(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Revue des langues romanes"

This is a digital copy of a book that was preserved for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 
to make the world's books discoverable online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 
are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that 's often difficult to discover. 

Marks, notations and other marginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book' s long journey from the 
publisher to a library and finally to y ou. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prevent abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automated querying. 

We also ask that y ou: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain from automated querying Do not send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attribution The Google "watermark" you see on each file is essential for informing people about this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are responsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can't offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
any where in the world. Copyright infringement liability can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full text of this book on the web 



at |http : //books . google . corn/ 




A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 
précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 
ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 
"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 
expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 
trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en marge du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 
du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages appartenant au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 

Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter. Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer r attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

À propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 



des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse ] ht tp : //books .google . corn 



..•.^^c^> 






m../^-'^- .>^' 



'^^^^ 






*•-* 



1^ « 



yKd 



* s 



f^ê%^^^ 






SH. ^««^ ^ 



•^^ 






H » vkA- \ ^tO 




l^arfaarïi CoUegc ILibrarg - 



Recetv 



./LlTi-.nr 



L 



REVUE 



DES 



LANGUES ROMANES 



REVUE 



X 



DBS 



LANGUES ROMANES 



PUBLIEE 



PAR LA SOCIÉTÉ 

POUR L'ÉTUDE DES LANGUES KOMANES 



Quatmèzxxe Série 

TOME DIXIÈME 

TOME XXXX DE LA COLLECTION 




MONTPELLIER 

AU BUREAU DES PUBLICATIONS 

DE LA SOOIÉTé 

POUR L'feTDDB DBS LANGUES ROMANBS 

Bae de l'Ancien- Courrier, 2 



PARIS 

G. PEDGNE-LAURIEL 

Libraire-Édileur 

13, RUE SOUFFLOT 



M DCCn LX XXXVII 



/ i'iÀA./rC 



3CO 



N.^ 



F!i3 27 tt''^^ 






REVUE 



DBS 



LANGUES ROMANES 



UNE ÉTUDE SUR MATHURIN REGNIER 



J. Vianey, Mathurin Rbgnikr; Paris, Hachette et Oie, 1896; 1 vol. 

in-S». 

Il y a un an environ, les lecteurs de la Bévue des Universités 
du Midi lisaient un piquant et précieux article de M. J. Via- 
ney sur les Satires «soi-disant françaises» de Vauquelin. 
L'heureux chercheur qui déjà, concurremment avec Talle- 
mand Stiefel, avait découvert les sources de deux pièces de 
Rotrou, y montrait, tout seul cette fois, combien peu sûrs 
étaient les renseignements tirés de ces satires par les criti- 
ques et les historiens, puisque les traits avec lesquels les pre- 
miers traçaient le portrait moral de Vauquelin, Vauquelin 
les avait empruntés à Dolce ou à Alamanni, et puisque le 
tableau fait par les seconds de la société française du XVI* 
siècle ne s'appliquait authentiquement qu'à la société ita- 
lienne du même temps. Continuant ses recherches fécondes, 
M. Vianey^ dans sa thèse sur Mathurin Régnier, vient de 
montrer (pp. 3, 27, 53, 108) qu'on a aussi regardé indûment 
comme des confidences de Régnier, bien des vers imités par 
lui de poètes latins, italiens ou français. Il a montré combien 
de dettes, non constatées jusqu'à présent, le satirique avait 

TOME X DE LA QUATRIEME SERIE. — Janvier 1897. 1 



6 UNE ETUDE SUR REGNIER 

contractées envers l'Arioste, rArétin, Mauro ou Caporali, 
envers Montaigne, Desportes, la Pléiade et surtout Ronsard . 

Mais ni Régnier n*est un Vauquelin, ni la question des 
sources de Régnier n'était intacte avant le livre de M. Via- 
nej. Ce n'est donc pas surtout par les découvertes dont nous 
venons de parler que ce livre est intéressant. Nous n'y trou- 
vons pas moins qu'une étude complète, où Térudition, la criti- 
que et rhistoire littéraire ont également leur part, sur Técri- 
vain auquel Boileau a .décerné cet éloge, qu'il a été avant 
Molière celui qui .ale\naiiaux connu les mœurs des hommes. 

Parcourons rapidement cet ouvrage. 

La vie de Régnier restera toujours assez mal connue, les 
documents faisant malheureusement défaut. Portant plus loin 
qu'aucun autre ses investigations, M. Vianey a du moins ré- 
futé quelques erreurs traditionnelles ; il a rendu incontesta- 
bles les relations de Régnier avec le cardinal de Joyeuse ; il a 
indiqué les nombreux voyages qu'a faits le poète à la suite de 
ce prélat ; il a montré combien sa situation a différé de celle de 
du Bellay, et quels spectacles différents les deux auteurs ont 
eus sous les yeux ; il a énuméré les amis du poète épicurien 
et, d'un crayon spirituel, dessiné leur silhouette. Certes, 
c'étaient des épicuriens aussi, ces amis (même quand ils 
étaient d'église, comme Chiverny, évêque de Chartres), et les 
mœurs de la gent littéraire, en ce temps, étaient singulière- 
ment corrompues. Mais a-t-on vraiment le droit de dire, pour 
excuser le dérèglement où vécut Régnier : « Tous les mau- 
vais exemples qu'un homme peut recevoir, il les reçut » (pp. 
33, cf.203)? M. Vianey s'est réfuté lui-même en constatant les 
vertus et la sévérité du cardinal de Joyeuse, que Régnier si 
longtemps indisposa contre lui par le relâchement de ses 
mœurs (pp. 6 et 23). 

D'ailleurs, M. Vianey est le plus consciencieux des biogra- 
phes. Il montre dans son héros un grand enfant sans volonté, 
et prouve que la facilité manqua toujours à son génie (p. 35). 
Il ne surfait pas l'homme, et il ne surfait pas non plus l'écri- 
vain. Ainsi il ne fait pas grand cas des Œuvres diverses^ les 
poésies spirituelles exceptées. Le savant chapitre sur w les 
précurseurs de Régnier dans la satire au XVI® siècle » abou- 
tit à cette conclusion que Régnier satirique n'a rien créé, 



UNE ETUDE SUR REGNIER 7 

qu'il a seulement « fait profiter la satire de toutes les ressour- 
ces créées par un mouvement littéraire » antérieur. Le cha- 
pitre sur c( les sources des satires » montre combien Régnier 
a eu de modèles pour le détail même de son œuvre. Le chapi- 
tre sur « les idées morales et littéraires dans les satires» nous 
fait voir dans Régnier un modeste disciple de Montaigne et 
de Desportes. En revanche, rien de plus neuf et de plus origi- 
nal que la peinture des mœurs et des caractères dans les Sa- 
tires, et M. Vianej nous fait largement admirer chez Régnier 
la vérité du dessin, Téclat des couleurs, le don de la vie. Seu- 
lement il n'oublie pas de constater les défauts du narrateur et 
(sauf pour Macetté) la faiblesse de Fauteur dramatique ; il 
montre, dans de fines analyses, combien des passages toujours 
vantés de Régnier sont inférieurs aux passages de La Fon- 
taine et d'Horace qu'on leur compare ; il incline la gloire de 
son auteur devant celle de Boileau et, plus encore, de Mo- 
lière. Sur toute cette partie du livre on ne saurait faire que 
d'insignifiantes réserves. C'est être trop flatteur pour Régnier 
que d'écrire : « de la « fameuse o Macette allait dériver chez 
nous toute la comédie de caractères x> (p. 215), et, par contre, 
c'est être trop sévère que de juger « dépourvue de bon sens», 
en même temps que « débordante de poésie », la satire contre 
Malherbe (p. 166). — Le peintre de Macette s'est surtout in- 
spiré des entremetteuses de l'Arétin, je n'y contredis point ; 
mais la Françoise des Contents ne méritait-elle pas plus qu'une 
allusion, et fallait-il ne rien dire de la Guillemette de la Veuve 
ou de Célestine ? — Aux portraits tracés par Régnier du ho- 
bereau, du poète, de l'hypocrite. . , , M. Vianey a joint, pour 
les compléter, les indications fournies par les auteurs du même 
temps. L'ensemble est bien fondu, et il y a là des pages char- 
mantes. Mais on ne démêle plus bien ce qui appartient à l'au- 
teur étudié, et parfois il semble que le sujet ne soit plus Ma- 
thurin Régnier peintre de caractères, mais la société au 
commencement du XVIP siècle d'après Mathurin Régnier et 
ses contemporains. 

Bien juger Régnier était important ; mais il Tétait plus 
encore de trouver la parenté littéraire du poète, de préciser 
le rôle qu'il a joué, de marquer sa place dans la suite de notre 
histoire littéraire. M. Vianey l'a fait avec un soin extrême, 



8 UNE ETUDE SUR REGNIER 

et il est arrivé à-des conclusions, en partie connues déjà, en 
partie nouvelles, solidement étayèes dans tous les cas. Il j 
avait du Villon en Régnier, bien que Régnier eût peut-être 
fort peu fréquenté Villon ; il y avait en lui fort peu de Ron- 
sard, bien qu'il ait imité Ronsard à chaque pas. Auxiliaire 
inconscient de Malherbe, il Ta combattu avec toute Tâpreté 
que lui permettait son caractère paisible et insouciant. 11 se 
rattache à Marot et à Rabelais ; il a la postérité la plus bril- 
lante et la plus variée : Molière, Boileau, La Fontaine, Scar- 
ron, le poète de don Paëz et celui de don César de Bazan. 
Tout cela est mis en pleine lumière par M. Vianej, qui, che- 
min faisant, sème d'ailleurs les vues d'histoire littéraire les plus 
intéressantes : sur la Pléiade, sur le caractère de la littéra- 
ture au temps d'Henri IV, sur l'imitation de l'Italie par la 
Fratice. 

Reste, avant la conclusion, un chapitre sur « la langue et 
la versification de Régnier ». Quelques termes techniques 
y sont employés d'une manièie insolite et obscure, l'ensemble 
est un peu sec ; la langue de Régnier aurait dû être comparée 
à celle de ses contemporains, et non pas seulement à celle 
de Desportes, qui, à la vérité, a été son principal modèle. 
Néanmoins, les remarques intéressantes abondent, et nous 
distinguons nettement, une fois de plus, les deux faces, nova- 
trice et conservatrice, du talent de Mathurin Régnier. 

Ici encore, d'ailleurs, nous constatons avec plaisir la pru- 
dence et la conscience de M. Vianey. « Les libertés qu'on 
accuse Régnier d'avoir prises avec la grammaire » se demande- 
t-il, « ne seraient-elles pas, au moins quelquefois, des libertés 
que ses éditeurs ont prises avec son texte ? » (p. 272). Déj<à 
Brossette, M. Dezeimeris, M. Benoist ont amélioré le texte 
de Régnier: mais on peut le corriger encore, et M. Vianey 
le prouve en proposant des corrections nouvelles. 

Deux de ces corrections m'inspirent quelques scrupules. 
D'abord celle du Discours au Roi (p. 283) : 

Astrée en sa faveur demeure en tes citez ; 
D'hommes et de bétail tes champs sont habitez. 

Les champs^ au v. 138, se peut aussi bien entendre des 
champs de France que s'entendent du paysan et du berger 



UNE ETUDE SUR REGNIER 9 

de Pranoe les mots ie paysant et le berger des v. 139 et 141. 
— Aux V. 155-156 de rimpumancef élégie imitée d'Ovide, 
M. Vianej écrit : 

AvaDt qa*en venir là, au moins souvenez-vous 



Que je ne sais <C}X*' chasseur jadis tant approuvé, 
Ne pouvant redresser un deffaut réprouvé. 

Or, j'accepterai bien réprouvé, si M. Vianey m'afiBrrae que 
Régnier n'a pu commettre une impropriété familière à Des- 
portes et à beaucoup d'écrivains du temps, et que retrouvé n'est 
pas pour trouvé = constaté. Mais la virgule introduite par lui 
au vers précédent rao paraît inacceptable ; la pensée obtenue 
grâce à elle : « Souvenez-vous que moi, ce chasseur jadis 
tant approuvé, je ne suis pas incapable de redresser un défaut 
qu'aujourd'hui je déteste » rompt la suite des idées et surtout 
— ce qui me paraît grave — détruit d'avance l'effet que Ré- 
gnier a voulu produire par la chute. . . gauloise, et nullement 
imitée d'Ovide, de sa pièce : 

Avant qu'en venir là, au moins souvenez-vous 
Que mes armes, non moy, causent votre courrouz, 
Que, champion d'Amour entré dedans la lice. 
Je n'eus assez d'haleine à si grand exercice ; 
Que je ne suis chasseur jadis tant approuvé. 
Ne pouvant- redresser un défaut retrouvé. 

(Ou réprouvé, c'est-à-dire que je ne suis plus ce chasseur 
jadis tant approuvé, puisque je ne puis....) 

Mais d'où viendroit cecy ? serait-ce point. . . 



Ou que . 



Pour moy, je n'en sçay rien : en ce fait tout m'abuse ; 
Mais enfin, ô beauté, recevez pour excuse, 
S'il vous plaist derechef que je rentre en Tassaut, 
J'espère avec usure amender mon deffaut. 

Ces réserves faites (et elles sont sans importance), je trouve 
aussi naturelles qu'utiles les corrections proposées par M.Via- 
ney. Celles de la satire X, v. 192 et 358 se distinguent entre 
toutes par leur élégance. 



1 UNE ETUDE SUR REGNIER 

Ainsi le livre de M. Vianey n'est pas seulement Tœuvre 
d^un érudit, d'un critique et d'un historien littéraire fort dis- 
tingué, écrite d'un style alerte, élégant et spirituel — sans 
recherche ; c'est aussi l'œuvre d'un philologue, et qui, n'ayant 
pu cette fors tout dire sur les imitations, la langue, le texte 
de son auteur, se doit k lui-même de rendre à Régnier un 
nouveau service. Dans Tiniroduction de sa thèse, M. Vianey 
a montré que Régnier méritait une nouvelle étude et une 
nouvelle édition eritique. I/étude maintenant est faite, et elle 
est excellente. Excellente aussi sera l'édition, si M. Vianey 
veut bien s'en charger, 

Eugène Rigal. 



JAC. GOHORII PARIS. DE REBUS GESTIS 
PRANCORUM LIBER XIII.— LODOICIJS XII 
REX LVI. 



(Suite) 



Enim vero ut ad externa bella unde digressi sumus rever- 
tamur *, Sfortia (ut supra memoravimus) quum ingruentibus 
Francorum armis, auxilia omnia christiana sibi déesse perspi- 
ceret, ob violatam omnibus ôdem qua societas omnis homi- 
num continetur, omnesque spes suas in se unum esse redactas, 
ad Turcica se subsidia contulerat, quo tantam procellam per 
fas et nefas a se depelleret; BaiazeteDa,Ottomanum Thracium 
imperatorem, soUicitaverat ut in Italiana arma eodem anno 
transferret. Veneti contra ingentem classem praefecto Grimano 
lonio in mari Turcarum classi opponunt^ Petierat a rege 
Francise Rhodiorum magistratus jam a primo Baiazetis ap- 
paratu classem qua se tueri posset propterea quod ei venturum 
multorum vocibus ac nuntiis afferebatur. Rex publicam rei- 
publicse cbristianae causam suis privatis rationibus antepo- 
, nens non dubitavit in id bellum classem navium duarum et 
viginti Rhodujn e Provincia mittere, quse postea Venetis pos- 
tulantibus [Fol. 22 v*] (quod Rhodii extra periculum forent) 
volens se conjunxit. Quibus rex oranes suas opes seque ipsum 
in id bellum obtulisset, Grimanus maie explicata classe et 
tetrarchis suis nequaquam prsesenti animo pugnam ineuntibus, 
quum certa Victoria penè esset in manibus, contra Francorum 
et Albani armerii atque Andreae Lauredani Venetorum consi- 
lium animumque (qui uni omnium impigre pugnaverunt) ad 
Proti insulam inter Sporadas, turpem in fugam conjicitur, 
duobus illis miserabili incendio absumptis ; quum in ingentem 
navem Baracbi Smirnsei prsedonis ipsi cum duabus utrinque 
celocibus invecti, post injectes barpagones ferreos, barbari 

* Bellum navale Turcium. 



12 JAG. GOHORII PARIS. 

desperata salute, ultro ignés injecissent, quibus victi victores- 
que concremati sunt. Omnibus autem prseliis ante commisâis 
semper Veneti Francique superiores extiterant, adeo ut quum 
forte du8D onerarisB naves Francorum una, Venetorum altéra 
tardius reliquis a conflictu ad suos redirent et a Danthe 
Thraciae classis prsefecto, Francica triremibus ac biremibus 
triginta, Yeneta viginti aliis oppugnarentur, ita ut prseter 
pilas tormentorum utriusque mali, antennae^.plutei, lateraque 
ipsa navium sagittarum vi histricis instar constipât arum, fixa 
essent, complures hostium Jiaves depresserint, reliquae magno 
accepte detrimento, eas reliquerunt. Franci perspecta Grimant 
[Fol. 23] ignavia abierunt.Ipse ad Sphragise insulae portum se 
contulit, Dan thés in Naupacteum sinum abscessit, Naupactum- 
que, ab eo mari, a Baiazete terra obsessum, auxilio a Venetis 
desperato, deditionem fecit. Grimanus a republica ob rem 
maie gestam revocatus, causam ex vinculis duxit, damnatus- 
que est et in Ossaram insulam perpétue relegatus. Prsefectis 
marisarepublicasublectisThomaZeno Marchione et Zancanio 
Carnos profectus in arce munitissiraa apud Sontium flumen 
multos dies Franiiorum auxilia expectans se continebat: quum 
id perspiciens, dux Turcarum exitu aestatis duo millia equitum 
prsedatum (duodecim P. Jovius scribit) ductu Scanderbassse 
Illirici prsefecti mittit qui ad urbis usque aestuaria pervenerunt, 
Tarvisiis atque Patavinis nihil taie verentibus incredibilem 
terrorem incusserunt, quumque innumerorum mortalium prae- 
dam abigerent, et in reditu Tilla fiumen auctum undis repe- 
rirent, captivis gravions aetatis ad duo millia in ripatruci- 
datis, reliques secum traduxerunî, postquam se Sfortise seram 
opem attulisse didicere , nec eos tumultus oriri ab iis qui 
Sfortianis partibus faverent, perspexere, quemadmodum ipse 
receperat. Sfortia vero qui ad Maximilianum Csesarem spe 
auxilii irapetrandi confugerat (quumrursus fortunam [Fol. 23 
yoj experiri decrevisset si forte se verteret eumque tandem 
adjuvaret) nuUo impetrato ob ingenii illius varietatem opum- 
que tenuitatem, sibi tamen non defuit, in Rhetis copias com- 
paravit*.Hse fuerunt VIII raillium conscriptorum Maximiliani 
opéra non pecunia, cujus egentissimum semper fuit. Et post 

1 Bellum mediolanense secnndum. 



DE REBUS GESTIS FRANCORUM 13 

quintum ôzilii mensem, anno iDsequente inito Ascanii fac- 
tione oneratus qusB Francis infensa erat novisque rébus stu- 
debat in fines Insabrise se contulit. Ibî Italiens miles imperiis 
ejus assuetus ultro nomina dédit ; ex quibus millia adscripsit. 
Sub ejus adventum Trivultius et A.ubignius regias copias quse 
cum Borgia aberant révocaverunt : quo factum est ut ille 
Pisauri oppugnationem in aliud tempns omitteret. Respublica 
Vene-torum decrevit ut équités militesque sui omnes in Cre- 
monensem agrum e vestigio contenderent, Helvetiorum tria 
millia celeriter accerserentur. Interea Sfortia anno christia- 
nismi. MD. Como per suos nulla vi confestim recepto (Franci 
enim ab oppidanis simul atque hostibus sibi metuentes inde 
discesserant), Ascanium fratrem cum parte copiarum Mediola- 
num praemisit, literis suorum certior factus Trivultii imperia 
Mediolanensibus displicere, Francos etiam rapinis patratisque 
aliquotfacinoribus, maxime, liberiore cum mulieribus familia- 
ritate eorum [Fol. 24] aliénasse animes : sive ingeniorum 
morumque dissimilitudb sive ipse victorisB genius, et si ea ad 
justos rediit, impotentes tamen ferocesque reddit. Trivultius 
seditioni gliscenti occurrens eoeuntes aliquot turmatim per 
vicos, immisso milite, obtruncat, vocatamplebem pro concione 
mitissima oratione continere in officie conatur. Sed factione 
hostium obstrepente, adventante Sfortia recensere cœpit mi- 
lites : vix quatuor reperit hominum millia ob eorum absentiam 
qui BorgisB ex pacte militabant ad tempus. Munit igitur ar- 
cem : mox Novariam pergit quara ad impetus Sfortiae susti- 
nendos idoneam intelligit * : ibi milites Francos ex Flaminia 
conventuros novosque conscriptos iri. Irrigatur autem Nova 
ria fluviolis duobus, Terduplo ab ortu, Aconia ab occasu ; 
agro adjacenti summfiB Alpes imminent, arx est firmissima. 
Trivultius ibi collocat milites, aggeres munit, commeatus in 
urbem inferendos curât. Ascanio interea cives, armis captis, 
ejecto Trivultio cum Francis portas aperuerunt : Sfortia ipse 
biduo post cum relique exercitu adveniens in Urbem receptus 
est. Sfortia Mediolani paucos commoratus dies, dum humili 
subdolaque oratione pecuniam arrogaret, Ticinum proficisci- 
tur : quumque nulle in loco armatus quisquam obsisteret, et 

*Novaria. 



14 JAG. GOHORII PARIS. 

[Fol. 24 v°] Parmam Veganumque accessissent, Novariam 
aggreditur et quoniam minus instructus erat apparatu tormen- 
torum muralium, crebro militum impetu premere oppidum 
insistit. Tum sexcenti équités Sequani a Maximiliano vene- 
runt, quibus ad summovendos hostes usus est, varia tamen 
fortuna. Trivultius demum diffidere oppidanis cœpit, praesi- 
diaque Inde abduxit. Sfortia Novariam dedentem se recipit. 
Tum Mantuanus turmam equitum gravis armaturae per 
fratrem summisit, MirandulsB, Carpii, Corregii, Reguli con- 
currerunt. Dura hsec aguntur, Aubignius ad se Trivultio 
conjungendum properat, direpta prius Dertona quae arrais, nec 
magna de causa, sumptis rebellaverat. A Venetis auxilia ex 
fœdereproposcit. lUi exercitu ad ripas Abduse confestim ducto 
Laudem Pompeii,quam jam Sfortiani occupaturi erant, prsesi- 
dioproperemisso régi retinuere : Placentiam quoque nutantem 
confirmavere. At quum se neque Aubignio neque Tri- 
vultio interclusis itineribus adjungere possent, agro Mediola- 
nensi populato, discesserunt. Interea Trivultius regem per 
pegasarium cursorem monuerat de Sfortise reditu novoque re- 
rum Insubri» statu: a quo mox Luxemburgus, qiiem secum in 
Franciam reduxerat, cum equitibus missus, si [Fol 25] Bembo 
potius credimus quam Ferrono, Aquitanorum expeditam ma- 
num scribenti, coacta etiam raptim Helvetiorum manus : qui- 
bus freti, Francorum duces haud No varia procul castra posue- 
runt, opportuno loco ad commeatus ab hoste avertendos. Duo 
erant Aubignius et Trivultius pari in exercitu potestate : 
unde parum abfuit quin rem Francicam jam ibi satis afflic- 
tam, mutuis inter se dissidiis pessumdarent. Aubignius enim 
Mediolanum quoquo pacto eundum contendebat, Trivultius 
donec miles reficeretur, circa Novariam manendum : si quos 
Aubignius captives liberaret, Trivultius in servitutem revo- 
care conabatur: alter alterum obliquis dicteriis pungere, alter 
alterius consilia factaque elevare. Rex itaque de ea ducum dis- 
cordia per Luxemburgum edoctus, abrogato utrique imperio, 
summaererum Trimollium praefecit, adjectis in supplementum 
novis militibus. Is priraum cum cataphractis DG in Italiam 
properat ; initio mensis aprilis mille quingenti, Helvetiorum 
peditum dena millia, Francorum sena convenere. Trimollius 
ubi primum regia castra adiit, semotis arbitris cum utroque 



t 



DE RKBUS GESTIS FRANGORUM 15 

congressus, facile effecit ut ambo in gratiam redirent ': a Quo 
enim tandem, inquit, irae contentionesque vestr» erumpent? 
Quis Sfortise triumphus major optatiorque posset contingere? 
Jam vos ille fugatus nuper a vobis cum Helvetiis [Fol. 26 v**] 
Italisque^uis, frctus vestris dissensionibuS; Mediolano, Ticino, 
Novariaque expulit : nisi resipiscatis, reliqua Insubria con- 
festim ejiciet. Vera pro gratis loqui me pro ofûcio decet, qua- 
lemcumque erga me animum babituri sitis, boc plurium dissi- 
dentium imperium, belle perniciosum esse ab antiquis Roma- 
nis saepe animadversum est, et tendendo ad sua quemque 
consilia, quum aliud alii videretur^ aperuisse ad occasionem 
locum bosti incertam aciem, signum aliis dari, receptui aliis 
cani jubentibus, opportune invadendi. Imô verè saluberrimum 
in administratione magnarum rerum esse ut summa imperii 
cedente altero pênes unum sit et prsBlatum illum facilitati 
summittentis se comiter respondere communicando consilia 
laudesque et SBquando imparem sibi. Nolite igitur, o socii, 
committere ut qui rébus uterque strenue gestis tanta vobis 
décora belii peperistis, iis banc velut ignominisB maculam as- 
pergatis. » His Trimollii dictis Aubignius Trivoltio reconci- 
liatus: réconciliâtes ipse, dicta factis exsequens,eo loco habuit 
ut neuter imperium sibi oblatum diminutumve sentiret; adeo 
in omnium semper rerum societatem eos adscivit. 

Sfortia, quum audiret Trimollium Mediolanum proâcisci, 
Novariam sibi eundum existimavit. Suadet Aubignius eo quo- 
que ducendum exercitum ; sublato enim Sfortia facile postea 
Francum [Fol. 26] Mediolano potiturum. Placuitid Trimol- 
lio. Itaque, prsemissis tantum qui itinera circa Mediolanum 
infestarenji velitibus, robur exercitus contra Sfortiam vertit. 
Erant in Sfortiœ castris inter Helvetios plerique, qui Oarolo 
re^i in expeditione Neapolitana et Novariensi militaverant : 
bi tardius sibi stipendia persolvi querebantur, duoque eorum 
duces Rodulphus Salix, cui Longo cognomen fuit, et Gaspar 
Silenus, Helvetius, specie populandi, castris egredientes, cum 
Trimolio ingenti pecunias summa de Sfortia deserendo conve 
nerunt. Qua in re nonnulli scriptores vehementer ei avari- 
tiam criminantur, qua dilatis eo tempore stipendiis quo 

1 Trimollii oratio. 



16 JAC. GOHORII PARIS. 

maxime reprsesentari oportuerat, in tatitas angustias ineide- 
rit. Restabat arx Novariensis acri mutiita Francorum praesi- 
dio, cui praeerat Car. Lovenius : ejus recuperandae occasionena 
captans, Sfortia ad oppugnationem ex Alexandriae finibuspro- 
perabat. Trimollius omnibus copiis insequitur ; raptim utrin- 
que instructaacie concurritur. Italici etGermanici pedites ala- 
criter prœlium inibant, haud segniter proruentibus Francis *» 
quum Joan. Fuxius etLod. Borbonius cum lectissimis equitum 
turmis a iatere incnrrentes hostium aciem peî*ruperunt, faci- 
leque tum Sfortianos ancipiti terrore perculsos dissipassent, 
ni Italiens equitatus subsidio advolasset: sed is [Fol. 26 v<»] 
immissa mox recenti Francorum equitum turma, ducibus 
Emundo Prio ac Lod. Gravillo, protritus est. Ventum erat ad 
Helvetios qui, incertum Francico auro corrupti an quod suis 
viribus diffiderent, detrectarunt certamen. Sic Sfortia fusus 
fugatusque in Novariam oppidum compulsus est. Hic historici 
Francorum commémorant eo tempore regem suum certo fœde- 
rum capita cum Helvetiorum pagis convenisse ne arma contra 
se ferrent, edictoque publico eos id sanxisse, quod ducibus 
illis Franci demonstraverint. Eam ob rem pactes cum Tri- 
mollio esse ut îpsis incolumibus cum omnibus impedimentis 
persoluto vel certe promisse quod a Sfortia diffère batur sti- 
pendie abireliceret. Hos ubi Sfortia cognovit miscere sermones 
cum consanguineis suis qui Franco merebant, eos per Stam- 
pam et Cribellum, quibus plurimum confidebat, magnis polli- 
citationibus deterrere ab i nstituto nequicquam conatur. Non 
abjecerat ante spem ilie quod ab Ascanio fratre novas Medio- 
lani copias .cccc. equitum et .m. peditum octo exspectabat • 
sed quum simul didicit Lod. Valdreium qui Sequanos équités 
gaieatos adduxerat sollicitatum ad defeotionem, tum se fug» 
dare decrevit, hac reporta via ut, cum Helvetiis instructo ag- 
mine exeuntibus, ipse inter phalangis ordines Helvetico hâbitu 
equoque strigoso prodiret ; sic Iatere posse ratus et incolumis 
ad sues redire. At[Fol. 27] p ro cl eu ntib us Helvetiis Trimoilius 
exercitum in armis esse, Francos dextra laevaque adstare 
jubet, eos hastis obversis velut sub jugum missurus : incertum 
anproditus ab illis an explorato diligenter uniusoujusque vultu 

' Praelium Francorum cum Sfortia. 



DE REBUS eE&TIS FRANGORUM 17 

cognitus * Sfortia prehendi jubetur, prehensusque in arcem 
Novariensem perduci. (Minus verisimile est Franciscani, quod 
Ferronus scribit, veste indutum No varia exiisse eoque cultu 
eaptivum Lugdunum venisse, Bembo patricio Veneto, Jovio, 
Guicciardino Italicarum rerum peritis nobiscum sentiéntibus. 
Capti simul Galeatius Sevôrinas, Fracassa, Antonius Maria 
fratres.) Eo die Trimollius cum Sfortia locutus bono eum animo 
esse jussit : ex régis mansuetudine multis perspecta certain 
se ei salutis ôduciam spondere, inyitatumque ad cœnam cum 
Aubignio humanissime solatus est, maximumque ei honorem 
habuit qui in tali fortuna haberi posset. Adbibere enim noiuit 
Trivultium quocum illi capitales inimicitias intercedere in- 
teiligebat, rogaveratque Trimollium ne in ejus conspectum 
veniret. Id audiens, ilie prodit ad salutandum iiostem his ver- 
bis : (( Sfortia, jam vides quas a te accepi injurias, haod mi- 
nore mensura repensas. » Nec plura locutus se proripuit, 
magis offensum his verbis relinquens quam si contumeliosis 
vocibus lacessisset. Lugdunum postea deductus mèridie in- 
gressus spectaculum lœtissimum conûuenti undique populo 
praebuit. In Régis conspectum, quod magnopere optabat, ad- 
missus non fuit. De captivi statu variae sunt [Fol. 27 v°] opi- 
niones scriptorum, aliis Lochiensi turri inclusum decenni 
spatio consenuisse, nuUo liberali more habitum, prodentibus 
aliis in cubiculum subterraneum coiijectum, concamera- 
tum illud ferreisque compagibus ferreoque ostio ûrmatum ; 
quibusdam, post aiiquot annos scoti equitis custodiœ iibe- 
raliori commissum fuisse. Addit P. Jovius, Francis invi- 
diam quaerens, erepto etiam omni scribendi et qusB cuperet 
legendi solatio, ferrata in cavea omnium miserrimum mori 
coegisse. Hic porro est exitus miserabilis clarissimi principis, 
opulentissima Italide parte potiti adeoqoe potentis ut ejus 
arbitrio res Italie» starent : cui neque ingenium neque pru- 
dentia defuerit in principatu administrando, neque ingenium 
et astutia ad varios eventus rerum conjectura praecipiendos 
atque depellendos, neque magnitudo animi ad res arduas ca- 
pescendas : arrogantia quidem adfuit, malis artibus suorum- 
que nepotum nece occupavit tjrannidem ; crudelitas atque 

* Sfortia captus. 



18 JAG. GOHORU PARIS. 

impietas adfuit qua, anno seculari ad expiandam christianam 
indicto a pontifice, Romam euntes Francos, non négligen- 
tes ( ut testis est Livius ) religionis, hospitibus aureo nummo 
in singula Franoorum capita promisse, occidi curasset. Fides 
una potissimum défait quam, ut novi commodi spes affulsç- 
rat, non obscure Régi Carolo, Venetis, Pontifici Maxime 
aiiisque vioiavit, expertus tandem [Fol. 28] ea ipsa societa- 
tem hominum contineri, Denique licet hic deflere vicissitudi- 
nem fortunse res humanas diverso motu miscentis, eamque 
in tam illustri Sfortiae exemple intueri, cujus consilia cuncta 
jamprideminfesto prorsus elusit. Juvat principem contemplari 
ingenio , eloquentia , variisque a natura rerum gerenda- 
rum adjumentis ornatum, cujus ambitu vix Italiâe omnis 
terminis continebatur, paucorum pedum cavea ferrea ferse 
instar conclusum. Sfortiae capti nuntio, pars Insubrise omnis 
quse defecerat perterrita, ad regem statim rediit. Ascanius, 
cum primoribus civitatis plerisque qui Sfortianis partibus 
favebant, Mediolanum Padum versus aufugit. At interceptus 
ab Soncino Benzonio Venetorum equitum turmse prsBfecto in 
Cremonse finibus, oui Conradus Laudus affinitate ac veteri ne- 
cessitudini conjunctus, mutato cum fortuna animo, prodidit, 
unaque Hermetem Sfortiam, Joan. Galeatii ducis nuper fato 
functi fratrem, qui quidem apud eum, ut se recrearent ex iti- 
neris labore, diverterant. Venetias ductus in comitii turricula 
publiée asservatus est, donec paulo post régi deposcenti ad 
Insubrise securitatem cum custodia in Franciam tranmissus»: 
deductus vero noctu ad Regem (ut Ferronus scribit), multis 
cum facibus, proruentibus ad spectaculum aulicis, honorifice . 
quidem regem, sed non bumiliter, abjecteve,[FoL 28 v'*] ut 
captivus adoravit, nec ullo fletu gemituve conditionem suam 
deploravit : cum de ea postea disserens cum Luxemburgo 
purpurato et Octaviano Sangelasio Ingolismi pontifice, bene 
secum actum aiebat : jocabaturque Venetos de se optime 
mérites, qui eum his quibus irretitus erat laqueis exuissent ac 
vi abductum explicassent quum periculum esset ne in majo- 
res plagas incideret, quibus cenfici eum concidique necesse 
esset: suspicans vei ad Alexandrum pontificera maximum, vel 
ad Maximilianum Caesarem^vel ad FedericumNeapolis regem 
confugienti duriorem sortem futuram : consilia etiam fugae ad 



DE REBUS GESTIS FRANCO RUM 19 

Bai azetem Turc am, ni intercepti fuissent, agitaverat. Nec eum 
sua fefellit opinio ; nam propter sacrum ordinem diu carceri 
eum Bituricensis turris non tenuit, in qua Rex ipse a quo cap- 
tivus tenebatur biennio detentus fuerat, precibus presertim 
Àmbasii sui ordinis prsesulis, paucîs post mensibus, âdei suse 
relictus vagarique tota Francia permissus est : sed pauoos 
post annos ei beneôcium malo reponet, ut suc loco demonstra- 
bimus. 

Mediolanensi * igitur ditione in Francorum potestatem 
iterum redacta, Georgius hic Ambasius purpuratus eo a rege 
prorex mittitur: revocantur inde in Franciam quatuor illi 
egregii ducesTrimoliius, Luxemburgus, Aubignius, Trivultius: 
ubi ob [Fol. 29] strenuo navatam eo bello operam magniôce 
excipiuntur. Mediolanenses mœsti obviam Ambasio Verselias 
usque proâciscuntur, regiam clementiam implorantes quam 
muleta trium millium auri ppndo impetraverunt, cujua sum- 
mae postea majorera partem Rex eis reraisit. Ceteris quoque 
oppidis pro ratione opum muleta indicitur. Hoc tempore acci- 
dit ut Helvetii ab exercitu regio in patriam redeuntes Bellin- 
zonse oppidum suis pagis propinquum occuparent : quod quidem 
rex exigua pecunia redimere poterat, nisi intempestius parci- 
monia, ut Guicciardinus ait, magnarum rerum occasiones 
amitteret, immemor comici illius « pecuniam negligere con- 
suesse in loco, maxim^um interdum lucrum est. » Bellinzona 
hsec porta fuisset ingredi cupienti in Helvetiorum regiouem, 
vel claustra autem contra eorum in Insubriam irreptiones ^. 
Jovius unus cumSejrsaello adversus eorurn calumniam défen- 
dit qui pecuniae nimis parcum et tenacem usque ad illiberali- 
tatis notam arguerunt : «Igaari (inquunt) quanta sibi suisque 
detrimenta intulerint principes, qui profuse donando per otia 
pacis vanis sumptibus paratos ad bellicas nécessitâtes thesau- 
ros exhauserint. » Nec dubium est illum militibus praecipue 
stata die semper stipendia persolvisse : sed fama est in illis 
praestantissimis ducibus Insubria reversis docuisse ad rem se 
attentiorem quam tantum principem [Fol. 29 v*] deceret ; 
satisque constat ab Anna regina hos insignes milites gloria 
viros immensis muneribus donatos : virili prudentia matrona, 

1 Georgius Ambasius Mediolani prorex. — 2 Parcimonia régis. 



2a JAC. GOHORII PARIS. 

viri errata, rege non inscio, hac in parte, sarciente. Ego re- 
gem arbitrorin eam partem errasse maluFsse, ne suum popu- 
lum externorum bellorum impendiis gravibus tributis onerare 
cogeretur *. Qua ratione patris patrise cognomen exterûa 
commendatione meruit, unde exemplar successoribus suis 
proponitur. Commémorât tamen Ferronus Parisienses ausos 
esse, régla quidem conûsos lenitate, illum palam per mimos 
personatum, âegrum, pallidum, cupite obvoluto, soleatum, pu- 
blicis ludis aurum poculentum sitientera exhibere. Et tantum 
(inquit) abfuit ut hoc Lodoicus vindicandum curaret, recita- 
tis ut ludis et riserit et libertatem populi coUaudarit. Ut au- 
tem ad proregem Ambasium redeamus, fuit is vir prudens et 
modestus, severissimusque in vindicandis militum rapinis. 
Unde factum est ut, eo gubernante, pacata omnia longo tem- 
porum intervallo fuerint ; una tantum labes nomini tanti viri 
inspersa,jam setate provecti, ob amorem Mediolanensis puel- 
IsB, propter quam personatus oblitusque decoris média urbe 
obambularet, nec nisi crebris Georgii Durantii monitis abje- 
cerit. Majores motus post hanc amentiam amor hic insanus a 
Borgia excitabit : quin, cum libidinis [Fol. 30] furor in Ar- 
meniaci quoque pectus Neapoli irrepsisset ^, ubi rex deperire 
illum efflictim puellam venustissimam audiebat, qua potiri 
non poterat, scite dixisse aiunt regem : « Gravem tyrânnum 
voluptatem, quae ea demum concupiscat, quorum sit opéra 
augustior». Mulierum ista mentio trahit nos ad nuptias Annae 
Fuxiae obiter memorandas ex nobilissima Candalorum Aquita- 
norum familia, quas circa id tempus Anna^ regina ob regiam 
propinquitatem cum Vladislao Pannonias (quae Hungaria 
hodie) rege procuravit. Veneti, quibuscum fœdus illi erat, 
venientem in urbem suam splendido utriusque regiae comitatu 
magnifiée exceperunt; ex quo die fines eorum ingressa fuerat, 
sumptus ei publiée largiterque factus : in urbe omnia bene- 
volentiae ac liberalitatis officia in eam profuse collata; ut quum 
exactoraense discederet, principi dixeritw jam tum quum apud 
illum fuit se reginam sibi ipsi visam)),deinde in Pannonia re- 
gnans benignam se amicamque reipublicae semper ostenderit. 

4 Lodoicus XII pater patriae, — « Apophtegma. — 3 Ahn«e Fuxise 
matrimonium cum rege Hungarise. 



DK REBUS ÛESTIS FRANCORUM 21 

Fo&dus aatem erat hujnsmodi cum republica a Pannonio par** 

cussum, oui Alexander auûtoritatem suam adhibuit, ut Via- 

dîslaus bellam omnibus copiis régi Thracio inferret, Veneti 

mille auri iibras quotannia tribus pensionibus, quoad bellum 

esset confectum, Alexander quadringentas annuas in trien- 

nium Vladislao conf errent. Ab eo postea adreraus Turoas 

res fuit féliciter gesta. [Fol. 80 v»] At Lodoicus Insubria Li- 

guriaque potitus continuo, ut est humanus animus insatiabi- 

lis, ad Neapolim, quse a Oarolo defecerat, recuperandam ani- 

mumadjeoit: eademque aëstate eo copias sub legatis misisset 

nisi Germanicorum motuum timor audaciam represslsset. Nam 

Maximilianus infelici Sfortiœ afûnis casu perculsus metuens- 

que ne, si Francorum arma latius se in Italia proferrent, rex 

ipse, pontîôcis maximi amicitia fretus, imperii univers! orbis 

Christiani coronara ad gentem suam, unde longo intervalle 

emigrarat, reduceret, suoque capiti quamipse neglexerat, rez 

modo Romanorum appellatus, imponendam curaret, idcirco 

Septemvirorum Augustalium aliorumque Germanisa principum 

conyentum babuit, ad ambitionem Franci retinendam qui jura 

imperii occupabat. Francus hac de caussa Neapolitanse expe-^ 

ditionis cogitationes in aliud tempus distulit, copiasque suas 

in Florentin ex fœdere postulantis usum convertit : a qua 

meminerat se nuper in Mediolanensi belle pecuniis adjulum. 

Omitto hic varias procerum altercationes, Pisis privati spe 

commodi faventium, Jac. Trivultii LodoiciqueFlisci; tacitum 

addam Pisas earumque socios centnm nummorum aureorum 

millia Régi reprœsentare voluisse, annua insuper quinqua- 

ginta millia, si ejus ope Liburni portus munimento totoque 

agro Pisano potirentur ; qua summa ingenti facile contempta 

(ne calumniatoribus semper inimicis immoderatam auri cupi- 

dlnem [Fol. 31] assentiamur) Pisarum legatos ad proregem 

Ambasium remisit, apud quem plus régies ûdei quam utilitatis 

ratio valuit. Sic Fiorentiam missi cataphracti sexcenti regio 

stipendie, illius autem Helvetiorum quinque millia, duce Di- 

vioni pr8efecto,et aliquot Aquitanorum cohortes cum tormen- 

torum apparatu ^ Decreveram initie libri bujus ab hujusbelli 

inter duas Hetrurias nobilissimas civitates descriptione absti- 

< Bellum Pisanuxn. 



22 JAG. GOHORII PARIS. 

nere, eamque suis scriptoribus relinquere, nisi secunda hsBC 
expeditio in Francorum armis tota consisteret. Quœ cursim 
tractata a nobis documento erit contra eos qui regiam ôdem 
dictis perstringunt, Lodoicum âdem suam varise horumpopu- 
lorum fidei velut Lesbiam normam necessario accommodasse. 
Florentia itaque hisce Francorum copiis Bellomontium impe- 
ratorem poposcit, majore recentis ejus meriti in Liburni res- 
titutione ratione habita, quam auctoritatis reique militaris 
peritiœ, quse in Alegrio quam Rex destinaverat, vehementer 
enitebant. Franci, jussu (ut arbitrer) proregis,Florentiampro^ 
ûciscentes, in transitu a regulis qui Sfortia^ opem tulerant pe- 
cuniaB muletas extorquere eonantur, menstruumquestipendium 
ea in re consumunt quod caiendis înaii proximis deberetur : 
unde in suspicionem FiorentisB falso veniebant, morsB hujus 
Pisis ad se muniendum comparatse. Pro Carpio, Mirandula, 
Corregio, dux Ferrariae viginti millia nummorum aureorùm 
spopondit. Mantuanus veniam [Fol. 31 v^] pecunise supplex 
petiit in sui oppidi munitione impensae; Bentevolus Bono- 
niensis quadringentas auri libras repromisit, rex Bononiam, 
excepte pontiflcio jure, sue patrocinio complectitur. A Lucen- 
sibus Petrasancta,depo3itinomine,regiusquead controversiae 
judicium extorquetur. Pisse his novis Francorum auxiliis con- 
territse benevolentiam eorum captare, artibusque suis demul- 
cere; publicas tabulas deditionis, velut adlibertatis susb auc- 
tores, iidem conservatores ut sint, mittunt non modo ad Bel- 
lomontium in castra, verum etiam Genuam ad Ravestinum. 
Hic in régis clientelamrecipit ; ille fecialem mittit» urbem sibi 
tradi petitum. Ei responsum a id quidem velle se, ea conditione 
ne FlorentisB dominatui subdantur. Bellomontius inter portas 
Plagarum et Calasanam castra posuit: vi tormentorum valde 
magnam murorum partem disjecit ; Franci per ruinas saxo- 
rum alacriter contendunt, sed peneaggerem latissimam fossam 
ab interiore area reperiunt, cujus spectatores magis quam 
oppugnatores, Pisanis sese strenuo defendentibus, resiliunt. 
Inde Francorum ardor plurimum deferbuit ; ita ut pactis velut 
tacitis commeare ultro citroque et familiariter colloqui obses- 
sorescum obsessisincipiunt, ob crebro jactatam deditionis vo- 
luntatem, eo adnitentibus mirifice Francisco Trivultii fratre 
et Galeatio Palavicino,quicum sua cohorte in castris erat. Ex 



DE AEBUS ÔESTIS FRANCORUM «3 

hac Italorum [Fol. 32j erga illos propensione aiant Tarlatino 
cuidam per conniventiam îterrelictumamaritimo latere cum 
auxiliaribus copiis a Vitellotio missis ingrediendi. lude Fran- 
corum pedites re desperata sensimabsquecommeatu dUapsos 
Helvetiîs paulo postsubsequentibus, neo eos ducis ignayi im- 
perio potuisse retineri^ unis equitum gravis armaturœ turmis 
aliquot adhuc dies ad Pisasbœrentibus. Post eorum dîscessum, 
Librafacta a Pisanis expugnata aliaque debinc oppida. Qua 
re cognita, rex vebementi ira exarsit, sôgerrime ferens socios 
a suis desertos aut proditos, eamque ignominiam Francico no- 
minl inustam culpœque in Florentines partem rejiciens qui 
Bellomontium sibi- AlegrisB loco optavissent. Corentum, cubi- 
cularium suum, Fiorentiam misit, qui sui verbis polliceretur, 
ineunte vere, banc jacturam cumulate sartum iri. Sed ad boc 
ingens malum majus multo, seditio intestina, accessit, 

Interea res Borgise (quarum Ferronus initium attigit, ânem 
prsetermisit) prospère cedebant, régis ope subnixi : quamvis 
Alexandro magnis de causis tacite infensi, tam ob auxiliumin 
Mediolano recuperando minus praestitum, quam ob longam in 
expeditione Aemiliae Flaminiseque tractam moram, sed for- 
tasse propter metum Germanici motus, maximeque ob Amba- 
sii amicitiam, legationem Francise [Fol. 32 v°] ambientis, 
novum munus et mirum in modum qusestuosum ad octodecim 
menses concessum, rex catapbractos tercentum cum duobus 
peditum millibus Alegrio duce misit, qui se copiis suis septin- 
gentorum equitum gravis armaturae et sexies mille peditum 
conjunxerant. Hoc exercitu Flaminiam ingressus, Borgia fa- 
cile Pisaurum et Ariminum, fugientibus dominis, in suam po- 
testatem redegit, Bergisellam oppidum cum tota prope valle, 
Dionisii Naldii proditione, occupavit. Ad Faventiae mœnia, qu89 
sustinere obsidionem decrevit, castra inter Lamonam et Mar- 
tianum amnes metatus, quinto die oppugnatione instituta, op- 
pidanis fortiter resistentibus, destitit receptuique canere jus- 
sit. Faventini retinere urbem Astorri Manfredo adolescente 
studebant ; licetque exiguo numéro militum exterorum freti, 
eruptionibus crebris, Borgiae* exercitum vexabant. Sed gravius 
accessit incommodum a nivibus insolitoque frigoris eo mense 

* Bopgiae res gest». 



24 JAG. GOHORII PARIS. 

Dovembri rigore, molestissimo certe sab dio mîlitantibus. Ita- 
que consensu ducum suorum (inter quos Paulus et Julius 
Ursini, Vitellotius, Paulus Ballio, erant inclyti illi Itali» 
duces, fremens ira gemensque, cum copiis omnibus inde dis- 
cessit, qui nec maria nec montes conatibus suis pbstaturos 
sibi spopondisset : in annum tamen insequentem, qui MDI, 
extrema omnia minitatus ; in quam rem Alexander pater pe- 
cuniam sacram [Fol. 33] per fas nefasque undique corroga- 
tam extortamque filio suppeditabat. Faventiam ergo répétons, 
tandem deditione certis legibus facta, recepit ; quas contra As- 
torium, cuipacta eratlibertas praediorumque possessio, secum 
sub honoris speciem abduxit formae décore insiguem ; quem 
fama est postea, libidine expleta, cum fratre notho strangu- 
lasse; tum Romsç senatus consulto Borgia dux^miliaô Flami- 
niseque declaratur. Bononiam ab ejus manibus régis patroci- 
nium tutatum est, certa tamen cum Bentivolo argenti militis- 
que pactione. Juvabit utique tragœdiam hujus facinorossissimi 
hominis hicperagere, ne amplius nefaria ejus persona historae 
nostr» séries fœdetur. Is postquam Guidonem Feltrium Me- 
taurensium regione (Urbinum hodie vocant), Pandulphum 
Arimino expulit Astoremque sub fide deditum obtruncavit, 
postea manus Ursino sanguine cruentavit : primo Vitellotium 
ab insigni virtute invitum et Liberottum Firmanum, mox Ve- 
nantium et Octavianum principis Camertini libères S deinde 
Paulum Ursinum Latini purpurati âlium et Franciscum Ursi- 
num Gravinœ in Umbria regulum tetro supplicio sustulit : 
eodemque die ab Alexandre pâtre ex con vente Bapt. Ursinus 
purpuratus, qui fœderis auctor fuerat,in mole Adriani cantha- 
ridum veneno 8ublatusest,itemque Michael Venetus, ejusdem 
ordinis, opinione divitiarum [Fol. 33 v°] qusB eum fefellit. 
Paulo post, expeditioni Francorum ad Neapolim recuperandam 
interfuit multaque eorum bénéficie accepit. Guidone Feltrio, 
quem alii Guidum Ubaldum appellant, expulso, Metaurenses 
sui, prsesidiariis Borgiae iriterfectis, ab ejus se juge subtraxe- 
rant.Illum Bembus ante narrât ad regem profectum suppetias 
postulantem, ubi nihil in eo probitati et innocentisB contra 
perfidiam et crudelitatem esse praesidii cognovit, Venetias 

1 Borgise crudelitas. 



DE REBUS GESTIS FRANCORUM 25 

venisse, tamquam ignarus foret historicus fœderis a rege 
cum Alexandro percussi. At Italicœ nobilitatis stirpes exoin- 
denti affectantique pessimis artibus regnum Itali», fortuna 
non diu favit *; quum enim forte cœnaret in Vatican© cum 
pâtre pontiâce, venenum Adriano alumno familiarique purpu- 
rato et convivis aliis senatoribus ditissimis, ut thesauris eorum 
potiretur, paratum, uterque epotavit, lagena fallente incautum 
Del nutu pocillatorem. Sed, Alexandro veneni liaustu ab- 
sumpto, Borgia paterne funeri miseriœque suœ superfuit: 
(inclusum fuisse perhibent utero mulsd récente necatse, alii 
salubribus pharmacis exhibitis servatum). Nam Julius post 
Pium III, qui paucissimis diebussedit, Alexandri successorBor- 
giam exutum exercitu in arce detinuit, quoad missis tesseris 
[Fol. 34] arx Ostiensis redderetur. Fide demum a Consalvo 
[violata],quumNeapolimnavigasset,ibique copias compararet 
et novasresmoliturusvideretur, captus estetinHispaniamsub 
custodia transmissus. justam inimicis seram licet vindictam! 
o spes vanas atque inanes, fragilem brevemque pontifioum 
seuum potentiam ! Circa hoc tempus anno seculari Bajazetes 
Thracius tjrannus cum centum quinquaginta armatorum mil- 
libus ab isthme Peloponesim ^ ingressus, Metonem ternis 
castrisobsedit, cepitque miserabili casu, oppidanis ad quinque 
trirèmes Venetorum excipiendas stationem portœ deserentibus, 
qua Turcse ingressi crudeliter in omnes ssevierunt. Inde Coro- 
neos metu territos et Pylum,Nestoris olim sedem, in deditio- 
nem accepit ; Crisseum quoque expugnavit ; quibus rébus con- 
fectis, quum Veneta cl assis certamen detrectasset, Bizantium 
Victor rediit.Atpaulo postPisauriusejusdemclassis praefectus, 
adjuncta (ut auctor est Bembus) Lusitana classe (ne hic, cum 
Jovio, Hispanum sub Consalvo credas, nam cum Emanuele 
Venetis fsedus erat), Cephaloniam Turcis ferme omnibus in 
vestigio stationis non tamen absque magna suorum strage 
csesis, expugnarunt, deinde Mauri fanum ad Leucadem in 
Neritho insulaceperunt. Classis Francica [Fol. 34 v**], Raves- 
tino prflsfecto, cum Venetis navigans, Mytilenem adorta, facile 
csepit : arx Turcarum acri praesidio munita expugnari non 
potuit, sed ex trecentis Thracibus qui in obsessorum auxilium 

* Borgise. veneficum. — «Bellum Turcicum. 



26 JAC. GOHOKII PARIS. 

veniebanl, Francis obnitentibus, viginti tantum eo penetra- 
verunt. Inde Franci, Armoricis jactura duorum praefectorum 
a pugna deterritis, profecti Maleam (non ut Ferronus Melum) 
petiere, ubi post interceptas septem Thracias trirèmes, quœ 
remulco navem Cretensem trahebant, quibus cum Veneti non 
ausi erant congredi, coorta mox tempestate, ab iisdem deserti 
post varia pericula naufragiaque, ad Tarentum appulere. Pi- 
saurus prœfectos navium, quarum rémiges timoré perculsi 
inhibuerant, quoniam per formidinem hostium reipublicse se 
turpiter a dimicatione continuissent, quos Franci, quorum 
minus intererat, singulari virtute aggressi depressissent, eos 
in quinquennium ab omnimunere removitstipendiaque mérita 
fisco addixit. In Melum insuîam Veneti postea migraverunt. 

{A suivre.) 



STATUTS DE POLICE 

DU LIEU DE MOLLÈGES (1509) 



Seguuntur Preconizationes annuales loci Molegesti Arelatts 
diocœsis 



MandameDtu...exDominor... de Molegésioet ord...Bajuli: 

Quod nulla persona cujuscumq... conditionis existât non 
audeat seu présumât per castrum districtum et territori... de 
Molegesio portare arma yetita sine licen... Dominor... [sub] 
pena viginti quinq... lib... de die et quinquaginta de nocte et 
amissione armar... 

Item quod nullus audeat venare cuniculos perdices et qua- 
cumq... venatione in possessionibus Dominor... partem iltis 
facientibus sub pena decem librar... de die et XXV de nocte 
et perditione pan... et ret... 

Item quod nulla persona audeat vendere vinum in minute 
adiefesto Pente costes usque ad festum beati Joannis Pabtisete 
quomodocumque nec quiscumq... sup penaX librar... pro quo 
libetet vice quolibet et perditione vini. 

Item quod nulla persona audeat intrare in alienis hortis 
^um clave clavatis seu pestellatis sub pena pro quolibet et 
qualibet vice X libr... de die et de nocte XXV librar... 

Item quod nulla persona audeat vendere nec emere, men> 
surare et ponderare cum falsis pond... pro quali... et vice 
quali... X libr... et perditionem dictarum mensurar... 

Item quod nullus serv... audeat dimittere magistrum suum 
cum quo convenerit se seu pena pro locaverit sine causa 
rationabili sub quoli... et vice quali... XXV lib... 

Item œquidem quod nullus magister audeat rellinquere fa- 
mulu... suum sine causa rationabili sub pena predi<;ta. 

Item quod nullus audeat tenere pondus sive mensuras nis- 



28 STATUTS DK POLICE 

faerint prius per curiam allielatas sub pena X libr,.. et perdi* 
tione mensur... et ponder... 

Item quod nulla persona audeat amovere alieais fructus de 
terris partem dominis facientibus sub pena cent... solid... et 
amissione fructau... 

Item quod nulla mulier vaccabiinda audeat stare in présent! 
loco Molegesii sive ejus territorio nisi per diem naturale... et 
quod habeat portare ligula... aut panon alterius coloris in bra- 
chio sub pena XXV solid... et perditione sue raupe. 

Item quod nullus audeat tenere (lupanar?) nisi per diem 
naturalem sub pena (L) solid... et perditione lecti in quo dor- 
mienti... 

Item quod nullus audeat transportarejurisdictionem Dnor... 
in alla»., jurisdiction... sub pena XXV librar... eorumdem 
pro quolibet et vice qualibet. 

Item quod nullus audeat recipere nec habitare homines dif- 
famâtes et falcidicos in suo hospitio nec alibi sub pena X lib... 
de die et XXV de nocte. 

Item quod nullus audeat ponere ignem in territorio predioti 
loci a die prima mensis maii usque ad diem festum Sancti 
Michaelis sub pena et pro quolibet vice XXV lib... de die et 
(L.) de nocte et satisfaction... damni dati. 

Item quod nulla persona audeat ponere in vineis et aliis 
possessionibus quse deffenduntu... vid... terris eisd... parte... 
et aliis prediis presenti loci avère vel aliqua animalia sub 
pena banni consueti vid... quinque solidor... pro escaboto de 
die et dece... de nocte et pro quoli... animali grosso vj de die 
et de nocte xij medietate... accusanti. 

Item quod nulla persona audeat ludere ad tabulas sive taxi- 
los cartas ad argentu... sub pena X lib... pro quoli... et vice 
qualibet et perditione... argenti de die et in dupl... de nocte. 

Item quod nulla persona non audeat blasphemare Deu... 
gloriosa... virgine... Maria... et sanctos Dei corpus neq... 
Sanguinem Jurare sub pena dece lib... eorumdem... et standi 
in castello per diem naturale... et pena irremissibili ut nec 
amplius petitur. 

Item quod nullus audeat recludere latrones in presenti ter- 
ritorio sub pena X lib... 

Item quod nullus audeiat arrancare seu arrabare in qujusq... 



STATUTS DE POUCE È9 

possesnonibus neq... aliis possessîonibus aut partem iUor... 
sibi appropriare sub pena viginti quinque lib... pro quoli... 
et vice quali... 

Item quad nullas audeat yendere vinum in minuto sine 
licentia Bajuli aut ejus locumtenenti sub pena quinq... 
solid... 

Item quod nulla persona audeat injuriare alium verbo 
neq... facto sub pena (L) solid. 

Item quod nulia persona audeat facere manipal... sive 
congregatione...illicita... in presenti loco Molegesii seu ejus, 
territorii in damnu... et diminutione Jurisdictione Diior...8ub 
pena XXT lib... pro quolibet et vice qualibet. 

Item quod nullus audeat vendere carnas infectas de mort, 
seu alias sine licen... Bajuli sub pena XXV solid... et amis 
sionecarniu... 

Item quod nullus audeat gubernare aliqua bona pupilor. 
sine licen... Dnor... sub pena XXV libr... 

Item quod nulla persona no... audeat amovere granu... de 
possessionnibuâ quacumq... sine donec fuerit decimatum sub 
pena Xlib... de die et de nocte XXV. 

Item quod nulla persona audeat ftcere ignem in furno 
dominer... nisi pro pano quoquendo ned bugatas faciendo, 
seu carnas quoquendo sub pena X solid... de die et XXV de 
nocte pro quoli... et vioe quali... 

Item quod nullus audeat ponere neq... immiti facere aliqua 
animalia grossa vel minuta in pratis. Dnor, a die carniâ privii 
usque ad festum sancU Michaetis sub pena pro quoli. animal! 
grosso quinq^... solid... de die et decem de nocte et pro 
quolibet animali minuto sex denari... de die e Xij de nocte 
medietatem Dnis et alteram mediteatem accusanti. 

Hem quod nulla persona cujuscumq... conditionis existât 
no., audeat vel présumât immitere seu ponere aliquod avère 
grossu... vel minùtu, extraneum in territorio presenti loci 
sine licen lia Dnor... sub pena X libr... de die et XXV de 
nocte et amissionne averis. 

Item quo nullus audeat venare columbas in territorio 
Dominer... et monasteri... veteru.. cum escalis neq... balistis 
sine licentia Dominor. sub pena (L) solid... dédie et centum 
de Docie. 



80 STATUTS DE POLICE 

Item quod nullas audeat dimittere facere canes suos 
tempore vendîmiar... sine uno croquo aut una campaneta 
in loco racemi... existe... in vineis sub pena pro quolibet 
quinq... solid... pro cane qui fuerit in vineis repti. 

Item quod nullus audeat scindere alicos arbores fructifères 
vel alios in alienis possessionibus sine licen... dominor... 
cujus est possessio sub pena decem solid... de die et XXV de 
nocte dam... et interessis. 

Item quod nullus non audeat ponere nec ponifacere animalia 
grossa neq... minuta in bladis vineis deffendutis sub pena 
pro quolibet animali grosso quinq... solid... de die et X de 
nocte, et pro quolibet animali minuto duor...denar... de die et 
quatuor de nocte. 

Item quod muUa persona non audeat lavare laurem nec 
bugatas in-pisqueriis dicter... Dominor... sub pena quinq... 
solid. . 

Item quod nulla persona cujuscumq... conditionis existât 
non audeat seu présumât extendere panos, bugatas lavare 
neq... alias res innonestas in pratis dictor Dno... sub pena 
quinque solid. 

Anno Incarnationis Dni... mille... quingen... nono et die pri- 
ma mensis augusti, Retulit mihi Not... infrascripto Guillerm... 
Amelis servien, publions curiœloci Molegesii Juratus mandate 
Dnor. ipsius loci proclamasse in platea publica an te furcam. 
ipsiusloci supradicti preconizacionespresentibus ibidem discre- 
tis viris Germano Jacobi et Ludovico de la Peyre scindicis 
ipsius loci quiquidem domini scindici non audensierunt publi- 
cationibus ipsius preconisantis si venirent contra utilitates et 
particulares ipsius, petendo premlssorum Magistrorum in 
quantum eis necessarium esset in presentia nobilis Trophimi 
de Lynaco de Sancto Remigio et magistri Pétri Sacalle 
notarii civitatis Areilatensis que premissa scripsi Ego Antonius 
Almerani notarius publions Sancti Remigii et ipsius loci et 
signe meo manuali signa vi in âde... premissor... Almerani 
not... 

L'an mil cinq centz huictante deux et le premier jour du 
mojs daoust les sus dictes cryes ont estes lues et publiées 
au dehors la porte du fort dud. Molleges à Taccou^tumée 
par Pierre Bergier, sergent ord*. dud. lieu, ce requérant le 



STATUTS DE POUCE 81 

procareiir jurisdictionne) et par Jehan Roux et Claude Ro- 
que, consuls dud. lieu, en tant que lesd. crjes peuvent être 
au préjudice de la ville ne sj opposer demandant copie et 
ce nonobstant le procureur jurisdictionnel aurojt requis 
lesd. cryes estre observées. Monsieur le Bayle a ordonné 
que lesd. crjes seront observées et gardées selon leur forme 
et teneur, concédant acte et appert aux d. consuls de lad. 
opposition et protestation pour s'en pourvoir par devant qui 
il appartiendra par Claude Croze et François Aymer et Du- 
rand Challaner du lieu d^Orgon et de moi Jehan Chambaud, 
notaire royal dud. Orgon et greffier dud. MoUegés soub- 
signé. 

J. Chambaud, not\ 

Copié littéralement sur une copie de Tannée 1588, signée : 
J. Chambaud, notaire, par Tarchiviste soussigné, chargé de 
rinventaire et du classement des archives communales de 
MoUegés, en 1858. 

Ant. RoBOLLY, archiviste. 
(Communique par M. Robolly.) 



CHARTE SOUSSILVANE DE 1609 («) 



Copia da la Bref a Sagil d'ilg Guault da Bigiolas vartida 
enten Rumonsch da mei 

QiEBj Camen[isoh]. 

* I veD faig a saver avertameng a tuts quels, ca ligien ner 
auden ligiont questabref, chi basa purtau tiers una duspitta 
ner diferenzia da Tina vart denter ilg cumin da Mantognia 



a L'original allemand de la charte ici publiée date de 1609 ; elle a été 
traduite en roman probablement à la fin du siècle passé ou au commen- 
cement du nôtre par un membre d'une famille qui fleurit encore aujour- 
d'hui à Sam, qui, à côté de Pratz et de Ilerden, est le yillage le plus 
considérable de la Mantognia (en ail. Heinzenberg), vis-à-vjs du Dom- 
leschg. Le dialecte qu'on parle sur cette belle montagne est en train de 
disparaître ; il a été étudié dans la partie phonétique, sur des matériaux 
insuffisants, par M. A'scoli, Arch. Glott. I ; M. Gartner ne s'est pas rendu 
sur notre terrain, avant d'écrire son excellente grammaire réto-romane. 
Les habitants parlent roman et allemand ; leur vocabulaire est tellement, 
mixte, que beaucoup d'entre eux donnent pour un objet deux mots, 
sans toujours savoir d'une manière précise lequel est le roman; le dia- 
lecte n'est pas enseigné dans les écoles ; ceux qui le parlent le croient 
incapable d'être écrit et le méprisent; pour l'usage littéraire, ils se ser- 
rent de l'allemand, et quelques-uns se piquent d'écrire le sursilvan. 
Notre charte, qui se trouve aux archives communales de Sarn, n'est donc 
pas écrite dans le langage soussilvan pur ; cf. à ce sujet la thèse de 
M. Tœckhom, Étude sur là phonétique de l'ancien soussilvan^ dont j'ai 
rendu compte dans la liomania^ XXV, 332. 

Nous trouvons ici un certain nombre de mots allemands tout purs : 
landvogt 2 = bailli, landamma 8 = magistrat, oberchert 8 = autorité, 
spruchsman 7 = arbitre, spruch 2 = arbitre ; d'autres ont été désignés 
comme tels par le traducteur lui-même : augenschein 3, grund und 
boda 4, kluÔ't 6; flis 8 est aussi du sursilvan. 

Voici la liste des mots qui pourraient faire difficulté ; < 

accusar 1 prendre naissance (confusion avec acaschunar?) 

caschiada 4 petit lait. 

cavoria 6 carerne. 



CHARTE SOUSSILVANE DE 1609 33 

a da Tautra ils posseseurs da TAlp da Bigiolas (à\ partanont 
ilg gualt Carlenga, par ilg quai i sen vangi a Dreg, par scivir 
doDS, a custs, fadia a lavur, ad era dismîsizzia, ca quau tras 
ves pudieu accusar ;^ schi han ei questa diferenzia surdau ad 
un spruch da quater seguents numnai humen[8], numnada- 
meng â Igî Ault dichau, ault bein Stimau ssingiur Landvogt 
Casper da Schauenstein da Ehrenfels, a Igi Mastral Giacum 
Vamaun, Sthalt' Michel Camenisch, ad a Sthalt' Gion Nold. 
^QuelsnumnaicompromissarishanprieuentilgAugenscliein. 
a mirau ent la diferenzia ad ilg Span,sco era tadlau las ra- 
schuns da Tina Part a l'autra a la leunga, sisur gig, ancur 
aschieu a dau ona sco savunda. 

^ [Ig amprim ancanuschieu a dau orà a Igi cumin da Man- 
tongia ilg Gualt da la Val gronda davent antroqua (antro- 
qua) ilg funza prau d*ilg Christa pienj, ca schei sur via ténor 
nodas a tefms, ilg quai Ualt ei stau ad els avont peda d'ilg 
Dreg da Stusavia tras santentia a gistia ancunaschieu par ilg 
die ver da lur caschiadas.*^ Plinavont, quel ca ei da la via ner 
senda, chei si sum ilg pravet a norvers tras a tras antroqua 



chÎTrir 6 écorcer un arbre et par là le destinera servir comme bois de 
construction. 

darastchiert 8 soin (ratschiert est le part, de retscheirer) . 

dismisizzia 1 inimitié dis -|-misizzia = amicitia: (n'est pas dans Carisch 
sub verbo amich, mais enamicizia). 

diever 4 usage (subst. verbal de duvrar, deoperare). 

funz 4 terre (fundus). 

migiur 7 participant d'une alpe. 

norvers 5 du côté du nord (nord -|- versum). 

partanont 1 concernant (pertinentem). 

pasg; ir a — 6 mener paître (pascum). 

peda 4 temps considérable (Eng. peida, loisir). 

pinar 6 = — la lenna, couper (Areh. Glott.^ VII, 579). 

preicrap 6 paroi de rocher (parietem -f- crap, composé intéressant). 

purtar, sa — tiers 1 arriver (ail. sich zutragen). 

savundar 3 suivre (secundare). 

scafîment 8 commission (de scafir, créer ; n'est pas dans Carisch), 

scivir 1 éviter (ail. scheuen, Diez, I, schivare). 

Je note enfin a Igi = illi 4 : a Igi cumin, 

b L'alpe de Bigiolas est en haut de Sam ; en la descendant de l'autre 
côté, on entre dans la vallée de Stusavia (en ail. Safiental), où l'on parle 
allemand. 



34 CHARTE SOUSSlLYANli DE 1609 

ilg Qrand und Boda d*ilg Christa Henj | numnaa ilg Tri- 
stel da lau an giu aschi lunsch sco ils Migiurs da Bigiolaa han 
ner gieu dregs a lur^ilp sa stenda, ei er ancanaschieu aqaels 
da Mantongia .* Plinavont cur un ven si d'ilg Pravet, quel ea 
ei sut la via gronda a schei sula Val gronda, a da Tamprinia 
via, ca ven lau aâada angienvdrs, ca va ent antroqua la val 
da vaugir an si ad a la val davent enten ina gronda Preicrap 
ner cavoria klafft, ténor nodas a terms, quei ei era anca- 
naschieu a dau a quels da Mantongia, cun paigs a conditiun, 
ca ils numnai possessurs da Bigiolas vi da quels Ualts deian 
aver nagins dregs, né da pinar né arder, né da chiviir, mo 
sulet ilg ir a pa[s]gs dei esser lur. 

^ Lancunter han ils surnumnaus Spruchsmans tuts ils 
dergs (sic), ch* ilg mentionau cumin da Mantongia ha gieu vi 
da Carlenga, ancunaschieu a dau ad ils Migiurs da Bigiolas. 
•A par tutta vera confermatiun, gronda sagirezia a vera par- 
dichia, scha vein nus, numnadameng jou, Hans da Sax, da 
quei temps Mastral da Mantongia, enten num a tras scaû- 
ment d'ilg antier mieu ludeivel cumin, a jou, Michel .Came- 
nisch, da quei temps stathalter d'ilg plaun, enten num ad or 
da camund da tut ils migiurs da Talp da Bigiolas, cun tut da- 
ratschiert a flis rugau a suplicau ilg Aulthanurau a quali- 
ficau a bein sabi singiur Vieland Buchly, da quei temps lan- 
damma da Stusavia, ch'el ha mess sut il sagil da sieu cumin, 
cun rasalvada da don, ad el, sieu obercheit a da sieu cumin. 
*Ei stauda S. Martin en ilg on, ca sa du[m]bra suenter la sali- 
deivla naschienscha da Christ! nos sulet salvader a spindra- 
der Milli sis tschient a nof. 

Jacques Ulrich. 



QUELQUES DICTONS ET PROVERBES 

de Sain t-Maurioe-de-r Exil (Isère) 



ENTRE ENFANTS AVANT DB JOUBK 
1 

Vuenégrou, 
Tout égrou, 
Verji, 
Tout cri. 

2 

Barrin, barrô, 
Qu*uena man é-t-églie ferro? 

3 

Yin, doù, trâ, quatrou, cinq, sié, sèt, vu, noù, dsi.... La 
pedri! 

4 

In pont, 

Picouton. 

Trâ z'alème, trà z'apont 

S'en vont 

Demander au Roi : 

Qu'a-t-i bu, qu'a-t-i mangé? 

Sors toi ! 

5 

In if in 1, 

Gazin, gazette, 

La queule du jonc 

Couquiglie bourdon, 

In loup passant par un désert 

M*a t-envoyé cherché 



36 QUELQUES DICTONS ET PROVERBES 

In plein panier de figues sicrées. 
Pour qui, pour quoi : 
Pour la chambe de bois 1 

6 

In, deux, trois^ 

Carolé miroir. 

Six soflettes, 

In petit chien blanc 

Qu'a torné la queue du côté du vent; 

Trente une, 

Ouvrez la lune; 

Trente deux 

Ouvrez les yeux? 

7 



A gnin Jean, je m*y mets 

Jesqu*à quand?.... 

Jesqu'à.... 



8 

* Pome alla yin, poma alla doù, etc. Revuere Marion sont 
yin, revuere Marion sont doù, etc. 

9 

* Mena, point de mena, ambô per in coup ! 

10 

^ Oglie ma Cajia, aile dort I 

Nota : dans le dicton n^ 2, un enfant fait deviner à un autre, 
dans quelle main fermée se trouve ou un clou, ou un haricot. Dans le 
dicton n® 7, Tenfant demande à l'autre, combien il y a de clous ou de 
haricots dans la main fermée. L'enfant qui doit deviner paie à l'autre 
l'écart qu'il fait. 

Les autres dictons sont pour désigner celui qui doit être mère. 

* Jeu qui consiste à jeter une paume en Tair et à la rattraper. 
' Terme de jeu. 

* Terme de jeu. 



QUELQUES DICTONS ET PROVERBES 37 

DICTONS 

1 

AUX BSCAR00T8 

Gliuemace, gliuemace fé-in6 vâre te corne je te boglierâ ina 
bouna soupa de miche. 

2 

A LA BÂTB DB SAINT JBAN 

Bétse, bétse de Sint Jan, fé-me vâre ton sang roujou, te 
farâ vâre lou mîénou blanc * î 

3 

A LA MANTB RBUOIBUSB 

De qu'in lo lou loup a passe * ? 

4 

EXCLAMATION d'uNB FILBUSB 

Vueve le fenne 

Que fuelon glioù coulegne 

Oùpré délie feye ! 

5 

UNE LEÇON AUX ENFANTS * 

Groù dâ, 

Larueda, 

LoDgliedama, 

Jan doù sort, 

Sota puetsuet courte ! 

*■ L^enfant met Tinsecte dans sa main, lui crache dessus et aussitôt 
- rinsecte fait sortir du sang de sa bouche. 
' L^insecte fait un grand geste arec sa patte. 
• Lé pouce, rindex, etc. 



38 QUELQUES DICTONS ET PROVERBES 

6 
EXCLAMATION d'UN GOURMAND * 

Grand Dsé de véz Alounâ 

Que la miche é bouna avé le noix 1 . • . 

7 

A UNS VOLBB DB CORNEILLES QUI s'ÉBATTENT EN L*AIR 

Groglie groglie féde la vueronda : 
Je vous boglierâ la clio délia pompa I 

8 

EXCLAMATION d'uNB PERSONNE DÉSAPPOINTÉE 

Vé te fére âche oh ma de Ma, ma somma é plena 1 

9 

A UN ENFANT QUI VEUT GRIMPER SUR UN ARBRE ' 

Arpiglie-te moun ami 
Ton pore sayié suet bien s'arpiglïé. 

10 

FORCE d'un habitant DB CONDRIEU QUI SE VANTE D' AVOIR NOTÉ 
UN HOMME ' 

Je te lou pruemou, 
Je te Tangantsuemou, 
Dsin Rho je loû âchuemou. . . 
Et in quort d*ûna en Tar demouruemou ! 

11 

A UNE COCCINELLE 

Pipigniola vola I 
Vé-t-en dsuere à Sint-Michô 

Que te fasse de chosse, 
Car deman i ne fara po cho ! 

*-* Mélange des patois de Condrieu et de Saint-Maurice. 
3 Patois de Condrieu. 



m-. 



f 



QUELQUES DICTONS ET PROVERBES 39 

12 

CÀQUKTAOB DB SAINT BLAI8E ATEC LA SAINTS- YIBROI LB JOUR 
DB LA PURIFICATION * 

— BlévoQy mena» me alla messa. 

— Je n'osou po I 

— Te n'ose po 1 

— Non! 

— Osa toujourl je farâ vegni ina gniola et persouna te 
verra f 

13 

EXCLAMATION d'uN HOMME QUI A ÉPROUVE UN MALHEUR 

More, ma mija, jamé ne Tenvolou ! 
14 

LA PARESSEUSE 

— Dèle, voù-tse de soupa ? 

— Oua, mère ! 

— Vé-t-en quorre ina écouella ? 

— Aban n*en vouolou gin ! 

15 

L^AFFAMÉE 

— More, j'é fam 1 

-^ Mije toù pié et te man, et te lésseré lou raston per de- 
man ? 

16 

LA TRINITÉ CAPRICIEUSE 

Ina chaéra, ina montra & ina fenna ! 

17 

LA CAILLE 

Kinkaglia, gin de blo, bian de sac. 

» On prétend qu'il faut du brouillard le jour de la Purification pour 
le bien des récoltes. 



42 



QUELQUES DICTONS ET PROVERBES 



30 
Quand on te soareglU à Nevooé on se chorfe à Poqae. 

31 

Qaand on se mode à Carnava, on voudruet ban se démario 
à Poque. 

32 

Doù pié et de Tépala, lou pouglian ressemble alla cavalla. 

33 

Ou ma de janvié, ivo mié vàre en plagne in loup qu'inla- 
bouroù. 

34 

Tantdejourquelegranoglie chanton avan Netia-Dama de 
Mor, tant de jour aile s'arréton apré. 



35 

Quand le groglie van vé lou vent, 
Fo s' abiglié jusqu'à le dent; 
Si aile van de vé la bise, 
1 fo s'abiglié en chamise. 

36 

QUAND ON EST MORDU PAR TROIS REPTILES 

La sarpan (i fo) lou rueban ; 
Lou glisor (1 fo) lou gouyior ; 
La tratta (i fo) la polla. 

— C'est-à-dire qu'il faut un ruban pour arrêter l'enflure de 
la morsure du serpent ; 

— Une serpette pour couper la tête du verdreau pour lui 
faire lâcher prise ; 

— Une pelle pour creuser une fosse à celui qui est mordu 
par la vipère jaune, qu'on ne voit plus maintenant dans la 
contrée. 



i 



QUELQUES DICTONS ET PROVERBES 43 

LES INJURES QU'ON DIT : 

1 

AUX HABITANTS DE SAINT *PIBRRB-DB-B(EUF (LOIRB) 

Bedô, 

Rag6, 

Z'oùregliè de Ganô, 

Que mijon la m... à cho plan pouot I 

2 

AUX SAVOYARDS : 

Savoujior la rova. 
Que ii*ant gniuet cœur, gniuet oma, 
Qniuet ventre, gniuet boudsin ! 
Savoujior ]où grand couquin I 

3 

LSS«AV0TARDS AUX DAUPHINOIS! 

Dofuené, roglin 
Mige chûra, bé covin ! ' 



PROVERBES 

1 

Per la Sint-Vincen ; 

Tout joie, tout fend. 

Tout reléme', tout s'en sian. 

2 

Vent en hot, 
Bise en bo 
Pléve à bo ! 

3 

Dsantrâjour in bon 
magnon fason coucon, 

* Dauphinois, rouillé», mangeurs de chèvres et buveurs de piquette. 
2 Reléme, signifie radoucissement du temps. 



44 QUELQUES DICTONS ET PROVERBES 

4 

Que botsi, ment 



Acheto ina vigne planto 
et ina méson botsa. 



PRÉFACE DE M. TULPIN 

Ancien curé de Saint-Maurice 
Nota : M. Tulpin, pendant la Révolution avait un .petit jardin situé 
en face Féglise. Les enfants mangeaient ses poires quand tout le 
monde était à la messe. L'autel était adossé au mur. Il avait fait 
pratiquer un petit trou dans ce mur, par lequel il voyait en disant 
sa messe, ce qui se passait dans son jardin, c'est ce qui avait, dit-on, 
donné lieu à la préface ci-après, en voyant un enfant qui volait ses 
poires. , 

Je te veyou ben, pitsô bendsu, par quo pitiô partsu, que 
mige toù moù peru : et, et, et, et, et, et, et si je te tegniou, 
je te bellariou ! Je te ficheriou... Perioudou, Cristou,Douml- 
nou, Deou, noustrou * . 

Le petit Clerjon répond : Oman !... 
M. Tulpin se retourne vers lui et lui dit : 

— Tu as répondu, tu paieras mes poires ! 

6 
Où ma de setembre touta fruita 
é bouna à prendre. 

7 
S'i plo alla sint Medor,le recorte dsuemueneyon dsinquort; 
s'i fa bio tems à la Sint Barnabe, i tome z'où recapelé*. 

8 
Quand i plo délia bise, aile va à cho écouelle. 

Meri d'Exilac. 

* Patois mitigé de Gondrieu et de Saint-Maurice. 

* C'est-à-dire les remettre en bon état. 



Ès^-: 



BIBLIOGRAPHIE 



Zeitschrifl fftr romaniscbe Philologie ; XIX, 3 et 4. (1895.) 

W. Mbteb-Lubkb p. 306-325. Pour la syntaxe du substantif. — 
M. L. examine Torigine de la distinction entre les formes déterminées 
et les formes absolues des substantifs dans les diverses langues roma- 
nes « Rechercher les origines d'un pareil progrès (Vemploi de l'article 
devant les noms),., dans Tart d'exprimer clairement les pensées ; mon- 
trer où commence Tinnovation et comment elle s'est étendue, tel est 
ï'objet des pages qui suivent» (p. 308). 

G. Baist. Arthur et Ye Graal (p. 326-347). — On a négligé jusqu'ici 
beaucoup de matériaux qui pourraient nous éclairer sur les origines 
de la matière de Bretagne : le but des articles de M. 6. est de donner 
une base solide aux travaux qui seront faits à l'avenir sur ce sujet. 
C'est dans cette intention quMl étudie certaines parties du De AnH- 
^uitate Glastoniensis ecclesiae 

Th. Bbaunb. Nouvelles contributions à la connaissance de quel- 
ques mots romans d'origine germanique (p. 348-369). — Il s'agit des 
mots berme, blinder (fr.), botequin (esp.), boitare (it.), bourgeon (fr.)> 
bramare (it.), cJiaupir, caupir (pr.), ciocco (it.), clamp, clinche, cliver, 
cobalt, crique (fr.). 

H . SucHiBR. Le récit musical des chansons de geste (370-74). — 
M. S. se pose deux questions à ce propos : 1' La mélodie des chan- 
sons de geste était -elle la même pour chaque vers ou bien embrassait- 
elle plusieurs vers ? D'après plusieurs exemples, on arrive à la con- 
clusion que dans les laisses composées de vers de sept ou de huit 
syllabes la mélodie est répétée après tous les deux vers. Il en est 
vraisemblablement de même pour les décasyllabes et les alexandrins, 
à moins que peut-être ceux-ci n'eussent leur mélodie répétée après 
chaque vers. 2® Si la même mélodie servait dans les vers à césure 
masculine et féminine, pour les vers à rime féminine ou masculine, 
comment compensait-on dans le chant la différence entre le nombre 
des syllabes ? La réponse à cette dernière question est bien simple : 
dans le cas d'une césure ou rime féminine, la note de la syllabe ac- 
centuée était répétée sur la syllabe accentuée finale. 
Carl Friesland. La source de la Vie de sainte Elisabeth de Bute- 



46 BIBLIOGRAPHIE 

bœtif (p. 375-382). — On avait cru jusqu'ici que le Libeîlusde Dictis 
quattaor ancittarum Sanctae Elisahethaewm Examen miraculorum eim 
(éd. p. Mencken, Script, vr. germ., II, p. 2007-34) était la source de 
la <£ Vie » de Ruteboeuf. Des recherches de M. Fr., il résulte que 
la « Vie D et le « Libellus » remontent à une source commune, qui 
est la relation officielle des miracles de sainte Elisabeth embellie par 
la légende. 

W. RuDow. Nouveaux documents sur les mots d'origine turque 
en roumain (p. 383-430). — Suite de l'article publié dans la Zeitschri/t 
XVIII, 74. L'article se termine par un appendice sur la phonétique 
des mots turcs passant en roumain. 

J. Ulrich. Fiore di Virtù seconde la lezione del Radiano, 149 
(p. 431-452.)— Cf. Zeitschrift, X7X,235. Le glossaire et les remarques 
grammaticales seront publiées dans un des prochains numéros de la 
Zeitschrift. 

MÉLANGES. — I. ExÉGBSE. — Enme {enma) en ancien français 
dans la Lettre d^EUenne. Il s'agit de deux passages do ce poème où 
l'on trouve lajpremière fois emna, le seconde euTne. M. Fôrstor avait 
expliqué la forme enina par amauit et la forme enme par in medio : 
MM. G. Paris et Godefroy avaient acquiescé à cette dernière étymo- 
logie. D'après M. Settegast, ce mot n'est pas d'origine française : il 
l'identifie avec une forme bretonne ewm, qui est de même racine qu0| 
lat. nomen, ail. namen. — II. Etymologie. — Mauvais (G. Cohn). 
M. G. propose maluacem et conteste l'étymologie maleuaUuB. — 
III. Grammaire. — La forme sans s de la première personne du plu- 
riel en ancien haut-engadinois (de même en provençal et en normand)* 
Les formes sans s viendraient des cas où l'inversion aurait fait croire 
que 8 était un pronom. 

Comptes rendus. — Revue des Langues romanes, XXXIV. (E. Levy) 
Giornale storico délia letteratura italiana, XXIV, 1,2, 3. (B. Wiese), 
Remania, XXIV, 93. (G. Grôber et W. Meyer-Lubke). 

Meybr-Lûbrb. «- Pour la syntaxe du substantif (suite et fin de 
l'article paru dans le numéro précédent, p. 805), p. 477-512. 

C. Michaelis de Vasconcellos. Pour le recueil de poésies du roi 
Denis de Portugal, p. 513-641. — L'article est une série de remar- 
ques tendant à améliorer le texte publié par Lang (Halle, Niemeyer, 
1894). 

Ph.-Aug. Becker. Notes complémentaires sur Jean Lemaire, 
p. 642-72 (cf. Zeitschrift, XIX, 254). — Ces notes sont à la suite du* 
texte dans le ms. de Vienne {Cod, palaU Vindob. 3441) et contiennent 
quelques détails sur la biographie de Jean Lemaire. Elles paraissent 
être de la main même du poète (p, 541, t>. 41, corr : blancs f) 

A. Tobi.er. Contributions à la grammaire française, 3® série, 



BIBLIOGRAPHIE 47 

p. 553-63..' — 6* tout (e) as lauter 7. pourquoi f 8. dont^ en en fonc- 
tion de j»t>noin8, 9. «t avec le futur antérieur. 

MÉL^Nass. — Histoire des mots. I. Etymologie. 1 roumain arâia^s^ 
montrer, ne vient pas de arrectare ni de areputare, mais de ëlatare^ 
que Ton trouve dans Gassiodore. 2. ancien espagnol estemado, vient 
évidemment de aestimatus, mais par une série de dérivations de sens 
signifie « puni» dans les passages cités (W. Meyer-Liibke). II. Ëty- 
mologies. (J. Ulrich) 1. lat. ilex = it. elce; î^âs devenu illex a donné 
elce. 2. Engadinois chiiirlêr, it. collare, mettre à la question, pendre. 
Le mot viendrait de cordulare, qui aurait donné la forme engadi- 
noise et qui, par assimilation, aurait donné la forme italienne [cord- 
icwe, collare), 3. Mauvais, (H. Schuchardt) Défense de Tétymologie 
malifatiuSy contestée par G. Cohn dans l'article de la livraison pré- 
cédente, p. 458. 

Comptes rendus. — Henry R. Lan g : Das Liederbuch des Kônigs 
Denis von Portugal. Halle, Niemeyer, 1894, in -8° (C. M. de Vascon- 
cellos. Voir Tarticle de fond apportant des corrections et des éclair- 
cissements sur le même auteur, supra, p. Ô13 sqq.). Table des matières* 
— Liste des mots. J . Anglade. 



Remania 
XXV, 4 (octobre 1896). P. 481. Ov. Densusianu. Aymeric de Nar- 
bonne dans la Chanson du Pèlerinage de Gharlemagne. L'auteur croit 
interpolés les vers 739 et 765 où il est fait mention d'Aymeric : 
ce personnage n'était probablement pas connu de l'auteur de la 
Chanson, qui, par contre, connaissait d'autres personnages de la 
geste de Guillaume : Guillaume, Bernard, Aimer, Ernaud et Bertram. 
— P. 497. G. Paris. Le Donnei des amantz. Ce charmant poème, dont 
on ne connaissait que quelques vers publiés en 1835 par Fr. Michel 
dans son édition de Tristan, est donné ici en entier d'après le manus- 
crit unique de Gheltenham, bibl. Phillips, 3713. Il est malheureuse- 
ment mutilé et a perdu deux ou trois contes qui y étaient insérés. Le 
plus intéressant de ceux qui nous ont été conservés sont le conte de 
l'Homme et du Serpent et un épisode inconnu jusqu'ici de Tristan et 
Iseut, où on nous montre Tristan signalant sa présence dans la forêt 
par l'imitation du chant du rossignol et Iseut quittant le lit du roi 
Marc pour aller le rejoindre. L'auteur anonyme écrivait sans doute en 
Angleterre vers la fin du Xll« siècle, un peu avant Chardri, qui sem- 
ble l'avoir connu et avoir développé dans le Petit Plat une idée du 
Donnei des amantz (conversation amoureuse entre un amant et sa 
dame). Le texte est naturellement interprété avec la pénétration ha- 
bituelle à l'éminent romaniste. Je me risque à proposer une explica- 
tion et une correction à deux passages qui font difficulté : v. 12, ferin 



48 BIBLIOGRAPHiH: 

(épithète k gardin) ne ponrrait-il signifiar « giboydux »; il y a an 
autre exemple de Temploi d'un nom comme adjectif : le wivre heste 
911: — T. 905, a wandie fait grandi o^e^doit peut-être se lire a u>.f. 
grani deche[t] (dechiet), quand on hésite on éprouve une grande perte, 
on a tort d'hésiter (et le vilain n'hésite pas); il y a plusieurs exem- 
ples dans ce texte du cas régime pour le cas sujet (cf. vv. 658, 1035, 
' 1108). Tout le monde aura corrigé, la curieuse coquille du v. 295, 
Ejorf leie, pour Ejolfreie. — P. 642. P. Meyer. Notice sv/r un ma" 
nuscrit français appartenant au Muses Fitzwilliam (Cambridge), Ce 
manuscrit, qui a appartenu au siècle dernier à Dom Carpentier, puis à 
lord Hamilton, contient la Légende de saint Fanuel publiée ici-même 
par M^ Ghabaneau (3e série, t. XIV, 1 18 sqq.), V Histoire de Marie et 
de Jésus, V Assomption Notre-Dame, suivie d'un exposé en prose de 
la parenté de la Vierge, le Bestiaire de Guillaume le Nonuaad, di- 
vers extraits du Trésor de Brunet Latin, la Somme le Roi de frère 
Laurent, le Lucidaire en prose et la Lettre du Prêtre Jean. — P, 662. 
G. Voretzsch. Sur Anseïs de Gartage, L Extraits du ms. de Dnrham, 
Bibl. de l'évêque Cosin, V. II. 17. 

MÉLANGES. — P. 285. Ferdinand Lot. Une source historique d'Ille 
et Galeron. ^ P. 588. F. Lot. Érec. — P, 590. F. Lot. Le blanc porc 
de Guingamor. — P.591. F.Novati. L'Archimimus di Seneca ed il Tom- 
beor Nostre-Dame. — P. 592. E. Rolland. Une particularité de la forma- 
tion du féminin pluriel en Languedoc, •— P. 592. E. Rolland. Le mot 
enfantin nanan (viendrait de maman, d'après un passage de Restif de 
la Bretonne, Les Nuits de Paris, 3« partie, 1789, p. 96). 

GoMPTRS Rendus. — P. 593. Histoire de la langue et de la littéra- 
ture française, des origines à 1900, publiée sous la direction de M. Peut 
de Julleville. Tome I. Moyen âge (G. Paris ; élogieux, avec quelques 
réserves ; le chapitre dont nous sommes l'auteur dans cette œuvre col- 
lective a été jugé avec une bienveillance dont nous sommes sincèrement 
reconnaissant à notre ancien maître). — P. 612. D' A. Pauls, Der Ring 
der Fusirada {Or. Densusianu ; travail intéressant). — P. 618. A. Tobler 
Li proverbe au vilain (G. Paris : grand éloge de ce travail tout à fait, 
digne du savant philologue de Berlin). — P. 621. A. Tobler, Etymc 
logisches (G. Paris ; compte rendu détaillé où chacun des mots étudiés 
par l'auteur est examiné minutieusement par le critique, qui se range 
à peu près toujours de l'avis de M. Tobler.) — P. 626. Zeitschriftfiir 
rom>ani8che Philologie, XX, 2-33 (G. Paris). — P. 630. Chronique. 
Nous signalons à nos lecteurs les quelques lignes (p. 632) consacrées 
au livre récent de M. Raoul Rosières, Recherches sur la poésie contem- 
poraine, et où l'on s'inscrit en faux, avec raison selon nous, contre 
l'opinion émise par M. R. que a: la poésie provençale est à la poésie 
latine ce que la langue d'oc est au latin. » 

Léopold GONSTANS. 

Le Gérant responsable : P. Hamelin. 



NARBONENSIA 

Passage de s, z à r bt db r à s» z. 



M. P. Meyer a le premier signalé, en 1875, le passage d's 
entre deux voyelles, z à r et celui de r dans les mêmes con- 
dition à 5, z, en Languedoc* ; il est revenu peu après sur ce 
SQjet à propos d'une communication de M. Alart^. Le savant 
romaniste tirait des textes qu'il avait réunis cette conclusion 
que ce changement était fréquent dans la région qui est deve- 
nue les départements du Gard et de THérault, rare en Rous- 
siik>D, et que> usité surtout au XlV^siècle, il avait cessé de se 
manifester vers le commencement du XVS 

M. A. Thomas montrait ensuite que ce phénomène s'était 
aussi produit dans TAuvergne, le Limousin et la Marche au 
XY*^ siècle et y avait persisté au moins jusqu'en 1478. 11 en 
concluait que ce fait. s'y était produit sensiblement plus tard 
que dans la région voisine de la Méditerranée, car il lui pa- 
raissait invraisemblable qu'un phénomène phonétique qui au- 
rait persisté du milieu du XIV' siècle jusque vers la fin du 
XY^ « eût laissé si peu de traces durables '. » 

A son tour, M. Ghabaneau montrait ^ que d'autres textes 
présentaient ce phénomène, en citait quelques exemples em- 
pruntés aux dialectes modernes, en retrouvait des traces 
dans des écrits originaires de Provence, de Narbonne, de 
Toulouse, de Bordeaux, etc. 

* Romania^ IV, p. 184. — Il conyient de rappeler ici que Dom Car- 
pentiei* avait déjà signalé le changement de r en s. Il écrit dans ses 
additions au glossaire de Du Gange, sub verbo Arquesia : < Arquesia pro 
Arqueria^ r mutato in «, ut saepe fit.» Ce mot est emprunté à un règle- 
ment d«s consuls de Nimes de 1357. 

a Romania, IV, p. 464. V. encore V, p. 488 et 501. 
3 Romahia, VI, p. 266. 

* Revue des Langues romaneiy VIII, p. 238, n. 1 ; X, p. 148; XI, p. 
i05 ; XIII, p. 145. 

TOMB X DE LA QUATRiÀME SERIE. — Février 1897. 4 



50 NARBONENSIA 

Sur quels textes reposaient ces affirmations? M. P. Meyer 
avait dépouillé : 

le V Evangile de t Enfance que Ton fait remonter au XIV® 
siècle, mais dont le lieu d'origine est inconnu. Ce texte ne 
pouvait donc servir à localiser le phénomène, ni même à le 
dater avec quelque rigueur. 

2<* Le Petit Thalamus de Montpellier. M. P. Meyer fait re- 
monter la rédaction des textes renfermés dans ce recueil et 
qui présententle phénomène dont il est ici question, au milieu 
ou même à la seconde moitié du XIV® siècle. Mais il y a lieu 
de remarquer que ces textes sont la reproduction de formu- 
les usitées bien ayant cette époque, et qu^il serait difficile de 
discerner, parmi les particularités qu'ils présentent, celles qui 
sont le fait des rédacteurs primitifs et celles qu'il faut attri- 
buer aux scribes du XIV® siècle. Ce recueil était donc excel- 
lent pour fixer le lieu de production du phénomène, mais non 
pour le dater. 

3*Les dictionnaires topographiques du Gard et de l'Hérault. 
On y trouve des renseignements fort précieux. Cependant on 
ne doit les consulter qu'avec circonspection et leurs auteurs 
n'ont pas fait un dépouillement complet des documents qu'ils 
ont consultés*. Ils n'en permettent pas moins dans la plupart 
des cas de dater et de localiser le phénomène en question. 
Mais, pas plus, du reste, que le Petit Thalamus, ils ne per- 
mettent de résoudre une question qui a bien son importance. 
Les personnes qui emploient r pour s, z emploient-elles aussi 
souvent s, z pour r ? Y a-t-il pour elles simple confusion de 
sons? 

Seul le quatrième texte dont s'est servi M. P. Meyer per- 
mettait d'aborder cette question, je veux parler des Memorias 
de Mascaro. Voilà enfin ua texte rigoureusement localisé et 
daté; il a de plus le grand avantage d'être écrit non par un let- 
tré dont la langue a toujours quelque chose d'artificiel,mais par 



* Ce dépouillement présente peu d'intérêt pour le sujet qui m'occupe. 
Je me borne à relever dans le dénombrement de 1384 (Ménard, Histoire 
de Nimes, III, preuves, p. 82, c. 1) la curieuse forme Noresiis {NozièreSj 
arrondissement d'Uzès, Gard), qui présente le double phénomène si- 
gnalé par M. Meyer. 



1 



NÂEBONENSIA 51 

un écHyer consulaire, quelque chose comme nos appariteurs 
municipaux. Sa graphie nous renseigne sur les caractères de 
la langue parlée de son temps, bien mieux que la graphie des 
écrivains de profession ou des rédacteurs de chartes* Il écrit 
à Béziers de 1348 à 1390,emploie volontiers r pour s^ 2, et moins 
souvent s, zpourr*. 

M. A. Thomas prend ses exemples dans des assiettes d'im- 
pôts du XY* siècle. Il ne nous fait pas connaître quels sont 
les textes antérieurs au XV' siècle qu'il a consaltés, et qui lui 
permettent d'affirmer qu'avant le XV* siècles, z ne passe pas 
à r et inversement dans la^égion septentrionale du domaine 
de H langue d'oc. 11 remarque ensuite que dans l'assiette de 
1480 5, z persiste et en conclutqu'à cette date le phénomène 
étudié avait cessé de se produire. Ces conclusions n'ont peut- 
être pas toute la rigueur désirable. De ce que l'assiette de 
1445 ne présente qu'une fois le passage de s^ z à r, M. A. Tho- 
mas ne se croit certainement pas autorisé à conclure que ce 
changement était devenu rare à cette date, tapdis qu'il re- 
deviendrait fréquent une quinzaine d'années plus tard. En réa- 
lité, ces variations dans l'abondance des exemples que nous 
fournissent les textes tiennent à d'autres causes, ainsi qu'on 
va pouvoir s'en rendre compte. 

Les exemples cités par M. Chabaneau ne sont guère em- 
pruntés qu'à des textes littéraires. Ce sont là des documents 
insuffisants pour des recherches précises portant sur la date 
et le lieu de production d'un phénomène. En effet, on n'a 
pas les manuscrits originaux de ces textes ; on ne connaît 
pas toujours le lieu d'origine et la date précise des copies 
qui nous les ont conservés, et, arriverait-on à les déterminer, 
il serait souvent fort difficile de savoir si le fait constaté est 
dû à l'auteur ou au copiste. De plus, ainsi qu'on l'a déjà re- 
marqué, les textes littéraires, auxquels on peut joindre les 
chartes, ne nous donnent pas la pure langue populaire. De ce 
qu'ils ne présentent que de rares exemples d'un fait ou n'en 



» Exactement 106 fois r pour s, a, et 66 fois 5, z pour r ; à noter que 
la plupart des mots qui rentrent dans cette dernière catégorie sont des 
parfaits en -ero^ -ei^on^ devenus -eson, -ezon; on en compte 42. 



52 NARBONENSIA 

offrent aucun, on ne peut conclure sûrement que ce fait se 
soit produit rarement ou ne se soit pas produit du tout. 

Les exemples que Ton trouvera réunis ici sont tous em- 
pruntés à des pièces conservées aux archives de Narbonne, 
et sauf un fort petit nombre ils sont dus à des scribes nar- 
bonnais. A de rares exceptions près, ils sont rigoureusement 
datés. Quelques-uns, mais fort peu nombreux, sont empruntés 
à des chartes; c'est tout ce que j*ai rencontré en dépouillant 
plusieurs milliers de documents des XIIP, XIV* et XV* siè- 
cles sortis de la plume des notaires. Tous les autres exem- 
ples ont été rencontrés dans des comptes de clavaires ou tré- 
soriers municipaux, de marchands, dans des quittances écri- 
tes souvent par des marchands, ou par des artisans, dans des 
documents enûn qui n*affectent à aucun degré le caractère 
littéraire. Ils sont dus pour la plupart à des gens peu lettrés 
dont la graphie ne suit guère une tradition consacrée par 
Tusage et reproduit plus exactement la prononciation. 

Il ne faudrait pas cependant se méprendre sur Timportance 
des exemples fournis par les chartes. En effet, on ne peut 
guère y trouver de traces d'un phénomène phonétique que 
lorsqu'il est passé dans Tusage au point qu'une attention même 
scrupuleuse ne peut sufûre pour empêcher le scribe de se 
laisser aller à le reproduire. Dès lors on peut s'attendre à 
en trouver des traces, non seulement dans les chartes en 
provençal, mais encore dans les chartes en latin et même dans 
les chartes en français transcrites par des scribes originaires 
de la région où se produit le phénomène. On trouvera ci-des- 
sous quelques exemples de ce genre *. 

Je ne m'occupe pas pour le moment des mots comme al- 
morna pour almosnaj asermar ^ouv asesmar; je me borne à 
signaler les mots de ce genre que j'ai rencontrés et qui n'ont 
pas encore été relevés : bertiar ponvbestiar (clavaire^ de 1410, 
f° 24), borcz pour bosc (analyse en provençal au verso d'un 
acte du 15 octobre 1254 ; — l'analyse paraît être du XIV" siè- 

* Pour les distinguer, ils sont imprimés en petites capitales. 

' Je désigne ainsi les registres ou livres de comptes des clavaires. — 
Tous les registres et documents mentionnés dans la suite sont conservés 
aux archives de Narbonne et ne sont pas inventoriés, à moins d'indica- 
tion contraire. 



^ 



NARBONENSIA 5 3 

cle); corta pour costa (Livre de comptes de J. Olivier, 1381- 
1391, -f* 32 v", p. 60); derc pour desc (ibid., compte viii, 
p. 274); sartaizada pour sestairada (compois de 1363, f* 19); 
tantort pour tantost (Livre de comptes de J. Olivier, f» 51, 

M. Chabaneau avait aussi mentioriné quelques exemples du 
phénomène inverse, comme sastre pour sartre, mezmamen pour 
mermamen * ; j'ai trouvé dans les comptes du clavaire de 1471, 
f* 105, le mot aspa pour arpa^ sorte de bêche. 

C'est à l'une ou à l'autre de ces deux catégories qu'appar- 
tiennent des mots comme Lisma, Lirma, nom d'une famille 
italienne établie à Narbonne, Bocasseztz, Bocassert^ lieu dit 
des environs de Narbonne. Je n'ai rencontré la forme Lisma 
que dans deux chartes en latin de 1362 et de 1380, et Bocas- 
seztz que dans un registre de 1407, f» 95 v® ; partout ailleurs, 
j'ai trouvé Lirma, Bocassert, Rien cependant ne me permet 
de décider quelle est la forme primitive. 

Un phénomène à rapprocher sans doute du précédent est 
celui que présentent des mots comme fraire pour fraisse {fra- 
xinumy où r remplace s dur; je n'ai rencontré que le mot 
neserary (necessarium) * dans lequel on put le constater. 

Avant de donner la liste des mots dans lesquels j'ai relevé 
le passage de s, z entre deux voyelles à r et celle des mots 
présentant le phénomène inverse, je tiens à soumettre au lec- 
teur quelques listes bien plus courtes sur lesquelles je revien- 
drai plus loin. J'y ai relevé des phénomènes qui, à ma con- 
naissance au moins, n'ont pas encore été signalés ailleurs. 

1° Mots dans lesquels s, z, placé à la fin du mot, devient r. 

i4r = az = ad (prépos.) (clavaire 1358, f* 85 ; clav. 1379, 
f* 164 V"; clav. 1381, f» 191 ; comptes de J. Olivier, passim ; 
clav. 1393, f 107 v*> ; clav. 1438, f> 117 ; clav. 1468, f> 100 vo ; 
clav. 1471, f« 105; clav. 1478, f^ 112 v°). 



* M. Thiers, membre de la Commission archéologique de Narbonne. 
me signale comme un mot usité aujourd'hui rumatirme pour i^umatisme. 

* Revue des Langues romanes, X, p. 148. 

3 Chabaneau, Revue des Langues romanes^ X, p. 148. 

* Clavaire de 1476, fo 143 vo. 



54 NARBONENSIA 

Cordar = cordas (plur. de corda) (comptes de J. Olivier, f* 
121). 

Crur = crus {crudum) (comptes de J. Oliv., f* 13 ; copie aon 
datée^ mais qui, d'après ses caractères paléographiques, re- 
monte certainement au XIV* siècle, 4* thalamus, f* 42). 

Der {der a set, der a vueg^ decem) (liasse de quittances de 
1429; clav. de 1447, f» 158). 

Desper = despes {dispensum) (comptes de J. Oliv., f* 70 v*). 

Er = ez = et (clav. 1381, f° 191, 191 v% 195 ; comptes de 
J. Oliv., f° 49 v% 1). 

Guar {vadum) (registre de 14*^3, f" 24 v® et passim). Ce mot 
est écrit ordinairement gua ou ga, Jo ne puis m'expliquer la 
présence plusieurs fois répétée de Vr dans ce registre qu'en 
supposant que le d de vadum avait laissé dans la prononoia- 
tion une trace que Técriture ne notait pas. 

Geyr (gypsum) (clav. 1376, f° 79). 

Mar (mansum) (registre de 1407, f® 9, mar de Fonfreja, nom 
d'un îlot de maisons situé dans Narbonne et appelé partout 
ailleurs mas de Funtfrega). 

Prer = pres [prehensum) (clav. 1410, f* 76). 

2** Mots dans lesquels s, z à Tintérieur du mot, après une 
consonne, au commencement d'une s^^Uabe et devant une 
voyelle devient r. 

]\emre = Nemze {Nemausum) Tclav, 1405, f» 109 v°). 

Honre [undecim) (liasse de quittances de 1438). 

Quinre (guindecim) (i.bid.). 

3° Mot dans lequel il se développe un r et le 2 persiste. 

Arze = aze (registre de 1391, f» 79 v*», dans une liste d*ou- 
vriers employés à la réfection d'un barrage ; on paye à plu- 
sieurs leur journée et celle des bêtes de somme qu'ils ont 
amenées: Johan Sallinier am .v. arzes ; Johan Deronel am j** 
arze). 

J'ai trouvé un exemple d'un fait analogue, mais pour» dur, 
dans une charte du 17 décembre 1315 où le nom de l'Aude 
se lit tantôt flumen Atacis, tantôt flumen Athassts et tantôt flu- 
men Tkarsis. 

4° Mots dans lesquels ?Mnitial est devenu z. 

Zazo = raso (rationem) (liasse de quittances de 1429). 



NARBONENSIA 55 

Zey=^ rey {regem) (clav. 1438, f» \0%\ porta zey, Tune des 
portes de Narbonne, appelée partout porta rey). 

5* Mots dans lesquels r à Tintérieur du mot, entre une con- 
sonne et une voyelle, devient z, 

a) La consonne précédente n'est ni une muette, ni r : 

Penze =p€nre {prehender€)[Q\si.v, liiO.Î^ 33; le clav.de 
1438, f* 112 v® et passim, a peze avec le même sens). 

à) La consonne précédente est une muette : 
Letza = letra [litteram) (clav. 1379, f« 146). 
Sobzogat =:sobrogat [subrogatum) (clav. 1405, f° 110 v*»). 

c) La consonne précédente est un V * : 
Berza = fferra, nom de personne (clav. 1438, f® 12Ô v*). 
Berzy = Berri (liasse de quittances de 1429 ; clav. 1438, 

f» 118 V»). 
Guerza = Gueira, nom de personne (clav. 1438, f» 114 v®). 
Ynglaterza = Inglaterra (Angleterre) (clav. 1438, f*» il2 v°). 

Dans ce dernier groupe, on peut faire entrer le nom de 
personne Girzart (clav. 1438, f° 108) pour Girart avec un 
seul r. Il y a aussi lieu de remarquer que le clavaire de 1438, 
f* 118 v°, écrit, non seulement Berzy, mais encore Bezy pour 
BerrL 

11 est enfin un phénomène plus connu, fréquent en catalan, 
mais beaucoup plus rare dans les textes purement provençaux, 
dont les textes narbonnais offrent quelques exemples, je veux 
parler de la substitution de rs à s final. Je ne suis pas éloigné 
de croire que ce phénomène a quelque rapport avec les précé- 
dents. Voici les mots dans lesquels je l'ai rencontré : 

BesCiars, plur. de bestia: ,mv^. bestiars lanudas {clàv . 1410, 
f 32). 

Mercantiers, plur.de mercantia (clav. 1417, f°165); on trouve 
à la même page la forme mercanties; l'affaiblissement de a en 
e est fréquent dans des formes analogues où Va est précédé 
de ï. 

Paryrs = Paris (clav. 1376, (^ 85 v^). 

Voici maintenant les deux listes de mots où s, z placé entre 

* Je n'ai trouvé dans ce groupe que des noms propres de personne 
ou de lieu. 



56 NâRBONENSIA 

deux voyelles devient r, et où r, dans la même position, devient 
X. An risque de répéter plusieui^s fois le même mot, je les ai 
rangés suivant Tordre des dates des documents d'où ils sont 
tirés. Diverses conclusions se dégagent ainsi nettement. Je 
fais remarquer une fois pour toutes que les textes qui présen- 
tent les formes signalées présentent aussi la forme usuelle. 

I. — Changement de S, Z en R, 

Gleira pour gleisa (6* thalamus, f*' 16 v**, 28, copie d'un acte 

de 1221 faite en 1255), 
gltetra pour gleisa (6* thaï., f» 12 v°, copie d'un acte de 1232 

faite en 1255). 
gleira pour gleisa (10* thaï., f°' 54 et 55, copie d'un acte de 

1221 faite en 1266; f*» 8, copie d'un acte de 1232 faite en 

1266 ; acte en latin du 20 février 1288: podium de la vista de 

la gleira 
Lambertus de Limoro pour Limoso (mandement en latin de 

Philippe IV, du 5 janvier 1294). Ce nom avait été fourni 

à Philippe IV par les consuls de Narbonne. 
gleyra pour gleisa^âcie du 19 décembre 1308, BB. 81; 2* tha- 
lamus, f° 94 v<», copie d'un acte de 1221 faite en 1319). 
PoNTAYRB (vidimus donné à Narbonne en 1320 de cliartes de 

1313 ; c'est le nom de Pontoise écrit aussi Pontoya dans la 

même charte). 
BoKAM pour bozamy plante vulgairement appelée massette 

{typha) (procédure, 1321). 
iNJURiORE pour injuriose (acte du 27 novembre 1325, rédigé 

par un notaire de Béziers : jus dictorum consulum usur- 
passe injuriore). 
Benereg pour Benezeg (compois de 1327, f* 14 v*). 
pogera pour pogesa^ monnaie valant le quart du denier ou la 

moitié de la maille (compois de 1327, f"" 3, 8, 11 v'). 
Peyrapertura pour Peyrapertusa, nom de personne (compois 

remontant probablement à 1332, f* 9). 
Gleira pour Gleiza^ nom d'homme (comp. de 1332, P 9 v°). 
A Petro Pazarolis pour Parazolis (acte du 15 janvier 1338h 
auron pour auson (audeant) (copie d'un acte de 1341, faite le 4 

novembre 1344). 



NARBONBNSU ^'^ 

viGRovsBRBMBirr pouF viçoureusement (transcriptioa d'aa acte 

français faite par un scribe narbonnais, 5 avril 1345). 
espara pour espasa (spatham) (clav. 1352, f" 56 v**). 
arriéres pour ameses, plur. de ame$ (clav. 1352, f» 56 v*). 
teraurier pour ^e^aurtar (thesaurarium) (clav. 1352, f** 55 v*, 58). 
Garanhapas pour Gazanhapasy lieu dit à l^est de Narbonne 

(acte de 1352). 
^e/verer pour i9«/t;ezer (bellum videre) , lieu dit (oompoifl de 1963 , 

f> 41 v«>). 
Claura pour Clauza, lieu dit (ibid., f^ 19 v% 20, 28 ▼•). 
laurime pour lausime (ibid., f^ 41 v^). 
urage pour usage (ibid., passim). 
RBMERiuM pour remetUum ; Rajnouard a remezy (lettre du duc 

d'Anjou, datée de Roquemaure, 26 novembre 1374 : Supli- 

catum nobisfuerit de oportuno remerio provideri). 
anporesyon ]^ouv amposesyan (impositionem) (olav. 1376, f'79'). 
are pour ase (asinum) (ibid., P 62). 
Aremar i^onv Azemar^ nom d*homme (ibid., f* 99). 
arordenat pour azordenat (ibid., f* 16). 
caura, qaura pour causa {ibid., f" 16 v*», 42 v*», 169 V»). 
(/tria pour dwia (dioebat) (ibid., t° 91 v»). 
enpaurecy enpauret pour empausec (ibid., f»* 41 v*», 84, 87, 91 v«). 
er«ra pour ««ura (usur^am) (ibid., f* 169 v®). 
faria pour /a»ta (faciebat) (ibid., f* 84). 
Gleyra ppur Gleysa^ nom d'homme (ibid., f* 8). 
juryeu i^ovlv jusieu (ibid., f* 85 v**). 
mères ^oxxvmeses^ plup. de mes (mensem) (ibid., f* 42 v«). 
mereys pour mezeys, meteis (ibid., f®60 v'). 
j/Mira pour espaza (spatham) (ibid., f* 40 v**). 
terauzier pour te^atinar (thesaurarium) (ibid.,f* 88 v»: una 

bileta faita par lo terauzier S. Anbrozj Bec). 
Ambrort pour Ambrozy (clav. 1379, f* 140 v*). 
caren pour cazem (quaternum) (ibid., f* 143). 
mera pour mesa (ibid., f» 142 v«). 
teraurier pour tesaurier (ibid., f* 140 v©). 
franquera pour franquesa (clav. 1380, f» 135). 
aviramen i^ouv avisamen (clav. 1381, f* 199). 
lampera pour lampeza (ibid., f" 197). 
Marezas pour Mazeras, canton de Saverdun, Arièje (ibid., 

f 106). 



58 NARBONENSIA 

mereis, mereysses^ pour mezeys, mezeysses (ibid., £•• 193 v**, 196 v®). 
merurar, merurec pour mesurar^ mesurée (mensurare) (ibid., 

f> 198 V»). 
prerentar pour presentar (ibid., f® 193 v°), 
prericados ^oiXT presicadors (predicfttores) (ibid., f* 195). 
proserir, proserier pour procesir (ibid., fo 131 \^ : que agues 

a proserier al plag ; — no comparée a la jornada de la moni- 

sion per proserir al plag). 
Tolora pour Tolosa (ibid., f» 195). 
Venlora pour Ventosa (ibid., f* 194 v"*). 
Ambrory pour Ambrozy (livre de comptes de J. Olivier, 1381- 

1391, fo 12 v% 3). 
anporesyon pour anposesion (ibid., f* 11 v«, p. 20 m fine). 
Aremar pour Azemar, nom d'bomme, (ibid., f<* 83,5). 
ai/ryr pour ausir (audire) (ibid., f* 107, p. 218). 
Benereg^Qxxv Beneseg (ibid.> f° 4, 1). 
benereta^ benerecta pour benesecta «"ibid., f* 2 v** et pas$im). 
beran pour ôesah, monnaie (ibid., f*» 7 v**, 3; 13,2; 98). 
Beres pour ^eses (Béziers) (ibid., f 30, p. 55). 
Byran pour Bisan^ Bize, canton de Ginestas, arrond. de Nar- 

bonne (ibid., f» de garde ; f» 30, p. 55 ; f> 32 v% p. 60 ; 

f> 109,2). 
camira pour camwa (ibid., f ■ 1 ; 23 v*^, 4; 107, p. 219). 
caura pour cawsa (ibid., f»* 23 v°, 4 ; 109,2). 
claura pour c/aw^a (ibid., î"^ 11 v*» ; 123, p. 249). 
coryna pour cosina (ibid., f 123, p. 249). 
coryr pour f05ir (ibid., f"»B4 v°; 68, p. 130, in fine). 
San Crerent pour 5. Cresent, lieu dit (ibid., f» 111, p. 228). 
derembre pour desembre (ibid., f* 74,1). 
rfmrû pour devisa (ibid., f**» 87; 97 v°). 
na Englera pour Englésa^ nom de femme (ibid., f" 85 v°, 3). 
enporesyo pour enposesio (ibid., f* 32,5). 
^sg'wras^on pour escusasion (ibid., f* 12 v°, 1). 
etpara pour espaza (spatbam) (ibid., f* 42,2). 
faredura pour fasedura (ibid., f® 51,1). 
fareyre pour faseire (ibid., f» 11 v**, p. 20). 
/hrya pour /"asm (faciebat) (ibid., f* 111, p. 227). 
Genoveres pour Genoveses^ plur. de Genoves (ibid.,f* 16 *). 

i Le msc. a Genovej'S, mais il arrive souvent que dans ce msc. une 



NARBONENSIA 59 

gloryùra pour gloriosa (ibid., £" 2 v*, 3 v% 9 v«, 21)^ 
Hiran pour Bùarn, nom d^homme (ibid., f^ 30, p. 54). 
Jeru, Geru pour Jésus (ibid., f • 2 v% 3 v% 21, 22). 
jurieu^nrjmieu (ibid., f>33,2 et Appendice I, vi). 
Leryhan pour Lezignan^ chefl. de oanton, arrond. de Nar- 

bonne (ibid., f> 94 v«). 
marél pour ma2«/(ibid., f».ô7). 
mareiïer pour mazelter (ibid., f* 20 v«, p. 36). 
Mareras pour i/azera*, canton de Saverdun (Ariège) (ibid. , f*^81 

v% 2 ; 82 v% 1). 
wiera pour me<a (ibid., f* 109 v*, 2). 
mereys pour meseisj meteis (ibid., f* 34, 1). 
merura pour mesura (ibid., f> 33,1). 
5an/ Narary pour Nazary^ Saint-Nazaire, canton de Ginestas 

(Aude) (ibid., f> 49 v% 1). 
Pararol pour Parazol, nom d'homme (ibid., f> 34 v®). 
na Pararola pour Parazola, nom de femme (ibid., f" 29,1 ; 

31 vS p. 58). 
p€7^ar, pera,perant perat^ perada, peret^peron i^onr pesar, etc. 

(ihid., passim). 
perare pour pesaire (ibid., f* 12). 

na Planera i^onvPlanesa, nom de femme, le nom d'homme cor- 
respondant est Planes [Md.j f» 20 v**, p. 36). 
pogera^oMV pogesa (ibid., f» 95,2). 
prera pour /?r^«a (prehensa) (ibid., f» 59 y*», 1). 
prerensya ]^ouv presensia (ibid., f« 103 v®, 1). 
prerycador^ prerycados ipouv presicador, presicadors (ibid., f** 

13 v% 2 ; 16 ; 31, 1 ; 31 y% p. 57). 
proveryon i^ouv provesion (ibid., f»* 11 V», p. 20; 13,3 ; 62 v«, 2). 
proeryon^ même mot avec chute du v médial (ibid., f® 25 v% 1). 
prorom, prhromes pour prosowi, prosowes (ibid., f®» 56 v», 1 ; 

116, 3). 
rares pour rewcs, plur. de ras (ibid. , f* 44 v<» : iiij sestiers 

rares). 
raron pour rason (ibid., f*» 11, 1 ; 21, p. 37). 

lettre est omise. Genoei^es^ une autre forme ayec chute du v médial fré- 
quente à Narbonne, est dans une analyse en provençal au verso d'un 
acte du 20 avril 1307 concernant Gènes ; l'analyse est du XIV* siècle. 



«0 NARBONENSIA 

êeyrena ^onvseyséna (ibid., f» 52). 

Tolora pour 7V)/o«a (ibid., f» 99 v% p. 200). 

treraurier pour tresaurier (ibid., f» 43 v<», 2). 

wra^e, uratge pour w«a^e, ««a/jpg, (ibid., passim). 

verer pour i;««er (ibid., f» 88,1). 

ANTONius DE MAYRONiBus pour Maisontbus * (BB. 104, Annexes 
11, p. 30, acte de 1381 ; et acte du 25 mai 1384). 

DE Marbsiis pour Mazeriis, Mazères déjà oité (acte en latin 
du 8 juin 1383). 

derembre pour desemôre (acte du 15 décembre 1385). 

meruza pour mesura (clav. 1389, f» 155 v'»). 

Benereg pour Benezeg ^inscription du Musée de Narbonne, 
d'avril 13Ô2). 

religiores pour religiom plur. de religioê (ibid ) 

t/arerpourya^er (jacere) (ibid.) 

Puegtz Perelos, lieu dit, à Test de Narbonne, appelé dans d'au- 
tres actes Castel Pezùl ou Castel Pezolos (acte du 6 septem- 
bre 1392), 

anporesion pour anposesion (clav. 1393, f» 90). 

Araubert pour Azaubert , Azalberi, Adalbertum (ibid., f« 29 v«). 

aremprar pour azemprar (ibid., f 108), 

dioserie pour diocesia (ibid., f 90). 

p/arer, plaregues pour /^toer, plasegues (ibid., f»» 93, 99). 

peresson pour pezeron (clav. 1396, f» 106). 

rewVar pour ve5rtar(ibid., f*" 146, 155: «Ij esdegut per io lo- 
guier de j rosin que menée a laCiapa.,. que y anec per re- 
vytar las bastidas. ») Vesitar est devenu veritar et par 

. métathèse revùar. 

Genoeres pour Genoeses plur. de Genoes (dans l'analyse inscrite 
au verso d'un acte du 20 avril 1307 concernant Gênes. Il 

. m'est impossible de préciser la date de cette analyse, mais 
ses caractères paléographiques la font certainement remon- 
ter au XIV« siècle). 

sayrina pour saystna (analyse au verso d'un acte du 5 juillet 
1319; même observation qu'au mot précédent). 

moyron pour motson (acte non daté mais qui est sûrement du 
XIV« siècle). 

* Notaire narbonnais dont le nom revient fréquemment sous la forme 
de Maisonibus, 



NARBONENSIA 61 

caura pour causa (libre del robinage, 1403, f* 49 v®). 

pera pour pesa (pensât) (ibid., f« 50). 

rarym pour i^asim (ibid., f 49 v«). 

marel pour mas^/ (clav. 1405, f 116). 

poGBRALis pour pogcsalts (acte en latin du 5 juillet 1406). 

beronhas pour besonhas (clav. 1407, f* 93). 

Beneregz pour Benezeg (registre de 1407, levée d*une aide, f* 

104 v^: la moler d'en Beneregz Benezegz). 
Guarazapas pour Guazanhapas, lieu dit (ibid., f* 7 v**). 
Mtreh ^ourMezels^ lieu dit situé auprès de la léproserie (ibid,, 

f«77v'>). 
Pratjurayc, Prat jurait i^ourPratjmaic, lieu dit (ibid.,f" 182 

v«, 190 V'»). 
Sant Crerenr pour Sant Cresent^ lieu dit (ibid., f** 146 v% 164 

v«). 
arordenet pour azordenet (clav. 1410, f* 1). 
borgeres pour borgeses (ibid., f* 1). 
caura pour cati^a (ibid., f** 43, 51). 
claurir pour clausir (ibid., f* 43 v**). 
faria pour /osw (faciebat) (ibid., f» 32 v*>, 44). 
feres ipourfeses (fecisses) (ibid., f* 76). 
frera pour fresa (ibid., f*» 50 v*). 
Hiran pour Hizam (ibid., f»» 68, 75 v*)., 
mqrelier poav mazeUer (ibid., f* 1). 
merem pour mesem (parf. de mètre) (ibid., f* 47). 
peiava^OMV pesava (pensabat) (ibid., f* 49). 
prerem pour présent (prebensimus) (ibid., f* 49 v**). 
prerenty prerentatz ^onv présent, presentatz (ibid., f* 68). 
proverir pour provesir (clav. 1417, f 165). 
prerent i^onr présent (registre de 1423, f» 51 v**) *. 
aunV pour ausir (liasse de quittances de 1429). 
Biran pour Bizan^ déjà cité (ibid.). 
caura pour causa (ibid.). 
franqttera pour franquesa (ibid.). 
moiro pour moiso (ibid.). 
perat pour pesât (ibid.). 

* La phrase renfermant ce mot est d'une autre main que celle du 
rédacteur du registre. 



62 NARBONËNSIA 

prera pour presa (ibid.). 

borzeres pour borzesesi^lnv. de ôorzcs{cIav. 1430, f* 1 et pas- 

sim). 
Beres pour Beses (ibW. , f* 1 U). 
caura pour causa (ibid., f» 114). 
Perenas pour Pesenas^ chef-lieu de canton, Hérault, (ibid., 

f» 114). 
Croras pour Crozas^ nom d'homme (clav. 1431, f* 118*), 
t/yeussera ^ouv dietissesa (liasse de quittances de 1435). 
pères i^ouv pesés, plur. de pes (pensum) (ibid.). 
mera pour mesa (clav. 1437, f* 153 v**). 
veritar pour vesitar (ibid., f 186). 
peret ^onr peset, parf. de joe^ar (clav. 1438, f* 116 v**). 
caura pour cat/^a (liasse de quittances de 1438). 
wpari pour es/?a5i(spatlum) (ibid.rperTespari de quatre jours). 
gleyra ^ourgleisa (ibid.) 

Sant Baurelt pour Sant Bauzeli, lieu dit (clav. 1439, f» 114 v"). 
caura pour causa (liasse de quittances de 1439). 
faria pour fasia (faciebat) (clav. 1442, f* 154 v**). 
paurada ^oxxvpausada (ibid., f^ 14 v*»). 
lebrorya pour lehrosia (clav. 1443, ^ 142 : era toquât de le- 

brorja). 
verytar pour vesitar (ibid., f» 142). 
borola pour bosola (clav. 1444, f> 121 v**). 
prericava i^onr presicava (prsedicabat) (ibid., f^ 121 v"). 
Toiora pour Tolosa (ibid., P 120 v^). 
urage pour usa^e (ibid., f» 121 v"). 
auri, aurier pour ausir (liasse de quittances del444\ 
caura pour causa (ibid.). 
dieussera pour dieussesa (ibid.). 
traron pour frazon, prés, de Tind. de tratre (ibid.). 
veritar pour vesitar (clav. 1445, f 125). 
Benerist^ (liasse de quittances de 1445). 
auridos pour ausidors (clav. 1447, f** 158). 
marelier pour maze/ier (clav. 1461, f° 103). 
are pour ase ^clav. 1465, f* 75). 
Aremar pour Asema^' (ibid., f* 66). 

1 Le même article renferme les deux formes de ce nom de personne. 
* Nom français d'un ouvrier appelé en provençal Benezeg, 



NARBONENSIA 63 

Benereg pour Beneseg (ibid , P 71). 

diren pour inm (dicentem) (ibid., f« 73 v*). 

espari pour e5/>a5i (ibid., f* 71). 

espauresso pour espausesso (ibid., f* 75). 

hurage ^oMvhusage (ibid., f* 70 v**). 

promenés pour promeses, plur. de promes (ibid., f*71). 

Rareyre pour iRa5cyre.(ibid., f* 71). 

Sîra pour swa (ibid., f» 68 v^). 

caura pour causa (clav. 1468, f** 103, 105). 

claura pour c/awsa (ibid., f* 104). 

cleyra pour ^feî/«a(ibid., f* 106). 

cory pour co«r (ibid., f* 104). 

marc/ pour ma«e/ (ibid., f* 101 v®, 104). 

marelia ^our maselier (ibid., f> 105). 

mcrw pour mc5e«, plur. de mes (mensem) (ibid., f» 100 v**). 

perat pour ;oesa^ (ibid., f^lOSv"). 

bramera pour tramesa^ fém. de /raw^s (ibid., P» 105). 

verer pour veser (ibid., f* 102 v*). 

veriiar pour yesiVar (ibid., f* 102 v*»). 

Beres pour Beses (clav. 1471, f»* 2, 84). 

caura pour cawsa (ibid., f* 99). 

concluHo pour conclusio (ibid., f* 99). 

dieucera pour dieucesa (ibid., f* 99). 

rfiVeni pour rfw^n/ (dicentem) (ibid., f* 95 v*). 

espari pour e«/?asi (ibid.,f» 85 v®). 

marc/ pour wa«c/ (ibid., f* 98 v*). 

mareliei'^ouTmaselter (ibid.,f^ 84 v*). 

niera ^ourmesa (ibid., f* 98 v®). 

/>cra^ pour pesai (ibid., f* 104). 

pogera i^onr pogesa (ibid,, f* 1 etpassim), 

Rareyre pour Raseyre (ibid., f> 102 v®). 

sira pour sisa (ibid., f° 84 v**). 

urage pour t^a^e (ibid., f^ 85 v*). 

are pour ose (clav. 1474, f* 108). 

Benereg pour Beneseg (ibid., f* 75). 

Dalmara pour Dalmasa (ibid., f® 1 v**). 

gloziora pour gloriosa (ibid., f* liminaire 1). 

pogera ^o\xv pogesa (ibid., f** 1 et passim). 

Benereg pour Beneseg (clav. 1476, f* 119). 



64 NÂRBONEMSIA 

Beres pour Beses (ibid., f 145?*). 

Cruri pour Crusiy canton de Saint-Chinian^ Hérault (ibid., 

f>118). 
dieusera^^ouv di>wjesa(ibid., f** 141, 145 v®). 
espat^y pour espast (ibid., f • 143, 145). 
faredoisa pour fasedoira (ibid., f» 142). 
/hrew/ pour /û5en^ (facientem) (ibid., f» 149)^ 
/hrya pour fasya (faciebat) (ibid., f" 140, 143 v*). 
hurage pour husage (ibid., f* 110). 
mayroneta pour maysoneta (ibid., f* 147). 
prericados pour prestcados (ibid., f* 145 v«). 
prericasyo pour presicasyo (ibid., f* 146). 
rarymeyra pour rastmeyra (ibid., P 148 v*). 
«yra pour swa (ibid., f* 109). 
awry pour aw^tV (clav. 1478, f^ 110 v*, 1 17 v®). 
borgeres pour borgeses, plur. de ^or^^s (ibid., f» limin. 1). 
cyra pour swa(ibid., f»* 105, 105 v<»). 
comporission pour composission (ibid., f*105). 
dyoserra pour diosesa (ibid., f» 113). 
franquerra pour franquesa (ibid., f* 112). 
Lerynhan pour ZesmAan (ibid., f» 114 v**). 
mères pour we«es, plur. de «ws (mensem) (ibid., f» 106;. 
merura pour mesura (mensura) (ibid., f* 105, 105 v°). 
merura pour mesurar (mensurare)(ibid., f* 111 v®j. 
rares pour rases plur. de ras (ibid., f* 113, 115). 
reverytar pour revesitar (ibid., f* 111 v°), 
tamaryres pour tamarises plur. de tamaris (ibid., f* 114). 
wra;*e pour wsa^e (ibid., f 96). 
verytar pour vestVar (ibid., f* 111). 
sira pour sîsa (clav. 1487, f>» 93, 93 v% 94). 
sira pour sisa (clav. 1494, f* 118 v**). 
Sttrari pour susari. (ibid., f» 136). 
torneres pour tomeses, plur. de /orn^-s (ibid., f 118 v'»). 
sira pour sisa (clav. 1495, f*»» 181 v^ 187 v'»). 
joera^ pour />esa( (ibid., f<*187 v'). 
s/re pour sira pour sua (clav. 1498, P90 v^). 
carer pour eazem (quaternum) (registre en français des dé- 
penses des hôpitaux de 1536). 

(A suivre.) Alphonse Blanc. 



[186] [L] A VITTA DA SANC LUCAS 

TRES SANC HIERONIMUM 



Lucas mêdi de ÀDtlochia^ suainter che las sias scritiiras 
amuossan, nun es stô igaoraunt dalg plêd Grœo, quael cbi 
acumpagneua Paulum Àpostel, & oumpong da scodiin ses uiedi 
ho scrit l'g Euangeli. Da quœl el prœpi Paulus disth : nua 
hauain tramis cun el Yg frêr, da quaal chi es lôd iig euangeli, 
par tuottas las baselgias. Et ais CoUosenses : E saiûda uus 
Lucas Tg mêdi chiarischem. Et à Timotheum : Lucas es suUet 
cun mê. El ho fat er lin ôter hvsdf cudesth, quael chi uain in- 
titulô Ts fats dais Apostels, da qusel Tbistoria es arriuéda in- 
fina als duos ans, quaels che Paulus es dmurô à Ruma. Our da. 
quael che nus incligiain, chel saia stô fat in aquella prœpia 
cittêd. Très aqué schi araschunain nus Fs cudesths, chi sun 
anr4mnôs Periodos da Pauli & Theclae, à tuotta la paréfla da 
Liua battagiô traunter las scritiiras chi nu vignen crettas. P. r- 
checo fiis aqué,cherg cumpong delgapostel, quael chiœaenun 
es spartieu dad el, traunter ôtras sias chiôsas nun haues[s] sau- 
ieu dick aqué ? Mu er Tertulianus, quaBl chi es stô uischim {sic) 
da quels tijmps, araschuna, ch*ûn scbert prêr, quael chi fauo- 
riua à Paulo apostel, saia stô cuuanschieu [187] tiers loban- 
nem, chel saia authur delg cudesth, et s'hégia cufessô chel 
hegia fat aqué parmur da Pauli & très aqué es el spaers uia. 
Alchiiins s'instminan, inmûnchia uuota che Paulus dîsth in las 
sias epistlas suainter Tg mieu Euangeli, chel managia dalg cu- 
desth da Luca ; et che Lucas nun hegia imprais Vg euangeli 
dick da Paulo apostel, quael chi nun era stô quant à la chiarn 
culg signer, mu er dais Apostels, aqué ch'er el daclœra îlg 
cumainzamaint da sieu cudesth, dschant : Sivainter chi haun 
dô aint in maun à. nus aquels chi haun suessa uîs da priim innô, 
& Sun stôs seruians dalg plêd. Dime da cho chel hauaiuaudieu 
Tg euangeli, uschia Vg ho el scrit. Mu Ts fats dais Apostel da 
cho chel hauaiua uis, uschia ho el mis. El ho uiuieu uchi- 

5 



66 i/G EUANGELI SEGUOND SAINC LUCAM 

anta quater ans,nun hauiand mugliêr.Et essappulieu à Cons- 
tantinopel, à la qusela cittêd ilg uanchisBuel an da Constaniij 
sun é ardùt la sia ossa cun aquella da saine Andréa our da 
Achaia (éd. Acahia). 



[188] L'g Euangeli segaond saino Luoam. 

(1) Da po^ia che bain bgiers sun ammis ad urdîp Tg ar^scha- 
namaint da quellas chioses, quelas chi sun traunter nus d'ùna 
schertisthma fè, (2) suainter chi haun dô aint irt maun à nus 
aquels chi hauaiuen dalg principi inno uis cun lur œilgs, & er 
impart eran stôs in aquellas chioses chels arasc[h]uneuan : (3) 
schi ho sumgiô er à mi, che hauiand tuottes chioses dalg prin- 
cipi innô interuegnieu cun grandadiligijntia,dascriuer alhura 
dsieua er à ti, o bun Théophile, (4) che cun aqué tii possas 
cugnoscher iina scherteza da quelles (éd. quellss) chioses che 
tu eras infurmô. 

CAP I 

(5) Ils dis da Herodis araig da la ludea era iin sacerdot 
cum num Zacharias, dalg huorden d*Abia: & sia mugliêr de las 
figlias d'Aaron, à Vg sieu num Elizabeth. (6) Et êran aman- 
duos gliists auaunt Dieu, & uiuaiuen suainter tuots cuman- 
damains & [189] giustiôcatiuns dalg signer sainza alchiiin 
imbitamaint : (7) ne els hauaiuen ifauns, per che Elizabeth 
erasterla, & els eran gio amanduos sii d' timp. Et es duantô 
che cura Zacharias faschaiua sieu uffici da sacerdot, suainter 
Tg huorden de la sia uuota, (9) suainter Tiisaunza dalg uffici 
sacerdotael, che la sort tuchié agli, che des[s] fêr Vg fiimijnt, 
& siand el ieu aint îlg taimpel da(i)lg signer (10) & tuot la 
quantitaed delg pœuel urêua our dadoura da Thura delg fii- 
mijnt, (11) schi apparét agli Vg aungel delg signer stand dal 
dret maun delg hutêr, siin aquael suolen gnir arsas las chioses 
sauuridas. (12) Et Zacharias Vg hauiand uis s' cunturblo, & la 
temma tummôsur el. (13) E Faungel dis agli: Nu tmair, Za- 
charia, perche tieu arœf es exaudieu. Et tia mugliêr Elizabet 
uain à parturijr à ti iin filg, & tii uainst ad anumnêr sieu 
num loliannem, (14) & uain ad esser à ti algrezchia & aile- 



l'G EUANGELl SEGUOND SAINC LUCAM 67 

gramaint, à. bgiers uignen à s'allagrèr délia sia naschiun. 
(15) Per che el uain ad esser grand auaunt Vg signer, 
& nu uain à bàiuer né uin né scheruistha. Et uain à gnir 
implieu dalg saino spiert per fin gio dailg uainter da sia mam- 
ma: (lô)& uain à cunuertir bgiers dais fiigs da Israël tiers 
lur signer dieu. (17) Et el uain ad ir auaunt aquei cun Tg 
spiert & uirtiid da Heli», par chel cunuertescha Ts cours dels 
babs & Ts filgs, à [190] Ts môl ubeidis alla prudijnstha dais 
giûsts: & adatta iin pœuel perfet agli signer. (18) EtZacba- 
rias dis agli aungel : Cun che schertezza puôs eau cugnioscber 
aqué? Per che eau sun uijlg jerniamugliér essiid* tijmp. (19) 
Mu arespondiant Yg aungel dis agli : Eau sun Gabriel, qusal 
chi stun auaunt la uezûda da Dieu, & sun tramis, par ch*eau 
fauella cum te, & ch'eau dia àti aquaistas chiosesleedas.(20) 
Et uhé é uain ad esser che tu uainst à taschair, né poust schan- 
schérinfina ad aquel di che aquaistes chioses uignen ad duan- 
ter, très aqué che tii nun hsest craieu aïs mes plêds, quels chi 
uignen cumplieus îlg lur tijmp. (21) Et Vg pœuel stéua aspet- 
tand Zachariam, & s*miirafgliéuan chel dmurêua aint îlg taim- 
pel. (27) et siand el gnieu oura schi nu pudaiua el schanschêr, 
cun els. Et eis haun inachiœrd {sic), chel hauaiua uis iina uisiun 
aint îlg taimpel. Mu el cun schingniêr amussêua ad els, et es 
arumês miit. (23) Et es gratagiô che, siand cumplieu Ts dijs 
da sieu ufflci, chel es tirô uia in sia chiêsa. (24) Et dsieua 
aquels dijs ho cuncepieu Elizabeth sia mugliêr, ^ & tgniaua 
su6t per sching mais, dschant : (25) Yschia ho fat à mi Vg si- 
gner ils dijs in aquœls chel m'ho arguardô par prender uia la 
mia tuorp traunter la lieud. (36) Et îlg sisœuel mais es stô tra- 
mis Vg aungel Gabriel da Dieu in la cittéd da Galilea ad aquaela 
chi [191] es num Nazareth, (27) tiers iina uergîna maridéda 
ad iini hum, qusel chi hauaiua num loseph, da la chiêsa da 
Dauid, & Vg num de la uergina era Maria. (28) Et siand ieu 
aint Yg aungel tiers olla, schi ho el dit : Aue, plaina d'gracia, 
Vg signer es cun te, tii istbenedida traunter las dunauns. (29) 
Mu ella Yg hauiand uis, es cunturblêda su Vg sieu araschunér, 
&|pis8éua, da che guisa aqué saliid fiis. (30) Et Yg aungel dis 
agli : Nu tmair, Maria, perche che tu haast suruegnieu gracia 
tiers dieu. (31) Vhé tii uainst à cuncepijr in tieu uainter, et 
uainst à parturir iin filg, & uainst ailg metter num Iesum.(32) 



68 l'g euangeli sbguqnd saing lugam 

Et aquel uain à gnir clamô û\g deig hutischeor. Bt Vg signer 
deus uain à dér agli Tg siz da ses bab Dauid, (33) & uain ad 
aregnér sur la chiêsa da lacob in 8Bterna& dalg sieu ariginam 
nu uain ad esser un. (34) Et Maria dis alg aungel : In che mœd 
po aquë esser, siand ch'eau nu cugnosch hum ? (55) Mu are- 
spondiant Yg aungel dis agli : Tg splert saanc uain à suruegnir 
sur te, & la uirtiid dalg hutischem uain à cuurir t^. Très aqué 
êr aqué ssBiic chi uain à nascher uain à goir clamô ^Ig da 
Dieu. (36) Mu uhé ér Elizabet tia parainta, er ella ho cunca- 
pieu iin û\g in siauiigdiina, & aquaist es agli Vg sisseuel mais, 
qusela chi gniua ditta sterla, (37) per che iingiiin uierf nun es 
impossibel tiers dieu. (38) Et Maria dis : Yhé [192] aqui la 
fanschella dalg signer, duainta à mi suainter Vg tieu uierf. ^t 
Taungel s'partit dad ella. (39) Et aluand sii Maria in aquels 
dijs schi es ella tirêda uia imprescha sii la muntagna in la oit- 
têd da Juda (40) & es ida in la chiêsa da Zacharise, & ho saliidô 
Elizabet. (41) Et es duantô, sco Elizabet hauet udieu Vg saliid 
da Maria schi ho saglieu Vg infaunt in sieu uainter. Et Eliza- 
bet fût plaina dalg saine spiert, \^42) & clamé ad hota ui^sth & 
dis : Benedida ist tii traunter las dunauns & benedieu Vg friit 
da tieu uainter. (43) Mu innuonder es aquaist à mi, che la 
mamma dalg mes signer uigna tiers me ? (44) Perche uhé sco 
la uusth da tieu saliid es gnida in mias uraglies schi ho saglieu 
par algrezchia Vg infaunt in mieu uainter. (45) Mu biéda es 
aquella chi ho craieu, per che che uain ad duantôr tuot aqué 
chi es agli dit dalg signer. (46) Et Maria dis : La mia horma 
daîa âck hundrôr Tg signer, (47) Et mes spiert s*daia allegrér 
in dieu mieu saluêder. (48) Perche chel ho arguardô la basezza 
de la sia fanschella. Et très aqué uhé tuoitas generatiuns ui- 
gnen à dir ch'eau saia biéda. (49) Perche che aquel, chi es 
pusaunt ho fat à mi grandes chioses, da quael Vg sieu num es 
sœnc. (50) Et la sia misericorgia es da sclata in sclata sur 
aquels chi Vg temman. (51) El ho adruô pusaunza très sieu 
bratsth, & ho sperdieu uia Ts superuis îig [193] pissamaint da 
lur cour. (52) Et trat giu Vs pusauns dais sizs, & ho huzô su 
Ts hûmils. (53) Et ho implieu Ts affamôs cun bunas chioses, et 
Ts arigs ho el laschô ir uœds. (54) El ho arfschieu Israël, ses 
famailg, par chel fiis algurdaiuei de la misericorgia, (55) su- 
ainter 00 chel hauaiua faflô als nos babuns, agli Abraam & 



L'G EUANGELI SEGUOND SAINC LUCAM 69 

agli sieu sem imperpetua. (5ô) Et Maria arumagnetallo intuorn 
trais mais, & alhura es ella turnôda à sia chiêsa. (57) Et es ad 
Elizabet camplieu Vg tijmp da parturir,& ho parturieu un filg. 
(58) Et haun udieu Ts uischins & ses parains, chel signer hau- 
aiua grandamaing iisô misericorgia incunter ella, & s'alle- 
grêuan cun ella. (59) Etes duantô ilg uttœuel di, che uennen 
par armundér Tg infaunt, & Tg anumoéuan cun Vg num da 
ses bab Zaôhariam. (60) Mu arespondiant sia mamma dis: 
Par iingiiina uia brichia, dimperse Vg sieu num daia gnir clamô 
lohannes. (61) Et dissen ad ella : iingiiin nun es in tia sclatta, 
qusBl chi uigna anumnô cun aqué num. (62) Mu els schingnê- 
uan agli sieu bab, co chel uulaiua chel gnis anumnô. (63) Et 
aquel hauiand dmandô las tçfias da scriuer scrivet dschant : 
lohannes es sieu num. (64) Et tuots s'haun sthmiirafgliô. Et 
adiintrat es auerta su la sia buochia & la sia leaungia, & fa- 
fléua ludant dieu. (65) Et uen temma à tuots lur uischins, & 
Varusâua tuotta aquella uerua per tuot [194] Vg paias de la 
muntagna de la ludea. [66] Et tubt aquels chi hauaiuen udieu, 
mettaiuen à cour dschant : Chi mœ uuol esser aquaist mattel? 
Et l'g maun dalg signer era cun el. (67) Mu Zacharias ses bab 
es gnieu plain del saine spiert, & ho profetizô, dschant : (68) 
Ug signer deus da Israël es da ludér, per che el ho uisthdô & 
fat spendrischun agli sieu pœuel. (69) Et ho adrizô sii Vg chiœrn 
dalg saliid à nus in la chiésa da Dauid ses famalg. (70) Suainter 
SCO el ho hagieu faflô très buochia dais ses ssencs prophets, 
quœls chi Sun stôs d*gio dalg tijmp. (71) Che gnis â gnîr, che 
nus gnissen asckiampantôs da nos inimichs, & delg maun da 
tuot aquels chi n's uœglian mêl. (72) Par chel adruas raiseri- 
corgia uiaâ nos babuns, & fus algurdaiuel da sieu saine testa- 
maint, (73) & chel saluas Vg sarramaint qusel chel ho giiirô à 
nos bab Abraham. (74) Et chel des à nus, che sainza temma, 
liberôs delg maun da nos inimichs, nus seruissen agli, (75) cun 
santitsed & giûstia auaunt el tuot elg tijmp da la nossa uitta. 
(76) Et tu mattel uainst à gnir clamô iin prophet delg huti- 
Sthem, per che che tu uainst à passer auaunt à la fatscha dalg 
signer, par appinér las sias uias, v77) à dêr scijntia dalg sa- 
liid agli sieu pœuel in la remischiun da lur pchiôs (78) Très 
las auainas de la misericorgia da nos dieu, cun qu8elas el ho 
uisthdô nus aluant our [195] delg hôt. (79) Par chel igliii- 



70 L G EUANGRI.I SRGUOND SAING LUCAM 

schis ad aquels chi sezaiuen in la sckiiirezza & in la sumbriua 
délia mort, par adrizêr nos pés in la uia délia pfsth. (80) Bt 
Tg mattel creschaiaa, & s' fortifichièua îlg spiert, & stêuaîls 
desers infina che gnis Tg di, che daiua gnir amussô ad aquels 
da Israël. 

