eschapés. 

Del bos de Colençon [m'en sui je retornés ;] 

Illuecques m'en foï por le mien cors f'alver, 
11450 Quant Ripeus fu pandus et as forches levés. 

Dolaus sui del baron, jamais ne serai clers. 

Que fait Charles mes sires ? a il encor soupe ? ■ 

Li escuier respondent : « Molt a grant joie as très. 

Li dex de vo seignor est auques obliés, 
11455 Car Charles a Maugis, le bon larron prové. » 

« Est ce voir ? » dist Renaus. « Oïl, par charité ; 

11448 Sic G. L répète me sui vis eschapés. Le vers manque à B. 
11454 B Lideus. 

(A suivre) F. Castets. 




BIBLIOGRAPHIE 



EEVUE DES REVUES 

RsTiiB hispanique.XVII. — P.Fabra ; Lecatalan dans la Grammaire 
des langues romanoB de W. Moyet-Lûbke et dans le QnindrisH der rom. 
Philologie, 1. 

Zeltschrift fOr romaniBChe Philologie, XXZII. 3 et 4. ~ £. 

foiial : Marie de France et la légende de Triatan, p. 257; — H.-B. Lang, 
Zura Cancioneiro da Ajuda, p. 290; — P. Fopovie : Die Manekine in dw 
Hiidalaviarhe Literetur, p. 312; — 0. SominsT : Zut Kritik der altfn. 
Artus-Romnne in Prosa, p. 323 ; — W.FiPTster : Etymologion, p. 338; — 
H. Sthuchardt -.Vehei Iberiach and Bnsltiach, ji. 349; — M..L. Wagner: 
Sacdische Etymologien, p. 360; — A. Uurning : Franiôsiscbe Etymolo- 
gien. p. 363;— //.-/(. Lang : Zum Cauuionoiro da Ajuda, p. 3à6; — f. 
SetUgast : ByzantiniBch-GeachiohtliuheB ini Cliges utld Yvain, p. 400; — 
G. Baiat : Etymologien, p. 423; — P. Skok : Podium in Siidfi-ankrùob, 
p. 434; — W FoersUr . Etymologien. p. 448; — Veraniiachtes. p. 4S6, 

BevuB do phllAloKie française et de littérature, XXII, 1. 

-^L. VïgiiOii : i.e patoia do la région lyonuaiae, p. I; — J, Vé^ormaux ; 
Mélangea Bavoifliena, p. 26; — A. Morize : Voltaire et le Mondain, p. 41; 
— L. Soinian : Etymologiea lyonnaises, p. 53; — L. Clidai ; Un ooi 
aons dans les éditions de Molière, p. 66; — A. Jeatiraj/ : Corieciàona aux 
piécea joyeuses du XV= siècle, p. 68, 

Bulletin du parler Trançais au Canada. VI, 9 — Leiiqut 
nadien français, p. 348. 



," X. - - 



, Mkh<a 



I ik Vaneiineelto3 .■ 



■(.- u Rojuaoceiro pcniusular. p. 435. 

IulUtia de la Société scientlflqi 

Corrâze. XXX, 2. — O. Qodin dt Lfpi 
Corrèze, p. 145. 



loglqut 

de IJambrai, p. 1U3; 



historique et srobéo- 



i-ulgaire 



ua - 



A. Litagaoïi: Noiivelles observations sur &Aoal 
. Meyer : Notice du ma. 35970 de U Bibliothë- 



É 



COMPTES RENDUS 373 

que Phillipps, p. 209; — Id. : Melior et Ydoine, p. 236; — O. Raymond : 
Renart le Contrefait et ses deux rédactions, p. 245; — A. Thomas: Re- 
marques sur la dissimilation consonantique, p. 284; — Mélanges, p. 294. 

COMPTES RENDUS 

J. Lielte de Vasconcellos. — Livro de Esopo. Lisbonne, 1906. 

M. Leite de Vasconcellos a découvert en 1900 à Vienne en Autriche un 
manuscrit {Hofbibliothek 3270 ♦ Philol. 291) du XV^ siècle dont le titre 
portugais écrit en caractères plus modernes est le suivant : FabtUae Aesopi 
in linffua LusUana. M. L. de V. ne se contente pas de publier d'après une re- 
production photographique exécutée pour la Bib. Nat. de Lisbonne les 63 
fables dont il se compose. Il fait suivre son texte d'un vocabulaire et d'une 
étude littéraire. Le vocabulaire porte sur les catégories suivantes : « les 
mots hors d'usage, — les mots d'usage rare, — ceux qui sont des formes 
archaïques de vocables encore vivants, — ceux qui ont une signification ou 
un emploi différents des mots actuels, — ceux enfin qui présentent des par- 
ticularités orthographiques propres à induire en erreur sur leur pronon- 
ciation.» — Ce vocabulaire est suivi de considérations sur la phonétique, l'or- 
thographe, la morphologie, la syntaxe et le style qui permettent à M. L. do 
V. de classer le texte qu'il publie après la Demand % do Santo GraaU qui est 
du milieu du XIV® siècle et avant le Leal Conselheiro qui a été écrit entre 
1428 et 1438 — Vient ensuite un petit commentaire grammatical et litté- 
raire des diverses fables du i/»i;ro de Esopo. — L'étude littéraire qui termine la 
publication de M. L. de V. est plus importante, bien qu'elle soit incomplète. 
Elle porte sur les sources du Livro de Esopo. M. L. de V. montre fort bien 
qu'il dérive de V Anonyme de Nevelet du. XII^ siècle [Giuilterius Anglicus ou 
Walter V Anglais). En dérive-t-il directement ou par l'intermédiaire d'une 
autre version latine ou romane? C'est im point que M. L. de V. n'a pas encore 
assez nettement établi. Quel est l'auteur du Livro de Esopot C'est certaine- 
ment un clerc préoccupé de tirer un enseignement pratique chi-étien de fables 
d'origine païenne. Bien que le Livro de Esopo ne semble point avoir exercé 
^^6 grande influence sur la littérature portugaise du XIV^ et du XV^ siècles 
qm n y fait aucune allusion, il n'en comble pas moins une lacune importante* 
Nous pouvons maintenant suivre en Portugal bien avant le XVII® siècle la 
difltusion des Ysopets du moyen âge. Le Livro de Esopo est un monument 
^^^^ûe et inconnu dont M. L. de V. a bien raison de dire qu'on ne saurait 
en exagérer l'importance ni au point de vue littéraire, ni au point de 

vue Imguistique. 

E. Martinbnchb. 

D. FitzGerald. — Versification of the cuadema via. New-York, 1905. 
Cette étude forit naturellement suite à l'édition que M. Fitz-Gerftld nous 



374 COMPTES RENDUS 

avait donnée (dans la Bibliothèque do l'Ecole des Hautes Etudes) de la Vida 
de Sanlo Domingo de SHoa de GonEolo de Bereeo. L'aul 
texte pour Étudier la » ciladema via u <|ui lui parait êtro trop artificïella 
pour n'avoir paa ïite dt-géuéré. Il aurait été pourtant fort intéreasaiit d'en 
suivre l'ovolution depuis le Li'ftro de -JpoUoBiDjHsqu'an moment où elle traid 
à se conEoiidro avec le vers alaiandrin. It n'en est pas moins vrai que li 
Vida de SalUo Domingo dr. Silos en représente un des types les pli 
lérialiqnes. Voici lea réeultata auxquels aboutit la très 
enquête de M.FitE-Gecald ; La enaierna via consiste en quatrains 
Chaque vers est divisé en deun hémistiches; chaque hémiatichs est Pompoaé 
do 6 ou 7 ou S syllabes suivant la place de l'a(!centsur le dernier mot (u pala- 
bras agudas, llanas ou CBdrûjulas »|. Le vers complet peut donc 
12 à Ibayllabes, et ne comprend que deu^t accents métriques (sur la 6s syllabo 
de chaque hémistiche). L'hiatus entre les mots est oUigatoire, ce qui 
revient k dire que la aynalèphe est interditc.Lo poète a pratiquement une 
liberté à peu près complète dans l'usage de la diérèse et de la synérèse. Quel- 
quefois, pour enchaîner les quatrains, on retrouve dans le premier on \t 
second vcra uue partie du quatriéuie et du troiaièroe vers du quatrain pré- 
cédent. Dans l'édition do Vorgara, on rencontre 4 couplets de 5 ven 
M. Fitz-Gerald élimine donx de ces cas si contraires à la ewadema via. Il al' 
très légitimement aiuené k croire que d'autres manuscrite de Bcrceo ptt^' 
mettraient do supprimer deux exceptions inexplicables. 

E. Martinbuchï. 

BerDardo SanTisentt. — Letteratura spagnuola. MUan, 1907. 

Dans la collection des manuels HcapU, la littérature espagnole bti^ 
été traitée, il y a plus do 73 ana, par L. Cappcllctti. Le petit livre d« ■■ 
Sanvisenti prendra heureusement la place de ce manuel vieilli et tr~^ 
Bouveat inexact. Il est divisé en cinq chapitres: n Les origines, — L'influet^ 
italienne en Espagne et lea débuta de la Renaissance — L'humanisme 
Espagne et le développement des lettres eapagnolea — L'Age d'or — ^ 
littérature moderne et uonlejuporainc. n II n'oat pas facile de résumet ■ 
182 p«j^ une histoire comme celle de la littérature espagnoio, M. Sanvîsoi 
n'oublie du moins auuun nom important. Il est, on général, bien ioCoto 
et ai ses jugementit n'ont pas toujours l'originalité qu'il leur supposa' 
suffit ([U'ils soient raisonnables. On pourrait regretter que ce petit m»**"* 
n'aboutisse paa à ijuclqueia vues d'ensemble sur l'évolution de la littér»-*' 
et du génie espagnols; mais les idées générales ne sont poa en ce moment " 
mode, et il est entendu que rien n'est plus faux que l'Histoire de la litWr»-*** 
anglaise de Taine, Le manuel de M, Sanvisenti donne un peu trop, quoi ^** 
dise son aut-eiir, l'impression (l'un réiromé du manuel plus complet d« 
FitE Maurivo Kelly. Il ae tait \<a.f oalilier celui de Béer dons la Dollera'^'^ 
Gôachen. Mais il fondra grand service en Italie où, malgré les efforts d» ' 



COMPTES HKNDUS 375 

tiques comme M. Croce, Thistoire littéraire d'Espa^^rno est loin d*être connue 

©n raison de son importance. 

E.M. 

fiibliotheca romanica, chez J. H. Ed. Heitz (Heitz et Miindel). 
Strcubourg. 

La a Bibliotheca romanica » se divise en quatre sections (française, 
Italienne, espagnole et portugaise). Elle a pour objet d'offrir sous un petit 
format et à un prix modique (50 centimes le tome), des œuvres qui appar- 
tiennent à la littérature universelle, à côté d'auteurs moins connus et de 
curiosités littéraires. On ne voit pas très exactenient quels principes et quelle 
niéthode président au choix des publications projetées ou déjà faites; mais 
0*1 ne peut qu'encourager la divulgation de livres importants ou simplement 
intéressants. En ce qui concerne la Biblioteca cspaûolay elle ne rendrait pas 
i>n médiocre service si elle donnait le texte soigneusement établi d'ouvrages 
msi sont loin d*être devenus classiques comme ils le mériteraient. Des notes 
"lo-bibliographiques accompagnent ces publications, et elles sont écrites 
«lans la langue de l'auteur publié. 

*^ tomes ont déjà paru. Le dernier contient les deux premiers chants des 
^^^^^iodes précédés d'une notice substantielle sur Luis de CamOes et son 
P**®fiîe. Ijo huitième renfermait La vida es sueno de L. Calderôn de la Barca. 
-L* notice en est écrite en un espagnol qui est loin de valoir le portugais de la 
notice précédente. C'est un résumé de l'intrigue avec quelques indications 
incomplètes et un peu superficielles sur les sources, le style et la versifi- 
catiou de cette comedia. Des négligences dans l'accentuation {Calderôn^ p. 6, 
""""ïoiico, p. 7) et dans l'impression {dresentan et antrior, ligne 26 et 29, p. 7, 
***i lieu de ^^ ligne 16, p. 8). Il serait bon de corriger au moins celles 
<ÏW Se rencontrent sur la couverture-réclame {cidiur-hiatorico, tracera). Il ne 
^®^it pas non plus inutile, quand un vers manque au tercte, de le signaler 
^ ttote (il manque évidemment iin vers après le vers 791 de la page 64). 
"ourquoi enfin considérer comme quintilUis des strophes où il est bien dif- 
ft<!ile de ne pas voir des décimas? 

E. Martinbnchb. 

"■• I«eite de Vasconcellos. As Maias. — Lisboa, 1904. 

^U8 la forme d'une lettre à l'illustre folkloriste espagnol, M. Rodriguez 
^^in, c'est une série d'indications curieuses sur les coutumes populaires 
Portugaises à propos de la fête du l^'" mai dont le symbolisme peut se rat- 
'^oner soit à la fuite en Egypte, soit à la naissance de Jésics-Christ. 

"armas verhaes arcaicas no IjCoI Coii-sdhciro de el-rei I). Ihuiric. Erlangcn, 
^^•-— C'est un tirage à part d'un article paru dans les Mélanges Chabaneau. 

• Leite de Vasconcellos a noté les formes verbales qui se rencontrent dans 
^ passages cités par D. Duarte et qui sont d'une langue antérieure à celle 



37f> COMPTES RENDUS 

dont se sert le ro\ dans ses notes et disBertationa. îl tire de son étude oelts 
linnclusion, confirinwi par d'autroa textes, que la substitution des ta 
pleines par les forme» syncopées (/oMM B la place de /nKiic, etc.) B'opér» dans 
le premier quart du XIV^ sïèele. 

Homenatge al Doctor Arcaagellc lo glorloa Martlr de Grist 

Beat Ra.n)on LIvilI- — Bnrtdoim, s. a. 

C'est un recueil île l' oui positions catalanes, en prose et en vers, avec ge 
vures et musique, k l'usage des déyotH du ii Doctor Areangelïo n et de toi 
ceux qu'intéresse l'histoire de son milte, 

Ajnerlco B, A. de Monra. — A funcçâo subjectiva do pronome S 
Campiiuif, lOOG. — A u Crammatïca Exposïtïvaii e o n se n sujclto. Cof 

pinag, inny. 

Lft Bonondo de ces deux brochures, éorite à ptopos de la « Onimmatica 
Expoaitiva ii de M. Eduardo Carlos Pereira. professeur au Gymnase de 
S.-Pau]o, défond la théorie exposéo dans la première Bur les emplois du 
pronom «e et sur la question de savoir s'il faut confondre avec la voix active 
la voix dite imperaonnolle {vivc-se, aiiia-sc, etc.). Nous aurons l'oocosioin de 
revenir sur cette question. 

NnflTa Blblioteoa de Autores Espanoles. — Madrid, Baiiig- 

Bamiri:. 

Deux nouveaux voliiincs viennent d'enrir.liir nette poller.tion dont nous 
avons déjà signalé plusieurs fois l'intcrèt exceptionnel. Le septième forme 
le second tome de CCS Origerua du la novfia q\à nous donnent une si admirahls 
histoire du roman et de la nouvelle espagnols avant Cervantes. Voici les 
principaux textes qui y sont publiés : Carcd de Àmor, de I^ego de San 
Pedro. — Qveslifin àf. A laor de dos enninarados. — Diàlogo que Irata de lai 
troifimnafionvt de Filàgoras, por Cristobal de Villalon. — Et CroUMn. - 
Les sept livres de la Diana de Oeoi^ de Mont«mayor et la continuation K 
cinq livres de Gaspar Gil Polo. — El Paator de Fîtida do Luis Gàlvez de 
Montalvo — et lea C'aloqa.ir)s satirïcM, hachai por AaloHio Jt Torqucnuuia. 
— Ces textes sont précédés d'un prologue dans lequel M. Menendec y 
Pdayo continue à verser les trésors de son émdition. Deux idées dominent 
ce chapitre qui est eonsacré aux oontea et nouvelles. M. M. y P. noua 
montra d'abord que la tradition du conte qui avait fleuri en Espagne aux 
XIII" et XtV* siècles est interrompue après l'archiprétre de Talavera et 
que pendant plus d'un siècle la nouvelle espagnole subit avant tout Pin- i 
Suence itiilieune représentée à l'ordinaire jiar Boccaccio. Bandello et 
Giraldi Ciiitbio, Ce n'est pas n dire qu'il néglige ses autres sources 
puisqu'il tieut compte mÔiue des historiettes qui se renoontrent 
dans les livres écrits par des Espagnols cooune Amhroïio de Salozar 



COMPTES RENDUS 377 

Po^ir eoseigiier leur langue en France. Peut-être cependant exagère-t-il le 

rôle dee Italiens. Il dérive, par exemple, la patraiïa 21 de Timoneda de II 

^^corone di Ser Giovanni Fiorentino. Il semble bien qu'il faille avec M. A. 

Wallenskôld {Le conte de la femme chaste convoitée par son beau- frères Helsing- 

*or8,1907) la rattacher plutôt au Spéculum historiale de Vincent de Beauvais. 

^ Ue saurait, en revanche, se refuser à la seconde conclusion de M. M. y. P. 

*1^ tire de sa pénétrante étude sur la nouvelle avant Cervantes la meilleure 

^^^onstration de Toriginalité de Fauteur de Rinconete y Cortadillo. Il est 

inutile d'insister sur la nouveautcet Tutilitc des renseignements qui nous sont 

^ï^C8 dans cette introduction sur des ouvrages aussi rares que curieux. 

^ y P. est blasé sur Téloge. C'est à nous-mêmes qu'il faut souhaiter qu'il 

*'^^i«8e terminer toutes les œuvres auxquelles s'est attachée sa féconde et 

""^^Bsable activité. 

. "*-* huitième volume de la Xucva Bibliofrra est loin de présenter le même 

y ^ét. C'est le tome premier de l'histoire de l'ordre de Saint-Jérôme par 

*-» «e Sigiienza. Il débute par un éloge de l'auteur qui fut lu par M. Juan 

^, ^'irxB, Garcia à la Real Academia de la historia le 20 juin 1897. Rien 

U^ '^ changé à ce panégyrique, pas même un petit développement sur un 

Q *i"t: de Sigûenza ([ue ne rc])roduit pas la Xurin Biblioteca. M. Catalina 

fj' ^ «st originaire de Sigiienza comme le moine hiéronymite dont il n'a pu 

3p. * "^^ ïir le nom de famille. Aussi manifcste-t-il pour son œuvre une 

!>. - . "^^'^ihie toute spéciale. Je crois bien qu'il en exagère singulièrement le 

j; *^^^ littéraire et la valeur historiciuc et artisti^pie. Mais il y a plaisir à 

cette langue aimable, dont l'orthographe n'est heureusement pas 




'ée, la biographie merveilleuse des saints fondateurs de monastères 

^rmites. On y apprend (pi'à la différence des autres hôpitaux, celui de 

iian de Ortega n'exhalait aucune mauvaise odeur. « On pourrait, 

^^é de Sigûenza,en faire mérite aux soins des religieux,mais cette expli- 

n'est pas suffisante, puisqu'il y ades hôpitaux mieux tenus et pourtant 

adorants; c'est la foi et la charité de son fondateur qui parfument celui 

1 Juan de Ortega ». L'influenoe de ce saint assurait encore au temps 

;iienza le respect dû à son monastère. Le jour de sa fête, un voisin 

t faire tondre son troupeau. Quand, le lendemain, le troupeau repassa 

devant la porte du monastère, les douze cents moutons qui le compo- 

**^ ^^^"f; tombèrent morts par terre; ils succombaient, « non pas à cause du 

^^^^^ qu'il faisait, mais pour enseigner à ne pas mé])riser ceux que Dieu et son 

eg^^s^ tiennent en si haute estime ». Tous ces récits sont charmants. Les 

8-^^^^ qu'ils peuvent édifier en Espagne sont nombreuses. Mais seront-ce celles 

de^ lecteurs de la Nucva Biblioteca/ Le tome sc^îond de cette Hisioria de la 

Ot^'^n de San Jcrônimo contiendra le récit de la fondation du monastère de 

VE«corial et de la mort de Philippe II. 11 offrira parfois un intérêt plus vif 

que le premier qui participe un peu de la monotonie des vertus et des mira- 

ci«8 des religieux auxquels il est consacré. Il faut remercier M. Catalina 



378 COMPTKS RKNDUS 

Garcia do nous avoir donné une des meilleures œuvres de rhistoriographie 
religieuse et de l'hagiographie espagnoles. Mais il y a dans le programme de 
la Nucv:i Bibliotcca beaucoup d'autres publications que nous attendions avec 
une plus vive impatience. 

Ernest Martinenchb. 



L. 'Weigert. — Untersuchen zur spanischen SjTitax auf Grund der Werke 
des Cervantes. — Berlin^ 1907. 

M. Weigert, qui est un élève de M. Tobler, ajoute dans ce volume qua- 
torze nouveaux chapitres aux six qu'il avait déjà publiés comme dissertation 
sous le titre : « Remarques grammaticales sur la langue de Cervantes ». Il 
est au courant de la plupart des ouvrages importants qui ont été publiés sur 
la sjnitaxe espagnole classique. Il a fait lui-même une sérieuse étude de la 
langue des Novelas ejemplares et du Don Quijotr. Ses remarques, qui ne por- 
tent que sur certains points de la sjmtaxc de (Servantes, réunissent des 
exemples significatifs et en donnent des explications intéressantes. Elles 
auraient abouti à des conclusions plus pénétrantes si, pour les questions dont 
il s'occupait, l'auteiu* avait cherché de plus nombre\ix points de comparaison 
chez les principaux représentants de la prose espagnole à la fin de XVI* 
sièrîle et dans le premier tiers du XVII<^. Il aurait vu se multiplier les excep- 
tions qu'il signale, et il aurait mis en une lumière j)luo vive cette souplesse 
de la sjmtaxc espagnole classique qui se refuse aux distinctions trop subtiles 
et aux règles trop étroites. 

E. Lœseth. — Sur (quelques ouvrages de Pierre de Beau vais (Tirage à 
part du livre In Mcmoriam de Sophus Bugge, p. 26-42). 

Publication d'un des opuscules de Pierre de Beauvais : poème sur le Sau- 
moier et les trois séjours de l'homme. M. L. donne également de nombreuses 
corrections au texte de la Vie de saint Germer de même Pierre de Beauvais, 
déjà publiée. 

J. Anolade. 

Antonio Boselli. — Una nuova redazione del Trespassement Nostre 
Dame (Extrait des Studj Romanzi, n° 5). 

Il s'agit d'une rédaction assez différente de celles qui ont été publiées et 
qui se trouve à la Bibliothèque royale de Parme. Le ms. est de la deuxième 
moitié du XV® siècle, mais le texte remonterait au milieu du XIII^- 
M. Boselli, après avoir analysé la nouvelle rédaction du poème, montre 
comment elle s'éloigne grandement, dans la dernière partie, des versions pu- 
bliées jusqu'ici; suit la publication du texte lui-même (328 vers). 

J. Anoladb. 



COMPTES HKNDUS 379 

^^* Dronet. — Les manuscrits de Ma3mard conservés à la bibliothèque 
^«Toulouse. Paris, Champion^ 1908, in-S®, 40 p. 

*-• auteur du présent essai prépare une thèse sur Maynard ; ayant appris 
^ ^n autre chercheur (l) avait eu connaissance des inedita de Maynard, il 
publie pour ne pas renoncer à ses droits de j)riorité. Heureux Majmard 
'^oir ainsi deux travailleurs à ses suites I I>cs j)icces que nous communique 
* ■'-^' n'ajoutent pas grand chose à sa gloire : ce sont des épi grammes (peu 
*^ Rituelles d'ailleurs), des poésies de circonstance, etc. Elles ont cependant 
Mérite d'éclairer une partie de la biographie de Maynard. P. 15 1. Pei- 
^^^*^'* p. 33, no XXX, 1. 3 Bcrnia? ou Berni? 

J. Anglade. 

\ *.rto... - Attila, poema franco-italiano ui Nicola da Casola. Fri- 
^'y (Suisse), librairie de V Université y 1907. [Collectanea Friburgensia, 
^^«ivelle série, fascicule IX ] 

^ition que donne M. Bertoni du poème de Nicola da Casola est une 

^ '^ partielle : ce poème ne mérite guère autre chose. M. B. a fait précéder 

^^ition de trois chapitres d'introduction. Le ])remier est consacré à 

,, ^n. Casola et à la littérature franco-italienne. M. B. insiste après 

^^ ^ur l'intérêt de cette littérature où se ren-ontrcnt déjà la plupart des 

^1*^8 de répo])ée cheva1cres(iue italienne. L'élément religieux, le 

^^^ne, l'élément amoureux surtout, emprunté au cycle breton, y 

^^ une très grande place. Le second cha])itre comprend une description 

^"Uscrit unique (Modène, Bibl. Est.) et une analyse du poème. Le troi- 

si© ^ïifin est une étude sommaire de la langue du poème. Comme dans la 

piuv^irti ^Jes textes franco- vénitiens, et plus peut-être, l'élément français 

^ot"-\i\^ dans cette langue hybride. La versification est très incorrecte et M.B. 

B© ^^ande (p. LVII) si Nicola da Casola n'a pas voulu employer maladroi- 

t©^^^t. les deux grands vers épiques de douze et de dix syllabes. Les extraits 

^\X«Ués par M. B. comprennent dix-sept-cent cinquante vers environ. Ils 

gU^ent amplement à nous donner une idée de ce médiocre poème. Le texte 

e<*t accompagné de notes abondantes, trop abondantes même à notre sens ; 

plasieurs qui rappellent des faits grammaticaux trop connus auraient 

|)U être laissées de côté. Un appendice contient un extrait d'un liber At- 

fikie, en prose latine, tiré d'un manuscrit du XV^ siècle. L'édition se 

termine par un glossaire, où nous avons regretté l'absence de la plupart 

des noms propres. 

J. Anglade. 



(1) Il s'agit sans doute de M. Clavelier qui publie des inedita de May- 
nard dans les Annales du Midi. 



380 



COMPTES RENDUS 



O. BoPPmano. — Bas kurze Reimpaar bei CroBtinn vDn TroyoB mit bo- 
Bnnderer Beriiciksiphtigung dw Wïlhelm von England. Erlangen, JvngK 
«nd Sohii^ 1H07, 48 p. În-S". [ThèBe Ae l'Université de Murbourg.] 
L'objet de cette thèse a, été d'étudier h un point de vue tout spécial — - 
remploi du couplet de deux vers, Reimpaar — la métrique de Oirétion de 
TrayeB et d'en tirer un Eritérium pnnr iin des poèmes dont la paternité loi 
est contestée. La méthode est déljcute; mais la présente étude p&rait faite 
aveu soin. Deux chapitres principaux nous en exposent lea résultats : 
chapitre cinq en particulier Ica présanto soua forme mathématique. Ii'm 
ploî de la " rime brisée n devient de plus en plus fréquent dww l'cBUvro de 
Chrétien de Troyes ; au point de vue chronologique, d'après remploi du con- 
plet do deux vcra (sans rime brisée] la Vie de OaiUaame se placerait entra 
EreCBt Cligés. Maisesl-ellH bien de Chrétien? 

Ici il faut renvoyer le lecteur à un magistral compte rendu qu'a fût ^e 
cette thèse le savant éditeur de Chrétien de Troyes (LiteraluTtiiatt fûrgtm. 
und rom. PhiioloiiK, lOOB, n° 3-4), M. W. Foerster y reprend les arguments 
qu'il a déjà donnés ailleurs pour l'authenticité de l'œuvre ; n rimes, langue, 
style, phraséologie o, tout dans la Vie de (faUiauiae rappelle la manière de 
Chrétieu. En ne qui nonoemo l'époque de sa composition, SI. Fierater foil 
observer que l'auteur de cette dissertation n'a pas tenu compte de l'emploi 
des i rimes riches », aussi fréquent dans la Vie de (hiitlaame que dans 
Lancdol, De ces recherches métriques il résulte deux cliosos contradictoires : 
par l'emploi du couplet de doui vers (couplet lyrique», la Vie de QmUaamt 
se rattache aui reuvres de jeunesse de Chrétien de Troye»; par l'emploi i 
rimes riches, elle s'en éloigne. Commontconcilier ces deux faits? Lecaraotére 
populaire du sujet et le public auquel était destinée cette ceuvre poorraient 
expliquer <|iie l'auteur ait employé une technique plus simple représentée 
par l'emploi très Eréipient du couplet de deux vers sans rime brisée. Ceat la 
conclusion à laquelle arrive M. Fœtster, tout en avouant qu'il reste enot 
quelque chose d'énigmatiqne dans cette Vie de QuîUaume. En tout cas 
semble bien que maintenant tout ait été dit sur le sujet et que tous les n 
tériaux aient été rassemblés. Même si on n'accepte pas les oonclnsions de 
M. Bomnanu, on ne peut que lui savoir gré d'avoir diligemment étudié ce 
■•âté important de la question. 

J, ÂKQLADS. 



Duc de la Salle de Rochtmaure. — Unobisito^ Mistral, UaUuio, 
Snttembre 1!KI7. Teite cantaben et traduction française. Imprimerie 
moderne, Aarill'ic, 129 p. 

Ouvrage intéressant et comme texte de langued'un parler sur lequel j'ai 
donné ici même quelques indications en rendant compte d'autres publîca- 
i^iitionB du même auteur, et conime recueil d'impressions de première main 



COMPTES BENDua 



381 



"'' la Outure provençale, lu fiaionoroie du Mistral, la grande facilité d'inter- 

. "^inuion entre Auvergnats et troveoçanx, malgré la distance géogra- 

I " "* wuBid&ablB autre leurs parler» (p. BO se.), las conditions nouvelles que 

I 't aux prvlers papulairea le manque de stabilité d'une partie de la popu- 

"on (p. 100 sa.). 

J. R. 



Scation franfaise. Patit, 



"*urleB Gramm 

-^- Odin, 190S. 

^t ouvrage n'est [jaa écrit pour Isa getta da titondt, mais il est aocesiibls 

™ijt omme de culture moyenne qui voudra bien le lire attentiTemcnt. 

■ ^Miligeuue eu est facilitée par un répertoire do détiaiitions et par la trt- 

■'tioa fia toutes les oitations — luériie poB ti/rieures au xvi""' siècle — 

^e trouvent des mots ou do9 tournure» que l'uaaga actuel no connatt plus 

''"»• '«Mm. ..n, ou k mê«. .mploi. 

_ <^Oiul)le de la manière la plus eureuse une véritable lacune, car la ver- 

a-tioii tançaise n'avait point été jusqu'ici étudiée dans son ensemble 

*'*■' une métode vraiment iWBitive {l'indeu de la p. 135 signale les lec- 

^™* Gomplémentaùres qui peuvent être utiles pour certains points apéciaui) 

. ^st ainsi divisé ; introduction, origine et déiinilion du vers françaiB- 

^ **8 anciens vers français; première partie ; La strueture maUrieUt do ! 

'''«rtçaû. Us règles anciennes, les règles daaaiquea; deuxième partie 

^^ans la versifioatiou française, le rïlme, les eom; conclusion résnmaat 

**tion décrit* et enarainant les réformes déflirables. 

^l'aï pas B. révéler bui lecteurs de cette Revue les qualités cococtéris- 

• j - ^"^ "ieroipositioaile M. Grainmont, J'ai lu et relu son livre sans pouvoir 

*-*l'vrlr d'autre défaut que deuï ou trois oonuille» (notaniinent p. 41, 

• ftieasiUi^f pour dodèamUlahes), et je ne vois d'autre manière d'en 

^^^ compte qu'en suivant l'auteur dons la cours de sa déiuonatration. 

^ X^remière partie prend le vers français à son début, Vflra sillabique Jl 

P*'*«e Qnale et — pour lestera de 10 et 12 eillabes — oéaure nettement mor- 

" • «ït en eïposo l'ÉMilution jusqu'au vers ritmique actuel ; le Qompte 

^' «labea est troubtf, notamment par la chute de 1' e dit muet; la pause 

^ s'affaiblit au jpoint de permettre des enjambements assez fréquents, 

me la pause £nale, d'absorber une sillabe 



ranci, 



le no,; 



^>. devient ufie simple coupe, et dans les vers de 10 et 12 la place et 

■-***il)re des #uupea ne sont plus rigoureusement Aies. 

^*^ deuï p^nta lasentiels sont eiB,miné9 dans les deux premiers chap:- 

= Xe coinKf, di ! sUialte, traitement de 1' e dit muet dans nés diifèrentes 

l'^ititina^ erfiii.i. 1 ilf deux voyelles dont auoune n'est un e; La cinre, les 

ï*e-a, l'enj,,i,il„ ,„. „(^ où six pages suffisent a l'auteur pour mettre en ^ 

' 'umièfL.' . I < Il ixacte relation les différentes parties du sujet. L'iiiaion 1 



1 7yi rinu font ensiiilp l'nbjet dp (^hiipLLrea également court» e 
(lécisifa. Ils présentent, rnmme les précédents, les chossB Mllea qu'elles som 
et telles qu'elles devraient être, eipoaant les modificntiona déjà acconipllB 
et les moditicatïons désirables, moriuant slïrenicnt la voie k suivre pain 
réaliser eelles-ct- en écartant tout conRervatisme irrèOéchî, tout arcalniE 
abusif et toute prétendue Tè/orine ineonséquente (t. notamment p. 1" 
25, 11), Un dernier chapitre examine La diffiniU» tipcA de ven /raata- 
et leur emploi. 

La première partie du li\Te ayant ainsi défini l'instrument, la seconde e 
étudie l'uBage. Un premier chayiitre mooti'e L'alexandrin dantiqut (tétra 
mètre) revêtant, après la substitution des 'Hjupea it la césure, un ritma sm 
pie et eipresaif déterminé par la longueur variable des deux mesurei qc 
Dorapcend chaque émistiobe (premiars tiers du xvii"'" siècle). Le ver» roauin 
(ii/UË (trïmëtre), issu, oorame le précédent, du vers du xvi'''^ siècle, dm 
évaluant dons une autre direotion, ne remplace pas le vers claasiqne, mtu 
se gliE«e dan^ aca rangs pour prodinre des effets partiolllîers ; vitesse (3 mflsn 
res ail lieu de 4); ^numération sint«tique à trois trrmeii; mise en wiliet, ps 
^_ oonstraste métrique, da l'idée exprimée. Le ritme du vers claaaiqiie consert 

^^ devient plus libre; Q et 6 masureâ aussi bien que 4 (cf. p. 67, apparition d 

^^m ]>entamètree et d'examètrea dàs Racine). A quai reeoimtt't-on «n trimUft 

^H^ est iin précieux complément à ce qui ))récède, oar il importe de ne pas eat 

^^^ fOndce avec lea vrais trimètres dee tétramètrea dont la coupe à l'émiaticl 

^^H ost peu marquée (exemples probants chez Racine, p. 59 ss.)- Lechapitrt 

^^B Poimai en vct) libres présente une pénétrante analtse des eSeba prodllil 

^^F par les changements de mètre; il contient pour ainsi dire en germe le chi 

^^Ê pitre suivant, La ttroje et Ui poèma» à forme fixe, la strofe étant a un groa[ 

^H de veFS libres Eorinant un listèine de nmes complet, u Les EffUs obtentup 

^H In violojian lie Geriat'ii-^sr^eaFiruaûfuej sont appréciée BUttoessivement en I 

^H qui concerna la non-alternanee des rime? (n'm'allenmnce réelle, pot 

^H l'oreille et non paurlea iaux, v. p. 89), l'iatus (mèmt> obsorvatioD), l'auji 

^H bem^it et le uonti'e-rejet. La variai da mounenieiii rilmiqae est étudia ■ 

^H une rigueur oiatématique en analisant quatre vers cla^niques de Vi<It 

^H Rail (sans oniambiMnent ni trimètre), Ls!) ulmpitre; lil/f'li oblcims par l 

^H nan} et L'armonie sant un eiireui résumé des études ijuc M. Grammont 

^1 plus amplement développées datis cette Revue (t. XUV, p. e7-lSS) 

^^1 dons Sun livre sur Le vert franfiia, ks moijeas d'expr^siion, etm antUK 

^H (Paris, Picard, 1904). 

^^B La canclusinn présente un tableau court et lumineux de l'évolution t 

^^H vers français et des réformes qu'il pourrait admettra-Il en est qui Boot nie 

^^1 saires : ïl faut que les versilicatflurs modèlent leurs obfiervaiiaos sur I'^ 

^^1 réel de la langue. 

^^1 C« livre leur eu donne le moyen. Il leur enseigne la nature et l'uMtge 

^^1 vers français, <i l'un des plus souples qui existent au inondt 



COMPTES RENDUS 383 

de tous le plus délicat, instrument merveilleux aux mains d'un artiste, 

intolérable entre celles d'un ouvrier malabilo. » 

Malgré ce livre, bien des réforme.^ seront encore imaginées de toutes pièces 
par a des étrangers ou de mauvais plaisants », et bien des gens continueront 
à faire de mauvais vers. Mais il n'i aura vraiment plus d'excuse. 

J. R. 

Cartab^a de Santo Estello adouba e publica \>èr lou Burèu dûu 
^un^istôri felibren, n° 5. Vers lou Baile dùu CounsistOiri oniai en librarié 
Roumanille, Avignoun. 1907-1908. 

-^^ueste numéro caup pèr lou proumié cop un tiero de nouliço sus 
lobro coumplido dins l'annado escoulado pèr lis assoueia ioun afihado au 
■relibrige, redegido i)pr ca:lo assouciacioun dins sa parladuro particulière. 

° comte-rendu de l'ass^inblado generalo aunalo es forço mai aboundous 
Quà l'acoustumado. Dins lou discours dùu Capoulié atrouvan (p. 70 e seg.) 
"ûcouinentàri entrasènt di paraulo d'Arnaud Daniel à Dante dins la Divina 
'f^tnedia e uno varianto intéressante au darrié vers : Sovenga t^os atemprar 

'^^^^or^ liogo de la leiçoun mens espressivo a temps de ma dcior. 

J. R. 

^^ I^rouvènço ! porto-paraulo mesadié di recoubranço miejournalo. 
■ -^iV. P. Devcluy; amenistr. J. RenadiéUf 29 bis, halouard Siste Isnard, 
'*^nov.n (6 pajo pèr mes; abounamen pèr un an, Prouvènço et Franco, 
*'^-, estrangié, 4 fr. 50). — Proumié semestre de 1908. 

^îci la flour di soumàri d'aquelo seguido de Prouvènço \ La Bello di Cors- 

*^» coumplancho avignounenco acampado pèr G. de M. (Febric). P. Devo- 

^^7» Oumage à Chabaneau (Feb.). Pouèmo de J. d'Arbaud (Janvié), Laforêt 

^^-ï Mai) e R. Michalias (Mars). Dicho dûu Capoulié Devoluy sus lou sèti 

■^«trsiho pèr Bourboun (Janv.), sus la coumemouracioun de Jaume lou 

^*^q\ii8taireàMount-Pelié(Feb.). JanMalan, LouPicade la daio (Ahriéu), 

*de avalourant li cause e la pourtado de la boulegado di vigneiroun mie- 

* ^^a.\i). Jan Patarin, Félibrisme d'amateurfi (Mars, sus la questioun cata- 

^; vèire tambèn aqui-sus uno amusativo poulemioo en Feb. e Mars). 

• ^a.inelat, letro sus un detai de toupounimio pirenenco (Ab.). E. Nichol- 

» article sus la pouësio poupulàri en Prouvènço (Jun). J. Bourrilly, La 

^^Tq ^i grjtnouio e di furo (Janv., seg. e fin). J. Rounjat, noutiço sus Glàudi 

y^ot e sus la traducioun daneso de Mirèio (Janv.); La vertu de la lengo, 

t^asaa.ge di Nibelunge de Jordan tradu envers prouvençau aliteratiéu (Ab.); 

^^ d'Arnaud de Maruei, measo en prouvençau moudeme, em'ùni leiçoun 

^Uvello (Feb., Mars) ; pichot tratat d'ourtougràfi à l'usage di Prouvençau 

^^^•. Mai, Jun). 

J. R. 



384 COMPTES RENDUS 

William Averill Stoivell. — Old French titles of respect in direct 
address. — Baltimore, J. H. Ftirst campany, 1908. — 8** de xiv-239 p. 
(tèse de doctorat). 

Copieuse étude, avec tableaux statistiques de fréquence, description des 
relations de seigneur à vassal et du compagnonnage chevaleresque, etc., 
sur les différents emplois d'amis, amie, bachelers, bai$sele, ber, baron, che- 
valiers, compainz, danz, dame, escuiers, frère, suer, hom, feme, vassale, etc., 
etc., de leurs dérivés et composés avec adjectifs. 

J. Gi. 



ERRATUM 



P. 113 6) le cap jouts la canelo, lire : canèlo 

P. 1 14 Variantes ligne 6, Me li arae miei, lire : mièi 
— ligne 10 (chara)brieiro, lire ; brièiro 

— ligne 1 1 Refrain Vovll lire : Vouif 

— ligne 14 qu'une lauzeto, lire : qu'uno 
P. 116, ligne 5, 8) Loiis pezes, lire : Lous pèzes 

— dernière ligne, es diverses formes, lire : les diverses 
P. 121 Noms donnés aux bœufs. Sauba, lire : Saubà 
P. 123 1)1. 1, lire : n'anèrou 
P. 127 4) S'en aici, lire : Sen aici 

P. 130 4) Quan n'aguèron tout acaba, lire : quan n'aguèrou tout acabà 
P. 136 Notes 2 et 3, Lolium temelentum, lire : temulentum. 



Le Gérant : Paul Hamsun. 



MONTPELLIER. — IMPRIMBRIB GENERALE hV MIDI. 



NOMS DE POISSONS 



Notes étymologiques et lexigographiques 



I 

1. it. arboUno 

On sait que de l'adj. albûlûs, -a , - uni on a tiré les substan- 
tifs albûlûSy albula, noms de poissons; ils ne sont pas attestés 
en latin mais ils survivent dans une foule de dérivés romans. 

Ces dérivés peuvent se partager en deux groupes : 

(a) Dérivés qui représentent le type primitif dlbûlûs, 
àWùla : notamment auble à Neuchâtel et à Montigny-sur- 
Armançon (Côte-d'Or). V. Rolland, Faune Pop. y m, 140. 

(b) Dérivés qui représentent de nouveaux types créés par 
divers procédés de dissimilation (cf. les dérivés du lat. 
arbor). 

Ce second groupe pourra se subdiviser, selon le procédé de 
dissimilation, en quatre sous-groupes : 

(1) type ♦ âbulûs, *àbûla; fr. able masc. et aussi fém. jus- 
qu'à Cotgrave; it. a^ola. Voir ma note sur able, Rev. de 
PhiloL Franc, et de Liit., vol. xxi, pp. 241-2. 

(2) type * àrbûlûs, * drbiila; it. arboUno (Florio : «a 
fish called a bleak ») = leuciscus alburnus Cuv. 

(3) type * âlbûrûs, * âlbura; vénit. alboro = pagellus 
erythrinus Cuv., alboro pagnesco = pagriis i^ulgaris 
Cuv.; it. alborella = alburnus alburnellus (Gtinther, 
Study of Fishes, éd. 1880, p. 604). 

(4) type * arburus, * arbura; vénit. arboro = pagellus 
erythrinus, à Ancone arboretta = pagrus çfulgaris. 

2. fr. artière (Cotg.) 

Cotgrave donne artière avec la mention : « f. the sharpling, 
stickling or sticklebacke; (a small fish)» — Artière, nom du 

25 



genre giislerosleus (lu épinathr est lin'' A' * arïslària, di^rivé 
d'nrista, arête de poisson dans Ausunn. Il osL intéressant de le 
comparer avec arêtier, arêtièrf, vocables technologiques dont 
le premier, au sens de « une des pièces de bois qui partent de 
l'angle d'un édifice pour donner au toit la forme d'un pavillon » 
(voir Godehoy, Coniplémenl, à a resiic/'), remonte au XI V^ siècle. 
Pour arêtier, arêtière. Kûrting iLdt.Rom.Wôrt.) a fait un article 

• aristarium; d'autre part, Schéler et le Dicl. Gén. corvsidèrent 
ces mots comme tirés du fr. arêle. Il est du moins certain que 
si arêtier remonte à un lat. *" arislarium, il aura subi l'influence 
à'arêle; la prononciation te prouve, car, sans cette influence, 

* arislarium aboutirait à artier. 

Pour artière = gaslerosteus, on comparera le saintong, ariUe 
qui se dit des ipinoches d'eau douce {Lemarié dans Ftollaiid, 
Faune Pop., m, 173). 

3. fr, hallan 

Ballon, s. m. (ividuit dans le Dicl. A ngi- Franc, de Fleming 
et Tibbins (Paris, 1S44) i'angl. balnn (a fish of a beautifui yellow 
variegaled wlth orange; a specios of wrasse; caught on ths 
sliores of England). On trouve dans Raymond (Dict. Gén. 1832) 
ballan, s. m., poisson du genre iabre «. L'expression labre 
6aHa/iest employée par Lacépède, Hist. Nat. des. Poiss., m. 513, 
et avant lui par Bonnaterre, Planches de V Encyclopédie Mé. 
thodiqae. Celui-ci aura tiré ballan de l'ouvrage de Pennant» 
British Zoology. 1769, où l'un trouve : « Ballan ia a kind of 
wrasse sent from Scarborough » {m., 343 d'après le Nem. Bug. 
Dict.kballan). 

Ici s'arrête l'historique de ballan. Cela doit être un mot 
populaire de la côte du Yorkshire. Le Ne» Eng. Dict. garde le 
silence sur l'étymologie ; il se contente de poser l'équation 
ballan, hallan-wrasse = labrus macalatus. 



4. balofve 



Balo^e = jeuiiL' ri/priniis misas l'ii wulkni d'après C^i 
Liste des fieptiks el des Poissons, publiée en 1S31 dans Iq 
géogr. de la prov. de Liège (Kollajid, Faune Pop., m, 153). 



41 



/:-' 



NOMS DE POISSONS 387 

A comparer avec balowe, hiess-à-halow, abalow = hanneton à 
^ège àcôté de halouge à Namiir et bcdouche à Fleurus (Rolland, 
^QunePop., 111,331). 

Bolme est apparemment le primitif de balouatte (Rolland, 

^Qune Pop,, III, 347), bauwate (MénaQ:o, Dict. Etym., éd. 1750), 

^owate (ex. du XV^ siècle flîiris \v Dict. gén. à beauvotte), beau- 

^otte, nom lorrain du charançon. Voir le Dict. gén. à beauvotte 

^t cf. L. Sainéan, dans les Beihefte zur l^eitschrift fiir Roman. 

^Ailol, X, 40, pour une explication de bawatte = charançon 

P^ bawate roquet, ce dernier remiuitant à un baw — , imita- 

^^on enfantine de l'aboiement du chien. 



5. bambelle 

m 

La bambelle, selon Raymond (Dict. gén., 1832) est une 
^ petite carpe qu'on pêche dans le lac de Zurich en Suisse ». 
Eu rét^lité, c'est tout simplement le voron. 

Scliinz {Fauna Helvetica, 1837, d'après Rolland, Faune 
^^P'9 m, 140) cite bambeliy bachbanibeli = leuciscus phoxiniis 
Cuv- dans la Suisse allemande. Bambele se dit dans la même 
r^on d'un « bambin gai », d'après Sachs- Villatte. 

Pour l'étymologie de rallem. bambele (hachbambele. glatte 
àambelé), voir ce que dit le ÛeiUsches Wôrterbuch de Grimm, 

6. fr. bastangiie^ vastangiie 

^^^ tangue, vastangiie sont dans le Dict. ital. fr. et fr. ital. 

® ^^^, 1659-1660 comme noms de la raia pastinaca L. 

Goté de pastinaca en latin, * pastinacus est bien possible; 

^^tXç^is il aboutirait à *pasnai; ce mot supposé, à suffixe 

' I^O\irrait être le primitif de panais, s. m.qui a définitive- 

**^xnplacé le v. fr. pasnaie (< L. pastinaca), s. f. 

p. ru ^ pastinaca, nom de poisson (Pline), il a sans doute subi 

_^^ce troublante d'un autre radical; la première des for- 



Po 
,. ru '^^ pastinaca, nom de poisson (Pline), il a sans 

^^ce troublante d'un autre radical ; la premi( 
xnes <û^ ... . , T^ ^ 

<Ind • ^diennes vastunaca, pastenaca, citées par Rannesquc 

Dprrr^^^ (i'i7^oiogm mi/iana, dans Roland, Faune Pop., m, 92), 

> . ^^ de supposer ù côté do * pastinacus, pastinaca, un type 

^^ial. 



NOMS UE POISSONS 



De^même, pour expliquer l'it. bastango (Duez, Florio): 
emprunts français bastangue (dès 1647 dans Oudin, Nomen- 
clature Franc, et Espagn.,p.1i),<'tistnngue, il faudrait des types 
"bastanims, * vastanicus, où ii y aurait eu métathèee. 



7. fr. dittl. (Jura) berting 



men- ^B 
ypes 1 



Il parait que berling est un nom du genre loche (cobitis L.) ^ 
à Saint-Claudo d'après Ogérien et Michalet, Hist.Nat. du Jura, ^ ^ 
Paris, 1863-7 (Rolland, Faune Pop., m, 138). 

