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REVUE 



Dsa 



LANGUES ROMANES 



REVUE 



DES 



LANGUES ROMANES 



PUBLIBR 



PAK Lk SOCIETE 

POUR LtTUDE DES LANGUES ItOMANES 



Tome XLIV 



(V-< SÉaiK — Tome YI) 




MONTPELLIER 
ao bureau des pubucatiohs 

Dfi LA. gOClk-TK 
E«e âm rAucIvu-Ooïirrlflr, % 



PARIS 

G.PKDONE-LAURIRL 
Libriire-Ëdilear 

13, RUK 300FPLOT 



REVUE 



DB8 



LANGUES ROMANES 



LA RESPELIDO 

CHANTRE AU BANQUET DE LA 8ANTO-B8TBLLO 
(Maguelone, 27 mai 1900). 



Nautre, en plen jour 
Voulèn parla toujour 
La lengo dôu Miejour, 
Vaqui lou Felibrige ! 

Nautre, en plen jour 
Voulèn parla toujour 
La lengo dôu Miejour, 
Qu'ac6*8 lou dre majour. 

La maire Prouvènço qu^abatu Taubado, 
La maire Prouvènço que tèn lou drapèu, 
L*a panoa orebado 
La peu 
Dôu rampèu ! 

Fiéu animons 
Dôu Lengadô famous, 
Faaès giscla lou moust 
De vôsti vigno âèro, 
Fiéu animoua 
xuv. — JanTier-Férrier 1901. 



167922 



hk RESPEL1D0 

Dôu Lengadô famous, 
Fasès giscla lou mouat 
Di vigno de Limous. 

La maire Prouvènço qu'a batu Taubado, 
La maire Prouvènço que tèn lou drapèu, 
L'a panca crebado 
La peu 
Dôu rampèu ! 

Li bèu cousin 
Dôu noble Limousin, 
Vendrés entre vesin 
Nous pourgi vosto ajudo ; 

Li bèu cousin 
Dôu noble Limousin, 
Vendrés entre vesin 
Coupa nôsti rasin. 

La maire Prouvènço qu'a batu l'aubado, 
Ls maire Prouvènço que tèn lou drapèu, 
L'a panca crebado 
La peu 
Dôu rampèu I 

Li bon garçoun 
Ë manjo-pastissoun * 
Que sabès li cansoun 
De la Ciéuta Moundino, 

Li bon garçoun 
Ë manjo-pastissoun 
Que sabès li cansoun, 
Gantas à i'unissoun : 

La maire Prouvènço qu'a batu l'aubado, 
La maire Prouvènço que tèn lou drapèu 
L'a panca crebado, 
La peu 
Dôu rampèu ! 

> Ëscais-noum di Toulousen. 



LÀ RBSPBLIDO 

Li CeYenôu, 
YivaréSy Carsinôu, 
Planen e mountagnôa, 
Yeici la respelido I 

Li Cevenôu, 
Vivarés, Carsinôu, 
Planen e mountagnôa, 
Pau faire sang de nôu ! 

La maire Prouvènço qu'a batu Taubado, 
La maire Prouvènço que tèn lou drapèu, 
L*a panca crebado, 
La peu 
D6u i*ampèu ! 

Li Can talés, 
Enfant dî vièi Gales, 
Pau bèn que davalés 
Emé la oarlamuso, 

Li Cantalés, 
Enfant di vièi Gales, 
Pau bèn que davalés 
E que nous régalés. 

La maire Prouvènço qu*a batu Taubado, 
La maire Prouvènço que tèn lou drapèu. 
L'a panca orebado, 
La peu 
D6u rampèu ! 

Anen, anen, 
Li bràvi Dôuflnen, 
Au brande miejournen 
Adusès vôsti drolo, 

Anen, anen, 
Li bràvi Dôuûnen, 
Au brande miejournen 
Venès, que li menen ! 

La maire Prouvènço qu'a batu Taubado, 
La maire Prouvènço que tèn lou drapèu. 



LA RESPELIDO 

L'a panca crebado, 
La pèa 
Dôu rampéu ! 

Brandin-brandant, 
Gascoun e Givaudan, 
Biarnés e Bigourdan, 
Fasen la farandoulo, 

Brandin-brandant, 
Gascoun e Givaudan^ 
Biarnés e Bigourdan, 
Tôuti TOUS counvidan. 

La maire Prouvènço qu*a batu l'aubado, 
La maire Prouvènço que tèn lou drapéu, 
L*a panca crebado , 
La peu 
Dôu rampèu ! 

Nautre, en plen jour 
Vonlèn parla toujour 
La lengo dôu Miejour, 
Vaqui lou Felibrige ! 

Nautre, en plen jour 
Voulèn parla toujour 
La lengo dôu Miejour, 
Qu*aco's lou dre majeur. 

La maire Prouvènço qu'a batu Taubado, 
L'a maire Prouvènço que tèn lou drapcu. 
L'a panca crebado, 
La peu 
Dôu rampèu! 

F. Mistral. 



LA RESPEUDO 



Er populàri, noula p6r Jacquibk. d'ÂFle. 



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Natitre en pîen jour Vou - lôn par - la lou- 

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pur La len-go dâu Mie - jour^ Va-qui loti Pe • li- 



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bri-ge, Naulre en plen jour v«u-ién par - )ii lou- 



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jour. La mai~re Prou - TÔn-ro qu'a ba-tii Tau- 



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ba-do, La mai - re Prou - vêti - go que tùn lôu dra- 



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peu. L'a pau-ca cre - ha -do la pûudôu ram-pèuT 



LES FRANÇAIS EN PIÉMONT 

GUILLAUME du BELLAY et ls MARÉCHAL de MONTEJEHAN 

(JuiUet-aoùl 1538) 



Le manuacrit 261*^ de la coUeetion Dupujr, aontiônt toute 
une série de lettres de Guillaume du Bellay, seigneur de 
Langey, au cardinal Jean du Bellay, son frère, dont dix sont 
partiellement ou entièrement chiffrées. En nous aidant d'un 
fragment déchiffré en marge (r 44 v") nous avons pu recon- 
stituer ^alphabet dont se servait Guillaume, et traduire ces 
dix lettres, ou plus exactement neuf, car de la lettre du 
P* août, il existe un déchiffrement du temps. Ce sont ces 
lettres que nous publions. 

Elles sont toutes comprises entre le 2 juillet et le 5 août 
1538, datées de Turin, où Guillaume dn Bellay était gouver- 
neur, et relatives aux affaires du Piémont. Elles n'intéressent 
pas seulement la biographie de Guillaume et du maréchal de 
Montejehan, lieutenant gén(?rai du roi au Piémont, avec 
lequel il était alors en conflit, elles nous font connaître, en 
outre, avec les causes de ce conflit, la situation misérable 
du Piémont après la con(|uéte française et la politique des 
agents du roi pour maintenir cette province dans Tobéis- 
aance, 

La campagne d'octobre-novembre 1537, conduite par Mont- 
morency, nous avait donné le Piémont que nous laissa la trêve 
de Monçon (16-28 nov. 1537). Le roi, f;ui avait suivi rexpédi' 
tion, voulut, avant de rentrer en France, pourvoir au gouver- 
nement de la nouvelle province qu'il s'agissait d'attacher à la 
France, soit qu'on se réservât de l'échanger contre le Milanais, 
soit pour nous garder ouvertes les routes d'Italie. Le sieur de 
Montejehan fut uommé lieutenant général, et Guillaume du 
Bellay, gouverneur de Turin. La tâche qui s'imposait à eux 



LES FRANÇAIS EN PIEMONT 11 

était difficile: le paje, épuisé par pltiaieurs années de guerre^ 
pouvait difficilement nourrir \m troupes qui devaient le 
garder; led soldatâ mécontentai mal payés, étaient toujours 
prêts à se mutiner; enfin raccord était loin de régner entre 
les chefs, entre Montejehan et Guillaume du Bellay en parti- 
culier, 

Mont#jehari, homme d'uo caractère impatient et brusque, 
ne sut pas assez se garder de son entourage ; il se laissa 
circonvenir par certains seigneurs italiens qui le poussèrent 
à des mesurea vexatoires daus ta répartition des gartitsons 
et la levée des contributions. Le mécontentement était 
général et ue pouvait profiter qu'au duc de Savoie dont les 
agents ioiriguaient partout* Guillaume du Bellay, qui savait 
de quel prix était^ pour François 1^', la pof^sesaion du Pié- 
mont, le voyait, et ne put s'empêcher de le faire remarquer 
au lieutenant général, qui lui en témoigna peu de gré. De 
menus incidents^ envenimés par la jalousie, vinrent accroître 
Tanimosit^eutre Montejehan et son subordonné, doutThumeur 
était plus indépendante quMÎ n'eût fallu. A la suite d'une 
mutinerie des bandes italiennes qui failiirenl preodre un des 
forts de Turio, Langey lit trancher la tète aux chefs des 
mutins ; Montejehan renvoya, sans les châtier, les autres 
rebelles^ ce qui parut un blânae indirect de la rigueur de 
Langey* Pais comme celui-ci» privé des lansquenets que Ton 
délogeait de Turin, par mesure d'économie, ne s*y sentait 
plus en sûreté et demandait à garder les 300 hommes nouvel* 
lement envoyés à un de ses capitaines, le maréchal refusa 
tout net. C'est à ce moment précis qu'éclate entre les deux 
afâciers un conflit très vif, à propos d*un taillon que le 
maréchal veut lever sur les habitants de Turin. Laugey 
représente avec vivacité que c'est demander la ruine de ces 
pauvres gens et les jeter dans les bras du duc de Savoie, dont 
on ne savait encore s'il accepterait la trâve de Nice^ Il 
refiiae publiquement d'obéir, alléguant qu'il a du roi des 
ordres contraires à eaux que veut donner le maréchal. D'où 
une scène violente dont les lettres qui suivent exposent les 
détailsetles conséquences ainsi que les démarches faites par 
les députés du pays pour être moins durement traités. 



IS 



LES FRANÇAIS EN PIEMONT 



1. ^ Omillaimitt du Beîlmy h Jean ûu Bell&ir ' 

Turin, 2 juillet, 

[F" 62]. J'eij preseDUment reçïi ?oz lettres par un des 
chevaulx-legiers de mon frère ', données à Frejust le 23"** 
dupasse et pour respODce au pramier article, M. le Mare»- 
ehaL ^ a délibère daller & la courL A ce que jentena Villan- 
dry * luj a escripÉ que pour chose du monde il ne labie quil nj 
aille, mais de se deafaire de la chûrge d# ce paja ne croyez qujl 
eu ajt aucunement envie^ car ce luy est une trop bonne vache à laict. 
Bien vouldroit-il mavoîr oâte hors de devant i^es yeu\%. Prou de gêna 
le mavotent dict parcy devant mais Je neu povoye riens croire sur let 
bone pro|ioJî quil me tenoit. Dimanche dernier je m'en vonlnfs] esclar- 
cir me trouvant seul avecques Iny aprea !ea propoz que nous avions 
eiîz ensemble dont je vous ay etcript ^ et luy priny que pour Ihou- 
neur de Dieu il ne me tinat en ceste agonie 4e me laisser parmy gens 
deaquelx jay à me garder autant comme des ennetnys. que je ne 
povoye vivre ne veiller que en crainete et que à la lonprne ou îe y 
mourroye ou je seroye contraioct de demander mon congie plus tost 
que deatre icy ordinairement en craîncto de recevoir une honte et le 
roj dommage. Croyez qnil ne faillit à recneilïir soubdamement la 
parole et api es longue protestation quîl meatmoit comme frera me 
remonstra que je ne dehvoye demi;nder mon congie sonbz une telle 
couleur, quil scmbleroit que je Deusse point la vertu de me faire 



^ La petit texte indique les parties déchiffrées. 

^ Martin du Bellay^ sieur de la Herbaudièrei commandait une bande 
de 200 chevaui légerîî; il fut gouverneur do Turin, à partir de novem* 
bre 1538, lorsque Guillaume du Bellay revint en Franco pour rétahlir 
sa santé fortement ébranlée, et, plus tardjorsque celui-ci fut lieutenant 
général du Piémont (1540-1543). 

3 René, s' de Montejehan, en Anjou, lieutenant général du roi en 
Piémont ^ maréchal de France en février 1538. Cf, le P. Anselhh, 
Hùtoire généatogtqitf.., VU» 174 sqq. Le P. Anselme se trompe en don- 
nant 15^iS cr>inme date de la mort de Monlejehan. Le maréchal mourut 
seulement à la fin soptemhre Î539* Cf. Mémoires dt Martin et Gtiitlaume 
du Beihy, éd. Michaud et Poujôulat, 467 et B. N. f, fa. 2990,65, un 
cartel adressé de Turin, le 19 septembre 1539, piir Monte jehan malade, 
au comte Guillanme. Bîbier, un tome I de ses Lettres et Mémoires 
d*Eà(at a publié une quiniOjnede lettres de Mnnlftjehandaléeade 1538-1533. 

* Jean Breton, s"" de Villandry, secrétaire des ftnancesÉ 

« Lettre à Jean du Bellay du I " juillet. Dupu^ 369 f^* 43-45. 



LES FRANÇAIS EN PIEMONT 13 

mbeiff mai* que j8 lui demandasse teh geas qu€ je vouidroje et quil 
les me baiileroit, sil ny eu avoit qui fusseat à mon gre, que plus tost 
je couburasse ma délibération de demander congie iur le besoin g 
que javoye deatendre à mes affaires ; quil me vouloit advertir comme 
mon amj afin que je men gard.isse ; quou sestoit mocque à [la] eourt 
de quelques propos que Je y avoye eacHpU que javoye des geua (v*) 
de qui je ne me povoye faire obéir. Or tant y a que de ceste matière je 
mj escript chose que voua oayez veue oe qui soit de ces te teneur* 
Je ne icay ai luy en auroit eacript ou faict porter parole aoubz main 
pour me deiadvantager, maia tant y a que auaei ae mutinèrent ceuk 
de Moûtcallier ^ que ceuk de Turin et commencèrent les premiers 
et le contraignirent de composer à eulx^ là où les miens neurent riens 
dé moy davantage que ce que libéralement je leur avoye oflFert, 
avant la mutinerie. Dimanche furent nos propoE. Hyer il envoya 
quérir le seigneur Jelian Paule ' auquel il déclara que dedatis dix ou 
dazê jours il doit aller à la cour &t h^ iaissm icy lieutenant du roy, 
luy demandant sil teroit content daci^epter le gouveraeraent de Turin 
■u c&B quil lui en face despeicker ses lettres à la court. 

Vojla ce qae je vous pujs mander de Douvelles quaofc à 
ce premier article de vostre lettre* Quand au second, d'îcy 
en avant je auy vray vostre advisquant jeacripray à M, le con- 
!je»t«ibie ^, vous pryant raenvoyer tout ïartii^le de ma lettre dont 
tneecriv^. Ledîct Jehan Paule a eu ad vis de M* le conneatable que 
lôet il luy mandera al et quant il debvra aller à la eourt. Cela et 
les «tigiDatee quil a au visage le fera temporiser. 

Ce |)orteur sera le conte Berlioger, auquel je vous prye 
£ure tout lajde quiI vous sera possible en ses affaires* 

Aussi je vous pry^e supplier à M. le couneâtable quîl vueille 
pourveoir le juge de Briansonnoys dû lestât de président des 
comptée de ce pays i il est homme qui le mérite et qui le 
seaura très bien faire. 

M* le Marescïial a envoyé ung cammtssaire pour reeoû- 



< Honealiçri^ où réoldalt le maréchal de Montajeban, se trouve sur le 
Pû« a quelquËâ kilomètres au sud de Turin. 

' Oioï^aniû'Paolo da Gerri, de la familîe Orsmi, fib du fameux Renso 
da Cerri, gentilhomme italien au serrice de la France» lré3 i>n faveur 
auprès de François !•% qui le nomma successivement geoUlbomnie de la 
cbambre «t colonel général des bandes italionnea. 

' Anne de Montmorency^ connétable de France dopuis le 10 février 



14 LES FRANÇAIS EN PIEMONT 

duire ea France les gens nouveaux Tenus au cap^* Gulphe^. 
U se foiid# Bur m qml fault desebarger le Roy de despetice ; maïs 
il vauldroit trop inytuli: le descharg-er de taot de capitaifF"* 63JneR 
car en moins de deux mil cinq ceng hommea françoia nous avons ^ïlua 
de vingt-cinq enseignes de aorte que les estatz ne montent gueres 
moin» que la paje des «ouïdars. On dict que X ^ vaà Rome* Je vouU 
droje que on lu? donnast lîharge de pasatr par ce (ïaja et veoircom* 
tneot 11 est traicte. 

A tant je me recûmmande humblement à v" bonne grâce. 
De Tarin II""" jour de juUlet 1538. 

V" pluB obéissant et meillenr frère, 
Guillaume do Bellay. 

Ëi au doa : Â Monaeigneur^ Monseigneur le cardinal du 
Bellay, 

2, — Guillaume du Bellajp^ à Jean du BellaT- 

TurlUf 5 juillet, 

[F** 64]. Je ne scay ai je auray loisir de paracîiever la pré- 
sente avant que ce porteur, homme de M, de la Rochepousaj 
soit dealôge. Par le conte Berlinger et par le s' Georges de 
Connigran je voua avoye e script, mais le conte Berlinger partit 
la nuyt et celluy auquel javoye baille mes lettres pour iuj 
porter à Montcallier, dès le aoir me trompa ; lauUre neat 
point aile* Jay depujs faict bailler lei meumes lettres à ung 
gentilhomme venant de Ventâei deapesché par M, deRoddez^* 

Devant hjer furent assemblez les estatz. L'intention eatoit de leur 



^ René de 0ulphu^ « aieur de Neple » ûu Nesle, un d&% cent gentila- 
liojnmes de la maison du roi^ capitaine de mille hommoâ de pied. 
Guillaume dn Bellay avait en lui plomo confiance. On venait de lui 
envoyer de France trois cent» hommes nouveaux que Montejehan ren* 
voya, malgeé les instances de Langej. Cf. Archives nationales J. 962, 15^. 

* Le chiffre désigne un personnage que nous n'avons pu identiiier. U 
s'agit peut -être d^Adhèmar de Monteil, s' de Grignan, qui fut eovojé à 
Rome au milieu d'août 1533 ai passa par le Piémont t pour îUec pour- 
veoir à plusieurs alFaires concernant la justice^ police et soulagement des 
sujets dud. pays... n B, N. L Oairambault, 1215, L 7Gv* , 

* George i d'Armagnac, êvéque de Rodez, ambassadeur à Yenbe de 
1536 à 1538. 



LES FRANÇAIS EN PIEMONT U 

demacder ung tâillon qui euBt bien monte troja cens mile fraûcz. Lear 
ddibâration eatoit de respûndre ^ue Iod priât de ceulx qui ODt pille le 
peuple , trojs een» mile escuz quiken otiteitorquet et au demourant se 
bien detgofger. Bar quoj Ihomme ^ ueuat faillj de se persuader que 
ceunt eate de ma participation, par quoy je len advertj et lay copaeilïaj 
de ne demander \edici taillon, mais leur proposer qu estant adverty dea 
extonioûâ qui leur ont eate faiotes, il es toit délibère den faire bonnes 
inforoiationa et leur en faire la raiaon,etque pour obvier que à ladvenir 
ne «en fiât de semblables^ à ce que le peuple demouraat en liberté de 
cultiver les terres et faire sa marchendise^ il avoit délibère de rescinder 
le tiombre des gaus de guerre^ et ce quil en retiendroit, les retiendront 
tous èa villes fortes esquelles le peuple leur fourmroit vivres à ung 
Uax auquel le souldar puât vivre de la soûl de du Roy ai quen ce fai> 
raat U esUbliroit ung capitaine de juatioe qui puniroit de mort tous 
oêuli qui prendroîânt quelque chose satis payer, ou sortiroieut de leur 
garnison sans bulletin du gouverneur, qui e^toit chose que ceuU qui 
me avoieuteste ordonnez pour la coûtnbution de Turin mavoieut ceste 
aimee accorde libéralement. La proposition faicte, les estatz remirent 
la reipoQce à hjer, [-v^] et fut la responoe en somme qui h eatoient si 
mengi^ que possible ne leur es toit de fournir vivres au taux quon 
iSemandôit, car la moytie du peuple estoiant morts de faim^ ce qui 
reetoit navoit que mengier, peu de genâ avoient aeme et que ce peu 
«|tti avoient semé na voient recueilly pour reaemer. Âpres longs propos, 
il se aigrit et leur dtst que aik ne lac^ordoietit libéralement, il b leur 
feroit faire par force et que sih avoient [este] maltraicte^ par le passe> 
Ux la seroient pis à ladvenir. Hz resp on dirent que tant quilz en au- 
rotent, Hz en bailleroient, mais quibneussent riens, ih desbabiteroîent, 
lui demandant congie daller vers \e Roy luy demonstrer leur paouvrete. 
Ce quîl leur accorda, disant que la responce quilz en auroieot es toit 
tonte faicte, car le Roy se reposoit sur luy des aSaîres de par deçà et 
lia renvoyeroit à luj, et pour ce, quil^ se délibérassent dea lors de 
fournir vivres aux taux quil imposeroii, car il donneront aultrement 
liberté aux souldars den prendre où ilz en trouve roieuL Ainsi se dea- 
partirent. Je parlay depujs à eulx particulièrement et mesmeinent à 
centt. qui autrefois mayoient bien voulu faire ce party, et men avoient 
prye. Ik me respondirent que alors ilz avoient de quoy le faire et 
lofroient afin davoîr liberté de semer de quoy maintenant recueillir 
ponr avoir le moyen dj continuer; maïa que nayant eu ce moyen, ilit 
DJ pourroient maintenant fournir, que premiement ilz rt'ayent faict une 
cueillette, ofrana que Ion face reoensir le peupla et tout ce quil s ont 



i Le mârâûhsl de Montejehan. 



16 LKS FRANÇAIS EN PIEMONT 

de vlvr«a el qmh aoient p^ndu^ sans remisBion [F° S&] en eus que Ion 
ne trouve quatre choflfia ; lune quil est mort de faim depuyi uog an 
un ça le li rs du peuple eÈ que plueieuraa se sont pendue, noyez et tuez 
de deseipoîr, ~~ laultre que tons les vivres du pays ne scauroient 
fournil' à nourrir ung moyji ce peu qui reste dudit peuple, — la tierce 
que par les registres des notaires on trouvera que de pays deux ans le 
quart des tnaisons et possessions ont change de maislres, et cêulx qui 
ont vendu IqoI faicl pour satisfaire aux contributions quilz ont payées, 
^ la quarte que le tiers de la vettdange avenir est desja vendu pour 
satisfaire au a dicte s contributions ; remonstrent davantage que silï 
veulent recueillir Un qui vient, il fault quiiz achaptent du grain pour 
aemer^ des beufz pour labourer, provisions pour vivre cependant, et 
que de leur adjoux ter ceste autre chargei dachatter vivres à cher prix 
pour les revendre aux soaldars buï deux tiers meilleur marche, il est 
impossible qulh vivent; et, en effect, en beaucoup de lieux, les prez 
detneurent àfauscheret le ble à seyer, que les maistres aiment raieulx 
le laisser perdre que le recueillir pour aultruy. Je ay tout ce que 
dessus remonstre à Ibomme, afin qui! ne les deaesparast du tout, 
meamement cependant nous ne ^cavons desquelx est le Duc, en sorte 
quil les a remys à reparler à eulx encore» aujourd'buy. Et pour con- 
clusion, si le Duc n'est pour nous et nous désespérons ce peuple, il 
sera force que le roy entretienne tou «jours icy uni* grosse force quj 
luT costera beaucoup en st>ulde et encores h nourrir, car si le pays 
nest cultive, il fauldra faire venir vivres daîlleurs, I^sdictz estatz ont 
faict compte que k retenir icy seulement quatre mil hommes de pted 
sans chevauli, linterestz de les nourrir au taux de leur soulda montera 
cinq cens escuz par jour, si les vivres namendentfv]. Lhomme que 
seave^ me ramadoue fort| mais c'est par le conseil de sa femme et me 
promet bien que ces dix ans nous ferons grand ehere ensemble. Il se 
tient si asseure de M. le conneslAble quil ne craint fouidre ni ton- 
netre. 



Lhomme qui doibt aller vers M. le connestable touchant 
lestât dont voua k}' av€ï pari© de par moj mesoripvit hjer 
une lettre que je vous envoyé pour le communicquer audtet 
seigneur, si voyez que bôn soit. Il tient la ohose plus faisable 
que jamaia. Dedans Ihtiictieame de ce moys, il partira pour 
aller informer ledict seigneur de bouche. Lentreprinse na 
point este conamunicquee au conte deBiandras qui est aile par 
delà et ne la luy veulent ceulx qui oonduisent cesi oeuvre 
communîoquer tant que ce soit fajct. A tant je prye à Dieu 



LES FRANÇAIS EN PIEMONT Î7 

TotLs dDQoer en saute bonite et longue vie. De Thario le ciaq»" 
jour de juillet siDjoacvui, 

Vostre pins obéissant frère et meilleur amy* 

GuiUaume du Bellay, 

Et au dos ; Monseigneur^ Monseigtieur le éardinal du 

BXLLAT* 



9l ~~ Gamamne du Bellay & Jeao du Bellay 

TuM, 6 juillet, 

[F" 72]. Votii t6aure£ tant de ueuvellespar M . de Roberval 
quB ce me sera cause de faire la présente pltis courte et au 
demourant je oe mestendraj à le ?ou3 recommander^ car vous 
scate^ iancienoe amytie qui @st entre luy et moj. Il vous 
comptera de quelques practiqiies quon a suscite contre lujde 
faireàungmojne son cou^iu prendre habit de pi estre séculier 
affin quil berîte. Il fauU quil sajde de tous ses amjs pour 
dotmer audîct mojne quelques beneâces, pour Iti contenter. 
U son adresse tant a M. le cardinal de Lorraine que à celuy 
de Bourbon et je vous condamne den faire aussi de vostre 

bpTirt plus que sera possible juaques à 111 ou lY ou Y" Ht, 
l'oueliant mes aSaires de Picardie jay nouvelles. Q^oy que 
je vous eacripve, je me double quil ue soit taat idoq &mj quil 
dit. Vous le coDgQoistre^. par le rapport quil fera duue cberge 
ijuil a de M. le Marêsobal de leeiter les paroles qui ont este ce 
jounlhuj entre moudict sieur le mareaobal et moj, lequel, après avoir 
fuel pour lu^ et »ûn honneur en la matière dont je voua estoi'ipvjr hjer 
œ qne jeuaee peu faire pour mon père, finiretil [sic) en meoiissea que 
là 0Û il me comtnandereit, il scaurgit bien la me faire faire, ou bieu 
me faire treneher la te«te ; et fut pour ce que me commaadaDt que je 
contrsLigmsBe ha gens de cesia vilk à faire quelque chose riont Hz 
settoieut excuses^, je le prit^y c^ue je ne nien empeacbasî^e poiut dàu^ 
tant que ce seroit contre le^ instructiotis que jaj du lioy. IL me dîct 
bri qtie par le Sang Dieu, quant it n^e commanderoit une i^hose, force 
me lefoit de le faire. Je luy responds lors que quant il me aommau- 
4eri>it ce quil doibtf Tori^e ne lue seroit» mais volimte âêlou mua deb- 
fvic, ^i comme jftvaiîi tk>u3Jûura faict autant que Le moindre aouldart 
«nat; maia que des cboaea dont javois expresse commission du 
je oe feroye ïe contraire pour commissioo dhomme du mou de, si 
le Rôy mesmes ou qui a la principale charge de ses afikirei ne le me 





18 LES PRANÇAÎS EN PIEMONT 

compandml ; et lor» il mû menasia que de caite« les [»ropoa seroiem 
longs, et il a envoje défendre aus postes quilz ne portent lettrée de 
moy^ ne baillent chevaulx aatiB son commandemeDt et a jure qnil 
eacriprA au Roy de ceai afiaire, et que par le Sang Dieu ce quil 
eacripra sera creu. 

Je ne aupplye M. le Connestable stnan que je ne «oje condam[T°]ne 
aana eatre ouy, car nî>nobstant quil ay t jure que sil y a homme qui en 
parle au escripve aultremenl quil en eacHpra, il luy rompra la teste, 
il y avoU de gens de bien qui diront vérité* Jenvoyeray par escrîpt le 
discoure de loutet si on trouve que je ne mande vérité, et que jaye 
donne occasion de me user duag tel langage, que on me trauehe la 
teste. Jentena quil mande à M. le Connestnble pour le preocuper contre 
moy que jescripvoye secrètement au Hoy dea nouvelles sans prendre 
ladrease dudict seigneur connestable, La lettre fera foy de tout ce que 
jay escripL Ou me vient daverlîr que ledict sieur mareschal tend sur 
ces le cas se rie que lou fera de gêna d arme s y faire comprendre ma 
coinpagnye. Je vous suppiye pour 1 honneur de Dieu y avoir Iceil et de 
rechief à ce que je ne soye eon damne sans estre ouy. 

De Turin, ce VI"* jour de juillet mdxxxvci. 
Vostre pluâ obéissant et meilleur frere« 

Guillaume du Bellay. 

Et au doi : Monaeigneur» Monseigneur le cardinal du 
Bbllay* 



4. — Gultlamne dtt Bellay à Jean du BdUeij 

Turin, 11 juLllet. 
J'ai aceu que Lauteuay, lequel et le gênerai de Bietaigue' sont 
ainsi quou ma dict principaulx auteurs de ce trouble, sen va bien 
délibère de parler sur moy eu mou absence. Je vous prye faire dire 
de ma part quil advîse à ne dire chose quil ne veuille maintenir 
letpee à U muintcela hiy pourra changer ses instructions, Monsieur 
le maresehal faict contre moy son principal fondement sur les muni- 
tions que jay mal administrées, Si cela se mect à information et aux 
régis Ires des munitionnaires à qui a myeulx fatct de luy ou de moy, 
jay cause gaingnce, Vray [est] que je vouldroye avoir ung- fons de 
mil eseuK, comme je vous escripvis hyer> , ou de doze cens ponr 



t Antoine Bnllioud : cf. de itiî une lettre adressée au chancelieT r de 
M outcalljer, dernyer jour de may [1538] ^aux Archives nationales J 957, 
10", 

* Nous a'avons pas cette lettrs* 



^ 



LES FRANÇAIS EN PIEMONT îtt 

««t» hùn âe t otite doubte ût fasahei-ie. L«diet ifi&rescbal vient i<jj 
p4iurj faire diçj en nv&tit aon sejaur. Dieu veuille que ce soit à bonne 
fin. Msîs je me ûenâtAy aur mes gardes, car trop da vens mâdver- 
ItMent qut je le face et pour ce le tout qae Ion men estera sera le 
meillear, t&nt pour la seurete de oia personne qae pour le profit du 
Rôj. Maia je voiildroje estre ost[e3 sans reproche. De Turin ce 
uniieame de juillet 1538 '. 

Votre plus obéissant et meilleur frère, 

Guillaume de Bicllat. 
et &u dos : k MoDaeigneur 

» Monseigneur le cardinal du Bellay. 

■ 5, — GaliJ&ume du Bell&y à Jean du Bellay 
P Turin, 12 juillet. 

[F** 41] On fait ei grand guectice qae jenenvoje de mes nouvellei 
que je ne poja pa» eacripre quand je vouldraje. On a amufié Chaulne*, 
ûeux jours avant que jeusae de luy mea lettres. Cependant on & 
altiltre dea capitaines pour ae venir plaindre devant luj. Eu ma pre- 
•enc^e, Monsieur le mare^chal porta la parole que je lai avoje eacripi 
comoient on ma voit baille tous les mutinii et que lung des battions 
eitoient en leur garde, item que Gulfe es toit celuy qui avoit cbastje 
les mutiiia. Et alors Acbe aortit le premier en place disant que aîl y 
avoit personne qui diat quil fust mutin quil soutiendroit le contraire 
de sa personne ; 4 la sienne, Ag^uerre, que âU avoit homme qui dist 
qoil fut coulpable de la mutinerie, ceulx: exceptez quil dolbt excepter, 

I Le même jour, Guillaume du Bellaj écrit au connétable dç Mont* 
\vauty pour lui expliquer son dlUérâud arec Je Maréchal de Montfi{|i)lian 
et offre , en tc-rinés èn^rgiquiss^ de se justiiîer : 

■ ie me offre, Mons*îigneur, et me rends prisonnier des ce^te beuro 
pôuf aller me justiffier la où, et quand il me sera commande^ consens 
«t prie^ sinon quil plsUe au roy et à fous en disposer auUremeut, que 
pt^aiabJemenl et avant questre ouy en mes justifications» je soye et 
demeure tuapendu de tous mes estatiC jusque^ à ce que mesdictos jusli- 
ficatîons soient deuement et amplement verilUees, Vous suppliant , 
Monseigneur* que U où je la scaursj faire au contentement et satis- 
faction d« roy et vo.<itre, il vous plaise eslre moieu que je soye entière- 
otent restitue^ de sorte que je neu demeure en loppinion du monde 
davoir fiict chose dont jaje mérite diminution de degro. » (Dupu/i 

t Louis d'Otgmes s^ de Ch aulnes, écuyer d'écurie du roi. 




iO LES FRANÇAIS EN PIEMONT 

il diroit par le congie de M, le Mareschal, quil ayoït mentj^ deman* 
daut coDgiede sen aller justifier vers M. le CoEueslable, puya que on 
se desfioit de luj ; Oeaun quon luy a voit faict tort deacripre tanl de 
bien de Gulfe et luy avoir desrobe hou hontieur, car il avoït estaiact 
la mutinerie et que satiâ luy ceulx de la villa eussent e»te maistrea 
des HOU Ida ra ou euk de ceuls de la ville, A Ache^ je repoody quil 
a voit bieo graude envie de daocer, de prendre la défeoae de chose qui 
ne luy touchoît, veu que lers de la mutineiie il nefitoit des capitaines 
de cette ville^ quant à ce que jauroye eacript, que leacnpture en 
feroit foy ; biêu acavoye avoir escript que les bastions estoient en garde 
des meames mutins qui mavoient assailly, ce quiestoit vray lorsquejele 
escripvyz ; [à] A guerre que jestoye dadvis quon luy donnast le congîe 
quil demandûiti qui conques eut eacript de luy ou parle à luy tou* 
choit de re9p[v«]ondre, ce bien lui avôye Je faict descrire en sa 
juatiflcatiouj et quant à se fier ou mesfler de luy que je luy en avoje 
4ict ma fautasief mais puys quil peusoit quon ue se fîast de luy, 
falloit dire sil nen avoit certainete quil craingnlst quil en eust en luy 
quelque occasîou, ce que je reinettoye à luy \ k Ossun que pryant 
par lettre quon tue donuail les gens de Gulfe, y allegaut le devoir 
dudict Gulfe^ loccasion ne sadonnoit descrire de luyi mais que lors 
en la lettre par laquelle javoye escnpt le discours de la mutioatioD, 
jflvoye escript le devoir quil avoit faict, sans luy dearober aon 
houneur ; au demouraut à M. le Mareschal, quil me pardonnast et 
que ces motzquil mavait baille tous les mutins iiestoiëtit point en ma 
lettre [offrant avoir] recours à jcelle, A tout fut présent pluË de trente 
eapitainev et prou daultres choses furent dictes que je vous manderay 
par homme exprès. Ledict sieur est icj pour faire résidence dicy en 
avaDt. Javoye este adverty quil avoit délibère de se vouloir tenir au 
chasteaUf mais je préoccupe luy comptant que le roy mavoit mande 
par La Fosse ^ que je fortifiasse ledict chestuau et que je m y 
logeasse. Je ne «cay quil en fera ; mais il neat possible estant lee 
choeea comme elles sont que pour le service du roy je demourasse 
icjavecques luy. Je vousprye y pourveoir lemyeulx que vous pourrez 
à mon honneur* Vray est que deslogeant dicy je pense bien que ma 
compsgnye yra à Caasan. Les communes envoient trente [F° ^Z] am- 
bassadeurs faire entendre leur traîctement. Uog personnage ma dict 
quil peose avoir este cause que ledict sieur aeil entre centre moy en 



1 Barnabe d'UiTe, ^ieur de la Fosse ^ gentilhomme angevin, que. 
CuillitumL* du Bellay employait volontiers et qui avait été chargé de 
pJusit3ur5 missions en Alieroûgne. Gf, Wlsokslmann, PolUiâche kor- 
rtipondem dsr Siadt Stfossàurt/ im Ztitalter da^ Reformât ion 11^ 
60&WI;//J, 1^2, 126^127. 



FRANÇAIS EN PIÉMONT f 1 

et aiewf se coQseUtaot à luy, il luj dist quïl 
pÊOïÊoit ftifvea&nl Ionique tfève^ que Le roy na vonldroît faire îct taot 
dt de8|ieiice et qmil ce laisseroit icj f^uen cbacane ville quelques gôM 
sotibz cbacuû gou?erneaet par adrenture à rooj quelque preemi- 
nenee sur les aultufia, pour gouvemer p&js &vec le conaeil du PArle- 
meiil ; û dist que depuja lors il a toiisjoura veu aller tout de travers 

fUfl Tarin À haite, sur Ja my nuit desrobant lopporluuité de ce courrier, 
Id doEieame de juillet [1538]. 
ma 
de 
t&\ 
*: 



6. — GaUl&niEie du Bellay à Jean da Bellajr 

Tarin, 14 juillet 



[F* 68]. Lopimon que jay de la peme es laquelle vaui estes peur 
mof est bien luue des bonue^ï parties de celle où je sujs, qui nie meut 
de vous cscrire taul souvent, Dejiuys ma lettre dernière Ihomrne ma 
leoTi par diverses foys Jiuaai g^ratieulx propos quil fist oDcques jusque 
à me dire quil ne fut oucques tant niarry de ebose qui luy advint quil 
a este de ce qui luy est advenu, dautant quîl me tient pour homme de 
Iisefi et de service, aulaQt que homme qtiil congneut jamaii et non eu 
une «orte mais eu plusieurs ; mais que je le coatraigoy de me dire ce 
quîl me dist pour luy avoir si absolutement dict devant tant de gens 
que je ne luy obeiroye point, car sil ne meuat aussi respondu il iiy 
eust eu gouverneur eu tout le pays qui neust entrepris sur cest ei^em- 
ptede me respondre de mesmes, ^i eeust este à part quîl le eust endure 
de moy pour me coognoistre colère et que pour lestre luy-mesmes, il 
scajt par ex péri eu ce quelx propos peuvent eacbapper [à] un g homme 
en s* grande coîereet que pour ce qui est advenu il ne vouldroit moins 
taire pour moj que par le passef quil vouldroii scavoir de moy veu 
que autrefois je luy avoye si sagement dict quil debvoit estimer beu> 
reu£ estant facture de M, le Connestable quil navolt gens par deçà de 
eeulx qui ont les cbargea qui ue fussent de mesmes^ qui seroit cause 
que ail an s tous dung bransle le roy en seroit myeuk servy. que luy 
de sa part a cherche tous fui>yens possibles dentretenir les choses en 
c«ste sorte et me s me ment avecques moy duquel il confessoit avoir 
ette fort soulage, comme il avoit escript au roy et à M. le Connestable l 
niais que Je scavoye bien quil navoit gueres faict despecbes sans les 
me communiquer, votre sans les me bailler h faire à moy^meamei, 
qtiîl votil droit scavoir de moy dont e^toît procedee ces te desHance que 
JAYoye prise de luy [v^]. Quant au premier article que je luy eusse 
absolutement uye de biy obéir, je le luy nyay à platj bien advouay luy 
Avoir dict que sil vouloit contraindre cesto ville à ce quil diaoit, que 



Et LIS FRANÇAIS EN PIEMONT 

faire le pourroit comme lieutenant 4u roj, mais que moy ne le pouvaj 
faire potir avoir instructions À ce contraires ; et pajs luy poiîrsnyvy 
[le] demourfint des propos, selon le discours que je voua enay envoyé. 
11 me inten-ompit disant que de celn les presetia en serment crenz, maJa 
quil ûen failloit venir là et quê ee teroit re^jouyr les ennemyz de lung 
et de lanltre et au eontraira mettre Les nmyi en peine^ car si nous eo 
venions là, il est certaîû que la vie de lung et de kultre seroit espe- 
iuchee dita bout à aultre par noz ennemy^ qui diroient : « En ting tel 
ou en ung tel jour^ il fist une telïe folye, en un tel une telJe, on ne 
pou voit pas eâperer qui! 6e t aultremeot ailleurs. » Et que ces t« estait 
la cauie quil oavoit este dadvia que jenvoyasse par M. de Chaulne 
la lettre que je luy avoye monatree (ceat celle dont je vous ay envoyé 
la minute pnr Criasay), car de telles matîéreap moins eseripre est le 
meilleur, adjouxtant que des paroles que nona aviona eues, luy à ceele 
cause nen a voit voulu eacrlpre, sinon pour satisfaction, ung petit mot 
à M. le CouDestable de créance sur Hoberval, lequel de ce qml en 
avnit ûuy dire à eeulx qui furent presens en diroit le moins qu'il pour» 
roit (s'il est ainsi quil dist, U vue en descouvrera le fait). Apres ceste 
interruplion je repris mon propoz disant que de ce quil avoit eacript 
en ma faveur je Invuye sceu et raen sentaye tenu à luy et avoye mys 
peine de ne men monstrer ingrat. Quant à persévérer que tous ft tis- 
sions tousjours allez duug bransle» je pensoye <^que^ pm- grande 
oUeissance avoir donne à conguoistre comme je lé desiroye;de Thon- 
neur quil mavoi t fait de me communîcquer lea depeaeliea bI memp[ B^ &B] 
loyer à les faire^ je le pensoye avoir recongneuparley avoir fidèlement 
servy et que je estoye fieur quil ne ae trouveroit le estre ai fidèlement 
par ceulx que maintenant il y employoit et qui lavoyent mis en des- 
Jiam^e de moy, laquelle sienne desfîance de moy avoit cause que jen 
eusse de luy, et h us cest article debattiau^ea jilusîeurs propos con- 
teniiz ou discours que je vous ay envoyé. Il viendra a ceste raison de 
me bailler par eacript les causes dont il se plaingt de moy, afin den 
tyrer de moy reaponce par eacript, de quoy je nenteus faire difBcultâ. 
Je désire fort scavoir comment cecy a este pris à la court rue s même nt 
du Roy et de \L le Con ne s table et conseil de vous si je doibz plier ou 
rompre ; cependant je ne me pourmeneray guèrea par les rues. De 
tout oe que je vous ay esonpi ou escripray vous userez selon que le 
temps le portera et quant ffiuldra mbiller quelque ebose userez des 
blancz qiîe je vous ay envoyez, car vous acavez que cela vault^ item 
qui voit gens en diviabn rapporte aucune foiz plus que vérité a lune 
on laultre partie. Je voutdroye Hussi scavoir que sera de ma compai- 
gnye et si jauroy perdu ce qire jay de s peu du à faire faire lessayes pt 
à fdire venir les harnoys* Pour fdire paaser ce pacquet je lay baille 
au frère de feu Bernardin Geatiïj pour lequel je vous eacrjz de telles 



LIS FRANÇAIS EN PIEMONT 



•a 



etcriptures. Vous sere^ touejours quitte dalleguer <|ite ce teinpi nest 
propice et que pour le présent ih nù &eii û*1 rossent à vo(ïs, car vous 
ne letir teaunes fmre pi ni air que aajez boaae volupté. De Turin, ce 
quatordesme jour de juillet [1535]. 

Au dos: k Monâeignetir» Monseigneur le cardinal du 

BSIXAT, 

7. — GolUa^mç du Bellay & Jean da Bellay 

Turin, H juillet. 

[F* 68]* Je ne v^us femy pas longue lettre carjetie scaj si rna lettre 
ira seurement. Jar receu quattre vostre& lettres par Mftillart^ jnfjl 
monstre au préâident ^ el la Foui^auldiere le long dj&conrs que je voua 
ftj envûje: il» affennentquil oontient vérité; le vicaire dÂst*^ Faun^t 
Pfefceval Dûdoio èa chosea quiU ont eate preaeus en disent autant et 
accordent tous sur le priueipiil poioct de la desobeisiance, que je dyz 
à M. le Mareschal quand il me parla de contraindre les gens de cette 
ville que faire le povoit comme lieutenant du Roj* mais que moy 
pour avoir ma n dément conlrîiSre, par ÏDstructions signées de la wiain 
du Roy ne men povoye empescher^ et que sur la fin quant il me 
demanda si jescavoye pas bien quil estoit lieutenant du roy et que 
javoye à liiyobeir, luy respoodiz que tousjours lavoy je faict autant 
qtie le moindre soûl d art de son armée et feroje en toutes choses, 
sauf où je nuroj mandement contraire, auquel cas je vouidroye 
■tiendre nouveau mandement du roy ou de qui n le princiiml manie- 
tnent de ses affaires après luy. Cela nense semble fort eslongnftnt de 
c« qm le Hoy voua dis t que je le debvoye pryer <le mem ployé railleurs, 
cependant quil feroît faire le^ecution par ung aultre. Et tant y a que 
quiconquês euât entrepri:! de faire cette exécution eust entrepris chose 
veu le tempe qui est [qui eust] peu apporter une dangereuse couse- 
queoee ; la charge à laquelle il vouloit que je contraignisse ladiivte 
ville ne eust moins monle de quinze mile francs par moys; quant aux 
munitions, il ue seauroit njer qull n'eust sceu pluâ tost que lorsque 
jen faisoye vendre aux laniquenets: et que je ne luy en eu&se sou- 
vent parle et escriptpour y pourvoir et que lui ne âst depuvsle sem- 
blible à Montcallier et à plus grande perte du Roy que moy* Et si 



f Fi*ariçois Eirault, s*^ de Chemana. 

* I^ Ticairo d'A^t, Alherto Gato ou Gâsto, nommé conseiller et maître 
de* Pfitjii«*les ordiniiire en Piémont et pour toute l'Italie, par lettres du 
roi données à Aioulms, 7 marjî 153Î [15881, ^fch^Nftt. J. Wâ 1% CX îd. 
L 9tit 11 iK 



£4 LES FRANÇAIS EN PIÈMOM 

cest homme coDtinnê etneet ferme en ses promesBee, je vous asseure 
bien quil adviendra de hûeonvenient et lourdement; la détention des 
flrabasaadeiira des communes a fort deaespere ce paya, outre ce quil 
estoit desja(v«)»CeeLbûmme a envoie U bande de mon frère en Bour- 
gogne et ma mande que je contremande la mienne à tant quil eust 
ftultres ûouvellea du Roy. Je nen ny rien faict ; jentens bien quil fera 
ce quil pourra à ce qu'elle ne vienne afin quelle aoit comprise des 
premières à la eaaserie. Voua eaeripruy de brief bien au lûDg. 

Je vous prye vous aotivenir duiig mémoire que je vous aj 
envoyé par Creuse pour utig de Androîs *, il est homme qui iê 
mérite* Jehan Martin, lung des secrétaires de M* le Marea- 
clial me prye vous faire requesite que vous demandiez ou 
faciez demauder pour luy l'office de contrerôlleur des postes 
en Piémont et Italie. Je ne pwys si toat envoyer rbiatoire* 
que damandez car jay faict transi^orter horade ceete ville tous mes 
pttpîers^ propter metum judeorum. 

Je votis prie eoliciter le remboursement des parties de 
Savillan\ car il y a ang paouvrc homme qui en est fuirif hors 
dudîct SavilU^n il y a troys moys et je ne scay quelle bende 
couldrfl pour le rembourser. De Thurin à hRSte ce vingt- 
quatriesme juillet* 



I 

I 



8. — GuUJaiim« du Bellay À Jean du Bellay 

Tnrin, l" aoùL 

[Chiffre F** 75; décbiffrement du temps F" 73]. 

Voua ècaurez par Mor^'ille rhonneur que ma vmdta faïj^ le Mares- 
i-haï en ces te ville^ entreprinfie dont je voua ay escHpti hot^ est me 
litidere in Bocietatem crimmie et malevolenLie. Sou armée eatnnt 
amvee à Viîlesalet %lea habitants ne luy voidurent ouvrir les portes ; 
là'dessns larmee f^e deifîl pour aller fourraiger par les villaigea, 11 



t Anton in Andrée, coUatAral au conâcil de Turin. Cf. âi\ Nal. J. 961» 
tli»; J. %2, i5«i et douï lettres di? jui jiu cbwiedbr. J %7» SM, 22, do 
Turin, G avril tri37 (n. S 15:^8], 28 n^nl iïm. 

> Il s'apt probablement des fhjdwidex^ auiquclles Guillaume tra^^ad- 
Jnil a t'ts iiiomeïit ot dont il ne? uoua est reatt^ que It frajfraent couaerré 
par Marlin du BeUay, livru» V, VI et VU des Ménoirts. 

^ SaTîglianOt pré$ de la Matiii» à Tesl de Saluées* 

* Villasalelio* î^ur la Mair^i. nu rioj~d de Conip 




LES FRANÇAIS EN PIEMONT 



25 



I 




¥Quloii efivojer mettre ordre à In pûlice, c*eat^à-dira me inimlc- 

mreeques les* Jeh&n Pâule qui eât d^sja eli#f, dont je meiciisaY 

bien, ils ont depuya i&icii bai^rte aut1î<:t VlSlesalet et donne 

lU di>iit îh ont eaté repoussez» perdu gens beaucoup finns les 

lllecJei, *me pièce de leur artillerie rompue et les roues dune aulti*e. 

On y envoje quatre oaDons de renfort; cecj le pourra refroidir 

dVfiCreprettdre îe Moiitdevr»*. Des}» fna[t] il donne cliarge denvoyer 

veoïr ti on t vouidra u^eepter mft compaigniefet quil leur pardopuera 

«on mi\\ itiïeùti encorea est-îl ce oonobatant en espérance quelle ne 

demourera point icj^ et de ses gens ^ui lont rêacoutree sur chemin 

om Ifien tasehe à la deffaire semant le brujt quelle estoit cassée. Je 

tif point de nouvelle de Gotinort ■, par qtioj je suj à délibérer de 

f mon enseigne à Urtay, Je vous prye soliciter le payement de 

te compaignie, Hjer les g:0ns de ceste ville furent vers luj en 

gMûdt bamililé W requérir quil pardonnait à leur ambassadeur ; ilz 

aeo purent emporter sinon que le Rov luy fauldroit ou quîl feroit 

tfentrbâr la teite audiçt maistre Georges ^ et à ses adherens. Ledict 

DAitlre George» a témérairement escript, maïs sa détention a ete pre- 

têàéenîit H vontaiseure que sil a mal, il on sortira de grand est^bn- 

^rt, et n ceste long^ue tresne ue fent, desja en feu»t aorty. Dieu 

qiie tout aille bien. De Turm, !•' août 1538*. 



« 



9< ^— Gnlllaunae du Bellay à Jean du Bellay 

Turin, entre 2 et 5 août. 

[9* 70,] Je ne scay que penser que depuys la venue de Cbrisiofle ", 
târiint de gens qui sont venus je nay Jamaia eu nouvelles de vous 



' Id^^ndATif driDs le basiin du Tanaro^ à Test de Coni. 
^ l^êné du Bellay; sieor de Rocheserriere at de Gonnor, issu dVne 
totre brjiuctie dû la lâmiUç da Bellay, frère aîné de Joachim du Bellay. 
• G. RîHiRh^ Mémoires ifSgtàt^.. ï. 190.^ Lex scindicJi ti conseitim'* de 
Tkritt mt ^onnettafite .iur t'ênvùi H députât ion de leur député x^crx lerofft 
1 anrti IK^K ^çn fayeur d^ maistre Georyes* conseillor fil m^^deciu du Roy ^ 
leur ambassadeur). ^- Il s*a^t d'un Georges Antiocbia dont una lettre 
Utm»^ adrei«$éif âo cbanctlier est conservée zax Aiica. Nat. J. %7« W 
■ T«iirini VIII apprdis 1538. ■» 

^ {je mt'mie jour QuUlaume du Bellay écrit au connétable de Mont- 
morency pour le remerckr di>. son attitude bicn^eiUEiutc et pour Ta^iftLj- 
mr qui? u^n différend avt^c le maréclud de Montejehnn a rcieliement «ti-^ 
proroqué par le* causées qu'il a dites, Dupuy 269, {, 40. 
* Qirhtfjphc de Sir*3smi'3* désigné quelquefois tous s»n tittû d'élu 
Jd'ATrancbes, fui chargé de diverses missioai en Piémont, puis en 
CL Areh. Nat. J mV*, ti. 



^ * airisi 
^Bd Avrancl 



28 LES FKANÇAIS EN PIEMONT 

ache^ite sur lae moulins de Vên>1oâmo et la Josseliniere \ ma 
parle aul'refoiz pour luy et faict jïarler pluaieurs foiz piir 
Cotereau ^ otatiltres. Je vous prje î^i jay a demoui'er îcy, men 
envoyer lung deulx ou aultre ; mais prjez bien celuy qui voua 
en baillera ungr, qui! me le baille taut pour sen desfajre que 
[>our vous faire plaisir* Le recepveur de Sen3 mavoittrea bien 
pourveu de cestuj-ey que jaj perdu. Ce porteur sera le aeigueur 
Georges de Connegran, que bien congnoissez, qui va taut pour 
ses affaires propres (mais despe^iche par M. le Mareschai) 
comme pour quelques nouvelles quii a que ïon poureujt de 
faire juger contre le seig^neur Caingnin ^, que ce soit à lui & 
demander sa parrie au combat. Je vous recommande sesdictes 
affaires tarit que je pny& et mfissmem^nt ung qui me f^iuche: 
c'est que Faunee passée^ luy estant en garnison à Quiers, 
print ung prisonnier quil raiat à rençon et lequel il estoit prest 
de délivrer en baillant caution. Labbe Borgarel \ sil est par 
deJa en peuU parler. Messieurs de BoUières \ etprémlenl de 
Piémont me dirent que pour le grantz interest^ du Roy, il 
estoit beflojug davoir ïedict prisonnier pour linterroger et 
confronter à aultres. Ledict Connigran, sur la responcee tjue 
je luy fyz de le luy renvoyer ou la reneon, le consigna es mains 
de lescorte, que ledict sieur de Bottieres y envoya pour 

* Los terres dont il est îcî questioti avaient été possédées par la famille 
de du Bellay. 

^ Ce Cotereau eit petil-otre Cl^iudG Coterpau, Tami do Dolet, qui lu 
lUkUa^oD 1539^ to Geyiëthliacum. ot un tltia Bocrétairos du Jean du Bellay. 
Noo:* iivon$ deun lettres d^ lui \ B. N* T Is 'A.m\, f" IQi-KiT fît IW et le 
ma, 5;l*7c] liy fdfl» latîn, qui rontitMit on copie les trois preniierîi livres et 
un rragtiient dmiualri^mcdc \ti \\tGin{bï:ç Oifdùude de Guitiaunn*du BeUaj, 
lui a appartenu comme en fait foi k quatrain écrit en tcte : 

Egregîum si quîd nos ira s iUaliittir aureis 

Vel nota di^rnum oïdiums his ocuîis 

Soripslmus his brevLbuSf tantum tit quod temporc nostro 

ûeijtum esl id posslt poster! ta le frul. 

(Qaud. CoTEaEOs TtuiOKSNais.) 

^ Francisco dt Gonzaga* s' de Boziolo, surnomraô El Ctif/ninth 

* llardiîone Borgarelîot originaire de Chieri en Fié m ont, avuit pri.s k 
ferme le ra?italllemenl des Irr^upes françaises du Piémont, 

Gui^ues GujÛreVt s' de ÛolJiôrcs, îi;entîlhomme dauphinois^ prédé- 
cessetir de Guillauiiie du Bellay^ au gouvernement de Tuinn. 



LKS FRANÇAIS EN PIEMONT fo 

l^aitidnêr. Jentâns quiifiit pandu. Ledict Connigran demande 
stre satisfâict de la reiiçon ou par le Roj ou par moj su j vaut 
lojr qmî respond si paye* 

Présentenieût à heure de cinq heares de nuict* jay faict ouvrir \& 
porte à La Motte qui est venu de Suse en poète mande {?), comme U 
Ikt, par M. le Mareschal, de «en venir à lettre veue; cela me faict 

»aa«f quelque clïOâe du , 

[La suite roanque,] 

10. -- GulUauine do Bellay à Je&n dtt Bellay 

Turin, S août, 

\¥^ 68]. Lea pauvres geua de ces te ville ne acavent que [1] conseil ilz 
I doiWeot prendre tant ik [ont] de [lenr (Mt^ Mmiatre Georges a oit exécute 
indtHft coma. lU envoient vers le Roy mats ilz ne peu vêtit ëlarUe 
eii*ch&lh^Q parjourneeSf et pour ce craignent que ce soit trop tiird, 
Si*at*ceque si on luy faict injustice, il pourroit cUer couater au Roy^ 
priudpnlement $ï le duc de Savuye naccorde avecquea luyL Jam 
Qijpint inier m cottioneë que minîim mihi placent et le duc vient à 
YvTêt teuir aea estatï, neëcio qun wpB ; mais il a remplj ce pays de 
k et le peuple partim spe^ partim meta que dedena la fin de ce 
lil fier» restitue en tout son pavs; parquoy seroit à craindre que 
gfliii deieiperez se baillaasent à iuj de peur de estre bailler. Pur 
a4veDtore ne seroït mal d^dvertir M . le Conueatable que pour con- 
tenter ce peuple» on le menast vers le lloy £?t qiiy là ou fist aon proeez. 
Ut anruut p aliénât ai auditus et defensHS riit damnelur. Le preaident 
mil secreteuïeot advertj quîl doubte fort quou leur face court procès. 
Ce porteur a este plus de Irojs moya après ce«t bomme pour avoir son 
[itft sina lob tenir et maintenant insperato est deapescbe en poste 
detpeuis du Roy duquel 11 est bien fort boti serviteur et seroit 
^cruelle si on ueluy fajsoitbou tiaictenient. Mais il est eunemy 
|ca|nUil dudict maistre Georges. Je ne scay si ceste est poinct la cause 
|j|u£ maintenant on le despesebe. Je neuteus puioct larticle de voatre 
I lettre venue quant X7 non e stre payeur des propos teuuz par Lan- 



cia tr^Te de Nice (18 juin 1538), François f*" avait gardé les places 
d© Savoie* Cdui-ci, tout tri se plaignant de l'attitude a^ossivedÊi 
[iligelian, inlriguait dans le Piémont; il ue ratifia la trêve de Nicu 
k lëoct. 1538. 
' Le personnage désigné n'a pu être identifié. 




d 



30 LKS FRANÇAIS EN PIEMONT 

tenay touchant la mort de Granges. Je voua prje mm esclarcir et 
nabandanner poiQt la court taot que ceat affaire de inaistre Georges 
soit vujile, au moins entendu. Ceilit porteur estgit présent aux propo2 
denire M, le Mare«chai et moy. 



I 



[F« 0S v**]. La i'#âponce de MaïitJeriâ comme i)z sontcûii^ 
tenâ daccepier ma compaigrije et luy fournir vivres au taux 
{[ui «era ordonne mest venue en ung mesines t^mps qu'est 
arrive moQ fiayeur* S'il fault quelle aille là comme elle en est 
en chemin et quil y faille faire la monstre je aeraj coatrainct 
ûy envûjer aussti ceulx que jay icj, je sujs aifies M. leMares- 
chaJ pour entendre si) vaudra permettre que je iaj^e en ceste 
ville, mais ou me dist, je ue ac^y **]! eât vjaj quil^* veult faire ^ 
venir la aieune j^our îa y avoir auprèa de luy, f 

Quant à larticle sur lequel voua meacripvez de user du 
mojeû âe Joviua, j'ay bonne espérance quelaffaire se conduira 
en sorte que le seigneur ^e y trouvera bien servj. Si le oongie 
duquel meacripvex me y est necesaaire je le vous manderaj^. 

Ce porteur sera M* de Faurîa^ lequel va en jJartie tiepesche 
par M* le Marescbal, et en partie pour sea affaires. Il fut 
aemons il y a environ di^c-buyt mojs de venir au service du 
roj et de mestre seâ places es malus dudict seigneur, ce (juil 
fist libéralement et ^aris marchander pour la nourriture quil 
avoit eue en France- Ceâ dictes placds oui este prises sur le:i 
gens du roy et ne les luj veult ou rendre quelque chose que 
porte Ih tresve. Il se trouve saus maison, sans meublej sans 
argetiti sans estât ou entretien, avecqnes femme et eufaus en 
maison de loage, chose qui mérite ou quou luy face rejidre le 
sief), ou quou luy eu baille daultre ou moyen de vivre en 
attendant, joinct que pendairt la guerre de lannee passée, il 
ny a eu colonnel Itallteu qui ayt eu plus belles bendes que les 
siennes. Je vous recommande son affaire tant que je le puya. 
De Turiu, le 5 aoust 1538. 

Bn pmt'Scriptum : 

J'aj baïilft mon enaaigne à M. Dursajr, et faiet Cressay 
mareschal des lo^is. Je ne pense pas que jeusse peu astre 
myaulx pourveu en chefE que je auya* 

Présentement est arrive le secrétaire de M* le Maresobal ; 
JQ ne ^cay quelles nûuyeilea il a apportées. 



LES FRANÇAIS EN HIÉMONT 31 

Grâce aux obJurgaLions de GuiLlauma dn B^Uù^y et du oati- 

ûétablô^ le député den villea du Fiéraoïit, M' Georgea Âiitio- 

cbîa, futeiiâo relaxé sur Tonlre formel du Roi et put se rendre 

à la cour\ Quant au diflféi-etid qui avait éclate entre Moute- 

jetiao et Langey, il fut apaisé par Tinte rvôntiûn amicale de 

Montmorency*. Mai§ il en subsista entre teg deux p-rsonnag'es 

iiiid certaine gêne mêlée de méfiance, et comme Montejehan 

i'était fiJté â Turin, Lange v» profitant de ce que sa santé 

demandait qull changeât d*air, ût un voyage d'inspeetiaii 

Autour de Turin et» fmalement, s'arrêta à Murel, d'oCi sonl 

datéâ» ses lettres de septembre et d'octobre, li y tomba gnt- 

Temêiii malade de la Ûèvre qui le minait depuis plusieurs 

inols« 11 demanda son congé, qu'il finit par obtenir. Et à la fin 

deaovembre, ilquitt^t le gouverneiui^it da Turin, où le rem- 

fk^âoQ frère, Martin du BeiUj ^- il iievaity revenir à la fin 

de tannée suivante, après la mort de Montejehan, comme 

lieoteoantgénérut du Piémont, et exercer cette charge jusqu'il 

■tmort (9 janvier 1543}. 

V.-L» BOURRILLY, 



* Cf, dans RmeRf Lettres et Mémoires d'Esfat ddii roy$,*, l, 181 sqq : 
liemmirance au rvtf faite par le dép\M de^ Dillej; du PiémQnft détivré de 
prii&n. 

* tX RiDLBA, ùfK iHt.f p* VM , Gr. ûu Bellay au connétable, do Viniou 
m Août i53H. 

' fi. N, fds CUîraitibaull, 1215, f, 76 v*. 



DESCRIPTION 
MANUSCRIT DES QUATRE FILS AYMON 

ET LÉGENDE DE SAINT BENAUD 



Je voudrais vouaaonmeltre quelques remarques au sujet du 
manuscrit qai (lîvseiile la plus ancienne form«3 de la Clmuson 
lies Quatre-Fils-A^xnou ; c'est le ms. 39, La Vallière, de la 
Bibliothèque Nationale, coté actuellerneat 24»3«7 du Ponds 
(ranç *i3. Et, eomine la légende de Renaud et de ses frères n'a 
pas été encore en FraJioe Tobjet d*une étude définitive el 
QQniplète, ,)*e[Dprtinter^i à un ouvrage allemand* quelques 
ren^^etgnements sur un fait curieux et peu connu^ sur le culte 
dont Renaud de Mont?iuban,canojusé par rimagination popu- 
laire et devenu saint Renaud, a été honoré en Allemagne, 

D*après lâi'Ource latiue !a plus î<neieîiiïe de la légende de 
Reii a u d , Viiû smicii /tet/noidtj k cUe v n i ie r uj o u f u 1 1 e 1 4 m ai 800 , 
il y a exactement onze cents ans: on estrtitera doue équitable, 
dan^ une réunion de romanisanta^, de fêter ee onzième cente- 
naire de Tun ile^ï pere<onnag6f, sinon le^ plus an iheu tiques, 
ilu moins les plus célèbres et les plus î^jmpathiques de notre 
poéiiie du moyen âge* « Les noms de Rtnaud de Montauban et 
de sei$ frères nou:^ su^'-gèrent tout ce que la poét^ie et le roman 
ont pu imagitier de splendide et de romantique, » dit, sans 
exagération ;iuaune» t'Anglaia Dunlop^; et Caiton, Tillustre 

* Dos det( tache VulkKhuch von der Heymonskindetn nach dem Sl^der- 
laejidkvhen heuHmtei vun Faut fonder^ Âetiz parle D' Fndrjch PfaÛ; 
Scelburg im Breisgau, lâ87. 

* Le Congru» des Langu6i» romanes de MontpelUer a tenu ses séiincGa 
publique» h 26 mai 19tXL 

^ I Rcniud de Monta uban and hh Uiree brotUers, whgsti namcïs suggest 
ever; thing, tbat ïn Kplendld and romantic In poeti-y or Action, m (Dunlop, 
The Histortj nf Fktiùn, P. p* 4(50.) 



I 



DES QUATRE FILS AYMÛN 33 

imprimeur aDglais, âu piibliant vers 1489 une traduciiaû du 
livre Les quatre tVz Âymon^ que son prote<steur, le comte Jean 
d*Oxford, lui avait adr esaé^ justtâe sou entreprise en alléguant 
ropÎDÎon du philosophes ^.^^ l^^^t homme désire naturellement 
apprendre des choses nouvaUes: (^ ihat everj man naturaUj 
de&treth to know and to can news thingg. v 

Quand il 8*agîfc d'époques lointai»es et oubliées^ Ton j 
retrouve Tattrait de la nouveauté, et noua ne sommes point 
surpris qu*en 1813 un Breton ait ofTert à ses compatriotes une 
tragédie, dont le sujet est pris de rhistoire des Quatre-Fils* 
AjrmoQ *< 



Le manuscrit 39 La Vallîèpfl est un in-folio de 33 centimètres 
4 mUlimétres de haut, sur 24 centimètres 5 milUuiètre!i de 
large» formé de 77 feuillets (parchemin). M, Micheiant Fa 
décrit ainsi: u Les cinquante premiers feuillets, sur trois 
eoloones, rayés à soixiante lignes, ensemble dix-huit mille 
vers*, contiennent le poème de Renaud; les feuillets suivants, 
51 -T7^ à deux colonnes, contiennent le commencement du 
H^man de Sapience, d'Hermant le Jeune ^ maître de chûsur à 
yaleocieunes. Cette seconde partie provient d'un autre 
manuscrit^ que le relieur a sans doute joint au premier pour 
grosairle volume et lui donner une meilleure apparence* » 

Du Roman de Sapwnce , je dirai peu de chose. L'écriture 
(deux colonnes à la page, qui est rayée pour 48 vers] est nette, 
bien formée, plus grosse que dausla première partie du volume* 



< Artstote, Métaphysique, L 

* il Buâi ar Ferar Mab Eiiioji, duc d'OrdoUi la^uet e form un Drajedi. 
E, MonlrouleK, 1S48. n 416 p. m -8". Un exemplaire se trouTs au BrlUsh 
liuséum. Cf. Micheiant, H^num de Montauèan, p, 504, et Emile Sou- 
y«sUëi Le* dcrmen ftnrtons, 1843, p. 2tî0. Le D' PfaU' a rassemblé, a^ec 
une érudition trt-'s aûre, dans rintroduction de soa lÎTre^ Lout te iiue l'on 
Mrait en 1387 «ar l«i origines «t la desïtinée da la légende des Fila 

» On Terra plu» loin qtie ce chiftre est nécesBaïremont inexact^ parce 
i|tte le nombre des Ters à la colonne diffère à plujsieurs repriaes dans 
U suite du manuscrit. 



34 DESCRIPTION d'un MANUSCRIT 

Le texte est inoomplet dans rexemplair6, bien que le âeroier ^ 
feuillet soit rempli jusqu'au bas de îa seconde colonne du verso* 
La laisse interrompue est le catnmeticemeDt de la prière que 
Marie proQOûce, lora de son Assomption, lorsque Jésui lui 
apparaît : 

Beat fîlî, c« sevent tiùt que tu te corroçaa. 
Les evas fels croistre et dedens les noiae ; 
Daiï Noë et ses ûhj beax sire, eu reservaB. 
De lui vint Abrah&na 6t aee âU Ygaas 
Et lacoîï ses boena fib. Tm ces .111. enoraa. 
De cez vint Moyies, Aaron, Ysaaa, 
lohel et Abacuc, 11 boena Iberemias, 
Samuel lî prophètes, Enocb et Helyaa. 

Je reviens à la première partie du manuserit, c'est-à-dire ati 
texte du roman des Fils Âymon, texte qui â été suivi par 
M. Michelant, de la page 1 à la page 410 de Tédition qu'il a 
dounée de ce roman, en 1862, dans les pubtications du Lùte- 
rarischei Vereîn de Stuttgart. Cette édition peut être coDsidérée, 
encore aujourd'hui, comme la seule que nous poasëdioDS de la 
vénérable Chanson do geste ; elle est très rare, etTexemplaire 
de ta Bibliothèque Universitaire de Montpellier a été acquis 
avec toute la collection du Litierarisches Verein, lors de la 
vente des livres de M* Adelbert von Keller» le savant et 
regretté professeur de Tubingue, H 

L'on reproche souvent k Michelant d'avoir abandonné le 
manuscrit La Vallière vers la an du roman, et d'avoir 
complété le texte à l'aide d'une verâion différente empruntéo^B 
au ms. 775 de la Bibliothèque Nationale. 

11 s'en est expliqué d'une manière vague, qui tendrait à faire 
supposer qu'il n^'avait pas apporté toute Tatteation nécessaire 
à l'étude des manuscrits qu'il avait à sa disposition. 

Après avoir constaté que le ma, La Vallière offre d'abord une 
langue correcte et une écriture une et jolie, il remarque que 
langue et écriture s'altèrent insensiblement^ et qu'au feuillet39 
l'écriture prend un caractère tout autre et très désagréable: 
« Die schrift ist auch spdter gleic/i vùt dem E ingang ^ es ist eine 
hûùsch€j sehr reinliche minuskei^ Mehr uni mehr aùer àndert »ich 
iprucke und schrift^ undyegen das ende versehlmmeri sich àeide^ 




^ 
^ 
^ 



DES QUATRE FILS AYMON 35 

*fj bi. 59 die hand mnen ganz abweithenden charakter uni ein 
hêtkt utmngenehmes aimehen anmmL » Dès lora, d'après 
Micbetant, le scribe a reproduit son onginai mécaniquement, 
sinala comprendre, et à partir du folio 4H b^ il était Qéoeasaire 
di recourir à un autre manu acrit pour le pèlerinage de Renaud 
elle duel de ses fils; ila choisi le me, 775, parce qu'il lui semblait, 
pour le reste du roman, le plus voisin du ms. La Vallière, Les 
demtextee concordent d'ailleurs pour la un du récit, qui a pour 
objet la pénitence de Renaud» ouvrier de la cathédrale de 
Cologne* martjr et saint. 

La description de Michelaut est inexacte à forée d'être 
mcompléte* 

Ouvrons le manuscrit La Vallière au feuillet 39, ià où 
M, Michelant annonce un changement de langue et d'écriture*. 

La verso du feuillet 38 est d'une écriture claire, carrée; 
il J a soixante vers à la colonne. Le recto du feuillet 39 est 
d'aie écriture sûrement plus récente ; il j a soixante-cinq 
vôra àla colouue. Aucun doute o'e^ît possible ; cette seconde 
(fmie eat un manusL^rit qui îi élé ou copié, ou tout simple- 
Œifint cousu à la suite de la première version, qui était très 
probible ment incomplète. Àlusi le reproche fait à Micbelant 
d*aroir abandonné le ms. La Vallière, là oCi il lui semblait 
d*oae autre date et d*une autre mainj n*est plus aussi bien 
ft^Qdé qu'il le paraissait d'abord. Reste à examiner s*il n^eûi 
pas mieux valu reproduire, malgré ses défauts, la an du 
miDuscrit, mais cela nous écarterait du sujet auquel nous 
devons d'abord nous limiter. 

Le ms, La Vallière est un recueil de deux versions de 
dates différentes, cela est établi. En y regardant de plus près, 
Hûiis constatons que la première partie elle-même est loin 
iie présenter ce caractère d'uniformité que Ton rencontre 
dans les copies de la plupart des chansons de ^este^ et parti- 
culièrement dans celles des autres versions des FiU Â.jmon* 

Au feuillet llj recto, le scribe, pour remplir les colonnes, 
a été obligé de couper les ver^ en deux; au verso du même 
feuillet, la réglure n'est que de quarante -huit lignes au lieu 



* Voir la pbotograpEuo cî-joirtte d'une parUo àes fauiikts 
39 recto. 



verso et 




4 




M DESCRIPTION D*ON MANOSCRIT 

dû sûixaute^ et, malgré cela, de nombreux ?era mai encore 
coupés. 

Le feuillet 12^ recto, est réglé à cinqnanta-huit lignes. La 
colûDiie C est incomplète ^ quelques vers sont encore coupée 
aux colonnes A et B> 

Feuillet 13, recto « Il a été réglé à soi]tante lignes. A la 
colonne B» Ton trouve encore deux vers coupés et formant 
quatre lignes. A ta colonne C, les interlignes et récriture ne 
changent point jusqu'au vers onze, inolusivement : 

Entre lui et ses frèœa ki preus sont et sénés. 

Fuis avec le vers douze : 

En la clt de Dordon fu li quens Eenaus nés, 

commence une écriture jatinie, d*allurô plus lourde, et Ton 
a seulement trenteneuf lignes, ce qui^ pour la colonne, n'en 
fait que cinquante et une au lieu de soixante. 

Folio 13, verso, Leâ trois colonnes sont à cinquante lignes; 
récriture est jaune et grosse. L'on y compte treize vers 
coupée à riiémisUche et formant chacun deux lignes. 

Folio 14. Il est réglé à cinquante-neuf lignes» 

De ce feuillet il n'y a rien k dire, sauf que l'écriture reste 
plus lourde et plus grosse que dans les premières pages dit 
manuscrit ; mais au feuillet 15 on compte encore quatorze 
vers coupés. 

L'écriture, plus soignée à partir de la lettre ornée, foîio 15, 
verso, B, ne reprend son allure première, élégante et fine, 
qu'au folio 17, verdO, B, au vers : 

Cil t'en toment a tant, de cûlor sunt mué. 

Le feuillet 22 offre cette particularité, qu'au recto et au 
verso, il est rayé à soixante dix ligues à la colon ne*, soit dii 
de plus que pour les autres, et que, pour faire entrer plus do 
matière, récriture ust petite. Le couteau du relieur a fait 
disparaître le premier vers des colonnes B, C, recto; A, verso, 
et la moitié des initiales de la coïonne A, verso. Le scribe 
serrait atusi les ligues, parce qu'il remplaçait un feuillet, ou, 
parce qu'ajant laissé un feuillet en blanc, il était obligé de 



^ 



I 

I 



DES QUATRE FILS AYMON 37 

teflir compte du nombre des lignes qu'il fallait y fair6 entrer* 

L'écrîtare des feuillets 23 et 24 est encore d'un typé gros 

et lourd. L'on j rencontre (folio 24, recto C) un vers coupé : 

Ogîer de Danem&rce» pas ne vos Bomoimons 

A cet endroit, Torthographe est mauvaise (V« Micbelant, 
p. 221, v.29»fiuiv0. 

L'écriture une et régulière reprend an folîo 25, recto^ et 
H continue* Le premier vers de ce feuillet eet ; 

PuiG p&rdoDa 1& mort et LongÏB fiât p&rdon 

(Michelant, p*226, v, 26). 

Le dernier feuillet de cette écriture est, comme nous 
IVone dit déjà, le feuillet SS, 

Il est à remarquer que, du feuillet 25 au feuillet 38, le 
scribe s amuse à prolonger, avec dessins, le jambage de cor* 
taioes lettres à la marge supérieure et même à la marge in- 
/éfieure de la pagi. Or cela se rencontre également au 
commencement du manuscrit : ce mode d*ornement consiste 
en jambages menés aasez loin de la ligne et coupés par de 
pelîtâ traita boris&ontaui* 
Ces observations peuvent se résumer de la fa^on suivante : 
l"" Les diï premiers feuilleta (Michelaut, p, 1-95, v. 23) et 
le commencement de la première coloune du f, U jusqu'à 
Michelant, p. 93, v, 14 incL, forment une première partie 
d'une même écriture ; 

2^ Fuis Ton se trouve en face d'une série de parties diffë- 
reiktes de la première, et oi!i le scribe, qui n'était probable- 
ment pas celui du débuti est évidemment dominé par la 
nécessité de remplir des pages laissées en blanc. L'on avait 
peut-être prévu une version plus développée que celle qu*il a 
reproduite; 

3* A partir du feuillet 25^ la petite écriture repreDd trôs 
reconriaissabîe ; 

4* Une partie vraiment distincte commence au feuillet 39 
avec une écriture de date plus récente, un texte de valeur 
moindre et un piu.^ grand nombre de Ugneij à la page« 

il en résulte que le ma. La Vallière, qui donne la plus 




88 



DESCRIPTION d'un MANUSCRÏT 



ancienne veraîoa de la Chanson des Fils Âjmon, est, si Ton 
me passe rexpression, formé de pièces et de morceaux, ce 
qui n'empêche point cette version d'être supérieure à toutes 
les autres. Elles peuvent servir à la compléter ou à la 
corriger : aucune n'en égale Je mérite et Tintérét, 

Ce n*eet pas ici le lieu d*examiner la valeur de l'édition 
Michelant que j*ai comparée avec le manuscrit La Vallière et 
d^autres. J'ai constaté que des vers ont été omis, que d'autres 
ont été intercalés sans qu*il en soit fait mention; j'ai noté de 
mauvaises lecturasi de mauvaises corrections. Tout cela est 
véniel, et Michelant garde le mérite d'avoir publié un des 
textes les plus importants de notre littérature du mo^en âge, 
celui dont la popularité s'est le plus longtemps maintenue. 
Mais il est regrettable que la un de la version du manuscrit 
La Vallière n'ait pas été éditée, quels que soient les défauts 
que Ton y relève. Elle n'est pas isolée. Les manuscrits de 
Peter-House et de TArsenal sont de môme origine et per- 
mettraient de ïa corriger. Elle est, d'ailleurs, pour le fond du 
récit, conforme à celle qui a servi de base au résumé en prose 
de la Bibliothèque hlene. 

Je citerai, d'après les trois manuscrits que j'ai indiqués, un 
même passage* 

Renaud a délivré Jérusalem. Après quelques jours de fête, 
il fait ses adieux au roi Tàomas et part pour la France* Dans 
son voyage, il aborde à Palerme, où il est accueilli par le roi 
Simon. La Bihlwîhèque hieue permet de retrouver aisément 
cet endroit dans la suite du récit. Je donne les textes sans 
correction, sauf une seule au vers 10 du texte emprunté au 
ras. La Vallière. 



Ms. La Vallière. 



Moult par fn grâûs U joie sus en la ter David. 
.X. joru i fu ReuAUs, et piUB m s'en parti, 
Biaux bernois enmeaa, ûoblement s'en parti ; 
Mai» Maugis 1i bermitea ainz rol)o d saiisi, 
Ne ei ne vost monter, (îon Rcnaua fu marri. 
Tôt jors al oit a pie^ si cstoit atlurci. 
Li rois lo convoia, îivtsc lui si ami, 
Et M DontcB de TE aimes et J effrois l'Augevin. 



DES QUATRE FILS AYMON 

A Jafe entra ©n mer^ et li roîe s'en parti ; 

10. Et la nés B'ea aiu bien [ J. mois] ol demi 
C'onqnes ne virent terre» don furent anaoti* 
A la seioie semaine lor est avenn bi, 
A Pôlerae ariverent, ce fu par ,L lundL 
A Paleme est Henaue arives el gravier, 

15 « li roiE fu en ta tor del palais plenîer» 

L& nef vit bien au port, ce poee aBchier* 
Ce di«t Simon de Paille' : Si mVît .S* Richier, 
En la ne if a riche honif iee poes afiotiier 
Ab chev^ax et as armes don tant voi manoier. 

20, Ne nBÎ dont il etd nez, bien samble droit princier. 
Faites uietre mes Bêles, s'irai à lui plaîdîer* 
Qe lo ferai o moi, se ge puis, herbergier, 
Oar nlatrade la ville clevant L an entier, 
Se cil sires n'en pen^e, qai tôt a a jugier* 



39 



Mm, du Peter- House. 



10. 



Gratis: fti la joie sus en la tor David ^. 
.X. jer« î fu Reûau«5 et puis si s'en parti, 
Bel hemoiz enmaua^ noblement se vesti ^ 
Mes Mangia li b ermites aine robe n'i vesti, 
Naine cheval ne mena, dont fist Reuaut marri. 
To2 tens aloit a pie, tant estoit endurci. 
Li rois le coDVoiaT 8*ot o lui ses amis, 
Le viflconte de Rawîes, Joifroi Tamûnevi. 
A Naples entre en mer et li rois s^en parti ; 
La nef al a par mer bien A. moiz et demi. 



i D'après M. Gaston Paris, Bertrand de Bar-sur- A ube^ iinteur d'un 
Awneri de Nari/onne [commancemcnt du XIII* siècle), imagina dti t-eLier 
U gçste des Narbonnaia à la geste royale, en donnnnt à Ernaud do 
Beaulande trois Trères, Kenier de Gènes, père d'Olirier etd^Audé, yiL^n 
de Pôuilie (auquel, plus tord^ on attribua un ûls^ Simon dv Pômite^ 
bi^os d'mi pôètnts !*ans valeur sur une expédition eu Orient) et Girard 
de Vieont. Littémture fmnçaUe nu moyen âtfe, p. 71, — La généalo^'^if} 
de la Mâi^^n de Monglaue^ donnée par Albéric de Trois-Pnntaines (mort 
^'ti I246j, fitlrihue àgnloment Simon pour lils à Mil^n de Pouilïe, V. G. 
Paria, BiMùù'e poétique de Gharletnagne^ p. ItK, ut appendice tl, 
p. l^. 

* H » oublii' n MouUpar ^Cqh oublis sont fréquenta danis ce manuscrit, 
tt Ton y t tniirent des bi^mi^itiehes de quatre syllabes. 



40 DESCRIPTION D UN MANUSCRIT 

En la semé semaine lor e^ ayenu ai 
Que a Pakrne vindretit, ce fut par .1. mardi. 
A Paleroe eat Reoaiia arîvez ou gravier, 
E H roiB ai ettoit ©n son palee plenier* 

15. La nef vment ftu port il et ai chevalier. 

Ce dit Simon 8 de Piiïîlo : Foi que doi .S. Richierj 
Ce est nef a preodome, bien voi au deechargîer, 
As chevaux et a armes que voi tant manoier. 
Je ne saî qu'il est, mea bieu semble paumier. 

20. Je vœil aler a lui parler et pledoier. 
Si le ferai o moi, se je puis, herbergier, 
Car bien semble haut home qui terre ait a bail lier. 

Um, de FArsenaL 

Mont demainnent grant joie sus en la tor David. 

Régnant i fu .III. jors^ et puis n'eu départi, 

Bon haro ois enmena^ noblement £u veetis ; 

Mais Maugis H herraitez ainii robe n'î vesti 
5 Et ala tout a pie^ dont Regnaua fu marrie. 

Li rois les çonvoia et U contée ain^BinB. 

A Jafe£ entra en mer^ adonc sont départi. 

Regnaus ala par mer bien .1, mois et demi. 

A la sepme semaine lor est avenu ci : 
10, A Paleroe arrivèrent a J. jor d'an ma»iîi. 

A Paleme arrivèrent an lor nef ou gravier. 

Ce fn Sîmons de PuiUe il et cil chevalieri, 

Li roi?^ fu en la tor de son palais plenier^ 

La nef votent mont bien arriver ou gravier. 
15. Lors dît li rois Simonâ : Saichiez qui eut panmiera 

Et si est riches lions d^annes et de destriers. 

Faites mettre vo celle, je vueîl a lui pleidier. 

Si le ferai o moi» se je puis^ herbergier. 

Bibliothèque bleue. 

fl II y eut de grandes réjouissanceit publiques pendant troiîT 
mois, et le peuple appelait Renaud et Maugia les sauveurs de 
la chrétientép Après, Renatid et Maiigis demandèrent leur 
congé ail roi qui fut fort triste, et qui eût bien voulu quMls 
eussent toujours resté prèà de hh, mats cela ne se pouvait 
pas. Le roi leur fit équiper un vaisseau, leur donna de beaux 






DKS QUATRK FILS AYMON 41 

firéflants, ptiîs ils â^embrassèreat en pleuraût et se séparèrent, 
ils â'erobarquérent au port de Js^Ta, et demeurèrent sb mois 
Bar mer, sans pouvoir prendre terre* Etifiri, Dieu Im conduisit 
à Falerme où était le roi Simon, qui les reçut à braa ouverts» 
et led mena dans son Loiivre V. »> 

Un rapide examen permet de reconnaître que les trois 
maouicrits sont d'une mime famiUe, t^ue le ms. La Vallîère 
est le plua ancien et le moins incomplet des trois et ([u*on 
peut Tameliorer à Taide dea deux autres. 

Au v: 3 le mn. de P. H. donne « se vesti n au lieu de U 
répétition « s'en parti »< L*A. a «fu vestis». 

Au V, 10 L, V, a « bien JL et demi j», La leçon dea deux 
ms. conforme à Ja mesure et au bon sens est : « bien J. mois 
et dâmï » , 

au V. 15F. H. et TA. indiquent i en son palais pleuîer u, 
etauv, 16» l'on doit accepter « il et si thevalier *i d'api é.4 
P. H. La leçon de TA. confirme, en fait, cette correction. 

Le passage que j'ai choisi n'oifre point Je difficulté sérieuse, 
mais il me paraît prouver qu'il n*est point iraposaible de 
rtstitiier passablement » en comparant les trois manuscrits, 
la fin 4 e lu version que Ml'iheianL a renoncé à éditer. 

Il esta regretter que le texte de TAr^enal ait été copié non 
^uiamenl avec étourderie, mais trop souvent avec un dé^ir 
d'abréger même aux dépens du sens, comme on le voit pour 
la iec:oride laisse. U reproiluit, avec des altérations qui indi- 
queut la date relativement récente, un texte d*uue valeur 
prâsque égale a celle de la première partie du m», La Val- 
Hère* 

Quant au ms. de Peter House, îl dériva, en d'autres en- 
droita, d^une source moins ancienne, mais comme îl a été très 
eonsciencîeuaement établi^ il est utile à consulter. 

Il suffirait doue aujourd'hui de reproduire, en la modifiant 
ci el )&, l'édition de Micbelant jusqu'à Tendroît où elle ^& 



I La nouirt41e Bibîtothéque hhtie, L U, pour Je pèlennage à Jcru^ftïem 
I ^t rapptii que Renaud et Maugis donnent au roi de Stcilt, est conforme, 
la fond, aux tctt^jt cjié^ ci-dessus, mais avec deâ ornement» 
le goût romanesque. 



Jî DESCRIPTION D*UN MANUSCRIT 

sépare dti ms. Là Vallièrô ; puis d'éditer la ûd de ce manu- 

scrit à Taide des mas. de TArsenal et de Peter-House. L*ou 
aurait ainsi la mailleure version de ia chatison des Quatre - 
Fîla-Aymon . J'ai comtnencé ce travail , il y a i quelques 
années, et j'espère le soumettre bientôt à la Société des 
Langues romanes. L'on pourrait, désormais, ae procurer aisé- 
ment un poème qui est d*une importance capitale: par TEpo- 
pée chevaleresque italienne, la légende des Fila Aj^mou a 
exercé une influence générale sur la formation et le dévelop- 
bement de TEpopée moderne. 



11 



Parmi les études dont cette légende a été Tobjet, une des 
piu!$ intéressantes est aasurément rintroduclion que le D** Fri- 
drich Pfaff a mise en t^te de aa reproduction de Féditton 
allemande, que Paul von der Aeltz donna, en 1604, du rema* 
niement hollandais en prose du roman dea Quatre Fils Ay mon. 
jy puise quelques détails peu connus sur la destinée de ce 
que l'oû a cru longtemps les relïquea de Renaud de Montau- 
ban, 

Renaud meurt, en effet, à Cologne^ victime de sa piété, et la 
fln de son histoire est toute semblable à celle de la vie d'un 
Siiint, véritable. L'on suppose que quelque confusion de noms 
et rimagination populaire transformèrent Taventureui ad- 
versaire du roi Charles^ le cousin de reuchanteur et larron 
Maugis, en un martyr, qui, sur les bords du Rhin, fut l*objet 
d'une particulière vénération. 

Dès 1205. Ton constate rexiatence d'une chapelle de Renaud 
à Cologne. En I4:î0, Jean de Stutnmel, doyen des Saiuta- 
Âpôtree, reconstruisit la chapelle et le petit couvent qui s/ 
était ajouté. En 1447, Marguerite Waldecken réforma le 
couvent d*après la règle de saint Auirustin, et en fut U pre- 
mière supérieure. Eile y avait trouvé quatre Carmélites au 
vêtement grîSi La chapelle po^^sédait, en 1472, une chaase 
coïi tenant la tête de Renaud et d'autres restes du héros, 
Joiinnes Bertelius, ahbê d'Ecliternach, raconte^ dans sou 
ffhinnn Lu.mmfiurgtmi^ {Coiomae^ 16(>5, p* 197), que sur Tun 



I 

I 
i 



DES OUATEE FILS AYMON 



43 



* 



t 



nufsdê la chapelle da Renaud, à Cologne, était peinte une 
image représentant les quatre frères sur leur cheval, Renaud 

la tête ceinte de raurêole. Cette chapelle reçut des le^s et 

des fondations pieusea. La dernière supérieure du couvent a 

été Â.-Ë. OflTermanni, en 1800. Mais le siècle c^uj a' achève a 

été peu tolérant d'abord pour les traditions de toute sorte, 

dans lesquelles il ne voyait qua motif à révolte ou à raillerie : 

tn 1^4» chapelle et cloître furent détruits* lU étaient situ^ s 

à Tangle de la Marsiktein et de l^Mauridussieimoeg^ à l'endroit 

0^ la légende place le meurtre de Renaud* Depuis lora la fête 

de Renaud est célébrée tous les ans, le dimanche qui suit le 

7 janvier, dans Téglise paroissiale de Saint-Maurice \ 

Cologne n'en demeure pas moins la ville du monde oii 
lûbaistent le plus de souvenirs de la légende des Fils Àymon* 
&le héros a la Meinoldstrasse, son coursier fidèle est rappelé 
paris Bayardsgasse. Un beau vitrail de la cathédrale, datant 
du XVI' siècle et don de la ville de Cologne, réunit les saints 
Georges, Renaud, Géréon, Maurice. L*on a une belle statue 
de Renaud, œuvre de P, Fuchs (XVIII' siècle), aux n" 33*34 
de Rmkenpfuid , à droite du portail de Saint-Maurice. La 
représentation la plus importante des Fils Aymon qui existe 
CQ Altemagne se trouve â Cologne^ au n^ 46 de la Mejerstrasse, 
tiuien 1887 appartenait à M. Baden, brasseur. Au-deastusde 
t arceau de la porte est appliqué un beau relief où Tan voit les 
qnatre frères sur Bajrard. M. le D' Pfafî a reproduit ce relief 
fttt titre de son îivre. 

L'église de Renaud» à Dortraund, le Trémoigne de la Chanson 
(ii geste, date, dans ses plus anciennes parties, de la Un du 
XîP siècle* Les documents en font mention dès 1228, C'est un 
ôdjâce de style gothique, dont le chœur, d*un caractère 
grandiose^ a été construit de 1421 à 1454). Le clocher s'est 
éin'cQlé pluaîeurs fols, et celui que Ton voit aujourVhui est 
dû commencement du XVUP siècle* 

Ce monument a été élevé à Tendroit où Ton supposait ^ue 
i*é£ait arrêté, de lui-mémef le char qui portait les rester de 
Uenaud. On sait que le bon chevalier^ après son pèlerinage eu 






44 DESCRIPTION DUN MANOSCaiT 

Terre*SaJi)te et la victoire de ses ûh dans lôar duel mec les 
ûh de Folqiies de Morillon, résolut d'expier les fautes de aa 
vi^, et partit tecrètement de chez îai, déguisé en pèlerin, 
Arrivé h Cologne, on Ton bâtissait Téglise de Saint^Pierre, il 
vooiut être emptoyé comme manœuvre^ et, dans cet humble 
métier, montra tant de xèle et une vigueur ai extraordinaire, 
que ses compagnons de travail, pris d'ane furieuse jalousie, le 
tuèrent^ par surprise, pendant quHL prenait son repas. La 
Btbiiolkhque bieue* altère tellement la naïveté de nos récits 
épiques^ que l'oû m'excusera de lire la conclusion de la légende 
dana un des manuscrits, le n^ 766 de ïa Bibliothèque Nationale. 
Les meurtriers ont jeté le corps de Renaud dans le Rhin, en 
le chargeant de pierres : 

Quant oe vfnt vers le vespre, que lî sol eus coucha, 

Desor le cors Reûatit uoe darté îevn 

Que II povH^oti de l'îaiie eotor lui a'aûna, 

Le cors Renaut ont pHsi^ que De^ le commaoda. 
5. Par desor Tiiiue aniODt 1© cor» Ronaut leva. 

MouU fu grant la clarté qn« Dex i demoetrH* 

Kn pé« tienent le cors ae tome çÀ ne la. 

De d À la cité lu uovele en sla. 

L'evesquc et U clergté main tenant e'alînni 
10. Jdj^quea de»us le Hia nue d aiia ne tj'aresta. 

Hé Diei, diat li eveeques, que paet t^e eatre là ? 

Ce est ,L hou aoîez, por Diea qui tôt cria. 

Li larrOQ Tout oeja, utiignor, or i parm. 

Entrez en .L batel Pt ai rainenaz ça, 
15, Alez delîvrement, si verroû que sera. 

Cil entrèrent ou Hin, que demore uM a. 



1 Encore le fond y eat-il en somme respecté. Mais la nouvelle .^i ^/to- 
thêtfite hteuc^ dans les daui volumes où ello a réunî I«s Fih Aymùn^ Jean 
de Cdiai"^ et Genûtfiéije de Hrahanl^ nous donne le plu» fàcbcui des 
remaniémenlH, celui où Ton a ou V^ malonronlr^URe idéft de puifker dans 
les récits romatiDsques d'ArîoHte. La fin de la narration est déÛgurée plus 
qtio tout lo resttî : Rnnaud^ voulant protéger dos jeunes filles oonlrç 
Pinabel, ei^t cntratné par son adversaire dans le Rhin où ils so noient 
tous les deux. L*on ne peut plus du tout toîu prendre pourquoi b 
souvenir de Renaud demeura, h Cologne et à Doftmund, Tobjet d'un 
Tcritable culte* 



DES QUATRE FH.S AYMON 

Lî batelier entréimt très eû£ on Hin par aon, 
l»î cors ont apoitè tréa euml U sablon. 
Le sac ont deaçosu li nobik bAroQ : 

20. Ceat li ovriers saint Père qu^ootociB lî larron. 
Au moetier Ten portèrent muz ode areatoiaon^ 
Devant raatc'l saint Péra li dus Reoaut mît on. 
Les oyriers qui i eont, à rai&on mis a l'on. 
Larrons* ee diet li meetrcie, par le corB eaint Faron^ 

2|î, Vos l^ave^ mort tob toz^ que nos bien le savon * 
Vos en serea pendue en haut comme lairon. 
Sire, font H ovrier» jà ne ?o» cekTon : 
Voiremeot l'avons mort, corne traitor félon» 
Pendus en devons estxe, que deservi Tavon. 

00. Seignor, dist 11 evesques, jà ne vos destruiron ; 
Mes por ce qne vos entes traîtor et larron, 
Vos foi^'ugerez mes à tôt dis ce roion, 
À icete parole tiestoz les banioîi. 
A TApostole al ère ut por qoerre le pardon. 

35, SugQors^ diit l'Apostoile^ otz que vos jujon, 
Que penensier eoie^ «VIL anz parmi le mont^ 
Tûuz nuz piez et en langes, ainsi le voa dison^ 
Sire, oaonlt volontiers, cbascunw d auJi^ li respont. 
Dr lairoDS des penan^, Je Henaut vos diron. 

40. Ënteirer k voloît li clergîe^ à ban don. 

Moalt fu grant la miracle à la messe ohantant. 
Enterrer le voloit le bon dergié sachant. 
Quant vint k l*enterrer le cors Renaut le &anC| 
Le cors Renaut s'esmut parle Jhesn commant^ 
Du moetier ^'eu issi^ que le virent la gent. 

45 . L'evesques s*escria hautement en oiant i 
Baron, or tost après, sans onls atargement* 
AdonI sont arote^ li petit et li grant, 
Et li saint cors Henaut s'en est alez devant, 
Droitemeot vers Treînoigne se va acliemioant. 

50. Quant fu près une liue, si corn trovon lisant, 
Il n'ot eaini' en la vile por li n'alaat sonant. 

Lesolochea lot par eus ont al mostier soné. 
li clergié s^en merveille de celé poesté, 
L'evesqnee ist de la vde, ni a plus detnoréi 



45 



t •fiifi*:= cloche. 



4e DESCRIPTION^ D*UX MAKUSCRIT 

fil». £t Gaichars et Âl&rs sout avec li dé. 
Et Richan ememeot et lo clergié eesé, 
L'eTetqoe ^nt au cont, s*» Le poile levé ; 
Et qiUDt COUD ut Rfinatit, i'a dii coer sosplié. 
A looz commnDement a tôt dit et coQté, 

60. Que cVt li dae Eenaue, le nobile chiaè^ 
Ceîî de MoDtaab&Ti, qui tant fa riedoté. 
Qui Tient droit à Tremoigne reposer es. cité. 
Quant li frère loïrent.de dolor sont pasmé. 
Puis n ToDt dnremeat tout plaint et regreté. 

66. Haïf Eenaus^ font^U^ h^nc chevalier membre, 
Qae poront devenir cbetis, mateûré ? 
Adont ont lor chevex et lor dras dedré. 
Touz ceuB qui lee regardent, si en ont grant pité, 
MéB li gentii evasque lee a reconforté : 

70, Baron, aieï en voe et pés et amité. 

Noe irons aprè« li, jà n'en ert trestomé, 
El mostîer Tont porté, en fiertre fn levé, 
Dei fait por It nnracIeBj le roi de tnajesté. 
Saint Eenaut a à non en içelî régné. 



Le voyage miraculeui du corps de Renaud prétait aux 
rariaoteâ, et Vùû en rencontre en êâet plusieurs» Le ms. 766 
donne une des versions ks motus anciennes, aînai qu'en 
témoigne la langue, et îe récit est abrégé en certains points, 
mais aux dépens de ce quHl j avait de poétique dans la nar- 
ration : le fait, malheufeusefnent, n'est pas isolé. 

L'église de Renaudj à Dortmund, possédait ses restes dans 
un cerouaii d*argent. La crâne était conservé dans une chaase 
particulière en forme de tête. Lorsque, le 232 noverabre 1377, 
Charles lYvint é. Dortmuud, il fut accueilli par une procession 
soien Dalle oii étaient portées les reliques du saint chevalier : 
quand le prince fut arrivé près de ces restes vénérés, il des- 
cendit de cheval et baisa la tête de Renaud. Le jour suivaut, 
il entendit la messe à Saint* Renaud , et, après le service, 
demanda qu'on lui fît don d'une partie des reliques. Les 
BourgmestreB ouvrirent le cercueil et lui accordèrent deux 
03< On lui reoiit, en outre, le livre contenant les hauts faits 
de saint Renaud, que Ton avait rhahitude de chanter lors de 
sa fête. 



DES QUATRE FILS AYMON 47 

L année suivante, Tëpouse dô CbaHeB| Elisabeth, vint à 
Dorimund et obtint un autre don , celui d'un des bras, Cea 
reliques ont été léguées, avec d'autres, par Charles lY au 
fûjaiime de Bohême ^ et elles étaient autrefois montrées au 
peuple une fois par an dans rËglîse du Saint- Sacre ment 
[Corporis Chrùiffku Petit-Prague. De là, elles passèrent, en 
1618, à Karlstein. Depuis 1645, elles sont à la cathédrale de 
Prague, au Hradschin. Les reliques de Karlstein se trouvent 
dans un grand meuble avec cases distinctes, don du cr>inte 
Bernard Ignace de Martinicz: au numéro 3 de la dixième et 
pluabaFse raugëe.Stradomir' plaçait, en 1515, Reinoidt fjucù 
demnnit Âiùano l/rachia duo^ quodlibet eorum in argentea theca 
intra vitrum. Et d'après dea renseignements pris à Prague en 
1886, les relif^ues cataloguées par Strâ'lomir se trouvent très 
exactement au Hradschin, Ainsi cg i a Prague qu'il faut aller 
honorer aujourd'hui le* restes de Renaud, oar^ k Cologne, Ton 
ne possède, à âaint-Maurice, que quelques parcelles provenant 
de r^incieune cbApelle des Augugtines, 

L'église de Saint- Renaud, à Dortmund, existe encore, bien 
que, depuis fa Paix de Westpbalie* elle soit affectée au culte 
Evaugéïiqtie. Mais, en 1792, il y eut une grande famine dans le 
pa^s, on battait monnaie de tout, et Ton finit par vendre, le 
IH décembre. Ton ne sait à qui, pour la somme de SSOthaleià, 
la cbaMe d argent qui contenait les reliques de Renaud de 
Ifontauban. 

Le h^ Pfâffme semble ne pas tenir compte d'un événement 
i|ui dut jeter quelque désarroi dans le pays et qui pouvait 
fuggérer Tidée de iransformer en valeurs aisément traospor- 
tableâ les richesse ^ de Téglise. Les Français venaient d'occuper 
Majrênoe, avaient passé le Rhin, étaient à Francfort, On s'ima- 
gine, 9ans peine, Témoi qui se produisit à l'approche des armées 
de la Républîqutf, émoi dont Goethe a conservé le vivant sou- 
venir dans le premier ehunt île son immortel poème d'Hennann 
ei iJûTOthée La description du long défilé des éroigrants qui 
fuient devant l'enneiui, et, au VI' chaiit, le tableau des espé- 
rances qui s'éveillèrent d'abord partout^ ce quand le premier 



Auteur d'un Catalogue des rellquË^ d^ KaHatein^ que Pesslna dû 
tocljorod A reproduit dans ^on Phùâphorus septicomts^ Prague, i&J'i* 



4B 



DESCRIPTION 1) UN MANUSCRIT 



éclat d'un soleil nouveau apparut, que Toû entendit célébrer 
les droits coiomuns à, tous les hommes, Tenthousiasme de la 
liberté, l'honneur de Tégalïté, » et des déceptions et des luttes 
sangluntcâ qui suivirent, ^ont au nombre des pins belles pages 
de Tëpopéti moderne. 

Aujourd'hui, dans TEglise de Saint-Henaud, entre le chœur 
et la nef» à droite et à gatjche. Ton a deuï statues de boid 
coloaaales aous des baldaquins. L'une représente Charlema- 
gne, fondateur de Dortmuûd, Tautre un chevalier armé de 
mailles et d'un petit bouclier triangulatre. On suppose que 
c'est la statue de Renaud, mais Tattribution est contestée* 

La chronique de Westhoff raconte » qu'en 1377, une armée 
ennemie lançait contre les murs de Dortmund^ d'énormes bou- 
lets de pierre: Renaud apparut sur le rempart coirme un 
ange du ciel, et rejeta, de sa main^ cea boulets sur les assié- 
^^eants. On éleva donc, sur le mur» une statue du défenseur 
de la ville: il était représenté, le bras étendu, et Westhoff 
prétend avoir vu cette stiitue en 1538. D'ailleurs, remparts 
et statue n'existent plus de pui3 longtemps. 

Le musée de Dortmund possède un gantelet de fer, attri- 
bué à Renaud, et un fer à cheval attribué à Bayard: il a plus 
d'un pied de large, et. u'ei»! probablemer.t qu'une vieille ensei- 
gne de maréclial-ferrant. 

Des monnaies de Dortmund portent l'image de saint Renaud ; 
les ^ilus anciennes remontent au XIV* siècle. 

On constate qu'au Xlll* siècle, ta corporation la plus 
coQsidérée de Dortmund avait saint Renaud pour patron. 

L*on rencontre, en dehors de Cologne et de Dortmuod, 
deui églises consacrées à Renaud; l'une est réglise parois^ 
siaie de iloiel, près de Miinster, l'autre est une chapelle à 
Hœhscheid, au sud^oueat de Solingen. Elle est agréablement 
entourée d'arbres et voisÎJie d^in bots. Le second dimanche 
après la Pentecôte, un grand marché se tient près de ht chapelle 
fit Fou y vient de toute la contrée. Dan^ le choeur est une statue 
de Renaud, tenant un marteau, en ,-ou venir de l'arme que ^es 
meurtriers emplojrèrent pour le tuer; mais ii faut avouer que 
les habUantî* ne conservent de la légende qu'une forme très 
altérée* 
Quel eit rhamme dont les restes ont été, pendant des 



1 




DES QUATRE FILS ÂYMON 49 

sïèclei, Tobjet de la dévotion de tout nn poupJe? M. PfafT, bu 
terme de sa patiente étude, s'est posé I a question lan^ pouvoir 
j répoodre. Il est à peine besoin de dire qu'il n'y a nulle part 
aucune tj^aoe d^une canonisation de Reuaud* 

Je serais aâiez diepoaé à croire que leâ villeâ de Cologne 

et de Dortmund furent engagées à honorer la mémoire de 

Renaud, par l'exemple de Saint-Jacques de Compostelle, 

d'Aix-la-CbapeUe» de Saint-Denis^ dont les prétentions sont 

Il seule explication de la composition de V Histoire de Charle- 

magne et de Ao/iint/, attribuée àlurpiûjetiiu Voyagé de Chat^h^ 

magne è Jérusalem et à Cùnstantinopie^ Vous me permettrez de 

rappeler ce que j'ai dit à propos de ce dernier teita dans notre 

Afuue dts Langues romanes: « La légende monastique, naïve 

6t iincère, quand elle reste sur sou véritable terrain et ae 

borne àraeonter Ici merveilletj de la Vie do^i saints, prend un 

Ciiactère tout autre quand elle aborde la matière des Chau- 

to&a de (leste. Ce n*est point, en efiet, pour célébrer les hauts 

Mu de Gliarlemagne et de ses Paire que les auteurs de ia 

Chronique Katîue de Turpin ont le soin de tracer Titraéraire 

^Bimène àSaint-Jacques de Composteile, de nous apprendre 

im nomi de toutes les églises où, d'après eux, auraient été 

eniefeUs les glorieux morts de Boncevaux : c'est pour 

«tiiDQler le zèle des pèlerins et les encourager à suivre le 

(ïb^Diiti par lequel ont passéf d'après eux, Gliarlemagne et son 

&n&ée. De mème^ quand les moines de Saint-Denis rédigent 

1 hiitoire d'un voyage rie Charlemague en Orient, c'est uni- 

peiBënt en vue de juitiâer rautbeuticité des reliques qu'ils 

étalaient à la foire du Lendit* u 

Pour Cologne et Dortmund, il est possible que la vanité soit 
seule eu cause. C'était un grand honneur pour ces deux villes 
[ d'occuper une place importante dans une des Chansons de 
Oeiitê qui devint le pluâ tôt populaire, et il était tout naturel 
d*en proâterf en entourant d'une vénération publique la mé^ 
moire du chevalier dont la gloire elfaçait celle de tous les 
compagnons deChaHemagne, à rcxception du seul Roland. 

Ufi point demeure obscur. Cornaient la dernière branche 
des Quatre-fits-Â.jmon peut-elle parler d'un culte rendu à 
fi«aaud» si elle est eîle-méme rorigiae de ce culte? L'auda- 
imagination du trouvère est-elle seule en cause et ne 

I 



50 



DESCRIPTION DUN MANUSCRIT 



pourrait-oû admettre que déjà, à Cologûê ou àDortmund, 
boûoré un aaint personuaga d'un nom semblable à celui de 
Renaud ? D'autres hjpotbèses,5uggérée§ par Texamen attentif 
des nombreux documents à cooauUer, sont encore possibles. 

Une seule remarque, M. Fî&iï (p. LUI) suppose que U 
fieinoîi von Montelùan^ imitation allemande, en vers, de notre 
Renaud de Montaubau, le Hmout van Montatàaen, imîtatioa 
boUandaîse en vers, sont les seules versions où Renaud 
périsse écrasé par une pierre que ses compagnons de travail 
laissent tomber sur lui* Il n^en est rieUf et noua trouvons éga* 
lement cette variante dans le ms. 7ÔÔ de ta Bibliothèque 
nationale, auquel j*ai emprunté le récit du voj^age du charg 
portant le corps de Renaud. f 

Dans les Nouveaux Essais de Critique et d'Histoire, Taine 
consacre quelques pages à Tédition de Michelant. Sur bien 
des points, je serais oblige de marquer mon désaccord avec 
l'illustre critique. Il insiste beaucoup trop sur le commence- 
ment de la Cbanson, le Beuves d'Aigremônt^ si différent de 
rhistoire proprement dite des Quatre -Fiis-Ay mon. Il n'j con- 
state que brutalité : a Ils sont trop forts, trop prompts aux 
coups, trop enfoncés dans la vie animale... Ils ont passé leur 
vie à chasser ou À se battre, mangeant de fortes viandes et de 
la venaison, habitués au sang et aux coups, encore voisins, 
pour les muscles et les instincts, du lion et du tigre. >» Ce n'est 
pas ainsi que nous sommes accoutumés à voir Renaud de 
Montauban** 

Dans la seconde partie, Taine reconnaît que Renaud est le 
modèle de Ja loyauté féodale» mais à expliquer les origines 
de ce lien de la société du moyen àge^ il néglige de montrer 
quelles en furent les conséquences morales de toute sorte. 
Renaud est un caractère autrement complexe que Taine ne 



1 Eenaiid umt l«s qualités de Roland et d'Olivier : 

HoUaas eal preui et Oliviers est sage^ 
Ambodui $unt mervaiHus vaaa triage, 
Taine ne voit pas qu'à côté de la CiiaQâon de Geste , rrai chAni de 
halaUle, ^e développait toute une poésia très dUïérente dans les romans 
dits hreion^i un des derniers oav^agea de Ghrestien de Troyea, le Pet^- 
cevai ou Conta du Granij a été composé vers 1175. 11 n'est pa» démontré 
que ans vuriiious des Fils Aymon soient de dattî beaucoup plus ancienne « 




»■ DES QUATRE FILS AYMON 51 

ÂU[>pose, et, détour Ibs héros de notre épopée, c'est celai en 
qui* 
le te 



P 



; 
I 



qui commeQce le plus nettement à se marquer révolution dont 
le terme élevait être Thommc modôrne. 

O est singulier que le perioanage de Tenchaateur Maugis, 
do bon larron, qui finit dans un ermitage, n*ait pas attiré 
rattention de Taine. 

Maifl, an commencement de son article, il a écrit quelque» 
lignes, qni expriment une méthode : w Le principal service 
que les écrits littéraires ren lent à rhistorien, c'est (]uMs lui 
mettent devant ïea jeux les seiiiimenls émnîs. Aucun autre 
documentf surtout dans les temps lointains et les peuples 
iuenltef f ne rend ces sentiments visibles. Les chartes, les lois 
elles constitutions montrent îes pièces de la machine sociale, 
et non le ressort de faction morale » . 

C'est ce que Bacon, le maître de Taine et de toute Pécole 
expérimentale, a exprimé par une de ses images un peu 
étranges, mais qui ont le mérite de représenter vivement sa 
pensée et de se graver dans la mémoire : tf Nul doute que li 
rhistolre du monde ôtait destituée de cette partie (de This- 
toire littéraire), elle ne ressemblât pas mal à la statue de 
Pû]jr|>bème ayant perdu sou œil ; car, alors, la partie qui 
manquerait à sou image, serait précisément celle qui aurait 
pale mieux indiquer le génie et le caractère du personnage ^ »» 

Ainsi rhistoire de nos aïeax est dans l'ceuvre de nos trou* 
vères : c'est là que nous retrouvons leur génie, leur caractère, 
et, dans une jeunesse intacte et naïve, ces sentlment^^, motas 
éteints que ne le suppose Tame, qui firent l'àme française ; 
vatllance, droiture et courtoiisie^ L'âme française, Mes^^ieurs, 



• Biccn, De la DiffUtié et de C Accroissement des Sciene^s^ L, II, ch. k. 
aprèi âfoir distinfué: 1 '•rhistoire sacrée ou ecclésiistiqQe ; ^' l'hiatoiro 
aviic ppopreraent dite» qut relietil le riom du genre ; 3" «nfin^ l'histoire 
d«a lettres ou dos arts, il jtJ^a que, pour cette derniâre partie, Ton n'a 
qut dû maigres traités sans utiliU^ : <■ Mais parle- 1 -on d'anr histoire 
complète et anbâtselle, jusqu'ici on ti'en a point pabîié de telle, diaotia- 
le bardjmotit, Noua indiquerons donc le sujet d'une lelb histoire, la 
mnaiî*t^ de la faîr^ et le part* qu on en peut Liref, ■* Eu doveloppant 
ce programme, i) cotistate que « Ton peut, dans une semblable histoire, 
ohterïer les niouvijmcnts et les trouble», les vertus et les Ticea du raotide 
inttîUeetuûl, tout aussi bieu qu'on observe céui du monde politique. » 




B2 DESCRIPTION d'dN MANUSCRIT 

on en peut médire » mais nous, romaDisants, noua savons que, 
pendaDt des siècles, elle fut la Ûeur de la civiîbation chré- 
tienne. 

D^une part, la plus anckDne version de la Chanàon des 
Qualre-Fils-Ajmon, de Tautre les derniers vestiges de là 
légende, couâcrvant, à la un du XIX" siècle, une eiistence 
mace dans les pajs RbénanSp tels sont les termes eitrêmes 
que noua a^ons marqués dans cet exposé sommaire. 

Entre oas deux termes, qu'est devenue ia légende ? 

Le personnage de Renaud préaentait un triple caractère : 
d'abord le chevalier en lutta avec son suzerain, rédnit aux 
pires extrémités, aventureux et prudenti champion indompta- 
ble, ami fidèld et iojal ; c'est le Renaud de répdpëe italienne, 
tel que Pulci, Boiardo, Arioste, Tout vu» modernisé d'ailleurs 
à leur goût ^ L'imagination populaire admirait en lui la bon- 
homie, le dévouement aux siens, Tindulgence pour lespetits^ 
l'époux de la douce Clarice et le père des gentils bacheliers 
Aj^mon et Yvon, le cousin de ringénieux Maugis, le maître 
du cheval-fée, de rimmortel Bayard, qui reparaît tous les 
ans à la nuit de la Saint- Jean, dans la forêt d'Ardennes : le 
anccès de la version en prose, dans toute FEurope, est un des 
faits les pîui intéressants de Thistoire littéraire* Mais il a 
vaincu les Maures à Toulouse*; il a expié ses fautes en allant 
piedii-nus en Terre-Sainte, par ses exploits à Jérusalem et en 
Sicile, par sa fin pieuse et repentante^ par sa mort, lorsque 
M ouvrier de Dieu », il ^^^ traîtreuaement assassiné : c'est le 
défenseur de la chrétienté, c'est un pénitent illustre, c*efit un 
tnartjr r par là ii appartenait à la dévotion commune : son 
front sera couronné de l'auréole sainte. 



1 M. Rajnji a rencontré le nom de PUe Ai m on à demi italianiié pons 
la t'omit FizaimonVj employé comme nom propre ^ Ja date de 1261 
{Bomanm^ janvier iHë^J, p. 5^), Ccst une preuve curieuse de la prompti; 
diflusion du rùcit Irancalfl en Uahe. 

' La bataiUe de Touloiiae, où lis rot Eade$ d'Aquitaine (le roi Yon des 
FUt-Aym^n) repoussa une première inv^âlon musulmanei eut lieu en 
Tîl| le derniar tnoin de Tari 103 dfc l'Hégire, soua le Kalifat de Yésid IL 
Le Wali d*Kspagne, Alsama ben MeUk eJ Hadrami, j périt avec nom- 
bre d'autreil des premiers conifudrants de TEspagne (Gonde, ffistorm de 
la dùTfiijiacion de lo^ Amhcsen Espaha^ i, l^ c. El), 



DES QUATRE FILS AYMON 53 

Noas ne savons si la âgure de Renaud a droit à une place 
dans Thistoire : le problème est un des plus difficiles à résou- 
dre. Mais, qu'importe? les héros qu'a consacrés la longue 
admiration des peuples, continuent à vivre d'une vie sur 
laquelle le temps ne peut rien, dans la mémoire reconnais- 
sante de l'humanité. De notre courte enquête, il résulte que 
nous pourrons fêter, en janvier prochain, Renaud de Mon- 
taoban sans scrupule : le bon chevalier demeure digne de 
notre hommage. 

Ferdinand Castbts. 



CONTES LENGÂDOUCIANS 
Dan piDCb de Sant-Ixiap an piocb de Sant^Gla 



YUI 
PICHOTS CONTES DE MOUN GRAND 

AS COULiJoAa BM « PADL B8RT « 

Aiço*s de contes vièls e pus viéls, d'aqueles que se disoun 
QD paue pertout dius Dostre bèa Mièjour, Ce qu'empacha 
pas qae Sioun toojoar nous. K mêmes, mai-que-mai, lou que 
lous conta se preten h&ive lou moussti ea quau l'afaire es 
arrivât. Ou se Tafaire es pas arrivât à-n-el, arrivèt à souo 
fraire, à sa serre beléu, à aoun cousi se eau, franc que saguès- 
86àsaoou3Uia*Âiço's anân de contes de ma Grand-la- Borgna. 
léu, lous ai batejatsde moun graod, d'abord qu'es el que me 
lous couTitêt lou prumiè. Lou laisse parla que parlarà milhou 
que iéu« 



Vin 

PETITS CONTES DE MON GRAND-PERE 

AUX CÛLLâOCKS I>E it PAUL BRHT « 

Ce sotil ici des contes cou dus, ftrebi-connus, de ceux qui ont coura 
nu peu partout en pajs d*Oc» Ib ne laissent pas, néanmoins, d^être 
toujours de nme. Et même, d'habitude, celui qui les dit se donne 
eomme l*un des acteurs ou des témoins de Taveuture cju'il rapporte. 
A moins que la dite aventure ue soit tocit simplemeot arrivée à son 
frèrei à as sreur peut-être, à Ron cousin au besoin ^ ou^ s'il le Taut, h 
sa cousine. Bref, et pour tout direi ce sont ici des contes de Grand- 
méfB rOie, Je les ai baptist's ^f ConUs de m/jn tfrand-pùre » parue 
que c*esl mon gr;ind-pâre bu-méme qui, ïe premier, me les narra. Je 
le laisse parler : il parlera bien mieux que moi, 




CONTES LANGUE DOCIENS 



55 



L — Lon Perrouqoet 

Ere aoat, — î*a d'âco mai de quatre matis, — enco de 
iDèfitre Picarede, lou bouché de la Tripariè-Yièlha, per ie 
crounipà sas pèls. 

Intrère dins la boutiga* 

— Holà \ te vejaqui^ coullègaîme faguèt. Es pas debesoun 
de te demanda couma siarx : le vei prou que tas fèbrea souq 
paamarridas* Naiitres anan pas trop mau atabé: veja» sièi 
lou pu^ malaute*., Salque vèîies qiierre aquelas pèle?.*. 

— Âcha un pauc ! Se vos que vengue per jougà de 
raoboi?,.. 

— Moun orne, te caudrà'sperà 'n moumenet. La feuna es 
aoada faire la plaça^ e pode pas quîtà la bouiiga aouIa« Âasèta- 
t«: sièspas pressât? 

M^aasetèref e barjacareu, -^que Picarede ie sabiè à la bar- 
jfteada e, iéu, dounava pas ma part as chis, — quoura intrèi 
uua genta dûum&iselota* 

— Amz-vQm du bœufe^ mossieu Piquêtède^ 



1 , — Ii« Pepx*oqtiet 

J'âtais allé, — il j a de cela pluB ée quatre eu a du 8 ^ — chez rnnître 
Prappefort, le boucher de la Triperie -Vieil le, pour lui acheter ses 
peatoE. 

J'entrai dans b boutique. 

— Holà! te voilà, collègue? mecria-t-îL Pas beioîn de te demander 
eommeiit ça va r Ton voit assez que les fSèvrei ne sont pr^a mauvaises. 
Ça ne vapaa trop mal chez nous, merci: vois - 1 u , c est encore moi le 
plus malade.., Tu vieDs, peot-ètret prendre ces quelques peaux? 

— Belle demande!... Voudrais-tu pas que je vienne jouer du 
hautbois?.,. 

— Mon ami, il te faudra m*attendre un petit moment. Ma femme 
e»t allée faire son mar^^ho: je ne puis laisser le magasin. Aasieda^toi; 
ta n'ea pas très pressé ?... 

Jt! mVssis et nous babillions, — car Frappefort était docteur-ès- 
babOlage, et je ne dnnnais pas, non plot, ma langue aux chienH, — 
lor»qn^une petite demoiselle entra. 

— Ave^'Vous du bœufe^ mosneu Frappefort? 



56 CONTES LANGUEDOCIENS 

— Voui, madoamaîséïa, e dau rei daa bidus. Dequé voua 

baîkî Uaa trancha dâ mola?*.. Vou *u l6carés lotis dets, 

— Non, baiUez-moi une livre de fépùk. 
le bail et de tépoie; méé, cop-aus-cop, lou perrouquet — 

s'aî paa dicb que Taviè" û perrouquet, ara hou dise, — lou 
perrouquet se fourrèt à cridâ conraa un avugle : 

— Es de vaca L,. Es de vaca !.„ vaca L*. vaca ! 

— A tus, coucàrrou I repouteguèt nostre bouché, Sap pas 
mai qu'aquela antièna, e série de lapm que diriè ce mèmea. 
Boutàa, n'en fagues pas cas., madoumaisèla, 

Sabe pas s'èra de vaca ou s'èra pas de vaca, tant i' a que^ 
pas puâ lèu Ja âlheta partlda, Picarede agantèt moussu lou 
perrouquet per las pèls dau col e lou trempoulhèt dins uu 
ferratat d'aiga, couma uu paquet de rabetas. 

— Âco t'aprendrà, sou-dis, à garda ta ienga. 

La bèstîa, pecaire! ne quiriquèt pas uua, e, de-ravaletas^ 
venguèt au cantou dau tioc per se caufà e se secà. Lou cat se 
ie trouvàva que beviè la calou e a'alisava, afeciouuat. 



-* Fatiï, mademoiselle, et du roi des hmufês. Que vous donnerai* 
je¥„. Une tranche de filet?.,. Voaa voua en lécherez les doigt». 

— Non, badle«-moi une livre de Véi>olé . 

Il lui donna une livre de VépoU ; mai» aoudam» le perroquet, — ai 
je n*ûi pas dit qu*d y avait un perroquet, je le dis maintenante — le 
perroquet se mit à firier comme un aveugle : 

— C'est delà vache 1,.. ceai de b vache!,.. VBche !.^« vAche ! 

— A toi, nigaud I grogna notre boucher. H ne sait que cette an- 
tienne. Caserait du lapio, qu'il braillerait même chanson. Allez, ailes, 
Mademoisellcp u*eu faites pas le moindre cas. 

Je ue sais gi c'était de la vache ou ai ce u^ëtait pas de la vache, 
toujours e»t-il qu'il advint ceci : dès que la 611ette fut partie, Frappe- 
fort empoigna Monsieur du perroquet par la peau du cou, et vous Té- 
broua dan^ un âeau plem d'eau, comme on ferait d'un paquet de radia, 

— Ça t'apprendra, dit-il, k retenir ta langue. 

La heMliole, — pauvrette î — ne aouflla moL Kl le s'en vint, tmî* 
naut de l'itile. jusquVu eoiu du feu pour se rêchauJTer et se tiêcher. 
Le chat ë'y trouvsit déjà* buvant Va cbaleur cl lissant ne^ poUs, fn* 
leusement. 



I 



CONTES LANGUEDOCIENS 57 

Âl&doutic, tout embalauBit, lou pârrouquet ie fal : 
— Coussi?,., Amaî tua as dïch rjiràra de vaca ?.. 



2. — I-a Garitat 

S&qyel dimenchâ eriàs estats à la |vrumiéira meesa de 
Bilbargruet, d*auai lou prone que se ie faguèt ue sérias de- 
moDrâtg enclausita touta la Benmana. Ci, santa-iieu I acuset 
prechét moussu lou curât L.* Amai vous hou diguèsse d aqui k 
deman... 

— E sus dequé prêché t tant ? 

Susdequé?,.. sus lou roalastre, mê la misera de la paura 
Coutetouna que, pecaire ! après uua longa vidassa de trigos, 
àe patimeii e de cruciûmen, se trapava à la carrièira, ara que 
Iota floc veoiê de ie devouri ce darniè que ie demeura va ; sue 
laearitat, loy pus grand, lou pus gant éevé das croatians,,*.. 
dequé te sabe iéu?.,. Vous dise que prechèt dos ouras de 
reloge couma jamai de sa vida aviè pas prêchât, e qu'auriàâ 



Alan, ébftiibîi te perrequet lui 6t ; 

^ Comment?*.' Toi au^âi tu as dit que c*était de la vache?... 

2. — La Charité 



Si ce dimanche-lÀ voua aviez asfiiaté à la première messe, à Da- 
lllifpitt^ voua aurieiE ouï un beau prone. A coup sûr en fuBsie^-votia 
*lemearés émerveinéft durant toute une semaine..* Oh ! saprdotte ! 
cû[QiDé il préchSf Monsieur le curé de Balharguet l... J*aurais beau 
vom le dire jusquea à j -^main... 

— El sur quoi précha-t-il donc s» bien ? 

Sur quoi t.. . sur le malheur, sur la cneère de la pativre Coulètoune 
ti^i, yiai I après une longue viç de tracas, de privations et de mnî- 
ftincei*, ic trouvait réduite à Taifreux dénûment, nm in tenant que 
rineeiidie avftït dévore les derniers bien^ qui bu restaient; sur la 
chuité^le plus gi'::iQd, le plus saint devoir des ohrétienSf,.. que ^liis-je 
mojf,. Je VLUs fiia qu'il prêcha, deux heures d *îif filée » eonmie jarnats 
de «a vie il n'avait prêché, Bt voue euasie?. &ûûg\ùté, ou pleuré ou 





9f 



OORTES LA^eUEDOClKllS 



wsbÊhé^ ABfti Mfsét pu ât BMÏhMr^mÊL ^ 

Me* 1m <|n kw mal b^aèt aegmèt km liM C^ocaeebu. AhT 
ewmm f** si qifl bi4lèt aqBe] d'»qiii, preMaiple! Pioi, soarti- 
gttil BB das priimièif Mearrmbilliftt eofuna an pa^serou, 1& 
mm^ moolièir&t t, aaiu msi ii*inii*jiaei, gmloi e ravoi, 
aTtSAftél qoefTtt sa eabm, 

«- Ta t d%<ièt «n ta meDant à la panm Coiiletouca, as agut, 
p#r Bola f tix>p dé pee&a : aqtiî ma cabra, tt la done. 

B^ nsl coQDtant qu'aca cauquilhada ati leva daa sonrel, 
t'en&iièl alaodà là part» de soun estable* 

LoQ Tèspre, quand Dorand f&siè sotin eabus^ dos eabraa qu# 
pattaToan, iotrêroun p#r asard dîna Festable doubert ; mèst 
quand Toaguèroan ioarti, adisaiàs 1 tcmt segaèt barrât eouma 
m dea« 

Cau vom dtrô, avans d'anà pus liont, qu'à Balharguet, jou 
carat ea paa pus ûet que qaaucuD mai : Dourris de pouls, de 
canards, de lapins, e mèmameD doi cabras^ Quand a passât 
lou tems de sègasi que siègne lou dimencbe ou lous jours de 



AdjDÎré, ébahis, comme les autres, irons aussi, bien que vous ue SQjts 
pas de B&lhargueL 

Mais celai qui admira le plus, ce fut le vieux Crocoignous. Ah f je 
«rois qu'il écouta bouche bée celui-là, par eiemple ! Ftiis, il aortii 

un des premiers, iautillant comme un paaaereau^ la mine réjouie, et 
Baus autre forme de pracês, taul guilleret, tout radieux, il l'en alla 
quérir sa chèv^re. 

— Tiena ! dit-il eu la meuaut à la pauvre Coulêtoaue, tu as eu, paj- 
ma foi ! trop de peines : voilÀ ma chèvre, je t« la donne, 

Sur ce, pluB contettt qu'uae alouette au lever du aoleil, il a 'eu fut 
ouvrir graudemenl les portes de sou étabb. 

Le soir, quand Durand^ faisait sou plongeon, deux chèvres qui 
passaient, entrèrent^ par hasard, dans Tctable grande ouverte ; mais 
quand elle a voulurent en resBoriir, bonsoir t tout fut fermé de maî- 
tresse façon. 

Il faut vous dire, avant d'aller plus loin, qu^à Balharguet le curé 
n'est pas plus ûer que Ïbs pajsans du cru : il élève de^ poulets, des 



* Nom populsirs du soleil» 



CONTES LANGUEDOCIENS 



S« 



rtenm&aa, dona lou veqc à sas oabraa que s'éQv&u oercà soun 
TÏeore per loo campèstre, 

Dô m&Dièra que dounc, lou dimenche que parlan» las doa 
«àbras quUtitrèroun enco de Croeacebas se eapitavoun tout 
jostdlas dau capetan. Aqtieste, couma pensas, seguêt* Tende- 
maû, prou matiDiè per las veui réclama. 

— Eâcusàs, moussa lou Curât, dîguèlloîi vièl Crocacebai, 
ï^uelûs dos cabras aoua mieunaa* 

— Presemple, soun vostrasL,. E desempioi quoura, sieu- 
]>lèU. , D'abord U'avLàs pas qu'uua e m'an dich que ier la 
dooiièfea à Couletouna, 

— £i be per aco* Menjan: dlguères pas» ier, dms vostre 
pmâ ; « Quau baîla as paures, baila à Dieu ? » 

— Si fèt, hou diguère. 

~ E rajustères paa ; m Dieu rend lou double de ce que le 
biiloQu ? t» 
^ Tout aco'a vrai» mes... 

— la pas de mes, moussu lou Curât : ai dounat una cabra 
à Couletouna Jou bon Diea me ua rendut dos. Se i'avès baiiat 



<*UFdif des UpÏDSf et même il enIrÊtie&t deuï chèvres. Quand le 

teopideUtDOÎasoû est passée que ce eoît le dtmaacbe ou les jour^ de 

^ ic&Muaa, le curé} comme tout le moadef laisse aller &m cbèvres en 

té : eellea^cî cberchei^it leur pâture dans \es haies et dans les 

Or^ les deux ehèvrea qui entrèrent chez Crocoigoaus, ce dîmatiebe' 

% c'était tù\âi justement les deu^t chèvres de Monsieur le Curé, 
^ Cêlii}<i^ eomtne bieti vous penser ^ ue tarda pas^ le leudemain matin, 
L veoir réclamer aûn bien, 
^ PAÎtes excuse, Monsieur te Curé, répondit le vieux Crocoignona; 

i«i ^le^lX chèvres «ont à moL 
^ Par exemple, elles sont à vous î..* Et depuis quand, s'il vous 
pWlî... D'aliord, vous n'aviez qu'une chèvre, et l'on m*& tnéme dit 
nie iftOs 1 avîeK donnée, hier, k Coulètoune. 
^ Préeiséroant, e/ftst jïoor cela. Vojoni: ne dites- vous pas, hier , 
lini votre prèoe : ** Qui donne aux pauvres, jiféLc à Dieu? ^ 
-^ Si fni^ je le dis. 
— Et n mj ou ta tes- vous pits : € Dien fead ati double ce ^u on lui 

— I^arfaitemeot, 




r»0 CONTES LANGUEDOCIENS 

JaadoBVOitras^quevou'n rende quatre OU nou^aco m*arregard«j 
pas* Mes per aquestas, soun ban mleunaa ! 
..,.. E i'agèt pas plan de lou tira d'aqui. 

3. — L.a Musica 

La musica, se dis, lè^a dau langnimeD lous eacoutaireB' 
6 fai leva lou pèd asdansairea. Val ben.E m musicatres dequé 
ie leva?... Lous musicaîres, aco pot îous leva de partout- 
S' hou vouléa pas creire, escoutàa aquesta. 

Zinzinzin^lou viôulouDaire^s'entournava de bon matii — èra 
pas auba, — ^ de la fèata de San ta- Rocs. Pourtava, qa'aL-oi èra 
un présent d*una amiga, dos fougassas rouasèlas e bêlas que- 
noun-sai. fl 

E i'arnvètce qu'eneara, preaemple! jaœai de sa vida i'èra 
pas arrivât: faguèt lou rescontre de dous loups j dous. 

Emb* aco, — à ce que dîa, — se dounèt pas à la p6u e agèt 
Tesprit prou pouncbut per ie bailà, en espérant, sas dos fou- 
gassaa tant bêlas e tant roussélas* Loua doua loups se ie tra- 

— M n*v a pas demaia, Monaieut' le Curét j'ai donné une chèvre à ^ 
Coulètûune* le bon Dieu m*en a rendu deux. Si vous^ voub aveK donné ■ 
les détîi vdU'es, qu'il vous en rende quatre ou pointf ça n'est pai mon 
affaire, Maia, pour celles-ci, elles sont bien mienoes î 

... Et il n'y eut pas moyen de le tirer de là. 



3, — La. Uiiaique 



I 



On dit que la musique tire d'enoui les auditeurs el qu'elle fait tirer 
lepsedauK danseurs. Fort bien. Et auiE musicieus que leur tire-telle?... 
Les musiciens, ça peut le^ tirer de partout. Si vous refusez de le 
croire, écoutez un peu rbiatûire que voici ; 

Zinzinzin, te violoneux « s*eû revenait de grand matiû^ — ce n^étaît 
pas encore Taube, — de la fÔte de Saute- Rochers. Il portait, pré- 
eieiix j^rësent d'une bonne amie, — deum fougacen dorées et bel les à 
miracle^ 

Et il lui arriva ce qui eneere, par exemple! ne lui ëtaitjainais arrivé 
de sa vie ; U rencontra deux loupâ ; deux. 

Dans tout ça, — à ee qu'il prétend, — la peur ne le saiiit pas trop^ 



CONTES LANGUEDOCIENS 



Bl 



I 



destud, affamais : e gnieu ! e gnau 1 brafa tus, brafa 
iéû! EntramôQ, Zinziaxin §*entanciièt d'escarlimpà sua un 
labree, coumaabîtava sus la pua grasga bmaca, vai ae ca^Hà 
qu un bouiou dô sa vèsta rasclèt eontra ana corda de souii 
«eturmen, ce que faguèt : Zanf,.. 
Lous dous loups isâèroau lasaurelhat* 

— Outre, .'ou-diguèt Tome, semblariè quô volotin dansa!,,- 
Ë, £00 1 rascla que raaclaràâ t a f lo tant-là^ passa se pos 

4bl moun bel atuiop auHàs vist couri aqueles loupsl... 
Coum» quand vous deinandoun de pagî voatres vjèls deutes, 

- Oîi! sâure-noutu-de-sorU bramava Zinzinzin; s'agèssio 
iéii&chut i{u'aimaaaiàs lant la musica, auriàd pas agut mas 
doâ fongastas, voulara!,.. 

4. — De-Profundis per Nostre-Segae 

IkHpioi que i*a de PenitenU blaucs à Balharguet, ce que èû 
knk las quèlas, otifrandas, e dequë sabe iéu, lou jour dau 
I>iT«odrâs*$aut, es, de drech, per U Counfrarié. 



et il lut 01862 de présence d'eapiil pour jeter, tout d* abords aux deux 
tr^iurJitea bi'vtcB, ses fougacea âL bellea ûl ai dorée«. I^g loupi se pré^ 
ci|)it0r6ul def^sus, affaniéâ : et grouin l et grotiau ! buuâe^ toi ! boiiâe, 
n*f**!*.. Pemîant ee temps, Ziniinzia ae hâta de jjrimper aurun arbre. 
Il ^Uéigoait la plus ^ro^se biaucUe^ lorsque, par baaard, un bouton 

144 ve»te racta Tune dea cordes de aoti îastrunient^ ce qui fît I2an / 
I deux loup9 dresaâreni les oreiller, 

-Ouaifll,., dit le bonhomme , semble- t-il pasqifil veulent danser î, t. 

Etf £ou I r&cle que râelerfis : n B io lani-là^ p(usex et repasses,^, a 

AM Mestieigueuref voua auriez vu courir cea loups!.*. Comme 
ït»f»qtj'oti vouu riklatue le paie meut de vos vieilles dettes, 

— (Jhl «acré-Qom du 50H ! braiîlait Ziui^iuîia ; que n'ai-je connu 
pbu têt vutre ardeut amour de 1h muiijque : votie n'auries pas eu mes 
^'cttft fougsceSi vùleura !.., 

4* — De ProrutKlia poar Notre -Seigneur 

btptiîs qu'il j a des Pèuttenta blanca, à Balharguet, le produit des 
quét«Af Qlfi'andes ut luUt quuniî e0ectuéea le Vi^udredi-Saioti appar^ 
l^eQi, de plein droiti à la Coîifrérie* 



62 



CONTES IJ^NGUEDÛCÏENS 



Aquel an, lou capelan toumbèt malattte, malaute que de 
t&lamen, lou Dij6u&-Sant au vàspre. E calîè pas pensa que se 
pousquèsae leva l'ondemanj nimai èra pas causa prèsta par J 
faire vôni tin carat d'an quicon-mai. ■ 

Loua Paniteatg, peoaire I èroun deavariats. Pas ges de ca* 
palans, pas ges d'ouûces*,., e pas gBB d'argent atabé, Caussî 
faireî S'acampèroun toutes, tantque seguèrouti, dins aa Ca- 
pèla, chacun diguèt sa mouctoun, chamalhérouu dos ouras defl 
reloge, e, finalamen, decidèroun qua lou Prieu fariè lou cape- 
lan* Era un orne d'âge, serious, que sabîè toutes lous ouâees 
de par cor. Dins d'abilhages de glèisajas gens lou prandrièn 
facillamen per quauque capelan estrangè. 

De-fèt,rouÛGe se diguèt, couma à racoustumada^Lou Prieu 
s'en tirava maî-que-ben, E mêmes, quand seguèt au moumen 
que se eau aloungà au pëd de i'antél per faire veire que lou 
Bon-Dieu vèn de mouri sus la crous, se virant de-vera lou 
pople aginouthat, lou Priea ajustât aiço de soun sicap : M 

— E ara, mousi fraires, dignen toutes un de-prof undis per^ 
lou paure Nostre-Sagne que vên de mouri : lou Bou-Bieu 
reçage soun ama f,.. 






Cette année*]à, le curé tomba malade^ malade gravement^ le Jeudi* 
Saiut dans la soirée. Et il ne fallait pas penser qu'il put se lever le 
lendemaiû. Et c'était trop tard, auBaijpûur mander un abbé de quelque 
autre paroisse. 

Les PéntteutB, hélas 1 étaient tout effarés et consterûés. Pas de 
prêtre, pas d'offieas... et point d^argent non plus. Comment faire ? Us 
8*asaemblèrent tous, tant qu'ils furent, dauB leur chapiiUe, chacun 
étûît aa motion, iU chamaillèrent deux heures durant, i'U en fin de 
compte, ils décidèrent que le Prieur tiendrait la place du curé. C'était 
un homme d'âge, sétieux, sachant toui les ofBces sur le bout du doigt. 
Soua de^ vêtements d'église^ les gens le prendraient tacileroent pour ■ 
quelque prêtre étranger. I 

En eftet, loffice fut célébré comme à Taccoutumée. Le Prieur s'en 
tirait ad ml râble ment. Et même, quand il en fut à cet endroit où Tof- 
iicianl doit se coucher au pied an l'autel, pour exprimer plua fortement 
que Jésus eipire aur In Croii, faisant face au peuple à genoux, le h 
Pdeur ajouta {^ci de son propre chef: B 

~~ Et maintenant, mes frères, disons tous un dû profundis pour 
le pauvre Notre- Seigneur Jéa us ^Christ, (jui vient de mourir: Dieu _ 
veuille reeevoir son &me !..« 




CONTES LANGUEDOCIENS 



63 



5* — La Gateta blanca 



Un cop t^àTiè ^û segtioa qu^aFiè 'n vièl caetèl dins un bosc. 
Mes dios aqiiel cartel degud poudié pas ie demourà., de tant 
que la Dioch ie vemé de trèvai. 

Lou aegnou faguèt assaupre que bailariè mila francs à 
toutes loU8 qu'anarièû coucha dins soun castèl uoa soula 
ûiouchada. 

Una viélha, qu^aviè 'ua cateta blaaca, diguét: 
H -^léu, Faaarai. 

PL^Dguèt un gigot de moutûu a i'anèt embé sa catôta. Âlu* 
met m graod âoCf faguét coire soant gtgot, n'en bailèt la 
mitât à sa cale ta e mangèt Tantra mitaL 

Vejaqiii que^ quand se aarrèt mlèja-uioch : « Boum I boum î 
Mml f* quauGun tabasèt la porta» 

I— Ediga-ie que courdures, que podea pas i'anà doubri^ 
fa^aèi la cateta. 
- Courdure. Fode pââ ?eni vousdoubri. 
Un p&rel d'ouradas après : « Boum ! boum I boum î û 
11 éi 
bifité. 



5. — La petitâ Chatte blanche 



Uétjùt tin fois un seigneur qui avait un vieux, château dans un bois. 
Mtia ce vieux chàteaUi perec^une ae pouvait Tbabiter, parce qu'il était 
bifité^ la nuit» par des revenants et des fantâm^B, 

Le lËigneiir fil assavoir qu*il donnerait mille francs à tout homme 
<Hit«uté femme qui coucherait dans son château, une seule nuitée . 

Uûe vieille^ qui avait une petite chatte blanche» dit: 

— Moi| j 'irai, 

Bk prit un gigot de mouton et s*en Fut au château avec sa chatte 
bijinehe. Elle alluma un grand feu, fît cuire son gigot, en donna une 
moitié k sa chatte blanche et mangea rsutre moitié. 

Voilà quCf sur le coup de minuit : m Boum t beum 1 boum 1 u quelqu'uii 
heurta très ft^rt à la porte. 

~ Dis que ttj couda^ que tu ûB peux pas aller ouvrir, fit In chatte 
bttucbe. 

^ Je coude. Je ue peux pas veoir vous ouvrir. 

Une couple d'heures uprèa: u Eioum! bouml boum î k 




éiA 



CONJES LANGUEDOCrEKS 



— - E tl]g&-ie que laFes la terralha. 

— Lave ta terralha. Pode paâ veni vous doahri. 
Un parel d^ouradas après: « Boum! boiim! boumî n 

— E diga-îe qu'escoubes Tous tau > 

— Eacoube Toustau. Pade pas yéiiï voue doobrL 
E pioi iôu jour venguèu La viàlha sourtiguèi embé sa 

catatae a&èt enco dau segriou que ie baitèt soua mila franco* 
Una vesina d'aquela vie I ha veuguèt ie dire: 

— Prestàs-me vostra catata que iéu i'aaarai, atabé^ g&gTQà 
mous mila franci. 

— Aqui Tavès, Prendréâ un gigot e a'i 'en douDâiés. 

La vesina prenguèt ua gigot de mcutou e i*anèt embé la 
cateta. Alumèt uo grand fioc, fagtièt coire Bouu gigot, iou 
maugèt e baiièt pas que lous osse^ à la cateta. 

Vejaqui que, quand s@ aarrèt mtèja-tiiocb : « Boum ! boum î 
boum ! w quaucuQ tabasèt fa porta. 

— Ë diga-ie que courdures, ee tob, fagoèt la catetà d'un 
er de fougna. 

— Courdure. Pode pas venl voua doubri. 



— Dis que tu Uves lavaisselie* 

— Je lave la vaisselle, ie ne peux pas venir vous ouvrir. 
Une couple dlieures aprà^ : <« Bouml boumj boum! h 
^— IHN que tu bslaies la maison. 

— Je balaie k maisou. Je tie peux pas veuir voua ouvrir. 
Et pMÏH le Jour vint La vieille sortit avec sa chatte blaucbe et sea 

fut chez le seigneur quHui remit ses mille francs. 
Une voisine de cette vieille vint lui dire : 

— Préte2'iûoi votre chatte blanche: j'iraij moi aussi» gagner mes 
tïiille francs 

— La voilà. Vous prendrez un gigot et vous lui en donnerez* 

La voiâiue prit un gigot de mouton et s'en fut au château avec la 
cbatte blauche. Elle alluma un grand feu^ fit cuire sou gigot, le 
maugea et ne donoa que les os k la chatte blanehe. 

Voilà que, sur le coLip de minuit i *< Bouml boum! boum t » queU 
qu'un beurtii très fort à lu porte. 

— ' Dis que tu couds, si tu voux, conseilla la chatte blanebe^ d*un 
air boudeur. 

— Je couds. Je ne peux; pas venir vous ouvrir. 



I 



CONTES LANGUEDOCIENS 



65 



» 
f 



On paret d'ourad^s après : n Boum 1 boum! bouml » 

— E diga-ie que laves la terralha, ae vos. 

— Lave la terralha* Potle pas vetïi vous doubrî. 

Un parel d*ouradas après : « Boum ! boum ! boum ! u 

— E dûubris-iet se vos* 

U vesîna an et do abri. lutrèi un orne. Là catetaf entra- 
laeHp s^amaguèt dins iou poutagè. 

— Boudieu ! moussû, qu'avèâ una grossa testa? 

— Es per milhou tène mouri capèl, 

— Boudieu 1 moussu, qu'avèa de grands iol« ? 

— Es per milhou veire Iou mouod^. 

— Boudieu ! moussu, qu'avés de longas dents? 

-^ Es per milhou manjà las fennas trop eu ri ou sas. 

K \% mangéU Pioi, quand seguèt manjada, s'enanèt La 
i^têt& aladouuc sourtiguàt dau poatagè e ^^'entourtat enco de 
M mèstra, 

— ELI be^ dequ'as faob de la vesina? 
-- La trèva Ta manjada. 

— Cûusai? 



Une c&aple d ^heures après i et Boum f boum 1 boum î i^ 

— Dis que tu laves la vais Relie ^ ai tu veux* 

^ J&lave la vaisselle. Je ne peux pan venir vous ouvrir, 

Une couple d'heurea après : " Bon in ! boum! boum! » 

^' Et ouvre doDCi ai tu veux* 

^TQiiiiiealla ouvnr. Ou homme en tra, La ehatteblanchêi cepen- 
dwi t'était cachée dans le cendrier. 

~~ 6oiL Dieu 1 MoDsieur^ que vou^ avez uae grosse tôle? 

~~ C^st pour mieux tenir mon chapeau « 

"^ Bon Dieu! Moniieur^ que vous avea de grands yeux ? 

•" C'est pour mieux voir mou monde» 

^ Bon Dieu î Monsieur) que vous avesâ de longues dent^ ? 

-^ C'esl pour mieux maager les femuie» Irop curieuses. 

i^'t il la mangea. FuiS| quand il Teut mangée , il s'en allai La 
^U« blanehe sortit alors de sa cachette c^t rctourua chez sa mai- 

^ Ehf bien, qu'as- tu fait de la voisine? 

— Le revenant Ta mangée. 
^ Comment? 



ee CONTES LANGUEDOCIENS 

— Oi. M'aviè pas baîlât qme loua osses dau ^igot : Tai 
dicb d^aoà doabrie la trèva Ta manjada. 

Lon gai cantèt 
Ë la souraeta fîuigaèt. 

Mourala, — S'avès ana c^teta, que sienne blaaca on ooa^ 
ayisâs-YOûd aa m^iiB de I& baiià,,. d'argent. 



6. — Rauba-Oalinas 



vie f 



CoumLava per usa cassibralha dau prumJè numéro t. Viviè 
paa que d'amoulèn rapiâmus e lasoula causa, satque, qu'agèaae 
pas raubat éra soun uoûm. Ah ! fîqua^^, nàni, la vie pas raubat 1 
Qes lou patidièn pus nailbou causeà qu'aquel» d'abord que per 
las galiuas èra la grèlla e que n'an fasiô û. N*aviè i^pugat, el 
soiili tant e mai que lou pud fîer rainard de la creacioun 
deBempiol que mouûde qs mounde, e sans que jamai degus 
Tagèsse pou 8c ut faire agantà» tii pergarda8,ni pergendarmas, 
ni per foutre ni moutre< Me levarièn pas de la tèata qu'aquel 
paure coulas aviè fach paehe erobé lou diable. 



— Oui. Elle ne m* avait doaué que lèses du gigot : je lui ai dit 

d'aller ouvrir et le revenaut Ta mangée. 

Le coq (ïhunta. 
Et la ao mette £jitt là. 

Momie, Si vous avez une petite chatte, qu'elle soit blauche ou non, 
avisez-vouB au moins de lui tenir... de TargenL 



6, ~ Flèati de a Poules 

C'était uoo caQaîUe de la ptua belle eau. Il ne vivait que de rapinea^ 
et la seule chose, aaua doute» qu'il ueût point volée, c'était sou nom, 
Ahï mâtin, non, il ne Savait pas volé! Aucun autre ne l'eût chaussé 
mieux que celtiî-là| car, vraiment, il était l'Attila des pouUs, le vrai 
fléau des basses -cour». A lui seul, il avait raflé plus de volailles que 
le plus fameux renard de la Création, depuis que le monde est monde* 
Et jamais personne ne ravait pu faire prendre^ ui par des gardes, ni 
par des gen^larmes» nid'fliîcune manière. On ne m'arracherait pas de la 
tête que ce bandit-là avait fait pacte avec le diable. 



^ 



CONTES LANGOEDOCmNS 67 

Ekl be, qaaad aeguèt [irou vièJ, tout dâglesit e mièch 
iscrancal, qm? per força ie cauguèt dire adieu à soue viLèn 
meiUé, àgèt-ti pas lôu front de voudre faire la bugada de sa 
coQiieieaça gamada e de s'anà eomifegaà?,** 

Lou capalan, quô counoûissiè roubriè, — èra lou paure 
moiisau Fangous, pecaire f — ie diguèi couma aiço: 

— M'anés pas oercà d'armaoscg, sieuplèt, a ûoupen eourt. 
QaaDt dâ eops n'avèis raubat de galiDaef 

— Aii! presemple, mousau lou Curât, se m^hou eaiiè dire 
•erièi be dins TeoibouL S'es pas gaire paaaat de senmanas, 
darant una erantena d*aaai sanaque n'en fagaèsse Lou croc per 
quauca;» uaaa. 

— Digàs-mat aiadoune, quanta ea eâtada voBtra pus forta 
nfla. Ciaq?... flèch ?.,. 

— Dèch, dUèa ? 
^ Vint? 

^ Doublas, moasêu lou Ciirat* 

— Maluroug, quarauta? 

— Ni mai, ni mena: l'arés devigûat, 
~ QuaraQU galiuas d'ua copl.». e avèa raubat quaa sap 



Eh bien 1 quand il fut très vieux, cacochjme et mi-décrépit, quand 
li dut reauncen bon gré mal gréj à 8oa vilain métier, u'eût-ii paa le 
front de vouloir lessiver sa eonscience pourrie, et ti*alla-t-il pa^s ae 
confeaaar?... 

Le curé, qui eonitaisaait le paroisâieti, — c'était défunt M. Fangous, 
l« pauvre 1 -^ lui parta comma ceci i 

~ N'uUez pas, s'il vous plaît» me conter des sornettes, et coupons 
6cmrt. Combien de fois avei-vous volé des poules i 

~ Âbl pur exemple. Monsieur le curé^ s'il fallait que je le dise, 
Jf serais bien embarraigé. Il ne &mi gaére pa^sé deiemaiDes, darant 
HEtê quarADtaiDe d*aiiué€â, sans que je ne m'en approprie délicatement 
quelj:jue«*unes. 

~Dile«-[noi. alors» quelle a été votre pi us grande ratle. Cinq ?.. Dix f . 

-^ Dix, dj tes- vous ? 

— Vidgt? 

— Doublez, Mousieur le curé. 

— Misérable^ quarante ? 

— Ni pLua, ni moins ; vouâ Tava^ deviaé, 

«-» Quarante poules en une seule fois 1... Et vous avez voU qui sait 



6ê 



CONTES LANGUEDOCIENS 



quant de copsL.. Nàoi 1 oh î aàni , pode paa vous l>ailà t 
rassouluciûun. Aco* s trop. Vous caudriè restitua. 

— Mes» vesèa be, moussu lou Curât, qu'ea pas pôussîbJô. 

— E cousai voulôa, atabé, qu'au Bon-Dieu ie siègue poussi 
ble de vous perdounà quand, au joiir dau jujameo, tout acô 
k seràf amount, per voaa enculpà, ae restituas pas ?,.. 

— Coussi, moussu lou Curât, las galinas ie seranf 

— Ben segu que ie aerau, 

— Àmai sons mèatres?.*. 

— Amai soua mèstres. 
— ' Dequé me dises aqui î..* Restituarai, moussu lou Curai, 

restituarai, se gués tranquille. D'abord que las galinas e 
soue mèstres ie serau^ amoundant, pas tant foutrau que de 
pas restituai... Chacun ia reprendra las sieunas, paa vrai? 
Boutas, poudès mô bailà Pasaoulutiou sans crenta ; vous 
assegure que ie lasquitarai prene ].,. 

7. — Pic e Replo 

Mèstre Jan CougouHa qu'aviè^ saique, las idèias dius Ions 
nivous» aquelvèapre, intrèt, per distracjoun, eneo d'un apou^ 



aco 

à 

I 



combien de fols L.. Non l oh l nou, je ne puis pas vous donner rabao- 
lutioQ. C'est beaucoup itop. Il faudrait restituer. 

■^ Mais, voua vojez bieD, MoDsieur le curé, que la chose n'est pas 
possible. 

— Et eomment voulez- va us, aussi, qu*il soit possible à Dieu de 
voua pardonner quand^ au Jour du jugement, tout ça sera là-haut 
poui* vous accuser , si vous n'avez paa reatiluê? 

— Comment, Monsieur le curéj les poules y seront? 
**- Certainement qu'elles j seront* 

— Ainsi que leurs vraid maîtrca ? 

— Ainsi que leurs vrais maîtres. 

— Que me dites* vous lu I... Je restituerai, Monsieur le curé, je 
restituerai^ soye^ tranquille. Puisque les poules et leurs maîtres se- 
ront là-haatï pas si béte que de ne pas restituer !... Chacun j repren- 
dra les siennes, n'est-ce pas'/... Allez! Alle^, vous pouvez me donner 
l'absolution : je vous assure que je les leur laisserai prendre L.. 

7. ^ Du T»c «n Tac 
Maître Jean Citrouille qui avait, sans douter les idées un tantinet 



-haut 



CONTES LANGUEDOCIENS 69 

iicaire de la TÎHa en creaeguent d'intrà dins ua burèu de 
iabat. Toat âco pot arriva. 