ANNOTATIUNS 

Giustificattuns] chioses chi faun giiists. Fer fumijni] fêr tal 
hufertas cun arder chioses sauuridas u heruas,sco es cuntain 
îlg ueder testamaint. Scheruischia] Fier ù otra bauarandafatta 
à raaun. Mia tuorp] mia uergogna. Par armundêr] Par circun- 
cider, par che els armundêuan giu la pelluotta dalg member 
maschuiin, qusela peluotta hauaiua num praeputium, sco elg 
es uiuaunt dit. Dasieu testamaint] da sieu pack, da sia impro- 
mischiuu u da sia lia. Exaudida] atadlêda. L'g stz] la pu- 
saunza. Ave] Deus t'sain ii sallid à ti. 

CAP. II 

(I) Et es duantô in aquels dijs, che eilg es ieu oura iina 
crida da Csesare Augusto, che gnis fat iin sestim da tuot elg 
muond. (2) Et aquaista priima descritian es stéda fatta da 
Cyrenio guuernadur da Syri8e.(3) Et giauen tuots à s* fêrscriuep 
scodiin in sia cittêd. (4) Et er Joseph es ieu sii [1Ô8] da Gali- 
lea de la cittêd Nazaret, iu la ludea in la cittêd da Dauid, 
qusela chi uain anumnêda Bethlehena, très aqué chel era delà 
chiêsa & délia sclatta da Dauid, (5) per s' fêr scriuer se cun 
Maria, chi era agli spusêda mugliêr, qusela chi era purtauuta. 
(6) Et dchiappô che siand allô, che sun cumplieus Ts dijs da 
parturir, (7) & ella ho partieu ses filg primogenit & Tg plaiô 
aint in las fasthas, & Tg ho mis in iin preseppi, per che els nun 
hauaiuen lœ in Thustaria. (8) Et Fs pastuors eran, chi uagliêuan 
in aquella prœpia cuntrêdgia, faschand la guardgia d' not à 
lur muaglia. (9) Et uhé Tg aungel dalg signer stét spera els, 
& la claritaed delg signer sterliiischit intuorn els, & tmetten 
cun iina granda temma. (10) Mu l'g aungel dis ad els : Nu 
tmé. Per che uhé eau dich à uus iina granda algrezchia, qusela 
chi uain ad esser à tuot elg pœuel : (11) per che elg es huo? 
naschieu à uus Tg saluêder, qusel chi es Tg signer Christus, in 



L*G EUANGELI SEGUONI) SAING LUCAM 71 

la cittêd da Dauid. (12) Et aquaist es à uus per isaina : Vus 
gnis ad achiatter Vg infaunt fasthô aint, misiniinpresepi.(13) 
Et subbitamang es stô cun Vg aungel iina granda quantitêd 
dais celestiêls exercits, ludant Dieu à schant : (14) Glœrgia 
à Dieu îls hutisthems & in terra psesth à la lieud & ûna buna 
uœglia. (15) Et es duantô sco Ts aungels s' partitten [197] our 
dad els in schil, che Ts humens pastuors faâêuan traunter se 
sues : Passain aint huosaa inûna in Bethlehem, che nus uezan 
aqué cbe nus udin chia sai dchiappô, qusBl chi Vg signer ho 
manifestô à nus. (16) Et nennen stinand & acchtataun Màriam 
& loseph & Vg infaunt mis îlg presepi. (17) Et hauiand uis, 
schi arasaun els oura da partuot da que pied, qusel chi era 
dit ad els da quel mattel. (18) Et tuot aquels chi haun udien 
sun sthmiirafgliôs da quellas chioses chi eran dittas dais pas- 
tuors ad els. (19) Mu Maria cunsaluêua tuotta aquaista uerua, 
la cuschidriant in sieu cour. (20) Et Ts pastuors sun turnôs, 
ludant & dant hunur à dieu sur tuottes aquaistes chioses, quse- 
las cbels hauaiuen udieu & uais : da co che elg era stô dit ad 
els. (21) Et dsieua che elg es stô cumplieu Ts oick dis che Vg 
mattel daiua gnlr armundô, schi es stô clamô sleu num lesus, 
quael chi era stô mis num delg aungel, auns co chel gnis cun- 
cepieu îlg uainter. (22) Et dsieua che sun stôs cumplieus Ts 
dijs da lur piirgatiun suainter lalescha da Mosi, schi l'ghaun 
é mnô à Iherusalem, par apreschantêr aquel alg signer : 
(23) suainter co sto scrit in la lescha delg signer : Scodiin 
masckiel qusel chi uain sii Vg priim naschieu, daia gnir clamô 
[198] sdeno agli signer^ (24) & par che dessen l'hostia, sco elg 
era stô dit in lalescha dalg signer, iin pêr d' tuorters ù duos 
columbins. (25) Et uhé un hum era à Hierusalem, ad aquaeli 
era num Sjmeon, & aquel hum era giiist & deuot & aspettêua 
la consulatiun da Israël, & Vg spiert saenc era sur aquel. (26) 
Et hauaiua arfschieu aresposta dalg spiert saenc, chel nu 
gniua à uair la mort, auns co chel uezes Christum dalg signer. 
(27) Et uen très l'g spiert îlg taimpel. Et cura Vg bab & la 
mamma mnetlen aint Vg mattel lesum par fêr par el suainter 
riisaunza da la lescha, (28) schi Vg prandet er el in ses bratsths, 
& ludô dieu & dis : (29) Huossa, signer, lascha ir tes famalg 
in pf sth suainter tieu uierf. (30) Per che mes œilgs haun uis 
Vg tien Saliid, (31) qusel che tu hses adattô auaunt la 



72 L G EUANGELl SEGUOND SAINC LUCAM 

fatgcha da tuots pouuels, (32) una liusth par manifester 
als paiauDS ûna glœrgia à 8ie[u] pouel da Israël. (33) Bt 
eran Tg bab & la sia mamma chi se sthmûrafgliéuan da 
qaelias chioses, quœlas chi gniuan dittas dad el. (34) Et Sy- 
meon benedit ad els à dis à Maria sia mamma : Yhé aquaist 
es mis in aruina & in aresiistannza da bgiers in Israël, & in 
tin signél; ad aquegli chi uain cunterdit. (35) Et taunt plii er 
la tia prœppia harma uain à trapa^sér la spéda, par ohé uignen 
scuuerts Vs pisjTsour da bgiers cours. (36) Et era Anna profe- 
tisafilia da Phanael da [199] la sclatta da Aser. Etaquaista 
era gnida sii d' tymp, & hauaiua uiuieu da sia uirginitœd set 
ans cun ses marid. (37) Et aquaista uaidgua era intuom 
uchiaunta quater ans, qusela chi mœ nu s* partiua delg taim- 
pel, seruiand d' di & d'not cun giugiiins à uraciuns. (38 Et 
aquella suruignand in aquella prœpia hura sumgiantamang 
ludêua Tg signer & faflêua dad el à tuot aquels chi aspettêuan 
la spendrischun in Hierusalem. (39) Mu sco els hauettencum* 
plieu tuot suainter la lescha dalg signer, schi sun é turnôs in 
Galileam in sia cittêd Nazaret. (40) Et Tg mattel creschaiua 
& s' fortifichiêua îlg spiert & gniua plain d' sabbynsoha, & la 
gracia da Dieu era sur el. (41) Et ses bab & sia mamma giauen 
inmiinchia an à Hierusalem siilg di de la festa d' pasthqua. 
(42) Et siand gnieu da dudesth ans & giand sii els à lerusalem 
euainter Tiisaunza dalg di de la festa, (43) & siand cumplieus 
Ts dijs cura chels turnéuan, schi arumagnet Tg mattel lesus 
à Hierusalem, & ses bab & sia mamma nun haun sauieu. (44) 
Mu pissiand chel fus in la cumpagnia, schi uennen é iin di 
d* chiamin, <k Tg scherchiêuan traunter Ts parains & cun- 
schains.(45) Et cura chels nu Tg acchiatauu, schi sun é turnôs 
à Hierusalem Tg scherchiand. [200] (46) Et es dchiappô che 
dsieua trais dis Tg acchiataun é îlg taimpel, seziand in meza 
Ts dutuors à udiant aquels & dumandand els. (47) Et tuots 
aquels chi Tg udiuan s'insthnuiuan delgsieu inclijt, & de las 
sias arispostas. (47) Et Tg hauiand uis, schi s'haun é sthmii- 
rafgliô. Et sia mamma dis ad el: Filg,per che haest fat à nus 
in aquella guisa? Yhé ses bab & eau hauiand grand dœli 
scherchiêuan te. (49) Et el dis ad els : che es é che uus 
scherohiêuas me? Nun sauais forza, ch' eau stouua esser in 
aquellas chioses chi sun da mes bab ? ^50) Et els nun incli- 




l'G EUANGELl SEGUOND SAING LUCAM 73 

gi^tten Vg pied quaal chel hauaiua faâô ad eis. ;51) Et uen 
g^iu cun els& uen à Nazaret & era ad eU ubêdi. Mu sia mamma 
cusaiuêua taotta aquaista uerua io sieu cour. (52) Et lesus 
auanzêua cun sabijnscha & etœd de gracia tiers Dieu & er 
tiers Tg hum. 

ANNOTATIUNS 

Alla lieud ma buna uœglia] bainuuglijnscha. Vg Christ 

dalg signer] uuol dir Tg hunschieu dalg signer, per che é su- 

laiuen, cura ohgniuan araigs, Ts unscher; uschia er Dieu ho 

hunschieu ses filg lesum; très aquë uain el annumnô Chrîs- 

tus. Inaruina] es in perdizun, perche aquels chi nu oraien 

in el uignen cundanôs. In aresûstaùnza] in la uitta Sdterna ad 

aquels chi craien in el. [201] l'g prûm naschieu] Vg primoge- 

nit. Pûrgatiun] puriAcatiun, Ts dijs de la pagliola. Benedit] 

dis bain, aruô uintûra. Saia clama sxnc agit signer] saia cusa- 

grô agii signer. On pêr [d'] turters] uschels de la grandezza da 

columbins. 

CAP. III. 

(1) Mu îlg an quindesihseuel dalg imperi da Tiberij Csdsa- 
ris siand Pontio Pilato guuernadur de la ludea, & Herode iin 
dais quater parzuras da la Galilea & Philippo ses frêr iin dais 
quater parzuras délia ItnraB & de la cuntr[é]dgia Trachonitidis, 
& Ljsania iin dais quater parzuras da Abylene, (2) suot Vé 
grands sacerdots Anna & Caipha, es stô duantô Vg uierf dalg 
signer sur lohannem filg da ZacharisB îlg deserd. (3) Et uen in 
tuotta aquel]acuntrôdgiachiesardaintrgIordan,predgiand Vg 
bataisem délia ariifiynscha in aremischiun dais pchiôs (4) 
suainter co che sto scrit îlg cudesth de la predgias da Esaiss 
profet, dschant: iina uusth chi uo clamand îlgdeserd, parder- 
sché la uia dalg signer & fasché drettas las sias sendas. (5) 
Scodiina ual uain à gnir implida, & scodiin munt& muot uain 
à gnir sthbassô. Et aquellas chiosas chi sun tortas uignen ad 
duanterdrettaS) & las hértas uignen mûdédasin plaunas uia8,(6) 
& scodûna chiarn uain à uair Vg Saliid da dieu. (7) Et el el 
dschaiua alla lieud quf.*[202]-la chi giauaoura par gnir batta- 
giôs dad el : Razza da serpains, chi 's ho amussô) che uns fii^ 



7 4 L G EUANGELI SEGUOND SAINC LUCAM 

gias rira chi uain à gnir? (8)Fa8ché dime frûts dengs d'arii- 
flj^nsoha & nu cumenzo à dir in uu3 suessa : nus haaain Abra- 
ham bab Per che ch' eau dich à uus^ che deus es pusaunt 
d'aquaistas pedras da astdastdêr sii filgs ad Abrah». (9) Et 
gio huossa es missa la sgiûr dspera la risth de la bosihchia. 
Et scodûn bœsihc nun faschiand buu frût uain à gnir tagliô 
giu & uain à gnir bittô îlg fœ. (10) Etlg' pœuel Ig' dmandêua 
dschant : Che dains dimefèr? (11) Et arespondiant dis ad eis: 
QuaBlchi ho duos arassas, cum^tarta cun aquel chi nund* ho: 
6l quadl chi ho uitquergia, fatstha Tg sumgiaunt. (12) Et 
uennen er Fs publichiauns par gnir battagiôs & dissen ad ei : 
Maister, che daians fêr?(13) Et el dis ad aquel : Nu soudé da 
plii CD aqué chi es hurdenô à uus. (14) Et Tg dumandéuan el 
er Ts sudôs dschant : E nus che dains fér? Et dis ad els : Nu 
batte iingiiin: & saias cuntaius da las uossas peias. (15) Et 
aspetand Tg pœuel à tuots pissand in lur cours da lohannem, 
sch' el fus forza aquel Christus, (16) schi arespondet lohan- 
nes, dschant à tuots : Eau bataig bain uus cun Tonua, mu é 
uain à gnir iin plu pusaunt co eau, da quœl eau nu sun deng 
da scharantêr la curregiada sias sckiarpas. El uain à batta- 
giêr uus cun [203] Ig' spiertssenc & eu fœ. (17) Ad aqusel es 
Ig' uan in sieu maun à el uain à natagiér sieu irél : & uain ad 
araspêr Tg furmaint in sieu granêr & la paiiglia uain el ad 
arder cun iin fœ chi nu s'po astiizér. (18) Et bain bgierras 
otres chioses inlraguidand predgiêua el Tg euangeli agli pœ- 
uel. (19) Et Heroiles tetrarcha gniand arprais dad el de Hero- 
diade mugliêr da ses frér & da tuots mêls quaels chi faschaiua 
Herodes, (20) schi ho el êr aquaist argiunschieu sur tuottes 
otres chioses, & ho sarrô lohannem in praschun. (21) Et es 
duantô, cura che tuot el pœuel gniua battagiô, & siand er lesu 
batagiô, & urand, sohi es Ig' schil auert, (22) & es gnieu giu 
Tg spiert Sf ne in curpurasla fuorma sco una columba in el, & 
es gnieu ûua uusth da schil, qusela chi dschaiua : Tii ist aquel 
mes filg chiêr, in te es à mi cumplaschieu. (23) Mu el, lesus, 
cumanzêua dad esser intuorn trent'ans, <k suainter co che 
gniua pissô chel fiis filg da loseph. Qusel chi fiit filg da Heli 
(24) Qusel chi fiitda Mathat, quadl chi fiit da Leui, qusel chi 
fiit da Melchi, quœl chi fiit dalanne, qusel chi fiit da loseph, 
(^25) quael chi fiit da Matathi8e, qusel chi fiit da Amos, queel chi 



L'G EUANGELI SEGUOND SAINC LUCAM 75 

fiit da Naum, qusBl chi fiit da Hesii, quœl chi fut da Nagge ^26) 
quœl chi fiit da Maath, qusel chi fût da Matathiœ, quael [204] 
chi fiit [d*]Semei,qu8el chi fût da loseph, qu»! chi fût da luda, 
{2nf) qusel chi fût da loanna^ quael chi fût da Rhesa, qusBl chi fût 
da Zorobabel, quiel chi fût da Salathiel, qusBi chi fût da Neri, 
(2S) quœl chi fût da Melchi, quœl chi fût da Gosam, quœl chi 
fUl da Hâlmadam, quœl chi fût da Ker, (29) quœl chi fût da leso, 
quœl chi fût da Heliezer, quœl chi fût da loram, quœl chi fût 
da Massa, quœl chi fût da Leui, (30) quœl chi fût da Sjmeon, 
quœl chi fût da luda, quœl chi fût da loseph, quœl chi fût da 
lonam, quœl chi fût da Heliachim, (31) quœl chi fût da Ma- 
leam, quœl chi fût da Menam, quœl chi fût da Mathatha, quœl 
chi fût da Nathan, quœl chi fût da Dauid, (32) quœl chi fût da 
lesse, quœl chi fût da Obed, quœl chi fût da Booz, quœl chi 
fiit da Salmon, quœl chi fût da Naasson, (33) quœl [chi fût] da 
Aran, (quœl) quœl chi fût da Esron, quœl chi fût da Phares, 
quœl chi fût da ludœ^ (34) quœl chi fût da lacob, quœl chi fût 
da Isaach, quœl chi fût da Abrahœ, quœl chi fût da Tharrœ, 
quœl chi fût da Nachor, (35) quœl chi fût da Saruch, quœl 
chi fût daRagau, quœl chi fût da Heber, quœl chi fût da Sale, 

(36) quœl chi fût daCainam, quœl chi fût da Ârphaxat, quœl 
chi fût da Sem, quœl chi fiit da Noe, quœl chi fût da Lamech, 

(37) quœl chi fût da Mathusala, quel [205] chi fût da Enoch, 
quel chi fût da laret, quel chi fût da Malalechel, quœl chi fût 
da Cainam, (38) quœl chi fût da Enos, quœl chi fût da Seth, 
quœl chi fût da Adam, quœl chi fût da Dieu. 

ANNOTATIUNS 

Razzà] sclatta, armentiua, ginûra, 9.riia\nsL. Scodûna chiarn] 
scodûn hum. Herodes t{r)etrarcha]un dais quater parzuras, uuol 
dir t(r) etrarcha, quœl chi eraHerodes. 



CAP. IIIl 

(1) Etiesus plain delg saine spiert s'partit delglordan & fût 
mnô très Y g spiert îlg deserd,(2) & par quaraunta dijsgniua el 
attantô dalgdiauel né ho ermangiô in aquels dis ûnguotta, & 
siand cumplieus aquels, schi hauet el alhurafam.(3) EtTg diauel 



7Ô L*G EUANGELI SEGUONU SAING LUCÂM 

dis agli: Schi tu ist filg da dieu, schi dî ad aqaaista pédra ohdlla 
duainta paun. (4) Et lesuB arespondet ad el dschant: Ë sto 
scrit : Brichia eau sul paun uain à uiuer Vg hum, dimperse 
oun scodiin uierf da dieu (5). Et Tgdiauel Vg mnô sûh fin hot 
munt& amussô agliin cuorttjmp tuots ariginams dalg ors&s 
délia terra, (6) & Vg diauel 4is agli : Eau uœlg dér à ti tuotta 
aquaista pusaunza & la iur glœrgia, per che aquella es stêda 
dêda à mt,& à quael ch'eau uœlg schi [206] dun eau aquella, (7) 
schi tû dime m'aduras, t'insthgnugliand giu auaunt me, schi 
uain ad esser aqué tuot tieii.(8)Ët aresppndiantlésus disaglî: 
uatten dsieua me, Sathana. Perchée sto scritiTiidaiasadurêr 
tes signer deus & aquel sul hundrér. (9) Et Vg mnô à Hierusa> 
lem & Vg aschanté sii la schimma delg taimpel & dis agli i Schi 
tiiist filg dadieu, schi t* lascha te duesda couder zuraingiu. (10) 
Perche ë sto scrit, chel uain à cumandêr à ses aungels da té , 
che dâien parchilirêr te, (U) & che t' puorten culs mauns, che 
tii nun f pichias tieu pe uia à la pedra (12). Et arespondiant 
lesus dis agli : Elgesdit: Tû nu daias apruuêr tes signer deus. 
(13) Et siand cumplieu tuot Vg attantamaint, schi es Fg diauel 
tirô uia dad el inâna ad iin tjmp. (14) Mu siand lesus très 
uirtiid dalg spiert turnô in Galileam, schi es ieu oura la nunn- 
naunza par tuott elg paias dad el. (15) Et el amusséua in las 
lui* synagogas & gniua ludô da tuots. (l)Et uen à Nazareth 
innua ch' el era nudriô, & suainter la sia iisaunza antrô el aint 
in la sjnagoga siin iin di delg sahath, & aluô sii par lijr. (17) 
Et es agli dô aint in maun Vg cudesth da Esaise profet, à sco 
elho auiert Vg cudesth, schi ho el acchiatô Vg lœ, innua chi 
era scrit : (18) Vg spiert dalg signer sur me, très aqué chel ho 
hût me,& â predgiêr Vg euangeli als pouuers ho el tramis me, 
par ch' [207] eau guareschà aquels chi haun Vg cour turblô, 
& predgiaals preschunijrs raremischiun,& alsorps la uezuda, 
& ch'eau lascha oura Ts chialchiôs très l'aremischiun, (19) & 
parch'eau predgiaTan chi es chiêr dalg signer.(20)Et hauiand 
sarrô Vg cudesth, schi Vg ho el cusnô agli seruiaint, & es se- 
zieu giu. Mu Ts œigls da tuots aquels chi eran in la synagoga 
eran inôchiôs via ad el. (21) Et el cumehzô à dir ad els : Huoz 
es cumplida aquaista scritiira aint in uossas uraglies. (22) Et 
tuots daiiien agli testimuniaunza & se sthmûràfgliêuan da la 
gracia dais ses pieds, quaBl[s] chi gnuan our deila sia buochia, 



l'G EUANGKLI SEGUOND SATNC LUCAM 77 

& dschaiaen : Nud es aquaist Vg û\g da loseph ? (23), Et el dis 

ad els : Vus dschais à mi ignamœd aquaista sumaglia : médi, 

chiûra te dues. Tuot aqué che nus hauain udieu chi saia fat 

in Capernauin,fo er aqui in tia patria.(24)Par Vg uairach'eau 

dich à uus : Che ûngiiin profet hun es bain arfschieu in sia 

patria. (25) Mu eau dich à uus in uardast, che îis dijs da 

Helise eran bgierras uaidguas in Israël, cura che Vg schil fut 

sarrô trais ans & sija mais, & cura che fût gnieu iina granda 

fam per tuotta la terra, (26) <k tiers ùngiiina daquellas nun es 

std tramis Helias, arsaluô in Saretphtha Sjdonis tiers iina 

duonna uaidgua. [208] (27) Et bgiers alurus eran in Israël suot 

Heliae profet, <k iingiun da quels nun es stô natagiô, arsaluô 

Naaman Sjrus. (28) Ettuots in la sjnagoga sun gnieus plains 

d'ira udiand aquaistes chioses. (29) Et sun aluôs sii, à Vg 

haun chiatschô our délia cittêd, à Tgmnaun inûnaalla schim- 

ma delg munt, sur qusel lur cittéd era aediûchiôda, par Vg 

bittêr zura ingiu. (30) Et el passant très iua per miz els oura. 

(31) Et uen giu à Capernaum in lacittêt da Galilea, & allô ils 

dis delg sabath amussêua aquels. (32) Et s'insthnuiuan délia 

sia duttrina, per che Vg sieu pied era accumpagnô cun pu- 

sanza. (33; Et in la sjnagoga era un hum quœl chi hauaiua un 

spiertdad Un mêlnet dimuni,&bragit cun hotauusth dschant: 

(34) Eia, che haest da fér cun nus, lesu Nazarene ? Ist gnieu 

par n's metter à gippiri? Eau S8b chi tii ist, aquel ssbuo da 

dieu. (35) Et lesus Vg ariignô dschant : t'immiitescha & uo 

our dad el* Et cura Vg dimuni hauet atter[r]ô aquel in miz, schi 

giet el our dad el, & nu nuschet agli ûnguotta. (36) Et es gnieu 

iina temma sur tuots, & faâêuan traunter se sues dschant : 

Che pied es aquaist? Per che el cumanda als mêlnets spierts 

cun authoritœd & pusaunza,et uaun oura,(37] Etla numnaunza 

dad el s'arasêua oura in imiinchialœ da par tuot intuorn da la 

prusmaunta cuntrédgia. (38) Et siand lesus stô sii délia sy- 

nago-[209>ga, schi antrôl inlachiésa daSimonis. Et la sœra 

da Simonis hauaiua iina granda feuura, & Vg aruan par ella, 

(39) & stand el siin ella, schi ariignô el la feuura & la feuura 

la laschô aquella, & impestiaunt aluô su & seruiuaad els. (40) 

Mu cura che Vg sulailg giaua ad arendieu^ tuots aquels chi 

hauaiuen amalôs cun da plii guises malatias, mnêuan aquels 

tiers el, el, mettand àscodunisii Vs mauns, guariua aquels. (41) 



78 l'g euangeu seguond sainc lucam 

Et giauen oura er Vs dimunis da bgiers, clamand & dschant : 
Tii ist Cristus aquel âig da dieu. Mu Ts arprandant nu Vs 
laschéua faflér aqué, che sauaiuen chel fus Christum. (42) Et 
siand gnieu di, schi es el ieu oura & giaiua in un deserd lœ, 
& Tg pœuel Tg scherchiéua, à uennen inôna tiers el éi Vg ar- 
tgniauen, chel nu tiras uia dad els. (43; Ad aqusels el dis : Er 
à las otres cittêds stou eau predgiér V arigioam da dieu : per 
che in aqué sun eau tramis. (44) Et predgiêua in las sjnago- 
gi[a]8 da Galilea. 

• ANNOTATIUNS 

L'g an chiêr dalg signer] Ug an bain uais ù in grô. Bain 
arfschieu] bain uais, cum grô. 

CAP. V 

(1) Mu elg es duanto che l'g chialchiand agli dœs Tg pœuel 
par udîr (éd. udît) Vg uierf da dieu ch'er el stéua dspera Tg 
leich da Genezareth, (2) 6l uezet duos nefs [210] stand ilg 
]8ech,<k rspesckiaduors eran gnieus oura da quellas,& lauêuan 
las araits. (3) Et siand ieu aint in iina néf, qusela chi era da 
Simonis, schi Vg aruol, che Vg mnas iin pô our da terra, & 
seziand schi amussêua el Vg pœuel our de la nêf. (4) Mu da 
pœia chel hauet fat fin da faûêr, schi dis el ad Simonem : 
Maina îlg hôt Sa sthlargia oura las uossas araits alla praisa. 
(5) Et arespondiant Simon dis agli : Maister, u's afadiant 
nus per tuotta la not schi num hauain nus pigliô ûnguotta 
(éd. iingoutta) : imperscho siin tieu dir uœlg eau sthlargiêr 
la arait. (ô) Et hauiand fat aqué schi hauri els assarrô iina 
granda quantitssd d' pesths. Et s'arumpaiua lur arait. (7) Et> 
schignaunals cumpagniuns, qusels chi eran in Tetra nêf, che 
gnissen & els agiiidassen, & uennen^ (Se implitten arnanduos 
nefs, da sort che uulaiven affundêr. (8) QusbI cura che Si- 
mon Petrus hauet uis, schi s'bittô el à la sthnuoglia da lesu, 
dschant ; (9) Vo our da me, signer, per che eau sun iin hum 
pchiêder. Per che Vg stramizi Vg hauaiua appigliô, & tuots 
aquels chi eran stôs cun el, per chiaschun de la praisa dels 
pesths, chels hauaiuen appigliô. (10) Sumgiauntamangerlaco- 
bum <k lohannem filgs daZebedsei,qu8els chi eran cumpagniuns . 



• l'G EUANGELl SEGUOND SAINC LU€AM 7 9 

da Simonis, Ma lesu dis ad Simonem : Nu tmair, che aqui 
dsieua uainst tu ad appigUér lieud. [211] (11) Et hauiand 
mu6 las nefs in terra & tuottes chioses abaudunô» schî sun é 
ieus dsieua el. (12) Et es dchappô siand in iina tscherta cittêd, 
& uhé un hum plain d'alurusia, & cura chel hauet uîs lesum, 
schi s* bittô el glu sii sia fatscha, & Tg aru6 dschant : Signer, 
sehi tii nous, schi puost natagiér me. (13) Et hauiand standieu 
oura Tg maun, Vg tuchiô dschant: Eau uœlg, saiast net. Et 
adiintrat tiiô ura Talurusia dad el. (14) Et el cumando agli, 
chel nu dsches ad iingiiin, dimperse uo (dis el) & amuossa te 
dues agli sacerdot, & huferra sii par aqué che tii ist natagiô, 
in aqué mœd chi ho cumandô Moses in testimuniaunza ad 
aquels. (15) Et la numnaunza dad el s'araséna pur plii fick^ 
& bgier pœuel gniua insemmel par Tg udir & par gnir gua- 
rieus dad el da lur malatias. (16) Mu el stêua sur un maun 
îis deserds & uréua. (17) Et es duantô in iin schert di, chel 
amussêua, & eran Ts phariseers à Ts duttuors deila lescha, 
chi sezaiuen, qusels chi eran gnieus da scodûn chiastilg da 
Galilea & da la ludea & da Iherusalem : & la uirtiid dalg 
signer era aco par guarir aquels. (18) Et uhé hummens chi pur- 
têuan in lijt un hum chi era schirô, & scherchiêuan dalg pur- 
têr aint, & Tg dalg metter auaunt el. (19) Mu nun acchiatand 
da che part [212] che Vg mnassen aint par chiaschun dalg 
grand pœuel, schi gietten é siilg tet, & Vg laschaun giu très 
las ass cun Vg lijt, in miz auaunt lesum. (20) Da quaels sco el 
hauet uis lur fé, dis agli : Hum, é uignen à t' gnir pardunôs 
tes pchiôs^. (21) Mu Vs scriuauns à Vs phariseers cumenzaun 
à pisser dschant : Chi po pardunêr Ts pchiôs oter co iin sul 
deus? (22) Mu hauiand lesus cuntschieu lur pissamains, ares- 
pondiant dis ad el : Che pissés in nos cours? (33) Quasi es plii 
lêf da dir : tes pchiôs uignan à ti pardunôs, u dir : sto su & 
chiamina? (24) Mu par che uus sappias, che Vg û\g delg hum 
hêgia pusaunza in terra da pardunêr Ts pchiôs, schi dis el agli 
schirô : Eau dich à ti : sto sii & prain tieu lijt &| uo in tia 
chiêsa. (25) Et aquel adûntrat aluand sii auaunt tuots pran- 
daiua in aqusel chel hauaiua giaschieu, à tiré uia in sia chiésa 
ludant dieu. (26) Et tuots sMnsthnuitten & ludéuan dieu, & sun 
gnieus plains d'temma, dschant : Nus hauain huoz uîs chioses 
incredibles. (27) Et dsieua aquaistes chioses ees el ieu oura,& 



80 l'G EUANGELI SKGUONO SAINC LUGÂM 

ho uîs un publichiauQ cun num Leui,{seziand alg dazi, & dis 
agli : Yitten dsieua me. (28) Et aque) haniand laschô stêr 
tuottas chioses aluaud su es îeu dsieua e1. (29) Et Leui fa- 
schet agli in sia chiésa iin grand past, & [213] era iia grand 
pœuel dais publichiauns & dad'oters, qusols chi sezaiuen à 
maisa cun els. (33) Et Va scriuauns&l's phariseerg bruntlêuan 
incunter ses discipuls dschaut : Par che mangiais & bauais cun 
l's publichiauns & pchiaduors ? (31) Et arespondiant lesus dis 
ad els : Aquels chi sun sauns nun haun bsûng d* mêdi, dim- 
perse aquels chi haun mêl. (32) Eau nu sun gnieii à clamer Ts 
giiists; dimperse Ts pchiaduors â Tariiûijnscha. (33) Et els 
dissen ad el : Par che Ts discipuls da lohannis giûnen suens 
& fauu uraciuns, sumgiauntamang er dais phariseers, mu Ps 
tes mangien & baiuen ? (34) Ad aqusels el dis : Nu pudais forza 
fêr SCO Ts chiamberlains, intaunt che Tg spus es cun els, 
giûnen é? (35) Mu é uignen à gnir Ts dijs, cura che Tg spus 
uain praiSvdad els, alhura in aquels dijs uignen els à giûnèr. 
(36) Et dschaiua er aquaista sumagiia ad els : ungiiiu nu metta 
ûna pezza d'iina uesckimainta nuoua sun iina uesckimainta 
uêdra, uschigliœ Tg noef arumpa, &: agli uedra nus cuuainiina 
pezza our dalg nœf* (36) Et iingiiin nu metta uin nuuel in 
uders [ueders], uschigliœ arumpa Tg uin nuuel l's uders ueders, 
& aquei se spanda oura, & l's uders uaun à perder. (38) Mu 
Tg uin muost s' daia metter iu uders nuofs <k amanduos uignen 
cusaluôs, (39) Et iingiiin [213] quael chi baiua ueder, uuol 
bain bod nuuel, per chd el disth : l'g ueder es miglier. 

CAP. VI 

(1) Et es gratagiô che in iin dsuainter sabath, qusel chi 
era iin dels prums, el passêiia très Ts semnôs, &ses discipuls 
ariêuen sii las spias, 6l mangiêuan las sthfruschant cun Ts 
mauns. (2) Et iinqualchiiins dais phariseers dschaiuen ad els : 
Che faschais uus aqué chi nun es licit da fêr sii Ts sabaths ? 
(3) Et arespondiant dis lesus ad aquels : Nun hauais niauri- 
chia lijt aquaist, qusel chi ho fat Dauid, cura chel hauet fam,. 
& aquels chi eran cun el, (4) inchemœd chel antrô in la 
chiésa da dieu & prandet Ts pauns de la propositiun, & man- 
giô & dèt er à quels chi eran cun el, qusel chi nun es licit da 



l'g EUANGELI SEGUOND SÂINC LUGAM 81 

mangiêr oter co aU sacerdots ? (5) Mu el dschaiua ad els : 
Vg ûlg delg hum es signer ér dalg sabath. (6) Et es duantô 
ch' er siin iin oter di delg sabath chel antrô îlla sjnagoga 6l 
amussêua. Et era allô un hum^ & sieu dret maun era seck. (7) 
Et Vs soriuauns & Ts phariseers Tg tgniauen ad acoura, sch* 
el Vg ualaiva guarir îig di delg sabath, par chels acohiatassen 
qualchiosa dalg acchiûsêr. (8) Mu [216] el sauaiua lur pisyrs 
& dis agli hum quael chi hauiua Tg maun seck : Stè su & stô 
ia miz. Et aquel alu6 su & stèt (0) Et lesus dime dis ad els : 
Eau uœlg dumandér nus qusel da duos es licit siils sabaths, 
fêr dalg bainu fêr dalg mél, saluer la uitta u la perder? (10) 
Et hauiand guardô intuorn tuots aquels, schi dis el agli 
hum i Stenda oura tien maun. Et aquel faschet, & es arturnô 
siea maun saun sco lioter. (11) Et els sun gnieus plains d'im- 
mattiing, &faâêuan traunter pêr che dessen fêr à lesu. (12) 
Et es duantô in aquels dijs chel giet oura îlg munt ad urér, 
& stèt tuotta not in Turacinn da dieu. (13) Et siand gnieu di 
schi clamô el ses discipuls, & scharnet dudesth our da quels 
quœls ch' er el Ts anumnô apostels. (14) Simon qusel eler 
nummô Petrum, & Andream ses fi êr: lacobum & lohannem : 
Phitippum & Bartholomeum : (15) Matheum & Thomam : la- 
cobum ûig da Alph8ei:& Simonem quadl chi nain anumnô Ze- 
lotes, (16) à ludam da lacobi, & ludam Iscariotem, qusdl chi 
es stô traditur. (17) Et gniand giu cun els, schi s'affermô el in 
iin lœ plaun, & cun Vg pœuel dais ses discipuls. Et cun iina 
granda (éd. granda iina) quantitêd d' lieud da tuotta la ludea 
& da Hi6rusalem,& de la marina da Tyro& Sidone^ [216] (18) 
quaels chi eran gnieus par udir el, & par gnir guarieus da lur 
malatias, & aquels chi gniuan astantôs dais mêlnets spierts, & 
gniuan guarieus. (19) Et tuot Vg poeuel scherchiêua dalg tu- 
chiêr^per che é giaiua uirtiid our dad el,& guariua tuots. (20) 
Ëtel aluand sii ses œilgs ils discipuls dschaiua: Bios sun Ts 
pouers, per che Vg ariginam da dieu es uôs. (21) Bios sun 
aquels chi hauais huossa fam, per che uus gnis â gnir asadu- 
lôs. Bios uus chi cridses huossa, per che uus gnis ad arir. 
(22) Bios gnis ad esser, cura cha la lieud s' uœgliah mêl, & 
cura che zeuran uus dad els, & subrichian uus, & arfiidan 
uos num sco mêl parmur delg ûlg delg hum. (23)S*allegrô in 
aquel di & sted leeds, per che uhé, uossa paiaglia es granda 

6 



TT^T-^ 



82 L G EUANGEU SEGUOND SAINC LUGAM 

in schil. Per che sco aquaistes chioses faschaiuen lur babs 
als profets. (24) Mu imperscho U88 à uus arigs, quœls chi 
hauais uos cussulamaint. (25) YaB à uus chi isches saduols per 
che uus gnis ad hau[a]lr fam. Vse à uus chi arias huossa, per 
che uus gnis à uadguér & à cridér. (26) Yss à uus, cura tuotta 
la lieud s' lôda uus, per che in aquelia guisa faschaiuen lar 
babs er als fuos profets. (27). Mu eau dich à uus chi udis ; 
Amô uos inimichs, fasché delg bain ad aquels chi s' uœglian 
mêl. (28) Fasché bain ad aquels chi dian mél da uus. Yrô par 
aquels chi s' ingîûrgien uus. [217] (29) Ad uni chi t^ batta 
in riina masella sporscha agli er l'otra, et ad aquel chi prain 
à ti Tg mantilg nu daiast hustêr er la rassa. (30) Et à scodiinî 
chi dtnanda da te, schi dô, et da quel ehi prain aqué chi es 
tieu, nu dumandêr inauous. (31) Et suainter che uus uulais 
che la lieud fatscha à uus, schi fasché er uus ad els Y g sum- 
giauntamaing. (32) Mu schi uus uulais bain ad aquels chi s* 
uœglian bain, che grô hauais uus? Per che er Ts pchiaduors 
uœglian bain ad aquels chils aman. (33) Et schi uus faschais 
delg bain ad aquels chi faun dalg bain à uus ; che grô hauais 
uus? Perche er Ts pchiaduors faun aqué. (34) Et schi uus dœs 
ad impraist ad aquels, che uus hauais spraunza dad arschaiuer 
inauous dad els, che grô hauais uus? Per che er Ts pchiaduors 
daunad impraist als pchiaduors par arschaiuer taunt scunter. 
(35) Taunt plu amô uos inimichs et fasché delg bain et déd 
ad impraist, nun hauiand allô très iingiûna spraunza, et uain 
ad esser granda la uossa mertsché, et gnis ad esser âigs dalg 
hutisthem, per chel es buntadaiuel incunter Vs scuntschains 
et Ts mêls. (36) Saias dîmé misericurgiauels, sco er uos bab 
es misericorgiauel. (37) Vus nun daias giiidgiêr, et nu gnis 
giiidgiôs. Vus nu (éd. uus) daias cundannêr et nu gnis cun- 
dannôs. Pardunêd et uain à gnir pardunô à uus. (38) Daed, et 
uain à gnir dô à uus. Et uignen à dêr in uos sain iina buna 
imzii-[218]-ra, et plaina, et chiatschêda et cumbla. Per che 
cun aquelia prœpia imziira uus imziirses, uignen oters ad 
imzûrêr er à uus. (39) Et el dschaiua ad els aquaista suma* 
glia: po forza iin orph mnêriin orph? Nu tummen é forza 
amanduos in la fuora ? (40)L'g discipul nun es sur sieu mais- 
ter. Et scodiiu uain ad esser perfet, sch' el es sco sieu mais- 
ter. (41) Mu che uaist tii la bûsthchia, qusela chi es îlg œilg 



l'g euângeli seguond sâing lugâm as 

da tes frér, et nun Vinacorschas da la tréf, quaela chi es in 
tieu ôig^en œilg? (42) Y inchemœd poust dir à tes frér : frêr, 
lasoha ch'eau chiéu* oura la bûsthchia quœla chi es in tiea 
œilg, et tu dues nu uais la trêf in tieu œilg ? Hypocrit, chiêua 
oura Vg priim la trêf our da tieu œilg, alhura uainst â uair 
che tii chiêuas oura la biisthchia, qusela chi es îlg œilg da tes 
frêr. (43) Perche énun es un bun bœsthc aquel chifo mêl friit, 
né er lin msel boesthc faschiand bun friit s* cugniouscha our 
da sieu friit. Per che né er our d' spinis (sic) s* cligia âgs né er 
our d' spinatsth uendemgien é Tûia. (45) un bun hum our 
d*iin bun thesôr da sieu courdô oura bain, et iin mêl hum 
9QT d'tin mêl thesôr da sieu cour dé oura mêl. Per che our 
de la abtindauntia delg cour schaunschia sia buochia. (46) Et 
che clamées me signer, signer, et nu faschais aqué ch' eau 
dich? (47) Qusel chi uain tiers me [219] et oda mes pieds et 
fo aqueis uœlg eau amussêr à uus, à chi el saia inguél. (48 
El es ingusel ad lini hum chi fabrichia iina chiéaa et chiêua 
tig hot et aschainta Tg fundamaint sur ûna pedra. Mu siand 
gnida iina huuazun, schi stumplô Tg flùm uia ad aquella 
chiêsa, et nu la pous amuantêr, per che ella era affundéda sii 
la pedra. (49) Mu aquel chi ho udieu et nun ho fat aquel, es 
ingusel ad iini hum, quasi chi ho fabrichiô sia chiésa sii la 
terra, sainza fundamaint ; in aquella ho aslumplô Tg fliim, et 
adiintrat es ella tummêda giu, et la ruina da quella chiésa es 
fatta granda. 

Jacques Ulrich. 

{A suivre.) 



LA PÉTA DELLOÙ POMPIÉ 



In rampa de lourié a élo haglia à quella pouésie lou 7 de Md 1882 
per la Maintenance doù Languedd alla cour d*amour tegnia où 
chotsb de Clapiès prés de Montpeglié. 



5moii DSUBOTON DE PlITONCOURT 

A Monsié.... consacrou que pouémou 

Si lou vuefou sési ; 
Et si lou parcouran où poù z'i trouvo d'émou, 

Ime fara piési. 

Ghàntou delloù pompié la fêta 

Qu'ajian dsuena oi tsiria la téta, 
Suivan Fusajou antsicou à chivô galoupan. 

ma broya fé Megliusuena! 

Quietta bian vitou ta cougliueua 

Dessi in rayon délia gliuena 
Vian m'inspuero I.., — Eran toù lou pompié pompan 

LA FÊTE DES POMPIERS 



Un rameau de laurier a été attribué à cette poésie le 7 mai 1882, par 
{■■_ la Maintenance du Languedoc à sa quatrième Cour d*amow\ tenue au 
château de Clapiès près de Montpellier. 



CINQUIEME DICTON DE PLITONCOURT 

A Monsieur ***, (je) consacre ce poème — saisi sur le vif ; — et si 
le parcourant, il peut y trouver de Tesprit, — cela me fera plaisir. 

(Je) chante la fête des pompiers — qui avaient tiré la tête d'une 
oie, — suivant Tusage antique au galop du cheval. — ma jolie fée 
Mélusine; — de ta colline descends promptement, — et sur un rayon 
de la lune — vient m*inspirer?. .. — Tous les pompiers pompaient 



LA PÉTA DELLOÙ POMBIÉ 85 

Liian dsan la verdapeloùsa 

Chacun anflouco dsuena roùsa 
Où charriot appleyia dsueruejovan lou juet: 

Lou plonjoCr dedsan Téga cliora, 

Le man arrapée allaiborra, 

Alloû Kiriyioù sans crio gora, 
Fésian giclio pertout le z*égue doù cliapuet. 

Alla grànda joi délie dame, 

Groce aile pompe pli de flame l 
Loù cœur et la méson eran bian à couvar ; 

Doù moins z'où dson le Toncourtoise 

A qui ne fo po charché noise ; 

Car quelle boingre de grevoise 
Ant biantoù deglioù man fa siantre lourevar.... 

Apre avéfa regxarciciou, 

Tsirîranin fii d'artsiâciou, 
Qu'ajié confecciouno in artsistou Gréloi. 

Lou tambour battuet ina morche, 

Doù pont franchîran le due z'orche ! 

Lou coumandan fuet : n Avan, orche ! 
Ne fo allô dsino, iian fa couére Toi ! . .. 



Là- bas dans la verte pelouse, — chacun paré d'une rose (à son 
chapeau), — attelés au charriot ils dirigeaient le jet. — Le plongeur 
(enfoncé) dans Teau claire, — les mains empoignées à la barre ; — 
sans crier gare aux curieux, — ils faisaient jaillir de tout côté les 
eaux du piston. 

A-la grande joie des dames, — plus de flammes, grâce aux pom- 
pes ! — Les cœurs et les maisons étaient bien à Tabri : — du moins 
les Plitoncourtoises l'affirment. . . — Malheur à qui leur cherche que- 
relle 1 — Car ces femmes allurées — ont bientôt de leurs mains fait 
sentir le revers ! . . . 

Après avoir fait l'exercice, — (ils) tirèrent un feu d'artifice — 
qu'un artiste Graylois avait préparé. — Le tambour battit une mar- 
che; — (ils) franchirent les deux arches du pont. — Le commandant 
dit: c (En) avant, marche ! — Il faut aller dîner. . . .on a fait cuire 
l'oie !•.. 



86 LA FÊTA DELL06 POMPIÉ 

So de tsigliô où var fougliajou 
Plan de siantsoû et plan d'otnbrajou 

Lou couvar éré ma per Tsirion TOteglié : 
Dessi daé douzene de ^ànche 
Ere étàndsa la nappa blj^nche, 
Doù cent z*assiète cran enrànchef 

Otan de pouot de vin avero doù ceglié. 

De belle gaerlànde moussôuse 
Entremêlé d'égliuet de roùse, 

Mariovon glioù couleur à que jogli plafond... 
Et per dedsan quella verdura 
I s'i jouyiove ina fréche ura. 
Toù se fésian : « Alla bouna ûra î 

Lelantargnie * agliumée igliumuenon loùfond! 

La more Tsirion^ bouna fenna, 
Que ne cregnié jamé sa pena, 

En dépàloumatsin travagliove où dsinô: 
Faglié vâre dans sa cuesuena 
Si loùmètajian bouna muéna ; 
Et son cofé ali'odeur fuena 

Rejouyissié la vuja, et lou goût, et lou no. 



Sous des tilleuls au feuillage rert — pleins de parfums et pleins 
d'ombrage — le couvert était mis par Thôtelier Thirion, — sur deux 
douzaines de planches — la nappe blanche était étendue — deux 
cents assiettes étaient alignées, — autant de pots devin remontés du 
cellier. 

De belles guirlandes mousseuses — entremêlées d'œillets (et) de 
roses, — mariaient leurs couleurs à ce joli plafond ; — et au milieu 
de cette verdure — un frais Zéphir s*y jouait. — A la bonne heure ! 
tout (chacun) se disait. — Les lanternes allumées illuminent le fond! 

La mère Thirion, bonne femme, — qui ne craignait jamais sa 
peine, — depuis le grand matin travaillait au dîner ; — dans sa cui- 
sine (il) fallait voir — si les mets avaient bonne mine, — et l'odeur 
fine de aon café — réjouissait la vue, et le goût et l'odorat. 

* Allusion au huitième dicton de Plitoncourt. On prononce : Lantar- 
gnie en Franche-Comté, au lieu de « lantarna » à Saint-Maurice. 



E..i 



LA FÊTA DKLLOil POMPIÉ 87 

— Vous reviquia délia parada : 

AlloD, mén6, alla suevada I 
Fuet-eglie alloù pompié que vegnian d'arruevo. 

J'é âgnî de betto le force : 

Z'où I prena vîtou Youtre ploce, 

A mon tolan youet rendri groce, 
De bon frioô, per seur, ne seri po praeYO ? 

Iq braYÔ faet tremblo le vitre . . . 

I coumancîran per le z*uitre, 
Sans douta per s'iri fortaman Tapuetsuet : 

Lou bîrou et le puetsuete rove, 

Le sorde que Tuilou bagnioYe, 

Doù jambon que Tsirion coupove 
Moù pompié afamô n*en fîran po puetsuet. 

I Goutsiran îna omeletta 

Pessan îna fuena mueretta 
De corpe et de brouchaet pécha dsan lou Salon 

Yenuet la soùçuesse de linga, 

Apre Toie ina groùssa dsinda, 

ÀYan lou dessar la meringa 
£t muele friyiandsise acheté chez Prolon. 



— « Vous voilà de retour de la parade : — allons, camarades, 
à table ! — Dit-elle aux pompiers qui venaient d'aniver. — J'ai 
achevé de préparer les sauces, — zou ! prenez vite vos places. — 
Vous rendrez grâce à mon talent, — vous aurez sûrement du bon 
fricot! » 

Un bravo fît trembler les vitres !... — Par les huîtres ils commen- 
cèrent (leur repas) — sans doute afin de s'ouvrir Tappétit fortement ; 
— le beurre et les petits radis, — les anchois baignant dans l'huile, — 
(de) deux jambons que Thirion découpait — mes pompiers affamés en 
firent une grande consommation. 

Ils mangèrent une omelette, — ensuite une excellente matelote 
~ de carpes et de brochets péchés dans le Salon ; — vint le sau- 
cisson de langues (de porcs), — après l'oie, une grosse dinde, — 
une meringue avant le dessert — et mille friandises achetées chez 
Pralon. 



88 LA FETA DELLOU POMPIE 

Fétîran ja dsueva bouteglie; 
Chourlîran cosi daé bareglie 

De bon jus setembroù oûgli ei loù Terd. 
Lou vérou n'ére jamé tsédou : 
Po plitoù plan oùU'ére vouédou 
Où passove insuet qu'in égliuédou 

Cueme lou gliuet doù Ronou i fîran-t-abéro ^ 

Glioù z'adsuessuet la cuesaegnière 
Lou on mouka, la blonda biéra : 

Toutsiquian fignessuet Toumericou festin. 
Se coumançuet loù caquetajou, 
Non de foula ! qu'in bavardajou ! 
I se n'en fésié du tapajou : 

Jamé se n'ére va in sembloblou poutin ! 

Lou tour délia chanson bachica 
Yenuet complète la musica, 

Chocun ère jouyioù de chanto son coubluet : 
Chouquetan, glin Taccompagniove, 
A cho mouman Totrou essicliove, 
In otrou, atou, pli for berlove 

Et de toù soù poumon joujiove doù sueblet. 



(Ils) fêtèrent la dive bouteille — et burent presque deux tonneaux — 
de bon jus septembral cueilli sur les coteaux, — le verre ne tiédissait 
jamais, — aussitôt plein on le vidait, — il passait (le vin) comme un 
éclair ! — Comme le lit du Rhône ils furent abreuvés I 

La cuisinière leur apporta — la fin moka, la blonde bière : — tout 
cela acheva l'homérique festin. — Les caquetages commencèrent. — 
Nom de foule ! quel bavardage 1 — qael tapage Ton faisait ; — jamais 
on n'avait vu un semblable vacarme. 

La chanson bachique à son tour — vint compléter la musique ; — 
chacun était joyeux de chanter son couplet — l'un (en) hocquetanl 
l'accompagnait, — l'autre à chaque instant riait à gorge déployée; — 
un autre encore beuglait plus fort — et jouait du sifflet de toute (la 
force) de ses poumons. 

* On dit souvent à Saint-Maurice : Où n'a po pli fam que lou Ro- 
nou a sa ! (Il n'a pas plus faim que le Rhône n'a soif.) 



f.A FETA DELLOÙ POMPIÉ 89 

Où bramaman délie granoglie 

I coamancîran la frandoglie. 
iDsuet que la sarpan que courrage sa proi : 

Sa téta vé la quoua se vuere, 

Dsan le vourzuene se revuere, 

Se bette en rond et se retsaere^ 
Se repleje où soulâ et fregalglie de joi * ! 

De mémou^la rancha 8*élànce, 

En zigue-zague se balance, 
Retorne si soù po soùtan joujioùsaman , 

Lèvon loù bras loù doù menérou, 

Posson dessô loù frandoùgliérou, 

Jusqu*où derft pourtan lou bérou, 
Et s*alignon tourne cueme où coumançaman. 

Avé son bounuet de pougliuece, 

Soù zié blû rempli de magUuece, 
Jan Boùdran * lou tambour renoumo de vé Bû, 

Fa vaneyié se due baguette ; 

Roùluet*, Poncin'/, glioù cliaruenette. 

Tonton ', fifrérou, avô s'i bette 
Toù quatrou per ansam fan in fameux rafû I 



Au coassement des grenoailles — ils commencèrent la farandole — 
ainsi qne le serpent poursuivant sa proie : — sa tête se tourne vers 
U queue, — dans les saulaies se retourne, — se met en spirale, et se 
retire, — se reploie au soleil & frétille de joie. 

De même la masse (des danseurs, en marche de farandole) 8*élance, 

— se balance en zig-zag, — retourne sur ses pas (en) sautant joyeuse- 
ment. — Le conducteur & la conductrice lèvent les bras (en se retour- 
nant) ; — les autres (danseurs) passent dessous — jusqu'au dernier 
portant la dame-jeanne, — s'alignent de nouveau, ainsi qu'au départ. 

Avec son bonnet de police — (et) ses yeux bleus remplis de malice , 

— Jean Baudraud, le tambour renommé de Saint- Pierre- de-Bœuf, — 
agite fortement ses deux baguettes ; — RoUet, Poncîn, (soufflent) 

* La farandole imite les éyolutions du serpent poursuivant sa proie, 
» Habitait, en|effet, Saint-Pierre-de-Bœuf (Loire). 

» Habitait Condrieu. 

♦ Jouait très bien du violon et habitait le Péage. 

^ Jouait parfaitement de la flûte. Il habitait Condrieu. 



1 



90 LA FETA DELLOÙ POMPIÉ 

Enfin lou ménerou s'arrête, 

A virié si lui où s'apréte 
Pâ, touta la frandogiic arrueve.... — Et ardi donc I. 

Quand tout iou mondou é t-en pagliace, 

Lou proumâ sort, se débarrasse ; 

Figlie et garson se bett*en faoe 
Et pessan lastaman i fan in rigoùdon 

Pomin yian lou tour délia danse; 

Loù pompié soton-t-en cadànce 
Enlaçon glioù danseuse avé glioù bras vinqueur : 

1 vueron cueme de boudsifle 

Que loù garan âancon de giâe ; 

Mogré que lou sexe regniûe 
Gli fan ina boucayia et pâ la bouche en cœur ! 

Apre chocun & sa ohocuena 

Fîran in tour où olior de gliuena, 
Istoire de parlo délia cho, doù bio tems ; 

Loù z'omou fuman de cigole. 

Le fenne trassoùtan le biole; 

Suet bian quiprenon de fringole, 
Retornon chez Tsirion van lou soupô attend. 



dans leurs clarinettes — Tonton, joueur de fifre, se met aussiCde la par- 
tie) — et tous les quatre ensemble font un vacarme extraordinaire. 

Enfin le conducteur s'arrête ; — il se prépare à tourner giratoire. 
ment ; — puis toute la farandole arrive... Et hardi donc I — Quand 
tout le monde est en spirale, — le premier se débarrasse et sort : — 
(alors), filles et garçons se font vis-à-vis, — et ensuite lestement ils 
exécutent un rigaudon. 

Cependant la danse vient à son tour ; — les pompiers sautent en 
cadence, — de leurs bras vainqueurs ils enlacent leurs danseuses ; — 
ils tournent comme des toupies (ronflantes) — auxquelles le fouet 
donne des giffles, — malgré que le sexe (se défende en) reniflant, •— 
ils lui font un baiser & puis la bouche en cœur... 

Après chaque pompier & sa danseuse, — firent un tour au clair de 
lune, — histoire de parler du beau temps (&) de la chaleur : — les 
hommes fumant des'cigares, — les femmes franchissant les rigoles 
(des prés), — si bien qu'ils prennent la faimvalle, — retournent chez 
Thirion où le souper (les) attend. 



LA FETA DELLOU POMPIE 91 

Glioù bérajou recoumanciran 

Jesqu*où matsin et a>n allîran 
Chacun de son coùtô afin de se coùch4; 

Mai z'ijiajan tant fa ruepaglie, 

Que toù fésian : « A mueti meraglie ! » 

Balançau cueme ina soonaglie 
Où couà ds*in boù feroujou échapo doù boùohé.... 

*En se n^allan de qaella sorta 

In pompié se trompe de porta; 
Va, s*en se n*en douto tombo druet aU'arrà 

Dsuena vaohe que de poù berle 

Et jestou dsan que monman vêle.... 

Oùirébravage avo due mêle 
Que cosson glioù glicoù et joyon de derrâ! 

Lou grange, soun efan qu*ant tache 

La no, de sougnié que la vache, 
Bntendan que rafû fîran épouvanto ! 

Lou motri va vàre all'étrobla 

Revian tourné.... Choùsa incrouyobla! 

De poù se cache so la trobla, 
Et son père gli fa : « Dsé ! que t*é donc que t'o ! 



Il» recommencèrent à boire — jusqu'au matin &8*en allèrent — cha- 
eun de son côté afin de se coucher ; — mais ils avaient tant ripailles 
— que tous disaient : a A moi, murailles I » — (En se) balançant 
comme une grosse sonnette — suspendue au coup d^un bœuf féroce 
échappé du boucher» 

En s'en allant ainsi, — un pompier se trompe de porte — (et) s'en 
va précisément tomber sans s'en douter au derrière -^ d'une vache, 
qui bêle de peur, — et juste vêlant en ce moment ; — il épouvante 
également deux mules, — lesquelles rompent leurs licols & lancent 
des ruades ! 

Le métayer (et) son enfant qui veillent — la nuit, afin de soigner 
cette vache, — entendant ce bruit étrange en furent épouvantés : — 
le petit va voir à l'écurie, — revient ensuite... (chose incroyable) — 
sous la table se blottit de peur, — et son père lui dit : « Dieu, qu'as- 
tu donc ? » 



94 BIBLIOGRAPHIE 

Ainsi Regoier a voulu dire : « Je ne suis pas ce chassear 
jadis tant approuvé, puisque, sachant où le gibier ni*a échappé 
(et ce gibier, c'est le plaisir), je n'ai pu cependant me renoiet- 
tre utilement à sa poursuite. » 

Il n'y a rien à changer au texte traditionnel. 

Eugène Rigal. 



BIBLIOGRAPHIE 



Général Th. PARMENTIER. Vocabulaire RhétoromaQ 

La Revue des Langues Romanes s'adonne depais «juelque temps 
avec assez de persévérance (avec trop de persévérance, doivent sans 
doute dire quelques abonnés I) à la publication de textes en langue 
de la Haute Engadine et autres lieux lointains et reculés, pour que 
Ton fasse œuvre utile en signalant ici le Vocabulaire Rhétoroman 
des principaux termes de chorographie et des mots qui entrent le 
plus fréquemment dans la composition des noms d£ lieu, précédé 
d'une introduction géographique, ethnographique et linguistique. 
Cet important ouvrage a été présenté à la section de géographie du 
Congrès de Bordeaux de l'Association française pour l'avancement 
des sciences, le 6 août 1895, et les titres scientifiques de son auteur 
sont de sûrs garants de sa valeur. Il n'est pas en fait moins intéres- 
sant pour les linguistes que pour les géographes : on y trouvera, 
avant le vocabulaire proprement dit, qui occupe exactement 49 pages, 
une introduction qui constitue une véritable géographie ethnolinguis- 
tique des idiomes réthoromans. Je. ne puis mieux faire qu'en donner 
ici les principales divisions:!, 1. Généralités sur les idiomes rhéto- 
romans; II, 2. Domaine du rhétoroman ; III, 3, Le Frioulan; IV, 4, 
Le Ladin du Tirol. 5. Quelques traits caractéristiques des dialectes 
rhéthotiroliens. V. 6. Le Domaine réthororaan des Grisons. 7. Le 
Romanche proprement dit, ses dialectes. 8. Le ladin occidental ou 
dialectes de l'Engadine. 9. Généralités sur les dialectes des Grisons. 
10. Quelques remarques sur les verbes. II. Caractères distinctifs 
entre le Romanche Sursilvain et le Ladin de l'Engadine. 12. Quel- 
ques caractères distinctifs entre les dialectes de la Haute et Basse 
Engadine. VI. 13. Avenir des langues rhétoromanes. VII. 14. Quel- 
ques remarques sur la prononciation des idiomes rhétoromans. Sans 
suivre le général Parmentier dans les détails de la grammaire rhéto- 
romane qu'il expose avec beaucoup d'autorité et d'intérêt, je me bor- 



CHRONIQUE 95 

nerai à insister sur l'intérêt général que présentent les chapitres plus 
spécialement géographiques de son travail et sur Timportance des 
considérations qu'il expose sur Tavenir de ces idiomes. Dans ce cha- 
pitre, il fait un résumé aussi net que précis de l'histoire littéraire de 
ces idiomes: il révélera sans doute à la plupart de ses lecteurs l'exis- 
tence d'une littérature romanche, et les noms de Flugi d'Aspermont, 
de Janet Menni, de Zaccaria Pallioppi, de Siinéon Caratsch, de Gian 
Fadri Caderas, poètes, grammairiens, moralistes, qui seraient peut- 
être -aussi célèbres qu'Ibsen et que Bïornsteme Bïornson, ou que ce 
Finlandais récemment découvert, si les glaces de leur pays étaient 
dues à la latitude et non à l'altitude. Il faut d'autant plus remercier 
le général Parmentier de tout ce que son vocabulaire apporte de neuf 
et d'intéressant à la science. 



CHRONIQUE 



C'est le 28 janvier, jour de la Saint-Charlemagne {heureuse coïnci- 
dence pour l'auteur de VHistoire poétique du grand empereur), que 
M. Gaston Paris a été reçu à l'Académie française. Grande fête pour 
les romanistes que cette solennelle consécration des mérites littéraires 
du maître qu'ils aiment autant qu'ils l'admirent I Que n'étaient-ils 
tous là pour l'applaudir! Heureux eussions-nous été, pour notre 
compte, de le pouvoir faire. Et certes c'eût été à aussi juste titre que 
de bon cœur, car rarement les voûtes du palais Mazarin ont entendu 
discours d'une plus haute éloquence que celui de M. Paris. 

Dans cet éloge du grand Pasteur, non seulement le récipiendaire 
n'a jamais paru au-dessous d'un tel sujet ; mais encore, en exposant 
les travaux, en racontant la vie, en rappelant les croyances religieu- 
ses, qui ne sont pourtant pas les siennes, de son illustre prédécesseur, 
il a su s'élever aux plus hautes considérations philosophiques et mo- 
rales, et cela dans un langage d'une perfection soutenue, et qu'illu- 
mine, en maint endroit, l'imagination d'un vrai poète. 



Académie rotàlb dbs soibnobs db Turin. — Programme de l'on- 
zième prix Bressa. — Xi' Académie Royale des Sciences de Turin, se 
conformant aux dispositions testamentaires du Docteur César 
Albxandrb Brbssa, et au programme y relatif publié le 7 décembre 
1876, annonce qu'au 31 décembre 1896, s'est clos le concours pour 
les découvertes et les ouvrages scientifiques produits dans le quadrien- 
nium 1893-96, concours auquel devaient seuls prendre part les savants 
et les inventeurs italiens. 



96 CHRONIQUE 

En môme temps TAcadëmie rappelle qu'à partir du l*»" janvier 1895, 
il est ouvert un concours, auquel, selon la volonté du testateur, 
seront admis les savants et les inventeurs de toutes les nations. 

Ce concours aura pour but de récompenser le savant ou l'inventeur, 
à quelque nation qu u appartienne, lequel, durant la période quadrien- 
nale de 1895-98, « au jugement de l'Académie des Sciences de Turin, 
aura fait la découverte la plus éclatante et la plus utile, ou qui aura 
produit l'ouvrage le plus célèbre en fait de sciences physiques et 
expérimentales, histoire naturelle, mathématiques pures et appli- 
quées, chimie, physiologie et pathologie, sans exclure la géologie, 
1 histoire, la géographie et la statistique. » 

Ce concours sera clos le 31 décembre 1898. 

La somme fixée pour ce prix, la taxe de l'imposition mobilière dé- 
duite, sera de neuf mille six cents francs. 

Qui a l'intention de se présenter à ce concours devra le déclarer, 
dans le terme ci-dessus indiqué, par une lettre adressée au Président 
de l'Académie, et transmettre l'ouvrage par lequel il concourt. Cet 
ouvrage devra être imprimé ; on ne tiendra aucun compte des manu- 
scrits. Les ouvrages qui n'obtiendront pas le prix dont il s'agit ne 
seront pas rendus aux concurrents. 

Aucun des membres associés nationaux, résidants ou non résidants, 
de l'Académie de Turin, ne pourra obtenir ce prix. 

V Académie donne le prix à celui des savants qu'elle en juge le 
plus digney malgré qu'il ne se soit pas présenté au concours, 
Turin, ce 1er janvier 1897. 

Le Président de V Académie ^ Le Secrétaire de la Commission^ 
G. Carle. E. d'Ovidio. 



Les origines des patois languedociens. — Un journal du Midi 
nous annonce que la Société des sciences et arts de Carcassonne a 
reçu, dans une de ses dernières séances, une intéressante communica- 
tion au sujet des origines des patois languedociens. On les croyait 
jusqu'ici dérivés du latin: M. l'abbé Boudet, curé de Rennes, les 
rattache à l'anglo-saxon, c'est-à dire à l'allemand et à l'anglais. 

A en juger par ce simple renseignement, la communication, en effet, 
ne devait pas manquer d intérêt. 



Le Gérant responsable : P. Hamelin. 



LA TRADUCTION DU NOUVEAU TESTAMENT 

en ancien haut enffadinoi» 

PAR BIFRUN 

l'Évangile selon s. lug 



(Suite) 
CAP. VII 



(1) Et hauiand camplieu tuotta aquaistasiauerua udiant Tg 

pCBuel,schi es el ieu aint in Capernaum. (2) Et iin famalg d*ûn 

schert Centurio hauaiua mêl et traiaua, quœl chi era agli chiêr. 

(3) Et hauiand aquel udieu da lesu, schi tramtét el tiers lesum' 

Vs seniours dais lûdeaus» Tg araand, chel gnis et guaris ses 

famalg. (4) Mu siand els gnieus tiers lesum schi Tg aruêuan 

els datschiert dschant : El es uengiaunt che tii fatschas aqué 

agli : (5) per che el uuol bain à nossa lieud, et el ho sediâchiô 

su iina sjnanoga à nus. (6) Et lesus [220] iua cun els. Et nu 

siand gio muot lœng de la chiêsa, schi tramtét Tg centurio 

tiers el amichs, dschant agli : Signer, nu t'daerfadia. Per che 

eau nu sun deng che tii aintres sûot mieu tet. (7) Très aqué 

nun hse eau aestmô nêr m'ues deng da gnir (éd. gnis) tiers 

te, dimperse di iin uierf, schi guarescha mes famalg. (8) Per 

che er eau sun un hum mis suot pusaunza, hauiand suot me 

sudôs, et dich ad aquaisti : uo, et el uo, et ad iini otri : uitten, 

et el uain ; et à mes famailg : fo aquaist, et el fo. (9) Et mu 

hauiand udieu lesus aquelies chioses, schi es el sthmûrafgliô 

da quel^ et siand uuot, schi ho el dit agli pœuel chi gniua 

dsieua el : Eau dich à uus, ch'eau nun hsB piir acchiattô taunta 

fe in Israël. (10) Et sun turnôs aquels chi era tramis, in la 

chiêsa et haun acchiattô Tg famalg quael chi era amalô saun. 

(1 1) Et es duantô dalonder inuia chel giaiua im (sic) la cittêd, 

qusela chi ho nu^i Nain, et giaiuen cun el bgiers ses discipuls 

et un grand pœuel. (12) Et cura che s'aprusmô alla porta délia 

cittêd, uhé s'purtêua oura iin muort, quael chi era (éd. era) 

iin sullet ûlg da sia mamma : et aquella era iina duonna uaid- 

TOliE X DE LA QUATRIEME SERIE. -^ MarS 1897. 7 



98 L*G EUANGELI SEGUOND SAINC LUCAM 

gaa, et bgierra lieud de la cittêd cun aquella. (13) Laqusela 

hauiand uîs lesus, scbi bo el bagieu cumpascbiun délia, et dis 

agli : Nu cridér. (14) Et giet ui tiers et tucbiô Tguascbilg, et 

aquels cbi purtéuan [221] stetten ferms. Et dis : Giuaen, à ti 

dicb eau : sto su. (15) Et stet sii in siz aquel cbi era muort, & 

cumenzô à scbianscbêr, & Tg det à sia mamma. (16) Et la temma 

appiglio tuots, & ludéuan dieu dscbant : elg es aluô su iin grand 

propbet traunter nus, & deus bo uistbdô sieu pœuel. (17) Et 

es ieu oura aquaista nummaunza dad el par tuotta la ludea & 

per tuot ilg prusmaunt paias. (18) Et dissen à lobannes Ts ses 

discipuls da tuottes aquaistes cbioses. Et lobannes clamô duos 

da ses discipuls (19) & Ts tramtét tiers lesum dscbant : Ist tu 

aquel cbi es (es) da gnir, u aspettain nus iin oter ? (20) Et siand 

gnieus Ts bummens tiers el, scbi dscbetten els : lobannes bap- 

tista n's bo tramis tiers te, dscbant : Ist tii aquel cbi ist da gnir, 

u aspettains iin oter? (21) Et in aquella prœpia bura (bura) 

bo el guarieu bgiers da malatias & daplêias, & da mêls spierts, 

& det la ueziida à bgiers orfs. (22) Et arrespondiant dis ad 

els : Izen & dscbé à lobanni aqué cbe uns bauais uis & banals 

udieu, cbe Ts orpbs uezan, & Ts zops cbiaminan, & Ts alu- 

rus uignen uatagiôs, & Is suords odan & Ts morts aresiisten, 

& als pouuers uain predgiô Tg euangeli, (23) & biô es scodiin 

quael cbi nu uain uffais très me. (24) Et cura cbe fiitten tirôs 

uia Ts mes da lobannis, scbi cumenzô el à dir agli pœuel da 

lobanne : Cbe iscbes ieù {sic) oura ilg deserd par uair ? Una 

cbianna cbi uain [222] amuentêda da Tora ? (25) Mu cbe i- 

scbes ieus par uair? Un hum uestieu cun uesokimainta mu- 

laschinas? ubé aquels cbi sun cun splaina uesokimainta ues- 

tiens & uiuan in bella uitta, sun in las cuorts dais araigs. 

(26) Scbi cbe iscbes ieus oura par uair? iin profet? Scbert 

eau dicb à uus, & plii co iin profet. (27) Aquaist es aquel, da 

quael cbi stô scrit : Yhé eau tramet mien aungel auaunt tia 

fatscba, quael chi uain à parderscber la tia uia auaunt te. 

(28) Perebe eau dicb à uus, cbe traunter Ts ifauns de las 

dunauns nun es iingiiin nàscbieu Tg mêr profet co lobanne 

Baptista. Et imperscbo aquel cbi es mender îlg ariginam da 

dieu: es mêr co el. (29) Et tuot Tg pœuel udiant, & Ts pu- 

blicbiauns cbi eran batngiôs dalg bataisem da lobannis, 

giustifichêuan dieu. (30) Mu Ts pbariseers & Ts amussôs de 



l'g EUANGBLI SEGUOND SAING LUGAM 99 

la lescha haun stbittà Tg ouselg da dieu incunter se sues, 
quels chi nu sun battagiôs dad el. (31) Et Tg signer dis : à 
chi dime daia eau dir, che Ts hummens da quaista genera- 
ciun saien inguœls, & à chi sun ingusels ? (32) Ë sun in- 
guaals als mattels chi sezan in plazza, & clamman traunter ele, 
dschant : Nus hauain sunô à uus cum sinels & nun hauais 
sattô. Nus hauain chiantô à uus chianzuns da uaidguér & nun 
hauais plaunt. (33) Par che elg es gnieu lohannes Baptista, 
nu mangiant paun né bauant uin, & [223] dschais : El ho 
Tg dimuni. (34) Et es gnieu Tg âlg delg hum mangiand & 
bauand, et dschais : Vhé un hum magliêder & iin bauêder da 
uin, & amich dels publichiauns & dais pchiaduors. (35) Et la 
sabbijnscha es giustiûchiéda da tuots ses filgs. (36) Et iin 
dais phariseers Tg aruêua, chel gnis à mangiér cun el. Et 
siand ieu aint in la chiêsa dalg Phariseer, schi sezét el à 
maisa. (37) Et uhé iina duonna qusela chi era stéda iina 
pchiêdra in la cittêd, & sco ella sauét, chel era sazieu à 
maisa in la chiésa dalg Phariseer, schi purto ella un guetter 
d*hiit, (38) & stêua dauous tiers ses pês cridand, & cumanzô 
à bagnêr ses pas cun sias larmas, & Ts terschaiua giu cun 
Vg hiit. (39) Mu ueziant l'g phariseer, quœl chi Tg hauaiua 
clamô, schi dis el in se sues, dschant : Schi aquaist fus iin 
profet, schi saues elbain, chi u da che sort aquaista duonna 
fiis, qusela chi Vg tuochia, per che chella es iina pchiêdra. 
(40) Et arespondiant lesus dis ad el : Simon, eau hœ ùnqual- 
chiosa da t' dir. Et ôl dis: Maister dî. (41) Un creditur hau- 
aiua duos debiiaduors, Tiin hauaiua d'bit schinc schient da- 
nêrs, et loter schinquanta, (42) nun hauiand né Tiin né lioter 
da paiêr, schi hol dunô ad amanduos ; dî dimê da qusels duos 
[224] uuol agli plii bain? {43) Et arespondiant Simon dis : 
Eau aestim aquel ad aquaeli chel ho dunô plu bgier. El dis 
agli : Tii hses giiidichiô indret. (44) Et siand uuot incunter 
la duonna dis à Simon: Vais tii aquaista duonna? Eau sun 
gnieu aint in tia chiêsa & nun hssst dô ouua à mes pês : & 
aquaista ho bagnô mes pês cun larmas, & Ts ho terschieu giu 
cui's chiauels dasieu chiô. (45) Tii nun hœs dô à mi iin biitsb, 
& aquaista da pœia ch' eau sun gnieu aint nun ho pusô da 
tigner biischô mes pes. (46) Tii nun hsBS hiit mieu chiô cun œli. 
Mu aquaista ho hut mes pês cun hiit. (47) par aqué dich eau 



100 l'G EUANGEf.t SEGUOND SAINC LUGAM 

à tiche uignenàgnirpardunôsbgiers ses pchiôs, per che ella 
ho amô ôck (éd.ûkc). Et àchi uainpardunô main,aquel amma 
main. (48) Etdis ad ella: Tspchiôs uignen à ti à gnir pardunôs. 
^49) Et cumenzaun aqueU chi sezaiuen insemmel à maisa à 
dir in se sues : chi es aquaist, qusel chi parduna êrTs pchios? 
(50) Mus el dis alla duonna : La tia fe t'ho fatta salua, uo can 
la paasth. 

ANNOTATIUNS 

Haun giûstifichid dieu] haun dô dret à dieu, s'haun cuntentô 
da Dieu, sco dîr : deus es giiist. La sabijmcha es giustt'fichiêda 
da ses filgs] uuol dir : é s'daun dret & els se cradainten. Crédit 
iur] chianuêder. 



[225] CAP. VIII 

(1) Et es duantô che aihura dsieua chel chiaminêua in imi- 
iinchia cittêd & chiastilg predgiand & laschand à sauair Vg 
ariginam da dieu, & Ts dudesth cun el (2) insemmel cun al- 
chiiinas dunauns, quœlas chi eran guaridas da mêis spierts, & 
da malatias : Maria qusel chi s'anumna Magdalene, da quse- 
la eran ieu oura set dimunis (3) & lohanna mugliér da Chu- 
S8e prochiiiradur el da Herodis, & Susanna & otras bgierras 
quselas chi seruiuan agli our da Iur aroba. (4) Et gniand 
bgierra lieud insemmel, & da scodiina citjbêd, curriand tiers el 
schi dis el très iina sumaglia: (5) Elg es ieu oura iin chi sem- 
nêua, parsemnêr sieu sem, &. îlg semnêr es alchiiin crudô in- 
tuorn la uia, & stô zappigiiô, & Ts utschels dalg schil haun 
magliô aquel. (6) Et alchiiin oter es crudô sur la pedra, & 
siand naschieu oura, schi es el schirô uia, per che el nun hau- 
aiua humur. (7) Et alchiiin oter es crudô traunter las spinas& 
las spinas naschiand sii insemmel cun aquel Ig' haun astan- 
schantô. (8) Et alchiiin ôter es crudô in la buna terra, & siand 
naschieu, schi hol fat friit schient uuotes taunt. 

Et dschant aquaistes chi oses schi clamêua el: quael chi ho 
uraglies par udir, daia ud.r. (9) Et ses discipuls l'g duman- 
dêuan dschant: Che sumaglia che aquaista fiis. (10) Et el dis: 
A uus es dô da [226] sauair Ts segrets dalg ariginam da dieu, 
mu als oters très sumaglias, che ueziand nu uezan, & udiand 



l'G EUANGELI SEGUONI) SAING LUCAM 101 

nun incligian.(ll)Et aquaistaeslasumaglia.'L'gsemearg pléd 
da dieu: (12) & aqael chi es dspera la uiasun aquels chi odan: 
alhura dsieua uain Ig' diauel e prain Ig' plêd oura da lur cour 
par che nu crediant che nu uignen saiuôs. (13) Et aquels chi 
san sur la pedra sun aquels, qusels, cura che Ig' haun udieu, 
schi arschaiuen é Tg plêd cun algrezchia : & aquels nun haun 
aristh, qusels chi craien à tijmp, & ilg tijmp delg attanta* 
maint staun els giu. (14) Mu aquel chi es crudô in las spinas 
sun aquels, qusBls chi haun udieu, & giand uignen astanschan- 
tôs dais pissijrs & da l[a]s arichezzas & dais delets de la uitta 
né puortan friit. (15) Mu aquel in buna terra (éd. rerra) sun 
aqaels, qusBls udiant Ig' plêd in iin hunest &. bun cour Tarii- 
gnen & puorten friit très pacijntia. (16) Ungiiin, cura chel ho 
iuidô iina liiisth la couura suotiin uaschilg u la metta suotiin 
lijt: dimperse ei la metta siin iin chiandalijr par che quels chi 
uaun aint uezan la liiisth. «(17) Par che énun es chiosa secret- 
ta qusela chi nu uigna à gnir palaisa. Né chiosa azuppêda, chi 
nu saîa da sauair, & uigna îig appalais. (18) Guardô dime, 
iii ohe mœd uus udîs, per che scodiin chi ho, ad aquegli uain 
à gnir dô, & scodiin chi nun ho, er aqué chel paissa chel hêgia 
uain à [227] gnir praisdad el. (19) Et uennen tiers elsiamam- 
ma &se3 frars,né pudaiuen gnir no tiersel par Ig' bgier pœuel 
(20) & Tg es agli laschô assauair & dît : Tia mamma& tes frars 
staun our dadoura, t'uuliand uair. (21) Quael arispondiant dis 
ad aquels: mia mamma & mes frars sun aquaists qusels chi 
odan Tg plêd da dieu & faun aquel. (22) Et es duantô in iin 
schert di, muntol in nêf, & er ses discipuls, à el dis ad els : 
Passain uia in la riua uiduard dalg leich, à muetten. (23) Et 
nauigiand els, schi s* adrumontol, & det bufs d'ora îlgleich, Si 
la nef s'impliua & eran in pi iuel. (24) Et giand els ui tiers Tg 
astdaslhaun sii dschant : Maister, maister, nus prin. Et el 
siand astdastdô sii arprendrot Fora & la fortiina da Touua, 
& stetten quaid & in aset. (25) Et dis ad els: Innua es uossa 
fe ? Et els tmand sun sthmiirafgliôs in se sues dschant: Chi 
cpaiest tii che aquaist saia? Perche el cumanda per fin er à 
las oras& à Touua, <k ubedeschenagli? (26) Et sun nauigiôs 
îlg paias dais Gadarenorum, quael chi sto incunter Galileam. 
(27) Et cura chel fiit ieu oura da la nêf in terra, schi currit 
agli incunter un schert hum de la cittêd, qusel chi hauaiuaiin 



102 l'G EUANGELI SEGUOND SAINC LUCAM 

dimuni gio bgiertijmp, & nu traiaua aint uesokimainta, né 
manaiuain chiêsa, mu ils mulimains. (28) Aquel sco el uezét 
lesum & chel hauét bragieu, schi s* bittol auaunt el & dis 
cun hota [228] uusth : Cbe hee eau da fêr cun te, lesu, ûlg 
delg hutisthem? Eau t*arou, tu num uœglias aturclêr. (29) Per 
cbe el cumandéua agli mêlnet spiert, cbel gies our delg hum. 
Per cbe el Ig* appigliêua sueus, & gniua liô cun chiadainas 
& gniua parcbiûrô cun scbeps, & hauiand el aruot Va liains 
scbi gniua el chiatschô delg dimuni îls deserds. (^) 
Mu lesus Tg dumandô dscbant : Co bsast num ? Et el 
dis Legio, per cbe elg eran ieu bgiers dimunis in aquel. 

(31) Et Tg aruan, cbel nu Ts cumandas cbe giessen îlg abys. 

(32) Et era allô un trœp da bgiers pourchs chi pasculêuan îlg 
munt, & Tg aruan cbel des tiers ad els, cbe pudessen ir in 
aquels. Et det tiers ad els. (33) Et gietten dimé Ts dimunis 
our dalg bum & antraun îls pourcbs, & Tg trœp tirô uia in fUr- 
gia à cupicbias îlg leich & es astanscbantô : (34) Et sco uezet- 
ten aqué cbi dcbiappô aquels chi perchiiireuan, schi fiigitten 
é & purtaun la nuella in la cittêd & îllas marias. (35) Et giet- 
ten oura per uair aqué cbi era duantô, & uennen tiers lesum, 
& acchiattaun Tg bum cbi sezaiua, da qusel chi eran ieu oura 
Ts dimunis, trat aint & cun saun intellet tiers Ts pês dalesu, 
de tmetten. (36) Et dschetten ad els er aquels cbi hauaiuen 
uîs, incbemœd cbe aquel era gnieu saun, qusel chi gniua as- 
tantô dalg dimuni. (37) Ettuotta la lieud da [229] Gadareno- 
rum Tg aruêuan, chel s' partis dad els par cbe chels hauaiuen 
iina granda temma. Et el siand muntô in la nêf es turnô. (38) 
Et Vg hum da qusel eran ieu oura Ts dimunis Vg hauiand aruô 
da stêr cun el, mu lesus Vg tramtét dauend dschant : (39) 
Tuorna in tia chiêsa& aresthda tuot aqué cbe deus ho fat àti. 
Et aquel tirô uia per tuotta la cittêd predgiand tuot aqué cbe 
deus Vg bauaiua fat à si. (40) Et es duantô cura cbe lesus 
turnô, cbe Vg pœuel Tarfschet, per cbe tuots Vg aspettêuan. 
(41) Et uhé é uen un bum, ad aquael era num lairus, & er 
el era parzura délia synagoga, & s' bittô giu auaunt Ts pês da 
lesu, Vg aruand chel uules ir aint in sia chiêsa, (42) per cbe 
el haues iina suîaâgliaintuorn dudesth ans, & aquella murîua. 
Et îlg ir Vg pœuel Vg stbquitschêuan. (43) Et iina duonna 
qusel era chiaschunaifla dalg âûs da saung da dudesth anns 



\- 



L G EUANGELI SEGUOND SAINC LUCAM 103 

innô, qusala hauaiua spandieu in médis tuotta la sia roba, né 

haaatua pudieu gnîr dad ûngiûn guarida, (44) giet ui tiers 

dauous, Tg tuchio Y g hur de la eia uesckimainta, & adûntrat 

3^a£Perméaa Tg fliis da sieu saung. (45) Et lesus dis : Chi m' 

ho tuchiô ? Et sthneiand tuQts dis Petrus & er aquels chi eran 

cun els : Maister, la lieud t'strainschen & t'chialchen, & tii 

disih : Chi [230] m' ho tuchiô? (4Ô) Mu lesus dis : ûnqual- 

chiûn m* ho tuchiô. Par che eau S8e ch* elg es ieu uirtiid our 

da me. (47) Et ueziand la duonna, che la chiosa non era agli 

azuppéda, schi uen ella trembland, & s* bittô giu auaunt ses 

pês, & araschuno agli auaunt tuott elg pœuel, par che chia- 

schun ella Tg haues tuchiô, de incbemœd ella adiintrat fris gua> 

rida. (48) Et el dis agli : Figlia, stô da buna uœglia, che latia 

fé t' ho fatta salua ; uo cun la psesth. (49) Et aunchia chel fa- 

flêaa, schi uen iin da la chiêsa dalg parzura da la sjnagoga 

dschant agli : Tia ôglia es muorta, nu dêr fadia agli maister. 

(50) Mu hauiand lesus udieu aqué plêd, schi arespondet el agli 

bab de la matella : Nu tmair, & craia suUamaing, schi uain 

ella ad esser sauna. (51) Et siand gaieu in chiêsa, schi nu la- 

schô el antrêr aint lingiiin cun se oter co Petrum et lacobum 

et lohannem, & Tg bab & la mamma de la mattella. (52) Et 

tuots cridaiuen & planschaiuen aquella. Et els dis : Nu crido, 

la mattella Qun es muorta, dimperse ella (éd. elle) duorma. 

(53) Et ariauen del, sauiand chella era muorta. (54) Mu el 

hauiand chiatschô oura tuots» & hauiand pigliô sieu maun, 

clamo dschant : Mattella, stô sii. (55) Et es turnô sieu spiert 

& adiintrat es aluêda sii, & cumandô che Tg dis gnir dô da 

mang(u)iêr. (56) Et ses bab et sia mamma s'insthnuitten. Et 

el cumandô ad els che [231] nu dscheâsen ad iingiiini aqué 

chi era duantô. 

ANNOTACIUNS 

Ahij's] ilg fuons. s'incligia Tg infiern. Flûs da sang] mél- 
chiœschen. 

CAP. IX-. 

(1) Mu hauiand lesufi clamô Ts dudesth schi det el ad els 
pusaunza & authoritêd sur tuot dimunis, & che guarissen ma- 



104 l'g euangeli seguond sainc lucam 

latias. (2) Et tramtét aquels che predgiassen Vg arigînam da 
dieu et guarissen Ts amalôs. (3) Et dis ad els : Nu prandé un- 
guotta par stréda, né bastun, né tasthchia, né paun, né danérs 
né haué duos arassas. (4) Et in aquaela ehiêsa uus gnis ad ir 
alnt, schi arumagné allô & da londer izendauend. (5) Etquaels 
chi nun uignen ad arschaiuer uus, gîand our da quella cittéd 
chîsthbatté er la puolura giu da uos pês in testimuniaunza in- 
cunter els. (6) Et siand ieus oura, schi giaiuen é intuorn par 
Ts chiastels, predgiand Vg euangeli, & guariand da par tuot. 
(7) Et Herodes tetrarcha udit tuot aqué chi duantêua dad el, 
& s'dubitêua par aqué che gniua dit da qualchiiins chelohannes 
fusarisiistô dais morts, (8) & da qualchiûns oters che Heliasfu[sj 
apparieu, & da qualchiûns oters che fiis qualch profet dais 
uijlgs arisiistô (9) Et [223] Herodes dis : lohannem hse eau 
sckiauazô ; mu chi es aquel, da quaei eau od tal chioses? Et 
scherchiêua dalg uair. (10) Et siand turnôs Ts apostels schi 
haun é aresthdô agli tuot aqué chels hauaiven fat. Et Ts haui- 
and prais cun el, schi det el lœ sur iin maun in iin loe deserd la 
cittêd, qusBla chi ho num Bethsaida. (11) Qusel hauiand 
sauieu Vg pœuel schi sun é ieus dsieua el, à el arfschet aquels, 
& faflêua ad els delg ariginam da dieu, & guariua aquels chi 
hauaiuen bsiing da gnir guarieus. Et Vg di cumenzêua à 
s'asthbassêr (12) & giand Vs dudesth tiers el, dissen agli : do 
cumiô à la lieud, par che giain ils chiastel&uijchs prusmauns 
ad aluschêr & ad acchiattêr da mangiêr, perche nus ischen 
aqui in iin lœ deserd. (13 Et el dis ad els: Dêd uus ad els che 
mangien. Et els dissen: Nus nun hauain pliico schinc pauns & 
duos pesths, u pœia che nus giaien & cumpran spaisa per 
tuot aquaist pœuel. (14) Et eran intuorn schinc milli humens. 
Mu el dis à ses discipuls : Fasché che aquels sezan giu, in- 
miinchia maisêda cjchincquanta, (15") & uschia fasohetten é, & 
faschetten tuots aschantér giu. (16) Et hauiand prais. schinc 
pauns & duos pesths & huzôs ses œilgs in schil, schi benedit el 
aquels & arumpet & partit giu als discipuls, che metessen 
auaunt alla lieud. (17) Et haun mangiô tuots & sun sadulôs. 
Et [233] es stô prais sii aqué chi es auanzô ad els, dudesth 
scherls da tochs. (18) Et es duantô siand el sullet chi urêua, 
eran cun e 1er Vs discpuls, et dumando aqtiels dschant : chi dian 
la lieud chia eau saia? (19) Et els arespondetten & dschetten : 



L'G EUANGEU SEGUOND SAINC LUCAM 

loannem Baptistam, & alchiûns oters Heliara, & alchiùns oters 

che saia arisiistô su lin qualch profet dais uijlgs. (20) Et el 

dis ad eîs : Mu uus chi dschais ch'eau saiàîRespondiant Simon 

Petrus dis: Tg Christum da dieu. (21) Et el Ts itnnatschô, & 

scumandô, che nu dessen dir aqué ad iingiiini, (22) dschant : 

che Vg filg dalg hum stues indiiror bgier, & gnir arfiidô dais 

seniours, & dais parzuras dels sacerdots, & dais scriuauns, & 

gnir amazô,& îlg ters di arisiistêr. (23) Et el dschaiua à tuots: 

sch'iin qualchiûn uuol gnir dsieua me, schi sthnêia sesues, 

& porta inmiinchia di sia crusth & uigna dsieua mê. (24) Per- 

y, che aquel chi uuol saluer sia uitta,uain à perdar aquella. Mu 

'A aquel chi perda sia uitta parmur d'raê, aquel uain à la 

\ fêr salua. (25) Perche che auaunza Vg hum, sch*el aguadagna 

\ Vg uniuers miiond,& perda se sues u fo iina persa da se sues? 

\(26) Per che aquel chi s'trupagia da me & da mes pieds, da 
quel uain er Tgfilgdelg hum à sUrupagiêr, cura chel nain in 
sia maiestêd, & delg bab, & dais sencs aungels. (27) Mu eau 
dich à uus uairamang che sun qualchiiins chi staun aqui, chi 
nan [234] uignen ad assagiêr la mort influa che uignen à 
uair Vg ariginam da dieu. (28) Et e? duantô che intuorn oick 
dis dsieua aquasta uerua el ho prais Petrum& lohannem et 
lacobum, et es ieu siin un munt par urêr. (29) Et intaunt chel 
urêua, schi es la fuorma da la sia fatscha duantêda d'iina otra 
guisa, et la sia uesckimainta alua, et sterliiisciiainta. (30) Et 
uhé duos hummens chi faflêuan cun el : quaels eran Moses et 
Helias, (31) quaels siand apparieus in maiestaed dschaiuen la 
sia fin qusela chel gniua à cumplir à Iherusalem. (32) Mu Pe- 
trus et aquels chi eran cun el, eran aggrauôs delg sœn. Et 
siand astdastdôs sii, schi uezetteu é la sia maiestêd, et duos 
hummens chi stêuan cun el. (33) Et es duantô, cura che ti- 
raun uia dad el, schi dis Petrus à lesu : Maister, elg es bœn 
che nus stetten aqui, et fatschen trais tabernaquels, iin à ti 
et lin à Mosi, et iin ad Heliae, nu sauiand l'he el dschaiua. (34) 
Et faflant el aqué uen.ûna niifla et Ts cuurit : et tmetten an- 
trant els in la niifla. (35) Et uen iina uusth our de la niifla 
dschant : Aquaist es mes filg chiêr, aquel udi. (36) Et intaunt 
che duantô la uusth, schi s' acchiattô lesus suUet, et els ta- 
schetten, etnun dschetten ad iingiiini in aquels dijs qualchiosa 
da quellas chioses quœlas chels hauaiuen uis. (37) Et es duantô 




106 LG EUANGEU SEGUOND SAINC LUCAM 

îlg di suainter, gniand els gia dalg munt, che gnit agU in- 
cimter bgier [236] pœuel. (38) Et uhé un hum delg pœuel 
clamo dschant: Maister, eau t'arou, tu guardas tiers mes ûlg, 
per che eau h» aquel sul, (39) et uhé Vg spiert Tg appîglia, 
et subitamang breig'el, & Vg tsrastcha cun sthbêua, et cun êgra 
s'parta dadel Vg dstrat8chant,{40) et eau hse aruô tes discipuîs 
che dsthchiatsthen aquel, et nun haun pudieu . (41) Mu 
arespondiant dis lesus : o naciun infidela et cuntrêdgia, cun 
dich daia eau stér tiers uus, et cumportêr uus? Maina nô 
aqui tes filg. (42) Et aunchia gniand nô schi Vg dstratschô 
Vg dimuni, et Tgdecipô. Mu lesus arprendctTg mêlnet spiert, 
et guarit l'g raattel et Vg det â ses bab. (43) Et tuots sMn- 
sthnuiuen délia granda glœrgia da dieu. Mu s'asthraiiraf- 
gliand tuots délias chioses quaelas chel faschaiua, sch[i] dis el 
à [s]es discipuîs : (14) Matté aquaists pléds in uossas uraglies. 
Per che che a uain à gnir che Vg filg delg hum uain à gnir 
dô in mauns délia lieud. (45) Et els nun incligiauen aquaist 
plèd, e era azuppô ad els, par chels nun incligiessen aqué, & 
tmaiuen dalgdumandêr da que plêd.(46)Et antrô traunter els 
iin pissijr quœl dels fiis l'g mer. Mu lesus veziand Vg 
pissijr da lur cours, prandét iin mattel,& Tg mattét dspera 
se, (48) & dis ad els : Scodûn queel chi arschaiua aquest mat- 
tel in mieu num, aquel arschaiua me. Et scodûn qusel chi 
arschaiua me, [236] arschaiua aquel chi ho tramis me. Per 
che aquel chi es Vg mender traunter tuots; aquaist uain ad 
esser l'g grand. (49) Et arespondiant loannes dis: Maister, nus 
hauain uis iin dsthiatschand dimunis suot tieu num, et l'g 
hauain scumandô, per che el nu uain dsieua cun nus. (50) Et 
lesus dis ad el : Vus nu daias scumandêr. Per che aquel, chi 
nun es incunter nus, es par nus. (51) Et es duantô che intaunt 
s'cumpliuan l's dis chel daiua gnir prais dauend da qui, schi 
aflfermô el la sia scheera da uulair ir â lerusalem, (52) et 
tramtet auaunt el duos mes. Sa giand, schi antraun els in la 
cittêd dais Samaritauns par appinêr agli. (53, Et nu l's haun 
arfschieu, per che la sia scheera era dad ir à lerusalem. (54) Et 
hauiand uis aqué ses discipuîs lacobus & loannes, schi dschet- 
ten é : Signer, uuost nus dian che l'g fœ uigna giu da schil & 
l's cosiima, sco er Helias faschét? (55) Et siand lesus uuot 
incunter els, schi Vs imbitô el dschant : Vus nu sauais da che 



l'g EUANGKLI SEGUOND SAINC LUCAM 107 

spiert che uus i8ches.(56)Per che Tg filg dalg hum nun es gnieu 
par pêrder las hormas della lieud, dimperse par las saluer. 
(57) Et traun uia in un oter chiastiig. Et es duantô siand els 
in chiamin per la uia ch*iin schert ho dit ad el : Eau uœlg ir 
dsieua te innua che tii mse uses. (58) Mu lesus dis agi! : Las 
uuolps haun furaclas, à Vs utschels dalg sohil lur gnieus, mu 
Tg ôlg delg hum nun [237] ho innua chel apôza sieu chiô. 
(59) Et dis ad iin otter : Vitten zieua me. Et aquel dis : Si- 
gner, lascham priim che eau giaia & seppulescha mes bab. 
60) Et lesus dis agli ; Lascha ch'els morts seppulleschan lur 
muorts, mu tii uo & predgia Tg ariginam da dieu. (61) Et iin 
ôter dis : Signer, eau uœlg ir dsieua te, mu la[8]chiam uiuaunt 
ir à prender cumiô da quels chi sun in mia chiêsa. (72) Et 
lesus dis ad aquel : Ungiiin quel chi hô mis sieu maun alg 
arêder & guarda in auous, es sufficiant alg ariginam da dieu. 



CAP. X 

(1) Et dsieua aquaistes chioses scharnet l'g signer er oters 
sataunta & tramtét aquels duos à duos auaiint el, in scodiina 
cittêd & in scodûn lœ, inaquael el era par gnir, (2) & dschaiua 
dime ad els : La mes es bain bgierra, mu Ts lauurains sun 
pougs. Aruô dimè Tg signer delà mes, chel astumpla lauurains 
in sia mes. (3) Izen, uhé eau tramet uus, sco Tsagnels traun- 
ter Ts lufs. (4) Nu purtô cun uus iin sacchiet né tasckia né 
cuzamainta né saludo iingiiin per la uia. (5) Et in aqusela 
chiêsa uus giais aint, schi dsché Tg priim : La paesth saia ad 
aquaista chiêsa, (6) &schi allô u ai n adosser iin filg de la psesth, 
schi uain la uossa à pusêr siin aquel ; schi nun, schi uain psesth 
ella à turnêr à uus. (7) Et in aquella chiêsa aru ma- [238] -gné 
mangiand & bauand aqué chi uain dô dad els. Per che Tg lau 
[u]raint es uengiaunt da sia paiaglia. Nun izen daTtina chiêsa 
in Totra. (8) Et in aqusela cittêd che uus antres, & ched arschai- 
uen uus, schi mangiô aquellas chioses chi uignanmissas auaunt 
à uus,(9)& guari Tsamalôs chi sun in aquella, & dsché ad els: 
Tg ariginam da dieu es aprusmô in uus. (10) Mu in aquela 
cittêd che uus antrses, & che nun arschaiuen uus, giand oura 
in las sias plazzas, dsché : (11) Er la puolura qusela chi es 



108 L G EUANGELI SEGUOND SAINC LUCAM 

arantêda uia à nus de la uossa cittêd, terschain nus giu in 
uns, & inaperscbo saué aquaist, clie Pg ariginam da dieu es 
aprusmôin uus. (12) Eau dich à uus, che à Sodomis in aquel 
di uain ad esser plii aremischiun co ad aquegli cittêd. (13) 
Vse à ti, Corazin, u» à ti Bethsaida, per che schi en Tyro & 
Sidone (éd. Tidone) fiissen fattas aquellas uirtiids, quaelas chi 
sun fattas in uus^ schi hauessen ellas aqui dauaunt seziand îlg 
saick & îlla schendra fat pentijncia da lur putrœgnas. (14) 
ûnguotta taunt main à Tyro & à Sidoni uain ad esser plu 
aremischium îlg di d'giûdezza co à uus. (15)Ettû,Capernauin' 
qusela chi ist adhuzêdainôna alg schii, uainst àgnir abbasêda 
inûnaalg infiern.(16) Quel chi oda uus, oda rne,& chisthbitta 
uus, sthbitta me, & chi sthbitta me, sthbitta aquel chi ho tra- 
mis me. (17) Et Ts settaunta sun turnôs cuii algrezchia, 
dsohant: Signer, errsdimu-[239]-nis très tieunum sun subiets 
à nus. (18) Mu el dis ad els : Eau uezaiua tumand Tg satanana 
sco la seijta giu da schil. (19) Vhé eau dun à uus puzanza da 
zapper sii las zerps & sii Ts scorpiuns, et su scodiina uirtûd 
delg inimich, & nun uain à nuoscher ûnguotta à uus. (20) 
Imperscho nu s'allegrô in aqyé chels spierts sun à uus subiets, 
dimperse s' allegro che uos nuras sun scrits in schil. (21) In 
aquella prœpia hura s'allegro lesus îl spiert & dis : Eau in- 
grazch te, bab, signer dalg schil & de la terra, chetii hes azupô 
aquaistes chioses als sabbis & als pardêrs, & las hesf scuei- . 
tas als pitschens, schert schi, bab, perche elgho uschia pla- 
schieu auaunt te. '22) tuottes chiôses sun dêdas à mi in maun 
da mes bab, & ûngiun nu so (éd. fo) chi es Vg filg oter co Tg 
bab, & chi saia Tg bab, oter co Tg filg, & à chi Fg filg uuol 
manifester. (23) Et siand uoud incunter Ts discipuls sur 
un maun dis : Bios Ts œilgs, quaels chi uezen aqué che 
uus uezais. (24) Per che eau dich à uus, che bgiers profets 
& araigs haun uulieu uair aqué che uus uezais, & nun 
haun uîs, & udir aqué che uusudîs, & nun haun udieu. (25) 
Et uhé iin illatrô délia lescha aluô sii Tg appruand & dschant : 
Maister, che daia eau fer par hauair la uitta seterna ? (26) 
Et el dis ad el : in la lescha che sto scrit? inchemœd iigias 
tu ? (27) Et aquel arespondiant dis ; Ama Tg signer tieu dieu 
cun tuot tieu cour & cun tuotta tia horma & cun tuotta 
tia pusaunza [240] & cun tuot tieu intellet, & tieu prossem 



L'G EUANGELI SEGUOND SAINC LUCAM 109 

SCO te dues. (29) Et aquel uuliand fêr giiist se sues dis à lesum : 

Et chi es mes prossem ? (30) Et arespondiant lesus dis : un 

schert hum gniua giu da Jérusalem à lericho, & s'inbatét îls 

saschîns, quasls Tg spugliaun er da la uesckimainta & Tg hau- 

iand dô plêias tiraun uia laschand aquel mez mort. (31) Et es 

dchiappô che un sacerdot gniua giu par aquella uia, &hauiand 

uis aquel schi passo inauaunt. (32) Sumgiauntamang er iin 

Lieuita giand daspera aqué lœ, & siand ieu ui tiers & Tg hau- 

iand uis, schi es er el passô inauaunt. (33) Mu iin schert Sama- 

i-itaun faschiand uiêdi uen tiers el, &> Vg hauiand uis schi s(i)' 

amuentô el cun cumpaschiun, (34) & giand tiers el Tg lié sii 

sias plêias : mettand aint œli & uin, & Tg mettand sii sieu giu- 

maint, Tg mnô in Thustaria & Tg chiùrô. (35) Et îlg di dsieua 

giand dauend det oura duos danêrs & Ts det agli hustijrr & dis 

agli : Hêgiast chiiira da quel, & tuot aqué daconder insii che 

tu mettas cuost, cura ch'eau tuora schi uœlg eau arender à ti. 

(36) Qusel dimê da quaists trais sumaglia à ti, chi saia stô 

prossem ad aquegli che sMmbatét îls saschlns ? (36) Et aquel 

dis : Aquel chi ho adruô raisericorgia cun aquel. Par aqué 

dis lesus agli : Vo & fo er tii aquel Tg sumgiaunt. (38) Et es 

duantô intaunt chels giauen chel antrô in iina scherta terra. 

Et [241] iina scherta duonna cun num Martha l'g prandét 

aint in sia chiêsa, (39) et aquaista hauaiua iina sour cun num 

Maria, la qnsela er seziand tiers Ts pês da lesu attadlêua sieu 

pied. (40) Et Martha hauaiua da fêr eu la bgierra massariala 

quaela gniand no, dis : Signer, nun hsest arinchiiira che mia 

sour lascha me ch'eau suletta fatscha la massaria ? Di dimê ad 

ella, chela m'agiiida. (41) Mu arespundiant lesus dis agli : 

Martha, tii ist pisirusa,& t'daest fadia cun bgi^rras chiôses.(47) 

Mu imperschoiinasula chiosa es bsugniui»a. Et Maria ho schar- 

nieu la part buna, qusela chi nu uain praisa dad ella. 

ANNOTACIUNS 

Giumaint] es scodiin bisth chi lauura. Leuiia] Leuits eran 
d'iina sclatta da Israël da quaela chi gnuian fat Is' sacerdots. 
duos danêrs] ualaiuen intuorn 15 cr. 

Jacques Ulrich. 
(A tuivre.^' 



JAC. GOHORII PARIS. DE REBUS GESTIS 
FRANCORUM LIBER XIII. — LODOICUS 
XII REX LVI. 



(Suite) 



Ëodem fere tempore memorabilîs res ana extitit^ toto A.lexan- 
dri pontiûcatu: illius inter reges Hispanise ac Lusitanias arbi- 
trium finium inregionibus nuper ab utroque repertis regundo- 
r^m^ Is statuit ut, a septentrionibus ductain australem polum 
recta linea, quae pars orbis in Oceano ad occideiitern esset 
Hispanis cederet, [Fol. 35] qusB ad Orientem Lusitanis. Pri- 
mus autem (ut paucis rem complectar, quaatum operis sus- 
cepti ratio sinet, naaxitnam atque pulcherrimam) *, Columbus 
Ligur, peracri vir ingenio, Ferdinandutn regem ad peragran- 
das insulas orbis terrarum semotissimas induxerat, iis valde 
auctuna iri imperium conûrmans. Disserebat sibi jam longis 
peregrinationibus maritimis conspectum, fabulas esse quas ab 
antiquis traduntur, quinque cœli zonis globum terr» cingi 
universum, quarum duae extremse terrain subjectam frigore 
incultam animantibus efficiant, média, aestu intolerabiii ; nul- 
lum enim esse tractum vitalis aurae expertem. Itaque, régis 
jussu instructis navibus conscendit et ad Fortunatas Insulas 
delatus, inde ® XXXIII dies occidentem versus navigans in- 
sulas VI reperit quarum duas magnitudinis ingentis, ubi lus^ 
ciniae mense septembri canebant, ubi homines nudi, miti in- 
genio, canes muti, psitacci varii coloris, vellera sponte in mon- 
tibus nemoribusque nascentia, saxi praeduri loco ferri usus, 
auri tantum in auribus naribusque pe.nduli. Primam Hispa- 
niolam nuncupavit, in qua, propter soli bonitatem, oppidum 
condidit : ibi ab incolis intellexit se a Zemibus suis oraculo 
accepisse pauci» ante annis, sic deos appellantibus, fatalem 
SU8B regioni gentem vestibus indutam adventare. Ibi arbores 

' Arbitrium Alexandri inter Hispanise et Liisitaniee reges. 

2 Golximbus. 

3 Hispanorum in Oceano orbis novi victorise. 



DE REBUS GESTIS FRANCORUM 1 1 1 

nuUo tempore frondibus spoliari quibusabundent,nullatameD 
earuiDy prseter palmam pinumque,[Fol.35 v®] nobis cognita: 
se ex duobus specubus natos putant. Altéra autem in insula, 
Cuba nomine, insulares aetatem auream agere, nullum agri 
modum nosse, nec leges née judicia habere, in dies vivere. 
Inde alias insulas lustravit, trucium incolarum canibalium hu- 
manis carnibus vescentium, fs8minis abtinentium, ubi aer adeo 
temperatus ut mense decembri aves alise nidos ponant, aliœ 
educent puUos. Hispanis ultra tendentibus objecta est conti- 
nens meridiem versus, ubi fseminss virum passse, virgines 
minime^ muliebria tegunt, viri genitalia, cucurbita vel marina 
concha : regem suum populi honoris causa subiimem humeris 
gestant : in interiore regione gens capillo promisse, auro gem- 
misque ornata, vino utitur ex fructibus quibusdam suavi. Her- 
barum sesuccopullo ceruleoque infectam, in prœlio horribilio- 
rem reddit ; deinde gens inventa cadavera regum et procerum 
siccata asservans, eorumque pulvere cibos, honoris ergo, con- 
diens. Postremo Hispanis ad meridiem iter flectentibus, vertex 
australis emicuit quatuor miriâee fulgentium stellarum série, 
ubi semper impubères proceri homines pugnacesque^ ubi alise 
arbores materîam ferunt tingendis lanîs idoneam, alise in si- 
liquis lanam brevem ad farcienda strata commodam. Mulieri- 
bus adulescentibus parire indecorum ducunt, herbaque iis, se 
conceperint, abortum procurant; ubi flos exaruit, licet. Cum 
regemortuo uxores amantissimse sepeliuntur: [Fol. 36] circa 
paludes in arboribus habitant; aurum in âuviislegunt librali 
quinque pondère. In Cubana, Cumana, Tevaraque insulis gem- 
mas urinatores expiscantur quse matronarum Hispanarum 
mundum copiose auxerunt. Ceterse gentes postea subactse ab 
Hispanis vestium cultu, oppidorum nobilitate, hominum fre- 
quentia, bellàndi studio, superioribus longe prsestant; auro 
adeo abundant ut parietes templorum sediumque regiarum eo 
incrustent, vasis aureis loco œneorum fictiliumque nostrorum 
passim utantur. His adjecerunt Messicum sibi vectigale, Te- 
misianse gentis oppidum egregium, cum magno terrarum spa- 
tio sub Cancro sito*. Quibus si quos ad australes terras Er- 
nando Maglaiane duce Lusitani subegerunt, addiderimus, vix 

^ Maglaianes. 



112 JAC. GOHORII PARIS. 

ullus antiquorum hominum labor eorum industriam œquave- 
rit. Is enim, classe Hisjpanica, initio in Austrum flectens ultra 
mediam cœli conversionem, magna audacia inauditaque, si 
vixisset, felicitate ad poli australis altitudinem, nostro Arctici 
parem, provectus, freti Maglaianis a suo nomine nuncupati, 
augustiis cco m. passuum in longitudinem emensis, iterum ad 
médium cœlispatium se convertit, deinde ad aurorse populos 
atque insulas Molucas odoratarum arborum plenas médium 
complexus globi spatium pervenit, ubi pugnans interiit. Comi- 
tés universi orbis terrarum navigatione triennio confecta, uno 
quoque anno (ut Bembo historico videtur) * die uno longiore, 
in Hispaniam redierunt *. Hoc aliqui tribuunt Sebastiano Cano 
incolae Guetariae provincise G-uipuzcoa, navi vecto quse ob ce- 
leberriinum cursum Victoria nuncupata est. At aliter quam 
Bembo geographis placet: si ea circuitio décennie absolvatur 
vel si mense etiam uho fieri possit, unum semper diem su- 
perfuturum ab occasu in ortum tendentibus, e contrario pro- 
gredientibus unum defuturum. Alla ex parte Lusitauorum 
classis in austrum ab [Fol. 36 v**] Hesperidibus conversa 
Africaeque promontorio quod Bonse Spei appellant, trajecto, 
Œthiopiei Oceani se piimumostendentibuslittoribus ad Cepha- 
lam ', continentem Nigrorura terram appulit, auro ditissimatn 
quod interiores eo important populi, ut rébus aîiis permutent, 
ibique arcem condiderunt. Inde ad Mozambicemregionem de- 
lati, portu egregio et advenarum fiequentia nobilem, propu- 
gnaculo extructo, ea potiti sunt : cujus incolae labro inferiori 
perforato ossula aut gemmas, ornamenti gloria, appendunt. 
Quilose deinde regnum, expulso rege, occupaverunt: aliis 
post hos relictis populis,Mare Rubrum ingressi, compluresni- 
grorum fortium bello civitates adeunt,qui puellis natis statim 
naturam consuunt, urinae tantum exitu relicto, ul prima sit 
viricura nuptis eas oras ferro interscindere: tanto in honore 
apud barbaros non ambigua uxorum ducendarum virginitas! 
Lusitanis postea transgredientibus, Zides se oppidum obtulit 
amplo cum portu, quo populi Indici suas merces convehebant 

1 Lusitanorum in orbe novo victorise. 

2 En surcharge. 

3 Addition marginale. 



DE REBUS GESTI8 PRANGORUM 113 

unde^gjptii Alexandriam, Alexandria Yeneti saam in urbem 
quotanis incredibili auri proventu perferebant; quas Lusitani 
Oljsipponem averterunt. Denique ad complures Arabici, Per- 
sici, Indîcique Oceani insulas, atque ad innumeros continentis 
portus profecti, sjlvis felicibus odorum omni génère, ebore, 
argento, auro gemmis beatis se [Fol. 37] intulerunt, et Colo- 
ciiete oppido,prœliis secandis factis etmunitionibusinstitutis, 
in potestatem redacto, eas regiones tenuerunt. Taprobaneque 
insula longissime perterguro relicta,sui régis signa, quo nemo 
unquam penetraverat, fortissime prosperrimeque detulerunt. 
runt. Yeneti) sub hos quos conscribimus Italise motus^ hisce de 
rébus Pascalici, apud Emanuelem Lusitanisd regemlegati, lite- 
riôs certiores facti, maximum animis dolorem conceperunt, 
quoniam ablatam sibi perspiciebant facultatem mercium exoti- 
carum ac peregrinarum ex Àrabia Indiaque nostro orbi ven- 
ditandarum, fructuque, quem perpetuum speraverant, amplis- 
simo fraudabantur. 

Ânno porro Christianismi quingentesimo primo, Lodoious, 
antequam se ad Neapolitanam expeditionem accingeret, 
cum rege Romanorum Maximiliano, Tridenti, per proregem 
Ambasium pacem facere conatus, inducias complui*ium 
mensium obtinuit, Arcbiducis filii opéra, qui in Belgico * 
fraudari se mercaturœ cum Francis commercio belli tempore 
segre ferebat : leges praecipuse erant pacis ejusmodi,ut Maxi- 
milianus, diplomate Mediolanensis ditionls Lodoico qui dux 
declaretur, concesso, in suo ipsum Neapolis jure ne interpel- 
laret ; ipse in diademate imperatorio ei, more institutoque 
majorum, a pontifice maximo Romse imponendo, auctoritate 
opibusque suis prœsto esset. De Claudia filia unica nuptui 
Carolo Philippi âlio danda Insubriaque dotis nomine tra- 
denda sermones fuisse quidam produnt ; verum is Fer- 
nandi Hispanise régis ôliam uxorem duxit. Disceptatio inter 
eos capitum quorumdam [Pol. 37 v°], quse longafore videba- 
tur pacem tum distulit. At in ea compositione Maximiliani 
fides laboravit, nulla mentione Federici régis more suo facta, 
a* quo quadraginta millia aureorum nummûm acceperat, et 
stipulatione pensionis XY millium annuse, moturum se in In- 

* Inducise cum Maximiliano . 



114 JAC. GOHORII PARIS, 

subria bellam receperat, quo Francorum arma distineret. 
Lodoicus a Germaniœ motibus securitate domi paria, unde 
certain flrmamque pacem per Archiducem brevi sperabat, jam 
Neapolim cogitât. Jus in ea Ferdinandus sibi asserebat, prop- 
ter quod Caroli tempore de divisione illius inter eos consilia 
fuerant agitata : hœc adeo renovantur, ut Franco Neapolîs, 
cum reliqua subjacente provincia, Hispano Apulia et Calabria 
cederet, Legati utriusque, qui Romœ erant cum pontifice, 
rem agerant quoniam bellum hoc principes sui suscepissent, 
studio in Thracium tjrannum inde transmittendo ut inter eos 
litem componeret, ne Francus amplius Siciliœ Rex, Neapolis 
vero Hierosoljmarumque Rex appellarentur. Hanc appella- 
tionem Federicus II Romanorum imperator rexque Neapolis 
ab uxore, Joannis âlia, et reges Cjprii ex Lusiniana familia 
falso usurpaverant. Jus autem in Neapoli Ferdinandi paucis 
exsequamur : Alphonsus Âragonisd rex Neapolim, non Ara- 
gonico, sed peculiari jure adeptus, Ferdinando spurio dona- 
verat: apud Joannein legitimum [Fol. 38] fllium Aragoniique 
regni heredem Joannisque âlium Ferdinandum hune, tacita 
hsdc querela mente al ta reposita manserat, cogitantes tamen 
regnum illud Aragonii regni armis opibusque partum fuisse. 
Ferdinandus Hispanico astu patientiaque animum suum hac- 
tenus texerat, nullis propinquitatis offlciis cum Ferdinando 
Neapolitano liberisque successoribus prsetermissis, quinetiam, 
nova affînitatis necessitudine adauctis, Joanna sorore Ferdi- 
nando collocata, ûliaque ûlio ejus oblata. Quibus Hispanus 
artibus efûcit quominus Neapolitano sua regni affectati 
cupiditas innotesceret : mandavitque suo apud pontificem 
oratori ut fœdus cum Franco percussum, quoad Romam 
ejus exercitus adveniret , occultum teneret * . Jam, hoc 
fœdere inito, ad bellum Neapolitanum rex accingitur, a se 
quidam susceptum ne quid juris sui per socordiam aut 
ignaviam dereliquisse videretur : memorabile quidem 
bellum in progressu duurum inter se bellicosissimarum 
gentium Francise ac Hispanise, sub ducibus quoque militiae 
laude clarissimis contentioae, quum initie Lodoicus et Ferdi- 
nandus utriusque reges in societatem belli simul ac victoriae 

< Bellum Neapolitanum. 



DE REBUS GËSTIS FRANGORUM 115 

coîissent, nempe at communibus armis Neapolim adversus 
Feâericnm Âragonium aggrederentur iisque partum regnum 
inter se partirentur. Ferdinandas hic [Fol. 38 v^] jura san- 
guinis yiolavit imperii gratia, dum ûnium propagandorum 
cupidini futilem causam prœtexit, voluisse propinquamregem 
Neapolim suam Franco extero potius quam sibi stipendiariam 
facere : immemor tum saperbœ a legato sao belli denuntia- 
tionis (qaam sapra commemoravimus) adversus Lodoicam, si 
quid contra gentilem suum Aragonium moliretur. Lodoicum 
igitur Armeniacum^ ducem Nemorensem, rex Francus exer- 
citui summa auctoritate prddflcit, adjutore addito Aubignio 
cum viginti millibus peditum (Ferrono auctore) et quadrin- 
gentis equitibus more francico numeroque instructis (Alii 
mille équités, decies mille pedites numerant). Tum Italie» 
Francorum copisd Borgiam desernerunt ut se suis conjun- 
gerent. Armeniacus Mediolano per Hetruriam profectus, pa- 
cata ubique loca Borgïse opéra nactus, Columniis in transitu 
coercendis curam $tdhibuit qui Francis taminfldî fuerant,oppida 
eorum arcesque partim tI, partim deditione cepit, ao Borgi», 
exfœdere, tradidit. Jordano quoque Ursino, qui,nulladeterritus 
fortun» varietate, Francis fldem inviolatam servaverat, Talie- 
quitium et Allam adempta illi factione partium, restituit, 
prsedamqne Columniis ereptam liberallter ei contulit. Postea, 
in trajeotu Lyris fluvii, obvius hostium exercitns nonnibil 
Francos turbavit : sed Aubignio vociférante et Francis equi- 
tibus jactantiam exprobrante [Fol. 39] « qua se paucis ante 
diebus solos profligaturos hostem prœdicabant », accensi ira 
pudoreque turmatin irruperunt Aragoniosque nulla mora in 
fugam verterunt. Capuainde tentataest, cui prseerat Fabritius 
Columna cum trecentis cataphractis equitibus aliquotque 
levibus et tribus millibus peditum : éo invite Neapolitani 
passim in Francorum castra commeabant: venit ipse in coUo- 
quium cum Aubignio. At quum Aubignius velut jam victor 
conditiones graviores ferret, Fabritius re adhuc intégra anci- 
pitem potius belli eventum expectare statueret, Borgia prse- 
sertim pacis consilîà turbante, nihil actum est. Qui quidem 
cum stipatoribus suis solum et quibusdam nobilibus sui comi** 
tatus hominibus castra sequebatur. Postero die Franc! machi- 
nis urbis mœnia quatiebant ; cives Columnas hortatu fortiter 



1 



1 1 6 JAC. GOHORII PARIS. 

piimoB impetus gastinerant. Hanc Franci, indignatione ûa- 
grantes ob nantiog procerum Neapolitanorum Romam ad 
semissos a Golamna interceptos ocoisosque, aorius oppugnare 
cœperunt ; adeo ot oppidanî militesque suis jam viribus diffisi, 
qua iter patuit, saluti consuluerint ; Fabritius ubi effusam suo- 
rum fugam videt, equo urbe evectas, a Francis insequentibus 
in castra reductus est. Capti qaoque Ugo Cardonius etRenac- 
cius Martianus; Oampani diripiuntur, Àragoni maie mulctan- 
tur. Aiunt monstrum illud teterrimum, [Fol 39 v®] Borgiam, 
in tarri qua puellœ civitatis virginesque sacr» confugerant 
singularum inspectorem curiosum fuisse^ quaeque forma prœs- 
tantiores visae, eas in Ubidinis usum abduxisse ' . Is antea, puel- 
lam eximiœ pùlchritudinis ex Ëlisabetœ Metaurensium ducis 
comitatu, quœ ad Carratum maritum reipublicœ militibus prsB* 
fectum deducebatur, quum nec precibus nec pretio pellere 
potuisset, amoris farore ad vimcon versus, in itinere intercep- 
tam rapuerat eaque per scelus potitus erat ; quam quidem^ 
neque senatus Veneti neque legati regii repetentium monitis, 
ut redderet potuerat adduci. Lucretiam Borgiam sororem, 
ne quid intentum prsBtermitteret, Jovianus Pontanus carminé 
notât Alexandri flliam, sponsam, niirum fuisse. Actius quo- 
que Sjncerus, egregius poeta, a pontiûce Borgiaque victos 
ait Nerones, Caligulas, Heliogabalos Lucretia autem ista, 
horum Italicprum motuum tempore, tribus maritis defuncta, 
novissimeque vidua filii Gismuudi Bisoeliorum principis, Al- 
phonsi NeapoUtani régis nothi (quem Borgia frater trucida- 
verat)Jam Aipbonso, ducis Ferrari» Herculis Ëstensis (alii 
Atestini) ûlio natu maxime, desp on sata fuit, millibus aureorum 
nummorumdotisnomine numeratiscumaliismuneribusampUs- 
simis : turpe profecto indignumque tam illustri familia matri- 
monium, nisi fortasse [Fol. 40] tum Régis Franoi» auctoritas, 
tum formidabilis Borgise ambitio, quse nullis terminis contineri * 
videbatur, prœmonere Ferrariensem debuerunt. Marcianum 
Sancium Vitellocius, quo fratris manibus parentaret, veneno 
vulneri indito tollendum curavit. Fabritium lordanes Ursinus 
Francis carissimus, spon^^ione more redemptionis intra très 
menses persolvendse, nequicquam contranitente Borgia libe- 

< Borgiœ libido. 



DE REBUS GKSTIS PRANGORUM 117 

ravit. Neapolis deinceps reoepta : FederiouB copiis exutus 
consiliique inops relicto regno deditisque arcibas stipulatus * 
annuos sibi a rege proventus, certasque pensiones ; qaarum 
rerum Aubignio se sponsorem adhibente, ipse,avecta ex pacto, 
prœter tormenta a Carolo relicta, omni supellectile, cum 
Aubignii literis in Franciam YI triremibus trajecit. Interea 
Consalvas, teoto consilio simulataque amicitia, Brutiis et 
Apulis imininebat,a quo Federicus opem frustra implora verat. 
Illum enim Federicas, qunm renuntîatum sibi esset Francos tam 
terrestriitinere Aubignio dace quammaritimoprsBfecto Raves- 
il no adventare, cujus classe Genuensi trium magnaram na- 
vîum^ sexdecim mediocrium cum aliis multis minoribus, alla 
classis Massilia solvebat sese propediem adjunctura ; Illam, 
inqnam, Consalvum rex Neapolitanus, qui Hispanica arma ami- 
citiae specie contra se parata ignorabat, cum Ferdinandi classe 
simalatione auxilii ferendi Sicilise littoribus hadrentem, ut Caie- 
tam veniret, rogaverat : ne hic nos cum Guicciardo et rogasse et 
dolos propinqui illum non latuisse, pugnantia interse, dicamusl 
[Fol. 40 V®] Consalvusaliquot Calabrisd oppida praetextu secu- 
ritatis copiarum saarumanimo partem hanc suam sine vulnere 
occupandi obtinuerat. Cujus copiis ad suascoactis, quas sep tin- 
gintorum equitum gravis armatur8B,sexcentum levis, militum 
sexmillium existimabat^ spera verat se, collatisquidem signis, 
Francorum vires facile propulsaturum, de auxiliis Turcarum 
imperatoris propter moram desperantium. Utautemfraudibus 
obviam iret, principes Bissiniani Meietique, coiloquii arcani 
cum Calatiœ comité qui in Francorum castris erat^ suspectos, 
in carcerem conjecerat : âlium, ut si quid sinistri accideretin 
tuto esset, Tarentum miserat. Ipse cum exercitu,Neapoli Pros- 
père Column8ô,CapuaFabricio commissa, Averssa tanquam ad 
claustra regni tutanda nequicquam consederat. Nec jam, iis 
rébus animadversis, mirum esse cuiquam potest Federicum ad 
Francum regem, verum hostem, proûcisci quam ad Hispa- 
num consanguineum , a quo se ingratîssime ac iniquissime 
proditum querebatur, confugere maluisse. Lodoicus non so- 
lum redditibus ^ annuîs XXX millium aureorum nummoram 



* Federici régis deditio. 

* Lodoici régis hnmanitas. 



118 JAG. GOHORII PARIS. 

looupletavit, quo sibi ornatissimum comitatam aleret^ sed 

Andium ducatam, oppidis, villis hortisque amœnissimis cir- 

cumsitum, dédit : ob quœ identidem feliciorem se reg^o 

adempto quam integro dictitabat. Neque enim ad tempos ea 

liberalitas fuit : expalsis etiam regno Neapolitano Francis, 

idem honos, eadem omnia; [Fol. 41] quinetiam a rege consi- 

liis intimis adhibitus est, regioque more velut regnaret caltus. 

Gonsalvus vero, nulle Marte, Bruttium et Ferdinandi régis sui 

ditionem ex composite redegit (ne Francis cum Ferrono uno id 

arrogemus) eosque eventu Alphonsum Federici filium adoles* 

centem natu maximum Tarenti obsedit;qm) quum certa liber- 

tatis conditione urbem inexpugnabilem reliquiisque paterni 

exercitus munitam dedidisset, contra jurisjurandi religionem 

captus et in Hispaniam ^, ut unicus Neapolitani regni hsares 

custodiœ traderetur, transmissus; reliqui liber! in Ischiœ arces 

relicti sunt, quam in sex menses, Federicus sibi suisque exoe- 

perat, iique, cum miserabili totius Ferdinandi primi posteri-^ 

taie ibi collecta, luctuosissimum spectaculum calamitosae reg^iœ 

prsBbebant. Prœter enim Federicum regem ipsum clarissimo 

tune regno spoliatum liberosque parvulos, de quarum sorte 

magis quam de sua soUicitus erat, adorât soror Beatrix, Mat* 

thiœ celleberrimi Pannonise régis, uxor,eoque yitafuncto,Uia- 

dislai Boemisd régis, qui post regnum illud ejus ope oooupa- 

tum voti compos miseram repudiaverat, Alexandrique pontl- 

ûcis permissu aliam duxerat ; aderat Isabella, nuper Medio- 

lani dux, eodem pêne tempore marito, ducatu, unicoque filio 

orbata. Non omittam hoc loco exemplum singularis rarissiml- 

que hodie ûlii erga parentem amoris memoratu dignissimuoi, 

nempe unius e liberis Giberti Monpenserii [Pol. 41 v**], Caroli, 

ea in regione legati,qui, qum Puteolos sepulchri paterni visen- 

di causa concessisset, prse mœrore animi, lacrjmis ubertim 

efTusis, supra sepulchrum ipsum exanimis cecidit'. 

Ut porro ad res Neapolitanas re vertamus,post victoriam,pri- 
ma cura fuit reipublicse constituendsB qu8B,utin bellis fluxa^pa- 
rum stabat. Itaque jussu régis probi quinque viri et juris- 
prudentia insignes in senatum allecti : in quibus Martinus 

* Hispani in Federici filium perfidia. 
2 Monpenserii inaudita pietas. 



DE REBUS GESTIS FRANCORUM 119 

Ritius, Matheus Afflictus et Petrns Coardas, qui postea prsB- 
ses Lutetiad fait. Accidit ut, quum forte in Leontis Thomaceili 
domo csenaret Aubignius, et inserta esset mentio de Joviani 
Pontani * eruditione in utroque constricto numeris soluto- 
que stjlo admirabili, postero die Pontanum accersitum Au- 
bignius amplis donaret muneribus, velletque hominem jam 
senem bonorifica fanctione ornare, at is, vel rerum commuta- 
tionem prospiciens vel otio consulens, eam oausatas, recusa- 
rité lam vero Galabriam Apuliamqne Hispani acceperant, 
quamvis regio omnis desiderio Franoorum imperii (teste 
Ouicciardiâo Italo) teneretar ; Tarentum copiœ a Consalro 
ductsB, quam lieonardus Rhodius eques, oppidi prœfeotus, et 
Potenti» cornes, cai Galabri» duz parvulus commissus fue- 
rat, ignavissime dediderunt. Ferronus Aquitanos pedites a 
proregeNemorensieam inremtraditosscribit, quum ex pacte 
uterque regum suam quisque [FoL 42] provinoise partem 
suis viribus adoriretur. Calabrise ducem jurejurando ad aras 
patrato Consaivus receperat, se liberum quocumqae vellet ire 
permissurum, rexque pater consilium dederat extremum 
abeunti, quum fortun» infestas obsistere amplius non posset, 
ad se ut in Franciam veniret. Hune Hispanus, nuila, ut cons- 
tat, imbutus opinione divinitatis, religionisque contemptor, 
ad regem suum cum custodia misit. Hanc vir callidus et vafer 
subducebat rationem submovendi heredem regni Francum; 
ob longum intervallnm regionum, auxiliis nummisque ut 
antea deficientibus , et ob morum dissimilitudinem maximum- 
que ob Italorum principum odium tam potentem vicinum 
exborrentium, facile cum tempore illinc dejectum iri, dum 
sibi e Sicilia proxima cuncta rei gerendse adjumenta oppor- 
tune suppeditarentur. At quum omne jus imperiorum in 
armis statueret, occasionem modo controversiarum nancis- 
cendam ratus de finibus ambigere occipit. Mattbeus juris- 
consnltus scribit ex ^ Capitanate ao Basilicate locis ppimum 
dlssentioaem ortam, alii ex Rignani arce quam Pionettus 
quidam velut suam sua sponte invasit: alii ob oppidum 
Promontorii Gargani Dauniis attributum. Paulus Rosellus 

* loY. Pontanus. 

' GontroTersia de finibus regni. 



120 JAG. GOHORII PARIS. 

e Tripalda Hirpinoram oppidulo pacifie» legationis specie 
yiolatis induciîs, ait ejectos a Çonsalvo Francos, inde exar- 
sisae ira Armeniacum, uterat injurie impatientissimus : Con- 
salvus vero [Fol. 42 v^J qui se videret Franco imparem 
viribus, venisse in coUoquium cum Armeniaco ad Anto- 
nii Fanum*. Consalvum hune Hispani Italiciqne scriptores 
miris in cœlum laudibus tollunt, Camillo» Scipioni, Julio Ose- 
sari anteponunt : qui sane quibusdam imperatoriis virtutibus 
prœditus fuit, laborum patientia, liberalitate in milites oppor- 
tuna, severitate pariter ao indulgentia ad occasiones versatili, 
prudenti ingenio, casuum imminentium conjecturaque futuro- 
rum, nisi hsec natursB ususque décora, simulatione perpétua, 
perfidia, deorum negligentia contemptuque maoulasset. Is 
utique, dum dat exigitque ab Armeniaco jusjurandum ut 
communia essent oppida de quibus ambigebalur, in iisque 
attolierentur utriusque régis yexilla,securo intérim Armeniaco 
totus ad belli cogitationes traductus est. Hinc serendo con- 
tentionum causas, ut literis Ferdinandi spe regnum omne, a 
portione ut oontigit, devorantis jubebatur, Capitanatam et 
Basilicatam, Francis expulsis, occupavit. Quibus veiutfaci- 
bus injurisB Armeniaco peracri generosoque viro admotis, 
certum est Francos Hispanos coercere. Nocti igitur palantes 
eos dispersosque, permultis vulneratis, plures captives abiiu- 
cunt ; de exigenda tota Apulia Consaivo cogitant : idcirco 
lectis cum copiis Aubignius in Bruttios mittitur. 

(à suivre), 
1 Gonsalyi mores. 



NARBONENSIA 
Passagb db 8, z X r bt db r à 8» SB 

(SuiU) 



II. ^ Changement de R en S^ Z 

CoMBUssBRUNT poup comburevunt^ (acte de 1323). 

aveniusiar, aventusier^ pour aventurier (compois de 1327). 

Carùoneysa pour Carboneira, féna. de Carbonier, nom de per- 
sonne (ibid.). 

comprezon pour compreron, parf. plup. (1" thalamus, f* 292, 
analyse d'un acte rédigée au plus tôt en 1307, date de Pacte, 
■ et au plus tard en 1344, date de la transcription dans le 
thalamus). 

Petro Pazarolis pour Parazolis (acte du 15 janvier 1338). 

viaROusBREMENT pour vigoureusement (acte dn 5 avril 1345; 
voir p. 57). 

Gbzardinus pour Gerardinus (acte latin du 4 mai 1345). 

Auselas pour Aurelas (pièce de 1352 intercalée entre lesf»»65 
et 66 du manuel du clavaire de 1352. — C'est le nom d*un 
consul appelé par le clavaire Aurelas et dans les textes la- 
tins de Auribus). 

liusei pour liurei, parfait de liurar (ibid.). 

montasia pour montaria, condit. de montar (ibid.). 

castrumde Sancto Nazasio pour Aa^anb (registre factice, dans 
la partie qui renferme une procédure de 1357). 

* Je ne pense pas que la graphie ss implique la prononciation s dur. 
En effet, on trouve dans un registre de 1407, f» 121 v©, la forme Sant 
Cressent (lieu dit) ; on prononçait certainement alors comme aujourd'hui 
San Cresen, puisqu'au fo 162 to et ailleurs encore dans ce même regis- 
tre, on lit Sant Cr€zent, et aux £•■ 146 ▼• et 164 v» Sant Crerenf ; dams un 
acte de 1155 cet endroit est appelé comba Sancti Crisanti. Il est fort 
probable que tout en écrivant combusserunt on prononçait combuzerunt. 
Il en était sans doute de même pour les mots escrysson (clav. 1381, 
" 196)= escriron 3« pers. plur. parf. de escriure, et peresson (clav. 1396, 
ff" 106^ = peseron, 3« pers. plup. parf. de pesar. 



\2t NARB0NEN8IA 

dp*atzaje pour derairaje (clav. 1358, f" 104 v*). 

duzet pour duret, parf. de durar (ibid., f» 87). 

empenaduza pour empenadura (ibid., f* 2). 

eza, ezan pour era, cran (eral, erant) (ibid., f* 2 et passim). 

fezon pour /eron (fecerunt) (ibid., f* 51). 

flozis pour florit (ibid., f» 87). 

laurayse pour lauraire (ibid., £^20 v*»). 

/wttze^ pour lieuret^ parf. de /te^rar (ibid., f» 85). 

parayse i^ouv paraire (ibid., f»2et/wM«m). 

^wa pour peira (ibid., f» 2). 

perdezan pour pcrrferon, parf. de perdre (ibid., f» 85). 

qhvazi pour clavari (ibid.,f» 2 et passim). 

trabezon pour troberon, parf. de ^roôar (ibid., f»103 v*). 

GLOSioSB pour gloriose (acte en latin du 17 oet. 1361 ; in no- 
mine glosiose virginis Marie). 

Aymezys pour Aimerics (compoits de 1363, f* 37). 

Amazatz pour Amaratz, lieu dit (ibid., f* 38 v*). 

aventuziar pour aven^wrter(ibid., f» 38 V*). 

lo8 Azencds pour 4rena&, lieu dit (ibid., f 60 v*). 

ezetiar pour eretier (ibid., f* 39). 

lauzador pour laurador (ibid., f® 28). 

/awzayre pour lauraire (ibid., f> 5 v®). 

^an Lauzes pour iSan Laures, lieu dit, (ibid., f* 23). 

Levetza pour Leveira^ lieu dit, (ibid., f^ 26 v*^). 

«otozy pour no/are (ibid., f® 39). 

gartaizada ^onr sestairada (ibid., f' 19). 

Raymundus Fauzb db Sauzbtrb pour \^aure de Soreyze (témoin 
dans un acte rédigé en latin, du 6 février 1369). 

Aimezyc pour Aimeric (registre de 1376, f* 59 t'). 

alhazan pour albaran (ibid., f* 32 v*»). 

Amozos pour Amoros, nom d'boiïime (ibid., f» 7 v*). 

aventuzier pour aventurier (ibid., f*» 10 v', 25 v*, 43 V*). 

Azaybn pour Aragon (ibid., f* 2). 

azena pour arena (ibid., f* 106 v®). 

azordenezon pour azorrfeneron, parf. de azordenar (ibid., f** 20 
V, 87). 

Bazon pour Baron, nom d'homme (ibid., f* 50 v*^). 

Cazanta pour Caranta^ nom d'homme (ibid., f 14). 

€uzatte7^ pour curatier (ibid., f" 11, 31, 47). 



NARBONENSIA 123 

Duzan pour Duran^ nom d'homme (ibid., f* 2). 

eza pour era (erat) (ibid., f»» 5 ▼•, 64 v», 91 v*). 

Fanze pour Faare, nom d*homme (ibid., f^ Ô). 

Fauiela pour Faurela^ nom de femme (ibid., f^ 67). 

G. de la Fauzya pour Fauria^ nom d'homme (ibid., f* 35 v®). 

Fauzyna pour Faurina^ nom de femme (ibid., f* 22 ▼•). 

^/oz«w pour FlorenSy nom d'homme (ibid., r*31). 

Gazyn pour 6rartn, nom d'homme (ibid., f^' 11, 95). 

Gyzart pour Gyrarty nom d'homme (ibid., f* 84 v*). 

lauzador pour laurador (ibid., f*' 11, 50 v®). 

Lauzes pour Laures^ nom d'homme (ibid., f* 8 et />aMtm). 

na ^auza pour i/at«ra (ibid., f» 17). 

Mauzel pour àîaurel, nom d'homme (ibid., f*' 15, 85 v^). 

Mauzyn pour McoArin^ nom d'homme (ibid., f^ 19). 

maztY pour martï (ibid., f** 17, 92 v«), 

muzala pour murâfa (ibid., f» 5 v^, 41, 67). 

SantNazazy pour Sant Nazari (ibid., f* 32 v% 

pazayre pour paraire (ibid., f»» 4, 8, 62, 92, 95). 

Pazazol pour Parazol nom d'homme (ibid., f»» 32 ▼•, 38 v«, 

83 T«). 
sartozessa pour sartoressa (ibid., f»64). 
Savazye pour Savartc^ nom d'homme (ibid., f» • 41, 75). 
na Vylaza pour Ftilara (ibid., f>» 24 v», 25). 
terauzier pour tesaurier (thesaurarium; (dav. 1376, f» 88 v«). 
Basust, nom d'homme appelé partout ailleurs Bar ut (Texte 

latin de 1378, BB. 98 ; Annexes au t. Il, de V Inventaire 

p. 23, c. 2). 
Pasù pour Paris (clav. 4379, f»* 149 y\ 153 v«). 
actosiai^ouv actorta {Livre de comptes de J. Olivier, 1381- 

1391, f» 102 *). 
albazan pour albaran (ibid., appendice I, vi, p. 273). 
Azagon pour Aragon (ibid., f" 20 v«). 
Coblieuze pour Co^/tèz^r^, Collioure, canton d^Argelès, Pjré- 

nées-Orientales (ibid., f* 77,1). 
lauzador pour laurador (ibid., f»' 69, 2; 99, 3). 



* Les formes en *, i, pour r, sont d'une autre main que celle qui nous 
a fourni des exemples du passage de «, z à k Le texte a seulement ac- 
tosi, mais il me paraît évident que lé scribe a omis Va final. 



124 NARBONKNSIA 

lauzan poar lauran^ 3* pers. plur. du prés, de laurar (ibid., 

f> 99, 3). 
prezon pour p?*eron, parf. de prenre (ibid., f* 11 v»). 
quazamanCran pour earamàntran (ibid., f* 24, 4). 
albazan pour aMaran (clav. 1381, f" 198 v^», 200 v«). 
donezon pour doneron^ parf. de (/onar (ibid., f* 191). 
/>uzan pour Duran^ nom d'homme (ibid., f» 197 v«). 
escrysson * pour escriron, parf. de escriure (ibid., f* 19ô\ 
eza pour era (erat) (ibid.. f» 179). 
fozon pour /bron (fuerunt) (ibid., f"* 181, 183). 
Marezas, Mazezas pour Mazeras, Mazères, déjà cité (ibid., 

f» 191, 195). 
pazeni pour parent (ibid., f 203). 
portezon ^onv poj^teron, parf. de por/ar (ibid., f» 199). 
trinquezon pour tringueron, parf de trincar (ibid., f* 196 v«). 
RUSALEs pour rurales (copie faite en 1382 d'un acte de 1344 ; 

cf. 1«' thalamus, f» 279 v* : arbores prediales, rusales^ frac- 

tiferas). 
FACiNOsosA pour facinoTOsa (acte en latin du 25 mai 1384). 
honozable pour honorable (quittances du 15 déc. 1385, du 7 mai 

et du 10 juin 1386 rédigées par la même personne). 
Jhbzusalbm pour Jérusalem (acte en latin du 21 juillet 1386). 
ADULTERiosA pour adultertora (acte en latin du 17 décembre 

1387). 
RA8I8S1ME pour rartsstme (ibid). 
meruza pour mesura (clav. 1389, f* 155 v*). 
PLAYSA pour plaira (copie faite par un scribe narbonnais, le 

10 septembre 1390, d'une lettre d'Olivier de Clisson, datée 

de Ljon le 20 octobre 1389 : la ont y lui playsa). 
defendezan pour defenderan^ futur de défendre (clav. 1393, 

fo 96). 
peresson ' pour /)ezffron (clav. 1396, f* 106). 
mayza/pour mairal (copie faite le 27 septembre 1399). 
yzege pour yrege (haereticum) (3« thalamus, f» 131 v<», écriture 

de la fin du XIV« siècle). 
Pazazol pour Parazol^ nom d'homme, compois non daté, mais 



* Voir p. 121, n« 1. 
t Voir p. 121, n. 1. 



NARBONENSIA 125 

que ses caractères paléographiqnes font remonter au 

XIV siècle. 
plazezia pour plazeria, condit. de plazer (se trouve au verso 

d'un acte du 8 juillet 1334 dans une analyse d'une écriture 

du XIV« siècle. 
carteyza pour carteira (clav. 1402, f* 153). 
alumenazia pour alumenaria (clav. 1405, f* 111 ▼•). 
anezon pour aneron, parf. de anar (ibid., f* 108), 
belacaza pour belacara (ibid., t* 113). 
cazeta pour careta (ibid., f* 108). 
clavazy pour c/a van (ibid., f* 132). 
clazicat pour clartcat (ibid., f* 111). 
comesazi pour comesari (ibid., f* 108 v*, 110 v*). 
cosiezon pour cosleron, parf. de costar (ibid., f* 113). 
cremezon pour cr^mero», parf. de cretnar (ibid., f" 112 v°), 
dauzada pour daurada (ibid., f^ 112 V*). 
enebitozya pour enebitoria (ibid., f* 109 v*>). 
escrtptuza pour «cr/p^ura (ibid., f<* 112). 
cza pour era (erat) (ibid., f* 110). 
faztna pour farina (ibid., f* 112 v"). 
/èzan pour feran (faciebant) (ibid., f* 113). 
fezon pour feron^ parf. de far (ibid., f 112 v*). 
/ozow. pour foron (fuerunt) (ibid., f»» 108 v% 110, 111 v»). 
genezal pour gênerai (ibid., f" 109, 111). 
Gizar/ pour 6ftrar/ (ibid., f» 112 v*). 
menestaizal pour menats/atra/ (ibid., f* 1). 
notazy pour no^ari' (ibid., f* 112 v<»), 
pageza pour paiera (ibid., f» 108 v«). 
paiseiza pour poi'seira (ibid., f<»112). 
pazatre pour paraire (ibid., f» 1). 
Pazys pour Paris (ibid., f» 109 v*). 
pmapour peira (ibid., f* 112). 
Petzona pour Petrona, nom d'homme (ibid., f» 108 v"). 
primeyza pour primeira (ibid., f* 132). 
^Mzar pour aurar (ibid., f* 112). 
repazassion i^ouv reparassion (ibid., f* 116 v®)# 
serteficatozya pour certeficatoria (ibid., f*» 110 v*, 111). 
seza pour cera (ibid., f^lll v<»}. 
«tza pour «ira (ibid., f*112). 



126 NARBONENSIA 

trezauzya pour iresaurier (ibid,, f*» 108 t% 111). ■ 

azenquada pour arencada (hareng) {Lybre del robynage, 1405, 
f» 76 V). 

iîazon pour Z^ortm (ibid., f>» 45 v**, 46 v*). 

iazia pour «ana (ibid., f* 48 v*). 

ôcMZtf pour heure fclav. 1410, f® 47 v«). 

f zan pour ^a» (erant) (ibid., f* 51). 

ywe^je pour quere (ibid., f* 76). 

donezm pour donerouy parf. de (/onar (3** thaï., ^ 156, aet© du 
28 janvier 1411). 

dauzada pour daurada (clav. 1416, f* 133). 

wa pour era (erat)(clav. 1420, f» 102). 

/azem pour /arem fut. de far, 1" pers. plur, (ibid., f* limi- 
naire 1). 

fozon pour foron (fuerunt) (ibid., mdme f*), 

menestayzal pour menestairal (ibid., même f*). 

Ampaza ^onr Ampara, bois situé à Sallèles, oanton d^Qj- 
nestas (Aude), (registre de 1423, f* Id et passim), 

aibazan pour a/6aran (ibid., £• 19), 

apazelhar pour apareUiar (ibid., f» 22). 

cabyzonai pour cabironal (ibid., f* 19 v®). 