Le genre cobitis est appelé barbote dans la Vienne; l'espécea-^ 
cobilis barbatala L.(tr. loche barbue) est dite beardie en anglais ^ J, 
redbeard, beard, bearddod en Irlande (pour ces indications voiM-i<r; 
Rolland, Faune Pop., m, 137-9), borl griindel en allemand. 

Dans ces condiliotis, le herling du Jura doit être au point (!• #i> 
vue de la forme le même mol que l'angl. (obaoi.) beardling ^^ 
un barbu (un soûl exemple dans le New Eng. Dict., de 1622) e^E» 
que l'ail, mod. bàrlUng, bertling — vir barbatus (GrimnwrT:»^ 
Detiîsches Wôrterhm-h). 11 sera naturellement tiré d'un dialect» -"^ 
allemand. 

8. vénît. bisaielo, milan, bissetta 

Rolland, Faune Pop., m, 100-101, cite le milan, bissetta = 
alevin d'anguilles et le vénit. bisatelo, nom de l'anguille pesant 
le 8 à 12 onces. 

Le milan, bissetta est le même mot que le parm. bissetta, dim 
nutif de bissa (it. biscia); cf. parm. bissa da acqua= coluX 
natrix L. (Malaspina, Diz. Parm.-Ital., 1856 sq.). 

Pour bisatelo, c'est un diminutif du vénit. bisalo = anguillej 
qu'il faut tirer du vénit. ôiso, parm, bis = it. bigio. Au point d 
vue sémantique, comp. plus loin B. du Rhône bairon. 

9. prov. blavié, neuchâtel blavin 

Le sparus alcedo {smaris alcedo Riaso) ou picard morfifl 
[ pêcheur (Cuvier, Règne Animal, éd. 1829, ii, 187) est ainî 
I nommé à cause de la belle couleur bleue dont son corps e 
1 varié et qui rappelle celle de Valcedo hispida L. 



NOMS DE POISSONS 389 

Or ce poisson porte, dans lo Var, le nom de hlavié, à Nice, 
^elui de hlavU (traduit par un îr.blaifier lapine dans VEssaicTun 
to. Niç.'Franç,-ltaL, Nice, 1894, par Tabbé J. P.), gerlc 
6facié(Ri880 d'après Rolland, Faune Pop., m, 171). 

Bhvié est un nom de Valcedo hispida, à Nice et ailleurs dans 
le Midi (Rolland, Faune Pop,, ii, 72). Il est évidemment tiré, 
comme le prov. blavet, bluet, hlaveiroun, meurtrissure, etc. du 
radical germanique hlau- qui a donné le fr. bleu. 

Un autre nom de poisson tiré de ce radical, c'est blavin = 
leuciscas phoxinus Cuv. à Neuchâtel (Bonhote, Gloss, Neuchât., 
1867). Le leuciscus phoxinus a des teintes si variées (cf. son 
nom de veron, vairon, <; lat. * varionem) (ju'il a pris des noms 
de toutes les couleurs (grisetta en Valais; sanguigneu, rossigneu 
dans leTessin; ^ercto/i dans la Vienne, etc., V. Rolland, Faune 
^op.^ m, 139-140). 

10. bouccanètre (Littré) 

^ouccanètrey nom du pagellus erythrinus Cuv. aux Antilles, 
3près l'article pagelle de Littré est une erreur typographique 
pour douccanegre (Lacépède, HisL Nat. des Poiss., iv 87). 



11. fr. brigne 

i> - 
^^ne^'&, f., un des noms vulgaires du lupus labrax,esi attesté 

Gn. irarxç£^ig dans un texte de 1671 (Us et Coutumes de la Mer, 

p- -"^IS), publié par DelbouUe dans la Romania (xxxin, 364) et 

rp^^ l'a inséré dans son Dictionnaire (1873). 

.^^* récemment, M. Schuchardt, dans un article de la Zeils- 

^ V^ fiir Romanische Philologie (xxxi, 641-6) où il a traité de 

^ ïXoms du lupus labrax, a cru expliquer brigne en le rap- 

K *^^ à un type *labrina, dont la première syllabe, confon- 

j, "^^c l'article féminin, serait facilement tombée. 

^^^*^st impossible de me ranger à cette manière de voir. Je 

^^'""'^ d'abord trois choses : 



^ ■* ^ brigne = lupus labrax dans la Gironde (Lafont, 
J)fote pour servir à la faune de la Gironde, Bordeaux, 1873 
dans Rolland, Faune Pop., m, 182). 



390 NOMS DE POISSONS 

(2) brigno, brilto = leuciscus i-iilj;aris Cuv. à Toulousii 
{Poiimarède, Manuel rfe Termes Usuels, Toulouse, 1860,, 
dans Rolland, F. P., m, 1 12). Mistral ne donne brignaa 
dans c.ç. sens que pour !e (Juercy pt le Bordelais; brilka 
selon lui est la forme générale dans \e Midi. 

(3) brigne bâtarde = q/priniis dohula. Cuv., toujours ê 
Bordeaux, d'après une communication faite par Dua 
trouil, officier dp santé à Lacépédc {fliai. Nat. lies Poiss ' 
V, 574). 

Brigno se dit donc de trois poissons : le leuriscns vul^aris, H 
leuciscus dobula et le (H/iiisiairaa;; c'est une forme surtout boitf 
delaise; ailleurs, dans le midi, brilho — leuciscus viilgaris. 

On se demande ensuite si c'est brilho = leuciscus valgar0 
qui serait une modification de brigno ou si c'est l'inverse qu* 
est vrai. Etant donné que brilho est la forme à peu prèâ 
générale dans le midi, il est vraisemblable qu'elle est antérieure 
â brigno, altération particulière au Quercy et au Bordelais. 

Brillo, brilho, nom du leuciscus valgaris, peut èlre rapproehS 
do l'expression meunier argenté = leuciscus vatgaris en (rançtùsn 
" I.a couleur générale de la vandoise », dit Lacépède (Hiatt 
Nat. des Poiss., v, 580) «est argentée; les nageoires sont blanJ 
ches ou grises; le dos est brunâtre." On peut, il semble, har-' 
diment tirer brillo, brilho, An radical d'où viennent l'it. briUare'i 
le fr. briller, etc. I 

Ce qui parait bien confirmer l'étymologie que je propose^ 
c'est que " le dobule (leuciscus dobula) a le ventre d'argent i 
(Lacépède, Hist. Nat. des Poiss., v, 580) et que « le bars com.'^ 
mun {lupus labrax) est de couleur argentée » (Cuvier, ftègne 
Animal, éd. 1820, ii, 133). 

Terminons cette note en attirant l'attention : 



(i) Sur ic wallon raîgnon = leuciscus vulgaris (Grandga- 
guagc dans Rolland, Faune Pop., m, 142), altération 
de raillon (< lat *raUionem du radical de rado); pour 
raillnn, usité en v. fr. au sens de flèche, cf. dard = leu- 
ciscus vulgaris; dard est une altapation de dars (< dar' 
sus .V. Thomas dans Romania, xxxvî, 91 ) jiar étymo- 
logie populaire, à cause de la rapidité \U' iiiouvemcnt 



•s 

■N. 



NOMS DE POISSONS 391 

particulière à ce poivsson. Ruignon à côté de railhn 
peut se comparer à brigno à côté de brilho ; 
l^) sur le prov. brillo = ris de veau (Sauvages, DicL 
langued.'franç, éd. 1785). 

12. B. -du- Rhône buiron, it. buratello 



C'est au radical de ^bura, forme secondaire debûrra, que je 
^attacherai l'it. buratello = petite anguille (Duez) et le buiron 
«es Bouches-du- Rhône = alevin d'anguilles (Rolland, Faune 
^op., III, 100). 

Pour le premier de ces deux mots, il est, quant à la forme, le 
^^nie que l'it. burattello (diminutif de burratto), prov. baruteu 
'Mistral ) métathèse de buratel, v. fr. buretely buletel, beluteau 
9^* ont tous eu le sens du fr. blnieau. De son côté buiron serait 
P^Vkv ^bûrïonem. 

^ix point de vue sémantique, c'est la couleur de la petite 

^Suille qui lui aura procuré ces u(»ms ^ J'ai déjà rapporté le 

. ^*^it,. bisatelo = petite anguille, au radical de Vit. bigio. Il est 

■"-^t^i^^ggj^nt de remarquer que bigello (de bigio) a le sens de 

^^^^'U.Te, bureau, gros drap grisâtre ou gris sans teinture » 

^^^^^^z). Cf. prov. burely brun; poit. ôar, brun. 

13. Ile de Ré burlot 

urlot = genre cantharus Guv. à l'île de Ré. (Lemarié, 
-boissons de la Charente-InférieurCy Niort, 1867, dans Rolland, 
^CLi^ne Pop,, III, 166). 

-burlot est pour burelot dérivé de l'adjectif de couleur burel = 
wixii en provençal. Cf. les noms du cantharus : picard brème 
^^€, angl. black bream (Rolland, loc. cit). 

14. fr. casse-burgot, pilonneau, it. frangolino 

■Lemarié, Poissons de la CharenUy de la Charente-Inf., Niort, 
1^567 (d'après Rolland, Faune Pop., m, 167), donne casse 
^^^gS comme nom du genro pagellusC\x\. sur les côtes de l'Ouest. 

Ou sait que ♦ bûrèûs ^ it. buio, sombre. 



392 



NOMS DE POISSONS 



Déjà Raymonil, Dict. Gén., 1832, avait inséré à sa place « casse- 
burgot, s. m., poisson de la Louisiane Aunt la chair est boune à 
manger «. Casse-burgol est iin cnniposé fait de l'impératif du 
verbe casser et de burgau, burgaut, burgot, nom du genre bucci- 
niim L. {burgaud baveux à Noirmoutier, Rulland, Faune Pop., 
uï, 189) et du lurftod'UoreMsL,, dit souvent vignot ou h igornean^ 
LacGpèd e{//is(. Nal.des Poissons, iv, 92), en parlant du pagellus^ ■ 
nous dit : « Sa vivacité le porte à se nourrir de jeunes poisson:^. 
qui pullulent, pour ainsi dire, auprès des côtes pondant le , 
belle saison, aussi bien qu'à rechercher les moules, les autr^ 
crustacés et les crabes, dont il écrase facilement la croûte o^ 
les coquilles entre ses dents molaires nombreuses. Fortes €^ 
arrondies n. 

Cette particularité chez le pagellus explique deux autr» - 
noms qu'on lui a donné' : 

(1) celui de pilonneaa (dim. de pilon), atteatê par L — 
marié pour la Rochelle et par Marcotte pour la Picardie 
d'après Labiile on dirait pinono à Boulogne-sur-M^* 
(pour ces indications v. Rolland, Faune Pop., m, 167** 

(2) l'it. jrangolino (à Rome d'après Lacépède, Hist. Nt^ 
des PoisS; IV, 86) à côté do fragoUno = pagellus Cu« 
Influence de jrangere. 



15. ceddynge (Godefroy) 



>«ft(ritt^ 



Godefroy a inséré le mot cedelynge dans son Dictionm 
de VAnc. Langue Française avec le texte suivant à l'appui : 
treyto, grêle t, cedelynge, merlankes 

[Lu Manière de langage, p. 393, Meyer,] 

Nu faudrait-il pas lire codelynge? Le New Englisk Dtctto- 
nary donne codelynge comme une des anciennes variantes gra- 
phiques de l'ang. mod. codling, petite morue; le texte le plus 
ancien fourni par le même dictionnaire est de Wl^ et donne i 
déjà la graphie moderne. 

10. fr. chiffe 
Voir plus loin la note sur kotlidie. 



NOMS DE POISSONS 393 

17. fr. ckob, chub 

Raymond a inséré dans son Dict. Gén. (1832), rarticlo : 
GHOB; s. m., espèce de poisson du fleuve Saint-Laurent 
de la famille des cyprins. 
^w)6 est évidemment Tang. chiib = leuciscus cephalus Cuv. 
Ucépède, Hist. Nat. des Poiss., v, 604-8, a donné à un de ses 
cypnixs le nom de cyprin chub. Pour lui chub est du masculin. 
^ chub n'est d'ailleurs pas autre chose que son cyprin jesse, 
\ ^^*"à-dire le chevène. 

18. fr. cornard 

'-^^ns les Publications de Circonstance^ n^ il (Conseil inter- 
national permanent pour l'exploitation de la Mer), brochure 
^û commission chez Andr. Fred. Hôst et fils, Copenhague, et 
^* a paru en mai 1904, je trouve le fr. cornard — callionymus 

Cela a tout l'air d'un mot populaire; je l'insère ici parce 
9^ il ne se trouve, au sens indiqué , ni dans la Faune Popu- 
la£^e de Rolland ni dans les dictionnaires que j'ai à madispo- 

19. it. fr. derbio (fr. dartre) 

J^crhU) = lichia glauca Cuv. paraît pour la première fois 
^^s Rondelet (De Pisc, Mar., Lyon, 1554, p. 252) : « Piscis 
7^*>xo; latine servato Graeco nomine glaucus; id est pro- 
culclubio, qui a nostris derbio, a Romanis lechia, a provinciali- 
^us biche et cabrole et damOy ab Illyricis polauda, a quibusdam 
^'^^Pugo sed falso vocatur ». 

T^ ^^bio = lichia glauca se trouve dans Du Pinet, Hist, du 
'^^^^^ de C, Pline Second, éd. Lyon, 1581, ii, 553. 30: «le 
, r ^ ou biche de mer, mangé avec sa murettc, fait venir le 

^^ €iux femmes... » V. aussi pp. 558, 559. 
t I ^^tigrave écrit derbro par erreur : « m. kind of small-mouthed 
^^ backt, and whito-bellied sea-fish ». 
^^ymond, DicL Gén., 1832, a un article derbis : «s. m., 
•Cie de poisson qu'on croit le môme que la sèche ». A part 



39''l .\OMS FJE POISSONS 

la définition fautive, derbro est sans doute encore une coquille 

typographique; elle reparait ailleurs, p. ex. dans Bouillet,^ ,:^ *>Ji 
Dicl. des Sciences, des Lettres et des Arls, éd. iS12, à l'art, tichf- 
u le derbis [lichia gtaiica) ». 

Duez, Dia. il.-fr., 1660, et Florio, It. Eng.-Dict., 1688, donn _, 
derbio au sens de petit poisson. Duez ajoute r « une dart^ 
selon aucuns » Cï. dans Florio derbite a a. kind oî scabbed itc-s^rz^ch 
or manginess in dogs » et les mots tirés des dialectes de l'Italr _Mlîe 
et du latin et cités parKsrting (d'après Salvioni), Lat.-Hoin^c^i-- 
WôH., art 4555 herpès. Cf. aussi fr. dartre, avec r épenthétiqu^_^rue 
pour darte, derle, qui semblerait, ai l'on tient compte du derbi'ZM' t'g< 
de Florio et du milan, derbeda, représenter un type "■ dfrbïlen^r^^'-i 
dû peut-être à une contamination de kërpêtem par un gernK' ^*~*' 
derô'rugueux. Quoi qu'il en aoit, derbio nom de poisson, vei— ^^^'' 
dire primitivement « rugueux, teigneux >'. 

M 20. tr. farvolin 

r Godefroy a trouvé le mot farvolin dans un texte de 152S ■^^" 
que je transcris : 

le farvolin est ung poisson qui se lieve sur lo dos el 
_ encline la teste, il est rouge dehors et est blanc par 

k dedans (Platine de honnesle volupté, fol02 v<'.,éd. 1528). 

r Farvolin est un emprunt à l'it, fravolino qui avec frauio 
(pour p-auolo) est donné par Florio (Hal. Engl. Dicl., éd. 1688) 
comme identique à fragolino. FragoUno est un des noms ita- 
hens du genre pagellus Cuv.; il aura subi quelque induence de 
fragola, /racola, fraise, et do son dérivé fragolino, fraisier, le 
poisson qui noua occupe étant d'un beau rouge carmin, passant 
au rose sur les côtes, avec des reflots argentés sur le ventre 
(pagellus erytkrinus) ; c'est de là qu'il tire encore son nom de 
rousseau usité à Boulogne -sur- Mer (Rolland, Faune Pop., ni, 
167) '. 

Fragolino, nom de poisson, dérive de frago, cité par Florio 
avec la mention n a certain freah-water fish, in latin pagrus a. 
Frago pour fagro viendra en^ligne droite de pkagrus, forme 

^B* Cf. Iragolino = rouge-gorge (Florio). 



NOMS DE POISSONS 395 

uâlée en \^iij^ concurremment avec pagrus, pagur (it. pagro, 
pagaro) *. 

21. fr. dial. (norm.) flondre, fr. flyndre 

L'art. 3859 du Lateinisch-Romanisches Wôrterhach de 
Kôrting est tout entier dans cette mention : 

dtsch flunder = fr. flondre. 

Si cela veut dire que flondre vient de V ail. flunder la chose 
^est pas prouvée et je crois d'ailleurs qu'il en est autrement. 
Etablissons d'abord l'historique du mot flondre; les éléments 
^® s'en trouvent nulle part réunis. Voici les textes : 

(1) Godefroy, Dictionnaire, à flondre dît qu'on s'en sert 

à Dieppe, au Havre, au Tréport. 
(2) Le DicL du patois normand de l'Eure^ Evreux, 1879, 
a un art. flondre : a Nom vulgaire du poisson que les 
riverains de la basse Seine et de la basse Risle mangent 
ie plus abondamment. La flondre est une espèce de pUe 
très voisine de la limande et du carrelet. Suivant 
A<I. Rêver (Voyage des élèves de V Ecole Centrale), c'est 
J>roprement le pleuronectus (sic) flesus, en françaisJ/Ze^ 
^ "^^-^ -) Travers et Dubois, Dictionnaire du patois normand, 
^I^aen, 1856, donne flondre — platessa flesus Cuvier 
^d'après Rolland, Faune Pop., m, 107). 
^ Lacépède dans son Histoire naturelle des Poissons, 
^798-1803 (iv, 634-6) dit à propos du fiez (pleuronectos 
flesus L.) : — Le citoyen Noël nous a écrit qu'on le 
pêchoit souvent dans la Seine, jusqu'auprès de Tour- 
nedos, quelques myriamètres au-dessus de Pont-de- 
l'Arche, où on le nomme flondre ou flondre d'eau douce 
ou de rivière. 
^^^) Moisy, Glossaire A nglo- Normand, Caen, 1889 a un 
article flondre : s. f., poisson, voisin de la limande, qui 
se rencontre à l'embouchure de la Seine. Du suédois 
flondra. — A l'appui, l'extrait suivant tiré d'un compte 

, port, pargo; et pour Va de pagaro, le lat, aargus avec Tit. aargo, 



dab NOMS DE POISSONS 

de 143[i, cilé par M.Ch.de Beaurepaîre dans ses NeOes 
Ht doc. sur la Norm., p. 214 : « pour uoe ftondre, le 
mercredi, 8 d. ". 
(6) Enfin Gndofroy a tiré du Viandier de Guill. Tirel 
dit Taillevent (né vers 1314, mort 1395), Textrait 
suivant : " flondres cuites en eves ". 

De tous ces témoignages on peut tirer que flondre n'est f^uère 
usité qu'an Normandie, qu'il y est ancien et qu'il a toujours 
été du féminin. 

D'où nous vient-il? 

I! n'y a pas à compter sur i'angl. flounder, dont le plus 
ancien exemple donné par le New Englisk Diciionary 
guère antérieiiT à 1450 et qui, par sa forme, semble bien em- 
prunté àranglo-nQrmand//ounrfre, qu'on trouve dans un texte 
du XlVe siècle [Black Bk. AdmiraUy, ii, 102, d'après le New 
Eng. Dicl.) et qui remonte lui-même au normand flondre qu'il 
s'agit d'expliquer. 

On ne voit pas ensuite comment un mot du haut- allemand 
aurait donné naissance à flondre qu'on ne trouve qu'en Nor- 
mandie; aussi n'y a-t-il pas grand fond à faire sur l'ail, flander 
qui diflère d'ailleurs de flondre en étant du genre masculin, Ja 
ne puis dire si flander est ancien, le Deulsckes Wôrterback de 
Grimm ne donnant pas de textes. Pas de textes non plus dans 
Grimm pour l'ail. fUnder, flander de même signification. Kluge 
tire flander du bas-allemand et en définitive du Scandinave. 

Je crois que c'est aussi par le Scandinave, v. auéd. flandrtte, 
suéd. mod. flundra, subst. fém., qu'il faut expliquer le norm. 
flondre; ce nom de poisson viendra s'ajouter à la série des 
emprunts faits par la langue romane de la Normandie à la 
langue des envabisaeurs du ix« et du x^ siècle. 

Lacépède {Hisl. Nat. des Poiss., iv, 637) s'est servi des ex- 
pressions : le flyndre, le pleuronecle flyndrc, pour iniliquer un 
pleuronecte « qui fréquente particulièrement les embouchures 
des rivières du Groenland ». Flyndre est le danois flynder. 



Voir plus haut la note sur < 



e-burgol. 



NOMS DE POISSONS 397 



23. fr. freguereul 

Cotgrave traduit le fr. freguereul par mennow, L'angl. 
^innow, plus anc*. mennow, est le leuciscus phoximis Cuv. 
t^uez (Dict, prAtahy éd. 1659) donne aussi freguereul = frega- 
^ï*oIo, sanguinaruolo et morello, pesciolino. L'it. fregaruolo = 
^uciscus plioxinus Cuv. Enfin G. Clavelier (Etudes sur la langue 
^ Pourès dans la /?ep. d, Lang. /îom., xlviii, 137) cite fregalh = 
^^ron, et ajoute : cf. frega = frayer en parlant des poissons. 

L'it. fregaruolo *, le prov. fregalh, l'emprunt français fre- 

siicrgtti se rapportent tous au radical du lat. frïcare. On sait 

^6 c'est de ce radical qu'on a tiré Fit. frego, frega, fregolo, fre- 

^la, fregolino, le fr. le frai, la fraie, au sens d'alevin de poisson, 

> ^-fretin dont on peuple un vivier, etc. C'est la petitesse du 

ç , ^^^cusphoxinus qm lui a valu les noms dont nous avons parlé; 

t '^^^ Par une application inverse que le prov. çeirou (fr. çéron), 

^^ I>rimitivement du leuciscus phoxinus s'est dit« du frai, du 

» de l'allevin, de la poissonnaille, du menu poisson, du 

^ dont on peuple un étang » {Dict. Lang.- Franc, Nimes, 

24. fr. haseau (Cotg), fr. dial. (Moselle) hazelin 

iiillet donne à l'art, brème de son Dict. des Sciences des 

^s et des Arts (éd. 1872), le mot hazelin ^ comme un des 

^ vulgaires de Vabramis blicca Cuvier. C'est comme nom 

ême poisson que Gehin (Révision des Poissons du dépar- 

^9it de la Moselle, Metz, 1866, d'après Rolland, Faune 

^^^^% in# 1^5) ledit usité dans la Moselle. Cette dernière in- 

. ^^tion rend probable une origine germanique, surtout 

^^^t donnée l'A initiale. Et en effet il faut identifier hazelin 

^^^c Tall. hàseling, hàszling et croire à un emprunt fait aux 

^^^lectes germaniques les plus rapprochés de l'ancien dépar- 

^^''^ent de la Moselle. 



ï Cîf. it. fregarola dans Willoughby, Hist. Piscium, Oxford, 1686, p. 268. 
' Cuvier, Règne Animal, éd. 1829, II, 274, dit déjà : « la bordelière, petite 
htême ou Tiazelin. » 



àyo NOMS DE POISSONS 

Seulement, chose curieuse, i'all. hàseling, liaszlîng, ■ 
le primitif kassel, indique non pas Vabramis blicca Cuv. mais! 
le leaciscus dobula Cuv. La chose peut encore se comprendre.f 
caœ àyecl'abrami^bliccaaomme ayecleleucisciisdobula on rest^ 
dans la famille des Cyprinidés. C'est ainsi que kasel, haselter^ 
est le nom, dans la Luxemboui^ allemand, de leucisciis viilgai 
Cuv. (De Lafontaine, Faune du Pays de. Luxembourg, 1865-7^ 
d'après Rolland, Faune Pop., m, 142). 

Ce qui étonne davantage, c'est de trouver le v. h. a. hasa 
traduit par conger and le v. h. a. keselinc par congrus àa 
des gloses publiées par Graesse et citées par Grimm (DeiUscF. 
Worterbach à hassel, haszling) '. 

Remarquons que le fr. haseau, cité par Cotgrave « a brar" 
of middie size » et évidemment tiré de kasel (ail, mod. htascZ/t 
s'est dit d'une brème de moyenne grandeur, comme le hazelim 
de la Moselle se dit do la petite brème. 



25. fr. dial. hotiche, kotu 

D'après De Lafontaine, Faune du Pays de Luxemboat$ 
1865-72, kottiche est dans le Luxembourg wallon un nom de 
Vabramis brama Cuv. et kottu du cypriniis nasus (Rolland, 
Faune Pop., m, 144). Railliet, Traité de zoologie Médicale et 
Agricole, p. 967, emploie kotu= chondroslroma nasus et con- 
firme sur ce mot l'affirmation de De Lafontaine. D'autre part, 
il faut noter kôliclie = cyprinus nasus en wallon selon Sélys- 
Longchamps, Faune de Belgique, Bruxelles, 1842 (Rolland, 
Faune Pop., m, 152) et hôllg, «s. m., gardon, petit poisson 
d'eau douce » suivant Remacle, T3ict. Wallon-Franc., 2^ éd. 

Le mot kotlicke doit être l'ail, hotlickt, chifTon, bas. hes 
hottich, huttich, hulck, mendiant loqueteux (Grimm, Deutscfies 
IVSrterhack à hotticM); ce qui confirme, c'est l'emploi de chiffe 
dans la Moselle, à côté de hotu comme nom du cyprinus nasus 
(Gehîn, Revision des poissons du déparlement de la MoseUe, 
Metz, 1866, d'après Rolland, Faune Pop., m, 152). 

Quant à chiffe, j'y verrais une modification, sons l'iniliii>nce 



Kore h. l'art, luuiiid: u (lia kuttlcii, guaghoadcii. t-i 
>e leutach sproalch de .T, Maaler, Zurich, 13II1}, 



■■squaiu* 






NOMS DE POISSONS 399 

iu sens primitif de IioUiche, d'un sife qui est attesté comme 

^om du cyprinus nasus dans le Jura par Toubin, SuppL aux 

<fed. des patois jurassiens, Lons-le-Saulnier, 1870 (Rolland. 

^mie Pop. ,111, 153). D'ailleurs chiffe est cité par Douillet 

^Dict, des Sciences, des Lettres et des Arts, éd. 1872, à l'f rt. 

Conduise) comme un des noms vulgaires du Uuciscus vulgaris 

Cuv. Chiffe, sife, suiffe, remontent au sofia de Polemius Silvius 

(cf. Thomas dans Romania , xxxv, 191-2); sofia a fourni des 

^oms au leuciscus alburnus, au leuciscus çulgaris, au cyprinus 

^ipunctatus, au thymallus vulgaris, etc. 

Pour hoUu^ hotu, il semble tiré du radical de hottiche. Le 

sufRxe est-il roman? 



fi 



26. fr. fuselé 

« mot fuselé, nom de poisson, a suscité bien des coquilles 
^graphicpies. Raymond et Boiste (dans leurs dictionnaires, 
^nendole) en ont fait suscle ; on trouve fuselé parmi les 
Rares de Delboulle (Homania, xxxiii, 561) plus tard 
gé par Thomas (Romania, xxxvi,271) et/w^èZedansFle- 
et Tibbins Dict, franç.-angl., éd. 1844, art. mendole), 
**^rfê est du féminin. Guvier dit la fuselé (Règne Animal, 
T^ ^S29, II, 186). Cotgrave inscrit : — fuselé, f. the little sea 
^^ oalled a cackerel. Les naturalistes n'ent ont pas moins 
txé à notre poisson le nom de maena fusculum N. 
^^scle, nom d'une espèce de mendole, est le prov. fiisclo, 
- - que M. Ant. Thomas a expliqué par un type * fûxtnla de 
.. Jusclo veut dire lanière, longe ; sans doute que le corps 
^il et allongé de la juscle lui aura valu son nom. 



I^Oct: 



i 



27. it. loçaiuolo 

'^ Dictionnaire de Korting n'a pas /aparm5,attesté,du moins 
^^^^^me substantif au sens de chasseur de loups, par le gram- 
mairien Servius ; ce n'en est pas moins de ce primitif que sont 
^^^s le v. prov. lobeyra, tanière de loups (Raynouard), le fr. 
l^^i'icr avec ses nombreuses significations (voir Godefroy), 
^ ^p. lobera, lobera. 

Un type diminutif* lupariolus a été proposé par M.Schu- 



400 NOMS DE POISSONS 

chardt dans un article iléjà cité (voir ma note sur le. brtgn^ 
pour expliquer le vénit. variolo = lupus lahrax. L'hypoth^ 
de M. Schuchardt semble confirmée par la forme popula -= 
louaiuolo qui représente admirablement* iu/jorioïrw, mais i^ 
ne semble pas avoir été connue du savant professeur de Gc— j 
Louaiaoh a deux sens ' : c'est un nom de la maladie dite bi^ 
ou dartre rongeante, c'est ensuite un nom de poisson la-fs 
liArax. 

Lovaianh = lupus labrax, venant à cQté de vaiuolo, vaCoi 
varolo, variolo (cf. frioul variai), et même varola •, noms d 
même poisson, est très intéressant et porte à faire croire qB 
vaiuolo est lovaiuolo frappé d'aphérèse, le lo initial ayant et 
confondu avec l'article. N'oublions pas cependant que !ea nom 
de vaiuolo, etc., s'appliquent plus particulièrement au jeun 
\upas lahrax. Or les petits du lapas lahrax — l'adulte est ai 
genté par-dessus, blanc par-dessous^ soril. généralemei 
tachetés de brun; et l'it. vaiuolo «lat. * varinlas), substani 
=tache, se dit de toutes sortes de taches de couleur noirâtU 
brunâtre ou pourpre. C'est assez pour faire croire à l'aeti* 
sui- les noms italiens du lupus labrax, des dérivés du la* 

Le varol, nom de poisson, que Godefroy a ajouté à son arfci^ 
garol, avec un texte mal imprimé de 1547 à l'appui, n'est at*'' 
chose que l'it. varolo. Plus intéressant est l'article varolus 
Du Cange qui contient un texte unique tiré de \&VHa Saf^ 
Bernardi où varolus (mot emprunté à !a langue parlée corr» 
l'indiqne l'adverbe vulgo) indique un animal terrestre 
loup ou le loup-garou?) L'article se termine par ces mo* 
u a variis fortasse macuhs sic dictum existimo n. Il sen»- 
bien que certains noms dialectaux du loup-garou ont » "■ 
l'empreinte du lat. varias et de ses dérivés (voir Rolla^ 
Faune Pop., i, 154). 

' DuDz, Dkt. ital.-lranç., éd. IQQO ; losaiwio, loup, une aorte de mal--' 
Florio, Dict ilal.-angl, éd. 1G8S : lomiiuolo, & diseuse culled s. wolf; a]^ 
Beii-{ûke. — Sea pike est un dea Doma anglais du Inpiti U^ax. 
Voir les diot* de Duez et da Flotio, 

a Noter que Cuvier {Règm Animal, éd. 1829, u, 133i n donné le t»* 
de variai-^ à un genre des percoldea, compris par Limiê dans son gs* 



I 



NOMS DE POISSONS 401 

28. fr. paganel, paganeUe 

Littpé, à l'art, goujon, explique goujon de mer (genre gobius 
I«.)P^«lago6ic on le paganel» *. Raymond (Dict, Gén., 1832) 
avait déjà un article : paganelle : s. f., sorte de poisson du 
genre des gobies ». 
^:J On a ici des emprunts évidents faits à l'italien paganello 
(Willoughby, Hist, Pisciurriy Oxf., 1686 *), paganeUa. 
Un Vocabolario Veneziano e Padovano, publie à Padoue 
'^ J en 1775 donne « pàganèlo, pesce, délia specie del gô, gobbio ». 
Worio {Ital, EngL Dict., éd. 1688) a un article : « pagali, 
PHaneUe, a fish in Genoa which some take to be our Roches, 
^ Venice they call their fish gobbio, pagali which is said to 
% his eggs in a nest ». 

Quant à ce nid de poisson dont parle Florio, Cuvier (Règne 
^^imal, éd. 1829, ii, 242) en traitant des gobies nous dit : 
* ^u printemps ils préparent dans les lieux riches en fucus un 
^^ qu'ils recouvrent de racines de zostera ; le mâle y demeure 
'enfermé et y attend les femelles qui viennent successivement 
y déposer leurs œufs. Il les féconde, et les garde et les défend 
^^©0 courage ». 

29. pilonneau 
Voir plus haut ma note sur casse-burgoU 

30. it. roçiglione, fr. rouiUon 

Haibéllio (de ruber, rûbellus, rouge) est employé par Pline 
^ïïxme nom, sans doute, d'un des nombreux poissons qui 
^ Citent le nom de rouget. 

Certains naturalistes ont donné le nom de rûbellus au leuciscus 

^tUus Cuv. et au leuciscus erythropthalmus Guv. (Voir Lacé- 

X^^de, Hist, Nat. des Poissons, v, 576, 578) '. Le mot savant 

* Lac^pède, Hist Nat. des Poiss., n 549, s'est servi de Texpression 
^^'l^i^ pagand, 

* P. 207 : pagaTidltta Venetorum. 

^ C^. dans Florio : « it. peace rvhello : the gournard fish. » — loi il s'agirait 
^'"umtrigle. 

26 



402 NOMS DE POISSONS 

rabellion se trouve dana clivera dictionnairea mais saus indi- 
cation précise (Raymond : u sorte de poisson rouge »; Fleming 
et Tibbioa : « poisson rouge du genre des spares a '). 
Il faut rattacher à rùbelUo lea deux noms populaires : 

it. roviglione, «akind of greenish fishn (Florio, Ital.-Engl. 

Dia., éd. 1688). 
fr. rouillon, «s. m., espèce de poisson «(Godefroy), avec le 

texte suivant à l'appui : 
Les rouillons sont semblables au trilliea; au lac d'Albe 

en a beaucop et naysaent principalement au Tybre. 

[Platine de konneste mlupté, f° 105 v", éd. 1528) '. 

31. it. savetta 

Parmi les noms italiens du q/prinas nasus Linn., Lacépàde 
(Hist. Nat. des Poiss., v, 586) a cité savetta. 

Or savetta se trouve dans Florio comme équivalant à 
savatta = ciabalta. Duez traduit ciabaUa, ciavatta par: 1. une 
savatte, 2. toutea aortes de vieilles bardes. 

Ce serait au sens de chiffon que savetta se aérait dit du cyprt- 
nus nasus; on peut comparer ce que j'ai dit, à la note kotticke, 
de chiffe, hottiche, autres noms de ce poisson. A remarquer 
encore fr. vieil savaton (Cotgrave à savaton : « themillen 
thumbe; a fisb »} = cqUus gobio Linn. 

L'it. savetta = cypriniis nasus, est déjà dana Willoughby, 
Hist. Piscium, Oxford, 1686, p. 254. 

' Lacépède, Hiat. Nal. des Poist., rv, 85, v. 676, oito rabeUio, employé par 
les aatucaliatea comme nani du pageUua erythrintta Cuv. et du leueiteiu 
^oythrpthalnwe Cuv. 

'' Ce rapprochaoïent entre l'it. rovi^ione et le fr. rnuiikm, nome de pois- 
aona, me rappelle qu'il faut voir bubsÏ dans l'it. Toin^ione, » the pease ive 
oall hastiT\ga, bawlmgi OU roneimU « (Florio) et le fr, rouiUon.ic cbicklinga, 
petty fltohea or vatcbea o (Cotgrave), des dfrivéa de rûbeUiOntra. De même 
l'it. roveglia, rooigtia < • rûbdlla (Cf. EubtUiua, nom latin de (amille). Cf. 
cependant Kiirtîng à l'art. 3266 ervilïa. On comprendrait ervllia ^ * rerîlïa 
^ it. roTiigtia; pour e protooique devenant u devant labiale cf. it. roveUo, 
iomani, domoTtda, etc. Maïs le fr. routUim n'est explicable que par rûbcZ- 
liOmm. 




NOMS DE POISSONS 



32. lat. thymallun 



Le Laleinisch-Romanisches Wiirlerbuch de Kiirting ne con- 
sacre pas d'article à ihymatlus, nom de poisson dans Isidore. 
Il se contente de reproduire, à l'art. 3528} thymïn&s, a, am, ce 
que Diez, dans son dictionnaire, avait déjà dit, c'est-à-dire que 
l'it. témolo, l'esp. llmalo, doivent se rattacher au lat. ihymïn&s. 

Cependant ihymallus (Sùpililaï), nom de l'oinbre {tky- 
rnallus vulgaris Cuv.) dans laiduru. ou encore • thymalas 
(cf. gc. eu^Xi;, Tiavjiaiit , TiBvftalXin . TiBù^liof] fait naître 
l'it. lemah (Duez, Florio), le v. prov. Cemul (voir un ex. à 
"art. carpiort du Provenzal. Suppl.-lVUrterb. de Levy) et même 
explique un esp. timalo mieux que thymïnûs. Les variantes 
**A^eniies temaro, temelo, lemero et même lemolo (Duez, Florio) 
^l'teport.lAemofo (Vieyra, ffif. e( Portwg. Die(à l'art, grayling) 
^« rattachent sans doute aussi à Ikymallus, * thymahis et peut- 
^*fe * ihymùl&s. 



33. fr, traigne 

,^ -f^ailliet, Traité de Zoologie Médicale et Agricole, p. 974, donne 
:i^'tgne = trachinus araneas à Marseille. Le trachinus araneus 
-j ^sso est la grande vive à taches noires de la Méditerranée. 
■V *-^ trouve traigne dans Gotgrave (f. the sea Dragon, Viver, 
V-^^aviver. Marseilloia) qui l'aura pris dans un texte du xvi* 

. On sait que toutes les langues romanes ont donné aux vives 

^^ nom de dragons de mer. Dans le grec ancien ifnhuM indi- 
^.Viait aussi la vive; en grec moderne, on se sert de ipAxaiva 
V^ikelas dans Rolland, Faune Pop., m, 180). 

Je suppose que S^cbcaiw emprunté en latin, aura eu, à 

^ôté de la forme littéraire dracaena {Prise. Donat.) une forme 

P'us populaire où il y aurait transformation de la sonore initiale 

^H sourde : * trâcena, Irâgena avec l'accentuation grecque, 

f^agina avec changement de suffixe. 

On expliquerait ainsi divers noms de la vive : sic. Iracena, 
''«ema, cités par llolland (Faune Pop., m, 180) d'après Rafl- 
"esque. et Iraigne que le français a emprunté au marseillais. 



404 



NOMS DE POISSONS 



D'autre part, ]'it. Irascina {Duez, Dict. ilal.-franc, éd. 166QC 
le génois slraxina {Rolland, loc. cit.), autres noms des viv»- 
seraient dus à l'influence de Irascinare, slrascinare, traîner ~. 
cause de la longue queue du poisson; trazzeina (Florio) 
plutôt trazzina (Duez) aura.'pour la même raison sémantiq;^ 
subi l'empreinte du radical de Irazzare. 



34. fr, vangeron 

Vangeron est dans Littré. Raymond [Dict. gén., 1832) « 
que c'est " un espèce de petit cyprin qu'on ne trouve que da-* 
les lacs ». Cela Fait pressentir l'origine suisse du mot. Seict 
Jurine, ffist. abrégée des poiss. dit Lac Léman, Genève, 1825, 
serait un nom du leaciscus nutilus Cuv. Bonliote. [Gtoss. JVcuS 
ckâlelois, 1867) donne pingeron = leuciscas rutUus : « poisser^ 
de notre lac, appelé par les uns rosse et par les autres gardon uJ 

Vangeron est pour fengeron. Vengeron, vingeron, sont touffl 
deux dans Cotgi'ave qui croit qu'il s'agit du leuciscas valgarià 
Cuv, c'est-à-dire de la vaudoise. 

Le sens primitif de fengeron, cingerore, c'est celui de cigneroftj 
ce nom a été donné au leacisms rutilas k cause de la couleiu 
rouge de toutes ses nageoires. Le même poisson se nomma 
ailleurs rousse, rousse carpe, roussette, rouget, rougeau, etc.\ 
(Rolland, Faune Pop. m, 143). Pour la voyelle de la syllabi 
initiale de vingeron, vengeron, il faut comparer l'i du lat. (inun 
et l'ï de vïndemia. 1 

35, verdelot i 

Ce mot n'est pas dans la Faune Populaire de Rolland. Je le 
tire du Dict. des Patois de la Flandre Française de Vermene : 
Verdelot, s. m., poisson, petit caLéliau. 
Verdelot, c'est un petit poisson vert (voir augl. greene-fish =■ 
morue dans Cotgravo). On peut comparer l'expression mcruA 
verte qui se dit : 

(a) du gadus molva L. qui est olivâtre par dessus. Voie 
le Dict. Angl.-Franc. de Fleming et Tibbins à l'art Ung, 



> DtiBR k trasrina dit : » 


vive ou dragon marin, poiaso 


a de mer qu'on Bp- 


paUe traigno à Matsaille ». 


— Florio traduit trascina -, 


^ a skate fish wittf 


a long tail. . 









NOMS DE POISSONS 405 

(t) de la morue « qu'on sale à bord d'un vaisseau et 
qu'on ne veut pas faire sécher» (Raymond, Dict. gén.). 

Le Z>ic^. gén, de Hatzfeld et Darmesteter se trompe lorsqu'il 
^«' que la morue verte est la morue salée et séchée au soleil; 
celle-ci sa e dit morue sèche, morue parée, etc. 

36. fr. vergadelle 

Leyr ^ prov. vergada, prov. mod. vergado, raie, bande, a eu un 
^'^^^'tif d'où nous est venu le fr. vergadélle, 
® P^X us ancien exemple que j'en connaisse est le suivant : 

-^ii capitones cum senuerint in mugiles mutari aiebant, 
^^amez in eos quos çergadelles vocant. 
^JRondelet, De Pisc. Mar., Lyon, 1554, p. 259. chap. 
-J)c Mugilibus.] 

îfroy a un article vergadélle, s. f., petite espèce de morue 
.trement « merluche » à l'appui de quoi deux textes : 

') Nous avons en Languedoc un poisson à bon droit 

nommé vergadelle à cause qu'il a des traits comme 

verges sur le corps. 

[L. Joubert, HisL des Poiss, de Rondelet, v, 23, éd. 1558.] 
Pour prendre des merlus, vergadelles ou stocfîs. 

[J.-J. Vueçher, Merv. de Nature, p. 420, éd. 1596.] 

^^ "^^.'y a rien dans les textes pour faire supposer qu'il s'agisse 

de ^^-^ merluche; quant à la définition donnée par Godefroy, elle 

^\ *^iïée, mot à mot, de Littré. Je ne sais pas où Littré l'aura 

pTÎs^ - mais je constate que Raymond (Dict. Gén,, 1832) dit : 

* ^^^"^adeUe, s. f., nom qu'on donne au spare canthère et au 

gado merluche ». 

" est plus certain que çergadelle s'est dit de certains spares et 
nota.mment du canthère et de la saupe. Voici quelque textes : 

vergadelle f. a pond, fîsh, like unto, but lesse than, 

the saupe (Cotgrave). 
Fausse çergadelle = sparus salpa L. (Valmont-Bomare 

Dict. d^Hist. Nat., 1765, d'après Lacépède, Hist. Nat. 

des Poiss., iv, 99.) 
prov. saoupo = fr. çergadelle (Avril, Dict. proç.-franc, 

1840). 



406 NOMS DE POISSONS 

vergadelle = spams salpa L. quand le poisson est jeime 
(Lacépède, H. N. des P., iv, 98). 

D'après Lacépède, le canthère présente, dans sa partie au- 
périeure, un fond'noir qui fait paraître plus agréable une 
taine de raies longitudinales, jaunes, de chaque côté du pois 
(H. N. des P., rv, 29, 101). Pour la saupe, de chaque côté, 
a douze raies longitudinales, jaunes ou dorées (id,, iv, 30). 



37. 



Ce nom, à Cherbourg, du genre labnis L. (Ex. de 1858 dans 
Rolland, Faune Pop., m. 153), se rattache au même radical 
celtique que le hreton dialectal grotiah, breton grac'k, grouack, 
qui veut dire à la fois vieille femme et labre. 

Cependant il n'est probablement pas tiré du breton, vu son 
initiale. 

L'anglais wrasse — genre labrus se trouve dans un texte d« 
1769 que nous avons cité plus haut à propos du nom de poisson 
èaiian. Willoughby, dans son Hisioria Pisciun, publiée à Oxford 
en 1686, nous dit à la page 320, en parlant de son turdas vul- 
gatissimus (Tinca marina Venetis) : 

Cornubiensihua curasse dicitur, Wallis etiam eodem 
fere vocabulo gwrach, id est vetula; Galli quoque 
consimiliter vielle eum appelant, cujus nominis ratio- 
nem me non percipere tateor. 

Ce texte fait croire que l'angl. tvrasse est tiré de la forme comi- 
que correspondant au gallois gwrack, wrach, L vieille femme, 
2. labre, c'est-à-dire de gwrah, wrah. Cependant il faudrait 
expliquer Ys sourd final de tvrasse; ce mot sera peut-être tiré 
du diminutif comique * gwrahes, * wraAe.î, non attesté à cause, 
sans doute, du peu de documents qui nous reste de la lan^e 
comique, mais qui ne serait autre chose que le gallois gveraches, 
petite vieille. 

Pour le vra de Cherbourg, qui correspond parfaitement au 
corn, wrah, c'est un mot emprunté aux pêcheurs de la côte 
anglaise et ce n'est pas le seul. 



Université de 

(.4 »»;.«). 



i juin 1908. 



Paul Baubieh fils. 1 



LES QUATRE I 



i ajoaté. 
lemaignea, à moi en entendes. 



Ydelon le baivlei 
t Baron, t\ht Charl< 

11475 Faites moi sor oel mont unes foroes laver 
Où nous pendrons Maugia, le larron desfaé. 
Que je voudrai destruire ains que voise Bouper. 
Se nos l'aviena ore tôt ensamble juré, 

noB mie desi au jor garder. » 

11480 1 Sire, ce diat dus Namles, se croire me voles, 
VoB ne le pandres mie, qu'il vos iert reprové. 
Renaua a'en gaberoit stAallars li ber, 
Et trestouB li barnages qui en orroit parler. 
Et diroiaiit antr'eus li nhevalier loé 

11485 Que ne l'osastes mie desi au jor garder. 
Mais atandeâ le jor; tant de jant i raenes 
Que se Renaua i vient, vos droit i maintenea 
Et tcea devant lor lois con larron le pandes. a 
« Namie, diat Cbarlemaîe^nes, or m'aves vos gabé..! 

11490 Se li leres m'eacbape, dont ^ui jou enganés. 
Que prison nule el mont ne le puet areater, n 
* Sire, oe dist Maugia, se vob plaist, or oea. 
Ce sera molt grant bonté, se par nuit me pandes ; 
{ Sout'rsB jusqu'à demain, «ju'il aéra ajorné. 

11495 Je VOB rionrai boua piégea, se prendre lea voles, 
Que ^e je m'en pooie bien largement aler. 
Ne me movroie je deai à l'ajorner. • 
(I Hé 1 qui voa plegeroit, malcaia lere^ provéa ? 
Bdt il hom en cest mont qui ja l'oasast penser?» 

11500 « Sire, ce dist Maugia. maroi, por amor l>é. 
Asses troverai pièges, mar vos esmaieres. s 
■ Or i parra, diat Cbarles, oon vos en troverea. » 
Olivier de Viana a Maugia apelé. 
K Sire, ce diat Maugis, por Dien. ne me falea. 

11505 Je auian vo prison, bien aidier ra'i deves. 
Venes.ai me plegies vers CbarloD l'aduré. ■ 
« Voientiera, diat li quens, desor mes loiautés. » 
u Et vos. sire Rollant, vos en pri jou por ûé. 
Ogiei" de Danemarce, faillir ne me deves. 



î L Oliv 



. Faule, car Muigis tâl le aujrt du verbe. 




I 11530 
' M 304 



LUS QUATRE FILS AYMON 4U 

Estent, li flis Œdon, et Torpin l'ordené, 

Por amor de Renaut me venea aider, n 

< Acuiterez nos voa ? « di^t Namles li barbés. 

« Oïl, ce diat Maugia, ja D'en covieut parlef. » 

i{ Yoire, diat Oliviers, bieu serons acuité. » 

« Dont le plagons ensamble », dist li dus boaorës. 

Lors vieiient à Cbarlon, si l'ont araisoné ; 

" Sire drois empereres, envers uob satendea 

Nos piégerons Maugia Jesi ù. l'ajorner. > 

c Je l'otroi, diat li rois, desor vos hiretës, 

Que f<eje n'ai Maugia demain à l'ajorner, 

Jamais eo douce France à nul jor n'eotreres, 

Nejtt en mon roiaume mar seres jor trovés. » 

« Issi l'otrions nos u, dist Oliviers li bers. 

u Sire, ce dist dus Namies, en pais est créantes. 