Pameus, un cop en mitan de La bontiga, s'aTisèt dû ga 
birdoutada. 

— Bscusàâ, moussu, faguèt au vendeire de poutingas ; 
«aîqoe me serai iroumpat. Dequé vendes aici ?.,. 

Uautre, un jouine escoulan drouguiste, de veire Ter favàs 
de Tome, se pensét qu'aviè à faire en qaauque Jan-lôu-Sôt» 
et^ue 3e passara bêla per lou galejà. 

— Vendèa, sou-dis» de testas d'âge, 

— Brtdinàsl*., 

— Noun pas de segu... oh ! cerqués pas» las aven pas aiei 
Mm: las tenèn djne un membre pus fresc, aqui darriès lou 
œagusiu... Messe vou'n caliè una?... 

— Ara me parlas couma se deuL.. Tambeii, me dlsièi: 
per un magasiD de testas d'ase souii pas gaire coussuts, n'en 
î«<ea [)ibâ mai qu'une... Àdissias, moussa : lou bon Dieu vous 
li EDaateugue ! 

— Tau crei de guilhà Guilhot — Es el souvent que Guilhot 
ifûilba. G, Thbrond. 



p 



embruîûéei ce âoir-là^ entra, par distraotioti. chess uu apothicaire de 
la ville^ {^rojaût bel et bien entrer dans un bureau de tabac. Tout 
Ç* peut arrirer. 
^peDd an t, quand il fu t dans la boutique^il s'aperçut vite de sa méprise . 

— Eictiflez^mnif monsieur, dit-il an vendeur de drogues, je me 
s^nù probable meni trompé. Que vendez- vous ici ? 

U m&fcbafid, un jeune élève en iibarmacie, vojaot Vair nigaud du 
^onbûtnaîe^ pensa qu'il avait affaire à quelque Jenn-le-Niai», et que 
1 ôcfâfliciQ se présentait belle de rire un brin aui dépens d'autrui» 

— Naus vendons, dit-il des têtes d'ânes. 

— Voua badinez?,., 

-^ Non pas^ certes... oh 1 ne eberehez pas, nous ne les avons pas ici 
de4jui8 ; nous les tenons dans une pièce plus fraîche^ là, derrière le 
m^asiu... Mais s'il voub eu fallait une?... 

— Maintenant voua me parler comme il fautî,.* Aussi, je me 
diiâis: pour un uiagasin de t^tes d'ânes çii n'a pas Vaiv très assorti, on 
ii'ia voit qn^une.,^ Bonsoir, Monsieur: te bon Dieu vous la conserve ! 

... Tel euide se gausser d'aultrui — Qu^aultruî souvent de lui se 

[A imvrê.) G, T, 




ÉTABLISSEMENT DU MARCHÉ 
A MONTAGNAC 



Le document suivant n*est pas daté, mais l*écritiire et 
tout le nom de Tévôque d'Âgdô^ par lequel il débute , permettent 
de suppléer à cette absence de date. L'écriture paraît être de 
la fin du XlJl* ou du Gommencement du XIV* siècle. Le nom 
de Tévéque est, sans conteste po&sible, bien (|u'une partie de 
la première lettre soit déchirée, Tésjve ou Tôsine. Or, si Ton 
se rapporte à la GalHa chnsltana,, on trouve un nom d'év^que 
qui se rapproche beaucoup de celui-ci, c^'est Thédiae, qui 
occupa le siège épiscopal d'Âgde de 1215 à 1233. Thédise est 
incoiitestableraent Tauteur de la concession dv la charte 
qu*on va lire, parce qu*il est le seul évêque d'Agde qui ait 
été seigneur de Montagnac. On peut doui; Hâter du premier 
tiers du XIU* siècle Fétablissemeiit du marché hebdomadaire^ 
du chef-lieu de cauton de Tarrondissement de Béliers. H 

Mais ce D'est qu'une copie que oous avons eue sous les 
yeux, ne portant pas plus de date que de signature ou de 
sceaUf et récriture permet d'avancer que cette copie est 
postérieure d'au moins cinquante ans à roriginal. Lâ^ peut- 
être^ se trouve lexplication de ia mauvaise orthographe du 
nom de i'évéque* ^Ê 

Ce documeut fait partie des Archives communales de 
Montaguacj liasse L u° 9. Ces Archives, très riches^ et qu'il 
nous a été donné de parcourir cinq ou six jonrs durant, ne 
sont pas' encore inveutofiéea. Mais nous gavons qu'elles âont 
en bonnes mtiinâ et que Tinventaire ^e fera un jour* Sou- 
haitons , dans rintérét de rhistoire et de la philologie, que 
ce jour soit prochain. 

Âug. Vidal. 



Teiive.divina perml^iiiofne] tiveique d^Agde, a totz los Jiicels deCrisi 
sis quuU las letras p (mot illisible), Ba]u(/ e noitre aenbur Jhu Crist. 
Per tsB presens letms volem esser manifestât que nos, de cossell e 



I 




^ 



IP 



KTABUSSEaiENT DU MARCHÉ A MOWTAGNAC 71 

TôluoUt deo GtiîUefn de Motttaahae cnenatz, en Pos de Mûd- 

ê d'en GtdUem de M ontftnhic, ienbors del eastc^l deMonUnhac, 

çoneitâblem per tosz temps for o mercai ol c^ste! duvfindibrt en à;f t&l 

muiejrà empro que «qui fen^ sexta o el dia de dlvendres sia fais a 

btM teitiB ; e&tabletn iplamcMis rjue las eoR lamas que erk la ck^utftt 

d'Ag4« 8â senradaa, el for el c^astel de MontaDhac si an âei^adaa Ub 

cotttimai, etnpro aon ajLaU : Quique mayso propria en la cieutal 

(TAgde non a, ai ven blat qital que sia pagua de caacti «estier un& 

eôpa que es U (mot illisible ^8*) part d^aquel settier. Item, quiqiie 

wtH veodra el for o el mercat» Iad comprayre qaaQ vdndejre, aiiio 

ûM cietiiadaB d'Agde» paga XI l d, Item^ case us comiirayre e ven- 

^re «Htrang de ca^cu luofo e de easeuna feda paga mesalla, Item^ 

4«çaicuxiii cabra e de easctin boe paga^ easeus estfâng» poges. IteiQf 

deeaacuiia porc o trueja, 1 deti* Item, de dozena de pels comprayre 

nadtjit! estraitg» 111 mesaîllâKjteni, de saumada de biat, si es von* 

ddif pagn meaalla. Ueui sahtvtîer e i;orratier, si tenon (?1 for e e) 

niffçat, Cfiscui paga pogeaa. Itéra» drapier, caacua^ pogeaa ; ai empro 

ïa*iiOD beitiri, ineFaJla. Item, de saumada de sebas, de tota frucha, 

st ileuoa eaao la m en on ne vendra, doua meaaIlaH Item, de dotxena 

d« fmmaigea inenutE grandi, comprayre e vendeyre oat rang paga 

111 m^qallas. Item, qmqwe vï estrang aportara. e piteis veadra aquel 

»icû la cieatat d*Agde a tîtverna, aia cîoutadas d'Agde non, paga 

El d«D. de eaacu mieg. Item , caacu niasse] ior i|ue buou o vaea ^rendra 

tl mmel dona la lenga d*aquel meteiâ bueu o d'aqnek masenuia 

VA£«; ai empro porc trueja voudra, dona Itll bea, ' ; ta empro 

^v[ejrt om que non aia maaeliera buou o vaca vendra o porc o 

^jAs el maseK ai rnaiso propda non a en la vila d'Agde, paga aco 

êd«Iëûk. ttem^ de eascti cuer de buou e de caseuna boitia groasA 

cuctiB compraiœ e vendeire eâtraog pa^a de caacu cner I dân> 



*IjTriie lecture est : quatre jambages surmonte^ du signe abré- 
Tiitif4ç m et hen avue un interTnlk ontre ict ^jf. Faul-il Hre membre^}, 
ou biDn un pes ? 



VARIÉTÉS 



LA SÂNTO ESTELLO A MAGUELONNE 

Là 27 mai 1900, vers lee dix heures du matin, k place de la Comédie 
est noire dû monde* Les félibres arrivent et «e diri petit vers la gare 
de Pdavas pour se rendre à Maguelonne. Devant le square, on aper- 
çoit MÏBtral, Félii Gra«, à qui de nombi-eusês personnes ee fout pM-^S 
a enter, H 

Le train qui emporte les félibres s'arrête aux Quatre-Canaux où 
les attend un bateau pavoisé. Tandis qu'il remonte lentement vera ^ 
Maguelonne, on chante en chœur hu mulomi de la Mémo Jano. H 

Le cortège félibréen a déjà été prë«<^dé d*une foule de personnes 
venues les unes à pîed, les autres à bicy dette ou en voiture. Il j a, 
sur les vertes pelouses de Maguelonne, prés de trois cents personnes, 
disposées soit à se ranger auprès des long^ues tables placées à Tombre 
dei grands arbres, soi l à entamer, derrière les massifs, les provision» 
qu'elles ont apportées . ^H 

Mais auparavant, M. Fabrège^ qui a offert si gracieusament sa pro*^| 
prlélé pour cette fête, fait visiter l'église, et donne à son sujet les 
renseignements les plus intéressants. 

Le temps est magnifique, pas un souffle, la mer bleue est calme et 
muette. A midi on se met à table et chacun tronve à sa place rorïgîn&i 
menu que voici ; 

CARTULARt DE LA DINWAIÎA 
0B LA SANTA-BSTELLA MAGALOUNENCA 

21 de mai 1900. 

APmSSADtSSKS 

Sanisissot dau Carsi 
Burre dau CJapas 
Caramotas de 1 eî^tang de Tau, 

RELEVÂT 

Boucada de Paire de Prouvença à la Bella Magalouna. 
Boni-abaissa de las Cabanas. 



ïNTRACA 



Costa d^agnêl dau Pioch de San t- Loup 
Filet de bien de la Jarjalhada. 



VARIETES t3 

ROtlSTIT 

C&pous e pîniailaB dau maa de Fangousa. 

LRGIJK 

Espàrgous dû la Gardiola, 

FUiaiimâ de la Rèina Jana 

Fragaa e deaaèr, 

VINS 

Vin blanc dau Sendlc 
FrouBtignan 
Samt-Jôrdi. 
Sflrvit à Magaloana pèr Tôt te Favier, de Mount-Peliè. 

Ver» ia fin da dîner, Misti-al te lève et» tenaat à la main k coupe 
d*arg|tit remplie de vieux frontignau, il eatomie l'hymne felibréen : 
Om^ foni^f qui est reprra eu chœur par toute l'assUtance, 

Ptûii c*eet le capoulié Félii Gr&9, qui prononce le diBcuurs aul- 
viat: 

ME^IBâ B QAt CDtJNFRAlKB, 

U Mar nous fai fôato e la Coupe felibreneo eebribaudo cou me un 
S*ni-Soulêu 1 

La Mar, La graudo Mar latino que uoui adiigiiè dins la barquelo di 
b«& Mario la civitUacioun qut^ de Prouvèuço s 'es espandîdo 8 us t6uli 
^ Oioundt; ounte dardaio lou flouliu, la grando Mar latino^ vuei, 
otndtijo vord<iuloto, IubouCo e sedoiiso courre un blad de printèms 
^ Aouâ «dus sus Tesquino de Terso Sauto Estello la mlraclouso f 

&emë Tajudo do Sanio Estello lamiracbuso, Saulo Estel lomirau 
^ i*mi&, tourre à^ pouëslo e rouaié d'amour, que lou FaLibrige mouuto 
* ioan pounlificat ! 

Nûiio revoulucioun se coumpUs graudo e |tacùfïco; li pourtau do 
1 l^niverstia an vira, noun sèuso geiui, sus si goufoun eurouveli e nosto 
dirîiiû longe prouvençalo es mtrado coumetiueelarta dius Tareoupage 
unirefntàri. Deman li bachcîlié do tèuti U bacbeleirat* Us eatudiant 
*conli?giau de uoito race rnSejourualo s'esplicaran en protivençau sus 
^^ literattira feïibreoco davana li bericle c li tnourtié estabeuai dt 
ffoufessour *:• t;atedi'aîit di faculta. 

^ftludelou fiéude Gascougno, menistro patrîotOf que s^eatènt rapek 
<iy éro lou vesm de Mûutuigntj e lou uouDteirLiu de Jaussemia, it 
Q^Qoora h letro franccao eufasèni soud dro i leti'o prouveoçalo! 




74 



VARIETES 



Mai lu revouludoim Felibrenco, fftu que »e coumpUgue fin- qu'au 
bovit; fau que la daveren, la brAaco diâ aucèu ! 

Quanti li fîéu di bourrés e àl cataUt ^uand Ij !^'ato-|»apié dis 
ameDistraciôiiû auran gagoa si diplomo oû fasènt^ taat bèn que mau, 
unoversionn proiiveQçalo,aurenpat)caro esclapali grasibo dôiï grand 
couvent, auren pancaro aauva la lengo don nia de la terp. Kr pas Ion 
tout dti planta Taubre, fau encaro douna la bono faturo e la dnidiero 
à si racioage^ iéu vous lou dise, Ion païaan ea à la racoles à Tuma- 
nita ço que la racÎDo es 4 Taubrt. Es dounc au pojjlc, es au païsart de 
la terro qu<> faudra durbi Ion pourtalet de Tescôlo primàn» car es dôu 
poplo, es duu païsan que fau fîsa aque! 6utîi de la pensado, es au 
païsan, maDobro do Dieu e dôu aoulèu, que fau fiaa aquéti trésor que, 
6(?gound la paraula d6u Mèstre, es eu la Patrlo, ea eu la Libéria ! 

Messies et gai Counfraire^ sabân qu'aquéati darrlé jour*, la flour de 
de la aciènci, lis afouga e li saberu, s'acauipavon k Muunt-Pelié ditis 
riotet'Èsde l'estùdi di Leogo Rouinano, sabêu que» se lou pople noa* 
a garda lou recaliéu de nosto leogo d'O, ea li ûbubgue majouri en 
quau dran vnei la capekdo, qu'an ajuda^ mai que degun, à Veapan* 
dimen dis obfo felibreoco de nosto reueissèaço dioa loti mounde 
Biivèut de noato terro de Fraaço e dis estraogi pais; e ea éli, fau lou 
dire, que iious an ajuda à buta li pourtau de rUuiveraita, e aara éli» 
osco segur*^, que tioua ajudarao à durbi lia escolo primàri à noate 
pople dôu Miejour. Messies li s6ci di « lengo roumano •», voato 
rnessioun ea auto e bello» es h vàtitH de couoservn Li« archiéu de 
iiueli tradicioun ouDte demoro eteruameu vivèuto la fe d\mô raço 
diu» souu dre de resta soubeirano sus la terro aiénno I Es vùsli 
nebout» es vôsti rtiim-ueboutt soci d aquelo jitello dôu Felibrige que 
B*apella la Soucietii di Lewgo rouaiano, qu'estudiaran dins milan to 
an^ à couatat di tensoun e di aerventt^s eavaleirous de Bertran de 
Boni, li catîsouu ruatico d'un paisan dôu Paradou. Es vtSsti ncbout e 
réire-uebout que farau îa estudiant d'alor lau raconte de nosto 
reneis&ènço^ que descbifraran dina li erouDico que ié laissaren ; îé 
dirau UQSÛ luebo, nÔBti deafèci, ûùsti vitàri, ie dir;iD que tau Jour que 
vuei sian vengu à Magalouno en feato Sactesteleuco^ et que la Mar, 
la grando Mar lalino^ noua danaavo k i'endavans, e dous aclamavo 
de la vouea, de tùuti si9 auaao, e que la Coupo felibrcnco esbrihau- 
davo caume un Sant-Soulèu; ié dirau que rèn mancavo à noste 
tneunfîe^ ni l'estrainbord, ni lis adaitiacioun déu pople, ni même lis 
eaclftu insultaire que ooutTieu deaatcna dins lou rcvouluu de la p6uaao 
de noate càm, mai que li prouteatacioun mesaourguiero d*aquëli 
vento-bren latin èmn uuberto pèr lis aplaudiiueu de la faulo e pèr lou 
cant d*aquesta refrin nouvèu de nos te grand pouèto nacîounau : 



4 



I 

I 



VARIETES 75 

« Ls maire Prouvé nço qB*a batu Taubado» 

La maire Preuvènço que tèn bu drap eu, 

La pane a crebado 

La peu 
Dâii rampèu ! n 

Aprèt ce dkcoars, accueilli par les applaudisaoments de la foule» 
aant cesse accrue, M. Fabrège floubaite la bienvenue à ses hôtes en 
ces termes : 

TOABT Dit M. FABÎIBGË 

Au nom de la Belk Magmlone, reiauBcitée dans la reine Marie- 
Tàérèse ", â qui j' adresse un respectueux et syrapathique «ouvenir, 
et de Furre de Provence, dont tout félibre est le féal, au nom de vos 
«océtree» BerDar^i de Tréviez , qui a immortalité ces deux héros 
l^ndairea du littoral dans le roman le plus populaire du moyen 
Ige, et de Daudes de Prades, qui chanta, ici méme^ la nature et les 
oiaeftyXf je rends hommage au suzerain du génie raéridioDaï, sacré 
pftr U République dej^ lettres, roi d'Arles et empereur du Midi, à 
Mistral l k Mistral, qui a ûxé Tidiome de nos pères et la langue dea 
Troubadauraj dans des monuments plus durables encore que ces 
moraille» cycle péenoci. chefs- d'oeuvre d'inspiration biblique, d'un 
ch&rme homérique, aux stances en vers inégaux, mélodieuses comme 
nu écho de la Jérusalem délh-rée /à Mislmlj type i o co m p arable de 
tjmplicité, de dignité, do bouté, personnification de la foi antique, 
4ê reapHt chevaleresque, de L'originalité proven^^ale et de cet amour 
Ju clocher, priaeipe et force du patriotisme, et qui, au Munster de 
Strasbourg, a élevé si haut les afipiiations indéfectibles 

D'un viei pople fîèr et libre ^. 

Mistral a ehanté lia I/tch d'Or, La plus fortunée des îles est au ^ 
jûurd'hui celle qui te reçoit, celle qui vous reçoit, Mesdames et 
Messieurs, vous, illuatre caj^eulié et maîtres du gai tm^oir^ profea- 
leurs den antiques Écoles, Phonneur de l^Ëgliae de Maguelone, et 
représentants des Universités fiationales et étrangères, tous, dans 
Yfttre domaine, sur cette terre classique de la légende et de Tépopée, 
4 h chevalerie et de la poésie, de la science et de l'art, dans la 
vfaie patrie des Benotl d'Aniane et de Guillaume d Aquitaine, de 
bcnîard de Tréviez et de Raimbaud d'Orange, dtt Guillauuie Durund, 



Mademoiselle Ma rii? ^Thérèse de Cherigné, reine du félibrige, 
Mislrmlf La Coupo sanio. 




76 



VARIETES 



le Specii^or, et de Guillaume Pélicier, un des pèrei de la Retiai^- 
sauce. 

Si ees ruines parlent à votre îmagfin&tion, si la poussière des 
siècles se saulève porir forraer, autour de vos fronts iospirés, connme 
une auréole historique, honn*^ur surtout aux fëlibreB (|ui prêchent, 
avec un zèle d'apOtre, la religion des traditions locales et la dévotion 
deo francs-parlers. ■ 

Sénèque raconte que Tempereur Auguste^ pendant son séjour en 
Gaulij, éleva un temple à Cirius, maître des vents^ dieu qui fait la 
iahibrité du monde, êaluhritaim ûçslL Ce mistral aérien, n'est- il pas te 
symbole du divin Mistral? 

Coinine ces gentianea d'azur au pistil d'or, autour de k Couj)o 
santo, primeurs dei^ Alpes^ cueillie s par de blanches mains^ à son 
intention \ sa poésie étbérée ne prend naissance que sur les sommets 
de Ui [lensée; elle ne descend jamais aux has-fondâ du réalism^i ; et^i 
en recevant les nobles passions de rime, ainsi que la brise rafrat- 
cbiasante de la Méditerranée, elle fait tressaillir Les c^urs d'amouf 
et d'enthousiasme pour doutes ef ehiére Franeû : 

Pèr la glori ddu terrai re 

Lis eatrambord 
E l'en avana di fors. 

la coupe passe ensuite de main en main et noua devons noua con- 
tenter de donner les noms de ceux qui la haussent en portant des brimh. ■■ 

C'est d*al>ord notre président M. Léon-G. Pélissier, puis MM, Jean-H 
roy^ M ara aï. Messine, Chabaneau^ A rua vieille, Vermenouze, Mouzin, 
Heuri Teulié^ le D*^ Banal, Autonin Glaize qui dit les vers charmants 
que voici : 



LI CAPRICE DOU TBU3 

\ PftSnKRl MISTRAL. 

Di caprice dou tèma nH 'a pèr perdre la tèsto ; 
L^ome es coume un jouguet de vèire entre si man ; 
Lou pegin déu diluu lou dimars devèn fésto ; 
Ço qu^'es facile vuei tara trima deman ; 

Lou tèms mestrejo tout: lou bon Dre, la Justigo, 
Pèr faire flôri n'nn to ul-bèu-j us t qu'un motimen ; 



rudil,^! 



i M''* Marguerîte-Blanche de Rives, dont la péfe, art:hèolo|^ae 
a composù un mapniflque yolumo sur quelques iissus antiques et du 
haut ntoyen âge, jusqu'au XV' siôds. 



VÂBÎETES 77 

Ifèii à r escapa suuq iinplacablamen ; 
Courteja për un vent d^Envejo û ée Mâliço. 

Que Dotm veniés. Mistral, davant que tant d*etifaQt 

Aguèsaoïm ôutlida la Ltugo de si grand f 

Per sauva lou Mlejour, ae n*aa pas, 11 Felibre î 

Fa tout ço que vouliên, an fa ço quW poua^u ; 
Mai se trento an polèu, d*aaard, ères naecu, 
Noatre parlai sagur, adeja aarié libre, 

4t Me soiiveta trento an de tnai. 
i« MouQ orne! — Me diras, besâ^ii, — 
1» Pèr ma fe me la baies bello, n 
Mai fau pas Ion prendre pèr mau : 
Trente an de mai, acù n*ea t^u'uiao bagsteHû 
Pèf lau qa'eâ immourtau, 

r^it enauit6 le tour de notre confrère le D*- Marignan : 



El FELIBRE E 3ABENT ACAMPÂ A MOUNT-PELIÈ 
PEK LA SANTA- Ë3TELLA 



27 de mai 1900. 

Aiço^â tm li^ sacra, lei pouèta, let sage, 
Lei aab«nt, de tout tèma à la âourça an begu^ 
FeUbre d^u miejonr segues lei bèn vengUf 
Venès renouvela Tan tique rounxavage. 

Autour d*aquel aourgèiit mounte tant an trempa 
Sei hhm qu'ridèn »et d*aiga liinpida e cLara, 
Aiitrafes sèa reugu, e revenës eneara, 
îlevenôa, conme autour dau nls, vous acampa. 

Car Monnt-PeUè nous es una secounda mairej 
I,A maire de nosU araa e de nos te ea périt ; 
Lou la que nous pourgè e douât seguèn uourrit 
Ëâ aquel dei vatèntt ^^^ fort e dei troubaire. 

Es aque! qu'an begu Pétrarque e Rabelet, 
Es aquel, qu'en pasaant, tambèn beguë Mouliàra, 
E que douua toujaur, la bona nourriguiêra, 
Deaetupiei iocb cents an que raja k plen galet« 



78 VARIETES 

E pendent ioch Gents an, alar que «tii lou moatidâ 
Sut l'uûiver entier, lou ciel a'era eecurcii 
Vera la pura clarta que raiotmava uîciij 
Lei pèlerin venien de pertout en aboimde. 

Chacun acQurrisiiê dioa «oaa r&îve eneanCa, 
Gerçant la fe prefounda, e la lumiera, e l'auba, 
E chacun s'entournava em pourtant diDB aa rauba 
Un fin de la sciençà e de la verità. 

Mais alci la sciença ea gai a e aena maliça, 
N 'autre n*avèn paa gèa daquelei grand aabent, 
Que vous portoun aa testa anain qu'un sacrament^ 
E donnt lou regard soûl voua douna lajauniaaa. 

Nôstei aabent aonn ^ai, simple, e sens embarrae, 
Soun pas» toujour inquiet, penjas ans de cadabre, 
Squu fil de Rabeîet, cousin de Tabat Fabre ; 
E quand ou fau, tembènt ie van d'un cacalaB. 

E noateis eacoulan 1 F bu rida magnifiefti 
Eapèr de la patria b dau siècle que naïf 
Savoun bèn travailla, bèn rire, aco vau mai 
Que de faire à vmt an^ deja« de pouLittca. 

Maiiï n'ia proun, Ffaire«, avès, aid, toutet begu» 
Mestre, eacoiilati| felibre à la coupa sacrada, 
Toutei Goumunian dina la mema penaada, 
Âdounc aegueSf aici, toutei lei bèn-vengu 1 

D' E, Majugna^k. 



Les brinde terminéâ^ Mistral ouvre la Cour d'amour en chantant sa 
nouvelle chanson, la Rmjmlido, que tous lea félibrea savent aujourd'hui 
par coeur. 

Vers le âoir, les F^libres furent ramenés en bateau jusqu'à Palavas» 
où M. le maire Po[}(!et, entouré du Conseil municipal, les reçut et leur 
offrit un vin d*honneur* Un train spécial les ramena k Montpellier à 
l'entrée de la nuit. Et lorsque, vers les neuf heures, MiMral et les 
Félibres traversèreut là ]daee de la Comëdiêf lea orcheatrea des divers 
cafés jouèrent la Caupo, et de nombreux applaudissements les saluèrent 
au pââsAge. 

A 1' ^1 Asfociâtion des étudiants », le Président reçut les Félibrea 



VAftlETES 



7t 



dani h lalle des fêtea, et M. Marc Varenae Jeur sou bat U, en gaBcon, la 
Iir«aT€ime. A^rèu un 4i«cours de Mietral, Félix Gras cbanta la chansoti 
da M En Pètrt, 

Aisâi se termiDa cette journée qui intéreaaa vivement les membres 
et lei invités de la Sùciété des Longuet Romanes. 

Henri TsuLm. 



TROIS BILLETS INÉDITS DE FR. GUIZOT 

J'ai communiqué jadis à la^ru€ Rétroêpeciive (Nouvelle série ^ L XI^ 
p* 241 sqq.) des letires adressées au joiirDaliste député Aljjhouse 
Mihulp ^ar divers politiciens du temps de Louis- Phi lippe» Guizot, 
liéiBUMt, le cardinal de Bonald. De Qouvellea recherches dans les 
méinea papiers * m'ont fait retrouver les iroiâ billets suivants de 
Ouiiuti adreiséa au même persotiuage^ ul 4U1 ont, à défaut d'autre 
itii}H)rtance, Tintérét d'être les prenuers qu'ait écrits rhistoriett au 
futur KutËur du Cartulairede TAude. 

L,-G. P. 

I 

A Monsieur 
Monsieur Mahul, secrétaire général 
de la Société de la Morale chrétiennOp 
Rue Jacob, n" 7, Paris, 

l me Hera triste^ Monsieur, d'avoir à présider Ja séance publique 
d«k Société ile ht MomU chrétieimet et de m 'asseoir à la place d'un 
^mti ^mh les plus chers. Je ne puis me refuser cependant au désir 
qtiô veut bien manifester le Conseil^ et je m'acquitterai de mes fonc* 
twiis. Veuilles me prévenir du jour où la Commission centrale se 
réunir* pour régler Tordre de la séance. Je ne manquerai pas de 

^H AgréeXf je vous prie, rasaitrance de toute ma considération et de 
^H oioD iiaeère attachement, 

^B OOISOT, 



11 



Vérfjn ira vous voir ce matin, mon uher Monsieur, Vouleï-voua 
me f«lre le plaisir de causer avec lui, et de vou^ mettre un peu au 

^ Contcrvés • la BibL de Carcaiâonne, 




80 VARIETES 

courant des affaires de la Revue de Paris qu^il vous montrera ? II 
faut les bien connaître. Mille pardons de vous donner cette peine. 
Tout à vous. 

GUIZOT. 

Mardi, 10 heures et demie. 

III 

Ne donnerez-vous pas quelque chose cette semaine, mon cher 
Monsieur ? Votre article était excellent et a très bien réussi. Nalle 
part on n*a parlé si franchement. N*auriez-vous pas quelque chose 
à dire sur la nature des complots et des mouvements carlistes possi- 
bles dans les départements du Midi et sur les meilleurs moyens de 
les prévenir et de les réprimer ? Ou bien pourriez-vous parler de 
Bordeaux? Je vous demande de chercher vous-même. Ou bien sur les 
élections prochaines et la manière de les préparer bonnes ? 

Mille et mille compliments. 

GuizoT. 
Mardi. 



BIBLIOGRAPHIE 



I 



L lltue. — Le livre de compUs rfc Juciwe Ùiwier, marchand fWr- 
àommtdu X/K»' iiicîe, puhlié att^c une introdutttan. un gloxjait'e, des 
nûtti ei dei tahhs, tome ÎL !■" partie ;9;kri». Picard, 1899; m-H», 

iîe Yokme de 672 pages ne fonne guère que la moitié d'un ouvrage 
<|Q« lOD imporUnce noua fait un devoir de signaler^ dès maîntenanl, à 
t'itotioD des biatoriens et des philologaee. L'érudit auteur^ bien 
wniiu ^ee lecteura de cette Retuc^ j publie uon seuleraenl le ïivre 
décomptes (commeucé en 1391) de Jaeme Olivier; mais plua de 
60 pièce» inédites, échelonnées entre 1175 ei 1311, se rapportaut 
t*»iitc» â rbistoirc du commerce uarbonuaia, iilora ai flurîssrtnt. Lu 
«eccade partie du prudent volume compreudra d'antres pièces de 
inême nature, un glossaire des mots provençaux et un index des noms 
<lt persQQnes et de liens ; le premier volume sera conaacré à T/ntro- 
éÊCitm^ On sait aase^^ par lea comptes déjà publiés^ ceux des frères 
B«ûii et de Ugo Teralb, par exemple, rimportatice de ce* documenta 
pour rtustoire économique et sociale, et il ne m'appartient pas d'v 
lutter; ce que je puia dire, c'est que la présente publication n'oflVe 
pM ua Ddoindre intérêt liuguiatique. Le teite des Comptes est tout 
^ar en dialecte et abonde en mots techniques et rares ; il en est de 
mèine des pièces juatificativea en langue vulgaire (traitéa de com- 
lo^roe, leudesi inventaires, tr au s actions diverses) ; toutes ces pièces 
<wtéte copiées aur les originaux, et les épreuves corrigées sur ceux ci, 
doQl le» moindres particularités graphiques, — surtout celtes du livre 
d«OûiiDptea — ont été signalées. Il est donc bien peu de textes de 
Otgtarequi se présentent au philologue dans les mémea conditions 
d« lerQpuieuae exactitude*. M. Blanc lui-mêmef dans une série d'ar- 
ticUi récemment publiés ici mémeÉ a montré le profit que pouvaient 
^r let études proveoçAlea de ces aortes de documents. Il faut le 

* Uf iont, en eiïei, puiiliés ordioa ire ment par des hiatomn^ ou dea 
flithéglûgae» qm âlntéi'tiâsont plufî au fond dââ documenta qu'aux détails 
dtforakfl^ceui qu a publiées Moulues, par exemple dans Tappendico de son 
I»^€iUaire des avchivei d€ NarùoJtne^ l'ont été ^ur des copies souvent 
difsctueiues. 




8t 



BIBLÎOORàPHlE 



remercier sans réserve de Vïmima^ labeur qull »*€«t imposé et 
Boukaiter ^ii*il poÎMe tennin^r à bref délai cette trài méritotre pubH- 
cation. 

A* Jbajtrot. 



4 



Deligniërei» — Nouveltei recherdtes sur U Heu d'origine de Baoui de 
Hutidetic, Trouvère du Kl 11^' Hick, précédées d'un aperçu iùmmairt 
mr U mouvement Wtéraire en J^ance à partir du X"^ $iêcU^, Élude 
présantée à T Académie d'Amie os, dam la séance du 9 février 1901}, par 
M. Emile DauaNièmES, membre correfpondanL Amiens , imprimerie 
Yverl et TelUer, 1901 ; în-iZ de 38 p. 

Si ToEi reti anche de cette brochure lei général] tes banales et les 
complimenta aux « chers >i ou u illustres confrères n^ voici c# qui en 
reate» qui pouvait être expûaé en qninxe 11 ^es : M^ D, croit avoir 
découvert dane lea papiers d'un antiquaire amiénoid, KlcoIaaCollenot 
(1732- 1815), la preuve que Raoul de Houdenc était originaire de Hon- 
da nt en Vimeu (on aait que la question du lieu de naissance du vieux 
trouvàre passionne et dî vite leséruditi picards et francien s jXyUeoot 
racoDte que,« enl762f un vieux curé de Boudant en Vimeu lui rentitv 
comme les ajaut trouvés dans un coffret ancjeu. encastré et scellé 
dans la muraille de l'église, de» (sic) vieilles pancartes. Ces pièce* , 
au sou venir de l'auteur du manuscrit^ étaient relatives à réfection (lic), 
conârmation des souverains et dotation de divers seigneurs, et aussi 
des espèces d'obi tu aires et cueilloirs, p* CoUenot donne copie dn Tun 
d^eux, pris au hasard et coûçu en ces termes : « Obît pour Raaui de 
M(/udan^ genii coniûur^ pour quoi rend sidrachprosi à cheans^ sias 
blancs, trois œufs et deux foumches^ affecté sur manoir ^ ^ardit^ 
couriis faisant le cuing del plache* n 

Il ny a dans tout cela rien qui paraisse suspect à M. D. u CoUenot 
était doué, parad^il, d une mémoire remarquable. (Que nous importe 
la mémoire de ColleDot, s*il a, comme le croit M. D,, copié textuelle- 
mcDt son original ?) Et, bien qu'il ne sût guère écrire de bon style t 
Sun activité et son dévouement à la Société d*éniulation lui avait fait 
décerner le titre de préaident honoraire. On ue saurait vrai meut sup- 
poser que cet homme ait, sans intérSt, ou mû par un aouùment 
exagéré de patriotisme local, imaginé, composé ainsi de toutes pit^ces 
un document... » 

« On ne saurait supposer,., « Voilà précisément la question ; car ce 
sentiment de patriotisme local, dont le faux on question aurait été 
une Ttianîfestatjun ^i exagérée h, paraît ailleurs à M. D. h fart 



I 



I 



I 



I 



BIBLfOGE APHTE 



Sa 



I 



lOûAbb » Cp, 24) * et paraissait peut-être encore plua louable à Col- 
knûtqaà M. D, Etait-il plus patriote que consciencieux, ou inverse- 
tûéûl? Voilà la queatioQ qu'il faudrait résoudre avant de coasîdurer 
ioQ témoignage comme racevable. Noua Iti laissons voLontlera aux 
lavaDtA locaux, qui pour raie ut être en mesure da rai^onatttuer Irr 
p^cbiogie du « père CoUenot, n 

U prétendue copie teitueUe dudit Collenot n'est point fiiite pour 
tûipirer confiance. On peut affirmer, a coup sûr, que les formes siofi » 
Ofitfr affecU, ne se trouvent poinl dans un texte du XllI™* siècle. 
El qu'est-ce que si drach prùêi f Y a-t-il là mauvaise lecture ou 
mnkd rtfi te fa b rie a ti o n ? 

Vntei encore quelques lignes particulière ment piquante»; <« Lacer- 
lîlud* de l'exiateDce de ce document probant parât l d'autnnt plus 
gntide, que l'extrait ci-dessuâ vient confirmer Torigine picarde^ bien 
itérée, de Raoul de Houdenc ^ {p. 35). 

Jivoïie que je ne comprends plus, M. D.^ pour établir ladite 
ongine, «'appuie uniquement sur Topinion d'érudits *< ilont les 
**iertionii font autorité » (page 27) ', euns dissimuler^ d'ailleurs, que 
otite o^iinion n'eat nullement partagée par d'autres éruditâ, *it t'objct 
^ li brochure est précisément de trancher le différent par un 

ament » probant <. 

L'auteur de la Vote de Paradis se donne comme picard et la Foie 
^ Poradts esl de Raoul de Houdenc : voilà , en réalité, le seul 

ïimûni en faveur de la thèse de M. D, — 11 n'ignore pas que 
M. Fried Wagner, w docteur autrichien » (page 27), a récemment 

Sapé par la base ** cet argument, en soutenant que la Voie de 
r}f9tadi$ n^est point de Raoul; mais il n'imagine que M. Frii?dwagner 
n'a pfl.^ donné les preuves de celte assertion. Ces preuves^ tirées de la 
liQfuê du poème, ont été fournies dans une note de Tédition de 
Miroktfts {page LVIM, n*> 2). M. D., il est vrai, ne paraît point se 
douter rie Texistetice de cette éditiotu On se demande même comment 
*1 « |ju Hgnorer , le compte rendu qu^eu a donné M. G. Paris 
préûéd^nt immédintemeDtf dans la Homaniu^, les pages mêmea de 
U. Priedwagnen dont M. D. a pria connuiasance. Quant aux 
iJfftitnenls par lesquels il prétend écraser son adversaire, en voici 



* Cf, p, .15 : * M. Vuilborgne avait plutôt intL^n^t (I), cf>mmn habitant 
ftf^a dff Beau vais, à chercher à rattacher ce trouTèri? à son pajs. « 
U* D. prèt«j aux autres^ il faut i*avouer, des états d*0spril hien 
iui^liers. 

* On e^t tout étonné de trouver parmi eux, M, Dinaux, <* savant belge « 
i?i^t! !£3)^ et même M. {sic) Fauchûl {page IS). 

' Tome XXVn,(pige 307-18). 



S4 



BlBLroaRAPHTE 



UD spécimen : u II n'eit guère admissible que le même manuâcnt 
aitrenfanné les tEuvres de deux poète» différetiU w (page 29). Il est dou- 
te U3E (jue M, Friodwagner proonti la peine éo réfuter de a arguments de 
celte force. — M. D. n'a pas remarqué non pi us que le passage da Songe 
à^ Enfer sur lequel il a*appuie^ qui ne *e trouve que dans deux tuanu- 
scrits sur oeuf *, est très probablement interpolé ; entin « que c« pas- 
sage même ue revendique nallement pûur Raoul la paternité de la Yoim 
de Paradis. 



F, Walff. - U 

[SOpJ, 



rytkmicitè du raleiandrin françaig, lund^ 1900v 



M, Wulff est Suédois et veut i tout prix ritmer les vers français 
à la suédoise. Notre alexandrin est essentiellement un vers iambique; 
il peut aussi contenir des anapestes et des péons. C^ùst une erreur de 
croire que le français ne distingue pas les brèves et les longues 
aussi bien que le latin et le grec^ et les Français n'ont jamais rien 
compris à leurs vers. Us en ont fait de beaux sans le savoir et d<ï 
laids eu croyant eu faire de beaux. Chénier a gâté notre versification 
en substituant trop souvent le schéma anapestîque au schéma iam- 
bique, et les romantiques en ont consommé la destruction par Temploi 
des péons et du vers ternaire, qui prouve qu'ils n'entendaient rien 
aiix principes fondamentaux de ralexandrin. ■ 

Tout cela n^est pas bien nouveau. J'ai eu un professeur de réto- 
rique qui m'enseignait que : 



Oiiii je viens dans son temple adorer T Eternel 
est un anapestiquei et : 

Je viens, selon T usage antique et solennel 



à 



un iambique. C^eat à peu près tout ce que savait c^ brave omme sous In 
direction de quij'ai fait mes a umanités n. Encore n avait-il pas eu le 
mérite de celte importante découverte; c'est un secret qu'il tenait d*un 
autre, et, à moins de supposer que cette trouvaille se soit répétée à plu- 
sieurs reprises^ce qui n^a rien d'invraisemblable, la tradition en renLonte 
aisément jusqu'à la renaissance. A cette époque l'étude du latin et du 
grec amena naturellement, par Tadruiration que ces langues suscitaient 



* M, Pried Wagner, Die Ashhumham-Bandschrift de$ Songe (TEnfer^ 
Orsi » 1898 (^page 15). (Extrait do * Featscliril"! mm VIll aUgtïii«inen_ 
deutâcban Neuphilologentage » J, 



BlBLIO0RAFmB 



9% 



etitutôot pMtte bé«oui naturel d« eoiiï{>îLr:iï»cïii, à altnbue*r vi fmnçjiis 

Ici jiTocédës de» hio grues anciennes, l*^ \h tes tenlâUves mort-née^ de 
YÈnmemfé^ en frauçnis. Quand ce besoio de cotii parai êon, dû à la 
fieolté d'<t»*o ct^i'çfi de notre cerreaa, est bieû dirigé et soutenu par 
an MPI critique afiné, il lait surgir les sciences de cûmpariûteD dont 
«éporfueillit le XIX* atècle ; miis loraqu^kl est abandonné à son libre 
C(nirs, il Aé laisse («rendre à des apparence» trompeuâe*^ à des coîn- 
eid«Ae«i fcij'tuiteâ el engendre les compaiaisoDs fausses que dqus 
itplofoiis tous les jour«. C'est ainsi que tout Français^ ignorant la 
lin|iiiiiqae, qui étudie l^aUemaud, déclarera autement que feu et 
fêiter lODt le même mol et aéra tout prêt à truter de - itupide v>^ pour 
empîojtr lexpreiaion de M. Wulff^ toute opinion divergea le. C'est 
ùiti ijoe Ton publie encore HujourduL de gros livres où Fou compare 
kiiitixe du grec avec ceUe d^i latio ; il est| parai t-il, très remarquable 
<)«ie 4iîi« ces deuj: langues la plupart des frases aient un sujet, uu 
verbe et un complémeot, que dans toute» deux on se serve d'un temps 
fïAiwpour exprimer le passé, d*uu temps futur pour exprimer le futur 
ttle re«te à I "avenant. 

Pour en revenir à la téôrie de M, Wulff» il est facile d1 répondre. U 
D*i 4 pas dlambes» ni de trochées, ni d'anapestes dans notre poésie 
p^rçtf que nos pûètrs n't en ont jamais mis. 

Qaimt à U distinction entre sillabes longues et sillAbet brèves en 
fruçiii, ello est trëa pen aensible et n'a auctine imporiance pour U 
^^^^iâcfttioD, 11 i a en français des sillabes toniques et des sillabe^ 
AtoQea, mais il est faux de dire que les premières sont longues et les 
Bêcoudéi brèves ; les monosillabes toniques nu, cru^ vi/^ pil^ lattes 
€ra((e,jX, sont aussi brefs que n'importe quel monosillabe proclitique; 
iUn est de tnême de la sillabe finale des mots penu^ bourru, esquifs 
P^tUi* écarlatét ûarùtie, projet; dans les mots en -aiionj Va est beau* 
^up l>lus long que la voyelle tonique -on. Sans doute on peut 
^peler, par comparât son ^ f< iambe i^ un pied composé d'une atone et 
dW tonique et tt anapeste i> un pied composé de deux atones et 
UQ^ touique. Dans ces conditions il i a, au moins à premii5re vue, 
'^i (lûa pestes daas le premier des deux vers cités plus aut et des 
iambefl dans le second. Mais dans ce deruierf dira-t*on que « et 
>^<N est un i^mbe au mêuie titre que u Je viens »? Il i a un accent 
iÉ^àndaire suro sO'>p, inai^ uu accent secondaire ne vaut pas un aci^ent 
phniairo. Dans le premier vers, il î a un acceol tonique sur « Oui j^ct 
(Î0I accents secondaires dus àraccentuatii)n binaire sur t^djiDSM,'< a-»*, 
til'Ë**!, Ce vers contiendrait donc beaucouj) pi ntÔt quatre crétiques que 
«luatre anapestes ; m;ii» ce n'est jamais que par comparaison que l'on 
p^ïyrrait ippeler ces pieds des crétiques; ils présenteraient même 



8 fi BIBLIOGRAPHIE 

cette bizarrerie incotiDue aux vrais crétiques d'avoir la sillabe initiril»: 
plus faible que la fioale. Et d'ailleursî le fait de comparer un objet k 
un autre n'a jamais donné nu premier lu nature du second. Si Ton 
compara uno choaetteàim chat^ comme Ta fait Tétimologie jiopulaire 
dan^ le mot chai-uanl^ il neu ré«iille nullement qu'une chouette eoit 
un chat, 

M. Wulir a beaucoup trop négligé ristoire de T alexandrin françaia 
ou plutôt il en a Imaginé une qui est toute de fantaitie. En 
réalité TaEeicandrin primitif est un vera sillabiquB^ composé de deux 
émiKtlchas semblables comprenant chacun »ix sillabes, dont la siïièim 
ehl une tonique et peut à l'occasion être suivie d'une septi^mi 
dite féminine* qui ne compte pai û&nn la mesure. Et c'est tout ; il n' 
a rien d'autre k ^bej cher dana ce vera. Il s'est beaucoup modifié pafi: 
la suite des temps et je n^ai pas à lelracer ici lea différentes faseA' 
de son évolution. On les trouvera exposées dan^ mon livre Le vers 
français^ qui est achevé depuis longtemps, mais n'a pas encore paru 
purce que noa éditeurs fuient comme la peste^ dana le doitifttne dea 
lettreii, tout ce qui a Faspect acienlifique, et réservent exclusivement 
leur mauvais papier aui romana senfiationnela et aux. tartinea lit(é- 
rairea vieux- jeu, . 

M, WuIfT, d'açeord en cela avec la plupart de nos h éminents w 
critiquées littéraires, ne sent paa lea vers français; c'est la meilleure 
dei conditions pour ne pas les comprendre. M. Wulff va de nouveau 
me reprocher d*étre <« sévère » ; lea raisons de mon jugement sont 
pourtaut bien ^ioipleâ : il se acandaliae des critiques que l'ai adreanéet! 
à ce vers de Lamartine : 

Tombe sous son douxfardeaUp 

donc il ne sent pas qu'elles sont méritées, tl écritt [k 62» 
M. Rostand voit probablement un ternaire dana le vers suivant: 

Une chanaon qull fit bleasa quelqu'un de grand. 

Or il est de toute certitude qu'une pareille idée n'a jamais pu verni 
à Tesprit de M. Rostand. Autant dire que ee vers de Racine dal un 
ternaire : 



I 



Le flot qui rapporta recule épouvanti>. 



« Que n'a-t-il pas été écrit en prose î ^* dit M. Wutif de Cifrano 
Que nVi't41 traité du ritme de la ])roael dirions-nous volontiers de 
M. Wulff; car il paraît avoir étudié de très près la prononcialiou du 
français et il a d'excellentes lignes (p. 6, 11 et 12)Bnr la h rjth 



1 



aliou m H 
^thmisa^^H 



BIBLIOGRAPHIE P7 

tioa 0Q airière K^c'eat-à-dire sur raccent second njre <îrt à Vaccentu- 
«tioD bînaii'eet aur les déplacemeaia de eût acceiït. 

Maurice Ghahmont. 



I 



» 



W Md^^r Lûbltet Die Betonung Im Gallischen, — [Siisungsherichte der 
Kf^tsAkitdetfiîe def Wissenschaffen in Wivn, PhiL Hiitt. Clftsse^ Banë 
aiUI, IL], 71 p. ïn-S% Vienne, 1901. (En dépôt à la Librairie Cari 

Qmid fiuy 

Uoiémoira de M. Meyer-Lûbke est une Importante contribution 
à U§olaLîon d'uQ problème qui eitcrce depuis (^uelrjuc teinpa la Hïig^- 
etté des romaDtstes et doâ celtistes. M, Thumejsen a Attuebc son 
nm k une théorie d*après laquelle « les Gerraaina, lei Celles et 
le* îtilioles ont cela de communs qii*à Topigine la syllabe initiale 
de ton t lea mots portait l'accent. » (Cf. Rh. Muséum XLlll, 349.) 
H. M. L. ïidïnettait, dans sfi Grammaire dejs Langues Romança ^ que 
liççeattitition gauloise diff'éiaitt k la vérité, de raccetitualion btine, 
oiiii il se refusatt à admettre que Laccent fût tmiformément 9ur la 
i^llah» initiale. II revient sur cette question après îivoir rusaemblé 
un copie uï materiaî. Nalurellement M. Meyer-Liibke appuie 8a 
tbéorie surrétude des noms propres de lieu, Sans se perdre dans les 
^ébils, il prend Kjs principaux groupes et en étudie les divers repré* 
lenhûiâ, ^oQi n'avons pas besoin de dire avec quelle rigueur et 
<|Ut:It s^crupules scienti^ques cette étude est eonduite. M, M. L. a 
réfliimi^ ses con^^luBious dans les lignes suivantes : ic Leâ noms de 
lieu ^iatitoia portent presque toujours Taccent iur rîivunt-dernière 
»7liabe,si la voyelle 4e cette syllabe est longue, ^ur Fantépéuultième, 
ii la voyelle de ravaut-xtarnière syllabe est brève. On ne peut dé- 
ntôfitrer dans aucun cas que Taccent portait aur la quatrième syllabe.)» 
(P. 54*) C'est aux celtistes à nous dire ce qu'ils pensent de ces con* 
cMons: ils auront fort à faire pour les infirmer^si Ton songe qu'elles 
^rtantf non d'un raisonnement, mais de rexainen rigoureux d^envi- 
tïH cîùq cents exemples. Nous nous contenterons [lour notre part 
Je quelques critiques de détail. — P. 8 : écrire Tonfiûrre au lieu de 
ÎWjwmw, P. 9 : à côté de Esera^ de Grégoire de Tours, il faut 
iMiin les forojes /j^ra, iâfern, £«erfi, de Frédégiûre.fCf. Haag, Dk 
leUniti^i I^edegar», § 23) t Bsera de Venantiu^ Forhifuthm (éd. Léo) 
Vi!, 4,15, qui, elles iiussi, supposent l'accentuation imra. P, 14: 
Àrkê. M, M. L. abandorjne lu théorie qu'il uv^it soutenue d'abord 
{Bom, Grtim, 1, 498), à cause de la forme ArléL II aeee|^te 
»4as entliougiiasme , à ce qu'il semble ^ VexpUcation de M A. 
îboDQas {dûrfie aie Ërklarung.,» das ricbtige treffen). Cette dernière 




88 



BIBUÛGHAPBIE 



doDJie beaucoup d'importaoce à un Eionitaatif dans la fonoatioii d^un 
nom de lieu ^ Lr première expUi^atiQn de M. M, L. rendait compte d# 
toute» lei forme* (même à la rigueur d*Ariéi, où il n'y avait qu'à 
Hiippoier un déplacement d'accent), maiail fallait admettre une fois 
RU moina V An/ftngêhetonung . Au reste, ce mot a eu, dé» la période 
latine^ au moina trois formea : Arelate u.^ ArtloMÎ.^ Arêlatuê (toutes 
trois daoa Georges Lat d. WUrt.), On trouve ArkUo dan» Frédé- 
gaire, 75, 14 (ed, KruschJ- 

P. 15: Ligericcun ]> Loiret N*y a-t-il paa eu au moin» cottfuBÏon 
de îecu-fUu ? P. 16. 11 me paraît inutile de aouger à une étymologie 
populaire pour^lront/e (fleuve) <^ Âronna. M, M. L. se demande sH 
j a eu diasimi lation de nn en nd après la tonique : la réponse ne sau- 
rait être douteuse. C'est eu s'appuyant sur cette dissimitation que 
M, W. Foerster tire Gironde de Garumna (Garonna dana Itin. 
Burdig. éd, P, Geyer 3,7; Geronna^i îeronna dans Frêdégaire, 
(cf, HftAg,op.Cïl.) et cette étymologie est bien plua vraisemblable que 
celle de Gareninna (p, 56), dont M. M, L. se défie d'ailleurs. Cf. sur 
Girmde. Zeiiachrift fur Rom. P/ii7.1896, p, 265 (M. W. Foerater y 
cite lexemple de Oronna ^ A ronde.) 

P, \$:Cahôrê est l 'orthographe officielle, mais la pro non ci a don 
locale est Câus (quelque chose comme angl . Cotoes) ; même phénomène 
que dans pentur ( <^ pauore) passé à.pàu. 

P. 27. La forme Hebrmn^ de réditîon Wesseling (lire 665 au lieu 
df» Si%6) n'est pas reproduite pur le dernier éditeur P. Geyer, qui a 
pourtant suivi le texte de P. Il a Hebriduno [îtin. Hier os, â, 25). 

P. 29. Aux représentants de Lu^dunum on peut ajouter Mùuh' 
îegun [vîlla;^e de l'Aude; formes citées Moniittuiun^ Mon^^iin) ave& 
un ^ paragogique. 

P. 42. M. M. L. reprend l'étymologie de chêne qull rapporte à coi- 
sanu»^ i^omme il Tavait déjà fait dans sa Grfim. des Langues 
Romanes. 

P, 47. Lent ans us na peut pas donner Limoux eo languedocien. 
Pourquoi ne p<js y voir un représentant de la t. Untosus (cf. luiosa^ 
p. 19)? Lîmùsa f orurn désigne dans Pline des lieux marécageux 
(cf. Georges) ; le locatif Lrrïi^s/s ou même tout autre cas (sauf /i>îio.*ff) 
donnerait la forme actuelle. La situation de LimouéG sur les bords de 
l'Aude rend celte étymologie vraisemblable. 

P. 53. AâéiMe est représenté dans la prononciation locale 
AisâL 

P, 54. M, M. L. a des scrupules à admettre la dissimilation 



I 



I 
I 



ïale par ■ 
rn voca- I 



h 



I 



aiBIJOGRAPHIE 

^m tfe e ctana Airebatss^ maia le groupa tr joue bien son rôle pour 
Adliter relte diBsimilatbn, 

Itiid. Comnieot Argêniauo doo&â^l-il ArgentalP H y aeu confusion 
Ab itiffiie ? 

F^ fiO. Lùdévo (avec un e fermé) ne rend pas eiacteraent la pro- 
iiotiaatioïi locale: je snis peut-être pour {juelç|ue elioae dans cette 
îûnactîtude t Ve est bien fermé et la forme renvoie sans aucun doute 
à Lnilua: mais Tw protonique eat aujourd'hui qu (aUemaad u) et lee 
doitèlre remplacé parmi è, d'où Lowdeèo '. 

J. AKGLiU>E. 



RoKAHu, XXIX, 3 (juillet 190O). — P. 32L Ovide DeusuaiaTiu. 
But rttUémtion du c îaim d^ant ej^ dafts fe* langues romanes,[S&va.i\t 
méflioire où sont réunis les faits qui appuient ropinion émise par 
M, G. Paria» dans V Annuaire de VÉeoîe pratique dûs Hautes ÉUides 
pwtr Vonnée 1893^ que »< le c suivi de e^ t, avait eonaervé sa valeur 
d'tiploiive lourde eimple jusqu'à une époque relativement assez ré- 
e«iïte et qu*on ne trouve aucun exemple d'une prononciation altérée 
«it ee son avant le VI" siècle eu Italie et avant le VU* siècle en 
Cmk], -^ R 334, R. Menénder, PidaK Elimologias upafioiuê : 
o^jàtsnc. eap.), acufftray (aiic. urv.]^ aledaûo^ aîtozano, antuzaîw, 
OKiiga, armatosÈêt ^azt^mar, azuzar, basura^ bodigo^ hret^a, camélia ^ 
f^iMUa^ cerrojû, cihieîta (aatur.)» cebilla (santand.), cohndra (astur.), 
^(/ronàel, coUaio, colwnhrmr, corambrCt cudîîlas , chkhôn, ckiùn, 
^Wt. chiëfé, eëcabeehe^ enridar [anc. esp.), em^amacho, e^amujo^ 
^Kamfmdo, escantmujo^ majttelfi, escorro^, escosa, esûripia {aslur.), 
ftciidir^ tstrago {n^^,)fesitragal l^àtiiSind. astur,), estropajo, /orga;m 
{lilar.), gâchas, gclfm, gol/Oj grienêt grulla^ hcjaldrey jakar^ i«^" 
(wirfaL), Jamêlgo [anéni.) ^ jilgueroj pint€tcilgOr lecina (arag.)^ lorOt 
^mltcùt Jtiifigdf bieldo^ mùs^encOfnetnigaja (anc. eepj, Gr^ndadù^ 
*»fmtk,jmr diez, jf^'iguera, peldoflo, pulgar (astur.)j ncadia, recaia 
«Bc. €sp.j, rtçel (aûc* esp.), recorro (anc. esp.), rematart tetmile, 
•"Wierfir remeir ^anc» esp,), roano, rùgot armego {arag;),ntrio, iangut' 
j«ia/a, aanguja, n^irdà, neiîaMé (astur.), serôja, nerondo, neffia, ^eia 
(»nc. eepOï tùnada, Hmlki {anc. eap»), tolondro, tr(ifjiitai\ trcchar, tm- 
chuelh^redêffa m bre, t^licûm en, verijn j sfM^im ( aat n r) , gengo^ mtg mda t , • en- 



* Pt 3â: c'est pat erreur que r de prov, fteja est accentué; p. 37: 
M/onni^ttf* iu lieu de hnlanniquts; ji, 5*3: 1. M. Grammout ; ibid^ 




90 



BIBLIOGRAPHIE 



gar (anc oap.)- — P- 380, F* Lot. Le rai Hoël deKerahè»^ Ohèt, lô^ 
vieil barbé^ ^« w chemim d'Ahèx »* «i Z« vUk th Carhakc. [ L'auteur*™ 
cherche à pfécifiei- tes liens qui existent entre le roi Hoël, de Petite* 
Bretagne (p^re d'Iseut, Tamimte de Tristan), Ohè«* «< le vieil biubé »>, 
seigneur de Kerahôa (du roman d'Aiquint la princesse Ahès. à qui 
le peuple attribue les vieiiïes routes de Bretagne, et le non) niéme 
de la ville de Cafhaix, en breton Kêr-Ahes, qui serait, d^apî>è*:fl 
M. Lot, la transcription bretonne de ewitas Ommiorurn (Ohès^OMmmi 
on Osismio»}: la disparition des Osiëimi aurait induit à imaginer un 
roi ou nn J*eigneui% Ohès, dont Carohèa (Carhaix) aurait tiré son 
nom), — P. 403, Paget Tojnbee. Bemmuuioda Imola andih^ îliad and 
Odyssej* [Ben venu to emprunte une partie dei citations d*HomàrôpM 



qu'il a insérées dans son commentaire de la Divina eomûdia, à la tra- 
duction latine de Léon tins Pilatus, i^ue son ami Pétrarque a dû lui 
communiquer : le reste, il le doit sans doute à son maître Boccace. 

MÉLANGES. — P, 4 Iff- G, Paris. La Ugettde de h meilk Ahés. 
[Peut-être ce nom cache-t-il le nom ûe quelque déesse gauloise à 
laquelle on aurait attribué la protection et même la constniclbn dei 
routes (^oj, ci -des 's us). L'idée qu'an j^ersonnage d\me longévité 
ce]>eudant exceptionnelle renonce à des constructions commencées 
(on simplement projetées), à cause de \& brièveté, qui lui est soudain 
révéiôe (ici par la rencontre d'un merle mort), de la vie humaine en 
général et de sa vie en particnlier, se retrouve dans hi légende de 
Mathnsalem, assez répandue au mDven âge. Les raisonnements et 
li/s textes apportés rendent la thèse très vraisemblable |. — P. 224, E. 
Kitter. Une prétffndne mmiitm dé l'Archanl arîêsUn, [Dans le testa- 
Tuent^ de Î422, du cardinpil Jean de Brogny, cité par M* Sîichier (In- 
troduction aux Narbonmik, n.p.LXXxni), d s'agit d'Ârchamp (Haute- 
^MVoie)]. — P. 425. Ch. Bonnier Cn nouveau témoiffnage de îu ehan- 
Hon tîê Bumn. fil se trouve dans le Reaioi" du Paon^ de Jean Brise* 
barre, eonjposé vers 1330], -^ P. 426* G. Paris. Labamire. [Dana 
VEscou0ê, de la, hmutm 1728 (rimant avec auirêê) doit être corrigé eu 
de làhamlrt ^^ alabostrum, par aphérèse de Va ; de même, dans la 
Rfmiajïdé Troie { vv. 14-560, 14,844 eE 2Û.(y05)t il faut lire dt htbft&^ 
Ire en rime avec empioâtre^vt menUi^Hlre. Pour une aphérèse setijblable, 
on pourrait rapprocher benus ^ ebenua]. — P. 429. G. Paris, Oâterin 
[Non de oHtrmn, mais du g^rm,uttêt^ est ; le sens est non u de pourpre n 
ou " étôff*^ de pourpre u^ inaii i* étoffe provenant d* Orient n], 

CoMpTKS KENDuâ, — P. 433- F, G. MnhL Les origines ramafWJt, 
Biiidâs sur le hxique du latin iful§aire. [A. Thornus: résumé de» 
cuncliisîonM des 15 articles qui composent l'ouvrage; le rapporteur, 
tout en refu^^ntd'âccepterbi thèsefi^vontede M.Mohl (voye^ t, XLUL 



I 



I 
I 



BIBLIOGRAPHIE 9t 

Urmàu da fasckul^ d*avnl)f read hommage h ses brillantes 
^iditée m h son érudition étendue], — P. 438, H, Schurhardt, Huma- 
nnde Etymolùçien^ II. (^, Thomaa: réserves; M. Th. n'admet ^ms 
/wrkfecoainae oiigiae de irouvtr et «'en tientà *lrâjyârtfj, — P. 440. 
G, Leiép i*#«^ sttbittantifB postverbattx dans /« iangtie française. 
[ij. Piris : c'esl \e sujet qu'avait étudié Egi;er, qui coasidéfiiit à tort 
(comme M* Leué lui-méin^) les ooras tirés dei verbes «an» Taide de 
tuffiwf Comme fomida parajjQCope de llnfînitif ; tJ'Bvail tnéritojre, bien 
(jne M. G, F, a'iicceple pas rûpinion de Tatiteuï' sur le mode de for* 

0ti dêi noms verbaux, que M. L. a^peile pf^xtverbau^. M, G, P. 
âinai sa maDièfe de voir: « îe sujet partant, ayant noté le 
ni|}port €ntre e^mlt^i;»! et les diverses foriiies du verbe dont rînfînitif 
6il û3nfâr«, a créé pour d'autres verbes des substantirs ayant le même 
ftppofl avec les formes correspondantei de cea verbes, et coratiie 
eaUum avait raccent des formes rhiîto toniques f ^ avec l'accent sur 
le fa()icaï\ il a instinctivement donné à ses créations cette même 
foTOit a. C'est la vérité même]. — P: 445. Rudolf Tobler, Diis attprû- 
tmisiische Version der a Dtsiteka catonîs ». [P* Meyer ; quelques 
oofrechoQs à ce texte mutilé et difficile sont proposées par le rap- 
prteur, qui a publié if y n cinq ans des fragmenta du même texte, 
ànï Qoe petite partie seulement correspond à ceux de M. R. Tobler]. 
— P. 447* A, Vidal et A. Jeanroj, Compies consulatre» d'Albi. 
fP* Meyer: éloges, quelqueis critiques de détail^. — P. 45 L Matteo 
"tf toïi . Ue ber e ine St udtêureî se * ur Erfa rscJt un*f des AUro ma n têch en 
Bitioiatienf. [M. Roquer: fwviitablel. — P. 452. V. Heury. Lea-iquc 
^mohgttfue iks termes (as pi us usueh du tireton mmlerne. [A. 

Bas: éloges, quelques observations et rectifications!. — P, 453. 
ondauce; lettre de M. (t* MoJb h M. Marins (toques ci réplique 
if «llui-d. — P. 464. Chronique. — P, 470. Livres annoncé» sotn- 
wtirement. 

^ — P. 489* A. I^nguon. Un vesU^e de Vépopêe mérocin- 
§mm: la ehfinson de Vahbé Dfj gober i, [Aui noms de Floovant 
llimé des quatre fils de Cïovîs)^ de la fameuse reine tiruuebaut, de 
Dtgobert 1**^, de» deux premiers Clovis et des deux premiers Clolaire, 
**»« chronique latine du XI h siècle^ écrite par un moine de Pontlevoy, 
pinnet de joindre celui de Dagobert II, qui vécut de (350 environ à 679, 
comme ayant servi de sujet à des chansons de geste, M. L. appuie 

■cipalemeut sa thèse sur les noms propres Gnj^mwrfïts ^ Grimaud, 
fr«n^"Ni*e de GrimoaM (le mfiirp du p^Jnis ipii nv^ït cnffTti^é 
dttu mn cloître Ipjeu^e fils de Si^ebert Hl) et Eduardns, trnnscriijtion 
liQtlerienre de Chddcbertus, HildehfU*tMS (le UN ûv Gnnio.ild mis pur 
loQfitfre sur le trône d'Austrasie; |. — P. 5(>1. l£. Oaltier. Mtf ranima, 




9Î 



BIBLIOGHAPHIE 



[L'auteur dëmoti(re rorigine byzantine de plusieurs miracles ou contes 
dévots du mojeii âge» qui nous sont paiTeous soit en latin, soit eu 
français.], — P. 528. P. Meyer. Le Psautier de Lamberl fe Bèffue, 
[Ce psautier appartient au Musée britannique; le» noms de Muinis qui 
figiîrent dans le calendrier prouvent qull e?t d'origioe liégeaise et 
certains traii* parlieulierfl qu*il présente sont dus à Lambert le Bèg-iie, 
le foodateur âe9 Béguines. En effet, au v» du f^ 7 est une luiniatura 
{reproduite ici en phototypie) avec^ en tâte, ces deux vers: 

Cist prndotn fist prumiere î'ordne de l>egina(^^ 
Les epistles saîn Poul mist eu nostre lengage; 

et iur une banderole qni a*àtend d'un bord à Tantre de la mima.ture| 
on Ht: 




Ge 8ui ichis Lambera^ net tenei pas h fable. 
Kl fonda sain Crieopble^ ki enscri cesie table, 



don^ 



et au T° du même f^ se trouve une cnrieute table-caïendrieri 
M. P. Meyer a découvert Tingéuteuît mécanisme, qu*il expose d'nne 
façon fort claire; enftn aux f*' 9 r« et 10 r* on lit deux pièces en vers 
français de douze syllabes, relative*? la première, à la Nativité ; la 
seconde, à la Sépulture et à la Héaurrection dti Sauveur, qui sont 
impiimées à la fin du mémoire. Un court appendice présente quelc|ues 
observations sur VAntif^raphum Pétri adressé à un *' Lambertu^, 
presbyter de Tectis '► (Theui, diocèse de Liège), qu'on a peut-être 
eu tort d'attribuer à notre Lambert^ *icîrivant sous le pseudonyme de 
Potrus. ]. — P. 546 C, Salvîoni. A proposito di amis. j 

Mklaî>!GE3. — P* 559, Pûget Toynbee. Tarlnr chGtst {Inforfm^\ 
XVI l^ 14-17). [Parlant de la peau bigarrée de Geryon, Dante dît qne 
les étoffes des Tartares et des Turcs n'ont pas de plus nombreuse;; 
couleurs soit pour le fond, aoU pour le dessin. Les étoffes dites tar- 
tares, au moyen âge (a» fr. tartairej^ étaient des étoffes de soie fabri- 
quées en Chine, mais tran&portées à travers ïes pays soumis 4 la 
domination tartare^ D'après le commentateur Casini, êommeue^ dam 
le texte en question^ désignerait le fond uni^ ^ftpprapoêie les applica* 
tioûs de couleurs et de figures variées.] — P, 564. A, Longnon. Zrf« 
dettis CoffuillarL [Le traducteur de Josèpbe, qu'on confond ordinai- 
rement avec 1^ pootc rémois, serait 3on père],— P* 570* A. Johnston, 
DêPek^pmeid ûf latin f* in tnncan* m(^xite aW-mento forme. — P. 574. 
H. J. Cuervo, Aaidia. [ Ce mot, qui figure dans tous Ira diction- 
nftîfes an sens de a espace de luciole t» (commune dnns les Indes Oeci- 
dt*ntfilea, en particulier à Cuba), nVst nullement espagnol : il est dû 
à une en'eur d Interprétation d\vn passage de Vllistûrm dû Indian de 



IP 



BIBLIOGRAPHIE 93 

Herrcm, où il ett qutitioti du cùcu^o. — P. 578. Ch. Jarel, Norm. 
e£iféf » mettre hora de soi, troubler. »> [ Ce mot est d'origine scau- 

Comptes hkkdus. — P. 579. For^hungen zttr ronmniscken PMh- 
h^. [M. G. Pans fait un caiDpte readu élogieui de c^s onse 
pémûirea offerts k l'éminent romaDÎate Hermann Suchier, à Tocca- 
iioadu 25"^ anniversaire de son professorat]* — P. 586. W. Bruckner, 
Charakieriêtikdergérmamsth^ Ekm^ntê im Jtalimkchen (C. J .Cipriani : 
ébgetavec quelque» re a tri cl ions tîe <îétaH). —P. 589- E, Waïbeigt 
k Biitiaîre d€ Phiiippé de TTiaûn (G. Paris : favorable ; eorreciioris 
lisez nombreuses proposées à ce texte difficile).^ P. 593, Ed.Cuoke 
Armstrang, k ChtralieT à réjtét (G. Paris ; asseE bon travail ; le texte 
p^uimi être encore amélioré; la partie la meilleure de m travail est 
ût\h qui est consacrée à Fétude comparative des trois ou plutôt des 
^uiétémeals dont se compose le récit et qui donne occasion àTémi- 
n«ni critique d'eiposer ses vues piopies iui Ja façon dont est traitée, 
^m It poème, la curieuse aventure attribuée à Gauvain).— P. (300. 
Ih Ko w 61 et Ad. Bireh'Hirschfeld, El Ubrode ha onxiemploê M Conik 
Lucamr «I de Fatronio^ de Juan Mauuel (Maria Goyri: édition meiï- 
leuftt que les précédentes, mais non définitive).—* P. 602. F.-G.MohU 
Xûliî rectificative à propos du rapprochement du mavrti do Vienne 
et du U4VRTB archaïque de TuBculuni. (Voj. ci-deiaus, au compte 
«Mil de XXIX, 3). — P, 604. J. Loth, Le mm tk Carham (observa* 
tiaDB sur Tarticle de M, F. Lot sur Lt roi Hoèî de EerahèB, dans 
Bmûnia, XXIX, 380 etiuiv.j. — P. 605. Réponse de M. F. ï,ot. 

PfeMOniQUKS* — P. 61 L Stut^ di FUalogm romança, vol, VUl 
[P.Meyer),— i\M3.ZÊiîschri/tfi£r romamache Phihhgiê,yiXiU,2^3 
(G. Paris). — P. 616. Zeïtiichrifi fiir franzësim:he Spmche und Lite- 
Tfitttr, XÎX, 2- partie. XX et XXI (A. Jeanroy). — P, 630, Bulletin 
hùkmqm et philvhfjiqm (années 1896, 1897, 1898). — P. 623. Sechâtêr 
Mreëhsrichl du Ir^atilats fur lîtifumninche Spra€he {Rumœniâck^ft 
Sf:mimtr)sit Léip^iij^ heraus^ej^eben von... Prot D*" Gustav Weigand 
[M. Roquei : ce volume contient l'étude de M. Weigand sur les 
Samoteh-und Theifssdmlekte et la tin du Codex de la famille Dimonie \ 
ftiflis ta parti" la plus importante est Vlstiri^rumœniiehei Oloamr^ de 
11. Arthur Byhan). — P. 624. Chronique. — P. 628. Livres annonces 
•oinmairement, 

Léopold CoNstàKs. 




CHRONIQUE 



Le coMeté RéoîONAUSTE DK TOULOUSE, On QOiis prie d'insérer 
communkfltion suivante : 

Le Comité régionaliite fondé le 18 février ileroier Bt; propose 
d'organiser à Toulouse, le 25 mai protLaîn, uo Congrèe régional i s tô__ 
où Baront discutées lea queetione qui Jntérieseenl plus Rpêcklement liH 
Midi* La dale duce Cougrè» coïncide avec îe« lêtee de la Saoto- 
Ëatèlo^ qui vont se eélébrer k Pau^ h lundi de ]a PentelfÔte^ et pennet 
mum de Tèunîr â leur pajsaage les féltbreâqiu se rendront 4 cette fête. 

Le CoDgrés se divisera eu troiâp&rtieâ : 



d 



L — Déceotralisation adndnifftrative ; 
IL — Décentralisation économiqtie ; 

IIL ^ Décentralisation intellectuelle : 1** Emeiffnement't^PŒuare 
de Vinitiative privée dans le domaine des Lettres t des Scienceê et d^$ 
ArU : Le Filibrige. 

Nous avons pensé que voua ne rester lejs pas indifférent à cette 
réunion et que vous tiendriez à j participer. Des billets de cbeniln 
de fer  moitié prix seront délivrés tinx congressiites qui en feront 
la demande au Comité. 

Nous vous prions instamment d'envoyer votre adhésion avant le 
15 avril, date de rigueur, soit à M. Armantl PravieLj secrétaire du 
Comité réglnnaliate, 9. rue de TUniversité, sent a M. BKRTHOrMlKtr, 
trésorier, rue Denfert-Rochereaut 15. 

Seuls, les adhérents nu Congrès pourront participer à ses travaux 
et y fiiire deH cutnmunicationH. 

Ce droit de participation est fixé à 5 francs. 

Veuilles agréer, M.j nos civilités tonfraternell es, 

André SotruRiiL, capÎ8col de \Eacolo Mawidim ; J^Félieien Oaimv, 

«ecrétwire de La Terro d*Ov: Armand Peavirl, directeur de VAm^ 
L'itine: Bené DE Maeans, rédacteur à L'Ame Latine; Charles Dk- 
uiusTE, directeur <le la Rei^uç ProinncMe ; Marc LAFATiGtTK^ homme 
< \ <i lettres ; Al pb onse M o U Ll N J K ft^ d ire cteur de L 'A ri Méridian al ; 
Ikron DÉHAZAUs de MoktqailLârd, directeur de la Rt^ue des l^jré- 
tféta ; Emile ChnTkiuikG^ eorreepondant de rinstitnt, secrétaire de U 



N 



GHBÛNIOUE 95 

d'Archéologie ; Edouard Pb[vat^ ar€hîvîfftô-piiléogm{ïlie ; 
LiRYS. directeur de GalUa; Q, Beethoumieu, admlnifitrateur 
La Terro d'Oc. 
Ont déjà Mlhéré ; 

Haorice Baebks; H; Beauquihr, dépoté ; De BEADREPAiRE-FROMgNT, 
réducteur en cîief dt; La Tradition; J. Chahlkï^-Brun, decrétiiîre de 
la Fédéntîon Région al îste frac ça i se ; Camille Cu A base AU, professeur 
de Littérature romane a rUoivermté de Montpellier ; L, Coustasîfî, 
t^rofesseur de Littérature romane à rUnivereité d'Aix; EmtDaniirl 
DelboUSqU ET, Gaston JoDfîDANNE^ félibre nmjoral ; Joachim GAfiguËT, 
dircL'tciir du Pays df France ; Ch. Lz Gofi'jc ; Bené Grivabt, secré- 
tiire général de FUnioD RégioDaliete bretoone ; Emile Poûvjllon ; 
Ckrltia Râtieu, félibre majorai ; L, Xavier db Ricard, prémdenl 
de II Fédération Régioualiste françaiee ; F. Mistral, 

U Gartulaxee de MaoîIELONE, — Deiii membrea de rAcadénùa 
diiRCiences et lettres et de In Société archéologique de Montpellier^ 
M, F, Fabrèqe, le «avant et brillant écrivain, propriétaire et historien 
de raiitiquL* nathédnde de Magudone, et rérudil urthiviate dtî dépar- 
t«mçiit de l'Hérault et de la ville de Montpellier, M. J. Beuthelé, 
^éiîiieni d*eotrepreodre la publtcation d'un des manuBcritd lee plu^ 
îiûfMîrtaQts lié ooftiin'iiivee localea, le {hrttdaire de Maguthme^ recueil 
t^ iiï énormes in-folios» consîitué au XI V^ siècle et qui contient prèa 
dt ikuji mille cinq cmts dorjUîtifnlt^ ri:latrfg aux dJIféreutes localités 
f^ompriees dans Tan de n diocèie de Montpelher. 

On J trouvera Thistoire seigueiErîale, eedêmastiquei commerciale, 
iK etc%f de la plupart des botirgî^, villages et mas de notre 
mdîieeinent, depuis ïe XI*" sièclo jusqu'au XÎV^ 

tÎDe disfaîne de paléogT«phow et d'auxiliaires ont été enibrigadés 
potir h préj>aratîon de cette CBUVre considérable. Nous l itérons 
d*bonl quelque» anciens étudiants du cours de paléographie de la 
Fjk'ulté des lettre!^, nolamintnt, M. B. GailhabDj docteur en droit, 
bilfliothécairc universitaire, et M. Maurice Tkissieb. diplôrj>é d'études 
•tipérieufes d'iiistoire. L*Uuivereité dt? Montpellier ih? trouve muH 
pijerwi dette de rei»on naissance ïi M. FAnUKGE qui^ en tant <le cir- 
CaaAtaaces, et notammeot lors di' la fondation de Tlnstitut Rouieson- 
Bertrand, lui a tçjuoigné une synipathie ai dévouée. Meotionnona 
«ûcore la collaboration de M. Talibé I^on CAfSAN, archiviste dîncé- 
sus, qui publie en vo moment, dan h les Mémftirr.^î de It SomèU 
ûfthéologique de Montprlliei' [en coHaboration avec M. Piiul ALAUf^, 
•adea archiviste du dépiirtement de l'Aude, et avec M, iliYNîALj 
profevseur à la Faculté de droit de Mantpellier)^ les cartulaires des 
abbayoe d' Alïiaue et de 8aint-Guilhem-lâ-Déeert, 





île 



CHBONIQUE 



La publtcaticra dn Chriuiaire de Ma^uelme formera une quinzaine 
de volamea iii-4". Le texte des doctiiiiente sera accompagné de Dotea 
hiHtoriqiîeft, topographiqnea, etc. Cbaque volume aéra muoi de tables 
chronologiquea et méthodiques. PI UBÎeiirB cartea y seront joint es, qui 
prësenteroot la recouitituticm de Taucieu dioeéae de Montpellier au 
moyen %&. 

Aucune de nos SociétéB savantes ne disposant d© ressources assez 
consid érables pour pouvoir se hiucer dan a une entreprise ausai impor- 
tante^ iï semblait que ce vaste manuscrit dût toujours retter înaccôB- 
Biblo au grand public. Grâce à la munificence de M* Fabrége, le 
Car tid aire tfeni bientôt à la portée de tous les amis de notre histoire 
locale. L'érudition moDtpdliéraine a trouvé son Mécène, 

(Le Midi Mont^in.) 



4 



Mot nouveau. -^ Quelques lecteurs de la Revue ont s&ns douta 
remarqué un mot nouveau que les journalistes sra ploient volontiers 
en parlant dea affaires d'Allemagne; c^st le mot tnondial : politique 
tnondicUe traduit WeltpolàihAÏ ne paraît pas dater de loin, et, quoi- 
que! soit difficile de prédire aa fortune, il n'j' a pas de raison pour 
qu'il ne prospère pas! Lea diplomates furent moins bien inspirés^ 
quand, ij y a quelques années, il nous gratifièrent du Hinierîand ; 
\\ leur aurait été li fitcik de dire arrière-pays, 

J. A^GLADB. 



Le Oéra rt l rmponèah le: P . H a M kl l fî * 



ONOMATOPÉES 
ET MOTS EXPRESSIFS 



I 



On appelle ùnomalopées les mots dont la son imite celui 
de Tobjôt qu'ils désigoeot. Les unes aont vouluei, comme 
$hugiou^ frou'frou^ tktac^ c'est-a-dire qu'elles n'ont pas 
dWlre origine que F imitation même d'un bruit de la nature. 
L«i autres sont accidentelleâ, c'est-à-dire qu elles ue dot 
fent leur valeur imitAtive qu'à l'évolution fouétique normale 
d*ua mot qui n'était nullement onomatopéique. Tel est le 
Tôrbe vba, fnëhan n souffler n , qui a toutes les qualités 
oécessairea pour peindre le sou Me et remonte à une forma 
iiiBïîireagive prégerm- * pnek-, cf. gr, nvétù. Dans la pratique 
ileit souvent inutile et i! serait parfois difficile de distinguer 

^ ces Amt catégories. 

^ Le8 poètes ayant généralement senti avec nne remarqua- 
ble intan site et souvent utilisé avec boneur la valeur espres- 
iîv€ des mots dont noua ellons nous occuper^ nous citerons 
mtintes fois à l'appui de nos explications des vers où ils l'ont 

^L aile en relief et renforcée, 

r 

^B L'onomatopée n'est jamais une reproduction exacte^ mais 

~ QQe approximation. Les sons du langage ont certaines qnalitéa, 
ie« brnits de la nature en ont d^autres, et les uns ne peuvent 
pis recouvrir strictement tes autres. Un musicien qui vou- 
drait reproduire le bruit du tambour au moyen d*un piano, 
luv. — Mar»-ATrd tyOL î 



98 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



n'arriTerait jamais qu'à l'imiter, qu'à faire quelque cbose qui 
en don Gérait ridéê; son oeuvre ne serait qu'une adaptation 
et à proprement parler une traduction. De même lorsque 
nous reudoBS par une onomatopée un son extérieur nous 
le traduisons en notre Iiuigage* On peut même dire qu'il i a 
une double traduction; non seulement nos organes émet- 
teurs de soES traduieent à leur manière les données que leur 
fournit notre oreille, mais déjà Toreille avait iîiterprété et 
traduit les impressions qui lui parvenaieut. Le mot coucou 
reproduit assez bien le eri de Toîseau qu'il désigne. Ud soir 
que j'entendais un coucou répéter son ehant monotone, j« 
priai un de mes amis de IV coûter avec attention et de me 
dire si c'était bien coucou qu'il entendait ou quelque autre son. M 
» Alors, me dit- il, tu voudraU que le coucou ne fasse pas cou- 
coul — Je ne veux rien du tout ; écoute et dis-moi ce que tu 
entends ». Au bout d'un instant il me répondit qu*ilentexidaitfl 
bien coucou * à n'en pas douter n et qu'il trouvait d^ailleurs 
ma question assez saugrenue. « Saug^reuue tant que tu voti- 
dras ; je prétends que tu n'entends que ou-ôu^ c'est-à-dire la 
même vojelie ou repétée deux fois avec une légère différence 
d'intonation, mais aucune occlusive, aucuu € devant elle « u 
Après quelques minutes il était convaincu que j'avais raison. 
Mais pourquoi avaît-il cru entendre ro^f^or^ jusqu'au moment m 
oin je l'ai averti qu'il ni avait pas de c ? Parce qu'il avait des f 
abitudes, comme nous en avons tous; purce que dès sa plus 
tendre enfance on lui avait appris que le cri de cet oiseau 
était coucou f et que son oreille prévenue n'avait jamais 
entendu autre cbose ; parce que d'autre part il u"* était 
guère accoutumé à prononcer deux fois de suite la même 
vojelle sans consonnes et que coucou était d'après nos abi^ 
tudes rinlerprétaUon et la traduction presque obligatoires 
de ce qu'il entendait. En e£fet si quelqu'un imite à quelque 
distance au moyen du mot coucou Je cri du coucou, son imi- 
tation se confondra absolument avec le vrai cri de l'oi- 
seau^ parce qu'à un certain éloiguement nous confondons les 
occlusives ou même noue ne les percevons pas du tout ; de 
là notre abitude de les restituer dans les mots que nous re- 
connaissons et d'en supposer dans les autres. Dans ces sortes 
de suppositions ce n'est pas le asard qui nous guide ; ainsi 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



99 



I 



lieri d'un oiseau que Too entend om-oii, c'est-à'*lire à pôti 
prèi le nom tlu grand-duc et] alieniHDd ùhu, na saurait être 
Irdtiit poupûu^ boubou, toutou^ doudou^ ni même gougou; ee 
HTimiX ée mauvaises tradactions. Le$ seules ocelusives que 
oouisdpposioDS naturellement devant une voyelle sont celles 
quioBt le même point d'articulation qu'elle. Les introduc- 
trices normales de la \oyeile vëlaire 011 sont les occlusives 
vékires j et g^ ; mais cette dernière comporte une sonorité 
qai eit eicellente pour rendre la réso nuance prolongée d'une 
cioebe dans Tonomaiopée ding-dong^ mais qui serait ici une 
tUi»*irféiaLiofl. La sourde € [q] convient donc seule absolu- 
ment» et coucou est une traduction irréprochable. 

Le mot ikt(w^ désignant le bruit que fait le balancier 
d'oût pendule, mi un autre exemple fort instructif. Si Ton se 
Dieteti face d'un balancier et qu'on Técoute en commençaut 
iu moment ou il bat à gauche oe entend tk tac^ tic-tac ; ii 
l'OQ cesse d'écouter, et que Ton recommence au moment où 
il kt à droite, il semble que Ton doit entendre tm^ik^ tac-tic. 
B û-®ïï est rien: le balancier fait toiiyours tic^tac^ tic-tae^ ce 
qm montre bien que par i^e mot (tc-tac nous ne reproduisons 
]>»* exactement le bruit du balancier; nouâ crojons entendre 
tit-îQc parée que c'est là ee que nous nous attendons à en- 
tendre, et si nous essayons de changer Tordre pour entendre 
iQC-tiç nous entendons encore tic*lac parce que ïa force de 
ribitude domine les impressions de notre oreille. Et pourtant 
Ikim est une excellente onomatopée; le balancier fait en- 
l^Qdre en réalité deux petits bruits sec h qui forcément 
diffèrent un peu F un de Tautre; c'est cette différence qui est 
niirf|née par la modulation que produisent les deux vojelles 
têts. La répétition de ct'S deux aillabes analogues qui com- 
meûc^nt et ânissent de même marque que le bruit est répété. 
Ui deux voyelles. extrêmenieiH brèves et sèches, peignent 
bien un bruit bref et sec. Celte qualité est encore accentuée 
par les deux occhisives sourdes qui ouvrent et ferment chaque 
^llabe» C'est donc une onomatopée parfaite^ mais ce n'est 
pat une reproduction exacte des bruits qu'elle imite. 

Si c'est Tabitude qui nous contraint à entendre tk-tac^ 
fQ*eft*ce qui a déterminé ceux qui ont créé le mot à ranger 
ftos deux sillabes dans cet ordre plutôt que dans Tordre 




leo 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



ÎDversef C'est uu6 autre abîtudê beaucoup plus générale qui 
domine tous les mots à redoublement de formation purement 
onomatopéique. Quand ilâ ne sont pas eonstituês par larépé-__ 
tition pure et simple d^une même sitlabe., comme coucou^ rôn^M 
roUf ijkiughu, cri a^î, Ih ont une apofotiie spéciale (ct\ Grum- 
mont, La dtssimiialimi, p, HO), absolument indëpendHiite de 
l'apofonie ordinaire dei langues indo-européennes, et qui veut 
que leurs vojelles toniques soient toujours /, a^ oi*, sans que 
cet ordre puisie être interverti. Queli|Ut;fois, mais rarement. 
Va est remplacé par o ouvert, vojelle de valeur à peu près 
équivalente , comme nous le verrons plug loin. En voici quel- 
ques exemples: ir^ pif'paf, pif paf-}muf^ — Inm-boum^ èim- 
ùam-knum^ — flic- fine, flic- fine ^ — cnc-cmc, cric-croû, — cH>ciac ; 
-* ail. pmpfiMfimHy — pi(fpa(fpuff, — flickftack, — ktippklapp, 
— kiii^chklfîfsch^ — npsrufs^ -* s kwippscfiwapp^ — îirum- 
iàrum, — klimperkldmpef\ — kiingklang^ — singmng; 
angl. critidù-tTaddier — widdle-waddie. 



II 



Lorsque Victor Hugo a écrit ùnn^ i\'apuicon !! : 

Le fiùt sur le flot se replie» 

il n'a pa-i voulu il ire qu'un flot se replie sur un autre une fois 
pour touteSf mais il a fait sentir trcii nettement que les flot^ 
desuccèdL'Qtet se replient les uns sur le^ autres continuelle- fl 
ment etd*une manière indéfinie. De même dans lus onomatopées 
leredoublement à la propriété de su|^^géier Tid^H! if un bruit qui 
se reproduit d'une façon continue et un nombre de fois indé- 
terminé (cf, La dimm fiât ion ^ p, 164 ^qq.). Ou bien le bruit 
qui se répète est toujours à peu près identique comme celui 
que dèHïgtient lea mots fr* gloughuj ronron^ murmure^ gr. M 
^a^â^ùi M je bé^iùea, ou bien il présente une certaine modu» " 
iittiou comme ceux qui sont traduits par lea onomatopées cric- 
crac. pifpaf'pouft him-èam-ùoum. 



I 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS ÎOÎ 

lU'est d'ailleurs Dullement, iiuiifipeuâable que la répétition 
pûfte sur one sillabe tout entière ou stir un gï'QU[^e de eon». 
Dmscei émiatiche de la fable Lt coche et la mùuekn : 

Ta, vient, fait Fêmprêâsée, 

rallîtéraliôn du v qui commence le^ deux premiers motu a suffî 
à Lst Fontaine pour rendre en quelque soi te maïérielîementsen- 
sïbleâragîtation ©t \e9 allées et venues continueliea de la mou - 
eli6* Il n'en faut pas darantaga à un mot qur désigne un bruit 
pour devenir onomatopéique et (aire sentir que ce bruit «ti 
reflète. Tels sont la plupart des motî* a réduplkatimi f/risée 
[Dmimiiûtwn^ p* 168 sqq.}^ comme lit Ifamàéti a grommeler », 
burèéti <[ bégayer », lat* Mbm <i bègue», ^t, jSopÇi&i h je 
boupdûûne », v. irl* bahléïr u bavard», lit, biaùûris u bavard »»» 
tfjiûrm tt dindon », gr. tirap^ç a faiiïan «, fr. caqueter, tinte- 
mmt, haràoter, gargomi/êr. Le fouème dont îa répétition fait 
onomatopée n'est pas nécessatrement une consonne ; il peut 
aaiii hlen être une vojeUe comme dans ce vers de M. de 
Heredii ; 

Et Pfln, raîentisBÉïfî^ ou précisant la cadence. 

C*t9t le cas pour le mot moiiotone dont les trois ù semblables 
peignent si bien ua bruit identique répété indéfiniment; dans le 
^^IrHquetii les deux i jouent un rôleé^aiement suggestifpour 
(tu bruit d* une nature précise, celui qui résulte de Tentre- 
ohoquement des armes & ceux qui sont analogues à celui-là. 

IHaut ajouter qu* un mot peut dé^i^ner uu bru il répété, 
«omroe ail. plaudern « bavarder^ caqueter n, kHrren « clique- 
tii Vf sans faire aucunement sentir '|ue ce bruit est répété; 
nXvai]tt?n lui aucun fonèrae répété, il ne présente H en qui puisse 
suggérer l'idée de la répétiuoo, D^autre part un mot peut 
pûfséiler plusieurs fois le même ^on, voire la même sillabe, 
>tai exprimer en rien la répétition si T objet désigné ne com- 
porte pat cette idée. Tels sont lat* teter n noir », att, Tcrr^rûtç 
• ^^&tre », fr, bourbar^ encens ^ angl . pickpùçkef « filou n * La 
r«^péûiiou des fonèmes n*est donc expressive qu'an puissance 
«l Bs valeur ne vient en lumière que si Tidée ciprimée la 
compart«« 




IÙ2 



ONOMATOPÉES ET MOTS EXPRESSIFS 



m 



Noua aîons vu qu'une onoEnatopée comme pif^paf-pouf 
Contient una moduîatioa produite par son aftofonie vocalii^uê. 
Chacune dessillabea de ce mot constitue ausii une onomatopée 
monosillabique servant âdésig^ner un brait unique; mais ellâs 
ne s'emploient pas indifféremment pour o*importe quel bruit- 
Ainsi /îi/ peut désigner celui que fait un cbien de fusil en 
s*âbattant sur la cheminée, paf celui d'ua coup de fusil, pouf 
celui de la chute d'un oname qui tombe sur ion derrière* Si 
Ton nous disait 'lu'un ^ac de farine en torabanh par terre a 
fait pif, nouâ demanderions Immédiatement comment il a 
bien pu produire un bruit aussi insolite. C'est donc que lea 
différentes vojelles ont pour nous des valeurs spéciales. En 
effet lea voyelles sont des notes variées qui impressionnent 
diversement notre oreille. Les unes sont des notea aiguës, la» 
autres des notes graves, les unes sont des notes clairest les 
autres des notes sombres» les unes sont voilées, les autres 
éclatantes* C^estla disposition des organaâ buccaux né^iessaire 
pour leur émission qui détermine leur qualité. Totites celles 
qui ont leur point d'articuiation sur la partie antérieure du 
palaii sont des vojeUes dairûs^ à savoir i, û, ^, é, eu fermé [o^ 
comme dans le mot feu}. Parmi ces ?oyelids claires, les deux 
qui sont te plus fermées et qui se prononcentle plus en avrant, 
ri et Tû, peuvent être mises à part sous le nom de voyelles 
aiguës* Toutes celles qui se prononcent sur la partie posté- 
rieure du palais* ou au niveau du voile du palais, ou même 
plus en arrière, sont des voyelles graves. Il i a aussi lieu de 
ranger ces dernières en deux catégories, et de désigner par 
le nom d'édafantes Va» \'o{o ouvert, comme dans le mot eorpg)^ 
Veu ouvert (é, comme dans le moi peur)*, et par le nom de 



> TI ne fflîil pas s'étonner de trûuTcr dans deux classes différentes Vtu 
fermé (o) & Vftn ouvert (é}, C'est par suilo d'abiludes dues à la pauTreté 
de noire âiriib<!L que Ton a ana tendance à considérer Vé & Vé d'une 
part, Va ik Vé d'i^ulr^ part comme de» TojeUea à peu firès semblables. 



ONOMATOPÉES ET MOTS EXPRESSIFS )0a 

simibres Vu {ou) et Vu {o fermé, comme dans le mot clos). Les 
TOjrellea nasaïes «ont toutes camme voilées par la nasalité, 
maîi appartiennent d^ailleurs chacuQê à la même classe que 
la vojelle orale qu'elles ont pour aubstratum : i " , û* sont 
aigus, ^° est clair, a^^ d°, e" iont éclatautB, o* , u" iont 
lombres. 



Let voyelles aiguéei, i & û, sont uaturellemeDt propres à 
exprimer des bruits aigus, comme noua Tavona vu tont à 
l'euro dans ronomatopëe pif; il en est de rréme de Tonoma- 
tôpée pim ^ui désigne le bruit du marteau frappant sur 
i*eûcîome. Le crùcri ou grillon domestique, que les Lituaniens 
Appellent czyçzys^ fait un bruit aigu et strident ; il en est de 
même du tri-tri ou bec-ôgue* Aîgu^ appli<]ué à un son, 
possède une voyelle claire, puis une voyelle aîguë qui le 

Ir#udenx très expressif; lat* aculun, d'où il aort^ était iuex- 
pressif. Si ce que désigne le mot cri ^e distingue avec tant de 
précision des éclats de voix de la colèrei des clameurs de 
la fouie, du grondement de la mer en courroux, c^est que la 
voyelle aiguë de ce vocable iui assigne exclusivement des 
bruits aigus pour domaine. Celte qualité a été parfaitement 
fejitîe et renforcée par M. cîe Heredia dans ce vers : 



Avec un ûri sinistre, il tournoie, emporté 

{La mort de Vaiffle). 



En lit. kifkii signifie t jeter des cris aigus » ; krykszti a & 
peu près le même sens ; il en est de même de mha, krisehen à. 
krizen i mais alL moderne kreischen ne peint pas ausai bien 



Eu réalité iJ i a plus de djfîérenco eatre rattkmîation de IV à e*Ue du 
IV qu'entre celle de IV ^coJle de Tr, entre rartkulationde Va & cellede 
l'd ipi^entre celle del'« & c^elle de Và^ qu*entTe ceUe de Vé & celle de Vu 
iou]. Si dans notre classification Vé & Ve ac troiiTent dans la méine 
eatégorîfi, c'est qu'ils se prononcent tous deux sur la partie antérieure 
da palais ; si Va & Vé sont dans une même catégonSf quf^jq^e dans deui 
foMÎTi^iona différentes, c'est qae tous deux s^ftrticulent dan^ la partie 
|M>stér]aiiP« de la bouche. Lu domaine des deux eu est intermédiaire 
ealre celui daâ d«uï e éc celui des deux a, mais de telle sorte que l'un 
i ion point d'articulatiûu d'un côté et l'autre de Tautre côté de UlimjU 
<im %ùi^are le5 claire'? d&s grai-es. 



104 ONOMATGPÊKS ET MOTS EXPRESSIFS 

Taouité an bod que mha. krîscken à'oh il sort. Parmi \m 
lûstrumeEits à vent, noua avûns le fifre, le ii/pel & la flûte qui 
soufflent des aous aigus : 

Le fifre aux cris aigat.... 

dît Lamartine dans Jùceîyn, Quand Â. à% Vigny écrirait daoa 
l^ bal : 

,... et \^flûU soupire, 

il ne faisait que renforcer Vu du mot « Adte i» et mettre en 
lumière sa valeur expressive. V, Hugo de son côté rend sen 
sible Tacuité du sifflement dans ce vers des Burgrmes ; 



1 



Semer^ dans les débris où sifflera la bise,... 



d 



VéwvAutlùn fonétique a été au mot alL pfêife u skffôt, ûîee » 
rexpression de Tacuité ; mais elle était bien nette dans les 
formes antérieures mha. pfife^ vha* /J/l/a &. aussi dans leur 
point de départ lat* pipa. AIL zirpen a pépier, en parlant dei 
l>€:tLts oiseaux » est un peu moins expressif que fr. pépier^ 
parce qu'il M'a pas de redoublement ; lat. pipilare était une 
onomatopt^e plus exacte. AIL ucitschern a gazouiller » ne vaut 
ptis mha. zwitzern qui a deux z, ni surtout vha. zwizzirân qui ■ 
présente z et i dans deux siliabes consécutives ; les formes des f 
dialectes qui n*ont pas subi la seconde tautvûrscbiebung ne 
donnent pas tout à fait la même impression^ car leur f convient 
plutôt au pépiement et le « au gazomtiis ; tels sont moj, angl. 
fwjteren, angL timtter ; la forme germanique à' oh sortent 
celles du aut allemand et de V anglais est supérieure aux 
unes et aux autres parce qu'elle réunit tous leurs éléments 
imitatifs et n'est qu'une copie immédiate du bruit qu'elle 
exprime: * /tci-^t(7Ù-^n. Le mot fr. bise que nous venons de 
rencontrer dans uu vers de V. Hugo convient admirablement 
au vent sifflant et mordant qu'il désigne, La Fontaine Ta biati^ 
senti lorsqu'il écrivait: 

Quand la hiie îm% venae. 
Ali. kiirren s'applique au cliquetis des armes, au bruit dêti 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



105 



oh&lMs.au choc des verres, c'eat à-dire toujotirs à des bruits 
iipjs. AJK knùiem « crépiter, pétiller » désigne aussi des 
peiitH bruiu aigus, AlU kichern veut dire « faire de petits crîe, 
mmèv a, Gr, liyùç h clair^ aigu» perçant en parlant d'un son n 
it passe de commentaire. 

Quand une vojelle aiguë se trouve eu contact immédiat avec 
Dne consonne nasale, la moUease de cette dernière (cf. infra 
loi Fojelles nasales p. 145 elles consonnes nasales p. 146) fait 
perdre a la vojelle ses qualités d'acuité par une sorte de réac- 
tion qu'elle exerce sur elle et cette vojelle aiguë ne fait plus 
iurûooaune impression plus violante qu'une vojelle claire 
flou aiguë, un é par eiemple. Coraparez à ce fénomèoe l'évo- 
lution fonéiique qui a transformé ïn latin en la voyelle na^^âle 
in, ein (é*) du français. C'est ce qui explique que murmuré^ ffiur- 
WKTier n'expriment pas une répétition de bruits aigus, juiiis 
de bruits clairs. Victor Hugo nous a donné un exemple mer- 
veilleux de cet effet dans ce passage de Petit Faut: 



iraient Thyi 



les Mlds 

le obscvr de ceux qui sont bémis , 



I 
I 



titi presque toutes le3 Tojelles algues rcçoiveût du contact 
d'une consonne nasale une douceur inûnie, AlL klmget, 
ktm^fln s^empl oient pour la sonnette ou la olochetle et î^ori 
^ruit argentin; klingen peut s'appliquer au son d'une cloche^ 
Qiais presque uniquement lorsqu'il s'agit d'un tintement; dans 
le» nutres cas on a le substantif A /any et les formes verbales 
klung, gektungen; il serait absolument choquant d'emplojer 
une forme de ce verbe contenant un i' pour désigner le s* m 
du bourdon^ de la àrummgiocke; au contraire geklungen fait 
I merveille dans cette circonstance. Lat, iinnire qui signifie 
«rendre un son métallique, un son olairi tinteriî, tinnitm qui 
(lliigne ce son, Hntinnabutum qui s'applique à diflférentes 
cipèces de clochettes, sk. kinkinii • clochette i^possé^l en t des 
([Q&tités semblables. 

Les vojeUes claires e, è, #», o produisent un effet analogue. 
OQle sent dans alL hell^ fr. daiV, léger appliqués à un son : 

a«rin«re Ugm^ d«s abeilles fldèlea 

(LiCQNTE DE Li9LB, Poémts antiques)^ 




JO*^ ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 

OU dans fr. tintet*: 

.,....., tmii tinter âB,ns B3^ main 
L«s deoleva d'argeat clair quVil rapporte de Home 

Â)L $âuseln conTÎent bien aussi an doux murmure qu'il dési- 
gne: 

la darren blftttern sëusûlt dcr wind, 

dît Goethe danB VErikônig, et si vous voulez savoir quelle est 
la note de oe bruiasement du vent dans les aunes, voyez lea 
paroles que croit i entendre Tenfant malade et combien leur 
vocalisme clair les rend légères, mielleuseâ^ doucea et char- 
mantes : 

Du llebes kiMd, komm, geh init mlr! 
Gar âeh«eae spiele splel* Ich mit dlr. 

Les Tojellea éolatanteâ a, d, ê, d\ è* sont par déflnîtiou 

même propres à exprimer les bruits éclatants. Ce sont elles 
qui donnent la meilleure part de leur valeur onomatopéique 
aux mots éctai et éclatant enx-mémes^ puis au mot fraeoi qui 
déaigni^ le bruit de quelque chose qui vole eu éclats, au mot 
fanfare qui s'applique a une certaine musique éclatante : 

La victoire aux cent t«Ix sonnera sa fanfare 

La liste des mots qui désignent un bruit éclatant est assez 
variée dans chaque laQgue; sans parler des exclamations ail. 
pa/f, f/alsch^ klacks, kiaps^ knack, hnackê, sehtoapp, Échwappi^ 
fr. paf, pan^ vian^ flac^ crac^ dac^ on peut citer tout d*abord 
fr. craquer^ alL krachen « craquer t), U\ claquer^ ail. klatschen 
Ci claq u e r I* , kiappen «claquer», hiappern k c î aq u e r , c raqu en», 
knalkn << éclaterai knarren «craquer \\^ knacken a craquer ik 
!.e mot fr* croquer a un sens analogue et peint le bruit de 
quelque cbose qui craque sous la dent« Ses éléments, sauf la 
voyelle, sont les mêmes que ceux de craquer* Cotte voyelle 
aussi est éclatante, brève et sèche; pourtant elle difTère nsses 
sensiblement d'un a pour qu'une ûuancc d'expression puisse 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



Î07 



I 

I 



«xisier. Elle est moina ouverte et un peu moins éclatante, et 
par suite elle eat plus propre à peindre un son qui se produit 
à rintérieur de la bouche, à Teudroit marne où elle a son point 
d'articulation, ou d'uDe manière plus générale un bruit que 
Qoos n'entendons pas directement^ mais à travers un obstacle 
ou une paroi. Tel est celui que no us percevons lorsque quel qu'un 
frappe ànolre porte et que nous désignons en disant qu*ïl fait/oc- 
loe,et non pas loc-iaç. Noua retrouvons en effet cette vojeiie o 
dans alL kiopfen « eurter à une porte », vha. kiapfôn et 
kfockân m mém^ Ben&n^ alL pochén qui s^applique à ce même 
bruit et aussi à celui des battements du cœur ; enfin nous disons 
en français cogner à une porte. Gr. p^à^t^ âvi^pûc^t» qui siguiâe 
a craquer, éclater i*, contient des éléments aasez voisina de 
eeux de cfaquet-; jj peut aussi s'appliquer au tonnerre^ non pas 
quand iî produit un souï'd grondement, mais seulement lors- 
qu'il éclate soudain. Le mot cataracte s'applique bien à une 
chuta d'eau au bruit éclatant et répété; cascade désigne une 
chute analogue, mais plus faible h cause de son $ et de son dt 
et sans grondenieut (c*est Vr qui rend cette dernière nuance, 
cf. p 11:^). Sonore, quoiqu'il ait un emploi assez général^ ii*h 
toute sa valeur expressive que lorsqu'il est appliqué à des bruits 
éclatants : 



^ èciB 

^M Une ciameur n'est ni un grondement ni un murmure ; c'est 
H^ UQ ea^emble décris tumulteui et éclatants : 

^ qui 



Ouvrait les deux bfttta^ta de sa psrte sonore 

{H tfoô, le Satyre)^ 



Une brusque clameur épouvante le Gange 

(HsaiDu). 



N 



^pmota^o|/a' désigne d'une manière générale les cris des chiens 
qnnDd ils ne urlent ni ne grognent ; il n*a pas d'expression 
lorsqu'on rapplique à la voir aiguë des tout petits chiens ou 
i i& voix rauque des chiens de grande taille ; mais ses sont 
«otrent en pleine valeur lorsqu^il s'agit de cbîens d^ taille 
moyenne. Surtout certaines formes de sa conjugaison sont 
particulièrement onomato]ïéiques ♦ tel ce prétérit qu*Hugo 
a employé et renforcé dans ce vers du Salyrê : 




lOS ONOMATOPEES ET MOTS ErPRESSlFS 

La meute de Dinîie ahotja sur rOet«. 

Le mot japper qui eontient aussi Ta s'applique égâlûmûni 
aux aboiements des chiens de taille médiocre. Les éclats de 
rire sont des bruits de même nature, auasi trouvons- noua 
ordinairement Va dans les mots qui les désignent : ak. kàkhati^ 
kakkaii, kdkkhati\ gr. ï'.«y;^à>, ^^yx^^f ^xyyjxUiu, lat. cachinnus^ 
et atissi ail, iachen = mha, iacften, viia. lakhèn^ (akhan^ hhh- 
han, got. hlahjan. 

Les vojelles claires servant à peindre un bruit clair, let.j 
vojellea éeiataiites un bruit ôclataDt, les vojelles sombre»^ 
peindront bien un bruit sourd, comme dans le moiêourd lui- 
même ; 

Elle éc««te. — Un bruit sourd frappe les iourds éch^s 

(Huao, Orienta Us) ^ 

ou dans les exclamations fr. poti/, poum^ bnum^ alLpw^, bufm^ 
piumps.Lt bruit exprimé par le mot gioughut qu'il s'applique 
à celui d'uE liquide qui s'échappe d'une bouteille ou au cri 
du dindon, est un bruit sourd peint par k voyelle ou ; ta même 
vojelle apparatt dans les verbes alï.glucken^ glvckten qui désj- S 
gnent aussi ce glouglou ou ce gloussement* Lit» bubenti signifie 
(f gronder sourdement ». AIL munkeln s'applique à une sourde 
rumeur I puffen à un bruit sourd comme oeiui d'un objet qui fl 
fait pouf en tombant. Le urlement a pour essence une 
vojelle sombre ; nouâ la trouvons daus sk* ulûius^ uluUi a ur- 
lant », lit. uiûtit ululéti a urler m, lat. ululare^ gr* oIdIO^oé 
« je me lamente s. Tandis que la yoix du renard ou du petit 
chien qui glapit est aiguë et celle du chien moyen éclatante 
comme nous Tavons vu plus aut, celle du g^ros chien est sourde ; 
c'est ce que rend le fioiùCaù du grec, le wautvau de TalleinaDd^ ^ 
le bauàati du latin, le bukkaii du sanskrit. f 

Lorsqu'une voyelle nasale éclatante se trouve dnns un mot 
qui contient une voyelle sombre ^ elle prend elle-même, grâce 
à raasourdiî^âement que lui dunne la nasalité^ la valeur de 
voyelle sombre. C'est le cas pour les mots grondani, gronde^ 
ment et quelques autres que nous verrons plus loin. Ce féno- 
mène est particulièrement net dans ces deux vers de V, Hugo : 



ONOMATOPÉES ET MOTS EXPRESSIFS 



109 



I 



Le Won qui jadis au bord des flots r^d^nt^ 
Rugissait âussî haut que rOcéttii grondant 

'[Lss Ihni). 

Il va de 9oi que si Tobjet, la qualité ou raetlon qu'un mot 
désipe ne OOTD porte aucun bruit^ il aura beau posséder une 
on plusieurs fois nHmpôrte quelle vojelle, elle n'entrera pas 
eTiYslêur. Les voyelles que nous yenons d'étudier ne sont 
paionomatopéiques par uature; elles ne devienuÊnt exprès- 
iLTeflque si la signiâcation des mots où elles se trouvent les 
met &n relief. Qu'il suffise de considérer les mot$ fr. pli^ bh^ 
mt.fihuie, fruit, (iiuàer, figure^ ciguës crime^ Hme^cime^ dune, 
bitume ^ légume, métier, erélm^ ébreu , péchés impair^ eff^eî, 
déekti^ iimple^ vin, pim bêche, ro€^ sŒur^ peur^ bloc, irappe^ 
pkque, enfant, tour, cour, fOur, rond^ dçn/on, dôme, trône, 
manchon f brandon ^ tombeau. 



IV 



Les consonnes demandent à être examinéds à deux points 
<^^TUâp II faut considérer d'une part la nature de leur arti- 
«tlitiori et d'autre part leur point d'articulation. 

La nature de l'articulation tes répartit en occlusives, na- 
^ale§, liquides ^ spirantes. Les occlusives ou explosives, 
frapjï&Dt Tair d'un coup sec, contribuent à lexpression d'un 
bfttitsee dout ies voj^elles indiquent le timbre* Si elles sont 
répétées r elles saccadent le mot t^ fout sentir par là même 
lue le brait est répété* Nous avons vu plus aut tictac qui 
^ un eiemple excellent; cliquetis n'est pas moins retnar- 
^aible. Les vojelles de tinter indiquent un bruit clair ; ses 
deux t font sentir qu'il est sec et répété : 

Et faisant à les bras qu'eau tour de Lui lu jettes, 
Sonner tes bracelets où ttnUnt des olocbetteâ 

^Lbcoïitig us Lislb}. 




112 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



¥. al. lèjajijati u ¥erser j*, danalat* lin^e a oindre ^ , gr. «Xt^fH» 
(t frotter d*uile w, v, norr» fjéta « couler w, flaumr « courant i», 
vba. fïawen a laver »» lit.p/âîin'a laver iî, v. sL plutt n couler \^^ 
piavitii* laver», ak. plâvate œ il nage »» alL fUessen t\ couler », 
gr. xXuvM u je lave •. Enôn le bruit d'un objet qui giùse dans 
Taîr ou d'un souffle qui passe possède un élément de tiquîdjté 
analogue ; c'est ce qui met en valeur 17 des mota fr. voier^ 
àlL fliegËfif fr, flotter: 

E^es Bouffies de la nuit floiiaknt sur Galgala 

(HucHï, Booz), 

lat. fiarê u souffler », alL àîasen « souffler t, fr* souffler^ 
si0e$\ ail. flûstem, flùpem « murmurer eii parlant du vent »• 
L'autre liquide, r, est une vibrante qui se prononce avec un 
roulement plus ou moins net et plus ou moins fort ^ Sa valeur 
n'est pas exactement la même selon qu'elle s'appuie sur dea 
voj^elles claires ou aiguës ou bien sur des voyelles éclatantes 
ou sombres. Dans le premier cas elle exprime un grincement 
comme dans le mot grincer lui-même, dans cri-cri «nom du 
grillon », dans alL krttzein a écrire avec une épingle sur un 
carreau» cracher en parlant d^uce plume », fr. erùser^ frire^ 
ÇriUeTf alh ztrpen > chanter en parlant de la cigale, grésil- 
lonner en parlant du grillon, gringotter »» fr, tri- (ri « nom d'un 
petit oiseau », lit* kirkii ci jeter des cria aigus^ perçants >, v» si* 
kreâetû u cigale », ak, tûtinà « perdrix », fr. criquet, gr< rpiÇi» 
M pousser un cri aigu, siffler, grincer a, alL kntrschen « grincer 
des dents, crisser», v. norr. krikta <i pouaser des cris aigus »>, 
v, sL kriku «cri », lit. hykBzii « jeter des cris aigus», aga. 
grimetûfi u grincer », lat. frendo n grincer des dents», frin- 
gilia M pinson », fritinnire « gazouiller, chanter en parlant de la 
cigaJe », Ht. grénti a grincer », cûrszkinu a je tire un son aigre 
d'un violon », lat. stridor cr son aigre ou perçant », fr. iiri- 
ikni^ itrùiulanî^ enfin dans les mots qui signifient faire un hmit 



I 



ï Nous atons aurtout en vue ici Vf lin^aJ ; !> grasseyé ne s*arikulâ 
|>â3 de la même mamère, maia lea différentes impressions qu'il produit 
au poinl de ru« espressif suivant la Qature de la vojelie sur laquelle il 
a^appuie, sont tcllemenL analogues à celles q\ie produit IV lingual dans 
les mêmes conditions, qu'il ni a pas Ueu de le considérer à pari. 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



(13 



atui d' 



vitre 



I fiûl< 



aigT0 en ae cassatii, anaJogue 

cûaame gr* xpfÇw, î^p%nov, fr. brher, got. brikan, v. irl* ttriisim* 

Quand IV s*appuie atir une voyelle grave, son vibrêment 
doaae l'impression d*uii craquement^ d*ua 7'âclement si la 
fojellô est éeJataate et d'un ijrondement ai elle est sombre. Oa 
euad'eïcelleiits exemples dans fr* craquer^ râûlet\ râper ^ lat. 
Ifogor^ fp, fraûûs, lit, braszkêii n craquer i», brakszmas n cra- 
^uemeût », ail. krachen u craquer, oroqtier (aous la dent), 
éelattr, tomber avec fracas «, fr, gratter, nlL kratzen « gratter^ 
fiûler i*i fr. croquer, jff^^îter, grommeler : 

Laa lions héFisséa dorment en grommelant 



gr* p&^popvy/*<iç, fr. écrmtr^ broyer quB son vocalisme distingue 
linettemeat de briser et dont tous les éléments détaillent si 
bieD toutes les fases successives du broiement. La note sombre 
noua 1* avons dans fr, rompre comparé à briser^ craquer et 

IWyer; Racine Ta mise en relief en Topposant à la note aiguë 
At grinçante dans cet émistiche célèbre : 



L'easiflu crie et se rompt, 
^t* gronder^ grondant y grondement sont de véritables tîpes : 
Et le peuple en rumeur gronde autour du prétoire 

Àu-deasus du torrent qui dans le ravin gronde 

(Hnadf Burgraves }, 

ÀTec des grondements que prolonge un long râle 



ffé tonron se passe de Gommen taire ; fr* rauque s'applique à 
iû bruit âpre et sourd : 



Un rauçue grondement monte, roule et grandit 

(Lecokts I>IS LtlLl). 



De même fr, ronfler^ Ut. nmntiw, niurnétt ^< groudero, lit. kra- 
kih «je râle », v, norr. kura « gronder w, v, si. grukati « rou- 
couler j», aU, murren t gronder »>, fr. bourdon^ bôurdonnen^nt^ 





114 ONOMATOPEES ET M0T3 EXPRESSIFS 

ail. brummûn « gronder en parlant de Toura, du tonnerre^ 
bourdonner an parlant des mouchas, d^une toupie, ou de la 
cloche appelée bourdon ik 

Les spiranies, comme leur nom Tindique, août louCes propres 
à exprimer un souffle; mais les diverses spirantea ne donnent 
pas la même impression. Ainsi les chuintantes ch et 7 (c'est-à- 
dire i 4^ i) cou viennent pour un souffle accompagné de chu- 
chotement* Ouïe sent d'une manière intense en écoutant dans 
0© vers de Goethe le chuchotement de VErikonig : 

Gar «elione spiele «piel ich mit dir. 

Le mot chuchoter e^i évidemment le modèle dti genre ; Musset 
en a savamment relevé les éléments expressifs au moyen 
d*autres apirantes dans Ralkt : 

C'est toi qui, cAuchotant dans le soulTle du vent 

Lm langues slaves & germaniques sont particulièrement 
riches en mots de cette catégorie: lit. szvilpiu n siffler avec 
les lèvres m, ail. zûcfien a sifûer en parlant de Teau dans 
laquelle on plonge un fer rouge, d une flèche^ d*un serpent», 
lit, çziarszkiu «< même sens ». L'idée de souffle est d'ailleurs 
très secondaire ; ressentie i c'est le bruit chuintant et nos spi- 
rantes ne Tex priment pas moins bien lorsqu'il est produit par 
un léger frottement comme dans lit* apcziunczyju f( je tr^Sud 
quelque chose en le faisant glisser i», alL schiekhen a se glis* 
ser, ae traîner » « schkifen a glisser » » hmcken « se glisser a . 
Ëa outre les chuintantea sont propres à peindre par onoma-^ 
topée les^ gémissements comme dans fr* gànir, geindre ; cer- 
tains poètes Tont parfaitement senti et ont abilemeut entre- 
mêlé les chuintantes aux labiales et aux sifflantes dane les 
paroles qu'ils ont voulu empreindre d'une profonde tristesaa ; 

J'en ai fait pénitence; et^ le 0enou plié, 
J'ai vingt ans au désert pleuré, ffémi, prié 



Feut-âtref ô mon enfant, seuli sans nom, sans patrie^ 

Qémia-tu, Tâgabond» par la pluie et le veut. 



OKOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS U5 

Sur la lerre barbare ùh aor U flot mouvant ; 

Ou, pour toujoars, le long des trois Fleuvea funèbreSi 

CIftèrâ âme, habiteg-tu les muettes ténèbres. 

Tandis qu'un plus heureui, qui n'est pas de mon sang, 

Prea<i ton sceptre et Jouît du Jour éblouissant* 

(Lbcoi«ts de Liut, VAppoUùnide). 

L«i spirantes lablo-deutalea /* et y ne peuvent exprimer 
([Q^Qnaouffle moUt presque muet, ou du moins accompagné 

tà'm bruit très sourd. Toi est Le u de différenis mots qui dési- 
gQAQt le vml : 
.11 .. 



Voilà le vent qui s' élève 



(LAMARTIIfE), 



^ 



ilLKJfïirf a vent M, tùeken « souffler », lat* ven(us, goL vinâi 
« veot n, vaian « souffler d. Ut» véfas « vent », v, sK î?é/a « ja 
«aie w. Dans le naot fr* voier on sent un effet analogue qu'a 
pirfttjtement rendu M« de Heredia dans ce vers; 

Flottait, crêpe TiTant \%vol mou des vaoïplres. 

Lmpression de Vf n'est pas tout à fait la marne parce que 
t*ni un fonème sourd tandis que le v est une sonore. On trouve 
d*iilliiifa assez rarement 1 Y isolé ; le plus souvent il est com- 
Moé avec nue liquide et forme avec elle un groupe que nous 
^difirona plus loin. On peut néanmoins, même dans les grou- 
pait aentir sa valeur de soufAe pur et simple, par exemple 
(i&Di au pfuicher « bruit de la poudre qui s'enflamme m, vha. 
Mhan li souMer », lat. flare « souffler u^ ail, ftûstern « mur mu-* 
^fèn parlant du vent », fp. zéphyr: 



L*an<fleD zéphyr fïibuleux 
Souffle avec sa joue enflée 
An fbnd des nuages bleus 

(He700, Contemplât ions)^ 



tiffliT^ iouffîir : 

Un êouffUment de forge emplît le firmament 

(Huoo, Suprématû). 






ll« ONOMATOPEES ET MOTS EXPEESSIFS 

De Tk flspifé iioiti n'irons pat gT»ihd*e]io«6 à àm. Ou uàum 
Mes •& rabor ri Tûa compare aîl. ibii/eii à fr. immer; Uudia 
qtie daua oa deriuer mot la TOjétle sombre #st précédée d*UDe 
«xplf>st0]i deoule, duna le mot allemaiid elle l'esl d'ya souffle 
qtti ioft libremeot de la gorge, la lïoiiche n'étant p)«s ooeludée 
nulle part aa momeot oci commeDce la tom.Noas retrourons 
à l'A la même valear dans alL fmach « soufâe ». 

Les spiraûtei de û taies oa siMante^ auppo^ent nn souffle 
accompagné d'nn aîMement léger ou violent, ou inverse me ut 
an sifflement accompagné de souffle. Le z, étant sonore, eit 
plus doux que Vi et plus propre à peindre un léger bruisse- 
ment comme dans ce vers de M> de Haredia: 



Et les venta altsé» inclinaient lenr« antennes. 



Cest la qualité du premier élément dn mot zéphi/r qn^ 

nous citions tout à Teure pour son /: 

D'un léphyr éloigné gîimiaiit eur des ro»eanx 

(MtfssET, Luciey. 

Comparez cèq* àzikatî u fredonner n , angh àuzz « bour- 
donnement ». 

Quaût à la note du sifflement elle eat déterminée par la 
YOjelle sur laquelle s'appuie la sifflante ; le simple rappro- 
chement de siffler et souffler vaut mieux qu'un commentaire. 
Certains poètes semblent avoir nettement senti cette différence 
lorsqu'ils ont rapproché de vojeUes claires les sifflantes qui 
devaient relever dans leurs vers celle du mot siffler: 

Dans les bui*«ons «échés la bi«e wd^ sifflant 

et de voyelles graves celles qui renforçaient Vs du mot 
souffler : 

«...• Mais il n'a pas prévn 

Que je saurai souffler de «arte.,.« 

{La Fo^TAiifs). 

Nous retrouvons ces deux notas dans ail, lispçtn (t siffler 



i 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



ÎIT 



«i parlant » d'une part ùt summeUr s^umsen « fredooner » 
d'âQlrô part, ou bien encore dans fr, ctgaie ; 

Ainsi la ctgaie innoeente^ 
Sur un arbunte avaittô, et se console et chaate 

(A. GRxNtsft, VaveugkX 

"et imipiV : 

Jamais rien de leur sein ne sonlèvô un soupir 

(LAMAJiTiNa* Jocdyn), 



NûUB arona eaaajé dans ce qui précède d'isoler chacun 
desfôDêmes pour déterminer sa valeur propre et spéciale» 
Uolément et détermination parfois difûcilea; it est rare en 
eff«t qu^une onomatopée produise une impresision absolu- 
maat simple et ne contienne qu'un ieul fonème expressif, en 
sorte que la valeur de ce fonème aoit exactement déânie par 
i impreasioD même qiie produit cette onomatopée. Le plus 
B<>ùvent rimpression d'une onomatopée est eomplesce et les 
diT^ri éléments qui concourent à la produire se combinent 
^^ir^ eux, réagissent les uns sur les autres, se renforcent, 
*'Ut4nueut, de telle sorte que nous avons dû parfois pour 
dégiger la valeur de Tun d'eux nous appuyer sur les 
donnée» de la fonologie générale. Quel qu^aît été le mojen 
employé, nous sommes aptes maintonaut a analiser Velïet 
produit par leur emploi eombîué et à déterminer sÈricteoient 
i&pirt qui revient à chacuQ dans Teffet total. 

Ainsi nous avons déjà vu que le vibrement de Vr donne 
Que impression de grincement si ce fonème est en contact 
Mec une voyelle claire, et au contraire do râclement ou de 
grondement s'il s'appuie sur une voyelle grave. LV peut en 
ûQtfi être combiné soit avec une occlusive» soit avec une 
ipirante. Si c'est avec une occlusive, l'impression est que le 
son vibrant retentit brusquement et qu'il rompt 1© silence 





118 



OXOMATÔPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



sans tratiBition en explodant soudain. Maia râxploaioQ est 
beaiîcoQp plus douce si rocclusive est sonore^ beaucoup 
plus sèche si elle est sourde; û suffît pour s'en rendra compta 
de comparer craquer et gratter* Cette nuance est généralement 
très bien observée dans les diverses Ungue.^. Lit. iraszkêti 
signifie u craquer n tandis que grâmzii siguifie « ronger »; 
un rat qui ronge une porte fait un bruit analogue à un gratta" 
ment, Fr. crépiter et grignoter se distinguent par une diffé- 
rence de sens et irirapression analogue. Les cm débutent 
généralement par une explosiou brusque et lèche, bien quHls 
puissent retentir dans des notes dififérentes: mha. krîzen 
« crier «^ lit, kifkti « pousser des cris aigus n, véd. krùçati 
a il crie 1), gr. x^au^^ tt cri n. Les cris ou chants de certains 
animaux semblent souvent débuter par une explosion du 
même genre, affirmée pour le coq et ta poule par lat. cococaco^ 
fr. cog^ cocotte^ v. si* AoAofû& que Toa trouve en combinaison 
avec IV, par exemple dans gr* x{Kippo< o coq n^ lat, cucurire 
fit chanter en parlant du coq n^ lit. kakartjku «chant du coq », 
ail* kràhen « chanter en parlant du coq », alK kikeriki ft chant 
du coq A, sk. krka-vâkid a coq n, lit. kifkti ^ créteter t», gr. 
jc^pxsç « coq tt, V, îrK cerc a gallinacé », Cette même initiale 
nous est attestée pour la corneille et quelques autres oiseaux 
par sk. kàkas a corneille », lett. kakis <t choucas »| gr, xhÇ 
« sorte de mouette », lit. kovâ « choucas », sk, kukkubhcts 
a faisan » ; on la trouve combinée avec IV dans gr. ledpx^ 
il corbeau n^ yt^pèim u corneille », lat. coruos <c corbeau », ak* 
kàravas « corneille », gr. xp^Ç*», xjo«;<iu u croasser », lit» 
krànkli^ kraukli * croasser », v, si* krukû œ corbeau », kra^ 
kati «( croasser i, alL kràchzm u croasser »« sk. karkaras, 
krkaras, krkanas, krakaras a perdrix », v.prusa.^erA-o a plon- 
geon >^ gr, xipxtOaif<; {( héron », lat* quergueduia a sarcelle », 
erocireu croasser», Bk^tittirii u perdriz»,v. aL tétrja « faisan 
femelle», gr fira^oç, tittipaç « faisan», v, sL ietrévt ^ faisan», 
lit, tetervas v coq de bruyère »» v* pruss. tatarwii^ gelinotte », 
gp, TÏTpïï, Tftpilwv M coq de brujère », lat. tetrinnire « crier 
comme un canard »* 

Ces exemples suggèrent trois observations qu^il est bon de 
noter avant de nous engager plus avant: 1* U nU a pas de 
difi'érence entre c et ( pour Teffet produit, quand la seule 




^ 



ONOMATOPÉES ET MOTS EXPRESSIFS 110 

qualité qai vienne en lumière est, comme ici, TexplosioE sourde. 
2* L*impres8ioii n*eat paa la même seïôa que IV est ou non 
en contact immédiat avec Toceltisive, comme dans coj^uos^ 
x^p^Çen face de crociV, «pi^ej. L> qui suit une vû>^elle débute 
pir des éléments sonores, tandis que celui qui est précédé 
d*utte occlusive aourde commence en sourde ; d'autre part les 
tmpresgîous que noua éprouvons se produisent dans Tordre 
où lea fonèmes frappent notre oreille, et si dans coruos nous 
ftTons TimpresBion d*une note vocalique ouverte brusque- 
ment par une explosion et prolongée par une sorte de roule- 
mant, dans croeh le roulement suit immédiatement Tesplosion 
et aboutit à une vojeile où Ton ne sent plus aucun vlbremeut. 
Ce u*est là qu'une nuance, mais très nette, quoique souvent 
Veffet résultant de la somme des impressions produites 
ptr les divers éléments d'un mot soit dans les deux cas 
équivalent* 3° La signification d'un mot onomatopéique 
m f&it que mettre en lumière la valeur que les sons ont en 
puie$anee, elle ne saurait jamais leur en donner une diâTé- 
Fiate: alK ^'raUen ne fait pas la même impression que fr, 
^fûtteTf ni esp, grida la même que fr« il crie ; les signîûca- 
tioDS de ces mots sont les mêmes, leur valeur onomatopéique 
diffère. 

Quand Tocelusive est sonore^ rattaque est plus douce, et^ 
bieû que nous ne percevions de sonorités qu*au moment de 
l^tsplosioiif nous sentons qu'elles ont commencé avant et que 
le mot ne figure à notre oreille que quelques moments du 
brait; de là naît facilement l'impression que ce bruit est 
continu. Nous en avons de beaux exemples dans fr. gra* 
Snfr^ grognement^ ail . grunzen^ la t. grannire^ îv, grommeler^ 
gronder i gv. ^pi^t** « frémir », ^pd^toç « bourdonnement j^ alL 
l^rummen « gronder, bourdonner ï^ aîL drôkmn « gronder », 
*gi.<fra« ti bourdon i>, alL rfroÂne a bourdon», fr. bùurdùuner^ 
hmrâonnemimtyîv, grincer, lit. grêszti « grincer», aga, gri- 
meian a grincer w, vha, gramizzôn a gronder >^ fr, àroger^ v, 
au, grmdan « brojer », fr. àriserf got, àrikan « briser », 
Pas», ùortitotat a murmurer », gr, ^^pÊù^vy^^^^ fr, gargouiiler^ 
p^milier, gr. ypau «je ronge », lit, gréfmzti a gratter bru}'am- 
meat », ^r^Jlnt frotter», griàuszti o ronger û, grnkszêtaxgim- 
eer sourdement comme du sable sur lequel on marche ■, 




IfO 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



Nous pouvons coîDprendre mainteûnat la difEérence quil i 
entre v. irl, torann « tonoerre w, fr, tonnerre et alL donn^r^ 
gr* ^povTw, V. si grnmû; daus lea mots irL & fr, (le mot fr, 
eat très médiocre comme onomatopée) le bruit du tonnerre 
éclate soud&in et se prolongée en grondant; dans \& mot &IL 
la sonorité précède rexplosion ; dans les mots gr. et v. sL le 
grondement et l'explosion sont simultanés. Vlia. karm s^appli- 
que à un bruit ou à une clameur que Ton conaldàre au 
moment de son explosion, corn, garm à une clameur déjà 
commencée et qui continue; même différence entre agH.cirm* 
cyrm « bruit » d v. sL yrimati « sonare m , entre gr* xpwÇw & 
¥- sL groja « je croasse », k même entre v. sL krukû éc v. 
irl, 6ran qui désignent tous deux le corbeau ; ces deux noms 
imitent Tuu et l'autre le cri de ToiseaUf mais le mot slave 
saisit rinstantmémeoù le silence eatrompu, tandis que Tirlan- 
dais peint Tespèce de râclemetit qui semble accompagner ce 
cri au moment où il est déjà pleinement sonore. h 

Ajoutons qu'au point de vue où nous nous plaçons ici, il n'î^ 
a pas lie différence de valeur entre d, g éib: comparez alL 
drôhnen <Sl fr. gronder , v. si. gromû k gr, ^povTîâ. H 

Lorsque Télément qui entre enjeu avec une occlusivô est^ 
un / au lieu d'être un ï% Tim pression de vibrement ou de 
ràclement est remplacée par une impression de liquidité ; 
rien d*autre n est changé. Nous venons d* étudier la valeur des 
occlusives en combinaison avec r^ nous avons détaillé plus 
aut ( p< 111 ] celle de / ; noua pourrons donc passer très 
vile* Lorsqu'^un / est précédé d'une occlusive sourde Timpres- 
sion produite est que Je son, dont la note est donnée par la 
vojelle, se produit aussitôt après Te xplosion sans rien de rude 
ni de raboteux, mais au contraire avec une limpidité et une 
égalité parfaites. Rappelons le son limpide des cloches que 
IValL exprime si bien par son verbe klingen; rappelons les 
claquements qui ne sont accompagnés d'aucun craquement, 
comme celui d'un fouet, comme le bruit des claguets et des 
cliquets f comme celui des vagues qui ciapotent. U est des rires 
limpides comme celui qu'exprime lit, klegù; il est des cris 
tellement éclatants et tellement et liquides n que roreille n*i 
trouve aucun point de repère et qu'on ne saurait dire s'ils 
sont réellement dans la note éclatante ou dans la note aiguë; 



lêl 



ONOMATOPÉES ET MOTS EXPRESSIFS 



i&fi 



Ul 



I 
I 
I 



l clair des trompettes» tel» sont 
l»i cris que les Grecs désignaient par îeÀiÇûi, stXat'/yii & les Latina 
par ciango, clangor. Les raot^ Ut. calare, ciamare, le tu kalada 
MQfit» êupposent aussi des ^ons pénétrantâ et limpides. 

Rotre lat- giocîret fr. glousser ai gr, Kltùitro-fti, kXùjÇ», il i a la 
même différence qu^entre v. ^{. gmja »Jc \^\\ %ù^^m; les formas 
lûOûltiîive floarde peignent le bruit au moment où il rompt 
iesilenee, et les autres au moment où il e^t déjà une suite. 
Nous avons déjà eu roecasion de noter corabieii nous per- 
cavons mal les sous étrangers à notre langage, & combien 
aoo» les traduisons de façon défeetueuse* Il vaut la peine 
de remarquer toi que certains peuples ont senti comm^ 
tmhni% des bruits ou des cris que d'autres ont perçus comme 
mkitux^ Sans parler de l'opposition entre gr* x*^<*C^ t grêle» 
fit V, §i, gradû^ lat* grandOf où les uns ont pu être plutôt 
frappés par le glissement à. les autres par le crépitement, il 
Alt certainement instructif de comparer v. norr. hlakka 
«CFOftsser » àjepûdî&i, crocio^ &:c*, ou v* irl* caiiech « coi^ » à 
krûk$n^ ieipxûç^ &c*, ou gr, xX^^ffeiv « crier cottime un geai n au 
aom latin de Toiseau qui pousse ce cri, gracuim, & au cri qu'il 
pousse, /n^w/a^ ou encore n* si, krkelati tt crier comme un 
dindûii 11 à. lit, (g taras u dindon n au glomBemeni que fait 
cet oiseau à notre sien ti ment. Qu'on ne vienne pas nous objec- 
l«r que ces mots sont d^^rivés de racines différentes à que 
l«l bis fonétîques ne permettaient pas de modifier tel ou tel 
fonème de la forme originaire ; nous répondrions en deman- 
dant pourquoi de deux langues poasé^iant nn jeu de racines 
î^peu près également ricbe et variée Tune a choisi précisé- 
iHêQt lea formes qui la choquaient, Nous verrons d^ailleufs 
^n peu plus loin le cas que font les langues des mots qui ne 
l«tir conviennent pas et comment elles se procurent ceux 
dont elles croient avoir besoin. 

La combinaison de la spirante f avec r, c^est-à-dire du 
louAe avec îe grattement produit Ti m pression du frùU€- 
mmt^ au frôiemsfttyâii frou-frou, FrtUer désigne une action 
plus douce que frotter^ parce que ce dernier marque avec 
acn î uno explosion après la voyelle, tandis que ftôier donne 
Lia même place, avec sa liquide, Timpression d'un glisse- 
mtnt; aussi M. de Heredia a cru bon dans ce vers oti U 




Ift OKOMATOPÉES ET MOTS EIPHESSIFS 

emploie ia mot frôle d'âE FeLever au molna autaat IV que Vf 
et IV ; 



Ij^ viole que frâlê encor sa frêle main. 



d 



Froisser commence par an frottement dont la note, d'abord 
sombre, pui^ éclatante^ eât détaillée par le vocalisme wa^ è. 
qui se termine par un léger sifflement indiqué par IV. Lat. 
fritinnire i chanter en parlant de ia cigale * exprime un 
frottement grinçant et saccadé^ les saccades étant marquées 
par l'oecluaive dentale (qui sépare leâ deux vojetles ai^'tiës, 
Lat. frmdere a broyer avec les dents, écraser, froisser, 
grincer des dents n exprime un frottement à note claire, 
Fr< fraeai^t lat. fragùr^ frango peignent par leur première 
sillabe un frottement à note éclatante, analogue au son rendu 
par un objet dur qu*on écrase ou qu*on broie ; mais le plui 
expressif de ces trois mots est fracm avec son occlusive qui 
arrête la voyelle éclatante pour exploder sur la même note. 
Combiner lyavec 17, c'est réunir le souffle avec la liqui- 
dité et obtenir comme réaultaute une impression de fluidùé^ 
Nous Tavona dans floUer ; 



Ëtla wùïië fioUait aux wents abandonnée 



dans laL /îdre tt souffler», ait. fliegen « voler », fv. /laluosité, 
lB.i * fluere «couler w, dans le nom de la flûte qui souffle des 
sons limpirlea et aigus, &i même dans fr. renifler dont Vn in- 
dique que le soufâe est nasal. Souder est un peu plus com- 
pliqué, car, outre la spirante /"qui indique le soufflement & l / 
qui en marque le glisêement, il possède une autre spirante t 
qui eiprime le sifflement possible de ce souffle, tandii que la 
vojelle ou prévient que ce bruit sera sourd s'il se produit. 
Siffler possèile exactement les mêmes éléments, sauf un, ï'i* 
qui suffit a différencier radicalement le sifflement du souffle- 
ment^ un sifflement c'est un souffle accompagné d'un bruit 
aigu qu'exprime cette vojelle i 

Et voit sous les sifflets «'enfuir dans la couIIsbj 
Cet éeujer de Franconi ! 

(Huoo, Chàtimenis}, 



\ 




I 



ONOMATOPÉES ET MOTS EXPRESSIFS 1Î5 

Lei autres combinai âout de âpirantes aT€0 des liquides 

■ont rarement repré se ntéaâ. On doit pourtant une mentioa 

kHLickliefen et ^chiêichen « glisser ïj pour la bruissemeot 

qu'ils font sentir* Fr. glisser était en r. fr* g lier de vha. glitan ; 

^lier ne faisait pas onomatopée, c'était aimplement un mot 

eipressif ayant une valenr analogue à celle de ail. çiatt 

*lî83fl, poli i, cf. p. 147- Si plus tard on a fait giisier de glier^ 

sftQS doate en mélangeant ce mot avec glacer qui signifie 

lûuvent « glisser n en vieui français» c'est probablement 

({ïï'ùû éprouvait le besoin d'avoir dans ce vocable un fonème, 

Il sifflante â, qui pût donner Timpreâsion du bruit que pro- 

dQis«Qt beaucoup de glissements* En allemand gleitm ne 

ftJt pa^ plus onomatopée que ^ /ter, mais la forme populaire 

jfti^Aeii exprime un bruissement qui vaut le sifflement de 

flitw, Fr. ruisseler présente une spirante avec les deui 

liquideB / et r ; cet ensemble donna Timpreiâion d'un bruis^ 

lemeot produit par un liquide. Y* Hugo a mis en relief tous 

B«8 éléments, mais en donnant la prééminence à 17, c'est 4 

^ire à la liquidité, dans ce vers des Burgraves : 

li'huile et le plomb fondu rumeier sur leu^s caa(|ues. 

AIL ichtmrren « siffler an parlant d'une flèohe, vibrer x» unît 
rimpression d*un souffle cbuintant produit par le t; et la s à 
ctlle d'un vibrement aigu due au groupe tr, Pr. fuser ^ fu^ée 
o*ODt que deux spirantes sans liquide, Vf qui exprime un 
souffle & le I qui fait sentir le sifflement sonore de ce souffle* 
A côté de cette combinaison des effets de deux spirantes 
OQ d'une spirante avec une liquide^ il faut noter celle d^une 
occlusive avec une spirante, comme dans (fèq. biikaii « fre- 
(îontier >>t qui fait entendre un bruissement labial par sa sif- 
flante sonore î appujée sur une occlusive sonore labiale. Le 
mot anglais buzz « bourdonnement s contient les mêmes élé* 
meuts, mais la voyelle nous indique un bruissement sombre 
Undîi qua celui du mot cèque est clair* ÈiW.pfmchen n produire 
sn bruissement léger k» n'a pas tout à fait la même nuance ; 
c'est un souffle labial qui produit une note sombre et se termina 
fQ chuintant, La bise et la brise sont deux souffles qui sem- 
blent sortir d'une boucha, mais tandis que le premier se con- 




124 ONOMATOPÉES ET MOTS EXPRESSIFS 

tente de produire un aiffletneDi aigu et sonore, le second 
commence par un bruisaementqui réagit sur le sifflement pour 
en atténuer racuitë. Dans Ut. hreiéti « bruire « on a presque 
les mêmes éléments que dans îi\ hrise, mais la spirante den- 
tale est remplacée par une chuintante qui donne l'idée d'un 
chuchotement. Fr. bouffer ti manger gloutonnement ji exprime 
un bruit labial et le soufflement de quelqu'un qui mange trop 
vite î bâfrer nuance la même expression en indiquant que le 
souffle produit un bruit de frottement, AIL paffen « fumer en 
faisant entendre un certain bruit d^s lèvres n présente une 
explosion labiale qui donne passage à un souffle également 
labial ; fr. àouffée^ um bouffée de fumée, contient à peu près 
les mémea éléments, maisTexplosion labiale étant sonore est 
beaucoup plus douce^ et le bruit qui la suit est dans la note 
sourde, comme l'indique la vojelle eu ; fr. pouffer retrouve 
le p de paffen et ne diffère de bouffée que par la viole iica plus 
grande de son explosion. 

Ce que nous avons dit à propos des Toyelles» nous le répé- 
terons pour les consonnes: la valeur que nous leur attribuonifl 
ici et qu'elles ont en puissance ne devient une réalité que si 
la signiûcation du mot où elles se trouvent a'i prête , Voici 
pour chacun des cas que nous avons examinés et dans lofll 
même ordre un exemple où les consonnes considérées res- 
tent inertes: pinter, clapier , erotler^ catafaiquCi tout, bébé, 
papUt bourbier, pourpier^ naissance, minimum, mai^ minèique^ 
mctûhine^ mécanique^ moucher, manier, marbrier^ moriier^ mar- 
mite, lat, cincinnus, ail. bang, kund, fr. plaquer^ (raquer, cliché^ 
c tasser, larder, flirter^ plier, fléchir , souplesse , safran , grin- 
galet ^ grimaud, crilder, créer, trier, ffriser, frégate t fripon^ 
brimer, raccommoder, frai^e^ framboise^ braquer^ crapaud^ 
crottin, gorgotte^ broder , éerémer, rondeau^ grondin, robinet^ 
courtier, chiper^ cbou, villa ^ voler, fougère, défi, al!, haus^ 
fr. liste ^ cigare, soupière^ crépu ^ critérium, courir, carrière, 
cortège, iarière, f rident, drapeau , garçim, cief^ clôture, calot le ^ 
glose, grâce^frf''v,frênt\ froc, fleur ^ ficeler, fltmc, ftsique^ bouse ^ 
é ts e ( no m de c o u le u r) » pa ué, café. 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



i^5 



VI 



Dire que la valeur expressive des sons ne vieiiten lumière 
(lae poasgée en avant par la signification ûbs mots, c'est 
éiK^Dcer nne proposition juste en somme, mais qni ne rend pas 
compte de tout© la vérité* Il faut ajouter qu'un mot n'est une 
onomatopée qu'à cooditlon d'être senti comme te). Sans doute 
il ea est. comme frôu-frou, ronron, qu'il a'eât pas permis de 
a« ^as sentir ; mais d'autres, qui sont peut-être moins adé- 
i^u&tt 9, seront saisies comme onomatopées par l'un et point 
pir r&utre* Le fait pour un mot d*étre onomatopéjque est 
d«Dc subjectif Cette subjectivité apparaît plus nettement 
encore si Toa entre dans le détail et que Ton recLerche dans 
m mrrt dont la signiâcation permet la mise en valeur de fonè- 
mtB expressifs, quelij sont ceux qui entrent enjeu pour l'ouo-» 
m&topée. Le téorîcien vous dira exactement lesquels sont 
iu&c«ptjb1es de le faire, quelle est la valeur propre de chacun 
tt quelle est celle de l'ensemble ; mais souvent il n'i en aura 
que quelques-uns qui a^^iront réellement sur Tesprit du sujet 
pirt&nt ou du sujet écoutant, & ce ne sera pas toujours les 
uèoaes. De là les changements de nuance dans la signification 
an oiots ooomatopéiques ; si le sujet parlant emploie un de 
Àctmots en lui attribuant telle nuance qu'il eioit sentir expri- 
aée par quelques-uns de ses fonèmes, il peut se faire que le 
iCfjet écoutant j sente une autre nuance parce que ce sont 
4'autrM fonèmes du même mot qui Tout surtout frappé. Dès 
lors il sera tenté d'employer ce mot avec cette nouvelle 
^uaQce, qui pourra s'établir à côté de la première ou même 
«iiibstituer à elle. 

Prenons qu elq ues exemples . Le mot sk. àkramaras m abei lie ^ 
débute par an bh qui annonce un bruit labial, à. ce AA est 
combiné avec un r, ce qui constitue le groupe le plus propre 
à eiprîmer le èôurdonnernent ^ Mais nous savons que ce n^eat 
pis ce groupe qui frappait le plus les Indous dans ce mot ; 
^ qu'ils i sentaient avant tout ce sont les deux r, puisqu'ils 
ippeiâient fréquemment cet insecte dotrephaif c'est- à-dtre 





1£6 



ONOMATOPÉES ET MOTS EXPRESSIFS 



I 



c qui a deux repka daiiB âon nom », 11 i a beaucoup d^autres 
mots sanskrits qui contiennent deux r, maia on ne les i 
remarquait pas* 

Lat.vulg, *frmtiar€, dérivé de fruUum « morceau», sîgnl- 
Ûait a mettre en morceaux n et ne pouvait avoir d'expressif 
avec cette sîgniâcation que son groupe ru, le même que celui 
de alL bruch « ruptures; c'est-à-dire que son /", sa combinai- 
son f)r et son i, propres à peindre respectivement le souffle, 
le froltement et le sifflemeot restaient inertes* * Frmiiare 
devient en fr, froiner qui a anciennement le mémo aeni 
Dc mettra en morceaux » et dont le groupe roi a la mdme 
valeur que dans broyer. Mais peu à peu les éléments négligés 
viennent en lumière et influent sur l'évolution sémantique 
du mot. Par des dégradations insensibles il arrive, grâce an 
groupe /r, à désigner Taction de mettre en pièces par un 
frottement dur, puis de broyer ou simplement d'écrasâr par 
le même frottement, c'est-à-dire que l'idée de mise en mor- 
ceaux disparaît* Nous disons par exemple que quelqu'un s'est 
fromé un muscle. Jusque là l't est resté dans l'ombre; quand 
son sifflement apparaît, la nature du frottement change à 
cause du bruissement qui raccompagne. Dès lors tous les 
éléments de ce mot sont en relief et rimpreasion résultante 
produite par les valeurs combinées de son consonantisrae et 
de son vocalisme est apte à rendre de façon très eureuse le 
bruit du papier, du satin que Ton fripe brusquement. M 

ind.eur. * bhrem- (vha. érêman, alL h^ummen^ lat. f réméré) 
commençait par un groupe propre à exprimer un bourdon- 
nement, lequel pouvait être plus ou moins clair ou plus ou 
moins sombre selon Papofûnie (*Mreni-, *Mrom-)i En Jatin 
le àh devient f, ce qui accroît notablement Veiïei vibrant de 
IV è. rend le mot inapte à exprimer un bourdonnement léger 
comme celui des abeilles. Les bruits violents seront son 
domaine ; & comme il n'a plus d'apofonîe, que sa vojelle ost 
toujours €f parmi les bruits qui donnent Tim pression d'un 
frottement, ceux qui sont grinçants et de note aiguë lui con- 
viendront particulièrement: /ï^emrï sonipes Yïrg. h le cheval 
ennit m, fremunt uenti 0?* » les vents sifflent ». Mais ce mot 
a conservé par éritage la faculté d'exprimer des bruits sourds. 
Il n'i a donc rien de surprenant à le voir s'appliquer à des 



N 



ONOMATOPÉES ET MOTS EXPRESSIFS 1£7 

ifuita non moine violants» mais dans Jatiote sombre* U suffit 
pour cela qne la voyelle ne vienne pas en lumière : fremti iea 
lie lion rugît », frémit tigrU w le tigre gronde » (flan esaen- 
tiellemeDtrauque). 

LiU hirbiu qui désigne songent un bruit strident ou aigu 
grSiee aux éléments qui sont dans bruiî^ ôrwiVe, s'appiique fort 
bieo au fredonnement et au àourdonnement grâce au é 4 à !>, 
bieo que IV soit palataU 

Ut birùinu qni é&t formé des mémea éléments, s'applique 
luisiaa bourdoûoement d'un rouet, d'un insecte, à un ron- 
ûemetit, mais peut désigner non moins bien, grâce à Taculté 
diitiTôyeUes, le bruit de Ja clarioette ou de la crécelle, 

klLmmmenéisumstn sont à peu près équivalents et signifient 
«liiedoaner ». Ils possèdeût un s qui indique un bruissement 
(le second en possède deui et est de ce fait plus expressif), 
uu qui parque que ce bruissement est dans la note sombre 
et la DODSOune m qui est à la fois nasale et labiale ; suivant 
^m c est Tune ou Tautre de ces deux qualités qui entre en 
Tàlfiar, le mot exprime un fredonnement nasal ou un fredon- 
nemânt labial, d'où le sens de <t bourdonner n qu'il possède 
aaui. 

âr,^pvKitv{c croquer, ronger» a des éléments communsaveo 

€rùquêr, mais à i'époque où son v se prononce û sod initiale 

le rapproche davantage de celle de grignoîer^ d'où le sens de 

< foustller *. Il peut même lorsque son û entre particulière* 

msat en lumière signiâer a grincer des dents u (sens rare) 

grâce aux éléments qui fout impression dsns ùriser, grincer* 

C'est pour des raisons analogues que des mots tirés d'une 

même racine prennent souvent des sens di^Téreuts suivant 

les asards de leur apofonie ou la forme de leur suffixe. Ainsi 

de la racine (en- le lann tire tinnire qui yeut dire » rendre un 

ton clair et métallique \> à côté de tonare qui s'applique au 

bruit éclatant du tonnerre, et le vieux slave iatmû qui s'ap- 

plique à un bruit sourd. Lit. gréuziu u je ronge » n'a pas le 

même sens que gr. jSpx"^ *' grincer des dents » auquel il est 

apparenté parée qu'il contient pîutdt les éléments de gratter \ 

mais got* kriiAstan qui appartient â la même racine signiôe 

m grincer n parce qu'il a comme |9pvx'^ ^^ ^ appujé sur une 

TOjelle aiguë. 




lÈÈ 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 




Gr. j^pfftttv désigne eâseûtiellemêDtle frémissementi le mur- 
mure, ©t il enestdemémede /Spo^oç parce qtie c'estle substantif 
correspondant ; mais le vocalisme de ce dernier hiî permet de 
désigoer aussi le bourdonnement et même le grondenient, e%m 
cette aigniflcation pourra être aussi attribuée par réaction au ■ 
verbe, dont la vojelle restera alors inerte par !e fénomène 
que nous oonsiatîons plus aut à propos de /réméré. Quant à 
pptivrri qui est dérivé de la même racine, il ne pourra s'appli- 
quer qu'au brait du tonnerre parce que sa formation l'isole du 
verbe* 

C'est ce sentiment du rapport entre le timbre de la vojella 
et la nuance sémantique qui a donné naissance à une apûfoQie 
spéciale, que nous avons déjà signalée (p* 100) à que Ton peut 
appeler rapofouie onomatopéique. Elle a trois degrés : vojellô 
claire i (é)» vojelle éclatante a {à} & voyelle sombre ou (é). 
Elle n*a Heu de commun istoriquement avec rapofouie indo- 
européenne, bien que cette dernière loi ait dans un© certaine 
mesure servi de modèle. A û6té de Ir^ GÎûçuei n petite latte 
de bois qui frappe continuellement sur la trémie d'un moulin m , 
ciiçuet n'a pas d^autre origine que les besoins onomatopëiquea 
pour désigner un objet analogue en métal et dont le son est 
par conséquent aigu* Les trois mots allemands de formation 
récente, knirren « faire un bruit aigre fu knairen *< craquer», 
knurren a gronder i> sont un bel exemple dVpofonie onoma- 
topéique. On en peut dire autant de UU treszkéti « crépiter i», 
traszkéti ii craquer ii, irmzkéli u faire entendre un craquement 
sourd» comme celui d'un arbre qui se rompt p. Considérez 
encore alL klippem tx cliqueter » et kiappem «claquer n^ klit- 
scheti et kiatsc/ien « mêmes sens respectifs », knistern " cré- 
piter » et kna^tem w craqueter », kniHern et knaitem « mêmôi 
sens respectifs», kntzen « griffer » et kraizen « gratter»^ &o. 

EnâUj il faut constater que dans des mots à modulation 
vocalique comme fr. (intamafre, ciapotage^ ciapotis, ee qui & fl 
déterminé le choîi du sufiS^e, c'est uniquement le sens ono- 
matopéiquei c^'est-i-dire te besoin de peindre dans le premier 
cas un bruit qui, après être passé de la note claire à la note 
éclatante, continue à retentir dans cette dernière ; dans la 
second cas un bruit saccadé (par les occlusives} dont lea 
modulations ne sortent paâ des notes éctatantea; et dans cla- 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



129 



pùiis un bruit varié de notes éclatantes entremêlées par 
I ândroîts de notas algues, 

^ Sinfdan 



VII 



Siîifdans ces dernières lignes, nous n'avons encore presque 
^ nea dit de la formation, de Torigine, de rétimolûgia et de 
réTelûtion des motJa onomatopéiquea- Nous en avons rappro- 
cbéi qui n'ont aucun lien de parenté, nouâ en avons séparés 
«iWtOût frères. C'est que pour les questions que nous avons 
étudiées Jusqu'à présent, il û'i avait pas lieu de faire autre- 
ment; j{ fallait constater Tétat et la valeur des différents mots 
que nous signalions dans diverses langues, et toute autre con- 
lidération eût été dégressive « 
l^ (Test cependant sur ces points que nous avons négligés que 
^fe Ton 4 le plus écrit jusqu'à maintenant. On a prétendu que les 
^m moU onomâtopéiques échappaient aux lois ordinaires de Tévo* 
V kUùn ; on a dit aussi que les langues possédaient d'autant 
fim d'onomatopées qu'elles étaient plus jeunes, plus sauvages 
Même, qu'elles en semaient tout le long de la route qu'elles 
éiaient obligées de suivre pour s' affiner, et que les langues 
Jm plus perfectionnées, celles qui correspondaient au degré 
de aivilisation le plus avancé, n'en présentaient plus que 
quelques vagues débris. Aucune de ces opinions ne repose 
tar une étude attentive des langues et de leur évolution, 
Yojons les faits. 