Mercozinhan pour Mercorinhan^ canton de Narbonne (ibid., 
f® 31 et passim). 

portezon pour porterons parfait de portar (ibid., f* 35). 

«e/azt pour selari (ibid., f*21). 

aibazan pour albaran (liasse de quittances de 1429). 

anezon pour aneron,_parf. deanar (ibid.)* 

auctozitat pour auctoritat (ibid.). 

clavazy pour ciavari (ibid.). 

veizan pour veiran^ fut. de v«rc (ibid.). 

Gi:iard pour Girard (BB. 55, f» 4 v<* ; document de 1430). 

Ma pour era (erat) (clav. 1433, f» 150). 

aibazan, albaza pour albaran (liasse de quittances de 1438). 

clavazy pour ciavari (ibid.). 

/tt«za pour liura (ibid.). 

Peize pour Peire (ibid.). 

Pezier^ Peziar pour Perier^ nom d'homme (ibid.). 

promezon pour promeron^ parf. de prometre (ibid.). 

veizan pour veiran, futur de wiVe (ibid.). 



NARBONÊNSIA 127 

actozya pour actoria (dav. 1488, f> 109). 

aneton pour on^ron (ibid., f» 116 v"). 

Bareiza pour Bareira (ibid., f* 109 v*). 

cadeiza pour eadeira (ibid., f* 116 t»). 

Caityveiza pour Caittveira, lieu dit (ibid., f* 183). 

cazema pour earema (ibid., f* 133 v"). 

costezan pour co«/eron, parf. de co«far (ibid.,f* 129). 

demozava poMV demoraoUy imparf. de c/emorar (ibid., f^ 116 v*). 

esquzar pour escurar (ibid., f* 118 v*). 

eza, ezan, pour era^ eran (erat, erant)(ibid., f • 109, 114, 116 v*, 

117, 129). 
/<?zon pour /cron, parf. de far (ibid.,f* 112 v**). 
/bzon pour foron (fuerunt) (ibid. , f» 133 v*»). 
/*?'flize pour fraire (ibid., f* 116 v*^). 
genezal pour j/enera/ (ibid., f» 112). 
Guizaut pour Guiraut^ nom d'homme (ibid., f* 116 v®). 
tieuzeya i^onr lieureya (ibid., f' 129). 
moziï pour mont, parf. de morir (ibid., f" 112 v*). 
notazy pour no/ari (ibid., f»' 109, 118 y\ 129). 
ostalaizya pour ostalairia (ibid., f 117 v^). 
paisseiza pour pameira (ibid., f*« 118 v*», 131). 
paize ^onr paire (ibid., f* 112). 
pastuzal pour pasturcU (ibid., f* 118 t^). 
Pazy5 pour /*arw (ibid., f» 109). 
peze pour penre (ibid., f* 112 v* et pa<stm). 
raïkrtizan pour rancuran (ibid., ^ 135). 
recomandaiozia pour reeomandatorta (ibid., f» 112 v*). 
revezent pour révèrent (ibid., f" 116 v«). 
speciayze pour speciayre (ibid., f* 131). 
^a/atzepour to/aire (ibid., f» 129 v»). 

albasan^ albazan pour albaran (liasse de quittances de 1444). 
6^ti5€ pour ietir^ (ibid.). 
ciavaysya pour clavairia (ibid.). 
clavazy, qulavasy pour clavary (ibid.). 
/e«on pour /i?ron, parfait de /ar (ibid). 
oblygeson pour obligerons parf. de o6%ar (ibid.). 
ftyse pour P«rtf (ibid.). 
rey^fln pour veiran, futur de veiVe (ibid.). 
CLAVASO pour clavario, dans deux quittances en latin données 



128 NARBONBNSU 

les 27 juillet et 12 décembre 1447 au clavaire par Je maîti «; 

des écoles. 
anesen pour aneron^ parf. de anar (clav. 1453, f* 113 v*»). 
caséma pour carema (ibid., f* 114). 
disem pour dirent^ futur de dire (ibid,, f* 3). 
donesen pour doneron, parf. de donar (ibid., f* 114^, 
en^Mes pour enteres, (intérêt) (ibid., f» 116 v®, 118). 
/VMéfm pour farem^ fut. de /ar (ibid., f* 3), 
/e«en pour /èron, parf. de far (ibid., f° 114). 
foson pour /orow, (fuerunt) (ibid., f» 3) 
/•rawe pour fraire (ibid., f* 114). 
genesal pour g'enerfl/(ibid., f° 3). 
glhosihos, glhosïhoza pour glorios^ glortosa (ibid., f* 3'. 
Aesa pour era (erat) (ibid., f* 114). 
Masi'a pour Mana (ibid., f° 3). 
mayse pour mayre (ibid., f* 3). 
menestaysal pour menestayral (ibid., f» 3). 
pasadis i^our paradis (ibid., f* 3). 
pasaysia pour parairia (ibid., f* 3). 
Pasis pour Paris (ibid., f» 117 v*^). 
sermonaise pour sermonaire (ibid., f 117 v»). 
alôaza pour albaran (clav. 1456, f* 86 v*). 
eza pour era (erat) (ibid.). 
/îpzon pour feron^ parf. de /ûr fibid.). 
lieuza pour /l'iewra (ibid,). 
paisseiza pour pawsetra (ibid.). 
prumeiza ]^onv prumeira (ibid.). 
albazan pour albaran (clav. 1461, f» 109 v*). 
ra6/zona/ pour cabironal (ibid., f* 113). 
cridezon pour cn'deron, parf. de cridar (ibid., f* 110). 
despendezon ^our despenderon^^dxL à^ despendre [\V\à.,^ï!' \\0), 
dizem pour direm^ parf. de rftVe (ibid., f* 1). 
Duzant pour Durant^ nom d'homme (ibid., f* 109 vo). 
/"azem pour /hrem, fut. de /ar (ibid., f° 1). 
/fezon pour /èron, parf. de far (ibid.,f* 110 v°). 
fozon pour /bron (fuerunt) (ibid., f* 110). 
/•rafze pour /VaîVe (ibid., f° 103 v°). 
genezal pour gênera/ (ibid., f 109). 
Gwarf pour Girart (ibid., f* 1). 






NARBONSNSIA 129 

glozia pour gloria (ibid., f» 1). 

glozios, giozioza pour gloHos, gloriosa (ibid., f* 1). 

Lauzes ^ouv Laures{ihïd. y f* 108). 

menesteizal pour menestçiral (ibid., f* I). 

Mfrcozichan^oMv Mercorinhan (ibid., f 108 v®). 

perdezon pou perderon, parf. de perdre (ibid., f* 110). 

portezon pour porterons parf. de portar (ibid., f^lOS v®). 

;>rezon pour preron parf. de preMre (ibid., f» IJO v°). 

sczfl pour cera (ibid., f»* 109, 110). 

ajustezon pour ajusterons parf. de ajustar (clav. 1465, f* 76). 

i'osteon pour costeron^ parf. deco«^ar (ibid., f*73). 

dalezon pour daleron, parf. de (/a/ar (ibid., f* 76 v°). 

demoza pour rfemom, prés, indic. de demorar (ibid., f*70). 

demozûva pour demorava, imparf. de demorar (ibid., f* 75). 

eron pour emn (eraat) (ibid., f* 76 v°) . 

fozon pour /oron (fuerunt) (ibid., f* 71). 

lauzador pour laurador (ibid., f* 68 v«, 73). 

mandezon pour manderon^ parf, de mandar (ibid., f» 75). 

menes/ayza/ pour menestayral (ibid., f* liminaire). 

rMza/ paur rwra/ (ibid , f • 65, 65 v*», 66 v°). 

seza pour cera (ibid., f 73 v®). 

sobizan pour sobiran (ibid., f ■ 73 v*, 76). 

genezalh pour gênerai (clav. 1471, f*' 99, 104 v**). 

Lauzens pour Laurens^ nom d'homme (ibid., f* 103). 

Mauzel pour Maurel, nom d*homme (ibid., f* 29). 

^eza pour gtiere (ibid., f° 104 v°). 

sobizan pour sobtran (ibid., f* 102 v®). 

glozios^ gloziora pour glorios^ gloriosa (clav. 1474, f* liminaire). 

armasy pour armari (clav. 1476, f° 144). 

caôm pour cflôiro (ibid., f** 140, 144 v<*, 145). 

cabisonal pour cabironal (ibid., f 141). 

casema pour carema (ibid., f" 146). 

dusant pour durant (ibid., f» 148). 

escryctusa pour escritura (ibid., f* 148 v^). 

escrieuse pour escrieure (ibid., f* 144 v«). 

escusar pour escurar (ibid., f* 142). 

faredoisa pour fasedoira (ibid., f* 142). 

hordma pour ordura (ibid., f*.147). 

pasaula pour paraula (ibid., f» 148). 

9 



130 NARBONBNSU 

perqusayre pour perquraire (ibid., f • 141 v*, 142). 

preson pour preron, parf. de prenre (ibid., f* 145). 

quesyer pour queryer, quérir (ibid., f 144 v*). 

quzar pour j-urar (ibid., f® 149). 

subijan pour subiran (ibid.,f* 144 v*). • 

tresauzier pour tresauryer (ibid., f* 146 v*). 

deuze pour rfewre (clav. 1478 , f 106 t*). 

SBRRUSIER pour serruvier (inscription de 1637, escalier du mu- 
sée). 

SAiNTE-vALiÈSB pour iSamf^- Fa/ière, canton de^Ginestas^ Aude 
(1707. Arch. de la Haute- Garonne, B. 1295). 

Pour les mots qui suivent on a des exemples de la forme 
avec r et de la forme avec $, z ; mais je ne suis pas en mesure 
de déterminer d'une manière absolument certaine si c'est IV 
ou le z qui sont primitifs. Je ne donnerai de références que 
pour la forme la moins usitée, les exemples de Tautre étant 
fréquents. Il m'a paru plus commode de ranger ces mots-ci 
par ordre alphabétique, en plaçant la forme usuelle la pre- 
mière en caractères romains. 

A^Iaros, Alarossa — Alazos^ Alazossa^ noms de personnes 
(registre de 1376, f>» 18 v% 103 v«). 

Alfaric — Alfazyc, nom d'homme et ensuite lieu dit (ibid., 
f94). 

Astarac — Astazac^ nom d'homme (ibid., f* 26 v*). 

Auruol — Auzuol, nom d'homme (ibid., f»» 68 v<>, 95) . 

Azibert — Aribert^ nom d'iiomme (acte de 1250. — Inventaire 
des archives de tarchevêcké de Narbonne^ III, 89 v**). — 
Il est évident que la forme Aribert devait se trouver dans 
l'acte analysé; autrement on ne comprendrait pas que le 
rédacteur de l'inventaire l'eut employée de préférence à la 
forme Azibert seule usitée de son temps (1639). 

Johan La Baysera — la Bnyseza^ nom d'homme (clav. 1465, 
f 76 v°). 

Blaze — Blare, nom d'homme {Libre del robinage, 1403, f** 47; 
clav. 1465, f» 75 ; clav. 1468, P 100 v^ clav. 1471, f« 103; 
clav. 1478, f> 106 v*»). 

Botaric — Bofazic, nom d'homme (registre de 1376, f® 37 v®). 

Bugarag — Bugazag, nom d'homme (ibid., f» 93). 



NARBONENSIA 131 

Cabaretz — Cabazetz^ nom d'homme (registre de 1376, f* 32 

V; clav. 1381, f* 183 v«>). 
Cabyrol — Cabyzol^ nom d'homme (peg. de 1376, f* 82). 
Caderona — Cadezona^ nom d'homme (liasse de quittances de 

1435; clav. 1438, f» 117 v«; clav. 1461, P 113) *. 
Chaurier — Chauziery Chazter, formes diverses d'un même 
nom propre dans le livre de comptes de J. Olivier (1381- 
1391). 
Dauret — Dauzet nom d'homme (registre de 1376, f* 97). 
Despero — Despezo, nom d'homme (clav. 1438, f» 129 v*»). 
La Figairola — la Figaizola, lieu dit (clav. 1438, f» 117). 
Foret— Fozei, nom d'homme (clav. 1438, f» 192). 
Ganieira — Ganieiza, nom d'homme (clav. 1438, f» 112). 
Grera — Geza.nom d'homme (olav. 1405, f»»110 v% 116 v«). 
Laurac — Lauzac^ LauzagtuXy noms de personne (registre de 
1376, f»» 36 v% 44 v% livre de comptes de J. Olivier, f«» 
21 v% l;52v% 2). 
Mandirac — Mandizac, lieu dit (acte du 21 octohre 1443; 

liasse de quittances de 1444). 
Maraussana — Mazaussana^ nom de femme (reg. de 1376, 

f» 14 v% 24). 
Marmorejra — Marmoseyra^ lieu dit (clav. 1476, f* 113). 
Maressa — Mazessa^ nom de femme (reg. de 1376, f* 25 v«). 
Montirac — JUonlizaCy nom d'homme (reg. de 1376, î^* 64, 96j. 
Mora — Mozay nom d'homme (reg. de 1376, f* 34 v®). 
Osseiras — Osseizas, lieu dit(cJav. 1438, f* 129 v*). 
Palairac — Palaizac^ nom d'homme (compois 1363, f* 28). 
Palares - Palazes, nom d'homme (reg. 1376, f* 15 v°). 
Paragoria — Pazagozya, nom de femme (reg. 1376, f* 4). 
Parazan — Pararan^ Paraza, canton de Ginestas (Aude) 

(comptes de J. Olivier, f* 89, 1). 
Parazana — Pararana^ nom de femme (compois de 1332, f* 5; 

registre de 1376, f»94 v«). 
Peirona — Peysona, nom d'homme (olav. 1453, f* 3). 

* Bans un document rédigé à Toulouse en 1255, le même personnage 
est appelé tantôt Bernardus de Canaverio, tantôt Bernardus de Canaves, 
Livre de comptes de J. Olivier, pièces justificatives, p. 343, n« 33, et p. 
•^i4, no' 33, 34. 



132 NARBONBNSIA 

Peiruciep — Peysustary nom d'homme (^compois de 1327). 
Perignan — Pesyhan^ Pesyhia, aujourd'hui Fleurj, canton 

de Coursan (Aude) (clav. 1476, f»" 113; 142 v*). 
Poraairols — Pomayzols (clav. 1405, f* 109). 
Razigauda — Rarigaïuià, nom de femme (clav. 1447, f* 158). 
Saurina — Sauzyna, nom d'homme (registre de 1376, f 27). 
Serinhan — Sezinhan, canton de Béziers (Hérault) (libre del 

Robinage, 1405. f» 46). 
Serinhan — Sezichan (clav. 1471, f° 97). . 
Severaga — Sevezaga, nom de femme (reg. de 1376, f*» 68). 
Soreize — Raymundus Fauze de Sozbikb (acte en latin de 1369). 
Tûbourel, signature d'un verrier dans une q uittance de 1445 ; 

Taboizely au dos du même acte. 
Taurinhan — Tauzynhan, nom d'homme (reg. de 1376, f* 76). 
Tezan — Teran, Thézan, canton de Durban (Aude) (comptes 

de J. Olivier, f» 94 v^). 
Torosela — 7brore/a,Tourouselle, canton de Lézignan (Aude) 

(comptes de J. Olivier, f* 60 v% 3; 109, 1). . 

Dans les comptes de clavaire des XIV® et XV® siècles, il 
est souvent question d'un pont qui est appelé tantôtrf'en Tau- 
rel et tantôt (f en TauzeL 

Des listes qui précèdent, on peut conclure qu e le change- 
ment de s, z en r et de r en s, z, se produit à Narbonne dès le 
XIIP siècle, qu'il est fréquent au moins pendant tout le XIV® 
siècle, et la plus grande partie du XV% qu'il devient rare dans 
le dernier quart de ce siècle. Les deux exemples qui appar- 
tiennent aux XVII® et XVIIP siècles peuvent être sans doute 
de simples particularités individuelles, mais ils me paraissent 
attester la persistance d'une prononciation de l'r qui rendait 
facile la confusion de l'r et du z. 

On m'objectera sans doute que les exemples antérieurs au 
milieu du XIV® siècle sont peu nombreux, tandis qu'ils se mul- 
tiplient à partir de 1352, et Ton sera disposé à conclure que 
c'est seulement à partir du milieu du XIV® siècle que ce phé- 
nomène est devenu fréquent. Mais si l'on veut bien considérer 
la nature des documents d'où sonttirés les exemples, et remar- 
quer en mémo temps que la série des registres des clavaires 
ne commence qu'en 1352, que les quittances leur servant de 



.5""^-î»'/ 



NÀRBONSNSIA 193 

pièces justMcsrtives antérieures à 1429 ont toutes disparu, 
on reconnaîtra que les exemples deviennent nombreux seule- 
ment lorsqu'on peut puiser dans les textes vraiment populai- 
res S que les chartes n'en fournissent pas un nombre plus 
considérable après le milieu du XIV* siècle qu'avant cette 
date. Je me crois donc autorisé à affirmer qu'un phénomène 
phonétique dont les chartes offrent quelques exemples était 
fréquent lors de la rédaction de ces act6s^ et par suite qu'àNar- 
bonne le changement de «, z en r et dV en s, z remonte, non 
seulement au milieu du XIV siècle, mais au moins au milieu 
du XIIP. En effet, nous trouvons gletra pour gleis'a dans des 
copies datées de 1255. On trouvera même tout à l'heure un 
exemple curieux qui reculerait jusqu'en 1236 l'époque à la- 
quelle ce phénomène a commencé, non pas à se produire, mais 
à se manifester dans des textes. Il ne faut pas oublier que ces 
manifestations écrites n'ont lieu que longtemps après que 
le phénomène qu'elles révèlent s'est produit dans la langue 
parlée '. 

* Les compois de 1327, 1330, 1332 ne comprennent chacun qu'un 
quartier et ils sont des plus sommaires. Ce sont des sortes de rôles de 
taille de ringt feuillets environ renfermant seulement des noms de per- 
sonne et de profession. Il n'est pas étonnant qu'ils fournissent peu 
d'exemples. Ce sont les seuls textes d'origine populaire antérieurs à 1352. 

2 Prière de se rapporter à ce qui a été déjà dit à ce sujet, p. 52. 

3 II n'est pas hors de propos de citer ici des exemples qui tendent 
à prouver qu'il en a été ailleurs comme à Narbonne. On a déjà vu, p. 131, 
n* 1, un exemple de 1255 intéressant Toulouse. En voici un autre de 1253 
intéressant Alais, dans le Gard. Nous avons le texte latin d'une ordon- 
nance rendue le 3 des ides d'août 1253 par les consuls d' Alais (Revue 
des Sociétés sav., 6* série, t. III, p. 435). Parmi les témoins figure Ugo 
de Montî4rargt£es. Ce Monturargus est le même endroit que le Montu- 
sanicas dont M. Germer-Durand cite une mention datée de 1280 dans 
son Dictionnaire topographique du Gard. C'est aujourd'hui Montuzor- 
gués, ferme située dans la commune de Durfort, canton de Sauve. Pour 
la persistance de ces formes au XV» siècle, on connaît dans le Narbon- 
nais le mot paurat = pausat dans un acte du 31 mai 1421 rédigé à La 
Palme, arrondissement de Narbonne, et cité par Alart (Reo, des lang. 
romanes, t. XII, p. 12) ; les mots aure, auron = ause, auson dans un 
document de 1470 daté de Gignac (Hérault) {Rev. des lang. rom,, t. Il, 
p. 11). J'ai trouvé dans un acte en provençal daté de Bize (arrondisse- 
ment de Narbonne) 23 septembre 1470 les formes diossera = diossesa 
et Roqua peyrora (lieu dit) = Roqua peyrosa. Ce document m'a été com- 



134 NARBONENSIA 

On se trouve ainsi en présence d'an phénomène phonétique 
qui a persisté dans la même région pendant au moins deux 
siècles et demi, qui s'est certainement manifesté avec une 
grande intensité pendant la plus grande partie de cette pé- 
riode ' et qui n'a cependant laissé dans la langue que fort 
peu de traces '. C'est un fait qui peut paraître étrange, mais 
qui n'en est pas moins certain. Il est bon de le constater, et 
de se rappeler à ce propos qu'en linguistique pas plus que dans 
toute autre science, le vraisemblable n'est pas la mesure du 
vrai. 

Le rapprochement de nos deux listes permet encore 
quelques constatations intéressantes. On voit que le change- 
ment de r ens, z commence à paraître plus, tard et cesse 
plus tôt que le changement de s^ z en r. Les personnes qui 
changent volontiers s,z enr changent aussi^ mais bien moins 
souvent r en s, z ; celles qui changent volontiers r en $, z ne 
changent que rarement 5, z en r, 

muniquô par M. Bories, membre de la Commission archéologique de 
Narbomie. 

* C'est pour le prouver que j'ai multiplié les exemples, sans cependant 
les épuiser, bien loin de là, si ce li'estpour les premières et les dernières 
années. 

2 C'est à peine si on en retrouve quelques traces dans le mot cerieiro 
*cera«ta,dans l'exclamation vie d'are^ considérée comme plus élégante que 
vie dase^ que j'ai entendue prononcer vie d*athe (tk doux anglais), et 
dans quelques noms de lieu comme Gasparets (commune de Boutenac,can- 
tonde Lézignan, Aude),et Lebrettes, ferme à l'ouest de Narbonne. Gasparets 
est Guadpadengs enl089(Doat,t.LVII,f<>75) en supposant la copie de Doat 
exacte, Gagpasencs dans une procédure de 1342 sur la leude du sel et 
le pesage, castrum de Gadiopazenchis (registre de 1349, f» 154 vo), de 
Gatpasenchis (registre de novembre 1429, f" 72) ; par contre, on trouve 
Gasparens dans une liste des lieux composant la viguerie de Narbonne, 
probablement du milieu du XIV* siècle (Arch. de Narb., A A., 8« thaï., 
f» 37), une autre liste de même date donne Gatpaenx (ibid., £•* 39), on lit 
dominus de Gadioparenchi dans un acte du 9 juin 1430,etc. — Lebrettes 
était un couvent de femmes ; il est appelé domus béate Marie de Lapi- 
deto dans un registre en latin en 1341 (procédure sur les droits de bau- 
derage entre Narbonne et Moussan) ; le même registre appelle le terroir 
dans lequel se trouvait ce couvent indifféremment tetTitorium de Lapi^ 
detOy territoi'ium de Lebezeto., le compois de 1363, P 25 v», a las Lebe- 
zetas, le clav. de 1381, £• i^y*Lebezet. Je trouve Lebrettes dans un acte 
de 1522 ; sous l'influence française, l'étymologie populaire tend à lui 
substituer Levrette. 



NARBONENSTA 135 

Les textes narbonnaîs présentent aussi quelques faits cu- 
rieux qui me paraissent se rattacher à ceux qui viennent 
d'être étudiés. Il arrive souvent au d entre deux vojelles de 
passer à 5, z, et ensuite, comme on vient de le voir, à r. J'ai 
rencontré un exemple d'un phénomène inverse ; r est remonté 
à d dans concestodi pour consestori ou consistori, salle des séan- 
ces : « Portar de palha al concestodi del cossolhat de Sieu- 
tat. » (Clav. 1439, f* 117 v"). Est-ce à dire que la langue soit 
passée de r à z, et ensuite à c{? Je ne le pense pas. L'élément 
dental de la trémulante r s'est sans doute isolé directement 
sans emprunter aucun intermédiaire K 

Un autre fait est le passage de / à r. Je lis dans un acte du 
18 janvier 1236: a Ego Guillelmus Arqueraire profiteor, etc. 
— Ego Agnes, uxor predicti Guillelmi Arquejaire, etc.— Guil- 
lelmus Arquejaire, avuncuius dicti Guillelmi Arquejaire '. » 
Lorsque j'ai rencontré ce texte j'ai cru tout d'abord à un lap- 
sus du scribe qui aurait écrit par mégarde Arqueraire pour 
Arquejaire. Je suis revenu sur cette impression quand j'ai 
retrouvé dans le compte d'un correspondant de Jacme Olivier 
coratare pour coratage ^ et dans une copie faite en 1382 d'un 
acte du 29 septembre 1344 gamnhargium pour gasanhagium ^. 
L'explication de cette dernière forme ne me semble pas pré- 
senter de difficulté. L'élément dental du ; provençal est passé 
kr, l'élément guttural subsistant toujours. 11 est arrivé aussi 
que l'élément dental a seul subsisté. Ce phénomène assez fré- 
quent dans d'autres dialectes est fort rare à Narbonne. J'en ai 
cependant rencontré un exemple dans duraic pour juraic ^. 
Il est fort probable que c'est là ce qui s'est passé pour arque- 
jaire^ coratage devenus * arquedaire^ * coratade. Le passage à 

< M. Ghabaneau m'assure que le passage direct de r kd est extrême- 
ment commun dans le parler de Montpellier. Je saisis cette occasion 
pour dire que je dois beaucoup à M. Ghabaneau pour Texplication des 
formes coratare, cazura, roraros, dont il Ta être question. 

* Le mot arquejaire est très fréquent dans nos textes comme nom 
commun ; il désignait l'ouvrier qui battait la laine avec l'arçon. Je n'ai 
pas rencontré ailleurs la forme arqueraire, 

8 Livre de comptes de J. Olivier, p. 274. 

^ « Matafera, alias vocatus gasanhargium monasterii béate Marie Fon- 
tisfrigidis. » — Le gasanhage est une exploitation rurale, une métairie. 

s Annales du Midi, avril 1896, p. 195. 



136 NARBONENSIA 

argtteraire, corcttctrene présente plus dès lors de grandes difOl- 
caltés. 

Il est à présumer aussi qu'un phénomène analogue doit 
s'être produit pour le mot cazura. Le texte qui nous fournit 
cette forme récrit aussi cazucha * qui est d'ailleurs la forme 
ordinaire à Narbonne. L'élément dental de la chuintante ch 
aura seul subsisté et se sera affaibli en d^ d'où le passagre à 
r est facile. On n'aurait pas besoin de recourir à cette hypo- 
thèse si la forme cazuta que fournissent divers textes proven- 
çaux se rencontrait à Nàrbonne. Je ne l'j ai jamais trou- 
vée. 

Le clavaire de 1402 présente au f* 142 v° la forme roraros 
pour rogazos^ roazos (rogationesj. Le dernier r est un exemple 
de plus du passage de z à ?% mais le second est bien surpre- 
nant. Faut-il invoquer ici Tanalogie ? Ce mot se présente ordi- 
nairement sous la forme roazos, Faut-admettre que roazo 
s'est modelé sur razo et qu'un r s'est intercalé entre les deux 
vojelles de sorte que roazos est devenu rorazos et par suite 
roraros ? — Le clavaire de 1465 présente au f* 75 la forme 
rozdzos où le second r est devenu z. 

11 me reste enfin à dire un mot de quelques particularités 
que j'ai déjà signalées. Les mots comme quinre, onre, Nemre 
pour quinze, onze, Nemzeme paraissent dénature à nousfaire 
mieux connaître le phénomène que nous étudions. Dans ces 
mots le z n'est pas placé entre deux voyelles et cependant il 
devient r. Je ne crois pas que nous ayons là deux faits en- 
tièrement différents. Dans ces deux cas le z est la lettre 
initiale de la syllabe et est suivi d'une voyelle. Cette condi^ 
tion est suffisante pour que le changement en r se produise. 
Il en est de même de la lettre r ; pour passer à z il n'est pas du 
tout nécessaire qu'elle soit entre deux voyelles, il suffit qu'elle 
forme la lettre initiale d'une syllabe et qu'elle soit immédiate- 
ment suivie d'une voyelle. Cet ainsi et non autrement que 
nous pouvons expliquer des formes comme zazon pour razon; 
penze pour /jenre; Berza, Berzy^ Guerza, Ynglaterza pour Berra 
Berry, Guerra Ynglaterra; letza, subzogat pour letra^ subrogat, 

* Copie d'nn acte de 1329 datée du 21 juin 1344 (!•' thalamus, f* 170). 
Ce mot désigne ici la pente d'un cours d'eau. 



NARBONENSU 137 

Un des caractères du dialecte narbonnais actuel, c'est de pro- 
noncer très fortement IV ; il semble que cette prononciation 
soit fort ancienne. C'est à elle très probablement que nous 
devons les deux r que certains scribes donnent aux mots qui 
n'en prennent régulièrement qu'un. Je me borne à citer au XV* 
siècle dyoserra, franquerra ^pour diocesa^ franquesa) aux folios 
112 et 113 du clavaire de 1478, et pour le Xlll* siècle penrre, 
venrra dans un acte de 1253, rédigé à Montpellier par un no- 
taire de Narbonne *. Dans les mots comme /Jerra les deux r 
se faisaient sentir d'une manière fort distincte ; je ne doute 
pas qu'on n'en sentît deux dans un mot comme Girart quia pu 
devenir ainsi Girzart, Quant à letra, sobrogat, la prononcia- 
tion actuelle détache l'r de la muette précédente, qui semble 
alors faire corps avec la première syllabe, tandis qu'r devient 
laiettre initiale de la syllabe qui suit. Il en était ainsi lorsque 
ietra est devenu letza^ soh^ogat sobzogat. 

Il n*y aurait de difficulté que pour les mots comme ar pour 
az {ad)y cordar pour cordas, ctur pour crM5, etc. Toute difficulté 
disparaît, si l'on admet qu'ici Vs est passé à r seulement lors- 
que le mot était au féminin ou au pluriel a^usay cruses, ou 
était suivi d'un autre mot commençant par une voyelle cordas 
e fyL devenu cordar e fyl, az Avinkon devenu ar Avinhon. 
Ce n'est que lorsque un usage fréquentent habitué les oreilles 
aux formes c/t<r, ar qu'on les employa même devant les con- 
sonnes ou à la pause ; ainsi le clavaire de 1376 écrit de geyr 
depeira, J. Olivier, f* 13 perj drap crur que ly vendent '. 

Ne pourrait-on pas faire un pas de plus qui permettrait de 
grouper tous les faits dans lesquels s'observe le passage de 
5, z à ret de r â s, z. Dans tous les cas précédents, s^ z o\x r 
étaient à l'initiale et suivis immédiatement d'une vo elle. 



* Livre de comptes de J. Olivier, pièces justificatives, p. 316 et 317. 

* Il est un mot qui m'est tout à fait obscur, c'est arus, que J. Olivier 
emploie au f" 87 pour escus. Ce sens est mis hors de doute par le rap- 
prochement du £• 87 et du 4" 98 ; dans celui-ci on lit draps escus et 
dans l'autre à une place absolument identique draps arus. Il est bien 
difficile d'admettre qu'arus soit une simple modification phonétique 
d'escMs. Le changement d'e en a est loin d'être sans exemple dans les 
comptes de J. Olivier, erma (erema) y est devenu arma^ ensenha, aseha^ 
etc. Mais se devenir r I 



138 NARBONENSIA 

Mais les mêmes changements s*opèrent lorsque s^z^r termi- 
nent la syllabe et sont précédés immédiatement d'une voyelle. 
Que Ton se rappelle les mots almoma pour almosna^ hertiar 
pour bestiar^ borcz pour bosc ; — sastre^onrsartre, aspa pour 
arpa qui sont les analogues de quinre^ penze ; que l'on se rap- 
pelle encore le mot arze analogue de Berza ou mieu^ de 
Girzart,ei dont on peut rapprocher rAarsts, f A Mas^is, AtacisJ, 
et Ton verra se poursuivre le parallélisme des formations. Il 
semble bien dès lors que nous puissions conclure que toutes 
les fois que s^ z est en contact avec une voyelle il peut passer 
à r. et que réciproquement r en contact avec une voyelle peut 
passer à 5, z (1). 

Il resterait à expliquer la production de ce phénomène. 
Malheureusement les textes pçpulaires vraiment anciens font 
défaut et Ton ne peut savoir si le phénomène s'est produit, 
dès l'origine, dans toutes les catégories de mots qu'il affecte 
du XIII* au XV* siècle, mots de formation populaire ou de 
formation savante, mots dans lesquels Vs est étymologique, 
clausa^ ou mots dans lesquels Vs provient d'une dentale pri- 
mitive: spatha, espasa, csparo^ etc. Il faudrait avoir d'abord 
résolu ces questions avant de décider que nous sommes ici en 
présence d'une simple confusion assez difâcile à comprendre, 
surtout quand on considère que les personnes employant 
5, z pour r n'emploient que rarement r pour 5, z. Je serais 
plutôt disposé à croire que nous avons affaire à une pronon- 
ciation particulière, à un phonème que les scribes peu lettrés 
ne savaient comment noter et pour lequel ils écrivaient tan- 
tôt r, tantôt 5, tantôt z et quelquefois même j ou g. Il a dû 
se passer alors quelque chose d'analogue à ce que l'abbé Rous- 
selot a constaté à Saint-Bonnet-de-Rochefort, où « le son y 



(1) Il y a une difficulté pour les mots comme hestiars pour bestiat (v. 
p. 55) fréquents en catalan, beaucoup plus rares en provençal. La diffi- 
culté tient à la conservation de 1'^ sans laquelle ils rentreraient dans la 
catégorie des mots comme ar, ct^tr^ etc^Je serais assez disposé à ad- 
mettre que ces formes ne se sont d'abord produites que lorsque ces 
mots étaient placés devant une voyelle ; ils rentrent alors dans la caté- 
gorie des mots comme arze où le z s'étant redoublé, celui qui est ainsi 
devenu final de la syllabe précédente s*est changé en r. Je ne me dissimule 
pas que c'est là une pure hypothèse. 



BIBLIOGRAPHIE 139 

est le même que celui de IV de père, laquelle incline fortement 
vers z. Ce sifflement se produit un peu en arrière des dents, 
en un point où r et z, « dure peuvent se rencontrer (1). » 

En somme il reste établi que le changement de s, z en r et 
de r en 5, z s'est produit à Narbonne dès le XIII* siècle et a 
persisté au moins jusqu'à la fin du XV* siècle ; qu'il reste au- 
jourd'hui bien peu de traces de ce changement; que les per- 
sonnes qui emploient r poqr 5, z emploient moins souvent Sj 
z pour r; que celles qui emploient s, z pour r emploient plus 
rarement encore r pour 5, z; que ce phénomène se produit 
lorsque ces lettres sont au commencement ou à la fin d'une 
sjllabe en contact immédiat avec une voyelle. 

Alphonse Blanc. 



BIBLIOGRAPHIE 



A. Restori.— Per la ttoria musicale dei Trovatorlprovensali^appunti 

et note (Kstratto dalla Rivista Musicale Italiana^yoh II, fasc. 1, 1895). 
— Fratelli Bocca editori, Torino. — 95 pp. iii-8o. 

Sous ce titre modeste, M. A. Restori vient de publier une 
contribution importante à l'histoire musicale des troubadours. 
Il y a eu déjà de grands historiens de la musique du moyen 
âge: les noms de Fétis, Coussemaker, Lavoix, Ambros, pour 
ne citer que les contemporains, rappellent de beaux travaux 
faits avec une rare érudition. Ils avaient exposé les grandes 
lignes de l'histoire musicale du moyen âge ; le rôle des histo- 
riens récents est de descendre un peu plus dans les détails : 
tâche plus facile en apparence, mais en réalité aussi ardue, 
en tout cas aussi utile que l'autre. Car si l'étude des détails 
confirme les conclusions d'ensemble, il peut se faire aussi 
qu'elle les infirme et qu'elle montre le peu de fondement et de 
solidité de certaines de ces conclusions. 

M. Restori a fixé des limites assez nettes à son travail ; il 



(1) L'abbé Rousselot: Les modifications phonétiques du langage, 
252. 



140 BIBLIOGRAPHIE 

a voulu s'occuper exclusivement de la musique des troubadours^ ; 
rechercher Toriginalité de leurs compositions musicales et à 
ce propos mettre en lumière certains points que les récents 
historiens de la musique ont déjà éclaircis; enfin donner 
un modèle, à tout le moins un exemple, de monographie musi- 
cale en publiant les mélodies de Peirol. 

Ses prédécesseurs ont considéré comme résolue une ques- 
tion qui valait pourtant la peine d'être discutée, si vraisem- 
blable que fût d'ailleurs a priori la solution: c*est Vauthenti- 
cité des mélodies des troubadours. Avons-nous des mélodies 
authentiques ? ou bien ont-elles été composées plus tard sur 
des poésies déjà existantes? L'examen des manuscrits et leur 
concordance nous permet de croire que les mélodies chantées 
parles troubadours ou leurs jongleurs sont aussi authentiques 
que leurs poésies. M. Restori le prouve par un exemple : il 
publie les quatre versions musicales de la chanson de Bernart 
de Ventadorn Quan vei la laudeta mover d'après les quatre 
manuscrits X, W, G, R. a On pourrait faire, dit-il, une édition 
critique de la mélodie». En effet les différences sont de peu 
d'importance ; la ligne mélodique est bien la même, dans les 
quatre manuscrits ; le sens est le même, quelques mots seu- 
lement, je veux dire quelques noteSy varient. Les mss. étant 
de date et d'origine différentes, leur accord nous est un 
sûr garant de Tauthencité des mélodies qu'ils contiennent. 

Mais une question plus dif&cile se pose : nous avons des 
mélodies authentiques, d'où viennent-elles? A quelles inspira- 
tions les troubadours ont-ils puisé ? On a cherché les origines 
de leur poésie; à quelles origines doit-on rapporter leur mu- 
sique? 

On voit combien ici le problème devient délicat. Les pre- 
mières mélodies profanes que nous ayons sont des mélodies 
de danses^ de pastourelles^ d'aubes. Leur genre même indique 
à quelle source les troubadours ont dû puiser pour composer 
leurs mélodies : elles sont d'origine populaire. On y sent, dit 



* Voir au sujet de la musique des trouvères une note de M. Restori 
ajoutée au chapitre de M. Jeanroy sur la poésie lyrique dans le tome I 
de V Histoire de la Langue et de la IMtérature françaises de M. P. de 
Julie ville. 



BIBLIOGRAPHIE I 4 l 

M. Restori — eomme dans Yaube bilingue^^a la loi du chant p(h 
pulaire et primitifs qui est la répétition d'une formule mélodique 
simple et facile, » L'influence populaire est sensible dans les 
refrains^ qui ne sont d'ailleurs que des répétitions méthodiques 
et régulières, et elle se sent enfln dans ces 2;ora/ûe« fréquentes 
dans le chant grégorien et encore assez fréquentes dans les 
mélodies des troubadours. 

Fétis y avait d^abord vu uae influence orientale, celle des 
Arabes ; mais il est inutile de rapporter à une origine si éloi- 
gnée ce qui n'est en somme qu'un emprunt aux habitudes du 
peuple. Ces vocalises que nous retrouvons encore dans nos 
tyroliennes modernes^, et dont M. Restori cite des exemples en 
rapportant une fin de chanson de ses Alpes natales, sont au 
premier chef d'origine populaire. Ainsi donc répétitions, re- 
frains, vocalises, simplicité de la phrase musicale, tout nous 
autorise à croire que les troubadours ont emprunté en grande 
partie leurs mélodies au peuple. 

Mais alors comment se fait-il que ces poètes si dédai- 
gneux de plaire à la foule, si amoureux du trobar dus, aient 
emprunté justement au peuple ce qui donnait plus de charme 
à leurs poésies, comme le vêtement et la parure qui les fai- 
saient mieux valoir ? N'est-ce pas là une étrange contradic- 
tion ? 

C'est que peut-être la musique est comme la langue ^ qu'elle 
n'est pas, par elle-même, noble ou roturière, qu'elle n'est 
qu'un instrument à la disposition du plus obscur chanteur 
comme du plus brillant troubadour. Il j avait la musique 
grégorienne^ celle de l'Eglise et, l'autre, la musique profane, 
celle du peuple, des troubadours et des jongleurs. Mais il 
n'y avait pas de division dans la musique des profanes, elle 
était encore trop rudimentaire. Aussi le poète qui voulait 
mettre un «air sur ses paroles (ou plus souvent ses paroles 
sur un air connu) était obligé de prendre au répertoire com- 
mun ; et s'il composait lui-même le son, quoi qu'il en eût, il ne 
pouvait atteindre dans sa mélodie à la même virtuosité arti- 



* Voyez l'opuscule du môme Restori, La notaiione musicale delV anti^ 
chissima Âlba bilingue^ Parme, Ferrari, 1892. 
« Le rapprochement est, je crois, de M. H. Lavoix. 



1 42 BIBUOGRAPHIE 

flcielle qu*il obtenait si facilement dans sa poésie: la langue 
poétique avait fait d'admirables • et rapides progrès, mais 
la langue musicale n'était pas encore assez souple et portait 
la trace de sa primitive rusticité. Elle Ta gardée long^temps 
d'ailleurs I 

Les troubadours ont eu cependant un mérite : ils ont réussi 
à donner plus de noblesse aux chants populaires qu'ils em- 
pruntaient, et M. Restori,qui a étudié de près leurs mélodies, 
a réussi à caractériser avec bonheur ce qui paraissait artiâ- 
ciel ou spontané dans leurs compositions musicales. En g-éné- 
rai, ils ont beau rechercher Tartifice et la virtuosité dans 
leurs chants, on sent encore Tinfluence populaire dans la 
spontanéité de certaines phrases et dans la cadence des 
autres. 

Seulement on voit combien il est difficile de délimiter ce 
qui est artificiel et ce qui est spontané; on sent le mélange 
de deux éléments, il est impossible de le voir et de le faire 
voir aux autres. Aussi M. Restori, dans Tintéressante mono- 
graphie musicale de Peirol qui termine sa brochure, nous 
invite à user d'un moyen ingénieux pour goûter sa musique. 
« Que mes courageux lecteurs se condamnent à lire les mo- 

bets traduits par Goussemaker et les polyphonies deLavoix 

qu'ils feuillettent par curiosité purement et simplement musi- 
cale le graduely et, chantant ensuite les mélodies de notre 
Peirol, ils croiront respirer un air plus respirable * » (p. 79). 
C'est que s'il y a déjà de Tartifice dans la manière de Peirol, 
il y a aussi une inspiration franche et spontanée. 

M. Restori n'a pas voulu terminer son étude sans toucher à 
deux points qui ont causé beaucoup de discussions, la traduc- 
tion de la musique ancienne en mesure moderne et les relations 
entre la musique et la métrique. 

* Ce n'est en effet que par comparaison qu'on respire un air plus 
respirable. Il faut beaucoup de bonne volonté pour trouver intéressants 
la plupart des morceaux qui nous sont parvenus ; ce n'est qu'habillés à 
la moderne qu'il deviennent supportables. Mais il ne faut pas se faire 
d'illusion; les morceaux que nous entendons avec accompagnement de 
piano, de harpe ou même d'orchestre ne peuvent que nous donner une 
idée imparfaite — pour ne pas dire fausse — de Ja fruste simplicité de 
ces primitives mélodies. 



CHRONIQUE 143 

Sur le premier point nous estimons avec M. Restori que 
les longs débats sont inutiles : il faut savoir prendre avec la 
mesure des mélodies des troubadours une raisonnable liberté ^ 

Quant à la métrique, si nous comptions pour la mieux 
connaître sur la musique, nous* n'aurions à notre disposition 
qu'un médiocre secours. Elle nous enseignerait ce dont nous 
nous doutions bien, que dans les césures épiques la syllabe 
surnuméraire ne compte pas plus pour la musique que pour 
le mètre ; sur les coupes et les accents, elle nous donnerait 
peu de renseignements ; s'il s'agit des relations entre la mélo- 
die et la strophe, le problème est plus compliqué et plus inté- 
ressant; malheureusement le peu de données que nous avons 
sur ce sujet délicat fait qu'il n'est pas encore soiuble. 

Il le deviendra bien vite, grâce à des travaux aussi con- 
sciencieux et aussi savants que celui de M. Restori, et c'est 
alors qu'on pourra changer, suivant le vœu qu'il a exprimé, 
le titre d'un livre célèbre et le compléter ainsi : vib, (euvrbs 

BT MUSIQUE DBS TROUBADOURS. 

J. Anoladb. 



CHRONIQUE 



SOCIÉTÉ ARCHÉOLOOIQUE, LITTERAIRE BT SOIENTIFIQCB DR BÉZIBRS 
(HÉRAULT). 

Programme du Concours pour Vannée 1897. — Dans la séance 
publique qu'elle tiendra le jeudi de rAscension, 27 mai, la Société 
archéologique, scientifique et littéraire de Béziers décernera : 

1® Une couronne de laurier en argent à l'auteur d'un travail his- 
torique, biographique ou archéologique concernant le Midi de la 
France, écrit, autant que possible, d'après des documents originaux; 

2^ Un rameau d'oliviar en argent à la meilleure pièce de vers en 
langue néo-romane. ' 

Tous les idiomes du Midi de la France sont admis à concourir. 

* Quand il s'agit bien entendu de morceaux à une voix ; car dans les 
autres Tabsence de mesure mènerait tout droit à la cacophonie. 






144 CHRONIQUE 

N,'B. — Les auteurs devront suivre Torthographe des troubadours 
et joindre un glossaire à leurs poésies. 

3° Un rameau de chêne aussi en argent à la meilleure pièce de 
vers français. 

La Société pourra décerner en outre des médailles de bronze, d*ar- 
gent ou de vermeil aux œuvres qui seront jugées dignes de cette 
distinction. 

Tout sujet politique, loute œuvre attaquant la reUgion ou le grou- 
vernement, blessant les mœurs ou les bienséances seraient exclus du 
concours. 

Les auteurs qui, dans les concours de poésie néo-romane et de 
poésie française, auront obtenu le rameau d'argent, ne seront plus 
admis à concourir dans le môme genre de composition. 

Les œuvres destinées au concours ne seront pas signées. Elles de- 
vront être lisiblement écrites et être adressées en double copie et 
franches de port, avant le !«»• avril prochain, terme de rigueur, 
à M. Antonin Soucaille, secrétaire de la Société, avenue de la Ré- 
publique, 1. 

Une seule copie suffira' pour les travaux historiques, biographiques 
et archéologiques. 

Les npéraoires et les poésies porteront une épigraphe ou devise ré- 
pétée dans et sur un pli cacheté renfermant, avec le nom et l'adresse 
de l'auteur, la déclaration expresse qu'ils sont inédits et qu'ils n'ont 
figuré dans aucun concours. 

Les manuscrits envoyés ne seront pas rendus. 

Les lauréats qui ne pourront pas assister à la séance publique sont 
priés de faire retirer leur prix. 



Le Gérant responsable : P. Hamklin. 



CONTRIBUTION A L*BTUDE 

DU LANGUEDOCIEN MODEKNE 



LE PATOIS DE LÉZEGNAN (Audb) 
(Dialecte Narbannais) 



INTRODUCTION 

Per la glôri dôu terra ire. 
(F. Mistral.) 

Ceci n'est pas une préface : le mot serait trop ambitieux 
pour une aussi modeste étude ; je tiens à dire simplement 
comment a été conçu et exécuté le travail que j'ai présenté 
au concours Boucherie '. 

C'est sur les indications de M. le professeur Chabaneau que 
j'ai étudié le dialecte de la langue d'oc que je connais le 
mieux pour l'avoir parlé pendant les dix premières années de 
mon enfance. Mon travail, je le sens plus que tout autre» por- 
tera la trace de quelque gaucherie de débutant '; tel qu'il est, 
pourtant, je n'ai pas hésité à le présenter au concours, per- 
suadé qu'il ne sera pas tout à fait inutile et qu'il contribuera 
pour sa petite part à mieux faire connaître un de nos dialectes 
méridionaux. 

* Le Prix Boucherie^ institué à la Faculté des lettres de Montpellier 
en souvenir de son ancien et vénéré professeur, est décerné tous les 
cinq ans à l'auteur d'un mémoire portant sur la littérature ou la philo- 
logie romanes (monographie, étude philologique, édition de textes, etc.) 

* Je me rends bien compte en particulier du défaut suivant ; c'est 
que mon travail n'est pas tout à fait complet. C'est le défaut inévitable des 
travaux de ce genre ; plusieurs années d'observations attentives n'en 
garantiraient pas les plus consciencieux. Il faut bien pourtant se décider à 
grouper les phénomènes observés, quand une fois on en a une quantité 
suffisante pour justifier un groupement, sans se flatter du chimérique es- 
pou* d'avoir noté tous les détails. Je crois, pour ma part, n'avoir négligé 
aucun des phénomènes importants de notre dialecte et en avoir observé 
«t consigné tous les côtés intéressants. 

TOME X DE LA QUATRIEME SERIE. — Avril-Mai 1897. 10 



146 LE PATOIS DE LEZIGNAN 

Il se fait actuellement sur les patois d'oc et d*oïl une vaste 
enqaête dont les résultats, sans modifier les points essentiels 
de la philologie romane, éclaireront certains points d'un jour 
nouveau. Beaucoup de faits sont encore ignorés des philolo- 
gues, parce qu'il n'existe pas assez de monographies et que 
certains dialectes sont peu connus. Ce n'est que lorsque tous 
ces dialectes, tous ces patois auront été étudiés avec méthode 
que l'on pourra compléter certaines parties des beaux travaux 
de Diez et de Mejer-Liibke. 

Je regrette sans doute que le patois que j'ai étudié ne soit 
pas plus intéressant : il s'est singulièrement appauvri dans 
ces dernières années. Patois d'un pajs qui a connu pendant 
quelque temps une abondance inouïe, il représente médiocre- 
ment dans son état actuel ce qu'il fut autrefois. Le français a 
remplacé beaucoup des mots pittoresques du languedocien, et, 
si j'avais à en faire le vocabulaire, on serait étonné des pertes 
qu'il a subies. 

Néanmoins ce patois présente quelques phénomènes inté- 
ressants, autant en phonétique qu'en morphologie. C'est sur- 
tout sur ceux-là que j'insisterai. Je n'ai pas l'intention de ré- 
soudre, à propos d'un patois languedocien, tous les problèmes 
de philologie romane qui sont encore en partie insolubles ; je 
n'insiste pas non plus sur les faits bien connus de phonétique 
et de morphologie qui sont communs à tous les dialectes lan- 
guedocien» et souvent même à toutes les langues romanes: ils 
sont exposés partout et il suffit à l'occasion de les rappeler. 
Quant aux autres, j'ai apporté à leur étude la plus grande at- 
tention et j'ai quelquefois hasardé une opinion personnelle. 

Rarement d'ailleurs ; j'ai trouvé en effet dans les cahiers de 
cours de mon professeur, M. Chabaneau, et dans sa « Gram- 
maire limousine », la solution de beaucoup de difficultés qui 
auraient pu m'arrêter; j'y ai puisé largement, et c'est ce qui 
me donne la confiance que mon travail ne sera pas dénué de 
tout intérêt. 

J'ai longuement feuilleté les grammaires si abondantes en' 
faits de Diez et de Meyer-Liibke \ ainsi que la thèse si inté- 

1 Pour ce dernier ouvrage, je cite toujours la traduction française 
(2 volumes parus chez H. Welter, Paris; le troisième volume, qui com- 
prendra la syntaxe, est en préparation). 



LE PATOIS DE LÉZIGNÂN 147 

ressante de M. Devauz^ Il va sans dire aussi que, pour les for- 
mes du bas latin, je me suis servi du dictionnaire de Kôrting 
(Kôrting, Lateinisch-romanisches Wôrterbuch), Quant aux 
autres livres consultés^ il est inutile de les rappeler ici, car 
j'y ai trouvé peu de choses se rapportant directement à mon 
étude *. 

Je ne puis pas oublier pourtant que j'ai eu sous les jeux« 
pour la morphologie, les paradigmes donnés par M. Csmta- 
grel, en tête de la « Cansou de la Lauseto », d'A. Mir. Quoi- 
que sans prétention scientifique, ces pages représentent 
fidèlement les formes du dialecte narbonnais, dont celui de 
Lézignan n*est qu'une variété en somme peu différente. 

Et puisque je p$rle de dialectes, sans avoir Tintention de 
traiter ici en pa8sani4a.. question des dialectes et des sous- 
dialectes, je me permettrai simplement d'exprimer mon opi- 
nion. Il me parait d'ailleurs qu'on discute quelque peu sur 
des mots — sans plaisanterie aucune. En tout cas, il n'est 
point nécessaire — comme on Ta fait quelquefois dans notre 
Midi — de discuter avec passion une question d'ordre pure- 
ment scientifique. Pour ma part, je n'ai aucune peine à parta- 
ger l'opinion de Meyer-Lûbke, exprimée, d'ailleurs, avant lui 
par d'autres maîtres et non des moindres de la philologie 

romane : a depuis longtemps, dans chaque domaine de 

langue littéraire, on a distingué différentes subdivisions qui 
sont caractérisées par certains traits linguistiques. Les nou- 
velles recherches ont de plus en plus démontré qu'une subdivi- 
siondece genre, si utile qu'elle soit au point de vue pratique, ne 
peut guère échapper au reproche d'être arbitraire et de man- 

* ÛBVAUx: Essai sur la langue vulgaire du Dauphiné septentrional au 
moyen âge. — Paris, Welter, 1892. 

* Ceux qui s'occupent de dialectologie méridionale connaissent la biblio- 
graphie de NouLET {Revue des Langues romanes, X, XI et Xïl), Je leur 
signale un modeste opuscule bibliographique de M. G. Jourdanne qui 
peut rendre quelques seryices : G. Jourdanne, Bibliographie Languedo- 
cienne de l'Aude, Garcassonne, Bibliothèque de la Revue Méridionale^ 
1896. Dans cette Bibliographie, je signalerai surtout les ouyrages de 
A. Mir et de A. Peyrusse. Le premier est originaire d'Escales, le second 
d'Omaisons, villages distants de Lézignan de quatre ou cinq kilomè- 
tres seulement. Leur langue représente assez bien les formes du dia- 
lecte lézignanais. 



148 LE PATOIS DE L^ZIGNÂN 

quer de base scientifique Partout où dominent des re- 
lations mutuelles, on trouve une transition grstduelle entre 
un patois et l'autre. Si nous nous éloignons dans toutes les 
directions d*un point central pris à volonté, avec un certain 
nombre de traits phonétiques, nous constaterons que, peu à 
peu, chacun de ces traits disparaît pour faire place à un autre, 
jusqu'à ce qu'enfin nous atteignions un autre point qui n'a 
plus rien de commun avec le point de départ. En faisant la 
comparaison des deux, nous verrons une différence absolue ; 
mais de transition brusque, de divergence soudaine, il n*j en 
a pas plus, par exemple, que dans le passage du latin au ro- 
man » (Mejer-Lûbke, Grammaire des Langues romanes ^ trad. 
fr., 1.10). 

Il est donc entendu que, quand je parle de dialecte narbon- 
nais et même de dialecte lézignanais, je ne suis pas dupe des 
mots que j'emploie et je prie le lecteur de ne pas en être 
plus dupe que moi. Seulement, comme ces expressions sont 
commodes et qu'elles ne peuvent pas prêter à l'erreur ou à 
l'équivoque, quand ou en a une fois marqué le sens, je ne me 
ferai pas scrupule de m'en servir. 

On remarquera que je me suis, en général, abstenu de 
toute comparaison entre les formes du dialecte ancien et cel- 
les du dialecte moderne. Non que la tentation ne m'en soit pas 
venue ; les textes anciens sont assez nombreux et assez éten- 
dus pour qu'on pût la faire avec intérêt. Sans doute, les textes 
édités par M. Mouynès * ne peuvent guère servir à un pareil 
travail ; Moujnès prenait avec eux des libertés très grandes et 
ne se faisait pas faute d'en modifier l'orthographe, quand il 
ne faisait pas pis ; pour qu'ils pussent servir de base solide à 
une comparaison entre le langage d'hier et celui d'aujourd'hui, 
il serait nécessaire qu'on les collationnât avec soin. 

Par contre on peut se fier sans crainte aux textes édités par 
M. A. Blanc ^ et ils sont eu assez grand nombre pour rendre pos- 



* MouYNès: Inventaire des Archives de Narbonne antérieur es à 1790.— 
Narbonne, Gaillard, 1871.1878. 

^ M. A. Blanc a publié des textes en ancien narbonnais dans le Butle- 
tin de la Commission archéologique de Narbonne. C'est dans ce recueil 
qu'il publie actuellement les Livres de comptes de Jacme Olivier, docu- 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 149 

sible une intéressante comparaison. Mais cela demanderait une 
étude très longue et très détaillée que je ne me suis pas senti 
le courage d'entreprendre. D'autre part, une comparaison de 
cette nature n'a de réel intérêt que si elle est complète ; la 
tenter à Toccasion de quelque détail, serait satisfaire simple- 
ment une accidentelle curiosité; aussi m'en suis-je abstenu. 

Il me reste plus qu'à remercier de leur bienveillance les 
juges de la Faculté des lettres et, en particulier, M. le pro- 
fesseur Ohabaneau, dont j'ai eu le plaisir et l'honneur d'être 
pendant sept ans l'élève. S'il y a quelques bonnes choses dans 
les pages qui suivent, c'est à lui que j'en suis redevable; et 
sMl j a aussi quelques faiblesses, que Ion veuille bien ne pas 
mettre sur le compte du savant maître les maladresses de 
son disciple. 

J. Angladb. 

Montpellier, le 90 mars 1897. 



PREMI&RE PARTIS. — Phonétique 



CHAPITRE I 

LES LIMITAS DU DIALECTE 

1. En donnant comme sous-titre à mon travail le Patois 
de Lézignan *, je n'ai eu d'autre intention que de limiter mon 

ment intéressant pour la langue- du XIV* siècle. Il a aussi étudié quel- 
ques points de la phonétique du dialecte ancien dans les Annales du 
Midi (avril 1896, sur le mot duraic = iicdaïcum) et dans la Bévue des 
Langues Romanes. (Cf. Février-mars, 1897, Narbonensia,) 

* Lézignan est un chef-lieu de canton du département de TAude, ar- 
rondissement de Narbonne.Lavoie romaine qui reliait Narbonne à Tou- 
louse et à Bordeaux passe sur une hauteur à environ 1 kilomètre du 
village. Le nom lui-même indique une origine romaine et renvoie à 
une forme latine Licinianum. (Il y a un autre Lézignan dans THérault). 
La plus ancienne mention qu'on en trouve dans l'histoire est dans un 
diplôme de Charles le Chauve cité par Ùom Vaissette^ Histoire Générale 
du Languedoc, (éd. Privât) Tome II, preuves, col. 276-277. En voici les 
principaux passages : (Diplôme de Charles le Chauve en faveur d'un de 
ses fidèles nommé Alfonse). In nomine sanctse et Indiuiduae Trinitatis. 
Karolus Dei gratia rex complacuit clementiae nostrae quosdam 



150 LE PATOIS DE LÉZIGNAN 

sujet. En réalité, c'est du dialecte narbonnais, ou du moins 
d'un gous-dialecte très approchant, que je vais ici exposer la 
phonétique et plus tard la morphologie. Lézignan est un gros 
village de la plaine narbonupiise ; mais précisément parce 
qu*il est situé dans la plaine et qu'il est en relations constan- 
tes avec Narbonne — dont il n'est séparé que par 18 kilo- 
mètres — son patois ne diffère que par quelques détails de 
celui de Tantique Narbo Martius. Aussi n'est-il guère possible 
de fixer des limites à ce qui n*est qu'à peine un sous-dia- 
lecte ; je me contenterai donc de marquer d'une manière gé- 
nérale les limites du dialecte auquel il se rattache si étroi- 
tement au point de vue phonétique. 

Au sud, le dialecte narbonnais a une limite assez nette :je 
veux parler des dialectes catalans, qui commenceat au-des- 
sous de Leucate et qui se continuent, en suivant les contre- 
forts des Corbières jusque vers TAriège où ils vont rejoindre 
TEspagne par la Cerdagne française. 

Les limites du même dialecte au nord sont encore assez 
bien fixées par les contreforts de la Montagne -Noire : le dia- 
lecte narbonnais se rattache par là au dialecte de Saint-Pons 
(Hérault), qui est lui-même en étroites relations avec les dia- 
lectes de TAveyron. 

A Test, le dialecte narbonnais se confond insensiblement 
avec les autres dialectes ; à Béziers (Hérault), la différence 
est déjà assez sensible sans qu'on puisse fixer où elle a com- 
mencé ; elle ne fait que s'accroître à mesure que Ton se rap- 
proche de Cette et de Montpellier. 

fidèles nostros, nomine Aldefonsum et nepotes suos Gomensîndum et 
Durannum de quibusdam rébus nostrae proprietatis honorare atque in 
eorum iuris domina tionem liberalitatis nostrae gratiam conferre. Itaque 
notum sit omnibus sanctae Dei Ecclesiae fideiibus et nostris, praesen- 
tibus atque futuris, quod concedimus iam dictis fideiibus nostris Alde- 
fonso et nepotibus suis Gomesindo et Duranno ad proprium quasdam 
res nostrae proprietatis, quae sunt sitae in pagoNarbonensi inlocis quae 
dicuntur Liciniano, Cabimonte et Sancta Candida^ quas etiam ipsi et 
patres ipsorum per aprisionem babuerunt. ...... (27 mai 847) Liciniano 

est bien Lézignan; Cabimonte est aujourd'hui Caumoun^ campagne si- 
tuée à quelques kilomètres de Lézignan. Aucun nom de campagne ou de 
ténement ne rappelle Sancta Candida ; mais il faut peut-être lire Sancta 
Candela, qui est aujourd'hui Santo Candèlo^ ténement de la commune 
de Lézignan sur la route de Narbonne. 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 151 

A l'ouest, enûn, la dégradation est encore moins sen- 
sible ; il n*y a pas de barrières naturelles formées par les 
montagnes, pas plus qu'à Test d'ailleurs ; aussi le dialecte se 
transforme petit à petit, sans qu'on puisse bien se rendre 
compte de l'endroit où il cesse d'être le dialecte narbonnais. 
Quelques phénomènes dialectaux, comme le remplacement de 
l'article masculin hu par la forme toulousaine le, qui a lieu 
précisément dans le sous-dialecte lézignanais, permettent de 
s'apercevoir du changement. Mais en général il n'est pas 
sensible. 

2. Le catalan a exercé quelquefois son influence sur notre 
dialecte ; nous la noterons à l'occasion, en faisant remai*quer 
que, sauf indication contraire, nous entendons par catalan le 
dialecte dégénéré, fortement mélangé de languedocien, que 
l'on parle actuellement dans les villages duRoussillon. 



CHAPITRE II 



LES SONS ET LEUR NOTATION 

3. Les voyelles a et i sonnent comme en français. 

Le son u représente un son intermédiaire entre eu du fran- 
çais preux et u de prune. Il est souvent noté œ dans Meyer- 
Lûbke. 

E est tantôt ouvert, tantôt fermé et sonne alors respecti- 
vement : 

1*" E fermé comme é de clarté ; 

2« E ouvert comme ais de l'imparfait français. Ainsi pe = 
pedem se prononce comme pais dans îv.je rompais. 

Dans le présent travail, e non accentué représente toujours 
e fermé. E avec un accent grave {e) représente toujours un 
è ouvert. 

Ou est une pseudo-diphtongue et doit se prononcer d'une 
seule émission de voix. 

eu-au-iu sonnent de la manière suivante: éou, àou, iou, 

ou (avec o accentué) = ow (ôou). Ex.: chou == chôou, 
chow. 

Il faut remarquer que les voyelles suivies d'une nasale sont 






152 LK PATOIS DE LBZIONAN 

fermées en languedocien, comme d^ailleurs dans tous l«s dia- 
lectes de la langue d*oc. Ainsi la voyelle ouverte du latin bêne 
sonne fermée dans le languedocien be. 

Il n'y a pas à proprement parler dans le dialecte lézigna- 
nais de voyelles nasalisées. Dans les mots comme poun^ /oun, 
n est distinct de la pseudo-diphtongue ou. 

Les consonnes mouillées sont représentées par nh-là. 

Canho paresse 

trabalha travailler. 

Le g représente toujours un son dur devant n^importe quelle 
voyelle. 

S est toujours s dure ; s douce est représentée par z. 
4. Le groupe ch représente la chuintante douce. 

Finale : repaich, palaich (repas, palais) 
Médiale : daicha, faicha (laisser, emmailloter). 

Dans ces mots là le ch est doux comme dans les mots fran- 
çais vache, hache. 

CA initial représente un son complexe. Il se compose du 
son ch précédé d'une dentale, kimichabal, chimtnhèrose pro- 
noncent tchabal, tchiminhèro. C'est pour ne pas dénaturer 
Taspect des mots que j'ai gardé pour ce son la notation de la 
chuintante douce (cf. d'ailleurs le traitement dec initial). 

Enân j'ai noté la chuintante dure à la an ou à l'intérieur 
des mots par le groupe tj *. 

Mansionaticum mainatje, enfant 

formaticum froumatje fromage 

uillaticum hilatje village 

siluaticum snubatje sauvage, 

houscatje, relotje (horloge) etc. 

Pour qu'il iCy ait pas de confusion possible, le c dur est 
représenté par k devant e, i. 

* On sait que ce son, comme tant d'autres, était représenté de bien 
des manières diflérentes dans les manuscrits des troubadours. Aussi 
est-ce faire un étrange abus de mois que de parler d'orthographe des 
troubadours^ comme le font si volontiers les poètes de langue d'oc con- 
temporains. 



LE PATOIS DE LBZIGNAN 153 

Le son du v n'existant pas, j'écris bendre = ïv, vendre, au 
lie a de vendre. 

Nous nous dispensons en général dans ce travail de mar- 
quer Taccent tonique languedocien quand il concorde avec 
Taccent tonique latin. Nous ne notons que les exceptions. 



CHAPITRE ill 



ACCENTUATION 

5. A. — Loi du maintien de ^accent, — La loi générale 
qui veut que la voyelle accentuée en latin reste dans les lan- 
gues romanes s'applique évidemment aussi dans le dialecte 
lézignanais. Les exceptions ne sont qu'apparentes et tiennent 
à ce que dans le latin vulgaire l'accentuation de plusieurs 
mots s'était modifiée. 

Ainsi uidere a donné les deux formes beire et bezér. De ces 
deux formes, la dernière renvoie à uidere^ qui a donné nor- 
malement bezér, puis, par suite du déplacement d'accent beze. 
L'autre renvoie à une forme en ehvef uidëi^e, formée par ana- 
logie de mots comme bibere. 

Il arrivait aussi en lalin que certaines voyelles (notamment 
la semi-consonne i") pouvaient se consonnifier et rejeter l'ac- 
cent qu'elles portaient *. C'est ainsi que les mots mulierem 
et parietem ont donné dans le dialecte lézignanais moulhè 
(rare) et paret. I s'étant consonnifié, l'accent était passé sur 
e de sorte qu'au lieu de mulierem, parietem, on avait eu 
quelque chose comme muljérem» parjétem. 

< Thurot et Châtelain. — Prosodie latine. Paris, Hachette et Gie, p. 8. 
On y verra un exemple de synérèse pour paries dans les vers de Virgile 

Haerent parietibus scalae. cf. id. Aen. 5, 589, PaHetibus tectum. 

On remarquera que paret à un e fermé en languedocien, tandis que 
d'après la règle il devrait avoir un e ouvert comme' venant d'un e bref 
latin. Cela tient sans doute à la présence du t final qui coupe brusque- 
ment le son. Les mots français terminés en et (ouvert) passés dans no- 
tre dialecte ont changé cet e en e fermé. Cf : bailet (valet) soufflet (sou- 
flèt) etc. On peut dire d'une manière générale que dans notre dialecte 
toutes les finales en et sont fermées. Il n'eA est pas de même dans un 
dialecte voisin, le catalan, où l'on a des mots comme fèt, etc. 



154 LE PATOIS DE I EZ1GNAN 

Pareillement les mots en ô/tim, comme filtôlum^ qui étaient 
normalement proparoxjtons, sont devenus paroxytons dans 
la latinité vulgaire et ont donné les formes en ol, comme : 

filiolum filhoi 

linteolum lansol. 

malleolum ' malhol 

Ënûn il suffit de rappeler la tendance qu*avait le latin vul- 
gaire à faire reparaître la forme du simple et surtout son 
accentuation dans les composés. Cette tendance est sensible 
surtout dans la formation des parfaits et explique pourquoi 
perdedit, qui aurait dû donner pèrt avec chute de tout ce 
qui est posttonique a donné perdèt. Il en est de même pour 
le prétérit de beaucoup d'autres verbes. 

Il est inutile d'insister plus longuement sur des faits assez 
connus. 

6. B. — Loi de la chute des atones, — Les syllabes atones 
disparaissent, à moins qu'il n'y ait un a ' ou qu'il ne reste un 
groupe de consonnes qui ait besoin d'une voyelle de soutien. 
Cette' voyelle est dans notre dialecte e. 

Ex : Carum Car 

ferrum fer 

barbam barbo 

templum temple 

mater maire 

pater paire 

senior senhe ', etc. 

Le traitement de la partie du mot qui précède la tonique, 
quand cette partie comprend deux ou plusieurs syllabes, est 
soumis dans le dialecte lézignanais, comme dans les autres 

* Lat. ma//^o/ws = bouture de vigne; lang. maMo/= jeune vigne, 
vigne tout récemment plantée. 

2 A posttonique dans les proparoxytons (cas d'ailleurs assez rare) tombe 
comme dans baume = balsamum, ou est représenté par la voyelle e 
comme dans rabè, Estèbe, = raphatium^ stephanum. Cf. infra. a post. 
final. 

. * Ce reste de cas sujet se trouve dans les deux expressions Nosb'c 
Senhe et Mousenhe. Nostre* Senhe = Notre Seigneur. Le mouaenhc 
(proprement messire) est le nom du chef d'un groupe de travailleurs. 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 155 

dialectes romaas, à la loi dont A. Darmesteter a donné la for- 
mule dans Romania, V, pp. 140-164. 

Les atones qui sont avant la tonique tombent comme celles 
qai viennent après, sauf quand Tatone est un a* ou qu'un 
groupe de consonnes a besoin d'une voyelle d'appui : dans oe 
cas également Tatone persiste. 

Exemples : 

Sanitatem santat 

ueritatem bertat 

coagulare caula 

auriculam aurelho, etc. 

Exemples de a atone protonique maintenu : 

iudicamentum jutjomen jugement 
ornamentum ornomen ornement 

Cf. les adverbes en ment : Soulomen, bounomen, etc. 

Ici encore les exceptions ne sont qu'apparentes ; elles pro- 
viennent cependant d'autres causes que les exceptions à la 
règle du maintien de Taccent. C'est tantôt Tanalogie, tantôt 
des raisons d'euphonie qui font que certaines lettres qui de- 
vraient tomber restent, et que d'autres s'introduisent pour 
soutenir un groupe de consonnes. 

Ainsi, pour citer un exemple caractéristique dans capelà * 
la syllabe médiale atone reste, parce qu'on a capèlo, où la 
même syllabe est accentuée. 

C'est surtout dans les verbes que l'analogie s'est fait sentir 
pour maintenir certaines lettres qui auraient dû tomber. Il y 
aurait ici de longues listes de mots à citer, mais ceci relève 
plutôt de la morphologie que de la phonétique : c'est donc à 
cette partie de notre travail que nous renvoyons l'étude de 
ces exceptions ^. 

7. C. — Traitement des proparoxytons. — Le traitement des 

* Il faut noter le mot asparagulum = lang. espar goul, où un des trois 
d n'a pas laissé de traces. Il faut supposer de bonne heure une con- 
traxtion comme aspargulum. 

^ Capeld dans le sens de cuvé est déjà vieilli ; on dit depuis longtemps 
curât, 

^ On peut citer les verbes terminés en etia^ comme semena (semer), 
"^emena (remuer) en ega (lat. icare) machega (mastiquer), mowse^a (mor- 
sicare), etc. 



156 LE PATOIS DE LÉZIGNAN 

proparoxytoDS présente, dans le dialecte lézignanais» quelques 
phénomènes intéressants. En règle générale la pénultième doit 
tomber dans ces mots ; or^ il j a toute une catégorie de mots 
qui ne perdent pas la pénultième et qui même transportent 
Taccent sur elle. 

Ce sont les mots terminés en latin par ûlum-ôlum, mem- 
enem, erem; ce sont aussi les mots terminés par eus-'itis^ eum- 
ium. 

Voici la liste de la plupart de ces mots : 

Exemples de mots en enem, inern, inum : 

iuuenem joube 

hominem orne 

marginem marje 

asinum aze 

fraxinum fraîche 

terminum terme ' 
Exemple de mots en ûlum, ôlum : 

apostolum apostoul (rare) 

asparagulum espargoul 

populum piboul ' 

rotulum rodoul • 

essere èse 

Mots en ërem : 

cancerem cause 

cicerem séze 

Mots terminés en eus-ius, eum ium : 

hordeum ordi 

oleum oli 

Seruitium serbisi 

neruium nerbi 

remedium remèdi 

symbolium samboli 

1 Ce mot signifie la campagne, lou campestre, comme on dit dans 
d'autres dialectes. 

« Double accentuation : piboul et piboûl. Les autres formes ont l'ac- 
cent tonique comme en latin. 

* Lieu, endroit. 



LE PATOIS 


DE LRZIGNAN 


cementeriam 


sementèri 


nouium 


nobi 


lilium 


liri, etc. 



157 



Dans les proparôxjtons terminés par le suffixe idum la finale 
posttonique ne tombe pas toute entière ; il en reste quelque 
chose dans les deux formes ranse = rancidum et coubes 
= cupidum ^ (Accentuation, rânse^ mais coubés.) 

Coubes est surtout intéressant, parce quMl nous présente 
en même temps un phénomène dont nous allons nous occuper, 
un déplacement d'accent. 

8. D. — Déplacement d'accent. — Cupidum avait dû donner 
coubes^ et avec déplacement d'accent coubés. L'accent est 
descendu sur la dernière syllabe. 

Au contraire, dans la forme béze, Taccent est remonté. En 
effet uidere avait donné normalement bezer (vezer) avec l'ac- 
cent sur la dernière '. 

Ce phénomène s'observe encore dans les mots terminés 
en antim, où l'accent latin était nécessairement sur a . 

Exemples : Românum, Africànum. 

Ces mots ont donné normalement Romà, Africà ; puis sous 
cette nouvelle forme et sous Tinfluence troublante de n cet a 
fermé est passé au son o. Dans cet état, on conçoit que le mot 
ait été traité comme un paroxyton et qu'il ait été accentué 
comme tel. D'où Roûmo^ Africo, comme si ces mots venaient 
de Rôma^ Africa» 

Ce phénomène ne s'observe en général que dans les noms 
propres. Aussi n'est-ce pas un trait particulier de notre dia- 
lecte^ mais un trait commun à beaucoup de dialectes d'oc. 

Si j'en parle ici, c'est que le nom de certains villages assez 
rapprochés de Lézignan présente ce traitement. 

^ Tepidum n'a pas laissé de trace dans notre dialecte ; on se sert du 
mot français tiède. Le dériré de tepidum existait dans l'ancienne langue, 
si on en juge par le proverbe conservé : Gat escaudat Aigo tebézo y fa 
P6u. (Chat échaudé — Veau chaude lui fait peur). 
* Cette accentuation nous est attestée par des vers comme le suivant : 
Rossinhol en mon repaire 
M'iras ma domna vezer. 
, (Peire d'Alvemhe. — »artsch, Chrest. Prov. 477.) 



158 LE PATOIS DE LEZI6NAN 

Ainsi Azilho * renvoie à Azilhanum, comme le prouve son 
diminutif Aziltianet ^. 

De même la forme Bizanet^ nous dénonce la forme ancienne 
de Bize ♦, qui était autrefois Bizâ, et qui est aujourd'hui Bizo. 

Parmi les autres noms propres du Narbonnais présentant 
ce traitement, on peut citer encore : Niso, ancienne forme 
Nissà, dont témoigne encore sa dénomination officielle Nis- 
san ; Siro (appelée officiellement Siran) non loin d' Azilho, dont 
nous avons parlé plus haut '^. 



CHAPITRE IV 

TRAITEMENT DBS VOTBLLBS 

A. 

9. A tonique latin^ bref ou long, donne un a en languedocien, 

animam amo âme 

asinum aze âne 

carum car cher 

palmam paumo paume 

alam alo aile 

10. A tonique suivi de n devrait s'affaiblir en raison de Tin- 
fiuence troublante den. Mais cet affaiblissement n'est pas géné- 
ral dans le dialecte lézignanais comme il Test dans d'autres 
dialectes, le limousin par exemple ^. Il se constate dans 

1 Village du Minerrois, à 14 kilomètres de Lézignan. 

* Village de THérault, à dix kilomètres de Lézignan. 

3 Village du Narbonnais, distant d'une douzaine de kilomètres de Lé- 
zignan. 

* Village du Narbonnais. 

i> On pourrait continuer cette liste, car il y a encore beaucoup de noms 
de villages qui ont été soumis à ce traitement ; je n'ai donné que ces 
exemples, parce qu'ils suffisent à indiquer Tesisteiice du déplacement 
d'accent dans le dialecte Narbonnais; je me propose d'ailleurs de dresser 
la liste complète des noms de localité de l'Aude et de l'Hérault, où ce 
phénomène s'observe. 

* Et, plus près de nous, dans les dialectes de la Montagne -Noire, aux 
environs de St-Pons, On dit gro (granum) co (canem)mais pa?=panem. 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 159 

quelques noms propres de villes ou de villages du Narbonnais 
dans lesquels il a ameué un déplacement d'accent. (Cf. supra. 
Ch. III.) 

En dehors des noms propres on ne le constate que dans un 
motf plo = plànum. 

Plo est, à proprement parler, une plaine ; ie plo de = la 
plaine de. Il faut remarquer que le même a de planum est 
resté a pur dans le superlatif absolu pla = très, fort : pla ma- 
dur = planum maturum^ très mur. 



A PBOTONIQUB 




I. A protonique initial reste a 




Ex: * adripare arriba 


arriver 


amicum amie 


ami 


caminum cami 


chemin 



Il j a cependant un mot où a (non latin d'ailleurs) initial 
suivi de r est devenu ou. C'est le mot courroûbio = fr. ca- 
roube. 11 faut sans doute voir ici une influence du catalan où a 
suivi de r a une tendance à passer à ou. Ex: couresme (cat.) 
= lang: carême. 

12. Passage de a protonique à i. — Ce phénomène se re- 
marque dans quelques mots : iranje^ iranho^ iroundèlo. A côté 
de iranje, on dit aussi ouranje. Quant à iragno^ il se présente 
sous la forme iatiragno (estatiragno, estariragno). 

On peut rattacher à ces mots le mot jùa^ qui vient du latin 
iactare ; maison admet qu'il est passé par une forme inter- 
médiaire iectare. 

Le mot lacunam se présente sous la forme licuno, mais dans 
un cas unique et pour désigner un endroit déterminé ^ 

13. Enfin a protonique est passé à e dans les mots espar- 
goul et escouta = asparagulum, ascultare (p. auscultaré). Les 
groupes sCf sp, ont amené ce changement. 

A POSTTONIQUB FINAL 

14. A posttonique final devient o : 

* On appelle /îCMno (lacunam) une sorte de marécage qui se trouve en- 
tre Homps et Olonzac, à quelques kilomètres de Lézignan. 



barbam 


barbo 


amicam 


amigo 


ûcam 


figo 


amat 


aimo 


amabat 


aimabo 



160 LE PATOIS DE LÉZIGNAN 

barbe 
amie 
figue 
(il) aime 
(il) aimait, etc. 

15. Il faut noter deux exceptions: Raphanum et stephanum^ 
qui auraient dû donner raéo ou rafoet esièbo ou estèfo (radis, 
Estève) ont donné t^abe et estèbe. C'est que ces deux mots 
avaient déjà changé a en e dès la latinité vulgaire. Ils remon- 
tent donc à un type comme stephenum, raphenum, 

16. Suffixe arium, — Le traitement de ce suffixe présente 
dans notre dialecte des obscurités comme dans tout le do- 
maine roman. Dans le dialecte lézignanais, comme dans la 
plupart des dialectes languedociens, ce suffixe, devenu proba- 
blement erium^ a donné des formes en te *. 



primarium : 


prumiè 


*castanearium 


castanhè 


panarium 


panhè 


*amandularium 


amelhè 


palearium 


palhé 


Meuiarium 


^ laujè 


granarium 


granhe 


uiolarium 


biulhè 



Quelques mots qui n'étaient pas terminés dans le latin clas- 
sique par le suffixe arium, aria^ ont été traités cependant 
comme tels. Ce sont les mots area et cerasea. Le premier est 
devenu de bontie heure aria par le passage de e à t devant 
une autre voyelle. Sous cette nouvelle forme, il a été traité 
comme les mots en muw ; de là est venue, par diphtongaison 
de a en iè, la forme languedocienne ièro, fr aire, 

Cernsea offre un traitement du même genre ; cerasea est 



' Dans le patois de Siran (Hérault), 16 à 17 kil. de Lézignan en allant 
vers Saint-Pons, on a le plus souvent pour ces mots la triphtongue iét 
au lieu de la diphtongue iè. Prumièiro^ engranhèiro^ etc. (naturellement 
dans les mots où le suffixe arium est précédé de n, /, le premier i a 
servi à mouiller la lettre précédente). 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 161 

devenu de bonne heure cerarea par rhotacisme, et ensuite 
ceraria par suite du passage de éf à l' devant une voyelle. Sous 
cette nouvelle forme, le mot a été traité comme s'il était ter- 
miné par le suffixe arium. D'où lang : serièro, 

E (E OUVERT, E BREF DU LATIN CLASSIQUE) 

17. E bref latin est devenu en roman un e ouvert qui a subi 
des modifications dans la plupart des langues romanes. Dans 
le dialecte lézignanais il ne s'est généralement pas modifié. 

E TONIQUE LATIN 

18. E tonique latin donne un a ouvert (è) 



Ex.: pëdem 


pè 


pied 


camëlum 


camèl 


chameaa 


pellem 


pèi 


peau 


ferrum 


fèr 


fer 


mellem 


mèl 


miel 


fêlem 


fèl 


fiel 


infernum 


enfer 


enfer 


equam 


ègo' 





Remarque, — On sait qu'en français e entravé suivi d'une 
nasale passe an son a ; tormentum, tourman. Dans le dialecte 
lézignanais il ne se modifie pas et reste toujours fermé. 

tourmen balen 

19. Diphtongaison de ê, — Dans quelques mots du dialecte 
lézignanais e s'est transformé en ié comme en français. 

Ex. 



hëri 


hier 


hier 


sëx 


sièis 


six {sieis) * 


médium 


mièch 


mi {miei}* 



* Se dit seulement et indifféremment des chevaux ou mules dont on 
se sert pour battre le blé dans une aire. 

' On sait que e bref avait donné en a. fr. une triphtongue, qui, suivant 
une loi constante, a rejeté le second de ses éléments. 

Ex. ; lectum, lieit, lit ; sex, sieis, six, etc. 

fièro ne renvoie pas à feriam avec e fermé mais à feriam avec e 

U 



162 LE PATOIS DE LEZIGNAN 

ministëriam mestiè métier 

uëtulam bièl vieil 

intëgrum entiè entier 

cathedram cadièro 

La diphtongaison s'est arrêtée à quelques mots seulement 
et a été amenée par le yod la.iin ou roman qui suit^ 

Il j a pourtant d'autres mots — en très petit nombre il eat 
vrai — dans lesquels la diphtongaison s'est produite sans 
qu'elle fût provoquée par un yod. Ex. : 

ëgo iéu 

deum diéus 

Dans ce dernier mot on ne sent plus le second élément de 
la diphtongue te et on prononce dîus. Il n'en est pas moins 
probable que dius vient de dtétis. 

20. Traitement du suffixe ellum, — E étant bref dans ce 
suffixe aurait dû donner normalement un e ouvert. C'est ce 
qui est arrivé dans la plupart des mots. 

uïtellum budèl veau 

rastellum rastèl râteau 

vascellum baichèl * tonneau 

bellum bel beau 

Mais il n'en a pas été de même dans tous les mots. (Cf. 
traitement de e long : mustela, tela, candela, Stella). 

E PROTONIQUB 

21. E protonique cesse de rester ouvert et devient fermé. 

secare sega (faucher) 

* cercare serka (a. fr. cerchier). 

ouvert. Sous quelle influence cet e a-t-il changé de qualité? C^est ce qu'il 
est difficile de déterminer. 

On serait tenté de placer rétro parmi les mots qui se diphtonguent, 
car on la forme dariè = deretro. Mais la forme darrè nous montre que 
la première est un emprunt au français. 

1 Les groupes //, dr, ont été traités comme les groupes cr, gr. Cf. 
Consonant. 

* Foudre (pour le vin). 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 



16S 



crëpare 
lëvare 



croba 
leba 



crever 
lever * 



22. Passage de ë protonique à a. — Ë protonique passe quel- 
quefois à A. Ce passage est particulèrement fréquent dans les 
mots dont Ve protonique est suivi de r. 

episcopum abeske évêque 

gelare jala geler 

terribilem tarrible terrible 

* serraculam sarralho serrure 

* mercare ' marka marquer 

* remare rama ramer 
pergamum pargam parchemin 

Protonique, mais à Tintérieur d'un mot : 

pentecostam pantacousto pentecôte 

* infelenare enfalena sentir mauvais 
impedicare empacha empêcher 

* ratam pennatam ratopanado chauve-souris 

23. Passage db ë protoniqub ai. — Ce phénomène s'observe 
dans quelques mots commençant par g et c?est sans doute sous 
rinûuence de la gutturale que le changement a eu lieu. 

* genucuium jinoul genou 
genestam (genistam) jinèsto 

germanum girma (n. propre) 

* iectare jita jeter 

Bnûn dans les deux mots litsou et milhou = lectionem, 
meliorem, le passage de e kt semble avoir été favorisé par le 
yod. 

24. Passagb de b a u. — Ce phénomène ne se présente, à 
ma connaissance, que dans le mot suivant où il a été amené 
par assimilation : 

uerrucam burrugo verrue * 



* Il faut exepter les mots composés qui avaient un e ouvert tonique et 
qui ont gardé cet e ouvert même quand il est devenu protonique. Cf,fér- 
rat{ioit) de tèT^o^ fèrrat (seau) de fèr, amèllou dim. de amèllo (amande). 

' Mais mercatum = merkat. (Cf. bartas = bertas). 

3 Cf. aussi bulûgo et belûgo (étincelle). 



164 



LE PATOIS DE I.EZIGNAN 



E POSTTONIQUB 

25. E posttonique tombe, sauf dans les proparoxytoas dont 
nous avons parlé (cf. Ch. III. C.) où il devient aussi e fermé. 

iuuenera joube jeune 

E FERMÉ {ê 'i du latin classique) 

26. E long latin et i bref ont donné le même résultat en 
roman; car si la quantité des deux voyelles n'était pas la 
même, la nature du son était la même pour les deux. 

E TONIQUB 

27. E long et t bref ne se diphtonguent pas et donnent un e 
fermé. 



Ex. : e libre 






plénum 


pie 


plein 


ualêre 


baie 


valoir 


catënam 


cadeno 


chaîne 


placêre 


plazé 


plaisir 


fïdem 


fe 


foi 


Exemples de é, t, entravé. 






capistrum 


cabestre 


caveçon 


illiim 


el 


le 


cristam 


cresto 


crête 


"soliculum 


soulel 


soleil 


*eccum istum 


akeste 


a. fr. cest 


lïtteram 


letro 


lettre 


mïttere 


mètre 


mettre 


pïscem 


peich 


poiss(on) 


sïccum 


sec 


sec 


spïssum 


espes 


épais 



28. Exceptions. — Dans certains mots e long tonique est 
passé à i. Il faut mettre de côté les mots où e du latin clas- 
sique semble avoir été changé de bonne heure en i par chan- 
gement de suffixe, ainsi le suffixe enum étant rare a cédé la 
place au suffixe plus vivant mwm. D'où beri^i uenenum chan- 
gé en uentnum. 

Pergamenum qui a donné pergami dans quelques dialectes 
n'a donné dans le nôtre que la forme pargam, qui renvoie à 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 165 

pergamum. On se sert pourtant quelquefois des formes per- 
gamiy pargami. 

C^est aussi à un changement de suffixe qu'il faut attribuer 
]b, forme razin = racemum devenu racimum par analogie de 
uenenum (à moins qu'il ne faille voir là une influence du c pré- 
cédent). 

Merct et pats sont des emprunts au français. La forme Pages 
se rencontre comme nom propre. 

E PROTONIQUE 

29. E protonique reste e fermé. 

Ex. : * demane dema demain 

sïccaré seka sécher 

impicare empega empoisser 

securum segur sûr 

30. Exceptions. — / bref protonique est passé à u dans 
hudel = uïtellum. 

Dans quelques mots, î protonique en syllabe fermée passe 
à a comme en français. 

linteolum lansol linceul 

^singluttum^ sanglout sanglot 

L't de infemum est aussi représenté par un a dans le mot 
anfèr; mais cette forme est une forme empruntée au français. 
Le véritable mot languedocien encore usité est enfer. 

Il est passé à e dans le mot efan, usité seulement dans Tex- 
pression paure fan =. paure diable, ou Ve de efan a disparu 
absorbé par Ve final de paure. 

E protonique est passé à i dans le lang. mitât = medietatem 
et dans le mot de même racine mitan. Cf. esp. mitad. 

E, I, POSTTONIQUES 

31. Posttonique, il disparaît. 

longe lenc loin 

tarde tart tard 

Quant à t posttonique, nous avons vu (cf. ch. III. C.) qu'il 
* Sur ce mot cf. Meter-Lubke, Gr. des L. Rom., I, § 577. 



166 LE PATOIS DE LEZIGNAN 

se maintenait dans quelques mots, soit sous la forme de e fermé 
quand il était voyelle comme dans asinum^= aze, frcucinum = 
fraichey hominem = ome^ soit sous la forme de i quand il était 
semi-consonne, comme dans ôli^ôrdi :=oleum^ hordeum. 

TRAITEMENT DES MOTS GOMME STELLA, MUSTELA, TBLA, ETC. 

32. Les mots mustela, tela, auraient dû donner moustéio, télo 
avec un e fermé. C'est la forme que ces mots ont dans cer- 
tains dialectes. Mais dans le dialecte lézignanais ils ont 
donné les formes en e ouvert, moustèlo^ tèlo. On peut se de- 
mander si ces mots ne renvoient pas à une double forme de 
latinité vulgaire ; mustela existe à côté de mustella; stëlla a 
pu avoir une forme stela *, dénoncée par le fr. étoile, et, par 
analogie, tela aurait eu aussi une forme tellam. Les formes 
en ella auraient donné les formes languedociennes en e ou- 
vert {e étant généralement bref dans le suffixe ellum^ ellam, 
et ayant pu le devenir par analogie dans les quelques mots 
où il ne Tétait pas) et les formes en e s'étant développées sur 
d'autres points de la langue d*oc auraient donné les formes en 
e fermé que Ton rencontre dans le dialecte de Mistral et dans 
d'autres (le limousin par exemple). 

PARTICULARrrÉS SUR I LONG OU BREF TONIQUE 

33. Par suite de certaines infiuences, encore mal expliquées, 
il est arrivé que, dans quelques mots, l'«* tonique n'a pas été 
modifié d'après la règle générale. Ces exceptions se bornent 
dans notre dialecte aux mots suivants * : 

Quelques mots semblent avoir changé î ene dès la latinité 
vulgaire. Ainsi firmum a donné fètine B.yec un e ouvert, ce 
qui renvoie à un type latin fërmum. 

De même circare donne au présent sèrki^ ce qui renvoie 
à un type latin cëf'care. cf. aussi nèbo = nëuat^ frèti (je frotte) 
= frîcto devenu frecto, pèi = pïlum (p. e. par analogie avec 

1 Cf. sur Stella, Diez, Gr. des L. Rom. L 143, note. Meyer-Lubke, 
§. 545 et § 636. 

* Il faut noter que la plupart de ces mots ont aussi un traitement 
d'exception dans la plupart des langues romanes. Cf. là-dessus, Meyer- 
Lubke, Gr. des L. Rom. I, p. 107. 



LE PATOIS DE LEZIGNÂN 167 

pèl = pellem?). Gypsus a donné jèU (plâtre) qui renvoie à une 
forme en e ouvert. 

£nfin,à propos de l'ancien français /?^ns,/?en^«,Me7er-Liibke 
dit (Gr. des L. Rom. 1, 125) : a II est difficile d'expliquer l'es- 
pagnol fiemo, hienda^ a-fr. fiens, fiente^ du latin fïmus ». No- 
tre dialecte a pour ce mot le représentant fens, avec un e lar^ 
gement ouvert, malgré la nasale. 

Cet e ouvert est inexplicable si on ne suppose pas un type 
fênius *. 

Dans d'autres mots % a été traité comme i long, quoiqu'il 
fût bref en latin. Ainsi strïgïle a donné estrilko^ au lieu de 
estreiho (cf. même exception dans français étrille)^ 

Tïneam a donné tinho comme uîneam, btnko, (cf. hispano- 
portugais tina, tinha). 

• Frigidus * a dû aussi changer son i\ car il donne dans notre 
dialecte fret (v. -français, freid^ froid). 

De môme ciliam a donné silho et non pas selho^ qui serait 
la forme normale. 

I LONG 

34. Tonique. — Tonique, il reste i. 

Ex.: ûcam âgo flgue 

finem fi fin 

ripam ribo rive 

micam mico mie 

Nous ne verrions d'exception que dans les dérivés de la 
forme ficatum, si c'est bien ii ce mot qu'il faut faire remon- 
ter le languedocien /i?//e ; mais il semble hors de doute que 
c'est à fidicum qu'il faut faire remonter cette forme (Cf. Meyer- 
Lûbke, Gr. des L, Rom. 1.582). 

I PROTONIQUB 

35. Protonique il reste généralement i. 

uillaticum bilatje village 

1 On dit fens avec e fermé dans les environs de Gastelnaudary. 
* On admet, avec beaucoup de vraisemblance, que ce mot a subi 
l'influence de rigidus, languedocien rete. 



168 LE PATOIS DE LEZIGNAN 

*binare bina* 

diem dominicum dimenje dimanche 
*uipare bira virer 

Nota. — Vi de diem était devenu probablement l long, 
puisque en français il s'est conservé tel quel dans les formes 
des jours de la semaine. 

I LONG TONIQUE SUIVI d'uNB VBLAIRB 

36. I est soumis dans cette position à un traitement spécial, 
traitement qui n'est pas d'ailleurs particulier à notre dialecte 
mais qui est commun à d'autres dialectes d'oc./ suivi de / soit 
double, soit simple, se diphtongue en ia. 

Ex : filum fiai fil 

pilam ^ pialo auge 

anguillam andialo anguille 

Pour ce dernier mot on a aussi la forme angialo^ mais elle 
est très rare. 

A "propos de ce même mot Meyer-Liibke dit (Gr. des L. 
Rom. 1, p. 60) a que la quantité et la qualité de t dans an- 
guilla reste douteuse » ; la forme de notre dialecte renvoie à 
un i long. 

Aprilem est représenté aujourd'hui sous la forme avril; mais 
la forme abrial existe encore dans ce proverbe : 

Per abrial 
Te descoubriges pas d'un fiai. 

(Au mois d'avril, ne t'allège pas d'un fil). 

Enfin uillam n'a rien donné dans notre dialecte ; ce mot se 
présente dans le nom de lieu Vialonobo (commune du Miner- 
vois (Hérault) distante d'une vingtaine de kilomètres de Lézi- 
gnan) où Vi s'est aussi diphtongue en ia. (Villam JSotiam) 

37. Passage de i protoniqub a b. — Ce passage de i protoni- 
que à e s'observe, comme en français, quand la syllabe qui suit 
la sjUabe atone où se trouve un i contient elle aussi un i. 

Ex: uicinum bezi voisin 

' Travailler un champ, une vigne, pour la deuxième fois. 
- Latin pila — mortier à piler. 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 169 

flnire feni flnïp 

* pitittum petit petit 

* indiainator endebignaire (devin) 

Il est passé à à â dans primarium=;7rumf'é et dans curbèl= 
eribellum, 

I POSTTONIQUB 

38. 1 posttonique tonoibe, à moins qu'il ne faille voir un reste 
de cet t dans les formes du pluriel des pronoms et des adjectifs*. 

Ex. uiginti bint vingt 

Mais dans les pronoms et les adjectifs nous avons au plu- 
riel les formes suivantes: 



totti 


toutis 


illi 


élis 


eccum illi 


akelis 



De même belis (= lat. ôetli + s) poulidis (= lat. poliii -|- s), 
etc. 

TRAITEMENT DE Ô 
O OUVERT TONIQUE 

39. bref latin donne en général o ouvert dans le dialecte 
lézignanais . 

cor cor cœur 

corpus coz corps 

forte m fort fort 

hominem , ome homme 

mortem mort mort, etc. 

Suivant la règle déjà énoncée (cf. Ch. II: Lfts sons et leur 

notation) o ouvert suivi d'une nasale se ferme. 

sônat souno il sonne 

sônum sou son 

bônum bou bon 

DIPHTONGAISON DE O BREF 

40. Cette diphtongaison qui est de règle en français ne se 
* Nous nous occuperons de cette question dans la morphologie. 



170 LE PATOIS 


DE LÉZIGNAN 




produit dans notre dialecte, 


que dans quelques mots dont 


voici les principaux : 








octo 


bèit 




huit 


hodie 


bèi 




(hui) 


noctem 


nèit 




nuit 


* foliam 


fèlho 




feuille 


modium 


mèch 




muids 


corium 


kèr 




cuir 


oculum 


èl 




œil 


*troculam 


tPèl* 




treuil 


* plouiam 


plèjo 




pluie 


troiam 


trèjo 




truie 


* coxam 


rèicho 




cuisse 


coquere 


kèire 




cuire 


podium 


pèch (n. 


propre) 


PUJ 


ad -|- post 


apèi 




(ensuite) 


longe 


lènc 




loin 


*80Pbam 


sèrbo 




sorbe 



Il faut remarquer, à propos de cette diphtongaison : 

1^ Qu'elle ne s'est produite que dans quelques mots ; 

2° Qu'elle a été amenée par la présence d'un yod^ sauf dans 
sorbam: cf. le traitement de àkum^ où le yod est simplement en 
puissance et qui donne ôli et foliam où yod existe en réalité et 
qui donne fèlho ; 

3° Que cette diphtongaison s'est arrêtée à un stade que 
dans certains mots le français a dépassé. s'est diphtongue 
au commencement en uo (comme en fr. buona pulcella fut 
Eulalia), puis en ue ; là, le développement ultérieur a été arrêté 
par ce fait que la langue a chassé le premier élément de la 
diphtongne ou qu'elle l'a consonnifié (cf. bèit = uèit = octo^ 
bèi = uèi^ kôdie *. 

Dans le mot bôuem, la diphtongaison s'est arrêtée au 1" de- 
gré, de sorte qu'on a eu buôu ; u en contact avec o est passé 
i; d'où la forme actuelle biôu^. 



» Sorte d'auge, ouverte à une extrémité où l'on foule les raisins. 
* Il faut noter qxieVe qui reste après la chute de Vu est ouvert. 
■' Prononcez iôu et ôiôu d'une seule émission de voix. 



LE PATOIS DK LEZIGNAN 171 

11 est probable que le mot ouum^ qui avait un o long dans 
le latin classique, a modifié sa quantité d* après bôuem et a 
suivi le même traitement; d'où la forme parallèle iôu, 

O OUVERT PROTONIQUB 

41. ouvert protonique devient o fermé, du moment qu'il 
n'est plus sous Taccent. 

uolare boula voler 

* uolêre boulé vouloir 

* uotare bouta ' voter 

* morire mouri mourir 

42. Exception. — En position, il est passé à a dans le mot 
tartugo, fr. tortue. 

Sous rinfluence d'un r, il s'est changé en e dans quelques 
mots seulement : 

rotundnm redoun a. fr. reond 

* rotulare redoula rouler 

* horoloticum relotje horloge 

Il est passé à i dans le mot piboul (peuplier), où il est deve- 
nu protonique par suite du déplacement d'accent. 

POSTTONIQUB 

43. 11 est tombé en général dans cette position, sauf dans 
le mot que nous avons déjà cité (cf. Ch. III. C)apostoul= apos- 
tolum = apôtre, 

TRAITEMENT DE FERMÉ 

fermé représente o long et u bref du latin classique. 

TONIQUE 

44. 0, u, latins donnent dans notre dialecte comme dans 
toute la langue d'oc, o fermé, ou plutôt ou, 

dolorem doulou douleur 

plorat plouro (il) pleure 

horam ouro heure 

nepotem nebout neveu 

uocem bouts * voix 

puteum pouts puits 

* On dit aussi boues, qui est un emprunt au français. 



LE PATOIS DE I.EZIGNAN 




crucem crouts * 


croix 


nodum nouts 


nœud, etc 



172 



BXCBPTI0N8 

45. Elles sont assez nombreuses et intéressantes par ce fait 
qu*elles se retrouvent dans la plupart des langues romanes. 

Nuptiae ayant u bref dans la latinité classique, aurait dû 
donner une forme en o fermé {ou) ; or il se trouve que toutes 
les langues romanes ont un o ouvert dans les dérivés de ce 
mot-là. Il est probable que Vu de nuptiae a été influencé de 
très bonne heure et dans tout le domaine roman par To de 
nôuius ; car de nouius (dérivé de nouus), notre dialecte a tiré 
les formes nobi (fiancé) et nobto (fiancée). 

Cette influence a été signalée pour la première fois par M. 
G. Paris {Romania^ X. 397) et ne paraît pas pouvoir être con- 
testée. 

D'autres mots latins paraissent avoir changé leur 0, u, en 6. 

Par exemple le languedocien plejo ne peut pas renvoyer au 
latin plûuiam, mais il renvoie à une forme plôuiam dont Y6 
s'est diphtongue sous Tinfiuence du yod qui suit. 

Tt'èjo = truie, ne renvoie pas à troiam du latin classique 
mais à trôiam. 

Coulobro ne renvoie pas à Colûbrum^ qui aurait donné 
Couloubre *, mais à Colàbram (ef. a. fr. couluévre qui renvoie 
aussi à une forme en o ouvert). 

Au contraire, Pentecoste a donné dans notre dialecte Panta 
cousto (cf. a.fr. Pentecouste) qui renvoie à une forme en o fermé- 

Lutram qui présente des difficultés dans quelques dialectes 
romans * a donné dans notre dialecte la forme normale louirOj 
qui renvoie à lutram avec m bref. 

Pulmonem. — Quelle que fût la nature de Vu dans ce mot 
il doit s'être transformé de bonne heure sous Tinfinence de /, 
car on a dans notre dialecte paumou qui renvoie à palmonem. 

Suffixe orium, ormm, — Le mot gloriam a été traité comme 
memôriam et a donné glôrio * comme memôrio. 

* On a aussi crouès, qui est le français croix avec la prononciation 
ancienne de oi, 

- Cf. Escotdoubre nom d*un village de la Haute Ariège. 
••' Cf. MEYBR-LtiBKE (Or. des L. Rom., I. 148). 

* Forme empruntée au français glotiéro. 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 173 

Il n'y a plus guère dans notre dialecte de mot vivant repré- 
sentant des tjpes latins en ortum, comme rasorium. On peut 
citer cependant Purgatôri. Les autres mots en orium^ oriam, 
ont été remplacés par des mots français. Cf. pasouèr^ balouèr^ 
labouèr, ibouèro ; on voit que ce sont des formes purement 
françaises qui ont conservé Tancienne prononciation oi = ouè, 

Gorjo (gorge) et mot^ s'ils ne représentent pas des mots 
français, renvoient eux aussi à des tjpes en o ouvert. 

Enfin les mots cuneum et pugnum ne donnent pas coun et 
poun ^ mais kun etpun qui renvoient à des formes en u long. 

0, Û PROTONIQUB BT POSTTONIQUB 

46. Protonique il reste o fermé. 

mûliérem moulhé (femme) 

tussire tousi tousser 

bullire bouli bouillir 

Posttonique il tombe entièrement 

colpum oop coup. etc. 

masculum mascle 

templum temple 

Il faut excepter les propaoxjtons que nous avons cités plus 
haut, populum, rotulum, etc. (cf. supra Cb. III. C) où u postto- 
nique est resté et a donné ou. 

Traitement de û 
47. Tonique. — U tonique donne u *. 
Ex.: unum un un 

fumum fun fumée 

maturum madur mur 

purum pur 

durum dur, etc. 

Cependant il peut se diphtonguer. Ainsi le mot culum a 
donné dans notre dialecte tioul, où Ton voit que Vu s'est diph- 
tongue en iou avec Taccent sur le deuxième élément de la 
diphtongue. 
Au contraire dans le mot piuze û de pulicem s'est aussi 

* Poun est catalan : on 'emploie ce mot dans les Gorbières qui limitent 
le dialecte Catalan au nord du Roussillon. 

* Ctf. pour la prononciation supra, ch. II, /es sons et leur notation. 



174 LE PATOIS DE LEZIGNAN 

diphtongue on tu mais avec Taccent sur le premier élément. 
Lu de mulum ne s'est pas diphtongue en iou^ mais en io. 
D'où les formes 

mulum miôl mul (et) 

mulam miôlo mule 

U PROTONIQUB ET POSTTONIQUE 

48. u protonique donne en général u comme en syllabe 
tonique 

^muraculam muralho muraille 

plumare pluma plumer 

mutare muda muer 

sudare suda suer 

^putire pudi sentir mauvais, etc. 

Cependant dans le mot juniperum il a été traité différem- 
ment ; le représentant languedocien du mot latin est en effet 
jenibre (fr. genièvre) *. 

Le mot lang. mouzit renvoie à mucitum latin , mais avec u 
bref proton-que; la racine mue dont Vu est long s'était donc 
modifiée. 

Posttonique il disparait complètement. 

DIPHTONGUES 

DIPHTONGUES ^, Π

49. La première de ces diphtongues est plus fréquente dans 
la langue latine que la seconde : elle a été traitée par la plu- 
part des langues romanes comme le son simple e ouvert. 
D'où dans notre dialecte les formes suivantes : 

caelum sèl ciel 

graecum grec grec 

praestum prèst prêt 

Praedam semble faire exception *, car, au lieu de donner 
prèzo av^c un e ouvert, il donne prezo avec un e fermé. Mais 
ce mot doit s'être confondu avec prehemam^ premam^ lang* 
prezo, 

* Pour le traitement de u pro tonique dans sciurolium = eskirol^ cf. 
infra, Diphtongues. 

* Il fait exception en français où la forme proie renvoie à une forme 
latine predam. 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 175 

Le mot aeslima, au contraire, que Meyer-Lûbke signale 
comme faisant exception dans la forme a. fr. esme^ donne dans 
notre dialecte èime S avec un e ouvert, ce qui est un trai- 
tement régulier. 

Naturellement a« protonique donne e fermé. Cf. aequalem = 
égal. Mais dans le mot aeramen où la diphtongue ae est suivie 
de r, ae traité comme e devant r a donné a ; d'où la forme 
languedocienne aran = aeramen, 

50. CE. — Cette diphtongue est traitée dans les rares mots 
où elle se rencontre comme un e fermé. 

• poenam peno peine 

51. AU. — Tonique, elle donne en général au. 

pausam 

* aucam 
raucum 
paucum 
gaudium 
lausam 
causam 

On sait que dans le bas-latin déjà au était prononcé o dans 
certains mots : plostrum ^oxiv plaustrum^ etc. Le mot langue- 
docien cou^o renvoie non à caudam^ mais k codant {couo et 
avec consonne médiale euphonique cougo. Cf. cougat = cuba- 
tum, couat^ cougat). 

Le mot claustrum se retrouve dans notre dialecte sous la- 
forme clastres = claustra + s, mais avec réduction de au to- 
nique à a, ce qui est rare. 

52. Protoniqxje. — Au se maintient dans cette position 
et donne généralement au. 

Ex.: audire auzi ouïr 

*ausare gauza' oser 

♦ Cf. au consonantisme traitement de s dans les groupes sm. II faut 
ajouter que eime ne renvoie pas exactement à sestima^ mais plutôt à 
un type aestimum. 

2 Mot usité seulement dans l'expression gran gauch = grande gau- 
dium qui est une exhortation à se contenter du peu que l'on a ou que 
l'on vous donne. 

Ex. : Ta pauc ? — Gran gauchi {Si peu? — Soyez encore bien content!) 

3 Remarquer ici le g prothétique. 



pauzo 


pose 


auco 


oie 


rauc 


rauque 


pauc 


peu 


gauch ■ 


joie 


lauzo 


pierre plate 


cauzo 


chose 



176 Lfi PATOIS DE LEZIGNAN 

* alaudetam lanzeto alouette 

* caul 'f- etum caulet choa 
Dipht. rom. * auicellutn aasèl oiseau. 

Au s'est réduit à a dans le mot augu$tum\ qui adonné 
dans notre dialecte agoust, 

auscultare a dû réduire aussi sa diphtongue, puisque nous 
avons escouta qui ne peut renvoyer qu'à ascultare. 

La diphtongue iu protonique a perdu le second de ses élé- 
ments en passant en languedocien dans lang. eskirol^ = lat. 
sciuroltum. 

53. Diphtongue eu, — Elle s'est réduite, en syllabe tonique, 
en e ouvert dans le mot leucam^ lang. lègo. 

Elle est passée au son au dans le mot reuma^ qui n'est 
qu'une graphie latine d'un mot grec. Ce qui a contribué à 
faire changer eu en au, c'est que la diphtongue, par suite 
d'un changement d'accentuation, est passée en syllabe 
atone ^. accent, lang. Raumds ^, mais latin-grec: reûma, 

La diphtongue romane eu est aussi passée à au^ en syllabe 
protonique dans le mot auzino = euzina = ilicinam^ et dans 
le mot laujé ^= leutarium, léger. 

Mais elle est restée intacte sous l'accent dans la forme lèuje 
= leuium (se dit en parlant d'un chariot non chargé). 

54. La diphtongue romane et a vu aussi le premier de ses 
éléments passer à a dans les mots dérivés de ericium et hère- 
dem. 

airisa = eirisa hérisser 

airisou = eirisou lat. ericionem 

airetiè = eiretiè hereditarium 

airetà = eireta hereditare 

airitatje hereditaticum, 

55. La diphtongue ou est aussi passée à au dans le mot sauda 
(fr. souder) = souda, latin solidare, 

J. Anglade. 
(A suivre.) 

* Cette réduction est commune à la plupart des langues romanes. 

2 Diez, Gr. des lang, rom.^ 1, 160, cite le nom propre Daudes = 
Deus dédit où eu est aussi passé à au. Ce nom se trouve aussi dans 
nos contrées avec l'accentuation Ddudes, 

3 Cette s finale se retrouve dans un autre mot venu, semble-t-il, du 
grec lui aussi calimàs^ gr. xavuot . On remariera qu'il a aussi changé 
d'accentuation. 



LETTRES INlîa)lTES 

DB 

JEAN DE BOYSSONÉ ET DE SES AMIS 
Troisième série 



(Suite) 



[Cf. pour les lettres antérieures Revue des langues romanis^ w 4 avril 
1895, p. 176-190; n- 6, juin 1895, p. 271-278; n- 2, février 1896, p. 71- 
86; n- 3, mars 1896, p. 138-143; n- 12, décembre 1896, p. 3^-372.) 

35 

Jo. a Boysaon* Steph. Doleto. S. ^ 

[Ms. fol. 35 recto.] Redditus estmihi taus liber de Re Na- 
vali ^, quo nomine ego tibi gratiam habeo vel maximam. Cu- 
ravi etiam ut tuse iitterae Pino ^ redderentur. Nicolaius Re- 
gius ^, vir doctissimus et tui observantissimus acprimus inter 
homines suœ familiœ, nihil prsdtermittit ^ qaod in te juvando 
aut commendando pertinere posse arbitretur. Quare futurum 
speramus ut quamprimum nobis numeretur pecunia. Quam, 
ubi accepero, curabo diligenter ut in tuas manus quam citis- 
sime veniat. Sed de his ad te Chomardus • prolixius. Tu om- 
nium nostrorum operam boni consules. Vale. Tolosae. 

XI Cal. Jul. M. D. XXXYII. 

NOTES 

* Cf. Lettres 15, note 4 ; 22, note 4 ; 25, note 3 ; 29, note 5. 

* Stephani Doleti, De re navali liber ad Lazarum Bayfium, Lug- 
duni apud Seb. Gryphium, 1537, in 8. (Bibl. Lyon, n» 317,082.) 

3 Jean de Pins, évêque de Rivières, descendait des comtes de Pi- 
nos en Catalogne, établis, dit-on, dans le Languedoc depuis le xii* 
siècle (Christie, Dolet, p. 63). Fils de Guilhaud de Pins, orphelin de 
bonne heure, il étudia à Toulouse, Poitiers, Paris et enfin Bologne, 

12 



178 LETTRES INEDITES 

où il eut Béroalde Tainé, comme professeur de littérature et Urceus 
Codrus, comme professeur d'éloquence et de grec. 

A son retour d'Italie en 1497, il fut fait clerc. Son séjour à Tou- 
louse ne parait pas avoir duré plus d'une année. Il reprit en 1498 (?) 
te chemin de Tltalie. 

Urceus mourut en 1500 et Jean de Pins collabora à l'édition de ses 
œuvres éditées par Béroalde le jeune, avec l'aide de Bartholomeo 
Bianchini. En 1505 Béroalde l'aîné mourut et Jean des Pins écrivit sa 
biographie qu*il publia avec une vie de sainte Catherine de Sienne. 
Nous ne connaissons que la réimpression donnée par Menschenius 
{Vitae summorum dignitaie et eruditione virorum ex rarissimis 
monumentis, Cobourg, 1735.) 

Il publie vers cette époque (?) un opuscule: De Vita aulica^ Tou- 
louse, s. d. 

Conseiller clerc au Parlement de Toulouse, Du Prat l'appelle à Pa- 
ris. De là il accompagne le roi en Italie et négocie avec Bonnivet les 
préliminaires d'un traité de paix entre Léon X et François I (1515). 

11 fait partie, en qualité de conseiller, du Sénat de Milan dès sa fon- 
dation (fiall. christ., t. xiii, col 192.) De 1516 à 1520 il est ambas- 
sadeur du roi à Venise. C'est alors qu'il fait imprimer pour les en- 
fants du chancelier du Prat son Allobrogica Narratio, Bindonis, 
Venise, 1516. 

En 1520 il est envoyé comme ambassadeur à Rome. Pour cette épo- 
que les Ms, de la Bibl. Nat. contiennent ses lettres. Il fut rappelé en 
1523. Entre 1520 et 1522 il est nommé évoque de Pamiers (Gall. 
christ, y t. XIII, col. 193). Il n'occupa pas ce siège, mais celui des Ri- 
vières en 1523. Il érigea en 1527 l'église de saint Eparchus en collé- 
giale. Jean des Pins était revenu à Toulouse avec un grand renom 
de science. Boyssoné [lamb, 1. 1, fol. 104 r^, Ms. Bibl. de Toul., 
835), dit en s'adressant à Toulouse : 

.... ergo habe 
Nunc gratiam Pino tuo, perquem tibi 
Graece Latineque est datum et scire et loqui. 

Il est le protecteur attitré des humanistes et sauve Dolet. Cf. pour 
ses rapports avec ce dernier : Doleti orationes duae, p. 60, 85-86, 
87, 88, etc.. 

D'après Christie, il avait à Toulouse un appartement au couvent 
des Carmes. Mais Jean de Boyssonné nous dît (Eleg, y lib. 1, ms. Bibl. 
de Toul., n° 835): 

aediôcat tune 
Excelsam ingentemque domum média urbe Tolosa. 



LETTRES INÉDITES 179 

Ce qui donne à croire que son séjour au couvent des Carmes ne dut 
être que temporaire. 

Quoi qu'il en soit, c*est dans une de ces deux demeures qu*il passa 
ses derniers jours, trop souvent attristés par la goutte (Doleli oralio^ 
nés duaCf p. 95). Nous savons par Youlté qu*il travaillait peu de temps 
avant sa mort à une traduction de Denys d'Halicarnasse. Youlté lui 
dédie la seconde édition de ses Œuvres (Lugduni m Id. Martii, 1537) 
afin que ses vers lui apportent quelque soulagement dans son travail de 
traducteur. 

La date de la mort de Jean de Pins peut être fixée approximative- 
ment à la fin de novembre ou au commencement de décembre 1537, par 
la lettre de Jean de Bojssoné à Alexandre Losaeus (cf. lettre 43.) 

Cf. pour sa biographie: Le père Léonard Charron, Mém, hist,pour 
servir à Véloge de Jean de Pins avec un recueil de ses lettres, Avi- 
gnon, 1748, et surtout Christie, Dolet (traduct. Stryienski), p. 63-65. 
^ Personnage qui ne m'est connu que par Jean de Boyssoné. Dans 
la lettre inédite (n» 176, fol. 94 r») que Boyssonné lui adresse, nous 
apprenons qu'il avait eu autrefois pour patron Jean de Pins, évêque 
des Rivières. Depuis il n'en avait pas trouvé qui fussent dignes de 
lui. C'est pourquoi il le félicite d'avoir rencontré le chancelier Fran- 
çois Olivier, dont il semble avoir été un des secrétaires. Il est peut- 
être parent de Loys Le Roy (Ludovicus Régi us), originaire de Cou- 
tances, familier et protégé de Philippe de Cessé, évêque de Coutances, 
maître des requêtes sous le chancelier Poyet, professeur du collège 
de France et mort à Paris le 2 juillet 1577. 
^ Le Ms. donne praetermictit, 

« Cf. Rev, des lang. rom., 1894, p. 323, note 1 ; 326, note 2; lettre 
34, note 1. 

36 

Matthaens Pacus^ Jo. a Boysaone amico sno optimo. S. 

[Ms. foL 37 recto.] Quoniam de. tua erga me ûde et volun- 
tate nunquam dubitavi, non est quod existimem te, hac mea 
tam longa tamque silentii plena profectione, vel pilo a me 
abalienatum esse. Scio amicitiam bonis initiis contractam' 
nulla vel oblivione vel absentia dirimi posse. Ëgo, quod ad me 
attinet, huic provinciae satis féliciter impero. Doleo tamen 
studiorum meorum vicem, quorum intermissionem atque (ut 
verius dicam) jacturam toties facio quoties sumenda est ma- 
gistratus persona. Sumenda autem ea est volenti nolenti 
quotidie, eamque horam plane felicem existimo quam libris 



180 LETTRES INEDITES 

meis a situ ac pulvere, quo nimium contecti sont, vindioandis 
atque evolvendU suffuror. NuDquam existimassem tam multa 
essô hujus magistratas incommoda. Sed de his hactenus. 
Ineunte Augusto^ profectus sum in Aulam visendae et conve- 
niendae Reginae gratia. Ea me bono animo esse jussît [Ms. 
fol. 37 verso.] spemqueampliorisdignitatisnihil taie cogitanti 
objecit. Lutetiae dies aliquot vixi cum Scaeva' qui te pluri- 
mum salvere jubet. Is Furnerii* nomine nescio quid negotii 
susceperat, quo eum nidore carcerum liberaret. 

Caravanam novam illic de more instituimus. Tu quid agas 
quidve cogites ad me diligenter perscribito. Vale. Alenconii 
XVCal. Aug. 1537. 



NOTES 

« Cf. Rev, deslang, rom, 1894p. 325, note 2; lettres 1, note 3;9 
note 1 ; lettre 10; lettre 15, note 1. Grâce à la bienveillante libéralité 
de M. Cl. Perroud, recteur de TÂcadémie de Toulouse, j'ai pu consulter 
le tableau dressé en 1889 par M. A. Deloume du Personnel de la 
Faculté de Toulouse. M. Deloume donne, sous la date de 1533, 
Mathieu- du Pac, professeur en droit, capitoul. Nous rappellerons, 
comme nous Tavons établi dans la lettre n^ 1 , note 3, que Bunel (EpisL 
édit. 1531, p. 29) nous apprend la nomination de Pacus à la date 
de 1531 . Il faut donc avancer de deux ans l'entrée en fonctions de 
Mathieu Pac. 

^ Si r «Ineunte Auguston de cette lettre doit être maintenu ( XV 
Cal. Aug. 1537), il s'agirait du mois d*août de Tannée précédente soit 
1536, mais cela me paraît peu vraisemblable. Mieux vaut peut-être 
croire à une distraction du copiste et lire : Ineunte Junio, Cela me 
semble d'autant plus nécessaire que nous savons par Christ. Richier 
(Cf. plus bas lettre 38) que Guillaume Scève est encore à Fontaine- 
bleau auprès de la Reine de Navarre en août ou septembre 1537. Ce 
qui confirme et explique le : « Lutetiae dies aliquot vixi cumScaeva...» 
de notre lettre. 

3 Cf. Rev. des lang. rom, 1894 p. 323-329; lettres 15, note 5; 
16 note 1 ; lettre 18 ; lettres 21, note 5 ; 29, note 2. 

^ Nous ignorons la cause de l'emprisonnement de Jean Former. 
Sur ce personnage Cf. Reo, des lang, rom,f 1894 p. 329, note 3; 
lettre 21, note 9. 



LETTRES INEDITES 181 

37 
Jo. Valtdins ■ Jo. A. Boyssone. 8. D. 

[Ms. fol. 48 verso.] Mandatum tuum curavi diligenterneque 
jam ea de re oportet esse soliicitum. Vellem meam negotium 
ea diligentiaconfectum. Non hic (mi crede) diu languerem sed 
hortos nostros Frigoletios, ad quos cogito, quos quotidie 
somnio, subito advolarem. Niiiil adhuc de Ulmi ' causa au- 
ditur. Hodie tamen dicelur sententia. Is semper cum canibus 
agit, quorum latratibus ad cogitandum de salute excitatur. 
Cras (uti est in ore vulgi)nobis erit abeundum, quo', nescio. 
Faciam te, ubisciero, et de rébus omnibus certiorem. Si Bel- 
lovaçum ^ adeas, a me Cognetium^ et Piochetum^ salutabis. 
Vale, ex Fonte-Bleandro% V.id. Sept. 1537. 

Christophorus Richerius* utriusque amicus te exanimosal- 
vere jubet. 

NOTES 

< Rev, des lang, rom., 1894. p. 323-329 ; lettres 11, note 5; 13, 
note 6 ; 15, note 6 ; 21, note 8 ; 26, note 6 ; 26, note 2 ; 29, note 4. 
C'est dans la lettre 29, adressée par J. de Boyssone à Mopha Gri- 
baldi, que nous avons appris le départ de Voulté pour la cour. 

^ Jean d'Ulmo avait latinisé son nom qui était d'Ulmières ou d*01- 
mières (Laf., Annales de Toulouse, t. II, p. 57). D'abord avocat 
postulant, puis substitut du procureur général, ensuite lieutenant lai 
au sénéchal de Toulouse, il fut difficilement reçu avocat général, 
Deygua s'y opposa vivement. En 1524, il se fit pourvoir de l'office de 
quatrième président créé par le roi. Le procureur et le syndic s'op- 
posèrent à l'enregistrement de l'édit de création. D'Ulmo n'en fut 
pas moins reçu en 1525. Mais Lafaille note ft. Il, p. 57) qu'il est 
le premier officier du Parlement qui s'avisa de se faire dispenser 
par le roi du serment de n'avoir rien donné pour être pourvu de son 
office. D'Ulmo avait la conscience peu délicate. 

Dans un procès entre certains habitants de Montauban dont l'un 
était un riche marchand nommé Martel, UImo se fit dépêcher par un 
clerc du greffe une commission sur les lieux, sans qu'elle eut éj;é 
délibérée, puis vola les parties. Martel le poursuivit. Le roi nomma 
des commissaires. Le 13 juillet 1536 le Parlement se prononça sévè- 
rement contre Ulmo. Ensuite, traduit devant le Conseil du roi, il fut 
condamné à être dégradé de sa charge de président dans la grande 



182 LETTRES INÉDITES 

salle du Parlement de Toaloase et à j faire amende honorable la 
torche au poing, les plaids tenans, à être conduit après à la place 
Saint-Georges, sur un tombereau, et y être pilorié et flétri d'un fer 
chaud et enfin à être enfermé au château de Saint-Malo en Bretagne 
pour le reste de ses jours, avec confiscation de ses biens (Hist, de 
Lang.y t. XI, p. 255, 2» édit.). M. Dubédat (Hist. du Pari, de 
Toulouse, t. Il, p. 104) date Tarrét de condamnation du 5 septembre 
1537. La lettre de Voulté à Jean de Boyssoné prouve que le 10 la 
condamnation n^était pas encore prononcée et qu'elle est probable- 
ment du 11 septembre 1537. 

Les Actes de François I*' donnent sous la date du 9 octobre 1537 
(t. III, p. 401, n<« 9359, 9360) mandement à Jean Laguette de payer 
à Jean Gallois, huissier au grand Conseil, et à Jean Péan, huissier 
des requêtes de l'Hôtel, chargés de la garde de Jean de Ulmo, qua- 
trième président au Parlement de Toulouse, 125 livres tournois, pour 
conduire ledit président de Montargis à Toulouse, où sera exécuté 
l'arrêt rendu contre lui, Anet ; Rogier, Toussaint de Radepont et 
Huguet Carpentier, archers du prévôt de l'Hôtel, recevront 57 I. 
10 s. t. 

L'exécution semble avoir eu lieu & Toulouse le 7 octobre 1537 et 
non pas 1536, comme l'imprime par erreur Y Histoire de Languedoc^ 
t. XI, p. 255, 2« édit. 

Enfin les Actes de François /" (t. IV, p. 97, n« 11448) contiennent 
lettres de don à Madelaine de Chavagnac, femme de Jean de Ulmo et 
à ses enfants, de ce qui pouvait revenir au roi par suite de la confis- 
cation des biens de son mari. Mars 1540 n. s. 

^ La première main donne uhi qui a été entouré de points et au- 
dessus duquel une autre main a écrit la forme correcte quo. 

* Beauvais. 

^ Boyssoné ne mentionne ce personnage qu'une fois. Il nous est 
inconnu. 

^ Nous reirouverons François Piochet dans plusieurs lettres de Jean 
de Boyssoné. 

Bunel l'a connu en Italie. Il écrit à Emile Perrot (4 Cal. Fehruar. 
1534, p. 44): « Scribo ad Piochetum et Petram Vivam : tu, si placet, 
utrique meas literas reddes. » 

Il dit encore toujours en s'adressant à Emile Perrot: « Piochetus 
noster discedens reliquit apud me Ruellium, de verbo mirifico et arte 
Cabalistica, ut eum ad te perferii curarem: dicebat enim te de hac 
re secum locutum (p. 50, édit. 1581). 

Voulté (Epig.y p. 174, édit. Séb. Gryphe, 1536) lui dédie la pièce 
suivante ; 



LETTRES INEDITES 183 

Candida mens, vitae candor, virtutis honestum 

Officium jungunt te, Piochete, mihi. 
Est tamen, est aliud, mihi quo conjubctior ipse es, 

Est pietas, fratres quaejubet dsse duos. 
Et quem plus oculis semper dileximus, illum 
Nos Christi ut semper cogit amemus amor. 
II faisait partie, comme nous le verrons plus tard, de la maison du 
cardinal de Ghâtillon. 
^ Fontainebleau. 

• Cf. Rev, des lang, rom., 1894, p. 327, note 2; lettres 13, note I; 
32, note 1; 33, note 2. 

38 

Ghristophoras Rioherins * Jo. a Boyssone. S. 

[Ms. foi. 49 recto.] Ad te scripsissem nisi VuUeius ^ de his 
omnibus, quorum te admonuissem, certiorem te fecisset. Hoc 
solum adjiciam bene me valere et id ipsum de te ac Scaeva' 
nostro ardentissime cupere ut uterque valeat. Si Bellovacum 
proâciscamiui Piochetum ^ meo nomine salutabitis. Vale. 
E Ponte Bleandro. [V id. Sept 1537.] 

NOTES 
« Cf. letti e 37, note 8. 
2 Cf. lettre 37, note 1. 

' Rev. des lang, rom.^ 1894, p. 323-329; lettres 15, note 5; 16, 
note I ; lettre 18; lettre 29, note 2. 

* Cf. lettre 37, note 6. 

39 
Jo. a Boyssone Matth. Paco ^ S. 

[Ms. fol. 47 recto.] Redditr e mihi sunt Lutetiae tuae litte- 
rae, quas ad nos Tolosam scripseras, quae a tuo puero reddi 
citius poterant, si ille voluisset. Nam in itinere apud Lemo- 
vicos* illum offendi rogavique diligenter ut mihi tuas litteras 
daret. In animo enim mihi statim venit te ad nos scribere. Sed 
ut est inorosus et subrusticus nunquam fasciculum mihi vo- 
luit ostendere, religiosam nescio quam et anxiam receptam a 
se ôdem afârmans nemini se litteras abs te daturum donec 
Tolosam pervenisset. Quare nolui illi diutius molestus esse, 
^erum illas mei a Tolosa nuper ad me miserunt. Ego hic jam 



m 4 LETTRM INEDITES 

mensem nnum vivo. Salntavi RegiDam' in Fonte Bleaadro 
etScuronium ^, simul una mecum erant Vulteius ^ atqne Scae- 
va *. Illic très dies totos consumpsîmus. Sub id tempus illac 
venimus quo Rex profectionem parabat, nondum tamen abie- 
rat. Primo quoque tempore Lugdunum cogito. Urget me 
Scaeva acriter et nisi me occuparent aliquot praelectioaes, 
quas hic sum habiturus, Floreti ^ et Parpasii gratia, jam hic 
non essem. Tu si quid Lugduni aut Tolosae negotii habes, 
scribe, nam curabitur diligenter. Majorem in modum me re- 
créât dum intelligo te tuo magistratu honorifice perfun^. 
Quae de amplificatione tuae dignitatissperas, utinaratam féli- 
citer tamque celeriter atque ego volo. Si quid mihi prospère 
posthac' contigerit, erit id praeter spem, nam ego ampli us 
spe non alor et jam pl^ne ad fortunae flatus obdurui. Credo 
te jam pridem intellexisse de Ferrerio • in locum Pauli *® suf- 
fecto, magno omnium gaudio. Cum omnium dico, intelligo et 
Senatorum [Ms. fol. 47 verso] et Scholasticorum, non tamen 
nostrorum omnium coUegarum, potissimum eorum qui bonis 
studiis sunt infensi. Sed rumpentur ilia Codro **. Carmen 
Regii ** in ejus gratiam nuper Tolosae excusum ad te mitto. 
Narratur hic passim dictam esse in Aula Régis sententiam in 
Ulmum *' Praesidem qua et admitur illi magistratus et in in- 
sulam deportatur. Ubi primum Tolosae fuerit, publiée exauc- 
toratus omnibusque Praesidis insignibus exutus ac essedo 

per urbem circumductus ** [ ] vide parumper, mi Pace, 

temporum nostrorum subitam repentinamque mutationem. 
Ante paucos annos nemini induisit fortuna largius quam ma- 
gistratibus. Nunc ex illis permulti in capitis et fortunarum 
discrimen vocantur, qui quanto altiore loco positi sunt tante 
graviore casu corruunt. [Et non desunt adhuc nostra tempes- 
tate, qui grandem pecuniam in comparando sibi magistratu 
consumunt quique patrimonia omnia in eam rem rem exhau- 
riuut. rem pudendam, o rei publicae interitum *^.] Sed 
jam et ûnem et rationem epistolae excedo. Vale Lutetiae. 
[11-13 sept. *•] 1537. 

NOTES 

* Cf. Rev. des lang, rom. 1894, p. 325, note 2 ; lettres l, note 3 ; 
1). note 1 ; lettre 10 ; lettre 15, note l. 



F.KTTRES INEDITES 1«5 

^ Alix environs de Limoges, dans le Limousin. 
' La reine de Navarre. 

* Ce personnage m'est inconnu. 
» Cf. lettre 37, note l. 

• Cf, lettre 38, 'note 3, 

"^ Ces deux personnages me sont inconnus. 

• Posthac, correction d'une autre encre pour olim barré. 

* Cf. Lettre 3, note 1. J'y disais en rectifiant une inexactitude de la 
Biographie toulousaine : le l«'mars 1536, Bojssoné est désolé de ce 
que Mathieu Pac ait laissé sa chaire à Noguier et non àÂrn. Du Fév- 
rier. Enfin nommé professeur de droit la même année. . . 

Je prie le lecteur de corriger et de lire Vannée suivante, c*est-à-dire 
1537, ainsi qu'il résulte du texte ci*desus. M. Deloume (op. cit.) le 
cite à tort sous la date 1540. 
Cf. encore lettre 6, note 1 . 
*® Sur Antoine de Paulo cf. lettre 6, note 3. 

Pour ce qui concerne ce cas particulier Antoine de Paulo professa 
le droit de 1533 à 1537. II manque sur la liste dressée par M. Deloume : 
Personnel de la Faculté de droit de Toulouse. 
** Réminiscence de Virgile, Egl, vu, 26 : 

Pas tores, hedera nascentem orna te poetam, 
Arcades, invidia rumpantur ut ilia Codro. 
^' Je neconnaispas l'ouvrage de Nicolas Regius. Sur ce personnage 
cf. lettre 35, note 4. 

** Cf. lettre 37, note 2. Jean de Boyssoné dans des vers k VouUé 
(Hendeca. lih, ttnuSj Bibl. de Toulouse ms. 835) manifeste en faveur 
du président d'Ulmo les mêmes sentiments de pitié qu'ici : 

. . . ab illo 
Sane tempore quo canes Bleandi 
Fontis Praesidi erant dati misello 
Custodes. 

C'est la reprise des expressions mêmes de Voulté cf. lettre 37 : 
«< îs sernper cum canihus agit. , . ». 

*^ Ici un blanc de deux mots. On peut restituer assez vraisembla- 
blement ; misère erit. 

*5Cf. Guibal, op. cit. p. 81. 

^* On peut fixer à peu près sûrement cette date par la lettre n° 37 
écrite par Voulté à Jean de Boyssoné : « Nihil adhuc de Ulmi causa 
auditur. Hodie tamen dicetur sententia » 

Or la lettre de Voulté est datée : V id. Sept. 1537 = 1 1 Septembre. 
Il faut noter que la date 15S7 de la lettre 39 est écrite d'une autre 
i&aÎQ et d'une encre plus noire. 



186 LETTRES INÉDITES* 

40 

B, Fernandas * humanlssimo viro Jo à. Boyssone S. D. 

[Ma. fol. 50 recto.] In summîs nostris occupationibus, vir 
candidissime, Scholarum tuarum statum per me tibi notum 
esse volui. Quas, cum ad nos (ut spero) propediem redieris, 
et frequentissimo auditorio et concursu exornari vidcbis. Est 
enim nobis auditorum tantus numerus, vix ut multitudihem 
capere possit locus. Accedit etiam auditorio nostro istud, quod, 
summa concordia, et jura nostra audiantur et doceantur ; 
nihilque hodie nobis et auditorio nostro quidquam quam te 
unum déesse intelligimus, cujus Auditorii dignitas et velus 
commendatio labore et opéra vehementer per nos deffenditur; 
studio autem et industria collegae tui D. Canonici * quotidie 
crescitetindiesmagis conduplicatur. Ego enim in eocontendo 
(quod etiam ut fiât necesse est, si modo is esse volo, quem ta 
discedens esse sperasti) [Ms. fol. 50 verso.] ut nullo vel loco 
val tempore a me aut ûdem aut constanriam desiderare possis. 
Tolos» [Sept. Octobre 1537]. 

NOTES 

* Ce personnage ne m'est connu que par les lettres de Jean de 
Boyssone. « 

* Ce collègue de J. de B. ne m'est connu que par cette mention. 

41 

Jo. a Boyssooe B. Fernando* S. 

[Ms. fol. 50 verso.] Tuam erga me voluntatem, quam tuis 
litteris mihi abunde significasti, amplector et probo et in feli- 
citatis meae magna parte pono. Tua enim opéra et studio fier! 
spero ut, si quam ob meam absentiam studiorum jacturam 
auditores laturi erant, id totum per te sarciatur, cujus ego 
beneficii gratiam, ut meritus es, tibi • habeo. In qua referenda 
taciam, si quando res se offerat, diligentiam ut cognoscas meam. 
Quae de auditorum ingenti copia ad me scribis facile credo 
et laetor, et id jampridem, ante redditas mihi tuas litteras, a 



T.ETTRES INEDITES 187 

multis Intel lexeram. Nunc autem pro tua in me benevolentia 
meaque item in te singulari rogo atque oro ut, quoad rediero, 
meam vicem obeas meoque munere perfungaris, curesque, 
diligenter ut ne quid intérim detrîmenti res litteraria capiat. 
Quod si a te impetro, summo me beneficio adfectum arbitra- 
bor, simul apud hominem minime ingratum beneficium collo- 
cabis. Vale. Parisiis Cal. Novem. [1537.] 

NOTES 

^ Cf. lettre 40, note 1. 

^ tibi ajouté d'une autre main et d'une encre très noire. 

42 

B. Fernandus ^ Jo. a Boyssone. S. 

[Ms. fol. 50 verso.] Vereor ne litterarum a me officium re- 
quiras, vir omnium amicîssime, quas etiam pridem misissem, 
[Ms fol. 51 recto] nisi tabellarius me defecisset. Nunc autem 
quod hominis ofûciosîssimi ac nostri amantissimi potestas est, 
non praeterraisi quin tuae scholae status tibi esset notlssi- 
mus. Ingens auditorum copia est et hispanorum numerus non 
mediocris, quibus dominus a Ferreriis *, collega tuus et doc- 
tissimus et diligentissiraus, bene et naviter prodesse curât. 
Ego omni officio ac studio enitor atque contendo ne opéra 
nosfra bis quoquo die requiratur. Sic factum est ut in nos 
oppugnantibus Domino Carpenterio * et Massabraco * audi- 
tores octingentos plus minus retineamus. Sed hactenus de 
schola tua. Accepi nudius tertius tuas ad me litteras, quorum 
prudentia valde fuit mihi grata ; prae se ferebant enim quod- 
dam summi amoris erga me testimonium. Quibus ita sum ad- 
ductus, utnulla re alia veheraentius, iisdemque non solum me 
carrentem incitasti, sed etiam meum in te animum conârmasti 
atque tenuisti. Da igitur operam ut, quod absens omnia cum 
maxima dignitate sis consecutus, possimus debeamusque lae- 
tari. Vale Tolosae. [15371. 

NOTES 
^ Cf. lettres 40, note 1 ; 41, note 1. 
* 11 s'agit très probablement d'Arnauld du Ferrier qui venait d'être 



188 LETTRES INEDITES 

nommé professeur à la place de Antoine de Paulo. Cf. lettre 39, note 
9. Poar la biographie de du Ferrier, cf. lettre 3, note 1 . 

* Ce personnage ne m^est connu que par la correspondance de Jean 
de Boyssoné. Il lui succéda dans sa chaire, ainsi qu'il résulte d*une 
lettre de Jean de Boyssoné à Goras (Calend. Junîis M.D.XLIl), Ms. 
fol. 75 v<>, Bibl. de Toul ouse. C'est un professeur à ajouter à la liste 
de M. Deloume : Personnel de la Faculté de droit de Toulouse, 

^ Ce personnage m'est inconnu. 

43 

Jo. a Boyssoné 61. Scaevae S.^ 

[Msfol.39 verso] Quid actum sit de meo Fritillo*, anillum 
fratri meo ad me me perferendum dederis, nescio. At qui scire 
possum qui nihil a te, postqnam hue veni litterarum accepi ! 
Quare vehementer rogo ut de ea re, primo quoque tempore, 
certiorem me facias. Praeterea scire aveo quid cum Griphio* 
egeris de Nisolio ♦ ac Thesauro • Roberti Stephani. Sois me 
pecuniam numeraturumubi primum jusseris. Fac igitur uthaec 
omuia ex tais iitteris intelligam, simul quid rerum agant soda- 
les omnesques amici, quos omnes tu meo nomine salutabis. 
Vale, Tolosae raptim V id. Decemb. M. D. XXXVII. 

NOTES 

' Cf. lettre 36, note 3. Cette lettre nous montre encore une fois les 
étroites relations qui existaient entre Guillaume Scéve et Sébastien 
Gryphe, cf. sur ce point, lettre 15, note 5. 

' Ce mot est écrit avec une grande lettre dans le ms. Nous ne sa- 
vons ce dont il s'agit car il me semble assez difficile de comprendre un 
cornet à déSf comme dans ce vers de Juvénal (sat. 14,5): 
. . .ludit et hères 
Bullatus parvo eadem movet arma fritillo. 

^ L'illustre imprimeur lyonnais Sébastien Gryphe, auquel le roi 
accorda d'Amiens, en novembre 1533, des lettres de natur alité. Cf. 
Actes de François /, t. 5, p. 311, n<» 20486. 

* Il s'agit du célèbre ouvrage de Nizolius : Ohsei*vationes in M. 
Tallium Ciceronem, Pratalboino, 1535. 

Aide Manuce le réédita sous le titre de : Thésaurus Ciceronianus. 
-' Le Thésaurus lingual latinae de Robert Etienne parut à Paris 
eu 1532. 



LETTRES INÉDITBB 189 

43 
Jo. a Boyssone Alexandre Losaeo. S. D. ^ 

[Ms fol. 39 recto.] Binas eodem tempore a te accepi litte- 
ras, quas mihi Corniardus ^ nuper reddidit, quibus tuam erga 
me voluntatem abunde mihi declarasti. Qaod mihi quidem 
minime dubium unquam fuit. Ego tuo adventu avidius nihil 
expecto, tum ut jucunda tua consuetudine utar tum ut fldem 
auditoribus nostris praestem,apud quos de tua ad nos profec- 
tione jampridem me sponsorem constitui. Mirum est quam te 
audire cupiunt. Concitata enim est magna mea praedicatione 
de te expectatio, oui utrespondeasnoii vereor. Scio plane quam 
sis diligens quantumque laboris et vigîliarum patiens. Hujus 
tuae famae celebritate permota Minuti' Praesidis uxor, mulier 
apprime nobilis, me ils diebus ad se vocari jussit ; rogavitque 
vehementer ut mea opéra atque diligentia âeret, ut tu 
filii, in primis litteris doctissimi, in civilibus disciplinis eru- 
Hiendi curam susciperes, oblata tibi honestissima conditi- 
one. Quod ego, ubi venisses, me facturum recepi. Quare tu 
quamprimum, si id ferat negotiorum tuorum ratio, ad nos 
advola. Pacem inter Regem et Caesarem tractari, simul 
omnia inter eos compositum iri rumor est. Nos urbis*nos 
trae muros magna diligentia atque impensa reâcimus, ma- 
gnumque bellicarum machinarum numerum nobis compara- 
mus. Aflfecti tamen sumus nuper clade non levi ob Pini*Rivo- 
rum episcopi mortem, qui magno nostrae urbi, cum viveret, 
ornamento erat, quae de illo Ëpigrammata scripsimus ad te 
nuuc mitto. Vale. Toloaae V id. Decemb. 1537. 

NOTES 

^ Ce personnage ne nous est connu que par les lettres de Jean de 
Boyssone. Il faisait partie du groupe de Mathieu Mopha Gribaldi fixé 
à Cahors (cf. lettres 23, note 1 ; 24, note 1) en attendant le moment 
de rentrer en Italie. Nous verrons par les lettres suivantes qu'A- 
lexandre Losaeus a un frère nommé Philippe. Tous deux rentrent 
dans leur pays en 1548. 

* Ce personnage m'est inconnu. 

' Il s'agit de Catherine de Souhaut, les actes de François I écri- 
vent Gouhault. Cf. lettre 12, note 1. 



190 LETTRES INEDITES 

Son fils Gabriel de Minut, seigneur de Gastéra, sénéchal de Roaer- 
gue, docteur ès-droifcs, maître des requêtes de la Reine-mère du roi a 
écrit les livres suivants, publiés après sa mort: 

1° De la beauté, discours divers pris sur deux fort belles façons 
desquels l'Hébrieuet le Grec usent, , . voulant signifier que ce qui est 
naturellement beau est aussi naturellement bon. Avec le Paule- 
graphie, ou description des beautés d'une dame Tholosaine^ nom- 
mée la belle Paule, par Cf. de M. chevalier^ baYon de Castéra, 
JSeneschal de Houergue, à Lyon par Barthéiemi Honorât, 1586, iu 8, 
de 282 p. y compris 14 f. prél. 

2o Morbi Gallos infestantis salubris curatio et sancta medecina : 
hoc est malotum quae intestinum crudeleque Gallorum bellum in- 
fiammant remedium, Lugduui, apud Barth. Honoratum, 1537, in-8, 
de 132 p. y compris 13 fol. prél. 

Cf. Brunet, t. 3, col, 1737-1738. 

Du Yerdier cite en plus : Dialogue au soulagement des affUgés. 
Interlocuteurs: Gabriel malade, patient, et Biaise chirurgien, ageni. 
Toulouse, in-4*'. 

La Croix du Maine (t. 1, p. 252) lui attribue encore un livre de 
musique j non imprimé, et des vers français. 

Le Paule-graphie a été imprimé par sa sœur Charlotte de Minut, 
abbesse de Sainte-Claiie à Toulouse [Gallia christiana^ t. XIII, col. 
147). 

Quant à la belle Paule, elle figure dans le proverbe bien connu 
sur les curiosités de Toulouse : 

Le Bazacle, Saint-Sernin, 
La Belle Paule, Matalin. 

Elle était, diaprés Lafailie(t. 2, p. 20, adjonction au tome premier), 
fille d'Antoine Viguier et de Gabrielle de Lancefoc. Les Pères Corde- 
liers prétendaient montrer aux visiteurs son squelette, mais Laf aille 
doute que ce fut celui de la Belle Paule, u car il est constant, dit-il, 
que les Viguiers avaient leur sépulture en Téglise des Augustins >k 

Cf. sur les relations de Gabriel de Minut avec J.-C. Scaliger : 7.- 
C. Scalig. Epistolae (édit. Dousa), 1600, p. 48 et 57). 

* Cf. Actes de François P^ (t. 3, p. 239-240, n» 8623). Lettres 
qui autorisent les capitouls de Toulouse, à lever la somme de 
30.000 1. t. pour travaux de fortification, achat de matériel de guerre 
et d'artillerie. Valence, 31 août 1536. «- Lettres ordonnant (id., id., 
p. 441, n° 9.556) aux capitouls de Toulouse de faire provision de 40 
milliers de salpêtre et de les conserver dans un grenier avec obliga- 
tion de rendre compte chaque année de l'état de ce dépôt. Montpel- 
lier, 8 janvier J538, n. s. 

' Sur Jean de Pins, cf. lettre 35, note 3. 



LETTRES INÉDITES 191 

44 

Jo. a Boyssone Gastellano * Arohiadacono 
Avenionensi S. P. D. 

[Ms. fol. 38 verso]. Utinam falsas fuissetis rumor, mi Cas- 
tellane, qui ad te nuper allatus est de Pini morte. Non esse- 
mus in eo maerore omnes qui litteris bonis Tholosae inciibi- 
mus. Quid> quaoso, nobis contingere potuit acerbius ! Supe- 
riore anno Minutium' amisimus. Param visum fuit morti no- 
bis incommodasse nisi hoc auno eliam Pino^ privaret, qui solus 
nobis relictus erat litterarum praesidium. Sed quid agas cum 
Parois, quas ineiorabiles esse jampridem creditum est. Illius 
ego vicem graviter molesteque tuli. Voluissera enim hominem 
diutius superstitem esse, si per fata cOncessum fuisset. Quae 
post illius obitum édita sunt Ëpigrammata ad te nunc mitto. 
Inter haec, videbis versus quosdam nostros, quos in illius gra- 
tia edidimus non tam bonos quam ille merebatur. Atque me- 
liores eramus daturi, si nobis per ingenium iicuisset. Quod 
me in amicorum tuorum numéro jam esse scribis, habeo tibi 
gratiam, quando id tua humanitate magis quam meo merito 
consequor. Verum istam amicitiam, quam inter nos virtus 
commuuisque studiorum amor constituit, non retinere modo 
sed etiam ampiificare et studeoet studebo quoad vivam. Quare 
tibi omnem a nobis delatam operam ac studium tibi persua- 
deas velim. Consiiium de mea ad vos reversione non abjicio, 
sed conôrmo potius. Spero autem apud vos me futurum ad 
mensem aprilem ad summum Maium. Aveo intérim sclre ubi 
gentium sit nunc Sadoletus^» quem in cardinalium ordinem 
cooptatum nuper esse audio. Fac ut intelligam, si molestum 
non est, an Romae agat vel Garpentoracti Nam teneor ma- 
xime desiderio ad illum scribendi. Quod si per te scio, erit 
mihi vehementer gratum. Vale. Tolosae V id. Decemb. 1537. 