Or alomea mengier por vo gent conforter, ii 

• Voleniiers, mengeroJe », ce dist Maugis li ber. 

a Mangeries voa, Maugia, ce diat Charles, por Dé? 

(I Oïl, par mon cbief, sire, voiantiers et de gré. a 

B Oies, aeignor baron, porl'amor Dame Dé, 

Eatoit ores mes cors autres! atomes. 

Ne meogeroie mie por xiiii. cités, n 

Sire, ce diat Maugis, on<]ues mais n'oï tel. 

Qui une fi'is a bien, n'a mie toujors mei. a 

Il Sire, dist li dus Namlea, por Ueu, car l'en dones. 

Li rois demande l'ewe, s'est asis au disner. 

«Et où serra Maugis?» ce dist Charles li bera. 

* Par mon chief, dales vosx, dist RoHans li aenés. 
■ Bien dites, dist li rois, iasi l'ai enpansé. 

Car nel creroie mie à home qui fuat néa. » 



1IC15 Li dua boDorés e«f Naymes. L'entendre d'Olivior ea gâter le 



1 1G2S Un des Iraiis les plw hearaa gui c iraciérùent le 
Ma,ugis. 

11530 Sie L. Michflam S'estoit, eorreeUun inniilc, car 

11535 Meti: Vege... al gtiper. 
K11S39 MeU : qrei'i'oie mie home de mère né 



410 IjES quatre fils aymon 

11540 Josta le roi de France sist Maugis au souper. 
S'il furent bien servi, ne l'eatuet demender, 
Oisiaus, grues et gantes orent à grant planté, 
Bougleraalre et piment et vies vin et claré. 
Charlles ne raenja gaires, molt mal fu conreés, 

11545 Ne il n'osa del vin ne boivre ne gouster ; 

Mais Maugis manja bien, qui molt l'ot désiré. 
Oliviers en a ria, è. Reliant l'a mostré : 
n Or est nostre empereres anuit à povre oatel. 
Car il n'osae mengier ne le hanap coubrer ; 

11550 1! crient molt que Maugîa ne le doive enchanter, n 
Quant il orent m^ngié, ai aunt en piéa levé. 
Son chamberlanc a Charles devant lui apolé. 
Amis, ce diat li rois, à moi en entendes. 
Faites moi ,xxx. ciergca en cest tief aporter, 

11^^ Que la clarié soit grande desi à l'ajorner. n 
Et cil li reapomii :■ Volentiers et de gré. » 
dRollans, dist Charlemaignex, anuit mais veilleras, 
Et li quens Oliviers et Torpina l'ordanés. 
Et Ogiars li Danoia, lui te weil comender, 

11560 Que .c. chevalier soient çk dedans apreaté, 
Ki jueront aa tables, as eschas et as dés. 
8i me faites chasoun .ii. mars d'argent doner, 
Qu'il puissent bitiu vieillier desi à l'ajorner; 
Et .GCCG. en soient par là defors es prés, 

11565 Qui vielleront anuit lot environ mon tref. 

Si me rendront Uaugis, se il weut eschapar, n 



11542 Metz: ganatea. 

11543 Meli: Bogeraale et peument et vies vinetmoré. Cf. 11887. 
11550 Metz : nel iioi« empoisoner. 

11552 Mek: camberlenc. 

11554-11565 D'après U Pseudo-Turpin, p'ndanl le sommeil de 
Charlemagne, cent vingt chevaliers se relayaient par guaranis pour 
les trois veilles de la nuit auprèi dn lit de l'empereay : decem aeiiicet 
ad caput et decem ad pedea ; decem ad dexteram et deceni iid laevam, 
manu dextera uudain spatam et siniatra ardentem candelam teneatea. 
Cap. De persoTia et fbrtitudine Karoli . 

11560 Metz: Et.c. chevalier. 



LES QUATRE FILS AYMON 41 

•* Sire, client ii home, ai oon vos oomeDdes. « 

Charles siat en .t. lit qui bien fu acesméH ; 

DejoBte lui IV(au<.'i8 qu'il ne [tooit amer. 

5 *^ X570 D'autre part fu Rollaos et Oliviers li ber ; 

Tôt ierent Bomeilleua et traveillié d'errer. 

I Sire, ce dist Maudis, ii'ires vos repOBser P 

II est tans de coQcier, se faire le voles. ■ 

1 Volres vos donc dormir? * ce dist Charles li ber. 
f T.1675 Œ Oïl, ce dist Maugis, volentiers et de gré. « 

u Par foi, ce dint li rois, mal repos î prendres. 
Vos ne dorraires mais en trestot vostre aé. 
Car vos serea paodus ains demain l'ajorner, » 
Sire, ce ilist Maugis, tort- avea, en non Dé. 

1 1580 Por coi vos ai je donc mes pièges délivrés? 
Ou il ierent tôt cuite, ou g'irai reposer, 
Namle, je vos claim quite et tous les .xii. pers 
Del plege k'aves fait vers Charlon l'aduré. 
Mais or face li roia ce qu'il a enpansé. 

11585 Je ne voldroie pas qu'en fust vera voa irés 

Ne que voa en fussiea de France désertés. » 
Quant Charles l'a oï, à poi n'est forsenéa. 
a Par mon chief, dist 11 rois, point ne m'eschaperes ' 
En trois paires de buiea le flst Charlea entrer 
j 11590 Et furent d'arabepara bien bâta et rivé. 

En .1. piler de chaisne les fait .m. fois paaaer ; 
En .1. grandiame tronc furent li coing fermé, 
Et li charcan del col aunt grant enchaiené, 
Et les moufles de fer li fait es mains fermer ; 

115!(5 Parmi toutes les ongles en fait le sano voler. 

« Maugis, ce dist li rois, or est pis. en non Dé. i 
■ Sire, ce diat Maugis, or m'aves enaerré; 
Mais or voa di je bien, oiant tôt vo barné. 



vllSô? Metï ajouiit ■. Li gait fu 

t parvenue et li jors eat clijiés. 
■}1572 Meti : diat Amaiigis, 

Ç[1577 Meti-. en Ireatoa vos a. 

Hl584 MeU: tote su volenté. 

ÏIBSS Meti-. Ne voil ulua qm 



LES QUATRE FILS AYMON 



IISOO C 



i Moataubaii, 

Charles l'ent 

.spée 



ainsqt 



'il aoit 



ajoi 



t dervés ; 

lift traite l'espée, vost li le ohief ooper ; 

Mais Rollans li eacrie : u Sira, merci, por Dé I » 

Et dus Namles de France et Torpina l'ordenés : 

« Avoi, sire, font il, ja issi nelferes, 
11605 Car cou sera grana hontea, se iaai l'oGiea, 

Ne deves raie croire tant saahe fauaetés. 

Comment se porroit ore de vos maina eachaper? 
M 303 Par foi, s'il en escliape, ce sera par raaufé. » 

« Far mon chief, dist li roi», mainte fuis m'a gabé. i 
11610 Deai à mieiiuit ont veillé [ens ei iré] 

Que il auut de dormir durement agrevé. 

Lors regarde Maugia tout ooatreval le tré, 

Et commence aon charme qu'il ot par ouer formé. 

Tôt iaai oora il a son visage torné, 
11615 Sout endormi Françuia uoutreval par le tre. 

Comme Charles me'ismea est en aon lit versé. 

Aina ne veilla .i. seul de toa les .xii, pers. 

Il comenoe aon charme autre foia a conter ; 

Se rompent li charcan et deaerrent li clés. 
11620 Lea buiea aont rompues et li boujon volé. 

El Maugis saut en pies, 11 fer aunt là remé: 

Puis vint à. Cliarlemaigne en son lit où il e 

A une part del lit li fu li cbiéa couléa ; 

Il prent .i. orillier de paile envelopé, 
1 16~25 Soa le chief li a mis, amont li a levé, 

Puia li deçairit Joleuac det aenestre costé, 

A Roliaut Durendal au pont d'or noeié, 

11610 L en esté. B ena ou tref. M Deii su ma 
très. En effet on >ie veille pas sevltm^nt d-its 

11613 M un carne, qu'il ot ou coer framei. 

11615 Sic L. M Sunt andonni laîens eniiron 
S'mble ni:illeiir, Mir/ielant répète par di-^lrarlii 
— M ajoute ; Tant fort las a Maugis sordis et 
enchantaz. 

il617 Metz ajoute : Et Maugia li Ijona lerre 

11618 Mett: charne. 

11623 Miehel-ml imprima lit si lu. Metz : y 
part clinés. 





LES QUATRE FILS AYMON 

Olivier Hauteclere qui molt fait k loer. 
Et priât Cortain l'Ogier qu'il n'i vost oblier, 
^ Da Torpin AuUmise qui ot li poing doré; 

Puis en vint à l'aumaire où li grans trésors ert. 
lliueu pi'ist la coi'one Ctiailon o le via oler; 
Les pieres qui j BUQt valent une cité. 
Et Maugis se porpense uon la pourra porter. 
|\.\C^^fe II a trenohié .1. pan del bliaut de cendel, 
Si a mis la corone qui molt fait à loer. 
A aon col I'h peuilue, qu'il l'en voira porter ; 
Et Maugiâ s'aprocha, s'est à Charlon aléa, 
Quant il ot son trosel bien fait et acesmé. 

11840 II a donc pris .1. hei'be qu'il ot o lui porté, 
Ki fu en a'aumoniere d'un brun piile roé ; 
hit vint è. Charlemaigne, si l'en froia la nés 
Et les iols et la bouhe, tant qu'i l'ot descharnâ , 
Puis le boute del doi, si li a esurié : 

11645 H Sire drois empereres, erraument vos Sèves. 

M 307 Er soir vos dis je bien, quant viog en vostre tref, 
Sire, ne m'en iroie sens congié demender. 
Je m'en vola orendroit, si que bien le vees. 
N'en diives demender rieus à nul de vos pers. u 

11650 Et Maugis s'en lorna, qui ne vost demorer, 

Et Cliarles saut en piéa, qui le cuida eoubrer. 
Quant li rois nel pot prendre, à poi n'est foi'^ 
Et Charles se regarde, si vit lea .ïii. pers 
E.i tôt sunt endormi et forment enchanté. 

1I6&5 Quant ua vit l'empereres, Torment en fu irés ; 
D'une herbe se porpeuse qu'aporla d'outre me 
Ânsioine l'appelent cil sage clerc letré. 



11630 IHeix: Alchemise qui v»ll iioe cité. 

11631 MeU: à raLtmaile, 

11643 On a vu oama poui' carme liiiws M an v. Il(il3 el eliarne dans 
UeCz,ll<)4». Mkhe/uiit descharmù. V dxsuantoz. 
11646 L àis. Michelanl di. 

il6i9 Altentton 1res noliie et motivée par les égarih que les Pnii-x 
■s pour lui. On verra plus loin ptmrquoi il n'a pas laissé Cartain 
Jlbon Danois (u 11749-11735). 

7 Manque 11 B M. C aesiolne. Uichelanl nvU qu'eu lutin du 



Voyen Ayei 



1 dit ai 



lïuin 1» lieu de absïnthïu 
mé. Metz: Ansione. 



. A Tau 






Charlf 



LES QUATRE FILS AYMON 

I la desloia, s'est à Hollant aies. 



tl li mist à la bouce, es le voa deachaoté, 
11660 Et puis a Olivier eiisement atome. 

Et Ogier le Danois et Torpin l'ordené. 

Il saillirent en piéa dolant et abûsuié. 

Li .1. a dit à l'autre : <> Ofi est Maugis aléa ? 

A. le Charles mis fors ? s'en va il par son gré J o 
11035 " Par mon ohief, dist li rois, entre vos le rendrez. 

Vos li avuB fait lin ; par vos est est^hapés. 

S'il fuat er soir pandus, si fusaies délivrés, i 

Dist Ro!l»Dd à Ogier : ■ Veïsteal'en aler? » 

t Nenil. i<&r saint Denisse », ce dit Ogiers li ber. 
11670 « Je le vi bien, dist Charles, car il m'ot esurié. . 

■ Sire, ce dist Rallans, rendre le rios deves. i> 

A icaale parole, s'est Charles regardés ; 

Ne vit pas Durendal, si priât à sospirer. 

a Far mon chief, dist Rollans, nos sommes euchai 
11675 Maugis a Durendal o le poinga d'or letré. 

Olivier (ie Viane, la vostre me monstrea. » 

Torpius regarde Ogier et Namlori le barbé; 

ChaBouns de ces barons se priât à dementer, 

Et di?t li uns k l'autre :a Maugis aconquesté. 
116S0 Plus vaut cou qu'il enporte que Paria la ciiê. » 

Cliarlas vint à l'aumaire que il vit (lesft>raié. 

Sa géant coroiie d'or n'i pot mie trover. 

<• l'ar mon chief, dist li rois, il s'en va bien loués. 
M 308 En la prison iSfaugis ti'ai Je rieua eouqueaté. ■ 
11685 Se François sucLt dolant, ne l'eatuet demander. 

Et Miiugis s'en torna, si s'est acheminés. 

Il laise le chemin que il ilevoit errer. 



11672 A K. aagarda Ralanl, ne ri pas son braxic clev. 
K. où estyo brans aleï? 

11685 au lieu de ce vers Metï <i : 

Que l'ora BoIt maudite que il fu engenrés. 

Peor ai que p»r nuil ne me «iengne estranler. 

Li baron en out fia, encor aoisut iré. 

Par mon cbief, dist Rollaus, Liai oticles, droit a 

Of liirong des barons .i. petit k contée, 

Si dirons de Maugia qui s'est acheminés. 



LES QUATRE FILS AYHON 



Xt akiut uns v 



L prent à galopei 



iim» 



l 



Ne b'j tenist à cors .1. muies sejornés ; 
El vint à Buleiiçon, si a le fil passé. 
Henaua fus deaoa l'arbre, correceus et irés ; 
Il ne savait conseil de MaugiK l'oloBé. 
Baiara, li bons chevaus, a contremont gardé. 
Il senti bien M au gis el clieiniti où il erl. 
Baiars henit molt haut, et des pies a graté; 
Que Renaus weille ou non, e^t celé part tornés 
Li dus riel retint mie, nin^ l'a abaudoiié ; 
Molt fu lost à Maiigis venus et atravës. 



Mflugis 



ut bie 



.util I' 



^V^^^ Les .[. huison s'acesie, s'a Renaut apalé 

Et Renaus le coiiut, quant il l'oï parler; 
Lors a courus Maug'is baisier et acolar. 



a Cousins, ce diat Renaus, Dame Dex 
I Que des mains Ctiarleuiaigne vos voi < 
Par foi, ce dist Maugis, bien 
i< Cousins, jou n't 



aïs, s 



Je sui 



1 ait grés, 
oi- délivré. " 
oblié. > 
garisaa Dex. 



1 Certes 
Que n 
Renau 



11720 
M 309 



■ soir que il fu avespré 
eïsse amener fors des tréa, 
! Boufrisae oeirre et afoler 
cousisse à moD branc aoerë. i 
t à terre de Baiart où il ert, 
Maugis a fait molt to«t en la sele monter. 
Renaus monla derrière, li vasaus adurés, 
Et a dist à Maugis : u Qu'est cou que vos portes 
« Par foi, ce dist li lereu, jel vos dirai asses. 
C'est la couronne Charle, le fort roi coroné, 
Et Joieuse s'espée au poing d'or noelé, 
Durendal le Rollant dont il fu adobt^s ; 
Et si ai l'Olivier qui molt faii à loer; 
Si ai Gorlaia l'Ogier, ne lavait oblier, 
La Torpin l'arcevesque, dont li pone est dorés, n 
B Par foi, ce diat Renaus, vos avea conquesté : 
Mais d'une ahosse faites durement k blasmer, 
Que vos d'Ogier giresistes le bon branc acéré, 
ï Sire, ce dist Maugis, je le as lot de grè. 




J 



llf) LES QUATRE FILS AVMON 

Et que daïsBent ore treatot li .xii. per, 
Si j'eusse lor brans awec moi aportéa 
Se je rOgier u'eiisse awec tôt atilretel î 

11730 Tost se preïssent ores à lui |iDr rampro^ner. 

Ne weil pas que Obiers en soit de nul blasmés. ■ 
H Cousins, ce dîst Renaus, molt ave^ bien ovré. 
Aine plus sages de vos ne fu el mont trovéa, • 
Or s'en torne Maugis et Renaus li sénés; 

11735 Le bos de la Serpente prennent à cheminer. 
Là encontreut Gtuiehait et Aalart l'ainsné. 
Et Hicb:irt eiisement, qui malt iert esgaréa. 
Atant es vos Renaus et Maugis l'aduré ; 
RenauB lor demanda : t Seignor, et dont venes î » 

) Montaubun où nous fusmes renaés. ^h 
Nos vos allons querre, durement esgarés » ^^Ê 

s Si g'ere, dist Renaus, or m'aves vos trové ; ^^M 
Et e'ai nostre cousin Maugis ci amené. » ^^ 

Quant cil l'ont entendu, Deu en ont aouré. 
« Cousins, dist Aaliars, où fustes vos reméaî • 
Il Par foi, ce dist Maugis, bien le vos sai contar. 
Quant je alat aider l'aigle d'or à lever, 
Je me remeis tos seus, salai lanceras très ; 
Puis m'en voloie arrière à Balençou passer, 

11750 Quant Olivier le conte me covint encontrer. 
iiluec me retint il, ne m'en poi délivrer; 
A Oharlon me rendi, qui as me pot amer. 
Or ai tant esploitié.Ia merci Dame Dé, 
Que je sui de sa main sains et sans escbapés. » 

11755 t Cousins, diat AalUrs, Dex en soit aorés, » 
Or en vont lor chemin li baron naturel. 
Baut et lié et joiant, quant Maugis ont trové. 
Tôt droit à Montauban ont lor cemin torné. 
Molt fu grande la joie, quant il 1 sunt entré. 

M 310 1178(1 La dame vait Mangis baisier et acoler. 
Quant vienent au chastel, si font l'ewe orier, 



11740 « Sir 



11745 



11742 MicM'mt: Si (•"ei 
011 II é'-ril d'iiliord Signor 
ouiiliant d'expunctiiei- ca. 



irigé Si 



À 



Les QUATRE FILS AYNON 41 

Suit œanjuent ensamblo par molt grant amité. 
<^i]aDt il orent mungié, ai fu près d'ajorner, 
Ï*ui9 alerant .i. poi dormir et reposer 
T^^^ ^ntreci k'au demaiu que il fu ajorné, 
<jue Renaua se lava, Ij jantia et li ber, 
Et vînt en une place là où Aallara ert, 
Et Richars et Guicbara où Jooient aa déa ; 
Et Maugia et Rîohars i sunt andui aie. 
■y" ^ Il Seignor, ce dist Renaug, vostre eaohac nos mons 

[tr... 
Ilicliara fait l'algie d'or devant lui aporter; 
A molt grande merveille le courent esgartlar. 
11 Par foi, ca diont luit, cîat fait molt à toer. n 
■ Ci a molt vaillant aigle, ce dist Reoaua li ber. 
V'iTS Où metrona noa uest aigle qui ci est aportésî b 
• Là mont, sur cal pomel, ce dIst Maugia li bar. 
Que on ie puist veoir dos loges et des tréa. > 
Lors l'ont fait amont mètre et molt bien seeler 

11118-11779 Ver» omU par Ukhelant. 

Texte de Metz : 
Par mon chief, liist Renaus. cUL cunanus iart grsés, 
Desor la tor l'ont fait aseir et freiner, 
Par derecs la Iref Chacle en ont le chief torné. 
Quant li sotaus i entre en Gert i la clartéa. 
De .vil. 1 eues pie nierea le puet on esgarder. 
Et François l'ont veil des loges et des très. 
Challss li enipereres commence à sospii'er. 
Il apiele Reliant et Olivier le ber. 
Et trestous les barons a devant lui mandés. 
Entendez-moi, dis! Cballes, franc cheralter membre. 
Par le consel Namon et de l'antre bamé, 
Perdu ai ma corone, moult on sui esgaréa. 
Ce remaniement n'a poi le mérite de roriginalil''.. V. pour Cescar- 
boucle gai resplendil, le puisage de G\\ cité au vers 2280 et dans 
notre texte vers 4yïi8 sq. et Irs notes. Dans l'épisode dt la chnase. 
coramiiii à ABCP V, H conservé dans la rédaction en prose, im 
Ki«rtMoe le dragon de Rolandet Maugis le place au do'ijon de itontau- 
ft^Son : te vent mène les panons, Si que trcs bien le voient ciz de l'ost 
mnron. On s'ingéniait à enjolieer le ttxle épique. Il y perdait en 
ryiê et graoiti. Il y gagn ùl de continuer à tntéresier. Ici, la sup- 
HfOH de l'énumérution du barons n'eft pas cootpeniée. 

27 



418 LES QUATRE FILS AYMON 

Que François l'ont veii des logea et des très, 

11780 Charles li empeperes comence à sospirer ; 
Rollant en apeU et Torpin l'ordené, 
Olivier et NamIoQ et Estout l'aduré, 
Richart de Normendie, lui et Milon d'Aogler. 
( Baron, ce dist 11 rois, à moi en entendes. 

11785 Molt nos est en Gascoi^ne mesceii à l'entrer. 
Perdne ai ma oorone, dont molt sui esgarés, 
Et Joieuse m'espée, dont je sui molt irés ; 
Et vos brans enseraent en a Maugis portéa. 
Molt m'ont li fil Ajmon boni et vergondé, 

11790 Seignor, à vos m'en plaing, car aidier me der^ 
Ogier de Danemarclie, à Montauban ires. 
Entre vos et Namion et Torpin Tordené, 
l'^atout, li fis Œdon, qui est del parenté. 
Si dites à Renaut, à Âallart l'alnsné, 

11795 Qu'il me rendent ràon aigle que Maugis m'a embl^, 
Ma corone et m'espée, dont j'ai le cueriré. 
Et les brans as barons qu'il prist dedans mon tré. 
Je lor donrai reapit jusqu'à .i.[an] passé. 
Toute m'ost en ferai arrière retorner. 

M 311 11800 « Sire, ce dist Ogiers, si oom vos oomendea; 
Mais ne sai a'aurons garde de Renaul l'aduré. j> 
Il Ahi ! f'ist Gharlemaigoes, non vos le redoutes ! » 
Ogiers ei l'arcevesques sunt es cbevaus moDtés, 
Et Namies et Estouii qui sunt del parenté, 

11805 Et sunt issu de l'ost, si sunt acbeminé. 

Et passent Balençon, le rivière et le gué. 
Desi à Montauban ne sunt aseiiré, 
Et vienent sol' le pont, s'ont le portier crié, 
Li portiers les perçoit, s'a le pont avalé ; 

IISIO Venus est au guicet, s'a le verroil tiré. 

Defora a mis son ehief, s'a nos barons visé. 
• Seignor, qui estes vos qui aor uesl pont montes ? > 
Nos somes home Charle », dist Namies li barbés. 
Va, pi nos di Renaut qu'il viengne à nos parler. 

11815 Di li que ce est Namies et Torpins l'ordenés 



mas L à .1. passé. Complété i 



11S6U, Iti 



LES QUATRE FILS AVMON 4' 

Et Ogiers li Danois et Estous H membres. >. 
«( Sire, dtst li portiers, je lor dirai asses. s 
^tant s'en monta cil coiitremoiit les àegrés; 
"Yenua est an la sale, si a Renaut trové. 
®^*^ li portiers s'agenoilie et si li a conté : 
<c Sire, là defors aunt chevalier honoré, i 
(1 Qui auDt il? dist Renaus. garde nel me celer, a 
C'est Namies li cortoia et Blâtous li membres, 
^^ El Ogiers li Danois et Torpina l'ordonés. n 

»^^^^ Comme Reuaiis Voï, si est en piéa levés. 
Et a dit a ses frerea ; t Panses de l'onorer, > 
« Sire, ce dist Maugis, or aves bien parlé. 
Molt seront bien sejvi, s'il wellent sejorner. » 
B Seignor, ce dist Reoaus, or oons lor pensé, h 
^ "^^i;* Il vienent â la porte, s'ont le pont avalé. 

Quant Riuhai's voil les contes, si les va saluer, 

»Et Renaus les corut bonement acoler. 
(I Malt faites que cortoia que veoir nos venea. 
Bien soies vos venu, seignor, en la ferté. 
l^^^^S Cist ûhastiaus est tos vostres, se prendre le voles 
Namles en entra ens et Ugiera l'aloséa, 
Esioua li ais ŒfioD et Torpina l'ordené. 
^t *il2 iîll palais sunl venu, ai montent les degrés. 
A l'estrier va Renaua por Namlon honorer ; 
\\^Q Aallars et Quiohars à Turpin l'ordené. 

Et Ritbara et Mangis vont à Ogier le ber; 
Treatot se painent molt dea contes honorer. 
Et la franche ducoise dévale le degré ; 
Elle corut Ogier haisier et ucoler, 
J 1 1845 Et duc Namlon de France et Torpin l'ordené ; 
Forment a les barons aervia et honorés. 
Il Renaut, ce diat Ogiers, s'il voa plaiat, or oes . 
Noa voa avons forment aervia et honorés. 
Et eaté en vo liu por voatre honor garder ; 
F 11850 Mais Maugia, vos cousins, nos a molt vergondés. 
Nos l'avions plegié vers Charlon l'aduré, 
Et il s'en vint par nuit, coiement. en emblé. 



^1835 C'est toute la 



castillane. 



4?0 LES QUATRE FILS AVMON 

Si nos a vers le roi malement encoupës 
Por ta coFone Charle que il en a porté ; 
11855 Etl'espée RoDant n'ot il pas oblié, 

L'Olivier Hautealere qui tant vos a amé. 
Or vos raende li rois, gardes que vos feras. 
Que la corone et l'aigle bonemeal li rendes, 
Et !ea bran a as barons, dont il est molt irés ; 

11860 Et il vosdonra trives jusqu'à .1. an paaaé ; 
Si en fera ses os arrière retorner. » 
K Sire, ce dist Maugis, à vostre volentà. 
Nos en ferons lot çou que vos comenderes. 
Vos remanres liuimais, nos sejorneres, 
11865 Et DOS prendrons corseil do çou gue vos queres. 
Et 0|^ers respondi : a Si iert com vos vodres 
Et Maugis s'en torna, s'avale les degrés. 
Et vient en la cuisine, s'a le keu apelé. 
t Amis, ce dist Maugis, à moi on entendes. 

11870 Je vos cornant molt bien, gardes n'i oblies, 
Que il n'ait chevalier là deaua, au disner. 
Des mesHges Charlon qui ci sunl assemblé, 
Kl n'ait .1. grant paon devant lui enpevré, 
Et .11, et .11. .1. cisne richement conreé, 

11875 Et grans gastiaus k broie et simmles buletés. 

M 133 Devant te duc Namion me metes ia grant nef 
Que jou conquis à Rome, celé bone cité ; 
El tient bien 1. setier de bon vin mesuré. 
Torpins ait le Gaufroi de Bordiaua aorle mer, 

11880 Estons aura l'Ion de Gascoigne le ber; 
Ogiers, la Deaier qui d'Espagne fu nés. 
Chasouns des chevaliers ait ou hanap ou nef 
De t'uevre Satemon ; çaiensen a ases. 

11873 B M bon paoa rnsti e1 bien pevré. 

11875 Met bons yssliauz In-oLez, aimaniaux bulatez. 

11876 M La Uaufrei do Bordcle k Tori>in me Vwi-n. B Le vaissel ds ; 
Bourdole à Turpin me tenrei. 

11880 M Et chuleau miYon à Eatoul baillereî. Bdas-aDt Estool metei. 

118S1 M Ogier la DesiGr, clieii n'i doi oublier. B La coupe Deaiier 
deïanl Olivier erl. La Uçon lin L, bien ijue fiirfois Von puisse rencon- 
(rer Desior d'Espaigne, m'est susjiei-le. 

11883 B M Et d'or Sn et d'argent, en a chaiens aasej 



?ds. ■ J 



LES QUATRE FILS AYMON 42 

^3«ignor, à chascun mes qu'aa tables porterea, 
^ïî empled les hanas, les coupes et les nés, 
ILa'une fois de cler vin et l'autre de claré, 
X^a tierce de bougleraste, la quarte d'ysopé. > 
"Et ci li respondiretit : ■ A vostre volenté. b 
EtMaugÎB li cortois est el palais montés, 
■jl»ï*0 Comme Renaus le voit, ai l'en a apelé. 

rw Maugis, ue dist Renaus, de no mengier panses. ; 
Et cist li respondi : <( Ja mar en panseres. 
Se ne vos enfuies, vos en aures asses. 
Molt seres bien servi, se vos ne m'eschapes. n 
XV'ogo Quant li mengiers fu près, si font l'awa doner. 
Ogiers et ii dus Namles vont ensamble laver, 
Estous li fius (Edon et Torpins Tordenés, 
Là peiissies veoir maint bermin angoulé. 
• Maugis, ce dist Renaus, cornant nos asserres? ■ 
11900 « Sire, ce dist Maugis, orrendroit le saurea. 
Dus Namles et ma dame, cil ssrront [é.i à lés. 
Et vos et l'arcevesques ensamble mengeres, 
Ogiers et Aallars, cil serrent lés à lés. 
Et Ouichars et Ricbars et Estous l'aduros ; 
1 1O05 A ehascun des Gascons iert ses mes aporcés. 
Chascuna mangust issi con l'avons devisé ; 
A la loi des François nos covient atorner. » 
(i Par foi, ce dist Henaus, ce aves bien parlé, n 
Au mengier sunt asis ensamble lés à lés, 
1 1010 Et ont à molt grant Joie pain et vin et claré 
Et aisnes et paons et malars et lardés. 
S'il furent bien servi, ne l'estuet demender. 



11887 U/ie syVnbe de trop. G bogara 
Ducange, le mot signifie gauUrfi , mais ic 
boisson. Cf.v. 11543. 

1 1900 Maitrt d'kâlel, nuiitre- cUs eérémoniee, S a donc loua le» ialenla. 
Leg kéroi de Vépopée »ont grands mangÉurs ei boivent bien, les héro» homi- 
riquu autant an moins que ceux dont s'occupe Maugis. V&iment nouveau 
eat la courtoisie gue l'on met à bien placer les gens à table. 

11803 B per à par. Ainsi esl évitée, comme le note mchelant, l/i répé- 
tition de lés à lés iiueionaaux sers llUOI el 11909, nwis ces féi,étitio:is 
tlUs~mé7n.et sont souvent du goût archaïque. 



Ité, ^^Ê 



iiZ LES QUATRE FILS AYMON 

Quant il orent mengi^ et beu & planté, 

M 314 11 levèrent des tables, si ont lor lUHÎns lavé. 

11SI5 a Setj^nor, ce dist Ogiers. et que nos respondres? 
Randres vos oea eapées et cel aigle doré 
Et la corone Chnrle dont il est molt iréa ? 
Li rois vos donra trives jusqu'à .1. an passé. > 
a Sire, oe dist Maugis, ja mar ao parleras. 

1I930 Volentiers rendrons tout, por la voatre amisté, 
Et por l'amor duc Naime et Torpîn l'ordené. 
Et Estout le cortois que ja voi ci ester, n 
Dooques Ion avortèrent les bons bi'ans acérés 
Et la corone d'or qui molt fait à loer, 

11925 Et l'aigle tôt ausi, dont dist Ogiers li ber : 

« Ci a molt bel gaaing, qui le po'iat garder. » 

<< Por saint Pol, dist Richars, ains eat au cols don 

Que ja li miens gaains soitsi abandonés. » 

« Frère, oe dist Renaus, se vos plaist, non feres. 

11930 11 Pur foi, ce dist Richars, ja mar en parleras. » 

(I Seignor, ce dist lius Namies, prenes cestui à ^ré. 
Encor nos fait Renaiis, sene merci, bonté 
Que il nos a rendus dos bons brans acérés. » 
Il Renaut, ce dist Oj^iers, awec nos en vendrea. 

11035 Si prendres vos ostages et vosre seiirté. t 

( Ne sai, se j'oseroie, n oe dtst Renaus li ber. 
B Oïl, ce dist Ogiers, ja mar en douteres, 11 
u Voire, ce dist dus Namies, car bon conduit aur 
Aallart, vostre frère, ausamble o vos menés. 

UOlO Et Guicbarsremenra et Richars li membres 
Et Maugis li cortois por le oliastel garder. » 
Renaus lor oiria tonte lor volonté. 
Lors monte il .1. cheval c'on li a amené. 
Car Baiart l'Arragon ne vost il pas mener, 

11945 Et Aalars, ses frères, astautreai montés. 
Et la france duçoise vait Ogier acoler, 
Et duc Namion de France a pris à mercier. 
Seignor, les vos mer<jis, dist la dame au vis cler, 

11914 P ii oBterent les tables, li lavefs est 
11944 M ajouts : Mbi moult s'en repenti a 




\\^r3 



LES QUATRE FILS ATMON 
De l'onor de Maugis qua faîtei li aves. 
Je vos bail mon segnor aor vostre loialté. ■ 
1 Dame, ce dist Ogîers, ja marea ilouteres. 
Nos le garderons bien, aeiis point de fauBeté, 
Nos ne !i faurona ja à iiostre [loeslé. p 
Or a'eti tornent ensanible. si sunt acheminé. 
Dnsk'à .X. chevaliers en a Renaua menéa; 
Da Moiitauban s'en isaent et rangié et serré 
Et trespaaaent les terres et ]bs amples régnés ; 
Vienent & Balançon, si aunt oitre passé; 
JDsque bien près des loges ne flnerent d'errer: 
Illuec annt descendu soa .i. arbre ramé. 



i Danois an^ 



mtendeg. 
nal pansé 



Ses conipaignons en a 
a Segnor, ce dist Ogiara, à mo 
Nostre emperere est fel et de 
Je me dont durement de Renaut 1' 
11^65 Si nos oovient avoir del roi la eeiirté. •> 

■ Par toi, ce diat dus Naraes, oraves bien parli 
Et entre moi et vos i convenra aler; 
Et ReQBiis remenra soa cel arbre ramé, n 
Ses compaignons en a li Danois apelés, 

11970 Et Aallart h quens et Torpin l'ordenés. 

Estoua, li âus CEdon qui est vailiana et her. 
& Et nos irons k Charte por le congié rover. • 
Et il li respondirent : « A voatre volenté. 
Prenes vaillant conduit, que ne soious blasmé. ; 

1 L975 II montent es chevaus corants et abrivéa. 
Oies de Pinabel comment il a ovré. 
Quant il a nos barons vsiîs et escoutés, 
Venua est [el] chemin, si s'est acheminés. 
Où qu'il vit l'emperere, priât l'en à apelar : 

11980 • Sire drois empereies, je weil à vos parler. 
Ci vient li quena Renaus et Aallara li ber, 
L& fors sunt deacenlu soa .i. arbre ramé, 



11966 L dua Naines en toi 
11968 B Et il remenront c 
11975 Lcoranst. 
ll!)T8LTenu9 est chemin. 
I 11979 L empereres. 



I 

1201 

i 



LES QUATRE FILS ATMOfJ 

St Ogiera vint après por trivaa demender, 

Por amener Renaut devant vos en vo tref. « 
i II Est ce voir? dist [li rois]; gardes nel me celés. » 

■ Oïl, ce dist PÎDiaua, si me puist Des salver. > 

M Hé Des 1 dist l'empererea, en soies aorés. 

Or prendrai jou venjance des traïtors mottes, 

Par oui je sni en terre durement aviJés. a 
î 11990 t Olivier, ce dist Charles, aies vos adober. 

Et .CGC. chevaliers ensemble o vos prenes. 

Se Renaut me poes prendre ne délivrer, 

A toujors mais auresetlm'amor et mon grà. » 

H Sire, dist Oliviers, à vostre volenté. » 
i 11 ont prises lor armes, si se sunt acesmé, 

Et meïjmes Rollans est awec ans aies. 

» Seignor, dist Gharleœaigties, coiement vos teoes. 

Passes à Balençon, le chemin eskivea ; 

Par derrier Montauban derrière lorvenea, 
] Se Renaud a Baiart, il ne doute home né. » 

Lors s'en tornent li conte, n'i ont plus aresté. 

Or peut Dex de Renaut par la suie bonté 

Et de sa compaignie qui o lui sunt remeis ; 

Car se cist les sosprennent, il seront malmené. 
j Or dirons del duc Name et d'Ogier le séné 

Qui sunt venu à Charle, dedans son maistre tré. 

Li Danois parla primes, s'a le roi salué. 

Charles ne respont mot, ains ambronoe le nés. 

a Sire, ce dist Ogiers, quel semblant nos monatres ! 
) De Montauban venons vo masage porter. 

Si avons, merci Deu, tant quia et poralé, 

Kenaus ne quiert à vos nule desloiauté ; 

Aina nos a nos bons brans oargiés et délivrés 

Et vo corone d'or qui molt fait à loer ; 
j Si aures l'aigle d'oi- qnaut vos commanderes. a 

a Voire, ce dist li rois, on m'a dit et conté 

Que vos aves Renaut avec vos amené. * 

t Sire, ce dist Ogiers, sor nostre seiirté 

Li avons aconduit por ostage livrer, 



119B5 L K. BU H 



LES QUATRE FILS AYMON 425 

^^t si prendra les sueas que vos libaUleres. s 

■ ** Par saint Denis, dist Charles, ja mar en parleras, 
<^ue se je puia Renaut veoir ne encootrer, 
ToB li ors de cest mont ne le porroit tanser, 
Yj»;^ J ei ne le face ardoir et la poire vanter, a 

^"~*^ « Âvoi, ne dit Ogiers, si pauvre loîalté. 

De vo part li desismea qu'il auroitaeurté. « 
« T:i <i Sire, diat li dus Names/tort aves, en non Dé. 

' "-"^ Ne faites mie honte eeus qui là aunt aie, 

.ï^^ Aasea tost en verries le bien à mal torné. 



P 



[Nos sauverons Kenaut (,ui l'avons amené. * 
n Ne sai or, ce dist Challes,com vos lî aidercs». 
Ogiers saut el destrier, si est issus del tref 
Et dus Naiales de Franoe qui moult fist à, loer, 
Et ont dit à Challon oiant tôt le barné : 

W035 1 PorpenaBB voa bien, rois, comment vos le feres. 
Se voa porcachiea honte à Renaut l'alosé, 
Nos vos rendrons l'omage que vos avons porté.» 
Or s'en tornent enaambte corechié et iré. 
Oliviers de Viane vint poignant par les prés 

12040 Et il et ses barnagea ont Renaut escrié. 
Si forment l'ont sopris et Aalart le ber, 
Que il ue porent onques sor lor chevas monter; 
a Traï m'avez, Estos, n ce dist Renaus li ber. 



12030-1*066 — Ce passai/e qui manr/iir au ms. Let à l'édition Mieht- 
lant, a fié donné dans In première partie de l'inlrodurlion d'apréi le 
ma, B, Je re/iroduii ici le texte de Meti qu! d'une manière yénémle, 
tauf /lour le BeuTes d'AJi^eraont, et quelques partie» de la ti'Ohiaon du 
rai Yi , cuiicorde auec L. Quant aux autres manuscrits, B s'éloigne 
volontiern du texte primitif; M e( A passent des verg ; P refait pour 
remplacer l'assonance par la rime. Je donni plus bas les tfxtea de 
M el P- Tai remarqué ilans dyilroiluclion que nulle part ailleurs il n'est 
fait allusion au service que Renaud, d'après ce pasmi/e, avait rendu à 
Olivier, et j'ai suppose qu'il puuoait se trouiinr dms une version an- 
cienne de f épisode de la chasse. 

12030 Amené reparait à la rime, aii7'és la lai-une. Le sci-ibe a passé ce 
qui urécède le vers oii le mol était répété. 

12040-12041 A ininlelligihle : Begnaiil oi les contes qui l'ont ja asa-ié, 
Ollîrier na vot mia dant Régnant Bacrier. 

120*3 A Trai m'aveî. EatOî, dist Hegnaas l'alosé. Vous diatoî voir, 
dist il. maiz par saint Honoré, Nous ne tous i faurons lant com paissonz 
durer. 



^H 4^6 LES QUATRE FILS AYMON ^^^H 


^H » Sire, ce diat Torpiiis, vos dites vérité ; ^^^| 


^H 13045 Mais ne vos faurons ja en trestot nosti'e aé. •> ^^^| 


^H AtHnt ea Olivier armés ^^^| 


^H Et esoria Henaultin Vassal, n'iduerrea. » ^^^M 


^^M » Olivier, di^t Renaus, gardes que vos Tares . ^^^^| 


^^M D'un gentil guerre<lon vos devroit ramembreri ^^^^| 


^H 12050 Olivier, que vos fis deses Dordone es prés, ^^H 


^^H Quant m'alasles gaitier à .un. c. armés ^^^H 


^^M EI.JO issi eti^ l'ora à tôt .m. adobés, ^^H 


^^H Et Araaiigis vos oit de) cheval craventéa ^^^H 


^^M Entre lui et Guichart et Aelart le ber ; ^^^| 


^^M 12(fô5 Vo cheval vos i-endi, si vos ils remonter. ^^H 


^^H De celui guerredon vos devroit ramembrer. » ^^^H 


^^H « Sire, dist Oliviers, si ma ^^arisse Dé, ^^H 


^^H Uolens Bui en mon cuer que vos ai ci Lrové ; ^^^H 


^^V Mais il u'a tant riche home en la creatienté ^^^| 


^V 12060 Que s'il mal vosfaisoit, ne m'en deûst peser. ■ ^^^| 


^H Es vos Roilant poignant, et prist à esarier : ^^^H 


^^M iWbO A. seul : ans Balançonau^^iio, J'ai en taH de reeointnandef c«tte 


^^M variante à propos du texte de B. 


^H 12051 A i .11. c. Frana armez. Gomi>are>- ici ?. 


^H 12052 A Et JB iaai du haa à tu. c. d'sdoubnz. 


^H 12053 A Et Mangis you3 aïoit du ctieval aterrâ. 


^H 12054 Maniiae à A. 


^H 12055 A Vd cheval vous randi, ce fu grande bonté. 


^m mb& Manque li A. 


^H 12058 A Mont par an sui dolanz quant ci voua ai trou.é. 


^M 12060 A Ce il voua fnaoit mal, que je n'an fusse iriez. 


^H i20ei-12070 A Atant a-voua Rnlans qui lea a escriez : Rejrnaut, li fii 


^H Aymon, or aves trop aie. Par mon chief, dît Ogiera. vous no le (oicherei. 


^H Par foi. ce dit Rollans, mal garanz li serez. 


^^m Texte de M. 


^^M Sauver dcTon Renaut, noua l'avon amenés. 


^^V Ne sai, chen a dist Kalles. corn tous li aideres. 


^^H Quant Ogier et Naymon ont chez mos escoutez. 




^^1 5 A Kallm. a dit niant tout li baraez : ■ 


^^H Nous TOUS rendon l'ommage que vous avnua portés. ^^^^1 


^^H A ichesta parais, sont arlerB tournez ^^^^| 



LES QUATRE FILS AYMON 427 

« Renaut, lifix Aymon, or aves trop aie. » 
A.taDt es vos Ogier qui vient tos abrievés/ 

Roilant a esorié comme hons aïrés. 

« Par mon chief, dist Ogiers, vos ne Tatooheres, 

Laissies ester Renaut, gardes ne Tadeses.] 

Nos avons oi Renaut conduit et amené 



£t ont oï lez contez qui se sunt escriez, 

Rollant et Olivier qui ont Re. trouvez, 
^^ Quant Ogier Tentendi, à poi n'est forsenez. 

Âhi I Naimez, dist il, Renaut traï avez. 

Lors s'en viennent poignant devers l'arbre rames. 

RoU. et 01. ont Renaut escriés, 

Si forment l'ont souspris que il ne pot monter. 
15 Traï m'avez, Estout, chen dist Renaus le ber. 

Sire, chen dist Rstout, vous ditez vérités, 

Mez ja ne vous faudroi tant c'on puisse durer. 

Olivier, dist Renaus, or vous doit remembrer 

Du bau don que vous fis dessous Dordonne es près, 
20 Quant m'alastez gaitier à .u.c. ferarmez 

Et Maugis vous ot jus du cheval graventez. 

Vo cheval vous rendi volentiers et de grés. 

Sire, dist Oliviers, par la foi que doi Dé, 

Dolent et courouchié sui que vous ai trouvez, 
25 Atant es vous Rollant qui li a escriez : 

Renaut, le fix Aymon, or aves trop aies. 

Par mon chief, dist Ogiers, ja n'i iert adesés. 

Entre moi et Naymon, l'avon chi amenez. 

Par foi, chen dist Rollans, mal garant 11 seres. 

Te.cte de P. 

Ogiers issi du tref, et saute en son destrier. 
Et Naimes de Baiviere qui tant fist à prisier. 
Et ont dit à Gharloii sanz nul autre [plaidier]. 
Rois, car vos porpensez com vodrez esploitier 

5 L'omage vos rendrons dont somes vo princier. 
Ogier ne donna garde, s'oï Renaut huchier ; 
Hé I traï nos avez et Naimon et Ogier. 
Or se tornent atant poignant vers l'olivier. 
Olivier va poignant d'autre part par les biez, 

iOSi soprenent Renaut, ne se set consillier, 
Certes si qu'il ne puet monter sor son destrier. 
Estolz, traï m'avez, dist Renaus al vis fier, 
Que ne se garroit mie de si fait encombrier. 
C'est voirs, ce disl Torpins, ne le poons noier ; 

15 Mais ja ne vos fauron, jusc'as membres trenchier. 



lits LES QUATRE FILS AYMON 

Entre moi et [Namon] et Torptn l'ordené. 
Gardes que il ti'i soit touchiëa ne adeaés. ii 
12070 B Par foi, ce dist fiollans, mal le garantirea 
(I Sire, 16 dist Ogiers, ja mar en paderes. 
Que par la foi que doi Charle, uostre avoé. 
Je ferai ja mes homes et rangier et serrer. 



Atant vint Olivier à tnut util chevaliers, 

El esr.rie : Honaut, randflï tous prUonler. 

Gardei que Tolea faire, liist Rsnau», OliTler. 

Or Tos doit remeabrer d'un guerredon moult lier 
SO Que Tos Ûz 30Z Dordone, dejosts le gravier, 

A .ii[i.ii. François quant m'alaites gaitier 

Et je m'en iaaï fors à tôt u. chevaliers. 

Abatu T09 avoit Maugis ou sablonier 

Entre lui et Guîchart et ÂslarC le fier. 
25 Je vas fi. remonter et rendi vo destrier. 

Por ice guerredon me devrieî aïdier. 

Sire, dist Olivier, par le COra .S. Ugiar, 

C.B qna 'OS ai trové me fait moult corecier. 

11 n'a si vaillant home de si a Montpellier, 
30 Se il mal vos faisoît, ne me faisoit irier. 

El vos RoUans, si commence à huoliiep; 

RenfluB, li fili Ajmon, moult poes chevBuûMer , 

E ne or chevaucherai, dist Renaus al ri» Ger. 

Bollana, ce dist Ogiera, gardei, ne Je tochier, 
35 Que par la foi que doi Charlemaigne au via fier. 

Je ferai ja mes horoea et aerrar et rangier. 

Qui sssaurra Renaut, je li voirai aidier. 

Bollans, dist Oliviers, bien le poea laissier. 

Ja me Qst .1. servise qui fait a mercier. 
40 Por la moie amistë, Charlemaigne en pries. 

Recevez en l'espèe, dist Rollans lï guerriers, 

Si an viegne a prison, ce ne poons laissier. 

Sire, au tref l'enmenez, dist Naimes de Baivier. 

Si orra de votre oucle com vodra eaploîUer. 
45 Se si noa a trais, moult noa puet anoier. 

Contre le roi irons à tôt M. chevaliers. 
Lev. 31 n'a que dix syllabes. Le cas e»l fréquent dans cette version. 
12068 L donne Ogierpni'ee qu'en i-ai^on de la laf^une, ces it-als scmblenl 
dits par Najmes. 

1Î069 Cf. texte de B à cet endroit, 

12070 Met:. M A mal garana iiseros, 

12071 Metz : or vos amesures. 12072 Metz : au vis cler. Mg/i ajoute : 
Se main metes à lui, de mon cors vos gardes. 



LES QUATRE FILS AYMON 

^^L Qui asaura Renaut, je li voldra[i] aidier. * 

\20 ^^ „ Roilant, dist Ollviera, Renaut laisies ester. 
Ja rae flat .1. serviae dont je li sais bon gré. 
Por la moie amistié ciat reapit li donea. > 
a Recevea ent l'espée, ce dist Rollans li ber ; 
^^ Si s'en vieogne priaonB, nos n'en poona faire el. 1 
^^t>*iç j, Seignor, dist h dus Namea, noa la menrons aa t 

► S'orrona de Charlemaigne que il a enpenaé. 