Les mots onomatopéiques obéiasent servi îement aux lois 
fonétiques qui dominent les autres mots de la langue à laquelle 
ils appartiennent, même si les transformations que leur impo* 
tent û€8 lois doivent leur ôter toute valeur expressive. Lat. 
ifwerqmdula^ qui fait onomatopée par la combinaison de ses 
daox occlusives sourdes avec la vibrante r, eatdevenuen fran- 
igiàMmrceiiey mot absolument inexpressif. L'indo-européeii em- 
ployait pour désigner réternuement une racine * pi ter- dont 
la forme insolite décèle au premier coup d'oeil une création 




110 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



puremeot onomatopéique et qui est en effet bien remarquabla 
avec son explosion labiale guivie d'un siffienient que vient 
interrompre utie occlusive dentale explorant sur un ¥ruit que 
prolonge le vîbrement d'un r. Le grec en a tire trrapwp 
k qui i'évolution fonétique a fait perdre la spirante, c'est-à- 
dire Télément essentiêlj celui qui donnait la vie à tous lei 
autres, si bien que ce mot n*ast eo définitive guère plus digne 
du nom d^onomatopée que uripa « le talon n. Le latin, qui 
obéit à des lois différentes, en fait siemuo ; il n'a perdti que 
le p^ et la perte est petite, car tous les éléments eâsentiels 
aubsiitent, et Tonomatopée reste excellente. Mais siemuere 
devient en français éitrnuer^ qui est aussi inerte comme ono- 
matopée que éiemiier. Les langues germaniques possèdent 
pour désigner la même idée diverses formes qui semblent pou- 
voir être toutes ramenées à une sorte de racine * qmeus-; elle 
nVst pas moins expressiire que * pster^ mais elle ne désigne 
pas le même éternuement; * psier- exprime un de ces éier- 
nuements dus à un picotement dans le nez comme en produit 
le soleil du printemps, 6i qui vous surprennent au moment où 
vous vous i attendez le moins & où voua avez par conséquent 
la bouche fermée, comme le montre l'explosion labiale du 
début ; la racine germanique ^gmeus- peint an contraire Féter- 
nuement de quelqu'un qui a contracté un bon rume de cerveau 
elqui ne pouvant plus respirer par le nez a d'avance la boucha 
ouverte ; pas d'occlusion labiale en effet«pas même d'occlusion 
dentale; les muscles en se contractant ne peuvent produire 
d* occlusion qu'au fond de la bouche, au niveau du voile du 
palais, comme le marque le q; cette explosion est immédiatement 
suivie d'une sortie violente de souffie exprimée par la sifflantes 
et dont le trop plein passe par le nez qu'il dégage momentané - 
tnênt(n) en produisant un bruit que marque la voyelle éi qui se 
termine par un nouveau siffiement. Ajoutons que les langues 
baltico-slaves ont une troisième formation, lit, cziûsti, €zidudèti„ 
rusâ. èixàf dontrélément essentiel estcelui de notre onomatopée 
atsché^ atichî^ qui suppose aussi l'occiusion des fosses nasales. I] 
serait puéril de rattacher des t; onsidé rations etnograflqu es à ces 
trois expressions différentes de réternuement ; lorsqu'on 
cherche à imiter un bruit complexe et variable, il est tout 
naturel qu'on le reproduise de façon plus ou moins inexacte 



I 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 131 

ûi tÀELlôi d'une manière tantôt d'une autre. La seule chose 
^q! noua importe ici, c'eât de constater que si l'évolution foné- 
tique aôté à iûd.-eur**^5fer- toute valeur expresBive en le fai- 
sant aboutir à fr* eteniuer^ elle n'a pas plus respecté germ* 
'qineus-. Ce der^iier est en effet devenu d'une part ags. fnèO' 
lOJi, m. angh ffiésen, ho IL fniezen qui ne peignent qu'un 
soofâe mt-labiâl et mi-nasal, d'autre part m, angl.tn/im^ angL 
tosneeze qui marqtient un sifflement dental suïvî d'un souffle 
nasal, enûn w norr. htyôsa qui indique bien encore un souffle 
nasal, mais dans les dialectes ou i'A est tombé on avha.fita*an, 
m* angL nésen^ alL niesen qui ne font pas plus onomatopée 
(|ae all> ndhcn 9 coudre », Les cor resp^ ridants de sk. kroças 
n cri n^ gr. ^^ifjn i( cri », si expressifâ avec leur groupe 
cr, sont en got, hruh h ciiant du coq»^ hrukjan k chanter 
Comme un coq h que la lautverschiebung a rendus presque 
inertes en détruisant l'occlusive sourde initiale^ Môme obser- 
vation pour aU. rufen « appeler » qaî sort d'un prégerma- 
lique * krùb- ou * krâù-, pour alU tachen << rire » qui sort de 
*klak- {ùL gr. ^XàÇm, TÛmfsrsu)^ pour ags. Punjan & tonner d 
qui correspond à véd. tànyati\ lai. tonare^ pour v* norr* 
pidurr qui correspond à gr, TirpaJ et coq de bruyère », pour 
gr, ÎT!5t, œ^p, aiîp«, tât, aura^ V. irh mai « souffle, vent » à oôté 
de racine *tcé-, v. ah véja tt je soufflet», lit. vêias « vent «, 
got^ vaian << souffler u, vindt u vent )), alL wehen <( souffler n, 
mnd 41 vent 1», lat. uenitAs, 

Puisque révolution agit impitoyablement, sans souci de 
Tonomatopée, il est évident que si elle la détruit parfois elle 
doit tont aussi souvent et avec la même inconscience, la 
créer. Ainsi ind-eur. *AA/â-ou *hhlê- « soufflera donne au vha. 
pléen^ blâen qui est Jnexproasif, mais au hxLfîare qui vaut vha. 
fnëhan examiné plus atitj p, 97, Vfr. a fan a effort 11, it, a/fa- 
nar€ « chagriner h , prov., esp , port, afanar a se donner de la 
peine, travailler avec effort » supposent une forme romane 
d*origine inconnue *affànarê. Tous ces mots sont inexpressifs. 
k côté de cette forme ii i en avait probablement une autre 
avec un seul f, *afanQre, sortie de celle-là par simplification 
de la consonne double dans les formes oCl elle se trouvait 
devant Tacceutt comme dans mamilia de mamma^ curuhs de 
currus^ mciiiare de uacdilare^ farina de/arn's, ùfelia de offa^ 



132 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



ëmitto, Messalina de Mesml/a. *Afanare aurait donné fr. ahaner 
commô deforis est dôVêou dehùn. Or âAane fait onomatopée 
par son iatus, comme ce ^ers dd M. de Heradia: 



Et bondis à traders 1« baletante orgie, 



j 



et ahan d'autre part par sa nasalisation qui le fait coïncider 
pour sa deuxième silJabe avec IMnterjectioii dea gens qui font 
effort» han ! 

Il est inutile de citer ici un plus grand nombre d^exemples 
de ce genre. On en pourra glaner plusieurs dans les cbapitres 
qui précèdent et on ea rencontrera beaucoup dans ce qui 
nous reste à exposer. Qu'il nous suffîse pour le moment de 
constater que ce que révolution fonétique fait perdre d^uii 
côté à une langue au point de vue de ronomatopée^ elle le lui 
rend d*un autre oôté< Les pertes et les gains se balancent à 
peu près. , 



Les langues subisaent-eUes passivement cet état? On ne lei 
voit guère rejeter un mot parce qu*il fait onomatopée. Mai» 
lorsque révolution fonétique leur fait perdre une onomatopée, 
on coaHtate souvent qu'elles la refont ou la remplacent. Quand 
il s'agit simplement d'imiter un bruit bien déterminé, on le 
recopie de son mieux en abandonnant le mot éréditaire devenu 
tnexpressif. L'istoire des noms du coucou dans les langues 
judo-européennes est fort instructive à. cet égard. Ils ont tous 
quelque élément commun, mais la question est de savoir 
dans quelle mesure ils le doivent à Térédité et à leur parenté. 
Il convient d'abord de signaltr sk, kûkas « coucou (RV, vui 
104, 22)1 — loup, sorte d'oie (class.] » avec son dérivé îoAi^fl 
im M coucou n, latp cucu$ (7), v. irL ciiach, galU câg qui 
remontent aux formes parallèles 'geugoSf *qôuqoif ^quqoSf 
'quqât * qouqà. Ce sont des mots à rédupiication l/nsée que Ton 
peut rapporter à une racine anomatopéique *qeU'^ attestée 
par sk. kâuHi kunàti\ kmate « retentir» faire entendre un son, 
gémir »ï , v« sL tufati « murmurer , gronder d , gr, xb»ieûa» 
« je pousse des cris de douleur i^, lit* kaûkti » urler «>, etc. A 
la même racine peuvent se rattacber lat, cuculuSt v, si. kuka- 
vka m coucou »f lit. kukûti < faire le cri du coucou ■ ; mais 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



133 



N 



\ 



N 



rito ae prouve que toi do ces mots n'a pas été refait directe- 
ment &ar le cri du coacou. 

En grec on a ^Ixm^ qui nû correspond êxactemeut à auouD 
des mots cités jusqu'à présent. Faut-il , à catiae de sort 
occluâive redoublée , i voir une formation grecque tirée 
d^une DouYelle imitation du cri du cqucou^ à savoir îto^xu? 
Ce n^êst nullement nécessaire ; sans doute, si k6vxu| était un 
moi JneEpressif sa dérivation de la racine signalée plui ant 
serait anomale ; mais lorsqu'il s'agit d'un mot onomatopéi- 
que,soa lot n'a rien de plus surprenant que le tttt de mwfti^ùi à 
côté de îTÉffiC** ou le x^ ^^ itox^iÇa» à ûàté de xa^a^"- L^ redou- 
blement d'une occlusive dans les cas de ce genre est un pro- 
cédé qui a pour effet d*accantuer la redoublement, de le 
rendre plus sensible, à qui plonge par ses origines jusque 
dans rindo-européen; qu'il nous suffise de rappeler ici en face 
de irt7nrt^«» âk. pippakd t nom d'un oiseau », en face de xax;£iC("i 
iutxà^^ sk. kakkhati, kakhait\ Est-il permis de sup poser que 
notre forme xoxxv^ remonte aussi autT Go a certainement 
le droit d*en rapprocher sk. kukkubhm a faisan ■, kukkikt>âc 
i espèce d'antilope i», tant qu'il ne sera pat démontré que ces 
mots sont des formes pràkrites sanskritisées. La différence 
de signiâcation ne saurait être un obstacle ; U racine dont 
nous avons parlé a un sens assez large pour que ses dérivés 
poissent s'appliquer à des animaux divers pourvu que leurs 
eris aient entre eux quelque vague analogie* Nous avons déjà 
vu sk. kokiu désigner u le loup » et ■ une sorte d'oie « ; v« sL 
kuaka signifie « le cbien »| lat. çucubarç veut dire « faire 
entendre le cri du ibou ■, enfin gr, ^o>tJtti(^ûi lui-même con- 
vient aussi bien au chant du coq qu'à celui du coucou. 

Dans les langues germaniques la forme la plus ancienne 
qui noua soit connue est vha, gnuh ^^ ags. géac ■=- r. norr. 
gmkr t4 coucou m , représentée encore aujourdui par ail. 
gauch « coucou, — niais w. Elle ne peut en aucune façon 
être rapprochée fonéttquement des formes que nous avons 
signalées dans les autres langues ; elle est Eiaus doute ap pa- 
re Dtée à sk*/iâ't;a'^, ^uâ^a^i« il crie, il appelle ù^hdvas <i cri >^ 
JékamU « il appelle >, v. si. zovç h je crie, j'appelle •• Au 
point de vue expressif ce mot est très défectueux à différents 
égards et en particulier paroe qu'il n'indique paâ de redou- 



131 



ONOMATOPEKS ET MOTS EXPRESSIFS 



blemant alors que \e cri du coucou est toujours répété. Aussi 
Tort-on surgir au XVI' aiècle à côté de gouch des formés telles 
que guckgauch, gutzgauch. Mais longtemps auparairant le 
néerlandais a?ait recopié directement le cri de l'oLseau dans 
son mot koekùek, qui pénétra en AUemagne dès le XV* siècle 
sows la forme kuckuck, aujourdai très répandue* L anglais a 
ctickoùqu'il ne doit sans doute nia un éritage ûi àun emprunt, 
maia qu'il a calqué sur le cri du coucou* De même en russe 
kukùska n*eat pas le représentant de v. si. kukavfca^ mais une 
imitation du cri du coucou suivie d'un suâîxe très usité, _ 

Le cûçus de nos diotioanaireâ latins n'est livré nulle part ■ 
d'une façoD certaine, pas même dans Isidore (Ori^,,12,7)* C*est 
asses^ dire que si un pareil mot a réellemenl existé en latin, 
nous ignorons sa forme exacte et eu particulier la quantité 
de sa première voyelle. Rien ne saurait donc faire obstacle 
au *€Û€tm que demandent itaU cticco, roum. eue, port» euro. 
Ce ^cucru^ serait à ^cUçm ce que câppa est à ^pa. Le mot 
ordinaire en latin pour désigner le coucou est bien connu 
iouB la forme cucUtus et son doublet cwmiius. Dans les languea 
romanes prov. cogul-$ répond bien a cikuiut, mais en italien 
au lieu du *cugûlo attendu on a cueuîo qui demande fonétique- 
ment ^c^cUlus. En français il n'i a pas Heu de séparer les mots 
désignant l'oiseau coitcou de ceux qui s'appliquent au mari 
cocu^ à celui dont la femme, comme la femelle du coucou, 
ante des nids étrangers, Vfr. *couru, attesté par Oodef. 
coucuauit, peut sortir comme ital. cuaUo d'une forme *cuc€Uiu*^^ 
de même langued* conçut suppose ^cuccûtu, et franc-comt. 
coucue « Terbe au coucou », *cûcmta. Ces formes cucûio^ 
*coucUy conçut^ coucue peuvent recevoir deux explications : fl 
1* le texte de Plante, JWn*, 245 paraît exiger la longueur de 
la première sillabe dans le mot cucuius^ c'est-à-dire cùc- ou 
cucc- & tous les autres passages où ce mot se trouve dans le 
même auteur peuvent s'accommoder de cette scansion (cf. éd* 
Brû:). Cûcûlm serait â ciicndm comme uaciiiatk uacciUat et la 
coexistence de ces deux formes en romau ne serait pas plus 
surprenante que celle de cuppa à côté de cupa ou celle de 
putiicinu it poussin >i à cété de puiwinu « pussin » (Revue da 
langues romanes, 1898» p. 287} ; *4* *Cugûlo^ *cougut^ àc^ 
pouvaient devenir d'une façon normale cucûlo, coucut^ etc. 




ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



135 



I 



par le sentiment du redoubLement, comme fr. verveine de uer- 
èena^ laL ?tilg, cocina de coquma^ v* esp, biermn àû uermi- 
fifîii, éic. (cf. Grammont, Ladissimilalion, ^. 169). 

Fr. coucou est probablement une nouvelle imitation directe 
é\i cri de Tûiseati, mais il pourrait aussi être sorti de *coucu 
par une asaimilatioa vocaUque progressive due à Tiofluence 
de Tonomatopëe. Enfîn côcu^ coqu^ au lieu d'avoir subi, 
<omaie le peose le Dkt, gén,f ritiduence de coquart^ coquin , 
^Cm n'est autre chose que vfr. cucu diss^îmilé normaleitient 
eomme devin de diumu, voisin de uicinu, fenir de /niire, 
<luant àce eucu^ e*est ou bien Voucij assimilé régressivemeut 
par le sentiment que ce mot fait onomatopée et exige le 
redoublement de la même sillabe, ou bien une reproduction 
directe et approximative du cri de L'oiseau* Comme nous 
Tavons déjà indiqué (p, 98 }, leâ deujt notes du cri du coucou 
ne piont pas absolument identiques; la première est pluâ claire 
qoe la seconde, et si couûùu est une imitation plus exacte que 
ctt^u, ce dernier présente pourtant une approîcimation très 
sufÛsante. Seulement ii fait l'impression d'un cri plus aigu 
qae coucou. On trouve la même différence entre les ii;ots dési- 
gnant le urlement que nous avons signâtes à la p. 108 e( le 
mot fr* urier (àurier), La voyelle essentielle des premiers 
eit un ou, ce qui ne (es empêche pas de servir à Toccasiou 
pour les urlements ai^us ; au contraire fr, uriêr donne 
rimpression d'un urlement aigu et par extension désigne 
iusei les autres. Mais d'où vient son û et aussi son h qui 
s'est prononcé assez tard puisque nous disons encore aujour- 
dtii le urlement sans élision? Le point de départ de ce mot 
est évidemment latin lï/u/arequi n*ani n ni A ; ce uluiare bien 
P'il s'applique essentiellement au urlement des chiens et des 
bups est un dérivé de ulula a chaUuant n. Le rapport qui 
txiste entre le urlement et le cri du ibou ou du chat*uant 
f^araît avoir été saisi de différents côtés, car ail. heulen 
i urler u de mha. hiulen^ hiuwein est apparenté à mha. 
hiuwei^ vha. hiuwiîa n ibou, chat-uaat n. C'est ne qui permet 
de supposer que le mot fr* a subi une induence germanique 
et qu'il s'est mélangé avec vba. huwila a ibou, chat*uaut »k ^ 

i Hûwila -|- ûlûtare p«ut donner soit *hûîûiareà^Qik hurltr^ soit *fiûwiiare 




136 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPllESSIFS 



Le mot uer {huer), que Toa perâiste à tirer de ririterjectioû 
Au, appartient à la vaèm& famille ; û signiâe eDcore en terme fl 
de faucoDnerie a crier comme le ibou » ik n^Qsi autre ctioae 
qu'un dérivé de vha. kûwô u ibou, chat-uaut w. 

Lorsqu'il s'agit de bruits moins précis et moins bien déter- 
minés, les langues ont d'autres ressources pour réparer laurfl 
pertes. Elles ont toujours en magasin, si Ton peut s'eipnmer 
ainsi^ les fonèmes qui sont propres à en peindre les carac- 
tères essentiels, par exemple rapofonie onomatopéique qui 
suffit, comme dûus ravôDS vu plus ant, à en exprimer la note 
dominante, puis les occlusiires qui marquent les sons à explo- 
sion brusque, puis les combinaisons d*oocluaives avec des 
liquides ou des spirantes, dont la valeur nous est aueai 
connue. Ainsi la lautverschiebung 6te au correspondant ger- 
manique (vha, huoht que nous retrouverons plus loin) de gr* 
îia;ÇflEÇ«v « rire aux éclats m, lat cachinnuSy sk. kàkhati tout 
ce qui rendait ces mots ai eipressif^; mais le vieux aut alle- 
mand retrouve dans son propre fonda les éléments qui avaient 
servi à former ces mots en indo-européen, & il en fait kichai- 
sen, kachazzen. Le «geaiii se dit en vha. AeAara (qui ne fait 
pas onomatopée] et en gr« xiV<7!x^ en sanikrït on trouve kikii, 
mot refait qui éveille bien le sentiment des cris aigus et sac- 
cadés de cet oiseau ; mais la forme attendue *a>ri n'avait pas 
les mêmes qualités. Indo-eur. *^fa^- devient en germanique 
par la lautverschiebung Â/ciA-^i même en alL lah- qui n*ant plus 



d'où rfr. huler; U dérivé normal de hûwila^ sans mélange atûc ulvto^^ 
ne pourrait d^aillears avriir une autre forme que *huwilare. M, Mejer- 
Liibke a donné {Giôber's Zeitschr.^ XX II, fi aqq,) une eiplication fort 
ingénieuse de Vu fermé de la silLftljch inHiale ; mais elle ne parait pas 
pouToir être acceptéi^ parce qu'elle n'est pus indispensable pour eiplî- 
quer obw. urlar & surtout qu'elle ne rend pas compte de Vh. Déjà en 1894 
M, Th. Braune aTait songé a une origine germanique (G roier** Zd/icAr*, 
XV^Illi 527), mais il n'avait pai* touché juste parce que hurreln aurait 
donné fr. * fiourier, parccs que plusieurs formes mmanes ne permettent 
pas d*écarier ulutar^^ enfln parce que sard* ut^iare & mum* upI prou- 
vent surabondamment que iV n'est pas d^origine germanique, maiit est 
le produit d'un© dissîmilation tout comme le d de cat* udotar qui nâ 
iortpi» de hurdetn (cf , Grammont, La tiissimilation^ p, 50, 55, 81, 84K 




^ 

k 






ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 137 

du tout la valeur onomatopéiqae de gv, xlzyyh^ lat. cîangar; 
mm on refait klingen, klang. 

Au lieu de fabriquer un mot de toutes plèoea pour combler 
Que iacaoe, les laDgaes peuvent l'emprunter à un idiome 
Tûiiin ou le tirer d'uue racine qui n*a pas le même sens* 
L*ijido-européen se servait des deux racioea onomatopéiques 
*pird' k 'pezd' pour exprimer deux nuances nettement 
diitJnctes. La première avec aon explosion labiale, son vocâr 
Iî8me?&né(*/?errf -, *prd-^ ^pord-), le léger roulement de son 
rat rocclusion anale, est une merveille. Elle e:^t attestée par 
ik- pérdate j gr* iripifirau, Iwpaiîov, sirap^ev , irfrropffa, Tfoplit , 
liUpérdzïU^ pérsti^ cèq. prdèti^ ail* furzen^ farzen^ &c. La laut- 
r«rB€hiebung a modiâé Texpreasion dans les mots germaniijues, 
mais ii n'i a pas lieu d'insister sur oe changement* La seconde 
racine, *pêzd'y remplace excellemment la vibrante r par la 
i[^îrante sonore t, mais on peut trouver que l'explosion mar- 
quëe par la labiaîe du début est trop violente. Quoi qu'il en 
BOit elle donna naissance dans le domaine ellenique a un 
v^rbe * ùzdeyo qui serait parfait ^i iea lois fonétiques grecques 
M le rendaient ineipresaif en lui fai.^ant perdre sou z ; gr* 
^4^ garde la signification de *pezd- parce que Trtptî- sub- 
Biate en face de luit mais il ne l'exprime plus. En baltico-slave 
et ei germanique */}ei<f- apparaît dans slav. pezdèn qui garde 
toutes les qualités dePindo-européen»dana pet. rusa, bii'itij et 
lit, htidèfi{i^d,n^ doute emprunté au russe) qui sont plus par- 
faits, et dans mha. vht^ alh fi&îen qui sont irréprochables. En 
\tM^^ ptzdû devient normalement p^if} ; il reste la labiale, 
Jnaia plus rien de caractérisant. C^est désormais un mot à 
peu près quelconque, plus propre pourtant avec son explosive 
tibiale sourde à remplir les fonctions de * perd- que celles de 
'pezd-, et comme il n'i a pas à côté, comme en grec, un repré- 
sentant de * p€td-^\e domaine de ce dernier lui échoit ; mais il s'i 
comporte i^imalabilement, qu'on éprouve souvent le besoin de 
k remplacer par crepare^ Quoi qu'il en soit» la place de • pezd- 
reste vacante ; on a recours alors à uisire^ qui est fort juste 
comme expression, mats qui trouve là un emploi nouveiiU, 
car, bien que son origine ne soit pas certaine, il semble se ratta* 
cher a une racine ^veis- signifiant <* couler, exprimer un 
liquide 1». En vieux français pèdtre donne potre qui n'est paa 




198 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



beaucoup plaa expreâsifqye le fruit dont le nom se prononce de 
même ; mais du substantif /^ef on tire un dérivé /ïê^er qui doit à 
son occlusive dentale sourde un regain d'expression* L'autre 
nuance est rendue par veiser^ vfr. venir ^ qui a toutes lei 
qualités désirables et sort de * umlre, doublet de tôsïre. fl 

Non seulement les langues réparent souvent, soit en créant, 

soit en empruntant, les pertes que leur a causées révolutiou 
fonétique, mats U n'est pas rare, lorqu'un mot vient mal ou ne 
présente pa^ leâ qualités requises, qu'elles le réduisent à un 
rôle secondaire, ou le rejettent complètement et le remplacent 
par des mots plus expressifs qu'elles prennent où elles les 
trouvent, soit qu'elles les forgent, soit qu'elles les empruntent 

Ainsi lat, vulg* meiare (class, meierê) donne sard. mmrt^ 
esp. tmm\ port, mijar, mots ineipresaifs. Dans les autres lan- 
gues romanes on emploie les représentauts de * pisUarê, à 
savoir \Lpisciare, rétor* pischar^ prov*pmar, ft*, /y mer, picard 
pkher^ cat. pitxar, roum. pi§, est probable que si F on a en 
recours à ce mot de signification si éloignée (sur son origine 
et son évolution sémantique , cf. Ulrich , A , IX , 117 et 
Korting, Lat.- roni. wurt*^ o* 7195), c'est parce qu'il est 
expressif &. rappelle le bruit d^un filet d*eau qui coule par 
terre ( cf, le mot des nourrices qui veulent faire uriner 
leurs nourrissons, ;^Sj ps^ avec s palatal), tandis que meiare , 
Si ses représentants sont totalemeut inertes. ÉH 

Le latin rendait Tidée de crier par clamare^^on en a fait en vfr. 
c^amer^ je cinim^ qui signifiait <t appeler à aute voixii éi qui n'est 
pins guère vivant aujourdui que dant les composés prociamer^ 
acclamer i réclamer ; mais pour reudre Tacuité d'un cri qui 
vibre soudain, le latin ne fournissait rien; le lat* v ul g. a *cn/are 
qui est excellent. Oii ra-t-il trouvé? On le voit généralement 
dans lat. quiritare h appeler le peuple au secours »», à il n'i a 
en e0et pasgraod chose à dire contre cette étimologie; mais 
il noua a toujours semblé qu'il i avait tout autant de chances 
pour que ce mot vînt de go t. * kreitan ** crier »» attesté par 
mha* krizen. Et ce got. * kreitan d'où sort-il lui-même t Pas de 
Tin do-européen, qui ne connaît pas * ^^rer^f- ; il est vrai que l'on 
pourrait songer à un élargissement de la racine * ^^er-, attestée 
par sk> féraie u il fait du bruit i», lit* gârsas u voix w, v. irl. 



^ 
^ 



^ 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 

gm R appel, voix i, v. norr, kura u gro:îder », vha. Aarwi 

a hmU clameurs m, &c. ; mais il est beaucoup pias probable 
qoe krett* est une fabrication germaniquâ apparentée onoma- 
topéi<}ueineut(à noa pas istorîquemeut) avec iûdo-eur. * çreiif- 
• pOttMW des cris aigus » que i'oii vovt représenté dans gr. 
yifafi»,v. al, krîku n eri », lit. knkséti* crier », v. ûopp, Arikia 
«poQsaer des cris aigus ï>, y ha. hreigir <( héron ». 

Lektitinediapogaitguôreqaede crepare pour rendre lea trois 
su&DCâa cr^ifuei^ croquer f c/a^tier; les langues romanes gardent 
Cftïûotàcauaede ses qualités (i t. crt*pare^ roam. crep^ prov, cr*- 
krjt.crever^ esp., port* ^«eArar), mais ei les limitent sa slgnîfi- 
catiûûet suppléent à sort insuffifaDceen recourant qui au ger- 
manique comme Tespagnol qui en: tire crujir^ qui aux forma- 
tloûioQomatopéiques comoae le français, qui a tiré des verbes 
dei îûterjectioiis a^ac^ croc^ clac; aïK klatsckm est dérivé de la 
même manière de kiaisch et krachen de krak ; il ii*i a évidem- 
meat aucun rapport tstorîque entre ces mots et ceux qui leur 
correspondent eu français. Pour désigner le cliquetis dei 
armea, le latin se servait d'un dérivé du même crepare^ à 
•Avoir erepitus; Fespagnol Ta remplace par chîsckas et le tràu- 
çtis par c%iieO'* qu'il a tiré de cliquet au mo^en du même 
loffiie qui lui a serd à distinguer le clapotis du clapotage^ 
k di^uet lui-même n*a pas d*autres aïeux que rinterjectian 
cik. Ces nuances ne suffisaient pas encore aux langues moder- 
Desîpourne cousidérerque le franc ais^ decraguer il a tirécra- 
yweïff» craqueler; il a même repria hu latin par voie savante 
^ficrepitare qui était excellent et qui ne lui était pas venu par 
î<>îe populaire.il s'est encore tourné d*ua autre côté, & ajou- 
tant à un substantif tnexpressif qu*il possédait le suffire -iV/er, 
il a fait pétiUer dont tous les éléments sont en valeur; car Id 
M spirante palatale souore, est propre à exprimer un léger 
bruissement, bruissement aigu si la voyelle qui précède est 
uguë comme dans le cas présent, bruissement sourd si elle 
$si sombre comme dans gurgouiller, grouiller que le français 
ajoute à ïa lîste en tirant l'un d*un élément onoraîitopéîquô à 
redoublement garg- à Tautre de Tinitiale de grogmr^ gron- 
éêr. Tous ces mots, et d'autres que Ton pourrait citer encore 
remplacent Tunique creparê du latin et son dérivé crepitare. 
On ne trouvera pas sans doute qu'il i uit eu apiiauvriasement 
du TooabuUire onomatopéique» 




140 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



11 serait facile de multiplier les exemples; mais ce serait 
nous écarter de notre sujet à écrire un chapitre de la a Vi« 
des mots j>. 11 nous suffira d*avoir indiqué ces faits, car noas 
avons âte d'aborder une dernière question que nous avoni^ 
fait pressentir dèa le cona menée ment. 



VÎIT 



Nous n'aTons ^aêre étudié jusqu'ici que des mots désignant' 
une action ou un objet susceptibles de produire un son et nous 
avons vu dans quelle mesure cea mots imitent C6 son ou en 
suscitent Tidée, c'est à-dire constituent, d*après la définition 
donnée au début, des onomatopées. 

A c6té des onomatopées il i a dans les langues quantité 
de mots, désignant non plus un son, mais un mouvement, un 
sentiment^ une qualité matérielle ou morale, une action ou 
un état quelconques, dont les fonèmes entrent enjeu pour 
peindre Tidée ; e*est ce qu'on peut appeler les mots ej^pressifs^ 
Comment donc des sons peuvent^ils peindre une idée abstraite 
ou un sentiment? Grâce à une faculté de notre cerveau qui 
coutinudllemeni associe et compare ; il classe les idées, les 
met par groupes et range dans le même groupe des concepts 
purement intellectuels avec des impressions qui lui sont four- 
nies par Touïe, par la vue, par le goût, par Todorat, par le 
toucher. Il en résulte que les idées tes plus abstraites sont 
constamment associées à des idées de couleur, de son, d^odeur, 
de séclieï esse, de dureté, de mollesse* On dit tous les jours, 
dans le langage le plus ordinaire, des idées graves, légères, des 
idées sombres^ troubles, noires, grises ou au contraire des idées 
lumineuses, claires, étincelantes, des idées larges, étroites, 
des idées élevées, profondes, des pensées douces lamères, insi- 
pides, on dit de q uelqu'u n qu'il broie du noir, qu'il a le cœur léger. 
Lorsqu'on emploie cette expression u des idées sombres », 
on fait une comparaison ; il est évident que les idées n'ont pas 
de couleur par elles-mêmes, mais cette comparaison est par- 
faitement claire et intelligible grâce à une série d'associations. 



I 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 141 

Ènûoeér cette comparaiBon Bans dire que l'on fait une compa^ 
rii8on,c*êattfaduiFe; nous traduisons une impressioQ intellee- 
taellâ en une irapreaaion Yisuetle, Si ïa traduction eat biôû faite^ 
Fsdée n'aura en rien perdu de sa clarté, pas plus qu*une fraaa 
fr&D^iie traduite en allemand. Une fois notre fraae française 
triduita an allemand, nous pouvons la traduire en russe ou en 
toute autre langue sans que l'idée soit an rien modifiée^ pourvu 
qûfl notre traduction soit eiacta. On peut da même traduire «ne 
impreision visuella en une impression audible. Le langage ordi- 
naire nous fournit les premiers éléments d^une traduction en 
impressions audibles de celles qui nous sont données par les 
iutressens : iî distingue des sons clairs^ des sons graves, des 
sons aigus^ des sons éclatants, des sons secs, des sons mous, 
dasjoûsdoux, dessous aigres, des sons durs» &c. Nous avons 
VQ Doui-mémes qu^il i avait lieu de distinguer des vojellas 
cUurôs, aiguës, graves , sombres, éclatantes, des consonnea 
lèûbtg, dures , doue t^ s, molles. Il eat donc évident qu'une 
Tûjtlle sombre pourra traduire une idée sombre, et nne voyelle 
graviune idée grave. 

Ce sont les traductions da ce genre que nous alions étudier, 
caqui nous sera facile maintenant que les principales valeurs 
diiic^D» du langage nous sont connues parles onomatopées, 
Pour celles quMl nous resta à déterminer nous procédarona 
comme nous Tavons fait plus aut, c'est-à-dire que nous nous 
appâterons sur des considérations étrangères aux: mots dans 
leiquels apparaissent les fonèmes îi examiner, et relatives à la 
nature mémo de ces fonèmes. Les mots ne viendront qu'après 
eomme des examples destinés à illustrer la téoria. Noua 
^cbipperoos ainsi au danger d'attribuer à tel son telle valeur 
expressive, telle signiÛcatton parce qu'il apparaît dans un 
on plusieurs mots qui contiennent cette signlûcation. 



NoDs avons vu que la répétition d'une ^iliabe comme dans 
^9tmUf d'une voyelle comme daLtié cliquetis ou d'une consonne 
eomme dans imier" donne Timpression d'un bruit répété. Elle 
peut aussi exprimer la répétition d'un mouvement ou d'une 
sotion quelconque ; ainsi quand on dit que la chair des victimes 
pil^ite, on n'entend pas par là qu'elle faaaele moindre bruit^ 




142 OîfOMATOPÉES ET MOTS EXPRESSIFS 

Mais les deux p qui L^ommeneent les deux premières dllabea 
du moi palpùêr donnent Fimpresaion des mouvements répété» 
de celte chair : 

A rappel du plaisir lorsque ton sein palpite 



! 

I 




On â de même rexpression de mouvements répétés dans les 
mots tituber^ tiiUler, tortilier^ iâter, tâiomter : 

Ces mains vides, ces mains qui labouraient la teiTe« 

Il fallaii les étendre en rentrant au hameau, 
Four trouver à tâtons les murs de la chaumière 

(MUS3ET, Une tonne f&rtune)^ 

dans gv. itvêùlti^ t< regarder taotôt d'un côté, tantôt de l'autre t», 
mha. zwinzen^ iwinzetu « cligner, clignotera. Le mot répéter 
lui-méme« avec ses trois f, est bien propre à faire sentir nne 

répétition quelconque. 

Les voyelles aiguës lorsqu'elles expriment des sons aigus ne 
traduisent pas, elles imitent ; mais par traduction elles peuvent 
donner Timpression de Tacuité matérielle d'un objet, cûmina 
dans le mot aign lui-même, dïrns a IL spitztg, fr» piquer^ épine^ 
al h iicken a picoter o, ou de T acuité morale ou intellectuelle 
comme dans le mot fr, ironie lorsqu'il s'agit d'aue ironie aiguë, 
sarcastique, mordante, dans Venvie^ \^ jalousie^ dans ta malice^ 
la ruse, Vâstuce^ la itsi allemande, Ve&prit français lorsqu'il est 
vif et piquant, ie teitz allemand lorsqu'il est un ou mordant. 
Enûn comme les voyelles aiguës pénétrent dat^s notre oreille 
ainsi qu'une pointe acérée et nous font parfois un t3 impression 
voisine de ladouleur, elles mettent en valeur un certain nombre 
de mots (savants pour la plupart^ mats dont les poètes ont fait 
grand usage à cause de leurs qualités), qui eipriment la tris- 
tesse ou Torreur et qui sont comme un cri : sinistré^ livide^ tu- 
guùre, terrible, hùrrihle, 

Les vojelles aiguës, nous te savons, ne sont qu'une espèce 
dans le genre vojelies claires, et il se produit souvent telle 
circonstance, ne fiit-ce que lasiguiâoation du mot, on, comme 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



14S 



^ 



fioui TaTOos Ttiy le contact avec une conaoniiô uasale, qai 
empêche leur qualité spécifique^ Tacuité, de venir eu lumière. 

Dès lors la valeur eipressive d'un i se confond à peu près avec 
celle d'nn é^ par exemple. Toutes ces voyelles palatales» que 
l'oû appelle dans certaines langues YOj elles minces par oppo- 
litioa avec les voyelles /ar^es qui sont les graves, s* expriment 
aficune ouverture buccale moindre que les graves, et sont 
pîûi ténues, plus douces, plus légèreB. Elles sont donc partî- 
eatièrement aptes à éiprimer la ténuité, lalégèreté, la douceur 
et lea idées qui se rattachent à celles-là. Dans les onomatopées 
ellei expriment les bruits ténus, clairs, les murmures doux et 
légers; parmi les objets qui ne rsndent pas de son, ceux dont 
l'idéipeut être suggérée par les voyelles claires sont ceux qui, 
l'ilâ rendaient un son, feraient entendre, semble-t-il^ un petit 
bniitckir, ténu, doux et léger. Cest-à-dire que d'une manière 
générale les voyelles claires peuvent peindre à Toreille tout 
Ci qui est ténu, petit» léger, mignon. C*est le cas pour les ad- 

Ijectifa iénu^ petit ^ iéger, menu^ /?«, luA/iï, déèiie^ frêle: 
J'ftlme iros pieds, pêtiti à tenir dans la main 
et pour les substantifs M'nee//e, gazelle^ plumé* 



, elle a passé sans brnlr., 

B«lle, candide, ainsi qu'une plmne de cjgne 



ikm: 



(Huoo)t 



Rt le clair Ill^sos d'un flot mélodienx 
a baigné le duvet de vos ailes légères 

(LaCOKTB BS LlBLS). 

Citons enfin iitfe avec cette description de V* Hugo qui est 
nu vrai commentaire linguistique : 




Je anls Tenfant de Talr» un sylphç^ moins qu*un rêve, 
Fils dn printemps qui naît, dn matin qui se lève. 
L'hôte dn clair foyer durant le* nnlts d'hiver, 
L^espril qud la Inmiére à la rosée enlève, 
Diaphane habitant de Ttn visible éther, 

k ridée de légèreté se rattache immédiatement^ comme étant 



144 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



de même n&tvkte, celle de rapidité et de iriraeité 
Je les tirai bleM i>ite et je !«a 1«1 donnai 



vif, suait. 



(Mussst). 

Les idées ^aies» riantci^ douces, gracieuses, idilliquea aont 
continuellement associées dans notre esprit à celle de la légè- 
reté. De là Texpression des mots gat\ joyeux ^ jùli^ atL lind^ 
geiinde « doux en parlant delà peau, de la voix, du caractère u, 
alL sûêsu doux au goût, suave, charmant»^ gn yliuxvç <i doux }i , 
La lumière aussi est gale, tandis qae les ténèbres sont tristes: 

Uéther pl«s par luisait dans les clenx plas SMbllmes 

Aussi les mots fr. clair, alh keU ne sont-ils pas moins expres- 
sifs appliqués à la lumière qu'au son. Il convient d'ajouter que 
les diminutifs français en -eilet dont quelques-uns sont si gra- 
cieui^ ne doivent souvent leur charme qu'à la vojelle de letir 
suffixe : fauvette, bergeronnette , chansùnnettef viûlette^ fleurette. 



Les vojellea éclatantes (conviennent i Viciât de la lumière 
que la langue même compare à celui du son, à celui de la 
beauté, (k à tout oe qui semble comporter quelque éclat, à 
tout ce qui est grand, puissant, fort ou majestueux. De là 
r impression que font des mots abstraits comme splendeur ^ 
orgueil : 

Yaix de VOrgueilr un cri puissant comme d'un o»r. 
Des étalles de sang sur des cuirasses d'ar 

(YBALàiiri), 

courage, vaillance^ ghire^ amplem\ grandeur : 

Qu'est-ce que le Seigneur va donner à cet hamme 
Qui plus grand que Césnr, piua grand même que Rame, 
Âbsarbe dans son sart le sart du genre humain 7 



1 



des noms concrets comme coloue : 



I 



ONOMATOPÉES ET MOTS EXPHRSSIFS 145 

M«lf je suiâ Bébém»t» rélëph»«t, le colosse 

(Th. Gautœe), 

ûndas titras onorifiqtiôa comme empereur: 

Ainsi Charlei de France appelé Cbnrle magne, 
Exarque de Eavennêi empereur d'Ail emagae, 
Parlait datia la montagne avec sa grande vaix 

L'autre catégorie de voyelles graves, les sombres eon^iôo- 
iteat à Texpression de tout ce qui est sombre dans Tordre 
flsiqtie ou moral, comme dana les rooti* somàre, ail, dumpf^ 
dmkel «sombre u, es munkeli « il fait sombre», v, irh dub 
«noir*, fr. omàre : 

Qaêlle est Vomôn qui rend plus sombre encor mon antre ? 

Lalégèreté s'exprimant par des voyelles claires, les vojelles 
ioabr«s rendront bien la lourdeur, comme dans les mots 
iôurd^ lourdaud; Topposition de ces deux valeurs est bien 
Biirqaée dans oe vers de La Fontaine : 

Un raltelet f ponr vona est tan pesant fardean* 

P&TEoi les vojelles nisales il en est de claires^ d'éclatantes, 
de iQmbres, et elles jouent le même rôle que les voyelles 
oralea do même ordre qu'elles; seulement leur note est moins 
Qttte parce que la nasalité la voile. 11 peut arriver que Je 
îailemeat du son par la nasalité devienne la qualité domi- 
naatei celle qui fait particulièrement impression sur nous, le 
timbre passant au second plaa : dès lors les vojelles nasales 
iont propreSi mémo si leur substratum oral est clair et surtout 
a'ii est grave, à exprimer la lenteur^ la langueur^ la mollesse^ 
li mnchalance^ comme dans les mots que uous écrivons en 
tUHque dans les vers suivants : 



Elles tournent 




cependant 

d lentement^ à. s'attendent 
(MuasftTj, 
10 



145 ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 

Et du fond des boudoirs les beilog indotenteM^ 
Balttttçaiit mollement leura tailles nonchaîanieM^ 
Sous Ida vieux marronniers commencent à venir 

(MoaasT), 

Où la Mort avait dos ses leags jeux languissants 

Dans r*uibre transparente ituiùlemmeni 11 rôdo 

(Herkdia). 

Enfin la même apofonie vocalique que nous avons reconnue 

dana les onomatopées existe aussi dans les mots simplement 
expressifs^ éi tandis que dans les premières elle peignait les 
modulations des bruits', elle marque dans les seconds la 
variété, la diveraité ou Tirrégularité des mouvements^ Noua 
nous coutéûterons de signaler les mots : fr. tigzag^ micmac^ 
caïn-caa^ ali, mmhma&ck^ imrrtoarr ; 1© fénomène est trop clair 
pour qu'on s'i appesantisse* J 

Le r61e des consonnes dans les mots expressifs est plus eon- 
sidérable que celui des voyelles. Nous avons vu les occluaivea 
peindre dans les onomatopées des bruits secs; elles peuvent 
aussi donner rimpression de mouvements secs, sacoadés, 
comme des coups , ou au contraire de mouvements assez 
doux, mais toujours sacoadés, comme dans les mots palpUer^ 
bar ^0 ter f tâtonner ^ tùuùer: 

Que ne Tétouffais-tu ^ cette flamme brûlante 
^ue Ion sein palpitant oe pouvait «ontenir? 

(MuââBT), 

Que Taugure, appuyé sur son sceptre d'érable, 
Interrog^e le foie et le cœur des moutons 
Et tende dans la nuit ses deux mains à tâtons 

(Huoo), 

< C'est la même apofonie qui domiiie nombre de Fofrains poptilaires : 
fr. tontaine^ tonton, — ta faridondaine, ta faridondon^ — ira déridera^ 
— girofle, tjby^fln^ — lirelirelire^ tiretin^lar — t, *, a* a, — turlurettet 
turturon, — rt^uingueiie^ reguingOf — riquandainet riquando; — ail, 
jiàjchlmdif jmhheida^ ^ vuittHt vatkrat &g. 



Les 



ONOMA TOPÉ EST» UrOTS EXPRESSIFS 
Bonoes DaBaleSf grâce 



U7 



» 



k 



mollesse de leur ariicti* 
latioû, sont propres à exprimer, comme Jes rojelles oasales, 
ia douceur, la mollesse. C'est one impression que Ton éproEve 
par ej^emple dans les mots fr. moa, mo/Zesse, ail, mitd^ Undf 
gelinde « doux », lat. miiù « doux t», ail, $anft w doux ». 

Ut, qoe nous avons vu plus aut exprimer le bruit du glisse- 
menton d'une manière plus générale la liquidité en tant qu'elle 
comporte un bruit^ peut convenir aussi bieu à un glissement 
maetf et même à Tétat de liquidité. C^est le cas pour les mota 
touier, laver ^ mier^ lit. iêti « verser », lat. fîitere « oindre n 
qui désigDent des actions muettes, pour le mol liquide lui- 
même, pour ^.lauge a lessive », Ce Tonème peut aussi pein- 
dre l'état de ce qui est glissant comme dans lat. Uuu <t poli », 
fr, pùli^ ih^^ gfp liï&ç a lisse », IntiZv a lisser iî, ou de ce qui 
est visqueux, autre manière d^étre gltssaût, comme dans 
fr* colte^ waïe, aïK îeim « colle », khm « argile », lat. iuium 
n boae i>j limtis « limon », lit, lutynas « bourbier », v, irl. ioih 
fl saleté gluante »,v,iiorr, /a wdr « savon, écume n, ags. kâàor 
Il même sens jk 

Si la liquide est combinée avec une occlusive, celle-ci ne 
fait que l'appuyer et la mettre eu lumière, loin d*en effacer 
1& valeur. Cet effet est surtout sensible quand rocclusive est 
BOiore, c'est-à-dire douce, comme dans fr* giisser, alL g tait 
ttliese, glissant n^ v. norr, giaài\ vha, ijlat^ lit. giodas, v, sL 
Skdûku « mime sens u, fr. ghtj gr* ylla a glu m» lett. giiwe 
i iDQcositér vase, fange », lit. glitks u glissant, gluant », lat. 
f'ui, gluten <^ colle, gomme, glu j), fr. gkice^ lat* glacies 
i^kce »s gr* yK^xp**^ *' visqueux », lit. gtepti a être glissant i>, 
^^Lgimm a glissant, visqueux», glemas a mucosité», gr« 
f^it^ tt morve a , y^a^M^éç m chassieux >». Si Tocclusive est 
flc^urde, l'effet produit est analogue, mais une explosion vio- 
lente convient moins bien à Tidée exprimée que rexplosion 
plDB douce d'une sonore; vha. clat « lisse, glissant », vha* 
kiman (I coller, adérer », alL klehen it coller (ntrO, poisser », 
Eafin la liquide / peut, comme les nasales, grâce à la dou- 
côor de son articulation , contribuer à Texpression de la 
douceur, de la mollesse, soit seule comme dans gr. l^yv^éç 
f mou n , soit en combinaison avec une occlusive comme 




148 ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 

dams l&t. bhndm « carâssant o, blandiri a careaser ?», soit 
surtout en concurrânca avec une nasale co m ma dans gr. \%y*fwjç<ta 
• je languis »>, alU mtic/p /ind a doux », lat, /eni^ (t doux u^ 
ic»3fuj » souple n, ou avec une âplranis comme dans go t. 
slepan, al), schlafen a dormir ï>^ $chlaff a mou », lit, dygti 
« somoieiller a* Nous ëtudieronâ plus loin le groupe fL , 

LV» lorsqu'il s'appuie sur une voyelle claire, est grinçâot 
commo nous Tavong vu plue aut (p. 112 ) & convient, parmi 
les mots expressifs, à eeiii qui désignent une action analogue, 
quoique muette^ à celles qui produisent un son grinçant. Il 
peut être seul comme daas alL riUen a égratigner «^ ou com- 
biné avec une occlusive comme dans fr, griffer^ alL kriuein 
« égraiigner », lit« brêszti u griffer^ en parlant d'un chat par 
exemple ». 

Appujé sur une voyelle grave, IV donne T impression d'un 
eraquemênti d^unrâclement si la voyelle est éclatante et d'un 
grondement si elle est sombre (p* 113), On ne peut guère 
dire que le mot orage est une onomatopée, mais son r, plaoé 
antre deux voyelles éclatantes de note variée, suscite Tidée 
des craquements du tonnerre qui accompagnent générale ment 
un orage, et rend ce mot expressif: 

Boulaient et redoublaient les foudres de l'orage 

(ViONY, MôUe], 

Ouragan appelle une obBervâtion analogue ; il fait songdfl 
au craquement de tout ce qu'un ouragan brise sur son pai 
sage : 

Au bruit âeVouragan courbant les branches d*arbrefl 

(Hudo, BurgravÉ$}, 

Mordre est en général une action sans bruit, mais ce mot 
contient Vo et Vr de croquer et nous fait sentir par là quelle 
serait la nature du bruit qui pourrait se produire. Vorreur 
donne parfois une sorte d^angoisse qui fait frémir le corps el ■ 
contractant les poumons en expulse un courant d'air qui passe 

entre les dents avec un vibrement analogue à celui d'un r 

appuyé sur une voyalle grave : 



» 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 149 

Tu &émlrag d* horreur ai je romps le silence 

(Racinb^ Phèdre)^ 

Ce qui est dur, rude, rabotôiii produirait un râolemeiit au 
coîîtact d'un autre corps ; c'est ce qa*exprime alK hart qui 
remoûte à prégerm, *kartûs. Le même mot kartus sigïîifle 
ea lituanien « amer )> et produit une impression analogue 
transportée par une nouvelle traduction dans le domaine du 
goât;ce qui eat amer, âpre racle la gorge et fait craquer les 
denU lorsqu'elles frottent les unes contre les autres, L*amer- 
ttiEQâ eiiste aussi dans le domaine moral, d'où la valeur du 
mot ail, gram a le deuil, la douleur w* Fr. courroux suppose 
utt sourd grondement et de même lit, yrumoti a menacer», 
&11 drùhen ^ menacer » ; enân un homme tourru est toujourg 
pî^tà gronder, 

l^ tremblement d*mie personne ou d'une matière molle est 

SB général un mouvement sileucieux, mais il peut être accom- 

pape chez une personne d'un claquement des dents ou d*un 

fiiwoanemeïit d*atr sortant de la bouche, et en tout cas il est 

toujours comparable au tremblement d'un objet sonore ; c'est 

pourquoi la combinaison dVpe occlusive sourde avec un r 

convient à rezpressLon de tous les tremblements, Tocclusive 

mrquant les mouvements saccadés et 1> les vibre ments : gr. 

Tffp* « je tremble », lat. tremo, lit. trimu, triszu, v. sh trêm 

*?f je tremble », sk. trûsaii « il tremble a, aJL schlotlèfii 

«branler, trembloter », t. irL criik a tremblement, fièvre », 

ill* ûttern « trembler» vibrer »» Cette dernière forme remonte 

i *ft'-ft"&î«ï qui est fort remarquable, parce que son redouhle- 

EtientMeo net accuse davantage ia répétition des mouvements ; 

ce«i précisément sans doute le sentiment de la valeur exprès- 

iiïflde ce redoublement qui Ta fait conserver, car les redou- 

Ntments au présent sont tout à fait eiceptionnels en germa- 

mque ; on ne pourrait guère citer comme autre exemple que 

èeiai qui algarfie aussi a trembler d, mais surtout « trembler 

dé peur >, èc où par conséquent le redoublement indique aussi 

des mouvements répétés. Dans ùeben Tidée d'un vibre ment 

n'apparaît pas ; la double labiale sonore fait plutôt songer au 

également de celui qui a peur^ La peur et le tremblement 

■ont d'&illeurs pas choses séparables^ puisque la première 




150 ONOMATOPÉES ET MOTS EXPRESSIFS 

est iouvênt cause de la seconde ; aussi les moyens d'expressm? 
convenables pour le tremblementsoat excellents pour la peur: 
gr. TpQf/iîv signifie a trembler », mais eurtoui c trembler de 
peur, avoir peur d , Tpeu^ai * avoir peur a , IrpiTroc , ek. 
ùtrastas * qui ne tremble pas, qui n'a pas peur., intrépide »« 
V* pers. tarçatîy « il a peur », lett. tramdii " effrayer a, lat. 
ierreo « j'effraie », ierrorjr. terreur^ lett. tremju a je chasae, 
c'est-à-dire j'effraie, je fais trembler de peur pu 

Les ohuiatantes sont des souffles chuchotants. Dans les mots 
qui désignent des actions muettes elles ne peuvent être 
expressives que grâce à une traduction* Lit» simzinu << fendre 
Tair en sifflant, comme un éclair )> est un excellent exemple , 
car il n'i a rien au monde de plus muet qu'un éclair; mais 
nous comparons malgré nous cette lueur qui fend Tespaco à 
celle d'une fusée par exemple et nous lui attribuons le bruit 
de Tobjet auquel nous la comparons. Ce mot lituanien est 
rendu expressif par le même fonême que Texclamation alle^ 
mande husck qui s'emploie pour marquer un mouvement très 
rapide et souvent muet. AIL blitz « éclair » est expressif 
gr&ce à une traduction semblable ; avec son i aigu, son t soo 
et son sifflement final, il suacito tout h fait Tidée d'une fusée. 

Les spirantes labio- dentales sont des soufflas mous et pres- 
que sans bruit. Elles peuvent contribuer à Texpreâsion de la 
mollesse, comme le m de alL wekh « mou r^.wdk a fané, mou *>, 
fr. iumt^ ou susciter l'idée d'un flottement comme dans fr« 
voguer^ ou dans aîL feder « plume », ags. fiéet' « aile ». Ces 
deux derniers sortent de la racine * p^t' qui est absolument 
inexpressive : gr , mtt&O^t^ lat. penna, Bk, pàiati .Ds^m Id^Lfuimen, 
fulgur nous retrouvons la comparaison de la foudre avec une 
fusée. 



Les combinaisons de spîrantes avec des liquides ou dea 

occlusives produisent des effets plus complexes, parce que 
chaque fojiëme garde sa valeur propre et ajoute une nuance 
à Teffet total* La combinaison de /"avec / réunit le souffle 
à la liquidité , ce qui donne rimpression de la flmdité , 
comme dans fr. fluide t lat* fluere n couler », fluctm h âot n^ 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



151 



t 



I 



fr, ftQitet\ potltment. Fr. flatter exprime une caresse sana 
s«eous3e8 (cf.. ail. flat « plat, uni »>), douce comme un souMe 
OQ comme fattouchemeut d'un liquide. On dit d'un tableau 
qu'il est flou iorsqu'U ne présente aucune teinte dure on crue, 
mais que les couleurs se fondent, se noient les unes dans les 
autres. La flamme est aussi quelque chose de fluide et dont 
les mouTements peuvent être dans une certaine mesure com- 
parés à un souffle ; cette impression, nous î*avons non seule- 
ment dans le mot flamme , mais dans le verbe flami/eï\ dans 
#t*ï?e, dans alL fiackern u flamber », flammen h flamber « à 
^mmm « scintiller, vaciller en parlant de la flamme jj ; ce 
Qttifiit U différence de sens et d'eipreasiou de ces deux der» 
niera roots, c*est uniquement leur vojelle, et cette apofonie 
est purement artificielle, c'est-à-dire créée pour les besoins 
fume de Texpression. 

Il suffit de comparer froUer à flotier pour sentir qu'elle 
Mérenee d'expression il i a entre fr et fl,* fr c'est le frot- 
tement, le frôlement, le froissement et dans Tordre des mots 
eiprassift, c'est-à-dire de ceux qui ne désignent rien de 
bruyant, c'est le frémissement^ c'est le frisson^ surtout si le 
mol contient en outre la spirante dentale « ; 



Jusqu'au frémissimient de la feuille froi«»ée 

(Hooo), 

la Lombardie 

Trembla^ quand elle vit, à ton souITte d'enfer, 
Frissmner dans Milan l^arbre aux feuilles de fbr 

(HucHj, Burgravei). 

Viffroi donne le frisson et son groupe fr l'exprime ^ ce mot 

eat apparenté à ail. friede « paix n dont le groupe fr reste 

inerte parce que la signification ne lui permet pas d*entrer 

CD jeu. Le mot souffrir a une expression analogue ; c'est le 

frisson de la douleur et le frémissement qu'il suscite. Dans 

alL furchien Vf et Vr ne sont pas en cou tact immédiat, mais 

Hmprefsion résultante est à peu près la même* Fr. affres, 

affreux^ qui sortent des formes inexpresaives asfteras^ aspt'rosu 

e0mme nèfle de me$piiUj suppose nt aussi frémissement et frisson. 




15? 



ONOMATUFEES ET MOTS EXPRESSIFS 



Le mot froid est le plus aoavent employé saûs la moindra 
exprossion, c'est-à-dire saoa la mise ea œuvre de ses moyens ; fl 
mais il i a des manières de dire u il fait froid u qui donneut le 
friason et ré veillent le groupe fr: 



Proie d'un pied craintif !*eau frùide du bassia 



Noua avons vu plus aut qua le gliBsement peut produire an 
bruiasement quia'eiprime bien par la combinaison d*uii/avôo 
une chuintante. Le même moyen d'expression peut entrer en 
valeur même si le glissement, ^& à îjIus forte raison le bruisse- 
ment qîii en résulterait, n'est qu'une possibilité eomme dans 
ail* schiicht « lisse, plat »>» schlûpfrig « glissant », 

L'emploi combiné de Tocclusive dentale i avec la spirante 
sourde set un r produit rimpression d'une sorte d'affriquée ti, 
tr reproduisant par onomatopée Texplosion ïnterdentale qui 
précède les sanglots. Cette combinaison est par conséquent 
propre à peindre la tristesse, la douleur. Dans le mot tristB 
il faut remarquer, outre ces trois éléments, Vi aign qui rendlV 
grinçant et Vs sifflant et renforce Texpression ; 



\ 



Et qu'à «e triite prix tout doit élipe aclieié 

(Mu3SET, Nuit d^ octobre)* 



Jusqu'à présent nous avons surtout considéré dans 1 
consonnes la nature de leur articulatiou, et nous ne noua 
sommes occupé que rarement du point de la bouche où sâ 
forme cette articulation, des organes qui entrent en jeu etdeiS 
mouvements qu'ils font dans ce jeu* Or il nous reste à examiner 
une catégorie de mots expressifs dans lesquels certains fonèmes 
prennent leur valeur dans les mouvements de flsionomie que 
nécessite leur prononciation. Cette sorte de grimace qu'ils 
nous obligent à faire se confond parfois avec des jeux de 
âisionomie muets dont la signification nous est connue par 
ailleurs^ et cette signifloation se reporte par une traduction 
sur le fonème qui a engendré ce mouvement du visage, ni bien 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



153 



I 



^Q€noug pouvoQS iutarprétar ce son aussi aisément at aussi 
lùrement qu'un geste fait avec (a main* Les labiales at avac 
eJkg leskbÎD-dâatalas^ axigaant pour leur proDOQciation uo 
gDafiemant des lèvres, sont propres à exprimer le mépris et 
ifi défoût. Qai a vu Jas baâ-relîefs de Raims se souviant du 
gonflement da la lèvre infériaura des viergas sagas regardant 
aî^ec mépris les viergas folles. On pourrait citer bien dea pas- 
^«ges où nos écrivains ont noté ce jeu de ûsionomie et sa 
îaieûr ; celui-ci nous suffira : 



t 



L'anga sans dire un mot regarda la fantôme 
Fixemant, at gonfla sa lèvre avec dédain 

(Hïjoo, La fin de Satan). 



^oa eielamations da dégoût at da mépris exigent presque 

toutes un mouvametii des lèvres analogue ; las nuanças qui 

ûiarquent leur valeur partieulièra sont données par les autres 

f^ttémes qu*ellaa contiennent: yî/avec son i pour seule vojaîle 

^3tprima toute la sécheresse et toute la auteur d'un mépris 

*t*Î8tocratiqua ; angL fie est moins sec ; alL pfui exprime plutôt 

le dégoût que le mépris, ou plus exactemeut c'est un mélange 

dos deux ; franc-comt, pouij d'origine germanique, n'exprime 

que le dégoût ; fr. pouah est plus gras, si Ton peut dire^ & 

Ç<ïfDmunique le dégoût, La différence d'impression produite par 

ITetle w est très considérable parce que Tfêé prononce du 

bom des lèvres et par conséquent aat plus apte à exprimer le 

mépriâ, tandis que le w^ partant du voila du palais, communiqua 

k sentiment du dégoût parce qu'il imite la nausée. Fr, fétide 

cofitieiii les éléments da fi; bête est généralement inexpressif^ 

ausflon b devient méprisant si Ton dit par exemple ; « paut-on 

4trB assez héte pour... » ; le t; du mot vU est le plus souvent 

Ml en relief ;t;i/am est inexpressif lorsqu*on cita la proverbe : 

tOignes vilain^ il vous poindra ; poignet vjiai-n, il vous oindra», 

mais il devient expressif si Ton dit : «r Fi ! la vilain monsieur ï » 

De même fiéfrir peut être méprisant par sou f^ vain par son u\ 

le p da puêr^ puant peut exprimer le dégoût comme le 6 de 

Jit. bmtiB a éprouver du dégoût pour quelque chose n. Il i a 

docis nos langues piusieurs autres mots dont las labiales ou 

labio-dentalas peuvent entrer en valeur pour exprimer le 




154 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 



dégoût ou le mépriâ ; Y, Hugo en a réuni quelques-uns dans 
les troia vers suivants ; 



Ce n*est paa même un juif 1 C'eat un païen ii 
Un renégat» Vopproàre et le rebut du ittonde, 
Un fétide apostat, un oblique étranger. 



londd, 



éêifl 

j ■ 



SMl est ^rai que tes labiales et labio* dentales ne sont aptes 
à exprimer le mépris et le dégoût qu*à cause de la grimace 
que produit leur pronoûoiatîon, un autre fonème qui obligerait 
à faire une grimace analogue devrait être susceptible de la 
même valeur. Or les chuintantes sourdes obligent à rc-lever la 
lèvre supérieure à peu près comme Vf et même d'une façon 
plus nette ; aussi ne devons-nous pas nous étonner de trouver 
en lituanien pour exprimer le mépris, sans parler de fut qui 
est emprunté à raHemand,rinterjectionC3îui. C'est une chuin- 
tante analogue^ îE, qui lorsqu'on la prononce avec une intensité 
particulière peut rendre méprisants des mots tels que ail. âcA^u 
«aversion, orreur i^sckuft a gueux, fripon n^schurke a coquin^ 
pendard ». 

Les Jeux de Ûsionomio dus essentiellement à un mouve 
ment des lèvres sont nombreux et correspondent à des idéêi 
diverses. Ainsi le baiser est produit par un mouvement des 
lèvres qu'accompagne le plus souvent un bruit caractéristi^ 
que ; le mot français ifaiser^ avec sa labiale et sa spir&nte 
sonore, produit un mouvement et nu bruit qui suggèrent 
ridée du baiser ; il eu est de même de Tinterjection litua- 
nienne i^ucZj qui sert à demander un baiser. 

La moue est un autre mouvement labial ; le mot moue par 
son m en reproduit le jeu, et le mot bouder par son b nous 
oblige à ébaucher un mouvement de moue. A 

Un sourire ironique et moqueur relève le coin des ailes dn ™ 
nés; si le rire raccompagnCf c'est un rire spécial essentielle- 
ment nasal et dont la note est donnée par le timbre delà vojelle 
0, c'est-à*dire d'une vojelle dont le point d'articulation se 
produit dans la région du voile du palais. Cette voyelle est si 
bien caractéristique de ce genre de rire que lorsqu*eile 
H[»para!t pui- évolution fonétique dans les correspondants 
germaniques de sk, kdkhatif gr. xa;^i^w, lat. cachinnut^ à 



ONOMATOPEES ET MOTS EXPRESSIFS 

savoir vha., mha. huùh^ Yha. huohénf mha> huohen^ ces der- 
merscesient de pouvoir s'appliquer à Féolat de rire et pren- 
nent le sects de « raiiïerie, railler «s parce qtx'ïh coBtiennent 
k?oyeIïedu rire moqueur. Aussi tout mot exprimant Tironie, 
liraiïlepie, la moquerie, qui contient une nasale, devient par 
là expressif, parce qu'il nous force à ébaucher un sourire 
ironique : sk. ganjanas t méprisant, railleur», gr, ytiyj%vtùtvt 
« mépriter, railler >) , ags. cunc^ gecane ^ raillerie », S'il contient 
en outre la voyelle o, il fait presque onomatopée ; tels sont fr, 
mie, jnequerie^ alL hohn, gr. paxaa^gup 



IX 



U deniâine de l'onomatopée est beaucoup plus vaste, nous 

pftûiMg l'avoir montré, qu'on ne paraît le croire en général ; 

celui des mots eipresaifs, qu'il convient d*i ajouter, n'est pas 

ïïi<>ïii« considérable* Entre les deux il n*i a pas de frontière 

^i^n nette ; la ligne de démarcation est un peu flottante, et 

^^ tnéme qu'on ne peut pas dire exactement où finit tel dia- 

^^cte et où commence tel autre^ il est quantité de mots que 

ûotis devons considérer tantôt comme des onomatopées, tantôt 

^^nime des mots expressifs, suivant l'idée qui nous domioe 

I ^" Hioment même oii nous les employons. Ainsi le mot gitsser 

^^K comme nous l'avons vu, parfaitement propre à exprimer le 

"^'^ifsement que fait entendre an objet en glissant doucement 

^^^ un autre ; s'il s'agit d'un glissement de ce genre et surtout 

^^ oruitquienrësulte,^/iw^rest uoe onomatopée sans le moin- 

^^^ doute. Mais si nous parlons d'un glissement mnet^ comme 

**^*tii d'une étoile filante par exemple » notre mot franchit la 

^^^Utière et entre dans le domaine des mots expressifs, parce 

1^ il o'est plus que stisceptible d'exprimer le bruit que ferait 

^^ glissement en question s'il en faisait un. 

^ous avons vu les mêmes fonémes servant à exprimer dea 
^**^es diverses; c'est qtïê leur valeur expressive n'est due q^u'à 



156 



ONOMATOPEES !ÎT MOTS EXPRESSIFS 



dâs traductiotiâ,et qQelô nombre des naanceâ d'idées à expri- 
mer étant illimité tandb que celui des moyens d'expressioE 
est très restreint» chacun d*euï sert forcément à tous les 
usages auxquels quelqu^un de ses éléments peut tui permettre 
de convenir d'une façon approximative. Il n'est pas moins 
vrai que les diverses valeurs d'un son dépendent striotement 
de sa nature, et qu'il lui est impossible d'avoir jamais une 
expression qui soit contraire à cette nature. Si biefi qu^en 
anaiisant dans tous ses dëtaiîs la nature d'un fonème donné, 
on peut déterminer d'avance et a prion toutes les valeurs 
qu'il pourra posséder au point de vue expressif. C'est mémâ 
la métode la plus sûre, la plus exempte d'erreur, et nous 
Tavons employée à plusieurs reprises dans ce qui précède. Il i 
a en effet un écueil et un danger à partir des mots dans 
lesquels un fonème apparaltt pour déterminer sa valeur ex - 
pressive ; il suffit qu'on le trouve dans plusieurs mots qui 
rendent une idée analogue pour que Ton croie que ee fonème 
exprime cette idée. C'est souvent faux. Ainsi M, Polie dans un 
petit Uêre intitulé Was denkt das mik ûàer die sprache & qui 
est d'ailleurs nourri d'observations ânes et ingénieuses, touche 
un instant (p. 81 et 82] aux questions qui font l'objet de cet 
article^ & il dit p. 81 ; « Die lautverbindung gr kîingt wie dat 
dureheinanderrolien kleiner runder steine oder wie das achar^V 
ren mit dem fusse auf solcben steînen ik C'est vrai danscer^ 
tains cas^ mais la question est beaucoup plus complexe et 
plus nuancée. U cite gries^ grust ajoutons-i gravier; il ai te 
graupe, grûtze^ ajoutons-i gruau, grain; mais ces mots ne 
sont pas à proprement parler expressifs. Us peuvent seule-^ 
ment le devenir si leurs éléments susceptibles d'expression^ 
gr^ sont mis en relief par la répétition de ces mêmes élé- 
ments dans d'autres mots de ta frase et s'il est question du 
roulement des grains les uns sur les autres à du bruit qui eu 
résulte. Mais à ce taux tous les mots seraient expressifs: 
ainsi le moi peupie ne Test nullement^ mais si Ton en relève 
Télément essentiel p qui est susceptible d'expression mépri* 
santé, il le deviendra, comme dans ces deux vers de La Fon* 
taîne où le à du mot imhèctle a suffi au poète pour obtenir oe 
résultat : 



ONOMATOPÉES ET MOTS EXPRESSIFS 

Quoi I toajours il me manquera 
Quelqn'un de ce peuple iml>écile ! 



157 



^ 
^ 



M. Polie cite ensuite grmpêl « petit grêlon i», et ici nous 
Dâ ferons pas d'observation; puis grolf^ auquel nous pouvons 
ajouter grm^ grm^ier, 11 est évident que grob et ^rossiVr quand 
onmsigte sur cette idée que quelque chose est ?*urfe, raboteux^ 
pe a ^efit devenir expressifa ; mais lorsque le mot grob stgtiiûe 
^fm, il ne Test pas plus que ce mot français. II cite 
ïï^<iùTB granat \ sans doute la grenade est un fruit esaentiâlle- 
meDt composé de petits grains; mais en quoi cela rend-il le 
mot eipressif? et en quoi peut bien Tétre granat désignant la 
couleur ^rena/ ? L*auteur est évidemment tombé dans cette 
erreur qui consiste à eroire que parce qu'un mot sigoiûe 
t«llo chose, il l'exprime par ses sons, On ne voit d'ailleurs 
pag comment il retrouve même Tidée dont il parle dans 
ïl'autres mots qu'il cite aous le même chef, tels que grdte qui 
désigne a Taré te » d'une pierre de taille, un angle, ou aussi 
^oen arête de poisson 9. 

Us valeurs d'un son au point de vue expressif résultant 

uniquement de sa nature^ il ne dépend pas de nous de lui en 

Attribuer telle ou telle, qui serait contraire à cette nature, 

Noua eommettrions une erreur aussi grossière qu'au cas où 

flûtts dirions que le mot ténèbres signifie lumière. Tout ce 

4tie nous sommes en droit de faire c^est de sentir ou de ne pas 

^^ni]|< dans un cas donné la valeur expressive que tel fonème 

possède en puissance; voilà où se borne l'ék^ment subjectif 

^^ Oes questions. Le jour où an groupe d'individus perçoit 

^&ii8 un Q}ot une valeur qui i était j usque-là restée latente, ce 

^^^ change de sens; nous en avons vu des exemples. Le jour 

^^ ^tie valeur cesse d'être perçue le mot change encore de 

**_°s ; ainsi noua avons reconnu que le mot ail. pfui était con- 

ititu^ à sou ait pour exprimer le dégoût ; mais si cette valeur 

ce&BQ d*être sentie» si les fonèmea de oe mot demeurent 

Iû®»*te8, il ne lui reste qu'une chose, sa qualité d'exclamation, 

Quittant le domaine du dégoût, cette exclamation peut 

*«oaparer du premier qu'elle trouvera vacanti fût-ce celui 

^^ i* admiration. Aussi ne devra-t-on pas s'étonner d'entendre 



IBB ONOMATOPÉES ET MOTS EXPRESSIFS 

dans certaÎDS dialectei allemand a des frases comme celle- 
ci : Pfui! wie schôn / « a ! qae c'est beau ï n 

C'est là un dôfl faits qui montrent combien les onomatopéei _ 
et lea mots expressifs soBt uti terrain changeant. Pour pâi» 
qu'on suive leur istotre, qu'on voie révolution fonéUque en 
anéantir et en créer sans relâche, les langues rejeter le mot 
dont l'expression ne les satisfaitplus et s'en procurer un rneil* 
leur en l'empruntant ou en le forgeant, on éprouvera eonti- 
nuellement la surprise du voyageur qui, traversant les sables 
du désert, s'étonne de trouver une vaUée à l'endroit même où 
la veille une montagne s'élevait. 

Maurlcâ Geahmont. 



RESTITUTION D'UNE CHANSON 

DE PEIRE FâUVERNHE OU DE RAJMBAUT 
DE VAQDEIRAS. 



^ 
^ 

P 
^ 



11 s'agit ici delà pièce 323,10 (C. 180. M G. 226) attribuée 
par 1© recueil de Bernart Amoros (a *, 340) à Raimbaut de 

Eue a été publiée tout récemment par M< R. Zenker, qui 
vient de donner dans les Romanùche Fùrschungen {1900) de 
^' VolmoUer, une bonue édition critique de Peire d'Au- 
Teruhe *. 

Fort méthodiquement composé, ce travail est rédigé avec 
^^ grand soin. Néanmoinsjia biographie de ce troubadour 
^9t6 BDcare à peu près inconnue; M. Zenker a pourtant 
^*U<:idé un certain nombre de questions quelque peu obscurci 
^^ (>lmeuri des principauit points qu'il a ainsi mis en lumière 
**^tittout à fait sùra* L*anteur a eu^ de plus, la très henreu&e 
^^^€de traduire lea pièces et d'y ajouter un bon lexique, 

Une étude de ce travail n'est pas dans notre intentiou ; nous 
^^uioQB seulement relever les variaûtes très importantes de a ' 
*** l^xte : Be tnes plazen , et ensuite établir une nouvelle 
^^îticn critique de cette pièce, 

lia chanson se compose de onze strophes et d'une tomada, 
^. Zenker en relève les exemples à p. 209^ mais il oublie de 
*^iter,àproposde ia pièce 293, 20, lapnbJicationde M.Ë.Monaci : 
^^iiiant. prcmenz* Roma, Forzani, 1889^ p» 37* 

Nous donnons intégralement la chanson d'après les deU3C 
t&anuscrits qui Tout conservée* Les deux textes présenteritdeB 

I Die Lleder Peiroi von Auvergne ktîtiseh herausgegeben mit Einlei- 
tauf, Uebersetzun^f Kommontar uQd Glossar von R. Zbnkke. — Etlan- 
Jffl, 1900, n» XIV r (eitr. de 265 pages). 




160 



RESTITUTION DUNE CHANSON 




différôncas tréB notables: lee vers 6 et 18 â% G ne ressemblent 
point aux vers correspondants de aS Tordre des strophes H 
et III est interverti, les simples variaiîtes de mots sont nom- 
breuses, etc. Le manuscrit C, qui ne donne que 8 stropbeS| 
représente une tradiUon corrompue, et les leçons fautivea fl 
qu'il contient le rendent inférieur à aS par exemple : dans C " 
le vers Z est trop courte et c'est à tort que M. Zenker Ta con- 
servé tel qnel dans son édition ; le verB ô est inintelligible et 
les efforts de M. Zenker^pourrinterpréter, sont trop évidents; 
van du vers 13 est sans doute un mot fautif du mse., et il 
valait mieux le corriger que ïe traduire par haitlùi^ etc* 

Ou ne peut pas considérer le texte de C et celui de a ^ comme 
remontant à une même source. Depuis les recherches de 
M. Gràb^T {Hom. Studien, II, 504), une étude des sources do 
Bernart Âmoros serait des plus intéressantes ; nous n'avons 
pas crUf cependant, devoir établir, pour cette pièce, les rap- 
ports des deux leçons, 

ar. 323,10. 
C, 180. ~ a *, 340 \ ZsNKBR* n« XIV, 

L Be m'es plazen 

e cossezen 
que hom s'aione de chantar 
ab motz acus 
5 cubertz e dus 

c^om no*ts tengna de rer .... 

H* Ben es anranz 

totz orestianz 
qui en van si vol encombrer 
10 ni sobre <1 cais 



L T. 3. ZsHx: qui s^aîzinâ de chantartC), tt^xtrop eout't. — 4. sens] 
aiquuâ C. Zbnk, cub.] a^rraU G. Zrmk.^ 6. a * : . , , *} diïar* (lire ditarf) 
qiiom lem ja de Terganliar C. et Zbnk, que om] Zenk. quora C. 

IL ( ==C, Zkîjk. III,) 7-3, anranz^crestiani] C. Zekk* auraa^restiag -^ i 
9, qui en van] Ç, Zbnk. qu'el mezeb. — IL cargar] levaC. Zstik. — 12, 
non poaca] no^l puesca G. Zohk. 



DE PEIRE d'aUVERNHE 161 

cargar tal fais 
que corren noD posca portar. 

III. D'aut chai em bas 

qui per compas 
15 beu no sap lo segle menar ; 
aquelh i falh 
que tan trassalh 
que non puesca atras tornar. 

ly. Qu*eu sai e sen 

20 mon escien 

— e vuelh vos a totz chastiar — 
per trop captens 
val om trop mens 
e ten om plus vil son afar. 

V. 25 Mais am un ort 

serrât e fort 
c*om ren no m'en puesca emblar 
que cent parranz 
sobre puegz pianz 
30 qu'autre los preng(a)' e ieu los gar. 

VI. Que'l reprochiers 
es vertadiers 

que dels antics dire auzic 
<( lo rie al rie 
e Tom mendie 
35 que d*eis semblan troba son par ». 

VIL De tôt can suelh 

amar me tuelb 
e so qu'ei amat desampar ; 

J^^ . ( =C. e Zbnk. II.) 13. D'aut] Van G et Zbnk. — 15. ben, etc.] no 
* • *- demenar. 16 aq.] alques. a* —17. tan] nemps a*. — 18. que non etc.] 
Vemps non pot tornar, a* ; vers trop court. 
^^* 19. sai] cug G. et Zenk. e] un a *. — 21. e] ieu G. et Zbnk. — 23. trop] 
^^^ C et Zbnk. — 24. e ten om] e-n G. Zbnk. tenen a *. 
y • 27. G. et Zbnk : on om no*m puesca ren e. — 30. los preng*e i. los] las 
^^lia ez i. Us G. Zenk. 
VI.-VII. Seulement dans a *. 13. auzic] auzics a*. 

11 




Î6B RESTITUTION HUNE CHANSON 

qu'eu non am re 
40 ni AQtr'e me 

a Yuelb me totz d'amor luinhar, 

VJIL Qu'el reire temps 

ai amat nemps 
e vuelh m-en atresai laigsar : 
45 qui m'a amat 

non aura grat 
ni m'avia en cor d'anar. 



IX. 



Car ai un cor 
et un demor 
50 et un talan et un pensar 
et un amie 
Yaê Guim'abrio 
et a Gui me ruelh autreJar. 



X. 



55 



Si mal m'en pren, 

per eis moo sen 
vuêih a n^a vida fatleiar; 

après ma mort 

no 'm fass'^om tort 
d^aquo m'es obs ad oblidar. 

XL 60 Dans maintas pars 

me for* afars 
en prandre o en ga^^anhar ; 
fers e parvenz 
es mos taleoz 
65 vas m'amiga qui 'm te plue ear* 

XIL Àmorif de loin, 

tan gran besoin 
qu'ai de temps e de bailiâr ! 

Giuliô BsRTom. 

yin. 42 &1 r,] arreire Q et Zeîtk* — 44. atressi] âtTâï^oh Q H Zsnk.. — 
47,m'a,en cor] encor m. C. Z, 

IX. 4!^. car] Quieu Q. el Zbnk. — 50. talan] ardit C H Zsni^^ » 52. vas 
e^m'a,] et nn a* C^ et Z. — 5S. na^m] no C. no'm Zink, 

XL-Xn. Seulement dana^ , v.fîO. Dauj] <îuia a *. >— 65. qui'm te] cm 
iem a^ — l^. baUiai-j haaljar a^. 



i^ 



BIBLIOGRAPHIE 



^itaehrilt fur romanische Philologie hgg. von G. Orober, i899> 
^^in, 1-2 (Ces deux cahiers ont paru à la fois sous la même couver- 
tore.) 

P- 1-47. G. Mann. La langue des poésies de Froissart, [L'auteur 
P^eod comme texte l'édition Scheler (Poë«ie« de Froissart, Bruxelles, 
1870-72, 2 vol.) M. M. n'a pu utiliser le Méliador (Société des an- 
ciens textes français) qu'après avoir terminé son travail. 11 étudie la 
P^^^'f^étique et la morphologie de la langue des poésies de Froissart. ] 

'^^ 47-79. J. MuLLER. Les poésies de Guillem Augier Novella, 
[Bartsch indique dans le Grundriss trois troubadours du nom ô*Au- 
9^ ; M. J. Mûller nous démontre que ces trois (déjà réduits à deux 
P*"* Bl. Lévy) ne font qu'un. Les différents noms qui nous sont donnés 
Pw les mss. [Guilhem Augier^ Guilhem de Bezers^etc,) représentent 
^^ «eole personne : le jongleur Augier de Saint-Donat. Cet Augier 
'^^^t entre 1185 et 1235 ; il vécut d'abord à Béziers, après 1209 il 
*^* en Italie où il reçut le surnom de Novella. M. M. donne à la 
wite une édition critique des neuf pièces de ce poète ; malheureuse- 
^^^t les notes sont beaucoup trop rares :à peine une douzaine en tout. 
Pourquoi s'astreindre aussi à nous donner dans une édition criti- 
^«®» la graphe ae de C. ? (Cf. n« 3, v. 2-4.) ] 

^^ 79-116. WiLHELM Mann. Les chansons du poète Robert de 
'*"•«•«, surnommé La Chievre, [La Chievre et Robert de Rains sont 
^^ Beule et même personne. M. M. étudie le contenu de ces poésies 
v^i^Ues, groupe les manuscrits qui les contiennent et en donne le 
^*'^- L'étude des rimes, la comparaison de sa langue avec celle 
^ •'^tres auteurs rémois permet de conclure que l'auteur appartient à 
*^ du XII« siècle. La Chievre est aussi l'auteur d'un poème célèbre 
'^ "X^ristan et Isolde qui est perdu, mais auquel font allusion le 
^'''^«•n de Renart et Tauteur d'un miracle du XII" siècle.] 

|^« 118-134. V. DE Bartholomaeis. La lïngua di un rifacimento 
^^^**»«o ddla Fiorita d'Armannino da Bologna. [Ce rifacimento se 
^^Ve dans un manuscrit de la B. Nat. de Paris et est le seul docu- 
™^*^^ en langue vulgaire de la ville de Chieti (1418). Mais il est 



164 



BIBLIOGEAPHIE 



écrie dans une langue bien mêlée dont M. 6. essaie da ixer lea 
traits. L'étude campreod une phonétique aasez détaillée, quelquea 
notes de morptialogie et un court vocabulaire] 

E. Wbchsslsr. Réchtrckm mr h$ romans du Graal. [M. W* cûm^ 
plèteaur quelques points son livre : La légende du Saint-Graal dans 
9fm dévéhppemêni juitiuau Fardfal de Richard Wagner^ Le point 
traité ici est une étude âur VEsioirê dd Graal de Robert de Borron 
(p. VSô) sur les manuscrits qni nous Font rapportée * sur les quatre 
bruucbes de ce eycle^ sur les sourcee du cycle du Graal de Ro- 
bert, etc-l 

P. 174-200. H. ScHUCHARDT, C^niributian à Vàbériqut, au romano* 
buëque^ è l'ibêro-roman, [Suite — un peu tardive — des études sur 
h romam-basquè, commencées dans Isl Zeitschri/t Rom. PhiL (XI ^ 
474-512). M. Sûh. étudie toute une série <ie formes rapportées à 
ribérlque pur M^ Giacomino et qui ne sont, le plus souventp que des 
déformations de mots romans. P. IBl, dernière ligne, antre forme 
du provençal moderne momU^ moustis. Parmi les dérivée denatra, il 
faut encore citer Nû^acelle$, dans l'Hérault, qui répond À Na^eUeê 
{p. 1B4) d'Indre-et-Loire. Nave, si fréquent en espagnol dans les 
noms propres (NatHtrre) est nauit et n'est pas d'oiigine ibérique 
comme Je pensait Meyer-Lubke. Auï: dérivée de gartdîa {p. 192J 
ajouter langued. deskriilhado, aubst. tiré de deikmlha (peler, surtout 
en pariant d'amandes). P. 196 ; ajouter le languedocien ^faiçAar, dans 
le «eus àe pousser, regrilier eu parlant d*herbe, P» 200 : ajouter le 
catrUaa-roussillonais eskèr(la ma *9kèra = la main gauche).] 

P. 201-248. 0* SoLTAU, Les oeuvres du troubadour Blacatz. [Cet 
article est la deuxième partie d'un travail complet sur Blacatss, dont 
la première partie a paru comme thèse de doctorat à Berlin eoue ce 
titre L BlacatSt ^*« Dithter iitid Dïchterfrtund rf*r Pro^enct* L*édi- 
tion (Critique des ceuvres de Blui^atz âst précédée d'une étude en cinq 
ehupitres sui' les interîocuiRUTs des tensons, sur le aaraclâre de ses 
poésies, eur leur date^ sur leur métrique; enfin, un dernier ebapltr#fl 
traite des poésies faussement attribuées à Blacatî- P» 237, VU, v» 11^ ^ 
lire : al meu v^aire ? P. 243, v, 12^ lisez i rmua de coindia (au lien 
de m^vu),] 

W 249-287« R. Ze^tlBE, Additions à Tétude sur hembarî et Gpr* 
vmnt^ (Flalle^ 1896), [Réponse an^ objeetiona faites À la thèse de M. Z., 
par PL Au;^. Beoker (Zeitêchr, f. rom. Fhiî. 20, p, 549) et suiid 
diairement aux critiques de M. Pb« Lauer et F. Lot, dans le Romama 
(1897-181ÎW), P. 271, argumenta nouveau3c produits par M. Z., pour 
défendre sa théorie sur rorigine d'iëmibard et Gormond,] 
P. 288-312. Dittrich. Sur !a comp<f$itim des mots ( d'après le 



I 




BIBLIOGRAPHIE 103 

ftra.tiçûm moderne écritjf Suite du long articïe cotisacré [\nr M. D. f 
c^ t te question dacB le lorae XXÏl de [& Zeitêchn/L 

MjtyiKGEa, — L Grammaire. — L P. 313-320^ F, d'Ovidio. Eucore 

Aur let (ûTtneB ii^heauûû amano^ dicono (Lettre au prof* W. Foerater)* 

^ft. d'O. ii*adiiiet pas U ihéorie exposée par M. F* sur rori^ne dei 

formes verbales italiann^a ea ^âno P. 317, ligue 3 : quelle difficulté 

y A- t-îl 4 admettre un changement de auffis.© pour expliquer le sarde 

i^frww, «ieilien êtrina à oôtô de es|iagnol estrêna, fr, étrmm'^ 2. — 

t*. 331-325 Ake Wison Muutlie, Nouvelle contribution k la conriaÎB- 

^a.iice àê dlalectea asturieus, [Il i'agit d^uu lexique publié par uq 

joamal ftfiturien (La opinion de Villaviciosa) et dû à Don Branlio 

Vigôa. M. A W. Munlhe eiqui&se uoe phonétique de ce dialecte], 

II, — Histoire des mots. L 325-33 1, H* Schuchardt^ Ambul<ire, 

IM. Sch, est d*accord avec M, W. Foerater pour dériver a^arc -anare 

de ambutare; seulement il admet une seconde forme ambiUire (dérivée 

uaiuivlkineût de ambulare) pour expliquer and<tre] 2. P, 23l*33| îd, 

Toeeare, eaporaU, cmlir. [Défend contre Aseoli son opinion sur Tori- 

fioe de ces trois idoIs déjà exprimée dans U Zeitachrift, XXlî^ 394, 

E^Qoe troia exemples nouveaux de métathèse pour expliquer cachUa- 

rimm > Gikilêt.] 3, H, &;huciiardt, It a < lat. oc (Se retrouva datu 

Ittelquea expressions italiennes, M. Schucbardt voudrait auaai voir 

tïû reste de œ en fr. En écrivant quonm{dQ)a€ M. Sch, songe sans 

tlïjiite a fr» comiml] 4. P. 334, Id, Le gônoia caitmllu < arabe /lawi- 

^ài^ 5. P« 334, Id. Catilmm. [Ajoute d'autres représentants romana 

en mot aux innombrables exemples qu'il an a déjà donnée p, 192 et 

iuîvintes]. 6. ^ P. 334r^36, 0. SchulU-Gorra, A. fr. Sartaigné, 

[tntéreitante êtjmologie : viendrait de CkTriUmkt (fr. Certiagm, éé^* 

^^. -Orientales.) Vùr de Bartagnt n'aurait rien d'étonnant et u'Hurait 

pu besoin pour «'expliquer du voLsinage de la ricbe Cartage : plii- 

^ieuri rivières venant du massif Pjrénéen ont roulé ém paîllettefl 

^*ûr: ou en trouve encore d» tr»ces dans le* sables de TAriège et 

jujut-èue même de UAude : pour l'Aude c'e^t en loutca^ unecro/iince 

tn^ répsjidue parmi le^ poptitations de la haute vallée. Dans la ^ édi- 

bn des £b4r»il« de la €h, de RùL (189^; cest sans doute la $• que 

<Jéiif*ne M. Scb. Q. en ajoutant 189$) ae trouve le même point d*in- 

terfogation ; la 2^ édition de Li ChrtêL de V&nc. fr, contient anaii U 

même note], 

CoMFm MUCDiri (parus avec la 3« livra^iaon)* P. 339-447. Ghrmk 
Siùricùd^lA UiÊepaimra ii&iiana, vol. 31, fasc, 2, 3 ; iuppL n* I , voL 32, 
faac. 1, 2, 3 (B. Wieae). -^ P. 347-^0, Be^me du Lun^ueM Btritaneê, 
Mie m, 39 fO, ScbdU-Gorra), — P. 350-351, Bomonis, n» 100 (avril 
lâ9§), (G. Orôber, W. Hejer.Uibke;.— F. 352 : Hàpotm di5 M, Urdber 



166 BIBLIOGRAPHIE 

aux cî'itiquea de M. Grammoiit (Cf. Eëiiue des LatiguM Rormneê, 1898,| 
p, 2HT, 4330 

E. Herzog» Hiatoires dea forraea de Pinfinitif français, p, 353-381. 

[Premîùre partie d'uaimportant travail dont lea principaux chapitres 
Hont les auivEintB ; Es tension géographique des formes en -are, t^arû 
avec lonrs uuancea ; conditiona qui déterminent lea fondes en ^yare ; 
passage de ia première eonjugaÎBon a la seconde et réciproquement ; 
nouveaux verbes en -are.] 

P, 382-409, A. PfiLLKGRiNi, B Picetm. [Poème en «ept chants, en 
octûftylïabea par Alexandro Stre^hi (milieu da XV« aiècle ;) n'a jaraaiB 
été publié en entier. Il en existe trois manuscrits à la bibliotlièque 
de Lucquea, M. A. P. donne ici les deux premiers chants (à suivre).] 

MÊLJINGE3. ^ I. Histoire littéraire. P. 410. H, Suchier, L ori- 
ginal latin du Mirouéf de Véglm de Vignay. [Se trouve dans plusieurs 
manuscrits de k bibliothèque nationale^ mais lea catalogues Tattri- 
buent à un autre auteur]. H. Grammaire. — P. 41 1-412. M. W. Meyer- 
Lûbke* Lea adverbes latins de lieu en -ormiê en roman. [S'occupe des 
adverbes suivants; aliorëHin fr, mod. atlUurB. N'admet pas l'explica- 
tion proposée par M. G, Paris, diaprés laquelle ailkurs est dû à 
^analogie des nombreux mota en -0ur«. M, M. L. abandonne auaai 
la théorie quil avait soutenue (Rom. Gram. l,g. 141, Rem.) et pense 
que le latin vulgaire avait remplaces -ôsu par-ôr; d*où alUùur^îr. 
mod. ailkmX»]: autres adverbes étudiéa : Shtiâtromm, aufjrmm^i 
P. 413-415, M, A. Horning, Passage de j devant consonne à y en 
France. [S ^occupe des cas d^amuï s sèment de s signalés par M. A« 
Devaux, M. Clmbaneau et par moi. M. H. ajoute quelques autres oas 
empruntés au picard, au wallon et aussi à Tancien français. Le fr. 
poêk de /jflfffZe rexpliqtiemit de la même manière.] 3, P. 415-416, 
F. Martîbot, FUient eipéifm^sient du Jonaa [L*î représente une téêùn* 
nanùê de z qui s'est ét^inU^ si Von pmt dire, peUt à peliL L*explicatiou 
paraît bien invraisemblable.] 

II L — Histoire des mots, l, P. 417* W. Mejer-LUbket it, eorhtit- 
ffûh. [N'est pas un dérivé ÛQCorum :coTh^za pourrait venir de *cucur' 
hiUa.] 2. P. 417 J. Ulrich, fr. bîunchei paroles. [Btaitche$ provient 
d'une confusion ; hlanduê avait donné bhmii flatteur, confondu avec 
&&t«c.] 3. P. 418, J. Ulrich, fr. desver. [Vieodrail de dhaequurer qui 
a donné les deux formes dusiver 'de*eer]. 4, P. 418-422. H. Schu- 
cbardt, Contribution & l'histoire des mots en roman, [liasque zertjfi ^ 
impôt ; se rattache au béarnais cercarj chercher (cf. quèile en béar- 
nais) ; basque dtmgef mauvais, compoié de donum et de ^e, suDQxe 
privatif; eaHUum (ajoute de nombreux dérivés à la longue liste déjà 
donnée)]. 5, P, 422^429, W, Foerstcr, Eitfmolùgim fran^ûu, [Fr» 




BÏRLÏOGRAPOIE 



lôT 



I 



I 



Kod. latidier ; composé âe V ArÛ^]^ -{- andier^ l^i. eu inojen tg^ande- 
rim, I envoyant â un amitarium formé sur auiei, iih. Il faut ajouter 
que iè oarbonnaia anciffr (^^^ cbenèt) n'est s^ioa doute p&s un emprunt 
fruçaia, car Ve on vert n'a pa^ suhi la diphtoDgalaon, Fr. permaitiâ 
(poflimt), d'après Littré du permugria. La phs ancieune forme fran- 
çijie (lUl'aiècle) est ^iurmam. Le mot viendrait de parmanuë (pomme 
de Parme)» 

CûMFTls REKDOS. P. 430-454, Obras de Lope de Vtga VoL V* 

VI. (Suite de l'important compte rendu de A. Reaton). — P. 454-459, 

QmsùnB et dits arléBÎeiiâ du XllI* aifecle p par A. Jeauroy et 

H. Guy. (F. Ed, Se h née ga os). — P. 459461, D^ J, Subak, Die 
Conjagation iai Neapolîtanischen*.. (P. Savj-Lopez). — P, 462-465, 
W. CloeUa, Die Enfances Vivien (Ph, Aug. Becker), — P. 46ri-466, 
J. Voigt, Daa Naturgefuhl in der Literatur der franzùâischen Renais- 
ime« (Pb* Aug, Beeker). — P. 466-469, Rydberg, Histoire du 
français « (E. Herzog),— P. 409. Périodiques, — P.409-48Q, ArcU- 
ti'j tjhiîoiogieo îtalianot tome KIV (W» Meyer-Lubke). 

4, ^ P, 481490, A, HoRMNG, Passage de wè (venant de oi) kèen 
françaii, [M. H. prend pom- point de départ l'élude sur le patois d'Ezy 
f^itepar M, P. f^aasj dans la Eevi^ de PhiL/r, t. VIIL Le passage 
^^wèkè dans les mots où cette diphtongue est précédée d'un groupe 
CsKi, -;^ f a été déterminé par ce groupe, La série frein, veine, peines 
A c&té de avoim, foin reste obscure, P- 485 Gt a^q. explicition 
^ formeâ en oi^ et en ak (lamproie, Jrajiçaië). P. 4^, noter une 
*^ïre réduction de tte après le groupe/*^ dans prov* mod. pl^o 'plëjo 
^plago^ plnâfo. Pour tes noms propt^es \^ vraie explication reste 
éûcore à trouver La dernière partie de Tartiçle (487-490) traite de wè 
dans les patois franc-comtois,] 

h 491-513* Tb, KiLEPïti, Zur fransôsischên Stjntax (Cf, Eettêchri/t 
fiffoin. PhiL XX, 277), [VIL Mélange da style direct et indirect? 
^* Mgit d^expressîons comme têi-ee que dans des pbrases comme la 
«uîviote : ElU n était pm venue .* C'eH donc queile tm pouvait pan 
"'«««*♦* M, Tobler avait observé que le présent esi'Ce quê se trouve 
lo^jmIrs dans ce casdà au lieu de rimpnrf^it, mais M. Th. K. cite 
F'iUïeurs exemples de Zola Ronte avec étaii-ce qm (Etuii-ce donc que 
^ul allait crouler avec eux, Zola Borne p, 107). M. K. ue veut pas 
lo'ily ait là méïiioge de discours direct ou iidirect, il propose une 
•îpfassion nouvelle^ peiï traduisiblii en français d*ailleura : v, r. 
(* «ff Wet(iefe, verhuUtË Rede, discours caché,] 

f i 514-532. C. Salviopïî, Appunti efimolùgid e UMÎcaU (2* série), 
jïots principaux : aiandler <^ Hmitariu, fr, hauBiière^ non de germ. 
^^tiniiade lat, hetciaritit la base rnalaUnus dans les dialectes ladins, 




168 



BIBLIOGRAPHIE 



fr* Êuh (M. S. n'admet pas êûdica; I0 prov. raod. n^o poitule *$odia 
*iodkai comme pî^'o *plauia)^ vigjtohU <^ uineuê 'qpulu,] 

MÊLANGag. — 1. Giatïimttire. — P. 533-535, G. BiiST» A. fr./îw. 
[11 ne faut pas voir dans ce Diot «n caa do diaaimilation de ê -s mai» 
un cas d'anologie, aur veïs]. — IK — Hittoire des iiiots, P. 535-536, 
A. fr. frait£ (G. Baiat). Vient de fracUi, 2, P. 535-537. Fv.Jiente, 
roman. rUmU, (J . Ulnch)» le s'expliquerait dans le premier mot par 
un croise ment de/mt et de/oei»r«. Pour mmte M. U, propose n* -hiiniU, 
bi&a invràiaernblable.) 3. 537, A. fr, gagnons tuagnoti (P. Marchot), 
Se rattache au verbe gaahjnier; \&gvi^n(m est à Torigme le chien qui 
gaaigm (fait paître). 

CoMpTBS ftENDca. — P, 538*553. H. Paul, Primipien der Spraeh- 
getchiehU (0. Dittnch). — P. 354-358, Le troubadour G. Montanha^ 
gol p. J. Coulet (C. Appel), — P, 559-5G6, G. KÔrtiog, Dk Formetk* ^ 
lehre der/r. Sprache (J, Subak). — P. 566-5Ô7, V, RoBii, H ÇtàoUro^ 
cento (B. Wiese). 

PsRiODiQURS, — GiomaU Slorieo délia Leiteratura Italiana, voL 
XXXUI, fasc. 1, 2, 3{B. Wiese}. - P. 572-574, iî^wu^ dm Langim 
Rt>mmw9t tome XL {O. Schult:t-GoraJ, — P, 574-575, lÏQjiêania, 
n" 107 [W. Mejer-Lubke, G. Groeber). — P. 576-583, Archh, / d.1 
Stndiuvi d. mutrm Sprachen und Litt Tome 86-95 (W. Cloëtta), -^\ 
P, 584-587, Livres nouveaux (G. Grûeber)* — Index. 

J. Akglaub. 



fliiiojro de Magneloue, par Frédéric PABE^aa. T. I, t-CIV, U511 ; 
T. 11, 1-59S ; in-4", Paris, Alphonse Picarp ; MonlpelUor, Baumkvisll» ; 
1894-1900. 

Il est des monumentis vénérëa sur lesquels rien d'abord n'appelle 
Tattention, qui semblent se eaeher dans Tombre et qu*il faut chercher 
le it Guide du Voyageurs à là main* comme cette petite chapelle, ■ 
Sania*Maria-âelk - PiwnU , qui a été éievée dans la banlieue dcrf 
Rome, au point de rencontre des voies Ardéatine et Appienne, à 
Tendroit où Jésus apparut k Pierre fuyant de Rome : ^< Qtio vadis f 
Où allex-vous? rv demanda l'apàtre. <iJe vais, répondît le Sauveur, 
à Rome subir une seconde fois le martyre, » Pierre comprit la leçon, 
rentra dans là ville et fut martyrisé peu de temps a[irès. De là le 
nom de € Quo vadis h^ par lequel est désignée d^ordinaire la petite 
église. L'on y montrait autiofoia la pierre d'un tuf veidâtre où Toa 
distingue en un dessin léger l'empreinte des pieds du Sauveur, 



BIBLIOGRAPHIE 



Ut 



s; mais eetto relique aujourd'hui y est représentée pnr un fao 
ftiniib, et, pour 1& retrouver, il faut aller plus loin, auivre la voieAp- 
piaSDè et entrer dans la basilique Saiot-Sébastien» ou elle est canaer- 
?é6«T^]a colonoe où fut attaché Sëbastten^ et nombre d^aiilres i^eli- 
(]iii0e moins illustres. Saiot-Sébasden est tui-méme placé en coutre-baB, 
a'tttire aucunement le regard. Bien des touristes n'en feraient point 
k terme dVme excaréion, s'ils ne savaient que là est rentrée des 
Êtticombes les plue intéressantes au point de vue de r&rchéologie et 
d«r&rt chtétien primitifs. 

Coinrae les origines mêmes du ebriatianisine furent bunibles et 
Câdiéei, de même les monuments qui en gardent les souvenirs les 
pbi précieux se dérobent souvent & Tœil indifférent et réclament 
d'ètPô l'objet d'un pèlerioage qui leur aoit vraiment consacré. Bien 
de* gens n* auraient jamais connu le nom de Qao vadU^ s'il ne fût 
àfinti le titre d'un roman, dont Tauteur, s'inspirant des sentiments 
qui liaient dicté les ifûrfyr* à Chateaubriand et les Derjiieri jours 
éPçmpH à Bulwer, a su faire vibrer des cordes endormies et inté- 
reiftsr de« âmes que les crudités matérîaliites récemment en vogue 
tuieot lassées jusqu'au dégoût. 

Uiguelone appartient à Tàge triomphant où la foi chrétienne 
^irtiiait vera le ciel les hautes voûtes des cathédrales. Dominant les 
flou bleui delà Méditerranée, les étangs et les p laines ^ il est vu de 
tOQtet parts, et Ton ne saurait venir à Montpellier sans être tenté 
^ faire une visite à ce monument, d*où l'oeil embrasse tout le Lan- 
S^aCf d^oû la pensée a comme une vision des siècles écoutés. 

L'asûée dernière, les Félibres ont tenu leur fête annuelle aupieddea 
tson dû TégUse féodale, à Tombre des pins dont le feuillage, agité 
pirb souffle delà mer» bruissail légèrement aur nos tètes. Le regretté 
Féliï Gras nous présidait. Mistral était des nâtre;^. Quand les maîtres 
'^dfrnes du Gai Savoir entonnèrent des chanta où revivent la 
i»BpeA&nore et Tâme ardente de nos pères, au milieu de ce paysage 
^oebanté, dans Téblonissement de la resplendissante lumière qui en- 
v^oppait Tile, il y eut un moment d'illusion puissante ; nous nous 
fêtions au pavB de Féerie î et si Pierre de Provence et la belle 
Mifuebne fussent venus s'asseoir au banquet de Sainte-Estelle, à 
*^lé de Tanteur de Mireille, leur présence n^eût point surpria. 

Mgr Dupanloup a donné eu quelques lignes éloquentes Tim pression 
pt^ée et religieuse qu'il avait ressentie : tr Maguelone, beau lieu, 
AMère, paisible ; une petite (le, et dont les pentes douces descendent 
^^fi te« flots bleus, au delà desquels se déroulent les montagnes de 
u Provence, dont les lignes se perdent dans la brume. Désert dominé 
par tt ^éant (la cathédrale) et par la croix. Cette basilique canon ic aie « 
F>^ les formes flévèreB, s'harmonise avec ce paysage, cette solitude, 



170 



BIBLIOGRAPHIE 



Cet bQrizoQf cette graodeur. C'est un de ees lieux qui otit une âme el 
que doivent chercher les âmes ptaeéet dans certaines conditions mora* 
les. Là on doit contempler, prîer^ pleurer. C'est un lieu consacré 
par les grands souvenirs, saisissant par ce qui est mort et par ce qui 
survit : une ruine et une croU, au mïUeu de quelques pins^ voilà ce 
qui reste de la vilïe romaine, refuge des Sarrasins au VII* siècle» 
détruite au VI II* par Charles -Martel, rebâtie au XI* et devenue ville 
papale et épiscopale, berceau de Montpellier et capitale ecc lé si ai tique 
du pajs K " 

M, Fabrôge a pour le monument qu'il a restauré avec un soin 
pieux, une admiration et un amour qu'il tient à faire partager. Il a 
donc entrepris de raconter Thiatoire de Tîle légendaire où réglise 
seule subsiste, île qui fut grande dans la pensée des hommes, bien 
que la nature en eût parcimonieusement limité l'étendue : « Il faut le 
dire, cette île a eu, pendant le mojen âge, une vie toute spirituelle, 
nne influence seulement morale. Jamais le nombre et la splendeur de 
aes édifices n'a répondu à ce que son nom, si connu et ai vénéré, 
semblerait indiquer ^. » 

En deux forts volumes iu-4' nous passons des origines au XIV* 
siècle. Le tome III, dont la préparation est fort avancée, aura pour 
titre général : tt L'Université à Montpellier. Translation dti si^g^^^ 
épîscopal à Montpellier. Ruine de Maguelone. » ^^M 

Dans la Préfuce (p. i — vin), M. Fabrège indique lea source» 
qu*il a dû consulter, énumére, en les appréciant, les travaux au. il a 
été question deMaguelone, 11 répond à t'avance à ceui qui pourraient 
lui reprocher de s'être laissé entraîner par llmportance du sujet: 
w Nous ne pouvions cependant, dit- il, négliger des événements d'un 
intérêt capital, unique même, puisque Maguelone fut, au mojen âge, 
un fief pontifical, refuge des souverains pontifes, le seul point d'accès, 
avant saint Louis, de la France sur la Méditerranée, centre privilé- 
gié de l'orthodoxie et de la liberté dans le Midi^ Sur toutes ces quea ^ 
lions, il fallait mettre en lumière les trésors de la critique et de 
Térudition contemporaine, dispersés dans une série d'ouvrages ou de 
recueils aussi précieux que peu connus. En ne dédaignant d'ailleurs 
îiucun détail, noua avons pu saisir sur le vif les traits et les mœiira 
de nos ancêtres, suivre dans leur existence, à travers les siècles, nos 
évéques et nos seigneurs^ apprécier, en toute justice, Taction du 
Saint-Siège, les bienfaits de répiscopatet lerdledes Ouillems, admirer 
la formation et les développements de la nationalité française, carac- 

> Cité par M. Fahrége, T. I^ Introduction^ p. C.noto. 

* Ronouvier, Magueione^ p tO^ cité par M, F., 1, 192, note. 




BIBLIOGRAPHIE 



171 



iémùt les traditions et lea services de rUaiversité de Mûtilp^lUer, n 
L* Introduction (p* ix — civ) a pour titre « Le site et lea souvenirs i», 
et comprend quatre parties: h L'horizottde la terre, rhomon de la mer, 
la Belle Maguelone^ la cathédrale. » Trois planches, à la an du tome 
1*^^ dues au crayon de M. Maràal, donnent rApH^on de ta terre,, tel 
qti'm le voit d« haut de la cathédrale^ vaate demi-cercle où du rivage 
maxffiontagDes lointaines: le Cantgou, le Larsac, la Sérane, le Mont* 
Loïére, le Yen toux, depuis le cap Bear jus qu'eaux Saintes-Marie^e* 
Ift-Mer a'étagent les étangs, les plaines et les collines* 

Siûi aonger à faire l'analyse d'un ouvjage si étendu^ et où sont 
tTBiléea des questioua très divet'sea^ noua crojous utile de marquer 
da moina un des points de vue auxquels on peut se placer en le lisant. 
llD&ia semble que Ton aura ainsi quelque impression du vif intérêt 
qu'il j^résente. 
I Maguetone vaut dans Thistoire par son évêché dont la deatinée 
kl liée ai Étroitement à celle de Montpellier. Les Guillenis^ la Muni- 
cipalité Montpelliéraioe, les roia d'Aragon et de Majorque ont des 
ripport» constants avec Tévêque, dont Tautorité religieuse et morale 
était fort augmentée par rimportance de fiefs qa'il devait à une 
«mte de libéralités dont la principale est assurément Taote du 27 
ivril 1085, par lequel Pierre de Melgueil faisait hommage au Saint- 
Biège du comté de Substantion et de ses droits sur ^laguelone^ 
Ploi tard, à la suite de la guerre des Albigeois, le pape Intioceutlll, 
^jmi retenu pour fief le comté de Melgueil, la ville de Montpellier» 
^QÎ l'était d^Jà placée sous la tutelle du Saint-Siège^ obtint en 1215 
qockpape inféodât le comté à Té vaque de Maguelone et à ses suc^ 
OMilDrt. La décision du pape, qui fut suivie de plein eflet, reposait 
>^ h droit reconnu alors au suzerain de punir un vassal révoltép c# 
litî était le cas de la maison de Toulouse K 

uh les premiers temps les évéquea avaient eu une juriâlction spé- 
^fisur Montpelliéret, partie méridionale de la ville de Montpellier, 
Utte bulle pontiJicale du 12 juillet 1228 détermine les possessions de 
l'Eglise de Maguelone à cette époque ; elles cotn^iren aient : n 111e de 
^gaelone, Tétang, le grau, la |ilagti entre la mer et Té tan g, dans 
totiteleur étendue et avec leurs pêcheries , Tile d'isolion ou Esclavon, 
^tm t*étang de TArnel, Tégliae Saint-Ëtiénne de Villeneuve, réglite 



to 



^ Par une inité d'b^ritages, le comté de Malgtieil était pas^â en 1172 
iiu mains de» comtes de Toulouse. V, t, I^ p. 336, suiv. Maia le pape 
pfft»»it sans doute pouvoir se prévaloir encore de Tacte antirieur de 
Pi^e de MelgueiL Pour les revendications de la maison d'Alai» sur le 
cootié de Melgueil, et Taccord qui intervint* V. l* II, p, I31j suiv» 



Î7t 



BÏBLIOGBAPHIE 



et la métairie de MâuiÎD, régLisé Saiat-Sauveur de Rouet, le Câpi- 
toiil au maisan et domaioe de la communauté à ViUêieuve, TégUse 
Sainte-Marie d'E^indre, les tours sur le Lez et la Motsan, le» mon- 
tague» de Montceau et de Saint-BauziUe, la bois d'Amaquier, 3e châi- 
teau de Maureillau, la villa de la Mossoni l'ilo de Fleix, les dotuai- 
nea daas les |ïaroiaaea de Saint*JeanHle-Cocoa, de Saiot-Micbel de 
MoQtels, de Saint-Mieliel de Sauleyrargues, de Saïut^ Pierre de Mon- 
taubéroQ, de Saiut- André de Novigeua, de Notre-Dame de Ca«teluau, 
dé Saint'Jean de Substantion, de Saiat-Etienne ^e Sorlechi de S^int- 
Drézéry, de Jacou, de Clapiers : la ville de Lauret, le mas avec la 
baume ou grotte de Londres; les villas de Satnt-Brèe et de Saint- 
Sauveur de PérolSj avec leurs dépendances, terres, boU, prés^ droits 
de justice; le château de Laites, les propriétés dans Tin teneur de 
Montpellier» TUe et Tégliae de Niout, les églises d'Ai^ ou de Balaruc, 
de Froniignan, de Sainte-Kulalici les biens de la sacristie de Mague- 
lone, les églises de La Vérone, de Pignan, de Fabrègues, la métai- 
rie d'Agnac ; lea église de Ï>amt-Firmiu, de Nctre Dame des Tablea, 
de Sainte- Foy de Montpellier, de Saint- Denis de Montpelliéret, de 
Saint-Brès, de Pérols, de Novig^ens, de Soriech, de Sauteyrargues» 
de Caaielnau^ de Saint-Vinceut, de SaintJeaû de Buègea, de Saint- 
Dréïéry, d'Auroux» de Sainte-Marie de Melgueil, de Sainte -Marie de 
LuDôl, toutes ces possessions, avec leurs appartenances, dîmes et 
droits d'usage , enfînTéglise etVbopital du Saiot-Sépulcro à Marseille. 
•^ Le pape a bien soin de rappeler que si le chapitre a droit à la 
dîme sur tous ces points, il ne la doit au eontraire à personne; il 
n'eiige pour cette protection spéciale du Saint-Siège qu^ua tribut 
anauel de trois oboles d^or^ ii ■ 

Maia Tau leur le reconnaît lui-même^ radministration de droit? 
temporels proprement dita n*était point sans ofl'rir des difficultés : 
n L'élévation des évêques de Montpellier ne fut pas utile à leur 
Eglise. Comtes de Melgueil^ ils se trouvent distraits par les préoccu- 
pations temporelles et perdent dans les soucia des affaires la ferveur 
qui avait assuré leur prestige contre les Albigeois. Us sont obligés 
de suffire aux charges du gouvernement, et comme ils imposent leurs 
sujets^ ils ébranleat leur fidélité traditionnelle*. » 

L'action bienveiiiante de la Papauté sur les affaires de Tévèché de 
Magueloue, et même sur celles de la ville de Montpellier, ne saurait 
être contestée; la démonstration que présente M. Fabrège est docu^ 
mentée de la façon la plus complète et la plus concluante. Maia on 



t T. U, p. 49-5L 
«T. IL p. 34. 



BIBLIOGRAPHIE 



irs 



^ 



t fl^empêehfr de remarquer qu'à côté de la Buzerametë du 
SiinUSiège, IVd recherchait égaletneiit celle du rot de France, aux 
é|îO<|ues elles-mêmes où sod autorité dans le Midi paraît le plus 
réduite : « Dès ï !63, Jean de Motitlaur et son chapitre reconnaiaiaient 
Lottis le Jeune pour leur seigneur^ et le remerciaient de rat^cueil 
fcfûnble fait à leurs envoyés. En 1208, Guillaume d'Autignac avait 
obtioi de Philippe- Auguste d'être confirmé dans toutes aea poaaea- 
lions, aurtout dans celle de Tlle de Maguelone, civitaîU Magalone €t 
ahorujn lôcorum temporaîium ; * . .. et^ en 1230, aaînt Louii étend lea 
prérogatives de» évéquea eu leur donnant juridiction aur les sujets 
rojiox et sur les écoles de Montpellier * , >i 

Aiiiî peraîstait dans les esprits la pensée que le roi de France 
Itiil k suzerain légitime^ qui avait toujours le droit, sinon le pouvoir, 
dmtér^enir dans radministraiion d'une région qui, depuis des siècleB, 
n'était plus sous son autorité réelle. 

A Is fia du XII !• siècle, renchevêtrement des pouvoirs et de leurs 
prérofstives fut au comble. Le seigneur de Montpellier dépendait d© 
Tévèque, seigneur de Montpelliéret, « Le roi do Mayort^ue, Jajme II, 
était de plus vassal des roja d'Aragon ; Tévèque de Montpellier, 
nwerain du roi de May orque, s'était à aon tour reconnu vassal du roi 
fl* France*. i> De leur côté, les consuls de Montpallier, mettant à 
pmfltles conflits de leurs divers suzerains de tout degré, recourent au 
m de France contre rOfficial de Maguelone, et obtiennent que le 
roi de Majorque, malgré les plaintes de Tévèque, refuse d^întervenir. 
Le 17 juillet 1291, Bernard de Viviers, ofâci^il de Maguelonê, lance 
Vi tiùm de Tévéque un interdit général contre la ville et les consuls 
dt Montpellier. Le sénéciial de Beaucaire, représentant le roi de 
France^ agit en faveur de la Ville et saisit le temporel de Tévêque. 
SrËq l'arcbevéque de Narbonne lève llnterdit et fait promettre aux 
QSi tt anse autres de s'en rapporter à lit décision du roi : Et eti nquel 
as, utei mh'edig MfintjîeUier jyer VII mmes o di prop ; el êenêstalc dt 
Bai^c^e |w*es la. terra de lavf»que, e In tene 20 jm^n» quar noii voUa 
fWi&ôart rmtredig ; e pueiê larcevesque de Ifarbona mtrame^ mu, ê 
rmquei la* êenienth* t Venir edig e w>lc que iauetque eh console se 
«smpnmmMifBon en la eonedl del m de Frama^. 

Oit eonflils ne sont plus de notre temps. Formés à l'exacte disei- 
plît^ de la centralisation administrative, nous serions même portés à 
jettr un regard dédaigneux sur cette dispersion de privilèges et de 



'T. Il, p. 296. 

^P^it-Thalamm, cbron. rom., p. 340; cité par M. P., II, p. 305. 




174 



BIBLIOGRAPHIE 



prérogativeB qui surexcitait les pasaiona loealeâ, et nom la jugeriontj 
voloDtiers une sorte dVoàrchie. Mftia il n& fâut point mécotitiaître quoi 
les iotérêts particuliers étaient armés pour se défeQ^^ra^ que la liberté 1 
a sou prix et façonne les caractères autrement que la sujétion la 
mieux réglée, que la vie proviuciale était intense, et qu'en fin de ^ 
compte on arrivait à a entendre, qu'il fallût s'en référer au pape on H 
au roi, La prospérité de Montpellier et la dignité du siège épiscopaï 
traversèrent sans dommage cette crise, et nous ne voyons paa 
qu'après la réconciliation on ait gardé des souvenira amers du 
désaccord qui avait troublé les rapports de Tévêque et de ceuï gui ^ 
étaient à la fois ses vassaux et ses fidèles. ■ 

D'ailleurs Tévéque de Maguelone prit le moyen le plus sûr d'éclair- 
cir une situation confuse. Avec une sagesse qu'il est juste de louer, 
il abandonna en 1292 à la couronne de France le fief de Montpelliéret, 
la suzeraineté sur Montpelîîer et le château de Lattes en échange 
d'une rente de 50<) livres melgoriennes, environ 50.000 franc» de 
notre monnaie actuelle. 

On lira dans M, Fabrège Texposé intéressant des procédés, biJjilet 
plus que scrupuleux i par lesquels Philippe le Bel sut faire valoir lem;B 
droit* qui lui étaient reconnus. " 

On peut ne point partager l'avis de M. Fabrège sur toutes lea 
questions qu'il est amené à traiter. Uhiatoire du moyen âge est le 
domaine oà la controverse trouve le plus d'occasions de s'exercer* 
Mais l'ampleur elle-même qu'il donne â ses développementa, la variété 
des faits apportés^ la richesse de la. documentation et Tindication 
constante des sources, rendent Tœuvre instructive au plus haut deg^ré 
et mettent le lecteur à même de se faire une opinion personnelle. 

Comme il en avertit dans sa Préface, Tauteur a tenté, à propos dé 
chacun des événements importants qu'il rencontre, de reconstituer le 
milieu et le moment précis. Ainsi nous expose-t-il, ou peu s'en faut, 
nne histoire complète du moyen àge^ éclairant son sujet particulier 
de toutes les lumières qui! emprunte à Thistoire générale. On peut 
juger, et il l'a prévu lui-même, qu'il s'étend parfois au-delà du cadre 
exact où a été enfermée la destinée de Maguelone et de son évéché ; 
mais il était difficile de ne pas entrer dans quelques détails sur la 
guerre des Albigeois, étant donuée la situation géographique et féo- 
dale de Montpellier; et, quand on rencontre un Nogaret pour instru- 
ment de Fhilippe-le-Bel dans la querelle de ce roi avec Boniface, l'on 
n'est pas mécontent de connaître de près le personnage et de savoir ce 
que sa famille est devenue. ^ 

M, Fabrège aime le moyen âge et l'Eglise catholique, et se platt à H 
réfuter des préjugés que la science moderne a rejetée^ sans pouvoir 




BIBLIOGRAPHIE 



ns 






déraciner complètement. Bien des gens ne s'imaginent point 
tf^Q^îl aoit démontré et reconnu aujourd'hui que dans rerercke an ses 
iJroits, r Eglise fut d'ordinaire plus modérée et phi a Libérale que te 
^»oi]voir civil, que Varbitrage des papes s'employait dans Tintérét 
dles mœurs et de la justice; qn^ainsi s*est faite Véducation de reapnt 
j>tibUc en Europe ; que de bonne heure le servage n*était plus qu'un 
ouvenir dnns beaucoup de nos provinces ; que Vindustriei le com- 
©rce, lea sciences et les arts florisaaient dès le XllI* aiècle; qut 
.<ii bourgeûia du moyen âge étaient des administratËUfs ëcoDOmes et 
liabiki, dont Teiemple peut être proposé à limitation de nos muni- 
cipalités du XX" siècle. Je recommande la lecture du chapitre XI, 
« TEglise de Maguelone à Montpellier jp, à tous ceux qui s'intéres- 
êênt k l'hialoire des œuvres de charité. Il était utile et équitable de 
nppeler qu'au siècle dernier, la k Miaéricorde n de Montpellier a été 
prise par les Anglais comme modèle pour la création d*un dispen- 
tairt deitiné à secourir les malades indigents * ; de mentionner cette 
iMtitution admirable, le n Prêt gratuit «, qui continue à venir en 
lideaùî beaoigneux: de toute condition, sans rémunération aucune^, 
Qos savons -nous, pour la plupart, du passé de notre pays? Une 
sûrtfi de résumé sommaire de l'histoire des rois qui se sont succédé 
îir le trône. Les provinces nous sont connues au fur et à mesure 
di leur entrée dans le domaine royal, au moment où elles disparais- 
«ot dsns ce grand tout, y perdant leur vie propre et leur origina- 
lité. Qu'étaient devenus jusque-li rAquîtainet le Languedoc, la Pro- 
vence? Quels étaient d*aLord les usages, les mœurs, lea inatitu*' 
tlQû<,le degré do culture et de prospérité de ces Etats, qui s^ étaient 
%tfés d'eu^^mèmes, par une heureuse H riche spontanéité, des 
niinea de lempire de Charlemagoe ? L'on sait quelques généralités 
m If rdlê de TEglise, sur la féodalité^ sur les communes, et c'est 
tâUtpoDr le plus grand nombre. Cette indifférence est regrettable, 
€aî il est mauvais et dangereux d'ignorer par quelle vole ont passé 
^"générations qui nous ont précédés, quels efforts elles ont dû s'îm- 
poier^ queb résultats elles avaient atteints, et comment les petites 
Patries provinciales ont contribué au progrès commun de la grande 
pttric. 

Ui ouvrages tels que celui de M. Fabrège produisent Teflet 
fuse sorte de révélation, d'une évocation de la vie ancienne de notre 
Midi. 



'T. ILp,2", note. 

* T. It, p, 29, Cf. Histoire du Prêt Graittii fU Monipeîlier, 1684-1891, 
F^ L Mandon, docteur êa lettres, Montpeliisr, 1392* 




!»« 



BIBLIOORAPHIR 



J 



(r«ftt i1lftit4 «M bai^iie ptiénicietuiê ou cartfaftginois^, montée par 
irv, demï-coraairee, demi-mârehandÂ^ qui prend 
[ 4» IHt, H 611 fait nn comptoir que les Gaulois des plages 
la aêeo«te»tot à fréquenter. Puis c'est 1r guerre de deux grands 
i: Tiniké* d'AiMiïbali les légions l'omaineâ occupent tour à tour 
f éIokI l«iM>rt attire les trirème s aussi bieo qtie les vaisseaux 
I Rome a vaincu, la Narbonuaise est la province Utîna 
pr«l«»lfede«; la grande paix des rivage» de la Méditerranée va durer 
ait ém sièclei : le Chris tianitme fait la conquête des âmes. Des 
I stèles, des monnaies sont les témoins de cette époque 



SoikIud Ttuvasion des Huns pousse vers Toccideot les peuples de 
rBuroptlkarbare: sous la pression de cei nations guemèrea, leeâ-on- 
lièMa et la Eoinanie, mal défendues, s'écrouleîit. Voici qu^après avoir 
ravagé rEmpire, lei hordes se pressant sur la roule de T Es pagne. A 
Havtfft la Naibonoaise passent, saccageant le pays, Alain s, Suêves, 
Vandales. Puis viennent les Wisigotbs qui asseoient leur domination 
sur la Gaule méridionale et TEspagne et rétablissent Tordre à leur 
profit. L© premier évoque deMaguelone dont nous coonaissiona le nom, 
Bodo«, eat représenté en 589 au Concile de Tolède qui consacra la 
ûonveraion du roz Wisigotb et de son peuple. Son successeur Ûenièa 
tst représenté au IV' Concile de Tolède qui interdit de tourmenter lea 
Juils pour leur croyance et ^ui prescrit l'étude du grec, 

fin penpk nouveau descend dans le Midi de la Gaule et tenta de 
ramicber aux Wisigoths: Tbéodebert, puis Gontran, envahissent la 
S«plimanie qu'ils ne peuvent garder. La paix est bientôt après troublée 
par rinsurrectioo du comte Paul qui veut créer un Ëtat indépendaoti 
^opraDant la Tarraconaise et la Septimanie, provinces qui dés lors 
iMâaîiDt à s* unir. L'évêque de Idaguelone, Gunbild, s associe  la 
fivoltA qui est réprimée par Ténergique roi Wamba, Maguelone fut 
aftatégétrdutserendrefetGuQhLLd qui s'était réfugié à Ntmea avec Paul , 
iubit sana doute le même châtiment que le malheureux comte. 

Un siècle s'écoule. Les Gotha, amollis par une longue paix, ne 
peuvent résister à i assaut fanMique do Tlslarn. La Septimanie est 
■nhm^rgée par îe torrent, séparée uu moment de la chrétienté. Maisi 
après Iflur victoire À Poitiers^ les Franea continuent à refouler le fîoL 
musulman. C'est d'abord Charles-Martel, qui, sans distinguer entre 
Iti habitants du pays, ruine et incendie Maguelone comme Béziers, 
Afd«t Nimei, Avignon , Les habitau ta de Ule sont contraints de chercher 
un isile f ur la terre-^ferme, à Substantton^ Des tombeaux trouvés à Ma- 
guelone semblent provenir des occupations successives des Sarraaina 
et dea Francs, 



BIBLIOGRAPHIE 



17? 



Mogueionû n'existera plus comme cité. Sqb évèqueti néaurooios ne 
rabftiidûnfiÊat qu^à âem'u et ^*étabïtitent à Villeneuve d'où îU eotitem- 
[iliru^nt ce qui aabs'stait de leur cathédrale, La parlie tragique de aon 
UL>-:.Hn^ est terminée: soua Charlemagaei les nmra cavaliers de P islam 
ûtittr>^ni3é pour to^îjout'i les PjiéaéeB. L'ère de la paix chrétienne 
commence. 

Aa XI» BÎécle ou n'a plus àreduuter le retour des Sarrasins. L*évê<|Uâ 

Âroaiid va rebâtir TëgU^e de Maguelone^ et le pape Jean XX Ty en- 

CDU,rig«. La cathédrale s'élève rapidement, château -fort s^utaot qu'é- 

(tïJké consacré au culte, car celte mer si belle sera encore longtemps 

ioleitée de piralea musulmans. Un pont la rattache au continent^ où 

l'èrèt^ae a son domaine religieux et aes poasesiions féodales, Du haut 

i&fnin«t du monument roman, des hommes souvent émiDejita, pour la 

pkfiart d'une piété exemplaire, veilleut aux intérêts de toute nature 

^lïuite diocèse que leur regard embrassait tout entier, s'arrâtant de 

préférence sur k ville où les habitants anciens de Maguelone étaient 

mesyt s'établir d'une façon définitive, sur Montpellier. Un lien na,- 

timgl rattiichait la cité nouvelle au lieu de sa première origine et main- 

tenait entre révéque elles Montpelliérains une sorte de parenté. Mais 

L Montjiellier» avec les QuiUema d'abord, puis grâce aux privilèges qu'ils 

t lui Avaient reconnus^ grandisBait, s'enricbissai t^ illustre par ses écoles, 

c^ cotnmercép sas industries. Le jour n*est pas loin où le siège upis- 

€ô(kal I sera tr&nsféré. Avec le mo^en âge, ta destinée de Maguelone 

iiticcvinpUe. 

MioMf pour I liiâtoîre et le poète, Maguelone, ainsi abandonnée et 
^n«, n'est que pins attm jante : 

La vieillesse couronne et la ruine achève, 
11 faut à l'édifiée un passé dont on réve^ 



Yonles-vons qu'une touf , voules^vous qu*une égliM 
Soient de ces monuments dont Tànie idéalise 

La forme et la haulenf ? 
Attendes que de mousse elles soient revêtues. 
Et laissez travailler k toutes les statues 

Le temps, ce grand sculpteur! ' 



Ainii la cathédrale, deux fois vénéraj^le par les rertns qu'elle ft 
entées et par cette empreinte ineffaçable que les âgée varquenl sur 
1^ pierre, raine chrétienne^ riune antique, est nn lien de pèlerinage où 



Victor Hugo, r ■ Âfe de triomphe. 




il 




178 



BIBLIOGRAPHIE 



Von sa complaît à repasser dans sa pensés les époques évanooies, en 
considérant le vâstc théâtre où ie «ont déroulés les événements de 
rhistôire du Languedoc. ^^ 

Yera le Midi, c'est Narbonne, décbtie aujourd'hui de s& gloire, ^^^Ê 
ville forte qu'il fut si raalaiaé d'enlever aux Sarrasins, souveair con-^^ 
sacré {^slt A^menlloL Vers le couebaot^ c*est Saint-Guillem-du- Désert, 
où se retira Guillaumef duc d'Aquilsioe, vainqueur des Musulmans 
à Villedaigne, dont le souvenir h est confondu avec celui da Ouil* 
laume de Provence, de sortô qu'il est devenu dans rÊpopée naît ion aie 
la i-bainpion le plus célèbre de la chrétienté avec Roland, Tin vin cible 
Guillaume au Court-uez, le héros d'Aliscans» l'un des huit guerriers 
saints, que Dante voit se mouvoir, flammes étincelantea, sur les bra:; 
de la croix où resplendit le Christ. ' Vers TEst nous apercevons le 
Grau dVAigues- Mortes d'où saint Louis partit pour la croisade. 
Et en ramenant notre regard sur MontpellierT nous vojons apparaître 
la grande et chevaiereaque figure de Jacques le Conquérant qui con- 
quît trois royaumes, gagna trente-troia batailles, fonda deux mille 
églises, monastères ou h6pitaux. Il mourut à Valence, et demanda 
que son corps fût transporté au monastère de Poblet, Il y a reposé 
de 127B à 1835. » Le tombeau ayant alors été violet la dépouille du 
conquisiador fut recueillie dans le village de la Espluga de FraDcoU, 
où, le 18 janvier 1843, un négociant catalan vint officiellerneat la 
retirer pour Tinbumer dans la cathédrale de Tarragone, dont la pro- 
vince et celle de Harcelone lui érigèrent un moDument, style Reaaia^^| 
sance. ^i * L'inscription latine mentionne que Tarragone obtint Ift^" 
bienveillante autorisation de la reine Isabelle: Bénigne annuente 
EUiabêtk II, £Ii»paniarum regitia ** 

On ne sait ce que Ton doit admirer le [»Ius, de la brutale ignorance 



1 Paradisùi c XVII 1, t. 46, Les autres guorners sont Josué, Judas, 
Macchabée, Cbarlemayno, Roland» Renouart (la gcaril Rontmart au 
Tinel de nos chaasons de geste), Godeft-oy de Bouillon et Robert Guis- 
card. C'est dans ce chant que Béatrii, pour rappeler son amant à 
contemplation du spectacle dJvin^ lui dit: u Tourne- toi et écoute, cai* 
n'est pas dans mes jéutl qu'est 1^ paradis, tt. Mais Béatrii n*est autrs 
que la théologie persoanillùCf et jl faut entendre^ parait-il: cura non 
solum in conterripiatione thEùloyiuè est feimtas et healUudOj sed efiam in 
exemptii valeniium virorum; Scartamnî en est convaincu. Le doute est 
permis. j 

* T. IL p, 198, i 

1 iéid. note 5. — Dans ces demi Ères années, Ton a apposée fur 1a 
façsde de la Tour des Fins une plsquâ de marbre^ qui donne les dates 
de la naissance et de la mort du coTiquisiador^ 



m 



BIBLIOGRAPHIE 



17t 



I 



ilhtareux: qoi outrageaient ]& sépulture du Ubémtear àû leurs 
pkm, de la nécessité d^abtemr i'autonsation administrative pour 
réparer cet oatrage, de l'indifiereDce de Th entière du grand homme. 
tl ^1 beau d'maoire au fronton d'un monument ^ aux grandi 
hùuiiiitâ. Ift Patne recoaDaîssautel )> et Vi^^tor Hugo a eu raisoû de 
Cùûiacrer, en vers barmoaieu:^, b Panthéon à 

I Geox qui pieusement sont taorti pour la patrie ; 

siiii de SésQstris à Jaunes, que de héros ont été arrachée à Tétemel 
Ttpâi par l'avidité, la haine ou simplement par une curioBitë niaise î 
Q» de tombes saintes ont été insultées dans nos églises, simp les pierres 
portait un nom et one date, ou leuvres de Fart te plus exquis I Mague- 
1oDes«usa pari de ces profanations aucrîl^ges. Heureuse TlUlie où, 
mà^é les révolutions sanglaotee de ses républiques^ les monuments ont 
toujoti)^ été reepeetés, patrimoine que les générations se transmettent 
' ivec une admiration pieuse; où il paraît absurde de défigurer la 
it&tuÊ, pour se vengEF de celui doDt elle conserve Timage ; de sorte 
que les chefs-4'csuvre n'y ont souffert que des injures du temps qui 
vieillit b marbre et le bronze, mais ne les détruit pas, ks embellit 
^hiài en les revêtant de Tinimi table patine qui en fait valoir le 
Uîûiàé I Toute ville italienne est ainsi un musée. 

Kq |.teusant aun ëvêcjues et aux selgueurs de la région qui reçurent 
ïtaéjMjUure à Maguelone, nous nous rappelons aussitâl les noms de 
tout «et papes que M. Fabrège nous montre honorant la cathédrale 
da leur visite pâte ru elïe. Urbain 11, après avoir prêché à Glermont la 
ptCŒièrt croisade^ s'arrête à Maguelone en juin 1096 S bénit Hle, 
^cdébre la fête de saint Pierre^ patron de Téglise; Tévêque Qodfrid 
qui r&vait accueilli part lui-même peu de temps après pour la Terre- 
Siûiie^ j tombe malade et meurt pii^s de Trïpoli : son dernier acte 
fut d'envoyer sa bénédiction à ses fidèles. 

Nombreux furent^ pendant les croisades, les personnages illustres 
p. ftvant de partir, léguèrent une partie de leurs biens à T Eglise de 
îta|tiilone. 

Les temps étaient durs pour la Papauté qui soutenait avec TEmpire 
l* pierre des investiturea. Gëlase lljdèe le premier jour de son ponti- 
icii, est frappé, jeté en prison. L'empereur Henri V approchait 
^il&fe et quelques-uns de ses partisans s'enfuient sous les flèches 
dli Allemands et ne rentrent â Home que lorsque l'empereur en est 
pftrti. Mais les Frangîpani assaillent encore lo malheureux pape qui 
i4 résout à quitter Rome une seconde fois. Après avoir touché à Pise 

^ Qfeaaitde Tonlouie, où 11 avait consacra la célébra basilique de Saint^ 

Sfl niin . 



180 



BIBLIOGRAPHIE 



el À Gèii6B, il débarque à Saiot-Gillâs où il est accueilli par la noblesad 
de la contrée, puis il se rend à Maguelone. C'est là que le trouva an 
envoyé du roi de France, le célèbre Suger K Le pape prend quelque 
repos et repart pour Clunjr» où il tueurt après un pontificat d^un an et 
quatre jours, martyr des devoirs que lui imposait sa haute d» gai té. 

Sou successeur, Callxte U, allant an concile de Toulouse, s^arréte 
également à Maguelone, en 1119. 

LeO février 1155, c'est le roi de France^ Louis VU, qui assiste à 
Maguelone aux céril^nionîes du cbapitre et dë<;lare à Févèque et â la 
communauté qu'il prend sous ^a protection tous les biens présents et 
futura de celte église. 

Mais voici uq Angiaîs. Nicolas Brake^peare, plus tard Adrien IV : 
il est simple clerc à Mauguio, et c'est à titre d'hôte étranger qu'il est 
reçu à Ma g ue loue. Un grand nom clôt cette liste authentique de 
visiteurs illtistrea. — Alexandre III, chassé d*ltalie par Frédéric 
Barberousse et l'antipape Victor II, aborde à Magueloue, le 11 avril 
1162, avec une auite de <;ardinaux et d'évôquea, consacre le maître- 
autelf est reçu triomphalement à MonCpellier par Guillem VIL II 
tient un concile à MontpelUor, et demeure eu France jusqu*à ce que 
la mort de Tantipape le décide à revenir en Italie, C^ent à Maguelone 
qu'il sVmbarquu dans des circonstancea dramatiques : peu s'en fallut 
qu'une flottille impériale ne s'emparât de sa personne *, 

H est à présumer que d'autres papes vinrent aussi à Magucîlone, 
bien que noua nW ayons pas de sûr témoigaagé i Nicolas IV, qui 
érigeâtes Fn^cultës de Montpellier en Studium gênerais; Clément V, 
qui séjourna deux fois à Montpellier, D'autres avaieut appartenu au 
clergé ou aux écoles de Montpellier: Clément IV, qui, comme légat 
du pape, conféra la licence en droit à la Saîle*l'Evéque, Jean XXI, 
ancien élève de T Ecole de médecine:, Urbain V, profeasaur pendant 
vingt ans de droit canon à l'Ecole de droit ^ 

Les papes aimaient cette petite Ile, sentinelle avancée sur Uvfl 
Méditerranée de la France catholique, de la France en qui ila voyaient 
un point d'appui contre les prétentions germaniques au gouvernemenl 
de l'Eglise et de l'Italie» lia âe plaisaient à cotifirmer et à augmenter 



* Cû voyage ûg Sugcr noui a valu une description de Msgnelone : ûppli-^ 
cuit Mttgatonam, (itxtam in petat/o insulam^ eut stiper est^ solo episcùpo^ 
ciericis et tara famitia^ contempta, iingularis ft priimta^ muro iamcn^ 
pr opter mar& cùmmeantium Sarrecenorum impetim^ munitiisima civitas, 
Sugerii ab bâtis vlia. Ludovici Grossi^ ap. Do m Bouquet^ Historiens de i 
France, t. XII, p, 46 ; Fairège, 1, p. ^15, 

« Fahrège, I, p. ^83. 




BlBriOGRAPHIE 

ht pitfîlègeB û\n é?ê€hé et d'un chapitre dont rorthodoxie et U 
iiéitlé au S«int-Siëge ne se démentirent jamais. Par les noms 
Hioromes tels qu'Urbain II, C:ilixte II et A^leiandre lïl, Thistoira de 
Higoebnô m raltache à Thiâtoire universeUe, et je ne saia [jaa de 
liea où l'oa éprouve nn senti nie ot plus intense de ce que fut TE* i tope 
duétietine au moyeu âge: riuvasion barbare^ la lutte avec TUlam, 
In croiiades, t'effort de la Papauté pour recouvrer son indépendauce^ 
cette écloBioQ d* Universités à laquelle ont une part û belle les Ecoles 
U Moatpellier} sous le patronage ds Tévâque de Maguelone; et^ à 
c^ti de Tcenvre de TEpiscopat, celle des Gui lie ma et de la bourgeoisie 
UMeaae et intelligente de Montpellier Dans le lointain d'abord, puis 
9* rt^iprocbant loua les jours davantage ; le roi de France. 

L'biitoire de Maguelooe est bieu un chapitre de notre histoire 
jiâtwiiaie, et il orientait d'être écrit. 

Tout eu emplojaDt ses loisirs à composer Vliistoire de Maguetoue, 
M, Fàbrège a voulu faire encore davantage pour Nautique évêché et 
pour MoatpelUer. Il a décidé la publication du Cartniatre de Mague* 
boEf recueil d'aune valeur inestimable^ comprenant des documeots de 
tflate origine, qui a été constitué au XlV" siècle. Cette publication, 
Mofiée à la scieuce et au dévouement de M. Berthelé, comprendra 
^utorse ou quinze volumes iu-4^ Le nom de M, Berthelé nous est 
UM garantie que Tod trouvera dans cette oeuvre de bénédictins le 
|Jm ppikîeoï instrumeut de recherches et de travail. 

Ppopriétaîre de Maguelonei M, Fabrêge croit qu'il a une dette 
pv^ciilière envers ce lieu vénérable; il ue pouvait l'acquitter avec 
UA plus généreux désintéressement ni douoer uu plus bel ei^emple 
<i1ntfiiligent patrintiame, 

Ferdinand Cj^steti . 



ïditieliardt {M*)* — Romàmiscuis errifOLooinN, II, Wien, 1999, in-B* 
[îîîp.j. (Eitrait des Sitzttng§6i;iichie der kaU, akûdrmie der wissen- 
ahs/tm in Wien^ PhitosophUch-hiitûrùche e£ix««e, t^nâ CXLI), 

Kepreoant dans lit Grober* ZeiUchr,^ XX.V, p, 244 sqq, un des 
polnU de détnil qu'il avait esquissés dans Totivrage dont nous allons 
nendre com{»tef M. Scbucbardtse plaint de n'avoir pas reneoutré Tac- 
caeil qu'il méritait, et noua pensons en effet que eertaina ont traité son 
étude avec trop de légèreté ou de désinvolture, 

fji métoile employée dans ce second fascicule est la même que 
daDii le premier {voje£ Hemm des langues rouMme^p 1899, p, 564)> 
L*Aubenr eommence par revenir sur cette raétode pour la justifier, & 




Ifil 



BIBLIOGRAPHIE 



montre surtout combien il faut ae défier des coachiaîoiiH qm Ton peut 
être tenté de tirer dos mot» relativement aux choses, et qu*il est 
indispensable de bien connaître las objets désignés par lea meta et 
ristoîre de Tapplication de ces mots à tels ou tels objeta- C'e«t uoe 
vérité que personne n'ignore, maia il faut bien avouer que la plupart 
dea chercheurs d*étimoJogîes n'en ont qu'un médiocre âôuci« 

A Tappui de ea téorie^ M. Schuchardt revient tout d'abord sur 
quelques étitnologie» dont il s'était occupé autrefois ^ et entre autres 
sur celle du mot gilet, dont il rend l'orig-ine, turcjeM, désormais 
indiscutable; puis il essaie d^ëtnbiir celle du mot cloche, ou plus exac- 
tement de lat. vulg* *ehcca. C'est ici, à nos teux» la pièce de résis- 
tance, et nous i reviendrons tout à Teure avec quelque détail* 

Après cette première partie (53 pa^es), l'auteur étudie comme 
application de la métodc quHÎ vient d'illustrer ainsi qu'il a été dit^ 
rorigine du mot fr. itouver et de ses frères romans. Il montre que 
turbare pouvait devenir "truhare, que *trubar€ pouvait devenir *trofeard 
& même qu'un *lrobare sortant de turharé pouvait devenir prov, ^o- 
har; il montre an point de vue sémantique comment tous les sens de 
fr, trouver i it. tromire^ prov, trohar^ lad. truvar ont pu sortir du sens 
latin de turhart \ maia ce ne sont \k que des poaêibiUtés et ron ne peut 
pas dire que rétimologie turbare est démontrée. Puisj il reste une 
ombre à Porizon, c'est Uroijare^ qui au point de vue fonétique est 
indiscutable. Sans doute cette forme icbématîque a contre elle que 
son origine et par suite aa signification primitive seraient fort obacureSi 
et d'autre part qu'on ne voit pas bien quel besoin le roman aurait 
éprouvé d'aller chercher dans un domaine étranger au latin un mot 
pour exprimer Tidée de ci trouver ». Mnis ces arguments ne suffisent 
pas pour écarter définitivement *troiynrt. Certainement tout ce qu'on 
ponvait dire en faveur de turbare se trouve dans le travail de 
M, Scbudiardt ; mais il n'aboutit pa^s à démontrer réellement sou 
ipotèae parce qu'elle n'est pas démontrable. Notre connaissance dn 
vocabulaire latin vulgaire a de grandes lacunes & "impars n'est pas 
condamnable par défaut. La conclusion à tirer de celte étude est, à 
notre avis^ la suivante: trimrer sort de iurhitr^^ à moins que 'trofMtre 
n'ait existé. Il conviendra de s'en tenir là jusqu'au jour où surgira 
quelque argument nouveau en faveur de Tim des deux concurrenta, 
^ mais on ne voit pas ti'op d'où cet argument pourrait sortir. 

Revenons à 'chcca, C'eal une recherche tout à fait analogiie à la 
plupart de celles que noua avons faites dans la troisième partie de 
notre Hvre sur La diêtimiliitiaR^ et nous sommes très eurenx de voir 
que SQD auteur aboutît d'une manière générale aux marnes résultats 
que nous, bien qu'il n*ajt pas connu notre travail (cf. p, 210} au 



BIBLIOGRAPHIE 



183 



I 



mocneat où il a fait le niea. Soq champ d'études n'^st pâs auâsi vaate 
<jae le a^tre eQ ce sens qu'il ne remonte pas aussi aiit à ne s étend 
f»A4 auâii loin, mâiB il est moins limite par&e que M. Schachardt 
«[otite &n%, fénoménes de disâimliaiionj ceux d'assîmiEaiton et de 
tuétatése. Il n'expose aucune tûorie, mais de l'ordre même dans lequel 
il présente lee exemples, il leraît facile de déduire celle qu'il possède 
éiridemment par devers lui. 

H lignais tout d'abord la possibiliié de tirer 'chccm du verbe ouo- 
matopéique *cioceartt en coEStatant à bon droit que cette explica- 
Ùm est en somme sutisfaisante; mais il s'empreese d'ajouter qu'elle 
n'eit pas la seule pos&ible^ et il va s^efforcer do démontrer que " docca 
mti de coehUa, 11 commence par dresser un tableau des formes 
waqiieïles pouvait donner naissance cachtm, e'est-â-dire litt. vtilg, 
«eittii çoç^wi . Trois formes pouv^iient en sortir directement : coda, 
mhik, doda. De la première eocla peuvent sortir directement cœula 
à ekm; de cùcuia on peut tirer eœa; du mélange de claca avec cùcîa 
idtXckclai ^^ mélange de e^enkt avec coeîa sort eoclula; du œé- 
lûgeda cùduta avec cloca sort cloeula; du mélange de ûoclula avec 
efocal« sort chchikk, Di> la seconde forme cakda , sort directement 
M^iiii de coc*^» âort €ocula ; de eocula on peut tirer cof!a; d'autre 
pin mc^la peul devenir par simple métatèse c^^ula ; enlin le même 
eoMiense méUngeant avec ta troiaiètne forme clocia peut donner 
clorifia. Ce ubleau est irréprochable et nous pouvons le sigo&ler 
c^mifie an modéte, mais un modèle qui no peut servir que pour 
m mots à redoublementi réel oa apparent. 11 repose sur une »érie 
^ déductions rigoureuses qui répondent bien au développement 
ôrèn&ire de« Un gués, quoiqu'elles paraissent légèrement eu con- 
t^itlictaon avec ce que prétend démontrer M. Scbucbardt: « wie 
^Aaig aile QtsiiM de« Laut- und des Bedeutungswandela fur die 
leicbielitlichâ Erkl&mng der Wôrter ausreicben » (p. 13 )< Ces 
^fieilei discussions sur les îms du langage sont surtout s flaire 
^ mots et de définitions. La métatèse et rassimUatiou obéissent 
^ des lois, tout comme la dîsstmilatîon ; seulement, ces loii, i 
lOQtes celles du langage, sont fies poMibilitéë; nous nous 
BuFfisamment étendu sur ce point dans notre Di^dmilediam^ p<>iir 
^u J ui ait psa Heu d*i revenir ici« 

Voilà donc les diverses formes auxq^uetles eotMm pouvait dtïttner 
t^Uiiaiice. On voudra bien remarquer tout d abord que ^clocea De 
«fm pas dans le tiible^iu^ |tuis se poser cette question ; ceis for» 
Bli« t\m pouvaient sortir de codUesi en i»ont*elle« eflecdiemeDl 
*i>nieh? M. ScUudiardt croit répoadfe suffisamment en montrant, 
ivec lu profonde érudition et La richiesae d exemples qu'on lui conuail, 




iê4 



BIBLIOGRAPHIE 



que chfieiiiia de ces formea est repréeentëe dans b» languit romane» 
par des mots dont la sigoiâcation n'est nullement mcompatible ave<^ 
celle de cochku. Le fait qu*un mot pourrait remonter à telle fonce ne 
prouve pas qu'il en descende réel 1 émeut ; fr. foin aurait pn sortir dé 
yoMÎu» si *foniu avait eïisté^ mais il sort de/êmt. Il i a donc une 
lacune dang le raisonnement de notrt auteur ; il en doit résulter 
une certaine défiancei que Textimen du détail peut seul anéantir ou 
confirmer. 

La première forme examinée est * cacla, avec aon doublet ' ctteeîa^ 
qui n'en diffère que par la coupe dea sillabes. Il est incontestable 
que " e&ela pouvait sortir de eochlm^ maia le grec possédait Jtdx^ûç* 
Qu'est-ce qui noua prouve que le lutin vulgaire ^ dont le vocabulaire 
nous est en grande partie inconnu, rèpétona-le, n'avait pas emprutîté 
ce mot au grec, et n'en avait pas tiré ud fémmiu *€Of:lii ? A côté de 
de ' mcla nous avons un autre doublet " caciu, * cticla, qui noua amène 
au point repris dans la Gri)!/ër^ Zeitschr.^ K l. Cet échaDge d*a avec ù 
est une simple apofonie que M, Schuchardt signale avec raison à 
plusieurs reprises^ au grand açandalop paraît-îl, de quelques-uns de 
ses lecteurs. Nous i avions déjà fait allusion en 1895 dans noire 
DiMimilaiion , p, 170 sqq* et nous pouvons aujourdui renvoyer _ 
pour ce qui la cou cerne à nos Onùtnaiopées el rnoU exprtsiifs^ ci- fl 
deisufl pp. 100, 128, 146. Il s'agit d'établir Tùrigine defr. ehutl , cailhnt 
& de leurs congénères. On a l'abitude do ne pas séparer ces dfiUi riiota, 
et M. Schuchardt ne veut pas les séparer non plus, tout en concé- 
dant qu'il n'i a rien qui empâche absolument de le faire. Mais il _ 
les tire tous deuï: de eockleu^ et ici nous avons des do^ites. Oiifl 
rapporte d'ordinaire chail à cakidus , devenu par dissimiiatioii 
*C€i€tu {La diêiimitation^ p. 60 sqqj et chailie à son féminin ^ccteta 
pourquoi paa? Pour tirer de 'cuclti ou " cacla, qtiellu qu'en soit lori 
gine, la forme caillou^ il faut arriver à un dérivé ' caclaeu ou *eaclagu ; 
mais où est le modèle de ce dérivé? Où ko latin avait^ll un auf]Ox# 
-acu ou -affu ? Le grec possède dans le même sens ni^àyt^^ c'est-à-dire 
îté^ïïj; qu'est-ce qui prouve que le latin vulgaire n'avait pas pure- 
tnent et simplement emprunté ce mot ? ■ 

La plupart des formes considérées par M. Schucbardt pourraient 
donner lieu a des observatiiïus du morue genre. Nous nous contenta- 
rons de les avoir signalées pour la piemii^re forme. 

A la troisième forme *cl(}eiiit rautcur rattache vfr. cruche « coquille 
de noix », vruiée^ &c.fet ail. kraum <' pot à boire s ^ krëumlf^Cj puia 
à la cinquième forme, 'cloca, fr. cruche tt vase de terre ou de grè« 
d'une certaine f^rme n, ags. crég^ &e. Il i a là dûMX difiicultes, Tune 
relative au consonanUsme, Tautre an vocalisme. On ne voit pas paur- 



1 



BÏBMOGRAPHIE 



JS8 



quoi de» langue» romanei auxquelled le groupe d est très fumilior 
Vauraieot dans ces mots remplacé par cr. S'ils D'étaient ecttrés dana 
les kDgues roniaDes où on Jet trouve que par ]*ititertnêdiaire du ger- 
manique, ce qui ti'eit |>aa Topimon de M. Sehuchardt, leur groupt 
(T ce deojflDderajt pas d'eïpli cation; mais il faudrait alors montrer 
pourquoi et commeut les langues germaniques qui sont abituéea au 
jpup£ kl [tar leurs mots indigènes & qm le canacrvcnt intact (iana 
sem quelles empruntent au latin (cf. p. es, alL khuse]^ Tauraient 
okiitgéea kr dans cea mots. D'autre part vfr. ûntûhe u coquille de 
ma. Q paratt accuser un u bien net que l'on ne peut pas rapporter 
sanj juitificiition k Vo de 'cîocia. Quant à Vu de l'uutre mot cruche 
a fiM Ji, qui ne fait aucune dllictiUé lorsqu'on tire ce tnot de franeiq. , 
t. tsx. krûka^ il surprend étrangement quand on veut remonter à 
*ekcû, Ail, krug^ c'est-à-dire vha, hmog, chru^ et aga. crég supposent 
uûe fonne *krôffu* dont Vo m peut pas être lire de celui de "c/oea, car un 
* eioca sortant de tmhlea ne peut ôtre que *cl^ca. Sans doute ce *hrùtju- 
tttea germanique un emprunt ; mais on ne voit p/is bien ce qui peut 
indmw k s'adresser à Ut. wûg. *c/ç)c- alors qu'on a la forme deman- 
^hûk- dana gr, nfu^oi^ € vase, orne ■> ^ * xpûj)c-eK. Non que 
Dom luppoaîons que l 'emprunt ait été fait par le germanique an grée ; 
mijg p Iliaque ce krûk- existe en grec avec cetie signîficalvon, iî n'est 
pu impossible qu'il ait été ^aeédé auaal par quelquii autre langue 
Uïdû-earopéemie où U tradition ne noua Ta pas livré, mais ou le ger- 
JûMiqûe Faurait pris. 

Ced nous ramène a *€li}cca. De cockka pouvait sortir *^ipeaf mata 
AOfi *tlçôca* Si devant un I la duplication du c s'explique sans diffi' 
collé, comme nous Tavon» vn tout i Teore à propos de 'cocfo, *eoe- 
c^i û Q en est pas de méine quand le t e«t tntervocaliqoe, t^raqcill 
I Igjt de VocKi, *eoeu dev^&ant '«occa, *eoceVy le voisinage de toetumf 
|f- xQme^, x^ït3éaJ.s{, ^c> suifflt à jitati£er la Beooiide forma; m^ia 
*dom est isolé, Nous n^avona d*exeaip!ps mûn de raltenuoee d^ime 
"i^^lative simple avec une o^closive double* entre voyellea et tpffei 
l'iccMil, ^ue cetix du cipe €ipa^ emppa \ €*eet dm 4|tie Uhyem poor» 
i^tâorrv^lKmdn; à tin pi oa ancien VXfe». Of oeoi av«Mis 'ÎMk^^ arec 
tuie iipificati^a très aatialaîeaaie poor le e^ paitie<ilier« da»a k 
roop« gr. iÀ^9», sol. ilatfi ^ Jllâlk,«9a. Afaaill fl r , 
Cft qne tto<ta qppeeeaa i»s lOJicfawniia de IL 8cfcaebafdt« on 
l'Heot de le rolr, et «dnl pl«l6t dee dMl» ^«e des faïU. IJ «W fi«e 
[tm^à me déoMNMtniiM, et «Ma se pMtoae ^«e la ofipoeer uni 
pitooMlstioii 4 




ise 



BîtiLIOGRAPHlE 



*ehcea que des iodicea plus ou moina îpûtétiquea et aoiis sommei 
ûbligés de combler pai' des suppositiOEia lea lâcuneB d'ua vocabulaire 
en ruines. Le» réserves que noua avons faites et les doute» que nous 
avons émii, n'ôtent ritm liii mente du livre de M, Sebucbardt» Tun des 
plus originatis qui aient paru depuis plusieurs années. Ln aoliitioii 
des problèmes qu'il a posés est à proprement parler irréalisable, mai* 
à la poursuivre il a semé sa route d^observatiûns utiles et de rappro- 
chements siîj^geatifs* Sans doute son étude sur tfoumr tourne à 
certain moment à un article sur ristoire de la pèclie; il n'est ji 
nécessaire que l'étimologiste expose à son lecteur tous les détails de 
ses recherche^! quand leurs résultats pourraient suffire à Téclairer ; 
mais M. Scbucbardt a moutré comment on doit fouiller les questions 
de sémantique. Il faut donc reconnaître^ tnàma eu n'acceptant pas 
ses conduaions, que son livre est très remarquable; aussi n*en eau- 
rions nous trop recommander la leotura: tous i pourront profî ter» 

Maurice Grammûnt, 






Paris (G.). — Ficatom en roman^ 23 p. (Eatratto dalla MkceUanea 
guistica in onoredi O. Ascolî, Torino, E. LQUchs}\ IWl). 