NOTES 

* Je ne connais ce personnage que par la correspondance de Jean 
de Boyssone. Dans une lettre adressée à Guillaume Scève et publiée 
par M. Molinier, professeur à la Faculté des lettres de Toulouse, 
Jean de Boyssone dit que Y oui té et lui ont vu, à Avignon, Castel- 



192 LETTRES INEDITES 

lanas (Du Cliâtel ?), se sont longuement entretenu avec lui de Da 
Choul et lui ont inspiré le vif désir de voir les monnaies que le sa- 
vant numismate avait collectionnées avec tant d^ardeur (cf. fol. 37 
v^, Ms. 834, Bibl. de Toulouse). Voilà les seuls renseignements, avec 
ceux contenus dans la lettre ci -dessus, que Boyssoné nous fournisse 
sur Gastellanus. 

' Cf. pour la biographie de Minut, lettre 12, note 1. 

* Cf. lettre 35, note 3. 

* Sur Sadolet cf., Jacobi Sadolelif Episcopi Carpentoracti S, E, 
R. cardinalis, Epistolarum libri sexdecim. Ejusdem ad Paulum 
Sadoletum liber unus, Vita ejusdem per Anlonium Florebellfim. 
ApudSeb. Gryphium, Lugduni 1554 (Bibl. de Lyon, n« 314.067). 

Ses œuvres complètes ont été réunies à Rome en 5 vol., 1759-1767. 
11 nous a semblé, après une rapide étude, que le classement chrono- 
logique et Taltribution à Sadolet de certains ouvrages, demande- 
raient un travail crïtique que nous ne pouvions faire. L^homme et 
Tœuvre en valent la peine. 

45 

lo.a Boyssoné Marando * S. 

[Ms. fol. 39 verso] Agebam forte Lugduni ob négocia 
quaedam Academiae nostrae, cum ecce Lugdunum adveait 
Albertus Regulanus Prier ', vîr mihi cum ob communem pa- 
triam tum ob amicitiam veterem maxime conjunctus. Hujus 
adventus mirum in modum me recreavit. Scis enim quam 
facundus esse soleat quamque jucundus. Inter loquendum fré- 
quenter in tui mentionem iucidimus. Dici non potest quam 
laetus fuerim cum te bene valere intellexi. Cupiebam autem 
jamdudum ad te aliquid litterarum dare, sed non erat cui 
litteras meas committerem, donec se mihi commode obtulit 
Privignus ' tuus, qui se aiebat in Patriam reditum adornare. 
Quod mihi longe gratissimum fuit. Neminem enim invenire, 
poteram qui meas litteras ad te perferret tutius neque gra- 
tius. Quantum ad res nostras pertinet, omnes quidem bene 
valemuS; studiisque bonis liberrîme fruimur. Magno tamen 
incommodo nuper affeeti sumus, ob Pini Rivensis ^ episcopi 
mortem, qui hic Tolosae diem obiit non sine litteratorum 
[Ms. fol. 40 recto] omnium gravi dolore. Quae in illlus gra- 
tiam carmina edidimus, ad te mitto. Tu si Burdigalam non 



LETTRES INEDITES 193 

accédas vehementer te rogo ut illorum alterum exemplum ad 
BrJandum Vnliaeam ** perferri cures, sîmul litteris tuis illi 
quantum poteris diligenter me commendes. Vale. Tolosae. 



NOTES 

* Marandus nous est connu par la lettre ci-dessus et Jeux autres de 
la correspondance de Jean de Boyssoné. J. Marandus écrit à Boyssoné 
(fol. 25 r**-v°, ms. 834, Bibl. de Toulouse) pour lui recommander son 
beau-fils, ou l'enfant de sa femme issu* d'un autre lit, Guilelmus Gas- 
pardus, qui n'ose Taborder : « Cum enim alios spectat qui, vel claritu- 
dine natalium vel rerum scientiaj ux ta ac eloquentia summi , te fréquentes 
sequuntur et familiares serraones quotidianos de rébus arduis gravi- 
busque conferunt, inter hos quem se futurum ominatur, nisi juvenem 
adhuc rudem et quem tu nihili facias ? Tamen ego illum bono animo 
esse jussi » (fol. 25 r®). C'est un tableau antique. 

Boyssoné y répond en promettant de donner au jeune homme les 
soins plus dévoués et sans compter (id. fol. 26 r°). 

Youlté complète ces renseignements en nous apprenant que Ma- 
randus est juge à Bordeaux {Epig., p. 67, édit. Séb. Gryphe, 
1536): 

Noscit Burdigalae frequens senatus 
Cum magna procerum ducumque parte, 
Noscit Gallia, quam Garumna cingit 



Judex quam placeas Maraude cunctis. 

Si nous en croyons Youlté, c'était un bon plaisant, quelque peu 
pantagruélisté « confict en mespris des choses fortuites : » 

Arguis et spernis rides tua teque Maraude, 



En voici la preuve : 

Urgebat quondam pelagi fortuna Marandum. 
Chacun supplie les dieux de le sauver du naufrage ; mais Marandus 
nt et mange. 

Cur comedit poscunt alii, caussamque requirunt : 
Respoudet, quia sum nunc bibiturus, edo. 
(id. id., p. 27,) 

Mais ce gai sans-souci oubliait quelquefois les commissions dont 
OD le priait, c'est ce que nous apprend Boyssoné (ms. 835, bibl. de 
'Poiiûouse) en môme temps que le nom de son patron Briand Vallée 

13 



194 LETTRES INEDITES 

ou de la Vallée (Cf. plas bas note 5), juge au Parlement de Bor- 
deaux : 

Ut libros emeres mibi, Marauda, 

Te obnixe memini rogasse nuper 



nibil tamen librorum 

Ad me venit adbuc 

In causa arbitrer esse quod Biiandus 
Nunc te detinet : occupationes 
Litis, praeterea tui patroni. 

' Jean de Bojssoné, dans une lettre adressée de Chambéryen 1548, 
très probablement, (fol. 59 v°, 60 r», ms. 834, Bibl. de Toulouse), à 
Charles de Mariliac, ambassadeur du roi en Angleterre, nous apprend 
que le prieur de la Réole s'appelait Joannes Albertus et était son 
cousin-germain. Le prieur avait fait partie de T ambassade en An- 
gleterre d'Antoine de Castelnau, évêque de Tarbes, et ainsi qu'il 
résulte de la lettre citée ci-dessus était mort en 1548. 

Une autre lettre de date incertaine (1534 — 1536) adressée à 
Briand Vallée, conseiller au Parlement de Bordeaux (fol. 14 v^, 15 r^j, 
lui recommande le prieur Joannes Albertus qui a une affaire devant le 
F'arlement de Bordeaux. La lettre ne donne aucun ren seignement sur 
cette cause. 

Enfin Boyssoné, dans un de ses dixains (f. 28 r®, ms. 836, Bibl. de 
Toulouse), regrette de ne pas s'être trouvé chez lui pour le rece- 
voir: 

Et pleut à Dieu vous eussions nous tenu 
Parmi ces boys et ces beaulx lieux champestres 
Pour deviser non des choses terrestres 



Mais de Dieu. 

^ Guilelmus Gaspardus. Cf. plus haut note 2. 

* Cf. Lettre 35, note 3. 

^ Briande Vallée, suivant la graphie deM.Dezeimeris (De la Renais- 
sance à Bordeaux au XVI* s. y Bordeaux, G. Gounouilhou 1864), ou 
Briant de la Vallée, d'après celle de Théodore de Bèze {Hist. ecclés. 
I. 1), fut président au présidial de Saintes, sa patrie, avant d'être con- 
seiller au Parlement de Bordoaux. C'est ce que nous apprend Rabe- 
lais (1. IV, ch. 37), à propos des propriétés des nombres pairs et im- 
pairs: « Vraiement, dist Epistemon, j'en vid Pexpérience à Xainctes 
en une procession générale, présent le tant bon, tant vertueux, tant 
docte et équitable président Briand Vallée, seigneur du Douhet. Pas- 
sant un boiteux ou boiteuse, un borgne ou borgnesse, on lui rappor 



LETTRES INEDITES 195 

tait son nom propre. Si les syllabes du nom estoient en nombre im- 
par, soubdain, sans voir les personnes, il les disoit être maléficiés, 
borgnes, boiteux, bossus du costé dextre. Si elles estoient en nombre 
par, du costé gauche. Et ainsi estoit à la vérité, onques n*y trouvas- 
mes exception. » M. Deizemeris cite un remarquable éloge de Briant 
Vallée, emprunté au De Viris illustribus Aquilaniœ de De Lurbe 
^sous la date de 1539). Cette colonne du Parlement, ce protecteur des 
gens de lettres, pour me servir des termes du De Vïm, comptait au 
nombre de ses amis Gouvea, Arnouldu Perron, Buchanan, Voulté qui 
tous Tout nommé dans leurs ouvrages. Théodore de Béze (Hist. ecclés. 
1. I, p. 15) nous apprend que Jules Scaliger avait donné pour maître 
à. son fils Philibert Sarrazin qnl vint s^établir à Agen vers 1536. Phi- 
libert Sarrazin, accusé de luthéranisme, prit la fuite en 1538 et Sca- 
liger impliqué dans la même poursuite ne dut son salut qu'à l'influ- 
ence de ses amis La Chassaigne, Arnoul du Feiron et Briaud de Val- 
lée, tous trois conseillers du Parlement de Bordeaux. 

Cf. encore sur ce personnage : 

Scaliger, Epistolœ (édit. Dousa» 1600), p. 65-68, 1 19-124, 181-182, 
182-184. — Voulté, Epig. (éd. 1536), p. 43, 159. — Rob. Britannus, 
Epistolœy f. 58, i-«. 

.Jean de Bojssoné en latin d'abord (Eleg., fol. 46, r° vo Ms. 835, 
bibl. de Toulouse) puis en français (f. 117, ms. 836j nous dit que 
Bordeaux depuis Ausone réputée stérile, 

Marrie trop retourna concevoir 

Et nous porta Briand de grand sçavoir. 

Bojssoné dans ses Elégies (fol. 43, v^) lui réclame des vers que 
Marandus (Cf. plus haut, note 1) toujours lent à tenir parole, lui 
avait promis de lui envoyer depuis dix jours : 

Si sit amor tuus erga me ullus, mittito versus 
Te rogo : vel saltem mittito cur nequeas. 



46 
Jo. a Boyssone Dion. Lambine. S. * 

[Ms. fol. 41, recto] Reddidit nuper litteras tuas Colinus ^ 
vester quœ, cum humanitatis plenseessentmagnamque signi- 
ficationem tuoruiu erga me studiorum afferrent, lectae sunt a 
me cum diligenter tum vero summa cum animi voluptate. Ëx 
his sane intelligo quantum me âmes quantumque laboris quo- 
tidie impendasut tui in me amoris ac benevolentise testimo- 



196 LETTRES INEDITES 

niummihipraebeas. Non erat tamen cur tantopere meas litte- 
ras expectares. Quando iiihil hic occurit a tuo discessu vel 
quod te scire oportere existimarem vel quod ad commoda tua 
pertinere posse ullo pacto arbitrarer. V'erum si tanto ardore 
litterarum mearum te»eris, non committam deinceps, mi Lam- 
bine, ut in ea re ofôcium meum desideres. Explebo enim, vel 
usque ad nauseam, tuam cupiditatem. Quod si argumentum 
mihi ad te scribendi deûciet, comminiscar tamen aliquid quo 
papirum impleam, litterarumque crebritate fortasse tibi mo- 
lestior ero quam voles. Quod Monspessulum incolumis adve- 
neris gaudeo vehementer simul quod de rébus omnibus, quae 
isthic aguntur, certion s nos facias, ago tibi gratiam vel ma- 
ximam. Quod peroara islhic esse omnia scribis, nihil miror. 

Scio euim in Aula solere esse rerum omnium [Ms. fol. 41 
verso.] penuriam neque sine magna atque immoderata ex- 
pensa, quae ad victum pertinent, comparari posse. Te tamen 
de ea re sollicitum esse non oportet, qui patronum ^ habes et 
locupletissimum et multis Aulicis carissimum et jucundissi- 
mum, adeo ut nihil tibi a famé metuendum sit. Solum curan- 
dum ut animo bene valeas. Contractam esse amicitiam cum 
Seguerio ^ Narbonensi miriûce laetor. Novi ingenium hominis, 
ut qui legitimis.studiis operam hic Tolosae aliquando impen- 
derit. Quo tempore magna mihi cum illo amicitia intercessit. 
Quare, si iter cum hue redibis illac facias, rogo te diligenter ut 
illi meo nomine salutem dicas. Patronum tuum quoque mihi 
reverenter salutabis, simul illius erga me animum tua quan- 
tum poteris opéra mihi retinebis. Doletmihi te nondum vidisse 
Richerium° virum doctissimum et candidissimum. Fieri (mihi 
crede) non poterit ut illius consuetudine majorem in modum 
non delecteris atque tuae eruditioni aliquid non addas. Hune 
quoque meo nomine saluta. Yale. Tolosae XII Cal. januar. 
1538. 



NOTES 

* L'illustre érudit Denis Lambin (1516-1572) est trop connu pour que 
nous lui consacrions une notice spéciale. Jean de Boyssoné ne lui a 
pas consacré d'autre lettre et il est probable que leur commerce épis- 
tolaire en est resté là. 



LETTRES INEDITES 197 

3 Personnage inconnu. 

3 Le cardinal de Tournon. lettre 18, note 6. 

* Ce personnage ne m'est connu que par la correspondance de Jean 
de Boyssoné. 

Dans une lettre de date incertaine (1534-1536), datée de Carcas- 
sonne, Rodolphus Seguerius Narbonensis (fol. 26 v°, 27 r°) recom- 
mande à Jean de Boyssoné, le fils de sa sœur (sororius),je\ine homme 
qui voudrait, l'hiver prochain, donner des leçons et suivre des cours 
de droit à Toulouse. La lettre, écrite d'un style prétentieux et bour- 
souflé, est semée de citations grecques aussi banales que baroques. 
L'ensemble donne l'idée d'un esprit faux qui veut à tout prix briller. 

5 Cf. lettre 37, note 8. 

Joseph ^uoHB. 
(A suivre.) 



JAC. GOHOmi PARIS. DE REBUS GESTIS 
FRANCOÏIUM LIBER XIII. — LODOICUS 
XII REX LVL 



{Suite) 



Gaicciardinus dissidii hujus summam soins diserte exseqni- 
tur. Primum [Fol. 43] in divisione regni, qua Neapolis Pranco- 
rum erat,cum Leboriis campis et Aprutio,Apalia autem et Cala- 
bria Hiapanorum, termini provinciarum non fuerant diluci de- 
designati, verumin obscuro relicti,ob priscorum nomînana ab 
rege Alphonso Aragonio primo immutationem^vectigalinm cau- 
sa, factam. Is regnum omme in partes sex distribuerat : Lebo- 
rium agrum, Principatum, Apriitium, 6asilicatam,Calabriam, 
Apuliam; Apuliam in très, Hjdruntinam,Baren8era, Capitana- 
tam. Qui Capitanatus Aprutio contiguus, ab Apulia Aufido 
amne, qui nunc Lofantus, sejungitur, Franci Capitanatum 
Aprutio attributum velle, ne pecuario vectigali immenso fra- 
mentoque fraudentur : Hispani Aprutium montibus definitum 
ultra in planitiem illam defendere non porrigi, consuetudi- 
nemque nominum prsesentem spectari, non ab antiquitate re- 
peti. Anno priore vectigalia haec agri ambigui in sequas par- 
tes diviserant: insequente anno quantum quisque poterat 
arripuerat: unde novae contentiones exarserant; exoccultove 
Ferdinandi mandato, qui tum quidem imparatior erat, an ex 
Arminiaci viribus superiorisinsolentia, incertura est. Eam ta- 
men tantum abfuit utRex admonitusreprimeret, ut Helvetio- 
rum duostatim millia mari transmiserit, regulosSalernitanum 
Bisinianum in partes suas attrahi mandaverit, Lugdunura tan- 
dem ipse ad submittenda ex propinquiore loco subsidia vene- 
rit. Consalvus, dum Baroli se continet, [Fol. 43 v^J aiuut 
Hispani scriptores provocasse Armeniacum ad singulare cer- 
tamen, Italici contra saepe ab Armeniaco per prseconem bel- 
licum provocatum certamen semper detrectasse; causatum 
se non militis, sed imperatoris fungi ofôcio. Deliberatum est 
in concilio de tota belli ratione : cui intererant Alegrius, Cha- 



-— i 



DE RBBUS GBSTIS FRÀNGORUM 199 

baneus, Palicius, Darsias, Oastellio, Formentius, Chandius, 
MoDferatus, Aquinanuâ, Mondracus, Tordîus ; aliis bellum 
protrahendum sentientibus, aliis Barolum expugnandum, vi- 
cit sententia ut Armeniacus Barolum obsideret ne commeatus 
iiiferretur, reliqui duces darent operam occupandis passim 
oppidis iisque praesidio ârmandis. Jam Aubignius, Consentia 
recepta, Bruttiorum oppida et propugnacula partim armis, 
partim voiuntaria deditione,hosti extorserat. In Armeniacum 
crebrsd eruptiones ab Hispanis âebant quibus excurrere ad 
populationem agrorum prohibebatur. Convenit tandem inter 
Armeniacum et Consalvum ut capti in prœlio certa mercede 
u trinque redimerentur : ex qua comitate factum est ut se 
quandoque mutuis dioteriis, dum suam quisque gentem alteri 
prasfert, lacesserent. Unde de certamine publico undecim 
Franci contra totidem Hispanos convenerunt, ambobus legum 
legatis suorum animos ea contentione acui consentientibus \ 
Locus, Trainum, extra utriusque ditionem, quod Venetorum 
ex fœdere, delectus ; Veneti quoque, consensu partium, victo 
riœ judices. De hoc certamine varia produnt scriptores, pro 
snse quisque [Fol. 44] patriœ laude. halos enim équités quin- 
que lecto^ pugnaces manuque promptos Consalvus Hispanus 
suis septom admiscuerat. Quidam exterorum narrant eos bis 
congressos: priorisque certaminis contra Hispanos incertam 
fuisse victoriam, posteriore contra Italos, superiores uUos ex- 
titîsse. Stabant dudB utrinque turmœ, Francorura atque Hispa- 
norum, in militum suorum spectaculum, ne qua vis frausve 
ils âeret. Illi sublimes in eqnis^cristis galearum conspicui, in 
médium inter duas acies procedunt. Constat enim equissexque 
horis pugnatum, exteris scribentibus, inclinante Victoria in 
Hispanos post septem equos Francorum confossos, eos tamen a 
reliquis quinque Baiardo, Torsio, Mondraco, Arturo, Oliverio, 
Cabanaco, elusis Hispanos, dum Franci equorum jacentium 
corporibus septi, a quorum olfactu necatorum Hispanorum 
equi abhorrebant sessoresque excutiebant, facile impetum 
hostium sustinent. Veneti judicium victoriae ampliarunt, in- 
certam judicantes, quoniam prseter legem dictam ultra stadii 
fines impetu equorum ejecti fuissent. Sjmphorianus Campe- 

* Singulare certamen XI Francorum et XI Hispanorum. 



200 JÀG. GOHORII PARIS. 

gius primis daobus Francis decus illud tribuit, Hispanosqne 
publice pro victis habitos memorat. Paulo post accidit ut quum 
Baiardus illeTerraliusAllobrox, equestantae virtutis ac oomi- 
nis ut de ejus vita exstet liber posteiis, tumultuaria in pugaa 
vulneratum Alpbonsum quemdam Hispanum, illustri ortum 
familia, captum in castra abduxisset, neque aliter quam suos 
commilitones apud se habuisset, vulneraque ejus sananda 
curavisset, Alphonsus [Fol. 44 v<^] tamen suis ex pacto red- 
ditus, ingrate animoBaiardidignitatietexistimationi iUuderet, 
quumque acuta febre laborare novisset, ad certamen singulare 
provocaret; Baiardus paucos post dies paulum morbo recrea- 
tus avide provocationem accepit V Congrediuntur itaque, 
Alpbonso actore, contra leges armorum, defensorem, cujus 
optio erat, equo assuetum, ad pugnam pedestrem, voientem 
adigente; et primo ictu ab Hispano frustra cassidi impacfo, 
déclinante Baiardo, ipse in coUum hostis armati gladio adacto, 
quum semelatqueiterumlubricasset, tertio demum mucronem 
jugulo, inferne vitata lorica, defigit trucidatque. Trucidati 
corpus, nullis armis spoliatum, sepeliendum suis reliquit. 
Vagabatur inde Francicus equitatus libère per Apuliae campes, 
ut Armeniacus praeconis voce diserte pecuariis imperaret, 
pecusdeducerentin late patentes Cerignolae campos, curaturum 
se ne quid eis damni inferatur : idque palam edixerat conji- 
ciens Gonsalvum locum fraudi inventurum ducturumque suos 
quasi ad paratam prsedam. Parte itaque aiia equitatum duci a 
Palicio. Torsio, Baiardoque jubet velut Canusium quod P. 
N a varrus valide Hispanorum prsesidio tenebat, oppugnaturis*. 
Consalvus,suis occulte prima vigilia emissis, eo turraan mittit, 
alios in ima valle collocat. Involant Hispani équités in pecora: 
praeda onusti inde se proripere parant: Franci, qui praesidio 
peauariis erant, impetu facto in fugam eos [Fol. 45] conjiciunt: 
simularunt hi fugam eo effusius que celerius in ihsidias allice- 
rent, sic cedendo in vallem ubi sui latebant, pertraxeruut. 
Inde subito exorti Hispani viribus integris equisque, fessis 
Francis equitibus se circumfudere inter quos Chabaneus, 
Tbeodorus Bocalus et Qordus acriter dimicaverunt ;-interclu- 



* Baiardi cum Alphonso singulare certamen. 
- Preelium tumultuarium. 



DE REBUS GESTI8 FRANCORUM 201 

S08 complares aut interfecere aut cepere. Palicius, ex simulato 
Canusii itinere propere advolans, redeuntes Hispanos, et ex 
Victoria, ut ât, sparsos ac incompositos, ita profligavit ut 
captivos liberaret prsddaque abacta potiretur. Armeniacus 
ovantes Francos hilariter excîpit * : ante omnes Palicium, 
Forsium, Baiardum donis ornât insignibus. De hoc Baiardo 
prsBûlaram fuit consalvi illustris imperatoris judicium, plures 
in Prancia equoa esse candidos, puUos, gilvos, glaucos, nni- 
cum vero Baiardum qui balium vel spadicem significat, apprime 
veterinariis çommendatura, quo singularem illius prae ceteris 
virtutem innuebat. Armeniacus porro Consalvum se Baroli 
continentem, sœpe ferocibus verbis acieve decertare auderet, 
lacessebat. lUum aiunt respondisse se non ad hostis volunta- 
tem, sed captata demnm occasione rationeque ante inita bella 
capescere solitum. Auxilia autem HispaniaB a Ferdinando et 
Germanise aMaximiliano prœstolabatur. Lodoicusrex intérim 
de hac post divisionem regni Neapolitani finum controversia 
ah Hispano suscitata, ab Aubignio [Fol. 45 v®] certior facttis 
de auxiliis comparandis Armenîacoque mature submittendis 
cogitabat: eamque ob causam discedere domo et in Italiam 
rursus transgredi proponebat : quum intermoras eas, Philip- 
pus Austrius Hispanis rediens, regem Blesii, ut alii, Lugdnni 
agentem, Ferdinandi soceri nomîne salutatum venit, a quo 
pacis mandata se adferre dîxit, quemadmodum ante adventum 
suum scripserat. Rex autem, in explorandishostium consiliis 
calliHus, per Dalburgium pontificem Wormatii tum admoneba- 
tur de Germanorura Helectu inApuliam mittendorum, quos 
Consalvus Helvetiis phalangibiis opponeret.Clam quoque naves 
a Ferdinando parari cognoverat peditatu Hispanico înstruc- 
tos, quae Barolum mitterentiir. Régi, Igitur ea reriim notitia 
jam imbuto Arcbidux sequestrem se pacis profitebatur, quum 
per Belgas 8U08 edoctus qui se in Francorum quorumdam fa- 
miliaritatem insinuan<io omnes rumorum ventos coUigebant: 
Lodoicum occulta suorum regum consilia perspecta et cogni- 
ta habere ; idcirco vereri cœpit ne ut Simulator versa^us a 
rege retineretur. Cum Rege itaque collocutus obsecrat alienae 
culpse ne reus haberetur ; se quidem ea mandata pacis quae 

' Lans Baiardi equitis. 



202 JAC. GOHORII PARIS. 

accepisset adferre ; si quid clam moliantur ignorare. Lodoi- 
cus, qui metum etiam Philippi per suos exploraverat, eo no- 
mine vacuo ac securo animo esse jubet : ne tamen [Fol. 46] 
ignarum fraudis, ne stipitem et caudicem, qui ei crederet, 
putaret, fabella hac metum ejus elusisse * Ferronus narrât : 
« Compilatum, ait, a furibus fanum diem diiit foribus, qu» 
« irrumpentibusaditumpraôbuissentnecprofano satis fideliter 
(c excubassent. Tum fores iniquum esse aiunt se in judicium 
(( vocari quae terebratae et convulssd vix tandem patuissent : 
u magis vero fanum ipsum accusandum quod fures ingressos 
(( receperit, tulerit diripientes et prseda onustos emiserit n . 
Valebat enim Lodoicus ingenii solertis in utroque facetiarum 
génère, tam perpetui sermonis quam dicti brevis, ut passim 
legenti occurret. 

Rex Hispaniae Laur. Suarera circiter cal. novembris clam 
per Franciam legatum Venetias miserat (ubialiam legationem 
Francico bello obierat) questum de Lodoico rege tanquam 
fœderi cum Ferdinando inito non stetisset, Borgiae faveret 
quo reipublicse ônibus immineat ; classem ei suam in speciem 
subsidii modo, nullum in usum contra Thracas summisisse, 
utque ssepe re infecta recesserit ; si fœdus inter se percutiant, 
id magno utrisque emolumento futurum. Patres, inquit Bem- 
bus, licet ex istis pleraque vera esse cognoscerent, permoti 
non sunt, ut quod fœdus ipsis cum Franco intercedebat, ulla 
ex parte violarent ; tantum dicere sese Hispanise régis fidem 
atque virtutem et propensum in rempublicam animum plurimi 
sane facere semperque (Fol. 46 v**) factures : cum Francise 
rege fœderis conditionibus seteneri: moleste ferre bellum in- 
ter ipsos exerceri potius quam vigere pacem; si quid possent ad 
reconciliandum inter eos gratiam, de eo si admoneantur, se 
non defuturos amicissimorumque hominum ofâcio in utroque 
functuros. Ex quibus jam licebat alienam Venetorum a Fran- 
cis voluntatem subodorari. 

Interea Armeniacus, quoniam Consalvus pugnandi copiam 
non faciebat, ad Canusium oppugnandum pergit, agris qua- 
cumque indecebat populatis, oppidis compluribus arcibusque 
expugnatis ^. Canusio prseerat L. Navarrus, vir rei militaris 

* Fabula Lodoici régis. — ^ P. Navarrus. 



DE REBUS GESTIS FRÀNGORUM 203 

peritissimus magnseque apud suos auctoritatis, cum lectis sex- 

centorum Na^arrorum Hispanorumque cohortibus. Gui antea 

metuens ob simulatam Paiicii profectionem quam veram cre- 

diderat, Paulum Collium cum ducentis militibus submiserat. 

Eo devehuntur sedulo machin» bellicse aliusque oppugnationis 

apparatus : quibus strata confestim parte murorum, urgente 

cum Aquitano peditatu Monferrato, Navarrus, Collius oppida- 

nique jam trepidare : pro dîrutis tamen mûris alios primo die, 

item secundo, impigre reficere : in dies deinde pauciores, 

aliis pilis piumbeis necatis, aliis labore vigiliaque confectis, 

segnius vim arcere, dum Franci magno ex numéro récentes, 

in defessorum locum succedunt. Quarto die, Collio ex urbe 

egresso poUicentique, si conditiones [Fol. 47] haud iniqu» 

ofiferentur, cessurum Canusio Navarrum, missus Monferratus 

monuit hominem ne vim ultimam experiri vellet: deditio facta 

bis legibus, ut Navarrus signis militaribus explicatis tjmpa- 

nisque sonantibus incolumi cum exercitu egrederetur, vulne- 

rati Francorum equis in castra deveherentur. In concilio 

castrensi ^ variatum est sententiis, Palicio suadente ne tam 

iiberali conditione emitterentur , se die uno oppidum expu- 

gnaturum ; Alegrio contra sentiente dandum hoc Navarri vir- 

tuti, verito ne quid sibi de pristina gloria deperiret, potiren- 

turque modo Canusio; iile magnifiée ut ad suos redeat, victum 

tamen oppidoque spoliatam rediturum, illiusque audaces spi- 

ritus compresses iri. Ita Franci Canusio potiuntur. Eo terrore 

perculsis hostibus, Monferratus Cerignoiam recipit, Forman- 

tiusQuadratam, Rubos Paiicius, Alegrius Fogiam, Sipontum 

Baiardus, Altamuram Darsius, Fanum Georgii Columbanus, 

(^iraciumGaliotusGenolacus.Eodem tenore Franci Japjgiam, 

Messapiam, Pleuceriam, Salernum, universam denique Apu- 

liam, paucis exceptis locis, sui juris fecere. Aletium, Calata- 

nam, Prudias, Oriam, Mottulas, caesis qui in prsesidio erant 

Hispanis et Italis, dii'ipienda militi dedere. Castellanetum, 

qum se cives Francicarum semper partium fuisse proûteren- 

tur, voluntaria deditione receptum ; Conversa itidem ; Ove- 

tani vero quod Hispanicum pra3sidium expulsis Francis intro- 

duxerant aLuxemburgo expugnatos direptosque [Fol. 47 v*^ 

* Ganusii deditio. 



204 JAC. OOHORII PARIS. 

prodiderunt. Sic Franci, a decimo tertio cal. quintilis, quo 
prima excursio ab eis ad Tripaldam cœpta est, nulli amplinâ 
regni parti, nulli oppido quo jure quaque injuria pepercerunt. 
Jam Hispani scia hsec oppida possidebant in Capitanatu, 
Manfredoniam, Santangelum ; in Apulia et Calabria, Barolum 
(aliis Barletam), Andriam, Gallipolim, Tarentura, Cosentiam, 
Hieracem, Semenariam paucaque maritima oppida. Gonsalvns 
viribus multo inferior erat, neque pecunia, neque commeatu 
ac pulvere tormentario abundabat: nitri tamen copiam Vene- 
tiis coemit. De quo conquerenti postea Régi senatus respon- 
dit, neminem in sua civilate ut libéra negociatione ac com- 
mercio ullo prohiberi. (Addere eos oportuerat quantominus 
civem Gonsalvum : Civitatem enim illi cum jure comitiorum 
donaverant) *. 

Lodoicus hoc prospère successu elatus, quum Lugduni 
intellexisset a Carolo Cbalmontio Ambasio, Insubrise legato, 
Maximilianum Florentiam tentare, quocum pacem nulle- 
nullomodo adipisci poterat, quum paulo ante illa régis odium 
contraxisset ob denegatum Helvetiiis sibi auxiliaribus stipen- 
dium pro reditu in patriam, quod eis. ex serario suo Rex nume- 
ravit, tune in clientelam recipi iterum postulasset, hoc pacto 
recepit ut pristinis conventionibus antiquatis, Rex eam suo 
patrocinio complexus, per trienniumsuis sumptibus eam ditio- 
nem universam tueretur ; ipsi in id tempus sequis portionibus 
mille ducentas auri libras exsolvere Florentini, qui Régi per- 
suasum esse intellexerant e re sua fore ut eorum respublica 
iterum P. Medicis [Fol. 48] auspicio regatur, libenter assen- 
serunt. Excitâtes mox a Borgia novis in Hetruria motibus, 
Chai mon tio rex mandavit, iliius inexplebilis cupiditatis per- 
tsesus, ut confestim quadringentos équités cataphractos Floren- 
tiam subsidio mitteret, illique, ut a suis clientibus abstineret, 
nominatim pei* literas egit. Ëratautem Lodoicus jam alienus ab 
Alexandre natione Hispanoetanimo, nisi G. Ambasius, ex quo 
totus pendebat et cujus ex ore régis ipsius sermo fluere dice- 
batur, in amicitia pontificis illum retinuisset, opinione confir- 
mata copias quaslectissimas filiushabebatinbeliumNeapolita- 
numsuppediturum. Sed Ambasius purpuratus prorogationem 

1 Addition marginale. 



E RBBUâ GESTIS FRÂNCORUM 205 

sibilegationis Francise a pontiâce hisce rationibus impetrabat, 
et in futurum prospiciens specie defensionis pontiâcii jurissibi 
viam ad pontiûcatum maximum munire existimabat. Rex, abi 
Astam pervenit, Italise principes omnes liberaeque ci vitales, vel 
ipsi, vel perlegatos,salutatum venere : inter quos dux Ferrarise 
et Mantuœ regulus, hic tamem perexiguo apud regem gratise 
loco.Sub id tempusMaximilianusTridentum equitum peditum- 
quenumerum prsemiserat; Helvetiorum quoque pagi quatuor, 
sibi Bellizonae jura cedi, Vallem Turrenam, Scafusiam aliaque 
immodica sibi tradi [Fol. 48 V"] postulabant : id nisi Rex 
faxit, se cum Bomanorum rege fœdus percussnros minantur. 
Borgia, tentato prius régis animo, per Trociesium cubicularium 
pontiâcis ôdissimum, adeum, quumMediolanijam esset,venit, 
contra omnium votum exspectationemque bonoriûce perhuma- 
uiterque exceptus. Quumque in Hetruria, Senis sub quadra- 
ginta mille nummorum aureorum summa in clientelam acceptis, 
jam milite opus non esset, copise illae in Insubriain revocatse. 
Deferbuerunt illico Maximiliani motus, adeo ut régi uua libe- 
raque regni Neapoiitani cura relicta videretur. Oui quidem 
prorex Nemurii dux, Armeniacus, majoribus animis quam con- 
siliis insistebat, quum sicut supra demonstravimus copias quœ 
mille ducentorum equitum gravis armaturse peditumTransal- 
pinorum atque Italorum decem millium esse ferebantur, un- 
dique ad capieuda op[ ida divisisse , tandem Barolum cum 
robore exercitus redierat. Aubignius iliud omnibus viribus 
oppugnandum sentiebat, summo duce capto Gonsalvo, debel- 
latum iri, aliis ob aquse penuriam aliasque causas totum exer- 
citum ibi haerere posse negantibus. Ëa res et subsecuta, ut 
8olet,feliceâ eventus,tum ducum Francorum quam régis ipsius, 
negligentia maximum illis detrimentum attulit. Jam vero pro- 
rex Apuliamomnem prseterTarentum,Hjdruntium, GalHpolim 
in potestatem suam redegerat. [Fol 48 bis] Ëodem tempore 
Aubignius Calabriam cum altéra copiarum parte ingessus Co- 
sentiam ceperat. Quibus rébus a rege cognitis, fortunée favor 
negligentiorem reddidit, ut curam necessarii apparatus ad id 
belium remitteret, quo facile hostes regno ejecisset*. 
Ipse, tanquam praecepta jam opinione Victoria, in Fran- 

^ Inyidia regii nominis ob Borgiœ patrocinium. 



206 JAC. GOHOHII PARIS. 

ciam reditum parât, secum, ut prœdicaverat, Borgiam com- 
munis Itaiiae tranquillitatis causa abducturus : in quem te- 
terrimum latronem immanemque belluam, in infantes regiœ 
stirpis ssevientem, tam propensus régis favor (cujus terrore 
cunctos Italise proceres perculserat) magnam ilii apud omnes 
invidiam contraxerat. Apud Bononienses * quoniam quum 
antea eorum Bentivolique rex tutelam suscepisset adjecto 
tantum hoc capite, quod pontiâcio juri fraudi non -esset, 
deque eo jure interpretatus tum fuisset quod ea die pon- 
tifex Bononia frueretur, postea aggrediente rursus Borgia 
Bentivoloque patrocinium régis implorante, responderat se 
privatim de capite illius fortunisque intellexisse : primo 
omnium cum pontiôce fœdere cautum fuisse, ne in reliquis 
deinceps cum aliis fœderibus pontificis imperio derogaret 
quicquamve detraheret. Plumbini deinde regulo in ciientelam 
recepto Venetisque, illo de Borgiae incursione, his de Cara- 
cioli, ductoris sui peditatus, [Fol. 48 bis v*»] uxore ab isto 
raptaexpostulantibus, responderat « eorum quae pontifex suive 
in illius ditione perpetrarent, cognitionem ad se non revo- 
care. » Istura tamen execrabilem tyrannum Borgiam rerum 
Italicarum historici produnt, quum copias suas Régi in Nea- 
politanam expeditionem detulisset, solum cum suo comitatu 
interfuisse suosque duces specie exauctoramenti in Consalvi 
auxilium subsecutis eos militibus submisisse. Inter autem 
varias esedes insignium procerum ab eo scelestissime perpe- 
tratas, quas supra narravimus, quatuor etiam Varianos anti- 
quissimse stirpis Camertes necatos narrant, ut eorum opibus 
potiretur; quum die constituta Senogalliam venisset, Paulus- 
que Ursinus, Gravinœ dux,Vitellotius et Liverottus Firmanus 
obviam progressi essent, coUoquii specie in hospitium suum 
pertractos, prehendi jussit, duosque postremos strangulari 
pridie cal. januarii, quo anni mdii fine tragediae hujus extre- 
mus actus concluderetur. Quorum alter Liverottus patruum 
suum primoresque Firmi ad convivium invitatos tiucidave- 
rat: alter Vitellotius fatale m suae familise tribusque fratribus 
exitum violentum vitare non potuit. Viri quidem prsediti ma- 
gna rei militaris peritia atque existimatione, alius post alium 

* Bononia. 



DE REBUS GESTIS FRÀNCORUM 207 

setatis ordine perierunt : Joannes tormento in [Fol. 49] Osimi 
castris, Camillus Francis militans saxo circa Circellam ictus, 
Paulus Florentiae securi percussus. Enim vero pontifex nefa- 
rium facinus eludebat Hispanica argutia, excusans quoniam 
illi se singulos venturos ad eum promiserint simulque cuncti 
venissent, adeoque priores fregissent &dem, ûlio illis frangere 
licuisse. Annus agebatur christianismi mdiii, supra superiores 
aunos œrumnarum calamitatumque plenissimus , quo Bor- 
gianis neque sua neque aliéna satis erant; Vicovarium Jani 
Jordanis ceperat, unde régis mandato revocatus, ad Cere op- 
pidum vetustissimum exercitum duxerat. Cere * in tumuli 
excelsi seu riipis potius fastigio situm est, naturali loci mu- 
nitione celeberrimum, ut quo prisci Romani post Alliensem 
cladem a Gallis acceptam, flaminem Quirinalem ac virgines 
Vestse cum sacris publicis velut in tutum ire jusserunt; Bor- 
gia tamen vi arteque vinearum ad deditionem compulerat ^ 
Narrât MachiavellusFlorentinus Borgiam,qui oppidis suissor- 
didissimos atque importunissimos homines in usum tamen suum 
proposuerat, qui velut pecus deglubebant non tondebant, quo 
querelis quotidianis oppidanorum satisfaceret, unum ex istis 
âagitii damnatum, noctu, médium eum, omni cultu discissum, 
a vertice ad virilia, in theatro, cathedrse insidentem, mane 
populo conspiciendum prœbuisse, altéra quidem manu virgam 
gestantem, strictam ensem altéra, ut eo spectaculo doceret 
reum contra animi sui sententiam crudeliter usum potestate ; 
quo multitudiuis indignationem compescuit. 

Res autem Francorum in regno Neapolitano in adversantis 
jam fortunae varietatem incidebant, propterea quod, rege ob 
tam secundum rerum cursum in contemptum hostium adducto, 
nullaNeinuriiducisubsidia,nuHasupplementamittebantur.Nec 
vero Lodovicus,quocumque po*lleret ingenio, acumine sibi ab 
Hispani versutia satis cavit: nullius enim gentis natura pluri- 
bus simulationum involucris [Fol. 49 v*] tegitur, nullius mentes 
pluribus quasi velis frontis, vultus, sermonis obtenduntur '. 
Is mandatis quibusdam pacis Austrio genero datis, illum dor- 

^ Cere. 

* Addition marginale. 

' Pax Hispani simulata. 



208 JAC. GOHORII PARIS. 

mire in utramque partem securum juâsit, quo a Neapolis co- 
gitatione avocaret : quibus etiam effectum est ut liber tutus- 
que Philippe per Franciam transitus concederetur, eunti 
l)rimum in Hispfiniam ad hereditatem regni velut âliaB natu 
maximae viro plebiscito confirmandam, deinde redeunti in Bel- 
gias suae principatum : adeo ut obsides eo ante ingressum ei 
in Franciam a vege in hosticum mitterentur, ille in fines ad- 
veniens eos obsides liberaret, sicque tanquam inter amicos 
pacis beneficio reconciliatos mutnis officiis certaretur eaque 
pax demum affinitatis vincnlo per Caroli Belgiae principis et 
Claudise Francia matrimonium formaretur, quibus regnum in- 
ter reges duos controversum tradebatur. Hoc fœdus, Blesiis 
ad aram Augustini templi solemni ritu percussum, publiceque 
per prsecones promulgatum Philippus mira calliditate Con- 
salvo significavit, utque praeter ea quae eo tempore posside- 
bat, ab aliis abstineret, donec aFerdinando ipso mandata ad- 
ferrentur. Ipse nova felicitate fretus mandatum se régis sui 
desiderare repondit : Arminiacus se morem gesturum poUice- 
batur. Ille vero Baroli munitione confisus pugnam semperde- 
trectaverai. Quum autem animadvertisset jam [Fol. 50] 
Francos non simulate ut antea Canusium condere prœmis- 
sumque peditatum ettormenta œnea currulia, Mendocium, ex 
nobili Hispaniae familia virum, qui cum flore equitatus abeun- 
tium extremum agmen carperet, eraisit. Equitatum Francorum 
pars, Alegrio ductore, in Hispanos insequenter versa: nec ve- 
locitas eis concursandi sua adversus Francos stabili pugnae 
assuetos proderat : ita compluribus vulneratis, nonnuUis ne- 
catis, Hispani. pedem referre, vigere Franci instarequé fu- 
gientibus. At quum Fabritius Columna cum turma equitum 
recenti superveniret, neque Arminiacus, copiis Canusium ver- 
sus jam profectis, suppetias ferre posset, multis vulneratis, 
despondere animos Franci ac sese inde proripere : captivi 
aliquot abducti inter quos Carolus Motta, vir pugnax, quem 
aliqui sua procacitate verborum causam superiori certamini 
.XIII. Italorura (quos magnifiée enumerant) contra totidem 
Francos dédisse produnt. Enim vero duo illa Germanorum 
millia a Romanorum rege suppeditata Tergesti conscenderant, 
perque Adriaticum sinum delata,non obscuro Venetorum per- 
missu, Barolum pervenerant. Rex intérim vana istius pacis 



DE REBUS GESTIS FRANGORUM 209 

dalcedine delinitus^ incerta pro certis habens, creduleque lis, 
Gallorum more, assentiens, Genua solvere paratos ad id bel- 
lum [Fol. 50 V®] .CGC. cataphractos, ter .m. pedites, Persino 
duce, suis nuntiis remoratus fuerat. Prorex InsubrisB Chau- 
montius omnes suas vires adversus quatuor Heivetiorum pa- 
ges converterat (quos a Maximiliano incitatos verisimile est) 
postulantes sibi Bellizonse possessionem sanciri, quos tandem, 
partim vi, partim prudentia sua compescuit. Sub id tempus, 
Ugo Cardonius Messana in Rhegium Calabriae descenderat 
cuQi .Dccc. Hispanis peditibus quos Roma Borgiœ perâde 
tune conniventis stipendia mérites accerserat et cum equiti- 
bus .0. et Siculis Galabrifique militibus .dccc. Rbegiiim paulo 
ante Hispani ceperant, dum Âubignius in alia Calabrise parte, 
quam prope totam obtinebat, versatur. Ugo quum Senceua- 
rium pervenisset Terinam versus (Terranovam aliis) duxit, 
que Didacum Ramirum obsidione Franc. Haricurtii liberaret ; 
Mileti cornes Sanseverinus cum Salernitani et Bissiniani co- 
plis obviam Cardonio profectus, fluvio trausmisso in ulteriore 
ripa aggere munito loci iniquitate superatus est ; Terina ab 
Ugone direpta, ne iterum Francis prsedae foret ; Aubignius 
ductor prudentissimus, accepte TerinaB nuntio, minime dubi- 
tans Cardonium longius progresis'urum, disquirere cœpit quo 
pacte ejus ferociam contunderet. Sed intérim Haricurtius 
(aliis Ambricurius) cum [Fol. 51] XXX equitibus cataphractis 
et Mileti comes cum. M. peditibus Losarnum (abest id a Calli- 
mera. V. M. passuum) contenderunt : in quo oppido septa 
quœdam dumtaxat portarum loco erant. Ecce Emanuel (aliis 
Manùellus) Benavida ex Hispania Messanam Sioiliae, Messana 
Rhegium quoque cum. CC. equitibus gravis armaturae, toti- 
dem levibus, et duobus peditum millibus appellit ; Rhegio Lo- 
sarnum pergit : inalbescente cœlo aggreditur ; prima im- 
pressiojie graviter repulsus, secunda expugnat. Spiritu, cen- 
turione fortissimo ibi cœso, Haricurtio capto, Cornes fuga in 
arcem sibi consuluit. Mox erat Benavida Antonio Lœva ^ 
comitatus, qui quidem, ex gregario milite per onmes militise 
gradua ad summum Cœsarei exercitus imperium evectus, multis 
postea victoriis in Italia elarus extitit. Illi edocti a spécula- 

^ Antonius Lœva. 

14 



210 JAC. GOHOHII PARIS. 

toribus de Aubignio cum CC catapbractis peditutn incolarum 
duobus M peregrinorum tribus ad ventante, Terinam se confé- 
rant. Erant cum eo Cl. Grignius, vir maxirose apud Francos 
existimationis, et Franc. Malberba ex Bertiorum nobilitate. 
Ipse Helvetios et Aquitanos pedites qui M octingentorum 
numerum explebant, MalberbsB committit ; équités qui qua- 
dringenti erant cum Grignio partitur. Is turmse [Fol. 51 t»] 
quidem ductor erat Calatini comitis, paulo post Capuse expu- 
gnationem ad versa valetudine confecti. Ibat ^ Ugo Terina, 
propter inopiam commeatus, Hieracem clam profectione per 
occultam tesseram denuntiata militi : Aubignius qui ad Pollis- 
trinem arcem vicinam substeterat^re per exploratores co- 
gnita, magna celeritate cum copiis suis insequitur. Illis suis 
viribus difôsi, postquam a Cataphractorum robore in campo 
prima frons puisa reliquisque trépida tio illata, in proximl 
clivi jugum convolant. Franci non deterruntur loci difficul- 
tate quin pugnam audacter subeant : duc ébat novissimum 
agmen Hispanorum et Siculorum peditum A ntonius Lœva 
Chonio, eo usque belli hujus cupidus ut se tum felicem diceret, 
quum occasio daretur arma Hispanorum circumferendi exstin- 
guendique hoc fulgur Francici nominis: urgebat ille aliquan- 
tisper ex superiore loco neque tamen vim Francorum eo die 
sustinere potuit, ubi Grignii virtus potissimum enituit, qui 
longius insectando progressus, unus a multis circumseptus 
obtruncatur. Fuga fuit Hispanorum aliorum per patentes 
campos, aliorum për montium anfractus, tanto Francorum 
ardore ut Aubignius uno atque altero tantum stipatus in 
grave sui discrimen incideret, et ab irruenti Hispanorum 
[Fol. 52] equitum manu caperetur, feruntque jugulum eiite- 
rum atque iterum ab Hispano gladio petitum,sed Joan. Stuardi 
adolescentis opéra aliquot suorum evocatis servatum. 

lAubignii yictoria. 

(A suivre,) 



EXTRAIT DES ARCHIVES DE TARASCON 



DÉLIBÉRATION DU 2 JANVIER 1465 (N. S. 1466), f^ 229 v«. 



Pro Vinteno sive Dezeno 

Item pariter fuit ordinatum quod juxtaprepositain présent! 

consilio de expensis que occurrunt cotidie présent! univer- 

sitati pro pencionibus quas débet pencionariis ejusdem, prop- 

ter quod speratur de perdicione et dampnatione presentis uni- 

versitatis, et infactionis ordinacionum domini comitis Troje S 

locuntenentis regii, pro remedio apponendo perdicioni diote 

uDiversitatis et obviando expensis que cotidie occurrunt, con- 

clusum fuit quod eligantur sex de.presenti consilio qui seha- 

beant invicem reperire pro palpando omnia débita presentis 

universitatis et omnia de quibus presens universitas potest se 

juvare; et omnibus ealculatis etpalpatis, habeantavisare quo- 

modo et qualiter a premissis oneribus presentem universitatemi 

extra ponere poterunt. Et hoc per modum vinteni sive dezen 

ôendi in modum per dictes eligendos, quem modum dicti eli- 

gendi, dum illum composuerint et ordinaverint, refferre ha- 

beant presenti consilio pro conclusione eidem danda. Et nec- 

minus habeant protestatem super dicto vinteno sive dezeno 

ordinandi,capitulandi et disponendide omnibus rébus queponi 

poterunt in eodem, illasque declarandi, et nec minus habeant 

potestatem ordinandi et advisandi de illis qui non caderent in 

dicto vinteno, quos habeant arbirare per modum solidi et libre 

et alias prout eisdem melius visum fuerit et hoc per totam 

diem crastinam; et inde refiferintut supra in presenti consilio, 

pro conclusione danda. Et fuerunt electi infra descripti in co- 

mictiva sindicorum et accessoris : 

NOBILES : BURGENSES l 

Anthonias de Pontkves. Guill» Bernardi. 

Raynaudus de Montefaloo. Guill« Lieuthaudi. 

Johannes Talhaper. M^ Petrus Jalheti. 

* Jean Cossa, comte de Troye, sénéchal de Provence. 



tl2 EXTRAIT DES ARCHIVES DE TARASCON 



TENOR CAPITULORUM VLNTENI 



Capitols fach et ordenatz per los elegis per lo noble et ho- 
norable conseilh de la villa de Tharascon, et so per gitar la 
villa de sege mille florins que la villa deu a interes; so es as- 
çaber, per los nobles et honorables homes Anthoni de Pon- 
teves, seignior de Cabanas, Rejnaut de Montefalco, Johan 
Talhafer, Guilhem Bernart, Guillem Lieuthaut, et raestre 
Peyre Jalhet, en companhie del noble Johan Raymon, Jau- 
melon Oarbonel, sendicz, et messier BertrantTornayre, acces- 
sor, per far far ung vinten gênerai justa la ordenansadel con- 
seilh de la universitat de Tharascon fâcha Tan mil iiij® LXYlf 
a laNativitat, et lo jorn ters * del mes de janevier. 



DBL BLAT. 

Et premierameut, an ordenatque tota persona, de qualque 
estât ho condicion que sia, que reculhira blat, ordj, civada, 
segel et tout autre germe de blat, que creyssera et reculhira 
en lo terrador de Tharascon et autres terradors que si averan 
en la villa d^ Tharascon, pagara lo vinten a la villa ho a sos 
depputas ^, avant que parta de Fiera, exceptas que hy sien 
rebatus egas et deyme. 

^ Le mot « quatre » a été effacé et remplacé par < ters » — La délibé- 
ration que vise le rédacteur est en réalité du 2 janvier 1466 (anno Incar- 
nacionis 1465) ; le conseil ne s'est réuni ni le trois ni le quatre de ce 
mois. 

* Les collecteurs étaient an nombre de 42, puis de 45. — Avant d'en- 
trer en charge, on exigeait d'eux le serment de fidèlement remplir leurs 
fonctions. Ils avaient le quatre pour cent sur les produits du a vinten ». 
Chaque contribuable recevait une quittance détaillée de ce qu'il avait 
payé. 

DÉLiB. DU 26 MARS 1466, F* 239, v«. Pro stipendtis vinteneriorum. — 



EXTRAIT DES ARCHIVÉS DE TARASCON 213 

II 

DEL BLAT. 

Item, an ordenat que tota persona habitant en la vil!a de 
Tharascon ho en son terrador, que aura blas en autrui terra- 
dor, per laborage, et los porton et descargon en la villa ho en 
son terrador, de ajtals blas pagaran lo carenten. 

III 

DE LAS BOAS. 

Item plus, an ordenat que tota persona habitant de Tharas- 
con que aura egas per calcar blas, pagara lo vinten de so que 
gazanhara ; et non pagara vinten dels polins ; et si enten de 
totz blas. 

IIII 

DEL GAZ AN DELS BLAS COMPRANT ET VENDENT. 

Item plus, an ordenat que tota persona, habitant et non 
habitant Tharascon ho de son terrador, que comprara blas 
que que sian, per revendre en la villa ho en son terrador, 
del gasan que fara en revendent tais blas pagara lo vinten. 

Incpio quidem consilio fuit ordinatum et conclusum per dictos sindicos 
etaccessorem et consiliarios ejiisdem, videlicet, quod offlciarii electi ad 
colligendum et levandum vintenum ordinatum per presentem universi- 
tatem, habeant et habere debeant pro eorum ^agiis et stipendiis, vide- 
licet, pro quolibet centenali rey seu cujuslibet speciey que vintenabitur, 
quatuor pro centenali. 

Quod vimenerii vocentur et jurent. — ... quod dicti vintanerii (sic)si- 
mul Tocentur coram domino Tiguorio et sindicis et accessore hinc ad 
diem dominicam, et quod omnes liabeant prestare juramentum de bene 
et fîdeliter excercendo eorum et cujuslibet offlcium ad utilitatem rey 
publice presentis loci Tharasconis. 

Quod uintenerii faciant appodixas. —...quod collectores dicti vinteni 
debeant et teneantur facere appodixas de eis omnibus a quibus réci- 
pient vintenum et de singulis rébus et singulis vicibus ; et quod eciam 
qtiilibet solventes vintenum taies appodixas conservent et custodiant pê- 
nes se, ut per illas dicti collectores in eorum colleta controroUare pos- 
sint. 



214 EXTRAIT DES ARCHIVES DE TÂRASGON 

V 

DEL FBNC. 

Item plus, an ordenat que tota persona habitant ho non ha- 
bitant en la dicha villa de Tharascon ho en son terrador, que 
aura fenc et lo meta tant en la villa que en son terrador et 
aultres terradors que si averan en ladicha villa, pagara per 
voûta a très chivals nou patas, et a dos chivals siejs patas, et 
a ung chival miech gros. 

VI 

LENHAS. 

Item plus, que tota persona habitant ho non habitant en la 
dicha villa de Tharascon que culhira et talhara lenhas en son 
terrador et autres terradors que si averon en lad. villa de Tha- 
rascon, sia reducha lad. lenhia en la villa ho en losd. terra- 
dors, pagara miech gros per voûta, exceptât la lenha que si 
reculhira por la provesion dels mases et cremara en losd. 
mases, et fagos de romanin, vises et agranasses et socas de 
vinhias. 

VU 

DB LENHAS. 

Item plus, an ordenat que tota persona, de que estât ho con- 
dicion que sia, que compraran lenhas estranchas per mètre 
en lad. villa ho en son terrador, pagaran a ladicha villa, so 
es, per cent quintaulx de lenhas de pes dos gros, et per cent 
garbas de parada dos gros, et per cent garbas de rebatum 
ung gros et miech, et de fornilha un gros per cent ; et per 
garbas de montanhia que vendran per ayga, pagaran dos gros- 
per cent. 

VIII 

DE LAURADA *. 

Item plus, an ordenat et déclarât que los habitans et fasent 
continua demora a Laurada pagaran de totas las causas que 
son en aquestos presens capitols coma aquelos de la présent 
villa. 

* Petit hameau à l'est de Tarascon, dont les fortifications furent dé- 
molies à la demande des Tarasconais, en 1390. 



EXTRAIT DES ARCHIVES DE TARASCON 215 

IX 
DBLS ALZS [et] SBBAS. 

Item plus, an ordenat que tota persona, de qualque estai 
ho condicion que sia, que reculhlra bals ho sebas en lo ter- 
rador de Tbarascon ho aultre terrador que si avéra en la pré- 
sent villa, déjà pagar lo vinten. 

X 

DBLS ORTOLANS BT FRUCHIBBS. 

Item plus, an ordenat que tous ortalans ho fruchiers et au- 
tras personas, de que estât ho condicion que sien, que ven- 
dran ortollalhas et fruchas, de que que qualitat que sien, pa- 
gara lo vinten a la villa. 

XI 

DBLS RASmS. 

Item plus, an ordenat que tota persona, de que estât ho 
condicion que sia, que reculhira rasins et fara vin en ladi- 
cha villa ho en son terrador, pagaralo vinten en vin, botelhat 
que sia ; et fara escolar la tina tant que porra coiar. Et in- 
continent que la tal persona Taura botelhat, sera tengut de lo 
uotifficar al vintenier, et sera libertat del vintenier de escan* 
dalhar la veyssela, per sçaber que \y on ven ; et la tal persona 
que aura lo vin sera tenguda de lo gardar et noyrir cornent lo 
sien, fin a tant que lo vintenier lo voldra levar ; et si entent 
que lo vintenier lo levara per tôt lo mes d'aoust après venent, 
an plus tart. Au trament sia libertat a tal persona que deura 
lod. vinten, passât lod. mes d'aoust, de lo vuidar la ont bon 
et bel lui sembla ; et en cas que tôt lo vin fos tornat, lo vin- 
tenier sera tengut de prendre lod. vin tornat. 

XII 

DEL VIN. 

Item plus an ordenat que actendut que lo y a plusors pau- 
ras gens que non auran gayre de vin, ambe lo cal lo vinten 
non poyria gardar longament, que lo vintenier sia tengut 
de levar lodich vin quant sera requist par lodich paure 
home. 



216 EXTRAIT DES ARCHIVES DE TÂRÂSGON 

XIII 
DEL VIN 

Item plus, es estât ordenat que tota persona que aura vin, 
del quai lo vinten non aja pagat, et la tal persona lo yuelha 
vendre, non Tause vendre ny delieurar, que premieramen 
non ho aja notifâcat et accordât al vintenier. 

XIIII 

DBL VIN. 

Item plus, an ordenat que quant lo vintenier vuelha ven- 
dre lodich vin del vinten, sera tengut de pagar la gabella del 
vin, so es, si lo vent en gros lo dezen, si en menut lo ters, 
cornent fant los autres de la villa. 

XV 

DBL VIN *. 

Item plus, an ordenat que tota persona que aura tirât son 
vin et destrenhera la raca, pagara lo vinten del vin del des- 
trech. Et si fatempra davant que destrenhe la raca, pagara 
lo vinten a rason de miech barrau per voûta de frucha que 
aurie messa en la tal tinada, et si entent la voûta de vint 
banastons. Et aura libertat lo vintenier et poyssansa de pen- 
dre sagrament de tal persona que pagara lo vinten, per sça- 

* DÉLIBÉRATION DU 21 SEPTEMBRE 1466. (BB. 9, f» 252,) Pro collectoriOus 
fini. — Item pariter fuit ordinatum quod pro recoUectione vinteni vïm. 
quod depputtati ad illud exhigendum, illud habeant modum sequentem 
recolligere, yidelicet, quod ipsi coUectores a pauperibus gentibus illud 
recipiant in vino, quod vinum repponetur in vasis bonis et sufficienti- 
bus per eosdem coUectores sumptibus presentis unlversitatis locandis; 
qui pauperes declarabuntur per dictos coUectores in comitiva sindico- 
rum. Vinum vero quod recoUigi débet a divitibus et potentibus hu- 
jus Tille, illud in manibus eorum dimittatur recipiendo voluntati pre- 
sentis unlversitatis; et quod' pro nutrimento dicti vini, dicti coUecto- 
res possint ultra vintenum recipere quatuor picherias pro barralli. 

DÉLiB. DU 6 AVRIL 1467. (BB. 9, f» 273 verso). Pro coUectoribus vini. 
— « Item pariter fuit ordinatum quod actenta difficili exactione vini pro 
vinteno in medio barraUi et tercio et quartono et picheriis, quod vend! 
noa potest, ob quod presens universitas magnum prejudicium patitur 
et pati possit, fuit conclusum quod coUectores dicti vinteni iUud eii- 
ircie possint in argento ad rationem unius floreni pro barraUi. > 



EXTRAIT DES ARCHIVES DE TARASCON 217 

ber quantas voûtas aurie messas denfra la tina hont aurie 
agnt lod. vin, per aver miels son dreoh ; et aura libertat de 
chausir del melier vin del selier, so es, dei vin de grès juxta 
son nombre, et del vin del plan juxta son nombre. 

XVI 

DBL VIN. 

Item plus, an ordenat que'tota persona que deura vin al 
vintenier, quant lo vintenier lo vuelba vendra, la tal persona 
que lo deura aja libertat de lo poder retenir per lo près que 
lo vintenier lo vendra, pagant incontant. 

XVII 

DBL VIN. 

Item plus, an ordenat que tota persona babitant de Tha- 
rascon bo de son terrador ho en terrador qui si avère en 
ladicha villa, que apporte vin deflforas lod. terrador de sas 
vinbias, et lo meta en ladicha villa bo en son terrador ho 
autre terrador qui si avère en lad. villa, pagara a la villa lo 
carenten. 

XVIII 

DB VACAS. 

Item plus, an ordenat que tota persona, babitant de Taras- 
con que aja vacas, que las tengaen lo terrador de Tbarascon 
et autres que si averon en ladicha villa, pagara de vint vedels 
ung, ont que vedelon nj ont que non; et sera tengut de lo 
gardar et noyrir comma los siens, fin que valha très florins ; 
reservad a libertat aaquel que paga lo vinten, de poder rete- 
nir lo vedel per lod. près. 

XIX 

DE VACAS. 

Item plus, an ordenat que tota persona habitant de Tha- 
rascon, avent vacas coma dessus, las qualas aja tengut en 
lostl. terradors denfra l'an del vinten, incontinent que sera 
acomensat et intrat, ben que las venda ho vagon deforas dels 
terradors des usd., pagara lo vinten comma dessus et denfra 



218 EXTRAIT DES ARCHIVES DE TARASCON 

ed déclarât ; et si pagara lod. vinten dels vedels que si noj- 
risson, per lo nombre de 8o que si trobara en lo temps que si 
recebra lod. vinten ; et d'aquels que si castejon parelhamen. 

XX 

FEDAS. 

Item plus, an ordenat que tota persona que aja fedas et 
moutons, que las tengadenfralosd. terradors,de que que estât 
ho condicion que sia, pagara lo vinten de las lanas et dels 
anhels et de las thomas. Et que aquels que castejaran noD 
ausaran delieurar los anhels ny vendre, si non que premiera- 
men lo vintenier aja levât son drech, et si noyrisson, levara 
son drech dels anhels que si trobaran viens per lo mes d'abrii, 
rebatut lo deyme ; et si prendra a ras de pas, et seran tengus 
tais de gardar et nojrir losd. anhels coma los siens per tôt 
lo mes d'abril, sensa lur levar la lana. 

XXI 

CABRAS. 

Item plus, an ordenat que tota persona, de que stat ho 
condicion que sie, habitant de ladicha villa, que aja cabras et 
las tenga en los dich terradors, pagara lo vinten dels cabris 
et de las thomas ; déclarant que las thomas que si vendran 
pagaran en argen lo vinten, et aquelas que si formajaran 
pagaran lo vinten en formages, tant de cabras, fedas et vacas. 

XXII 

FBDAS [et] cabras. 

Item plus, an ordenat que tota persona, habitant de Tha- 
rascon, avent fedas [et] cabras coma dessus, lasqualas aja 
tengut en losd. terradors denfra Tan, incontinent que sera 
acomensat et intrat, ben que las venda et vagon foras delsd. 
terradors dessusd. pagara lo vinten coma dessus et denfra es 
déclarât, per pauc que j estajon. 

XXIII 

DE PORCS. 

Item plus, es estât ordenat que tota persona que aja true- 
cha ho truechas de lasqualas ajon porcels, las qualas tengon 



EXTRAIT DES ARCHIVES DE TARASCON 219 

denfra los terradors de Tharascon et autres que si averon en 
la présent villa, pagaran lo vinten en argent, apreciant lo 
porcel a ung gros et miech la pessa. 

XXIIII 

DE BOTIQAGES. ' 

Item plus, an ordenat que tota persona habitant de Tha- 
rascon et autra non habitant, tenent botiquas et draps, tellas, 

DÉLiB. DU 18 OCTOBRE 1466. — Pvo IuctU ut possint arbirare, — Item 
pariter fuit ordinatum quod etiam actenta contradictione quam nonnuli 
particulares hujus ville nolunt componere de eorum lucris, sed dicunt 
quod spectabunt finem anni pro illo fiendo; quod si ita fieret, cederet 
in magnum dampnum et prejudicium hujus Tille, fuit conclusum quod 
depputati ad dictas composiciones faciendum, illas possint arbirare juxta 
eorum consciencias et pro arbiramento compellantur ad solvendum 
prout ceteri qui gratis composuerunt. 

Un petit registre (DD. 4), qui servait sans doute aux collecteurs du 
vingtain, donne l'énumération des propriétés données à bail, ostals, ca- 
sais, estables, graniers, taulas del masel, dels ortolans, de peyssonaria 
• .., en un mot, de tout € so que sy logua. » 

Voici quelques articles pris au hasard : 

Anthoni lo Tripier, rebayrier, j. hostal près de la soyvegaria; lo ten 
Anthoni de Johan de la Gomba lo monie ff. 3 

Johan Durant per ja Cort en que es lo destrech per enclaure los buous 
braux ; lo ten mestre Loys lo carier fl. 2 gr. 6 

Yves Bolon per j . hostal que fo en del suegre de Anthoni lo Tambo- 
rin; lo ten Gasparino. 

Johanes da Vit (de la Vit) per .j. hostal que sy fa l'espasa; lo ten la 
Tibauda ff. 7 

Los ères d'Estevo del Veyre per .j, hostal en que sy fa prensipal; lo 
ten Johan de la Vit. ff. 

Gatarina Michalota per lo tuador hont tuon e ysan los buoux escor- 
chatz; ten Valdronas e Trabuchet ff. 4 

Jaumet Clament, aboticari, per una taula al masel ; la ten Andrieu 
Trebuchet ff. 12 

Los ères de Malerba o de Guilhem Redortier per ja boUgua que ten 
Andrieu lo revendeyre et per j. autre ostal en peyssonaria en que feson 
selier, e una vinha, etc ff. 26 

|[ohan lo Mercier, barbier de la Tarasca, per j. taulier, es suslagrant 
cariera; lo ten Durant Clament ... fi. 3. (la même personne est ainsi 
désignée un peu plus loin : « ... Johan lo barbier que fa la Tarasca...») 

Ferier de Novas j. ostal en que sy fa molin d'ollivas e en a de renda 
per defar sas hoUivas de que en a defach en aquesta sason que en agut 
5 ho 6 canas d'oly. 



?20 EXTRAIT DES ARCHIVES DE TARASCON 

canabassarie, ferraterie, cordalhas, fostaria, gabbataria, mer- 
ceria, fromagaria, speciaria, etbajssayre, tejssejre, penche^ 
najre, cardajre, lanternier, soquier, broquîers, pejssoniers 
et pejssonieras, manganieras et tous autres que mercandejon 
en ladicha villa ho en son terrador, ben que non tengan bo- 
tiquas, pagaran lo vinten del gazan de tota la mercadarie, 
quamta que sia. 

XXV 

DB MBRCADARIB. 

Item plus, an ordenat que tota persona estranga que aja 
mercadaria, quamta que sia, et la venda denfra lad. villa ho 
en son terrâdor, pagara doze deniers per florin. 

XXVI 

DE MBRCADARIB. 

Item plus, an ordenat que tota persona de Tharascon ho 
aqui habitant, intrat que sia Tan del vinten, que volgues mu- 
dar sa botiqua de mercadarie, quamcta que sia, foras de 
Tharascon, en tôt ho en partida, ont que la porte ho mude, 
si déjà arbirar ; et del gazam que si porrie far, justa Par- 
bitrament, pagara lo vinten, coma los autres, per aquel an. 

XXVII 

DE NOTARIS. 

Item plus an ordenat que tous notaris habitans de Tharas- 
con pagaran lo vinten de so que ganharan per lur art. 

XXVIII 

DE PROCURAYRES. 

Item plus, an ordenat que tous procurayres habitans deld. 
luoc pagaran lo vinten de lurs praticas. 

XXIX 

ARTISTAS. 

Item plus an ordenat que tous meges et tous artistas, coma 
barbiers, sartres, sarralhes, fusties, fabres, rodiers, hosta- 
liers, forniers, pastissiers, pejriers, barralliers, et carries que 



EXTRAIT DES ARCHIVES DE TARASCON 221 

tiroQ peyra de pejrieras, et riba^ies tant passant lo port que 
que autrament navegant per lo Rose, et généralement tôt 
autre artista qualque sie, pagara lo vinten de so que gaza- 
nharan. 

XXX 

DE AKRBNDAMBNS ET LOOAGES ^ 

. Item, que tota persona, de qualque estât ho condicion que 
sia, de Tharascon ho aqui habitant, que si logue, ho logue ho 
arrende sas bestias, ho sa carreta, ho son arajre, ho sa vejs- 
sela, barraus, sacaries, hostals, boticas, casais, vergiers et 
graniers, seliers et toutas altras causas que si logon et ar- 
rendan, taulas de masei, de herbolarie) fors et taulas de pejs- 
soniers ho marciers, et autres queu que sien, pagaran lo 
vinten de so que gazanharan sive sia per maniera de prest ho 
de don ho d'escambi. 

XXXI 

DE 0AZANHAOBS. 

Item plus, an ordenat que tota persona, de qualque estât ho 
condicion que sia, homes ho femas habitant de Tharascon, 
que si logue ho sialogat a temps, so es asçaber, a an ho a meses 
ho a sempmanas ho a jornals, pagaran lo vinten de so que 
gazanharan, exceptât los estrangiers. 

XXXII 

DE GAZANHAQE. 

Item, an ordenat que tota persona, de que estât ho condi- 
cion que sie, home ho fema, cieutadan ho habitant de Tha- 

* Une délibération du 10 juin 1394 (Registre BB 4, fo 36 verso) fait 
connaître comment se percevait l'impôt sur le salaire des journaliers : 
«... et quod conducentes tenea[n]tur et debeant notiflScare ordinatis seu 
deputatis per présentera universitatem' (Tharasconis) in qualibet die 
quantos homines seu personas locabunt et precium quod lucrabunt. Et 
nichilominus taies conducentes habeant retinere a conductis unum dena- 
rium pro solido quolibet quo lucrabuntur, et illum denarium assignare 
in quolibet vespere deputatis . . . > 

Dblib. do 18 OCTOBRE 1466. Pro declavatione arren damentorum pro 
vinteno. — lia été délibéré: « Quod actenta querimonia facta per parti- 



222 EXTRAIT DES ARCHIVES DE TARASCON 

rascon, que si logue a jornadas ho a voûtas ho autrament 
eD quamta obra que sia, sien denfra ho deforas, et fos enque- 
ras a près fach, que ajtals pagon ]o vinten d'ejtals logadarie 
et gazanhages en deniers. 

XXXIII 

DE LAS CBNSSAS. 

Item plus, an ordenat que tota persona, de qualque estât 
ho condicion que sie, habitant ho non habitans en lad. villa 
de Tharascon, avent censas en la villa de Tharascon ho en son 
terrador he autres que si averon en la présent villa de Tha- 
rascon^ pagara lovinten de lasd. censas segon lo libre terrier 
de la villa, et d'autras censas que si trobesson non estre ave- 
radas, sia blat ho argent et autras censas equipollent et valent 
argent. 

XXXIV 

DBLS LAUXS. 

Item plus, an ordenat que tota persona, de que estât ho 
condicion que sie, que aja censas en ladicha villa de Tharascon 

culares hujus ville arrendamenta tenentes, quod declaretur quomodo 
solutio illius fieri debeat et precipue de arrendamentis terrarum et yinea- 
rum ac de aliis rébus omnibus que cadunt in arrendamentis et vintenis ; 
déclara tio illorum comictatur, prout per tenorem presentis ordinationis 
comictitur, electis ad faciendum composiciones qui premissa declarare 
habeant, et eorum declaratio observetur ad unguem ; et hoc prout in 
ordinatione superius facta continetur. 

DÉLiB. DU 3 NOVEMBRE 1466. lu quo quidem consilio fuit ordinatum 
quod depputati ad clarifficandum solutionem vinteni de arrendamentis 
et aliis causis eis comissis, eorum relationem facere habeant. Que quidem 
ordinatio manibus electorum subscripta in presenti consilio legatur 
et inseratur prout ibidem fuit lecta et per majorem partem dictorum 
consiliorum approbata et ordinatum observari ut in ea continetur. 
Gujus ténor talis est. 

Seguent Tordre des vintens dels fachiers que es estât ordenat que lo 
seig'. de 4a terra pague lo vinten de so que lo fachier aura et lo fachier 
pague per so que aura lo d. seinhor ; et per so seguent la d. ordenanssa 
ordenam nos elegitz que touta persona que arrende terra ou vinha ou 
autra causa, que lo senhor de la terra pague so que aura lo rendier et 
lo rendier per so que aura lo senhor de la terra. Aquesta ordenanssa 
aven fach nos Johan Taillefer, etc. 

Fonc fâcha aquesta ordenanssa lo XIII jorn d'octobre mil iiij* LX 
sieys. [Signatures). 



EXTRAIT DES ARCHIVES DE TARASCON 223 

ho en son terrador, estranchas ho privadas, et prenga laus et 
trezen, de tal laus et trezen pagara lo vinten. Et si entent que 
si lad. persona aventias censas coma seignior diret retenguês 
la possession que fa la censa, pagara lod. vinten ansins coma 
si prenia laus et trezen. 

XXXV 

DELS LAUXS BT TRBZBN. 

Item plus, an ordenat que tota persona, de que estât ho con- 
dicion que sia, strange ho privât, que aja censas, coma des- 
sus es dich^ en ladicha villa de Tharascon ho en son terrador 
et autres que si averon en ladicha villa, que venda lo premier 
laus et trezen de la possession que li fa censa, del près que 
recebra ho si conclusira pagara lo vinten, déclarant que si 
en ladicha vendicion avie denguna reservacion, so es, que si 
la tal possession que fa la censa si vendia majs, per que lo 
laus et trezen montessa plus, pagara lod. senhior diret lo vin- 
ten del surplus ensins que si lo era déclarât en la tal vendi- 
cion. 

XXXVI 

DELS PREMIERS LAUXS ET TREZBNS. 

Item plus, an ordenat que tota persona, de que estât ho 
condicion que sia, habitant et non habitant de Tharascon, que 
agues comprat lo premier laus et trezen ambe lo drech de 
prelacion et d'avantage retenir, davant la vendicion ho im- 
posicion del présent vinten, certan près ; et puejs denfra lo 
temps deld. vinten venga luoc a enfeudar ho retenir, et lo 
près de tala possession fazent la censa sia si grant que sur- 
monte lo près de la vendicion deld. premier laus, del sus plus 
sera tengut lo comprador deld. premier laus, si reten ho lause, 
pagar lo vinten. 

XXXVIl 

DE OBRIBS DE TEULBS. 

Item plus, es estât ordenat que tota persona, de que estât 
ho condicion que sia, habitant ho non habitant de Tharascon 
ho en son terrador, que obre de terra, fazent taulas, pechiers, 



22i EXTRAIT DES ARCHIVES DE TAHASCON 

olas, mesuras, scudelas, plas, maons et fort de caus, pagara 
lo vinten en argent ho en mercadarie, ai plazer dei vintenier. 

XXXVIII 

DBLS JUSIBUXS. 

Item plus, que tota persona que logue homes ho femas, cres- 
tians ho jusieus de la villa de Tharascon ho en aqueila habi- 
tans, de que estât ho condicion que sia, a jornadas ho a près 
fach, que ajtal sie tengut de ho denunciar al vinteDier avant 
que lo pague. 

XXXIX 

DE LAS ABELHAS. 

Item plus, an ordenat que tota persona, de que estât ho 
condicion que sie, que aja abelhas enloterrador ho en la villa 
de Tharascon he autres que si averon en la présent villa de 
Tharascon, sien tengudas de pagar del mel et siéra lo vinten 
en argent ho en miel et siéra, ai plaser del vintenier. 

XL 

DE L'oLT et DBLS MOLINS. 

Item plus, an ordenat que tota persona que aja olivas en 
la villa de Tharascon ho en son terrador pagara de Tolj que 
aura lo vinten, et los molins de las olivas de son gazan tant 
d'oli specias coma de autre excercice pagara lo vinten del 
gazai n. 

XLI 

DBLS MOLINS. 

Item plus, an ordenat que tota persona de Tharascon ho 
aqui habitant que aja molins molens blas tant en ayga que en 
terra pagaran del gazan lo vinten ; et lur sia comandat sus la 
pena de cent marcs d*argent que non los ajon menar ny (av 
menar foras del terrador de Tharascon. 

XLII 

DBLS PEYSONS. 

Item plus, an ordenat que tota persona de la villa de Tha- 
rascon ho habitant en aqueila que pescara en Rose ho en pa^ 



EXTRAIT DES ARCHIVES DE TARÂSCON 225 

lum, de tôt lo pejsson que prendran pagaran lo vinten, réser- 
vât lo peysson que si prendra et manjara en los mases et 

autres que prendran peysson per lur maigar. 

• 

XLUI 

DE CONIL ET PBRDIZBS. 

Item plus, an ordenat que tota persona de Tharascon ho ha- 
bitant en aquela que cassaran et pendran oonils, perdises et 
tota altra cassa et volatilha en lad. villa ho en son terrador 
ho autres que si averon en la dicha villa de Tharascon, per 
vendre, pagaran lo vinten en cassa ho en argent, al plaser 
del vintenier. 

XLIIII 

DBLS FACHIERS. 

Item plus, es estât ordenat que tota persona, de que estât 
ho condicion que sia, que tenga terras, afifars, laborages ho 
mases, vinhas, pras et bost, affacherie ho arrendament que 
non sia ad emphiteotim, pagara la tal persona que tendra af- 
facherie et arrendament, del vinten que porrie montar lo 
quart et lo senhior del fons pagara per la très pars deld. vin- 
ten, levât lo drech del deyme et de las egas. 

XLV 

DB VBNDICION DBLS HERBAGES. 

Item plus, an o[rJdenàt que tota persona de la villa de Tharas- 
con ho [h]abitant en aquela, avens possessions en son terrador 
et autres que si averon en lad, villa, que vendran los herbages, 
sien de pras, deffens, estoblas, trescamps et autras esple- 
chas, pagaran lo vinten ; déclarant que si advenia que tal per. 
sona que aurie tais herbages et explechas per vendre, los 
eicambies ho dones, si déjà apreciar et de so que sera cone- 
gut pagara lo vinten, si non que ambe sas bestias lo man- 



XLVI 

DBLZ JUSIEUX. 

Item, es estât ordenat que tout jusieuho jusieva de la villa 
de Tharascon ho habitant en ladicha villa, et autres prenent in- 
terest en la villa de Tharascon ho en son terrador et dels ha- 

15 



286 EXTRAIT DES ARCHIVES DE TARASGON 

bitans en ladicha villa sien tengus et dejon pagar lo viaten 
tant de mercadaries, iogadaries, gasanhages, intéresses, et 
de totas las causiis que son en aquestos presens capitols desi- 
gnadaSytoutensins et en la forma et maniera quepagaran ios 
creâtians de lad. villa et habitans en aquela. 

XLVII 

PBR AOOBAB LAS QUESTIONS. 

Item plus, an ordenat que tos debas ho questions que entre- 
vendrian a causa delsd. capitols entre les particulars de la 
villa et los vinteniers, aytal debas et questions si dejan de- 
terminar etdecedir et declarar per lo viguier, presens etcon- 
sentens los sendicz, accessor et dos dels comesses dessus 
nommas, lo[s] premiers que si trobaran. 

XLVIII 

DB LA PBNA CONTRA AQUBLS QUB NON FARAN LO DBVEK. 

Item plus, es estât ordenat que tota persona que non obser- 
vara etgardara los presens capitols et en aqueloscontravendria 
et falhirie et raubaria ho baratarie lo vinteii, aytal persona 
tombe en la pena del triple, applicadoyra la terssa part à la 
court et l'autra terssa part à la villa et l'autre terssa part al 
vintenier, reservada la gratia et misericordia dels senhiors 
viguier et sendigues, accessor et dos dels subre elegis. 

XLIX 

DELS OFFICIELS BT DE LURS GAGBS. 

Item plus, es estât ordenat que tota persona de Tharascon 
ho en aquela habitant, gazaniant gages per excercisse de lur 
offices, que que office que sia, avens proprietas en lo luoc, 
paguaran lo vinten de lurs gaiges, exceptas los officiers ordi- 
naris de la cort de la présent villa, cornent son viguier, juge 
etclavari. 

L 

DELS RASINS. 

Item plus, es estât ordenat que acteniut que lo hj a bel 
cop de gens estrangieras que an vinhias en lod. terrador, de 
lasqualas emporton los rasins foras de la villa et de son terra- 



EXTRAIT DES ARCHIVES DE TARASCON 227 

dor, ajtalas personas seran tengudas de pagar lo segen en 
ra8ins portas a la villa de Tharasoon a \urs despens ho pagar 
la frucha en argent al près que voldra comunament en la villa 
de Thar^con. 

LI 

DBLS PBA0B8. 

Item parelhament, es estât ordenat que les péages dels 
gentils homes et autres pesages que non venon ny tombon en 
thesaurarie del Rey souveyran seignior nostre, pagaran lo 
vinten, sian gens habitans de la villa ho estrangiers. 

LU 

PBR FAR LA UTIUTAT DB LA VILLA. 

Item plus, es estât ordena[t] que actendut que lo es causa 
impossibia de podér aver totas las causas en memoria que 
serien licitas de mètre en lo présent vinten, que tout jorn sia 
libertat de poder far ajustar als presens capitols et los alo- 
char coma las causas dessus scripchas, qualltat servada a la 
utilitat de la villa. 

LUI 

DB PORTAR LO VINTBN DBL BLAT. 

Item plus, an ordenat que tota persona que sia compresaen 
lo présent vinten et sia tengut de pagar lo vinten de blat, 
ajtal persona sera tenguda de portar lo vinten del blat la ont 
la villa ordenara, a sos despens. 

LIIII 

DEL VIN. 

Item plusses estât ordenat que quant lo vintenier volgues 
prene son vin et aquel portar foras de Testai d*aquela tala 
persona que lo deura, non puesca porta la veyssela foras de 
la villa si non que fos d'acort ambe la tal persona de qui sera 
la veyssela. 

LV 

DBL8 BCCLBSIASTICS. 

Item parelhament, an ordenat que en lo présent vinten sien 
eompreses los ecclesiastics tenons et possidens vinhias, terras, 



228 EXTRAIT DES ARCHIVES DE TARASGON 

pratz, hostals, bostz, hermasses, pasturas, cazals, vergiers et 
autras proprietas que que sien, censas, services et aultras 
causas profanas en lod. luoc de Tliarascon et de son terrador, 
per que que titol que sia, dejon contribuir et pagaf es lod. ' 
vinten en forma et maniera coment pagaran los habitans en 
lad. villa per losd. bens profans, et de se que an acqueritde 
pueys seyssanta ans en sa, justa la ordenansa et declaracion 
sus aysso fâcha aquestos ans passas per lo révèrent pajre en 
Dieu mossenhor de Marcelha et mossenhor lo Chancellier de 
Prouvencia ; et auxi dejon contribuir et pagar en totas ias 
autras cargas en que non aurien pagat, fâchas en la dicha 
villa de puejs dexs ans en sa et que d'eyssi en avant corre- 
ran, coma son talhas et autras chargas ordinarias et extraor- 
dinarias ^ . 

Charles Mourrbt. 



* Voir aux mêmes archives, CG. 131, le livre des recettes et des dé- 
penses de Henri de Rusp, trésorier général du vingtain. Les recettes 
s'élèvent à 3,802 florins ; le registre se termine ainsi : 

E fâcha deguda calculasion de Tintrade a la salhide per nous desus 
nomas ausidours de contes atroban que lo sus d. Hanric comme tesau- 
rier gênerai dal sus d. vinten a mais resauput que despendut la soume 
de dex e huech florins nou gros e siex patas comme coste au libre dëls 
contes a carta cliiij ; e per so fo xviij. g ix. pt vj. 



UNE- 

LETTRE INÉDITE DE MOQUIN-TANDON 



M. S. Léo tard nous a donné, il y a peu d'années, un recueil de Let^ 
très inédites de Moquin-Tandon à Auguste de Saint" Hilaire^ pu^ 
hliées sur les manuscrits autographes ^ Ce recueil, dont j'ai cru 
devoir parler avec de grands éloges dans la grave et sévère Revue 
critique 2, a été très goûté. Ce succès m'encourage k offrir à la Revue 
des langues romanes une lettre écrite par l'aimable savant à un bota- 
niste qui fut célèbre, Florimond Boudon de Saint-Amans, l'auteur de 
la Flore Agenaise '. J'ai divers motifs d'espérer que la lettre du futur 
membre de l'Institut trouvera bon accueil auprès des lecteurs d'une 
revue publiée dans la ville où naquit Moquin-Tandon, dans la ville où 
son professorat a laissé d'ineffaçables souvenir», dans la ville enfin où 
l'on a trop d'esprit pour lui garder rancune du tour qu'il joua aux 
amis de la vieille langue d'Oc en leur faisant accepter, comme l'œuvre 
authentique d'un chroniqueur du XIV* siècle, le charmant ouvrage qu'il 
avait lui-même composé et qui, sous le titre de Carya Magalonensis, 
occupe un rang distingué dans la série des pastiches ingénieux. 

T. DE L. 
Monsieur 
Monsieur de Saint-âmans, 

Secrétaire de la Société d'agriculture, sciences et 
arts d'Agen. 

Montpellier, le 25 avril 1827. 

Monsieur, j'ai reçu avec un plaisir bien vif votre aimable 
lettre du 13 mars passé. Je suis extrêmement sensible à Thon- 
neur que je viens de recevoir de la part de la Société d'agri- 
culture, sciences et arts d'Agen. Je vous prie de lui faire 
agréer Thommage bien sincère de ma reconnaissance. Je vous 

* Glermont-l'Hérault, librairie Saturnin Léotard, 1893, in-8* de 311 p. 
à 110 exemplaires. 

« Tome XL, p. 239 (1895). 

3 Voir le fascicule IV des Correspodants de Grandidifr^ où, autour 
'ie trop rares lettres de Saint- Amans, ont été réunis divers documents 
1 elatifs à sa vie et à ses œuvres (Paris, Alphonse Picard, 1895). 



230 DE MOQUIN-TANDON 

offre aussi tous mes remerctments, à vous en particulier, pour 
tous les soins que ma nomination vous a donné (sic). Je pensé 
que votre appui, dans cette circonstance, a bien plus fait pour 
moi que mes essais d'iustoire naturelle. 

Désirant connaître les noms de mes nouveaux confrères, 
leurs traveaux {sic)^ etc. ; je vous serai fort obligé de m'adres- 
ser, avec mon diplôme, le recueil des Mémoires ou Bulletins 
de la Société, s'ils ont été livrés à Pimpression, ses Règle- 
ments ou Statuts, etc. Vous ferez un petit paquet du tout, 
que vous voudrez bien remettre à la diligence. J'oserai aussi 
vous prier de me procurer, si c'est possible, la Flores des 
environs d'Agen ; c'est un ouvrage que j'ai souvent consulté 
avec plaisir dans la bibliothèque de mon ami Dunal \ mais 
dont je ne possède pas d'exemplaire dans la mienne. Il est 
inutile de vous dire que vous joindrez à votre envoi une petite 
note de la dette que j'aurai contractée, soit envers vous, soit 
envers la Société. 

Je viens de voir, dans le numéro de mars de la Bibliothèque 
universelle de Genève, que mon mémoire sur les dédoublements 
avait été réimprimé en entier dans ce journal. 

Hier, j'ai reçu de Paris une lettre dans laquelle on me 
demande, de la part de la Société d'histoire naturelle, laper- 
mission de réimprimer dans ses Annales mon ouvrage sur les 
Hirudinées ', bien entendu, la partie descriptive ou pure- 
ment monographique {2'"' partie). On se propose d'y joindre 
des planches coloriées exécutées avec beaucoup de soin ; et, 
comme les miennes sont à peine supportables, on m'a prié 
d'envoyer à Paris les dessins originaux. Je saisirai cette 
occasion pour ajouter quelques observations à mon travail et 
pour y faire plusieurs corrections essentielles. J'ai reçu der- 
nièrement, de M. Johnson (de Bristol) plusieurs dessins origi- 
naux qui me seront extrêmement utiles. De plus, j'ai prié 
M. Ardouin de faire dessiner à Paris les petites Hœmopis et 
Néphelis qui se rencontrent dans l'étang de Gentilly ou dans 

* Voir réloge de ce savant dans les Lettres à Auguste de Saint-Hilaire 
(pasnm), A la page 13, Moquin-Tandon dit : « M. Dunal est devenu 
mon ami après avoir été mon maître. » 

* Une nouvelle édition, considérablement augmentée, fut donnée en 
1846 : Monographie de la famille des Hirudinées (petit in-8«). 



UNE LETTRE INEDITE 231 

les mares de Fontainebleau. Si vous avez quelques erreurs à 
relever dans ma monographie ou quelque (sic) nouvelles com- 
munications à me faire, vous me rendrez un grand service : 
mon ouvrage, rédigé à la hâte pour la Faculté des Sciences de 
cette ville par un jeune homme *, qui même ne fait pas de la 
zoologie son occupation favorite , devait présenter beaucoup 
d'imperfections. Je me donnerai tous les soins imaginables 
pour les faire disparaître dans cette seconde édition. 

Je suis bien fâché pour la science botanique, et en particulier 
pour moi, que vous ayez abandonné Tétude des ouvrages de 
la nature pour celle des ouvrages des hommes et des hommes 
d'autrefois. Cela n'empêchera (<ic), je pense, de m'entretenir, 
de temps en temps, avec vous sur vos premiers traveaux 
{sïc) *, d'avoir recours à vos lumières et de vous demander 
pour mes essais des matériaux ou des conseils. On se 
rappelle avec plaisir une science dans laquelle on a obtenu 
tant de succès, et presque toujours le véritable mérite est 
allié avec un cœur très obligeant. 

Veuillez recevoir, Monsieur, l'assurance des sentiments 
distingués avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre dévoué 

serviteur. 

A. Moquin-Tandon. 

Je travaille depuis trois ou quatre ans à une monographie 
de la famille des Chenopodées. J'ai reçu des plantes de diffé* 
rens pays, même de Moscou. Je désirerais des échantillons 
des diverses partie de la France. J'avais prié M. Bartayrès ' 
de me procurer les chenopodées de la Flore d'Agen ; je ne 
sais si par hasard il aurait oublié ma prière. Serait-il possible 
d'avoir des échantillons déterminés sur ceux de votre herbier 
ou des échantillons de votre herbier même ? Il serait très 
essentiel pour moi d'avoir des chenopodées de votre main : 
je serais sûr par là des noms ou sjnonimes de la Flore âge- 
naise ^. 

* Moquin-Tandon, né le 7 mai 1804, n'avait que 23 ans à ce moment. 

* Là récidive montre que c'était là chez Moquin-Tandon un parti pris. 

* Le professeur Bartayrès fut le successeur de Saint- Amans dans 
les fonctions de secrétaire perpétuel de la Société académique d'Agen. 
J'ai publié une lettre inédite de lui dans la Reuue de VAgenais (n» de sep- 
tembre-octobre 1896). 

* Autographe communiqué par M. M. Calbeit. 



DOCUMENTS LANGUEDOCIENS 



Telle pièce rare ou inédite, qui reste inutile à qui Ta décou- 
verte, peut offrir parfois de Tintérêt à d'autres curieux : pour- 
quoi les en priver ? Et si telle pièce ainsi retrouvée ne vaut 
que par construction ou par rapprochement, si elle n^appelle 
ou ne justifie point, à cause de son peu d'intérêt intrinsèque, 
un commentaire spécial, si Ton n'a pas le temps ou le goût 
d'écrire ce commentaire, pourquoi, par une délicatesse dépla- 
cée, par un scrupule excessif, ne pas la communiquer au public? 
Il n'est pas un document qui n'ait en soi quelque importance; 
d'autres sauront l'y découvrir, si elle nous échappe : a Pu- 
blions-les tous, dirons-nous avec le légat de Béziers, Dieu 
reconnaîtra les siens ! » Aussi imprimerons-nous désormais ici, 
dans cette Revue des langues romanes qui semble s'orienter 
quelque peu vers les études historiques, les textes rares ou iné- 
dits relatifs à l'histoire de Languedoc, que les recherches de 
nos collaborateurs et de nos confrères, soit par méthode, soit 
par hasard, feront venir en leurs mains. 

I 

A PROPOS d'un mandement DE BERGER DB CHARENCI (1742) 
Le texte suivant nous est communiqué par M. Mazerolle, archiviste 
de la Monnaie, à Paris, qui Ta retrouvé dans un classement de pièces 
d-archives. C*est un placard de 2 ff. in-4®, imprimé à l'Imprimerie 
Royale, en 1743 ; en haut du fol. 1, une gravure d'en tête, gravée par 
Papillon, représentant un écusson aux armes de France entre le scep- 
tre et la main de justice avec divers ornements. 

[p. 1] ARREST 

DU CONSEIL D'ÉTAT 
DU ROY 
Qui ordonne la suppression de deux Écrits intitulez 
Consultations de MM. les Avocats du Parlement 
de Paris, etc. 

Du 2ô Avril 1743 
Extrait des Registres du Conseil d'État. 
LE ROY, ayant été informé qu'il paraissait deux imprimés, 
Tun sous le titre de, Consultation de MM, les Avocats du Par- 



DOCUMENTS LANGUEDOCIENS 233 

iement de Paris, au sujet du Mandement de M, Berger de Cha- 
rencif Évêque de Montpellier , du i^^ juillet /74j2, pour P accep- 
tation de la Bulle Unigenitus, publié dans le Synode tenu le 12 
du même mois, Tautre intitulé, Consultation de MM. les Avocats 
du Parlement de Parts, au sujet du Synode tenu à Montpellier 
le 12 juillet 1742, par M. Berger de Charenci, Évêque de 
Montpellier ; Sa Majesté aurait jugé à propos de les faire 
examiner en son Conseil, & Elle auroit reconnu que [p. 2] ces 
Consultations également répréhensibles par les principes con- 
traires à l'autorité de l'Eglise, dont elles sont remplies, & par 
les traits injurieux au caractère & au pouvoir des Evêques, 
qui y sont répandus, le sont le plus s'il est possible, par la 
témérité avec laquelle ou ose les appuyer sur des ouvrages 
semblables, qui ont été proscrits par Sa Majesté même ; en 
sorte que ces deujf écrits ne peuvent servir qu'à inspirer un 
esprit de révolte contre une décision qui, par le concours des 
deux puissances, est devenue une loy de l'Eglise de de l'Etat, 
comme le Roy l'a déclaré tant de fois, & de rallumer un feu 
que Sa Majesté veut travailler plus que jamais à éteindre dans 
son Royaume, en donnant toujours de nouvelles marques de 
son zèle pour la Religion, de la protection qu'elle doit à 
l'Eglise & à ses Ministres, & de son attention continuelle à 
maintenir la tranquillité publique contre tout ce qui serait 
capable de la troubler. A quoi étant nécessaire de pourvoir, 
en réprimant d'ailleurs une contravention si manifeste aux 
déclarations & arrêts donnez par Sa Majesté, pour empêcher 
l'impression & le cours de pareils écrits, LE ROY ÉTANT 
EN SON CONSEIL, a ordonné & ordonne que lesdits deux 
écrits, dont l'un a pour titre. Consultation de MM, les Avocats 
du Parlement de Paris, au sujet du Mandement de M. Berger 
de Charenci, Evêque de Montpellier, du premier juillet 1742. 
pour Vacceptation de la Bulle Unigenitus, publié dans le Synode 
tenu le 12 du même mois, & l'autre est intitulé, Consultation 
de MM, les Avocats du Parlement de Paris, au sujet du Synode 
tenu à Montpellier le 12 juillet 1742 par M. Berger de Charenci 
Ei)êque de Montpellier, seront et demeureront supprimez, 
comme contenant des principes & des expressions contraires 
à la soumission qu'exigent les décisions de l'Eglise, à l'hon- 
neur & à la dignité de ses principaux Ministres, & aux dispo- 



234 BIBLIOGRAPHIE 

sitions des déclarations it arrêts donnez par Sa Majesté. En- 
joint à tous ceux qui ont des exemplaires desdits écrits, de 
les remettre incessamment au Greffe du sieur Fejdeau de 
Marville, Maître des Requêtes, Lieutenant général de police 
à Paris, pour y être supprimez. Fait Sa Majesté très -expres- 
ses inhibitions [p. 3] & défenses à tous imprimeurs, libraires, 
colporteurs & autres, de quelqu*état, qualité & condition qu'ils 
soient, de les retenir, imprimer, vendre, débiter, ou autre- 
ment distribuer, à peine de punition exemplaire. Enjoint au 
dit sieur Fejdeau de Marville & aux sieurs Intendants & Com- 
missaires départis dans les provinces, de tenir la main, chacun 
en ce qui le regarde, à Texécution du présent arrêt, lequel 
sera lu, publié & affiché partout où besoin sera. Fait au Conseil 
d'état du Roy, Sa Majesté y étant, tenu à Versailles le vingt 
sixième avril mil sept cens quarante-trois. 

Signé Phblypbaux. 

A PARIS, 

DE l'imprimerie ROYALE, 

M DGCXLIII. 



BIBLIOGRAPHIE 



RoMANiA, XXVI, 1. — P. 1. A, Jeanroy. Etudes sur le cycle de 
Guillaume au court nez (suite, cf. XXV, 353). Nous croyons devoir 
reproduire en grande partie les lignes par lesquelles Tauteur conclut 
cette savante étude : « La partie du cycle que je viens d'examiner 
reposerait sur une légende méridionale, recueillie dans le Midi même 
de fort bonne heure (vers Textrême fin du XP siècle, par exemple) 
par un jongleur du Nord, ayant fait le pèlerinage de Saint-Gilles. H 
est possible de reconstituer les grandes lignes de cette légende à Y aide 
des rédactions étrangères de nos poèmes, des allusions qni y sont 
faites dans divers textes, et surtout de la yita Willelmi, Grâce aux 
premières de ces sources, nous pouvons retrouver une Prise d'Orange 
moins compliquée et plus dramatique que celle dont nous avons le 
texte ; grâce aux secondes et à la Vita, un « Siège d'Orange » et une 
« Prise de Tortose », sur lesquels nous n'avons malheureusement que 
de très faibles lumières. Cette légende serait naturellement antérieure 



BIBUOGRAPHIE 235 

à la VUa.., Elle reposerait sur de vagues souvenirs des invasions 
sarrasines du VIII* siècle, dans lesquels Guillaume de Toulouse se 
serait substitué à des personnages historiques plus anciens ; cepen- 
dant quelques traits de sa propre histoire s'y refléteraient eux-mêmes 
avec une fidélité relative. — P. 34. P. Rajna. Contributi alla storia 
delV epopea e del romanzo médiévale (suite et fin). IX. Allre orme 
antiche dell epopea carolingia in Italia. A noter Texamen de textes 
divers, d'après lesquels l'auteur conclut qxieprosa, en latin du moyen 
âge et en italien, a pu désigner des récits en vers. L'opinion contraire 
avait été soutenue par M. Bœhmer, Ueber Dante s Schrift de vulgari 
eloquentia, p. 7, n. 2, approuvé par M. G. Paris, Rom. X, 479, n. 2. 
La question ne semble pas encore définitivement résolue. — P. 74. 
A. Morel-Fatio. Version napolitaine d'un texte catalan du Secretum 
secretorum. Cette version, contenue dans le ms. de la Bibliothèque 
nationale, fs. itaL 447, est l'œuvre d'un certain Cola de Jennaro, qui 
l'a écrite en 1479, dans les prisons du roi de Tunis, d'après un texte 
catalan laissé à sa mort par un renégat, et dédiée au roi de Naples 
Ferdinand I*', dans l'espoir d'en être racheté. 

MÉLANGES. — P. 83. P. Meyer. Eloge d'un épervier (fragment 
d'un poème inconnu). Se trouve sur le verso du dernier feuillet du ms. 
de la Bibl. nat. fs. fr. 12560, qui contient trois romans de Chrétien de 
Troyes. Le feuillet ayant été coupé en deux dans le sens de la lon- 
gueur, probablement parce que le Cligès se terminait à la première 
colonne du r®, nous n'avons que la deuxième colonne du fragment eu 
question, dont l'écriture est de la fin duXlll' siècle. — P. 85. P. M. 
Le fableau du héron ou la fille mal gardée. Fait partie du fragment, 
originaire des archives de la Lozère (aujourd'hui à la Bibl. nat.), qui 
renferme 293 vers d'Otinel et 355 vers d'Aspremont publiés par E. 
Langlois dans Rom, XII, 433. Ce fableau, très libre, traite le même 
sujet que celui de la Grue, dont Fauteur, Garin ou Guerin, est connu 
par plusieurs autres contes licencieux. — P. 90. P. M. Couplets sur le 
mariage. Quatorze strophes de 8 vers de 8 syllabes (trois ont plus ou 
moins de 8 vers) écrites par un anonyme qui avait fait le pèlerinage 
de Jérusalem. Après avoir pesé le pour et le contre, l'auteur se décide 
à se marier, mais en se fondant sur des motifs d'ordre peu élevé. — 
P. 96. P. M. Restitution d'une chanson de Peire Guillem de Luserne 
(corrompue et mal restituée par son récent éditeur, P. Guarnerio). 
Au V. 26, où M. P. Meyer juge semenza suspect, nous le maintien- 
drions. Voici la phrase : Mesura e conoissenza Deu retener per se- 
menza Qui regnar Vol ab bella captenenza. Retener per semenza 
signifie au propre <i garder pour semence ». Or on sait qu'on choisit 
pour les réserver ainsi les graines des plantes les mieux venue*, les 
pommes de terre les plus saines et les plus belles, etc., d'où le sens 



236 BIBLIOGRAPHIE 

figuré de « garder précieusement ». — P. 98. P. M. Les jours d'em- 
prunt (Taprès Alexandre Necham (cf. Rom. III, 296 sqq.). A. Neckam 
{de Naturis Rerum) met en scène un petit oiseau (on trouve le merle 
dans un conte populaire bergamasque), qui nargue Février, lequel, 
indigné, emprunte deux jours de mauvais temps à Mars. Ailleurs, 
c*est une vieille femme ou un berger qui est victime de son impru- 
dence et voit périr son troupeau, ou même perd la vie. — P. 100. Ov. 
Densusianu. Roumain spalare, « laver ». 

Comptes rendus. — P. 101. Mélanges de philologie romane dé- 
diés à Cari Wahlund à V occasion du cinquantième anniversaire de 
sa naissance (7 janvier 1896). (G. Paris : éloges mérités). — P. 109. 
Etudes d'histoire du moyen âge dédiées à Gabriel Monod (G. Paris 
rend compte de ceux de ces mémoires qui intéressent Tbistoire litté- 
raire et^n fait Télogej. — P. 112. P. Gehrt, Zioei altfranzœsische 
Bruchstûcke des Floovant (G. Paris ; observations importantes). — 
P. 116. P. Rajna, Il trattato De Vulgari Eloquio (Paget Toynbee : 
excellente édition critique, dont le besoin se faisait sentir). — P. 126. 
Emilio Cotarelo y Mori, Bon Enrique de Villena : su vida y obras 
(A. Morel-Fatio : consciencieux).— P. 132. D. Ciàmpoli, / codi fran- 
cesi délia R, Biblioteca nazionale di S, Marco in Venezia descritti e 
illustrati (P. Meyer : très insuffisant, faute de préparation convena- 
ble).— P. 134. Recueil d'anciens inventaires y im^nmé^ sous les aus- 
pices du Comité des travaux historiques, section d'archéologie. Tome I 
(P. Meyer : quelques critiques). — P. 136. E. Rolland, Flore popt- 
laire ou Histoire naturelle des plantes dans leurs rapports avec h 
linguistique ou le folklore. Tome 1 (A. Beaunier : éloges). 

Périodiques. — P. 139. Zeitschrift fur romanischè Philologie, 
XX, 4 (P. Meyer et G. Paris). — P. 144. Romanischè Forschungen, 
VIII, 1-4 ; IX, 1-3 (P. Meyer). — P. 147. Revista critica de his- 
toria y literatura espagnolas, portuguesas é hispano-americanas. 
Mars 1895 à octobre 1896 (A. Morel-Fatio : favorable). — P. 149. 
Revue de philologie française et provençale, VIII (G. Paris). — P- 
150. Chronique. — P. 153. Livres annoncés sommairement. 

Léopold CONSTANS. 



Qae<4tion8 de toponymie roumaine (Din toponimia romtneasca), étude 
historiée -linguistique de D. Dan, Bucarest, 1896 

M. Dan, ancien élève de TËcole normale supérieure de Bucarest, a 
choisi le sujet d'une thèse soutenue par lui devant la Faculté des 
lettres de cette ville, dans un domaine encore très imparfaitement 
exploré et qui est néanmoins d'une grande importance au point de 



BIBLIOGRAPHIE 237 

vue de Thistoire du peuple roumain. On sait que cette histoire, en ce 
qui coDcerDe la période du mojen-àge jusqu'au commencement du 
XIV^ siècle, reste très incertaine, et la connexion que Ton a malheu- 
reusement tenté d'établir entre les diverses solutions de ce problème 
et certaines questions politiques contemporaines n*a pas peu contribué 
à en rendre difficile Tétude impartiale et strictement scientifique . 

Or, parmi les sources de lumière auxquelles on peut demander d'é- 
clairer certains côtés de cette question. Tune des plus importantes est 
assurément la nomenclature topographique qui permet de reconnaître 
d'une façon certaine les traces du passage de quelques-uns des peu- 
ples qui ont habité le pays. 

Malgré le développement de son travail, M. Dan n'examine qu'un 
point spécial, le séjour de Magyars dans la partie de la Valachie 
située à Touest de TOIt. Ce pays, appelé Petite-Val achie ou Olténie, 
faisait partie de la Dacie Trajane, et les Roumains le considèrent 
volontiers comme le cœur de cette région, qui suivant une expression 
de M. Hasdeu, n'a jamais cessé d'être roumaine. 

M. Dan ne craint pas de travailler à enlever cette croyance à ses 
compatriotes en démontrant l'origine magyare des noms de deux dis- 
tricts de rOlténie, Mehedintsi et Romanatsi. 

Le premier de ces noms viendrait du motmehy abeille, en hongrois, 
qui, au moyen d'un suffixe également magyar, aurait formé mehedj en- 
droit où se trouvent des abeilles. Le mot Mehedintsi aurait été com- 
plété par les sufixes d'origine slave in et tsi qui se trouvent en effet 
dans un assez grand nombre d'autres noms de lieux . 

M. Dan rapporte à la même origine le nom de Mehadia, la ville 
d'eaux bien connue du Banat, que certains auteurs ont rapproché de la 
dénomination latine ad Mediam, Pour démontrer l'impossibilité de 
cette étymologie, l'auteur est amené à combattre l'opinion, soutenue 
par d'éminents professeurs roumains, que les lois phonétiques géné- 
rales ne s'appliquent pas aux noms propres ^ . 

Les considérations philologiques par lesquelles M. Dan appuie l'éty- 
mologie qu'il attribue aux noms de Mehadia et de Mehedintsi sont 
corroborées par cette circonstance que la région en question était, dès 
les temps les plus reculés, réputée pour posséder des abeilles en grande 
quantité (Hérodote enregistre une légende à ce sujet), et que, actuelle- 
ment encore, une abeille figure sur les armes du district de Mehe- 
dintsi. 

Quant au nom de Romanatsi, dont on trouve dans les documents 
une forme ancienne Romonacef M. Dan le fait venir de rom, ruine en 

^ Media^ en roumain, devient miaza. 



238 BIBLIOGRAPHIE 

magyar, par une suite de dérivations analogues à celles qui ont été 
indiquées pour Mehedintsi. 

Sans prendre parti pour ou contre les étymologies proposées par 
M. Dan, on ne peut contester que son argumentation ne soit conduite 
avec beaucoup de méthode, et ses affirmations appuyées sur de nom- 
breux exemples. 

L. Lm. 



G. Paris.— Récits, extraits des poètes et prosateurs du Moyen-Age,— 
Paris, Hachette et G', 1896.— VIII, 232 pp. in- 16. 

B. HuouBT.— Portraits et Récits extraits des prosateurs du XVI* siècle. 
Paris, Hachette et G«, 1897.— LIX, 518 pp. p. in- 16, 

Le changement de programmes universitaires nous a valu quelques 
livres classiques intéressants se rapportant à Tancien français. Et, 
d'abord, un bon petit livre de M. G. Paris : Récits extraits des poètes 
et prosateurs du moyen âge. Le programme de 1895 indiquait com- 
ment ce livre devait être conçu. Comme il s'adresse aux élèves de 
sixième (classique), qui ignorent encore l'histoire de la formation de 
la langue, les récits doivent être traduits en langue moderne ; c'est 
ainsi que nos jeunes élèves pourront lire la Mort de Roland ou le 
Chevalier au Barillet sans être rebutés par les formes de l'ancienne 
langue. Ils ne perdront rien, d'ailleurs, de la saveur du texte ancien; 
car la traduction de M. G. Paris, quoique moderne de forme, est 
toute antique de couleur. Le livre contient des extraits de poésies épi- 
que, des contes et fables et desnarrations empruntées aux historiens. Le 
choix de M. G. Paris nous paraîtrait parfait,s'il avait donne une plus 
large place aux contes et fables qui ne prennent qu'une soixantaine 
de pages dans un volume qui en a deux cent vingt. Il n'est pas diffi- 
cile de donner aux jeunes lecteurs, auxquels s'adresse ce volume, 
une idée plus complète et partant plus intéressante de l'imagination 
des gais conteurs d'autrefois. 

Le livre de M. Huguet est fait pour les élèves de seconde ; aussi 
est-il conçu sur un autre plan. Ce n'est pas simplement un livre de 
lecture ou d^eooplication cursive, comme le précédent destiné avant 
tout à intéresser; c'est un livre d'étude destiné à nous faire connaître 
cette époque si pleine de vie que fut le XV l^' siècle. Pour nous en 
donner une idée aussi complète que le comportait le titre de son 
volume, M. Huguet a emprunté ses Portraits et récits à des écrivains 
de tout genre : Rabelais, d^Aubigné, le Loyal Serviteur, MontUuc, 
etc., de là beaucoup de variété dans ce livre. Il contient, d'ailleurs, 
des parties fort instructives, entre autres un tableau du XV1« siècle 
et une introduction grammaticale qui, sous des apparences modestes, 
.contient la plupart des phénomènes grammaticaux intéressants de h 



BIBLIOGRAPHIE 239 

laDgue de Rabelais et de Montaigne. De nombreuses notes aident 
à comprendre le texte, qui n'est rajeuni qu'au point de vue de l'ortho- 
graphe. M. Huguet a sagement fait, dans un livre qui s* adresse à des 
élèves, de mettre la traduction des mots difficiles au bas des pages ; 
s'il avait réuni ces mots en lexique, il y a de grandes chances pour 
que ce lexique fût rarement consulté. Seulement on a ainsi, au bas 
des pages, une double série de notes et il arrive que telle note qui 
aurait sa place dans la première série se trouve dans la seconde. 
Mais ce n*est là qu'un défaut assez rare et en tout cas assez léger. 

J. ANGLikDB. 



Hbbmann Urtbl. — Beitrage nr kenntnis des Nenohateller patois. 

/. Vignoble und Béroche, Heidelberger (^ssertation. Darmstadt, 1897. 

M. H. Urtel étudie dans cette brochure le patois des environs de 
Neuchatel (Suisse), qui est en voie de disparition rapide. 11 en a re- 
cueilli tout ce qu'il a pu de la bouche des rares personnes qui le par- 
lent encore, et il nous le livre, désormais fixé par l'écriture, sous la 
forme d'une étude qui comprend fonétique, morfologie, textes et vo- 
cabulaire. Le tout est présenté avec clarté, métode et compétence. 
Quand l'auteur rencontre quelque question intéressante ou difficile, 
il ne craint pas de la développer et de la discuter ; nous signalerons 
dans ce genre la dénasalisation des formes en -ina, p. 23, — l'évo- 
lution de rota et de ses représentants, p. 25, — Téternelle discus- 
sion sur le suffixe -ariu, -aria^ p. 12-15. 

Quelques erreurs : rakrocie p. 11 ne peut pas sortir de *readcru' 
ciare, mais de 're^ad-croccarCy — *calcone p. 34 est sans doute 
une faute d'impression pour *calcione^ — Ve protétique signalé à la 
page 45 ne représente pas un reste de l'article, mais la préposition 
tX'y — medjelèn est donné p. 17 comme emprunté et p. 40 comme 
régulier! 

Quelques desiderata : le glossaire très incomplet devrait com- 
prendre tous les mots que l'auteur a pu recueillir, — on attend p. 25 
à propos de rota une étude générale sur le développement d'un y ou 
d'un w intervocalique dans le patois de Neuchatel ; mais il en est de 
cette lacune comme de quelques autres, le lecteur ne sait s'il doit les 
reprocher à M. Urtel ou attendre qu'il les comble, car l'auteur a dit 
dans sa préface en termes assez vagues : « die vorliegende arheit 
Mngt nur abschnitte aus laut-und formenlehre, eine umfassen- 
^e abhandlung soll folgen, » 

^ somme travail recomraandable et d'un genre que Ton ne sau- 
rait trop encourager. 

Maurice Gkammont. 



CHRONIQUE 



Nous avons reçu, il y a quelque temps, de notre distingué collabora- 
teur M. A. Kestori une rectification que nous ne voulons pas omettre 
d'insérer: nous Vavons qualifié de Professeur à f Université de Pavie; 
il nous écrit : « C'est un boif souhait, si Ton veut, mais c'est une er- 
reur dont je ne suis pas responsable. » M. Restori est en eflfetprofes 
seur au lycée Romagnosi à Parme. Nous le croyions professeur à 
rUniversité de Pavie, parce qu'il serait digne de Tétre, et notre erreur, 
si elle blesse sa modestie, ne peut que flatter cette Université. 



Le Gérant responsable : P. Hàmslin. 



NOTES SUR QUELQUES SOURCES* ITALIENNES 

DE L^ÉPOPÉE FRANÇAISE 
AU MOYEN AGE 



I. — LES ÉLÉMENTS HISTORIQUES DE h'Aspremont FRANÇAIS 

M. Léon Gautier, dans son œuvre classique, nous dit que 
VAspremont a été composé dans les dernières années duXII^ 
siècle, mais qu'il doit probablement avoir existé un texte plus 
ancien de cette belle chanson de geste*. Il n'est pas douteux, 
selon lui, que la scène de VAspremont est en Italie, et non pas 
en Espagne : il observe, en effet, avec toute raison, que le lieu 
où Roland triompha d'Eaumont le païen est voisin de Rise, 
c'est-à-dire de Reggio Calabria, et que Tarmée de Charlema- 
gne s'arrêta quelques jours près de Rome ; il ajoute même 
spirituellement : a Rome n'est pas, que je sache, sur le che- 
min des Pyrénées. » Pour moi, je crois que Ton peut peut-être 
aller un peu plus loin, et qu'on doit identifier VAspremont qui 
a donné son nom à la chanson avec un lieu aujourd'hui dou- 
loureusement célèbre dans Thistoire d'Italie pour un événe- 
ment bien plus récent, Aspromonte en Calabre, où se donna 
le combat des troupes royales avec Garibaldi en août 1862. 
D'ailleurs, bien que la dernière partie de la Chanson d*As' 
premont soit toujours inédite, l'analyse de M. Gautier suffit à 
nous faire connaître qu'elle se termine par la proclamation de 
Florent, fils du roi de Hongrie, comme « roi de Pouille et 
de Calabre », son couronnement par 1' « apostolle », c'est- 
à-dire par le Pape, et des réjouissances qui seraient com- 
plètes sans la boutade finale de Girart de Fratte. Toutefois, il 

* J'emploie le mot « sources > dans un sens très étendu, c'est-à-dire 
pour indiquer, non pas des textes italiens qui aient servi à la composi- 
tion de chansons épiques, mais des faits de l'histoire de l'Italie qui leur 
ont fourni en quelque part la matière. 

* Les Epopées françaises, III, 70 n. et suiv., 2» édition. 

TOMB X DE LA QUATfUEMB SERIE. — Juln 1897. 16 



242 NOTES SUR QUELQUES SOURCES 

y a un point sur lequel je dois exprimer mes réserves sur 
l'opinion de M. Gautier : c'est que, si Ton doit admettre un 
texte de ÏAspremont antérieur à la seconde moitié du XII' 
siècle, il ne pouvait pas avoir cette même fin. En effet, pour 
imaginer un titre comme celui de a roi de Fouille et de Gala- 
bre », il faut que ce titre même ou un autre peu différent ait 
déjà existé réellement dans l'histoire : or c'est seulement le 
,25 décembre 1130 que Roger, comte de Sicile et duc de Fouille 
et de Calabre, prit le titre de roi ; quelques sources contem- 
poraines veulent que ce soit avec l'assentiment du pape ou 
antipape Ânaclet II, et avec la présence officielle d'un légat 
apostolique, le cardinal Conti ^ On discute si le titre royal de 
Roger a été originairement « de Sicile, Fouille et Calabre 9, 
ou tt de Sicile » seulement, avec le titre ducai de Fouille et de 
Calabre : ce qui est certain, et suffisant à notre point de vue, 
c'est que, dans certains de ses actes, Roger prend le titre 
latin de « Rex Sicilie, ducatus Apulie et pnncipatus Capue », 
et qu'après a Âpulie » on lit quelquefois aussi « et Calabrie », 
d'où le titre de Florent dans ÏAspremont. S'il est donc vrai 
qu'il y eut une autre récension de cette chanson, cette autre 
récension n'avait pas la fin de la récension actuelle, c'est-à- 
dire qu'il lui manquait un des éléments historiques dont le 
texte actuel est composé. 

Cette circonstance de l'existence d'une relation entre la fin 
de VAspremont actuel, avec son couronnement de Florent 
comme roi de Fouille et de Calabre*, d'une part, et le couron- 

^ Sur les discussions auxquelles a donné lieu le couronnement de Roger 
et Tassentiment, ou non, du Pape, voir âmari, Storia dei Musulmani in 
Sicilia, III, ii, 394 n., Florence, Successeurs Le Monnier, 1872. La pré- 
sence du cardinal Gonti est admise par Garrieli, Majone da Bari^ dans 
YArch. stor. pugl.^ I, 598, Trani, Vecchi, 1895. Pour mes observations, 
c'est, après tout, une question indifférente : il suffit que des contempo- 
rains raient cru et dit. Bien plus, si la circonstance de Tassentiment 
pontifical n'est pas vraie, on doit admettre qu'elle a été racontée seule- 
ment quelque peu plus tard, et à plus forte raison, alors, on doit croire 
qu'un texte plus ancien de VAspremont n'avait pas la fin actuelle. 

- Il ne faut pas oublier qu'un héros de la geste de Garin devient aussi 
« roi de Pouille >, et que Simon de Fouille est également le titre d'un 
mauvais poème duxiiio siècle. Voir aussi le Jehan de Lanson^oà la scène 
est dans le midi de Tltalie, et Jehan en est le duc. 



ITALIENNES DE l'ÉPOPÉE FRANÇAISE 243 

nement historique de Roger II à Palerme en 1130, d'une au- 
tre, et bien plusencore le fait d'une double récension du poème 
avec l'agrégation d'éléments postérieurs, n'est pas sans in- 
térêt seulement pour la question de la date de TAspremont 
actuel ou d*un texte plus ancien de cette chanson. A propos de 
VAipremont^ M. Gautier nous dit qu'on peut scientifiquement 
établir les propositions suivantes: l^La Chanson d'Aspremont 
n'a aucun fondement immédiatement historique ; 2J Cette 
légende est née sans doute des souvenirs de l'expédition de 
Charlemagne en Italie lorsqu'en 773 il alla délivrer le Pape 
menacé par les Lombards : ici comme dans les Enfances Ogier 
l'imagination du peuple a remplacé les Lombards par les Sar- 
rasins ; 3^ Toutefois il est certain que, sous le règne de Charle- 
magne et durant tout le IX* siècle, Rome fut plus d'une fois 
menacée par les Sarrasins eux-mêmes. En 813, ils vinrent 
près de Centocelle ; en 846^ ils se montrèrent sous les murs 
mêmes de la ville éternelle ; en 878, enfin, l'année de la mort 
de Charles le Chauve, les Musulmans d'Italie, maîtres de tout 
le midi de la péninsule, menacèrent le pape jusque dans Rome^ 
4y)Les personnages d'Agolantet d'Eaumontsont complètement 
fabuleux. A ces propositions on peut avant tout ajouter cette 
autre que nous venons de vérifier, c'est-à-dire qu'il y a une 
relation entre la fin de la chanson ctAspremontet le couronne- 
ment historique de Roger II le Normand^ comme roi de Sicile, 
en 1130 : elles sont donc capables d'être augmentées, dévelop- 
pées, corrigées. 

Ceci posé, il nous faut maintenant observer que la descente 
de Charlemagne en Italie en 773 n'est pas la seule qui ait pu 
fournir des éléments historiques à la chanson (TAspremont. En 
787, le roi des Francs marcha dans le midi de l'Italie contre 
Aréchis, prince de Bénévent et gendre de Didier, dernier roi 
national des Lombards : nous savons qu'il arriva jusqu'à Ca- 
poue, Montecassino et même, selon certains auteurs, jusqu'à 
la capitale du prince, qui dut se soumettre et s'engager à 
payer un tribut. Un peu plus tard, après la mort d'Arécliis, 
le pape eut une grande peur en apprenant le débarquement 
d'Adelchi en Calabre ; et en effet son armée grecque donna de 

* Reinaud, Invasions des Sarrasins en France, p. 152 et suiT. 






244 NOTES SUR QUELQUES SOURCES 

grands soucis au gouvernement franc en Italie jusqu^à la 
défaite (KAdelchi par les officiers de Charlemagne dans le fond 
même du pajs où est la scène de VAspremont ^ Enfin, si les 
côtes de la campagne de Rome, gravement menacées en 808 
par les « païens », c'est-à-dire par les Sarrasins*, étaient pro- 
tégées par le pape en 812 ou 813 ', la Sardaigne, la Corse, les 
îles mineures et le midi de Tltalie souffraient dans ces années 
de leurs incursions maritimes et obligaientrËmpereur à envoyer 
dans l2^ péninsule son petit-fils Bernard *. Sien présence de Taf- 
ôrmation précise d'une lettre du pape Léon IIP, on doit peut- 
être rejeter comme une fable et une confusion avec des faits an- 
térieurs déguisés en France^, la notion d'un débarquement des 

* Balbo, // regno di Carlomagno in ftalia, 51-57, Florence, Le Mon- 
nier, 1862; AiiARi, St. dei Mus., I, 185 et suiv. 

2 Epist. Leonis m ad Carolum imperatorem, dans Mansi, Concï7ia, XIII, 
971 : « Ut littoraiia nostra et vestra ab infestatione paganorum et inimi- 
corum nostrorum tuta reddantur atque defensa... » 

3 Sur Tannée on a eu une très vive discussion. Eqinhard, Ann., dans 
M, G. h, SS.^ I, 199, rapporte ces faits sous Tannée 812, mais Amari, 
St. dei Mus.y I, 227, n. 2, fait observer justement qu'une lettre du pape 
Léon III relative à ces événements et datée « 11 novembre » indique 
précisément le mois de juin de la sixième indiction, c'est-à-dire Tannée 
813. Toutefois on n'a pas éclaire i tous les doutes. 

♦ La connexion de Tenvoi de Bernard en Italie avec les expéditions des 
Sarrasins est affirmée en toutes formes par Balbo, // regno di Cari., 
104. C'est vrai qu'on a des doutes aussi sur Tannée de cet envoi, que 
Balbo place en 812, tandis que Gregorovius, Stor^ia délia città di Roma 
nel Medio Evo, II, 20, Venise, Antonelli, 1873, Tétablit en 813, écrivant 
en note: « L'anno 812 si desume dagli Annali diEginardo, dai Lauress. 
minores e dai Xa7it.; Tanno 813 si ricava da quegli Annali stessi e da 
Tegano, Vita Ltidovtci. Il faut néanmoins considérer que, même si la 
connexion des événements n'a pas été réelle, elle doit nécessairement 
avoir été supposée aussitôt par les contemporains éloignés de l'Italie et 
surtout depuis par la tradition, même historique et écrite, ce qui, ici, 
pour l'examen du développement épique, nous suffit. 

* Epist. Leonis III ad Carolum imperatorem, apud Guglielmotti, Sto- 
ria delta marina pontificia nel Medio Evo^ I, 36, n. 1, Florence, Succes- 
seurs Le Monnier, 1871 : « De nostris autem terminis... omnia salva et 
jllaesaexistunt... Semper [super] littoraiia nostra ordinata habuimus et 
habemus custodias. > 

• S'il y a confusion, c'est avec des faits de Tannée 778, quand eu 
France on crut que les Romains vendaient des esclaves aux Sarrasins, 
tandis que ces esclaves étaient vendus par les Lombards de Toscane aux 
Grecs. Voir à ce propos Goglielmotti, Ouvr, cité^ I, 28 et suiv. 



ITALIENNES DE LEPOPEE FRANÇAISE 1^45 

Sarrasins près de Centocelle dans ce temps-là, — fait qui a été 
observé par M. Gautier d*après Reinaud, — au point de vue du 
développement épique, il nous suffit qu'Eginhard en parle à la 
date de 812 : cela si'gniâe que des Français contemporains, 
d'ordinaire bien informés, j croyaient déjà comme à un fait 
certain, et ce n'est certainement pas la tradition orale qui s'est 
souciée de s'en assurer. Maintenant, en rapprochant cette cir- 
constance de renvoi de Bernard en Italie, nous trouvons 
une singulière coïncidence avec la chanson (TAspremont. En 
effet, celle-ci est une vraie Enfance Roland, parce qu'elle nous 
apprend la fuite du jeune neveu de Charlemagne du château 
où on le gardait, son voyage en Italie pour rejoindre l'armée 
de son oncle, enfin ses premiers exploits contre les Sarrasins 
dans le midi de la péninsule. Nous savons qu'à l'origine Roland 
est un héros de la Petite Bretagne ; nous trouvons son nom 
dans Eginhard avec la désignation « Britannici liminis prse- 
fectus )), et, dans des diplômes des années 772 et 777, il est en 
relation avec cette partie de la France ^ Dans YAiqiiin, une 
chanson de geste qui vient sûrement de la Petite Bretagne, 
Roland est fils de Tiori de Vannes et de Baqueheut, non pas 
de Milon et de Berte, sœur de Charlemagne * : c'est plus tard 
seulement que la légende a ainsi amplifié ses origines. Mais 
déjà, histoireôu légende, des chroniqueurs contemporains nous 
peignentavec des couleurs très vives les amours d'Emma avec 
Eginhard, et de Berte ou Berthaide avec Angilbert, d'où na- 
quit l'historien Nithard •. Et ce n'est pas tout : Charlemagne 
même fut accusé par la tradition d'amours incestueux avec 
ses filles^ et, selon quelques sources, Roland en fut le fruit ^. 

* Grabvbll, Die Charakteristik der Pei^sonen im Holaîidsliede, 109, 
Heilbroim, 1880. 

* Nyrop-Gorra, Storia delVepopea francese nel Medio Evo, 87, 101, 
109, Florence, Garnesecchi, 1886. 

3 SiSMONDi, Histoire des Français, II, 326, qui indique les sources. 

* Paris, Histoire poétique de Charlemagne, 378 et suiv., 408 et suiv., 
Paris, 1865. Déjà Eginhard lui-même fait discrètement allusion à ces 
amours de Charles avec ses filles lorsqu'il écrit, avec des mots équivo- 
ques : « Nunquam sine illisiterfaciebat... Quœ cum pulcherrimae essent 
etab eo plurimum diligercntur, mirum dictu quod nuUam earum cui- 
quam ad suorum aut exterorum nuptum dare voluit, sed omnes secum 
usque ad obitum suum in domo sua retinuit, dicens se barum contu- 



246 NOTES SUR QUELQUES SOURCES 

Ajoutons que le mot latin nepos indique autant le petit-fils que 
le neveu, et on peut voir si la circonstance de Tenvoi de Ber- 
nard en Italie pour la défendre des Sarrasins ou donner au 
moins une impulsion à cette défense, n'est pas de tout sans 
relation avec les légendes sur la naissance de Roland et sur son 
rôle dans Tié^premon^ Peut-être aussi, demême que les légendes 
postérieures sur la condamnation de Milonet sa disgrâce pour 
son mariage secret avec Berte viennent probablement de ce 
que le cartulaire de Lorsch et d'autres sources nous disent 
des colères de Gharlemagne et du procès d*Ëginhard pour ses 
amours avec Emma, on doit croire que ces mêmes légendes 
et celle de la misère de Roland dans ses premières années 
sont en rapport avec les malheurs par trop réels du roi Bernard 
d'Italie. 

Nous avons donc trouvé dans Thistoire de la péninsule au 
temps de Gharlemagne un fondement immédiat et des sour- 
ces parallèles de la Chanson d'Aspremont et des Enfances 
Roland, qui en font partie, comme nous avons trouvé des élé- 
ments historiques et des traditions légendaires en dehors de 
la vraie épopée relatives à la formation du personnage épique 
de Roland et des récits sur ses parents. Mais nous ne devons 
pas nous arrêter ici. M. Gautier a déjà appelé notre attention 
sur les incursions sarrasines près de Rome dans les années 846 
et878 : il faut ajouter qu'en 888 les Musulmans saccagèrent une 
première fois Reggio Calabria *, et c'est plutôt cet événement 
que les faits des années 846 et 878 qui a pu donner origine 
aux traditions et aux légendes d'où est né VAspremoni, tandis 
que ces faits sont peut-être la source d'autres chansons de 
geste, où la scène est plus proprement Rome ou les environs 
de Rome, comme les Enfances Ogier et la Destruction de Rome. 
Dans ce dernier poème, l'armée sarrasine arrive par mer 
sur la côte de la Campagne de Rome, en ravage les alen- 
tours, met enfin à sac la ville éternelle, en enlève les saintes 
reliques : les Francs n'arrivent que quand tout est fini, quel- 
ques moments après le départ de Témir Balant. En 846 éga- 

BERNio CARERE NON possE >. Et il continue avec des expressions assez 
claires sur les mauvaises mœurs de ses filles. 
1 Amari, St. dei Musulm.^ I, 425 et suiv. 



ITALIENNES DE' l'ÉPOPÉE FRANÇAISE 247 

lement, Thistoire nous assure que les Musulmans, ayant leur 
base à Porto, remontèrent le Tibre dans leurs vaisseaux, 
saccagèrent les célèbres églises de Saint-Pierre et de Saint- 
Paul, détruisirent les reliques gardées dans l'arche du prince 
des apôtres, et qu'enfin, vaincus par les paysans, ils s'en allèrent 
peu avant l'arrivée de Tarmée franque du duc de Spolète, 
(auquel un chroniqueur du X"® siècle, Benoit du Mont Soracte, 
ajoute Tempereur Louis If, qu'il fait d'ailleurs vaincre par les 
Païens et sauver seulement par le margrave Guy, qui les re- 
poussa jusqu'à la mer *. Mais c'est surtout entre le récit épique 
de la Chanson d'Aspremont et les événements historiques de 
Calabre dans les années 901 et 902 qu'il y a des rapports étroits. 
C'est alors que Abou-Abas-Abd-Allah, après avoir assujetti les 
Arabes de Sicile qui résistaient à la domination de son père 
Ibrahim-ibn- Ahmed, passa le détroit du Phare et prit une autre 
autre fois Reggio, où le 10 juin les Musulmans firent un hor- 
rible carnage et menèrent encore néanmoins 18,000 captifs 
avec un immense butin. L'année suivante, c'est-à-dire en 902, 
Ibrahim, ayant renoncé au royaume de Kairewân,où ses hor- 
ribles cruautés l'avaient rendu insupportable, débarqua per- 
sonnellement en Sicile, puis en Italie, et arriva jusqu'à Co- 
senza, où il mourut de dysenterie. Son armée, reconduite par 
son petit-fils Ziadet-Allah, fut dispersée par une tempête, et 
la plus grande partie en fut ainsi détruite ^ On doit ajouter 
qu'Ibrahim et son fils étaient de la maison d'Aghlab, d'où il 
n'est pas difficile de façonner par corruption populaire le nom 

1 Ibidem, I, 365 ; Gugliemotti, I, 81 et suiv. ; Greoorovius, III, 110 
et suiv. En 878 le pape dut payer un tribut aux Sarrasins, mais il n'y 
eut point réellement aucune grande incursion sous Rome. 

* Amari, II, 64-94. On doit surtout arrêter l'attention sur les mots 
qu'AMARi, II, 90, traduit en italien d'un auteur arabe comme prononcés 
par Ibrahim en réponse aux envoyés tremblants des villes de Calabre : 
« Torriate ai vostri e dite che prenderô cura io dell'Italia e che farô degli 
abitatori quel che mi parrà. Speran forse resistermi il regolo greco ed il 
franco? Gosi fossermi attendati qui innanzi con tutti gli eserciti! Aspetta- 
temi dunque nelle ôittà vostre ; m'aspetti Roma, la città del vecchierello 
Piero, coi suoi soldati germanici ; e poi verra l'ora di Gonstantinopoli. » 
On croit lire les menaces d'Agolant ou celles de Balant {Destruction de 
Home), de Fierabras (chanson homonyme) et de Gorsuble (Enfances 
Ogiei^). 



S48 NOTES SUR QUELQUES SOURCES 

d^Aglant, Âgolant ; et rien n'est plus naturel que le change- 
ment dans la tradition, et conséquemment dans Tépopée, de 
la mort d'Ibrahin- Agolant d'un mal très ordinaire dans les 
armées, en une chute glorieuse sur le champ de bataille ; 
rien n'est plus naturel qu'on donne aussi pour tué son fils, 
dont il était si facile d'oublier ou de méconnaître le rappel en 
Afrique. Quant au nom d'Eaumont — en ancien français Yau- 
mont — , il n'est peut-être que le souvenir corrompu de quel- 
que surnom d'Abu-Abbas-Abd-AUah, ou bien le nom même 
défiguré d'un autre conquérant berbère de la Sicile en 1038, 
El-Moezz ou AUMoezz-îbn-Badis, qui guerroya depuis en 1061 
contre Roger I, père du roi homonyme couronné à Palerme 
en 1130*. 

Aux propositions de M. Gautier à propos de la Chanson 
d'Aspremont^ on peut donc substituer scientifiquement cel- 
les-ci : 

I. La Chanson (TAspremont a un fondement immédiatement 
historique dans plusieurs événements d'âges divers entre la 
fin du VIII* siècle et le commencement d u X", ou, au plus tard, 
le milieu du XP siècle. Ces événements sont surtout les sui- 
vants : 

1^ L'expédition de Bernard, petit-fils de Charlemagne, en 
Italie, en 813, pour surveiller les apprêts militaires pour la 
défense de la péninsule et des îles italiennes contre les inva-. 
sions maritimes des Sarrasins d'Afrique et d'Espagne ; 

2) Les campagnes des Musulmans d'Afrique en Calabre 
sous Abu-Abas-Abd-Allah en 901, et sous Ibrahim-ibn-Ahmed, 
de la maison d'Aghlab, son père, en 902, avec la prise de Reg- 
gio, la retraite dupremier et la mort du dernier sous Cosenza, 
peu loin du vrai A«premont ; 

SJ Le couronnement de Roger II à Palerme en 1130, par 
un représentant du Pape, après la conquête de la Calabre et 
de la Sicile par son père Roger I sur les Musulmans et, entre 
autres, sur l'africain Al-Moezz (Moezz-ibn-Badis, le zeïrite). 

IL Ces divers événements se superposèrent les uns aux 
autres et finirent par se confondre dans les souvenirs popu- 
laires. Il est même probable qu'il a existé de la. Chanson d'As- 

* Amari, II, 378 et suiv. ; III, 81 et suiv. 



ITALIENNES DE'LEPOPEK FRANÇAISE «49 

premoni une récension plus ancienne que ractuelle, laquelle 
ne peut pas avoir eu la même fin que le texte actuel, et à laquelle 
manquait le couronnement de Florent répondant au couron- 
nement historique de Roger II en 1130; ce que nous prouve 
le développement successif de cette matière. 

III. Peut-être, dans la naissance de cette chanson ont joué 
aussi quelque rôle les souvenirs de quelques autres événe- 
ments, c*est-à-dire surtout des suivants : 

IJ Les expéditions personnelles de Charlemagne contre les 
Lombards du rojaume d'Italie, en 773 (d'après M. Gautier, 
dont Topinion est rejetée par mon savant collègue M. Renier'), 
et contre ceux de Bénévent en 787, et Texpédition des offi- 
ciers de Charles en Calabre contre Adelchi en 788, soit par le 
remplacement tout à fait naturel des Lombards par les Sarra- 
sins *, soit par le fait historique que les Lombards du Midi et 
les Grecs furent alors et depuis très souvent les alliés des 
Sarrasins contre les Francs ; 

2J Les incursions des Sarrasins sous Rome en 846 et en 
878, et le sac de lleggio en 888 ; quoique les faits de Tannée 
846, surtout, conviennent mieux au récit épique de la Destruc- 
tion de Rome qu'à celui de VAspremont. 

En tout cas, le souvenir de la pluralité des expéditions de 
Charlemagne en Italie et des incursions des Sarrasins sous 
Rome a été conservé dans l'épopée par la pluralité des chan- 
sons de geste qui nous donnent des narrations épiques de ces 
faits {Enfances Ogier, Aspremont, Destruction de Home, Cheva- 
lerie Ogter, etc.). 

IV. Les personnages d'Agolant et d'Eaumont sont tout à fait 
historiques, et on les retrouve dans Ibrahim-ibn-Âbmed et 
dans son fils Abu-Abbas-Abd-AUah, de la maison d'Aghlab, 
souverains de Kairouan dans la Tunisie actuelle. 

V. Il ya une relation qu'on ne peut toutefois pas encore en- 

1 Ricerche sulla leggenda di Vgget*i il danese in Fraticia^ 6, n. 2, Turin, 
Glausen, 1891. Le déni de M. Renier a rapport surtout aux Enfances 
Ogiei\ contre Nyrop-Gorra, 86, mais on peut l'étendre aussi à la Chan- 
son d'Âspremont. 

2 Voir un exemple, qui ne laisse lieu à aucun doute à ce propos, dans 
mon article Les légendes carolingiennes dans le « Chronicon Ymaginis 
Mundi > de fràte Jacopo d'Àcqui, 31-32, dans cette Revue^ 1894, 



250 NOTES SUR QUELQUES SOURCES 

tièrement préciser entre l'envoi historique de Bernard, le 
petit- ûls de Charlemagne, en Italie en 813, d'où vient le pre- 
mier fondement de la Chanson cTAspremont, et le fait essentiel 
de l'histoire poétique de Roland, c'est-à-dire sa transforma- 
tion de héros breton en neveu de l'Empereur, et entre la dis- 
grâce épique de Milon, père de Roland, et les malheurs réels 
du même Bernard sous Louis le Pieux. 

YI. La conservation de Charlemagne par Roland dans Y As- 
premont, au moment où il est près d'être vaincu et tué par 
Ëaumont, et la conservation analogue de Chariot par Ogier 
dans les Enfances de cet héros, ne sont peut-être que l'écho 
et le dédoublement de l'arrivée providentielle du duc ou mar- 
grave Guy de Spolète au secours de Louis II en 846. 

II. — LES ROGERS DE L'ÊPOPÉB SONT-ILS LES ROGERS 
DE l'histoire ? 

Nous avons vu jusqu'ici comment YAspremont français est 
le résultat d'une juxtaposition, ou, pour mieux dire, d'une 
composition d'éléments historiques d'âges divers, surtout de 
faits de l'histoire d'Italie depuis les dernières années du VIII* 
jusqu'au X® siècle : il nous faut à présent rechercher si dans 
le passage de l'épopée de France en Italie, ou plutôt dans le 
retour en récits épiques des souvenirs d'événements histori- 
ques italiens d'un versant des Alpes à l'autre, la matière de 
YAspremont n'a pas reçu de nouveaux développements par 
l'introduction d'autres éléments, historiques aussi, mais d'âge 
postérieurs à ceux que nous avons trouvés dans YAspremont 
français. Peut-être la précédente étude fournit-elle quelque 
indication à ce sujet, mais dans les Aspromonti italiens il y a 
bien plus qu'un signe auçsi incertain que celui d'une corrup- 
tion populaire possible du nom historique d'Al-Moezz dans 
l'épique Yaumont {Aimons), 

Procédons avec ordre. Nous trouvons déjà dans YAspremont 
français un personnage du nom de Richer — en italien, Riccièri, 
Rizièri, d'où Ruggèro, Roger — ; mais c'est une figure très 
pâle, et il n'a, dans la chanson, qu'un rôle bien effacé. Dans les 
Aspromonti italiens, par contre, Riccièri est un personnage 
des plus notables. Dernier des ûls du duc Rambaud, il défend 



ITAFJENNES DE l'ÉPOPÉE FRANÇAISE 251 

Reggio CalabrJa avec un courage et une énergie indomptée. 
Pendant le siège de la ville, il se bat continuellement avec 
les païens, et, dans une rencontre, il a affaire avec Galiziella, 
une jeune guerrière sarrasine, âlie bâtarde d'Agolantet sœur 
d'Eaumont. Cette charmante enfant attendait depuis huit jours 
le moment de se mesurer avec lui : elle se précipite sur Ric- 
cieri, le fait plier âprement et en perce l'écu avec sa lance ; 
mais le chevalier Toblige à vider les arçons, et après quelques 
coups d^épée échangés entre Galiziella et les chrétiens qui 
surviennent, c*est à lui qu'elle se rend. Riccieri la mène dans 
Reggio, où Beltrame, frère du héros, la voit dans ses habits 
de femme, et s'éprend d'elle jusqu'à la vouloir pour épouse. 
Galiziella dédaigne Tamour de Beltrame : elle veut qu'il se 
mesure avec elle et qu'il la vainque comme a fait son frère. 
Beltrame n'ose pas, et Galiziella reçoit le baptême et épouse 
Riccieri. Le vil amoureux en enrage horriblement, et conçoit 
une haine implacable contre son frère. Il trahit par là sa foi, 
sa patrie, sa 'amille : c'est à sa trahison qu'Agolant doit la 
prise de la ville, où vainement Galiziella émerveille tout le 
monde par sa valeur. Beltrame a fait marché avec Agolant 
que sa belle-sœur lui sera donnée pour femme : on la lui donne 
en effet, mais aussitôt après les noces on sépare les nouveaux 
mariés, et le traître est jeté dans les âammes. a Et on dit en- 
core que dans ce feu fut précipitée Galiziella, mais plusieurs 
.disent, par contre, qu'Eaumont y fit jeter une autre femme, 
• à qui il aurait fait prendre les habits de Galiziella, et envoya 
en secret celle-ci en Afrique sur un vaisseau à tour. Quel- 
ques autres disent, enfin, qu'elle eut de Riccieri deux ju- 
meaux, c'est-à-dire un fils et une fille. » D'où vient-il ce récit, 
et quel est ce Riccieri, quelle est cette Galiziella? Sont- ils 
des personnages historiques, malgré leur étrange déguisement 
par la légende et l'épopée, ou sont-ils seulement des créations 
fantastiques du romancier toscan? C'est ce que nous allons 
voir tout à l'heure. 

Nous savons qu'une des voies les plus con.sidérables par les- 
quelles les légendes bretonnes passèrent en Italie et y prirent 
racine profonde, fut celle des conquêtes des Normands dans 
la Fouille et dans la Sicile. C'est en Sicile, dans l'Etna, que 
plusieurs récits nous montrent le séjour d'Artus et de Mor- 



!e52 NOTES SUR QUELQUES SOURCES 

^ane * ; c*e8t par le nom de a fée Morgane » qu'on désigne 
dans cette île un phénomène de mirage ; c'est en Sicile, enûn, 
près d'une autre fée, Oriande — peut-être la même que Mor- 
gane — que demeure longtemps dans sa jeunesse Maagis 
d*Aigremont dans la chanson qui en porte le nom '. Peut-on 
croire que les Normands si tendres des légendes hretonaes, 
que les Normands, peuple tout d'imagination vive et de sen- 
timents chevaleresques, n'aient pas gardé, des souvenirs lé- 
gendaires de leurs propres exploits dans le midi deTItalie? 
Ce serait invraisemblable. Et si les Normands ont gardé sous 
forme de légendes les souvenirs de leurs propres faits, il nest 
pas probable non plus qu'aucun de ces souvenirs, aucune de 
ces légendes, soit resté sans écho dans l'épopée française, 
surtout dans l'âge nouveau de cette épopée en Italie. Selon 
moi, le récit des Aspromonti italiens que nous venons de lire 
est précisément Técho épique des exploits historiques des Nor- 
mands en Fouille, en Calabre et en Sicile : les Riccieri de 
l'épopée ne sont-ils que les Rogers de l'histoire. 

Cette proposition a besoin d'être mieux examinée. Comment 
se fait-il que l'histoire soit aussi étrangement défigurée dans 
les récits des Aspromonti? Vraiment, le déguisement de l'his- 
toire est bien moindre qu'on ne croirait au premier coup d'œil. 
Qu'est « Beltrame », sinon « Robertramus », augmentatif de 
« Robertus », c'est-à-dire de Robert? Et n'est-il pas naturel 
d'attribuer une trahison à un « Guicliard », à un fourbe? Mais 
les hostilités de Robert Guichard, le duc normand, envers son 
frère Roger I sont bien historiques, ainsi que les mauvais 
tours joués par l'un à l'autre '. De plus, nous savons que Ju- 
dith, la femme de Roger I, le conquérant de la Sicile sur les 
Sarrasins, est nommée aussi quelquefois « Delicia ^ » ou 

* Graf, MUi, leggende e superstizioni del Medio Evo, II, 303 et suiv., 
Turin, Loescher. 1893. 