Se traïson noa fait, moU ûoa porra peser; 
Nos l'en monatrerons voir .xxx.m. adoubés, n 
a Voire, ce diat Rollans, del menacier penaes. 
l'âOSS Vos poes tel plait faire, jamais n'iert aoordés. ii 
Ransprosnant vont li conte entres! que as très, 
u Sire, ce dist Ogiers et Torpins l'ordonés, 
A Montauban alarasa vo ïoeaage porter. 
Renaut vos amenons el Aallart l'ainsné ; 
12090 11 rendent lea espées volentiers et de gré. 
Ves ci voatre corone, se prendre le voles; 
Si aures l'aigle d'or, quant voa conimenderea. 
Ne nos faites pas honte n'a vn riche baroé. « 
Ogier, ce diat li roia, por noiant en parles, 
12095 Ne Namea ne Estons ne Torpins l'ordené, 
Ensi com de Maugia, le traïtor prové. 
Par vos le perdi jou, oe est la vérité. 
Renaut, me venes vos iraïr ne enchanter ? s 
■ Sire, ce diat Renaua, naïe, si m'aïat Dex. * 



12071 L voidra. P Toidrsi. Meti voirai. MeU ajoule : Et ferai tous 
mes homes rengier et oi-dener. 

12(]82 Metz : Se traitoi-a. 

laOKj-lîODS M: Rien n'an fe roi por homme gui soit de mère nei, 

Uevant qu'auroi mon aigle un mon tré ; Poi me prise Renaut qui ne 

l'a raporté. Auaai com da Maugis le Iraïlor prousé, que Je vous.... qui 
tou3 JoFS m'a grevés. Renaut, le fîi Ajmon, chen dist Kalles le bar. Et 
me TBues TOns Ora trair ne Kncanterî 

Iï09s-i2l03 T'xie de A: Rsgnaut, li fii Ajmon, di«t Karles l'aasot*. 
Me revenei tous orra traïr ne enchanter, Enlra roua el Mangiit le fort 
ierre proveiî Je tous feré ardoir et lea momlire! coper. Sire, ce diat 
Regnaus, ce Dieu plaist, non ferez. — Asaotâ est ici prémiiluré. C'est 
feulement n la fin de l'é/iiiode lie lUcknrd de Normandie priionnier, que 
Hotii'itl, invitant les Pairs /i <e si/iarer de Chartemagne, Imitern son 
OTicle de Tiellact assoti. 



loO LES QUATRE FILS AYMON 

12100 « Pai' mon ohief, riist li rois, quant vos m'escha^ 

Si malemurit seres baillie el coareéa 

Que rj'i voiries estre por ,ziiji. cités, > 
M 318 « Sire, ce fiial Ogiera, par mon chief, non feres^ 

AiiçoiB eu i morront .xs. h. tôt armé. » JH 

12105 II Ogier, ce dist li rois, en voles vos parler 7 ^^ 

Voles vos envers moi mon traïtor tenser? » ^1 

« Sire, ce dist Reiiaus, da.liaz tiit qui li set. 

Vos n'avez si haut prince, s'il le voloit prover, 

Que ja nefuet vers lui mes gagea présentés. ■ 
18110 11 Par mon chief, dist li rois, je le voirai mostrer, 

n Sire, ce dist Renaua, Des en soit aourés. 

Il est saillis avant, s'a son gage doné : 

a Sire, ves ci mon gage, voiant tôt le barn. 

Que loial me ferai moi et mon parenté. » 
12115 Charles a pris le gage de Rennut l'aduré. 

H Or faites, dist li rois, vos oatages livrer. 

t Volentiers, dist li ber, vos en aures aases. 

u Venes avant, Ogiera et Namea li barbés, 

Estous, li fil Œdon, et Torpin l'ordené. > 
121'20 « Ne vos piégerons mie, diet Names,en non Dé 

Ja lie serons vers Charle nul jor enprisoué ; 

Ains voirons awec vos à Montauban râler. 

Qui ci vos amena, bien vos doit ramener. 

Nos vos feiona aecora à .c. mil baoheleis. » 
12125 " Oliviers de Viane, dist Renaus, çà venes, 

Sire, car me plegies vers Charlon l'aduré; 

Et vos, sire Richara de Ruhem la cite, n 

I Sire, rtolt volentiera, deaor nos iretés. > 
a Sire rois, dist Renaua, avea en vos aasea ' 

12130 Encor en aures plus, se vos le comendes. . 
(I Voire, dist Ydeloris, assas en troveres. » 
> A-sses en ai, dist Charles, car au jor esteres 
Car je vos ferai voir estroitement garder. 
B Sire, ce dist Rollans, par mon cliief noi 

1213^ Ains l'en laires molt bien à Montauban râler. 

II vos a doné plege, tant comme vos voles 
Bien puet prendre ses armes et Baiart autretel 
I Par foi, ee dist Ogiera, o lui m'en weil râler! 



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LES QUATRE FILS AVMON 43 

«Et je," oe dist dus Names etTorpinâ l'ordenés. 
<" Sire roii, dist Reaaua, à moi en entendes. 
Qui sera champions contre luoi au joster? " 
« Par mon chîef, dist II rois, mes cors que ci vaea. 
Je ferai la balaille aoiitre vos en cal pré. » 
" Sire, ce dist Hollans, s'il vos plaist, non feras. 
Âina la fera mes aan, ki ci sui aiirastés. • 
« Sire, oe dist Renaus, et çou soit de par Dé. 
Oliviers de Viaiie, por mon cors remanes, 
Bt vos, sire Richars et Ydelons H bers. i 
« Sire, dist Oliviers, à Dame Deu aies, u 
Adonc monte Elenaus et Aallars 11 bers 
Et Ogiera H Danois et Torpios l'ordenés 
Et 11 rices barnages qui malt faitàloer. 
.III. mile chevaliers en ont o eus menés -, 
Desi à Montauban ne voiront arester. 
Ils descendent k terre sos le pin au degré; 
Encontre vait Guîcharset Richars li mambrés, 
Et Maugis ensement, (|ui moltfuit à amer. 
Il demandent Renaut : « Comment aves erré ? » 
1 Par foi, dist Aallars, nos fusmes malmené. 
Li rois nos flst toâ prendre et à sa part toi-ner. t 
t Que fîst donques Ogiers et Names li barbés ? » 
« Par foi, ce dist Henaus, n'en osaient parler, n 
■ En non Deu, dist Ogiers, si ûs au des&er ; 
Entre moi et Namon que vos ici vees, 
Rendismes son bornage et fusmes deaevré. » 
Celé nuit ont veiilié tant qu'il fu ajorné, 
Que il vont oïr messe au moatier saint Dié. 
Quant messe fu cantée etii mestiers Snés, 
Renaus vesti l'auberc, si a l'elme fermé 
Et a çainte l'espée au senestre costé. 
Et pandi à son ool .i. fort escu bouolé, 



( de Mhkelant est inutile. Nar 



Utt*^^ ** Sic 'IIS. La I. 

»n«a ^^ Le duel dg Renaud el de Roland que l'on a (ci eit une riptiqut 
f^ ^ 'aiid intérêt de lit firemiére rencontre des deux iihevaliert, qui a 
• **»'sau* Rfnaud délivre le rai Yon que Roland menait au gibet, 
■e monastii-e. 



lieu, i 




432 LES QUATRE FILS AYMON 

Et tient entre ses mains .r. fort espié karré. 
A. .11. clos de fin or le confanon fennS, 
Et monta sor Baiart, le bon destrier faé. 
12175 ■ Aallara, dit Renaua, Montauban g:arderaa, 
Et Ricbara et Guichars, li vasal aduré. 
Ogiera venra o moi et Namea li barbé, 
Eatot, li âu8 (Edon et Torpin l'ordené. « 
M 320 « Par foi, dist Aallara, por noiant en parles. 
12180 Awec voa en irons rangié et tût armé. 

Si verrons la bataille, cornent voa le ferea ; 
Se voa aves mestier, à nos reoovrerea. ■ 
I' C'est biens, ce diat Ogiera, se faire le voles, 
Et Maugis remenra por le chastel garder, a 
13185 < Seignor, ce dist Maugis, si soit com dit aves.» ' 
Or s'en torne Renaus garnis et ferarmés. 
Entre lui et ses homes et rangiéa et serréa ; 
Desi à Montfaucon ne finerent d'errer. 
Là. desaendi Renaus desos .i. boa ramé; 
12iyO Sa baniere ficha iiluec enmi le pré , 

Son bon destrier Baiart a îlluec areiné, 
Et Ogiera et ai home sunt iiluec aresté. 
Or dirons de RoUaiit, le chevalier loé; 
Au mostier s'en ala le service escouter; 
12195 Moltfu riche l'ofrande qu'il mist desor l'autel, 
Puis issi de! mostier, quant li prestre ot chanté. 
Si a vestu l'auberc, ai a l'elme fermé 
Et a çaini Durendai au aenestro costé, 
Et monte en Viellantin, son bon clieval loé, 
12200 Etpandi à son col .[. forteacu bouclé. 
Et a pris .i, espié trançant et afllé, 
A. II. clos de fin or le confanon fermé. 
« Biaus niéa, distl'empereres, je vos commantà Dé. 
Qui en la sainte Virge prist incarnalité, 
12205 Qu'il garisse vo cors de mort et d'afoler. s 



12199 rauraisdûiiolei-déjà- 
est Teillantif. 

IzaOl A la prière tTEstoun, Huideloit el Ti. 
Roland qu'il emploierait la lance el non l'épieu 
Ici c'est bien d'iine lutle à mort qu'il s'agit. 



que le destrier, dnn.' le Roland, 



i( ohten-u de 
•lajtgereuse. 



LES QUATRE FILS AYMON 433 

<:< Sire, oe dist HoUans, molt grant tort en aves. 
Kenaus a droit vers vos et vos tort, en non Dé. 
^e ne voldroie mie, por Tor de .x. cités, 

V^ue Renaus me deiist vaintre ne vergonder. » 
•^ ^^ Or s'en torne Rollans sor Viellantin armé, 
Et a brandi la lance, si lait Tespié aler. 
A. sa vois hautement commença à crier: 
c Renaut, li fils Ajmon, où estes vos aies? 
Ëncui aures bataille, aine n'eûstes sa per. » 
Vp'^\5 (( Sire, ce dist Renaus, je sui tos aprestés. » 

Il descendent à terre, s'ont les chevaus çainglés ; 
>lv ^âl Puis remontent molt tost, quant il suntatorné. 
Il brocent les cevaus des espérons dorés ; 
Grans cos se vont doner sor les escus listés. 
V'i220 Desos les boucles d'or les ont frais et troés. 
Et les haubers del dos derous et depanés. 
Li aue sunt croisu et li arcon fausé. 

a 

Les çainglés sunt rompues, s'estendent li poitré ; 

Par en somet la crope del destrier sejorné, 
12225 Chaï Renaus à terre del destrier abrivé, 

Et Rollans se retint a[s] crins qu'il ot noés. 

Le col de son destrier a molt fort acolé. 

Ënçois que Rollans fust es arçons remontés, 

Ot Renaus de Baiart les .11. arçons coubrés ; 
12230 Grans cols se vont doner sor les escus listés. 

Desor la boucle d'or les ont frais et quassés ; 

Li hauberc sunt treslit, li espié amoré. 

Rollans faut à Renaut, ne Ta point adesé, 

Li espiés que il tint, feri enmi le pré ; 
12235 La hante en est brisie et li fers est remés. 

Et Renaus fiert Rollans en Tescu d*or listé. 

Desos la bocle d'or li afrait et troé, 

Et le hauberc del dos rompu et dassafré. 

Son espié li passa dejoste le costé ; 
12240 Mais ne Ta point en char touchié ne adesé. 

Sa hante iest brisie ; li fers i est remés. 

Rollans tint Durendart au poing d'or neelé^ 

12222 Ms. aue. Cf. 7001 et 7iote. 
12226 Ms. al. B as. 

2« 



34 LES QUATHE KiLS AYHON 

EtRenaus trait Froberga de son senestre lé. ■^1:^^ 

Amont, parmi les hiaumes, se sunt graQt oop Ae^^ 
13245 Que lea flors et les pieres en sunt jas avalé, 

Ht le fu et le âamme en font estinceler ; 

L'erbe qui estoit verde, en covint alumer. 

Renaus, liâus A;ymon,aRol]ant apelé: 

* Savea, sire Rollant, que )e vos weil conter ? 
13250 Descendons des destriers, se croire me volas, n 

Bt reapondi Kollans : c Vos aves bien parlé. 

Se perdions nos chevaus, jamais n'aurions tes. ■ 

Et respondi Benaus: a Or aves bien parlé. > 

Lors descendent à terre li vaaal aduré. i 

32i 12255 Renaus tiuthaut Fiobcrge, s'a Rollant regardé, ■ 

Et Rollans Durendart, seure li est aies. 

< Renaut, or somes nos par igal, per à per ; 

Or devomes tant (aire et nod cors eaprover 

Que on par[la]at de uos desi jusqu'à la mer. u 
12260 Qui donc veïat as contes lor cors abandoner, 

Ces vers elmes tranchier, ces escus estroer; 

Plus de .^x. cola se donent, ains qu'il soient sevré. 

Rollans ne puet Renaut .1. seul paa reculer; 

Il li cort sus as bras, si l'a as poins coubré, 
122(15 Et Renaus le reçoit comme vasaus provés. 

Il se âerent et brochent es flans et es coatés; 

Aine li .1. ne pot l'autre blecier ne entamer; 

Ençois poissies estre demie liuee aies 

Que li asaus remaigne des barons natures. 
12270 11 se traient arrière por lor cors reposser; 

Charles jut contre terre, s'a le chief encline, 

2247 J!yi<erbole romanesque. 

iîâO L'auteur renonce à donner une féi.lique du combat (Us deux 
Baux, soit qu'il lui pèse de faire loi t à la réputation du coursier çut 
and monte à Roncevoux, soit qu'il juge plue convenable de taitter 
llantin et Baijard en dehors de la lutte engagée entre le* deux héro* 

'253 B je l"otroie,on non Do. 

Ï257-12259 Ces trois vtrs manquent dans B. Le aenUment gM'ilt 

riment devait dégiiiérer en une /ausse conception de l'honneur et 

•ner au romanesque. — Ms. parosl. 

:271-lli2ï2 Metz en un vers : Clinrlas jut contro tecre, si a Diea 




LES QUATRE FILS AYMON 435 

reclaime Jhesu de sainte majesté : 
Glorieus sire père, por vo sainte bonté, 
O^rarissies moi Rollant de mort et d'afoler, 
a trametes tel si^ne qu'il soient de^evré* » 
lEnsement fait Guichars et Aallars li ber, 
lËt Richars li vaillans qui molt fait à loer : 
JN*est mie de merveille se il sunt esgaré. 
^ Sire Dex^ dist Guichars, no frère nos rendes; 
^ar se nos le perdons, trop serons mal mené. > 
Tel vertu i ôst Dex por Renaut Taduré 
Et por Charle de France, le fort roi coroné : 
Une niule leva qui espant par le pré. 
L'uns ne pot veoir [l'autre], tant i ot oscurté. 
Ëntrequerant se vont contre val par le pré. 
« Renaut, ce dist RoUans, où iestes vos aie ? 
Ou il est anuitié ou ie sui enchanté. 
Yeus tu te mais combatre ? conte moi ton pensé. » 
t Sire, ce dist Renaus, tôt à vo volenté. » 
c Renaut, ce dist Rollans, fai moi une bonté, 
Et je la ferai toi, ensi me vient à gré. » 
ç^ « Par foi, ce dist Renaus, ves m'ent tôt apresté; 

^'^ Mais que salve m'onor, raison me requeres. » 

c Queres nos .11. chevaus, dist Rollans Tadurés; 
'V^^^^S Se vos à Montauban m'en poïes mener, 

Awec vos m'en iroie volentiers et de gré. 

i^^ ^-12275 A par la votre bonté, Qui en la sainte Virge preïs huma- 
,.^^ tardez que ciz dui contez n'i soient atlblez Ou tramettez tel signe 
i*^ i^V ^^ient dessevré. Me/z : gloriox sire pères, qui me fesistes né, Gar- 
^»a,^\^^ naon neveu de mort et d'afoler, Ou. 

<^.^^84 L veoir tant. Vque li uns ne vit l'autre, tele fu Toscurtez. B 
e ^ ^^ ^® vit l'autre tele nue est levé. Metz comme B. 
^5.^279, 12280, 12283 Metz maiigue. 

^2285 Metz manque, 12287 ou Jo ne voi mais cler. 12'Î89 et buite : Par 
^^j, ce dist Renaus, Jo ne vos sai trover. Renaus, ce dist Rollans, en mon 
^t^er ai pensé Que Dex a hui cest tans por nos .11. anublé. Ce est sene- 
^ance de bien et d'amisté. Renaus, or te ferai une large bonté: Avec toi 
ijj*en irai dedens ta fermeté, Tôt droit à Montauban, se mener m'en 
yoles. Et serai avec vos par bone volonté Entresc' à icele ore que seres 
0Cordé. Sire, ce dit Renaus, se faire le voles. Cil sire le vos [rende] qui 
en croi fu penés. La neule départi. 
12293 Mot chevaleresque. 



13330 
M 324 



LKS gUATBK FILS AYMON 

Si me garderas tant que seres accordés 

Certes, que j'ai de vos merveilleu^s pité. 

s Sire, ce dist Renaun, Dex vos en sache gré.i 

Laniule se départ, si revint la clarté. 

Rollans preat Yiellantin par le caufrain doré, 

Renaua li tint l'estrier et Rollans est montés; 

Fuis en vint â. Baiart, sautes arçons dorés. 

Aalars et Guichars i sunt poignant aléj 

Charles ct'ie à ses homes : «Franc chevalier, vaes. 

Ne sai quel plait ont fait, il l'en wellent mener. 

Or i parra, baron, coiamant le secorres. > 

Et li François desrengent, laisent chevaus aler. 

Ogiera ii bons Danois a Renaut apelé : 

Sit-e, por amor Deu, devant vos en aies; 

Car vos ieates forment traveilliéa et penéa. b 

t Par foi, ce dist Benaus, je n'ai mie de mel . 

Molt m'a fait hui cest jor Rollans grande bonté , 

Que owei; moi s'en vient et trestot par aon gré. n 

« Sire, ce dist Ogiers, .v.c. mercis de Dé; 

Mais metes vos devant ovec voatie barné 

Vas ci l'empereor oii il vient molt ir^s. 

Entre moi et [Estout] etTorpin l'ordené, 

Remenromes derrière por le fais endurer. 

CLascuns lia le sien ea l'ester craventer, » 

H Par mon chief, dist Renaus, vos pies n'i porteres 

CarCliarles est forment correciés et irés 

Por RoUant son neveu qui à nos s'est lorués. 

Mais pansons que soions à Montauban râlé, u 

«Sire, ce dist Rollans, molt avea bien parlé.» 

" Par foi, ce dist Ogiers, à vostre volenté. » 

Lors brochent les chevaus, si sunt acheminé. 

Et Charles les encbauce qui les a escriéa, 

Et François oveo lui, dont il i ot asaes. 

Et cil s'en vont devant, nés ont mie doutés; 

A. Montauban en vieuent encontre l'avesprer. 



12318 L 0^'ioi-. .Mais c'en lui qui ptuh. B Ealout que fo: 
.tr.tpUslm.. 

iïiiA A Qui peH co que il ojmmc, il en est piua deavéa. 



LES QUATRE FILS AYMON 437 

'n lor œvre la porte, s'ont le pont avalé ; 

Grpant joie font laians, quant furent retorné, 

P^ar toutes les yglisses furent H saint soné ; 

\23^^ Et Maugis cort RoUant baisier et acoler, 

"Et la gentil duchoise, qui tant ot le vis cler, 

Celé par a tel joie, c'on ne le puet conter. 

a Sire, ce dist la dame, estes vos délivrés ? » 

« Oïl voir, dist Renaus, la merci Damledé.» 

12340 Se RoUans fu servi, ne Testuet demander. 

De son chief li deslaceutson vert elme >emé. 

Puis li sachent del dos son blano haubert safré. 

Durendart li desçaignent qui iert à son costé. 

Yiellantin son cheval ont molt bien establé. 
12345 Sor une kuite pointe d'un vert paile roé, 

Là ont asis RoUant doucement et souef. 

Renaus et Aallars sunt avec lui josté^ 

Names, Torpins, Ogiers et Estons li manbrés. 

lUuec ont à Rollant molt bêlement parlé : 
12350 (1 Sire, soies haitiés, ne vos desconfortes. » 

« Non fas je, dist Rollans, je n'ai mie de mel. 

Mais por Charlon, mon honcle, sui .i. petit troblés ; 

Car bien sai que por moi est durement irés. » 

Atant es vos Charlon ki bien estoit armés ; 
12355 Sor le pont en monta, qui n'estoit pas levés. 

En la porte feri de Tespié noielé : 

« Où iestes vos, Renaut ? venes à moi parler. 

Aves en vos Rollant par traïson mené ? 

Par mon chief, por noiant s'est laiens enserrés ; 
12360 Ja tant come je vive, ne seres acordés. » 

Il apele Olivier et Ydelon le ber, 

Richart de Normendie, ses a araisoné : 

« Seignor, vos iestes plege, n'iestes pas acuité, 

Car Renaus a vers moi par traïson ovré. 
12365 Rollans s'est laisiés prendre, jel sai de vérité. » 

a Sire, ce dist Richars, bien poes amender. 

Volentiers en ferons l'esgart des .xn. pers. » 

« N'en covient pas, dist Charles, grant jugement 

[mener. 



438 LES QUATRE FILS AYMON 

M 325 Oui prent à meschaïr, fort est à relever. 
12370 Oliviers de Viane, Ydelon, ça venes ; 

G-ondebuef de Vendueil, ne vos aseûres. 

Si me faites molt tost toute m'ost destraver. 

Et lor faites chargier et paveillons et très. 

YiengDent à Montauban, tele est ma volenté. 
12375 De plus près lor voirai la guerre démener. 

Chascun jor lor ferai novel asaut livrer. » 

« Sire, dist Ydelons, s'il vos plaist, or oes. 

Alons nos ent arriéres as loges et as très, 

Et vos vendres o nos, qui miex les destraindres. 
12380 Plus feront il por vos que por nos, ce saves. » 

« Sire, ce dist Richars, il vos dist vérité. 

Venes ent ovec nos, si serons plus douté. » 

« Par foi, dist Tempereres, je le ferai irés. 

Ne porroie dire home com je sui abosmés. 
12385 Qui me portera mais ne foi ne loialté, 

Quant Rollans, li miens niés, m'a ore ci fausè ? » 

A iceste parole sunt arrière torné 

Et trespassent les terres et les amples reignés. 

Des! à Monbandel ne se sunt aresté. 
12390 Charles vint à sa tante dont il estoit tornés, 

Et a tous ses barons uns et uns demendés. 

Et il iestre venu, sor les chevaus monté. 

« Sire, dient François, où est Rollans remeis ? » 

« Par foi, dist l^empereres, Renaus Ten a mené. 
12395 Si Ta à Montauban là dedans enserré ; 

Mais je vos pri, por Deu, issi com vos m'ames. 

Que vos faites destendre et paveillons et très. 

Si irons Montauban plus près avironer. 

Chascun jor lor ferai novel asaut livrer. 
12400 Oliviers de Viane, Toriflambe portes. 

Richars de Normendie, avec Tost en ires; 

Si guieres ma gent, je vos en pri, por Dé. 

Je sui molt durement correceus et irés 

Por Rollant, mon neveu, qui ensi m'a fausè. » 

12369 Charles a raison en droite tnaù le miracle lui donne tort, 
12384 L pourroie dire à home. Le vers est faux. 



LES QUATRE FILS AYMON 439 

^■^ ^ « Sire, dieut François, ne vos desconfortes. "» 
Qui donc veïst destandre et paveillons et très, 
M 3*^ ^(^ Qgg rices aucubes et chargier et trosser. 
Vienent à Balençon, si sunt oltre passé. 
Et passent Montfaucon, si sunt acheminé. 
12410 Molt par fu grans li os, quant il fu asemblé. 
Desi à Montauban ne volrent arester. 
Charles a veû Testre, si fait tendre son tré, 
Et li rices barnages environ et en le. 
Les gaites s'aperçoivent des murs de la cité, 
12415 Et oient les chevaus henir et braidoner, 

Ces haubercs, ces escus et ces helmes soner, 
La noise qui fu grans tôt entor le reine. 
Il vienent à Maugis et si li ont conté : 
« Dormes vos, biaus dous sire ? errament vos levés. 
12420 Là fors a molt grant jant, se tandent là lor très. 
Je cuit que cou est Charles et il et ses barnés, 
Ki nos vient aseoir por no vivre gaster. » 
Et quant Maugis Toi, si s'est del lit levés ; 
Uns eschapins chauciés, .i. mentel afublé, 
12425 Venus en estas murs, si a Tost esgardé, 

Et puis a dit as gaites : « Or panses del huer. 
Si vos tenes tôt coi, n'i ait trait ne rué. » 
Et cil li respondirent : « Volentiers et de gré. » 
Et Maugis li cortois est à Kenaut aies ; 
12430 Bêlement li escrie : « Vieilles vos ou dormes ? » 
« Naie, ce dist Renaus, ains pansoie totel. 
Estes vos cou, Maugis? dites que vos voles. » 
< Sire, ce dist Maugis, par foi, vos ne saves. 
Charles a mis les gaites environ no régné. 
12435 Je vieng de Teschargaite où je Tai esgardé. 
Irons nos asaillir as loges et as très ? » 
« Nenil, ce dist Renaus, tôt cou laisies [ester], 
Por amor de Reliant, son neveu et son per. » 

12407 L tresser. <— A partir du milieu de la colonne qui commence à 
ce »tfr8(P 35, verso A), écriture et orthographe chanf/ent ua peu. 
Notez le z à la fin des mots. 

12415 B henir et braudullier. 

12437 L estre. 



440 LES QUATRE FILS AYMON 

<<. Sire, ce dist Mnugis, si con vos comandes. » 
12440 Et Renaus est del lit isnellement levés, 

Isnellement et tost et vestus et parés. 

Venus est à Reliant, à son lit où il ert. 

Tantost com il le voit, si Ten a apelé. 

« Sire, ce dist Renaus, velliez vos ou dormes ? » 
M 327 12445 « Nenil, ce distRollans, dites moi vo pensé. » 

(( Par foi, ce dist Renaus^ jel vos dirai asses ; 

Charlemaignes, vostre oncle, s'est ici ati*avés. 

Montalban a assis environ et en lés. 

Ne fust por vostre amor, g'i fusse ja aies. » 
12450 « Sire, ce dist RoUans, se vos plaist, non feres. 

Charles est molt dolans por moi et aïrés. » 

« Et que ferons nos donc ? » ce dist Renaus li ber. 

« Par foi, ce dist Rollans, jel vos dirai asses. 

Je lèverai del lit où je ai reposé, 
12455 S'iron veïr les loges del mur de la ferté. » 

a Par foi, ce dist Renaus, je l'otroi et sel gré. » 

Li jors est esbaudiz et li soleus levés; 

Li conte se levèrent, vestu sunt et paré; 

Main à main s'entretienent, au mur s'en sunt aie. 
12460 Qui donc veïst Renaut as aleoirz monter, 

Et Aallart son frère et Gruichart Talosé ! 

Dist Richarsli vaillanz : « Renaut, quel le feres ? 

Car vestons les hauberz, alons nos adouber. 

Si alons assaillir as loges et as très. 
12465 Quant si près sunt venu, bien doivent comparer. » 

(( Richart, ce dist Renaus, tôt ce laissiez ester. 

Nos en ferons Reliant tote sa volonté. » 

Quant li mangiers fu près, si font Fève corner. 

.1111. cors à haut ton font el palais soner, 
12470 .X. grailes menuiers por la gent aiiner, 

Et François les entendent des loges et des trez. 

(( Baron, ce dist li rois, nos somes encanté. » 

< Voire, ce dist Torpins, bien sunt aseiiré. 

Cascun jor perdons nos, rien n'avons conquesté. » 
12475 Galeran de Bullon a Charles apelé : 

12440 Isnellement répété au v. suivant. On en trouvera un autre 
exemple. 



LES QUATRE FILS / 

* Vos garderes mes log«É 



441 



ui<3i hernoia et mes très ; 
S'aserroDS au maDgier et vos nos garderez 
Les portes del castel à .iiii.u. arajés, 
iia'il ne vioni^nent aoc nos poigivm'., parmi ias prda. » 

l';480 (I Sire, dîst Galerans, si corn vos commandez, n 
Renaus sisl au mangier et Aallai't li bars ; 
Joste lui siat BoiUtis qu'il tient en graat oierté. 

M 338 Sire QÎés l'empei'ere, disl Renaua, entendez. 
Ne fnat por vostre amor, nos aliaienz as trea. » 

12485 H Sire, ce dîjt Rollans, tôt ce laiiiaiez aster. 

Jamais Charles de France nul jor ii'ert confortés. 

Dus Name, dist Rollans, vos i covient aler. 

Entre vos et Ogier et Torpin Tordené ; 

Et dires à mon oncle, Cliariemaigne au vis cler, 

Encor me tient Renaus çaienz en grant cierté, 

Que il ne m'a en fera ne en buie enserré ; 

Maia se il se voloit paler et acorder, 

Renaus se renderoit et Allars li ber ; 

Si seroient si bonne et plevi et juré ; 

Montalban li rendroient, la maistre fermeté. 

<• Ne aai, dist li dus Names, se oserons aler. •> 

« Oïl, dist Aallara, ne mie ne vos het. n 

Cil montent es chevax, si sunt aceminé. 

Il sunt issu des portes, s'ont le pont avalé. 

Chartea aiat au mengier et ses rices barnés. 

Atant es vos les contes (^ui laienz suât euti'é. 

Et saluent le roi com ja oïr porrez : 

« Dame Dax, noatre sire, qui aiet an maïsté. 

Sauve l'ampereor qui France doit garder, 

De par Hollaat la eoate, qui molt fait à loer, 

11 vos mande, biax sire, ja ne vos ert celé, 

Renaus l'a là dadens encor moU bien gardé. 

Encor vos mande aaorde, se faire la volez; 

Montalbao vos rendra et vostre aigle doré, 

Et trestote lor terre et lor grant ireto, 

Et Reliant vo neveu et nos cuite clamé. » 

t Name, dist Cliarlemaignea, voidiez me toat mon tré. 

Vos fustes molt hardis qu'en oaastea parler. 

Ja ne seront à moi paie ae aoorde, 



442 LES QUATRE FILS AYMON 

12515 Se je n'en ai Maugis devers ma part torné ; 
Et se il le me rendent, bien soient acordé. » 
Et li conte s'en tornent, [sens congié demander] ; 
Yienent à Montalban, iaiens s'en sunt entré. 
Encontre vait Rollans et Renaus li senez, 

12520 Et demandent duc Name : « Que aves vos trové ? o 

M 329 « Sire, ce dist dus Names, orguel et crueté. 
Ja ne seroiz à lui paie ne acordé, 
Se Maugis, vo cosin, en âef ne li rendez. » 
c Par foi, ce dist Renaus, on n'en doit plus parler. 

12525 Pleuist à cel segnor qui en crois fu penés. 

Que Charles fust caiens avœc nos enserrés. » 
Forment sunt li baron là dedens démené ; 
Or ont tant atendu que il fu avespré ; 
Maugis servi le nuit de vin et de claré. 

12J30 Quant il orent mangié, les napes font oster. 
« Renaut, ce dist Maugis, aies vos reposer. 
Et je irai Charlon ainz mienuit enbler. » 
Et li lit furent fait, tôt se vont reposer. 
(( Maugis, ce dist Renaus, de cest castel penses. » 

12535 « Sire, ce dist Maugis, volentiers et de gré. 
Dormez seiirement, il sera bien gardé, 
Et je irai Charlon ainz mienuit enbler. » 
Quant Maugis dut aler dormir et reposer, 
[Quant vint à mienuit, que tout est asserés], 

1:^540 Venus est à Testable, s'a Baiart ensielé; 

Estroitement le cengle, s'a le poitral fermé. 
Venus est au portier, si l'en a apelé : 
< Diva, œvre la porte, lai moi là fors aler. 
Tu auras mon mantel, quand j'ere re torné. » 



12517 Sic A C. L s'ont congié demandé. 

12523 B enfin ne li rendez que Miche lant préfère à en fief. — Le reste 
de sa note s'applique au vers 12537, mais le chiffre du v. a été omis. 

12532 Ce vers est répète plus ban. Iciy je le supprimerai volontiers^ car 
Maugis parle devant les barons; mais ce n'est pas une raison suffi- 
sante pour altérer le texte. De même je le maintiens au v. 12537. 

12539 Pris de M; manque à L. Michelant le prend de B où il y a 
enseré. 

12540 B M enselé. 



LES QUATRE FILS AYMON 443 

125 i5 Cil li œvre la porte, et sel commande à Dé. 

Et Maugis s*en torna, si vint au maistre tré. 

Il comence son carme ; ses a si encantez 

Qu'il ne desisent mot por les membres coper. 

Maugis vint à Charlon, droit au lit où il ert ; 
12550 A son col Tencarja, o lui l'en a porté. 

Charles ne pot parler ne .i. sol mot soner. 

Maugis vint à Baiart, es archons Ta posé ; 

Puis est saillis derrière, atant s'en est torné*. 

Venus est à la sale, s'avale^les degrés. 
12555 En .i. lit cordeïs colca Charlon soef ; 

Devant lui aluma .i. grant cierge enbrasé ; 

Molt a le roi de France servi et honoré. 

Et Maugis s'en torna, en la cambre est entré ; 

Venus est à Renaut, si l'en a apelé : 
M 330 12560 « Dites, sire Renaut, veillez vos ou dormes ? » 

« Nenil* ce dist Renaus, Maugis et donc venes ?» 

« Sire, ce dist Maugis, ja n'orres vérité. 

Que li donries vos, Renaut, par amisté, 

Qui vos rendroit Charlon, le fort roi coroné ?» 
12505 « Par foi, ce dist Renaus, ne sauroit demander 

Que je ne li douasse volontiers et de gré. » 

« Par foi, ce dist Maugis, donc le m'aôeres, 

Que vos ne tôt vo frères ja mal ne li feres. » 

il vœllent ou non, ior a fait afler ; 
12570 Tot.iiii. [en a] les contes enz el palais menez; 

Puis Ior mostre Charlon qui se dormoit soef. 



12553 M Puis en vint ou pales, si monte les degrés, 

En une bêle chambre, en un bel lit parés. 
Iluec coucha le roi bêlement et soués. 

12570 L Toz .1111. les contes. B Tout .iiii. en sunt li frère aveuc Mau- 
gis aie. Michelant a bien corrigé en a d'après C, non d'après B. — 
Voici comment ce passage est conservé dans le ms, de Venise : 

Maugis vint à Renaut, si l'a areisonez. 
Que doriez celui, dist Maugis li faez. 
Qui vos rendroit Karlon le fort roi coronez? 
Par foi; ce dist Renaus, ne sauroit demander 
5 Que je ne li donnasse voluntiers et de grez. 
Par foi, ce dist Maugis, e vos m'afierez 



44^1 LES QUATHB FILS AYMON 

a ReiliLut, où eates vos ? dist Maugis, çà veni 

Vez ci le roi de France qui tant vos & pâiiâs. 

(I Coain, ce dist Renaus, Dex an soit aorés. 
12575 Onques li vos parauB ne fu el mont trovéa.» 

V Seignor, ce diat Maugia, or pensez del gardepfl 

Car il esthuimais tans, saçois, ^le reposer. 

a Sire, ce dist Renaus, or ave* bien parlé. 

Or s'en torna Maugis, s'avala les liegrés. 
12580 Venus est à l'ustable, s'a Baiart deaselé ; 

A Jhesu le commande, si commence à plorer; i 

Huis a pria une eacerpe et ,i, bordon ferré ; 

Une borguine cape a Maugis afubié. 

11 ne volt pas que Cbarles soit vers lui atrés. 
125^5 Venus est au portier, si li dona asses. 

Puis aciut son cbemin, si commence à esrer. 

Quant Renaus le saura, molt en ert trespensés, 
M 'àM Or cevauce Maugia, si aquiautson voiage. 

Que TOi ne loi vos frères ja mal ne li ferei. 

Puis le mena à Karle, s'a ReaauL apeliez. 

Veezici le rais, le geald coroneî. 
10 Or pBQsez entra tos q;ue il sait liieu carriez. 

Msu^'is vint s l'astable, s'a Balarb eatablez, 

A Dieu le commanda, si a des oli plorei. 

Puie & pris une eaclepe et son lioriion ferez. 

Il ne Tult pua que Kïries l'ust à lui alrez. 
15 Venuz est su portier, del suen li a donnez, 

Puis aqueut un sentier, si s'est acheminez. 

Qant Renaus ie saura, aia ieK en tel pensez 

Que il nel rousist mie por .xiiit. dtez. 
L'on pcul tuppater que le poème s'arrêtait d'aàard ici fjai- la réean- 
ciliatian, de O'i'irlei! el dgs Fils Aj/tion ; Utiuf/ia disiiarail de L'action el 
tout semble aussi bUn préparé qu'à la fin dn siège de Trémoif/ne pour 
amener une ennrUe entre Itenaad el le roi. L'influence de Holund, de 
Naymnn,de Tarpin e>. d'Ogie! , mpuiivail trouver lies eireonslance» phi» 
favovabltu. Mats le problème est plus complexe qu'il ne païuU tout 
d'abord. 

12588 La pnmiirc leltrr ett une letlrc CTiiic de 7 l'gnea de hait. — La 
version J3 C V suit à partir d'ici wae loarche at*a'ume"J indi'pet\daiile : 
fin (lu siège de Alontaubaa, aiège de Treoioigue, pèlecinaigB el tetour de 
Reodud, duel des Bis de Keuaud a,vea Ipb RU de l''ouqueB de Morillon, 
sont eonlét tout aulri ment que dam la verHon U La eoneordanee pour B C 




LES QUATRE FILS AYMON 445 

Laissiet a iMontauban et trestulit son lignage. 
J2590 II a tantcevauoié par plain et par boscage, 

^^X^rBrid à la légende religieuse de la fin, avec des particularités notables pour 

^-*- ^ttant à \, U est incomplet à partir de Vendioit du pèlerinage où les 

^^^^^i-iens savent gui est Renavd et lui offrent leur hommage» La version 

-^ ^H* ( Arsenal, Peter-House) est conforme à la version B C V pour la part 

W^^^ cf.^na notre texte va du v. 12600 au v. 13097 ; puis elle concorde jusqu'à 

^*^ yï-yi- avec L, sauf les lacunes et variantes habituelles et en ce qui con- 

A, une rédaction (127 vers) de la fin du poème qu'ont suivie nos édi- 

en prose. Le corps de Renaud s'arrête à Ceoigne. P. offre une lacune 

^érable, en raison de la perte de huit feuillets (1280 vers) répondant 

V édition Michelant à p. 347, 18 — 383, 33 ; famine à Montauban, 

i.don de la place, partie du siège de Trémoigne(ici, 13209-14660). Les 

"^ets feuillets de P sont en très mauvais état, 

9 bien qu'il abrège et omette, continue à concorder passablement jusqu'au 
Knenoement du pèlerinage, suit dès lors une voie propre, et d'ailleurs 
-^icomplet. 

«tz, fie même famille que M, bien que faisant çà et là de courts emprunts 
» mais exempt du défaut d'abréger sans raison, s'arrête malheureusement 
•sitôt après la description de Terraitage de Maugis, au vers 12607 
otre texte. Il est regrettable que Michlant n'ait pas utilisé ce ms. pour 
^irtie si importante qui lui est commune avec L, la narration à par- 
os Ardennes ; et que moi-mime je n'aie pu en profiter que trop tard et 
peu. 
partie commune d B (î V e/ A P comprend dans H de f, 77, verso H, 
dirons de Charlon, pi lairons de Maugis {texte de A) jusqu'au /® 84, 
^^^^^^ A, où CharJes promet à Roland de lui donner Audain en mariage 
^ ^^^^aUque je retrouve dans le ms. de Venise, mais non dans A P) environ 
^^-^K) vers. A, par suite de sa manie d'abréger et de supprimer, donne 
'*^'^^-iewien< 643 vers (/« 68, verso A — /» 73 recto A). — A, si mutilé qu'il 
'^^^t f^''^^l parfois de compléter B. Ainsi B, /" 82, recto B, omet trois vers 
commencement d'une laisse. On les trouve dans A, Roland et ses amis 
Citent Montauban : Texte di A ; 

Or est montez Rolans et tout ci compaignonz, 
Et Renausles convoie et Aalars li baronz 
Et Guichars, mais Richars, saichiez, ne s'en mut on[c], 
Ains jura Damedieu qui vint à passion, 
Se Regnaut s'en repant, n'an dooroit .i. bouton. 
^ commence la laisse par: Et jure Damediu. 

yoici le début de celte partie du poème dans la vernon B C Y. La 
isse commence bien comme dans L. 

Or chevauche Maugis, s'acueilie son voiage ; 
Mais il regrette fort s*es parents pour gui il eut inquiet. Texte de B : 
Car tel duel ai de vous, à poi [que je n'Jesrage ; 






446 LES QUATRE FILS AYMON 

Venus est à Dordone^ tôt droit à .i. passage. 
Iluec passa lu bié en une [lée] barge, 
Puis remonta Maugis d'autre part le rivage. 
Si s'en va Tembleure [pensant sor son aufage] 
12595 Apres antre en .i. bois, [contreval le rivage] 

Mais pour paour del roy, n'i os faire arestage. 
Venus est à Dordonne, iluec passa à nage, 
Et quant il fu delà, si dist en son corage : 
5 El bos de Vauprofonde penrai mon herbegage, 
Pour l'amour Diu vivrai des rachinez sauvagez. 
Par bos irai paissant comme beste sauvage 
Eiisi disoit Maugis qui tant ot vasselage. 
Des larmes de son cuer arouse son visage. 
10 Ensi s'«n va Maugis, seigneur, que je vous di, 
Ains ne fina d'esrer de-ssi à miedi. 
Dame Diu réclama qui onquez ne menti, 
Qu'il ait merchi de s'ame quant li cors ert fenis. 
El bos de Vauprofonde s'en va li frans marchis, 
15 Jusqu'en miliu du bos ne s'aresta Maugis. 
Là [trouve .i. hermitage] qui moult li abeli, 
C'Antiaumez, .i. hermitez, avoit jadis basti ; 
Trespassés fu du siècle, si Tavoit relenqui, 
Et Jhesus, nostrez perez, l'ama et recueilli 
20 .Et .S. Pierrez, l'apostre, la porte li ouvri. 
En l'hermitage en entre li vaillans Amaugis 
Et descent du cheval qui estoit de grant pris. 
Ilueques s'en tourna que puis ne s'en parti 
Devant que sez péchiez ot tous espeneis 
25 Et que Jhesus de glore le tint moult à ami. 
Là vesqui de rachinez ainsi que je vous di, 
Puis l'ama nostrez Sirez durement et chieri. 
Or dirons de Kallon, si [lairons] de Maugis. 
Quand Diu plaira et vou5, bien sarai revenir. 
30 A Montauban fu KUez, el palais seignori. 
En un lit fu couchiez, souef s'i endormi ; 
En son tref cuidoit estre, mais il y a failli. 
Collation 'partlelh avec V : 15 V Droit enmi une lande s'aresta An 
gis. 16 B trouva .i. hermite V Là trove hermitage tel come plet à 
18 V Trespassé ert del monde, l'oslel at déguerpi. 19 V Damledex ne 
père la soue ame saisi. 24-25 V Desique ses pechies aura espeneï Et 
Diex nostre père aura de lui merci. 27 V iVlais Damledex li père a l 
li rendi. 28 V Or oiez de Karlon, si lairon de Maugis. B répète dir 
12592 Metz : li biés, lée. A a un vers : Que il vint à Dordonn 
passe à une barge L. 

12594 Sic Metz. L contreval le rivaige. 

12595 Sic Metz. L pansant sor son aufage. 



LES QUATRE FILS AYMON 447 

Jusqu'à none chevauce [très parmi] le boscaige ; 
Lors a gardé sor destre, vit .i. viez hermitage, 
De desor une roce ki fu del lanz d*aaige. 
Par devant ot un [pré] et terre gaaignage. 
J2600 Droit au pié de la porte, par devers le paraige, 
Sort une fontenele au pié d'une calage. 
Maugis va celé part, si entra el manage ; 
[La oaaison a cherquié] ki ot petit corsage. 
Puis vint en la capele sanz faire long estago . 

12605 Quant n'i trova nului, dont dist en son corage 
Que iluec penrail des or son herbergage, 
Dame Deu servira [en très tôt son aage] ; 
Si vivra de racines et d'autre herbe salvagt^, 
Proiera por Renaut o le fier vaselage, 

12610 Charles en ait merci, [qu'il rai t son héritage]. 
Or lairons de Maugis qui est en Termitage 
Et dirons de Renaut ki a grant vasselage 
De ce qu'il a le roi o lui en son manage. 



't' ^596 Sic Metz. L contre vaL 
:Î.S598 Metz : De delés. APardelés. 
X '2599 Sic A M Met%. L pont. 

A^60î Metz : Ot une fontenelle à un petit rivage. A en u?i vers : Une 
ir». taine avoit les la porte maraige. 
"X ^tôiïZ Metz : vait, si entre enz el maisnage. 

1 ^603 Sic Metz. L II entre en la maison. A résume sans rime : La 
Si. îson a trové petite et la chapelle. 

'3. 2604 Metz : qui ert et povreet gaste. 

"A 2605 Metz : si dist. A ce dit. 

3, 2607 Sic Metz A. L ce li vient au coraige {réfiéfé du vers 12605). 

:1>2610 Sic M. L répète o le lier vasselage. A deux vei^s : Por Richart 
b Cluichart et Aalart le sage Que Charles lor randit encor lor eritaige. 

{A suivre) F. Castktjj 



CIIANÏS DE TRAVAIL 



MÉTIERS, CRIS DES RUES 



[Suite) 



IV 



LA VENDANGE 



I. — La Vendemia 



Allegretto 



ii 



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:B; 



P=M. 



[)—[) — U 



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sa - zfiu dai ra - zim. Cou-men-cen 



Ai - ci la sa - zou de l'au - tou - na, Ai - ci la 



'A— 



à nous mètre en 



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ti'in, A pre-pa - rà nos-tra be - zou — gna. Ai vi nou- 



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vel le eau un boun vais - sel, Cal pas qu'a -cô fa-gue ver- 



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gou - gna ; Nous cal croum - pà ea - ne - la, ca - ne- 



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lou, Pèr es - Ire - ma nos - tre vi 



bou. 



CHANTS DE TRAVAIL 449 

1) Aici la sazou de Tautouna, 
Aioi la sazou dai razim. 
Coumencen à nous mètre en trio, 
A prépara nostra bezougna* 

Ai vi nouvel 
lé eau un boun vaissel, 
Cal pas qu'acô fague vergougna ; 
Nous cal croumpà canèla, canelou, 
Pèr estremà nostre vi bou. 

2) Quan la vendemia es venguda, 
Cau remassà fossa paniè ; 

En travalhant d'aquel mestiè 
Ac6 *s una bona abituda. 
Filhos, garsous, 
Ornes, fennas e viels, 
Prenen de bats e de cournudas 
Pôr mètre azos, saumas, miols e chivals, 
Pèr pourtà la frucha ai tinau. 

3) Quan la vendemia es ûnida, 
Meten lou razim ai destrech ; 
Ara, béuren quauque chiquet 
D'aquel boun vi que ren la vida. 

Quanta plazl (i) 
De lou veire sourti, 
Aquel boun jus qu*es din la tina (2), 
Ne sioi charmât de lou veire coula 
Din lou veire, pèr lou tastà. 

4) En lou beguen, moun camarada, 
Aquel boun vi delicious, 

léu lou trobe tant à moun goust, 
N'en béuriei touta la journada. 
Vouja de vi 
A plen veire, vezi, 



< ) ï^dr» : Nous fai plazi 
* • • • . que ren la vigna, 



29 



CHANTS DE TRAVAIL 

La boutelha es p&t 



Tant QUI 
N'en cai 




La Vbndangb. 

la saiaon (iu raîsîi 



î eacoulada; 

ne nous fague pas mau, 
.u béure couma de traus (1). 
Mme DusaoL, Sl-André-de-Sangonis fHôrault). 

1) Voici la aaiaon de l'automne, — voici 
— Commençons à nous mettre en train, 
parer ae travail, — Au vin nouveau — il faut un 
I, — il faut que tout soit bien en ordre ; — il faut 
nets grands et petits, — - pour enfermer notre bon 



acheter 
vin. 

2) Quand la vendange est prête, — il faut de nombreux 
paniers; — en travaillant à ce métier, — c'est une bonne 
habitude, — Filles, garçons, — hommes, femmes et vieillards, 

— prenons des bâts et des cornues (de bois) — pour mettre 
aux ânes, ânesses, mulets et chevaux — pour porter ie fruit 
au foudre, 

3) Quand la vendange est finie, — nona mettons le raisin 
au pressoir; — è. présent, nous boirons quelques petits coups ^ 

— de ce bon vin qui rend la vie. — Quel plaiair — de le^ 
voir sortir, — ce bon jus qui est dans le fondre, — je sui^ 
charmé de le voir couler — dans le verre pour le goûter. 