La dernièi-e fois qu'il m'a été doané d'assister à nue séaQce d 
SméU dû Lingtiktiqu^, le U mars 1S96, j'ai eu la bonne fortune d'î 
entendre uue communicatioa de M. G, Paris sur les différentes formes 
qui ont donné naissance au mot/>i« et à ses frères romans. Frappés 
de la netteté et de la logique avec laquelle venait d'être exposée cette 
question si difficile et si embrouillée, plusieurs d'antre noua engagèrent 
vivement le maître en le quittant k publier les résultats de son étude« 
Notre désir vient d'être satisfait. L'article que j'extrais des MiiceUanem^ 
Uni^tihHca en Tonoeur de M. Âscoll est bien ce que nous avioo 
entendu, augmenté des développements et des justifications que i 
comportait pas une simple causerie* 

M. Paris commence par établir les diverses formes qui sont repré-" 
sentées dans les langues romanes, à, savoir : 1 flcùtum^ 2 /icàtutn, 
à'oû fidlum (non représentéj^ â^oà ficidum, iVoû fulicum, 3/êcdéum, 
éfëcàtum, d^ohfëcîlum (non représenté), d'où fêiicum &/ecidum (naî t g 
représenté), d'otfèdtcum. tl explique avec une grande rigueur i'^n^H 
gine de chacuoe de ces formes en particulieri et le point capital et 
véritablement neuf est ici l'étude de ce que devient Tac cent grec 
d ins les mot^ empruntés par le latin. Les proparoxiioas de la liste 
précédente, où roii avait ti^ouvé jusqu'à présent une difficulté insur^ 
muutable, sont désormais clairement expliqués. 



1 



h 




BIBLIOGRAPHIE 



187 



Après avoir ëtudië les for m es ^ M. Paria cherche à établir leur 

fîlifttioD^ C*e:^l iino de ces qu^istioiiaf comme la plupart de ceUm qu'a 

traitées M* Schuchardt dans le livre dont je rendais compte tout à 

_ Teure, où les poinls de repère aous cn^iiiiquent et oii rîaaoDnu tient 

H tant de place^ qu^on ne peut en déHnitive aboutir qu^à une ipoté^e , 

ou 4 diverses ipotèaea. La meilleure, c'est la plu» vraisemblable. Voici 

celle de rauteur: OTnc&rroy aurajtdonn^ en latin par traduction fîcâtiimt 

mab Êy'çotum existait à cdté de lui par emprunt pur et simple^ et ^etta 

dernière forme aurait réagi huï" f\câtîtm k diverses reprises de façon 

a le transformer en fëmtum d'une part, et d'autre part en ficâtum et 

fUàium. Acdté de cette ipotôaeM. G. Paris noua en offre une autre, 

BOte 94 ; M. L Havet, qui a lu cette étude en épreuvea, se représente 

USliation d'une autre mamêre. f^our lui o^xut^^v aurait donné ficâtum 

piTïimple mélange avec ftmtSt et ce/\côitm% serait devenu par la suite 

ficoium et fîcïitim k cause de l'impression étrange que devait faire 

4 tui Latin la finale -tilitm. Fieûtum serait postérieur et dû à une in- 

fltiiQce plus ou moins savante. Enfin lea formes qui eommencent par 

Jfe'iMilieudeyk-t pourraient être dues à un vague rapprochement avec 

/ow, à eause de la couleur lie de mn du foie »> 

D ma semble qu*entre ces deux ipotèsea il i a plae# pour une troi- 
•iérae qui le» combine dans une certaine mesure, mata en diffère nota- 
blement Elles ae distinguent surtout V\xue de Tautre en résumé en 
câqMdani la première ûcâtum est un point de départ et dans la 
i^nde un aboutissement. La première n^est pas vraisemblable, parce 
que du jour où ftcâhim ex t Et te en latin, il a un caractère telle me ni 
litinet il est tellement transparent pour un Latin^ qu'il reste inatta- 
liikble^ jamais une forme aussi singulière et d'aapect aussi étranger 
qne êfcohtm ne pourra agir sur lui de façon à faire remonter aon 
««cent, a abréger sa seconde sillabe et même ii cbrinf^er aon î en ë. 
àplm forte raiaon cejteâlum ne pourra pas devenir fkôtim (p, ll)| 
sett'à*dire sans doute ftcotum, qui est une forme absolument barbare 
jtQur im LatÎD. Il est probable que ces diffîcultés ont été senties par 
M, Hivet el que ce sont elles qui Font déterminé à renverser Tordre 
^ ficteurs ; mais dans rÉp^>tèae de ce dernier, il faut rejeter Tin- 
flueace clé/a«K^ qui est peu vraisemblable au point de vue sémantique 
tt ioâdimaaible au point de vue fonétique, ae latin devenant è et non 
pli i en roman. Cet i [ef est un représentant normal de gr. u; 
K Paria Fa démontré, p* Il 4 12, Dès lors ce second échafaudage 
«écroule» parce que les formes avec ë restent sans explication & que 
flpilïMi on/îeDfiiiDiiiWt pas de raisons sérieuses de devenir /l^^lum, 
A moQ avis, il faut séparer nettement fïcûium des autres formes , 
Ce ficâtum n <rat qu'une LraducliuEi elénjunt à éléiu^fut du (sv3(SMté^f 



lÈB 



BIBLIOGRAPHIE 



tout h fait comparable, quai que populaire sans doute dans une cer- 
tELintà mesure, à ceile qui a fait du l&tîn pronomen VâWemSind/ilrwort. 
Les autres formes cous tituent udo sérbi dont dous ne saurions dire si 
elle est antérieure ou postérieure, mais qui est à part. i:>jxaiTfiv lïcvait 
deveuir en latin, iodépendamEiont de toute influeuçe, * ëëcÔium; grâce 
kjicm ce " sëcûtum devient iostan tan «meut " fëcotum comme crassm 
devient ffrasiUM en se mél au géant avec ^rontUM ; de ce ' fëcëtum sor- 
tent tout oatureUeraent fëcàtum^fécUiim^ &c, C*était là une mamère 
d'éviter ce ' iicùîum qu*iï fallait écarter à tout piix à cause de son 
aspect extraordinaire ; mais on pouvait eu sortir autrement. En effet, 
dans d'autres régions, le même fîc^i» vient ae mélanger avec lui 
d'une façon plus profonde, et loi donne auaai sa première voyelle 
comme en italien porco a donné la sienoo à sporco de spureut. De là 
ficottim qui évolue de son côté comme ^fëcnhtm pour deveuir^o/Éim, 
fteiturriy àc. 11 ne manque au tableau que fëcàtiim, forme peu aune 
(cf* p. 3, ^ notée 31, 32, 33), et à laquelle, pourras part, je ne crois 
pas. Il etjt invraisemblable qu*un 'fccàtum ne soit pas devenu instan- 
tanément ftcàiwïh. Selon toute appareoce c'eat à une époque tardive 
que/^rtto est devenu fecàtù aous Tinfluence dei nombreux mots ea 
-étoj comme l'indique M. Pans, note 33. 

Maurice GfuMMoNT. 




M a ri us Sepet* Oriffinfis catholiques du théâtre moderne. Pans, Lethiel- 
leux, 11*01,8. 

Le nouvel ouvrage de M. Marina Sepet: Ortffînes catlmliques du 
théâtre modern^^ est un recueil d'articles qui s*étagent depuis 1901 
jusqu^en 1878^ date où avait paru un recueil du même genre publié 
par le même auteur: le Drame chrétien au moyen âge. Ce mode de 
publication a des inconvénients facilea à conatater: répétitions, la- 
cuneSt manque de proportion, contradictions tùèrùe parfois; mais cea 
défauts iODt fort atténué» lorsque Tauteur, au lieu de réunir tardi- 
vement sous un titre commun des études qui dans sa pensée avaient 
été d'abord bien diatinctea, 8*est au contraire toujours proposé de faire 
un livre, eu a patiemment et dans toutes les occasions amassé tea 
matériaux, et ne manque guère qu à foudre en un tout parfaitetnetit 
auîvi ce qu'il a ainsi accumulé. Or tel est le caa d# M. Sepet, quit 
depuis son Drame chrétien, et auparavant môme, depuis son remar- 
quable mémoire sur les Prophète,^ du Christ dans le théâtre du mojen 
ÙL^e, était ré^iolu à écrire, sous une forme on aoua une autre, le livre 
qu^il nous donne actuellement. 

Et ce livre^ en effet, s'il ti^est pas auiii complet que Teût pu faire 



* 




BIBLIOGRAPHIE 



189 



I 



I 



Mivàiit auteur, forme du moi as un ensemble très ûét et très ioté* 
ts&nt La première partie nous montre le théâtre du mojen âge 
preD&nt naisiïance dans les dmmea liturgiques et les jeu£ àcolaîreB, 
dont certaios spécimeus caractéristiques soQt ici étudiés avec un soin 
tïtrèrae, — Daas là deuxième /m ttie, nous voyoDs le tnjatère s'étendrCt 
ea prenant de plui en plus la forme cyclique, depuis les premiers 
drameo, courts et raideS| en langue vulgaire jusqu'à laFa$8ian, longue 
en trente quatre mille vers, d'Arnoul Gréban. Deux chapitres sont 
cotisacrës aux jeux dramatiques de la Fête* Dieu et aux origines du 
tbéàtre en Italie* — La Comédie est étudiée de façon plus brève. Mais 
let origines en sont ingénieusement démêlées, et les destinées indi- 
t^nées, dans trois chapitres sur la moralité, la sotie et la farce, — Et 
«Bfiû voici la Renaissance, à peine sensible dans les comédies chré- 
tieftoÊs de Marguerite de Navarre» puis ne faisant plus qu'une bien 
fiibk part à Tart du mojen âge dans une tragédie latine de Jeanne 
d'Arc et daas nos premières tragédies françaises, 

C#{jQJ contribue à runité de Touvrage, ce sont les idées directrices 
cllei préoccupations constantes de l'auteur. 

Pour M* Marius Sepet» l'étude littéraire des oeuvres dramatiques ne 
•ftiépare jamais d'une soigneuse enquête sur les eouditions où elles 
« duût produites, les acteura — clercs ou laïques, bourgeois ou baao- 
cbitciB — qui les ont reprësentéeSp la mise en scène qui les a enca- 
àfkK L'étude ti*en devient p*a seulement plus vivante ; c'est à cette 
condition seulement qu^eile a chance d*être exacte. 

Puii^ à regarder ainsi, de tous les points de vuei les origines et le 
^eloppement de notre ancien théâtre, on gagne de aaii^ir sans cesae 
*î«i reaiemb lances curieuses avec les origines et le développement du 
tltéàtre grec, qui lui a d'ailleurs été si supérieur et qui eo dii^re à 
^t d'égards, 

U eâractère essentiellement catholique de notre théâtre sérieux, et 
ûéme, à Torigine du moins, de notre tliéâtre comique a aussi coos- 
btDment préoccupé M. Sepet, qui Ta voulu marquer daas son titre. Et 
peut*élre Ta-t-il trop préoccupé en un endroit, s'il est vrai que Tétude 
des pages 243 et suivantes sur un miracle de Notre-Dame intéresse 
l^stoire du rosaire beaucoup plus que celle do Fart dramatique. Mais 
en général le livre gagne au zèle avec lequel l'auteur soutient une 
thèse qui Aatte aussi bien en lui le croyant que Pérudit. 

Enfin, une autre thèse est chère à M. Se pet, qui j revient avec 

prMlection : ' Pour se délivrer de ses défauts, et pour développer 

|ti6lques>unes de ses aptitudes les plus hautes, le génie français avait 

irtaînement besoin de l'étude des modèles de l*anttqmté classique, 

wà» il ne suit paa de là que la France, ooutumière de pareili ercèa, 




190 



CHRONIQUE 



ftit du raÎ90E de pasiei-f au XVI* siècle^ d'une regrettable igooraiieê 
de ces modèleii à iiue imitation servi le, et de délaisser une traditioa ^ 
dont la fécoudité est suf^sammeut démontrés par rexempLe âf* Sha^ ^| 
keipeare. Les excès ûu mouvement de retour aux Lettres aiïtiquaa ae 
doivent pas Doua conduire à en nier Tutilité^ mais cette utilité, le 
besoin même qu'on avait de ce retour, ne doit pas nous amener non 
plus à en justifier Texagération, à eu glorifier les foUes, Lea défauts 
de Gréban peuvent excuser, mais non justifier Jodelle. « Si le livre 
se teimioe par une étude sur les représentations d'Oberammergau et 
sur lie récents essais de théâtre populaire cbrétien, c'est parce que ^ 
M. Sepet ne peut s'empêcher de ràver à ce qu'aurait dû devenir, sani S 
la brusqua solution de continuité qui s^eat pi'oduite au milieu du 
XVI' siècle dans ^ou bîatoire, notre art dramatique national, à ce que 
peut-être il pourrait devenir encore. Et quant à notre ancienne comé- 
die, si elle du moins s*eat enfin épanouie dans Tcouvre éternellement 
admirable de Molière^ était-il besoin pour cela d'une aussi longue et ■ 
aussi indiscrète in ter ven lion de l'Italie comme de Fantiquitè? 

On voit sans doute par ce rapide aperçu, quel est Tintérêt du livra 
de M* Sepet. Nous T aurions voulu un peu différent, plus complet, 
plus serré et plus méthodique i mais, t< puisqu'il fallait qu'il fût tel ou 
quHl ne fût pas i», remercions Fauteur de ne nous en avoir pas prîvé«« 

EUGBxNfi BiGAL. 



CHRONIQUE 




Notre savant confrère^ M, Maurice Grammont, vient de réunir 
en un volume, récemmeut paru chez rédlteur Bouillon (67, rue de 
Richelieu, Paris), sob études sur k Pakdê de la Fra^iche-Monia^ie 
et en particulier de Darnprichard (Doubs), précédemment communiquées 
à la Société de linguistique et inaérées dans ses Mémoireêf tomes 
VIUXÏ. 



Uns collection tKTSRE^A.NT£. — Une collection de volumes de 
Philologie Romane paraîtra incessamment à la Ebrairie Cari W^in- 
ter, k HeideJherg^ La collection est publiée sous la direction de ^Ê 
M * W, Mejer-Lîibke. Elle sera divisée en trois séries : Qî^ammatreSt 
MunueU d'hÎ9io'ir6 IHiéraire^ Lexique. Dana la première série sont 
annoncés les volumes suivants : 




I 



CHEONÎQUE ISI 

InirodueHon n Véiude dé la Phiîohgk R&mam, par Meyer-Lûbke. 

Mamml ^ancien frarïçau, par W, Cloëtta. 

Mtmiàêl d^anckn provmçaL par 0. ScbulU Gora. 

Grammaire de Vandm français ^ par Mej?er-Lubke, ©te. 

Dans la diîUîîème séné paraîtront : 

Mamiêl d'hiik'ire tittéralre de l'andefi françaùj par Phi lippe- A ug. 
Becker 

Manuel d'kigioire littéraire du XV* mèck, avec grammaire et 
ÊWâtômathie, par M. F. Ed, Schneegana. 

àtanufl d*hittotrê de iamiienne linérature provençale, par M. V, 
Cresciaip etc. 

Dana la troiaièfïie série enfio paraîtront : 

Lemqm et l'uncien français, par M. K. Warnke. 

LeaeîfiM! «l'oncùm provençal (différent au Suppletnent-Wàrierbnch 

sctoellement en cours de ptibUcation), par notre collaborateur 

ïd. Emil Levy. 

o 

9 

M. Sâlvêrda de Grave eat nommé lecteur de Philologie Romane à 

lUmvertitê âe Leyde. 

o 

U gorîvérnemÊDt allemand a décidé de créer dans les troia Uni- 
vertttéft de Berlin, Bonn, Marbourg» des ehairea de prc/useurê 
^^^fWirdiitutres {professeurs adjointa) de fj-aoçais moderne. Le cours 
*^fcfait eu françaia par des professeuris nés dans dss pajs de langue 
tniDç&iie. M. Bouvier, professeur à T Université de Genève, and en 
ttttêtirà rUniversité de BeHîni a refusé le poste de professeur qu'on 
hi ofrsït dans cette dernière ville* 

e 

Le premier dimanche de mai, ont eu lieu^ à Cologne, sous les aas- 
pseeidelsi LHterarischf Gendhchaft^ les Jeux floraux annuels. M, le 
^ FAeTEi^CRATH présidait la cérémonie où se sont fait entendre, 
Coiïtoie les années précédepte.'^^ do nombreux Mianesinger. Nous em» 
pronlûnsau Kolner Tageblait du 6 et du 7 mai quelques détails sur 
^tte fête. Im reiue d'honneur âea Jeux floraux ét^it Tlnfante Don^ 
**'h épouse du prince Louis Ferdinand de Bavière; la reine effec- 
*iv« Atail Mil» Ml 4 HgosKH^ apparcntéa paraa mère avec Comélia, la 
lœiîr de Goethe. Le Préaident des Jeux floraux a annoncé que le 
^^ihn§e limûtimn avait fondé un prix à décerner Tannée prochaine 
fHHjf les village* de la Souabe où ae parle un dialecte provençal. Le 
Pf^iideûl du Félihrîgt limoujuin^ M. J, Houx, avait envoyé utie 
i en vers limousins. D'autres adresses du même genre avaient 




I9£ 



CHRONTQUR 



été envoyées |jar les fëlibres Roqub-Fkrrîhr, Juucg Ronjat, 
Od aura une idée de la vogue des Jeux â oraux rlxéaans quand on 
saurii que le tiOfubî e dea t QVois^ qui était de 300 la yromtère année 
et de 500 la secondet est montée cette anuée à 2,000. La Saiûte 
Estelle gerniantquâ a entendu le voeu cUafilque erescani, fioreoM ! 



Nous signalons à nos lecteurs de la Catalogne une sérié d'articles 
publiéa daûs le Temps^ sous la signature de M. Kavier de Ricard^ 
sur le Catalanism^ et le mouvement CaktlanitU. 



Le Ooniistmre féUhrému réuni en Arles le 21 avril, a donné nu 
successeur nu regretté cupouUé Félix Gras, Les compétiteurs étaîenl 
assez nombreux. Punui les vétérans du fMibriffe, A_ Tavan a refusé 
de laisser porter sb eantiidature. Qnelcjues félibres languedociens 
ont compté leurs voix sur te nom d'un des plus sympathiques félibres 
du Languedoc, M. A. Amavielïe, coUaboratenr de notre Eê^ue ; ils 
estimaient, peut-être avec quelque raison, que le Languedoc a assez 
fait pour la renaissance des lettres raéndionales, pour avoir au moini 
une fois son capouUé, La majorité du Consistoire n'a pas partagé ces 
vues et son lîhoix s'est porté sur M* Pierre Dëvoluy, auteur de 
pûéâies ffançaiBts, publiées dan^ h R6r^uê Blanehê, de nombre iisea 
poésies provençalest les unos et les autres d'une très belle allure, <ït 
d*une Bhtoire de Provence encore manuscrite. Le nouveau capouliê 
fera ses premières déclarations aux fêtes de Pau { 27-28 mai) où la 
Société des Langue» tornunên sera représentée pm' son préaidetlt| 
M. Paul Chassary, 



I 

I 

I 



ErriTUM, — Tome XLlll, p. 473, lig, 12 (dans l'article de M, RM 
gai, sur tt Le Glaive n de Victor Hugo, lire : « Ce qui semble bieii 
indiquer que la légende de rascension dans les airs ne s'est pa 
formée..,,, c'est que..^. ji 



Le Gérant responsable r F, HâMKj^ik, 



VOLTAIRE ET L'ABBÉ ASSELIN 

UHB « PEEMIÈEE » CSLàBEB Atl COLLÂOB d'HAECOURT 

hm Hopt de César, représentée le M août 1755 



I 



ï 



ÀOaillauoie Da^outner % qni avait habilement admiûïstré 
peadant dix-sept ans le collège d'Harcourt S en qualité de 

' û. Dagoumer ae retira, en 1730^ à Courbe voie, oà'û mourat à qaft- 
Ift-fiûgt-cinq aïis^ le 15 avril 174^. Oa lit dan» son ôpitapbe (voir 
UÈwif, Bist. du Dioc. df Paris, tome Vil, p, 110): € Nati^ine Norman- 
>iM jîi éUit, dit- on, de Pont-Audém«r) professione et iugenio noMU 
^ûiophua,.. UniTersitaiis Paris le naiii non semel E«ator et Vmdai 
*c«iTÎinus, Colle gîi Harcuriani proFisor beneftcus,,. v Grandement 
*ïïppécié dans l^UniTersité, nouB dit Tliistorien du Collège d'Harcourl, 
^* DagoDmer n'avail qu'un petit défaut, t II ne se contentait pas d'adim- 
^^ Ici vers latina de son professeur de rhétorique^ Bénigne Grenan, 
'^^ t* Mira de Bourgogne ^ il appréciait un peu trop^ dit-on , le crû lui- 
^^^t. \Jn soir, en rentrant chez lui après un bon diner^ il fut obligé da 
'i^r^ter auprôâ de la fontaine Saint- Séverine qui portait alors ce dis* 
%8 de Santeul ; 

Dum Acandunt juga monti^ anhelo pectore Nymphes » 
Bic una e socii^i Tailla amoref aedet. 

l^'goUfflor, croyant que Teau qm ne cessait de couler de la fontaine 
èUil s^^Q fait^ ne quittait plus la place, en sorte qu'un amî dut Tavertir 
^* non «srreur* i Voir Mgr Bouquet : L'anckn GoUige d^Har court et te 
^^^€ S4iHi'Louii, Paris 1891, p. 358. Cf. Dtct de Laûmmt\ Le Sage: 
'^'^ liiat^ Ut. IV, ch, 6, et la Biographie générale^ tome XI L 

^ Le cojiège d'Uarcourt, fondé en 1230, par Raoul d'Harcourt, était 
^tiiïé tout particulièrement aui pauvres étudiants normands. Sur 
^'^tft-hwil écolier.*! pauTrea, étudiants en Arts et en Philosophie, il deTait 
J ca atoir quatre du diocèse de Coutances^ quatre du diocèse de Bayeux, 
îttati^ du diocèse d'Evreui et quatre du diocèse de Bouen. El aur les 
^tii4s pauTres écoUem, aeit déjà gradué s^ aoit aimplemont étudiants de 
^ i^acuitè de Théologie, deux devaient être du diocèse de Cou tan ce s, 
iLVi. ^ Mai-Juin imi. là 



194 VOLTAIRE ET l'aBBÉ ASSELïN 

proviseur, succédait, en 1730, Thomas Gilles Âeaelin \ né à 
Vîfdf au diocèse de Bayeuî, le 21 décembre 1684, L'abbé 
Aâselin, docteur en Sorboane, était connu des lettrés de son 
temps par les auccés poétiques qu'il avait obtenus au PalLûod 
de Caen, aux Jeux Floraux, à T Académie Française^ et sur- 
tout par Tamitié dont favait honoré Thomai Conseille. 

En 1701, encore étudiaat, Asselin remporta le prix de la 
Baîladeau Palinod de Gaen. Aux Jeux Floraux, il oe fut pas 
couronné moins de cinq fois en trois ans, la première fois en 
1710, pour un poème sur ia Venté, en 1711, pour un poème 
sur Cétat de PHamme^ et surtout pour une idylle assez tou- 
chante sur la tnori de Palém^n (traduisez sur la mori de The- 
mm Comûillé), et, en 1713, deux fois également pour une ode 
$ur le méprts de la Fortune et pour une F pitre au roi Louis 
X/ F, A TAcadémie Française» il avait obtenu, en 1709, le 
prix de poésie pour une ode sur le roi Louis XIV protecteur 
des ifcaux-arts au milieu de la guerre. 

Toutes ces pièces « couronnées » ont été réunies par 
Âsselin, en 1725» à la suite de son Poème sur la Religion et 
dm son Discours {en prose) pour disposer les déistes à texamen 
de la vérité ** 



■ 



I 



deuï du diocèse de Bay^uit deux dudiocèsâ d'Evretix et deux du diocèse 
de Rouen, — Ajoutons qu© beaucoup de pr<?fesseurs de ce collège 
étaient Normands» et que, dans la liste des pPOTiseura du coUège d'Har- 
court, liste qui va de 1280 à 1793, trente sur trente-trois sont Nor- 
mands. Les trois autres^ dont le lieu d'origine n*esl pas indiqué» devaient 
être Normands, eux aussi. (Voir Mgr Bouquet, op. d/.» p. 592.) 

* La plupart des Dictionnaires biogt'iJiihiqiieseiMgr Bouquet [Qp. cit.) 
font naître AsaeUn le 31 décembre 1682. Nous avons releré son acte de 
baptême^ à Vire. Thomas-Gilles (et non pas OiHes-Tbotnas) Asselin a 
Été baplLsét en Téglise de Notre-Dame^ le 22 décembre lt>â4, et dans 
Tacte de baptême on litr ^ no le jour d'hier.» ^ C^éLait le âls d'un 
maiU'e apothicaire. — Sur uue attestation de prix de thème latin, 
décerné par Aaselm en 1740^ {penés nos) on Lit ; Thomâs-Mgidius Âsse- 
tin. — M. Jules Finot {Voir les \Umoires de F Académie de 6 afn, 18S3) 
attribue^ à tort selon nous* à Tabbé Asadin une assez longue corres- 
pondance (de 1752 à 1754) avec Stanislas» roi de Pologne. Certains 
détails que nous avons relevés datis ces lettres nous empêchent do ^m 
croire que le correspondant du roi Stamslas fût Thomai Asselin. ^Ê 

* Paria, ches F. G, L*Herndtte M, BGC. XXV, sans nom d'auteur. 
ln-8o, 151 pages. 




VOLTAIRE ET i/ABBÉ ASSELIN 



195 



Le Poème sur la Religinn ^ est dédid à son Altesse sarénis- 
sime le comte de Cïermont. « C'était moins, nous dira Asse- 
lin, une apologie expresse de la Religion qu'une exposition 
simple de son établissement, » L'auteurdu l^okmê sur ta Heb- 
gion n'était pas de taille à lutter contre u les incrédules du 
temps, t? IJ avait beau leur dire, dans une assez belle compa- 
raison: 

Tel qu^im arbre planté sur la rive des eaux 

Elève vera le Ciel ses superbea rameaur ; 

11 porte en BA fraicbeur des feuîUea toujours vertes ; 

De fruUs d nus la aaiaou ses bmneheB sont couvertes, 

Et aa cime immobile, ombrageant les vallons, 

Brave les vains assauts des fougueux Aquilons, 

Telle TEgUse croit, s'étend, se multiplie. 

le poète en était réduit à sa lamenter: 

« Qu'une Religion qui ne peut être que divine et qui est en même 
tenpa si consolante, si conforme à Tétat présent de Thomme et si 
proportionnée à ses vêritablea besoins, trouvât si peu de créance parmi 
^B prétendus philosophes, qu'an nomme Déistes. » 

Si, comme il est probable, Àsselin n'a converti aucun déiste, 
noQg croyons qu'il a conquis tous les suffrages par ses plaintes 
touchantes sur la mort de Thomas Corneille* a Lhùnneur qu'il 
^tfmait, nous dira-l-il, en parlant dti frère de l'auteur du Cm, 
^me regarder comme son élève^ m'a toujours laissé un tendre 
Rouvetiir de ses bontés pour moi, et je satisfais les plus sincères 
sftotimeDts de mon cœur en donnant cette marque de recon- 
Qiisgânce à sa mémoire, n En lisant avec attention ia Mort de 
^fîiêmôn, nous voyons qu'Asselîn, jeune encore, avait trouvé 
^11 Thomas Corneille le guide le plus sûr pour son esprit et 
P^T son cOBtir, 

Quelques passages de nette idylle sont à citer : 

,Le berger Lycidas dit à son ami Tircis (Aseelin): 

De P&lémon (Th. Corneille) pour toi J'ai connu la tendresse; 
Ses leçons dans son art ont formé ta jeunesse : 

^ Celiu de Louifl HscLae, beaucoup pluâ important, est de 1742. 



m 



VOLTAIRE ET L*ABBÉ ASSELIN 



De Qm appas si doux Tlmage fugitive 
Périt au sein des flots. 

Là| dei f&iblea hum ai d a vous voyez un exemple 
Qu'une épreuve seDaible a toujours confirme : 
Aisémeiit lliomme en soi Boi-môme se contemple, 
QuAnd son ctBur est calmé. 

Mais lorsque] perd la paix, la paix, ce don suprême, 
Sans qui les autres biens sont pour lui superflue, 
Vainement il se cherche, et «et jeux en lui-même 
Ne se retrouvent plus. 



Sophie^ à jamais ignorer cesallarmes, 
Et, pour que voa beaux jours ne soient point combattus, 
Egales^ s'il so peut, à réclat de vus eharmea 
Celui de vos vertus. 

Ces stances ne sont pas sans agrément : toutafois, j'iticlme 
à penser que c'est moins à ses talents poétiques qu'à ses 
qualités d'humaniste et à aes aptitudes pédagogiques qu'Ai- 
selin dut d'être élu, en 1730, proviseur du Collège d'Harcoiirl, 
fonctions importantes qu'il garda jusqu'en 1702, époque où 
il fut remplacé par Nicolas Louvel, de GranviUe '• 

Tout ce que noua savons de son long provisorat * (trente- 
deuï ans I), c'est qu*au moment où àsselin entraft en fonctions, 
le jeune Diderot quittait le Collège d'Harcourt, très regretté 
de ses camarades, dont il faisait complatsamment les devoirs, 
surtout les vers latins^ et particulièrement du jeune de Bernis 
{depuis cardinal) qui, aussi pauvre que le fils du coutelier de 
Langres, allait dîner avec lui, les jours de congé, à six sous par 
tête, dans un méchant cabaret de la rue de laHarpe^ nous 
savons encore qu'Asselin dut un jour intervenir, pour faire 
rétahlir les feux d*artiÛce que M" Pourchot , procureur- 
^jniiic de la Faculté des Arts, avait fait interdire dans les 
collèges de Paris ; — qu'il vit établir, en 1747, le con- 
cours général entre les élèves de rhétorique, de seconde 

i Âsielîn se retira à Issj, oà il mournt le f t octobre, en 1767, à Tâge 
de cpiatT«-Tingt-troia ans. 
* Voir Mgr Bouquet, o/u* cit.t P* 376 et siUT* 



4 



i 




VOLTAIRE ET L'aBBÉ ASSELIN 199 

et de troisième des grands collèges ; — qu'en 1750, ce fut un 
élàvô du collège d'Harcourt, Louis Ame, de Coutanees, qui 
obliot le prix d'honneur; qu'enfin, ce prix fut trois fois 
iftoore remporté, sous le provisorat d'Asselin, eu 1753, par 
SêigneJay-Coîbert, de Castle-Hiil; en 1756, par La Harpe, 
fit eu 1757, de nouveau par La Harpe, eu qualité de vété- 



n 



L'érénemeat le plus considérable du provisorat d'Asselin 
eut lieu en 1735. 

Jusque-là^ au Collège d'Hareourt, comme dans les autres 
g'i-ânds collèges de Paris, Féclat des distributions de prir 
êt-ait rehaussé par une représentation dramatiquô, souvent 
■i^Cïcompagnée d'un ballet* Bieu entendu, aucune danseuse ne 
^gfurait dans les ballets, et, dans les tragédies, les person- 
ta^ges de femmes, — quand il j en avait — étaient, jusqu'à 
cî^ qu'on les supprimât tout à fait ^ tenus par les coilégieua. 




^ En 1748* Seconde, l»>'prii de thème U lin: de Mac-Mahf>n,Trlândsîa. 

£q 1153^ Troiâiàme, 1'' prix de thème latin : Li Harpe, 

£n 175S, Seconde, 1*' pm de rers latins : Lq Harpe. 
— l^^pm dé version LaÊine : t^ Harpe» 

Eu 1756, Rhétorique, 2* prii de yers latins : La Harpe. 

— — 1** prii de TGrsion grecque : La Harpe« 

'En 1157, Rhétorique, i'f ppii de diac. fr* (Tétdrans) : La Harpe. 
^ ^ 2* prii de version grecque {wèL} : La Harpe* 

En 1760, Troisiênae, 1"" prir de veraion latine : Dupuia (le futur auteur 
de rOtigine des Cuties.) 
^ _ 2* prix de version grecque : Dupuis. 

(Buptîi* devait obteairle priii d'honneur en 1763.) 

* Bans Boèce (1682, le per,^onnagtô d'Amaleîontbe, ftlîe de Théo do rie, 
*tait tenu par Bernard Jciisel <3e Mouy, de Pari^; celui de Rustîcienne, 
ffcmme de Boèce, par Jacques de Viennois, de Grenoble - — Dans Sédé* 
^oï (irtyT) pas de personnages de fennnes. ^ Dans Joas (1716) Atbalie 
*»t rémpiact'i* par son frère Achab — Dana Atsalon (1723) pas de 
f eittme. 




^ 



?00 



VOLTAIRE ET l'aBBE ASSELlN 



En 1680| aouslô proviaorat de Jean Le François ', on repré- 
senta Poiyeucte, qui fut suivi d'un ballet^ dont Je sujet était: 
Ac combat de t Amour divin ei de t Amour profane* « U fallait, 
a dît juitemeot Fauteur de ia Comédie au Collège % une cer- 
taine imaginatiop pour trouver là des môtifa de danse* ■ 

En 1682, Boèce martyr (auteur inconnu), suivi d*an ballet 
en quatre parties ; 

En \QHi^ Thomas MoruB (auteur inconnu), 

En 1685, Homultii fauteur inconnu). Parmi les acteur», on 
remarque les jeunes Orner Taloî», Jolj de Fleurj et Charlea 
Perrauitf. Un baîlet — Le Triomphe de la Modération — suivit 
cette pièce, q II paraît que le jeune Omer Talon était uo dan- 
seur distingué, car le programme a b:en soin de mettre en 
vedette ces mots: Omer Talon dansera * ; » 

En 1688, Àmalius (auteur inconnu) ; 

En 1689, Afâri^e-^^iiflrrf (auteur inconnu) ; 

En 1697 Sédécim (auteur inconnu), tragédie en trois actes, 
avec des choeurs mis en musique par le compositeur Bousset ; 

En 1712, Saûl, ou fomùr^ de Samuel^ par le professeur 
Josset, avec chœurs mis en musique par le compositeur Boua- 
eard ; 

En 1713, Alhalte^ avec prologue en vers latins par Bénigne 
Qrenan, Fauteur fameui de VOde en rhonneur du vin de Bour^ 
gogne \ ' 



1 Jean Le Françobi né à Samte-Mâne-Laumont^ près Vire; il rem- 
plAca Thomas ForUn, grâce à qui les Lettre^ provineiaies furent impri- 
mées clan destine ment au Collège d'HarcouH. C'e^t aussi sous l'admînîs- 
iration d<â Fortin que fui inaugurée^ au Collège d'Harcourt, la premidrû 
fête unÎTor^itaire consacrée à Saint-Gharlemagne. (Voir Mgr Bouquet, 
op. cit., p. 310.) 

• M, Boysse. 

' Le Jeune Perrault d'Armancourt, à qui Tca attribue les Contes de 
ma mers t^Oye, 

^ Mgr Bouquet, op. cit., p» 318. 

* En voici lei primiers vers : 

Testa, Burgundo graridam liquore, 
Quam Jncus clrcumvolat et uitenti 
S a ni ta s rultu rubicunda, et maons 

Risus^ Amorque, 
Te canam«,.t* > 



VOLTAIRE ET L*ADBÉ ASSEUN 



901 



Eti 17l6f /oos (auteur inconnu), adaptation de VAihaiie é^ 
Racîn^, M [>oar sa conformer aux lois de 1* Université qui 
eiclnftit de ses théâtres les pereonnag^es de femmes ; i» 

En 1723, Aàsalonf iJe Duché. Parmi les acteurs se fit re* 
marquer le jeune de Pardiiilhan de Gondrin. 

Comment Tabbé Asâelin fut-il amené, en 1735, à corres- 
pondre avec Voltaire et à lui demander rautorisation de faire 
jouer par le» élèves du Collège d*Harcourt ia Mort fie César ^ 
tragédie imitée de Shakespeare, que Tauteur de Zaïre avait 
esquissée pendant son séjour en Ang^leterre, et qu'il avait 
terminée en France en 1731? Aaselin avait, très vraisembla- 
blementi fait hommage de son Poème sur ia Religion à Vol- 
taire, et Voltaire, quoique déiste et déjà irèa fervent apôtre 
delà religion naturelle, aurait répondu à Tabbé poète par un 
coiii[>timent banal ne l'engageant à rien. Quoi qu*il en soit, 
au commencement du mois de mai i7;ii5, A^selin a dû écrire 
à. Toltaire^ pour lui demander une tragédie qui pàt être jouée 
par aes élèves- Voltaire, en efiet, lui répondit: 

A Monsieur Aistlint prfmismr du Collège d'ifareouri 

Mai, 

En me parlant de tragédie, Monsieur, vous réveilles en moi tiue 
idé« que j'ai depuis longtemps de voua présenter ;<i 3tori dé C^tar, 
piéc« de ma façon, toute propre pour un Collège où Ton n'admet 
point de femmes sur le théâtre. La pièce n*a que trois actes, mais 
^ €st de tous mes ouvrîige^ celui dont j'ai le plus travaillé la versi- 
fication. Je m y suis proposé pour modèle votre illustre compalriote, 
^tj'ai fait ce que j'ai pu pour imiter de loin 

La main qui crajonna 
L*âme du grand Pompée et T esprit de Cimia* 

11 ett vrai que c'est un peu la grenouille qui s'enlle pour être aa»ei 
^'rfïiae que le bœuf; maiii enlîn je vous offre ce que f'aî. Il j a uue 
^^mière scène à rt-foodre^ et^ sans cela, il j a longtemps que je vous 
totnii fait la propositîoD.*„* 

Adieu, Monsieur, comptez sur Tamitié, sur Teatime, sur la recon- 
ii*i*»aMe de V. Point de cérémouie ; je suis quaker avec mes amis, 
^igneK-moi un A. 



^ Voilure était alors k Girej, che£ la uiarquise du Ghâtelet 



ÎOS VOLTAIRE ET L'ABBÉ AS8EL1K 

Asselin et le professeur de rhétoriqae durent mettre Immé- 
diatement la pièce en répétition. Impatient, Voltaire écrivait 
au proviseur d'Harcourt dès le 24 mat : 



Que devient Jules César ^ Monaîeur? Je vous réitère me» 
déments de Tbouneur que vous voulez bien l^ii faire, et mes pnérei 
d*empêeber qu'on n'ea prenne copia et que Fonvrage ne devienne 
publia..,. 

La pièce fut représentée le 11 août 1735, à la diitribntîan 
aolennelle dès prix. KUe obtint le plus grand succès^ et fut 
accueillie parles applaudissementgrépétéa des grands eeigneura 
de la Cour et des personnages les plus distingués delà sooîété 
parisienne. 

Noue n'avons pas ici à faire Fanalyse de cette pièce bien 
connue ; nous D'avons pas non plus à la juger. Aux éloges 
dithyrambiques de La Harpe (Une foule de scènes de premier 

ordre style proportionné au sujet et aux personnages, 

presque toujours sublime ou par la pensée ou par ï'ei- 
pression*..*.), contentons-nous d'opposer les dernières lignes 
de la comparaison que Villetnain, dans j*on Tableau de la lAtté- 
rature au AT///' siéc/e, a établie entre Toeuvre de Shakespeare 
et celle de Voltaire : 

« Ce n'est donc pas un diamant brut que Voltaire a taillé, 
un essai barbare dont il a fait sortir un chef-d'œuvre. Il a sans 
doute igouté quelques traits éclatants à son modèle ; mais il 
n'égala point, dans cette scène (la dernière) la gradation 
habile et véhémente de Shakespeare, ni surtout ce dialogue 
de Porateur (Antoine) et de la foule, ce concert admirable des 
ruses de fart et du tumulte des passions populaires. 

Qu'après ce beau mouvement : 

Dieux ! son aang coule encore \ 

Antoine s'écrie: 

11 demande veogeance 
11 Tattend de vos maîna et de votre vaillance* 
En tendez* vous %^ voix? Èveillest-vous Romaina ! 
Marchez» suivex-moi tous contre aes astassins : 
Ce sont là les honneurs qu'à César on doit rendre. 
Des brandons du bûcher qui va le mettre en cendre 



VOLTAIRE ET L ABt3E ÂSSELÏN fOS 

Embrasoufi les palaiB de ces fiers conjtiréa : 
EnfonçoBiJ dans leur sein nos bras désespérés. 

Ce aûDt là d'assez beaux vers, mais un diaeours comme tant 
d'autres. Combien plua originale, dans Shakespeare ^ cette 
ijpocrite modératioD d'Antoine, qui fait éclater des cris de 
mort sans en proférer auetin, et qui précipite ce peuple qu'elle 
a Pair de retenir 1 

Voltaire n'a donc pas corrigé Shakespeare comme on le 
disait Peut-être même, dans rimpatience de son goût délicat 
et moqueur, n'en a-t-il pas senti toutes les beautés, du moins 
oeiesa-t-il pas reproduites. Toutefois cette étude fortifia son 
géme. lïy puisa quelque chose de ces grands effets du théâtre, 
de cette manière éloquente et passion née qui animent ses 
drames et en font un grand poète après Racine, n 
I Ce jugement de Villemainnous semble définitif, aujourd'hui 
que noua connaissons Shakespeare, En 1735, on savait gré à 
Voltaire d'avoir « nettoyé », j'allais dire o décrassé w le grand 
l^oéte anglais qu'on ne connaissait pas, mais qu'on traitait 
sâm façon de «barbare de génie »• a Shakespeare, disait 
Tabbé de Lamare, dans VAveriissemenl de t édition de la Mort 
di Cimr de 1736, père de la tragédie anglaise, est aussi le 
f**r« delà barbarie qui y règne. Son génie sublime, jans culture 
tiw^i goût^ a fait un eahos du théâtre qu'il a créé» >> 

Voltaire, lui- même, dans B^ Pré face, qu'on a attribuée à tort 
i^ Fahbé de Lamare, nous dira : u Shakespeare était un grand 
f^nie^ mais il vivait dans un temps grossier i et Ton retrouve 
daasies pièces la grossièreté de ce temps beaucoup plus que 
1« génie de l'auteur. M, de Voltaire, au lieu de traduire Tou- 
vfa^e woNSTRUEUX de Shak6a[ieare, composa, dans le goût 
AtLglaiâ^ ce Jules César^ que nous donnons au public ^* » 

Il est vraisemblable, ou plutôt il est certain que le public 
^^hoisi du Collège d'Harcourt pensait comme Voltaire, et 
tmnvait que le poète français avait corrigé et perfectionné 
«OD modèle. 

' ïa enroyant à CideTille la dernière scène do U Mort de César ^ 
voliâire ne se gênait pas pour dire : • Shakespeare, L« Coraeiile de 
l^ndtes, finaud /on efaillems *t i^^ssemblant idu^ à Giité'H tfiià Corneille. >* 
Il ui rr^i qul[ ajoulait auaii : « Maii il a des morceaas admirable», » 




SÙi VOLTAIRE ET L ABBE ASSÊLIN 

Mais ce que noua de vonssurtout retenir de IMyeHmemaîidi 
l'abbé de Lamare et de la Pré/ace de Voltaire, eesU^ ne si réel 
lemeiit lu }hrt de César fut refirt^entêe jusur la première foîi 
en pubtio au Collège d'Harcourt, ^îette pièce avait été jauéo 
quelques années auparavant^ maîi en petit comité, à l'hôtel 
de Sassenag-e, et a très bien exécutée», paraît*îL Nous 
apprenons également que a la scène imitée de Shakespeare, 
dans laquelle Antoine monte à la tribune aux harangues pour 
faii'o voir au peuple la robe sanglante de César, ne put erre 
représentée, à Thôtel de Saesenage, a cause du petit os p ace 
du ihé&tre, qui su^sait à peine au petit nombre d'aetaurs 
qui jouent dana cette pièce, n 

Cette magnifique scène fut-elle jouée au Collège d*Hnf- 
court? Dans sa lettre â Tabbé Âsselin, datée de Cirej, le 24 
octobre 1735, Volr.aire lui dira ; 



8 

4 



M. Demoalin, Monsieur, a dû vôub remettre un papier qui cou 
tïcQt la dernière scène de Jules César, telle que je Tai traduite 
Shakespeare. Je n$ vtm» ^ d(mnai qu'um /xtrft«, parce que fmvak 
s^ftppriTné pour i^ûlre théàtte i'asta9»ifmt de Bruim. Je navai* oâé i 
m Uomain, m dnglaii à Fmiê. 



D'après cette lettre, ka dernière scène de la Mort de César 
n^aurait pas et ' donnée^ du moins en entier, au Ckjliè^e d'Har 
court 

Ce|>eudant le Mercure d*octobre 1735, après avoir aniily* 
la pièce, cite quelques vers du discours d'Antoine, entre 
autres les quatre derniers de la tragédie : 

.,,Ne lai 8 sons pas leur fureur inutile, 
Précipitons ce peuple inconstant et facile, 
Que U guerre commence ^ et. Bans rien ménager, 
Succédons àk César, en courant le venger. 



M 



Fuis il dit : 

C'est min^i que finit cette pièce, digue des applaudissements 
qu'elle a eus sur le théâtre et qu'elle aura dans le public. » 



4 



> On lit dans Un éditiout de Yoltaii*e : Entraînons-h à la guerre. 




VOLTAIBE ET L ABBÉ ASSELIN 205 

Comment accorder Voltaire et le rédacteur du Mercure * ï 
Qaoî qii*il en soit, la Mort de César obtint, comme nous 
l'arons dit^ ie pïua grand succès sur le théâtre du Coltège 
€i*fiarconrt. « Cette pièce, dit Tabbé de Lamare, fut donnée 
par les pensionnairea de ce collège avec une intelligence et 
«iiie dignité peu ordinaire à Tàge des acteura. » 

Le Mercure de France^ fut très élogieux ; 

« Le jeudj II du mois d'août dcitûei^ ou ^ïrésenU hwv ie théâtre 

*Ju Collège d'Hareourt, pour la dietribuiion des pris, îu Mm-i th Cémn 

^^^fmgédie nouvelle de M, de Voltaire. Il jr eut à cette repréientatiou 

«^Aii gmod concours de peraooues de la première distinction, attirées 

Ê»^f la nouveau té de la pièce, et plus eucore par la réputation de aon 

^^^utheur. On peut dire que Tasa emblée fut également sa ti «faite et de 

M^ beauté de cet ouvrage et de la manière dout le» acteurs a*acquittè- 

v-^Dtde leurs personnagea. Les pnnc^paux iGles étaient au nombre de 

«».mi, M, Bernard fuiaoit celui de Cémrt M. de Léria de Barwjck celui 

^M^^AnUfin^; Bmttis f\xl représenté par M. de la Itîvière, Oa$9m8 par 

Ail. 4e Paria, Cimber par M, S. Simoti de Sandricourt, et Dokibdln 

y^srM. âii Bérulle. Ou fut extrêmement conteQt de tous caa, measieurB; 

KKïiisMM. Beruard et de la Rivière bj distinguèrent d'une niijuière 

^firijciilïére, et tout le monde conTieat qu'ils y aiteignirent la perfec- 

tâ«D de Vart, non comme des écolierB) mais comme les acteurs lea 

plui parfaits, » 

Voltaire n'assista pas à cette belle « première i>. « L'auteur, 
dit Tabbé de Lamaren, aurait sam doute été très satisfait ^ a'il 
^ûU pu voir cette représentation, n Mais, dès qu*il eut été 
iûforuié du succès de sa pièce, il s'empressa d^écrire à Tabbé 
^atlin : 

Vaasjf en Champagne, ce 24 auguste 1735. 

Jfl ?oudfaia bien, Monsieufi que h A\fort de Jules César eût été 
tUpe de llionueur que voua lui avess fait et de la manière dont elle a 
été représentée Je voua prie de vouloir bien faire mes compliments 
ittî deux acteui^ dont on a été ai content. Le talent de bien réciter 



I Le Mercure neus cipprend encore qu'on joua comme petite piêçe los 
Piatéeurt de Racine. Le Jeune de la Ririèrû m n'excella paâ maina dans 
U comique qu'il avait excellé dans la tragédie, i 

tOct. t13&,p, 2-2^'J. 




S06 



VOLTAIRE ET L ABBE ÂSSELIN 



ne saurait âtre parfdt aaits aupposer de 1 esprit et âm quàUtéfi auna- 
bles qui doivent réussir dans le monde. Des jeunes gens qui ont ud 
pareil talent uiëritent qu'on s'iotéresBe à ûux. Au reste» j'ai beaucoup 
retouché cet ouvrage, depuis que rhonneur qu*il a reçu de vous me 
l*a rendu plus cher ; mais il ne sera jamais autant embelli par mon 
travail qu'il Ta été par vos soins dana la représentation qui s'en eat 
faite. 



Je suis bien sincèrement, 
obéissant serviteur. 



monsieur j votre très humble et tréa 



VOLTAÏRK* 



Je voua remereie» moDsieur, de la bonté et de la politesse avec 
laquelle vous avez fait placer les personnes qui demeuraient à Pans 
avec moi ^ 

Le même jour, Voltaire était heureux d'anaoncer le succès 
de m pièce à son cher maître^ son ancien préfet des Jésuites^ 
rabbë d*01ivet : 

Savez-vous que j*ai fait jouer depuis peu, au collège d'Har- 

courtf une certaine Mort (h Cé^ar^ tragédie de ma façon, où il n'y a 
point de femmes ; mais il j a quelques vers tels qu'on en fesait il j a 
solEante ans. J'ai grande eu vie que vous vojies cet ouvrage. Il j a de 
ta férocité romaine. Nos jeunes femmes trouveraient cela horrible ; on 
ne reconnaîtrait pas Tauteui- delà tendre Zaïre, mais Hidetur chorda 
qui semper ob&rrai eadefn. (Hoh,) 



I 



111 



La joie de Voltaire fut de courte durée. Dès le P' septem- 
bre, tl écrivait au <c iidèle n Thieriot: a Mon bien cher ami, il 
faut toujours que de prèâ ou de loin je reçoive quelque talo- 
che de Ja fortune. » 



i Le 15 mai 1736, Voltaire disait à Tabbé Âsselin : « Je pourrai bien 
TOUS donner un jour une pièce encore sans femmest Je »eraî le poète 
d*Hat*cotirif mais je serai sûrement votre ami : e'eat un titre dont je me 
flatte pour la vie. » — Maia pour des raiâoos ^e nous no connaisâona 
paa^ c'ûât ici que èù termine la correspondance de Voltaire êTec Tabbé 
Âaseiin. 




TOLTAIRE ET L ABBE A9SELIN 



2Ù7 



^: 



Pourquoi ces plaintes? C'est qu'il vient d'apprendre que 
slgté a les prièrea qu'il avait adressées à t'abbé Asseliti ^ 
d'empêcher qu'on ne prît copie de sa pièce, et que l'ouvrage 
ne devint public lï, on a imprimé la Mort de César, et i< qu'on 
Fa honorée de plusieurs additions et corrections qu'un régent 
dû Collège y a faites ■* jj « Je sais persuadé, ajoute Voltaire, 
qa'onne manquera pas encore de dire que c*est moi qui l'ai 
fait imprimer : ainsi me voilà calomnié et ridicule. * 

le 4 octobre, nouvelle lettre à Thieriol ; Voltairtî est f^jpjeux 
contre Tabbé Desfontaines, et non sans motif. Il avait écrit à 
Beafontaines pour le prier d'avertir le public, dans le journal 
dont il était le directeur ', que la pièce de Jutes César, telle 
qu'elle était imprimée, n'était point son ouvrage à lui» Vol- 
taire. Que ûi Desfoutaines? Au lieu de chercher à être agréa- 
ble à Voltaire, il ût « une satire infâme » de sa pièce, et » au 
ÏKïut de sa satire, il fit imprimer la lettre de Voltaire, avec 
Tindi cation du lieu ou il étalt^ et qu'il voulait qu'il fût ignoré 
<iu public. » 

Voltaire a raison d'écrire à Tabbé Âsselin * que Detfon- 
t&ÎQes aurait dû s'attacher à faire voir, en critique sage, iea 
différences qui se trouvent entre le goiit des nations ; » et il 
ajonte : 

Il aurait mnda un aerylce aux lettres et ne m'aurait point offeuaé. 



« 2àïDâl 1735. 

^ Le 1 septembre 17^^ Yoîtaîre écrivait à l'abbé Desfontainââ ; « L^abbé 

^AieLîn, qtie j^aime et j'estimai n'a pu, malgré 96s ^oins empêcher que 

^l^itqu'un d* son coltèffe n'en ait tiré copie. Voilà la tragédie aujour- 

à'km yopriiiiée^ à ce que j 'apprends ^ pleine de faut^i^^, de transposUiona 

U CoiniasioiiM coïisidérâbLeâ. On dit même qaa le professeur de rhétori- 

pe d'Harcoart^ qui était chargé de la représentation, y a changé plu- 

JÎûttraTers, Ce u'eât plus mon ouvrage. » — i Je aaiSi écrira-t-il plus 

**«i à Tabbé Asselin [29 janvier 173ti|, que c'est un précepteur dts Jé^ui- 

'«» qui a fait Imprimer Juhs C^sar. C'est un homme de mauvaîaei 

Atiltiti, qui est, dit-on, à Bicùtre. Est-U possibk que la Uitéfitaro soil 

•ûtttent ^ loin de la morale? » 

Qud était le coupable t » Etait-ce un professeur du (collège d'Har^ 
^iirtî était-ce un précepteur des Jésuites 7 Voltaire^ comme on le voit, 
^i le 4ait pas lui-mérne. 
* Obierraliens sur les éeritâ modernes. 



20S 



VOLTAIRE ET L ABBE ASSELIN 



J@ Rie coimais asaez en vêts, quoique je n^'en fasse plua ■ , pour miiu- 
rer que cette tragédie, telle qu'on riraprime k présent en Hollande, 
eat Touvrage le plus fortement versifié que j'aie fait*, » 

DeBfontainea e'étant retracté daûâ sa feuille 34, envojée par 
lui à Voltaire, celui-ci désarmé, ou feignaïut de fétre, lui indi- 
que f 14 nov.) dans quel âens il doit orienter sa critique, s'il 
s'occupe encore de la Mort de César: 



A la fin de janvier 1736, Voltaire ayant appris que DeBfolH' 
tairies eat malheureui, écrit {29 janvier) à Tabbé Aaselin 
ces lignes qui lui font honneur : 



I 



t£ U imperte peu au public que la Mort de César soit uue bonne ou 
une méchante pièce ; mais il me semble que les amateur» de lettres 
auraient été bien aises de voir quelques disaertatiooH instructive» sur 
cette espèce de tragédie qui est ai étrangère à notre théâtre ; nous en 
avons parié et jugé comme si elle avait été destinée aux comédiens 
français. Je ne crois pas que vous ayez voQia en cela flatter Tenvie et 
la maliguité de ceux qui travaillent dans ce genre : je crois plutût que, ■ 
rempli de Tidée de notre théâtre, vous m*iivêï jugé sur les modèles 
que vous con naissez. Je suis persuadé que vous auriez rendu un service 
aux belîeadettres, bi mi lieu de parler eu peu de m^^ts de cette tragédie 
comme d*uoe pièce ordiaaiifï vous aviez saisi roccaaion d'examiner le 
théàtreanglaÎBetmèmele tbéàti*e d'Italie, dont elle peut donner quelque 
idée, La dernière scène et quelques morceaux traduits mot pour mot 
de Shakespeare ouvraient une assez grande carrière à votre érudition 
et A votre goût. ... La France n'eat pas le seul (>rjs où ron fasse des 
tragédies; et notre goàij ou plutôt notre habitude de ne mettre sur 
le théâtre que de longues conversations d^amour ne plait pas chess les 
autres nations. Notre théâtre est vide d'action et do grands intérêts, 
pour Tordjuaire. Ce qui fHit qu'il manque dWlioUi c est que le théâtre 
eut offusqué par nos petits-maUreSi etci^ qui fait que les grands inté- 
rêts en sont bannis, c^est que notre nation ne les connait point, La 
politique plaisait du tempa de Corneillei parue qu'on était tout rempli 
des guerres de la F rondo ; mais aujourd'hui o^ ne va plus à ces 
pièces. Si vous aviex vu jouer la scène entière de Shakespeare, telle 
que je l'ai vue, et telle que je l'ai a peu près traduite, nos déclarations 
d'aiJiour et nos contiJencea voua paraîtraient de pauvres choses 
auprès .,,***> 



I 



1 Voltaire oublie iju'il travaille à sa pièce des Améticfiîni (autremeat 
dit AUtre). * 



VOLTAIBE IT l'aûBÉ ASSELIN 



^Ù9 



« Si voua savez où il e&t, mandez-le moi. Je pourrai lui rendre 
«emcêp et lui faire voir par cette vengeaace qu'il ne devait pas m'ou* 
trmgar. n * 

4* Tùui est bien qui finit bim^ » comme dit Shakespeare, 
"Voltaire recouvra pleinement sa tranquilité d*eapnt, après 
le auceèâ éclatant à'Alzire, représentée pour la première fois 
le 27 janvier 1736, et qoi fut jouée vingt foi& de suite- La 
recette totale se monta à 53.640 livres, que le poète abandonna 
anï comédiens « pour leur témoigner sa satisfaction etrécom- 
petiaerleur zèle et leur talent. »>* Cette fois, Voltaire ne son- 
geait guère â dire : « Je ne suis plus qu'un poète de collège : 
j'ai abandonné deux théâtres qïii sont trop remplis de cabales, 
eelni de la Comédie française et celai du Monde, n • 




APPENDICE 



La Mort de César fut Jouée le 29 aoôt 1743 sur le Théâtre 
bftQÇais ; mais elle n'arriva que très péniblement à sept 
^^présentations. C'était un échec. Voltaire s'en consoïa-t-il 
Qa constatant que, depuis la représentation du Collège d'Har- 
*îûtirt, la Mort de César était devenue la tragédie à la mode 

dans les collèges et même dans les couvents de jeunes 

%8? Qui le croirait, en efîet ? En 1748, la Mort de Cémr fut 
jOQée par les pensionnaires du Couvent des Visitandines de 
Q^unOi le jour de la fête de leur supérieure!..* Et, chose 



' TctutêfoiA ces beaux sentiments ne devaiânt pas longtemps perjiiaUr. 
Ca mois après^ VolUire écrivait k M. Berger, en parlant de Tabbé 
^^ifnntaines : < Dan^ quelle loge a-t-on mis ce cbîen qui mordait des 
litres ? j» ^* Et il Cideviik- (2& mars) : < L'abbé Deaf on toinei est un 
i&oiiitm qu'il faudrait étouîler. » 

' Mtrcuf^ <ie mars 1736, p. 53S)-5iS, et d^avril, p. G61 et auiv» 

* Volt* Ed. Beuchot, t. LU, p. 56, Lettre à Tbieriot, 



£10 



VOLTAIRE ET L ABBE ASSELÏN 



plus surprenante encore, se souvenant que Kaeîûâ âT&ît 
composé MU prologue pour son Esthm\ ces jeunes filles priè- 
rent leur supérieure d'écrire à Veltaire pour lui (ie mander 
un prologue qui devait être récité par Tune d'elles* Le pre- 
mier mouvement de Voltairej dit M, Alexis Pierron \ fut de 
froisser la lettre et de la déchirer. Comment, s'écria- t-il, c*eat 
bien à des filles de représenter une conjuration de fiers 
républicains! Après réfleiion, il s© calma et ditî « Ce sont 
pourtant de botines filles 1 Elles ne sont pas trop raisonnables 
de vouloir un prologue pour cette tragédie ; mais je le suis 
encore moins de me fâcher pour un prologue, » — Et le bon 
apôtre trempa sa plume dans la plus pure eau bénite pour 
composer le prologue demandé^ qu'il envoya, avec la lettre 
suivante, à M"* de Truchis de La Grange, religieuse de la 
Visltatiau Sainte-MarJe, à Beaune : 



à Paris, 7 juin 1748. 

Voilà, Madame, ce que voua m'avez ordonné. J'auniis plus tôt 
exé<^uté cet ordre^ si ma santé et des occupations fort diffëreotafi de 
la poésie ravalent permis. Je voudrais que ce prologue fut plus digne 
de vouâj et répondit mieur à rhonneur que voua me faites ; niai$ que 
dii*e de Jules César dans un couvent? J'ai tâclië au moina de rapporter, 
auUnt que j'ai pu, les iHées de cette catEistrophe aux idées de religion 
et dti soumisaioD à DieUi qui sont les principf^s de votre vie et de votre 
re traite. Je vous prie, Madame, de vouloir bien intercéder pour moi 
au|>r^s du maitre de toutes nos pensées. Vous me rendrez par là moins 
iHdvy;ii(ï de voir mea ouvrages représentés dans votre samte maison» 

J'ai rhonneur d'âtre avec respect, Madame, votre très humble et 
très obéissant serviteur. 

VoLTAIBS, 

Qe^lilhommt ordinaire du roi 



% 



VirB récité» par une petitiumiaire du Couvent de Beatt^ne, e^ani 2it 
reprvseHluUon de k Là Mokt ok CÉëAE i» pour la fête de ia prUurêt 
Î74S. 

ÛBona^noui retracer de féroces vertui 

Devant des vertus si paisibles? 
Osous-noua préseuter ces spectacle:^ teiriblés 



I 



1 VùUiêtre vi ges maiireUf p* UL 



VOLTAIRE ET L ABBE ASSELÎN SU 

A ces regardi iî doux, à nous pkire assidus ? 
Cétar, ce roi de Rome, et &ï digoe de rétre. 
Tout héros qu1l était, fut un iajuate maître^ 
Et vous régnez sur naui par le [>lus BULDt des droits ; 
On détestait a on joug, nous adorons vos lois. 
Pour nous et pour ces lieux quelle scène étrangère, 
Que cet troubles, ces cris, ce iénat sEoguinaire, 
C6 vainqueur de Pharsale, au temple assassiné, 
Ces meurtriers aanglauts, cq peupla forcené l 
Toutefois des Romains on aime encor Thistoire ; 
Leur grandeur, leurs forfaits, vivent dans la mémoire» 
La jeunesse s'instruit dans ces faits éclatauta ; 
Dieu lui-Eaême a conduil ces grands événements ; 
Adorons de sa main les coups épouvantables, 
Et jouissons eu paix de ces jours favorables 
Qu'il fait luire aujourd'hui sur les peuples soumis, 
Éclairés par sa grâce, et sauvés par aon Fils. 

Voltaire, 



I 



Il êst vraiment fâcheuï que la Gazette de Beaune —, sHl y 
^Q avait une — ^ n*ai pas rendu compte de cette repréaeûtation 
pour le moins étrange, ou de « timidea colombes « enâèrent 
leurs voix pour déclamer comme it convenait les rôles du dieta- 
lâiir Jules César, du consul Marc-Antoine, du préteur Brutuâ 
€t dea fénateuré Dolabella, Oassitis, etc,, etc. 



U 



La Mort de César fut reprise sur le théâtre delà République 

en 1792 et 1793 -, mais cf le dénouement, dit Bcuchot^ blessait 
quelques têtes ardentes, Gohier, ministre de lajuatioe, et qui 
depuis a été membre du directoire exécutif, fit un nouveau 
dénouement, qui fut joué sur le théâtre de la Hépublique* >) 

Ed volai ta dernière scène : 

(N. B. — L$ fond du théâirê g'ouvraiL On voyait la tiatu^ de la 
Libéria mttjurée d^un cercle de peuple. Dont l<x nalîé^ tout le monde se 
iemtii, parlmrf. et logea, ) 





^\2 



VOLTAIRE ET L ABBi; ASSELIN 



BEUTOB 

Daigne entendre mee vœux, DiiTinité cberîe ; 

Veille swr non destina, veille sur raa patrie, 

Granda Dïeiis ! m cette roiiin, en s^armant d*mi poigaard, 

Neûteem qu'aux dessins des rivaux de César ï,.. 

Eloigne des terreurs qui rouvrent ma blessure I 

Je pouvais pour toi seule oublier la natar© ; 

Pour toi seule à César j'ai pu donner la mort ; 

Pour toi seule aujourd'hui Bratys peut vivre eneor. 

S'il faut» par d'autre satjg, aflermir ton etnpire, 

Ah [ que Home soit libre et que Bru tus expire ! 

Càââtus 

Formons lea même» vœux an pied de cet autel ; 
Mourir pour son pays, c*est se rendre immortaL 



ROMMNS 

Nous jurons d*imiter son courage béroïqae : 
Vive la liberté I vive la République. 

Voltaire, s'il aTait lu ces vers, aurait eu le droit de répéter 

ce qu'il écrivait à M* de Formont (22 sept, 1735) : k César 
n'a Jamais été plus massacré par Brutus et par Caisius que 
par Tabominâble éditeur qui m'a joué ce tour. Lea entrailles 
paternellea s'émeuvent à la vue de mes enfants ainsi mutilés : 
ciila est déplorable î n 

Armand Gastb* 



^^LE CHANSONNIER DE 


BERNART AMOROS ^^Ê 


^^^_ ^H 


^^^î [108(0-17)1 


De lauseDger cui deus adir^^ ^H 


^^^ FOLCHET DE MARSEILLA 


Aqi lor '* uoill del tôt maldir ^H 


^^^_ (g /^ ii 


Ni ia deuB noea'^ lur pordoa ^H 




5 Qar sn diz so qan uer non ^H 


^^^P ( ^ B. Gt. 155, 23) 


[fou *î ^^H 


^^Ê I * Taiit mou de corteea raioti 


Fer t« e€la eui obedis ^^^| 


^^^^1 Mon ehaDtar ■ qey nois pois ^ 


Me relinqia ^^^| 


^^B 


E cuia qal ior ^^ aia iia ^^M 


^^^^B EDnaiijs men dm meill ^ aue- 


Mon penaameD ^^M 


^^^^H 


10 Beo modon^'* per gran fal- ^H 


^^W Qe mais nô fe^ & Bûbez cô ' 


[limenz ^H 


^H 5 Qe kiiip«raris ^ me aomon 


Qan perço qeu am linameii ^H 


^^■^ E pregaEû' fort qeu m eu 


Per sel qel dison qe =' nlGz. ^H 


^^^ [ieqia 


IIL Amemila donc alairon ^H 


^^^^P Sil rooH Bufris 


PoLB ueiqi! nO degna sufrir ^^M 


^^^H Mais qar il «i cim & raU " 


Qien£ '^ en mon cor la désir ^H 


^^^^^ DeQaeg-Qam^ti 


E sai qe far mer^^ uoill o non ^H 


^^V 10 Nâ seachai qal seu manda- 


5 Qel cor ten to eors en ^H 


^^^^ft 


[preson^* ^H 


^^^^V Sia mon aaber ^^ Une ni lerix 


Et al ai destre^ ^^ £t eonqîa ^H 


^^^^v ÂDE taiag qe Ûobhn moa 


Qeno me'f^uia ^H 


^^^^^ [e menz**. 


Cai a ^ ^ poder qe u men p arti b ^H 


^^^^^ IL E Bam *' per lei en ^* ma 


Âban^^^ aten ^H 


^^^^K [clianBoii 


10 Qanqer la uencba '» ^urren ^H 


^H X. ij, : Vordine délie stanse in quHh é secondo i numeri ai qui:l: ^H 


^M *» U : '2, m ; 5, IV : 3, V : 4 — t Mos cbantan? - « pueic ^ * mi d. miels ^H 


^H /^4iri mais no Si — * con — ' lemperaiHU — ^ pla^rram — » mo — ^H 


^H ' Han jins tl es cime ram — i* moFt ^uWi'^ ^ ^^ qes doble m. engienï — ^^| 


^P '*sanc— la e — HaLr — isAiasiloii — 


i(^ E la diens noqa — ^f dits ao ^H 


P *ï*Hc u. nn fo — "* Perqe — ^* caîUors 


— *> muer donc — ** qes ^ ^^| 


1 Qe inï — « qa f. mes — ** preiion — 


ïi destreg — »• mes — *» Qém ^H 


^.....-..c„....„..„ 1 


B[__^ 


_ 1 



^^^r 214 LE CHâNSONNIEB DE 


BERNA ftT AMOROS 


^^^^^H Qe merca ah Itmg lufrir ^ 


Chaacun cui amar plus for- 


^^^^^B 


[mauM^K 


^^^^^V Laî u * DOD ual força ni 




^^^H lY. Ë âû merca^ non me tê prou 


[109 (c* IB)] 


^^^^^ Qe faraî, porai men partir 


FOLCHET DE MÂRSEILLA 


^^^^^^ Nô eu qe < prêt aoi a * mo- 




^^H 


{cf. lll?*) 


^^^^^H De giiisa qi ^ mer sobre bon 


(B. Or, 155, 8) 


^^^^^H 5 Qeû penaan* remîr sa fai- 




^^^^^H 


1 . En ehantan ma u en a mem- 


^^^^^H E remirand en'* languia 


[brap 


^^^^H QareUamdk'^ 


Zo qea cuid chantaû obli- 


^^^^H Qe nom dara ço qm 


[dar 


^^^^^H 


Mas " per ço cbant qoblidea 


^^^^^H Tau 


[la dolor 


^^^^^H lÔ Hî '■ pcv ftiço Qo mateu 


Del ** mal damor 


^^^^^^H ÂD£ dobl aijes mon ^^ pensa- 


5 Mafl '" on plus cbant mais** 


^^^^^H 


[me aoue 


^^^^^H Ë mo rai m *^ meecl adamen z . 


Qa J* la booba nulla »a |^ 


^^^^^H V. Ni ler aiço^^ no mabadon 


[nom aue 


^^^^^^B Qar eu ai aenipre atidi dir*^ 


Mas swî merce 


^^^^^H Qe mensogna ne pod '^ du- 


Per qes uertaz & sembla be 


^^^H 


Qinz el cor port dôna uoatra 


^^^^^H Qe non mora '* qalqe sas on 


[faiçoû 


^^^^^H 5 Ë poia dre£ uenz fak occhai* 


10 Qem castia qeu no uir ma 


^^^^^H [9011 


[raçoD. 


^^^^^^f Anqer aJBBi plus » e deuis 


U . Ë pos amore mi uot ondrar 


Com eu fui " fis 


Tant qen cor uot tne faî 


Qar Bi fui suiez ^^ et acita 


[portât 


De bon taleo 


P«r merce us preg qeus gar- 


' 10 De lai amar après** conten 


[des del ardor 


Mon fin eo ragea & mon ** 


Qeus ai paor 


[senz 


5 De uos moli maior que de me 


* QtP lône *nfrir e mercea — * on - 


- * gicin» — * il men;o» — * len 


non qar — « sui del — ' qe — • Qins el CMsr — * faiason — *' & eu ^ 


i » diu — li qis — 13 E ies — ^* mos — 


i* moir assï — J' Ma» ies per tal 


— lï ai be aempres autïi — ** menaoingha nos pot — ** tneira — 


** dreigï u. falï ochaison ^ =*' Eucar 


cr pvoal — '* C» li sui — '* CaiasiJ 


sui liges — ** Qûïi leis a. an près — *' 


Mos ferma coratge» & mo» — 


** Cuaqocs cuja u. p. forLineng. 




L.S.: ^ E - «* El - «• Car - 


30 miels — 3* Qe^ _ » uiyUa JE 



^^H LE CHÀNSONNÏÊB DE BERNAET AMÛROS ^^| 


^^^m Doûc p08 ma cors danauoB 


Qel intrel cor tât qen log ^^^^| 


^^^^ [a eo m 


[du ^^^^1 


^H Si mais Un ue 


10 Deing eacoltar ma ueraia ^^^H 


^B Pùb ditjz es atifnr letjs coue 


^^^H 


^H E p^r ço fais del cors so qi 


V, Qar Billam degnaz escolUr ^^^H 


H [les b<^ 


DOna mercêi denria trobar ^^^^| 


^M 10 El eor gardazsi corn uostra 


Fero oba mes qoblides la ^ ^^^^Ê 


^H [maîaûD, 


^^^1 


^H IIL Qel garda uob & ^ teu tant 


Mas laudor ^^^H 


^H [car 


5 Qeu nai dit c^n dirai iase ^^^^H 


^H Qil en fa ^ nesci semblar 


Pero ben sai mos laudars ^^^^H 


^H Qel set] i met lêgein & la 


n& te ^^^1 


^H [ualor 


Cum " qem mal me ^^^^| 


^V Siqenerror 


Qar ^ lardors me '** creis em ^^^^H 


^B 5 Laissai cors per &tn qeu ^ 


^^^^H 


^H Corn mi parla matitas uez 


El focs qil mou sai qe ^ ^ creis ^^^^H 


^H [aen deue ^ 


^^^^^ 


^B Qeu nO aai qe 


10 Eqomnoltoc^^morenpauc ^^^^| 


^H Qem salud boro. qeu non 


^^^H 


^B [augre 


VI. MoHr pusc be ^^^H 


^H 6 ia perço nuls hom nom 


Naîmnn pcr mia boca ^^ fe ^^^H 


^H [oehaison 


Ni^* sim dûblaual mali dai- ^^^H 


^B l€ Sim salnda & eu niot no li 


[tal faîçon ^^^^| 


^m [son. 


Qom *^ doblal poinz del (au- ^^^^| 


^M IV. perol cors nous deiis ges 


[1er par raçon. ^^^^| 


^^ [blasmar ^ 


VIL Gansons ^^H 


^B Del cors per mal qel sapcha 


^^^1 


■ [far 


^^^^1 


^H Qar tof nad la al plus on d rat 


[110 (cM 9)] ^^M 


^H [seinor 


^^^^^1 


^B E toit dallor 


FOLCHET {c f. îS t-^} ^^H 


^H 5 On trobaiia en tan & nû Te 


(B. Gr. 155, ^^H 


^H Mais dreis: torna uas sô 


^^^^H 


^H [aegnor anc se 


l , Uns uoler oltracuidaz *^ ^^^H 


^1 Pero n5 cre 


Ses m z en ^ " m n eor a d ars ^* ^H 


^H QêCi deing si merces non 


Pero non dis *'> mos espars ^H 


^^^M [mante 


Ja pousc '■ esser accabaz " ^^^^Ê 


^^^^1 mis _ 1 Qel eor» — ^ prei en i ^^^^ 


qel *- ^ soâdeutî — ^ no si deu clumar ^^^^H 


^m — • Si — t E — « Cora — * Qe — î« mî — ' * qel — ^* qi nol mou — ï' Aïi- ^^^B 


^H min qtf.ti notïj clain de re — t^ Neis — 


1^ Con — 1* C, du â0. Vas monpoUiei' ^^^H 


^H twidçjjurl me.*.. 


^^^H 


^M l^ s, : t' u^lcrs oltracuidaLz — lb « _ i» o^rs ^ ^0 Tal qe nom dlt£^ ^^^B 


^1 '*pow-i»acabaU 


1 



^^^^ 215 LE GHÂNSONNtEa DE 


BERNA KT ÂMOROS *^| 


^^^^^H 5 Tant aut ses es peaz ^ 


Qe sol dâîtât me sofraz ^^ f 


^^^^^^1 Ni ^ Qo mautreîa moa mnq 


E poi ^* serai gêt pagaz ^* 


^^^^H Qeu sis deaperai ^ 


Qem laissez >* uoler 


^^^^^H Ë Boi aissi meriadaz 


1 Lo gauç^^ queua deairauer'*- fl 
IV, Ben pareç neacietaîi!" ' 


^^^^^H Qeut! non desper'^ 


^^^^^H 10 Ni &uh esperanç" auer. 


E trop sobrardiz** uoîers 


^^^^H II. Qânropn]eBoi<»haQtpoiazi« 


Qarsolamenl uns uedera'* 


^^^^^H Ves ^^ qeâ petit ^^ mos poders 


Ma^" decebut tant uiaz'* 


^^^^^H Per qem castia^^ teiïierB 


5 Qea coîgdetatnenz" fl 
Me uencalcor uns** taleai" 


^^^^^^H Qar ^* aital ardlmenï 


^^^^^H 5 Fac^^ UQZ a mantaa^» genz 


Taie don eu soi enamoraE *^ 


^^^^^H Mas dun conhort soi *^ iau- 


Mas poB*5 mes tant *« fort^ 


^^^^^H [aenz 


[doblai «7 ■ 


^^^^^H Qlcd mn ^* de ues^^ autrelatz 


Qe rnaitin ^* & ser 1 


^^^^^^B E moalram qumîlitats ^^ 


10 Me fai dolçament ^* doler, ™ 


^^^^^H La tant eti^^ poder 


V. Maa pero chaotar n5 plaz*^* 


^^^^^^ 10 Qebeo me pol escader *^ 


Slmen ua Ignés estener^=^' 


^^^^^^ Il h Tant si es mon cor fermât 


Anz me fora *=* nô calei'a 


^^^^K [{aP: 


Laisaar déport " & solaz M 


^^^^^H Qe m en s Oui am ^^ sembla 


b Oi** mais pos nea mainz ■ 


^^^^^H 


Léperariz ^^ cni iouenz H 


^^^^^H Qe ^^ ai tal maltraieb mes 


A poi az 50 en lançor graz^i 


^^^^^H 


Esel**^ cors noilH* foa for- 


^^^^^H Pero beii *^ sai qea uert&z 


[cbaz<« 


^^^^^H 5 Qe long atur*^ uetiz 


Ilferaû^eaber 


^^^^^^H P^r qaus*^ prsc dOna ua- 


10 Com fol se»" sap de cha- 


^^^H 


tder,<*« 
7. — B meitadsï - * Qîeu — f désos- 


^^^^r ïpomz— 'E 'Qieu— 'désespéra 


^^^H per — " espersnza — * Car moût mi ! 


sent — ï* poiati — *i Vers — '^petitï 


^^^1 — *3 chastia — »* Car — ï^ faU — »• maintas — i' conhorU sut — *« Qent 


^^^H sail — ^' uas — 1" Em mosira cumilitatz— *^ sm^ '^ bos mon pol escha^ 


^^^1 tQF — *» mo3 cors fermatz * a* tiieMoingnham — î" & — s' maltraig 


^^^H le^^epi ^ 1' <si - u bas alurs — S' 


qieus — ^ uaillenz — 3* sufratx — 


^^^H ï> pois — ^^ pa^atz — ^* laïasetz - 


a" gaug— ai deïir ueïer — *^ paret 


^^^H neacietaU — »* aobrardîU — 3« Gant 


solamen us ueaerîi — *» Mac — *» tan 


^^^H uiatz — ^* condudamenz — '^ us * 


- ** qeu sui enamoraU *- ** pois — 


^^^B ^« tan — *'f dnbLitiS — ^ mâUii — 


** doucamen — ^" M» ara cbantars 


^^^H nom plslï — *< ell'reners — «^ Fera laissât — «^ Men fart inis - " Hoi — 


^^^H *B Lcmperairitîï — s^ Apobt^ — *' gratz — ^s sîl — *"non — *« forsati — 


^^^H M Eu faira — "^ toh si — "^ cbaser 


— L. S. ha i due canzoncini ùû}tiaii 


^^^1 qui 


M 


^^^^^_^ YL Ai duuza reâ cciainanz 


Pos nuh autre ioîs n^ platî H 


^^^^^B Uenza uo» bumilîlat^ 


Ni dauire noler H 



^^H LE CHANSONNIEft DE 


HKRNAHT AMOROS SI 7 ^^^| 


^H [111 


Qar Bo preç sabia" lauçador. ^^^B 
IL (0./'. I2y^.) Per qa no par qe ^^^B 


^^B FOLCHËT 


[podes dtuenir^^ ^^^^B 




Son prez cor tes qer tant^^ ^^^^| 


^^^r (-= B. Gr. 155,6) 


^^^B 


Ir 1 * Cantao uolgra moîi franc ' 


Qara nô dei en aer aem- ^^^^| 


^^m [cors deacobrlr 


^^^1 


^B Lft* o tnagrobs ^ que fus 


Qar qeu chant en leu de bon ^^^^^ 


^B [«aupaz ^ mon iiers 


^^^B 


^B Mi4 per dreit" gang me 


5 Qe Bon bel ria & sa bella ^^^^| 


^B [fallit * mon Bûbêts 


[aeniblanaa^^ ^^^^^ 


^B Fer qaî paur ^ qe doî puoac^ 


Me pan ses oils tan garda ^^^B 


^B [aueair 


^^^^B 


^H 5 Quna * noael bi ôû eai ai 


Per qeu pogbes^^ retraira ^^^B 


^B [ma speransa^^ 


^^^^1 


^B Vol que md chant ^* p^r lei 


E >^ dô 6 on prez ^^ triar b ^^^^^ 


^B [BÏa adrers ^^ 


^^^^B 


^B Ëda'3 lei plaz qen ^* mnanz 


E delà aman >« lo plus Bn ^^^^| 


^B [sa laudor^^ 


^^^^B 


^B En ^< ûj5 chûtar don ai gaug 


UP^ Car anc iioL dis tan tdm ^^^B 


^B [& paor 


[uaa lui faillir ^^^^^| 


^^ 5 Nfïn ai eDgeing ni poder. 


F^- qïïl iorn el ser ^^^^B 


L ^ II, Qe taiî3E suspir* nai ietaU 


Prec gui$i>ii'an mon poder, ^^^^B 


^P £*•£. : 1 : 1,11 : 2, III : 5, IV r 3,V :4 - 


- 1 mû fenn ^ ^ ^at— ^ magropB — ^^^^| 


^■^ *»«ïibu^ — » dreg: — ,* moa fallitz - 


- ^ cal paor -^ * poacba — ■ Qun ^^^^H 


*^" mesperaosa — *i môs chani— i^ 


aders — '> E car — ** qieu — *^ uaior ^^| 


^ !• E ^ ^' a03 pretz uol trop satii — *« qeu pogues deuestir — ^' S. ^^| 


j WirUs prelz qe tan — '" es atr& — 


i^ Com n. ditz lier qe non semble ^^1 


pUiers — *« E trob aitan en llejs de ben a dir — ^^ Qe aofracbos men ^^| 


Ï*A trop dflondanM — '* PepqiÊU lueti laij qieu n<in dk raos espers — ^^| 


^ Gon ja poguea^ '«î lauzor — *i Qe 


^ ** pretî a ^ '9 amanz^ 3^ Qucsifi ^^^^H 


''anin non det-ê ei^ber con^ttla cosï 


{cest*à-dirf' : comme elîe a été tOrH^ ^^^^^H 


S^ dam ç*\nm mutato Vordine di lu 


tte per numerî. Fm^o non ci ensenda ^^^^B 


^_^ a/f»'o rimedw di correggeiia seconda L. À\ la copiera qui attalo : ^^^^B 


^H Ane re non àh dan noti temple s 


Don nu ni iea pro soîornar nî la* ^^^^B 


^P [faîllir 


^^^^B 


^B Viulëi tan las aturaUmoâ uùlers 


Anst de sa m par p^r mî donx cui ^^^^B 


^H Mosdorénan noTirnitouratemers 


^^^^^1 


^B Oeti sai qel fuecs ^abrazn per cu- 


Tal q& Ttia fag ^an be e grani ^^^^^ 


^1 


[bonof ^^^^B 


^B ^ El dieu» damoE' ma nâfratde tal 


Mas ben deu hom cambîar bon ^^^^B 


^B [iarua 


[per ^^^^B 


^^^ 


^^viM 



^^^^^ 5?ïS LE CHANSONNIEII DE 


GERNÂRT AMOROS ^^H 


^^^^^H QuQ B«s en lei aturat moa 


Qadea mes uis qem uulba 


^^^^^B 


[dar aamor 


^^^^^1 Mas der^aant no me cal 


Qan uoilb ues mi ses oils plea 


^^^^^H 


[de doua or. 


^^^^^H Qeu aai qel focs aabrasa 


V, E dotiç dôna qeu mais nô 


^^^^^H 


[puoac flufrir 


^^^^^H 5 E dieuB damor am nafrut 


Lo mal qeu trag per uoa 


^^^^^^H [de 


[maitin & aéra 


^^^^^H Don nô ten pro «oioniar 


Mereea naîaï qel mond non 


^^^^^H 


[a^ aiiera^ 
Qisenea uoa me podea en- H 


^^^^^H Qau ai lascad perieis cui eu 


^^^^H 


[i-iqir 


^^^^^1 Taie q6 ma fait gv&n hm & 


5 E qant uoa* uei souen nai 


^^^^^H [grand 


[tal*doplanfta 


^^^^^V MaB beu dei bom câbiar per 


Qab uoa me faça oblidar 


^^^H [œeillûr. 


[mon * calera 


^^^H IV^ E doses pos eu non ai mais 


Mas eu qe aeut la pena & 


^^^^^^ [1o 


[la dolor 


^^^^^^H Non ai donc pro moût es 


No uoa oblit^geaanz i teiogS 
[noitT & iorV 


^^^^^H [gran mon podera 


^^^^^H Seuals daitant mena douât 


Lea^ 01 la e1 cor ai qt qoI» 


^^^^^H 


[uh- ail l or. 


^^^^^H Ë donca per qem uailh de 




^^^^^H [pLuaânardir 
^^^^^B 5 Qar seî beil oill & as gala 


^H 


[ti»(o*ai)] ^^m 


^^^^^H sa 


FOLCHET ^^M 


^^^^^H Don paac mot oiU tau ma- 


^^^^B 


^^^^^H [grada) 


(= B. Gr. 155, 7} ^M 


^^^^^H Man dat conort tal qe meu 


I . Cbantar *° mi tora ad ^^ afanB 


^^^^^H 


Qant mi ^^ aouen del barai ^*jl 

1 


^^^^^H ) Pero ren ala non ai mâs lo 


Mapaia mos oils tan magra- 


^^^^v 


[dal uezers 


^^^^V Non ai donc pro niout es 


Mas un conort nai qem mou 


^^^H [gran^ mos podera 


[de follor 


^^^H Si neis daJLan mi donaua lèvera 


Qadea mas uis qemuoîlJa dar 


^^^^^^^ E donc p&r qem uoîl de plua 


[samor 


^^^^^^k 


Sol uk uaa me soi ûUs plenz 


^^^^^^B 5 Car son hùl riâ ab sa donza 


[de douzor, ^^ 


^^^^^^P 


■ 


^ t es — » car nnu^ _ 4 ai gran — * Qû 


U09 mî faitï oblidar non— > Nouafl 


^^^H ublli — ' ivïnc noig — * Lr>ïs - ^ noH. ^M 


^^H L. S. : >« Chanturs— ii az— l'Cant me — i* den barrai ^M 



^^^ LE CHANSONXTER DE 


BEHNÂtlT AMOHOS 219 ^^H 


^H E poU * damar plus qod * 


Qi '^ ueni bom '"^ plun deU ^^^H 


H [cal 


^^^H 


^m NoQ dâi corn ^ ni de qe 


LIL Ben fora som prêtes tan ^^^^B 


^^1 [cb&Ei 


Dieuâ coDi si " tii ben cQ >* ^^^H 


^m 5 Mai %ex ^ demanda chan- 


^^H 


^H [bqq 


Mas ço pre? bom qi ^^ nô ^^^^B 


^H E Qoil cal de la raison * 


^^H 


^H Qa a très si " mes obs la faça 


K son pro ten bom a dan ^^^H 


^H Dé DUO cum los moz > el 


5 Per qeu ^^ non ans'^ nostre ^^^H 


^m [aon 


^^H 


^H Ë poa for«a£ fes * amor 


Dir" cbantan qe ^^ nô sap ^^^H 


H 10 Cliftii '^ pcr depte de folor *' 


^^H 


^H Proer eDon '^ châtia cabal- 


Al segle ni cre qil pbcba ^^ ^^^H 


■ 


Qiï dircQ si son ^* mal no ^^^^| 


^B Si aO ta auols ni bos. 


Mas pero ^^ la deisbonor ^* ^^^H 


^m n. (c /. il r») Amador soi** dtio 


10 Puo9 dir sill truc ^^ entre lor ^^^H 


^K [gemblau 


85 uencut ni bassat ^^> ioa ^^^H 


^H El rie cube datitretal ■< 


Paois tuicb uenout *^ uêçon ^^^^B 


^H Cadts ab dolor corat 


^^^^B 


^H Merman lor loîs ^^ oq mais 


IV« Ben nenz hom pois nul '* ^^^^B 


^B [nan 


[deman ^^^^B 


^M 5 Qeetiîaûc^^dcfenestraaoni* 


Noi fan delà uinta^^ mortal ^^^H 


^K Qe mernia som ia pon 1^ 


Mas^* iinosfossam leialP^ ^^^H 


^H On '^pks preû qex ^' so qe 


Tornera anU ^1 ad bon or ^^^H 


^H [ehasa 


[gran ^^H 


^B Plus a de segre ochaison ** 


5 QHs *^ cortea genz de dieua ^^^H 


^H Per qt a ^^ tain g ce 1 pef meil- 


^^H 


■ 


Qal rica trobos son perdo ^^ ^^^H 


^B ^O Qe rei Di emperador 


Qie Tan plus frcuol qe gla- ^^^H 


^B Qî 3^ cel mais cubs ^^ ueaz 


^^H 


^^^ {fimdos 


Qi dab atrenençal somo ^^ ^^^H 


^1 ^ paeis — a nom— »don — ' qecs- 


— ^ chanso — « raiso — ^ Qeiisa- ^^^H 


^H jnen _ t Denou con L molz — ' pueia 


l^ornaU se»- i* Chant — n foUor ^^^H 


^H — ** moiï — ^* cabales — ^* son ^ 


i^ riïiB cobes datretal ^ t* Mermon ^^^^B 


^P Itir ^ug — lî iuec ~ î" Bo -^ t« po 


^ "* Con — *i qeca — ** ochaizo ^^^^B 


H - ta qieu— ** Qç ^ «^ aibs^ »• Qe ^ 


- ^ uaniol — «se — * con — »* qe ^^^^B 


^1 * « qieu ^ a* d[c — ïi En — 3* car 


— ^s crei qoil plassa — ^* Qï ro b ^^^^B 


^ dittii« 47 sinal-! — ai de^btmor — 


3^ Ptie^^c d. gels turcs — " uancutz ^^^^B 


njbasaatï — *t E tolz uencuU — *i 


> OÏL pueis nuU — *> Noil fain de ^^^^B 


■ lauu» •* E — Ai fûiiHiim loiat -- ** ^^^ 


Tomeranjf — *^ Cu» -- ** dieu Tm ^^^H 


^B — ** perdon — >A glaza — ^i Qe dcstrecba iur semo ^^^H 


^^^ 


. .- J 





^^^^^ S?0 LE CHANSOIWIF.R DE 


BERNART AMOROS ^^B 


^^^^^^H Mas côbntten ^ ab laiiçor 


VIIL E toç 'i têpE & eu «« A ao^l 


^^^^^^H 10 Nà d€U3 ' prea eu son U- 


E Inna " per lantr© loio^^H 


^^^^H 


^^^Ê 


^^^^^^1 Mai&i * qe ia confeaslos 


^^^H 


^^^^^^1 Noill * plagTft sa qi hq 


[113 (c* 22)] ^W 


^^^^^H 


^^1 


^^^^^^1 V, Donc QQBtré baron qô ' fan 


FOLCHET DE MARSEILLA H 


^^^^^^B Nil rei englea cui deus 


^^1 


^^^H 


(o/.jii^) H 


^^^^^^H Cuiçâ ^ aner fais; <^ son ior- 


(=Ë.Ûr. i5&,tl) H 


^^^^H 


^^ 


^^^^^^1 MoU lanra l&ri ^^ entan 


t. Si tôt mi soi a tard apor- 


^^^^^H 5 SlL a faÎK la messio 


[ceubu£ 


^^^^^^H Kn autrâ fan *Ma preiio 


Aiai cum cel qa tôt perd ut 


^^^^^^H Qe bmpôralres perchaza ^^ 


[& iura 


^^^^^^1 Cum dem cûbres '^ aa r^iço 


Qô ûon iog mais^* a gran bon 


^^^^^^1 Qo primera cre '^ qe aocïor 


[aueotura 


^^^^^^B 10 Si dens li reat so ** hoDor 


Me 3* dei tener qar me ^^ soi 


^^^^^H Ees taïQg taat ea 


[conogiii 


^^^^1 


5 Del gmna ê ni an a qamor« 


^^^^^^1 Qe tal aial ghiardoa 


[uas me façia 


^^^^^^H VI . *' Al reî fraDCs taure fackal 


Qab beU gi^mblanz ma len- 


^^^^^^^H Tomar com qoI tenga ho 


[giid en fadîa 


^^^^^^^H Per qeu die serai socor 


Maia de dex ana a lei de 


^^^^^^H Qes ops qe non don paor 


[mal dentor" 


^^^^^^H 5 K sar noi tiai qes Baiaoa 


Qadoa^* promet maa re non 


^^^^^^H Die eau ni des per un dos. 


[pagana. 


^^^^^^^ Vil* Kaiman molt mi lap ^^ bo 


II. Qab bêla aemblans qe fais 


^^^^H E molt en prez^^ mal^ valor 


[amor aduï 


^^^^^1 Cab 6tu baral tnoii nei- 


Sa irai uaa lei fola amâz e 


^^^^ 


[tatura 


^^^^1 Ë monos *' pvez é metaioi 


Qol parpalUon" qa tan folla 


^^^^B AÎS9Î cum** aanc re*"^ a5 fus. 


[natur^J 


^^^^^^B ^ Qes eombaton ^ ^ An dieu -^ * 


laor — ' Per — ' Noll — * quf^l 


^^^^^^ non — 7 Donca nostrei baros — * dieus — » Cuda — ^^ fait — ^' Moul 


^^^V _ Il lait^ u SI lai fai— t^ E altrû fai 


— I» lemperair* perchasaa — ' * Cnn 


^^^^H dielis aobre -^ t? I^ prns e cre — >< 


idioua li r(?n sa — »• E ni tan e» 


^^^^B ii^n^ — *' Ric^ sera tô ^uiardos - 


— ■» L. 5* no hà qttesta aianza — 


^^^^^m ti HitiunSQ mont nit ïab — '^ moût 


en près — ** en harral rao iegnO|^H 


^^^^K — " Es moil/. - *■ cou — *' res — 


*• lin toti — «» ieu — ^« Em ïm. ^U 


^^^^^^H L.5;3'Qe m^U n on ioa<: ^ ^' Mn ~ 


13 men — '* deptor — â« Gassali^i 


^^^^^^H — stâQoi parpailtOtt 


4 



LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS 



22i 



Qés* fer el fgc per la. clarUI 

[qm liiz 

ï Mas éu tûêa part & segrai 

[aiîtra uta 

Qom * mal paga^ qee tiers 

[no m en par tria 

Ë segrai laib de tôt bô 

[aeruidor (aV: aufridor) 

Qe airais fort si cum fort 

(suiuelja, 

Noû muderai* ei ben soi 

[îraacuç 

1^1 faz de le la en chantan* 

[ma raneura 

Ki* diga ren qe aoi semble 

[mesura 

lias ben sapclia^ qa bûs 

[obB soi perduz 

Qaoc sobre fjre Dom uolg^ 

[meaar un dia 

Ade mi fe3E far mO poder 

[tota nia 

Et aac aempré cauals de 

[gran ualor 

QinbaordatropaoeD f^lnia^. 

Eei' for eu trop'^ mas so- 

[meii reteogu£ 

Qar qab plus fort de si ae 

[des mura** 

Fai gran foldazneia a gran** 

[auentura 

E de son par qeaser en pot 

[uencuç ** 



5 E de ^* plus freoi** de si ês 

[uiltania 

Rerqanc Dom plagnina plaz 

[aobransnria 

Pero ea sen deuoc garda r 

[bon or 

Qar aeûz au nid preç trop 

[mena ^* qe follia. 

V, Araors per ço mcn soi eu 

[ rec resaua {al'i re lea g u z ) 

Û6 nos aernir qe*^ mais nô 

[araî^if cura 

Qaiai coin mais preç bom 

[laida peutura" 

De long no fai qaat es de 

[près ueuguz ^^ 

5 Preaau eu nos mais qaa ^* 

[noua coinossia 

E sanc ren uoig mais nai 

[qer oô uoldria ** 

Qaisi mes près cum ** at fol 

[qeridor ** 

Qe dis 3^ qaurs foa tôt qant 

[eP^tocaria, 

VL Bel ûaLmao samors uos des- 

[tregoia 

Vos nin ^' toç têps eu non 

[ cou seiil aria 

(C /- 24 t*) Sol membres^* 

[uos qant eu naî de 

[dolor 

C qant de ioi^^ la plus nù 

[uon caidria ■^ 



*Qel — *Sui — JPdro noa aug — ' cbanUEt— *Qeiï — ^Am lapclia bs 
— ■* aolc -^ • Qil liaurda trop souen cuail felonia — * Fes — i* qr be — 
*^ qii plas fort de si tlesmesura— is e nés en — ^^ Qe dun seu pot be 
enfif nencutï — '*&: ab — *^freuol — '* auniti non pretï mais ^ '' cui 
^ '* ai ^ — *' Car ii con Jiom preza laia pencbura — *• Cant Ueis loing 
îûikqecaiil lies pretx uenguti — 'ï Presaua u, plus cant — ^Ea^uos 
ttôk meina nai queu no uoiria — ^' con — ** qeredor — 3i tliti ^ *< zo 
qel — 31 en — * ** Si uos membres ^ *" Ni — ai be ^ *^ mais nous en 




^^H 222 LE CHANSONNIER DE 


BERNART AMOROS ^^^ 


^^^L^ VIL Ed pluH leial sab* loâ oill > 


EL Maa er^* uei ço qanc" nO 


^^^^H 


fcmgei**qefos 


^^^^^^H AW\ cum fâz * ab to cor 


Qe soi tomaz ^* de mt me- 


^^^^^H 


[theis** geloa 


^^^^^H Zo qeu fti diç ^ porla auer 


Contra mi don** qeu no" U 


^^^^^H 


[correïera" 


^^^^^^1 Qâu8 qier conBeil & conBeîll 


Maa tôt conseil qa damor ai 


^^^^^H 


[esHboB 




5 Nai aaâaîatz & poia re »" 




[oomaoança 


^^^B [114 (g* 23)1 


Tôt li faraî de desamaf sem- 




[Hança 


^^^H 


Ai lais*^ qai dit iam oui 




[deueu cobrir» 


^^^^H 


E donc oïtnais ^* la aab ** 




[tôt mon albir. 


^^^^^^H L Ja au cuit'* hom qeu chan- 


111. Dôna sperança & paur ^^ 


^^^^^H [ge^ rnaa chansos^ 


[ai de^« QOB 


^^^^^H Poia QÔ caogia > moi cor 


Ar^' raen couort & eratn soi 


^^^^^^H [Di 


[doptoa •• 


^^^^^H Qar ^m iaçis^^ damor eu 


Peropaors'* te m qe mapode- 


^^^^^H [men lauçera 


[rera (aV: ço apoderera 


^^^^^H Mas qe a ^^ mentis qô '^ séria 


[qeilroapodera) 


^^^^^^H [nuils ^* proa 


Maa un conort ai damor a 


^^^^^^1 5 Qautreasim ^^ ten cum »e "^ 


[aa^s 


^^^^^H [boI eQ bakûçha 


5 Qab tal poder mi moatra 


^^^^^H Défiesper&t ^ ^ ab alqu e a des - 


[sa coatança*^ 


^^^^^V iperaaça 


Qe pluB nû pot moatrar de 


^^^V Fero non nol ^* del tôt laia- 


[m aies tança *' 


^^^H [Barmoriri^ 


E f ai e sf orç qî po t en se» o f ri r^* 


^^^H Pérço qem puoBca plus ao- 


Ire (ul : Qinaire) poder de 


^^^H [ uen ' >> 


[cel qi nol deltr^fl 


^^^H i »ap ~ * oilb ^ s Aisa con fats — 


. * dig -- * donna* ^ 


^^^H * no» cm^ — ^ camje — " chamoà - 


- * camia — J» cora — n Cat sieum 


^^^H ituufl — 1 > Ë aieu -^ ^^ nô — ^ ^ nuls — 


»* Qatresaim— ««conill — iî Deses- 


^^^H peratz — ï« uoiJ — '• morir — a» suuan - 


^ IL ara ^ " qe - «^ eujm - 1* Q^M 
no — " copleîera — •* lolx ccmseil^H 


^^^H aiu tornatz — ^ meleia — ^ donz *- ^' 


^^^H cazamor uon — ^^ assalat a ran ^ ^^ laz -- 3*d% ia tif>men puesc eubrir 


^^^H _ 33 donca hoimaia — ^* aap — « Donne speranzo paors— a^per — »' Cap 


^^^H _ 3t ©r ao suiduptofl -^ 3> Perel pûùt — *• Per qa lo cor loi mainla 


^^^^H malananza — *^ Qeu uei taliir mouiz pei' qieu nai dupianza — *^ Qu^n 


^^^H faUlIma» dauLrui laiiig conn ai mir — *^ 


Fer 20 corn gart se me teis de faillir 



^^^ LE CHANSONNIER DE BERNART AM0R09 ^33 ^^| 


^H IV. MâBbettconoscqegranmeU- 


El bruç uenget ^* de lai on ^^^^| 


^1 [lorftsoB* 


^^^^1 


^M Eb de eort fait qanl ^ hom 


VL A 3» na ponça cals esforç *3 ^^^H 


^H [UBE oblidoH 


[fass per nos ^^^^| 


^H Ja mûifl amors a * tat tort 


Qar era cb&n en ^* ai duIU ^^^H 


^H [tio mènera * 


[allegrsDça ^^^^| 


^M Si ia poguea tomar des- 


Qe mo rç ^^ de mon s ei gnor ** ^^^^H 


^M [amoros 


[mi desenança ^^^^| 


^1 & P#fo Uufl cors toi maiota 


Qar>7 nos aabeç qe il aabia ^^^H 


^H [beneaàça > 


^^^^1 


^H QeQ ueg faillir mmç per 


5, Ciiideuiom"onrarQietiân- ^^^^| 


^H (qeu nai dop tança ^ 


^^H 


^M Qel faUimeii dauLrm tain g 


Vil, A naiiïian^^ y ai cbanson ^* ^^^^| 


^H ['P^ l'emir^ 


[& enança ^^^^| 


^H Fâr ço qom gard se meçei& 


E an toç tËpa & di loi- ** ^^^^| 


■ [de faillir «, 


[aes doptança ^^ ^^^^| 


^1 Vi». Doua ben uet qe nd ud 


Qe totz'^ ai tala aoî corn eis ^^^^| 


^H [ochaiBos 1^ 


^^^^1 


^V Qanior " ii6 uol qeu tan '^ 


E Qo mô pot niutç faiç ^^ en- ^^^^| 


^V [sia gigûoa 


[fadeçir. ^^H 


^H Merce aos clam '* qe nr* 


^^^1 


^B [cDen lais enqera 


^^^^^1 


^B Tan es mot) '* cars d^ uos- 


AHGUMENTO ^^H 


^H [tramor coitos '^ 


^^^H 


^V 5 Voillaç '• aius plag *^ complir 


Peire uidals si fo de toloza fila ^^^^| 


^H [la deuinança^B 


diim pellider ^> e cbaata mieli ^^^^| 


^B Coin dis** qeo ai dautramor 


corne ^* del mon. e fo de) s plus ^^^^| 


^V [benenança 


fois homea qe mais foseen. ^ue\ ^^^^| 


^H E qeus pogeâ e^bertamen ^° 


crezia qud tôt fos vera aco qe a ^^^^| 


^^^K^ 


lui plazia, ni qt<al nolia. e pks ^^^^| 


^H ^ granz meUiurazos — ' Lort fag i 


[vant ^ s ab — « meneira ^ ^ ftah ^^^^H 


^H **1 poder mi doaet sa coindania — 


* Qe pieitz nom pot donar de ma- ^^^^| 


^r ^««lâiiia — ' E fai osforU qi sap 


ensems gtiJTrir ^ » Ir ab poder ^^^^H 


^^kel qll uol delir — *L. 5. yite^^a 


stanza è ht 3' — *o ucbaijtoa — ^^| 


^^ QaiDors — ** qe ian ^ *' Per merceui prec — i* Tant es ntos — ^^^^| 


** cochos — ^» VoilljatE— »' platz ^^^^ 


— <" diuinança ^ i> ditx — ' qem ^^^^H 


pôgne» cubcrtamen " brtiigï uenra — ^* Al ^ «3 cal esfortï — ^^^^| 


Car iam conorl ni — *■ Qeil morlï 


^ ^^ seigDJer — ^^ Car — 's ^âbria ^^^^H 


^^tiiir — " deurîom — i' e car ' 


Lenir — 31 nazimanx — ^' palais — ^^^^H 


^ *» lot ^ M duplanïa ^ a» lot - ï 


>* su! com ei eis ^ ^^ nuJs faigï. ^^^^H 


_ ^^ianUê du second texte à In H. 


ri du ms, au l\ Whi 3' peMcier — ^^^^| 


*^nw 


_3 



22i LE CHANSONNIER DE 


ÔERNABT AMOROS ^^^B 


leu li auenia trobar qe a nuil 


Qem dona amors dont leu 


home del mon. & &qe\ qe plus 


fnon pueae défendre 


ries 8oa ïez. e mftiera foUaB ditz* 


Farai chanzon tal qer lieaa 


darmaa ê damor e de mal dir dal- 


[per apenre 


trui ê fo uer* cuna caudiere de 


D€ motz eortea. et ab aui- 


sain gili U tailla la len g^u ^.perzQ 


(nen chant 


qel daaa ad entendre qel era 


& E f az eifora. car nvd cor ni 


drutsa de sa moiller' e nue * de 


[tôlant 


bauail lo fez garir e medegar e 


De far ehanzoït cades plaîng 


cant fo guérit?* el a en aaet outra 


[e sospire 


niar de lai â ameç una grega 


Car non vei lei a don mos 


qeil fo donada per muiller en thi- 


[cors non saire 


pn^.eilfo dat ad entendre qîl era 


Car tan mes loin g la terrel 


newm del' emp^rador de conatan- 


[donz paîfl 


tiaofjle e qe per lei deuiaauer^ 


On es cella vaa cui ieu lui 


lemperi per razon. dont el mes 


[acliuf 


tôt qant pot* gazagniar a far 


10 Perçai perdnt loi e aolaU 


nauiU qel ereiia auar lemperi 


{e rire. 


coDqiatar ô portaua armaa em- 


IL A leii mautrei ab ain *■ con 


^^^v peri/ila e fazia se clamar empe- 


[ses enjan 


^^^H raire e la muiller ^ empemiritz e 


Car tata ani aiens aes donar 


^^^H ai entendia en totas la^ bonas 


[e aea vendr* 


^^^H domnas qel ue^ia e totat las pre- 


E voil trop mais en bon ea^ 


^^^H gana damôr e totas U dim d@ far 


[per atandro 


^^^B e de dir tôt zo qel ^° uolgues. 


Leie cui toplei don ioia mi 


^^^1 dont el crezîa easer drutz de totaa 


[vai tarzan 


^^^H e qe cascuna moria per eLE totaa 


5 Qe dautrauer» bel fag ni bel 


^^^H uetz me □ au a rica des triera à por- 


[aemblan 


^^^H taua rïcae armaa. e caidera ^^ e 


Qinz e mon cor ma fag 


^^^H campoilet emperial. e delà meil- 


[amors eacttire *^ 


^^^H lers eauallera del mon erezia ^^ 


Sa gran beutat don rea non 


^^H éstre el plua amatz de dompnaa. 


jl[ea a dire 


^^^K^ 


E son gtn cors ben fag e 


^^^H 


[gen asila 


^^^H EN PËIRE VIDÂLS 


Perqieu li aicu hom francs 


^^^H Or. 364, 33) 


[fîzels e ûz 


^^^^H K iff, ÎÎS) Per miela aufï-ir lo 


10 E per iamor a las autraa 


^^^^H [malti-ag e lafan 


[aernire. 


^^^V 1 4b ^* Hngua — «moUlk^r — « 


[Hinc— >çliiprî — fl de — ^iiauer — 


^^^H iipog^" muUlii^ —1' qe — *^ cadeirât — ^^ credia. | 


^^^1 l'i L : un ^i* l: aacriro 





^^^ LE CHANSONNIER DE 


BKHNALlT AMOBOS 225 ^^H 


^Ê IIL Dieus qan veirai \q ïoru mï 


V. Al proz marqes qa pretz 6 ^^^H 


^m [mei yî ' Ua 


[valor gran ^^^H 


^B Qetlam voiU& del ma! gui^ 


Mante e aap ge^t donar e ^^^| 


^H [ardon rendre 


[des pendre ^^^H 


^Ê Qieu nûn lais* dir* mieb 


E «os ries pretz fai lo» ^^^H 


^H [maiizaria pendre 


[autres diaceodre ^^^H 


^m Mon coratgei caot leu U biù 


Vas monferrai chaDKoneta ^^^H 


^B [deQan 


man ^^^H 


^B 5 Mu asB&U pot conoiaser 


5 Qeil sieu rie fait son delà ^^^H 


^K [mon fiemblaa 


[autres trian ^^^| 


^H QUI ea la res ê1 mon qieu 


E pel meillor lo pot hom ^^^H 


^K [pi as dezire 


[bOQ ^^^1 


^m Ë per samor saffri tan grisu 


Qel ea la fiors de totx a cui ^^^H 


^K [martire 


^^^H 


^K Qe la dctlors ma ia del tôt 


Qe' toU bens comen^amena ^^^| 


^H [çoDqîs 


^^H 


^K El dezirerâ qe maura tost 


E saïasi foa cou îeu voil ni ^^^H 


^" [aueis 


^^^H 


lO^ EaD grau tort maa ieu non 


IQ Corona dauf 11 vireî ^ el cap ^^^| 


[lo aaz dire. 


^^^H 


IV. E si merces ab leia mi val- 


^^^H 


^K [gués tan 


^^^1 


^K Qelam volguea lu âîeu bel 


^^H 


^K [braz es tendre 




^B Ja del tîrar nô feira escoi- 


EN PEIRE DE VIDALS ^^H 


^M [aeDdre 


^^^H 


^H De tost venir bumilment 


(= B, Qf. 3G4, 36) ^^H 


^V [merceian 


^^^H 


^H & Vas Ueis qi ma trastot en 


L ip- IIS) Si col paubres qe ^^^H 


^B [son coman 


[tai al rie ostal ^^^H 


^M Qem pot douar ioî o del tôt 


Qe nonquaa plaing ai tôt aa ^^^^^ 


^m (aucvre 


[gran dolor ^^^H 


^M Qeu non ai gea poder cail- 


Tan tem qe torn a eaueg al ^^^H 


^H [lors me vire 


^^M 


^B Ë fill pbgues qe prea de %i 


No maus pt&igner de ma ^^^H 


^B [cnai^is 


[dolor mortal ^^^H 


^K Bem leDC per aieua raaa 


5 Bem deî doler can selam fai ^^^H 


^B [miels magra coDqis 


^^^H 


H 'Û E feiram ne de grant ioia 


Qe nulla rem tati non dezir ^^^H 


^B [iau^ire. 


^^^H 


H *^- ^: fii^« r : raus-- >/. ;Ede— «/.:Tir. ^^| 


■ 


^^M 



^^^^^^9S? 


^LBCHANSONrnER DE b"rNART AM^^^^^^ 


^^^^^ , 


Car si val ro son îaus ck- 


Com de guerra ïiono po^ 


^^^^^M 


[mar merce 


[bauer bon or 


^^^^H 


Tal p»or ai cadea senaeg 


Poa el* senz grat faiditz de 


^^^^^H 


[de me. 


[son logal 


^^^H 


Ais«i COQ cel qe bad al veinai 


5 Ben son faidite ai de samor 


^^^^^H 


Qeil sembla bel cotitra b 


[non toil 


^^^^H 


[reaplandor 


Nom en partrai anz lam mais 


^^^^^1 


Caût ieu lésgart nai al cor 


[qe non sneil 


^^^^^H 


[tal douzor 


Tenram ia vil poa ab mal 


^^^^^1 


Qieu mi vbUt per leia qe tei 


[mi rece^ 


^^^^H 


[aital 


Non de a far qe per aroor 


^^^^^H 5 Hem bat amara ab las ver- 


[me ve. 


^^^^H 


[gaa qea coil 


V. Qaiaai ma tôt ma donae son 


^^^^^H 


Car una vetz en aoa roi al 


[cabal 


^^^^H 


[cap do il 


Qe aim fai mal ia ii5 naara 


^^^^^H 


Lémbîei un bail, dou eraa 


[peior 


^^^^^1 


[mi aoue 


Qel sieua plazera. ma Lan 


^^^^H 


Aj tan mal viu qi ïo cama 


[doQza aabor 


^^^^^H 


[aa ve. 


Qe gea del mieu nom remem- 


^^^H 


Si maiut dieus pechat sai * 


[bra nim cal 


^^^^H 


[criraitial 


5 Non el * nul îoru qe aamora 


^^^^^^1 


Una* bella dona car miela 


[al cor non broil 


^^^^H 


[nom socor 


Per cao^ tal gang can la 


^^^^H 


QU aap qen lieis ai mon eo ^ 


[veson mei oLU 


^^^^H 


[ô mamor 


E can moa cors penza de 


^^^^^H 


Si qe non penz de nul autre 


[son grau ben 


^^^^^H 


[ionial 


El mon non vol ni deair 


^^^H 


Ûieui perqemsona tau getit 


[autra ren. 


^^^^^H 


[mm acoil 


VI . Jeu dtc b ver aifisi com dir 


^^^^H 


Foa pra nom te daisso dont 


[lom aoil 


^^^^H 


[plus mi dùil 


Qi ben comenza e poieaas 


^^^^^1 


E ci^am donc aiasi loignar 


[aen recre 


^^^^^H 


[de se 


Miela 11 foia qe non comen- 


^^^^H 


An aufrirai ko cai suffert anc 


[aea re. 


^^^^^H 


[.e. 


^H 


^^^H 


Car suffrira tain g a aeg nior 
[natural 

Lo tûri ea dreg e la> aen a 
[ia folor 


i 


^^^^i 


f7i: rai — ti.^Ma — M.: el- 


* c* «I : ea — »(?. en : rote — «L :e9 


^^^^^ 


. : c'ai, 

k 


1 



LE CHANSONNIER DHÎ BERNARr AMOROS 



121 



117* 

EN PEIRE VIDALS 

(= B, Or. 10, 28) 

L [p. 117) Loa douz tempt 
[de pascor 
Ab aa freacû verdor 
Woa aduiti faeille flop 
De diuersas colors 
S Per qe t u i 1 1 ai m ad ors 
Son gui e cbaotadora 
^jis eu qi plaing e plor 
Cuî lots Qûn a sabûr. 
'1- A totz me ekm aegniars 
I>e mi do HZ e damara 
^qil dm' traidors 
Car mi Ûz& vendops* 
S Hi fan viare a dolora 
Per bes e per honora 
Qai fag a ta genzor» 
fle non val nim aocof, 
Laa e niure' qem val 
Car non vei a lornal 
Mon fui * ioî nntural 
Ekia al feneatral 
^ BJanche freach autretal 
Com par neufi a nadal 
Bi camdui cominal 
Méflutassem en|2^aK 
^' • Kotj uist dmt tan 1@îal 
Qe pens^ qaia ^ aal 
Qieu port amor coral 
A leis de mi non cal 
^ Enanz die qe per al 
Nom a ira mortal 
E ai per som fai mal 



tiL 



Pecliftt fai criminal. 
V, Poa foram* amdui enfatn 
Lai amade la blan 
Eii^ vai mamor doblan 
A chaBcun jorn del an 
5 E ai vos * irai enao 
Amora e bel aernblsn 
Pos er veiUam deman 
Qe m ai a bon ta) an, 
Vî. Pêne dolor e dan 
Nai agute lai gran 
Mas suffert o ai tan 
No mo teae ad afan 
5 Aûç bom non vi aman 
Miela amea aea enian 
Qieu uom vau gea cancan 
Si con la^i dùtias fan, 
VIL Ben for oimaia sazoa 
Bell a donna e pros 
Qem foB datz guiardos 
Dan iazer a reecos 
5 Car non suî enojoa 
E ia per als non foa 
Cu» bea val dautre doa 
Qant per Bora * ee datz doa. 
VllLQant veivoa traa fai zos 
El gent cors amoroa 
Bem merauil de voa 
Corn ea de brau reapoa 
5 Car ben ea tracioa 
Cant on p^r franea e boa 
E poia ea orguilloa 
Lai on ea poderoa* 
IX. Bel veser ai nom foa 
Mondauantotz '^ e uoa 
leu laiaaera chanzea 
Pef mal dea enoioa. 



^oye» ni^ 6Î ^ * t.: dni ^ *L: fizâua en lor — ^ c, «î : uiura — * c, 
^ * Uq — I ^ : menz o aia ~ * J. : fom ^-^ ' L : Kis — • r. en: noa — 
*' for» — ** Li datian tolz. 






m 

228 


LE CHANSONNIER DE BERNART ÂM0R03 ^^ 










Per qieu de vous gîree mon 


1 






118 


[cor aillor, 
ÎV, Ja nous senon laa mei oill 








EN PEIRE UI DALS 


Deagardar leia nil sien sem- 








( =;l B ÛT. 47, 8) 


[blan 
Neîa si dur au al i orna un an 






1, 


Plaa ai de telan qe non 


Tant mes bel tôt can dia ni 


1 






[^aml 


[fei 






Com pogues hr auzir chan- 


5 Qe de nuil maltrag n& soue 








[tan 


Qe son bel cors e sa freaca 








Com teïi amora en son eoman 


[colof 








E com fai de me so qeil plai 


Mal naal cor en gaug et en 


1 




5 


Qerara sa^ chanur. ai tam 


[douzor. 






[ben 


V. Lo mal traditi don eu plua 








Ab lo laig tempe et ab la 


[mi dueil 








[g l'an freidor 


Es car adeanoil son denant 






1 


Con degra far lai el temps 


Mas adea i son en pensan 








[de pascor. 


Qea oils del cor tein adea lai 






11, 


0, 1Î3) Oq plus vauc plai 
[am e plus veill 
Ab fiti cor e de bon telan 
La bella që compret baian 
Era iam tan qe non pueac 
[mais 


5 Mas )o denr qieu ai ab me 

Magra be mort lonc tempa 

[a de dolor 

Sil doutz baisrti's non foa 

[qemê flocors. 






5 


E non sai per qe roes deneu ^ 

Qe ean 11 plat£ qem fai ben 

[ni honor 

Et ieu Iam maii non aai con 

[aesdamor. 


lie 

EN PEIRE VI DALS i 
( = B. Or. 30, 6) fl 






lU. 


E cm rai fai aemblaa dor- 

[gueil 

Gea lamon nos laissa per 

[tan 

Anz ea vers e nom torn a 

[dan 

Ma d6nft qÛB voua " pueac 

[oiusBai 


L Aiaai con mes cori ea ' 
Fpanca e iiE vaa ara or 
Amail ^ dtimilitat 
Ma loia^ a aa paît près 
5 Qe maltrag ni dolor 

Non plaing tan mea conola- 
[cenz ■ 






5 


Desamar per neguna ren 
Ni vol esser en luec àèper- 
[ador 


Qan i eonoac amor 
Mais beua die sen clamor 
Bona do II nu valenss 






1 l 


. : fa — » r, Ç7Ï : m*eadetieii — *e 


. en : nouâ. ^^H 








. en : A maia - * c. en: lois - 


' L : ooi&nz ^H 





^^^^V LE CHÂNSONNIEB DE 


BEBNART AMQEOS ^?9 ^M 


^^^^ 10 Tant mî vezetz cocliatz 


Ni eria soi peneat. ^^^B 


^^^^^ Si merces doq socor 


V, E «ius adui merces ^^^H 


^^^V TeiD qe naurea peehât 


Qem fasBatz tan damor ^^^H 


^H II. E f^i lam vengrua bea 


A leî daim ont* aumat ^^^H 


^^^w Ni gaugz de vo8tr amor 


Ai dou2e franoha res ^^^H 


^^^y Tan sin a ^ V ) untat 


5 E ai dig gran folor ^^^H 


^ NtïD crei raei com aguep 


Car me près ardïmeuz ^^^^B 


^^^^ 5 Vat dompDa ni segnior 


Qeua qezes tan donor ^^^^B 


^^^M Cab bels d]t2 aujoanï 


Maa aa 6n amador ^^^H 


^^^H Enanz voatra buzor 


Dm venir chaydmena ^^^H 


^^^^P & am tant de dou^or 


lÛ ûenc^ ioi e donrat ^^^H 


^^^^ Lo vostre DQsntemeïitï * 


Eu son el gra dauzor ^^^H 


^^^^ iû E bel parlar per grat 


E fliam perdonat. ^^^^B 


^^^H Labacham na sabor 


Vl , Oen conquis la lau^or ^^^H 


^^^" Qaut ai daatras parlar^. 


El boB enaegnamen^ ^^^B 


^^ -K IL Domna ab car eortes 


Qe dieuB vos a douât ^^^H 


^H Flore de toi c dam or 


En un 10 m de paaeor ^^^^| 


^B Ë mirails de beuut 


5 No aeriao contât. ^^^H 


^H Frea ni ries nom tenguea 


^^^1 


^H 5 Contra vostra valor 


^^^H 


^H Man proshom conoia^enz 


^^M 


^^^^ Qim* fai (p. 11$) hen ni 

^^^^^ pionor 


EN PEIRE YIDALS ^^H 




^^^B Et en lu ee dencor 


(= 6. Ûr. 364,16) ^^H 


^^^^ Soi nos » obedieoz 


^^^H 


IQ De tan finamistat 




Cades en truep raeîllor 


Per tra * e per dolor ^^^^B 


Mon fin cor esmerat. 


Del pro comte mon aegnior ^^| 


'^ ^1 Amora qelfin cor uena 


E poa vei cal bon rei platz ^^U 


Sil non ea vers clamora 


5 Voil faire una chanzon ^^^^B 


Merce û pietaË 


Qen porte tù aragon ^^^^B 


A lei corne conqes 


An naacol ' ronieua ^^^^B 


5 Oui ion oba vaJedor 


Sel sona H par booB ni ^^M 


Te clam ge la turmen^ 


[brena, ^^M 


1 QÊtn faasat^ t^nt donor 


1 i , Qai tal domn&m fui ' i tornatï ^^Ê 


Cab leivaa eu î ad or 


Qe mude ^^ loi e damor ^^B 


Met alcunt cKaazimeuz 


E de pretz é âe valor ^^^^B 


in gel cor i ai pauzal 


On satina aisi beutalz ^^^^B 


Si qe nol vlr ail) or 


5 Com laura en iafden charbon ^^M 


^ €. ''u : iina — ^ c, en : mintinenlï 


— W. : parlai — M.: Qïm — ■ c. ^^^B 


*» : Doa — * e. en : dalmont^ ' c. f« 


: De rie. ^^^^^1 


■ C4 tfîi : ira — * e, en: nasool — l' c 


> en : aul ^ ^^ L : tda de ^^^^B 

^ 



^^^^ 2%Q LE CHANSONNIER DE BEENART AMOROS ^^| 


^^^^^^ E ^ moa preefi li aap bon 


Et am dat maia de ncor H 


^^^^^B Bem part qel segles es 


Qe se foa rei de valerria *. B 


^^^^^F 


IIL I^ lausEet el rosainol B 


^^^V E qeU cm tenon mos BeuB. 


Am mais de nuilk autre au- 


^^^H m. Qeu Boi rîcs e coronatz 


[Ml 


^^^■^ Sobre iotz enperador 


Cano* pel gang del temps 


^^^^^L Car de filha de eomtor 


[ttouel 


^^^^^^1 Me flui tant eoamoratz 


Mûuon tng primeitaD ■ lor 


^^^^^^1 5 Qe mais &i don pauc cor- 


[chan 


^^^^^B 


5 E tôt par aital semblan ^ 
Co fan 1 autre trobador ■ 
Mo» ieu mon cban per 


^^^^^H Qê na raembaudam > don 


^^^^H Qel reis richarU at> pei- 


^^^^H_ 


[amor 


^^^^^^^B Et ab tors et ab angieuB. 


De ma dona na uierna. J 




IV . Aragones fan grau dol H 




Catalaa e cel duaael B 


^^^^^ 


Qé non trobon qila capdel 




Maa un ^ Hegnior fat e gran 


^^^H EN PEIRE VIDALS 


5 Tal qea vana en cban tan M 


^^^^ f= B. Gr. 304, 25 et 80, Ï8) 


E vol maia dînera qonor B 




E pendec son ancessor ■ 


^^^1 I, {p. 1$0} Aram va mieU qe no 


Don Ëi deatruis e serafema. 


^H [aol 


V. Pos lo coma ricbartz mais 


^^H Cant lau remlr moa anel 


[vol| 


^^^^^_ No vei ciutatni caatel 


Beiruies " aai près bordel B 


^^^^^B Tug non fasson mon coman 


Qe conbat ni mlrabel B 


^^^^^^Ê 5 E U rei e lamjran 


Ni Chartres ni asiin ioan B 


^^^^^H Me tenon hig per segnior 


5 Grieiï cobrera botennn H 


^^^^^H Pel gaug e per la douzor 


Ni fcira a son aegnior B 


^^^^^V Qero ven danaa nauierna. 


Bi atas * nioiUar per paor ■ 


^^^V 11. Qeu Hflt nn auator tertol 


Per qieu creie merlia les- 


^^^^^H Mudat cane non prez auzel 


[qema. 


^^^^^H Coiadet e gai e ianel 


VI. Qtiil aguza e! esmol 


^^^^^M Abeui ieu mapel tristao 


EL trencha corne eoma eol- 


^^^^^V 5 E tôt per aîtal iemblaa 


[tel 


^^^V Ma prea a entendedor^ 


Lo aegnior qe ten bordel B 


^^^P U. E car » ^ c. é?i : ia embaudam. 


1 


^^^H Vôffez /p tej^te imprima par M. €. Cha&aneati dam la Revue d. Lr HT. 


^^H s., t. XII p. 23tî ^s. (/rtfif couplets 1 et 3 appartimnmt à Peire Vidal, les 


^^^B autres à Beftran de Bùrn) — ^ Vhab. 


: emendedor ^ * Chah. : Palerna 


^^^B — s Cl^f^' ' Car — ^ c. en : pz-iiDeii-ani 


Cfuiù.: priaioir(atj}— f Chah. : aa ■ 


^^^1 — < c. en: Btirmùi — » c, en: Braiai 


à 



■ 


^HHi 


HPIR^H 


p 


LE GHâNSONNIKE DE BEBNART AM0E05 211 ^^^ 


H 


Mas trop aon espea denan 


5 Per bona fe qe de re noU aa ^^^^^ 


^H 5 E mol dauas Lo trenehan 


^^^^^ 


^1 


Ë plus le i&u dtin prior 


Ga&a; e aadâa moa plus co- ^^^^^ 


^H 


Mériïd a lea molêdor 


[choH affara ^^^^| 


^V 


Ben viurai a viterna*. 


Seniîr a leia os mas cors aea ^^^^| 


■ nr. 


Poa la reiaa damor 


^^H 


^ft 


Ma (ir«s a eDtendedor 


IIL So ea aqil pros domn ab lo ^^^^| 


R. 


BeQ pose f&r V G el tema. 


^^^^^ 


■ Vlll 


Trifitan per la vostra amor 


Cuî eu mi don al meil qel a ^^^H 




Mî veiram tarneiador 


^^^^^ 




A peitau qi qes nôsqema. 


E ai tal puesc semir a eon ^^^^| 
Ben son guérite et enders e ^^^H 




P 122 


^^H 




KN PEIRE UIDALS 


5 Qeil genzera ea é%l mon aea ^^^^| 
[totz gabars ^^^^| 




(= B. Qr. 135, 5) 


E ea aaubut e proat et es- ^^^^| 


^Vl 


(p. 121) Lo roBsigTiols 


Et en maintz lueca b aieua ^^^^^ 




[chanta tan douzamen 


[boa prêts ^. ^^^^Ê 




Qe neguns chaos dauzel al 


IV, De la beautat qea en lieta ^^^^^ 




[seu DOB prezi 


^^^^H 




Ë qant teu aug da lui matin 


An non pro dautraa proa ^^^^| 




[c aer 


[donae een ^^^^| 




Chaa^ e retiûtz. dou:ïas voua 


Qaat albrar ^ ceunom * ao& ^^^^| 




[è refraitz 


^^^^H 


^H ^^ Adancoblit totz mo'ï ùutree 


Tra qe leia via qe dautra ea ^^^^H 




[pessars 


[mai traits ^^^^H 




B peû2 damer car col peuB 


5 Car gee en tan nô ea la aoa ^^^^H 




[mes plus cara 


^^H 




Ë metabra me da maioU bes 


Qan eobre cela da ^ tarra ni ^^^^| 




[qa ma fattz. 


[clau ^^^^H 


[ ^l. 


. Loa guiardos e la& inerces 


Ni nul a boa pretz a5 les en ^^^^| 




[lao tan > 


[re aofraitz* ^^^^H 




Ëm teiic p«r aieu ea tôt bon 


V. Perqieu son Uaua^ en far ^^^^H 




[coumeti 


[ton mandamen ^^^^H 




Ë ïâ n5 voîl isaÎF dal aieu 


Cautra noia de m an ni tene- ^^^^H 




[voler 


^^^^H 




Car maut men lau per qieu 


Ni part ni dreg ni reapeig ni ^^^^H 




[mi soEL &ffraît^ 


^^^^H 


1 ' 


^hnh. : i3Î[d e]t«FQa. — ^ c^ en: ren ^ ^ 2. ; pretz ratraitz — ' l. ; Qcat- ^^^^H 


^H «Ibitp — * c, en : deariom — * c* en: 


ta ^ ^ c.en: sieus ^^^^H 



23£ LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS ^^ 


So sab il ben qieu èoh a totz 


Qel es mage aasaiz f 


[traçai tfi 


QmgE cant ea car comprata! 


5 Soa fina afûica v&rt et hu- 


10 Caicel don ee viutati. 


[mans e dara 


IL Ënqier aui plus imtz S 


Feracs * e aegura, e d5 èe re 


Deî cordon cai perdnti M 


[ftuara 


Qe daiaso qe mauenc ^^Ê 


Em ion pêr leis dautra «mar 


E pero gea nom fenc ^^H 


[entrait. 


5 Ans aui pins vert&dîer ^^H 


VI. E poa il «ap caissî tna bob 


Qe DO magra mestîer H 


[conten 


Qenqer par ala costatz M 


Ben dei trobarmerce e chau- 


Con ien bqI * lai g menatz 1 


{zimËn 


E puis raea tôt deintatz 1 


Ab leis oc be les ne men 


10 Pois cama donaplatz, 1 


[de*e&per 


IIL Don pueifl mo castrats* ■ 


CAbgentBerulrai uistmaiDtz 


Amutz * ni rauba drutz " 


[ aturs fraitz 


Noil penz iieu len reprenc 


5 For qe de lei» nom taitig 


Car qï fa qi bUstenc M 


[assegurars 


5 Auzit de repropcher fl 


De nuUa re ai fai qe deape- 


E car per pauc damor ■ 


^^^^^m [rare 


Fni en a a cort raubati ■ 


^^^^^B Ea falia fea e plus doblea 


Le blainea lieia ressatz ^ 


^^^H 


E fora plufl bonratz 


^^^^H VIL Sapchatz mlrailt car ai ea 


10 Sel fosdel re venjatz. 


^^^^^H 


IV. Cel nés plus emanat^fi 


^^^^^B En leiB qe tatz née failli tz 


Qil es damor téngutz 


^^^^^1 [moe agaitz. 


Qel eegnïer de be renc 


^^^^M 


S ai ben cô les denene 


^^^M 


5 B pueis b pog nautier 


Car fîo errai et premier 


^^^M EN PEIRE UIDAL 


Fon per el deirocatz 


^^^^^^^^^^^^^^^^^^B -a-^ j^ ji d^ « é 1^ t. 


E ia totz temps gaidatz 


^^^^^^1 (rr B. Or. Wl, 45) 


Sos bos amîcfi priuatz 


^^^^^1 1. (p. î$^}. Son ben apoderatz 


10 Si cou lescaranaitz. 


^^^^^H Per amor e uencul^ 


V . Per KO nés sos comtatz 


^^^^^Ê Car Bitalvia tenc 


Enreebitz e cregutz 


^^^^H Qe lai on teu plus prenc 


Mas meins val duna rené 


^^^^H 5 Dan cra' ni demcotnbrier 


Zù qe per fora a renc • 


^^^^^B Torni plus volontier 


5 Qel près mooge claustier 


^^^^^H Perqîeu aai qea vertatz 


A cni tok lo mouetier 


^^^^^K 1 /. : Fcnns* — ^ c. eni cla — * * c. 


efi: fni-' • l\ en: castiau — * c. «t; 


^^^^H ÂunitK ~ < c. mi tanc 





LE CHANSONNIER DE BKimART AMOROS 23^ 



Pero si na rauhftU 
Sumleits e momatz 
Mat tnpol so aapchatz 
10 So' gen del coiiqiatatz* 
Vï , El portai els foHBatx 
De ton * chau foûduU 
E pwm OAU ^ mea souenc 
Qe de plus no m es ton c 
5 Qe za ne for ciiaiier * 
Ënêmic e gerrier 
Si qe moa gazaignhat£ 
Ten opida em patss 
E si ea perdonaU 
1 Si na tort lo pechatz. 
I ^Jl * Domna nostras ^ beau ta tz 
El Rnz preU mentraubutz 
Mi fai eemblar aabenc 
Tôt autre ioi cane venc 
5 De voa un alegrier 
Meetauc a cor entier 
Don nai mager aolatz 
Ai don h u mi 11 ta U 
E pret2 e pietatz 
E O Voa met entre moa brata. 



YIj 



l (jî, JJSJ), Naraeina * 



l 



pOfl ' 
[vila£ 



Mal enseignât^ 
Es qi voa abignatz 
De Doatraa amietabs. 
Perqe mos chastiat^ 
Ses proma cermatz* 
Sil fai mas ea péchais 
PoB totznoi estabatz^. 



124 

EN PEIRE UIDALS 

(= B. Or. âS4, 3) 

I , Amors prop »ui de la bera 
Car mes tant de m al a guisa 
Qen cuiei magnes conqi^a 
La gencer e la plua gai a 
5 D amors niaa noil qal qeu 
(laia 
Per qeu morai dâaesperatz 
Amore et en '" tort» e pe- 
[châtz 
Si daqeet voatre ben voillen 
Non auea qalqe ohauzimeo. 
U< Ja sieu saubes non antera 
Qe meu prezes daital guîza 
Qera ma voî notât priza 
Cil qes orgoilloaa et gaia 
5 Vas mi e per mal qen traia 
Nom qal qan ma mes en tal 
[latz 
Qe chanz ni déports ni ao- 
[latz 
Dautra nom doua eabaudi- 
[ment 
Ne de leia nul loi non aten, 
1 II , Per qiea a mon grat nea- 
[tera 
Fe qena dei «nz de ma guiza 
Qêcar non lagi'a enqisa 
Ë pero non es tan gain 
5 Qeu de lei ma) non retraia 
E dirai enuoig^ e viutatz 
Si tôt aea menaonge foudatz 
Car cors qes pieu daztramen 
Fal ben faillir boca aoneo* 



* c. en: Fo — *e. ffn : fon— » f*<?n: can — ' c. cti : cbacier — ■ U 
'fatras — • t\ en : Natiierna ~ t c. en t poitz — • é. en: cremaU — 
* ^- m: eataratz. — i» /. : or 



?34 LE CHANSONNIER DE 

IV. Tost temps bÎto lègues bîas- 

[tnem 

Leis qu«« taa da boon gmza 

Matnta raj^o nài aasi^a 

Em blasmar la domna gala 

5 Per qes ben àreitz qem ne»- 

[traia 

Boa partirai de samor for- 

[«atz 

i 1 

Si val partraî tnen booafnea 

Et. irai mon mie 1b enqereii* 

V. {p. 124) Qi ifl vi bra qil 

[mera 
PUzens e de bel! a guiza 
E sa bocha geot apriza 
Em parlar paraula gala 
5 Mais bon pretz fînz e veraîa 
Sos CQVB adreit^ a gentfor- 

(maU 

DasegDamenz e de beau- 

[tatz 

GiQC aoc hom non vi tan 

[valen 
Ni ab tan bel eba^Ktaneman. 
VI , Maa ar mes aaqiua e fera 
Torsada de m al a guîza 
Si qe la[s]peraûza briïa 
Don fon ma voIuntaU gaîa 
5 Po8 UQxm plas bes mi^n as- 

[chaîa 
Paigz trai da mort Ud vif 

[iratz 
Ar eanosc a aai qea vertaU 
Qe diabk aon seu paren 
Qal aieuâ doEia peior Itirmen. 



BERNART AMOROS 

[125. (C 80)] 
Pg|REUIDAL{c/^.«Or* 

(=B, Gr.364, 48) 

1. Tant mi plai 

J oia & solaz 

D hom es bondras 

Per qieu faz 
5 Tal chanson uiaz 

Bon rai» qe uoill qapran 

E aim domâda^ ^ 

Tan souen p«r qe cbâtax 

Par far enug' aU malua 
tO E gauz a nos enudiaz ' . 
IL Ban sapcliaz 

Seu foa amaz 

Qe * auskaz 

Esmaraz 
5 Chaoteratz * pr«ia» 

Qar on plus son* mali 



[\ 

Fait meranelUaï 
Motz ab nn aonat daura 
Qatni nc> ^ ual amistaz 
10 Ni n^ chuit mas de 
[chat 
lit. Plu* hondraz' 
Fora choni na^ "* 
Sil bais amblaç ** 
Mi fos duz 
5 '* aol auLreiaa 

E no uoilh qen qe iraz ^^ 
On ea tok m os graz 
Qe ben leu mal me farai 
Qar Bouen fai cobeîtaz 
10 Fallir los^^ plus enseohj 
IV, ^ s Cors dolgaz »« i 



L, S. i^ demandai — • Car es enaegi — * nos enueialï ^ ' Qaos 
• Gbantarebe — * soi — ^ 1^1 no mt'in — * perchatz — * Meila paiati 
10 corn nat»— i embiaU: _ n ^ _ n qe menqeiralz — <* als — <* I^ 
h(t quff»ta ffftnzfi ■^—** déliai 



^^^^^ LE CHANSONNIER DE BERNA RT AM0R03 21T. ^^^ 


^H Fai«oDaz * 


eu son gelas ^^ proaz ^^^H 


^H Merce umnz 


10 del tôt euamoraz. ^^^H 


^m Piataz * 


VIL '' Neus & glaz ^^H 


^H S « Vos lan ^ COGaeilh&x 


Qar ^^^H 


^H Qe deatreîte son & eoîta^ ^ 


Ja ^^^H 


^H Ha ' dôûa gardatz 


E ^^H 


^H MoD car e * d5 lauçtaç 


5 Qe tion uerdeiaK ^^^H 


^m Qe mans ^& tûrtz â pechaz 


Qeu acii plus ânamoras ^^^^B 


^H LO Er aeu mor ^ dçaesperaz. 


Fer Wi cui embraz ^^^H 


^U y . Àb un daz * 


Qa noatr einperaira faz ^^^H 


^B MetLut plombaz ^* 


Qe la perd ut so sapcbaz ^^^^^ 


^H NoH a trit^haz 


10 Sec seotz sal caocb nâ ^^^^^ 


^m Mailles taz 


ftenbdadz. ^^^^^ 


^^ S Et es caasetax ^' 


^^^M 


^B E nos raman non '* gîta? 
^H Qades nô faaiaz 


[126(0*93)] ^^H 


^H De ben ^* aîtanz. qant pua* 


PËIRE UIDAL ^^H 


■ [caz'' 
^H Qe hom mmêç cobes ae- 


Gr. 364, 4) ^^H 


H [riaz i« 


1. Aqc no mon par amor ni ^^^^B 


^H l O Val meni q« mort *" soter- 


^^H 


■ .. [^^^' 


Mâ« m *^ uida pod ^^ hen ^^^H 


■ VI. iTpobbeutai 


[ualer morir ^^^H 


^H Fat plufl aenhaz '* 


Qant uei la ren qe plus ani ^^^H 


^m OUraeuîaz 


^^^H 


^H Fer ^^ qes fa/. 


E ren nô f^z -^ maa qe dolor ^^^^B 


^B ^ Qi noi ien aolaz ^'^ 


^^H 


^^B Mas eu Buî ben *^ enchâQ- 


5 Nô ual ben mort maa an- ^^^^B 


^K^ [taz 


[qar^^ mes plus greu ^^^H 


^^^K Sftb mi doQç parlaz 


Qen breu sarem ia ueils ^^^^B 


^^^^K Qe d6 poa partir de laz ^' 


[ella & eu ^^H 


^B^^ Gbq faisonaz — ' Pieta? — * lam 


^ ^ cocbatz — ^ Ai — * qs — ^^^^B 


^P Q^njans ** 'muer -- ^ dat^ — ^o plombatz — i> DonI ieis e^carsetalz ^^^^| 


f ^ '■ Mas en rainer» no — - '* Qa pros *- 


- ^* uitiatz — 1* Qe ries bam iaue^ ^^^^B 


'*Pt*aU _ is piegz ciins mortz ^ ^^ pntfict (c.-à-di**e: stansaï — ^* Falz ^^^^B 


P' ïftembralz — i^Ben^ **c<îa eelaz - 


_ IL ^i — 13 Qieu ooil pueâc moure ^^^^^H 


^^ ^^Uau — > t> gilos — ^* L. S. non hn queUa stanza tna ha il canzonciuù ^^^^^| 


H ^^appié: 


^^H 


^H Naoîenui pai;c 


Qen pr^enr.a $ui tornatz ^^^^B 


^^Ê Volgram fe^mos cbasliaU 


Morîr cnn h lebrûl jati. ^^^^B 


^1 L Sr. ^«ma — "6 pot — »î fs) ^ 


enqer — ^^^^^| 


^^^^^^^^^^^^^^^^^ -_ --;=: — 


— — — 1=-«-,_-^ -> '""^^^^^^^^l 



^^^^^^^^^ 


^^^^H 


^^^^H f2ê LE CHANâONNIER DE DEENART AMOâOS ^^| 


^^^^^H Ë HOÎ si perd^ lo 


E Uttl ben '* pane riûs tion^^ 


^^^^^^1 


[qan pert sa gen 


^^^^^^H Mil mes dôl meo^ mas det 


E*** dairal rei de paras '^ fo 


^^^^^^H 


[p&rnâti. 


^^^^^H lî. Et ane no ui^ plait tant IV. Esters " mon ^rat am totz 


^^^^^^^ 


[aola per cabal 


^^^^^^H Qe qtnt êù pois nul^ r«n 


Leii qi nom deigna ueçer 


^^^^^^^P 


[niançir 


^^^^^^H Qa iei deignes placer oia be- 


Qen ferai donca s> pois nO 


^^^H 


[men poia *^ partir 


^^^^^^1 Ja mais * d5 uoil far 


Ni iftuaîrafit*'' ni merçes tio 


^^^^^^1 iomat 


[mi ual 


^^^^^^1 ô Mai * tôt qaD hiz par a Iei 


5 Tenrai ^* mal us del enoîos 


^^^^^^H 


[romeii^T 


^^^^^V Qe^ per merçe ni per amor 


Qi qer & qer** qar de U 


^^^^^^^ 


[freida^ nei^i 


^^^^^^1 Nois puâEC trobar merça ni 


Nais lo criatala don hon^B 


^^^^^^1 


[irai fog arde^^ 


^^^^^H Tort a de mi ** e pecbat ses 


Qe per ^o esforz uençon Vt 


^^^^^^1 


[bon Bofren* 


^^^^^^1 UL Bona domna^^ QOBtr hûm*> 


V. Ësforsar mai enqar dons 


^^^^^^H 


[per aitaP" 


^^^^^^H Podez seos ^^ plaz leugera- 


Qel ben et mal me uoil en 


^^^^^^H 


[paia sôfrîr^' 


^^^^^^H Mas a ta gent uot farez 


Mae ben sabreu honrada- 


^^^^^^H 


[men graçir ®^ 


^^^^^^H Ë poia nauree un ^^ pechat 


Sen ses secors & a Iei 


^^^^^^^H 


[damic eoral ** 


^^^^^^H 5 Voatr hom aoi ben qe ges 


5 Qe aeu^* uolgues dcina segre 


^^^^^^^ [nom teiug "^ per meii 


[autretreu" 


^^^^1 Maa ben laîi hom a^^ mal 


Onrat placer agra en con- 


^^^^H [lei^nor aon fen ^* 


[qiat un *'' bren 


^^^^^ 1 saissi part — >meu ^ ^sleu — ^uîs 


— ^ eu cug nulïa — • E ia ~~ 


^^^^H 'peïisar daltre — - *Car — ''Ganc — >• Noq qoI suer de mi nui chauzimen 


^^^^^^^^ — H K un gràn tort — ^'domnal — ** home — '*aiu3 — ï*aurezea — 


^^^^^^^H '< Ben soi uoslrfi qe ren nom ienc — 


ïî per — i> »o fleu — ** E pois 


^^^^^^H ual ^^Qa — *^ perss — ^^ Ëstiers — 


*3 Don es qe farai — '* puesc — 


^^^^^^^H ■* chanaimenz — ^* Penrai — ^ romieu — *• Qe qet e qier — *> frej^ 


^^^^^^^H — ïi^ E ab — ^' Donca qen farai sufrirai 


per ailal — ^^Col pros destret^HH 


^^^^^^^^H cui aueE a suH'nr — '^ S^m H fai mal 


mas be saura grazir — ^* Ou^^l 


^^^^^^^H fe^ea ben en Itiee damic leul — 9B ^ 


»ieu — ^<* penr autrui lieu "^^ 


^^^^^^H cug tîm 


4 



LE CHANSONNIER DE UERNART AMOROS 



2Z1 



Mas B«nefl^ tio» no» paesc* 

[#«9er (c/, 62 P"") plaçea 

Ni d« ren aU gauç^ entier 

^1. Per ço mea aoi * gitaz e n& 

[meû cal 

Con hom uolpilz ^ qi aobli- 

[da « fugir 

QiDos' auaa tomar m sab 

[gaodir 

Qaat leacàueaDt^ aei êuemic 

[mortal 

5 Nô ai eonort maa a qel del 

[iudeu 

Qe »im fai* mal fac adea 

[lo'ûseii 

Aisi Gom cel qa orba aa >i 

[deferi 

Ai tot perd ut La força e lar- 

[dtdien. 

VII- Lai uir r&Qû chaa al r©i 

|[ce]estiai 
Oui detien tuit onrar ^ abe ■ 
\dit '* 
Et ea maater qe laoë lât '^ 
[se fuir 
On cc^querrêm "la uide ape- 
[riÉalt> 
^ Queiliaracia deeleial ^^ ca- 
[uitieu 
Laa tolt^^ Bon règne des- 
[truîta aa plâu 
Qe aaçitan^^ la cro^ al 
[monuman 
F Don dâuflo tuit auer f^ran 



VII L "Cons de piteua de uos mi 

[clam adeu 

E deuH a mi per aqel eis 

[côaen 

Qamdoa aoei tratz moût 

[malamen 

Lui de sa eroz e mi de mO 

[argen. 

(127 (c" 96)] 
PEIRE UIDAL 
(B. On3S4,42) 

], Sîeu foa en cort on hom ton* 

[guea dreîtura 

De ma dSna aîtot aea^^ bona 

[e beila 

Me " claniejra qa tan graa 

[tort me mena 

Qe nom aten pleui '^ ni c5- 

[uença 

5 E donc per <jem promet ço 

(qe nom dona 

Non tem pecbat ni aap qe 

[aea uergogna. 

IL E valgram mais qem foa al 

[prim esqiua 

Qe qem tenguea en al tan 

[greu*^ rancura 

Maa illo faj ai ctim '* cel qe 

[cerobela "* 

Qab bêla aemblanz mi té'^ 

[en mortal pena 



. *^? ses — *nom pot — ^ gang — * P. alsso iui — ' Gan lo nnlpîlz — 
'^blîàa^^non— ' lencauEon — * sel fa— '• m. fa le ei & al — Jï qi ad 

^™ 9t n obezir— ^^ lanem a— '* hom conqer - ** uer ^aug esperitaJ 
"" **aerracin del maluatz — '"^ An mort — ^t g ^n ne tout — ^^ msrvi- 
ïïien ^ «>L. 5. nùn ha questo çanzQneinù*— I*. S. : '* es — *' Mi— ^^ piéiii* 
' ** Qii ia magues mea en aital ^ ^* con — **qi cembella — ^^ ma mua 



^^H ^38 LE CHANSONNIER DE BEHKaHT àMOROS ^| 


^^^^K^ 5 On ja ses leia ûO cre auer ^ 


5 Donc ** po8 tan lam bén fai J 


^^^^^K [giûrlïça 


[plus foletura ^* ^H 


^^^^^V (G /. ffJt?<>) Qanc^ ma.1a fûa 


Qel fols pastre qal bel pog H 


^^^^V [taû belia ni tan bon a. 


[caramela ". 


^^^^B UL Dautres afars mes cûftesa 


VL Mas uencoK es cui amors j 


^^^^K [& chausida 


[apodera 


^^^^^^^ Maa mal o fai qar a mon 


Apoderaz aui qan '* madlïna ' 


^^^^^^H [dan 


[aig uÎBta , 


^^^^^H Qe peiz mi fal e no sdn^ 


Qarndl *» antra ab leis^ 


^^^^^^H 


[noa aparella 


^^^^^^H Qe * maU de detit qan dol en 


De gaug enUr al> proeisa 


^^^^^^H 


[côplida 


^^^^^^H 5 QaP CQT me bat ades e ûom 


5 Par qeu soi aena ê aérai tant 


^^^^^^H 


[qant niua 


^^^^^B Samors ab leis & ab tota 


E si nom ual ** er torlz e des- 


^^^^^ 


[ mesura. 


^^^^^^ IV. E qar ' nô uei mon rainer 


VII . Cbanaons uai te n a la ualen , 


^^^^^^^ [de* marâeiUa 


[reina** 


^^^^^^H Si lot ma tiîu moa uiures nn 


En aragon qar mais rein a 1 


^^^^^^H 


[nara 


^^^^^^H E m alau des ' qan so neti reca- 


Nô aai'* el mon e ei n&î 


^^^^H 


[maiota uista 


^^^^^^H Quaria moU greii anz mor 


Ni nô trob '* mais ses tort e 


^^^^^H [si BÛ& 


[ses qerella 1 


^^^^^^H 5 Dams eerat tnortz senaisim 


5 QilP^ es trancha e cortesa e i 


^^^^^^^1 


[grasida *» [ 


^^^^^^H A qel^' désir qim ^' toi souen 


Vaa tota gen & uas deu 


^^^^^^H 


[agradiiia. 


^^^^^^H V . Âl maa aemblan mont lauraî 


Vîll E qar lo reia aobraatrea reia 


^^^^^^^1 tard CôqiBta 


[senansa ' 


^^^^^^1 Qar nalla dôpDa piez uô sa 


Ad ai ta! rei conuen ai tais | 


^^^^^^1 


( rein a. 


^^^^^^1 Vaa aon amie qe qati plus lai 


IX* Bêla castiaç "^ nostre prei 


^^^^^^H se da 


[aegnoreia 


^^^^^^^ De mon poder eu la trob ^* 


Sobr autres*» preç qab plna ^J 


^^^^H [pluB umbnua 


[nx faiz ^^ senaaaa. ^H 


^^^B «trobar— *Aî ~ "mî _ 'iQel — 


'Qel — • proença— ' car — t da — | 


^^^^^ *Qeï malaute» — i^muâr — h mab 


— " Aqeat ^ ^' (jein — '* truep — 1 


^^^^1 î>Ûon— I* foilâtura— ^^cabelpoig 


chalamoUû — '• etnt — "* negun — 


^^^^B » lej ^ a* non o uol — " regina — ** trop — »* trobi — «* Car lU — »• leiaU a II 


r 



^^^ LE CHANSONNIER DE BERNAIlT AMOBOS 239 


^^^^^^lon gauçâgnfit sal deus en 


Qe oom aol far ben ni ho- j 


^^^^Hb 


[nor. ; 


^^^^^^lar hom tan gent * cô don a 


111. E ren nô degra hom meill | 


^^^^ [ni gnerreia. 


[fugjr 


^^^H 


Com mal segnoriu qi pogueB 


^^^H 


Mas fngir doI pueac eu gea 


^^P [138 (c« 08)] 


Coltra la mar manet ferir 


^^^^ 


5 Amorfl ues lo Benestre laz 


■^ PElREUlDAL(c/*.Ô5i?«^) 


Tal colp per qeu soi ça i 


^^^^B 


[tornaz 


^^^ t=B. 6f.3G4,31) 


Don morria dira & de dolor 


^ 


Segaug enleruo mea tocor. 


^ft 1 , Nuls hd Dd pot damor gan- 


IV. Mas ab gaug me pora gaiir i 


■ 


Dira ma dôna ail uolgueB 


^B Poe qel leu aegQodu ses 


Q ar 'per ma fe sa Uh pla- 


^H [mes 


[guea 


^H tôt li plaça o tôt li pas 


Nol degra ma morï ^ abelir ' 


^P Soa taleoz lauên a aeguii- ^ 


5 Qe toi Boi «euB en dameniax | 


^1 ^ E aapçhaz ehocn enamoraz 


Ane no o die ïes ço flapchai 


^ft Nô poUegre autra uoluntaz 


Per ço qem faça *^ mort paor 


^H Maa lai oq uol amors hl 


Mas qar i perd ^' aon ama- 


^H [^^^ 


[dar. ' 


^^ R ooi garda sea ni folor. 