* Voir l'analyse de cette chanson dans V Hist, littér, de la France^ 
XXII, 700-703, par M. Paulin Paris. 

3 Heinemann, Geschichte der Normannen in XJntei'italien und Sicilien, 
I, passim, Leipzig, Pleffer. 1894; Dblarc, Les Normands en Italie depuis 
les premières uicursions jusqu'à Vévénement de saint Grégoire VII, Pa- 
ris, Leroux, 1883. 

* Malaterra, II, 29 et 30, dans Mdratori, RR, II, SS„ t. V. 



ITALIENNES DE l/ÉPaPEE FRANÇAISE 1853 

« Delitia » ; et rien n'est moins difficile que d'admettre que 
cette forme ait sonné, en arabe, « Halatiel », d'où le nom 
n Qalizielia » des Aspromonti et de toute l'épopée postérieure. 
Enfin, nous savons que Judith fut le prétexte innocent d'une 
lutte entre les deux frères, parce que Roger disait qu'il ne 
pouvait rester sans partage de la Calabre depuis qu'il était 
marié avec une femme de maison princière ' ; et nous savons 
aussi que, laissée par son époux dans Traina, dans l'hiver 
de Tannée 10Q2, elle dut défendre cette ville contre les 
embûches des infidèles, entretenant la discipline des trou- 
pes, parcourant les remparts, veillant sur les gardes, faisant 
l'office de capitaine et de soldat*. Gaufroj Malaterra, l'his- 
torien de la conquête normande de la Sicile, nous parle 
d'un noble Sarrasin qui tua sa sœur pour la sauver du dés- 
honneur près des chrétiens qui arrivaient en foule sur sa 
piste ', et nous n'ignorons pas, d'autre part, que l'Agolant 
historique, c'est-à-dire le conquérant de la Calabre en 902, 
Ibrahim-ibn-Ahmed-ibn-Aghlab, fit tuer ses filles que sa mère 
avait fait nourrir secrètement, mais qu'elle eut depuis le tort 
de lui montrer un jour qu'elle le crojait de bonne humeur^. 
Dans les souvenirs et dans l'imagination du peuple tous ces 
faits se sont confondus, et le résultat est le récit des Aspnh- 
monti italiens^ Le fils, que « quelques-uns » disent né de Ric- 
cieri et de Galiziella, est le Roger de Boiardo et de l'Arioste, 
mais il est aussi le Roger II de l'histoire, homonyme de son 
père, le roi couronné à Palerme en 1130, auquel VAspremont 
français, qui ne connaît pas encore la légende de Riocieri, 
c'est-à-dire de Roger I, a substitué le fantastique Florent. En 
d'autres termes, dans les Aspromonti italiens, nous avons un 
développement ultérieur de l'épopée : il y reste le fond du récit 
de VAspremont français, avec les événements et les person- 
nages de la période 773-902, mais on j a ajouté, en les ac- 
commodant à la nécessité du récit, des souvenirs altérés des 
exploits et des aventures de Roger I et de sa femme Judith. 



« Amari, III, I, 87. 

' Ibidem, III, i, 92 et suir. 

' Malaterra, /. c. 

* Amari, II, 60. 



254 NOTES SUR QUELQUES SOURCES 

A la demande « les Hogers de Tépopée sont-ils les Roger de 
rhistoire? », je crois donc que Ton peut répondre affirmati- 
vement. 



III. — LA CHANSON D*AUBER1 LE BOUKGOING ET l'hISTOIRE d'iTALIK 
ET DE PROVENCE AU X* SIÈCLE. 

. Aux cpnclusions ci-dessus exposées ou pourrait faire une 
objection assez grave en apparence. Ces rapprochements 
épiques d'événements historiques aussi divers par la nature que 
par l'époque, ces confusions de personnages ayant vécu à 
plusieurs années ou même à quelque siècle d'intervalle, sont-ils 
un procédé ordinaire de Tépopée, ou nous faut-il les admettre 
dans un cas tout à fait particulier. Parce que dans cette hypo- 
thèse on pourrait bien douter de la valeur du procédé, et 
soupçonner un aveuglement du sens critique qui ferait prendre 
des ombres pour des corps. On ne doit pas avoir cette peur. 
Nous pouvons alléguer des nombreux exemples de confusions 
et de rapprochements de cette sorte dans toute l'épopée fran- 
çaise : nous savons que Charlemagne a réuni, dans sa person- 
nalité épique, tous les Charles qui l'ont précédé ou qui l'ont 
suivi, de Charles Martel à Charles le Chauve, à Charles le Gros^ 
à Charles le Simple ; nous connaissons, par les belles recher- 
ches de M. Rajna \ comment, dans Thistoire épique de la 
jeunesse de Charlemagne lui-même, et dans sa lutte avec ses 
deux frères bâtards Oldéric et Lanfroy, on doit voir la lutte 
historique de Charles Martel contre le roi mérovingien Chil- 
péric II (confondu de plus avec Chilpéric III, le dernier de ces 
rois) et son maire du palais Ranfroi [Raginfj^edus). Le bâtard 
a été fait légitime par l'épopée, tandis que le roi légitime et 
son non moins légitime officier, confondus avec les enfants 
de Plectrude, sont devenus frères et bâtards. Les rapproche- 
ments et les confusions que nous avons mis en relief ci-dessus, 
à propos de VAspremont français et des Aspromonfi italiens, 
sont donc tout à fait dans les procédés ordinaires et naturels 
de l'épopée. Aussi nous allons appliquer une méthode analogue 
dans la recherche des sources historiques d'une autre chanson 

1 Le originidelVepopea francesei99 et suiv., Florence, Sansoni, 1884. 



ITALIENNES DE L^ÉPOPÉE FRANÇAISE 255 

de geste de rancienne épopée française, la chanson d'Auberi 
le Bourgoing. 

Aubéri est fils de la comtesse Érembor et de Bazin de Ge- 
nève, qui, depuis la mort de Girart de Roussillon, a reçu de 
Charles Martel (c*est-à-dire de Charle le Chauve) le duché de 
Bourgogne comprenant Genève, Vienne et Dijon. Bazin a un 
frère et un beau-frère, les intérêts des quels ont été troublés 
par les bienfaits de Charles à Bazin. Henri d'Autan ou d'Os- 
tende et Eudes ou Heudon de Langres deviennent auMÎtôt 
les ennemis de Bazin et de son fils et héritier présomptif, 
Auberi. Après la mort de la duchesse Erembor, les comtes 
de Langres et d'Autun se liguent avec Hermesend de Turin, 
deuxième femme de Bazin, pour causer la perte d* Auberi, 
et ils appellent en Bourgogne le roi de Lombardie. Bazin, 
trahi par tous ses parents, s'éprouve vainement à défendre 
sa terre : il est fait prisonnier par les Lombards qui le mènent 
en prison à Pavie, et Auberi doit se réfugier près d'Henri 
d'Autun. Mais celui-ci le maltraite, et le jeune homme se 
venge en égorgeant ses deux fils, c'est-à-dire ses propres 
cousins germains. La même chose finit par arriver chez Eudes 
de Langres; après quoi, commence pour Auberi une vie 
d'aventures. Il s'éprend de Guibourc, reine de Bavière ; il 
combat pour elle et pour la comtesse de Flandre, dont il souille 
aussi le lit ; enfin, il épouse Guibourc et il est tué par son 
fidèle Gasselin qui l'échange avec Lambert, ennemi mortel de 
tous les deux, par une ruse de ce dernier ^. 

Déjà M. Paulin Paris a reconnu dans Bazin le célèbre 
Boson, nommé comte de la haute Bourgogne et de Provence 
par Charles le Chauve, et couronné depuis roi d'Arles, en 
S79, par le concile de Mantaille. M. Paris nous dit qu'il avait 
été aussi comte de Pavie ; mais, ici, il y a peut-être quelque 
confusion entre plusieurs Bosons contemporains. Ce qui est 
certain, c'est que le roi de Provence fut depuis chassé de 
Vienne par Louis Ilï et Carloman, rois de France, et qu'il ne 
^ûssa à son fils unique, Louis TAveugle, rien autre que la 

^ En voir l'analyse dans VHist, litt. de la France, XXII, 319 et suiv., 
par Paulin Paris, et le texte dans l'édition Tarbé, Reiras, 1850. La biblio- 
graphie dans Nyrop, 420. 



256 NOTES SUR QUELQUES SOURCES 

royauté des provinces du Midi. Mais je crois qae, dans la 
Chanson d'Aubert le Bourgomg, on peut trouver bien plus 
d'événements historiques d'Italie et de Provence au X® siècle 
qui n'en a reconnu M. Paris. 

Nous savons qu'en eifet le roi Bosoii épousa en secondes 
noces la princesse Hermengaut, fille de Tempereur Louis II, 
femme très ambitieuse et capable ; mais l'histoire ne parle 
pas de mauvais tours joués par elle à son mari ou à son fils: 
au contraire, elle nous montre cette reine défendant coura- 
geusement la ville de Vienne contre les Français, et c'est 
encore grâce à Hermengaut que le petit Louis de Provence 
fut bien traité par Charles le Gros après la mort de Boson 
et qu'il obtint depuis, trois ans après, en 890/ la couropne 
royale de son père ^ Mais il eut alors en Italie un autre Bo- 
son, comte vraiment dans la juridiction ecclésiastique de 
Milan, c'est-à-dire en Lombardie ou en Piémoat, dont .la 
femme Engeltrude abandonna le foyer conjugal pour fuir 
avec un amant ^. Et ce n'est pas tout. Outre cette femme 
d*un Boson qui, s'il n'était pas « de Turin», était toutefois 
parente de la maison oomtale de cette ville, et qui, peut-être, 
était la femme réellement d'un comte de Turin ou de Pavie, 
il faut que nous n'oublions pas une autre Hermengaut, bien 
plus célèbre dans l'histoire d'Italie au X« siècle, c'est-à-dire 
la femme d'Adalbert, marquis d'Ivrée, qui joua un rôle très 
considérable dans toutes les affaires de son temps. Elle était 
la sœur d'Hugues, comte en Provence, et ce fut par ses intri- 
gues que Rodolphe, roi de la Haute Bourgogne, fut chassé 
d'Italie, dont le royaume échut alors au même Hugues (juin 
926). Ici donc entre en scène un roi des Lombards allié à 
une Hermengaut. Et ce n'est pas assez. Cet Hugues, aupa- 
ravant nommé tuteur de Charles -Constantin, fils de Louis 
l'Aveugle et parla petit-fils du roi Boson, abusa de sa posi- 
tion en dépouillant son pupille de la royauté provençale, qu'il 
céda ou plutôt qu'il vendit à Rodolphe de Bourgogne, pour 
le dédommager de la perte d'Italie, et pour obtenir surtout 

* Bouche, Hist. de Provence^ l, 768 et suivv. 

• Baudi de Vesme, [ conti di Verona^ dans le Nuovo Arch. Ven.^ XI, 
II, 261 et suiw., qui cite de .nombreuses sources sur cette courtisane 
titrée 



ITALIENNES DE l'ÉPOPÉB FRANÇAISE 2 S 7 

de lui qu'il renonçât à ce pajs, où le rappelait Tinconstance 
des seigneurs qui Ten avaient peu avant expulsé. Toutefois, 
si Hugues est bien le roi des Lombards qui dépouilla histori* 
quement le Bosonide, sMl est même celui que la Chanson d'An- 
beri le Bourtjoing a pu avec raison rapprocher d'une Hermen- 
gaut dans la chute de la Maison de Bazin ; il est plutôt, 
d*autre part, dans cette chanson même, un bien autre person- 
nage : dans lui et dans Rodolphe, il est aisé de reconnaître 
les deux mauvais oncles d'Auberi. En effet, le roi des Lom- 
bards qui ûtprisonnierBoson, nous rappelle, non pas Hugues, 
mais Bérenger, qui prit réellement le roi et empereur Louis 
de Provence, et, Tajant déjà laissé aller librement sous ser- 
ment de ne remettre pied en Italie, le fit cette fois aveugler 
inexorablement. À faciliter le travail épique et la confusion 
des personnages, ne manqua pas d'aider la circonstance 
que si une Mermengaut, alliée d'Hugues, fut cause du mal- 
heur de Charles-Constantin, une autre Hermengaut était 
mère de ce Louis que l'épopée confondit avec son père dans 
ce nom Bazin, qui peut être en même temps « Boson d et(( Bo- 
sonide » (Dosingus, Dasingus, ûasiniis). 

Jusqu'ici on procède assez bien et assez vite. Mais nous ne 
sommes pas à la fin des confusions. D'où vient ce nom d'Au- 
' beri au Bosonide dans la chanson de geste ? Auberi est bien 
le nom d'un ancien héros des légendes bourguignonnes qui 
se rattachent au cycle mythique des Nibelungen; et j'ai quel- 
que raison de croire que c'est cette circonstance qui a fait 
écrire à M. Nyrop : a II faudrait mettre en évidence les an- 
ciennes légendes du pays qui sont entrées dans le poème».* 
Mais si on peut admettre que l'existence d'un ancien héros 
bourguignon du nom d'Auberi a eu une part dans la confusion 
de Cliarles-Constàntin avec un autre personnage dont nous 
allons parler, c'est bien celui-ci qui, opprimé par Hugues, le 
roi des Lombards qui trahit son pupille, vengea fièrement des 
affronts qui en avait reçu. Le roi Hugues, demeuré veuf, se 
remaria en 942 avec la célèbre Marozia, et obtint ainsi la 
seigneurie de Rome. Mais tout de suite il commença à mal- 
traiter la noblesse romaine, et surtout son beau-fils Auberi, 

* Ntrop-Gorra, 131. 

17 



258^ NOTES SUR QUELQUES SOURCES 

né de Mazoria et d'un autre Auberi, marquis de Spolète, 
premier mari de cette femme. Un jour le jeune homme fat 
obligé par sa mère à tenir le bassin où le roi se lavait les 
mains ; mais il lui versa de Teau avec une aussi mauvaise 
grâce, que le colère Hugues lui donna un soufflet sur la joae. 
C'est à peu près ce qu'on voit arriver à TAuberi de la chanson 
de geste chez sou oncle Henri d'Autun. L'Auberi romain et 
historique soulève aussitôt le peuple, chasse le roi et Marozia, 
et se fait nommer « consul et sénateur » de Rome ^ Je ne 
crois pas qu'on puisse douter que dans la traditioa se soDt 
identifieras deux personnes bien diverses, c'est-à-dire Charles- 
Constantin, le pupille dépouillé par Hugues et par Rodolphe II, 
et Auberi, le beau-fils du premier de ces rois, maltraité par 
lui et depuis auteur de son expulsion de Rome. Au surplus, 
on a confondu deux Bosons à peu près contemporains, deux 
Hermengauts et une Engeltrude ; enfin Boson roi de Provence 
et son fils Louis l'Aveugle. De tout ceci est sortie la première 
partie de la Chanson d* Auberi le Bourgoing. 

Le reste du poème est bien plutôt un roman d'aventures 
tout à fait imaginaires qu'une vraie chanson de geste à base 
historique, même bien métamorphosée. Toutefois, dans les 
aventures d'Auberi le Bourgoing en Bavière, on pourrait bien 
remarquer un dernier écho des récits des Nibelungen sur les 
inimitiés des Bourguignons et des Huns d'Attila, et même on 
ne doit pas oublier que les Hongrois envahirent plusieurs fois 
la Bavière au X* siècle. De même dans les autres faits d' Au- 
beri en Flandre, il y a peut-être le souvenir de quelque guerre 
réelle — il y en eut vraiment au X* et au XI* siècle — entre 
les Flamands et les Frisons. De même, ce Lambert qui fit tuer 
par ruse Auberi se rattache à quelque personnage historiqae 
de la France bourguignonne dans cet âge * ; mais ici je me 

1 MuBATORi, Ann. dit., ad annum 932; Gbboorovius, 111,353 et soItt- 
Comme Henri dAutun cherche à faire mourir Auberi le Bourgoing 
dans cette chanson, Hugues voulait faire mourir ou, au moins, aveugler 
TAuberi romain, selon Benoit du Mont Soracte, apud GRBaoKOYius, lU, 
356, n. 

> Dans rhistoire d'Italie, aussi, nous trouvons plusieurs Lamberts 
qui peuvent avoir joué leur rôle dans la formation du Lambert 
épique. Guy et Lambert de Spolète eurent part % re^^glu^n, d^. Aoson 



ITALIENNES DE l' EPOPEE FRANÇAISE 259 

sens manquer le terrain sous les pieds et je suis bien loin 
d'affirmer des rapports spécifiques avec la même sûreté que 
les rapprochements précédents. Ce qui me semble parfaite- 
ment établi, c'est Texistence d'éléments tirés de Thistoire d'Ita- 
lie au X* siècle dans la première partie au moins de cette 
Chanson (TAuben le Bourg oing. 

IV. — ADBLCHI ET OOIER LB DANOIS 

J'ai remarqué autrefois que les châteaux où Ogier le Danois 
se défendit contre Charlemagne sont des lieux réels du Pié-^ 
mont, entre Ivrée et Verceil, et j'ai fait noter aussi, dans 
cette circonstance, que c'est par Ogier que sont tués dans le 
poème de Raimbert de Paris les deux compagnons insépara* 
blés. Amis et Amile, que d'autres récits des chroniques italien- 
nes font tomber par des mains inconnues dans une préten- 
due bataille de Mortara entre les Francs de Charles et les 
Lombards de Didier ^ Le même poème de Raimbert nous 
montre Ogier se réfugiant près du roi des Lombards ; et nous 
savons qu'en effet un Autc/tarius, Olgarius, Olkerusy Oggerius, 
suivit Gerberge, la veuve de Carloman, près de Didier et 
d'Adelchi '. Je n'ai pas ici à raconter les aventures de ce 
personnage, qu'il soit ou non celui qui fut chargé plusieurs 
fois d'ambassades épineuses en Italie par Pépin le Bref, qui 
protégea le voyage du pape Etienne II en France et qui fut 
donné eu otage au roi Wafre d'Aquitaine (comme il semble à 
MM. Paulin Paris ^ et Léon Gautier ^, et comme en doute 
fortement M. Rodolphe Renier"). Ce qui importe ici, c'est 

de la couronne italienne en 8S8; et un autre Lambert, frère u^térin, 
mais persécuté, du roi Hugues, était beau oncle d'Auberi, fils de Marozia 
(Greoorovius, m, 348 et suiv.). 

* L^s leg, carol,^ 9, n. 6. 

* Reipfenbero, Chronique rimée de Philippe Mouxket^ II, ccxvn et 
suin., Bruxelles, 1S33; Abel-Siusot^, Jilhrbucher des Frankischen iieiches 
unto'Kari dem Grossen.l, 104, 2 édition, Leipzig, 1833; et les travaux 
ci-dessous cités de MM. P. Paris, L. Gautier et R. Rénier. 

' liecherchea sur O'fier le Danois, dans la liibliothèque de l'École des 
chartes, I, III, 521 et suivv, 

* Les Épopées françaises, HI, 52 n. 

* Hicercfie suila leggenda di Uggieriil Dan^q^ ^ et ^\4v. 



260 NOTES SUR QUELQUES SOURCES 

le rapprochement, historique et épique en même temps, de 
ce personnage avec les derniers rois des Lombards. Main- 
tenant il faut observer qu'il y a plus d'un trait common entre 
Ogier et Âdelchi, tel qu'il se montre à nous dans la tradition 
légendaire italienne. Tous les deux sont d'une valeur admira- 
ble, d'un courage à toute épreuve, d'une témérité et d'une 
fierté sans bornes *; mais tout ceci serait bien peu caracté- 
ristique s'il ne fut accompagné d'autres données moins géné- 
rales. D:iMà sa légende, comme dans son histoire, Adelchi se 
sauve de Vérone assiégée par Charlemagne ; et Ogier se sauve 
deux fois d'un château où les Francs l'auraient réduit aux 
abois*. O^i^ier est presque un géant' : aucun cheval, sauf 
son fidèle Broiefort, ne peut le porter *; et Adelchi nous est 
représenté sous des traits analogues parle moine delà Nova- 
lèse: ses bracelets, envoyés par lui à Charlemagne, arrivent 
jusqu'aux épaules de l'Empereur, qui s'en émerveille *. La 
voracité d'Adelchi, qui broie les os pour en sucer la moelle^ 
et en fait un tas devant lui à la table de Charlemagne, où il 
se présente inconnu^, fait bien le pendant à celle d'Ogier,qui 
a besoin chaque jour, pour se nourrir, du pain qui suffirait à 
sept chevaliers et d'un sestier de vin dans une coupe énorme' 
Un jour Ogier, surpris par ses ennemis et trahi par les siens, 
qui lui enlèvent ses armes pendant son sommeil, se défend avec 
une barre, tue les traîtres et rejette les envahisseurs hors de 
son château'; Adelchi, de sion côté, nous est peint par le 
chroniqueur de laNovalèse dans ces termes : «Erat enira régi 
Desiderio fiiius nomine Algisus, a iuventute sua fortis viribus. 

1 Comparez Cheval, Ogier, surtout w. 4592-9057, avec Chronicon 
Novali'ùense, III, 10, 14, 21, 

2 Comparez Balbo, Storia d'italia sotto i Barbari, 459 et suiw., et le 
récit du Chron-NovaL, III, 14, sur la fuite d' Adelchi de Pavie pendant 
la prise de cette ville par les Francs, après des prodiges de -valeur et 
sur Tordre formel de Didier de cesser la défense, avec Cheval. Ogier, rf. 
6394 et suiw., 3050 et suiw. 

3 Renier, 28. 

• Ibidem, 9, 17. 

K Chron, NovaL, III, 22. 

• Ibidem, III, 21. 

7 Cheval. Ogier, w. 9641 et suiw. (Paris, 1846). 

• Ibidem^ w. 8104 et suiw. 



ITALIENNES DE L'ÉPOPÉE FRANÇAISE 261 

Bic baculum ferreum aequUando solitus erat ferre tempore hos- 
iili, et ah ipso fortiter inimicos percutiendo sterni, Cum autem 
hic iuvenis dies et noctes observâret, et Francos quiescere cer- 
neret, subito super ipsos irruens percutiebat cum suis adex- 
tris et a sinistris, maxima csede eos prosternebat'. » Et ces 
exploits quotidiens d'Adelchi aux Cluses ont bien des rapports 
avec les sorties d'Ogîer pendant le siège de Castelfort, sur- 
tout avec la dernière *. On pourrait aisément multiplier 
les exemples d'analogies entre les deux personnages ; mais il 
me semble que ceux que j'ai mis sous les jeux du lecteur suf- 
fisent aie persuader de la ressemblence des deux héros et de 
la nécessité de les rapprocher Tun de Pautre. 

A présent, on peut se demander si ces traits communs ont 
été donnés par Ogier à Adelchi, ou par celui-ci à celui là. 
Dans rhistoire, Adelchi est bien plus connu qu'Ogier ; mais la 
renommée de ce dernier grandit dans Tépopée, tandis que 
sur Adelchi nous trouvons avec peine quelques légendes, et 
encore assez localisées. Le procédé naturel est que les traits 
du plus renommé lui viennent du plus obscur, sans que celui-ci 
profite de la gloire de l'autre. Sans donc affirmer absolument 
que la personnalité épique d'Ogier doive quelque chose à celle 
d'Adelchi, on peut tenir pour certain que ces deux personnages 
ont des traits communs remarquables et que, selon les règles 
ordinaires du procédé épique, on doit admettre plutôt que ces 
traits sont passés d'Adelchi à Ogier, que d'Ogier à Adelchi. 
Les Français, qui sentaient tant de répugnance pour les Lom- 
bards, et qui les méprisaient comme des lâches et des poltrons ', 
ont tourné au profit d'un héros national — on sait qu'Ogier 
n'est Danois que de nom, quoique s'efforce de prouver M. Thor- 
sen * — les traits glorieux d'un Lombard lui-même. C'était 



» Chron. Notai., III, 10. 

* Cheval. Ogier, w. 8595-9057. 

' Renieb, 32 et suiv., texte et notes, où sont citées les sources plus 
remarquables. Il faudrait toutefois y ajouter la Mavharonaea de Jean- 
George Alione d'Asti, sur qui on peut voir mes brochures La poesia 
macaronica e la stovia in Piemonte aulla fine del secoh X V, 78 et suiv., 
Turin, La Letteratura, 1888, et FrancesUmo ed antifrancesismo in due 
poeti del Quattrocento 24 et suiv., Modône, Rassegna Emiliana, 1888. 

^ Dans un livre que je n'ai pu voir, parce que je ne connais pas le 



262 NOTES SUR QUELQUES SOURCES 

une double manière de les frapper, que de les priver d'uàe 
gloire qui leur appartenait et de la transporter à un des siens! 
Mais ce transport doit être bien ancien, presque contemporain 
des événements historiques du Vlll* siècle, ou peu s'en faut, 
parce qu'il y en a déjà quelque trait dans la Convanio Otgerii 
mililù^ publiée par Mabillon *, laquelle remonte à la un du IX* 
ou au commencement du X® siècle au plus tard. Mais nous 
venons de voir que bien anciennes doivent être aussi les con- 
fusions des événements historiques d'Italie des IX* et X* siècles 
que nous avons reconnus ci-dessus dans la Chanson d'Aspn- 
mont, peut-être même ceux de celle d'Auberi le Bourgoing, 
dont nous avons aussi parlé. 

V. — UNE DERNIÈRE QUESTION 

Il nous reste à poser et à résoudre, s'il est possible, une 
dernière question, qui tient à l'essence môme de l'épopée 
française au moyen-âge. L'existence dans celle-ci d'éléments 
tirés de l'histoire d'Italie et de Provence aux 1X« et X* siè- 
cles me paraît désormais un fait acquis *. Maintenant, en 
présence de ce résultat, devons-nous modifier l'opinion géné- 
ralement reçue sur les origines de cette épopée et nous rap- 
procher des vieilles idées de Raynouard et de Fauriel, ou de 
celles plus modérées de M. Gaston Paris dans son Hisioire 



diinois. Le titre de ce livre est, selon MM. Nyrop et Renier, Nogle Med- 
delelser om visse historiske Bestanddele % Sagnet om Olger Danûe, 
dans VOversigt over det Kgl danske Vidunskahernes Selskabs^ Kjoben- 
havn, 1865, p. 165 et suiv. Avec ceci je ne veux pas nier uùe chose, que 
je crois, au contraire, très probable, c'est-à-dire que. dans la formation 
de rOgier épique eut aussi sa part un homonyme danois historique. Seu- 
lement il me semble démontré que le vrai prototype de TOgier épique 
est VAutcharius historique, et que ce personnage d'Ogier, quoique il ait 
pris des traits nombreux et importants d'Adelchi et d'autres personnes, 
est, dans son ensemble, un héros français. 

* Dans les Acta ss. ordinis s. Bénédictin IV, I, 617 et suiv. 

« Qu'on ne l'oublie pas — à part le Girart le Roussillon et la théorie 
d'une épopée bourguignonne à côté de l'épopée française proprement 
dite ; voir là-dessus Rajna, Le Origini deWepopea ft*anc€se,^!2S et suiv.— 
toute la « geste de Guillaume » et VOtinel^ dont j'ai parlé dans mes Ug- 
carol,^ 10 et suiv. 



ITALIENNES DE I/EPOPEE FRANÇAISE 26à 

poéti^tiè dé Ckariemagne *? On sait que Raynouard et Pauri«l 
soatenaient la préexistence d^une épopée provençale, dont l^s 
chansons de geste françaises n^auraient été que des traduc- 
tions ; et M. Gaston Paris, en admettant que la patrie des 
chansoiis de geste est le pays au nord de la Loire, s'efforçait 
dans son livre classique* de prouver que le pays du Midi 
comme celui du Nord a produit des poèmes, ou, pour mieux 
dire, une littérature épique parallèle, malheureusement 
perdue pour des circonstances qui nous échappent, tandis que 
celle du Nord a été conservée par écrit jusqu'à nous. Mais 
les travaux de tous les autres savants modernes ont démon- 
tré que les idées de Raynouard et de Fauriel n'ont aucune 
base de vrai, et que, même dans la forme atténuée de M.Gas- 
ton Paris, elles sont bien loin d'être acceptables'. Les résul- 
tats ci-dessus acquis ne peuvent les renforcer: toutefois ils 
nous obligent à un travail de conciliation entre eux-mêmes 
et la théorie actuelle sur les origines de l'épopée française. 
Ce n'est pas une chose difficile: tout en acceptant pleinement 
la thèse des origines germaniques primitives et de la conti- 
nuation successive du milieu épique dans la France septen- 
trionale, il faut faire sa part à toute cette quantité d'éléments 
historiques du Midi que nous venons de constater ; et comme 
il est peu probable, — disons même impossible — que des 
événements dont le théâtre fut aussi éloigné de la France sep- 
tentrionale, et sans intérêt pour elle, y aient eu autant de 
renommée^ le fond de ces éléments historiques ne peut con- 
sister dans des légendes françaises originaires, mais doit être 
plutôt le fruit d'une importation étrangère, due soit aux trou- 
vères, soit à d'autres personnes allées en Provence et en Italie 
et retournées depuis dans leur pays natal. Nous pouvons donc 

* Surtout p. ÇO et suiv. 

3 Dans plusieurs articles de la Romania et du Journal des savants, 
M. Gaston Paris a depuis modifié encore quelque peu sa théorie, en se 
rapprochant de celle de M. Rajna ; mais je n'ai pas à refaire ici l'histoire 
de la question des origines de l'épopée française au moyen âge (voir à 
ce propos Gautier, I, 129-146), et je ne dois m'occuper que des thèses 
~ aient-elles même été depuis abandonnées par ses auteurs — qui ont 
plus de rapports avec les résultats précédemment exposés. 

* Nyrop-Gorra, 148 et suiv. 



264 NOTES SUR QUELQUES SOURCES, ETC. 

conclure que la France septentrionale fut comme un immense 
creuset où vinrent se fondre et mêler toute Tliistoire et toute 
la légende de TOccident chrétien au moyen âge : de ce creuset 
sortit éclatante Tépopée qui reçut de la France son nom, sa 
langue et sa forme typique, mais dont la matière est le résultat 
d*une combinaison chimique intellectuelle d'éléments variés 
sous Faction du génie épique de la nation française ^ 

Ferdinando Gabotto, 
libero docente à rUniyersité de Turin (Italie). 

Turin, arril 1897. 



* Je prie le lecteur de ne vouloir pas oublier que je n*ai cru donner 
ici que des notes pour rappeler Tattcntlon des sayants sur quelques points 
qu'il faudrait prendre en examen et développer bien plus longuement. 
Mais ou les idées et les observations que je présente ici ont du bon, et 
alors moi-même ou quelque autre, plus à loisir, pourrons les reprendre 
et développer jusqu'à en donner une démonstration complète; ou elles 
sont tout à fait erronées, et alors c'est une raison de plus de n'y perdre 
pas trop de temps. 



LA TRADUCTION DU NOUVEAU TESTAMENT 

en ancien haut engadinois 

PAR BIFRUN 

l'Évangile selon s. luc 



{Suite) 
CAP. XI 



(1) Et es duantô urand ei in un schert lœ, sco el hauet fat 
fin dad urér, schi dis iin dais ses discipuls ad el : Signer, 
amuossa dus ad urêr, sco er lohannes ho amussô ses discipuls. 
(2) Et els dis : cura che uus uraes, schi dsché : Bab nos, 
quael chi ist in schil, uigna santifichiô lieu num (éd. niinû), 
uigna tiers nus lieu ariginana, duainta la tia uœglia sco in 
schil uschia er in terra. (3)Do à nus liuoz nos [242J paun d'in- 
miinchia di, (4) & parduna à nus nos pchiôs, per che er nus 
perdunain à schodilni nos dbtêiler, & nu mnêr nus ilg apru- 
uamaint, diniperse spendra nus daig mêl. (5) Et dis ad els : 
Qusel d'uus ho iin amich, & uo tiers el da meza not, & uain à 
dir agli : Amich, do m'ad impraist trais pauns,(6) per che mes 
amich es gnieu deig chiamin tiers me, &eau nun lise dalg met- 
ter auaunt. (7, Et aquel aint dadains arespondant dia : Num 
dêr impaick, Tg hiisth es huessa sarrô, & mes famalgs sun 
cun me in lijt, eau nu puos aluêr ad dêr à ti. (8) Eau dich à 
uus : schi bain el nun es par aluêr & )*g dêr très aqué chel 
saia ses amich, imperscho par mur da que chel es aggraua* 
disth, schi uain el ad aluêr sii, & uain alg dêr tauns sco el ho 
bsiing. (9) Mu eau dich à uus: Aggragiô schi uain é dô à uus ; 
scherchiô schi acchiataas uus ; pichiô schi uain é auiert à uus. 
(10) Per che scodijn chi dmanda schi arschaiua el ; & chi 
scherchia acchiatta : à ad iin chi pichia uain auiert. (11) Et 
qusel es da uus bab, da qusel schi Tg filg aggragia paun, uain 
el dêr forza agli iin crap : u schi iin pesth, uain el forza à dêr 
agli par un pesch iina zerp ? (12) U schi el aggragia iin œf, 



266 l'g EUANGELI SEGUOND SAINC LUCAM 

uain el alg8pôrscher(éd.spopschêp) un scorpiun ? (13) Schiuus 
dimé siand rtiêls sauaîs dêr bunas chiôses â uos ifauns, quaunt 
plii nos bab celestiêl uain à [243] dér Vg spiert sœnc ad aquels 
chi Tgagragien dadel.(14)Eterapardsthchiatslhêr ûndimuni, 
& aquel era mût, & cura chel hauet dsthchiatsthô Fg dimuni, 
schi ho faflô Vg mût & Vg pœuel s'ho sthmûrafgliô. (15) Mu 
ûnqualchiûns dels haun dit : Très Beelzebul parzura dels dimu- 
nis dsthchiastcha el Ts dimunis.(16)Et ôters Vg apruand scher- 
chiêuan dad el una isaina da schil. (17) Ec el sauiand lur 
pisyrs dis ad els : Scodûn ariginam chi es in pars incunter se 
sues uo in aruina & Tûna chiésa tumma su Tôtra. (18) Che 
schi Satanas es er in pars incunter se sues, schi co uuol stêr 
sieu ariginam ? Per che uns dschais, ch^eaii dsthchiatscha Ts 
dimunis très Belzebul, (19) che sch'eau cun agiûd da Beelze- 
bul dsthchiatsth oura i's dimunis, uos ifauns cun che agiiid 
Vg dsthchiatschen é oura? Et dimô uignen ad esser uos giii- 
disths. (20) Et sch eau dsthchiatsth Ts dimunis eu Vg daint da 
dieu, par l'g uaira schi es gnieu Tariginam da dieu tiers uus. 
(21) Cura clfûn ferm armô chiûra sia cuort, schi sto in psesth 
tuot aqué chel possidescha. (22) Mu cura ch'ûn plu ferm co el 
suruain & Vg ho surmaun, «schi prain el dauend tuottas las 
armas daquel, in aquselas chel s'ûdêua, & partagiu Ts butins. 
(23) Aquel chi nun es cun me, es incunter me, & chi nu oligia 
cun me, arœsa. (24) Cura che Vg mêlnet [244] Spiert uo our 
delg hum, schi chiamina el per lous secks schercbiand pôs, & 
nun acchiatand disth el : Eau uœlg turnér in mia chiésa, in- 
nuonder ch'ieu sun ieu oura. (25) Et cura chel uain, schi ac- 
chiatta el aquella natagiêda cun scuas, & hurdanéda su» (36) 
alhura uo el & prain cun el set ôters spirts plû nuschaiuels co 
el, & siand ieus aint, schi efdan els allô, & duaintan las chiôses 
dauous da quel hum pijras co las prûmas. (27) Et es duantô 
cura chel dschaiua aquaistas chiôses, ch'ûna duonna dalg 
pœuel huzand sia uusth dis agli : Biô es Vg uainter chi t'hô 
purtô & las tettas che tu haes dtô. (28) Mu'el dis: Bain plii 
bôd biôs sun aquels chi ôdan Vg plêd da dieu & saluan aquel. 
(29) Et ingrussiand Vg pœuel schi cumenzôl à dir : Aquaista 
natiun mêla scherchia isaina, & agli nu uain dô isaina ôter co 
risaina da lonœ profet. (30) Per che, da co che lonas es stô 
ûna isaina à Ts Ni[ni]uitis, uschia uain ad esser er Vg filg 



L G BUANGEU SEGOOND SAÏNC LUCAM t67 

delg hum ad aquaista naciun. (31) La regina dad austri uain 
à stér su îig giûdici eu Ts hummens da quaista naciun & uain 
à cundannêr aquells, per che eila ueu dais cuûns délia terra 
parudir lasabynscha ilaSolomonis, & uhé plii co Solomon in 
aquaist lœ. (32) L's humens da NiniuitsB uignem (éd. vignem) â 
stér su îig giûdici curi aquaista naciun, & uignen â cundannêr 
aquella, i»er che els sun arcliitsà pentjncia cun la predgia da 
[245] lone, & uhé plii co lonas in aquaist lœ. (33) lingiiin nun 
inuidaunaliûsth& lametta in un lœazuppônéer suot iia stér, 
dimperse sûn ûaeliiandalijr, parcheaqueischiuaunaint,uezan 
la liiisth. (34) La liùsth delg chiœrp es Tœilg. cura dimé che 
tes œilg es pur, schi es er tuot tieu chiœrp ciser, che schil fus 
mél, aihura uain ad esser & tieu chiœrp sckiiir. (35) Guarda 
dimé, che la liiisth chi es in te nu saia sckiiirezza. (36) Schi 
tuot tieu chiœrp dimé uain ad esser clser, nu hauiand quai 
part sokiûra, uschia uain el ad esser tuot claer, sco cura la 
liûstherna cun sia splendur fo liùsth à ti. (37) Et cura chel 
faûéua, schi Tg aruô iin phariser, chel unies giantér cun el. 
Et siand lesus ieu aint schi sezet el à maisa. (38) Et cura che 
Vg phariseer hauet u!s, [s]chi s'asthmiirafgiiô el, chel nun haues 
lauô auns giantér. (39) Et Pg signer dis ad el : huossa uus 
phariseers Tg dadoura delg bachiér & da la bésla natagiés 
uus, & aqué chi es dadains in uus es plain d'arob & malizchia. 
(40) Naruns, nun ho forza aquel chi ho fat aqué chi es our 
dadoura, fat er aqué chi es aint dadains ? (41) Imperscho aqué 
resta : dœd almousna, & uhé tuot uain ad esser net à uus. 
(42) Mu U8B à uus phariseers, per che uus disthmaes la munta- 
nezza & la riita & inmiinchia arauitscha, & surpassaes Vg giû- 
dici & la chiarit^d da dieu. Bain plii aquaistas [246] chiôses 
se bsiigniéuan fér à aquellas nu laschêr stér. (43) V» à uus 
phariseers quaels chi amas la[s] priimes ohiatiras (éd. chiariras) 
in las sinagogas & da gnir sallidôs sii las plazzas. (44) Yse à 
uus scriuauns & phariseers, per che uus isches sco Fs muli- 
mains, qusels chi nu s'uezan, & la lieud uaun sun aquels & nu 
saun. (45) Et arespondiant un dais amussôs délia lescha dis 
agli : Maister, dschant aquaistas chiôses, schi n's ingiiirgest 
tii er nus. (46) Et el dis ; Et er à uus amus^sôs délia lescha u», 
per che uus chiargiœs la lieud cun chiargs qusels che nupaun 
purtér, & uus nu tuchiœs Ts chiargs brichia cun iin uos 



26S l'g euangeli seguond sainc lucam 

daint. (47) V» à uus, per che uus sedifichiaes su Ts mulimains 
dais profets, & uos babs haun amazô aquels, (48) pai!g uaira 
uus daes testimuniaunza che uus lôdas Ts fats da uos babs, 
par che els haun tschert amazô aquels, & uus aedifichiœs lur 
sepulturas. (49) Par aqué er la sabbijnscha da dieu ho dit : 
Eau uoelg traraeter ad els profets & apostels, & uignen ad 
amazêr (d)aquels & à perseguitêr, (50) par che uigna dmandô 
dad els l'gsaung da touts {sic) profets &, quœl chi uain spauns 
dalg cumenzamaint dalg muond innô da quaista naciun, (51) 
dalgsaung dad Abel infinaalgsa[u]ngda Zacharia, quel chi fut 
amazô traunter l'g hutêr & Fg taimpel ; pailg uaira ch*eau 
dich à uus, chel uain à gnir demandô da quaista natiun. (52) 
ve à uus (éd. nus) amussôs délia lescha quœls chi hauais prais 
la clef délia scijntia [247] & uus nun isches antrôs aint, & ad 
aquels chi antrêuan(t) aint hauais scumandô. (52) Et dschant 
el aquaistas chiôses ad aquels, schi cumenzaun Ts amussôs 
délia lescha & Ts phariseers greuamang à stêr scunter, & fg 
dumand[and] da bgierras chiôses par Fg curapigliêr, (54) &rg 
aguaitand cun malizchia, & scherchiand da pigliêr qualchiôsa 
oup de la sia buochia, cun quael ch*els Tg pudessen acchiiisêr. 

ANNOTACIUNS 

Butins] arobs. Bcgina da Austri] uers mezdi, Dtsthmas] das 
dijsthma. Vœ grams] pouuers uus. 



CAP. XII 

(1) Et siand gnieu insemmelûna quantitéd sainza innumber 
d'pœuel, da sort che s*chialchiéuan liûn liôter, schi cumenzô 
lesus à dir à ses discipuls : L'g prtim *s parchlûrô uus suessa 
dalg aluamairit dais phariseers; qusBl chi es iina hypocrisia. 
(2) Per che é nun es unguotta cuuiert, chi nu uigna dscuuiert, 
né ûtTgnotta aziippô chi nu uigna à s'assauair. (d) Per che 
aquellas chiôses uus hauais dit !)g sckiiir uain à gnir udîeu in 
la liiisth & aqué che uus hauais dit in iina uraglia& in las chiam- 
bras uain à gnir predgiô sii Ts têts. (4) Et eau dich à uus, mes 
amichs : Nu s'astramantô da quels chi amazen Pg chiœrp, & 
dsieua aqué nun haun é che possan fêr plii. (5) Mu eau [248j uoelg 



l'g EUANGELI SEGIJOND SAINC LUCAM 269 

amussér à uuschi uus daias tmair. Tmé aquel, chi dsieua chel 
ho amazô, chel ho pasaunza da chiatschêr in la gehenna: 
schert eau dich à uus: aquel tmé. (6) Nu uignen forza schinc 
passera uendicus par duos pitschens danêr^? Et un da quels 
nun es in sthmainchiaunza auaunt dieu. (7) Taunt plu er Ts 
chiauels da nos cliiô sun zuonds («if)'innumbrôs. Vus nu daias 
dimê tmair, uusi^schesda plu co bgierspassers.(8)Mu eau dich 
à uus: scodiiu qiisel chi cuffessa me auaunt la lieud, cirerTg 
âlgdelghumuain àcunfessér aquel auaunt rsaungelsdadicu. 
(9) Et aquel chi uain am sclinaiêr auaunt la lieud, uain à 
gnir sthiiaiô auaunt Ts aungels da dieu. (10) Et scodûn qusel 
chi fauella un pléd incunter Ig' filg delg hum, uain à gnir agli 
pardunô, mu ad aquegli chi blastemma ilg saine spiert nu uain 
à gnir pardunô. (11) Et cura che uignen à mnêr uus allas sj- 
nagogas et als mastrôs et als pudestSBds, schi nu daias ha- 
uair pissyr, in cheguisa u che uus arespuondes u che uusdias: 
per che Tg spiert sœnc uain ad ammussêr uus in aqueir 
hura che el es bsiing da dir à uus. (13) Et iin dalg poeuel dis 
agli: Maister, dî à mes frâr, chel parla cun me l'hierta. (14) 
Et el dis agli: Hum, chi m' ho urdauô giiidisth u iin chi parta 
traunter uus? (15) Et dis ad els : Guardô & s' parcliiiirô da 
rauaricia, per che la uitta d'ungiûn nun sto in [249] Tabun- 
dauntia da quellas chiôses chel possidescha. (16) Et dis ad els 
iina sumaglia dsohant : iina poseschium {sic) d'un schert arick 
hum purtô grand friits, (17) & aquel pisséua in se sues dschant : 
Che daia eau fèr ch' eau nun hœ innua ch' eau poassa metter 
aint mes friits ? (18) Et dis : Aquaist uœlg eau fêr. Eau uoelg 
aruinér glu mes clauôs, & Ts uœlg fêr sii plii grands, & 
acQ uœlg eau araspér aint tuotta aquella mia aroba chies 
ami naschida, (19) <& uœlg dir à la mia horma: Horma, tii 
hses bgierra aroba missa in sait par bgiers ans ; dot'pôs, 
mangia, baiua, sto leeda. (28) Mudeus dis agIi:Nar, aquaista 
not uignen é à prender da te tia horma. Et aqué che lu hœs 
adattô, da chi uain ad esser? (21) Et uschia es iin quœl chi 
cusalua à si & nun es arick uia à dieu. (22) Et els dis à ses 
discipuls: Par aqué dich eau uus, che uus nu daias esser pis- 
sjjrus à la uossa uitta, che uus mangias né à uos chiœrp che 
uus trêias aint. (23) Per che la uitta es da plii co nu saia la 
spaisa, 6l Vg chiœrp es da plii co nu saia la uesckimainta. (24) 



270 L G EUANGELI SEGUOND SAINC LUGAM 

Cuscliidro rscorfd,qusel[s] chi nusemnen né schunchiannéhaun 
schléi* né granér, Âdeusapaschainta aquels. Quant ischesuus 
plu inauaunt co Vs utschelrs? (25) Et quael d'uus cun sieu pis- 
sjr po argLunscher un bratsth muot à sia grandezza? (26) 
Schi UU3 dLmé nu pudais ûna chiÔ3a quœla chi es la plu pi- 
tsthna, che uu-[250]-lais pigliêrpis3jp da las ôtpes? (27) Cu- 
schidrô las gilgias inchemœd che creschen ; é nu lauuran né 
filan: eau dich à uus, che né Solomon in tuotta sia glœrgia 
gniua uestieu sco ûna da quaistas. (28) Mu schi Therua quœla 
ohi es hoz oura sii la cutùra & damaun uain missa in fuorn, 
deus uijsta in aquella guisa, quant uus o che 's odes poick. 
(29) Et uus nu scherohiô, che uus daias mangiér u che uus dai- 
uas baiuer& uus (éd. nus) daias ingrandir. (30) Perche tuot- 
tas aquaistes chiôses scherchian la lieud daig muond, & uos 
bab so bain che uus hauais bsûng da quaistes chiôses. (31) 
Bain aunsscherchiô Tariginam dadieu, & aquaistas chiôses ui- 
gnen tuottes à gnir argiunschidas à uus. (32) Nu tmair, tu 
pitschen trœp, per che elg ho plaschicu à uos bab da *s dérà 
uus (éd. nus) Tg ari^inam. (38) Vandé aqué che uus pussidais 
& daôd almousna. Adattô à uus buorsas, chi nu uignen uedrû- 
tschas, & lin thesôr clii tiu uigna ailg main in schil, innua nu 
po tiers Tg leedar né la tharma Tg po guastôr. (34) PeV che 
innua ch'es uos thesôr, allô uain ad esser uos cour. (35) Saien 
uos âauncks schintôs, & uossas liiisths inuidédas. (36) & uas 
saias suingiaunts alla lieud chi aspettan lur patrun, cura chel 
tuorna de las nuozas: che cura chel uain & chel pichia, chels 
adiîntat èuran agli. (37) Bios sun aquels fametgs quâels cura 
ehe Tg patrun uain che acchia-[251]-ta aquels uagliand: par 
Fg uaira clVeau dioh à uus, chel uain à s' schintér sii & uain 
é Ts fér sêr à maisa, 6t passand iiituorn aquels uain à seruir 
adels. (38) Et schel uain in la segunda scuta, &sch' el uain 
in la terza scuta, & acchiatta aquels in aquella guisa^ biôs sun 
aquels fainelgs. (39) Et aquaist daias sauair, clie schi ïg bab 
d' chiésa haues sauieu in aquasla hura^Tg leedar fiis stô gnieu, 
sohert el haues uagliô & nun haues cumpurtô che sia chiésa 
gnis furêda. (40/ Et uus dimê saias appinôs, per che. uus nu 
sauais iu aquaela hura Tg ôig deig hum uain à gnir. (41) Et 
Petrus dis agli: Signer, dist tu aquella sumaglia dick à nus, 
uila dist tu à tuots? (42) Et Tg signer dis: Chi es aquel (9) 



L G EUAN6ELI SB6U0ND SAING LUGAM 271 

âdel dispensadur & parHert, quœl cheTg signer ho urdenô sur 
sia fatnaglia, che l's delta lur urdanêda spisa in sia saschun : 
(43) Biô es aquel (s) famalg, cura che Tg signer uain & Tg 
âcchiatta faschiand in aquella guisa, (44) uairamang ch' eau 
dich à uus chel uain à Vg metter sur tuot aqué chel ho. (45) 
Che schi aquel famalg gnis à dir in sieu cour: Vg mes signer 
intarda la turnêda, Si cumanzas à batter Ts famalgs & las 
fanschellas, & à baiuer & à maiigiér & s'inauriêr, (46) schi 
uain à gnir Vg signer d'aquel famalg in aquel di chel nu Vg 
aspetéua, & in aquella hura chel nu so, & uain ailg tagliêr in 
pezas, & uafn à metter la pezza da quel cun Ts inâdels. (47) 
Mu aquel famelg quel chi ho sauieu la [252] uoluntsed delg 
sieu signer, & nu s*ho adattô né ho fat suainter siauœglia, 
aquel uain à gnir battieu cun bgierras bottas: (48) mu aqueli 
chi nun ho sauieu & ho fat chiôses uengiauntosda bottes aquel 
uain à gnir battieu cun puochias. Et à scoduni chi es stô dô 
bgier,uain à gnir dmandô bgier(s) dad el,& à chi es stô arcu- 
mandô bgier, uain à gnir dumandô plii dad el. (49) Eau sun 
gnieu par metter fœ in terra, & che uœlg eau, schel es gio 
iuidô?(50) Eau hse da gnir battagiô cun iin bataisem, iuche- 
mœd m' strainsth eau, inâna ch' el es cumplieu? (51) Pissœs, 
oh' eau saia gnieu par metter paesth in terra? Eau dich â uus 
nà^ bain plii bôd diuischiun, (52) Per che da quinder iuuia ui- 
gnen ad esser schinc in iina chiêsa in parts : trais incunter 
duos & duos incunter trais, (53) & uain ad esser in parts Vg 
bab incunter Vg û\g ai Vg û\g incunter Vg bab, & la mamma in- 
cunter la iiglia <& la figlia incunter la mamma, & la sœra in- 
cunter la sia briid & la briid incunter sia sœra. (54) Et el 
dschaiua er alg pœuel: cura chia uus uezais iina niifla, qusela 
chi s" leua sii da saira uard, schi dschais impestiaunt: la pliif- 
giauain, & uschia duaitita. (55J cura uus uezais suâatid Tora 
damez di, schi dschais, che uain ad esser chiôd, & duainta. 
(56) Hypocrits, lafatscha dalg schil & de la terra sauais giû- 
dichièr. ECaquaisttjmp, co duainta é, che uus nu sauais est 
[253] m èr? (57) Et per che er da uus suessa nun gliidiuhiês 
aqué chi es giiist? (58) Cura che tii uses cun Vg tieu aduerséri 
tiers Vg mastrsel, dot fadia che par la uia lii t* sthlobgias dad 
el, che par sort el nu t.' trêia alg giiidistli & Vg giiidisth t' 
àettain mauu dalg itschéder,& Vg itschêdér t' metta in pra« 



272 L G EUANGELI SEGUOND SAINC LUCAM 

chun. (59) Eau dich à ti : tu nu uainst ad ir alonder oura, 
sinâna tii nun hseâ arendieu er Tg plu dauous pitschen. 

Annotatiuns 
La scuta]. la gueita, la guargia] ilg uagliêr. 

CAP. XIII 
(1) Et eran allô alchiûns in aquel tijmp, qusels chi dissen 
aglî dais Galileers, da qusels Pilatus liauâiua mastlulô lur 
saung cun lur sacriQcis. (29) Et arespondiant lesus dis ad 
(éd. da els) els : Fissaeà clie quaists Galieers saian stôs mers 
pchiaduors co tuots ôters Gahleers, ch'els haun induiô tal 
chiÔ3es?(3) Eau dich à uus nâ, bain |)lu, upœia che uus iin- 
giuras, schi gnis tuots sumgiauutamang à prir. (4) U aquels 
disthdoick, sur qugsU tummô la tuor in Siloe & Ts amazô, pis- 
8SB3 che saian stôs debitaduors plu co tuots hummens chi 
staun à Hierusalem? (5) Eau dich à uus nà, bain plu, upœia 
che uus imgiuras, schi gtiis tuots sumgtMuntamang à prir. (6) 
Et dschaiua er aqiiaista sumaglia: un haiiaiua ùu bœsthc da 
[253J figs implantô in sia uigna, & uen scherchiand in aquella 
frut, & nun acchiattô, (7) & dis alg abiagiêder délia uigna: 
Vhé é sun traiâ ans, dapœia che eau uing scherchiand friit 
in (in) aquaist bœsthc, & non acchiat ; taglia qui aquel; à 
que perpùst prain el suot pur la terra ? (8) Et aquel ares- 
pondiant dis agli : Signer^ lascha aquel stêr aunchia aquaist 
an, inâna ch'eau hse chiauô dintuorn & hae mis aldùm, (9) & 
aquel farô bain frût ; schi nun, schi alhura dsieua tagliast giu 
aquel. (lOj Et el in iiu di delg sabath amussêua in la sj^na- 
goga ; (U) & uhè iina duonna, qusela chi hauaiua un spiertda 
malatia gio da disthdoick anns inno, à. era cuntratta né pu- 
dauiua zuond brichia adrizêr sii Tg chiô, (12) la qusela cura 
lezus uezet clamô aquella tiers se & dis agli : duonna, tii ist 
sthlubgiéda de la tia malatia. (13) Et mattét sii agli Ts mauns 
& adiintrat (éd. adiintras) es adrizéda su & ludéua dieu. (14) 
Mu arespondiant Tg parzura de la synagogse, s'agrittantand 
che lesus haues guarieu su Fg di delg sabath, dschaiua agli 
pœuel: E sun sijs dijs in aqusels s'absiignia lauurêr ; in aquels 
dimê gni che uus uignes guarieuë, & brichia îlg di delg sabath' 
(15) Et Tg signer arespondiant ad aquel dis : Hypocrit, scodiin 



L G EUANGELI SEGUOND SAINC LUCAM 27 3 

d'uas ilg sabath nu soharaiDt'el fuorza sieu bouf u êsen dalg 

presepi & Tg maina à baiuer?(16) Mu aquaista figlia da 

Abrahae, quaela che Satanas ho arantô, uhé gio diathdoick 

ans, nun es é [265] stô bsûng délia scharantêr da quaist liam 

îlg di delg sabath ? (17) Mu dschant el aquaistas chiôses schi 

sHrupagiêuan tuots ses adversêris, & tuot Tg pœuel s'alle- 

gréua da tuottes aquellas chiôses, qusslas chi duantèuan cun 

glœergia dad el, (18) Mu par aqué dschaiua el : A chi es ia- 

guael Tg ariginam da dieu, & à chi Tg daia eau ingualêr? (19) 

el es ingusel ad iin graun d'sinneuual, hauiand prais Tg hum 

ho mîs in sieu hœrt. & es creschieu & gnieu sii un grand 

bœsthc, & Vs ùtschels delg schilfaschaiuen gnieu sii sia rama. 

(20) Et darchiô dis: A chi daia eau fêr inguael Tg ariginam da 

dieu? (21) Et es inguael alg aluamaint, quael hauiand prais la 

duonna ho impastô traiinter trais imziiras d' farina infina che 

Tg es tuot stô aluô. (22) Et el giaua par las cittêds & par Fs 

chiastels amussand, & faschiand strêda à Hierusalem. (23) Et 

iin dschert dis agli : Signer, sun é puogs qusels chi suruignen 

Tg saliid? Et el dis ad els :(24) s'asthfurzô dad antrêr aint per 

la porta stretta, per che bgiers, eau dich à uus, scherchian 

da antrêr, & nun haun pudieu.(23)Et cura che Tg babd'chiêsa 

sto su & serra la porta, & uus cumanzes à stêr our dadoura, 

et à pichiêr in la porta, dschant : Signer, signer, êura à nus. 

Et arespondiant uain el à dir à uus : Eau nu sae innuonder uus 

isches. (26) Alhura cumanzes à dîr: Nus hauain mangiô & 

bauieu auaunt te, & tii n*s haes amussô in nossas plazas. (27) 

Et el uain à dir : Eau [256] dich à uus, eau nu sse inifuonder 

che uus isches. S'parti da me tuots quaels chi uperaes la chia- 

tiuiergia. (28) Aco uain ad esser plaunt & sthgrizchiêr da 

dains, cura che uus gnis à uair Abraham & Isaac & Jacob 

& tuots préfets in Tg ariginam da dieu, & che uus gnis à gnir 

chiatschôs oura.(29) Et uignen à gnir dalg oriant & dalg occi- 

daint, & dad iingiiina hura, & da mezdi & uignen à sêr îlg 

ariginam da dieu. (30) Et uhé é sun Ts dauous aquels chi eran 

Ts prûms & sun Ts priims aquels chi eran Ts dauous. (31) In 

aquel di uennen no tiers alchiiins dais phariseers, dscliant 

àgli: Tira uia&uatten da qui, per che Herodes t'uuol amazêr. 

(32) Et dis ad els: Izen & dsché ad aquegli uuolp : Vhé, eau 

dchiatsth dimunis & dun sandsed houz & damaun, & îlg terz 



274 l'G EUANGELI SEGUOND SAING LUCAM 

di uing eau ad hauair fin. (33) Imperscho é m* fo bsûng honz 
& damaun & pusthmaun da chiaminôr : per che che na po 
daanlér, che un profet pijra utrû co à Hierusalem. (34) Hie- 
rusalem, Hierusalem qu^Ia chi amazas Ts profets & accrapas 
aquels, chi uignen tramis tiers te, quantas uuotes hœ eau 
uulieu araspér tes iufaans, sco fo iin utschilg sieu gnîeu saot 
sias pennas & num hauais uulieu. (35) Vhé uossa chièsa uain 
à gnir laschéda à uus uasthiua. Mu eau dich à uus, che 
gnis aru uair, infina che nu uain aqué tijmp, cura che 
gnis à dir : Bene-[267]-dét es aquel chi uain in nam da 
signer. 

ANNOTACIUNS 

Contrattà] artratta u agrafiignéda délia guetta. Adverse- 
ris] aquels chi eran agli cuntrédis Mangiô auaunt te] cun te. 

CAP. XIIII. 

(1) Et es gratagiôchel giet in la chiêsa dad* un parzura deis 
phariseers îlg di delg sabath par mangiêr, & eigs Tg tgniauen 
ad acoura. (3) Et uhé iin schert hum hidropick era auaunt el. 
(3) Et arespondiant lesus dis als duttuors de la lischa& als pha- 
riseersy dschant : Es é licit îlg sabath da guarir ? (4) Et aquels 
taschetten. Mu elhauiand pigiiô aquel Tgguarit & Tg traaitét 
dauend. (5) Et arespondiant ad aquels dis : Da quel d'uus un 
êsen u iin buof chi tumàs in iin puoz & ad iintrat nu Tg treia el 
oura î)g di de)g sabath. (6) Et els nu pudaiuen sûn aquaistes 
chiôses arespuonder agli. (7) Et dschalua er als iuidôs iina su- 
maglia œuschidrant inchemchd els sternaiuen Ts priims sizs, 
dschant ad els : (8) Cura che lii uainst inuidô da qualchlûn à 
nuozzes, schi nu t'aschantêr îl<^ priim lœ, che nu fus forza 
iuidô daquel iin plii hundrô co tii. (9) & gniand aquel chi t'ho 
clamô te, & aquel dia â ti : D6 ad aquaisti lœ, & allura cu- 
maiiizas tii cun tuorp ad hauair Tg lœ our ad im. (lOj Bain 
auns cura che tii ist cla[2S8]'mô, schi uô & seeza â maisa 
îig plii giu ad ini lœ, & cura che uain aquel chi t'hô inuidô dia 
â ti : Amichy no aschô siizura, aihura uain ad esser â ti iina 
hunur auaunt aquels chi seezan cun te â maisa. (11) Per che 
scodiin quœl chi s'adôza.unin â gnir abassô, & aquel chi sV 
bassa uain â gnir aduzô. (12) Et el dschalua er ad aqueli chi 



L'G EUANGELI SEGUOND SAINC LUCAM 273 

r^ hauaiua iuidô : Cura che tu fses iin giantér u ûna schaina, 

schi nu daias clamer tes amichs, né tes frars né tes parains né 

tes uîflâdpfearigs, par ch'ûnzacura er els scunter iuidan te, 

&j|[^Pmn â^^^^beniflci. (13) Bain plu, cura che tu fesest 

Mt, schi clanH^'s pouuers, Ts debils, l's zops, l's orfa: 

6l uainst ad esseK^QS^^khe aquels nu paun arender â 

^ti, per che é uain â gnlvar^Ken â ti in Taresilstaunza dais 

giûsts. (15) Aqué hauiand^Hreu ûii da quels chi sezaiuen à 

maisa insemmel cun el, dflKgli : Biô chi mangia l'g paun flg 

piginam da dieu. (16) jflll dis ag)i : un schert hum hauaiua 

dpinô (éd. appimô) i^^granda schaina & ho clamô bgiers, 

|) & ho tramis s^^Rnaig â Thura de la schaina, par chel 

chés als iuidôs r^ni, parche el es puossa tuot pardert. (18 

Et els cumenzaun tuots iin in iin â s'asckiiisêr ; Tg priim (éd. 

priin) ho dit agli : Eau hse cumprô iiua maria, elg es bsiing â 

mi ch'eau giaia oura â uair aquella, eau t'arou che tu m' liê- 

gias par sckiiis. (19) Et 11 ôter hô dit : eau lie cumpi ô schinc 

pêra d' boufs & eau uing ad apruêr aquels. Eau t'arou hêgias 

me par sckiiis. (20) Et li ôter dit : Eau he prais mugliêr, 4 

par aqué nu pôs eau gnir. (21) Et siand tur -[239]- nô Tg fa- 

malg schi hôl purtô aqné agli sieu signer. Alhupa Tg bab 

d'chiésa es stô irô & ho dit agli famalg : uàtten ourrabain bôd 

in las plazzas & in las uias délia cittêd, & maina aint aqui Va 

pouuers & Ts debils (éd. debilt), Ts zops et Ts orfs. (22) Et Tg 

famalg dis : Signer, elg es fat suainter che tii hes cumendô, 

& aunchia es un lœ. (23) Et Tg signer hô dît â sieu famalg : 

Vo oura in las uias & ilhis saifs, & Ts sihforza da gnir aint, 

parche mia chiêsa uigna plaina. (24) Perche eau dich à uus, 

che lingiiin da quels hummens, quaels chi sun clamôs, uignen 

ad assagiêr la mia schaina. (25) Et bgier pœtiel giaiua cun el, 

& el siand uoud inounter els dis ad a'jUels : (26) Schi iiiniual- 

chiiim nain tiers me, né uuol mêl â ses bab & raamma & mu- 

âr & infauns & frars & soruors, & plii inanaunt er â la sia 

jitta, nu pô esser mes discipul. (27 Et quael chi nu pona sia 

jsthà uain dsicua me, nu po esser mes dis.;ipul. (28) Per- 

quael es d'uus, quœl chi uœ^lia se liôchiêr tina tuor, chel 

seziand giu nu fatscha quint dais cuosts, schel hêgia 

ac^^chi Tg fo bsiing par cumplijr, (29) che dsiena chel ho 

|ô (éd. aschautô) Tg affandam[a]int, né p6 cumplijr, 



276 l'G EUANGELI SEGUOND SAINC LUCAM 

che tuotsaqaels chi uezan cumainzen â fer giamgias del, (30) 
dschant: Aquaist hum hô cumenzô ad ediûchiér, né hô pudieu 
glifrêr. (31) U qu^l araig giand par fêr ûna battaglia incunter 
iin ôter araig nun seza el forza uiuaunt et paissa, schel possa 
cun disth milli ir incunter agli, [260] qusel chi uain incunter se 
cun uainc milli ? (32) Uschigliœ aunchia siand el da l(Bnsth,hau- 
iatid tramis ùna imbascharia, schi aggiauûsôhel dad el aquellas 
chiôseschi sun da psesth. (33) Uschia dimê scodiin d*aus, quaei 
chi nun dô sii tuot aqué chel possidescha nu p6 esser mes 
discipul. (34) L'g ssel es bun, (i) mu schi Tg sael es isûs, cun 
che daia el gnir isssalô ? (35) Né el es in la terra né îlg aldii- 
mér niizzaiuel, mu el sbitta oura. Chi ho uraglies par udir, 
daiaudir. 

CAP. XV. 
(1) Et gi«tten uia tiers el tîiots publichiauns & pecc hiaduors 
par Ig' udir, (2) & Is' phariseers & Is' scriuauns bruntlêuan 
dschant: aquaist arschaiua Ts pchiduors et mangia cun els. 
(3) Et el dschaiua a'i els aquaista sumaglia. (4) Qusel hum es 
d'uus, quael chi ho schient nuorsas, & schel perda nu' our da 
quellas^ nu laschel forza las nuuaunta nuof îlg deserd, à uo 
dsieua aquella chi es persa, inûna chel Facchiatta? (5) Et cura 
chel Tho achiatêda, schi s'allegrand (éd. s' sllegrand) la metta 
su ses giuels, (6) & gniand â chiêsa clamm' el Ts amichs 6l ui 
schins dschant ad els: '3 allegro cun me, per ohe eau hsB ac- 
chiattô mia nuorsa, qusela ch' eau hauaiua pers. (7) Eau dich 
â uus, che uschia uain ad esser algrezchia in schil dad un 
pchiêdar chi imgiura plii co da nunaunta nuof giiists, quaels 
chi [261] nun haun bsiing d'ariiflijnscha. (8) U quœla duonna 
hauiand disth drachmas : schella perda iina drachma, nun iui- 
da ella iina liiisth & scua la chiêsa & scherchia cun diligijntia 
inôna chella Tachiatta ? (9) Et cura chella Tho acchiattêda, 
schi clam[m]' ella sias cumpagnauns (sic) & uischinas, dschant 
's allegro cun me, per che eau hae acchiatô la drachma la 
quaelach' eau hauaiua perts. (10) Et uschia dich eau â uus : 
uhé uain ad esser algrezchia in schil auaunt fs aungels da 
dieu dad iin pchiêder chi imgiura! (11) Et dis: iin schert hum 
ho hagieu duos filgs (12), & Ig' giuuen da quels dis agli bab; 
Bab, dô â mi la part de la roba, quasla chim uain. Et el par- 
tit ad els la roba (13). Et dsieua brichia bgiers dijs, hauiand 



L*G EUANGELI SEGUOND SAING LUGAM 277 

Vg filg plu giuuèn tuot trat insemmel, schi es el tirô uia dau- 

end in lin paias da lœnsth, & allô uiuand el sthlaschédamang 

ho dsthfat sia roba (14). Et dsieua chel hauet tuot trasatô, schi 

uen ûna granda fam in aqué paijas. Et el cumenzô ad hauair 

bsûng, (15) & tirô uia & s' matét â stêr cun iin cittadin daquel 

paias : & aquel Vg tramtét in sia maria, chel parchiûras l's 

pourcs, (16) & el aggiauiischêuadad implir sieu uainter de las 

crousas che Ts pourchs magliêuan, né alchiiin Vg déua agit. 

(17) Et siand turnô in se sues dis: quans bgiers famaigs da 

mes bab haun abundauntia d'paun, & eau pijr d' fam. (18) Eau 

uœlg stêp sii*& uœlg ir tiers mes bab, & uœlg dir agli : Bab, 

[262] eau hse pchiô in schil & incunter te. (19) Huossa nu sun 

eau deng da gnir clamô tes filg, fo me sco un da tes famaigs. 

(20) Et aluô sii & uen tiers ses bab. Mu siand aunchia bain da 

lœnsth, schi Ig' uezét ses bab, &. es amuantô cun compaschiun 

& curriand no tiers, schi s' bittô 1 intuorn Ig' sieu culœz & 

Ig' biitschô. (21) Et dis agli Vg filg : Bab, eau hse pchiô in 

schil & incunter te, né sun deng aqui dsieua da gnir clamô 

tes filg. (22) Et Ig* bab dis â ses famaigs : Purtô nô la prûma 

arassa & Ig' traie aint, & dêd agli un anilg in sieu maun& 

sckiarpas îlg pês, (23) & mnêd aqué uidilg ingraschô & Vg 

amazô & mangiain & stain leedamang, (24) per che aquaist 

mes filg era muort & es turnô uif, & era pers & es acchiatô. 

Et cumenzaun â stêr leeds. (25) Et ses plu uijlg filg era oura 

sii la cutiira, & cura chel uen, s'aprusmand â la chiêsa, schi 

udit el sunarœz & suttarœz, [2^] & clamô iin da ses famaigs & 

dumandô, che chioses aquellas fiissen. (27) Et aquel dis agli 

(éd. aglî): Tes frêr es gnieu, & tes bab, par che chel es gnieu 

saun & da buna uœglia, schi ho el amazô aquel uidilg ingra- 

schiô. (28) Très che aquel (s) fiit irô ne uulaiua ir aint. Et ses 

bab dimê es ieu oura & Tgaruêua. (29)Mu aquel arespondiant 

dis agli bab : uhé taunt ans serf eau â ti né m» hae surpassô 

tieu eumandamaînt né gio hsest mse dô â mi iin uzœl, ch' eau 

possa stêr leed cun mes amichs, (30) mu sco aquaist tes filg 

es gnieu, quel chi ho cun piitaunas (éd. su cù ptitana) magliô 

tia aroba, schi hsest tii [263] amazô aquel uidilg ingraschô. 

(31) Et el dis agli : Filg, tii ist saimper cun me & tuot l'g 

raieu es tieu. Et s' astuaiua stêr leed & s' allegrêr, perche 

aquaist tes frêr era muort & es turnô uif, & era pers & es ac- 

chiattô. 



27 s l'G EUANGELl SEGUOND SAINC LUCAM 

[annotatiuns] 
Drachma] un danêrualu(r)ta dad lia baz, u alonder intuorn. 

CAP. XVI. 

(1) Et el dschaiua er â ses discipulus : un schert hum era 

arick, qusel chi hauaiua un dispensadur, & aqueleschiûsô tiers 

el SCO quel, chi dstlifasches sia aroba. (2) Et clamô aquel & dis 

agU : Clie ôd eau da te ? Arenda quint da tieu ligner ohiêsa. 

Per cbe aqui dsieua nu poust plii ligner chiêsa. (3) Mu Fg dis- 

pensadur dis in se sues : Che daia eau fer, per che mes signer 

prain da me l'g uffici? Eau nu pos chiauêr, â Iraculêr m' tru- 

paick eau ; (4) eau sae ch'eau uœlg fer; che cura ch*eau sud 

prais giu deig ufûci che m' prendan in lur chiêsas. (5) Et 

(éd. Ee) uschia hauiand clamô scodiin dais debitaduors da ses 

patrun dschaiua agli priim : Quant hsest da dêr agli mieu pa- 

trun ? Et quel dis : Schient huornas d'œli. (ô) Et el dis agli: 

Prain lieu scrit & séze giu bôd & scriua schincquanta. 

(7) Alhuradsieua ad iiui otri : Et tu, qu[u]ant hsBst da dêr? Qusel 

chi dis : Schient stêra d' furmaint. Et el dis agli : prain tieo 

scrit et scriua otaunta (8). Et l'g signer ludô Tg chiatif dispen- 

sadur, par chel hauaiua fat pardertamang. Per che l's û\g8 

da aquaist muond sun plii uezs co Ts ûigs délia liûsth in la 

lur [264] generaciun.(d) El eau dich â uns : Fasché â uus 

amichs cun la melgiiista arichezza, che cura che uus gnis ad 

amanchiêr, che uignen ad arschaiuer uus ils perpétuels taber- 

naquels. (10) Aquel chi es fidel îlg plii pitschen, aquel es er 

in bgier fidel. Et aquel chi es chiatif ilg plii poig, aquel es 

er chiatif îlg bgier. (11) Schi uus dimê nun isches stôs âdeis 

illa melgiiista aroba, chi s'uuol âdêr d'uus da quella chi es 

giiista? (12) Et schi uus n[u]n isches stôs ûdels in aqué 

d'utii, aqué chi es uus chi uain â's ilg dêr ? (13) iingifm 

famailg nun po seruir â duospatruns: per cheu chel uuol ailg 

iini mêi & alg ôtri bain, u chel uain â s'apuzêr uia alg iini & 

â slhbiiêr liôter. Vus nu pudais seruir â dieu & â la roba. 

(14) Et aquaistas chiôsas tuottas udiuan er Ts phariseers, 

quaels chi eran auaricius & ariauen del. (15) Et el dis ad els : 

uus isches aquels chi faschais uus suessagiùsts auaunt la lieud, 

mu deus cugniouscha uos cours. Per che aqué chi es da 

granda stima â la lieud uain spladieu auaunl dieu. (16) La 

lescha & Ts profets infina à loannem : & da que tijmp 



l'G EUANGELI SEGUOND SAINC LUCAM 279 

innô nain predgiô Tg ariginam da dieu, Si inmiinchia fin fo 

forza in aquel. (17) Mu elg es plu lef, che Tg schil Sa ia terra 

passan uia co che crouda tin sul puoinck de la lescha. (18) 

QusbI chi lascha vi siamugliér & prain uirôtra, curaetta adul- 

têri : & aquel clii prain iina arafûdêda dalg marid cumetta 

adultêri [265]. (19) Ëilg era Un schert hum arick, qusel 

chi s'uestiua d*purpur et d'saida, et inmûnchia di uiuaiua 

splainamang. (20) Et era er iin schert tracuot qusel chi 

hauaiua num Lazarns, qusel chi giaschaiua dspera la porta 

da quel & era plain d'bignuns, (21) & aggiauiischêua da s*asa- 

dulêr de las mieulas chi turaêuan giu de la niaisa delg arick : 

mu er Ts chiauns gniuan et lanschaiuan ses bignuns. (22) Et 

es dchiappô che Tg tracuot (éd. dracuot) es rauort et es purtô 

dels aungels îig arauuoilg da Abrahse. Ëtesmuort er Vg arick 

et es seppulieu. (23)Et stand in inûernîlgturmaint&hauiand 

uzô sii ses œilgs, schi uezet el Abraham da lœnsth <k Lazarum 

in sieu arauuoilg (24j. & el clamand dis : Bab Abraham, hê- 

giast misericorgia d*me, & trametta Lazarum, chel tainscha 

iin pô oura sum sieu daint in l'ouua & arfraisthchia raia leaun- 

gia, per che eau uing marturiô in aquaista âamma. (25) Et 

Abraham dis : filg, t'algorda che fil hses arfschieu tieu bain 

in tia uitta, & sumgiauntamang Lazarus Vg sieu mêl, mu huossa 

giôd^el aqui cusullamaint, 6l tii uainst marturiô, (26) & sur 

tuot aqué, traunter nus & uus es fat iina granda triina, che 

aquels chi uœglian ir uia nu poassan ne er daconder gnir 

aqui nô. (27) Et el dis : Eau dimê t'arou te, bab, che tii tra- 

mettas aquel in la chiêsa da mes bab. (38) Che eau hsB 

schinc (éd. lisesc hnic) frars, par che detta testi-[286]- mu- 

Qiaunza(éd. testinuniaunza) ad eU, ch'er els nu uignen in aquaist 

lœ delg martuori. (29) Abraham dis agli : Els haun Mosen & 

Ts profets, é daien udir aquels. (30) Et el dis : Nà, bab 

Abraham : dimperse schi iinqualchiûn dais morts gies tiers 

els, schi gnissen é ad imgiurêr. (31) Et el dis agli: Sch'els nun 

ataidlen Mosen & Vs profets, schi nu craien é er, sch'iinqual- 

chiiin dais muorts ariisustâs. 

ANNOTACIUNS 

Dispensadur] maister da chiêsa, schlarêr. Chiauêr] zapper 
las uignas. In lur generacium] in lur grô. 

(A suivre,) Jacques Ulrich. 



LOU DSUETON DE PLITONCOURT 



Lou champeyiajou doù cliouché 

III 

I dson que lou cliouché déir andruet é-t'antsicou. 

Que que Tayié construit ére in étrou mistsicou : 

De cachette pertout et pertout de recoin ; 

De puelostre ébrechuet ancombrovan loù coin. 

En guisa de couvar étsé ina terrasse 

Que gin de Toncourtois vouglié que se défasse. 

I gni courié dessi per allô prendre Tar, 

Que de vie rat tsoùlâ où ban loù mueron nar ; 

Et le gnioque aglioù tour chantovnn glioù complinte, 

Et rûra en zM soùflan zM mécliove se plinte. . . 

L'arba z'iajié poùsso e fa in dri gazon 



LES DICTONS DE PLITONCOURT 



Le pâturage du clocher 

III 
On dit que le clocher de Tendroit est antique, — que c'était un 
être mystérieux qui l'avait construit : — (il existait partout) des re- 
coins et des cachettes ; — des colonnes brisées encombraient les an- 
gles. — Il y avait une terrasse à la place du toit — qu'aucun Pliton- 
courtois ne voulait qu'on démolisse. — Pour y prendre l'air, il n'y 
allait dessus — que de vieux rats de tuile, ou bien les chats noirs, 
— et les chouettes à leur tour y chantaient leurs complaintes, — et 
le vent mêlait ses plaintes en y soufflant.... — L'herbe y avait 
poussée drue et fait un gazon — qui ne craignait jamais ni taupes, 
ni vers ; ~ mais pour aller faucher ce gazon, voilà la difficulté. — 
Bon Dieu! que cela fait pitié d'être si imbécile! — que le maire di- 
sait au conseil assemblé : — vous êtes des nigauds ! vous vous res- 



LOÎJ DSUETON DE PLITONCOURT 281 

Que ne cregnié jamé gniuet darbon, gniuet veson ; 
Mai per Tallo seyié viqula lou dsuefueçuelou ! . . . 
— Mon Dsél qu'izia puedô d'être tant imbueçueloul 
Que lou maire fésié où conseil assemble : 
Vous esso de berlô I Toù vous vous ressemblol 
Allon, vejon in p6u crûso-vous la çarvella 
Tas de poplantoùki ! kichon de tartavella ! 
Ossuetôu qui fù dsuet se dresse Tadejoint 
Fa dsin ar in inspuero; « Muet j'é trouve lou joint, 
Prenâ lou vio banal délia mère Trimbarba 
Lomout si lou cliouché où champeyiera Tarba?. . . o 
Pendan que Tagniuemar ère éto se cbarché, 
Lou couvroù deir andruet monte si lou cliouché. 
Lastou et voulâ, ma fâ, cueme ina pipigniola 
Oùir attache où travon ina groùssa tagniola ; 
Où z'i posse ina moglie en chavenou bian doù 
Et fa in nond coulan qu'où posse où couâ doù boù: 
« Zoù, ménô, qu'où glioù dsi, allon point de perâse I 
Isso lou boù plan plan de poù qu'où s'étrangliâse ? 
1 fo vous dépaché, betto-vous achichon ; 
Crachez-vous dsan le man . . .Et viquia lou mouchon ? » 



semblez tous. — Allons, voyons un peu, creusez-vous la cervelle, — 
gens qui ne savez pas vous retourner, tas de nigauds * ! — Aussitôt 
que cela fut dit, l'adjoint se leva — dit d'un air inspiré: « Moi, j'ai 
trouvé le biais ; — prenez le taureau banal de la mère Trimbarbe*, — 
il pâturera l'herbe là-haut sur le clocher ! » — Pendant qu'on alla 
chercher Tanimal — le couvreur du village monte sur le faîte. — 
Leste et agile, ma foi, comme un coccinelle — il attache à la panne 
une grosse poulie, — il y passe un câble en chanvre bien peigné — 
et fait un nœud coulant qu'il met au cou du taureau. — a Zou ! ca- 
marades, leur dit-il, secouez la paresse, — Hissez le bœuf tout dou- 
cement, de crainte qu'il s'étrangle. — Il faut vous dépêcher, baissez- 
vous sur vos talons ; — crachez dans vos mains. . . Et voilà le bout 

* Poplantoùki^ littéralement empalés par derrière ; au figuré : ânes 
chargés de perches. 

' Il y avait à Plitoncourt le four banal, le taureau banal appartenant 
au seigneur de l'endroit.- Les habitants étaient forcés de cuire le pain 
dans ce four et de conduire leurs vaches au taureau du seigneur. 



têt Lût DSUETON DE PLITONCOURT 

Alor sié d'entre z'ellou arrapon dri la corda: 
Et yin, et doù, et trâ. . . Oà monte cueme borda 1 
Mai à méto chamin netron poùrou belon 
N'en tsuerove la linga où moins dâin pië de long. 
a Oh! oh! fuet Tadejoint, en se tourdan de rire, 
En pican d'elle man et d*otre choùse pire ; 
. Jamé je n'arin crà chez lui tant de dési, 
Cueme oùir e t'impacian, cueme 6uir a de plési! 
Vàde don, Tagniuemar, i bian dsan sa natura 
De Youlé champeyié quella bouna verdura! 

Lou soulft mochuro 
VI 

O bio soulâ ! 

Dsuevin cboulâl 
D'oùjourdâ ne te trovon sombrou. 

Que t'é que t'o ? 

Van otse mo ? 

Ta t'é tombo 

Dessi lou no 
Ina charreto de décombrou ! 

Loù Toncourtois 

Sont où z' abois 
De vâre quella tache nàre, 



du c&bl»t n -^ Alors six d'entre eus empoignent la corde vivement. 
— Et an» et deux, et trois. . . le bœuf monte comme une barbe (de 
blé). — Mais à moitié chemin notre pauvre ruminant — tirait la lan- 
gue au ix^oins d'un pied de long — « Oh ! oh ! dit l^adjoint à se 

tordre les côtes, — en frappant dans ses mains et d'autres choses 
pires (encore), — jamais je n*aui'ais cru autant de désirs chez lui, <- 
comme il est impatient, combien il a du plaisir ! — Voyez donc, c'est 
bien dans la nature de cet animal — de vouloir paître cette bonne 
verdure ! ... » 

Le soleil macharé 

IV 
beau soleil ! -- divine lampe ! -~- aujourd'hui nous te trouvons 



LOil DSOETON DE PUTOîfCOURT «M 

nom dsin mt \ 
Té lou bourra, 
Loù criera t.. . 

lue fera 
Bettoù quUn brison de famàre ! 

N'ont pli d'argent 
Et bonne gent 
Loù z'impô per nous seran pirôa : 

1 bian la un 
Ne n'aron gin 
De blo, de vin, 
Gniuemé de fen, 

Pognié in quinte de revîrou ! 

In conseglié 
Qu'é touneglié, 
S'en va trouvo Mon^ié lou Maire : 
Tout éperdsi, 
» Bonjour, gli ds^i, 
Seron perdsi 
Bettôu pandsi... 
S*où raste insuet lou réverbère 

Monsié sir Lonjon tout ému 
Fu suet sési qu'où restuet mû ! 



sombre, — Qu'est-ce que tu as? — où as- tu mal? — t'est-il tombé 
-- sur le nez ^<- une voiture de décombres I 

Les habitants de Plutoncourt — sont aux abois — de voir cette 
tache noire. — nom d'un rat ! — sont-ce les nuages, — les scélé- 
rats?.., — cène sera — peut-être qu*uQ peu de poussière! 

Nous v'avoDS plus d'argent, — et, bonnes gens, — les impôts 
seront très lourds pour nous ; — c'est bien la fin, — nous n'aurons 
point — de vin, de blé, — de foin non plus, -^ pas même un quintal 
de regain I 

Un conseiller (municipal) — qui est tonnelier — s'en va trouver 
Monsieur le Maire ; — tout éperdu: — Bonjour, lui dit-(il) — (nous) 
serons perdus, — pendus, peut-être. . . — si le réverbère reste ainsi ! 

Monsieur Sir' Longeon, tout ému — fût si saisi qu'il (en) resta mnet ! 



2«4 LOÙ DSUETON DE PLITONGOURT 

Alla fin où versuet de lorme 
Que griapésîran se z'alorme ; 
Pomin n'ére po rassuro 
Vejan lou soulâ machuro, 

— Jésu I Mario ! que fo-t-é fére ! 

— D'abor in bon coup ne fo bére, 
Apre ne sera mié permi 

D'allo consulto loù z'amî. — 
A son bon vin rendîran groce 
Et dessendiran si la ploce. 
Quand i lou vîran, i z'ia puedô ! 
I vouglian toù lou lapuedô. 
Glin beplove de sa voix forta : 

— « Ce qui né z'arrueve i sa fota ; 
En dépâ lou chamin de far, 

Tout ce qu'étsé blanc devian nar ; 
I de lui que quelle machuene 
Ant trafouro netre coumuene. » 
Ina bejiota gli fésié : 
« Où ne va jamé prejé Dsé ! 
Et s'où va per prendre se z'ése, 
I n'e pardsuetpo dsan TEgliése... » 



— il versa des larmes à la fia — qui lui dissipèrent ses alarmes ; — 
néanmoins (il) n'était pas rassuré — (en) voyant le soleil mâchuré. — 
Jésus I Marie I que faut-il faire ! — d'abord (il) nous faut boire un 
bon coup, — après nous serons mieux à même — d'aller consulter 
les amis. — Ils rendirent grâce à son bon vin — et descendirent sur 
la place. — Quand (les gens) le virent, cela fait pitié, — tous le 
voulaient lapider ; — Tun de sa voix forte beuglait : 

Ce qiii nous arrive, c'est sa faute, — car depuis que le chemin de 
fer est fait — tout ce qui était blanc devient noir ; — c'est par ses 
agissements que ces machines — ont traversé notre commune. » — 
Un (vieille) bigote leur disait : — « Il ne va jamais prier Dieu ! — 
et s'il va pour prendre ses aises, — ce n'est certes pas à Téglise... » 

« Paix, leur dit Monsieur Sir' Longeon, — En faisant faire le 
moulinet à sa canne : — Apaisez donc vos colères — ou d'être 
(votre) maire je renonce — Le soleil peut se nettoyer ; — allez cher- 
cher le marguilier, — malgré qu'il soit jeune encore — c'est le plus 
madré du village. » 



LOÙ DSUETON DE PUTONCOURT 285 

« Paix ! Glioù fa Monsié Sir Lonjon 
En fassan tournejé son jonc : 
Ranguéno don v outre coulère, 
Où je renonçou d'être Maire. 
Lou soulâ poù se netteyié 
Âllo charché lou maniglié. 
Mogré qu'où seje juénou d'ajou 
I lou pli f\ie\ià doù vuellajou. o 

Or, Peglion, fré cueme in couki 
Avè se chosse route où ki... 
Arruevuet sans se feré attendre : 
— Cueme-t-é qulfo me z'i prendre 
moù bon z'ami I Quinquessin ! * 
Qu'où glioùdsuessuet — dsin ar de sint. 
Allo me quorre de ficelle 
Avé n'apondrons-de z'échelle ; 
Où ban féde ina jiota tour, 
Brovou abuetan de Plitoncourt? — 

T'o Tar de parlo^ mai t'ameye, 
Te poù allo anchon te feje, 



Or, Peillon, frais comme une primevère jaune, — avec sa culotte 
déchirée au derrière, — arriva sans se faire attendre : — « Gomment 
faudra-t-il que je m'y prenne, — ô mes bons amis, /|u*est-ce que 
c'est?... * — leur dit-il d'une voix de Sainte-n'y -touche, — allez 
me quérir de la ficelle, — nous attacherons des échelles (à la suite 
l'une de l'autre) — ou bien construisez une tour élevée — braves 
habitants du village ?. . . » 

— Tu as l'air de parler et tu ne dis rien qui vaille I — tu peux 

• Quinquessin : Allusion à une chanson bourguignonne : 

Quinquessin, mon ami !. . . 

— Savez-vous bien que ma femme est morte 1 

— Laquelle? 

— Celle qui faisait du tapage à la maison; 
Puisque la coquine est morte, 

Elle ne mettra plus d'eau dans mon vin I 



têû LOÙ DâUETO:^ DE PLITONCOURT 

Où ban baglié ton pan benâ 
Car te porle cueme in bena ! •* 
Insuet g^li fuet Jan la Berglière, 
Que gliove ia paquet de mayiere : 
— Qu*en penso-vouSy dsuete mené ! 
Où vft po pli long que son no ? — 

Lou conseglié dsi : (0 merveglie I) 
« Adsuete toute le baregiie ! 
Giiuena si Totra ampuelari 
Et pâ dessi vous montari ; 
N*oùbliyié po voutron grand couivou. 
I fo avô que je vous suivou : 
Avé de iessi bian coula 
Ne biyaron netrou soulâ ! — 

-~ Bravo ! repondsuet Jan Cliaquetta 
En fassan soùto sa casquetta : 
Tsuet te seré délia Sint-Clior 
Te tsuere bian le choùse où clior I 
Per iquian i gnia gin d'entrove. 
Descendâ toù dsan voutre cove ; 
Et charché dsan loù loù ceglié 

Le baregiie àlioù touneglié? -- 



aller mener paître tes brebis — ou bien offrir ton pain bénit — car tu 
t*exprime comme un bénet ! — ainsi lui dit Jean le Simple — qui iiatt 
un paquet d echalas : — Qu^en pensez-vous, dites, camarades ! — il 
ne voit pas plus long que son nez ? 
« Le conseiller dit : (0 merveille !) — apportez tous les tonneaux, 

— vous les empilerez l'un sur l'autre — et puis vous monterez (au) 
.dessus ; — n'oubliez pas votre graud balai . . — Il faut également 

que je vous suive : — avec du lessif bien moelleux, -^ nous lessive- 
rons notre soleil I 

— Bravo I repondit Jean Garde, en faisant sauter sa casquette : — 
toi, tu seras de la Saint-Clair, — car tu parles bien clairement! — 
dans vos caves descendez tous ; — pour cela il n j a pas d'entraves, 

— et ramassez dans vos celliers — les îdti des fabricants de ton- 
neaux ? — 

Aussitôt que la pile fut achevée — tous (les) trois sans se faire de 



LOÎJ DSUETON DE PLITONCOURT t«7 

Suetoù que fu flgnia la puela, 
Toù ira sans se feré de buela, 
Enroupo deglioù perdessi 
Qropligliran jesqu'où dessi ; 
Mai moleur vé te ferë fiche ! 
— Lou tron doù bon Dsë loù z*éqaichel 
Fuet lou maniglié : - Ne sont ce... 
Manque Toteur dsin barricô ! 
Et pli for glioù fésié : a Canaglie ! 
Monto-ne incore ina fûtaglie? — 
Lou Maire repondsuet : « Bian vrâ ! 
N*ont pli de fût, i sont toù prâ... 
Cuema t-é qu*i ne foudra fére ? » 

I t'ésia delloù satsuesfére, 

Fuet Tadejoint tout argougliou : 

Prenon lou dessè... — Patafloù I... , 

Mbri d^Exilac. 



(la) bile -^ de leur par-dessus enveloppés, — (ils) grimpèrent jusqu'au 
faite ; — mais (ô) malheur ! va te faire fiche ! — le tonnerre du bon 
Dieu les écrase, — dit le margailler. . . Nous som'mes refaits ! — (U) 
manque la hauteur d'une feuillette ! — et plus fort leur disait : Ca- 
naille, montez nous encore un tonneau? — Le maire répondit: vrai- 
ment! — Il n*y a plus de futaille, elle est toute empilée. . . — Com- 
ment faudra- t-il faire ?» — « il est aisé de les satisfaire, — dit 
orgueilleusement l*adjoittt : — prenons la futaille de dessous ! . . . » 
PaUtiasI... 



I 



CHRONIQUE 



Notre confrère et collaborateur, M. Maurice Grammont, vient d'ob- 
tenir un prix à Tlnstitut, pour son livre si intéressant et si apprécié 
sur la Dissimilation consonantique dans les Langues Indo-Euro- 
péennes. 

Société agricole, scientifique et littéraire des Ptrbné es- 
Orientales. — La Section des Lettres ouvre un Concours pour Tan- 
née 1897. Voici le programme : 

1® Poésie française, sujet facultatif de 40 à 200 vers ; 

2o Nouvelle, conte ou description, ayant trait à un sujet local, 
^ujet facultatif en prose française de 50 à 500 lignes' ; 

3o Monographie locale, sujet facultatif en prose française. 

Les prix décernés consisteront en médailles. 

Il ne sera tenu compte que des compositions écrites sur le recto. 

Les ouvrages devront être adressés à M. le Président de la So- 
ciété avant le 15 octobre 1897. Chaque composition non signée, de- 
vra se rapporter à une enveloppe cachetée, contenant le nom, 
l'adresse et la signature de Fauteur ; ces désignations seront rem- 
placées par une épigraphe, si Fauteur désire garder Tanonyme. Ex- 
térieurement, Tenveloppe portera le titre de Touvrage. Les manu- 
scrits ne seront pas rendus. 



Le Gérant responsable : P. Hamblin. 



CONTRIBUTION A L ETUDE 

DU LANGUEDOCIEN MODERNE 



LE PATOIS DE LÉZIGNAN (Aude) 
{Dialecte Narbonnais) 



(Suite) 
TRAITEMENT DES CONSONNES^ 

CHAPITRE V 



Gutturales : C, Q, G. 
C. 

P C + A, 0, U (C vélaire) 

56. A. — C -j- A initial reste intact, 

cauam cabo cave 

carum car cher 

castellum castel château 

cathedram cadièro chaise 

*capum cap chef 

57. Exceptions. — Caballum a donné chabaL * Camtna- 
riam a donné chiminhho. Le c est encore représenté par ch ^ 
dans le mot chamhèro qui est un emprunt au français. 

* Nous avons adopté en général pour le Cortsonantisme l'ordre de M 
BotiRciEz dans sa Phonétique f^œnçaise (Paris, Klincksieck, 1889), ordre 
déjà adopté par M. Devaux dans son ouvrage Essai sur la langue vul 
gaire du Dauph. sept, au Moyen-Age, Paris, 1892. Nous l'avons quelque 
peu modifié à l'occasion. 

' Pour la prononciation de ch initial cf. ch. m Les sons et leur nota- 
tion^ in fine. Autres mots avec ch inital: chaupi (fouler aux pieds) chau 
Wû, fr. chômer, charra (bavarder) chautchas (flaque d'eau) etc. Pour ci 
venant de s initiale, cf. au traitement de s initiale. En dehors de l'initiaL 
nous nous sommes décidé à écrire tch qui représente mieux le véritabL 
son que tj. 

TOME X DE LA QUATBIBMB sitRIB. — Jmllet-AoÛt 1897. 19 



290 LE PATOIS DE LÉZIGNAN 

C initial -{-a s'est affaibli en ^a dans le mot gat=^ lat. vulg. 
cattum (cf. it. gatiOy esp. gato^ cat. gat) 

Ca 8*est encore affaibli en ga dans le mot gabio = caueam 
et dans son dérivé gajely sorte de cage à barreaux de bois. Il 
s*est affaibli aussi — probablement par un phénomène de pho- 
nétique syntactique ^ dans le mot ganibo (gros couteau) em- 
' prunté au français. 



58. B. — 


Ca appuyé en 


latin reste 


dur dans le dialecte 


lezignanais. 










arcam 


arco 


arche 




barcam 


barco 


barque 




*brancam 


branco 


branche 




buccam 


bouco 


bouche 




uaccam 


baco 


vache 



59. Si Tappui au lieu d'être latin est roman, le traitement 
est différent. 

V d^ca = tch et ; (après une nasale un élément dental 
très faible s'introduit dans la prononciation entre n et y.) 



iudicare " 
manducare 
praedicare 
*uindicare 


j utcha 
manja 
pretcha 
benja 


juger 
manger 
prêcher 
venger 


2* n'cum = nj et nch. 






diem dominicum 
*manicum 


dimenje 
manche 


dimanche 
manche 


3» r'ca — g. 






* carricare 
amaricare ^ 


carga 
amarga 


charger 
(être amer) 



Nota. — Le groupe roman te ne se modifie pas dans : 
collocare coulca coucher 



* Fabricam, a donné far go dans TAriège ; il faut sans doute voir un 
dérivé de ce mot dans l'expression narbonnaise malfargat = mal accou- 
tré, lat. maie fabricatum. 



LE PATOIS DE LEZIGNÂN 291 

60. G. — CA INTERVOCALIQDE. — Ca précédé d'une vo- 
yelle passe à g ; quelquefois il devient L 

amicam amigo amie 

^ficam âgo âgue 

lactucam laitugo laitue 

locare loq,ga louer 

necare (?) nega nojer 

spicam espigo épi 

Il faut remarquer que, quand ca est précédé de i (latin ou 
roman), le c tend à passer à t et à se confondre avec Tt qui pré- 
cède. 

secale sial seigle 

On entend de même quelquefois fiyo à côté de figo et même 
hraios à côté de bragos. 

61. Exceptions. -* Micam ne donne pas migOy mais mtco. 
Les mots composés dont le primitif était terminé par un c fi- 
nal n'affaiblissent pas ce c en composition. Ex : trauca (trouer) 
de troue ; enraucaty (enroué) de rauc, etc. 

20 C + 4- U 

62. A. C -\- -\-\]. — Reste intact en syllabe initiale. 

collum col cou 

coquere kèire cuire 

cordam cordo corde 

corium kèr cuir 

curam euro (besoin) 

Par exception il s'est affaibli en g dans le mot gorp = co- 
ruum. Ce mot doit d'ailleurs s'être confondu avec gorp * = 
corbem. 

Par exception aussi il est passé au son ii dans le mot tioul 
= culum. {Ti est passé à ch dans la partie occidentale du dé- 
partement de TAude où l'on dit chouL) 

63. C + U APPUYÉ. — Quand c suivi de u est appuyé, le 
traitement diffère suivant la consonne qui précède. 

* Gorp est le nom de la hotte qui sert à porter les raisins. Gofpejaire 
= celui qui porte la hotte, gorpeja = porter la hotte. 



292 LE PATOIS DE LEZIGNAN 

1* ncum * donne ; ou ch. 

canonicum 

* monicum 
diem domînicum 

* manicum 
2* (Tcum, fcum donnent tch. 

* fidicum 
mansionaticum 
siluaticum 
uiUaticum 

3* r'cum = rg. 
clericum 
uerecundiam 



canounje 


chanoine 


mounje ' 


moine 


dimenje 


dimanche 


manche 


manche 


fetche 


foie 


mainatche 


enfant 


saubatche 


sauvage 


bilatche 


village 



cierge ' clerc 
bergounho vergogne 



C -}- 0, V, INTBRVOCALIQUB 

64. 1* Dans les mots où le groupe eu porte Taccent c passe 



^9' 



* acuculam 


agulho 


aiguille 


* acutiare 


aguza 


aiguiser 


nec unus 


digus 


(personne) 


securum 


segur 


sûr 



2® Lorsque c est après Taccent, il tombe dans les mots 
comme 

* facunt fan ils font 

* faco fau je fais 

C FINAL 

65. 1^ Le c final de la terminaison latine ac disparaît sans 
laisser de traces dans les mots : 
illac la 

ecce hac sa* 

Mais il passe à i dans l'impératif fai = fac. 



* Le traitement de n' cum = rg semble se retrouver dans le mot de- 
margat, littéralement démanché^ lat. * demanicatum. 

2 Moine à chauffer le lit. 
» Enfant de chœur. 

• Usités dans les expressions en sa, en la. 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 293 

2<* C anal latin après o tombe dans les mots : 
eccum hoc ako (cela) 

hoc (o^O 

3^ C devenu final en roman après a, o, ou après une diph- 
tongue se maintient et reste dur. 

focum foc feu 

iocum joc jeu 

lacum lac lac 

Iocum loc lieu 

raucum rauc rauque 

paucum pauc peu 

Cf. encore mèuc {faire mèuc en parlant d'un fusil signifie 
rater) trauct etc. 

66. 4^ Le c double devenu final en roman est passé naturel- 
lement à c simple et esi resté sous cette forme : 
beccum bec bec 

saccum sac sac 

siccum sec sec 

5® C devenu final en roman après w, r, reste dur au singu- 
lier : 

* bancum banc banc 

porcum porc porc 

Il disparaît au pluriel, parce que la langue se refuse à pro- 
noncer un groupe de trois consonnes et on apors, bans, etc. 

C PALATAL (C + E, I) 

67. Initial. — Dans les mots où c initial est suivi de e, i, 
il passe à la sifflante dure s : 



caelum 


sèl 


ciel 


cementum 


simen 


ciment 


centum 


sent 


cent 


ceram 


siro 


cire 


cibatam 


sibado 


(avoine) 


cinerem 


sendre 


cendre 



68. C palatal appuyé. — Si Tappui est latin, c passe à la 
siflîante dure. 

uincire bensi (venir à bout de) 



294 LE PATOIS DE LEZIGNAN 

Toutefois si la consonne sur laquelle s'appuie le c est /, la 
sifflante est douce au lieu d'être dure : 

mulcire * mouzi (traire) 

Si Tappui est roman, c passe également à la sifflante douce. 

*ilicinam auzino yeuse 

pulicem piuze puce 

* puUicellam piuzèlo pucelle 

salicem sauze saule 

69. Dans les mots * dodecim^ tredecitn, sedectm^ où le groupe 
roman est composé d'une dentale, plus une gutturale, la com- 
binaison de donne ts. 



* dodecim 


doutse 


douze 


sedecim 


setse ' 


seize 


tredecim 


tretse 


treize 



C PALATAL INTBRVOCALIQUB 

70. C palatal intervocalique passe à la sifflante douce z. 
* cicerem séze (pois chiche) 



lucire 


luzi 


luire 


placere 


plazé 


plaisir 


racemum 


razin 


raisin 


uicinum 


bezi 


voisin 



71. Le traitement de c double devenu intervocalique dans 
les composés de ecce^ eccum^ est soumis à des lois différentes. 

Ecce hic donne les deux formes suivantes : aisi et aicht, s 
étant passée à ch après i, suivant une tendance constante de 
notre dialecte. 

De même ecce istum donne atcheste et plus rarement atse^/e. 

Les composés de eccum, au contraire, donnent les formes 
en c dur suivantes beaucoup plus usitées : 

eccum istum akeste 

eccum illum akel 

eccum hic aki 

» Cf. le mot dérivé moulzéire (sobriquet.) 

* Mais undecim = oimze^ à cause de la nasale. 



LE PATOIS DE LÉZIGNAN 2{ 

Ainsi donc c double intervocalique passe à s (ch) quand 
appartient à la forme ecce et reste dur quand il appartient 
la forme eccum. 

72. C des paroxytons latins devenu final passe au son ts. 

perdicem perdits perdrix 

crucem crouts croix 

decem dèts dix 

uocem bouts * voix 

Il faut remarquer à propos de ces exemples que les final< 
se renforcent en général dans notre dialecte ; c'est ainsi qi 
nous avons ici ts, au lieu de s douce. 

73. CI. — CI donne s dure. 



* calceam 


cause 


chausse 


* ericionem 


airisou 


hérisson 


* maccionen 


masou 


maçon 


* mordacias 


mourdàsos 


(pincettes) 


* peciam 


peso 


pièce. 



Nota. — Achium est devenu az dans bracchium = bn 
{Laqueum n'a pas laissé de traces). 

74. Passage de C a U. — Ce phénomène se remarque dar 
quelques mots seulement. Il s'observe dans les deux moi 
Jaume * = lacobum^ * lacmum^ et dans graulo (corneille) = 
* graculam. 

Enfin, peut-être faut-il voir dans le mot lauzert = lacertum 
(Cf. cat. Uauert) un développement adventice de u devant c 

Groupes CR, CL, CT 

75. A. — 1« CR initial reste tel quel \ 

crimen crime crime 

crinem crin crin 

' Forme empruntée au français : boues. 

* San Jaume, nom d'une métairie à quelques kilomètres de Lézigna i 
^ Exception gras comme en français. Cf. aussi le mot grapaul = ' 
crapaud. 



296 LE PATOIS DE LÉZIGNAN 

2* CR intervocalique s'affaiblit en gr. 

acrem agre aigre 

macrum magre maigre 

* uiDum acrem binagre vinaigre 

3* Mais le c du groupe cr est passé à t dans Tinfinitif des 
verbes. 

coquëre (cocëre) kèire cuire 

facere faire faire 

*' placëre plaire plaire 

76. B. — 1** CL initial reste. 

classicum clas glas 

clauem clau clef 

clauellum clabel ' (clou) 

2* Dans le groupe sel, cl reste également intact, 

masculum mascle mâle 

Cf. encore muscle ^= musculum, moule. 

3° CL intervocalique donne / mouillée (/A). 

apiculam abelho abeille 

auriculam aurellio oreille 

maculam malho maille 

CL intervocalique s'est affaibli en gl dans le groupe cl de 
eeelesiam et est devenu initial : glèizo = {€c)clesiam *. 

77. L mouillée {Ih) provenant de c/ s'est asséchée quand elle 
est devenue finale suivant une loi constante de notre dialecte 
(cf. infra : traitement de /). 

C'est ce qui fait que le c du groupe cl n'est plus reconnais- 
sable dans les mots comme t7'èl = toreulum, * iroculum (cf. 
§ 40, n), fenoul =: fenueulurn,jinoul = * genuculum, etc. 

GT 

78. — Le e est passé à t dans ce groupe. 

* coctare (se) couita (se hâter) 

coctum kèit cuit 

dictum dit (pour dtit) dit 

* Cf. aussi le mot rèino-glôdo = fr. reine-clatAde . 



LE PATOIS DE LÉZIGNAN 2f7 

factnm fait fait 

* lactem lait lait 
noctem nèit nuit 

Le groupe et a donné tch et tt dans quelques mots *. * Pec- 
tinem = penche avec n adventice. Ct, encore frutto (rare) = 
les fruits, patcho = pactam (rare). 

Le c du groupe net a disparu sans laisser de traces dans le 
mot sant = sanctum , 

Mais net est passé à nch dans les mots : unctam = uncho 
(nom verbal de uncha inusité) ; punctam = pouncho (r^e), de 
pouncha (usité). Punto est d'ailleurs plus fréquent et est ex- 
clusivement employé pour désigner un clou. 

se 

79. Pour le groupe se le traitement est double : tantôt se 
final ou médial a été maintenu. 

*boscum bosc bois 

muscam mousco mouche 

uiscum besc (glu) 

Cf. encore frese (frais), clèseo (coquille du limaçon), desc 
(corbeille), etc. 

Tantôt se est passé à C5 et a été traité sous cette nouvelle 
forme comme x dont nous occupons ci-dessous : e s'est résolu 
en i, et 5 sous son influence est passée à eh. 

fascem faich faix 

* musc -\- alem mouchai • moucheron 
^pascuentiam paichenso 

piscem peich pois(son) 

uascellum baichèl ' vaisseau 

Ce traitement est constant dans les verbes en scere, 
crescere creiche croître 

cognoscere couneiche connaître 

* nascere naiche naître 

* Ct dans les mots français passés en patois s'est réduit uniformé- 
ment à tt, Dottou = docteur, atte = acte, ottobre, etc. 
3 On a aussi mouisal dans les dialectes voisins à Test, 
3 Foudre à vin. 



1 



298 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 



Enfin 8C est passé à la sifflante dure s dans quelques rares 
mots. 



descendere 
Muscinîolum 



desendre 
rousinhol 



descendre 
rossignol 



80. Des deux éléments qui forment a? (c -f- s) le premier 
passe à i (quand x est intervocalique) et le deuxième sous 
rinfiuence de cet i passe à ch, 

coxam kèicho et kèiso cuisse 

examen echan essaim 

fraxinum fraise et fraîche frêne 

laxare daicha et daisa laisser 

lixiuum lesiu lessive 



Final, il donne ch. 

buxum bouich 

* taxum taich 



buis 
blaireau 



Dans le mot sex où il était final en latin, il a donné nor- 
malement î, d'où la forme sieis. (Le fr. six représente une 
ancienne forme avec triphtongue sieis,) 

Dans le mot exagium une n s'est introduite devant s dure 
et on a les formes ensach (fr. essai) ensacha (fr. essayer). 

81. Dans le groupe x + consonne ^ x a été traitée comme 
s'il n'y avait pas d'élément guttural, c'est-à-dire comme s, 
d'où les formes suivantes. 



expressum 


esprès 


exprès 


extraneum 


estranje 


(le pajs) étranger 


*extranearium 


estranjè 


étranger 


*juxtum* 


joust 


(sous) 



82. Initial il reste dur et perd l'u qui l'accompagne toujours 
en latin. 



1 X des mots français est prononcée ts dans les mots qui sont passes 
en patois : etsemple =■ exemple, etsatt = exact, etsamèn, examen, etc. 



LE PATOIS DE LEZI6NÂN 299 



quaerere 


kèrre 


quérir 


quando 


kan , 


quand 


qui 


kî 


qui 


quid 


ke 


quoi 



Nota. — Quinque a donné sink ; mais quinque devait être 
passé de bonne heure à * cinque (cf. Dibz, I, 245, 1. 2). 

83. InterTocalique q passe à g, 

aequalem égal égal 

equam ègo 

*sequire segi suivre 

Après Taccent, il tombe ôdJïS coquere = kèire venant vrai- 
semblablement de "cocere. (Cf. couzino ^ fr. cuisine, lat. *eo- 
cinam pour coquinam.) 

Le mot aquam et son dérivé aquarium ont un traitement 
tout particulier. On sait que le traitement de aquam présente 
des difficultés dans la plupart des langues romanes. Nous 
n'essayerons pas de les résoudre à propos d'un de leurs plus 
modestes dialectes. Nous nous contenterons de remarquer 
que dans notre dialecte aquam a donné aigo ce qui confir- 
merait rhjpothèse *acquam. 

Quant à aquarium, il a été traité différemment encore : le 
q est passé à t et on a la forme aie = évier. (On a aussi la 
forme aièro^ ièro avec apocope, de aquariam.) 

G 

84. G INITIAL. — Devant a, o, m, il reste dur. 

gabatam gauto joue 

gallinam galino a. fr. geline 

*garbam garbo gerbe 

guttam gouto goutte 

85. Exceptions. — Jaune = galàt'num est sans doute un 
emprunt au français. Cambo = gambam nous représente, au 
contraire, un traitement tout différent du français. 

86. G initial devant e, i, s'affaiblit en 7. 

gelare jala geler 

* gemire jemi gémir 



300 LE PATOIS DE LEZIONÂN 

'^genucnlum jinoul genou 

gingiuam jeDJibo gencive 

87. G MÉDiAL. — G reste dur devant a, o. 

plagam plago plaie 

* dogam dougo * douVe 

Exception. — Ligatura a donné liât où g^ passé à t, s'egt 
confondu avec Vi qui précède. 

Devant e, t il s'est affaibli en 7. 

*legire leji lire 

Il faut noter Tétrange passage de ^ à ef dans andiah= an- 
guillam. 

88. G appuyé reste dur devant a (0), w. 

* aspargulum èspargoul asperge 
purgare purga purger 

Il passe à / devant e, t, 

marginem marje (tertre) 

89. Chute du G intervocalique. — Le g iatervocalique 
tombe dans les combinaisons a, e, U'{- g suivi de u, o. 

Ex.: coagulare caula cailler 

ego iéu je 

fagus faus hêtre 

tegulum teule tuile 

Il est tombé aussi dans magis (p. e. mage ?) qui a donné 
mai. 

GROUPES GR, GL, GN, etc. 

90. GR.— !• GR initial reste tel quel 

* granam grano graine 
gramen agran (chiendent) 

2** Dans l'intérieur des mots gr latin ou g'r roman restent. 

mille grana migrano grenade 

nigrum nègre noir 

pigrum pigre {rare) paresseux 

* On entend aussi douo avec chute du g. 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 301 

91. GL. — P Initial il reste. 

glandem glan gland 

gloriam gloryo gloire 

Exception. — Il s'est assourdi en cl dans clouco (poule qui 
couve) cloucado (nichée de poulets) qui se rattachent au verbe 
*glocire. (Cf. M.-Mbkb : 1,478). 

2» GL à rintérieur des mots passe à /mouillée (M). 

* strigilam estrilho étrille 
uigilare belha veiller 

3* GL appujé ne change pas. 

singulum single * 

* singluttum sanglout sanglot 
strangulare estrangla étrangler 

GM.— Dans le mot sagma ((ràyfta) le g remplacé par / a 
donné w, d'où sawmo (ânesse) Cf. Meybr-Lûbke, i,§.403, 5. Cf. 
aussi DiBZ, Gr, des L. R. I, pp. 54, 251. 

92. GN, NG. — Le groupe gn latin à l'intérieur des mots 
passe à n mouillée [nh). Il en est de même pour le groupe 
ng. 

plangere planhe plaindre 

pugnam pounho poigne 

* pugnalem pounhal poignard 

Le groupe gn passe à n double dans les mots : 

sanguinare sanna saigner 

signum sinne signe 

Gn doit s*être réduit à n dans le mot cognoscere^ puisque 
nous avons coMnewe dans notre dialecte. Cf. i ia.\ien conoscere 
et esp. conocer. 

93. GN devenu final en roman donne une n sèche, qui au- 
trefois était mouillée puisque les dérivés la rétablissent. 

pugnum pun poing 

stagnum estan étang 

* Raisin qui vient seul à l'extrémité d'un cep. 



302 LE PATOIS DE LÉZÎGNAN 

Dérivés avec n mouillée : pounhal, Estanhol, etc. 
NG devenu final en roman donne wc,d'après la loi générale 
qui veut que les finales se renforcent. 

longe lenc loin 

* sanguem sanc sang 

94. Enfin le groupe roman g% gU final s'est réduit à la 
dentale forte, sans que le g laissât de trace. 

frigidum fret froid 

digitum det doigt 

rigidum réte * raide 

Mais on a * brugitum = brutch^ cf. fugit = futch, 

GI. — Ce groupe passe à tch dans les rares mots latins 
où il se trouve. 

exagium ensatch essai 

horologium relotche horloge 

I 

95. I était semi-consonne dans certains mots latins. Initial 
ou intervocalique, il est traité dans notre dialecte comme en 
français et donne ;. 

deiam déjà déjà 

*iectare jita jeter 

iocum joc jeu 

Il s'est renforcé en ch dans chèzm, chez = lesm, qui est 
une formule d'exclamation. 

96. Devenu final en roman, il s'est maintenu sous forme de 
i (voyelle, deuxième élément d'un diphtongue) dans : 

maium mai mai 

97. I est surtout intéressant comme deuxième élément de 
certains groupes ; nous avons vu déjà les groupes a, gi\ nous 
verrons plus loin les groupes/)!, di, bi, etc. Il s'est d'ailleurs 
résolu quelquefois en voyelle dans les groupes a*, si, di, H, 
comme nous l'avons vu au ch. III, §, 70. 

* Ayec voyelle d^appui. 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 303 



CHAPITRE VI 




DKNTALBS. — T, D, S, 


Z. 


T 




98, Initul. — T initial persiste. 




terram terro 


terre 


*trepalium trabal 


travail 


* trippam tripo 


tripe 


turrem tourre 


tour 


99. T médial appuyé ne se modifie généralement 


cantare canta 


chanter 


* pentecostam pantacousto 


Pentecôte 


ueritatem bertat 


vérité 


uirtutem bertut 


vertu 



matutinus ^mattinus matis matin 

100. Exceptionnellement, quand Tappui est roman, il est 
passé kd, puis à s puis à r, dans le mot contre qui renvoie à 
cubitum, * cubtum, * cubdum, etc. 

Le t s'est aussi assibilé et est ensuite passé à r dans le mot 
plaireja = (plaider) plaidoyer = * placiticare. 

101. Dans le groupe romane/^, t appujé est traité de deux 
manières. 

1® Ou bien il passe à (/ et le premier d disparaît. 

Ex.: *tenditam tendtam tentam tendo 

* renditam — — rendo 

2® Ou bien il se maintient sous sa forme dure comme dans 
le mot : 

uenditam bento ^ vente 

T INTBRVOCALIQUB. 

102. T intervocalique passe régulièrement à d. 

catenam cadeno chaîne 

maturum madur mûr 

< Ce n'est peut-être qu'une forme française avec la prononciation 
languedocienne. 



mutare 


mnda 


patare 


pouda 


potare 


rouda * 


rotundum 


redoun 


satullum 


sadoul ' 



804 LE PATOIS DE T.T^ZTGNAN 

muer 

(tailler la vigne) 

rouer 

rond 

soûl, etc. 

103. Exceptions. — Il j a quelques exceptions à cette rè- 
gle. Ainsi medtetatem ne donne pas midat mais mitât. Peut- 
être le ^a-t-il été maintenu ici parce qu'il était appujé à Fori- 
gine en roman {meitatem). Il s*est maintenu aussi dans les 
mots fatigo qui est peut-être un emprunt au français dans 
utiUe qui en est sûrement un et dans quelques autres : bouta 
=: voter, etc. 

Groupes TR, TL. 

104. Les groupes tr^ tl non initiaux ont donné le même ré- 
sultat que les groupes cTj cL II est donc probable que la den- 
tale initiale du groupe était passée à Ja gutturale correspon- 
dante, soit dans le latin populaire, soit dans la période de 
transformation du latin en roman '. 

Voici quelques exemples : 

TL : astulam asclo (éclat de bois) 

uetulum bièl vieil 

Exceptions. — TL est passé / double dans le mot espallo = 
spatulam. On trouve encore / double dans roile = rotulum; 
mais il faut peut-être voir ici un emprunt au français ; on pro- 
nonce aussi moik = modalum ^. 

TR : matrem maire mère 

nutrire nouiri nourrir 

* Sens: rôder, 

* Rassasié. 

3 Pour le groupe tr en particulier une autre théorie veut que le ^ se 
soit affaibli successivement en rf, 5, et qu'il soit ensuite passé à i. Cf. dans 
notre dialecte le traitement de s dans les groupes syntactiques : ei meu 
= es meu, 

* Il faut noter que tl passé à cl est resté sous cette dernière forme dans 
le mot asclo (éclat de bois) = astula et le verbe dérivé ascla. Cf. Dibz» 
Gr. des L. ft, I, 195, n. 



LE PATOIS 


DE r.EZIGNAN 305 


patrem 


paire 


père 


petram 


pèiro 


pierre 


uitrum * 


beire 


verre 


TR appuyé ne se modifie 


pas: 




capistrum 


cabestre 


caveçon 


raittere 


metie 


mettre 


T FINAL 




105. T final reste après 


une voyelle tonique libre ou en- 


travée : 






digitum 


det 


doigt 


mortem 


mort 


mort 


* terrât u m 


terrât 


(toit) 


ueritatem 


bertat 


vérité 


uestitum 


bestit 


vêtu 



Il ne sonne plus dans le mot cour par analogie p. e. avec les 
mots comme jow\four, mais on l'entend souvent dans le com- 
posé baso-court, basse-cour ^. 

T tombe quand il est final après une voyelle atone, ce qui 
est le cas pour la 3** personne des verbes de la I'*^ conjugai- 
son. 

amat aimo, etc. 

portât porto 

Enfin il ne sonne plus dans les participes présents: 

atman^ aimant 

fagen faisant, etc. 

TI 

106. TI passe à s douce (z) quand il est avant l'accent: 

* acutiare aguza aiguiser 

* puteare pouza puiser 
rationem razou raison 
titionem tizou tison 

* J'ai aussi entendu l'expression a reire qui est la forme de l'ancienne 
langue reyre = rétro, 

* Un ^ final non étymologique s'est aussi développé dans les mots 
flpii (céleri), rahet (radis). 

20 



306 LE PATOIS DE I.EZIGNAN 

Dans ces cas, comme on le voit, Via. complètement disparu 
et a servi à assibiler le t ; il arrive quelquefois que i persiste 
et alors le t s'arrête dans son affaiblissement à s dure. 

gratiam gràsio grâce 

T s'est arrêté à s dure avec disparition complète de i qui 
suit dans 

*platteam plaso place 

Cf. aussi le mot serbisi où s représente t et où Vi semi-vo- 
jelle s'est maintenu sous forme de voyelle. (Cf. le traitement 
des groupes ci, di, li {ôrdi, oufisi, ôli) ch. m. 7.) 

TI après l'accent et devenu final en roman est traité diffé- 
remment suivant les mots. 

Il passe à tSj c'est-à-dire, à s finale renforcée dans les mots 
suivants : 

pretium prêts prix 

pute u m pouts puits 

Il passe à ck dans le mot 

palatium . palaicli palais 

rc (TIC) 

107. Du groupe tii\ faut rapprocher le groupe fc qui est 
représenté dans notre dialecte par tch. 

*formaticum froumatche fromage 
*mansionaticum mainatche 

Cf. supra. Traitement de C: groupe (*€ §. 63. B» 2°. 

108. Le groupe cti est représentée par ts» 

functionem fountsiu fonction, etc. 
lectionem litsou leçon 

Mais * tractiare=- trasa, comme * cap tiare = casa { 



109. Initial il reste» sauf dans le groupe di, {Cf. infra 
§ 119.) 

* deoperire doubri ouvrir 



LK PATOIS DE LEZIGNAN SO; 



diefii iouis 


dijous 


jeudi 


* disieiunare 


dejuna 


déjeuner 


dubitare 


douta 


douter 


durum 


dur 


dur 


110. Intbrvocauqub. 
lique. 


•— Il passe à 


z quand il est intervo- 


* adaquare 


azaga 


(arroser) 


audire 


auzi 


ouïr 


nodare 


nouza 


nouer 


peduculum 


pezoul 


pou 


* prudire 


pruzi 


(cuire) * 


uidere 


beze 


voir 



Il peut s'affaiblir davantage et tomber complètement; une 
consonne s'introduit alors entre les deux voyelles qui sont en 
hiatus. 

codam cougo queue 

Enfin dans cicadam il est passé à / par dissimilation : lang. 
cigalo = cicadam (it. cicala). 

D COMBIBNÇANT UN OROUPB 

111. A. — D*R disparaît après la diphtongue au dans le 
mot claure (rare) = claudere. 

B. — Après une voyelle efV est généralement traité comme 
Tr, c'est-à-dire par conséquent comme cV (= ir). 

cathedram cadiero ' chaise 

credere creire croire 

* quadrum caire 

* uidëre beire' voir 

Nota. — Le rf passé à i s'est confondu avec l't précédent 
dans* r/rfere = lang. rire{riire, rire). 
Après une consonne d'r reste. 

* Venu par dissimilation de prurio. Se dit en parlant d'une douleur. 
Le véritable équivalent de cuire fr. employé dans ce sens est escôire qui 
représente ex-coquere^ où o = uo, o. Cf. au contr. coquere = kèire, 

* Ici dr a influencé Ve qui précède et a amené sa diphtongaison. Cf. 
supra. 

* Bêire est aussi la forme dérivée de uitrum. 



I 



308 LE PATOIS DE LEZIGNAN 

findere fendre fendre 

uendere bendre vendre 

112. D'C. — Ce groupe a été déjà traité au c. Si nous en 
parlons ici, ce n'est que pour noter la chute du d dans le mot 

* radicinara rasino racine 

113. DT (semi-consonne). — Dans ce groupe le d dis- 
paraît. 

* aduallem ^ abal aval 

114. D'V (voyelle). — Il semble que dans ce groupe ruqui 
suit le d soit venu passer devant le d pour former avec Yi la 
diphtongue eu, 

uiduum beuze veuf 

115. ND. — Ce groupe s'est réduit à n dans les rares mots 
où il se rencontre. (Cf. le traitement de ce même groupent/ 
en catalan.) 

prehendere prene prendre 

uerecundiam bergounho vergogne 

D FINAL 

116. D final tombe en général; mais s'il est appujé lia une 



tendance à persister. 






Appuyé : quando 


can 


quand 


subinde 


souben 


souvent 


Mais : * deunde 


dount 


dont 


uiridem 


bert 


vert 



D'ailleurs dans les cas où il n'est pas sensible, comme dans 
can=^ quando, il reparaît en liaison, et on dit cant èroua^=^ 
quand ils étaient. 

Exemples de d final non appujé : 

fidem fe foi 

pedem pè pied 

117. Exceptions. — 11 s'est maintenu dans un mot en se 
durcissant en t; ex. : nudum = nut. 

* Là-bas. 



LE PATOIS DE LEZÏGNAN 309 

Dans deux autres mots il est passé au son ts. Ce sont les 
mots nodum = nouts et nidum=nits. Ce son ts = d final doit 
s'expliquer par Tinfluence du radical des verbes nod et nid 
qui sont dans notre didAecte nouza=^nodare et aniza= * adni- 
dare. Notre dialecte, nous Tavons vu (sup. traitement de 
C § 72) a une tendance à renforcer s finale douce z en ts 
(crucem =1 crouts) ] c'est ce qui fait que nous avons nouts et 
nt/s, représentant worfwm et nidum, 

Meyer-Lûbke dit {Gramm. des L, R, i, § 487) : « Nidus est 
le seul mot en id ; au nom. sing. itz, . . il s'est confondu avec 
les nombreuses formations en itz de iciUy iiiu, . . » Mais cette 
explication ne vaudrait pas pour nodum. 

118. D EUPHONIQUE. — Ce rf s'est développé comme en 
français entre letr,n et r. 

diem ueneris dibendres vendredi 

• calere habet caldra il faudra 

tenere habet tendra il tiendra 

DI 

119. Initial et devant une voyelle ce groupe passe kj dans 
le mot : 

diurnum jour jour 

Il est resté au contraire sans changement dans les noms 
des jours de la semaine : dibendres^ dimenje, etc. 

120. Intbrvocaliqub. — Le groupe di est passé kj, 

inuidiam embejo envie 

* radiare raja (couler) 

121. Final ce groupe donne tch^ qui n'est qu'un^ renforcé *. 

médium miètch mi 

modium • miètch muid 

podium ' pech (n. propre) 

Quelquefois après l'accent les deux éléments qui forment 
le groupe dise maintiennent. Hord€um=ordi comme sèruitium 
= serbisi, (Cf. supra., ch. III, 7.) 

* Cf. miètch mais féminin mièjo (mediam), 

* P -— e. tourje = * turdium avec e comme yoyelle d'appui. 



310 LE PATOIS DE LEZIGNAN 

S 

122. Initiale. — Elle reste dure, comme elle Tétait en latin 
dans cette position. 

sabucura saûc sareau 

serpentem serpen serpent 

seruire serbi servir 

* sortire sorti sortir 

Elle est passée à f dans le mont fiula qui renvoie à stbilare 
devenu * fibulare, 

123. A rinitiale s a une tendance à passer à ch quand elle 
est suivie de i'. Un des exemples les plus caractéristiques est 
celui fourni par la première personne de Tindicatif de è$€ =■ 
être. On dit chou (je suis) plutôt que èiôu. D'autres exemples 
peuvent être signalés : chuka ^ sucer (lat. succare) chiringo 
t= fr. seringue. 

Même à Tintérieur des mots cette tendance de ^à passer 
à ch se manifeste dans le traitement de mots comme *€X' 
sucare = echuga (ossujer) et "exsannentare = echermenta 
(amasser les ceps de vigne, les sarments), 

124. Intervocalique s devient s douce (z). 

causam cauzo cause 

pausam pauzo pause 

Dans le mot sertèro^ (cerise) * dont nous nous sommes occupé 
plus haut (§ 16) le passage de s à r a été amené par Tassi- 
milation de 5 à r et par changement de suffixe (*C€rariam 
pour ceraseam.) 

GROUPE SM 

Dans ce groupe 5 passe à r ou disparaît par amuissement. 

Elle passe à r dansles deux mots empruntés au français ca- 
téchirme fr. catéchisme et rumatirme fr. rhumatisme (pour 
ce dernier mot on a aussi la forme avec sm). Il faut sans 
doute voir encore un exemple de rhotacisme dans le mot 

* Le rhotacisme a laissé de nombreux exemples dans Tandenne lan- 
gue; cf. à ce sujet l'intéressant article de M. A. Blanc [Revue des L, R., 
1897, février-mars, Narbonensia). 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 



311 



orgo = odeur, qui doit renvoyer au grec ôdftïî (cf. it.orma). 

Par contre, elle passe à i dans le mot èime = lat. aestimum 

(cf. supra^ § 49), et dans le mot cataplaime = fr. cataplasme. 



NS 



125. S est resté dure dans les rares mots où n s'est main- 
tenue. 

consilium counsel conseil 

pansam panso panse 

En général s a donné z {s douce) 

mensem mez mois 

mensuram mezuro mesure 

pensare peza peser 

Cela s'explique par ce fait que ns s'était déjà réduit à s 
dès la latinité vulgaire et même avant pour certains mots ; 
dès lors 5 a été traitée pomme si elle était intervocaliquet 

126. Devant les groupes sp, sc^ st^ s'était développé déjà 
dans la latinité vulgaire un t (bref) devenu en lang. e fermé. 
D'où les formes suivantes : 



scalam 


escalo 


échelle 


scribere 


escriure 


écrire 


spatam 


espazo 


épée 


spatulam 


espallo 


épaule 


spicam 


espigo 


(épi) 


stabulum 


estable 


étable 



127. S première consonne d'un groupe à l'intérieur d'un 
mot se maintient. (Pour le groupe se traité comme es, x, cf. 
sup, § 79; cf. aussi Meyer-Lubkb, Gr. des L. R.^ 1, 427.) 



aestiuum 


estiu 


(été) 


capistrum 


cabestre 


chevêtre 


cristam 


cresto 


crête 


festam 


fèsto 


fête 


obscurum 


escur 


obscur 


respondëre 


respoundre 


répondre 



baz 


bas 


dijôuz 


jeudi 


dibendrez 


vendredi 


eloz 


elles 


naz 


nez 


paz 


pas 


raz 


ras 


Escaloz ' 


Escales 



312 LE PATOIS DE LÉZIGNAN 

Cf. encore bouscatche, clèsco {coquiWe d'escargot, etc.), raspo 
(râpe), gaspo (grappe), nèspro (nèfle), etc. 

S formant groupe est passée à r dans le mot *con$uturare 
(du lat. class. consuere) = lang. courdura, 

S est devenue i devant / et n dans les deux mots bailet = 
*uassal€tum et mamatche (enfant) = * mansionadcum, 

S a disparu sans laisser de traces dans les mots mème$ et 
carême^ qui sont peut-être empruntés au français. 

128. S FINALE. — S finale reste sous forme de s douce*. 

* bassum 
diem iouis 
diem ueneris* 
illas 
nasum 
passum 
rasum 
Scalas 

' 129. S -f I et SS + I. - S -f t donne 5 douce. 

ecclesiam glèizo église 

occasionem oucaziu occasion 

SS4- î donne s dure. 

missionem messiu mission 

Mais on a *bossiare = baicha plutôt que boisa où le ch est 
amené par Vi qui précède. 

AMUISSEMENT 

130. Enfin, c'est ici le cas de noter le phénomène impor- 
tant qui se produit dans notre dialecte et dans le dialecte 
languedocien en général : je veux parler de Tamuissement de 
5 finale *. Cet amuissement se produit quelquefois (comme 
nous Tavons vu plus haut §§ 124, 127) àTintérieur des mots; 
mais il se produit toujours dans les groupes syntactiques où 

* Disparue dans mai = magis et pu = plus. 

2 Et par analogie dimèct^ez = * diem mercuris. 

3 Nom d'un ylllage à 5 kilomètres de Lézignan. 

« Cf. là-dessus Meyer-Lubke, Gt\ des L. B., I,p. 101. 



LK PATOIS DE LEZIGNAN 31'^ 

S finale d'un mot se trouve devant toute autre consonne que 
c, p, t. 

Ainsi es Ihic se prononce ei lènc (cela est loin); es naut se 
prononce ^2 ^lau^ (cela est haut); es pas bertai, i^vononcez: es 
pat bertat ; mais il n'y a pas d'amuissement dans le groupe 
es pas trop lèu =ee nest pas trop tôt. Les personnes at- 
teintes d'un défaut de langue (et surtout les enfants) pronon- 
cent seuls ei pai trop lèu ^ et pat tart (ce n'est pas tard). 



131 . Z initial est passé à / comme en français dans le mot 
jalouz = zelosum. 

Il disparaît dans le mot ladre = lazarum, où il est remplacé 
par un d. 

Enfin, intervocalique, il passe à s douce (z) dans batiza = 
baptizare. (On sait que z latin n'avait pas le même son que z 
français; le son devait se rapprocher de celui du groupe ts.) 



CHAPITRE Vn 



Labiales : P, B, V, F. 

P 

132. P initial se maintient. 

pane m pa pain 

pauonem pabou paon 

petram pèiro pierre 

piram péro poire 

plantam plante plante 

Par exception, il s'est affaibli en b dans le mot boulza (ad- 
ministrer une raclée) si ce mot renvoie au latin pulsare. Cf. 
it. bolso = lat. pulsum, 

133. P appujé se maintient aussi. 

*respondëre respoundre • répondre 

talpam taupo taupe 



314 LE PATOIS DE LÉZIGNAN 
134 P INTBRVOOALIQUE. — P. intervocalique passe a b. 

apiculam abelho abeille 

capistrum cabestre caveçon 

coopertum coubert couvert 

*desapare desaba * (écorcer) 

episcopum abeske évêque 

populum piboul peuplier 

ripam . ribo rive 

8apam sabo sève 

135. Exceptions. — Mais il y a des mots où p ne s'est pas 
affaibli en b. 

* capellum capèl chapeau 
capellam capèlo chapelle 

* caponem capou chapon 

Les deux derniers mots renvoient sans doute à des types 
du latin vulgaire avec double />, comme * cappellam^ * cappo- 
nem et le premier a sans doute pris deux p par analogie des 
autres; ou, s'il n'a pas redoublé le/), il Ta gardé dans sa forme 
dure par analogie des deux autres mots. 

Il est resté sous la forme simple dans les mots où il était 
double en latin. 

mappam napo nappe 

*struppare estroupa (envelopper) 

stuppam estoupo étoupe 

Enfin, il ne s'est pas affaibli dans les nombreux mots fran- 
cisés comme ocupat, bapou (vapeur), prope (propre) et dans 
les composés de mots où p était final, comme coupât (coupé), 
de cop. 

Groupes PS, PT, PR. 

136. PS. — Ce groupe est assez rare en latin. Il est traité 
comme es dans les deux mots suivants : 

capsam caicho caisse 

gypsum jèis (plâtre) 

1 Et par suite, dans un sens équivalent à celui de boulza, donner une 
raclée. Cf. supra. § 132. 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 315 

Dans caichOy s douce est passée àcAàcause de ïi qui précède . 

Metipsimum est représenté par le mot mêmes, où s ûnal dé- 
nonce sans doute un emprunt au français. 

Psalmum ^n'a pas laissé de trace, sauf dans Texpressiori les 
setsans = illos septem psahnos (les sept psaumes de la péni- 
tence) où ps initial s'est assimilé à s. 

Devenu ûnal en roman, le groupe ps a perdu le premier de 
ses éléments. 

corpus coz corps 

tempus tens temps 

137. PT. — P disparaît dans ce groupe, qu'il soit médial 
ou final. 

baptizare batiza baptiser 

hospitalem oustal maison 

scriptum escrit écrit 

septem sèt sept 

Initial : ptlsanam tizano tisane 

Dans nuptia^ il a disparu également, mais en amenant une s 
dure au lieu d'une s douce : nôso. 

Enfin le p s'est résolu en w dans le mot malaut^ si c'est à 
maie aptum qu'il faut le rapporter. 

138. PL. — Initial, ce groupe ne se modifie pas. 

placere plaze plaisir 

plagam plago plaie 

planum pla beaucoup 

plénum pie plein 

*plouere plôure pleuvoir. 

Mais pi s'est réduit à p dans pus = plus. 
Intérieur, le groupe pi se maintient aussi. 

duplum douple double 

triplum triple triple 

139. PR. — Initial pr reste. 

. prehensam prezo prise 

primarium prumiè premier 

prehendere prene prendre 

Cf. encore pruno, protche, prope^ (proprium) prou (assez), etc. 



316 LE PATOIS DE LEZIGNAN 

PR intérieur s'affaiblit en br. 



apricum 


abric 


abri 


cooperire 


coubri 


couvrir 


^ deoperire 


doubri 


ouvrir 


iuniperum 


jenibre 


genièvre 


leporem 


lèbre 


lièvre 


• piperem 


pebre 


poivre 



140. Exceptions. — Dans prope = proprium^ r du second 
groupe est tombé à cause de la difficulté qu'il j avait à pro- 
noncer deux groupes pr de suite. (Cf. la prononciation du mot 
français propriétaire que Ton entend souvent prononcer pro- 
pié taire). 

Dans capram une métathèse s'est produite et le mot langue- 
docien est crabo {crabit, chevreau), crabidâ (en parlant d'une 
chèvre = porter des chevreaux). 

141. Dans d'autres mots, le p du groupe pr disparaît ou se 
change en hy v, u, 

paure 



pauperem 
capere 



caure ' 



pauvre 
(contenir) 



Sa vocalisation a eu lieu en tnon en u dans le mot couire 
cuprum. Ce mot ressemble ainsi à couire = cubitum (coude). 

142. Il y a enfin un mot qui n'obéit à aucune de ces lois et 
où pr se maintient ; c'est le mot capro == fr. câpre. C'est que 
nous avons ici un double p en latin : cappàris (du grec 
x.âTTTrapeç) passé sans doute à *cappàra comme l'indique la finale o 
(== a latin) du mot languedocien. 



PI 

143. Ce groupe est traité, suivant les mots, de deux ma- 
nières différentes. 



' Ce verbe est neutre et unipersonnel et signifie contenir, l cdu dèts 
litres =; il y va dix litres. 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 
1^ PI peut rester avec ses deux éléments distincts. 



317 



sapiam ke sàpie 

sepiam sepio 
2® Il peut devenir tch. 

propium protche * 

sapium satche 



(que je sache) 
seiche 



proche 
sage 



144. B initial persiste. 

hibere heure hoire 

* hinare hina hiner 
hutjrum burre beurre 

145. Intervocalique il s'est maintenu. 

* adobare adouba a. fr, adober 
caballum 
cibatam 
fabam 
habere 

* sebam 

Il disparaît quelquefois. 

cubare 
cubatum 

Dans ces deux cas le g s*est introduit par raison d*euphonie. 
Cf. les participes passés aguty begut, degut^ qui sont aût^ deût^ 
etc. (L'introduction de la gutturale a d'ailleurs été facilitée 
par les formes anciennes des parfaits, aCy dec, etc). 

Ha disparu sans être remplacé par une consonne de liaison 
dans le mot saûc = sabucum, fr. sureau. Par contre, un b ad- 
ventice s'est introduit dans le mot aroubina = * adruinare. 

GROUPES BT, BS, BR, etc. 

146. BT. •— Dans ce groupe b passe à u dans les mots sui- 
vants. 

* Et naturellement aussi aproutcha (approcher). 



chabal 


cheval 


sibado 


(avoine) 


fabo 


fève 


abe 


avoir 


sebo 


(oignon) 


couga 


couver 


couat cougat couvé 



31? LE PATOIS DE LEZTGNAN 

debitum deute dette 

gabatam gauto joue 

De même à la 3* personne des verbes dont le radical est eu 
6 on a beu = bibit^ deu = débet. 

Dans le mot disâte r=z diem sabbati le 6 a disparu sans laisser 
de traces. 

Enfin, il faut noter que dans le mot cubitum, le b ne s'est 
pas vocalisé en u mais en t; à moins que (ce qui est assez vrai- 
semblable) le b intervocaliqne ne soit tombé et que la diphton- 
gue languedocienne de contre ne renvoie à * cuitum pour cuhi- 
tum : quant au deuxième élément du groupe, t, il est passé à 
r après son affaiblissement successif en d, s ; de sorte que le 
mot lang. couire = cubitiim est le même que couire = cuprum 
(Cf. suprà, § 141). 

147. BS. — Le b disparaît dans le mot : 

obscurum escur obscur 

BV. — Le ô disparaît aussi dans ce groupe. 

subuenire soubeni souvenir 

148. BR. — Ce groupe est traité de plusieurs manières 
suivant les mots. 

Il reste br dans les mots libre et delibra où Tinfluence fran- 
saise s'est exercée ; mais en général le b s'est vocalisé. 



bibere 


beure 


boire 


debere 


deure 


devoir 


libram 


liuro 


livre 


scribere 


escriure 


écrire 


sibilare 


ûula 


siffler 



Cf. encore le futur aurèi ^= habere habeo , Le moi fabrum 
n'a laissé de traces que dans le nom propre Fabre ; mais la 
forme faure (le forgeron) existe encore dans la partie occiden- 
tale du département de l'Aude. 

149. — Dans le mot arborera où le groupe br était précédé 
d'un r cet r est passé à /puis s'est vocalisé sous cette nouvelle 
forme. Le b s'étant vocalisé à son tour, Vu qui en résultait 
s'est confondu avec le premier; d'où la forme aure = arbo' 
rem. 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 319 

150. BL. — Dans ce groupe b se vocalise en u. 

parabolam paraulo parole 

sibilare fiula siffler 

tabulam taulo table 

Mais b s'est renforcé en p dans le mot suivant : 

stabulum estaple étable 

Cf. encore tarriple et non tarrible 

151 . CB . — 6 est passé à m dans le mot lacobum déjà cité 
et qui est représenté dans notre dialecte par Jaume. 

152. B FINAL. — B ûnal roman se durcit s'il est appuyé et 
se vocalise s'il est libre. 



corbem * 
sébum * 



gorp 
seu 



(corbeille) 
suif 



BI 

153. Bl passe à ; ou à tch, 

* cambiare sanja changer 

* rabiam ratcho rage 
rubium {rubeum) rouje rouge 

154. MB. -«- Ce groupe se maintient sauf quand il est suivi 
de i comme dans * cambiare^ auquel cas le deuxième élément 
se combine avec i. 



cambam 




cambo 


jambe 


* cambiare 




sanja 


changer 


"^palumbam 




paloumbo 
V 


palombe 


155. V initial passe 


kb. 






* uidêre 




beire 


voir 


uitium • 




bisi 


vice 


uitrum 




beire 


verre 


uiuere 




biure 


vivre 



* Cf. sur ce mot nq)ra § 62, n. 

* Il faut remarquer que pour ce mot on avait déjà en latin la forme 
seuum. (Cf. Breal et Bailly : Dict, étym. latin) 



380 LE PATOIS DR LRZTGNAN 

Par exception il est passé à /*dans les deux mots suivants : 

ueiuculum* ferrouP verrou 

uicem fes fois 

156. V initial a attiré dans certains mots un g qui Ta com- 
plètement éliminé. (Cf. le traitement des mots français venus 
des mots germaniques en w : guerre^ guivre, etc.) 



uadum 


ga 


gué 


u as tare 


gasta 


gâter 


uomire 


goumi ' 


vomir 


. V intervocalique se 


durcit en 6. 




cauam 


cabo 


cave 


gingiuam 


jenjibo 


gencive 


iuuenem 


joube 


jeune 


*nouium 


nobi 


(fiancé) 


1 au are 


laba 


laver 



Il a disparu dans le mot pauorem qui adonné dans rancienûo 
langue paour, puis avec chute de r finale paou; la diphtongue 
aou s'est réduite à ou (ôw) et on a aujourd'hui la forme pôu, 

V FORMANT LA PREMIÂRB CONSONNB d'UN GROUPE 

158. VT. — V se vocalise en u. 

ciuitatem ciutat cité 

uiuit biu il vit 

159. VR. — V se vocalise également en u, 

* plouere plôure pleuvoir 

uiuere biure vivre 

V FINAL 

160. V final après une cousonne se durcit eq p dans le 
mot : 

coruum gorp corbeau 

* Cf. sur ce mot Meyer-Lubke, i, p. 378. 

' Prononcé farroul dans le nord du département de TAude et barroul 
dans une partie de Tarrondissement de St^Pons (Hérault.) 
s On a aussi pour ce mot la forme boumi. 



LE PATOIS DK LÉZIGNAN 321 

Mais il est passé à / dans le mot : 

ceruum serf* cerf 

161. Après une voyelle le v final se vocalise. 

bouem biôu bœuf 

clauem clau clef 

* cultiuum coutiu * 

nouem nôu neuf 

nouum nôu neuf 

ouum iôu œuf 

seuum séu suif 

VI 

16'^. Dans ce groupe il peut arriver que les éléments sub- 
sistent. 

caueam gabio cage 

salniam saubio sauge 

Le V s'est vocalisé dans les mots suivants : 

*leuiarium laujè léger 

*leuium lèuje (léger) 

Enfin le v peut disparaître et Vi peut le consonnifier en j 
comme dans ; 

*plouiam plèjo pluie 

V LATIN SEMI-CONSONNB 

163. Nous nous sommes déjà occupé plus haut du mot m- 
duum où Vu semi consonne a disparu pour venir diphtonguer 
Tt et donner le diphtongue eu de beuze^ beuzo^ veuf, veuve. 

Dans le mot ianuanum il s'est durci en b : janbiè. 

Il a disparu dans le mot fébrie^ où il est peut-être représenté 
par i qui s'est confondu avec lï provenant du suffixe arium. 

Il a disparu aussi dans les verbes en uere comme batre =. 
lat. battuere^ foutre = lat. futuere. Le simple consuere n'a pas 
laissé de traces. Coudre se dit courdura (cf. supra. §. 127.) 

* Il faut peut-être Toir encore ici un emprunt au français. 
2 Par un étrange changement de sens ce mot désigne une tet*re en fri- 
che^ non cultivée. 

2\ 



822 LE PATOIS DE LEZIGNAN 

Enfin après g et q il a servi à maintenir ces consonnes 
comme gatturales dures (cf. supra §§. 82-83.) 

aquam aigo eau 

^sequire segi suivre 

F, PH. 

164. F initiale, intervocalique ou appujée, reste. 

iilium fil fils 

*fidicum fetche foie 

fabam fabo fève 

Cf. encore se trufa (se moquer de) rafit (ridé) claufit (cou- 
vert, plein de...) malfe {flétri en parlant d'une fleur, plante, 
ètc) rufo (ride), etc.. 

165. PH a perdu le second de ses éléments et a été traité 
comme p, c'est-à-dire qu'il s'est affaibli en b dans les mots 
Estèbe, rabe^ (cf. supra § 15.) et qu'il s'est durci en /) à la fi- 
nale dans les mots : 

colaphum cop coup 

losephum Jousèp Joseph. 

166. Intervocalique, elle se maintient, qu'elle soit double 
ou simple. 

difficilem defesille difficile 

refacere refaire refaire 

Mais elle a disparu dans * bifacem (?) = biaich. 
Enfin, il faut noter l'insertion d'une /adventice dans le mot 
jiraflo = fr. girafe^ par analogie sans doute du mot raflo, (Cf. 
RoussBLOT : Les modifications phonétiques du langage étudiées 
dans le patois d* une famille de Celle frouin (Charente) p. 329.) 

CHAPITRE VIII 



LIQUIDES : R, L. 

R 

167. R* initiale se maintient. 

* R dans notre dialecte se prononce en faisant rouler la langue contre 
le palais, et ne Tient jamais du gosier. Kvélaire est inconnue aux patois 
de TAude. 