4) En le buvant, mon camarade, — ce bon vin délicieux, 

je le trouve tant à mou goûr, — [que] j'en boirais toute le j 
journée. — Verse du vin — à plein verre, voisin, — la bou _a 
teille n'est pas écoulée ; — tant que nous verrons qu'il n ^ 
nous fait pas mal, — il en faut boire comme des trous. 



II. — Li RAPUOAinG 



l^^l^i^!!^ 



Un di-meii-cliB — dùu bon - 



gi^fE^igpi^ g^f^ -i 







[■-Chà.tiint ca — 



Lou gar - da vi- ^s n 



1) 



Un dimanche dôu bon matin 

Sian an& i rapuga, 
Ai tant marcha, tant caminik, 

Creaiei de faire fourtuna 
Ai tant marcha, tant caminà, 
Lou garda-vigna nous a arrapà. 



Se noua an près, nous an mei 

Au mestre de la vigna. 
Lon mestre de la vigna a di : 



a aouquina ; 
S'ac6 vous torna un autre an 
Vous veirès toutes metre au carcan 



3) Qi 



^^pLes Grappilleurs.^ 1) Un dimanche, de grund matin, — 

^^Oub sommes allés grappiilar,— j'ai tant marché, tant cheminé, 

'~~~- je croj'aia de faire fortune (une bonne récolte) . — J'ai tant 

*^arché, tant cheminé, — le garde-vignes nous a arrêtés. 

2) On noua a pris, on nous a amenés — au maître de la 



n aguea, ou que n agues pas 

Fau pagà, Il clareta. 
Li clareta e li marouquin 

Tenou la boucafresquosta, 
Li clareta e li marouquin 
Tenou la bouca dou souar au matin. 

M. Da[ 






laître de 



'^oquiiis ; — si vous recommencez ' 
■iKfArrei mettre en prison. 

9) Qae TOUS ayez (de l'argent) ou 



, dit : - 



Vous êtes des 



452 



CHANTS DE TRAVAIL 



— il faut payer les claireltes. — Les clairettes (1) et les maro- 
quins rrifraîchissent la bouche. — Les clairettes et les maro- 
quins tiennent la bouche fraîche du soir au matin. 



LA RÉCOLTE DES CHATAIGNES 

Moderato 




^ES 



^^ 



3 



îs? 



f 



nas vous cou 



châ, fil 



he - tes, 




Que de - man vous le - va - rés; Pren-drès vos - toi 



"fe 



'^m 



1^ 



P=P: 



ber - tou - le - tos, N'a - na - rès au cas - ta - net. 

Anas vous coucha, filhetos, 
Que deman vou levarés ; 
Prendrés vostoi bertouletos, 
N'anarés au castanet. 

Mlle Hbrmbt, Genolhac (Gard). 

Allez vous coucher, fillettes, — pour vous lever demain 
matin, — vous prendrez votre petit panier (de jonc), — vous 
irez à la châtaigneraie. 



VI 



LE MOULIN 



Alleoretto 



^. — La MOULINIÈIRO 



&=:iR=J^ZK=-= 




I 




- nà, Dieunoui dou-no bounbou- 



(1) Clairette, raisin blanc; maroquin, raisin noir. 



CHANTS DE TRAVAIL 



453 



ijIrlFlix-giJ ^s^^^i ^g^ 



ia - ge. Cal pas - sa pèr un bi - la - ge que i'a 




un mou - li de bent, A - qui ga - gna-ren d'ar-gent, 



1) A Toulouso cal anà. 

Dieu noui douno boan bouiage. 
Cal passa pér un bilage 
Que Ta un mouli de bent 
Aqui gagnaren d^argent. 

2) And aquel mouli de bent 
Ta 'no belo mouliniôiro : 

(c Digas, belo moulinièiro, 
Boudriots pos lougà *n bailet 
Pèr fà birà le roudet? » 

3) ft — Un bailet iéu n'ei lougat, 
Que n'est fait à ma maniôro, 
Sort le blat de la tremièjo 

E le met din le rusquet (1); 
Ac6 fa *n brabe bailet 1 (2) 

4) c L*ei coubidat à soupà, 
A manjà la poulo grasso, 
E de bi à pleno tasso ; 
Mentretant Taigo bendrà 
Le roudet se birarà. » 

Mlle Marie BassBt, Belesta (Ariège). 

. La Meunière. — 1) A Toulouse il faut aller, — Dieu nous 
donne un bon voyage. — Il faut passer dans un village — où 
^1 jaun moulin à vent; — là nous gagnerons de Targent. 

^) Dans ce moulin à vent — il y a une belle meunière : — 
« Dites, belle meunière, — ne voudriez vous pas louer un valet 
' pour faire tourner la me«le ? » 



^*^ ^^r : din lou barquet. 

(O Vdr : Ai I moun Dieu, le boun bailet I 



454 CHANTS DE TRAVAIL 

31 • — Un valet, moi j'ai loué, — ijui eat fail à ma mani 

— il sort le blé de la trémie — et le met dans le bluteai. 

— cela fait un bon valet. 

4) Il Je l'ai convié à souper, — à manger la poule gn 

— [à boire] du vin à pleine tasse ; — pendant ce temps I 
arrivera — et la meule tournera. » 



LoU MOULI DE VBNT 




1) A Maraelho iéu m'en vau. 

Dieu me douone bouon courage. 
N'ai passa dinc un vilage 
Que li aiù 'n mouli da vent, 
Fasiô farino en touttems. 

2) Dinc aquel mouli de vent, 
L'iô eno gento moulinièiro : 

H Digos doun, ma moulinièiro, 
Voudriaa pa iougà 'n varlet 
Per n'en vira lou roudetî » 

.i) — I Lou varlet que n'ai lougat, 
Lai lougat à ma mesuro, 
Me penchino, me courdëlo, 
Me fai vira moun roudet, 
on Ai ! Ai ! lou bouon varlet ! » 



-1) 



" Lou mati. 



1 leva,, 



CHANTS DE TRAVAIL 

De perdria e de begassos, 
E de vin à piano taaso ; 
Atandi, l'aigo vendrù, 
E lou moulin virorù. » 



ID, Coui (Ardèclie). 



-Lk Moulin a vent. — 1) A Marseille je m'en vais, — Dieu 
m ^ donne bon courage. — J'aj passé dans un village — où il y 
av ^it un moulin à veut — qui faisait la farine en tout temps. 

2) Dana ce moulin à vent — il y a une gentille meunière : 
— iDitea-moi, meunière — voudriez-vous louer uq valet— | 
po «ar faire tourner le rouet ? ■ 

S) I — Le valet que j'ai loué, — je l'ai loua à mon goût, - 
il me peigne, me lace, — fait tourner mon rouet, — Ah ! {1er) 
1^ "bon valet ! s 

■4) t Le matin, à mon Lever, — il y a des perdrix et des 
l*é«agae8 — et du vin à pleine tasse ; — j'attends, l'ean vien- 
•ï»*»— et le moulin tournera, i 




456 



CHANTS DE TRAVAIL 



:^=^. 



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1=^ 



/a, Zaw tu - ro - lu - ra^ Qui bol mou - le moul' 




Î5=^: 



c/rà, Za - la^ Qui 



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lE^a 



60/ wou - /e mow/ 



dvà. 



\) La ôlho dal besi 
S'es lebado mati, 

licouti 
Pren soun sac e soan aze 
E s'en bai al monii. 

licouU (bis), 

mouliniéf 

licouté^ 
Fasès àirà la molo, 
La molo dal mouli\ 

licouti, 

licoula, 
ion turolura, 
Qui bol moule mouldrà, 

lala^ 
Qui bol moule mouldrà, 

2) La brumo èro lebado, 
Se troumpet de cami, 

licouti 
Ëscalo sus un aubre 
Pèr troubà soun cami. 

3] Labranco s^es coupado, 
Pèr terro se fouti, 

licouti 
Mes en toumbant pèr terro 
Coupo la pato al chi. 

4) La filheto ganido, 
Autan ne fai lou chi. 
licouti 



CHANTS DE TRAVAIL 457 

Las damos de la bilo 
N*an entendu! lou orid. 
licoutiy etc. 

M. le Docteur Guibaud, Narbonne. 

La Fille du voisin. — 1) La fille du voisin — s'est levée 
matin, — elle prend son sac et son âne — et s'en va au moulin. 

Refrain, 

2) Le brouillard s'était levé, — elle se trompa de chemin. 
— Elle grimpe sur un arbre — pour reconnaître son chemin. 

3) La branche s'est cassée, — parterre elle tomba. ~ Mais 
en tombant par terre, - elle casse la patte }<u chien. 

4) La fillette geint, — autant en fait le chien. — Les dames 
de la ville — ont entendu leurs cris. 

Refrain. 



IV. -' Lo Marioun 



Allegretto 




Lo Ma - ri - oun bai ol mou — li. Em soun cou- 




a - ze, E poun pa - ta - poun! Tout en tou - cant soun 



m 



^ 



a - ze, Lo 



t 



ï 



be - lo Ma - ri — oun! 



1) Lo Marioun bai ol mouli, 

Em soun counoul corgat de bri (1), 

(1) Le chanvre, réduit en filasse, est partagé en trois qualités : !• lou 
hriy qui est la plus fine, dont on fera de la toile pour chemises, draps 
de lit, serviettes et nappes ; 2o Vestoupo^ dont on fait de la toile gros- 
sière, et 3* lou rombalt qui sert à faire des sacs, des torchons, etc. 

30 



458 GHANTS DE TRAVAIL 

Tout en toacant soun aze, 

E poun patapoun / (1) 
Tout en toucant soun aze, 

Lo belo Marioun ! 

2) Lou moulinier lo bet bini, 
De rire nou se pot tini : 

€ Oben oici lo caisso (2), eto. 

3) Din moun jordi To un perié 
Que âuris lou mes de bilhë, 
Ëstaco oqui toun aze . » 

4) Del tems que lou mouli mouliô 
Lou moulinier lo brandisi'iô 
Tra lo ma farinièro. 

5) « — Ai ! moulinier, daisso m' onà, 
lo te proumeti de tourna, 

Lou loup m'o mintza Taze ! » 

6) « — Ai nau escù din moun gousset 
Pren tu n'en siès, daisso m'en tré, 
Tu croumpora 'n autre aze. » 

7) Lo Marioun bai ol mercà, 
Oquo's pas pèr croumpà de blà, 
Quo*s pèr croumpà *n autre aze. 

8) Quan soun paire la bet bini, 
De se fotzà nou pot tini : 

4: Quo 's pas oqui nostre aze ! 

9j Nostre aze o lus quatre pès blancs, 
Dous de dorié, dous de dobant, 
Lo bufetièro negro. » 

10) « — Paire, obès begù binoubèl, 

(1) Poun patapoun^ onomatopée du bruit de trois coups do bâton 
successifs, sur la croupe de Tàne. 

(2) La Caii*so (la caisse) destinée à recevoir le blé qu'on porte au 
moulin, n'importe la quantité. 



CHANTS DE TRAVAIL 459 

Que vous o troubla lou cerbèl ; 
Oquo 's oqui riostre aze ; 

b' poun patapoun ! 
Oquo *8 oqui nostre aze. 

Lo belo Marioun ! 

M. Justin Landes, Sarlat. 
Notation de M. Sblter. 

La Marion. — 1) La Marion va au moulin — avec saque- 
nouille chargée de brin ; — tout en poussant son âne — E 
poun patapoun/ — tout en poussant son âne, — La belle 
Marion ! 

2) Le meunier qui la voit venir — ne peut se tenir de rire : 
« — Nous avons là la caisse [à blé] . 

3) Dans mon jardin il j a un poirier — qui fleurit au mois 
de février, — attaches-y ton âne. » 

4) Pendant que le moulin moulait — le meunier la secouait 
— derrière la trémie. 

5) AUonS) meunier^ laisse-moi aller, — je te promots de 
revenir, — le loup m'a mangé Tâne. 

6) « — J'ai neuf écus dans mon gousset, — prends en six, 
laisse-m'en trois, — et va acheter un autre âne. » 

7) La Marion va au marché, — ce n'est pas pour acheter du 
blé, — c'est pour acheter un autre âne. 

8) Quand son père la voit venir, — de se fâcher ne se peut 
tenir : — « ce n'est pas là notre âne ; 

9) Notre âne a les quatre pieds blancs, — les deux de der- 
rière, — les deux de devant — et les fesses noires. » 

10) « — Père, vous avez bu du vin nouveau — qui vous a 
troublé le cerveau ; — c'est bien là notre âne. — E poun pata- 
poun ; — c'est bien là notre âne. — La belle Marion ! 



V. — La lMarioun 






Moderato 



3^ 



kt 



p. u \j —v\ ^ 



La Ma - ri - 



^ 



p=i 



oun s'en ba '1 mou - li, End sa cou- 



460 



CHANTS DE TRAVAIL 



nou - Iho fia - lo Ihi, A ca - balh sus s< 



ca - balh sus soun 



P 




^^ 




a - ze, e poun pa - ta - poun^ A ca - balh sus soun 



a - zo, 




lo Ma -ri — oun. 



1) La Marioun s'en ba "1 mouli, 
End sa counoulho fialo Ihi, 
A cabalh sus soun aze. 

E poun, patapoun! 
A cabalh sus soun aze, 
La belo Marioun. 

2) Le moulinié la bei boni^ 
Del rire nou se pot teui, 
De beze sus soun aze 

E poun, palnpoun! etc. 

3) Del temps que la molo moulhù, 
Lo moulinié fringà bouliô, 

Darré la farinièro. 

4) moulinié, dicha m' esta, 
N'ei poi lezé de m'amuzà, 

Le loup escano Taze. 



5) Quan soun pairi la bei béni 
De cridà nou se pot teni : 
Ac6*s poi le nostre aze ! 

0) Le nostre aze abiô 's pès blancs. 
Un de darré, doui de d^bant, 
Kmei la cougo griso. 
E poun^ patapoun / 
Kmei la cougo griso, 
La helo Marioun, 

Mlle Marguerite Bas9bt, Bclosta (Ariègo), 



CHANTS DE TRAVAIL 



/ifil 



La Marion. — 1) La Mariou s'en va au moulin, — avec sa 
quenouille filant du lin, > à cheval sur son îlne - H fioun^ 
patapoun ! — à cheval sur son A.ne. — La belle Marion. 

2) Le meunier la voit venir, - tle rire ne se peut tenir — 
en voyant sur son âne. 

3) Pendant que la meule raou'ait — le meunier voulait la 
caresser — derrière la huche. 

4) meunier, laisse-moi tranquille, —je n*ai pas le loisir 
de m^amuser, — le loup étrangle Tâne. 

5) Quand son parrain la voit venir, — il no peut s'ompôcher 
de crier : — « Ce n'est pas notre âne ! 

6) » Notre âne avait les pieds blancs, — un de derrière, 
deux de devant, — avec la queue grise. — /(efrain. 



VL — Variantes 




gg ^zgE g- 



Be le - tu vai au mou - lin por fai - re l'a- 




îlÈlÈiMË 



ri-na, A trou-bà lou mou*li> nié Sus sa uio - lu 




^miwmmm 



quodouriniè; l'a di : moulin vi-ra, Fai lue do fa - ri — iia. 

Mllo Privât, Nimes. 



ji^iëi^^^i^ 




Ca 



tin se lô - bo boun ma - ti, i'ron 



|: (jrv— « r 




'^^^^^ 




soun a - /.0| s'en bo al mou - li, à eu - bal sus soun 



462 



CHANTS DE TRAVAIL 




a - ze; Vaze^ o l'aze^ o Va - zeî K ca- bal sus soun 



-^^r^=T=fT^^ 



s 



a - ze Mar - ti, E s'en bo al mou - li. 

Mlle Anna Lauret, Albi. 



VII 



CHANSONS DE MÉTIERS 



I. — Le Tirage au sort 



Allegro 




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Lou ga - lant de Ga - tin a tl - rat nu - me - ro 



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cinq. Ga - ta - ri - ne - ta plou - res pas, plou - res 



t^ 



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?"^ eJX-u;-^ 



pas, plou - res pas, Ga - ta - ri - ne - ta, plou - res 



tt 



pas, toun ga 



^ 



lant par - ti - ra 



pas, 



Lou galant de Gatin 
A tirât numéro cinq ; 
Catarineta, ploures pas, 

Pleures pas [bis], 
Catarineta, ploures pas, 
Toun galant partira pas. 

Mlle Noémie Azais, Lézignan-la-Côbc (Hérault). 



CHANTS DE TRAVAIL 



463 



L^amoureux de Catherine — a tiré numéro cinq ; — Cathe- 
rinette, ne pleure pas, — ton amoureux ne partira pas. 



H. — Le Conscrit 



i 



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Allegro 

fa — 




^ÛL4L!Jr^^ 



Ga - ma - rade il faut par - tir. Il — faut par- 




tir — pour al - 1er à la 



guer — ro; 



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= a^ 



fczrp 



Il nous faut par - tir Ga - ma - ra - des cons- 



\'$^''~7~ï l'-4^ ^^- 



crits, Il nous faut o - bé 



Fr 




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ir Et quand nous sau- 



li 



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te 



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y='- 



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3 



^ 



rions — d'y per - dre la 



vie, 



1) Camarade, il faut partir, 

Il faut partir, pour aller à la guerre ; 

Il nous faut partir 

Camarades conscrits, 

Il nous faut obéir 
E quand nous saurions d'y perdre la vie. 

2) Ce que je regrette-z-en partant, 
C'est le tendre cœur de ma maîtresse ; 

L'avoir tant aimé*, 
Tant considéré', 
Après tant d'amistié 
C'est à présent qu'il nous faut la quitter 



464 



CHANTS DE TRAVAIL 



Fragments 

Et boDJourf papa, et ma chère maman, 

Et ma sœur qui est là, 
Peut-être que je ne vous reverrai pas. 

Je m'en vais au régiment, 
Adieu, je vous écrirai souvent. 

M. Baptiste Rouzaud, Belesta ( Ariège). 



Allegro 



% 



h — j: 



III. — Adibu Nanbto 



(5 — n— l^ :- 



ifcri 



_gi-e_i i ' 1^ i^ ^ÉE 



Très cops de troum-pe - to, très cops de tam-bour, 







A - dieu ma Na - ne - to, A - dieu moun a - mour, 






Pi=-S 



I53=::î5=d^: 



- — T u — w . -i — y :=s= 



La guer - ro me cri - do, Me cal e - na - nà; 

- ff — =1^ h -fo ^=q^r=it5: 



g' îi f ' '•- 



m 



fc=::^ 



^m 



À - dieu moun a - mi - go, Em-bras-sen nous pla. 

Très cops de troumpeto, 
Très cops de tambour, 
Adieu ma Naneto, 
Adieu moun amour. 
La guerro me crido, 
Me cal enanà ; 
Adieu moun amigo, 
Embrassen-nous pia. 

M. le Docteur Guibaud, Narbonne. 



Adieu Annette. — Trois coups de trompette, — trois coups 
de tambour, — adieu, mon Annette, — adieu mon amour. 



CHANTS DE TRAVAIL 



465 



La guerre m*appelle, — il me faut partir, — adieu mon amie, 
— embrassons -nous bien. 



IV. — Le Départ 



Moderato 



b^^ 



^ 



=f=f=i' 



ç-^^ 



P^s^i 



plou • ra moi jouei-noi fi - Iho, plou- 




bli - co Que voui lous em - me - na - ran. 



1) plourà, moi joueinoi filho, 
plourà vostpui galan, 
N'es eici la Republico 

Que vous lous emmenaran. 

2) Que n'en plouroun, que n'en chantoun, 
Per iéu n'en plourarei pas, 

Lou miéu es trop court de talho, 
Lou préfet me lou vôu pas. 

3) Lou préfet n'es en brave ouome 
Que l'empacho de parti, 

Li metren lou riban rouge, 
L'empacharô de mouri. 

M. le Docteur Ghaussinadd, Gaux (Ardèche). 

1) Oh! pleurez, mes jeunes filles, — Oh I pleurez vos amou- 
reux ; — c'est ici la République — qui va vous les emmener. 

2) — Qu'elles pleurent, qu'elles chantent, — moi je ne 
pleurerai pas, le mien est trop court de taille, — le Préfet ne 
le veut pas. 

3) Le Préfet est un brave homme, — qui l'empêche de 

partir, nous lui mettrons le ruban rouge, — cela l'empêchera 

de mourir. (?) 

31 



CHANTS ÛK TRAVAII, 



1) Filhetas, meten-nous en priera ; 
Mouri Dieu, que la (.es vfiugue lèu I 
Nous preuou toiita la jouinessa ; 
La giierra es un triste flèu I 

2) âe i'a quauque galhar jouinome 
Quti ne lire un fort numerb, 
Se pot lène fier, s'oa vol eatre, 
E isausi la que ié plairô. 

3) Las lourdas titi pau de reBsoursa 
D'aqueles refourmas riau sort : 
Un bousaut, l'itutre court de talha, 
R l'autre a de mau din soun corps. 

X,.., dit St-Guilham, Lodève. 

1) Pillettes, metlons-nous en prières : — Mon Dieu, que la 
paix revienne bientôt I — On nous prend toute la Jeunesse ; 
— la guerre est un triste fléau, 

2) S'il y a quelque jeune homme robuate, — qui tire un 
fort numéro, — il peut se tenir fier, s'il le veut, — et choisir 
celle qui lui plaira. 

H) Les(l'emmes) laides ont peu de choix - parmi les réfor- 
més du sort : — l'un est bossu, Taulie est court de taille, — 
et l'autre est infirme. 

VI 




CHANTS DE TRAVAIL 467 

1) Quand tu seras sur les frontières 
Tu ne penseras pus à moi, 
Tu penseras aux Italiennes 
Qui sont cent fois plus belles que moi. 

2j Oh non, non, non, ma mignonnette 
Toujours je penserai-z*à loi : 
Je ferai faire une image 
A la ressemblance de toi (»). 

3) Que diront-ils, tes camarades, 

Quand ils verront co beau portrait : 
— C^est le portrait de ma maîtresse. 
Celle que mon cœur a tant aimée. 

Mm» Marie Dalighouz, St-André-de-Sangonis (Hérault). 

(1) Variante 

Quand je serai-z-en Italie 
Je forai tirer ton portrait. 
Je le mettrai dans ma ceinture 
Cent fois par jour je le baiserai 

VII. — Plagnun 

1) Quan partissiei de moun oustau, 
Gresiei, nèci, de courre en nosso ; 
Atroubave qu'ère trop mau, 

léu ni vouliei rounlà ma bosso. 

2) Desempiei iéu mi soui lassât^ 
En faguen fosso lous arcisses . 
Se lou traval aviei aimât 
N*auriei p'agut aquel suplice. 

3) Quan las iecb ouros vôu picà, 
Nous eau damoussà las candelos, 
Vierguen ou nou, eau si coucha, 
Coucha coumo las liroundelos. 

4) Quan ni ven la pouncho del jour, 
Lou marit tambour nous tafuro, 



CHANTS UR THAV 

*'"Soun rafl dia à nostre entonr' 
Anas lava vosiro flguro. 

E quan ni sen debarbouliata, 
Q'arra[ian l'eapouaBeto, 
is que segueii netejati 



Vite, 
Quef 
Vode 




freto, freto. 
M. le pasteur Pesquet, Cologi 

Plaintes 



1] Quand je partis de la maison, — je croyais, niais, d'tillerj 
Itla noce ; — je me trouvais trop mal, —je TûiilaiB rouler m»l| 
bosse. 

2) Depuis, je me suis lassé — en faisant longtemps l'exer- 
cice ; — si j'avais aimé le travail, — je D'aui'ais pas eu ce 
supplice. 

3) Quand les huit heures vont sonner, — il faut éteindre les 
chandelles, — que nous voulions ou non, il faut se coucher, 
— coucher comme les hirondelles. 

4) Quand vient la pointe du jour, — le maudit tambour 
nous tourmente, — son bruit dit autour de nous : — «liez . 
laver votre figure. 

5) Et quand nous sommes lavés, — il faut vite prenfire la^ 
brosse, — qui jusqu'à ce que nous soyons nettoyés : — va sans* 
cesser, frotte, frotte. 



VIII. HiRBO-BLANC 




l)Qu, 



I Barho-blanc vai à U 



CHANTS DE TRAVAIL 469 

2)SoiiQ oapiièno li damando : t Barbo-blauo, que regretoi 
tant? » 

^) * — lou regreti trei jouinoi ôlhos, à toutoi ires oi feit 
J omou r : 

^) Uiio 8*apelo Morgorito, Tautro s'apelo Janetouu, 

^j^^autro s'apelo m'amour JaDO, la .)ue mouii our o tant 
aimé. ^ 

M. le yicomte de Qouroubs, Lanquais (Dordogne). 

^/ Quand Barbe-blanc (rimberbe) va à la guerre, il regrette 

beaucoup a'aller si loin. 

/ Son capitaine lui demande : « Barbe blanc, que regrettes" 
tu?» 

., y ^ Je regrette trois jeunes filles, avec toutes les trois 

J ^ fait ramour, 

' ^^txne s'appelle Marguerite, Tautre s'appelle Jeanneton, 
J ^^^utre s'appelle m'amour Jeanne, celle que mon cœur 
aimés. 



atajxt. 



^ - t>in l'Auvergne i'o'n oapitèno que meno très jantis 



IX. 

^V^ats: 

)•_ ^ Lou pus jouine souldat que meno regreto tant do 
anà. 
'^ Soun capitèno i damando: « jouiue souldat, que 
retas? 
) Regretas-vous pèro-z-ou mèro, ou lou cami d'anà tant 

^ ^^ ^S) « — Begreti iou paire ni maire, ni lou cami d'auà tant 

^ng, 
X^ _ ^) iou regreti treis jouinos fiihos, à toutos trois ei feit 

mour. » 

7) < — Jouine souldat, torno los querre, torno los querre 

leno los, 

8) < Nous serviran de vivandièros, tu n'auras uno e iôu 

^DUOS. 1 

M. le vicomte de Qouroubs, Lanquais (Dordogne). 

1) Dans l'Auvergne il y a un capitaine qui mène troi;» 
entils soldats. 



470 



Rhants de travail 
le soldat qu'il mène regrette beanet 



2) Le [tluB jei 
s'en aller. 

3) Son capitaine lui demande : o jeune Boldat que regrettex-l 

V0U8Î 

4) Regretiez-roua un père oa une mëre, ou l'ennui défaire 1 
uu ai long chemin? » 

5) i — Je ne regrette ni père, ni mère, ni l'ennui d'un long. 
chemin, 

6}Je regrette trois jeunea fllles, avec toutes les trois j'il 
fait l'amour, i 

7| u — Jeune soldat, va les oherahsr, — va les chercher 
et mène- les, 

) elles nous serviront de vivandières, tu en auras une et 
moi deux . ■ 





que barruloun li 

flan, plan, rantanplan. 

Que barruloun la vilo. 
|)luH petit pouûfto eno foso blanoho ; 
1 dou rei metsoun cor en feneatro : 
Petit tambour, donna me vosto rosoî b 
Filho dou rei, voulé r'esse ma mioT b 
Petit tambour, chau v'ou dire à moun paire, i 
Segne lou rei, douna me vosto fllhoï > 
Petit tambour, n'as pas prou de fourtuno, d 



CHANTS DE ■l'IlAVAlI, 

9) il — SegDB loii ret, n'ai que trO|i du fouctuno; 
10) Trei baatimen n'ei sua la niar, que filoun, 
^') L'un 08 d'argent, l'autre de uierohandisos, 
12) L'autre en diamant, jiej' embaicà ma mio » 
13J « _ Petit tambour, do bouoii cor te la douone 
H) 'I — . Sagna lou rei, de bouon cor voui remamit 
-'^J Dit! moun païs lai soun bien plus gentoiino. ■ 



Le3 Trois Tambours. — 1) 8ont trois tambours qui l'ôdent 
l'ar la ville, (bis) — ran plan ranlanplan, — qui rôdent par la , 
ville. 

*' Le plus petit porte une rose hianohe ; 

^' La. fliie du roi met son cœur en fenêtre r 

' w — Petit tambour, donnez-raoi votre rosef » 

5) <. __ Fille du roi, ïoulez-vous être m'amieî i> 

^1 « — Petit tambour, il faut le demander à mon p 

"^J '. _ Sire le roi. donnez-moi votre fille? » 

' « — Petit tambour, lu n as pas assez de fortune. 

' w — Sire le roi, je n'ai que trop de fortune ; 

,^> r.n ..1 [plîio] ■!■» 

^^ * l'autre de 

I 'h — Petit tambour, de bon cœur je te la donne. ;. 

1^ J " — Sire le roi, de bon cœur je vous remercie, 
. ^ dans mon pays elles sont bien plus gentilles. « ('"'s 
[ ran plan rantanpian 

b ellea sont bien pluj gentilles. > 



{ui filent sur la mer, 
;ent, l'autre de marcïiandis 
iaïuaiits, pour embarqui 




CHANTS DE TRAVAIL 




i^^l^iil^i^ 



dil ; . Mûn- situr dor 



Venez entendra le courage 
D'une Ulletto à quatorze ans: 
Pour suivre Bon amant volage 
Elle abandonne ses parent)'. 
S'en va chez son capitaine, lui dit : 
a — Monsieur, donnez-moi un habit. 



_ Son capitaine lui regarde 
Sa taille et sa Jolie façon : 
— Il Mon ami, tu n'as pas de barbe 
Il Pour l'engager dans lea dragons. 
Mais, sur cela, lui dit-elle : ■ Monsieui 

• Je suis gaillard et vigoureux, i 

Tout en lui disant ces paroles, 
Lui dressa aon engagement. 
H — Tiens, voilà tes trente pistoles, 
L'argeut de ton engagement. • 
La belle alors, tout en se promenant, 
Rencontre l'inâdèle amant. 

u — Arrête! Arrête 1 Amant volage, ■ 

• Ici faut savoir la raison ; 
(I Puisque tu tiens mon cœur en g&{ 
« Faut mettre le sabre à la i 
La belle lui a tiré dans le Ûs 
Lui a fait verser tout son sai 



I 



CHANTS DE TRAVAIL 473 

5) «^ — Arrêtez-moi cette dragonne 
Au milieu de la garnison. » 
« — Mais non, je ne suis pas dragonne, 
« Je suis la fille d*un baron ; 
(c C'est mon amant qui m*a délaissée, 
Je suis venue pour me venger. » 

M"* Gésarie Joullib, Saint-André de-Sangonis (Hérault). 




VllI 



LE MATELOT 

I. — LOU MATELOT 

y ^ Toulouso i'o*noûiheto que n'o perdut soun bel ami ; 
^ ^lo 8*en val lou loun de Taigo vèire se lou vesiô veni ; 
Ni vei yeni treis bels navires, nou i'oviô pas soun bel 

(l): 
« — Bel matelot que ses sus l'aigo, n'aurios pas vist 

Xin bel ami ? » 

t — Nani, certo, jouineto fllho, iou nou Tai vist ni 

negù. » 

^ « — Mon amit es de bel oouneisse, n'ei abilhat d*un 

Xour gris » (2). 

^ t — Vezè lou lai, jouineto ûlho, qu'ei din la mer, qu'ei 

Tps fini » (3). 

] « — Bel matelot, meno m*à terro (4), i voli anà ende el 

ourir. » 

) « — Nou farés pas, jouineto ûibo, vous méritas pas de 

ourl, 

10) Méritas d'estre courounado, courounado de flour de 

»{5). 

M. le yicomte de Qouroubs, Lanquais (Dordogne) 



(1) Var:.... que reveniontdo soun pais. (2) d'un bel drap gris. (3) 
^ue se pourri. (4) mciii in'au bord d'aigo. (5) d'uiio branco de roumani, 
^utre : e de pourta la flour de il. 



I 474 CHANTS DE TRAVAIL 

j MATELOT, — I) A Toulouse il j H une fillette qui a pe/"* 
' sonbelumi ; 

2) Elle s'en va le long de l'eau voir si elle le verra venir 

3) Elle Toit venir trois beaux navires, il n'y avait psa sC^ 



4) " — Beau matelot qui es sui' i'eau. aurieï-vous vu mo 
bel ami ? i 

5) I — Non, certes, jdiine fillette, ja ne l'ai vu ni connu. ^ 

6) « — Mon smi est facile à oonnBÎtre,ileBt habillé de veloiin*-'* 
gpis. > 

7| « — Voyez-le là-bas, jeune fillette, qui est dans la iner«- 

8) a — Beau matelot, mène moi à terre, je veux aller—:* 
mourir avea lui. n 

9) a — Voua ne le ferez [)as, jeutie fillette, vous ne ra-iritei^s; 
pasdemnurir, 

10 vous méritez d'être couioii lée, oourouné:i de fieur do lya ^ 



II. — Lou MouHSJ 




1} N'ai un bèu b^stiment sua l'aiga, nue ia restât sept an 
ans passât; Au bout d'aquelas sept aniia las, lous viattrc 



2) Ne eau tira la courta palha de tou f;ue se déurà manjà 
Lou capitani failas palhas, pér el la pus courta a restrit(l) 

(1) Var ; ia pus courta ï'a demeurât. 



CHANTS IIE TRAVAIL •i'75 

'i] • — Quau sarà nquel galhar mouasi ijue la vida me 
9a,Uïtiràl lé baile una de mas fiihas, un bèubastimentaus 
la mar ; 

4) Farai basti uns capéla pér loa mouaai que m'a sauvât, n 
Lou pus jouine de l'eiiiiipaga dis quea al qna iou sauvara. 

5) 1 — Ësoala, escala, galhar mouasi, esoala, eacala long 
<lau mat. > Quan aa au mitan de la barra, Iou moussi se 
"et à plourà. 

0} R — De qu'oB aoà, doan, galhar moussi, de qu'as qu^ 
'° fai tant plourà7 i < — Se ne vene que oie) e d'aiga, loït 
'"eap au mitan de la mar. » 

') « — Kaoala. eaoala, galhar mousai, escala enoara un 
Psu pua haut. I) Quati aegaôt au bout de la ^barra, Iou 
'"ousai sa mot à canta. » 

i « — De qu'es ao6, galbar mouasi; de qu'es acù que te 
'ai - 



1 



ità? i> 



S'a.p au mitan de la mar, 



• Se ne vexe Lioun, Marselba, Iou 

M" CsDs, Montpellier. 



*—^ MoussB. — 1) J'ai un beau vaisseau sur la mer, qui y est 

. ^*-^ plus de sept ans, — au bout de oes sept années lea vivres 

^ *^«nt à manquer. 

. "^i II faut tirera la courte paille [pour savoir] celui qui 

-^ ^ï*a être mangé; — le ûapîtaine fait les pailleB, pour lui la 

*^*A courte est restée. 

^. "^^ Cl — Quel sera le courageux mousse qui me sauvera la 

~ ^ ^ n — Je lui donne une de mes fllles, et un beau vaisseau 

^ "4] Je ferai bâtir une chapelle pour la mousse qui m'aura 

I ^-4. vé. — Le plus jeune de l'équipage Ini dit que o'est lui qui 



j ^] I — Monte à l'échelle, courageux mousse, monte, monte 

^ lon^jT du m&t. • — Quand il set au milieu du m&t, le mousse 

^^ met à pleurer. 
P *j ■ — Qu'aat-oe donc, courageux mousse, qu'est-oe qui te 

^^^* t pleurer? ï — « Je ne vois que le oiel et l'eau, et le solei 
^*^i brille au milieu de la mer. .. 
^^_ 7) u Monte, monte courageux mousse, monte encore un pei 



476 



CHANTS IIE THAVAIL 



plus haut.* — Quand il fut au bout du luât 
h. chanter, 

8) u Qtl'eat-ce donc, oonrageus raouase, qu'eat ce lioDc 
te fait tant chanter? u — « Je vois Lyon.Maraeillti, et le ^ 
niii brille au milieu de la mer. » 




1) De bon mati me aoui levade, quan ne pouBqaére pu^; 
dourmi, 

S) PreD^uère macamisablaui^a, auboao pouUtlavau vesti, ,i 

3) N'ai auzit caniàla calandra e lou roussignoulet j'o/i', i 

un \i^nifa.a-A ' a JnnïnH fîltin. nnrti 



« Jouiaa âlha, onul 



4) Que me disiendina aoua lengag'i 
ee touii ami? » 

5) — « Moun amie es aua la Garouna, dis un batèu de 
pergami ; 

6) Loua avirouns aoun en ivouère, Ions courdagea en 
argent & ; 

7) Lou gouvei'uou qiae lou gouverna s'apèla Pierre, mouii 

M. RiGXTEAu, UontpelUer. 

1) De bon matin je me suie levée, quand je ne pua plus 
dormir, 

2) je pris ma obemiae blanche, au joli bois j'allai m'en vêtir. 

3) J'ai entendu chanter la calandre et le rossTgnolet joli, 

4) qui me disaient dans leur langage ; it Jeune tille, ou est 



ton H 



lï » 



477 



«laAXTS UE. TRATAIL 

^) c — Moo ami est rar la Garoone dans un baiean de 
pA^clienin ; 

^) les aTÎrons sont en ivoire, les cordais en argent ûu ; 
^) le pilota qui le dirige »*appeHe Pierre, mon ami . » 



IV. — La BATSLiEaE mcsÉs 



Allegretto 




pas- se - ni biea Teau.Dans mon ba- teau il y a des jo-lies 




chai-ses, Noos pas-se-rons la ririère à notre ai -se. 



1) a — Monsieur, entrez dans mon bateaa. 

Je vous passerai bien l'eau ; 
Dans mon bateau il ja des jolies^chaises, 
Nous passerons la rivière à notre aise. 

2) a — Belle, ton cœur n*est pas si cher. 

Avec l'argent on peut l'avoir. » 
t ^ Mon cœur, Monsieur, n'est pas plus cher 

[qu'un autre. 
Avec l'argent mon cœur sera le vôtre. » 

3) Le Monsieur pose ses gants blancs, 

Commence à lui compter l'argent ; 
L'or et l'argent, de Por en abondance. 
Jusqu'à ce que la belle se contente. 

4) Quand la belle fut contentée. 

Le Monsieur veut la caresser, 
a Allons, Monsieur, un peu de patience, 
Nous arrivons dans le lieu d'assurance. » 

5) « — La belle tu as bien raison, 



478 CHANTS DE TRAVAIL 

Nous irons dans ta maison ; 
Dans ta maison, il y a des jolies chambres 
Nous passerons tous deux la nuit ensemble. 

6) « — Monsieur, sortez de mon bateau, 

Car nous voici au fond de Teau. » 
Ce qu*elle a fait la jeune batelière, 
A repoussé le bateau en arrière. 

7) « — Belle, que diront mes parents, 

De me voir venir sans argent ? » 
a — Tu leur diras qu'en passant la rivière, 
Tu Tas joué avec la batelière, n 

8) a — Belle reviens, reviens ici, 

Je te donnerai cent louis. » 
« — Ni cent louis, ni même deux cent mille 
Tu n*auras pas Tamitié d^une allé. » 

Saint- André-de-Sangonis (Hérault). 
(A suiv7'e). L. Lambert. 



MAINTE COMMUNALMENT 



Cette expression se rencontre plusieurs fois dans les vieux 
textes français. M. W. Fôrster, Ztf. II, 88, en enrogiatre cinq 
*^s ; 1. mainlre et commanaamenl, Roi. ms. P, clviii, clxxxii 
^- f>ainire commanaument, Beuvon de Commarcliis 1335 
3- tnainie communalmenl, Aiol 3011 ', 4735, 5825, 9938 
^- niaintre. et communal, Roi, P. clxii; 5. mainlre communal, 
Ogier 568, Gui!!, de Pal. 2369, 3977 ». 

_ I^eux vers de Floovant doivent être aussi cités id : p. 17 
^^<1- Micheland et Guessard, Paris, 1858), v. 16 : 
Far U oité B'adobent nientem oommtinemaiit. 
■^t à p. 65, V. 26 : 

Et Fcui;DiB i ferirent menle» o< 



bi, 



lésite pas à corriger, dans les deux cas : mentt = mainte, 
*^*i- que Godefroy accepte dans son dictionnaire le mot 
^'^tem. que je considère au contraire comme une faute de 
*?^t'"Ure du copiste bourguignon de l'unique manuscrit de 
*-*^<*vant. Ce copiste d'ailleurs ne devait pas être versé dans 
^J^t d'interpréter les vieux manuscrits : dans une tirade 
** — an, p. ex., il a laissé passer ce vers (p. 40, v. 22) ; 

■ Pot l'aman de celm perdras ta jai le cAie/, 

^ chiej est évidemment une très mauvaise lecture du mot 
* (.Uns), que devait porter l'original; aussi a-t-il écrit (p. 7, 

■ 3l) har (si ce n'est pas une faute d'imprimerie) pour bu.1 et 



«le oite l'Édition de M. FÔsrter, Heilbronn 1876, p. S7. Dans l'édition 

"^M., Normand et EasTnaud (p. 88), on lit : Mevani commv.iialiiK'nt, et la 

^'^1 du manuscrit ho trouve au bas de la page. Dans lo glossaire, l'erreur 



'«"t.,, 



ztf. II. 88. 



I 



180 MAINTE GOMMUNALMENT 

FabiiT pour Fabus (l'hœbus, p. 18, v. 12 : Et Uir dex Tuuergan, 
Ftibur el Apolin). II n encore écrit : dois facienous tant, au 
tieu de dfs V ancienour tans, et anmatiis (p. 66, v. 18) pour 
Almaçurs, etc. 

Je ponae que dans le ms. qu'il a eu sous les yeux, il y avait, 
dans les deux cas, l'abréviation que nous trouvons dans P du 
Roland : mainlf ou maint = mainlre (mainle); abréviation 
très simple, qu'il n'a pourtant pas su lire. Mentent et mentes 
seraient donc une malheureuse tentative d'interprétation de 
notre copiste. 

Comment doit-on expliquer cette expression? M. Forster 
croit que nous avons ici deux adverbes, dont le premier serait 
dépourvu de la finale -ment, ainsi qu'il arrive en espagnol et 
plus rarement en français, provençal et italien {dure et aspre — ;^, 
ment, etc.); niais M. Tobler a tait remarquer que l'adverbe^, 
mainlemenl n'existe pas, tandis que dans les autres cas, oùO« 
cette tournure se présente, le premier adverbe est susceptible 1" 

la terminaison -meni (Vermischte Beilrâge, ii, 102). Tobler î^Jj 
écrit : " ioh sehe darin ein Adverbium au der einheitlîcherx^.r 
Wortgruppe maintrecomunal. » Je crois que la lecture exact» 

e mamle communalmente est celle-ci : maini e communalmentXsr^ 
où main! est le masculin pi., ainsi qu'il arrive pour l'expres^^-^ 
sion per e îgaament. Le sens de communalmmt est m en comranr 
mun, ensemble» (v. p. ex., Narbonnais, éd. Suchier, v. 773CO^I^ 
et la tournure ressemble beaucoup à l'ital. tatti e insieme o<:> 
ttttfe insieme {tuUi insieme), qui rentermp bien la conj. es» 
C'est la même conjonction qui se trouve, à mon avis, danr j 
tutti e due, ou luit' a due. 3 b pense que a est le latin ac (^ 

i ne puis pas suivre M. Morf, quand il cherche à tirer tut^^S 
{tutla due, tutta Ire) du pluriel neutre '. 

Gin.io Berto«i. 

' MoBP, Phil. AhhanJl. Schutizer-Sidler 71. Voie Miybr-Lpbkb, 1I_^ 
p. 248. M. Ascali a appelé le premier l'dtteDtion deaérudita suc la surgi van- ^ 

Oman dn lat. ac et but cette voie l'a «uivi M. Bchuchardt, 
/. romaaUehe PhOologU, XXIII, p. 334. 

Le Gérant .■ Paul HAMELIN. 

MUNTrELLIEH. — IMPHtUEBIE OÂNÉBALE nu MIDI. 




Camille ClIABANEAU 



I 

CamilleChBbaaeaD.né le 4mflrB 1831 à Nontron (Dordo^ne), ' 
sst décédé dans sa villa natale le 21 juillet dernier. Cette" 
•courte phrase pourrait suffire comme nécrologie dans cette ■ 
'i.evue. Il suffit en effet d'en feuilleter iea différents volumes, 
''es origines à nos jours, pour se rendre compte de l'activité 
■^etentiâque du dévoué collaborateur que fut pour elle Camille ' 
^habaneau. Essayons cependant de retracer succinctement ' 
^® vie et de caractériser sou oeuvre, ' 

Camille Chabaneau appartint d'abord, comme son père, k ' 
Administration des postes. Il fut commis surnuméraire à 
-'Vu«h0864), receveur (1805),puia contrôleur (ls67) à Angou- 
' ^me et à, Cognac (1872) '. Il resta dans cette administration 
■J ^Jsqu'en 1878. Mais ^l'inspection et le contrôle des aervicea ' 
t>«>staux ne suffisaient pas à remplir sa vie et surtout ne don- 
**^iei]t pas satisfaction complète à ses besoins intellectuels. 

Il s'adonna k l'étude du grec. 11 y a, dans sa bibliothèque, ' 

*'*^'«Jtfl une collection de petites édition» Boissonade annotées de 

*^ Œain. 11 avait lu dans le texte la plupart des poètes et, jus- 

'i *-•■ 'en ces dernières années, il appartint à VAssocialion pouc' 

*^ l'ancement des Etudes grecques. 

Mais ce n'est pas dans ce domaine qu'il devait trouver sa . 
'--*ie. Il la trouva le jour où un hasard heureux lui fit con- ; 



^ou3 empruntoDS ces détails à un article que M. Reni! Lavaud s 
^ **liêdaii3 VAvenii- de la DoriJogne (28 juillet 1908). Gtonsdu mâiusi 
. ^"'■ïtile l'aitralt sulvaut : ■ Un grand oncle de Camills, François Cha- 

^*lean, né à Clara (village do l'arronilisaeini 
«-^^^ s'installer ot enseigner m 
^r'*»^rlea III et do Charlea IV. Il 

Simlution, Il crut do aon de 
*l«ul9 à la disposition de ceux 



i.\ 



Nontron). ctùimste, 1 
lit de la fayeur da ' 
t à Madrid un grand lalmrataire oiL' 
la platine. Aux premiers bruits dq, 
de rentrer en France... et il mit sei. 
devaient défendre le lerritoire t. 



'2 CAMILLE CHABANBAU 

naître, dans la petite bibliothèque de Marmanrie, le Choî^ 
des poésies originales des troubniours de Rajnouarci . 

Cependant sa ouriosité-.ne le portait pas exclusivement vers 
l'histoire de la langue et de la poésie occitaniques, Son pre- 
mier travail acientiflque fut consacié à \' Histoire et Théorie de 
la Conjugaison française. Il parut d'abord dans une Revue de 
l'Ouest ' et fut bientôt remarqué des savants français et étran- 
gers. M.Chabaneaii aimait à raconter le manière dont Littré, 
\ qui il avait envoj'é un exemplaire de son ouvrage, le reçnt. __ 
M. Chabaneau venait de chez Renan, qui l'avait couvert de^ 
fleurs ; arrivé sur le palier de l'étage où habitait Littré, il ren — j 
contra un homme k l'aspect froid, qui n'était autre que Littr<^ ' 

-même. Le grand lexicologue reçut aussitôt Camille Cha ,^ 
baneau ; mais l'entrevue fut d'une froideur glaciale, a Mon«r:« 

ur, je n'ai pas lu votre liv:e u, dit Littré : ce fut à pe* ^» 

!3 toute la conversation. Quelque temps après Littré, ayaarx^j 
lu le livre, en fit, dans le Journal des Savants, an compta « 
endu élogieuz. 

Un livre moins austère succéda k cette première oeuvra' 
icientiflque : ce furent ses loésies intimes (Paris, Lemerre^-i 
1870). Elles sont, dans leur ensemble, d'une grâce charmante» J 
Certaines sont inspirées par Théocrite ou Anacréon, pa^ c 
Pétrarque ou même par Bernard de Ventadour ; plusieunw .«; 
autres sont imitées de Heine. Une des plus remarquables ^^ 
parmi ces deroières, est la suivante, oii Camille Chabaneau m~ 
rendu avec un grand bonheur d'expression une belle poês.^=s 
de l'auteur du Itomancero. 



AVÈNBMENT Dt! ChRIS 



Le vieil Oljmpe était en fi 



1 bruit des rires 



Aux accords confondus des chansons et des lyres. 
Au choc des coupes d'or et des joyeux propos. 
S'enivraient à l'envi ses dieux heureux et beaux. 
Tout à coup sur le aeuil de la salle splendide 
Un étranger parnlt : il est maigre et livide. 



' Dana la Ra'ue de la Société historique el archéologique de ta Cfi»'* 



CAHILLK CUABAN£A.U -tC 

Saignant, percé de clou», pli^ sur une croix. 
Triste et fier cependant ; comice celai dee rois 
SoD front est courooné, m&is uouionné dVpines. 
A son aspect, propos, rires, chansons divines. 
Tout ^'arrête. Les dieux se lèvent efirajés. 
Laissant tombepleui' 000(16 eticor pleine a leurs pieds. 
La Ijre en gémissant êcbappe aux mains des muses ; 
Tout s'emplit de tnmulte et île rumenra confases. 
Mais le nouveau-venu, sâr comme le Destin, 
Entre et jette parmi la table du festin 
La rude et lourJe croix qui courbait son épaule. 
Un grand bruit retentit de l'un à l'autre pAIe ; 
On voit les dieux s'enfuir de leurs paUis uroulauts ; 
Le soleil s'obscurcit et, pour plua de mille ans. 
Etouffant toute ûeur sous son ombre sévère. 
Un voiie gris s'étend du Ciel jusqu'à la terre'. 