V. Daltre '» mal mi sabreo*> 


1 1 > Adonc laup eu pane dei- 


[cobrir 


^H [cremir 


Ma daqeet ^* mi destreiug *^ ^^^H 


^H QanCBom gardei tro kea fui 


^^H 


H 


Q&^^ ma bella dûna ^^ promea ^^^H 


^H Col fola atieelB qant aud 


Ça don ma dat m cor a ^^^H 


B [loa'brei 


[mentir ^^^H 


^■^ Qei uai coitoi am et aiiç i r * 


5 El BeruiB mal guaerdonaz ^* ^^^H 


5 Me mes * eu Côitoa * en ta! 


Acet qil prendes gran pe- ^^^H 


[laz' 


^^^H 


Don eram tesg per engi- 


Qe per mal guierdonar *^ ^^^H 


[gnaz» 


Son patibre maint bon ser- ^^^H 


Qen pûder ioi de lal seinor 


^^^H 


•Com mieis de ïuu — L, S. .< ' complir — » au lo — * cûctûiament ^^^| 


•ticir^tmis — •cochoa — nati-^» 


enjanat^ — * morU i ^ f asaa — ^ > peil ^^^^H 


■ ** Daqesl — *^ sabreu ^ M «donca 


— lE trenchet— ^* Can ^ Udûnsm ^^^H 


^B ^ *» magramors ses faJlir — *» 0« 


%. m. guierdonaz — " goiardonador ^^^^| 


^m 11 ^ g ^^ ^^.^ çuc^fa sfa*i5^, »iff non ha poile seifuenti : ^^^H 


^i» Doua poa nô men pu esc au- 


Cbautimen^ o dtuu» luen ^^^^^ 


ittit 


[uaigaea ^^^H 






A ab to^ 
0„an.«'°^,'.8:.^aV'''l^r; 




"Ot) 






f^ti. 



LMOROS 



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.far 
i lauta 

j epâdon 
a plagna. 

à elaa 

enz 

fl — 'X. 5. non 

' Qe c. un oamol 

pechûdors 
a qç nm reuella 
ue^la gent fmd«lU 
sembla damel 
igfiii de^lvms a. bel 

Ë a uoa enuial fel ~* 

* amesural — ^* inusjaa 
16 



«<?tr* 



^«< 



«// 



^^H S40 LE CHANSONNIER DE OEliNÂEiT AMOROS ^^| 


^^^^^^ VL BeQdegrama4oDmachausir 


Joi à louent e ualors ^^| 


^^^^^B Com Bûi tûrtiai£ en aas merces 


E qar ar * dftna nouella 


^^^^^H Qar p«r raçon ual bona fes 


Sobraiiineat e plna bella 


^^^^^H Od failt Lo pûder de seruir 


Qera par toças * eti Irel gel 


^^^^^H 5 Qeu las rîcaa corz pîêtaz 


10 E clar tÊpa a trebocel. ^ 


^^^^^H De eea colpals plua en col- 


II, Ma domnamprea sot lo riu« 


^^^^1 


D en uni; mil combaledors fl 


^^^^^F Per qumiUtajE ab riûor 


E contrai fais fîgnedors H 


^^^V D Q m na to£ al tre s ioia sabor , 


Ab aoLaz tant agradiu ^ ^Ê 


^^^H VIL OentiU coni de petiu hem 


Qal partir queca iuro & 


^^^L 


[plm« 


^^^^^^ Qar ea en lausor 6 prez 


5 Qe dûna es de laa meillors '* 


^^^^^H 


Qe iois ^^ & prez la capdell* 
E qU reapont ni appella ■ 
Sei dit man sabor de nael ^ 


^^^^^H (o /". lïtf i^J Qe gent uos aei 


^^^^^H [cûbrar donor 


^^^^^^ Qe perdiroQ aostre aticeaâor. 


10 Don sembla aan gabrieL 


^^^^^^ YIll Se tôt ses mal moDs ca^tiax 


UL E faa temer plus do »» griu 


^^^^^^ Dobr roen preo e pietaz 


Als uilans domnemdora 


^^^^^^B QhT uic ueils ab doahonor 


Et ala âna oonoissedora ^Ê 


^^^^^H En tor DE uierna en samor. 


A solaz tan agradiu H 




5 Qal partir qes '* iure pliu W^ 


^^^B (c^ 100)1 


Qedomnaes de las meiUors 




Per qem ** train en cem- 


^^^H 


[btUa** 


^^^^1 Qr, 364, 11] 


Em trail cor da soz laissel- 

[lai« 


^^^^^H î , Ben paug * diuern & deatiù 


Domna *• leial et fiçel 


^^^^^M E de freg & de calors 


10 E plua itiat quo deua abeL 


^^^^^^H Et am neus aitan cum flora 


IV, Dondrat ^^ prex nomenatiu 


^^^^^^H E pros^ iDoi't mais cauol 


Creis tant la sua ualora 


^^^^^H 


Qe no {cf. €7r°) pot sofrir 


^^^^^H 5 Qar aiaim ten esforçiu 


[laudors 


^^^^^^H Qem ualgnes de nos cals^ 


Qom (Li Qen) uaiiti mais 


^^^^H es 


[ûilx e passa U 


^^^^^H Pos non ai poder eala désir 


Si eal deatrai dai reaplandor 


^^^^^H 5 Sim deatrein uoatra granz 


Qem toi lo aen e la nigor- 


^^^^H 




^^^^^H L. S.- t pac — ^ pron — * qaram 


— * Parom rtixas — ' a Irebol ùvl 


^^^^^^H — ■ domn pretz honoriu — ^ Ten esUblil mon lï^qiu ^ ' Per Aon rîc 


^^^^^^H aegooriu — ^ Laa^^ngÎHrs î^i ôin pot 


far cors — ^*^ Car senï — >* de — 


^^^^^^H >^ qdgz — li sem — >^ êcp sembeiila 


— issolî laisaeilla — ** Don ma— 


^^^^H 


J 




M 



^P^F LE CHANSONNIER DE 


BERl^fART AMQROS £ t i ^^^| 


^K La gr&D fofça del uer briu 


Qa aeua daua^* deacUuolta ^^^^| 


^H 5 S€L eDemic son çâitiu < 


E geataua k cera '' el m€l ^^^^| 


^H Ë 461 amie ri€3 & sors 


E aai tramet uoa to fal. ** ^^^^M 


^H Oîla fronl^ naa bocha e 


VI IL Par lapoBtol qem ^^ appella ^^^^| 


^H [maiaella 


San iauie ^^ de cùpoatalla ^^^^H 


^H BliDC peix > âb dura ma- 


En lÏQçi a ^^ tal niiqel ^^^^| 


^M [mella 


Qani ual maia qaicell dat ^^^^| 


■ Dôi taiU delà flU diar&el ' 


H 10 Et es cofôba^ aea feU 


^^ V' Pôr çom ten morn e pans m 


^^^1 


^H AdêB qsD me uîr allars 


[130 (c 1051] ^^M 


^H PoU creis m en gaugs & 


^^^^^M 


^H [dolçore 


PEIREUIDAL ^^H 


^H Qar del atu bel cora maÎBiu 


(^ B. Qr. 364, U} ^^H 


^1 5 Âiai en de m catm 




^H Ar nai caud ar nai freidor 


I , Gaa pel têpa fer & hrau ^^^^| 


^H E qai' ea gala & isitella 


Qadua tempîar ** & mnz ^^^H 


^B E de loz mak aibs puicâlla 


Don torhals '^ élément ^^^H 


^Ê Àm la mais par sant rafel 


E fal *« ce! brun & blau ^^^| 


^K 10 Qâiaoob no fa racbeL 


b Noc '^ camja moa talent ^^^H 


^H Vl. Uera uai teo uas mantoliu 


Am es moa pêaarnenz ^^^^H 


^H E dira alaâ très âerors 


En iois & en chanUr ^^^^| 


^H Qe lan ml ptaz lor amoroa "^ 


Em uoitl mais '=> allegrar ^^^^| 


^H Qînz en ^ m& cor las etcriu 


Qantim la nm bub en Jauta ^^^H 


^H 5 Vaa totas Eraa m^ineliu^ 


[m^tagna ^^^^| 


^^ft En faz dôaas & aeguora 


10 Qe qant k flora se spadon ^^^^| 


^B B plagraai mais de ca^tella 


[per k plagna. ^^^H 


^H U n a freacb a 'm uençe 1 1 a 


IL Amors à iois men clan ^^^^| 


^H Qe daur mil cargat eamel '^ 


Et amasuran ^^ aen^ ^^^^| 


1^» 10 Ab lempeiri manuel *' ^ 


E btutaz & iouenz ^^^H 


1 Vil Franc reis preenaauB apella 


Maliegra & meagau ^^ ^^^^| 


^P * cîiaitia — * Front cils — a peitz - 


- « îsrael « ■ colnba — " L. À\ non ^^^H 


f ^<* ^U^sfa ^(anza — ^ amors — » e 


-^ * mumeliu — io Qe c. un camol ^^^^| 


^ — ^^ L,S. hà di più questu $tama : 


^^^H 


^B Qen fr«n^a e ea bârîu 


On ananoil pechâdora ^^^^| 


^H Ë a peiieu e a tors 


E tot^ hom (i^ nos renella ^^^^| 


^H Qût no»tre iegner socora 


Contra qufata geni fradeQa ^^B 


^H Pfils turcs qel tenon faidiu 


Mat ne sembla daniâk ^^^^H 


^H ^1 Gax tout Tan los uauâ el riu 


10« Qel dragon destpuls a bel ^^^^| 


^H *^ En sapcho laus ^ i> Qei «n trai la cer ^ i* Ë a uoi» anuial fol — ^^^^| 


^H *Vj3in — tfi Sain iacme — »' lui un. - 


-L. ^. : J* Qadui tempier^ — liooT- ^^^^M 


^B b^ls^ ift f,]] _ ai Uos ^ ^-' Era daî mials — t» amâsurai — t^ rncï^jau ^^^^ 


h 


^^H 



^^^L 24 £ LE CHANSONNIER DE fiEHNÀRT AMOHOS ^^| 


^^^^^B 5 E cor gaîa corteg & gmz ^ 


Tant mabelb uostm fin» '* 


^^^^H Mes de toU mais guiretix ■ 


[compagaa 


^^^^^H Bel ris & douç eagar 


10 Qe daultrea mes ëaluag^^ & 


^^^^^H Me fal rire & iogar 


[eatragoa. '^ 


^^^^^H Cartes aolaz mi reien eu 


V, De kt on creia oP" fau 


^^^^^m [guadagnû ^ 


Mi uen eabaudimen^ fl 


^^^^^B 10 El gâuç enter rne toi trebaUl 


Dca aoi gai & ïauaenz H 


^^^^H [i^ Ingna. 


Cunal nom de pie tau *" H 


^^^^^ 11 L Domna de uob me * lau 


5 E ial fala recreaenz H 


^^^^^ Qar es douça & placée 


Cobea mal deapeudeni*** H 


^^^^^K E la plu» 


No poira conqtit&r ^^ H 


^^^^^H Qe negua hom mentau 


Per Esûuen pethenar ** ^ 


^^^^^H 5 Qe ^ tiostro enseguaméÈiz 


Sitôt ae peinçh nis mira m ** 


^^^^^H Vos ^ fat aïs conoUecs^ ^ 


[eaplagna 


^^^^^H Ben dir & tetier 


10 Totz soQaffarnO preç^* una 


^^^^^H Et a mî taDt amar 


[eaatagoa. " 


^^^^^H Qêl cor el sens me diz qab 


VL Qelcorariac& eau 


^^^^^H [uoâ remagna 


Et ea mejuï qe ûiensfi 


^^^^^1 10 E aim fai * mal ad * autra 


Qe per mil *"» aagramenz 


^^^^^H [ nomen plagua . 


Nol creiriahom dun clau 


^^^^^H IV. Qar qi uos 


5 E dolon me 3^ ïaa denz B 


^^^^^K Nd ped^*^ enfler dolenç 


Qaii parli daitah genz ^| 


^^^^^^H D e ^ ' aeg uns m ar rime az 


Per <|eu mo lais eatar fl| 


^^^^^m E d5na tant suau 


Duû aajc filb dalbar 


^^^^^^H 5 M apode r a em ueoz 


Qeo malueBta^ se aoiorna 


^^^^^^M Vostra eaira ridenz '^ 


[ei bagma 


^^^^^1 Qa qant uos au ^^' parUr 


10 E aoa preç es aitat^« com 


^^^^^H Nô pueac mes oilt *^ uirar 


[fîlâ de ragna. 


^^^^^^^ 1 E francs cors eissamenz — * maiep benz — ^ gazagna — * mi -- • El 


^^^H _ » Se — "^ plus ualeas — * faitz — 


■ çai — 10 pot — >i Per — *^ rizenz 


^^^H — '^ \m — *' oils — >*doQia — ï« daultra me sealuag— ^'i* S. kà qui 


^^^^^^ ^/ fd^t ta seguente slansa : 




^^^^^^m De Ui on uèing ni uau 


Noti dei oimai» tartar 


^^^^^^B Soi uostre ben ùûlent 


Zq qem fai esperar 


^^^^^^H E séria obôdi^ru 


Qe pois at4[i3 a cobrat en bre- 


^^^^^^1 Con çei ca buo des lait 


[taigna 


^^^^^^B f) Fer far uo9tte« talenE 


10 Non es raïona qe mon ioi me 


^^^^^H Ë ia fraacs chatiiîmem 


[sofraigna. 


^ ''*cfûtssoil — *• Contrai nom peitau 


— »o reial de^penst — *' Noi pol ga- 


^^^H dagnar <— ^i pencbenar — *^ poing 


e» m. e — ** so» alTari non tiai -^ 




u aitala M 



^» LE CHANSONNIER HE 


BERNA RT ÀMOBOS 24$ ^^M 


Vil Aï m ualeût & car 


Par 1o meillor» deairaz & ^^^| 


VoU mon uêra enuiar 


^^H 


Qt se ça ^ perd proensa 


De lei qea tan complida de ^^^| 


[pane gadagna 


^^^H 


Pel ^ bel soiora qe preu ^ 


5 Qe^^ sap ferir al cçr dun ^^^| 


[laî en eipagiia. 
Vlll Praire rire & iogar 


[douç eagar ^^^H 


De m nom noIU départir ni ^^^| 


Si nuîh * per lîoa & chantar 


^^^H 


1 Mae er ai dreit qe soapii- & 


Qarge3nôesddnatuernifon ^^^| 


► [qe plagna 


Da tan bona aibs ab tal ^^^H 


, ar u oa tramam me a aal ua g = 


[gentil faiçon. ^^^| 


^^^^ [& eatra gn a . 


111. Ane mais a nul aman tan ^^^| 


^^H 


^^M 


^H [lai (c' 108}} 


Nita&nôfodefinioienqeriz^^ ^^^^ 


^^^^1 


Com eu qel iom qe moa ^^^H 


^^B PËIEE UIDAL 


[chanz fo ausiz ^^^H 


^^P (= B. Or. 242, 50) 


Per U08 dOna eua plac qe ^^^^ 


F 


[retraisses ^^^| 


Non ee sama ni gaire ben 


5 VoBtra lauçor el preç com- ^^^| 


[après 


[pUt & car ^^^H 


^^^^1 qea blasma dam or ni 


Ë sien s ai ren daninen dir ^^^| 


[mal en dix 


^^^H 


"^^■Qamori sap gân dûnar gauç 


Vostra hûltat el honor non ^^^^ 


[iâU marriis 


^^^H 


-^ fai toraar Ig mal as truc » 


Qîeu teng engual dun com- ^^^H 


[cortea 


[plit guiardon. ^^^H 


KJhaacun ' fai de failliment 


IV. Tant inaueç dat pois qe ^^^H 


[guardar 


[maguea conqes ^^^| 


Qigen la sap car tener e 


Per qautre *^ dons per me ^^^| 


[celar 


[nous er qerii ^^^| 


E als failliz torn* amDeo 


Ma uoatre cora per lo tnell- ^^^H 


[perdon 


[lor cbausibs ^^^H 


E! fin aman son per lei car 


Sap qe conuen gardar en ^^^| 


[&bon. 


[totaa rea ^^^| 


■" B«n aial têpi el iorn el ann 


5 Pero cel qi aene qerre nol ^^^H 


[el mes 


^^^1 


Qel douç cors gaia pîaçen- 


(cf. 7$ r°) Ben fai h dons mais ^^^^| 


^^^_ [liera gen noiriz 


[mil tanç apreçar ^^^H 


^^ '^^rpta- t El — *pre« — * SutU — 
^ '^ ciiaiictiiv —«don — *loa muUi^ 


K salaatja. — X. jS. : * malsadant£ ^^^| 


>ffi — t« Me ^ t ■ bon nom près — ^^^H 


B^ ^^rctiuiU — ti Qe autre 


1 



244 



LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS 



Qeu ai ben nist sens qerre 

[far rie don 

E don qeriz mermar * lo 

[miels del pron. 

V. Mon ferm uolerdOna ai tan 

[en nos mes 

Qe ia non er delognatz ni 

[partiz 

E qar damor soi eu si > con- 

[qeriz 

Ben dei rendre desta preison 

[merçes 

5 Ben fui astruc qi prtmier 

[sap ^ amar 



Chom qe * cortes en sa meil 

[esquiar' 

Enag * uillanie & faillison 

Per qeu estac en bona sos- 

[peison. 

VI. Seinher guilP malaspina 

[deus gar 

Vostra nalor el preç cOplit 

[&car 

Qen nos trob hom ioi & solaz 

[e don 

Per qeu nos uoill presentar 

[ma chanson. 



1 mtrma — ^ sui près e — > saup — ^ Gom nés — b eschiuar — * Enueig* 



Ë . Stbngbl. 



(il suivre.) 




I DODICI CANTI 



EPOPEE lïOMANESQUE DU XVI** SIÈCLE 



CANTO NONO 



(Suite} 



63, El volto at coderon atzaU«pada 
Et con la usâta possa un gran fendenle 
Mena, et la coda salta în ii) la slrada. 
Onde Aleramo il sir forte et prudente 
Tutto si scuote per non star più a bada, 
Et, aciô de! dragon le forte s pente 
Rettùo, con prestczza quanlo puote 
La aneisfi coda dalle gambe scuote. 

64» Ma quel la coda ai dimena m guisa 
Più che se giuota al corpo fuBse atata, 
Ati£i ptû aaaai dx pria cbe fusse ancîaa, 
Et al guerrier fa gueira più spietata^ 
Che ^â dî aangue gH ha la faccla intrisaf 
Ma noD che la forza habia aDichilata. 
Non dà alla coda più né al drago ancora, 
Percliè il saDgueîl vederle diacoldra. 

65, Et CDD la bocea che ha in le parti estreme 
La coda al sir la destra gamba aflerra. 
Et tanto forte quella atringe et pricme 
Che aforzato è cûstui cadere in terra. 
11 drago eon la coda mosao insiemc 
Sopra il caduto sir tutto si serra 
Con ÏTOpeto crudeli con grau furorct 
Da dar a Marte non eh' a un hnom terrore. 



tiê 1 DODICI CANTI 

66. Ma AleramOj cbe sol d'houor è vago^ 
Pur si rincora et di rizzarsi pruova 
Come âélla. vettorîa sua preaagOy 
Uflundo uaa de&trezza alliera et Quova. 
Tuttû si caccia sotto TaïKpjo drago 
Con el nudi) pugnal, et ciô le gluova, 
Percha m un Saneû ovo la pelle é molle 
Tutto lo caccia et la vite le toile. 

[F" 105 r*]67. Poi mené un colpo aile tre teste un tratto 
Cou la aua spada el quelle tagliô tietto, 
Et con la coda riaïaae disfatto 
Di vita un a altra vol ta il maladetto 
Brutto animal ; et fe la coda un atto 
Che fu miiacoioso in prîino ai petto, 
Chep morto il drago, tutta si distese, 
La bocca aperie e il air libero reae ; 

68* Corne dieesse : « Poicb' è roorto il resto, 
Vivèr noD poste più ; perô ti lasso, » 
El sir, cha '1 drago non ha più molestOp 
Lieto et cotiteilto ritifato il passo 
Per accoBtani av* ê il bel viso houoeto 
Di Sjlvana gentil, pensando al pas no 
DelU icumensa vettoria esaer già giunto^ 
Niiûva cosa apparir vidde in quel punto. 

Che vidde dalla bocc^ certo orrenda 
Del drago morto uacîr con sette teate 
Una bjdra di brute^za si stupenda 
Ch* avria impaurito il forsenato Oreate. 
Come contra Aleramo ella s'aceenda, 
Indïtto fan ne Topre sue moleste^ 
Ch* un assalto le fe ch'avria îa^paurito 
Ogni altro boom di forti armi ancor guemito. 

, Astoifo cbe è Ion tan, non si aftaieur[a] 
Quasi ivi starsi ; iu tre pi do sol resta 
Aleracno, che sol senza paura 
Spera qiiello, cb' [hja fatto îiI drago ^ a queata 
H jdra far auco, et pero ben procura 
Tener con 1 ochio si la mente desta, 
Che ovunche lliydra si rivolge^ altersi 
Non ûffeao il guerrier poasa tenersi. 



CANTO FONO 

71 . Ha set te teste, conie è detto, e ogDiaiia 
Ha un corno in fronta [>ieii di tosco amaro* 
Non è persona cfcie la veg^gia alcuna 
Ght di fuggirk assai non habia caro, 
Eccetto quel la d'Ateran digiuna 
D'ogni timoT, d'ogni auap^ttô rarOi 
Ch'utio dei set te capt con k spada 
Fa il Bir che BanguinoBO in terra cada* 

72, Ne prima fu quel teschio aociao lo terra 
Che Ere oe turaer nel sangtiigno colïo, 
Più brutti et più superbi et alla guerra 
Fiù agtl €ontra il Bir^ che mai satollo 
Non si ritruova fiochu non atterra 
Queatô aDimal cou raltro duro erollo 
Oeir flspra morte , che vettoria attende 
Ciii eol drixza il penaier, eui soi intende. 

[y*105T*]73. generoso cor, animo invitto 
Ch% iiulla teme del naovo caao ! 
Astolfo ha per paura il cor trafîtiô. 
Et Bcolorito è nel voUo rimaao^ 
Dnbbiando et egU a almiU^ conBîtto 
Succeiaor fa rai per ruUimo oeeaao 
Che penaa del compagrio et fernio spera 
Fer La preatez^a délia strana fera. 

74. Dice fra se lo Ingleae : h Di duQ eoae 
Una convien che a» a per quanto i' veggio : 
Se ogni testa che' taglia tre orgogliose 
Ne fa, coine le tre eh^haa preso il seggio, 
Pian le lutte infinité et perîglioBc 
B noBtra morte Ba ptr noatro peggio, 
E cobI havremo un atrano guidardone, 
lu del gi gante et ei del no dracone. n 

75, Mentre che aeco ciè rKnglôae volve. 
Il Diedeamo Aleramo an cor a penta, 
Et dentro el cor penaando si rissolve 
Mostrar ranimo auo» la forza immensa. 
Onde li aetle coUi in au la polve 
Face a eol^>o cader con quel! a accenaa 
Preatezzai et Thjdra par la coda preae 
Et quel la con if drago in fuoco acceae. 



fA7 



248 1 DODICI CANTI 

76. Non mea fu Ueto Astoifo che Âlaraffîo 
Ûella vettoria che la atrana laiXa. 
Vidde finir, che prima û*era gramo, 
DubbtaDdô châ conversa m easo tiiUa 
Ella non fu sue, et, corne û pe«ce a V bamo, 
Havervi a riraaûer et dalEa brutta 
Hydra eafl^r col compagao divorato, 

Hor che ella è moria, lieto è litornato. 

77. Et bayaDio^amente alla regîiia 
Rivolto diâie ; t* generoaa divap 
Cul tan ta gratia il ciel largo destina, 
Che Anchè '1 mondo dura, aempre viva 
Tua persona gentil^ c\ï ogùnn ae închina 
Per la virtù ehe mai îd to sempre è viva ; 
Hoggi mai faccian triegua con li m os tri 
Et c^ntempliamo qumt\ luoghi voitri ; 

78. Che UQ paradiso, un luogo di beati 
Certû mi pare queata voatra a[t]anza, 
E voi angeli pur dal ciel mandati 
Quïvi habitar : se non tracolan^a 

Il mio parer et a' i giudicii usati 
Ho meco interi, et ae la nuova uaanza 
Del luogo non mi toile lo intelletto, 
Il caatal voatro èuneterno diletto. n 

[F°l06r<']79. Onde la fata aerridendo a lui 

DÎBBÊ : u Un buoD cavallier non brama posa; 
Pur, perehè lassi sete bor amendui» 
Ëâaervi vogUo în queito gratiosa 
Che gratioai an cor comprendo vui 
Begni da me impetrar più horevol cosa^ i* 
Et detto questo per la man li prende 
Et veno il bel pallagio il pasao atende. 

80. Coal coi cibi vatino a rittorare 
1 corpi dalle |î^ravi faïiche aflVanti, 
Et contra un cboro délie fate audare 
Videro a ae con doici e ameni oanti, 
La lor regina vera acompagnare 
Et honorar i dua guerrier errauti 
Dentro un giardin d'una bellezza talo 
Quanto veder mai poaaa ochi[o] mortalo. 



CANTO NONO 

81 , Uo (TiezÊO miglio da ogni lato il tîene 
Poeto ÎD quadrato,et un colle tto in memo^ 
Sul qtial di manni un fonte con amené 
Acque vi spaadej e intorDO un grato rezzo, 
Qlùdcî habluroD già Talme Ghaïnene> 
Mai si ritornarono at dagaezzo 
Previsto havendo di Sylvana il caeo 
Nel bifforcato ïh otite di PamaHO, 

82. EMb memoria deHa lor partita 
Fu da Sylva n a da quei marmi oniato 
Et d^ognuDa HEnaglnt scolpita 
Col nome lofp col tor «igniflicato. 
L'opra è et degna^ st tersaet pollita 
Che ciascun che la vede sta ammirato. 
Son tto era il uome an cor di chi oroâ il fonte 
Che fu de reccellenle Zenofoute. 

83* LHma(rio prima che a V îmtrar de! fonte 
Si vedea, havea due facc[i]e e in ogni mauo 
Un tîbro grande at sotto i piedi un monte. 
Un volto tîa divino et l'aJtro humano, 
Una corona l'una et l'altra fronte 
D'oro cingeva» çui poco Jontano 
Sfldeva a piedi an vecbio al destro lato, 
Et d ri tto a Taltro un giovinetto omato. 

84. Disotlo al monlîcel, ch' ivl era e^olto, 
laceva un corpo human con quatro leâte, 
Et era différente ciascun volto 
Di quellt qualtrO} et parte senza veato 
Era del corpo^ et una parte niolto 
Non vestita era ben; et sotto queste 
Cose era acntto il nome délia musa 
Che in Oreco et in Lntin Clio ogn'uno accui^a. 

[F<»lCI6ir»]85. I /imagine ieconda diraoetrava 
Una donna gentil saggîa et omata 
D'ogni bellfîZEa^ che a ciascon prestava 
Diletto grandie et la chïoma ba dorata, 
Un ilauLo (ênea in mano, ot chi mirava 
în lei la menti^ havea quaai boa ta. 
El piifitor Pno da lato U sedcva 
Che flauli et ïianipogDette li porgeva. 



?49 



ÏÏ50 î DODICI CAHTl 

86. Ove iûh i piè firmava, \m praticoUo 
Anieno altresî icuUo vi ai vede, 

Cou herbe et fiori da qualch* arboscello 
AecompagDato, che fa ferma fede 
Délia éccellt'ntia del maestro isnello. 
Oui forai Pr[a]*itele in quetto cède, 
Ove è appiccato un epitaphio a uo sterpe 
Cûtt la scHtïura che diceva Kuterpe* 

87. L'imftgiii tersîa. che 1 bel foute honora, 
Di vam vaste una legiadra donna 
Veatita, cuï la bel la trecia infiora 

Una ghjrlanda d'hedra, a una colloanaf 
Che U fa sopra un a scona décora, 
Tûtta. 8^»ppogg-ia, i?t la auprema gonna 
Ha de diverti Ûor tutta dipinUf 
Et d'una vite pampiûoaa è cinta, 

86. A pîè doL fftuni cou aanore ca&ne 
Segono délia diva ai gesÈî lïeti ; 
Et «Otto i piè pastor con le cappaone, 
Con slrîdolî capri^ttî et agnei qoieti 
Et cani Colohî cbt^ moatran le zanne 
A certi lupi ù lor greggi iaquioti, 
Veran acolpid con grau maeetria, 
Et acritto iufra ; U eomiGa Thalia. 

89. La quarta un a mestisaima ^natroaa 
Che di sardonio bavea la aopraveata 
E in cnan teneva unarotta corona, 
Et HCiiii veli sopra delïa testa, 
Et aopra un tronco tutta a'ablandonav 
Su la iinistra tieD la guancia meeta, 
Et ne] la destra u[îi] gran col tel sangaigno, 
Et Botti i piedt un lamentevol cigno. 

[po I07roj9o^ Phjlle auapesa al tronco vi ai acorge, 
Ove la niuaa il eubito auo appoggia ; 
Dalla aitra partf^ nna gran pie ta sorge 
Et inaudita et paventoâa foggia, 
Pjramo et Thyabe, alli quai aola porge 
Una apada la morte che ognun poggla 
Volo[n]tariû aovrn t^aaa ; îvi è Medea 
Col figU^ et acritto vi è : Melpomona. 



CâNTO NONO 

9i. La quîïita uaa danieUa vag'a ^ hutnile, 
GiocoDda et lie ta m m an tieiie una cetra. 
Porpora bianca veflte La gentile 
FanciDlla^ el vivû par, non s eu! ta pittra, 
Una girlanda tu capo ^tpiùnle 
Di gemme porter et sol da lei »*impetra 
Soavità, dolcezza, Ugiadria, 
Gratta, honesti piacier, dolce harmûnia. 

92. Siede a plé della muaa al destro lato 
Ud pastordlû Bebreo gu un capo humano 
D'an bel diadema d'oro incoroaato. 

Et at Biniatro il Tratio che la mano 
Môvendo adolcia ogni cor efTeirato^ 
Et fuor deî fiumi et fuor de rOeeeano 
1 peacî il saoQO tira, et sotto il piede 
Terpsicbore eaaer aeritto vi ei vede. 

93. El aeeto kogo d*uD pura alabastro 
Una îiiîagîne tien cbe par çbe spiri 

Et moatra La eecetlentia del «no maatro, 

Cd par che im[m]<ïrtal gratia intoma agiiî, 

Iv) diacesa dal più benigno aatro 

Cbe fu ne! ciel» sia iie"^ perpetui giri. 

Di rose ba il capo ornato iDanzî et djetro, 

E in una man La Lyra e[in] l'aLtra ïL pletro. 

94. Di myrtbl ha âotto i piedi un bel boachetto 
Fra quai damme, ^onigli et capnuoli 

Van laacîvendof et Cyprigna ivi il letto 
Haver si vede infia aua dtio ' fi^liuoLi 
Ch* uoo detto Dteio, Taltro Diletto, 
Qqai aenza Lei mai non si veggion soli^ 
E UD epitapbio tien dove & notato 
A Lettre d oro i nV son la muaa Erato. n 

95 « In el aettimo luogo tina seultura 
Sentbra uoa giovînetta hooeata et gravt 
Cbe ne Lia deatra tiene una scrillura, 
Et negLi ocbi ba uq guardar moLlo BOare. 
Neila éloquent] a eccede Ja Dnianra 
Ei ngnardanti in lei unipia non pave. 
In Greoo la ftcrîttiira Sf^ntla estoUe: 
'« Muove ogni cor da V ira iL padar molle, i» 



tSl 



[F''107ir'*J96. 



l DOOIGI CANTl 



Infrm i «uavi fior dêl grato amomo 
Tiene ella i piedt, e un Greco ba de lia dealra 
Asaiso a un arboacôl di cytiamomo 
El un grave Latin dalla âLoestra 
Di gratto aepetto, H tieae io mano un porno 
Soare agli ochii e un artneîlm e'adeatra 
Di morder quêllo, ^1 aotto i pîè alla diva 
Ua caotto è scritto ; m Qui Polinaûia viva. » 

97, Ne Tottavo è una donna che li paiafti 

Squar^iati porta et povefella pare^ 
Et nioatra per ettà piû di ottanta auni ; 
Nude ha le biaccia et par che tnisurare 
La terra, il mar e il ciel lutta s'afTanui. 
Con uua aphera io maUf quai fii girare 
Un veuticel soavê che ivi ipira^ 
Un ôchio in aJto et l'altro in baâio mira. 

98* Sopra d'un uionticel d*alberi et fronde 
Privo, la muaa ferma ambe te piante. 
Siede ivi ud vecchio ch' amendue le sponde 
Del monte abraccia, et quinci è scritto Alhlaûte. 
Di aotto il monte natcon limpide o&de 
Che dan no sete ad ogai circons tante. 
Ma chi troppo ne bee viene in insania, 
Ll motta ivi notato dice : Uraiùa. 

99. Âdempie il nonoluog-o uua Camenn 
Con lungfl chioma simile a) pnroroi 
Vaga in aspetto et di froute fieL^na, 
Cui le tempie circonda un ver^de aloro^ 
Et Tuna et Taltra man di pletri ha piena. 
Et ricamate di aottil lavoro 
Le vtste varie, di bei ûqt orna te, 
A riguardantï aopra modn grate. 

109. Di hedre^di lauri, di gesmini et myrlhi 
Solto i piè délia diva é un bel hoichetto, 
Cui dalli kti seggono dui spitti 
D'uno elevato et diviuo intelletto, 
Li aeoai al ci[e]L.Kt levati et irtif 
Ua Cfprio, un MantuaQ con vario afTetto. 
Coronati de aloro ognun tenova 
Ua brève quai CalUopea diceva. 



CANTO NONO 

lOU Intonio al fonte di bel inarroo bianoo 
Ligiadrî se^gt et aiti al ripoaarsi 
CmactiD cbe »ia o per fatica ataaco 
per voler qualche diletto darsi, 
Dove giongendo col Thedesco iî franco 
Inglese con Sylvaaa prepararai 
Vidder la menaa âï soavi cibi 
Gbe par ehe dichi n ognue : ec Perché qqh libi ?» 

, [f* 108 r*] 102. Quivi di canti et iuon l'aura ristuona. 
Et Taccjua alla regîna e ai cavallieH 
Allé inaa dasei, et rincl^ta persoûii 
Pria di Sjlvana et puoi i g-uerrieri 
Si pongoDO alla meosa, ê una corona 
Si puoneiD capo deî campioni altien^ 
Di quOTcia verde et di edera coq tenta 
Fer le tnMï aol délia regina boQéHta, 

103. VeogOQ 11 cibi delîcati et tant! 
Et i\ diverel et di al grati odori 
Che perdon gli gesniini et glj aruaranti. 
Et di cedri et hmoni i vagbi fiori 
Di Narciio et Hyaciotho et de gli sceau tl, 
Et «overebiaDo i vin gli al tri liquori ; 
SovercbîaDO li vasi ogni gran regno 
Di prezEOf di mateha et di diââegjxo, 

104. Struono a l'ai ta meoaa alctiiie fa te 
Fiû cbe d'htimao d'an gel ici sembianti, 
El C0& loro accogUenze boneete et grate 
HoQorano altameute i tiri erraciti. 
Ma perché le regine già laaciate 
Cûi régi et gli al tri dui guerner preat&nti, 
Che di Rinaldo il bel triompbo i^ aiegua^ 
QuAOto ptù TuEia et l'altro puo^ mi adogua, 

105. Bitorno a quella menaa ov' io laeciai 
Li régi, le rfîgio[ej, i cavalUtri 
Coû Dorai] ce f che piena di lai 
Va rameutando i suo' t«mjji prirnieri. 
Ne satiaAi mirar costor giamai 
Yedendoli ne Tarmi eiâer si fîari ; 
Ma di Rynaldo s'è fîammata tanto 
Che par cb' abia net petto il cor alTranto* 



2^B 



t54 1 DÛDICI CANTl 

106. Da un carro è lie ta di vedersi inaûte 

I air pregiaLi quetita danna altidra ; 

Da 1* al Ira parte du[o]Ue esieme aman le, 

Perù che passe derii unqua non spera, 

Che, l'uno et VaMvo di eisi etsendo erraate, 

Non ba notitia di lor stirpe vera 

Ella né il padre, e in queato penaier moko 

Guarda hora queata et horquel altro ïn voUo, 

!07» Et talhor se aroeciava et scoloriva 
Talhor in faceia, del che la regiDa 
Vechiâ si aocorse, onde di anior non priva 
La figUuola coDobbe ; et Fiordiapina 
Sta lutta lie ta d'animo et gioliva 
Vôdendosi honorar et che a 1 ne bina 
Ciaacuoa a lei, et li henigm régi 
Honi:>rano i guerrier di Iode et fregi. 

[F<*tOÔv**]l08. DisïoBo ftvnaldo di aapere 

Chi aia oolui con chi la pugua haveva, 
La bocca âpre doppo uq lungo tacere; 
Del nome et délia patrîà il ricbiedeva. 

II bon Guerin, che non ei puô tenere 
Del auepirare, coal riapondeva : 
i% Signor, non ti bo dir dov' io ai a naki, 
Ma 80^ certo in Bi^antio nadiicato. 



109. El mio ûome Meacbino ivi fu detto^ 
Et da faociul fui prûao da coraari 
Et da un mej xantef cb' io auggevo a patto, 
Comprato fai eon robbe et eon denari, 

Et alla maglie aenza al G un riapetto 
Mi presexitd ; fra preaenti più rari 
Rarisaîmo fui io, a ciaacun grato 
Di lor «t da flgiiuoi nutrïto e amato. 

110. Un altro figliuoUn mio eoetano 
Havaa coatui che mio padre io credeva, 
Cre^^cendo nui alla acuola andavano 

Et ambi por figlinoli eî ne teneva; 
Un veâtir^ un cabar, nu viao humano 
 me corne al figltuol proprîo faceva. 
Né schiavo tni couobbii ^^^ giorno eccolto 
Cb' io fui al âacro imperador accetto ; 



GANTO NÛNO 

HL Che s'accotlô al iîgliaol del mbpadrone, 
Quai seinpre i' cresi a me fusse fratelïo^ 
Et disse a lui, présenta più pereoue ; 
« Doaann quel tuo acbiavo meachiuello* n 
Ma qQâJ &i divo imperatore eapoQC 
Suo me non easer, ma del |>adreT et che ello 
Farà col padre se poBsibil 6a 
€h' alla sua M aies ta coDcesso io sia. 

U2é Bt cosi fu ohB ad Âbasandi-o poi 
Iraperador et al suo yeehio padre 
Fui earû «ervo quanto ad al tri beroi 
Ahra mai fussi, et qqb\ la ftua madré 
Fortoumù amor, et alii tempi iuoi 
Viusi una giostia et poi più armate squadre. 
Et libérai ConatanlitiQpol, ch'tii a 
Da Turchi oppresso* per baltaglia fera, 

U3, Et poi deliberaimi ritruovare 
La stirpe mm onde Tongine hebbe, 
EagU alberi cîel soie investi gare. 
Di qnanto oel di^io iiensier mi crebbe, 
1 genitori roiei tanto ce Pc are 
Giurai^et giurato havcir forte me îïicrebbe» 
Quaado truovaimi al fium diThenuodonte^ 
Che f& abbassar a ogaun faltiera fronte* 

* iOBt*] I H. Agli alberi del sole i' ritruovai 
Un aacerdote cuï la barba veita 
Et li capei facevano che mai 
Tal De fu viato^ et atial^o sempre resta, 
Areo dal sol et erespo d'aimi aaaal^ 
Et da ridolo suo mt porté questa 
RiBposta ch' io n^andasaî ael pQiieiite 
Dovd 10 ritmovarei mia stirpe et gente ; 

1 15» Et cbe io era ancor due volte battezato 
Mi aottogiuDse il venerabîl vecchio, 
Etnello primo fui Guerrin cbiamato^ 
Meschin ne L'altro, et coâl mi ttpparechio 
Venir verso il Ponente, et il spietato 
Fiume mi toUe dj baldanza il speccbiOf 
Per6 che nu vento di?pettoso che bave 
Ivi conduaae la mia trista nave. 



255 



tèe I DODICl CANTl 

Itô. Gom riitû prigioné iu quel noT«^Op 
M poMuta ho ieguim il mto viftggio 
Cbe nti roppe fortima il tni* diaiegQo. »' 

Cui Hjaaldo d'Amon, cavaliier saggio, 
Di fregic ornato et di gran loda degao, 
Bisse: u Pev certo aei di gran Lignaggio 
Che quel eh'è nata d*una slirpe vile. 
Mai DOD puô fare un atto siguorUe. 

m. Ma ben mî duol» suggiunBeil palladinOp 
Ch^habi giurato veodicar colei, 
Percbè morendo iod sarai Guerrina^ 
Ne riportarai più tanti trophei, 
Anzi prevalerà il nome Me&chino, 
pQiché Mesckiu ribattiiato seii 
Eesendo tu advato in Taspra cnano 
Del fer Rynatdo, aLr di Monte-Albano. ii 

118. Quando li régi entesero il parlare 
Del sir di MoDtalban^ bebber aaspetto, 
Onde li fecer pr^ato acompagaare 
Coi lumi acceai deûtro al ricco letto, 
Ne si vuplae aicuD di esai disarmarâ , 
Non perù che sapesiero il concetto 
Ûi questi rôj ma perché loro uaanza 
Ëra d'armati star nella altrui stauxa. 



119, Reatano i régi et le regitie ancora, 
Cacciati i servi fuarï, a parlaEneato . 
Ëi veccbiû Stordilau cou sua décora 
Favella dice : «.< 1* fui molto cqq lento 
Ché '1 (^avallier^ che û da nui s'hotiora, 
Trabesse Piordispiaa a salvatnento , 
Ma ben mi duol che queato aia Hjualdo 
Che inrarmi è tî poiaente» ardito e baldo* 

[F"^ 109 v^] 120* E qef altroanco che la pugna ha aeco. 
Pur è Christiano et 4 ne rarmi eaperto , 
Onde una opinione at cor mi areco 
Che habia da lor mio regno ester deserto. » 
îiispuose Zenodor cou Tochio bieco : 
vL Potrebbê il parer iuo succéder certo. 
Se délia spota niia il iLberatore 
Fusae ataico di (iano il tradUore, 



CÂNTO NONO 

12L Ma DÔ Taspettû suo dimoetra, et meno 
L'altro cambattitor^ di delâttarae 
Oprar efletto che 11 renda meno 
Di boQor et gloria, et a me eempre par«e 
Eoteso ha ver quel air ne più bè meno 
Cbiaro del sol| ne cupidigia Tarse 
Già mai se non d'honor, di etema fama, 
Perehè regno o thâBor aûQ stîma o brama. 

122. Se regQo desïâsseil pata^^iQo, 

N'bavrebbe più di dtece al auû comando ; 

Queîlo di Chianeï, quel di Mambrino 

Sarebbon stîoi o del cugino Orlaiida. 

Né re sarebbe il figliuol di Pipino, 

S^ regno aléuuo acdeaae hora cercando 

L'ammoso aignor di Monte-Albana, 

Si cbe ac|ueta il penaier ttio perché é vaoo, » 

1^. Lavaga FiQrdispîaa, che ai sente 
Obligû haver al palladin corteae^ 
A tal parlar truovandoii présente, 
La sua protettian bemgna prese 
Et disse al suocer suo modestameiite ; 
<t So ehe Rjnaldo, o sir, mai qûq ti offese, 
Ma secoatecapli bene il suo valore, 
So ebfi li rendarai parpetuo honore. «^ 

124 . Oôlla la testa il vecchio Stordillano, , 
Et ciô vede la bella Doraliee 
Cb*ama di cor iî ser di MonLalbano 
Et denesi m amarlo esaer fêliez. 
CoDoscendo del padre il pensier strano 
Cbetamenie in V îstesso animOf dîce : 
(' Noo ti rinscirài padre, il pensiero, 
S'offeoder peusi questo cavaltero » 

125, Et cerca con astutia feminile 

Del padre saper cbiaro il né concetto, 
Dicendo: h signor^ mio padre gentile^ 
Di Doralice tua ferma diletlo, 
Qnesto Rjnaldo sotto spetie humile 
Ti vuol forsi gabbar, ma poi ch* in letta 
Ei si riiniûva et fore i diearmato» 
Fotrai pigliarlo e aticorai-ti îl stato. »» 



fat 



Iî 



5 58 1 DODICI CANTl 

[F°110r«] 1^. Ne & Zenodoro ne a Fiordispina aiauco 
Piacô ai Doralice U pr« posta, 
SWosaa il viso a Tun, a l*altra bianco 
Diventa per pietade ; e il dir s^ac^sta 
Di DoraUce al vecchiOp ma H cor franco 
Délia figliuok fa ferma propoata 
Nottifficar ai cavallier il tutto, 
Che per beti far nan habîna mal frutto. 

127 . Et coal da li régi la Lioeatia 
PigUa Gon dire cheli duol la testa. 
Parte ella adouque, et, poich' è in loro absêotia^ 
Seeo una camenera ardita et preata 
Mêiiaiido âove i eavatlierl senza 
Timor ri posao, chiaro manifesta 
Del padre la parole e il penaier strauoi 
Aci6 fii guai'diû dal noveilo grano. 

123* Ringratian Dûraliee î eavallieri, 
Ë poi propos ta fan di starsî a Terta^ 
Dorme uno, Taltro veglia volentieri» 
Sperandg che la cosa a lor Ba eerta. 
Fan le guardle a vicenda i buon guerrieri 
Con la meute ferigna la Uarmi esperta î 
Et iû li lasso in flo ch*io torno a dire 
Di lor, cbe '1 caûto mio qui vno* Haire. 

Ferdinand Castets. 
(A suiwre.) 



CONTES LENGAD0UCIAN9 
Dau ploch de Sant-L.oup au piocsh dô Sant-Cla 



S. — à. Cdtôrl, Getdrl 6 miècli 

A^queles mouatres dô Côtôris se plasoun pas mai qu'à eountà 
de tsiônnadaa, E, zou ! au pus fort la pelha ! 

Un jour dounc, T6ni e Clousquet ae reicouatrèroun à la 
Marina, 

— Hèuî T6Qi, coucna aièû? 

— Maiîaco's Ctousquet, Chavat! quaat i'â qua t'aviëu pas 

— Ere à la baraqueta. Contes pas res deûôu? 

— No ; franc que te diguèsse ce que m'amvèt dimàa pas- 
sai... Mes lou dèves saupre, 

«• léu?.., Sabe pas Boujacnen dequé me dises. 



Sr — Â, Cet tais» Oâttols et dainl 

Cei monstrôa de Cet toi a ne se plaisent qu'&ux gatcennade*. Bt, 
en avant l gascon no d s à qui mieux mieux I 

lia jour donc Toine et Cloequet Berencantrèreût à la Marine *. 

-^ Ohe ! Toine, coratneat ça va ? 

-^ Tiens? voilà Closquet, Ce qu*il j a longtemps qu'on ne t'avait 

— J'étais à k baraquette* Tu ne eontes rien de neuf, 

— Non; à moitii que je ne te dise ce qui m'arriva mardi dernier.,, 
Mais tu dois le savoir. 

— Moi?.*. Je ne sais mâme pat de quoi tu me parles « 

* Marché aux poissons. 



260 



CONTES LANCtUEDOCIENS 



— Te lou vau countà. Imagina4û que quand faguêt î 
taat gros curage, sabes? pescaven toutes dous amé Pitota, à 
l'estang. Acha! i*èren talameu afeciounats que sb maufiâaven 
pas de res. De maniera que, quand s'avisèren dau tems, èra 
un pauc tard. Agantèren he chacun uïi rem, e voga que vou- 
garàa! mes, m per aquelaL^ Tourage erevèt qu^èren encara 
lionlsdau Bourdigou.Ed'iglauaî.,. e de troBsL^.ede idoja!.-* 
e de ?ent]... te lou pode pas dire. Tout d'un cop, — flie-flac- 
flacl — untron eapaventable nous ensourdis, un iglau noua 
avugla, la barra de fioc nous raseja bu nas, e toutes dons, 
flau ! de mourres au founa de la bèta, Am aco mai de peu que 
de mau. Se matan d'ausida e... oi î de ma v^ida e de moun 
jours!*.* s'aî jamaî eresegut d'avedretoucatlaboumba, se guet 
bô quand vegère ounte se capitaven... Devigna? 

— La bèta 9*èra pas devjrada? 

— Aube, deviradïi!*.. Se capitaven entre lôu Mol e lou 
Brisa-lamas* Sembla pas poussïble couma marcha, aquela 
eleitricitut 1 Avièn facb un saut dau mens dous kiloumè^tras 
sans mètre mai de teuas que per cridà ; secoua I 

— Loucrese. 



I 
I 




— Je vaia te narrer ça. Iraagîne-toi que le jour où il fît ce fameux 
ûrage, tu nais bien? noua péchions à Tëtang, Pltota et moi. Nous 
étions tellemeM absorbât dans notre pâcheque nous en avions oublié 
tout le reste. De sorte que nous prîmes garde au tempâ uu peu trop 
tard. Saisir chacun ua ayiron et r^mer vigouieuaement? c'est bien là 
ce qiiH itoua fîmes; mais, va- te faire fiche ï.,* Torage éclata ii«e noua 
étions encore assez loin de la Bordigue, Et des éclairs j*„ et des coups 
de tonnerre L.. et de Ispluiel» et du venti.**nonJenep«i6 paa te dire 
çn. Tout à coup, — flic-flac-flac l — un coup de tonnerre épouvîi^n table 
noiH nsflonrditp un éclair nous aveugle, la barre de feu nous friee le 
nez, et toim If^a deux^ patatras! museau premier au fond de la barque. 
Avec ça plus de peur que de mal. Nous nous reîevona vitement et.-* 
oh ! de ma vie! ob 1 de mes jours L,^ Si J'ai Jamais cru avoir perdu la 
boule, ce fut bien quand je vii en quel endroit nous nous trouvions^.. 
Devine? 

— La barque n* avait pas chaviré î 

^— > Ab! bien, oui, chaviré f... Nous étiona entre Je Mêle et le Bri^e- 
lames. Ça ne semble pas possible ce qu*elle va vite, cette électricité 1 




I 



CONTES LANGUEDOCIENS 2 ni 

— D'abord, lou pod^s demanilà à Pilota. 

— Lou crese, t'ai dieh... Me n*es b'aprivat una» à léu 

iambeijf que vau la tieuna I 

— Oi?,*. Dequé t'es arrivât? 

— Sabesbe Finèta? 

— Ta china roussèla? 

— Oi. 

Ehîbe? 

Eh? be, la sentoana pae^sada cadelèt, E sus cinq cadèls 

'en faguèt dous^ un nègre e un blanc, de per Faurelha 
^o cha. 

Aco, presemple, lou crêBe pas, 

— Dequé?... lou crei^es pas? 
■^— * No^ cranta cops ao ; aquela es trop groasa, 
Terré ! trop grosse !.*. léu te Taî cresegnt per dons 

loumèatrea, e tus lou ereses pas perdous pans iiouîameû I,.. 
ohaJ voa que te loti digue: sièa una mloIaL.. 



^Hà avions fmirnt un s&ui dû deux kilomètrea au moins, sans mettre 
P*»iA^ de temps que pour mer: nu secoura î 
— ^ Je le eroia. 

-^^ D*abofd, tu petJï le deninndei' à Pîtote. 

" — Je le cfois^ t*ai-je dit.., U m*en est bien arrivé une, à moi aussi, 
H^i vaut la tienne I 

— Oui?.,. Que t'est-il arrivé ? 
"^Tu connais bien Finette? 
-^ Tji chienne rousse ? 

— Oui. 

— Eh! bien? 

— Rbt bien, la semaine dernière elle mit bas. Et, aur cinq petits, 
elle eu fit deux, un noîr et un blanc^ par roreille gauche, 

— Ça, j>ur exemple, je ne le crois pas, 
^~ FIsît-il?.,, tu ne le erois pas? 

^Nôn, quarante fois nou ; elle est tcop forte, celle-là* 

— Ouï-dàl trop forte?... Moi je te Vni cru pour deux kilomètres, 
et toi tu ne le crois pas pour deux empans seulement î... Tiens 
?eoi-tn que je te le dise : tu u es qu'une mule I . . . . 



f«t 



COKTES LANGUEDOCIENS 



d. — Lon Fenjat qae ris 

Los Alié p«stèt d*aque] tems quVlo^a <ie aegà lou col as 
kÎFM, litiMtalps e autr&s bonas gran&s, ta loti âftrrairoun« au 
««iiftlràrl, emb'una soulîda caraTata de cambê. P6r aco faire 
TaYtè de pouténciaa seoiônadas un pauc partout e mai-que* 
vai à rintrada àai^ bosses* £ diaoun que la dan boac de 
Yaiaîia, à très ou qoatre ou ras de Mountpaliê, èra pas la 
qu'avîè lûu meni de pratica^p 

Veja-t-aqui qu*un jour dous pastoarèls. Privât e Bertou- 
lateiii arrivât» de fresc dins lou Pais -Bas, gfardavouii saa 
fédas à Valeua, Era paa loa prumîè cop que vesiéu una pou- 
téneia, mésjamai, de sa vida e de sous jours, û'avièn paa 
«trouvât an-lioc ges dâ tant bon anzangadas* Atabé, plantata 
davaos, chifravoun e faaiènde comtes qu'aco n'en flnissjè pas 
pus. 

— T4 î veses: fan antau per Ioub penjà. 

*^ An ! botïi^ ie siès pas: as antau que fan. 






9, — I»a Pasdn qui rit 



En ca tempi-li^ au lieu de couper le cou aux larrons, a«saaaîiis et 

autres honnêtei gens, on le leur a errait BoUdetneat^ au contraire, avec 
une boone cravate de chanvre, A cet effet, il y avait des gibets, de ci» 
de là, un peu partout dans notre beau pay» de France, le plus souveut 
k l'orée des boL^, Et l'on dit que le gibet du bois de Valeinep à trois 
ou quatre ïieues de Montpellier, n'était pa^ celui qui recevait le moiua 
de pratiques. 

Voilà doue qu'un beau jour, deux jeunes pastoureaux/Privat et Ber* 
tbomieu, nouvellement descendus de leurs Ce venues en Bas - Languedoc , 
gnrdaient leurs brebis à Valeine. Ce n'était pas la première fois qu'ils 
voyaient une potence, mais jamais , au grand jamais, ils n'eu avtiieut 
trouvé nulle piirt aucune d'aussi bien agencée que celle qu'ils admi- 
raient là. Aussi, plantés devant te gibet, ils émettaient des réBexioua 
et des suppositions à langue que veux-tu, 

^ Ti«ns I vois-tti; on s j prend de cette façon pour les pendre. 

-^ Tais* toi donc, tu n ; es pas : c'est couima ceci qu'on s'y prend. 



CONTES LANGUEDOCIENS 2^^ 

£ patin, e coufln, e gnl^ e gnn, eotimalas fennag aulavadou, 
D*aquel tema, de fadas ititravôun liins un blat e vous laisse 
à peDsà se lou paure el aviè la broda. 

Seguèt Privât que lou prumîè s*eu avisèt. 
— Oi, moustre de sorti cridèt: veja mas fedas?...Ëh! 
ï>e , sièi poulit ara ! Quau sap quant me Ion far&û pagà?:** Au 
âis^hlé ta pouténcia amai ta pouténcia L*. 
Se i*acous3étper las vira, 
EutrameUi Bertoamieu, per ben s'assegurà couma aco se 
fa^-^iè, eacarlimpa sus la poutéucia, aganta una côrda que pen- 
do^jiava, se la passa autour dau col, vira, revira, e.** loupèd 
i* x*asquilha» Veja Faqui peujat, mes peojat per de bon. 

<3uaûd Privât revenguèÈ, en sacpejant couma un deganaud, 
^<^t>. deviatèt que èb bigoursava e se debigoursava, e rega- 
^c^^iva las dents, 

Ahl bougre-dô-bougreî aco te fai rire, tus?,*. îe cridèt, 

P^fc^aràs couma iéu, camarada; n'i'aviè tant de laa tteunas 
co m^ina de las mieupas !... 

-B sacrejant que mai, vous lou quitèt eu pl&n. 



-t^t pàtatij et patata, et gni, et gna, ainii que femmes au laveîr. 
F*eiidani ce temps^ des brebis entraient dans un cbamp de jeune 
b^^Y et je vous iaiise à penser si la pauvre herbe était tondue. 
<^ fut Privât qui le premier H^eu aperçut 

Oh î monstre de sort î avia-t-il ; voia mes brebis. Eh bien l je 

i^^^ajoli, moi^ maiutenant î Qui sait ce qu'où me fera payert Au 
a^^l^le tes potences et toutes tes potences ! 

^I «e précipita vers le chamji pour en chasser ses bétes. 
demeure tout eeuli Berthomieu voulut en avoir le cœur net. Il 
Çt^iik|ia sur uue potence, saisit une corde qui batunçaîc, se la paaaa 
«ititour du cou, tourna, retourna, et... le [ued lui manqua. Si bien 
%ii!îl fut pendu. Et pendu pour tout de bon. 

Quand Privât revint, jurant comme un huguenot» il aperçut son 
compsïgiiou qui se trémoussai t^ et se tordait, et tirait la langue, et 
"nontrnit k^ dents- 

— AUI brigand-de-brigand î ça te fait rirei toi ?..* lui cria-t-îï. Tu 
fi lierai comme moi, camarade: il y en avait autant dés tiennes que 
tltiinieonea 1*.. 
£t, jurant de plus en plus fort, il vous le planta là. 




264 



CONTES LANGUEDOCIENS 



10. — Lou Penjat que ris pas 

Un pauc pus tard, à !a mèma pouténcia de Val en a, nTen 
arrivèt una autra que vous vole dire per acabâ* 



* 



4 



Avîèn counciannat à la pouténcia lou paur© coulas Jan Ka- 
pîàmus, un mèstre laire d%ilâdounc. De bon mati, de grand 
mati, el, lou bourrèl erabé sous ajulaireB èroun part Us dû 
MouDtpeliè, Quand arrivèroun à Valeoa èra pancara soarel 
levant, qu'aco^s» couma sabès, lou imyameu ounte se fasièn las 
penjadissas. Oe mai, nos très bourrèls 3*avUéroiiii qu^avlôti 
pas près soun tuga-verme, e que, Tei' dau mati, lou cami, e 
patati, i*avièn rend ut re^toumati tèu : « S*anavian prumiè 
dejuuà? diguèi un. — Farian pas pua mau, ujuatèt tia autre.» 

De maniera que, estaquèpoun Jan Rapiàmus à la potiténçîa, 
ben flcelat côuma se deu, e a'agandiguèrouû à la Baraca. Acos 
èrauna auberja, à dous cops de fusil d*aqui, ounte, de cous- 
tuma, se ie fasiè bon a vidasia. 



10. — Le Pondu qui ne rit pas 

Quelque temps après, au même gibet de Valeine, 
autre aventure que je veux vous conter pour finir. 



On avait condamné à la potence le mauvais ga s Jean Rapine, un 
maître*larron il<* ce temps- là. De bon matin, de graûd matin, le pauvre 
sire, le bourreau et len aide» <ie ce dernier, étaient partis de Mont* 
pellier» Quand ila arrivèrent k Valcine ce n'était pas encore le lever 
du âoleiLOr, à soleil levant âeulement devait se faire la pendaison. 
De plus, nos bourreaux: s'avisèrent qu'ils n'avaient pas tué le ver et 
que, Tair du matin, le chemin, et patata n et palatin , avaient creusé 
leurs entomaca : « Si nous allions d'jibord déjeuner ? dit Tun d'eux — » 
Noua ne ferions pas plus mal, ajouta un autre, » 

Si bien qu'ils attachèrent Jenn Rtïpïne au pied du gibet, solide- 
ment garroté, et qiilts ve dirigèrent vers la Baraque C'était le nom 
d'une auberge, à deui portées du fuail de là. L*on y faisait, d*babitude, 
de bonnes et franches ripailles^ 




I 



COUTES LANGUEDOCIENS 2rt:i 

TûBt etcàB dau darniè s avalissiè resqulna^ tiuaini pâsièt 
coQtra la pouténcia Tôni îou Gros-Bardot^ un jouioe gava- 
choti qu'èm pas el l'ancausa $e las granotiihas au pas de coue- 
tas, Per quîcon i'avièn dounat l'êscai-noum de bardot* 

— Outre I... dequé faaès, voua^ aqui, moussu ? 

— Ah ! ah !..* joui ne ome, gagne très francs per oura? 

— Ob ! que, moussu, badinas!.., 

— Noun pas, moua ome. Loa mèstre d*aioos es un famous 
aaBdeci que v6a saupr^ quand se pot demourà d^ouras estacats. 
Pren toutes lou^ que ae voloun èatre. lêu, V^i déjà gaguat 
eeut escuta, Lou mestiè a dau bon» aouma veaès. Pameus ou 
fîniaper navedre un prou, 

— Bougri de bougri I... e iéu que cerque de traval L . Di- 
g-às, moussu^ cresè*-ti que lou mèstre d'aici me prenguèsse? 

— Souiide, d'abord que iéu me vole enanà. 

— Ohi rooustre... le parlariàs pas per iéu, digàa^ mouesu! 
^ Mes si, moun ome,*. Mjlhou qu*aco. Vous quite ma 

plaça d'ausida. se voulés. Avès pas mai qu'à desfaire las 
«cordas... 



A peine, du dernier d'entre eux» le dos dis p a rai »« ail- il dans Tau- 
t*'BTge| (qu'auprès du gibet vint k passer Toiue le Groa- Butor, jeune 
S^avac^h de qui ce n'était point lu faute ai les greaouilîea n giit pas tle 
"«^neue. Ce p 'était pas pour des prunes, d'ailleurs, qu on TaTaîl sur* 
^*=*.omraé Groi-Butor, 

— MorguienoelÉ.» que faites- vous là. Monsieur ! 

^ Ha î ha!..^ jeune bomme, je gagne trois francs par beure, 

— Oh \ que, Mopsieujv vous badinez?... 

— Non pas, mon ami. Lt maître de eëans est un fameux médecin 
^oi veut savoir combien de temps un homme j>eut demeurer attaché. Il 
^Find tous ceux qui ae [»réaeutept. Mul, j'ai déjà gagné cent écua. L0 
'^iïétîer est bon, comme vous voyez. On finît cependant par en a voir assez, 

— Bigre de bigreL.. Kt moi qui chi^rche de Vouvragel..* Dites, 
^îoiisieur, croyez^vou^ qu'il voudmit de moi, votre mattre? 

^» CerlainemL*nt, puisque je vais la quitter. 

— Ob ! bigre. Ne lut pu do riez- vous pas un peu pour mol, dite», 
^oasîeur ? 

— Maïs volûntierg, mou garçon*.. Mieux que ça^ Jevousaban' 
donno ma plac"?, sur*le-champi si vous voulez. Vous u'avez qu*à déïier 
Iss cordes,,. 




f66 CONTES LANGUEDOCIENS 

Tant y a que Tôni destaquèt Rapiàmus e qa^aqueste Jlcelèi 
ûûstrâ Gros- Bardot à la lèata a se ^aurètsansâounàraû^èlus. 



La fartalha de la Baraca deviè pas èstrê trop marrida, 

d'abord que ïîôBtrea bourrèls ie dejunèroun aaa dos ou ras. 
Quand s'en revengoèroun lou Gros-Bardot vous ie cridèt : 

— Eh I moussus, fai dos ouras que çai sièi ! Me bailarés 
aquelesdouseacutsque voua ai^agoat?Se-qua-de-non demore 
pas mai. 

Lôu9 bourrèls s'arregardèroun, embabouchits. 
-- Moiistrôde gort ! as pas nostre ome î Eh! ba.preiiaffîpla, 
sîan poulitsl... 

— H6q I pioi, faguèt bu mèitre, que siègue aqual, que 
siègue Tautra, su fis que nM'ago un de [jenjat. Degiis la cou- 
nouitrà pas res. Ânen î £0U, à l'obra. 

E ae sarrant dau Gros-Bardot: 

*- Anàs toucà vostre argent, ia diguèt. Quitàs aici vostrea 
esolops e mountàs ambé îéu sus Tescala. Vous reglaren. 



Tant il y a que Toine délia les cordes, qua Jean Rapine ficela notre 
Butor très sûmmâiremeiit et puis â'enfuit, sana sonner la cloche 
d'alarme, comme bien voua pânaaz. 

* • 

La cuisine de lu Baraque ne devait pas être m&uvaisa : lea 
bourreaux déjeunèrent durant deux longues heuies. Qtmnd tU 
revinrent aa gibet, le Groâ-Bittor voua îour cria : 

— Hél Messieurs, voilà deux heure» que jo suis là! Vous me 
donnerez les deux écus que j'ai gagnés? Sinon, je ne resta pas ' 
davantage - 

Lea bourreaux a^eatre- regardèrent, interloqués * 

— Dieu me damne 1 ça n^est pas notre houune ? Eh bien ! noua ^ 
voilà dans de heaux drapsi.,. 

— Bah ! fît le chef, qu'on pende celui-là ou qu'on en pende un autre, 
suffît qu'il y en ait un de pendu. Personne n'y connaîtra rien. Allons î 
preste, à rouvrage. 

Il s'approcha du Groa-Butor : 

— Vous allez toucher votre argenti lai dit-îL Laisser vos aabota 
dans un coin et montez avec moi| à réobeile. Nous vous règlerotia* 



CONTES LANGUEDOCIENS 



Hl 



— Se perdran î>as mous eaciaps au metiSi bravô mouasu ? 

— Nàni, tiàni ; n'agés pas làguL 

Tdni escarlimpèt sua Tescala. le passèroun loti nous autour 
dan col, en ie dî^ueot qu'èra d'acoustutnauça de faire antau 
ô tout d'uu cop, sac I ae trapèt panlevat en Ter. 

Fer bounur aviè plou*ut» La corda èra mîèja-pourrida. Se 
ooiipèt. T6ni, per tant tôni que seguèsse, empougnèt vite 
S<:*»js esclopa e ae 7ouètd*au9ida àNostra-Dama de las Carabas. 
ï^^^noeaa, quand aeguèt prou liont, s'arrestèt e bramèt: 

— Michanta sugètsî voulurs!,.- Vau lous querre ïous gen- 
^^^^wmnê. Me lous racaréa aquelea dous escuta (..« Moustres L>. 
â^ït^^rouina-paurea ! assassins L-, Se la corda se copa paa m'es- 
^ï^-^^-ngoulbavoun L.. 



IKsperàs ! L'afaire ânia pas aqnL 

XJn parel de meses après, moussu de Mountpeliè, preniè 
' wr, un bèu dimenchef as entours de la vita, perquinaqui vers 
^=m. Plan das Qoatre-Segnous. Caminava sans pensa mau, rode 



On n'égarera pa« meâ sabota, au moins, mon bon Monaieur T 

Non, non î n*aye^ nulle crainte. 

" Joine gnmpa lur Téchelle. On hn paaea la corde au cou. C/dtGiît 
t ^u.ge, lui dit-on. Et puiSi soudain^ zblcï il se trouva lancé danH 

^idle. 
^Baureuse ment, iï avait plu. La corde était à demi pourrie. Ëllo 
'K:%pit Toine, pour si gros -butor qu'il fut, se précipita sur sas 
*^^"fcût8, les prit, le* mit en un clin d'oeil, et se recommanda anr-le- 
^*^^unp à Notre- Dame-de- Prends- tes- Jambes. Quand il fut assez loin, 
'^ «arrêta : 

-*— Mauv^aia sujets!*., voleurs! cria- 1- il tant qu*il put,. 
I^**^tidfe les gendarmes» Vous les cracherez ces deux éc us L 
^^^.tiriens! Assassina!,.. Si la corde n'eût point cassé, 
Braient!.,. 




*îo vais les 

. Monatreâ i 

ils m'étran- 



Minute! L^afTaire ne finit pas là. 

Uae oouple de mois plus tard. M, de Montpellier, prenait la bon air, 
^dimanche, dans les environs de la ville, prùs du Plan des Quatre- 



^HR 



COKTES LANGUEDOCIENS 



fach 



n 



Paaeas, quand, tout d'un co| 
erousadou, un bèu droulàs se quîiha da^ana eh Ë nosire ga- 
vach, — car èra un gavach, *- Tagacha, Taspia, loti bada, 
sembîa que ae vôu miralhà dina el, 

— Siàs paa^ ié dis, lou baurrèl de Mountpôliè. 

— NànL 

— Achàa, pamena, moussu, que le Sâmblàa fosaa. 

— Tous dise qu*es pas iéu, 

— Oh! be, Ijôugri de bougri I que lou siagués ou que Ion 
siagués pas. eau que vou'n fique una bona desbourreladah.* 

E vous paiiaèt sous e^^clops; e n'a^autèt un de ohaca mau ; 
e voua toumbètsus lou (lasaqum de moun bourrèi ; e vous i'es- 
poussèt las amas ; e voua l'acivadèt d'auo pua bàu en bramant: 

— MeloQs pagaréa aquelea dous escuts,me touspagaréi*!,., 
Urousamen per îou iïourrèl que so vegèt vtsjii de mouude, 

ce qua faguét encoupi Toni. Saua aco l*auriè quitat frech. 

Es égal, de Tacivadage mou.-îsn de Mountpeliè s'an aouYao- 
guet, se dis, mai de quatre matis. 



i 



Seigneurs. H alLail, s^nn penser h mal, raide cdmme s1l fiU venu de 
faire ses Pâques, lorsque, tout à coup^ à un carrefour^ im garçon for- 
tetneut râblé se dressa devant Itii. Kt notre ffavach, — car c'était on 
gavach, -- voua le dévisageait curieusement^ ob'^tinément. 

— N'étes'Vûua paS| lui dit-il, le bourreau de Montpellier t 

— Non. 

— Sais pas!... Vous vous ressemble? beaucoup tous les deux 

— Je vous dis que ce n'e*t pas moi. 

— Ohl bien^ bigre de bigre ! que vous le lojez ou que vous ne l 
sojez paa, il faut que je voua donne une bonne bourrelée!. 

Et il posa âea sabots; et il en prît un dans chaque main; et il voo 
tooiba atir le casaquin de mous bourreau ; et il vous Îul secoua lt*s 
puces ; et il voua lui en administra une maîtresse raclée tout en criant; 

— Vous me les paierez eea deux écus, voua me les jiftierex!*.. 
Heureusement pour le battu^ des gens ae montrèrent, pas bien loin, 

ce qui fit enfuir maître Toiue, Sans cela il l'eût étendu sur le chemin. 
Tout de mémCf ditron, M« du Montpellier garda do cette aventure 
un cuisant souvenir^ plus de quatre matios. 



I 

*0^" 




CONTES LANGUEDOGIEN^S 



269 



IX 



UN YIAGE EN ANFER 

AU BEAVË AMIC F. DOtïUBa&UE. 

Au Boupdlgou, autr« tems, Taviè 'n ciipelan e an inedeci 
qu'oa vesiè souvent ensemble e que pamtïua se cai'Cii|4iuivoun 
tie-longa. Ou, quand se carcagnavoun pas, èra que l*iin débi- 
ta va à l'autre quauca grossa inessourgasm^ en espérant 
"îu'aqneste, quand vendriè &onn tour, n*en faguèsse fil il una 
pus groâsa encara. Gaiv^us aquel chapitre, tasîèn mai^que-mei 
3^ti pus fort la pelha- 

Or, uu divendres au vèispre, Moussu Sîïïii (es lou noum dau 
capelan), qu'intrava eiico de MotiSiSU lïaniôl (es lou noura dau 
medecij per îe passa la velhada, Tatrouvèt mm que ben atau- 
^^t davans un capounàa» amai qu'a vie paa l'er de ie faire la 

f^toumacat, &e âinnèt d'abord, e pioi^ is^ant las mans ; 



UNE VISITE EN ENFER 

A L*AHt W. nOIÎMEaSUB. 

U Bôrdigue, antrefolsi il y avnit un curé et un médecin qu'on 
_ K.U tréâ souvent ensemble. Et cependant c'était antre eux un 
^aAmâiltiâ contiouel. Ou bien si, par husaid, ils cessaient de ae cha* 
^^^iller, on pouviijt être sûr qu* alors l'un contait à Tautre quelque 
^^irifique aveutuit% en attendant que celui-ci, son tour venu, débUàt 
^*^* «orne ttea plu» mil ifiques ûQCore.Surce chapitre, ils faisaient à qui 
^^connefa le plus. 

Or donc, un vendredi soir, M. Silhol (c'était li le nom du curéj 
^traît cbe^ M. Duniel (c'était le nom du médecin) pour passer la 
^^illée. 11 trouva le compère béatement attablé, tête à tête ayec uu 
iu^erbe chapon É Et l'homme n'avait im^ 1 air de bouder l'animal* 

Très surpris, estomaqué, notre curé se signa premièrement ; puis 
ievatit les mains au ciel : 

— Sei§fneurî Grand Dieul Miséricorde !.., un vendredi manger dii. 
la viatiily !... Maiïi l'enfer, malheureux ! Tenfer qui vous attend?*** 



( 



270 



GOfCTfîS LANGUEDOClEfîS 



— Secousl faguèt, un divendres manjà de oarL.. Mes 
] anfer, mslurousî l'aofer que vous espéra?. .« 

— M'espéra pas iéu, mouagu lou Curât; n'agés pas pôu 
d'aquela. 

— Preaempla, E*agé8 pas p6a d'aquekf,.. Vendredi chair 
ne mangeras.^* 

— Ni Samedi mémement. Tout aco sabèn* Mes couDveadrés 
be pamens que, par aaâ dia^ Fanfer, caudriè que fagàsse de 
pla^a. E per îéu i'a pas ges de plaça* 

— Per voua Ta pas ges de plaça?... 

' Nàni, n'i'apasgeâ... Oh ! bouLàa, faguéa pas vostre Sant- 
Toutuàs : m voua hou Jisa en que n^easièi souiîde. E n'eu mèi 
Boulide d'abord que Tère ioi e qu*liou ai vist couma vous veae, 

^ Âoen 1 anen I es pas lou cas de farcejà. Sera pas emb'a- 
quetas couiounadaa que voua tirarés das arpieus de Satan. 

— Couioune pas, moussu Lou Curât ; voug assegure, couma 
ai cinq deta à la maa, que sièi anat à Tau fer, paa pus tard 
que ioi. 

— Ah] voulèa pas n'avedre lou dementitl... Ëhi be, per 
veire, couotàs uu pauo couma aco se i'entoulha en aval? E 
avisas- voua que cadre beu. 



— Il ne m'attend pas moi. Monsieur le Curé ; soyez sans crainle. 

— Comment I soyez sans crainte î*.* Vmdridi chair ne mangeras^., 

— Ni êaniedi mêmemeni. Noua savons ceU. Mais voua conviendra 
bien cependant que, pour aller dans Te n fer, il faudrait tout d'abord 
qu'il y eût de la place* Et pour moi il n'j a point de place, 

— Pour voua il n'y a poiût de place?,.. 

— Nenni, qu'il u j en a point... Oh I voyons^ Monsieur le Caré, afi 
faites pas le Saint-Thomas : si je vous le dis c^est que j*en soie sdr. 
Et j*eD suis sûr, puisque j'y étais aiyourd'hui : j*ai vu la chose 
comme je vous vois. 

— Allons l allons r.„ ce ne sont pas là matières à bouffonnenea. 
Et toutes ces fariboles ne voua tireront pas des griSea de Satan, 

— Je ue badine pas. Monsieur le Curé. Je suis allé en enfer aujour- 
d'hui méme^ aussi vrai que j'ai cinq doigts à chaque mairt. 

— Ah ! vous ne voulez pas en avoir le démenti?... Eh bien! vojona : 
contez uu peu comment vont les choses pai' là-bas t Kt attention qua 
cela cadre comme il fautl 



CONTES LANGUEDOCIENS 



271 



— Vous hou va 11 countà d'ausida, se vous dise una 
messor^a, vole que la lesta me sauta I... Esciiaàg se me decope 
p&a de moun sou^à, mêa Bièî afaniat couma tin loup de tant 
que lou Tiage m*a eurat, e plot aco m'empacharà pas de bar- 
jacà, Q*agé3 paalàgui. 

Dounc, coiapen court. S'intra en anfer per un grand pourtau 
que i'es alandat tiioûh e jour. E Feo a'ancapîtadiue unaeapèça 
de ûourredoUi long, long cou ma tout iûi, e negre, rie^re.*. 
coumadiànaiâ dirai f«,t cou tua vous, moussu lou CuraL. 

Badiûage à despart, se ie vei pas mai que a'on èra dius un 
four. M'embrouncava d'aï ci, retusia%e d*aiaï, belèu me flquère 
de costas mai da dècb cops. Â la jjerân, pamens, m'avisère 
que Ta vie très portas : uua de QÎiaca man e i'autra au fin- fo uns. 

léu, peeaire I couma un ase c&rgat de latas, t'anère picà 
tout drecb à la prumièira qu^^ s'enileveiiguèt : èra la de 

luchâ^ 

— Oi ï bougre de bastard de sort 1,*. mai. vendraa me êegh 
las aurelhas ?... faguèt un lourdaguàs que sourtiguèt d'au aida 
cûuma un obi caïn, loti mourra autant risent que las portas 
d*una prison*., Quau ses vous? 



-i* Je vais voub narrer l'affaire, aur-Ie-charap. Et, si je vous dis le 
pluâ petit metiâonge, qu'où tue coupe la tête I..- Vous m ^excuserez de 
ne pas interrompre mou repas t c*est que, voyez'vous, je suis plus 
affamé qu'un loup, tellement la vojage m*a creusé r&Bioruac. Et puiSp 
ça ne m'empêchera paa de jouer de la Langue. 

Donc, coupons court* Ou eotre dans Tenfer par tm grand portail, 
ouvert nuit et jour. El Ton ae trouve tout de suite dans uue «espèce de 
eoulûir, long, long comme tout aujourd'huif et noir, noir..* comment 
dirai-je?... eomme vous, Monsieur le Curé. 

Mais, trèva de badineriea* Od y voit clair là dedans à peu près 
eomme dans \in four. Je trébuchais par ci, je me cognais par là ; je 
tombai Loutde mou long peut-être plus de dix: fais* A la an des fins, 
pas moins « je parvins à distinguer trois portes : une de chaque côté 
et La troisième tout au fond. 

Moi, pauvre ionoceut, comme un âne chargé de bois, j'allai tout 
de go frapper à Tune d'elles p au petit bonheur. C'était à la porte de 
gauche, 

— Oh l canaille de bâtard de SortL.* encore, on viendra ne uh asaas- 



2 72 



CONTES LANGUEDOCIENS 



— Sièi moussa Daniel» dau Boardlgou, 
— ^ E que nouK ie deraouràs à vmtve salle Bourdigou^ Ipôh- 

de-noum-cle-noum d'un goi? ... Ae l per veire, deqiié Teoès 
fairô ai ci? 

— Vouiièi voua demanda, moun brave mousiu, s'auHàa pas 
uuâ plaça per iéu,.» 

— Ah! ça, mè?, dîgâs : prandriàspas un ûv de doui ers, peiHI 
hasard?*.. Vous couparièi pulèu lou mourre*.. Pétard de- 
noum-de-noum ! hou sabès pas que çai sèn quicbata couma de 
sardas? L*on se creva de l'hou dire à-n-aqueles bougres 
d'abestits^ e vous agachoun, pioï, en badant una maissa 
qu'envalariè doua faisses de palhai.,. Anàs vouafuire enfourcà 
pus liont, sîeupièt, ou gara de mas eostasL*. ■ 

Chaval î coussi pet a vostre fouet, camarada I me pensera* 
Mes gardère aquelaa refleeiouna per iéu. Quand lou mounde 
BOun tant ouuestes, ce milhou es de Ions quitààaoao adressa. 
Acampère dounc un graiil chut e, sans mal d*alôngiiis, anèrem 
picà àTautra porta, la de drecha. V 

— Dequ'es encam tout aquel varaH;.* faguèt un &utr« 



ailier lesoreltles?... fît un monatre de laideur qui sortît impëtueuse- 
meiit, ainsi qu\m chiea hargneux, le museau aussi riant que tea 
po r tes d^un e pri a o u . , . Qui ètea- vo us ? 
^ Je suis M. Dauiel, de hi Bordigue. 

— Et pourquoi n'y reatez-voua pas à votre sale Bordigue, ton* 
nerre-de-Dom-d'uD buiteux?.*. Alloua! pour voir, que veuez-voua 
faire ici? 

— Je voulais vous demander, mon bon cûotiBÎtur, ai, dea foli, 
vous ti'iiums! pa& uue phice pour moi .. 

— Ah ! ça, inaiSf dite;? donc: : vous n'aune2 pas un air de deuji 
atra, parliasard?.,. Je voua cas^erma plutôt la gueule ,. r^om-de-nom-fl 
dhm pétard I ne le savez- voua paa que noua aomniea ieî eueaquéâ^ 
comme des hareugs?.,. Ou aa tue à le leur dire à ce» espt^ces de cru- 
chea, et puis il vous regardent ahuri3,ouvraut uuehouche qui aemble 
vouloir avaler deux bottea de [laiUeL,. Allez voua faire enfourcher 
plua loiQ, s'il vouâ plalt^ ou ^ioon gara de nieti câtoslp,* ^Ê 

PeaieE penaai-je, comme il claque voUefouety camarade !..« Mais je^' 
gftrdai cette rëOexinn pour iiioL Quand lea gens aont ai afTabk^a, je 
mieux est de lea laisser à leui' enaeig^ne* Je reatuidonc bouche cousue 
et, aauB pluii lanierner, j'allai frapper à Tautre porte, celle de droite. 



CONTES LAKGUEDOCÎENS 



t?3 



§iou)ît mourrê qu'eâpinchèt emb'ua er rjaoutiè aouma lou de 
mDftbèla-œaire.,. Voua manca quicon?,*. 

— Nàoi, moussu. Sièi moussu Danièi^ dau Bourdlgou, e 
^ûudrièi saupre 9 auriàs pa» una plaça per iéu. 
H — Âco'fl aco t Quand tous dise que caudrà prene un bon 
tiilhot ?,., Fai belèu mai de oent que vènouni ioL,. Mes, sacre- 
oiila-ûûums d*un fou..*trêl que tD6 fariàs dire, sabèa dounc 
paaleg], bougre d'ase? Dequé Fa aqui dessus ?,*• 

De-fèt, nae faguèt veire en-dessua de la porta, — quau tron 
â'eii èra avisât ! — una maniez a de pancarta pas trop linda, 
^Ud pourtava d'escricb : 



a C0UM0UL1BUB îï 



H — Escusà», Moussu^ ie diguère, sièi un pauc de Courtesoun 
P»ï* la TÎita, â per lou latî*.. sièi de Sant-Jan-das-Âses: ai pas 
jaixi ai aacbut ^^ï^amoulèn rapiàmm. 

B AnÀB-Toii 'n au diable, e pas tant d'armanacs I 

f^ardieu! de manda ve pa^ que de mai que d'anà au diable ; 
m^&^ iacrapéta t ounte tron se deviè 'neapità? Achàa que 



I 



Qu*eat-cé que c*e3t que tout ce vacarme ?.. fit ud autre joli- 

ccetxr qui montra un vieage gracieux comme celui de ma belle-mâre..« 
'Oti« manque-t-il quelque chose?.»» 

^ — NoD^ monsieur* Je suis M. Daniel» de la Bordigue, et je vou- 
drais savoir si voub n'auriez pas une place peur moi. 

— Encore un autre T.. . Quand je vous dia qu'il faudra prendre un 

Wq gourdin?.». Ça fait peut-être plus de cent, aujourd'hui... Mais, 

•acFé-milIe-noma d'tm fou„. treï — car vous ma feriez mal parler, — 

^tta ne «a vas donc paa lire, espèce d'à ne?.,. Q^V ^~t-il là detsua?, . 

U me fît voir, en effet, au-deseue de la porte, — du diable ai j 'y 

i^T^ji pris garde 1 — une manière de pancarte pas trop limpide, 

<^ui portait en écriteau : 

OOHPLKTtBUS » 

~- Faites excuse, monaieurj luidia-je, je suis un peu de Courte* 
«ûn quant à la vue, et pour ce qui est du latin... je suis de Saiat- 
JeBû-les*Bourriquea : je n'ai jamaia au que rapmmuê, 
^ AUei voua en au diable, et pas tant de aoruettee \ 
Pirdieul je ne demandais pas mieux que daller au diable; mala, 

IS 







274 CONTES LANGUE DOCIENS 

âàbièi pas trop ooussi faire de picà ou de pleà paa â la porta 
dau fotiûs, H 

PamenSf me diguère, ie dès, J6 siès : te ie cati faire à la 
carrela i... As adejà envalat doua afrounts, un de mai pot pas 
eatoufà 'n orne e o'aurâa au mens la councteoça neta. hI 

Embé tout accise vous disièi que tramblave pas un pauquet, 
âariô 'û gro9âa mesdorga : Ion cor me faslè tnoa- traça. 

— Quau L'a "val?,,, me cndèt una voués que aemblava pas 
tant rufa coamalas autras.De-fètlou que doubriguèt aqueste 
cop, sansèstre un astre, pamens, èrapasd'à-founa taût lourd 
conma loua dons qu'avièi vhU 

— Sièi moussu Daniel, dau Bourdigou, tournère mai dir« 

— Ah I tant milhou,*. E dequé çai venès faire ? 

— Vesèa, paa grand-causa r tant soulamen per saupra ae 
ranriè pas una plaça per iéu. 

— Ai moun Dieu l taisas-vous, qu'aiço s pie cou ma ud iôu : 
sèn loua uuB sua louaautrea. 

— Mes.*, anûn, quand seguèsae paa qu'un pichot recanlou?.. . 

— Vous torae à dire que i'auriè pas per cabi'a joh,, E 



saperlipopette! où donc se trouvait-il ÎM.Voje»-vûUfl, j'étais bien indé- 
cis : heurterai-je, ne heurte rai -je paa à la porte du fond ?*,. 

Cepeadaût je me tins ce discours : « Tu y es, tu j es: paBsea-y 
jusqu'au bout loue les fourcbes caudiDeât... Tu as déjà essuyé deux 
affronts, un de plus ça ne peut pas tuer un homme, et lu en aurmij 
au mûûis le cœur net. » I 

Tout de mécae, si je vous disais que je ne tremblais pas un peu, 
je mentirais effrontéaiont. Mod coeur battait la générale, 

— Qui va là?... demanda uue voix qui me parut moins rude que 
les deux pri^côdentes» En e0*et, celui qui ouvrit cette fois, sans être 
un ustre à la vérité, n'avait pas le museau rébarbatif des deux cer- 
bères déjà vus. 

— Je suis M, Danielp de la Bordiguetrecommençai-je. 

— Ahl vraiment?*,, et que venez-vous faire par ici? 

— Une misèrer mon bon monsieur, une misère : savoirr tout simple 
ment, ai vous u^auriez pas une place pour moi. 

— Mod Dieu! taisea-vous donc [,» c'est plein comme un œuf chea 
nous» Nous sommes les uns sur les autres. 

— Mais... enfin.*, ne serait-ce qu'un petit coin? 




p 



CONTES LANGUEDOCIENS S75 

tenèe: de pôu que cresôgnèsBes que vous badine, voua hou 
vole faire veire. 

M*aJandèt k porta e, iéu, intrôre, Pa,.,uhî la marpida 
pudissÈtia quê i'aviè aqui deditial Creseguère de m'estavanî. 
E de mouQde ?».. Tout n'èra 

Tant-fa qu^agèren bèu ôntà de draeha^ refîntà de gaucha, 
trapèren pas res> Si, à la Û, m'anère avisa d'uD traça de 
pichot bane, airecantouDati deâtrech couma sabe pas dequé, 
e que» se i'aviè de large per plaça un bout d'una anca, èra be, 
tron-de-mîola 1 tout ce que ae poudiè faire. 

— E aqui? faguère; tamben me counteutarièi d'aiço* 

— Ah î nàni* Tai pas pensât de vous hou dire pus lèu, mes 
tout juste avèn paa qu'aqucl âoc de plaça e poudèn pas tous 
loQ bailà 

— Diànsis 1 qu^aco'a foutent )... E perdequé poudès pas me 
loa bailà, se aièi pas trop curious ? 

— Perdequ^aco's la plaça que gardan per lou capelan dau 
Ôoardigou... 

Qustàvi Thmround, 



— Je foufl répète qu'où ne trouverait pajî à caser un goujon»,, 
Et fceneïl voua croiriez peuMtre que j a VOUA badine: je m'en vais 
v^^ui le faire voir. 

Il m'ouvrit auiait^t la perte, toute grande. Moi J^eatrai bravement. 
F*otiah L,* l'iofecte puanteur L*, Je faillis m^évanQQirî Et du monde?... 
Cï'^taitboDdé. 

Si biea que aoua eùraee beau fureter de ci, refureter de là, noua 
°^ tPouvâraea rien, rien, rien. Si, cependant. A la Un des fiaâ, j'allai 
*^^<2ûuvrir, dans une encoignure, un mauvais petit î>ane, étroit comme 
J^ hê saia quoi. S'il était assez large pour qu'on put asaeeir dessua 
l^ i>g^i d'une fesse, c'est bien, saprelotte I le plus qu'on en puiase 



— Et là?.., demandai-je. Au besoin, je me conteateraiB de ceci* 

— àh! fichtre, nûn. Faut-il que|esois étourdi?.,. J^auraia dû voua 
l^x^Tenir^p. Nous n'avona tout juate que ce bout de banc, et il noua 
••t impossible de voua le donner. 

— [iiaatrel que c'est désespérant!... Et pourquoi ne pouvez*voua 
i^e Le donner, si je ne auia pas trop curieux: ? 

^ Maia,*„ parce que c'est la place qu'où garde pour le curé de la 
^ordigue... 

(Amwre). 0. T. 



BIBLIOGRAPHIE 



Fleîffer (G,î* — Ein probleïn der romanischen worlfor«chungt I* 1899 
[40 p.] et îl, 1900 [20 p.], Stuttgart, GrHner éPffiffer. 

Cette étude a partie al ièrement pour but d* établir rétimologia du 
mot fr. outil. L'auteur en rapproche vfr. étrille, stùnlk et remonte 
par là à une forme ' uAiiahilia. Mais tteeilîe, ttoeilhf qui ie^ble signifier 
c( cbaiae » et que M. Behren^ {Btitrâgt zur romani sckm pkih^hgk 
dédiés à M. G. GrÔber) nipporte avec beaucoup de vraiaernbUoce 
à fliirijtiflei, stùd^û, dV rien k voir avec ouUL * UùlahUia croule paf^ 
le fait. m 

De ee prétendu ^mitahilia M. Ffeiifer 6re atifseU^n qui ne veut cer- 
tainemeut pas dire tf outils » et qui est sans doute apparenté avec 
fr. attifa \ dea aiivtUm ce aont dea objets d'attif-emeot, comme Tindique 
Cotgrave qui traduit ce mot par « triaki:*ta, tyres, or attjres ». 

Puiadu même *u^iahUia aortiratt ««towoir, qui ue convient ni pour 
le sens ni pour la forme, ~ puis êtmyu qui serait le même mot qu'eilè- 
^ùiTj — puis atùivre qui aérait encore le même mot^ — puia êUlU^ 

— puis eniowe, -^ puii t-oeilliûr, — » puia atiller, iaUmillcTf iantouiller, 

— puis ariilliêr. 

Le aiogulier * ttgiÈaliile n'aurait pas eu une postérité moins inatten- 
due : ce serait walU itafe, puis waJL êcoffe^ scafe, Htofe^ et en défini- 
tive fr. étoffe qni sortirait du wallon. 

Cette énumératiou bq passe de commentaire ; mais nous ne crojona 
pas inutile de relater cette liste de mots parce qu'elle est présentéfi 
chez fauteur avec une érudition incontestable et ime certaine virtuo- 
sité à laquelle quelquea>uns pourraient se laisser prendre. 

Dans le second fascicule destiné à renft>rcer le premier, M* Pfeiffei 
construit un *uiabUia^ qui doit confirmer le * usikibilia du premier 
article. A ce * umibilia remonterait, entre autres formesi fr. usêîeiUe ; 
inutile d'inaister. 

Si r&uteur a obtenu dea résultats aussi surprenants, c est quM mei 
en œuvre une sémantique dont l'ébistlcité n'a pas de limites et une 
fonétique fondée uniquement sur ie^ cns particuliers, les faita d'ana- 
lo^e, lea croisements de mots, lea exccptiouâ. Pourtant son tmvïti 
dénote dea qualités qui pourraient être un jour titilisées de façon ylnn 



r 



BIBLIOGRAPHIE 



E77 



/ru<^lueus@ ; mait ce qui e»t inquiéUot pour le moment, c^eat que la 
«sc^cade brochure aettriome par cei moU <> Wirtî fort^esetzt >». 

Maurice Drammont. 



^Wilmolie. - La naixianee de Véiémmt comique dans le théâtre reîi- 
Sm^rrn^, Congrès d'histoire comparée de ISÛOv Macan, ProUl frères, 1901j 
n.^^"» de 23 p. 

Ï5ii aiiBonçunt aux lecteurs de k Jîft?«e dt^ tangue* romaneê un 
r#^<^^nt volume 4e M. Sepet, je les ai entretenus dei « origioea cathô- 
li«^%jes du théâtre moderne ». C'est au même sujet que se rattache 
ttcrm^ remarquable communication faite i>ar M. Wilmotta au Congrèt 
d*>^iâtoire comparée dti 1900. 

^3n a lé plus souvent admis et professé que Télémeut comique de» 
n»^3r«lêre$ l«ur venait du dehors : les fablinui avaient donné nais- 
se Kmce à des farcat, et de ces farces certains ^verson nagea et certain» 
iim<!S:îdenLs sont passé» dans les mystères. Mais où «out ces farces 
et: <e6 fabliau^i dont on veut que les auteurs de mjstèrea se soient 
»e?^--¥iiî 

^u on observe attentivement lea faits, qu'on étudie Tun après l'au- 
t^^^ les documenta, et l'on se convaincra que les mystères n'ont rien 
er«^ pninté; mais» au contraire, que « l'élément comique est çn g^crme 
à'wm wis lea premiers développements icéniquet qu'a connus TEglise, 
c<> rxime ces développements sont, an quelque sorte, latents dans la 
li%T^i^gie „^ 

£ien plus, Télément comique né au sein du mjatère en est sorti, a 
^o^né naissance à son tour à des scènes et à des divertissementa 
P»^ofanea; nous le retrouvons dans Eobîn ei Marion^ d'Adam de 
l^ Hsle, dans la Gi^^élidi» de 13%^ dans le dialogue des voleurs 
t^^"«* de *aini Nkolas), de Jean Bodel : <* Lea sujet» d'ordre comique dû 
l^OO à 1400 sont tous pris dans les mystères, ou du moins s*j re- 
tï^ouvenl ou peuvent légitimement s^j retrouver ». 

Telle est la thèse qu'avec beaucoup de clarté et de logique expose 

l^ «avant professeur de Liège* Çà et là dea vues ingénieuses viennent 

«^core augmenter le prix de sa démonstration. <^ Il serait întérea- 

ii&st m, litron, p. 17, uoteB, « de poursuivre ailleurs une enquête sur 

Wb h Bergeries I» et de se demander si le goût n'en pnssa point les 

tnoBts au XVI ■ siècle (j^fti nommé tantôt Guarini, qui aurait pu se 

^clarer Tauteur de Tenire-jeux du miracle de GriêéUâh]^ pour noua 

'"avenir légèrement métamorphosé au siècle suivant ; il y a là, j'en ai 

la ceriitude, tout un champ d'exploration pour de nouveaux cher- 

chsurs lî, 

Eugène RiOàL. 



21È 



BIBLIOGRAPHIE 



vre 
lelM 



Rolm^troiit (0). — Etude sur Jehan Bodeh Thèse pour Je doctoral, — 
Uppmia, Imprimerie Almqvist et Wiksell, 1900, in-8". [XVI- 2m p.] 

M. RohnstfoiD, qui, dans Iêb Mélange de philologie roTîian^ 
dédiés à Cari Wahhmd[lS96)t^yRit déjàpréHminairetnentpublié de» 
Remarques sur quelques Tiomê prcpres dans la Chansùn des Saa^<>n$ 
(pp. 123-J36), vient de coDiacrer une étude approfondie à )*œuvre 
complète du poète arrageois Jean BodeL Après une IntraductwHf^A 
où il rend compte des faita se rapportant à la vie de Jean Bode^ 
routeur soumet à un examen consciencieuXf en cinq chapitres eonaé-j 
eu tifs, îes Pailùurdk» attribuées àJeanBodel, see Congés, le Jeu 
saint Nicolas^ la Chanson dtê Saxons et, enfin , la langue du poèteJ 
telle qu'elle resiort de ses œuvres, L*exposé est clair et facile à lire, 
et l'auteur nous renseigne partout^ d'une n^aniére ayatématique et 
intelligente, sur les opiniona diTergentes concernant les questtoaa en 
litige Je ne saurais dire, ii« pour chaque fait spécial, M. Rolrn- 
BtKîEn eit arrivé à un résultat dé&nitif et assuré ; dans tous les caa^ 
son argumentation est toujoura très solide et mérite d'être prise en 
sérieuse considération. Je doii me borner ici à signaler brièvement 
quelques conclusions importantes de cette oeuvre très méritoire. 

Pour la date de la mort de Jean Bodel, l'auteur approuve Topinion 
selon laquelle le poète est mort vers la fin de 1209 ou au commence- 
ment de 12UL Quant aux pastourelleSi M. Rohnstrom, d'accord avec 
M, Cloetta, croit que Jean Bodel est également Fauteur de la pas- 
tourelle N^ 1702 de la Bibliographie de M* Raynaud {Uautner ms 
chet^auchoie Lés une sapinoie)f laquelle est anonyme dans les troia 
m sa, qui la donnent. Les Congés dateraient, comme Tout admis 
MM, Cloetta et G^ Paris^ de Tannée 1^2, Four la Chansùn des 
Saxonê^ il faudrait prendre comme base de la reatitation du texte le 
nia. Paris, Arsenal, f. fr, 3142 (A), dont la langue est nettement pic^arde. 
Quant à la langue du poète, M. Rohnstrôm prouve, entre autres, que 
Jean Bodel rimait îe <^ - Ita avee *ie ^ -iee, réfutant ainsi l 'opinion 
contraire de M, liajnaud, que j'avais adoptée^ avec trop peu de cri^^^ 
tique, dans mon (édition de Cofton de Bèthune. ^M 

Voici, pour finir, quelques petitea erreurs de fait que j*aî observée». 
P. 9: La ni* pastourelle (Raynaud, n° 1702) se trouve dans Mon- 
raerqué- Michel, Théâtre Jrç.t page 37, et non pas p. 77, — P, 12 ^ Par 
une erreur d'impression il n'estpasditquela IV* pastourelle (Rajsaud 
D*> 367] a aussi été publiée par Dinaux^ Trouiî, ArL^ p. 206, ^ aous le 

i La Bihliogruphie de M. Raynaud indit^ue à tort p. 190. ce i^ij^l 
s'BipUquc par le fait que la p* 207 porte, par erreur typographique, lé^^ 
numéro 191. 



BIBLIOGRAPHIE 



27© 



nom dfi Gillebert de Berneville. — P, 22 ; Les Qmffés ae trouvent 

tDcnre dans le ms. Paria, Arsenal , 3313 (B. L. fn 170)^ qui est une 

eopie (du XVI II' siècle) du ms. Paris, B. N. fr 375 (voj. ZêiUchr.f, 

f^w9^, FhiloL ÎV. p. 477, note 2), — P, 70: La strophe 176J-22 du 

/iTM^ ^«ainl iVîcoio* (éd. Monraerqué'Michel)ales rimes : ababccdde- 

^^^^gcCf et lion pas : abebccddefefgg<iâ. 

Heliiàgforg, A. Wallenskôld. 



G^^i«Ull Jonrdamie. — Carc^sfonne. Un toL ïnAI, VI-174, pp. et irn 
pi£i rx. Carcassonney Gaùeîle^ 1900. 

^^ien qae ce petit volume soit une oeuvre de ci reons tanche, (écrite^ 

fi m:i ous ne nous trompons, à l'occftsion d'une fôle félibréenne) et c^ue 

rama^ieur y ait évité avec beaucoup de boime grâco toute prétention 

icm^mlifique, il mérite d^étre aig-nalë^ tant à eause de Pautonté de 

Vé<2irivain si compétent en naatiére d'histoire et d'archéoîogie langue- 

d&€^ennet que pour les services qu'il pourra rendre aux archéologues 

de ï^rofessïon comme aux simples touristes. Apih^ Cros-Mayrevieille, 

après Viol le t- le -Duc, après Foncin, après G, Boyer^ M. Jourdanne a 

p^nsé quil 7 avait place encore pour un guide à la Cité de Car- 

c&a sonne, et son entrepriie se justifie par Ta bon dan ce et la précision 

de» détails, comme par la clarté et la méthode de l'exploration de la 

Cttê telle que son itinéraire la présente» C^est, comme de juste, à la 

Cité qu'est consacrée la plus grande partie (et la plus intéressante) 

d^ volnme* Après quelques indications générales sur Thistoire et 

1 ftiHïKéologte de la vieille Cité, Jourdanne décrit eu détail la basilique 

de SS.-Naïaire et Celse, puis l'enceinte intérieure r 1" de la tour de 

JoaUce à la tour Saînt-Na2aire; 2^* le Cloître; 3** de la tour Saint- 

ï^^xaire à la Porte Narbonnaise ; 4* de la Porte Narbonnaise au 

Châ^teau; Teneeinte extérieure, qui se divise en liée» haute» de la 

Porte d'Aude à la Porte Narbonnaise et en Ike» fnjtisei de la Porte 

Narbonnaise au Château. L'étude des entrées: Porte d'Aude, Porte 

Harbonnaise, Grande Caponuière et avant-porte du Château, complète, 

ivec celle du Château, la description très approfondie de la Cïté, On 

M pourrait trouver de guide mieux renseigné et plus indépendant k 

^' égard des légendes et des traditions locales. M. Jotirdanne n'en 

ignoré aucune, mais il est loin de les accepter toutes. Cette partie du 

Tî>lun\e se termine par quelques notes sur les sénéchaux royaux, les 

prévois des mortes-payes, la statue de Dame Careas et la légende 

deCarcai et de ChaHemagne, et les anciens faubourgs. Une vingtaine 

àt i^a^eB contient ensuite des renseigne m en Ls plus que suffisants sur 

U Ville Basse, et peut-être un peu maigres sur le Musée-Bibliothèque 



5^0 



BIBLÎOGBAPHIE 



qui contient dea œuvres et des collectiona intérestantes, surtout sut 
les ChéDier, sur FejruHse et sur Mahul. Le volume est eu rie u sèment 
illustre de photogravures d'apréa lea clicbéa de rauCeur, qui a même 
donné un hors ire photographique qui sera précieux pour les aroa- 
leurs. Je me permets de réel a mer pour les amateurs bibliographes 
une bibliographie sommaire de OarcasHonoe, qu'il ne iera pas difficile 
à M. Jouidanne de nous donner dans ea seconde édition, et que, selon 
toute apparence, noua n'attendrons paa longtemps. 

L.-a P, 

Goatantino Nigra. — Uno d^gll Edoardi in Itslia, FaTola o storia f 
(Extrait de la Nuova antoiogia, i" BTril 1901. Rome 1901. 25 pp.) 



I 



La tradition des chroniqueurs anglais veut que le roi Edouard II 
d* Angleterre ait été mie à mort, d*une façon barbare, par ordre de 
sa femme Isabelle et de l'amant de celle-ci^ Mortimer^ au Château 
de Berkeley, à une date généralement fiï:ëe au 21 septembre 1327. 
Manuel da Fiesoo, chanoine d^York, puis évêque de Vertvelli de 1343 
à sa rnort en 1348) a donné, dans une lettre adressée au roi Edouard 
111, une version tout à fait différente des deniières années de ce 
prince: d'après Fiesco, Edouard 11 aurait rénssi à a'évader de Ber- 
keley, et à gagner le continent; il aurait traversé la France jusqu^en 
Languedoc, reçu quelque temjis l'hospitalité de Jean XXI 1 à Avignon, 
puis, après un pèlerinage à Cologne^ serait revenu se fixer en Lom- 
bardie, à Milan dVbord, puis dans les ermitages de Melaz^o et de 
Geçima. C'eat là que la mort serait venu le prendre* Ce récit aurait 
été fait par lui-même à Manuel da Fiesco, i*- ea quae audivi ex. eon- 
fusiimê ptiirh vas tri >ï, phrase où k confesË^ion *> vevit dire sans douti? 
confîdenco,ou bien implique un singulier manquement de Fiesque à ses 
devoirs ecclésiastiques. — Malheureusement cette lettre de Piesque 
n'est pas datéo, et le plus ancien tiaxte qu'on en ait est une copie 
insérée par Arnaud de Yerdale dans le cartulaire épiscopal de 
Maguelone: or Fiesque est mort en 1348, le cartulaire a été rédigé 
en 1368 ; cet écurt de vingt ans diminue quelque peu l'autorité de ce 
témoignage, fort surprenant et qiii n est confumé par aucun auti-e 
document contemporain. — ^'e docsument fut publié pour la première 
fois en 1877, par M. Alexandre Germain^ qui accepta pleinement aon 
authenticité, c sans vouloir imposer cette conviction a , mais qui récla- 
ma la révision de cette question historique, et discuta savamment 
les divers problèmes et hypothèses qui ae posent et se suggèrent à son 
endroit. Il conclut à lauthenticité, pour ce motif que la fahrit^atitin 
d*un tel document n*aurait eu aucun but utile et aucun avantage 



BIBrJOGRAPHîE 



28 1 



I 



pratique poarle faufiiaire. Comme on ne posj^à^e pas roriginal de La 
leUfe, cette question d'autbeûticité est double: L'original était-il 
authentique? On ne peut Heu en savoir et il n'a peut-être jamais 
exiaté. La copie reat-elle'? It efit poâsibla, comme Ta supposé Oermain, 
que la copie elle*mâme a.it été nu apocrvpbo destiué à tromper 
Arnaud de Verdalâ, grand coilecteur de chartes et de documenta 
anciens. U eat possible enfin, et Germain et Nigra n'ont paa envisagé 
cette hypothèse, que nous ayons affaire ici a un simple jeu d'esprit, 
à un document purement littéraire et fabriqué de toutes piéoee^ 
comme le mojeu âge et le XV« siècle on ont tant produit ; lequel 
4ocu[nent aura été recueilli dans le c^irtubiire par un clerc trop naïL 
On retrouve en effet dans cette lettre plusieurs éléments ordmnires 
des récits analogues de Folk-lore, les détails de révasion,la substitu- 
tion du eadavre, la réception par le pape, Le pèlerinage à Cologne, 
qui paraît un épisode tout à fait arbitraire. Jusqu'à nuuvel ordre, il 
»y a pas lieu,aemble-t-iïj de substituer k la version romanesque de 
l^astassinat la version encore plus romanesque de l'évasiou. A vrai 
dire Tune et l'autre sont également peu certaines et impossibles à 
prouver. 11 faut appeler, comme Nigia, rattenlion des cberubeurs sur 
ce petit mystère et souhaiter la découverte de nouveaux, documents, 

1^ prochaine publication du cartulaire âù Maguiïlone donnera 
|.keut-ètre à notre savant confrère M. Bertbelé Toccasion de revenir 
^ur cette question, de compléter la découverte de Germain, de déci- 
der Tauthenticité du document, et provoquera peut-être la découverte 
«Renouveaux textes relatifs à ce o^ystère. Si Edouard 11 a vécu une 
«^{uinzaine de Jours à la cour pontîfîcab*^ il est impossible qu*:^ les 
v-egistres Introitus et Eûtus de la curie de Jeun XXU u\'u aient 
^^^nservé aucune trace. 

Dans le prêtent article, M. C, Nigra ne fait guère que résumer 

^^ mémoire de Germain, il donne le Lente et la traduction italienne 

«ie la lettre de Fiesque, conclut à lu vraisemblance de révasionj 

CJermain était peut-étro conduit à cette conclusion par Tamour-pro- 

M^re du trouveur, Nigra y est amené par ramour-propre louai de l'itM- 

«^teni heureux, de voir son pajs mêlé à un i^roblème historique, ^ 

C^eit du reste le caractère d'à propos que rtivénement d Edouard VU 

^onne a Thistoire de ses prédécesseurs hotuouymKa qui l'a décidé à 

advenir sur cette question. Peut-Ôtre Edouard Vil trouvera-t-il cetto 

^ictualité de mauvais augure. 



2$2 



BIBLIOGRAPHIE 



JoQrdânae. — Contribution au folk-lor© de l'Aude. Usages, cotttum©! , 
litlératurc pripuîaire, traditmn» léj^endaîres. Un yoL in-8e, 243 p|>, 
PaHg,, Mat onneuve; Cart:axsonne, André Gnhelk, 1S99'19(X), 

M. Jûurdanne a eu une escellente idée en réuniaaant daiiâ un 
tirage à part, ro&ireint H par là-mème appeié à devenir rare et pré- 
cieuï^ dea études publiées daoa le Momieur de VAude et daûs ks 
Mémo'ir€$ de la Société de» arts et science» de Garcae»onm sur le folk- 
lore dt> ce département de l*Aude qu'il connaît si bien et dont il veut 
être l'hialorien attitré. LVnflemble de ces études comprend uaturelle- 
Dûânt trois divisions: Usages et coutumes, littérature populaire, tra- 
ditioDi légendaires. Dans la première, Tauteur examine succesaive- 
ment les fêtes populaire! (à noter un incident singulier arrivé en 1785 
à la fête du Roitelet), les crojauces aux êtres surnaturels, la fëe Bia- 
tande, la Dame blanche de Puylaui ensile Drac, la ino^o, lea sinag^rîea 
les breichiiê^ les peurg^ le messager des âmes (il observe justement 
que ce^ atiperatî lions ont un caractère plus âpre et pins triste en 
Languedoc qu'en Provence), les proverbes et dictons, les jeux des 
enfanta, les coutumes nuptiales et funéraires, les formules de con- 
veraatioD, les uaages adraiui^li'atifs, les usages résultant dei rivalités 
de quartier, les métiers de la rue [gitano, panier airct pendulaire^ bru* 
ta-bitestamahef gevtmmire et«ûn/î^^/t), les usages culinaires et médi- 
cfius:, chapitre toujours abondant en étrange tés et en très ancieanes 
survivances, enfin les uaagea pôpupulaires religieux réunis seua le nom 
4e liturgie romane. 

La deuxième parti e^ — poésie et prose populaires — ^ est peut-être 
moins nouvelle, et moins spéciale àTAude: les chants enfantins, les 
danses, les chansons d'amour et de maiîagc, les pastourelles, les 
chants religieux, se retrouvent avec <lés variantes hors du dépar- 
tement. Signalons cependant les chants languedodeus appliqués à 
rhjtmer la polka et le quadrille, certains chants boudons, et les 
chants de métier, dont il est étonnant que M. J. n'ait pas fait un 
chapitm spécial (Cf. chant du bouvier» p. 97; chanson des tisserands, 
p. 51). Tout à fait intéressant^^ et locaux par contre sont leAcbapitres 
dequd^uÉs chamoninerê poptilaireu ( Combe lies ^ Vidal, Taurret, Jala- 
bert, Rigaudel, Rirat, Achille Mir) et sut les ûhamons pùlitiqites popu- 
laires dont la plupart sont du XlX'^sièele, dirigées contre Napoléon, 
contre Déjean, Mahul^ Legoux, etc. CVst en effet un ehapitre 
essentiel pour constituer le folk-lore des temps contemporains. 

I^ troisième partie consacrée aux traditions légendaires est eelïe 
qui intéressera le plus les historiena et les archéologues : rantiquîte 
a I lissé quelques traces dans la région ; on attribue des origines 
fabuleuses à certaines villes de TAude, notamment à Carcassonne, à 
Narbonne; les Wisigoths, les Sarrasiûs ont fortement impressionaé 




BIBLIOGRAPHIE 



S83 



P 



Hisagin&tioti pop tila ire {trésor dea Gotha^ châleaux d'Alaric H, la 

tour pi nie de Carcas^onûe, 1a tour maureatjne de NarboTiQe, les sept 

staloes dVgeot enlevéei k Narbonne, les sept colonnei d'argent 

enlevées à Carcassonne, les murailles de ^îarbonne transportées à 

Cordoue, la «tatue de Mahûmet).— Uoe aatre série de traditions date 

4u cyele earolingien et de Tépoque féodale: c'est la geste Darbot)- 

nftise, Philo mena, le poème dXimery de Narbonne, ât toutes le» 

légendes qùieti dériveot. Charle magne en personne (par Dame Carcas 

«t le siège de Narbonne) et Roland, ont ewnocpopalaritc remarquable 

dans ces régions, — Autour de ia guerre des Albigeois s'est formé tout 

QD cjcle de traditions ; Roger Trencavel, Amftiirf,Sîmonde Montfortt 

Saint-Domiaique, sont autant de noms autour desquels devaient cris- 

lallîaef les légendes et les anecdotes, — l/b agio graphie chrétienne 

s>st aussi propagée dam le domaine du merveilleut^ avec saint Pau) 

Serge, saint Gîmer, saint Stiipiû, saint Papoul, sainte Gamelle, le» 

saiotta Quelles, et autres analogues* M. Jourdaune a groupé dan» 

in intéressant chapitre les légendes formées pour expliquer certains 

fnoouments antiques on curieui, ou pittoresque : les pierres de Nau* 

ronse« les souterrains et le grand puits de la Cité de Carcassonne, la 

Vierge de la Porte Narboonaise, la pierre tombale de Simon de 

Montfortf U giienouiUe de saint Paul et la lampe de saint Just, à 

Narbonne, etc., etc.). — Un dernier chapitre est consacré à des 

légendea d'origine suspecte sorties purement de la fantaisie indivi- 

dutUe de quelques nouvellistes du XIX* siècle, plus épris de roman* 

liime macabre que de tradition méridionale- Il n^est pas intitiïe de 

1» réciter l'origine purement livresque de ces légendes (dont aucune, 

*u reste, ne paraît avoir dépassé le magamne origînel)^ tandis qu'on 

[«ttt encore la retrouver sûrement. — Il manque un chapitre à ce très 

iiiléressaût volume : c*est une revue du folk-lore d'origine historique 

^atonjporaLne. M. J,, qui a cité tme chanson contre Napoléon, ne 

|>eaw-t*îl pas qu*on pourrait retrouver dans les traditions populaires 

■^4 tnecdoles sur Napoléon, Kléber et autres? Plusieurs carcasson- 

^loat fait lexpédition d'Egypte; li petite BellilletU élait compa- 

^ot« de Peyrusse 11 serait invrai^iemblable que Tétrange fortune de 

-&tla petite bourgeoise, devenue maîtresse de Bonaparte, n'ait pas 

'^^M lieu à quelques traditions. Je crois que Napoléon et la Révo- 

lubatt dans les traditions populairea sont des sujets dignes de Tatten- 

tiOûdeB folk-loristesj 

UG. PKuasiKR* 

Il faudra aussi 9'in<^tét«r dint quelques a nneos des légendes et tra- 
•jJliotu ïuii]uelH auront donné naissance dans les villages ks récits des 
îoldars coloniaux ou qui auront fait la guerre outre mer. L'instrucUon 
pniQSLro n'tfmpéçhe pa:», bien au contraire, la déformation de rbiatoiro 
^nidti cerreaux primitifs ou débiles. 



CHRONIQUE 



Nûa deux colkbdffttaurs MM. EuoKNi Kigàl^ professeur de litté- 
rature française à Irt FiicuUé t\m lettres, él M4RTï?iK>îOHa, ^ii*of©aaear 
de rhétorique au Ijcée de Montpellier, vieûaeot d*êlre honorés par 
l'Académie fraoçaise d'un prix de 500 franes chacun, le (iremief* pour 
son volume intitulé Victor Hugo, poêle èpiquê (Paris, Lecêae et Oudin^ 
éditeurs), le second^ pour sa thèse françmoe la Gom^ia eâpofjnah tn 
Fraticedû Hardy à Raeim (Paria, Hachette et Cie, 1001), 

M. RiGAL u^^uit déjà obteQU un prix de rAaadémie pour ^a ihèae sur 
Alexandre Hartiv. Nos plus vives félicitations aux deux lauréats. 



Le D' Stkffe>îs 3*e^t hahllHé à VUniversité de Bonn, comme Pri~ 
mtt'Dûseni de Philologie romane. 

Le D"^ O^uFiî^KZ, leotéur de français s'est habilité i la mérne Uni- 
versité, corn tue Pihat'lhnmi de Philolope française. 



Les thèses de notre colUborateur, M. J. Roue a ut r^ m té res seront 
vivement ceux tie nos lecteura qui s'occupent d'histoire langtiedo- 
cienne, La th<>9e françmae* expose rhiatoirc du (Jévaudan de 1585 
à 1506. Grâee éiux nombreux documents inédits qull a consultéaaux 
archives de Mende, M, Roueaute a pu douner un récit vivant et 
animé en mémo teniita que sincère de cette période troublée. 

La thèse latine', quoique trnîtant d*un sujet apécîslement bistorî* 
que, pourra avoir quelque utilité pour les philologues. Les pages 87- 
1 14 contienne ut mi effet un înâtg^ des propriétés rojates dans le Qé* 
vaudan en 1307. Les nums sont donnés sous la forme latine quHU 
ont dans les charteiî et sous la forme officielle quHls ont aujourd'huU 
Si l'auteur avsnt pu nous donner en môme temps la formes langue» 
doeienne de ces liev^ dits, mei^ et Unemeniii l'intérêt de cet indem 



' Le pay^ de Givaudan au tttmps de Ifî Ligut^ par J. RoncAPTS» 
Paris, A. Picard, 1900. 

^ Qutt ratio ne et f^uihta tempùHbas fints domimi resii in Gahatiiano 
consiituia sini (anno MCLXLMCOCVII), Hânde, lilirairie A. Privât. 



CHRONIOUE 



Ul 



VoQi pregan de m and a au k Seereiario del ^cêlmiitmù AywUa- 
mêmiù âe Zaragom >» vÔstis gbro noiin âîgnado, porUnt uno deviso 
reprodueho panerâmen a resteriour d'im pie ferma que dedin» 1' aura 
eacri lou uoumee TadrèiBBo de l'autour. 

Pèr v68ti coumposiciouu lou couûcours sera duberteajuaquo au 15 
«le setèEubre de 1901 à cinq ûuro d6a tautoat. Pèr vous^ Bui-a toujour 
daberto la Ciéata de Saragoaso, e pèr voato amiitanço lou cor dii 
Aragotmés. 

Demandan pas mai, senoun que Dieu vous alumioe e nous gard^ 
Èouti souto aquelo lèi de pas e d'autour qu'es un doui) ûàu Cèu. 

Douoa en Saragausso lou jour de nûsta prouuiîerû Fêsto, dès e noù 
<i* oàCobre de V an de Nos te Seignour, mib aÔu cent 



Veuillez enTojer aa < Secreiario del Eœceieniuima âi^unÈamiento du 
^wagoia v tos obuttas non signées portant une devise reproduite éga- 
lement à reïlérieur d'une enveloppe fcrniiic qui conlïfmlra le nom et 
J'idresse de Tauteur. 

Pour Tos compositions, le Concours sera ouvert jusqu'&u 15 septembre 
*9ùl à cinij heures du soir; pour tous âera toujours ouverte la Cité de 
^aragosse, et pour TOtre amitié les cœuri des aragonaiâ. 

Nous ne demandons pas autre chose sinon que Dieu tous illumine et 
:^Diu garde tous »ous cette ioi de paix et d'amour qui estie don du Ciel. 
Donné à S ara gosse le jour de notre première Féto, dix-neuf octobre 
^^t Tan du Seigneur, m il neuf cent. 



Un des deitiiera numéros de la Revue C^lUque (avril 190), p, 216, 

^qq.) contient un intéressant article de M. A. Thûii\s intitulé De 

•^qudqueif nomade lievx françau. Citons parmi ces noms ceux à'Abeiltun 

^ * ApiUanum)^Adiâëan (<^ ^ Atîcianum], noms de deux communes 

^e FHéraultf Indroiê^ nom d^un petit affluent de Tlndre, /n^roi i serait 

^anné avt^c un diminutif gaulois kcm, îmcùm. 



Notice collabora leur f M. Eugène Rigai, dont do us annonçons ci' 
dnauB le succès académique, vient de publier une nouvelle étu4e 
d'histoire littéraire, à. laquelle nous soubaitona volontiera la même 
fortune ; c'est le Théâtre fran^ak arant la pénod& elamque (fin du 
XYl* et commencement du XV ÎI^ aièclêj. M. Rigal, dont on connaît 
h profonde érudition et ïa compétence spéciale sur t^es matièrea, a 
refoodu dans ce volume, en les complétant et en les mettant au cou- 
rant des dernière^» découvertes, — on dirait mieux de sefs dernières 
découvertes — son EêquitM de VhUtcire fhê théâtrei de Paru et les 
ciiapitrea d'intérêt général de sa tbôse sur Hardj* C'eat désormais le 



?SP CHRONIQUE 

livre elaftsique et indtspenBftbïe pour Tétude de Cette période si iaté- 
reisante el si complexe de oatre hiatoire dramatique. 

ir 
• I 

M, Franeeaco Flamiai^ professe tir de letti^s italiennes à i*Umver- 
aîté de Padoue, a publié daDB la ReisM de la Rmausancê (rëeemment 

fondée [mv M. Séehé) une curieuse étude sur le RAle de Pontus de 
Tjard diiîis le PétrarquUme français^ où il montre co m osent ce poèie^ 
tout en imitant Maurice Scève et Cariteo^ n s*éloignûit bien plua que 
w Melin de Saint- Gelats dans ses vers alambiqué^ et guindéB^ qui 
» visent à reproduire tout ce que Pétrarque a de plus étrange el de 
>i plus fade, tl se rattache à Meïin et ouvre la voie à Desporles p». — 
L'étude de M. Flammi sera lue avec intérêt par tous ceux qui étudient 
tes relations littéraires de la France et de Tltalie. 

11 est question depuis quelque tempa de ta création d'un enseigne- 
ment de littérature et de langue eapagnole à la Faculté dea lettrea 
de Montpellier ; des subveotions s élevant ensemble à 3,000 franca 
ont été, nous as8ure-t*onf votées par le Conseil municipal de Mont- 
pellier et le Conseil général de THéranlt. Bien que notre Faeullé des 
lettre*» ait des besoins plus urgents, nul ne pourrait s'étonner d'y 
voir instaurer cet enseignemeut. Fa ce nesi assurécneut pas la Rmue 
du ktn^ueë t&manu qui voudrait j contredire. 

Parmi les mémoires récemment soumis à la Faculté des lettres de 
Montpellier^ comme épreuvea de la licence es lettres, nous devons 
signaler, i?n raison de son intér-êt pour llilstoire provinciale de Lan- 
guedoc, celui de M, Heort Chaber, étudiant en histoire, licencié è% 
lettres, sur r^tm^ofwe paUique m Langutdoc a a XVIII* §ièele. Le 
jeune auteur» traité ^ diapré s les documents inédits d ^archives, uoeques* 
tien nouvelle et mal connue, et son mémoire apporte des résulta ti 
intéressants et curioiiXi sinon définitifs. Il sera probablement imprimée 



Au moment de terminer cette chrouiquei nous recevons et nous 
nous empressons de signaler le Librû Nouviolj consacré par M. (la- 
mille Laforgue à commémorer le manage de Mademoiselle Laforgue^ 
SH flile, sivec M. le vicomte d'Armagnac. Nous reviendrons sur ce 
volume auquel ont collaboré presque tous les félibres et les (loètds 
méridionaux, et qui imite brillamment Tus âge délicat des Per nùzzt 
itnliêus. Bornons-nous sujonrd'hui k dire qu'il fait le plus grand 
bouncur aux presses do la mn^isort Hamelin, et à M. Koque-Ferrier 
qui en a dirigé la cornposiLion liitéraire et typographique. 

Le Gèrani respomabU : P. Hamklin, 



LA cm DO DE BIARN 




Aft *lom de Dieu vivant*, — ftti nom de sainte Estelle ^ ^ au nom 
îU^u vivant, faisons notre devoir, 

Vft t4t, chant des bergtra, — chaat des bergcra, va tôt, — va tôt^ 
ehfi^^ <les bergers, de soleil en soleiK 

* Criée ^e font le» pâtres pour se héler entr*oux, dam les monta gnos 
^ir Oascogne : espèce de tjroUenne. 
1 Andenne formule de serment uaitM en Béarn. 

ILIV. — jQillet-Aûûl 1901 . 19 





^^^^^f¥^^^^ LA CRt DO 


^^^^^^H 


^^^H E vnei criden: Oussau, 


Yenèn pèr caligna ^^^H 


^^^H Ouâsau, vivo la Vaco! 


Lou Biarn e la Bigorro, ^H 


^^^H E vue! cridet) : Ousaau, 


Yenèn pèr caligna ^H 


^^^^^H Yeiûi H Prûuvençau. 


Lu 11 Biarn e rArmagna. ^H 


^^^^^ Yai lèu, bailèro, etc. 


Vai lèu, bailèro, etc. ^M 


^^^H Ë vivo Despourrins 


Lou vin de Jurançon n ^H 


^^^H AmouDt en terro d'Aâpo, 


Fai canta la cigalo, ^| 


^^^H E vivo Despourrins 


Lou vin de Jurançoun ^H 


^^^^^H Que jogo dôu clarin I 


Fai parti 11 caiiflouii. ^^^H 


^^^^ Vai léu, bailèro, otc. 


Yai lèu, bailèro, etc. ^^H 


^^^H Ë vivo JaussemîQ 


Ë diren 90un coublet ^H 


^^^H Àvau dins la Qascougno, 


Au blu berret de lano, ^| 


^^^H Ë vivo JaugsemiD 


E diren aoun coublet ^H 


^^^^^H Qu'& Ûonrî lou ûamiu. 


Au rouge capulet. ^| 


^^^^B Vai lèu, bailèro, etc. 


Vai lèu, bailèro, etc. ^H 


^^^^H El aujourd'hui crions : — Ossau, 


vive la Vache M — Cnons î Dssau^ ^H 


^^^^H OBBiiiii — voici l@a Provençaux ! 


H 


^^^^H Va tôt, ehaût des bergers, etc. 


^1 


^^^^H Et vive Despourriaif — là* haut 


en terre d'Aspe, — et vive Dea* ^H 


^^^^B pourrlua — qui J joue du haut-boia 


^H 


^^^^H Va tàt, chant dei bergerii, etc. 


^^ 


^^^^1 Et vive aussi Jasmin, — tà-bai daos la Gaicogne, — et vive anaai J 


^^^^H Jasiïiin ^ qui & fleuri la voie! 


m 


^^^^H Va tôt, chant des bergers, etc. 


■ 


^^^^1 Nous venons courtiser — te Béarn, la Bigorre, — noas venons ] 


^^^^H courtiser — le Béarn, l'Armagiiac. 


^ 


^^^^H Va tôtf chaut des bergers, etc. 


■ 


^^^^H Le vin de Jurançon ^ — fait chanter In cigale S — l^ vin de Ju- ^| 


^^^^H rançon — (&h partir Les chanBons. 


■ 


^^^^H Va t6t, chant det bergers, etc. 


■ 


^^^^H i Oussau e Biam^ titce la Vucq! devise héraldique de la râllèe d*Otsatti ^H 


^^^^B ^ Gjpripn Deapourrins, poète héarnBis (169^-1755)^ né à Aceous dans ^| 


^^^^H ia vaiiéo d ' As p (^ . 


m 


^^^^1 1 Cru célèbre dû Béarn. 


M 


^^^^^ ^ Agania ta ciyalOf si 'enivrer, i?n provengaL ^^^^H 



^^^ LA CEI DÛ 


DE BTÂEN d^l ^^H 


^H Ti gave plên d'enoèDS, 


En passant pér Nera ^^^H 


^H Biara, fan de miracle^ 


Salndaren Floureto^ ^^^| 


^H Ti gave plen d'eDcèns 


En passant pér Nera ^^^H 


^B An couva saut Vin cens. 


Fioureto nous rira, ^^^H 


^M Val lèu, bailèro, etc. 


Val lèUf baîlèro, etc. ^^^H 


^B Ti pourtaire d'egclop 


Plantarea loa rampau ^^^H 


^B Vènon grand eapitàni, 


(H toeo-ié» se Tauses], ^^^H 


^H Ti pourtaire d'esclop 


Flaûtaren ion rampau ^^^H 


^H Vènon rèi qua^cjua-cop. 


Sus iou cas^tèu de Pau. ^^^H 


^m Vaj lèu^ bailéro, eic. 


Val lèu, baîlèro, etc. ^^H 


^M Pèr Jane de Labrit 


Au cabiscôu d'Ourtës ^^^H 


^H Que faguè'n tant bèo drûle. 


Âro ponrten un brinde, ^^^H 


^1 Fer Jane de Labrit 


Au cabisci>u d'Ourtés ^^^| 


^H Ënaurân iioste crid. 


Qu*es valent e courtég. ^^^H 


^^L Vaî lèu, bailèrû, ete. 


Vai lôu, bailèro, ete, ^^| 


^V NoiiB dîroDB son coupteÈ ^^ au bleu berreE de laine, — noue diron» ^^^| 


^H son couplet — au rouge capuhl ' . 


^^^M 


^H Va tôt, chant des bergers, etc. 


^^^M 


^V Tes gaves pleins d'en cens, — Béarn. font dea miraclee, --teâ gaves ^^^^H 


^H pleiQ^ d^enceuH — ont couvé Saint Vinceut ^. ^^^^| 


^K Va tôt, ehâDt des bergers, etc. 


^^^M 


^H Tes porteuri de sabots — devii^nnerit grinds capitaines, — tespor- ^^^^| 


^H leurs de sabots — deviennent rok. 


parfois. ^^^^| 


^1 Va tût, chant dss bergers, etc. 


^^^M 


^H Pour Jehan ne d'ALbret ^ qui fit 


nn si beau gars, — pour Jehan ne ^^^H 


^H d'Albret — élevons notre cri. 


^^^M 


^H Va Lût, chant des bergers, etc. 


^^^M 


^H ËQ passant par Nérac — qous saluerons Fbrette, — en passant par ^^^^| 


^H Nérac ^ — Florettenous rira^. 


^^^^M 


^H Va tût, chant des bergers, etc» 


^H 


^^B 1 Cupuletj capote ea drap portée psr les femmes, dans bs Pjrénée"). ^^^^| 


^H ^ Saint Vincent de Paul, né à Pouji 


F, prés Dax. ^^^^^f 


^H * Flûurelû^ jeune paysanne aimée par Henn JV, ^^^^H 



292 



Là cm DO DE BÎARN 



E garden Ion simbèu 
Qu'es Doâto TJèiD lengo^ 
Garden nost6 Bimbéu 
Quô t'a vén de plus bèu> 

Vaî lèUt bailèro, etc, 

E zùu I Fèùus amnt^ 
Cûume an crida li paire. 



E z6n\ Fèbui avant. 
Que cri don lia enfatLl. 

Yai lèu, bailèro, ièu, 
Bailèro, lèu, bailéro^ 
Val ièo» baUèrOi lèu 
De 30ulèu en loulèu. 

F* Mistral. 



Kdua pUtittrûns la palme — (touches-y, ti tu Vgoes) \ « aoiii 
plaoterona la pAtme — sur le chÂtêau de Paii« 

Va tôt, chûDt des berg-ora^ etc> 

Au capiacôl ^rOrtlie^ — i^uûa portona utt tûaat^ — au capiscol d'Or- 
thez — valeureux et courtois *, 

Va tùtt chant dea bergers , elc. 

Et gardoiia le sjmboîe — qu^est notre vieille langue, — gardona ] 
notre symbole: — il a'est rien de plus beau. 

Va t6t, cUatjt de^ bergers, etc. 

Btsuel Phéhunf uvunif — comme oui crié les pêree» — et sus I 
Phéhas avatift — que les eufaate le crient ^ 

Va lût, cbauc dea berge i-a, — chant des bargers, va t6t, — va tôt, j 
chant des bergers, — de soleil en BoletL 

F. MlSTRAl.. 



* Tùco-i^ si gauiesj de vis a que Gaston de Foîi avait fait gNiver aur la < 
porte d'une forteresse. 

* Adrien Planté, d'Ortliez, félibre majorai ^ préaident do VEscoio 
Gtutou-Fèffta et de T Académie de Pau. 

^ Cri dn guerre de Gaston Phosbus et de ses succeaseurs* 



.A FEMME 
DANS L ŒUVRE DU POÈTE THÉODORE AUBANEL 



C'est avec le plusgmncl plaisir que j'ai accepté Toffre qui 

m'a été faite de venir parler aa milieu de voua âa notre grand 
poète provenç.il Tliéodore Aubanel, Celui qui fut esseiitiel- 
lementle poète de l'amour et de la beauté doit être aimé de 
ceux-là surtûut pour qui T amour et la beauté sont encore les 
choses essentielles de la vie, et, en vérité, vous aimez tant 
Aubanel et vous le connaisses si bien que Je auis bien sÛe" de 
ne rien vous iipprendre au cours de celte causerie ; j'ëvcî!- 
lerai sealement vos souvenirs et ensemble nous nous li* re- 
rona* ce soir encore, au charme infini que nous éprouvâmes 
ai aouvent devant tant d^images élégantes et tant de beau\ 
vers passionnés que nous offre le poèt ■ de la MiougranOf de» 
Fiho(fAvignoun et du Hèire-Soulèu, 

Mais, avant to'jt. Messieurs, je ne voudrais pas paraître 
avancer qu\Vubanel vécut toute sa vîe sous Tobsession fémi- 
aine. Il fui« lui aussi, comme tous les grands poètes, la Ijre 
qui vibre au vent qui passe; je veux dire que son esprit fut 
ouvert aur choses de Textérieur et que les événements du 
dehors trouvèrent eu lui des échos parfois même reten tissante. 

Français et bon Français, Aubanel, comme tous ses frères 
m Félibri^e, sentit sou coeur saigner devant les blessures 
'jae la guerre de 1870 û% à la patne française, et la douleur 

1 Loâ page*! ^ui suivent ne soni qa^ la reconstltutloa d*une causerie 
fajle par M* Jules Vôrau aui ôludianlsde Montpellier, en l'hôtel de letjr 
Associa tion* 

On a adopté les abrcTiations saiTantes r 

M = la Miûugrano. 

F. A. = it ^ihQ d'Àmgnùun. 



£94 LA FEMME DANS L (EUVRE 

et rirritation des vaincus éclatèrent chez lui en strophes 

admirables d'émotion et d'éDergie. 

Catholique et ultramontain, les événements de Rome d# 
1869 lui inspirèrent un sirventèâ enflammé, ou Ton reconnut 
un écho prolongé des conseils violeDis de Fapôtre Pierre au 
Christ insulté. 

Provençal enfin et féltbre, que de fois ne prjt-il pas la 
parole ou la plume pour exalter sa patrie d'origine dont Im 
destinées semblaient prendre contre toute espérance un cours 
nouveau, et pour affirmer sa foi dans Toauvre entreprise par 
son illustre ami, le grand Mistral? 

Qu'il ait su encore s'intéresser aux magnifiques spectacles 
delà nature, l'admirable pièce It Fahre^ qu'Alphonse Daudet 
considérait comme un de ses chefs- d^œuvre, suffirait, entre 
autres^ à en témoigner, et des poèmes parfaits comme rEsea- 
lié di Gt'gant sont là pour montrer quel vif et profond senti- 
ment et quelle pénétrante compréhension il eut des merveil- 
les artistiques et historiques qu'il lui fut donné d'approcher, 

11 n'en est pas moins vrai, Messieurs, f]U*on peut bien dire 
que la Femme emplit Toeuvre d'Âubanel; le poète peut inter- 
rompre un moment Thymne d'amour et d'adoration qu'il 
élève verseile pour écouter les voix du dehors ou [JOur con- 
templer le décor qu'il a derant les jeux, mais il revient vite à 
Tobjet de son culte, et, se dérobant aux distractions passagè- 
res, son cœur reprend sans se lasser, sans faiblir, §on amou- 
reuse cantilène. 

Vous comprendrez bîen^ Messieurs , que je n'essaie pas de 
vous parler des femmes qu'Aubanel chanta: ce serait vous 
parler des femmes qu'il aima, et le sujet serait singulièrement 
délicat: à Dieu ne plaise que j'encourre de gaieté de cœur les 
sévérités des cours d* amour ressusciiéeal Pour l'une d'entre 
elles cependant le voile est levé depuis longtemps et il pou- 
vait l'être sans danger , car il cachait le plus pur des vidages 
et la plus chaste des âmes. Tous avez nommé Zani, la douce 
jeune fille qui se déroba à l'amour du poète pour se consa- 
crer dans ies paj's lointains au soulagement des misères 
humaines sous le costume des sœurs de charité, Zani à qui 
Âubanel éleva, avec les premiers désirs et les premières dou- 
leurs de son cœur, un monument impérissable» 




DU POETE THEODORE AUBANEL 



Î95 



Maiâ à quoi noua âërvimit, Messie urs, de mettre un nom sur 
lesdîveraea Usures de fammes qui passent dans Tceuvre d'Au- 
baoel? ATO0â-nouâ bêdom pour jôdr du parfum d'une fleur 
ùu pour an admirer les couleurs de savoir commô aile se 
nomme, et rétoile qui brille au firmament nous paraîtra- 1- 
elle plus belle ai noua connaissona Tappellaiion qu*il a plu 
auï hommea de lui donner? C*est toujours. Messieurs, Téter- 
nelle fleur, réiernelle étoile, et e^est aussi l^éteruel féminin. 

Je na suis pas bien sÛr, d*ai Heurs, qu'Auhanel ait toujours 
connu par le<ip nom cellea dont la beautë l'arrêta sur Fa 
route: eiles passaient, il les aimait, il les chantait; ce qu'il 
gardait d'elles, quand leur robe avait disparu au détour 
du cbemja, c'était, avec leur gracieuse image, un parfum 
d'amour : leur nom, ail l'avait jamais su, avait fui. 

Mais ce qui eat bien certam, MaasJaura, c'est que la poëaia 
d'Aubanel était trop aincère, dirai-je trop réaliste? eomme 
d^ailleura toute la poésie provençale, pour noua offirir daa 
peintures idéales, de pures créations d^me imagination eroti- 
que : les figures de femmea que nous présaute Tœuvra d'Au* 
brinal sont toutes des figures que la vie anima, des flgures de 
chair aur qui dea yeux et des lèvres se poaérent et qui, par 
la magie de révocation poétique» appellent enoore dea jeux 
et dea lèvres. 

La preuve en est facile à faire ; laiaaes^moi vite ajouter 
qu'elle est agréable, Tournons, ai voua voulez, les feuil- 
leta brûlants de l'incomparable Livre d'amour que formant les 
diversasœuvresd'Aubanelf et nous verrons avec quelle amou- 
reuse solliaituda il décrit, ue s' arrêtant que là où le bon gotti lui 
défend d'aller plus loin, las rîcheaaea du corps féminin, les 
jeux, les cheveux, lea sains*.* 

Les grands yeux l'attirèrent : 

Ëméaoun froni tant lise e si grands iue Èant bèiu., 

{M„ Lit, de VÂmour, IV.) 



Perqué, Unt bono, un jour d*estiéu 
M'enmaBca, bruno viergineïlo, 
Emé tl grands iue peuiatiéu I 

(M., Uè. de r Amour XXV.) 



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XIT.I 




DU POETE THEODORE AUBANEL 297 

Dao8 le second passage, les jeux fémiDios De sont que le 
ifLei des étoiles : 

D^UDO estranjo flamo, 

Ao foons de la niae. 

Dis estello Tamo 

Atubo lis iue. 

(F. A., Palinello.) 

Mais plas que les jeax encore, Aabanel a aimé la chevelure 
M femmes. 

'' ne parle jamais des cheveux sans les montrer abondants 
àénoaés : 

Coum *un enfant, urouso e lèsto, 

Dansavo en cantant ; de sa tèsto, 

Qu'aviéu courouoado de âour. 

Si peu prefiima, si peu nègre, 

A Va»ard voulavon, alegre, 
E moun cor èro gounfle, èro gounfle damour. 

(M., Lib. de V Amour, V.) 

A la fin pamens, las de courre, 
Las de rire, las de dansa, 
S'assetavian souto li roure, 
Un moumenet, pèr se pausa ; 
Toun loîig peu, que se destrenavoy 
Moun amourouso man amavo 
De lou rejougne, e tu, tant bravo. 
Me leissaves faire, plan-plan, 
Coumo une maire soun enfant. 

M., Lib. de f Amour, XIX.) 

Eilalin passe un veissèu 

Que fasié lou tour dôu mounilc ; 

Alor, pèr que rèn Tescounde, 

Jiio à rèire dins lou côu 

Sa fiôro como e s'amuso 

A foulastreja touto nuso 

La sereno sus lou clar. 

(F. \.,La Sereno.) 

Que sa tèsto èro bello, aqui, sus moun espalo, 
Dins si long peu negado e penjant touto palo... 

(M., Lib. de C Amour, V.) 



I 



?î*« LA FEMME DANS l'CEUVRE 

Qu*èro iBôocènto e qu'éro urouso I 
LeisaùDt ioumba, touto crentoiîBO, 
Sus BJB espalo, au mendre brutn, 
Sous long pài coume utj long fîchir. 

(M , Lié. 4it {"Amour, XH.) 

ÂDen, dafjaaB mé li jouvènt, 
LoQ peu au vèDt 1 

(M,, Lih. de C Amour, XV*) 

Arrage, aoun peu Degrinèu 
S'eitroupo à tretietlo, eu aiièu... 

(F. A., La Venus (tÂvignoun.) 

Enterîn^ sus vôsto man blaneo 
Voate bèu front se clîno un pau. 
Vosto mftn trempo, blanc o e leno, 
DiDB vèstt peu ; Taufo s'esoidu, 
Tendramen Taure to qu*aleno 
U demauto sua voite côu. 

(F. A., À MadamiseUo Sofia tU i 

Tomi peu âês^ma do valu 
De la pienche à long trachèii : 
TouQ hchuj de ûb espab, 
S^esqutho, e vai de-caDtèu. 

(M,, Li Tirarello tU ««de».) 

Vous potirriess croire, d'aprèâ ces cîtattotiâ, qu'Aubanc 
n'aima que ies cheveux noirs : je crois bien qu*il les aim 
tous. Voici des vers où il chante les chevelures blotides 

Es amado, la jouTëntOf 
Dis aucflouH dàu paîa ; 
Car, pèr tdutî benfasènto^ 
N'a jamai d avéra 'n ni s, 
Ve-1'aqui roso e serena, 
ïioso coume lou raatîn^ 
Emé lou bk^ de si treno, 
E aoatt Jougne souple e piim. 

(M.,ZiPtÂoti/o.J 
Lèu, sua ti long peu dW 
Met la courouDo. 

(P. A*, Canmun pèr Dàuflm.} 



0U POETE THEODORE AUBANEL 



l>99 



A aoun en tour ae reeotiquiho 
Touû peu d'or en antm galant, 

(F. A., La Perio,) 

Vole te canta, caro Felibre&so, 
CaaU tîâ iuQ blu^ canta tl peu d'or. 

(F. A., Abriéu.) 

En vérité, c*e8t toute La gamme des chevelures qa'Aubanel 
& cimntèe. Lisez, dans les Fiho d'Avignoun^ Tadmirabla pièce 
A iamitfo quai famai visto et vous y verrez comme il célèbre 

La tre&o caatagtio 
Di cbato que vau> lou mntie, 
Mena li eabro à U mouutagno..^ 

ot les cheveux n pleins de lune w d'Oidiélia, et les boucles 

» pleines de soleil n: 




I 



Oufelio à pén plen de kno; 
L'autro, t frîsounplen de loulèu... 

les ebeveux de feu de la Madeleine : 

SouI viè«ti de la Madaleno, 
fourèet de si peu de 66 î 



et les chevenx noirs de sa Zanî, de la reÎDe Jeanne, de Madame 
Marcabrun, et les cheveux roux de Ea Deademona. 

"Toute cette pièces d'ailleurs, est un hymne Èi la chevelure 
^^ciîiiine : 

Car di chata que lou cer héu 

Ço que lou mai me bouto en aio, 

Noun ea pèd pncn^ man fîno, taïo 

EncantarellOf iue que dardaio, 

Gràçi, tendreaaa. : ea lou long peu I 

Lou peu ! ion peu î aquelo glèri 
Gisclado di man déu bon Dieu ; 
Lou peu 1 aquéu eap-d obro flÔPi , 
Aquëli rai paupable, viéu î 
De U mira*n toutojouvènto 




Acd m'enebuaclo e fai freai. 
Voudriéu èstre Taure que vente 



30i LA FEMME DANS l'cEUVRE 

Es poQge coume uûq gÎDJourlo 
Qu*aurié toumba atibre la nèu. 

(F, A., Jaquet Arîtavielh,) 

Mais laisaez-moi vous citer tout entier le sonnet qui a pour 
titre :La Man^ un des bijoux de cet inoompapable recueil 
que forme Jea Fiho d'Âuignoun, 

Je ne sais trop si vous pourrez trouver, je ne dia pas aeule- 
ment chez Aubanel tui-méme, mais chez un autro poète, et 
je n'oublie ni Racine, nî André Chénier, tant de hardiesse 
unie à tant de grâce et à tant de délicatoese. Ëoouiez : 



LAMAN 

L'enfant sou in o» la maire eapincho uno lagremo; 
Si de t an cercon. praumte, t dentello medcla, 
L'év6ri dou njaméu que sort gounâe de la. 
Veae encaro la man ounte tiiaussou U gemo 

De si bago, A quel o ouro èro tant casto e aemo 
Qu'esoiougu de respèt, paurous de treboula, 
M'envau. w Tant lèu I » me dia. E, aèneo mai parla, 

Me trais sa bello man^ la aîavo jouino femo; 
léu la porto à mi botico e ié fau un poutouo, 
Dlilb la ratibo duberto, ebria^ reuftiûlouQ 
Au blanc mamÈu bevîé coume à-n-un pur calice. 

man, pichoto man, au touca frea, rouseni.» 
Me aouvc^adrai toujour d'aquéu bais de délice, 
Que iébeisaut li dat» creaiéu beisa lou sen. 

Quelquefois Aubanel s'est plu à donner des portraits de 
femmes achevés, je veux dire oè rien âe qq qui paraît de 
leur personne n'est laissé dans Tombre. Et quelle vie toujours 
rlans ces portraits! Quelle richesse de couleurs! Et quelle 
grâce exquise dans les détails I 

Voici d'abord la Vénitienne : 

Sis èr rieèut e maUncôui 
Avien de Fange e dûu demùni ; 
Noun se poudiê vèire lou founs 
De sia iue prefound coume Fouado ; 




DU POETE THEODORE àUBAKEL 



301 



La taîo, en fèu que âouii ramiro 
De la ceaturo à soub cautet ; 
La ligna puro dôu boumbet, 
Quand se tounao, bèa niiéa a^amiro, 
Leiâsant aa mtèi qq blanc relargj 
La mousseliuo en crous se plego ; 
Lan BeUi une r^doun, bouLega 
En Ire U pie dau âchu claiv 

(F- A.^ In Ark.) 

Pèr un soulet regnrd, pèr la mendro babibo 
Toua sang auperbe e vîéu cour sooto tou satiD 
De U peu Tom auiaut t|ue la ruso au luatiu ; 
Dins Iqu boumbet redouu taun sen tâii plus aesibo. 

iF. A.. Cmd^imo,) 

Autant souple qae rauiaiiuo. 
Une dâDso d'un bîaia afdît ; 
^1 fîèr télé sus la peilrkio 
De souD friDgaiie an reboutidL 

D6u de«ir grandis la fangalo 
Li mignele n'an plua d'alen ; 
Lùu sen fai lou mouDtf^-davalo 
Diai bu boum bel jouine e tmp plen. 

{F, A^ Lou BaL\ 

Soui la bariti8e de la beauté, Atibanel la recherchait 
fiartout^ et, qy#l que fût le voite qui aemblât la défendre des 
regarda du patsanti H n'béeîtait pas aie soulev^er pour arriver 
jmqu'k elle. 

Cest ainsi qu^il ne paasa point saut s'arrêter dev&nt U 
'emme qui donne le min à son enfant: 



De aa bouco, au teté^ f enfant «e pendoutavo» 
E sonto ioun Ëchu^ plèi, quand vouliéfi jougA, 
Touu teté reacouadiéf, e l'enfant leacalavo, 
Eoié si picbot det veuiè lou descata ! 
Ë, trefoulida, alar, dins ti grandi brasaa^o, 
Lou sarravea, Euairef uuo longo pa«tadoï 

l(M.^ Lié. de ta Mot t. Au fdibrt I<m Bf^nei^ 

Hegardas-loDi vè« l çQume chourlo 
Km* afeciouo au blanc ma^èu : 




1 



304 LA FKMME DANS l/OEUVRE 

noble et léguer qui emporte les alexandrins, de la grâce ou de 
la beauté des inaageB, deTéclat et du relief de la peinture; — I 
mais je ne veux pas sortir de mon dessein qui est, non d'aoa- 
ïyëer leâ beautés littérairea d'Aubanel, mais d'étudier Âubanel 
comme peintre de la femme ; et nous roîci devant le portrait 
de la femme idéale, telle que la lui révéla un descliefs-d'oeuvrô 
de la statuaire antique : la Vénus d'Arles, 

Le poète^ en présence de cette imi^ge splendîde de la 
Beauté, pouâse d'abord un cri d'admiration : 

Siés bello, 6 Venue d'Arle, à faire veni f(!>a{ 

H se reprend ensuite, il ose s'approcher de la déesae/ 
regarder longuement, l'examiner en détail et miDutîeuseinent. 

Ses yeux s'arrêtent d'abord sur la tête de la VénuË dont il 
retient rexpression générale ; puis il voit le cou, la bouche, 
les cheveux: 

Ta teste êi fiéro e douço, e teodramen toun côu 

Se clino. Respirant U poutounelrni rire, 

Ta freaco bouco en flour de qu'èi que vai noua dite f 

Lia Aniour, d'uno veto, etné grici an nouaa 

Ti long peu auB toun front pèr ûiindado frisa. 

Les jreux du poète ^iescendent au-dessous da cou; les' 
opaules nues delà Vénus lui arfBchent un long cri de joie : 

blanct) VeauB d'Arle! Û rèino protivençalo ! 
Dea da mantéu n'escound û aup&rbia espalo 1 
Se vèi que eiéa dîvesao e &ho ddu cèu blu I 

A mesure cependant que le poète découvre les beautés de 
la déesse, son enthousiasme s'accroît : le voici arrêté devant 
les seins; ce& seins, d'une ligne si pure, le fascinent ; et tandis 
que jusqu'alors il n a fait que s'adresser à Tobjet de son admi- 
ration, impuissant maintenant à se contenir, il veut faire 
partager sa joie à tout ranivers, et il convie les peuples 
devant Vénui : 

Tounbèu pitre nous bâdo, e riueplen de belu 

S'ospantû de pleai davana tajotiitio auturo 

Di pûumo de touti sen tani redotino e tant puro. 



BU POÈTE THÉODOHE AUBANEL 305 

Qtie aies beUo î... Venés, pople, veûès te ta 
A ii bèu sen besiouD T amour e ta bèuta ! 

VoîlÈt pourquoi le poète aime et adore Véna^ : c*est qu'elle 
eât 1% source de toute beauté et que le monde ne serait riea 
î*il était vide de beauté : 

Ob l flènso la bèuta de que sarié lou moîiode î 

Luae tout ço qa'ea bâu, tout ço qu'ea laid a'eBcouade t 

Et, dana ce violent appétit du beau, le poète ne supporte pas 
qu'aucun voile le cache : il le veutrajonnant comme Le soleil. 
Les bras nua, le sein nu, lea âanci nus de la déesse le trana- 
[lorient d'enthouBiaame^ mais pourquoi cette draperie qui 
s'enroule à sea hanchea? Il s'emporte contre cette étoâ'e qui 
dérobe à ses yeux dea merveilles, et aon déaeapoir est si vio- 
lent que les vers par lesquels il s'exprime en perdeuttoat 
rythme --jusqu'au cri aplendide qui termine ces objurgatious, 
eri de passion débordante et d'une magnifique impudeur, 
s'exbalant dans un vers bien frappé, elair et reteutissaut : 

Fd vèire tî braa nu9, tous sen nus, ti flanc nos ; 
Mostro te touto uuao, o divine Venus ! 
La bèuta te veetîs mi es que ta raubo blaneo ; 
LaiBao à ti pèd toumba la raubo qu'à tis sdco 
S eDvertûuio, njudant tout ço qu*as de plus bèu : 
AbandûUQO toun ventre î poutoua d<!»u soulèu ! 

Voua connaiasez la an de cet admirable poème ; 

Coiime Tèurre s'aganto à ïarnsco d^un aubre» 
Laits D dinH mi braaaado estregae en pieu toun m^ubre ; 
Laissû ma bouco ardèoto e mi det tre moulant 
Cgurre amourous» pertout, sus touu cadabœ blnac! 

douço Venus d'AHe 1 é Fado de Jouvéuço ! 
T*a bèuta queclarejo en touto la Prouvènço 
F'ai bello nôsti âbo et uôsti drôle san. 
Bouto aquulo car bruuo, à Veuus, i'a toun sang 
^èmpre caud, eèeupre viéu ; e nûati cbato alerto, 
^aqui pefqué a^en van lapaitrino duberto, 
^ nûati gai jouvènt, vaqui perqné soun fort 

1 lucbû de l'amour, dl brau et de la mort I 

tu 




306 LA FEMME DANS l'ûëDVRE 

E vaquî perqué t'amâ, e ta bèuta m^engaso, 

E perqué iëu» creatiai]; ta eante, 6 grand pagano ! 

Arrêtons-nous sur I0 derniôp vers : Âubanel s'y peint toiil 
entier et le dualiâme qui partagea son è.me 8')r définit magni 
flquement. Âubanel fut, en effet, le plus païen peut-être d 
nos jioèies, et il ne cessa jamais pourtant d^étre chrétien et 
catholique. 

Son paganisme éclate à toutes les pages de son œuvre^ 
soit qu*il donne une âme aux rochera^ aux nuages, aux arbres, 
â tout ce qui vit dans Ja nature, soit qu'il se prosterne en 
adorateur devant toutes les images de la Beauté et qu'il 
proclame en quelque sorte le Beau comme la raison d'être 
du monde. Pourquoi insisteraia-je? N'avez-voua pas senti 
passer sur vous, à la lecture de tant de beaux vers^ le souffle 
le plua pur de Tantiquité ? fl 

11 n'en est pas moins vrai qu' Aubanel, ainsi quMl l'affirme ™ 
avec tant d'éclat dans le vers final de la Venm (TAric^ était 
chrétien et catholique* fl 

U Tétait d*abord de tradition. On sait que, bien avant la ^ 
réunion du Comtat-Yenaissin à la France, la maison Aubanel, 
à Avignon^ avait reçu du gouvernement papal la qualité 
d' {: imprimeur du Saint-Siège u ; et ce qui se perpétua dans^ 
cette maison, avec sou industrie et son beau privilège, ce fuifl 
la foi religieuse. 

Théodore Aubanel fut aussi catholique par conviction ^ 
Mille faits en témoignent: ses pièces religieuses, ses lettresifl 
son pèlerinage à la Salette après uue maladie de sa femme, 
sa présence dans la confrérie des Pénitents Blancs, dans le 
Tiers-Ordre de Saint-François, l'appui qu*il prêta aux Récoîleta ■ 
d'Avignon au moment de rexécution des décrets, enfin, et en 
dehors de sa mort chrétienne, toute une ?Ie passée, en dépit 
de ce qu*il eut à subir de ta part de certains catholiques qui 
le traitèrent comme un simple Albigeois, dans les preserip- 
tion de rËglisc catholique. 

Cecathoticiîime sincère d'Aubanei, j'ai dit déjà que maintes 
poésies religieuses en portaient te témoignage. Mais il se 
montre ailleurs encore» N'est-ce pas déjà un mal religieux 
que de sentir bu soi, alors qu'on est cependant occupé par 



I 



DU POETE THEODORE AUBANEL 307 

mille distractions charmantes, un vide immense et inexpri- 
mable? N'est-il pas prêt à se tourner vers les croyances reli- 
gieuses celui qui trouve de Tamertume au fond des cou- 
pes de la joie ? N'est-ce pas enfin d'un cœur chrétien de 
rester assoiffé d'amour après avoir bu à Tamour jusqu'à 
l'ivresse et de se sentir « bourrelé par Téternel désir » d'un 
idéal qu'on a en vain poursuivi sur terre? 