LE PATOIS DE LBZIGNAN Z23 

racemum razin raisin 

rotalum rôdoul (endroit) 

rotundum redoun rond 

II faut noter comme exception le mot granttôto * (grenouille) 
qui est un dérivé de ranam et où un g est venu se placer de- 
vrant r. 

168. Inteuvocalique. — R se maintient dans cette position. 

aeramen aran airain 

ad horam aro (maintenant) 

aristam arèsto arête 

*ericionem airisou hérisson 

169. Exceptions.— On sait que les liquides / et r permut- 
tent souvent. Voici les exemples de permutation que nous 
offre notre dialecte. 

Intervocalique : aratrum alaire charrue 

I^e même changement de r en / est fréquent dans les mots 
passés du français en patois. Ex. : colidor (fr. corridor) «efe- 
bral (fr. célébrai) et inversement armanak * (fr. almanach). 
Formant groupe : arborem aure arbre 

*marmorem , malbre marbre 

(Le passage de r à / dans arborem^ nous est dénoncé par la 
diphtongue au.) 

R intervocalique est passée par dissimilation à n dans 
roumani= romarin, (Cf. Chabaneau, Gr. It'm., § 91). 

Enfin il faut noter la dissimilation de r en d dans le latin 
vulgaire * prudire = prunre,{ Cf. sup. §. 110, n). 

GROUPES CR, TR, FR, RS, etc. 
170. CR^.~- Initial reste sans modification. 

crepare creba crever 

crescere creiche croître 

* Par analogie sans doute de grapaut (fr. crapaud). Le véritable dé- 
mé de ranam se troure dans le mot Cantarrano^ (a. fr. chantereine) 
nom d'un quartier de Lézignan aroisinant un ruisseau. Un autre quartier 
s'appelle Granoulhà = *Ranunculanum. 

• On prononce également almanak comme en français. Le nom propre 
Martrou est souvent prononcé Mallrou. 

3 Pour le traitement de la gutturale dans ce groupe, cf. sup. §. 75. 



dti LS PATOIS DE LBZIONAN 

Mais par une métatbèse contraire à celle qui s'est produite 
dans capram (cf. §. 52) = crabo \\e groupe er de cribelhm a 
été modifié de la manière suivante : criôellum = curbèl et non 
pas *crubel (Pour cr médial cf. supra. §. 75). 

171. FR. — H est passée à / par dissimilation dans le mot 
flaira = ftagr are (ci. fr. flairer) et dans son substantif verbal 
flairo (odeur). Mais il n'a pas été modifié dans les autres cas. 

fratrem fraire frère 

fraxinum fraiche frêne 

frigidum fret froid 

172. RS. — R disparaît dans ce groupe. 

reuersum rubèz revers 

uersum ' bèz vers 

* morsinum bousl morceau 
*morsicare mousega mordre 

transuersare trabesa traverser 

173. RC— R disparaît dans le groupe rcr. 

diem mercuris dimècres mercredi' 

Mais r s'est vocalisée en u après être passée en / dans I0 
mot. 

circulum saucie cercle 

R reste dans le groupe rc (cf. supra §§. 59, 63) 

* immerciare emmersa dépenser 

R FiNALB 

174. R finale sonne dans les monosyllabes. 

cher 

clair 

cour 

cœur 

fleur 

four 

mer 

tour 

* Cf., "Cameram = crambo. 

* Cf. ce groupe final dans coz = eors^ corpus. 
s Cf. la prononciation du mot fr. mècredi. 



carum 


car 


clarum 


clar 


cohortem 


cour 


cor 


cor 


fiorem 


flour 


furnum 


four 


mare 


mar 


turrem 


tour 



LE PATOIS DE LBZIGNÂN 325 

Il faut remarquer pour ce dernier mot que r a une tendance 
à se redoubler et à prendre une voyelle d'appui. De sorta 
qu'on entend souvent prononcer fourre ; cf. mour et mourra 
(visage) 

175. R a disparu dans tous les autres cas. Il a disparu en 
particulier dans les mots terminés par le suffixe arium : pru- 
miè, castanhè, etc., dans les infinitifs : èse (être), aima, fa 
(faire) ^ et dans les mots qui avaient une apparence d'infini- 
tif comme auta = lat. altare, 

176. R disparaît enfin dans les mots terminés en orem^ qui 
peuvent ainsi rimer avec les mots venus du latin, omm. Ainsi 
on a doulou, coulou comme razou^ tizou. 

177. MÉTATHÈSE DE R. — Cette métathèse s'observe dans 
les mots suivants : 

* cameram crambo chambre 

capram crabo chèvre 

comparare croumpa acheter 

formaticum froumatche fromaje 

temperare trempa tremper 

torculum trèP treuil 

*turbulare troupla^ troubler 

178. R INORGANIQUE. — H j a pcu d'exemples du déve- 
loppement d'une r inorganique. Il faut peut-être en voir un 
dans le mot froundo = * fundulam (où / se déplace et passe 
àr par dissimilation) ; p eut-être aussi il faut y voir un emprunt 
au français. 

9 

Dans le mot pasienargo *=pastinacam une r s'est développée 
d'une manière anomale ^. 

179. RI. — Dans ce groupe, fréquent aux conditionnels, 
r disparaît, et on a par exemple : ouyô =aurw, bouldio (aussi 
bouldiio, parce qu'ici r est appuyée) fayo= fariô (il ferait) 
lauyè = lauriè (laurier). 

* On a aussi la forme faire. 

' Sur la signification du mot languedocien cf. supra §. 40. 
^ Et les dérivés treboul et treôle (trouble) de turbulum, 

* Sorte de salsifis sauvage. 

* Il faut noter ici que le nom du poète toulousain Goudouli est sou- 
vent prononcé Gourdouli» 



326 LK PATOIS DB LKZI6NAN 

Enfin il faut noter le mot escrûmo=: fr. écume oix r n'est pas 
étymologique. (Cf. it. schiumo= schl.) 

L 

180. Iniiiale. — Elle reste en général. 

laborare laura labourer 

laurarium lauiè laurier 

lilium liri lis 

longum lounc lon^ 

181. Exceptions. — Lest passée en initiale h. j dans le 
mot : 

*lenticulam jentilho * lentille 

Elle est passée à r comme en français dans le mot 

lusciniolum rousinhol rossignol 

Elle est passée à d dans le mot 

laxare daicha laisser 

182. Intervocaliqtje. — L intervocalique se maintient en 
général, sauf dans certains mots où elle est passée à r. Cela n'a 
rien d'étonnant, d'ailleurs, ces deux lettres permutant fré- 
quemment dans toutes les langues romanes. 

Exemples de / maintenue : 

ualentem baient vaillant 

uolare boula voler 

* uolëre boule vouloir 

Passage de / à r. 

calamellum caramel (chalumeaaj 

lilium liri lis 

Cf. le mot fr. colonel prononcé courounel en languedocien. 

L SUIVIE d'une consonne 

183. 1^ L suivie d*une labiale ou d'une dentale se vocalise; 
rarement elle reste dure. 

albam aubo ^ aube 



* Cf. sur ce mot Meyer-Lubke, Gt'am, des L. /?., i, p. 125. 

* On a aussi la forme albo. 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 327 



altare auta 


autel 


altum naut ^ 


haut 


alterum autre 


autre 


calidum caut 


chaud 


faisum fauz 


faux 


maluam maubo * 


mauve 


saluare sauba 


sauver 


saluiam saubio 


sauge 


2® L suivie d*une gutturale se 


vocalise. 


quemaliquem unum caucun 


quelqu'un 


calciare causa 


chausser 


ilicinam auzino 


yeuse 



184 



sulcum souc soc 

Mais elle est restée dure dans collocare = coulca^ où elle 
était double ; elle est restée aussi dans les mots dérivés de 
primitifs inusités où elle ne s'était pas vocalisée : ainsi falket 
de l'inusité fàlc. 

185. 3^ L suivie d'une s ne se vocalise pas. 

* alios als aulx 

oculos èls yeux 

pulsare pou Isa respirer 

salsam salso sauce 

Il faut excepter le mot faisum qui fait fauz. 

186. L disparaît dans le pluriel de l'article composé : on 
dit das = dais (dels)^ as = als (à les). 

Les pluriels des noms terminés au singulier par / gardent 
/ dure devant la désinence du pluriel et ne la vocalisent 
jamais. 

On a ainsi : chabals, soulels et non pas chabauSy souleus. 

187. Groupes PL, BL, FL. — Nous avons déjà parlé de 
ces groupes (cf. pour pi supra, § 138, pour ô/, § 150). FL se 
maintient sans changement. 

flammam flambo flamme 

* Nprothétique s'explique dans ce mot par la fréquence de Texpression 
en aut. 
' Mais dérivé malbit et non rnauàit. Cf. malbre avec i non Tocalisée. 



$29 



LE PATOIS DE LEZIGNÂN 



11 faut remarquer, au sujet du groupe pi, que / a dispara 
dans pus = plus, et que / est passée par dissimilation à r dans 
le mot : 

roespîlum nèspro nèfle 

188. LL. — L double s'est réduite à /simple, et ne s'est 
jamais mouillée *. 

anguillam andialo anguille 

puHam poulo poule 

stellam estèlo étoile 

uillatieum bilatche village 

L FINALS 

189. L finale reste simple et sonore, qu'elle soit double ou 
simple. 

capellum capèl chapeau 

fellem ' fèl fiel 

pellem pel peau 

pilum pèl poil 

190. L ADVENTICE. — On la remarque dans le moi enclûmi 
= incudinem. (Cf. sur ce mot Romania, va, 366 et 594.) 

L MOUILLÉE 

191. L mouillée est produite par l'influence d'un yod que ce 
yo(/ précède ou suive, qu'il soit latin ou roman. (Cf. traite- 
ment de cl §. 76. 3*.) 

cisteliam sestèlho ' (panier) 

paleam palho paille 

• *serraculam sarralho serrure 

uetulam bielho vieille 

192. Dans notre dialecte / mouillée s'assèche quand elle 
devient finale ou qu'elle est suivie de s. 

eccum illum akel celui-ci 

miraculum mirai miroir 

* soliculum soulel soleil 



* Pourtant la mouillure existe dans le mot poulhastre (gros coq) qui 
ne peut renyoyer qu'à * puUaftrwn. 
' Panier en osier qui sert pour les vendanges. 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 389 

Au pluriel on a avec /sèche soulels^ mirais, etc. 
La mouillure reparaît naturellement quand / n'est plus fi- 
nale. Ainsi s'asoulelha^ se chauffer au soleil, s^amiralha, se 
mirer. 

Il eu est ainsi dans la majeure partie du département de 
l'Aude ; dans la haute vallée de TAude (vallée de Quillan) 
commence ce qu'on pourrait appeler la région de / mouillée, 
qui se continue dans TAriège; / finale est mouillée non seu- 
lement dans les mots comme soulelh^ trabalhy milà, gourbilh 
fcorbiculum)^ mais dans des mots comme capèlh où la mouil- 
lure ne provient pas du latin. 



CHAPITRE IX 



Nasales : M, N 
M 

193. Initiale, elle se maintient. 

manum ma main ' 

marinum mari^ marin 

Comme dans la plupart des dialectes romans, elle s'est 
changée en n dans : 

mespilum * nèspro nèfle 

Elle s'est aussi changée en n dans napo = lat. mappam qui 

a été peut-être emprunté au français. 
Initiale, elle s'est changée en b dans bousi = *morsinum. 

(Cf. diminutif bousinét =un petit morceau). 

MN, MR, ML 

194. MN. — N s'assimile à m dans les mots suivants : 

norainare nouma nommer 

somniare soumia songer 

1 Nom donné au vent qui vient de la Méditerranée, 
« Cf. sur ce mot Diez, Gr, des L, H., I, 198, 



330 LE PATOIS DE LEZIGNAN 

Mais c'est, au contraire, m qui s'assimile dans fenno =fe- 
minam. 

195. Le groupe mn peut aussi passer à mb par la dissi- 
mulation du second élément. 

columnam couloumbo * colonne 

Il est probable que mn s'est d'abord réduit à mm et que 
la seconde m est ensuite passée à b par dissimilation. Cf. le 
traitement du mot suivant : 

flamraam flambo ' flamme 

Actuellement le nom propre Jammes est prononcé Jambes; 
de même, le mot français e^camo^er est traduit par e<cam6ou/a. 

196. MN final se réduit an. 

somnum son (sommeil) 

197. MR, ML. — Les groupes mr^ ml, intercalent comme 
en français un b entre chacun de leurs éléments. 

insimul ensemble ensemble 

simulare sembla sembler 

tremulare tranabla trembler 

Pour mr nous avons les exemples suivants : *cameram = 

crambo^ pouf cambro ; "marmorem = malbre; dans ce dernier 

mot m a été complètement éliminée. 

MT. — i/ se réduit à r? dans les rares mots passés dans 
notre dialecte. Exemple : computare = counia, 

198. M FINALE. — M finale se réduit à n. 

famem fan faim 

* femus fèns fumier 

fumum fun fumée 

lumen lun lumière 

primum prin * prime 

""uimus bins (baguette d'osier) 

* Outil de tonnelier, sorte de gros rabot, composé d'une grosse pièce 
de bois (en chêne ordinairement), une colonne reposant sur quatre 
pieds. 

* Le verbe est flamba^ fr. flamber. 
3 Crambat signifie voûté^ miné. 

* On appelle bl prin le premier vin qui coule du tonneau au moment 
de la décuvaison. 



LE PATOIS DE LÉZIGNAN 331 

.190. MI. — Ce groupe se maintient intact. 

*8ommiare ^ soumia songer 

uindemiam bendemio vendange. 

Je n'ajoute pas le mot *cambiare, qui a donné sanîa dans 
notre dialecte, parce que ici c'est le groupe bi qui est passé à /. 

N 

200. Initiale. — Elle se maintient •. 

napum nap navet 

nasura naz nez 

nomen noun nom 

Exception. — Elle est passée à d dans digus = nec untis, 

201. Intervocalique, elle se maintient également. 



catenam 


cadeno 


chaîne 


coquinam 


couzino 


cuisine 


granarium 


granhè 


grenier 


lanam 


lano 


laine 


monetam 


mounedo 


monnaie 


panarium 


patihè 


panier 


est pourtant passée à r par dissimulation dans le mot 


* ueninum 


beri 


venin 



N suivie d'une consonne 

202. N s'est maintenue devant c, g, rf, t, (Pour ne, cf. supra, 
§ 63 B P) 

linguam lengo langue 

longum lounc long 

manu tenere mantène maintenir 

Mais on a demargat qui renvoie à demanicatum (démanché) 
et où n est passée à r. 

203. NL. — Ce groupe n'a laissé de traces que dans le mot 
espilio :=:z spinulam où n s'est assimilée à /qui suit. (Cf. sur ce 
mot: Meyer-Lubkb, G?\ des L, B, I, 528). 

' Venu par assimilation de somniare. 

* On entend quelquefois prononcer lumeto = numéro. 



332 LE PATOIS DE LÉZIGNAN 

204. NS.— On sait que n avait disparu de bonne heure 
dans ce groupe en latin. Aussi a-t-on les formes suivantes : 

constare cousta coûter 

instructum estruit instruit 

ministerium mestiè métier 

Si on retrouve encore n dans un grand nombre de mots, 
c'est par analogie du français. C'est ainsi qu'on a : counsel, 
defenso, sensat, sans (sans), etc. 

A. la finale nous avons : 

genus jez * (pas du tout) 

mensem mez mois 

205. NF. — N a aussi disparu dans ce grpupe. 

confiare confia gonfier 

* confitiare coufesa confesser 
infantem efan ' enfant 

Mais on a enfèr^ counfoundre, qui sont des mots empruntés 
au fiançais. 

206. NV. — N disparaît aussi dans ce groupe. 

conuentum couben couvent 

* conuitare coubida inviter 

Mais on a ici, comme exceptions, les mots enbejo, coun- 
béni (envie, convenir). 

NR. — Un ^ euphonique s'intercale entre les deux élé- 
ments de ce groupe, comme en français. 

cinerem sendre cendre 

diem ueneris dibendres vendredi 

generum jendre gendre, etc. 

207. - RN.— Nse maintient dans ce groupe, sauf quand ce 
groupe devient final. C'est ainsi qu'on a les formes suivantes: 

diurnum jour ^ jour 

• Jez es la négation languedocienne par excellence. Es pas fort = il 
n'est pas fort ; es pas jez fort = il n'est pas du tout fort. 

• Dans l'unique expression paure fan (pauvre diable). 

3 On dit joun, toutjoun^ dans les dialectes qui sont à l'Ouest du dé- 
partement — en allant vers Toulouse. 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 



333 



stagnum 


estan 


étang 


stagnum 


estan 


étain 


furnum 


four 


four 


hibernum 


ibèr 

N FINALB 


hiver 


ûnale disparaît, 






asinum 


aze 


âne 


fraxinum 


fraiche 


frêne 


linum 


H 


lin 


sonum 


sou 


son 


ueninum 


beri 


venin 


uinutQ 


bi 


vin 



Elle s'est maintenue dans les mots empruntés au français^ 
comme trin = fr. tratn^ boudin^ boukin *, etc. 

Cette n instable reparaît dans les composés, et au féminin 
des adjectifs : bou, fém. bouno, fi^ fém.fino, 

N MOCILLÊB 

209- N mouillée est produite par le contact de n simple 
&vee un yod latin -ou roman. Donc, les groupes qui peuvent 
l'amener sont m, ne (devant voyelle) gn^ ng, (Cf. pour ne, en, 
dont le traitement est différent, §§, 63, B, V et 202.) 



lineam linho 

* lineolum linhol 
senior sénhe 

* Stagn -f olum Estanhol 
tineam tinho 
vineam binho 



ligne 

(âl poissé) 

sire 

(nom d'un tène- 

teigne [ment). 

vigne 

210. Quand cette n mouillée est devenue finale, elle s'est 
asséchée dans notre dialecte comme /. (cf. suprà : L mouillée). 

cuneum kun coin 

pugnum pun poing 



* Notez que dans ces mots la voyelle i n'est pas nasalisée et que la 
prononciation est à peu près la suivante : tri-nn^ boudi-nriy etc. 



334 LE PATOIS DE L"ÉZTGNAN 

La mouillure reparaît dans les composés : estan (étang), 
Estanhol; kun, kunha (cogner, serrer). 

La mouillure ne reparaît pas dans les composés de stagnum 
= étain ; on a, effet, estama = étamer. Il faut voir dans cette 
m un fait d'analogie : m est devenue n à la finale, de sorte 
que sur Tanalogîe razin : razima on a pu avoir estan: estama \ 

N ADVBNTiCE. — Elle sc remarque dans le mot penche = 
*pectinem et dans son dérivé penchena (peigner). 

Elle se remarque aussi dans le mot encluzo, si c'est bien a 
exclusam qu'il faut faire remonter ce mot; elle a été amenée 
ici par analogie des mots commençant par le suffixe in. 



INDEX LATIN 



Les numéros renvoient aux paragraphes. Les paragraphes 1-55 ont 
trait au Vocalisme; les §§, 56-210 au Comonantisme. La lettre n 
désigne la note où le mot est cité. AC renvoie aux Addenda et Cor- 
rigenda. 



A 






*aestiraum 49, n. 


l'24, 127 


abietem 




AC 


Africanum 


8 


acrem 


§ 


§75 


alam 


9 


acuculam 




64 


* alaudetam 


52 


acutiare 


64, 


105 


albam 


183 


adaquare 




110 


*alios 


185 


ad horam 




168 


aliquem unum 


184 


adobare 




145 


al tare 


175, 183 


ad post 




40 


al ter u m 


183 


adripare 




11 


altum 


183 


adruinare 




145 


amabat 


14 


ad uallem 




113 


*amandularium 


16 


aeramen 


49, 


168 


amat 


14, 105 


aequalem 


49, 


83 


amaricare 


59 


aestima 




49 


amicam 


14,60 



i DiEZ, Gvam. des L, «. (I, 202) explique la forme française étamer 
parla dissimilation de nn (stannum), La forme des troubadours pour ce 
mot est souvent avec n mouillée (estanh). 



LE PATOIS DE LEZIGNAX 



335 



amicum 


11 


bonum 




39 


anguillam 


36, 188 


* boscum 




79 


animam 


9 


bouem 




40, 161 


apiculam 


76, 134 


bracchium 




73 


apostolum 


7 


• brancam 




58 


apricum 


139 


* brugitum 




94 


aprilem 


36 


buccam 




58 


aquam 


83, 163 


buUire 




46 


aquarium 


83 


butirum 




144 


aratrum 


169 


buxum 




80 


arborem 


149, 169 


G 




arcam 


58 








area 


16 


caballum 




57, 145 


aristam 


168 


Cabimonte 




In. 


arium 


(suff.) 175 


caelum 




49, 67 


' ascultare 


13 


calamellum 




182 


asinum 


7, 9, 208 


• calceam 




73 


asparaguluir 


1 6, n. 7, 13, 88 


* calciare 




184 


* astulam 


104 


calidum 




183 


aucam 


51, 58 


• calere habet 




118 


audire 


52, 110 


* cambam 




154 


augustnm 


52 


* cambiare 


153, 


154, 199 


' auicellum 


52 


camelum 




18 


auriculam 


6, 76 


* cameram 




177, 197 


' ausare 


52 


* caminariam 




57 


auscultare 


52 


caminum 




11 


Azilhanum 


8 


* cancerem 




7 






Candida {Sancta) 


1 n. 




B 


canem 




10 n. 


• bancum 


66 


canonicum 




63 


barbam 


6, 14 


capellam (chapelle 


) 135, 189 


barcam 


58 


• capellam (javelle) 


AC 


baptizare 


131, 137 


• capellum (chapeau 


135 


*bassiare 


129 


*capellum (lang. gabèl) AC 


' bassum 


128 


capere 




141 


battuere 


163 


capistrum 27 


,104, 


127, 134 


beccum 


66 


* caponem 




135 


belli 


38 


capram 


140, 


177, 170 


bellum 


20 


capparis 




142 


bibere 


144, 148 


naisTraptç 




142 


bibit 


146 


capsam 




136 


• bifacem 


166 


• cap tiare 




108 


*bmare 


35, 144 


* capum 




56 



)6 


LE PATOIS nE LEZTGNAN 




* carricare 


59 


*colôbram 


45 


carum 


6, 9, 56, 174 


*colpiiin 


46 


'casianearium 


16 


colubrum 


45 


eastellum 


56 


columnam 


195 


catenam 


26, 102, 201 


compara re 


177 


calhedram 


19, 56, 111 


computare 


197 


cattum 


57 


*confîtiare 


205 


cauam 


56, 157 


conflare 


205 


caudam 


11 


consilium 


125 


caueam 


57, 162 


constare 


204 


* cauletum 


52 


consuere 


,163 


causam 


51, 124 


conuentum 


2(^ 


ceram 


67 


• conuitare 


205 


• cerasea 


16, 124 


cooperire 


139 


centum 


67 


coopertum 


134 


*cercare 


21 


coquëre 


40, 62, 75 


ceruuiïi 


160 


^coquinam 


83, 201 


cibatara 


67, 145 


cor 


39, 174 


cicadam • 


110 


corbem 


62, 152 


• cicerem 


7, 70 


cordam 


62 


• ciliam 


33 


corium 


40, 62 


cinerem 


67, 206 


corpus 


39, 136,172,11. 


circare 


33 


coruum 


62 


circulum 


173 


*coxam 


40, 80 


cisteliam 


191 


credere 


111 


ciuitatem 


158 


crepare 


21, 170 


clarura 


174 


crescere 


79, 170 


classicum 


76 


cribelliim 


37, 170 


clauellum 


76 


crimen 


75 


claudere 


111 


crinem 


. 75 


claustrum 


51 


cristam 


27, 127 


clericum 


63 


crucetn 


44, 72 


coagulare 


6, 89 


cubare 


145 


• Coctare 


78 


cubatum 


145 


coctum 


78 


cubitum 


100, 141, 146 


* codam 


51 


*cultiuum 


161 


coementerium 


7 


culum 


47,62 


coementum 


67 


cumulum 


AC 


cognoscere 


79 


cuneum 


45, 210 


cohortem 


174 


cupidum 


7,8 


colaphum 


165 






coUocare 


59, 184 






coUum 


62 







LE PATOIS DE LEZIGNAN 



337 



débet 

debere 

debîtum 

decem 

de iam 

de unde 

de mane 
' demanicatum 
*deoperire 

deretro 
* desapare 

descendere 

deum 

dictum 

dieai 



63. n. 
109, 



146 

148 

146 

72 

95 

116 

29 

202 

139 

19 

134 

79 

79 

78 

35 



diem dominicum 35, 59, 63 
diem iouis 109, 128 

diemueneris 128,118,206 
diem * mercuris 
diem sabbÀti 
diffîcilem 
digitum 
' disieiunare 
diurnam 

* dodecim 

* dogam 
dolorem 
dubitare 
duplum 
durum 



128, 


173 




146 




166 


94, 


105 




109 


119, 


207 




69 




87 




44 




109 




138 


47, 


109 



ecce hac 
ecce hic 
ecce istum 
ecclesiam 
eccum hoc 
eccum illi 
eccum illum 
eccum istum 



65 
71 
71 

76, 129 
65 
38 

71, 192 
27, 71 



ego 


19. 89 


episcopum 


22, 134 


equam 


18, 83 


ericionem 


73, 168 


ericium 


54 


essere 


7 


exagium 


80, 94 


examen 


80 


expressum 


81 


exsarmentare 


124 


exsucare 


123 


extranearium 


81 


extraneum 


81 



fabam 

fabricam 

fabiicatum 

fabrum 

fac 

facere 
• faco 

factum 
• facunt 

fagus 

falsum 

famem 

fascem 
'fellem 

feminam 
*fëmu8 

feriam 

ferrum 

festam 
*ôcam 

ficatum 
*fidicum 

fidem 

filiolum 

filum 

filium 



135, 164 

59 n. 

59 a. 

148 

65 

75 

64 

78 

64 

89 

183 

198 

79 

18, 189 

194 

198 

19,0. 

6, 18 

127 

14, 34, 60 

34 

34, 63, 164 

27, 116 

5 

36 

164 



338 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 



fimus 


33 


graecum 


49 


finem 


34 


gramen 


90 


findere 


' 111 


granaiium 


16,201 


finire 


37 


granum 


10, n. 


firmuiii 


33 


gratiam 


106 


flammam 


187, 195 


guttam 


84 


florem 


174 


gypsum 


33, 136 


focum 


65 






*foliam 


40 


H 




*formaticum 


107, 177 


habere 


145 


fortem 


39 


habere habet 


118 


fragrare 


171 


heredem 


54 


fratrem 


171 


heri 


19 


fraxinum 7, 


80, 171, 208 


hibernum 


207 


*fricto 


33 


hoc 


65 


frigidum 


33. 94. 171 


hodie 


40 


fumum 


47, 198 


hominem 


7, 39 


functionem 


108 


horam 


44 


•fundulam 


178 


hordeum 


7 


furcam 


164 


horologium 


94,107 


furnum 


174, 207 


•horoloticum 


42 


futuere 


163 


hospitale 


137 


G 




I 




gabatam 


84, 146 


lacobum 


74, 151 


galbinum 


85 


ianuarium 


163 


gallinam 


84 


• iectare 


12, 23, 95 


* gambam 


85 


•iliciaam 


53, 68, 84 


• garbam 


84 


illac 


65 


gaudium 


51 


illas 


128 


gelare 


22, 86 


iUi 


38 


• gemïre 


86 


illum 


27 


generum 


206 


*iinpactai'e 


AC 


genestam 


23 


impedicare 


22 


genuculum 


23, 86 


impicare 


29 


genus 


204 


incudinem 


190 


Germanum 


23 


• indiuinator 


37 


gingiuam 


86, 157 


infantem 


205 


glaadem 


91 


• infellenare 


22 


gladiolum 


AC 


infernum 


18, 30 


• glocîre 


91 


* inmerciare 


173 


gloriam 


45, 91 


insimul 


197 


* graculam 


84 


instructum 


204 





LE PATOIS DE LÉZIGNAN 


339 


integrum 




19 


lilium 


7, 180, 182 


inuidiam 




120 


litteram 


27 


iocum 


6E 


S 95 


lUiuum 


80 


losephum 




165 


locare 


60 


iudicamentum 




6 


Iocum 


65 


iudicare 




59 


longe 


31, 40, 93 


iuniperum 


48. 


139 


loDgum 


180, 202 


iuuenem* 


7,25, 


157 


* liicire 


70 


*iuxtum 




81 


lumen 
• lusciniolum 


198 
79, 181 


L 






lu tram 


45 


laborare 




180 


M 




lacertum 




74 






* lactem 




78 


* maccionem 


73 


lactucam 




60 


macrum 


75 


lacum 




64 


maculam 


76 


lacimam 




12 


magis 


89 


lanam 




201 


maiura 


96 


laqueum 




73 


maie aptum 


137 


lauare 




157 


malleolum 


5 


laurarium 




180 


maluam 


183 


* lausam 




51 


manducare 


59 


laxare 


80, 


181 


• manicum 


59, 63 


lazarum 


\-»vr, 


131 


*raansionaticum63, 107, 127 


lectionen 


23, 


108 


manum 


193 


lectura 




19, n 


manu tenere 


202 


* legire 




87 


raappam 


135, 193 


*lenticulam 




181 


mare 


174 


leporem 




139 


marginem 


7, 88 


leuare 






raai'inum 


193 




21 


'marmorem 


169, 197 


leucam 




53 


masculum 


46, 76 


*leiiiarium 


16, 53, 


162 


matrem 


6, 104 


* leuium 


53, 


162 


maturum 


47, 102 


libram 




148 


matutinus 


99 


Licinianum 




1, n 


medietatem 


30, 103 


ligatum 




87 


médium 


19, 21 


lineam 




209 


meiiorem 


23 


• lineolum 




209 


•mellem 


18 


linguam 




202 


memoriam 


45 


linteolum 


5, 30 


mensem 


125, 204 


Unum 




208 


mensui-am 


125 



340 



mercare 

* mercatum 
mespilum 

* metipsimum 
micam 
ministerium 
miraculum 
missionem 
mittere 
modium 
modulum 
monetam 

* monicum 

* mordacias 

* môrîre 
*mor8icape 

* moi'sinum 
mortem 
mucitum 
mulam 

* mulcîre 
mulierem 
mulam 

* muraliam 
*muBcalem 

muscam 
musculum 
mustelam 
mutare 



napum 
*nascere 
nasum 
necare 
nec unus 
nepotem 
Deruium 
nigrum 
noctem 
nodare 
nodum 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 

22 
22,11 

187, 193 

136 

34, 61 

19, 204 

192 

129 

27, 104 

40, 121 

104 

202 

63 

73 

41 

6, n, 172 

172, 193 

39, 105 

48 

47 

68 

5, 46 

47 

48 

79 

. 79 

76 

32 

48, 102 



N 



200 

79 

128, 200 

60 

64 

44 

7 

90 

40, 78 

110 

44. 117 



nomem 




200 


nominare 




194 


nouem 




161 


nouium 


7, 45, 


157 


nouum 




161 


nûptiae 


45, 


137 


nutrire 




104 



obscurum 

occasionem 

octo 

octobrem 

oculum 

oculos 

oleum 

... onem (suff'.) 

. . . orium [suff,) 

ornamentum 

ouum 



127, 147 
129 

40 

78 

40 

185 

7 

176 

45 

6 

124 

40, 161 



pactum 

palatium 

paleam 

* palearium 
palmam 

^palumbam 
panarium 
panem 

*pansam 
parietem 
parabolam 

* pascuentiam 
passum 
pastinacam 
patrem 
paucum 
pausam 
pauorem 



78 

106 

191 

16 

9 

154 

16, 201 

10, n, 132 

125 

5 

150 

79 

128 

178 

6, 104 

51,65 

51, 124 

132, 157 



LE PATOIS DR LEZIGNAN 



341 



pauperem 


141 


praestum 


49 


*peciam 


73 


prehendere 


115, 139 


* pectinem 


78 


prehensam 


44, 139 


pedem 


18, 116 


* pretiare 


137 


peduculum 


110 


pretium 


106 


pellem 


8, 189 


primarinm 


16, 37, 139 


* pentecostam 


22, 99 


primum 


198 


pensare 


125 


proprium 


140, 143 


perdicem 


72- 


* prudîre 


110 


pergamum 


22 


psalmum 


136 


pergamenum 


28 


ptisanam 


137 


*persicum 


AC 


pugnam 


92 


petram 


104, 132 


• p'jgnalem 


92 


pigrum 


90 


pugDum 


45, 93, 213 


pilam 


36 


* pulicellam 


68 


pilum 


33, 189 


pulicem 


47, 68 


* piperem 


139 


* pullastrum 


188, n 


piram 


132 


pullam 


188 


piscem 


27, 79 


pulmonem 


45 


*pittittum 


37 


pulsare 


132, 185 


placere 


27 


pulsum 


132 


*placëre 


70, 75, 138 


puDctam 


78 


• placiticare 


100 


purgare 


88 


plagam 


87, 138 


purum 


47 


plangere 


92 


pu tare 


102 


plantam 


132 


puteum 


44, 106 


planum 


10, 138 


*putiare 


106 


*platteam 


106 


*putire 


48 


plénum 


27, 138 






plorat 


44 


Q 




* plouere 


138, 159 




*plouiam 


40, 162 


* quadrum 


111 


plumam 


48 


quaerere 


82 


plus 


138 


quaudo 


82, 116 


pluuiam 


45 


qui 


82 


podium 


40, 121 


quid 


82 


poenam 


50 


quinque 


82 


politi 


38 






populum 


7, 134 


R 




porcum 


66 






portât 


105 


* rabiam 


153 


praedàm 


44 


racemum 


29, 70, 167 


praedicare 


59 


radiare 


120 



342 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 



^radicinam 


112 


sanitatem 


6 ! 


ranam 


167 


sapam 


134 


rancidum 


7 


sapere 


141 


Ranunculanum 


167 


sapiam 


143 


raphanum 


15 


sapium 


143 


*ra8orium 


45 


satullum 


102 


rastellum 


20 


•sebam 


145 


rasum 


128 


sébum 


152 


*rattam pennatain 


22 


' secale 


60 


rationera 


106 


secare 


21 


raucum 


51, 65 


securum 


29, 64 


• recapere 


141 


sedecim 


69 


refacere 


166 


senior 


6, 209 


reginam 


92 


sepiam 


143 


•remare 


22 


septem 


137 


remediura 


7 


• sequire 


83, 163 


renditam 


101 


serpentem 


122 


* respondëre 


127, 133 


* serraculam 


29, 191 


rétro 


104, n 


seruire 


122 


reuersum 


172 


se ru i du m 


7, 121 


reuma 


53 


seuum 


152, n, 161 


ridere 


111 


sex 


19 


rigidum 


33, n, 94 


scalam 


126 


ripam 


34, 134 


iicalas 


128 


Romanum 


8 


sciurolium 


52 


rotare 


102 


scribere 


136, 148 


rotulare 


42 


scriptum 


137 


rotulum 7, 


104, 167 


si bi lare 


122, 148, 150 


rotundum 42 


102, 167 


siccare 


29 


rubeum 


153 


siccum 


27, 66 






signum 


92 


8 




siluaticum 


63 






himulare 


197 


sabucum 


122, 145 


* singluttum 


30, 91 


s accu m 


66 


•soliculum 


27, 192 


adyiia. 


91 


solidare 


55 


salicem 


68 


somniare 


194, 199 


salsam 


185 


somnum 


196 


saluare 


183 


sonat 


39, 208 


saluiam 


162, 183 


sorbam 


40 


sanctum 


78 


• sortîre 


122 


sanguinare 


92 


spatham 


126 


sanguem 


93 


spatiilarn 


104, 126 





LE PATOIS DE LÉZIGNAN 


343 


spicam 


60, 126 


transuersare 


172 


spinulam 


203 


tredecim 


69 


spissum 


27 


tremulum 


193 


stabulam 


126, 150 


• trepalium 


98 


Stagnolum 


209 


* trippam 


98 


stagnum 


93, 210 


triplum 


138 


stagnum (éiain) 


210 


* troculura 


40 


stannum 


210, n 


• trôiam 


40, 45 


stellam 


32, 188 


Uurbulare 


177 


Stephanum 


15 


* turbulum 


AC 


stcangulare 


91 


• turdium 


121, n 


strigile 


33 


tiirrem 


98, 174 


*strigilam 


91 


tussire 


46 


* struppare 


135 


V 




stuppam 


135 




58 


subinde 


116 


uaccam 


subuenire 


147 


uadum 


156 


Budare 


48 


ualentem 


182 


sulcum 


184 


ualere 


27 


• gymbolium 


7 


uascellum 


20,79 






* uassaletum 


127 


T 




uastare 


156 


tabulam 


150 


uenenum 


28 


talpam 


133 


uendere 


111 


tarde 


31 


uenditam 


101 


*taxum 


80 


*neninum 


201, 208 


tcgulum 


89 


uerecundiam 


63, 115 


tela 


32 


ueritatem 


6, 99, 105 


templum 


6,46 


uerrucam 


24 


temperare 


177 


uersum 


173 


tempus 


136 


ueruculum 


155 


*tenditam 


101 


uestitum 


105 


tepîdum 


7, n 


uetulam 


191 


terminum 


7 


uetulum 


19, 104 


terram 


98 


uicinum 


37, 70 


• terratum 


105 


uicem 


155 


terribilem 


22 


uidere 


5, 110 


tineam 


33, 209 


• uidere 


111, 155 


titionem 


106 


uiduum 


114, 163 


torculum 


77, 177 


uigilare 


91 


tormentum 


18 


uiginti 


38 


•totti 


38 


uillam 


36 


* tractiare 


108 


Villam Nouam 


36 



344 



LE PATOIS DE LEZIGNAN 



uillaticura 


35,63, 


188 


uitium 




155 


oimus 




198 


uitrum 


104, 


111, û, 153 


uindemiam 




196 


uiuere 




155, 159 


uindicare 




59 


uiait 




158 


uincire 




68 


uocem 




44, 72 


uineam 




209 


uolare 




. 41, 185 


uinum 




208 


* uolëre 




41, 182 


uinum acrem 




75 


* uomïre 




156 


uiolanum 




16 


undeeîm 




69, D 


uirare 




35 


unctam 




78 


uii'idem 




116 


unum 




• 47 


uirtutem 




99 








uiscam 




79 




Z 




uilellam 


20, 30 


zelosum 


131 



ADDENDA ET CORRIGENDA^ 



§. 4. Lire : ch représente la chuintante dure, Ibid. : infra. J ai 
noté le son complexe dentale + ch par tj (remplacé par tch dans la 
deuxième partie de ce travail). 

§. 5. Add. : glauïol (glaïeul) =» lat. ffladiolum, Add : àbd (enve 
loppe du grain de blé) «s lat. abietem, ahjetem, 

§. 6. Lire patrem» matrem, 

§. 6. D. 1. Lire contraction ^Oïiv contraxtion. 

§. 6. n. 2. Ràbe et non rabè. 

g. 7. Add. : cumulum ss coumoûl (plein). Turbulum a donné les deux 
formes treboûl et tréble. 

Mettre * essere parmi les mots en ëre(m), 

Persicuma. donné prèse avec maintien de la pénultième, mais sans 
déplacement d'accent ; cf. au contraire le déplacement d'accent dans 
cat. presèc, 

* La première partie du présent travail a été imprimée d'après la copie 
remise l'année dernière au concours. N'ayant pas eu le temps de cor- 
riger les épreuves avec tout le soin nécessaire, j'ai laissé échapper 
quelques graves erreurs. De là la nécessité de Verralum suivant. Quant 
aux addenda, ils se réduisent à quelques faits intéressants que j*ai 
observés dans ces derniers temps. Je remercie vivement M, Chaba- 
nbau, m. Bonnet et M. GRAMMONT,qui ont bien voulu me communiquer 
leurs observations. 

J'ai mis l'astérisque dans Vindex latin devant les formes latines non 
classiques. 



LE PATOIS DE LEZIGNAN .'^4 2 

§. 11 Supprimer ce qui est dit de Tinfluence du catalan à propos de 
courroûbio. 

§. 12. Quoique Kôrting dise (Lot, — Eom, W, n° 792) que le mot 
arundo semble avoir été employé dans le latin populaire avec le sens 
de hirondelle, il faut rattacher le mot languedocien au mot français 
venu, lui, de hirundo -^ellam. 

§. 18. * Fellem et non felem, 

§. 19. n. 1. Lire : les groupes try dr au lieu de tl, dr. 

g. 22. Supprimer * remare, qui doit être reporté à e fermé (* Rêmare). 

Ibid. * infeUenare et non infelenuire. 

Ibid, Supprimer impedicare ; c'est plutôt à * impaetare qu'il faut 
rattacher le verbe lang. empatcha. Cf. Kôrtino, s. u. * impcuito. 

§. 20. Ce qui est dit ici de infemum doit être reporté au paragraphe 
de i long protonique, car on a infernum et non * înfemum. 

§. 31. Lire longé, tardé. 

§. 35. Add. fr. biner. 

§. 37. lÀre * pittittum et non pitUtani. 

§. 40. Effacer sèrbo de la liste des mots où o se diphtongue ; ce 
naot doit avoir été influencé par le verbe serba = fr. se conserver. 

§. 41. Supprimer uôtere qui vient de MÔ^Mwi. 

§. 42. Reporter le paragraphe auvpôpulus à Ô fermé. 

§. 45. Nûptiae doit être reporté au paragraphe de û. 

§. 48. Sudare === suza et non suda. 

§• 48. Lire * muraliam = muralho au lieu de muraculam. 

§. 51. Clastres ne désigne pas le chître en général, mais il dési- 
gne un quartier de Lézignan où étaient les cloîtres. 

§. 57. Il faut encore noter Taifaiblissement de c initial en g dans 
gàbèl «s ' capellum (Kôrting, L. R. W. 1596. * capellam.) 



TABLE DES MATIÈRES 

Introduction 145 

Chapitre L— Les limites du dialecte, §§,1-2 149 

Chapitre II. — Les sons et leur notaliou. §§, 3-4 151 

Chapitre III. — Accentuation §§, 5-8 153 

Chapitrk IV.— Traitement des voyelles. g§. 9-48 158 

Chapitre V.— GM^^wra/e*. §ij, 56-97 289 

Chapitre VI.— Dentales. §§/98-131 303 

Chapitrk VII.— Labiales. g§, 132-166 313 

Chapitrk VUL— Liquides. §§, 167-193 * 322 

Chapitre IX.— Nasales. g§, 193-210 329 

Index latin 334 

Addenda et Corrigenda 344 

J. Anglade, 



UN FÉNOMENE DE FONÉTIQUE GÉNÉRALE 



Français populaire : can(ne)çon, pan(ne)lot 



Il arrive souvent qu*un fonème disparait d'une langue, soit 
qu'elle le perde purement et simplement, comme le celtique 
a laissé tomber le p indo-européen (gaul. ver-^ v. irl. for, v. 
gall.^Mûr, V. corn, ^«r-, v. bret.ywor = ie.*Mper-), soit qu'elle 
le transforme par évolution fonétique, comme le vieux fran- 
çais a changé 1'/ implosif en / vêlai re, puis en u (alba ]> aube). 
Le fonème ainsi écarté d'une langue est dès lors étranger à 
cette langue ; mais il peut se faire qu'elle le retrouve, soit 
qu'elle emprunte à une autre langue des mots qui le présen- 
tent, soit que certains changements fonétiques le fassent réap- 
paraître dans des mots appartenant à son propre fonds : ainsi 
le vieil irlandais emprunte le mot latin purpura qui présente 
\e p\ — en gaulois et dans les langues celtiques de la Grande- 
Bretagne le 5^ indo-européen devient p (gaul. petorritum uchar 
à quatre roues », gall.p^/^war, covn. peswar, bret. pevar «qua- 
tre », cf. sk. catvâras) ; — en français le mot paletot devient 
palfejtot par chute de Ve précédé et suivi d'une seule consonne 
(Grammont, MSL, VIII, 54 sqq.)i et dès lors cette langue 
possède de nouveau un / implosif. 

Le second de ces faits doit être soigneusement distingué 
des deux autres. Si le q indo-européen est devenu p dans la 
langue gauloise qui n'avait pas de p^ c'est par une évolution 
fonétique absolument régulière et normale, et ce nouveau pro- 
duit n'a pas plus de raison d'être altéré désormais que n'im- 
porte quel autre fonème de la langue. 

Mais si le fonème qui rentre dans un domaine d'où il avait 
été précédemment expulsé, n'i revient que par hasard, par 
accident, comme c'est le cas du premier et du troisième exem- 
ples que nous avons cités, ce n'est que très difficilement qu'il 
s'i installe de nouveau ; il est exposé à tous les accidents qui 



UN FENOMENK DE FONÉTIQUK GENERALE 3n 

peuvent avoir prise sur lui, jusqu'à ce que la langue où il 
réapparaît soit redevenue apte à le prononcer. C'est à la suite 
d'une évolution lente que les Gaulois et les Celtes de la 
Grande-Bretagne ont été de nouveau capables de prononcer 
un p,.An contraire, lorsque les Irlandais ont emprunté, 
d'abord par Tintermédiaire des langues brittoniques (Zimmer, 
KZ^ 33, 280), des mots latins qui contenaient un p^ c'est tout 
d'un coup qu'ils se sont trouvés en présence de ce fonème 
qu'ils ne connaissaient pas. Malhabiles à le prononcer, ils Tont 
remf»lacé par une autre occlusive sourde, le c (irl. corcur de 
lat. purpura, case de pasca, cland de planta, cuthe de puteus, 
caille de pallium, clum de p/wma), jusqu'au jour où l'occlusive 
sourde labiale leur fut devenue assez familière pour qu'ils 
ûssent peccad du \Q.iïn peccatum . 

Un exemple analogue, tiré des langues romanes, ne peut 
qu'illustrer encore ce fénomène. L'italien a perdu le groupe 
bl par évolution fonétique (Aî'awcr) « blanc»' ; aussi lorsqu'il 
emprunta au français le mot blanc-manger, il i remplaça le 
groupe bl par un groupe qui était fréquent chez lui et qui dif- 
férait peu de ce groupe bl, à savoir br : bramangiere Puis il 
s'habitua petit à petit au groupe bl et devint capable d'ac- 
cueillir tels quels des mots comme blasfémia « calomnie ». 

C'est en grande masse que le cristianisme introduisit des 
mots latins dans la langue irlandaise ; mais souvent un mot 
étranger est emprunté isolément. Lorsqu'il en est ainsi, le 
fonème nouveau qu'il peut apporter, ne se trouvant que chez 
lui, ne peut pas tomber sous le coup d'une loi générale ; aussi 
il arrive que la langue hésite entre l'acceptation du fonème 
et son remplacement par un autre : espagnol girofle et girofre 
« girofle » (Grammont, la Dissimilaiion, p. 134). 

L'admission du fonème tel quel n'offre aucun intérêt; son 
remplacement en présente au contredire beaucoup, car il peut 
être dans une certaine mesure déterminé d'avance. Le rem- 
plaçant n'est pas pris au hasard ; c'est forcément un des fo- 
nèmes existants dans la langue qui se rapprochent le plus, au 
point de vue de l'articulation du fonème à remplacer; en sorte 
que l'on peut dresser la li&te des remplaçants possibles. 

Lee que l'irlandais met à la place du p latin est comme lui 
une occlusive sourde^ et Tavait déjà remplacé par évolution 



348 UN FENOMENE DE FONETIQUE GÉNÉRALE 

fonétique dans les groupes primitifs jt>/ etsp : irl. secht n' = 
sitTûé comme irl. ocht n- = ôxt«, — irl. fescor = lat. iui$per 
(Zimmer KZ, 33, 276); en outre les Irlandais avaient acquis 
le sentiment dd la correspondance de leur c au ;? des langues 
brittoniques, d'après les rapports : irl. mac = britt. mapy irl. 
cen« =britt. penn, etc. (Zimmer, ibid. , 280). — Lorsque le latin 
ueiulus devint uel(u)lu8 par chute de Vu posttonique le latiu 
vulgaire se trouva en possession du groupe tl qui lui était in- 
connu ; il en fit cl (lat. vulg. ueclus, ital. vecchio, fr. vieil, esp. 
viejo) comme avait fait Titalique à une époque préhistorique : 
lat. pià-clum, sae-clum, ombr. piha-klu « piaculorum » (formés 
avec le suffixe- tlo-). Dans une langue qui ne souffre pas 
dans une même siitabe le groupe occlusive -■\- n, Vn peut tom- 
ber ou être remplacé par une des deux liquides / ou r qui ne 
diffèrent essentiellement de n, au point de vue de Tarticula- 
tion, que par l'absence de la nasalité : de *sangne respagool 
fait sangre, de *ingne il fait ingle (Grammont, la Dissimila- 
tion, p. 138-139), de *diacne le français fait diacre (Id., ibid., 
139), de vTTvov le dialecte de Bova (Calabre) fait iplo et le 
Tsaconien en fait Oirp» (Id., ibid., 139-140). 

Étant donné 17implosif de français moderne pa/(e)/o/, calie}- 
çon, que pouvait-il devenir? Dans la langue des personnes 
cultivées où il était retenu par les livres, les journaux et ren- 
seignement, il n*i avait pas chance qu'il fût modifié. Mais 
dans le français populaire, qui est en somme la même langue 
libre de toute entrave, il était instable. Il pouvait se vélariser, 
puis devenir u comme en vieux français, ce qui n'a pas eu 
lieu; mais nous connaissons un autre produit de / implosif de- 
vant dentale, c'est son remplacement par la liquide dento-na- 
sale n, fénoméne de préparation connu par grec ^ivraro;, 
hreion coutel^ etc. (Gramraont, ibid., p. 119-120). Le nouveau 
groupe ainsi constitué, nt dans pan{ne)toty m dans can(ne)çon, 
est jusqu'à présent resté intact en français, comme le mon- 
trent Anne)cy^ ljon[né)ti€r et les mots analogues; mais il au- 
rait pu se transformer, puisque c'est un groupe récent que le 
vieux français avait transformé : avantage, avancer^ amincir. 

Nous avons exposé simultanément le traitement de /9a/(e)/o/ 
et delui de cal(e)çon^ et il n'i a en effet aucun inconvénient à 
cela, puisque le point de départ est le même et le point d'ar- 



UN FENOMENE DE FONETIQUR GENERALE 3 49 

rivée aussi. Mais il faut bien noter que ces deux mots ont obéi 
indépendamment à une même tendance, car ils sont entrés à 
des dates différentes dans les langues populaires. Il en est 
telle en effet qui ne connaît que l'un d'eux ou ne les a pas 
traités pareillement : le patois de Damprichard, par exemple, 
dit can(ne)çon, mais pal[e]tot. Ce dernier mot est chez lui d'in- 
troduction très récente et n'i est en somme que le mot fran- 
çais inaltéré. 

Le français possède d'autres mots qui présentent aussi 17 
im[)\os'\f : pal(e)frenier, calfeutrer, salpingite^ solde, etc.; mais 
ces mots n*ont pas pénétré dans les langages populaires. Sol- 
dat, mot français de fabrication savante, a été introduit de- 
puis très longtemps dans les patois, et i est ramené chaque 
année par les conscrits, mais toujours sous la même forme ; 
soldat; c'est un mot qu'ils rapportent intact comme ceux que 
leur enseigne la téorie. Ce n*est pas une raison pour que les 
dialectes ne le modifient pas; ainsi Damprichard en a fait 
sudâ parce qu'il a possédé ce mot à une époque où il pouvait 
encore vélariser un /implosif. Nous ne connaissons nulle part 
il est vrai une forme *son{ne)dat, mais nous ne serions nulle- 
ment surpris de la rencontrer. 

Maurice Grammont. 



JEUX PARTIS INÉDITS 

DU XIII* SIÈCLE 



Parmi les jeux partis, assez peu nombreux, que renferment 
les mss. français de la Bib. nat. portant les n^' 1591 et 24406 
(Pb' et Pb** de Raynaud), six seulement restent inédits 
(du moins en grande partie)*. Comme on va le voir, ils éma- 
nent, sauf un, de Técole bourgeoise qui fleurit à Arras dans 
la seconde moitié du XIII' siècle. On ne me saura pas 
mauvais gré, je Tespère, de les imprimer ici' ; non point 
qu'ils se distinguent par un grand mérite littéraire : ils peu- 
vent être rangés au contraire parmi les spécimens les plus 
médiocres d'un genre qui ne fut pas fécond en chefs-d'œuvre; 
quelques-uns cependant ne sont pas tout à fait dénués d'inté- 
rêt, ne serait-ce qu'à cause des difûcultés qu'ils présentent, 
et que je ne me flatte pas d'avoir toutes résolues. 

1. Le premier est adressé par Sandrart ^ à Colart. 

Sandrart ne nous est connu que par cette pièce et Tune de 
celles qui sont publiées plus loin (n® I!) *. Colart est vrai- 
semblablement le même que celui qui apparaît comme parte- 
naire dans quatre, ou, plus probablement, comme on va le voir, 
dans cinq autres jeux partis formant avec celui-ci un petit 
groupe dans le ms. Pb' et qui ne sont conservés que là; il est 
nommé dans Tun des morceaux (1336) Colart U Ckangieres;àe 

* Quelques fragments en ont été publiées par VHistoife littéraire^ t. 
XXIII; d'autres, en plus grand nombre, l'avaient été par Dinaux (TroU' 
vères artésiens) ; mais on sait que les publications du dernier peuvent 
être considérées à peu près comme non avenues. 

2 J'en dois à mon ami H. Teulié une copie que j'ai coUationnée sur 
l'original. 

* Dans le texte ce nom est toujours écrit avec un a : Sandras^ San- 
drat ou Sandrart. La suscription porte Sendrart^ mais nous verrons 
plus loin que les rubriques, sans doute très postérieures à la composi- 
tion des pièces^ ne méritent aucune confiance. 

* Nous verrons tout à l'heure comment VHistoire littéraire {p. 756) a 
été amenée à mentionner un « Sandrart Certain ». 



DU XIII* SIÈCLE 351 

ces pièces nous pouvons conjecturer qu'il était clerc : dans 
Tune, il nous dit lui-même qu'il n'est point marié (III>8); d'une 
autre (II) il semble ressortir qu'il fut à un certain moment, sans 
doute après avoir pris les ordres majeurs, prieur ou aumô- 
nier d'une communauté de femmes *. 

Sujet de la pièce : de deux amoureux, du reste égaux en 
mérite^ qui adressent leurs vœux à la même femme, Tun 
devient aveugle, l'autre sourd et muet : lequel perd le plus 
de chances de réussir ?— Réponse : L'aveugle. 

Les vers 1-12, ont été publiés par Dinaux {Trouvères ar- 
téstens, 146 et 426) et par P. Paris (Hist. litt., 7567). 

II. Le ms. porte en tête de cette pièce Chtertain a San- 
drart. Cette suscription repose uniquement sur une fausse 
interprétation du v. 21, qui commence par le moi certain. ^\ 
le copiste eût réfléchi un instant, il eût vu que ce mot, qui 
n'est autre qu'un adjectif pris adverbialement, ne pouvait dé- 
signer ici un des interlocuteurs : ce troisième couplet, en 
effet, est prononcé par le méma personnage que le premier 
(il est visible qu'il n'y a pas de lacune), et doit par conséquent 
s'adressera Sandrart: autrement c'est à lui-même que l'hypo- 
thétique Certain s'adresserait la parole. Il faut donc rayer 
de la liste de nos poètes lyriques ce nom, que V Histoire litté' 
raire (p. 537 et 756) y a admis sur la foi de Dinaux et de La- 
borde. En réalité l'interlocuteur de Sandrart est uniquement 
désigné par le mot sire : il me paraît extrêmement probable 
que dans ce personnage il faut reconnaître ce Colart qui 
apparaît en divers jeux partis groupés autour de celui-ci et 
notamment dans notre n® I, oii il a déjà pour interlocuteur 
Sandrart. Cette attribution est appuyée par le fait que nous 
retrouvons dans un couplet prononcé par Colart (1, 13; cf. 
III, 33) cette même locution adverbiale qui a causé l'étrange 



* Le titre de sire^ qui lui est attribué (II), pourrait nous faire croire 
qu'il s'agit plutôt de Colart le Bouteillier, lequel appartenait certame- 
ment à une famille noble {Hist, litt,^ 545), tandis que le surnom de 
Chang'eur semble indiquer une origine bourgeoise. Mais ce nom de 
sire peut se rapporter à sa dignité ecclésiastique. P. Paris {Hist. Utt.^ 
546) a donné comme nous la préférence à Colart le Changeur sur Colart 
le BouteiUier. 



352 JEUX PARTIS TNEniTS 

erreur que je viens de signaler, et qui paraît avoir été une 
habitude de style chez ce personnage *. 

Sujet : Si vous étiez comme moi a profès en dévotion » et 
appelé à fréquenter nonnes et béguines, préféreriez- vous cour- 
tiser une de celles-ci ou une de celles-là? — Réponse: Une 
béguine. 

Les vers 1-20, 41-50, 59 60 ont été publiés par Dinaux, bc. 
cit., p. 428; les v. 1-20 pa^vïHist, lut., p. 537-8. 

III. Colart à Mahieu. Ce dernier est vraisemblablement 
Mallieu de Gand ou le Juif ^car il est bien probable que ces 
deux noms désignent un seul et même personnage) ^ 

Sujet: De trois « états », celui de moine, d'homme marié, 
de célibataire, lequel vaut le mieux? — Réponse: Le dernier. 

Les vers 1-8, 46-9, ont été publiés par Dinaux [loc. cit., p. 
147); les vers 1-8, 25-32 par VHist, litt., p. 546. 

IV. Adressé par Michel à Robert. — Le ms. porte à tort 
Colart a Michiel {s^ns doute parce que Colart était interlocu- 
teur dans "les deux morceaux placés immédiatement avant 
celui-ci). Ce Michel est inconnu ; c'est peut-être le même qui 
échange avec Gérard de Valenciennes un jeu parti (Rajnaud, 
949) où il est qualifié de sire. Robert est, soit Robert de la 
Pierre, qui apparaît comme partenaire ou juge dans un grand 
nombre de jeux partis, soit Robert de Bétune' , qui en 
soutient un avec Sauvage de Bétune. 

Sujet: Puisque l'amour est toui-puissant, pourquoi ne fait- 
il pas aimer les «r médisants », ce qui procurerait aux amants 
une grande tranquillité? 

De cette pièce les deux premiers vers seulement ont été 
publiés (Dinaux, loc. cit., p. 148) *. 

* L'adjectif legiev est de même pris adverbialement dans un couplet 
prononcé précisément par Sandrart (Raynaud, no 1678); il est curieux 
que ce mot mal compris ait été le point de départ d'une erreur analogue 
à celle qui vient d'être relevée (Voy. Scheler, Trouvères belges, II, 330). 

' Voy. Hist. litt.^ p. 658, le passage d'où résulte cette identité. 

* UHist. litt. (p. 545) donne la préférence à ce dernier. 

* La question ne comportant pas une véritable alternative, il serait 
peut-être plus légitime de qualifier ce morceau de « tenson >. — Le 
rythme de cette pièce, assurément fort rare, se retrouve dans un autre 



nu XTÏl* SIECLE 35 3 

V. Adressé par Hue ^ à Robert le Duc. Si ces deux mots sont 
bien un nom propre et non un titre, Robert le Duc est un poète 
jusqu'ici inconnu qu'il faut ajouter à la liste de nos trouvères 
lyriques. Quant à Hugues, il peut être, soit un nouveau venu, 
soit un des nombreux poètes de ce nom déjà connus comme 
auteurs de chansons. Du vers 19 il ne résulte pas nécessaire- 
ment que les deux personnages fussent parents, lemotniV5 
n'étant souvent qu'une appellation amicale. Certaines particu- 
larités de langue (/oe pour lo) et de versification (le nombre des 
enjambements, par exemple), paraissent indiquer pour la date 
de la pièce la fin du XIII* siècle plutôt que le commencement. 

Sujet: Je ne puis recouvrer les bonnes grâces de celle que 
j'aime si je ne lui donne de grands coups : me conseillez vous 
de le faire ? — Réponse : N'hésitez pas. 

Aucun fragment de cette pièce n'avait été publié. 

VI. Les auteurs du dernier morceau (qui ne se présente pas 
non plus sous la forme habituelle aux jeux partis) sont bien 
connus : l'un est Charles d'Anjou, frère de saint Louis, Tautre 
Perrin d'Angecourt. Ces couplets, composés avant 1265*, 
ont pu Têtre, soit à Paris, où Perrin nous apprend qu'il sé- 
journa ', soit dans une ville du Nord *, soit enfin en Pro- 
vence, où il fit un voyage. 

Sujet : Lequel choisiriez-vous, d'être favorisé par votre 
dame ou, restant malheureux en amour, de devenir roi de 
Perse ? — Le comte choisit la première alternative. 

Les V. 1-20 ont été publiés dansl'/Zw/. litt. (p. 667). 

jeu parti (940) entre Bretel et Perrin d'Angecourt; celui-ci en abab 
(v. de 8) ccddc (v. de 7), mais avec quelques modifications, de sorte que 
rimitation n'est pas certaine. 

* L'Histoire litt. (p. 625) propose très dubitativement Huon d'Oisi. 

* En 1265, Charles échangea son titre de comte contre celui de roi, 
par lequel on l'eût certainement désigné ici, s'il l'eût déjà porté. 

^ Voy. le passage cité dans Dinaux, p. 360. 

* On sait que Perrin d'Angecourt était un des familiers du duc 
Henri III de Brabant, et d'autre part que Charles d'Anjou vint en 
Flandre pour défendre la comtesse Marguerite contre Jean d'Avesnes, 
et qu'il y séjourna plusieurs fois entre 1251 et 1256. Là ne se bornèrent 
point ses rapports avec Perrin : une chanson de celui-ci (n© 172) lui est 
adressée, et il apparaît en outre comme juge dans le jeu parti déjà cité 
[n* 940) entre Perrin et Bretel. 

?3 



354 JEUX PARTIS INEDITS 

Les observations de langue ou de versification auxquelles 
donnent lieu les textes suivants sont peu nombreuses. La dé- 
clinaison, respectée par les auteurs, est souvent violée par 
les scribes (je ne la restitue qu'à la rime). On peut remarquer 
Tassonnance bergiers : abaissiez (lll, 18-20), la rime franche: 
soufrance, etc. (IV, 10 ss.), quelques césures épiques (1, 14, 
20, peut-être IV, 44, si on n'y veut pas voir une césure à l'ita- 
lienne), la synérèse dans différentes formes du verbe veotr, pic. 
veîr(veoir I, 54; veir 1,22, 31, 68; veés I, 30), la diérèse 
dans d'autres {veant 1, 39 (?) ; veut 1, 69). Cf. traiteur avec sy- 
nérèse (IV, 50) et traîtres avec diérèse (IV,51). Les finales en« 
riment avec celles en z (II, 19, 29 etc.; III, 25; IV, 35, 43; V, 10, 
19, 34; VI, 14, 18,40) ant et ant,€nce etance souvent confon- 
dus dans la graphie ne sont pas associés à la rime (I, III, IV ; 
c'est sans doute par négligence que temps (IV, 35, 43) se trou- 
ve associé à des mots ou ans); iée est réduit à ie (VI, 41 3); 
quelques 1'" pers. sing. prés. ind. ont Ve paragogique (V, 
12; VI, 31). 

I (Rajnaud, n° 25) 
Sandrart a Golart 

Formule rythmique : abah ccbbddee ; vers de 10 syllabes ; tous les 
couplets sur mêmes rimes. 

[PS fol. 16 V'] 

Doj home sont auques tout d'un eage 
Qui par amour ainment bien loiaument 
Une dame, qui est plaissans et sage, 
Dont aine nulz d'iaus ne gehi son talent. 
5 Or leur avient, par fortune contraire,. 
Que li uns pert les ieus de son viaire, 
Et li autres amuïst nuement ; 
De leur désirs n'amenrissent noient, 
Ainz weut chascuns son pourpos poursuivir : 
10 Li quex en a le plus bel pour joïr ? 
Biau dous Golart, weillez m'ent avoier ; 
A tousjours mais vous en avrai plus chier. 

Sandrart, certain, moût vous vient de barnage 



DU XIII* SIECLE 355 

Quant de parture faites a moi presant. 

15 Se vous dirai, selonc le mien courage : 
Cilz doit avoir trop plus le cuer dolent 
Qui riens ne voit ne ne sent, s'il ne ûaire, 
Que cilz qui voit : car tout par esseraplaire 
Monstre moût bien auques que ces cuers sent. 

20 S'il ne parole, s'a par veoir talent 

Par quoi il doit les biens d'amours sentir; 
Pou aim parlant qui onques ne pot veïr ; 
Car, s'on vouloit, on li feroit bessier 
Tel e8tPumen[t] ou ne devroit touchier. 

25 Certes, Colart, pou quiert son aventaige 
Cilz qui el bien veult mètre abaissement, 
Car il ne[ij puet, s'i aquiert son damage ; 
En Bonne Amour n'en la dame ensement 
N'a voulenté de vilounie faire. 

30 Pas ni veés cler, ce vous a fait mestraire : 
Cilz par son veïr puet avoir Tueil au vent, 
Et 11 parlers monstre le sentement 
C'on a el cuer, dont naissent li souspir 
Qui deus vouloirs fait tout .1. devenir ; 
35 Amours ne veut ne muïr ne segnier : 
Se cause pert qui nel puet desraisnier. 

Sandras, cilz pert son temps et son langage 
Quant il parole a homme qui n'entant ; 
Au si a bien en bel veant la rage, 

40 Quant le pieur en son enscient prent 

De co[i] que soit : et vous, tout par contraire, 
Voulez tenir que uns hom par son braire 
Doit miex amer, qu'il ne voit ce qu'il prent. 
Que li muiaus qui voit ce en presant 

45 U ses cuers gist ? Ce ne puet avenir 
Que ja nuls hom doie d'amours joïr 
Quant il ne puet aler sans escuier : 
De quan[t] qu'il set ne donroie .1. denier. 

I. 20. s'a] sait. — 22. plus am parlens peust. — 39. en bel veant) 

a beus vors {lecture doufenae). — 41. tout] touz. 



356 JEUX PARTIS INEDITS 

[17 r*] Colars, c'est voira, chius le bon conseil gage 
50 Qui de deus maus au pieur se consent : 
Lessier convient le muiel double gage, 
C'est le parler et Touip purement, 
Et li autres n'a c'un seul mal a traire. 
Voir par dehors, qui u cuer se repaire, 
55 Li vient du cuer, ou bonne amour se prent ; 
Savoir devez trestout certainement 
Que [tant] com plus a nature a souffrir, 
Tant plus convient sa vertus amenrir. 
La dame amez petit, au mien cuidier, 
60 Quant li offrez le pieur du pannier. 

Sandrat, je croi que ce soit par hausage 

Que vous voulez tenir a ensient 

De le parçon le pieur : mais usage 

Avez empris, si vous dirai comment : 
65 Chascun set bien que nus maus ne s'apere 

Envers celui qui ne voit c'une aumnire 

Qui est de bos, ne nés le sacrement 

Ne puet il veïr : dont je di que li cent 

Ne valent pas le veiit, sans mantir; 
70 Qui est muiaus [s'a] il le souvenir 

Par le regar[t], dont se puet apaissier, 

Et autre part assez par trop plaid[ier]. 

1. 20. C'est-à-dire s'il manque au muet la parole, il a, grâce à la 
vue, le moyen d'exprimer son amour, de façon à le faire partager. 
Talent semble donc avoir ici le sens de moyen, faculté. 

27. Il ne peut parvenir à son but et risque d'y perdre. 

31. Grâce à la vue, il peut être tenté d'aimer ailleurs (?). — Mais 
ce sens ne s'accorde guère avec le contexte. 

49. Oagier, refuser. A l'unique exemple cité par Godefroy, ajouter 
Adam de la Halle, chans. IV (H. 152), v. 4 

54-5. A défaut de la vue réelle, il a celle du cœur, et cela suffit eu 
amour. Littéralement, « du cœur, où règne Amour, lui vient la vue, 
qui s'adresse au cœur de la femme aimée ». Mais que faire de pai' 
dehors ? 

58. sa] la. 



DU XIIl^ SIÈCLE 357 

63. Mais ^owv mauvais, forme fréquente, surtout à partir du X11I« 
siècle. Aux exemples cités par Godefroy, on peut ajouter ceux-ci : 
Il en a en la fin une maise soudée (Beaudouin de Sebourc dans 
L.. Gautier, Epopées, II, 525, n.) — Ta vie actrait la maise mort (Jubi- 
nal, Mystères inédits, ), p. 65). 

66. Je comprends : « Nul mal ne peut être comparé à celui de 
rhomme qui n*y voit pas plus qu'une armoire de bois (cf. nos locu- 
tions populaires, sourd comme un pot, muet comme une home), et qui 
ne peut voir même l'ostensoir » (pris ici comme exemple parce que 
l'ostensoir est un objet brillant et qu'on expose à tous les regards). 
Si c'est bien là le sens de la phrase, il au v. 68 est inutile; faut-il cor- 
riger au V. 67 ne en ke (« car il ne peut même pas. . .»)? 

69. Le veii, c'est-à-dire sans doute celui qui est doué de la vue ; 
part, passé passif pris au sens actif : cf. un homme entendu, osé, etc. 

72. « Il peut avoir, en plaidant, d'autres joies. » Mais ce sens est 
peu satisfaisant, puisque « plaider » est précisément impossible au 
muet. S'agit-il des prières muettes adressées par les yeux ? 

II (R. 1027) 

[Golart à Sandrart] 

Formule rythmique : abab cdcdeb ; vers de 7 et 5 syllabes régu- 
lièreinent alternés : tous les couplets sur mêmes rimes. 

[Pb ', fol. 17 V*] Sandrat s'il estbit ainsi 
Qu'en religion 
Fuissiez profez avec mi 
Par devocion, 
5 Et vous couvenist anter 

Nounain ou béguine, 
Tout vo vivant, sans fausser, 

De vraie amour fine 
En la quelle métriez vous 
10 Vo entencion ? 

Sire, ainques ne m'abeli 

Par saint Symeon, 
D'anter nounain, car en li 
A detracion ; 
15 A pluseurs homes giller 

II. Pottr la suscription, voy. plus haut, p. 351. — 3. profez] profiez 
[la correction est de P. Paris). — 15 homes] bons [même obsei^vation). 



358 JEUX PARTIS INEDITS 

Est touz jours encline, 
Béguine doi plus loer, 

Car en sa couvine 
Â, si corn croi, envers nous 
20 Mains de fiction. 

Certain, vous soustenez ci 

Fauce opinion 
Detraction ains ne [vi] 
En /'afection 
25 De nonain ; ne set flater 
Se douce doctrine 
Et ne set gille macer 

Par se desepline ; 
Mais begui(g)nage8 va touz 
30 A perdicion. 

Sire, maint en ont traï 

Par decepcion 
Nonnes. Je croi vous au?i 
En sejestion 
35 Tient aucune par lober, 

Mais en brief termine 
Vous saurez si pourpenser 

Qu'il n'a fors racine 
Et planté de faus tribous 
40 En leur action. 

Nule nonne n'a sor mi 

Dominacion, 
Sandrat, non pour quant je di 

Qu'en confusion 
45 Puet on bien vo dit tourner, 

Car nonne est royne 
De tous biens d'amour moustrer ; 

Béguine est homine 
Qui met en cuer mal courrons, 
50 Tribulacion. 

23-4. detraction ains ne vostre a. — 27. ne] se. — 34. en sejestion] 
ensfiestion. — 37. verrez si p. 



DU XIII* SIECLE 359 

Sire, pour tant je Ten vi 

Que discrecion 
A nonne de vous ravi, 
Jur[i]dicion 
55 L\ voulez inde donner, 

Si n'en est pas digne ; 
Courone ne doit porter 

Se ce n'est souvine ; 
Béguine a cuer amourous 
60 Sans corrupcion. 

II. Peu de sujets sont aussi choquants que celui-ci. — M. de Puy- 
maigre {La cour de Jean 11, t. II, p. 137 n.) cite une pièce du Can- 
cionero général où est agitée la question de savoir lequel vaut le mieux, 
servir une damoiselle, une femme mariée, une veuve, ou une religieuse. 

27. Littré cite un exemple où le mot masser , appliqué à des cou- 
leurs, signifie mêler, pétrir. 11 doit avoir ici un sens analogue : méta- 
phoriquement, machiner des complots, une trahison. 

39. Triboul, subst. \evha\ de tribouler ; ici, intrigue, machination ; 
cf. n® 918, V. 27 (Tarbé, Chansonniers, p. 119) : Car aidier — se sevent 
de tels tribous — les dames trop mieus que nous. 

48. Je ne sais ce que peut être homine et j*hésite à proposer la 
correction vermine, 

55. Inde serait-il Tad verbe latin, qui ne serait pas autrement éton- 
nant dans ce morceau tout farci d'expressions savantes? 

III (R. 147) 

Golart a Mahieu 

Formule rythmique : abab ccdd ; vers de 8 s.; tous les conplets sur 
mêmes rimes. 

[Pb* fol. 19 r®] Mahieu, je vous part, compains 
De .III. estas, s'en jugiez, 
Li qués est plus souverains 
Et le quel miex ameriez, 
5 Ou en religion rendre, 
Ou mariage entreprendre, 
Ou demeurer ensement 
Com je. sui, tout simplement? 
53. a en nonne. 



360 JEUX PARTIS INEDITS 

Colart, foi que doi mes mains, 
10 Je sui moût bien conseilliez : 

Je vous lo que 11 derrains 

Des .III. estas dont raisniés 

Soit retenus, sans reprendre 

Autre, qu'ai plus bel enprendre 
15 Ne pouez souffisamment 

Pour miex estre a vo talent. 

Mahieu, ainsi com vilains 
Respondés et com bergiers. 
Si vous prisera on mains 
20 Et s'en serez abaissiez : 

Car des trois tout le plus mendre ' 

N'avez loet : mieus vaut prendre I 

L'ordre pour son sauvement : I 

Qui aillours bee il mesprent. i 

25 Colars, vous iestez estrains 

Dont tout 11 blés est voidicz. 

Qui estez a ce comtrains 

Que soûlas entroubliez. 

Miex vous vaut .1. poi entendre 
30 Au déduit que soi souprandre, 

Car cilz se pert qui se rent, 

S'en lui n'a bon sentement. 

Mahieu, je sui touz certains 

Que vo(s] sens est touz changiez, 
35 Par s. Nicaise de Rains, 

Que plus venez, pis plaidiez. 

Qui le bien voulés deifandre 

Et le fleur laissier pour cendre. 

Que d'iestre o le bonne gent 
40 Me blasmés pour le jouvent. 

Colart, trop par iestez plains 
De fol sens, qui afichiez 

III. 19. Si vous en p. - 24. qui a a. — 36. avant plus, u ex- 
ponctué» 



DU Xlll* SIECLE 361 

Que a ce soit vo reclains 
Que del tout rendus soiez. 
45 Je ne puis visser n'e[n]tendre 
[19 V*] Qu'il ne vous coviegne aprendre 
Du jeu au Roj qui ne ment, 
Pour miex respondre briement. 

m. \, Partir a ici le seas absolu de proposer une parture. Ce verbe 
est plus ordinairement employé avec un régime direct. Cf. 940, v. 1 : 
Perrin d'Angecort, respondés — a çou que je vous partirai. 11 peut cepen- 
dant être pris au sens intransitif : Sire Jehan Bretel, parti avés, — ce 
m'est avis, trop merveilleusement (947, v. 9. 10). — Lambert Ferris 
je vous part : — or respondés votre avis (375, v. 1-2). 

9. Formule plaisante de serment pour éviter le blasphème. Cf. Dits 
artésiens jV , 72, (dans Revue des Universités du Midi, 1896-7) : Je vos 
afi de mes deus mains — Vos estes mes cousins germains. 

18. On sait qu'il est « de style » dans le jeu parti d'accuser son 
interlocuteur d'aveuglement et de balourdise ; c'est souvent la com- 
paraison avec un berger qui sert à exprimer cette idée. Cf. 547, v. 30 
(inédit) : MatJis a de sens en vous qu'en un bregier et 1 185, v. 13 : Li ber- 
giers d'une abeie — EUst assez miex parlé. 

31. On sait que rendre ou soi rendre e^i une locution consacrée pour 
entrer en religion (cf. v. 5) ; rendu =s moine ; rendue f=s recluse. 

40. Jouvent au sens du provençal ^own, vie mondaine. 

45. Visser, viser {\e redoublement de Vs est fréquent dans le ms.), 
c'est-à-dire voir, comprendre . 

47. On sait qu'Adam de la Halle dans Robin et Marion nous mon- 
tré ses personnages jouant à ce jeu. Cf. dans l'édition Langlois la 
note sur le v. 442. 

IV (R. 239) 

[Michel à Robert] 

Formule rythmique: abab ccddc; vers de 10s.: tous les couplets 
sur mêmes rimes. 

[Pb»20v°] 

Robers, c'est voirs c'amours a bien poissance 
Sur(s) tous bons cuers et sur autres aussi. 
Mais il n'est nul si faus, c'est me(s) créance, 
8'amours Tesprent, que lues ne Tait verti 

IV. Le ms. porte la suscription Golsrt a Michiel ; voy. plus haut 
p. 352. 



362 JEUX PARTIS INEDITS 

5 Et adreciet en toute courtoissie. 

Or vous demant, puis qu'Amors a mestrie 
De ravoier faus cuer et faire amans, 
Que ne fait elle amer les mesdissans^ 
Si c'on n'eûst point sur amans envie ? 

10 Michiel, Amours est si nete et si franche, 
C'est de certain, qu'il n'afiert pointa li 
[20 V*] Qu'elle sentir se très douce sufrance 
Face a tel gent qui ont cuer si failli 
Qui ne diront de lui fors vilonnie. 
15 S'a droit Amours qu'amer ne les fait mie, 
Car bien ne puet estre en eulz demourans, 
Et bonne Amour[s] par est si bien poissans 
Que ja pour eulz n'iert se force amenrie. 

Robert, c'est voirs, mais adès en doutance 
20 De leur mesdit sont tout loial ami, 
En desconfort, en anui, en balance ; 
Esprouvé Tai souventesfois par mi. 
Par mesdisans est aussi com perie(e) 
Joie d'amours u honnours est nourrie. 
25 Car recouvrer puet ce qu'il est perdans : 
S'il ne le fait, il est mal entendans. 
Et s'en vaut mains, il et sa compaignie. 

Michel, Amours fait moût douce plaissance 
Les siens sentir, je le sai bien de û ; 

30 Se mesdisant .1. petit de grevance 

Font aus amans, lues l'ont mis en oubli : 
Ja pour leur dis, mes cuers le certeûe. 
Vous ne verré[sj laissier la douce vie 
Que maintenir fait Amours ces servans : 

35 Médisant sont et ont esté tous tans, 

Mais sur Amours n'avront ja seingneurie. 

Robert, s'Amours faissoit d'eus acueillance 
Si que faus cuer(s) fussent bien converti 

16. demourant. — 17. poissant. — 34. fait] Coït, font ? 



DU Xlll* SlèC[,E 363 

Et mesdires fust mis en oubLiance, 
40 Ce seroit plus honneur, je vous afi ; 
Pour ce est bon c' Amours a ce s*otrie 
Qu'elle leur doint voulenté enaprie 
D'estre amoureus, au mains .1. poy d« temps 
21 v®] Et les destraingne si (fort) que repantans 
45 Les face touz de grever se maia[nie]. 

Michiel, s'Amours de ce faire veillance 
Avoit, tantost les feroit sans detri 
Amer, mais point n'a en tel gent fiance, 
Dont si servent sont chascun jour trahi : 
50 Sages n'est point qui en traiteur se fie : 
Traït[r]es met chascun jour c'estudie 
En mal penser, de ce faire est engrans : 
De quoi je di qu'Amours est mal pensans 
Quant point ne tient tel gent de ce partie. 

IV. 1. Voir, pris au sens neutre, est souvent variable dans les 
documents artésiens de cette époque. Cf. plus haut I, 49 et Dits arté- 
siens, 111, 1 15 ; VIII, 91 ; XX, 6, 53, 70 ; XXIV, 3) . 

V (R. 1344) 

Hue à Robert 

Formule rythmique: abab hccdd ; vers de 7 syll. ; tous les couplets 
sur mêmes rimes. 

[Pb® fol. 22 r°] Robert, or me conseilliez : 
Ainsi m'est com vous orez : 
De cel(u)i suis estrangniez 
Dont souioie estre privez, 
5 Ne plus ne serai amez 
S'ainçois ne le fier(e) et bat 
Et a i(u)i ne me combat 
Et donne très grans quenees : 
Le ferai je? Qu'en diré(e)s? 

48. tel] tes. — 58, mal pensans] meut poissans. 



364 JEUX PARTIS INEDITS 

10 Hues, li conseus est bries 

Qui de moy vous iert donnez : 

Je loe que vous queniez 

La dame bien a .II. lés : 

Puis que par batre pav(e)rez 
15 S* amour, ferés de bon bras. 

Qu'entraisvés soit cilz d'un lac 

Qui ja laira pour colees 

Ces amours iestre gastees. 

Robert 11 Dus, biaus dous niez, 
20 Trop le pieur me loez. 

Et s'en sui moût mal paiez 

Qu'ensi respondu m'avez. 

Ne voeil ces cois avoités 

Soit, tant vo conseil débat, 
25 Car s'en celle euvre m'enbat, 

De nous seront avilees 

Amours et trop despitees. 

Hues, tout certains soiez 

Que nul despit ne ferez 
30 A Araour[sl, se vous sachiez 

Que vous soiez racordez 

A vo dame, ains iert bontez ; 

Et d'autre part je vous fas 

Savoir qu'a poi de pourchas 
35 Avrés amours recouvrées 
[23 r®] Que maint ont dur achetées. 

Robert, se bien entendiez 
Tout ce que vous! metez, 
Plus ne le me loeriez ; 
40 Mais mie ne l'entendez, 
Car briement vous en passez. 
Mais je, qui conte et rabat, 
Voi[rs], se je vous croi, j'abat 

V. 12. quemiez. — 26. seroit avoitees. — 71. endreprendre avec dre 
e;cponctt4ér 



DU XIII^ SIECLE 365 

De moi ouniestre[sJ pensées, 
45 Si prent œuvres diffamées. 

Hues, ja mes ne seriez 
Pour si douç fait diffamés, 
Puis que vous ne le fériés 
Fors pour iestre recouvrés 
50 D'amie, et vous ne Tossez 
Enprendre, si vous en has, 
Ne je ne prisse .1. penaç 
Vo(s) sens, puis que vos denrées 
Ne sont de par vous tensees. 

V. 8. Quenee, coup sur la joue ; le mot est un dérivé àequene, dent, 
et) par extension, mâchoire; cf., pour le suffixe, colee^joee, etc., coup 
sur le col, la joue. (Voy. Godefroy, Canèk et Littré, Quenotte). Au 
V. 12 je rétablis quener^ qui doit être formé sur ce mot et signifier 
u donner une quenée ». 

9. La rime est fausse, mais, à moins de refaire tout le vers, je ne 
vois pas de correction possible. 

16. Le plus ancien exemple de entraver dans Littré et le Dict. 
général est de Coquillart. 

23. Avoiter (ad-auctare,' cf. Godefroy Aoitier), proprement aug- 
menter, parait signifier ici approuver (cf. en latin augere sententia) ; 
ce sens n*a pas été relevé jusqu'ici. 

24. C. à d. tellement je résiste à vos conseils (?). 

42. Expression toute faite, empruntée à la langue des affaires ; en- 
tendez: « moi qui y suis pour mon compte. . .»; cf. Littré, Rabattre, 
n» U. 

52. Penaç {penaz), de pennaceus, touffe de plumes, panache. (3f. 
Godefroy Pbnas et Pennart. 

VI (R. 938) 

[Perrin au comte d'Anjou] 

Formule rythmique : a6a& èaaôaèa ; les six premiers vers de 
cinq syllabes, les autres de sept; tous les couplets sur mêmes rimes. 

[Pb ** fol. 94 r*] Quens d'Anjo, prenez 
De ce jeu partie : 
Par amours amez, 
Mes je ne sai mie 



366 JKUX PARTIS INEDITS 

5 Se de vostre amie 
Touz vos bons avez : 
Dites le quel vous prendrez, 
Ou avoir la druerie 
De cele que vous amez, 
10 Ou estre rois de Persie 

Avoec quan[t] que vous avez. 

Perrin, j'ai assez 
Terre et manantie, 
Tu vois bien et se» 
15 Que ceste partie 
Est trop mal partie, 
Car tiex richetez 
Ne tout le mont rez a rez 
Ne valent pas une aillie 
20 Envers deduiz desirrez. 



Quens, vous respondez 
Mos plains de folie : 
25 Qui seroit chasez 
[94 v»] De tel seignourie 

Avroit tel mestrie 
Que bien le savez 
Qu'il feroit ses volentez 
30 De dames par sa mestrie : 
Si estes trop mal senez, 
Droiz est que je le vous die, 
Quant tel joie refusez. 

Perrin, [ce savez,] 
35 Geus par estoutie 

N'est point savourez, 
Ja ne m'en chastie : 
De recreantie 
Doit estre retez 

VI. 27. Nus navroit tele m. 



nu Xlir SIECLE 367 

40 Hom qui [les] demande tel[s]; 
Joie a force gaagnie 
Ne vaut pas .11. oes pelez ; 
Ja n'ert par moi couvoiti(e) 
S'ele ne [me] vient de grez. 

45 Quens, je suis matez, 
Je quit Taatie, 
Car, c'est veritez, 
Qui ne s'umelie 
Fine Amour[s] [l]'oublie, 
50 S'est mal apensez, 
Qu'Amours e tel poesté 
Que le félon cuer chastie. 
Et adont croist sa bontez, 
Aiez fiance en s'aïe, 
55 Si croi que miex en vaudrez. 

VI. 27-30. Le mot mestrie a pu être répété en rime à si peu de dis- 
tance, à cause de la différence du sens, bien légère à la vérité : v. 27, 
puissance, v. 30 volonté (?) 

34-44. Des idées assez analogues avaient été exprimées en pro- 
vençal par Pierre d'Aragon, dans une tenson avec Guiraut de Bor- 
nelh (Be me plairia, dans A. Kolsen, Guiraut de Bornelh, p. 86). 
Mais le rapport n'est pas assez frappant pour que l'imitation soit cer- 
taine. 

45. Il est extrêmement rare, dans le jeu parti, que l'un des com- 
battants se déclare vaincu. La détermination de Perrin s'explique ici 
sans doute par le désir de faire sa cour à son noble interlocuteur. 

A. Jeanrot. 
44. de u grez. 



LOU RIOU POUÉTSICOU 



FRAGMAN DÔU 6"* CHANT 



Lou pouy délie Fé 



— Pisque ne sont vegni dsan la vuella de Viénna 

V6u-tse me suivre illô je te dsuerâ la miénna. 

Lou site é-t'enchanteur : pro, fouré, tout abonde. 

Où miâ délia valé Rho z'i roule se z'onde. 

A choque po se va de suparbou paluet. 

De mourciô de meraglie élevo et souluet. 

De tour, de sôuterin, de belle mousaj^ique, 

De z'aqueduc cacha et de ruine z'aotsique. 

Toù quelloù grand travâ à Vienna, à Sint-Roumin 

Fîran exécuto per lou Géni Roumin ; 

Et, délia man dsuelô Fuegliuepou d*outra tomba 

Pré doù Ronou a botsi la Tour Sinta-Coulomba. 



LE RUISSEAU POÉTIQUE 



FRAGMENT DU 6« CHANT 



Le Puits des Fées 

— Puisque nous sommes venus dans la ville de Vienne, — veux-tu 
me suivre là-bas, je te dirai ma Légende. — Le site est enchanteur : 
prés, forêts, tout abonde. — Le Rhône roule ses ondes au milieu de 
la vallée. — A chaque pas on voit de superbes palais ; — des pans de 
murailles élevés et isolés ; — des tours, des souterrains, de belles 
mosaïques, — des ruines antiques et des acqueducs cachés. — Tous 
ces grands travaux à Saint -Romain et à Vienne — furent exécutés 
par le génie Romain ; — et, sur la rive droite du Rhône, Philippe -* 
d'outre tombe a bâti la tour de Sainte-Colombe. — En remontant un 



LOU RIOU POUETSICOU 369 

Eq remontan in poù, lou paluet doù Muera 
Etole de bio rastou ; et, tout pré, vé derrâ, 
Où miâ delloù z'oUn on trove de z'anfore, 
De tronçon de canor qu'on aperça incore. 
Pli loin vé lou coùchan, va-tsé quelloù rouché 
Van monte quella gniola et semble s'i caché : 
Selon la tradsuecion i Tantsica demouora 
Délie Fé doù paji épegliuet delT Orora. . . 
Si la cougliuena in face allon ne z'asseto, 
La Légenda joglia que je te vo conto 

Per seur te chormara 

Chopia quelle brijiére 

Van venon s'ajassié le pedri et le giiuére? 
Jestou en face de nous où dessi d'Eetressin, 
Paji fertsuelou et bio tout rempli de jardsin ; 
I Sejssuel van le Fée aliovan se débattre 
Dsan lou manoir détruit en quatorze cent quatre. 
Si la drâta, pli loin, i lou val de Levô 
Que fourgniâ de bon fen aile vache et chivô ; 
Andruet qu'é renoumo, dépâ loù proumâ z*ajou, 
Per soù sitou charman et per soù remeyiajou 
Où grand sint Maxuemin où dessi doù ravin, 
Van la bella séson v^nt muela pèlerin. 



peu (le Rhône), le palais du Miroir — montre de beaux restes ; et, 
tout auprès, derrière — on trouve des amphores au milieu des hau- 
tains, — des tronçons de canal qu'on distingue encore. — Plus loin 
vers le couchant, vois-tu ces rochers — où ce brouillard monte et 
semble s'y cacher : — selon la tradition, c'est l'antique demeure — 
des Fées du pays éclose de l'Aurore... . — Sur la colline, en face, 
allons nous asseoir. — La jolie Légende que je te vais conter — te 

charmera sûrement Foule les bruyères — où viennent se gîter 

les lièvres et les perdrix ? — Juste en face de nous, au-dessus d*Es- 
tressin, — pays fertile et beau, tout rempli de jardins, — c*est 
Seyssuel, où les Fées allaient faire leurs ébats — dans le manoir 
détruit en quatorze cent quatre. — Sur la droite, plus loin, c'est la 
vallée de Leveau — qui fournit de bon fourrage aux chevaux et aux 
vaches ; — endroit qui depuis les premiers âges 'est renommé — pour 
ses sites charmants et pour ses pèlerinages — au grand Saint-Maxi- 

?4 



370 LOU RIOU POUETSICOU 

Enfin, Vienna pli bo, van sarpente la Gère, 
Remonte per derrâ en forma d'étagère. 
Yiore en face de nous, van s'élève que roc 
Que semble in capucin qu*a rabatsi son froc, 
Doù paluet délie Fée i Tourruebla cassura 
Que s'arrête pli jiot où bo délia fissura ; 
Mai lesson le sœur Fé raconto glioù moleur. 
Aile van exalo glloù cuisante douleur 1. . . 
La mère délie Fé, dsan sa tendresse vueva, 
Ayié per confuedan son compère Egavueva ; 
Mai la Légenda assure içuet. . . Tsan 1 te souri ! 
Que compère Egavueva ère son castouri. 

Dialogou entre le Fé 

Erica, 

Réséda, 

Fleretta, 

Paqueretta, 

Anemouna, 

Quérouna, 

Roucâ, 
GHou mère : la. Pb Miyiouna., 
Soun Castouri: CoBfPÂRB Egavueta. 



min, au-dessus du ravin, — où se rendent mille pèlerins pendant la 
belle saison. — Enfio, Vienne plus bas, où la Gère serpente, — re- 
monte par derrière en forme d^étagère. 

Maintenant, en face de nous, où ce roc s'élève — lequel ressemble 
à un capucin qui a rabattu sou froc — du palais des Fées, c'est l'hor- 
rible cassure — qui s'arrête plus haut, au bas de la fissure. — ^ï**^ 
laissons les sœurs Fées raconter leurs malheurs — elles vont exhaler 
leurs douleurs cuisantes !. . . — La mère des Fées, dans sa vive ten- 
dresse, — avait pour confident son compère Eauviye ; — niais la 
Légende assure ici. .. Tiens tu souris ! — Que Compère Eauvive 
était son amant. 

Dialogue entre les Fées : 
Erica, Réséda, Fleurette , Pâquerette , Anémone, Petite- Pi®'''^» 
Petit- Rocher. » 

Lettr mère : la fêk mionnb 

Son amant : compère bauvivb 



LOU RIOU POUETSICOU 371 

(La scèna se possé 3000 an ayan J.-G.) 
MIYIOUNA 

Lou vent sont déchéno, i brison loù grand revou 
Qae couronon iou Mont van ne sont installo. 
O moù z' efan chéri ! daan que moaman je devou 
Vous prevegni, hélô I qu'i fo ne z'en allô. . . . 

QUÊROUNA 

Que ne fant que fraca, quell* ourruebla tempêta 
Ne sont bian alla soùta et ne n*ont poù de ran ; 
hou totinârou et Téclior posson si netra téta 
Et jamé loù grêlon ne z'épouvantaran. . . 

MIYIOUNA 

Je se que fesse ardsa, 6 ma mignouna ûglie I 

ËRICA 

La bravoure aile Fée é tsin don de famiglie. 

MIYIOUNA 

Mai la temeruetô, fourgueil, . . Té po Rouca 
Sont pugni bian souvan, mo bravouna Erioa. . . 

(La scène se passe 9000 ans avant J.-G.) 

MIONMB 

Les vents sont déchaînés, ils brisent les grands chônes — qui cou- 
ronnent les monts où nous sommes installés. — mes enfants chéris ! 
En ce moment je dois — vous prévenir qu'il faut nous en aller, hélas ! 

PETITE- PIERRE 

Que nous importent ces fracas, ces tempêtes horribles,— nous som- 
mes bien à l'abri et nous n'avons peur de rien. — Le tonnerre et 
l'éclair passent sur notre tête, — et jamais les grêlons ne nous épou- 
vanteront. 

MIONNB 

Je sais que tu es hardie, ô ma fille mignonne ! 

ERfCA 

La bravoure est un don de famille chez les Fées. 

MIONNB 

Mais la témérité, Torgueil N'est-ce pas Petit- Rocher! sont 

punies bien souvent, ma jolie Erica. 



372 LOU RIOU POUETSICOU 

ANEMOUNE 

Allon cugli de fleur où mià délie briyiére, 
Je n'en eé de jogliuet que sont entre le piére. 
Pessan dsan loù grand boue doù Ronou rueverin 
Qu*abueton loù z*ami loù Fonou, loù Suelvin, 
Et le grotte proufonde iquiet-van se retsuere 
Le Nymfe délie z'égue et loù z'ardan Satsuere. 
Joujiôusaman ansam ne z'éron per dansié ; 
Quand Orore viandra ne pouron zH chassie. 
Allon, ma sœur Rouca, ne seye po revêche, 
Prenon netroù carcois, netroù trait, netre flèche. 

ROUCA 

Acouton netra mère et. . . \'éyé lou rouché 
Que tremble à netroù pié, semble se détaché ! 

MIYIOUNA 

Groùssi per loù tourran aile z'égue sougliuet, 
Lou Ronou furiyioù s'échape de son gliuet ; 
Où revoùge en passan lou pié de netre roche. 
Ine lona cruso empache qu'on Taproche. 
Ina grànda flssura alla suema doù Mont 
Ëcorte netroù bain . . . 



ANEMONE 

Allons cueillir des fleurs au milieu des bruyères, — j'en connais 
des jolies qui ont poussé au milieu des pierres. — Puis dans les grands | 

bois qui bordent le Rhône, — qu'habitent nos amis les Faunes, les 
Sylvains, — et les grottes profondes là où se retirent — les Nymphes 
des eaux et les Satyres ardents, — ensemble joyeusement nous irons 
pour danser. — Nous pourrons y chasser quand Aurore viendra. — 
Allons, ma sœur Petit- Rocher, ne sois pas revêche : — prenons dos 
carquois, nos traits (et) nos flèches ! 

PETIT-ROCHER 

Ecoutons notre mère et. . . voyez le rocher — qui vacille à nos pieiis 
et semble se détacher ! 

MIONNB 

Grossi par les torrents aux eaux souillées, — le Rhône furieux s'é- 
chappe de son lit. — Il ronge en passant les bases de notre rocher; 
— une zone creusée empêche qu'on l'approche. — Une grande fissure 
à la cime — écarte nos bains. , . 



LOU RIOU POUETSICOU 373 

ERICA 

I la man doù démon 
Dont la grife allonjuet, pointsuet, plene de force, 
D'alérié lou rouché terrueblaman s'éforce ! 

MIYIOUNA 

Pertsi rond et charman, van moù z'éfan chéri 
Se bagnon toù loù jour. . . Allô -vous donc péri ! 
E netron bi6 paluet suet rempli de merveglie 
Aile lànture blû, verde, rouge et vermeglie, 
Per Toùragan ofroù t'é avô menacia 
Insuet que le z'Ogure à nous ant annoncia. . . 

RÉSÉDA 

Doù valon barfumè, i s'élève ina gniola 
Que courone lou Mont en forma d'oréola. 
Lou soulâ va traglire ; où parcie loù bourra 
Allen ne proumeno so loù revou. . . 

MIYIOUNA 

Où poura 
Me figlie, avan miéjour se recaohé. . . Mai yiore 
Proufueton doù bio tems, car sans doute tetore 



BRICA 

C'est la main du démon — dont les griffes allongées, aiguës, pleins 
de force — de pencher le rocher s'efforce autant qu'il peut ! 

MIONNE 

Creux ronds et charmants où mes enfants chéris — se baignent tous 
les jours. , . Allez-vous donc disparaître? — Et notre beau palais si 
rempli de merveilles,— aux tentures bleues, vermeilles, jaunes et 
vertes — est-il également menacé par l'ouragan affreux — ainsi que 
les Augures nous l'ont annoncé ?. . . 

RÉSÉDA 

Du vallon parfumé il s'élève un brouillard — lequel en forme d'au- 
réole couronne le mont. — Le soleil va resplendir ; il perce les nua- 
ges. — Allons nous promener sous les chênes?. . . 

MIONNE 

Il pourra, — ma fille, se cacher de nouveau avant midi. — Profitons 
du beau temps, car sans doute tout à l'heure — nous serons obligées 



374 LOU RIOU POUETSICOU 

Ne seroD oùblija de rentro vé chez nous 
Et de ne preparo per partsi . . . VeDâ-Tous ? 

FLBRBTTA 

J*aperoevou ina flear qu*a cressi daan la fènta 
Doù rouché. . . Egavueva avise si la pèata 
Ne po tro escarpe, t'érê me la charché. 
Allen ! lastou et gropiglie où dessi doù rouché?. . . 
O fleur, 6 doù barfum, qu'avé plésî respuerou ! 
Fleur qu'embégliasson tant netron charmanEmpnerou. 
Siantre quelloù bouquiet, jouyi deglioù couleur, 
Vivre où muetan de z^ellou i per nous lou bouneur ! 
Bian souvan je m*élançou où miâ délie briyiére 
Gressi si loù rouché, poùsso entre le piére. 
Lou genuet dont le fleur ant de nuance d*or 
L*Anemouna* où soulâ» van la larmisa dort. . . 

EOAVUKVA 

Tsan» arrapa ta fleur, ma charmante Fleretta ! 
Ina otra j*é cûgli per ta sœur Paqueretta. 



de rentrer chez nous — et de nous préparer pour partir. . . Vene»- 
vous? 

FLEURETTE 

J*aperçois une fleur qui a poussé dans la fissure — du rocher. . . 
Eauvive assure-toi si la pente — n*est pas trop escarpée, tu iras me 
chercher cette fleur. — Allons, grimpe lestement au-dessas da ro- 
cher ?. . . — fleurs, 6 doux parfums que je respire avec plaisir.— 
Fleurs qui embellissent tant notre charmant Empire ! — Fleurer ces 
bouquets, jouir de leurs couleurs, — c est pour nous le bonheur de 
vivre au milieu d*eux ! — Bien souvent je m^élance au milieu des 
bruyères — grandies sur les rochers, poussées entre les cailloux. — 
Le genêt dont les fleurs ont des nuances d'or, — Tanémone &u soleil, 
où dort le lézard gris . . . 

BAUVIVB 

Tiens, ma charmante Fleurette, reçois cette fleur ! — J'en ai cueilli 
une autre pour ta sœur Pâquerette. — Mais, ô malheur I Fuyons... 

* Anémone pulsatille spéciale à cette localité. Elle croît en abondance 
au-dessus de la colline entre les bruyères. 



1 



LOU RIOU POUETSICOU 375 

Mai, ô moleup ! Fuyon. . . Miyouna, bian omo ! 
Ce que se posse izia de ce que fère bramo. . . 

MIYIOUNA 

J'é poù. . . je presgàntou ina choùaa terruebla, 
Egavueva dsi tout?. . . pousicion ôurruebla ! 
Lou Ronou débourdo monte içuet en couran 
Kt refoule si nous Téga delloù tourran. 

EGAVUEVA 

Perdan soun ambalan, la roche que vaciglie 

Semblé prêta à tombo si nous et si te âgiie. 

Loù monstrou délie z'égue ant iSourtsi, vaut monte 

Où dessi delloù Mont per loù vent décréto : 

Je veyou où loin déjà lou grand Ichfhyosaure, 

Qu'é suivi de tout pré per lou Plésiosaure^ 

Lou puessan Mastodonte et lou Mégathérium, 

Lou Labyrinthodon, lou Palœsthérium ; 

Mai que t'é done quéquiet. . . I lou Téléosaure 

Que vian accompagna de doù z'Hyléosaure l 

I vouolon envahi ton suparbou paluet. 

Mai ton pouvoir suet grand... Ton géni tout souluet 

Loù faran recule si te dsi : a Je z'iourdonou ! 



Mionne, biei^- aimée !— Il y a de quoi pleurer en voyant ce qui se 
passe ici. .. . 

MIONNB 

J ai peur ! . . . Je pressens une terrible catastrophe ! — Eauvive, dis 
tout?.. . position horrible!-— Le Rhône débordé monte ici en cou- 
rant, «7> et refoule sur nous Teau des torrents. 

BAUVIVB 

-La rochs qui vacille, perdant son aplomb, — semble prête à tom<' 
bep sur bous et sur tes filles. -^ Les monstres des eanx en sont sortis 
et vont monter — au-dessus des raonts décrétés par les vents : -^ je 
vois au loin déjà le grand Icidhyosaurej — qui est suivi de tout près 
p^r le Plésiosaure^ — le puissant Mastodonte et le Mégatkérium, 
— le LaJbyrinthQdim, le Palœsthérium; — mais quel est donc ce- 
lui-ci. . . c'est le Téléosaure — qui vient accompagiié de deux Hyléo- 
9flures l — Us veulent envahir ton superbe palais ; — mais ton pou- 
voir si grand. . . Ton génie tout seul — les feront reculer si tu dis : 



376 LOU RIOU POUETSICOU 

Et loù pejetaran dsanle z'égue d'où Ronou... 
I foudra ne défendre, ô mère délie Fé ! 
Davan que loù pavoù délia Ràna Mourfé 
Tomban si netroù zié, qu'in soim plan de déglice 
Endorme netroù sen et ne z'anejànstisse... 

PAQUERBTTA 

Bouna mère et me sœur que vont-ne devegni I 
Egavueva gli t'é dsan lou loin avegni, 

MIYIOUNA 

Cueme tsuet, moun ami, je veyou loin le cboùse, 
Mai per lou mouman ne sont bian molèroùse. 
Si lou point de quieto netron charman payi 
Que loù monstrou et loù âo vaut biantoù auvahi, 
Fé ne te predsueccion... Ne crin po de le dsuere, 
Pâ te ne lesseré, t'éré dsan ton retsuere. 

EGAVUEVA 

Dsan trànta siécliou où moins in puplou sans égal 
Viandra per conqueri tout lou pn;)'i de Gai 
Ave se cent légion, en vinkan IWlloubroge 
Cesor exuegera que gliou vuella le loge. 



« Je Tordonne !» — Et leB rejetteront dans les eaux du Rhône...— 
Il faudra nous défendre, ô mère des Fées ! — avant que de la Reine 
Morphée, les pavots — tombent sur nos yeux, qu'un sommeil plein 
de délices — endorme nos sens et nous anéantisse. . . 

PAQUERETTE 

Bonne mère, et mes sœurs qu'allons-nous devenir ! ^ Eauvive lit-» 
dansTavenir lointain? 

MIONNE 

Comme toi, mon ami, je vois les choses au loin; — mais pour le 
moment, nous sommes bien malheureuses. — Sur le point de quitter 
notre charmant pays — que les monstres et les flots vont bientôt 
envahir, — fais-nous tes prédictions... — Ne cniins pas de les 
dire, — puis tu nous laisseras et tu te retireras chez toi. 

KAUVIVE 

Dans trente siècles, au moins, un peuple sans égal — viendra po"'' 
conquérir tout le pays des Gaulois. — Avec ses cent légions, en 
vainqtiant l'Allobroge — César exigera que leur capitale les loge- 



LOU RIOU POUETSICOU 37 7 

Vienna s'apelara : « Çuetô delloù Roumin ! » 

De paluet surjuerân içuet & Sint-Roumin... 

Mai vitoû, ma Miyiouna i fo que te foùdreye 

Quelloù monstrou terrueblou où que te loù z'anreye ?... 

MYIOUNA 

Envar Tomuu içuet bo mon pouvoir é bien grand, 
Mai contra quelloù monstrou où ne poù cosi ran ; 
Pomin j'osou espero que ma touta puessànce 
N'ara bettoù réson... 

ROUCA 

Prend ta magica lance ? 

QUÉROUNA 

Ta baguetta de hoû ? 

ERICA 

Fé te z'incantacion, 
Alloù z'espruet dsuevin force z'invoucacion ?... 

EGAVUEVA 

Lou cieur tournoraé s'ira et lori tounarou écliate ? 
Del Tespociou lointin dsuemànse cataracte 
Varson glioù tourran d'éga où Ronou débourdo, 



— Vienne s'appellera : « Cité des Romains » ! — Des palais s'élè- 
veront ici à Saint-Romain. . . — Mais vite, ma Mionne, il faut que tu 
foudroies — ces horribles monstres ou que tu les chasses au loin ? 

MIONNE 

Envers l'homme ici-bas, mon pouvoir est bien grand, — mais contre 
ces monstres il ne peut presque rien: — cependant j'ose espérer que 
ma toute*puissance — en aura peut-être raison. . . 

PETIT-ROCHER 

Prends ta lance magique ? 

PETITE-PIKRRK 

Ta baguette de houx ? 

ERICA 

Fais tes incantations ? — Aux esprits divins forces invocations ?... 

KAUVIVE 

Le ciel s'ouvre de nouveau et le tonnerre éclate ! — D'immenses 
cataractes dans lespace lointain — versent leurs torrents d'eau au 



378 LOU RIOU POUETSICOU 

Dant loù ûot furijod vant toù ne z'abourdo. 
Et deposson déjà le çueme delloù pûvou... 
Toù loû monstrou ant suivi le z'onde dellou Flûvou ! 

ANSMOUNA 

Soùvou De vîtou toù lomout dsan le fouré, 
L'éga vian d^anvahi netre chambre doùré. 
Lou roc delloù sèt bain, qu'ère mueno per Tonda 
Vian de se détaché 6l descend dsan la comba. 
I fa poù 1... Acouto, quelTourrueblou fracas, 
L^éléman déchéno... 

MIYIOUNA 

M'où z'efan quMn tracas ! 
Déesse z'uerueté ! Puessànce z'infernale 
Fouluet, gliutsin, démon... Dsan voutre saturnale, 
L'Anfar... La tarra içuet... Vous féde tout tremble ; 
Mon paluet brancicole, hélô ! va s'écroule !,.. 
Tout vian de dsuesparâtre ? Adsé netre penate 1 

QUEROUNA 

Adsô netroù sèt bain ! 



Rhône débordé, — dont les flots faheux vont nous aborder bientôt — 
et dépassent déjà les cimes des peupliers... — Tous les monstres 
ont suivi les ondes du fleuve ! 

ANÉMONE 

Sauvons-nous vite tous là haut dans les forêts,^ l'eau vient d*cn^ 
vahirnos chambres dorées.— Le roc des sept bains, qui était miné 
par l'onde, — vient de se détacher et descend dans la combe,. . -^ 
Cela fait peur ! Ecoutez ! Quel fracas horrible.. — L'élément dé- 
chaîné ... 

MIONNE 

Quel tracas, mes enfants ! . . . — Déesses irritées ! Puissances infer- 
nales !— Follets, lutins, démons... Dans votre saturnale, — l'En- 
fer. ... La terre ici Vous faites tout trembler. — Mon palais 

(se) balance, va s'écrouler, hélas ! — Tout vient de disparaî-. 

tre ! . . . Adieu, nos pénates ! 

PBTITE-PIERRB 

Adieu, nos sept bains ! 



LOU RIOU POUETSICOO 379 

EGAVUEVA 
Âds6, paluet d*agate !... 

— Ton contsou a de saveur^ que dsi Remorca à Jan ; 

Aile z^ant-dsuesparu quelle Fé, boune gent 1 

Insuet que glîou paluet, abouzo per le z'onde. 

Per lou cieur courroucia qu'ajîé levo se bonde. 

 pena delloù bain on va loù sèt pertsi 

Dont yin est assez grand & loù z'otrou pitsi. 

Le z*uemànse fouré en bot délia montagne, 

N'existon pli av6 ; jiôre i de grande plagne. 

Ghouriè, Tuestourien de netron Dofuenô, 

 parlo de que Pouy sans ocuna dounô. 

Âllon si lou terô van quelloù bain se vejon 

Pendan que loù raiion doù soulâ zM dardeyon ? 

Te verre de pertout de quartsé de roucbé 

Que Tourrueblou délujou a fa se détaché 

Iquiet la piéra gnia parcie la bounna târra 

Où muetan delloù pro ; tout oùpré ina marra 

Où pié delloù roucbé, cole per abéro 

Loù jardsin pitouréscou & toù loù charman pro. 



EAUVIVR 

Adieu palais d'agate ! - • . . 



Ton conte a de la saveur, que dit Rumarque à Jean : — ces fées, bon- 
nes gens, ont ilisparu, ainsi que leur palais, par les ondes détruit — 
(et) par le Ciel courroucé qui avait levé ses bondes. — A peine on 
voit les sept trous des bains, — dont l'un est assez grand et les au- 
tres petits. — Les immenses forêts en haut de la montagne — n'exis- 
tent plus également; maintenant ce sont de grandes plaines — Cho- 
rîer, Thistorien de notre Dauphiîié, — sans aucune donnée a parlé 
de ce puils.— Allons sur le tural où ces bains se voient, — pendant 
que le soleil y darde ses rayons : — tu verras partout des quartiers de 
roches, — que l'horrible déluge a fait se détacher. 

Là, la pierre nue perce la bonne terre — au milieu des prés ; tout 
auprès une mare — au pied des rochers, coule pour abreuver — les 
jardins pittoresques et tous les charmants prés. — Les pommiers, les 



380 LOU RIOU POUETSIGOU 

Loù poumâ, loù perâ, loù cerisà, le vigne 
T'\ poùssoD à foison, all'asor & per ligne. 

«■•■•■••■••«••••■«••••••••••••••• «••• 

Viquia iou vie Chopin que revian de soun clioù, 
Renoù cosi toujour, mai d'oùjourdâ joujioù 
S'oùlTe n'e po savau, oùlTe plan de mémoire ; 
OùlFome quoque va raconto de z'uestoire 

— Asseto-vous iquiet, bonjour! que gli fuet Jan, 
Ne vont, père Chopin, ne montro exigent, 

I ne faruet plési d'entendre la Légènda 

De quelloù cinq Rourain qu'é dsuet-on suet friyànda, 

— Je vouolou bian, ménô, allon dessô que sa ; 
Mai z'avan de parle (je siàntou que j*é sa) 
Vous voudri ban payé ina bouna fouglietta, 
J'é toujour adoùro Iou vin, po la piquetta 

— In arrâre nevon delTEmpereur Probus 
Que pourtove Iou nom de Gliodou Ilarius 
Charme dell'ar suet pur qu'içuet on respuerove 
Z'i vegnié choque jour et se z'i délectove, 

Où dessi délia routa, en face doù cliouché, 



poiriers, les cerisiers et les vignes — y poussent à foison au hasard 
ou alignés. 

— Voilà le vieux Chopia qui revient de son enclos, — grognon 
presque toujours, mais joyeux aujourd'hui ; ^ s'il n'est pas savant, 
il est plein de mémoire : — il aime quelquefois (à) raconter des his- 
toires — Bonjour, lui dit Jean (Observe), asseyez-vous là, — nous 

allons, père Chopin, nous montrer exigeants : — il nous ferait plaisir 
d'entendre la Légende — de ces cinq Romains, qui est si friande, 
dit-on. 

— Je (le) veux bien, camarades, allons sous ce sureau ; — mw^ 
avant de parler (je sens que j'ai soif) — vous voudrez bien m'oflfrir 
un bon pot (de vin) : — j'ai toujours adoré le vin, (mais) pas la 
piquette. . . . 

— Un arrière-neveu de l'empereur Probus, — qui portait le nom de 
Claude Hilarius, — charmé de l'air si pur qu'on respirait ici — venait 
y chasser chaque jour et s'y délectait. — Au-dessus de la route, en 
face le clocher (de Saint- Romain), — où existe un plateau au bas du 



FOU RIOU POUETSICOU 381 

Van existe in platsô où bo dellou rouché, 

Où z'i fuet élevo ina vuelâ suparba, 

Dont on va loù débruet cosi couvar per Tarba. 

Par n'avé jamé fruet gliuevar dsan sa vuelâ 

Où fuet placié où bout ina Cubicula 

Que charfove toujour due douzene de chambre, 

Loù bain et loù salon, mémou le z'antsucchambre. 

On passove d'abor per in bel Atrium 

Que conduisié tout druet à gnin Triclinium ; 

Et loulong cougliuedor qu'ère tout plan de porte, 

Dounove accès pertout sans que defour on sorte. 

OùH'ajié quatrou ami: Orius, Œbarbus 

Qu'éran besson, et pâ Tullus, Corcilius. 

Cinq vueveur, débocha, grand amateur de chasse. 

I courian loù sanglié avé tout plan d'odace. 

Toù loù jour parcourian le norabroùse fouré 

De gibié bian fourgniuet qu'itsuerovon à glioù gré. 

In jour en descendan le vorze pré doùRonou, 

Qu'ère bian groù alor et roùlan de flot jonou, 

I blessiràn doù sar à coùtô dsin grand pouy 

Qu'ère si glioù chamin : I sont toù doù en pouy ! 

Qvti dsissirâu toù cinq A que cri fourmuedoblou, 

I sourtsuetdsi soùvajou all'aspèt éfrouyioblou! 

rocher, — il y fit élever une superbe villa, dont on voit (encore) les 
débris couverts par l'herbe. — L'hiver, dans sa villa, afin de n'avoir 
jamais froid, — il fit placer une Cubicula à l'extrémité, — qui chauf- 
fait constamment deux douzaines de chambres, — les bains et les 
salons, même les antichambres. — On passait d'abord par un bel 
Atrium — qui conduisait directement à un Triclinium ; — et le long 
corridor qui était rempli de portes, — donnait accès partout sans qu'on 
sorte dehors. — 11 avait quatre amis : Orius, Œbarbus — qui étaient 
jumeaux, ensuite Tullus (et) Corcilius. — Cinq viveurs, débauchés, 
grands amateurs de chasse. — Avec beaucoup d'audace ils couraient 
les sangliers. — Tous les jours (ils) parcouraient les nombreuses 
forêts bien fournies de gibiers qu'ils tiraient à leur gré. — Un jour en 
descendant les oseraies le long du Rhône ^ qui était à pleins bords 
et roulant des flots jaunes, — ils blessèrent deux cerfs à coté d'un 
grand puits — qui était sur leur chemin : ils sont tous les deux en 
puits! — que tous les cinq dirent. ... A ce formidable cri — il surgit 
dix sauvages à l'aspect formidable ( 



382 LOU RIOU POUéTSÎCOU 

— Que veriâ-vous charché toù loù cinq puerueçuet? 

Vous apelo « Ampouj » I quelfandruet é tsueçuet 

Où' miâ de netroù boue ne z'i vuevon tranqulelou ; 
Vous chassie netroù sar et netroù daim ajuelou. 
Allo vous en pli loin chassie voutron gibié ; 

Et si voutron seglion vous trouvari Condrié, 

Dont toù loù z*abuetan sont franc, joujioù, bon ëriglie 

Que fant d*excellan vin & qu'ant de jogliuet figlie I — 

Quelloù cinq jaéne gent glioù moutrîran loù ping! 

— Vous esso toù loù dsi de mové galoupin 

Ne sont loin de vous crindre & netre z^arbaléte 
Vant lancié de grand trait si voùtre soie tête ! 
A voutron tour fuelo, où ne vont vous feri ; 

Ne tsuaron voutroù sar, loù daim et lepedri! — 
Loù dsi soùvajou, alor, tout rempli d*épou vanta 
Deglioù mont escarpo gropiglîran la pànta. 

— Ami, lesson soùvo quelloù z'Olibrius, 
En chasse incore in coup, glioù fuet Ilarius. 
S'enfonçan dsan loù boue, lastou cueme de Fonou, 
Suivîran tournomé loù vioùluet pré doù Ronou. 
Biantoùaparessuet de târre z'amblavé, 



— « Que venez-vous chercher par ici tous les cinq ! » — Vous 
appelez « Ampuy ! » Cet endroit est ici. .. — Nous vivons tran- 
quilles au milieu de nos bois ; — (et) vous chassez nos cerfs et nos 
daims agiles ! — Allez vous-en plus loin chasser votre gibier; —et 
sur votre sillon vous trouverez Condrieu, — dont tous les habitants 
sont francs, joyeux, bons drilles, qui font d'excellent vin et qui ont de 
jolies filles ! » 

Ces cinq jeunes gens leur montrèrent le poing : — Vous êtes tous 
les dix de méchants galopins. . . — Nous sommes loin de vous crain- 
dre et nos arbalètes — vont lancer de grands traits sur vos sales têtes 1 
— A votre tour, filez, où nous allons vous férir. , . 

Nous tuerons vos cerfs, les daims et les perdrix 1 — Les dix sau- 
vages, alors, tout remplis d'épouvante — grimpèrent la pente de 
leurs monts escarpés. . . . 

— Amis, laissons sauver ces Olibrius, — leur dit Hilarius, en 
chasse encore une fois. — S'enfonçant dans les bois, lestes comme 
des Faunes — de nouveau (ils) suivirent les sentiers près du Rhône. 



LOU RIOU POUÉTSICOU 3S3 

Où versan dsin coutô de vigne cultsu^vé, 
Aglioù pié, pré dsin liou, ina puetsueta vuela, 
De jogli paviglion dsan la plagne fertsuela 

Et, si Ion mamelon dsin dsuefuçuelou abor, 
Due jiote tour carré flancan in chotsô for. 
Iquiet loù z'abuetan, vrâ race d'ateléte, 
AUoù nouviô vegni ôran de grande fête : 
I z'ofrîran de vin meglioù quell'ambroisi 
Qu'apré Tavé gouto : dsissîran « gramaci » 1 

— De vian t'é que nectar — Où vian de netre vigne 
Que l'Empereur Probiis, suet bon, suet grand, suet dsi- 
Counessan lou payi, ne z*a dépâ cent ans gnou]. 
Adsi de Dalmaci plusieur millié de plan. 

— Probus 1 mon grand onclie. . . Térôusa trouvaglie! 
Ne reviendron toujour où tems délie trougliaglie, 

Mai ne vont repartsi. . . Adsuessiô, brove gent ! 
Fer vous recompenso viquia d'or et d'argent. , . — 

Quelloù juénou Roumin bian souvan revenfran. 
I de cogliè couiâuet que pli tor i chassîran. 
Où bout de doùtrâ-z'an quelloù cinq débocha, 
Qu'à Condrié choque viajou ayian toujour coucha; 



— Bientôt apparurent des terres emblavées ; — des vignes cultivées 
au versant d*un coteau. — Au pied du coteau, près d*ua ruisseau, 
une petite ville, — dans la plaine fertile de jolis pavillons. — Et sur 
le mamelon d'un difficile abord : — deux hautes tours carrées flan- 
quaut im château fort. — Là, les habitants, vraie race d'athlètes, — 
tirent de grandes fêtes aux nouveaux venus. — Us leur offrirent du 
vin meilleur que Tambroisie, -* qui après Tavoir goûté (les cinq Ro- 
mains) dirent merci ! — D'où vient ce nectar? — 11 vient de nos vi- 
gnes, que le bon, si grand, si digne empereur Probus — connaissant 
le pays, nous a depuis cent ans apporté plusieurs milliers de plants 
de Dalmatie. — Probus! mon grand-oncle.. • Th eureuse trou 
vaille I — Au temps des pressailles nous reviendrons toujours ; — 
mais nous allons repartir. . . . Braves gens, adieu ! — Voilà de Tor 
et de Targent pour vous récompenser. 

Ces Jeunes Romains revinrent bien souvent ; — Ce sont des cailles 
coiffées que plus tard ils chassèrent ! — Au bout de deux ou tiDis 



384 LOU RIOU POUETSICOU 

Qu'éran ami dq toù . . . Fîran la counessànce 

De cinq jogli muenoiâ grand amateur de danse, 

De frandoglie, de bal, de varse & rigoùdon 

Que fîran enlevé per quelloû Céladon. 

La joglia Lunérâ ère la sœur bessouna 

D* Assola, cueme là extramaman brovouna 

La pli bella de toute étsé la Cœlia, 

Mai bian moins alluro que n^ére Clédia; 

Noéria la blonda étsé incomparobla: 

Espruet, biotô, grand cœur, en gnin moût adoùrobla ( 

Glioù paran, à Condrié, tegnian lou proumâ rang, 

Per Touneur, la fourtsuena et surtout éran franc, 

Rendan sarvicioû à toù, omo de tout lou mondou. 

Tout Tandruet fuet chagrin doù procédé uemondou, 

Doù rapt odacijioù fa per quelloù Roumin 

Qu'ayan mija gliou pan & bâ glioù meglioù vin. . . 

I resougliran toù de n'en tsirié vengeance 

En anejantsuessan quella modsueta engence. 

Cependan la vuelâ brigliaman écliaro 
Ere en fêta à miénô, Tétendor arbouro. 
Dsan lou Triclinium, dsi jouyioùse convueve 



années, ces cinq débauchés — qui avaient toujours couché à Con- 
drieu à chaque voyage ; — qui étaient amis de tous, — firent lacon- 
naissance — de cinq jolis minois grands amateurs de farandole,— 
de danse, de bals, de rigodons et de valse — (et) qui furent enlevées 
par ces Céladons, 

La jolie Lunerâ était la sœur jumelle — d' Assola, comme elle 
extrêmement belle. — La plus belle de toute? était la Cœlia, — mais 
bien moins allurée que n'était Clédia ; — Nécria la blonde était in- 
comparable; — esprit, beauté, grand cœur, adorable en un mot ! 

A Condrieu, leurs parents tenaient le premier rang, — par l'hon- 
neur, la fortune & la franchise surtout ; — rendant service à tous, 
aimés de tout le monde. — Tout l'endroit fût chagrin du procédé im- 
monde, — du rapt audacieux, fait par ces cinq Romains — qui avaient 

mangé leur pain et bu leur meilleur vin — Ils résolurent tous d'en 

tirer vengeance — en anéantissant — cette engeance maudite. 

Cependant la villa éclairée brillamment — était en fêle à minuit, 
l'étendard arboré. - Dans le Triclinium, dix joyeux convives — s"'' 



- 1 

i 



r.OU RÎOU POUETSICOU 385 

Si (le gliuet empourpro que la gliumière avueve, 
Paralèlou alla trobla afessia per lôu met, 
Festsuenovan lomout cuerne do vrâ gourmet, 
Lou vin blan dp Condrié meglioù que lou Madérou 
Etsé à proufusion repartsi dsan loù vérou ; 
Toù loù dsi u*ant beviàn à pardre la réson, 
Arrousan tant que prou la meglioù venéson. 
Eran aprivoisiuet le jogliuet Condrigliote 
Et toute biari paré, frisiuet en parpigliote 
Goursajou var et rosou & très découleto; 
Jastou vouluptuoùx, atsuetuda éfrontô . . . 
Delloù zié agniuemo de quelle belle dame 
I por de jet brilan, de beleyànte flame. 
Chocuenaé-t-asseto prë de son castouri, 
Que l'embrasse souvan et toujour gll souri. 
So le fumé doù vin et délia bouna chéra, 
S'élànce Clédia cueme ina bavadéra ; 
Suivià de se compagne agnin signal douno 
Fant de danse lasçueve en bon désourdouno; 
L'ourgie enfin arrueve et, choùsa aboumuenoblo 
Coudriérote et Roumin roùlon dessô la trobla ! 
Lou suelànçou se fuet. . . Astarô, Gliuçuofar 
Ravi. . . Firan avô gliou Sabat dsan TAnfar ! . . . 

des lits empourprés avivés par la lumière, — parallèles aux tables 
aifuissées par les mets, -^ comme de vrais gourmets festinaient là-haut. 
— Le vin blanc de (iOndrieu, meilleur que le Madère — était réparti 
dans les verres à profusion: — Tous les dix en buvaient à perdre la 
raison, — arrosant la meileure venaison tant que prou, — Les jolies 
Condrillotes étaient apprivoisées — (et toutes bien parées et fbisées 
en papillotes). 

Corsage vert et rose et très décolleté; — attitude effrontée, gestes 
vo\nptueux.... — Des yeux animés de ces belles dames — il part des 
jets brûlants, des flammes étincelantes. — Chacune est assise près 
de son amant, qui Pembrasse souvent et toujours lui sourit. — Sous 
la fumée du vin et de la bonne chère, — comme une bayadère s'é- 
lance Clédia ; — suivie de ses compagnes, à un signal donné, — font 
en bonds désordonnés des danses lascives. — L'orgie arrive enfin et, 
chose abominable, — Condrillotcs et Romains roulent sous la table 1 

— Le silence se fit... Astaroth, Lucifer, — ravis firent également 

leur sabbat dans Tenfer!... 25 



386 LOU RIOU POUETSICOU 

Dsan lou cieur pur et doù le z'ételle brigliovan; 
Où defour loîi mourliùet dsan ]*arba soùtsigliovan 
Où loin si loù poumà la gnioca féâié u hoù »! 
Et pli pré s^entendsé lou chant doù roussignioù, 
Ei'an toù dsuesparû lou bourra et le gniole. 
Si loù bor doù chamin se vésié de luciole. 
S^entendsé gongouno plan plan Téga de Rho. 
Si loù pûvou élevo soumigliôve de cro. 
A pena lou zéfir fésié brando le fouoglie, 
Qu'uena donça rous5 tout legéreman moùoglie, 
Ne boùjove pli ran dsan la vuelâ lomout. 
Et semblove endourmia la natura en gnin moût. 
L'ourgie ère âgnia, ère fignia la fêta; 
Mai lou calme devé précède la tempêta. . . 

De z'éfroujoblou bruet, per loù z'écho adsuet ; 
In cri délia vuelâ, pueruelô s'entendsuet; 
Quoque plinte poussé pertouta queirenjànce ! 
Pessan tout retombuet dsan gnin proufond suelànce. 

Ina voulô de cro que pregnié soù z'èbat, 
Si loù boue, dsan loù z'ar, z'i vueroglie & s'i bat, 
Oùtour délia vuelà s*introuduit per le z'étre, 
Pessan en crouassan ressor per le fenêtre, 
Indsuecove, à coup seur, iou lendeman matsin 



Dans le ciel pur et doux les étoiles brillaient. — Au dehors les gril- 
lons sautillaient dans Therbe. —Au loin sur les pommiers la chouette 
exhalait ses plaintes — et plus près on entendait le chant du rossi- 
gnol. — Les brouillards et les nuages avaient disparu. 

Sur les bords du chemin on voyait des vers luisants. — On enten- 
dait murmurer doucement l'eau du Rhône. — Des corbeaux sommeil- 
laient sur les peupliers élevés; — à peine le zéphir faisait remuer les 
feuilles — qu'une douce rosée mouille tout doucement. — Rien ne 
remuait plus là-haut dans la villa — et, en un mot, la nature semblait 
endormie.— L'orgie était finie. La fête était achevée; — mais le calme 
parfois précède la tempête!... 

Des bruits effroyables apportés par les échos ; — un cri de la villa 
par là-bas s'entendit; — quelques plaintes poussées par toute cette 
engeance! — puis tout retomba dans un silence profond.... 

Une volée de corbeaux qui prenait ses ébats, — sur les forêts, dans 



LOU RIOU POUETSIGOU 387 

Que quoque mofateur, où ban de dsiabloutsin 
Vegnian de vuesueto quelPandruet de déboche 
En z'i lessan la mor, et de drâta, et de goche. . . 
Dsan lou Triclinium, alla borra pouso, 
SI de tassô ad'hoc qu'on ajié dsuespouso^ 
On vésié dsi pendsi, qu'ansam se balançovan, 
Que loù cpo afamô déjà déohiquetovaa. . . 
Venjànceexécuto per trànta Condriérô 
Qu'ayiàn la no rempli Toôciou de bourriô. . . 
— Adsô, père Chopin, gramacl per Tuestoire 
Loù brovo Condriérô ant gogna la vuectoiro, 
Dâissîran Piàre et Jan : loù Roumin ant péri ! 
N'ont figui puerueçuét ne vont vu sint Meri. 
Ne vous dsueron avan per voutra recompense 
Que lou nom delFandruet^ qu'a po mo d'élégànce 
Vian de ce qu'oùlT etsé hanto perCinq-Roumin 
Que se Galovan bian, qu*omovan lou bon vin ! 
En passan vé Condrié, chez Paruet, so la treglie, 
Ne n*en beron avô, dont chocun dsi merveglée 



les airs tournoie et se bat — autour de la villa, s'introduit par les ou- 
vertures ; — puis en croassant ressort par les fenêtres — indiquait à 
coup sûr le lendemain matin que quelques malfaiteurs, ou bien des 
diabloteaux — venaient de visiter cet endroit de débauche, en y lais- 
sant la mort de tous les côtés — Dans le Triclinium, à la barre 

posée — sur des tasseaux qu'on avait disposés ad hoc, ^~ on voyait 
dix pendus, qui se balançaient ensemble ; — que les corbeaux affamés 
déchiquetaient déjà.... — vengeance exécutés par trente Coudrillots 
— qui avaient pendant la nuit rempli Toffice de bourreaux... 

Adieu, père Chopin, merci de votre histoire. — Les braves Gondril- 
lots ont gagné la victoire, — dirent Pierre (Remarque) et Jean (Ob- 
serve) ; les Romains ont péri! — Nous avons fini par ici, nous allons 
à Saint-Maurice. — Avant, nous vous dirons, pour votre récompense, 
que — le nom de Tendroit qui n'a pas mjil d'élégance — vient de ce 
qu'il était habité par cinq Romains — qui se gâtaient bien, et qui 
aimaient le bon vin ! 

En passant à Condrieu, chez Paret, sous la treille, — nous boirons 
de ce vin, dont chacun dit merveille ! 

Méri d'Exilao. 



BIBLIOGRAPHIE 



P.-E. GuARNBRio ; Pietro Guglielmo di Luzema, trovatore italiano del 
secolo XIII, GenoTa, Angelo Giminago, 1896, in-8* de 50 pages. 

M. Guarnerio, reprenant un projet conçu, il y a une dou- 
zaine d'années, par M. Casini V entreprend de publier les œu- 
vres des troubadourâ italiens. La tâche, quoique bien simpli- 
fiée par diverses publications parues depuis lors (et que 
M. Guarnerio entend du reste restreindre aux poètes de second 
ordre), est encore lourde et délicate. A en juger d'après le 
présent travail, malgré les quelques traces d'inexpérience et 
de précipitation qui ont pu y être relevées, M. Guarnerio paraît 
suffisamment préparé à la remplir : nous souhaitons que le 
temps et les forces ne lui fassent pas défaut. 

Le texte ayant déjà fait Tobjet de diverses critiques*, j'exa- 
minerai surtout l'introduction. Elle débute par quelques pages 
excellentes sur les comtes de Luzerna aux XII* et XLII* siè- 
cles; mais, outre qu'il n'est pas assuré, comme nous le verrons 
tout à l'heure, qu'elles soient ici à leur place, elles ne nous 
apprennent rien sur le troubadour : il n'est nullement vrai- 
semblable en effet, M. Guarnerio le reconnaît de bonne grâce, 
qu'il ait appartenu à aucune des branches de la famille sei- 
gneuriale de Luzerna. En ce qui le touche, il faut nous con- 
tenter des maigres renseignements fournis par ses pièces. 
M. Guarnerio a interrogé celles-ci avec un zèle vraiment un 
peu trop pressant, et ses conclusions ne me paraissent pas 
toutes solides. Voulant ajouter à ce qui avait déjà été fait — 
car la plupart des allusions historiques avaient déjà été étu- 

* Voy. Romania, XV, 158. 

2 Notamment de la part de MM. Mussafia {Rassegna bihliogra- 
fica délia letL ital. IV, 12), dont l'article forme un complément 
indispensable à l'édition, P. Meyer [Romania, XXVI, 154) et F. Tor- 
raca {Giornale dantesco,, IV, 1). 



BIBLIOGRAPHIE 389 

diées — il a tenu à aller dans le sens de la précision aussi loin 
que possible, et il me parait avoir souvent dépassé la mesure. 
J'avoue ne pas voir les avantages de cette façon d'agir : un 
éditeur ferait plus sagement, ce me semble, en donnant comme 
certain ce qui est certain, et comme douteux ce qui est dou- 
teux : ne risquons-nous point, en agissant autrement, de pré- 
parer à nos successeurs un stérile travail de démolition et de 
déblaiement? Qu'on en juge par quelques exemples. 

Aimeric de Pegulhan, dans un sirventés bien conmi{Verz,, 
10, 32 ; publié en dernier lieu par M. Wittlioeft*), fait une 
claire allusion à Peire Guilhem, en disant qu^il consent volon- 
tiers à ce que le marquis de Saluées (Manfred 111) n'éloigne 
pas de sa cour le tirador de Luserna. M. Schultz-Gora avait 
placé ce sirventés entre 1225 et 1229;M.Guarnerio croit pou- 
voir le dater plus exactement de 1228-9, parce qu'il résulte du 
texte, dit-il, que Sordel était attendu alors chez les Malaspina 
et qu'il dut y passer en allant de Trévise (qu'il quitta proba- 
blement à la fin de 1228} en Provence. 

Mais il n'y a dans le texte rien de pareil : dans la strophe V, 
sur laquelle s'appuie M. Guarnerio, il n'est plus question de 
Sordel, qui avait reçu son paquet à la strophe IL En supposant 
même que cette allusion existe, elle peut aisément se rapporter 
à une autre époque ; cela est même infiniment probable, car 
Sordel, fuyant précipitamment de Trévise vers la Haute-Pro- 
vence (c'est à Gap qu'il arriva), ne dut pas faire un inutile 
crochet du côté de la Lunigiane ; enfin, étant donnée la hâte 
avec laquelle il voyageait et le soin qu'il devait prendre de 
dérober sa marche, comment eût- on pu prédire ses futures 
étapes? L'allusion semble bien plutôt se rapporter à une épo- 
que où il visitait tranquillement, pour y exercer son métier, 
les cours de l'Italie septentrionale *. 

* Sirventés joglaresc, 1891, p. 69. 

^ A propos des vers de cette pièce sur Sordel, qu'on me permette 
d'ouvrir ici une parenthèse : Aimeric se défend de l'assimiler à ces 
cavaliers doctors qui vont cherchant leur vie à travers les cours ; 
mais, ajoute-t-il, « qtian H faillon (je lirais plutôt /ai7/oi avec la 
plupart des mss.) presiador, — Non pot far cinc ni sieis terna >>. 
M. Witthoeftt avait vu dans sieisy comme Raynouard et comme les 



390 BIBLIOGRAPHIE 

Le raisonnement par lequel M. Qaarnerio arrive à dater de 
1225-7 la pièce II (n^" 3 de Bartsch) est trop compliqué ponr 
être exposé ici. La conclusion résuite d'un « enchaînement d^ 
faits, » comme le dit Tauteur lui-même, qui sont loin d'être so- 
lidement rivés Tun à Pautre. 

La pièce III (5 de Bartsch) est datée assez exactement par 
Talluâion qui y est faite aux désordres de Cunizza ; et encore 
peut-il y être question de ses amours avec Sordel aussi bien 
que de ceux avec Bonio, ce qui implique une marge de quel- 
ques années. M. Guarnerio ne doute point qu'il ne s'agisse du 
second et il affirme que ces vers ont été composés auprès de 
Manfred de Saluées ; mais cette affirmation se rattache à une 
hypothèse dont nous allons voir le peu de solidité. Cette hy- 
pothèse consiste à considérer Sordel lui-même comme le per- 
sonnage visé dans la pièce, dirigée contre un médisant qui 
« par orgueil et envie » attaque la réputation de Cunizza ^ 
La pièce aurait été écrite au moment où Sordel, abandonné 
par Cunizza (de là 1' a envie ») fuyait de Trévise à Gap, et se 
proposait de passer par Luzerna. Mais, si Sordel avait été 



scribes du moyen âge, qui ont noté le mot par un chiffre, l'adjectif 
numéral. M. Torraca {Sul Sordello di Cesare de Lollis, p. 7,n., dans 
Giornale dantesco, loc. cil,) a eu le mérite d'y retrouver la troisième 
pers. sing. du verbe eissir et il traduit, en mettant s'ieis entre deux 
virgules : « Il ne peut faire cinq ni terne, s'il [le terne] sort », c'est- 
à dire qu*il ne peut pas gagner, même quand la chance le favorise, 
parce qu'il n'a pu « miser ». Mais Topposition des mots cinc et terna 
a évidemment un sens précis. On la retrouve dans un vers de Bertran 
de Born, cité par M. Torraca lui-même, où le poète dit à sa dame 
que, si elle accepte ses hommages, il fera lui-même cinq et elle terne, 
et tout le sel du vers réside dans la fatuité comique dont il est Tex- 
pression. Le terne est donc considéré comme supérieur au cinq, et 
c'est en effet le coup qui consiste, aux dés (car il ne s'agit pas ici de 
la loterie) à amener les deux trois. Nous aurons évidemment un sens 
plus satisfaisant si nous corrigeons nt[s] sHeis terna, c'est-à-dire 
« il ne peut faire cinq (pour la raison qu'a bien vue M. Torraca) pas 
même s'il amène un terne ». 

* M. De Lollis, après avoir exprimé la même opinion (Nuova An- 
tologia, février 1895, p. 420) s'est montré plus réservé dans son édi- 
tion de Sordel, où il évite de se prononcer. 



BIBIIOGRAPHIE 391 

délaissé pour Bonio, il avait lui-même commencé par délaisser 
Cunizza pour une autre, qu'il avait même épousée ; elle devait 
donc à ce moment lui être devenue indifférente. S'il se fût agi 
d'un ancien amant, Peire Guilhem Peut sans doute fait com- 
prendre par des termes plus clairs que ce guerreja et ce mover 
guerra qui paraissent désigner plutôt des médisants quelcon- 
ques, faisant des gorges chaudes de la conduite de Cunizza. 
S'appuyer pour découvrir une allusion à Sordel sur le passage 
pero de Lusernas gar^ etc., est bien hardi, car je demanderai, 
ici encore, comment on était avisé du prochain passage à Lu- 
serne du troubadour fugitif. La pièce en question peut donc 
être une riposte à Sordel, mais elle peut Tétre aussi, et beau- 
coup plus vraisemblablement à tout autre troubadour *ajant 
mal parlé de Cunizza. Si Ton tient absolument à mettre un nom 
en avant, il en est un, ce me semble, qui se présente de lui- 
même ; c'est celui de Uc de Saint-Cire C'est celui-ci en effet 
et non Sordel qui répond aux coblas en question ; c'est donc 
qu'il se sentait touché *. Ajoutons que Uc est connu pour ses 
sentiments guelfes et sa haine violente contre Ezzelino '. Aussi 
est-il probable qu'il avait surtout cherché, en attaqiiant la 
sœur, à atteindre le frère. Inversement, c'était sans doute 
pour faire la cour à celui-ci, que Peire Guilhem prenait si 
chaudement la défense de la trop facile épouse du comte de 
San Bonifacio : la plus sûre conclusion que Ton puisse tirer de 
cette pièce — ce que n'a pas fait M. Guarnerio, — c'est que 
Peire Guilhem fut l'un des clients de la maison de San Ro- 
mano, et c'est un nom de plus à ajouter à la liste des poètes 
gibelins *. 

^ Les vers 23-4 de la riposte (voy. la note additionnelle) font clai- 
rement allusion à certains démêlés que Tauteur de cette riposte aurait 
eus au sujet de Cunizza, probablement à l'occasion de vers inju- 
rieux. 

2 Voy. sa pièces. — La forme des coblas de Peire Guilhem — 
sans doute la même que celle de la poésie à laquelle il répondait — - 
a été employée une fois par Uc de Saint Cire (n° 38). Cette forme appar- 
tient originairement à Bertran de Born (n^ 9). M. Guarnerio ne le dit 
pas et se borne à renvoyer à M. Maus [Verzeichniss, n® 126) où le 
schéma est donnée avec une erreur qui réduit la strophe de quatce 



3«2 BIBLIOGRAPHIK 

S'il est un point qui paraisse acquis à M. Guaruerio, c'est 
V « ilalianité » de Peire Guiihem, et c'est évidemment à cette 
canviction du critique que le iroubabour a dû les honneurs 
d'une nouvelle édition. Ici encore il y a place pour quelques 
doutes : M. Guarnerio n'est pas assez ennemi des hypothèses 
pour m'en vo^uloir de lui en soumettre une, avec les raisons qui 
me paraissent l'appuyer. S'il y a deux Luzerna sur le versant 
italien des Alpes, il y a aussi une Luserne en Provence *. Or, il 
semble bien que la Luzerna citée par le poète et dont il était 
sans doute originaire, soit la localité provençale, plutôt que 
celle de Piémont. Il ne veut point, dit-il, se séparer des « preux 
de Provence '» 

Que regnan ah conoissenza 
Et a[b] hella captenenza, 
Si q'om nols en pot escarnir, 

ce qui veut dire, en bon français, qu'il avait en Provence des 
protecteurs. D'autre part, il avait aussi des protecteurs, ou 
du moins une protectrice, à Luzerna! La pièce 1 (2 de Bartsch) 
prouve évidemment qu'à Luzerna habitait, non la dame de 
SCS pensées, comme l'a dit M. Guarnerio par une évidente dis- 
traction, mais une dame dont il avait des raisons, sans doute 
intéressées, de faire Téloge '. Or, que cette Luzerna doive être 
cherchée en Provence, c'est bien ce qui semble ressortir des 
côbias en faveur de Cunizza : « Que celui qui cherche querelle 

vers. Cette pièce de B. de Born avait dû jouir d'une grande popularité, 
car elle fut aussi imitée, sinon servilement adoptée, par un trouvère du 
Nord (Voy. Romania, xxi, 420, note 4). 

* Cette localité est aujourd'hui un simple « mas », situe dans une 
vallée du Leberon, à quelque distance de la route qui conduit de Reil- 
lanne (Basses- Alpes, arr. Forcalquier) à la Dastide-des-Jourdans. 
Voy. la carte au cent-millième. 

' Le jeu de mots sur pro et Proôwsa est fréquent chez les trouba- 
dours. H se retrouve par exemple chez Airaeric de Pégulhan (m° 17). 
Cf. Suchier, Denkmœler, p. 555-6. 

* M II est dangereux, dit-il, d'aller à Luzerna, parce qu'il y a 1* 
une dame qui tire les cœurs des poitrines: pour moi j'y puis aller? 
car mon cœur m'a déjà été enlevé. » C'est donc que la dame de Lu- 
zerna et celle qui détenait son cœur formaient deux personnes. 



BIBIJOGRAPHIE 3^3 

à Cunizza, dit-il, n'aille point faire le galant en Provence..., 
mais surtout qu'il se garde de Luzerna, car là orgueil ni folie 
ne trouvent ni place (j'adopte naturellement la lumineuse cor- 
rection luec faite simultanément par MM. Mussafia et Meyer) 
ni protection », et il njoute : 

Mesura e conoissenza 
Deu retener per semenza 

Qi regnar 
Vol ab hella capienenza. 

Ces vers ne sont-ils point comme une sorte de transcrip- 
tion de ceux que Peire Guilhem consacrait* à ces preux de 
Provence 

Que regnan ah conoissenna, 

et u^est-il pas évident que, dans les deux passages, il s'agit 
des mêmes personnes ? Ces personnes ne seraient autres que 
les seigneurs de son pays natal, ses protecteurs naturels; s'il 
en était ainsi, on aurait encore une raison de moins de voir 
Sordel dans le troubadour qui étnit attendu à Luzerna, la Lu- 
serne de Provence n'étant nullement sur le chemin de Tré- 
vise à Gap. Il faudrait, pour appuyer solidement cette hypo- 
thèse, démontrer qu'il y avait à Luserne, au XIII* siècle, une 
famille seigneuriale dont un troubadour pouvait attendre aide 
et protection. C'est une recherche que je regrette vivement 
de ne pouvoir entreprendre pour l'instant. 

A. Jbanrot. 

* M. Mussafia les en avait déjà rapprochés (loc, cit.) 



NOTE ADDITIONNELLE 

Il est regrettable que M. Guarnerio n'ait pas cru devoir donner 
le texte des coblas par lesquelles Uc répondit à Peire Guilhem : c'eût 
été là un appendice beaucoup plus naturel que certain descort(461, 
104) qu'il était d'autant moins utile d'imprimer qu'il avait été récem- 
ment fort bien publié. Ces quelques vers, quoique fort maltraités, se 
laissent assez facilement rétablir (à l'exception toutefois des trois 
premiers). Voici commentée proposerais de les lire (on peutcompaier 



3^4 BIBLIOGRAPHIE 

à cet essai de restitution la libre interprétation qu^en a donnée M. de 
Lollis, Nuova Antologia, loc, cit.): 

[P] eire Guillem de Lusema, 
Nos dizatz {corr, non diga?) com sa luzern*a 
De prez zai, 
4. Car de Na Guniça sai 
Qez ill fez ogantal terna 
Per q'ill perdet vita eterna, 
Don ja mai 

8. No deu viure ses esmai ; 
E dompna, pos lait desterna 
Ni fai saut dont hom resc[h]enia, 
Non assai 
12. Mai null mege de Salema. 