Le poète n'était pas mort jeune chez notre maître. Il suf- 
^sait pour le voir reparaître d'entendre réciter par M. Cliabft- 
vean des tirades entières de la Légende des Siècles que 
mémoire fidèle lui rappelnit eane défaillance. Comme nous lui 
demandions no jour pourquoi il n'était plus revenu à la poésie : 
• c'est que je n'ai aimé qu'une fois v, nous dit- il avec son indul- 
^gent sourire. Laissons donc le poète pour le savant. 



Un des ouvrages qui contribuèrent à faire connaître son 
nom fut sa Grummaire Limousine. C'était un des premiers 
essais faits en France fonr étudier un dialecte vivant. On 
^ait combien, depuis cette époque (1876), les études de dialec- 
t.ologie se sont développées et combien les méthodes d'étude 
^t d'observation se sont perfectionnées. Mais la Grammaire 
ÀÂmausine n'en reste pas moins une œuvre de première impor- 
~tance, d'une grande valeur scientifique ; elle est encore la base 

B toute étude bui' Io^ parlers limousins. 

I Qtcns parmi les poésies d'un caractère moins austère ^e oelle-ci le 
[ sonnât dédl6 n i Mndame M.... qui avait demaTidé df! ven à l'autmir en 
exigeant qu'il 1/ mit du gi-ec > et où Camille Ctinbaneau a uachûsaii AU-gam- 
ment ftlliv et n^iâv. 



',84 



CAMX[.LE CHABANËAU 



Ces |iremiers travaux avaient mis en vue le coatrôleur des 
postes et télégraphes : aa jilace n'était plus dans l'administra- 
tioti, mais dans l'enseignement. C'était l'époque oà, sous 
l'impulsion d'Albert Dumont et de ses collaborateurs, l'ensei' 
gnement supérieur commençait à être réorganisé. Trois ensei- 
gnements uouveaux furent créés à la seule Université de Mont- 
pellier ; un de Ungue el littérature de langue d'oo pour Camille 
Chabaneau, un de langue et littérature d'oilpour A. Boucherie 
et un enseignement d'artibe pour Devic. Des trois nouveaux 
maîtres, un seul, Roucherie, appartenait, en qualité de profes- 
seur au Ljcée de Montpellier, aux cadres réguliers de l'Uni- 
versité; les deux autres lui étaient totalement étrangers. On 
le leur flt sentir. 

Ou sait ce qu'étaient alors les Facultés des lettres. Elles 
n'avaient guère changé depuis la fin de l'Empire; elles n'étaient 
qu'au début de cette réorganisation qui a fait sortir, en une 
trentaine d'années, nue vie magnifique de la poussière et du 
néant. L'arrivée de maîtres nouveaux, qui n'avaient pour eus 
aua.aie de ces qualités brillantes que l'on recherchait alors, 
fut accueillie avec quelque froideur. Les premières années 
d'enseignement furent pour Camille Chabaneau assez ingrates; 
il nous l'a souvent conQé. Mais il nous a confié aussi qu'il fut 
bientôt dédommagé de ses peines par la courtoisie de quel- 
ques collègues — un des derniers vient de quitter la Faculté 
— j>ar l'affection que lui témoignèrent les étudiants et surtout 
par la bienveillance incessante qu'il trouva auprès du ministre 
et (le ses conseillers, au premier rang desquels il aimait à 
citer Mas Egger et M. Michel Bréal. 



Ce n'est pas nu hasard qn'êtait due la nomination de Camille 
CLabaneau à Montpellier plntôtqu'a Toulouse ou à Bordeaux. 
Montpellier avait pris l'initiative de fonder uDe Société des 
Langues Romanes, qui eut pour organe la première revue de 
philologie romane fondée en France, Le milieu était on ne 
peut plus favorable aux études dont Camille Ghabaneau venait 
de se révéler comme un des maîtres les plus qualifiés. 

C'est par sa collaboration assidue à la Hevue des Langues 
Romanes autant que par son enseignement que s'exerga l'aeti- 



CAMILLE CIIABANEAU 485 

^i^ -îté scientifique He M. Chabaneftu. Cette Revue, qui avait 
^^fc. ^jà publié aa Grammaire Limousine, a eu l'honneur de publier 
L -^a p]upEii-t de ses travaui Notre intentioQ n'est paa de les 
^^ numérer: on en trouvera la bibliographie, due à M. E. Lefé- 
"^i^re, dans les dernières pages des Mélanges Ckabaneau. 

Ce fut dans la publication dea textea que ae montrèrent la 

^■—nienx les f|iialtté8 de aa méthode el la sagacité de son esprit. 

^^^1 excellait à trouver la correction ingénieuse, simple et qui 

'^^claipait le teste d'un trait de lumière. Cet autodidacte était 

^ievenu <ie bonne heure l'égal des plus grands savants formés 

^Wé^uliëreiuent aux proaédéa des méthodes acientiSques. 

Une grande partie de son activité scientifique se dépensait 
aiussi en compter rendus, exercice salutaire, suivant une excel- 
lente réfleiion de Gaston Paris, et dans lequel excella M. Cha- 
baneau. Lit longue séi'ie des volumes de cette Revue témoigae 
à tout instant de l'impartialité, du sérieux et de la courtoiaie 
d© 8H critique. Pus un texte important n'a été publié depuis 
trente ans, dans le domaine des études provençales, sans que 
Camille Chabaneau n'ait tenu àdireiui-même, en toute oons- 
oience et en toute largeur d'esprit, ce qu'il en pensait. Ses 
Comptes rendus sont, pour beauooup da publications, un com- 
(>lément nécessaire. 

Ajoutons que la curioairé du savant provençaliste a'étendait 
^ touB les domaines de la philologie romane et même au-delà '. 
Sa riche bibliothèque, où la philologie provençale forme la 
Tueilleure part, abonde en textes d'ancien français, en auteurs 
italiens et espagnols. I! voulut avoir — et 11 eut — en philo- 
olartéa de tout. 



Aussi la plupart des romanistes — et non les provençalistes 
seuls ■'- tinrent-ila à bonnour de prendre part à la manifesta- 
tion scientifique dont il fut l'objet il j a trois ans et dont les 
■Hélanges Chaôaneau ont conservé le témoignage. Jl fut nxtrê- 
tiement sensible à cette manifestation dont l'initiative éiait 




I <les 



GAMILLE CHABANBAU 

8 plus anciens et de ses plua Qdèles amia. Et il 



ue lui dé[)lut pas que savaijts français et allemands s'unissent, 
en son honneur, pour une œuvre commune. Il avait une 
grande a<imii'ation pour l'Allemagne savante, d'où lui étaient 
venues, au début de sa uarrière de savant, tant de marques de 
sympathie. Un des regrets de sa vie fut de n'être pas assez 
maître de lalangue allemande pour lire couramment les nom- 
breuses publications faites en AllemHgne dans le domaine de )a 
■ romanistique ». Même ilans ces liernières années, il avait 
formé le projet d'aller voir sas amis d'Outra-Rhin et de faire 
la connaissance personnelle de cens qu'il ne connaissait que 
par leurs publications. 

Il fut extrêmement sensible aux nombreux témoignages de 
sjmpailile qu'il reçut pendant la période de sonjubilé uoiver- 
taire : et il > en eut qui, en effet, furent bien touchants. C'est 
pour remercier ses amis, connus et inconnus, qu'il fit imprimer 
le Muine des.Jsies d'Or. Mais il considérait ce remerciement 
comme a banals et il voulut dire personnellement sa gratitude 
à chacun de ceux qui avaient pris part à son jubilé. Si par 
liasard quelques-uns ont été oubliés, ce ne fut pas de sa faute. 

Noua avons dit que M, Chabaneau fut extrêmement sensible 
à cette manifestation. Voici ee qu'il m'écrivait dès qu'il eu 
apprit la nouvelle par une indiscrétion du /nurna/ .'« Je n'ai 
pas besoin de vous dire combien une pareille manifestation, 
d'estime de tant de savants et d'amitié àa plusieurs d'entre 
eux me touche profondément... Je ne sais comment faire potir 
remercier dignement oeux qui s'y sont associés»;. Quelques 
jourtf plus tard il m'écrivait encore ; "Je reçois en même 
temps une lettre de Fcerster et la vôtre. Ce sont les mêmes 
sentiments qui ont dicté l'une ut l'autre, les mêmes vœux 
qu'elles m'expriment. Elles m'ont ému aux larmes. Je suis 
heureux, vous n'en doutez pas, de recevoir de tant de lieux 
tant de témoignages d'estime. Mais ce qui me touche surtout, 
oe qui me va au cœur, c'est de savoir non pas seulement t]ue 
l'on m'estime, mais que l'on m'aime j.. 



la question suivante : 
I tous k'B collabora- 



CAMILLE CUABANEAU 487 

teura? J'aurais aimé y voir, outre des philologues, quelques 
félibreB, comme Véran, par exemple, qui du peate n'est pas 
étranger à uotre « discipline ». Il est vrai que Mistral, dout j'y 
tro we le nom, peut tenir lieu de tous les autres ». 

M. Chabaoeau s'était eu effet aaaooië de bonne heure au 

Mouvement félibréen et c'est avec raison que le Consistoire 

l'avait nommé féiibre majorai. Il avait esprimé admirablement 

'o piinoipe esseutiel de la doctrine félibréenne, il y a plus de 

trente aoa, en téia de su Grammaire Limousine. Voici en quels 

termes Jl dédiait son livre à sa mère : ■ Ce livre, où j'ai essayé 

<1« remettre en lumière les titres de noblesse de notre patois, 

"« cette belle langue qu'on dédaigne, mais que tu as, comme 

'^^oi, toujours aimée, et qui ne fut jamais exilée de notre 

'**yer, je te le dédie, comme un souvenir de la terre bénie où 

"ornaent nos chers morts, et comme un témoignage de ma 

Pï'ofonde et respectueuse tendresse i. Et voici ce que le même 

®*Vant écrivait il y a plus d'un demi-siècle (1854) : «Une lan- 

S"U« violemment brisée dans sa fleur par une conquête atroae, 

"^^ohue avec la nation qui la cultivait du rang élevé où l'une 

P^r* l'autre avait su monter, la flétrirons-nous du nom de 

F*^.toi8 î C'est une langue vaincue, humiliée, mais conservant 

^ ï^iGore sa beauté naturelle, si elle perd les ornements de sa 

l*»-ï-ure. Je la compare à ces princesses des temps homériques, 

■^«î..! uitee par les malheurs de la guerre aui travaux servilea 

^*^M8 les ordres de leurs vainqueurs farouches, — Il était sans 

*^oute loisible aux Espagnols, quand le Portugal était sous leur 

'-'^^'^ination, de traiter aussi de patois la langue de Camoëns ; 

****** à qui auraient-ils pu persuader que ces deux filles de la 

•ïïôaie mère, la Castillanne et la Lusitanienne, avaient ce 

âtre sœurs' 'd 

*j'homme qui avait écrit ces lignes aocepta avec joie la 

P^^'^^idence d'une association félibréenne de son pays natal, le 

'****'Wa(, de Périgueui. Lui qui n'avait jamais recherché les 

**Qiieura se consacra sérieusement à ces nouvelles fonctiocs. 



Cette citât 


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est 


extraite d'un cnr 


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4»0 CAMILLE CHABA..NBAU 

Il promit â ses nouveaux amis uu Hanuel du /élîbre périgour- 
ilin et nous avons retrouvé dans ses palliera de nombreuBes 
uotaa ^édig^!e^en vue de cet ouvrage. Il écrivit une préface 
à l'œuvre d'un jeune félibre de Périgueux, M. R. Benoit, 
Seruilhoio, et II prononça, il j a quelques années, en qualité 
de président du Bournat, un discours courageux qui valut une 
polémique de presse à cet homme qui était la modestie, rin- 
dulgence et la bonté mêmes, a II y a dans ce morceau de rhé- 
torique, me disait-il en ra'envoyaul. ce discours, une phrase 
sur l'Eglise qu'on aurait bien voulu uie faire supprimer. Je 
suis resté inflexible '. jj 



Mais ae qu'il y avait de supérieur en lui à l'intelligenci 
au caractère, c'était le cœur. Il fallait l'entendre parler dt* ^ 
ses cliers amis disparus, comme Boucherie ou le poète Qaim-xzx^ 
berteau II avait alors des larmes dans la voix et nne tristess»^^ 

■ Citons 1b passage suÎTanl de ce mnrceau de rhétorique : n Ce n'eft^^ 
pas un mince sujet de gioire pour le Périgord que de compter au nonxiK:^'* 
bre de ses enfants des poètes placés au sommet du Parnasse provencs.^»^ 
par leur grand émule de Florence... Sojans fiers comme nous deforK«:3N 
l'être de Montaigne ut de Fénelon, de Bugeaud et de Daumeanil. _. , 
salue avec respect et avec une émotion patriotique les statues de cb-s:^ 
hommes illustres; mais je souRre de ne pas voir à cété d'elles un m>-an^ 
nument qui rappelle aui génirations nauTellee les gloires bien pl-f ^ 
ancienoes. Je voudrais qu'on érigeât sur une des places pabltques b 
Péri^ueu:! une statue à Bertran de Bom, et que, sur les faces du. pi> ^K ■i 
destal, cinq bas-reliefs de marbre ou de bronze reproduisissent l'ima^ -^ ~ 
(l'image conventionnelle, telle que les manuscrits nous la donnent, 
défaut du portrail) d'autant d'autres troubadours, de façon que chaq^'' t^ 
arrondis ne me ni de la Dordogne. j fût représenté : Pérlgueui, par Gira' -^ 
do Bornclh : Nontron par Arnaut de Mareud; Ribérac. par A-rnaut D^ ■* 
niel; Sarlat, par Elias (^airel ; et Bergerac, par Saill de Scola ou PierC '^^- 
de Bergerac. Un pareil monument, surtout si la Corréze, s'associant -^ 
la Dordogne, y réclamait une place pour ses propres troubarlourg (Be ^^ 
nartde Venladour, Marie de Venladour, Guj d'Oaael, Gaucelm Faidl^'-' 
ferait de Périgneui la ville sainte de la langue d'oc, la Mecque où loa' ^ 
bon provençabsle comme tout bon félibre voudrait aller, une fois ii-*" 
moins dans sa vie, en pèlerinage... Pulasû-je ue pas mourir avant d'i> 
voir TU, an mUieu d'une députation, présidéa par Frédéric Mistral, c^ 
tous ceui qui, de Bordeaui à Nice, des Baléares â Clerm on l- Ferra n -^ 
parient notre langue, de tous ceui qui, dans le monde civilise toL^^*^ 
entier, en font l'objet de leurs études, inaugurer ci 



CAMILLE GHABANEAU 489 

ii^ finie se lisait sur son visage qui d'ordinaire était d^une boa- 
^<^ «nie si souriante. Quaud on pense à son exquise bonté, invo- 
^<^ aritairement revient à la mémoire le beau vers de la geste 
^^«LoAeraïVw que M. Paul Meyer rappela si justement à la 
"^ ort de Gaston Paris : « le cœur d'un homme vaut tout For 
** ^n pays». 

Soo œuvre est vaste ; oependant il n'a pa réaliser tous ses 
'ojets. Il s'était remis vaillamment à la tâche; mais la mort Ta 
trpris eu plein travail. Il m'écrivait le 29 décembre 1907 : 
^ J'ai trop travaillé, ou trop assidûment dans ces derniers 
^^mps; et j'en porte la peine... Depuis quelques jours cepen- 
^«nt il me semble que je reviens peu à peu à mon état normal; 
^t j'espère qu'en usant de prudence je pourrai avant peu de 
t:«mps m'atteler de nouveau à mon Nostradamus, dont j'aurais 
t;«nt voulu cette année terminer le premier volume ». La mort 
me lui a pas permis de réaliser un de ses projets les plus 
cshers. Cette œuvre aurait été le couronnement de sa vie 
scieiitiûque ; elle n'aurait rien ajouté à sa renommée. Son 
intelligence d'élite, fécondée par un demi-siècle de travail 
«kssidu, a valu à Camille Chabaueau une place éminente dans 
l'histoire de la philologie romane; et parmi les romanistes 
fiançais ou étrangers de sa géuération, nous croj'ous que 
personne ne songerait à la lui contester. N'en disons pas 
davantage pour rester fidèle à un des préceptes de sa vie : 
Cnrtfsin e Mesura. 

J. Anolade. 




LES FILS AYMON 



/lubliealifim : la réédition de l'ini 
les frai/ments de Toulouse 



L'histoire littéraire ne peutéwiter de mentionner les rédac- -^_j. 
tiens eti proae de nos Chansons de Oeate, et même pour \Bsf'ili s 
Aymon dont l'on a plusieurs inanuscrita, il n'est pas inutile de=» j 
consulter les éditions populaires. Il faut d'ailleurs reconnaître*-! 
qu'elles ont conservé dans notre pays le souvenir des vieusc i 
poèmes que l'on ne comprenait plus. Mais le développemen o 
de notre épopée s'est fait en Italie ; il est vrai qu'elle y a tourn» ii 
au romanesque, qu'aventures et passions .dérivent du cycVXs 
d'ArtuB beaucoup plus que de celui de Charlem? 
France déjà cette lusion d'éléments si différents avait ét.^: 
ébauchée, et pour les Fils Aijniun, tous les manuscrite, sauf ur «:» 
seul, portent l'empreinte de l'influence immédiate ou médiat^^ 
Aa Maugis (P Aigremont où \1T16 part très grande est faite a.^ 
romanesque. Qràce au génie de l'auteur, l'œuvre d'Àrioste, s 
éloignée qu'elle aoit de l'austérité du Roland^ a, 
ble, un caractère indéniable de grandeur et de i 

« Pourquoi a-t-il fait Hippol jte amoureux ? ■ disait M. Ak .^^Ai 
naud. Parce que U tragédie le voulait, et Phèdre n'en est p» ■ 
moins un ohef-d'œuvre, Cyrano étai' parisien, de vieille souct* 
parisienne; je ne crois pas qu'aucune dame ait fait battre se» 
cœur; M. Rostand a mis en scène, avec le succèii que Vcz» 
sait, un Cyrano gascou et amoureux. Or nous sommes tr- — 
exactement renseignés sur la vie de cet homme d'esprit 
nous avons ses œuvres. Les poètes de la Renaissance sont doK^ 
très excusables quand ils nous montrent nos héros légendair " 
épris à en perdre la raison des charmes d'Angélique. 

Ainsi ont survécu ces grands noms épiques de RoIho- 
d'Ogier, de Naimea, de Renaud de Montauban, et notre poé^ 



LBB QUATRE MLS AYMON 491 

narrative a exercé de nouveau, par voie d'intertuéJiaire, una 
'Dflueace sur la littérature européenne. Mais en Italie la tra- 
"iition de notre épopiSe a'était conservée plus vivante qu'en 
ï'rance. La /tolta di Ronciavulle, le Rinatda en prose et en vers, 
^^S/iogna et net Orlando dont Pulci a fait IciVot-yanie, malgré 
*i>uslea défaulB qu'il est aisé d'y relever, étaient poui-Boiardo, 
pour Ariosle, pour Torquato Tasso.dea doouiuenta pluaaugges- 
Ws que n'ont pu l'être pour le» poètes françaia nos pauvres et 
P'atea versions ea proae. 

Celle qui a pour sujet les Fils Aymon, est pour le fond une 
'"^p réduction assez fidèle d'une version en vers dont noua ne 
P^asédous paa de texte indépemlunt, mais qui était formée du 
^'«uues d'Aigiemonl tel que le donnent les manusopita de Mont- 
pellier et de Metz, et pour le reste d'un texte à peu prèsiden- 
•que à eelui que conservent (av.-c trop de laeunea} le manus- 
^>*ït de l'Aisenal et celui lu Collège de Peterhouae. A.iaai elle 

- de la version BCV les épisodes communs à cette version et 

- Celle de l'Arsenal et de PetepUouse; et elle diffère en bien 
'OBr pointa du texte édité par Michelaut. 

Oette aorte de traduction étend sur tout l'antique récit 
Onme un voile qui émousse le relief; c'est une ffriae photo- 
rv>sphie d'un beau tableau. On lui pardonne de défigurer les 
'Oma propres, ou lui sait gré d'abréger çà et là, cnr vi-aionert 
^ «ita de combats et diacoura sont interminablea dans la Chanson 
l ^ Qesie; raais elle a toua^ les défauts d'une traduction faite 
>^r quelqu'un qui iguore l'art d'éorire. 

J'en jugeais ainsi d'après ces petites éditions, dont celle 
S" Epinal est aujourd'hui le ty|ie, et que seul le peuple continue 
^ lire. 

Voici que la librairie matienie Maurice Baucke met en vente 
■*■ Première partie des Quatre Fils Aymon d'après le texte de 
^- première édition imprimée, avec notice de M. Pierre Sales 
'* illustrations de Hobiila. 

ï'uiaque Gustave Doré n'est plus, quelle heureuae chanoe 
JO«r les Fils Aymon que M. Robida ait consenti à leur donner 
attrait de ^es dessins si originaux, si fantaisistes, si suggea- 
■**"a I J'ai feuillelé avec enthousiasme les 104 pages '. Au fron- 



le second fascicule vi 



Cela fait e' 



t 246 



/i92 



LES QUATRE FILS AYMON 



tispice, c'est Baytir>l em^jorlmu ttu Lriple galop les qu&tru 
()ui disIrJLuen' coup d'épjeu et coup d'épée. En tête du récit, 
un magnifique Oharlemagnea à la bjirbe fleurie ». aur son tr6ne, 
avec J'ii/euse sous sa main gauche, ëcoutaiit un de ses haroDS, 
Naymes, sans doute; puis <!es comb<its toi'ribles, le cbâtenu ^ 
des Ardennes et uelui da Montauban, le obef sarrasin de Tou-..^ 
louse et ses barons; je m'en tiens là pour na donner qu'or»- 
avant-goût aux amateurs des Fils Aymon. 

Certes les vieux bois n'éiaient pns méprisables. Leur aino^^ 
rite, si gauche qu'elle soit, garde son prix. Mais ici L'c-^ 
reconnaît comment un artiste, d'un talent puissant et pi 
sonnet, peut interpréter el faire vivre les moments . 
intôressanls du grand drame épique. J'ai la convictii 
plus M. Robida sera familiarisé avec son sujëC, plus il 
tera avec indépendance et de façon neuve. Les illustrati- 
vaudront aus Fils Aymon un regain de popularité non sek 
ment auprès de la jeunesse de nos Lycées, mais auprès 
parents eux-mêmes , ^i éloignés qu'ils soient de la li lia 
rature du Moyen-Age. Us seront séduits, liront le texte. 

Ici je dois m'arrêter pour exprimer un regret. Ceux qi 
sont chargés de cette édition : MM. Jules Sales et d'AJbigi 
étaieut, animés des meilleures intenliouM. Ils se sont dit ; 
texte qui court les rues, que l'on vend aux foire» 
nient une falsiSoatîoti : les aulËurs de la Hibliotkèque bleue-^s e< 
fait piètru besogne : « Malgré le voisinage de Pascal, dot 
Discours fr lu Méthode ne remontait qu'au siècle précéc 
{sic. sic), oe fut sans aucun esprit seientiSque, sans lamoii .^^dl 
recherche, sans ombre il'analyse, que cette publicaiiocr'^^ ^. 
entrepriae [introduclion, p. VI) n. Il faut dire qu'aiijourd' """'^'^ 
dans notre cher pays, do vit sur l'hypothèse qu'en to -^"U 
choses la science peut donner réponse à toutes question 
qu'il est de hauts peraonnages appointés pour proinulguen 
arrêts. La Bibliothèque Nationale est justement célèbre : '"<" 

y trouve manuscrits sur parchemin ei incunables très di^^tf 
de vénération. Les deux auteurs s'y sont rendus et Mtf - 



est bien conforme au tesle de l'Arsenal : lo corpa da Reuaud s'arr 
Croine. Il d'est pas question de Tremogne. C'est le même récit que 
l'âditioil d'Epinal, mais on vuit que l'altâratton remonte trâs haet. 






LES QUATRE FILS AYNON 493 

Conservateurs les ont accueillis avec leur bonne grâce habi- 
toelie, ont mis à leur disposition incunables et noanuscrits, 
iearont même indiqué quelques publications sur la matière. 
Ceoi, ils n'en parlent point, mais ils m'aident eux-mêmes à 
''induire. En effet, il existe à la Nationale une plaquette, 
i*d production d*un article de la Revue des Langues Romanes 
(1S87, p. 64 sq.) où Ion donne des renseignements sur les 
manuscrits de Montpellier, de Peterhouse et de Venise ^ Sans 
nommer fauteur,, oe dont il leur est reconnaissant, ils ont 
oonclu qu'il n*existe au monde que trois manuscrits des Ftls 
^jjmm et que celui de Montpellier est le plus ancien (!). Mais 
fltoeun de ces manuscrits n'est à la Nationale ! Mais elle en 
possède trois autres, dont le manuscrit La Vallière qui nous a 
conservé une forme vraiment très ancienne de la Chanson de 
068te. C'est le manuscrit que Michelant a édité, moins )a un, 
ctqi2e je reproduis intégralement, comme le savent les lecteurs 
^« cette Revue. 

Je sais bien que les éditions en prose, manuscrites ou 
imprimées, ne dérivent ni directement ni complètement de la 
^Q/iona/e, mais lire ^le texte de Michelant aurait ramené ces 
^^ssieurs à la source primitive. Leur enthousiasme pour le 
^^jet n'en aurait pas été refroidi et ils y eussent gagné une 
^OQQpétence qui leur a manqué quand il leur a fallu préparer 
^ïl texte pour l'impression. 

Dans leur introduction, il y a des choses excellentes : les 
^^Q-similés des sept premières lignes du manuscrit dit de 
d^arles V ; de la première et de la dernière page d'un 
fiegnauU de Montaubaa qui porte la date de 1354 et qu'ils 
^^darent complet ; de la dernière page de Tincunable de 1480, 
le magnifique frontispice de Tincunable de Jehan de Yingle 
^® 1497 (les quatre frères reviennent de la course; Renaud 
porte la couronne impériale au bout de sa lance) et une page 
*^U même volume, contenant la fin du ch. Vil : Renaud conte 
^ 8a famille comment il a conquis la couronne ; et le commen- 
^^ncient du ch. VIll Cette page est coupée par un dessin 

* On à dû également leur communiquer mes Recherchent car il? citent 
j**^^ partie du commencement du ms. de Montpellier qui s'y Irouve p. 187 
^Xir s'orienter dans les publications de cette nature, il faut une prépa- 
^^on antérieure. 



/i94 



LES QUATRE KILS AYMON 



ubar^^^^^H 



rept'ésenlanlle^iège litt Motjtauhan.et l'oa j voit les bombai 
qui oui été longtemps consorvéas dans leaâdil.iojis (lopulaire^. 
Enfin le fac-similé de la ilernière page He ueite édition et 
celui de la première de l'incunable de 1480. Toutes cea repro- 
ductions ont leurintérêr, et il est très bon qu'on puisse aiusi 
étudier les vieux textes. Du coup ils m'ont permis quelques « 

remarques. Dans la description des versions tin proau du Bri- 

tUii jtfuseam, j'ai mentionné que deux, de ces veraiooB corn — ^ 
mencecit au chapitre 11' des versions imprimées ; • Or diâi 1^^ 
conte que du temps du roy Alisandre ne fut ouy une liistoir* -; 
pareille de ceste qui oy après s'ensuit. » Les deux manusaritcA- 
en prose dont parlent MM Sales ut d'Albignac uommenceirL.^ 
eus aussi à cet endroit. Il leur manque donc le Heuves d'A ^^ 
gremonC entier et ia moit de Bertolais. 

Daos la description dus manuscrits, j'ai donné deux fois 
texte en vers qui coirespond à ue commencement de chapiti^r: j 



Hitqi 



Luuscrit de L'Ari^eiial, puis aux 
itraitqueje Home du maDuacrit 
3 ces deux testes forment une famc 
commencement ils concordent »■■ 



d'abord à propos 
194 suivaniB du 
Peterhouse.^On i 
disliitcte; mais p 
Montpellier et Metz. 

J'avoue ne pas très bien comprendre comment MM. Sales 
d'Albignac n'ont point vu que les manuscrits dont ils rep~ 
duisaient la première page(en nain apprenant que le man 
crit dit de Cliarles V est incomplet), d'oui, rien qui oorr 
ponde aux deux premiers cbupitres des incunables et de la 
propre édition. 

Il n'en faudrait point conclure que nous n'ayons point ^* 

manuscrit pour ces deux chapitres. L'on a tout d'abori^ 
vieille rédaction du ms. B L 243 de l'Arsenal. Il est v- 3 
qu'elle est de lecture pénible, que l'écriture est mauvaise 
pâle ; mais elle est plus près des textes en vers que la for * 
courante. Je souhaite très vivement que de jeunes jeux — 
exercent. Elle commence : Ouez, seigneurs, la plus belle fW' 
toii-e gui oncques advinl depuis que Dieu fut né et pour ic^ 
vous faire enten- Ire est vray que ou tem/is jadis... Suit u» 
grosse fauta, car il est dit que Charlemagno gueiroja B^ 
d'Aigremont {sic) ' etses trois fils : Girard de Roussillon, De»- *^ 



. Obligâ de refondre l 'in Ira duc lion du poèmn, teltr 




LES QUATRE K1L8 AYMON 495 

* Nanteuii et Aymou de Dordon « duquel Aymon i/ssil depuis 
"^Snault de Montauban et sis frères, dont vuus orrtz cij apies. > 
O'est bieu un jour de Pentecôte <[ue Charles tient son par- 
'^ïiieni, mais autre faute : Y esloil le duc Naymes u ses çualre 
Ma çui esloient de yrant 'enott. Comme Hana les éditioua imprî- 
iQéea, Ciiarles charge sou fils aîné Lohier de porter le message 
i Beufï tfAigremojit. 

Les deus fautes notées peQvent être imputées au soribe, et 
je ne saurais trop insister sur la différtnce qu'il faut faire eotre 
la valeur d'une version et celle de la copie :]ue nouâ en possé- 
dons. Et cette copie peut provenir d'une suite de copies où la 
Version a été altérée déjà. Le cas se présente à propoa des Fils 
Aymon pour B et C. G représente une version fort altérée et 
mal reproduite d'un texte de la version BCV qui en plusieurs 
parties valait mieux que B. t/autorité de B, bien que Bupé- 
[■i«ure à pour l'ensemble, ne peut donc être admise 'ju'aveo 
réserve et disoernement. 

MM. Sales et d'Alhiguac oot pris pour base de leur réédi- 
tion le texte de l'incunable de 1480, et en principe on ne peut 
que les approuver ; mais il semble que cette version n'aurait 
*1 <à être acceptée que sons bénéfice d'inventaire, que l'on aurait 
a-ëi prudemment en priant un liomme du métier de la relire 
*i*un bout à l'autre et d'indiquer les correcliona indispensables. 
■"--a coquille est née avec l'art de la typographie, elle fleurit 
•^Biis l'incunable comme dans le roman moderne et les publi- 
•^ations les plus savantes. Dans le premier livre de l'histoire 
^® la guerre du Péloponèse, Thucydide, voulant prouver que 
^«s Grecs primitifs et les barbares avaient des usages communs, 
•^'ta celui de lutter en public avec une ceinture. Dans une 
édition classique, la note relative à ce passage attribue aux 
oa-rbares l'usage de lutter tout nus. L'auteur, je le sais mieux 
lUe personne, fut très surpris d'être ainsi corrigé. 11 n'oia 
•^^tnaiider un carton, mais il na plus préparé d'édition olaa- 
^ïque. 



1 



^ P M Me(j, et n'y trouvant 
^«ur en prose a mis celai de E 
ra épique; ja crain: 



oint le nom de Dooa de Ua;ence, le met- 
luvea. L'en constate ainsi une ignerance 
qu'il n'ait donné l'eii^mple d'eslropierlea 
». Ooon rfe Maienoe, 7992-8011 ; Gauf>-ey, 
t, lS41-lB4i. Recherches, p. 18-S3. 



Tout 



LES QUATIIE t'IL;? ; 



iienuemetit de l'incunable s'él&le la plus be' 
des coquilles. Elle a éié religieusement reproduite par toi;(^ 
les éditions populaires et MM. Sales et d'Albi^nac l'oot égal^ 
ment respectée. 

Texte de l'incunable de 1480 : Véritablement nous trowm — 
es faitz du bon roi/ Charlemnignc que une /ois a une feste rf«^ 
Penthecosie le du Charlemaigne tint une moult grant et soUn - 
nelie court à Paris après ce qu'il fut revenu des parties de Lom- 
bardie ou il avait eu une mvull grande et meroeilleuse Journée a 
lencontre des Sarrasins et meicreans dont le chief desdit^ Sarra~ 
tins esioit nomme Guitelinz le sesne lequel ledit roy Cfiarlemaign j 
avait desconfil et vaincu. A laquelle journée et desconfituri 
grant noblesse de rot/s : ducs: contes: princet^ : baron» et cheooJ^i^^^i 
liers. Comme Salemon de Bretaigne : ffuon conte du Mans. Met 
sire Yves. Messire Yvoire Berengitr et Holon. .Vcssire Ariiau 
de Beaulaiide. .Vessire Gallerant de Bullone et moult d'autre 
vaillans chevaliers. Les XII pers de France esloienl venus ^■ 
plusieurs alemans et anglais : normans : poitevins : lombars : . 
bei'Tutrs. El entre les imllres ducz et princes il estait venu le bo^ 
et vaillant duc Ai/mes de Oordon et en sa com/taigtlle ses quat^~- 
beaulxfiU. C'est assavoir Regnaull Alart Guickart et Iticka^^ 
gui a merveilles estaient beauix saiges grara puissaas et vaillants 
JSspicialement Hegnaull lequel esloil le plus granl qui alors — 
trouva au monde. Car il avait XVI piedz de long s/mue le plu^^ -^ 

Edition de Carpentrae (^veo les bois) : Dans l'histoire ^r^^ 
Charlemayne, nous li-ons qu'un jour de Pentecôte, il tint granr^ 
cour à Paris, apré.t qu'il fui revenu d'Italie o» il vainquit ies~^ 
Sarrasins commamtéi par Guitelm le Sesne, et oii périrent plu — ' 
sieuj's rois, ducs, princes, comtes, barons et chevaliers, tels juir=— ■ 
Salomon de Bretagne, Huon du Mans, Aimon de Beaulan, ^ 
Galei'ond de Bouillon el plusieurs autres grands seignciirs. I^ ■* 
pair* de France étaient venus en.cow avec plusieurs Allemands, 
Anglais, IVormands, Poitevins, Bretons, Lombards, el enlr'au- 
tns le vaillant Aimon, duc de Dordonne, qui avait amené ses ' 
quatre fils, sovo r : Renaud, Alard, Guichard et Richard, qui 
élaienl bien faitu, sages, ptitssans el généreux, el principale- 
ment Renami qui était le plus bel homme de son temps, aar 
avait douze pieds de hauteur. 



LES QUATIIE FILS AÏMOX 497 

BdUion de MM. Sales et d'Albignac : Vérùa/ilemeni, 
nous iroiwotu dans les faits du bon roi Charlemagne qu'une fois 
à Une fêle Je Penlircôte, ledit Charlemagne tint une mouh grandi 
Ht solennelle cour à Paris, après qu'il fut revenu des prooinCfS de 
f'Omba' die ou il avait eu une moull grande et merveilleuse lia- 
taille à rencnnlrc des Sarrasins el mécréants, dont le chef lUait 
nommé Guiielin le Sesne que le rot C/iarUmagne avait déconfit 
*' vaincu. En eeite journée de défaite, était morte une grande 
partie de la noblesse du ' roi ; ducs, comtes, princes, barons et 
''heualiers, comme Salomon de /Ireiagne, Huon ca-nU du .Vans, 
*^esaire Yves,messire Yuoire Berenger et Haton ; messire Arnaud 
^^ Seaulande, messire Galkrand de Bouillon et moult autres 
^ftilians chevaliers. 

■Ces douze pairs de France étaient venus à ctile féie de Pen- 
^^cAte ainsi que plusieurs princes allemands, ai-glais^ normands, 
f'^iteûins, lombards et berruyers. 

-f^amii les autres dues et princes claii le beau et vaillant duc 
"^ iz-mon de Dordonne et, avec lui, ses quatre fils : /tenaud. Al- 
'*'"■(/, Guickard el Richard qui, à merceille, étaient b'nux, iiges, 
^* runds , puissants el vaillants — su loiil Renaud, le plus bel 
^*^'*nme qui se trouvent alors au monde ^car il avait seize pieds de 
^*=*vt, IJUl au moins. 

Carpetitraa nbrègti et aontinucru à abri?ger,ce qui n'eiit pas 
^*^n3 inconvénient, tuais ne s'é^aite [loint de l'incunable lie 
** çon grave. La rëéJition reproduit le vieux texte en le mo- 
^ émisant. C'est un travail délioat, et l'on peut lire ineiacte- 
*^ent. Carpeniraa dit airaplement : le oiiUlant Aimon,L& réëiii- 
^ion donne : le beau et vaillant, ce qui surprend un peu, car ce 
t^ersonnage dans l'épopée est toujours dit la vieil Ayman. 
Niais l'incunable écrit ôosurnaonté|iiu tilde et l'on s'y est troraiié. 
X)e même dans i'enumération aiil'onaai fréquemment ensenublo 
"Tfves, Yvoire, Berenger et Hatou, en ne mettant pas de vir- 
gule entre Yvoire et Berenger, on crée un pei'âODna;;e nouveau. 
Mais voici en i]uoi consiste la coquille séculaire dont jo 
cariais. Dans ces trois éditions on noua cite oorame morts en 
Italie plusieuFi personnages que l'on retrouvera trèd vivants 



L jusLifiur la remarque 



'i98 [,E3 QUATRE fILS AVMON 

H'iin bout à 1 Huira lio l'histoire (len Fils Aynion. Héjk l'on 1 



['etagne, le comte 



rencontre ti-oiB à lu page 12, Salomon c 
Huon, Oaleraij ac Uouilluii. 

Ou ne peut «supposer qna le rédacteur de Ja verBÎori en pi 
ait ai mal compris Isa textea eii vera, qu'il ail pu commettre 
une étourderie pareille. Eu réalité le tjfpugraphe a omis la an 
d'une phrase et le co m m en cernent de la suivante. L'on pour- 
rait compléter à. peu pièâ ainsi : <t A laquelle jouroée de des — . 
oonfitura raorut [Baudoin. A la i;o<irt ce jour estoieot venus] f~g 
graiit noblesse de raya, etc.. » Dès iora disparait l'incroyable» M 
contradioLion entre l'enlrée en matière et la narration. 

En regardant de plus près au texte de Peterhouae que j'a? .«^ 
eité dtina la plaquette dont il a été parlé plus haut, les ^^^ 
auteurs auraient reconnu que tous les personnages en ques- ^=s 
tion sont présents à la cour lors de la fôte que rappelle leuK «^ 
texte. 'lia avaientsous les yeux la meilleure version de l'intro- ^^^ 
ducLiott qui est résumée et remaniée dans L'incunable. Ains ^^l 

ils auraient fait disparuître une tache que leur réédition con — 

solide pour longtemps. 

Il est d'autres fautes qui remontent également très haut — 
Je constate que le siège et la prise de Montbendel sont sup- 
primés, bien que plus loin l'on nous dise que Gbarlemagne m. 
établi son camp dans cette ville. 

Au départ de l'armée de Charlemagne, puis à son entrée en 
Gascogne, le poètue insiste sur les mesures que le roi prend 
pour faire respecter la propriété privée (v, 5J20-5451), Epl- 
nal n'a rien gardd de ce souci de Gbailes pour les intérêts de 

son peuple. Dans la réédition l'on a : a Ckarlemagne fit publier 

(jue chacun eût soin de faire porter des vivies derrière Parinée et 

que ce qui vaudrait un denier sérail payé deux deniers. » 
Ici, à force d'abréger, le prosateur devenait inintelligible. 

Je ne parle pas de ce défilé impatientant des noms propres 

défigurés au hasard. 
Dans le songe de Godefroi, Renaud lui apparaît montant 

sur un puy, c'est-à-dire sur une colline : la réédition imprime 

puits, comme Garpentras et Epinal. 

Lohier, dans son duel avec Beuvas, appelle son enseigne. On 

devine la vieille expression : « crier s'enseigne >. Ici s'était 

Montjoie ou Salnt-Denia. 



'était^H 



LES QUATRE Fil.i 



4yy 



le 



rèrftia, j'eapéraia nutcd chose, une réviaioD de la varsio 

*" Vrose oi'i l'on fît disparaître tout ce qui froisse ai justement 

"''X cjui out lu le poèraa. Le stj'lo ilevrait être non seulement 

I ''^'^''eriiiaé dans une certaine mesure, maia ramené plua près 

"^ l'allure franche et énergique de l'original. Voieî la place 

prise pour longtemps, grâue surtout aux illuatratiuus. Si la 

*âclie tentait encore quelque âme courageuse, je crois que l'on 

■ferait bien de continner à a'inspirer de la même version : 

■*1- Metz pour le Cwuues d'Aiyreiitunt, AP pour le reste. Tout 

^ U tenant beaucoup de la version B 0, elle n'altère aucune des 

r*arties vraimeat épiijuea, Knflu les Italiens l'ont connue, 

**opiée, imitée. 

M.JeaiLFoy, dans l'avant-dernier numéro tie cette ïlevue 
Cp. 341 247), a édité les fragments retrouvés à Toulouse d'un 
■manuBcrit des Fils Aymon, ensemble 160 vers, qui répondent 
dans Miehelant àp. 105,3-108,6, etdana l'édition que j'imprime 
aux vers 6233-G260. Le sujet eat la visite que le roi Ya fait 
aux Fils Aymon, à Montauban, quand il vient les pousser dans 
'a piège qu'il leur a. tendu d'accord avec Charlemagne. La 
"OMcordaocs est exacte seulement pour mon édition, parce que 
J J^ ai accepté un développement (d'après le ma. de l'Arsenal, 
^■^'■«c extrait en note du ms. 775) qui eat résumé aux vera 159- 
i_Se du texte de Toulouse. Ce simple détail, qui a échappé à 
' ^>."ttention de notre savant collègue, suffîaaitpour avertir que 
'^ manuscrit de Toulouse est du.Dombre de ceux où, à partir 
*^ l'entrée de Charlemagne en Gascogne jusqu'au drame de 
V"^UQOu[gm;a^ le récit subit des modiflcaLions diverses, dont 
^ "Jne (l'épisode de la chasse) peut être d'origine ancienne, 
**^iidi8 que !ea autres sont plutôt dea retouches plua ou moins 
"^«^ureuses faites au texte dont le ms, La Vallière est le repré- 
sentant ie plus sûr. 

M. Jeanro; a comparé les fragments aux textes qu'il avait 
*• «a diapoaition : Arsenal, 775 et7fîG de la Nationale; Metz et 
■*-'* Vallière qu'il désigne par les signes A ii C M L qu'il em- 
Pi^Unta à Michelant, comme je fais moi-même, mais il se 
! sur M qui est réservé au ms. de Montpeliier, dont 



Mi 



^helaat s'est plus 






K~-Qt n'a pas utilisé, je le désigne 

^Qr éviter la confusion o& M. Jeanroy est tombi 



vi. Quant à Metz que Michè- 



le, Metz, 



500 I.F,S QUATRli K11.S AVMOV 

Si J'avais cotihu les fragmenta de Toulouse, je le» 
mentioiiDéB, non pour eo tirer des concluaiona nouvelles e* 
vue du classement iles manuscrite, mais pour les ranger aie - 
ofiux ijui, en cet eiidroU, s'écartent de la version ijue je rejH-Q 
(luis, soit qu'ils procèdent d'une rédaclion qui diffère de I. da , 
d'autres parties de très longue étendue (B C V}, soit qu'ils 
s'en séparent que pour le Ûeuves d'Aiz/remont, l'épisode d^^ 
allasse, Cliarlemagne prisonnier à Montauban et le coi'pd- 
Renaiid à Creoigoe (A P), soit qu'après md Beuves d'Ai^ j 
7nonl autre que celui de L, ils reviennent à L avec des varia 
tPS peu importantes (M-Melz). 

Pour être olair, je donnerai un classement sous forme d 
tableau des versions autres que L. 

Groupe BC V 

I. Première partie du Beuves cTAigrtmonl commune aveo C— -^s^a 
lieux ièiue partie du Beucrs d'Aigremonl indépendante; les Fil '^ 
Aymoii dang la chartre de Charlemagne sont délivrés pa* 
Mau-is. avec variante de V. 

II. Kéda^tion pHitieulièra pour l'épisode des Ardennes et ^ 

m. Puur la course à Paris, des différences considérables, 

I V. La prise de Montbendel par laforoe, épisode de la chasse, 
— Des dilférences à la délibération des barons du roi Ys et 
aux pi'é parut! r.-! de sa (raliison. 

V. A partir de Vaucouleurs eonoordancie avec L jusqu'à 
l'enlèvement de Cliarlemagne par Maugis. 

VI. Oepuis là jusqu'à la légende pieuse (Renaud à Cologne; 
sa mot t), récit absolument distinct de celui da L. 

Groupe A P h 



I. 


Bmves 


Aigremonl \ 


articulier 








■i 


II, 


blpisode 


de la ehdsse. 








1 


CommunrHI 


m 


Délibération den barons du roi 


Ys. 






avec 


IV 


Charlem 


Hgne prisonn 


ler à Mon 


aub 


n. 


) 


BC V 


V. 


Le cor, 


s de Renaud 


s'ari'ôte i 


Ci-e 


ig 


e (fi 


a du iiiii'ii ^ j 


reproduite dai 


s l'édition en 


prose}. 










Le 


reste co 


urne dans L. 










( 



LES QUATHE PILS AYMON 



Grc 



,V — Meiz. 



^- Lo neuves d'Mijyemoin conwun avec A I', i^auf la lin qui 
«8t particulière. 

1 1. EmpruniB isolés et courts à B C V. 

'II. Pour M une réduotioo inilépendaiite à partir de la 
réconciliation des Fils Aymon et de Cbarlemagne '. 

I>'on a ainsi doos grandes versiocis difleraiit l'une da 
'autre en partie ïraportanLeâ et nombreuses, d'un côté le ma- 
nuscrit La Valliére {L] , de l'autre le groupe B V. Puis vient 
Une version qui en plusieurs points concorde avec U C V, 
Boit qu'elle suit plus Hueieniie, soit qu'elle g'en inspire, c'est le 
foupo A i' {Arfeniil, l'clerhousej . Enfin M iMeli {Monlpel- 
^»«r, Metz), sauf pour le Ueiives a'Ai(iremonl et quelques points 
A^ contact &vec B C V, concordent habituellement avec 
!-■ , SIefz s'ari étant après le dé i art de Maugis pour l'erinit&ge, 
IVI ontpellier Cuisant défaut au cours d'une rédaction particu- 
1 i ère du pèlerinage de llenaud en Palestine. 

Il faut mentionner encore que tous les manuscrits que j'ai 

étudiés, à l'exception de L, tiennent compte du Maugis d'Ai- 

& ^^monl et que le groupe B G V ajoute à l'importance du rôle 

**« l'encbanteur : délivrance des Fils Aymon de la chartre de 

Ciiarlemagne, enlèvement de Chariot, etc. 

Ce résumé ne peut indiquer toutes les variuntesde moindre 
'ntérêt, par exemple toutesles diitéronces de lu rédaction de 
'* Qourse a Paris, les diversités de la légende pieuse. Mais il 
^^t fjeu probable que la découverte d'un nouveau nianusont 
''®a Fils Aymon puisse modifier les grandes lignas de cette 
'''^sgifloalion dont les éléments essentiels se trouvent dans la 
''^scription des manuscrits que j'ai donnée etdansl'annotatioû 
''**- texte. Le cadre général que l'on a dans L est respecté, 
•"«.i» il est rempli très diverseteent. Seule la partie épique par 



' t'arloos ciBcLcmBiit. M. dans le récit du pèlerinage , comprend 
^**®tre parties : I le di^part da Ren»ud et sa renconlre atec Maugis 
* Coustantinopte (lasta de L), II una transition da 33 vers smenaot loi 
l'^lerins à Acre afin (III) de rejoindre le toite do B qui dès lors est suivi 
POup 221 vers (ceprésenlant 275 yflra de B). pour s'en séparer (J^khr- 
'*"', p. 110. ■«. 341 et prendre une marche partifulîi^re (TV:, 



502 



LES QUATRE F!LS AYMON 



ixiîellence, Vavcouleurs et la suite josiu'au départ de Mi 
Le présente que des difCéreucea de détail. 
Si le travail en valait vraiment la peine, on pourrait procé- _ 

1er à un classement partiaulierdansles groupes qu« j'ai déter- 

ninés ; je croia ijue pour le gros, les indinations que j'ai don— — ^ 
lées et les cilations placées dans l'Iotroduclion ou au bas dlK_v- 
texte, enSn les extraits que J'ai annoncés pour l'appendice. ^= 
pourront satisfaire le lecteur. Avec le Mavgis et le Vivien-^sr- 
l'on aura du Cycle des Fi/s Aymon environ trente-cinq miU- ^M 
vera. Il eet bien entendu i^u'aueuti manuscrit n'est la oopi ~^ 
exacte d'un autre. Le nombre des variantes, ai l'on se rappor t, — ^ 
aa texte La Valliere, est iutîni. 