Aubanel a souffert tout ce mal. 

L'amour et la beauté n'ont point rempli son cœur: 

De-qu'èi que te lagnes encaro ? 
Ah I 86 rameur e la bèuta 
Noun donon la félicita, 
Moun Dieu I que noun moun cor se barre? 
De-que ves, moun cor, de qu'as fam ? 
Oh! de-qu'as, que teujour crides ceume un enfant? 

(M., Hb. de V Amour, XXII.) 

Ses lèvres sont restées amères en quittant la coupe d'amour: 

Vai, li caresse de la femo 
Soun bono que pèr lis enfant ; 
Quand sias orne, que mau vous fan I 
Dins si peutoun, que de lagremo t 

(M., lib. de VAmoury XXII, 

Ecoutez enfin les plaintes désespérées de son cœur en souf- 
france d'idéal : 

Quand poudriés, à toungrat, culi, pourpale o blanco, 
Toute fieur espandido au miejour coume au Nord ; 
Quand poudriés, à ta fam, dôu frut de toute branco 
Manja, s'aviés fa pache emé lou traite sort ; 

Dins ti bras quand poudriés encentura lis anco 
De tôuti li jouvènto, ome, stères proun fort, 
Te dise qu*à la fin em' un tèdi qu*escranco 
Taplantarïés en route, e sounariés la Mort ! 

Car chourlariés per vin li rai pur dis estello, 
L'enebriadure es pas dins li fianc dôu boucan ; 
Calignariés la feme enca mai amarello. 

Une fado à peutoun mai que fôu, subre-caud, 



30 s LA FEMME 0ANS l'œOVHB 

N'fttroubarââ jamai l*amotif bloas, «ternaa... 
E Te terne deair, ô moim oor, le boorrelloL^ 

{P. A.. Paiimm.ll^) 

Mai9 le christianisme d'àub&nel n'est pas resté à cet étal 
latent : son impitojable besoin d'amour, il Ta prosterné 
devant Dieu, et cet éternel désir qui faisait son tourment, il 

Ta satisfait en la divinité : 



Rintro à roust&a e toumbo à geînoim, miaerable! 
Davan» Dieu, paare îà% plouro e deigoucflû-te! 

(F. A*, FaiimenJ.) 

Et encore : 

E vàtie maigre, e me tranaisBe, 

E ma fiorré me dis : — De qu'ait — 

Kea p6u aaupre ça qtie soufrisse... 

O Segnour, baias-me la paaî 

Un pau de pas que me restaure, 

La pas y la pas que m'a qutta I 

Coume un vèire d'aigo à-ti-im paure, 

Faaèi me n'en la canta I 

Ta qu'uno joio vertadiero 

En aqueat oiounde tant catiéu. 

Mai aqueio èl sènao partero : 

La joio de t'ama^ moun Dieu î 

J'ai insisté sur le cdté chrétien d*Ànbanel, parce que Ti 
physionomie du poète de^Fiào ^AL'i^no^^n me paraît y gagner 
un intérêt considérahle. Sans cette mélancolie, sans ces 
remordSf sans ces retours, ou^ si vous préfères, cet aboutis- 
eement à la divinité^ Âiibanel serait reste, sans doute, un 
ailmirahie poète deTamour et de la beauté, mais il n'aurait ét^ 
qae cela. Païen et chrétien à la fois, etTun combattant l'autre 
en lui| il me aemhle résumer toute une race et incarner deux 
mondes, detiK civilimtions. De combien n'en est-il pas grandi 1 

Du moi k de et de la civilisation antique^j personne n^ignore 
les prolongements dans les temps modernes. L'Evangile ni 
la science n*ont réussi à extirper tout à fait les racines du 
paganisme, et Tesprit païen souffle encore par intervalles 
Bur le mou de» 



DU POETE THEODOBE ÂUBANEL 



309 



I 



Mais B*ï\ est quelque part une terre où le rameau païen 
a Gominué de vivre et de fleurir, n'est-ce pas la terre proven- 
çale? Les débris de marbre des déesses j dorment sôus le aol 
(foù, parfois, la eharrue du paysan les ramène à la lumière; 
la beauté grecque y revit, noble, élégante, d'une pureté par- 
faite, lïans les filles d^Ârles ; le profil de médaille des empereurs 
romains s'y retrouve dans les traits des gardians de Camargue ; 
les danses euryilimiquôs des Panathénées y sont rassuscitées 
dans les farandoles des Maillanaise.H ; et, dans lasereine douceur 
des soirs d'été, les filles des champs* en retournant au village, 
suspeudeDt encore, d'un geste adorablement païen, les gerbes 
d'or des épis ou les grappes violettes de la vigne aux eroii 
des chemins ^ toiles tes moissonneuses des temps antiques 
chargeant des prémices de la récolte les bras de la bonne Cérès, 

Ainsi vivent dans Aubanel la poésie du passé et la poésie 
du présent. Et voilà bien ce qui fait son originalité et son 
charme. Dâos son ceuvre si profondément humaine et d'une 
personnalité si puissante, passe tour à tour Técbo des voix 
qui, sa vie durant, se battirent dans son cœur: la mx 
sévère des cloches sacrées disant la fragilité de toutes choses 
et le néant des jouissances terrestres et la voix de Pan procla- 
mant le règne éternel de la Beautéet Tenivrante Joie de vivre — 
de Pan qui, ee riant des menteuses clameurs du vieux Thamus 
qu^aissaillirent justement les riverains du fleuve ou passait 
sa barque lugubre, vint se réfugier dans un bosquet parfumé 
de la grecque Provence d'oiif la nuit venue, sous le regard 
capessant de Phcsbé^ sa sœur immortelle, il module des airs 
divins que les poètes provençaux redisent k leur réveil, 

Jules Vbhan. 



LE SIEGE DE BEAUCAIRE DE 1632 

(Arlei, Bibl, Mtuûc, cod, 207). 



[P. 2ÔI] Dijcotir* ei fidèle rapport de t(fui eé qui à^eat pasU de phis 
considérable dan» la pr&mnce du Languedoc en l'année Î632^ ensmiU 
de la descente fmie en ieetle par Monseigneur le duc d'Orléans^ frère 
unique du Ro\j. Ei principalement du iiège et prime du choëUam éU 
Beaiteaire par Monmeur de Fifr^i mareêchaî de France^ gouvêmoÊF «f 
lieuteneni ^éméral pour h Ro^ en Provence . Et [des fidellêâ mrmee» 
reitdu9 ert csste occasion par Ut ville d^Arle$. 

MoDseîgneur le duc d'OrLéans ', frère unique du raj, aprez 
environ une année d* absence de la cour et du royaume pour 
quelques tneaconteutenients, J estant revenu et rentré à main 
armée, parcouru la BourgongneJ'Auvergue et autres proviD- 
eeâ pour taacher à ae saisir des pîus importantes places, des- 
cendit enfin dans la province du Languedoc^ où il creut que 
Monsieur de Montmorency, quy en estoit le goiiTerneur et 
quj luj a voit donné sa foy de Tassistef en toutes ses excé- 
outioris, auroit le pouvoir de [introduire dans les meilldures 
places de son gouvernement, et les mettre à »a dévotion, au 
moyen de rauthorité et assendence qu'il avoit sur les affec* 
tiona et ies volontés de toute la noblesse et des capitènes dei 
plus conaidérableâ villes et forteresses de ceste province. 

[P* 202] Le marquis de Péraulten estoit Tun, lequel comme 
seneachal et vîguier de la villa de Beaucaire,oapitène et gou- 
verneur du chasteau, sorty d'une flUe naturelle de feu Henry 
de Montmorency, connestable de France, père de cestuy cy, ei 
par ainsy estroietem^ent obligé et attaché aux intérêts de ce 
seigneur I [et comme emporté par la considération de taot de 



I Son nom du babtesme: Gastr^n Jean-BapUste; fut pr«mi6rément duc 
d'Anjou comme troisiûme HI» de France, pui^ duc d'Orlâans par le déc^s 
du duc d'Orléans son frère ptiisné. (Note marginale. J 



I 
I 



I 



LE SIÈGE DE BMADCAIRE DE I63t 311 

^tanfaîta dont il luy estoît redevable] *, luj avoit âsseuré entre 
autres et donné paroUe de Iny livrer et à Monseigneur le duc 
d'Ofiëana mon tant seulement le cbasteau, mais encore la 
^ile, soubs Tappuy de pluateurs gentils hommes, habltans 
d'icellô, quj estoientde tout temps esgaJementamisde Tun et 
serviteurs de Fantref et tout de suite la ville de Tharascon, 
dans laquelle il asaeuroit encor avoir des très puissantes in- 
telligences. 

La créance asseurée que toutes ces pro messes "produiroient 
quant et quant leur effect» flata tellement les espérances de 
M. de Montmorencj qu'elle le porta de persuader vivement 
Monseigneur de venir promptement à la ville de Beaucaire 
et de commencer par là ses conquestes. 

j vint donc, accompagné de Monsieur le comte de Moret^ 
ûbM* le duc d'Elbeuf, dudit sieur de Montmorency et plusieurs 
Mires de considération « avec environ mil à douze cents 
CDaisires, partie croates, quMl avoit amenez quant et soy de 
la Flandre d'où il estoit party ; vînt prendre logement à Mont- 
frin et autres petits lieux circon voisins pour donner temps 
au marquis d'achever son ouvrage, disposer les habitans à 
le recevoir aveuglement, ainsy qu'il avoit promis, et surmon- 
ter les dlMcultez que les âdêles serviteurs du Boy luy pour- 
roieni opposer. 

La nouvelle de son arrivée au pays et approche de Beau- 
eaire cy [p^ 208] fustbientost apportée, dont le peuplesVsmeut; 
et les consuls résolus de luy fermer les portes, commencent à 
fortifier las couragiis de ceux qu'ils avoient de longue main 
reconnu vrais serviteurs du Roy, font d* ailleurs tous les prépa- 
ratifs nécessères pour résister aux attaques qu'ils pourroient 
avoir de caste part^ et jurent entre eux irrévocablement de se 
|>erdre ou conserver leur ville en Tobéyssance du Hoy, 

On reconnut en mesme temps l'esprit de divîsio^ï glisser 
frarmy les habitans, et les vrais serviteurs du Roy se retirer de 
la Gooversation de leurs plus grands amis qu'ils jugeoîent 
restredu marquis et de Monsieur de Montmorency, de manière 

1 Addition marginale, 

t Bn marge : « U eitoît nommé Antoine dû Bourbon, frère naturel d« 
Sa Majesté et de lu;« 




312 



LE SIEGE DE BEAUCAIPE DE 16S2 



que telzPéffroidiSBementa et aliénations d'affeetions produiBi- 
rent plusieurs querelles entre eux. 

Le marquis, quj, dans ses plus résolues actions en l'observa- 
tion de ses irrésolues promesses, avoit tousjours devant les 
jeux rimage de son proehaîn malheur, que l'horreur du crime 
et de sa félonie iu^^ alloit représentaiiti et duquel enÛn il ne 
sceut se desveloper , s'estani aperceu des deffiâûces et des 
querelles de ses compatriotes, et jugeant que leur division 
pourroit grandement nuire à ses project^ s'il ne les esionâfoit 
en leur naissance, et ne remettoit tous ses secretz amis dans 
la bonne odeur des consuls et du peuple pour s'en servir avec 
plus de sceureté et moins de soupçon, pria et conjura le& 
consuls et toute la noblesse ainsy divisée de se trouver unA 
jour assig^néau devant de la jurande esglise, où, (n'osant encor 
desoûuvrir ses desseins), il leur fît à tous une assez vébécoente 
eiortation d'oublier mutuelement leur injure, de a^entr'em" 
brasBer et demeurer désormais bons amis et unis avec \uj et 
une sj importante occasi o n , où î l s^agissoi i de Fespre u ve [p . 204] 
de leur fidélité envers le Roy et de l'avantage et tranquiUt 
perpétuelle de leur patrie; accompagnée d'une iuâuité d'im- 
précations contre ceun quj^ par quelque oeasionque ce fuutj j 
feroient banqueroute. fl 

It n'eut pas graniie peine à tirer d'euï l'effect de sa prière^ 
puisqu'ils j estoient tous portez, les uns pour le zelle qu'ils 
a voient au service dnKoy, etle^ autres pour avoir les moyenû 
plus libres de fortifier secrètement leur partj, quils voy oient 
en péril par rineâgalité des actions du marquis : ain^y ils 
s'entr'embrassèrenttous, soubs ces différentes intentions, et fut 
crié Vive ie Roy ou de bouche ou de cœur, d'un aplaudisee*^ 
ment universel, avec le peuple quy y eatoit concouru, H 

Cest artifice estoit plausible vraiment pour desguiser ses 
doubles intentions, mais aussy estoit-ce mettre des impres- 
sions en l'esprit et des armes entre les mains du peuple, dont 
il couroit le hazard, non tant seulement de ne pouvoir efi'acer 
ny fere tomber des mains, mais d'en estre bientost assaillj. 
Aussy la justice divine, quy ne manque jamais de récompense 
aux bons non plus que de ebastiments aux pervers, rétorquera 
bientost sur luy et sa famille les désolations qn'il avoit procu^ 
rées à sa chère patrie» 



en^ 
ii« 




LE SIEGE DE BEÂUCAÏRE DE 1532 



^\% 



Le combat pourtant estoit ©ncorbien grand en âon âme, 
âotantô entre ces deux puissantes considérations de la perâdje 
et de la fidélité: reîle-cj, souslenue des s«ge^ et vertueui 
&dnionesLements de sa fa m me, celle-ia fomentée des malheu- 
reuses suggestions de ses deux enfants et de son frère, éresque 
d'Uaéz, [P* 205] Mais enfin il s'abandonne aveuglement à son 
malheur, et propose de suivre irrévocablement les volontés de 
Monsieur de Montmoreaej, estimant que la honte de s'en retirer 
souïUeroit plus son honneur et aa réputation que tous le^ser^ 
vîces qu*îl pourroit reudre à son Roy» à se* parens et à sa 
{latrie^ ne luj pourroient acquérir de gloire et de louauges. 
IJ bande donc alors tous ses desaeius à cet effect: et pour 
mieux les fere réussir, il demeure tounjours et d*apparenue 
et de discours, fidèle serviteur du Roj, uiij avec les consuls^ et 
leur en produit quelques légers teemoignages. Néanmoins , 
^omme il est malaisé que le puissant venim qu'on a une fois 
*i*allé ne produise promjitement des convultions violantes, 
^tnsj le marquis ne peut longuement desguiser ses résolutions 
9&J18 estre quant et quant soupçonnées des consuls et du 
Peuple: lesquels, dans la deflSance qu'ils en eurent et de 
piusieurs gentilshommes leurs habitans, ses inthimes amis et 
Serviteurs de M. de Montmorency, appréhendant leur autho- 
i^îtc dans la ville, et de n'y pouvoir estre assez puissants pour 
'^siater à la fois et aux domestiques et aux étrangers s'ils 
^i^lreprenoient de Tenlevei', ils en donnèrent promptement 
**^viB à Monsieur le Mareschal de Vitry, gouverneur et lien- 
tenent général pour le Roy en Provence, quy e'estoitja porté 
^^ik& la ville de Tharaseon, dèz qu'il apprînt que Monseigneur 
^^u estoit aproebé, et réclamèrent son as^iëtance. 

[t*. 206] Cependant le marquis» muguetant tousjoursquelque 
oifcbi tant, sça voit encor se feindre avec telle justesse et dexté- 
nté, qu'à tout moment les consuls rappelloient en doute s'ils 
davoient a'arrester en leur doute, et luy, ayant aprins l'assis- 
^£)Qe qu'ils avoient implorée et jugé quelle ne pourroitleur être 
envoyée qu'à ta ruyne entière de ses entreprises, leur jouant 
enoor un nouveau tour de souplesse^ lescajeolla si bien qu'eu 
leur fesant plusieurs belles et nouvelles protestations de aa fidé- 
lité^ et leur représentant uleur commun péril en la résistance où 
ils s'étaient résolus ensemblement, [et qu'j ils ne pourroient trou- 



311 



LE SmGE DE BEAnCAIRR DE 18SÏ 



Ter de refuge, au cas qoe la ville fiiâtforûéd de succomber, qai 

dans Fon chasteaOj quj dô tout temps avoît esté et seroit encore 
en ceste extrémité Tazlle de tous leurs ha,bitaus,mais que n'| 
ûjant assez de munition de bouche pour y soustenir un lon^ 
sièD^â, il etoit nécessaire de Ven fournir avec abondance ^ ; 
les consuls, qu^ ne sçavoient bonnement quelle créance ils 
dévoient prendre de \uj, inclinant néanmoins ingénument k 
sa demande, la luy accordèrent. Àinsj il tira d'eux abondam- 
ment et leur extorqua tout ce qu'il ju^ea nécessère pour son 
utilité et pour en affoibltr la ville. 

Ses desseins prospérant ainsj, selon son jugement, il n'ar- 
resta pas en sy beau chemin, car il pourveut» sependant, avec 
tout le secret et diligence requise son chasteau de tous les bons 
soldats des environs quHl avoit de longue main reconnus 
ses amis. 

[P. 207] La Roche Sainct-Angel , premier consul , estolt absent 
durant toutes ces menées, et ajant trouvé à son retour que les 
bons ordres que ses collègues avoient estabïj dans leur ville 
estoîcnt très avantageui, en fut ertrêmement resjouj et leur 
en donna de grandes louanges. ■ 

Le marquis donc aînsj pourveu de tout et en estât de ne 
rien craindre, selon son jugement aveuglé, osta le masque et 
se déclara ouvertement pour Monseigneur, soubs la créance 
que Monsieur de Vitrj n*os©roit entreprendre dans le gouver- 
nement de Monsieur de Montmorenoj. Mais, peu après, ayant 
apprins que la ville d*Ârles armoit, de son commandement, et 
jugé que sy Beaueaire en estoit secouru, il n'y seroit plus à 
temps pour le surprendre, ainsj qu'il avoit de longue main 
projecté (ne luy ayant tousiours esté que trop aisé, pois qu'il 
avoit à sa dévotion le capitène de la ville qny gardoit les clefs 
des portes) ; de manière que, slmaginant que les menaces 
pourroient enfin emporter et vaincre le courage et résolution 
des consuls; leur déclara et représenta ouvertement rîTindigna- 
tion que Mgr avoit conceue contre d*eux, par le refus qu'ils 
faisoien^ à Tintroduire dans leur ville; les maux, dont, en leur 
particulierjls se fendroienteoulpables eu lui résistant etdemeu* 
rant force?; ; le^ malheurs quy accueilliroient leurs habitans ; et 
rinévïtable désolation de leur patrie i, les conjura d^assembler 
promptement leur conseil général, et prendre en iceluy uni 




LE SIEGE DE BEAUGAIRB DE lG3e 



315 



Fésûlutioii irrévocable [p, 208] de le recevoir et le recon- 
noiitre; eoubs ceâte asseurance que, comme vîguîer j préai- 
dent à son accoustuméô,ii auroit des persuasioîîs assez fortes, 
joîncts a luy les suffrages de tous aes amis, pour emporter la 
délibération selon sas in tant ions, et les fère déclarer rebelles 
aree lui. 

Les consnlSf eseandalisez de ee discourB, luj respondirent, 
par la booche du premier,» que la vllh n'entreroit jamais aux 
termes de consulter quel party elle devoit eslire, tant que Tau- 
tborîté seroU en leurs mains ; mais bien par quei moyens elle 
pourroit repou sser les efforts des ennemis d u Roy ^et fere chastier 
la desîoyauté de tant de mauvais citoyens » et plasieura autres 
îiotnblablcs discours; desquels le marquis, se sentant vivement 
piqué, eut des reâsentimens ëi cuis ans qu'il ne peut se con- 
lenir de lui Uscher, avec Tun de ses fils quy estoit avec luy, 
r(Qelque8 injures quy leur furent soudain bien hardiment 
rétorquées, 

On vit à rinstaot le peuple résolu et tellemerit animé et 
conârmé en robéissance do roy et soustien des consuls, qu'il 
courut généralement n,uj armes et comraença à dresser des 
retranchemens et barricades, à chasqne bout de rue proche 
la porte du chaste au. 

Cependant Monsieur le mareschal de Vitry, quy tout k point 
s'eatoit porté dans la ville de Tharascon, ainsy qu*eat touché 
cy-devant, et où sa présence a voit estouffé plusieurs secrettes 
menées, et empesché que le mal contagieux de Beaucaire ny 
communîquât[p» 209] plus avant son venin ; prévoyant bien que 
de la révolte ou prise de caste ville dépendott le repos et la tran* 
quiUité de son gouvernement, despescba promptement divers 
courriers en trois différeutes partsàlafois ;scavolrà Monsieur 
le mareschal de La Force quy estoit dans le Bas Languedoc, 
tallonnant Monseigneur de la part de Sa Maje^jté avec une 
armée volante pour Tempesaher d'y fère progrès, auquel il 
donna avis de tout ce quy s'estoît passé en ceste occasion ; 
aux sieut^s consuls d*Arles (par Tun de sescarrabins quy arriva 
à eux la dimenche premier aoust,siir les trois heures au matin}, 
pour les suplier et enjoindre de la part du roy, de luy envoyer 
proniptement trois cents hommes, et, eu dernier lieu^ aux Com- 
munautés d'ÂyrargueS) Saint Rémy et autres lieux du vl- 
guerat, pour en avoir autant. 



3in 



LE SIEGE DE BEAUCAIRr^ DE 163S 



L€S citoyens d'Ârlea, quy vivent dez tousjours danfl ceaie 
haiir>rable ambition de te8moig"ner en toutes oocurraoces à Sa 
Majesté qu'elle o'a ville en tout aon royaume eu laquelle ses 
mandemetitâ et de »es ministres soient exécutés avec plus 
d'ardeur et d*affecUon, et qu'ils ne pourroient jamais estre 
ingrats ny meâconnaisiants à tant de bieuâ-faiots qu'ils reqoi- 
vôût de ses mains libérales ; oultre le devoir de la â délité natu- 
relle quy les oblige sy estroitement à une sy douice et débon- 
nère servitude, recevant incontinent ceste agréable semonce 
de la bouche de leurs consuls, furent [p. 210] soudain en 
armes, d'entre tous tesquels en furent par eux choisis trois 
cents, dont la plus grande partie estoit de noblesse ou aultres 
gent3 d'estitte et de considération ; tous lesquelz eu sortirent 
le mesme jour dimenche premier aoust sur les deuï heures 
après-midy, conduits parle sieur Philîpe Beuf,run des consuls 
de Testât des bourgeois, sage, expérimenté et courageux 
capitène. 

Les Communautés du Yiguerat, s'estant assemblées atissy le 
meame jour, avec extrême diligence^ûrent levée d'environ cent 
cinquante hommes et partirent avec telle aeélerîté quMls n'eu* 
reiitmesmei, presque tous, le loisir de se pourvoirdes munitions 
necessères ; lioubs fespéranee néanmoins que Monsieur la 
mareschal leur enfôroit destribuer àTharascon à leur arrivée; 
ou s' estant randus et ne luy ayant peu offrir que leura per- 
sonnes et leurs armes,ainsv presque inutiles, il leur commania 
pourtant de passer promptement sur Tisle pour ne perdre le 
temps» avec promesse de leur en fera tenir incontinent, esti- 
mant que les consuls de Tharascon luy en présenteroiant, 
atendant qu'il en eust fait venir de la ville d'Arles. Et pria le 
sieur d'Alein, gentil-homme d'Aries^pourlors viguier da Mar> 
seille, quy l'avoit suivy et ne Fabandonna jamais durant Toca- 
sion, d aller à eux de sa part et leur en demander, avec pro- 
messe de leur en rendre autant ; ce qu'ayant promptement 
exécuté^ et n*y ayant trouvé que des refus, s*excusants sur 
r impuissance, Monsieur le mareschal en receut des extrômes 
desplaidirs et leur en fit de vives et picquantes reproches, ■ 

[P. 211] Tandis, la troupe d'Arles arrivée immédiatement 
après et en queiie des autres, environ les cinq heures du acir^ 
Monsieur le mareschal la faict de mesmes tout d'un train paaser 



LE SIEGE DE BEAUCAIRE DE 163t 



317 



BUT )*Me» ayant apprins que Monâeigneur devoit dans peu 
d'heures entrer au ohasteau de Beaucaire. 

On observa ce soir là plasieurâ circonstances de ceux de 
TharaâcoQ, iesquelleâ donnèrent an trèa-é?id6iit esclairotsse- 
ment à. la proposition que le marquis de Perault a voit faite à 
Monsieur de Montmorencj de luy livrer eucor ces te vilie au 
mojen des intelligences qu'il yavoit: car premièrement, par 
la lettre que Monsieur le mareschal de Yitrj escrivit aux con- 
suis d'Arles, il leur raarquoit que les gents qu'il ïeur demandoit 
apitoient pour ramplir la place de ceux de Tharascon, qu'il 
allait dèa ceste heure \k faire entrer danâ Beaucaire ; néan- 
moins tant s'en fault qu'ils y deussent estre desjà à leur arrivée 
qu'au eontrère lorsque le consul y aborda avec sa troupe et 
receut son commandement de passer promptement sur Tisle, 
il le vid sur le bord de la rivière sans autre compagnie que 
ries siens, fors un ou deux gentilBhacntnea de La ville, appriut 
qu'il n'y estoit passé que la troupe du viguerat qu'il y voyoit 
encores descendre, pour laquelle eocor on luj avoii refusé 
des munitions de guerre ; et ce quy augmenta plus encor Tes- 
candale à ceux d'Arles fut den'avoir receu d'eux àleurarrivée 
ou passage aucune gratification de rafraischissements , en 
récompense de ceux qu'où leur avoit largement fournis puis 
naguèresà Arles (dont ilsavoient grand besoing) à leur retour 
d'Algues Mortes en semblable occurrence* Toutes ces circon* 
staBceSt dis-je, donnèrent argument que dans ceate ville le 
serrice du Roy uy avoît pas pour lors grande vigueur* Tant 
estque ces troupes ainsy assommées [p, 212] delaplus ardente 
et insuportable chaleur quy fut jamais, elles passèrent toutes 
gayement sur Tisle ; mais la saison pour estre introduites darin 
Beaucaire n'estoit pas encor arrivée pourtant, les afferes n'y 
e?<tant point entièrement disposées par les artiâoes que le 
marquis et la noblesse delà ville y apportoient à tout moment, 
ainsy que nous verrous cy aprèz, Etfalut qu^elles campassent 
là tout le reste du jour et toute la nuict suivante. 

Or ceux d^Arleâ n'y furent plustost descendus qu'il fut in^ 
coutîneut déclaré à leur consul par les premiers, qu'ayant 
esté constraifitiâ de se lever et de sortir ainsy de leur maison, 
à ia haste, sans munition de guerre, souba l'espérance de 
i*en fournir à Tharascon , et ne l'ayant peu fere pour ne 



STÔ 



LE SIEGE DE BEAUCATRE DE Uât 



I 



retarder leur descente. Us en estoient en des extreooeê des- 
plaisirs, k quoi le conBul, pourvoyant sur le champ, leur Ûii 
despartir quant et quant du plomb» de la msache, éi daujc 
aartouches de plomb à chaaqun, que ses propres soldats 
arrachèrent de leurs bandollièrea et leur donnèrent, W 

La descente de ces troupes sur Tiale donna des estraoges 
appréhetitions au marquis et à la noblesse de Boaucaîre quy 
auivoit son partj Jugeant que leur introduction dans la ville 
estoit le coup mortel de leur espérance. Âussj dès lors ne 
bâtirent 'ils plus que d'une aisle et le marquis s'estant retiré 
au chasteau, toute la resaource des autres se réduisit à ce 
point de courir ouvertement les rues, déclamer cootre leurs 
consuls, et imprimer en Tesprit du peuple mille terreura 
paniques et toute sorte d'appréhentiott de Tinsolence que les 
soldats exerceroient en leurs biens, en leurs maisons et lenrd 
famiUes, et en leurs propres personnes s'ils estoient intro- 
duits. ^ 

[P. 213] Ce fut une rude attainte à rauthoritédes consuls, de' 
laquelle ils virent soudain naistre mille murmures et soublève- 
mens du peuple, violemment a^ité et effarousché de telles appro- 
licntions qu'y porta aucuns des plus mutins à leur reprocher îe^ 
peu de confiance qulls avoienten eux de ne les avoir estiméfl 
capables de garder et deffendre courageusement leurs mu- 
railles et leurs maisons, souhs leur authorité, sans rassistance 
d'autruy ; et que rintroduction de ces troupes ne leur pour* 
roit estre que dommageable et funeste. B 

Les consuh, estonnés de telz mouvemens et taachant âfl 
ramener le peuple de son desvojement,se fortifièrent de Tau- 
thorilé des magistrats de justice et principalement de Dupny, 
procureur du Eoj, homme très-résolu. Tous lesquels ensem- 
blement, après des hardies et puissantes menaces de cestu j*cj^V 
pariant au nom du roy, et des vives et pressantes persuasiûMS 
de ceux-là comme pères de la patrie^ Tajant par ce moyen 
aucunement ramené, ils résolurent, an An, de donner FentréëS 
à leur secours à quelque prix que ce fdt, vojant que d'iceiuj 
dépendoit et le gain de leur partie et la tranquilité de leur 
patrie, amsj que la suite le fera voir. ^ 

Toute ceste nuit s'étioulà en telles consternations domestï» 
ques qui les empeschèrent non seulement de riutrpduire 




IM SIEGE DE BEAUCAIBE DE 1638 



319 



{appréhendant quelque mésaventure), mais encor de pour- 
Tair à aes nécessites* 

Ce long retardement d'ailJeurs et ce peu de conte qu'on 
tenoitdeces troupes laur donnoit cependant de très-puisâaats 
mouvements de [p. 214] cholère et de trèa-violentâ soupçons 
de quelques mauvais jeu. Si bien que le consul Beuf, pour ne 
recevoir quelque affront, logea quant et quant à la plus haulte 
poincte de Tisle, le sieur deMandoû(rurj des cinq capiiènes des 
cartiera d'Arles) avec toute sa troupe pour en deffeudre l'en- 
trée du eosté de la terre. Et luj, aveu tout Je reste, se tint 
préparé à recevoir et repousser courageusement de tous les 
autres endroits ceux quj? Vy voudroient mettre en eschec. 

Le marquis, cependant, qui avait comme abandonné ou 
quitté la partie dès la défense de ces troupes sur risïe, eta'estoit 
retiré en soii chasteau, en donna promptement ad vis à Mon- 
seigneur, Jttj représentant ce secours beaucoup plus consi- 
dérable et plus grand qu'il n'estoit ; lequel fesaut promptement 
Kassembler ses troupes quy s^étoient dispersées et relascbées 
dans tes villages circonToisins, vint quant et quant à Beau- 
caire, accompagné de tous ces seigneurs qui le sui voient, se 
présenta tout de uuict a la porte du cïiasteau qui regarde la 
prerye^^ et j fut introduit avec tous les sieus. 

Tandis, les consuls qui n'estoient bonnement encore bien 
conûrmés en ïa résolution de recevoir leur secours, ayant eu 
advis que Monseigneur esloît au cbasteau et que toutes se^ 
troupes j rentroient à la ÔUOt ârent soudain donner Tallarme 
au peuple par le tocsin, afin qu'un cbascun se rendit sur les 
murs de la ville ou au corps de garde de leur cartier, et 
cependant envoyèrent promptement une troupe de leurs plus 
[p. 215] hardis babitans ranforcer ceux quj s'estoient jà saisis 
de toutes les avenues de la porte du chaste au quj est dans la 
ville; atteudant d'y loger leur secours, commandèrent au 
capitaine de ta ville de iuj aller ouvrir la porte de Cadenet 
quj luy estoit la plus prochaine» et à Dions, fils du premier 
consul, de Taller introduire promptement 

Ce fut à ce point que le peuple » reconnoissant Terreur où 
la suggestion de tous ces mauvais serviteurs du Roj Tavoit 



' La pt'airie ou cbanip de foire. 



3^0 



JM SIEGE DE BEADCAIRE Ï>E !63i 



voulu précipiter, courut comme désespéré à la deffenae de 
leur muraille, loua les vertueuses intentions de leurs consulsj 
commencea à bien espérer de leur résolution, et à se pro-J 
poser qu'iofaiUiblement leur courageuse résistance seroiii 
largement récompensée de la débonnèreté du Roy, et que le 
moins qu'il pourroit espérer de sa libéralité ce seroit leur 
affranchissement de la tyrannie du marquis; aînaj en par- 
loîent*Us. H 

Le capHène de la ville^ quoique des intimes amîs du marquis 
et serviteur de M. de Montmorency, feaaot violence à ses 
voloiîtéSi fut conatraÎDCt d'aller ouvrir ceste porte, aprèzquel- 
ques sourdes paroles de refus qu'il laschea aux consuls, les- h 
quelles furent suivies de menaces de luj oster les clefs* Dtffl 
manière que le sieur de Dions, quy s'estoit jà suffliemraent 
pour vende batteliers, montantpromptement sur leurs bat te^ux 
passa sur Tlsle (laissant le sieur de laRoohe, son père, à la 
porte}, pria le consul Beuf, au nom de son dit père, de ses 
collègues et de tout le peuple, de vouloir [p* 21d] prompte- 
ment entrer dans leur ville et luy ût des excuses de ce long 
retardement. 

Le sieur consul Beuf, cependant, quy avoit reconnu, avant 
Tarrivée du sieur de Dions à luy, que toute la cavallerie de Mon- 
seigneur estoit sur le pied, et ouyt en même temps le tocsin 
sans savoir sy c'eatoit pour Monseigneur ou pour soy (n'ayant 
jiMooresveu personne de la part des consuls), despeschapromp- 
ttîfïient le sieur Peinct, l'un de ses volontères^ son înthimo 
amy, et lieutenant en ceste expédition, devers M. le Marescbal 
de Vîtry pour apprendre ses intentions sur ceste occurrence i 
et consulta d'ailleurs le sieur de Rousset^ gentilhomme de 
Provence (auquel M. le MM'escbal avait donné la conduite 
de la troupe du Yiguerat) avec les plus expérimentés de leurs 
volontères, pour les formes de leur subsistance ou de leur 
introduction au cas qu'ils feussent enfin appeliez, reconnois- 
sant leur entreprise grandement hazardeuse et tonte remplie 
de péril ; mais, durant leur consulte, Dions arriva à eux ; non- 
obstani la prière duquel ^ et les asseurances quil leur donna 
que son père les attendoit à la porte, et ses collègues aux 
autres endroits de la ville pour ordonner de leurs postes, ils 
délibérèrent pourtant d'envoyer tout premier dans la nUe 



4 




LE SIEOB DE BEAUC^mE DE 16di 



3^1 



LaBr68eh«,raii de leurs sergenta, pour reconnoistraet juger 
ûê la conteoance dea habitante et prièrent Dions de demeurer 
avec eux^ en hostage pour l'asâeuraDce d'icalu^ et ju^ques à 
son retour. 

[P. 217] Ce aergenti passant promptement le bac et entrant 
dans la vILle environ les deux heurei aprèz ia minuict, donria 
ienl jusques dans la place du marché, et n*eut autre rencontre 
que dudit sieur de Laroche à sa porte ai du capitène de Ea ville - 
laquelle ayant ouverte contre son cœur, ne sceut sy bien 
retenir ses ressenti mens qu'il ne luy usât de quelques sourdes 
tuenaees, «r que tout autant d^estrangers quj entreroient dans 
la ville y seroient taillés en pièces. » 

Tandis, ces compagnies de Croates quy suivoient Monsei- 
gneur, estant sur le pied pourentrerau chasteau et ayant apprin^ 
ijue ces troupes estoient surl'isîe» firent tout leur effort pour 
avoir congé de les y alïer attaquer et d'y pa^^ser à ^itny du 
costé où estoit assis en garda le sieur de Mandon, Mais ils en 
furent divertis par quelques-uns, lesquels représentèrent à 
Mgr y avoir trop de péril et en ce guay et en rincertitude 
du nombre des soldats^ etque la vïile estant une fois saisie, on 
auroit bien moyen de les dei^re. 

La Bresche cependant^ sa descouverte faite, reviut à la 
porte d*une part, à mesure que le sieur Peinet, de l'autre, 
redescendôit sur Ftsleavec ordre de Monsieur le Mareschal de 
fère entrer prompteraent ces troupes à quelque prix que ce 
fut, et tous deux furent estonnés d'en voir desja une bonne 
partie dans la ville avec le sieur de Dions et le eousni Beuf 
ou teste d*icelle. Auquel néanmoins le sergent rapporta le 
iliseours qu'il avoit ouy du eapîtène de la ville, mais il n'ar- 
resta pourtant^ le Rubicon estant jà passé, et tous les soitp- 
çons vuidez et surmonter par son courage et par la confiance 
qu^il avoit en la franchise du sieur de Dions quy le guidoit 
et de son père quy le [p. 218] recevoît. De manière que le sieur 
Peioct fut grandement joyeux de treuver qtje Tobey séance 
avoît prévenu le mandement que M, le Mareschal luy avott 
donné et que tout le reste passoit à la haste. 

Le sieur de la Roche donc, ayant accueilly le sieur consul 
Beuf avec les plus tendres remerciemens que mérltoit un sy 
important et signalé service, et que la briefveté du temps luy 



3^2 



LE SIEGE DE BEAUCAIEE DE 1632 



peut permetre, le conduisit de ce pas avec touteâ les troupes 
jusque dans la place du marahé où eîles se mireot promp- 
tement en bataille. Et de là, aans arresterp allèrent se loger 
tout contre les jardina joignant les murailles et la porte du 
chaateau quy descend à la ville, où les habitans avoîent ja 
mis quelques charretes et commencé à se barricader. Le 
consul Beuf y choisit la porte la plus procLaîne et la plus 
dangereu^ie, en laquelle il s'arresta avec reslitte de ses volon- 
tères, lui^sant les autres plus esloignées au reste dea troup^a^ 
et aux habitants. H 

Ces barriccvdes n'eatoient k peine alors bien commencéea 
qu'un chasqun d'eux mit promptement la main à 1 œuvre pour 
se reiraoclier et mettre en defience, et leur fut donné par 
les consuls lout ee qu ils leur demandèrent pour cest «ifecl, 

Le jour venu (lundydeuxiesmeaoustj^le marquiâ^qujs'estoit 
iujaginé que l'arrivée de Monseigneurdans son cLasteau auroit 
donné telle apprébention aux consuls et au peuple [p. 219] que, 
lesai'meji leur tombant des mains, ils n'auroient le courage de 
fere entrer leur secours et le ranvojeroîent en désordre, fut 
bien estonné de les veoir tout contre les murs d'icelujr, 
retranclji^K, barricadez, et en estât de luj disputer courageu- 
sement l'entrée de leur ville. Et ceste noblesse, d'aitleurâf 
qay suivoit ébb mouvemens avec tant de passion et d*aveu- 
glementf remplie de mesme estonnement que \uy et hors de 
toute espérance d'entreprendre désormais auQUEe cbose à leur 
avantage, reconnoissant qu'il j alloit de la honte et des uns et 
des autres d'avoir eu tant de belles intentions pour Monsei- 
gneur, tant de courage d'excécuter, et néanmoins perdre des aj 
belles ocasions de se rendre maistres de leur ville, et priaci^ 
paiement celle que la iiuiet précédente leur avoit sj favora- 
blement produite, lorsque ce peu d'habitanSj quy ne commen- 
çoient qu'à desseigner encore leurs retrancbemens^ n*eussent 
peu rendre à Mgr aucune considérable résistance, s'ils l'eus- 
sent fait descendre en armes prompte me ut dans la ville.| se 
réduisirent tout enfin à ee dernier remède de fère quelques 
abouohemens et conférances avec les consuls^ pour taseher de 
se mettre à couvert des reproches et des iodignations de Mon- 
seigneur, qui avoit ignoré toutes ces contradictions et résis- 
tances et creu que le tout luj eatoit asseuré. Quelquôs-ims 




UE SIÈGE DE BËAUCAmE DK Ï63!l 



zn 



P 



dVntre eux obtmdrent des consuls de pouvoir monter au chas- 
teau et proposer à Mgr etau marquis quelque accommodement 
[p. 220] quy leur douuast de la âatUfactiori à tous. Âiijsy ces te 
matinée a'escoula en allées et venues d'une part à Tautre sans 
fruict ; et Varie, Tun d'eux, s'j estant eutreraeilé de la pandas 
consuls, fut porté par terre, descendant du chasteatif par une 
moiquetade, que luj tira un soldat de la garnison» quy luy 
entra par le col et sortit par Tespaulle* 

Ce coup contre le droit des ^ens, mit sel en bouche aux 
consuls^ les ôt aller plus retenus, et le marquis ea reoeut un 
grand dasplaisir. Néanmoins, s'imaginant de pouvoir avancer 
liij meamea ce que aes amis n'avolent peu le matin, il demanda 
encore de parler aux consula et permission de descendre 
josqu'à la prochaine barricade. Son intention estoit double, 
car il déâiroit voir le retranchement et la contenance des 
loldata. Les consuls^ néanmoins^ quoique très résolus en leur 
première délibération de servir le Roj k quelque prix que ce 
fût, estimant que s^ de telles conférancea pouvoit sortir 
cjueique aecommodemeni, leur honneur sauve et la ville 
demeuraat tôusjoura dans les termes de Tobé^ssauce, elle en 
seroit d'autint plus soulagée et exempte dea fouUes que \q^ 
gens de guerre j produisent communément, lu^ accordèreRt 
en0o ses demaodea. 

Il deicendit donc à la ville avec lea aieurs d'Elbene, le baron 
[p. 231] de Ledenon et Laroche d'AgouIt, eacujer de M. de 
Montmorency, Et rencontrant à la première barricade le con- 
sul Beuf en teste de l'eslitte de ses volontères^ et eu eatat da 
la bien dépendre, s*y arrestatit un peu et femnt bonne mine* 
loua fort leur coutenauc^e et leur résolution, leur laschant en 
passant ce petit traict de vanité, ■ qu'ails estoleat tous dignes de 
commander dea régimeiis. » Lequel ayant été soudain recueilly 
par un gentil esprit de la troupe, le luy couvrit avec grâce 
par ses paroles : a Ou j, certainement, Monsieur^ luy dit-il, mais 
ce nous est beaucoup de gloire et de satisfa^^tion de n'estre 
en cette occasion que simples soldats soubs notre cousul et y 
Sôrvif le Roy. » 

Le sieur de La Roche doncs'approohantde lui, tirant quant 
et soy hors de la barrieaiie le sieur consul Beuf pour estra 
tej<tiJOiug de tous leurs discours, la première parole dn mar- 



.^3 1 



LE SIEGE DE BEAUCAIRE HK 1632 



quis au consul fat d'avoir Tiolé aa foj en ta mutuelle promessa 
qu'ils s'estoiéiit faite de n'iutroduire aucune jiersonn© estran* 
gère dans la ville dj dans le cliasteau, Â quoj il respondit 
qu'elle avoit ainsy véritablement esté faite eotretix, mais 
BQubs cette ûoadition de servir le Roy et les uua et les autres, 
et qu'ayant vu lanuictprécédéTite entrer Monseigneur dansson 
chasteau, il avait de mesmes introduit dans la ville le coosul 
d^Arleset satroupe;aiii8j» n'ayant fait en eelaque [p. 222] Ten- 
suivre, il en estoit le premier coulpable. Le sieurd'Elbene et le 
baron ddLedenoniapprehendautquecesparollestL'enproduisis- 
!^ent d'autres plus fascheuses^ interrompantlediseoursdu mar- 
quis, pressèrent fort alors le sieur de laRocfae de congédier les 
messieurs d'Arles et laisser la ville entre les mains des habi- 
tants. Mais au contraire la connoîssanoe et rappréheutlon 
qu'il avoit de ceuz quy suivoient le party du marquii*, dans la 
ville, et du peu d'assurance du peuple, luy fît rejetter bien 
loing telles propositions et demeurer ferme en son proeédé, 
reeonnoissant très bien que, ceux d'Arles estant son j)i in- 
cipal apuy, la partie demeureroit fort inesgale et leur efière 
seroit bientost vuidée à la confusion et au grand détriment 
du service du Roy. 

Durant ce pourparler, tous les soldats des barricades obaer* 
vant diligemment les actions et les mouvemeDS du marquis 
demeuroient sur pied, et en estât de repousser vivement sa 
violence au cas qu*il en eust voulu user contre leurs oonsuls« 
Et sur ce poinct il arriva qu'un soldat du chasteau lasehea 
une oaosquetade dans la barricade du consul Beuf, quy porta 
contre un mur, où estoit appuyé un de ses volouteres, auquel 
ayant rampSy le visage et le chapeau du desbris de la pierre, 
s'adressant au marquis : u Voyez, Monsieur, luy dit-il *, comme 
vos soldats nous traitent dans vos tresves et vos abbouche* 
ments* )> [p. 223] De quoy il lui fît ses excuses, et menaceant 
rudementlesoldut, a^seuratoutfvautce voient ère qu'il u'enten- 
doit point que lafoy publique fut ainsy violée. Lequel luy répli- 
qua avec une contenence gentille a que les mosquetades 
estoient trop peu de cas pour les fere desmouvoir de leurs 
postes^ et qu'il y fallolt joindre le canon ^ n 



* Mn marge en regard : M. Peinet* 



LE SIEGE DE BEÂUGÂIHE DE l^Zt 



3»5 



Cet excès porta aoudaîn Je deair de deux aoldata, habitans 
de fieaiicaîra meslës parmjr oettx d'Àr]eB\d'en Urer sa 
rârôDche. Et, s'estaDtavaûcez, s'appoinctèrentconjoiQctaEnent 
pour tirer ati marquis, mais le volontère s*en estant aperceu 
s'&v&ncoa à eux, leur donna tout à poin&tde la main sur 
rharquebtise qu'ils avoient enjouée, les en destourna et leur 
ût le hola, ne voulant permettre de venger une laacheté par 
une autre. 

Tandis, Monsieur le mareachal, sçacbant que eea troupes 
de Beaucaire ne poudroient avoir de muuition de g'uerre que 
ce qu^un chasquades soldats pou voit avoir sur soy, et jugeant 
que les consuh ainsj troublez; n'auroieut pu avoir le soing de 
lenr en fère fournir, despechea. promptement aux sieurs 
consuls d*Arlos pour les prier de fere encor ce bon service 
au Roy de luy en envoyer prompte ment* A quoy ils furent 
très diligents, etluy eu envoyèrent quatre muletzcbargez qny 
Joy furent [p. 224] présentés de leur part par un gentiîbomme 
de la ville qu'ils hïy députèrent (ce fut le sieur Despins)» A. quoj 
il receut une incroyable satisfaction et leur en ât des grands 
remerciements, ne pouvant se contenir d'exagérer à tous 
coups la grandeur de leur affection et la promptitude de 
leurs serTicea aux choses concernantes Tinterest de Sa 
Majesté. 

La conférance du marquis demeurant vaine enfin et sans 
eiect, et les consub rentrés dans la barricadé , on ouyt à 
rinstant de tous les soldats quy y estoient une acclamation 
univerBelle de Vive le Roy^ quy donna un très rude coup d'as- 
tonnement au marquis et le plongea dana une grande confu- 
: mon, ne sçachant treuver à Monseigneur excuse val labié et 
[légitime pour coUorer tant de manquements* De mittiicre c^u'il 
fut sur les termes de demeurer dans la barricade nvec tes 
consuls pour éviter ses indignations. 

Monseigneur estoit pour lors, avec MM. de Moret. d*Sibeuf, 

ide Montmorency et autres de considération à la porte du chas- 

teau par k dedans sans y estre aperceus, attendant Tissue de 

eeste conférance pour donner tous, Tespée à la main, contre 

les bairioades au cas qu'elle ne terminast selon ses intentions : 



* Sn marge m regard: Scève en estait l'un. 



SS6 LE SIÈGE DE BEAUCATEE DE 1632 

et ayaat ouy le bruit des soldats et demandé la cause d 

on \\}y dît que c'eatoit un crj de Yive le Roy : « Ouy, repli- 

quat-il soudain, tirant son chapeau , Vive le Roy !n ^M 

[P. 225] Tous ces Messieurs donc rentrez au château et^ 
Monseigneur ayant appHna la ferme délibération des consale, 
entra en une sj grande fureur contre le marquis qu'il proposa 
de le fere aaulter des créneaux ; lequel, ïe sçachant, n'osa se 
présenter devant luy que son esprit n*eust esté radoucy avec 
beaucoup de peine par tous ces seigneurs, Auasy, à vraj dire, 
il ne aceut jamais en ceste action obliger entièrement ses anii^_ 
ny désobliger ses ennemis, ^M 

L'ardeur de la cholère de M^r luy tit incontinent demander 
ses armes ^ délibéré d'aller enfoncer ces barricades» disant 
que puisque la querelle estait pour aoy il vouloit estro le pre- 
mier à les franchir; mais Dieu en ayant disposé autrement et 
ne voulant permettre qu'il s'exposast avec tant de noblesse 
en unsy éminent péril, sussita sur le cbamp le sieur d'Elbene, 
qoy avoit veu la contenance de ceux des barricadea, lequel 
luy représenta «qu'ily avoit reconnu un sigranH courageaux 
soldats et un sy ferme propos et délibération d*y mourirtres- 
tous pïustost que d*en démordre et rabantîonner, estant tous 
gents de condition, commandés par leur consul^ homme très- 
réaolu, quHnfalliblement se seroit s'exposer et toute sa 
noblesse à la boucherie de gayeté de cœur, et que le moindre 
d*eux quy s'y pourroit perdre valloit mieux que toute la ville 
ensemble» , avec plusieurs autres véhéments discours ea|H 
ce sujet. ^ 

[P. 226] Le sentiment du sieur d'Elbene eatoit très-bon pour 
n'exposer la personne deMgrqu*onn*eust peu que malaisément 
retenir, aussy prévalut-il et fit changer ceate résolution; mais 
à vray d ire , sy M onseî gn eu r eu st fait attaquer v i vement ces bar^ 
ricadoâ d'une part, et tous les gentilshommes de la ville araÏB 
du marquis eussent à mesme temps saisy Tune des portes de 
la ville pour Ty introduire par le dehors comme il leur estoit 
très-aisé, sans doute la ville estoit enlevée; car les barricades 
n*estoient pas encore en très-bon estât ny capables de trop 
grandes réf^i stances^ ny mesmes le nombre des tenants assez 
grand quoy que très- vertueux, et d'ailleurs la plus grande* 
partie du peuple quy suivoit les consuls vagoit encor dan 




LE SIEGE DE BEAUCAIRE DE 1632 327 

rirrésolation, dans la crainte et dans la confusion. Enfin, 
ceste parolle eustsj grand poids que ceux de Beaacaire peu- 
vent désormais la marquer dans leurs fastes pour Tune des 
choses les plus essentielles de leur bonne aventure et de leur 
tranquilité publique, puisque, sans avoir plus grand soing ou 
perte des leurs, ils ont vertueusement monstre le front au 
frère du plus grand et redoutable prince de la terre armé pour 
les subjuguer, et se sont glorieusement conservés dans la 
légitime obéjssance, malgré, s'il faut ainsjdire»d*eux mesmes. 

Pierre Dblacrau. 

(A suivre.) 



LE CHANSONNIER DE BERNART AM0R03, 

(SuOe) 



[130 (c* 112)] KL Ben UirH qeu sia ardiu 

r^r«,«^r^ •^*c^.* , ^ . Q^ ^^^ doiiiiia 0168 guiz '* 

^ -' ' Qes la genatr qanc foa 

(= B. Gr. 364, 17 J Qab aas beUfta Taisos 

b El bels aîU orgoiUoa 

L Dieuaeti eaa graçiU An luaDtz ""^cors enuaîz *^ 

Qel franc reis es guerbi Per qe mas esperiz 

E aana& deleltos * Ea ab leia remasuz *' 

Per qeu * cobri cansos Don rni senc '* reuenguz 

5 Gaias & sh gai a aos 10 De tôt moû m^nimen 

Qe • mera giquitz Qai aofert loniainen. 

Corroçoa * & mamç IV. Jauenz es mal hfdliz 

Mas la aaa saluç E prêtas ce* '* per traiz 

Noi a totz erembuz ^ Per colpa deU barQs 

10 E tornat en ioueu Queruenaon*" los guaraoi^^ 

Mon cor & mon talen» 5 Manfiz et orgoillos 

IL Qar de bona rak El" cortei escamiz 

Ea bos arbres ichiz " E domna« triciiairiz 

E fructï ea car & bos Regaon centra noi df uss 

E ries "^ & saboros * * 

5 Et en s torn arnoron 10 ♦ Trop deachauaidanien 

Vaia dornaaa &^ chausitz Ab doble faillimen. 

Tant qe noia'* als îiiarriz V. A bel cora genÈ bastïz 

De cui son plus remsutz ^^ De totz boa aiba compliz 

Qe foca ni fers agut^ , » * • ^i 

10 Qar doEi men uulb ^* men- ^M 

Qua no '^ las mi defeD. [pren 5 ^H 

L, S,: J deleicbos — ' qem — * Do qe — * Corrossos — * ereubutz — 
* ûisliâ *— ' Ê douK — ' ieu — * cai ^ i** ntiig — î* tcmsutî — ** lioil — 
1" Qom nO — '* guilz — ** mon — '* enaiHis — " romanautsE — '* au» ^^ 
>* tenc — '* Car uezon ~ '* garzos — S2 Los ^ ** Dona sim ronl â ui^ 
Humjl e uolantos E deatregz e cocboji 



^^^^ LE CHANSONNIER Dî: 


BERNART AMOROS 3sf5 


n 


^Ê Si eom cel qes fertz 


133 




^B^^ Damor & ' cor qem àh 






^^^K Qtm reoda uas uénctiz 


PEIRE DALUERGNE 




^^B Doues si mm î£z aiuz 






^1 XO Mort aurez chauBÎmen 


(= B. Or. ^3, 13) 




^ E Boa» eaUra gea. 


I . (p, 125) Cui boi vera agrada 




V I . Per flftc rei apostiï 


[auzii 




^L Ea boa regaea deliz 


De mi aconseilb. qe leacolt 




^1 QârplaDh ^ las measioa 


Aqest qera comenz a dir 




H E ploi'als autrui doe 


Qe poa li er aoa cora assis 




1 5 E fug Bolaz delà pi os 


5 Em ben eolendrels aoa els 




H E reia pos uîu autiiz 


[raoU 




^L Vâl mens q% aebelii 


Ja aô dira qel anc auzia 




V Maa eu eoQ car teaguz 


Meillors digz tiobar loiû ni 




H Pela raeillors à creatiz 


[prop. 




H lO Per la corteaa gen 


11. De be no fdi adeacarnir 




H Qes conlradig nomen », 


Qi lau anz deu agradarmoït 




H VU^persomBongeniguarmz 


Se tôt îoutracuiat albir 




H Contrais oaga acapix ^ 


Ab lor nea^i feble fat ria 




H Qe ab mi iof^. 74 rf") ea ara- 


5 Torno zo qoa d a mont deioa 




^K [go a 


El bes vezer qe aen ands 




H Et caBtelia & leos 


El eaqerns reata de galop. 




H 5 E ^ ualent rei nanfos 


lll, E per tal aai * son bon aofrir 




H Ele ^ eaitela eatabilis ^ 


Cane eaqern ni corage es- 




^P Oq preç ea geot seruiz 


[tolt 




^Ê Et ondraz & tenauz 


Si broillet no sa» vim florir 


^^^J 


H Si qe deb abatuç 


E par dflUûl respeg iardis 


^^H 


H 10 Flaca auara cor de uen 


5 Cant ve qe la aima nil brotz 


^^^H 


f Non ai nul peuftamen". 


Nô iota frucha requis *». 


^^H 


Vlîl, Aitant corn plua ardisB 


Elintradorneisaoti tuigclop. 


^^^1 


Es leoB qe crapitz 


IV_ Eraiis vueil ul res deue^âr 


^^H 


Et ors qebous coraux 


Qi dauer a ai a gran comolt 


^^^H 


E bps qe b«c barbuz 


Ben aen deuriii far seruir 


^^H 


5 Ai en taut ardtment 


Qe mil muegsî dé marabotia 


^^H 


[ ] 


5 Nô donaria doaz notz 


^^^1 


IK. E qt moB àxz aguz 


Poa a la bocbail venrail flz 


^^^H 


Eb conlraai enten 


Nil preatre secodra Uîop. 


^^H 


En li don franchamen. 


V, A q€C deiiria aouemr 


^^Ê 


» ol ^ • plain — 3 contra drog non 


raen — * A mon cor e cabitt — * El 


^H 


^ Ges — ' ostabUlz - » L. S. non 


ha U fiegumti ittmseiU. 


^^^H 


Vatiei i't^iftv^if de M. lenk^r Erlangen 19U0 p iU m. ' c. éif. fal - 


^^^1 


!• *«i: Irucba Lequia; Li t nicha n 


i lequia 


■ 


^^ 


i 4 





^^H San LE CHANSONNIER DE 


BEENABT AMOROS ^^H 


^^^^^^ Qe no ti a gue i cor^tge e b toi t 


134 ^^M 


^^^^^^h Del be an vos deuem aiuir 




^^^^^^^ Qen oraizon fossom conqU 


PEIHE DALUERGNE ■ 


^^^^^^1 5 K CEDt ve a] derrier jsanglot 


1 


^^^^^H NoD ii val oncle ni cozis 


[^ B. Gr. 323, ir) ■ 


^^^^^H Ni ïQeli^€sab son iiairop. 


^1 


^^^^^H V!. Ben deuiia pensar moiir 


I » fp. JJÏflJ Gent es mentrom 


^^^^^H Qi dr^itz oUa garda sas lo 


[va ® le^er 


^^^H 


Senanz le someil a faire fl 


^^^^^^H CoBsi dieuB per nos a ^uarir 


Qea caK saiïinal. cuiaire ^ 


^^^^^^H Reoeup mort ù pots movtz 


Tal ora es lares do voler 


^^^^^H 


5 E qi enanz esauertitz ^B 
Qe tagaitz li sia issit^ ^| 


^^^^^^H 5 SeJui qi per noa vene en 


^^^^^H 


Non es ges del tôt musaire. 


^^^^^H Tuîg mortem* cauers nô 


IL GontraiBBodru**aparer 


^^^^^H 


En cui senz es albergaire 


^^^^^H Negu al tempe plus qe fes 


Qe acienza non pret2 gaire 


^^^^P 


Sa lueca non la vei parer 


^^^V VIL Mont ion întrat en bnc 


5 Doncs on er de mi aentitz 


^^^^^^ 


Lo aabers don soi reqit^ 


^^^^^H Tu g cil qi fion al detlr^ 


Cor fî^ mescîatz ab vaire. 


^^^^^H 


ÏIL Qel aegle ai fag mon plazer 


^^^^^H Oa la mort nos pot esc rem ir 


Tant qen soi de trop pe- 


^^^^^H Coma ni ma ni duce ni 


[ehfl^re 


^^^^^H s 


Et er agradam nestraire 


^^^^^H 5 E eenanz nos nedein totz 


Pos dieua prom na dat lezer 


^^^^^H Qe la mortz li serre lo uis 


5 Pot hom easer descanzita 


^^^^^^f Be si pot diP vol tarzar 


E n5 mes obs mai " délit* 


^^V^ 


Per outracuial iutgair^. 


^^^^^^ VIII Tôt iom ^ porria ligtr 


IV, Poa dieua som laissa vezer 


^^^^^B Mas preguem dieu per sa 


En qe poest " esser mirai re 


^^^^^H 


De mo miela e aordeigî 


^^H [ 


[raire 1 


^^^^^H QenB T meta el eieu paradis 


On om plui a de laber fl 


^^^^^H Oa me ^ isaac e iaoop. 


5 On mager senz les qaaib; H 




E aqel par plus faillit?; H 




C a eos ob s ne s enganai ro . ^ 




V, Mas si îeu en aaiibes lo uor , 




« 


^^^^^^^ t c.eni moirem — 'c. en : dereb — 


* c* CTi : sis — * /, : ioro nos ^ *i. i 


^^^H mercîs — * f. : Qens jcardo del eofemaî potst — ' /, r E qms — » f. : mes. — 


^^^^1 Voyez Véditiofi de M^ Appel dans; . 


Prou. Inédit a p. 201 i^ê. ei celU d^ 


^^^^^ M. Zmkerp. 121 m.-*» /..- na — i» /. 


: deu — * * c.en: nan — *• L : poesc. 



^^V LE CHANSONNIER DE 


BERNART AMOBOS 1:^1 ^^H 


^H Be «ai foreoqers cofrairô 


Qez et vol engnit auer ^^^^^ 


^H De louent e entjmiaire 


Peir5 daluergDt so ditz ^^^^^ 


^H Set rîa q& dfigra chaer 


Non de us foj- anqers parti tz ^^^^B 


^1 5 Ëa graL sa ioa eRbàuditz 


5 Ni per autra amor cbiam- ^^^H 


^M Maa »il Ma segles mestitz 


^^M 


^B Qeil fag son paiic contrai 




^H [braire. 


^^^M 


^M VI. Mentre chaicuspotqerer 


PEIRE DALUERGNE ^^H 


^M Lui qes vers dieua e aal- 




^H [uaire 


( = B.Ûr.323, 14) ^^H 


^H Moat es endroit se bauzaire 


^^^H 


^H Fos met e ndcbaler 


K Do dieu non puesc pauc^ ^^^H 


^H 5 Qe maiers gratz nea cobitz 


^^^^^ 


^H Qi aer set oalp qe feritz 


Ni moûtnoua en sai deueseir ^^^^^ 


^H DaitâQ mn ben eaproaire. 


Qô gra lire» ^ ères tariadir ^^^H 


^H VIÏ, So feîra plua a praier' 


El pauca el* plus qe non ^^^H 


^B Perqe son meraueillare 


^^H 


^H Com tiou ea leu reguardaire 


5 E poa ilb nianteno valor ^^^^| 


^H Tro qea aproLamaU ^ aJ aer 


Degra sou seuz contraparer ^^^H 


^H 5 Qel îomaU loa^ escurzit^ 


Ben laing dir adreg per ^^^H 


^B Esadonca vo ^ va coraplitz 


^^^H 


^H Non cug qe pueia a en ea- 


So cal aieu |joble ua meater^ ^^^^B 


^H [claire . 


IL DoQcdiccomaldegragai'dar ^^^^^ 


^m YIIK Amora bem degra doler 


Cala es ni que deu dauenlr ^^^^^ 


^H Si ûei^una aiitrégiiaûnaire 


E si ae mena^^ cossir ^^^H 


^H Mae lo drnchurera iatgaire 


Ja megz nô aabria prezar ^^M 


^H De vos am^ poguea mouer 


5 M as los oils te en tanebror ^^^ 


^H 5 Qe per vos er enriqitz 


Eu lesgart gloto obezirier ^^ ^^^^B 


^H E saluatz etenaotitz 


El cor« consent en la flor^^ ^^^^B 


^^Ê E pel fiegDor de belcaira. 


Guida 1 arma a mal dûstor-^ ^^^^^| 


^M IX. (p, J^^') Maa ao non pot 


^^^^B 


^^1 [remaner 


111, De qem pueae pro merauil- ^^^^^| 


^H Gorteza amora de boo aire 


^^^1 


^H Don nie lais esser amaire 


Tau *^ per ai nô pren en ^^^^B 


^H Tan magrada lai tener 


^^H 


^H 5 On vol lo aaintz eaperitz 


Qe qant qeil trie 1er a morir ^^^^B 


^H K poi el cnezois mes goîtz 


E pela pas aucessora pasaar ^^^^^| 


^H Noua pea aauoa non repaire. 


5 Et en tan estraigna Aaîfor ^^^^B 


^M X . Qeu en sai tal goue maire 


Reuertir lo plus bobander ^^^^B 


^M * c. CTï ; temei?— * L : aproiamatz — 


^ i, : Tes — *L:no"^L: lam. ^^^^B 


■ Vmfez PM. de M. Ztmker p. 128 gs. ^ 


^*t. : pauc ban —"^L: gran ras — ^^^^B 


^M * L:m~» L: metîa e - î« /. : décider - ti (, : fobp — i« i, : Can ^^^H 



^^r^ ^^^ LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS ^^| 


^^^^^K Co nauzem a graiï feror^ 


E de tan ta rîchesaa tisar S 


^^^^^H M as veti < soblido daco r di er . 


5 Bea deu eaaer sonenidor 


^^^^H IV< Qeater e fo fort amar 


Car tort te qi dautrui tener' 


^^^^^^1 Al temps passam êêl giierpÏT 


Deue rica e del frug meîUor 


^^^^^H Daqo de qea degrom aizir 


Nés eaeag a dieu a aobrier. 


^^^^^^H An:: qell sobrauengues afar 


VIll. Per qer eacur so qar es clar 


^^^^^H 5 Qeu sni catar^ se coûtracor 


Lai oti dieua moatral * martir 


^^^^^H Qi nés cobraui be ûqI ar- 


Cons^^len per nos a auffrir 


^^^H 


De qens auenra tota trenx- 


^^^^^1 Qe del cop aetita k vigoi- 


[blar 


^^^^H Car moût val garda de pn- 


5 Al iorn del iotzamen maîor 


^^^^H 


On non aura ren dufaner 


^^^^H V, Mas grietia es hom a cas- 


Cab gran gaug et ab non 


^^^^H 


[pauc pler 


^^^^^^H Qo mai B am a son d an ch aazir 


Et on desebrara dui sem- 


^^^^^H Car ses votguâs tact enantir 


[dier. 


^^^^^Ê Val ' be com contrai mal 


IX. Od cbascuaa ae degra a 


^^^^^H 


[aêïibar 


^^^^^H 5 Ja non perderal regae ans or 


Et esser aoen en aospir 


^^^^^H Pel gaug daqcet mon men- 


Com dîeus se degnec huma- 


^^^^H 


[nar» 


^^^^^H De qel cams ^ caitiua sabor 


E qe prea per loa siens sal- 


^^^^^^1 Lesperit prea en encom- 


[uar 


^^^^^H 


5 E can pauc porto tug del^ 


^^^^^H VI. En (|eus pueic per peior 


^^^^H 


Seguen tre lo sanglot deHer 


^^^^^H Homo ^eu ¥oil ver espandir 


Car rnoot mes deatreita la- 


^^^^^H De ren qanja e] aegle issir 


[bor 


^^^^^1 PoB a deu noâ sup aceordar 


Qe no lai a sol aaer parer '" 


^^^^^^B 5 Que las ee tôt desenador 


Ce! qe trop a en saî »^ par- 


^^^^^H Et es reaorzént ^ e coreîer 


[aonier. 


^^^^^H Et hom deti a son criator 


X* E Gom lo blanc el vert sl« 
[vaff 


^^^^^^P Delà falfi poa mort réipood 


^^^^^^ 


Ses te ges far del mega 


^^^^^^ VU, (p, 127} E pOB dieua noiis 


[aeruir 


^^^^^H [dêgna donar 


Don uoil platï alciw bel '* 


^^^^^^ Ve^r et entendre et auzir 


[iifrir 


^^^^^^1 E paHar e aeo e aonCir 


Per aquel eui ner a penar 
catal — * L: Vasi ^c.mi: caius,™ 


^^^^^" ^Icen : fetor — ^L: uei ~^c. ett: 


^^^M L : carns — * c. en -. tesorent - "> / 


. : terîer ^^ l.i moatraraL — * /. r 


^^^1 biimanîr » t(> Cette ttgne doit être omise ~ ii c. en : iai — ^^ c. tn : he^ 




^^^1 



LE CHANSONNIER DE 

5 E totz tenis reuiura dolor 

Tôt so qel segles dalegrier 

Car auer vas nostre se- 

[gnior 

Ni qan quers no val vn 

[diner. 

XI. E C08 pot pauc chascus fi- 

[zar 

En can qe sai laissar transir 

Sel eis non se sap deuezir 

Tan gent queïl pogues pro- 

[sechar * 

5 Qe tan breu [ .idaj an li plu- 

[zor 
Vilan e clergue e caualler 
Qe tan tost toma en amaror 
Lo iois daqest segle leu- 

fger. 

XII. Mas dieas per sa granda 

[douzor 

Nos dom qe siam tal obrier 

Qens acueilha en la res- 

[plendor 

Don li sieu saint son eri- 

[tier. Amen. 

136 

PEIRE DALUERGNE 

(= B. Or. 323, 11) 

I . Chantarai daqels trobadors 
Qe chanton de tropas co- 
[lors 
El piéger cuia o dir gent 
E a trobar es aillons 
5 Qentremetrenaug cent pas - 
[tors 



BERNART AMOHOS 333 

Cus non sap qes pueg ni 

[dessent. 

II. {p. 128) Daisso mer mal 

[peire rotgier 

Per so ner encolpatz pri- 

[mer 

Car chanta damor a prezent 

E valriail mais un sautier 

5 Drnz la glera * ab un can - 

[délier 

On portes gran candela ar- 

[dent. 

III. Lautre es 6. de borneil 
Qe par loira sec a soleil 
Ab son chantar maigre do- 

[lent 
Qe chanto veillas portaseil 
5 E sis vezia en espeil 
Nos prezaria un aiguilent. 

IV. El ters bernartz del venta- 

[dom 

Qes m^nre de borneil en- 

[dom 

£ son paire al ' moût bel 

[siruent 

Per traire ab arc manal 

[d'alborn 

5 E sa maire calfaual fom 

El gars amassaual sirment. 

V. El quartz don ugo lemozis 
Us ioglars qes plus qeren- 

[tis 

Non a tal tro ab nauent. ^ 

E cui aratz ^ fos pelegris 

5 Malautes cant chantai mes- 

[quis 

A pauc pietatz no mê prent. 

VI . Guillenz de ribas es lo qinz 



* L : profechar. 

Voyez les éditions de M. Appel dans la Zeitschr. f. r. Phil. XIV p. 162 
85. et de M, Zenker p. 111 w. — » c. «i : gleia — • c. en. : ai — ' /. : a 
benauent — * c. en: cuiaiatz 



^H 334 LE CHANSONNIER DE BEBNART AMOHOS ^^ 




^^^^^^ QeP maluatz deforâe de- 


5 E forail weila pesqea ab 


1 


^^^^^fe 


[ret 


1 


^^^^H E dUz totz aos verû raue&- 


En mar can nô la moao lo 




^^^^^^1 


[vent. 




^^^^^H E nori e ges bos iûs latins 


XL El dezes gosalao roiU 


1 


^^^^^B 5 Cautrelan aen fariuB china 


Qee fai trop de ion trobar 


^^^^H El ûUl sembb de vout d ar- 


[fomutï 




^^^^ 


En cui caualalriaa feing 




^^K^ VU, El .VI, es gramoart gaas- 


& anc boa colpa u^ fo ferîtz 




^^^^K 


5 Pct" lui tam be no fo garni tz 




^^^^^B Qu«B cauaUers e va iogbr 


Si nom lac trobat enfugenL 


1 


^^^^H E fai mal qe o conaâni 


XIL El onzee ea en raimbaut | 


^^^^^H Nil don a v es tir vert ni 


Qes fai trop de son trobar 


^^^^^H 


[baut 




^^^^^1 5 Qe tat er adobat mm par 


E non ea mia auinent 


1 


^^^^^V Qen îoglarit ne aeran cent 


Dôme qe a gran pez caot 


1 


^^^ VÎIL Ab p. de monzo bo VU 


5 E Ben geraua ni a faut | 


1 


^^^^^H PoB lo eoms de tolosau dec 


En negun ni * a jauziroent. 


m 


^^^^^^H Chanta n nu sonet aninan 


XllL Etdot2 6aua clergatz pei- 




^^^^^m ^ c^l ^^^ cortes qel raubec 


[roU 




^^^^^H 5 E maP o fes cai^ noil tren- 


Ab cara maigra aees raur- 




^^^H 


[eolaï 


1 


^^^^^" A quel pe qtte porta pendent 


E can vol chantar va toa- 


1 


^^^[ IX . E loîlee bertranz de eai&aac 


[aent 


1 


^^^^^K Qe anc un bon mestier û5 


Caissi net eacïarzitz lo sqLb 




^^H [ac 


5 Ca totî vos en penria cJola 




^^^^^1 Maa danar menus de qe- 


Tan aa A lag aon captene- 




^^^H 


[ment. 


■ 


^^^^^H Et anc * pueie doI prezei un 


XIV. Eltretzeavs veilslumbartas 


1 


^^^^^H 


Gapela sos vezis coart?. 


1 


^^^^H 5 Pos den heriraa de cardail- 


E laiâal del easerniment 


1 


^^^H [Uc 


Pero UB aonetz fai galliartz 


1 


^^^^^^ Prez un veill m autel buzq- 


5 Ab motz maribût^ et gri- 


m 


^^M 


[martx 




^^H X, {p. 189} E lai de maraeillan 


Et apelal bom consezent, , 




^^^^ 


XV, En 0. faidîtz fai chanzoe | 




^^^^^^ Qe chanta de fotre e * folét 


De ai dôz no podetz ^ peloa 




^^^^^^ F^ nna buta ^ cui eaten 


E ditz qe ai derel desment 




^^^^^^ Ca plus ample con dun oabea 


Ni la pot teaef en eacoa 

i 




^^^^^ s e. ei? : Qe» — ' i4;ïpd : mat — - 


1 
* A. : cinc — * A. : fol re — « on: ' 




^^^^^ bala, Â. : busta ~ *A : non ~ ^ A* i 


mufloii "^c. en: fa— *.'l.: poteti 





^^K LE CHANSONNIEE DB 


BEEKART ÂMÛEtDS 335 ^^^| 


^H 5 Qê tantas dara dels dos 


Et enfers fugz enfemals ^^^^| 


^H Ca^es a mal po« * pliia non 


5 Âb rodîU dêstrains atrus ^^^^| 


^H [prent. 


Et entantz talsDz tafurs ^^^^^ 


H XVL ElXVeap. vidaU 


Mins ten ^ oolpablea petie- ^^^^^ 


^B Qabalrea meaaûQgiers e tala 


^^^^^ 


^H E noi qeiraU ^ota de sen 


UL De tôt 20 qe eu fezi ane ^^^H 


^M Fer Bû a près .c. colpa de ^ 


Si n5 ai cor ferm fraac ^^^H 


H [p^îe 


De dir si eom agra obs ^^^^H 


^1 5 Que amie QoiacnuîlscoratB 


Prec a vos cui me plaac ^^^^| 


^V De lai sa foiidatx îi& dirent 


5 F«f cai aon * tan ûzeU iob ^^^^| 


^^ XVII. Feîra daluergne a tal votz 


Qe DOQ gardes moa tortz ^^^^^ 


^H Qe chanta con granoîll en 


^^^H 


H [potz 


Mas gmeiam sia suffrenz. ^^^^^ 


^B E î^ lauzar a maintae 


IV. Qieu no sen si saui^ai ^^^H 


^H [geti£ 


Qe pueeca conqerer sai ^^^^Ê 


^H^ Pero ma^atrei es de totz 


Lo reg un mil ^ set ni fam ^^^^^ 


^^^K Ab \m paue qêHelarzis eïos 


Koo han n\ freg ni esmai ^^^^H 


^H Gapenaa om negiin nenteat. 


5 Bil vostra vertu t^ cvii clam ^^^^| 


Nri dûD esfortz qieu desara ^^^^| 


^^^^ 


Lqs iois, daq^est legle gi- ^^^^| 


^^^m 


^^^1 


^^^■L 


V, Qem sa " faillir vas vos sol ^^^H 


Pei-quehçors me trentrem o l ^^^H 


^^^^PEIRE DALVERGNE 


Ë si m sernatK mos forU ^^^^| 


^^^^ 


^H 


^^^ (- B, Or. 3^, 16] 


Tro lui al derr^r trebol ^^^^^ 


^^^" 


5 Qabanz nols maiatz far ^^^^^| 


^V I* (l?* 110) Ûîeiia Tdîa vide 


^^^H 


^H [verais 


Segner ges boa nom ner ^^^^H 


^H Dé dreg en dreg clera e laîa 


^^^H 


^H E non anz sabant crist 


Si merces noi sobreuentz» ^^^^H 


^H En lati. e sobra baîtx 


VL De uoB qestorsetz sidrac ^^^^H 


^^M 5 E aabs, ce pois morU. vius 


Darden la flame inizac ^^^^H 


^H [vist 


Eusems et ab deuago ^^^^H 


^H E forses^.doD laisse» criât ^ 


Et dauiel dinz del lac ^^^^H 


^^1 Aqels qe puis fexet£ iauzeoz. 


5 EJonas del pelsao ^^^^H 


^H fl. Segnî^r ncs. eu fmtli fais 


El s très t'ai s contra hero ^^^^H 


^^1 Dont ia^ic dans e granz mais 


E ausanDentrelsfalagaren^, ^^^^H 


^^^^L Eu cossir ^ en digz dura 


VIL E pagueat segnors sobranz ^^^H 


^m *A. : pas — *A, : le K r<^. de M. Zenket^ /i. ISl ts. - « /. : tsoraes ~ ^^^| 


^H * /, : trial — * ;. : ren — "/, : foa — ' 


fa ^^H 




Jm è» pÊÀB e emq 






m w 



[CurmeQU. 
t do Uîi& vin 
«ri^ticliii 
ii miraclus' moltz 
IB cftimaiB non sap 
[aiû^ 
ittoln mêf éstolu 
^gr ro« Jo voltz 
tiwi' reift reaphl- 

^ ^ W) £ fexest la t^rrel 

[troo 
£|iit ^iitfnt ea ni a.h^ fou 
0^ sol ItgTDdl ^ ius es ^ cel 
ISeoslîm àmV pharthon 
^ S4IM ai« fîlz disrael 
Lig iebt«ch e mann€ mel 
B dÉmptieât p^r serpent 
[&*aerpenz. 
%^ Ô^ vofitret foa requiea 
Q^ voa plac qe mojses 
EmviK'U Ui ê1 dezert 
^ iobetilasmEirts e lea pBa 
5, l}«i& va an gel a lac eapert 
fy&ts * iJt.'ire € len hiz c^rt 
Q^ vûâtr0fl dâfitrics dos* 
[trajo 
Quiua q es troc la lor pleba 



d 



XI 



BEBNâET amûbûs 

Tro ki on ea mous oreba 
Aoeieii dintz bethéleetn 

Qan nos eft fugi ioa^ph^ 
5. Eï] egypte zo cr^^m 
E pueia en kruaalem 
Veoguest entre voatre pa- 
[rentz. 
XIL A nazaret reia iheaut 
Pairen trea peraonae vi 
E ailit ^^ e aainz etp«riU 
Âdoren trlûîtal. aua 
5, Qe aaîn era va v& ^^ aditz 
E dieua e de qant qea guits 
Nom aiatz aius platz defên- 
[den/< 
XIIL Que zai obrar e bon ta)an 
Mi detz clar entre tan 
Qe qiiau venret2eu îaâuîiia 
Jutgar la seglel iorn grau 
5* Douz dteui nom aîaU eaqms 
E qieu clars reia regurn pms 
Menan ab loa iauzeri£, 
XIV. E aîgnier nom oblidea gea 
Qe ses vos no gui ioatenênz 
E aegnemen voatre nom cre> 
[zen 
Ln oie. p. et f, et S. S. Amen. 

ARÔUtfSNTO DS SAUCE LMS PAtDtTX* 

Gaucelmai^ faiditxsi fa dtin bôfc 
qe a nom userca qe ea el iieaeat ^^ 
de lemozï e fo fiîa dun borgea e 
chantaua peigz ^^ dôme del mont 
faa inolt boe aoa e bos metz ^^ e 



IL: ^ïest — ' c. en: iniratlu», ^miraclas ^ ^ /. : a, la fin — *c, €«: 
tfctt — • 1. 1 spgnel — "i ^. : el — f t. : confundea! — • e. «w : 1 — • e. 
ta ; SaïnU — ^° '* * deslreignena — *i c. e« ; Hh — <* c, en: e. 

• d», 1S1) : Qm^to argument de fjaucdnu faiditi e ncrito a TulUmo 
Mia d* <|u*sto libro {ti.-é-dire à la page iù& *). 7^ ext t^té danxla dm'* 
niéf^ IHtrtit du fm> nu f. 31 v°. Ce second texte ùffre les varifxntFf? qui 
lllgtoL#ti<* ^^0a«icoUna — *< uaschat — ** peigtï — *& inoU 



^^^f LE GHANSONNIEB DE 


BERNA ET AMÛROS 337 ^^H 


^m fea ae iûgkr per ocaizo ^ <]el per- 


Dauer ioi plazent ^^^^H 


^H det a ioer tôt sod &u6f aioc de daU, 


Ni de lei non atetlt ^^^^| 


^H hoED fo que âc malt grâ largesA ' 


Mas lenvei el délire ^^^^^ 


^H e fo tnoU gloU de maûiar e de 


15 Qeti ai de son corgent ^^^^| 


^M beure. p^r so uenc el gros oltra ^ 


Sea autre iauzîroent. ^^^H 


^m mesura* molt fo longa aaizo des as- 


il, E peraital lim tent ^ ^^^^| 


^M tmce d« doz e don or apeadre qu^ 


A far son m an d am e n t ^^^^H 


^1 pluï de XX aiîz aoet a pe p^ lo 


K ail plaz pot mauctre ^^^^| 


^ mon qwtfl ni »ai * chanïo» no €fâ 


Qiu nô lun *i defent ^^^H 


^ giaxiduB ^ ni uolgada» e si tolc mu* 


5 Pero be mes pâment ^^^^| 


^B lier txnaaoudadeira.qei menet loue 


Qe foa plnE} anluent ^^^^^ 


^M temps ab »e per cortz, Sl auia nom 


Car li aoi francs suSrire ^^^^^ 


^H Guielma môija. ■> fort fo betla e 


Ë lam Ënament ^^^^^ 


^H ba enstgnada, ^ e si uenc si gros a a 


Se fos a a votuntatz ^^^H 


^1 cun era el, & ela si fo dun rie * qe 


10 Qeil plages mamiatalz ^^^^B 


[ a Qô (p. laô*) ftleat de la marcha 


Si cab douza parueoaa ^^^H 


^_ de proenza de la ftegnoha den 


Mi fos ioia donate ^^^^H 


^H bernait* daadusa. e miaaers lo 


An2 qe fos enr compratz ^^^^H 


^M marqea bonifacb de monferrat 


Ënaiasi ses fai il en h a ^^^^^ 


^H mes lo en auer & en rouba & en 


15 Forai dos el gratz ^^^H 


^1 tSD grau pretz lui e a as changes. 


Ë cent dobles doblatz. ^^^^| 




III, E pueiaaas auziratz ^^^^| 


^m laa 


Gais son eaamaratz ^^^^| 




De fina beneuolenaa. ^^^^B 


^■^ OAUCELMS FAIDITZ 


Seu en fotz ben pagabi ^^^^^ 


^^H (~ B. Or, 167, 32) 


5 Mâs peli vilans baratz ^^^H 




Delà falz pregadora fatz ^^^^H 


^H L (p. 1S2) Lo gpentï cora onratz 


An mes en nieacreaêz» ^^^^H 


^H Cuniplitî de granîs beautatz 


Ë mal eneolpatz ^^^^^| 


^^m Dt leis qe plus maienza 


Cela camant finement ^^^^H 


^H E qe mais mi platz 


10 ¥er qeu prcc don7>ament ^^^^H 


^^m 5 Ont es plazens soiatz 


Mi donz eu! soi aeruire ^^^^| 


^^1 B frane humilitatz 


Damaf leialment ^^^^| 


^^^H R dansa benenolenia 


Cantrui galîameut ^^^^H 


^^^B E gâta prez prezatz 


En dampnatge nom vire ^^^^^| 


^ Me fai chaatar souen 


15 Q ' adreit virament ^' ^^^^H 


^H 10 Sea ao qiil nom çonseot 


Er tortz ai mal men [ireut* ^^^^^| 


^H^ Qeu ian si a iauzim 


1 V. E dautre faiUiment ^^^| 


^^^^ ^ 0€liai&o — * largheza ^ * outra 


— ^ fd^ — ^ grazaoaa — > Quilel. ^^^^| 


^H ma morja — ^ c fort enseignadi — » i 


rie bnrc — ' bernât, ^^^^^| 


^H ■*> f ; renl ^ i* ^ : llm — ^* t. i iujament ^^^^| 



^^^^H^^^^^BHhdnnier ^I 


^^^H l^^^idiBftiBeDt 


J auïir fi eacodire ^H 


^^^H H^H» |iai r T 


Qea Imt per vu cent ^H 


^^^H S^^iifMi 


Valgaea mentir aa^az ^H 


^^^V ^^jwaAvtmlaal 


10 Maisqe fo ta vertatz ^H 


^^^H aifcifcmuwiiwwiiiil 


É mais genla auffrensa ^H 


^^^^1 Sitt pMit hem g»n ben 


Qe ergoilB ea laiasaU ^H 


^^H 


Qeu nai vist ao aspciias 


^^^^H ^^IK « ÉAg9fiA&t 


Venir maitit escazenaa 


^^^H iâr«af«ii «> <uiia^ 


15 De ries dons onratz 


^^^H t9|i )ii»Mi Mii ^mgûatz 


Fer gent aofrir em pat^. 


^^^^1 li^#nB èisCQûotâetisa 


VIL Donab fiaaâ beutatz 


^^^^1 1^ m^pÊÊÊt cUtuaU 


Proa e de graa valensa 


^^^H «tw «ai étries mAluat^ 


Na maria gratz 


^^^^B :ï^«ift Mte temeasa 


Vaa ea ai tais donatz 


^^^H d^ fii »ft hm poial2 


5 Qe aegô ma crezensa 


^^^^1 ISi «ft MMiltfiin pinuatz 


Voa véi acurdalz 


^^^H l^A^ W) lÉttt Ma pKE bats- 


Tots loa proa els maluâtz 


^H 




^^^H ^m Cm i^lui îrab 




^^^^B Mm f^ iîit nai temensct 


139 


^^^^1 te Ihm â freuaU 




^^^^1 ^ A «Ui ion piâU foutlaz 


GAUGELINS FAIDITZ 


^^^P Ki ^j«i 4«mesuratg 


(= B. Gr. 167, 51) 


^^^V Kl HMilwtx enteDdenia 




^^^H 1^ moU |)#rchaU 


J , RasoD e m an dament 


^^^H Tiill«sr&l«iilqem ueapau- 


Ai de leisoD mentent 


^^^H [ent 


De far gaia chanson 


^^^H M 1 lytf «BMi dardimeDt 


Don<^ pois qil men f^oman 


^^^H tVr l«L» cant ben t^ossire 


5 Ben couen derenant 


^^^H ï^ Kforitment 


Qeu malegren chantant 


^^^H $1 itt««v«« noi descent 


Meils qe far non aolja 


^^^H Vf» «i lit <|0 fiospire 


Qei-aa coQOSC e «ai ^H 


^^^H ^ Q«ii «ta QOti eoteni 


Po& moseûanz li plai ^H 


^^^H ^ui^ tôt ail ten. 


) Q QeQ frant^ba segninria ^^M 


^^H Vt ïVr^ » ^<^«»t 


Ai mes mon cor e me ^H 


^^^^1 l'vubrv uii:>ti marri m eut 


Perotaiigei[coue] V 


^^^^B E ««i ^i<9 iiioQiko 


Poia cunâ segnier f ai be H 




r _ J 


L* " • * ■ ■ * *J 

15 Qel ae meillur e cresca sa 


^^^B t^^hmi cdbdarneût 


[valor. 


^^H t^«p:T«cntir 


^^^Ê 



^H^ LE CHANSONNIER DE 


BERNÂllT AMOROS ,^39 ^^ 


^H ^V . Qaî don de segnior preu 


10 Ja r«n plus nô qwerrîa J 


^K Non es ges âiilûen 


Qe daitan bona fe ^^fl 


^^H Qeil fassa me^iprisoii 


Con aoc hom amet re ^^M 


^^P Vad lui ses ucbaisûû 


Voa am e nom recre ^H 


^H 5 Ni DO a es benistan 


Per mal ni p^ dolor ^^ 


^^M S« poU U qcr mn daa 


15 Tan roa ai cor de leial ama* J 


^H Ni ao qe aoti deuna 


^m 


^^V E pos doEDiià tant fai 


V, Domna lo cor eï aen ^H 


^H Qa son ainic atrai 


Ela oils el pêasament ^H 


^1 10 E lus &a kkltres fia 


Ai en voatra preizon ^^Ê 


^H Non aai. c. don poa lur ve 


E non trob garizoQ ^^| 


^H Qe pluB laltTie cnalme 


5 Maa aolarnen daitan ^^M 


^^P Ma? tant sai eu e cre 


Can voa eatau dôran ^ ^H 


^H Qe cel a mais damor 


Âdonc taê par qeu aia ^H 


^H 15 Qi tnïeh ama e ret6 mais 


Lomel mont cul meils vai ^H 


^H [dODor, 


E qdt mi part de lai ^H 


^H tu. (p. ÎS4) En aisao fan no hod 


10 Yen mi ira et feu ni a ^H 


^^1 Li dmt mon essien 


Qem laEsaal eoreoi té ^H 


^H Ë quiD iuCga ra2û 


Maa pois qant mi a nue ^H 


^H E 1 Arnica senea pro 


De voa oni iois mainte ^H 


^H & Cades on mmn auran 


Oblitltra maior ^H 


^H Dâmor meils preiaran 


15 E tom mon cor en loi et en i^^^Ê 


^^1 Saî e lai chaacun dia 


[douzor ^^^1 


^H E pêr aqeet easai 


VI. Bel dezirmoUmi plai ^^| 


^H Baissa mors e dechai 


Del vostre gent cor gai ^H 


^H 10 B biaU drudaria 


C&r poia chaacun dia ^H 


^H Car per vn qea capte 


En honor e em be ^H 


^H Vaa amor ni vas m 


5 Qe chascus hom ^en ve ^H 


^H LÊialment dI rete 


Vos enauaaeua manta ^H 


^^Ê Daqeù; aiba lo meillnr 


Qe de gaug e damor ^H 


^H t5 En vezQm roaioa qe nan la 


Son voatreil d^g eit fag son ^H 


^H [aordeinr. 


[de lauior. ^^Ê 


^H EV. Drutx cama follament 


^^M 


^B Déu p^r dreïl iutjament 


^H 


^H Auerfals guiardoit 


^M 


^^m Mm a uQs me razon 


^^^1 


^H 5 Bona ddpoa daitan 


GÂUCELINâ PAIDÏTZ ^M 


^H Qê mi non a engan 


i= B. Or. 167, fê) ^^ 


^H Ck^Dtra vos ni bausia 


1 


^^1 h flim danauaz iai 


I- Per îoi del tempa qBB flnriti ^J 


^H Segon lo cors qeus aï 


Salegra e leabaudeia ^H 


^H * e. en : ditnan. 


^^^^^^^^^^^■H ^ ^^^g|^0^^,,,^^_ ^ ^P H 



ÂHÛROS 




J^éà%à^ 



WMtftfb qetîb 



^^m^nmvtm. 



VK 



gr»»tz 
mum et pro* 

%^Milpi^ el coraige 



141 

ÛAUCËLMS FAIDITZ 
(^ E. Gr. ICI, 1^ 
[. MotttmeiiiiietofiiaiiioooiD- 

Dont kscort lempâ sadoma 

[e seacUraâ 

El ro^ignob qe aol euer 

Ceonts 

Mes Un vîluiB CÀ pane Qû 

[maucîa 

5 Qeu &Qg ftoa châiis e vei qel 

[moni ^erdeia 

E tôt qaiit e« poigoia ên iûi 

[auer 

Ë moB 6z core fen amor e 

[feuneia 

Car DO ton lai o nai mon 

[bûn eaper 



: itoerdeiiu ^ ^ cm: vea-- * L: wl — * /» : daH^. 



^^^ LE CHANSONNIER DE 


BERNARD AM0R03 rt U ^^^^| 


^m Car lenes kU nom pot nuls 


IV. Ja nom agrobs tan de beii- ^^^H 


^B [iols p!a3ser. 


[tat aguea ^^^H 


^B tl« Pero do sâi ioplei lai on il 


Qe can esgarl loi oila ab lo ^^^H 


■ [es 


^^^H 


^H Do genoitloa, mas iaintas e 


El bel sembtan don ma «1 ^^^H 


^H [âclis 


[entr«pres ^^^| 


^H E soi aiBBi dêl faec dacnor 


Qe ren non faz maa sospir e ^^^H 


^B [empres 


^^^H 


^B Cam mi bou# la ioi ftb q^ 


5 Tremble trasBail e mor de ^^^H 


^H [conqiiLB 


^^^H 


^B 5 Qâ ben sapehatz (p. 1S6) qe 


Car n^ soi la seruir. al sien ^^^H 


^B [la on qeii estra * 


^^^H 


^B Nô vir âillors ni als n^ pneac 


On son gai cora iai ab ioi e ^^^H 


^B [voler 


[corn pueia' ^^^H 


^B Ni ia m crei që aatra dona 


Qe do talaa qe non lana far ^^^H 


^B [veia 


^^H 


^B Qem dest t'e gaa io m ûi ma tin . 


Mï lais mil velz pla^matz ^^^H 


^M [ni SÛT 


^^^H 


^P Tau qe dé leta pueeca mon 


Vp Souen recort las granz ho- ^^^^^ 


' [cor mouer. 


[aors <b1s bes ^^^^B 


\^^ lll- E ai no foB mosegnel coma 


El bel plazer. quen sospiran ^^^1 


^b [iaufrea 


[me dis ^^^H 


^M Qâ reta s ai en sô corteH 


El douz conjat que reta m& ^^^1 


H fp^^» 


[cor ^^^H 


^1 Ja p«r honor ni per b«n. qi5 


 do nos magrobs que a de- ^^^H 


^B [venguea 


[uant lei moris ^^^H 


^B N^y estera qeu adei non lavis 


5 Caire àsi muer per grau a mor ^^^H 


^B ^ Qen antra part moa finz cors 


^^^B 


^H [non melria^ 


No Bui dite morU cane lei n5 ^^^B 


^H El coma sa ben. eom dô pol 


^^^H 


^B [re aab€r 


Si aiii^ camors polg ves mi e ^^^| 


^B De fîn amor qi amador guer- 


^^^H 


^B [réia 


Si qe ses lei nîS pot vida ^^^H 


^K Kt drutz nf^ deu ad amie 


^^^H 


^B [dan tener 


Ni res mas lei ub a e mi ^^^H 


^B Per qeu nô penz qel maiizoa 


^^M 


^fl [rtténer. 


^H 


^fl * «» en : estia — * c. f;ï : merceia — ^ 


^ /. : dompneia ^^ L: sui, ^^^^B 


^^^L (<i niiVre). 


^H 


B 


K, Stenorl. ^^^I 



IV 

DOCUMENTS SUR LES RELATIONS 

DE 

L^EMPEREUK MAXIMHJEN ET DE LUDOVIC SFORZA 

EN l'annék 1490 



C^est dans sei relations B^ec rempereor MâiimîUen qu*U 
faut chercher la clef de la politique ^îe Ludovic Sforza, en 1499. 
On sait quelle itïipoptatice avaient eue pour ce prince ses 
tentatives âe rapprochement étroit avi'c TErapire, en 1498, 
et ses démarches pour faire admettre par les princes d'Allema- 
gne saconûeption(qut^[que peu dueàlanécessité)que le duché 
de Milan était un dïiehé impérial, au même titre que ceux de 
Saxe oude Bavière, On sait comment* firialement, avait échoué 
cette politique d'alliance, malgré la sagesse et Tadreâse diplo- 
matiques d'Herasmo Brasca. Ces tentatives furent r*^prises en 
1499, par MaiiœUien, après que Ludovic Sforza eût semblé 
dispo-^é à se rapproclier de la France ; elles furent conduites 
avec habileté par plusieurs ambassadeurs : ÂgostinoSometiza, 
Marchesino Stan^a, Gale a/. Visconti ; elles parurent aboutir 
en mai-juin 1499 à Tinclusion de Ludovic Sforïa parmi les 
princes confédérés, \fais les actes ne répondirent pas aux 
promesses, et Maximilien tarda trop, lors de l'invasion fran- 
çaise, à envoyer à son roaUteureux parent et altiéles secours 
nécessaires^ si longuement sollicités et achetés si cher- Les 
documents ici réunis, oUoisis parmi un très grand nombre de 
pièces înéditaSi éclairent quelques points de cet épisode d'his- 
toire diplomatique, que je me propose de raconter quelque 
jour '. 



> t.*hîstoire en a été esqixisséG. par le sarant hii^lonen miJânAis 
M. Emiijo Motta, danf^ son étud^ lur « La Battaglia ûi CalTen e Mais 



MAXIMn.IEN ET LUDOVIC 3F0RZA 



343 



L'impéfatHce Bla^ca Maria à. Lado^c Sforza ^ 

{PrO>ourg-©Ti-Briaga«, ifî fémw t499) 

HLme princeps, patrueôt pator carisBime, Crediamô chêla Sig^*V™ 
prima de la receputa de questa, bavera inteso li temerarii movimenti 
de Suizeri coitra questo paaae del Ser^^ Re, Continaaûdû quelli 
ne la gtierra comen^ata coq tulte le lor forze, non senza periculo del 
paes6 noatro, parene conveniente che pereôser la Sig.V. colligata al 
ggj.iïio Sig. ReetaQQJjiiiatrectiiBÎmo grado de coujunctiotie e bentvo- 
lentia, debia easer advertita dd aucceaso, adcîoche m tal caao pû^ai 
sapereeoma govemarsi a beiîeficio et honore, ai del prefato Ser^* Ree 
nostro ai de la Sig.V-, el benê dô laquale ha pur dependentia in parte 
da SuaMaeatà.Coaai advitamola Stg.V. che, havuta la nova de la pace 
fatta per li noatri con qûelli delà Liga Grisât mandate avanti le robe 
de la corte noatra» eramo per partirse el lanedi de Carnevale, per 
iavîarei al Sermo Sjg. He. B la dorneniça de aéra avanti, vene aova de 
la acâramuza fatîta apreaao Rienfeld per le uoatre zente con Suiceri, ne 
liiquale furno morti de Suiiceri circa 400 e de li noatri ne rnancborno 
Otto :peri]ehe fù ueceaaario reatare, per uonlassareelpaese abandonato 
io queata absent! a del aer"** Sig. Re, 

Dopi>o aucceaaîvaraeiiÉe sono venuti li adviai : prima, che otto millia 
SuLzeri erano venuti verso Valckirchi e daseveno grande dan no al 
paeae ; secandariamente > che tutte le bandere d*easi erano levate ad 
uno trato con grande perforeo, e divise in tre parte^ Tima de lequale 
»e drissava verso Vakkirch, Taltra verso Constantin, e la terxa verso el 
Rheno e terre nostre di AUatia posie sopra el ëurne, cioé Rienfcld, 
Seekingen e Walabut, qiiale sono di grande imporlantia. 

[Il y a ici plusieurs ÏJgnes en parties déiruilcs par ITiumidîté. Tl faut 
romprondre, aTant la suûte du laite, Le roi a ordonné que :] 

Dndasaemo a Broyâaeh, dove, convocati tutti li pHiêipali d^^L paese» 
dettemo ordîne de quelb se havera a Tare in defensione desso* Ne di 



socondo 1« raladoni dogU ambaseiatori Miian&sL Fel quarto centanario 
diïUa deria batta^Lia n (en collaboration bvhc E. TagUahne). Rr»veredo 
(Cantontï Gri^^âone) G, Bravo, i899» îii-8^, ISO pp,). — Mais J*auteur, 
c(»E^tme le fait pi-essentlr son titre, s'est occupé surtout de la question 
militaire^ et surtout au point du rue Suiâse. 
I Milan, Arehivio di Stato, CuHeggio générale. OriglnaL. Fragments, 



314 



MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 



coQtÎDUo cessamo a far tu(te le aUre bone provisioae se pono fare^. 
Avantî se lavassemo de la, per tnitc fu sonato a le arnae, e H pa^aanj, 
COQ tanto bono aniiina ae leveno per andar verso questi Sutteri, «oi 
naturali inimicÎT quauto ae poria dire. 

Questî Buccesaî havemo volulo sieno manîfesti a la Sig.V., quai 
preglamo ahe, exammandoli cod la aolîtaaua sapîeoda, sevogliade- 
monatrar verao el p^ aet'°>^sig. Re quetla gU è senipre stata, cou uaar 
m questo €&ao versQ de S, M. ta quelli termiai che aieno par accreseere 
Taffetto ed amore de que lia oe la Sig*V., che aiamo cette, per eihi- 
birli in tempo oeceasano^aeraEioacceptisaimi a S, Maes. ta. La Sîg.V. 
po conaider are che haveado el pL" aet "" ai g. noatro co a sorte tnale, an- 
ehora easa non aerici aenza periculo, Ë pero de dovû la exhortiamc» & 
far quelle che la prudentia gli dictara esaer per lo rneglio de S. Maestà 
e del atato de la Sig. Y. 



Pl9r Bonoml d« THeste, conseiller de MamimUlea, 
à Ludovic Sforz& ^ 

(ArïTorâ, 26 témev 1199)* 
[Il y a âûux dépêches do Pierre Bono mi, dit Pierre de Tries te, à Ludoric 
Sforsa, sous la date du 26 fémor< Dans Ttine, il signale tine co (iversation 
quil a eue sur les afTairi^s de Milin avec MaximlUen ot son eollègae 
Mathieu Lang^ et annonce le prochain retour d'Agostino Somenta à 
Milan. Il dil encore'.] 

La natura de la Ceserea Maeatà è taie che, con rationabile per- 
Buasione, sempre si po rnutare in meglio ; ne dubitamo esser gia 
mutata e perseverarej pur che conoaca coq e^ecti che li se habi gratitu- 
dine, e che V. E. ben se fidi dj baver in bi vero refugio e fermo pro- 
teetore^ senza ricercar d'altro canto sua salute. 

lo mi persuado cbe 11 25 milia ducati aaranno pagati, si coma tni 
promease V. Bx«, maxime havendoU lo per altre mie dechiarito quatito 
erano nece^aari a ridrizar tutto a bene, 6 coasi ho coafortato la Gen, 



I 



1 Milan, Ad. S., Poterne Egîere, Germania, Originaux. Fragmenta. 
Suscription r c lll"^" prineipi D"o Duel MediolanL w 

» Ludovic Sforta avait été averti, dés le début de fémer, da TeaToi de 
Pier BrïTîomi « in Holanda N,p8r lo frère do ceim-ci ; le trésorier Bon* 
temps ttviit été envoyé en mémo temps à Anvorîî « per iina certa prati- 
cha n. Ces pratiques de Bontemps paraisr^aiont au frér<î do Borjomi être 
4 molto fan ta 9 tic ho * (Lettre de ce personnage, Mae strie ht^ 3 février 
1499. Milan, A. D. S, Put. E&U, Gtrmania, 1499.) 



MAXIMILTEN ET LUDOVIC SFORZA 34 !î 

Ma€ittà mandi alcurio de li. Ë ata data la commtatione ad uno fmctore 
de Me^ter BaUlaïa&re Bolf che lui li rieeva, non havendo poBsuto al 
présente venire M, hmm Bon temps. 

M, Miitheo Lang.et coasi el coate d# Faratembergo, el quai habiamo 
dduto ad oplima inclioatioDe di V. Ex:., haûo facta iaî diligentia in 
tule le coflse di queUa, che îneritano digna mereade, e perché li ho 
promesso che non saranno ôbliti da V, E-, quella se degnera iû parte 
riconosaerli aecuDdo cbe di tuto ho parlato con Augualiao. 

[DâDs Fautre dépêche, P. de Trie s te accuse réception au duc da ses 
lettres, récemment reçues par Mathieu Laug et par lui-même. Il renûu- 
Tella Tassurance que tous sea secrets et ses moindres pensées lui sont 
communs avec Mathieu Lan g. !1 commue ainsi : ] 

De la rîaposta facta per Y. Ex* a lî Borgognoni, la Cesarea Maeatà 
noaha pigliata moLestiaakuna, mabendesidâia, ai corne hogihaacripto 
per altre mie, che li KKV milia ducati se satisfazano» et acio non para che 
vadano a Borgogaoni, ha dato ordine che uno factore di M. Baldassare 
Bolfi »uo theaoriero de lî, li habîa a ncevere, ai corne etiani AugustiDo 
Somenzio(*ît)referiPâ, e perbeneecommodo di V. Ex., rai parnecea- 
sariochet qnanto pîù presto sia possibilep siano exborsnti. 

Circa el raandare desuoDunGio, over oratore, a ïi electori delimpario 
a la dieta^iterum ho cousultata la Ces. Mtà, taqual peiaiate ne la aua 
prima opinionâf ai come io ho già scriptû, e per M. Herui^mo pet- inante 
ha &igiïificato a V. Ex, PerÔ non mi parc ^m DecesBario gU ii debia 
mandare oratore, jior non contra venir û a S. M., ma, sec on do el veder 
mÏQf non aaria fuora di proposito V, E. mandasse de li Augustin o, el 
quale aaria idoneo a fare apraaso dicti electori aua excaaationer 
aèCûEido el couseglio de la Ce», Mtà, laquai noie pigliare tal carico 
sopra dl ae ; e coasi epsa V. Ex* ai absolvena di tal peso, et dimons- 
Iraria non esnev contumace de la promessa, laquai fece, dî mandarli 
uuo. Potria anoora easo Augustino, el quala per &ua dexterita aesaî ô 
piacîuto n la Ces, Mtài al tempo di epsa dieta attendere ad altre cosse 
di V. E,i se fin quel tempo non fuisse richieato altro oratore da quella: 
in modo che la spesa sus non saria inutile, 

Ûe le Qovê de Italia^ la Gea. Mtàba recevutoaummo apiaceret maxime 
intendendo che le cosse di V E. e Fiorentini prosperano; e del summo 
pontifîce resta in bono animo di exeguire et propoaito de li Reali de 
Hiipania e He de Portugal, ma tuto si expedira ne la dieta a Colonia, 
ado si faza con mazor auctoritaeeonsentimento de' principi del împeiio, 
i quall non sono a eiû maneo inclinati che S. KL 

Le cosse di Getdre vauno ogni zorno meglio, et heri sera a la cola- 
tione del Re, venerolettere che erano tali v che per le geote Régie fnmo 
tikgUati ape^iepreai mille cinquacento Geldreai, quelli erano ntiti da 




ET LUnOVir. SFORZA 

il ia Hômain li goyeniatori, qnàli vôkvâno, per 
M «baem M Geldre, far use ire gente de la terra, erano 
• çàiuBe le porte ; donde il bavea optimâ aperanza 
s la Cetarea Maestà. » 

iiuieiDQ COQ \o archlduca sono <^iil cougregati, 
4 Uj^ tutto queUo 11 CQmaada la Catarea Mtà^ e 
#1 4)ual COQ ttitlo el oonaeglio iuo si ditndalra 
^ te cûsse di Fraûza corne ne te altre, aieoifie a 
ilitfiifttîao.el (juate lia di tuto iiotiem. 

» die 26 februarii 1499. 

FsTEtJ3 DE Tergesto, HagLua ConBÎUarius. 



3 

Snea Crtreltl à Ludovic Sfarza ' 

(Lugano, 24 mars 1409) 

UhisIriaBimo et excetleatissîtno sigtior mjo» 

|« ^«islo puncto m'è veuuto a trovare qua Bernardino Mofiâ^ 
t^l^tmélia dieto chotno è gionto in Cias uno Jorio ChodtB da J>vit 
^wntfcwlilltr,' pare a^aanchorapiocuratore^quâle diisitshoQio rambas- 
^*èk}fft^ INmooao ë audato da la M ta dit Re per ritorDaraeon certa rîi- 
IMNfttait 4" vTht ogî a Suit se fa \i coniiglio gônêratâi quale fara di sorle 
^à« »«tlU p«f ort se concliidera^ ma che r>gniimo reporta ra a caxa, ^ 
olit ta Mla dîl Rê obtiE^oara que^ïto suo intento ; e cbe în quêatOi 
«^antlo \a Mx* V. vogtia dan} rtieote atle sua parole, operaru cbe In 
M ltnip«) do rabaentia de queato frant^exe, ioli desfara ùgnl designo. 
K JMirt labia di<3to a Dno Bernardino cbel verra a Mîlano da quella, 
lMt4ign*ndo, o ebel fara lateadere cossa che li sara grata. 

K parc dieha che questo ambas^atoro fraacexo vadacon chantatta 
in iwdiedôre coUigatione con Svîzeri, con dire vol ôolamenteal bmo* 
ipio, qiiando acti idi3ssa cbe altri volesseno tnoverc gnerra a ta Franxa, 
« ebi quoito il fa aolto per cou du ri i fuor a, perche quaado li ha ftiora 
m oonduxeoo poi b ogni loco. Me parto scnver qiieste pocho 
jmrotOi t k Ë. V. detiberaio avra quanto li piace dil vetnie di queato 
iorîO| quale è in Cia^i daqnelta. AUuqiialc de cûntinuo me racomando. 

Ex Lugaao, 24 maids 1490. 
Ili^meac Bx.me Dominationiâ aenritor, 
Eneas CfUBBLLUt. 

I Hlltfn, A. d,H., PoL Eittt^ Si>izzfra, Ori^nnaJ. SuscnpUon: Bsc^* pr%n' 
^iH^iÊitmtno noiiîHt iihm-^* Bomino Uuct Mediotani, 



MAXIMTLÏEN ET LUDOVIC SFORZA 



317 



LHmpératrlce Bianca-Marla & Ludovic Sforza * 

(Briaach, 24 mars 1499) 

m. me princepSi patrae et pater caria si me, Heri recêveaaemo più 
lettcre de la Signoria veatra, 4e' 4 del pres^înte, in respoata de le 
nofitre ad eaia per nui scritte questi proximi £orni, m in dimocstrarli 
liprogreBsi deqaeata gaeiTa e recercarU âubsîdio in esia, como in farli 
întendere la dispoeitione del aer.mo Re^ nostro obser"** coti sorte, verso 
de quella ; circa laquai cosa, benche habianao iflrgameiite quello è 
ailegato per Tuna parte e raltra, nleatedimanchot percha a nui non 
apartiene far judicio tm la Mae^tà sna e la Sig. Y, circa cîû, diremo 
qiiosto eolaanente <îhe, eaa^ndosi goveniata la Siff. V, tiel mado che ne 
scrive, Ibavenio aentilo valontera, e se quella ha ffttto supîentemente, 
da lei medesinia lo potra judicare che,mediauto tali deportam^nti, hora 
ae vede realituta ne la pristina gratia,amore benivoleatîa, de Sua M. ta; 
del che se persuadiamo che ogni zorno la Signorîa V. ne bavera a restar 
pitt contenta di baver /atto quello cbe ha fatto- E ntii, per questa réin- 
tégra tio ne de i^nmv e gratia, se vediamo in quelïa inazor alegreza 
che aape rien; eap ri mère : exiitim and el betie de la Sr^. V. nostro 
proprio. Cos*i, perche quella babia a remaner «tabiîe e ferma, non li 
aîamo per mancbar de ogai nostro studio. E quantunche alamo advi- 
tati che le eose de la Sig. V, eieno in bono termine^como de sopra 
è dittOf e meglio quella bavera noticia da M> Petro, quai è in via pi^r 
venir li, nondimeno a magior conflrmatione de quelb è fatto, havemo 
voluto che S. M. ta »ia da niù advertUa de la bona di-^positione^ alfecto, 
e voliiQta de Y, S» verao de qiiella, anchoi'a che da altri la nome de la 
Sig. Y. ne fusse înforniata Cosei ad S. M, ta havemo acrîtto el tutto con 
farli le promesse recercate perlaSig. V,j agiongeadoli apreaso quello 
nà parso per oriî<]io nostro da esaer agionto a hen(>Jieio ai honore de 
V* Signoria, Laquai debe baver queato per fermo, che dovp senttrerao 
■# agiti del honore e commodo bug, sf^empre aeremo prompte per far 
iiaçllo convcne al grado da la conjunctlonet et a li obligi havemo con 
V.Signonu ; le letterenostre havemo drizats*al Lang.con recîommandar- 
giold l a coasi al aer.mo aîgnor noatro conaortc in spécial! ta havemo 
acrîtto che ae degni tener occulto el prestito de li dinari failo a quelli 
de Inspruch per bene de la Sig. Y. 

Li Inizeri a questhora de queato canlo atano quieti* De verso 
Inaprnck como fazemo nou havemo veruna aoticia. El prôfato Rêf*'^ 

1 Milan, A. d. S., Carttggiû Gênerait. Original. 




MAÎIMn,ÏÊN ET LUDOiriC SF0R2A 



âltï 



L^emparetir Maximillen à Pierre Bonomi 
aecrôtaire impérial & Milan ^ 

(Pribour^, 20 avril 141?9) 

Vidimus et inteleximus que ill. afHnU et conQaQgumeuB noster 
Domlnus Dujt Madiolani de pace tractanda eu m Frantiûrurn rege 
^t Helvetiis simxit; iibi etiam operam suam im^artiri policetur^ Ageii 
illi nostro DOiïtine gratias^ qui offîcium boni prineipia et atuici faciU 
Cupivimus nos aemper paceûi, neque uncjuamj niii laceasiti^ quera- 
C|aam molestavimuai cuoi uoatro desideril [sic] aemper faerit^ non 
coatra fidem nos tram sed pro Me piignare. Sciuttt oinuea quain inique 
nc^i Helvetii lace suive ri ut, et eu m Franc orum rege uullum bellutn 
bbemus niai cauaa aua, quia ipae quîu uotitra et illuBtri^i g LU noâtii 
^imt contra equiLaiecû occupât. Aquieaeefenrus Ubeuter damiui Ducïa 
monitis, ubi cuui honore uoatro id fieri posaet. Et si fortaaae uorit 
i^ae médium aliquod, quod et nabis et eibi eommodam ac hanoriÔ- 
cam ait, quJcquid aget ipae bouo auîma accipiemua, Nos tameu 
injuste ab Helvetiia laceisiti, ita expedictionem baacDeiMaximi aua- 
picio et aacn imperii virïbus consequetniir ut speremiis vel koneata 
paoQ, vel acerrimo bello de temerariia hostibus laudem cousequî et 
¥ictonam. Datum Frîburgil, die xx aprilia 1499. 



* 



LHmpératrïee Blanea Maria à Ltidovic Sforsa * 

(Fnbourg, 21 âTrii 1499) 

Doppoî ta gîonta del aer™^ Renoâtro conaorto noa aa icordaaHemQ 
la Sig^^^ V., ma aubito cbe hebemo la commodita di parlarLi reposata^ 

ente, gli faceaaâmo veder el aummarîo uiaudato incluse ne Le tettere 
de que lia de 3 del pre&eute^ eontineute lo Mvi^o de la lega dei Re 
ée Fran^a eon Suicari cea altri adWaî, e pregaaaeino molto caJda- 
mente S. M. de tutto quello sapevemn deaiderava la Sig. V., oon re- 
plicaiii moite altre parole, quale avautigli havevemo aurittoa beuefîcio 

* Hedéne. Idid. Copie : Eïemplum llteranim B^renieslmi Damlni 
Romanorum Régis ad Magnificum Dominum PotrumTrigeatum^ Maief- 
tmtîs sue oratorem, Mediolanl a génie m, etc. 

* Hilan. A, D. S. Cfirtv^^gio i/enemle, Onginal, fragment. 



350 



MAXIMILIEN ET LODOVJC âF0R2A 



di quelJa, Trovagaetno S, M, taoto ben diaposta verao la Sig, V. 
quanta vedeaaemo mai. Fra le al Ire cose, ne rispose che era per 
haver la Sig. V. ad una medesima fartutia eon S* M.^^ne aeria par far 
aecordio over tregua, do laquale non voleasa fusse hen CQmpreaa V. 
Sig* na et bavuto particular riipetto de queUa. 



Franceaco de liMonti, ambassadeur napolitain 
en Allemagne, à Ludovic Sforza ' 

(PrilXïnrg, Ï4 aTiil 1499) 

ilLme princeps et ex.me Domiiie, data eomendatione plarîma et 
deditiBsirnït^ 

la ta prcBBïite di, ho receputo una lettera de V. E^i.Cia de viîî de la 
pasaaio, e tardata por lo messo [per] haverla retornata da Coloniaaiil 
bora tarda. Ho expoato a la Maestà Cesarea la Kx,Éia V. ofierîrlî le 
facultate, c\ àtato e la peraoQa, exhûrtandola ad declarare qaella foate 
Bua vt>luuta se havesae da fare circa la liga, ec. Nehebe aua M. ta moU(j i 
piacei e, et reapose al présente se ritrova in quesli tumulti de Suiï^rî • 
Don possere fare pensieri in altro ne deliberatione* e reatare tDolto 
satiafacta V. 111. ma Si g, ri a 11 habîa scripto h avère aerrate levictualiead 
Suizari, e che mandava Auguatîtio Someaza beoe expedtta. Non h> 
voluLa pretermectare date qiveato brève aviso ad V, llLaia Sig,ria, et in 
lo ad V en ire non m&ncaro fare ogni cosa possibilc li sti grata et ad 
suo aervLcio e stato. 

LaM.tàCesafeaf fÎDtti li aopraaeripti rasonamenti^èpartita per pro- 
vedere de réprimera li âuccessi de Saizarî^ jucerto dequello bavera dn 
seguire, e ma ha affennato me avisera dn continente de la délibéra^ 
tioaefara. Certo se trova sua M. ta Ces are a ia afiani^et li animi de popult 
viciai ad SiilEan molto aviUti per alcime victorie prospère conaequteJ 
da Suizari. Spera pcro atia M*tà Ceaaraa con invicto animo exuperare^ 
tucte le difâcultale. Et in lo liceacîai-e fi (me) da sua M. ta, ma ordeno 
scrivasse ad V. Ex.tiain tali biaoguî noû li mancasseï che aoa victu^ 
ria tucta redundanain atato e dignlta da V. 111. ma Sig.ria. Certo ogB 
démons tr a tioue quella fara verao la M;t Cesarea la obligara nioltoJ 



1 Milan, A. D. S.> fotense Eêtere, Gejiffiania. Original. Suid-iptloii : lUma 
principi et eï.mo domino D. Ltidovico Maria Sf. Anglo Saçri Eomanî 
Impepii principi, dnci Mediolanî et âuo domino [tf ùen] efac^t4>ri collen- 
digalmop 



MAXIMILÏEJN El LUDOVIC SÏ*0ïl2A 



â5l 



A Ia ExMb. V.ra quanto posso e de continua me ancomiinda. Ex 
Freiburga die iitiiij aprilii U99- De V. lH.roa Sigooria deditisaimus 
servitor FrancUcuB de li Muî»ïti, 



9 

L^emperear Maximllten à Ludovic Bforsa * 

(UelierUDiren 28 ami 1499) 
Maxiuilunub div,, efc* illustrib., etc. 

Accepfmus hiis diebas plurea Utteras tuas, que nobis grate fue- 
ruBt. Super quas respausum honoraJbili devoto nobis dilecto FeÊro 
Bçnomo, oratori nostro apud te degeûti, scripsimui : ab illo igîtur 
dîlectÎQ tua mentem nostram super ea omniaque ad nos acribii clari' 
um întellige»* Quapropter te hortamur ut ea quï» ipse Peti ub tîbï nostrû 
Bomine referet cordi Buscipias. Faciea eûim in illo uobis rem gratam 
el tîbi proûeuam* 

Datuiii tu oppido nostro imperiali UberlÎDg die XXVI II apnlta 
A. D. 1499. R, N. IXom, XlV.mo. 



10 

Li^auLbassadeur Agostlno Somenza à I»uiîovic Sfarssa > 

(du 29 ayril au 8 mai 1499) 

(UeberUngen, 29 aTril 1499) 

lUusirïssiiDO et ezcelletitisaimû aiguor mio unico. 

Fer altrn mie date a Marraa^ TE, V« havera inteso corne alla 
gionta del cavâïlaro con la Qommhmoue andasse avanti, che fu a 
Biixino, a lî 18 del présent e^ ad hore circa 22, montai la matlna 
seguente a cavallo andando verso ispracb. Hora Tavieo che ali 20 
gionae ad Ispruch la matioa dove feee rùcapito a M. Quattero, al 
f|ualeï fattù intendere la cauaa de mia veniita, subito mise iasieme 
quelli magnifici regenti, aliquali preseutaj te iettere e propoata quanto 
TË me dette m commis a ione et inatructioue, ei tende ndo mi al quanto 
piu tiUra che non haveva in eommisâionei in exeuaatione de quella 
p«r le victualie et ali menti dati a Suicerî e Grîsanii per es sera in 

1 Milan, A» d. S^ Pot^nze E^terçt Ger-mania* OrîginsL 
* Blilaii^ A. d. S., Potenz^ Eitei*ê^ Gei*m*tniii. ToutAs ces Jottres saut 
ongioaies. 




S5I MAXIMIUEN ET LUDOVIC SFORZA 

mâche la fltesse de bon animo» perche la non li ïtiâi]chaH& conk 
peraaaa tutte le forze sua e del sacro imperio per aiutark non 
manaho quanto al atato iuo proprio ; certifîcandola che la non era 
per fare pace^ tregua ne apuoctamento aenza la aalveza aua, e 
che, corne la poteva eapere, gîà haveva poa&uto havere pace con 
Franza, coq la resUtutioQ de le terre sue^ ma non Iha voluta accep- 
tare ne Faceeptara^ aenza la salvatione de quella, per laquale voleva 
mettere la |i^raoQa e quanto ha al mondo* 

Alla predicia Maesta è a ta ta moltn ^ata Ja provisione f&tta per 
TE. V. che Sniceri non habino victualie ne eiano alîmentati dal 
Dominio suo, ne potria havere facto coaa piû grata a tutlî li si gnon 
û populo ûi c^ueâti paeai, perehedicono et reteoir le vtelualie fara la 
Signona V. fara una grandiaaima guerra^ ma la predicta Maeatà m'h^_ 
dtcto apresflucheper cosa alcuna la non voglia deviare da dicte provi^f 
tione^anzi perseverare e far faie bon a guardia^adcio non li vadi n^lcuna 
sorte de victuaiie dal buo do min b. E siLniîmente M, Langh m ha 
replicato in nome de la predicta Maestà e faotomi grandis aima tnstaneia 
che avisa V. E. non voglia per alcuna cosa mntarai da questo pi-opoaito, 
perche, quaDd<> la Sua Mae»tà e questî aignori e populi intendeasbo 
altramente, li ne seguira grandiaaima indignatione che saria cauaa 
de rQmpere l'alln diasegni ^Sîmi(mente ho si gnificato alla predicta 
Maeâtà quanta la E. V. m'ha scripto delà richeata fa el Ee de Franiui 
a Veneciani de li cento miha ducati Sua Maestànon po quasi credem 
cha aiano atati de tanta legereza che habino faeto tal promessa, e 
ae pur rbauo facta, âin openione non la obtervârano^ e che^ quanto 
alla Bpecialita depai, ne parlai a al tongo cuui M. Marcheaino. 

t De âcrivert! al aignor duca de Savoia lettere de quella medeanm 
lententia e acritto per S. M .tÀ a V . E\ . tia^ con la additione che non accepci 
in auo paeae dadi ^asao ne victualie a gente franzeae. S, M>tà lu'ha 
respoito havere ordinato de mandarlt ambaaciatori per queato e per 
altre occorentie. M, Langh mba dicto eaaerU députa to M. Petro da 
TrieaC e M, Ludovico Bruno, aUquali le instructione aono fatle e ae 
rnandaraiic» Buhito, adcio vadino praato a dicta legatione i et in eaae ina- 
tructione [aè fatta la gî un la de queato altro capitulo] chel non accepti 
gante franzate negli dagbi pasao ne victualiei ne facia alcuna coaa a 
damno [de V. E], e coasi credo ae mandata in brève a M. Petro dicta 

■ Ce paragraphe est copié, mais aprèa non ta otservaranû iï y a une 
JégèrH varia Q té. La copie porte: e qimndù pur io facino li êara rtnie^ 
dîû tii tuUû, 

i La i^opjti a remplacé Id le leste de la lettre par un résumé qm en 
demiQ aaaez fldûlement lo sens, avec qnelqutsa varia ntea san3 impor- 
Unca* 



MAXIM I LIEN ET LUDOVIC SPOEZi 



9d5 



I 



instruction e e M. Ludodco se pArtir&, lauoti mxDcharo dâ eoUicitare 

l'effecto, 

* SimiliiieDté àl sîgnor marches^ de Motiferratô e «iguor ConitanUiïO 
a'è BCfipto per dicte viclualie avanti che venesse ; ma ho parlato alla 
prdlieU Maestàper farlî replieare, com la gionlacbel Don accepti ue 
daghi {ias«o ne victualie a Fraazeii ne faxi alctiûa coaa a damûo dd 
V. E, ; e cûisi «olicitarci a farla fare, e dotna&e apero eipedira uno 
de TaltH eavalLari sodo qua, p#r respondere e aupplira a quiiUd parte 
ûbe hora dod poaaù per non haver poaauto expedirla coo la p. La M. ta 
per breviU de Umpo. 

La predieta M.ti lia havuto grau cont^nto e grandissimo piACere del 
biiii suecesso de le eose de Piaa, et ma^^ime esBeado con honore de 
TE. V, 

De le ]elter# de la Cesarea Maestà me commisse ¥. E. voler havere, 
(^Tiajido ae dilong-asse la pratica de la lega per mottatrare a li magoifiei 
oratori e toi zentilliomeni* M, LaDgh m%& dicto haverglile mandate 
in qatlla Torma che quella glî ha r€che£to. Pur non resUrû de farle 
f^plicare per Taltra cavaleata. 

Sabato a ti 27 ad hore 21, gionae qna. el cavallaro de V^ Ex. cou lo 
letlere sue de 20 ad hore 5 de tiocte. Dove visto et inteso el tutto, 
aubito andai a M. Langh^ alquale dette Ig lettere a lui dirt^etive, ma 
fin hora non ê itato possibile parlare alla Ceiarea Maestà perli graii- 
diasicni impedimenti ha de qucsta guerraper esser coadunato qua el 
dttcft Alberto de liaviera, capitano générale de rimperio, molli aui 
capitanei, geote de guerra^e quaul tutti li agenti per li partidpanti de 
(juesta ificUta liga de Suevia, ma ho parlato al p.to M. Matheo, qiiale 
4ice h avère refferto alla predieta Maeatà. 

B quanto alla excuâatiorie fa deli 25 miïia ducati e de li 4,000 non 
pagati a Nicolo Gravier, S* Maestà ne resta beu contenta e âatisfacta» 
àttento che M» Petro gli ha setitto esaere pagata tutta la uutniiia a 
quello factore de Volf. Per una altra rniUf per la prima cavalcata, li 
significaro le cause perche li fu scritta quella Itttera de ahe la ,*« ' 
cbe fu per deS'ecto depso factore. 

B^l p.to M, Langb me dice cbe, avanti el zonzer mio qua, eri stato 
flcritto alaignor roarcbeae de Monferrato aauffîcientia, per la dïfTerentia 
lia Exeria et Cari £ an o con el marcheae del Finale» et e^aere drizate le 
lâttere in manc del pLo M. Petro, Ma îo me sforzaro farla replicar^in 
bon a forma e commet tare a questi R.di oratorî che vano in Savoia 



' Les paragraphes suivants jusqu'A Heri matinal la Cemrea Mnufà 
manquent dans la copie. 
'Un mol iUiiîbU. 





3ïe 



MAXIMItJEN ET f.lîDOTtC Sïï'OR^Â 



chauel transita vadino dtd predicto sîgnore marcheiïe ê dgnoreCoii- 
sUnlinOf et a bocha significano la votonta de la predicta MaesEà tanto 
vivameDte quauto la Ei Jja V.tru defiidera. 

* Hen matina la Cei^area Maestà^ însiemecol duca de Bavera, capî- 
tano gf^nerale dej imperio, e eu m gran numéro de signari e popalo, 
and oroo alla E ce le si a Mazore, qua dove fô cantata la measa solenne: 
apresio laquale cum grandissima cerimoiiia Tu spiegato â dnsato \o 
atetidardo inqjenalede J aquila ;<:ol qualeritoLuorDo aca»aco»i spiegato 
avanti : coeache ad oguiuno fece commovere et accadere li animi, per 
eaaere qupsto s pie gare e d riz are de stendardo de tan ta grande i Qip or- 
tan tîa, ehe ogiiîuDo aîa soUopoato a rimpêno, aenza alcuna eicusatione, 
debia per la sua portione andare o nmndare alla guerra oseguire dkto 
stendardo^ fosse contra el padre, figliolo o fratello ; como credo la 
Ex.tîa V.ra ne debia espère meglio informata che me^ aviiandola cbe 
horaè la prima fiata che la Ceaarea Maestà [rhab]ia ipiegato. 

La venuta delà iiradicta Maeatà de quae ïo spiegare de questa sten- 
dardo ha tanto aceeso el c<vre de ttiti queatî aignon epopuli cheogniuno 
è inclina to andare a questa guerra, e lî pare vera gloî'îa andare a 
mettere la vita jier diffesa dea«o. Ne credo che la predicta Maeatà 
mai per alcuno tempo fos»^ tanto teneramente amata e havuta in 
graiidiaaima rivereoiîada tutti questiaignorie populi^piccolie grijudi» 
de qua,quauto e hora, e ael piatrera ai noatro Siguore Dioe sua Glorioa» 
Matrede douare alla S tia Maeatà Victoria in questa impreaacomo apero, 
rEi^tiaV.ra vedera tanta eialtatione in eaaa dal canto de qua che 
aara obedito e reverito codio Dioin terra. R &pero chel fumo de questa 
exaltatione passara anche per de la ultra li monti, ad perpétua glona 
e contento de VE%. V.^ de li îklnd aignori soi figUolî, et inelito atato 
suo, perche, per quantolo conoaco, credo S. M. non havere persona al 
mondOf ei^cludendo lo iU.mo aignore archiduca chel habii più a core 
ne ami più cordialmente quanto fa TEx.tia V.ra, como apero vedere 
eu m verî e boni effectif 

El proceaso di questa guerra si è stato fin qui fredo e lento, p@rche 
ogniuno ha atteso mandare la âua portione de gente aile confine qua, 
a^pectandu lu venuta de la predicta Maeità, et coal de giornoin gîomo 
arîvano le gente, alogiando per queati castelli et terre qua vicine ; che 
fin hora non se puo vedere cl numéro, ma dove io aono passato, per 
qua lûntano 4ll miglia italiani, b tnto pieno degentedarme e fantarie, 
tJinto ben in ordine che è una bella coaa a vederli, E la Sua Maeatà 
rue ha dicto che larnetre horaineampo qua circa 30 milia peraone da 



^ Tout ce qui suit est dans la copie jusqu'à la phrase ehe tt puo andart 
fino Zurich^ 



MAXlMÏLlÈiN CT LUDOVIC SFOUZA 



S57 



fttti heu m ordLne, ulÈra che gli sono dut al tri campi, cioa uno vôrto 
Ferreto, e î'altro verso Valle Agaelina. Se spera che fra tre o quattro 
giorni le gente ae aviaraoû verao li înimici. 

Gli eratio alcuni si^nori e ten*@ franche che non Yolevano coudes- 
ceDdere a qu^&ta gtierra per alcune loro colligatidne o BpeciaUtft,quali 
erano el signor conte Palaliao, le terre de Basilea et Argentina euro 
aJcuai altrif ma hora^ al dd^rede questo stendardoi ogniuDO ha con- 
«entito e manda la portioDe sua alla guerra. 

Gredo ael Ee dl Franza ha facto promaase assai a Sukerî per le- 
varli da T Ex. lia V.,coiiamtnodefare tractare la pace de queale guerre, 
el penaero Ii venera falito, perche de qua hora non gli è une pensero 
al mondo aasi chi ne p^irla^ae faria grandiaairnn injuria ; ma oguiuno è 
inclin a to seguire llmpreia alla galiarda, ne credo foaae Ion go tempo 
(û la pin voliiQ taroaa el inanimata guerra de que a la, ae sa puo aperare 
altro che felica Victoria de la Maestâ Ceaarea, 

Suiceri, por quantû se puo inteudere, aouo più groasi de qna che 
m altra parie, percha tamêDo più da questo canto per esaere el suo 
paeae piano taloiente * che ai pno andare £ no a Zurich senza troppo 
impedimento E hano in questo a no campo de qua cîrca d^ÛOO peraone 
da fanti, ma uou hano cavalli, e la C&aarea Maeatà li havera circa 
30,OQÛ peraone da fauti, ho mini d'arrne e baliatari assai ben a cavallo, 
leliopeteri e fanti ben in ordine, e tuta bona gente î e li cavalli, ba- 
liatêfif achopeterif sono quel h che fano stare Snjceri al aigno. 

Heri, dopo el disuare, veae a me uno canzelere de la Maesta de! 
Be de Napoli e manstromi una instructione de TEx, V, lo procurai 
aobito de farli havere audientia, ma non fn posaibile heri per li longi 
couailiie grandissiuia occupatione de la Maeatâ^ ma è data speranza 
âe farlo expcdire îu questa matina, et io non li mancharo in cosa al- 
cana. 

Se 10 non raapondo particu larme n te a V.Ë, a tutte le commiaiione, 
inatructione e lettere m^ ha data e scripte, pragola a perdonarmi et 
bavermi porexcusato^ non perche sia détecta ne imo neglif^eotin, ma 
lmCes*Maeat& è tanto occupata in questi processi de guerm che non 
ha tempo da man3sare,e con grandiaaima difficulta li poi>o pàilare, 
non che la 3. M. non aia ban dispoiiiaf ma pcressere troppo uecupata. 
Par me sfoneafo et naaro ogni dilUgentia per aupplire al tutto. 

De novo Dun ce altro per hora. Alla E. V. humilmeote me raco- 
tniLQdo, e iîmelmeule pregola hfibi racomandato Panlo mio fratallOt 

Ex Uberlingh, 29 aptilis 1490. 
Auguatiûua SoMRNTiua ^ 

i La copie s'arrête à ce mot, h la Un de la quatrième page, il est pro 
babk qtiQ lu An dé la copie est perdue^ 
^ CgHv lettre fut jugée ai importante par la cUancellerie milanaise, 




158 



MAXlMtLllN ET l.UDOVIC SFOBZA 



.ta 

1 



(Ueberliiigh, 30 aTrU). 
ni""* et ei°** aîgoor mio imico, 

Doppo seritte Taltre tnie» ha vend o io fatte havere andienda al can- 
nelé re de la M. ta dal Rê de Hapoli dopo ta mesia, niâ parae havêre el 
tempo de pari are, et ctisai me acustai alla M, ta Cesarew, face o do U 
intendere distinctamente quanto TE. V. me écrive per l'ultime sue 
de 20 del présente. 

Priiuo fece TexcusatioDa de V. E. perla snmma de li 2^^ jnilia ducati, 
narrandoU cotne è passato el tuto, e quanto è Heguito per ]a venuta de 
Nicolo Granierj e conclusive quauto lia fatto per el compito paga- 
Diento de B si, second o cbeaaa me scrive. D# che S. M. ta è resta ta optim® 
contenta e ben aatisfacta, ne circa queata particulanta me eitendero 
più volte per brevita de tempo, ma per t'altre prime avisaro chi è atat^^f 
causa de farscrivere le lettere de le quale quella se dole. ^" 

De la riposta data per TEx-tia V. al niesBo de Mgr de Vergi, Sua M. ta 
n'è resta ta contenta. Io la pregai a far aerîvere a! predicto Mouaîgtior 
corne V* E. haveva satisfacto a S. M., adcio noa li desse più fastidifl 
per questo. Respose eaaer contesta impoiieridomi a fargUlo r^c^rdan 
de M. Laugh, perche li commettera k iettera. 

Del pagameuto de li 500 dncati ha fatto a quelli de Svitx 
Underval, per meio de lettere deqiielli de Berua, aimilifer S. M. ta è^ 
reatata contée ta che la S. V. h«bi nsato quello termine per compia- 
cere a Bernesi ; parendoïi chel sli b^n facto itd intertenirli per amici per 
molti rispectif et credo quando le coase de qua vadtao avaati a damna 
de Sujcerî che S, M ta bavera grau re»peclo a Bernesi, per amor auo. 
A quello de la Liga Grisa, che TE. V. non habi volute concédera la 
licentia de conduresale e victualie S. M. dtce piaeerli inolto^ et anche 
mba commisBo scriva caldamente alla E. V, che la facia usare ogni 
dilligentia adcio che dal dam no .-^uo noti habi no vîctnalie ne ^ubaidi^ï 
aieuno, et che quella non habî respeeto ne timoré desai Grisani percb|^| 
questa guerra non ê per mancare che aiano al tutto abassati e dea- 
tructi o che facino acordo ; che aeguendo la destructione non li biao- 



qu^elle en Ût eipMier des copies à ses agents à Télranger. C'est ce qu 
clique la note: Fiant eiempla Ro +, Plo -hïMonferr -j-, Genua +, His 
4-, Sen +, M' Orf -|-, Tbrio Sab. +» Luce +. Les croix qui accom- 
pagnent cp^ noms, disposés &n colonnu dans Toriginal^ indiquont quA 
r-Ë!i coptes ont été faites et envoyées. Ces noms s'expliquent d'eux-mêmes. 
Orf» est Orfeo Orfei* agent ducid à Forli ; « Tbrjo » le trésorier de 
Savoie, Sébastien Ferrier, qui fut un deu fauteurs de TallianL e milanaise 
à la Cour de Turin, avant de devenir trésorier général des finances di 
Louifl Xn. 





MAXLMÏLIEN ET LUDOVIC 8F0RZA 



359 



gtta fare altro penBiere de loro, seguendo anche acordo ehe TEi. V, 
iia aeciira chel non se fara sênza secure^a de le coae iue, taie cte la 
sera preaervata eome Taltri de queuta lega. 

De ti capitand de la p.ta MtÀ Cesarea^ ehe hano mandato M, Gabrîete 
da TE* V.,dice ehe Thano fattû per beneficio de Tirapresa, boq inten- 
dendo più ultra ^ ma che esseodo mo certifie a ti de îi boni effecti e pro- 
^abue faite per TE, V., non li sera più ditto altro, e che S. M.tà,betiche 
quella habia dato victuaUe perel paasato apredicti Smcen^perquesto 
non ha preso umbra akuna^ perche sa beiie quello ad e lie era oblig-ata, 
e qoello U biaog^nava fare per la vîcmità deaai e per la loro mala 
natura. 

De la parte scriveTE. V.,chelsignor Conslantino facia veoire trente 
de PraiïBaper fare guerra al marcheae de! Finale per quelle due terre e 
de la resposta ha dato lapta M,tÂf dice essere aasai inforipata del animo 
desao s, Coostatîtino verao Fraoïa^ et haverli acritto ad plénum^ e 
drizato la lettere a M. Petro, eome quella mtendera da esso, ma 
haveodôli io mosaoel partito de fare cbe li R,di oratori vanoin Savoja, 
vadino ancbora in Monferrato per queato^ e par ad mon ère eeso 
ilgnore Gonatantîno che noa preauma dare logiamento, paaao ueatcuiîo 
iubiidîo a gente Fmntene de alcuna sorte, S. M. è reatata contenta 
de farlo e commisso aia agiente questa al ira commis a loue ne la 
in 8 truc ti une des si oratori , quale ae mandera per la prima cavalcata cba 
hora non ae posauta expedire per le infinité facende hano queati canze- 
leri e aecretarii . 

^ Apreaao bavendo io viato quanto la E. V. ha dato per matruû- 
tione al canzélaro de la Maestà del Re de Napoli, e maiime cire a 
1% pratîcade Veneti^mT Io dlstealla pta Maeatà che, attento eaai, aenza 
alcuAo reapecto, havevano f^cto queata confederatione cum Franza^ 
tutto in prejudicio de S* Maeatà e sacro iroperio, e preaumito volerai 
t naignonre de parte del atato de V. S.ria che era pur membre del sacro 
1 mperio, a me pareva cbe la S. M ta, a nome del predicto, per oraÊore o 
f\ps altro, mandaaae a fare intendere a predicd Venitlimi che hnveva 
iûteao do queate sue pratiche facte inPranza.e che ael pote va cogno- 
^cerene trovare che easi faceasino alcuno eflfecto ne cosa alcuna fosse 
î n prejudïcio a V. Ex., principe e membre de rimperio^in favore del lie 
<ic Pranza, cbol p^° imperio eu m le forze sue li farîa recognoacere de 
«oi erroÈi e proteatarli de la guerra, La aua Maestà me riBpoâe,dîcendo 
c:henon solurn aono atùti presumptiioai de fare questo contra Y^ E», 
aua che ancora S, M. ha trovato che bano dato dinari al duca ZorzOf 
che fo fîgliolo del Re Matbia, per farlo movere guerra contra S, 

1 Ce qui suit est chiâré avec déchiffrement de répo<pe. 




360 



MAXÎMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 



Maestà, et càfi date principid de ia«cltare aleune parte e movere 

âleune differentie per deln. Similuiente ba mËeao cbe h&no dato M 
Quecorso de ciînarî a Grisaul, e cbe so^ra queato lî faria pênsiero e ■ 
poi me par] aria, e dirla qudlo eJ a a fare. 1q hqu mancaro de soUici- 
tare de farli Ure qimlche opportmaa proviaioDé ; sel pîace a Dio che 
lu predicLa Maestà habîi vicloria caalra qtieêtï Suicori, spero ebe 
S. M. fara Eale provUioae che la E, V. sara asaburata da ogm 
canto* 

^ El caDzelere de la Maeatà det Re di Napoli, per comtoifisione de la 
Cesarea Maeatà, parte subito e va a Filiborgo, doveae trova M, Frao- 
ciaco de Mûtitibiiaeraltri oraton,e mba sol amen te detto havere Imvuto 
bons resposta dalla predicta MaeaiÀ cirea el particulai^e del aignor Re 
iuo, et an cbe bavere beae exeguito quanto qaella gli ha dato par 
inatructïone, alla quale mba pregato lo raocommandi, 

^ De la commissione me dete rEx.tia V. de faie opei*a presao la pre- 
dicta Maeatà cbe la face s se in tr^re iti queatamcUta llga de Sue via, Taviao 
cbel è ben piaeitito a S, M., e me ha fado Tare una iarormiitîoQe^ non a 
nome de V. £. ne de alcaaa altra peraotta, ma eomo amîco secreto 
d{? essa liga, narrando m epsa quanto proBctio e ben faeto aaria alla 
predicta lîgaad ïncldderli la E, V. Quale infurmatiûiie bo data a S. M*, 
percbe vole vedere do fare opéra cbe l'Ë. V* sta ricercata per lafl 
Liga per rajizore sue bonore e secureza, e cossi ancora bogi mba 
facto dire per M, Langb cbe laasi fare a S. M. que» ta pratica, cbe 
apera eotidurb talmeûie cbe VE. V. eara ben contenta* 

^ Hozî, circa le 11 bore è partito quetla cavalaro va incQatra 
M. Marcbesino^e la predicta Maeatà,berl aera,andinâo a lecto, mut^l 
el peosiere de farlo venire qua, ma lofa andare ad Ulma, dové etara 
meîio assai et bavera melior cammo^ e cosbî se glih scrîpto demorera 
fid Ulmafincbe la predicta Maeatà li scrivera dove dovera venire aley, 
ebo s ara in bono laco e aecuro et an cbe subito la es:pedira percbe Sua 
Maeatà è informata cbe TEx. V. ne ba graudiasimo biaogno. H 

De novo altro non accade, salve cbe tuLta bora gionge gente qua, et 
in li loci circonstanti, e se spera che fia tri zomi se andara verao li 
nimici, qnali, per quanto se iniende, sono p06ti all^i campagna per 
a^petare de fare bataglia per ester quaai corne desperati* 

La E. V.noD poteria fare cosa più grata alla Ce&area Maeatà ne 
aqulstare majore crédite e benivolentia da tutti questi aignori e populi^ 
corne dare quaîcbe avvîao de le occorrentie de Franza, de Suiceri e de 



ne 



t Paragraphe non chiffré* 
' paragraphe en chiflre. 
* paragraphe non chifiré* 



MAIIMILIEN ET LQDOTIC SFORiS V 



3C>i 



al Ire pardeolarità che lendano e tochano a questa guerra ; % qudli 
kpituli, reporti, e avisi che ho por&to, la predicta Maestà me li ha 
ï&cii mettere in latiûOf poi li ha fatti metCere in alemaDO^ e li ha fatlt 
ved^rfî n tutti qiieatl Sï^aori e particjpaati de la lega; e anche credo 
ne habia mandato copie a U Signori ellectori» remetteadomi paro al 
parère de VE. V. .Alla quale humelmente aempre me racomando* 

Ex: Uberliogh, ultima aprilii 1439. 
HLrae et Ex. me Dommatiomâ Vestre servulua 
Aug, SoMENTîua. 




(Uebflriing, î" mai,) 

lll,ino et ex.mo signer mio uni ce, 
^ lu noD ho pDBSuto eoiaî ordinariameate i^spondere a quaato 
î lix* V, me commisse, datto per inatructiotie e poi scritlo, cemo era 
«débite mio e deaiderio auo, pregola ad haveriui [>er esctisatû, faceadoli 
intenderc nonesaere mio deffecto, ma procédera per ossm-e laCeaarea 
Maestà tanto ot^cupaU e continue circotidata da quesEi aîgaori e gente 
'1^ gvïerra, che me binogna, con gran fatii^a, a pezo a pezo exponerli 
<j4ai]to ho in commiasionee se non fosse la grandia^irna dilligentia usa 
'^l* MatttiO Langh in latte le occorrentie e apeci alita di V E,, io non 
l^vena poaauto respondere alla târcva parte, corne son certoche quella 
^bia considéra re, et maxime eaaendo hora el tempo che besogna 
isocïltare soîdati^ et con qualchi aegoi esteriorî farli bona demona- 
tr^tione, non re»ta pero che la bona dispoaitionô de la predicta Maestà 
^"ïfBo VE. V. non li sia iotegramente, 

A. lia parte me âcriase TE, Y., de quelle ha ve va p radie toel magnifico 
maestro Ambrosio de Roiato in le coie de Piia et in moite altre occo- 
^titia sue, e de quelle poi coDcludeva de la gloriosa vîctorta havarïa 
a cTOQaeguîre la Maeatà Ceaarea contra li Suieeri o maxime fin ali 22 
M preseate^ io lo notîHcai alla pta Maestà con le parole che la me 
v^rive; laqualô ne riae et hehe grandiasimo piacere înteDderlo, 
detuoDaU'aado ben Don dare troppo fede ad astronomi; pur ho inteio 
da alctini che la sua Maestà, a tavola più fin te et altramente, a molti 
d& questi signori e zeûtilhomenîi ha dicto con grandi saima alegreza 
* ^X.Ai^ V, havcrlî dato aviso chel auo aatroaomo ha dicto che S. M. 
•**"& victoriosa in queata irapresa, talinente che ho conoaeiuto la S, M, 
ï^Vcrne havuto piacere; e cossi nel adveuire t|uando VIL V. ne scriva 
(|^3^1cbe cosa. de siimle naluraf credo li a ara piacere e grato, 

Simitoientef de U capituU fatti tra el re de Ftaoza e SuIceH, et altri 
AVi«i e i^portii corne per altre mie ho scntto, la pta Maestà ne volae 
l^vere copia, e credo le habia commumcati con tutti questi Stg.ri nel 
tuo consiUo, e ultra ne habia mandato c«pia a U Signori ellectori et 





9fiî MAXIMILIEN ET LODOVIC SFOBZA 

al tri de queetA încliU liga ; eerMcando TEx. V* che non sûlom 1 
fatto cosa j^raU a S. M-, ma etiatn a tutti ^li altri aigDon de qu 
laquale mhe ditto vogiîa aviaare e pregare quella a utare dillîgeatiS 
per havere cou tin ue aviso e maxime délie occoreatie dessî Saiceri n 
de Fraûza, drizandoli poî «iibïta qua : che ïi fara sîagolar place re, e 
cûssi la prego ha fare, perche, ultra gratîBcara la pta Maesià, acquit^ 
tara ancora gran benivoleotia da tutti qoesti ligoori e populi. ^ 

Ho significato alla predîcta Macs ta quello è eiïccetso deU ilLiiff 
Gasparo da Saacto Se vérin o ; deche esta ce hebe dia place re^ e me la 
feca replicare per due flate, Tunaseparata de Taïtra; iaterrogandome 
se TE. V* era beo certa de quella imputatione U dava, et a di che mado 
h ave va riirovato queata fraude, e quelb chel pto M. Oasparc» era per 
fare ? lo 11 rispose che non aapeva ad che modo ne per quale via TE, V, 
haveva inteao taie coaa ; che me rende va ben certo che quella non H 
haveri» dato taie iraputatione, se la non fusse s ta ta ben cêrta, ne 
bapeva quello chel per M. Oaaparo fosie per fare. Me domandô ancora 
ne îo ânpeva chel itlmo M. Antonio Maria fosse acouEo al aoido de 
Venetiani ? lo U reapo&e che da V. Ex. non aapeva coaa alouna, ma 
che nel transîtomio a venîro in qua^ haveva tnteso che era a Citadella, 
et era per aconzarsî con predicti Venetiani* 

De quello canzelere delpredicto M. Gasparo^ del quale mio frateUo 
flcrisae easeregionto In An versa 6tha^'ere havuto andiontia dalla Ces. 
Mtà^ come TE. V. me scrive, aviso quella chel gionse în Anverta fin 
quel In proprio sorno chio me parti te per venir e H aqnella ; et era tt&to 
prima per molti xorni dalla Maeatà délia regina, e pcro credo che de 
questo cato non havesse noticia ne comission alcuna. El predicto can- 
zelere si ë uno de VoltoUna quale se appellaEl Commissarioto preaao 
la ptta M. ta de la Regina. Se altro intendero areano, cxeguiro qu 
quella me se rive. 

Ho notificato alla predîcta Maeatâ qnanto l'E. V. me scrïve 
guerra intende movere M, Jo, Jacomo de Trivultio ad îustantia de 
Asteaani nel officie de San^orzo de Zenua^ e la provisions che quella 
ha fatto adciô non vûdi avant!. S. M. ha risposto qnestl esaerû tutti 
tucitanienti del Ke de Franza per venîre a soi diasegni de turbare Italia, 
^ maxime VE. Y, nel stato stio. 

I0 ho aollicitato chû quelle lettere acrîaaerE. V. alLn Cesarea Mnealà 
in respostû iFaltre !iue,circala provisione fatia per non lassare andare 
vietnalie ne altro soccorsodelsuo dominiô aSui^eri, foaaeno mandate 
a li signori t*îlectori ; per il respecto che la me acrisse, M. Langfa nnn 
hîi mandato esse lettere, ma ha scritto in nome de U predieta Maeatâ 
a li predicti aignori ellectoii in optima formai e drizatola al Hp* 
M. Archiepiscopo Maguntinen&ii 



ï de la 



M\X1M1UEN ET LUiXiViC SFORZA 



363 



^ 

k 



I 






Ali ilhmi sigDor duca de SavoyA, signor marçhese de Monferrato 
$ îignor ConatantiûOj s« H m^nda peroftiton e\ R, M. Petro Bonomo 
e M, hudovico Bruno ^ aliqufdij saïtem a M. Petro^ se manda hora 
pff ^ueiilo cavallaro le instractiane, lettere e quaeto bisogna per 
uidAfe a dicta legatione ; e per qiianto a me ê fatto iotendere, iiï 
este instructione e lettere, se cootene con solam de le prohiba 
Ûane de victualie a Sujceri. ma ancora che noa daghino passo, vîc- 
tualie ne soceorso aîcuDo a gente de Franza che volesaino passare ïq 
llaîia, corne mn certo che TEs, V. intendera ad plmum dal predicto 
M. Hetro, De M. Ludovicf» noa bo dire altro, ma m*è fatto intendere 
chél «ara li in brève. 

Ad Mgr de Vergi ho opemto cbe la pta M a esta ha fatto acrivere 
ehel aon mandi più a domandare deaan a V, E.^ sîgDÎficaudoli S. M. 
éiBflre del tutto satiafacta, e coasi credo coo \ï mandara pïù. 

Lu *!au,^a cho moaae la Cesai-ea M ta a scHvere a l'K. V. quelle 
lettere de lequale ne ha havuto diapiacere per la aiirnma de li 
S5 railla ducati^ fti [lerche el correro vene Ii,avaïiti la mîa venuta^ coiî 
I'* lettere che dicta smntna ae dovesse dare al faetore de Wolf, haveva 
commi&aioué aon partirai do li, flacbe non foâBC fatto la iiitcgro 
ï>«garaeoto, e VK. V. fece chel predicto fa c tore avMrni Paacha scritae 
alla jiredicLa Maesta havere ricevuto 13 raiUa ducnti» et aimiliter io 
tcmseet che del reato» venuta lat^ommiaaîoae de Sua Mae a ta ad chi ae 
liaveiaboa dare,5tibito V. E. li esborsariaecon queato fu expedtto esao 
oorrero, ma dicto factore duptic6 le lettere alla p. ta M. ta, cbe per nna 
*Urii iétlera li acrîsso, pur per el fuedesimo correro, che non haveva 
liavulo denaro akuno, ma che TE, V* l'havevaaatrecio a scrivere chel 
havev^a recevuto djcti 13 milia duçati^ ultra che dopo ad al tri otto stomi 
ot icriBae un altra, che fin a quello ïoruo non haveva bavuto alcuuo 
denaro da V* Ex.tia, e per questo la p. ta M. ta ^e sdegnô molto e fece 
icrivere quelle lettere de quello teoore ha visto^ e queato nie Iha 
'eifeno M, Matheo Langb, ma poi quaado la S* M là ka visto TefTecto 
^l CQuirario. e che M. Petro gli ha scritto eaaere pagata tutta la 
suttima, t? resta ta ben conteata e aatiafacta : îieiopracio me pare ti aiti 
'1'* fare altra exenaatione» 

Alla predjcta Macs ta è stato ultramodum grato che TEx. V.in abaen< 
^ deS, M-, fu i[ueatû urgente bisognOjhabiaaarvïto aquelli soi regenti 
"^ lifiruch de ([Uelhi j^unatna^ e me commisse ne ringratiasse TEx, V., 
^^rlificandiih* ea*ieHi titato psù grata hora qiiesta poca au nina che 
^n uhm fiata de dua tanta; ultra che ha acquii^trito grandissima béni- 
valfQtia préaaa êsai magnifîci regeuti,. quali a tempo ne farano teslî- 
inoiiio« 

A 1j zonii pasa&ti, c&valeaado algitiUcat alla p. ta M. ta la siagular 




964 



MAXIMÎLÎEN ET LUDOVIC 8F0RZ\ 



contentera haveva havuto \'E%. V. quandoiotesequella demonstratioi] 
hûveva fatta bi suaM^tà, quando in Fiandrii vene la nova de la i 
Bua; perche haveiido VE%. Y, collocato in esaa ogni fede e aperanza 
corne in auo uuico BÎgnore^ patrono e pmtectore a lei, a 1i ai^ori soi 
6gîîoli état statu aiiOi e che haveva conoaciuto per queata aecîdtntia 
non vera la S. Mtà havere quelîa amore ebona dispoaitiaio verso lei 
e coae sue corne la sperava e desiderava» che la non poteriahavere ha- 
vuto mazore con tentez a al m on do ne h avère înteso cosa che Ihavesse 
più aatisfacta ehe queata; S. Mta riapose e disae: tt AUora io non 
difise cosa che non havea#e facto con effecto e che de nova non Io 
faeesa^f quando caao adveniase, cha Dio non Io voglîa, e tanto fana 
perelaigûor ilnca, EgHoli e atato sno qnaoto perei fig^lioloe atato raio, » 
Con molta altre amorevole parolei quanto le l'Ex, V. li foaae atata non 
inferiore, raa fratello, 

Le lettere del ilLaif^norconte 6gUoIo de VE%. V, io le présentai alla 
pta Mtà e II refFerite quanto aua S. M- ta tne eomjnîase a hocha, con le 
humile raccomandatioûi j de che S, M, ta ne prese graiidisaimo jnacere, 
domandando comê era ben con diction a ta: et io li respoâe qnello me 
parse conveniente e debito ; alche S. M. ta ne reatô ben aatisfacta et 
oi-din6 a M. î.angh che H reapondesae. ■ 

La p. ta M, ta haveva dicto voler acriver de suamano a TEx. V* îli' 
rispoata FU!a,^ua de m%ûo, ma per le grande et infinité oûcnpazioni non 
ha potuto Bcnvefe, ma hadilTerito fin alla vennta del magnïfico M* l 
chiiiao, Altro non occorre à VE%. V. Etc. 