Ben sai qe Yostres branz talla, 
Mas s'a totz cels fai batalla 

Qu'en diran 
16. Mal, o (qe) no res[con]diran 
Qez ill no fezes gran falla, 
Ane el val de Roncisvalla (ms, Josafalla) 

No ac tan 
20. Golp donat: ar pauz ab tan 
E met l[a] en no men calla, 
Lai fos ill on a lei (ms, la) calla : 

Derenan 
24. No voill mais ab lei baralla. 
Mesura vol c'om no salla 

Tant enan 
Per c'om sa umbra trassalla. 
(D'après H, ne 202, dans Studi di fil. rom,, XIV) 

1. Pour la rime d'une atone avec un monosyllabe qui devrait por- 
ter Taccent, voy. Tobler, Vom franz, Versbau^ 3« éd. p. 139. — 
2. Lusema dcsigne-t-il ici (par allusion à la pièce I) la patrie du 
poète (mais quel serait le rapport avec la suite?) ou, par une méta- 
phore hardie et bizarre, la dame de Peire Guilhem [luse^fio en pro- 
vençal moderne signifie luciole ; voy. Mistral, s. v*)? — 5. Terna 
a évidemment ici, comme l^a bien vu M. Guarnerio, le sens de «beau 
ce up », par une allusion ironique à la faute de Cunizza. — 9. Des- 
terna ^ de deslernar, sortir du droit chemin ; ce verbe, dont c'est ici 
l'unique exemple, est formé sur estern (voy. Raynouard, 111, 216). 
Descerna dans l'édition doit être une faute de lecture. — 16-7. Enten- 
dez: « de façon à soutenir que... » — 18. Josafalla est évidemment 
dû à une bizarre réminiscence biblique. Roncisvalla me paraît assuré: 



BIBLIOGRAPHIE 3^5 

tm saitqae Uc de Saint Cire faisait volontiers eaûsdo(DU Is aux élgen- 
dcs épiques (Cf. Romania, XXVI, p. 9, n. 2). 



R.-M. Lacuve. — La gronde et belle histouère de la Meurlusine^ 

toute en bea lingage potevin, avouée ine préface de Jacquett. — Melle, 

imp. Lacuve, 1893, in-8». [vni-108 p.]. 
R.-M. Lacuve. — Contes poitevins : Les trois Lingèrea; De branche en 

branche; le Moine.— Paris, Lechevalier, 1895, in-8*. [16 p.].— [Extrait 

de la Revue des Traditions populaires.] 
R.-M. Lacuve. — 'Proverbes poitevins. — Paris, Lechevalier, in-8». [8 p.). 

[Extrait de la Revue des Traditions populaires.] 
R.-M. Lacuve. — Devinettes du Poitou. — Paris, Lechevalier, 1893, in-8». 

[8 p.]. — [Extrait de la Revue des Traditions populaires.] 
Jacquett. (Edouard Lacuve). — Fables en patois poitevin la plupart 

imitées de La Fontaine, avec une préface de H. Beauchet-Filleau. — 

Melle, imp. Lacuve, 1893, in-4«. [172 p.]. 

La légende et la tradition orales semblent devoir disparaître à bref 
délai par suite de la transformation qui s'accomplit chaque jour dans 
la manière de penser du peuple. Jadis, soit Thiver, durant les lon- 
gues veillées, soit Tété, aux heures où le soleil contraint les travail- 
leurs au repos, on se transmettait de génération en génération un 
certain nombre de récits qui constituaient le fonds littéraire du peu- 
ple des campagnes. Il n*en est plus ainsi. La lecture du journal quo- 
tidien a remplacé nu foyer les récits légendaires. La famille ne vit 
plus dans le souvenir du passé, mais dans Tattente inquiète du len- 
demain. Et le sommeil des enfants, qu'embellissaient les rêves où 
passaient les bonnes fées aux robes éclatantes, protectrices des pau- 
vres gens et toujours victorieuses des génies malfaisants, est^aujour- 
dliai traversé par les cauchemars qu'évoque le dernier assassinat ou 
par les soucis que cause Théroïne du roman-feuilleton. 

La langue dans laquelle contes et légendes nous avaient été trans- 
mis n'est pas moins menacée. Les idiomes des diverses provinces 
tendent à disparaître. L'école et le journal sont les principaux 
agents de cette décadence. Les enfants reçoivent à l'école une in- 
truction d'où le patois est soigneusement écarté et s'ils n'apprennent 
pas assez de français pour le bien parler et l'écrire correctement, ils 
en connaissent du moins suffisamment pour se passer du patois. Le 
journal continue l'œuvre commencée à l'école. Et quand, dans le vil- 
lage, on se communique les nouvelles du jour, même lorsqu'on se sert 
du patois pour cette communication, l'influence française se fait sen- 



396 



BIBLIOGRAPHIE 



tir. Le pins souvent, le mot français n*est pas traduit mais simplement 
affublé d'une terminaison patoise, le terme propre cède la place à un 
terme général : la plante, à laquelle son nom prêtait une physionomie 
pittoresque, devient simplement une herbe ou un arbre. C'est ainsi 
que s'appauvrissent légendes et dialectes, et chaque personne qai 
meurt emporte avec elle un peu de la tradition orale et quelques 
mots du vocabulaire. 

Cette disparition est-elle un bien? Est-elle un mal ? Nous n'avons 
pas à le décider. Mais il est certain que le moment ne saurait être 
plus propice pour sauver de Toubli les contes, chansons, supersti- 
tions et proverbes qui subsistent encore et la langue qui a servi à les 
exprimer. C'est ce qu'ont fait et ce que font MM. R.-M. Lacuve et 
Ed. Lacuve pour le Poitou ^ 

(1) Leur œuvre est d^autant plus méritoire que, parmi les dialectes de 
la France, le poitevin est Tun des plus intéressants. Par ses caractères 
dialectaux, il se rattache directement au français, mais un grand nombre 
de termes lui sont communs avec la langue d'oc. Pour s'en convaincre, 
il suffît de prendre quelques mots dans les premières pages et de les 
mettre en regard du mot provençal correspondant : 



POITEVIN 


LANGUE 


DOC 


FRANÇAIS 




(quercinois) 




anneut 


onè 




aujourd*hui 


aigués 


oiguas 




agencés 


avoure 


ôurô 




maintenant 


ballein* 


boUen" 




•drap de lit 


— 


— 




**drap spécial 


cabourgno 


colobourno 


creux (d'un arbre) 


chiron 


coirou 




tas de pierres 


coure 


coure 




quand 


dail 


dalh 




faux 


dèque 


dequé 




de quoi 


devantean 


dovontal 




tablier 


drôle 


droUe 




enfant 


essorou (lieu où 


essiôura 


(enlever 




Ton met les fro- 


l'humidité.) 




mages pour les 








faire sécher). 








fissons 


fissou 




dard 


go, gobé 


0, obé 




oui, oui bien 


grole 


graulo 




corbeau 


mais 


mai 




plus 


marme 


(marmo, 


lim.) 


par mon âme 


nègre 


nègre 




noir 


neut 


ne 




nuit 



BIBLIOGRAPHIE 



397 



Le premier, dans Meurlusine, nous tonte Thistoire de cette fée, si 
populaire en Poitou et à laquelle les habitants attrîbuent la cons- 
truction de la plupart des monuments de leur province. Au moyen 
âge, le roman de Jean d*Arras Tillustra. M. L. n'a changé que peu 
de chose à Tintrigue et il a trouvé, dans ce récit, un thème facile à 
traiter dans un dialecte que le français a fortement contaminé et qui, 
par suite, a perdu la majeure partie de son originalité. 

Le même M. L. nous donne encore Trois contes dont le dernier, 
qui roule sur la confusion que fait la bonne d'une maison entre un 
moine et l'instrument qui sert à chauffer le lit et que Ton nomme 
aussi moine, est très connu. 

Les Proverbes et les Devinettes sont intéressants, bien qu'on 
puisse reprocher à M. L. de n'avoir pas indiqué exactement l'endroit 
où avaient été recueillis les uns et les autres et qu'il ait fait une trop 
large place aux proverbes qui sont une simple traduction de proverbes 
français. 

Les Fables en patois poitevin de Jacquett, autrement dit de M. Ed. 
Lacuve, forment un beau volume que l'auteur a lui-même imprimé 
avec luxe. Le plus souvent il a imité Lafontaine ou Ftomn, et par- 
fois s'est laissé aller à sa seule inspiration. Dans les deux cM^ du 
reste, il est fort à Taise en son sujet. Tout d'abord, il le place dans 
un cadre poitevin qui est aussitôt reconnu par son public. Si la fable 
y perd de son caractère général, elle y gagne en familiarité, en 
bonne humeur et en imprévu. Ce doit être un vrai régal pour les 
habitants de Melle et des environs que de lire une de ces pièces où la 
fantaisie est si aimable que l'on se prend à regretter, à distance, de 
de ne point connaître les types qu'il nous cite. Le côté pittoresque 
n'est cependant pas le seul mérite de ces fables; en dehors des par- 
ticularités de terroir et de la saveur que leur prête le langage, elles 
conservent de solides qualités d'observation et de composition. Jac- 
quett eut pu les écrire en français, elles auraient toujours intéressé 
le lecteur. 



nore 


noro 


bru 


odjiu 
odjit 
piaux 


odju 
odjè 
pial 


eu 

eut 

cheveux 


pirons 
roumail 


pirou 
rôumèl 


oisons 
râle 


regouler 
reorte 


regoula 
redorto 


vomir 
lien 


sègre 
treluser 


sègre 
(trelus, prov.) 


suivre 
briller. 



398 BIBLIOGRAPHIE 

Les Fables et Meurlusin^ sont d excellents textes poitevins qui 
ont leur place marquée à côté des œuvres de Dabu et de Drouhet. 
Il serait à souhaiter que MM. Lacuve nous fissent profiter de la 
grande connaissance qu*ils ont de leur dialecte en nous donnant un 
glossaire poitevin. Les dictionnaires que nous possédons sont insuf- 
fisants. Les préoccupations étymologiques tiennent trop de place 
dans celui de 6. Lévrier et Tusage de celui de L. Favre et de son 
volumineux supplément est fort incommode. Un glossaire qui évite- 
rait les fantaisies étymologiques du premier et qui permettrait de 
refondre Touvrage du second serait bien accueilli des romanisants. 
H. Teuué. 

Ghassabt (P.). — En terra Galesa, Contes poupulàris lengadoucians, 
1« tieira.— Mount-Peliè, emp. Hamelin, 1895, in-8». [xxiu-318 p.]. 

C'est le premier volume d'une série qui doit en comprendre trois. 
L'auteur nous dit lui-même de quelle façon ce livre a été composé. 
11 « fait de ses papiers trois parts : d*un côté il met tout ce qui est 
trop gaulois, trop salé ou trop poivré, ce qui ne pourrait s'écrire qu'en 
latin, puisque 

Le latin dans les mots brave rhonnéteté.., 

d*un autre, ce qui à sa connaissance a été publié ; et il garde enfin i 
pour le faire paraître petit à petit ce qu'il croit neuf et intéressant. » i 
Les contes ou galéjades forment la majeure partie du volume; ils sont 
précédés d^une préface et se terminent par une nouvelle, lou Mari' 
dage de Marcou qui, sans que rien la sépare du reste du recueil, 
diffère sensiblement des autres morceaux par le sujet et par la façon 
dont elle est traitée. 

La préface est une autobiographie de l'auteur. Il nous dit, avec 
simplicité, sa vie d'enfant, ses premiers essais, les difficultés qu'éprou- 
vèrent à le faire instruire ses parents, petits cultivateurs à Grabels, 
leurs durs labeurs que le succès ne couronna pas toujours et ce récit, I 
fait sans prétention, émeut et pénètre. Je ne conseillerai pas cependant | 
aux historiens littéraires de prendre au pied de la lettre, comme Tont 
déjà fait quelques-uns, l'histoire des deux jumeaux; ils risqueraient 
de se tromper. C'est une fiction. Les deux frères sont chacun une 
moitié de la personnalité de M. Chassary. L'aîné, c'est M. Chassary, 
propriétaire et père de famille ; le cadet, c'est M. Chassary, profes- 
seur et éi'udit. Le premier, a pour la terre où il vit le jour, pour la 
langue qu'il entendit dès le berceau, cet amour vivace, ce fanatisme 
que connaissent bien ceux qui sont nés à la campagne ; le second 
remplit ses devoirs de professeur, instruit ses élèves, et le félibnge 
est le lien qui unit ces deux parties d'un même tout. 



BIBLIOGRAPHIE .199 

Les contes commencent par un conte à tiroirs, Pradet de Ganges, 
Les tours joués aux nobles par un vilain, la réplique d'un valet, les 
bons mots d\m paysan malin, le châtiment ingénieux, sinon excessif, 
infligé à une femme acariâtre et re^ou^^/etVa, tout cela est mis au compte 
de Pradet. Egoïste, dépourvu de scrupules, aimant à rire aux dépens 
d*autrui, Pradet est proche parent du Guignol lyonnais et de tous 
ceux qui, comme Figaro, Scapin, etc., personnifient la ruse et la malice. 
A côté de Pradet, qui est le gros morceau du volume, tout ce qui 
forme le fonds populaire a trouvé place. Parlas au carrelié. Au tri- 
bunal, Lou Sarrament nous offrent de jolis mots. Ceux qui veulent 
francimandejà et n'arrivent qu'à prendre un mot pour un autre sont 
agréablement tournés en ridicule dans Lou francés d'un gavach, Lous 
patsans d'ara. — Mestre Coudena, Testa negra e barba blanca, 
A Maumalhargues , nous montrent qu'il a encore sur le cœur le pensum 
que lui donna un jour un maître d'école cabourd pour avoir parlé pa- 
tois dans la rue. Les aventures des curés trop épris de leurs parois- 
siennes lui ont fourni : lou vitrié de Sant-Jan-de-Fos, Entre capelan 
e sacrestan, — Las talounadas de Roumieu nous font connaître 
quelques-unes des plus jolies fantaisies de celui qui eut la repartie 
si prompte, le vers si facile et qui représente le mieux l'esprit brillant 
et primesautier du midi. Camba de bot et Sufficit égalent les meil- 
leures trouvailles de Roumanille. 

M. Chassary s'éloigne du maître dans lou Maridage de Marcou. 
Le sujet est tout moderne et de pure invention. Aussi, n'étant pas gêné 
par le thème légendaire et le dénouement connu du conte, son talent 
s*est trouvé plus à Taise et ses qualités ont pu mieux se développer. 
Lou Maridage de Marcou est Tune des plus jolies nouvelles écrites 
en provençal, sinon la plus jolie. 

En Terra Galesa est amusant comme doit l'être un recueil de 
contes ; cependant les philologues ne perdront pas leur temps à le 
parcourir. Le style choisi et châtié de l'auteur, qui exclut soigneuse- 
ment de sa prose tous les gallicismes, leur fournira des mots et des 
formes rares dont ils feront leur profit ; une excellente traduction 
placée vis-à-vis du texte leur en facilitera l'intelligence. 

H. T. 



SucHiBK (Hermann). — Provenzalische Diàtetik (Abdruck ans der Fest- 
schrift zur zxoeihundertjàhrigen Jubelfeier der Universitàt Halle), — 
Halle a. S., Max Niemeyer, 1894, in-4o. [26 p.]. 

M. Suchier avait déjà publié ce traité en 1883 dans ses Denkmâler 
Provenzalischer Literolur und Sprache {Rev. des L. Rom. y XXIV, 
p. 195). Depuis cette époque, trois nouvelles copies, plus ou moins 



400 BIBLIOGRAPHE^ 

complètes, ont été retrouvées, et, à l'aide de ces matériaux, M. S. a 
constitué un texte critique. Il l'a fait avec le soin extrême qu'il ap- 
porte à toutes ses publications ^ 

Le poème est d'une lecture facile et les conseils sur l'hygiène que 
Tauteur donne à Alexandre n'ont rien de maussade ni de désagréable. 
Voici ses recommandations après le lever : 

En après del lieg salliras. 
Tas mans e tos vuelhs lavaras, 
E cant sera tôt acabat 
So qu'a Tespreisser t*ay mandat, 
Fa obrir los vueis del pulais, 
E qui sera cortes ni gais 



Aquel vuelhas qu'intre primiers, 
Qu*er de solatz plus plasentiers. 
La ins sian li cavalier. 
Escatz e taulas e taulier 
E donzel ab beias colors 
Que ajan garkndas de flors, 
Juglar ab douces istrumens 
E juglaressas eissamens. 
Et aujas cansonetas bêlas, 
Descoriz e baladas novelas 
la gesta o l'estrument, 
Que a ton cor er plus plasent. 



H. T. 



Mazbl (Docteur E.). — Une paraphrasée inédite en vers languedociens du 
premier aphorisme d'Hippocrate, publiée avec une introduction préli- 
minaire et des notes.— Montpellier, imp. Hamelin, 1892, in-8*. [xti-8p.]. 
(Extrait du Féiibrig» latin, 1891.) 

La paraphrase que publie M. Mazel est extraite d*un ms. de la Bi- 
bliothèque de Niraes ^. C'est l'œuvre d'un médecin du XVIIl* siècle, 

* Vers 46, corr. estendilhatz ; — v. 83-4, confortât = culhieirat, une 
correction semble nécessaire ; — v. 215, corr. profiog, 

« M. M. signale les ms. 3 039, 13 877 et 13 878 comme contenant des 
textes importants, « au point de vue de l'étude des langues romanes », 
mais il ne nous dit pas auquel des trois appartient le texte qu'il donne. 
Cette indication aurait eu son intérêt, puisque le Catalogue dea Uanui- 
crits de la Bibliothèque de Nîmes (Paris, imp. Nationale, 1885, in-4«) ne 
cite pas cette pièce. 



CHRONIQUE 401 

dont rinventioxi paraît aussi pauvre que la versification. M. M., dans 
la longue introduction qui précède le texte, nous annonce qu*il n*a pu 
découvrir le nom de Tauteur. Les détails qu'il donne sur Montpellier, 
la Faculté de médecine, la vie des étudiants, à cette époque, nous 
permettent de supposer qu^il séjourna assez longtemps dans cette ville 
et probablement qu'il y fit ses études médicales. 

H. T. 



Bonnet (Emile) — Catalogue des manuscrits. Collections de la Société 
archéologique de Montpellier. — Montpellier, imp. Martel, 1897, gr. 
in-8o. [44 p.]. 

La Société archéologique de Montpellier conserve dans ses collec- 
tions 106 manuscrits. Quelques-uns n'ont pas une très grande impor- 
tance et plusieurs sont des copies dont on possède les originaux. 
Néanmoins, beaucoup renferment dMntéressants documents concernant 
la province de Languedoc et la ville de Montpellier. 

Ce catalogue est fort soigneusement rédigé; les ms. sont minutieu- 
sement décrits et la description est toujours suivie, lorsqu'il y a lieu 
d'un historique abondamment pourvu de références bibliographiques. 
M. Bonnet a rendu un service signalé à tous les travailleurs en leur 
faisant connaître les richesses de la Société archéologique, mais ils 
le remercieront surtout de leur avoir fourni avec son Catalogue un guide 
sûr qui leur évitera bien des recherches et des tâtonnements inutiles. 

H. T. 



CHRONIQUE 



La publication de V Histoire de la langue et de la littérature fran - 
çaisCj sous la direction de M. Petit de Jule ville, se poursuit avec une 
remarquable régularité. Nous signalerons, dans les derniers fascicules 
parus, les chapitres consacrés à Thistoire du théâtre : ils sont de notre 
collaborateur M. Uifçal, professeur à l'Université de Montpellier. 

Dans le premier de ces chapitres (tome III, ch. VI) l'auteur a étudié 
les œuvres des principaux poètes dramatiques de la fin du XVI« siècle 
et a donné l'analyse d'un grand nombre d'entre elles. Il a surtout 
montré que ces œuvres — auxquelles l'accès de tout théâtre régulier 
était interdit — avaient tous les défauts des tragédies ou comédies 
qui ne voient pas les feux de la rampe. 

Le «econd chapitre (tome IV, ch. IV j nous conduit jusqu'à Cor- 
neille : M. Rigal a su y déhrouiller avec une rare érudition Vart confus 

26 



402 CHRONIQUE 

des Hardy et des Mairet, et montrer comment ces dramaturges avaient 
préparé la voie à Corneille. 



Les Pablebs de frange. — La Société des parlera de France a tenu, 
le dimanche 25 avril, sa réunion générale annuelle à la Sorbonne, sous 
la présidence de M. G. Paris. Assistaient à cette réunion MM. Tho- 
mas, professeur à la Faculté des lettres ; Gilliéron, directeur d'études 
• à TEcole des Hautes-Etudes ; Resapelly, abbé Urbain. 

M. Paris a fait ressortir les avantages qu'allait donner aux étttdes 
linguistiques la création, au Collège de France, du laboratoire de pho- 
nétique expérimentale dirigé par Tabbé Rousselot. Des contes, des 
dictons populaires, ont été recueillis avec une exactitude scientifique 
au moyen du phonographe qui supprime les inconvénients de la 
dictée. 

« 

M. Bousselot est nommé directeur du Laboratoire de phonétique 
expérimentale qui vient d'être créé au Collège de France, et qui est 
rattaché à la chaire de grammaire comparée. 

* » 

A signaler : 

Lou Jujamen dau Caramentran Grargantuas I au Clapas,., pèr £Jif- 
Heine Delmas (Montpellier, Firmin et Montane, 1897, 1-20 pp.), amu- 
sante farce, sentant fortement le terroir, qui nous ramène aux beaux 
jours du règne de Gargantua I«'. — Nous y reviendrons dans la 
Bibliographie. 

CORBBSPONDAKCE 

Une réclamation de notre collaborateur Tamizey de Larroque, . . , 
de rinstitut. 

Pavillon Peiresc, par Gontaud, 28 mai 1897. 

Monsieur le Secrétaire de la Rédaction, 
Vous avez inséré, dans la chronique de l'avant- dernière livraison, 
une rectification de notre « distingué collaborateur » M. A. Restori, 
qui avait été qualifié « de professeur à l'Université de Pavie. » J'ai l'hon- 
neur, à mon tour, de vous prier d'insérer la rectification que voici : 
J'ai été, par un gracieux abus, illégalement qualifié, dans la livraison 
d'avril-mai, de membre de l'Institut. Permettez-moi de protester amica- 
lement contre « une erreur dont je ne suis pas responsable ». Je n'ai 
le droit qu'au titre de correspondant de l'Institut, ce qui est déjà 



CHRONIQUE 403 

beaucoup, surtout pour moi. Je ne dois pas même accepter la qualifi- 
cation de membre correspondant de Tlnstitut J'ai entendu raconter 
Jadis que Ton avait été choqué de lire, au Palais Mazarin, sur la carte 
de feu mon confrère X... (il n'ptait pas méridional I) ce titre usurpé. 
Que notre chère Revue me laisse donc désormais, je l'en conjure, jouir 
en paix de la simple formule officielle. 

Ahl ne me brouillez pas avec la République ! 

Votre dévoué collaborateur et ami, 

Ph. Tàmizet db Larroqub. 

Cette réclamation trop modeste * cessera peut-être bientôt d'avoir 
sa raison d'être ; \oici en effet ce que nous annonce le Nouvelliste 
de Bordeaux du 26 juin dernier. 

« S'associant à l'Université do Lyon, le conseil de l'Université de 
» Bordeaux émet le vœu que les membres dits € correspondants » 
» de l'Institut prennent à l'avenir le titre de « membre de l'Institut » 
» et jouissent des prérogatives qui sont attachées à ce titre sans être 
» obligés de résider à Paris, le nombre des sièges réservés à la pro- 
» vince restant le même. » 

La demande du Conseil de l'Université de Bordeaux nous paraît 
pleine de sens. 



M. P. Chassary va publier prochainement un recueil de vers : Lou 
vi dau mistèri. Poésies languedociennes et provençales. Ce volume 
ne sera pas mis dans le commerce ; le nombre des exemplaires est 
exactement limité à celui des souscripteurs. Ceux de nos lecteurs, qui 
désirent posséder cet ouvrage, doivent en informer, sans tarder, 
M. Chassany, professeur, A, rue du Faubourg- Boulonnet, Montpel-' 
lier. Voici les prix de souscription pour un exemplaire : 

Sur papier vélin mat ..... 3 fr. 50 

— de Hollande 10 » 

— du Japon 15 » 



Notre confrère et collaborateur, M. Charles Mourret, a été nommé 
archiviste de la ville de Tarascon. Les précieux documents que con- 
tiennent les archives municipales ne pouvaient être confiés à de 
meilleures mains, lis seront, non seulement classés et inventoriés, 
mais aussi étudiés par l'érudit chercheur qu'est M. Mourret, et nous 
espérons qu'il féi*a souvent profiter de ses trouvailles notre Revue. 



404 CHRONIQUE 



L'Ecole félibréenne dn Parage a donné, le 12 juillet 1897, À Mont- 
pellier, dans la ealle de TEden-Concert^ nne représentation coiaposée 
de deux pièces en langue d'Oc et d'un intermède de chant. Les deux, 
pièces sont Toeuvre de M. Dezeuze. Elles sont fort bien écrites, et, par 
endroits^ s'éloignent de la furce pour se rapprocher de la comédie de 
caractère. Elles ont été jouées d'nne façon convenable, et Yun des 
acteurs, celui qui tenait le rôle de Madama Grastlha a été excellent. 

M*^^ Prades a chanté avec beaucoup de goût la romance d'Estelle de 
Florian, et M. Poussigue-Meyrel a interprété pour la première fois 
la Raioloj qui a paru ici même (Rev. des L. Rom., XXXIX, p. S7S.) 
et dans laquelle M. Arna vielle semble avoir condensé tout le feu, 
tout l'cntliousiasme, tout VfHrambord desfélibres*. 

Mais, pour terminer par une critique, disons qu'il nous a été pénible 
d'enten(]i 6 chanter les Poutous et quelques autres chansons, en habits 
noir, en cravate et gants blancs. La chanson populaire exige un cou- 
tume populaire, et il ne devait pas être difficile de trouver un costume 
ordinaire et un béret béarnais. 



L'Académie française, dans sa séance dn mardi 1^'juin 1897, a 
décerné à notre cher maître et ami, Frédéric Mistral, le prix Alfred 
Née, pour son Pouèmo dôu Rose^ sur lequel un de nos collaborateurs 
publiera prochainement une étude dans cette Revue. 

L'Académie a voulu ainsi honorer notre éminent maître ; nous esti- 
mons cependant que Mistral devrait être, à l'Académie, de ceux qui 
donnent des prix et non de ceux qui en reçoivent. 



Il a été fait un tirage à part, à très petit nombre d'exemplaires, du 
travail de M. Anglade publié par la Revue: Le Patois ds Lézigna^n 
(Audk). Première partie : Phonétique. 

En vente à la librairie Camille Goulet, à Montpellier. 

* La Wato/o, paroles et musique avec une belle composition de Marsal, 
vient de paraître dans la collection des Chansons de la Campana.de 
Magalouna. Prix : 50 centimes. 



Le Gérant respùMahU il P. Hamain. 



POESIES PROVENÇALES INÉDITES 

TIRÉES DES MANUSCRITS d'iTALIE 
(Suite et fin^) 



PEIRE DE VALERA 

Bartschj, Grundriss, n° 362, 2. — Ms. D. 255. Le second couplet aussi 
dans F (Stengel, Chigiana 169). 

so q'az autre vei plazer 

Oui q'amors don son voler, 
a mi toi benananza 
e*m desloing' e* m lanza 
a pauc de tôt mon saber, 
5 per ch'eu ai paor 

q'en tai hai mes m'amistat 
qe*m ha desviat 
e no me socor; 
e no*m recrei tan ni qan, 
10 anz sufTr' e* m vauc aturan» 
qar cel consec qi aten. 

la hom qi's vol recrezer 
no fara gran cobranza, 
segon m'esperanza, 
15 qar greu cobr'om gran poder 
ûi granda ricor, 
si granz trebaillz no*l enbat^ 
per ch'eu hai durât 
lo maltrag d'amor 

4. del t. D. — 12. qes F. — 15. cobrû g. D. — 17. corr. no-1 
s'embat? — 18. hai durât manque F. 

1 Voir la Revue, t. XXXIV (1890), p. 5 et t. XXXIX (1896), p. 178. 
TOUS X DB LA QUATRIEME SBBiB — Septembre -Octobre 1897. 27 



406 POÉSIES PROVENÇALES INEDITES 

20 e cug ades trebajlan 
conqistar e merceian 
celei qe no*m o consen. 

21. e manque F. 

M. Bartsch cite dans sa liste trois pièces de Peire de Valeira : 

1 . la hom qes vol recrezer F. 

2. So qu^az autre vei plazer D«, 

3. Vezer volgra n'Ezelgarda F. (publiée partiellement par Raj- 
noaard, Choix, V, 334, depuis, avec quelques vers de plus, par Mahn, 
Werke, III, 305, et complètement par M. Stengel, Chigiana 170). 

On voit que delà deuxième pièce nous n'avons, en dehors du pre- 
mier vers, que deux couplets, et que de ces deux couplets Tun est 
identique avec le n? 1 de la liste de M. Bartsch. Ainsi, nous sommes 
réduits à ne connaître que deux poésies de Peire de Valeira, ce 
qui fait en tout quatre couplets. Los manuscrits D'IK lui attribuent 
encore la pièce Lo ioi comene en un bel mes, mais GEQRbca la don- 
nent à Arnaut de Tintignac ou Quintenac, et nous n^avons aucune rai- 
son, à ce que je vois, pour ajouter plus de foi à l'attribution des manu- 
scrits DIK qu*à celle des autres manuscrits, plus nombreux et moins 
apparentés. Latornada, qui contient le nom de Tintinhac, Quintenac, 
ainsi que la tornada de Moût désir l'aura doussana, semble même 
prouver que l'auteur est, en effet, Arnaut. 

Ce peu que nous possédons de Peire de Valera ne nous intéresserait 
guère *, si nous n'avions une notice biographique qui dit ce poète con- 
temporain de Marcabru : 



* Il faut pourtant dire que la pièce Vezei' volgra n'Ezelgarda est l'œu- 
vre d'un homme d'esprit et ne manque pas d'originalité. Pour réunir 
ici tout ce que nous avons de ce poète, je réimprime ces vers : 

Vezer volgra n'Ezelgarda, 
qar hai de morir talen, 
e pesa miqe trop tarda, 
tant lai morrai doussamen, i 

5 qe tant gent ri ez esgarda 
q'eir auci iogan rizen. 
laisat hai eu en regarda 
per ma mort son bel cors gen, 
e qar es de prez conplida 
10 e qar m'enoia ma vida, 
lai irai morir breumen. 



TIRÉES DES MANUSCRITS d'iTALIE 407 

Peire de Valeira si fo de Gascoingna, de la terra d'en 

Arnaut Guillem de Marsan. Joglars fo el temps & en la sazon 

que fo Marcabras; e fez vers tais com hom fazia adoncs, de 

paubra valor, de foillas, e de fiors, e de cans, e* d'ausels. Sel 

• cantar non agren gran valor ni el (Hist. de Languedoc, X,217). 

Cette notice ne peut pas être tirée des Quatre couplets que nous 
avons. L'auteur a-t-il donc utilisé des sources que nous ne connais- 
sons pas ? C'est bien douteux. La notice se trouve dans IK, c^est-à- 
dire dans les manuscrits qui attribuent à Peire de Valera la poésie 
d' Arnaut de Tintinhac dont nous avons parlé. Or cette poésie cor- 
respond tout à fait au genre qu'aurait cultivé, au dire de la biogra- 
phie, Peire de Valera. Il se peut fort bien que le biographe n'ait eu 
d'autre fondement pour son opinion sur les poésies de Peire que cette 
seule pièce et qu'il ait fait ce poète contemporain de Marcabru, parce 
que cette pièce lui semblait avoir le caractère des poésies de ce temps. 
La pièce d'Arnaut Moût dezir l'aura doussana est bien aussi un vers 
de foillas e deflors edecans d'ausels et, en effet, elle se trouve attri- 
buée à Marcabru dans le ms. D. 

Mais le biographe dit encore que le poète était de la Gascogne, du 
pays d'Arnaut Guillem de Marsan. Cela ne veut pas dire que Peire 
ait ^té contemporain d'Arnaut en même temps que de Marcabru, car 
Arnaut Guillem semble, décidément, bien postérieur à Marcabru. 
C'est ce qui résulte des paroles de Raimon Vidal, Bartsch Denkmae- 
1er 168, 22, où il est cité parmi d'autres seigneurs delafin du X1I« siè- 
cle. L'auteur de la biographie n'a donc pu vouloir donner autre chose, 
paraît-il, qu'une notice géographique. Le pays deMarsanest un « pays 
de Tancienne Gascogne, auj. dép. des Landes, formé à peu près du 
bassin supérieur de la Midouze » (Jeanne, Dictionnaire IV, 2507). C'est 

* Supprimer cet e ? 

A Deu prec qe mon cor arda, 

s'amet hom tan ûnamen, 

q'en lei non voill mètre garda 
15 mas sa valor en son sen; 

e cel qui sa ioia agarda, 

non ha ges fol pensamen, 

e cel qui son fin prez garda, 

non fa ges gran fallimen; 
20 e qar mei oill l'an chausida, 

a Deu prec que mi don vida 

per servir son bel cors gen. 

14, 15. Je ne comprends pas ces deux vers. 



408 POESIES PROVENÇALES INÉDITES * 

donc là qu'il faut chercher Valera ou Valiera ou Valeira. Ce n'est 
pas Topinion de M. Chabaneau, qui dit (Hist. de Languedoc X, 373): 
« Cette localité devait se trouver près de Podensac et de Saint-Macaire 
(Gironde) cf. Archives historiques de la Gironde, t. II, p. 161. » M. Cha- 
baneau, qui rejette ainsi tacitement l'indication du biographe, n'a, 
sans doute, trouvé aucun Valiera dans le pays de Marsan, et je n^ai pas 
été plus heureux. Il est vrai qu'Arnaut Guillem a pu avoir des posses- 
sions sur les bords de la Garonne. Mais y a-t-il des documents histo- 
riques qui nous le fassent supposer ? Et, si non, doit-on attacher 
assez d'importance aux paroles du biographe pour faire une telle 
hypothèse ? Je ne le crois pas. 

Nous serions fixés sur l'époque où vivait Peire de Valera, si nous 
trouvions dans l'histoire la dame Ëzelgarda à qui s'adresse la seconde 
pièce du poète. Je ne l'y ai pas rencontrée. 

Quant à la forme métrique, la pièce So g'az autre vei plazer a le 
compas : 

^7 he bj a, Cg d^ dg Cg e^ e, f,, 

La rime b seule est féminine. 

Vezer volgra n'Ezelgarda :ababababc Cb, vers de sept 
syllabes, a etc sont féminines, C est refrain. 

Parmi les poésies des troubadours qui nous sont parvenues, il n'y 
en a aucune qui ait exactement la même forme que celles-ci. 
Mais il y en a quelques-unes qui en approchent. Pour le premier 
compas on peut comparer Gausbert de Pueicibot 6 : a, b^ b, a^ c, d^ 
^5 C7 dg 65 e, fg f, ou a b b a c d d c e e f f, forme qui se trouve 
plusieurs fois avec des vers de 7 syllabes (Raimbaut de Vaqueiras 18 
Peire Cardenal 28, Bertran Carbonel 7, Guillem del Olivier 44, 73). 
Au compas de l'autre pièce correspond le plus exactement Bernartde 
Ventadorn 44 : a^ bj a^ bg a, bg a^ bg Cg Cg C7 bg (a et b féminines) 
imité par Peire Cardenal 25, et Peire BremonO.Une forme analogue, 
mais sans 6 à la fin : ab a b a b a b c c se rencontre quatre fois avec des 
vers de 7 syllabes : Bertran d'Alamanon 15, Guiraut Riquier 65, 
Peire Cardenal 70, Sordel 1. Le genre des rimes change ;c est refrain 
dans les trois dernières pièces. 

On voit que les poètes qui se sont servis de formes semblables à 
celles employées par Peire de Valera, appartiennent à une époque 
postérieure à Marcabru. 



TIREES DES MANUSCRITS D ITALIE 409 

RAIMBAUT D'AURENGA 

Grundriss n» 389, 4. — Ms. a 208. 

Comme cette pièce est assez difficile à comprendre, je vais, pour ne 
pas prévenir le jugement du lecteur, commencer par- en donner un 
texte diplomatique, qui sera suivi d'un essai d'interprétation. 

Al prlm qeil rira, sorzen sus. pel cun prim fueilla. delbran- 
cail. sagues raizon feir vn bon vers, pos ma doua nouol. qun 
chan. 5. mais de lais, nil veii a talan. e chanz damer non es 
faitz. nouai plus con ses domna amors. 

Con a lei platz. non die plus, senes tôt mames ill. 10. e per 
dieu si es ben en vers, qe non auz chantar. de enan. de lei 
vas oui sui voitz denjan. e cels qieu pietz voil. fSrs. estraig. 
er donc oi mais voigz mos chantars. 

15. Faig virol segle de mon vs lauzengier. fais defaig vol- 
pill. ai can nauran. ia damors ters. ab lur chan. parlar deui- 
nan. per lur ditz. van domnas duplan. 20. e an mortzdrutz ses 
colp atraig souen. per lur fais deuinars. 

Gant cist fut mit maluatz. per vs chanton de solatz. em per il 
qe dizon. de tort en trauers. 25. de cels que lur er en semblan 
domnes vers qieu entenda tan. cil domna cuig en tôt (trasig) 
trasaig. que sos amies aia espars. 

Ries hom tornatosten raus. 30. can sufre. com se merauill. 
qe nom sans sa maizon fair fers, de cels qi venon corteian. ges 
non an colpa cil co fan. qel segnier nés de tôt forfagtz. 35. 
a oui en couen castiars. 

Une deuxième main a écrit : l . au-dessus du r dans rim un signe 
que j'ai lu /. — 2. au-dessus de un (dans cun) im, en mettant deux 
points au-dessous de un, — 6. si au-dessus de la ligne avec renvoi 
après chanz — 7. o dans amors a été changé en a. — 1 1. r entre de et 
enan, — 13. i dans pietz n'était pas clair; il a été tracé une seconde 
fois par la' deuxième main. — 22. Au-dessus du premier t dans fut 
mit la deuxième main a fait un signe qui me paraît être une croix. 

Al prim qe'il tim sorzen sus 
pel cim prim fueilla del branquil, 
s'agues raizon, feir' un bon vers, 
pos ma dona no vol q'eu chan 



410 POESIES PROVENÇALES INEDITES 

5 mais de leis ni'l ven a talan, 
e chanz, si d*amor non es faitz, 
no val plus con ses domna amars. 

Con a lei platz, no*n die plus ; 

senes toi m*a mes ill ; 

10 e, per Dieu, si es ben envers 
qe non auz chantar derenan 
de leis, vas oui sui voitz d'enian; 
e cel q'ieu pietz voil fers es traig. 
er donc oimais voigz mos chantars ? 

15 Faig viro-1 segle de mon us 
^ lauzengier fais, de faig volpill. 

ai ! can n'auran ia d'amors ters 

ab lur chan-parlar devinan! 

per lur ditz van domnas duplan 
20 e an mortz drutz, ses colpa traig 

soven per lur fais devinars. 

Cant cist furmit malvatz per us 

chanton de n solatz em péril » 
(qe dizon de tort en travers 
25 de cels qe lur er en semblan : 

« domn* es vers q'ieu entenda tan »), 
cil domna cuig' en tôt trasaig 
qe SOS amies aia espars. 

Ries homjtorna tost en râus, 
30 can sufre c*om se meravill 

q« 

de cels q*i venon corteian. 
ges non an colpa cill q*o fan, 
qe'l segnier n'es de totforfagtz 
35 a cui en coven castiars. 

1. M. Bartscb, dans sa liste, a luctm, mais ce mot est impossible, 
puisqu'il se trouve au vers suivant. Je ne sais ce que pourrait être 
rim. Dans lim on peut voir le nom de la plantç thym. L'EIncidaria 
thimi, mais il y a tint en provençal moderne, timo en italien, etc. Si 
l'on voulait corriger autrement, on pourrait lire vint, en pensant à la 



TIREES DES MANUSCRITS D ITALIE '411 

pièce d'Arnaut Daniel : Chanson do' il mot $on plan e prim Farai 
puois que botono'il vim. 

Il manque une syllabe à ce vers. 

8. Une syllabe manque ; lis. no'n die ren plus. 

9; Lacune de deux syllabes difficile à remplir. 

13. « Et ce fer que je veux le moins a été lancé »? Cela ne satis- 
fait guère. 

19. « Sur leurs paroles les dames usent de duplicité » ou « par 
leurs paroles ils rendent doubles les femmes » ? 

22. Il parait évident qu^au lieu de fut mit, il faut lire furmit, ce 
qui serait à traduire par « accompli ». 

27. trasaig est cité par Diez, Etym. Wôrterbuch II«, entresait : 
€ a totz trazagz braucbt eiu Troubadour. » Je ne sais dans quel 
troubadour Diez a trouvé cet exemple, mais Texistence de ce mot, 
qui manque dans Raynouard, est certaine. 

28. esparser sans régime : elle croit que son ami ait répandu (ce 
que le lausengier prétend avoir entendu). 

29. ràusy substantif verbal de ràusar, v. fr. rëuser, manque dans 
Raynouard. 

31. Je ne comprends pas ce vers, mais le sens de tout ce passage 
semble être : « Un homme riche ne doit point souffrir qu'aucun re- 
proche fondé soit répandu contre sa maison par ceux qui viennent à 
sa cour. » Cet exemple de corteiar dans l'acception « visiter la cour de 
qu. » est à ajouter à celui de M. Lévy dans le Suppîemenlwôrterbuch. 

La traduction de la pièce serait donc : 

« Dès que les thyms élèvent par leurs minces pointes la feuilléc 
des scions, je ferais un bon vers, si j'en avais raison ; (mais je n'en 
ai pas) puisque ma dame ne veut ni n'agrée que je chante désormais 
d'elle, et chanson, à moins de traiter d'amour, ne vaut pas plus qu'a- 
mour sans dame. 

]> Comme il lui plaît, je n'en dis plus rien. Elle a fait que j'ai tout 
à fait cessé de chanter (?) Et pourtant c'est, par Dieu, bien à l'en- 
vers du bon sens que je n'ose plus chanter d'elle, vers qui je suis 
dépourvu de fraude Mon chant sera-t-U donc désormais vide ? 

» Qu'ils dussent voir le monde fait d'après ma manière, les faux 
couards calomniateurs ! Ah ! combien d'amants ils ont déjà privés 
d'amour avec leur chant-parler médisant! Sur leurs paroles, les da- 
mes usent de duplicité et ont tué leurs amants, qui, par leurs fausses 
insinuations, sont souvent trahis sans être coupables. 

» Quand ces accomplis coquins coutumiers chantent de (c soûlas 
en péril 1 » — isar ils parlent de tort et de travers de ceux dont bon 



1 



412 POESIES PROVENÇALES INEDITES 

leur semble, [en disant:] c Dame, il est vrai que i*entends ceci » — 
cette dame croit certainement que son ami ait répandu (ce que les 
calomniateurs prétendent avoir entendu). 

» Un homme riche se fait vite mépriser, sHl souffre qu'on s*étoiine 
de ce que sa maison (soit justement blâmée?) de ceux qui viennent 
j faire leur cour. Ceux qui la blâment ne sont point coupables, car le 
seigneur qui mérite de tels reproches est tout à fait dans son tort. » 



Grundriss, no 389, 30. — Ms. a 188 

Joglar, fe qe Dea dei, 
a Dieu dI a ma donna ni a mai, 
qazutz son en esfrei, 
q'armad' ab cor non vei 
5 liais a cal totz m*autrei 

par ar e par totz temps. 

E serem mais ensems? 
au sai q'o toi, ma domna, qar trop tems. 
s*un oil me*n fus rademps 

10 q'an no*ra temses 

sol vos, sa'n ara semps, 
mains no me*n prasasatz. 

C*anc fams ni sons ni satz 
uo*m dastrais tan^ uns ni tuig, millia vatz 
15 con fai mos talans fraigtz; 

q'em breu 

car vos non vai, eut latz 
de sofrir mom parill. 

A, domn* ap cor volpill, 
20 gran paor ai qail bocha ma rovill, 
qar dal col tro al. . .. 
no-us bais, qi qa*n grondill, 
q'au n'iria an aissil 
enanz c'autra*m baizes. 

25 R co ? morrai ados, 

4. Qarmatz. — 10. temsessa tremps. — 16. deuenter abretz. — 
21. cuill. 



TIRÉES DES MANUSCRITS d'ITALIE 413 

si*m cocha'l bes q'eu n'aie qe luec tornes. 
a, domn\ al plus confes 
orne qez ano âmes, 
acorres, si qe près 
30 de vos sia mos cors 1 

Ai, talens, car rio mors ? 
e seignier Dieus, gitasses lo tost fors ! 
o q'il semblés ma sors 
a cels qe sabo'l destors, 
35 si qe nostre demors 

fos per totz acuillitz. 

Domna, no* m faz marri tz 
per qe-m tegnia de vos per eschernitz, 
mas qar lur falz critz 
40 dels enoios traïtz 

terne tant, son eissitz 
del bon sen c'aver soill. 

Per Tespavent mi doill, 
e pel gran be qu'aiit n'ai fatz orgueil 
45 si q'ieu non deing mon oill 

girar ves autre foill, 
qar mos cors no m*acoiil 
q'ieu ves vos mi renei. 

Domna, si lai on soill 
50 no'us vei, em breu'm renei. 

Far m'en podes orgoill, 
q'ans morrai qe-m renei. 

26. qel 1. — 29. A cortes. — 39. qat avec un point au-dessous de 
i et r au-dessus, — 44. fait. 
50. V. breu em r. — 52, Qant m. 

4. Ms armatz, mais il paraît certain qu'il faut corriger armad\ 
M parce que je ne vois armée de courage celle... » 

8 88. « Je sais que ce qui nous en empêche, c'est que lu as trop 
peur. Si un œil m'en fût enlevé, (certainement) que je ne craindrais 



414 POESIES PROVENÇALES INEDITES 

pai , pourva seulement que vous ne m'en estimassiez moins si 

j'en étais privé. » Mais qu'est-ce que tremps ou atrempsf 

15. telans, il faut corriger, sans doute, talens, 

16. Une syllabe de trop ; lis. devenrai hretz. 

20. Rovillar « rouiller. » 

21. Cuilly lis. cilU 

34. Une syllabe de trop. A est superflu : « ou qu'elle semblât être 
ma sœur à ceux qui savent le détournement (?) » ; destors , substantif 
verbal de destorser, manque dans Raynouard et au Supplemefittoôr- 
ierbuch de M. Levy. 

39. Manque une syllabe. 



Grundriss, numéro 389,37. Ms. a 198. 

Pos trobars plans 

es volguz tan, 
fort m'er greu si no*n son sobrans; 

car ben pareis 
5 qi tais motz fai 

c'anc mais non foron dig cantan, 
qe cals c'om tôt iorn ditz e brai 
sapcha, si*s vol, autra vez dir. 

Mos ditz es sans, 
10 don gap, ses dan. 

per tal loi soi coindes e vans, 

qe mais val neis 

désirs q'ieu n'ai 

d'una qe anc non ac semblan, 

15 pels sainz c'om qer e Verzelaî, 

d'autre ioi o*om puesca iauzir. 

Son ben aurans 
car per talan 

5. Qal mot, la deuxième main a mis un point au-dessous de la 
première lettre et qit au-dessus. — P. sanz. — 14. non a s. corrigé 
par la deuxième main en nom ac s. — 15. Peis; uuerze lai. 



TIRÉES DES MANUSCRITS D'ITALIE 415 

solamen so francs et humans 
20 de dir ves leis 

ben, ni*m fas gai. 
qe*m val si per lieis trag mal gran, 
si lo mal qe*n trac no sap lai? 
mi eis voil d'aitan escarnir ? 

25 Ben so trafans, 

q'eueis m*engan, 
car die aiso, tan qe vilans : 
cals pros me creis, 
si eu mal trai 
30 per lieis, s'il no sapia Tafan? 
no m'es doncs pros e be no'm vai 
si*m pens qe tan rie ioi désir ? 

Mos volers cans, 
qe*m sal denan, 
35 me fai creire qe futz es pans, 
tan aut m'espeis 
mon cor, c'ar sai 
qe en fol m'aurei, don faz Tefan. 
tôt voll cant vei. respeit segrai. 
40 respeitz loncs fai omen périr. 

Sainz Julianz, 
con vauc torban ! 
soi serrazis o crestians ? 
qals es ma leis ? 
45 non sai qe 



et atrestan tost Dieas, si*l plai, 
co fes vin d'aiga esdevenir. 

Pauc soi certans. 
50 ves qe-us reblan, 

domna, de vos so molt londans. 



41. vilians. — 45, 46. Non sai que iai. Me posca de soqil deman. 
-51. vous. 



416 POESIES PROVENÇALES INEDITES 

anc no*m destreis 

amors tan mai, 
per q'ieu non creiria d*un an 
55 c*aissi-us âmes per negun plai, 
si bes no m'en degues avenir. 

e ma chanso vos man 

qe 



57. Le premier mot, un senhal sans doute, n'est pas clair. Tai lu 
A.trius, mais sans être tout à fait sûr d'avoir bien déchiffré. Entre 
A et t il y a encore une lettre, à peu près un e avec une cédille. — 
58, 59. Qe dos sautz sis ries ar es sai. Lo ters aut on plas pot 
om dir. 

15. Verzelai, Vezelai,voy. Girart de Roussillon, laisses 612, 640 sa. 
à 675. 

18 S8. Construire : francs et humans sa em fas gai solammper 
talan de dir ben ves lei. 

42. On peut corriger co'm, noais con suffit bien aussi. 

45 ss. Le sens semble être à peu près: « quelle est ma religion? Je 
ne sais. Je suis de celle qui pourra me donner ce que je lui demande. 
Et Dieu peut le faire, si cela lui plaît, aussi bien qu'il fit de l'eau de- 
venir du vin. » Ce qui s'approcherait le plus de la leçon du manuscrit, 
serait peut-être : Qals es ma Uis? — non sai. — qeiaim posca dar 
de so qil (== qe'il) deman ! — et atrestan pot Dieus, si'l plaiy co 

52 ss. « Jamais amour ne me contraignit si fort ; c*est pourquoi je 
ne crois pas, si aucun bien ne m'en arrive (c'est-à-dire de mon 
amour présent), que je puisse, pour aucun plait, vous aimer autant 
pendant toute une année. » 

56. Une syllabe de trop ; lis. venir. 

58 s. Je ne comprends pas. 



L'histoire amoureuse de Raimbaut d'Aurenga n'est pas encore 
écrite et il ne sera pas possible de l'écrire avant d'avoir accompli la 
tâche difficile d'établir le texte critique de ses poésies. 

Que ces trois pièces appartiennent à Raimbaut, ce n^est guère dou- 
teux. Elles sont tout à fait dans son genre, et elles nous offrent plu- 
sieurs rapports avec ses autres poésies. Dans la première pièce le 
poète parle d'une défense, que sa dame lui aurait imposée, défense 



TIREES DES MANUSCRITS D ITALIE 417 

de chanter d^elle. Cette défense, ou, plus exactement, un engagement 
général du poète vis-à-vis de sa dame de ne pas chanter, se trouve 
aussi mentionnée dans les premiers vers de 

Peire Rogier, a Irassalhir 
nCer per vos los diiz e'is covens 
qu*ieu fis a midons totz dolens, 
de chantar que' m cugey sofrir, 

La fin de cette pièce parle de Bon Respieg. 11 s'ensait, à ce qu*i 
semble, qu'Ai prim qe'l tim appartient au petit nombre de poésies qui 
se rapportent à Tamour de Raimbaut pour cette dame Bon Respieg, y ai 
déjà remarqué, dans mon édition de Peire Rogier, p. 79, que ce nom 
se retrouve dans Un vers farai de tal mena. On peut se demander 
aussi s'il n'y a pas une allusion à ce senhal dans notre troisième 
pièce V. 39, 40. 

Le commencement de cette troisième pièce parle du irobar plan, 
La question s'il faut donner la préférence au trobarplan ou antrobar 
dus tient fort au cœur de Raimbaut. Elle formerait même l'objet 
d'une tenson entre Raimbaut et Guiraut de Bornelh, si Tingénieuse 
hypothèse de M. Kolsen répondait à la vérité, d'après laquelle Linhaure 
ne serait aucun autre que notre Raimbaut. 

La seconde pièce s'adresse à Joglar. C'est un senhal bien connu, 
qui se retrouve dans les pièces 1, 11, 16, 18, 19, 20, 27, 33, 39 de la 
liste de Bartsch. Quand on lit dans la tornada d'il b nou cor et ab nou 
<afen (M W 1,67): 

Dieus guart ma domne mon Joglar 
e ja mais domna no'm prezen, 

ou dans celle de Be s*eschai qu'en bonacort (ms. A u^ 93): 

Joglars, per que'm desazaut, 
ma dompna e vos mi fatz bauty 

on croirait que ce senhal ne peut pas se rapporter à l'aimée de Raim- 
baut, et on pourrait tirer la môme conclusion des deux tomadas de la 
pièce Entre gel e vent e fane (ms A n® 87, corrigé par C) : 

1. Dompna, renooel nostre iais, 
si'us plats, car si be'm fauc gais, 
ai mains durs doloros pantais, 

2. Joglar , vos avetzpro huei mais, 
et ieu plane e sospir et ais. 



418 POESIES PROVENÇALES INEDITES 

La tornada dL^Ara'mso del tôt conquis (M G 1032) ne nous apprend 
rien. Celle dePaWi^r^(Inedita ans pariser HandschrifteD^p. 262) fait 
plutôt penser que Joglar soit la dame aimée, et il n y a pas de doute 
vis-à-vis de la première tornada à^Assatz sai d'amor ben parlar (M 

Wi, 71): 

Mas be l sabra mos belhs Joglars 
qu'ilh val tant e nCes tan coraus 
que ja de lieys no'm venra maus, 

et des deux tornadas de Ben sai qu'a sels séria fer (M G 360) : 

Quan la candela'm fetz vezer 
vos baizanrizeny ai! quai ser ! 

Joglar^ ades, mati e ser, 
mentira'l (1. mentaura' l ?) cors vostre vezer. 

Si, dans les autres pièces, Fauteur veut faire croire que Joglars et 
son amie soient deux personnes différentes, ce n*est évidemment qu'uDe 
ruse pour égarer les lausengiers, ruse, du reste, que Raimbaut n*est 
pas seul à employer. 

D'après la biographie dans N^, Joglar serait una donna de Pro- 
ensa que avia nom madonna Maria de Vertfuoil (Hist. de Langue- 
doc, X, 284). Mais quelle est la source de ce renseignement et quelle 
est sa valeur? Ce n'est guère dans les poésies de Raimbaut que ce bio- 
graphe a pu s'instruire. Elles ne contiennent aucune indication pré- 
cise sur la personne de son amie. Pourtant nous y apprenons, peut- 
être, l'endroit où vivait la dame. La seconde tornada d!Âssalz sai 
d'amor ben parlar, adressé, nous l'avons vu, à Joglar, dit: 

E mos vers tenra, qu'eraH paus, 
a RodeSj don son naturaus. 

Rodez ne serait-il pas la résidence de Joglar? Encore une autre 
pièce est envoyée à Rodez par le poète, ou, plus exactement, il dit 
qu'il voudrait l'envoyer à Rodez, si ses vers n'étaient pas hostiles à 
l'amour. Cette fois le senhal Joglar ne se trouve pas dans les vers de 
Raimbaut, mais il nomme directement la comtesse de Rodez : 

E ma chansons y si non fos 
alqes ves amor esquiva, 
tengra vas RodeSj a vos, 
comtessa nominativa, 
pros e bella, ab cor verai, 
(Amor s, com er ? ms. A n« 86) 



TIREES DES MANUSCRITS D ITALIE 419 

Cette comtesse a-t-elle donc été le Joglar du poète ? Ce serait alors 
probablement Agnès, femme d'Hugues IL 

Mais le poète aurait été bien indiscret, s'il avait adressé sa poésie 
publiquement à celle dont il désirait gagner Tamour. Il est vrai qu'il 
ne s'y vante d'aucune faveur qu'il aurait obtenue, d'aucun espoir qu'il 
pût avoir. Au contraire, il s'y plaint amèrement d'Amor. Raimbaut 
n'aurait pas été, du reste, le seul troubadour qui se serait adressé ou- 
vertement à la dame aimée. On n'a qu'à penser à l'autre Raimbaut et 
à Biatritz. Toujours l'identification de Joglar avec la comtesse de Ro- 
dez reste-t-elle bien douteuse. 

Et Maria de Vertfueilh donc? Nous ne savons rien d'elle. Même pas 
où il faut chercher le Vertfueilh dentelle a reçu le nom. D'après M. 
Ghabaneau ce pourrait être Verfeuil dans le Gard, arr. d'Uzès (Hist. 
de Languedoc, x, 284). Cet endroit a l'avantage d'être assez près 
d'Orange, mais il est bien loin de Rodez. Il y a encore un Verfeuil- 
Verfeil dans le dép. Haute-Garonne. Je n'en trouve pas dans l'Avey- 
ron. Mais M. Schultz-Gora a cru avoir des raisons pour douter de 
plusieurs assertions de la biographie de Raimbaut dans N^ (v. Ar- 
chiv 92, 229). Il est bien possible que la notice sur Marie de Verfueilh 
ne soit pas plus exacte. 

Si nous ne sommes pas fixés sur la personne du Joglar, nous sa- 
vons au moins que Raimbaut n'a pas perdu ses peines auprès d'elle. 
La dame a fait présent à son poète d'un anneau (v. Aram so del toi 
conquis M G, 1032, c.9; Assatz sai d'amor benparlar M W i, 71, c. 
7). Raimbaut se souvient du baiser que son aimée lui a donné {Be sai 
qu'a cels séria fer M G, 360, c. 6 et tornadas ; Entre gel e vent e 
fane ms. A. n** 87, c. 3). Mais malheureusement les amants sont en- 
tourés de lausengiers et le poète est obligé de se tenir éloigné de sa 
dame {Ar s'espan la flors enversa Chrest. n® 19, c. 6 et tornada. En- 
tre gel e fané c. 4, notre pièce v. 30 ss.). 

Il est remarquable que toutes les poésies qui se rapportent à Joglar 
ne parlent que d'un amour récompensé. On peut supposer que ce se- 
nhal n'est choisi et accepté qu'après l'accord des deux amants. Il se 
peut bien que nous possédions ^des poésies qui s'adressent à la même 
dame, mais où elle n'est pas désignée par le même senhal. Ce nom 
paraît, en effet, présumer une certaine intimité. Il ne serait pas éton- 
nant que la dame ait appelé Raimbaut son Joglar, mais c'est la dame 
qui est appelée Joglar par le poète. C'est ce qui a fait penser à Diez 
(Leben und Werke ^p. 56) que nous avons à voir dans Joglar la com- 
tesse de Die, qui adressait son amour et ses poésies à Raimbaut. Mais 
*e poète aurait-il appelé la comtesse son joglar ? Peut-être le senhal 
se rapportait-il d'abord à Raimbaut et fut-il ensuite le nom d'amour des 
deux amants, ainsi que nous voyons plusieurs fois qu*un senhal servait 



4 20 POESIES PROVENÇALES INEDITES 

en même temps pour deux amis ou deux amants. Et nous avons la 
preuve que Joglar désignait aussi bien le poète que la dame, dans 
une pièce qui serait d'une grande valeur pour Thistoire de cette liai- 
son, si elle était plus claire. Mais j'avoue que je n'ai pas réussi à en 
pénétrer le sens, bien que, généralement, les paroles ne soient pas 
difficiles à comprendre. C'est la pièce Svl cors es près, la lengua 
non es preza. 



UC DE SAINT CIRC 

Grundriss 457, 43. — Ms. D 257. 

Valor ni prez ni honor non atrai 
a nul home ni prez ni cortesia, 
qui bel don dona lai on non s'escai, 
anz es tengut par los pros a follia. 
5 qui don dona taing qe*l dos aitals sia 
con es aqel qe-l don receb e pren ; 
qui en croi home bel aut rie don despen, 
non es grazit, anz s'en fai escharnir 
els autres dos q'el dona menz grazir. 

1. On ne peut pas laisser subsister pre^ ici et dans le vers suivant. 
Mais lequel des deux faut-il remplacer, et quel mot parmi ceux qui 
s'offrent doit-on y mettre? — 3. Ms. onon. 



Grundriss 457,44 - Ms. D 201 

Veâcoms, mais d'un mes ai estât 
qu'aWa attendut vostre don, 
on avia ades sospeichon, 
per que no prendia comiat ; 
5 mas ara* m di chascus : es vana, 
qe no valra una iulana 
dons qu'eu n'aia ni vestimenz, 

6. Qu'est-ce que c'est que iulana ? la leçon de ce mot n'est pas 
douteuse ; la première lettre est bien un û — 7. Ms. qeus naia ta u. 



TIRÉES DES MANUSCRITS D'ITALIE 421 

ni per vos non serai iausenz; 
e vos digaz m* en la vertat. 

10 N'Ugo, ia no m'en sabretz grat, 

quant venra a la partison, 

qe'us faza ren qe*us sapehabon 

ni'os done que vailla un dat, 

roncin, denier ni drap de lana^ 
15 car sai que semblaria ufana, 

qar de vos me fon faiz presenz 

per saber mos captenemenz, 

que eu o ai ben ...... 

10. Ms. sahret, — 18. Ms. espriat, ce qu'on peut corriger espiat 
ou esproat. 

Les couplets d'Uc de Saint- Cire qu'on vient de lire ont une cer- 
taine ressemblance. On y reconnaît les mêmes sentiments, sentiments 
très intéressés de l'auteur. Nous avons encore une autre poésie 
d'Uc, qui offre beaucoup d'analogie avec la tenson Vescoms, C'est la 
pièce Seignen Coms, no'us cal esmaiar (Bartsch, Chrest. * 160). 
Dans l'une et l'autre on voit percer le dépit du joglar qui partira de la 
cour du seigneur avec les mains vides. 11 n'a pas encore perdu tout 
espoir, parait-il, dans le couplet adressé au vicomte ; il ne lui reste 
plus, dans l'autre, qu'à se venger par l'ironie, arme, pourtant, que 
le comte sait manier aussi bien que le troubadour. Le comte de cette 
tenson serait, d'après les manuscrits, le comte de Rodez ; le vescoms 
de l'autre pièce est probablement un vicomte de Turenne. C'est na- 
turellement une erreur, si le Ms. D fait d\xve8comte de Torena l'ad- 
versaire d'Uc dans Seignen Coms, mais A et D ont probablement 
raison en lui attribuant la tenson En vostr'ais me farai vezer attri- 
bué par I à un seigner coms. Uc ne donne à son adversaire d'autre 
titre que celui de seigner et la pièce ne nous instruit pas sur le rang 
de ce seigneur; mais I est seul contre A et D, et ce qui se dit dans la 
tenson me semble pouvoir se rapporter au vicomte de Turenne. Uc 
assure en ricanant que son adversaire n'osera attaquer les amis du 
poète qu'avec le secours du comte Gui (Ms. A n® 524) : 

m non an esperanssa 
que sobre lor ausetz passar, 
si'l coms Gui no'usven aiudar ; 
e s'il ven, faitz li fianssa, 
mais gazaing si vai en Franssa, 

58 



422 POESIES PROVENÇALES INÉDITES 

Puisque le gain 8*en va en France, on peut supposer que le comte 
Gui n'est autre que Gui de Montfort. Nous savons, en effet, que le 
vicomte de Turenne, Raymond IV, prit part à la croisade du côté des 
Français (v. 304 de la Chanson, et note de M. Meyer). Il se peut 
même que nos deux couplets appartiennent à la même époque que 
cette autre tenson, c'est-à-dire au commencement de la croisade, car 
le vicomte semble dire dans les derniers vers qu'il tient Uc pour une 
sorte d'espion qu'on aurait envoyé à sa cour. 

Le compas et les rimes de Valor ni prez sont empruntés par Uc 
aux deux premiers couplets de sa pièce Très enemics e dos nuUs 
seignors ai, La tenson a le même compas et les mêmes rimes qu'Eble 
d'Uisel En Gui, digaiz al vostre grat. 



COUPLETS ANONYMES 

Les strophes suivantes ont été jusqu'ici laissées enfouies dans les 
manuscrits à cause de leur malpropreté (v. Archiv. 35, 108 note et 
lahi^uchfôr roman, und engl. litteratur XI, 2). Il est vrai qu'iln'y a 
dans ces vers ni beauté, ni esprit. Mais celui qui veut bien connaî- 
tre la littérature provençale du moyen âge ne reculera pas devant 
l'obscénité même brutale et insipide, pourvu que les vers où il la i 
trouve soient intéressants sous un rapport quelconque. Et ces mé- i 
chants couplets ne sont pas dépourvus de tout intérêt. Ils nous 
donnent l'exemple d'un genre bien rare dans la poésie provençale, i 
de la parodie. • j 

Le premier couplet est une parodie des vers anonymes qui le pré- 
cèdent immédiatement dans le ms. G et qui ont été publiés dans ^A^ 
chiv 35,108 (il y faut ajouter, dans le dernier vers : ben mel podez 
car vendre.) 

Le n® 75 imite la forme et les rimes des deux premiers couplets de 
Peirol, Lels sieus tortz farai esmenda. 

Le n^ 35 parodie Folquet de Marselha, Amors^ meree! non 
moira tan soven, et particulièrement le cinquième couplet de cette 
poésie, qui commence A vos volgra mostrar la mal q^eu sen. 

On ne peut pas séparer de ces trois couplets un autre qai se 
trouve sur la même page du ms. G, la parodie de la belle pièce de 
Bernart de Ventadorn, Quan la douss' aura venta. Cette parodie a 
déjà été publiée d'après le ms. J dans la Rivista di filologia romanza 
I, 44. 



TIRÉES DES MANUSCRITS D'iTALIE 423 

Gnindriss 461,82 — Ms. G 129 

Deu vos sal, dels pez soberana, 
e vos dun far dui tal sobre semana 
c'audan tut cil qe ve veiraa veder. 
e qan verra los endeman al ser 
5 ve*n posca an tal aval pel cors descendre 
qe'os faza*l cul e sarar e'sconscendre. 

2. lis dos tais. — 3. lis. vos venran veder, — 4. Faut-il corriger 
venra la domenga (opposée à semana y, 2) ? Il ne vaut pas la peine 
do s'y arrêter. — 5. ve'n = vo'n. 



N» 461,75. - ibid. 

Del cap li trarai la lenda, 
sill plaz, e'ill pioll del sen, 
pero qe no's escoissenda 
lo cor, qi es blanc e len. 
5 e portarai li del fen, 
qand ira far sa faiscenda, 
qe la camisa no s'esprenda. 

1 . Lenda « lentQ. » — 4. cor n'est peut-être pas à changer en cors» 
mais en cuer ou coir ou quelle que aoit la forme de ce mot que Fau- 
teur ait pu employer. — 7. Une syllabe de trop, lis. no'sprendaf 



N» 461,35. — ibid. 

A vos volgra mètre lo veit qe-m pent 
e mos coillos desobre*l cul assire ; 
eu non o die mais per ferir sovent, 
car en fotre ai mes tôt mon albire, 
5 qe-1 veit chanta, qan el ve lo con rire, 
e per paor qe no i venga*l gelos, 
li met mon veit e ret.. los coillos. 

7. Ms. retes, mais les dernières deux lettres sont écrites avec de 
Tencre plus pâle. Lis. relenc ? 



424 POÉSIES PROVENÇALES INEDITES 

N» 461,202. — ibid. 

Quand lo pel del cal tenta 
dond midonz caga e vis, 
donc m*es vis q'eu senta 
una pador de pis 
5 d'una orrida sancnenta, 
qe tôt çorn m'escarnis, 
qe mais es de pez manenta 
qe de marabotis, 
e qand ias so pis 
10 plus put d'autra serpenta. 

1. Lis. pet(z)? mais pel est aussi dans J ; v,] H uenta J. — 2. Je 
ne comprends pas vis; J offre A midons que quagueuis, ce qai fait 
supposer à M. Hamisch, certainement à tort, un verbe cagemr (Altpro- 
venzalische Praesens und Imperfectbildung, p. 275). M. Chabaneau 
me propose, avec raison, sans aucun doute, d'y voir le verbe vissir = 
vesser, qui existe encore sous la forme inchoative, mais dont Texis- 
tence, on me le pardonnera, m'était inconnue. — 3. Une syllabe 
manque ; lire avec J : Veiaire m'ea. — 4. Huna gran p, J. — 5. sanc. 
neia G; Dunaueilha merdolentaJ. — 7. Une syllabejdeî trop ^* lire 
avec J : Qu'es plus de p. m. — 8. Qu'auira de m. J. — 9. Une 
syllabe manque ; il faudra remplacer ias par quelque mot de deux 
syllabes. J offre, pour v. 9 et 10 : E quaga mais en ires matis. 
Qu'autra no fax en irenJUi, 



Je ne sais pas si la pièce qu'on va lire est aussi une parodie. Si 
c'en est une, nous n'avons plus le modèle. Du moins je ne connais 
aucune poésie de la même forme. En marge, à la hauteur de la pre- 
mière ligne, il y a écrit t'bolet, rayé plus tard avec de l'encre rouge. 

Grundriss, 461,241. — Ms. G. 128. 

U fotaires qe no fo amoros 
de neguna, mais que foter voiria, 
esta toz iurns areiz e voluntos 
de fotre celés qe fotre poria. 
5 tal voluntat a de fotre tôt dia 
q'en Es-fotanz se clama^ 



TIREES DES MANUSCRITS D ITALIE 425 

fotaire las dolens caitîu, 
e dit qe mal mor e peiz via 
qi no fot le qi ama. 

10 Lo fotaire es tant de fotre angoxos, 
com plu fort fot, mor fotant de felnia 
qe plu no fot, q'el fotria per dos 
de fotedors miior de Lombardia, 
q'en fotant dis : « gariz so, se fotria. » 
15 en Es-fotanz se clama, 

fotaire las dolens çaîtiu, 
e dis qi no fot qe mal viu 
noit e çorn le qe ama. 

3. Voici Torigine de Texemple ô^areis dans le Lexique roman, H 
1 17. Raynouard a bien traduit : « en érection » = erectus. 11 faut donc 
rectifier ce qu'a dit Levy de ce mot dans son Supplementwôrterbuch. 
— 8. corr. dis, — 13. miior = melhors. — 14. ms. qariz. 



CORRECTIONS 



Les articles précédents de cette série ont été l'objet de quelques 
critiques de M. Levy (Zeitschrift xv, 587 ; xix, 466) et de M. P. Meyer 
(Romania xx, 321 ; xxvi, 473). On aimera à trouver ici les correc- 
tions que je dois à ces critiques et auxquelles j'ai peu à ajouter. 

Vol. XXXIII, p. 405, 1. 5, M. Levy propose, avec raison, je crois, 
de lire fo amaestraire au lieu de fo a maltraire, — Enseignement de 
Garin le Brun, v. 40. M. Levy : « Il n'y a rien à corriger, despessa 
est= despensa ». — V. 50. M. Levy suppose, sans nécessité, peut- 
être, une lacune après ce vers. — V. 104,1. aquesto sermo, —V. 122, 
corr. cortesia's gardes, — V. 340, lire a non-at (voir la remarque de 
M. Chabaneau). — V. 398. M. Levy propose ingénieusement : don 
808 preç sia maire (m^ire = major). — V. 453 s. M. Levy : L'us n*a 
una partida, a Vautrées escarida. — V. 510. M. Levy : can se met en 
viltat, envilis sa heltat, — V. 554. M. Levy propose de lire : Ja non 
agas vos re, et de ti'aduire aver par « apprendre >> : « Quand même 
vous n'en apprenez rien, votre nom en sera connu. » Je ne suis pas 
persuadé. Le sens à*aver, s'il signifie « apprendre », doit être « tirer 
connaissance » plutôt que « recevoir connaissance », et cela ne satis- 



4 26 POÉSIES PROVENÇALES INÉDITES 

ferait pas ici. Il sera plus simple de lire aujaê au lieu d^agas : Jano'n 
aujas vos re, voatre noms n'er saupuz. — Vol. xxxrv, p. 5, v. 4. M. Meyer 
complète le vers par Ma terra. C'est 4)0ssible ; mais on pourrait rem- 
plir la lacune aussi bien par Mon aver ou autre chose. Je préfère, dans 
un tel cas, de laisser le texte incomplet. — V. 19. Selon M. Meyer, 
sostrenz doit être corrigé sofrenz, ce qui me paraît bien douteux. — 
P. 6, 1. 7 d*en bas. Lire Azemar Jordan au lieu de Raimond Jordan. 
— P. 33, V. 15, 17. Je ne sais comment j'ai pu ne pas voir tout de 
suite qu'il faut couper s'aissi es. Quelle excellente occasion pour une 
des gracieuses remarques dont M. P. Meyer a Thabitude d'agrémenter 
ses critiques ! Il s'entend qu'il en a profité. — P. 10^ 1. 10. Lire : Rayn. 
V, 145 au lieu de : Rayn. 55, 14. — Ib. v. 4. Lire qu'e, — V. 12, 
virgule après pre». — V. 23 s. M. Levy veut ponctuer ; quant Uplai 
que 'm fa£ auzir : « aiials domna vos saluda ». Je doute que ce soit 
la bonne interprétation. — P. 15, v. 19. L. vivV au lieu de vivi, — 
P. 19, V. 57. M. Levy propose: que goteta los fie, — V. xxxix, p. 188, 
V. 40. Faut-il couper a valea ? 

Cari Appel. 



CONTES POPULAIRES 

DE LANGUEDOC 

(Suite) » 

Petoan-Petet 

Un cop, lou paure Petoun-Petet qu'aviè una faba, la seme- 
net et vengaet nauta jusqu'au ciel. 

Un jour que n'aviè pas res per manjà, anetmountà à sa fa- 
bieira, piquet à la porta dau Paradis. 

Lou bon Dieu diguet : « Sant Peire, vai vèire quau es aqui ? 

« — Es lou paure Petoun-Petet qu'a pas res per manjà ». 

Sant Peire ié dounet una servieta; Tespandissié au sou, 
i avié per manjà deroustit, de boulit, d'ensalada, de pastis... 

Quan aget prou manjat, anet encô d'un aubergiste, ié diguet 
de ié garda sa servieta, que quan Testendié sus la taula, i avié 
de tout per manjà. 

Quan vouguet ana querre sa servieta, i'en dounèrou una 
autra, e quan Testendet, i aget pas res per manjà. 

Mountet tonrnamai à sa fabieira. 
a — Pan, pan. 

Petoun-Petet 

Une fois, le pauvre Petoun-Petet qui avait une fève, la sema : elle 
devint aussi haute que le ciel. 

Un jour qu'il n'avait rien à manger, il monta à son « févier», il frappa 
à la porte du Paradis. 

Le bon Dieu dit : « Saint Pierre, va voir qui est là ? 

— C'est le pauvre Petoun-Petet qui n'a rien à manger. » 

Saint Pierre lui donna une serviette ; quand il retendait à terre, 
il y trouvait à manger du rôti, du bouilli, de la salade, des pâtés. . . 

Quand il eut assez mangé, il alla chez un aubergiste, lui dit de 
lai garder cette serviette qui, étendue sur la table, se couvrait de 
tout pour manger. 

Quand il voulut aller chercher sa serviette, on lui en donna une 
autre, et lorsqu'il retendit, il n'y eut rien pour manger. 

11 monta de nouveau à son févier. 

« — Pan, pan. 

1 Voir les fasc. d'avril, juillet, septembre 1885, octobre 1887, janvier 
et mai- juin 1888. 



428 CONTES POPULAIRES 

» — Quau es aqui ? 

)ï — Es lou paure Petoun-Petet qu'a pas res à manjà». 

lé dounèrou an chival blanc que cagava de louis d^or. 

« Chival blanc, chival blanc, caga de louis d'or I. . . » 

E soun chival i'en cagava tant que n'en voulié. 

Qaan agetben cagat, Tanet mena à Taubergiste. 

a — Gardas-me aqueste chival, que caga de louis d'or .» 

Quan vouguet Tana cercà, l'en dounèrou un autre. Vouguet 
lou faire cagà, caguet de petas. 

Mountet tournamai à sa fabieira. 

(( — Pan, pan. 

» — Quau es aqui ? 

» — Es lou paure Petoun-Petet qu'a pas res à manjà». 

lé dounèrou una barra, a lé diras : Barra, barroula ! Barra, 
barroula ! » 

Anet encô de l'aubergiste : « Barra, barroula ! Barra, bar- 
roula! » 

La barra boumbet l'aubergiste e lou tuet. 

Lou gai cantet, 
E la soumeta finiguet. 

Ecrit sous la dictée de ma tante V. Gilbert. 



» — Qui est là ? 

» — C'est le pauvre Petoun-Petet qui n'a rien à manger. » 
On lui donna un cheval blanc qui ch. . . des louis d'or. 
» Cheval blanc, cheval blanc, ch . . . des louis d'or. » 
Et son cheval lui en ch. . . tant qu'il en voulait. 
Quand il eut bien ch. . ., il l'emmena chez l'aubergiste. 
« — Gardez-moi ce cheval qui ch. . . des louis d'or. » 
Quand il voulut l'aller chercher, on lui en donna un autre. 11 vou- 
lut le faire ch. . . , mais il ne ch. . . que des crottes. 
Il monta de nouveau à son fëvier. 
« — Pan, pan. 
ce — . Qui est là ? 

« — C'est le pauvre Petoun-Petet qui n'a rien à manger. 
On lui donna un bâton.u Tu lui diras : Bâton, roule ! bâton, roule.» 
Il alla chez l'aubergiste : « Bâton, roule ! bâton, roule I » 
Le bâton frappa l'aubergiste et le tua. 
Le coq chanta, 
Et la sornette finit. 



DE LANGUEDOC 4 29 

Dièto 

Un cop, i aviô un orne que demouravo à Pico-talent ; aquel 
orne èro malaut. 

Le siéu goujat venguec à la vilo querre le medeci. I diguec 
que le siéu paire èro malaut e que venio le counsulta sus 
aquelo malautié : 

<t — Moussu, — sa diguec, — n*ei poi besoun que ven- 
guets, que la course ei trop peniblo e acô coustario trop 
d'argent ; vous vau esplicàla malautié de mouu paire. » 

Alabets 1 demandée si abiô apetits ? 

I diguec que si. 

I demandée coussi anavo del ventre ? 

« E garats, moussu, un cop va que ba pouriots béure, un 
autre cop, mètre à la pocho .» 

Alabets le medeci i respoundec : o Cal que tengue dièto. » 

Le goujat s'entournec e diguecal paire : « le medeci m'a 
dit que vous cardrio tène dièto, per vous gari. » 

Aqueloi gens, se troubavo qu'avion uno vaco d'aquel noum, 
dins Testaple ; ensajèroun de la fè mounta*n naut, la vaco i 
pousquet poi mountâ. 



Diète 

Une fois, il y avait un homme qui demeurait à Bon-appétit ^ ; cet 
homme était malade. 

Son fils vint à la ville chercher le médecin. Il lui dit que son père 
était malade et qu'il venait le consulter sur cette maladie : 

« — Monsieur, lui dit-il, il n'est pas besoin que vous veniez, parce 
que la course est trop pénible et cela coûterait trop d'argent ; je 
vais vous expliquer la maladie de mon père. » 

Le médecin lui demanda s'il avait bon appétit? 

Il lui dit que oui. 

Il lui demanda comment il allait du ventre ? 

« — Voici, Monsieur, un jour il va [si liquide] qu'on pourrait le 
boire : une autre fois, le mettre dans la poche. » 

Alors le médecin lui répondit : « Il faut qu'il tienne diète. » 

Le garçon s'en retourna, et dit au père : « Le médecin m'a dit qu'il 
vous faudrait tenir diète pour vous guérir. » 

Ces gens là avaient une vache, de ce nom, dans Tétable ; ils es- 
sayèrent de la faire monter en haut, la vache ne put pas y monter. 

* Litt. pique (excite) — faim. 



430 CONTES POPULAIRES 

Âlabets, dabalhèronn le lèit à Testaple, le metèroun costo 
la vacoy 6 dins le lèit estant, Thome teniô lavaco par la cngo, 
mais toajoun manjavo, e acô fasiô que se poadiô poi gari. 

Le goigat tourno troubà le medeci : « Per aqueste cop, 
moussu, nous cal pas plagne Targent; vous cal veni veze 
moun paire ». 

Quan fousquec à Toustal, demandée ount èro le malaut, e 
alabets, i Fanèroun moustrà à Testaple. 

I demandée perqué avion dichat aquelh orne malaut achi ? 

« — Perqué la vaco a pos pougut mountà à la crambo. 

» — Que vol dire acô ? 

)) — I vous que Taviôs coumandat de tèni dièto, e alabets, 
vesets que moun paire la ten per la cugo. » 

» — Jès ! Que i'a mei de gens bestios, que d^ases crestias î 
Quan vous aviô dit de tène dièto, èro que caliô poi manjà.» 

D'aquel moument, dichet la cugo de dièto, e fousquec 
garit. 

Ecrit sous la dictée de mon oncle J.-B. Lambert, à Belesta (Ariège). 



Alors ils descendirent le lit à Tétable, le mirent à côté de la vache, 
et, dans son lit couché, Thomme tenait la vache par la queue, mais 
mangeait toujours, ce qui fait qu'il ne pouvait pas se guérir. 

Le garçon retourna trouver le médecin : « Pour cette fois, mon- 
sieur, il ne nous faut pas plaindre Targent, il vous faut venir voir 
mon père. » 

Quand il fut à la maison, il demanda où était le malade ; on alla le 
lui montrer à Tétable. 

Il demanda pourquoi on avait laissé là cet homme malade ? 

« — Parce que la vache n'a pas pu monter à la chambre. 

» — Que veut dire cela ? 

» — C'est vous qui aviez ordonné de tenir diète et vous voyez que 
mon père la tient par la queue. 

» — Jésus I 11 y a plus de gens bêtes que d'ânes chrétiens ! Quand 
je vous avais dit de tenir diète j c'est qu'il ne [fallait pas manger. » 

A partir de ce moment, il lâcha la queue de diète et fut guéri. 



DE LANGUEDOC 4 31 

Que fai de bô^ 
De ma Ten bô 

Un cop, i'aviô un ouome qu*anavo travalhà soun champ ; 
passavo dessous un gros rou, quon entendeguet uno grosso 
voués que Tapelavo ; lève la testo e veis un gros lioun em- 
barrassât dinc un asole del rou, que ni poudiô pas sourti. 

o — Yeni mi sourti d'aici », dis à Touorne. 

a — M'en gardarai bé, que piei, tu me manjarios. 

» — N'ages pas pôu, al countrari, iéu ti défendrai couon- 
tro tous enemich. » 

L'ouome pren uno couordo e, en prou patissen, debarrasso 
lou lioun, e toutes dons countinuou lus chami. 

Àl cap d'un pau, lou lioun, qu'aviô pas res manjat de très 
jours, dis à soun coumpagnou : 

« — Counouisses bé lou prouverbe que dis : Que fai de bé 
de ma Fen bé? Te vôu manjà. m 

» — Âcouo's pas so que tu m'aviôs proumés. 

» — Dise pas, mais lou fom fai tout faire. » 

A qui ftiit dn bien, mal arrive 

Une fois, il y avait un homme qui allait travailler à son champ ; 
il passait sous un gros rocher, quand il entendit une grosse voix qui 
rappelait. Il leva la tête et vit un gros lion entravé dans une fente 
du rocher dont il ne pouvait plus sortir. 

« — Viens me sortir d'ici», dit-il à Thomme. 

« — Je m'en garderai bien, qu'après tu me mangerais. 

» — N'aie pas peur, au contraire, je te défendrai contre tes enne- 
« mis. » 

L'homme prend une corde et, en bien peinant, débarrasse le lion, 
puis, tous deux, continuent leur chemin. 

Au bout d'un peu [de temps], le lion, qui n'avait rien mangé depuis 
trois jours, dit à son compagnon : 

« — Tu connais bien le proverbe qui dit : A qui fait du bien, 
mal arrive ?. . . Je vais te manger. 

» — Ce n'est pas ce que tu m'avais promis. 

» -^ Je ne dis pas non, mais la faim excuse tout ^. 

1 Ck>mniunication de M. Gonort, instituteur à Saint-Frézal-d'Albuges 
(Lozère). — * Litt.: la faim fait tout faire. 



4 32 CONTES POPULAIRES 

Aladounc, Touorne li dis : 

« — Prenen per juge aquel chavâl que monjo d'erbo. 

)) — Siajo, anen yèire de que dis. » 

Vôu troubà lou chaval ; Touorne i couonto l'afaire e i de- 
mondo de que ni penso. 

Lou chaval respouou en branlan la testo : 

« — léu pense que lou lioun o razou, perqué tant que iéu 
ai pougut travalhà, moun mestre m'o bien nourrit, mais arc 
que pouode pas plus faire, m'o mes à la pouorto de soun esta- 
pie e, per pas crebà de fom, vène cercà ma vido per aquestes 
elapasses. » 

Quon lou chaval aguet parlât, Toucme, que tramblavo, e 
noun pas son razou, dis al lioun : 

« — Es vielh, sas cervèlos vôu pas, veses bé que sap pas 

de que dis ? Anen troubà aquel chi alai que rousigo un 

os. 

» — Anen-z-i. » 

Vôu troubà lou chi ; Fouome i couonto Tafaire e i demondo 
de que ni penso. 

Lou chi lus dis : 



Alors Thomme lui dit : 

« — Prenons pour juge ce cheval qui mange de Therbe. 

» — Soit, allons voir ce qu'il dit. » 

Ils vont trouver le cheval ; l'homme lui conte l'affaire et lui demande 
ce qu'il en pense. 

Le cheval répond en branlant la tête : 

« — Je pense que le lion a raison, parce que tant que j'ai pu travail- 
ler, mon maître m'a bien nourri, mais maintenant que je ne peux 
plus [rien] faire, il m'a mis à la porte de son étable et, pour ne pas 
crever de faim, je viens chercher ma vie parmi ces tas de pierres. » 

Quand le cheval eut parlé, l'homme qui tremblait et non sans rai- 
son, dit au lion: 

— « 11 est vieux, sa cervelle ne va plus, tu vois bien qu'il ne sait 
pas ce qu'il dit?... Allons trouver ce chien, là-bas, qui ronge un 
os. 

— » Allons-y. » 

Ils vont trouver le chien; l'homme lui conte l'affaire etlui demande 
ce qu'il en pense. 
Le chien leur dit : 



DE.IANGUEDOG 433 

<c — Lou liouD o razou : tant que iéa ai bien pougut sègre 
lou troupel per Taparà des lonch, soni estât bien nourrit. Aro 
que soui vielh, moun mestre mi campejo e mi douono pasres, 
me fo crebà de fom per recoumpenso de mous services. » 

L'ouome, toujour pus esfraiat, lèvo la teste e veis un reinal 
que passavo pas luen d'éles ; aladounc dis al lioun : 

a — Aquel chi es uno bestio, coumpren pas so que dis ; 
anen troubà aquel reinal qu'es amount. 

» — Ou t'acordi, mais que que dirô, fareii, e escoutaren pas 
pus degus. » 

Souono lou reinal, que doum-mai courriô, la p6u Tempour- 
tavo ; à la û, quon veguet que, ni mai ni mens, lou lioun Tatra- 
pariô, s'arrestete lous esperet en tramblant. 

Lous dous coumpaires li disou d'averre pas p6u, que 11 
vogou pas faire ma ; li vogou sougamen demanda de jujà 
soun afaire. 

Lou reinal s'assèto per lous escoutà, e quon Touome aguet 
parla, lou reinal lus dis : 

« — Per bien jujà vostro afaire, iéu auriôbesoun de vèire 
coussi ac6 s'es fach. » 



•c — Le lion a raison : tant que j'ai bien pu suivre le troupeau^ 
pour le défendre des loups, j'ai été bien nourri. Maintenant que je 
suis vieux, mon maître me chasse et ne me donne plus rien, il me 
fait crever de faim en récompense de mes services. » 

L'homme, toujours plus eflfrajé, lève la tête et voit un renard qui ne 
passait pas loin d'eux ; alors il dit au lion : 

€ — Ce chien est un sot, il ne comprend pas ce qu'il dit; allons 
trouver ce renard qui est là-haut. » 

« — Je te raccorde, mais, ce qu'il dira nous le ferons, et nous 
n'écouterons plus personne. ]> 

Il appelle le renard qui, plus il courait, [plus] la peur le gagnait ; 
à la fin, quand il vit que, ni plus, ni moins, le lion l'attraperait, il 
s'arrêta et les attendit en tremblant. 

Les deux compères lui disent de n'avoir pas peur, qu'ils ne lui veu- 
lent pas faire de mal, ils veulent seulement lui demander de juger 
leur affaire. 

Le renard s'asseoit pour les écouter et, quand l'homme eut parlé, 
le renard leur dit: 

« — Pour bien juger votre affaire, j'aurais besoin devoir comment 
cela s'est passé. 



434 CONTES POPULAIRES 

Anèroa al ron e lou lioun s'anet mètre onnte èro quon 
Touome Taviè sourtit. 

Quon i fouguet, Ion reinal li diguet : 

« — Acouo's coamo acô que-z-ôros quon Touoine t'o 
sourtit ? 

» — Pa 'ncaro bien. 

» — T'i chia bien mètre coumo èros, epièi Touome ti fen- 
dre sourti. 

ï) — Aro 1 soui. 

» — Bien?... 

» -— 0. 

» — Pouoi pas sourti?... 

» — Nou. 

» — E be, s^acono's coumo acô que-z-èros, resto-z-i ! » 

Uouome, prou counten, dis al reinal : 

(( — Ti remerchie bien ; son tus lou lioun m*auriô manjat. 
Pertarecoumpenso, tiponrtarai, demô mati, uno galino bien 
grasso ; vendras alai decoun Vaven troubat embé lou lioun. » 

L*endemo mati, lou reinal troubet Touome que pourtavo 
uno saco sus soun eschino. 



Ils allèrent au rocher et le lion alla se mettre à T endroit où il était 
quand Thomme Favait délivré. 
Lorsqu'il y fut, le renard lui dit : 

— « C'est comme cela que tu étais quand Thomme t*a sorti? 

— « Pas encore bien. 

— « Il t'y faut bien mettre comme tu étais, et puis, Thomme vien- 
dra te sortir. 

(( — Maintenant j'y suis. 

)» — Bien?,.. 

» — Oui. 

>: — Tu ne peux pas sortir ?. . . . 

» — Non. 

» — Et bien, si c'est ainsi que tu étais, restes-y ! » 

L'homme, bien content, dit au renard : 

« — Je te remercie bien, sans toi le lion m'aurait mangé. Pour ta 
récompense, je t'apporterai demain matin une poule bien grasse; 
tu viendras là-bas, à l'endroit où nous t'avons trouvé avec le 
lion. » 

Le lendemain matin, le renard trouva l'hom me qui portait un s&<^ 
sur son dos. 



DE LANGUEDOC 4 35 

Lou reinal si lecavo las babinoSr 

Li^ouome pauso la saco e dis al reinal de la durbi ; lou rei- 
nal, que se mesfisavopas, duerb la saco : an gros chi ni suor, 
salto soubre lou reinal e lou tuo. 

Quont un èro lou pus ingrat de toutes?... 



Loa nis de merles 

Lou pastre de la communo s'anavo confessa ; tout en si 
coufessen, s'accuso d'averre manquât la messo lou prumiô 
dimenche de Mai. 

Lou curât li dis : 

a — Sios pas iganau, que sapie ? 

» — ' Nani, moun paire. 

» — E be, moun efon, de que fasiôs ? 

» — Ere anat véire un brave nis de merles. 

» — E ound'es ? 

» — Aval, al prat del mougul, al segoun bouissou de la 
ribo de debas. 

» — Quontes n'iô ? 



Le renard se léchait les babines. 

L'homme pose le sac et dit au renard de Touvrir ; le renard, qui ne 
se méfiait pas, ouvre le sac : un gros chien en sort, saute sur le re- 
nard et le tue. 

Quel était le plus ingrat de tous?.... 



Le nid de merles 

Le berger de la commune allait se confesser; tout en se confessant, 
il s'accuse d*avoir manqué la messe le premier dimanche de mai. 
Le curé lui dit : 

— Tu n'es pas huguenot, que je sache? 

— Non, mon père. 

— Eh bien, mon enfant, que faisais-tu? 

— J étais allé voir un beau nid de merles. 

— Et où est-il? 

— Là-bas, au pré du moulin, au second buisson de la rive de 
dessous. 

— Combien y en a-t-il? 



436 CONTES POPULAIRES 

» — Cinq. 

» — Sou braves ? 

» — Crese que sarôu prestes dimas ou dimecres qoje bé. 

» — Moun efon, veses bé qu'acô vai pas de mancà la 
messo ; i tourne pas ; per aqueste cop ti perdoune. » 

Lou dimas d'après, lou pastre gardavo proche del prat, de 
Tautre coustat del valat ; ver las douos ouros del vespre vèi lou 
curât e lou vicari que cercavou per bouissous ; si pensât que 
cercavou lou nis. Monco pas : Tatroubou, prénou lous merles 
e lous monjou sans lou pastre, qu'èro prou fachat de Taverre 
assegnat. 

Très mèses après, lou pastre tourne confessa e, coumo lou 
prumiô cop, s'accuse d*averre mancat la messo lou dimencbe : 

« — Diantres ! moun efon, n'en fas la coustumo ; ound'èros 
aqueste cop ? 

» — Ere anat vèire une bravo jouve. 

» — Eound'és? 

» — M'en gordarai bé de vous ou dire, mi fariat coumo 
des merles. » 

Saint-Frézal-d'AIbuges (Lozère). 



)) — Cinq 

» — Ils sont beaux ? 

» — Je crois qu'ils seront prêts [à manger] mardi ou mercredi pro- 
chain. 

» — Mon enfant, tu vois bien que cela ne va pas, de manquer la 
messe ; n*y reviens pas: pour cette fois, je te pardonne. » 

Le mardi suivant, le berger gardait [son troupeau] près du pré, de 
l'autre côté du ruisseau; vers les deux heures du soir, il voit venir le 
curé et le vicaire qui cherchaient parmi les buissons ; il pensa qu'ils 
cherchaient le nid. 

Cela ne manque pas : ils le trouvent, prennent les merles et les 
mangent sans le berger, qui était bien fâché de l'avoir indiqué. 

Trois mois après, le berger, retourne confesser et, comme la pre- 
mière fois, il s'accuse d'avoir manqué la messe le dimanche. 

« — Dianti'e I mon enfant, tu le prends en habitude ; où étais-tu 
cette fois. 

,) — J'étais allé voir une jolie fille. 

» — Et où est-elle? 

:» — Je me garderai bien de vous le dire, vous me feriez comme 
pour les merles. » 



DE LANGUEDOC 4 37 



Lou chabric 



Un cop, i'aviô un ouome que si coufessavo d^averre vougut 
raubà un chabric : 

a — Coussi avet fach acouô, moun efon ? 

» — Moun paire, anave à i'estapie decound èrolou chabric, 
me troubère la pouorto barrado ; iou chabric fasiô pinchoù 
per la petilièiro, mais quond ièu alounjave la mo per iou 
prène, el si retiravo. 

» — Ere gaire bel ? 

» — Ero pas mau. 

» — Quont poudiô vagué ? 

» — Quarante s6u3 Tauriôu bien pagà. 

» — Aviat bien Fintenciéu de lou prène ? 

» — 0, moun paire. 

» — Acouo's coumo se Taviat prés, vous chia baila lous 
quarante sous. » 

L'ouome souor la pèsso e la bailo al curât per lous traus de 
la grilho e, coumo lou curât Tanavo prène, el retiravo la mô. 

a — De que faset, moun efon ? 



Le chevreau 

Une fois il y avait un homme qui se confessait d*avoir voulu voler 
un chevreau : 

« — Comment avez-vous fait cela, mon enfant ? 

» — Mon père, j'allais à Pétable où était le chevreau, je trouvai 
la porte fermée ; le chevreau guettait par la chatière, mais quand 
j'allongeais la main pour le prendre, il se retirait. 

» — Etait-il assez gros ? 

» — Il n'était pas mal . 

» — Combien pouvait-il valoir ? 

» — Quarante sous l'auraient bien payé. 

» — Aviez-vous bien l'intention de le prendre. 

» — Oui, mon père. 

» — C'est comme si vous Taviez pris, il vous faut donner les qua- 
rante sous. » 

L'homme sort la pièce et la donne au curé par les trous de la 
grille, et, comme le curé Fallait prendre, il retira la main. 

« — Que faites -vous, mon enfant ? 

79 



438 CONTES POPULAIRES 

» — Lou chabric mi fasiô coumo acouo à-z-iéu. Quon lou 
vouliô attrapa, s'en anavo. Avet bé l*intenciéa de prène la 
pèsso de qu'ranto sôas ? 

» — O. 

» — Ë bé, acouo*s coumo se l'aviat. » 

E Touome la saco tourna dins sa {iouocho. 

Lozère, Saint-Frézal-d'Albuges. 



La chabro, loa loup e lou renard 

N'i 'viô un viage un home que Viô treis chabras qu'où las 
fasiô garda per soun drôle. Quante Teran aribadas ààus 
champs, ou disio ad uno : 

<( ^ Ses tu sadouloy Blanchoto ? 

» — Deu marco lou boun Deu la votre. 

» — E tu, Negrolo ? 

» — Deu marce lou boun Deu la votre. 

» — E tu, Griboulo ? 



n — Le chevreau me faisait comme cela à moi, quand je voulais 
» rattraper. Vous avez bien l'intention de prendre la pièce de qua- 
» rante sous ? 

» — Oui. 

» — Eh bien, c'est comme si vous l'aviez. 

Et rhomme la mit de nouveau dans sa poche. 



La chèvre, le loap et le renard 

Il y avait une fois un homme qui avait trois chèvres, qu'il faisait 
garder par son petit garçon. Quand elles étaient revenues des champs, 
il disait à Tune : 

(( — Es-tu rassasiée, 61 anche tte ? 

» — Oui, grâce au bon Dieu et à vous. 

» — Et toi, Noiraude? 

» — Oui, grâce au bon Dieu et à vous. 

» — Et toi, Grisette ? 



DE LANGUEDOC 439 

« Ne sai sadoalo ni afamado, 

» Qui qui qae m'an gardado 
» M'an tout ei mati batounado. » 

Quant ou veguet coqui, ou batè soun drôle tant que la peu 
poudé 11 'n sabà e ou las faguet garda à sa fenno. 

L'endemo mati, quaate las fuguèren aribadas dôus champs, 
ou disset ad uno : 

« — Ses tu sadoulo, Blanchoto ? 

» — Deu marce lou boun Deu la votro. 

» — E tu, Negrolo ? 

» — Deu marce lou boun Deu la votro. 

» — E tu, Griboulo? 

« Ne sai sadoulo ni afamado, 
» Qui qui que m*an gardado 
>> M*an tout ei mati batounado. » 

Ga fai qu'où batet sa fenno tan qu*à boun counte, e Ten- 
demo mati, ou las menet ôus champs se mémo. 

Quante las fuguèren aribadas dôus champs, an disset ad 
uno : 



(( Je ne suis ni rassassiée ni affamée, 

» Ceux qui m'ont gardée 
» M'ont, tout ce matin, bâtonnée. » 
Quand il vit cela, il battit son petit garçon tant, que la peau pou- 
vait se détacher, et il les fit garder à sa femme. 

Le lendemain matin, quand elles furent arrivées des champs, il dit 
à Pune : 
« — Es-tu rassasiée, Blanchette ? 
» — Oui, grâce au bon Dieu et à vous. 
» — Et toi. Noiraude ? 
» — Oui, grâce au bon Dieu et à vous. 
)> — Et toi, Grisette ? 

« Je ne suis ni rassasiée ni affamée, 

» Ceux qui m'ont gardée 
» M'ont, tout ce matin, bâtonnée. » 

Cela fait qu'il battit sa femme tant qu'il put, et le lendemain matin 
il les mena aux champs lui-même. Quand elles furent revenues des 
champs, il dit à Tune : 



440 CONTES POPULAIRES 

« — Ses tu sadoulo, Blanchoto ? 

» — Deu marce lou boun Deu la votro. 

» — E tu, Negrolo ? 

» — Deu marce lou boun Deu la votro. 

» — E tu Griboulo ? 

« Ne sai sadoulo ni afamado 
» Qui qui que m*an gardado 

» M*an tout ei mati batounado. » 

Quant ou veguet co qui, ou li casset *no jambe e ou se tuet. 

Ca fai que Griboulo s'enanet din lou bouei e la faguet uno 
meijoù de branchilhous e doun la faguet sous pitis dedins. 

Uno journado, la disset à sous pitis chabreus : « vautrei 
n'ubrirei à degù, perso que lou renard entroriô e ou vous 
minjoriô; quante î vendrai, î vous dirai: 

Cambiihou 
Cambilhounaire ! 
Que ve de Sent Caire 
De fa bilhà soun cambiihou. 
Cambilhounaire ! 
Ubres mous pitis, ubres à votro maire. 



« — Es-tu rassasiée, Blanchette ? 

)) — Gai, grâce au bon Dieu et à vous. 

» — Et toi, Noiraude ? 

» — Oui, grâce au bon Dieu et à vous. 

» — Et toi, Grisette ? 

« Je ne suis ni rassasiée ni affamée, 

« Ceux qui m^ont gardée 
« M'ont, tout ce matin, bâtonnée. > 

Quand il vit cela, il lui cassa une jambe et se tua. 
Cela fait que Grisette s'en alla dans le bois, elle y fit une maison 
avec des petites branches et elle fit ses petits dedans. 

Un jour, elle dit à ses petits chevreaux : « Vous n'ouvrirez à per- 
sonne, parce que le renard entrerait et il vous mangerait ; quand je 
viendrai, je vous dirai : 

Petite jambe 
Cambilhounaire ! 
Qui vient de Saint-Caire 
Pour faire panser sa petite jambe 

Cam bilhounaire ! 
Ouvrez, mes petits, ouvrez à votre mère . 



DE LANGUEDOC 441 

Liou renard eicoutavo, quante la chabro disiè coqui à 
sous pitis chabreus ; quante la chabro fuguet partido, 6 i anet 
dire : 

Cambilhou 
Cambilbounaire ! 
Que ve de Sent Caire 
De fabilhà soun cambilhou. 
Cambilbounaire I 
Ubres, mous pitis, ubres à votre maire. 

Lous pitis chabreus disseren : « Ca n'ei pas notro mai 
coqui, ca parlo trop clhar. » E î ne vouguèren pas li dubri. 
Dint un autre moument ou i tournât e ou disset: 

Cambilhou 

Cambilbounaire ! 

Que ve de Sent Caire 

De fa bilhà soun cambilhou. 

Cambilbounaire ! 

Ubres, mous pitis, ubres à votre maire. 

« — Ah ! sisserent-ti, qu'ei notro maire quête viage, fau 11 
« dubri. » 



Le renard écoutait, quand la chèvre disait cela à ses petits che- 
vreaux ; lorsque la chèvre fut partie, il y alla dire : 

Petite jambe, 

Cambilhounaire ! 

Qui vient de Saint- Caire 
Pour faire panser sa petite jambe 

Cambilhounaire I 
Ouvrez, mes petits, ouvrez à votre mère. 

Les petits chevreaux dirent : « Ce n'est pas notre mère cela, ça 
parle trop clair. » Et ils ne voulurent pas ouvrir. 
A un autre moment, il y retourna et dit : 

Petite jambe, 

Cambilhounaire l * 

Qui vient de Saint- Caire 
Pour faire panser sa petite jambe 

Cambilhounaire I 
Ouvrez, mes petits, ouvrez à votre mère. 

« — Ah ! dirent-ils, c'est notre mère cette fois, il faut lui ouvrir. » 



44 2 CONTES POPULAIRES 

I li dabriren ; ou se fouret vite din la ma, ou prengnet sa 
pleno gorjo de froumageis e Joua empourtet ; ou mountet sur 
un chaine lous minjà. 

*" Lou loup se trobo à passa, ca fai qu'où minjavo lous pitis 
mijous que toumbavan dessous : 

« — Que minjas-tu sus?... qu'ei bei bien boun ; tire m'en » , 
sisset eu. 

Lou renard 'vie un gros calbau, ou li âchet din la gorjo, 
ou li casset toutas las dens : 

« — Ah ! — sisset-eu, — quéu qui ei bien dur. 

» — Si tu n'en voueis de melhour, tu n'as que la peno de 
nà sus aquelo pito meijoù de branchilhous e tu te fouraras 
din la ma, n'en minjaras tout toun aise. Te vau dire, ce dit, 
coumo fau dire, tu diras : 

Cambilhou 
Cambilhounaire ! 
Que ve de Sent Caire 
De fa bilhà soun cambilhou. 
Cambilhounaire I 
Ubres, mous pitis, ubres à votro maire. » 



Ils lui ouvrirent, il se fourra dans la maie, prit sa pleine 
gueule de fromages et les emporta ; il monta sur un chêne pour les 
manger. 

Le loup vint à passer, ce qui fait qu'il mangeait les petits morceaux 
qui tombaient dessous: u Que manges-tu là haut? C*est bien bon: 
donne-m'en » lui dit-il. 

Le renard avait un gros caillou, il le lui jeta dans la gueule et lui 
cassa toutes les dents : « Ahl — dit-il — celui-ci est bien dur. » 

« — Si tu en veux de meilleur, tu n*as qu'à prendre la peine d aller 
vers cette petite maison de branchettes et tu te fourreras dans la 
maie, tu en mangeras tout à ton aise. Je vais tè dire, dit-il, com- 
ment il faut dire, tu diras : 

Petite jambe 

Cambilhounaire ! 

Qui vient de Saint- Caire 

Pour faire panser sa petite jambe 

Cambilhounaire ! 

Ouvrez mes petits, ouvrez à votre mère. » 



DE LANGUEDOC 4 43 

Ca fui qu*6a i anet e diguet : 

Cambilhou 

Gambilhounaire !. 

Que ve de Sent Caire 

De fa bilhà soun cambilhou. 

Gambilhounaire 1 

Ubres, mous pitis, ubres à votro maire. 

Li ubriren e ou se fouret din la ma. I crubiren vite la ma e 
boutèren cauquoré dessus par qu'où ne pougues pas surti. 
I metèren 'no pléno marmito d'aigo ou fiô per la faire bull e lou 
faire brulà. 

Quante la mai fuguet vengudo, la varseren dessus se e lou 
faguèren brulà ; après î li eitachèren un gran counouei de 
charbo ou bout de la couô e peis ou s'enanet. 

ce — Ah ! de ses-tu brave ! » se disset lou renard. 

n — Couqui ! tu m'as fait brulà. » 

» — Dijo, dis, voueistu quenous fasan'nobouno chauso?» 

» — Qu'èi acè? » se disset lou loup, qu'èro, bouno gent, tout 
pela. 



Cela fait que le loup y alla et dit : 

Petite jambe 

Gambilhounaire I 

Qui vient de Saint- Caire 

Pour faire panser sa petite jambe 

Cambilhounaire ! 

Ouvrez mes petits, ouvrez à votre mère. 

Us lui ouvrirent et il se fourra dans la maie. Ils couvrirent vite la 
maie et mirent quelque chose dessus, pour qu'il ne pût pas sortir. Ils 
mirent une pleine marmite d'eau au feu pour la faire bouillir et le 
faire brûler. 

Quand la mère fut revenue, ils la versèrent sur lui et le firent 
brûler, ensuite ils lui attachèrent une grande quenouillée de chanvre 
au bout de la queue, et puis il s'en alla. 

ce — Ah ! que tu es beau I lui dit le renard. 

» — Coquin, tu m'as fait brûler. 

» — Dis-moi, veux-tu que nous fassions une bonne affaire ? 

» — Qu'est cela?» — dit le loup qui était, bonnes gens ! * tout pelé. 

* Exclamation équivalente au pecaire méridional. 



4 44 CONTES POPULAIRES 

« » Ga n'i o lai de las bargieiras que soan en trende 
deijunà ; voueîs-tu que nous n'anan lour fa p6u? Las leissa- 
ran lour deijunà e nous lou minjaram. 

» — Ou vole bien. » 

Quanti fuguéren,las bargieras Vian un gros roudau de fiô; 
sisset lou renard : 

« — Dijo, dis, voueis-tu que nousfasan lou quau que sau- 
tarô miei quéu fiô? 

c( — I ou vole bien », se disset lou loup. 

a — E bé, sauto lou prumier. » 

Lou paubre loup se boutet à sôuta, lou ûà se lumet à sa 
cou6, e tan mai on fugiô, tan mai ca flambavo. E las barg^ieiras 
disian : 

« — Nous soun perdudos I regardas co que nous galopo. » 

Lou renard disiô : 

Bargieras de la valado. 
Frênes gardo à la bètio pelado. 

E lou paubre loup crebet, ca li chabet de vei la vito. 

Finis, finis. 

Ce conte a été écrit par M. Chabaneau sous la dictée de Marie Verneuil, 
des eiiTirons de Ribérac. 



» Il y a là bas des bergères qui sont en train de déjeuner, veux-tu 
que nous allions leur faire peur ? Elles laisseront leur déjeuner et 
nous le mangerons. 

» — Je le veux bien. » 

Quand ils y furent, les bergères avaient fait un grand feu, le renard 
dit : « Dis donc, veux-tu que nous jouions à celui qui sautera le 
mieux ce feu ? 

,) — Je le veux bien », répondit le loup. 

« — Eh bien, saute le premier. » 

Le pauvre loup se mit à sauter, le feu s*alluma à sa queue et plus 
il fuyait, plus cela flambait. Et les bergères disaient : « Nous som- 
» mes perdues ! Regardez ce qui nous poursuit? » 

Le renard disait : 

Bergères de la vallée, 
Prenez garde à la béte pelée. 

Et le pauvre loup creva. Cela finit de lui avoir la vie. 



DE LANGUEDOC 4 45 

La doumaisèla 

l'avié una doumaisèla qu^aviè una rauba en tèla d'esteriga- 
gna, un capel de sucre e de souliès de vèire. 

La rauba restet emb'una rounza, lou capel se foundet au 
sourel, lous souliès se coupèroun en glissen sus la jalada e 
faguèroun : 

Clic ! clac I 
Moun conte es acavat. 

Goinmunication de M. le D' Espagne, à Montpellier. 



Lou reinard, lou loup e lou pot de mea 

Ud viage, un reinar e un loup vivian de coumpagno. En 
trefouran din lous boucs, troubèroun un pot do mea ; lou bou- 
tèroun din lou jardi, per lou mijas lou lendeman. 

Quan lou vèpre feset vengù, lou reinar disset ou loup : 

« — As pas entendu qu'an tabasà à la pouorto ? 

» — Nou, mais vai vèire qui ei. » 

Lou reinar lei anet; pei criet au loup : 



La demoiselle 

II y avait une demoiselle qui avait une robe en toile d'araignée, un 
chapeau de sucre et des souliers de verre. 

La robe resta [accrochée] à une ronce, le chapeau se fondit au 
soleil, les souliers se cassèrent en glissant sur la glace et firent : 

Clic! Clac! 
Mon conte est achevé. 



Le renard, le loup et le pot de miel 

Une fois, un renard et un loup vivaient de compagnie. En errant 
dans les bois, ils trouvèrent un pot de miel ; ils le mirent dans le 
jardin, pour le manger le lendemain. 

Quand le soir fut venu, le renard dit au loup : 

« — ' N'as-tu pas entendu qu'on a frappé à la porte ? 

» — Non, mais va voir qui c'est. » 

Le renard y alla, puis dit au loup : 



44 6 CONTES POPULAIRES 

« — Me venoua sounas per anas batisas. 

» — E ben, vai-lei. » 

Loa reinar sartet e mijet un pau dôu mea. 

Quan toarnet, lou loup li demandet : 

(( — Coumo Tan apelà ? 

» — Un quarteirou. » 

Quan lou loup feset endurmi, lou reioar criét : 

(( — Ënten ! me venoun sounas per anas batisas ! 

» — Vai-lei », disset lou loup tout durmilhous. 

Ë lou reinar mijet un autre pau dou mea. 

« — Coumo Tan apelà ? » demandet lou loup, quan lou 
reinar revenguet. 

« — A meità. » 

Sus acô, lou loup se tournet endurmis. 

Lou reinar se boutet mai à crias : 

(( — Me venoun sounas per anas batisas ! Qu'ac6u mounde 
soun ahissables ! 

» — Moun Dieu ! — feset lou loup, — ti sias bien urous, 
toujour mije de bouon mourcéaus, e iou crebou de fam. 



« — On vient m'appeler pour aller baptiser. 

» -^ Eh bien, vas-y. » 

Le renard sortit et mangea un peu de miel. 

Quand il revint, le loup lui demanda : 

« — Comment l'a-t-on appelé ? 

» — Un quart. » 

Quand le loup fut endormi, le renard cria : 

« — Entends I On vient m' appeler pour aller baptiser. 

» — Vas-y », dit le loup tout endormi. 

Et le renard mangea encore un peu de miel. 

« — Comment Ta-t-on appelé ? « demanda le loup, quand le re- 
nard revint. 

« — A moitié. » 

Sur cela le loup s'endormit de nouveau. 

Le renard se mit encore à crier : 

« — On vient m'appeler pour aller baptiser ! Que ces gens sont 
haïssables ! 

» — Mon Dieu ! — dit le loup, — tu es bien heureux, tu manges 
toujours de bons morceaux, et moi je crève de faim. 



DE LANGUEDOC 4 47 

ce — Sièse tranquile, si traino quouque ou, te Tadurei. » 

Liou loup se viret d'eilai en se lichant, e lou reinar anet 
fenis lou pot de mea. 

Quan lou loup Touvet venis, li criet : 

« — E ben ! aquelous ôus ?. . . 

w — N'ai ren trouva per t'adurre : tout sa que li aviô ou 
batème s'ei mijà. 

» — Ei uroù que lou jous arrive, siôu abramina de fam. 
Que co de dent vau beilas ou mea ! . . . E coumo an apelà 
aquel efan ? 

» Vouide. » 

Lou jous venguet, lou loup couret din lou jardi e drubet 
lou pot. Quan lou veguet vouide, crièt ou reinar : 

(( Ei ti qu'as mijà lou mea ? Mais val foudret ben que m^ou 
pae. Ai fam, ai fam I Si me bailes ren, te mijou ! 

»> — Que me dises aqui ? ei ben plutuô ti quô Tas mijà 
quan batisavou. Vai, si èrou plus fouort, te fariôu véire 
coumo m'apèlou, mais quan Ton ei pechit, fôu se quesà. » 



» — Sois tranquille, s'il traîne quelques œufs, je te les appor- 
terai. » 

Le loup se tourna de l'autre côté en se léchant d'avance et le re- 
nard alla finir le pot de miel. 

Quand le loup l'entendit venir, il lui dit : 

« — Eh bien! ces œufs?... 

» — Je n'ai rien trouvé pour t'apporter ; tout ce qu'il y avait au 
baptême s'est naangé. 

« — 11 est heureux que le jour arrive, je suis mort de faim. Quel 
bon coup de dent je vais donner au miel ! Et comment a-t-on appelé 
cet enfant? 

» — Vide. » 

Le jour vint, le loup courut dans le jardin et ouvrit le pot. Quand 
il le trouva vide, il cria au renard : 

« — C'est toi qui as mangé le miel ! Mais va, il faudra bien que 
tu me le paies. J'ai faim ! J'ai faim ! Si tu ne me donne rien, je te 
mange. 

» — Que me dis-tu là? C'est bien plutôt toi qui l'as mangé pendant 
qu'on baptisait. Va, si j'étais le plus fort, je te ferais voir comment 
je m'appelle, mais quand on est petit, il faut se taire. ï 



I 



448 CONTES POPULAIRES 

Coumo pouvian pas cheire d'acouordi, lou reinard disset : 

« Anen-nous-en durmis e aquôu qu*6ura de mea à las ba- 
billas saret lou mijaire. 

» — Varôo bien, li reipoundet lou loup. » 

E coumo èro pas malin, se boutet dou co à rounflas. 

Lou reinar se levet doussamen, lichet bien lou pot, pèî ven- 
guet passa sa lingo sus las lauras dau loup. 

Quand aquôu d'eici s'éivelhet, courret vèire las babinas 
dou reinar que fasiô avis de durmis ; bouliguet un pau, renet, 
rouncelet, ranqueiset *, drubet lous eis, pei, couma qaauqù 
que se souvento : 

(c — Vé ! qu'ei ti qu'as mijà lou mea, tas lauras n'en soun 
plenas ! » 

Lou loup se passet la lingo sus las babinas; en sentan 
qu'èro dous feset bien atrapà e n'ôuset plus ren dire. 

E mi m'en ven guei 

Embe mas sabatas ôus deis 

Ë t*adassei un moarcel de grichoii '• 

Ce conte a été recueilli, ainsi que le suivant, à Mens (Isère), 
par M. Guichard. 



Comme ils ne pouvaient pas tomber d*accord, le renard dit: 

« Allons-nous-en dormir et celui qui aura du miel aux babines sera 
le mangeur. 

» — Je veux bien », lui répondit le loup . 

Et, comme il n'était pas malin, il se mit tout de suite à ronfler. 

Le renard se leva doucement, il lécha bien le pot, et pais vint 
passer sa langue sur les lèvres du loup. 

Quand celui-ci s'éveilla, il courut voir les babines du renard qui 
faisait semblant de dormir ; il remua un peu, s'étira les membres, 
bâilla, ouvrit les yeux, puis, comme quelqu'un qui se souvient : 

« — Vois ! C'est toi qui as mangé le miel, tes lèvres en sont plei- 
nes ! » 

Le loup se passa la langue sur les babines : en sentant la douceur 
du miel, il fut bien attrapé et n'osa plus rien dire. 
Et moi, je m'en revins 
Avec mes savates aux doigts 
Et je t'apporte un morceau de gâteau. 

* Gris inarticulés que Ton pousse en s'éveillant. 

* Griçhou, très petit pain pétri avec des œufs ou du beurre. 



DE LANGUEDOC 449 



La Meita-voarallio ^ 



Un viaje, la Meita-vouralho se boutet en chami per anas 
ves lou Pechit-rey que li duviô de sôus. 

En soun chami fasan, trouvet lou loup que 11 disse! : 

« — Ounte vas, Meita-vouralho, ounte vas? 

» — Où vau ves lou Pechit-rey que cent eichis me dei. 

» — Meno-me niôube ti. 

» — Pouirias pas marchas. 

D — Marcharei mai que ti ! 

» — Eben veni. » 

Quand fesèroun un pau len, lou loup disset : 
a — Siou las ! 

» — Quet'aviôu dit, ganacho !.. Tè, fouarro-te dinsmoun 
tchiou, te pourtarei. » 

Quan aguet un pau marcha^ trouvet lou reinar, e ac6u li 
disset: 

u — Ounte vas, Meita-vouralho, ounte vas? 

» — Où vau ves lou Pechit-rey que cent eichis me dei. 

» — Meno-me niôube ti. 



Moitiô-de-coq 

Un jour, Moitié-de-coq se mit en chemin pour aller voir le Petit-roi 
qui loi devait de l'argent . 

Chemin faisant, il trouva le loup qui lui dit : 

« — Où vas-tu, Moitié-de-coq, où vas-tu? 

» — Je vais chez le Petit-roi qui me doit cent écus. 

» — Emmène-moi avec toi. 

» — Tu ne pourras pas marcher. 

» — Je marcherai mieux que toi 1 

,) — Eh bien, viens. » 

Quand ils furent un peu loin, le loup dit : 

« — Je suis las ! 

» — Que t'avais-je dit, maladroit, tiens, fourre-toi dans mon der- 
rière, je te porterai. » 

Quand il eut un peu marché, il trouva le renard et celui-ci lui dit : 

« — Où vas-tu, Moitié-de-coq, où vas-tu? 

), — Je vais chez le Petit-roi qui me doit cent écus. 

» — Emmène-moi avec toi. 

* Littéralement : Moitié volaille. 



4 50 CONTES POPULAIRES 

„ — Pouirias pas marchas. 

» — Marcharei mai que ti I 

» — E ben, veni. » 

Quan fesèroua un pau len, lou reinar disse! : 

« — Siou las ! 

» — Que t'aviôu di, ganacho !.. Tè, fouarre-te dins moan 
tchiou, te pourtarei. » 

Quan aguet encas un pau marcha, trouvât la Vanno. 

Aquèlo d^eici fasiô : Zoumm I Zoumm 1 Zoumm ! en courant 
sus las peiras, mais quand veguet la Meita-vouralho, s'arrestet 
e li criet : 

« — Ounte vas, Meita-vouralho, ounte vas? 

» — Où vau ves lou Pechit-rey que cent eichis me dei. 

» — Meno-me niôube ti ? 

» — Pouirias pas marchas. 

» — Marcharei mai que ti ! 

» — E ben, veni. » 

Quand aguèroun un pau marcha, la Vanno disset : 

« — Siou lasso. 



» — Tu ne pourras pas marcher. 

» — Je marcherai mieux que toi. 

» — Eh bien, viens. » 

Quand ils furent un peu plus loin, le renard lui dit : 

« — Je suis las ! 

» — Que t'avais-je dit, maladroit, tiens, fourre-toi dans mon der- 
rière, je te porterai. » 

Quand il eut encore un peu marché, il trouva la Vanne*. Celle-ci 
faisait : Zoum ! Zoum ! Zoum ! en courant sur les pierres, mais quand 
elle vit Moitié-de-coq elle s'arrêta et lui cria : 

« — Où vas-tu. Moitié-de-coq, où vas-tu ? 

» — Je vais chez le Petit-roi qui me doit cent écus. 

» — Emmène-moi avec toi. 

» — Tu ne pourras pas marcher. 

» — Je marcherai mieux que toi. 

» ^ Eh bien, viens. » 

Quand ils eurent un peu marché, la Vanne dit : 

« — Je suis 



« La Vanne est un cours d'eau qui passe à Mens (Isère). 



DE LANGUEDOC 451 

« — Que t'aviôu di, ganacho! Tè, fouarro-te dins mon 
tchiou, te pourtarei. 

En arribant ves lou Pechit-rej, acôu d'eici ressaupet la 
Meita-vouralho eoumo fôu :li beilet à mijas tant que vouguet 
mais lî parlet pas de sous s6us. 

Restèroun ensi plusieurs jours, e toutas las feis que la 
Meita-vouralho parlavo de sa que li èro duoupù, lou Pechit- 
rey li reipoundiô : 

« — Mijo e buou, yèiren acô plus tard. » 

Et, en attendant, coumploutavo embe sa feno per tuas la 
paura Meita-vouralho. 

Un vèpre, la fesèroun coujas à Teitable ; mais lous moutons 
Taribavoun, e, coumo èro deija bien en coulèro de sa que la 
vourian pas pacas, disset ou loup : 

« — Loup ! suer de moun tchiou e tuo-me tout aquel 
avés! x> 

Lou loup surtet e sanet tout, arets, féas, agnèus. 

Quan lou Pechit-rey veguet, lou lendeman, soun troupel 
tout eilandà, penset cheire à la renverse. Ma ni men n'ouset 



» — Que t'avais-je dit, maladroite ? Tiens, fourre-toi dans mon 
derrière, je te porterai. » 

En arrivant chez le Petit-roi, celui-ci reçut Moitié-de-coq comme 
il faut ; il lui donna à manger tant qu'il voulut, mais ne lui parla pas 
de son argent. 

Ils restèrent ainsi plusieurs jours, et, toutes les fois que Moitié-de- 
coq parlait de ce qui lui était (^û, le Petit-roi lui répondait : 

« — Mange et bois, nous verrons cela plus tard. » 

Et, en attendant, il complotait avec sa femme pour tuer le pauvre 
Moitié-de-coq. 

Un soir, ils le firent coucher à l'étable ; mais les moutons lui don- 
naient des coups de tête, et, comme il était déjà bien en colère de ce 
que Ton ne voulait pas le payer, il dit au loup : 

« — Loup ! sors de mon derrière et tue-moi tout ce troupeau ! » 

Le loup sortit et saigna tout, béliers, brebis, agneaux. 

Quand le Petit-roi vit, le lendemain, son troupeau tout détruit, il 
pensa tomber à la renverse. Cependant, il n'osa rien dire, parce qu'il 
ne savait pas comment cela s'était fait ; mais il pensa bien que Moitié- 
de-coq en était la cause. 



452 CONTES POPULAIRES 

ren dire, persa que saviè pas ooum*ac6 s'èro fa; mais se pen- 
set ben que la Meita-vouralho D*èro la causo. 

Quan venguet mai loa vèpre, la boutet conjas embé las pou' 
las. Mais aquelos d'eici la leissèroun pas tranquilo, Tembes- 
tièroun tant, que disset ou reinar : 

(( — Reinar ! suer de moun tchiou e tuo-me toutas aque- 
las poulas ! » 

Lou reinar surtet e sanet tout. 

Lou lendeman, de bouon mati, la feno dou Pechi-rej anet . 
au jarinier per querre d^uôus, mais quan veguet toutas sas 
poulas mouortas, li mountet uno coulèro, que si aviô ôusa, 
ouriô eitranlià la Meita-vouralho. 

Ànet trouvas soun ome e li disset : u Yéi, si te deibarasses 
pas d'aquelo bétio, te restaret bientuô plus ren. 

» — Sièse tranquilo, feset ac6u d'eici : aquei vèpre la bou- 
taren coujas din lou gran peirôu e la faren couire. » 

Fesèroun couma avian dit. 

Mais quand la Meita-vouralho sentet lou chau, disset à la 
Vanno : 

« —Vanno 1 suer de moun tchiou, e tuo-me tout acèufaôl » 



Lorsqu'arrira encore le soir, il le fit coucher avec les poules. Mais 
celles-ci ne le laissèrent pas tranquille, elles Tennuyèrent tant, qu'il 
dit au renard : 

« — Renard I sors de mon derrière et tue-moi toutes ces poules I » 

Le renard sortit et saigna tout. 

Le lendemain, de bon matin, la femme du Petit-roi alla au pou- 
lailler pour chercher des œufs, mais quand elle vit toutes ses poules 
mortes, elle eut une telle colère que, si elle avait osé, elle aurait 
étranglé Moitié- de-coq. 

Elle alla trouver son mari et lui dit : 

(( — Vois, si tu ne te débarrasses pas de cette bête, il ne te res- 
tera bientôt plus rien. 

» — Sois tranquille, — lui dit celui-ci, — ce soir nous le ferons 
coucher dans le grand chaudron et nous le ferons cuire. 

Us firent comme ils avaient dit. 

Mais quand Moitié-de-coq sentit la chaleur, il dit à la Vanne : 

« — Vanne ! Sors de mon derrière et tue -moi tout ce feu ! » 



DE LANGUEDOC 453 

BxaVaQQO, que s'einoueavo doupei lou tems que couriô pas, 
surtet vite en fasant : Zoumm ! Zoumm ! Zoumm ! tuet lou fu6 
e néet lou Pechit-rey e sa feno. 

Pei la Meita-vouralho, lou loup, lou reinar e la Vanno se 
re^alèroun de sa que li aviô dins la mèizou, e mi que passa- 
vou, n'en tatei un pau. 

Pei m^envenguèi embe mas sabatas 6us déls 
E t'adussei un mourçel de grichou. 

Recueilli à Mens (Isère) par M. Guichard. 



Loa cantounié 

Un cantounié travalhavo sus la routo à roumpre de pèlro, 
quan un vouiajour li adreissè la paraulo d'aquelo manière : 

» — Fas aqui un mestiè ben pénible e ben pau rétribua? 

« — Verai, Moussu, — reipoundè lou cantounié, — gagne 
que trente souper jour, mai per acô me nourrissi emé ma 
fremo, pague mi déute e placi d'argent à gros interest. » 



Et la Vanne, qui s' ennuyait depuis le temps qu'elle ne courait plus, 
sortit vite en faisant : Zouml Zoum! Zoum! Elle tua le feu et noya 
le Petit-roi avec sa femme. 

Puis, Moitié-de-coq, le loup, le renard et la Vanne se régalèrent 
de tout ce qu'il y avait dans la maison, et moi qui passais, j'en tâtai 
uu peu. 

Puis, je m'en revins avec mes chaussures aux doigts 
Et je t'apporte un morceau de grichou. 



Le cantonnier 

Un cantonnier travaillait sur la route à casser des pierres, quand 
un voyageur lui adressa la parole en ces termes : 

« — Tu fais là un métier bien pénible et bien peu rétribué ? 

» — Il est vrai, Monsieur, — répondit le cantonnier, — je ne 
gagne que trente sous par jour, et cependant je me nourris avec 
ma femme, je paie mes dettes et je place de Targent à gros 
intérêt. 



454 CONTES POPULAIRES 

« — Couroo I — li digue lou vouiajour — emé tan pau 
d'argent fas tout ac6 ? £s pas poussible ! 

)) — Vous ai di que me nourrissiéu emé ma fremo, pagae 
mi déute en donnant à mi paren toutei lei souen qu'ameri- 
toun, en faguen ansin, 11 rende se que m' an fa à iéu quant 
èri jouine^ e placi d'argent à gros interest en nourrissent 
mis enfan e en li fasen donna uno bono educacien. )> 

Lou vouiajour, encantà, li faguet coumpliment e, per Ion 
recoumpensà, li dounet sa bourso plèno d'or. 

Recueilli à Saint- Cannât, arrondissement d'Aix (Bouches-du- Rhône). 



Las sourcièiras 

Un cop, i'aviè un pescaire que biscava de vèire que chaca 
mati, sa barca èra bagnada. 

Vouguet saupre de qu'acô voulhé dire e, un souèr, s'anet 
rescondre procha de sa barca. 

Sus la pouncha de miècha-nioch, veget veni de lion una 
cola de femnas, chacuna amé soun lum ; intrèrou din soun 



» — Comment ! — lui dit le voyageur, — avec si peu d'argent 
tu fais tout cela ? Ce n'est pas possible 1 » 

» — Je vous ai dit que je me nourrissais avec ma femme; j'ac- 
quitte mes dettes en donnant à mes parents tous les soins qu'ils 
méritent, en agissant ainsi je leur rends ce qu'ils ont fait pour 
moi quand j'étais jeune, et je place de l'argent à gros intérêt en 
nourrissant mes enfants et en leur faisant donner une bonne édu- 
cation. » 

Le voyageur, enchanté, le complimenta, et, pour le récompenser, 
lui donna sa bourse pleine d'or. 



Les sorciôres 

Une fois, il y avait un pêcheur qui s'irritait de voir que, chaque 
matin, sa barque était mouillée. 

Il voulut savoir ce que cela voulait dire et, un soir, il alla se ca- 
cher près de sa barque. 

Sur le coup de minuit, il vit venir de loin une bande de femmes, 
chacune avec une lumière ; elles entrèrent dans sa petite barque et il 



DE LANGUEDOC 4 55 

barcot e n'entendet una que disiè : <( Partis per ud, partis 
per dous, partis per très, partis per quatre, partis per cinq, 
partis per sieis, partis per sept. ^) 

Ë la barca partiguet couma un fum. 

Lou lendeman, troubet tourna sa barca bagnada, mais 
saviè à dequé s'en tène. 

Lbu souèr, à nioch toumbanta, s'anet cabi din lou fin-founs 
de la barca e esperet. 

Au picant de miècha-nioch» arribet las sept femnas que 
mouDtèrou din la barca. 

Quan toutas ié fuguèrou dintradas, la que menava la banda 
diguet : «Partis per un, partis per dous, partis per très, par- 
tis per quatre, partis per cinq, partis per sieis, partis per 
sept. . . . )> Mais la barca bouleguet pas. 

« — Filhas ! — • diguet,.— una de vautras es prensa?. . . » 

Toutas ié respoundeguèrou que nani. 

Tournamai diguet: « Partis per un, partis per dous, partis 
per très, partis par qu atre, partis per cinq, partis per sieis, 
partis per sept,. . . . partis per ioch I » 

Ë la barca partiguet couma un fum. 



en entendit une qui disait : « Pars pour un, pars pour deux, pars pour 
trois, pars pour quatre, pars pour cinq, pars pour six, pars pour sept.» 

Et la barque disparut comme une fumée. 

Le lendemain, il trouva encore sa barque mouillée, mais il savait à 
quoi s*en tenir. 

Le soir, à la nuit tombante, il alla se cacher dans le fond de la 
barque et attendit. 

Au coup de minuit, arrivèrent les sept femmes qui montèrent dans 
la barque. 

Lorsqu'elles y furent toutes entrées, celle qui conduisait la bande 
dit : « Pars pour un, pars pour deux, pars pour trois, pars pour qua 
tre, pars pour cinq, pars pour six, pars pour sept. . . » Mais la bar- 
que ne remua pas. 

a — Filles ! — dit-elle, — une de vous est enceinte?. . . » 

Toutes lui répondirent que non. 

De nouveau elle dit : « Pars pour un, pars pour deux, pars pour 
trois, pars pour quatre, pars pour cinq, pars pour six, pars pour 
sept, . . . pars pour huit ! » 

Et la barque disparut comme une fumée. 



456 CONTES POPULAIRES 

Dinc un vira d'iol traversèrou la mar. 

Quan las femnas sautèroa au sôu, lou pescaire las segui- 
guet : las veget intrà dins un oustau mau famat. 

Dins aquela escourrida, recounouguet qu'èra din la terra 
d'Egypte. 

Per poudre mantendre se qu'aviè vist, coupet una branca 
de palmier e s^encourriguet vite se rescondre din la barca. 

Davant la pouncha dau jour, las sept femnas revenguèrou, 
e tourna-mai la una diguet : a Partis per un, partis per àousy 
partis per très, partis per quatre, partis per cinq, partis 
per sieis, partis per sept, . - . . partis per ioch ! » 

Ë la barca partlguet couma un fum. 

Quan lou pescaire countet & sous vesis que, dins unanioeb, 
èra anat en Egypte e revengut, degus voulié pas lou creire, 
mais el ié moustret la branca de palmier qu'aviè emponrtât 
d'aquel païs. 

Lou curât dau vilage se planissié, au prone, que, quan lou 
clergue sounava la campaneta, à TelevaciouD, n'i aviè que 
baissavou pas la testa. 

Lou pescaire diguet au curât que, din lou païs, Tavié de 



Dans un clin d'œil ils traversèrent la mer. 

Quand les femmes sautèrent à terre, le pécheur les suivit : il les 
vit entrer dans une maison mal famée. 

Dans ce voyage, il vit qu'il était sur la terre d'Egypte. 

Pour pouvoir affirmer ce qu'il avait vu, il coupa une branche de 
palmier et courut vite se cacher dans la barque. 

Avant le lever du jour, les sept femmes revinrent, et, de nouveau 
une d'elles dit : « Pars pour un, pars pour deux, pars pour trois, pars 

pour quatre, pars pour cinq, pars pour six, pars pour sept, pars 

pour huit ! » 

Et la barque disparut comme une fumée. 

Lorsque le pécheur raconta à ses voisins que , dans une nuit, H 
était allé en Egypte et revenu, aucun ne voulait le croire, mais il leur 
montra la branche de palmier qu'il avait emportée de ce pays. 

Le curé du village se plaignait, au prône, que, lorsque le clerc 
sonnait la petite clochette pendant l'élévation, il y avait des fidèles 
qui ne baissaient pas la tête. 

Le pêcheur dit au curé que, dans le pays, il y avait des sorcières ; 



DE LANGUEDOC 457 

sourcièiras ; per, laiucounoaitre, Taviè qu'à semenà de sau 
datant la porta de la glèiza. 

Lou dimenche, lou curât se tenguet à la porta de la glèiza, 
e ié metet de sau trissa. 

A Tevangile, sept femnas arrivèrou, mais davant la porta, 
s'arrestèrou net. 

Lou curât ié digaet de dintrà ; pouguèrou pas, ansin se 
counouguet que Taviè sept sourcièiras din lou vilage. 

Lou gai cantet 
E la sourneta finiguet. 

Communication de M. Bouquet, de Montpellier. 



Ton! 

1. — Lou NEGOCI DE ToNI * 

Un cop, la maire de Toni ié diguet : 

<( — Toni, moun fil, sios prou bel, te eau fa quicom per 
gagna ta vida ; te eau faire de negoci : croumpà bon mercat, 
vendre caromen e mètre fossa argent de constat. » 



pour les connaître, il n'y avait qu'à semer du sel devant la porte de 
l'église . 

Le dimanche [suivant], le curé se tint à la porte de l'église et y mit 
du sel pilé. 

A l'évangile, sept femmes arrivèrent ; mais arrivées au seuil, elles 
s'arrêtèrent subitement. 

Le curé, leur dit d'entrer, elles ne purent pas, alors on connut les 
sept sorcières qu'il y avait dans le village. 

Le coq chanta 
Et la sornette finit là. 



Toni 2 

I. — Le commerce de Toni 

Un jour, la mère de Toni lui dit : 

« — Toni, mon fils, tu es assez grand, il te faut faire du com- 
merce : acheter bon marché, vendre cher et mettre beaucoup d'ar- 
gent de côté. » 

* Version de M»« Lafeuillade, du Pouget (Hérault). 
2 Toni est ici synonyme de nigaud, niais, sot, bête. 



458 CONTES POPULAIRES 

Toni diguet que se voulié faire mangounié. 

« — Tè ! per acoumensà, — ié diguet sa maire, — pren 
aquelas poumas e porta-las à la vila, que las vendras à bon 
compte. E, sustout, te laisses pas trufà. /> 

Toni pren la banastadade poumas, la met sus Tase e : ArnI 
Avril., . S*en anet à la vila. Aqui se metet à la plassa, sa 
banastada davant el. 

Las filhetas que passavou, e que lou counouissién, ié 
venien : 

« — Tè ! Toni qu'es revendèire. De que vend? de poumas? » 

Tout en diguen ac6, zac ! ne brafavou una. 

« — Quan ne vos, Toni ? 

» — Cinq sôus la liéura. 

» — Acô's trop. » 

E zou, en ié riguen au nas, s'encourrissien. La banastada 
ié passet. 

Bevenguet à soun oustau sens una pouma e sens un sôu. 

La maire ié diguet : 

« — Bestiassa, t'an trufat ; perqué escoutaves aquelas 
parlandièiras? T'an enclausit per sas parauletas. » 



Toni dit qu'il voulait se faire regrattier. 

« — Tiens î pour commencer, — lui dit sa mère, — prends ces 
pommes et porte-les à la ville, tu les vendras avec bénéfice. Mais 
surtout ne te laisse pas tromper. » 

Toni prend la corbeille de pommes, la met sur Tâne et : En avant! 
En avant ! 11 alla à la ville, s^installa sur la place, sa corbeille de- 
vant lui. 

Les jeunes filles qui passaient et qui le connaissaient lui disaient: 

« — Tiens ! Toni qui est regrattier. Que vend-il ? Des pommes? » 

Tout en disant cela, crac! elles en mangeaient une. 

(( — Combien les vends-tu ? 

» — Cinq sous la livre. 

)) ^ C'est trop [cher]. » 

Et en avant, en lui riant au nez, elles s'enfuyaient. Toute la cor- 
beille y passa. 

Il revint à sa maison sans une pomme et sans un sou. 

La mère lui dit : 

« - Grosse bête, on t'a trompé ; pourquoi écoutais-tu ces bavar- 
des ? Elles voulaient t'cnjoler par leurs belles paroles. » 



DE LANGUEDOC 459 

Lou lendeman ié metet sus Tase una cargade tèla de ginesta 
e ié diguet : 

« — Tè! pren aquela tèla e vai la vendre; e, sustout, 
meafisa-te de las femnas que parlou tant. » 

Ton! faguet courre soun ase davant el, e tournamai anet 
à la vila. Las femnas venguèrou à soun entour per vèire la 
tèla e la marcandejà. 

(c — Quan ne vos d'aquela tèla, Toni? 

» — Vous parlas trop ; aurés pas ma tèla. » 

Una autra ié venié : 

« — Es forta aquela tèla ? Sarà d'usage ? 

» — Vous parlas trop, aurés pas ma tèla. » 

A touta las que venien marcandejà, respoundié toujour la 
mèma causa ; troubava que parlavou trop, à que que ié 
diguèssou. 

S'en revenguet embé soun ase, sens avudre res vendut. 

Couma passava davant una vielha capèla, veget una estatua 
de santa, en boi, que lou vent ié fasié boulegà la testa. 

o — Aquela, de segù, vôu ma tèla, — se diguet Toni. — - 
Voulès ma tèla?... » 



Le lendemain, elle lui mit sur l'âne une pièce deioile de genêt et 
lui dit : 

« — Tiens! prends cette toile et va la vendre ; et, surtout, méfie- 
tôi des femmes qui parlent tant. » 

Toni fit courir son âne devant lui et, de nouveau, alla à la ville. 
Les femmes vinrent autour de lui pour voir la toile et la mar- 
chander. 

« — Combien veux-tu de cette toile, Toni ? 

» — Vous parlez trop ; vous n'aurez pas mqi toile. » 

TJne autre lui disait : 

« — Elle est forte cette toile? Fera-t-elle un bon usage? 

» — Vous parlez trop ; vous n'aurez pas ma toile. » 

A toutes celles qui venaient marchander [la toile], il répondait tou- 
jours la même chose ; il trouvait qu'elles parlaient trop, quoi qu'elles 
pussent lui dire. 

11 s'en revint avec son âne, sans avoir rien vendu. 

En passant devant une vieille chapelle, il vit une statue de sainte, 
en bois, à qui le vent faisait remuer la tête. 

« — Celle-ci, bien sûr, veut ma toile, — se dit Toni: — vous voulez 
ma toile? » 



460 CONTES POPULAIRES 

Uestatua bouleguet la testa per dire ou 

« — Vous la bailarai à bon pris. » 

L'estatua diguet oi la mèma causa. 

« — Parlas pas trop, vous ; aures ma téla. » 

Descarguet Tase, metet la tèla de ginesta as pèses de l'es- 
tatua e ié diguet : 

« — Ara, paga-mé ? 

Dins aquel tems, lou vent avié virât : Testatua bouleguet 
la testa en sen countrari, per dire no. 

« — Que dises aqui, bona dama ? Que voulés pas me 
pagà?... » 

L*estatua diguet mai no. 

« — Voulés paspagàl... » 

Prenguet un bastou, e flin, flan, sus Testatua. En unmou- 
men, Taget brigoulada. 

Tavié un trounc àsous pèses, se coupet, e Targent quei'èra 
dedins, roudelet per lou s6u. 

Prenguet Tar gent en pagamen, laisset sa tèla e revenguet 
à soun oustau. 



La statue remua la tête pour dire oui, 

f< — Je vous la donnerai à bon marché. » 

La statue dit oui de la même façon. 

« — Vous ne parlez pas trop, vous ; vous aurez ma toile. » 

11 déchargea Tâne, mit la toile de genêt aux pieds de la statue et 
lui dit: 

« — Maintenant, payez-moi. » 

Pendant ce temps, le vent avait tourné : la statue remua la tête 
en sens contraire, pour dire non, 

« — Que dites-vous là, bonne dame? [Vous dites] que vous ne 
voulez pas me payer ?.. » 

La statue dit encore non. 

— Vous ne voulez pas me payer I ... » 

11 prit un bâton, et flic, flac, sur la statue. En un moment, il l'eut 
brisée en morceaux. 

11 y avait un tronc à ses pieds, il se brisa et l'argent qu*il contenait 
roula par terre. 

Il prit l'argent en paiement, laissa sa toile et revint à sa maison. 

Quelques jours après, sa mère lui dit : 



DE LANGUEDOC 4 6 1 

Quauques jours après, sa maire ié diguet : 

« — Toni, moun fil, ara qu'as d'argent, d.éuriès lou faire 
travalhà. On s'atroba un coumpagnou qu'âge d'estec e de 
g^aubi, e on especula ensemble. » 

Toni se cerquet un coumpagnou per faire de negoci, 
n'atroubet un qu'èra un couqui. 

Aqueste diguet à Toni : 

« — Cau prene un camp en renda, ié faren veni quicom, 
pioi partajaren la récolta. Que vos ? Se que i'aurà des- 
sus la terra, ou dejoust? 

» — Quanta bona trufarié ; vole se que i'aurà dessus. » 

Li'ome semenet de poumas de terra. Quan seguèrou vengu- 
das, partajet la récolta; prenguet las poumas de terra elaisset 
las fiolhas à Toni. 

Quan venguet à soun oustal, sa maire ié cridet : 

« — Bestiassa ! t'a trufat, te caliô causi se que i'avié joust 
terra. » 

L'ome diguet tournamai à Toni : 

a — Nous cau tourna arendà lou camp. Partajaren la re- 



(( .. Toni, mon fils, maintenant que tu as de l'argent, tu devrais le 
faire valoir. On trouve un associé qui ait de l'adresse et du savoir et 
Ton fait des affaires ensemble. » 

Toni chercha un associé pour faire du commerce, il en trouva un 
qui était un coquin. 

Celui-ci dit à Toni : 

« — Il faut prendre un champ à ferme, nous lui ferons produire 
une récolte % puis nous la partagerons. Que veux-tu ? Ce qu'il y aura 
sur la terre ou dessous ? 

» — Quelle bonne plaisanterie ; je veux ce qu'il y aura dessus. » 

L*homme sema des pommes de terre. Quand elles furent bonnes à 
cueillir, il partagea la récolte : il prit les pommes de terre et laissa 
les feuilles à Toni. 

Quand il revint à sa maison, sa mère lui cria : 

« — Grosse bête ! on t'a trompé, il fallait choisir ce qu'il y avait 
sous terre. » 

L'homme dit de nouveau à Toni : 

« — 11 nous faut, de nouveau, prendre à ferme le champ. Nous 

* Littéralement : nous y ferons venir quelque chose. 



4 62 CONTES POPULAIRES 

colta, couma de juste. Que vos?..... Se qae i'aurà 

ou dejoust? 
» — Me trufas ! Vole se que i'aurà dejoust. » 
L*ome semenet de blat. Quan la récolta seguet fâcha, pron- 

guet lou froumen e laisset la palha à Toni. 
A desparti d'aquel, Toni vouguet pas pus avedre de coum- 

pagnou. 

II. — L'bscoumessa ^ 

Un cop la maire de Toni ié diguet : 
(( — Tè ! pren aqueles porcs, vai lous vendre au mercat e, 
)) subretout, te laisses pas trufà. » 
Toni prenguet lous porcs e lous menet au mercat. 
Quan seguet per cami, atroubet un orne vie), que ié diguet: 
« — Ounte vas couma acô, Toni ? 
» — Vau au mercat per vendre aqueles porcs. 
» — De porcs ! Ounte as de porcs ! Vos dire de triojas ? 
» — Nani, acô's de porcs e das bèus. 



partagerons la récolte, comme il est convenu. Que veux-tu? Ce qu'il 

y aura dessus ou dessous ? 

» — Vous me plaisantez, je veux ce qu'il y aura dessous. » 
L*homme sema du blé. Quand la moisson fut faite, il prit le froment 

et laissa la paille à Toni. 
A partir de ce [moment], Toni ne voulut plus avoir d'associé. 

II. — La GilOEURE 

Une fois, la mère de Toni lui dit : 

« — Tiens, prends ces porcs, va les vendre au marché, et, surtout, 
ne te laisse pas tromper. » 
Toni prit les porcs et les mena au marché^ 
Quand il fut en chemin, il trouva un homme âgé qui lui dit :, 
« — Où vas-tu comme cela, Toni ? 
» — Je vais au marché pour vendre ces porcs. 
» — Des porcs ! Où as-tu des porcs ! Tu veux dire des truies ? 
» — Non, ce sont des porcs et bien beaux. 

* Version du Pouget (Hérault). 



DE LANGUEDOC 4 63 

» — Te dise que si. 

» — Vous dise que nani. 

» — Quan vos jougà ? Te jogue vint escus contra aquelas 
triojas, qu'âge razou. » 

Toni abouquet à la trufariè ; decidèrou de prène per juge 
lou prumiè que passariô sus lou cami. 

Atroubérou un viél pastre que menava paisse un aret e 
quauques moutons. 

Lou viel trufaire sonnet lou pastre, e après i avudre fach 
siniie, ié diguet : 

« — Couma troubas aquelas triojas?... » 

Lou pastre qu'aviô coumpres lou sinne, respoundeguet : 

« — Sou prou bêlas, amai siègou jouinas. » 

Toni, qu'aviô pas res coumpres à la trufariè, recounousquet 
que perdié e se laisset prène las triojas. 