L'on voit quelle marclie J'iii suivie. M. Jeanroy a. tenté d^w 
procéder autrement. En comparant son texte à quelques ma — -- 
nuserita, il a essayé par un examen ttês minutieux de proûé- — " 
der à une classification de ses manuscrits. Mais en limitant ** 
ainsi le terrain de son investigation, il courait le risque de ne 
paj atteindre un résultat vraiment nouveau ou certain. 

Les fr!t(;ment3 en question apparaissent à un endroit où j'a- 
vertis dans l'édition que M et .Wc/; se détachent çà et là de L 
pour se rapprocher (avec des différennas, comme toujours) de 
la version B C V. pour la délibération des barons d'Yon, 
V. 5953 cf. 6020 ; pour le songe de Clarice, v. lafln de la note 
au V. t)505 ; pour le départ de Renaud et de ses frères bq ren- 
dant à Vaucouleurs, v. v, 6579. 

Ainsi les deux manuscrite qui habituellement concordent le 
mieux avec L, s'en détachent ici. Il est donc impossible de 
déterminer s'il j a emprunt fait à la version générale B CV 
ou à une version qui s'eu inspire. J'ai irailleurs averti que 
cette veraion est mal conservée, et j'ai signalé avec quelle 
liberté C s'affianchit du texte commun dont il dérive avec 
B. V. 

Au fond, l'on a dans ces fragments un de ces remaniemanta 
de L avec une courte addition suggérée par un autre endroit 
de ce texte, remaniemeula dont les exemples sont firéquents 
et par leaquels les Irouvères croyaient embellir l'originul. Je 
l'avais autrefois noté sous cette forme : Les frères de Renaud A 
ont un pressentiment du diinger i;ui les menace. L'idée eu est .^ 
prise des craintes qu'éprouve Renaud quand il marche V6rs^3 ' 



La Qonfiani 
rester eniiére?, tant qu' 
le traître valeurfaire. , 
liona degfrèrea rfe Rem 
Plus on étudiera la t. 
tr, 



,ES QUATRE FILS A.YMON 

irs. C'est une réplique, mais raauvi 



503 



se à oeLte place. 

Aj'mon doivent 

e savent rien des iiroposltiona ijua 

I le songe de Clarioeetles objeo- 

.erontensi'uationel bien motivés. 

te de L daria son rapport avec les au- 



ot [ilus on lui rendru justice. Mais j'ai quelque peine à 
accepter l'eïpression de M. Jeanroy : a II résulte de cet eia- 
•neri que Michelaiit, en publiant L, a fait un heureux clioix, » 
" Choix» implique évidemment cata|>araison. et un elFet aux 
pages 51S-514 <le son volume, Michelant compare le ras. L k 
plusieurs autres. Me voilà donc obligé de dire pans ambages ce 
Que vaut CL'tta discussion des mérites des mss. mis en 
cause. 

Je n'ai pas le droit de parler de^ ms9. d'Oxford que je n'ai 
PB-s è ma disposition, et j'ignore s'ils présentent une grande 
*iaIogie avec celui de Metz, ainsi que !e dit .Miolielant. Mais 
^ Bnd plus bas, il déclare que le nis. de l'Arsenal et celui de 
'*'ckntpellier donjient le même texte, il se trompe. Quand il dit 
^^« le ms. de Venise donne pour l'ensemble le même récit que 



. Mai 



^6» autres msa., il se trompe. 
"^^Be. c'est à propos des manuscrits L, B, C de la Nationale : 
*' its donnent un lexte,qui s'il n'est paa complètement identique, 
*^t semb'alile en beaucoup de points... Entre ces trois ma- 
** Vjscrils, mou clioix pouvait hésiter, car chacun a ses mérites 
Particuliers; mais comme le manuscrit La Vallière seul suit 
^iacteuient l'édition populaire, laquelle dérive natts aucun 
"oM'e de celle rédaction, je me suis décidé pour ce manns- 
^rit, malgré les lacunes que l'on y relève, n II y a un abîme 
loutre Let la version 6 C et l'édition populaire dérive, non du 
■-ia Vallière, maia d'un texte tel que celui de VArseital. 

De même il est dit plus loin que le ms. de Montpellier 
'^onne seul la même rédaction que L, bien qu'abrégée. Ce n'est 
^B8 vrai pour le Bennes ifAigrenionl ; et pour la fin du poème, 
VArienal, seul avec P que Michelant ne connaissait point, 
Iteutftider à compléter ou corriger le texte de L, à l'exception 
iib la légende religieuse oii l'on retrouve le concours de B. 

C'est, liieii un lieureux hasard, ixiM un heureux choix qui a 
conduit Michelant vers le ms. L. à moins qu'il n'ait été t 
SouF0gépar l'écriture, pins aiicienne et meilleure pour les ' 



m 



50'l LES QL'ATUE FILS AYMON 

deux premiers tiers qae celle d'aucuu autre manuscrit Ji 
Fils Ayi'ion. 

Quand ii déclare encore qu'il quitte soq texte parce qu'il e^ * 
dfciijément trop niauTais, il ae trompe '. Dans toutes ces Ion s^ 
jue3 explications une chose est vraie : après le duel des fll. 1 -Ew 
le ReiJiiud, B rejoint L. 

On doit aux travailleurs toute justice, meis aux morts eux- 3C ^^^ 
nêmes on ne doit pas davantage. 

M. Jeanroj" juge que Michelant a reproduit Bon texte ave* « 
une fidélité remarquable. I^et-ce fidélité que de le corriger oi« « 
compléter sans que rien en avertisse, sans qu'une note dis» ^x Al 
pourquoi ? Eu cette matière, nous sommes sujets à distractionc:! <:> 
négligence involonlaire, confusion parmi les notes, mais le^ X 
exeinples sont trop noralireux dans le Rennus c/e MontaubarF^ X*^ 
J'avais cru moi aussi à cette fidélité et je m'imaginais (iumj^:» 
mon rôle se bornerait à donner le texte de Miclielant eu 1>£ j 

complétant â la fin d'après son manuscrit. Il a fallu tout re»-z 
prendre, de même que pour la description des manuscrits^.* J -3 
Mais je n'en garde pas moins à mon deviincier une reconnais « ja iz 
Gance sérieuse, car il m'a permis de lire d'un trait une de noxx « 
plus belles chansons de Geste, et malgré toutes les restrictiocf <z» idi 
et critique?, son œuvre représente non seulement une connai i.ta .mtjii 
sance trèi estimable de notre ancisnue langue, mais un de es:» 
elTorts qui comptent dans la vie d'un homme. A cet égarïj 
Taine, dans l'aiticle des Débats du 30 décembre 1863, a ren .«:» -5^^ 
le pluii fiatteur hommage au premier éditeur du /lenaus 
Monlauùan. 

Ferdinand Castets. __ 





ur lenclise des pronoms personnels 

£T LEURS FORMES ASILLADIQUES 
SPÉCIALEMENT EN GaSDOGNE 



Dana tout son domaine géografique, la langue d'Oc ou 
provençale présente an moyen âge les pronoms personnels 
3t l'artide (rpii n'est autre chose qu'une fonction particulière 
du continuateur de ille) à l'état d'enclise amenant la perte 
toute valour sillabique du pronom ou de l'article, spéciale- 
ment après les autres pronoms, ks adverbes, prépositions et 
conjonctions, et les formes verbales. Bien entendu, si le pro- 
nom ou article est en enclise avec le mot précédent au point 
de se contracter avec lui en perdant toute valeur sillabique 
propre, le groupe contracté, monosillabique ou même polisil- 
fabique. peut être en prnclise devant le mot qui suit, spéciale- 
ment devant une forme verbale. 

L'évolution généralement analitiquc des langues modernes 
^ notablement réduit l'extension de ce fénomène, et de nos 
ours le domaine de l'onolise et de l'asillabisme se trouve bien 
ïioins considérable qu'autrefois. En doors du domaine dia- 
ectal catalan, où sur ce point comme sur beaucoup d'autres 
« situation est restée aensiblemont la même qu'au moyen âge, 
leules subsistent partout les contractions de l'article avec 
plusieurs prépositions, — partout, mais sous des formes 
différentes et suivant une fréquence variable : par exemple 
& Arles d6a, au, à Toulouse del, al, en Gascogne déa et dou, 
du; mais à Arles pèr lou, sus lou, pèr li, sus li, à Toulouse pet, 
■sal, pes. sus, etc.... 

L'enclise asillabiquo de l'article après quelques mots autres 
que les prépositions subsiste aujourd'hui encore en Carcassais, 
dans le bas Lauragais, à Toulouse, Foix, Montauban, en 
Querci, et sporadiquement autour de l'Aigoual : Moassu-l 



506 



SLH LESCI.ISE DES PRONOMS PERSONNEI-S 






riloa. Monsieur le curé; tûulis gousses, tous les chie*- 
cosios blads, à côté des blés; caljo-l jèr, chauffe ie f^ 
empteno-l gent oustal, emplit la jolie maison; cassak 
pesoiils, chassait les poux ; e- 1 campèstre, et la campagne, etc. — ' 

Ailleurs elle a disparu entre le xiv^^ et le xv"™ siècle, h* — 
livres de comptes des frères Bonis, marchands montalbanals ( ") 
(1348-1362), l'emploient encore couramment, elle subsist».^ 
concurremment avec les formes sillabiques plemes, d(5jâ plut&^ -«î 
plus fréquentes, dans les délibérations du conseil communs- .ff: 
d'Albi (') (1372-1388); elle n'apparaît dans les Mémoires (E> 
i'Arlésien Bertrand Boyssot (1372-1414) qu'après la conjon»,n 
tion e, et encore e lo est-il déjà aussi fréquent que et; dans T 
Voyage au Purgatoire de saint Patrice (') (AIbi, xvmo giècle) o 
n'en trouve plus que quelques exemples sporadiques cominr 
las paraulas els perilhs. Elle est généralement inconnue • 
nos jours en Gascogne; on la trouve encore à l'état sporadiq- j^Jiajw 
chez le Lectourois Jean de Garros (xvi"e siècle), alors quV^^»B/lj 
constitue la règle dans la charte de Maubourguet (*) (Bigon 
1304). 

Quant aux pronoms proprement dits conjoints au verH 

en Provence de nos jours la situation générale est à peu pi — 

semblable à celle du français moderne. Par exemple, tous ^-A « 
pronoms précédent rinfinitif, et les groupes impératif — p 
noms comme doanas-me-la, anen-nous-en, etc., sont franci 
ment oxitoniques, au point de conserver des tonèmes pie; 
comme dans dounas-me-lèi contre me U dounarés en proclise, 
traits qui, pour le dire en passant, sont de ceux, innombrabl 
qui distinguent nettement le provençal des dialectes italii 
limitrofes. Il on est de même en général, sauf quelques p 
ticularités relatives au pronom do la troisième personne et 
l'ordre des pronoms quand plusieurs sont joints ensetnfc* 
au verbe, dans tout le Midi de la France, sauf le Roussill*^ 
et la Gascogne. 



' F. p. Ed. Forestié, Archives hialorigme de la Oaeaigne, fasc. 26, 
Champion, et Âucli, CocliEiraux, 1894. 

> P. p. Vidal, Revue des laii^eg romavef. 1903-lOOS. 

' P. p. A. Jeonroy et Vlgnaux, Toulouse, Privât, 1903. 

* P. p. PflBqiiÎBr, avec étuda grannuaticala par Diicamin, dans BvUi 
de la Société Bamond, 1896, p. 2S3. 






SUR LSNCLISE DES PHONOMS PKH30MNELS 



507 



3 livres de comptes des frères Bonis (Montauban, 1348- 
^362) emploient encore couramment les pronoms asillabiques ; 
«ians les délibérations communales d'Albi (1372-1388), pro- 
3ioms asillabiques, concurremment avec les formes pleines, 
déjà plutôt plus fréquentes; chez l'Arlésien Boysset (1372- 
1414), pronoms plus fréquemment placés après le verbe que 
de nos jours, mais aucun exemple d'enclise asillabique; point 
d'enolises asillabiques dans les comptes et délibérations de 
Seine et Digne(i) (début du xv™ siècle); disparition de ce» 
mêmes formes dans les textes vaudois dès le xiv"*^ siècle, dans 
te Voyage an Purgatoire de saint Patrice { Albi , xv"" siècle) ; dans 
io lU)re de las Ubertats et franqaesas de la villa et ciuitat de 
Sanct Pons(') (1442), dans les mistères rouergats ou querci- 
nols de la fin du xv'^ siècle ('), dans le Ludus Sancti Jacobi 
(même époque). 

L'évolution semble donc au moins fortement amorcée vers 
ie milieu du xiv™^ siècle et è peu près entièrement accomplie 
au XV"", car il ne faut jamais perdre de vue le retard de l'écri- 
ture sur la parole dû tant à la routine macliinalemont suivie 
tju'ûu purisme voulu, ressenti comme un idéal plus ou moins 
accessible (cf. plus loin l'avis du poète gascon Bedout) par 
les écrivains qu'influence la tradition littéraire et les scribes 
^sitant entre les grafies traditionnelles des anciennes chancel- 
leries et celles par oil ils essaient plus ou moins volontairement 
%^6 rendre les sons et les formes du langage évolué qu'ils par- 
lent ou entendent parler autour d'eux. 

Les parlers catalans sont restés dans leur ensemble étran- 
gers à cotte évolution; Catalopie et RoussiUon, autant que 
je crois pouvoir l'affirmer, forment à cet égard commu un bloc 
dialectal. Il n'en est point de mémo en Gascogne. L'encliae 
asillabique de l'article a généralement disparu ors des contrac- 
tions avec certaines prépositions- L'enclise des pronoms per- 
sonnels subsiste entière et les formes asillabiques sont d'usage 
courant en Béarn, dans les Landes, dans une grande partie 



I p. p. P. Meyer, Ronania, 18B8. 
' P. p. L. Nogiiicr, Saint-Poai, imp. Franni^B, 1881. 
■ Mystères provcnçaat du XV^ aiède, p. p. A. Jeiinroy oi 
buse, PrÎTBt, ISQS. 



508 



SUR L ENCLISK DES PRONOMS l'EHSONNELS 



I 



au moins de l'Armagnac et des pays voisins, dans la plupart 
desvalléeapiréiiÉennea. L'enclise et rasillabisme sont par contre 
fortement ébranlés au Nord et à l'Est, dans la partie du do- 
maino gascon plus voisine du Périgord, do la Guienne et du 
Lauguedoc, où ces fornies ont à peu près complètement 
disparu. Je dis à peu près, car il faut toujours être prudent en 
matière de géografie dialectologique : ainsi j'ai noté à Tou- 
louse et à Foix des paroxitons comme iegi-îe, le lire, legi-lo, 
la lire, digàmme, dites-moi, metèllo ('), mettez-la, tandis qu'à 
Béziers on dirait loa legi. la legi, et j'ai entendu un joueur de 
boules exorter un camarade à toucher la boule du camp 
adverse par un Toco-lo où l'accent principal portait indiscu- 
tablement sur lo. 

Les Béarnais, Landais, etc., placent les pronoms régimes 
toujours après l'impératif et généralement aussi après l'infi- 
nitit, en enclise, avec asillabisme toutes les fois que cela se 
peut sans ambiguïté de sens : Luchon, caro-t, tais-toi (d'où 
les changements de place de l'accent tonique signalés ici même 
parM.Sarrieu dans son étude sur le parler lue ho nnais) ; Béarn, 
poarta-iis, les porter (masc), pourtd-les, les porter (fém.), 
cara-m, me taire, etc.. On lit dans la célèbre chanson Aqueres 
mountines : 

Si sabi las bede 

ou las rescountra, 

passeri Caigaele 

chens pou de-m mga, 
mais mes amis de Béarn et de Bigorro sont unanimes à voir" 
là une certaine influence de la rime : ils diraient plutôt instinc- 
tivement : Si sabi bede ou rescountrâ-les, passeri Vaigaete chens 
pdu de nega-m. 

Ils placent le pronom devant les autres formes verbales, en 
enclise asillabique toutes les fois que la nature du mot pré- 
cédent le permet : ço qui-m dises, ce que tu me dis, you-b èî 
bist{Béara), jou-ts èié«'i(Armagnac), moi, jevousai vu, etc.... 
L'enclise asillabique est tellement familière à leurs parlera 
qu'ils la multiplient le plus possible par le procédé suivant : 
quand le verbe n'est pas naturellement précédé < 



es ^ 



1 Dedigali 



ne, metèts-lo, par chute de e 



nilation de t à la 



suit l'eNCMSB DBS PBONOMS PERSONNELS 509 

^^giiificatif pouvant porter l'enclise, ils lui préposent géné- 

^"«ïement l'une des particules explétives e, que, dont l'usage 

«ipparalt dés le milieu du moyen âge, et dont la fortune on 

"ïïaya gasrnn est assen intimement liés à la conservation des 

«înclisea pronominales nsillabiqueg auxquelles elles servent 

fréquemment de support : que- a pàrli, jcitii parle :e-«5 troum- 

f*am? nous trompons-nous V etc.., — particules explétives au 

demeurant tant affectionnées qu'on les emploie même quand 

elles seraient complètement inutiles au point de vue qui nous 

occupe ■ ainsi moi, /e vous parle se dira you que-b p^li au 

moins aussi souvent que you-b pàrli. 

Dana un grand nombre des exemples qui viennent d'être 
cïîtés, au Nord et à l'Est du domaine gascon il faudrait subs- 
tituer aux pronoms en enclise après l'infinitif des pronoms en 
jjroclise devant lui, aux formes asillabiques devant les autres 
modes des formes pleines comme me, te, (ou, lous et tus, nous 
«t mous, bous, etc.... Voici quelques traits évolutifs notés en 
Liomagne, pays voisin de Toulouse, en fréquentes relations 
avec Toulouse pour le commerce, l'enseignement, etc.,. En 

PLomagne que explétif ne s'est pas implanté, les formes pleines 
im pronoms personnels prédominent, les parlers de la lisière 
orientale du pays s'éloignent des parlers gascons et se rappro- 
chent des parlera de Languedoc par l'article masculin le, la 
conservation do n intervocalique. plusieurs formes de conju- 
gaison, etc. 

Dans la seconde moitié du xvi"^ siècle, Pierre de Garros, 
Lectourois, mais magistrat en Béarn, dans une cour de jus- 
tice dont le béarnais est la langue officielle, au demeurant 
I écrivain à tendances arcaïsantes au moins dans la grafie, 
Sont constamment jo-bs, je vous. Son frère Jean écrit jo-ts. 
} mileu du siècle suivant, le recteur de Saint-Clair-de- 
jOmagne Dastros emploie beaucoup d'enclises pronominales 
taaillabiques, mais le poète auscitain Bedout, dans la préface 
■de ses œuvres, s'excuse d'écrire jou bous au lieu de jou-bs 
|.0U jou-ts. De nos jours, le sentiment de ces formes est telle- 
liinent perdu en Lomagne que l'éditeur des Garros, Alcée 
Durrieux, Lectourois, ésite sur leur sens {^) . 



' Poèaiea gateonnca de Pierre de Q-ir 



p. A. Du. 



L, Auch, împ. 



510 



Sun L B 



PRONOMS PERSONNELS 



En rL'suiiii^, iinu éviiliitioii analitique s'est accomplie 
li'abonl dans h domaine de la langue française propremciil, 
dite, puid iiu peu plus lard (xv^^ siècle) dans celui de la langue 
d'Oc ou provençale, vers la mOme date pour tout le Midi de la 
France exceptiî la Gascogne et le Rouaaillon. Tout le domaine 
catalan est resté étranger à cette évolution; elle s'est propa- 
gée en Gascogne plus tard et moins généralement que dans le 
reste du Midi. La Gascogne, comme le reste du Midi et vers la 
même époque, a perdu l'enclise asillabique de l'arlicie ors 
des contractions avec certaines prépositions. L'Ouest et le 
Sud du domaine gascon ont conservé et même développé 
l'ennlise asillabique des pronoms personnels, qui à l'Est et au 
Nord est au moins fortement ébranlée depuis le xvii'"^ siècle. 

L'extension géografiquo et la date de ces fénomènos 
portent en elles-mêmes leur explication : plus la langue fran- 
çaise pénètre dans l'usage courant des populations, plus le 
voisinage est direct et plus les relations sont fréquentes avec 
des pays dont les parlers ont déjà évolué dans le même sens 
que le français, plus tôt et plus généralement est abandonnée 
l'enclise pronominale asillabique, fénomène raorfologique et 
sintaxique spécialement intéressant et important, par sa 
nature paicologique et par l'obstacle assez sensible qu'il oppose 
àVintercompréensioneaiTegens parlant différents dialectes de 
la même langue : soit la proposition Je vais me noyer, on saisît 
immédiatement combien l'Arlésien qui dit Vaa me nega ou 
Me vaa nega comprendra mieux le Marseillais qui dit Vau 
mi nega ou Mi vau nega, le Daufmois (basse vallée de la Drame) 
qui dit Vau me neià ou Me vau iieià, le Biterrois ou l'Agenais 
qui dit Bau. me nega ou Me bau nega, que le Béarnais qui dit 
Que - m bau nega ou surtout Bau nega - m : comparée au pas- 
sage de me à mi, au traitement diflérent de c latin intervoca- 
lique, au durcissement de v en b, mais avec la même structure 
générale de la frase, la construction sintétique du béarnais, 
malgré l'identité du traitement de c, apparaît, grâce au pro- 
nom asillabique, infiniment plus déroutante. 



G. Poil, 1895, t. n, p. 1J4, n. 1 (sur lea mots aibs aJKi Diu) .- 
je ne oonniiia pas ce mat. Serait-ii dérivé do avv ou Çùv, avOT, ou f 
la contraction de «' louafo 



iSas, 



SUR l'enclise des pronoms personnels 511 

^o. plein xviii™^ siècle, dans une église do campagne (*), un 

UoiiHsiilonnais, loyal sujet du roi de France, fait placer, encore 

reclî^^g en catalan, une inscription dédiratoire que, sans doute 

^^p\xis longtemps déjà, un Gascon n'eût plus songé à écrire 

autrement qu'en français. Une partie au moins de l'Est et du 

^ord du domaine dialectal gascon est d'assez bonne eure 

réiiixie à la couronne de Franco et plus ou moins administrée 

Gix français ; elle se trouve, pour les besoins et les plaisirs divers 

^^ la vie, en conversation plus fréquente avec la Guienne 

^^ le Languedoc voisins qu'avec le reste de la Gascogne. Le 

^ôarn n'est réuni c^ la couronne de France qu' c^ l'avènement 

^ Henri IV: le français i devient peu après la langue officielle 

^ ^s cours et des tribunaux, mais les Etats de la province déli- 

*^^rent en béarnais jusqu'à leur suppression. Le Roussillon 

■^ <îst conquis que sous Louis XIV, et n'est entièrement ad- 

y^îriistré en français qu'à partir de la fin du XVII"*® siècle; 

** Continue à communiquer à peu près aussi facilement et 

^"^ssi fréquemmentavec la Catalogne qu'avec le Languedoc, 

^^ . conserve une conscience de son intime parenté dialec- 

^lo avec la Catalogne qui fait obstacle à la propagation de 

^^x*^ctères qui pourraient altérer cette étroite consanguinité 

guistique (2). 

Jules RONJAT. 



Planés près Mont-Louis, ex-voto do 1741, portant le nom de Jaume 

, cf en dretSf conseUer del Rey y son Jutge en la Cerdanya franceaa. 
Cf., sur des actions conservatrices analogues, J. Gilliéron, Remarques 
la vitalité phonétique des patois, dans Etudes romanes dédiées à Gaston 
is, Paris, Bouillon, 1891, p. 459. 



ï»»x 




boues, Si 

u — Carbouniè, moun amie , ount'es ta carbounieiroî 

- Alai, madoumaisèlo, ai bal mitan del boues, 

S^ lai Toulès veni, vsnës, i 
" — Carbouniè, nioun amie, quan lou vendes la Itéuro ! 

- L'aurés, madoumaisèlo, per un sôu, doua diniès, 

E très poutoua aa carbouniès. » 
" — Carbouniè, moun amie, que ta eamiso es negro? i 

- L'auriei madoumaïaèlo, tant blanco coumo tous. 



Se toucave pas loi 



i, madoumaisèlo, 
Amai maoejoii I 



as de poulidos lilhos? 




TRAVAIL 513 

3J « — Carbouniè, moun amio, quant tus fas He verquièiro ? » 
• — LuH faut madouraaUèlo, vingt gâus, quatre diniès, 
:nrbou[jiés. » 
- Carbouniè. nioun amie, qu'ouro ta las maridest » 
* Se voua, madouraaisélo, rai [irestaa doua cents francs, 
léu las maridarai demati. » 

'} *( Carbouniè, moun amio, qu'ouro tu loua mi tournas? * 

" Sarù, madoumaisèlo, par dret e par rasou, 

Quan aurai vendut moun carbou. >• 

M. Itj pasleur Fbboukt, Cologoac (Gard). 



1) 1 — Charbonnier, mon ami, oii est ta 
L&-ba9, mademoiselle, tout au milieu 



vends-tu la 
in HOU, deux 



l^B Cuaubonhibh. 
*^i»^rbonnlère 7 « — 
«Su boia. — ai voua 

S) • — Charbonnier, mon ami, combien 
•*Vxeî» « — Voua l'aurez, madeniolaelle, pt 
*'ônier3 — et trois baisera aux charbonniers. » 

3) « — Ciiarbonnier, mon ami, que ta chemise eat noire? » 
" — Je l'auraia, mademoiselle, auasi blanche que vous — si je 
'i© touchais pas le charbon. • 

4) • — Charbonnier, mon ami, tu as de jolies flUea î » — 
*< Oui, mademoiselle, jolies comme vous — quoique elles 
•Qanieut le charbon. » 

5) « — Charbonnier, mon ami, combien leur donneras-tu en 
^ct? B a — Je leur faia, mademoiaelle, vingt aoua quatre 
*3eniers si elles ohoisisaent dea charbonniers. » 

6] « — Charbonnier, mou ami, quand lea maries-tuî n — ■ Si 
Voua, mademoiselle, me prêtez deux cents francs, — je lea 
|%tiarierai demain. » 

7) • — Charbonnier, mon ami, quand me les rends-tuî > 
&•« — Ce sera, mademoiselle, par droit et par raiaon, — quand 
i vendu mon charbon. » 




514 CHANTS DE TBAVAH- 




1) 



3) 



_ Dieo. m, tn,b.lo Roasolo, «out.'n bouUrlo. P»i ■»»"* 
Nou te'n bouldrioa poi manda, 

Ë Iroun lanta tadereto, 
Nou t'en bouldrioB poi maridà) 
S Iroim ionla ladera. 
- Nounpas and. oap de taure, ,uen.efari6tPopm.lW 
. - AjaU pos pà». belo Rou.elo, de ooumpagneuB mM 
qnara pas, » t. ■ «1 

I Me. lend.mil de sa» nou.ietos 1. faure . en bal a 
) . - Aro digals, belo RoMeto, le f.rre es o«M, 
malhà, » fl.mlii 

I Mes » la prumlèro malhado le dab.nlalb il a nam 
) Le fanr. s. boute, à ripe . la Ronseto à plourà, 




CHANTS DE TRAVAIL 



111. 



■ ROUBETO 



8) « — Digas vc 
fa dounà 7 » 
B — De lai lou Rose i'o "n fabra 

4) I — léu ni vole pas un fabre. 

5) « — Noun farô.mioRouaeto, 
5) Lou prumièjourdesasnosaoH, 



lio Houaeto, se tu Vûa ti marida T (bit) , 

toutalou taderideto 

Sa lu vos ti toaridà ! 

toutalou laderida, 

lou mestre, quau me voudria 



quepertua pourrie be fà_ 
mi farié be tr6 massa. • 
Eiscoumpagnous bafarâfa.i 
perpaïs vôu s'espasaà. 



7) « — Levoti, mio Rouseto, veni m'ajudfL à fourjà. ■ 
S) N — ÂtBsà Bou paa las proumeasaa que l'autre 
ro'aviai fà. » 

9) H — L'autrejourereapasmiéuno, aroe toujour ou|sara8.t 

10) A la prumièro fourjado aoundavaniau vo brunlà. 
11} « — A Bëuoaire i'o'no flèiro, à Casteliidu lou msrcat, 

12) Ni oroumparen, à laûèiro, un nôu pèr lou raœplaaaà. ■ 

13) Quan ni sou'slataàBèuoaira tout l'argentlua o manoat. 

loulalou laderîilelo 
Tout l'argent lua o manquât. 
toutalou laderida. 
U. le pasteur Feiqubt, Colognac (Oard). 

RosBTTB. — 1) Dis-moi, mie Rosette, si ta veux te 
marierT (4w) — toutalou laderidtlo — si tu veui te marier ? » 

— toutalou laderida. 



3) f — Au delà du Rhône il y a un forgeron qui pourrait 
bien faire pour toi. ■ 

4) n — Je ne veux pas un forgeron, il me ferait trop frapper 
(sur l'enclume), r 

5) • — Il ne la fera paa, mie Rosette, il le fera faire aux 
compagnons. ■ 

G) Le premier jour de aea nocea, lia vont ae promener danï 
la paya. 



CHANTS DE TRAVAIL 



517 



7) • — LèTe-toi. mie Hosette, vians m'aiiler à forgar. ■ 
S) < — Ce ne sont pas U les promesses que voas me 
fti-hiez l'autre jour. » 
1 9) « — L'autre jour lu n'âlais pas à moi, raaintenaat et 

l t <=>ujours tu le seras, i 

I 10) A la première (argée elle a brûlé son tablier. 

f II) • — A. Beauoaire il y a une foira, et le marché à Cas- 

* elnau. 

I3) noua en achàlerons un neuf & la foire, pour le rem-; ] 
f*'aoor. 1 
^^gg '3) Quand ilu furent à Baauoaire, tout l'argent leur a 
^■!p> anqué . 




Loui garaoun soun à plagne, loui garaoun jardinié. (èii) j 

Au plus mati se lèvo, au plus tard eis au lié I 

l.ou garsoun jardinié. i 

M. lu D- Ch\i]9S]nand, Coui (ArdAcha). 



Lbs Garçons Jardinikiis. — l.cs garçons sont k plaindr»,.fB 
les garçons JHrJinîera (iw) — de grand mutin se lève, trê« " 
tard Bc met au lit — le garçon jardinier. 



CHANTS DE TRAVAIL 



V. — Lors Aeclairbs 




CHANTS DE TRAVAIL 

Nous sus èren vengus aital 
Pap tau que nous an facli eritendrt 
Que U mestreasa de l'oustal 
A qualque pau da boi à fendre ; 
Mais nous an da gaire troumpat, 
Car ne vesen de tout coustat. 

liefrain 
Esa, sa, sa, Iruquen, cmjnen, 

Coumpagnous ! 
Pèique ious joumals soun bous ; 
Amai ne perden pai lou lems, 
Entre qu'aven la forsm as rem. 
E la, ta, sa, truquen, cugneii. 



aa\. 



Pèique tous journaU soun bous. 

Da vigoureuses coumpagnous 
E% ooumpausada noatra banda, 
Amai, sens estre vergougnous, 
TFavallmn pèr quau noua coi 
Quan trouban de boi coum 
Fasen à faiasou lou traval 



rS) Se nous ballias de boi pouirit, 
Ou ben cauqua fustaasa morta, 
Noua aus nous ou tenen per dit : 
Toutes Bul flop passan la porta. 
NoBtres cnns n'an jamai barnat 
Gea de boi pouirit, ni gastat. 

ÏÀ) Se noua balhas de boi nouzat, 

Ou quauque trounc de resistenaa. 
Sens que cap aiâ duaaouncertat, 
Taatan la vena ambé paoiensa : 

L'aaulfUi tuul coiiiua di.'airan. 

t 5) Aqiiel que cauta la canaou 

Es un Tort bon drolle d'ascluire, 



520 CHANTS DE TRAVAIL 

Ne fai anà soun pigassou 
Lou pus souven sensé maltraire. 
Qaan lou nourissou couma cal, 
Fai double, amai trible traval. 

E sa^ saj sa^ etc. 

Ms. A. (1). 



(1) J'ai déjà eu Toccasion de mentionner ce recueil, ainsi que celui d« 
M. Gâche (Ch, pop, du Languedoc^ T. II, p. 184). Le premier a été 
formé par un collectionneur anonyme^ pendant la deuxième moitié du 
XVIII» siècle, ainsi que l'indiquent plusieurs chansons portant la date 
de Tannée (et même du jour) où elles furent recueillies, ou copiées dans 
des recueils plus anciens. On trouve à la page 245 la date de 1756; plus 
loin, p. 264 : copié le 30* may 47 Ha ; p. 266 : chanson que jay receu du 
Pont-Saint- Esprit le ^3 mars é765 ; etc. C'est un volume de format 
petit in- 4' oblong, de 350 pages, y compris une table alphabétique. Il 
contient 223 chansons avec lair noté ; les portées sont réglées à la main. 
La notation musicale emploie tour à tour la clé de sol sur la première et 
la deuxième ligne, la clé d'ut sur les première, troisième et quatriôme 
lignes, et la clé de fa suc la quatrième. Les premières pages du manus- 
crit ont été lacérées, mais la table alphabétique permet de connaître les 
chansons qu'elles contenaient ; elles sont au nombre de 21. On en re- 
trouve 13 dans le manuscrit de M. Gâche, mais les 8 autres sont irrémé- 
diablement perdues. 

Le manuscrit de M. Gâche, que M. Germain voulut bien me commu- 
niquer, porte la date de juillet 1827; il contient 119 numéros (dont 86 se 
retrouvent dans le précédent recueil); toutes les chansons ont leurs airs 
notés en clé de sol usuelle. Le recueil est précédé d'une intéressante 
note de M. Germain, qui donne sur son auteur les renseignements sui- 
vants : « Le présent manuscrit est l'œuvre d'un ami particulier de ma 

> famille, M. Louis- Augustin Gâche, qui l'éfait aussi de M. Fabre, le 
• généreux fondateur du Musée de Montpellier. M. Gâche, qui partageait 
' avec M. Fabre, auquel il survécut et dont il fut l'exécuteur testamen- 
» taire, le sentiment des arts jusqu'à la passion, joignait de plus à un 

» grand amour pour la musique, beaucoup de finesse littéraire 

M M. Gâche désigne par les lettres A, B, G, D, E, cinq manuscrits aux- 
M quels il a puisé et dont il donne, au dernier feuillet, la description... 

> Je tiens ce manuscrit de l'amicale initiative du docteur Fourché, héri- 
» tier de M. Gâche, qui a bien voulu me l'offrir en mémoire de la 
M vieille amitié qui régnait entre son auteur et mon beau-père, M. Ger- 
» vais, alori vice-consul de S. M. le roi de Sardaigne. 

» Montpellier, 18 mars 1854. A.-L. Germain, professeur d'histoire à la 

> Faculté des lettres. > 

Les airs contenus dans ces deux recueils ne sont pas tous originaux ; 
quelques-uns ont été empruntés aux anciens recueils de chansons publiés 



CHANTS DB TRAVAIL 



LrS FaUDEURB DB BOIB (Lh8 BUCHBRONB) (i) 

1} Noufl Borames venus ainsi — paroe qu'on noua a dît — 
~ qu« la maîtresse de la maison — a un peu de bois à, couper 
CI* t-t. à fendre) ; ^ on ne nous a pas trompés, — car nous en 
vcijrons de tous côtés. 



Il 



He/ro 



Allons I céan» (ter), frappons, cognons, — compagnons I — 
liique les journées sont bonnet ; — surtout, ne perdons pas 
**^(re temps — pendant que nous avons les reins forts. — A llont ! 
^^^ni {ter], frappons, cognons, — compagnons/ — puisque les 
*umées sont bonnes, 
2} De vigoureux compagnons — est composée notre bande, 
- néanmoins, sans être honteux, — nous travaillons pour 
is demande ; — quand noua trouvons du bois comme i' 
' nous faisons le travail à la façon. 



iiLLAKii, notammsnl s celui qui a pour litre ; > La clef des chan- 
lOnnitri, ou recueil des vaudeville* depuis cent uni et plus, notés e 
' reeueillîi par 1,-iî, CBUiSTopaE Ballikic. Pari», iiDaaxvii. ) 
Parmi do nombreunea chniiions recueillies d'aprtt U tradition oriU, 
fta ramarque quelques pelitea coniposilioni d'un caractère l^ger, rimte» 
i: facilita, ndaplAes ù d«« sita connu» et bien rhnisis, par des Lan- 
guedociens d'un esprit cultîvA, connaiaagnt à fond liiutes lus Dnessea du 
L«ngae« populaire, dont ila aaraîent a'approprier loi reiaoïircaB li 
I, ai eipi-M?iicp<, et lea fair« inlnii' dnna d'aitnHblea petîlea oonupo- 





Hiitunt que le aoizi arec lequel ces deui recueils oot cté 


formés, prnuven 


t que le parler liinguedocien 6tuit, à cette dpoquc. fami- 




dans U meilleure aociétâ, môme parmi lea dsmea. (J'ai 


«té t«moin de 6 


e rail, dans ma jeunease.) 


La notice de 


M. Oeruain nous fait connaître qu'il eiiatait, dam les 


fimilUa, dea rec 


uails de chant» languodociena, de pelita réperloire» ■«- 



Tint à égaler les réunions intimes. 

A ce titre, il m'a paru intéressant d'en eilraire les pièce» qui se ratta- 
chent aux diTeraes séries en cours do publication. 

Lorsqu'il y aura lieu de mettro ces recueils s contribution, ils aeiont 
■lati désignés : le minuscrit anonjme par ta monlion TUs. A ; celui ds 
[ H. Oachi, Ms. 0. 

(!) C'est le litre de la chanson, dan* le ms. A ; dam le m». 0., elU 
■jUt intitulée : Gant d 



522 CHANTS DE TRAVAIL 

[ 3) Si voua nous donnez du bois pourri, — ou bien quelque 
poutre vermoulue, — noua noua le tenons pour dit : — tous 
aussitôt passons la porte. — Nos coins n'ont jamais fenda — 
aucun bois pourri, ni gâté. 

4) Si vous noua donnez du bois noueux — ou quoique tronc 
rësiatant, — sans qu'aucun soit déconcerté, — nous tâtons la 
v«ine avec patience : en le tournant, le retournant, noua le 
fendons tout comme nous le désirons. 

5) Celui qui chante la chanaon — est un joj'eui bûcheron, 

— il fait aller sa cognée — le plus souvent sans maladresse. 

— Quand on le nourrit comme il faut, — il fait double, et 
mAme triple travail. 



- Le Tailleur de pierhïs 



4 



1) Depuis Paris jusqu'à Marseille j'ai bien resté 
travailler, Je suia entré dans une ville que l'on appelle 
Montpellier. 

2) Tout en entrant dans cette villa, j'entends les com- 
pagnons chanter; Je suis entré dans la boutique, j'ai 
salué ceux qu'il j avait. 

3] Je lui ai dit: «bonjour le maître, vos compagnons 
savent chanter; M'en donneriez pas de l'ouvrage à un 
compagnon étranger? « 

4) ic — Si fait, si fait, répond le maltra, pourvu que tu 
sois bon ouvrier; J'ai une pierre sar la place, prends tes 
ciseaux, va la tailler, s 

5) N'a pas resté mémo un quart d'heure, l'ouvrier v» se 
promener. Le maître vadire à safemme : le bon ouvrier 
qu'avona trouvé 1 » 

6) La dame vient, Ini porte à boire, demande s'il est 
marié : • — J'ai trois filles en mariage, de toutes trois 
vous choisirez. " 

7) <> — Je vous en remercie. Madame, de la bonté que 
vous avez, J'ai commencé mon tour de France, s'ilpliitt. 
à Dieu, le finirai. » 

Cdui (ArdècliB). 



CHANTS DE TRAVAIL 



Ai fiera sept aoeau clar de la lano, 
leu n'ai tant fiera qu'ai fa mu fourtuDo. 



Vei lou teisseran n'ai urdi ma tëlo, 
N'ai urdi sept pana, ah I qae sara bèlo ! 
LoQ teisseran m'a di : « Coumaire Lucresso, 
Que n'eu vouré far d'uno tan bèlo peaao ? > 
n — Paren de linaôus à double couturo, 
Treioaran au 8Ôu, saran de meauro ; 
5) Faren de chamiaos per iéu e ma maire 
Saran leig jouièus de moun oarif naire. •> 

!!■' Pavoiil, L'Epine (BButei-Alpe>). 

La Pilrubb. — 1) J'ai filé sept ana au nlairde la lune — j'ai 
^^nt flld que j'ai fait ma fortune. 

2) Chez le tiaserand j'ai ourdi ma toile — j'en ai ourdi sept 
t^ana, oh I qu'elle sera belle ! 

3J Le tisserand m'a dit : «Oommèra Lucréee, -^ que vou- 
1 eZ'VOua faire d'une ai belle pièce de toile t » 

4) • Noua ferona des drapa de lit à double couture, — iU 
I traîneront par terre, auront large mesure ; 

5) Nous ferons deg ohemisea pour mot et ma mère, — ce 
seront lea étrennea de mon amoureux, m 



Vlil. — Lu Paihassounaire 




Mk^J 



524 CHANTS DR TRAVAIL 

1) Moun 'paire m'a maridEido (bis) k la malouro l'i 

JOUD, 

Paurolol 
A la malouro l'autre joun. 
Paurout 
3) M'a dounat du palItaBsouiiaire que aap fé qae de 

palbassouB. 

3) Fousquec pos miëjo nëît sounado : » Margartdeto , 

leben nous; 

4) Paras quatre ou cinq fusadoB, iôu farai qualques 
palhasHous. 

5) Demi, la fl&iro à Beloaire, ié pourtaren loua palbas- 



6) . 



- Ûigate me, palhassounairo quaad bendës boatrea 



7) B — Nouti soun poi maroandejairo, Joni bondi ud bôu, 
amai dous. d 

8) Cl — Digats-ms, palbassouii&iro, m'en bourdriola poi 
Taire utt poutou ? ji 

0) B — Prenets-ne doua, preneta-ne quatre, etnei l'ar- 
gent des palhaasoua. n 

10) Tout noua tournant de la flëiro, rancouatrèri moun 
amouroua. 



Ranoounlrèri rac 
Paur' 



'I 



n amoiiroui 



M" Mebcsuikb, Beleals (Ariège], 
1 père m'a mariée à la maie heure, 
' qui ne aait faire que des paiU 



Le Vannier. — 1) Moj 
l'autre jour, Pauvrette t 

2] 11 m'a donné un vanniei 
lassona. 

3) Il ne fut pas minuit sonné : «Marguerite, levona-nous,— 

A) Tu fileras quatre OU cinq fusées, moi je ferai quelques 
paiilaasona. 

5) Demain c'est la foire à. Belcaire, noua irons vendre les 
paillassons. » 

6] a — Dites-moi, marchande de paillassons, combien les 
vendez-vous t > 





CI1AST3 DE TRAVAIL 5v5 

') * — Je ne vous ferai paa marchander, je les Tends un 
ou deux soas. • 

^} * — DiteB-moi. marchande, oa voudriei-vous pas me 
fa.ire un baiser T» 

O) Il — Prenez-en deux, prenez-en quatre, avec l'argent 
■^«a paillaasons. ■ 

10) Tout en retournant de la foire, je rencontrai mon 
^Oioureui. _ 



IX. — FOIRB AUX DDMBSTIQUBS ■ 

VaUt», tercanti;». elc. 

Il existe, dans beaucoup de loeatitë^ du midi, one foire aux 
_*^ «nestiques, dont la date n'est pas partout la même. Elle a 
J'^ w à la Toussaint (1" novembre) ou à la Noël (2B décembre), 
* la Saint-Michel (20 septembre), au 1" mai, mais le plus 

'•^=*' -«ïent à la Saint-Jean dVHé (24 juin). 

L'usage génâralement adopté e«t de n'engager un serviteur 

^ ^7** pour un »"■ Lorsijue celui-ci n'est pas satisfait de sa con- 

^ tion, quelque temps avant la fin de son année de louage, il 

'^ ^^ante la chanson suivants, pour avertir les maîtres qu'ils 

^^"^ont plus à compter sur lui, et devront se rendre à la foire. 

Dans l'Avejron U foire a lieu deux fois par an : au l*' mai 

^^t au 1"* novembre; dans le Tarn, o'est le 24 juin. 

En Belgique le même uaage existe pour la Noël : 

i Demain c'est le jour de la Noé, 

Maître, il nous faut compter. 
Demain le jour du testament, 
Matire, il nous faut de l'argent. 




1) iiio, Tûutchoas s'aprocho, 
Dins uno autro biloto 

lÉ/ ÎÉI 



2} Kegrèti pas lou mestre 
Sounoo ma pauro mio, 

3) Mio, ta bendrai bèire 
Sd ne sios din la peno, 

4j Mestre, beadès lai fados. 



Bouole 



cal ouà demourà. 
ai la meatro topauo, 
que me la oal quità. 
och jours après Toatchons, 
iéu ta oouaaoulorai, 
anà lai boui gordit ; 



9 fà paatre (1), mi bouole moridà. 



5) Aro l'ouro ei bengudo 
Sai laissou lo oourrejo, 

6) Aro l'ouro ei bengudo 
Sai laiesou l'ogulhado, 

7) Aro l'ouro ei bengudo, 
Sai 1ais90U lo bolajo, 

lÈI lÉI 

belèu Bai tournorùu. 
Mlle Pauline Povjai., Milli 



que loua paatrea s'en bôu ; 

belèu sai touraor6u (2). 
que loui bailetch s'en bàu ; 
belèu aai tournorâu. 

lai sirbentoa a'eo hba; 



1 faut nour 
il faut allea 



1) M'anjie, la Toussaint a'approche, m'&nai( 
quitter, — dana une autre ville — lÊ! lEf 
demeurer. 

2) Je ne regrette pas le matlre, ni la maitresae non plus ; 
— rien que ma obère amie que je ne verrai plus. 

3] M'amie, je viendrai te voir huit joura après la Tous- 
aaint ; — si tu ea dans la peine, je te oonaolarai. 

4) Maître, vendez lea brebis, allez vous-même les garder; 
JH ne veui plus être berger, je veux me marier. 

5) A préaent l'heure est venue où lasbergara s'en vont ; — 



(1) pastro, li c'cBt nna femme qiû chante. 

(2) Les couplets 5, 6, 7, ne sont en rÈslit6, que d 
mime couplet, qoi s'adapte à l'emploi du senileur, 



qui chante la chansan. 



_ J 




I 



1) Adieu, Sant-Jan s'&prooho, mit), se cal quità ; Dîna 
*^ no autro biloto lÉ lÉ ! cal anà demourà. 

2) Prego tu lou téu meatre que ta tome garda. léu 
V^Tegarai lou mèune quo me laissa ananà. 

3) Lou meatre es un jan foutre, la mealro, enoaro raai, 
I.0U9 mandi faire foutre cado aop que me plai. 

4) Ai fach uno balajo, un acatat de fust, Se la meatro 
ïne crido, ià aautarai dessus. 

5) Béni, pastro noubèlo, béni me remplaasà ; Ta qui- 
tarai laplasao e lou mestre taplà. 

8) Regrèti pas lou mestre, ni la meatro tapau, Niuiai 
la bouno bido, e lou bon tems passât. 

7) PIco, pico reloge, abaisso te, aourel, Fai que Sant 
Jan a'aprocho, e mestre quitaren. 

M"* Anna LkatEt, Albl. 



Il rie rai la 



1) Adieu, [le jour de] Saint- Jean s'approche, m'amie il faut 
se quitter ; — dans une autro ville —IB I lÈ f — il faut aller 

2) Toi, prie ton maître qu'il te garde encore, — moi je 
mien de ma îaiaaer partir. 




528 
3) Le 



CHANTS DE TRAVAIL 



e eat un je&n-f..., la maitreaae eocora plu 
je lea envoie au diable ctiaque fois que cela me plaît. 

4) J'ai fait un balai, j'ai caché uq bâton, — si la maHresse 
me gronde, je lui sauterai dessus. 

5) Viens, bergère nouvelle, viens ma remplacer, — jeté 
céderai la place et le maître aussi bien. 

6} Je ne regrette pas le maître, ni la mattrease non plus, — 
ni la vie pénible et le temps paasé, 

7) Sonne, aonne horloge, abaisse-toi soleil, — fais que Saint- 
Jean arrive, et nous quitterons les maîtres. 



AndaDte 




pro-clio, lÈ. 