E% UeUei'ling'h, prima maii 1 499. 

Auâ. SoME>TIUS. 



(Ueberîing, l*' mai) 

III»^ et eît"" aig, roio onico, 

A li zorai paaaati, c! R. M. Petro de Trieat me scrisse de li ester© 
molto cariotito de speaa et has^ere havuto poca aubventione dalla 
Cesaroa Maeatà per easer m a la fornïta de denari per le présente 
giieri'é» pregandomi che Io voleaae racomandare coa bon modo a TEx. 
V. adcio li porgesse q y alche adinto per potere aupportare la 3 pesa e 
coâai, havendolo io seinpre conoscinto molto affectionato a TE, V,* el 
in le coae sue haverli itaato gran dlLligetitia como «uo bon servitore^ 
m'èparso per questa mia pregarla chel ge sîa recornmandato come 
aono certo che la fara ; perche so havere inteao de esso nel passato 
esaere stato ben gratificato. 

Al magnifîco M, Matheo Langh, m dete li 200 fiorini, come TE. V, 
me C 003 mis ae^ quai, dopo molto excuBatione, ne rendete incite gratie 




MAÎIMIUEN ET LÛDOVTG SPOBZA 



â6B 



a <juelU, C0E moite gmndiaaime offerte, certificaniîola che ogni giomo 
ïo lu trovo {m caMa e ^oïlicito al bénéficia e apecialita de V. E. ; e 
crédit che atiçora lui gLi ue acn\rera e la tingratiara. 

El coQte dé Fual«mbergîi non è comparao qua con la p. ta Maeatà, 
e pe«- quanto ho in te so remaae a PEiiliborgo ; quamprimum me rîtt o- 
v&ra dove aia, li preaeniaro la lettera de TE, V,, et eiequiro quanto 
quella mha commisso. 

Similmente el tbesorere de Berg-ogna è rimasto m Fiandra per 
ritmre carta aumma âû dmari se erano ofiTertî pagare qudli iiaeai t 
popuU, secondo ho inteso per aeguire la gueria de Geidre e se dicô 
nom venim fin a molti zorni ; qua) venuto exequiro quanto quella mha 
commtaao. 

La Cesarea Mae«tà, corae TE. V. sa» manza volontiera el forraaio 
plaaentmo ; hora la Maestà sua n'è m tutto vacua ; m*è parao mgni- 
:fi£arlo a quella^ adcio cbe quando la voleaae maûdarli qtialche cosa 
^rata, gli mandi deaso formagio ; uhe son certo de coae maQzatîve non 
li poteria hora mandare cosa più grata; ma mandando, biaogna mau- 
^ame una forma per M, Matbea Lang, et uûa alCi^a per divideie ad 
alouni che fano de li servitii in quaata corte a beneficio de quella 

Lunedi peQulÇimo del paaaato, vene qua uno ÂntoQÎo de Vicenza, 
servi tore del ilh conte de la Mirandula, per fare confirmare li privi- 
legii conoesii al quoûdam aignor Gateotto ; quai veua adcio gli prea- 
taase favore e indmo per eaaem #^pedito ; e perche non me portù lettera 
alcuna de V. Ex., aapendo io cbel predbto quoiidani siguor Gateutto 
haveva bavuto dicti prïviïegii et aUri favori de lapredmLa Mnesta per 
lalêrceBalone dî quella, me parae noti lûtromettormi in coia alôtiiia 
in auû favore ; anïci pratichatoon M. Langb oheï non li fada alcuna 
expeditioDe ûti alla venuta del magniiico M. Marcbesino, perche io 
aoû iuteudd quello importi dicta expedîtione e quntito è grata a Y. E. 
Ke credo bavera ouslb ricercaise non tanto quaoto a quello placera* 
Alla quale «empre b u me 1 mente me raccomando. 

Ex lieberlingL prima mali 1499. 



Ueherlingf 3 mai 1499. 

111. mo et er.mo aig. min tmîco, havendo boglparlato alla Ceaarea> 
Maestà, présente M. Matteo Langh, aopra moite particularità, S.Ma- 
e«ià me rispOi^e coma quella vedera qua apreaso. 

Primo aopra la particularità de scrivert^ e maodare udo araldo a 
Venetiaui in quetla forma cbe la E£«tla V.ra mi acnve, adcio cbeeaBÎ 
vadlno alquanto piCa retenue contra TEx. V., advertando a Folfeaa 
fano alla pretata Maeata e aacro imper io , parlé in todeaco a longo 



uè 



MAXIMILIEN ET LUDOVIC 9FOB2A 




col pre^îcto roe^ser Langh , quale pôi me respote : che per non 
serli araldo^ qniiie foaaeiufficientô de exequire taie impresa cum quel 
eircucfispectioiie biaognûna e respondere secundo fgase neceasuri* 
et anche per esaere eaaî araldt per de la in poca eatimatione, li pare 
de lassare cosîqueata uesa pt^r hora, ne doverlifare altro» ma vedi 
como se depoitavano e corne paasavena le cose ; ehe per hora doq 
te va vedore como el Re de Fraaza potesse fare quella impreea, per 
niolti respecti, como inieodeni ijua apresso: ma S. Mae^tà, ultra queLk»^^ 
gli è aignlticato per li avisi e instructione de V. Ei:«tjaf ae teae hd^^Ê 
forte offeaa daessij como credo lo tempo li demoaatrara. ^^ 

De fare activere al Re de Franza che voglia abâtenerai de dare 
socct^rao ne favore a Suiceri contia S. Maestâ e aîicro Iniperio e pro- 
testaHi de la guerra, S. M. ha l'espoato che hora ad questa die ta far a 
scrivere secundo el bbogao a nome del imperiOf ma che a auo oope 
non 1j vole va fare a c ri v ère. 

De acrivere a M, Philiberto, in nemô de S* Maeatà, che seguesj 
el atiïo haj30 fatto li oratori de lî catolicî reali de Spag-na e iigni 
Re de Portugallo ver^o la aantità del Papa, facendoli inteodere 
quanta impurtantîa «ia a farlo con ceUeriiai fînche poi li fusse m 
dato altri oratori a nome del sacro iraperio, S* Maeatà ha reapost 
non vole ri fare per modo al eu no, perche la Santila predicta, coq 
quanti ne sono a Homa tengono poco conte de S. Maestà, e àh 
ridendo d'uno mol tu ilranci aopraoome che gli daDo» che maïadatK 
lejt mancho ta exlimariano; ma che se la dieta, quale hora se h 
veva a fare o qua o in loco oircumstante, omnino voleva fare mandai 
a nomo del imperio al predîcto pontefice, in quelb megliore modu 
forma ae {jotesHe, e che la aua Maeatà del predîcto pontifice teneVA 
poco contOf e che lo conoBceva esaer lutte fran^ese et instabilet ma 
cbe poteria veaire tempo che da se stessa se reconouceria. 

Alla parte che VEx, V. me scrive voglia ncercaie lu predic 
Mae» ta a fare pi-oviaione, che accadeodo el Re de Franza lifacej^ae 
guerr;i^ che lapotessehavere doj o ireimilLia (ne) hominl de quelli 4e 
S. Maoata pagandoli ; me ha respûato che, quando purel Re de Fr&nza 
Bia de questo animo voïerli fare guerra per le condictione li nccorreno 
de présente, non potra esaer tanto potente che TEx.tia Y^ranon ata 
baBtante a reaponderli e deifenderBÎ galiardamente| et maxime per 
esaer el predicto Re privo del aiuto de Sniceri et Alemani durando 
que a ta guerra, Simelmente non potera h avère aoccorso da Bretonl, 
quali ullo modù non li voleno dare alcano soceorao, e questo essere 
proceduto per alcune pratiche de Sua predicta MaestÂ, come a longo 
m'ba faito narrare da M. Langh, Foi, de quelle gente ha el predici 
Re de Frauza, esser neceasitato dividerla altnanco intrei parte : Vnnm' 
laaaarla ia Fichardia, per diffeaa de quelle paeae a le confine del 



igûi 




MAXIMILIEN ET LUDOVIC SF0R2A 



U7 



* 



MtgttQt arciducA, qaale &1 hiUo se rï&ollo essere disposto alU toIuuU 
délia pU Cesarea Màestà^ de paôe, guerta. q tregua, corne ad eaaq 
place ; J^iàlçra dame m aîuto da Sui^^ri durante queata gaerra, o 
qû&néô fuiae fînita la^sark alla frontere de Bergogna per Don esaere 
elptoRe senza graD suspecto de la guerra giàpdûcipiata l'anuo pas- 
aato;e cum Taltra poteria venire m Italia» Coticiudenda SM. credere 
fermamente che aenza Suiceri o Alamani, el p.to Re oon dobia fare 
qaella gaerra de Italia, e se pur la fara, che senza altro aiato FEi* 
tia V.ra «ara aaaai auffîcieote a deffendersi e» se pur bisoguera, che 
Jft atia M.Êà eoD le forze sue e dei sacro imperio la iuccorrera e uon 
H maachara quanto al elato suo proprio. 

Ho ffttio lEtendere alla p. ta M, ta secoodo che TEx, V. me com- 
mîaae ehe accadeodo ae facease dteta, io bavevacocamiasiaae da quella 
de propooere e dire. «eçotid<} me foBae comîaao per la sua MaestA, 
et maxime ctrea el paganient^ recbieato per U aîgnoh ellecteri perle 
pnvilegii de la conôrrni^tioiie del stato, e per la provi^ione fat te de 
non lasaar andare victualie ne alcuno succorso del atio domloio a 
Saiceri. La aua Maestà mha reapôato cbe, eaaeado elbiaogno, me avi^ 
aarîa a fare intend^re qaaiilo havera a fare^ e cosaî exeguiro ; eaaa 
ilîetafu prorogala a essere fatla de qua, doveae trovava S. M. iaco- 
mensando al pricno de mazo^ ma finhora oon sono gioati alcuni ellectori. 
M, Langh dice cbe omnîno venlrano. 

De ûovo non ê altro, perche U campi finbora non se aoDO aproxî- 
mati; ne qoeati de la Cesarea Maeatà lî voleDO andare avanti fin che 
tton aia gionto ano bono outnero a pede e a cavallo, in modo cbe cou 
avantaggio poaaîûo affrootare li Suieeri, Se fa beu quatche correria, 
dore ae ne amaza qoalchuno, pero se trovano, et anche se hriiaa 
qaalcbe villa, ma non c osa de conto. 

Ë veotitu nova qua che nel caunpo deverao el paeae de Intpruchi 
essendo atidati es si de la Ceiarea Maeâtà a bruiare e dare el gnasto ad 
abune ville de Suiceri, che nel ritorno se sconCrorno coa e^sî Suiceri 
m U r^maasino circa lô^K) bomini, tanto de Tuno quanto de Taltro* 
Altro non occorre de novo. Alla Ex*tia V.ra aempre humelmetite me 
racommando. 

Ëx Ueberlingh, S maii 1499. 



Hau»purg, B mu 

îltnstriaaifno et excelteatissimo signor mio, 

Benche xo haveasi acritto Taltre mie e fosm per mandare el caval- 
laro, tum m'é bisiagaato aapoctaj-e che M. Langh babia facto la sua 
expédition e. Qu aie ha tenuto da heri^e credo L'habia cnutatatrei âate: 



MAÎtMH.lEH ET LtFOOVIC SFOHZà 

cioè la comf1 âssjone a M, Peîro e M. Ludovico Bruno, per la loroj 
legadone iû Savoja e Monferrato, e peropregorKx.tîa Vra.uon vaglii 
fare coDcei)lo cliel resti per mio deffecto a iib are tan ta tardita aï acrî* 
yere^ e avîaarla délie occoreDtie de qua, — .... — ' 

La Câaarea Maeatà parti te a li 4 de questo da Ueberlingbp andû i 
Martof aprôBBo due leghe ; poi a li 5 ad hore 24 partite, andd più d^iinil 
Uga che persana non aapeva dove andasse, poi se voUô ad uoo caiteUiJ 
se apella Tedugam ; e molti altri e io interne andassimo a Puochorao,! 
dove eiano andati !i forreri e famigli* El sequente zorno, aodai m 
S. Maestà, ma noD fu possibile poterli parlare, per le infiDÎtie e vaHi 
faeende e eoncorreDtie de signori e loldati. Glî feci pari are di 
M. I^tighjdal quai mefece respoodere l'îtornaBae a Puochorno, chaUl 
me maûdena el zQrQO fleqnente 1^ expeditbiie per spazare el cavaJlaro, 
aen^a laqtiale non Io spazasie. 

Me diaae an c ara me manda ri a lettere directive al magnifico M< Mar- 
chisino, quai doveva easere partilo da Isprach, adcio non andasee a 
Ulma,dove prima bave va ordinato^tna cbel veneâne in questa cil» éoYû 
avisasse S, M. e aapetasse, finehe li facesae intendere quello baveria 
a fare ; laquaie è bntarta de qua leghe nove e maia ; et aneora io venease 
qua incontra al predicto M. Marchîsino, bavuto dicU expeditione e 
lettera. Heri dopo meZû £omo M. Langh me tnand6 cbè andaase at 
pto M. Marchiaino, qnale, aecondo il acrivere auo, dove va giongere 
hoïi a disoure a Ulmai betichû io tioû Io oredo* 

El pJo Lnngb me ha acritto de due specialita: runaiCbelaCeaarea 
Maestà bave va date ordine al iU. duea Alberto de Bavera cbet qnando 
aTEx. V. hiaagnaiie doy o tre milia aoldati a aoî servïtii, li poteaae 
bavere;e coad me aerive cbe ad ogai aua recheata U potera havere; 
IVltra, de quelli trenta homini rechiesti per IWtegliarie, me scrive cbe 
la S^ M, ha ditto che in questo tempo la non po aervireTEx. V. per non 
baverli, ma col tempo procurara cbe quella oe sera proviata. 

De aovo ho ricordato a M. Laagh la pralica de la lega de Suevia, 
quale mha reepûato la predicta Maeatà havere date quellainstructtone 
chîo feci a U agenti per la predicta lega de cbe aapectava reapoita 
quale apera aara ad vota* 

!□ qnesU aéra è gioncto in queata terra Io dh duea Alberto de 
Bavera, capitano impériale^ eum 250 cavali ; quai è stato molti somi 
ad Uberlingbe.Nooaadove vada^maa'è dicto qua cbel ritorna a casa 
aua, cbe non credo; alla partita mia de la corte, non ho inteao alcuna 
eoaa de queata aiia partita. Che quando pure sia chel vadi a eaaa, non 
aara troppo a propûaiio de Timpresa di quêata guerra per eaaer toauto 

1 Je lupprime quelqnea Lignes tans intérêt. 



MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 369 

ano de li più savii signori de Alemagna, et essere capitano impé- 
riale. 

D60eldria,M. Langhm*ha dicte che quelli quattro duchi sono restati 
a limpresa, cioè duca Alberto de Saxonia, duca Zorzo de Bavera, daca 
de Jaliere e ducadeCleves, facevano ana dieta insieme con alcuni inter- 
venevano a nome del duca de Geldre, e che predicti sigaori duchi 
haTevano scrittoche speravano redure la cosa a bon porto, a contenteza 
e beneficio de la Cesarea Maestà. alîcu procederiano alla guerra, ne 
laquale speravano havere felice victorîa, e che non li era comparse 
alcuno soccorso al predicto duca de alcuno canto. 

Dietro a me a Brixino vene Cristoforo del Azale, cavallaro de TEx.tia 
V.ra, laqaale mandai inantia me, con lelettere directive alla Cesarea 
Ifaestà, e M. Langh come quella me scrisse, ma dopo non Iho mai 
Tisto. Porté le lettere e rimasse a Philiborgo, ne mai più ho inteso de 
loi, in modo non so se sia vivo o morto. Etc 

Ex Raospurgh, 8 maii 1499. 
(il suivre.) L.-G. Pblissisr. 



VARIÉTÉS 



Pour rhlslolre du Calembour 

A M. B. MAfiTinENCHE 

Ce peraonnagê de Molière qui dit k une dame : « Madame, 

vous êtes dftus la place Royale, et cependant roii vous voit à 
quatre lieues d'ici », ot qui explique u k cause que chacun 
voua voie de boa œil^ et que Bonneuil est un vltta^e à quatre 
lieues de Paria li, est le premier^ dit-on, qui ait introduit le 
caiembour, sous sa forme moderne, dans rhîetoire littéraire. 
Le long et lourd commentaire qu'il est obligé d'ajouter à m 
délicieuse facétie montre au moins que T esprit français n'était 
pus encore déformé par Thabitude de ces basses plais ad te ri e^, 
et que \m Parisiens eux-mêmes ne les saisissaient pas sans 
difÛculté. Ce ne fut qu'un siècle et demi plus tard que le 
cal >mbour fat mis à k mode par le marquis de Bièvre, etfl 
qu'avec u papa Doliban w, il devint populaire dans k Sourfi ou^ 
r Auberge pleine, M&h le calembour., avant de voir oe dernier 
nom consacré par f usage et préféré à celui de biévrade» eut 
une existence obscure et quasi anonyme, sans disparaître ^ 
complètement des régions inférieures de Tesprit français» Vers H 
la fin du XVil* siècie, il semble avoir porté le nom de grelot^ 
et nous savons qu'il y eut à Aii-en-Provence, vers le milieu 
du XVllP siècle, une Société littéraire et badine (iticonnue 
du reste à A, Dinauï) qui s'appelait le Royaume des Grelots, 
et dont les membres étaient lei; greîotins. C'est sous le nom de 
maître grelot qu*un correspondant du poète mm fard^ de 
GacoD, lui parîe calembours en 1696, et fécoNère de maitre 
g7'eloiySamnte en saence grehtique. est évidemment une Jeune 
personne habile à ce genre de turlupinades. Le calembour est 
encore, on le voit dans cette lettre, dans l'enfance de Part. 
L'écrivain croit devoir joindre l'eipli cation à la facétie « 6t 



I 



VARIÉTÉS 



371 



(Hâsertef quelque peu sur Tune et ëixt Tautr©*. Et Bes calem- 
bours sont cependant bien inoffensifs et bien faciles. Les 
Alphonse Allais et les Willj ont fait faire des progrès au genrep 
Mais il convient» dans Thistoire obsoure encore de son éirolti- 
tion, de retenir le nom inconnu de Montenoy, comme celui 
d'un précurseur. 

Pierre D^âceao. 



^ 



A Paris, ce 29- may 1696, 

A mon retour, Monsieur, j*ay trauvé une escoliôre de maistre 
Grelot, sçavaDte en Bcience grelo tique, que Fod m'a dit éilre à la 
mode parmj les g-ena de gouat sérieux , qu'ilâ aut néantmoins Mntée 
de ceux de puhiki iaporî^. Il ne aeroit pas jujste qu'estant sectateur 
de ce bon maistre» je ne vous fisse pas part de cette jolie scieuce, ou 
du moins de quelques échantilloDs;je commence parle plus émiuent, 
et je vous demande pour nostre maEtre i« ce que c'est qu'un arbre qu^on 
plante le matin et qui porte son fruiet vers le Bolr?*» Devinez: une 
potanca, et vous aurez tronvé la pie au nid, L'écolière n'a pas passé 
celuy-là à son maistre, et si elle savoit eçeu du lattn, elle auroit dit; 
Accerse correctoreml >> — ê< Lequel est le plus ancien évesque du 
monde?» Le sçavaot raaistre répond pour ses escoliera volontiers ^ que 
c'est celuy de milieaus. S'entend de la ville de Milan. — <♦ Dans quel 
diocèse est la plus ancienne de toutes les reliques ?n Dans celuy de 
Lodève : l'os d'Eve. La bonne femme d*Âdam ne manquoit point d'os^ 
puisque le bon m bistre de nostre science nouvelle fait de belles morales 
sur celuy que son bon niarj fut obligé de lui donner, u Quel est un 
évesque miraculeux dan? nos temps, et qui fait un miracle perpétuel de 
sa personne? » C'est celui do Liège. Rien n'est plus miraculeux que 
de passer sur la surface de l'eaûe sans enfoncer de* dans» — u D'où 
vient que le Pape n'est tout entier ou entièrement à Romef»! Nouvelle 
découverte: c'est qu'il y a un nonce à Paris, un à M ad ri d^ un autre 
ailleurs, etc, en sorte que j'ay bien peur que le poids de marc 
ne s'estende trop et trop loin. Mais nos libertés de l^égUse gallicanue 
les feront ét^ilonner à notre poids, pas ta ut néanmoins que bien 
d'houes tes gens qui ne mettent pas de vermillon souhaîttcroiont. 
i* Quelle difiTérence il y a entre un prédicateur et un faiseur de chape- 
lets? rt Le grelot (qui vaut bien un pater) vient 4 vostre secours et voua 



t Cette lettre est la première d'un rtcuell de correspondances de 
Oacoa, conservé à Ljon^ Biblioth. mufucipalef cod. 773 Deavernsy^ 
Moliiuer^ suc, C92 Delandiuù. 



37Î 



TARÏÉTia 



apprend que le premier en dît beaucoup pi a s qti^il a'ea faict, %t que 
le aecond en faîct beatïc^^up plus qu'il n'en dîct. Il faut fîuir pa 
quelque ohoae da grand et de uobïe pour courooDer Pœuvre et ré^ 
jjoiidre à son comniencômeat. Répondez-moy, Monsieur: m Quelli 
différence y a-t-il entre un médecin et un gueuï?» — C'est que Tua 
taste le poux et Fautre le tue, — C'est en effet la différence qu'on eef 
obligé d'y mettre dani la valise de cuir où voua m 'avec vu conrir 
la poste, Halte4àl 

Lea chevaux aopt-ils britléï? L^ grelot eet desjà partj* U dort le 
long d'une allée de Chantilly, en voua y attendant de pied fennec il y a 
déjà quelques jours ; nous voua attendrons ensuite À Paris. C'eat le plu 4 
beau chemin pour retourner à Rheims, Je remets à ce temps-là Ira 
remercîementa que j'ay à vous faire à tous les deui, à voua^ Monsieur, , 
de toutes vos koneatetez, et à luy, de m'avoir procuré d'estre contiq 
d'un m honneate borame et 4e nostre goust. Faites donc en sorti 
à vestre retour de Chantilïy où je vous crois desjà> de venir fair 
à Paria une agap^e. J'attends cet honneur et je suis très parfaite 
ment, Monsieur, votre très humble et très obéîsBant serviteur. 

MONTEKOY. 

Mon adresse est rue Neuve-dea- Petits-Champs , vis-à-vis THôtel 
di La Meillereye. 



Un moyen d*être Ucenolé en droit 



é 



Les preuves aboDdent de U décadence où étaient tombées 
à la fin de rancien régime les vieilles Universités proviDcialei. 
Elles ne croyaient plus ni à l'efâcacité de leur enseignement, 
ni à la valeur de leurs diplômes. L'Université pontiâcaJe 
d'Avignon, entre toutes, était légendaire pour aa prodigalité 
scandaleuse en matière de diplômes, et pour les diverses façona 
qu'on y connaissait, qu'on y pratiquait, de les obtenir. C'était 
une notion si généralement admise, que dee professeurs même 
d'autres Universités ne se faisaient pas scrupule de commettre, 
sous le couvert de celle d'Avignon, de véritahles indélicatesses. 
11 semblait, par exemple, tout naturel au naturaliste Brous- 
sonei, deMontpellier^qu'un candidat aux fonctions judiciaires 
en 1808, lequel avait besoin d'un dipldme de licencié en fJroit 
en achetât un^ au lieu de faire ses études juridiques ; et pour 
Taobeteri il trouvait non moins facile de radresser à te quelque 



4 




TARIÉTÉS 373 

enaplojê de rancienne Université d^Avignon n, lequel rempli- 
rait un diplôme en blanc ou gratterait sur un diplôme ajant 
déjà servi, le nom de son légitime propriétaire pour le remplacer 
par celui du nouvel « impétrant». Et TeiceUent Broussonnet 
parlait. M fort tranquillement w, de cette fabrieation de faux, 
Maîa il faut i'écouter lui-même : 



Montpellier, 19 novembre 1808, 
Monsieur et cher ami, 

Je viena vous prier de vous charger d'uae commistîon qui voua 
(paraîtra peut-être sioguliâre, c'est de faire liceutier en droit mon ami 
Hoitatter (Marie-Kavier), D'après les coo&eils de quelques amis, il 
s^at décidé à tenter la carrière de la magistrature. Mais à présent 
il faut être avocat pour y entrer, et il ne l'est pus. Si vous cônuoisaés 
quelque ancien employé à rUmveraité d'Avignon, il serait très -aisé 
de remplir nne lettre de licentié eu droit avec le nom et prénoms de 
Ho»talier. Cette pièce lui suffiroit pour être admis au serment d'avocat. 
Supposé que ron ne trouvât pas de pareilles lettres en blaoc, ne 
pourrait-oQ pas s'en procurer qui appartinssent i quelque autre ? 
Avec des ratures, on subatîturait encore le nom de mon ami i celui du 
licencié. Hoatalier a trente- quatre ans: ainsi il pouvait fort bien prendre 
tes grades en 1790 à 1793, Vous voyés que je vous entretiens fort 
tranquillement de fabrication de faux. Cela vous est une preuve que 
je n'attache pas à la possession de ces titres, plus d'importance 
que ren n'est dans l'usage de leur en attribuer. Il ne serai pas moins 
recoouoiasaut des soios que votre bonne amitié voudra bien ae donner 
pour la réussite de cette afTaire, qui, quoique petite, peut devenir la 
biae de TéUt de mon ami qui est désœuvré,., * 

Il est vraiment fâcheux ^ue nous ignorion** si le corres- 
pondant de Brôusâonnet, Bouohet, a pu découviir quelque 
n offîcier du deuxième bureau » de FUniversité dWvignon 
pour lui rendre ce service, et si ce candidat aux fonctions 
judiciaires a obtenu son diplôme de licencié en droit et un 

* Celle lettre e^^t adresiée par le naturaliste Broossonnet, à Bouchott 
son compère et ami* Elle est conservée à la Bibï. Nat. P. Pr. Nouv, Acq, 
Fr. 6512, l. m dos papiers d*Am^îrôUï, corresp. de Bouchet, fdl, 5S. — 
A la fin de cette même lettrB^ Brousse net dit; «i Nous atlendons de Can- 
doUe qiu u'â pa^ voulu de rinstitutaux dépens de sa place de professauF* > 





3T4 



VARIETES 



past« d&us la mafistrâture. Si, en effet, il e&t de?enii pro- 
i:ur«tir impérial, il faut souhaiter poarlabeaaté de son geet® I 
qu'il ait eu à requérir d*abord daug une araire de fatix en 
écriÊtirê publique ou en usurpation de fonetion publique. La 
pks coupable ^ le plus dépourvu de sens moral en cette 
affaire, est d'ailleurs Brouasonnet» dont ta tacon de jouer 
avec les diplômes univerâltaires était au moina singulière, — 
Il était tempe que sur le^ ruiues de ces vieilles écoles provin- 
oialei , écroulées au grand ëouffîe de la Convention dans 
leur médiocrité, leur ignorance et leurs intrigues, rEmpire 
fondât une Univeraité dégagée du népotisme et des querelles 
de clocher, animée d'un esprit scîentiûque et patriotique « boa-i 
néte et laborleuge. 

L.-Q, P. 



BIBLIOGRAPHIE 






abeille tL.)< — I<ii<ïnia nâcional de los Argentinos, Parist 
Bùuillon, 1900» in 8- [XXIV, 434 p.], 

Dn n'est pas d'ftccord A Bueûoa^Aïrea sur le caractère et la nature 
do la langue pncIëE? dans la République argeotitie. Pour lea uus c'est 
Bimplemenl l'espagnol; d^utres affirmant que ce n'est qu'un dialecte; 
certaina prétendent que c'eat une langue purement srgeûtine; enfin 
quelqueâ^uni voudraient qu'on l'épurât de tout ce qui la distingue dncaa- 
tillan pour I» rainener en défini tive atrictemeut à ce dernier* Go sont 
là des opiuious de gen9 du moude fuodéos sur des raisonnameiïta qu i 
n'ont évidemment aucune baie scientifique. Pour un linguiste laques* 
tion ne saurait présenter la moindre dif acuité, et peut même être 
résolue avant tout examen de la langue. Ce n'est pas simplement 
respagneli puisque c'est l'espagnol dépajsé, c'est-à-dire transporté 
datis uo climat diffëf'ûnt auquel il a dû forcément s'adapter^ et dans 
une région où Ton pariait, avant ï^a venue* d'autres langues avec 
lesquellei il s'est obligatoirement méhingé. Ce n'est pas un dialecte 
espagnol parée que ce n'est le frère d'aucun des dialectes espagnols* 
Si nous considérons l'andalou et le castillan par exemple, iU ne sont 
ni issus ni dérivés l'un de l'autre; ce sont deux fila du même père» 
Le parler du Rio de la Plata n'est pas leur frère puisqu'il n'est pas 
àh de leur père. C'esl un rameau détaché du tronc espagnol et trans- 
plMtté dans un antre terrain où il e'est développé d'une manière 
indépendante et où il est devenu sous dos influences diverses un arbre 
véritablement nouveau, que Von ne peut plus appeler l'espagnol et 
que l'on doit nommer Varge^din, 

Si la chose est claire pour les spécialistes en matière de langage 
elle ne Test évidemment p»s pour les profanes, et comme les per^ 
«onnes qui s'intéressent aux questions scientifiques méritent par là 
môme qu'on les éclaire, on ne peut qu'approuver M. Abeille d^avoir 
entrepria un livre qui pût les instruire et les mettre d'accord. 

C'est ftriseK dire que son ouvrage, malgré Tintérôt qu'il peut avoir 
pour les linguistes, ne leur est pas spécialement destinéi et quMl & 
[dutôt la forme des œuvres de vulgarisation. 

L'auteur envisage succès si vero en t lee différentes questions géné- 
rales de linguistique qu'il considère comme ajant trait à son si^jet* 



376 



BlBLlOGRàPHlH 



I 



Il COQ a acre k chacun e an chapitre particulier où il les développe de 
la manière suivante : il réiume ce que Ton sait sur la question par c« 
qu'en ont dit pu démontré ses devanciers à propos d'autres langues, 
puis il applique le résultat obttsny au langage de ïa fiépublique 
argeDtme. Il parle donc surtout d'après les antres et cite fréquem- 
rneiit des linguislea bien conniis ; dans un livre de vulgariftatioa il ni 
a rien là qne de naturel. Les citations aont d'ailleurs en gé aérai bien 
choisies. 

Les deux premier» chapitres : Léngutta y muntmeë et Lengtioê y 
ratOA aont pîut^ât filoaofiques. M, Abeille cherche à montrer qu'une 
langue est en même temps lexpression de Tâme d'une nation et une 
production de Tactivité de cette âme, qu'il i a une connexion étroite 
entre les qualités d'un peuple et celles de sa langue^ que toute nation, 
et par coniëquent aussi U République argentine, a droit à parler un 
idiome spécial, et que tout le» efforts que Ton pourrait tenter con- 
tre Tévolutïûîi naturelle de Tesp^gnol dana cette répubïique seront 
vains. Les langues se mélangent entre ijlles et évoluent comme les 
races; or il se forcneen Argentine une race nouvellef pour leâbesoîna 
de laquelle Tespagnol a évolué et doit continuera le faiie de manière 
à devenir une langue nouvelle^ h 

L'ant^tur nous montre en efTet dans Les chapitres suivants qo^^l 
l'espagnol s'est mélangé en Argentine avec les dialecieâ américains 
qui occupaient le domaine avant lui ou qui vivent encore auteur de 
lui; que la forme des mots a subi des modifications fonétiques imper- 
tan teS| que le vocabulaire s'agrandit continuellement soit par déri- 
vation soit par emprunt, que cette langue subit actuellement de la 
part du français une action tout à fait comparable à celle qu'exerça 
le grec sur le latin à l'époque classique, que la morfologie et La sia* 
ta^e tout comme le vocabulaire d tarèrent déjà notablement de li^| 
morfologie et de la aintaxe espagnoles, qu'elles sont devenufïS plur^ 
anaiitiques; conformément à la nature e-^ienttellemeat claire di 
Tesprit argentin. 

Là-dessus M. Abeille termine par uae esquisse du caractère argen- 
tin, qui devient en définitive ^ grâce k Tadmiration que Vauteur 
éprouve pour la République argentine^ une sorte de manifeste enton* 
aiastc en Tonneur de la nation argentine et de son îdiome national. 

On peut aignnler çà et là dans Touvrage quelques faits erronés, 
soit qu'ils appartiennent en propre k Fauteur, soit qu'il lea emprunte à 
quelque autre. Telle est l'étimologie de esp. harrtï qu'il rapproche de 
cèq. btihtyOt telle est celle du suffixe go t. ^up» qui ne correspond 
pas à lat. 4ûd0j mais à 'tùti'^ sans que rien indique d'ailleurs que ce 
ttuffixe ait été emprunté au latin. Telle encore rénuméiation doi 
aux p> 13 et auiv. dea représentants dans diverses langues ïnàQ^ 



BIBUOGHàPHIE 



377 



eurapéenneB d'tiûe prétendue tkcme éû- ; cette énumératioD ti'eat pai 
&u courant ck la acieQce ; on ne peut plus atijourdui rcuair ces diffe^ 
Fi^itLa oiotB aous tô même chef. L 'iD te rp relation de plusieurs chAnge- 
metit» fùdéticjues est douteuse ; a,inêi jmlpena^ p. 145, de j^wi^weria, 
est évidemment le produit d'uae aBsimiUtîoti due au aentiment du 
r€ do 11 bit; me ut comme 'cocina do coquiiui et non pas d'une évotutiou 
cbaugeant qu en p; cette évolutiou aasâ doute s^eit produite daua 
d^autrea langues, mais les condition a notaient pas les mêmes. Si lea 
pftjr«anB ditent aicion pour oceiofi, c'est probablement en vertu du 
nième fénomène qui a ehangé lat./ocfu eu îr. fait, c'est-à-dire tout 
tniire chose que TexplicatioD proposée. Nous ne pouvoua d'ailleurs 
;Hta nout prononcer en toute assurance sur cc^s faits et quelques 
autres analogues» étant donné le petit nombre d'exemples que Tautenr 
a cités. Il faut attendre pour lea examiner sérieusemeut l'on v rage 
autioucé |iflr M. Abeille comme devant fairo suite à celui-L'i : a Cambhë 
ft)nético8 en ël îdioma Naeional di loa Argentinos », Pour ce nouveau 
travail qui ue pourra plus avoir le même caractère général, nous 
nppellerous particulièrement l'atteution de Tauteur sur nu point qu'il 
il entrevu, p, 387, mais qui nous semble avoir une grande importance 
et un intérêt capital: éviter d'attribuer à l'argentio comme formes 
refaites par lui ou retrouvées par évolution foué tique, des formes 
espagnoles anciennes que rargentin a sin^plement conservées, ^ et 
par suite essayer de déterminer quel était l'dtst du dialecte espa- 
gnol qui est venu s'implanter au Rio de la Plata. 

Ce?i points de détail que nous venons de relever ne touchent nulle 
pitrt au fond même des questions traitées et ne portent aueuueinent 
atteinte aux conclusions de l'auteur, 11 nous a donné sous une forme 
agréable et dans une langue claire, aisée, parfois même poétique, un 
bâQ livre de vulgarisation linguistique* 

Maurice Geaumont. 



Higra (CJ- — Il dialetto di Viverone, Tùrinot E. Lmiiçher^ 1901 [ISp^l» 
(Estratto dalla Miiceilan^a iin^uislica in onore di Gp Aacoli). 

Viverone est un village situé sur le lac «lu même nom, dans Va 
même tégion que Piverone, patrie de G* Flechia. Sa langue est un 
de ces patois du Piémont, si intéreasanta pour la plupart. La fonéti- 
qae et la juorfologîe de ee parler eoiocident d'une maniâre générale 
avec celtes dea idiomea voiains : mais elles s'ea distinguent par cer- 
Ltins caractères, dont M. Kigra signale les plus importants. 

Ce n'est donc pas une étude complète de ce patois que nous donne 
l'auteur; il s'abstient de toute considération aur l'istoire et révolution 
de la langue, et laisse de côté lea faits qull ne jage pas suaeeptiblei 




8Tft BTBUOGBAPFIE 

d'ajouter quelque chose à ce que Ton sait déjà. Il ne bont^ à coiiBÎgneri I 
au mojeD d'une formule empirique illustrée par ^e nombreux eiem-l 
pleB| ceux qui lui ont paru le plus întéressFiuU, Dans ce choix xioa»! 
signalerons, entre toua, les fénomèoes dus à l'aecâDt» tels que chuta! 
de Ift voyelle protonique: kôvl fmâ, changemerit de timbre d*mj«j 
¥oyelîe tonique devenue proton îque : àndorj Sndurâ, fêrmj farmâf 
seîjl si^â, imt/rj mujré^ changement èerâ toniquo en ar atone: tràml 
tarmtma . H 

[/article se termine par un tableau dee principales rormes ver«^ 
b^le8;il constitue dans l'ea^emble une bonne et utile contributioii à 
Tétiide des dialectes du Piémont et du Canave^e. 

Maurice Grammoîït. 

Les Œuvres de TAbbé Favre 

ï/édition des œuvres complètes, languednciennea et françaises, da 
Tabbé Favre ', entrepnse îl y a plusieurs p-nnées par la librairie C,^ 
Coule t, BOUS les auspices de la Sùdétê dêê Languéi Eomane», vient de 
paraître* MM. Gaudin et ftOQUit-PKRïlîBR s'étaient chargés de colla- 
Lionner le teitte de Favre, M. Gaudin, pris par ses occupations dofl 
bibliothécaire, ne put pas collaborer, comme il Taurait voulu, à Tédi-™ 
tbn nouvelle; M. Roque-Ferrier mena seul la tâche entreprise & 
btmae fin. Grâce à lui il sera permis fUix nombreux «dmirateurs d^ 
Favre de lire ses poésies dans un te^ite sûr' et imprijoé avec soin. Vnû 
longue notice Ke trou^^e en tête du volume, Uéditeury sig^nale toutes 
qui intéroase ta vie de l'abbé Favre, Il rectifie, grâee à des dccou- 
vertes récentes, faites en partie par Im-mème, quelques points impor- 
tants de la vie de notre auteur. Il arrive à préciser avec beaucoup 
d'eiRCtitude la date de composition de ses jiièces. KuÀn, il en a dé- 
couvert de nouvelles et ce n'eat point le moindre intérêt de cette 
édition. 

Ou sait quelle vogue ont eue les poésies du gai eu ré* poète, qui rap- 
pelle par plus d'un trait le sotivouir de son pseudo-confr&re de Meudon. 
t /imitation en vers burlesques de VOdt^Mée et de VEnéUe, le Siège de 
Caderou^sé et le S(^rmoun de Momm SUtre sont vite devenus popu- 
laires. Cette vogue était bien méritée et à plus d'un titro, La verve et 
la gaieté qui régnent dans ses vei^â lexpliquent en partie. De plus, 
aynut habité d'humbles villages^ y .lyant exercé de modestes faoc- 
tioDs^ Pavre connaissait Tâme populaire et savait comment on Tinté* 
resse. 11 avilit appris aussi la langue francbe et savoureuse des petites 



I 
I 



4 volumes in-B*« Montpellier, librairie C. Coulet et filSf 



BIBLIOGRAPHIE 



aî@ 



geni au milieu desquels il vécut une gratide partie de sa vie : quel- 
ques crudiléa même — daps le Sermoun th Siouim Sis^e — nous mon- 
trer «urii ue reculait pas devant Temploi du mot propre, si loti peut 
ainsi parler. 

Cette popularité ne s'est pas affaiblie avec le tempa : lea nombreuses 
édïtiuns» illustrées ou nou, données dana ce aiécle le prouvent bien. 
M ai heureusement beaucoup d* entre elles étaient fautivea et aucune 
n'était eornpUte- Les admirateurs du poète languedocien pourront 
main te Q an t lire aes oeuvres à leur aiae et dans une même édition. 

N 'on b lions pas de signaler" dans cette Re^uc Tintérêt que présentent 
lea œuvre» de Favre pour la connaïaaaiiçe du dialecte mûntpelîîdraiu 
au siècle dernier. Le savant éditeur noua promet une étude ^ &m- la 
langue et la graphie de notre poète qm oscillèrentconsâtaniment entre 
le langage de Sommièma et celui de Montpellier, maia qui, grâce aux 
dernières découvertes, sont désormais assises sur des baies indiscu- 
taUiea ïK Une étude de ce genre complétera dignement cette belle 
édition. 



Lon Libre Keuvial de Miidoumaiiicla Roso Laforguo e) da) Viscomte 
Bernât d'Arinagnac:, Montpellier, Hamelin» iyOl. 

La Menue des Lantjneê Romunei a annoncé brièvement dan a une de 
ses dernières chroniques le Libre Noumaî, composé par M, Camille 
LAFoaGUKf en souvenir du maris ge de sa fille, MademoîseUe Rose 
LàFOttGtJE, avec le Vicomte Bhrnabij d'Armagnac. Ce magnifiqne 
volume eat, avant tout, destiné à comméniorer une date heureuse dans 
la famille Laforgue, Il n'est destiné ni aux philologues ni aux his' 
toriena ; il est véservé ^nx deux époux et à leurs arnis. Nous nous en 
vouilnona ciîpendant denepaa le aignalerdans une Revue que M. La- 
forgue, ancien syndic de la Maiotenaoce du t^anguedoc, membre de 
la première heure de la Société des Langues Romanes, a toujours ho* 
norée de sa plus vive aympathie. Ce ii*est presque pas sortir du cercle 
de la famille que d^en parler ici. 

Le volume s^ouvie par le récit des BançaiUea et du mariage des 
deux époux. Viennent ensuite les divorsea compositions — textes 
anciens, poéaîea modernes, essais hiatoriquea -^ par lesquelles les 
amis de la famille Laforgue lui ont exprimé leur aympathie. Parmi 
ces auteurs les poètea, comme ou pouvait s j attendre, dofuinent- H 
suffit de feuilleter le livre pour y trouver les noms les jdus célèbres 
dâ la littérature provençale contemporaine : Félix Gras» A« Arnavielle^ 
Langlade, Antonio G laize, A, Ta van, Sextius Michel, A. Koque-Fer- 
rier. Bastide de Clauzel, Joseph Roux^ etc. Cette magnifique Horaison 



ssn 



BIBLIOGRAPHIE 



poétique comprend tous les georea : qualquefoit an qu&tfâiîi a suffi &a 
poète pour sertir une délicate pensée; d^autrea ont emprunté la forme 
du sonnet ou même de Tode; de là^ uDe remarquable variété qui soti- 
lient rintérÔt des premî ères pages aux dernières. Les poètes étran^ra 
ii*ont paa dédaigné dVpporter aussi leur tribut; c'est ainai que le 
roumain et le catalan sont représentés à cÔté des dialetîtea d'oc> 

D'autres auteurs ont payé lenr tribut de iympstbie en prose ; il j ^H 
aÏQâî, çà etlÀ, de jolis coutea, de belles légendes. Les historié os euz-^^ 
mêmes ont apporté leur contribatiou. M. Castbts a extrait d'un ma- 
nuscrit de la Faculté de médecine de" Montpellier de curieuses ré- 
ilexiona d'un sculpteur italien du milieu du XVll' siècle sur la vie et 
sa signification, M. L.-G. Pèussikr a fait, nvec sa compétence bien 
connue, ua tableau vivant de Venise au XVI" siècle- Hisloriena et 
poètes, conteurs en prose ou en vers^ ont ainsi contribué à faire de ce 
ïivre, écrit, selon le joli mot de Tue d*eui, pour vnjtmr de joré et AH 
poéêU^ une œuvre vivaute, pleine de variété et d'intérêt. ^| 

La Revue des Langues Ronianes a déjà dit avec quel luie le livre 
était édité et queUe part re venai t à M . H amelix et à M. Rôqur-Ferri bh, 
dans reîécution de <îe magnifique volume. Nous n j reviendrons jias» 
nous contentant d'avoir signalé ans amis des lettres provençalna un 
Livre qui, d'abord destiné à rappeler simplement une fôte de farnillei 
est devenu, par la suite, une belle œnvre littéraire. 

J. AKGLaUB. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIRRMENT 



J 



3* Mi&BT V 3mi8. ^ Lo» Veicûintei de Bas en la IIU ds Sard#iif a, 

Barcslona, Kstamps « La Catalsna » d'Kn Janmes Pm^ventés^ 1901, 
în-d* de Î44psge9. 

La question traitée dans ce volume intéresse, comme le dit fauteur 
(page lll), les érudits de Catalogne^ de Provence et de SardAign#,^H 
Le ïivre est écrit ponr démontrer — contrairement â î^opinion dd^| 
MM. Blanchard [Revue de» Socîétég savantes des départ^mtnU, 1875) 
et Barthélémy (Inventaire deë Charade la Mai$mi de Baux^ 1892) ^ 
qu'une confusion de noms a porté ces auteurs à prendre pour les faits 
et gestes de la famille provençale de Baux^ les fsits et gestes ûù Isi 
maison oatalana des vicomtes de Bas. Le chapitre II, tout entier^ est 
consacré à la célèbre famille de Baux en Provence : c'est dire l'intérêt 
que piéïientc ce travail historique pour les études provençalea. Page 8, 
tableau généalogique des vicomtes de Bas ; page 50, table&u généa- 
logique de la famille de Baux, 

J. A. 



K 



BIBLIOGRAPHIE 581 

l>« Campe ndil pour la dduleur «t mâlft«tia des jouU qui a eaté otûonné 
psr BmT^vsNU GaAFPfi, édîlion frangaisâ d'aprâa la ms. de la Bittlio- 
thôifue Nationale de Paria (XV* siècle) rsTu© et colladonnée par les 
Docteurs PANama et Labori>b, âni^je de la version provençale d'après 
le manuscrit de Bâle (Xlli< siècle) avec deux plancLea êîi phototjpief 
edilée pnf Henri Tiutiâ. Paria, Librairie A. A/a/om*, 1901, 1-119 p* iaS*. 

Cette édition est, aumoioB en partie^ la reproduction d'un manuacrît 
de la Bibliothèque Nationale {fond§/r. ISBîr XV* aiècle). Les auteurs 
ont coltationQë lea paaeages obacuri avec les éditions an Compendil 
données par Albertotti et Auffacher, L'œuvre de Bienvenu de Jéru- 
sal«m noua est parvenue tous plusieurs fortnei : en ladn, en français, 
en provençal et même en hébreu. Ces divers et rédactions prouvent 
Mea quelle vogue les traités d^oculiatiquc dâ Bienvenu ont eue au 

o^eD âge. Les trois éditeurs étalent bieD désignés pour mener à bien 
ïa tâcbe quMIs s *étai en t imposée. Le docteur Panaier a écrit lui-mémt 
jkkiajeura traités d'ocalistique ; M. Laborde — devenu depuis à sou 
tour le docteur Laborde — s'est intéressé pendant aes études médicales 
à rhiatoire de la médecine et a présenté pour son doctorat une édition 
d'un traite d'ocuUstique écrit en latin, tiré d'un manuscrit de la Biblio* 
thèque de Metz. 

Quant à notre collaborateur, M. Henri Teulié, sa connaisaance pro- 
fonde de rhiatoire de la médecine lui a permis d'aider largement ses 
caéditeurs dans la première partie de leur tâche. 

Dans la partie provençale, les roman m te s reconuaîtroat vite lâs 
mêmes qualités de méthode et de sagacité qui caractérisent le colla- 
t)orateur de M* Je^inroy, dans rédition des Mtf stères Ffomtiçau^, 



. OBL Mas. — Monn nonviaii Bau(|uetoi], Montpellier^ Imprimerie 
Delord-Boehm, 1901, in-8*, 6@ pages. 

Voici encore un F«r mzzB^ plein de musique et de vers. Noua y 

retrouvons les noms connus de Â, Arua vielle, J. Castelnau, Félix Gras, 
Â. de Gagnaud, etc. Mistral envoie de Maillane un de ces courts 
impromptus poétiques dont il semble avoir le secret. Les uns et tes 
autres rivalisent de poésie pour dire leurs sympathies au jeune félibre 
Delmas: la lecture de cet élégant volume dit assez éloquemment 
combien il a au en gagner dans le monde des poètes provençaux et 
plus particulièrement des poètes montpelliérains. 

^SxBHTii Sahtt* ~ Du Fnrena an GaTO, Saint-Etienne, Imprimerie 
S. Thomas et Cie, 1901, in-^» de m pages, [Extrait de la Bevut Fùré- 

G«tte élégante brochure eat le récit des fétea de Pau ? le félihre 




38S CHRONIQUE 

Sernin Sfiiity y conte les ImprêssioDs reasentiêB durant la long'Uê route 
qui mène àe Saint-EtieQae à Pau et peadant son séjour ftu paji 
d'Henri IV. Le tout écrit d'une plume alerte et légère produit une 
vive impreBBioD de choies vues et vécues. A noter sur la couverture 
l'annonce d'une étude £ur Marîe âe Ventadour : la Douvetle oeuvre èm_ 
raiiteur de la Comksêe de Dk sera la bienvenue. 

J. A, 

Hbneii TauLii. — Las curas de las ©nfermetati delà ueibs faitas per Ben- 
vengut de Salern» Pana, A, Picard el fils» 1900, in-S"», 23 pp. 

Cette brochure est un tirage à part extrait du volume que nous va 
non 8 d'annoncer ci-detsus. Il ne contient que le texte provençal du 
uianuscrit de Bàle i>, IL II* À la fin deui phototvpie s représentant 
Tuoe une niimature d^un manuscrit du XI (h siècle de la Bibliothèque 
Universitaire de Montpellier, Fautre une page du manuscrit de Bâle. 

â. A. 



I 



CHRONIQUE 




Notre collaborateur M. F. Castets a pnbliéf dans les mémoirtfa de 
rAcadémie ties st-iences et des lettres de Montpeliier, nue intéreBaûnt<3 
utude liiir Bonrdaiotte. — [Afémoirea de fa ëeetion de$ Letiret, 2* «éri^ 
tome IV, n" l, pp. 1-SG8). ^ Ceat la première partie d'un© étud« 
complète^ pleine de citations et de faits, sur la vie et les œuvres du 
i;élébre prédit-ateur, h& Retme Univm'êikiire du 15 juin publie (pp. 5tJ 
IK») un compte rendu éîogieuï de ce volume, soua la signature Qj 
Lanson. 



M. A. Thomas a communiqué à V Académie âts Inscrip^am et Beiie 
Itetire une curieuse note sir le mois deïoir fde Voir, mois de TAé'tfiérlJ 
uom siius leqnei on désignait au moyen âge le mois de Dêeemltre^ 



Achhtmv ï>ns ISî^rRirr^o s et Iîkij.ks LKrTEK><, — PnnK m vnunte^ 
dti 1 4 jni» 1 1M»1, M • L*»i at u un non ce que le Prix du Budf/êt (Question 
uriipcTSL'^ I Drr*«ii' Itt ihtiti ai [thithétiq^tf d^g nfni^Jf f/t'tfjti*îH fié ttnth- tmfttr 
qui fi fur f Ht f!itu^ I^M ChaHttntin th Gvste fi'ttrK^nh** imprhittViit. unté\ 
HéûteH au règm de CliUths V) est *léci-'î"nC* à 1 auteur do Tunique mé-» 



CHRONIQUE 



383 



hoirie dépoaé. L*ûuteur est M. Ernest L&nqlois, doyen de la raculté 
4«e lettrée de Lille. 



A Hignaler dans la Revm Umv^Ailuire du 16 juin (pp. 51-68J une 
étude de M* Mario Roques, but le BrouîUmi d^ r Aigle du Caisque de 
Victor Hugo. 



W 



Dans la Eevue des Études Grecques (marfl-avril 1901) M. Micebl 
Bbéâl étudie loa verbes &igmûo.nt parler en grec et en latin et à Tocca* 
flîoD dans les langues romaDes. «^ En tout pays, tl arrive quo celui qui 
parle soït exposé t s'exagérer Fimportance de sa parole. Dès lora, les 
termes «impies ot courants devit;DueQt ponr lui insuffisanti. Il faut 
recourir à ceux qu'on a vu employer aux grandes occasions, par exe ru- 
pl0 ceux de l'orateur^ du juge ou du prêtre, d Les exemple d'ay^ipi- 
ûiiif et deparaboktrt ^ parler viennent illustrer heureusement cette 
remarque* 



La lÎEvgE MèaioiOKALBde juillet-août 1901 publie sous la signa- 
ture lie notre collaborateur JDLSa Véran une remarquable lettre sur 
VttcHon féUhréenne ^âTQméG i M. G. Jourdanne, rinstorien du féli* 
t»riget M, J. V- montre éloquemment que le félibrigo a été itcUf dès 
in&s origines et que son action a été vivante et féconde é 

Le mémo numéro contient le discoure prononcé par M. G. Jour- 
daune à la Sainte-Estelle de Pau du 27 mai l^L 



r On sait que l'Uni versité de Marbourg orgauiso tons les ans des 

cours de vacances qui eont faits en français, en allemand et en anglais, 

LfCS cours ont lieu en deux séries : du 8 au 26 juillet^ du 5 au 23 

août. Voici le programme de lenseiguement du françaid pour ces 

deux séries : 

, l'' Série: 

I Les auteure comiques du XVIII* siècle en France (12 leçone) ; 
professeur r Mous. E. Qatîïo^ officier de rAcadémie française. \sic\ 
le rubiin violet a encore de la valeur,... à rétranger,] 

Emile Zola et Alphonse Daudet (4 leçons) : Professeur ; Monsieur René 
DelboiL 

Lecture expressive. Hécitatîon, déclamation (4 leçous) : Professeur : 
Monsieur Rimé DelboêU 




dB4 CHHONIOXJE 

2*"* Série: 

Prédeux et précieUBee âu X71I* siècle {12 leçons). Professeur: 
do€tei3r Doutrepont^ professeur à. T École royale des Oadeta, Namur. 
Littérature ou bistoîre française» 
Oon^ersatian (12 conférenceB). 



A THAVEBS LËi Eevqks. — Dans ï&Rsvti^de Farii du 15 juillet 1901 . 
M. Michel Br^al publie un article sur le choim d'vm hmgue interna- 

timak. C'est un a voyage de circum niivigation linguistique ^, sui- 
vaut une pittoresque expressian de Tauteur, fait put lu savant 
professeur autour des diverses laogueti artifieiellea {e^éranto^ langue 
bUttê) créées récemment. 

Dans la Nouvdk Eêvue du l*"" Juillet 1901, M. Xavieb oï HioifiD 
publie BUi- le Môuvêmmtt CaialaniêU un article plein de reneeignementa 
puisés à bonne source. 

A signaler dans la même Revue (même ûtitnéaro) ao article de 
BoYEU D'A Q EN sur Josmin et MistraL 

Pour eu revenir à k lingui^que, signalons, dans la Nouvelle Bevus 
du 15 jtuUit 1901, un artide de M< Paul Mkloh sur le Français dam 
la vaUée d'Aoèie et rattachement des Valdotains à leur langue mater- 
nelle. 



I 



M. J. Cornu, professeur de philologie romane à TUniversitè aile* 
mande de Prague est nommé professeur de philologie romane 4 
r Université de Gratz, en remplacement de Mi H* Schuchardt. 



Fai3t Thires. — Les journaux méridionaux annoncent qu'un prix 
indivisible de 3,000 francs vient d'être fondé par M^* Dosne^ belle- 
sœur de Thiers, à l'Académie d^AÏK-en-Provence, pour l'auteur du 
meilleur ouvrage, imprimé on mannscnt, sur un sujet intéreâB&nt 
la Provence, 

Ce prix de 9.000 avance sera décerné tons les cinq auSi 



Le Gérant rupf>nâfthle : 1\ EfAKEtCK. 



LE BRINDE DE M. CHASSARY 

PRÂSÎDBNT nu LA SOCIÉTÉ DES LANODES RÛMAKSS 
lîRLSOUK DE LA SOCIÉTÉ DE LA &AHTO MTKLLO 0K PAU 

{^ mai 1901) 



La fête aDaualle du Félibri^e, la Sanio-Estelio, a été célé- 
brée cette anoée avec ua graod éclat, en une réaDlan d^noe 
joiporLaiice réelle pour rhiitoire de «on développement litté- 
raire et régional. Pour la première foiâ. en eïïel, c'est â Pau 
que les féiibres tenaient leurs aselsei. Id viles par l'Escolo 
Gaatou Fébus, û'Orthez^ sur T initiative du a valent e cortea > 
eapiachol Âdriaii Planté^ loâ poètes provençaux et langue* 
dociene sont alïéa iier connaisaance avec leurs confrères de 
Béarn et de Bigorre et rattacber ainsi, par dea liens per- 
fioniielg, r école lointaine au grand foyer poétique de MalUane 
et d'À^ignoo. Pour la première fois, le capoulié nouveau, 
Pierre Dévolu y, successeur encore peu connu du regretté 
Félii Gras, allait prendre réellement contact ayee son peuple, 
allait faire connaître aui féiibres ses idées littërairea et lin- 
guistiques^ dire quel rôle il voulait attribuer au félibrige 
daDs la Ti# régionale du MidJ. Pour la première fois. Mistral 
allait chanter son nouveau sirventês, la Crido de Biom^ et 
PoD attendait, avec impatience et non sans curiosité, le salut 
du poète à Jasmin et à Despourrios, 

La Société des Langues romanes avait donc tenu à hou- 
neor d'être représentée à cette fête littéraire et méridionale, 
et avait délégué à Pau son président, M. le professeur Chas- 
sarj qui, en un très intéressant discours^ avec une juste 
ûerté, a levé la, coupo santo « aux instituteurs primaires, aux 
m Rejents ». main teneurs-nés des traditions locales et de la 
langue populaire. Sans attendre le compte rendu que nous 
ïjjv. — Septcmlïre-Octobr*î 19Û1. 25 



3S5 



LE BRÏNDE DE M, CHASSARY 



donnapotis de caUe Santo-Ëstello, nous croyons devoir pu* 
bîier en tête de ce numéro^ comme nous avons fait dans le 
dernkf de la Crido de Hiarn^ le brinda de notre président^ 
M* Ohassary* 

La Redactxok. 




DopïAs E Ames, 

B*ère ^engut aîcl soulameo an titre de majourau dau 
Felibrige, me âarièi conntentât de mesclà ma vos à las ybsirm 
pèr canta lourefrin de la Coupû^ e, es de cor e ûoun de boiica, 
que me sarièi assouctatas^brindes de nôste Capouliè e de vôetô 
Cabïscôu ; mai atabé, m'atrobe à la fèsta de Santa ~ Es tell a 
pèr représenta la Soueietat d« las Lengas Roumanas^ de 
Mount-Peliè, e^ amor d*acô, m'es ag^radiéu de saltidà *n sonn 
noun^ i'Esoola de Gaston Febus que noua couvida, la vila de 
Pau que nous oufrU tant alarganta ouspitalitat» e lou Biarn 
tout entîè que nonblamen nous festeja en feâtejant au jour^ 
de ioi sa vièlha leuga e soun passât tant gtourious. ' 

LaSoueietat dessoubiida pas que T a tout just un an, lou 
Felibrige a'assouciava à las fèatas de soun Trentenàri en 
célébrant^ à Magalouna^ la darrièira Santa-Estella dau siècle 
dèë-e-i!ouvenc;6 pèrlou gramecia d*aquela marca tant presada 
de miejournala frairessa, m^a cargat de faire au mage à Mis- 
tral d'una edicioun especiala de ta RespeiMo, la cansou qu6 
joutions pina de Magalouna, davaus uèsta bella mar latîna, 
restountiguètran passât, conma la Crido de Biarn onngan vèn 
de resclantl à la fàcia das mounts giganta de vdstes Pire- 
nèus. 

E fier de ce que nosta Soucietat, que corata au nonmbre de 
BOUS membres tant de saberuts universitàris, a causît pèr la 
présida, eouma pèr la représenta dins vôstas fèatas esbdhau- 
dantas, un moudèste membre de rensegnamen primàri, 
ausse la Coupa en Tounou das enfants de las eseolas pri- 
marias dan Biarn e de ta Bigorra, en Tau non de toutes sons fl 
mèstres^ sous reyents, cou ma dises aîcL Souvèta qu^aquel#a 
reymtSy autant afougats de la ienga mairala e de las gl6rîas 
de la pichota patrlà que la valbenta cola das qu^an Iriounfiat 



LE BRINDE DE M. CHAS8ARY 387 

dins las poueticas luchas de vestes Jocs Flooraas, agoun loa 
bon voulé de se servi dau paraulis poupulàri pèr rendre l*en- 
segnamen das enfants dau pople sabourous e pie de vida, e 
désire qu^aici, toutes lous mèstrcs d*escola sachoan pousà, 
couma fossa do sous counfraires de Lengadoc, dins lous 
eisemples glouriouses dau passât, las licous que faran das 
enfants de ioi lous ornes de deman. 

Souvète qu*aquel ensegnamen arribe à rendre toutes lous 
que parloun nôsta bella lenga d*Oc amoureuses enûoucats de 
xiôste s6u benesit, souvète que fague toumbà la trop granda 
ignourencia ounte sèn lous uns das autres^ Toublit das liams 
^rairenaus que devoun jougne toutas lous prouvencias de 
XEmpèri dau sourel, abaissant ansin 

Las soûlas mountagnas 
Que trop nautas soun, 
Empachant de veire 
Lous fraires ount soun. 



P. Chassart. 



Pau, lou 27 de mai 1901. 



i 




AU SIECLE SEGENC 



LOU BÈO TETi 



Teti roundet, pus blanc qu'itû i6u, 

Tetl de satin blanc toot nôu, 

Ta qu*à la roaa faâ vergougna 

Talament que souvent ne fougna; 

Tu que nés pas sac de reprm 

Mai ferme boulet evourin. 

Au mitan de quau vôn ae sièire 

Fruch de majoufla ou de eerièi» ; 

Que dîgus vei ni pot toucà, 

Que ioi pamens voie cantà; 

TeU qu*à mouti desi fax lega, 

Tetl que jatnai se baulega 

Ni pèr venl, ni pèr anà, 

Ni pér oourrl, ni pèr daiiaà ; 

Teti qu'ardit aussa la tèata 

Couma un jouvent qu'a fach trop fèata ; 

Tetl gauche^ tetl mignoun, 

Sempre lion de 0oun coumpagnoun ; 

Tetl que portes testimôni 

Que Baril bon lou matrimôni; 

Vèn à mai d*un, en t^esplant, 

Una enveja dedins la man 

De te tastà e de te tène ; 

Mai, eau pèr força se countène 

De B*en sarra, car vé, tnoun bèu« 

Una autra enveja viendriè lèu ; 

tetl qu*à pount a'amadura» 

TeU que crida à la natura, 

Vèspre e mail, 6 niocU e jour : 



AU SEIZIEME SIECLE 



DU BEAU TETIN 

Tetin refait, plus blanc qu'un œuf, 
Tetin de satin blanc tout neuf, 
Tetin qui fais honte à la Rose, 
Tetin plus beau que nulle chose, 
Tetin dur, non pas Tetin, voire, 
Mais petite boule d'Ivoire, 
Au milieu duquel est assise 
Une freze, ou une cerise, 
Que nul ne veoit, ne touche aussi. 
Mais je gaige qu'il est ainsi ; 
Tetin donc au petit bout rouge, 
Tetin qui jamais ne se bouge, 
Soit pour venir, soit pour aller. 
Soit pour courir, soit pour baller : 
Tetin gauche, tetin mignon, 
Toujours loin de son compagnon, 
Tetin qui portes tesmoignage 
Du demeurant du personnage ; 
Quand on te voit il vient à maints 
Une envie dedans les mains 
De te taster, de te tenir : 
Mais il se faut bien contenir 
D'en approcher, bon gré ma vie, 
Car il viendroit une autre envie. 

Tetin, ne grand, ne petit, 
Tetin meur, Tetin d'appétit, 
Tetin qui nuict et jour criez, 



390 AU SIECLE SEGFJÎC 

M Maridàs-me lèu, qu'es maaa tour^» 

Teti que moDtos e daval^â 

Ë qu'aosm mouâ dous ïoLs regales ; 

A. bon drôcb urôus Foû dira 

Lou quo de laah te remplira, 

Paguent d*un ieti dô piéucèla 

Tetl de femna en lie ira e bêla* 



fDEA 



«a 8&rôu 
mm uis, iaren 

Liuus durais, negoand resemple 

Das umbles que, pèr pregà, 

Un canton s'en van cercà, 

Lou pus rescoundut dau temple. 

Mai quand au liech istareu, 
Araourouses nous faren 
De poutous e de poutounas, 
Couma lous fringaires fous 
Que se fan jout lous lençôus 
Cent e mila carancbounas. 

Perqué donne quand me pren goust 
De mordre toun peu sedous, 
Baisà tas boucas flouradas, 
Ou toucà toun sen redoun 
Vos degaugnà las que soun 
Dedins la clastra embarradas ? 



Pèr quau gardes toun loi viéu 
E toun sen tant agradiéu, 
Toun front^ ta labra bessouna ? 



AU SEIZIEME SIECLE 391 

Mariez moj tost, mariez, 

Tetin qui Venues et repousses 

Ton gorgias de deux bons poulses, 

A bon droict heureux on dira 

Celuy qui de laict t^emplira. 

Faisant d*un Tetin de pucelle 

Tetin de femme entière et belle. 

Cl. Marot. 

(1534). 



A CASSANDRE 

STANCES 

Quand au temple nous serons 
Agenouillez, nous ferons 
Les dévots, selon la guise 
De ceux qui pour louer Dieu, 
Humbles, se courbent au lieu 
Le plus secret de Teglise. 

Mais quand au lict nous serons 
Entrelacez, nous ferons 
Les lascifs, selon les guises 
Des amants, qui librement 
Pratiquent folastrement 
Dans les draps cent mignardises. 

Pourquoi doncque, quand je veux 
Ou mordre tes beaux cheveux. 
Ou baiser ta bouche aimée. 
Ou toucher à ton beau sein, 
Contrefais-tu la nonnain, 
Dedans un cloistre enfermée ? 

Pour qui gardes-tu tes yeux. 

Et ton sein délicieux^ 

Tes yeux et ta bouche belle ? 



892 AU SIËCt.E SKCjENG 

N*en vos-ti becà Plutoun, 

Aval, après que Caroun 

T'aura tracha *n soun androunaf 

Après toun darriè badal, 
Magra, n'auras gaire aval, 
Qu'una bouqueta passida ; 
Ë quand mort te le veirièi, 
Jamai à degus dirièi 
Qu'ères, tus, moun escarrida. 

Pioi que la vida te ris, 
Cambia, mignota, d*avls. 
Laissa-me ta bouca estenoa ; 
Car tant ièu trespassaràs, 
Qu'aladounc regretaràs, 
Dèstre estada trop oumbrenca. 

Ai ! mourisse quand t'en vas, 
Sarra-te, fugigues pas 
Couma la bicha esfraiada ! 
Que ma man, à tout iou mens, 
Furgue un pauc dedins toun sen, 
Ou pus bas, s'acô t'agrada. 



VOT D'UN PAGES 

A CEKÉS 

Cerès, o grand diva, agacha 
Dansa la cola gavacha 
Das lauraires assemblats 
Pèr la semença das blads. 

Fai que Iou gran noun pourrigue 
De la ploja, e noun perigue 



AU SEIZIÈME SIÈCLE S93 

En veux-tu baiser Pluton 
Là-baSy après que Gharon 
Taura mise en sa naceiie ? 

Après ton dernier trespas, 
Gresle, tu n*auras là-bas 
Qu'une bouchette blesmie, 
Et quand, mort, je te verrois, 
Aux ombres je n*avou'rois 
Que jadis tu fus m'amie. 

Doncques, tandis que tu vis, 
Change, maistresse, d*advis, 
Et ne m'espargne ta bouche ; 
incontinent tu mourras : 
Lors tu te repentiras 
De m'avoir esté farouche. 

Ah! je meurs! ah! baise-moy ! 
Ah! mestresse, approche-toy ! 
Tu fuis comme fan qui trembie ; 
Au moins souffre que ma main 
S'esbate un peu dans ton sein, 
Ou plus bas, si bon te semble. 

P. de lloNbA&D. 



VŒUZ RUSTIQUES 

A GÉRÉS 

Regarde, ô Cérès la grande. 
Danser la rustique bande 
Des laboureurs assemblez 
A la semence des bledz, 

Fay que le grain ne pourrisse 
Par la pluie, et ne périsse 



loj XV SIECLE SEGENG 

Pèr river trop avançât 
Loa 9elhou qu'ai semenat, 

Qu3 la ûougtieula clvada 
Noun se mostre es^ampllhada. 

Que lou jol, nîmai Teng^rani, 
Eatoùtoun pas lou bon gran. 

Qoe grella ni mi chanta aura 
Quand la plana vendra saura 
Nous laissoun pas maehugats 
Lou8 paulîts blads espigats. 

Que lous aucelous raubaires 
Dau fourment siègouu pas laires, 
Nimai ges d'autre feruD 
Une noua met la renda eu fran. 

Pèr contra, qu'embé creissança 
Lou aamp rende la semença 
Que ralaire a' nterrat 
Dejout lou seLhou laurat. 

Ansin aar^. Que ân vouje 
Un picbè de vièl vl rouge. 
Un toupl dé lach cremouâ, 
Una oulada de mèu roua. 

Qu'avans d'èstre sagatada 
Kagnôla à tus inniouladaf 
Pèr esvartà Ions maîans 
Très cops rode ûèstes camps* 

Prou pèr ioî> Finidas sègas 
Vendren embé lous coullôgas 
Tournamai te f^stejà 
Ë d'espigas te cenchà. 



AU SEIZIEME SIECLE 395 

Par Thyver trop avancé 
Le sillon ensemencé. 

Que la malheureuse avéne 
Ne foisonne sur la plaine, 
Ny toute autre herbe qui nuict 
Au grain dont vient le bon fruict. 

Qu'un fort vent meslé de gresle 
Ne renverse pesle mesle 
Le blé sur terre haulsé 
De telle fureur blessé. 

Que les oyseaux qui ravissent 
Du froument ne se nourrissent ; 
Ny ces monstres d'animaulx 
Qui font par tout tant de maulx. 

Mais faj que le champ nous rende, 
Avec une usure grande, 
Les grains par nous enserrez 
Soubs les sillons labourez. 

Ainsi sera. Qu'on espanche 
Un plein pot de crème blanche, 
Et du miel délicieux, 
Coulant avecques vin vieux. 

Que Thostie inviolée 
Avant que d'estre immolée. 
Par trois fois d*un heureux tour 
Cerne ces bledz à Tentour. 

C'est assez. Moissons parfaictes, 
Autre festes seront faictes. 
Et seront tes cheveux saincts 
D'espics couronnez et ceincts. 

J. DU Bellay. 

(Jeux Rustiques). 



396 



AU SIECLE SEGENC 



* 
< # 



Se pèr agué passât sans crime sa jouveoça, 
Pèr n'agu6 pas d^usura endrudit âoun ouatau^ 
Se pèr n'èstre pa 'stat ai traite ni brutati, 
Se pèr agué toujour parlât couma l'on pensa, 

3e pèr s'èstre moustrat tio orne de fisença 
On déu Bé rajouvi davana lou jour fatau, 
Aipoadé d'ara-en-lai, mai qu'un autre mourtau, 
D'esperà un dous vielbun pèr aima recoumpenaa. 

MouQc counsûie anda moun preaent despiohous;^ 
Demande pas a§ Diétis que me rèndoun urous, 
Mai que fagoun dura quauquea aos ma paciença. 

O Diéua, a'avés aouoit de nautres pèr amount^ 
 iéu que lou désire, alargàsi aquel dûu&, 
Ë pèr vdsta pletat, a pèr moun iûûucença. 



A SOUS PÈUS8ES 



Pèuaaes friaats en milanta anelous, 
E mignoutats de gracia tant eoumplida 
Qu'Amour n'a paâ couifura pus poulida. 
Ni lou Zeâr ventau mai laugetrous* 

Couma Ton vei lous banuts parp&lbous 
Voulaatrejà bus Terbeta Ûourida ; 
Ansin, de gaud vouguent faire ciilidai 
Viroula, Amour, sua vestes tourtilhous* 

Pè usses mignota, ûna cabeladura, 
Ounte'n prison soufHs lou mau d' endura 
Mo un paure cor ligat e pestelat. 



AU SEIZIEME SIECLE 



ao7 



Si pour avoir paasë sana crima sa jeunesse, 
Si pour n'avoir d'usure enrichi sa maison, 
Si pour n'avoir commis homicide ou traison, 
Si pour n'avoir usé de mauvaise Ônease» 

Si pour n*avôir jamais violé sa promesse. 
On se doit resjouir en l'arrière saison, 
Je dois à Tadvenir, si j'aj quelque raison, 
D*un grand contentement ûousoler ma vieillesae. 

Je me console donc en mon adversité. 

Ne requérant aui Dieux plus grand félicité, 

Que de pouvoir durer en eeste patience. 

ODteuXi 81 vous avez quelque souci de nous, 
Ottroyez moy ce don, que j'eipère de vous. 
Et pour vostre pitié, et pour mon innocence. 

J. du Bellay. 

{Les Begrcts. — Sonnet XLIl II. J 



AUX CHEVEUX 

Chevaux frisez en mille crespillona 
Ëtmignotez d'une tant bonne grâces 
Qu'Amour n'a point une plus belle nasse 
Ni les Zephirs plus beaux éventillons. 

Ainsj qu'on void les cornus papillons 
Voler joyeux sur quelque verde place, 
Ainsj ce Dieu d'une joyeuse face 
Vole dessus vos crespes tortillons. 

beaux cheveux î o perruque menue 
Où est mon ame an prison détenue 
Et mille cœurs attacher e liez, 



1 



398 AU SIECLE SEGENC 

S'avés desl que raoun lahut vous lause, 
Que soun ressoun sus terra e mar se pause, 
De vôste or fl, que siègue encourdelat. 



Pioi que moan amistat te vèn à desplesl, 
Pioî que toun iol divenc de iéu gaire 3*en chaata, 
Que fas res pèr garl moun ama tant malauta. 
Que pèr toun serviciau m^as pas yougut causl ; 

Pioi qu'à me tourmenta emplègues toun lesi. 
Qu'à ma cauda passioun touta pietat desfauta, 
Que me vejent soufri, de gaud rousls ta gauta, 
Pioi que pèr toun amour la mort me vèn sasl ; 

Pioi que de ma doulou se trufa toun traitige. 

Que mai soumés te soui, mai creis toun michantige, 

Pioi que pèr te servi n'auriès pas prou d'un Dieu ; 

Pioi que m'as cresegut e nèsci e sounja-fèsta 
Pioi que garde pamens un pauquet d'ime en testa, 
Pioi que m'aimes pas pus, vole te dire adieu. 

P. Chassart. 



AU SEIZIEME SIECLE 399 

Si VOUS voulez que par toute la terre 
On vous louenge au son de ma guiterre, 
Encordez-la de vos brins déliez. 

GuT DE Tours. 

(Souspirs Amoureux, — Pourtrait de 
son Bnto. — Sonnet I.) 



Puisque moun amitié te vient à desplaisir, 
Puisque ton œil divin ne m'est point favorable, 
Puisque tu n*es en rien à mon mal secourable, 
Puisque pour ton servant tu ne me veux choisir; 

Puisqu'à me tourmenter tu mets tout ton plaisir, 
Puisqu*à mes passions tu n'es point pitoyable, 
Puisque tu t'esjoujs de me voir misérable, 
Puisque pour ton amour la mort me vient saisir ; 

Puisque de ma douleur ta cruauté s'augmente, 
Puisque plus j'obéis et plus tu me tourmente. 
Puisque pour te servir il te faudrait un Dieu ; 

Puisque je ne suis pas un sot ny une beste. 
Puisque j'aj quelque peu de raison en ma leste, 
Puisque tu n*ajmes point, je te veux dire adieu. 

Guy de Tours. 

Souspirs Amoureux, — Deuxième livre en fa tout 

de son Anne. — SoDûet XXVII.) 



VICTOR HUGO ET SES SOURCES 



AYMERILLOT, — LE MARIAGE DE ROLAND, — 
LES PAUVRES GENS 



Oo sait avec quai tapag'e les enExemU de aoa poètêa classiques 
leur ont reproclié leurs nombreusôs icnitations. Mais oq sait 
aussi avec quel succès, si Ton preul la peine de comparer à 
aes modèles un de leurs chefa-d'eeuvre, il triomphe de cette 
épreuve. Jamais Molière et Racine ne nous apparaissent pluâ 
vraiment créateurs que là oh ils ont cru devoir mettre à profit 
ce qui était enfoui entre cent fadaiseiâ dans l'œuvre médiocre 
de quel prédécesseur estimable, 

La même épreuve commence à s'imposer pour les œuvres 
de Hugo : car on a découvert qne plusieurs de ses plus beaux 
poëmca avaient une source. Comme on ne supposait pas 
qu'une imagination aussi féconde eût pu avoir, elleauasi^ besoin 
d'imiter^ on a été tout d*abord un peu contrarié d'apprendre 
qu'elle n'avait pas toujours tout tiré d'elle-même, et peu 9*en 
estfallu qu'on n'ait contesté au poète la paternité dM^Fîiei'iY/of, 
du Mariage de Roland et des Pauvres Gem^ Mais il n'est que 
d^j regarder de près : loin de s'évanouir dans cet examen* 
roriginalité de Hugo en sort plutôt grandie ; car il est chez lui^ 
comme chez nos classiques^des beautés de premier ordre dont 
on sentmaUe prix jusqu'au jour où elles noua sont pour atnai 
dire révélées par Tétude de ses modèles. 



I 



n 



Gr&ee anr recherches de MM, Louis ûemaiaon, Raoul Ro* 
sières et Eugène Rigaî, nous savons maintenant où Hugo a 
puisé le sujet à" AymeriUot : ce poème n'a pas eu diantre source 



VTCTOfl HUGO ET SES FOLTRnES 401 

qu*iaii article publié par Aohilie Jabiûal, le 1*' novembre 1846, 
dans te Journal du Dimanche \ 

Li'^Hrticle est intitulé ; Quelques romans chez nos aieujc et Tau- 
teur s*j propose de donoerau grand public une idée sommaire 
de la mâgciiûqae épopée française du moyen âge. Après quel- 
ques consîdéfatîo?>s g'^nérales, il traduit ou résume, au vers 
1S5 au vers 771 environ, k chanson d'Aijmen de Narùanne* 
CTêst ce récit que Hugo a eu sous lâs yeux, sans qu'il ait 
connu ni le poème du XI fl* siècle, ni un article publié par 
Jubinal, en 1S43, dana k Mu&ée des FanulkSt et où le même 
fragment de la vieille chanson était cité, maia avec un certain 
nombre de variantes. 

Comment Hugo a-t^tl utilisé aon modèle? La publication 
<|Uô MM. Glacbant ont faiteide plusieurs manuscrits du poète 
a permis de constater qu* Aymeriltot avait pas^é au moins 
pa^r deux états successifs ^. 

Dans une première rédaction, Hugo avait suivi Jubtnal paa 
à- pas, et te traduisant, le reproduisant, pourrait-on dire, gar- 
dwLnt tout ce qui pouvait se garder, modifiant surtout e .r les 
Sollicitations de la rime ^ i» Dans cette version les cor- 
rections uo peu importantes faites au texte du modèle se ré-^ 
^ ^i^ent, en effet, à ceci : le discourg de Gérard de Roussillon, 
'^^ Jà, très bref, a été coodensé en un seul vers ; le rôle du comte 
^^ Qand a été ajouté : le discours du comte a été fait, d'ail - 
*^Urâ| en partie avec quelques mots qui n'avaient pas pu 
* l'Oliver place dans la répoose d*un autre pzeux; la liste des 
t*^ï*s on nages qui refusent rbonneur de prendre Narbonne sans 
4^*oii lea fasse parler a été allongée et chacun d'eux a été 
*^^ra.ctérisé en deux mots ;rattitude de Charlemagne au cours 
^s divers interrogatoires a été complètement changée, et de 
*^ti discours final on doit reconnaître que Jubinal a fourni 
®i ttipiement le canevas. 

.. * ^oirdanâ La Rei*ue d'hi^Qire iitiéraife de laFrance^ ISjatiYÎer 1900, 
^^^Icle do M, Rigal : Comment oné été compifséx Ai/meriltùf el te Marittt/e 
'■^^ ^iColmd. 

^eime univerniaire, 15 mal i^'^X (Note^ crilifiues mr trois poèmes 
^^ ^«« Légende des siècles: Àtptiùriitot^ Èviradnus^ La confiance du mat» 
***** Fabri:e^ 

* B. Rigal. Âriide cUé, 



m 



40i 



VICTOR HUGO ET SES SOORCES 



Dans la deuxième rédaction quelques modifications nàti- 
velles se sont ajoutées aux précédentes ; la description de la 
Tilla a été uo peu développée ; les dicours du due Naymes et 
du ûomto de Oand ont été enrichis de plusieurs vera ; Je por- 
trait d'Âjmerillot a été imaginé ; enfîn tout un épisode a été 
introduit, celui qui met en scène Eustache de Nancy, vaillant 
soldat que Charlemagne essaie de séduire^lui, par les difgeuUés 
de l'entre prise. 

Malgré ces corrections et ces additions successives, on Toit 
que le texte déûnliif ô* A y mer îiioC s'éloigne très peu du texte 
de Jubinal. On s'en rendra mieux compte en lisant la très 
une étude oii M, Rigal a rapproché d'un bout à l'autre rimi- 
tation du modèle. On sera tenté en Tache van t de dire que 
Hugo n'a pas imaginé autre chose que des détails. Et on peut 
bien le dire» en effet, si on le veut : seulement la question se 
pose de savoir si ce ne sont pas ces détails qui donnent au 
poème toute sa valenr et tout son intérêt. 

Qu'j a-t-il donc dans Aymerttlût ? 

D'abord le tableau très pittoresque d'une armée qui bat 

en retraite après une longue campagne. Et telle est la 
généralité de ce tableau que nous ne pouvons relire le poèJOie 
sans songer aussitôt à Tannée terrible. Ces bannières trouées^ 
ces chevaux boiteux, ces soldats qui marchent tristement 
devant eux^ ces visages tout noirs et tout brûlés, ce capitaine 
qui a un ulcère aux jambes, ce cavalier qui n'a plus à sa selle 
une boucle qui tienne, ces fantassins qui se plaignent d'avoir 
<< la goutte aux reins, Ten torse aux pieds» aux mains T am- 
poule n, comme nous les connaissons! Nous les avons vus de 
nos jeux et nous les avons revus dans les tableaux d^'Alphonse 
de Neuville* Beaucoup d'entre nous ont été eux-mêmes ces 
personnages. Ce sont nos propres souffrances quMls nous rap- 
pellent, ou celles de nos pères. Ce sont aussi celles de nos 
grands-pèrea, les béroïques survivants des dernières guerres 
de TEmpire, Et Ton sent bien que si le poète n'avait pas 
entendu conter cent fois dans sa jeunesse la retraite de Russie 
et la campagne de France, il n'aurait pas donné à cette pein- 
ture d'une armée harassée par les combats et par les marches 
an caractère d'une aussi éternelle vérité. 



I 



I 




VICTOR HUGO KT SES SOURCES 4 03 

Je dîa ti donné i>; car oQni bien à Hugo que le tableau doit 
sft généralité. Sans doate, il avait trouvé dana son modèle 
quelques indications. Mais c^est lui qui a ajouté les mots les 
plus heureux: 



Jen^'aî plus à ma seil*? une bande qm tienne».. 

La gouUe aux leinaj 1 ontorso aux pieds, aux mains Tampoule. 

Et û'eât lui qui a vu qu'il fallait, sans multiplier ces détails 
à rexcés, les (iissémin^^r dans les discours de tous les peraoo- 
nages. 

Très générale par certains traits, la peinture est par dian- 
tre s traits tout à fait particulière. Cette armée qui descend 
des Pjrrénées est une armée du mo^en âge. Hugo insiste sur- 
toutf et avec raison, sur un caractère : c'est une armée com- 
tuandée par des cavaliers tout habillés de fer. <* Foin du 
cimier! « dit Tun. « J'ai trop porté haubert, maillot, casque 
et salade t>, gémit un autre. Un troisième se plaint que « par 
le chaud, par le froid », il soit « vêtu de fer »k Uo quatrième 
t^e^arde d'un œil sombre « son vieux gilet de fer rouillé, » Et 
aajis doute Jubinalavait dit d'un des héros qu'il était las d'avoir 
^té « par tous les temps vêtu de fer, u Mais il n'avait ])as 
compris que pour évoquer la vision de l'armée du moyen âge 
il devait remettra sous uos yeux, à diverses reprises, le fer 
flés armures, le fer coEvrant les tètes, les bras et les poi- 
t;rioes. 

Il n'avait pas su davantage agrasdir son sujet, Hugo, lui, 
y a BÎ heureusement réussi — et il n'a point eu besoin pour 
oela d'accumuler les détaila, les ayant bien choisis — qu'on 
^etit affirmer que dans son poàme revit toute la guerre du 
itioyen âge : la vie des campa, les noirs clairons sonnant au 
point du jour, le cliquetis confus des lances ennemies entendu 
^e loin, les machines de guerre « les villes munies de tours 
a.Tec des toits d'étain et des mâchicoulis ruisselants de poix et 
cie réaine, Encore n'est*ce pas assez dire, et Toq doit ajouter 
c|a# l'auteur d'/lymm//oi a ressuscité toute la poésie des moeurs 
ûu moyen âge, surtout celle des noms propres, des titres 
sonores, des légendes fabulenses. Et par quel artifice? Tou- 
jours par le même moyen ; à raide de quelques détails d'une 





404 



VICTOR HUGO ET SES SOURCES 



puissante vertu pittoresque, qui ont été dissémmée dans les 
différentes parties da poème ou condensés dans certains pas- 
sages, et dont la plupart ont été mventéâ par Hugo Itii-même 
ou n^ont pris toute leur valeur qu'en recevant de lut une nou- 
velle place* 

Mais le tableau de Hugo o'est pas seulement pittoresque; il 
est aussi moral. Le poète, qui s'est intéressé aux blessures des 
jambes^ au pas boiteux des chevaux, à la rouille des armes, 
s'est intéressé davantage encore aux tristesses des cœurs et à 
la dépression des volontés. Et comme cetta peinture des âmes 
est dramatique! Elle est toute en action* Aucune aualjse* 
Rien que des discours, et combien vrais I combien significa- 
tifs ï Tous les mot« qui traduiront toujours le regret du foyer 
depuis trop longtemps quitté et le dégoût des armes trop 
longtemps portées, nous les avons là. Familiers^ crus, imagés, 
ce sont de vrais mots de soldats: « J'ai besoin de mon Ut, — 
Voilà plus d'un an que je n'ai couché nu. — J'en ai asseï de 
m'endormir fort tard pour me lever matin* -~ Je désire un 
bonnet de nuit. — Jf*ai des terres ailleurs, — Ma femme va« 
t-elle seulement me reconnaître? — Nous voulons nos lûgt8, 
nos fojers, nos amours, m Mais de ces mots, où se trahît ai 
énergique ment Tesprit qui anime cette armée découragée, qui 
donc a imaginé les uns et mis les autres en relief? On n'aura 
pas de peine à croire que ce n'est point Jubinal, ni le viens 
trouvère. 

C*est Hugo encore, et c'est lui seul cette fois, sans que son 
modèle la lui ait suggérée d'aucune façon, qui a eu Tidée de 
donner aux différents héros une physionomie individuelle. 

Sans doute, les personïiages d'j4ymeîT7/ôf ne sont point aussi 
distincts que le sont ceux d'une fable de La Fontaine, par 
exemple ceux du Meunier, $on fiis et l'une. Ceux- ci parlent 
beaucoup moins que ceux-là. Chacun d'eux ne dit guère quo; 
quelques mots^ mais il se met tout entier dans son bref 
dîscoursi et si parfaitement qu'à Tentendre on devine aussitôt 
et son âge, et son caractère^ et ses occupations. Tous sont 
du peuple et tous s'accordent à proclamer que le Meunier est 
un sot ; mais leurs raisons ne sauraient être plus différentes, 
ni leurs paroles moins semblables. C'est que tel est jeune et 
q^e tel est vieux ; que les uns sont des marchands et que les 



VICTOR HUGO ET SES SOURCES 405 

autres sont des paysans ; que celui-ci prend la vie au sérieux 
et que celui-là la prend en badinant. Par exemple, quel est 
donc ce quidam qui invoque, non la raison, mais la mode, et 
qui donne comme argument un refrain de chanson ? Et quels 
sont ces hommes sensibles qui reprochent aux meuniers de 
n'avoir «point de pitié de leur vieuxdomestique»? A leur lan- 
gage je les reconnais sans peine. Ce quidam est un jeune 
homme, le coq de son village : jojeux drôle, qui s'en va à la 
foire pour boire du cidre bouché, consulter les pythonisses et 
faire danser les filles. Que lui importe, à lui, de lasser sa 
monture! La vie n'estelle pas faite pour qu'on en jouisse, et 
les baudets pour qu'on aille « à Taise s, et les foires pour qu'on 
remplace les bêtes crevées ? Ces gens sensibles sont de braves 
fermiers, qui se rendent à la foire pour vendre leurs légumes 
et leurs œufs: hommes pratiques, qui portent à leur vieille 
bourrique une affection proportionnée à Targent qu'il faudrait 
débourser pour en acheter une autre. Il est impossible de 
donner plus nettement en moins de mots l'impression de la 
diversité des âmes. 

L'auteur d'Aymerillot ne la donne pas aussi bien avec de 
plus longs discours. Et il est douteux que l'idée de prêter un 
caractère à ses personnages soit la première qui se soit 
présentée à son esprit. Ou plutôt, on peut soutenir qu'elle ne 
lui est venue qu'accidentellement. C'est ce que M. Rigal a 
bien montré. Le poète, dit-il en substance, voulut faire, si 
l'on peut dire, un sort à un joli mot qui n'avait pu être utilisé 
dans le discours de Hue de Cotentin : « Vous m'offririez tout 
l'or de Pépin pour prendre Narbonne que je ne la prendrais 
jamais. » Il désirait mettre Pépin à la rime avec pain comme 
rime correspondante. Un des contradicteurs de Charlemagne 
allait donc regretter d'avoir manqué de pain. Qui serait cet 
homme pratique? Un Flamand, le comte de Gand. 

Et voilà introduit dans l'histoire un personnage qui a une 
physionomie originale. Mais voilà Hugo tenté d'en donner 
une à chacun des autres. Naymesestun vieillard: le poète en 
fera un sermonneur. Gérard de Roussillon, dans le texte de 
Jubinal, prononce seulement quelques mots : son discours 
sera encore abrégé : il sera réduit à un seul vers; et, comme 



406 



Vie L'y H HUGO ET SES SOURCES 



ceux-là qui sont silencieux aoot gônérabmoîifc tristtîs, on 
imposera à ce capitaine un regard sombre : 

Gérard de RouasilloiL regarda d*un oeil aombrc 
Son vieux gilet tie fer rouillé, le petit nombre 
De ses soldats marchant tristement devant eux. 
Sa bannière trouée et ion cheval boitetix. 

ti Tu rêves, dit le roi, comme uu clerc en Sorbonne, 
Fautril donc tant songer pi)ur accepter Narbonne ? 

— Roi, dit Gérard, merci, j*ai des terre» ailleurH. w 

Au soldat taciturne s'oppose naturellement le »oldat ba?&rd ' 
et gai. Hugo, pourtant, ne s'est pas avisé tout de suite de co I 
contraste» Mais il l'a introduit danâ sa deuxième rédaction, 
et i^ a créé le personnage d'Eustache^ verbeux, spirituel, 
fécond en mots de caserne, aimaût le danger pour lui-même^ 
si bien que Gharlemagne essaie de le séduire par la difâculté 
de Tentreprise, Vrai tjpt^ de troupier français, d^'oa conve- 
nait-il de faire venir cet Eustache? La chose était indiquée :J 
il devait être né en terre lorraine \ i) devait être le oomtê dd 
Nancy* 

En même tomps qu*elle imaginait le rôle d*Ëuâtachef là^ 
deuxième rédaction accentuait le caractère aermoaneur du^ 
discotirs de Naymes et le caractère prati^^ue du discours ditJ 
flamand. Et ainsî^ dans le texte déânitif, leâ personnages, sana i 
être marqués d'une enftpreinte ansai individuelle que le aontJ 
les héros d*une fable de La Fontaine, ont revêtu cependant^ 
chacun une physionomie : tous refusent Thonneur de prendre 
Narbonne ; mais ce n*e3t pas sous le nié me prétexte, et avec 
les sentiments varient les éloquences* £i le poème d^4l/nté- 
i-iV/a/fait songer à ce fïimcux tableau de Meissounier qui porte 
comme titre la date de 1814, où derrière le nouveau Charles* 
magne, dont la figure trahit la résolution de continuer encore^ 
et toujours la lutte^ on voit se dérouîer une lougae ûlû 
d'officiers généraux, dont aucun — toute leur attitude le dit 
clairement — ne veut plus se battre : mais s'ils sont tous las 
de la guerre, on lit sur leur*^ visages que c'est pour des raisons 
bien diflé rentes. 

Hugo, qui a créé de toutes pièces les caractères de NajEnes, 



VICTOR HUGO ET SES SOUBCES 



40t 



dâ GérBrd, d'EasUche, du comte de Gattd» a dû refaire presque 
eûtjèrement le rôle de Charlem&gne. Il n'a pa» iûvetité son 
indignation! ni le thème do son discours ; mais à cette rojale 
colère li a donné Téclat, Tabondance, ia majesté qu'elle corn- 
portÉtît: n'était-ce pas ce qu'il y ft?ait de vraiment dîificile à 
trouver? 

Ce qui n'offrait paSi peut-être» moins de difficulté, c'était de 
prêter à Tempereup jusqu'à Téxplôsion finale une attitude 
convenable* Ici le poète s'est presque (?f>inplètement séparé de 
son modèle. Chez Jubiual, comme sanâ doute chez le vieux 
trouvère, Charleraagne, après le discours de Naymea, jette un 
grand rire; après la réponse de Dreus^ il rougit et s'enflamme j 
après celle de Hue» il éclate en saiifïlotâ. Le trouvère s'est dtt^ 
je pense, que tout chez le grand empereur devait être violent. 
Il a pensé aussi que la colère de Charles paraîtrait plus natu- 
relle si elle était précédée de quelques éclats. C'était mal rai- 
sonné. Peut-être Hugo, de son c6té, o'a-t-il pas tant songé à 
la vérité du caractère qu'à l'effet du récit. Je le soupçonne 
d-'avoirfait simplement ce raisonnement: moins le lecteur aura 
prévu le rugissement du lion et plus il en sera saisi. Maia 
quelle qu'ait été l'origine de sa correction, sa correction ce 
pouvait être plus heureuse ; elle donne è. Charlemagne la seule 
attitude qui soit conforme à la vérité: le prince se contient 
tant qu*il conserve des illusions. 

On sent, d'ailleurs, à des signes non équivoques^ qu'il perd 
peu à peu sa confiance, 11 interroge le deuxième preux avec 
moins d'assurance que le premier et ie troisième avec moins 
d'assurance que le second [ encore après la réponse de celui-ci 
est-il demeuré un moment pensif. Auprès du quatrième il 
plaide longuement sa cause» Avec le cinquième et le sixième 
il change de tactique et^ comme s'il était sûr du succès de sa 
demande, il étale les dangers de Tentreprlse. 

Rien n'est plus naturel que toute cette conduite de Charle- 
magne; et l'on remarquera que tout en a^^ant le mérite d'ac- 
corder Tattitude du héros avec son caractère, la correction 
de Hugo a Favantage dMmprimer au récit un véritable mou- 
vement et de préparer le dénouement sans cependant en do- 
fiorer l'effet, Or, quelles sont les qualités esseutielles d'une 
narration, si ce n'est d'avoir du mouvement et de préparer le 
dénouement I 



40Ç VI CTO H HUr,0 ET SES SOUHCES 

A Goi qualités eapitales lo recîi de Yictor-Hugo en ajoû! 
d*autre9, moins nécessaires, mais bien intéressantes. Âveo] 
quel art, par exemple, le conteur souligne les moments déel-^ 
aifs de raction 1 Tantôt, c'est par une coupe : 

Ub refuaérent tous. 
Tantôt, c'est par un vers i^iein : 

Hugo de Cotentin salua TEmpereur. 
L'Empereur se tourna vers te comte de Gand, 
Cfaarle en vojant ces tours tre^eiiUîe sur les moats. 
Le vieux HtLymes frisa onne à m qu'il vietlt d*6£i tendre. 

Tantôt, c'est par un distique; 

L'Empereur répondit au duc avec bonté : 
» Duc^ tu ne m'as pas dit le nom de la ctté^ # 

L'Empereur souriant reprît tî'uu air trauquille: 
w Duc, tu DC m'as pas dit le nom de cette ville. » 

Avec quel bonheur encore il remet eà et là sous les yetii d 
lecteur le théâtre de Taction: la montagne! 

Le bon cheval du Roi frappait du pîed la terre 
Comme s'il comprenait : sur le mont solitaire 
Les nuages passaient. 

Voilà comme parlaient tous ces fîers batailletirâ 
Fendaat que les torrents mugissaient sous les cbèues. 

Il n'est pas néoeasaire d'insister davantage. Car, ou le voit 
claireraent: Hiigo asuivi Jubîtial pas à pas; et cependant tout 
ce qu'il j a ^lans le pitèmc de psychologie, presque tout ce^ 
qu'il y a de qualités pittoresques et narratives, c'est lui qu^| 
Ty a mis, A *jmeHiht est donc bien à lui, A moins que les fables 
du Meumer et de VAioueffe n'appiirtiennent pas à La Fontaine, 
Car La Fontaine n'a pas modifié les récits de Malherbe et 
d'Âulu'Gelie plas que Hugo ii^a modîâé celui de JubînaL Son 
génie créateur ne s'est exercé» semble-t-il, que dans les détails. 
Mais, en y regardant de près^ on s'aperçoit vite que des idées 




VI CTO K HUGO ET SES SOOftCES 109 

générâtes qui ont prt^sitlé à riDY&ntioii de ces détails, que d'elles 
seules les deui fables reçoivent leur sens et leur beauté. 



Il 



DdDs rarticle raéme où il citait un fragment d'^yw^n^ Jubi- 
nal analysait aus^i un épissode de Girard de Viane, a Cet épi- 
sode nous montre Chariemagne mettant le «iè^e devant 
Vienne, Roland provoqué par Olivier, Olivier et Roland une 
seconde fois sur le point de se battre et dérangés par Aude, 
enfin le combat singulier des deux: preux dans une tle du 
Rhône', i} Cette dernière partie du récit, tel que le résume 
JubJnal, a été la seule source du Marltge de Roland, 

Ici encore le poète a suivi son modèle de prés. Il lui a 
emprunté la marche générale de sa narration, ses principaux 
épisodes et souvent dea phrases aniièresjl me snfârade citer^ 
pour qu'on s'en rende compte, un fragment du texte He Ju- 
binai : 

Une fois afrivés dans Tîle, les deux héros marchent droit Vnn h 
TauÈre, et le combat comiiience. Ils n*ciQt pour témoiûs que Im bate- 
liers qm les ont coudiûts. Après une lutte qui dure uo temps consi- 
dérable, Kolancl tue le cheval d'OlivitH% fait tomber son c^asque, et 
bme Tépée de sou vaillant adversaire. — Celui-ci recommande son 
ime À Dieu et i'apprôte & mourir. Roland devine sa pensée : u Oli- 
vier, lui dit- il, je ^uia le ne voit <iu roi de F^âl1I^^ et je dois agir 
comme uu franc neveu du l'oi ; je ne puis frapper un ennemi ilësarmë ; 
va donc chercher une autre épée qui soit de meilleure trempe, et fais- 
mot en même temps apporter à boire, car j'ai soif. 

« — Merci, Roland, dit Olivier^ je vous sais bon gré de votre 
parole. » Il va trouver alors le miiriuier qui i^avait atnené et lui 
donne Tordre d'aller â Vienne chercher du vin et des armes. Celni-ci 
revint bientôt avec du meilleur vin do Gémrd contenu dans un vase 
d'or, et deux épées^ dont Tune était la fameuse Clos amont, nommée 
mmï Hautecbire, qui avait^ selon la légende, appartenu à Tempereur 
Constantin, Obvier donne À boire t Roland* et le comb^it recoiuuuence, 
n Le bruit eu était sî fort, dit le poête^ qu'on Tenteudait de Vienne 



f l'emprunte Fa nal j se de M. Elgai, article ciié. 




410 



VICTOR HUGO ET SES SOOBCES 



grondant comme un orago et qwe àeê éclairs sorUdeut des épém. n 
Le jour tout eutter sa passe mUBÏ. Enûn le soleil baisée à rbomon et 
la nuit arrive* 

u Olivier, dit Roland, je me lens malade. Je voudrais me reposer; 
oar je ne puii plus tne soutenir. — Soit, dit Olivier, je veux vous 
vaincre avec mon (glaive, non avec la maladie* Dormez sur l'iierbe 
verte, je vou-s éventerai de mon casque» afin de vous donner de Fair, — 
Vasaalp répond Roland, je ne voulais que vous éprouver, mais je puis 
combattre encore quatre jours et quatre nuits sans me reposer. » 

Aussitôt le terrible duel recommence, 

Cependant rimitationaété cette foi» beaueoup moins fidèle, 
et, pour ne pm signaler quelques déiaila sang grande impor- 
tanoe, Hugo n'a paa héaité à retrancher deux épisodes. Le 
premier est celui des émotions de la belle Aude, que Jubioal 
analysait ainsi : 

De son cdté, la belle Aude se trouve dans une singulière situation. 
Son frère est- il vainqueur, c*est son amant qui pérît. Son amant estnl 
victoriem, il Test par le trépas de son frère. Cette position n'est pas 
sans analogie avec celle de Cblmène et du Cid. Ce sont à peu près 
les vers de Corneille : 

. , . Û Dieu l l'étrange peine l 

En cet affront mon père est 1* offensé 

Et l 'offenseur le père de Ghimène. 

Aussi la belle Aude fait-elle entendre des gémissements : — a Ab! 
beau frère Olivier! que dur est mon destin! Si je vous perds^ jamaii 
je ne serai épousée par Roland, et l'on fera de moi une nonno voilée, n 

L'autre épisode qui a disparu est celui de l'^interventioti 
divine, dont Edgard Quinot avait parlé avec enthausiaâme ', 
et que je cite encore dans le texte de Jubinal : 

Le jour trouve les deux guerriers toujours combattant, et, à la fin de 



i « Tout cola n*C53t"il patjjsinguliêremont grand, fier, énergique? » écrit 
QuîneL après avoir résumé cct'éplâode. < Le tremhiament do ces deuï 
bommea inrincihlefl d^svant le séraphin désarmé, n'est-ce pas là une 
invention dans lo vrai ROùt dy rantiquitc, non romaine, mais grecque; 
non ^} ^.Jintine, mais homérique ? v Quineti Bintoire de iu poéiie^ eité par 
Hi^ai, mèm& article. 



VICTOR HUGO ET SES SOURCES 411 

cette secoDde journée, ils allaient peut-être périr chacun de fatigue, 
quand le poète, par une hardiesse bien rare en ce temps et tout épi- 
que du reste, fait intervenir la puissance suprême : un nuage couleur 
de pourpre vient s'arrêter au-dessus des deux guerriers ; un ange en 
descend, le signe de la rédemption à la main, et, se plaçant entre 
eux, il leur ditqu^ils ne doivent point périr ainsi par la main Tun de 
I .iiiti'c, mais on combattant^contre les infidèles. Et il les ajourne à 
Ronce vaux. 

 cette vue et à ces paroles, les deux héros se prennent à trembler. 
Bientôt ils se jettent dans les bras Tun de l'autre, délacent mutuelle- 
ment leurs capuchons de maille et vont s'asseoir en causant sous 
un arbre, les pleurs aux yeux, comme deux frères longtemps séparés 
qui se retrouvent. <( Olivier, dit Roland, vous êtes, après mon oncle 
Charlemagne, Thomme que j'aime le plus au monde. — Pour vous 
prouver que vous ne m'êtes pas moins cher, reprend Olivier, je vous 
donne ma sœur Aude. » 

Faut-il regretter que Victor Hugo n'ait point conservé ces 
deux incidents? Je ne le pense pas. La principale beauté du 
poème uie paraît dériver, au contraire, de leur suppression. 

Dans la version imaginée par Hugo, Roland connaît proba- 
blement de réputation la beauté d*Âude aux bras blancs ; mais 
il n'est pas fiancé à la sœur de son adversaire; il n'en est pas 
aimé, et Ton ignore le motif de la rencontre. L'histoire du 
duel se résume, dès lors, ainsi : 

Deux jeunes gens se battent. Pourquoi? On ne sait au juste. 
Tout simplement sans doute pour mesurer leurs forces. En se 
battant, ils s'aperçoivent qu'ils sont égaux en vigueur, en 
souplesse, cnbeauté, en courage, en généroa.té, en délicatesse; 
et à la haine se substituent insensiblement dans leurs cœurs 
la sympathie, Testime, Paffection ; bref, ils reconnaissent qu'ils 
sont dignes d'être frères; le seul dénouement logique de leur 
combat c'est qu'on effet ils deviennent frères. 

— Mais ce dénouement ne se fait-il pas attendre bien long- 
temps et n'est-il pas trop brusque? — C'est que la haine a des 
retours. Tel est l'efi'et naturel de la lutte. Tout à l'heure les 
deux ennemis causaient sans colère au pied d'un arbre ; mais 
ils sont de nouveau aux prises, et 

Voilà que par degrés de sa sombre démence 

Le combat les enivre : il leur revient au cœur 

Ce je ne sais quel dieu qui veut qu'on soit vainqueur. 



4U 



VIGTOH HLUiO ET SES SOURCES 



Ëi puiSf ils sont dôs m m pies» étant det enfants et étaof; de@ 
héros* Ils D^otit pas appria à s^analyset et révolution qui trans- 
forme chez eux l'aversion en amour se fait à leur insu. Â ces 
&m6S naïves la vërite ne peut apparaître que « tout à coup «, 
et c'est le plus jeune des deux, le plus doux, le plus aimant, 
« aigle aux yeux de colombe »» qui doit le preroier voir clair 
dans sou cœur; mais aussitôt que Tautre auraeuteudu ïe mot 
révélateur, le mot qui lui expliquera ce qui s'est passé coiifu- 
sément en lui, il acceptera avec enthousiasme la seule saîu- 
tioD qui s'accorde avec ses nouveaux seuttoientâ* 

Il n'y a pas de dénouement qui soit plus nature^ quoique à 
preraière vue moins préparé, que celui du Mariage de Roland^ 
ni de [^oèuie qui soit» en dépit des apparences, d'une psycho- 
logie plus sûre. Comme dans une oeuvre classique, c*est rime 
des personnages qui est le théâtre de l'action et le mouvement 
du drame vient du dedans^ non du dehors. 

Par îa suppression du rôle de la belle Aude et de Tapparition 
céleste, Tiatérêt psychologique, qui était faible, ou, pour mieux 
dire^ à peu près nul, dans le poàme du XIIP siècle, a donc été 
introduit dans le sujet et j est devenu le principal 

— Les deux épisodes sujjprimés n'avaient-ils pas leur in- 
térétl — Oui, sans doute. Mais comme Hugo a su compenser 
ce qu'il perdait! 

Jubinal notait rian^ son article que la situation de la belle 
Aude nMtaJr. pas sans analogie avec celle de Chimène. Cette 
comparaison a été pour Hugo un trait de lumière : puisqu'il 
était obligé de sacrifier le personnage de Chimène, il donnerait 
un rôle à don f>lègue» 

 chaque tournant de Inaction le poôtCp en cifet, fait appa- 
raître le vieux GéranL C'est lui qui a habillé Olivier pour le 
combat : 

11 fut pour ce combat habillé par son père. 



Quand Tentant est désarmé, chez Jubinal, il se recommande 
h Dieu ; chez Hu^o, il songe d^abord à son père et « se tourne » 
ensuite a vers Dieu s. Quand Roland demande une autre épée, 
Olivier, chez Jubinal, donne au marinier ^ Tordre d'aller à 
Yienne chercher du vin et des armes » ; chez Hugo, il enjoint 



VICTOR HUGO ET SES SOURCES 41S 

au batelier « dt dû-e à son fjèr*^ qti*ii faut une autre épée à Tun 
d'eux et qu1i fait chaud n ; et c'efit le viôux comto qui choisit 
Tépée, qui choisit le vin : 

I/homme a vu le vieux coniLe : il rapporte une épëe 
Et du vin. 

Le quatrième jour, ïe vieux Gérard envoie un devin regarder 
girr les tours où eu est le combat: tant II est impatient que 
n son enfant revienne » I 

Par la part que le vieillard prenrl k Taction, Tintérêt du 
drame est doubla Tant que Ton tremble pour la vie d^Olivier, 
on trembîe aussi pour celle de Gérard : car il mourrait du coup 
qui frapperait son enfant. Mais quand on voit le jeune homme 
vivre^ et vivre pour devenir le frère de Roland, avec quelle 
joîe n*applaudit-on pas à un dénouement qui donne un fila de 
plus (et quel fils!) à ce vieux père aimant î 

Si Tépisode des émotiona de la belle Aude a été remplacé, 
et avec avantage, par le rôle de Gérard, de répisode de l'ap- 
paritîon angélique Hugo a retenu quelque chose: 

L@a béroâ achèvent sans colère 
Ce quHls disaient» Le ciel rafjonne au-dessus d*eu0. 

Mais ce n'est [dus ici un rajon miraculeux; c'est Tëclat 
naturel d'un jour de soleiL Qu'est-ce k dire, sinon f|U*à Tin- 
fluence divine est substiLuée rinliuence de la nature? Tandis 
que Tardeur de la lutte entretient dans les cœurs Le désir de 
vaincre, la beauté de la lumière y inspire le désir de vivre. 

Ceux qui regretteront comme plus épique Tintervention 
directe du messager ccleate î^ongeront, d'ailleurs^ que dans la 
pensée de Hugo la nature est rinstrument de Dieu : il y a donc 
bien encore ici du merveilleux, quoique le merveilleux soit 
très discret. 

Ils considéreront aussi que Hugo n'a jamais fait peut être 
de récit qui fût davantage dans le vrai goût de Tépopôô 
homérique* 

Semblables aux Sarpédon et aux Patrocle, les deux héros 
ont une force surhumaine; déraciner un ehéue ou un orme, 
lutter à grandi coups de troncs d'arbre, combattre pendant 



414 



VICTOR HUTtO KT ses SOURCES 



I 



ciûq jours et cinq nuits sans prendre ni sommeil ni nourri- 
ttire eat uq jeu paar ces géants: et nous voilà en pleine ■ 
légende, Mais le poète nous fait voir les morceaux de heaume 
et de haubert qui sautent dans Tlierbe ei dans le ûeuve^ les 
longs fliets de sang qui rayent les brassards, coulent des 
crâinî* et descendent dans les jeux » les souffles âpres et 
chauds qui s'empreignent sur les armures; il nous fait enten- 
dre le tressaillement de Tîle, le bruit des ronces remuées, Ift 
sifâot du vent qui trempe les brins d'herbe dans Peau; et 
nou^ voilà en plein réalisme. Or, y a-t-il rien de plus cou- 
forme aux habitudes des poètes primitifs que ce mélange per- 
pétuel de légende et de vérité, d* ^igantet^que et de réel ? h 
Et quelle force oratoire I Un début qui nous jette en pleine ^ 
action, qui prend le combat au moment où le dénouement 
coramencep sinon à poindre, du moins à se préparer, c'est- 
à-dire au corps à corps, qui avant de nous nommer les héros, 
excite vivement notre curiosité ; une fin qui a quelque chose 
de piquant, d'inattendu, de paradoxal ; des pauses heureufte- 
ment placées comme pour ménager la voix de Foratenr et 
l'attention de Tauditoiro : tout dans ce récit le rend merveil- 
leusement propre à être déclamé devant un nombreux publie. ^ 
C'est donc un vrai récit d'aède, et Ton ne saurait trop ad mi rerfl 
Hugo d^avoir» tout en donïiant à l'histoire de ce duel rintérêt 
psychologique qui lui faisait défaut, conservé à la narration _^ 
du vieux trouvère ses caratéres épiques, ou plutôt d'aYoipfl 
retrouvé ces caractères par la force de son imagination en 
lisant entre les lignes d'une p&le analyse. 



m 



Quand Hugo écrivit ies Pauvres Gens, connaissait* il tet 
Enfants de la Morte de Charles Lafont, publiés, pour la pre- 
mière fois, en 1851? Ou bien avait-il lu dans quelque journal 
un récit dont ce poème aurait été inspiré ou qu'il aurait, au 
contraire, inspiré? La première hypothèao est la plus vrai- 



VICTOR HUGO ET SES SOORCES 



115 



8«IDblabie^ Mam il n'importe: quelle qu'ait été la saurez du 
poète, le texte qui lui a servi de modèle ressemblait cârtaiDo* 
ment de très prèâ à celui de Lafont, ai ce n'était pas ce texte 
laî-oiéme, et, pour mesurer Toriginalité de son imitation, il 
est légitime de comparer tes Paumées Gem aux Enfants de la 

Lafont nous iatrodutt Immédiatement dans la mansarde où 
les deux orphelins dorment d'un profond sommeil près du 
cadavre de leur mère. Un métier à broder nous dit comment 
«Ile gagnait << le pain de la jourûée i}, et c'est le seul détail 
précis du tableau* 

Tout à coup entre une femme. Qui est-elle? de quoi lïi- 
elle? combien &-t-elle d'enfants? quelles relations avait-elle 
avec la veuve? Noua Tignorons. L'auteur nous dit uniquement 
qu'elle entre^ et dans quelques vers du réalisme le plus banal 
il nous fait assister aux efforts tentés par elle pour reconnaître 
si la mort est certaine : 

Elle prend dans un coîn un débris de mirair 
Bt, demandaDt au ciel d'en ternir la surface, 
Des lèvres de la mort*! elle approcbe la glace. 
Rien n'y mante ; la mort, révélant son secret, 
Sur le verre sans tache a tracé son arrêt. 

Après avoir fermé las yeux de la morte, tt Tétrangère », 
«entant « tressaillir la fibre maternelle n et n ne prenant con- 
seil que de la loi céleste i, emporte les enfants. Dieu, songe- 
t-elle, fera le reste, a Le reste >;, fait observ^er le poète, 
d c^ était tout, )) 

Il faut, en effet, que le mari accepte de voir <( ces nouveaux 
appétits mordre au pain sacré dont vivent ses petits, n Mais 
« la femme au cœur d'or n n'a pas eu tort d'avoir confiance. 
L*homme rentre, « aerre avec ivresse contre son coeur les 
fruits de leur tendresse, n remarque l'air triste de sa femme ^ 



* Voir dans la Retîm cThûloirê HUérairt de la Frana, 15 aTrtl 1898, 
aQe noté de M. Bigal {Chfonique), aL dans la même rcfUR, 15 juillet 
1898, une note de M. Berret {Métange&). Ces deux note* rêaument teut« 
l'y^toirû de la boiicc& des Pum^reê Gem. 




un VICTOR HUGO ET SES SOURCES 

l'interroge^ apprend la mort de la vauve^ a'apitoïô sur les 
orpheliDSt propose de [es adopter. Â cette demandei la femme 
répond comme la Jeannie de Hugo : 

(' Morte, dit le mari, c'est un bonheur potir elle. 

Mais pour ses deux eafanta quelle perte cruelle !,„ 

Adoptons les enfjinta de cette pauvre tnorte, 

Et chojons-les si bien, qii 'oublieux et trompée, 

lis ne ionpçonneut pas quel coup les a frappée. 

Tu ne me réponds pas ? Parle ; tu m em barrasse a : 

Blâmes^ tu mou desseiu? Noa, puisque tu m'embrasses. 

N'est-ce pas que c'est Dieu qui me le conseilla? 

Va chercher les enfauts. » — « Tîeus, flit^elle, ils sont là, 

Qu^eat'Ce que Hugo doit à son modèle? La conduite du 
récit dans aa seconde moitié, le canevas du discoura de 
l'homme, le mot de la fin. Ce quH ne lui a pas emprunté, 
c'est-.* le reste. Maisie reste, comme dit Lafont, c'était tout, 

Qtmnd Taule ur des Enfantt de la Morte nous a cooté^ ei^_ 
effet, qu'une femme emporte chez elle deux orphelins «* poct^f 
obéir à la loi céleste it et <i parce qu'elle a senti vibrer bd elle 
la fibre maternelle lî, quand il a ajouté que le mari (dont nous 
ignorons la profession) a l'idée du même dévouement, que 
nous a-t-îl appris d'intéressant? Rien du tout, on peut Ta^r- 
mer. Car c'est ne rien dire que de dire des choses aussi 
vagueSf et autant vaudrait ne pas expliquer un acte que de 
Fexpliquer uniquement par des motifs aussi généraux* L'art, 
écrit avec raison le délicat auteur de la Ûéiicat€ii$€ dans tart^ 
vit de nuances; v\ c'est à distinguer les sentiments les plus 
voisins qu'il doit surtout s'appliquer, u 11 est trop clair, en 
effet, que « la douleur physique ne ressemble pas à la douleur 
morale f ni Laoeoon à Niobé », ni Tégoisme à la charité. IJ 
n'importe donc pas de savoir que deux pauvres gens ont et 
poussés par la charité à recueillir des orphelins, sî foi 
ignore quels éléments entrent, pour ainsi dire, dans leur 
charité, 

Hugo ne nous laisse ignorer aucun de ces éléments* Deg| 
fantoches de Lafont, il a fait des créatures de ohair et de 
sang. 

Et la méthode qui Ta dirigé dans ses corrections a été oelli 



i 



VICTOR HUGU ET SES làOUilCEiS 417 

même des cksaiqties : il a localisé aoti histoire dans le milieu 
où il était le plus vraisemblable qu'elle â'accompltt. Si Racine 
croyait tlevoir étudier Tambition de préférence daua les âmeâ 
Qh elle est libre d*exercer tous ses ravages^ c^e&t-à-dire celles 
des pHncea et de^ impératrices, si Molière estimait que Ta va- 
riée atteindrait seulement son paroxysme dans le cœur, non 
d'un pauvre homme comme Euclion^ maïs d'un riche bourgeois, 
Hugo a pensé que la scène de son drame sublime ne pouvait 
paa être mieux placée que dans une cabane de pêcheurs. 

Dans la classe des pauvres gens, qu'est-ce qui doit sentir, 
en effet, le prix du foyer, sinon le pêcheur, parce que chaque 
jour il est exposé à n'y point rentrer? Qu'est-ce qui doit 
s'apitoyer sur le sort des orphelins, sinon la femme du pèchâur^ 
parce que chaque jour ses enfants sont en danger de perdre 
leur père? Et puisque la touchante histoire du poète a surtout 
ceci d'original que les deux héros ont la inêmaidée généreuse 
sans 3*en être ouverts Tun à Tautre, qu'est-ce que suppose 
cette admirable rencontre, sinon qu'ils n*ont plus besoin des 
paroles pour échanger leurs pensées ? Mais quand est-ce donc 
qu'un mari et une femme ont pris Thabitude de cette mysté* 
rieuse entente ? N'est-ce pas quand tous les jours ils se votent 
et que tous les jours ils se séparent pour de longues heures 
avec la crainte de ne m revoir jamais? Dans un ménage de 
pécheurs, tl n'est point étonnant qu'on ait, sans s*en être 
expliqué d'avance, las mêmes inspirations ; c'est le contraire 
qui étonnerait: 

Lui, songe à sa Jeannie au sein des mère glacées, 
Et JasQuie en pleurant Tappella ; et leurs peuséeâ 
Se croiaent dans la nuit, divins oiseaux du cceur« 

Il était donc utile à la vraisemblance de Thistoire que les 
héros en fussent des pêcheurs. Et Ton sait avec quel relief la 
|ioète les a parti cularisés* Comme dans Aymeî'iKot revit toute 
la guerre du moyen âge, ici nous est peinte toute la vie du 
pécheur : son costume et son mobilier, son départ et son 
retour^ ses joies et ses angoisses; le tableau est d'une ampleur, 
d*une précision, d'une couleur sans égaleSi 

Nous y trouvons aussi toute la vie de la mer, et Ton peut 

±1 



118 TICTOR HUGO ET SES SOURCES 

même dire que la mer joue dans le drame ïe premier rôle. 

Mais oa ne songe point à s'en étOâûêF. L^axistence du pécheur 
n*est-elle pas Toeuvre de la mer? La mer n'e&t-elie pas le 
principal instigateur de tous ses sentiments? Quelle n'est pas 
sa part dans cet acte de sublime déTouemeat I C'est par elle 
que les personnages sont pauvres : c^est donc elle qui met 
obstacle à leur charité et qui, en la rendant difficile^ la rend 
héroïque* C'est elle, en revanche, qoi ea leur faisant sentir la 
douceur du foyer chaud et de la maison close^ plaide auprès 
d'eux la cause dcâ enfants sans toit; c'est eîle qui en mettant 
leurs cœurs à TépreuTe les aguerrit. 11 était donc légitime 
que ce grand acteur fit partout entendre sa voix, partout 
apparaître ses flots. 

Mais sll y a tant de couleur locale dans les Pauvres Gens^ 

ai le dénoueMentj est expliqué en grande partie par les sen- 
timents qui sont propres à une certaine espèce d'hommes, si 
ces sentiments sont expliqués à leur tour par le décor où 
vivent les personnages et qui crée leur vie Je poème ne man- 
que ^t-il pas de cet intérêt largement humain qui est le vrai 
signe distinctif des chefs-d'œuvre! Nullement, Hugo a eu 
ramhition de faire une œuvre très générale. wM 

Il a intitulé son poème^ non ks Pauvres Pêcheurs^ mais m 
Pauvres Ge^^t comme pour dire d'abord que tous les hommet 
du peuple j pourraient trouver leur portrait. ^| 

Ils se reconnaîtront sans peine, en effet, dans les héros on 
poète à diverses façons de penser et de réfléchir^ de parler et 
de rire, qui sont, non paâ particulières à la profession de 
pêcheur, mais communes à t^ute la cîaase populaire. Il n'est 
pas un ouvrier ni un paysan, par exemple^ qui ne comprenne 
aussitôt la gaieté du marin volé par Tocéan et se ven- 
geant par un bon mot du malfaiteur qui a troué son àlet ei 
cassé soD amarre : c'est qu'il y a^ en France au moitis, cUes 
tous les hommes du peuple, une certaine manière joyeuse et 
brave de prendre les cKoses tristes, et que les pauvres hûclie- 
rons eux^^mémes trouvent des mots drôles pour qualifier la 
terra où ils sont si misérables* Il n'y a pas non plus une 
Quvriore ni une paysanne qui puisse demeurer étrangère a m 
angoisses de Jeannie : c'est que non seulement la généreuse 







VICTOR HUGO ET SIS SUUKCES ii^ 

femme a les îtléeg du peupla, maiâ qu'elles prennent pour se 
manire^ter le langage du peuple : pour elle, la pauvreté, c^est 
Ib pain dWge sur la lable et les enfantg allant pieds nus ; le 
ger, e*eat tt le rocher monstrueux apparu brusquement n ; 
la défense du matelot» c'eat « un bout de planche avec un 
bout de toile t ; la joie du retour, c*eat d'apercevoir « le vieil 
anneau de fer du quai plein de soleil ». Ainsi, dans l'esprit du 
pauvre bAcheron, la pauvreté» c'est la corvée^ les soldats, la 
femme elles enfanta. Ainsi* dans toûs les cerveaux populaires, 
toutes les pensées sont immédiatement converties en images. 
Aux caractères qui localisent ses héros dans leur profession, 
à ceux qui les rattachent à toute une classe sociale, le poète 
a BU enjoindre d'autres par où ils appartiennent à rhumanité 
tout entière» Parmi les mobiles qtii les sollicitent, Il en est. 
en eûùU d'extrêmement généraux: par exemple rémotion 
dont nul ne peut se défendre devant ce spectacle si gracieux, 
le sourire d'un enfant endormi ; on bien encore le sentiment 
de solidarité dont chacun de nous est aussitôt pénétré en 
face de ce malheur qui nous menace tous, la mort; et de là 
ces longues réûexioos sur Tinévîtable terme de toutes les 
choses humaines : 

Hélaa ! aiment vivez, cueilles^ les primevères, 
Danaez, riez, brûlez vos cœurs, videz vos verrez. 
Cûmme au sombre Océan arrive tout ruisaetiu, 
Le sort donne pour but au festm, au berceau, 
Aux mèrea adorant renfance épanouie, 
Aux baisers dû la chair dont Tâme est éblouie. 
Aux cbaasonSf au sourire, à Famour frai^ et beaui 
Le refroidi SBC ment lugubre du tombeau I 

Dans ces personnages si riches de vie, qui, comme les héros 
des tragédies classiques les plus fameuses^ sont de leur milieu 
mi de tous les milieux, d'un temps et de tous les temps, qui 
«ont des individus et qui sont des types, est-il possible de 
retrouver les fantômes sans consistance de Charles Lafont? 
Et n'a-t-il pas fallu au moins autant de génie créateur pour 
tirer ceux-là de ceux-ci qu'il en avait falïu à Molière pour 
transformer en Harpagon le Sévérin de Larrivej et rEuclion 
de Pl&ute? 



4?9 TICTOR HUGO ET SES SOURCES 

Eacore n'avona-noua pas toot dit ni prétendu épuiser 
Fétudô psychologique des Pauvres Gens. Afoo quelle délica- 
tesfie, pour signaler encore utie beauté de premier ordre, te 
poète n^a-t-il pas montré dans quelle mesure le dénouement 
est le résultat de Fooeasion et dans quelle mesure il est le 
produit des caractères] Si la veuve n'était point morte par 
une nuit d'affreuse tempête! si Torage n'avait pas éloigné toute 
&me vive du lit de la malade, si Jeannie n'avait pas senti si 
fortement, en pénétrant dans la pauvre cabane^ l'iiorreur de 
Tobscurité et le frisson du froid ^ la pitié serait-elle entrée 
aussi vite en son cœuri II est permis d'en douter. Si la pêche 
avait été bonne, l*hommû aurait-il aussi bien compris quelle 
misère attendait les orpîieHna privés de pain ? On peut bien 
afârmer le contraire. La tempête, la terrible tempête a donc 
été rocaasion bénie, le hasard providentieî auquel les enfants 
doivent leur salut^ — et j'emploie à dessein le mot « provi- 
dentiel lî, parce qu1ci encore la nature parait être dans la 
pensée de Hugo rinstrumeut de Dieu, — Oui, mais si les deux 
braves gens n'avaient pas vécu toute une vie d'honneur et 
d'affection, Toccasion se serait présentée en vain pour eux 
d'accomplir un acte sublime : elle ne les aurait pas improvisés 
héros. Ainsi en est-il dans les drames de Corneille : Toccasioû 
y est nécessaire pour faire éclore les pensées héroïques ; 
mais elles germent seulement dans les coaurs qui sont née avec 
des aspirations à Théroïsme* Et cbe:^ les deux poètes c'est le 
même art de nuus faire entendre de quelle fauon coucou rrent 
au dénouement l'occasion fortuite et le caractère natureh 



Qu'il n'y ait rien de semblable chezLafont, on n'a pas fidée' 
d'en être supris. Il est plus singulier que la conduite du récit 
soit chez lui si maladroite. L'honneur lui revient sans don 
d'avoir imaginé le mot anal et compris qu'après ce trait admî^ 
rable il ne fallait rien ajouter. Mais l'art de s'arrêter à lera 
est la moindre partie de Part do conter^ et il est plus faeil 
do trouver une balle an que de bien l'amener. En mauvais 
écolier qui applique sans intelligence le mot d'Horace: » Con- 
duiae^^noiis au milieu des événements », Lafont n'a qu'un 
souci: tout dramatiser, toujours surprendre; et de là que 
d'erreurs] Quelle faute surtout d'introduire d'abord le lec- 



cit 

1 



■ 



VICTOH HUGO ET SES SOURCES 42 1 

teur dans le logia des orphelins, qui joueut dans l^histoire un 
rôle iJUPement passif! Et quelle maladresse d'attendre» pour 
nous intéresser à l'ouvrière, qu'elle ait emporté les enfants I 

Hugo s'est, ici^ complètement séparé de son modèle* Ce 
sont lea vrais acteurs qu'oïl nous présente les premiers : 
Jean nie, son mari*, Tocéan, C'est dans le véritable théâtre du 
drame qu*il nous fait aussitôt pénétrer : dans la cabane où les 
généreux époux ont appris à supporter vaillamment la misère 
et ou sont appelés à vivre les enfants adoptés. Et les princi- 
paux ressorts de Taction nous sont indiqués sans retard : cette 
humble vaisselle qui étincelle aux planches d'un bahut et ce 
matelas posé sur de vieux bancs nous disent combien on est 
pauvre ici et combien il est difficile d y amener encore deux 
bouches à nourrir ; ces longs rideaux qui tombant et cette 
âamme qui veille dans Tâtre nous disent, en revanche, que 
si le logis est misérable, du moins on y a chaud et qu*on y 
aime ; et voilà les cinq petits enfants qui sont le grand obstacle 
à l'acte charitable, mais qui en sont aussi le grand stimulant. 
Dans ce tableau initial il ny a pas un trait qui soit destiné 
simplement à Tamusement des yeux, qui ne contribue» pour 
sa parti à l'intelligence de Thiatoire et à la pr^^^^^^^^^^ ^^ 
dénouement. 

Depuis ce début, qui contient en germes toute la suite du 
récit, jusqu'au mot de la an, la narration poursuit son cours 
logique, toujours claire, quoique tenant toujours rattention 
en éveïLCliaque épisode vient en son lieu: quand i) est amené 
par le développement naturel de Taction et que le lecteur est 
préparé à s'y intéresser. C'est avec Jeanuie seulement que 
nous pénétrons chez la veuve ;et alors rien ne nous est décrit, 
sauf ce qui doit susciter dans le cœur de la visiteuse Tidée de 
Tadoption: la fraîcheur, le silence, Tobscurité du triste logis; 
la main qui pond hors du lit, inactive pour jamais, pour 
jamais incapable de soigner les enfants, et qui est déjà verte, 
signe que la mort remonte déjà loin, que Tabandon des 
orphelins est complet et que personne ne viendra à leur 
secours; la bouche ouverte, qui semble appeler à Taido; ut le 
sourire des deux innocents ; et enûn, dernière invitation à la 



i On ne lo Toit pas «ncor^, mais il esl julâsaniment désigné. 




i_ 



4f? 



VICTOR HUGO ET SES SOURCES 



charité, le manteau que la veuve, &n mourant, a héroïqae* 
ment rejeté dû mn lit iur le berceau, pour que Sds petiti 
<( aient chaud pendant qu'elle aurait froid, » Ainsi, tout ce 
qui est peint ici, c'est ce que voit Jeaunie^ ce qui agit sur 
elle, ce qui éveille sa compassion, ce qui sauve làk enfants. M 

De cette subordination des détails à renstmblei de cette 
logique dans la marche de ractiou, Hugo n^est redevable qti^à 
lui-inéme. Si dans Âi/meriHùt al dans ie Mariage de Rùland on H 
peut admettre qu'il a emprunté à ses modèles au mains les 
grandes lignes de sou plan, diins ks Pauvres Gêna on voit qu*à 
part la donnée du poème et le dénouement tout lui appartient^ 
en proprci les caractères comme le cadre, et le plan tout 
autant que le style. 

Joseph ViAWET. 



LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS 

(Suite) 



142 

GAUCELMS FAIDITZ 

(=B. Gr.l67, 30) 

I . Jamais nuls temps nom pot 

[ren far amors 

Qem sia greus ni maltrags 

[ni afans 

Qeras ma fag un tant valent 

[socors 

Qe las perdas me restaura. 

[els dans 

5 Gauia près, adreig per mo 

[folatge 

[E se anc iorn me fez dô ' 

[re marrir 

Er li perdo . le destric el 

[dampnatge] 

Qe tais domna fai ' mos 

[precs acuUir 

Qe memenda. tôt can ma 

[fag suffrir. 

Xl. Molt me saub gen de las 

autras partir 

& aiostar ab leis totz mos 

[telans 

Amors lo iorn qem fes dop- 

[tan venir 

Ab la bêla don vs certes 

[semblanz 



5 Dels sens bels oilz intret e 

[mon coratge 

Si qe anc pois nol puec 

[virar allors 

Adoncs saub ieu qeil oill 

[mero messatge 

Damor qal cor men ve cautz 

[e freidors 

Temens e iois & ^ ardimens 

[e paors. 

m. (jf. 137) Aqel esguartz et 

[aqela douzors 

Afinet si mon cor de totz 

[enians 

Cad pois vezer. dautra nom 

[fo sabors 

Ni tôt qant eu auia uist 

[enanz 

5 Tant la trobei franch e de 

[bel estatge 

Humil en tôt cant li ui far 

[ni dir 

Caissi ma fait de las autras 

[saluatge 

Qeu mais el mon non cobei 

[ni dezir 

Mas sola leis camors ma 

[fait chauzir. 

IV. Pero per leis voilh a totas 

[seruir 



» /. : de — « c. ew : sai — • /. : iois 



^^^L 4ÏI LE CHANSONNIER JïK 


BERNAllT AMOROS ^^H 


^^^^^H & eftier hom ea amies & 


Qe seitee mai qe nom aper-^H 


^^^^H 


[cctibea H 


^^^^^H Et lor boa pratz eiasausar 


Morir pogra toat e leu film V 


^^^^^H 


[volgues 


^^^^^H Et razoûar 6 bea dir 6d nioe 


Qe la boltt non j^resara * ia 


^^^^^H 


[dolora 


^^^^^H 5 Salua foudat leis cam |>pr 


5 En cm mata fos beautatz. 


^^^^^H [aegnoratge 


[e ualor» 


^^^^^H Gui clam merc^ qel belfi 


Don regard au t. part fora- 


^^^^^H [plas&ers qem a ers' 


[atz mon coratge 


^^^^^1 Nom ai estraigz ca aegoa 


E poa nom vol aegrai autre 


^^^^^H 


[viatge 


^^^^H Deu béa ?«mr e IqU de la 


Ca leï nom * cal aem part 


^^^^^H 


[nîs ten a dan 


^^^^^H E do kl OQt es finz prez 


De pordee ^ ni * nil bel dir 


^^^^^H 


[de mon chan« 


^^^^^H V, Ben ea razotis de coraU 


li» Porc tal re t«n hom vil qes 


^^^^^H 


rpreaaD 


^^^^^H Malgrat delt rie h enueîoa. 


E tal re pert. cgm te qel nea 


^^^^^H 


[be preu 


^^^^^H Qen br amor ad pot ttozer 


Q@ poia fai gran aofracba 


^^^^^H 


[manre bea 


^^^^^H De pou vi cori > en doe fis 


Mai de mi donz ea tan gran a 


^^^^^H 


[aa valors 


^^^^^H 5 La fîaa aaiora segua ab lo 


, 5 Qeu re voa ^ U aon pert 


^^^^H 


[ nun * uir alliora 


^^^^^H El parattges non deu amour 


Donc* be fiz ^ ontracuiat fo* 


^^^H 


[latge 


^^^^^H Non tang corgoils i aia po- 


Qant perchacei ma mort. 


^^^^^H 


[e mon dampoatgd 


^^^^^H Mas lutiâ iê guart uea ku- 


Ab (p. ÎSS) mon fol cor 


^^^^^^^ [ira de faillir 


[qemfeïs dir en ehantan 


^^^^^H Qaksîs podon de lor amor 


So don degra gent cubrir 


^^^^^H 


[mon t>tlttû. 


^^^^H 


111 E poa moB cora e mei oilh 




[trait miin 


^^^H GAUCËLMS FAIÛITZ 


E m H mala dûpna e ma 


^^^^B m) 


[bon a fes 


^^^^^H 1. Tant ai snfFert loniamen 


Si qe chascuna magra mort 


^^^^^H afan 


si pognea^_ 


^^^^^^ 1 /. : aons — ^ l. i cors a —^î,: preira — ^ L: non — * c, en : perdra -^^ 


^^^K^ «i.: mi — ' L, *?i Qcn rc nos — » 


i 


^^^L_Ji^ 


J 



^^^^ LE CHANSONNIER DE 


BFHNAHT AMOHUS 45f. | 


^H Glamar rnen dei com do 


& aoi mamlat per iin eortea i 


^H [mais bàilbidors 


[mewatge 


^H 5 J^ ' moE oKs verta^erâ trai- 


Cun paiîc au 55e l en mon poîg 


^H {dore 


[qo nos nan 


^H Non crtirai tDftÎB uî fîansfi 


Am mai qal ce! mia grua 


^1 [s«e gatge 


[voli. 


^H Qâ Cêl es fols q% \hi fol 




^B [aassallatgo 


144 1 


^H E fols qî cre auer a son 


^H [coman 


OAUCELMS FAIDITZ 


^H Tôt Bo qe ve places dI beneg- 


(= B. Gr, 167, 02) 


H [taD^l 




^H IV. Be» oiËramlh pos e mi donz 


1 . Tug cU qe amo valor 1 


^m [e% tan 


Deuo saber qe damor 


^k Pretz e utibrs e îois e b€b 


Mou largeza. e (^ais solatz 


^H [eortes 


OrgQÎls e bumUitatï 


^H Corn ^ot êsaer qe Doi esttî 


5 Fr.::tzdarmttssermrs honora 


^H [merces 


Gens toners îoia cor te i a 


^H £m mtrauilb de leis en qes 


Donca pos son muou ban 


^H [bonors 


[deuria 


^H 5 Com pot easer. qe Doi aîa 


Chatcus pombîar qibon preï 


^H [atnor^ 


[vol auer 


^H Eni ïneruuilb coot doua daut 


E fin amor leialmeût inan- 


^M [paratge 


[tener. 


^H Bes ^ B gentil es de Dial 


II, Esja fan lo 11 meillor ^^^H 


^H [segoiorâtge 


Cui pretz complitE a aabor ^^^H 


^H Nï corn pot far[ > . . . ] 


Maa li tegnedor maluatz ^^^^B 


^T son franc hvimil aernblan. 


An ab falsas amis ta tz ^^^H 


V. Ab tôt aital mal e brau e 


5 Veut pretz en anol cobr ^^^H 


[tiran 


E qil ver dir en vo)ia ^^^H 


Volgreu easerenqera eilpla- 


Aqela mezeisa vta [tener ^^^^^^^H 


[gUOB 


Vezem al p 1 u a el e 1 as domn as ^^^^Ê 


Maïs caiitiB^ qe mais de 


Pcr qe tneg greu. car en ^^^^| 


[bom feïos 


[pneac dire! ver, ^^^^B 


E masnoil plaz irai* natal 


IIL As^ falsas ejl aegnhedor ^ ^^^^| 


[per Bocors 


Fan tant qeil fin amador ^^^^| 


5 Do cm mi vo al cor ptazens 


An pois dan en lor barabï ^^^H 


[duusors 


Çaitalfi ea pieiars tornatz ^^^^| 


Bel ee e pi as fraocb e de 


5 Tôt per doplaûiia de lor ^^^H 


[bonusatge 


Qe lus en kutre nos ôa ^^^H 


i /. r E ji - « /, : Bel - ^ /. : etb iotr*. — M. : vau, - • L: U% ^ ^^H 


* c. CT1 ; fegBhedor 


J 


yjfc . 


Bfl 



^H 


LE GHANSONNIEK DE BEHNABT AMOROS ^^| 


^^^^ 


Mas qi p^ eos recreiria 


"• n 


^^^^ft 


Non a fin cor damar ni ferm 


^^^^1 


[voler 


GAUCELMS FAIDITZ ■ 


^^^^p 


Qamors no vol camica so 


(^B.Gr, 167,31) V 


^^^^^ 


[deaesper. 




^^^^ 


{p. 139) Mas fil vais segoa 


L OaMzetis a gran benanansa 


^^^^^L 


[lerror 


Ab fin cor partit derror m 
Franc fiael durail aemblanaa ■ 


^^^^1 


Laa falaas el tiichador 


^^^^H 


Volgra fosaoti ad ua lalz 


Ren mil mercea ab dousaor 


^^^^H 


E ehiiacui* fos galiatï 


& Ad anior M 


^^^H 


Eii fifl leial preiador 


Diin rie ioi on bes mi veîgna 1 


^^^^^1 


E laa do muas ses bauKÎu 


Qem dea ab giea ■ 


^^^^H 


M an te n guess o a d ruda ri a 


Son cora valen ■ 


^^^^1 


Qanuigs es gracz en amor 


Vos dOna en m\ pretx rei- 


^^^^H 


[a uezer 


[gaha 


^^^^^ 


Qe fais amans i puesc ab fio 


10 Cam ma traia ses panent ^ 


^^^^ 


[caber. 


IL La doncs ab douss enti^e 


^^^^ 


Damor agreu cor imnlhop 


[senbia 


^^^^H 


Qe de ra roat la dolor 


Qem fea al comësament 


^^^^H 


Me «en dun firi * enganatz 


De fin amor qem essenha 


^^^^1 


E ges par eo nom dcaplatz 


Ad amar celadament 


^^^^^1 5 Lo maltragK fins nia iabor 


5 Aninent 


^^^^B 


E sapcbaU heu qamaria 


VoB en oui boa prêta aen- 


^^^^H 


Port volontiera si sabîa 


Eus ereis lauzor [anaa 


^^^^B 


Chanzir bon luec on pognea 


Car la meilhor 


^^^^1 


[reinaner 


Vos cbausi aea doptanaa 


^^^^^H 


Ni trobatra * qim a aube a 


10 Cant miens dei a seruidor. 


^^^^F 


[retener. 


ill. Eqan daiasom prent mem- 


^H 


Maa nn ai tais sa^os cor 


[branssa 


^^^^H 


Qe grien trob bom bon 


Ai gaug et aprea paor 


^^^^H 


[segûior 


De vos ont ai mesp<*j*an8a 


^^^^^1 


Ni dona don ai amfiU 


Qe gardetz vottra ricof fl 
5 E cailhors w 


^^^^^1 


Tôt sol es autre per caa 


^^^H 


E sien ab franc a douzor 


Ametz tan qeus desoueinha 


^^^^B 


Atrobos ^ leîal segnioria 


De mi qeus tem m 
A tôt bon sen f 


^^^^1 


Beni plagra caissia taiag 


^^^^1 


[qe * si a 


^ faitz so qeu aouengntiâ 


^^^^^p 


Camdut amie aacordon dun 


10 Qe data non ai pe» sa ment. 
IV. {p.léù) Domna tôt cantrade ■ 
[coradegnha * 


^^^V^ 


[voler 


^^^^^L 


So cal lin plaz dcu a lautrs 


^^V 


fplazer* 


Mou dezir * mou talent 


^^M 


: flui - Mi ; trohaua. — ^ i.:* 


îr&bes — * /. : Taing. — • 1. : l:m,„ ■ 


^^^M paraen. ^ ' L : d. e 


à 



^^^ LE ClîANSONNlIiR DE 


BEHI'fABT AMOHOâ 4S7 ^^^ 


^H Yoitre loues prea ean nom 




Agra ^^^^1 


^M [teigûha 




Pela autres eabaudjr ^^^^| 


^m Pel loi qezn fezâs p^rueut 


5 


E pela preca qil men fan ^^^^^ 


^B 5 FraEchament 




Con can del mal coBslr ^^^H 


^M Laujceugi^r tni demanda 




Qe maucia en chantan ^^^^| 


^M Qem port kuzor 




Sobre feunia dir ^^^^| 


^B Dé vostre honor 




AEneontra amor, ca paue ^^^^| 


^M E sis de mi Uansa 




[totz nom reore ^^^H 


^1 10 E lei de fin amador. 


10 


Mais poÎB meffora car dis ^^^^| 


^M Y. Tant vaa' qe voslm aniansa 




[om qe coue ^^^H 


^^ Can no uei voa cui ador 




E chant forsaCz. e faa de ioi ^^^H 


^B Mi fieslreing^ ai embalanaa 




[semblanaa ^^^^H 


^B Qel COFÈ mart ^ delà oils plor 




Ad autrui oba, qe beua die ^^^H 


^H 5 De èoloT 




[qeadreit me ^^^H 


^B Eîteament con la uertz lei- 




Noi ti^ob razû mas de de se s- ^^^H 


^H Qel fceca ardent [guha 




[peransa. ^^^H 


^H Flores en prent 


lU 


E pero rnenor dan ^^^H 


^V E t§p qel dola Eûeateigoha 




Meu degra far suffrir ^^^H 


^1 iO Si Dous vau vezer breutneot. 




A mors e meina dafan ^^^^1 


^1 Vt , Ab soi qe de re nom feignha 




Qaj- ira m fea failhir ^^^H 


^M Ou pergna mon l&nzïmGX 


5 


à car anc tan ni qan ^^^| 


^H Dreiz en ma dôDa reteignha 




No volco^ dar ni aizir ^^^H 


^V Qela ma irait de nmnt 




Diin a gept eors tniati ^^^H 


^B 5 Siâ senpren 




De qem poguea i au sir ^^^^| 


^B Noî fa tort ai malestanaa 




Donca a^ teing mais son iau> ^^^H 


^B Dnna ad autor 




[zimen en re ^^^H 


^H Trac mo segnbor 


hO Auz laaz cailhora prend a ^^^| 


^^ De pi tien g cui otranaa ' 




[coaaeil de ^ ^^^H 


10 E pretz chapdele son cor. 




Qenqer aurai del aieu dur cor ^^^^| 


^JL Moa beÏ3 eobrara* aenansa 




[ve^jansa ^^^H 


1 Gent ab lauzor 




On anc non ac franche a a ni ^^^H 


^M E ?ol amor 




^^^H 


^P Auer a for de franaa 




Ni vole amor ni bel dir ni ^^^H 


^Ê 5 Qe loncs près li fai paor. 




^^^H 


^H 


m. 


[p. 14Î ) Partitz men sui cla, ^^^H 


■ 146 




& ai dreg q€ nair [man ^^^H 


H GAUCELMS PAID1T2 




Qar mauentura gran ^^^H 


H (= B. Gr. 167,20) 




Perdei alsaieu serutr ^^^^M 




^ 


Cane pois per nul aembîan ^^^H 


^m 1 . De solatï e de ebant 




No pogui auenir ^^^H 


^M Mi* cugei partir 




En plazer ben es tan ^^^H 


^M ^ I, r am — * /. : cors m, e — * c. #ïi ; 


^ oneansa. — M. : sobeiras. ^^L: ^^^H 


^Ê l>fm mi — • /. : A, coro — M. : toIc - 


- •(. 


^^^^H 



^^H 4Sn LE CHANSONNCER im BEUNAHT AMOHOS ^^H 


^^^^^^ Foa deâim foi fugîr 


Qem des train g tôt e mard ^| 


^^^^^K ÂEi« oom hom fois dest^ap- 


[en desbalansa 


^^^^^*^ [dektx sen b fre 


& a tôt îorn creis caisi mes- 


^^^1^ 10 Dêsconoguidamor cane nom 


[dene 


^^^^^K hen 


Cane pos la ui nô a gnidala 


^^^^^H Eo ditsi * qer&Q siu ^ ea^ er- 


[membraia- 
VL Ni dorment ni veilbant fl 
Non pueac mon cor gran- ^ 


^^^^^H [n 


^^^^^H Qe p#f omor mo destreii ig ai 


^^^^^H 


[dir» 


^^^^^H Qeu nô ^utBC plus cobiùi^ ma 


De lieis cades pensam ^Ê 


^^^^^^r [nialana nsa* 


Sa bautat non remir H 


^^^H IV. Cor tex amen t veniant 


5 Ladreit gent cors presan H 


^^^^^^B Ma geni saubut aucir 


Els beU oils don malbir H 


^^^^^^H Aoiors car maucl ta& 


Qe sa noia * eaian ^ 


^^^^^H Vilanameti* marrir 


Tant i podon chauitir 


^^^^^^H 5 C^oram fai aman 




^^^^^^1 l^er tal doinna mortr 


[p«f iasae 


^^^^^^B Oui Qon prec cL demaa 


10 Fospérduda. eii lîeia conosc 


^^^^^^1 Nil moatrel gran deair 


[e CTé 


^^^^^H Qe del aîeu cars franc, ci mi- 


Qe degresser laut a do usa 


^^^^^H ve 


[coindaasa 


^^^^^H 10 Mas una vez no «ai ai \ ien 


E poa vers en prec la qe 


^^^^^^H 


Im mal me 


^^^^^^H Lanei pregar humil ab gr an 


Car 011 nù ai plus gatge ni 


^^^^^H sa 


[flansa. 


^^^^^H A leÎH non pk<^ qe vis ï ua 




^^^^1 fe 


■ 


^^^^^1 Nim reteugues nivolg-iies 


147 ■ 


^^^^^1 [macordana 


■ 


^^^^^^1 V. Per sû Dai pois pLoraa 


GAUCELMS FAIDITZ M 


^^^^^H Fait [irnint destreit aospir 


^^ B, Gr. 167, 43) fl 


^^^^^H Caa cossir desiran 




^^^^^^1 Con elam fai languir 


L (p^ Î4S) Nom alegra chaatï 


^^^^^^M 5 E cai' noil aus denan 


[ni critx 


^^^^^^B TofDar enardir 


Dauxel mon fei * cor engrea 


^^^^^^1 Per dire Tïiereeîna 


Ni nfj sai, per qeu cbantet 


^^^^^^B Tan fort mt vcn ferir 


Nim fierdes 


^^^^^H A mors el cor per iem qe 


5 Bos raotz car be los perdria 
Seu dida fl 
Qem nalgnes ^ 


^^^^^H 


^^^^^^B 10 On nia en cl aus on deiir. 


^^^^^H DQ 


A mi do ne precs ni merces 


^^^^^H L : diiti tau ~ ^ J« : aui ^ 


m 


guandir. — * i. : naia — * /* : fel ^^B 



^^^ LE CHÂXSONmEB DE BERNAHT ÂMOBQg 42Q ^^| 


^H Car nà ta.ing ge^ 


Merces qegz fi>ra telitz ^. ^^^^| 


^H 10 Qd per meii aia qeritz 


V, Mas tôt serai tant ardiz ^^^H 


^H Per<Joa tau U soi faliUtz . 


Quinilz m r^siQU Las confis ^^^^| 


^H II. Doncfi per qer tiios ebantz 


Lbirai pregar a bos pe? ^^^^| 


^^^^ [auzitz 


Qem doues ^^^^H 


^^^^P Mas nô Utg qem ^crâo- 


5 Don qem perdon ou maucia ^^^^| 


^H 


Ja ^^^H 


^H Per qe per so qeil pregues 


Maucies ^^^| 


^H Qeâ vengea 


Mas eu non cre qe il fezes ^^^^| 


^H 5 Dâ nil ' car auc mauenc dia 


Re qeu volgues ^^^^^ 


^H Qe bau^a 


10 Anz aai quai aieu )o cbau> ^^^| 


^H Ki no fes 


^^H 


^H Ni preiartz dalaram ^ pk- 


Qieu viua tostena auniz. ^^^H 


H [g<iËa 


VL Pero non son tan ardiz ^^^H 


^V Tan qeu disses 


De ioi m dira son près ^^^^| 


^Ê 10 So don dei easer aunitz 


Qeu no sofreis e eeleg ^^^^H 


^1 Car mal li soi donc graiitz. 


Slm mostres ^^^^H 


^B UL Cab aitan for eu gariU 


5 Son :^en e sa cortezla ^^^^| 


^M Sel a tan t su mi liea 


Go m ^^^^H 


^H Qe veniamë natendei 


Sobre près ^^^^| 


^H PoU adeB 


Sel «eus cors gentils coites ^^^| 


^H 5 Vis com moB dans me ch^s- 


Gais e hcn après ^^^^| 


■ 


10 De ioi e damor noiritz ^^^^| 


^H Sil plairia 


Mer a de perd ou aiûtz. ^^^^M 


^H Caiaai es 


^^^^H 


^B E car anc li re qeil pes 


^^^1 


^V Mqh tan mal près 


^^H 


^1 )0 Qe (ai es mainte bea com- 




■ [plitz 


OAUGELMS FAIDÏTZ ^^H 


^V Per autz 3 e sai soi traiu. 


(= B. Or. 167, ^^H 


^m IV, Ë car un enianairitz 




^M On beautas mab nasqes 


L {p. 14^) Tût so qe pert dois ^^^| 


^H Me fea faillir, tan cades 


[tL'uaus amadora ^^^^| 


^H Mi pendes 


Car ma trobat franc e du m il ^^^H 


^H 5 Cal qï de nîen mauia 


[paruensaa ^^^^| 


^1 Mes ûQ uLâ 


Torna de m î ao b redo ^ so b ra- ^^^^^ 


^1 De lotz bes 


[tnar ^^^^^ 


^m Pero qi totz cela agnea 


Caoram fai aobramar a le- ^^^H 


^H Mortz qan mespres 


^^^H 


^V 10 Qe noî aos * chapdeU ni 


5 Tal cui non platz dones ^^^^H 


H [guitz 


[amei folamen ^^^^^ 


H U. imi~*Li diltram *- *L z perdotz ^ H* ; (os - « c. «n : delitz, ^^^| 


■ -iJ,;â^ 


§ 



^^M 4 30 Lfc; CHANSONNttJi DE BEHNAHT ^ MORDS ^^| 


^^^^^ No faz per qts la foudat tenc 


Qe saisi fos coïi es ma" 


^^^^^H [a seti 


[vûluntatz 


^^^^^H Qe daoïor t&ing qe lai Qilb 


Poâ eu ben ara antmasi fos 


^^^^^H [plaira 


[amalz. 