Revenguet à Toustal e quan aget racountat Tafaire, sa 
maire Tescridasset : 

« — Bestiassa, t'an trufat ! 

» — S'es vrai, me venjarai. 



» — Je te dis que si. 
» — Je vous dis que non. 

» — Combien veux-tu parier? Je te parie vingt écus, contre ces 
truies, que j'ai raison. » 

Toni donna dans le piège; ils convinrent de prendre pour juge le 
premier [individu] qui passerait sur le chemin. 

Ils trouvèrent un vieux berger qui menait paître un bélier et quel- 
ques moutons. ' 

Le vieux moqueur appela le berger, et après lui avoir fait un signe, 
lui dit : 

« — Comment trouvez-vous ces truies? » 

Le pâtre, qui avait compris le signe, répondit : 

« — Elles sont assez belles, malgré qu'elles soient jeunes. » 

Toni, qui n'avait rien compris à la duperie, reconnut qu'il perdait 
[le pari] et se laissa prendre les truies. 

Il revint à la maison, et lorsqu'il eut raconté l'affaire, sa mère 
s'écria : 

« — Grosse bête, on t'a trompé. 

» — Si c'est vrai, je me vengerai. 



464 CONTES POPULAIRES 

» — E de que faras, paure Toni ? 

» — Me venjarai, vous dise. » 

Toni s'enanet au vilage de Tome viel, s'abilhet en doumai- 
sèla. Lou viel qu'èra calignaire, ié faguet la cour. Toni, après 
s'estre fach longtems pregà, proumeteguet d'anà din la cam- 
bra dal.viel, avant la nioch. 

Quan la nioch seguet venguda, mountet à la cambra sans 
lum e s'amaguet jout lou liech. Aviô représ sous abilhages 
d'home e teniô din sa man un gros bastou. 

Lou viel trufaire venguet e troubet pas la filha. Se metet 
au liech. 

Quan Toni Tentendeguet rouncà se levet e flin ! flan! De 
cops de bastou. 

« — De qu'es acô ? De qu'es acô ? 

» — Ren-me mas triojas que m'as panât. 

» — Las ai vendudas. 

» — Paga-me las. 

» — Tè, piques pas, detras la porta i'a un panié plé d'es- 
cuts, pren-lous. » 

Toni prenguet lous escuts e s'enanet. 



» — Et que feras -tu, pauvre nigaud ? 

» — Je me vengerai, vous dis-je. » 

Toni s'en alla au village de Thomme âgé, il s'habilla en fille. Le 
vieux, qui était galant, lui fit la cour. Toni, après s'être fait longtemps 
prier, promit d'aller dans la chambre du vieux avant la nuit. 

Quand la nuit fut venue, il monta à la chambre sans lumière et se 
cacha sous le lit. Il avait repris ses habits d'homme et tenait dans 
la main un gros bâton. 

Le vieux trompeur vint et ne trouva pas la fille. Il se mit au lit. 

Lorsque Toni l'entendit ronfler, il se leva et flic! flac!.... Des 
coups de bâton. 

«< — Qu'est cela? Qu'est cela? 

» — Rends-moi mes truies que tu m'as volées. 

> — Je les ai vendues. 

>• — Paie-les moi. 

» — Tiens, ne frappe plus ; derrière la porte il y a un panier plein 
d'écus, prends-les.» 

Toni prit les écus et s'en alla. 



DE LANGUEDOC 465 

Qaauques jours après, Toni revenguet en aquel vilage. 
S^èra abilhat en medeci e fasiô semblant d'arremassà d*erbas 
din la campagna, à Tentour de Toustal dau viei qu'èra abla- 
sigat din soun liech. 

Las femnas de Toustal que Tavien- vist cercà d'erbas, se 
diguèrou : 

« — Aqui lou medeci, lou eau anà querre, que vengue vèire 
nostre malaute. » 

Fanèrou ; lou medeci Toni venguet e coumandet d*anà 
querre de poutingas. 

Quan seguèrou sourtis per i'anà, prenguet un bastou e flin ! 
ûan ! sus las costas dau viel. 

« — Pietat ! Misericorda I 

» r- Ren-me mas triojas que m'as panât. 

)) — Las ai vendudas. 

» — Paga-me las. 

» — Tè ! piques pas pus, pren aquel sac d'argent qu'es sus 
aquela post e vai-t*en. » 

Toni prenguet la sacada d'argent e s'enanet. 



Quelques jours après Toni revint à ce village, il s'était habillé en 
médecin et faisait semblant de ramasser des herbes dans la cam- 
pagne, autour de la maison du vieux qui était éreinté dans son lit. 

Les femmes de la maison qui l'avaient vu chercher des herbes, 
se dirent : 

« — Voilà le médecin, il faut l'aller prendre pour qu'il vienne voir 
notre malade. » 

Elles y allèrent ; le médecin Toni vint et ordonna d'aller chercher 
des remèdes. 

Quand elles furent sorties pour y aller, il prit un bâton et flic! 
flac I sur les côtes du vieux. 

« — Pitié ! Miséricorde ! 

» — Rends-moi mes truies que tu m'as volées. 

» — Je lésai vendues, 

» — Paie-les moi. 

» — Tiens 1 ne frappeplus, prends ce sac d'argent qui est sur cette 
planche et va-t-en. » 

Toni prit l'argent et s'en alla. 



466 CONTES POPULAIRES 

A quauques jours d'aqui, tournet mai au vilage. Diguet à 
un jouine goujat : 

« — Tè ! prea aquela pesaeta e vai-t'en cridà sus la porta 
d'aquel oustal : Vejaici Corne dos porcs! Vejaici rome dos 
porcs I » 

Las gens de Toustal que savien que Tome das porcs èra loa 
que avié picatlou viel, davalèrou à la carrièira embé de bar- 
ras. 

Toni, qu*èra amagat detras la porta, lous laissât sourti, 
pioi mountet à la cambra e flin! flan! sus lou viel trufaire. 

« — Pietat ! Misericorda ! 

» — Viel couqui, ren-me mas triojas. 

» — Las ai vendudas. 

)) — Paga-me las. 

» — Tel Piques pas pus, pren aquelor, aqui din loutoupi, 
sus Tarmazi, e vai-t*en. » 

Toni prenguet lou toupinat d*or e s'enanet. 

Tavien panât sous porcs, mais lous faguet pagà très cops 

per un. 

Lou gai cantet, 
E fouguet jour. 



A quelques jours de là, il retourna encore au village. Il dit à an 
jeune garçon : 

« — Tiens, prends cette petite pièce et va-t-en crier devant la 
porte de cette maison : Voici Vhomme des porcs ! Voici l'homme 
des porcs ! » 

Les gens de la maison qui savaient que Vhomme des porcs était 
celui qui avait battu le vieux descendirent à la rue avec des bâtons. 

Toni, qui était caché derrière la porte, les laissa sortir, puis il monta 
à la chambre et flic ! flac ! sur le vieux trompeur. 

« — Pitié I Miséricorde ! 

» — Vieux coquin, rends-moi mes truies. 

» — Je les ai vendues.^ 

» — Paie-les moi. 

)) — Tiens I ne frappe plus, prends cet or, là dans le pot sur 1 ar- 
moire et va-t-en. » 

Toni prit le pot d'or et s*en alla. 

On lui avait volé ses porcs, mais il les fit payer trois fois pour une. 

Le coq chanta 
Et il fut jour. 



DE LANGUEDOC 467 

Dans une version de TAveyron, due à Sophie Arguel, de 
Curan, c'est à sa propre ruse que Toni se laisse prendre: 

Un jour, lo maire de Toni li diguet : 

« — Vai-t-en o lo fleiro vendre oquelos triouèjos. Mais 
oumensos, que que fagou, digos qu'ocouô sou de pouorcs, 
que se vendou mai. » 

Toni faguet coumo so maire i*ovi6 dit, prenguet loi triouè- 
jos e los meneto lo ûeiro. 

Otroubet un ouome sus lou comi, que li diguet : 

« — Eount vas embe oquelos triouèjos? 

» — De triouèjos I Voulèsrire? Ocouô sou de pouorcs. 

» — Te vos trufà ? 

» ~7 Que nani, que iéu ou sovi pla. » 

Jouguèrou los triouèjos couontro cinquonto francs. 

Un carretiè quepossavo, diguet qu'ocouôs èro de triouèjos. 

Toni los doisset o Touorne e revenguet o soun oustal. 

III. — Lo PIBIRO 

Lo maire li diguet d'ona o lo fieiro e de li pourta un socat 
de poumos. Quon revenguet, i oviô din soun oustal uno 



Un jour la mère de Toni lui dit : 

« — Va-t-en à la foire vendre ces truies, mais au moins quoique 
Ton fasse, dis que ce sont des porcs, ils se vendent davantage. » 

Toni fit comme sa mère lui avait dit; il prit les truies et les mena à 
la foire. 

Il trouva un homme, sur le chemin, qui lui dit : 

« — Où vas-tu avec ces truies ? 

» — Des truies! Vous voulez rire? Ce sont des porcs. 

» — Tu plaisantes ? 

» — Pas du tout, moi je le sais bien. 

Ils parièrent les truies contre cinquante francs. 

Un charretier qui passait dit que c'étaient des truies. 

Toni les laissa et revint à la maison. 

III. — La poire 

La mère lui dit d'aller à la foire et de lui apporter un sac de pom- 
mes de terre. Quand il revint dans sa maison, il y avait une troupe de 



468 CONTES POPULAIRES 

troupo de velhaires, oolguet faire veire sas poamos e ne 
douna uno à codun : ne restet pas ges. 

Lou lendemo, lo maire li diguet : 

tt — Bestiasso ! te caliô loi mettre din la palho del liech 
e los pas faire vèire, los aurion obudosde moti. n 

Onet tournomai o lo ûéiro; lo maire li digaet de li pourtà 
un sôu d*ogulhos. Quon revenguet, los metet per lo palho del 
liech, s*en troubet pas ges. 

Lo maire li diguet : 

« — Bestiasso ! te los caliô mètre sur lo margo de lo vesto. » 

Onet tournomai o lo ûeiro ; lo maire li diguet de li pourta 
uno relho. Quon revenguet, lo metet flcado sus lo margo de 
lo vesto. 

Lo maire li diguet : 

(( — Bestiasso ! caliô lo mètre sus Tespalo. » 

Onet tournomai o lo ûeiro ; lo maire li diguet de croumpa 
un pouorc. Quon revengnet, pourtet lou pouorc sus respalo. 

Lo maire li diguet : 

a — Bestiasso ! lou caliô estoca ombe un courdil e lou fa 
courre. » 



gens qui venaient passer la veillée, il lui fallut montrer ses pommes 
et en donner une à chacun ; il n'en resta point. 

Le lendemain, la mère lui dit : 

« — Grosse bête ! Il fallait les mettre dans la paille du lit et ne 
pas les faire voir; nous les aurions eues ce matin. » 

Il alla de nouveau à la foire ; la mère lui dit de lui apporter nn soa 
d'aiguilles. Quand il revint il les mit parmi la paille du lit, il ne s'en 
retrouva aucune. 

La mère lui dit: 

« — Grosse béte ! Il fallait les mettre sur la manche de la veste. » 

11 alla de nouveau à la foire ; la mère lui dit de lui apporter un soc 
de charrue. Quand il revint il le piqua sur la manche de la veste. 

La mère lui dit : 

« — Grosse bête ! 11 fallait le mettre sur Tëpaule. » 

11 alla de nouveau à la foire ; la mère lui dit d'acheter un porc. 
Quand il revint, il porta le porc sur Tépaule. 

La mère lui dit : 

« — Grosse bête ! il fallait l'attacher avec un cordeau et le faire 
marcher. » 



DE LANaUËDOG 469 

Onet tournomai o lo ûeiro ; lo maire li diguet de H pourta 
un pegal. Quon revenguet, estoquet lou pegal ombe un cour- 
dil e lou robolet tout lou louon del comi. 

Lio maire li diguet : 

« — Bestiasso I lou caliô pourta o lo mo. » 

Onet tournomai o lo ûeiro ; lo maire li diguet de li croum- 
pa un parel de biôus. Quon revenguot, lous vouliô pourta o 
lo mo e poudiô pas. 

Troubet un ouome que li diguet : 

« — Que fas oqui ? 

» — Mo maire m*o dich de pourta oqueles biôus o lo mo e 
pouodî pas. 

)> — Bestiasso ! te cal obudre uno 'gulhado e loui fa 
courre. » 

Ou foguet otal e loui biôus onèrou dovont. 

Drio, dron, 
Moun couonte es pas pus louong. 

Version de Sophie Arguel de Garan (Aveyron). 



Il alla de nouveau à la foire ; la môre lui dit de lui apporter un 
broc (1). Quand il revint, il attacha le broc avec un cordeau et le traîna 
tout le long du chemin. 

La mère lui dit : 

« — Grosse bête, il fallait le porter à la main. » 

Il alla de nouveau à la foire ; la mère lui dit de lui acheter une cou- 
ple de bœufs. Quand il revint, il voulait les porter à la main et ne le 
pouvait pas. 

11 trouva un homme qui lui dit : 

'.< — Que fais-tn là ? 

» — Ma mère m*a dit de porter ces boeufs à la main et je ne peux 
pas. 

» — Grosse bôtel II faut avoir un aiguillon et les faire marcher. » 

11 fit ainsi et les boeufs marchèrent en avant. 

Drin, dron, 
Mon conte n'est pas plus long. 

* Pegal, Vase en poterie de forme ronde avec une anse d'un côté et 
un bec de l'autre. Azaïs. Dict. 

31 



470 CONTES POPULAIRES 



IV. — LO JOURNADO DB TONI 

ToDi oviô entendut dire que loi femnos fasiôu de fouassos 
quon sous ouomes èrou o lo fieiro. El ne voulguet faire otal. 

Diguet so femno : 

a — Vai t'en o lo ûeiro tus, que iéu demourorai. » 

Ëntromens que so femno èro o lo ûeiro, voulguet faire so 
fouasso. 

Coumo èro o se couoire, dovolet o lo cavo per tira vi. En 
tiren lou vi, sentissiô lo fouasso que cremavo. Doisset lo bo- 
rico duberto e s'enonet vite sourti io fouasso del four. 

Lo fouasso sioguet toute robinado. Dovolet vite per oresta 
lou vi . . . , lou vi èro tout escompat. 

Oqui i'oviô uno saco de farino, lo jitet sus lou vi, per qu'o- 
cou6 se counousquesso pas. 

So femno i'oviô dich de pas doissa lo pouorto douberto, 
que lo clouco s*enanari6. 

Lo clouco espourugado per toutoquei sogan, cridet : Cou- 
ti'coutasco I Couticoutasco ! 



IV. — La journér dk Toni 

Toni avait entendu dire que les femmes faisaient des fouaces quand 
leurs maris étaient à la foire. Il en voulut faire autant. 

Il dit à sa femme : 

« — Va-t-en à la foire, moi je demeurerai ici. » 

Pendant que sa femme était à la foire, il voulut faire sa fouace. 

Pendant qu'elle cuisait, il descendit à la cave pour tirer du vin [au 
tonneau]. En tirant le vin, il sentait que la fouace brûlait. Il laissa la 
barrique ouverte et s'en alla vite sortir la fouace du four. 

La fouace fut toute brûlée. Il descendit vite pour arrêter le vin... le 
vin était tout répandu. 

Il y avait là un sac de farine, il la jeta sur le vin, pour qu'on ne 
s'en aperçut pas. 

Sa femme lui avait dit de ne pas laisser la porte ouverte, que la 
poule couveuse s'en irait. 

La poule couveuse effrayée par tout ce remue-ménage, cria : CoiUi- 
coutasco ! Couticoutasco ! 



DE LANGUEDOC 471 

Toni coumprenguet que disiô : ou dirai I ou dirai I 
(f — Ôi ! ou diras ? — Ou diras o mo femno ! Oten 1 )> 
Lo prenguet e lo tuet ; piei, de p6u que lous iôus s^esven- 
ton, se i'onet mètre dessus e loui cougavo. » 

Drin, dron, 
Moun couonte es pas pus louong, 

* Version de Sophie Arguai, de Guran (Aveyron). 

L. Lambert. 



Toni comprit qu*elle disait : Je le dirai ! Je le dirai ! 
« — Oui ! tu le diras ? — Tu le diras à ma femme ? Attends I » 
Il la prit et la tua ; ensuite, de crainte que les œufs ne s*éventent, 
il alla s'y mettre dessus pour les couver. 

Drin, dron, 
Mon conte n'est pas plus long. 



SAUME D'AMOUR 



Au Qoum d^Alis, ma touto bello, 
Dôu Grand Soulèu, de Santo Estelle, 

Amen. 

Eros, ûéa d*Afroudito, o pichot dieu alu, 
Eros, Arquin is iue barra sèmpre i belu. 
Tu qu'abres dins li cor de flamo incouneigudo, 
Te n'en suplique, Eros, porge-me toun ajudo !... 

Glôri pèr la Bèuta, la Jouvènço e l'Amour, 

Sus Terro, dins lou Cèu, vuei, deman e toujour ! 

SAUME 1 

Go que canto lou mies de ma reino la glôri. 

Es soun cor ferme e blanc, tout de maubre e d'evôri ; 

Es sa cabeladnro aussado en casco d'or, 

Soun front lise coume un clar ounte Teigueto dor ; 



PSAUMES D'AMOUR 



Au nom d'Alix, ma toute belle, — du Grand Soleil, de Sainte 
Estelle, 

Amen. 

Eros, fils d'Aphrodite, ô petit dieu ailé, — Eros, archer aux yeux 
éternellement fermés à la lumière, — Toi, qui allumes dans les coeurg 
des flammes inconnues, — je t'en supplie, Eros, accorde-moi ton 
aide ! . . . 

Gloire pour la Beauté, la Jeunesse et l'Amour, — sur Terre, à&ns 
le Ciel, aujourd'hui, demain et toujours I 

PSAUME I 

Ce qui chante le mieux de ma reine la gloire, *- c'est son corps 
ferme et blanc, tout de marbre et dUvoire ; 

C'est sa chevelure relevée en casque d'or, — son front calme comiûe 
un étang où dort l'eau claire ; 



S\UME D AMOUR 473 

Es sis usso téissudo en mignot ûéu de sedo, 
Si parpello de quau lou vai-e-vèn m'assedo ; 

Es sis iue gris vuejant Tenfadado à plen rai, 
Aubourant dins li cor o la joio o Tesfrai ; 

Es soun nas à la ligno, e tant ûno, e tant puro, 
Si gauto qu^an la ûour de la fracho maduro ; 

Es sa bouco pourpalo au rire soubeiran 
Es soun c6u auturous, courolo d'ile blanc; 

Es soun espalo souple, — un pedestau d'amforo, — 
Soun bras arredouni, vena de blu'n deforo ; 

Es sa man siavo e misto au caressa tant dous, 
Si det, vierge de bago, e fin coume un velous ; 

Es soun torse i countour fa de courbe mistîco, 
Despassant en bèuta lou di Venus antico ; 

Es si poupo bessouno e lou pichot mamèu 
Hetrasènt ragrouûoun sus un plen poung de nèu ; 

Es si flanc ôupulènt, coungousto de la visto, 
Sorgo de voulupta tout-escas entrevisto ; 



Ce sont ses sourcils tissas en mignons fils de soie, — ses pau- 
pières dont le va-et-vient excite ma soif ; 

Ce sont ses yeux gris versant renchantement à pleiiis rayons, — 
soulevant dans les cœurs la joie ou Teffroi ; 

C'est son nez à la ligue, et si fine, et si pure, — ses joues qui ont 
le velouté des fruits mûrs ; 

C'est sa bouche empourprée, au rire souverain; — c'est son cou 
majestueux, corolle de lis blanc ; 

C'est son épaule souple, un piédestal d'amphore ; — son bras ar- 
rondi, veiné de bleu à la surface ; 

C'est sa main suave et moelleuse, au caresser si doux, — ses 
doigts, vierges de bagues, et fins comme un velours ; 

C'est son torse aux contours faits de courbes mystiques, — dé- 
passant en beauté celui des antiques Vénus ; 

Ce sont ses mamelles géminées et le petit mamelon, — semblable 
à une cerise sur une poignée de neige ; 

Ce sont ses flancs opulents, régal de la vue, — source de voluptés 
entrevues à peine ; 



474 SAUMB d'amour 

Ëâ sa cambo moulado em*un gaubi divin, 
Sa caviho estacant un pèd linget e priai . . . 

Es la car blanco e fermo, e de maubre e d'evôri, 
Que canto mies que rèn de ma divo la glôri ! . . . 

Glôri pèr la Bèuta, la Jouvènço e T Amour, 
SusTerro, dins lou Cèu, vuei, deman o toujour ! 

SAUMB u 

Dins la sèuvo ufanouso e souto lou cèu blanc, 
La naturo a dubèrt 11 trésor de si flanc ; 

L*auro adus un perfum de viéuleto e de roso, 
Lou bos vèrd s*es nimba de milo clarta roso ; 

La dralo se fleuris d'ile e de jaussemin : 
Dins Taire sente courre un amourous fremin ; 

Lou fremin a passa dins moun cor que barbèlo^ 
De lagremo de gau rajon de ma parpello, 

E moun cor esmôugu tresano douçamen, 
D*un inflni bonur, es Tacoumençamen ; 



C'est sa jambe moulée avec un art divin, — sa cheville attachant 
un pied mince et effilé. . . 

C'est la chair blanche et ferme, et de marbre et d'ivoire, — qui 
chante mieux que tout la gloire de ma déesse!. . . 

Gloire pour la Beauté, la Jeunesse et TAraour, — sur Terre, dans 
le Ciel, aujourd'hui, demain et toujours ! 

PSAUME n 

Dans la forêt triomphante et sous le ciel blanc, — la nature a ou- 
vert les trésors de ses flancs ; 

La brise apporte un parfum de rose et de violette, — le bois vert 
s'est nimbé de mille clartés roses ; 

La sente se fleurit de lis et de jasmin : — dans Tair, je sens courir 
un amoureux frémissement ; 

Le frémissement passe dans mon cœur qui palpite, — des larmes 
de joie coulent de ma paupière. 

Et mon cœur ému tressaille doucement, — d'un infini boniieur, 
c'est le prélude ; 



SAUME D AMOUR 475 

Trespiro lou bonur de tout ço que m'envôuto, 
Li rai paradisen gisclon de vôuto en vôuto ; 

Vounvoun d'alo e murmur maridonsis acord, 
En cire esbrihaudant se cambion li rai d'or ; 

Li senteur prenon cors, li flour devènon femo, 
Fan un pâli môuvènt li branco fresco e semo ; 

Li perfum soun pèrTu, ma rèino de bèuta, 
Es pèr Tu que Taucèn ûgnolo soun canta ; 

Li femo-âour que van en lôngui teôurio, 
Aco's la proucessioun que dis ti letanio ; 

E lou pâli verdau que cruvèlo lou jour 
Vai abriga Tautar dôu sacramen d'amour; 

D'aquéu dous sacramen sarai prèire e vitimo, 
E m'aneliquarai dins Tu, Tu, moun Autimo ! 

M'abimarai dins Tus, ié viéurai sènso fin, 
Emélou cor cremant, lou cor d'un serafin ; 

Te cantarai toustèms, moun regard sus ta fàci, 
Dins mi benedicîoun e mis acioun de gràci: 



Il filtre, le bonheur, à travers tout ce qui m'entoure, — les rayons 
du paradis jaillissent de toutes parts : 

Bourdonnements d'ailes et murmures marient leurs accords, — en 
cierges éblouissants les rayons d'or se transforment ; 

Les senteurs prennent corps, les Heurs deviennent femmes,— elles 
font un dais mouvant, les branches fraîches et calmes ; 

Les parfums sont pour toi, ma reine de beauté, — c'est pour toi 
que Poiseau enjolive son chant ; 

Les femmes-fleurs qui vont en longues théories, — c'est la proces- 
sion qui dit tes litanies ; 

Et le dais verdoyant qui tamise le jour — abritera l'autel du sacre- 
ment d'amour; 

De ce doux sacrement, je serai prêtre et victime, — et je m'anéan- 
tirai en Toi, Toi, ma Souveraine ! 

Je m'abîmerai en Toi, j'y vivrai sans fin, — avec le cœur brûlant, le 
cœur d'un séraphin ; 

Eternellement je te chanterai, mon regard sur ta face, — dans mes 
bénédictions et mes actions de grâces : 



476 SAUME D AMOUR 

Glôri pèr la Bèuta, la Jouvènço e rAmonr, 
Sus Terro, dins lou Cèu, vuei, deman e ioujourl 



SAUHB m 

Flour de Taubespin à Taabo d*abriéa, 
Rebat de la luno au mirau doa riéu, 
Grumo di cascado e nèu di calanco, 
Digas-ié qu'es blanco l 

CourouQo d*arange e velet nouviau, 
Preguiero enfantino e cant celestiau, 
Gràci di sege an que Famour empuro, 
Digas-ié qu*es puro ! 

Pibo saludairo au fueiage blanc, 
Roure dôa bouscas, abet escalant, 
Roucas di nau su qu*i valoun coumando» 
Digasié qu'es grandol 

Barri di ciéutat, tourre dôu castèu, 
Lume pèr signau quiha sus Testèu, 
Aiglo s'aubourant en pleno lumiero, 
Digas-ié qu'es fiero I 



Gloire pour la Beauté, la Jeunesse et l'Amour, — sur Terre, dans 
le Ciel, aujourd'hui, demain et toujours ! 

PSAUMB m 

Fleur de l'aubépine à l'aube d'avril, — reflet de la lune au tniroirdu 
ruisseau, — écume des cascades et neige des abris élevés, — dites- 
lui qu'elle est blanche ! 

Couronne de fleurs d'oranger et voile nuptial, — prière enfantine 
et chants célestes, — grâce des seize ans qui excite l'amour, — dites- 
lui qu'elle est pure! 

Peuplier salueur au blanc feuillage, — chêne du grand bois, sapin 
montant toujours, — rocher des hauts sommets qui commande aux 
vallons, — dites-lui qu'elle est grande! 

Remparts des cités, tours du château, — lampe dressée sur re- 
cueil pour servir de signal, — aigle «'élevant en pleine lumière, — ^'' 
tes-lui qu'elle est fîère ! 



SAUME D AMOUR 4 77 

Aureto de mai, cant de roussignôu, 
AIo de couloumbo e brut dôa rajôu, 
Nis de pimparrin velousea de mousso, 
Digas-ié qu'es douço ! 

Mar dins la calamo o mar en furour, 
Desèrt silencious, baus claô d'ourrour, 
Jour ensouleia, niue pleno d'eâtello, 
Digas-ié qu'es belle I 

Frucho vermeialo e pan sabourous, 
Bepaus dôu pacan dins lou boso oumbrous, 
Yisto de l'ami quand l'ami lou sono, 
Digas-ié qu'es bono ! 

Cèu blu dôu Miejour sens nivo o blasin, 
Rire di chatouno au tèms di rasin, 
Regard dis enfant que dôu mau nous garo, 
Digas-ié qu'es claro ! 

Vent de lucho aussant li pie d'estendard, 
Claroun eigrejant lou pas di soudard, 
Vanc dôu cavalin qu'au coumbat li porto, 
Digas-ié qu'es forto I 



Brise de mai, chant de rossignol, — aile de colombe et bruit de la 
cascatelle, — nid de mésange velouté de mousse, —- dites-lui qu'elle 
est douce I 

Mer calme ou mer en fureur, — désert silencieux, abîme rempli 
d'horreur, — jour ensoleillé, nuit pleine d'étoiles, — dites-lui qu'elle 
est belle! 

Fruits vermeils et pain savoureux, — repos du paysan dans les bois 
ombreux, — vue de l'ami lorsque son ami l'appelle, — dites-lui qu'elle 
est bonne ! 

Ciel bleu du Midi sans nuage ni pluie brumeuse, — rire des jeunes 
filles au temps des raisins, — regard des enfants qui du mal nous 
éloigne, — dites-lui qu'elle est claire ! 

Vent de lutte fouettant les plis des étendards, — clairon accélérant 
le pas des soldats, — élan de la cavalerie qui au combat les entraîne, 
— dites-lui qu'elle est forte ! 



478 SAUME d' AMOUR 

Temple ounte li dieu se fan adoura, 
Autar di fougau, bousquet counsacra, 
Inné pietadou8, preguiero pressante, 
Digas-ié qu*es santo ! 

Terroy mar, mountagno, e piano e desèrt, 
Planto, flour, aucèu, bestialun cafèr, 
De Teterne Pan, amo renadivo, 
Digas-ié qu^es divo ! 

Glôri pèr la Bèuta, la Jouvènço e TAmour, 

Sus Terro, dins lou Cèu, vuei, deman e toujour ! 



SAUMB IV 

Li cant li mai fervent, 11 cant que me devoron, 
bello, maugrat iéu, dessus mi labro moron. 

Ma bouco fernesis, mai n'en sort ges de soun, 
Li cant li mai suau, es dins moun cor que soun ; 

Dins moun cor plen de Tu, de Tu^ toutoarmounio, 
De Tu, sourgènt d'amour e font de pouësio ! 



Temples où les dieux se font adorer, — autels des foyers-, bois 
consacrés, — hymnes pieux, prières pressantes, — dites-lui qu elle 
est sainte ! 

Terre, mers, montagnes, et plaines, et déserts, — plantes, fleurs, 
oiseaux, bêtes sauvages, — âme renaissante de Téternel Pan, — ài- 
tes-lui qu'elle est déesse ! 

Gloire pour la Beauté, la Jeunesse et l'Amour, — sur Terre, dans 
le Ciel, aujourd'hui, demain et toujours! 

PSAUME IV 

Les chants les plus fervents, les chants qui me dévorent, — ô belle, 
malgré moi, ils meurent sur mes lèvres. 

Ma bouche frémit, mais aucun son n'en jaillit ; — les chants les 
plus suaves, c'est dans mon cœur qu'ils sont: 

Dans mon cœur plein de Toi, de Toi, toute harmonie, — de Toi, 
source d'amour et fontaine de poésie I 



SAUME D AMOUR 4 79 

Moun cor es un cristau que miraio ta lus, 

Lou fas vibra, quand vos, à lou mètre à noun plus ; 

£ soun tresanamen es pèr iéu un délice, 

Ë siéu pas mai urous que quand cride : Mourisse ! 

Mouri de toun amour, bello, que sarié dous, 
S'aladounc mourissian sus lou cop tôuti dous I 

Mai n'eu viéure vau mies : sabèn pas se la toumbo 
Ravis pas li poutoun à tout ço que ié toumbo, 

Ë se lou darrié mot de noste Paradis 

N'es pas, dedins lou cros, lou verme que lou dis. 

Mai dequ'enchau la Mort ! TAmour es soun vincèire! 
Sian segur inmourtau s'a TAmour poudèn crèire ! 

Es quand n*aman pas plus e que sian plus aima, 
Que la Mort pren poudé de nous abasima, 

Car TAmour es toustèms la sorgo de la vido : 
A sèmpre Tespandi, sèmpre TAmour counvido I 

bello, espandiguen la vido à noste entour, 
1er fuguèren créa, vuei fuguen créateur ; 



Mon cœur est un cristal qui réfléchit ta lumière, — tu le fais vi- 
brer, lorsque tu veux, à Tépuiser ; 

Et son tressaillement est un délice pour moi, — et mon suprêma 
bonheur, c'est lorsque je crie : Je meurs ! 

Mourir de ton amour, belle, qu'il serait doux, — si, en ce mo- 
ment, nous mourrions ensemble 1 

Mais en vivre vaut mieux : nous ne savons pas si la tombe — ne 
ravit pas les baisers à tout ce qui s'y laisse tomber. 

Et si le dernier mot de notre Paradis — ce n'est point le ver qui le 
dit dans la fosse. 

Mais qu'importe la Mort ! l'Amour est son vainqueur ! — Nous 
sommes sûrement immortels si à l'Amour nous pouvons croire ! 

C'est lorsque nous n'aimons plus ou que nous ne sommes plus 
aimés, — que la Mort acquiert le pouvoir de nous engloutir. 

Car l'Amour est éternellement la source de la vie : — à la répan- 
dre toujours, toujours l'Amour invite ! 

belle, répandons la vie autour de nous : — hier nous fûmes créés 
soyons créateurs aujourd'hui; 



480 SÂUME d'amour 

Ansio, dins lou boorlîs aniversau dis èstre, 
Bello, tout nous amant, de la Mort sarea mèstre I 

Glôri pèr la Bouta, la Jouvèoço e TAmour, 

Sus Terro, dins lou Cèu, vuei, deman e toujour ! 

SAUME V 

Pièi qu'avèn mescla nôstis amo, 
Qu'avèn counfoundu nôsti cor, 
De Tespèro, vé, nous aûamo, 
Lou rai d'or ! 

Après li paraulo dounado, 
Sian l'un à Tautre pèr toojour ! 
Dins nôsti vido embessounado, 
Plus de plour ! 

L'Aveni nous durbis sis alo, 
Liuen de la terro envoulen-nous, 
Gagnen dins li clarta pourpalo, 
Lou cèu blous I 

Anen destousca dins lis astre, 
Au founs di groto de Tazur, 
Li nais à rebat d*alabastre 
Dôu bonur ! 



Ainsi, dans la mêlée universelle des êtres, — belle, tout en nous 
aimant, nous maîtriserons la Mort I 

Gloire pour la Beauté, la Jeunesse et TAmour, — sur Terre, àans 
le Ciel, aujourd'hui, demain et toujours ! 

PSAUMK V 

Puisque nous avons mêlé nos âmes, — que nous avons confondu 
nos cœurs, — de Tespoir, vois, ils nous enflamment, — les rayons 
d'or ! 

Après les paroles données, — nous sommes Tun à l'autre pour tou- 
jours, — dans nos vies géminées, — plus de pleurs ! 

L'Avenir nous ouvre ses ailes, — loin de la terre envolons -noa«, 
gagnons dans les clartés pourprées, — le ciel bleu ! 

Allons découvrir dans les astres, — au fond des grottes deTa^'"'» 
— les sources aux reflets d'albâtre — du bonheur ! 



j 



SAXTME d'amour 481 

Amigo, lis avèn troubado, 
Clina subre si relèisset, 
Amaisen dounc à grand boucado, 
Nosto set ! 

Beguen sus li labro rousenco, 
Pèrlo d'eigagno su' n boutoun, 
La bevèndo d'amour divenco, 
Li poutoun ! 

Aro que dedins nèsti veno 
Sentèn raja douço frescour, 
Sabèn plus ço que soun li peno, 
Li doulour I 

La terro, emé si treboulèri 
N'a sus nautri plus de poudé, 
Tenèn la clau de si mistèri, 
Dins li det ! 

L'inmourtalita devistado, 
Qu'èro lou bèn tant agradiéu, 
Amigo, l'avèn counquistado^ 
Sian de dieu ! 



Amie, nous les avons trouvées, — inclinés sur leurs bords, — 
apaisons à pleine bouche, — notre soif I 

Buvons sur l'incarnat des lèvres, — perles de rosée sur un bouton 
de fleur, — le breuvage d'amour divin, — les baisers I 

Maintenant que dans nos veines — nous sentons couler une douce 
fraîcheur, — nous ne savons plus ce que sont les peines, — les dou- 
leurs 1 

La terre et ses troublantes angoisses — n*a plus sur nous aucun 
pouvoir, — nous tenons la clef de ses mystères, — dans nos doigts ! 

L'immortalité entrevue, — qui était le bien si désiré, — amie, nous 
Tavons conquise, — nous sommes des dieux ! 



482 SÂUME D AMOUR 

Lou bonar en plen nous inoundo, 
Nadan dins de flot de plesi, 
La vido es bello, es richo, es moundo.... 
Gramàci, 

Ta, qa'as dubèrt lou tabernacle, 
Tu, qu'as ausi nôsti clamour. 
Tu, qu*as acoumpli lou miracle, 
Tu, TAmour I 

Glôri pèr la Bèuta, la Jouvènço e TAmour, 
Sus Terre, dins lou Côu, vuei, deman e toujour ! 

P. Chassart. 



Le bonheur pleinement nous inonde, — nous nageons dans les flots 
de plaisir, — la vie est belle, est riche, est parfaite... — Oh I merci, 

Toi, qui as ouvert le tabernacle, — toi, qui as entendu nos cla- 
meurs, — toi, qui as accompli le miracle, — toi, T Amour ! 

Gloire pour la Beauté, la Jeunesse et TAmour, — sur Terre, dans 
le Ciel, aujourd'hui, demain et toujours ! 



JAC. GOHORII PARIS. DE REBUS GESTIS 
FRANCORUM LIBER XIII. — LODOICUS 
XII REX LVI. 



iSuiU) 

Ugo âuctuantem aciem, prehensis signiferis suis terga ver- 
tentibus, in hostemqueconversis, semelnecquioqaam restituit. 
Militum mille strages édita, magnus captivorum numerus 
M. CGC. in castra abductus, relata quindeci m militaria signa, 
exuti utensilibus hostes omnique impedimento et Hispanicis 
equis ducentis, quorum jacturam Cardoneus graviter tulit. 
Nec fuit Francis incremento Victoria, amisso Grignio et lec- 
tissimis equitibus, quinquaginta peditibus fortissimis centum. 
Elatum Grignii corpus militari pompa, in qua Hispani captivi 
et relata ab hostibus vexilla feretrum prseibant. lusta sunt 
etiam reliquis equitibus soluta militariter : at decursiones ha- 
bitas orationemque funebrem a Petro Summuntio homine 
diserto (quod quidam recensent), ducis fuisse potius luxuri- 
antis otio nimio, quam muneris belUci satagentis. Cardonius 
in editum locum (BubalinsB Moffse nomen est) sese proripuit, 
unde mox in Siciliam trajecit ; MofEam inde Aubignius dedi- 
tione recepit, Locros vi expugnat. Deinde précipitante hieme 
[Fol. 52 v^] copias in hiberna dimittit, Arminiacum certio- 
rem facit de Victoria. Interea P. Navarrus qui Tarento prse- 
erat, vicinus Castellaneto \ non cessa vit oppidanos ad versus 
Francos commovere, prsBbenteque occasionem Francorum 
equitum quinquaginta petulantia ; dum lanius, exposito pu- 
bliée venum ariete, vociferatur, eo se a prsesidiariis pretioque 
spoliari, quibus praeerat Christophorus Aubrius Raderajus, 
summisit Navarrus Hispanos, quorum opéra effectum est ut 
nocte intempesta, hora prœstituta, ab hospitibus, eodem pœne 
momento, Franc! comprehensi, armis equisque spoliati, oppido 
ejicerentur. Aubrius tam turpiter ejectus ad Arminiacum ad- 

^ Gastellaneti rebellio. 



484 JAC. GOHORII PARIS. 

volât, sermoneque acri et vehementi facile persuadet at ad 
tam tetrum perfidiad facinus vindicandum properet. Marias 
iEquinola et Monferratus contra suadebantArminiaco nequid 
se commoveret, ultionemque in alivd tempus differret. Ipse, 
si se subducat cum robore exercitas, non defuturum in omnes 
occasiones intentum Consalvum quin aut Rubos aut Altamu- 
ram aut Fogiam properet. Spreto consilio, prorex, ut ira sto- 
machoque exarserat, Castellanetum advolat, XYI millibus 
nummorum aureorum contemptis qusB cives pro expianda per- 
âdia ofFerebant, machinis [Fol. 53] admotis mûri partem 
sternere occipit : at, arcto adhuc ad irrumpendum loco, quum 
more impatiens immitteret undique Francos, oppidanis et His- 
panis quibus ex ultima reram desperatione animi acuebantnr 
impigre resistentibus, sues revocat, sperans se viam latiorem 
eis tormentorum concussuprsestiturum.Hsec cogitantem terret 
Francus eques Mericus Guarnerius, nuntians ni Rubos con- 
tendat, actum de Palicio et oppido ; eo enim cum totis copiis 
Consalvum Barolo progressum. Circumsederat Ârminiacus 
Barolum militibus per loca circumsita distributis castris, pro 
rerum commoditate, non continenter locatis. Intellexit Gon- 
salvus Palicium ad Rubos cum C equitibas cataphractis^ ccc 
peditibus stantem, nihil à se obsesso adversi metuentem ne- 
gligenter stationes et custodias exercere. Distant Rubi. XII. 
a Barolo. M. passum. Noctu itaque Consalvus équités, occ. 
quinque M. peditum (exciverat quot e proxîmis prsesidiis po- 
tuerat) summa celeritate educit ^ tormentaque muralia per 
opportunam regionis planitiem convehit: ejus adventu Franci 
nihil t&lô opinantes mirum in modum terrentur. Neo tamen 
animus Palicio defuit, quamvis imparatus, custodiis maie suo 
munere functis [Fol. 53 v*] opprimeretur. Hispanus copias in 
très partes divisit, ut una pars semper velut intégra quies- 
centibus, aliis pugna fessis, adversus hostem cieretur. Pali- 
cius centum équités Francos una cum Amadeo AUobrogo 
ducebat ; Ghabaneus, cui Gurtono cognomen, cum Artaro 
Oliverio trecentos pedltes, partira e Nerbonensi, partim ex 
Aquitania, qui balUstis arcuferreis, cum mataribus, hostes 
vehementer vulnerabant: sed multitude sensum damni exsu- 

• Ruborum expugnatio. 



DE REBUS GESTIS FRANGORUM 485 

perabat. Balistarii ita circamagebantur in orbem^ ut novem 
horis continuis non potuerit Hispanus murum prseincidenti- 
bus telis subire, donecdefensores grando pilaram plumbea-f 
pum obruit vulneratique 8unt,mnltis caesis, inter ceteros Pali- 
cius, Curtonus et Arturus. Tum Hispani.alii per ruinas muro- 
rum, alii scalis ascensum parant: quibus Franci acerrime oc- 
curunt; se hostes numéro superiores velut novara semper 
aciem paucitati eorumdemFrancorum objicientes, muhis tor- 
mentorum vi necatis, tandem transceudere : ita Bubos His- 
pani cepere. Ex peditibus omnes aut saucii aut cœsi,equitum 
quoque major pars plagis afflicta ; duces quatuor capti. Ru- 
bos Consalvus militi victori diripiendos dédit: sed medio fere 
die militem [FoL 54] revocavit quoniam attentari pudicitiam 
cognovit earum mulierum quœ in templa confugerant. Ëas 
Barolum perductas, non contumelise exemptas, sed libidini du* 
cum reservatas, apparuit; qua expleti, eas tandem emisere. 
Arminiacus, qui, Merici monitu, Gastellaneto reiicto, Rubos 
contendebat ut Palicio opem ferret, instructoque exercitu, 
metu Hispanicarum insidiarum, incedebat, sérum auxilium 
rébus jam perditis tulit. Ipse, re cognita, fecialem ad Consal- 
vum, captivos, ea quo convenerat mercede, repetitum misit. 
Is, qui fidem utilitate metiebatur, jusjurandum et Deospro ni- 
hilo habebat, suaeperfldiaB causam pretexuit aFrancis inducias 
violatas, equitesque omnes captivos, prœter Palicium etCurto- 
num, diuturnacustodiaasservavit; pedites prius curatos bar- 
baro immanitate ad remos Hispanicse classis damnavit. Redie- 
rat ille Barolum, negligenter observata in Francorum castris 
ab sciente prorege militari disciplina, missisque indequinqua- 
ginta equitibus cataphractis ad intercipiendam pecuniam quam 
Tranio aiferre nuntiatum erat, quos Italici scriptores profliga- 
tos a praesidio Hispanico obviam misso prsedicant. Tum Armi- 
niacus perfldiam Castellanetorum identidem frustra accusare 
quo factum esset ut tardius Rubos veniret. [Fol. 54 v'J 

Hac occasione captata, Alegrius, vel imperium ejus perosus 
ut antebac proregis, Carolo régnante, Montpenserii,* vel Apu- 
lorum sermonibus commotus qui de sordibus et rapinis fami- 
liarium ejus querebantur, non cessât Armeniacum figere maie 

' Invectio Allegrii in Anniniacum. 



486 JAC. GOHORII PARIS. 

dictis : vir quidem erat eximise virtatis, ingentîsque spiritas, 
ad imperandumquemagis quam ad obediendam nati ; sed hujus- 
modi dacum contentiones rempublicam fréquenter perdidere. 
Is interesse publicaB Francorum extimationis aiebat proregem 
ita se gerere^ ut urbes, custodem non tyrannum, domus pri- 
vatœ, bospitem non expilatorem, récépissé viderentur: comi- 
tum atque domesticorum ministrorum facta, civibus, sociis, 
Régi praestare eum oportere ; qusestorumetiam adjutorumqae 
reliquorum ne potestate sua ad qusestum aut libidinem abute- 
rentur. Illumipsum spe prsedaB aut pecuniœ amplioris copias ad 
Castellanetum obstinate retinuisse; nisL oblata ab oppidanis 
muleta contentus fuisset, non accisas res Francicas, non Hu- 
bos amissos ; non Palicium fœdissime desertum oppressum- 
que. In istam belluam bispanicam si consilio procerum usus 
foret, Barolo inclusam omnem belli molem vertere debuisse: 
[Fol. 55] amisso boc duce, vires Hispanorum absque ductuet 
inoperio facile coUapsuras fuisse. Sic reges ex splendore gen- 
tis suœ et cognationis gloria, magis quam militari usu ac 
prudentia, imperatores exercitum creare ; Aubignii boc mu- 
nus ex regia Scotorum stirpe orti, jamdudu m assueti neapo- 
litanis bellis, esse debuisse : qui in ea provin cise parte quœ ei 
obtigerat, victoriam erat insignem de Ugone Cardonio exper- 
tissimo duce consecutus : ab hoc affligi res Francicas, ab illo 
recreari. Gentem ferocem ingeniique avidi ad pugnam Armi- 
niacum, bac atque illac circumvolitantem , nec dimicandi 
copiam facientem, emollire : distractam praedae bosti expo- 
nere : sensurum posthac, nimis feriatum militem Francum, 
cessatione togpere. Omnem vim belli in populationem agro- 
ru m versam : latrocinii modo csecam e t fortuitam, non solem- 
nem et consultam militiam esse. Hœc ad Arminiaqum delata 
varie bominem affecere * : clam se contumelias opportune 
Alegrio repositurum dixit, palam baec effatus : nescire se ubi 
et a quo integritas sua, vigilantia, equitas ac continentia 
desideretur; Iminicum Alegrium [Fol. 55 v**] nuUo insuaper- 
sona se crimine seditionis obstringere, qui, ante, Monpen- 
serio in eadem regione imperante, pares turbas excitaverit, 
Helvetios a proregis impe rio distraxerit, perditamque rem 

* Arminiaci defensio. 



DE REBUS GESTIS FRANCORUM 487 

Francicam, ut evenit, ejus culpa maluerit quam illius auspi- 
oiis victoriam adipisci. Qaum nihil reperiat in se quod repre- 
liendat convictorum suorum ant domesticorum ministrorum 
ant apparitorum fâcta scrutari, unumquemque eorum excu- 
tere, tamquam in hodierna morum oorruptela et levitate, non 
sit aliquando sibi comminuendum, in hac maxime armoram 
lempestate, inte qusB leges silere perhibentur. Si quis tamen 
sit qui contra leges quicquam perpetraverit, accuset Alegrius, 
se loge severe animadversurum. In eum quidem ipsum jure 
suo uti, si velity posse, seditionis auctorem, violatorem dis- 
ciplinse militaris ; cujus munus sit mandata sua capescere, 
non rationem consiliorum factorumque ab imperatore repos- 
cere. Haec Nemurii dux, in quo sane fortitudo in armatum 
hostem, misericordia in victum, fid-es in socios emicuit. At 
qua erat morum probitate, qua indole virtutis, si cujus im- 
probitas perversitasque commoverat, facite exardebat ira, et, 
prseter communem Aquitaniae ulterioris nationi ingenii 
[Fol. 56] asperitatemfervorem que, ipse natura insista iracun- 
dia aestuabat qusB quum in uno quoque nostrum reprehen- 
denda sit, maxime in iis vituperari débet quibus auctoritas 
summis in rébus permissa est: in quibus cum excitatur, ita 
perstringit aciem rationis ut, aura tum quadam furoris, non 
consilio feratur. 

Ut vero ad Aubignium revertamur, ipse, quum post victum 
fugatumque Cardonium intellexisset, nova e Sicilia classe du- 
centos équités graviores cum totidem levibus et duobus. M. 
peditum, Ferdinando Andrada duce, Rhegium appulisse, et 
eorum adventus fama crevisse animos Hispanis, qui Hieracero 
se contulerant utTerinam redirent, ipse, inquam, eo perrexit 
et, arce ab hostibus occupata, reliquam oppidi partem va- 
cuam munivit. Inde ut obviam Hispanis advenientibus proûcis- 
ceretur, Losarium contendit, Illi, commeatus opportunitatem 
secuti, Seraenarie cuncti consederant. Missus erat Prsejannes, 
eques Rhodius, e Provincia, rei maritimse expertissimus, cum 
quatuor triremibus Francicis. Qui cum fretum Siculum ingre- 
deretur, de classe Hispanica monitus quse, Yillamarina duce, 
loca proxima circumibat, a Veneti magistratu impetraverat 
utseab hoste tutaretur: sicque in Hydruntinum portum in- 
vectSB sunt. Sed Hispanicis navibus subito in eumdem portum 



488 JâG. GOHOBII PARIS. 

[FoL 66 V*] adnavigantlbus Prœjanûes imparem se sentiens 
ne quid emolumenti hostes ex sua clade perciperent, milite 
remigeque educto, naves saas submersit, pedestrique itinere 
se suosque in tutum recepit : Venetis, qui se spectatores belli 
hujus se futures profltebantur, dissimnlanter Ferdinando opitu- 
lantibus. Jam ver appetebat, quum Ugo Cardonius, reparato io 
Sicilia^ coUectione trium millium Siculorum exercitu, super- 
yenientibus a Ferdinando quinque armatorum millibns, Rhe- 
gium transmisit. Aubîgnius, etsi rex per literas jussisset, se 
ut mœnibus munitarum urbium tenerent, oeque aleam uni- 
versi certaminis tentarent, sicque bellum intérim protaherent 
dum vel pax inchoata proûceretur, vel auzilia, quanta opus 
foret, eis submitteret, nihilominus compellentibus, fatis, quas 
nulla humana arte evitari possunt, statuit prœlio decernere : 
quippe vir bellis assuetus qui tôt fantasque res suo ductu 
prospère gesserat, quique meminerat se paucis ante annis, 
iisdem in locis, cum egregia laude Ferdinandum regem hune- 
que ipsiim Gonsalvum acie vicisse. DescribuntFranci pugnam 
hoc modo : Illum Gioia oppido eduxisse agmen tripartiium in 
campos late patentes ; médium duxisse, alterum Honorato 
Sanseverino, alterum Alphonse Salernitano commisisse; Mai- 
herbse peditatum cum machinis belliois tribuisse. Contra io 
hostili [Fol. 56 bis] exercitu, Ugonem in média acie, Ëma- 
nuelem Benavidam in dextro cornu, Carnailum in sluistro 
constituisse ; Antonium Laevam cum veterano pedite Hispano 
tergo Cardonii adhaasisse ; Aubignius, quum acriter et strenue 
dimicasset et médium agmen Benavidœ penetrasset, ubi in- 
terceptus equoque deturbatus mox suorum cuneo in equum 
relatus sit, Alphonse tardius opem ferente qui ab Andrada fa- 
sus fugatusque sit, Sanseverinonec pugnam quidem tentante, 
tandem ab hostibus superatum fuisse, ultroque Neapolitauo 
duce fugiente ab Hispanisque abducto. Hoc prœlinm aliter 
Italici memorant : Aubignium suas copias ad Gioie amnem 
citeriore ripa iocasse cum tormentis quatuor^ quo trajectu hos- 
tes prohiberet ;primum agmen cui Benavida prseerat abulte- 
riore ripa se ostendisse, Aubigniumque colloquio detenuisse 
dum reliquœ acies procul âumen transirent ; qua de re moni- 

i Auhignii clades. 



DE REBUS GESTIS PRANCORUM 4 89 

tum Âubignîam, raptim incomposîtoque agmiae relictisque 
tormentis contendisse. lam exercitas omnis transmissus ad 
pugnam instructus erat, excepitqae nullo ordine cursuque 
fatigatos temere irruentes. Hispani inde, numéro superiores, 
A^ictores extiterunt : eoque prselio Anabricurtius cum pluribus 
[Fol. 56 bis V®] Prancorum ducibus captas: capti etiam ali- 
quot regni proceres : Aubignius ex fuga se Angitulam prori- 
puit. Cardonius celeritate victorise usus Angitulam expugnat, 
Aubignius in arcem configit ubi, machinis licet admotis, diu 
obsidione tolerata, tandem se dédit. Quidam ppoduntlannotum 
Damersum et Podenatium, équités Francos, eventum pugnae 
adversum in Aubignium retulisse, quod primorum consilio 
bellum non traxisset copiisque in loca munita reductis^ sed 
mobilis est fortunsB blandientis aura, qusejam ad versa Francis 
maxime in bello dominatur, ubi multa persaepe incidunt quse 
sapientissimis viros provideri nequeunt, quemadmodum optimi 
gabernatores vim tempestatis, sic illi fortunse irapetum supe- 
rare non possunt. Narrant in eam rem Copum, Basiliensum 
medicum^ Régi acceptissimum ei memorasse : Cervos ^ e Sicilia 
in Calabriam transnatantes per SBstatem studio pabuli, longo 
ordine progredi, ita ut omnes capitis onus in antecedentis ter- 
gum ad levandum laboreto reclinent, primumque undarum 
vim secantem, ubi defatigatum se sentiret^ in postremum lo- 
cum migrare: ita referre exercitus speciem,in quo Aubignius 
frontem, Sansevernas, [vel, ut Ferronius, Brignius]* tergum 
regat, Regem vero ad banc fabulam risu diffluentem [Fol. 57] 
dixisse, non sibi amplius mirum videri si Rhegii cervi disci- 
plina astuque militari pollentes, Gallos crista féroces devi- 
cerent ; existimans suos astutias potiu quam aperta vi Cala- 
bria Apuliaque depulsos. [Quam ob causam, id ego libentius 
Consalvo et Antonio Levse versutis victoribusque, qui ex 
Sicilia similiter transfretaverant, accommodarem]^. Enimvero 
finis unius mali initium alterius extitit, ubi fortuna vultum 
secundum obvertit, superantibus semper aliis ab emergenti- 
bus malis. Armeniacus, qui Canusii tum erat, ob tristem nun- 



* Gervorum mira transfetatio. 
> Addition marginale. 
3 Addition marginale. 



490 JÂG. GOHORn PARIS. 

tiuui adversl casas Aubignii, ira incredibili accensus consi- 
lium procerum ooegit, in quo eiquisitis omnium sententiis 
de reliqua belli ratione cogitaretur. Alii aiebant Régi morem 
gerendam qui per literas jussisset ne certamine universo de- 
certaretur : adeo se mœnibas Melphii vel alterius ampli 
oppidi commeatuque àfiuentis tenerent bellumque, jam viri- 
bus impares, sic protaherent, ut Consalvus, dum se inferio- 
rem sensit, sese Baroli continuit ; ubi cum inopia pecuniae et 
rei frumentariae, et pestilentia admirabili erat conflictatus, 
suosque milites exemple suo in ofâcio continuerat; advenisse 
illi nuper bis mille Germanos pedites ab Octaviano Columoa 
conscriptos; Cardonius victorsese cum eo conjungat; tantas 
vires a Francis victis fessisque sustineri amplius non posse. 
Prorex indole animiferox addimicationem inclinabat: contra 
[Fol. 67 v^] sentiens re gis jussa absent is pro monitis habenda, 
se Aubignii clades ab ea non accessisset, re intégra illud con- 
silium sequi licuisse : nunc hoste copiis adaucto, anuonaad- 
vena recreato, frustra obnitente Prsejanne navarcho cum 
lona adulescente, imminuto Franco, tôt calamitatibus Rubis, 
Castellaneti, in Calabria, postremum in Hjdruntino agro, ac- 
ceptis, non posse nisi deteriorem sortcm durissimse obsidionis 
ac tandem fœdissim» deditionis exspectari. Clades bsec Mj- 
druntina erat : prorex Consalvum lis subsidiis fretum, ma- 
jora ansurum, suspicans, Atriœ ducem et Arsium Francum 
suis cum copiis acciverat; iis, propter P. Navarri proximita- 
tem, coUectis viribus iter faciendum erat : Arsius opportu- 
nitatem nactus, relicto ut Itali narrant, Atrise duce, perre- 
xit : is proditus a Rutillianis, a Navarro, qui nuper a Francis 
defecerat, collatis signis, victus oaptusque, caeso in acie An- 
tonio patruo fortiter dimicante. Yerius est Arminiaci iiteris 
Mathsôum Aquenianum, qui Conversam obtinebat, rogatum 
ut se ad Altemuram Arsio conjungeret, Iiteris interceptis a 
Navarro, corruptoque pecunia Neapolitano tabellario, adeum 
perlatis, in insidias incidisse. Quum ergo constituisset ex con- 
cilii sententiâ Arminiacus [Fol. 58] totis copiis aleam belli 
extremam experiri, adeum pervenerant ad Canusium agentem 
Arsius, Alegrius, Formantius expernobili Castillonumfamilia, 
Trajanus Carmaniolus, Palicius. Egressus itaque Barolo, sep- 
timum post mensem obsidionis, anno MDIII, IX cal. mail, 



DE REBUS GESTIS FRANCORUM 4 91 

Consalvus cum robore exercitus, adjunctis sibi Navarro atque 
Errera Ciriniolam contendit : Ârminiacus cum copiis eodem 
tendit. At Hispanusfossas ibi repertus, virgultis texerat*, tor- 
menta locis commodis locaverat, exercitum instructum ad 
pug^nandum tenebat. Quum Francieo adveniunt, vix horadiei 
supererat; quse res movit proregem ut in sequentem diem 
praelium differri cum majore procerum parte censeret ; igno- 
rare enim situm castrorum quae oppugnare vellent : sed Ale- 
grius contra ferociter adoriendum confestim hostem aiebat, 
oblique qui aliter sentirent timiditatis atque ignaviae arguens ; 
cui Arminiacus irapercitus: «Age quidem, respondit, quando 
ita tibi videtur, dimicabo. Vereor tamen ne prœclarus hic 
consultor hodie currenti plus equo quam hastsB confidat. » Ita- 
que aciem ita instruxit ut Arsius secum in dextro cornu esset 
cum equitatu, ChandlusJn média cum peditatu, Alegriusextre- 
niam duceret : parum abfuit quin hic cum illo digladiaretur, 
ni Arsius [Fol. 58 v*>] viam permulsisset, addens tanti inter 
duces certaminis eventum se horrere. Atque ita decretumest 
ut quum Arminiacus invectus esset in hostem, Chandiuse média 
acie machinas bellicas emitteret. Concurrere principio levés 
aise equitum ; hostiles regebat Fabritius Columna. Tormenta 
dehincbellicain Francos équités emissa videndi hostiscopiam 
paulisper ademerunt. Helvetii et Aquitani pedites primo im- 
petu Hispanorum peditatum fudere et, ad tormenta usque 
progressi iisque potiti, pulverem omnem tormentarium incen- 
dere : cataphracti, tenebris noctis ingruentibus, in sucs ipsi 
pedites impressionem fecere. Arminiacus in Germanos etsinis- 
trae aise équités procurrens, ab iis fossis, ne ad eos perveniret, 
impeditus est : itaque rétro agmen fertur, dum locum alium 
quo irrumperet disquirit, in obvias cohortes delatus, pugnam 
inter primores ciens, pila plumbea miserabiliter ictus cecidit. 
Chandius eisdem fossis hœrens pilisque inde plumbeis ab His- 
pano pedite impetitus, dissipatis Helvetiis eodem [Fol. 59] 
loco interfectus est : inde Franci animis concidunt, suis duci- 
bus csBsis, quod hostes ingenti ululatu inclamabant; cœdes 
tum, non jam pugnaerat ; Formantiusacriterdimicanscaptus 
est ; Alegrius, omen proregis comprobans, effusa fuga sibi 

1 Armeniaci clades. 



492 JAC. 60H0HII PARIS. 

consuluit ; Arsius, multis hostiam necatis, perspecta Alegrii 
fuga, diris devoveos hominis superbiam, qai sua simaltate ac 
vana animi elatlone, iniqao tempore et loco, pugnandi causam 
prœbaisset et proregîs consilia turbavisset, et ipse Venusiam 
perfugit. Illc, post varias latitationes Trepaldam, Inde Aver- 
sam pervenit. Certum est banc cladem magao Imperatoris 
errore evenisse, oui non reddenda Alegrio ratio, quando 
pugnandum, quando abstinendum pugna esset. Satis cognos- 
cebat milites fessos visolabore, âagrantissimosestu, per quem 
inulti siti perierant, pugnae non committendos : non debuerat 
comme veri libéra admouitione clari quidem ducis ad aggre- 
diendum hostem ne oblatam occasionem vincendi amitteret 
quando non in campo patenti sed fossa cinctum inveniret. 
Tum aperte primis ordinibus imperaiidum fuerat (nisl animi 
moderatione caruisset) vel bodierno more fossoribus rusti- 
canis, ut mutarentfrontem castrorum, ut impedimenta consti- 
tuèrent. 

fA suivre.) 



PÉRIODIQUES 



România, XXVI, 2.— P. 161. Ph. Lauer. Louis IV d'Outremer 
et le fragment c^'Isembart et Gormont. Rapprochement intéressant 
entre le précieux fragment épique de Bruxelles et certains événements 
du règne de Louis d*Outre-mer, afin d'en tirer des conséquences 
pour l'étude de l'élément historique de la chanson de geste. — P. 175. 
A. 3 e^invoy, Etudes sur le cycle de Quillaume d'Orange (fin). — III. 
Notes sur la légende de Vivien : 1» la légende de Vivien, d'après la 
Vie de saint Honorât et les chansons françaises; 2* rapports des 
poèmes français entre eux ; 3® le Covenant Vivien, d'après les tra- 
ductions ou imitations étrangères [Nerhonesi et Roman d'Arles); 
4** le Covenant primitif, d'après les poèmes français ; 5« conclusion 
(la légende de Vivien tendait depuis longtemps à se mêler à celle 
de Guillaume; mais, nulle part, la fusion n'est aussi intime que dans 
Aliscans et dans Foucon qui ont, en somme, atteint le même but 
par des chemins très diflferents »). — P. 208. J. UUich. Deux traduc- 
tions en haut engadinoxs du XV/« siècle. Traduction du Carmen de 
morihus et civilitate puerorum de Sulpicius de Veroli (XV« siècle) 
et des distiques de Caton. — P. 225. P. Meyer. Traités en vers pro- 
vençaux sur Vastrologie et la géomancie. Ces deux traités sont con- 
tenus, aiusi qu'un certain nombre de traités en latin sur les mêmes 
matières, dans le manuscrit n® 7420 A du fonds latin de la Bibliothè- 
que nationale, qui semble avoir été écrit dans le midi de la France, 
vers 1332 ou 1333. Le manuscrit est décrit en détail par M. P. Meyer, 
qui donne des extraits des deux traités provençaux, en particulier 
les 262 premiers vers du premier et les 358 premiers vers du second. 
Malgré de nombreuses et ingénieuses corrections, le texte reste 
obscur en plusieurs endroits. 

Mklangks.— p. 276. G. Paris. Fragment du Vallet a la cote mal 
taillée. (Deux feuillets trouvés dans une ancienne reliure à Troyes et 
faisant partie d'un recueil factice, n® 934 des Nouvelles acquisitions 
françaises de la Bibliothèque nationale. On ne connaissait jusqu'ici 
ce roman « bibliographique » que par la rédaction développée qui se 
trouve insérée dans la grande compilation du Tristan en prose. — 
P. 281. C. Salvioni. Tenser (confirmation de l'étymologie, proposée 
par G. Paris = tens{umyare), — P. 282. A. Thomas. Prov. mnh= 
l(U, mj, mbj {hlastemnhes, ckamnhadors, comnhat, lauzemnie, 
vendemnhà). 

Comptes rendus.— P. 284. G. Kœrting, Neugriechisch und Ro- 
manisch (Ov. Densusianu ; conclusions prématarées dans une qoes- 



494 PERIODIQUES 

tion difficile * et qui, d'ailleurs, si elle pique la curiosité, n'offre, 
dans Tétat actuel des études un bien grand intérêt, ni pour la philo- 
logie grecque, ni pour la philologie romane). — P. 290. W. -H. Scho- 
field, Studies on the Li beaus Cesconuâ (E. Philipot : recherches ap- 
profondies, mais composition décousue et parfois défaut de logique). 
P. 305. R. Menendez Pidal, La leyenda de los Infantes de Lara 
(A. Morel-Fatio ; le livre le plus important qui ait été publié sur l'an- 
cienne épopée castillane depuis la Poesia heroico-popular castel- 
lana de Mila y Fontanals). — P. 321. La Divîna comedia di Dante 
Alighieri a cura di C. Ricci (édition illustrée) (Paget Toynbee : fa- 
vorable). — P. 322. Amabile di Continentia, a cura di A. Cesari (G. 
Paris; prolixe et peu personnel). 

PÉRIODIQUES. — P. 324. Zeitschrift fur romanische Philologie^ 
XXI, 1 (G. Paris, A. Morel-Fatio. P. Meyer).— P. 328. Giomale 
Dantesco^ 1894-6 (Pamet Toygbee : de bons articles, mais d'autres 
que l'on s'étonne de trouver dans un recueil sérieux). — P. 338. Bul- 
letin delà Société des anciens textes français y 1896. — Bibliothèque 
de l'Ecole des Chartes LVII (1896) (P. Meyer).— P. 339. Bulletin 
de la Commission archéologique de Narbonne, 1897 (P. Meyer). — 
P. 341. Chronique. — P. 343. Livres annoncés sommairement, 

XXVI, 3. — P. 353. G. Paris. Le Roman de Richard Cœur de 
Lion. Le poème anglais intitulé Richard Coerdelyoun^ si on met à 
part les additions étrangères à la croisade, est une traduction faite 
vers la fin du XIII^ siècle, d'un original anglo-'Dormand perdu, écho de 
récits qui circulaient autour de l'auteur inconnu et qu'il a ornés de 
lieux communs épiques et d'anecdotes relatives aux croisades, mais 
proprement étrangères à Richard. « Son but a été de célébrer en Ri- 
chard « cœur de lion » le plus redoutable ennemi des Sarrasins, e^ 
surtout d'en faire un héros national, qu*on pût mettre à côté ou au- 
dessus de ceux dont se vantaient les autres peuples et particulière- 
ment les Français. » — P. 394. A. Piaget. Le livre messire Geof- 
froi de Chamy, Courte biographie et reproduction, d'après le ms. de 
Bruxelles, n^ 11124, des passages les plus intéressants de ce poème 
qui contient 1,800 vers divisés en tercets (8 -f- 8 4. 4). Ce sont des 
conseils assez pessimistes aux jeunes chevaliers qui débutent dans 
une carrière, dont les côtés pénibles Tont surtout frappé. — P. 412. 
A. Thomas. Etymologies françaises et provençales ; fr. mod. afous i 
fr. arcanson; anc. fr. aufage; pr. arescla, arescle ; pr. bacel, ba- 
clar; fr. biais; fr. bouillie ^ pr. bolia; anc. fr. carroi (je remercie 
mon savant collègue d'avoir rectifié la forme carrei, que j'avais adop- 

* Il s'agit de rechercher < jusqu'à quel point le néo-grec et les lan- 
gues romanes se sont éloignés de l'ancien grec, d'un côté, et du latin de 
l'autre. > 



PERIODIQUES 495 

tée dans mon édition critique du Roman de Thebes: l'origine est, en 
effet quadruvium einoï\quadrivium)\ anc. fr. cit, pr. ciu; icdaillot; 
^T, daurezi; fr, douve ;fr, éclairci t^v. esclar%ir ; î?, àxeXeQteX en- 
fer g er\ anc. fr. enrièvre; fr. essaugue, premod. eîjssaugo ; fr. esse- 
ret; fr. gourgouran; fr. graile-boesse ; fr. jamble ; anc. fr. laier ; 
fr. lavignon; fr. manivelle ; fr. oslade; anc. fr. panechier\ fr. pan- 
nequet ; fr. parpaing ; fr. paûforceau ; fr. dialectal paveilte ; pr. 
perna ; pr. ^ernar ; fr. perpigner; fr. dialectal pie, « parcelles de 
l'assolement » (à côté du pr. ancien peaso, il aurait fallu citer le 
rouergat opezozous k fondements », opesà, fonder, bâtir les fonda- 
tions », qui confirment l'étymologie pedare, pedationem) ; anc. fr. 
pleure, « terrain destiné à être bâti », pr. pledura ; anc. fr. poistron ; 
fr. poliére ; anc. fr. regon, pr. rao (de l'albigeois rou, « méteil », il 
convient de rapprocher le moderne Cou, '.( Cahors » = Cadurcum) ; 
fr. travouil, « dévidoire »; fr. usine ; fr. vilebrequin. — P. 453* 
Paget Toynbec. Danie's seven examples of munificence in the Con- 
vivio (IV, II). L'auteur identifie, avec beaucoup de vraisemblance, 
parmi les sept types de largesse cités par Dante, le bon roi de Cas- 
tille avec Alphonse VIII (1158-1214), le bon comte de Toulouse avec 
Raymond V (1148-1194) et le &o» marquis deMontferrat avec Boni- 
face II (1192-1207). Pour Bertran de Born, il fait observer que Téloge 
s'adresserait mieux à son protecteur, le jeune roi d'Angleterre Henri IL 
Comptes rendus. — P. 461. Ed. Schwan, Grammatik des Alt- 
Jranzœsisclien, dritte Auflage, bearbeitet von D^ Behrens (i^^ ^slv- 
tie) (M. Roques : sérieuses améliorations à un ouvrage qui avait, 
lors de son apparition, suscité bien des critiques). — P. 462. Fr. 
Hansen, Huit dissertations de philologie espagnole (E. Porebowitz, 
travail insuffisant au point de vue des résultats, mais utile à cause 
des nombreux matériaux réunis). — P.465 Le Sermon des plaies publié 
par H. Ehrismann sermon en versduXIIle siècle, consistant en 56 qua- 
trains monorimes, (G. Paris: examen détaillé et corrections nom- 
bi-euses) . — P . 468. King Ponthus and the Fair Sidone, edited by . 
P. — J. Mather (G. Paris: le roman de Ponthus et Sidoine, dont le 
roman anglais est traduit, mériterait de trouver un éditeur). — P. 470. 
Deux livres de raison (1517-1550), publiés par L. de Santi et Aug. 
Vidal (P. Meyer : l'étude générale sur la situation économique au 
XV1« siècle est intéressante, quoique prolixe ; les textes proviennent, 
l'un de Giscaro (Gers), l'autre de Gaillac. Ce dernier ne pourra être 
utilisé qu'avec précaution, tant par suite des difficultés qu'offre le 
manuscrit qu'à cause du système de transcription adopté, lequel prête 
à confusion). 

PÉRIODIQUES. — p. 473. Revue des langues romanes, 4® séiie, 
t. IX, 5-12, t. X, 1-5 (P. Meyer). — P. 477. Chroniqve. — P. 478. 
Livres annoncés sommairement. 



BIBLIOGRAPHIE 



MoNTAioNB. ^ Principanz Gkapitras et Eitraits dea « Esaaia » pu- 
bliés par A. Jeanhoy. Paris, Hachette et C*, 1897. — XXXV — 

379 pp. ia-16. 

Soas ce titre M. A. Jeanroy vient de publier une édition classique 
et partielle des « Essais ». Les principaux et les plus intéressants 
chapitres de Montaigne s*y trouvent et les élèves qui voudront les 
lire ne seront guère arrêtés par des difficultés de langue ou d'ortho- 
graphe. 

M. A. J. a en effet noté et expliqué les tournures ou expressions 
qui pouvaient arrêter les jeunes lecteurs auxquels ce livre est des- 
tiné ; et, en fait d'orthographe, il a pris le sage parti d'habiller le 
texte de Montaigne à la moderne. On ne saurait trop Ten féliciter: 
les élèves se rebutent bien assez facilement ; inutile de leur présenter 
une orthographe bizarrement fantaisiste qui crée pour eux de nou- 
velles difficultés. 

Si d'ailleurs ils sont curieux de connaître Torthographe de Mon- 
taigne, il leur suffira de se référer aux dernières pages du volume ; 
ils y trouveront un intéressant essai d'édition critique d*un chapitre. 
Ils satisferont ainsi une légitime curiosité et pourront voir sur le vif 
la charmante négligence avec laquelle Montaigne compose ses Essais 
et qui lui permet, à chaque édition nouvelle, d^insérer quelques ré- 
flexions ou d'intercaler quelques nouveaux développements. 

De toute manière ce dernier chapitre ne sera pas inutile ; il est 
même une heureuse innovation dans une édition classique. 

J. Anglade. 

CHRONIQUE 

Dans Tavant-demier numéro de la Revue Historique (Juillet- Août 
1897), M. Jean Guiraud, ancien élève de l'Ecole de Rome, vient de 
publier un article très intéressant sur l'histoire méridionale : Saint 
Dominique et la fondation du monastère de Prouilhe, Cet article n'est, 
d'ailleurs, qu'une partie de Vlntroduction au Cartulaire de Prouilhe 
que l'auteur va faire paraître incessamment. Dans ce Cartulaire figure- 
ront deux pièces en provençal dont les originaux se trouvent aux 
Archives municipales de Limoux. 

* 
• ♦ 

Sous ce titre : Lou Juge de Pas de Gorconas, vient de paraître 
une intéressante plaquette (Montpellier, Fr. Dezeuze, 1897, 1-26 pp.) 



CHRONIQUE 497 

La rapidité de ractioD» Tamusante variété des caractères, ne démen- 
tent pas le sous-titre de farcejada. 

Auteur : un anonyme que les lecteurs du journal montpelliérain La 
Campana de Magalouna connaissent bien. 



M. Flahault, dans une notice sur /a Flore de la vallée de Bar- 
celonnette (ou de VUhaye)^ essaye de faire entrer dans le langage 
courant delà botanique deux mots provençaux qui sont un usage fré- 
quent dans la langue d'oc ; ce sont les mots ubac et adrech. Le pre- 
mier désigne les versants de montagnes exposés au nord, le second 
ceux qui sont exposés au midi. Voici les raisons qui ont déterminé 
M. Flahault à faire ce choix : 

« A Tavenir nous emploierons ces mots. La nécessité les a créés ; 
il y a lieu de les adopter dans notre langue scientifique, lorsque le 
besoin s'en fait sentir : car nos langues nées des littératures urbaines 
sont trop pauvres pour exprimer une foule d'objets ou de phénomènes 
naturels *€ (p. 24) *. 

Comme il serait facile d'emprunter le plus souvent à nos dialectes 
ou au vocabulaire si touffu du français du moyen âge les mots qui nous 
sont nécessaires ! Cela vaudrait mieux que de reprendre chez nos voi- 
sins des mots habillés à l'anglaise et qui parfois proviennent d'em- 
prunts faits au français, comme c'est le cas pour inierwiever et 
interwiev. 

♦ ♦ 
Le Bulletin de la commission archéologique de Narbonne (année 
1897, 1*' semestre) publie, sous la signature de M. J. Sahuc, déjà 
connu par d'autres publications, des extraits d'un Livre de raison ^ 
de B. Câbrol, prêtre desservant la paroisse de Riols, près Saint- 
Pons (1597-1620). 

Parmi ces notes écrites en latin, en français ou en languedocien, 
se trouvent deux ou trois textes intéressants pour l'histoire du dialecte 
de Saint-Pons: ils ont été édités à part par M. Chabaneau dans 
VInveniaire des Archives Communales de Saint-Pons, publié par le 
même M. Sahuc. Ces textes sont un prône, un Epîlre de Saint-Etienne 
et la Passion du Christ ; ces deux derniers en vers. 

Dans le même bulletin et le suivant (2« semestre 1897) M. A. Blano 
continue la publication du Livre de raison de Jacme Olivier (Intro- 
duction et Pièces justificatives). 

J. A. 

1 Société botanique de France. Session extraordinaire de la haute 
vallée de VUhaye en août 1897. Notices pabliées par le comité local d'organi- 
sation. — Montpellier, imp. Serre et Roumégous, 1897, in-S" [60 p. et 9 pi.]. 



4 98 CHRONIQUE 



Ministère de V Instruction publique et des Beaux-Arts 

PROORAMMB DU OONORBS DBS SOClÉTBS SAVANTES A LA SORBONIIE BN 1898 

Section d'Histoire et de Philologie. — !• Déterminer les systèmes 
suivis dans les différentes provinces pour le changement du 
millésime de Tannée de Tère chrétienne; s'attacher à T examen des 
séries d'actes émanés d'une même chancellerie ou d'une même juri- 
diction. Indiquer autant que possible l'époque à laquelle chaque usage 
a disparu. 

2^ Etablir la chronologie des fonctionnaires ou dignitaires civils 
ou eclésiastiques, dont il n'existe pas de listes suffisamment exactes. 
Dans ces études, on devrait se préoccuper de rutilité des liâtes 
pour fixer la chronologie des documents dépourvus de date et 
pour identifier les personnages qui sont simplement indiqués 
dans les documents par le titre de leurs fonctions. Pour ces 
recherches, il est recommandé de tenir compte des documents 
financiers et des lettres de notification adressées aux cours 
supérieures. 

3<* Signaler, dans les archives et bibliothèques, les pièces manus- 
crites ou les imprimés rares qui contiennent des textes inédits ou peu 
connus de chartes de communes ou de coutumes. 

Communiquer, s'il y a lieu, des reproductions photographiques. 
Mettre, dans tous les cas, à la disposition du Ck)mité une copie 
du document, colla tionnée et toute préparée pour l'impression, 
selon les règles qui ont été prescrites aux correspondants, avec 
une courte note indiquant la date certaine ou probable du docu- 
ment, les circonstances dans lesquelles il a été rédigé, celles 
des dispositions qui s'écartent du droit consigné dans les textes 
analogues de la même région, les noms modernes et la situation 
des localités mentionnées, etc. 

4^ Indiquer les archives particulières renfermant des correspon- 
dances ou des documents relatifs à l'histoire politique « administrative, 
diplomatique ou militaire de la France. 

b^ Indiquer les mesures qui ont pu être prises dans certains dépar- 
tements pour assurer la conservation des minutes notariales et en 
faciliter les communications demandées en vue de travaux historiques. 

6<> Rechercher à quelle époque, selon les lieux, les idiomes vulgai- 
res se sont substitués au latin dans la rédaction des documents 
administratifs. 

Dépouiller systématiquement les fonds d'archives appartenant à 
une localité ou à une circonscription nettement limitée, dans 



CHRONIQUE 499 

lesquels on peut constater la substitution de la langue vulgaire 
au latin, comme comptes administratifs, actes et sentences judi- 
ciaires, délibérations municipales, minutes notariales ou autres 
documents officiels. Etablir à quelle date la substitution s'est 
opérée dans ces diverses catégories de pièces. Distinguer aussi 
entre l'emploi de Tidiome local et celui du français, et fixer à 
quelle date le second a remplacé le premier. Dans les territoi- 
res qui ont appartenu successivement à des Etats différents, 
indiquer la corrélation ou Tabsence de corrélation entre les 
idiomes employés et les régimes politiques. 

70 Etudier quels ont été les noms de baptême usités suivant les 
époques dans une localité ou dans une région ; en donner, autant que 
possible, la forme exacte ; rechercher quelles peuvent avoir été Tori- 
gine et la caase de la vogue plus ou moins longue de ces différents 
noms. 

Dépouiller les registres paroissiaux, les minutes des notaires, les 
registres des municipalités, les actes d'assemblée, les cadastres, 
ou tout autre fonds d'archives suffisamment abondant, en éta- 
blissant, pour chaque époque, la proportion numérique des 
divers noms, celle des noms simples, doubles et multiples, celle 
des noms empruntés au patron de la paroisse, aux autres saints 
du diocèse, au pays lui-même, aux familles princières ou sei- 
gneuriales de la région, aux courants d'opinion politique, aux 
modes littéraires, aux souvenirs patriotiques, Rechercher dans 
quelle proportion ont été suivis, selon les époques, les divers 
usages consistant à donner à l'enfant le nom du parrain ou 
celui de la marraine, celui d'un ascendant, etc. Pour les noms 
particuliers à une région et peu connus ailleurs, indiquer exac- 
tement les formes en langue vulgaire et en latin. Pour les noms 
pris en dehors de la région, indiquer les différentes modifica- 
tions de forme et chercher l'origine. 

8® Signaler les travaux qui ont été ou peuvent être faits sur les 
registres paroissiaux antérieurs à rétablissement des registres de 
Tétat civil ; indiquer les mesures prises pour la conservation et le 
parti qu'on en peut tirer pour l'histoire des familles ou des pays, 
pour la statistique et pour les autres questions économiques. 

On pourrait prendre comme type la publication qui est en cours 
des registres paroissiaux de trois diocèses bretons. 

9*^ Etudier les origines et Thistoire des anciens ateliers typogra- 
phiques en France. 

Faire connaître les pièces d'archives, mentions historiques ou an- 
ciens imprimés qui peuvent jeter un jour nouveau sur la date 
de l'établissement de l'imprimerie dans chaque ville de France, 



500 CHRONIQUE 

sur les migrations des premiers typographes et sur les produc- 
tions sorties de chaque atelier. 

10^ Rechercher par quels moyens et dans quelles conditions les 
livres d'étude ou de lecture courante pouvaient être, sous l'ancien 
régime, mis à la disposition des personnes qui ne pouvaient pas s'en 
procurer des exemplaires. 

ll« Etudier les procédés suivis, soua l'ancien régime, pour l'ensei- 
gnement de la lecture et de l'écriture. 

12o Rechercher les documents relatifs à l'histoire de la marine 
française. 

Dépouiller particulièrement les archives notariales des villes ma- 
ritimes, les archives des chambres de commerce ou d'autres 
dépôts pouvant contenir des correspondances et des actes 
relatifs à la marine royale ou à la marine marchande et privée. 

\3^ Recueillir les renseignements qui peuvent jeter de la lumière 
sur Tétat du théâtre et sur la vie des comédiens en province depuis la 
Renaissance. 

14° Etablir comment se faisait la transmission des correspondan- 
ces avant le règne de Louis XIV. 

\b^ Etudier comment les nouvelles politiques et autres, de la 
France et de l'étranger, se répandaient dans les différentes parties du 
royaume, du XV" au XVII" siècle. 

16<> Recueillir les indications sur les mesures piiaes avant le 
XVIil* siècle pour la construction et l'entretien des routes. 

l?** Rechercher, d'après un ou plusieurs exemples particuliers, 
comment furent organisées et comment fonctionnèrent les assem- 
blées municipales établies conformément à l'édit de juin 1787. 

18<> Etudier les délibérations d'une ou plusieurs municipalités ru- 
rales pendant la Révolution, en mettant particulièrement en lumière 
ce qui intéresse l'histoire générale. 

19"^ Etudier, dans un département, dans un district ou dans une 
commune, le fonctionnement du gouvernement révolutionnaire insti- 
tué par la loi du 14 frimaire an II. 

20<» Etudier, dans un département ou dans un canton, le fonction- 
nement du régime de la séparation de l'Eglise et de l'Etat sous le 
Directoire et sous le Consulat jusqu'au Concordat. 

(A suivre.) 



Le Gérant responsable : F. Hamblin. 



NOTE 
SUR LA CORRESPOND A.NCE DU CARDINAL QUIRINI 
A LA BIBLIOTHEQUE DE BHESCIA 



La correspondance du cardinal Quirini est célèbre. Les 
lettres des correspondants français y sont nombreuses, mais 
riraportance en est beaucoup moindre que la joie d'y avoir 
découvert du Fénelon inédit ne l'avait fait croire à M. Valéry. 
Des trois cent lettres environ dont se compose cette corres- 
pondance française, la majeure partie ne contient que des 
compliments d'apparat ou des remerciements souvent empha- 
tiques sur des envois de livres. L'histoire de l'érudition ne 
doit s'occuper que des dix-neuf lettres fort savantes de M. de 
Boze sur les questions de numismatique, et des lettres des 
bénédictins, Dom Bouquet, D*. Devic, D. de Montfaucon, et 
D. Raverdy, les unes publiées par M. Valéry, les autres desti- 
nées sans doute à figurer dans l'édition que prépare M. Stein. 
Les lettres de Frédéric II, publiées dans ril/uslrazione lia- 
liana^ et colles de Formey donnent des renseignements sur 
lasituation du catholicisme en Prusse; celles des Noailleset des 
Torcy, quelques détails biographiques sur ces familles. J'ai 
transcrit quelques-unes des lettres les plus intéressantes de la 
correspondance. D'après elles on jugera le reste, et l'on pen- 
sera que les dix-huit gros portefeuilles du Carteggio Quiri- 
niano sont loin d'être comparables aux collections des lettres 
de PeiresCy de Huet ou des Bénédictins ^ 

Léon G. PÉLissiER. 

» Voici la liste des lettres françaises de la bibliothèque Quirinienne. 
[God. E. IV 1 à 14, F, IV 1 à 4]. (Il n'y a que des lettres italiennes ou 
latines dans le carton E III 8) : 

Baiuze, une lettre, t. II, n. 6. — Abbé de Bernis, 3 lettres, t. II 
n. 26. — G. Berthier, supérieur des missions, 8 lettres, t. II, n. 27. — 
Bignon, 3 lettres, t. III, n. 33. — Boivin, une lettre, t. III, n. 35. — 
De Boze, 19 lettres, t. III, n. 49. — Dom Bouquet, une lettre, t. III, 
n. 51. — Bréquigny, une lettre, t. III, n. 55.— Dacier, une lettre, t. VI, 
n. 1. — Daguesseau, 6 lettres, t. VI, n. 3. — Dom Devic, une lettre, 
t. VI, n. 11. — Fénelon, 6 lettres, t. VII, n. 10. — Cardinal Fleury, 9 
lettres, t. VII, n. 21. — Samuel Formey, 8 lettres t. VII, n. 26 bis. — 

TOMB xn DB LA QUATRiÂMB SBRiB. ^ NoTembre-Décembro 1897. 33 



502 NOTE SUR LA CORRESPONDANCE 

I 

ELECTION DE DACIER A L' ACADÉMIE. L'iLIADE DE LA MOTTE 
(extrait d'une lettre de DACIER, PARIS, 4 FEVRIER 1714) 

Je sens bien, mon Révérend Père, que rAcadémie pouvait 
faire un meilleur choix, mais je ne laisse pas d'être vain du 
compliment que vous avez la bonté de me faire. Rien ne pour- 
roit estre plus flatteur pour moi que l'estime d'un homme 
comme vous, qui mérités celle de tout le monde... Ma 
femme et moi, nous ne doutons point que nous ne puissions 
passer en Italie pour de grands personnages, si vous daignez 
parler favorablement de nous. 

Ënfln riliade de M. de la Motte a paru, avec un discours 
où il juge d'Homère. Le poème est déjà mort et le discours 
est encore à Tagonie. Il ne se soutient que dans Tesprit de 
quelques ignorants pour lesquels il est fort spécieux ; mais 
comme il n'est basti que sur 'de faux principes déjà souvent 
rebattus, il ne subsistera pas longtemps. Il est bon qu'on sa- 
che en Italie que nous n'approuvons pas en France des pro- 
jets si insensés et si mal soutenus. 

II 

LES- LOGEMENTS DE BALUZE 

(lettre de BALUZE, PARIS, LE 10 FEVRIER 1714) 

J'ai receu, Monsieur, avec le respect et la reconnaissance 
que je de vois, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de 

Frédéric lî, 6 lettres, t. VI, n. 31. — Fréret, une lettre, t VII, n. 33. 
— Froullay, 63 lettres, t. VII, n. 34. - P. Marchand, 3 lettres, t. X, 
n. 12. — Maupertuis, 2 lettres, t. X, n. 23 bis. — Maurepas, 5 lettres, 
t. X, n. 23 ter. — Montesquieu, une lettre, t. XI, n. 44 bis. — Mont- 
faucon, 8 lettres, t. XI, n. 45. — Cardinal de Noailles, 7 lettres, t. XII, 
n. 9. — Maréchal de Noailles, 9 lettres, t. XII, n. 10.— Philippe d'Or- 
léans, régent, 2 lettres, t. XII, n. 8. — Quincy, une lettre, t. XIV, 
n. 2. — Louis Racine, 10 lettres, t. XIV, n. 1 -— Don Raverdy, 42 
lettres, t. XIV, n. 4. — Renaudot, 15 lettres, t. XIV, n. 10.— Titon du 
Tillet, 2 lettres, t. XV, n. 15. — Cardinal de Tencin, 31 lettres, t. XV, 
n. 10. — Marquis de Torcy, 11 lettres, t. XV, n. 20. — Marquise de 
Torcy, 5 lettres, t. XV, n.21. — De la Tour, 11 lettres, t. XV, n. 26. — 
Touireil, une lettre, t. XV, n. 27. — M. de Valois, 2 lettres, t. XVII, 
xi,2. 



DU CARDINAL QUIRINI 503 

m^ écrire au sujet de mon retour à Paris. J'ay ressenti comme 
je le devois cette marque 'de votre amitié de laquelle je vous 
remercie de tout mon cœur, vous suppliant de croire que 
je n'oublierai jamais le bonheur que j'ai eu de vous voir à 
Orléans. 

Pour ce qui est de votre dessein des Annales Ecclésiasti- 
ques de TEstat de Venise, je vous asseure, Monsieur, que je 
vous communiquerai très volontiers tout ce que j'en trouve- 
rai dans mes papiers; mais cela ne peut pas se faire si tost, 
atendu (sic) que je suis logé dans une fort petite maison où mes 
papiers sont en grand désordre, et je ne puis penser à les 
débrouiller qu'après que je serai plus au large, ce qui sera 
après Pasques. Encore ne le pourrai-je pas faire sitost, parce 
qu'on ne peut me livrer qu'à la Saint-Jean tout le logement 
dont j'ai besoin. Après cela, je rangerai mes papiers et mes 
livres. Cependant je vous supplie d'être asseuré que je ne 
vous oublierai pas, m'estimant bienheureux d'avoir quelque 
occasion de vous marquer l'estime que je fais de votre per- 
sonne et de votre amitié. N'en doutez pas, s'il vous plaît, 
Monsieur, et crojez-moi toujours, etc. 

BA.LUZB. 

m 

FAUSSB MODESTIE d'hOMBIE DE LETTRES 

(LHTTRB de MONTESQUIEU, CLAYRAC, LE 22 JUIN 1734) 

Monseigneur, 
La lettre de V. E. m'honore à un tel point que je ne sais 
comment lui en témoigner ma reconnaissance. Les marques 
de son estime flattent d'une manière à enorgueillir tous ceux 
qui les reçoivent; et ceux qui cultivent les lettres sentiront 
toujours de l'émulation, en voyant qu'Elle les surpasse autant 
par ses lumières que par l'éclat de sa dignité. Et moi. Mon- 
seigneur, qui dans cette carrière ai toujours apporté plus 
d'envie de réussir que de talent, je me borne presque à ad- 
mirer le grand savoir et le génie de V. E., et à féliciter nos 
académies de France du rang distingué que vous y tenez. J'ai 

l'honneur, etc. 

Montesquieu. 



504 NOTE SCJR LA CORRESPONDANCE 

IV • 
OxRDINAL DIPLOBfATB BT CARDINAL ÉRUDIT 
(LBTT&B du cardinal FLBURT, IfA&LT, LB 3 ICA&S 1733) 

Quoique je n*eusse rien de plus agréable que de m'entre- 
tenir avec V.E., je suis forcé quelquefois à mettre quelque 
intervalle dans notre commerce, et j'ai été accablé d'un si 
grand nombre d'affaires depuis un mois, que je n'ai pu ré- 
pondre plus tôt à la lettre dont Elle m'a honoré du 5 du mois 
dernier. 

Je suis fâché par toutes sortes d'endroits que le premier pas 
que vous avez fait dans la carière de la politique n'ait pas été 
heureux, et je vois que vous ne demandez pas mieux que de 
chercher querelle au personnage de négociateur pour vous li- 
vrer entièrement au penchant que vous avez pour les lettres. 
Le public y gagnera beaucoup et profitera de vos découver- 
tes et de vos études. M. le duc de Saint-Àignan ne m'a point 
encore parlé du volume que V. E. lui a remis pour m'envoyer, 
et que j'attendrai avec impatience. Je l'en remercie de tout 
mon cœur par avance, et l'épitre dédicatoire qui est de votre 
crû fera regretter que le reste de l'ouvrage n'en soit point 
aussi; mais j'espère que vous y aurez mis aussi quelques no- 
tes de votre façon et qui seront seurement prisées. 

V. Em. s'est divertie apparemment en rappellant(5fc^ le sou- 
venir du courier barbu, qui s'ennuie fortà Tours de ne plus cou- 
rir la poste, mais je n'ai jamais oui dire qu'il ait été jusqu'à 
Babylone. Il n'y aurait gagné peut être que des coups de bâ- 
tons, et ce n'est pas ce qu'il cherchoit. Je n'ai plus aucune es- 
pérance sur la réconciliation de la république de Venise avec 
le Saint Siège, et l'Italie ni la religion ne peuvent que perdre 
dans cette division. Je ne regrette point Fréjus, où ma santé 
n'était pas bonne, mais je regrette fort le repos et la liberté. 
Vous dires que c'est la plainte ordinaire de ceux qui sont dans 
les affaires, et qu'il faut en venir à ce que dit Horace: ut nemo 
quant sibi sortem fors talent, etc. Jouissez de votre loisir, dont 
vous savez proffiter si utilement, et soyez persuadé, s'il v. p., 
(lu respect inviolable que je conserverai toute ma vie pour Vo- 
tre Eminence. 

Le card. DR Flburt. 



DU CARDINAL QUIRINI 505 

V 

LES MANUSCRITS DES COUVENTS GRECS DE SICILE 

(extrait d'une lettre de O. BERTHIER, 19 JANVIER 1747) 

J'ai ouï dire, Mgr, qu'il y a en Sicile un nombre de monas- 
tères du rit grec où se trouvent beaucoup de manuscrits, dont 
les savants pourraient profiter et qui n'ont point encore été 
annoncés au public. Il seroit bien digne de V. E. d'étendre 
jusque-là son zèle. Je ne vois personne qui ne souhaite la dé- 
couverte de ces richesses antiques, et, si V. E. ne prend cela 
à cœur, ce sont richesses perdues. 

VI 
COPIE d'un manuscrit pour la bibliothèque du roi 

(extrait d'une lettre de d'aOUESSEAU, le 4 OCTOBRE 1767) 

[ ] Si V. E. se proposait de faire imprimer à Rome 

l'ouvrage d^Abulfarage dont il s'agit, avec une bonne traduc- 
tion, c'est ce qui vaudroit beaucoup mieux. Mais si l'on ne 
songe point encore à faire ce présent au public, je me flatte 
que V. E. voudra bien se prester au désir que les savants de 
ce pajs-ci ont de pouvoir trouver à la bibliothèque du Roi la 
copie fidèle (il'un manuscrit si rare et dont le professeur qui 
me l'a indiqué seroit fort capable d'entreprendre la traduc- 
tion. Mais comme il ne serait pas juste que le Maronite qui se 
chargera d'en faire une copie exacte ne reçût aucune récom- 
pense de son travail, je supplie Y. E. de se faire rendre 
compte de ce qu'il conviendra de lui donner, et de vouloir bien 
que j'en sois instruit. Je suis persuadé que le Boy se portera 
volontiers à faire une si légère dépense pour enrichir son im- 
mense bibliothèque. Elle est à présent dans un état bien diffé- 
rent de celui où vous l'avez vue. [ ] 

d'aguessbau. 

VII 

LE cartésianisme DE LOUIS RACINE. SA VIE DE JEAN RACINE 
(fragments de deux lettres de l. racine) 

Monseigneur, 
[ ] J'aurais été extrêmement fiatté de recevoir vo- 
tre jugement sur mes principaux ouvrages et particulière- 



506 NOTE SUR LA CORRESPONDANCE 

ment sur le poème de la Religion. Mes deux épîtres sur rame 
des bétes ont rapport à cet oavrage, à cause de la question 
de rame. Il est certain que si nous en donnons une aux bê- 
tes, elle doit être» en bonne philosophie, telle que la nôtre, 
c.-à-d. en substance immatérielle, simple, indivisible et par 
conséquent immortelle. C'est ce que soutient M. le card. de 
Polignac dans le vu* livre de son Anti-Lucrèce, ouvrage qui, 
après avoir été attendu tant d'années, paroit enfin depuis 
deux mois, et est sans doute parvenu à Y. E. Elle y verra que 
le card. de Polignac, sans se déclarer cartésien, paraît cepen- 
dant porté à croire les bétes de simples machines. Je ne suis 
point surpris qu'un homme persuadé de ce système ne puisse 
cependant, sans souffrir, voir déchirer une béte, même odieuse 
comme une souris. Il n'en est pas moins philosophe, mais il 
souffre alors machinalement. La ressemblance des ressorts 
de la machine des bétes avec la nôtre nous rend par contre- 
coup compatissans pour la béte qu'on déchire. Le meilleur 
cartésien peut alors s'écrier : «La pauvre béte !», sans dé- 
mentir son système. Ainsi je ne vois pas que M. le card. Ma- 
galotti ait le droit de triompher de vous pour cette raison. 
Galilée, quoique persuadé de l'immobilité du soleil, se servoit 
comme un autre de ces expressions ordinaires : «Le soleil 
se lève, le soleil se couche. » On n'est philosophe que dans 
la spéculation. [ ] 

16 septembre 1747. 



Je ne connais aucune occasion pour faire venir quelque 
livre de Bresce et y envoyer. Sans cela je prendrois la liberté 
d'envoyer à V. E. un ouvrage que j'ai fait, en trois volumes, 
sur les tragédies de mon père et sur la poésie dramatique. Je 
serais très honoré si cet ouvrage était dans votre bibliothè- 
que. La matière dont il traite lui devroit procurer l'honneur 
d'être reçu dans la bibliothèque d'Apollon. 

M. Heerkens a un grand zèle pour les Muses Latines. Son 
latin est un peu dur. L'air qu'il respire à Groningue en est 
la cause. 

30 juillet 1752. 



DU CARDINAL QUIRINI 507 

VIII 

BRÉQUIGNY HELLÉNISTE 

(^EXTRAIT d'une lettre DE BRÉQUIGNY, 
A LA CARTE PRES DE TOURS, 18 AVRIL 1753.) 

Monseigneur, 

[ ] C'est une nouvelle grâce que vous me faites 

d'agréer les premiers fruits de mon travail sur les anciens 
orateurs grecs. Je vous en aurais adressé les deux premiers 
tomes parla voie que V. E. m'indique, si j'en avois été plutôt 
instruit, mais il y a déjà plusieurs mois qu'ils ont été envoyés 
à M. de la Bruère, secrétaire de Tambassade de France à 
Rome, qui doit vous les faire remettre. 

Quoiqueje m'occupe de la continuation de cet ouvrage, Ton 
m'a engagé dans un autre plus considérable. C'est une tra- 
duction française de Strabon, avec d'amples notes. Ce travail 
sera de longue haleine, ayant dessein de ne rien négliger 
pour m'en acquitter le mieux qu'il me sera possible. J'ay com- 
mencé par extraire les variantes que fournit le beau manu- 
scrit de Strabon que M. l'abbé Sevin apporta d'Orient, il y a 
environ vingt cinq ans, qui est à la bibliothèque du Roy à 
Paris. Je n'en ai encore collationné qu'une partie et j'y ai 
trouvé de très bonnes leçons. 

Tout ce qui intéresse les lettres a droit de vous intéresser, 
Mgr, c'est à ce titre que j'ose vous entretenir de mes études. 
L'avantage le plus grand que j'en puisse retirer est celui de 
vous en faire hommage, et d'avoir cette occasion de vous, 
assurer du très profond respect avec lequel, etc. 

IX 

LES HISTORIENS DE FRANCE. DISCUSSION d'uN TEXTE DE PAUL DIACRE 
LES BIENFAITS LITTERAIRES DE QUIRINI. 

(lettre de DOM bouquet. PARIS( CE 22 NOVEMBRE 1753) 

Monseigneur, 
L'impression de mon neuvième tome de la collection des 
Historiens de France m'occupe tellement que je ne sais de 
quel côté me tourner. Depuis que j'ai entrepris cette coUec- 



508 NOTE SUR LA CORRESPONDANCE 

tioD, j*ai toujours été seul ; je le suis encore, personne ne 
m*aide. Je suis par conséquent obligé d'amasser mes maté* 
riaux, de les préparer pour Tédition, de corriger les fautes 
d'impression, de faire mes tables; ce qui emporte tout mon 
temps et me met hors d'état de m'appliquer à autre chose. 
Ainsi, Mgr, je supplie V. E. de m'excuser d'avoir tant différé 
à lui accuser la réception des deux lettres dont elle m*a ho- 
noré et à la remercier du présent qu'elle a daigné me faire. 
. J'ai remis les deux exemplaires k leur destination. 

J'ai lu avec attention votre dissertation et, j'y ai admiré 
votre profonde érudition. Je Tai communiquée à plusieurs 
savants, qui trouvent que l'argument que les moines de Fleurj 
tirent du passage de Paul Diacre est si triomphant, que les 
raisons qu'on allègue pour le détruire ne leur paraissent pas 
solides. Ils portent le même jugement sur les réponses faites 
aux preuves de Dom Mabillon. Ils avouent cependant, et avec 
raison, que l'argument tiré de la chronique donnée par Mura- 
tori est fort spécieux et forme une vraie difficulté. Mais ils 
sont persuadés que D. Mabillon n'aurait pas eu beaucoup de 
peine à se tirer de cette difficulté. « Un auteur, disent-ils, qui 
vivoit près d'un siècle après Paul Diacre ne peut et ne doit 
lui être comparé. » D'ailleurs, il est incertain si ce chronogra- 
phe ne vivait pas au-delà de Tan 883: car cette pièce ne pa- 
roît qu'un fragment de chronique. Ils font là-dessus plusieurs 
raisonnements, dans lesquels il seroit trop long d'entrer. 
Pour moi, je vous avouerai qu'en imprimant dans mon neu- 
vième tome la lettre du pape Jean VIII donnée à Trojes en 
878, j'ai été extrêmement frappé d'y lire que, non seulement 
le corps de S. Benoit est à Fleurj, mais même que c'est une 
vérité très manifeste. Je ne comprens pas que l'autorité de 
votre chronographe, quel qu'il soit, puisse balancer celle de 
Paul Diacre et du pape Jean, bien loin de les anéantir. 

J'ai lu aussi, Mgr, avec un extrême plaisir et avec une 
grande édification la lettre de V. E. à N. S. P. le pape pour 
le féliciter sur les nouveaux règlements qu'il vient d'établir 
pour la congrégation de l'Index. Qu'il vous est glorieux de 
voir que S. S. n'a fait en cela que d'entrer dans vos vues, et 
que de suivre vos conseils I Mais ce qui me remplit d'admira- 
tion, c'est votre générosité, votre magnificence, et le désinté- 



DU CARDINAL QUIRÎNT 509 

ressèment avec lequel vous offrez de donner les fonds néces- 
saires pour fournir aux cardinaux et aux consulteurs les 
exemplaires des livres qu'ils auront à examiner. Et ce qui est 
plus digne d'admiration, c'est que vous faites ces offres après 
vous être pour ainsi dire ruiné à réédifier l'église de Saint 
Alexis, à orner celle de Saint Marc, à décorer celle de Saint 
Grégoire, enfin à racheter les livres que vous aviez donnés si 
libéralement à la Bibliothèque Vaticane pour les remettre 
dans celle que vous avez érigée, fondée et dotée dans vôtres 
ville épiscopale. Que de dépenses! mais qu'elles sont utiles à 
l'Eglise, avantageuses au public, glorieuses à votre mémoirCi 
qui en sera immortalisée! 

J'ai l'honneur d'être avec une profonde vénération, Mon- 
seigneur, de Votre Eminence, le très humble et très obéissant 
serviteur. 

Fr. Martin Bouquet. 
Paris, ce 22 novembre 1753. 



INVITATION A L ACADÉMIE 
(lettre non datée de tourreil) 

Ce mercredi au soir. 
A demain, mon révendissime, l'assemblée publique du Par- 
nasse françois. Au cas donc que le gros chaud ne vienne pas 
à bout d'esteindre ou de refroidir la curiosité italienne, dai- 
gnez de grâce, l'illustre frère et vous, avec votre voiture toute 
preste, m'attendre à deux heures, non de nuit, mais de l'après 
midj, dans la cour de l'un ou de l'autre, à vostre choix. J'au- 
rai à cette heure l'honneur de recevoir vos ordres; après quoi, 
revestu du titre de maître des cérémonies, j'irai, sous votre 
bon plaisir, vous conduire au lieu de l'assemblée et vous y 
placer. 

Tuus, o Révérende Quirine, quid optes 
Explorare labor, mihi jussa capessere fas est. 

Tourreil. 
J'eusse dit Reverendissime Quirine, si cette maudite quan- 
tité me l'eust permis : la mesure quelquefois gesne la quantité ! 



DANS LES BIBLIOTHÈQUES ET LES ARCHIVES 

D'ESPAGNE 



• Les bibliothèques d'Espagne sont en général de merveil- 
leuses forêts vierges. Il est rare que des sentiers y soient 
tracés. De catalogue, presque jamais. A peine de petits mor- 
ceaux de carton où les principaux ouvrages sont inscrits. Si, 
sur une question particulière on veut amasser tous les docu- 
ments, il faut se décider à un voyage d'aventures à travers 
les rayons poussiéreux. On s'indigne d'abord. Puis on se con- 
sole devant des curiosités inattendues qu'une table des ma- 
tières aurait déflorées. Je recommande ces recherches pleines 
de surprises aux fureteurs fantaisistes qui aiment à picorer 
sur les livres comme les abeilles sur les fleurs, et je préviens 
les gens en quête d'un sujet sérieux qu'il y a ici deux belles 
œuvres à écrire : La casuistique espagnole et le mysticisme 
espagnol. Les chapitres en sont, disséminés un peu partout. 
Mais qui les recueillerait n'aurait point à regretter d'avoir 
gâché son existence. Il n'aurait pas non plus à redouter le 
surmenage. Si les bibliothécaires sont mal payés, en revan- 
che, ils chôment souvent, et souvent on tombe sur une porte 
fermée en l'honneur d'un saint ou d'une princesse. Il faut 
donc se reposer par force, et il ne reste plus qu'à relire ses 
notes et à en détacher quelques vieilleries amusantes où 
flotte le parfum de l'Espagne. 

A Valladolid. — Les bibliothécaires me sortent leurs plus 
antiques éditions, leurs textes classiques imprimés au XV* siè- 
cle en très beau gothique avec, au début de chaque ouvrage, 
de grandes lettres d'or fleuries d'arabesques multicolores. Je 
les contemple avec gravité, comme les reliques d'une châsse. 
Je comprends les émotions sacrées des bibliophiles, et le re- 
gard ému devant un vieil in-folio, tel que Ta peint Mariano 
Fortuny. Nous lisons tant aujourd'hui et si vite que nous ne 
cherchons plus à savourer nos livres. Nous avons profané 



ET LES ARCHIVES D' ESPAGNE 511 

Tart de l'imprimerie. Nous savons faire les éditions à cinq 
sous. Nous ne savons plus fondre de nobles caractères et 
graver de patientes et fines décorations. Quelle saveur aussi 
à parcourir un manuscrit minutieusement colorié ! On oublie 
les bienfaits de l'invention de Gutenberg, on se réjouit de 
rencontrer une œuvre qui ne fut tirée qu'à un seul exemplaire. 
On éprouve enfin le désir de la possession. Certainement, si 
mes ancêtres n'avaient pas versé dans mon sang d'honnêtes 
hérédités, j'aurais essayé de voler à la bibliothèque de Val- 
ladolid des Commentaires de l'Apocaljpse qui remontent au 
XII* siècle. Il y a un plaisir étrange à deviner dans les ima- 
ges qui les illustrent les premières manifestations du goût 
espagnol pour le réel et le voyant, ^es premiers efforts pour 
rendre sensibles les vérités de la foi. Avez-vous connu la joie 
de voir un enfant essayer ses premières courses et poser ses 
premiers Pourquoi? Un bibliophile l'éprouverait s'il lisait 
dans une carte de ces Commentaires l'idée primitive qu'on se 
faisait alors du monde enfant. Adam et Eve dans un cercle 
vert qui représente le Paradis, et près d'eux le serpent tout 
droit et tout rouge. Au milieu, des montagnes peintes en vio- 
let ou en marron, et des fleuves d'azur bordés de pourpre* 
Des arbres symboliques s'en détachent qui disent les généalo- 
gies des peuples connus. Une des branches porte : Narbona. 
L'Angleterre est au bas, et, comme le dit mon bibliothécaire, 
•très loin du paradis. On croyait encore que la terre était en- 
tourée par l'Océan, car on voit, limitant la carte, un cercle 
d'un bleu sombre constellé de poissons rouges. 

Cette prédilection de l'Espagne pour les couleurs vives et 
pour la figuration allégorique, je la retrouve encore dans les 
curiosités postérieures qu'on me dévoile. Religieux ou pro- 
fanes, tous ses livres l'attestent. Demandez-vous quelque in- 
terprétation latine d'un Père de l'Église ? Les lettres du titre 
sont une mosaïque de couleurs. Des images y représentent des 
vieillards avec des lions qui représentent à leur tour la puis- 
sance de la foi. Voulez-vous parcourir le voyage en Flandre 
du cardinal infant Ferdinand ? Becano l'écrivit en 1536, et, 
de toutes les gravures qui illustrent cette expédition, la plus 
belle montre le prince saisissant par le bras une femme or- 
née de deux cornes sur la tête et la main posée sur un lion. 



512 DANS LES BIBLIOTHEQUES 

Si vous hésitez à comprendre, vous n'avez qu'à lire la lé- 
gende : Teneo te, Africa. Notre mojen âge a bien connu cette 
représentation symbolique, mais TEspagne s*en est plus long- 
temps servie, et elle lui a donné une couleur originale qu'aa- 
jourd'hui encore il est facile de retrouver. L'idéal et le réel 
se sont sans cesse réunis chez elle, et, si on voulait lui appli- 
quer son procédé favori, il faudrait la peindre sous les traits 
d'une vierge très pure avec les pieds enfoncés dans le sol. 

Dans la Bibliothèque des Indes à Séville. — C'est ici qu'il 
faudrait chercher l'Espagne héroïque du XVI« siècle. On monte 
un bel escalier de marbre, on entre dans de vastes salles sous 
des voûtes arrondies. De longues bibliothèques et qui contien- 
nent les plus précieux documents sui^ l'histoire de la coloni- 
sation espagnole. Que de relations de voyages plus extraordi- 
naires que des romans d'aventures! Que de rapports officiels 
où, sous la poussière entassée, respirent encore les héroïsmes 
des conquistadores ! Je vois une lettre du licencié Vaca de 
Castro. Elle est écrite de Panama et datée du 2 mars 1541. 
Elle indique la place d'un fort. La mer est représentée par les 
ondulations de quelques lignes surmontées d'un bateau informe 
et entrelacées de poissons. Les montagnes sont des ronds. 
La terre est recouverte de pieux élargis au sommet qui figu- 
rent des arbres. On croirait que les maisons ont été dessinées 
par un enfant qui ne savait pas écrire. Cette carte naïve est 
bien loin des tracés complexes de nos ingénieurs. Sans parler 
des souvenirs qu'elle éveille, elle a au moins deux avantages: 
elle a coûté moins cher et rapporté davantage. 

A Salamanque. — Dans la grande salle aux élégantes boi- 
series, sur un vieux fauteuil de cuir râpé, j'ai relu la Diane 
de Montemajor. Puis, en regardant sur la couverture des to- 
mes poussiéreux, je suis tombé sur les Jardins d'Amour qu'en 
1599 Olenix de Sainte-Marthe fit paraître à Paris chez Adrien 
Perier, en la boutique dePlantin. C'est une Diane aussi qu'aime 
le héros Selinde,et leurs amours sont une pastorale qui avait 
d'abord fleuri de ce côté-ci des Pyrénées. De longues dis- 
sertations érudites sur la passion surtout et sur la mort, 
des histoires en vers et en prose, tirées de l'antiquité et des 
temps modernes. Des fées qui font des discours rimes, un 
prince de Dannemarch déguisé en chevalier, et sans cesse des 



ET LES ARCHIVES d'eSPAGNE 513 

chansons et des énigmes entremêlées. Tous ces personnages 
parlent la langue de la galanterie la plus abstraite et du plus 
adorable mauvais goût. « Donc mourons, Seigneur Selinde, 
se dit le chevalier de même nom, mais avant ouvre les sour- 
ces de tes yeux, et verse tant de liqueur que ton âme puisse 
se dissoudre en larmes, sans que tu sois contraint de Tarra- 
cher par le fera vive force. » Heureusement Diane survient 
et arrête Tépieu mortel. Et le malheureux Séiînde de s'écrier: 
a N^ai'je assez soupiré et lasché de complaintes I » On n'est 
plus étonné quand on a lu Montemajor. On comprend seule- 
ment pourquoi le romanesque et la préciosité nous sont venus 
de TEspagne. 

Que lui doit donc l'Europe? La question fut soulevée à TA- 
cadémie de Berlin, et le 26 janvier 1786 Tabbé Denina lut 
dans rassemblée publique un long mémoire sur ce sujet. Son 
discours est écrit en français avec un parti pris curieux de 
dénigrer la France. On y lit que Descartes n'eut aucune ori- 
ginalité. Son système physique est tout entier tiré de Pereira 
Gomez, du fameux livre intitulé Antoniana Margarita, et des 
ouvrages de François Valès. Avant Descartes, le Français 
Budé n'avait montré que de l'érudiiion ; le grand homme du 
temps c'était l'Espagnol Vives. La poésie française n'est pas 
mieux traitée. Parmi les troubadours, il n'y avait pas moins 
de Catalans et d'Aragonais que de Provençaux et de Limosins. 
Si plus tard Corneille et Molière ont travaillé avec art, les 
règles du drame leur venaient des Grecs, et les sujets des Es- 
pagnols. Que reste-t-il donc à la France? D'avoir fourni l'Eu- 
rope de breloques et de boîtes ciselées. « Mais oserait-on pré- 
tendre à notre reconnaissance parce que la frivolité des petits- 
maîtres, les caprices des filles d'opéra et la dissipation des 
fermiers et des grands ont rendu l'Europe tributaire de Pa- 
ris? » 

Cette apologie de l'Espagne ne manqua pas de séduire l'a- 
mour-propre de Don Juan Pablo Forner. Il songea d'abord à 
la traduire, mais il fit cette réflexion, fort honorable pour la 
France si maltraitée, que le français était connu de tous les 
lettrés et qu'il prendrait une peine inutile. Il se contenta 
donc d'ajouter au discours de Denina une dissertation sur les 
gloires de l'Espagne dans l'antiquité et au mojen âge. Et il 



514 DANS LES BIBLIOTHEQUES 

en profita pour réfuter les attaques dirigées contre son pays. 
Voltaire avait écrit : a La liberté de penser est inconnue en 
Espagne, n Fornerlui réplique par cet admirable sophisme: 
a Oui, si la liberté de penser consiste à renverser les autels 
sacrés et les sentiments vertueux, nous ne la connaissons point 
et nous nous en glorifions. » Et là-dessus longue diatribe con- 
tre Rousseau, Helvétius, Bajle et surtout Voltaire, a ce grand 
maître de sophistique et de perversité, qui vécut sans patrie, 
mourut sans religion, et ne laissa jamais entendre ce qu'il 
croyait ou ne croyait pas. » Deuina en voulait surtout à la 
France, Forner s'en prend surtout aux philosophes de notre 
XVIII» siècle. L'un est Allemand, et Tautre est Espagnol, c'est- 
à-dire catholique. Dans la vieille bibliothèque de Salamanque, 
il est curieux de lire leurs livres modernes où la littérature se 
discute, en Allemagne avec les aveuglements d'un patriotisme 
déjà haineux, en Espagne comme une matière de théologie. 
Depuis un siècle, rien n'a changé. 



Dans les archives. — Les vieilles archives d'Espagne sont 
des trésors merveilleux. La clé ne s'en conûe qu'à de rares 
privilégiés, et il est difficile de se diriger dans l'amas confus 
de leurs paperasses jaunies. Mais le hasard est quelquefois 
malin, et il lui arrive de dévoiler, à côté de l'histoire ofâcielle, 
des aventures piquantes qui ne devaient point passera la pos- 
térité. Je ne veux point trahir ces petits secrets d'Etat ; je 
veux simplement, comme Chéhérazade, amuser mon insomnie 
à tirer un conte de deux lettres authentiques. 

Il y avait jadis, je ne sais plus quand et je ne me rap- 
pelle plus où, une reine belle et sage. Vous n'ignorez pas 
que toutes les reines sont belles et sages. La mienne l'était 
cependant plus que les vôtres. Le ciel, malheureusement, 
ne souriait pas à ses vertus. Le roi était pour elle un ex- 
cellent époux, comme le sont tous les rois. Mais il ne se 
portait pas si bien qu'il en avait l'air. Ses conseillers se de- 
mandaient avec inquiétude ce que deviendrait le royaume, si 
son chef mourait sans héritier. Et le fantôme de la guerre 
civile venait troubler leurs vigilantes délibérations. La reine 
connaissait leurs craintes, et. elle se désolait de n'avoir pas 



ET LES ARCHIVES D ESPAGNE 515 

d'enfant. Que faire ? A qui s'adresser? Le temps des fées était 
passé. Mais il restait encore un grand magicien qui jouissait 
d*une universelle autorité. Il n'avait pas d'armée, et pourtant 
les rois le redoutaient. Il ne faisait pas d'enchantements, mais 
il faisait croire aux miracles, et il était aussi puissant qu'un 
thaumaturge, car il vivait dans le mystère. Désespérée d'atten- 
dre, la reine s*£hdressa à lui. Elle lui dit ses angoisses et les 
malheurs qui menaçaient son peuple. Elle s'était longuement 
étudiée, et elle ne voyait rien à se reprocher qui pût justifier 
son infortune. Comment échapper aux calamités qui épouvan- 
taient ses ministres ? Le grand magicien eut pitié de ses légi- 
times angoisses. Il lui répondit aussitôt. Sa lettre était em- 
preinte d'une douceur paternelle. Ses conseils s'attendrissaient 
en consolations. Il parlait du devoir des reines qui doivent 
parfois sacrifier à l'intérêt de l'Etat jusqu'à leurs sentiments 
les plus chers. Et il appuyait ses raisonnements sur des for- 
mules ohscures dont la vertu était merveilleusement efficace. 
La reine ne comprit pas d'abord toute la lettre. Il y avait des 
idées bien abstraites pour son cerveau de femme ; et puis le 
magicien s'était servi d'une langue antique qui avait bien 
cours partout, mais qu'on ne parlait plus, et que les érudits 
seuls entendaient à fond. Heureusement la reine connaissait, 
parmi les conseillers du roi, un jeune gentilhomme qui', disait- 
on, était aussi savant et habile qu'élégant et aimable. Elle le 
fit venir et lui montra la lettre du grand magicien. Il la com- 
prit tout de suite. Il lui fallut un peu plus de temps pour 
l'expliquer, mais il y réussit pleinement, car la reine était très 
fine, et elle avait le plus vif souci des intérêts de son royaume. 
Devant tant de bonne volonté, le ciel finit par s'émouvoir. 
Un jour, le roi dit à l'oreille de ses conseillers quelques mots 
qui les réjouirent tant qu'ils ne virent plus désormais le fan- 
tôme des guerres civiles troubler leurs vigilantes délibéra- 
tions. Dans quel pays, à quelle époque vivait cette reine ? 
Décidément, je ne sais plus quand, et je ne me rappelle plus 
où. En tout cas, ce n'était pas en Espagne, et il y a bien, bien 
longtemps. 

E. Martinbnchb. 



TEXTES ET FRAGMENTS INÉDITS 

RELATIFS A l'hISTOIRE DES MŒURS ITALIENNES 
(1498-1500) 

Tirée des archives d Italie 



Qui explore pendant dix ans en vue d'an travail déterminé 
defi archives riches et peu connues, il est inévitable qu^entre 
les documents qu'il y note ou qu'il j transcrit, beaucoup se 
trouvent, après plus mûr examen, inutiles à l'objet propre 
qu'il poursuivait. 11 était sage cependant d'étendre plutôt que 
limiter ses recherches, et à trop nettement circonscrire, dès 
Tabord, les alentours et les avenues d'un sujet, n'y a-t-il pas 
risque de le mutiler ? Ce danger apparaît plus certain encore 
si les recherches portaient sur des périodes où la vie indivi- 
duelle a été intense, où chaque homme, pour ainsi dire, a mé- 
rité d'avoir son histoire, où le détail des mœurs et les nuan- 
ces des idées est, en quelque sorte, infini: telle entre toutes 
la Renaissance. Aussi bien m'est-il arrivé, durant mes recher- 
ches dans les archives d'Italie, en croyant ne recueillir d'infor- 
mations que sur la question très spéciale des relations de 
Louis Xil et de Ludovic Sforza, de récolter des textes inté- 
ressants, — mais sans intérêt pour ce sujet même, et que je n'ai 
pu y faire entrer. Il m'a paru que ces textes, recueillis dans 
des séries d'archives peu ou point inventoriées, exposées à 
mille chances de destruction, — si exactement qu'elles soient 
surveillées, je le sais, — ne devaient pas être absolument 
rejetés. Il m'a paru que l'histoire des mœurs et de la civilisa- 
tion, ainsi que la biographie générale, pourrait y trouver 
d'utiles renseignements, datés le plus souvent de la façon la 
plus précise parleurs auteurs. J'ai cru convenable de grouper 
ces textes ou ces fragments de textes dans Tordre le plus pro- 
pre à faciliter les recherches, dans l'ordre alphabétique : leur 
réunion formera ainsi comme un supplément aux dictionnaires 



TEXTES ET FRAGMENTS INÉDITS 517 

de biographies et d'institutions; je me suis borné à les illus-^ 
trer de la façon la plus sommaire, car, pour la plupart, ils 
s'entendent d'eux-mêmes. 

L.-G. PÉLISSIER. ^ 

Albret (Charlotte d'). Nouvelle de son mariage donnée par Tosinghi, 
ambassadeur florentin: (Florence, A. d. S., Leltere agli Xdi Balia, 
fol. 214.) Fecesi lo sposalitio di madonna Ciarlotta, come scripsi era 
ordinato ; e li oratori Saonesi se ne tornino in diieto. » 

Alègre (Yvea d'). — Lettre de remerciement à la Seigneurie de 
Florence pour un cadeau, pendant le siège d'Iraola, 4 décembre 1499. 
(Florence, A. d. S., Lettere Esterne, reg. 40). 

Messeigneurs, je me recommande à vous, mais cest du meilleur 
cueur que faire puis, et vous mercye le présent que m'avez envoyé par 
Philippe Lorin, combien que je ne lay encores desservy ; mais en tout 
ce que je vous pourrai faire servisse, je my employeray de tout mon po- 
voir. Jay dit audit Philippe ce que il me semble que vous devez faire 
pour le meilheur, et, comme il me semble, pour votre plus grand prof- 
fit. Vous le croirez et y ferez comme il vous semblera pour le meilheur ; 
et sur ce, Messeigneurs, je prye Dieu qu'il vous doint ce que plus 
desirez. 
Escript à Ymolle le IV« de décembre. 

Celuy quy est tout vostre 

Aleqrb. 

Ambassade venitiennk en Frange. — (Saliceti à Ascanio 'Sforza, 
27 août 1498. Milan, A. d. S., Carteg. Gen). 

Lo oratore fiorentino dice havere aviso come li ambâsciatori Veneti 
in Franza sono stati grandemente acharezati dal Re ; e che la M. ta sua 
li ha dicto de voler essere de medesimo animo cum loro circa le cose 
de Italia, e li ha recerchato che lo vogliano chiarire, che facendo epsa 
M.ta impresa contra il stato de Milano, quelle che loro Yenetiani 
sono per fare in taie caso. 

Ambassadeurs italiens en 1498. — En avril 1498, Marchesino 
StangaetFr. Casati, à Naples; Brognolo, à Milan (7 février, 13 avril 
1499); Saliceti, à Rome, (2 avril 1498); Fontana, à Gênes, le 12 avril 
1498; Tom. Tornielli à Lucques, 8 avril 1493; amb. impérial renvoyé 
de Sienne (15 juin 1498). Marco Bevatiano (ou Bevazam), secrétaire 
vénitien à Gênes, 1498; Giulio Cattaneo, milanais en mission à 
Sienne, mai 1498; évoque de Concordia, ambass. pontifical en AUe- 

84 



518 TEXTES ET FRAGMENTS INEDITS 

magne, k Fribourg, 3 juillet 1498; Tornielli anive à Rome (2 mai 
1498); Stanga retourne à Naples (2 mai 1498); amb. de Berne à Lud. 
Sforza au sujet de certaines vallées alpestres, juin 1498; mission de 
Cattaneo « in Germania apud très ligas » ; ambassadeurs de Naples en 
France (Modèno, B 13. Costabili au duc de Ferrare, l5octobre 14S8: 
« Da Napoli se ha essere partito il camerlengo del Re Federico et 
uno altro z'entilhomo per andare in Franza, ambassatori de sua Ma- 
esta e che passarano per Milano. » ; du roi d'Angleterre à Maximi- 
lien (Raimundi, 8 décembre 1498) (Milan, Pot. Est. Inghilterrd). — 
A Bologne, les ambassadeurs des puissances qui traversaient la ville 
étaient logés gracieusement dans les diverses auberges, et leurs 
dépenses payées ensuite par l'Etat aux hôteliers. Voici à ce sujet 
divers mandements de Cesare Nacci en 1500 (Bologne, Mandatoram 
XX, fol. 20o et 199) : 

Caesar de Nacciis, ep* Amerinus, Bonon. locumtenens. 

Mandamus tibi viro speciali Fco de Casali, comunis Bononiensis 
thesaurario, quatenus de pecuniis extraordinariis camere predictedar 
et solvi facias libras nonagintaduas bon. Gregorio, hospiti ad insigne 
Leonis in civitate Bononie, pro expensis per eum diversis diebus et 
mensibus hoc anno in hoc hospitio factis insfracriptis oratoribus qui 
per hanc civitatem transierunt: 

Mco Dno, Dno da la Nave, oratori Christianissimi Dni régis Francie, 
qui Florentiam et Romam ivit et postea in Franciam rediit. 

Mco D. P. Soderino, oratori D.D. Florentinorum, qui Mediolanum 
ivit. 

Mco Dno Joanni Monbruno, qui Romam ivit 

Mco D.D. de Grammont, guasconi, qui Romam ivit. 

Mco D.D. de Congresom, oratori regio, qui rediit in Franciam, et 
(5tc)M.Mauro de Gualengo, oratori regine Britannie et régis Francis, 

qui in Franciam rediit, videlicet libras. 92. Datum Bononie, die 

28 aug. 1500. 

On paye à M. Cavazoni, hôtelier « al Cjipello », pour les dépenses 
(( de quibusdam ex familia D. Alegre » quarante livres le 29 décembre 
1500; à « Comino Jacobi mantuano», pour les dépenses de M. de 
Trans, 179 livres et 14 sous; à Léonard, hôtelier « al montone», pour 
les gens de M. de Trans, 85 livres le 25 décembre 1500; pour les 
gens de M. d'Aubignj u al montone » 31 livres, « al Leone » 26 livres. 

Angleterre. — Paix franco-anglaise de 1498; ambassade de So- 
merset en France : 

« Como el Re de Anguilterra havea mandate li per suo ambaxatore 
M. Joanne de Sombrest, suo primo cambelano, el quale al 14 del pre- 



TEXTES ET FRAGMENTS INEDITS 519 

sente ha giurato a Nostra Dama de Paris el tractato de pace, quale 
era fra el Re suo e lo quondam Re Karlo, e similmente el présente Re 
ha g'iurato al conspecto de tutto el mondo.» 

(Filippo Valperga, Turin, 18 juillet 1498. Milan, A. d. S., Carteg. 
gêner.) 

Anne db Bretagne. — Bruits divers de son mariage répandus en 
1498. (Pirovani à Lud. Sforza, 15 août 1498, Milan, ibid,,Pot, Est. 
Savoia.) 

« L'aviso participato per lo thexorero che la regina veghia havesse 
esser data ad uno signor Bertone, cum torre el re mad. Margheiita, 
procède dal cardinale Gurcense. E, per havere dapoi M. J. J. publi- 
cato comoepso Re sponsaraepsa regina vegiaper ver ha de présente, 
fa credere che Gurcense se fosse insomaiato o imaginato quella novella 
de sua fantasia, e poso el somnio existiraato che la cosa fusse facta. 

Aragon (Isabelle d') malade en juin 1498 [Cart, genJ), 

Arrestations politiques. — Un maître d'hôtel de C. Borgia, ar- 
rêté à Plaisance (juillet 95), relâché par ordre de Lud. Sforza, (Flor., 
Leit, Esterne, reg. 37). Giorgio Brognolo, arrêté à la demande du 
marquis de Mantoue par le duc d'Urbin (27janv. 1500) et détenu à 
Sinigaglia ; le marquis le demande pour »< l'examiner» (Mantoue, Arch. 
Gonzaga, Copiai 165); arrestation d'un courrier envoyé par Trivulce 
è. Venise, 15février 1500 (Arch. Gonzaga, Maiatesti au marquis). 

u Se è dicto che è stato preso uno che portava una lettera del signor 
J. Jacomo a la Signoria de Venezia, come li voleva dare el chastel- 
lo deMilano, e che questatal lettera è stata mandata al Re de Franza. 
Tum io non lo inteso de locho autentico. » 

Audience de coNGè de l'ambassadeur Lippomano. — Florence, 
A. d. S. Lettere estere, reg. XXXVIl, fol. 22, Milan, 28 juillet 1499. 

Di poi ci dixe che ala parti ta de questo Veneto, Il volea dare com- 
missione per referire a quella Signoria, e ne havea facto certa boja 
scripta, laquale volea vedessimo per consultare se stava bene, e quai 
fussi meglio parlave a bocca o dare in scriptis. La substantia dicea 
essere come se meravigliava delli modi e moti de quella Signoria. 

Baglione (Simonetto), marié à une fille de Fiordelixia (18 février 
1498]. (Donato de Preti au marquis de Mantoue, E, XIX, 3.) 

Barbavara (Scipion) s'excuse d'avoir montré son rapport sur un 
procès entre B. Morexino et les gens de Cottignola à ce Morexino, 



520 TEXTES ET FRAGMENTS INÉDITS 

avant de Tayoir soumis à Ludovic Sforza (3 avrîl 1498) (Milan, 
Carteg. Gen.). 

Bessarion.— Autographe en grec, au revers d'une lettre de Pierre 
de Médicis, dans Race. Podocataro, X, 174, fol. 99. 

BoROiA (Béatrice de). — Une lettre d'elle « ex urbe Valencie, nono 
septembris anno MCCCCLXXXII, » signée « indigna cerraana e ser- 
irenta », dans la collection Podocataro X, 174, fol. 166. 

BoRGiA (Lucrèce). — Naissance de Vinfans romanuSf annoncée à 
la marquise de Mantoue par J. Lucidus, 5 nov. 1499. La dernière 
phrase est une allusion peu déguisée à Alexandre VI. 

« Madonna Lucrecia, figlia del papa, al secundo de questo hebbe 
uno bello filiolo maschio. Ne fu fatto festa asai per per quelli che li 
hanno intéresse. 

Brasca (Herasmo) date une lettre de Milan, le 18 juin 1498 ; lettre 
de Lud. Sforza à Brasca au sujet des relations diplomatiques franco- 
milanaises et du mariage du comte de Pavie, 15 mai 1498. V. Rai- 
MUNDi et Sforza (Massimilliano). 

Calabria (Cristoforo da), castellan de Trejo [auj. Trezzo] (D. de 
Pretis au marquis de Mantoue. Mantoue., Â. Gonz , XIXy3.) 

Chasse. Ludovic Sforza au cardinal Hippolyte d'Esté, 8 octobre 
1498. (Milan, A. d. S,. Carteg. Gêner.) 

Reverendissime in Christo pater et ill. Due Cognate, et pater nobis 
optime. 

Stando noi in expectatione de intendere che la V. R"* S'** havesse 
facto qualche belle caze, e pigUato o orsi o altre salvaticine de quelle 
montagne, sono sopragionte le sue lettere, per lequale ne ha signi> 
ficato non havere hieri atteso ad fare caza alcuna, ma essere andata 
ad vedere messa al Monte, dove dal arciprete è stata recevuta hono- 
revolmente, et oggi voleva andare ad accompagnare el conte de Bre- 
bia. Per laquai cosa ne pare che la S.ria V. R. habia converti ti li 
pensieri de le caze in pasti et conviti. Pur non cessaremo de stare in 
expectatione de essere avisati che habia facto taie caza e presa, che 
habia supplito ad quello non ha possuto fara fin ad qui. Mediolani 
VIII oct. 1498. 

Chevaux. Ludovic Sforza et la noblesse milanaise achètent des 
chevaux de guerre en Flandre. Le 16 décembre 1498, le duc adresse 
à r archiduc Philippe d'Autriche une lettre de recommandation pour 



TEXTES ET FRAGMENTS INEDITS 521 

Franceseo de Annono : « Si cum istac mittamus Franciseum de An- 
nono, ex officialibus stabuli nostri, nonnullos equos ex illius [Ex. 
V.re] dominio adducturum ad nos... » Même lettre de recomman- 
dation pour Tempereur, dans laquelle il est spécifié qu'il s'agit de 
c< nonnullos equos militares ex partibus Flandriœ. » Le 8 décembre 
précédent, il avait donné des lettres de recommandation analogues 
pour Hermann de Busdaël(?), envoyé en Flandre pour le même motif 
par Antonio-Maria Pallavicini (Milan, Carteg. Gtn,), 

Chiroa (Ambrosio da), orfèvre. Lettre de B. Bresciani, ambassadeur 
ferrarais, au sujet de vases d'argent que lui commande le duc de 
Ferrare (21 nov. 1499). Modène, A. d. S. B. 13. 

Colomb (Christophe). (Milan, A. d. S.,Po^ EsUSpagna, 1...— 1500) 
« Summario de lettere de Hispania del 23 junii fino al 4 giulio 1498»: 

Como se in tende Colombo, quale scoprise le insuie, essere smon- 
tato in Cadicé et havere portato bona quantita de oro, del quale ne 
ha trovato un a vena. 

Conseils secret et de justice de Milan. II y a assez peu de do- 
cuments sur leur organisation intérieure. Les lettres ci-dessous de 
Pilîppo de* Conti à Ludovic Sforza fournissent d'utiles indications sur 
le roulement des conseillers en service et le choix de leurs présidents. 
On voit qu'à Lud. Sforza était réservé le droit d'élire le prieur du 
.conseil secret et TaMisfani au conseil de justice. (Milan, A. d. S., 
carteg. gêner.) 

111. mo et ex. mo s.re mio singularissimo 
Per essere la fine del présente mese, nel quale la E. Y., secundo la 
dispositione de soi ordini, ha ad elegere il Priore al consiglio se- 
creto e lo Assistente al consiglio de justicia, gli mando quelli se tro- 
vano résident! al présente, secundo la commissione ho da Quella de 
fare ogni mese. E perche M. Jo-Francesco Marliano, ad chi tocharia 
il priorato, è occupato per la magiore parte allaprovisione de la peste, 
e M. Jo-Antonio da la Rocheta ancora non è ritornato, quamvis se 
dicadebia venire ogni giorno, e M. Jo- Franceseo Malatesta è andato 
ad Mantoa, e M. Scipione è tutto doglioso de podagra e dubita de res- 
tare ad casa, benche de présente cosi doglioso è diligente : permodo 
che il numéro resta diminuito. Recordo fidelmente alla S. V. che 
séria se non bene soprasedere del assistente al consiglio de justicia, 
donec ritornarano li absenti, et alhora se potra ritornare al ordine de 
V. Ex. Alla quale di continuo me ricommando. 

MedioUni xxv Augusti 1498. 



582 TEXTES ET FRAGMENTS INEDITS 

Monsignore de Tortona fa prioro del prozimo mesd d'aprîle et 
assistente del mese de zugno. 

M. Gio. Andréa Cagnola fu electo priore del mese de giulio e assis- 
tente il mese de marzo proximo. 

M. Scipione è priore questo mese présente, et ô stato asaistente il 
mese de giulio passato. 

M. Gio. Franc. Marliano fece il priorate Tanno passato del mese 
de giulio, e fu assistente il mese de febraio passato. 

M. Antonio Stanga fu priore lanno passato de décembre, et assis 
tente il mese de zenaro proximo. 

M. Francesco Sophia fu priore il mese de marzo et ancora non è 
stato assistente. 

Lassando adonco M. Gio. Francesco Marliano per la occupatione 
de la peste, lo priorato spectara ad M. Antonio Stanga e la assistentia 
a M. Francesco Sophia. 

Servus Philippus de Comité. 

111. mo et ex.mo s.re mîo singularissimo. 

Perche insta il tempo de elegere il priore al senato secreto e 
Tassistente al senato de justicia, secundo li ordini de la E. Y., io per 
il debito de loffitio mio, advisoquella che M. Scipione Barbavara è 
ancora absente, M. Gio. Antonio da la Rocheta et M. Gio-Franc. Mar- 
liano per infîrmita impediti non vengano al consiglio. Restano M. Gio. 
Andréa Cagnola, M. Gio. Francisco Malatesta, M. Antonio Stanga, e 
M. Francisco Sophia, quali frequentano il senato oltra il Rev. M.gre 
Beltrando, quale glie assai diligente. Per ordine tocharia il priorata 
ad M. Francisco Sophia, e Tassistentia ad M. Antonio Stanga. Circa la 
electione del asistente, la Ex. Vra potea havere quello rispecto gli 
parera al pocho numéro de li consiglieri quali di presenti se ritrovano 
al senato. 

Alla quale de continuo me recommando. 

Mediolani 26 octobris 1498. 

Servus Philippus de Comité. 

Conseil d'état dk Ludovic Sforza. — Une séance décrite par Cos- 
tabili, le 16 août 1499 (Mod. B. 13.) 

Essendo hogi andato in castello a Ihora consueta che li solemo an- 
dare nui oratori, trovai ne la capella, dove se sole congregare el con- 
siglio, che Mgr vicecancellario Rmo et il Cardinale nostro Rev™«, con 
lo oratore cesareo, se facevano légère da li secretarii alchune let- 
tere. Da laltro canto de la capella, era il sig. duca cum li deputati a 
fare facende, et havendo io ne lo intrare de dicta capella facte^le débite 
reverentie me rethirai ad un altro cantone, aspectando me fosse dicte 



TEXTES ET FRAGMENTS INEDITS 523 

quello havesse a fare; e poi che 11 fui stato per bono spacio, el signor 
duca me fece dire che io andasse ad oldire légère le lettere che se 
legevano a li R™* M'^ sopradicti. 

Costumes. — G aléas Visconti reçoit du duc à son départ pour son 
ambassade de Suisse des étoffes et vêtements pour faire des cadeaux. 
(Costabili au duc de Ferrare, 20 juin 1499. Mod. A. d. S., B. 14.) 

Li ha vestiti 40 homini tutti in una livrea de panno nigro et ha sei 
camereri chel manda cum se. Li ha donato oltrali panni negri sei robe 
di veluto nigro et a Sua M.cia, tra veludi, dalmasci e rasi negri, ge 
ha donato per farse otto robe longe et autorita de donarle como a 
lei place. 

Dante. — Vimercati, ambassadeur milanais à Florence, parle à 
Ludovic Sforza le 8 janvier 1499, d'un « frate di san Francesco chi 
legeva Dante. » 

Dettes des Médiois. — Un d'Amboise, M. de Revel, frère de Chau- 
mont, était leur créancier. Ghaumont écrit à ce sujet à la Républi- 
bllque florentine: (Florence, Arch. d. St., Lettere Esterne, reg. 40, 
fol. 56.) 

Messeigneurs et excellente Seigneurie, le présent porteur Edouard, 
valet de chambre du Roy, a charge dudit seigneur à vous parler de ce 
qu'est deu à mon frère M. de Revel de ceulx de Médicis, dont et de 
quoi plusieurs fois en a esté parlhé par Mons. le Cardinal à vos am- 
bassadeurs, et en a été envoyé devers vous ; tellement la matière est 
assez ouverte et entendue, et pour ce, messieurs, je vous prie tant 
comme je puis, que si desirez faire plaisir à M. le Cardinal et nous, en 
obtempérant à la requeste du roy, nous vueillez faire telle et briefve 
expédition que ayons à congnoistre que nous voulez preffèrer aux au- 
tres en pareil cas. Et ce faisant, nous ferez un g très grand plaisir, 

lequel de ma part je mectroi envers la Seigneurie et toute 

votre nation. 

Messieurs je prie adieu qui vous doint bonne vie et longue. A Mil- 
lau, le XII® de janvier 

Le tout votre, 
D*Amboysk. 

Emprunts de Maximilien. — Lettre de Cheregati à Alexandre VI, 
18 mai 1499, (Venise, Bibl. Marciana, class. XIV, cod. G. , fol. 
48 vo.) 

Eadem civitas Argentinensis hujus belli causa mutuavit Csesari, 
priusquam Inde discederet, XII milia florenorum datis fidejussoribus 
de restituendo. Misit etiam auxiliarem manum ad quingentos pedites 



5«4 TEXTES ET FRAGMENTS INEDITS 

et daeentoB équités cum undecim vehiculis colubrinanim, et âuobu 
manitionum, quibas in itinere occurri. 

Ulme die xviii maii M*» CCCCXCIX 
Stis Y. humillimus servulus L. GoDcordien. 

Etudunts de Pavie. — Récit d'une rixe entre des étudiants et un 
Milanais. Elle fut suivie d'une tentative de réconciliation que les exi- 
gences de Tune des parties empêchèrent d'aboutir. (Milan, A. d. S* 
Carteg. Gêner.) 

111. mo et Ex.mo S re. mio coUen. mo. 
Scrivendome a Y. Ex. per lettere sue da 16 del présente che vogli 
comandare ad 11 infrascripti scolai i che ritornano ad epsa, perche es- 
sendoli venuti a li di passati sono partit! senza havere parlato ad 
quella, io ho mandate per loro per fargli el comandamento secondo la 
dispositione de le leltere sue. Et è venuto lo abbate de la natione 
Piasentina ad affirmarmi che tuti quelli quali desidera la Sig. Y. che 
ritornano ad epsa, sono absenti, e che partirono da Milano a li di pas- 
sati senza parlare a la Y. Ex.; jactandossi lo adversario suo, ad ins- 
tantia de chi erano domandati che li faria stare li duy mesi sopra Thos- 
taria^che non poteriano havere audientia de la Y. Ex.;essendo più stato 
li qualchi zomi, et essendo inhabili ad comportare la spesa de starli 
sopra rhostaria, gli parve potere partire e tanto più justificatamente , 

perche pare che Aluysio' Yaresino gli dîcesse che se potevano ritornape 
ad casa ad pratichare la pace, perche la E. Y. ne saria contenta ; et 
existimando io che la causa per laquale la Y. Ex. li domandô a ley I 

sia per qualche querella che gli ha facto Zo. Ambrosio Reyna, Mila- 
nese, per certa difierentia quale è stata fra uno suo cusino e questi | 

Piasentini, io non ommettero de sigoificare alla Y. Ex. quello è suc- ' 

cesse in questa causa adfin che cognosca che Zo. Ambrosio ha errato 
in fastidire la S. Y. de cose allaquale era per applicare optimo remé- 
die. Yenne a di passati ad dolerse Zo. Ambrosio Reyna, mercadante 
milanese, che alçunl scolari piasentini havevano facto certo insulte 
contre suo cusino ; et io che scio che honesto è de intendere le ra- 
sone de ambe le parte per potere fare dricto giudicîo,chiamati a une 
questi Piasentini, et inteso quello che luna e laltra parte disse in 
questa materia, tandem mi pare de cavare in effecto che uno scolare 
piasentino percosse quello cusino de Zo. Ambrosio de uno bofieto ; per 
vendetta del quale, fù dal canto de quello cusino de Zo. Ambrosio 
batutonelatesta uno saxo ad uno depsi scolari piasentini, e rotto uno 
occhio. Li quali essendo corsi in casa, ne usciteno duy cum le spale 
(sic); da li quali non reusci pero altro scandale. Io, inteso la cosa de 
qiiale sorte era, e chel delicto era pare per esser seguita offesa dal uno 
e Taltro canto, mi dede loco de reconciliari insieme, et Zo. Ambrosio 



TEXTES ET FRAGMENTS INEDITS 5«5 

mi lasso in speranza de far succedere questa reconciliatione) et uno 
altro quale era cum lui concluse de veaire ad parlare al pâtre del of- 
feso primo. lo tenendo per firmo che dovesse ritomare cum la reso- 
lutione chel pâtre dovesse condescendere allô pace, me ripossay in lo 
promesso suo. Et essendo epso vçnuto a Milano, si como io credeva 
chel dovesse disponere el pâtre del cusino suo ad la reconciliatione, 
mi pare sii doluto cum la V. Ex., non havendo havuto suspecto de darli 
fastidio de questa cosa e graveza ad me che non habii proveduto al 
caso ; perche, quando si fosse monstrato si alieno como se monstrô 
disposito alla p ace, non saria maacato de farajusticia dove accordo 
non havesse havuto loco. Elche mi èparso notificare allaV. Ex.tia, ac- 
cioche intenda chio non ero per mancare de provedere a questo caso, 
como non mancaro ad tute laltre cose spectarano al officio e debito 
mio et ad epso me racomando. 

Dat. Papie. die 18 Junii 1499. 
D. Xenophon. 

D. Âluysius, presbiter. Mag. r Marsilius. 
Mag. r Dionisius. 

Magister Nicolaus. 

Ex. V. F. mus Servitor. 

Antonius Carazolus. 
In manibus M, ci D. B. Chalchi. cite. 

Suscription : 111 mo principi et ex. mo D.no Dno meo collen. mo 
D.duci Mli MU 

Cette lettre, qui révèle l'identité des personnages ci-dessus dési- 
gnés et les motifs tout privés et scolaires de leur appel à Milaui 
montre que j'ai eu tort de croire d'après un autre document que ces 
gens étaient des otages politiques. (Lout^ XII et Ludovic Sforza, 
tome 1, p. 445). 

Exigences d'employés milanais. — (Milan, Arch. d. St., Carteg 
générale) 

111. mo sig.re nostro, 

Havemo facto expedire de landata de uno mese li doi trombeti che 
ne ha scripto la Ex.tia v.ra, ma dicono non volersi partire se non 
hano li denari de una pagha. Fin qui sono pagati de quanto debeno 
havere, e quando accadeva per lo passato farli cavalcare per simile 
occorentie, non gli era solito esser dato andata alcuna, essendo pagati 
de la provisione et hora non li basta landata che voleno ancora el 
servitio inante tracto, dclche ne parso darne aviso a la Ex.tia v.ra. 
M.li, die 17 octobr. 1498. E. I. D. V. Servitores deputati rei pecuniarie 
Suscription : 111. mo et ex mo principi Dno nro. Singular mb Dno 
Ludovico M*. Sfo