1) Pioo,pico reloge, biro, birosourel, Lou mes de mai 
s'aprocho, lÊ ! lË t de mestre cambiaren. 

2) Lou mati, de recuècho, e lou aère, de gruoh; Ne fon 
nno deapenso que cap de ohi bourrut. 

Lou bailet. 
'â) Regrèti pas lou mestre, ni la meatro noun pus, 
Regrëti que ma mlo, que labeirai pas pus. 
La tirbento. 
4) La mestro n'es jalousû que fringue lou bailet, Mes 
n'en bendrâ uno autro, lË I lÊ I caressorô l'bourgéa. 

M"* Lucio Brhoit. St-GoorgBs-de-LuaaQçon (Atbttoii]. 

1) Sonne, Bonne horloge, tourne, tourne soleil, — la mois 
de mai s'approche, — ÏË I lË ! — nous chwgorons ^e 



I 



CHANTS DE TRAVAIL 



529 



2) [On nous donne à manger] le matin du petit-lait recuit, 
— et le soir la bouillie de gruau ; — ils font la même dépense 
que pour un ohien poilu (un chien de berger). 

3) Le valet. — Je ne regrette pas le maître, ni la maîtresse 
non plus, — je ne regrette que m*amie que je ne verrai plus. 

4) La servante. — La maîtresse est jalouse que je caresse le 
valetf mais il en viendra une autre qui caressera le maître. 



X. — La Pastoureleta 



A) l 




Bos te — lou-gà, bos te — lou - gà, Jan-tio pas- 




tou - re - le - to, Bos te — lou - gà, 



Pèr mous mou- 




tous — gar - dà? — Ta-plà,mous - su, me lou - ga - rei, 




oixiTy^^t^ i 



Bos - très mou - tous, mous - su, bous gar - da 



rei. 



1) « — Bos te lougà i^bis) 
Jantio pastoureleto, 

Bos te lougà, 
Pèr mous moutous garda ? » 
« — Taplà, moussu, me lougarei, 
Bostres moutous, moussu, bous gardarei. n 

2) a — Quan bos gagna, 
Jantio pastoureleto, 

Quan bos gagna 
Pèr moun troupel garda ? » 
c Dous esclots nous, un dabantal, 
E dous escuts pèr semmano me cal. > 

35 



CHANTS DE TRAVAIL 

B — Bo9 trop gagna, 
Jantio jiastoureleto, 

Bob trop gagna 
Pèr moun troupel garda : 
Unis asclots, un dabantal, 
E un escut, es tout so que ti cal. » 
•i — Ta boun meroat 
Soni pas paatouraleto. 

Ta boun mercat 
Gardi pas Ion bestial ; 



Aloc 

Per ceotenats n 



I miéu pftîtou 

I balho de poatous. » 

e drinteiir OuTBAtio, Narbonne, 



1) La petite bbhoére. — 1) « — Veux-tu te louer (bis) — 
gentille petite bergère; — veui-tn te louer — pour garder 
mes moutons? » — « Tout aussi bien, je raa louerai, — vos 
moutons je garderai. » 

2) a — Combien veux-tu gagner, — gentille petite bergère, 
— combien veuj-tu gagner pour garder mon troupeau ? » 
4 — Deux [paires] de sabots neufs, un tablier, — et deux ëcus 
par semaine il me faut, n 

3) ri — Tu veux trop gagner. — gentille petite bergère, — 
tu veux trop gagner — pour garder mon troupeau; — une 
paire de sabots, an tablier, — et un éca, c'est toat ce qu'il te 
faut. » 

4) u — A ai bon marché — je ne suis pas bergère, -^ à si 
bon marché — je ne garde pas le bétail; — au lieu d'écus mon 
pastoureau — par centaines me donne des baiser». » 




CHANTS DE TRAVAIL 



531 




- bé, mous - su, 



- ga - rei, 




bos • tre bes 



tial — iéu 



gar — da 



rei. 



1 ) « — Te bos lougà 
Jantio pastoureleto, 
Te bos lougà 

Per mon bestial garda ? )> 

c — Obé, moussu, me lougarei, 

Bostre bestial iéu gardarei. » 

2) c — Quan bos gagna 
Jantio pastoureleto, 

Quan bos gagna 
Pèr moun bestial garda ? » 
« — Cinq escuts nous, un dabanfal. 
Unis esclops, ac6*s so que me cal. » 

3) « — Que te cal mai, 
Jantio pastoureleto, 

Que te cal mai, 
Iéu te le dounarai ? » 
« — Un pastourel que si6 ôdel, 
E que m*ajude à garda le troupel. > 

M. Barbb, Buzet (Haute-Garonne). 



1) € — Veux-tu te louer — gentille bergerette, — veux-tu 
louer pour garder mon troupeau ? • « — Oui bien, monsieur, 
me louerai, — pour garder votre troupeau. » 

2) « — Combien veux-tu gagner, — gentille bergerette? 
Combien veux-tu gafirner — pour garder mon troupeau ? » 

— Cinq écus neufs, un tablier, — une paire de sabots, voilà 
quMl me faut. » 

3) « — Que te faut-il encore, — gentille bergerette, — que 
"te faut-il de plus, je te le donnerai? • « — Un jeune berger 
^ui soit âdèle — et qui m'aide à garder le troupeau. » 



532 



CHANTS DE TRAVAIL 



Variantes 



Allegro 




Te vos - ti lou - gà, 



;f^^i 



t=kt=fe 




1? 



te vos - ti lou - gà 

h 



^ 



!?■ 




1? 



jen - ta pas - tou - re - le - ta, Te vos - ti lou - gà 



i^"!" .-E l 



if=^ 



M— F-J 



^ 



*Ë 



È 



m 



Per mous mob - tous gar - dà ? 



E oui mous - su, 



J^ Li£Zji^J~y^^^ 



P^^i 



me lou - ga - rai, Vos-tres mou- tous vous gar -da- rai. 



3) « — Acô*s un pau trop 
Jenta pastoureleta, 

Acô's un pau trop : 

Rebateu lous esclots. » 
a — Nani moussu, acô's pas trop 
Oau pas rebatre lous esclots. n 

M. Plane, Mudaison (Hérault). 

3) « — C'est un peu trop; — gentille bergerette, 
— c'est un peu trop : — rabattons les sabots. » 
M — Non monsieur, ce n'est pas trop, — 
il ne faut pas rabattre les sabots. » 




"'liO 



« Quan vos ga - gnà, Joui - na pas - tou - re- 




le - ta, Quan vos ga - gnà Pèr moun trou - pel gar- 



CHANTS DE TRAVAIL 



533 



f^^^^ 



fi: 



t 



-^ 



dà ? » « Dous es ■ clo - pets. 



T^ 




E quatre es 



cuts d'ar - gent me 



eau, > 



M. A, no 190 

c — Quand vos gagna, 
Jouina pastoureleta? 

Quand vos gagna 
Per mon troupel garda ? » 
« — Dous esclopets, un davantau, 
E (juatre «seuls d'argent me eau. » 



bi 



■ Combien veux-tu gagner, — jeune bergerette? — Com 

** veux-tu gagner — pour garder mon troupeau? — t Deux 
^'■«s de sabots, un tablier, — et quatre écus d'argent il me 



XI. — Li Rapi (1) 



3) 



4) 



Lirafi, bon matin, manjonn Taigo boulido, 

E pieî quan Tan manjado s'entornoun mai coucha 

D'aqui que lou jour vengue per anà travalhà. 

En anen travalhà se ne fan pas de nièiro, 

Se disoan Tun à l'autre : siègues pas tant pressa, 

La journado os prou longo se te vos alassà. 

N'a fach un val e ven, que n'ia un que regardo : 
« Entende brama Taze que n'es aqui que ven, 
E sentisse à moun ventre que dejunarai ben. » 

« Pichot, dequc fasiès au mas amé la tanto ? 
S'un autre cop t'arribo de ié tant demourà, 
N'iaurà un de la chourmo que t'anarà cercà. 



(1) Le rafi est le valet de ferme de la Camargue. 



3G 






634 CHANTS DE TRAVAIL 



5| I Piohot dequé manjan, de vespre, à la soapadof'' 
Manjan de faviùu blanc, o ben de bourboulhado I » 
n — DDun, respon lou miaro, m'ao fà chaplà de oar. ■ 

6) Mai pioi, quaii ven lou souar, que soun à la aoupado, 
Ne diaouD à la tantu : i fasèa-me léu ma part, 

léu aime paa la soupti, quand i'a 'd fricot de car. ■ 

7) Quan se souri ben gava, alumou ban la pipe, 
Lia un charron di chato e lis autre di biùu; 
E pasBon laveaprado que ié oosto pas un son. 

M. Clair Gleizbb. Arlei. 



1) Les Valbts db ferme. — Les valets, de grand matin. 
mangent la soupe, — et quand ils l'ont mangée, ils retournent 
an lit, — jusqu'à ce que le moment vienne d'aller travailler. 

3) En allant travailler, Ws ne se mettent pua la puce à 
l'oreille, — ils sa disent de l'un à l'autre : « ne sois pas 3 
pressé; — la journée est assez longue pour qu'on puisse se * 
fatiguer, n 

3) A peine ont-iU tracé un sillon, que l'un d'eux regarde et ^ 
dit: «J'entends braire l'&ne (qui parla les provisioiisi , le ^ 
Toilà qui vient — et je sens à mon estomac que je déjeunerai -i 
bien. > 

4) « Petit I que faisais-tu k la ferme, avec la servante î — 

Si une autre fois il t'arrive de l'attarder autant, — il j eo.. 
aura un de la bande qui ira te chercher. » 

5) i< Petit I que mangerons-nous ce soir à souper? — man- 
gerons-nous des haricots blancs ou bien des œufs brouillés ? » 
■ — Oh non, répond la petit valet, on m'a fait bâcher de Ift. 
viande. • 

6) Puis, quand vient le soir, à la soupée, — ils disent à Isl. 
servante : a faites-moi vite ma part, — je n'aime paa la soupe 
quand il y a un plat de viande. ■> 

7) Quand iU ont bien mangé, ils allument la pipe, — les iin^ 
parlent des jeunes fille», et les autres des bosufa ; ils passen't. 

I^.ainsi la veillée sans faire aucune dépense. 



F 



GHANtS DE TRAVAIL 



535 



XII. — Las Sabounairas 




nos - tre plan d© l'Ou - li - vie — Soun tou — tas 




tems d*es -tre la - ia — das, Per-qué — sa-vou quesoun ous- 




tal — En - irai - na 



fos - sa de ba - rai. 



Las saboanairas dau quartié . 
De nostre plan de TOulivié ) ^ 
Soan toutas escarabilhadas ; 
N'an pas lou tems d'estre laiadas, 
Perqué savou qae soun oustau 
Entraîna fossa de baral. 



M. Bouquet, Montpellier. 



Les lessiveuses. — Les lessiveuses du quartier — de notre 
Plan-de-l'Olivier (I) — sont toutes alertes ; — elles n'ont pas le 
temps de se reposer, — parce qu'elles savent que leur ménage 
— exige beaucoup d'activité. 



1) Quartier de Montpellier habité par la classe ouTrière). 



Moaeraio 



--^Hf— h— h: 




—é — é— 

Dans Pa-ris y a u - ne bar- biè — re cent fois plus 



î 



^ 



Pi==R: 



^=P=Pt^ 




bel - le que le jour; Dans Pa-ris y'a u - ne bar- 




^ 



9: 



m 



È 



K 



^1 



biè — re cent fois plus bel - le que le 



1 



SÊ 



tt 



p=.^^=f-rfTai 



jour, cent fois plus bel - le que le 



jour. 



1) Dans Paris y'a une barbière cent fois plus belle que le 
jour ; (bis) 

2) Sont trois messieurs de la Lorraine qui voulaient lui 
faire l'amour. 

3) Ils se (lisaient de Tun à l'autre : comment ferons pour 
lui parler ? 

4) Il faut aller sous sa fenêtre, un grand tapage il faut 
mener. 

5) Elle mit son cœur en fenêtre, leur dit : Messieurs, que 
voulez-vous ? 

6) « — On dit que vous êtes barbière, la barbe nous la 
feriez-vous ? » 

7) (( — Montez, montez dans ma chambrette, j'ai mes 
rasoirs tout prêts pour vous(l). » 

8) La belle appelle sa servante : a Marguerite, allons 
levez-vous, 

9j )) Apportez- moi mon plat à barbe et mes rasoirs tous 
argentés. » 



(1) Var ; j'ai des rasoirs exprès pour tous. 



CHANTS DK TiiAVAlL 537 I 

10) Pendant que la belle le rase, ti-oi^ fois sa. couleur a \ 
o/iangé : 

11) < — MoDsieur, si mon rasoir votis blesse, pourquoi ne ' 
''c» ma plaigoez-voua pas ? a 

12) • — Ca n'eat pas le l'aaoir, la belle, c'est l'amitié qus 
^*-i pour vous. " 

13) Cl — Mes uniitiés sont en Egypte, mais elles revien- 
*-— ont bientôt (!)• ' 

M."- Céleitine SAVeusSY. Saint-Andrè-de-San^onis (Hâmult). 

XIV. — Lou I'airûulajre 




mis, D'ai -go be - ne - chiit 



de bott - tout de 



1(1) On chante aussi la barbière en languodocien, mais cette version a 
dft être rejetée; ce n'eat qu'une mauvaise adaptation de la chanson fran- 
çaise i l'idioDiu languedocien, n'offrant aucun intérêt, 
[ A 



]) Pairoi, rouf, rouf Madamo, 
fairol roui, racoumoudâl 
Benès eacoutà l'historia d'aquel jantil aubergnat, 
Aquel jouioe pairoalalre que boulià aa maridà. 
Refrain : Rin floun floun. 

Stamà de caisetos, 

Foundre de culhêt. 

Blanchi de faurcketoi, 

E de saliniét, 

O'aigo beneckiès, 

E de bohlous de braios! (bis) 

2) Eb uq jouine pairoulaire que se bouliô maridà. 
Que i'oa ba de bourg en bilo për una âlho troubà ; 

3) La prumièro que rancountro, la filho d'un aboucat ; 
4] I diguèt : < mademijèlo, boulets boua bous maridà ? » 

5) — Noun pas am un paipoulaire (1', <)u"es nègre counio-* 
un talpat. » 

6) € — Sabets ^)8^', ma leinijèlû.(^). tarra negro fa boaiL_ 
blatï * 

M. le Docteur Ocikadd. Nirbonns. 

Ls Rktambur. — 1) Ckaudr on (été, filé, Madame, — chaU" 
dron jêjé à raccommoder! — Venez écouter l'histoire de o» 
gentil auvergnat, — c'est un jeune rétameur qui voulait se 
marier. 

Refrain : — Hin floun, /loun, — élamer det casserotes, 

fondre des cuiUers. — blanchir des fouiehetles, — et des sa- 
lues, — des hénitiers. — etdesboutous de braies! (bis), 

2) Il s'en va de bourg en ville pour trouver nue £ 
épouser) ; 

3) la première qu'il rencontre est le fille d'un avocat. 

(I) Vit : Noun passmb'un estamair 





CHANTS DE TRAVAIL 



4} II lui dit: « Mademoiselle, vouiez-voua vous mariarî » 
5) I — Non pas avec un rétameur qui esc noir comme une 



II — Nesavez-vous pae, Mademoiselle, que la terre noira -. 
*^a-ille bon blé? » 




1^^^ 


^ 


'-*---^'=^- 


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El^^ 


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de 


gra - 


zi - thas, e 


(U se 




1, dran! 


^''r r r. ^r r 1 J. n J 1 


léu 


.au 


- 1 „.. 















Un peirolier, que roda pèr la vu», 
Intret un jour dins un oustau ; 
Aqui troubet quatre ou cinq filhas, 

Ghacnna voulié fa saudà (1) . 

Lou peirolier seguet pas sot : 
De chacuna ajet soun escot. 

E peirôui^rout, 
e adouba, 
e d'escaufetasy 
e de casse tas, 
e de grazilhas, 
e de sariam, 
Dr an dran ! 

lèu saude lous (2) 

Le Rbtambur 



Ms. G. 



Un rétameur qui rode par la ville, — entra un jour dans 
une maison ; — là il trouva quatre ou cinq fllles, — chacune 

voulait faire souder — Le rétameur ne fut pas sot : — 

de chacune il eut son écot. 

Chaudron fêlé — à raccommoder^ les chaufferettes^ — lei 

— casseroles^ — les grils, — les poêles à frire, — Dran ! (bis)^ • ^. 

— Je soude les 

XVL — Ramoneur 

En passant par la Bourgogne, 
J*ai rencontré un p'tit homme 
Qui mangeait du pain de pomme, 
Qui buvait du ratafla, 
Ramonez -ci, ramonez -là, 
La cheminée du haut en bas, 

lf'« Anna Laurbt. Millau. 

C'est la chanson que chantaient autrefois les petits ramo- 
(l)-(2) Ces lacunes du ms. suppriment des expressions trop libres. 



CHANTS DE TRAVAIL 



541 






»urs lorsquMls étaient arrivés au bout du tuyau de la chemi- 
e. Je me souviens de Pavoir entendue, dans ma jeunesse. 
^ leur donnait une petite étrenne pour prix de leur chanson. 



XVII. — Lb Pilotage 



ans les travaux de pilotage où Teffort de plusieurs ouvriers 
nécessaire pour manœuvrer la lourde sonnette qui sert à 
ODcer les pilots, ils chantent une phrase dont le rjthme, 
s accentué, leur permet de régler leurs mouvements d'en- 
ble. Sur le premier temps de la première mesure, la 
^xr^nette est hissée ; sur le premier temps de la deuxième, 
cordes étant lâchées toutes à la fois, la sonnette retombe 
K* le pilot, et ainsi de suite jusqu'à la un du couplet. Ils 
xnptent ainsi jusqu'au «joli neuf», après lequel iliii prennent 
instant de repos. 



Moderato 




5 






E 



En — voi - là 



a 



j~r~r- f 



uni 



^^^ 



s |=rtTv"71 ^ 




Le — jo - li uni 



ra. Le 



tt 



H 



Le un s'en va, çà 



1- 



deux qui vient, cà va 



bien. 






U-- 



En — 



voi - là deuxl etc. 



Cette (Hérault). Noté pendant le travail sur le quai du Nord (août 1897). 



On me signale la formule suivante, employée pour le même 
usage sur les bords du Rhône. 



CHANTS DE TRAVAIL 




lai - ne, Tiens bon, Ma 






XVIII. — Cautelou 




1) Ca'iteloii chikto no saumo. 

No saiirao, mai ud cliaretou, [bis] 
Co airô pèr faire an eoumarce 
Quante nen veniîrô lo eazou. 

2) Ou chato de las cireijan. 

De las cireijaa et dnuB pezeus, 
• Co 9ir6 uji piti oouiijat'i:e 

Que poura dura tout Teiteu. 

3) Où lu eharjo d'aigo de vito, 
D'aigo lie vtLo e de tabac ; 
Quan fugué ribà dî lo vilo. 

Ou fdgué réta per loua rata (1). 

(1] Les rsfs (da cave), — les sabsloiis 
dea conlributiana indirectes, qui eiercen' 
des marcbands. 



CHANTS DE TRAVAIL S 

Qqbti Tupué ribà âé lo vilo 
Ou fngué rêtà par loua raU ; 

■ — Tu fas de io conntrebendo, 
Sabei bê nou zu volen pas. « 
5) I lu meDeri ad uno porto 

Qu'éro negro eoumo charbou, 
Creziô qu'éi'o lo lie l'eiglièiso, 
Qu'éro qiielo de I& preijou. 
Ma soun ane s'i revolto, 
c6 da pè lous d'o boueissa ; 
Lo geQS de lo vilo crederen tous : 
t Vivo Cautelou mai souii atie, 
O bien boueiaaà loQs gabelous ! ■ 

U°- LAPODI.B, ViUsrs (Dordogne). ' 

1) Cautelou achète une âoesse, — une âiiesee el un obai 
retin (bU), — ce sera pour faire un commeroe — quanti! 
Tiendra 1» boDue saison. 

2} Il aobëte des cerises, — des cerises et des pois, ■ 
sera un pelit commerce — qui pourra durer tout l'été. 

3) Il charge de Teau-de-vie, — d'eau-de-vie et de tabae 
— quand il arriva dans la ville, — il fut arrêté par les rats. 

4) Quand il fut arrivé dans la ville, — il fut arrêté par Ut 
rata : — «Tu fais de la contrebande, — tu sais bien que noul 
ne le voulons pas. ■ 

5) Ma le conduisent à une porte — iiui était noire oomm 
du charbou. — Il croj'ait que s'était celle de l'église,' 
c'était celle de la prison. 

6) Mais son âne s'emporte, - - à coups de pied il les a fa!¥ 
fuir ; — les gens de la ville crièrent tous : — ■ Vive Cautelon 
et son âne, — qui a fait fuir les gabelous. • 



XIX — La Manufatura 





Qa - gna 



Tout venen il'Aubais", 
Tout eu intraiit dedin Sniiraéire, 

Joula loQ rampar, 
niBOun iju'hcô n'es un travnl. 

liB, manufiLtura 

DJBOUii que vai beii ; 
Mouieiiant qu'iiuà durs, 

Gaguarun d'argeiii. 

M. SiMOK, Mudaiauii (Hérault)! 

']Ën""Tenant d'Aubais (1),— en rentrauL daus Soiomiôrea (. 
— 80US le rempart (3), — on dit que là il y a beaucoup de tra- 
ail tfoi"' les ouvriers). — La mauufaciure (4) -~ va,. dit-oD, 
rèabien; — si cela peut durer — nous gagnerons de l'ar- 
rent. 



I) Aubaia, localité du département du Gard.— (2j Snimnièrea, clief -lieu 
canton du Gard. — (3)-(4j Le rempart et la manufacture de tapis n'eiis- 
it plus aujourd'hui. 




THE LEGEND OF BERTE AUS GRANS PIES ^ 



AND 



THE MÀRCHEN OF LITTLE SNOW-WHITE 



According to Adenet le Roi, Pépin, after the death of his 
first wife, married Berte, the daughter of Floire and Blan- 
cheflor, king and queen of Hungary. Soon after the marriage, 
however, Berte was told by her servant Margiste that if she 
should sleep with Pépin, he would probably kill her. At the 
suggestion of Margiste Berte therefore permitted AHste, the 
daughter of her servant, to take her place as wife of Pépin. 
Thereupon Aliste eut her thigh with a knife, and giving the 
knife to Berte, cried out that someone was trying to murder 
her. The king seeing the knife in Berte's hands and thinking 
her guilty, declared that she should be burned. Berte was 
then taken into the forest of Mans to be slain and her heart 
wasto be carriedback to Margiste. However, one of the four 
who led her into the forest took pity on her and spared her 
life. A hog's heart was then substituted for that of Berte and 
presented to Margiste ^. 

Li serjant s'en repairent, n'i font arestoisons; 

« Seignor », ce dist Morans, « savez que nous ferons? 

» Je lo que nous le cuer d'un porcel enportons, 

» A madame Margiste si le présenterons ; 

)) Par iceste manière bien nous escuserons, 

)) Et si savez bien tuit k'en couvent li avons 

» Que le cuer de celi raporter li devons. 

^ See Li Roumana de Berte aua grana piéa, par Adenés li Rois. Ed, by 
M. Aug. Scheler, Bruxelles, 1874. 
2 ?ee Scheler, op, cit., 655-675. 

38 



546 tHE LEGEND OF IîERTE AUS GRANS PIÉS 

» Tybcrt », ce dist Morans, si m'ait St. Symons, 

» Se vous ne Totriiez, tantost vous ocirous )>. 

a Seignor », ce dist Tybors, « ois ronsaus est moult bons; 

» Puisqu'elle est eschapée, au meillour nous tenons; 

» Plus dont que vous ne faites, ne le vous cèlerons, 

» Que nous de ceste chose acusé ne soions ». 

Chascuns l'a fiancié, cours en fu li sermons. 

En iceste matere plus ne detrierons, 

Trestout ainsi le firent com ci vous devisons; 

A Paris sont venu, ne vous en mentirons. 

Grant joie en ot la vielle quant oï lor raisons. 

« Dame », ce dist Tybers, « nous vous en raportons 

» Le cuer, vez le vous ci, présent vous en faisons : 

» La pucele avons morte, pour voir le vous disons. » 

Berte left alone in the forest and frightened at the many wild 
animais along her way wandered until she reached the hoiise 
of Simon where she was later found by Pépin. 

The object of the présent note is merely to call attention to 

the fact that the betrayal épisode in the Berte legend bears a 

striking resemblance to the story of Little Snow-Wite ^ 

According to this taie there was once a queen who had a 

little girl that was as white as snow. However, when the child 

was born, the mother died, and within less than a year the 

king took another wife, who was very fair and also very proud. 

The step-mother soon learned, however, that Snow- white was 

fairer than she, whereupon her heart was fiUed with hâte and 

envv and she asked a hunter to take her into the woods and 

kill her.As a proof that the child had been slain the wickedqueen 

also told the hunter to bring back her heart and tongue. The 

hunter led the child into the forest, but took pity on her and 

spared her life. Havingkilled a youngboar, however, hetook 

the heart and tongue andbrought them to the queen, and told 

her they were Snow-White's. Snow-White ran through the 

woods and saw many wild beasts, but none of them harmed 

her. At dark she entered the hut of seven dwarfs who told. her 



* See Kinder-und Hausmârclien gesammelt durch die Brûder Grirara, 
Stuttgart und Berlin, 1906, 53. 




AND THE MÀRCIIEN OF LITTLE SNOW-WUlTE 547 

liât if she would keep hoiiso for them, she might live with 

hem. 

Likewise, in tho story of Gold-tree and Siher-iree •, a variant 

f the Màrchen of Litile Snow-WJiite, Silver-tree ha\4ng learned 

rom a trout that her daughter Gold-tree was fairer tban she, 

av down on a hed and vowed that she would ne ver be well 

intil she could get the heart and H ver of her. daughter. The 

eart and liver of a hegoat were then given to her and she ate 

hem thinking Gold-tree was dead. 

One can readily see that the betrayal épisode in the legend 

'^)f Berte resomblos in sevoral particulars the Mârchen of Little 

SnoW'White, In both cases the ytung girls are taken into a 

forest to be slain and their lives ar^ spared through pity. In 

bo.th cases they also wander alone Ihrough a wood in the midst 

of wild animais that d<> not harm them. In bol h stories thov 

take refuge in homes whoro they do some work, Berte at tho 

house of Simon, and Snow-Wite with the dwarfs. However, tlio 

niost important point i»f n»s(Mnhhinre in thèse two stories is 

the use of the hog's heart (the lioart and tonguo of a boar in 

Little Snow-Wite) to make the jealons on» believe that the 

iTiaiden had beon slain. 

The parallels just given soem to bo suffîciently striking to 
jxistify one in supposing that the description of Berte's betrayal 
a.s given by Adenet le Roi probably contains some material 
belonging to the Màrchen of Little Snow-White *. 

OliV'^r Martin Johnston. 



* See Joseph .Jacobs. Céltic Fairy Tale^, New- York, pp. 108-114. 

* For variants of this taie compare the notes on Gold-tree and Silver- 
^ree by Joseph Jacobs, op. cit., pp. 310-11. 



UN ITINÉRAIRE DE LA FRANCE Et DE L'ITALIE n 

(Incunable du British Muséum à Londres) 



L'étude des chansons de geste est entrée dans une nouvelle 
période par une explication plus raisonnable de l'origine, de la 
formation de ces productions du moyen âge. Grâce à la contri- 
bution des sciences auxiliaires de la philologie, on a gagné des 
points de vue surprenants qui ne laissent pas d'inquiéter les 
partisans de la méthode purement littéraire, mais qui donnent 
cependant à la philologie un fond sûr et l'attachent inti- 
mement à la grande famille des sciences historiques. Ce sont 
surtout la géographie et la généalogie qui rendent ce service à 
la critique littéraire. On est convaincu que les noms dans les 
chansons sont des débris de certains faits, de quelques rela- 
tions qu'on peut éclairer. L'explication de ces noms ne laisse 
pas tant de part à l'imagination, mais elle procède d'une façon 
plus réelle, plus probable. Au Heu de recueillir soit dans un 
poème, soit dans tous les poèmes d'un cycle les faits analogues 
et de faire une synthèse rapide en forme d'essai, on veut com- 
parer les faits recueillis, éliminer le superflu, faire accorder le 
reste avec toutes nos connaissances de l'époque. 

A ce point de vue les itinéraires du moyen âge ou l'étude de 
la géographie historique ont gagné une nouvelle importance. 
Gaston Paris * a signalé l'influence des pèlerinages et des 
migrations des jongleurs sur la formation de quelques chan- 
sons de geste. L'expansion des chansons en Italie et la création 
de l'épopée itahenne ne laissent guère d'autre explication. « Les 
jongleurs, dit M. Paul Meyer *, accompagnent volontiers les 

' G. Paris, Esquisse historique de la littérature française au moyen âge, 
Paris, 1907, pp. 31, 75. 

'^ P. Meyer, De Vexpansion de la langue francise en Italie pendant le 
moyen âge, Atti de congresse internationale di scienze storiche. Roma, 1903. 
Estratto dal vol. IV. p. 7. 



UN ITINÉRAIRE DE LA FRANGE ET DE L^ITALIE 549 

èlerins. Ils abondent dans tous les lieux consacrés. « M. 
rober * a étudié quelques itinéraires du moyen âge surtout 
3)our les vieux noms de lieu qui s'y trouvent. M. Bédier * a fait 
le premier une tentative de recueillir les textes qui se rappor- 
tent aux anciens lieux de pèlerinage, de les comparer avec les 
noms de personnes et avec la topographie de quelques chan- 
sons de geste pour expliquer leur formation sous l'influence de 
souvenirs historiques et de la Httérature hagiographique. Il 
a étudié à part le rapport des chansons de geste avec les routes 
d'Italie ^ et c'est dans la môme direction que je voudrais com- 
pléter les renseignements en s'attachant à un incunable du 
Musée Britannique à Londres. 

Les itinéraires du moyen âge sont assez nombreux, mais ils 
ne sont pas encore étudiés d'une manière assez complète et 
exacte. Il y en a un grand nombre en manuscrits qu'on ne con- 
ixaît guère. Ceux qui sont publiés se trouvent souvent dans des 
recueils et mériteraient d'être étudiés à part. Les plus anciens 
sont faits pour des pèlerins allant à Rome * ou à Jérusalem *. 
On en a composé d'autres d'après les voyages des rois et des prin- 
ces qui ont fait des voyages d'affaires ou des campagnes ^. Ils 
ont pris le caractère de véritables guides qui donnaient des ren- 
seignements utiles aux voyageurs en les éclaircissant sur tout 
ce qui est remarquable dans leur route. L'itinéraire de Saint- 



* G. GrÔber, Romanischea aua mittdalterlichen Itineraricn. Bausteine zur 
rom. Philologie, Festgabe fur Adolf Mussafia, Halle, 1905, p. 51, 513. 

- J. Bédier, La légende de la Conquête de la Bretagne par le roi Charlemagne. 
Revue du Mois, IV (1907), 27-56. La légende de Girard de RouasiUon. Revue 
des deux Mondes XXXVIII (1907), pp. 348-381 et 581-617. 

3 J. Bédier, Les chansons de geste et les routes d'Italie. Romania XXXVI 
(1907), pp. 161-183,337. 

* K. Miller, Die dltesten Weltkarten. Stuttgart, 1905; Paris, Bibl. nat. 
ttis. fr. 3189 : Itinéraires d'Italie. 

* H. Michelant et G. Ra3^aud, Itinéraires à Jérusalem et Description de 
ici Terre Sainte dans la Série géogr. III, de la Société de l'Orient latin Ge- 
ixève, 1882. Paris, Bibl. nat. ms. fr. 1380 : Itinéraires en Terre Sainte, 
Xiondres, Brit. Mus. Additional 10, 286, fol. 137-146 : Die Peregrinatie van 
^herusalem. 

« Oesta Henrici II et Ricardi dans Dom Bouquet XVII, 541. Paris, Bibl. 
^at. ms. fr. 20345-7 : Itinéraires des rois de France depuis 1300-1700. 



550 UN ITINÉRAIHE DE LA KRANCE ET DE l'iTALIE 

Jacques dv Compostdlli; ' vn Galicic i^st pi'.ut-Olce lo minux 
connu par ces rapporta avec la traJitinn épique. Le manuscrit 
du psoudo-Callixlc rcnFerme au v"^ livre (au iV""^ du Codex de 
Compnstelle) cet itiiu^raire. Los trois premiers chapitres indi- 
quent les étapes des routfis et les noms dos villes: on les trouve 
aussi danslaplupartdes manuscrits étudiés par Gaston Paris*. 
IjBS chapitres suivants donnent la liste des saints et des saintes 
dont les tombeaux sont à visiter avec les noms de quelques 
pèlerins célèbres. Le grand nonthri- de manuscrits répandus par 
toutes les grandes bibliothèques de l'Europe prouve la grande 
faveur dont jouissait le pèlerinage de Compostelle, Celui de 
lîome ne fut pas moins recherché et, si nous n'avons pas d'iti- 
néraire pour ainsi dire officiel, c'est à cause de la variété des 
routes qui allaient à Rome et offraient des hôtelleries, des hos- 
pices aux pèlerins. M. Bédier ^ en distingue trois : l" par le 
Grand-Saint- Bernard, 2° par lo Mont-Cenis, 3" par les passages 
des Alpes-Maritimes. Parmi ces routes, la seconde semble avoir 
été préférée aux autres, car on a imprimé déjà à la fin du xv« 
siècle un itinéraire pour cette direction. 

Le livre se trouve dans Brunet * snus le titre suivant : 
Sensiiyl le chemin de Paris a Lyon, de Lyon a Venise et de 
Paris à Homme par les hautes aUemaignes,a<iec le chemin depuis 
Li/on iusques en. Jherasalem. Paris,Nyverd,s. d., pet. in-8 goth, 
Vend. 15 fr. de Nagent. Nous avons consulté un exemplaire 
du Musée Britannique ' qui l'a acquis en 1907 et l'a daté 
d'environ 1500, Le petit in-8° volume est en reliure dorée et 
n^nfcrme 24 pages. La reliure est du xix" siècle. A la première 
page se trouve cette devise curieuse : Je /lane donc je suis. Le 
titre est plus long que dans Brunut et on y lit encore : et 
combien il y a des lieues de ville en ville. El avec cf sont toutes 
les églises de Romme. Et mesmemtiU les sept églises prtncipcdlte 
que doibuent visiter les pellerins qui y vont Avec les grands 

' Le Codex rfe Saitii Jarquia de ComposleRe (jublié par le P. Fit», Padi, 
1882. Londres, Brit. Mus. ms. 13,313. Cf. V. Le Gler». HW. UtI. XXI, 
(1847), p. 381. Wftrd. Cotai, oj Romatues I (1883), ]). 6118. 

'' G. Paria. De Pseudo-Turpino. Pari». I 

3 J. Bédiar, loc. cit. 

* Bnmet, Manuel âa LSirain, BriixollGs, I (1838), f 

s Londres, Brit. Mua. 1 A 41471. Bacenb acqii., vitrinci XIX. in-8» M p. 




UN ITINÉRAIRE DE LA FRANCE ET DE l'iTALIE 551 

indulgences cl remissions qiCilz acqiiercnt El aussi les stations 

qui se font durant la saincle quarantaine. Le volume renferme 

tout ce que le titre promet. Il donne d'abord les étapes de la 

route de Paris à Lyon, puis de celles de Lyon à Venise, enfin 

du chemin de Paris à Rome qui est à moitié identique avec 

oelui de Paris-Lyon-Venise. Le détour en Allemagne et le 

oîhemin jusqu'à Jérusalem viennent ensuite. L'itinéraire se 

"termine par les pardons et par la description des églises de 

Home. Nous voulons fain^ connaître la partie du livre qui s'oc- 

<r!upe du chemin de Paris à Venise et à Rome en comparant 

<^etto route avec celles désignées par M. Bédier 6. 

Les étapes de la route de France sont : 

Paris 

estampes : Étampes 

thourrv : Tourv 

Orléans : Orléans 

hourges : Bourges 

moulins : MouUns 

roucnne : Roanne sur la Loire 

lyon sur le rosne : Lyon 

verpillere : La Verpillière 

la tour du pin : La Tour du Pin 

aiguebellete motaigne 

fort haulte: Aiguebelette 

chambéry : Chambéry 

mont mellian : Montmélian 

haiguebelle : Aiguebelle 

la chambre : La Chambre 

s-ieha dmoriône: Saint- Jean-de-Maurienne 

siulien: Saint- Julien 

oreille: Orellc 

sainct andry : Saint- André 

tresmmignon : Termignon 

laygucbourg : Lanslebourg 

mot signis : Mont-Genis 

M. Bédier a établi quelques rapports entre ces lieux et les 
légendes. Le nom de Roland se rattache à Saint-Jean-de- 
^laurieniio, c<'lni do CliJU'lemagne à Montmélian. L'abbave 



552 UN ITINÉRAIRE DE LA FRANCE ET DE l'iTALIE 

de Novalese,au pied du Mont-Cenis, fut le lieu de naissance du 
Chronikon Novaliciense *, riche source ou pépinière de lé- 
gendes. La route que suivaient les pèlerins et les jongleurs 
était la même jusqu'à la fm du moyen âge, comme le prouve 
notre guide. Elle fut changée a notre époque par le percement 
du tunnel appelé de Mont-Cenis (1861-70) qui passe, sous le 
Col de Fréjus, à 27 km. vers l'ouest de la route de Mont-Cenis. 
Le chemin de fer va ainsi de Modane à Bardonnecchia (Bar- 
donèche) pour arriver à Susa (Suse). 

Le chemin pour Venise mène parle Piémont et la Lombardie : 

la ferriere : Ferrera Cenisio 

suze : Susa martinen : Martinengo 

turin : 1 orino pont oyelle : Pontoglio 

chevasse: Chivasso quoquoy 

versel: Vercelli bresse: Brescia 

novaire: Novara lonuan: Loveno(?) 

boufriole pisquere : Peschiera 

millâ: Milano ver on ne: Vérone 

achassât vicense : Vicenza 

threuy : Treviglio padoue : Padova 
Venise : Venezia 

Les vingt étapes de cette route n'offrent rien de particulier. 
Elles se trouvent échelonnées à peu près sur la ligne du che- 
min de fer Torino-Milano-Venezia. C'était aussi la route que 
suivaient au moyen âge les voyageurs allant en Slavonie, en 
Hongrie ^ ou à Constantinople '. 

Le chemin de Paris à Rome est le même jusqu'à Susa que 
celle de Paris à Venise. L'auteur anonyme du petit volume le 
recommande par la remarque suivante : 

« Ensuyt le chemin plus ayse facille et utile a tenir tant pour 
logis que pour peregriner en la saincte cité de Rome a commen- 
cer de la noble ville de Paris ville capital du royaulme de 
franco. » 

* Chronikon Novaliciense, éd. V. Cl. L. C. Bethmann. Monumenta Grer- 
maniae historica, Pertz, Script. VII (1846), pp. 73-133. 

* Berte aiix grands pieda, pp. Mussafia. Bomania III (1874) et IV (1876). 
Li Reali di Francia, 1. VT, ch. 1-17, éd. Gamba, 1821. 

3 Macaire pp. Mussafia. Wien, 1684. 



UN ITINÉRAIRE DE LA FRANGE ET DE l'iTALIE 553 

A partir de Susa, il donne la direction suivante : 

O Mont-Cenis à) Mont-Genis c) Grand Saint-Bernard 

(cf. M. Bédier 5,) (cf. M. Bédier 5,) 

Susa 



Susa 

^vilane : Villa Nova 

mont caillier : Mont Calier 

ville neufue è ast : Villanuova Asti 

ast : Asti 

felicent: Felizzano 

alexâdrie : Alessandria 

tortone : Tortona Pavia 

castage : Gasteggio 

castel saict iehan : Gastelnuova 

plaisance : Piacenza 



parme : Parma 
florenoe ; Firenze 

viterbe : Viterbo 
montemare 
romme ; Roma 



Piacenza 

Via Aemiliana 

Modena 

Arrezzo 

Via Gassia 

Viterbo 

Sutri 

Roma 



Aosta 
Ivrea 



Gol de Gisa 

Pontremoli 

Lucques 

Sienne 



En comparant ces trois routes on voit bien que a) 
et b) sont divergeantes de Suza jusqu'à Piacenza; de là 
jusqu'à Parma ils suivent la voie Emilienne pour se 
séparer après jusqu'à Viterbo et ensuite aller ensemble 
à Rome. La route c) traverse a) b) à Piacenza et même 
de ce carrefour par la Col de Cisa tandisque a) entre 
dans la vallée du Reno et passe au pied du Monte 
Cimone; ce n'est qu'à Viterbo que les trois routes se 
réunissent de nouveau. 

Notre auteur ne fait pas de remarques sur les villes par les- 
quelles il mène ses voyageurs. Il semble être hâté pour arriver 
à Rome et faire un pèlerinage dans les églises de la cité éter- 
nelle pour obtenir les pardons. Mais à Viterbo il ne s'abstient 
pas de dire : « auql lieu repose le corps de la glorieuse saite 
rose a rosillon ». Cette sainte était du troisième ordre des 
Franciscains, elle est morte à Viterbo vers 1256 K L'importance 



* Vitas. Rasae virg. 3. ordinis s. Franc. Viterbii in Italia autore incerto 
dans les Act. SS. Boll., 4 sept., II, p. 133-179, avec l'introduction de Suys- 
kenias 



554 UN ITINÉRAIRE DE LA FRANCE ET DE L*ITALIE 

quo iiotriî auteur donuo à la nirinoirodo cotto saintci taudin ([u'il 
néglige tous les autres dont les noms «ont attachés à qu«l([ucs 
villes énumérées prouverait peut-être (ju'il était de l'ordre 
de S. François. Ce fait est encore remarquable à un autre point 
de vue. Avec le développement des moyens de transport, on 
était plus pressé faisant ces pèlerinages à Rome et Ton né- 
gligeait de mentionner et de visiter des églises, des tombeaux 
qu'on ne manquai I jamais de voir au moyen âge. Ce n'était que 
le but du voyage (fui intéressait les voyageurs. 

Notre Guide donne une nouvelle route; (jue les anciens iti- 
néraires ne connaissent pas et qui gagnait de l'importance par 
le développement de Florence. C'est le chemin le plus court do 
Piacenza à Rome. Mais il n'a pas toujours soin de choisir la 
route directe. Dans la seconde partie, il conduit les voyageurs 
de Paris à Rome par la haute Allemagne, ce cpii est une nou- 
velle preuve pour la facilité de la communication, pour l'élar- 
gissement de l'horizon. La curiosité fut déjà dirigée à cotte 
épocpie vers les pays germaniques, tandis que les siècles précé- 
dents bornaient les voyages sur les pays latins et l'Oriont. 
Le petit volume de la lin du moyen âge a donc une certaine 
importance pour l'histoire de la civilisation et mériterait 
peut-être une réimpression pour le rendre plus accessible. 

Louis Karl. 



D'UN CŒUR SAIN 



Dans la Satyrp XVI (rd. Bross^tt»*, vv. ^O-fVl) i\o Mathurin 
Régnier, on lit : 

Va donc, et d'un cofur sain, voyant le Pont- au -Change, 
Désire Tor brillant sous mainte pierre étrange. 

Dans le livre que M. J. Vianey vient de nous donner (Paris, 
1896) sain est changé en i^ain, et l'éditeur remarque à p. 280 : 
« Quand (»n désire Tor brillant sons les pierres étrangères, 
» ou pour dire en français la chose, quand ou désire des bijoux, 
» ce n'est pas par santé de cceur, c'est par vanité. Je substitue 
» donc i^ain à sain. » Je crois qu'il faut conserver sain. Nous 
ne devons pas oublicT que Ilégnier s'exprime ici sarcastique- 
ment, et si nous interprétons, comme M. Vianey le veut, la 
satyre tombe tout h fait. Du reste, sain n'a pas, dans ce pas- 
sage, le sens que M. Vianey pense. Dans les langues romanes 
l'adjectif sanus a eu aussi la signification de « entier ». Les 
deux vocables étaient usités quelquefois ensemble et ils cons- 
tituaient une sorte d'expression figée. Froissard dit d'une 
forteresse qu'elle fut cédée « saine et entière (I, 1, 112) » et 
il veut dire uniquement « entière ». En Espagne, sann est 
encore synonyme do « entoro », et il en est de même dans la 
France du Sud (Azaïs. Mistral). Sano a aussi cette significa- 
tion en italien (Ascoli, Arch. Glotl., XV, 317). Il faut donc 
conserver la le(,M)u traditionnelle et entendre : « de tout ton 
cœur. » 

GiULio Bertom. 



FRANC. « FLEGME » 



« Flegme » dans la signification de « caractère calme et 
tranquille » ne se trouve pas en ancien français. Les vieux 
textes connaissent seulement « flegme » = lymphe, humeur, 
etc. 

C'est Scarron qui a employé le premier ce mot dans le nou- 
veau sens, Roman comique, II, 17 : « La Baguenodière le 
» regarda toujours d'un même flegme. » Et Molière, Mis. I, 1 : 
« Ce flegme pourra-t-il ne s'échauffer de rien. » Nous trou- 
vons donc cette signification à ime époque qui nous fait songer 
à l'influence espagnole et, en effet, en Espagne, l'ancien flegma 
(mod. fkma) avait précisément le sens de caractère posé, 
patient et qui se possède. 

GiuLio Bertoni. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE DES REVUES 

Romanische forschungen, XXII, 3. — K, Steitz : Zur ToKtkritik 
der Rolanduberlieferung in den skandinavischen l.ândern, p. 631; — 
A. Biedermann : Zur Syntax des Verbums boi Antoine de la Sale, p. 675; 
— G. Manacorda: Notizie intorno aile fonti di alcuni motivi satirici ed alla 
loro diffusione durante il Rinascimento, p. 733; — G. Bosdofff : Bernard 
von Rouvenac, p. 761; — A. Aron : Das hebriiisch-altfranzosische GJossar 
der l.eipzigeor Universitiits-Bibliothek, p. 828; — J,Hiiber: L'Evangile 
de l'Enfance en provençal, p. 883 . 

— XXV, 1. — VV^. li nary : Zwei altfranz. Friedensregister der Stadt 
Tournai (1273-1280;, p. 1. — R, Kiessmann ; Rostand -Studien, p. 198; — 
O. Borrmann : Das Kurze Reimpaar bei Crestien von Troyes mit beson- 
derer Beriicksichtigung des Wilhelm von England, p. 287. 

Galiura espanola, XL — G, Michaëlis de Vaaconcellos - Estudos 
sobre o Bomanceiro peninsular, p. 717. 

Bulletin du parler français au GaDada,VIf, 1, 2,3. — Lexique 
canadien- français, p. 23, 64, 89. 

Zeitschrift fur franzosische Sprache und Litteratur, 
XXXIII, 5 u. 7. — E. Brugger : L'Enserrement Merlin, p. 145; — 
K. Kôrner : Ueber die Ortsangaben in Amis und A miles, p. 195; — 
J. Priehsch : Drei altlothringische Mariengebete, p . 206; — I). Behrens, 
K, EUmayer, B, Haberl : Wortgeschichtliches, p. 266. 

ZeitiCbrift fur romanische Philologie, XXX II, 5. — Th. 

Kcdeph/ ; Koordinierende Verkniipfung negativer Satze im Provenza- 
lischen, p. 613; — F. Setiegaat : Die frànkischen Flemente der Mîrmans 
Saga, p. 533; — P. Skok : Cantare in frânzôsischen Ortsnamen, p. 666; — 
G, Bertoni : Sur le texte de la Pharsale de Nicolas de Vérone, p. 564; — 
H, Schneegana : Sizilianische Gebete, Beschworungen und Rezepte in 
griechischer Umschrift, p. 571. — Vermischtes, p. 696. 

Revue de philologie française et de littérature, XXII, 

2 et 3; — C. Juret : Etude phonétique et géographique sur la prononcia- 



55li! 



;flMPTES HKNDUS 



ticin du tmtuÎB de Pierrepoiirt, p. 81; — L. Saiiitait : Elyniologies 1 
naÎBeB, p. 117; — f- Baideuiptfger : Notea leiïcolojriqueB. p, 140; — IF 
Faij : Les Gavaohea. p. 189; — P. Bnrhier fila - Les dérirÉB romans du 
lUilin nargns, [i. 21)2; — ^.-.l. Pa'ry : Les énigmBS de l'amour de Pierre 
Sala, p 21Z; — A. Ouirinot: Une interprétation ecronée du Grand Testa- 
ment de Villon, p. 221: — J. Baaiia: Le verbe être conjagué avec lui- 
même, p. 22G. 

Revue blspaaique, XVIII. —J. Jungjer: Magerit-Madrid, p I; 
— R. PtiMur y Mdina : Vocabulario de MadrileûininOB. p 51. 

Bevlsta Losltana. XI, Iet2, — C , MichaèiU de \ aaroncelios: 
ContriljuiçOeB [Mira a futiiro diccionùrio etimologioo das linguai hïap/i- 
nicaa, p. 1 ; — F.-A. Ht Asevtio : DooumentoB portugneaea de P