^^^^^B E qe 0ia aensL e placera g 


I V. Ja nom aroe sol carlam mes 


^^^M 


[onors 


^^^^^B Si3 qa sazoH t>i^r eii ^ï^e 


Tant es en Yme aabers e 


^^^^^1 


[eonoisenaa 


^^^^^H 11 . Âb ailal geig na bom maint 


Gens acuîUirs ^ aolatz e 


^^^^^B 


[vidon 


^^^^^1 Mas les e mï caDt be mi ^ 


E grana beutabî dont el 


^^^^^H [aouinenËa 


[moDt non a tenaa 


^^^^^^R Nom par ma rnas destrier 


5 Cortesia. e gaiez e iouenï 


^^^^^^1 [e 


Maa oba magra qem fos 


^^^^^H Datnar de Itaîa on non trob 


[daQtre paniên 


^^^^^^1 [manteneDaa 


Lo iorn camors rae près e 


^^^^^H 5 Donce p^r qê km, qe nom 


1 sa tenensa 


^^^^^H [part mon taleti 


Qera non voï qem sia ena- 


^^^^^^1 Ndq pu esc qe ui * eûd ai 


[moratz 


^^^^H 


Ni en nom pueic Tirar vaa 


^^^^^H Camor m l î a q @m mo sira fa * 


[autre latK, 


^^^^^H 


V. (fK Î44) Qen farai donc tôt 


^^^^^H Eil gent parlar e lae Jinat 


[aiBso mes errors 


^^^^^H 


Qela nom vol ni autra nom 


^^^^^H Ai qem forsa pero la for- 


[agensa^ 
Non sai conseil maa aeu anc ■ 


^^^^^f [aam 


^^^V m, Bem te plazer car eobratas 


[fui ailhoit 


^^^^^^ [genaûrâ 


Dorgoithoa cor aran fax 


^^^^^H E ma ries cors àa simpla 


[penedenaa 


^^^^^H 


5 Qeilbellan près "^pren per 


^^^^^1 B um i la t francs e son vezer 


][totas veniamen 


^^^^^^H [douaors 


Qem pause t saera bon esper 


^^^^^1 Cades ou * mais la vei e 


iauxen 


^^^^^H [plus m âge nia 


Mas una ves la prea * en 


^^^^^B 5 Sol aitant nai el desGir ets- 


[cûuinensa 


^^^^^B [samen 


Qil mautreiet samor e son 


^^^^^^1 Non ai donca prû îa aux sens 


[solat^ 


^^^^^B 


Mas eram dl que anc no fo 


^^^^^B Ben volgra mais car iai 


[vertatï. 


^^^^H [m^ntendenaa 


VL Ab tôt aiso men pren lan m 


^^^^^f M. : nai — « r, m : mi ' ^ c. if» ; 


sa — * c, tffl ; on — ■ L ; bîjlkn 1 


^^^^^ — < c. m ; prit. 


J 


^^B 


^ J 



LE CHANSONNIEH DE BERNART AMGROS 4 31 ^| 


[granï tepors 


IL E poH tam bem vai ^^Ê 


De lîds oelar qe beus die 


Qe parti tz soi de lai ^^M 


[ses failheiisa 


Ben cQueû e »eschai ^^Ê 


Qe maiûtaa vez mon to^ 


Qeu griizisc e retraia ^H 


[durmir paors 


5 Lonor en qe matrai ^H 


Tant mes el cor fiamors «^e 


Ab francbesta veraîa ^H 


[â presensa 


Vea ial dona amors ^H 


5 Dobt qei dises son bel nom 


Ont ea pretz e valors ^^Ê 


[eu durmen 


Per qes fols qi «eatnaia ^H 


Qem gard de mi en gard de 


10 Qi vegues las errora ^H 


[lautra gen 


Ela dans cai près aillora ^^Ê 


gegûier dalfin e eaui enten- 


Ez ar ve ooq aoi aora. ^^Ê 


[dtinsa 


IIL Donca die qea follora ^^Ê 


Qe ia nuil temps li plagues 


Qi regni ab mais aeigniors ^H 


[mamiatatz 


Dont ben fa g z mi socora ^^Ê 


Tôt lo raaltrag volgra auf. 


Noiï vegnia nil neacbaiâ ^^Ê 


[frirem patss. 


5 An£ eagranxhonors. ^^M 


VU, Na meil de ben es flors 


B granz bes corn aatraia ^^M 


[deasenjameil 


Lai ont aap e ve ^^M 


1 Donna de ioi regina de 


Qa francheza e merce ^^Ê 


[vailhensa 


{p. 145} Qel boa segnior ^H 


Segojoreaea donor e de beu- 


[eessaîa ^H 


[taU 


10 Ades de far be ^M 


Pcr qeu non poeac partir 


El maliiats non val re ^H 


[maB vûluntatz. 


An2 deehai ao qe te. ^H 




IV. Aias) aai e cre ^H 


149 


Qe ctidet far de me ^H 


Cel qe nb ha alise ^^M 


GAUCELMS FAIDITZ 


Maa poder qem deebaia ^^Ê 




b Qe tais mi rete ^^M 


f= B. Gr. iffï,18) 






De sa preizo sauaia ^^M 


1- De faire chanao 


Qea plus bella aaaatz ^H 


Ai eatat gran aazo 


E aoa prea plus prezatz ^H 


Per atendre razo 


Sol lo don nom eaCraia ^H 


Qe fos plaîenB e gaia 


10 Qem maodet empatz ^H 


S Don ma fag rie do 


Sos valent^ cora honratz ^H 


Amors e tain g qem plaia 


Don chant à ai solatz. ^H 


Car eonosc e sai 


Y , E veiram viaz ^H 


Qe lion atendre fai 


Sa mom bel tezaur platz ^H 


Qem malgrat qe naia 


De cui es m enferra tz ^H 


10 Céladon onn ai 


On ioîs e près aapaia ^H 


Cor qe ia la prec mai 


5 E sim soi tardatz ^^M 


1 Âitrobatqim tengai. 

l 


De lui vezer noil chai a ^H 



^^^^^ 4^2 LE CHANSONNIICH 


DE BI^HNAHT AMOBOS ^^H 


^^^^^^1 En tan pe^sar 


Hû leîal fomania ^^^H 


^^^^^^H Qein voUb ocbaiaooar 


Lo tôt 11 gratis ^H 


^^^^^^B Qe la paoï's mesglaia 


P^o m an a toina aciîa ^^M 


^^^^^H 10 Tafit teta eon 


Pree vea sîi segnjorîa ^^^H 


^^^^^^H Qorn non pot l>en amar 


15 QâU porU ela cbamia ^^H 


^^^^^^H LekImcnË senz dciptar. 


Nos adreis vtis furîa^. ^^^^| 




IIL On rats ea e grazit^ ^| 


^^^^B 


- Qi a deu non fail vit£* ^M 


Car dieus vol e esaia ^^^H 


^^^^H GhVŒLUB FAIDITZ 


Los proa ait ardUs ^^^Ê 




5 E aqeZz a cbauiitz ^^^| 


^^^^P 


E laissa los auniti ^^^H 




E lauol getit aanaia ^^^| 


^^^^1 1 . Oi ia maii * nas sia guitz 


Per qi es traits ^^H 


^^^^^^^L Lo vers dena iesus christ^! 


A * mal asia ^^H 


^^^^^^r Car de fransa gent gaîa 


10 (p, Hê) Con vos 6a tiig H 


^^^^f Soi per lai pnrtiU 


[aucîa 1 


^^^H 5 Ont ai estât Doirîtî 


Caaer» ^ manentia. ^k 


^^^^^ Et onrrats e ter ni U 


Vos toi paradis ^^ 


^^^^^^L Per aoil {irec nolh d^aptala 


Cauara es c ^ re^u ^^k 


^^^^^^f Se a m en part marri tz 


Tant qua far no d poîHa ^^k 


^^^^V Ai gentils lanao^îs 


15 Cadieu abelta ^H 


^^^H 10 El vostre douss paît 


Per qe diens vos dasfia. ^H 


^^^^^ l^in âé donaa compaigoia 


IV, Oi iamais ^ ea aatecriatz ^| 


^^^^^^L SegQiora 


Al dan 4e1 mon aissit^ ^H 


^^^^^^P E donnas ab prez fin 


Qe totx loa < bes seamaia ^| 


^^^^V Proâ de gran ^ortesia 


Ei^ mais es aailbjtz ^H 


^^^H 15 Dont plane e languis 


S Qela fala ries a saixitz ^H 


^^^H Ë aospir Doit 6 dia. 


à près & endormitE ^H 


^^^H IL E qala qe tial cniz 


Estac;hatz (|els es g lai a ^H 


^^^^K^^ De renmner auzitz 


Ela ten rnortz e trislz ^| 


^^^^^^K Ja nuls bens qam aaschaia 


Qel reia cui es paris ^| 


^^^^^^r Ni ries loci atzitz 


10 Vol mai a sain daimia « ^^k 


^^^^T 5 Nom tenra nîl cûnqïtz 


lai e normandÎA ^H 


^^^^H^H Saulaie voi complitz 


Conqerro esterlia ^^^| 


^^^^^^1 Câpres calenda maîa 


Qe tôt cant safadins ^^^H 


^^^^^^1 Non sia garnitz 


Anz e te en balia ^^^^^ 


^^^^^^m Del tom se die as mai^ÎB 


15 DoQ pot be saber ^ ^^^H 


^^^V 10 salai platz ma ûz 


Qaîssi com deura sia, ^^^^| 


^^^^m ' /. : Oimais — ^ e.en: suriâ ^ ^ c 


. en. : failUtE — * /. : A caïUa - ■ r^^^B 


^^H m-m— *L:hi~U.'.m^*c, m: t 


leniâ ~ « /, ; esser fls ^H 



LE CHANSONNIER HE BEKNAHT AMUKOS iU ^| 


V* Erl&iflsetD loa qiqitz 


Qar mauzei enardir tan ^^| 


RGni?ïîutz eicarniu 


Pois vi mon bnmil semblau ^^^^ 


à ab lob m veraia 


E receup mon omenatge ^^^| 


De bOtid araiti 


Car mi conoc ma enian. ^^H 


5 Sia p^ vos ' seniitz 


111. Amtcs can ae vol partir ^^H 


Lo venB^ Baintz espeiitz 


De si donz fai gran enfanz^^i ^^^H 


Qi pre^em nos atraia 


Si tôt nom vol aauiUir ^^M 


Als fais afortitz 


Son pree a lencomenaaDza ^^Ê 


A dan de! s aarrazins 


5 Catnors aâbnu e senanza ^H 


10 Si qeû sia conqifi 


Ab onrar e ab aeruir ^H 


Lo fainfi * locs e t& via 


E qiâ vol de leia iauzir ^H 


Passa als peJegrie 


Si al de bel la semblan^a ^^M 


Qe nés ^ tolc saladla 


E sapela* amer e suffrir, ^H 


Don la vergena pia 


lY. {p. Î4r) Mi doii2 am tant e ^H 


15 Qe dieu a benezis 


Qe qi metoa en eg^za [dezir ^^Ê 


Nos aifl guareûtia. 


Vas leia tôt cant on pot dir ^^H 




Nol pearï en acordanzia ^^^| 


ISl 


5 Qieu tan vire a rneaperaDia ^^^| 


Nin cangeBson mei c os sir ^^M 


GAUCELMS FAIDÏTZ 


Ni no voil esdeuenîr ^^M 


f= B. Gr, 167, 53) 


Senos li aenier de frâsa ^^Ê 




Qardatz con voil qil ma^ir. ^^Ê 


1 . Si tôt ai taraat raon chan 


V. Main tas sazos aesdene ^^Ê 


Ë Bai fag trop Iodc estatge 


Qem pes tant fori em cos- ^H 


Efas aï cor 8 talau 


^H 


Qe EL toril la perdes * damp- 


Qiêu non aug qi pari ab me ^H 


[DaLge 


Kl fax mas tremblar e frire ^H 


5 Qeil bellam dreiz el matge' 


5 E pus dieua non vole esire ^^^^Ê 


Ëm ait qeil moatren ehan^ 


Ane en una aola re ^^^H 


Lo îoi e la valor grau [tan 


La boutât qil a en ie ^^H 


Qem donet e lalegratge 


El dou3^ ï>arlar el gen rir^ ^^Ê 


Lo iorn qem retenc bai^an. 


Ab qe ma mort etn rete. ^H 


U, AdoDca liatei tao deuan' 


Yl. Tût ai par ma bona fe ^H 


Mae iointas de bon coratge 


Canqis zû don siu iauzire ^H 


De gftïoillos em pi or an 


E ï>rec mi donz per merce ^^Ê 


Trom près eri son aegno- 


Qe son cor de me non vire ^^M 


[ratge 


5 Car ips om e sob servira ^H 


5 Mais al prim li sou ^ saU 


Soi eu iai ^^ âstat ane se ^^Ê 


[natge 


E ades pueia e ve ^H 


i c.en : no$, — * l% en : vora — * c. en: aainâ — * t. : no$, ~ > £. ; perdi;l — ^^| 


• /, ; mat§:e - '^e. en; denan —**L: 


fon —^L: âftpcïiâ — i* f. : a. et ai, ^H 




^M 




4 34 LE CHANSONNIER DE 

] or a doblat dezire 

C t plus ffîi fai de be. 

VII. I lira Lai vir mon fre 

\ ^mg tdnglQT cui de aire 

î >îl iamor e bùù. he. 



163 

:ELMS FAIDIT2 



a 

I. A 

1 
( 

( 

5 D 



Ben saubra far gaug a la 

[bona gen 

Pos tan gen sai cubrir mon 

[pensamen. 

II. E pois tan gen sai cubrir 

[mon afan 

Ja non esfors lauzengiers 

[mal après 

Qem tengon dan ni conoscon 

[los bes 

Qeu damor ai ni la i^ran be- 

(nananza 

5 E aab midonz puesc trobar 

[acordanza 

Tan ai estât de vezer son 

[cors gen 

Para merce. qautre ici nô 

[aten. 

111. E vos amor qe maues pro- 

[mes tan 



BEUNART AMOROS 

Vostre socors eraui en ao- 

lueoguea 

Aoatz Yas leis em vaîl ab 

[vos iûerç€fl 

ft fia nai^ lai eu vofttra 

[ftanxa 

5 B sekoa fai amistat nim 

[eoansa 

Vofi e mercea naure» grat 

Âprea midonz qa en yqs 

(mandamoa, 

IV* (p- I4i) Autre «ocors non 

[aten ni demao 

Mai sol de lieia sen atier to 

[poguea 

Car auc no vi donna tam bem 

[plagues 

E ai eatat en oogrie en 

[franza 

5 E sem dones damisella con- 

[stanza 

Totz mos volers nom passe- 

[ral talen 

Qieu ai de leis cui am tan 

[finamen. 

V. Qar miels me vai qe al pres- 

[tre ioan 

Cant me mëbra de leis qi ma 

[conqes 

Cab près onrat eab belsdigz 

[cortes 

Mi dona ioi em promet ben- 

[ananza 

5 Per tal qe fos cm pretz e en 

[onranza 

Câpres io iois mauengues 

[loniamen ' 

Tuitpoiran dirneus lamador 

[iauzen. 



* /. : desconort — * /. : irai — ' /. : lonramen 



LE CHANSONNIKK DE BEHNAUT AMOROS 



4 35 



VI. ChanzoDz vai ten dreit per 

[mon elian 

En monferrat.e dira al pros 

[marqes 

Qem breu veirai lui el comte 

[de blos * 

Qar totz lor faigz son de 

[bella semblanza 

5 E digatz len leialmen ses 

[doptanza 

Qe mos conortz me ten ^ sai 

[tan gen 

Per qeu estau qe nols vei 

[plus souen. 

153 

GAUCELMS FAIDITZ 
(= B. Or. 167, 44* •) 

I. Oi mais taing qe fassa pa- 

[rer 

Jauzens e desliures desmai 

Mon rie ioi ab ioios voler 

En un vers pos a mi donz 

[plai 

5 Qahora sai 

Qe col qe a bon segnjor 
[sattrai 
Es de rie don iauzire 
Si sap esser bos sufrire 
Francs adreitz de tôt be 
10 Aitals cun ad amor coue. 
II. Ja finz amies nos dcsesper 
De si donz si tôt mal entrai 
Qe zo cane nô cuidci vezcr 
Vei per domno al cor tan 
5 Qa penas sai [iai 

Qi fui ni quez soi tan bem 
[vai 



Qe qant e mon cor cossire 

Jeu nom cug ni cre nim al- 

[bire 

Sieu foz cel qe sueil qai 

[en me 

10 Lo iois qi damor me ven. 

III. Qar amar ab sobretemer 

E genz seruir. ab cor verai 
Man aduit e man fait auer 
Un rie ioi iauzion queu ai 
5 De lei don sai 

Quel mon tam bella nom 
Qitar qi fazia assire [estai 
La gensor dautra qes mire 
Près de leis non parria re 
10 Qil anc beutat agues ab se. 

IV. (p, 149) Daiso trai garent 

[qieu die uer 
Son bel ris g son bol cors 

[gai 
Ladreit parlar. el rie saber 
El esgart e sos bels oils rai 
5 De uer o sai 

Plus non aus dir ni nô dirai 
De sol aitan cre qeslire 
Poscom de tal o voil dire 
Qa sauer es lieu qi la ue 
10 Qe iois tan bella nô mante. 
V, Aram sforz pauc qar ai po- 
[der 
Pos tan ries iauzimôz mes- 
[chai 
De mon ioi celar ni tener 
Qar ades a totz nol rctrai 
5 Mas car ieu sai 

Camors p^r descelar dechai 
E qaissiz pot bom iauzire 
Sai si mô cor escondire 
Qe ia lauzenjer denjan pie 
10 Nonsabrauconplusmisoue. 



« /. : blés.— ^ /. ; vcteii. - * Voyez Zeitschr. f, r. Ph. //». 388 note 



^^m 436 LE CHANSONNIER DE BERNA RT ÀMOROS ^ 


^^^^^^ VI. Domna moB îoîb e moa pla- 


Vezen Ja roda virar ^ 


^^^^^K 


El sers ploraual maniar 


^^^^^H Mos dczirs don îa nom par* 


Cbant on plus ai malanansa 


^^^H 


Qar consir qen alegranza 


^^^^^^H Tan coœ vidam voîlla valer 


10 Mi pot mon maltrag tornar 


^^^^^H Do YOB cui am & amarai 


E plor can vei ioî ni be 


^^^^^H 5 Tan qun viurai 


Als autres e mi sou« M 


^^^^^H Totz temps e ia ren noua 


Qiou naîe pro ar n^ ai re, H 


^^^^^H 


IL Qen aital r^baîUam • te ^ 


^^^^^H Doû vogtre nc« coi-a sazire 


Preaamors en grieu batanïta 


^^^^^H Mas prec voâ qala nouz auz 


E n& sai dîr ren per qe 


^^^^^M QeuB aiaa auineti merce 
^^^^1 10 De mi qeus am pei' bona le. 
^^^H VtU Nuls hom àaDiar nos deu 

^^^^^^ Qe plus qe nuil» ioaz ^ non 

^^^^^^1 Emeudanxora en sol un ser 
^^^^^H Fer tiïm ia nom deap^rarai 
^^^^^H 5 Pos 
^^^^^H Ans£ prec mù vers cami doti^ 

^^^^^H Si de mon vezer grazire 
^^^^^^^ E daqi qaiHoi'fi nofl vire 


Mas car atent aa raerce ■ 
5 Vêncntz ses deaperanza * 1 
E car nom recre damar f 
Qe dais nom {p, Uù) pot 
(em col par 
Tant 11 aui ficela amaire 


A leia tui non aui retraire 

10 Ni descubrir mon penaar 
Prosdomnabgericorscortes 
Tant tem lo preiï qen vos es 
E las granz val ors ela bea. 
IlL Pero nom desesper ges 
Ni mes sembkntï ^ ni ve- 


^^^^^H ËDuers mon y\m atiineEi 


[iaire 


^^^H 


Qen vos non aia mercea 


^^^^^1 10 An bon près enaQz e reue. 


Qel voatre cors ben aprea 
5 Humil francs e debonaire 




Vei el rie preU valent car 


^^^H 


El gent ris ©l douz p%rlar 


^^^H GAUCELMS FAIDITZ 


Joioa ab gaia semblanza 
E car non trobatt eganza 


^^^^H Or, 


10 De beutat el mon ai par ^ 
Aisorn tira aï el îre H 
Em toi ardir em rtte 


^^^^^1 1. Â iemblan del rei tjbena ^ 


^^^^^H Can lac venant lemperalre 


^^^^^H El fes tjrar can kt * pref 


Qen nfuis ^ auz preiar de re. 


^^^^^H Sa cbaret e son amei 


IV. Qar maintaa aazos maue 


^^^^^H 5 Dont el ehantauab maltraire 


Cab tota sach • acordanKa ^_ 


^^^^^H 1 1. : qen mil iom£ — * c.en : foi'l'ai 


1 


^^^^^■^ ^ €, en: tyheta — */, : lac — H* : IréhaUlam — * /. : deaeaperanïa — ▼ r.^| 


^^^^^ fTi : semblaitz —* L : nous ^ ^ /, : i 


rach H 



LE CHANSONNIER DE BERNÂRT ÂMOROS 



437 



DOpnaas cuig preiar de me 
E puis cant mos cors vos ve 
5 Mespent * e non ai mem- 
[branza 
Mas sol de vos esgardar 
E nous sai nius aus pmar 
Ni lamor nos puesc estraire 
Donc gran merce pogras 
[faire 
10 Sim dassetz sentz deman- 
[dar 
Qe nô es tan pauca res 
Que del vostre don agues 
Qieu a gran non la tengues. 
V. Perqenanz qel bruid uen- 
[gues 
Nil fais lauzengiers tri- 
[cbaire 
Lamor qieus ai conogues 
Fora gent sa vos pi agues 
5 De conoisser mon afaire 
PoB ieu noi vos auz mos- 
[trar 
Cun honrat don progras 

[far 
Si ses tota mal estanza 
Suffrises ca vostr onranza 
10 Fosson mais tuig mei cban- 
[Ur 
El plus lais qe bes coue 
Mai daisso nô cuig ni cre 
Sieu lenqier qe men mal 
[me. 
VI. E pos de vos nom recre 
Ni de la vostr a fiâza 
Don eu autrei per iasse 
Mos cbanz. e malleial fe 
5 Si vostra valors menanza 
Honor vos er senz doptar 
Vos sabetz cous fai afar 



Qeu non die plus pauc n^ 
[gaire 
Mas tan cumils merceiaire 
10 Vos soi ab cor fin e clar 
E si esmes ni saupes 
Cauzes mais dir ni degues 
De mais mi for entrâmes. 
Vil. A uentadorn uoil rctraire 
Qe la dompna non a par 
De beutatz ab complitz bes 
R sil mas razons saubes 
5 So qieu sai beil fora près. 

155 

GAUCELMS FAI 

(= B. Or. 167, 15) 

I. (p. 151). Chant e déport ioi 

[dompuei e solatz 

Enseignamen larguess e 

[cortesia 

Honor e pretz e leial dru- 

[daria 

An si baissât enianz e mal- 

[uastatz 

5 Ca pauc dira nom son de- 

[sesperatz 

Car entre .c. dompnas ni 

[preiadors 

Non vei una ni un qe bes 

[capteigna 

En ben amar ni enuer qe 

[nos fegnia 

Jam sapchom dir qcs de- 

[uengut damors 

10 Gardatz con es abaissada 

[valors. 

II. Quar drutz i a e dOnas sin 

[parlatz 



1 L : mespert. 



^^^^^ ISP LE nHANSONNIER DE BlHNART AftlÛROS 


^^^^^H Qe fegnorEn e dima tota 


Qô fâtenc gent e làial ae- 


^^^^^H 


[gnona 


^^^^^H Qml aon leial e amon sei 


Safranqïa tant poa eu ai 


^^^^^^^1 


[aumelia 


^^^^^^^H Ë pos ohaicfls es ûubÊrtz e 


Qem p«rdijnes aï Bit fora 


^^^^^^r 


[têâmU* 


^^^^^H 5 Ë tricbariui sia e lui va» toU 


5 Vas lels coa Laus * «afin en 


^^^H 


[la fornatz 


^^^^^^H Ë Las dodnaa on plui an 


E nom no gués paratgea ai 


^^^^^H 


[rieora 


^^^^^H E mai a ouioQ eom u prêts 


Qe sera LU tôt deJ mal ni far 


^^^^^H 


[o deigna 


^^^^^^H Ma« ai ta Le bes €oa coueu 


Aîisi serai fis ses fala en- 


^^^^^H [kr veigAft 


[treaaeigBA 


^^^^^H Ca ciiaBcuna 


Con lo leom* ang^lfisr de 


^^^^^H 


[Laa tora 


^^^^^H 10 Poa .L drut£* qo pois dem 


10 Cati lac eatûrt de Los guer- 


^^^^^V 


[riera peiors. 


^^^^^H in. Ai«âi cùm mlâh ea eu don- 


V. Ë saqeat tort2 dôna foi 


^^^^^H 


[perdoaatz 


^^^^^H UetiB acuUlira e auineofi 


FaaaAt agra la mar part 


^^^^^H 


lombardia 


^^^^^H E beli parLana preu e douza 


M as ûon eiiig far leial ruon 


^^^H 


[foinania 


^^^^^H Âieaî deu meiU gardar sm 


Si uon era uas uqs adre- 


^^^^^H 


[churati 


^^^^^f 5 Qe reu m val cort de dùa£ 


5 Sol per aisao deuetz voler 


[meilalz 


[La pat£ 


Ni non ea fins pos i veim 


E car luerees os en vos e 


1 cobra 


(honore 


Cuna sala atnora Uimg los 


An uia c^antos* qe res Don 


[deatreigaa 


[la reteigna 


Non die eu gea ca domna 


Freiar voi ai francliamen 


[dascouetgna 


[qeus aoueigua 


Soni La preia ni a en tonde* 


Ca gentils cora taing fran> 


[dora 


[cbea e douzors. 


10 Mas ges mn deu en dos 


10 E dieu perdonaLa boa per- 


[luecs far se cors, 


[ don adora. 


IV. E ait plftgues qel bels pia- 


VL (^. iSi} Tant coa reguiet 


[aéra honrabî 


[leialment amiatatx 


' 1. ; an ta — * c. en : desén^r» 


<— « c, CTI : dautx — * t, : c«mdii. 


• €. en laiaU, i. : ûnat* — •L: 


laurs. ^M 



LK CHANSONNIER DE BERNART AMOROS 439 



Fol segles bons e senes vi- 

[lania 

Mas pois qamors tornet en 

[tricharia 

Es dechazutzeiouens abais- 

[satz 

5 Et ieu meteus pos dir voll 

[las vertatz 

Ai tant après de fais dnitz 

[trichadors 

Qe nô es dreitz qieu iamais 

[i reueignia 

Qe leis on iois e pretz e 

[beutatz régna 

Si con magues mal fag fug 

[de cors 

10 Qant mac garit. et enansat 

e sors. 

156 

GAUCELMS FAIDITZ 

(=B. Gr. 167,39) 

I. Moût a poignat amors en mj 

[delir 

Longas sazons. per qieu en 

[son clamanz 

Qen breu aura envirô de set 

[anz 

Qemfes amar. tant fort senes 

[mesura 

5 Lei on perdei mon ioi e ma 

[uentura 

Cane pois del cor nom poc 

[partir lafanz 

E sauia maint ben agut 

[enanz 

E main plazer don plaing 

[plus ma rancura 



Qar moût es greus mala- 

[nansa suffrir 

10 Celui qe a maint ben veizat 

[iauzir. 

II. Forsatz sufri car no men 

[pueisc partir 

Ni non fora razos qe fîz 

[amanz 

Fos bas damor mentre ire 

[malananz 

Mas amors vol so per qamors 

[peiura 

5 [Qe ' dreitz es com noi sega 

[dreitura] 

E dreitz qel son apoderalz 

[talanz 

Mas ieu nô soi al seu dreit 

[contrastanz 

Qen autrafar semblera granz 

[tortura 

Qc cil qeu am pogues ma- 

• [dreg aucir 

10 & eu amcs cella qem fai lan- 

[guir. 

III. Damor fora mezura sens 

[faillir 

Qe no règnes maleza ni 

[enianz 

Anz couengra pQs lo noms 

[es tan granz 

Qamors [a nom qamors] fos 

[fes ' falsura 

5 Mas endreig mi es tan mal 

[e tan dura 

Car li soi finz humils e mer- 

[ceianz 

Qel nom damor es perdutz 

[al meu danz 

Qaissi nestai qe re nom* 

[meillura 



* /. : Perge — • c. «n ; ses — • i. : no mi. 



^^B 4 40 r.i^ CHANSONNIEE t>E 


BERNA RT AMOROS ^^" 


^^^^^_ Co u cel qti e& UG i c D miei g d el 


10 E * ieu meteuô. qe pain e 


^^^^^B [mar 


[men trair. 


^^^^^H 10 E noi pot ai remaner ai 




^^^^^H IV. Non ai poder puesca mon 


167 - 


^^^^^^H fugir 


GAUCELMS FAIDITZ ■ 


^^^^^H T&n fori éBUuc saiiade 


(—B. Or. 167, 49) f 


^^^^^H 




^^^^^H E ma damna car es belle 


L Qan la fueilla sobre larbre 


i^^^^^H 


[ sespan 


^^^^^H E S6US mercû non a do ma 


E del aoleil boh es élargit lî 


^^^^^^H 


[rais 


^^^^^H 5 Ânz can la prec nti aoinoti 


E 11 auïel m van enamoraa 


^^^^^^H [en 


Lnn pela autres e fan von tas 


^^^^^^H Qem laia de leîs e pois rea 


[elaia 


^^^^^H 


5 Ë lot caat m sopleia vas 


^^^^^H Mielz mî fora qe aeguea ses 


[amors 


^^^^^^H 


Mai soi a vos qea griena per 


^^^^^H Mais non puesc gee qe vo- 


[conuertir 


^^^^^H satura 


Bona domna per qeu plain 


^^^^^^H E mon feim ^or e kmoroa 


[c suapir 


^^^^^H 


E vauc mîeg mortz entre 


^^^^^H 10 On piets me fai lam fan plus 


[rire ploran. 


^^^^^^H 


IL Ane maïs n nia hom non traJB 


^^^^^H Y , {p. Î53) DoncB par qo fatz 


[tan grieu afan 


^^^^^H [car ttuz dïr 


Con îeu perltïia mais leugier 


^^^^^H Poe non vol 


1 lo mi fais 


^^^^^^H [tno8 


Qe (jant eagart son cora e 


^^^^^H Vai mî meteia son traire e 


[son semblan 


^^^^^H 


El douE parlar qe tîtn auîiu 


^^^^^H Gârdatx si aui ben de falla 


[matrais 


^^^^^H 


fi E II bel oil ab la fresc«.^ 


^^^^^H 5 A ecten qe noi ai cobortura 


[Coloi-arfl 


^^^^^^1 Me faU trop pietz qe la nom 


Molt ai saup gent beuUlxfl 


^^^^^H ikùt 


[en lem assir 


^^^^^H E «il atette cors he faiU e 


Cant plus lasgart, plus la 


^^^^^^H iatanz 


[ueî embellir 


^^^^^H Nom vol amar ïm tan gran 


Dieiia men don ben cane re 


^^^^^H [forfaitura 


[non amei tan« 


^^^^^H Ni tan ^ran tort non sai^ ean 


111. Toi iorn la vauc «intrôla 


^^^^^H 


[meillora blaaauui 


^^^^^1 Li em — *^.en : fai — U.i cmn. 


1 



LE CHANSONNIEK DE 

Et e moe ditz tôt son afar 

[abais 

Per esproar de chascun sieu 

[semblan 

E per saber lo seu fia pretz 

[verais 

5 Sel 68 tengutz per tan bon 

I entrellors 

Mas trop en puesc deman- 

[dar. et auzir 

Cadoncs naug tan a chascun 

[de ben dir 

Perqieu nai piegz de leis 

[muer desiran. 

IV. Âqest inan mort fais ama- 

[dors truan 

Qi per un don damor si fon * 

[truep gais 

£ car ades tôt lur voler 

[non an 

11 van disen. camors torn 

[em biais 

5 E dautres iois si fan deuina- 

[dors 

E car son mort cudou autre 

[aucir 

De mi vos die qeu non men 

[puesc partir 

Qel genser am ia. . . . 

168 

GAUCELMS FAIDITZ 

(= B. Gr. 167,37) 

1 . Q>. Ib4) Mon cor e mi e ma^ 

[bonas chanzos 

E tôt cant sai dauinen dir ni 

[far 

Conosc qe tenc bona dona 

[de vos 



BliRNAHT AMOROS 441 

A cui non auz descubrir ni 

[mostrar 

5 Lo ben qeus ai don lan- 

[guise e sospire 

E pos lamor nous auz mos- 

[trar ni dire 

Nil ben qeus voil greu auser 

[enardir 

Sens uolgues mal de mo mal 

[cor a dire. 

II. Al prim qieus vi domna ma- 

[grobs qe fos 

Per qamors tan no meus fe- 

[zes amar 

Qe nom fosses tam bella n^ 

[tam pros 

Ni saubesses tan auinent 

[parlar 

5 Caissim pasmei cant vos vi 

[dels oils rire 

Cuna douzors damor mi venc 

[ferir 

Al cor qem fai si trfiblare 

[frémir 

Ca pauc den& nous mori de 

[désire. 

m. Adoacs parti destreitz e en- 

[ueios 

De vos dOna cui dezir e tenc 

[car 

Siqe anc pois sognier* ni 

[poderos 

No fui demi mas de mon cor 

[celar 

5 P^rzo conosc camors mi vol 

[aucire 

E sieu p«rvos muer bes mes 

[per vos a suffrir 

Qcn autre gien non poira ' 

[morir 



1 L : fan. — • /. : segnier — * /. : poiria. 





^^^_™.._ % 




Tan doue amen ni ab tan bel 


5 Tant can vos ym soi del ve- 




[martire. 


[zer iauzire 




IV. Ai coma traig moB fiuz cors 


E can mm part ion en aital 




[amoros 


[eonaire 




Cftcc mais non fon leua a 


Qe re non pueac la nueig el 




i [enamorar 


[leig darmir 




Ëûtro qens vi domna doti la 


Ni aai ala far maa plajgneu 




[eazoni 


[vola em vire* 




Non cug si a qiene ans nierce 


VI , Domna lafani el coasira mes 




[clamar 


[tau boa 




5 Ni VOB tkù plat2 conoieser 


Coq plus en pena e mais en 




[roon conBira 


[voil pensar 




Pcro aaber podetz leu mon 


Ë ai ab me mamtaa ves cù* 




[de^ir 


[paignos 




Qieu ai de voa. ub naaint 


Qeu vûlria maîa tôt soleU 




[cortea sospir 


[eatar 




Qôm ve^et far. can vos vei 


5 Aitan mi platz cant mi penx 




ni us r«mire. 


[ni malbire 




,w V. Tôt cant macort en un roes 


La gran val or. mai aqi eoa 




^^^^^^Hr [o 


[roadir 




^^^^^B De cal gui^aui venguea gen- 


En ver car aai qe noua aua 




^^^^H 


[dfiscubrir 




^^^^^B Mublit can vei voatraa bel- 


So don mer mais toti tetnpa 




^^^^^^H [las 


[eaaer anffrire. 




^^^^^H Qe no men 






^^^^^H 


E. Stbngel, 




^^^^H 




fa 


[ 





I DODICI CANTI 

ÉPOPÉE ROMANESQUE DU XVI* SIÈCLE 

(Stdte) 



CANTO DECIMO 



P^llOv*']!. La gelosia c uaa spietata rabbia 

Che consuma altruiTossa et nervi et polpa, 
Et convien ch'un gelloso mai sempre habbia 
Una febre che '1 scarna, sinembra et spolpa. 
Non fu mai mollosta acuta scabbia 
Qiianto è la gelosia, che senza colpa 
D'infamia un huom non lascia ne mai lieto 
Lo rende, anzi lo fa sempre inquiète. 

2. Âmorda gelosia è différente, 
Perô ch' Amor è passion naturale 

E una virtù che vien nel cor sovente, 
Non come il vulgo da pungente strule ; 
Ma chi la gelosia dentro al cor sente, 
Sente espressa pazzia perpétue maie, 
Ne vien da Amor la troppa gelosia. 
Ma da humor malinconico et pazzia. 

3. Ciô che Thuom fa che sia fuor di ragione 
E U'è infamia, disnor, danno et vergogna, 
Perché la gelosia è openione 

Ch' al tri se arecan più che non bisogna. 
Et non è ragionevole passione 
Ch'occide la ragione et sempre agogna 
Super quel che non lece, et saper crede 
Quello che la ragion non le concède. 



I DODICI CANTI 

4. La geloBia di due Gone fa guerm 
Nel [ietti> human, ciù è di donna et regiio : 
Se que lia prima in hum an cor ai aerra. 
D'una eatrema pazzia é vero aegoo ; 
In qualcbe cona mea la seconda erra, 
Maaaimo quaado ha di ragioii diaaegnoj 
Corne hor dî StordiUuno ekla il cor prietnt» 
Ghe non aerno, caglon del reguo tema* 

5 . Sa questo re che U air di Montalbano 
É paît ad in di Carb, et che nimîco 
Qnello é di Moro, di Tiirco et Marauo, 
Et queste in casa hor se le montra amiGOj 
Né ben si pu[ô] scruttar il cor humane 
Che non ai vede ae egli è retto o oblico ; 
Perô non aenza gra[n] cagion si muove, 
Per quantoparli baver anapition nuova. 

(f*lllr*]6. Et cosl manda per soi capîtani 
Et per gli amici consij^'^lier aua fldi| 
Et âpre a loro i suoi pensier cfitranî, 
Dicendoli: a Non ao com' io rai Hdi. 
In caea ho dut più valeuti chriatiani 
Che la Fortuna sopra terra guidi ; 
Uûû è Rynaldo et quel altro è Guerrine, 
Che è eonosciuto in Gretia par Mesehino. 

7, Noto é liinaldo a (ojgnunper sua prude^za, 
Di chi più dir chi el aîa non è mestierî ; 
Ma quel Guerin^ châinfra i Greci a'apprezza, 
Magnanimo è fra tutti i c aval lie ri, 
Et Finidaro e i ^uoi Hglioli sprescza) 
Che aoQ di |)agania questi guen ieri 
I primi et pîù potenti ch*habia il mo[ii]do, 
Et pur (ruerin gli ba potti tutti al fonde. 

S' Vinae la gîoatra grande et vitiae, pûl 
Che di queir bebbe iî pregio pt^r battaglla, 
Di Pitiadoro i figli^ grandi heroi, 
E in Siria poi U diede altra travaglia. 
Et li scherui di modo che a di auoi 
Non rilevar pii^ teata, e hor ai travaglia 
Con KinaldOp o iignor, eo me va de te, 
Si vaioroBamente, et vïsto bavete. 



CANTO DECIMO 

9, Vorrei mi conBegUîisti, che 1 timoré 
Sovente lieva altrui *îi buon conaiglio; 
Et ben mirate al inio regale honore 
Sopra del quai sol vosco mi cotisïglio. 
Perché 1& fe eh' è iti voi col grande amor© 
Fa cti'iovi manifesto il mio periglio. 
Dabbio ho del regno mio, diibblo ho di %'i]if 
Eftasndo questî daa guerrier fra nui. 

10. Ppr^ perché Fun dei dua chefu Rynaldo 
LiberÔ la mia nuora Fiordiepma 
Dalle rie riiBni di quel rio rubaldo, 
Degno è d'honor da mâf non dl ruina ; 
Vorrei poaaéudo dimoatrarmi caldo 
lu honorarlo, fioch' eglî camina» 
Ma ben vofrei che presto la aua via 
Prendesae et Taltro seco îq compagnia. n 

[Iî"6 { 1 1 yo] 1 1 , Benchè 'I figlîuoi del re non sia chiatnato 
Ch'egli habia a dir in queaio concistoro 
Il 8110 parer, quel che *l padre ha narrato 
Aperla meute eute^o ha Zenodoro, 
Perché non a*©ra in ïetto aneor corcatOT 
Come pentava il padre baihasoro : 
Perch* havea dnbbîo, stava moUo attento 
Che Rjnaldo non pata de tri m eu to. 

12. Per6 iu la aaU, ov' erau ragunati 
Il re^ h çapitani et conaiglieri, 
Entrato Zenodoro, et, ^alutati 
Che gU hebbe ttitti, disae : t^ euTutlierif 
Et vo' ait ri veehi da padri houorati, 
Non couatgliate contra î dua guerriêH 
Ooaa che ai a contraria a Thonor regio^ 
Gh* io in faccia eomportar non vue' tal fregio, 

13. Non puè Rvualdô et, «e potetse ancora. 
Non è per far al ooatro regno oltraggio, 
Che la preeontia sua d^iigna et décora 
Dimostra lui non baver personaggio^ 
Se non far co&a degna, perché honora 
Questi ciaacun come prudente et auggio^ 
Tal cho mérita h on or perpetuo et deguo, 
Perch' egli é gratia pur del noatro regno* 



44S 




44Ô 1 DODIGI CANTl 

14. E s€ qiiAloh*iiûo ardisee eoatr&dîre» 
Fiiom che il padre mio^ vuo* aoateitere 
Che Eynaldo d'Amone 6 nobU aire 
Sopra ogûi altro campion chê habia potere 
Di armî et di stato o di supremo ardire. 
Et raanterô le mie parole vere 
k ogaun, beochè Flynaldo è hijjmo taie 
Ch*a nepoadere a ogoan coti Tartni vale* 

15 1 Et vûleaae Msccon che de' sua pari 
Faaae fra nui qualche legiadra coppia, 
Ch* oggidl son nel mon do lanti i-an 
Perché Graiiata in ain' a TEtioppia 
Potrebbe il regno cou pochr danari 
Forai ampliar, ma di taiti'è b) inoppi» 
Fra nui, che sempre havrem pavîdo il eofê 
Quaîido huoino ariva qui d'alto valore. 

[F« 1 ISr^jiô. Que^U h la c^ausa che^l mio padre teine, 

Non già che di lezner habia cagione. 
Se geloaïa del regoo il cor le preme, 
Se coûtra questi hft mala openione, 
Altro non é ae îion che vobco insieme 
Non vede a lor simile alcuix campione, 
Alcun campion che forai ei libérasse 
Quando contra di lui si machinasse. 

17, So che Rinaldo ad una sol richieita 
Nostra sareUbe aempre diffenaore 

Di questo regnoi et empisi la teata 

Ohi vuol di sogui, perché î suo gentil core 

Non piiô pensar a coaa disbonesta, 

Hynaldo che sol prezza fama g honore. 

Pur cotise gïi cltâcun qaanto li piace. 

Ma non con gu^rra, possendo haver paee. n 

18. Turbosai Stordilan délia propos ta 
Che Tece Zenodoro a quei baroni, 
Perô ch' alcun non vuolse far Hapoata 
Né coQsigliar contra li dnoî campionj^ 
Ma nno al dir Zenodoro s^accoata 
Prornînpendo la lingua in tai aermoni : 
« Sacra Corona, non ai vnoî cercare 
Qaello ch* altrui non brama di tmovafe. 



CANTÛ DICIMO 

19. Chi cerca il mal ne truovain abondânza 
SpesBo più cht} dod vuDle^ et perû dico : 
Doppo che 1 air Rynaldo in vostra stanza 
Eicolto b a vête enme caro aouco, 
MaDcarle de V honor fia traçotait^a 
Et di benevûl far crudel nemico^ 
Massiniamante ch@ obrîgo Thavemo 
VoBco an cor nui corne çhiaro gapamo» 

20. Ârgeste gxà turbava tutto U regnâ 
Et coDftuni&va nui con ipesae predê. 
Ma solo 4|neBta cav allier fu degno 
Fermade il cru do et formidabil piede. 
Abbaaaato bàlb et fatto »târ al segnOf 
Corne dî cïù fa Fiordispina fede 
Et n' bave m vîsto esperien^a chiara 
Che questo huorao è d*una virtù preclara. 

[ W^ 11 3^** 121, Perù, sacra Copona, non ê honesto 
Non seguir il trioinfo cominciato. 
Perché non cominciarlo coaî presto 
Meglio as Bai fora çK hor aia intralaaciato ; 
E, quandû che 1 re Carlo intend a questo, 
Forai cbe et egli ne aerâ turbato, 
Et lecita cagione havrà di farvi 
OltraggiOf et forsi non poCrete aîtarvi. 

22, Che non potrete vo* allegar ragione 
Per qtial deviate al cavallicr mancarc, 
Etf ae ail ag as ta la suapitiouet 
Biaogna cbe sia gîuato il auspattare ; 
Et chi si muove per openione, 
Non la poaaendo in pûblico pruovaro, 
Sempre havrà toi to et ^m'rh condannato 
Fer indiaereto, neghitoao e iograto. n 

23^ VuoI Stordilan che parla Zenodoro 
tjhe più nel consigliar libero sia 
Ciaacun. Pa[r]teai et lascia il concistoro 
Tutto in bisbiglio e alcun non é che dia 
Parer qnal voria il re, di tutti loro, 
Taie ch' egli n' ba al cor malenconia, 
Et dice i it Hor dichi ognun seo^a rispetto 
Tut ta la op6nio[tie] che chiude in petto, » 



447 



1 



441 1 l)OJ>ÎCI CANTI 

24 , Parti to Xenodor îie va a Rynaliiû 
Et fi Giierritio et fa qiiegli uscir fïioro, 
Môstramioai jn amaHi tanto caido 
Quanto altri mai chiudease in petto amore. 
Sta Stordilano nel peosier suo saldo, 
Voria il parer d'altnii corn' ha nel cor«t 
Et pur comanda ai consigli, et dice 
El parer ohé gii ha dato Doratiç«, 

25, Sta qiiam ognun inseaaato û folle^ 
Temon del vechio re, temon del figlio* 
Mal volontier raltrui pesa ai toile 
Alcun, che porinrlo a talhor periglio. 
Fa il miito ogQun, il re hx voceeatolte, 
El dimoatra turbato haver il cigito. 
Nisciiin fa mottOi il re di dir non cala, 
Et Zenoder coi duoi ne viene in aala. 

i[P^ 1 i 8r*l26, Era il figliuol d'Amon tanto éloquente 
Che un Demoatene pare o un Cioerone, 
Et Guerin altresï saggîo et prudente 
In la favella, injog^ni aua aetîone. 
Si ammira il re del loro enlrar repente. 
Pur a dir vioininciâ il figlmol d*Amone, 
pria aalutanda il re, poi gli altii iuaieme : 
w Discaeciate il timor che '1 cor vi prieme. 

27. Cupidigîa di regno et meti d'impero 

Non mi tormeota et non mi afHigge il pettOâ 
Combattu per il giusto et per il vero, 
Che de aquistar Taltrui non mi diletto. 
Non so mostrare il bianco per il nero, 
Ne mitovi che a Carlo i* si a aoggetto 
Over chriatiano, perché V non farei 
Ad altri quel che per me non vorrei. 

28 p Per trarvi fuor d^ogni suspetto rio^ 
Corne finito havrû Tabbattimento 
Conqueato altro campion, corne dero b, 
Se 1 mio Jeaù vorrà, con aalvamento, 
Deliberato ho di seguire il mio 
Viaggio et S tord il an lasciar eontento 
In el auo regno et favori Ho ogni hora 
Ch' 10 siirà cbieFito et contra Carlo ancora» 



CANTO DECIMO 

29. El questo dico, quaodQ ei inovc^âe 
Carlo o àILtû te ietixa. ragîone 
Contra dî yoî, o aesediu vi panesse, 
Noû havendo ei più cbe giusta cagionet 
NoQ Fi pensftte cbe le mao teoesse 
Sâozft oprark per voi il fîglikj[ojl d'Amone, 
Ch' 10 vi farrei veder cti'lo porto amore 
A voi e & ZenodorcoD lutto il c<»re. »» 

30, SlmUenieiite il bon Gnerrin si offerte 

Che pQBâeodû truovar il buo legaîaggio. 
Se bea fu[«]»e dî là dove il re Xer«e 
Teane rimpero, aneorcbè qualche oUraggiû 
Gle D-aveiïesse el Zêûodoro per se 
Maada^^e, premier subito il viaggio 
PeP vaairle in favor, per darle aïts, 
Kt bîaognanda poi puorvi la vita^ 

|[F* 1 13^"] 31 , Sodisfeceto al re tanto i guerrierî 

Col aaggio dir, çou le krgrate oflV*rte* 
Che ne reatè ammirato, e i consiglieri 
Di Zenodoro le pu rôle eâperta 
Cognobbero effîcaci^ e i c aval lien 
Lodoron tutti, e tl re le sue co perte 
Oppenjon disse et che deliberatû 
}\ fivea r&rli pngion ienza peceat^ï. 

32 , Pqï perdu n cbiese lor con grande tnsianza 
Ingenocbiato ai piè delli campioni^ 
Et lî prego ohe aecô in la aoa s tan z a 
StciBÊro sempre et gran proviâioni 
OlTerse laro et de! far amistsinza 
Il priega, et montra lor par pm rpgionl 
Che 1 tb^bbon far, essendo lor cbristiam 
Hidotti nelle forze de' pagani^ 

33» Bt percbé eran dui ca val lier che para 
Nel mon do non bavean ne baver m en ponno, 
Compagni eâteodo Tuno et l'altro caro 
Di o[gni] gra[n] regoo di esser degno donno, 
Kou vuolle S tord il an essore avaro 
Del bon consiglio a lor; ma, percha aonno 
Haveva quasi tutta que Ha tonna. 
Le dà licenlia aci^ che ogrîim se adorma. 



44f 



45Ô I DODICI CàNTI 

34 . Cû a î par ti ti t u tli i ter razstanî , 
ResUuo sopra modo i re contentij 
Et Doralice delU dua chdatiaai 
Che odito h ave va tatti i parla menti, 
No resta Heta, che i penaier eatranî 
Del padre vede tutti esser gîà apentL 
VanQosi tutti quanti a ripOBaro 

Per ûa chè *1 cbiaro giorao io terra appare. 

35. Dorme ciaacimo, ma Riaaldo aob 
Del la fade campion seco ri volve 
Corne trar posaa da Tetertio daolo 

il gentil ZenoâorOf et ei rissolve, 
Pritna ch' ei parta del GraDatin euolo, 
ScuoteHi la inaligoa infida polvê 
Di quella setta et ridrizzarb al cielû, 
Levandogli dagll ochl il s euro vôlo. 

[F*l I4r'*]36* Et cou queetô penaier lasaa le pîumo 
Sovra le quai si ripoaava armato ; 
Gli oehi et la mentt^ ahando a! aaero numc*^ 
Col cor divoto iù terra ingenochiatOj 
Priega Je su che de Tet^srao lumt 
Hubia al suo Zenodor tatito danato 
Quanto bas ta alaatrar la oecura mante 
Ad6 ei conosca quaiito è Idio poasente. 

37* Et poi Bugg[i]uDsé oraudo : « Redenlore, 
Cli6 per Hàivar il peccator voleatt 
P rond ère h aman a carne, per Tamore 
Ch' a l'huon fatto a tua imagln sempre baveati, 
Non îndarar di Zeûodoro il core; 
Pâtcbê la propria tua vit a pouesti 
Sûl per salvare la natura hnmana, 
NoQ sia per Zcnador tua morte van a. » 

38, StavA Guerrin sul leito, {•otna huon lasso, 
Alq*lAîitoaonolento, ot pur a*accofge 
Del bon tijnaldo ingenocchiato al basso^ 
Ch* al Salvator per ZeDodoro porge 
lî II mi le prect% che non era casso 
In kl Famor che dal ciel icmpre soî'ge 
In chi ha timor di Dio, in cbi li crede^ 
Sernpre opeiando in bea corne ha la fede* 



CANTO DECIMO 451 

39 . Se con Rynaido la quistione incetta 
Puô terminar con qualche sua salute, 
Et che la vita non le sia intercetta 

A vante Thore dal ciel constitut[e] , 
Et liberarsi da la maladetta 
Amazzonica accerba servitute, 
Di Galitia Guerin pensa la strada 
Dai ladrî liberar con la sua spada. 

40. Non si odiano i guerrier ma da fratelli 
S*amano, bench' habin la pugna insieme ; 
Li statuti Amazzonici aspre et felli 
Sforzan G[u]erino et di Rjnaldo prieme 
H cor debito honor, perô che dèUi 
Materia il giganteo malvagio semé 

Di questo pugna, et perô si levoro 

Che 1 giorno è chiaro et chiaman Zenodoro. 

41 . Per diffinire la lor lite orrenda 
Fanno presto insellar ambi i destrieri, 
Et i publichi araldi fan se intenda 
Per tutta la città corne i dui fieri 
Campion terminar voglion la stupenda 
Battaglia lor; ma Zenodor gli altieri 
Combattitori di pace richiede 

Fra loro, ma nisc[i]un cîô le concède. 

F*114v®]42. Dicea Rynaido: « il mio devuto honore 
Questo non vuol », e il simile Guerino, 
Perche « il pergiuro è troppo grave [ejrrore, 
Dovech* io caderei col capo chino. » 
Liovasi il vecchio re, che ode il romore 
Che fan gli araldi, et con alto latino 
Cerca sedar questa battaglia loro 
Insien con Doralice et Zenodoro. 

43. Di[c]eva il re : <c Qualunche di voi père, 
Un dei forti campion di vostra fede 
Morrà, lasciando le sue forze altiere 
Per man pur di christiauo, et nol concède 
Questo la vostra legge, se son vere 
Vostre Scritture, et perô vi si chiede 
Il far pace fra vui, che grande aquislo 
Voi ne farete apresso il vostro Christo. 



4^2 l DODICI GAKTI 

44, S^ È vero quel che è scntto iû ïo Ev&ogela 
Cbe per legge lenote voî, cbiUtiaûi, 
U vostro Chrislo sol proniietÈe il citlo 
A chi iierdotia et delli error suoi vani 
Si peuie et toïiiu a lui cou puio zeb, 
Ma quel che cootra fan corne propham 
Son rlfiutati; et îo pcrù vi chieggio 
Non vi perdiale 1q céleste âogglo ; 

45, Non vi perdiate lo céleste aeggio 
Per un fumo di honov ch' à pur mortale, 
EgU è grande pazzîa, s'io noD vaneggjo, 
Perdere il ben celoate et immoitale. 
Un ben che dura semprie] et aeiopre è egreggio» 
Per un error caduco vero et fraie ; 
E una espreâia pa/zia, un duoto eternu 
E un acquis tarai d'un perpetuo inferno, 

46, Et tu, GueriQ, per dlrche U gliirametita 
Del vendicar uiiaper^ona morta 
Te as trîn go de fmif Pabbattîmeato, 
Questo la vostra legge tiou comporta, 
Et non è buon né efficace argumento 
Di non far pace, perché non supporla 
EUgion eh'uD gîuri contra la aaii legge, 
Ansci ella lo condanna et la eoregge. a 

Al . Non paô riposta dare a Stordilano 

Fiynaldo etnien Gaeriu^ perché il ver dicei 

Onde se alegra il sir de Monlaibano, 

Cb<* cid coaosca il re dalla felice 

Et diva gloria^ et cbe esecodo pagano 

Sa [lia ii Van gel si ben di Dorabce 

Il vecchio padre, iraperù ch'eglî spera 

Farlo cap ace délia feda vera. 

[F* 1 16r^J43, Ma non per6 le code nel far pace 

Col pro Giierin» dicendo r « V non vi niego 
Ch* a r[e]teroo mottor vian contumace 
Cbi non dà pace, elio il Vangelio allego 
Ch' al siiperno signor assai diipiace 
Cbi non snguita Topra, et paru st^go 
Combatter per il vero et par il dritto 
Quai si deve sagair, si como è acritto. « 



CAKTO DECmO ^^3 

40. GueniQ dîce anco : « Poîcliè uno ha giurato, 
Non dee mancar, che 1 gturaraento è uu voto, 
che lia Tureo o Moro o batte^^ato, 
pur che le sm 1o eterno nume ooÉo, 
Quaato ha promesso servar à obrigato * 

Le quai parole ôdendo Dûralke 
Con liceotîft del padr^ cosl dice : 

50. <r Son SI dtibbioae le battaglie In terra 
Et iDcerto il mo ttti, ch' T lodarei 
Che COQ pace terminaste la b^uerra, 
Cosa più grata alU [iin]mortati Deî- 
Se spesBO adegno îo rbainan cor ai aerra, 
Non ai portan pei ô tutti i trophei 
Ne gbrieeterne delU abattîmenti, 
Che speaao ambi i guerrier ai veggon apeati, 

51 . Yùi aete bomin da beû aroendui in laruii, 
Voi fort! cavallier, voi saggî hei'oi, 
Ma chî aa quai di voi Taltm dîsarmî. 
Pari esaoDdo iq fortezïn ? ï favor aoi 
Cui presta il ciel, chi vuol hoggi acertarmi, 
Essendg iocerta la fortuaa? ct^ poi 
Cbô ua cûi'po niorto havrete combattu to, 
Chî cnerto vi darà ? qualûa il tribu to? 

53. Se combatte un per generoaa Diva, 
che perda o che viaca per ragioûL^, 
Quella è tenuta atnarlo Haché viva ; 
Ma se un pei morti fa qualche quiâtiono, 
Chi Tamara? chi uoa loda viva 
Mai le darà condegna fraperaone 
D'alto valor ? per certa è gran pajsKÎa 
Oombattere per un che morto iia. 

53, Se guidardor.e alctm se n'aapettaiie 
Û da figli o parenli di eolei, 
Che per la sua superbia morta âtasseï 
Che combaleste, ancorvi essortareî, 
Si efficace ragioti me B^'assegnaase 
Che far ci6 si devesso, i* tacerei \ 
Ma il vostro giuramento et vostro honore 
Voler in cî6 servar mi pare [errorej, 

* L'octave n*a qae sept Tors^ et rime et sens îndiqaflni (jue C'est le 

lîxiËme qui a été omk. 




454 



I DODÏCl CANTI 



[F* llSV'jo^ Gii çûtne il padre mio vi disae diand, 
Ua giuranieato contra legge falto 
Kon dee set vàrai né maadârâi lûanzi, 
Easendo contra el dobito contra tto* 
Più preaso è da cassarsi vi dico, aiizi 
Far devesi che si' al iutto disfutto^ 
Ch' è romper quel ch* è d'huomo, minor maie 
As s ai, che quel che vien da ûla immorUte. 

55. Da Dio vies vottra legge et pur Dto 
Il voatro Chris to corne coofeasate; 

El giuramcnto vicn da l'huom ch*é rioi 
Ne ai vuol far per coae disperate, 
Perché aervar non puosai al parer mio, 
Ma ss imam en le con persoD' ingrate* 
Servar volendo questo giuramento 
Farete a vostra legge detiimento, 

56. Se 1 Turco, it Moro, TArabo, îl pagapo 
Che la legge ha del Dôatro Macometto^ 
Offende in qiialche cosa TAlcoratio, 
Non lo tenemo in la legge perfetto* 

Cq£î credo che faccia del chrlatiauo 
tl vostro Chri&t0| che di Dio dtletto 
Figliuol tenate, et imperè, vi dîco, 
Chî legge rompe ai mo Dio noti ê amico. 

57, Corne poâsete vol Christian chianiarvi, 
Se non lervate voatra legge intera, 
B voleté ne Tarmi ripruovarvi 
Con battaglia erudel^ apietata et fera, 
Ricercando a voi iateaai morte darvi. 
Contra quel chô da voi la legge apera, 
Comprender pur devreati che ai offende 
Da vo'il ben aommo che da voi ai attende, 

58, lo vi dar6 un i^onsiglîo, ae ?i pare, 
Bench' io femina sia, chû aarà buono. » 
Cuî diese[ro]; k Seguita il tuo pari are. »» 
Ella seguendo disae : « A voi perdono 
Chieggio ae troppo lungo il ragionare 
Mio vi moleata, che farvi altro duono 
Non tïo che nsvegliarvi delta pace 
Che in cielo a Dio e ïq t^rra a Thuoino place* 




CANTO DECIMO 

59* Armîan dur altri noatri cavallieri 
Con le vostre armî et coi cavalli vos tri 
Segretamentc etpartnaente altièri, 
Et un nimîco a l*altro si dimostri. 
Quel cliê ai Gueriu porta i aegni veri 
AI daaiezzo si reDdà» etpoi dai nastn 
ConBu ai parla n corne perdîtori 
l eanto cavaUier càe son di fuori. » 

[F''llÔf^]60* Sorndêûdo Rynaido le reapuseï 
a Questo Qûu é di cavallier costume. 
Trojipo brutte sariaa le aostro acuse. 
Et vôleudo oflTuacare il nostro lume, 
Non veggîû che lo error doppoi ci BCtia© 
Dalla vergogna et nostra tama al urne. 
NoI non combatteren cooie nemici. 
Ma si hen corne [di] vîrtude aroici. » 

61 , Et cosi ancor Guerrino afferma; e ai regi 
Chiegon licetitia di stguir la impresa^ 
Qud non diadicono ai campionî egregî, 
Banchè tal coaa a ciascun di lor peaa ; 
Et certi via aoavi di grati pregi 
Et €onfetîofi vengono alla diatesa, 
Etfatino cotation ambî dua insiemo^ 
Ma Flordispma dî tat cosa geme» 

%Z. Et quanto puote al socer che lor vteti 
Tal cosa suppUecando fa gran prece, 
Con dir che non saranno mat più lioti 
I r^i se muor R^naldo a quella voce ; 
Et che coDoscan cocne sîr discrcti 
Di quanto a loro inverso el campion lece. 
Ou* il aûc^fo naponde l a Non con vie ne 
At re disdir che honor non glteae advieme. » 

63 , Si manda a dîr aï cento thé son fuon 
Ch0 al riiruovîn ne! la piazza, dove 
Truovar ai debbon H combattitori 
A dimoatrar le loro ardite pruove, 
Fannosi palchî intorno ot corridorif 
Ch^ la ^cnïe vcder posaa (e nuova 
Contese et luUo, et son per le regîne 
Luogbi altî e i bas si per le Granatine. 



-155 




450 I UOUlCt CANTI 

64. Afmasi Zenodor di tutto puoto 
Et aeeo vuol dugento cavallieri 

Stmial armati, â in quel tnedestno puiito 
Quatmcento pedon con li suoï alfion 
Fa in piaz^a comjiarir, che dûû fia pimlo 
Rynaldo forai dai cento gaerrieri 
A rîmproviso, che non sa Kor mente 
Né U cosLuml délia eaterna gente, 

65. Fasfiî la piazzao vrTamente il campa 
Fuori délia cita m\ mQZZ<y tniglîg, 

Et acompagna Zenodgro al campu 
Ambi i gueiTier ; e il padre doppo il fîgUo 
Ne va con 1« Regiae in verso el campo^ 
El seco huamiai mena dî consiglio. 
Entiano in campa i dua guerrier in sic aie 
Pt3T coire ifrutti del suû antico aeoie. 

[F" H6v'*]i36. Et se avale ati ameoduo in pîana terra 
IngenocMati dmzan gU octii al cîelo, 
Disse Bjnaldû: m Dio, che cielo t't lerra 
Fondas lî et Thuorao con pictoso zeilu 
A tua imagin facesti et pur di terra, 
L'aima coprende col corporeo vélo, 
Deh, f»! Signor, rabbatimetito uostio 
Non privî nui del céleste clilostro ! 

67, Se la pie ta li astiînse il tuu figUuolo 
Quà giù m and are per redimer Thuoino, 
Cb' m piTpeioo devea eon stenlo el duolo 
Pagar la pena del vietato pomo, 
pïasmator în cîtd Irino et un solo, 
Habïi quià giù pietà di nui, «î como 
Oi^l ladro havcsti et oon per aua virLute, 
Et près ta a Talme nostre al ûû salute, 

08* Tu sol, Signor, eonosci il cor immano^ 
Né altro che tu di quel puo dar giudilio. 
Peccâtoï* son, tii 1 sai, st^îlo io cîiln vano 
Ho «peso il tempo fuor del tiio «tirvitio, 
Et quai fedel et perfetto christiano 
lo non ho usato il mio debito uffîtio. 
Perù, Sîgnorj perdonaiiii ogoi errore, 
Ch'i* ton coDlrito et humile nel core. i» 



'ÎTO DECIMO 

t.î9* DiceaGuerna : « Sigoor dcl paradiso 
Cho '1 ciel créas ti et ciaaeum eleroeEto» 
Per tua pietà noû fur ch' îo sia diviso 
Dal tuo céleste et santo pavimeuto, 
Qiïaado iarà il mio mortal corpo uccisiî, 
Presta a questa aima nscir del gran lormcnto, 
Onde U3ÇÎ g^ià lo impcrador Traiano 
Pi3r Talta prece del Pastor Eomano, 

70. Tu sai che non conibatto hora per borîa, 
Ma Bol combatto par servar la fede. 
Per6 non mi primr del La tua gloria, 
Non mi far de Teterno danno h^irude, 
Habii del tuo fij^'liuol fcrinn lïicmorîa 
Che col auo sângue vnol ialvar chi crede* 
Ta sai ch'' îo credo et cb' lo son battesîato, 
SI che non mi prîvar del tuo bel stato. i> 

[W^illp^pi, Surser doppo la bneve oration loro, 
Chiedendosi Tun l'altro humîl perdono. 
Et quai fraCeili in bocca si bascioro, 
Di che s'ammira Zenodoro il buono; 
Ef, poich' iu sella ambi saUti fuoro» 
Gli araldi con le trombe diero il suono, 
E i eavaliier si vcnnero aiscontrare 
Cou due graa lance ch* ivi fer portare. 

72. Ëran le I&nca il nervute et grosse 
Che nulla se ne ruppe a) primo tratto, 
Ma furon si crudeli le percosst 
Ch'ambi i corsier si affîsero di fatto* 
Nullodei cavallier punto si scosse 
Dj aeliai maa'amiran di questo atto 
L'uno de Taltro et maasime Rynatdu 
Che stia quel giovinetto in gli arcion saldo, 

73» S'amzzano i cavai, tornaao al segno 
A riifenraj Tudo et Taltro aire, 
Et ciascheduno fa ferma dissegDo 
Uuno in la testa de Taltro ferire. 
Fa lu ett'umento auo Taralda pregtio 
Di fiato aciô che \ auoo si habia ad odiie, 
L'uno et Tallro campion punge il favhlla 
Et vanosi & acontrar sen^a intervaUo, 



4-1? 



458 I DODICI CANTI 

74. Si ferero i guerrier ambi aile te i te. 
Ma ciasâhedan loro elmo é tanto ëno 
Che Begno non le fanno ambedue queste 
Lancâ, né il iir Rynaldo ne Guerrino 
Puntû ai piega û crrolla, et par che vesiQ 
Ciascut] quai sasso immota ; e U palladino 
Si ammira for ta ehe ua ai gioviaetto 
Sia aï gagltardo et l'elmo ai perfetto. 

75, Sa quanto val qud eimo cb* egli porta, 
Che già fu di Mambrin, ma non sa quanto 
Vaglia quel di GuerriD, ne che Taccorla 
Sefferra già il face s se per iocanto 
Far aVuIcan, et poich* alla fu morta 
Corne odirete forae a un altro canto, 
Aile man pervcmsse di Guerrino 
Nel tempo ch' êgli fu dêtto Mesqulno, 

[P* 1 17 v"]76, Ruper negli elmi î cavallier le lance. 
A Tuno et a Taltro in xnan raltreai dauno 
Et van ai uguali etgluste le billance 
Oh' a tutti i spettator gran âtuppor dauno ; 
Et tornansi a ferrîrambi nlle pance, 
Et quai le prime le seconde fanno 
Ch' in pe^zi vanno et fu veduto ixn stelo 
Che per iudicio altrui eall nel cielo* 

77. Fu lo itelo osaervato da un che Ivanto 
Di veder lungi a l'aquila ba sîmile. 

Né in giuao ntornâ quel fine a tanto 

Che la gioatra durô aempre vinlef 

Et doppo vîato fu venir con quanto 

Nel corso ha di preatezza il Gange o il Nyle, 

Et, quando cade giù^ tutto ai aerra 

Per gran furor dentro la dura terra^ 

78. In queeto mezzo che i tronçon glb m alto» 
Più de altre dieci lance furon rotte. 

Et accreaeeva ognt h or fra lor rassalto. 
Sentiansi ogn^ hora ribombar le botte. 
Non fu mai fera ia quai che alpeatro s alto 
Col caccîatior da dîrupate grotte 
Cacciataf ne con itnpeto et furore 
Quai queati oraa voltofiae al cacciatore. 



CINTO DKCIMO 

79. Kan poteau più i camfiaa, non plùideitrî«r 
Lmncia p^J^ta^ ne correr per U poire. 
Sudano aotto Târmi î câvallieri, 
lu siidor il cavallo ai rissolve 
Di Gueriiio etdi V^tto, et i régi altieri 
Voglion che faccian triegaa, et j>oi «i «olve 
La qoistîaa lor dopoî cerio intérymllo, 
El die ai muti ogtiuii di lor eavallo* 

80. Si fa triegua fra lor sol per inesa hor*, 
F resta lor Zeoodor du* al tri cavalU 
£t quaQto puote i cavstUeri honora : 
Con coûfetiono et ber di buh m&n dàlli. 
Il T6cMo padre sitn il mente ancora 
Honor et riverenza immenaa fàlli, 
£t Doralice mostra gentilesza 
Che 1 volto asciuga lor con tenerwza, 

81 * Rifreacatj i guerrier, senza staffare 
Il pièj fiai ta Guerrin sopra gll arcioni 
Del dato a Im destrier, poi al fa dare 
La mazï:a ai suoi legata, et coti i spronl 
PuDge il de a trière et fallo maDiggiaro 
Fer pruovar s'è del numéro de* buoni. 
CoDchiudon con le spade in m an pruovarai 
Et eon le mazze po^ al da^sezzo darai. 

[F* 118 r"]82. La spada di Guerino era incantata, 
lucautato ha Tuabergo et la corazza 
Et ne Tacqua di Stige temperata. 
Similemeute il bel elmo et la mazza 
Et tutta la sua persona era fatata^ 
Eccetto il maneo pie de, et fu di ra^za 
Regia come udirete ia altro luoco, 
Cb* or Bon sforzato di lassarlo un poco. 

B3. Vuo* lasKarvi Gaerrb^ lascîar Rynaldo» 
Che faecian con le epade il lor de ver e 
Et mosirarsï clascuQ negli arcian saldo. 
Et ritornare aile prudezze altiere 
Dei re Cjrcasso che quel atuol ribaldo 
Di Sarpedonte con sua forza fore 
Quaatopiù puote, et dà lor tanta briga; 
Pur yincer aenza aiuto in van fatiga. 



4S9 




i$(i 



I DODICÎ CANTr 



S4, Vi àhu glh ebe'l cûnte havca promesso 
A tui ooQ aiutarb^ che harea chiestâ 
Chê sol combatter le fuaae coneet so 
CoD tutto il atiïol, bêtîchè ci6 malhone»to 
Al conte par, et per6 non se è meaao 
Alutarlo, per bea che assai molesto 
Le atft vederquet re combatter aolo 
Coq quel malig^no e esoi-bitante ttuob. 

85, Parle vergogna ai tener a mente 

Et vergogne d'entrar nella batt[a]glia, 

Ma quando ve<îe scender quella gente» 

Cho già disâicopcrta a piastra et maglîa^ 

Manda il fiatîro ardlto près lamente 

A dir al re cho tanto se travaglia» 

Se vuoi ch^egli entri a darle ormai aoceerao. 

Risponde : n Non n, et fa quai ferito orio. 

86. Fa corne un orao contra a quel latroai 
Tagllando manîf garabe, braccîa et teate, 
Et quai atordito gît ta fuor dVcbnl 
Tanto ba !e tnanî poderose et preste, 
Dîetro II scappan di certi burroni 
Âleune gentt cbe H fur moleste, 

Et f»nli tan ta guerra et dietro e InaQzt 
Che soco par che 1 re poco pîù avanai, 

B7« Se aecardaroQo al corao quattro înaîeme 
Con quattro lance adoaao a Sacnpaûte, 
Et quanto ognun plù. pu6 tanto più prien^e 
Contra qnel re; per6 il signor d'Anglante 
Délia promesaa cbe le fece geme 
Dubbiando detla niorte dVn prestjtnte 
Et genero[9o] re grau cavallîerOf 
Ch' a auo dispetto è fatto prîgiûdero, 

[F» 1 iS v*>; 88. Vedendo il conte il re dellî Cjrcaaai 
Esaer prigione da color menato 
In verso RtQcastellot più non stassl 
Cbeto, ma suona il auo corno pregiatOi 
Che fa a^retare a f^riglîadero i paasi, 
In man prend en do il bran do iûruriato. 
Fa che 'l Fauno 3tla in gardia^ et pot rlchlede 
Tutti quegli a battaglia ch*egli vede. 



Cà3iTÙ DECIMO 

Cb'ft loro erm vieinû, et d^ppa ned« 
La tof bft it iiîc« a questû duotû ftûgelb : 
« Qmal «e appmfeclù& dv^î îa xiove pretié 
E& fftito cou qael como on su^ju si beilo 
Ch« fft deU& boQtà del como fede. 
HaTreii il como et chi 1 suonè cou esso» 
Poi pcr pUceré U aoiiareo nui speM4ï. >» 

90. Qu&Qiiô OrUndo toruar vôde cosUm 
S'alêgra, eUtrengd in pugno Durrind^â, 
Et doppo pimge il fîuico a Briglîadoro, 
El dice : <' Or quâ vetiite, g«nte Atnin&. «* 
Al sir SI ra présenta un bruUo Mc^ro 

Che cavakava una mordla alfana ; 
Era coatui dei più gagliardi che iii 
Rimaso fussi mfra quegU altri vivi. 

91 . Di c^Dto ben quaranta occiai taveva 
Con la sua mano il re ûi Circasaia, 
EtattaquesUcompagQia teneva 
Quel Mo ro m capitaa ebe stguoria 
Haveva et egU, ma non pûsseileva 

U statOf che comesaa havea fol lia 
Cootra Agramante, da chi fu privato 
Essendo al suo gran re maligao e mgrnto. 

9Z. S'era ndolto poi cou Sarpedonte 
Ch'accettava aasasaia, ladrî cl sbam1jtî| 
Ma quando alla praad&tia fu del coate 
Et vjdde i terâî ameai et U pollitl 
Guarnimenti del airi con la au a fronto 
Sfacciatamante disae : f< I toi forbitî 
Ai'aesi mi darai con il cavallo^ 
Qui dlsmontando giù lenxa alcun fallo. * 

93. Cui disse il coato: s II mjo caval non porta 
Villau Bopra di ee» ne le mie arml 
Veâiono alctia polti'one, et non comporta 
Mio houor che per te scanda et rni dlsarmî, 
Ma laaciarmi le tue Li ncûJifortfli 
Over per furza o \)er araar pur daruii 
Quésta giumeuLa per le mie bagagliCi 
Che non ti salvarà in que s te battaglie. 



461 



i. 



46* I DODTCI CANTl 

[F" 119 r"^ j94. Tu aei venutû cert« a un certo ienapo 
Chc ntruovar non ei potrà il migliore, 
Ma forsi ti par ta troppo per* tempo 
Easer qui gUmto, che Û'ognl tuo evrote 
Ti [ïurghi coa mia mano adéiso fe il tempo ; 
n tempo è trarti hoggi di vita fuore 
Et di tua mille error purgarti a un tratto, 
Ma&Ëiuiamente di quel cb 'oggi hai fatlo, 

OG. Rendetcmi U prigloD d*hoggî et la dama 
Che g]à piû giornî fa prïgîoD tenete 
Su oel caatel^ b6 vostra vita brauia 
Starsi nel montîo, o delcastello lia vête 
Sempre a gtoir voi tutti con più fama, 
Dêsidêrate, over le pur voleté 
Nofitraamicîtia^ chê vï pu6 giovare, 
Et il contrario ïmmieitia fare. » 

96, Pari a va il lire a tutti che sessanta 
Ëran quei eavalHer, atizi a&saseinî, 
Ivi tomati senza U quaraota 
[Ch^juccisi havea quel tù fra quel confloi ; 
Etquaudo il conte vidde tutta quanU 
Ivi la geute ch' alli pellegrini 
Faceva ingiuria et che menar non vuole 
La dama e il rCj disse queute parole : 

97 « V Se battaglîa voleté ad imo ad uuo 
r son contonto, et se voleté tutti 
Meco insieme provarvî, akun digiuno 
NoQ partira lenza gustar miei frutti. 
Ma fi an si accerbi cb^ iacrescerà a ognuno 
Di quei ch'alle man meco fian condutti^ » 
Il Mor sol vuol provarsi col gaerriero 
Fer haver sol quel armi et quel destrîero. 

dS . Aci6 se accoata taato sotto il conte 
Che U apezz6 la lanza e cou laspada 
Per fîuo al uiento le spaccô la fronte^ 
Et cosî raorto cadde iu su la strada. 
Dopjioi si a venta a quei ch*a piê del monte 
ErauD sceaî per nou atar a bada. 
Tutti gli afHigge et tutti H martel la 
Con Durrindaua et fa cader di sella^ 



CANTO DECIMO 

99 , Tanto Eubitamente il sir li striosâ 
Cou gran furor che 1 capitan^ vedendo 
Lor al presto morlr, il cor gli aymae 
Tanto timor^ tanto suapetto horrendo, 
Che morte in la lor anima dipinso 
M entre eran vivi U caao aapro et tremeodo, 
Vedeno i colpi grandi et amisurati 
Che uBcivun lor di man crudi et epietati^ 

[F^ 119 v^[ 100, Scrisse Turpiiit Lencbô imposaibil pare, 
Che dîeci a un colpo ne tagliâ a traverso 
Armalî tuUi a un seinplice vol tare 
Di Durriodana coti uman riverao, 
Cbinol vol creder^ vadalo a cercari'^ 
Ch' io 80D ebriatiaD di buona fede asperso, 
Et credo queato et pîù âe più mi lice, 
MEiaimamonte a quel cbe Turpin dice» 

lui , Dice Turpin ebe Don vi stelte un' botta 
Che tutti quei sessanta Orlaodo uϔae, 
Et doppo sonè il corno uua altra botta 
Si forte che crudel paura mise 
A quei di Rio-Caatelj ebe tutti in frotta 
Preiero Tarmii et Sarpedon diviae 
U cento che teneva et mandù fuore 
Sol per v€der chi fa tanlo romore. 

102, Andava Orlando per qoella foreata 
Molto aBsentito, et fa la guardia buona 
H Fanno, et II corner vede la Testa 
Et di tal pruovê al compagoo ragiona* 
Rivolge et qninci et qniadi U sir la teita 
Per veder se ntniova più penonaf 
Et «ente il Fauno che grî^lando dic« : 
« Ecco génie de) monte alla peudiee, n 

t03, Efge alla piaggia gli oociii il lir et ved# 
Ci quanta cavallîer tutti coperti 
Di lucide armi, cbe fan càwa fede 
Qiiâstï tte i' anoi ea«er franchi el ^ap«rtj» 
Jl sir d'Ânglai^ râti lor li crr-rj^ 
Hâmr mco tatlaglia ; e«ti ic^perti 
Vâdendoci ai foiDaiio alla cmU 
E in dietro inaaJaaa mn cos ta riapoiti. 



iÛB 



Ui l DOmCI CANTÏ 

104« Non eran ladti queati» & dîr il vero| 
Bctichè vivesser délie toi te prede. 
Era ciascun ûl lor bon euvAliero 
Tal che J^e V arm nulLo a i'altro cède ; 
OgQUïi di lor brama csaer iî primiem, 
Ma A nullo Sarpedoute cid concède 
Ch* un capo delU buon che vuol pruovarBÎ, 
Quai cot) glL al tri cosi spera satvarai* 

105* E al conte gentîlezsa usa eu s tu u 
Vedoûdol seDza lancia, due ae IqUq 
Fà pianamente poi ai accosLa a lut 
Con parlai- bello, gratïoao et mûlle, 
Dicendo : u Poiclié gloatrar aïoonduî 
Habian, prendi una lancia et non ni croUo 
D'ammo alcun, ma. chi pria casca m ientt^ 
Si a perditor ne possu hoggi far guerra. n 

[W^12Qt^]\Q^* Al mnïé place il patto et per6 prende 
Lalauûia cb'egU giudica piÇi Ëacca, 
Et d*araor verso il capltan si accende^ 
Cuicoiî parla prima che sL attacca: 
« Voî rei saper chi aeî, se non ti oiïende 
Forsï il niio dire, innaozi che si siracûa 
Mecô la tua persona in gioatra iodarno^ 
Cbe a te slmîl dl qui neu vidi a rArao. » 

107, et Signor, i son Christiano, et fui qui preio 
Con una dtva mia fra Taltre belle , 
Belitsimaf rispose^ et queato peao 

h\\ diede Sarpendonte dette felle 
ÎJtanze pndre ; che quando fui resa 
Qui a lui promisî^ per chi fe le stelle, 
Combat ter sempre ad ogni jsua richieata 
Et nacqui già di caaa Mata testa, 

108, Aciû che sa pi il mio gentil paeae, 
In Italia è, fra il Hubiconee laauro. 
Da Cadmo già la mia stirpe discese, 
Nota per sua virtù dat bel Pô al Mauro, 
La donna mm per sue divote impreso 
Volendo ir al Loreto oltra il Methauro, 
Da certe fus te il nostro pi ce loi legoo 
Fu preso di nui carco et d^oro pregno. 



j4K CANTQ DECIMO 

109* Et poi fammo condotti la Barbêrim, 
Et Sarpedonte a ^|uei nochior ci toise, 
Ciie 1 mar basaûdo presero la via 
Per terra, corne il mal destia mio voltô. 
Cosi prigione cou la donna mis 
Con giurameiiti eaaer fedel îni avolae, 
Et io ûbrigaimî per poter gio[i]re 
Dalla doQuâ, cagion del mio martire, v 

110, Hebbe il conte pie ta di qtiel ^eûtile 
CampioD et délia sua cradel dbgratia 
Per VMo usatoa lui Eanto virile. 
Et aquistô cou seco buoua gratta, 
l'oi diraandolîe con p&rlar hutnile, 
Se quelln doQnu che lo atrugge et itraiia 
Si ritniûva prigioue in Rio- Caatello, 
Figlia de Galkfron epietato et fello. 

1 1 L lioberlo, che coal quel nomato era, 
Disae che una regïua del Calhaio 
Era di Sarpedoiite prîgionera, 
Che al mondo di bel ta non truovâ paio. 
Angeliea nomatft, et quasi vera 
Angelctta dal cïel coq Tochio gaio, 
Intiitta riservata, perché spene 
Di premio grande Sarpedon ne tiene* 

[F"130y^]1I2, Suapira il conte et seûza far proenaio 

Disie : a Hor au, ueccesaaria hoggi la giostra, 

Del riacatto di Angeliea lioggi il premio. 

lûtendo portarle io per quèj^ta io tiostra 

Fedscbristiana et con mia m an nel gremio 

Porlodi cbi tien queata gente vostr» 

Sol data per far malf et farle peggio 

Se Êa da preaao quel ch' io luDgl veggto. >f 

113, Poi pigliano del catnpoquanto basta 

Ambi i guerrier, e i apron pongODO al flanc ho 
Deî destrier^ arreatata hâve n do Thaeta, 
Quai ciaseun rnppe corne ardito et franco. 
Foi con il brando TunoTaltro taata, 
Cercando ai far roaao il cuoio bianco. 
Ma quanto puote il coQte con riipetto 
Mena di piatto speaso in au Telmetto» 



( 



ÀÙ6 ï DODICI CANTI 

1 14. Pur fu si poderoao il colpo et eerto 

Ch' usci del forte hraccio, ch* in au Therba 
Per ben che Telmo fasse diiro ©t erto, 
Con pena cruda^ dolorosa et acerba 
Cadde il gentil magoanimo Roberto. 
Doppo, con ira, alla torma superbu 
S i V tio 1 ge r a t to l 'orgog 1 i o &o ri an do 
Col niidOj forte e ancor sao guigna bran do. 

115, « vi rendete & me, diase, o la morte 
Hiivrete tutti hoggi per la mia matio, 
fia reatàrà di voi chi a pena porte 
La nuova al vosLro air malvaglo et atrano. 
Perché vorrà ginatitia et vostra aorte 
E il viver del air voatro rio et villano 
Ch* oggi cadiate sotto i\ braado mio, 
FerclLè il giuditio a voi ne vien da DiQ« 

11G« Doppo il peccato rien la peiia atroce 
Che dû Teterno Idîo coal procède. 
Il giuditio irûEDortali Tira feroee, 
S*un tempo aapetta, et queto un tempo siede, 
L*ii'a i} piu grave qoantoè nien velooe 
Et tanto più mortal il colpo fie de* 
Maggior suppticio aapûttaehi pïù tardo 
Dî Giove agluDge il fulmînoao dardo, 

tlî^ Nîsciiim naponde al conte, anzi in battagUa 
Si pongon tutti, et et vedendo adtra. 
Si comuove con impeto et trav[a]glîa 
Dà a lor crudeï peî colpi ch* a lor tira. 
Quai ferito orao Brigttador si acaglia 
Con morai et calci, et il bon conte mira 
Non si lasciar di dictro alcun venîre 
Che a tradimento non Tbabia a ferrire. 

^Fûi21r*]ll8. Ma tanto ben con Thonorata spada 

Lî sirenge iti^iemet che niacinn ae arlachia 
Uscir di schîera over prendcr la strada 
Vcrao il caatcllo, perchii li cimîacîiia 
SI beu coatiti et si 11 ticne a bada, 
Che tutti stretti îtiaien fanao unu mischia ; 
Ma il conte questo fer, quel ultro uccide 
Et a chî spalla, a chi una coacîa *ncidd. 



CA.KTÛ DECIMO 

119, Mentre chô il conte i cavalUer martelïa. 
Va Saei'ipaote ael caste !ïo intonio, 
Vedendol tutto ^uaotû in tjuesta e ia quella 
Pïifte^ sol per veder quel visa adomo 
Desîato d'Angelica !a bella, 
Mû lei noû vidde \n tutto quantû il giorno 
Cbe veder non si lascia la reginii, 
Se Don da Sjlvia bella et da Faustina^ 

12U. Porta va quello annello iempre in bocca, 
L*anél cbe le lovisibile reodeva* 
Alcun la iua persona mai non tocca, 
Se iioa FauBtiaa, che lî co[i[ce]deva 
In ^evvB. chi la chiuse eûtro la roeca} 
Di la quai ella uscir certo pote va. 
Non vuoî perché aapea^ a 'ella vi stava, 
Che Eio-Castellû un dl ai rovinava; 

121. Et che qualcbe campion di fama degno 
Havria per lei mostrato il auo valore^ 
La forza, Tarte, la virtù, ringegooî 

CiLi le pronosticava il pmprio core. 
Vidde ella Sacnpante et fê dissegûû i 
PailarlCï et poi dabbîo bebbe cbo *1 peggiore 
Fusse per lut, perd mostrar non voile 
A lui raapetto chs lu anel IL toile. 

122. Privo è de Tarrai il re delll Cyrcassi 
Né pu6 per modo uacir di Rio-Castello^ 
Perché alla porta grande guardia faaai. 
Ma iu dolor ha del destrier atio auello 
Cbe io podeatà d^altrui vede che dassi, 
Onde basterni il luogo inico et fellOi 

Et auBpîraiido va in questo e in quel Inogo, 
Tutto avampato d'ïnviaiUil fuoco, 

123. Anco ha piû pena, che non vede mai 
Ângelica per cbi fatto ë prigiono, 

Del truovato corrier ai duol aasai 

El chiamaL traditofr] empio et ladrone, 

Et fra se dice : u Aîtro huomo ancor più mai 

Non mi gabbo^ se non queato ghiottone, 

Dato adintender m'ha quel che non era 

Per prigion farmi in questa rocca altiera. h 



iûl 



4GS 



ï DÔD!CI CANTI 



[F*'llSlv<^]lE4, Ne val se queati dic^ a SarpedaQté: 
et V lono rep dammi la libertade », 
CUe *1 tjrapni> crudel unqua là. froute 
Non vuol mostrarli con bsolgaitade ; 
S'egU nel core di diatnBnte un nionte 
Haveiie, non bavria piû CL'udeltade. 
Vuûl che U re giuri di egaerli vassallo 
cbe fra tre di muoia ten^sa fallo. 

125, In queato m€z£o il coraggioio Orlando 

Et teste et spalle et braccia et gambe tronca, 
Col tiero orgoUo %i çot quel forte brando 
Qiieato et quel mand^ nella Stl^la conca. 
EûbértOi cbe caacô, si nzzb quauda 
Sua g en te fa più ehe la mexza tronc a» 
Ne più combatte, perché non posseva 
QueJ giorno piû, corne piomesso hâve va. 

126, Pero ii lira in parte ove k via ta 
Alla baltflglia piiè tiner dirilta, 
Et vede ïïrigUador corne calpîsta 
L:i turbalaaaaf mtacbinella, afflilta, 
El vedL> come beoe il guern[e]r pista 
Queataet quolla altra te^ta et faaoanfitta 
Di quelli cavallJer ehe paion î^ebe 

Da più lupi assalitî m sier^i M glèbe, 

127, In pQCQ spatio tutti ii sîr pregiato 
Manda a trtiovarla lora antica madré, 
Cbe un non lïmase al ineno cbe atroppiaio 
Non fuB^e et tt>rnarpoa«a a Taltre squadre, 
Come pria si parti ; del cbe admirato 
Roherto resta» étal sitperno padre 

Gratie rende sfînite, ehe ri maso 
Egli aiâ vivo in tanto estremo caao* 

128, Ptigion BL rende al valoroso site, 
Ne vnol pîù eob nel caatel tomare. 

Le duol di Sylvia più ch'io non so dire, 

Ma 31 vergogna al conte appalesare. 

Ai conte, et dnbbia per dolof morîre 

Non poaaendo au a cliva aeco trare^ 

M El qufîl cbe ne segul, aignormlo oaro, 

Vi fmin qnoato aïtro CRuto aperto et chiaro. 

[A sukn.) Ferdinand Castets, 



CONTES LENGADOUCIANS 
Dau pioch de Sant-Loup an pioch de Sant-GIa 

(Suite) 



SISSOURLET 
(Soumela per l(ms enfants,,, pichotê) 

A MADBLOUNET. 

Un joar, un jonr, Tavic *n agnelet qae s^apelava Sissourlet. 
Era mai que poulit embé sa lana sedousa, soun mourre escar- 
rabilhat e soun biais magnac que-tout-pie. E Ton Tauriè vou- 
gat de-longa s'èra pa *stat lou gros défaut que le manjava 
sas qualitats. 

Mes, tabé, mous enfants, quante gros defautàs !... Imaginàs- 
Yous qu*aquel moussu de Sissourlet vous aviè *na testeta 
verda qu'es pas pousslble, e que vouliè pas jamai escoutà que 
sa testa. 



X 

SISSOURLET 
[Sontette pour les enfants,,, jeunes) 

A Petite Madblbinb. 

Un jour, un jour, il y avait un petit agneau qui s'appelait Sissourlet. 
Ce petit agneau était bien joli avec sa laine soyeuse, son museau 
éveillé et ses airs si mignons. Et sûrement on l'aurait voulu sans cesse 
à côté de soi si ce n'avait été le gros défaut qui détruisait ses qualités. 

Mais, aussi, mes enfants, quel vilain défaut!... Imaginez-vous que 
ce Monsieur de Sissourlet vous avait une petite tête, volontaire comme 
pas une, et qu*il ne voulait jamais obéir qu'à sa tête. 



410 



CONTES LANGUEDOCIENS 



De maniera qu'un Tèspre lou sowrel inâinava, mainava, 
mainava^ e lou troupèl^ — p astre davanâ» ch issus lous Aancs e 
bèstias en renguetas, — trepavaper carraus afina de sê sourtî 
dau bosc e dâ gandi de-vâFâsa jassa, Slssourkt seguîssiè, mes 
pas sans faire las trougnas. Disiè qu'èra eneara trop lèu per 
a'eiDbarrà. E quand chis ou pastre lou vesièn pas, tambeû 
s^escartava deçai, s'ascartava délai, jougava à rescoundetas^ 
Je jûuguèt tâlamen qu'à la fin se perdèt, 

E ara, raoun paure Sissourlet, cerca, cerca toun camï !,,, 
Dati mat CÊfcava, dau mai dins lou bosc s'enfounzaira e dau 
mai se perdîé. 

Â-ti-unmoumen, pameris^ devistèt sus un truc, una espèca 
de mas que recounousquèt. Dîna lou païa ie disièn la Jas- 
seta. Ë de-fèt èra una anctèna jassa^ loi d'à-founs abandou- 
nada, miôch engrunada, sans portas nî fatièatras, sans teules 
atabé, 

MèSf couma se faslè déjà tardi que la niûcli arrivava au 
galop, e que» la nioch, loua loups \aralhoun, Sisaourlet soa- 
diguèt : 



De aorte qu*aû boIp lo soleil déclioait, déclinai tj déclinait, et le 
tro!i[icaUj — pâtre devant, chien® sur les fiança et les ouailles en qucue- 
W-leu, — trottinait dans le» sentes étroites afin de sortir tôt du bom 
et de gagner U bergerie. Smsourlct âitivsit, mais non paa sans fjiîre 
des mines. C était bien trop de bonne heure ponr s*aller enfermer, 
dîsait-il. Etf lorsque les chiens on le berger n y prenaient point garde. 
Il s'écartait de çà^ il sMeartait de làj il jouait à cache-cache. Il j joua 
si bien qu'à la fin il se perdit. 

Ht maiûtenanti mon pauvre Sîaaourlett cherche, cherche lou che« 
minî... Plus il cherchai t| plus dans le bois iE a'enfonçaît, et plue Usa 
perdait* 

A un moment, cependant, il aperçut sur un monticule une espèce 
de maison qu'il reconnut. Dans le pays, on rappelait la Jasseite. 
n'avait été une berg^erie, dans le temps. Ce notait plus, aujourd*huîj 
qu'une mas Lire abuudonnée, mi-démolie, sans portes ni fenétrea. Et 
pas de toit, non plus. 

Mais, comme il se faisait tard, que la nuit arrivait à grandes enjam- 
béént et <^ue, la nuit, tes loups sortent de leiirH tnnièrf^s» Sisaourletae 
dit à lui-même: 



CONTES LANGUEDOCIENS 



4îl 



— Moon pus quîte es encara d'anà dms la Jasaeta, le trou- 
varaî beièu quauque bon traue par m'amagà. 

Tant de dicb, tant de fach. le gandiguèt d'ausida. E vejaqui 
qu'en CârEinaïît rescountrèt, tout d'un cop,lou galicliou Caca» 
racà. 

— Tè! dequé fas aici? diguèt lou galichou. 
~ Mûun ome^ me aièi perd ut. 

— Araaî iéu, atabé, E ara, ounte vas? 

-- Yau veire de trouva *a amagadôu, dina la Jasseta. 

— Ma ^OB prene ? 

— Vèni, 

le gandiguèroun toutes dous. E vejaqui qu'eu caminaut 
rcacountrè rotin, tout d'un cop, Couacouac, low canardât, 

— Tel dequé çai fasès? diguèt lou oanardet. 

— Moun orne, nous sien perduta, 

— Amai iéu, atabé, E ara, ouute an as ? 

— Ànan à la Jasseta, veire se i'a 'q amagadoti. 

— Me voulès prene? 

— Venu 



— Ce que j'ai de mieux à faire, c'est de m'en aller àla Jassette, J*y 
trouverai peut-être quelque bon trou pour me cacher. 

Sitôt dit, sitôt fait. Il s'y achemina aur-le-champ. Et voilà qu'en che- 
minant il rencootra, soudain, le jeune coq Cacaraca* 

— Tiens ! que fais- tu par ici? demanda le jeune coq, 

— Mon amij je me auis perdu. 

— Et moi aussi. Où vas- tu, maintenant? 

— Je vais voir àf) trouver quelque bon trou, dana la Jassette, 

— Veux 'tu me prendre avec toi? 

— Viens, 

Ils s'y acheminèrent tous les deuî. Et voilà qu^en cheminant ila 
rencontrèrent, soudain, Couacouac, le petit canard. 

— Tiens! que faites-voua par ici? demanda le petit canard. 
^ Mou ami, noua nous sommes perdus, 

— Et moi aussi. Ûù alîez-vous donc, maintenant? 

— * Nous allons à la Jassette^ voir s^il y a quelque bon trou, 
■*- Voulez* vous rae prendre avec vous ? 
^ Viens, 



472 



CONTES LANGUEDOClExVS 



I 



le gandigaèroun toutes très, E pas pus !èu qaô le siguèroun 
chacun cerquèt un rôdou per se poudre amag^à. 

— Aici ce que me eau, faguèt Couacouac îou bèu prumiè. 
La pèirade rièiraespaocara engrunada. Espéras un pauquet.*. 
Chaval l sièi mai que ben 1 

— Ai trouvât I tra-lala, canlêt Cacaracà Iou segound. 
LaUsàs>me voulà sus aquela fustat Bon! cfù sièi,..DJgàa-îe que 
vengoun t fl 

— MoulUn ! Moullan ! cridourlegèt Siasourlet à soun tour» 
escarlinapat sus un vièl escaliè que braulava pas trop. Me vau 
achoura dessus aicesta aireta. D'en bas semblarai una pèira. 

Dau tetûs qu'antau se cabissïèD, la rJÎocb ë'èra d*à-founa 
ennegreaida* Ë nostres très gandards barjaquùroun pas mai 
car Iou Ëoun de sas vouèsses soulet ie pourtava esfrai. 

Or vejaqui que tout-d'un-cop s'ausiguèt aval iiont, lient, 
lient : 

— HoU'hou'houl,*- Hou-liOu-liouL„ 

— Meun Dieu ! marmurèt Sissourlet, aco'^s uq luup. Calàs^ 
vous, au menç, camaradas. 

Mes lèti après iou crid gkclèt, proche, proche: 



llfl fi*j acheminèrent tous les trois. El dès qu'il* furent arrivé* Us se 
mirent en quête d'iuje cachette pour chacun* 

— Je vols ce qu'il me faut, litCaiiacouaCi le premier. La pierre de 
révîer tient encore au mur. AUendez, ta'y voità... Bigre! qac je euîa 
bienf 

— J'ai trouvé ! tra- la-la, chanta Cacaraça^ te socond* Laissez-moi 
m^cn voler sur cette poutre. Bon! j jsuis,.. Dites-leur qu'ils viennent. 

— Quelle veine ! quelle veine 1 s'écria à son tour Sisiourletj grimpé 
sur le haut d*un vieil eacslier qui ne branlait pas trop. Je vais tan<i~ 
croupir, tci, sur ce palier, D*cn bas ou me prendra povir une pierre. 

Pendant qu'ils s'arrangeaient ainsi, la nuit était venue, trèa noire 
Et nos trots maraudeurs ne jaBèrent plus guère car le seul bruit de leura 
voix les faisait tressaillir^ 

Or voici que tout à coup ils ouïrent là-bas loio^ loin, loin: 

— Hou-hou*hou!... Hou-hou-hou I.,. 

— Mon Dieu I murmura Sissourlet, c*est un loup. Talae^-vous, ao 
moins, camaratle^. 

Mais bientût après» le cri retentit tout proche, tout proche ; 



I 



COMTES LANGUEDOCIENS 



478 



— Uou-bûu-bûu !.-. Hou-hou-hou !*,. 

— Lou vêie, bufèt Sissoiirlet que las tramblantas Tagan- 
iavoun. Vèn vers aici. BoulegueE pas! 

— Hou-hôul HQii-hoiil fagiièt lou Loup e a passant sou n 
HA* per la porta. 

Degua, boulas, quincava pas, Âhl couma Uû picbot gra de 
mu..* 

E lôu Loup, nîâejantt digoèt: 

— Secablariè que çai î*a de mounde. 

Adounc intrèt dins ia Jasâetâ- Roudèt, roudèt, e ie sarrèt 
lèti da rièira. Ai! lou vejaqui qu'aussa soun mourre L,, 
Paure Couacouac ! 

Mes Couacouac qu*èra faeb à rescureBina, ^ac i tous îe 
fourré t un eop de bec que i empourtèt un floc dau naa, 

— Mouâtre! quîalèt loti Loup en recueuEant^ çai Fa de 
tai-hurs!.,, Quautes cops do clsèu^ ma maire!,,* 

E se tenguèt escartat d'aqui. E couma creaeguèt de veire 
quîcoîi sus una fusta lavèt lou cap en Ter, Cacaracà, qu^èra 
juste au-dessîia e que i^escapava.*, de la pou, lachèt eouû 
roubinet* Floue î dmsla maissa de mèstre Loup, 



— Hou-bou-boul,,. Hou-hou-houL*. 

— Je le vois, çouffta SisBourlet, saisi d*effroi, claquant des dents. 
Il vient de ce côté-d. Ne boageons pas l 

— Hou-bou ! Hou-houl ûi le Loup en passant le net dans la porte. 
Personne ne boiigealt, allez I Ah ! comme un petit grain de niiL., 
Et le Loup, flairant et reflair^nt, dit : 

— Il semblerait qn*il y a du monde. 

Alors il ontra dans la Jassette. Il tourna, il tourna, et finalement il 
s*approcha de Tévier! Aie î aiel le voici qui avance son museau i,.* 
Pauvre Couacouac l 

Maïs Couaconao donÉ les jeu3t s'étaient déjà un peu accoutumés 
à Fobscurité, pafî vous lui douna un coup de bec qui emporta un 
lambeau de nez. 

— Monstre I cria le Loup en reculant, il j a dea tailloura, ici 1.** 
Quels coup de cii»eaui^ Messeigncurs ! 

Et il se tint éloigné de là. Et comme il lui sembla voir quelque 
cbose sur une poutre, il leva la iéte en Tair* Cacaraca, qui était juste 
ftu- dessus et cbez qui un besoin pressant.,, de la peur qu'il eut, i| 
t4cba aon robinet. Floue ! dans la gueule de aire Loup, 




474 



CONTES LANGUEDOCIENS 



— Bèh! prrL*. dequ'esaiço: çai fa de maçotiâ?,.. Ml 

dicioun I m'a 'mpouiBounat embé goun mourtiè!... 
Se sauvèt d'un autre caire, Paasèt contra Teacaliè : 

— Tel se mounlave veire dequé fan lous maçou^?.,. 
Se ftquèt à mountà, à paupas* Pauaava totit-eacàs una 

pata dessus Taireta, quand Sissonrîet que Tesperavat bam î 
i'empeguèt un cop de closca que Tentnandèt petà d^esquina^p 

«^ Au secûus î bramèt nostre Loup en acampaat sous osses, 
Çai fade tounalhêa, atabé* M'an engriisat embé sas massas. 
Sauva î sauva, que me tugarièn!.,. 

E travalhèt daa artels qu'èra un plesi d'boti veire, 

 toutes loua Loups que trouYava^ ie vâQiè: 

— Vûu 'n anés pas à la Jasseta, Ta de toutes lous cors 
d' estât. Ai agut pena â m'en tira,,* 

Talamen que ges d^autres loupa Tanèroun pas e que Sis- 
souFlet e las autraa dos boûas closcas s'en eacapèroun d'una 
bêla, I 

Es egalj boutas, euguêroun pas Tiol de la nrocU, e la peu 
qu'en darèrouQ ie se guet uoa bona liçou, Cresa pas que î# 



— Bfeh î prr L,, qu'eat-ce que c^est que çâi il y a des maçons?. 
Malédiction ! il m'a empoisonoô avec son mortier!... 

Il ie gara d'un autre côté. Se trouvant près du vieil escalier : 

— Tieusl dit-il, si j'allais voir ce que font là-haut Je* maçons f, 
11 se mit à monter, k tâtons. Il posait à peine une patio sur 1« I 

palier^ lorsque SissouHet qui l'attendait, bam i lui asséna un coup dal 
tâte qui renvoya rouler par terre» échine première. 

— Au «ecours l hurla notre Loup en ramassant ses os. 11 y a dea 
tonneliers, euisi. Ils m'ont démoli avec leurs masses. Sauve qui 
petit!... On finirait par ra'avoîr la peaul... 

Et il travailla des orteils que c^était un plaisir. 
A tous les loups qu'il rencontrait, il disait: 

— N'allez pas à la Jassette. Il y a de tous les corps de métiers. 
J*ai eu grand'pcine à me tirer de là. 

Si bien qu*aucan autre loup ne s'aventura à y aller. Et Sissourleti 
ainsi que les deu^c bonnes tétca, ses compagnons, en réchappèrent 
d*ime belle. 

C'est égal, vous penser bien qu'ils oe fermèrent pas l'oeil de la 
nuit. Bt la peur qu'ils endurèrent leur fut une bonne leçon. Je ne crois 





BIBLIOGRAPHIE 4 75 

tômoun se perdre dins bus bosses e£k faguent sous mourres 
I en Ter!.,. 
^K Tant-i'^ qvio, quand seguèt jour , retrotiyèroaQ soati cami* 

1^. 



Lou gai cantèt 
E iéu m'enanère. 



Gustàvi Theiound. 



pas qu'ils y revienneni de stlôt se perdre dans les bois m faisant ka 
petits éventée !.,. 

Tant il y a que, lorsqu'il fut jour, ils retrouvèrent leur chemin. 

Le coq chauta. 
Et moi je m'en fui* 

G. T. 




BIBLIOGRAPHIE 



Une édition classique de t; Mireille » 

Mistral [Frédéric) : MiEâio, poème proven^iaL Edition publiée pour les 
totirs imiT<;rsitaLrei, par Eduard Koschwitz, Avec un glossaire pir 
Oskar HKN>rrcitE et le portrait du poète* Marburgj N, G« Elw^bt, — 
1900, gr. in-fi* (3Liiii-436 pigei). 

L'honneur d*étre traduit à l^étranger Tut longtemps le critère des 
ce livres génialcâ. Cet bonne ur^ Miistral Ta depuis loogtemps obtenu, 
et je ne sais s'U est uoe seule Uugue en Enropij dans laquelle on ne 
puisse lire MirmiU, Mais co signe d'élection u'e^t plus su fusant de 
DOS jours. Plus d'un livre parisien a triomphalement passé la fron- 
tière et trouvé des traducteurs, qui ne doit cet avantage qu^à des 
mérites nég^atif^^ : Taudace du thème, Timmoralité des peintures^ 
rétr&ngeté de la forme, A coup sûr, une réaction viendra, qui fera 
justice de ces vogues scandaleuses; mais, en attendant, il faut bien 
reconnaître ce fait matéiiel, que nombre d écrivains, tenus» Dîeu 
mercif en médiocre estime dans nos provinees françalaes, ont été lar* 
gement vulgarisés dans les capitales étrangères. 

Il estj pour les grandï} etprits, une consécration pins rare et plus 
durable, et que n'obtiendront jamais les productions douteuses do la 



4 7IÎ 



BIBLIOGBÂPHIE 



décadence, C*est la gloire de se voir, vlvanU, rangés parmi les classi- 
ques. MlBÈml, parvenu au seuil de son éclatante vieillesse, vieot û'slU 
teitidre ce superlie couroDnemenL Aux nombreuses éditions de Mtrèio 
deatiufiea au grand public, e'efit récenament superposée une édîtioti 
critique^ à l'uaage deg étudiants» 

Il est presque ieutl le de dire que Tmitiative de cette publieatîoii 
appartient au docteur Ed. Koachwitz. Pirmi les maîtres actuel» de 
!a philologie qui ont fait du provençal moderne l'objet principal de 
leurs études, il en est peu qui aient suivi d'aussi prC^s révolutioii féli- 
bréenne. M, Koachwitz n'eat pas seulement familier avec tout ce 
qu'a produit, d<?puia bientôt un demi-eiècle, la pléiade dont Mistral 
est te chef; plusieurs fols il a séjourné dans h Haute et dans la Baji;$e 
Provence, recherchant les anciens tejttaa, recueillant de village ea 
village, sur En bouche des vieitlards^ les formes les plus authentiques 
des divers dialectes de cette région, C*e s £ dire quelle autoritt* ex cep- 
tienne lie s'attache à tout ce qui noua vient de lui, en ce qui touche 
les pari ers d'Oc. 

Déjà, il y a quelques années, il nous a donné une Grammaire hû- 
torique tk la kingut dtè FéUbre^. Ce volume est le premier qui ait irîaé 
h rechercher scientifiquement la structure et les source.? de l'idiome 
de Mireille. Ce n'est guère nu sein du FéUbrige que pareil travail pou- 
vait éclorc; car, il faut bien le confesser, la plupart des écnvaios de 
la renaissance méridionale sont des chanteura inatînctifs, qui riment 
comme Toiseau gazouille» sans a'@tre jamais demandé quels prineipea 
peuvent bien présider au langage quils ont empiriquement appris sur 
les genoux de leur mère et à la lecture de Mistral, Le grand Aubanel 
lui-même, au verbe si riche et si puissant, eut été bien embarnissé 
de se justifîer théojiquement les formes splendidea jaillies de sa 
plume. Un féîtbre cependant, le F, Savimen, avait compris combien 
un manuel élémentaire serait indispensable aux écoliersi pour leur 
apprendre les lois du langage uiaternel « avec la précision des for* 
mules législative». • Sa Gramvmire provmrale a permis d'introduire 
dans renseignement primaire Tétude comparée des langues d'Oil et 
d'Oc, L'entreprise que Savinieu a ai heureusement conçue pour les 
apprentis félibres, le D^ Koscbwitz !'a, à son tour, réalisée pour lea 
étudiants romanistes. Sa Grammaire hktoriqui est rindispensable 
guide que devra prendre quiconque, français ou étranger, sera dési- 
reu:E de connattrev dans son mécanisme intime et dans ses orig'iûeflp 
la splendide langue mistralienne. G est un traité définitif, que per- 
sonne ne sera jamais tenté de reprendre en sous-ceuvre, et qui, tout 
au plus pourra être eomplétéf quelque jour, par Tauteur kû~mâme. 

L'accueil fait à cet excellent volume et à d'autres études néo- pro- 
vençales du D'' Kûschwits a inspiré k l'éminent linguiste Tidée de 



BIBLIOGBÂPHIE 



477 



publier un autre livre majeur, cette éditîûu classiqne de Mirèio, qui 
est tout îiu évétiemeot pour le monde universitaira. 

Jaloux: tout fl'abord de n*attucher son nom qu'à un texte irrépro*' 
ch.ible, M, KoscbwUz s'est fait un devoir de réviser, vers par vers, 
ces stjkadideg chants de Miréto que tuul de milïîera d*admirateurs 
lisent et relisent. Or^ le croirait-on! ce texte, si fréquemment réî«- 
primé en France et au dehors, n*était point encore parvenu à la cor- 
rection idéale. D'accord avec Mistral, qui, distrait comme Homère 
{quandûqm honux dormïtai)^ avait laissé passer plu^ï d^une coquille 
dans les tirages le jiIjs minutieusement surveillés, il a pu établir 
enfin une Mirèio à Tabri de tout reproche typog-raphlque. Ce premier 
avaiitag-e a bien sa valeur, et ce n'est pas sans quelque confusion 
qu'un Provençal et un Français est obligé de reconnaître, k cet égard, 
U Hupêriorité <îe réditiou allemande sur ses devancières. 

On serait tenté, à première vue, de «accorder à ce mérite qu'une 
importance médiocre. 11 est de fait que, parmi les lecteurs sans nom- 
bre de la Mirèh de Charpentier et des réimpressions qui ont suivi, 
quelques-uns à peine ont pu être arrêtés par les fautes qui s*y étaient 
gliBsées ; mais ces incorrections — indifférentes au public mondain, 
qui cbercbe, dans la lecture du poème, une délectation littéraire, sans 
nulle prëoccupution philologique, — seraient pour des élèves à la 
recherche du sens H Itérai de chaque mot, d'insurmontables difficui- 
téSi Un jeune savant allemand, étudiant, il j a quelques années, 
ridiome des Daases-Alpea dans le Cagjtard et le Dmmant d'Eugène 
Plauchud, s'est heurté asse;; fréquemment à cet obstacle, et plua 
d*une fois, victime des erreurs d'impression semées dans ces ouvrages, 
il a pris pour une forme dialectale co qui u*était qu'une distraction de 
l'ouvrier. Grâce au D' Kosehwitz, ce péril est soigneusement con- 
juré pour les jeunes linguistes qui auront en main la nouvelle MirUo* 
Le savant éditeur ne s'est pas borné à épurer le texte, il l'a éclairé 
iiliusircj dirait un italien) par d'abond tîntes notes. Il n'est pas un nom 
de personnage ou de lieu, une allusion à un fait historique ou à une 
coutume locale, une locution sentant le terroir, qui ne soit expliqué 
en quelques lignes sobres et précises. Celui qui aura lu concurrem- 
ment les strophes du gi*and poète et les commentaires de réminent 
professeur, connaîtra, non seulement l'œuvre de Mistral, mais la 
Provence elle*même, djnt M'irèto est comme l* abrégé. 

Mais ce qui initiera mieux encore te lecteur à l'intime connaissance 
du renouveau provençal et de son chef, c'est la magistrale introduction 
qui ouvre le volume. M. Koschwitz y raconte par le menu les orî^ 
gines et le développement de ce mouvement littéraire que Roumanille 
et Gaut provoquèrent, il y a prés d'un denii-siècïe, et qui a fait éclore, 
dans tous les genres, des productions de premier ordre* Il fait <ïoii* 



478 



BIBLIOGRAPHIE 



ïiMtb rorganUatbiL du Félîbtige, dont lei écoka s'étendent tujour* 
d*but deNicê àBordeauï et eoTnptent plusieurs mille adhérents, tons 
vouéa, Binon à k culture de la tangue^ du moins à la propagation des 
idées régianalisteâj au maintient dee tradîtlons localei, et à la reven* 
dlcatioti des lihertéâ de la Provlace. Puîa il nous donue hur Mîitra], 
sa viei son rôle dans le réveil ethnique du Midi Français, son œuvre 
àé patriote et d ecnvaln, de précieux détails^ puisés aux source» les 
pltia art res. Avec cette modestie qui est la caractéristique de» vrais talenU, 
il a voulu emprunter la majeure partie de ce travail â deux écrivains 
français, MM. Paal Marléton et Gaston Paria, auteurs, Je premier 
d'un beau livre sur le Féllbri^e, le second d'une étude approfondie sur 
Mistral. Koschwîtz s*ést borné à coordonner, encadrer et compléter 
pnr quelques vues personnelles les pages de cee maîtres de la pi urne « 
De cette triple coltaborutioa est sortie une histoire, complète etatta* 
chante, de ïa palingéuésie méridionale, un tableau plein de couleur 
de la jeune littérature d'oc, tableau que domine la haute physionomie 
du « Subre Ciï poulie **, et qu'orne de sa grâce la douce figure de aon 
héroïne. Il était impossible, ce me semblCi de souhaiter^ pour Tim- 
mortel poème, une préface mieux comprise. 

Désireux de mettre sous la main des travailleurs tous les instru- 
ments qui leur sont nécesaairesi Téditeur a demandé à son collabo- 
rateur, M. Oscar Heunike, uu glossaire qui les dispensât de manier 
de lourds in-quarto. Rédigé avec un grsnd soin, ce glossaire donue 
tous les mots dti poëme, tivec renvoi aux vers qui les contiennent. 
A c&té de chaque mot se trouv^ent sa traduction et son étymologie. 
Cette dernière indication est singulièrement méritoire; car la langue 
de Mitèio, bien que se rattachant par une filiation directe à celle des 
troubadours, ne s j relie qu*à travers plusieurs siècles, durant les- 
qviels le Midi n'a compté que fort peu d'écrivains. Sï bien qu'il est 
difficile do saisir les étapes successives de son évolution i et de souder 
bon nombre de vocables actuels à leurs lointains ancêtres du moyen 
âge* Aussi faut-il grandement louer M. llennike du savoir et du Hair 
avoc lesquels il a pu reconstituer Tëtat civil de tant do mots, dont 1a 
forme, bien souvent, s*est profoudément altérée à travers les âges. 
Que si, parfois, il a dû hésiter entre deux étymologies, ou s'est pro- 
noncé pour une étymologie incertaine, on ne saurait pas plus blâmer 
sa prudence que condamner sa hardiesse. La science du néo-pro- 
vençal en est encore à la période des débuts et des tâtonnements. 
A mesure que seront publiés nos vieux documents en langue vulgaire, 
 mesure que les provinces sœurs apporteront, à Teiemple de la Pro- 
vence, leur large contribution de prose et de vers à Tentre prise féli- 
bréenne, il deviendra possible de retrouver la parenté de bien des 
tnotsp et dWfirmer, avec quelque sâreté, leur provenance. D'ici là, 



I 



CBHONÎQUE 



47t 



sachons gré &qx maîtres qui, eomiBe Beimîk«g ottvrtnt %rtc autorité 

Ja voie aui chercheurs, et bonoropi leur iuitiative. 
QuaiKJ uous auroDs dit que la Mirèio claisiqtie coiitieat an artii- 

tique portrait de F. Mistrali nous aarona doQDé un aperçu complet 

de ce beau et bon livre, qui va faciliter Tétude d'uo chef-dœuvre H 
la conaaissaoce d'uae admirable langue *» La Provence qui devait 
beaucoup déjà à M. KoBcbwit2, lui sera reconnaiaaaute de cette ptihli- 
cation hors pair, et le FéHbrige, dont je me fais d© grand cœur l m- 
terprètei le remercie chaudement du vrai monument philologique qu*il 
vient d'élever à la gloire du paya d'oc, 

L. de BsALDC-Péituâsiâ. 



CHRONIQUE 



Totta no» lecteurs connaissent l'usage italien des publicaiione anp- 
lî&loB, — Fernoz^f — qui commence à ae répandre en FrancCi témoin 
ce Libre Nouvial, dont il à été rendu compte ici-même. En Italie, 
les publications de ce genre en Thonneur de quelques jeunes érudita 
oui donné naissance à de véritables volumes : par e^eruple les Mé- 
langée Cian-Sappa,, les Mélanges Vittorio Rossî-Pia Telss, quî Ont 
nue importance réelle pour les études philologiques et liltéraires* 
Voici que les Italiens, à l'imitation de rÂlIemague et de la France, 
étendent t^et usage à la célébration des anniversaires^ des jubilés de 
savants et de professeurs îUuetres, Nous avonii en France les Mélan- 
ges GruuXf les Mélanges Weil, ks deux volumes de Mélanges Gaston 
paris ^ les M él auges Gabriel Monod. On prépare les Mélanges Paul 
Fabre en rbouneur de ce jeune savant^ éditeur du Liber ccttsuumt 
mort si pré mature ment ; on organise des Mélangea Georges Perrot. 
pour le LXX* anniversaire de Fil I astre auteur de Vlliêlotre de T^irf tJariê 
raniiquiU; on devrait penser à des Mélangea Chabaneau. Les Italiens 
nous donnent un bon exemple en publiaut un volume de Mélanges 
de LingitïBtiqne et de Philologie en Thonneur de Gra^iiadio ÂscolL 
Trente-quatre Sitvants, allemuuds, anglais, belges^ espagnole, français, 
italiens, — parmi lesquels il faut citer nos compatriotes MM, G. Parts 
et V. Henrj^ — ont tenu à honneur de collaborer k ce beau reeueil, 



) N^omettoni pas en effet de dire que l'introduction , les eiplicdtlons 
et le glossairtï sont en français. 




4SD 



CHROJtlQUE 



où ils ont pu représenter ton tes les étude s lingnîstlques, sanacrît^ luslie 
^rec, latiD, français, iUîiea, dialçctee italien 8, tic. Comme le voltimt 
a pen pénétré en Fniace, il nous semble otile d'en donner ci-deasous 
le sommaire dètaïUé : 




ïarl Brngmannt Zum fiaingcseiz von Lucetia QIL, IX, 7^2. &iaeoiilo 
Ulnchf // Fai^oUllo del geiofo. Paul Hârcbot, Deux éîymologU$, 
Mâuriee BloomÛeMi On ihe Sanskrit original of the Pranou ÛHpnekhut 
[Pranavn Vpfmimt) in thi Periian iranslation of the Upanhads. Rudolf 
Thurnsysen. AUlris^he Adverhien. Galion PaHsi Ficatum en rommi* 
Hermann Snchier, Kleine B titrage ztir tomfmiaehen SprQ€hffeschù:Me* 
Carlo Salvlonij Kiimolugie. J, Cornu, Eatoria Trof^âa acahada ti^ de 
phH et tfuatrocefitos et t^fize annos {i'STè}. Claudio Gtacomino Sag^iuoti 
neo itidiani. G. F, Fumi. Sut naminativo sint^olare deî nome artano. 
H. Kerbakor, liuc teggcnde del Mahûhhârata (ToUale in oltava riina)» 
?» Henrj, Êtgmohgies f^retonneÈ, PierEnea Guarnerio, Snoie postilie 
Âul tessico sat^o. C. Nigrat U dialetto di Vkei'one. G. Grobor, Eine 
Tendenz der fi^fjnzosischeJt Sprache. Gesare de Lollli, DelV Â in quatehe 
dialetto abruzzese. Pio Hajna, ta lingua œrtigiana, P. E. PaTOlinl* 
Vna Sûkidvalî giainka anonimit. 1 Guidi, Una sùmigiianiu fra ta ftioria 
detr araào e det ïatino. Federico Garlauda, Sut dialetto btelle$e netia 
valiedi StroHà.J. Djfnele; Prince^ The m^der^n Dialecl of the Cana- 
dian A/jûnakis. Whltley Slokai. Tfts Lehar Bre<:c Tractai e on the Con- 
Éeerution of a Chun-h^ John SoliiDit, 'i*t^ix6v risko. P. G. Gûidanlcht 
Intoj-no at dtateito di Campolfusso W* BJeyer-Litbke, Etjfmotogischef. 
Silvio PUri. Appunli etimologici. G> de Gregorio, EtimohgU. E, 0. Pa^ 
rodi. Il tipo italiano^Mve^ al*i|rgia. E. Gorra» L'Aîha Lilingut det cùdice 
vatictino Rrgina 1462. C. Hichaèlis de VaBConcelloi; Yengo (Engù) ^ 
Enguettat — Engar. V* Cr«acîuit Deirantkù frommento epivo l^eitunes^* 
t. Biadeut, Kcdedimolotfidie. F.li. PuUt, Po»tiiia^ a Otazimlio Ascùié. 

L'un des collabomtenrsi Carlo Salvionî, n'a pas jugé indigne ûb 
lui de rédiger lea îudex analytiques de cette Mkcellmua Unguiêûoa 
in ofîoredi Gtasiadio Atfcolfr dont il convenait de mêntionoeraumoizia 
!e titre et la table des matières iutï lecteurs de la Revue det Langues 
rtimanei. Elle a paru à Turin, chez l'éditeur Lœacber (in- 4* VIII- 
626 p|>.], avec portrait de 0. AscoVu 






i 



Le Gérant reêpomabk : P. Qam KLm, 



COSTUMAS 
DEL PONT DE TARN D ALBI 



Nous airaons mieux l'avouer tout de suite : le document 
qu'on va lire n'est pa« inédit. Il a été publié par Émila Joliboii 
dans une plaquette qui porte pour titre : AWi au moyen âge 
(1871), et reproduit, la même année, dans V Annuaire du Tartu 
La plaquette n'est pas en librairie et dans quelle bibliothèque 
se trouve TaîmanacU administratif î Première ûirconatanca 
atténuante. 

Nous pouvons en invoquer d'autres pour légitimer la réédi- 
tion des Costumai. JoDboîs, le toujours regretté arcbiviste 
du Taro^ un paléographe presque impeccable, a quelquefois 
mal lu Mon texte qui, pourtant, n'offre guère de difficultés 
de lecture. Une nouvelle édition s'impose d'autant plus que 
rautorité du premier éditeur est plus grande. D'autre part 
toutes les règles admises pour la transcription des vieux 
documents n'ont pas toujours été respectées; le travail de 
Jolibois est, pour ainsi dire, une photographia ; il a reproduit 
les mots tels qu'ils sont tombés de la plume du scribe. Ainsi, 
il écrit nossia enhobra pour no uia en hoàra^ emie^, equartmro^ 
fiêstanht deneoias, queitengo^ etc*, etCi, pour e nmg^ e quartairo^ 
(tesianh^ de neolas^ ques tengo* Ce respect exagéré du texte, 
qui pourrait finir par le rendre iuintelligiblef ne peut s'ad- 
mettre ; il appartient à Tédîteur d'une oeuvre de la nature de 
celle qui nous occupe d'en faire disparaître les verrues ; le 
respect de la langue doit passer avant le respect du texte. 

Enfin, troisième circonstance atténuante, ce textË est un 
document si précieux, qu'il ne peut avoir sa pleine valeur 
que dans un périodique spécial, tel que la Revue des Langues 



romanes. 
La rééd 



[ de iaî costumât 
îîoTfl mbre- dûco tTvbre 190 L 



del pont de Tarn dAtbi est 



ai 



4B2 



COSTUMAS DEL PONT DE TARN d'aLBI 



donc jastiflée. Résumons leur Mstoire* Le pont d'Abi^ cou* 
struitj dann les environs de 1035 S sur un allôu da chapitre 
collégial de Saint- Salvi, appartint d'abord aux vicomtes et 
devint bientôt propriété des évéques, seignenrg temporels de 
ta ville. Mais ceux-ci trouvèrent un peu lourde la charge de 
l'entretenir et en firent cadeau à la ville d'AJbi* Il est œrtain 
que lea vicomtes établirent un droil de péage pour pouvoir 
subvenir aux frais d'entretien, bien que le chapitre eât mis 
à sa donation cette condition que si Ton voulait, une fois le 
pont construit, exiger quelque chose des passants^ le produit 
en reviendrait aux cbanoines ; lei évéqaes maintinrent ce 
droit qui passa a la ville. 

Un extrait des registres du Conseil d'Etat de 1745, conservé 
aux Archiver d'Àlbi, nous fait connaître que les consuls le 
percevaient dès 1245*, On j Ut: « Scavoir, copie collationnée 
» d'un tarif intitulé : C'est ies coutumes du pont d*AihP^ tirées 
» du Livre des Libertés, privilèges, franchises, coutumes et 
» préfogatîves des consuls et habitans de la ville et juridiction 
« d*Albj, portant autorisation des dits privilèges et coutumes; 
}) en suitte est un acte du trois des ides de maj de Fani^ée 
» mil deux cent quarante-cinq consenti par Durand^ évêque 
» d'AJby» portant autorisation des dits privilèges et cou- 
» tûmes, il 

Dans un acte de notoriété du 21 janviâr 1533, rédigé par 
le viguier d'Âlbî Carcj^nous, nous lisons : « Supplient humble* 
M mant les consuls de la présent cité d'Alby que vous plaise 
» leur octroyer et fêre espédier attestation, pour leur servir 
» à temps et lieu, de ce que les d. supplians ont [trou dans le 
}> parchemin) de tant de temps que n'est mémoire du contraire, 
u pour entretenir le pont de la rivière du Tarn, murailles, 
4 fontaines et chemins {trou)^ le pontanage duquel Monseî- 
)ï gneur Tévesque d'Albj, seigneur temporel de la cité, prend 
» et liève certaine portion ** w) L*évêque en effet s'était ré- 
servé, an moment de la concession^ le droit de péage à per- 



* Cf. Bistoire di Languedoc ^ édition PriTat, V» p* 414, coK t, 
■ DD. % 

3 On voit que c'est la trad action du titre de notre document. 

* Arch.de la Tille, DD 9. 



COSTUMAS OEL PONT DE TARN d'âLBI 4SS 

oftTuir ]« TelUe ei le jour de la fête patromiale de Saint-S&lvi 
qui attirait à Albi an ^raad coaeoars de ûdèlea *. 

Ënâii un compromis, ménagé par rarcherèque de Bourges, 
entre ré?éqïiê Bemard de Combret et le^ consuls, et qui est 
daté da mercredi aprèa la fête de saint Mattuea, apôtre, du 
mois de teptembre I2d8, nous fournit sur le pontanage les 
détails qui inivent : « &e la renda del pont dd Taro, Li co- 
i boI[b] eligirau dos prohomes a gardar las obvetitios del pool, 
n e, se DO t sso cossols« autres XI 1 prohomeâ de la ciutat, 
9 iiqual[s], davant 1 avesque o d avant son baite, e datant los 
u cœaola que presenU serau, o datant loa prohomes davant 
n dîcbs, liqaal[â] presentz seran^ juraran que ûxelmeai gar« 
n daran las obventîoâ davant dichas a despeudre en los uses 
» del pont et en los autres naes eomunals de la vila ; e que 
n contra Tavesque o contra la Giieia d'Albi aleuna causa de 
a las dicbas obventios non despendrau ; liquais dos baro^^ a 
» la â de eascun an, redrau comte o raso davanl les cossols, 
» e se no i b$o cossola» davant XII que presens seran pro- 
M homes, e davant lo baile del avesque, loqual U cossols o li 
» probomes seran tengatz apeiar ad aquo, se el i voliaesaer^. > 

De ces citations il résulte donc que le tarif du pontanage 
qu'on va lire est antérieur à 11^5. Il n'est pas même impro- 
bable, bien que cette hjpothèse ne soit étajée d'aucun docu* 
ment, que les consuls aient conservé le tarif élaboré par les 
évéques ou les vicomtes; et dès lors, il remonterait au moins 
an XII* Biècle ; mais ne dateraitrîl que de 1245^ qull serait 
d*âge très respectable* 

Ce n'est pas son meilleur titre à la vénération des érudits ; 
les coutumes du pontd'Albi, dans la simple nomenclature des 
noms qui s'j déroulent, sont, en quelque sorte, le vivant ta* 
bleau de TAIbigeois à ces époques reculées* Grâce à ce véné- 
rable document, qui semble si aride au premier abord, nous 
revoyons ses plaines et ses coteaux aux multiples culturel; 
nous pénétrons les secrets de son industrie et de sou oom* 
merce ; nous surprenons nos ancêtres dans Tiutimité de leur 

' Cf. Intrùduciion à tlnventait^e stymtnaif^ d'Albin par Emile JoliboLs, 
p, 30. 
* Gartulaire de lu viUe d'Albi, AA 1, 




484 COSTUMAS DEL PONT DE TARN D*AL&I 

vie: à tabJe, d&na leur lit, avec leurs véteuûents v^arlé?, N'est-ce 
pas UÎ16 véritabla résurrection f 

E?oquons Thomme du XIM* siècle dans son intérieur. 
Il est revêtu d*UD gonei ou robe qm lui descend aux talons 
et quHl eerre autour de la taille par une parce vermeik ou cein* 
ture rouge; par dessus, il porte, suivant la rigueur de la tem- 
pérature, un mantel ou une gannacha, sorte de nianteau, 

k la robe, au manteau devait être adapté une espèce de ca- 
puchon, le capairo, ou chaperon, si commun au XIV* iiècle, 
n'étant pas mentionné dans le tarif. 

Gannacha, mantel et gonei sont ornés de foîraduras plus ou 
moins riches, fournie» par les peaux de lapin ou de lièvre^ par 
des peaux de volp (renard) ou de fama (fouine)* 

Les habits sont faits de toile de lin ou de chanvre, de dr&ps 
de diverses couleurs qu'a teints le teinturier. 

Il chausse ses pieds de sadaim ou depaiisses; la race bovine, 
la race chevaline, la race asine, le cerf, le chevrenil, le daim 
lui fournissent le cuir néces^^aire ; s'il est pauvre il se contente 
de la chaussure en boia^ les esciops* 

On remarquera que le tarif du pontanage ne prévoit pas le 
linge de dessoun, chemises, etc. 

De la présence du razor dans la pancarte, on peut tirer la 
conclusion que le port de la barbe n*était pas obligatoire. 

Le costume da la femme ne se distingue de celui de Thomme 
que par un gardicor (corsage) qui serre 1© goneL 

Pénétrons dans la cuisine de ce contemporain de Philippe- 
Auguste- A son fogairo (fojer) où briSile un feu clair de hnha 
(bûche) ou de $Qcm, ou bien encore de carbo fag a fum ou a 
flama* nous trouverons : le crama Ih^ le cap foguier^ Vejkdât^ la 
Wsiîû, Vastier dans lequel Vamte s'emmanche» Au cramalh esl 
pendue ïoîa que lèche la Ûamme des casBadas. Au centre de la 
pièce se dresse la iauta ; dans uu angle, sur ses quatre /^eco^f, 
tarcha repose. Tout autour reluit Tinnombrabie batterie de 
cuisine; pairotas et pairoh de cuivre de tout calibre, bîechis^ 
àmctSf àa»sina$, canquas, coberioîras, holaê de coyre^ Sous le 
mil liteau de la cheminée pend le caleilh à trois becs, copie de 
la lampe romaine. Au plancher se balancent les camàafos et 
les says. Dans un réduit les padenos^ les padenaâ^ les oim de 
terre cachent leurs Ûancs noircis par le feu. 



I 

■ 

I 

I 



COSTUMAS DEL PONT DE TARN d'aLBI 4 85 

La table de ce lointain ancêtre du XII* on du XI U" sièule, 
qu'on traite de barbare, est copiensetnent et délicate me ni 
servie, Le bœuf, le mouton, 1# veau, rag-neau, le chevreau frais 
j figurent à côté du porc, du mouton, du bœuf, conservés dans 
le say fhndut et le seL Aux jourg de festivitê, la chôra est plus 
délicate : cùtnîhij ieùres^ dam^ cabrolt emplissent la salle à 
manger de leur odontnt fumet *. Le poisson sale iibond© : *ar- 
dina^ angmia^ mujoi, arenc, merlus, sepia, saimotualfi. Les lé- 
gumes ne sont pas moins variés ; on n'a que l'embarras du choix 
tuire fams, peze», gmssas^ sezeros, lenU'lkas Le iles^ert com- 
prend les from^içes^, les fruits: raisii^ figue, pomme, poire 
d'uniToisse» châtaigne, noix, noisettes ; \m gâteaux, neolm et 
cormh. 

Le [lain est servi dana des êscudelas panieiras^ et le vin dans 
des bouteilles de verre, dans *ïéi picfuers et des pMueiras 
de terre ou d etain. Sur la table, garnie d*nne lupa (nappe}, 
se pressent les escudelùâ, les ueireSt les enapi^ les cotêk^ les 
cuihieis. 

Au XIII' siècle, le lit est aussi confortable que de nos jours; 
il comprend le chaio que garnissaiÊnl la cossera de plume, le 
lamoly la flessada^la. uanoa^ le coissL Un aicasii recouvre le 
€QÙ»i et la cossera. 

Au point de vue agricole, TAlbigeois était, au XIII*" siècle, 
un raccourci, une iijnthèse de la France presque entière, 
Tous les genres de culture a' adaptai eut à son sof d'une iné- 
putiable fëcoudîtéÉ La vigne grimpait aux fiancs de ses 
coteaux, et il 3*honorait de crus qui n'ont pas encore perdu 
toute faveur: Gaillac^, Lisle, Rabastena et, dana les environs 
d*Albi même, Cuuac, CahuzagueL Dans sa large plaine i^ue 
coupe le Tarn, on récoltait toutes les céréales connues sous 
le nom générique de blé : le froment, la mmmin^ la seguiai^ 



1 On remarquera qoele tarif ne fait sacufie allusion an gibier è plume 
pa» plus qa^aui poolâs, uies^ canards, dïndûna* 

* Il esl refretlable que le tarif ne nous fusse pas connaître les variétés de 
fromag*i3 alors en honneur. Les coniptes consulaires de 1 393-9 i nous ré?è 
leni le fromage dQgleuo, Per IIl parels d^i perllcx que co^tero YH a. VI d.,, 
a per X Ibr. de fromatge ^e gleuo que cr>BtaTn Vlll s. lîU d. 

3 Sur cette question du tîu» cf* nos Deux iivr^i df raison (l&t7-155f)) 
ciiap. 15, pp. 333^360. 



4 86 COSTUMAS DEL PONT DE TÂHN d'ALBI 

Tordi, la paimola^ Vespettta, Ja cwada. Le tarif ne mentionne 
pas te milh, mais nous ravoos rencontré dans uo dacument 
de la fin du XIP siècle * et les registres des délibérations de 
la communauté d'Albi de 1372 à 1388 nous apprennent qae 
les milhieiras étaient nombreusOB aux environs de la ville. Ces 
mêmes registres nous révèlent Texistence du partis qne lô 
miik finit par détrôner'* 

Ces champs de céréales ou d'avoine étaient coupés de 
cbamps de favm^ de pezes^ de gxeismiy de cezeros dont on con- 
naissait peut-être ïea propriétés tinctorialea *. 

Le long des cours d'eau, dans les canaèimms ou cambos* 
— les deux termes sôut synonymes -- on récoltait le ti et le 
mmùet pour leur tige et leur graine, le Unon et le canaèos ; la 
rota pour sa graine at sa feuille, le paslei pour sa feuille aussi 
et sa pmlmra^ 

Les essences d'arbres nommés dans le tarif sont assez 
rares ; TAlbigeoi^ cultivait pour son fruit et pour son bois : 
le pommier, le poirier, le chîltaignîer, le chêne, dont Vaglan 
était Tobjet d'un commerce régulier ; à cette trop courte 
nomenclature il faut certainement joindre Vùlm et le piAo/, 
que nous trotiTons dans les comptes consulaires* 

Si nous pénétrons dans une de ces fermes qui sa dressent 
dans la plaine ou sur les coteaux» nous y rencontrerons tous 
les animaux des espèces bovine, chevaline, ovine et porcine : 
le àeu et la vam^ le vedei et la màeia^ le cavai^ le rosn^t 
Vegua^ les poih azinis, les poUs cavalis et les poiinas^Vaze et la 
saumUt le moio^ la feda et Vanhei^ ie bac et la cabra, le parc^ 
la trueja et le porcei. Avec un peu d*imagtnation même on 



i 



( Cf. notre traTall : La vultufc du maïs en Franœ^ CompL^a rendus 
dit r.fvngrèa des Sociétés savantùs en France, 19(X). 

^ On Jit dans le Tt'ésor du Félièri^e : Paais, pains, (g.) (rom. panic, 
cal* pâniâf es p. ponko, jt. panico, lât. panicum) subj, masc. Panie 
genre de planter J graminées. Voje^x Mibauco, petit millet^ millel à 
grappeB. 

s LlntrûduÊtion de Vanis^ cultivé aujourd*huî dans certainoft partit* 
de TAlbigaciis, e^t pcstérieure au XHI* aigrie, puîaqull ne ûgure pas au 

* On Toit Tair do famille entre cambos et atmàet. Le camhùt eêl un 
champ pïanté de chanTï-o. 



COSTtlMAS HKL PONT DE TARN d'aLBI 4S7 

ponrrmit voir le« hmmh ol l#â rachaa qai ^sseiit Tlierbe du 
pré YQJnii, let pieds entraréi dmiti leurs ètamt ; on poarnut 
eot^ndre U son dea mquUm qui imUmimkmitmi à leur eou. 

La ehamte da ^IIl' siècle dtlEère à peine de celle d'an^ 
jourdliui. L« tarif nom fait ooaQtltre quelques -v nés des 
pièces qui compos&îeQt ïara^rt : la rêîka itnraite^ ïe eisp^ 
TmÊOfa, le dmtal^ le ^u^t^ni, forârt^a* La charrue d'aojoar* 
d*lial oOEiprend : les aurmihxts^ lame de fer qui défend le cep, 
la camèetùt partie courbée de la charrue, le comiei, eeutre 
qui fend le sol, ledentol^ cep, soupeau, boif qui une le soc; 
tes entrefiUoi^ elaTettes que l'on passe dans TeuTerture des 
arc^-houtaots ; Vmtêbù ou maucheron ; le gah^n ou soa ; les 
tunetm^ fer eu 3 ; la plaio^ lame de fer qui protège le eep ; la 
paUe fie muiâ^o^ planchette qui sert à renverser la terre ; la 
reMo, soc Large ; les (emUllos^ verges en aro-boutant qui 
assujettissent le cep au corps de la charrfie ; le leseou^ ooin 
qui assujettit le manchon à la quene du soc; le lir nii^vJ ou 
timon, Varariga du texte; le trazegat, support portaut Tan- 
iieau dans lequel ou introduit le timou *. 

Les outil» aratoires tout peu variés : la 4aih^ les /aiwitSt 
Vacha* des palas diverses, la palaàesm. Et comme le labou* 
reur se doabte d^uu tonnelier et même d'un charpentier, à 
côté de Vacka on trouve U dùiadoira et le étzagut. 

La valiselle v inaire comprend : te tonei^ le eornuit le fïmi^ 
Vagrassier, les êemals. 

Enfin, dans {a ferme, on trouve certainement les nombreuses 
variétés de panien et de descs^ les cruveis ponr cribler les 
grains et les iedauu pour tamiser la farine, le mm^lier de petfrû 
et le tnenestier pour aiguiser. 

 la lumière de ta pancarte que noua étudions, T Albigeois 
nous apparaît aussi intéressant au point de vue industriel 
qu'au point rie vue agricole* Pour l'éclairage, il utitise To/i 
de noix, et cela suppose T existence de tfueîhs ou moulins à 
huile ; lacera de ses abeilles pour sei entnrcm et ses dt^hîns, dont 
les consuls font cadeau à tous les personnages importants qui 
traversent leur ville : ils sont même tenus de servir à Tévéque 



• Cf. Dktitmnuiri^ de la langue romnnf^-raAimhc^ par J,-P. Couiinié, 
âti mot alayrc. Gantié «t A. Rey, impr. à Castres, 1S5Û. 



iOD COSTUMAS DEL PONT DE TARN d'ALBI 

po^^Me d'apprécier la paîsi&nce économique de TÂlbigeois 
au XIIP siècle. ■ 

Quelques mots du document lui*méme pour terminer notre ^ 
trop longue étude* Les Archives d'Albi ne possèdent pas ropi- 
g in al de /of co^titmaf dei poni de Tarn ; nous avons reproduit 
la copie qui se trouve an cartulaire AÂ 1. Bien qu'elle ne soit 
pâs datée, elfe est incootestablement de la première moitié 
du XIV* siècle. L'écriture, qiri est très soignée, n*offre aucune 
difficulté de lecture ; seule $ peut facilement se confondre ^ 
avec f. Les lettres ont 3 millimètres de haut. H 

Tous les titres sont àTencre rouge, La lettre S de Se pasma 
de Tart, 1 est rou^e dHus la partie supérieure et bleue dana 
la partie inférieure* L*intérieur des boucles est ornée de traits 
forts délicats» bleus dans le Kaatf rouges dans te bas; chaque P 
âe PtreiBsa manieiraest alternativementroage et bleu avec uuo 
orDementatlon semblable, en plus petit, à celle de S, bleuefl 
quand la lettre e^t roug'e, et rouvre quand la lettre est bleue. 

Ajoutons que le tarif est écrit sur deui colonnes, qu'il 
occupe 20 pages du cnrtulaire et que le parchemin mesure 
21 centimètres de haut sur 16,5 de targue, ^m 

Nous avons traduit ou essayé de traduire tous les mots^ af^l 
ils ^ont astiez nombreux, qui ne figurent pas dans Raynouard. 
C'est donc un apport nouveau au Dictionnaire de la langue 
romane ; de telle sorte que /a?s Costumas que nous rééditons 
sont aussi intéressantes au point de vue philologique qu^au 
point de ^ue économique. 



AYSSO [SO] LAS COSTUMAS DEL PONT DR TARN d'aLBI 

(h^rê e laio êplujfi 

Se paiia pel pont de Tarn iiua peaaa de coire que peze 
Ijura que no saia an hobra, deu pagar meatba ; i^ se peza mieg 
qaârtaii'û, [ dcuier^ et I quartatro, l denier, e mie g quinte 
n dealers, e la aaumada vi d, 

Per eiBBa manieira, i* caisa de ferrât * de coire deu mealha^ 



* Cette mànîôre de puiser de Tcau dans le seau avec une casse ii*^ 
ps» disparu de TAlbi^eois. 





COSTUMAS DEL PONT ïïE TARN d'aLBI 491 

I blechi, ï deDier ', et una pairola pauca o granda^t denier, et 
I paîrol pauc o gran, dos dcnieis ; \& aaumada dô qt)alq[uê] 
beâtia aia, vid. 

Lato q[ue] no tia en obra 

3. Fer eîasa martieira, una peeea de latbo que no aeia en hobra, 

que peze mieja liura, deu meaiha, e le peza m'i&g cartaîra, 
I denier, e se peza i quartaîro, ii déniera^ ai una saumadap 
vin deoiers» 

Lato m obra 

4. Pereidsainanieira, t basci de lai ho deu mealha^ et uua bassina, 

I dénier^ el una conqua ^, i denier, et t bocal, i denier^ et 
una iaaarapa *, i denier. 

Fîum que no gia m ohra 

5« Fer eiaaa manîeira, una peaea de plom que no ssia en obra, que 
péze m Uuraa, deu mealha ; e se pesea mieg quartairo, i denîer, 
quartairo f u déniera, % la aaumada, vi déniera^ 

^atainh 

6. Fer eissa manieim, una pecbieira ^ d'estainb, que peze doae 
liums» deu i denier, @t i lavâdor, i dauier, et i fais de borne, 
n déniera, e la aaumada, vnt deniers. 

Eiquirmîs de buou 

1 , Fer eiâsa nianietra, xii eaquitasde buou o de motbo devo t de- 
nier, e k saumada» yoi deniers ; et una bola de metalli, 
t denier. 

F^ m ohra « que no nia m dtra 

8i Fer eissa manieira,vi eas&ola&'^, ho vi cobertoiraa, bo vr rispaa, 
ho VI caleilha, i» mealha, o la dozeoa, i denier; e S€ us hom 
ne porta ao fais, t denier, e la saumada, vi deniers. 



1 Aujourd'hui le bkcki est ïe seau en métal, coyrf o laio^ le ferrai est 
le seau an bois garni de bandes dé fer. 

* Cuvette. Cf, Du Cange Concha* 

^ G<iqucTnar» Gf. Du Gang* Eschirapa. 

* Pinte Cf. Du Can. Pechet-itim . 

* Cuilher à pst^ Du Can. en fait un dimmutti de cassa. 



A9f COSTUMAS DEL PONT DK TARN d'ALBI 

Eadsn 

9, Fer elasa manleira, t ender ^^ me&lha et i cap roguier, i denier ; 
et I aate ab aoa attier *, ï denier; et i cramalH, i denier, 

Eelkm 

10. Per aissa manieira, uaa relha d'aratie ^ ha i clap * deu mealhd 
etT guavent^ mealha. 

Cadenta 

IL Per eiisa [manîeiia], uaa cadena dé mieja caua, ineuttia» e 
d*iiiii eana i deoier, e per tant q[ue] sia loDga do deu pagj 



Acf^ he::aQni£ o dûiadùîra 

IZ. Per erisa manieiru, un a acha ^ o i bezagnt* o i» doladoira'', 
que hom aja cumprada o ane vendre, deu p&gar t denier, 

Dalhë 

13. Per eiiia numieira, i dalh, una mealhi, et i fab i denier, e i 

asiUtnada, Ti deniers. 

Fawaeë 

14. Per eiasa manieira^ vi fauaaeai meftlhai e dotse fauS 

] denier, et i fabp i deniei\ et una saumada, mi demer», 

Forf^ 

15. Par eiasa mauieim, unfli forfetz "i t denieTf e la Baumada 



I 



deniers. 



Ciavdê 



16. Per eîiaamanielra, c ciavels, de canha mojao que sio, me a! h 
e ce, 1 denieri e la saumada v deniers. 



* Trépied* Cf. DuCang. Ender. 

' Hàlier. 

' Jolibois niï doritiG pas ce mot dont la lecture est a9s«£ dilBcile. 
retha iCaratté^ il faut entendre soc de charrue» \h ttika d'aujourd'hn 

* Clapet. 

* Hache. Cf, Du Can. Atha^ achia* 

* Bfttaiguç, hache à double tranchant» Cf. Du Can. Dimcttin. 
' Jolibob écvh colùdûira, Dciloirc. Cf. Du Can. Dolcfia, 

* Ciseauï;: Cf. Du Caa^* FûrftJE. 



COSTUMAS DEL PONT DE TARN d'aLBI 
Fer$ 



49a 



17, Per eissa manie ira, vi fers de bestia^ mealha, e xiî fetB, i 
demer, e i faii, i denier, e la iaumada^ v deniâre. 

Fers de nêola» 

18» Per eiasa manieira, us fers de neolaa'» [ denier, et i fera de 
corbels ^, i denier^ et iiâ fera de gatifrea, i denier. 

Oademt 

19. Per êbsa mameîra, i cadenat^ i denier, et unaa baelaa ^ de 

bestia^ i denier. 

Manguaë 

20. Per eîaaa manieira, unasmangiias *, un déniera. 

Borna de pnriêira 

21 . Per eiaaa manieira, una boJi-a de peineira ^, i denier. 

Fadena 

SS. Per laissa manieira, i padeno ho una padena ho !" trapa ^ de 
fer denpagar t denîert e la dotzena^ ll demers» e la saumada 
vm déniera. 

Fer 

23. Per eiaaa manieira^ i raieja verga de fer estrag ^, mealha et 

una verga, mealha. e mieg quintal, mealha, et [ quiutul que ane 
iobre beatia, i denier, e la aatimada, eans que qumtalB porte, 
1 denier, que sia d^un aenhor ; e sel homep qual[aj que aia 
quen porte de dos senhors o de très o de plus, que page per 
cadim aenhor mealha. 

Tohirajs 

24. Per eiaaa naameira, vi parelha de to(loJloiraB ■» meaiha, e xii 

p a rel hs, i denier, et i faia, ii deniers» elasanmada^vm deniorB. 



* Fera à oublies. 

* Fera à currelets, 

^ EntraTea pour anîmauz, 

' Instrument do lorturo ou des guerre. Gf. Du Cang. àtangnnum. 

•* Masse de carrier: Aujourd'hui: boufro et Jctïirra. 

' Gaâserola à faire cbaufiTer le lait. Trad. de Joliboîa. 

^ Ray. Esiranif et estmnh. 

* Jaiiboia Iraduit par /ùrces. 




494 COSTUMAS DEL PONT DE TARN D^ÀLBI 

RtMÙtt 

25 . Per etesa maQieira, vi razors que ano per veum^ mealha, e xHp 
1 denier, ût i faia, ti déniera, % la saura ada, vrn deniers. 



CoMs 



26. Per elasa manbira, vi cotek queano per vendre, mealha, e xli 

cotelSy 1 d[emerj» e la saumada^ vm demers. 

Eipamê 

27 . Per elsea inanieira, vi espasas^ môalha^ e ïii, i denier, et i 

II déniera, e la saumada, vm deniere. 

AëCkr 

2S, Fer eLssa manie ira, m Huraâ d^asder, mealha, e mieg qn 
taira» i dénier, c t cartalro, ii dénierai et i fais de home, ii 
deniers, e la ?aumada, vi déniera. 



I 




Eticluge 

29. Per eiasa nianieipai una enduge ^ que peze mieg cartaîro^ 
I denier, et [ cartairo, n déniera, et una que peze u quiutala ho 
tresf VI dénie rs. 



Carho 



30. Per eiasa manîeira, earbo quea fagta a fum, lo faiô d*un home, 

mealha, e sel carbo era fag a tlaina, que no pague ré ; e la aau- 
mada del earbe del fum^ que pague i denier; e oarbo de peira, 
que pague atr étant * ae passa pel pont, 

Banec ronut 

31 . Per eisBa manieira, t banéé roma ^, t denier. 

Thimo 

32. Pér elssa manieira, i thimo ^ en que pueeca hom pezar mieg 

quartaire, t denier; é quant sera ^an(a), quei i pueseahnm, 
pezar i quintal, dos déniera. 



I 

I 




t Ray, EnçlugH et tmdutge, 
ï E. JoUbois a écrit aeirtant. 
^ Romain^^ machine à peaer. 
* Grande! b«^ la ne es dont les pUleaux en bob aoitt reUùM ^u leviar |>tf 
des cb ai nés. Anjourd'hui timon. 



COSTUMAS DEL PONT DE TARN D ALBl 495 

SarUMoê * 

33. Per eissa manieira, una sarralha am verolh, mealha, et i fais 

I denier, e la saumada, v deniers. 

Be$ti<u vivas (porcels) ^ 

34 . Per eissa manieira, i porsel petit, que hom porte en sac o en 

marga, que hom Taja ' comprat o ane per vendre o per donar, 
paga meala. 

Porc 

35. Per eissa manieira, i porc que ane a mercat o n' venga, paga 

mealha ; e se retorna, le dia raeteis S lo dig porc, ses cambiar 
de senhor, que pasce quitis tôt aquel dia; e s'en passava Ten- 
dema, que pague mealba; e lo dig porc o autra bestia, canha 
que sia, cambian de senhor, o pci veuda ' o escambi, pague 
atretant^ coma a pagat a rint[r]ar ^. 

Moto 

36. Per eissa manieira, i moto o una feda, mealha. 

Boc 

37. Per eissa manieira, i boc o una cabra, mealha. 

Ane 

38. Per eissa manieira, i ase o una sauma * xii deniers, que vengua 

a mercat o n* vengua a fieira *. 

Egua 

39. Per eissa manieira, una egua o un rossi, xii deniers, que ane a 

mercat o n* vengua, o de fieira. 



* Gonec: tarralhas. 

* Le mot porcdlSf écrit à l'encre noire et en plus petits caractôres, a 
été ajouté postérieurement. 

* Jolibois écrit laia. 

^ Jolibois a écrit : métis. 

t Jolibois a écrit : vendra, 

> Arrêtant dans la copie de Jolibois. 

' Alintrat dans la copie de Jolibois. 

s Famna dans la copie de Jolibois. 

' Dans la copie de Jolibois : on vengiuiy 



i^6 COSTUMAS DEL PONT liE TARN D*ÂLBt 

4Ù, Fer aÎ8»a manieira^ i vedel o una vedela o i buou o tiiia vaca» 
I denier, 

PoU mini 

41 , Pôr eîBaa manieira, i poli AunV o i poli cavaJi, i'' polma ai mitlat ' 

una mulata, xn déniera. 

Camlê ^ 

42, Per eîsaa manieira, ï caval que ane per vendre* que aia cubeî-t, 

V ioli, e XII dealers ie do va çub8rt[2)' 

Fel de mùio 

43 , Pôr eisaa manieira, una pel de moto o de feda ara lana, mealhaf j 

e VI pels, I denier^ i faia, i demeiv e la aaiimadap t denier ^. 

Codent de moio9 

44 , Per eiasa manieira, iiii codens * de moto» o de fedaa, mealhm, ' 

e xih i denier, e la saumada, v denierB. 

Pet de hùe o d& mhra 1 

45, Per eitaa manieira, i' pel d# boc o de cabra am pel, mealha, e 

VI, t denier, e la aaumâdai VT deniers. 

Peh d'anheh 

46- Per oissa manieira, xu pela d'anhela o de cabriti, mealha, 

1 faia d^ome, r denierp e la tanmada, v] deniers, 

PeU de amilkt 

47. Per eisia manieira^ £ii peli de conilha * o de lebrea» mealba^ et 
I faia, I denier^ e la saumada, vi deDiera. 

Peh de volpi o fama 

4H. Per eiaaa manietra, t* pel de vûlp^ meallia, et una pel de 
mealha, et i faia, i denier, e la sauna ad a^ vni deniers» 



^ Dana la copk de Joliboia : nzini. 

> Manuâ. vend^y arec nn tilde sur Ve. Jolibois n'indique pas ce détaU 
et écrit : vmde. 
* jolibois écrit : v deniers. 

*■ Peau ddpouiiiée de aa laine, A rapprocbcir de cûdena^ 
^ Riy. ConiL 




COSTUMAS DEL PONT DE TARN d'ALBI 407 

Cuer de hucu 

49. Per eissa manieira, i cuer de buou o de vaca, i d[eiiier], e la 

saumada, vi deniers. 

Ouer de cavcU 

50. Per eissa manieira, i cuer de caval o d*ega * o de rossi o de poli, 

I denier, e la saumada, vi deniers. 

Cuer (Taze 

51. Per eissa manieira, i cuer d*aze o de sauma o de poli, i denier, 

e la saumada, vi deniers. 

Ouer dé cer 

52. Per eissa manieira, i cuer de cer o de cabrol o de dam, ii deniers, 

e la saumada, xii deniers. 

Pel de moto o de Cordoa 

53. Per eissa man